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Full text of "Animaux fossiles du Mont L?beron (Vaucluse) : ?tude sur les Vert?br?s. Etude sur les Invert?br?s"
























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ANIMAUX FOSSILES 



DU 



MONT LÉBERON 












PARIS. — IMPRIMERIE DE E. MARTINET, RUE MIGNON, 2 















ANIMAUX 



FOSSILES 



DU 



\ 














(VAUGLUSE) 







ÉTUDE SUR LES VERTÉBRÉS 



PAR 



ALBERT GAUDRY 




\ 



ET TJDE 




TJR LE 




INVERTEBRES 



PAU 



» i 



P. FISCHER ET R. TOURNOUER 






PARIS 

F. SAVY, ÉDITEUR 



w r 



LIBRAIRE DE LA SOCIETE GEOLOGIQUE DE FRANCE 

RUE I1AUTEFEUILLE, 24 



1873 






VERTÉBRÉS FOSSILES 



DU 



MONT 



LEBERON 



PRÉLIMINAIRES 



Dans le département de Vaucluse, au pied du mont Léberon, on voit un gise- 
ment de vertébrés fossiles qui rappelle celui de Pikermi. Il m'a paru intéressant 
de retrouver dans notre pays des Machœrodus, des Helladotherium, d'énormes 
sangliers, des troupeaux de gazelles, de tragocères et d'hipparions, semblables ou 
presque semblables à ceux qui ont animé les vallées de la Grèce. J'ai cru qu'en 
poursuivant l'étude des espèces de Pikermi dans une région éloignée de cette 
localité, je pourrais jeter quelques lumières sur la question des races fossiles. 
Ce motif m'a engagé à faire des fouilles dans le mont Léberon et à présenter 
aux naturalistes le mémoire qui va suivre. 

Le mont Léberon s'élève à peu de distance de la Durance, presque parallèle- 
ment au mont Ventoux. 11 forme une légère courbe dont l'ensemble est dirigé de 









<) 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



l'O. 12° S. à TE. 12° N. Bien que sa hauteur ne soit pas très-grande (1), les 
-escarpements Je ses calcaires le rendent difficile à gravir. Mais le voyageur qui 

atteint son sommet est dédommagé de sa peine par la contemplation de paysages 

magnifiques. S'il se tourne vers le nord, il voit la vallée d'Apt avec ses terrains 

sidérolithiques d'un rouge vif; et s'il regarde au midi, du côté des Bouches-du- 

Rhône et du Var, il aperçoit au delà de la Durance des chaînes presque aussi 

■ 

bien découpées que celles de la Grèce. Au bas de la montagne, une colline de 
molasse marine porte le village pittoresque de Cucuron, et de loin en loin les 

champs sont égayés par des maisonnettes entourées de vergers que rafraî- 
chissent des fontaines aux eaux transparentes comme celles de la fontaine de 

Vaucluse. Le gîte des ossements est à h kilomètres de Cucuron, près du chemin 
qui mène à Cabrières. 

Christol a découvert ce gîte en 1832 (2); il y a signalé des os de mouton (3), 
de bœuf (4), de cerf, de rhinocéros, de sanglier, d'hyène, et un genre nouveau, 
voisin du cheval, auquel il a donné le nom ft Hipparion. 

Après Christol, plusieurs personnes ont exploré le mont Léberon. Il y a plus 
•de vingt ans déjà que M. Gervais a pu écrire : « Les fouilles que MM. de 
Christol, Piaget, Matheron, Requiert, Eugène Raspail, Jour dan, Rravard, Pomel 
et Caire y ont successivement pratiquées , et celles que fy ai faites moi-même, ont 
répandu dans les collections un assez grand nombre d'ossements. » Le savant auteur 
de la Zoologie et Paléontologie françaises (5) a donné des renseignements sur 
plusieurs des animaux du Léberon ; il a figuré diverses pièces d'Hipparion, des 
dents d'hyène, une mâchoire d'Ictitherium, une dent de sanglier, une corne de 



(1) M. Scipion Gras, dans sa Description géologique du département de Vaucluse, cite les mesures sui- 
vantes qu'il a relevées sur les feuilles d'altitude du dépôt de la guerre : 

Mont Léberon. Signal au S. S. 0. de Castellet 1125 mètres. 

Id. Bergerie au N. 0. de Vitrolles 836 

Id. Signal au S. de Ménerbes 722 

Dan» le Dictionnaire géographique de Guibert, on attribue au mont Léberon une hauteur de 1760 mètres. 

(2) De Christol, Description du genre Hipparion {Annales des sciences et de V industrie du midi de la 
France, in-8, vol. I, p. 180, 1832). — Comparaison de la population contemporaine des Mammifères ce 
deux bassins du département de V Hérault (même recueil, vol. II, p. 24, 1832). 

(3) C'est la Gazella deperdita. 

(4) C'est Y Helladotherium Duvernogi. 

(5) Gervais, Annales des sciences naturelles, 3 e série, vol. V, p. 261, 1846. — Comptes rendus de l'Aca- 
démie des sciences, vol. XXIV, p. 801, 1847. — Zoologie et Paléontologie françaises, l r « édit., 1848-52, 
•et 2 e édit., 1859. 



PRÉLIMINAIRES. 

gazelle. En outre, il a mentionné une antilope à cornes plates, une nouvelle espèce 
de cerf, un rhinocéros et un mastodonte (1). 

M. Edouard Lartet a remis au laboratoire de paléontologie du Muséum des 
planches lithographiées qui portent la signature de Bravard, et représentent des 
ossements fossiles du département de Vaucluse, notamment quelques pièces d'icti- 
therium, de gazelle et de cerf du mont Léberon. J'ai demandé des renseigne- 
ments au sujet de ces planches à M. Pomel, l'ancien collaborateur de Bravard. 
M. Pomel m'a appris qu'en 1850, il a entrepris avec Bravard une description 
des vertébrés fossiles du Vaucluse ; l'un a rédigé le texte et l'autre s'est chargé 
des dessins. Ce mémoire est resté inédit; je le regrette, car j'aurais certainement 
trouvé de précieuses informations dans un travail composé par de si habiles paléon- 
tologues. Le British Muséum contient une collection du mont Léberon qui a été 
cédée par Bravard ; M. Davies a eu la bonté de me la faire visiter et de m'en com- 
muniquer le catalogue. 

Dans un mémoire sur YHipparion, M. Hensel a parlé des animaux de ce genre 

qui sont fossiles près de Cucuron (2). 

Le Muséum de Paris a reçu de l'abbé Caire quelques ossements du mont 
Léberon. L'École des mines de Paris en possède également : M. Bayle les 
a mentionnés dans une note adressée à la Société géologique de France. Il a 
su découvrir, d'après un morceau incomplet, l'existence de XHclladotherium, 
et il a signalé les rapports de la faune des environs de Cucuron avec celle 

de Pikermi (3). 

Outre les collections du mont Léberon qui existent à Paris et à Londres, j'ai vu 

des os de ce gisement dans les musées de Montpellier, de Lyon, d'Aix (en Pro- 
vence), et surtout dans le musée Bequien à Avignon. 

Mes premières fouilles remontent à 1862; c'est seulement en 1866 que j'ai 
commencé une exploitation méthodique. Il a fallu s'adresser à quatre propriétaires 
pour pouvoir faire des travaux de terrassements dans les endroits où les ossements 
sont enfouis. J'ai eu alors l'occasion d'apprécier une fois de plus les avantages de la 
confraternité que la Société géologique de France établit parmi les géologues. Le 
comte Gaston de Saporta, M. Emile Arnaud et M. Matheron ont pris la peine 



(1) J'ignore sur quelle pièce a été basée l'indication du mastodonte dans le mont Léberon. 

(2) Hensel, Ueber Hipparion mediterraneum(Abhavd. der Kiinigl. Akad. der Wissenscli . zu Berlin, 18G1) 

(3) Bayl«, Bulletin de la Soc. géol. de France, 2* série, vol. XVIII, p. 597, séance du 20 mai 1861. 



8 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



de faire toutes les démarches nécessaires pour que j'obtienne le droit d'entre- 
prendre des fouilles. M. Emile Arnaud a poussé la complaisance jusqu'à m'aider 
à trouver des ouvriers et à organiser mon campement dans la montagne. 

Les ossements sont engagés dans un limon rouge ou gris qui recouvre le versant 
méridional du Léberon. Ce limon a beaucoup de ressemblance avec celui de Pikermi, 
qui est si riche en débris fossiles ; mais il est un peu moins' rouge. La puissance 
est considérable, et des ravins profonds le mettent à nu sur de vastes surfaces ; 
cependant l'espace dans lequel j'ai observé des fossiles ne dépasse guère un carré 
de 300 mètres de côté. Dans cet espace, les os sont distribués irrégulièrement. 
Comme à Pikermi, et généralement dans les dépôts terrestres qui ont été en 
partie formés par les torrents, les couches ont peu de continuité; en suivant une 
bande, on la voit tantôt s'atténuer et disparaître, tantôt s'épaissir; là où l'on croit 
retrouver une ligne de limon sableux, riche en ossements, on est exposé à ren- 
contrer des parties argileuses ou des conglomérats stériles. 

Les ossements du mont Léberon ne renferment plus qu'une très-faible quan- 
tité de matière organique. M. Auguste Terreil a bien voulu se charger de doser 
la matière minérale, la matière organique et l'eau de plusieurs morceaux. Ce 
savant chimiste a remarqué que les os ne noircissent point par la calcination, 
que cependant ils répandent, sous l'action de la chaleur, l'odeur propre 
aux matières organiques azotées qui sont brûlées. Voici les résultats des dosages 



de M. Terreil : 



Bassin de lihinoceros S chleier mâcher i. 
Incisive d' Hipparion gracile. . . . 
Molaire supérieure de la même espèce. 



Humérus de la même espèce. . . 
Seconde phalange de la même espèce. 



Mandibule de Sus major 

Métacarpien d' Helladotherium Duvernoyi 
Cheville de corne de Gazella deperdita. 
Carapace d'une Testudo gigantesque. . 



Matières 
minérales. 

95,10 
93,37 
96,74 

96,07 
92,70 
93,92 
95,05 

95,29 

95,05 



Matières 
organiques 

1,72 

1,22 
traces 
1,39 
2,08 
2,06 
1,40 

1,51 
1,45 



Eau. 

3,18 
5,41 
3,26 

2,54 
5,22 
4,02 
3,55 
3,20 
3,50 



Totaux. 
100 

100 
100 
100 
100 
100 
100 

100 
100 






Mes fouilles ont été faites à deux niveaux principaux qui sont indiqués dans la 
figure 3 de la planche XV. Le niveau inférieur est placé au-dessous de la maison 
de Bressier, dans un terrain qui appartient en partie à M. Court : c'est là, m'a-t-on 
dit, que toutes les recherches ont eu lieu antérieurement à mes fouilles; les mor- 



PRELIMINAIRES. 



9 



eeaux de carnassiers que j'ai recueillis proviennent de cet endroit, ainsi que les 
os de la plus petite espèce de rhinocéridé ; les restes de cerfs, de tragocères et 
de sangliers y sont rares. On y remarque un étrange enchevêtrement de pièces 
d'hipparions et de gazelles ; pour en donner une idée, j'ai rapporté au Muséum de 
Paris un gros bloc de limon avec les ossements laissés dans l'état où ils ont été 
enfouis. Ce bloc est représenté dans la planche I; on y voit : un trapézoïde de 
rhinocéros, un crâne de la Gazella deperdita avec les chevilles des cornes, une 
mâchoire supérieure et des molaires inférieures de la môme espèce, une mandibule 
de la taille et de la forme de celles du Palœoreas Lindermayeri. Les os qui do- 
minent sont ceux de X Hipparion gracile ; on peut facilement distinguer : un radius, 
un scaphoïde antérieur, un semi-lunaire, un grand-os, des métacarpiens médians 
et latéraux, un fémur, des tibias, des astragales, un calcanéum, un scaphoïde 
postérieur, des cunéiformes, un cuboïde, un métatarsien médian avec un méta- 
tarsien latéral, les trois phalanges d'un doigt médian, les trois phalanges d'un doigt 
latéral et un sésamoïde de la phalange onguéale. 

Le gisement d'en haut est élevé d'environ 10 mètres au-dessus du premier; 
il fait partie d'un terrain qui appartient à M. Jourdan. Outre les os d'hipparions 
et de gazelles qui y sont très-communs, ainsi que dans le gisement du bas, j'y ai 
trouvé des restes de Dinotherhim, de cerfs, de tragocères, de sangliers, d'une 
grande espèce de rhinocéros et de tortues. 

Entre, les deux niveaux, dans un ravin qui longe la maison de Bressier, on a 
découvert une énorme tortue. Elle était enfouie dans un limon argileux, au lieu que 
les autres animaux ont été rencontrés dans le limon sableux. 

Les os que j'ai recueillis sont au nombre d'environ 1200 ; je les ai donnés au 
Muséum de Paris. J'ose conseiller à ceux de mes amis qui se plaisent dans l'étude 
de la nature d'aller continuer les fouilles commencées dans le mont Léberon ou 
d'en entreprendre de nouvelles sur quelque autre point de notre pays; les 
riches gisements de fossiles ne manquent pas en France. On n'a point toutes 
ses aises dans une cabane isolée au pied d'une montagne; en compensation, on 
éprouve une vraie jouissance à découvrir soi-même dans les roches les reliques 
des ôlres qui nous ont précédés sur la terre : à chaque morceau d'animal qui 
reparaît à la lumière après tant de siècles écoulés, le paléontologue peut espérer 
apercevoir un lien nouveau destiné à rendre plus sensibles les enchaînements 
des faunes des âges passés. On a quelque peine pour dégager et assembler les os 

à mesure que les ouvriers les tirent de la pierre ; mais ce travail est loin d'être 



2 






10 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



monotone ; chaque journée amène de continuelles alternatives de déceptions et 
de découvertes. Le soir, quand le bruit des pioches et des marteaux a cessé, 
le souvenir des débris qui ont été rencontrés revient à la pensée, et, dans le 
silence de la nature, on a tout loisir pour se représenter les bêtes charmantes 
ou majestueuses dont le Créateur orna nos campagnes, alors que nulle voix 
humaine n'avait encore fait retentir leurs échos. Ce sont là des plaisirs très- 
simples; cependant ceux qui les ont goûtés les comptent parmi les meilleurs 
de leur vie. 



Ce mémoire sera partagé en trois chapitres : 

1° Le premier sera consacré à la description des restes de vertébrés. Les planches 
des ossements ont été exécutées par M. Formant ; on reconnaîtra, je pense, que 
cet habile artiste n'a pas dessiné les fossiles du Léberon avec moins de fidélité 
que ceux de Pikermi. 

2° Dans le second chapitre, j'essayerai de présenter quelques considérations 
générales sur les mammifèreseuropéens de la fin de l'époque miocène. 

3° Le troisième chapitre contiendra des renseignements sur la géologie de la 
région du Léberon où se trouvent les ossements fossiles. Les conseils et les belles 
publications de M. Matheron m'ont été d'un grand secours. M. Emile Arnaud 
m'a prêté un concours précieux ; il m'a communiqué ses coupes de terrains, et a 

mis à ma disposition de nombreuses coquilles fossiles qu'il a découvertes. 

MM. Fischer et Tournoiier ont bien voulu se charger d'étudier les espèces des 
invertébrés que M. Emile Arnaud et moi avons recueillies. Ils ont rédigé un travail 
que le lecteur trouvera à la suite de mon mémoire. 

Je prie ces chers amis et tous les savants qui m'ont aidé de recevoir l'expression 
de ma reconnaissance. 



CHAPITRE 



PREMIER 



VERTÉBRÉS FOSSILES DU MONT LÉBERON 



Les animaux vertébrés dont j'ai trouvé les débris sont les suivants : 



Machœrodus cultridens. 
Hyœna eximia. 
Ictitherium hipparionum. 
Ictitherium Orbignyi ? 
Dinotheriam giganteum. 
Rhinocéros S chleier mâcher i. 
Acerotherium incisivum ? 
Hipparion gracile. 

Sus major. 

Helladotherium Duvernoyi. 
Tragocerus amaltheus. 
Gaze lia deperdita . 
Palœoreas Lindermayeri ? 

Cervus Matheronis. 

Testudo de dimension gigantesque 

Testudo de taille moyenne. 



Je vais décrire ces animaux : on verra que la plupart ressemblent aux 
espèces de Pikermi. ou bien en diffèrent si peu; qu'ils paraissent représenter 
des races issues de souches communes. 



12 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON 



MACH7ER0DUS CULTRIDENS, Kaup. (sp. Cuvier). 



Planche II, fig. 1 et 2 



Le Machœrodus cultridens (l) a été le plus redoutable des carnivores qui ont 
vécu en Europe pendant l'époque tertiaire. Ses débris ont été signalés dans les 
gisements de la fin de l'époque miocène ou dans ceux de l'époque pliocène en Italie, 
en Auvergne, dans la Hesse-Darmstadt, en Hongrie et en Grèce. J'en ai recueilli des 
morceaux au pied du mont Léberon. Sa présence dans les parages où il y avait 
des troupeaux indique qu'il a joué le rôle d'un modérateur, il diminuait ce 

* 

qu'il y avait d'excessif dans le développement des herbivores. Mais il était trop peu 
abondant pour produire de grandes destructions ; partout ses restes sont rares, 
je n'en ai découvert dansla Provence qu'une mandibule et un tibia. 



Dcscriptioii. 



Lorsqu'on regarde une tête de lion ou d'un autre félidé de notre époque, on est 
frappé de la disproportion des dents incisives ; leur petitesse et leur forme peu tran- 
chante contrastent avec la disposition des autres dents. Les Machœrodus cultridens et 
latidens ne présentaient pas la môme inégalité ; leurs incisives étaient plus pointues, 
plus coupantes. On pourra s'en assurer en considérant la mâchoire dessinée 
planche 11, figure 1. Si en outre on se rappelle les canines supérieures du Ma- 
chœrodus en forme de lames de poignard, et ses molaires plus tranchantes 
que celles des chats, on jugera que ce genre a réalisé le type parfait d'une 
dentition exclusivement Carnivore. Le Machœrodus neogœus du Brésil et le 



(1) On peut consulter pour l'étude de cette espèce les figures qui ont été données dans les ouvrages sui- 
vants : Devèze de Chabriol et Bouillet, Essai géologique et minéralogique sur la montagne de Boulade, pi. XXVI. 
fig. 3, h, 5, 1827. — Bravard, Monographie de la montagne de Perrier, pi. III, 1828. — Croizet et Jobert, 
Recherches sur les ossements fossiles du département du Puy-de-Dôme, pi. I, fig. 6, 1828. — Kaup, Description 
des ossements fossiles des Mammifères qui se trouvent au Muséum grand-ducal de Darmstadt, pi. I, fig. 3 a , 
3b, 5, 5 a , 5b, 5c, et pi. II, fig. la, 1^, 1833. — Ue Blainville, Ostéographie, cahier des Felis, pi. XVIII. — - 
Wagner, Vrweltliche Saùgthier-Ueberrestc ans Griechenland (Abhaud. der bayer. Akad., vol. V, pi. Il, fig. 6, 
1848). — Koth et Wagner, Die fossilen Knochen Ueberreste von Pikermi in Griechenland (Abhand. der bayer. 
Akad., vol. VII, pi. IX,'fig. 1, 2, 3, h, 1854). — Wagner, Neue Beitrcige zur Kenniniss der fossilen Saùgthier- 
Uebcrresle von Pikermi [Abliand. der bayer. Akad., vol. VIII, l rc partie, pi. III, fig. 11, 1857). — Suess, ÏJeber 
die grossen liaubthiere der ôsterr-Tertiar-Ablagcriuigcn (Sitzungsb. der kaiserl. Akad. der W\ ensch., 
vol. XLIII, séance du 7 mars, pi. I, fig. 1, 1861). — 



Albert Gaudry, Animaux fossiles et géologie de l'Attique, 



pi. XVI, 1863. 






CARNIVORES. 



13 



Machœr 



Machœi 



Maehœrodu 



s 



rem d'Auvergne n'avaient pas des incisives aussi coupantes 
kIus cultridens; à cet égard, ils se rapprochaient davantage 

des autres félidés. 

La mandibule du mont Léberon a de très-fines crénelures sur le bord de la 
seconde et de la troisième incisive. La canine a des crénelures bien marquées. 
Entre elle et les prémolaires, il y a un espace assez large pour le passage de la 
grande canine supérieure. La première prémolaire a un fort denticule médian 
précédé et suivi d'un denticule plus petit; elle a aussi un faible talon ou bourrelet 
postérieur. La deuxième prémolaire et la carnassière ne sont représentées que par 
leurs alvéoles. Le menton est beaucoup moins élevé que dans le 

meganthereon. 

Le tibia que j'ai trouvé dans le mont Léberon (pi. II, fig. 2), a m ,275 de 
longueur, bien que sa partie supérieure ne soit pas entière ; sa dimension sur- 
passe un peu celle d'un tibia de Machœrodus que j'ai recueilli dans l'Àttique : elle 
annonce un animal plus grand que les plus forts lions actuels. 

On a récemment acquis une connaissance très-parfaite de l'ancêtre quaternaire 
de nos lions, le Felis leo, variété spelœa ; ce gigantesque carnassier vient d'être 
l'objet d'admirables monographies publiées en Angleterre par MM. Boyd Dawkins 
et Ayshford Sanford (1), en France par MM. Filhol (2). Le Machœrodus cultridens 
devait parfois atteindre presque la même grandeur, mais ses formes étaient un 
peu plus grêles (3). MM. Filhol pensent que le lion des cavernes de la France avait 
des membres plus trapus que le lion actuel; s'il en était ainsi, il faudrait croire que 
l'espèce quaternaire a été plus différente du Machœrodus cultridens que l'espèce 
vivante. Cela ne saurait étonner, car rien ne porte à supposer que le Machœrodm 
ait été un ancêtre des chats d'aujourd'hui; il indique le suprême épanouissement 
du type carnassier: or, M. Rùtimeyer et d'autres paléontologues ont déjà remar- 
qué que les genres destinés à produire des formes nouvelles sont en général des 
types de caractères mixtes, peu prononcés. 



(1) Boyd Dawkins and Ayshford Sanford, the British pleistocenc Mammalia {Palœontographical Society , 

vol. XVIII, 1866, et vol. XXI, 1868). 

(2) E. Filhol et Henry Filhol, Description des ossements de Felis spelœa découverts dans la caverne 

de Lherm (Ariége). Paris, 1871. 

(3) 11 semble en être ainsi d'après les échantillons qu'on a rencontrés jusqu'à présent; mais, sans doute, les 
races des Machœrodus, comme celles des lions, ont pu offrir dans les proportions de leurs membres des varia- 
tions considérables. 



14 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



Variations du lUachœrottwit cultridens 



J'attribue les pièces du mont Léberon au Machœrodus de Pikermi que Roth et 
Wagner ont d'abord séparé sous le nom de teotrinus, mais que Wagner a plus tard 
réuni au Machœrodus cidtridens d'Eppelsheim. Si l'on compare la mandibule 
que les savants naturalistes de Munich ont figurée en 1854(1) et celle qui a été 
décrite dans le mémoire de 1857 (2), on est frappé de leur différence : non-seu- 
lement la dernière est plus petite, mais elle indique un menton moitié moins 
élevé ; il y a aussi un espace moindre entre la canine et la première prémolaire, 
ce qui fait supposer une canine supérieure moins forte. Comme la hauteur du men- 
ton et la grandeur de la canine supérieure sont les principaux caractères du 
genre Machœrodus, on peut dire que, dans la pièce trouvée en 1857, le type 
Machœrodus est moins accentué. Faut-il en conclure que Wagner s'est trompé en 
rapportant les deux mâchoires à la même espèce ? Je ne le pense point, car à côté 
des différences que je viens de rappeler, on observe une ressemblance parfaite dans 
les dimensions des dents inférieures. En outre la mâchoire de ma collection du 
Léberon forme un intermédiaire ; on en jugera par les mesures ci-dessous. 

Mandibule Mandibule 

de Pikermi décrite Mandibule do Pikermi dc'erito 

par Wagner du par Roih et Wagner 

en 1857. Léberon. en 1854. 

Hauteur du menton o^'iO o"'o55 0^091 

Hauteur de la mandibule au-dessous de la 

seconde prémolaire. o,026 0,034 0,042 

Largeur de l'espace compris entre la canine 

et la première prémolaire 0,024 0,031 0,055 

Hauteur de la couronne de la canine. . . 0,026 0,025 0,026 

Largeur de la canine à la sortie de l'alvéole. 0,015 0,015 0,014 

Longueur de la première prémolaire (3). . » 0,019 0,020 

Longueur de la seconde prémolaire. . . . 0,027 » 0,027 

Si l'on prétendait que le Machœrodus du Léberon dont j'ai la mandibule doit 
être considéré comme une espèce distincte du cultridens à cause de sa moindre 
dimension, il faudrait admettre qu'il existait en Provence une seconde espèce au 

(1) Ouvrage cité, pi. IX, fig. 1. 

(2) Ouvrage cite, pi. III, fig. H. 

(3) J'ai recueilli à Pikermi une mandibule de Machœrodus qui est de très-grande dimension et où cepen- 
dant la première prémolaire n'a que m ,017 de longueur. 

I 



CARNIVORES. 



i:> 



moins égale à ce dernier, puisque j'ai découvert un tibia qui indique un Machœ- 
rodus de la plus forte taille. Assurément il n'est pas impossible qu'il y ait eu dans 
lo Léberon et à Pikermi deux espèces de Machœroàus notablement plus grandes 
que la panthère (1), mais cela est encore à démontrer. 

On voit dans l'ouvrage de M. Kaup sur les ossements de Darmstadt le dessin d'une 
canine inférieure qui a été inscrite sous le nom d' ' Acjnotherium (2) ; probablement 
elle provient du Machœrodus cultridens; elle est encore un peu plus forte que 
les plus grandes canines inférieures trouvées à Pikermi. Il existe évidemment une 
disproportion considérable entre la dent de \ A gnolherium et celles des mâchoires 
figurées par Wagner en 1857 (3) ou par moi dans cet ouvrage (pi. II, fig. 1). 

Ainsi, parmi les Machœrodus de môme espèce compris sous le nom de cultridens, 
on observe des variations très-appréciables. 

Il y a un Machœrodus si voisin du cultridens, qu'il semble en être un dérivé : 
c'est le Machœrodus quaternaire que M. Owen a distingué sous le nom de latidens 
parce que ses canines sont un peu plus courtes et comprimées (4). Il se pourrait 
que cette espèce eût présenté les mêmes variations de taille que le Machœrodus 
cultridens.. En effet, ses incisives (5) qu'on a découvertes dans la grotte de Kent 
surpassent de près de la moitié celles de ma collection du Léberon, et pourtant 
M. Gervais (6) a récemment signalé dans une grotte des envirous de Lons-le- 
Saulnier une canine inférieure qu'il rapporte au Machœrodus latidens, et dont 
la grandeur égale à peine celle de la canine du Léberon. 



(1) On n'a pas de raisons pour attribuer la mâchoire du Léberon ou celle de Pikermi trouvée en 1854 à 
l'animal dont j'ai décrit les os des membres sous le nom de félidé de la grandeur d'une panthère, car ses 
mâchoires indiquent une espèce notablement plus forte. 

(2) Planche I des Carnivores, fig. 3 a , 31'. 

(3) Mémoire déjà cité, pi. 111, fig. 11. 

(4) Richard Owen, A History of British fossil Mammals and Birds, p. 179, lig. G9, in-8, 1846. — De Blain- 
ville, Ostéographie, cahier des Felis, pi. XVIII. — Boyd Dawkins and Ayshford Sanford, the British pleistocene 
Mammalia, p. 184, fig. 1, 2, 3 delà page 188, et planche XXV (Palœontographical Society, vol. XXV, 1871). 

(5) Il paraît que ces dents ont été égarées ; j'ai vu le moulage de l'une d'elles que Mac Enery a donné au 
Muséum de Paris. 

(6) Gervais, Zoologie et Paléontologie générales, p. 78, pi. XVIII, fig. 3 et 4, 1867-69. 







16 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



EXPLICATION DES FIGURES. 



PLANCHE II. 



La figure 1 est de grandeur naturelle ; la figure 2 est à ! 2 de la grandeur naturelle. 



FiG. 1 . Mandibule vue sur le côté interne : 1 i. première incisive dont la partie supérieure est brisée ; 

2 i. seconde incisive; 3 i. troisième incisive; c. canine; 1 p. première prémolaire; a. son 
denticule antérieur; m. son denticule médian; po. son denticule postérieur; t. son talon; 
2p, alvéole de la seconde prémolaire ; car. alvéole de la carnassière; s. symphyse. 

Fig. 2. Tibia vu du côté externe : pé. facette en rapport avec le péroné; ex. face externe ; p. face pos- 



f • 



teneure. 



HY^ENA EXIMIA, Rolh et Wagner 



Planche II, fig. 3, 4, 5, 6. 



Les hyènes les plus anciennes qu'on ait encore découvertes en Europe sont celles 
du miocène supérieur de Pikermi, de Baltavar et du mont Léberon. Leur présence 
dans ce dernier gisement est attestée par plusieurs débris; j'en ai vu une canine 
dans la collection de Christol à Montpellier, et un humérus dans le musée Requien 
à Avignon : cet os n'est conservé que dans sa partie inférieure ; il est dépourvu 
de trou olécrânien. M. Gervaisa décrit plusieurs molaires de l'hyène du Léberon. 
J'ai trouve quelques morceaux de la même espèce. 



Description 



Les dents /qui ont été signalées par M. Gervais (1) appartiennent à la mâchoire 
supérieure. Elles ont été inscrites sous le même nom spécifique qu'une mâchoire 
d ' lclitherium dont il sera question plus loin; elles annoncent un animal de plus 
grande taille, et leur ressemblance avec les dents de XHyœna eximia de Pikermi 
me porte à penser qu'elles proviennent.de cette espèce (2). Je reproduis dans la 

(1) Gervais, Zoologie et Paléontologie françaises, pi. XXIV, fig. 2, 3, 4, 5, 1848-52. 

(2) Les pièces d'Hyœna eximia trouvées dans des gisements autres que celui du mont Léberon ont été figurées 






CARNIVORES. 



17 



planche II, 6g. 5, les excellentes figures qui ont été données par M. Gervais. 
Elles représentent une première prémolaire à racine unique, les deux autres 
prémolaires et la carnassière. Ces dents n'ont pas exactement la même proportion 
que celles du crâne dont on voit le dessin dans mon ouvrage sur l'Attique (pi. XIII, 
fig. 1), mais d'autres pièces trouvées à Pikermi ont des dimensions égales. Le 
talon interne de la carnassière supérieure découverte dans le mont Léberon a été 



Ey 



eximia de la Grèce. 
J'ai recueilli ur 



Hya 



eximia. Elle est de môme dépourvue de denticule interne. Son talon est endom- 
magé; il paraît avoir été peu développé. 

J'ai rencontré aussi des morceaux de jeunes hyènes. La figure h représente les 
deux premières molaires de lait de la mâchoire inférieure. La figure S montre 
une mandibule avec la seconde molaire et la carnassière de lait, derrière laquelle 
pousse la carnassière de seconde dentition dépourvue de denticule interne comme 
celle de la figure 6 ; depuis que cette dent a été dessinée, j'ai dégagé son talon 
encore imparfaitement formé. On ne peut pas dire que ces pièces aient une 
ressemblance absolue avec celles de XHyœna eximia de Pikermi, mais leurs 
différences ne me paraissent que des nuances analogues à celles qu'on observe 
fréquemment entre des individus d'une môme espèce. 



Mesures. 

Individus 
du Léberon 

Mâchoire inférieure de jeunes individus. Première molaire m . 

de lait. Longueur \ . 0,011 

Seconde molaire de lait. Longueur 0,014 

Carnassière de lait. Longueur 0,019 

Carnassière inférieure d'individus adultes. Longueur. . 0,026 
Mâchoire supérieure d'individus adultes (1). Première 

molaire. Grand diamètre 0,006 

Seconde molaire. Longueur 0,018 

Troisième molaire. Longueur 0,024 

Carnassière. Longueur 0,037 



Individus 
de Pikermi 



m. 



0,011 
0,013 
0,018 
0,028 



0,007 
0,020 

0,024 
0,040 



dans les ouvrages suivants: Roth et Wagn er ( (A bhandl. der bayer. Akad., vol. Vil, pi. 11, fig. 6, 1854). 
Wagner (Abhandl. der bayer. Akad., vol. VIII, 2 e partie, pi. III, fig. 9, 1857). — 



Albert Gaudry, Animaux fossiles et 



BSuess (Sitzungsb. der kaiser l. 

Akad. der Wissensch., vol. XLIII, p. 221, pi. 1, fig. 3a, 3b, 3% 1861). - 

géologie de l'Attique, pi. XII, fig. 4, 5, 6, pi. XIII et XIV, 1863. 

(1) Les mesures des molaires supérieures du Léberon sont extraites de la Zoologie et Paléontologie françaises 
de M. Gervais. 

3 



18 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



Conclusion. 



A en juger par les pièces connues, l'hyène du Léberon appartient à la même 



Hy 



Je la crois bien 



Hyœ 



me semblent porter les marques d'une parenté très-rapprochée. 



Hyœna fi 



[EXPLICATION DES FIGURES. 



PLANCHE II. 



Les figures sont de grandeur naturelle. 



Fig. 3. Fragment de mandibule d'un jeune individu : 2 m!, deuxième molaire de lait; car', carnassière 

de lait ; on voit en arrière la carnassière de seconde dentition car. 

Fig. U. 1 m', première molaire de lait; 2 m'. seconde molaire de lait. 

Fig. 5. Mâchoire supérieure : \ p. première prémolaire; 2 p. deuxième prémolaire; 3 p. troisième 

prémolaire; car. carnassière. Ce dessin est copié dans la Zoologie et Paléontologie françaises 
de M. Gervais, pi. XXIV, iïg. 2, 3, 4, 5; seulement les dents ont été placées à côté les unes 



des autres. 



Fig. 



6. Carnassière inférieure de deuxième dentition vue sur la face interne pour montrer l'absence 
de denticule sur le bord postérieur; le talon ta. est endommagé. 






ICTITHERIUM HIPPAMONUM, Gaud. (sp. Gervais). 



Planche II, tig. 7, 8, 9, 10. 



Aux carnassiers des genres Hyœna et Machœrodus qui doivent être cités comme 
abondants à l'époque du miocène supérieur, on peut ajouter les Ictitherium. Ces 
animaux ont laissé leurs débris en Bessarabie, dans l'Attique, en Hongrie, et il est 
probable qu'ils ont vécu dans le mont Léberon. La belle collection donnée par feu 

(1) Grâce à l'obligeance de M. Félix Robert, j'ai pu étudier dans le musée du Puy VHyarna brevirostris ; 
comme V Hyœna eximia, cette espèce avait une assez grande tuberculeuse supérieure et une carnassière infé- 
rieure dépourvue de denticule interne. 



CARNIVORES. 



19 



M. Requien au musée d'Avignon contient une partie de mâchoire supérieure qui 
rappelle la plus grande espèce d' Ictitherium de Pikermi (1). Malheureusement cette 
pièce est cassée derrière la première tuberculeuse, et, comme l'existence de deux 
tuberculeuses est un des principaux caractères du genre Ictitherium, il reste 
quelque doute sur sa détermination. Elle a été figurée dans une des planches qui 
devaient accompagner le mémoire de MM. Bravard etPomel sur les vertébrés fossiles 
de Vaucluse. M. Gervais l'a décrite sous le nom d'IJyœna hipparionum pour 
indiquer qu'elle avait été trouvée dans un gisement riche en débris d'hipparions, 
et que l'animal dont elle provenait avait des rapports avec les hyènes. Tout en 
constatant ces rapports, il a d'abord soupçonné très-justement ses analogies avec 
le viverridé que Nordmann a appelé Thalassictis, et qu'on réunit maintenant avec 
le genre Ictitherium (2). Plus tard, il paraît avoir abandonné l'idée d'un rappro- 
chement avec les viverridés, et il a créé pour la mâchoire du Léberon le nom de 
Palhyœna (o). 



Description 



La figure 7 de la planche II représente la pièce du musée d'Avignon : les dents 
chevauchent un peu les unes sur les autres ; ceci provient peut-être de ce que leur 
évolution n'est pas tout à fait achevée. Il devait y avoir trois prémolaires; la 
première n'a pas été conservée; la troisième a un rudiment de denticule antérieur 
plus marqué que chez les Ictitherium de Pikermi. La carnassière est un peu plus 
petite que dans les deux crânes iï Ictitherium hipparionum trouvés en Grèce; elle a 

un bourrelet saillant à son bord interne. La tuberculeuse est plus large que dans 

les hyènes ; sa taille est la même que chez YHyœnictis, mais, comme YHyœnicth 

est un plus grand animal, la tuberculeuse du carnassier du Léberon est propor- 

tionnémentplus forte. 

La figure 9 est le dessin d'une carnassière supérieure qui a été rencontrée dans 
mes fouilles ; cette dent est en partie brisée. 

J'ai recueilli un coprolite (fig. 10) plus petit, plus allongé et d'une structure 
plus compacte que la plupart de ceux d'hyènes dont on a découvert de si nom- 
breux échantillons dans plusieurs gisements quaternaires. Je suppose qu'il provient 



(1) Animaux fossiles et géologie de fAttique, p. 68, pi. XII, fig. 1, 2, 3, 1862. 

(2) Gervîiis, Annales des sciences naturelles, Zoologie, 3 e série, vol. V, p. 248, 1846). — Zoologie et 
Paléontologie françaises, l re édit., p. 121, pi. XII, fig. 1, 1848-52. 

(3) Zoologie et Paléontologie françaises, 2 e édit., p. 242, 1859. 




i 



20 ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 

de YIctitherium. M. Terreil a bien voulu se charger de l'analyser ; voici les cbiffrtfs 
que cet habile chimiste a trouvés : 

Phosphate de chaux et de magnésie 40,00 

Carbonate de chaux et de magnésie 52,75 

Peroxyde de fer, sable micacé et eau ~,25 

U0,00 



Mesures. 



Individus 
du Léberon 



• m. 

Mâchoire supérieure. Seconde prémolaire. Longueur. . 0,013 

Son épaisseur 0,006 

Longueur de son mamelon postérieur. . . . 0,005 

Troisième prémolaire. Longueur 0,018 

Son épaisseur 0,010 

Longueur de son mamelon postérieur .... 0,005 

Carnassière. Longueur 0,026 

Sa largeur, y compris le talon interne 0,015 

Longueur du lobe antérieur 0,008 

Longueur du lobe médian 0,009 

Longueur du lobe postérieur 0,009 

Première tuberculeuse. Longueur 0,009 

Largeur 0,016 

Coprolite. Longueur 0,038 

Largeur 0,020 



Individus 
de Pikermi. 



m. 



0,016 

0,007 
0,004 
0,017 

0,010 
0,004 
0,028 
0,014 
0,009 
0,009 
0,010 
0,007 
0,015 



)) 



)) 






Conclusion. 



Dans l'état actuel de nos connaissances, la ressemblance des pièces du mont 
Léberon avec celles de YIctitherium est si complète, que je crois devoir provisoi- 
rement les rapporter au même genre. Toutefois je n'oserais pas affirmer qu'on 
trouvera sur la mâchoire supérieure la seconde tuberculeuse caractéristique de 
YIctitherium, car ce genre a révélé déjà des transitions si frappantes entre le type 
civette et le type hyène, qu'il pourrait renfermer, soit une espèce, soit une race 
où la seconde tuberculeuse disparaîtrait pour réaliser un passage plus marqué 

à Y Hyœnictis. 



* 



CARNIVORES. 



21 



EXPLICATION DES FIGURES. 



PLANCHE II. 



Les figures sont de grandeur naturelle. 



Fig. 7. Morceau de la mâchoire supérieure qui se trouve à Avignon, dans la collection Requien. Ce 

dessin est une copie de la fig. 1 a , pi. XII de la Zool. et Paléont. franc, de M. Gervais : 2 p. 
seconde prémolaire; 3 p. troisième prémolaire ; car. carnassière; tu, tuberculeuse. 

Fig. 8. Profil de la deuxième prémolaire 2 p. et de la troisième prémolaire 3 p. de la même mâ- 
choire supérieure. 

Fig. 9. Carnassière supérieure en partie brisée : p. denticule postérieur; m. denticule médian. 

Fig. 10. Coprolite. 



ÏCTITHERIUM ORBIGNYI, Gaud. (sp. Gaud. et Lartet)? 



Planche II, fig. 11. 

L'indication de cette espèce est très-douteuse; elle repose seulement sur quatre 
os brisés que j'ai trouvés placés à côté les uns des autres et qui ressemblent à des 
métatarsiens d'un petit carnassier. Leur grosseur inégale rappelle les pattes du 
genre Ictitherium, dans lesquelles les métatarsiens du côté interne sont plus forts 

que ceux du côté externe. Comme ils ne sont qu'au nombre de quatre, il serait 
possible que le premier métatarsien fût resté à l'état rudiinentaire, ainsi que dans 
plusieurs carnivores, et notamment chez les Ictilherium. Les dimensions sont les 
mêmes que dans l'espèce de Pikermi appelée /. Orbignyi (1). Ces os sont dessinés 
de grandeur naturelle, planche II, fig. 11 : 2 m. représente le second métatarsien, 
3 m. le troisième métatarsien, h m. le quatrième, et 5 m. le cinquième. 






(1) Albert Gaudry et Lartet {Comptes rendus de l'Acad. des se., vol. XLIII, séance du h août 1856). — 
Albert Gaudry {Bull, de' la Soc. gèol. de France, 2 e série, vol. XVIII, p. 533, pi. X, fig. 3, 1861); Animaux 
fossiles et géologie de VAttique, p. 74, pi. XI, 1863. 



• 






"22 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉRERO.N 



DINOTHER1CM GIGANTEUM, Kaup? 



Planche III, Vis. 1 et 2. 



Le Dinotherium ne semble pas avoir vécu très-longtemps ; jusqu'à présent, on 
ne Ta trouvé que dans le miocène moyen et le miocène supérieur, c'est-à-dire 
dans les dépôts des époques qui ont vu l'apogée du monde animal. Il peut donc 
être considéré comme un précieux chronomètre. 

J'ai recueilli au pied du mont Léberon quatre os qui annoncent une bête plus 
grosse que les éléphants vivants et les mastodontes du Muséum de Paris ; je pense 
qu'ils proviennent du Dinotherium. L'un d'eux est représenté planche III, fîg. 2 : 
c'est un quatrième métacarpien; sa partie inférieure est brisée, mais ce qui est 

■ 

conservé ressemble tout à fait pour la taille et là forme à un os de Pikermi que 

j'ai attribué au Dinotherium (1) ; sa facette articulaire, destinée à s'unir à l'onci- 

forme, est également très-profonde, elle a m ,145 de long. On voit, figure 1, une 

pièce du carpe qui est aussi remarquable par sa profondeur; je l'ai inscrite sous le 

titre de semi-lunaire, avec beaucoup d'hésitation, car elle est différente de tous 

les os de proboscidiens vivants ou fossiles que je connais : elle a m ,170 de 

longueur sur m , 110 de largeur; sa hauteur est de ra ,080* Une autre pièce 

à moitié brisée a un peu l'apparence d'un trapézoïde; elle a m ,080 de hauteur. 

Enfin, il y a un os qui me paraît aussi provenir du carpe, mais dont je n'ose 

marquer la place, tant il s'éloigne des formes ordinaires ; il a m ,130 de profondeur, 
m ,160 de largeur, m ,110 de hauteur. 

Ces échantillons du Léberon me portent à penser que les membres du Dino- 
therium ne sont pas si semblables à ceux des autres proboscidiens qu'on pourrait au 
premier abord le supposer. On doit d'ailleurs se souvenir qu'un tibia et un astragale 
trouvés à Pikermi indiquent une forme particulière. 11 serait à désirer qu'on 
fouillât le mont Redon ou quelque autre endroit où le Dinotherium est commun, 
afin d'arriver à résoudre définitivement la question de savoir comment était 
construit ce gigantesque et mystérieux animal. 






(1) Animaux fossiles et géologie de l'AHique, pi. XXV, fig. 3. 



PACHYDERMES 



23 



EXPLICATION DES FIGURES 



PLANCHE III. 



Les figures sont à £ de la grandeur naturelle. 



r • 



Fig. 1. Os du carpe inscrit dubitativement sous le nom de semi-lunaire : s. sa face ^supérieure ; a. sa 

face antérieure. 
Fig. 2. Quatrième métacarpien vu de côté : a. son bord antérieur; p. son bord postérieur; l. sa face 

latérale; onc. sa face supérieure en rapport avec l'onciforme. 



RHINOCEROS SCHLEIERMACHERI, Kaup 



Planche III, fig. 3 et 4, et planche IV. 



Les rhinocéridés existaient déjà en France à l'époque éocène, et, depuis le com- 
mencement de Tâge miocène jusqu'à la fin de l'âge du mammouth, ils n'ont cessé 
de compter parmi les quadrupèdes les plus abondants de notre pays. On en rencontre 
deux espèces au pied du montLéberon, une grande et une petite. Tout ce que je 
vais dire ici se rapportera à la première. Je la désigne provisoirement sous le nom 
de Rhinocéros Schleiermacheri qui a été proposé par M. Kaup (1) pour un animal 
d'Eppelsheim bien voisin des rhinocéros actuels de Sumatra. 

Les pièces que j'ai recueillies sont les suivantes : plusieurs mâchoires supérieures 
et inférieures de jeunes animaux, une vertèbre, un humérus brisé dans le bas, 
un radius, des cubitus, des scaphoïdes antérieurs, des grands-os, un onciforme, des 
métacarpiens, un bassin, un fémur, un tibia avec son péroné, un astragale, un 
calcanéum, un cuboïde, un troisième cunéiforme, des métatarsiens et une première 
phalange latérale. En outre, j'ai vu un astragale dans la collection du séminaire 
d'Aix, un fémur et un métacarpien médian dans le musée d'Avignon, un radius 
avec une partie du cubitus à l'École des mines de Paris. 



(1) Description des ossements fossiles de Mammifères qui se trouvent au Muséum grand-ducal de Darmstadt, 
in-A, p. 33, pi. X, fig. 1 et 1*, pi. XI, pi. XII, fig. 1 à 7, et pi. XIII. Darmstadt. 1834. 



24 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



Description. 



Les dents molaires de lait (pi. III, fig. 3 et û) ont pour formule \ comme chez 
les autres rhinocéros connus. Dans leur ensemble, elles ressemblent beaucoup 
à celles des Rhinocéros bicornis d'Afrique, pachygnathns de Pikermi, leptorhinus 
de Montpellier (1) et S chleier mâcher i d'Allemagne. Elles indiquent un animal de 
grande taille. Christol, Falconer et Lartet ont noté que les molaires des rhinocéros 
anciens se distinguaient par un fût moins haut et couvert de moins de cément 
que chez les rhinocéros modernes; ces différences se manifestent en effet dans 
les Rhinocéros pachygnathus et Schleiermacheri a luîtes; mais, à en juger par 

les pièces du Léberon et de Grèce, elles ne sont pas également accentuées sur les 



dents de lait. Ceci ne peut étonner, car on a déjà remarqué qu'en général les carac- 



tères spécifiques sont plus accusés à la deuxième dentition qu'à la première; c'est 
dans l'âge adulte que les espèces présentent le maximum de leur divergence. 

A la mâchoire supérieure (pi. III, fîg. 3, et pi. IV, fîg. 1), la première molaire 
de lait a un développement relativement considérable. La deuxième molaire de lait 
porte vers le milieu de sa muraille externe une très-forte côte; elle n'a pas de 
tubercule interlobaire. Les troisième et quatrième molaires de lait sont également 
dépourvues de tubercule interlobaire; la côte c. placée vers le tiers antérieur 
de leur muraille externe est très-saillante;- leur colline longitudinale /. n'a pas 
de prolongement qui vienne joindre le crochet de la colline transverse t. p. (2). 

Les molaires inférieures de lait (pi. III, fîg. h) n'ont pas de bourrelet. Autant 
que j'ai pu en juger sur des symphyses endommagées, j'ai cru voir des alvéoles 
pour deux incisives. Les mandibules sont plus allongées en avant que dans les 
rhinocéros africains et môme dans le Rhinocéros pachygnathus ; leur bord inférieur 
est assez droit. Le trou mentonnier est placé au-dessous de l'intervalle qui sépare 
la première et la deuxième molaire. 

Aucune tête ni aucune mâchoire d'un animal adulte n'a encore été rencontrée, 
de sorte que nous n'avons qu'une idée très-incomplète de l'animal du Léberon, 
nous ignorons notamment quelle était la forme des os du nez. Toutefois le morceau 


















(1) Le Rh t leptorhinus de Montpellier constitue une race qu'on a désignée sous le titre de Bhinoceros me- 
garhinus. 

(2) Les molaires supérieures des jeunes rhinocéros de Pikermi sont tantôt pourvues, tantôt dépourvues de tu- 
bercules interlobaires. En général, les dents qui en manquent n'ont pas de crochet qui se détache de la col- 
line longitudinale; cependant j'ai vu une mâchoire où les collines longitudinales des molaires ont un crochet, 
bien qu'il n'existe pas de tubercules interlobaires. 



PACHYDERMES. 



25 






delà tète d'un jeune individu représenté planche IV, fig. i, montre que la cavité 
nasale s'arrêtait en arrière au niveau de la première molaire, à peu près comme 
dans le Rhinocéros Schleiermacheri d'Eppelsheim. Cette cavité se termine : 

Dans le Rhinocéros Schleiermacheri de Pikermi et dans le Rhinocéros pachygnathus, au-dessus 

de la seconde molaire ou de la troisième ; 
Dans le Rhinocéros sansaniensis {Schleiermacheri, selon Duvernoy\ au-dessus de l'intervalle 

qui sépare la seconde et la troisième molaire ; 
Dans le Rhinocéros leptorhinus trouvé par Cortesi et dans le Rhinocéros etruscus, au-dessus de 

l'intervalle qui sépare la troisième et la quatrième molaire; 
Dans le Rhinocéros leptorhinus de Montpellier, au-dessus de la première arrière-molaire ou 

de la troisième prémolaire ; 
Dans le Rhinocéros simus, au-dessus de la deuxième molaire ; 
Dans le Rhinocéros bicornis, au-dessus de la troisième molaire; 
Dans les Rhinocéros vivants de l'Inde, de Java et de Sumatra, en avant de la première. molaire. 

Cette énumération montre que, pour la forme de la cavité nasale, l'animal 
du Léberon, comme celui d'Eppelsheim, présentait un état intermédiaire entre 
ce qu'on voit dans les rhinocéros actuels de l'Asie et dans les Rhinocéros simus, 
pachygnathus ou le Rhinocéros Schleiermacheri de Grèce. La position du trou 
sous-orbitaire est en rapport avec la terminaison de la cavité nasale ; il est placé 
au-dessus de la deuxième molaire, tandis que, chez les rhinocéros de Java, de 
Sumatra, de l'Inde, il est au-dessus de la première, et que, chez les rhinocéros 
du type africain, il est reculé au-dessus de la troisième. 

Les os du squelette indiquent un quadrupède de forme moins lourde que les 
Rhinocéros simus et pachygnathus; ils rappellent les Rhinocéros Schleiermacheri 
d'Allemagne et leptorhinus de Montpellier. On a représenté, planche IV, fig. w 2, 
un radius uni avec le cubitus, fig. h un métacarpien médian, et fig. 5 trois mé- 
tacarpiens en connexion. Ces os ont la même longueur, relativement à la largeur, 
que ceux du Rhinocéros leptorhinus de Montpellier, mais ils sont un peu moins 
grands. Ils ressemblent à ceux du Rhinocéros bicornis. Ils sont moins élargis que 
dans les Rhinocéros simus et pachygnathus et môme dans le Rhinocéros Schleierma- 
cheri de Pikermi. Leurs proportions sont les mômes que dans le Rhinocéros 
Schleiermacheri d'Eppelsheim. Je suppose qu'il y avait seulement trois grands méta- 
carpiens ; l'onciforme (fig. 3) ne diffère pas de celui des rhinocéros chez lesquels 
le quatrième métacarpien reste à l'état rudimentaire. Le premier métacarpien 
représenté figure 5 porte une phalange qui est étroite. 

On voit, fig. 6 la moitié d'un bassin, fig. 8 un fémur, fig. 7 un tibia avec une 
partie du péroné. Le calcanéum (fig. 9, cal.) est plus allongé que dans les 



d 



26 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



rhinocéros de Pikeraii ; l'astragale (fig. 9, as.) a une poulie tibiale assez excavée ; 
le cuboïde (fig. 9, cub.) est un peu plus haut que ceux de Pikermi ; le troisième 
cunéiforme (fig. 9, 3 eu.) est étroit, haut et profond, ce qui est bien en rapport avec 
la forme élancée des membres. Les métatarsiens (fig. 10) sont moins lourds que 
ceux du Rhinocéros pachygnathus , plus petits que ceux du Rhinocéros leptorhinus 

* 

de Montpellier, mais de mêmes proportions relatives. 



Mesures. 



m. 

Molaires de lait. Longueur des quatre molaires supérieures. . . . 0,153 

Longueur de trois molaires inférieures (2 e , 3 e , k e ). . . . . . 0,117 

Vertèbre lombaire. Largeur de son corps 0,072 

Radius. Longueur 0,035 

Cubitus. Longueur 0,470 

Largeur de l'olécràne dans son milieu 0,010 

Premier métacarpien. Longueur 0,167 

Le plus grand diamètre vers le milieu 0,035 

Métacarpien médian. La plus grande longueur 0,196 

La plus grande largeur 0,068 

Profondeur de la face carpienne. 0,052 

Fémur. Longueur 0,510 

Tibia. Longueur. . 0,420 

Calcanéum. La plus grande longueur 0,140 

Astragale. Longueur 0,083 

Largeur la plus grande ...0,115 

Troisième métatarsien. Longueur .0,150 

Le plus grand diamètre vers le milieu 0,033 

Première phalange d'un doigt latéral. Longueur 0,036 

Largeur de la facette supérieure 0,032 

Largeur de la facette en rapport avec la deuxième phalange. . . 0,026 









Variations des Rhinocéros SchMeiertnacheri 



A en juger par les matériaux jusqu'à présent recueillis, je ne pense pas que le 
Rhinocéros du Léberon ait été très-éloigné du Rhinocéros leptorhinus de Mont- 
pellier (1) ; mais c'est avec le Rhinocéros Schleiermacheri d'Eppelsheim qu'il paraît 
avoir eu le plus de rapports. Le Rhinocéros sansaniensis a été considéré par 



(1) Gervais, Zoologie et Paléontologie françaises, 2 e édit., p. 91, pi. I, fig. 1, 2, pi. Il, pi. XXX, fig. 3, 
1859. 






PACHYDERMES. 



27 



Duvernov comme une race du Schleiermacheri (1); il diffère plus de l'animal du 
Léberon que celui d'Eppelsheim, il est plus petit, sa cavité nasale s'étend plus 

en arrière. 

Le Rhinocéros Schleiermacheri de Grèce (2) se distingue également des rhino- 
céros du Léberon et d'Eppelsheim. Son ouverture nasale se porte plus en arrière, 
ses os des membres sont moins grêles et sont difficiles à séparer de ceux du 
Rhinocéros pachygnathus. On aurait peut-être autant de raisons pour considérer 
le Rhinocéros Schleiermacheri de Grèce comme une race du pachygnathus que pour 
en faire une race du Schleiermacheri d'Allemagne. Si j'ai suivi l'exemple de Wagner 
qui l'a rangé sous le titre de Schleiermacheri, c'est que ses os du nez, vus en dessus, 
rappellent tout à fait ceux de l'espèce d'Eppelsheim. 

Il y a lieu d'être étonné de la peine qu'on éprouve encore aujourd'hui à 
déterminer les espèces de rhinocéros fossiles, quand on réfléchit que ces quadru- 
pèdes ont été l'objet des études spéciales des plus habiles paléontologues, Guvier, 
de Christol, Kaup, Duvernoy, Richard Owen, Falconer, Gervais, Wa 
Lartet, Boyd Dawkins, etc. Blainville a déclaré que nul genre ne lui avait coûté 
plus de soin que celui des rhinocéros, et pourtant il a abouti à faire des rappro- 
chements que ses successeurs ont pour la plupart désapprouvés. Je ne prétends pas 
excuser totalement Blainville; cependant, pour qu'un homme si expérimenté ait 
cru devoir réunir plusieurs espèces, il a dû avoir un motif. Ce motif, c'est sans 
doute que les rhinocéros, malgré certaines différences appelées spécifiques, ont 
entre eux des ressemblances très-grandes. On ne peut comparer leurs ossements 
sans croire toucher les débris de parents étroitement unis: cela m'a frappé quand 
j'ai étudié les fossiles de Pikermi; cela me frappe encore lorsque j'étudie les 
fossiles du Léberon. 



(1) Edouard Lartet, Notice sur la colline de Sansan, p. 29. In-8, Audi, 1851. 



Duvernov, Nouvelles 



Etudes sur les Rhinocéros fossiles (Archives du Muséum, vol. VII, p. 71). — F. Peters, Zur Kenntniss der Wir- 
helthiere aus den Miocân-schichten von Eibiswald in Steiermark, 3 e cahier, p. 3, pi. I, pi. II, fig. 1 à 5, 
pi. III, iig. 1 et 2. In-4, Vienne, 1869. 

(2) On pourra consulter au sujet de cet animal les ligures suivantes: Wagner, Abhandl. der bayer. Akad, 
der Wissensch., vol. 5, 2 e partie, pi. III, fig. 1 et 2, sous le nom de Rhinocéros pachygnathus, 1848. — Wagner, 
Abhandl. der bayer. Akad. der Wissensclu, vol. VIII, l rc partie, pi. IV, iig. 14, 1857. — Albert Gaudry, Ani- 
maux fossiles et géologie de VAttique, pi. XXXII, 1864. 



28 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



EXPLICATION DES FIGURES. 



PLANCHE III. 



Les figures sont de grandeur naturelle 



Fig. 3. Portion de crâne d un jeune individu vue du côté interne : 1 m. première molaire de lait ; 2 m. 

seconde molaire de lait; 3 m. troisième molaire de lait; 4 m. quatrième molaire de lait; 
/. colline longitudinale; t. a. colline transverse antérieure; t. p. colline transverse posté- 
rieure ; cr. crochet ; b. bourrelet antérieur. 

Fig. U. Mâchoire inférieure d'un jeune individu vue sur la face externe: 1 m. alvéole d'une première 

molaire de lait qui semble avoir été petite ; 2 m. seconde molaire de lait ; 3 m. troisième 
molaire de lait \ km. quatrième molaire de lait. 



PLANCHE IV. 



La figure 1 est de grandeur naturelle; les autres sont au J. 



Fig. 1. Même portion de crâne qui a été représentée planche III, figure 3. Elle est dessinée sur la face 

externe : n. bord de l'ouverture nasale ; s. o. trou sous-orbitaire ; 1 m. première molaire de 



lait; 2 m. seconde molaire de lait avec une très-forte côte médiane c; 3 m. troisième molaire 
de lait ; 4 m. quatrième molaire de lait. 

Fig. 2. Os de l'avant-bras : ra. radius; eu. cubitus; sig. sa cavité sigmoïde ; 61. son olécrâne. 

Fig. 3. Onciforme vu de face : py. facette sur laquelle le pyramidal doit poser; se. facette en connexion 

avec le semi-lunaire ; m. face qui s'appuie sur les métacarpiens. 

Fig. k. Métacarpien médian, vu de face : g.o. facette sur laquelle pose le grand-os; onc. facette contre 

laquelle Fonciforme s'appuie. 

Fig. 5. Métacarpiens vus de face : 1m. premier métacarpien (homologiquement c'est le second); 

2 m. métacarpien médian (homologiquement c'est le troisième) ; 3 m. troisième métacarpien 
(homologiquement c'est le quatrième); tr. facette en rapport avec le trapézoïde; g.o. fa- 
cettes en rapport avec le grand-os; onc. facettes en rapport avec fonciforme; 1 p. première 

phalange. 
Fig. 6. Partie du bassin vue de côté : cot. cavité cotyloïde; il. iliaque ; is. ischion; pu. pubis. 
Fig. 7. Tibia vu en avant : cr. sa crête; m.i. malléole interne; pé. péroné. 
Fig. 8. Fémur vu par derrière : t. sa tête; tr. grand trochanter; tr.l. trochanter latéral. 
Fig. 9. Tarse vu en dessus: as. astragale; cal. calcanéum; euh. cuboïde ; 3 eu. troisième cunéi- 
forme. 
Fig. 10. Métatarsiens vus de face : 1 mé. premier métatarsien (homologiquement c'est le second; 

2 mê. métatarsien médian (homologiquement c'est le troisième); 3 mé. troisième métatarsien 
(homologiquement c'est le quatrième). 






PACHYDERMES. 



29 



ACEROTHERIUM INCISIYUM, Kaup (sp. Cuvier) 



Planche V, fig. 1,2, 3, h, 5, 6. 



Les os de la seconde espèce de rhinocéridé que j'ai trouvée au pied du mont 
Léberon sont les suivants : un humérus, deux cubitus, un scaphoïde antérieur, 
un pyramidal, un calcanéum, un astragale, trois métatarsiens qui sont en con- 
nexion, mais sont malheureusement très-tronqués. Sauf un cubitus, toutes ces 
pièces ont été recueillies dans le gisement du bas, au lieu que le Rhinocéros 
Schleiermacheri a été exhumé dans le gisement du haut. La collection de Christol, 
qui est dans le musée de Montpellier, renferme un humérus et un radius du mont 
Léberon, qui pourraient appartenir à la petite espèce dont je m'occupe ici. 



Description. 



L'humérus de ma collection (pi. V, fig. 1) est plus grêle que ceux des rhinocéros 
africains, du Rhinocéros paehygnathw, et même de l'espèce du Léberon, attribuée 
au Rhinocéros Schleiermacheri. Il n'a pas dans la région épicondylienne le grand 
élargissement qui se voit d'ordinaire chez les Rhinocéros simus, bicornis, ticho- 
rhinus et pachygnathus. En cela, il rappelle le Rhinocéros Schleiermacheri 
d'Eppelsheim et le Rhinocéros leptorhinus. Je ne pense pas qu'il faille attacher une 
importance spécifique à ce caractère; car, en étudiant les animaux de Pikermi, 
j'ai vu qu'il présente de singulières variations dans une même espèce. 

Le cubitus (fig. 2) est brisé dans le milieu, de sorte qu'on ne peut connaître sa 
longueur; mais son olécrâne large, peu élevé, avec un fort crochet postérieur, 
la forme grêle de sa diaphyse et le peu de largeur de sa face carpienne, permettent 
de le distinguer des os que je rapporte au Rhinocéros Schleiermacheri. Un pyra- 
midal (fig. 3) s'adapte à ce cubitus ; il est haut et étroit. J'ai une autre pièce du 
carpe, un scaphoïde, qui est également grêle, comprimé, et diffère des scaphoïdes 
attribués au Rhinocéros Schleiermacheri. 

Les figures 4, 5 et 6 représentent des pièces du tarse et du métatarse qui sem- 
blent provenir du même individu, et annoncent un animal notablement plus 
faible que celui dont les membres sont dessinés dans la planche IV. Les portions 



30 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



du calcanéum (fîg. 5), placées au-dessous des facettes sur lesquelles s'appuient le 
cuboïde et le côté interne de l'astragale, ont un épaississement que je ne retrouve 
ni sur le calcanéum du lihinoceros Schleiermacheri du Léberon, ni sur les pièces de 
Pikermi que j'ai inscrites sous les noms de Rhinocéros Schleiermacheri et pachi/- 
gnathus. L'astragale (fîg. h) a sa facette scaphoïdienne à l'aplomb de la poulie; 
ce caractère se montre dans le cheval et Thipparion ; il n'en faut pas conclure 
que l'animal auquel il a appartenu a marqué des tendances vers les équidés. 
Si, en effet, on regarde la figure 6, on verra que le troisième métatarsien a 
pris un développement considérable, tandis que le premier est diminué. Or, le 
troisième métatarsien des rhinocéridés représente homologiquement un quatrième 
métatarsien, et l'agrandissement de cet os indique une tendance opposée à 
celle des équidés. 



Iles urcs. 



Humérus. Longueur. . . . „ q 420 

Largeur vers le bras de la crête deltoïde o,140 

Largeur la plus grande clans la région inférieure 0,145 

Cubitus. Largeur de l'olécràne dans son milieu 0,083 

Distance du bec de l'olécràne à son sommet 117 

Pyramidal. Hauteur 048 

Largeur 0,042 

Astragale. Longueur 061 

Largeur la plus grande 077 

Calcanéum. Longueur 105 

Premier métatarsien. Largeur de la face supérieure 0,018 

Profondeur de la face supérieure 0,040 

Deuxième métatarsien. Largeur de la face supérieure 0,040 

Troisième métatarsien. Largeur de la face supérieure 0,039 






Les os que je viens de signaler diffèrent certainement pour la forme et la gran- 
deur de ceux du Rhinocéros Schleiermacheri. Je les inscris sous le nom provisoire 
d' Acerotherium incisivum, parce qu'ils ont quelques rapports avec ceux d'Op- 
penheim, qui ont été décrits sous ce titre par M. Kaup (1). La ressemblance n'est 



(1) Description d'ossements fossiles qui se trouvent au Muséum grand-ducal de Darmstadt, 3° cahier, p. 57, 
pi. XV, fig. 1, 2 : 3, 4, 5, 6, 7. In-4, 1834. 



PACHYDERMES. 



31 



pas complète : par exemple, l'astragale figuré par M. Kaup a sa face scaphoï- 
dienne moins rapprochée de la poulie que dans l'astragale du Léberon. Les pièces 
de ma collection sont insuffisantes pour établir avec quelque certitude une déter- 
mination spécifique. 

J'ai recueilli à Pikermi une mâchoire &' Acerotheriam et deux os des pattes (1), 
qui appartiennent peut-être à l'espèce delà Provence. 



EXPLICATION DES FIGURES. 



PLANCHE V. 



Les figures sont au cinquième de la grandeur naturelle. 

Fig. 1. Humérus vu sur la face antérieure : tr. trochiter ; tn. trochin; W, gouttière bicipitale ; dcJ. crête 

deltoïde; èp. épicondyle; ce. condyle externe; tro. trochlée; cor. dépression coronoï- 
dienne. 

Fig. 2. Cubitus vu du côté interne : o. olécrâne; cr. son crochet postérieur; s. son sommet où s'atta- 
chaient les extenseurs de l'avant-bras; b. bec de l' olécrâne; sig. cavité sigmoïde dont le 
bord inférieur est brisé; m, enfoncement où le radius adhérait; pis. facette du pisiforme; 
py. face du pyramidal. 

Fig. 3. Pyramidal vu de face; cet os s'articule parfaitement avec le cubitus de la figure 2 : a. sa face 

antérieure ; se. côté du semi-lunaire ; eu. côté du cubitus. 

Fig. 4. Astragale vu en dessus : t. poulie tibiale; se. face scaphoïdienne ; eu. facette cuboïdienne. 

Fig. 5. Calcanéum vu en dessus: ta. apophyse talonnière : a. facettes as tragaliennes ; eu. côté du 

cuboïde. 

Fig. 6. Métatarsiens vus en dessus et de face : ^ mé. premier métatarsien (homologiquement c'est le 

second) ; 2 c. sa facelte en rapport avec le second cunéiforme ; 2 mé. second métatarsien 
(homologiquement c'est le troisième) ; 3 c. sa facette en rapport avec le troisième cunéi- 
forme ; 3 mê. troisième métatarsien (homologiquement c'est le quatrième) ; onc. sa facette en 
rapport avec l'onciforme. 



(1) Animaux fossiles et géologie de l'Attique, pi. XXXIII, fig. à et 5. 




32 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



HIPPÀRION GRACILE, Kaup (sp. de Christol). 



Planche V, fig. 7, 8, 9, 10; planche VI, et planche VII, figure 1. 



Les herbivores du groupe des équidés (1) n'ont pas été observés dans des terrains 



ceux 



époque, ils se sont multipliés jau point de former de grands troupeaux, dont les 
restes se rencontrent dans beaucoup de contrées. Les collections du Nebraska ont 
offert à M. Leidy un si grand nombre d'équidés, qu'il a cru pouvoir appeler l'Amé- 
rique du Nord le pays des chevaux . On a découvert dans l'Inde des animaux qui 
avaient la dentition des hipparions. M. Davies m'a montré dans le British Muséum 
des dents qui ont été rapportées de Chine par M. Hanburg, et ressemblent à celles 
des équidés de l'Inde. En Allemagne, en Hongrie, dans les montagnes de la 
Souabe, en Grèce, en Espagne, on a recueilli des pièces d'hipparions. Ces quadru- 
pèdes ont laissé leurs débris dans plusieurs endroits du midi de la France : 
M. Jourdan m'a montré dans le musée de Lyon des dents d'hipparions qui ont 
été trouvées à la Croix-Rousse, à Fourvières, à Saint-Clair et dans la partie du 
lit de la Saône où l'on a fait des dragages pour l'enlèvement des roches du pont 
Nemours. Il m'en a fait voir aussi de Saint-Fonds près de Lyon, de Saint-Jean 
de Bourney (Isère), d'Oussiat (Ain), de Crépol et de Mas de Guignon (Drôme). 
On a encore signalé des dents d'hipparions à Montpellier (2), au mont Redon 
(Aude), à Aurillac (Cantal), à Aix (Bouehes-du-Rhône) , à Visan (Vaucluse). Les 
restes de ces animaux abondent surtout dans le mont Léberon; j'en ai recueilli 
plus de sept cents morceaux, et j'en ai laissé sur le terrain de nombreux débris 
qui gênaient mon exploitation par leur profusion et leur enchevêtrement. 

f 

Les hipparions du mont Léberon ont été décrits pour la première fois en 1832 
par Christol (3). Cet habile naturaliste a très-bien montré que l'isolement de 
la colonne de leurs molaires supérieures, et leurs pattes de derrière composées 
de trois doigts, devaient les faire séparer du genre cheval. 

M. Gervais a décrit et figuré plusieurs pièces des hipparions du Léberon ; il a 


















(1) Je ne comprends pas sous ce nom les Anchithcrium , pachydermes qui sont en voie de devenir 
hipparions, mais ont encore gardé une grande partie des caractères de leurs ancêtres les Palœotherium. 

(2) Cette indication n'est pas certaine. 

(3) De Christol, Ann. des se. et de Vind. du midi de la France, vol. I, p. 180. In-8, Marseille, 1832. 



des 



\ 



PACHYDERME-. 



33 



pensé qu'ils n'appartenaient pas à la même espèce que l'hipparion (Hippotherium 
gracile) d'Allemagne, signalé par Hermann de Meyer (1) et par M. Kaup (-2). Il a 
proposé pour eux les noms iïHipparion prostylum , mesostylum , diplostylum ; 
bientôt après, il a reconnu que ces trois espèces n'en formaient qu'une seule, 



H> 



Wa 



Hippa 



avait été établi, c'est-à-dire qu'ils ont souvent une colonnette d'émail engagée dans 
le cément au bord antérieur des molaires inférieures. C'est pourquoi les natura- 
listes de Munich ont réuni les hipparions d'Allemagne, de Grèce et de Provence 
sous le titre à'Hipparion gracile (6). Malgré l'avis du savant M. Hensel (7), je 
serais disposé à croire que ce rapprochement est fondé. 



Description. 



Les planches V, VI et VII renferment les dessins de plusieurs pièces des hippa- 
rions du mont Léberon. En regardant les figures 9, 10, 11 de la planche VI et la 
ligure 1 de la planche VII, on verra que les os des membres ressemblent à ceux 
des hipparions de Pikermi, sauf qu'ils sont en général plus grêles et plus petits. 
Le dessin d'une partie de la tète (pi. VI, fîg. 1) prouve que les animaux de la 
Provence avaient également des larmiers. On a représenté (pi. V, fig, 7 et 8) des 
mâchoires de jeunes individus avec leurs dents de lait; dans ces échantillons, on 
n'aperçoit ni à la mâchoire inférieure, ni à la mâchoire supérieure, la petite 
molaire rudimentaire qui doit être placée en avant des grandes molaires; mais 



(1) Hermann de Meyer (Nova Acta Acad. nat. curios., vol. XVI, 2 e partie, p. 425, pi. XXX, XXXI et 
XXXII, iig-. 31, 32, 33, 1833). 

(2) Kaup, Die zwei urveltlich'-a pferdeartigen Thiere v;elche in tertio ren Scinde bei Eppelsheim gefunden 
werden, bilden eine eigene Unter-AhtJmlung der Cattung Pferd (Nova Acta Acad. nat. carios., pi. XVIÏ, 
part. 1, p. 173, 1833). 

(3) Gervais, Comptes rendus de VAcad. des se., vol. XX1X, p. 285, 1849. — Zoologie et Paléontologie 
françaises, l re édition, explication de la planche 19, fig. 1 à 11, et 2 e édit,. p. 81, 1859. 

(4) Roth et Wagner, Die fosnlen Knochen Ueberreste von Pikermi in Griechenland (Abhandl. der bayer. 
Akad., vol. VII, Munich, 1854). 

(5) llpo, devant; arùXo;, colonne. 

(6) DuuTiioy a pensé que les hipparions du Léberon et de la Grèce étaient de la même espèce; il semble 
avoir supposé que celui d' Eppelsheim était d'espèce différente. (Deuxième note sur les ossements fossiles de 
Pikermi près d'Athènes, Comptes rendus de VAcad. des se, vol. XXXVIII, séance du 29 mars, 1854.) 

(7) Hensel, Ueber Hipparion méditer raneum (Abhandl, der Kônigl. Akad. der Wissensch. zu Berlin ans dem 
Jahre 18G0, p. 27, 1861). 



84 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBEUOX. 



j'ai observé cette dent aux deux mâchoires sur d'autres échantillons du Léberon, 
(die avait une existence éphémère. Les figures 9, 10 de la planche V, et les 
figures 2, 3 de la planche VI, offrent des exemples de la seconde dentition ; j'ai 
enlevé le cément sur une partie des dents inférieures (fig. 10, ia, 2a) pour 
montrer qu'il y avait des colonnettes non-seulement sur les molaires de lait, mais 
souvent aussi sur les arrière-molaires; on en rencontre également sur les prémo- 
laires. J'ai fait dessiner quelques molaires isolées qui m'ont semblé particuliè- 
rement instructives. Ainsi, les figures h et 7 de la planche VI représentent des 
molaires supérieures, sur lesquelles on peut facilement saisir les diverses parties 
qui composent la dent de l'hipparion: les deux lobes externes e.a. et e.p; les 
deux lobes médians m.a.etm.p., et les deux lobes internes disposés sous forme 
de colonnes c.a. et c.p. La ressemblance de ces colonnes clans la figure 7, est si 
grande, qu'il est difficile de ne pas les regarder comme des éléments homologues. 
Les figures 7 et 9 de la planche V montrent la colonne antérieure de la première 
molaire de lait et de la première prémolaire s'unissant au fût, de manière à 
simuler une presqu'île comme dans les chevaux; la figure 6 de la planche VI fait 
voir que d'autres dents peuvent aussi, lorsqu'elles sont usées, offrir le même 
caractère. En comparant la figure 5 de la planche VI avec la figure k de la môme 
planche ou la figure 9 de la planche V, on s'assurera qu'il y a de grandes varia- 
tions dans les contournements des lobes médians des molaires supérieures, et par 
conséquent clans le plissement des lames d'émail qui bordent leur dentine. 
La figure 8 de la planche VI a été prise sur une molaire inférieure qu'on a un peu 
débarrassée de son cément pour laisser paraître sa colonnette antérieure externe ; 
il ressort de cette figure que la colonnette présente des aspects variables suivant 
l'usure de la dent: quand la dent n'est pas usée, on ne l'aperçoit pas; lorsque la 
dent est un peu usée, la colonnette est séparée et se présente sous forme d'île ; 

quand la dent est plus usée, la colonnette s'unit à la dent et simule une pres- 
qu'île. 





















PACHYDEPiMKS 



43 



Mesures. 






Individus 

les plus faibles 

du Léberon. 

Série des trois grandes molaires de lait de la m. 

mâchoire supérieure. Longueur 0,090 

Série des trois grandes molaires de lait de la 

mâchoire inférieure. Longueur 0,082 

Série des six molaires de la mâchoire supérieure. 0,123 

Série des six molaires de la mâchoire inférieure. 0,132 
Largeur de la mâchoire inférieure entre le bord 

externe des troisièmes incisives 0,065 

Humérus. Moindre largeur du corps 0,025 

Largeur de la face articulaire inférieure. . . 0,051 
Radius. Largeur la plus grande de la région 

supérieure 0,053 

Moindre largeur du corps 0,030 

Scaphoïde. Hauteur 0,022 

Semi-lunaire. Hauteur 0,021 

Pyramidal. Longueur la plus grande. . . . 0,025 

Pisiforme. Longueur la plus grande. . . . . 0,031 

Trapézoïde. Hauteur 0,015 

Grand-os. Largeur 0,026 

Onciforme. Hauteur 0,019 

Fémur. Moindre largeur 0,036 

Largeur la plus grande de la partie inférieure. 0,067 

Epaisseur dans la région du condyle interne 

(d'avant en arrière) 0,085 

Rotule. Largeur la plus grande 0,046 

Tibia. Longueur sur le bord externe 0,300 

Moindre largeur 0,031 

Largeur de la face inférieure 0,050 

Astragale. Longueur 0,046 

Largeur la plus grande 0,043 

Calcanéum. Longueur 0,091 

Hauteur vers son milieu 0,035 

Scaphoïde postérieur. Largeur 0,033 

Principal cunéiforme. Largeur 0,034 

Cuboîde. Longueur. . 0,031 

Première phalange du doigt principal. Longueur. 0,055 

Largeur la plus grande 0,031 

Seconde phalange du doigt principal. Longueur. 0,030 

Largeur la plus grande 0,029 

Phalange onguéale. Longueur de la face supé- 
rieure dans son milieu 0,040 

Largeur la plus grande 0,038 



Individus Individus 
les plus forls les plus faibles 
du Léberon. de Pikermi. 



m. 

)) 



0,086 
0,145 
0,144 



0,065 
0,030 
0,064 



0,064 
0,033 
0,023 
0,022 
0,028 
0,032 

» 
0,032 
0,020 
0,038 
0,074 



0,094 



» 



0,287 

0,041 
0,059 
0,054 
0,054 
0,100 
0,037 
0,037 
0,035 
0,037 
0,057 
0,034 
0,037 
0,034 



m. 

0,087 



0,086 
0,130 
0,127 



0,064 
0,029 
0,062 



0,063 
0,034 
0,021 
0,022 
0,030 
0,037 
0,015 
0,033 
0,019 
0,037 
0,075 



0,086 
0,040 
0,258 
0,037 
0,057 
0,050 
0,050 
0,096 
0,037 
0,035 
0,034 
0,032 
0,055 
0,033 

0,034 
0,030 



Individus 
les plus forls 
de Pikermi. 

m. 

0,093 



0,093 
0,154 
0,160 



0,066 
0,035 
0,079 



0,068 
0,045 

0,029 
0,026 
0,038 
0,046 
0,018 
0,039 
0,025 
0,044 
0,094 



0,117 
0,055 
0,340 
0,050 
0,071 
0,064 
0,065 
0,120 
0,047 
0,046 

0,045 
0,039 

0,070 
0,044' 
0,044 
0,044 



0,047 
0,042 



0,040 
0,030 



0,062 
0,052 






36 



AAÏ.MAUX FOSSILES DU MONT LEBERON 



Sur la race à laquelle appartient l'Hipparlon gracile 

du mont Iiébcron. 






Dans mon ouvrage sur les animaux de Pikermi, j'ai cherché à montrer qu'il y 
avait eu dans ce gisement deux races d'hipparions : l'une lourde, l'autre grêle. 
Quoique leurs extrêmes soient assez différents, j'ai pensé qu'on ne pouvait pas les 
attribuer à des espèces distinctes, attendu qu'on observe entre elles les transitions 
les plus insensibles. La forme grêle se trouve dans le mont Léberon, et elle y est 
mieux accusée ; car, d'une part, je n'ai pas rencontré d'individus aussi forts que 
les plus forts de Pikermi, et au contraire j'ai vu des os qui indiquent des propor- 
tions plus grêles que dans aucun hipparion de la Grèce. On s'en rendra compte 
en examinant le tableau des mesures qui précède. Certainement, les troupeaux de 
la Provence durent offrir un aspect un peu différent de ceux de l'Attique, étant 
composés de bêtes généralement plus petites et plus grêles. Faut-il en tirer la 
conséquence que, dans le Léberon, la race grêle de Pikermi s'est localisée, de telle 
sorte que ses individus ont cessé cle produire avec la race lourde, et qu'ainsi ils 
méritent un nom d'espèce différent? Une telle conclusion ne me semble point 
déraisonnable, mais tout au moins elle est douteuse, puisque même dans le Lébe- 
ron, on voit une assez grande inégalité dans les proportions des os(l). 

J'ai cru remarquer que dans la variété lourde de l'Attique, les métacarpiens 
étaient plus courts comparativement aux métatarsiens que dans la variété grêle ; 
la race du Léberon, quoiqu'elle appartienne à la variété grêle, me paraît avoir eu, 
comme la variété lourde de Grèce, des métacarpiens peu allongés ; je ne veux 
cependant rien affirmer à cet égard, parce qu'il est difficile de bien apprécier la 
grandeur relative d'os qui n'ont pas été trouvés en connexion. 

Comme la faune d'Eppelsheim est sans doute d'un âge un peu plus ancien que 
celle du mont Léberon , il est naturel de penser que ses hipparions sont d'une 



(1) Si l'on n'avait à considérer que la race grêle du mont Léberon et la race lourde de Pikermi, on pourrait, 
comme je l'ai fait en 1864, continuer à séparer ces races sous des noms distincts; la première serait appelée 
Hipparion prostylum, et la seconde serait appelée H. gracile. Mais, puisqu'il me parait impossible de distinguer 
la race grêle du Léberon d'avec la race grêle de Pikermi, et que celle-ci à son tour ne peut être nettement sépare 
de la race lourde, je me trouverais dans le plus grand embarras pour nommer les écliantillons de Pikermi, 
beaucoup d'entre eux formant des intermédiaires qui ont autant de droits à être appelés prostylum qu'à êtr» 
appelés gracile. En outre, d'après les règles de la nomenclature, ce serait la race la moins grêle qui devrait 
être nommée Hipparion gracile; il en résulterait nécessairement des confusions. 















PACHYDERMES 



37 



autre espèce; cependant, il ne me semble pas que les différences jusqu'à présent 
signalées révèlent une distinction spécifique. 

VHipparion crassum, dont M. Gervais(l) a décrit quelques os, avait des canons 
plus courts qu'aucun autre hipparion. Je suppose provisoirement qu'il représente 
une espèce et non une race. L'écart entre les hipparions les plus grêles du Léberon 
et XHipparion crassum est assez grand pour permettre de douter que ces animaux 
aient produit ensemble. 






Des transitions entre les bipparions et les chevaux. 



Les remarques qui ont été faites par plusieurs naturalistes (2) et par moi m'ont 
porté à penser que sans doute le genre cheval est descendu du genre hippariou. 
En entreprenant des fouilles dans le mont Léberon, j'avais l'espérance que la com- 
paraison des nombreux os de ce gisement et de celui de Pikermi fournirait 



quelques nouveaux indices de transition entre ces deux genres. Je dois avouei 



que j'ai été déçu dans mon espérance; peut-être la diminution du plissement 
de l'émail s'observe un peu plus fréquemment sur les mâchoires supérieures du 
Léberon que sur celles de Pikermi, et surtout que sur celles d'Eppelsheim ; peut- 
être aussi dans le Léberon, la colonne antérieure des molaires supérieures 
adhère un peu plus à leur fût; mais ces nuances, qui marqueraient un degré 
de plus vers le type cheval, sont tellement vagues, qu'on doit considérer les 
hipparions du Léberon et de Pikermi comme ayant représenté le même état 
d'évolution. 

Si la comparaison des équidés fossiles d'Europe a jusqu'à présent révélé peu 
de formes intermédiaires entre le genre cheval et le genre hipparion, la compa- 
raison des espèces étrangères à l'Europe indique, au contraire, des transitions. 
L'importante étude de M. Leidy sur les fossiles des rives du Niobrara (3) me 
semble fournir la preuve de passages pour la dentition. En effet, les molaires 
supérieures des hipparions d'Europe diffèrent de celles du cheval, parce que 
leurs laines d'émail sont plus plissées ; or, plusieurs des molaires figurées par 



(1) Zoologie et Paléontologie générales, p. 154, pi. XXXI, iig. 7-8, 1867-69. 

(2) Je dois citer particulièrement, outre l'ouvrage déjà mentionné de M. Hensel, le beau mémoire de M. Rù- 
timeyer, intitulé Beitrùge zur Kenntniss der fossilen Pferde und zur vergleichenden Odontographie der Huf- 
thiere uberhaupt (Verhandl. der ^Saturfors. Gesells. m Basel, p. 558, 1863). 

(3) Leidy, The extinct mammalian Fauna of Dakota and Nebrasha, in- h. Philadelphie, 1869. 



38 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



M. Leidy (1) sont moins plissées que celles du mont Léberon. Les molaires supé- 
rieures des hipparions d'Europe ont pour caractère d'avoir leur colonne antérieure 
isolée dans la plus grande partie de sa hauteur, de sorte que son usure donne la 
ligure d'une île au lieu de la figure d'une presqu'île; mais dans les dents inscrites 
par M. Leidy sous le nom de Protohippùs (2), la colonne antérieure adhérait plus 
au fût que dans les dents de l'hipparion de nos contrées. Les molaires supérieures 
des hipparions d'Europe se distinguent, parce qu'en général leur colonne anté- 
rieure est arrondie et n'est pas beaucoup plus grande que leur colonne postérieure, 
tandis que chez les chevaux la colonne antérieure est comprimée et bien plus 
grande que la colonne postérieure; au contraire, les dents figurées par M. Leidy 
sous le nom à'Hipparion occidentale (S) et surtout sous celui $ affine (4) montrent 
une colonne antérieure comprimée et bien plus forte que la colonne postérieure. 
Ainsi, diverses dents trouvées en Amérique comblent la lacune qui séparait la denti- 
tion de la mâchoire supérieure dans le genre cheval et dans le genre hipparion. 
Il serait possible que plusieurs de ces dents, attribuées à des espèces diffé- 
rentes, provinssent d'animaux de même espèce. En effet, les molaires inscrites 
sous le nom à'Hipparion gratum sont un peu plus petites et moins plissées que 



c 



H, 



résulter de ce que ce sont des arrière-molaires; quant au plissement de l'émail, la 
comparaison de la figure 5, planche VI, et de la figure 9, planche V de ce mé- 
moire, montre combien il est variable dans une môme espèce ; il m'a quelquefois 
semblé qu'il était moindre dans les dents de petite dimension. M. Leidy a dis- 
tingué par la désignation de Protohippùs perditus et placidus des molaires supé- 



i 



Hippai 



colonne antérieure est unie au fût, de telle sorte que leur coupe donne au lieu de 
la figure d'une île la figure d'une presqu'île ; or, si l'on regarde les figures 7 et 9, 
planche V, et surtout la figure 6 de la planche VI de mon mémoire, on verra que 
les molaires usées des hipparions de la France offrent l'état de Protohippùs (5). 

(1) Leidy, ouvrage ci-dessus, pi. XVIII. 

(2) Le même, pi. XVII, fig. 1 et 2, pi. XVIII, fig. 39-48. 

(3) Le même, pi. XVIII, fig-. 1-5. 

(4) Le même, pi. XVIII, fig. 20-24. 

(5) Si l'on admettait que les Protohippùs doivent être confondus spécifiquement avec les hipparions, il en fau- 
drait conclure que chez les hipparions d'Amérique la colonne antérieure s'unissait plus vite au fût que 
chez les hipparions d'Europe, car les dents à l'état de Protohippùs se trouvent rarement en Europe, tandis 
qu'elles sont fréquemment rencontrées en Amérique; l'union delà colonne antérieure avec le fut semble s'être 
produite chez les équidés du Niobrara lorsque les dents étaient encore peu usées, au lieu que les dents des 
hipparions d'Europe où cette union s'est manifestée sont toujours des molaires très-usées. 












IWCHYDEI'.MKS. 



39 



Merychippus a aussi des molaires qui ressemblent à celles de Protohippus (1), et sa 
face a des larmiers comme dans les hipparions. Les dents qui présentent la plus 



rande différence avec le type ordinaire des hipparions d'Europe, sont les molaires 




Hipi 



M 



cdonne postérieure, et elle a une forme plus comprimée. Cependant M. Leidy 
admet des intermédiaires entre les dents à colonne ronde et à colonne comprimée. 
En parlant de trois molaires d'hipparion qu'il n'ose déterminer, il s'exprime ainsi : 
« Leur colonne interne varie "pour le diamètre et la forme. Dans l'une, elle est 
comme dans la plupart des dents attribuées à ï Hipparion speciosum; dans une autre, 
elle est large comme dans l' Hipparion occidentale ; dans le troisième échantillon , 

elle est d'une taille intermédiaire Elles favorisent l'impression que tous les 

échantillons ensemble appartiennent à la même espèce (2). » 

Ces mots peignent l'indécision du savant M. Leidy en face des formes mul- 
tiples et mobiles qu'il a découvertes. Son embarras ne doit pas étonner les paléon- 
tologues d'Europe qui, ayant manié une multitude de mâchoires de X Hipparion 
gracile, ont eu occasion de suivre les variations de leurs caractères. Assurément, 
ne pouvant connaître que par des dessins les molaires des hipparions, des Mery- 
chippus et des Protohippus cités dans le pliocène du Niobrara, je n'oserais pré- 
tendre que toutes appartiennent à une même espèce ; je pense au moins qu'elles 
ont dû provenir d'animaux singulièrement voisins, et, quoique ces animaux 
aient été un peu plus rapprochés du cheval que nos hipparions d'Europe, pour- 
tant ils ont été si peu éloignés de ces derniers, que plusieurs dents figurées 
par M. Leidy (3) ne peuvent se distinguer de celles du Léberon ou de Pikermi. 

A côté des caractères offerts par la dentition, le genre hipparion a passé jusqu'à 
présent pour avoir dans la disposition de ses pattes un caractère important qui le 
sépare des chevaux : ses pieds, au lieu d'être réduits à un seul doigt comme chez 
les vrais solipèdes^ ont trois doigts qui rappellent YAnchitherium. On sait que les 
pieds des chevaux actuels présentent quelquefois un retour partiel vers la forme 1 
hipparion ; je crois qu'on devra à plus forte raison trouver des pieds d'hipparions 
qui marquent un passage à la forme des chevaux. Jusqu'à présent j'en ai 






(1) A en juger par les figures 3 et d de la planche XVII, les molaires supérieures des Merychippus paraî- 
traient avoir certaines affinités avec celles des Anchitheriinn par la brièveté de leur fut et la disposition de leur 
muraille externe ; mais les autres figures de la planche XVII rappellent beaucoup celles des Protohippus, 

(2) Ouvrage cité, p. 289. 

(3) Ceci est surtout vrai pour les dents de V Hipparion speciosum. 



'iO 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



' 

vainement cherché parmi les hipparions d'Europe , et, bien que les membres 
ries hipparions américains soient destinés sans doute à nous apprendre des faits 
curieux , on n'en peut encore rien dire , les os de leurs membres n'ayant pas 
été figurés. Il n'en est pas de même pour les Hipparion anlelopinwn de l'Inde, 
leurs métacarpiens et leurs métatarsiens ont été dessinés dans la Fauna antiqua 
sivaïensis (1). Ces quadrupèdes, à en juger par leurs os et leurs dents, ressemblent 
tellement à X Hipparion gracile d'Europe, qu'au premier abord 'il paraît naturel 
de les regarder comme des hipparions de même espèce qui auraient formé dans 
les riches vallées de l'Inde une race svelte et de haute stature. Cependant, en 
examinant l'atlas de la Fauna antiqua sivaïensis, ou en visitant, il y a quelques 
années, la collection du British Muséum, j'avais été surpris de n'apercevoir 
aucun indice des petits doigts latéraux qui sont si remarquables chez l'hipparion. 
Étant retourné à Londres récemment, j'ai pu, grâce à l'obligeance du savant 
M. Davies, examiner de près les métacarpiens et les métatarsiens de X Hipparion 
untelopinum: je n'ai pas vu sur les côtés de leur face postérieure les aplatissements 



Hipparion 



dans la région où se 



posent les extrémités inférieures des petits métatarsiens et métacarpiens latéraux ; 
ces aplatissements qui manquent chez les chevaux m'ont toujours permis jusqu'à 
présent de distinguer si une portion inférieure de canon provient d'un cheval ou 
d'un hipparion. Cela me porte à penser que X Hipparion antelopinum était un 
équidé qui avait perdu dans ses pattes le caractère de son ancêtre l'hipparion, 
bien qu'il l'eût retenu encore dans sa dentition (2). 






EXPLICATION DES FIGURES. 



PLANCHE V. 



Les figures sont de grandeur naturelle. 



FiG. 7. Portion de mâchoire supérieure d'un jeune individu vue du côté interne : 1 m. place où devrait 

être la petite molaire rudimentaire ; 2 m. seconde molaire de lait; 3 m. troisième molaire 



(1) Atlas, part. IX e , pi. 84, fig. 9 et 10, pi. 85, iig. 11 et 12. London, in-fol., 1849. 

(2) Si ma supposition se vérifiait, quelques personnes seraient sans doute disposées à proposer un nouveau 
nom de genre pour un animal qui aurait eu des pattes de cheval avec une dentition d'hipparion. Il me sem- 
ble pourtant préférable de conserver le nom d'hipparions aux animaux qui sont en voie de prendre la forme 
Equus jusqu'au moment où ils ont réalisé complètement le type de ce genre. En paléontologie, les noms d'es- 
pèces doivent autant que possible refléter les dégradations des formes interposées entre les espèces à caractères 
bien accusés qui constituent les types des genres. 


















PACHYDERMES. 



M 



de 1 



Fie. 8. 



ait; 4 m. quatrième molaire de lait; e. à. lobe externe antérieur; e. p. lobe externe 
postérieur ; m. a. lobe médian antérieur; m. p. lobe médian postérieur ; c. a. colonne anté- 
rieure; c. p. colonne postérieure. 
Mâchoire inférieure d'un jeune individu vue sur la face externe : \ m. place où devrait être la 
petite molaire rudimentaire ; 2 m. seconde molaire de lait; 3 m. troisième molaire de lait ; 
4 m. quatrième molaire de lait ; c. colonnette ; t. m. trou mentonnier. 
FlG. 9. Molaires supérieures d'un individu adulte vues du côté interne : 1 p., 2 p. et 3 p. les trois pré- 
molaires; 1 a., 2 a., 3 a. les trois arrière-molaires. 
Fig. 10. Molaires inférieures d'un individu adulte, vues du côté externe : 4 p., 2 p., 3 p. les trois 

prémolaires : 1 a., 2 a., 3 a. les trois arrière-molaires ; ce. cément qui forme des dépôts suc- 
cessifs sur la surface des dents; e. a. lobe externe antérieur; e. p. lobe externe postérieur; 

c. colonnettes sur les arrière- 



t. a. lobe interne antérieur; i. p. lobe interne postérieur; 
molaires. 



PLANCHE VI. 



La figure 1 est à moitié de la grandeur naturelle; les ligures 9, 10, 11 sont au tiers; les autres figures 

sont de grandeur naturelle. 

■ 

FiG. 4. Crâne d'un jeune individu vu de côté : 2 m. seconde molaire de lait (première grande molaire); 

3 m. troisième molaire de lait; 4 m. quatrième molaire de lait ; \ a. première arrière-molaire 
qui commence à pousser ; m. maxillaire ; d. dépression du bord du maxillaire en avant des 
molaires; cr. crête maxillaire ; n. nasal; lar. larmier; j. jugal ; zyg. arcade zygomatique; 
fr. frontal; or. orbite ; p. o. apophyse post-orbitaire. 

Fk;. 2. Partie antérieure d'une mâchoire inférieure vue en dessus : 1 t. première incisive (pince) ; 

2i. seconde incisive (mitoyenne); 3i. troisième incisive (coin); c. canine (crochet). 

Fig. 3. Canine inférieure vue du côté interne. 

Fig. l\. Molaire supérieure vue en dessus du côté interne : e. a. lobe externe antérieur; e. p. lobe 

externe postérieur; m. a. lobe médian antérieur (croissant interne antérieur); m. p. lobe 
médian postérieur (croissant interne postérieur) ; c. a. colonne antérieure qui représente le 
lobe interne antérieur ; c. p. colonne postérieure qui est soudée au lobe médian (elle repré- 
sente le lobe interne postérieur) ; ce. cément. 

Fig. 5. Molaire supérieure vue en dessus du côté interne ; son lobe médian antérieur et surtout son lobe 

médian postérieur m. p. sont très-contournés. 

FlG. 0. Molaires supérieures vues en dessus du côté interne ; ces dents sont très-usées, de sorte que leur 

colonne antérieure c. a. est unie au lobe médian antérieur m. a., et que la partie correspon- 
dant à la colonne postérieure c. p. ne peut plus se distinguer du lobe médian postérieur 
m. p. 

Fig. 7. Seconde molaire supérieure de lait sur laquelle on voit la colonne postérieure aussi bien sé- 
parée que la colonne antérieure. Mêmes lettres que dans la figure 4. 

Fig. (S. Molaire inférieure vue sur la face externe; on a un peu enlevé son cément pour mieux laisser 

paraître sa colonnette antérieure : a. indique le degré d'usure où l'on n'aperçoit pas de co- 
lonnette ; b. indique le degré d'usure où la colonnette forme une île ; c. indique le degré 
d'usure où la colonnette forme une presqu'île ; d. indique un degré d'usure où quelquefois 
on n'aperçoit plus de colonnette. 

Fig. 9. Membre postérieur vu sur la face externe : ti. tibia; cr. sa crête; cal. calcanéum ; as. aslra- 

gale; se. scaphoïde; cub. cuboïde; g. c. grand cunéiforme; 2mé. second métatarsien (homo- 
logiquement c'est le troisième) ; se. un de ses sésamoïdes qu'on aperçoit derrière un des 

6 






Z,2 ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 

doigts latéraux ; 2 p'. première phalange du second doigt (homologiquement le troisième) ; 
2 p". seconde phalange du même, et 2 p'". phalange du sabot; 3 mé. troisième métatarsien 
(homologiquement c'est le quatrième); 3 p>'-, 3 p"., 3 p'" . phalanges du doigt latéral externe. 

Fig. 10. Métacarpien principal vu sur la face antérieure ; la partie pi. est plane. 

Fig. 11. Métatarsien principal vu sur la face antérieure; on voit en f. une fossette qui permet de dis- 
tinguer un morceau inférieur de métatarsien d'avec le métacarpien . 



PLANCHE VU. 



Grandeur naturelle. 



Fig. 1. Partie inférieure d'un métatarsien principal vue par derrière pour montrer les dépressions qui 

correspondent à la place des métatarsiens latéraux 1 mé. et 3. mé. 






SUS MAJOR, Gervais. 



Planche VII, fïg. 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, et planche VIII. 






Le genre sanglier exista dès le commencement de l'époque miocène (1), mais 
c'est seulement à la fin de cette époque qu'il acquit tout son développement; il y 
eut alors dans l'Inde le Sus giganteus, en Grèce le Sus erymanthius , en Allemagne 
le Sus antiquus, en France le Sus major. Ces quatre espèces surpassaient notable- 
ment celles des temps actuels. M. Brehm (2) assure que les sangliers des marais sont 
plus grands que ceux des forêts sèches ; ceci porterait à croire que la taille gigan- 
tesque des sangliers du miocène supérieur a pu résulter en partie de l'extension 
des lacs ou des marécages, qui ont pendant longtemps occupé une partie du centre 
et du midi de l'Europe. 

C'est Christol qui a le premier signalé le sanglier du Léberon. M. Gervais en a 
décrit une molaire sous le nom de Sus major (3) ; cette dent fait partie de la 



(1) Je me suis procuré clans l'île de Wight une dent qui ressemble à la dernière prémolaire supérieure des 
sangliers; elle m'a été donnée comme ayant été trouvée avec les hyopotames dans les couches d'Hempstead, 
que l'on rapporte, soit au miocène le plus inférieur, soit au sommet de l'éocène. 

(2) Brehm, la Vie des animaux illustrée, Mammifères, vol. II, p. 741. 

(3) Gervais, Zoologie et Paléontologie françaises, l re édit., pi. XII, fig. 2. 










PACHYDERMES. 



43 



collection Requien, à Avignon. Le musée de Montpellier possède un astragale 
le la même espèce. Les pièces que j'ai recueillies sont les suivantes : une partie 



i 



( 



lu crâne avec sa mâchoire inférieure; deux autres mâchoires un peu plus petites, 
quoique bien adultes, comme les dents le témoignent; une mâchoire supérieure et 
une mâchoire inférieure avec dents de lait; un axis et deux autres vertèbres cervi- 
cales, quelques os des membres incomplets. 

Les molaires de lait de la mâchoire supérieure (pi. VII, fig. 3) et de la mâchoire 
inférieure (pi. VII, fig. 2) ressemblent, pour la taille et la forme, à celles du 
Sus erymanthius de Pikermi ; chaque mandibule porte seulement trois molaires ; 
ainsi que dans les autres sangliers, la dernière molaire inférieure de lait a trois 
collines. 

On a représenté: pi. VIII, fig. 1, une portion de crâne d'un individu adulte avec 
sa mâchoire inférieure ; pi. VIII. fig. 3 et û, les prémolaires et les arrière-molaires; 
pi. VII, fig. l\, les incisives et les canines. Les dents rappellent d'une manière 
frappante le Sus erymanthius ; celles qui sont dessinées dans la planche VIII sont 
un peu plus fortes que celles de ma collection de Pikermi, mais deux autres 
mâchoires que j'ai trouvées dans le Léberon ont des dents de même dimension. 

Comme le crâne de la planche VIII, fig. 1, indique un sujet plus fort que les 
autres, il est possible qu'il provienne d'un mâle; cependant ses canines sont 
également petites et très-inclinées. Déjà, lorsque j'avais classé les fossiles de 
l'Attique, j'avais remarqué avec surprise que sur une quinzaine d'individus, aucun 
n'avait de défenses; les sangliers adultes, dont j'ai recueilli les restes dans le 
Léberon, sont au nombre de trois. Faut-il supposer que ces dix-huit animaux ont 
; té des femelles et qu'on n'a pas encore découvert de mâle? Cela est peu probable ; 
il est plus naturel de croire que les sangliers du Léberon et de Pikermi n'avaient 
pas leurs canines développées en forme de défenses. 

Voici la formule de la seconde dentition : 

Incisives ;J ; canines {; prémolaires |; arrière-molaires |. 

Ainsi que le montre cette formule, la première prémolaire, qui existe dans notre 
sanglier actuel à la mâchoire supérieure et à la mâchoire inférieure, manque chez 
le Sus major adulte ou jeune. Dans le Sus erymanthius, il en est de même pour la 
mâchoire inférieure; mais à la mâchoire supérieure, tantôt la première molaire 
disparaît, tantôt elle persiste (I). Les pécaris n'ont également que trois molaires 



< 



(1) J'ai rappelé ailleurs que j'avais vu un sanglier vivant où la première prémolaire existait d'un coté et 






hk 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 






de lait et trois prémolaires de chaque côté de leurs mâchoires; en outre, ils se 
rapprochent du Sus major par leurs petites canines, mais ils diffèrent à d'autres 
égards, notamment par leurs molaires moins compliquées. 

Le menton (pi. VIII, fig. 1) est aussi fuyant et aussi allongé que dans le Sus 
erymanthius: il est assez différent de celui du Sus seropha. Le crâne (même figure) 
ressemble à celui du Sus erymanthius ; il a aussi un grand élargissement dans 
la portion jugale de l'arcade zygomatique; cependant les maxillaires n'ont 
pas au-dessus des canines la grosse protubérance qui est si remarquable chez 
l'animal de Pikermi (1); on s'en rendra compte en regardant le museau dessiné 
planche VIII, fig. 2. 

L'axis (pi. VII, fig. 5), deux autres vertèbres cervicales (fig. 6) et la partie de 
radius représentée fig. 8, rappellent le Sus erymanthius. Un des humérus (fig. 7) 
est un peu plus gros que dans le sanglier de Pikermi ; la fosse coronoïdienne 
est très-excavée, mais elle n'est point percée ; dans les humérus des sangliers 
de Pikermi. cette fosse est tantôt percée, tantôt ne l'est pas. 















Mesures comparatives des Sus major et erymaêtihius (2). 






Sus major 
du 

• Léberon. 

Mâchoire supérieure de jeune individu : m 

Avant-dernière molaire de lait. Longueur 019 

Dernière molaire de lait. Longueur 020 

Mâchoire inférieure de jeune individu : 

Longueur de Lavant-dernière molaire de lait 0,016 

Dernière molaire de lait q q28 

Crâne d'individu adulte : 

Longueur depuis l'orbite jusqu'à l'extrémité du museau. . 0,355 
Longueur depuis le bord postérieur de la dernière molaire 

jusqu'à l'extrémité du museau o 300 

Longueur de l'espace occupé par les six molaires. . . . 0,153 

Longueur des trois prémolaires 054 



Sus erymanthius 
de 
Pikermi. 



ni. 



0,018 
0,020 



0,01/i 
0,027 



0,380 



0,300 
0,l/i6 
0,051 



manquait de l'autre. Ces irrégularités de développement ne s'observent pas seulement chez les pachydermes; 
il y a des moutons et des antilopes où les mandibules n'ont de chaque coté que deux prémolaires. 

(1) Voyez, planche XXXV11 de l'ouvrage sur l'Attique, les saillies des maxillaires du Sus erymanthius. 

(2) Il y a ici de's chiffres différents de ceux que j'ai inscrits dans mon ouvrage sur l'Attique ; cela provient 
de ce qu'on a choisi les plus grands os de Pikermi pour donner les mesures ci-jointes. 















PACHYDERMES. 



A 5 



Sus major 

du 
Léberon. 



Dernière molaire. Longueur » 

Sa plus grande Largeur » 

Mâchoire inférieure d'individu adulte : 

Longueur depuis le bord postérieur de la dernière m. 

molaire jusqu'au bord antérieur des incisives. 0,260 

Longueur de la série des six molaires 0,138 

Longueur de la série des trois prémolaires. . 0,049 

Dernière molaire. Longueur 0,041 

Largeur la plus grande 0,023 

Axis. Longueur (avec l'apophyse odontoïde) . . . » 

Quatrième vertèbre cervicale. Longueur de son corps. » 

Largeur de son corps » 

Humérus. Largeur la plus faible » 

Largeur la plus grande de sa portion inférieure. » 

Radius. Largeur de sa lace supérieure » 

Épaisseur » 



Sus major 

du 
Léberon. 

m. 

0,405 
0,030 



0,295 
0,157 
0,059 

0,0M 
0,024 

0,044 

0,030 

0,043 

0,030 

0,066 

0,048 

0,033 



Sus erymanthius 

de 

Pikermi. 

m. 

0,040 



0,027 



0,280 

0,144 

0,052 

0,045 

0,024 

0,045 

0,032 

0,048 

0,028 

0,066 

0,049 

0,035 



Races ou espèces dérivées. 



Les différences par lesquelles le Sus major se sépare des autres sangliers sont 
les mômes que celles par lesquelles on distingue le Sus erymanthius. Pour les 
connaître, on pourra donc se reporter à la description de ce dernier (1). Toutefois, 
comme la proximité des départements de l'Hérault et de Vaucluse donne un 
intérêt spécial à la comparaison du Sus provincialis de Montpellier (2), je dois 
noter ici les légères particularités qui le caractérisaient: il était plus petit que le 
major ; selon Rùtimeyer (3), il avait une molaire de plus en haut et en bas, et, 
si la forme tronquée de la dernière molaire supérieure ne doit pas être attribuée 
à l'usure, elle rappelait la disposition des Palœochœrus. D'ailleurs le sanglier de 
Montpellier avait de petites canines comme le Sus major % et le degré de compli- 
cation de ses molaires était le même (4). 



(1) Roth et Wagner, AbhandL d($- bayer. Akad. der Wissensch., vol. II, p. 418, pi. V, fig. 1 et l a , 1854. 
— Wagner, même recueil, vol. VIII, p. 130, pi. II, fig. 7 et 8, 1857. — Albert Gaudry, Animaux fossiles 
et géologie de l'Attique,y. 235, pi. XXXVII, XXXVIII, XXXIX, 1864. 

(2) Zoologie et Paléontologie françaises, l ,e édit., p. 100, 1848-52, et 2 e édit., p. 177, 1859, pi. III, 
fig. 1 à G, pi. VIII, fig. 9, et pi. XXII, fig. 8. 

(3) Rùtimeyer Ueber lebende u m I fossile Schweine (Verhandl. der Naturfors. Gesells. in Basel, vol. I, p. 517. 
1857). 

(4) Depuis que j'ai publié mon travail sur la Grèce, M. Oscar Fraas a fait paraître Die Fauna von Stein/ieim 
(Stuttgart, 1870). Dans ce mémoire, le savant directeur du musée de Stuttgart a décrit (p. 22, pi. V, fig. 1 



'■6 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



On ne peut dire que le Sus major fût plus grand que Y erymanthius , car j'ai vu 
un crâne de Pikermi qui annonce une bête plus forte. A en juger par les pièces 
jusqu'à présent connues, la seule particularité qui distingue l'animal du Léberon 
est l'absence de la grosse protubérance latérale dont les maxillaires du Sus en/- 
manthius sont pourvus. L'étude des sangliers actuels montre qu'à cet égard des 
individus nés d'une même mère présentent des différences notables ; chez les vieux 
mâles, les maxillaires ont souvent une forte saillie. Je pense donc que le Sus 
erymanthius pourrait être un Sus major, chez lequel les protubérances des maxil- 
laires se seraient développées. Si quelque naturaliste était disposé à blâmer une 
telle supposition, je le prierais de venir au Muséum comparer les pièces du Sus 
erymanthius et du Sus major, et je crois qu'il excuserait mon hypothèse. La res- 
semblance de ces animaux est surtout frappante quand on considère les ornements 
si compliqués de leurs molaires; leurs moindres linéaments paraissent copiés: 
deux frères n'ont pas des dents plus exactement semblables. 






EXPLICATION DES FIGURES. 



PLANCHE VU. 



Les figures 2, 3, 4 sont de grandeur naturelle; les autres figures sont à moitié de la grandeur naturelle. 

* 

FlG. 2. Mâchoire inférieure d'un jeune individu vue sur la face externe : c' canine de lait; 4 m', pre- 
mière molaire de lait (homologiquement c'est la seconde) ; 2 m', seconde molaire de lait 
(homologiquement c'est la troisième) ; 3 m', troisième molaire de lait (homologiquement 
c'est la quatrième); 4 a. première arrière-molaire. 

FlG. 3. Mâchoire supérieure d'un jeune individu vue en dessus: i. côté interne du maxillaire; 2m'. seconde 

molaire de lait (homologiquement c'est la troisième) ; 3 m'. troisième molaire de lait (homo- 
logiquement c'est la quatrième); 1 a, première arrière - molaire ; t. tubercules inter- 
lobaires 

FlG. k. Partie antérieure d'une mâchoire inférieure d'un individu adulte, vue en dessus: 4 i., 2 i. y 3 i. 

les trois incisives; c. canine; 4 p. première prémolaire (homologiquement c'est la seconde). 
FlG. 5. Axis vu en dessous : od. son apophyse odontoïde. 
Fig. 6. Deux vertèbres cervicales vues en dessous; on a représenté le corps de l'une d'elles sur sa face 

postérieure p. ; tr. apophyse transverse; m. trou médullaire. 
FlG. 7. Partie inférieure d'un humérus vu de face : tr. sa trochlée; cor. face coronoïdienne. 



Fig. 



8. Portion supérieure d'un radius vu sur la face postérieure : eu. région sur laquelle s'appuie le 















cubitus. 



à 6 et fig. 1&), sous le nom de Chœropotamus Steinheimensis , un anima) qui sans doute doit plutôt être 
appelé Sus Steinheimensis : ce sanglier est trop petit pour être identifié avec le Sus major. 









RUMINANTS. 



hl 









PLANCHE VIII. 
Les figures 1 et 2 sont à moitié de la grandeur ; les figures 3 et h sont de grandeur naturelle. 

Fig. \ . Partie du crâne et mâchoire inférieure, vues de côté : \ /, , 2 i., 3 i. les incisives ; les canines 

c. sont un peu déchaussées, de sorte qu'elles semblent sur le dessin moins petites qu'elles 
ne le sont réellement; on voit en col. leur collet; 1p., 2 p., 3 p. première, seconde 
et troisième prémolaires (homologiquement ce sont les seconde, troisième et quatrième 
prémolaires); 4 a., 2 a., 3 a. les trois arrière-molaires; i,m. inter-maxillaire ; ?*.os nasal; 
m. maxillaire; jug. jugal ; zyg. arcade zygomatique; fr. frontal; or. orbite; men. menton 
très-incliné. 

FlG. 2. Museau vu en dessus, dessiné dans le but de montrer l'absence des saillies des maxillaires qui 

sont si développées au-dessus des canines dans le Sus erymnnthius : i. m. inter-maxillaire ; 
n. os nasal ; m. maxillaire. 

Fig. 3 Molaires supérieures vues en dessus : in. côté interne; \ p., 2 p., 3 p. les prémolaires; 

i a., 2 a., 3 n. les arrière-molaires. 

FlG. 4. Molaires inférieures vues en dessus: in. côté interne; 1 p., 2 p., 3 p. les prémolaires; 

1 a., 2 a. , 3 a. les arrière-molaires. 



HELLADOTHERIUM DUVERNOYI, Gaud. (sp. Gaud. et Lartet). 



Planche IX, fig. 1, 2, 3, /i, 5, 6, 7. 






Le gigantesque ruminant qui a reçu le nom à Helladotherium (1), est un des 
animaux les plus caractéristiques de la fin de l'époque miocène. Dans les temps qui 
ont précédé sa venue, il y avait eu des proboscidiens et de puissants pachydermes, 
niais Tordre des ruminants n'avait pas été représenté par de très-grandes espèces. 
Comme la girafe actuelle, qui parcourt presque toute l'Afrique, X Helladotherium 

a eu un vaste domaine. Il était commun en Grèce, on Ta trouvé dans l'Inde; ses 
débris se rencontrent aussi en France. 



* 

(1) On peut consulter pour l'étude de cette espèce les figures qui ont été données dans les ouvrages suivants : 
Wagner, Abhandl. der bayer. Akad. der Wissensch., vol. VIII, pi. VII, fig. 22, 23, sous le nom d 3 'Antilope 
Pallasiï, 1857. — Albert Gaudn, Bull, de la Soc. géol. de France, 2 e série, vol. XVIII, pi. XIII, 1861. 
— Animaux fossiles et géologie de l'Attique, pi. XLI, XL1I, XL1II, XLIV, 1865. 







'i8 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



Dès 1832 (1), Christol avait découvert au pied du Léberon un radius et un 
métatarsien de cet animal ; j'ai vu ces os dans le musée de Montpellier : ils onl 
été attribués à un bœuf, dont les dimensions auraient dépassé celles des aurochs 
et des plus grands bœufs fossiles. Par une curieuse coïncidence, Wagner, vingt- 
deux ans plus tard, prit aussi des os de Y Helladotherium de Grèce pour des os de 
bœuf, Bos Marathonius (2). 

En 1861, M. Bayle annonça à la Société géologique de France que la collection 
de l'École des Mines possédait une partie de métatarse et de tarse d'un quadru- 
pède de Cucuron qui n'a pas dû être une girafe, attendu que ses deux cunéiformes 
n'ont pas été réunis; il ajouta que ces pièces semblaient se rapporter à X Hellado- 
therium (3). D'autres musées renferment quelques restes de la môme espèce et 
du même gisement. M. l'abbé Rastoin m'a montré un métatarsien et un astragale 
dans la collection du petit séminaire d'Aix; sous la conduite de M. Fabre, pro- 
fesseur de physique au lycée d'Avignon, j'ai vu dans le musée Requien une portion 
d'un os du carpe (le grand-os); M. Chantre m'a communiqué un morceau d'un 
radius de grande taille qui appartient au musée de Lyon. 

J'ai trouvé au pied du mont Léberon plusieurs os à' Helladotherium : des 
radius, un métacarpe, des portions inférieures de métatarse, une partie supérieure 
de métatarse en connexion avec les deux cunéiformes et le cubo-scaphoïde, un 
fragment de tibia d'un jeune animal. En outre, M. le comte Charles de Saporta, 
frère du savant paléontologue d'Aix, m'a remis un fragment de métatarsien. 

La planche IX représente quelques os de Y Helladotherium : on voit, figure 1 , 
un radius d'un individu dont l'épiphyse inférieure n'était pas encore soudée, et 
figure 2, un métacarpe d'un individu adulte ; sa face supérieure laisse apercevoir 
la cavité qui correspond à la séparation des deux pièces dont il est formé. Cet os et 
quelques autres morceaux du Léberon semblent un peu plus grêles que dans 
Y Helladotherium de Pikermi, mais on n'en peut conclure que tous les individus 
de la Provence eurent des pattes moins lourdes que ceux de la Grèce, car une 
portion de métatarse que j'ai recueillie dans le Léberon (fig. 7) annonce un animal 
égal aux plus forts individus de Pikermi. 

Les figures 3, h, 5 et 6 ont été dessinées d'après des pièces de l'Ecole des Mines, 



(1) De Christol, Comparaison de la population contemporaine des Mammifères de deux bassin-: du dépar- 
tement de l'Hérault {Annales des sciences et de l'industrie du midi de la France, vol. II, p. 24, 1832). 

(2) Roth et Wagner, Abhandl. der bayer. Akad. der Wissensch., vol. VII, p. 454, 1854. 

(3) Bayle, Bulletin de la Soc. géol. de France, 2 e série, vol. XVIII, p. 597, séance du 20 mai 1861. 
























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RUMINANTS. 



49 



([ue MM. Bayle et Bayan ont bien voulu me communiquer. Les figures k et 5 

montrent que le métatarse des ruminants, formé en apparence de deux os, en 
comprend réellement quatre; on voit figure 4 le second métatarsien rudimentaire 
2 mt. soudé dans le troisième métatarsien ?>mt., et la figure 5 laisse apercevoir 
sur le quatrième métatarsien k mt. une dépression 5 mt. destinée à loger le cin- 
quième métatarsien. Les os des Helladotherium de Pikermi sont exactement au 
même degré d'évolution : leur deuxième métatarsien est uni au troisième, mais 
reste apparent ; le cinquième métatarsien tantôt est soudé, tantôt est libre. Rien 
n'est plus intéressant pour l'anatomie comparée que la constatation de ces pièces 
sur le point de disparaître soit par soudure, soit par atrophie ; elles sont difficiles 

à comprendre si on ne les étudie à la lumière de la doctrine de révolution. 

Le cubo-scaphoïde représenté figure k a été endommagé sur son bord interne ; 
cependant on peut voir qu'il n'avait pas en arrière le fort prolongement qu'on 
observe généralement chez X Helladotherium de Pikermi ; à cet égard, il est moins 
différent du cubo-scaphoïde de la girafe. La diminution de l'apophyse posté- 
rieure interne du cubo-scaphoïde est en rapport avec la petitesse du premier 
cunéiforme (fig. l\ et 6), et la dimension des cunéiformes n'est pas sans impor- 
tance, puisqu'elle doit avoir de l'influence sur le développement des métatar- 
siens; on pourrait donc au premier abord, en comparant le tarse de XHellado- 
therium du Léberon avec certains échantillons de l'Attique, supposer qu'il indique 
une espèce particulière; mais, si Ton considère les différents tarses de Pikermi, 
on reconnaît que les proportions relatives de leurs deux cunéiformes présentent 
des variations analogues à celles que dénotent les morceaux du Léberon. 



Mesures. 

Individus 

du Léberon 

Radius d'un jeune individu dont l'épiphvse inférieure est 

enlevée. Longueur 0,520 

Largeur de la face supérieure 0,123 

Métacarpien. Longueur 0,410 

Largeur de la face carpienne 0,09(5 

Métatarse. Largeur de la face tarsienne 0,080 

Largeur de la région digitale 0,092 

Idem dans un autre individu 0,088 

Second métatarsien enclavé dans le troisième. Sa longueur. 0,068 

Largeur de sa face tarsienne 0,023 

Cubo-scaphoïde, Largeur de la face supérieure. . . . 0,091 

Grand cunéiforme. Profondeur (d'avant en arrière). . . 0,054 

Petit cunéiforme. Profondeur o 026 



Individus 

de Pikermi 



m. 



0,515 
0,130 

0,400 
0,106 
0,088 
0,092 
0,088 
0,056 
0,023 
0,100 
0,046 

0,029 










50 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



EXPLICATION DES FIGURES. 



Fig. 4 



i'iG 



2 



Fig. 3 



Fig. k 



Fig. 



5. 



Fig. (i. 



PLANCHE IX. 
Toutes les figures sont au cinquième de la grandeur naturelle. 

Radius d'un jeune individu, vu sur la face antérieure a. et sur la face supérieure s.; l'épi- 

physe manque à la face inférieure i. ; on voit en in. le bord interne, en ex. le bord externe 
Métacarpe dessiné sur la face antérieure a. et sur la face supérieure s. ; la face inférieure i 

est un peu endommagée ; ex. le bord externe; in. le bord interne ; on voit en f. la fossette 

qui sépare le troisième métacarpien 3 me. et le quatrième 4 me. 
.Métatarse en connexion avec une partie du tarse. Cette pièce appartient à l'École des Mines 

Elle est vue sur la face antérieure : c. se. cubo-scaphoïde ; r. rainure qui sépare le troisième 

métatarsien 3 mt. et le quatrième métatarsien k mt. 
Même pièce représentée du côté interne : c. se. cubo-scaphoïde ; 1 eu. petit cunéiforme • 

2 eu. grand cunéiforme en partie brisé (correspondant homologiquement au deuxième et 

au troisième cunéiforme); Smt. troisième métatarsien ; 2 mt. second métatarsien rudimenlaire 

enclavé dans le troisième. 

Même pièce vue sur le côté externe : c.sc. cubo-scaphoïde ; a, facette astragaliennc ; c. faccllr 
eu rapport avec le calcanéum; 4 mt. quatrième métatarsien sur le bord duquel on voit une 
dépression 5 mt. qui correspondu la place du cinquième métatarsien rudimenlaire. 

Cunéiformes de la môme pièce, dessinés en dessus pour montrer qu'ils ne sont pas soudés. 
Mêmes lettres que dans la ligure k. 



Fig. 7. Partie inférieure d'un métatarse vu sur la face antérieure. 









TRAGOCERUS AMALTHEUS, Gaud. (sp. Roth et Wagn.). 









Planche IX, fig. 8, 9, 1Q, 11, et planche X. 



Les tragocères n'ont pas été confinés dans l'Attique, ces antilopes à cornes de 
chèvres se sont avancées jusque dans notre pays; les restes que j'en ai recueillis 
dans le Léberon se rapportent à dix-huit individus pour la plupart adultes. Je les 
attribue à l'espèce appelée Tragoceras amaltheus. Ils offrent de curieuses variations 
qui me semblent représenter des races, j'en parlerai plus loin; je dois d'abord 
entrer dans quelques détails de nomenclature et de description. 












iUMIXAMS. 



51 



Nomenclature. 



En 1854, Roth et Wagner ont donné le nom de chèvre amalthée au tragocère 
dePikermi qui a des cornes comprimées (1). Deux ans après, lorsque M. Lartet et 
moi avons examiné de nombreuses pièces de cet animal, nous avons pensé qu'il 
n'était chèvre que par ses cornes (2) ; j'ai proposé en 1861 de l'appeler Tragocerus 
amaltheus (3). En voyant la première édition de la Zoologie et Paléontologie fran- 
çaises de M. Gervais, qui a paru en 1848-52, je me suis demandé si le nom 
d'amalthée ne doit pas aussi être abandonné en vertu des lois rigoureuses de la 
nomenclature. En effet, deux antilopes ont vécu dans le mont Léberon : Tune est 
la gazelle, l'autre est le tragocère; or, M. Gervais a signalé dans ce gisement la 
gazelle {Antilope deperdita) et une autre espèce qu'il a caractérisée dans les termes 
suivants: « Antilope compressa, Nob., établie d'après une moitié inférieure dan 

axe osseux dune corne plus comprimée, mais aussi bien plus développée dans son 
diamètre antéro -postérieur (4). » A en juger par ces mots et le nom expressif de 
compressa, on pourrait croire qu'il s'agit du môme animal que la chèvre amalthée 
de Wagner et Roth. Mais dans la seconde édition de h Zoologie et Paléontologie 
françaises, le nom (Y Antilope compressa est cité comme synonyme de celui de la 
gazelle (5) ; une désignation nouvelle est proposée pour l'antilope à cornes com- 
primées: elle est appelée Antilope arcuata. Puisque le savant auteur du nom de 
compressa a lui-même appliqué ce nom à la gazelle, celui $ amaltheus conserve 
ses droits de priorité qui me semblaient contestables. En vérité, j'aurais eu quelque 
regret à voir disparaître cette désignation poétique qui rappelle un des séjours 
favoris des antilopes à cornes comprimées. Je dois pourtant avouer que le Tra- 
gocerus amaltheus de la France n'est pas plus chèvre que celui de la Grèce ; comme 
les chèvres ne sont pas représentées en Europe (6) dans les époques tertiaires, il 
était naturel de penser que le T. amaltheus aurait pu être un des ancêtres de ces 
animaux, et j'ai cherché si les races du Léberon n'en auraient pas été plus 






(1) Abhandl. der bayer. Akad. der Wissensch., vol. VII, p. 453, pi. VI, fig. 2, 1854. 

(2) Comptes rendus de VAcadèmie des sciences, vol. XLIII, séance du 4 août 1856. 

(3) Com/des rendus de l'Acad. des se, vol. LU, séance du 18 février 1861. — 



— Animaux fossiles et gèo- 
logie de VAttique, p. 278, pi. XLVIII, fig- 4, 5, 6, 7 ; pi. XLIX, L et LI, 1865. 

(4) Page 178, 1848-52. 

(5) Page 343, 1859. 

(6) Les belles recherches des saints anglais dans les monts Siwalik ont fait découvrir le crâne d'un animal 
qui semble avoir eu quelques rapports avec les chèvres et les moutons. 







52 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON 



proches que celles de Pikermi ; sauf des différences encore douteuses que je signalerai 
pour les incisives et les cornes, j'ai trouvé ces races au même degré d'évolution. 









Description. 



Les tragocères ont en général été moins forts en Provence qu'en Grèce; cela se 
manifeste clans toutes les parties, le crâne, les dents, les vertèbres, les os des 
membres. Mais la différence qui les sépare ne surpasse point celle que nous obser- 
vons journellement entre les béliers et les brebis. Les tragocères de Pikermi 
devaient se rapprocher de la dimension d'un petit Cervùs elaphus ; ceux du 
Léberon avaient plutôt la taille du renne. 

Les premières incisives (pi. IX, fîg. 9) sont un peu moins élargies proportion- 
nellement que dans les tragocères de l'Attique; en cela elles s'éloignent moins du 
type des chèvres (1). Les molaires (pi. IX, fig. 8, et pi. X, fig. 5, (5, 7) diffèrent 
tellement de celles des chèvres, qu'on ne peut un seul instant les confondre avec 
elles : elles sont plus épaisses dans le sens transverse, moins hautes, moins chargées 
de cément, moins rectangulaires; leur collet est mieux marqué; les prémolaires 
sont plus allongées et les arrière-molaires ont des colonnettes inter-lobaires qu'on 
ne voit que par exception chez les chèvres. J'ai recueilli deux arrière-molaires 
supérieures (pi. IX, fig. 10, 11), dont le bord interne porte un bourrelet qui 
rappelle en petit la disposition des dents de YOrastus ; ce ne sont peut-être que 
de simples variations d'un tragocère. 

Ainsi que dans les individus de Pikermi, le crâne se prolonge beaucoup derrière 
les cornes (pi. IX, fig. 8); sa paroi supérieure ne s'incline pas comme en général 
chez les chèvres et les moutons, mais elle reste horizontale, de sorte que la face 
occipitale a plus de hauteur. Il n'y a point d'apophyse masloïde ; l'apophyse para- 
occipitale est bien développée. Le basilaire (pi. X, fig. h) n'est pas aplati ou 
concave, ainsi que chez les chèvres et les moutons ; sa forme est convexe ; il a 
des apophyses d'insertion qui indiquent de puissants muscles pour fléchir la tête. Je 
pense que les femelles et les mâles avaient également des cornes, car je n'ai pas 
rencontré de crâne qui en fût dépourvu. Quelquefois les chevilles des cornes 
divergent depuis leur, base (pi. X, fig. 2), mais le plus souvent elles sont rappro- 



(1) On voit des chèvres et des moutons citez lesquels les premières incisives s'élargissent; ainsi le caractère 
fourni par ces dents n'a pas une grande valeur. 





















RUMINANTS. 



53 



chées rime de l'autre (pi. X, fig. 1); leur moitié inférieure renferme des cellules. 
J'ai recueilli un échantillon dans lequel les cornes brisées laissent voir à la place 
de leur insertion un grand vide ; si je ne me trompe en l'attribuant au tragocère, 
il faudrait en conclure que les individus de ce genre ont eu parfois les chevilles 
de leurs cornes presque aussi creuses que celles des chèvres. 

Lorsque j'ai étudié les tragocères de Pikermi, j'ai remarqué sur deux échan- 
tillons un enfoncement dans la partie correspondant au larmier, et j'ai émis 
l'opinion qu'il pouvait être le résultat de quelque accident de pression ; mais 
j'observe encore un semblable enfoncement sur un crâne du mont Léberon 
(pi. IX, fig. 8, lar.), et ceci me fait penser que les tragocères avaient réelle- 
ment des larmiers. Ces organes devaient être moins grands que ceux des cerfs; 
on sait que les chèvres n'en ont pas, mais que les moutons, si voisins des 
chèvres, en ont des vestiges. 

Les os du squelette que j'ai recueillis sont les suivants: un atlas, des axis, une 
septième vertèbre cervicale, une vertèbre lombaire, des portions d'humérus et de 
radius, un pyramidal, des tibias brisés accompagnés de l'os malléolaire, des 
tarses complets, des canons avec leurs sésamoïdes et des phalanges. J'ai trouvé en 
connexion une partie des os de trois pattes de derrière. Ces pièces indiquent des 
animaux plus grands que le daim et de formes un peu moins grêles; ils ressem- 
blent aux os des tragocères de Pikermi, sauf qu'ils sont plus faibles. Les pattes sont 
bien moins lourdes que celles des chèvres. Les canons des pieds de derrière ont un 
sillon médian qui se continue jusqu'à leur extrémité inférieure; ceci permet de 
les distinguer de ceux des cerfs. Les quatre os dont ils sont formés, c'est-à-dire les 
deuxième, troisième, quatrième et cinquième métatarsiens, sont dans le même état 
de soudure que chez les antilopes de Pikermi. Un des grands cunéiformes est 
partagé en deux parties: cette séparation est le résultat d'une rupture accidentelle ; 
mais, comme j'ai déjà eu occasion de la constater sur des os fossiles, je suppose 
qu'elle peut être facilitée par la séparation des deux points d'ossification qui 
existent originairement chez les ruminants. M. Goubaux (1), qui a réuni à Alfort 
de curieux spécimens d'anatomie, m'a montré que chez le bœuf à l'état fœtal 
le grand cunéiforme comprend deux parties osseuses, de sorte que les ruminants 



i 



(1) Le même savant m'a lait voir que le trapézoïde du bœuf à l'état fœtal est distinct du grand-os. La Sor- 
honne possède le squelette d'un fœtus de bœuf sur lequel le troisième et le quatrième métacarpien, de même 
que le troisième et le quatrième métatarsien, sont aussi bien séparés que sur un Anoplotherium. 11 est intéres- 
sant de chercher chez les jeunes ou les fœtus des animaux actuels les caractères qui peuvent aider à retrouver 
leurs parents des temps géologiques. 



54 



ANIMAUX FOSSILES DU JIOXT LÉBERON. 



à leur début ont l'indication de trois cunéiformes comme leurs prédécesseurs, 
les pachydermes (1). 









Mesures. 

Individus Individus 

du Lébcron. de Pikerir.i. 

Crâne. Longueur depuis le bord postérieur de la base des 

cornes jusqu'au bord postérieur du condyle occipital. 0,111 0,126 

Distance du bord postérieur des cornes au bord anté- 
rieur de la première prémolaire 0,175 0,200 

Largeur du crâne sur la face postérieure (région occi- 
pitale) 0,080 0,090 

Longueur d'une cheville de corne 0,175 0,260 

Première prémolaire. Longueur 0,016 0,016 

Largeur 0,011 0,012 

Seconde prémolaire. Longueur 0,015 0,016 

Troisième prémolaire. Longueur "... 0,013 0,013 

Largeur 0,016 0,017 

Première arrière-molaire. Longueur 0,017 0,018 

Largeur 0,019 0,020 

Seconde arrière-molaire. Longueur 0,019 0,021 

Troisième arrière-molaire. Longueur 0,019 0,020 

Largeur 0,018 0,020 

Mâchoire inférieure. Première incisive. Largeur. . . . 0,009 0,012 

Canine. Largeur . . 0,005 0,007 

Première prémolaire. Longueur. . 0,013/ 0,015 

Seconde prémolaire. Longueur 0,015 0,015 

Troisième prémolaire. Longueur. 0,016 0,016 

Première arrière-molaire. Longueur 0,016 0,019 

Largeur 0,011 0,013 

Seconde arrière-molaire. Longueur 0,018 0,021 

Troisième arrière -molaire. Longueur 0,025 0,028 

Axis. Largeur 0,058 0,070 

Humérus. Largeur de la face radiale 0,040 0,047 

Tibia. Largeur au milieu de son corps 0,026 0,030 

Largeur la plus grande dans la région inférieure. . . 0,038 0,041 

Os malléolaire. Profondeur (d'avant en arrière) .... 0,022 0,021 

Astragale. Longueur 0,044 0,050 

Largeur 0,027 0,031 

Calcanéum. Longueur. . 0,095 0,099 

(1) Si le grand cunéiforme représente le second et le troisième cunéiforme soudés ensemble, le petit cunéi- 
forme doit être le premier cunéiforme, et l'os en forme de sésamoïde placé derrière le métatarse peut être con- 
sidéré comme une modification d'un premier métatarsien. Ces interprétations homologiques diffèrent de celles 
qui viennent d'être adoptées dans un remarquable mémoire de M. Rosenberg, intitulé: Ueber die Entwicklung dt 

Exlrerittaten-Skeletes bei einigen durch Réduction ihrer Gliedmassen characterisirten W 7 irbelthieren , in-8, 
p. 4 5. Leipzig, 1872. 




































RUMINANTS. 



55 



Individus 
du Léberon. 



m. 

Principal cunéiforme. Profondeur (d'avant en arrière). . 0,023 

Cubo-scaphoïde. Largeur 0,035 

Métatarse. Largeur de sa face supérieure 0,031 

Largeur au milieu de son corps 0,020 

Largeur de sa face inférieure 0,035 

Première phalange. Longueur 0,051 



Individus 
de Pikermi 

m. 

0,025 
0,042 
0,037 
0,023 
0,039 
0,056 



Races du Tragocerus a mal fiions. 



l 



J'ai parlé dans mon ouvrage sur PAttique des variations considérables que Ton 
encontre dans une même espèce de tragocère. En ajoutant aux remarques faites 
à Pikermi celles que m'a fournies l'étude des fossiles du Léberon, je crois qu'on 
peut essayer de partager le Tragocerus amaltheus en trois races : 

1° Race à cornes divergentes (pi. X, fîg. 2). — Elle est caractérisée par ses 
cornes longues, relativement peu larges, rapprochées à leur base et divergentes. 
Cette race est la plus commune à Pikermi; à en juger par mes fouilles, elle est 
rare dans le Léberon, et les individus qui la représentent diffèrent de ceux de 
Pikermi par une dimension un peu moindre. 

2° Race à cornes rapprochées (pi. X, fîg. 1). —La seconde race est caractérisée 
par ses cornes moins longues, plus larges, en général moins épaisses, rapprochées 
Tune de l'autre et placées très-obliquement sur les frontaux, de telle sorte que, 
si leurs plans étaient prolongés, ils se rencontreraient sous un angle moins aigu. 
Cette race, qui a été rare à Pikermi, a dominé dans le mont Léberon. Elle 
pourrait être scindée en deux, car les individus de la Provence étaient moins forts 
que ceux de l'Attique; leurs cornes étaient relativement un peu plus longues et 
étroites, leurs premières incisives avaient sans doute moins de largeur: si Ton juge 
utile de conserver le nom iïarcuatus proposé par M. Gervais, c'est à eux qu'il 
devra être appliqué. 

3° Race à cornes écartées (pi. X, fig. 3). — La troisième race est caractérisée 
par ses cornes relativement petites, étroites, peu divergentes, très-séparées à leur 
base. Ces caractères se montrent chez des animaux du Léberon et de Pikermi ; 
quoique j'incline à croire qu'ils représentent une race particulière, je n'ose l'af- 
firmer, attendu qu'il n'est pas facile de décider si des crânes fossiles, dont les cornes 
sorçt étroites et écartées, proviennent d'individus peu âgés, ou s'ils appartiennent 
à une race chez laquelle les cornes ont été frappées d'un arrêt de développement; 






?6 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



en tout cas, ils sont trop rares pour qu'on attribue leur forme particulière à une 
différence de sexe. 

On pourra me demander pourquoi je considère simplement comme des races les 
tragocères à cornes divergentes, à cornes rapprochées, à cornes éloignées, tandis 
que j'ai rangé sous le nom spécifique de Tragocerus Valenciemwsi les individus 
de Pikermi, dont les cornes donnent une coupe ovale. Je répondrai que je crois 
ces derniers également issus du Tragocerus amaltheus, mais que je les ai séparés 
sous un nom particulier, parce que le changement de la forme de leur corne 
marque une tendance vers un autre type, le Palœoryx. 









EXPLICATION DES FIGURES. 



PLANCHE IX. 



\ 



La figure 8 est aux deux tiers de la grandeur naturelle ; les autres figures sont de grandeur naturelle. 

FiG. 8. Crâne vu de profil : la première prémolaire est brisée ; 2 p. et 3 p. seconde et troisième pré- 
molaire ; 1 a., 2 a., 3 a. les trois arrière-molaires; m. maxillaire; lar. larmier; j. jugal ; 
or. orbite; fr. frontal ; par. pariétal. 

FiG. 9. Dents de devant vues sur la face antérieure : 1 i. première incisive (pince) ; 2 i. seconde incisive 

(mitoyenne) ; 3 i. troisième incisive (coin) ; c. canine. 

FiG. 10. Arrière-molaire supérieure dessinée du côté interne pour montrer son tubercule inter-lobaireJ./. 

et son fort bourrelet b. 
FiG. 11. Autre molaire vue dans la même position. 






PLANCHE X. 



Les figures 1, 2, 3, k sont à moitié de la grandeur naturelle; les figures 5, 6, 7 sont de grandeur naturelle. 

FiG. 1. Fragment de crâne d'un individu à cornes rapprochées. On a dessiné au trait la coupe de la 

cheville osseuse d'une corne. 

FiG. 2. Fragment de crâne d'un individu à grandes cornes divergentes. On a représenté au trait deux 

coupes de la cheville osseuse d'une corne. 

FiG. 3. Fragment de crâne d'un individu à cornes petites et éloignées. On a dessiné au trait la coupe 

de la cheville osseuse d'une corne. 

Fie. h. Crâne vu en dessous: c.oc. condyle occipital; p. oc. para-occipital; m. mastoïde ; bas. basilaire; 

sph. sphénoïde ; tem. temporal ; zyg. partie de l'arcade zygomatique ; par. pariétal ; fr. fron 
tal ; or. partie du frontal qui forme le toit de l'orbite et la base de la corne. 

FiG. 5. Mâchoire supérieure vue du côté interne : I p., 2p., 3p. les trois prémolaires, 1 a., 2a., 3a, 

les trois arrière-molaires; 1. 1. tubercules inter-lobaires. 

FiG. 6. Mâchoire inférieure vue du côté externe: 2p. la seconde prémolaire; 3p. la troisième pré- 
molaire ; 1 a., 2 a., 3 a. les trois arrière-molaires; ci. colonnettes inter-lobaires 

FiG. 7. Première prémolaire inférieure vue du côté externe. 
























RUMINANTS. 



57 












GÀZELLÀ (1) DEPERD1TA, Gervais 



Planches XI et XII. 



J'ai trouvé au pied du Léberon 4es débris de quatre-vingt-dix gazelles; sans 
doute, ces animaux ont contribué beaucoup à embellir les paysages de la Pro- 



vence. 



Christol (2) découvrit leurs restes en 1832 ; il les attribua au mouton. Plus tard 
M. Gervais montra que l'animal considéré comme un pioulon devait avoir été 
voisin des gazelles; il l'inscrivit sous le titre d'Antilope deperdila, et figura la 
cheville osseuse d'une de ses cornes (3). Un an après le travail de M. Gervais, 



Wagner fit connaître la gazelle de l'Attique sous le nom tV Antilope capricornis (4), 



et en 185/j, dans un nouveau mémoire publié avec Roth, il changea le nom 
de capricornis en celui de brevicornis (5). Il me paraît probable que la gazelle de 
l'Attique n'a été qu'une race de celle de la Provence; s'il en est ainsi, son nom 
spécifique, étant postérieur h celui de deperdita, devra être abandonné. 



Description de l'encéphale. 






Deux des crânes de ma collection du Léberon ont été brisés, de manière à 
mettre à découvert le moulage de leur intérieur ; un d'eux est représenté 
planche XI, figure 2. Le cervelet n'est pas conservé, mais le cerveau est remar- 
quablement intact ; on peut distinguer (6) : la grande scissure médiane qui sépare 
les hémisphères cérébraux, la scissure de Sylvius, en avant de laquelle sont les 
circonvolutions antérieures et derrière laquelle sont les circonvolutions posté- 
rieures, les lobes olfactifs très-grands, renflés et divergents, le sillon antéro- 






(1) Quoique M. Gervais n'ait pas employé ce nom, je le lui attribue, puisqu'il a indiqué que l'antilope du 

Léberon était voisine des gazelles. 

(2) Note déjà citée (Ami, des se. et de Vind. du midi de la France, vol. II, p. 25, Marseille, 1832). 

(3) Gervais, Comptes rendus de VAcad. des se., vol. X.XXIV, p. 801, 1847. — Zoologie et Paléontologie 
françaises, V e édition, pi. XII, fig. 3, 1848-52. / 

(4) Wagner, Abhandl. der bayer. Akad, der Wissensch., vol. V, 2 e partie, p. 367, pi. IV, fig. 6, 1848. 

(5) Roth et Wagner, Abhandl. der bayer. Akad. der Wissensch., vol. VII, p. 452, 1854. 

(6) .lai dénommé les parties du cerveau suivant la nomenclature adoptée dans l'ouvrage de Fr. Leuret et 
P. Gratiolet intitulé : Anatomie comparée du système nerveux considéré dans ses rapports avec V intelligence. 
Texte in-8, atlas in-f°. Paris, 1839-1857. 

8 











58 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



postérieur qui partage chaque hémisphère en deux moitiés et se trouve entre la 
seconde et la Iroisième circonvolution. La troisième circonvolution est séparée eu 
deux postérieurement par un sillon; il en est de même pour la quatrième circon- 

volution. 

M. Gervais a bien voulu me communiquer la belle série des moulages d'encé- 
phales que possède son laboratoire (1), notamment un cerveau de la Gazella dore/s 
qui a été moulé sous la direction de Gratiolet: ce cerveau est un peu moindre que 
celui delà gazelle du Léberon (2); l'aspect des circonvolutions est sensiblement le 
même, sauf que le sillon médian de la circonvolution III a un peu plus d'ondulation ; 
mais les lobes olfactifs sont petits, au lieu que ceux de la Gazella deperdita sont 
très-dé veloppés. Par ce caractère, notre gazelle du miocène supérieur s'éloigne 
du type habituel des ruminants actuels et se rapproche de plusieurs ruminants du 
miocène moyen. M. Edouard Lartet (3) a observé que le cerveau des cerfs et des 
antilopes de Sansan a des circonvolutions compliquées et des lobes olfactifs volu- 
mineux. M. Gervais m'a montré des encéphales inscrits sous les noms de Muntjac, 
(V Antilope spinigera et de chevrotains de Java (tragules), dans lesquels les lobes 

olfactifs sont assez grands. M. Alphonse Milne Edwards (4) a représenté des cer- 
veaux de tragules et d' Hyœmoschiis aqaaticus, qui ont ces lobes très-développés. 

Cependant, chez la plupart des ruminants actuels, les lobes olfactifs sont fort 

réduits; à cet égard, ceux du mouton forment un curieux contraste avec ceux des 

gazelles fossiles. 

On a pu dire que le développement des lobes olfactifs indique une infériorité, 
parce qu'il se manifeste de préférence chez les marsupiaux ou môme chez les 
vertébrés inférieurs, et qu'en général il sert de compensation au moindre déve- 
loppement des hémisphères cérébraux. Mais, lorsque les gazelles miocènes ont eu 
simultanément des hémisphères cérébraux grands, compliqués et des lobes olfac- 
tifs volumineux, il est permis de supposer qu'elles se sont trouvées très-favorisées 
et que leurs facultés égalaient celles des gazelles vivantes. J'emploie ici à dessein 
le mot supposer, car je ne voudrais rien affirmer dans un pareil sujet. Les 



(1) La description de ces encéphales est en cours de publication dans les Nouvelles Archives du Muséum 
(V histoire naturelle. 

(2) Cela tient sans doute à ce qu'il a appartenu à un individu d'une moindre dimension. 

(3) Edouard Lartet, De quelques cas de progression organique vérifiahles dans la succession des temps géo- 
logiques sur des Mammifères de même famille et de même genre (Comptes rendus de rAcad. des se., 1 er juin 
1868). 

(4) Alphonse Milne Edwards, Recherches anatomiques, zoologiques et paléontologiques sur la famille des 
Chevrotains {Annales des sciences naturelles, 5 e série, vol. II). 
























Il 



1 



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RUMINANTS. 



5<) 



mémoires de M. Dareste sur les cerveaux ont montré qu'il faut prendre garde 
d'attacher une trop grande importance à la complication des circonvolutions (1). 
Dans la planche X de l'ouvrage de Leuret et Gratiolet on voit le cerveau du 
daim avec des circonvolutions beaucoup plus compliquées que celles du chevreuil, 
et en même temps avec des lobes olfactifs bien plus forts; si donc nous trouvions 
h l'état fossile les moulages des encéphales du daim et du chevreuil, nous 
serions exposés à croire que le premier l'emportait en intelligence sur le second ; 
cela serait une erreur: les chasseurs savent que le chevreuil a une intelligence 
égale ou même supérieure à celle du daim (2). 

Le crâne qui est représenté pi. XI, fig. 1, est très-peu développé en arrière 
des cornes. A en juger par cette seule pièce, je pourrais penser que la gazelle 
du Léberon avait son crâne assez réduit comparativement à la face, d'où il 
faudrait conclure que le cerveau était relativement de plus petite dimension que 
dans les gazelles actuelles; mais, d'autres crânes ont au contraire un élargisse- 
ment considérable et expliquent comment l'encéphale dessiné pi. XI, fig. 2, 
surpasse en grandeur celui de gazelle vivante que j'ai dit avoir vu dans le labo- 
ratoire de M. Gervais. Ceci montre une fois de plus combien on est exposé à se 
tromper quand on base des déterminations sur des individus isolés. 



Description des ©s. 









*~ 



U 






11 






J'ai trouvé plusieurs crânes dont la partie postérieure est, conservée ; leur décou- 
verte comble une lacune, car les crânes de gazelles rapportés de Pikermi étaient 
détruits eu arrière. La portion supérieure comprise derrière les cornes (pi. XI, 
iig. 1) dessine une ligne courbe, au lieu qu'elle dessine une ligne droite chez le 
Dséren et le tragocère. La plupart des chevilles des cornes (pi. XII, fig. 2) sont 

aplaties latéralement, et leur direction (pi, XI, fig. 5) indique que les étuis 
cornés avaient une forme en lyre très-prononcée, c'est-à-dire qu'ils se rappro- 
ehaient dans le premier tiers vers la ligne médiane des frontaux pour diverger 
Hsuite, tandis qu'ils divergeaient à partir de leur base chez les individus de 
Pikermi. Tous les crânes que j'ai recueillis ont des cornes; il faut donc penser 






( l ) Voyez notamment Camille Dareste, Troisième Mémoire sur les circonvolutions du cerveau chez les Mam- 
mifères (Annales des sciences naturelles, Zoologie, à c série, vol. 111, p. 65, 1855). 

(2; Gratiolet a dit : « Le chevreuil, inférieur en force au daim et au cerf, les surpasse tous deux par son ha- 
hilctè, » (Ouvr. cité, vol. II, p. 513.) 




GO 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBEIION. 



que les femelles étaient munies de ces appendices aussi bien que les mâles; on 
sait que plusieurs antilopes vivantes, notamment le Dséren, sont dépourvues de 
cornes dans le sexe femelle. Les caisses (pi. XII, fîg. 1) sont vésiculeuses et ont 
un enfoncement vers leur milieu, mais ne sont pas trouées comme dans le crâne 
de Pikermi que j'ai cru devoir attribuer à un Dremotherium de préférence à une 
gazelle (pi. LVI, fîg. 5 de mon ouvrage sur PAttique). L'ouverture du nez était 
assez petite, tandis qu'elle est allongée chez la Gazella dorcas ; les os nasaux dans 
cette espèce ne s'étendent pas au delà du niveau de la première molaire; chez 
les Saïgas, la cavité nasale est encore plus à découvert. Les orbites sont grands. 
Les larmiers sont petits comme dans le Dséren ; chez les cerfs, ils sont plus forts : 

au contraire chez le Saïga, il n'y en a pas. 

Les dents sont représentées pi. XI, fîg. 1,3, et pi. XII, lîg. 3, 4. Les pinces 
sont bien plus élargies que les coins et les canines; il en est de même dans les 
gazelles fossiles de Pikermi, dans les gazelles d'Afrique et le Dséren de Chine. 
Les molaires sont assez fortes proporlionnément à l'ensemble du squelette. 

J'ai recueilli un atlas, un axis, une vertèbre dorsale et presque tous les os des 
membres; malheureusement, ces pièces sont le plus souvent brisées. On a dessiné 
dans la planche XII, fîg. 5, des parties d'humérus et de radius en connexion; 
lig. 6, un fémur; fîg. 7, un tarse uni avec la portion inférieure du tibia et la portion 
supérieure du métatarse; fîg. 8 et 9, des métatarses; fîg. 10, 11 et 12, les trois 
phalanges. Ces différents os ressemblent à ceux de la gazelle de Pikermi. La 
plupart indiquent des animaux âgés, ou du moins adultes. 


















Mesures 



Race 
du Léberon 

Crâne. Longueur depuis le bord antérieur de la première m 

prémolaire jusqu'à la crête occipitale 0,125 

Distance du bord antérieur de la première prémolaire 

au bord postérieur de l'orbite 0,09/» 

Longueur en arrière des cornes. ......... 0,068 

Largeur entre les bords supérieurs des orbites. . . 0,066 

Largeur de la face postérieure 0,053 

Longueur des chevilles des cornes 0,130 

Écartement des cornes à haïr base 0,017 

Écartement des cornes vers le tiers inférieur. . . . 0,016 
Écartement des cornes à leur extrémité supérieure, en- 
viron 0,080 



Race 
de Pikermi 

m. 

» 



0,105 



» 



0,080 



» 



0,150 
0,017 
0,035 



0,080 










T>/ 



61 



Race 
du Léberon 

m. 

Première prémolaire. Longueur 0,008 

Deuxième prémolaire. Longueur 0,008 

Troisième prémolaire. Longueur 0,007 

Première arrière-molaire. Longueur 0,010 

Deuxième arrière-prémolaire. Longueur. . . . * . 0,012 

Troisième arrière-prémolaire. Longueur 0,011 

Mâchoire inférieure. Longueur des trois prémolaires. . . 0,020 

Longueur des trois arrière-molaires 0,037 

Première incisive. Largeur au sommet de la couronne. 0,008 

Canine. Largeur au sommet de la couronne. . . . 0,002 

Axis. Longueur 0,050 

Humérus. Largeur de la face articulaire inférieure. . . 0,022 

Radius. Largeur de la face supérieure 0,023 

Largeur du radius et du cubitus dans la partie infé- 
rieure 0,021 

Métacarpe. Largeur de la face supérieure 0,017 

Fémur. Longueur 0,1 49 

Largeur vers le milieu de son corps 0,015 

Largeur de la région tibiale 0,031 

Tibia. Largeur de la face inférieure 0,020 

Astragale. Longueur 0,024 

Largeur 0,013 

Métatarse. Largeur de la face articulaire supérieure. . 0,017 

Largeur de la face inférieure 0,020 

Première phalange. Longueur 0,030 

Seconde phalange. Longueur 0,017 



Race 
de Pikermi. 

ro. 

0,008 
0,008 
0,007 
0,010 
0,011 
0,010 
0,021 
0,038 

0,008 
0,002 



» 



0,023 
0,023 



0,020 
0,018 



» 



0,015 

0,031 
0,021 
0,027 
0,014 
0,017 
0,018 
0,031 
0,019 



Sur les races et les espèces des gazelles fossiles. 



La plupart des gazelles de Pikermi ont eu des cornes longues, divergentes , 
arrondies; celles du Léberon ont eu généralement des cornes plus courtes, en 
forme de lyre et aplaties sur les côtés (pi. XI, fig. 5) ; en outre, elles ont 
peut-être eu des dents un peu plus fortes proportionnément aux autres parties du 
corps. 

Bien que je n'aie pas vu entre les gazelles de Pikermi et du Léberon des 
passages aussi marqués qu'entre les tragocères de ces deux gisements, il s'en faut 
que leurs différences soient toujours également accentuées; il y a des gazelles 
de Pikermi dont les cornes sont peu divergentes et des gazelles du Léberon dont 
les cornes devaient être faiblement lyrées : ainsi, l'échantillon représenté pi. XI, 
fig. A, ressemble plus à ceux de l'Attique qu'à ceux de la Provence. Lorsque je 









62 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



considère les variations qu'offrent les cornes de la Gazella dorcas d'Afrique , 
j'hésite à établir des espèces pour de légers changements dans la forme ou la 



Quant 



peut-être l'étude de nombreux individus de la nature actuelle montrerait un 
semblable écart. C'est pourquoi je suis disposé à considérer les gazelles de 



l'Attique comme représentant non pas une espèce distincte, mais seulement une 
race de la Gazella deperdita du Léberon (1). 

Les gazelles vivantes, qu'on nomme Gazella dorcas et Antidorcas euchore, sont 
tellement voisines de la Gazella deperdita, qu'elles pourraient bien en être les 
descendantes. Elles ont conservé la même habitude de vivre en nombreux trou- 
peaux; comme l'espèce fossile, elles ont des formes élancées, de grands orbites, le 
basilaire et le sphénoïde aplatis ; leurs caisses vésiculeuses annoncent également 
une ouïe fine; leurs trous sourciliers sont placés de même; elles ont aussi des 
larmiers. VEuchore rappelle la race du Léberon à cornes très-lyrées (pi. XI, fig. 5) 
et la Gazella dorcas rappelle la race de Pikermi à cornes moins lyrées ou diver- 
gentes (pi. XI, fig. h). Cependant, à côté de ces ressemblances, il s'est produit 
des différences assez marquées pour établir une séparation spécifique entre les 
animaux du miocène supérieur et ceux des temps actuels. La Gazella dorcas a des 
molaires supérieures moins épaisses, plus rectangulaires ; ses molaires inférieures 
n'ont que rarement des colonnettes inter-lobaires; ses os du nez se distinguent 
parce qu'ils sont brièvement tronqués; peut-être aussi les formes de ses membres 
sont un peu plus grêles. VEuchore a ses os du nez moins courts que la Gazella 
dorcas, mais un peu moins allongés que la deperdita; c'est un plus grand animal, 
ses cornes portent en arrière un sillon plus profond, et elles sont rondes au lieu 
d'être aplaties sur les côtés. 

La gazelle de Tartarie, appelée Saïga, est plus différente de nos fossiles que 
les espèces d'Afrique, car ses os du nez, encore plus réduits que ceux de la Gazella 
dorcas, donnent à son museau un aspect très-particulier. 

U Antidorcas Hothii de Pikermi est moins voisine de la Gazella deperdita que 
Y Antidorcas euchore. Cette dernière ressemble tant aux autres gazelles, qu'on ferait 
mieux sans doute de l'inscrire sous le même nom générique que ces animaux. 
Au contraire, Y Antidorcas Rothii est facile à reconnaître par ses cornes très- 
Ci) On a vu que si l'on conservait à la fois les noms tYHipparion gracile et d'/7. prostylum, on serait oblige 
d'appeler gracile l'hipparion qui est le moins grêle. Dans le cas où l'on voudrait maintenir en même temps les 
noms de Gazella deperdita et de Gazella brevicornis, on aurait également des désignations peu compréhen- 
sibles, car la gazelle de Pikermi qu'on a intitulée brevicornis est celle dont les cornes sont les plus longues. 





















fa 



I 



s 






RUMINANTS. 



63 



courbées et marquées de profonds sillons ; toutefois je ne veux pas prétendre 
qu'elle ait été une parente éloignée de la gazelle du Léberon à cornes lyrées. 



EXPLICATION DES FIGURES. 



PLANCHE XI. 



Les figures sont de grandeur naturelle. 






FlG. 1. Crâne vu de profil: \p., 2 p., 3 p. les trois prémolaires; la., 2 a., 3 a. les trois arrière- 
molaires ; i. m. inter-maxillaire ; m. maxillaire; s.o. trou sous-orbitaire ; nas. os nasal; 
/ar. larmier; or. orbite; jug. jugal: par. pariétal ; tem. temporal; oc. occipital ; c. oc. condyle 
occipital qui est brisé. On a dessiné au trait la coupe d'une cheville des cornes. 

FlG. 2. Moulage naturel d'un intérieur de crâne : a. se. grande scissure médiane qui sépare les hémi- 
sphères cérébraux de gauche h. g. et de droite h.d. ; olf. lobes olfactifs; syl. scissure de 
Sylvius ; si. le sillon antéro-postérieur qui se continue dans toute la longueur du cerveau ; 
I, II, III, IV, les quatre circonvolutions postérieures; s.d. sous-divisions des circonvolutions; 
sil. sillon qui sépare les circonvolutions III et IV. 

> 

FlG. 3. Dents de devant vues sur la face antérieure (l'artiste les a dessinées un peu plus grandes 

qu'elles ne le sont dans la nature): lz. les premières incisives (pinces); 2i. les secondes 
incisives, qui sont moins larges; 3*. les troisièmes incisives, qui sont encore plus étroites; 
c. canines. 

FlG. h. Partie de crâne vue de face; les cornes ont une disposition qui rappelle la race habituelle de 

Pikermi : et. c. cercle où s'attachait l'étui corné; fr. frontal; par. pariétal. On a dessiné au 
trait une coupe de la cheville d'une des cornes. 

Fia. 5. Partie de crâne vue de face; les cornes ont la disposition en lyre qui est la plus habituelle chez 

les gazelles du Léberon. 



PLANCHE XII. 



U 



Les figures sont de grandeur naturelle 






FlG. 1. Crâne vu en dessous: t. oc. trou occipital; c. oc. condyle occipital ; p. oc. para-occipital; 

bas. basilaire ; m. mastoïde; sph. sphénoïde; c. caisse ; t. au. trou auditif. 

FlG. 2. Cheville osseuse d'une corne très-plate ; on a dessiné au trait une coupe trans verse. 

Fig. 3. Mâchoire supérieure vue du côté interne: la première prémolaire est brisée; 2p. seconde pré- 
molaire ; 3p. troisième prémolaire; la., 2a., 3a. les arrière-molaires. 

FlG. 4. Mâchoire inférieure vue sur la faee externe: 3p. troisième prémolaire; la., 2a., 3a. 1rs 

trois arrière-molaires ; t. tubercules inter-lobaires. 

FlG. 5. Parties d'humérus h. et de radius r. en connexion, vues sur leur face antérieure. 

FlG. 6. Fémur vu sur la face antérieure : t. tête ; tr. trochanter; t. poulie en rapport avec le tibia; 

ce. condyle externe. 

Fig. 7. Tarse en connexion avec une partie du tibia et du métatarse vu sur la face interne : as. astra- 
gale ; c.calcanéum qui est brisé ; c.sc. cubo-scaphoïde ; 1 eu. premier cunéiforme ; 2ca. se- 
cond cunéiforme ; t. tibia; mt. métatarse. 

FlG. 8. Partie supérieure d'un métatarse vu sur la face antérieure. 













6/i 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEREROX. 



Fig. 9. Portion inférieure d'un métatarse vu sur la face antérieure; r. sa rainure qui marque la jonc- 
tion du troisième et du quatrième métatarsien. 
FlG. 10. Première phalange vue de côté. 
Fig. 11. Seconde phalange vue de côté. 
Fig. 12. Phalange onguéale vue de côté. 






ANTILOPE 



DE LA TAILLE DU PALŒOREAS LINDERMAYERI. 



Planche XI 1, fiv 13. 



Le bloc représenté dans la planche I renferme une mandibule qui contraste par 
sa dimension avec une mâchoire et des dents de Gazella deperdita placées à côté. 
Cette pièce a été dessinée de grandeur naturelle planche XII, fig. 13 : on y 
remarque la seconde prémolaire 2p., la troisième prémolaire 3 p., la première 
arrière-molaire 1 a. avec un bourrelet antérieur b.eï un rudiment de tubercule 
inter-lobaire, la seconde arrière-molaire 2 a. munie également d'un bourrelet 
antérieur. La hauteur de la mandibule est de m ,018 au-dessous de la seconde 
prémolaire et de0 m ,02;5 au-dessous de la seconde arrière-molaire; la seconde et 
la troisième prémolaire ont chacune m ,012 de longueur; la première et la seconde 
arrière-molaire ont m ,013. 

Par ses dimensions et la forme des dents, cette mâchoire rappelle le Palœoreas 
Lindermayeri de Pikermi (1). Je suppose que le genre Palœoreas a vécu dans 
notre pays, car j'ai vu au Puy, dans la collection de M. Aymard, une corne d'an- 
tilope (2) assez semblable à celle qui a été représentée pi. LU, fig. 5 de mon 
ouvrage sur l'Attique et que j'ai attribuée à une variété de Palœoreas Linder- 
mayeri, chez laquelle les chevilles osseuses des cornes auraient été dépourvues 

(1) Pour l'étude de cette espèce, ou pourra consulter les mémoires de Roth et Wagner dans les Abhandl. der 
bayer. A kad., 18 40, 1848, 1854, 1857, et les Animaux fossiles de l'Attique, 1865. 

(2) Cette corne a été figurée par M. Dorlhac dans sa Notice géologique sur le cratère du Coupet et son gisement 

de gemmes et d'ossements fossiles (Ann. de la Soc. d'agr., sciences, arts et commerce du Puy, vol. XIX, p. 509, 
fig. 8, 1854). 















RUMINANTS. 



65 






le 



de carène. La pièce de la collection de M. Aymard a reçu de ce savant naturaliste 
le nom à' Antilope torticornis; elle a été trouvée à l'ancien volcan du Coupet, 
près de Saint-Elbe. J'ai examiné plusieurs pièces qui ont été recueillies dans le 
même lieu: une molaire d'un mastodonte du type mamelonné qui peut être le Mas- 
todon arvemensis, le M. longirostris ou le M. Pentelici; des molaires d'un Hystrir 
qui rappelle le porc-épic de Pikermi ; des fragments de bois de petit cerf qui 
ressemblent dans leur partie inférieure à ceux du Cervus Matheronis ; des dents 
et des os d'un équidé : je n'ose dire si cet animal est un cheval ou un hipparion, 
car je ne connais pas la forme de ses molaires supérieures et de ses canons. 
M. Bertrand de Lom, propriétaire du Coupet, a bien voulu me faire visiter ce gîte, 
mais les ossements que j'ai trouvés ne m'ont rien appris de plus que ce que 
M. Aymard m'avait montré dans sa collection. 



CERVUS (AXIS) MATHERONIS, Gervais. 



Planche XIII. 



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- 






. 



La distribution géographique des ruminants actuels présente de grands con- 
trastes: l'Afrique nourrit de nombreuses espèces d'antilopes, et les cerfs qu'on y 
rencontre sont regardés comme venus de nos pays; en Europe, au contraire, 
nous n'avons pas d'antilopes, sauf le chamois, mais les cerfs sont les hôtes habi- 
tuels des forêts. Il est probable qu'il y eut à l'époque tertiaire des contrastes 
semblables: car, à Pikermi, où tant de restes d'antilopes ont été exhumés, aucun 
cerf n'a encore été signalé, tandis que les cerfs abondent à Perrier, où les antilopes 
sont très -rares, et àEppelsheim, où l'on n'a trouvé aucune antilope. 

Cependant, de même qu'aujourd'hui dans l'Inde on voit en même temps des 
cerfs et des antilopes, quelques gisements tertiaires ont présenté la réunion de ces 
animaux: ainsi, Sansan renferme à la fois de nombreux débris de cerfs et d'anti- 
lopes; à Montpellier et dans le Léberon, on observe ces deux groupes de ruminants, 
mais les cerfs sont bien plus rares que les antilopes. 

9 



66 ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 

Christel a cité, sans le décrire, le cerf du Léberon. MM. Bravard et Pomel 
ont fait figurer ses bois dans leur mémoire sur les vertébrés fossiles de Vaucluse 
resté inédit. M. Gervais a montré que cette espèce avait des rapports avec les Axis 
ou les Rusa, et il Ta inscrite sous le nom de Cernas Matheronis (1). C'était faire 
acte de justice que de dédier une des espèces fossiles de la Provence à M. Mathe- 
ron, qui a fait sur ce pays de si remarquables travaux géologiques. 

Les pièces que j'ai recueillies sont les suivantes : deux fragments des merrains 
d'un tout jeune individu, des parties de crânes de trois autres sujets avec leurs bois, 
des portions isolées de bois, une mâchoire supérieure, une mâchoire inférieure, 
une vertèbre, un fragment de radius et une phalange. M. le C te Charles de 
Saporta m'a donné un bois. J'ai vu dans le British Muséum la pièce qui a été 
figurée par MM. Pomel et Bravard; elle est accompagnée de deux arrière-molaires 
inférieures semblables à celles de ma collection. 



Description. 



Les figures 5, 6, 7 de la planche XIII représentent les molaires de la mâchoire 
supérieure et de la mâchoire inférieure. Ces dents sont plus grandes que celles 
de la Gazella deperdita et du chevreuil, plus petites que celles du tragocère et du 
daim. Elles rappellent le type ordinaire des cerfs. Les molaires supérieures sont 
un peu moins hautes que chez les anlilopes du Léberon; elles sont plus larges 
et plus arrondies, leur muraille externe a des côtes plus saillantes. Le lobe 
transverse antérieur de la dernière prémolaire et des arrière-molaires supé- 
rieures (fig. 6) se termine par une bifurcation qu'on remarque fréquemment sur 
les dents non usées de divers ruminants et des hipparions. La pointe médiane de 
celte bifurcation peut sembler l'homologue de l'élément antérieur-médian des 
Hyopotamus, des Anthracotherium, des Pachynolophus ; il faudrait conclure de là 

* 

que l'avance interne correspond à 1 élément antérieur-interne : cependant, on 
voit en môme temps des rudiments du tubercule inter-lobaire , qui a été quel- 
quefois considéré comme l'élément antérieur-interne chez les cerfs, les bœufs, 
les Anoplotherium , les Paloplotherium et les hipparions. 

L'échantillon dessiné pi. XIII, fig. 1 et 2, a des bois aussi forts que ceux du 
daim, mais il indique un crâne plus faible, moins large. Le pédicule des bois est 
de dimension moyenne; le cercle de pierrures est tantôt peu marqué, tantôt très- 









(1) Gervais, Zoologie et Paléontologie françaises, 2 e édit., p. 148, 1859. 






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RUMINANTS. 



67 



saillant. Le merrain est arrondi, assez fortement sillonné. Les andouillers forment 
avec le merrain un angle aigu ; le premier naît très-loin de la meule. Les bois 
de ma collection (fig. 3 et h) ont seulement trois pointes comme dans le sous- 
genre Axis. Je ne voudrais pas cependant affirmer que les cerfs du Léberon 
n'avaient jamais que troi; pointes, c'est-à-dire deux andouillers; car, l'échantillon 
cédé par Bravard au British Muséum semble avoir un rudiment d'une quatrième 
pointe, et dans la pièce de ma collection représentée flg. 1 et 2, le merrain, brisé 
après le second andouiller, a encore tant de force, qu'il était en état de donner 
naissance à d'autres andouillers. Je suppose que dans son entier le bois d'un 
sujet adulte pouvait avoir un demi-mètre de long à partir du frontal; un bois 
d'un jeune individu de ma collection n'a guère plus de 3 décimètres. 



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Crâne. Largeur à la base des bois 0,075 

Mâchoire supérieure. Longueur de la série des six molaires. . . 0,068 

Première prémolaire. Longueur 0,006 

Troisième prémolaire. Longueur 0,010 

Largeur 0,012 

Seconde arrière-molaire. Longueur 0,013 

Largeur , 0,016 

Dernière arrière-molaire. Longueur 0,012 

Mâchoire inférieure. Longueur de la dernière prémolaire. . . . 0,011 

Première arrière-molaire. Longueur • 0,013 

Dernière arrière-molaire. Longueur 0,018 

l>ois. Hauteur du pédicule 0,030 

Principal diamètre du pédicule 0,023 

Distance de la meule au bord supérieur du premier andouiller. 0,120 
Distance du bord supérieur du premier andouiller au bord su- 
périeur du second andouiller 0,099 

Principal diamètre du merrain à moitié de la distance entre la 

meule et le premier andouiller 0,028 

Principal diamètre entre le premier et le second andouiller. . 0,027 



Rapports et différences. 



Par la forme de ses bois, le cerf du Léberon se distingue facilement des cerfs 
à bois aplatis, tels que les daims, les rennes, les Megaceros, les élans. Il se rap- 
proche des Axis (ou Rusa) par ses bois à deux pointes (au moins dans plusieurs 
individus) ; cependant la grande distance qui s'étend entre la meule et le premier 
andouiller ne permet pas de le confondre avec les espèces actuelles. 







68 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON 



Chez les chevreuils et le Ccrvas cusanus du pliocène d'Ardé (1), le premier 
andouiller naît très-loin de la meule comme chez le Cervus Matheronis, mais la 
forme générale du bois est différente. 

Le Muséum de Paris possède un crâne de Cervus campestris rapporté de Pata- 
gonie par Alcide d'Orbigny (2); ce crâne rappelle le cerf du Léberon par sa taille 
et la disposition des bois, sauf cette légère différence que les bois du Cervus cam~ 
pestris sont plus courts proportionnément et ont leur premier andouiller un peu 
plus long et plus rapproché de la meule. 

M. Pomel a signalé dans les alluvions anciennes de Peyrolles, près d'Issoire, 
une espèce qu'il a appelée Cervus ambiguw, chez laquelle l'andouiller inférieur 
est encore plus loin de la meule que dans le Cervus pardinensis, à tel point, dit-il, 
qu'on pourrait presque la placer dans une autre section que celle des Rusa. Je ne 
connais pas le Cervus ambiguus, mais je pense qu'il doit différer du Cervus 
Matheronis; car, à l'époque où il a été cité par M. Pomel (3), ce savant naturaliste 
avait déjà étudié les fossiles du Vaucluse, et, si l'espèce du Léberon avait été 
identique avec celle de l'Auvergne, il n'aurait pas manqué d'en faire la remarque. 
J'ai observé dans le British Muséum un bois de cerf inscrit sous le titre de 
Cervus gracilis, Brav. du pliocène d'Ardé. Il se rapproche des bois du Cervus 
Matheronis; seulement il est plus aplati, et son premier andouiller est plus près 
de la meule que du second andouiller. 












Conclusion. 



Les espèces de la famille des cerfs présentent des variations considérables pour 
les bois, car il y a des Dremotherium qui n'ont pas de bois, des Daguets qui ont 
des bois à une seule pointe, des Guémuls et des dicrocères qui ont des bois à deux 
pointes, des Axis qui ont des bois à trois pointes, et enfin des élaphes chez les- 
quels la complication des bois devient quelquefois très-grande. 

Il est curieux de voir une même espèce présenter ces différentes conformations 
à mesure qu'elle avance en âge, comme si les caractères au moyen desquels nous 



(1) 11 y a un beau spécimen de ce cerf dans le British Muséum. Les bois ressemblent à ceux d'un chevreuil 
qui seraient aplatis dans leur seconde moitié. 

(2) Une bonne figure de cette espèce est donnée dans l'ouvrage de Brehm sur les Mammifères, vol. II, 
p. 512. 

(3) Pomel, Catalogue méthodique et descriptif des Vertébrés fossiles découverts dans le bassin hydrographique 
supérieur de la Loire et surtout dans la vallée de son affluent principal, l'Allier, in-8, p. 107, 1854. 












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69 



érigeons des espèces étaient en grande partie de simples résultats d'arrêts de 
développement : ainsi il y a un âge où le cerf élaphe n'a pas plus de bois qu'un 
Dremotherium, un autre âge où il a un bois non ramifié comme les Dagaets 
d'Amérique, un autre âge où il > un bois à deux pointes, ainsi que les dicrocères, 
un autre âge où il a un bois à trois pointes comme les Axis; c'est seulement 
à une époque avancée de sa vie que son bois prend tout son développement. 

On n'a pas encore trouvé la forme Daguet dans les terrains tertiaires de nos 
pays. Mais, sauf cette absence, on peut dire que le développement paléontologique 
des cerfs semble avoir suivi la même marche que suit de nos jours le développe- 
ment de nos cerfs élaphes depuis le temps de leur naissance jusqu'à celui de la 
vieillesse. En effet, les premiers cerfs qui ont paru en Europe sont les Dremothe- 
rium du miocène inférieur dont la tête est dépourvue de cornes; le miocène 
moyen est caractérisé par les Dicroceras elegans^ furcatus, aurelianensis , dont les 
bois ont deux pointes; dans le miocène supérieur du Léberon et dans le pliocène 
de Perrier, on rencontre surtout des bois de cerfs à trois pointes; c'est dans le 
pleistocène de Cromer, de Saint-Prest, de Saint-Martial, et surtout dans le qua- 
ternaire, qu'on voit les bois de cerfs acquérir leur plus grand développement. 

Il serait possible que le mode d'évolution des cerfs eût été influencé par la 
diminution successive de la température, car M. Pucheran, dans sa Monographie 
du genre Cerf{\), a rappelé que les espèces dont les bois sont simples se trouvent 
de préférence dans les contrées chaudes, et que celles dont les bois sont compli- 
qués habitent particulièrement les régions froides. Les géologues savent que, 
dans nos pays, la température a été plus basse à l'époque pliocène qu'à l'époque 
miocène, plus basse à l'époque pleistocène qu'à l'époque pliocène, et plus basse 
à l'époque quaternaire qu'à l'époque pleistocène. 



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EXPLICATION DES FIGURES. 



PLANCHE XIII. 






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Les figures 1, 2, 3, 4 sont aux deux cinquièmes de la grandeur; les figures 5, 6, 7 sont de grandeur naturelle. 

Fig. 4 . Bois attenant au frontal, vu de côté ; il est brisé dans sa parlie supérieure : fr. frontal ; p. pédi- 
cule; m. meule; mer. merrain; 1 an. premier andouiller; 2 an. second andouiller. On a 
marqué au trait quelques coupes transverses pour indiquer la forme du bois. 

Fig. 2. Même échantillon représenté de face. Les lettres sont les mêmes. 



(1) Pucheran, Monographie des espèces du genre Cerf (Archives du Muséum d'histoire naturelle, vol. VI, 
p. 265, 1852). 






70 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBEROX. 



Fig. 3. Bois d'un individu plus petit, vu île côté ; il est brisé en deux morceaux. Mêmes lettres. Le pre- 
mier andouiller n'est pas visible, 

Fig. 4. Bois d'un individu encore plus petit, vu de côté ; il est brisé en trois parties. Mêmes lettres. 

Fig. 8. Mâchoire supérieure vue du côté externe : 1 p. première prémolaire; 3 p. troisième prémo- 
laire; 1 a,, 2 a., 3 a. les trois arrière-molaires. 

Fig. 6. Même mâchoire vue du côté interne. Même lettres ; d. indique les denlicules inter-lobaires. 

Fig. 7. Mâchoire inférieure dessinée du côté externe : 3 p. troisième prémolaire; 1 «.première arrière- 
molaire ; 3 a. troisième arrière-molaire ; c. colonnettes inter-lobaires ; on voit en r. c. un 
rudiment de denlicule entre le second et le troisième lobe de la dernière molaire. 



TORTUE TERRESTRE 



DE DIMENSION GIGANTESQUE 



C'est à l'époque miocène que les tortues terrestres semblent avoir eu leur 
plus grand développement ; non-seulement alors elles ont été nombreuses, mais 
encore elles ont atteint des dimensions considérables : ainsi la Testudo lata du 
Nebraska. la T. gigas de Rournoncle Saint-Pierre, la T. Larteti de Sansan, 
la T. vitoduram de Veltheim et la Colossochelys atlas des monts Sewalik furent de 
gigantesques espèces. J'ai rapporté du Léberon les débris d'une tortue plus grande 
que toutes celles d'Europe; elle n'est surpassée que par la Colossochelys. 

On m'a raconté à Cucuron que le savant paléontologue de Lyon, feu M. Jourdan, 
l'avait vue avant moi et avait essayé de la détacher de la roche, mais qu'il y avait 
renoncé à cause des difficultés de l'extraction. J'ai marqué sur la coupe de la 
figure 3, pi. XV, l'endroit où elle se trouvait; elle était placée vers le haut d'un 
escarpement qui borde un ruisseau à l'ouest de la maison de Bressier. Lorsque 
je la vis, il n'y en avait plus que le tiers, et le suintement des eaux commençait 
à la désagréger. Je crus utile de la sauver d'une complète destruction. Comme 
le limon dans lequel elle se trouvait engagée était très-argileux et mouillé, il 
fallut vider tout l'intérieur de la carapace et y introduire du ciment romain. Je dus 
ensuite faire dresser un échafaudage pour la remonter hors de l'escarpement. 
Elle était tellement lourde et les os étaient si tendres, que, malgré un long travail 

et de grandes précautions de mes ouvriers, je la vis se briser au moment où on 
l'enleva. 












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TORTUES. 



71 



Les pièces que j'ai rapportées sont trop endommagées pour permettre une 
détermination spécifique. J'avais mesuré sur place une largeur de l m ,10; la 
largeur de l'échantillon tel qu'il est actuellement est d'environ 1 mètre. Les 
parties minces de la carapace ont m ,15 d'épaisseur, mais les bords du plastron 
atteignent jusqu'à un décimètre d'épaisseur. 

Je pense que l'espèce du Léberon n'était pas d'une dimension très -inférieure 
à celle de la Colossochelys atlas (1), mais je ne peux dire jusqu'à point elle s'en 
rapprochait. De même que ces deux tortues, la Testudo vitodurana de Veltheim 
en Suisse (2) avait certaines parties de son plastron extrêmement épaissies. 

J'ai retrouvé des débris de la grande espèce du Léberon dans le gisement le 



Helladotherium , du Sus major, du trago- 



cère. etc. 



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DE GRANDEUR MOYENNE 



Planche XIV, Re. 2 et 3. 



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Mes fouilles ont amené la découverte de deux échantillons d'une seconde 
espèce de tortue beaucoup plus petite que la précédente. Elle est longue de 3 déci- 
mètres, et sa largeur est d'environ 2 décimètres. Les sutures des os sont presque 
entièrement effacées, mais les écailles ont laissé des empreintes assez distinctes : 
les écailles costales avaient à peu près m ,054 de large vers leur milieu; les 
écailles marginales près de l'échancrure fémorale étaient hautes de m ,038; 
l'écaillé pygale était haute de m ,03Zi; la cinquième écaille dorsale avait G m ,0i9 de 
long sur m ,066 dans sa grande largeur. 

Comme le plastron m'est inconnu, je ne peux essayer aucun rapprochement 
spécifique. 

(1) Hugh Falconer, On the Colossochelys atlas, a gigantic Tor toise from theSewalik Hills (Palœontological 
Memoirs and Notes, vol. I, p. 359, pi. XXX et XXXI, in-8, 1868. 

(2) Biedermann, Chéloniens tertiaires des environs de Winterthur, traduction française par Bourrit, p. 13, 
pi, T, I», III. In-4, Winterthur. 






72 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



EXPLICATION DES FIGURES. 



PLANCHE XIV. 



Les figures sont à moitié de la grandeur naturelle. 



Fig. 2. Carapace vue en dessus : \ V., 2 V., 3 V., 4 V., 5 V. empreintes des cinq écailles vertébrales; 

\ C, 2 C, 3 0,, 4 C. empreintes des écailles costales; M. empreintes des écailles margi- 
nales ; PYG. empreinte de l'écaillé pygale ; s. v. sutures des pièces vertébrales ; s. c. sutures 
des pièces costales ; s. m. sutures des pièces marginales ; s. p. sutures de la pièce pygale. 

Fig. 3. Carapace d'un autre individu, vue en dessus. 






TESTUDO 



DE PETITE TAILLE 






Planche XIV, fig. 1 . 



On a dessiné dans la planche XIV, figure 1, une portion d'une tortue moins 
grande que celles dont on voit les dessins fig. 2 et 8; l'échantillon est représenté 
sur la face ventrale, à la moitié de la grandeur naturelle : on voit bien distincte- 
ment les épisternum épi., l'entosternum ento., les hyosternum hijo., l'empreinte 
des écailles gulaires G., des écailles pectorales P.," des écailles humérales H., des 
écailles abdominales A. La carapace paraît avoir été très-bombée, mais il faut 
tenir compte des modifications que la pression a pu produire. La largeur est 
de m ,12S. L'entosternum forme un hexagone à peu prè's régulier; il est long 
deO m ,02Zi et large de 0°>,025. Du bord postérieur de l'hyosternum au bord anté- 
rieur de la partie médiane du plastron, on mesure m ,060. 

La Testudo marmorum de Pikermi (1) a la même taille ; elle paraît avoir été 
moins bombée, son entosternum diffère légèrement. 

(Jne des tortues les mieux conservées des terrains miocènes est celle que 
M. Nouel a découverte dans les sables de l'Orléanais, à Neuville; ses dimensions 
surpassent celles de la petite espèce du mont Léberon, et son entosternum a son 
angle antérieur plus aigu. 

(1) Animaux fossiles et géologie de l'Attique, p. 316, pi. LX, fig. i, 2. 










TORTUES. 



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La Testudo grœca du quaternaire de Lunel-Viel, dont M. Gervais a figuré le 
plastron (1), ainsi que la Testudo Escheri signalée à Veltheim ( w 2) et à Elgg (3), 
ont la même dimension que la petite espèce du Léberon et leur entosternum est 

semblable. 

Pour déterminer spécifiquement les tortues du Léberon, il faudrait avoir des 
matériaux plus complets que les miens, et même, quand on aurait de très-bonnes 
pièces, on pourrait encore être embarrassé. Personne, sans doute, n'a été dans 
de meilleures conditions que M. Leidy pour connaître les tortues fossiles, car il 
paraît que dans certaines parties du Nebraska le sol est jonché de leurs carapaces, 
à tel point que des désignations géographiques sont tirées de l'abondance de ces 
animaux. Or, M. Leidy en 1853 a cru distinguer dans les Mauvaises Terres du 
Nebraska cinq espèces de tortues qu'il a figurées et décrites avec soin (4). Plus 
tard, il a ajouté une espèce venant des bords du Niobrara, la Testudo niobrarensis . 
Mais, en 1869 (5), à force de voir des tortues, et par conséquent à force d'ob- 
server des variations et des intermédiaires, il ne sait plus où marquer les limites 
entre des tortues de formes très-diverses, dont le sternum varie en longueur de 
7 à 21 pouces; il nous apprend que tous les échantillons du Nebraska lui sem- 
blent maintenant appartenir à la môme espèce, et quant à la Testudo niobra- 
rensis, il s'exprime ainsi : « Elle est certainement très-voisine de la Testudo des 
Mauvaises Terres, et probablement elle a été son successeur non modifié ; c'est pour- 
quoi ce ri est pas une espèce distincte. » Quelques naturalistes pensent que les 
personnes disposées à réunir les espèces les confondent parce qu'elles ne les 
étudient pas suffisamment; je suis porté à croire que le contraire arrive souvent : 
car, plus les échantillons que l'on compare sont nombreux, plus on hésite à tracer 
leur limites spécifiques. 



(1) Zoologie et Paléontologie françaises, pi. LUI, fîg. 3. 

(2) Pictct et Ilumbert, Monographie des Chéloniens de la mollasse suisse, p. 17, pi. I, II, III {Matériaux 
pour la Paléontologie suisse, publics par Pictct, in-4, l re série, Genève, 1856). 

(3) Bicdcrmann, ouvrage cité, p. 19, pi. IV et V. 

(A) Joseph Leidy, The ancient Fauna of Nebraska, or a Description uj remains of extincl Mammalia and 
Chelonia from the Mauvaises Terres of Nebraska, in-4, p. 101, pi. XlX à XXIV, 1853. 

(5) Joseph Leidy, The extinct mammalian Fauna of Dakota and Neoraska^ n-4, Philadelphie, 1869. 



10 



CHAPITRE II 



CONSIDÉRATIONS SUR LES xMAMMIFÈRES QUI ONT VÉCU EN EUROPE 



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A LA FIN DE L'ÉPOQUE MIOCENE 



A mesure que j'ai cherché à comprendre l'histoire des êtres fossiles, il m'a 
paru de plus en plus probable que Y Auteur du monde n'a pas créé isolément les 
espèces successives des âges géologiques, mais qu'il les a tirées les unes des 
autres. Mes études sur Pikermi ont confirmé cette manière de voir en me montrant 
de nombreux traits d'union entre des formes qui avaient d'abord semblé distinctes : 
par exemple un singe intermédiaire entre le semnopithèque et le macaque, un 
carnassier intermédiaire entre l'hyène et la civette, un pachyderme intermédiaire 
entre Y Anchitherhnn et le cheval, un ruminant intermédiaire entre la chèvre et 
les antilopes, etc. Les comparaisons que j'ai faites avec les fossiles d'autres gise- 
ments m'ont fourni des résultats analogues. 

Quelques naturalistes m'ont répondu : « Il est vrai que les découvertes paléonto- 
logues révèlent certains enchaînements entre les êtres des temps passés, mais 
ceci peut résulter de ce que Dieu a créé tour à tour les espèces, de manière à 
représenter un plan général de filiations restées à l'état virtuel dans sa pensée. 
Pour établir que des mammifères fossiles ont eu une commune origine, il ne suffît 
pas d'apercevoir des liens de familles et de genres, ou même de découvrir des 
espèces qui ont été très-rapprochées. Il faut encore donner des preuves que les 
espèces fossiles ont été assez mobiles, assez plastiques pour passer les unes aux 
autres. » 

Il y avait beaucoup de sagesse dans ces observations. J'ai résolu d'en faire mon 
profit et de travailler à apprendre si les espèces fossiles ont été fixes ou variables. 
Pour atteindre ce résultat, j'ai pensé qu'il fallait explorer un gisement riche 
en débris d'animaux à peu près semblables à ceux de Pikermi ; car, en possédant 




76 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LKRERON. 



un grand nombre d'os des mêmes espèces, je pourrais connaître si ces espèces 
ont été des entités immuables, ou bien si elles ont témoigné assez de plasticité 
pour faire supposer qu'elles sont descendues les unes des autres. C'est pourquoi, 
ainsi que je l'ai dit dans les préliminaires de ce mémoire, j'ai entrepris des fouilles 
dans leLéberon. 

Pendant que j'ai étudié la variabilité des animaux de l'époque miocène, j'ai eu 
l'occasion de faire quelques autres remarques sur les êtres de cette époque; il m'a 
semblé qu'il ne serait pas inutile de les soumettre à mes savants lecteurs. J'ai été 
ainsi amené à composer ce chapitre dans lequel on trouvera réunis les sujets qui 
portent les titres suivants : 



§ 1. - La fin de l'époque miocène a été caractérisée par le grand développement des 
herbivores. 

$ 2. — Les mammifères miocènes confirment la croyance que les types des êtres su- 
périeurs ont été plus mobiles que ceux des êtres inférieurs. 



§3. 



en deux sous-étages. 



A en juger par les mammifères, le miocène supérieur d'Europe peut être divisé 



S 4. 



L'étude des mammifères miocènes appuie l'hypothèse que les séparations des 



étages ou des sous-étages ont été surtout les résultats de; "déplacements des faunes. 



Sur les formes analogues des mammifères qui ont précédé et suivi ceux du mio- 



§ 5. - 

cène supérieur 

8 6. — Sur la distinction des races et des espèces de mammifères à la fin des temps 
miocènes. 












§ i 



La fin de l'époque miocène a été caractérisée par le grand 

développement des herbivores. 



Je suis loin d'avoir rencontré toutes les espèces de quadrupèdes enfouies dans 
le mont Léberon; celles, notamment, qui appartiennent à ce qu'on peut appeler 
la petite faune, sont encore inconnues. Néanmoins les pièces déjà recueillies per- 
mettent de se faire quelque idée des anciens mammifères de la Provence. Le 
Dinotherium, le plus gigantesque de tous les animaux terrestres, était escorté par 



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majestueux des ruminants qui ont habité l'Europe. Les campagnes étaient cou 









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CONSIDERATIONS GENERALES. 



77 



vertes de troupeaux d'hipparions, voisins de nos équidés modernes, et de gazelles 
à cornes en forme de Ivre. A côté d'elles se tenaient les tragocères, auxquels leurs 
cornes pouvaient donner de loin un aspect de chèvres, mais qui, vus de près, 
offraient les traits caractéristiques des antilopes. Ces charmantes hôtes avaient un 
compagnon que ne connaissaient pas leurs parents de l'Àttique, le Cervus Mathe- 
ronis. Une immense tortue et d'autres plus petites se traînaient à côté de ces 
rapides coureurs. Peu de carnassiers devaient trouhler les paisibles herbivores; 
on n'a trouvé que de rares débris de Machœrodm, ftHyœna et <¥ Ictitherium . 
Assurément, notre Provence est belle aujourd'hui, mais elle était belle aussi 
quand tous les animaux fossilisés dans le Léberon étaient en vie, alors que les 

■ 

versants des montagnes étaient animés par de nombreux troupeaux, et que, pour 

nourrir tant de quadrupèdes, les vallées enfantaient une ample végétation. 

Le tableau que je viens d'esquisser nous transporte vers la fin des temps mio- 

cènes, c'est-à-dire au moment où le règne animal a eu son apogée. La liste qui 

suit montre que les quadrupèdes du Léberon doivent avoir été contemporains 

de ceux de Pikermi en Grèce, de Baltavar en Hongrie (1) et de Concud (2) en 
Espagne (3) : 






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MONT LEBEKON. 



Machaîrodus cultridcns. 

Hyeena eximia. 

Ictitherium hipparionum. 
Ictithcrium Orbignyi? 
Dinotherium giganteum. 
Acerotherium incisivum ? 
Rhinocéros Schleiermacheri 



ïlipparion gracile. 
Sus major (c'est peut-être 
une race du Sus eryman- 

thius), 

Melladotherium Duvernoyi. 
Tragocerus amaltheus. 
Gazella deperdita. 

Cervus Matheronis. 



PIKERMI. 


BALTAVAR. 


Machserodus cultridens. 


Machœrodus cultric 


Hyama eximia. 


Hyaena eximia. 


Ictitherium hipparionum. 


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Ictitherium Orbignyi. 


» 


Dinotherium giganteum. 


Dinotherium. 


Acerotherium incisivum ? 


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Variété assez éloignée du 


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Rk. Schleiermacheri. 




ïlipparion gracile. 


ïlipparion gracile. 



Sus erymanthius. 



Sus erymanthius ou major 



Helladotherium Duvernoyi 
Tragocerus amaltheus. 
Gazella deperdita. 



Helladotherium Duvernoyi. 
Tragocerus amaltheus. 
Gazella deperdita. 



» 



» 



CONCUD. 



» 



Hysena eximia 



» 

» 
» 



Hipparion gracile 



» 



» 



Tragocerus amaltheus 
Gazella deperdita. 
Cervus Matheronis? 



(1) C'est M. Suess qui a fait connaître les fossiles de ce gisement : Ueber die grossen Raubthiere der Ôsterrei- 
<'hischen Tertiûrablagerungen [Sitzuagsb. der Kaiser. Akad., 7 mars 1861). 

(2) On pourra consulter, au sujet des fossiles de Concud, la note de M. Gervais, intitulée : Description des 
ossements fossiles rapportés d'Espagne par MM. de Vemeuil, Collomb et de Lorière [Bull, de la Soc. géol. de 
France, 2 e série, vol. X, p. 1^7, 1852), et le mémoire de M. Juan Vilanova y Piera : Ensayo de descripcion 
f/eognostica de la provincia de Teruel, pi. la, 2a, in-4. Madrid, 1863. 

(3) Il est probable que les marnes du mont Redon, près de Montouliers (Aude), sont du même âge que celles 



II* 



78 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LKBERON. 



L'inspection de la liste précédente suffit pour faire ressortir le grand développe- 
ment des herbivores; ce développement mérite de fixer notre attention, car il est 
le trait le plus caractéristique de la fin des temps miocènes. 

Il n'y a pas fort longtemps (géologiquement parlant) que les herbivores se sont 
multipliés dans nos pays. Pendant que le calcaire grossier et le gypse de Paris se 
déposaient, les pachydermes dominaient encore : les Lophiodon, les Chœropotamus , 



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devaient être omnivores comme les cochons et les tapirs 



actuels; les Palœotherium, et les AncAilophus avaient sans doute le régime des 
damans qui vivent de feuillages, ou des rhinocéros qui dévorent les buissons 
coriaces. Les Anoplolherium pouvaient avoir une nourriture intermédiaire entre 
celle des Palœotherium et celle des Chœropotamus. Les animaux les plus herbivores 
étaient les Xiphodon, les Dichodon, les Amphimeryx; ils étaient si voisins des 
pachydermes, que plusieurs naturalistes les rangent dans le même ordre. M. de Sa- 
porta a montré que l'élude des végétaux confirme les données fournies par 
l'examen des animaux; lors de la formation du gypse d'Aix, les plantes herbacées 
étaient rares (I). 

À l'époque du miocène inférieur (2), les Gelocus avaient beaucoup de res- 
semblance avec les Xiphodon, mais leurs molaires supérieures sans mamelon 
interne, et leurs métatarsiens principaux soudés vers l'âge adulle, annonçaient la 
prochaine arrivée des ruminants ordinaires. En effet, bientôt après sont venus 
les Dremotherium de Saint-Gérand le Puy, dont les canons principaux sont entiè- 
rement soudés comme chez les ruminants actuels ; leurs métatarsiens latéraux 
sont encore imparfaitement unis. 

A l'époque du miocène moyen, la plupart des ruminants eurent lçurs méta- 









ilu mont Léberon ; elles sont également superposées aux mollasses à Ostrea crassissima. M. Peyras a commu- 
niqué au laboratoire de paléontologie du Muséum les premières pièces de Dinotherium et à'Hipparion qu' il 

a découvertes. Des fouilles faites par M. Gervais ont procuré, outre de beaux échantillons des mômes ani- 
maux, des débris de rhinocéros. M. Tournai m'a fait voir dans le musée de Narbonne une molaire supérieure de 
grand Sus qui provient du même gisement. 

Peut-être faut-il également rapporter à la fin des temps miocènes les couches de Kischinew en Bessarabie, 
ou M. de Nordmann a signalé la Thalassictis, qui parait identique avec l' Ici itherium robustum de Pikermi. 

(1) Etudes sur la végétation du sud-est de la France à l'époque tertiaire. Supplément I, Révision de la flore 
des gypses d'Aix (Annales des sciences naturelles, 5 e série, Botanique, vol. XV, p. 17 et 76, 1872). 

(2) Dans le Nebraska, les ruminants du miocène inférieur sont plus nombreux et plus variés qu'en Europe ; 
mais, si l'on réfléchit que, pendant les temps secondaires et éocènes, la mer couvrait une grande partie de 
l'Europe, tandis qu'il y avait en Amérique d'immenses espaces exondés depuis un temps très-ancien, on sera 
porté à penser que les flores et les faunes terrestres de nos pays ont été moins avancées dans leur évolution que 
celles de l'Amérique ; géologiquement parlant, le Nouveau Continent devrait sans doute être appelé Y Ancien 
Continent. 















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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 



79 



tarsiens latéraux fortement soudés; ils se montrèrent plus grands et plus nombreux 
que ceux de l'âge précédent; toutefois ils étaient peu variés et n'atteignaient pas 
les dimensions qu'ils ont eues plus tard. Les antilopes avaient des cornes uni- 
formes ; les bois des cerfs étaient simplement fourchus comme ceux de nos cerfs 
élaphes qui n'ont pas dépassé le temps de la seconde mue. Il n'y avait point 
d'équidés, mais seulement des Anchitherium dont les molaires très-basses sem- 
blent avoir été destinées à écraser des feuillages et des bourgeons; leurs dents 
auraient été bientôt usées si elles eussent habituellement moulu clés herbes aussi 



chargées de silice que les graminées. 



C'est seulement à l'époque du miocène supérieur que les herbivores eurent un 
grand développement. La girafe et V Helladolheriwn atteignirent une taille inconnue 
chez les ruminants des âges précédents; les antilopes prirent des formes variées, 
et les bois des cerfs se compliquèrent. Les hipparions succédèrent aux Anchi- 
therium; leurs molaires très-hautes, formées de lames d'émail contournées, fai- 
sant saillie entre le cément et la dentine, constituèrent une râpe de la plus admi- 
rable structure. Je ne voudrais pas cependant prétendre qu'à l'époque du 
miocène supérieur, il y eut en Espagne, en Provence, en Grèce, des prairies sem- 
blables à celles du nord de l'Europe actuelle ; car, à côté des hipparions, il y 
avait des antilopes, des Helladolherium et des cerfs dont les molaires étaient plus 
basses que celles de nos bœufs, de nos moutons, de nos chèvres, et par conséquent 
se seraient plus promptement usées par le frottement des végétaux silicifères ; ceci 
fait penser que parmi les plantes dont nos campagnes étaient couvertes, les gra- 
minées ne jouaient pas encore un rôle important. 

Après l'époque du Léberon, c'est-à-dire pendant les époques pliocènes, quater- 
naires et actuelles, les ruminants, ainsi que les équidés, ont continué à être très- 
nombreux; le fût de leurs dents, ainsi que celui de plusieurs animaux d'autres 
classes, s'est allongé et s'est enduit de cément : on peut, sans doute, conclure de 
là que dans nos pays les prairies se sont étendues de plus en plus. 

Il n'est pas sans intérêt pour la doctrine de l'évolution de constater le tardif 
développement des herbivores ; car, évidemment, au point de vue embryogé nique, 
comme au point de vue anatomiquc, les solipèdes et les ruminants représentent 
des types très-perfectionnés. Ce développement a eu dans l'histoire des mammifères 
une importance considérable, parce que les herbivores vivant pour la plupart 
en société, la date de leur extension a aussi été la date de l'apparition des trou- 
peaux. Les grands troupeaux ne semblent avoir été constitués que dans le milieu 



so 



A MM AUX FOSSILES DU MONT LÉBERON 



et surtout vers la fin des temps miocènes. Sans doute dans les gisements plus 
anciens, on voit sur certains points de nombreux mammifères; néanmoins il y a 
lieu de croire que les espèces étaient représentées toujours par un nombre d'in- 
dividus assez limité, attendu qu'on ne trouve pas des accumulations d'os d'une 
même espèce comme à Sansan, à Pikermi ou dans le mont Léberon. Je peux 
rappeler ici que mes seules fouilles ont amené à Pikermi la découverte de 80 hip- 
parions, de 50 tragocères, de 50 gazelles, et dans le mont Léberon de 30 hippa- 
rions, de 18 tragocères, de 90 gazelles; cependant il est bien certain que je n'ai 
retiré qu'une minime partie des os enfouis dans ces localités. Les herbivores 
devaient donner aux campagnes une physionomie nouvelle ; ils composaient des 
sociétés bruyantes et remuantes qui contrastaient avec les silencieuses familles 
des premiers âges géologiques. 

On doit aussi noter que ces animaux comptent parmi les plus séduisants de la 
création, de sorte que non-seulement ils ont donné plus d'animation au monde 
animal, mais aussi ils ont contribué à l'embellir. Il est permis d'appliquer à la 
plupart d'entre eux ces mots que Brehm a dit des gazelles : Elles ont une utilité 
esthétique. Qui peut en effet voir, sans les admirer et môme sans les aimer, ces 
bêtes dont le regard est si doux, la tète si fine, les allures si vives, toutes les formes 
si bien proportionnées ! Quand, par la pensée, on se transporte au pied du 
Léberon pendant la fin des temps miocènes, et qu'on se représente les bandes 
d'hipparions, de tragocères et de gazelles, on admet volontiers que, depuis le 
commencement du tertiaire, le monde animal a progressé en beauté. 

Comme il fallait s'y attendre, l'évolution des carnivores a suivi celle des trou- 
peaux d'herbivores. A l'époque éocène, les bêtes de proie étaient peu nombreuses 
et de petite taille ; YHyœnodon et le Pterodon ne dépassaient guère la taille d'un 
loup (I). Bientôt après parurent de grands Amphicyon, qui peut-être n'étaient 
pas de redoutables destructeurs ; leurs caractères, intermédiaires entre ceux de 
l'ours et du chien, permettent de croire qu'ils étaient un peu omnivores et man- 
geaient plus de chair morte que de proies vivantes. C'est à la fin de l'époque miocène 
que les carnassiers arrivèrent à leur apogée et se partagèrent en deux types 
extrêmes : le Machcerodus cultridens, qui a été le mieux adapté de tous les 
animaux pour se nourrir de proie vivante, el l'hyène, qui a été le mieux organisé 
pour dévorer les os et les chairs des cadavres. 









(1) L'énorme Hyœnodon du Nebraska décrit par M. Lcidy parait être de la même époque que Konzon, c'est- 
à-dire d'une époque un peu plus récente que celle du gypse de Montmartre. 









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CONSIDÉRATIONS GENERALES 



81 



9 



Les mammifères de la fin des temps miocènes confirment la croyance 
que les types des êtres supérieurs ont été plus mobiles que ceux des 
êtres inférieurs. 



Les paléontologues ont pu supposer qu'il y avait eu une extrême différence 
entre la mobilité des types des êtres supérieurs et celle des types des êtres infé- 
rieurs. En effet, on avait pensé que beaucoup de mollusques du miocène et 
même un certain nombre de ceux de l'éocène étaient identiques avec les espèces 
actuelles; au contraire, plusieurs mammifères semblaient avoir été cantonnés 
dans certains étages : on n'avait d'abord trouvé les Lophiodon que dans l'éocène 
moyen, les Palœotherium proprement dits que dans l'éocène supérieur, les 
rhinocéros n'apparaissaient pas au-dessous du miocène; de telle sorte qu'on 
était vraiment autorisé à dire : âge du Lophiodon, âge du Palœotherium, âge 
du rhinocéros. 

Mais, d'une part, en étudiant minutieusement les anciennes espèces de mol- 
lusques tertiaires, on a observé des nuances qui les distinguent en général des 
espèces actuelles : MM. Deshayes, Fischer, Tournouër et d'autres conchyliologues, 
qui ont beaucoup étudié les rapports des espèces tertiaires entre elles et entre les 
espèces vivantes, pensent que les identités absolues ne sont pas très-communes 
parmi les mollusques d'âge différent. D'autre part, les recherches de MM. Tour- 
nouër, Thomas, Combes, etc., ont montré que des Palœotherium ont été con- 
temporains des Lophiodon et des rhinocéros. Ainsi, les mollusques ont eu une 
moindre longévité qu'on ne pouvait le croire d'abord, tandis que les mammifères 
ont eu une longévité plus grande qu'on ne l'avait supposé. 

Néanmoins on est encore fondé à prétendre que la mobilité des types de mol- 
lusques a été loin d'égaler celle des mammifères. MM. Darwin et Lyell en ont fait 
la remarque depuis longtemps. J'ai eu occasion de confirmer cette remarque 
dans mes recherches en Grèce; j'ai vu les mammifères de Pikermi, qui sont très- 
différents des mammifères actuels, enfouis dans des couches superposées à des 
assises où se rencontrent des coquilles de mollusques dont les identiques existent 
de nos jours. L'examen du mont Léberon permet de compléter les observations 
faites à Pikermi, car les coquilles que j'ai recueillies dans l'Attique étaient d'eau 






n. i 1 - 



11 












83 ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 

douce, et celles dont je vais parler sont marines. Elles ont été trouvées à 
Cabrières. MM. Fischer et Tournouër ont reconnu parmi elles les espèces suivantes, 
qui sont identiques avec les formes actuelles ou en diffèrent par des nuances s'i 
légères qu'elles ne peuvent être séparées spécifiquement : 

Nassa semistriata, qui existe encore dans la Méditerranée, sur les côtes du Portugal 

et dans le golfe de Gascogne. 

Natica Josephinia dans la Méditerranée. 

Trochus millegranus dans les mers d'Europe. 

Cab/ptrœa chinensis dans les mers d'Europe. 

Crepidula gibbosa sur les côtes du Sénégal. 

Anomya costata dans la Méditerranée. 

Arca umbonata dans la mer des Antilles. 

Pectumuîus glycymeris dans les mers d'Europe. 

Chama gryphoides dans la Méditerranée. 

Cardium papillosum dans les mers d'Europe. 

Venus plicata sur i a côte occidentale d'Afrique. 

Tellina plannta dans la Méditerranée. 

Eastonia rugosa S ur les côtes du Portugal. 

Solm marginatus dans les mers d'Europe". 

Solecxrtus candidus dans les mers d'Europe. 

Comme on le verra dans mon chapitre sur la géologie, le dépôt à ossements du 
Léberon est bien supérieur aux couches marines de Cabrières, et cependant tous 
les mammifères dont on y rencontre les débris présentent quelques différences avec 
les espèces actuelles ; plusieurs même appartiennent à des genres inconnus 
aujourd'hui : Mac/ucroclus, Ictitheriwn, Dinotherium, Acerotherhim , Hipparion, 
Helladotherium , Tragocerus . 

Pour expliquer cette différence entre la longévité des mammifères et celle des 
mollusques, on doit considérer que les mammifères ont un squelette compose 
d'un grand nombre d'os, tandis que les mollusques ont pour la plupart une 
coquille très-simple ; l'organisme si compliqué des premiers doit être plus exposé 
que celui des seconds à subir quelque changement dans une de ses parties. Sous 
ce rapport, je suppose qu'il en est un peu des mammifères comme d'une machine 
fabriquée par les hommes : plus les pièces sont nombreuses, plus en général il y 
a de chances pour que l'une d'elles se dérange. Mais il y a entre l'œuvre des 
hommes et le mammifère cette différence, que la machine s'arrête quand ses 
pièces sont modifiées par l'usure ou toute autre cause, au lieu que, dans la nature, 
les changements sont mis à profit pour amener une intarissable variété sans sus- 
pendre la marche de la vie : les vertébrés ont poursuivi à travers les âges leur 












IV 



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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 



83 



évolution harmonieuse, sans cesse modifiés, et, à chacun cle leurs changements, 
tendant à réaliser une perfection nouvelle dans l'ensemble du monde. 

Cette mobilité des types vertébrés rend difficile l'étude de leur évolution ; 
comme un personnage de théâtre qui, à chaque scène, changerait de costume, 
ils ne peuvent être reconnus que si Ton a présents à l'esprit les traits principaux 
de leur physionomie. Les mammifères ont subi de telles métamorphoses pendant 
Tépoque tertiaire, qu'on a de la peine à établir des comparaisons entre les espèces 
ou même les genres du commencement du miocène et les formes actuelles, à 
moins de s'aider des types des époques intermédiaires. Aussi les naturalistes qui 
se livrent à des recherches de géographie paléontologique, trouvent-ils souvent 
dans l'étude des animaux inférieurs et des végétaux plus de ressources que dans 
celle des mammifères. J'en ai eu il y a quelque temps une preuve frappante : 
M. Marion, ayant étudié les plantes miocènes du Puy en Velay, était arrivé à des 
considérations intéressantes en comparant l'habitat de ces plantes et celui des 
végétaux vivants qui s'en rapprochent; il me demanda si je pouvais établir égale- 
ment les relations géographiques des mammifères du Puy avec ceux de notre 
époque. Je ne pus lui indiquer des analogies entre aucune faune du monde actuel 
et les mammifères miocènes du Puy, attendu que la plupart de ceux-ci appartien- 
nent à des types maintenant éteints. On sait, au contraire, que dans le milieu 
des temps secondaires, il y avait déjà une multitude d'invertébrés et de plantes 
dont les genres existent encore aujourd'hui. 



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§ 3. 



A en juger par les mammifères, le miocène supérieur peut être 

divisé en deux sous-étages. 



Le gisement d'Eppelsheim, illustré par les travaux de M. Kaup (1), renferme, 
à côté d'espèces semblables à celles du Léberon et de Pikermi, plusieurs formes 
très-différentes ; on en pourra juger par le tableau ci-après : 



(1) M. Virlet d'Aoust a découvert à Orignac, dans les Pyrénées, un gisement qui a été attribué à la même 
époque qu'Eppelsheim. Suivant M. Lartet, on y aurait trouvé: Dinotherium, Rhinocéros Schleier mâcher i et 
Goldfussii, Tapirus priscus, Castor Jœgeri, Dorcatherium Naui. (Bull, de la Soc. géol. de France, 2 e série, 
vol. XXII, p. 320, 18G5). 




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ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



Singe 



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Carnassiers . 



Édentés. . . 



Proboscidiens 



Pachydermes. 



Ruminants. 



fossii.es caractéristiques fossiles caractéristiques 

d'eppelsheim. du léberon ou de pikermi. 

Dryopithecus ? a 

» Mesopithecus. 

Simocyon diaphorus à prémolaires Simocyon diaphorus à prémolaires 

persistantes en partie caduques. 

» IJyœna. 

» Ictitherium. 

VMachœrodus cultridens Machœrodus cultridens. 

(Macrolherium (sp. nova). » 

( » Ancylotherium. 

( Dinotherium giganteum Dinotherium giganteum? 

Mastodon longirostris. » 

» Mastodon Pentelici. 

» Mastodon turicensis. 

Rhinocéros Sclileiermacheri. . . . Rhinocéros Schleiermacheri? 

» Rhinocéros pachygnathus. 

Acerotherium incisivum Acerotherium incisivum? 

» Leptodon. 

Chalicotherium Chalicotherium. 

{ Tapirus. » 

Sus palœochœrus. » 

Sus antediluvianus. » 

Sus antiquus. » 

» Sus erymanthius et major. 

v Hipparion gracile Hipparion gracile. 

I - » Helladotherium» 

» Camelopardalis. 

» Palœotragus. 

» Palœoryx. 

» Palœoreas. 

» Tragocerus. 

» Antidorcas. 

» Gazella. 

» Dremolherium. 
Dorcatherium. » 

Cervus anocerus, dicranocerus. . » 

» Cervus Matheronis. 






Un contraste aussi marqué dans la distribution des espèces fossiles porte à 
admettre que le gisement d'Eppelsheim n'est pas exactement du même âge que 
ceux du Léberon et de Pikermi. Mais quel est le plus ancien ? La solution de cette 
question n'est pas sans difficulté (1). 

Au premier abord, on trouve quelques arguments favorables à l'idée que le 
dépôt d'Eppelsheim est plus récent que ceux du Léberon et de Pikermi : par 

(1) Si les relations slratigraphiques du mont Léberon sont très-visibles, celles d'Eppelsheim ne le sont pas 
également; d'après l'examen que j'ai fait de cette dernière localité, je ne pense pas que la stratigraphie puisse 
en ce moment suffire pour décider quel est le plus ancien des deux gisements.! 


















CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 



85 






exemple, les sangliers d'Eppelsheim sont moins différents des espèces actuelles ; 
le Mastodon Pentelici de l'Attique, d'après le peu qu'on en a recueilli, semble 
avoir été intermédiaire entre le Mastodon angiistidens de Sansan et le Masto- 
don longirostris d'Eppelsheim; le Leptodon de Pikermi, qui rappelle le type Palœo- 
therium, ne se montre pas à Eppelsheim ; le tapir d'Eppelsheim, qui n'a été 
rencontré ni dans le Léberon, ni dans les trois autres localités du môme âge, 
a une grande analogie avec les espèces pliocènes de France. L'énorme tortue 
du Léberon paraît indiquer que ce gisement appartient encore à une époque 
très-chaude ; elle n'a pas été observée à Eppelsheim. 

Cependant les preuves qui me font supposer le dépôt d'Eppelsheim plus ancien, 
surpassent le nombre de celles qui le feraient croire plus nouveau. Ainsi, on a 
découvert les traces d'un grand singe à Eppelsheim comme à Sansan ; le singe de 

Pikermi ne ressemble pas à ceux de Sansan, mais à ceux des marnes pliocènes 
de Montpellier et aux singes actuels. Les hyènes se trouvent dans le Léberon, a 
Concud, à Baltavar, à Pikermi; elles n'ont pas encore été signalées à Eppelsheim; 
or, le type hyène est jusqu'à présent un type récent, inconnu dans le miocène 1 
moyen. Le Simocyon d'Eppelsheim a conservé ses molaires, tandis que chez celui 
de Pikermi elles sont devenues caduques. L'absence de girafes et d'antilopes, la 
présence du Dorcatherivm, qui est voisin des Amphitragulus du miocène infé- 
rieur, donnent a Eppelsheim un aspect d'ancienneté. Les Dicrocerus anocerus du 
même gisement ont des bois à fourche simple comme ceux des jeunes cerfs 
élaphes; ils annoncent donc une évolution moins avancée que le Cervus Mathe- 
ronis du Léberon, dont les bois ont trois pointes; en outre, ils se rapprochent 
beaucoup du Dicrocerus aureliancnsis du miocène moyen. 

D'après ce qui vient d'ôtre dit, il me semble qu'il faut partager l'époque dn 
miocène supérieur d'Europe en deux phases : une plus récente, représentée 
par Pikermi, le Léberon, Baltavar, Concud ; une plus ancienne, représentée 
par Eppelsheim. 

# 

Le miocène supérieur n'est pas le seul étage où l'on rencontre des faunes qui 
offrent des différences appréciables. Plus la géologie fait de progrès, mieux on 
reconnaît que le monde organisé a éprouvé de nombreuses vicissitudes. Pour en 
juger, on pourra jeter les yeux sur le tableau ci-après, qui montre la succes- 
sion des faunes terrestres des mammifères tertiaires dans nos pays (1): 



(l) Ce tableau doit être lu de bas en haut 






86 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 

Faune de Gromer, de Saint-Prest, de Saint-Martial. — Elle se distingue de la faune précédente 
parce que les mastodontes ont disparu; les Elephas meridionalis ont des molaires à lames 
plus serrées, à émail plus fin; les cerfs prennent des bois volumineux ou compliqués. 






Faune de Perrier et du craer de Norwich. 



PLIOCÈNE 



Elle se distingue de la précédente par l'abondance 
des cerfs, la rareté ou l'absence des antilopes, la disparition des singes. Coexistence de l 1 Elephas 
meridionalis avec les mastodontes. 



Faune de Montpellier. — Elle se distingue de la faune précédente par la disparition de YHel- 
ladotherium, du Dinotherium, de Y Ictitherium, de Y Ancylotherium , la présence du tapir et de 
YHyœnarctos. Les cerfs coexistent avec les antilopes. 



MIOCÈNE 



Faune du mont Léberon et de Pikermi. Elle se distingue de la précédente faune par la profusion 
des antilopes, la présence de Y Ilelladotherium , de Y Ictitherium et de l'hyène, l'absence du 

* 

Dorcatherium et du tapir. 



supérieur, j Faune fl'Eppelsheim. — Elle se distingue par la substitution de l'hipparion à Y Anchithcrium, du 

Mastodon longirostris au Mastodon angustidens, et aussi par la présence des grands sangliers, 
du Dorcatlierium, du Simocyon, du tapir. 



MIOCENE 



MOYEN. 



MIOCÈNE 



INFERIEUR. 



ÉOCÈNE 



SUPERIEUR. 



EOCENE 



MOYEN. 



EOCENE 



INFERIEUR. 



Faune de Simorre. — Elle diffère légèrement de la précédente par la présence du Dinotherium 

giganteum, du Listriodon, des Rhinocéros brachypus et simorrensis,. l'absence du Chalico- 
therium et des antilopes. 



Faune de Sansan. 



— Malgré d'intimes rapports, elle se sépare de la faune précédente par la 
disparition de Y Anthracotherium, du Cainotherium, du Dremotherium et par l'abondance 
des antilopes. 



Faune des sables de l'Orléanais. — On peut la distinguer de la faune précédente par la dispari- 
tion de Y Hyœnodon, et parce qu'on voit plusieurs espèces de Sansan et môme de Simorre 
associées avec Y Anthracotherium onoideum, les Palœochœrus, les Cainothcrium, les Dremo- 
therium, le Dicrocerus aurelianensis. Règne du Dinotherium Cuvieri, des Mastodon angustiden 
et turicensis. 

Faune d'une partie de l'Allier (étage du calcaire de Beauce). — Elle se distingue de la faune 
précédente parce que le Palœotherium a disparu, Y Anchitherium commence, le Dremotherium 
se substitue au Gelocus. 



Faune de Ronzon et de Villebramar (étage des sables de Fontainebleau). — Elle diffère très- 
légèrement de la faune précédente par la rareté des Palœotherium, l'absence des Anoplothe- 
rium, l'abondance des Bothryodon, des ruminants appelés Gelocus. Continuation du règne des 
Entelodon. 

Faune des phosphorites de Caytux (étage du calcaire de Brie). — Elle se distingue de la faune 
précédente parce que les Entelodon, les grands Anthracotherium, les Cainotherium se multi- 
plient à coté des Anoplotherium et des Palœotherium. 



Faune des gypses de Paris, de Bembridge et des lignites de la Debruge. — Elle se distingue 
de la précédente faune par l'absence ou la rareté des Lophiodon. Règne des Palœotherium, des 
Anoglotherium, des Chœropotamus, des Dichobune, des Xiphodon, des Hyœnodon et Pterodon. 



Faune d'Hordwell et du Mauremont (étage des sables de Beaucbamp). — Dichodon, Microchœrus, 
Rhagatherium ; les Palœotherium se développent à côté des Lophiodon. 



Faune d'Egerkingen, d'Argenton, d'Issel et du calcaire grossier de Paris. — Règne des Lophiodon 
et des Pachynolophus. 



f Faune du London Glay. — Hyracotherium, Pliolophus. 



Faune de l'argile plastique du Soissonnais. 



Coryphodon, Palœonictis* 



' Faune des grès de la Fère. — Arctocyon. 


















»0l, 



CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 



87 



3 4. 



? 






■ /étude des mammifères miocènes appuie l'hypothèse que les sépara- 
tions des étages ou des sous-étages ont été surtout les résultats de 
déplacements de faunes. 



On a vu dans le paragraphe précédent que la faune d'Eppelsheim dut avoir 
une physionomie différente de celles du Léberon et de Pikermi, puisqu'elle ne 
renfermait ni hyène, ni Helladotherium , ni girafe, ni ces grands troupeaux d'an- 
tilopes qui donnent aux animaux du Léberon et de Pikermi un aspect africain. 
Mais, à côté de ces contrastes, on rencontre des espèces identiques dans les gise- 
ments de l'Allemagne, de la Grèce et de la Provence ; toutes les faunes du miocène 
supérieur d'Europe représentent des degrés d'évolution si rapprochés, qu'au pre- 
mier abord on hésite à dire quelle a été la plus ancienne. 

Cela me porte à penser que les deux sous-étages du miocène supérieur sont 
d'un âge peu éloigné, et que leur différence doit être attribuée en partie à des 
changements de configuration du sol qui auront occasionné des déplacements 
de faunes. Voici la manière dont je suppose que les choses se sont passées : 

Les animaux d'Eppelsheim ont pu vivre vers la fin de l'époque pendant laquelle 
la mer de la mollasse ou du moins un reliquat de cette mer établissait encore 
une barrière entre le centre et le sud de l'Europe; placés au nord de la mer, ils 
ont eu peu de communications avec les régions du sud ; c'est peut-être pour 
cette raison qu'ils ont été différents des animaux africains. 

Au contraire, les quadrupèdes du Léberon ont existé après que la mer de la 
mollasse avait cessé de battre le pied de cette montagne ; ceci sera établi dans 
mon chapitre géologique. Il est probable qu'à l'époque où ils vécurent, le sud de 
l'Europe était plus exhaussé que dans l'époque actuelle, car la ressemblance des 
espèces du Léberon et de Conçue! tend à faire croire que les quadrupèdes terrestres 
trouvèrent des communications faciles entre l'Espagne et la Provence. Si l'on 
allait jusqu'à admettre un exhaussement assez fort pour que l'Europe se soit sur 
quelque point unie avec l'Afrique, on comprendrait pourquoi la faune de cette 
contrée a un peu conservé la physionomie des faunes miocènes de la Provence, de 

■ 

l'Espagne et de la Grèce. 

Lorsque je dis que la différence des deux sous-étages du miocène supérieur 









88 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LKBERON. 



résulte surtout de changements survenus dans l'habitat des animaux, je ne pense 
pas indiquer un fait isolé dans l'histoire du développement des êtres. 11 y a lieu 
de supposer que l'ensemble du monde organique a marché d'une manière con- 
tinue, et que, si les géologues rencontrent de brusques apparitions de fossiles en 
passant d'un étage à un autre, c'est parce qu'ils ont en général placé les limites 
d'étages sur les points où il y a eu des déplacements de faunes. Le paléontologue 
qui ne croit pas aux migrations et aux extinctions locales cherchera vainement les 
enchaînements des êtres anciens ; il rencontrera des apparitions, des disparitions 
et des retours qu'il ne saurait expliquer; l'étude même du miocène en fournit 
bien des preuves ; je vais en citer quelques-unes : 

Pourquoi voit-on dans le miocène supérieur de Pikermi un singe très-différent 
du Dryopithecus et du Pliopithecus du miocène moyen, et ces singes du miocène 
moyen d'où sont-ils venus? 

Pourquoi les civettes ont-elles laissé leurs débris en France dans le miocène 
inférieur, y manquent-elles dans le miocène supérieur et dans le pliocène, y 
reparaissent-elles plus tard sous la forme genette ? 

Le genre chien a vécu dans nos contrées durant la première moitié de 

l'époque miocène et à l'époque pliocène; que devint-il pendant l'époque inter- 
médiaire ? 

Peut-être Y Ancylotherium est un parent du Maerotherium ; mais où est l'an- 
cêtre du Maerotherium ? 

D'où sont arrivés les premiers proboscidiens ? Comment expliquer que le 
Mastodon luricensis se montre à Sansan et à Simorre, disparaisse à Eppelsheim, 
revienne à Pikermi, et ne fréquente plus nos contrées après l'époque pliocène! 
tandis qu'il semble s'être perpétué longtemps encore dans l'Amérique du Nord 
sous la forme du Mastodon americanus? Pourquoi les mastodontes à dents ma- 
melonnées, communs dans nos pays pendant les époques du miocène moyen, 
du miocène supérieur, du pliocène inférieur, ont-ils quitté la France avant la 
fin de l'âge pliocène, et se sont-ils continués dans l'Amérique du Nord pendant 
l'époque quaternaire? 

On a signalé le tapir dans le miocène moyen de l'Allier ; ses vestiges n'ont 
été observés ni à Sansan, ni à Simorre; on les retrouve à Eppelsheim ; on les 
perd encore dans le Léberon; ils apparaissent de nouveau dans le pliocène de 
Moulpellier et d'Auvergne; aujourd'hui, pour apercevoir un tapir à l'état sau- 
vage, il faut aller dans l'Inde ou en Amérique. 















CONSIDÉRATIONS GENERALES. 



89 



Pourquoi le C halicotherium (1) se rencontre-t-il à Sansan, manque-t-il à 

Simorre, revient-il à Eppelsheim? 

Où étaient pendant les époques pliocène et quaternaire le Rhinocéros pachy- 
gnathns de Pikermi, si voisin du Rhinocéros simus de l'Afrique actuelle, et le 
Rhinocéros Schleiermacheri d'Eppelsheim, très-proche du rhinocéros de Sumatra? 

Lorsqu'à l'exemple de M. Kowalevsky, je compare Y Anchitherium avec l'hip- 
parion, je ne peux résister à la pensée que ces deux genres ont des liens de parenté; 
pourtant il doit y avoir eu entre eux des intermédiaires qu'on n'a pas découverts 
dans notre pays. 

Si je compare YHipparion avec le genre Equus, je suppose que l'un est des- 
cendu de l'autre, et même il me semble que YHipparion occidentale, le Proto- 
hippus de l'Amérique du Nord et YHipparion antelopinum de l'Inde ont diminué 
la dislance qui séparait ces genres; mais, en Europe, on ne connaît pas d'inter- 
médiaire entre eux. 

Comment comprendre pourquoi la famille des antilopes se montre à Sansan, 
ne se trouve plus ni à Simorre, ni à Eppelsheim, reparaît très-nombreuse dans 
le Léberon et à Montpellier, et n'est représentée aujourd'hui en Europe que par 
le chamois, pendant que ses espèces abondent en Afrique et dans l'Inde? 

Pourquoi le Dorcatherium du miocène supérieur d'Eppelsheim, qui ressemble 
aux ruminants du miocène inférieur, manque-t-il dans le miocène moyen ? 

D'où est arrivé Y Helladotherium de Pikermi et du Léberon ? Qu'est devenu pen- 
dant l'époque pliocène la girafe du miocène supérieur d'Europe, dont l'analogue se 
voit maintenant en Afrique'.' 

Le genre Hyœmoschus vivait en France à l'époque du miocène moyen ; il existe 



encore en Afrique; où était-il pendant le long espace de temps qui sépare l'âge 



/ 



du miocène moven et l'âçc actuel? 

Sans doute, plusieurs des interruptions locales que je viens de citer ne sont 
qu'apparentes, et elles disparaîtront au fur et à mesure que notre ignorance en 
paléontologie deviendra moins grande ; cependant il n'est point probable que 
toutes soient seulement apparentes. Or, pour expliquer ces interruptions dans 
la série des êtres, il faut, ou rejeter la doctrine de l'évolution, ou supposer 
qu'il y a eu des déplacements de mammifères et des extinctions locales. La 
géologie démontre que de tels phénomènes ont pu avoir lieu : par exemple, quand, 

(1) A en juger par les moulages envoyés au Musée de Paris, le Titanotherium du miocène du Nebraska res- 
semble bien au Ckalicotherium. 

12 



90 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBEIION. 



après la formation continentale à laquelle a été dû le calcaire de Brie, la mer 
tongrienne a envahi une partie de la France, de l'Allemagne et de la Belgique, les 
animaux terrestres ont nécessairement péri dans certains endroits ou se sont dé- 
placés; lorsque notre pays, exhaussé de nouveau, a vu se former le calcaire 
lacustre de la Beauce, les mammifères ont pu revenir; plus tard, quand le sol, 
encore réabaissé, a été envahi par la mer de la mollasse, les quadrupèdes terrestres 
dut dû s'éloigner ou mourir ; et, après que le lit de la mer de la mollasse s'est 
desséché, plusieurs de ceux qui vivaient encore ont repris possession de leur 
ancien domaine. Il n'est pas douteux que, par suite de modifications dans la con- 
figuration du sol ou par toutes autres causes (1), les mammifères des continents 
se soient fréquemment déplacés. Les travaux de MM. Barrande, Pictet, Ramsav, 
Etheridge, Leymerie, Tournouër, etc., ont déjà montré que les mollusques ont 
voyagé dans les mers des temps passés. Plus la paléontologie progressera, plus on 
reconnaîtra l'utilité d'étudier les changements géographiques des êtres anciens. 



§ 5- 






Sur les formes analogues «les m uni m itères qui ont précédé et suivi 

ceux du miocène supérieur. 



D'après les raisons qui viennent d'être données dans le paragraphe précédent, 
il serait chimérique de chercher dans un même pays un enchaînement non inter- 
rompu des êtres fossiles; pour saisir un tel enchaînement, il faudrait voir à nu 
toutes les couches de la terre. Mais, si Ton est fondé à dire qu'en passant d'un étage 



< 






(i) Parmi les causes qui ont influé sur les déplacements des animaux, il faut citer les changements de 
climat. Ainsi, à la suite des soulèvements qui ont marqué dans le nord de la France la limite du secondaire et du 
tertiaire, il se peut qu'il y ait eu une diminution sensible dans la température, et que ceci ait contribué à l'ex- 
tinction ou au déplacement d'une partie de la faune secondaire; lorsque le sol s'est un peu abaissé pour laisser 
se former la mer parisienne, la chaleur et l'humidité ont peut-être augmenté. Les recherches de MM. Wood, 
Lyell, Heer, de Saporla, etc., ont montré que la température, fort élevée pendant une partie des temps éocènes 
et miocènes, s'est abaissée depuis le commencement de l'époque pliocène jusqu'à l'époque quaternaire; il est 
probable que plusieurs espèces se sont éloignées ou rapprochées des pôles, selon que le froid s'accroissait ou 
diminuait. MM. Lartet et Dawkins ont publié des notes intéressantes sur les migrations des animaux quaternaires ; 
on ne peut attribuer ces migrations uniquement à l'action de l'homme, car, ainsi que M. Alphonse Milne Edwards 
la fait remarquer avec raison, cène sont pas certainement les sociétés humaines qui ont amené dans notre pays 
la grande chouette blanche et le tétras blanc des saules, et puis les ont renvoyés dans les contrées du Nord. 






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III 



H» 



I. 












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\- 






















CONSIDERATIONS GENERALES. 



91 



à un autre, on aperçoit des lacunes, il faut ajouter qu'on rencontre aussi des 
formes analogues. J'en peux citer des exemples qui me sont fournis par l'étude 
des mammifères du miocène supérieur. Ainsi, quand je compare ces animaux avec 
les espèces du miocène moyen d'Europe, je trouve : Simocyon analogue à'Amphi- 
cyon, Ictitherium Orbignyi analogue de Viverra, Machœrodus cultridens analogue 
de Machœrodus? palmidens, Ancylotherimn analogue de Macrotherium, Masto- 
don longirostris et Pentelici analogues de Mastodon angustidens, Rhinocéros Schlcier- 
machcri analogue de Rhinocéros sansaniensis , Sus palœochœrus analogue de Sus 
ehœroides, Chalicotherium analogue d'Anisodon, Dicrocerus anocerus analogue de 
Dicrocerus avrelianensis, Gazella deperdita et brevicomis analogues de Gazella 



i 



Martiniana. 



Plusieurs espèces du pliocène d'Europe paraissent à leur tour devoir être citées 
comme les analogues des animaux du miocène supérieur. Ce sont : Semnopithecus 
monspessulanus analogue de Mesopithecus , Hyœna Perrieri et brevirostris analogues 
(X Hyœna eximia, Sus provincialis analogue de Sus antiyuus, Mastodon arver- 
nensis analogue de Mastodon longirostris et Pentelici, Tapirus arvernensis et 
major analogues de Tapirus prisais, Antilope Cordieri analogue de Tragocerm 

* 

amaltheus, Dicrocerus australis analogue de Dicrocerus anocerus, Cervus gracilis 
analogue de Cervus Matheronis. 
Ces analogues révèlent une certaine ressemblance entre la faune du miocène 

# 

supérieur et les faunes qui l'ont précédée ou suivie. Quoique cette ressemblance 
se manifeste souvent dans les traits généraux plutôt que dans les détails, elle doit 
être prise en grande considération par les hommes qui cherchent à comprendre 
le plan de la création. En effet, ou bien elle force à admettre ce qu'on a appelé 
la loi d'imitation, c'est-à-dire à supposer qu'en créant les êtres d'une époque géo- 
logique, Dieu a pris en partie pour modèles les êtres des époques précédentes, 
du bien il faut croire que les analogies représentent des liens d'une parenté soit 
proche, soit éloignée. 

Je préfère la seconde de ces hypothèses, parce que la plupart des espèces 
analogues ont une si forte somme de ressemblances comparativement à celle des 
différences, qu'il paraît avoir été plus simple de les tirer les unes des autres 
que de les détruire pour en refaire de presque pareilles. Chez les mollusques 
fossiles, ni la somme des ressemblances, ni celle des différences ne sont bien 
considérables, attendu qu'une coquille n'a pas des caractères très-variés. Mais 
le squelette des mammifères est composé d'un grand nombre d'os, qui eux- 



i. 



92 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBEHON. 






mômes sont fréquemment compliqués : j'ai compté que le rhinocéros a 254 os 
et que le lion en a 262 (1). Je prie mes lecteurs de se transporter en esprit 
auprès d'un paléontologue qui veut déterminer l'espèce d'un mammifère fos- 
sile, pour lequel il possède la plupart des pièces constitutives du squelette. Il 
les trouve presque toutes semblables à celles des animaux qui ont vécu soit 
avant, soit après ce mammifère ; il observe seulement çà et là quelques faibles 
différences. Ne comprend-on pas qu'il doive être obsédé par une telle accu- 
mulation de ressemblances ? En vérité, on ne peut s'étonner s'il penche vers 
la supposition qu'il a sous tes yeux, non pas des espèces d'origine distincte, mais 
un même type qui a subi de légères modifications. 



6 



■ 

Sur la distinction des races et des espèces de mammifères à la fin 

des temps miocènes. 



Il y a encore une vingtaine d'années, l'histoire de la période actuelle paraissait 
indiquer l'absence de races naturelles. Les momies d'Egypte n'avaient pas offert 
de différences avec les animaux qui vivent maintenant, et l'on en avait conclu que 
les espèces étaient invariables. Mais, aujourd'hui (2), il est reconnu que l'époque 
actuelle remonte bien plus loin que les momies d'Egypte : ainsi que l'a fait remar- 
quer l'illustre Pictet de si regrettable mémoire, la faune actuelle n'est qu'un 
membre de la faune quaternaire, car celle-ci comprend presque toutes les espèces 
modernes de mammifères, et l'on ne peut la distinguer que parce qu'un certain 
nombre de grands quadrupèdes se sont éteints ou déplacés avant les temps histo- 
riques. Or, il devient très-probable que plusieurs des animaux cités comme carac- 
téristiques de l'époque quaternaire sont de même espèce que ceux d'aujourd'hui, 



(1) Je comprends dans ces chiffres les dents, mais non le sternum et les petits os sésamoïdes. 

(2) M. de Quatrefages, dans ses publications si approfondies sur la question des espèces et des races, a bien 
montré la nécessite d'étudier les races naturelles; je ne peux mieux faire que de renvoyer mes lecteurs à ses 
ouvrages. D'autres naturalistes, et surtout M. Charles Darwin, ont donné de précieux renseignements sur les 
races naturelles vivantes. En lisant les comptes rendus des voyages de M. Grandidier à Madagascar, on verra, 
par ce qu'il dit des lémuriens, que l'examen de nombreux individus des mêmes espèces révèle la grande plasticité 
des types spécifiques de notre époque. 















( ÎONSIDERATIONS GENERALES. 



93 



11 



et représentent seulement des races particulières : par exemple, l'hyène tachetée, 
le lion, le bison d'Europe, le taureau, le cerf élaphe, semblent n'être que des races 
amoindries de XHyœna spelœa, du F élis spelœa, du Bison prisais, du Bos primi- 

genius, du Cervas canadensis (quaternaire) (1). 

Si véritablement les espèces actuelles ont formé des races naturelles, il n'y a pas 
de raison pour que les espèces des temps passés n'en aient également formé. J'ai 
donc cru devoir examiner les variations des animaux du miocène supérieur pour 
apprendre si les espèces tertiaires n'auraient pas donné naissance à des races 
naturelles. Ouvrier inexpérimenté dans un champ si nouveau, je ne saurais me 
flatter d'avoir beaucoup découvert; mais peut-être j'aurai attiré l'attention des 
naturalistes qui me suivront, et surpasseront facilement cet insuffisant essai. 
Voici le résumé des remarques que j'ai faites: 

Les hyènes du pliocène diffèrent peu de celles du miocène supérieur. Ainsi, on 
a recueilli à Sainzelle, près du Puy, un crâne que l'on a désigné sous le nom 
ÏÏHyœna brevirostris ; ses mandibules sont plus hautes que chez XHyœna eximia 
de Pikermi et du Léberon, et sa taille est bien plus forte; mais ces modifications 
suffisent-elles pour empêcher de croire que XHyœna brevirostris est une race de 
XHyœna eximia? On a trouvé à Perrier, près d'Issoire, une hyène qui ressemble 
également à XHyœna eximia; Croizet l'a appelée Hyœna Perrieri; à en juger par 
ce qu'on en connaît, je n'assure point qu'elle n'en est pas une race. 

Les différences que présentent les Machœrodus cullridens de Pikermi et du 
Léberon sont peut-être des différences de sexe plus marquées que dans les lions 

* 

actuels ; mais si on ne les attribue point au sexe, elles doivent indiquer des variétés 
ou des races. On a vu que le Machœrodus latidens n'offre pas des variations 
moindres que le Machœrodus cultridens. 

J'ai fait observer dans mon ouvrage sur la Grèce que, si les naturalistes ne 
s'accordent point pour distinguer les espèces et les races de F élis vivants, ils cloi- 
vent être encore plus embarrassés pour affirmer que les différences de plusieurs 
des Felis de Pikermi, d'Eppelsheim, de Perrier, etc., sont des différences d'espèces 
et non de races. 

Comme Ta remarqué M. Kaup, qui a créé le genre Dinotherium et en a manié 
beaucoup d'échantillons, les Dinotherium bavaricum et Ciwieri ne sont peut-être 
que des races plus petites du Dinotherium giganteum. 

(1) Cela ressort surtout des importants travaux de MM. Rùtimeyer, Sanford et Dawkins sur les animaux 
quaternaires ou actuels. 






94 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



Le rhinocéros de Pikermi appelé Rhinocéros pachygnathus et le Rhinocéros 
simus d'Afrique ne sont-ils pas des races d'une môme espèce? J'ai rappelé que 
Duvernoy avait regardé le Rhinocéros sansaniensis comme une race du Rhinocéros 
Schleiermachcri d'Eppelsheim ; ce dernier, ainsi que M. Kaup Ta signalé, a des 
affinités avec le rhinocéros actuel de Sumatra. 

On n'a pas jusqu'à présent indiqué des différences assez tranchées pour nier que 
le Tapirus arvernensis de Perrier soit une race du Tapirus minor de Montpellier, 
et que celui-ci soit lui-même une race du Tapi rus prisais d'Eppelsheim. 

Les hipparions du miocène supérieur d'Europe présentent tant do différences 
dans les proportions de leurs membres, qu'au premier abord on voudrait les attri- 
buer à des espèces distinctes ; mais, comme on constate d'insensibles transitions 
entre eux, il y a lieu de penser qu'ils se rapportent à une seule espèce partagée en 
deux races : l'une lourde, abondante à Pikermi ; l'autre grêle, commune aussi à 
Pikermi. Dans le Léberon, la race grêle s'est accentuée; on voit dans ce gisement 
des os plus faibles qu'aucun de ceux des hipparions de la Grèce. 

Le Sus major de la Provence se distingue du Sus erymanthius de Pikermi par 
l'absence de la grosse saillie qu'on remarque au-dessus de la canine dans les 
maxillaires du sanglier de la Grèce. Je ne prétends pas que l'un fût simplement 
une race de l'autre; mais, tout au moins, je crois que l'un a dû descendre de 
l'autre; car, à part la différence de la saillie des maxillaires, j'ai observé entre eux 
les ressemblances les plus minutieuses (1). Le Sus simorrensis de Simorre, le 
Sus chœroides de l'Anjou, les Sus antiquus, palœochœrus et antedihwianus d'Ep- 
pelsheim, les Sus giganteus et hysudricus de l'Inde, le Sus provinciales de Mont- 
pellier, le Sus arvernensis de Perrier, n'offrent point de telles différences, qu'il 
soit interdit de penser que les noms de quelques-uns de ces animaux représentent 
simplement des races. M. Gervais a dit que le Sus Doati n'est peut-être qu'une 
race plus grande du Sus simorrensis (2). 

Le Tragocerus amaltheus a laissé de nombreux débris dans le mont Léberon 
comme à Pikermi. En comparant les divers échantillons des deux gisements, il m'a 
semblé que cette espèce se partageait en trois races : une race à cornes grandes et 
divergentes, commune à Pikermi, rare dans le Léberon; une race à cornes grandes 
et rapprochées, qui était au contraire rare à Pikermi, commune dans le Léberon ; 



(1) Voyez page 46 de ce mémoire. 



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2) Zoologie et Paléontologie françaises, 2 e édition , p . 181, 1859. 







CONSIDÉRATIONS GENERALES 



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une race qui avait des cornes petites, écartées à leur base, peu divergentes, et 
était également peu abondante dans l'une et l'autre localité (1). 

J'ai trouvé à Pikermi un axe de corne de Palœoreas sans arête ; je n'ai pas 
osé l'inscrire sous un autre nom que les autres os des PaiœoreLs de ce gisement, 
mais une antilope ayant de telles cornes a pu devenir la soucne d'uro race parti- 
culière. On a vu qu'un spécimen semblable à celui de l'Attique a été rencontré en 
France. 

Les gazelles fossiles n'ont pas été moins nombreuses que les tragocères. J'ai 
dit (2) que celles de Pikermi et du Léberon ont appartenu à une môme espèce 
partagée en deux races : celle de Pikermi à cornes grandes, rondes, divergentes, 
celle du Léberon à cornes plus petites, plus aplaties, se rapprochant sur la ligne 
médiane pour prendre une disposition lyrée très-accentuée. 

Le Dicrocerus aurelianensis de Montabuzard et des sables de l'Orléanais, un petit 
Dicrocerus que M. Farge vient de découvrir dans le falun de l'Anjou, les Dicro- 
cerus anocerus et dicranoceras d'Eppelsheim, le Dicrocerus australis de Montpellier, 
paraissent, h en juger par leurs bois, former un groupe où il est encore diffi- 
cile de distinguer ce qui est race et ce qui est espèce. Les Dicrocerus furcatus 
de Sleinheim et elegans de Sansan appartiennent à la même section ; l'un pourrait 
n'être qu'une race de l'autre. 

Assurément, certains animaux fossiles, dans l'état très-imparfait de nos con- 
naissances, nous semblent être de même race, et cependant nous apprendrons 
qu'ils sont d'espèces différentes quand nous les étudierons mieux ; en compensation, 
on peut dire que plusieurs fossiles, classés en ce moment comme espèces distinctes, 
paraîtront représenter seulement des races d'une même espèce, lorsque la décou- 
verte de nombreux individus aura révélé leurs variations et leurs formes de 
transition. 

D'où sont venues ces diversités de races dont je crois apercevoir quelques indices 
jusque dans les temps miocènes? Pourquoi la plupart des hipparions, des gazelles 
et des tragocères du Léberon eurent-ils des membres plus grêles que les mêmes 
espèces de l'Attique? Ce n'est peut-être pas uniquement parce que la végétation 
de la Grèce était plus luxuriante que celle de nos pays, car Livingstone a dit en 



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(i) Voyez page 55 de ce mémoire. 
(2) Voyez page 61 de ce mémoire. 



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96 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



grands que dans le midi ; mais les mesures que f ai prises m! ont prouvé qu'au 

nord du vingtième degré de latitude, les animaux sont plus petits que ceux de la 
môme race que l'on rencontre au midi de ce parallèle (1). » Et pourquoi les 
tragocères, les gazelles, eurent-ils le plus souvent dans le Léberon leurs cornes 
rapprochées, tandis qu'à Pikermi ils avaient généralement leurs cornes diver- 



gentes ? Je l'ignore et n'en saurais donner de meilleures 



raisons que pour 



les changements de genres et d'espèces. Autant vaudrait demander pourquoi les 
gazelles du Léberon et de Pikermi avaient de longs os nasaux tandis que les 
narines des gazelles actuelles d'Afrique et surtout des saïgas sont si peu protégées, 
pourquoi les Dinotherium, les plus invincibles des mammifères, s'éteignirent après 
l'époque miocène, pourquoi un peu plus tard les puissants mastodontes furent 
remplacés par les éléphants? Les hommes qui étudient le monde vivant ont pu 
croire à la fixité des espèces, mais ceux qui scrutent les temps géologiques sont 
plutôt portés à penser que le changement est l'essence des créatures : l'Activité 
Divine semble s'être manifestée par des modifications incessantes qui, en donnant 
de la variété à la nature, ont contribué à sa beauté. 

Il faut avouer que l'ancien système de créer un nom spécial pour la moindre 
variation est très-commode,. tandis que pour distinguer les races des espèces, les 
paléontologues sont exposés à bien des erreurs. Dans le monde vivant, lorsque les 
descendants d'un même être présentent des différences, et que cependant ils n'ont 
pas assez divergé pour cesser de donner par leur union des produits féconds, ils 
sont considérés comme constituant deux races d'une même espèce; lorsqu'ils ont 
divergé au point de cesser de donner des produits féconds, on les dit d'espèce diffé- 
rente. En paléontologie, non-seulement nous ne pouvons avoir un tel critérium, 
mais encore il est très-difficile de se guider par les analogies qu'offrent les animaux 
actuels, car il y a parmi eux une extrême inégalité dans les caractères extérieurs 
qui séparent la race de l'espèce : par exemple, les races de chiens sont plus diffé- 
rentes les unes des autres que l'espèce âne ne l'est de l'espèce cheval. 

Ceci montre que nous n'arriverons qu'à des à peu près pour discerner chez les 
êtres fossiles le- degré qu'on nomme race dans la nature actuelle et le degré qu'on 
nomme espèce. Mais, pour atteindre la vérité le plus près possible, on pourrait 
adopter la méthode que voici: lorsque les différences qui séparent des animaux 
fossiles ont peu d'importance au point de vue de révolution, il est permis de croire 



(1) Exploration dans l'intérieur de l'Afrique australe (ouvrage traduit de l'anglais, in-8, p. 618, 1859). 






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CONSIDÉRATIONS GENERALES. 



97 



que ces animaux n'ont été que des races d'une môme espèce, c'est-à-dire, selon 
la définition précédente, qu'ils ont donné ensemble des produits féconds: ainsi, 
les divers hipparions de Pikermi et du Léberon, qui ne se distinguent guère les 
uns des autres que par leurs formes plus lourdes ou plus grêles, ont pu être des 
races d'une même espèce. Au contraire, lorsque les caractères qui séparent 
les animaux semblent indiquer une différence dans leur degré d'évolution, on doit 
supposer que ces animaux sont devenus des espèces distinctes, c'est-à-dire qu'ils ont 
cessé de donner ensemble des produits féconds; car, s'il en eût été autrement, la 
nature aurait tourné dans le même cercle, au lieu de présenter ces divergences 
qui ont imprimé à chaque époque géologique une physionomie particulière. Par 
exemple, quand on trouve dans l'Amérique du Nord les hipparions appelés Hip- 
parion occidentale et Protohippus, on a lieu de penser que ces équidés, après 



être descendus 



Hippar 



ou de quadrupèdes très-voisins, n'ont 



pas continué à s'unir avec eux , puisqu'ils ont une tendance plus marquée 
vers la forme cheval. Lorsque YHipparion antelopinum a perdu ses doigts la- 
téraux, on peut croire aussi qu'il a cessé de donner des produits féconds 
avec YHipparion gracile. S'il n'en eût pas été ainsi, les équidés seraient restés 
dans l'état intermédiaire appelé hipparion, au lieu d'atteindre l'état appelé 
cheval qui offre dans sa plus grande perfection le type de l'animal coureur. 
Suivant le môme raisonnement, quoique les Dremotheriam nommés Amphitra- 
gulus ressemblent beaucoup aux autres Dremotheriam, je pense qu'ils constituent 
une espèce et non une race, car leurs grandes canines supérieures et leurs mo- 
laires inférieures au nombre de quatorze indiquent un degré d'évolution de 
moins que dans les autres Dremotherium ; si ces derniers, après en être descen- 
dus, avaient persisté à produire avec eux, la forme ruminant qui est un des plus 
admirables types de la nature actuelle, ne se serait pas aussi nettement séparée 
de la forme pachyderme. Par la même raison, bien que les Ictitherium robustum 
et hipparionum se ressemblent extrêmement, je suppose que ce sont des espèces 
distinctes, parce que si les seconds n'avaient pas cessé de donner des produits 
féconds avec les premiers, ils auraient continué à présenter une forme intermé- 
diaire entre les civettes et les hyènes, au lieu de produire le type hyène si bien 
adapté pour dévorer toutes les parties des cadavres. Quoique le Simocyon d'Ep- 
pelsheimet celui de Pikermi aient de si grands rapports, que le second me sem- 
ble être descendu du premier, M. Hensel a peut-être bien fait de me reproche 
de les avoir réunis dans la même espèce, car lorsque les prémolaires sont devenues 



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13 



98 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBEROX. 



en partie caduques chez la bêle de Pikermi, elles ont préparé un état plus 
éloigné de l'ancien type amphicyon et plus rapproché du type ours. Je pourrais 
multiplier ces exemples ; ceux-là suffisent sans doute pour expliquer dans quels 
cas des animaux issus des mêmes parents me semblent mériter des noms d'espèce 
ou représenter seulement des races. 

Quelle que soit la difficulté de marquer la séparation des espèces et des races 
fossiles, je crois que cette séparation est digne d'attirer, l'attention des natura- 
listes. L'histoire des êtres passés révèle une succession de nuances indéfinies : 
la Divine Sagesse a su coordonner ces nuances; mais vouloir distinguer chacune 
d'elles par un nom spécial, c'est préparer des catalogues sans limites où l'hu- 
maine faiblesse se perdra. 



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CHAPITRE 



III 



GÉOLOGIE DU LÉBERON 



Pour compléter l'histoire des quadrupèdes dont j'ai recherché les débris, je 
dois donner quelques renseignements sur le pays qu'ils ont habité. Les remar- 
ques qui vont suivre n'ont point pour objet l'ensemble du mont Léberon, mais 
seulement les environs du gisement des os fossiles. 

Ma tâche est facilitée par les travaux de mes prédécesseurs. M. Philippe 
Matheron, dans ses importantes études sur la géologie de la Provence, n'a pas 
îiégligé le mont Léberon; outre les indications stratigraphiques qu'il a données, 
il a fait connaître plusieurs coquilles de la mollasse marine de Cucuron et des 
marnes palustres inférieures aux limons qui renferment les ossements (1). 

La carte géologique de MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont a bien montré la 
séparat'*on du crétacé inférieur et du tertiaire moyen. 

Dans la première édition de la Zoologie et Paléontologie françaises, M. Gervais 
a inséré une note sur les couches tertiaires qui sont au sud du mont Léberon (2). 

En 1862, M. Scipion Gras a publié sur la géologie du département de Vau- 



(1) Philippe Matheron, Observations sur les terrains tertiaires du département des Bouches-du-Rliônc, et 
Description des coquilles inédites ou peu communes qu'ils renferment (A un. des se. et de V industrie du midi 
de la France, vol. III, p. 39, 1832). — Catalogue des corps organisés fossiles du département des Bouches- 
du-Rhône et lieux circonvoisins. Marseille, in-8, 1842. — Notice sur les terrains tertiaires lacustres du sud- 
est de la France (Mémoire intercalé dans l'ouvrage de M. Heer intitulé : Recherches sur le climat et la 
végétation du pays tertiaire, in-£, Wintcrthur). — Recherches comparatives sur les dépôts fluvio-lacustres 
tertiaires des environs de Montpellier, de l'Aude et de la Provence, in-8, Marseille, 1862. 

(2) Paul Gervais, Zoologie et Paléontologie françaises, l re édition, p. 177, 1848-52. 



100 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBEROX. 



cluse un excellent ouvrage accompagné d'une carte géologique; il y a signalé la 
disposition générale des terrains du mont Léberon et en a dessiné la coupe (1). 

C'est un habitant d'Apt, M. Moireuc, qui a été le premier à faire des fouilles 
dans le gisement de Cabrières, riche en coquilles miocènes. M. Dumortier a 
donné la liste de ces coquilles et a remarqué leur ressemblance avec celles des 
faluns de Manthelan, dans la Touraine (2). 

Je vais d'abord indiquer les superpositions des terrains; j'essayerai ensuite de 
tracer l'histoire de leur formation. 



1. 



Sur les terrains du Léberon dans la région où se trouvent 

les ossements fossiles. 



En regardant la figure 1 de la planche XV, on pourra se faire une idée des 
terrains du Léberon dans la région comprise entre Cucuron et Cabrières-d'Aigues, 
c'est-à-dire auprès du gîte des ossements fossiles. Cette figure est un peu théo- 
rique ; je l'ai disposée de manière à faire ressortir les superpositions que j'ai cru 
observer. Voici les assises que j'ai vues : 



Conglomérat en couches horizontales. 



/Limon rouge de formation terrestre avec ossements d'hipparion, etc 
Marne palustre et limon gris à Ilclix Christoli. 



terrain ] iMarne à Ostrea crassissima. 



MIOCÈNE. 



Marne de Cabrières avec Cardita Jouanneti. 



Mollasse jaune à Janira planosulcata 



Mollasse grise. 



Néocomien inférieur. 



(1) Scipion Gras, Description géologique du département de Vaucluse, in-8, 1862 

(2) Dumortier, Liste des fossiles miocènes de Cabrières-d'Aigues (Vaucluse) recueillis 
(Bull, de la Soc. géoL de France, 2 e série, vol. XXI, p. 282, 1864). 



par M. C. Moinnc 




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GEOLOGIE. 



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NÉOCOMIEN INFÉRIEUR. 



On peut à première vue distinguer dans le mont Léberon deux sortes de couches : 
les couches de l'époque secondaire, uniformes, très-dures et fortement soulevées. 
qui forment la masse principale de la montagne, et les couches de l'époque ter- 
tiaire plus variées, moins endurcies, qui recouvrent le squelette secondaire sans 
s'élever jusqu'à son sommet. Il est facile de s'assurer de l'immense épaisseur du 
terrain secondaire quand on suit la route d'Apt à Lourmarin, car on traverse 
ainsi la montagne dans toute sa largeur. Du côté de Cucuron, ce terrain est 
représenté par des calcaires gris très-compactes qu'on rapporte au néocomien 
inférieur. Ni M. Scipion Gras, ni moi n'avons su y découvrir des fossiles; cepen- 
dant M. Emile Arnaud m'a dit qu'il possédait un Ammonites Astierianus recueilli 
au sommet de la chaîne entre Apt et Cucuron, une arche à laquelle il cro i 
pouvoir appliquer le nom iïArca cor, Math., et le Toxaster complanalus, qui a 
été trouvé vers l'est de la chaîne. Le même géologue m'a appris qu'en se rap- 
prochant de la Durance, dans la direction de Mirabeau, on rencontre le néoco- 
mien fossilifère avec Toxaster complanatus, Terebratula prœlonga, Ostrea Couloni, 
Lima galloprovincialis, Trigonia harpa, Ammonites Astierianus, Nautilus, etc. 



MOLLASSE GRISE. 



M. Scipion Gras a signalé dans le Léberon Furgonien, le grès vert, Téocène 
et le miocène inférieur; mais ces terrains ne se montrent pas dans la petite 
région comprise entre Cucuron et Cabrières. Les plus anciennes couches qui 
reposent sur le néocomien sont celles de la mollasse grise (pi. XV, fîg. 1); elles 
se voient bien entre Cucuron et Vaugines ; leur teinte gris bleuâtre tranche 
avec la couleur de la mollasse jaune qui les surmonte ; elles ont aussi en général 
une disposition plus tabulaire, un grain plus fin ; leurs éléments calcaires sont 
plus mélangés d'argile et de silice; elles affectent souvent un aspect de ma- 
cigno. Je n'y ai point trouvé de fossiles, mais M. Matheron y cite des Pecten et 
des Anomia. 



. 



102 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON 



MOLLASSE JAUNE. 



Ses couches (pi. XV, fig. 1 et 3) concordent avec celles de la mollasse grise 
et s'y lient insensiblement; elles sont tantôt presque horizontales, tantôt incli- 
nées de 30 à liO degrés. Elles sont parfois très-endurcies et fournissent de bonnes 
pierres de taille. Leurs caractères sont les mêmes que dans le département des 
Bouches-du-Rhône où M. Matheron, il y a plus de trente ans, les a étudiées en 
détail (*). 

Auprès de Cucuron et à quelques centaines de mètres de l'endroit où j'ai fait 
mes fouilles, la mollasse jaune renferme de nombreux fossiles, parmi lesquels 
dominent les moules de lamellibranches sinupalléales, les huîtres et les grandes 
janires. J'ai recueilli les fossiles suivants qui ont été déterminés par MM. Fischer 
et Tournouër : 



Ostrea Boblayei, Desh. 

Ostrea frondosa, M. de Serres. 

Pecten scabriusculus, Math. 

scabrellus, Lamk. 
Janira planosulcata, Math. 
Cytlierea Bernensis, Mayer. 



Tapes vetulus, Bast. 
Tellina laeunosa, Chemn. 
Panopœa Menardii, Desh. 

Rudolphii, Eichw. 
Balanus tintinnabulum, Lin. 



M. Matheron cite, en outre comme se trouvant dans la mollasse de Cucuron : 

Janira benedicta, Lamk (Math, in Catal. et in Heer). 
Cardium hians, Brocchi (Math, in Heer). 
Lucina.... (L. ambigua, Defr.? in Math.). 



Ces diverses espèces, selon MM. Fischer et Tournouër, portent à croire que 
la mollasse jaune de Cucuron représente le falunien proprement dit (horizon de 
la mollasse de Saint-Paul-Trois-Châteaux, du calcaire moellon du Languedoc, 
des faluns de Léognan et de l'Armagnac, des faluns de la Touraine et de la 
mollasse de l'Anjou). 



(1) Matheron, Essai sur la constitution géognostique du département des Bouches-du-Rhône (extrait du 
Répertoire des travaux de la Société de statistique de Marseille, in-8, 1839). 



GÉOLOGIE. 



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MARNES GttlSES SABLEUSES DE CABR1ERES. 



M. Emile Arnaud a bien voulu me conduire au gisement qui a fourni a 
M. Moirenc les coquilles fossiles dont M. Dumortier a donné la liste; ce gise- 



an- 



ment (pi. XV, fig. 2) est situé à peu de distance de Cabrières-d' Aiguës, 
dessus d'un ravin et contre une maison qu'on appelle la campagne de Camille- 
Jean. J'ai représenté planche XV, figure 2, une coupe des terrains entre cette 
localité et l'endroit où se trouvent les ossements; voici les assises que j'ai ob- 



servées : 



COUCHES 
TERRESTRES. 



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Limon rouvre à ossements. 30 mètres. 



Limon gris et calcaire limoneux. 15 mètres. 



COUCHES 
PALUSTRES 



Marne tabulaire grise avec des parties noirâtres. 5 mètres. 



Couche ligniteuse et ferrugineuse avec empreintes de végétaux. m ,3 



Marne sableuse gris foncé. 5 mètres. Je n'y ai pas. vu de fossiles. 



Marnes argileuses, blanc grisâtre, avec Ostrea crassissima dispersées ça et là en petits groupes 



COUCHES 

MARINES 

DU SOUS-ÉTAGE 

DE CABRI ÈRES. 



3 mètres. 



Conglomérat rempli de coquilles brisées. m ,5. 



\ Marne sableuse grise, avec nombreuses coquilles. 5 mètres. 



J'ai cru voir à la partie supérieure des marnes marines des conglomérats qui 
semblent indiquer un ancien rivage; MM. Matheron et Arnaud en ont re- 
marqué aussi à la partie inférieure ; il y a dans le milieu même des marnes 
marines des bandes de cailloux. M. Arnaud et moi avons recueilli dans ces 
marnes un grand nombre de coquilles fossiles. MM. Fischer et Tournouër en ont 
dressé la liste qui suit : 



Murex Gaudryi, n. sp. 

aquitanicus, Grat., var. 

Arnaudi, n. sp. 

stritcformis, Mich., var. 

pe.ntodon, n. sp. 

vindobonensis, Horn., var. 

perplexus, n. sp. 

lapilloides, n. sp. 
Pollia exsculpta, Duj., var. 



Purpura Dumortieri, n. sp. 
Fasciolaria tarbelliana, Grat., var. 
Fusus Mayeri, n. sp. 

provincialis, n. sp. 
Ficula clathrata, Lamk?. 
Cancellaria "Westiana, Grat. 
Nassa eburnoides, Main. 
— conglobata, Brocc, var. 
Dujardini, Desh., var. 



104 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBEROX. 



Nassa acrostyla, n. sp. 
cytharella, n. sp. 
sallomacensis, May., var. 
semistriata, Brocc, var. 
Tcrebra modcsta, Defr., var. 

acuminata, Borson. 
cacellensis, da Costa? 
Algarbiorum, da Costa? 
Ancillaria glandiformis, Lamk. 
Conus Aldrovandii, Brocc. 
Mercalii, Brocc. 
maculosus, Grat. 
canaliculalus, Brocc. 
Pleurotoma ramosa, Bast. 

Jouanneti, Des Moul. 
calcarata, Grat., var. 
asperulata, Lamk, var. 
cabrierensis, n. sp. 

granulatocincta, Mùnst. 

tenuilirata, n. sp. 

pseudobeliscus, n. sp. 

Saporlai, n. sp. 
Defrancia calathiscus, n. sp. 
Milra fusiformis, Brocc. 
Manzonii, n. sp. 

Columbella turonica, May., var. 
— filosa, Duj. 

porcata, n. sp. 
Erato lœvis, Donov. 
Cyprrca, sp. ?... 



Natica Matheroni, n. sp. 

Hœrnesi, n. sp. 
leberonensis, n. sp. 
volliynica, d'Orb. 

Josephinia, Risso. 
Cerithium Duboisi, Horn. 

papaveraceum, Bast 

prredoliolum, n. sp. 

derlonense, May. 

pictum, Defr., var. 
Turritella bicarinata, Eichw. 

pusio, n. sp. 
Proto rotifera, Lamk. 
Mesalia cabrierensis, n. sp. 
Rissoa curta, Duj. 
Vermetus intortus, Lamk. 
Turbo muricatus, Duj. (var.). 



Trochus Martinianus, Malh. 

millegranus, Pbil., var. 
Rotella mandarinus, Fischer. 

subsuturalis, d'Orb. 
Calyptrœa chinensis, Lin. 

deformis, Lamk. 
Crepidula gibbosa, Defr. 
Fissurella italica, Defr. 
Bulla Lajonkaireana, Bast. 
Dentalium fossile^ Lin. 
Ostrea digitalina, Dub. var 
Anomia costala, Brocc. 
Pecten improvisus, n. sp. 

multistriatus, Poli. 
Avicula phalœnacea, Lamk. 
Mytilus, indét. 
Arca turonica, Duj. 

umbonata, Lamk. 
Pectunculus giycimeris, Lin. 
Chama gryphoides, Lin. 
Cardium Darwini. May. 

papillosum, Poli. 
Crassatella provincialis, n. sp. 
Cardita crassa, Lamk. 

Jouanneti, Bast. 

intcrmedia, Brocc? 
Venus plicala, Gmel. 

clalhrata, Duj. 

islandicoides, Lamk. 

umbonaria, Lamk. 

Arnaudi, n. sp. 
Cytherea pedemontana, Agass. 
Tapes œnigmaticus, n. sp. 
Tellina planata, Lin. 

elliptica, Brocc. 
Fragilia abbreviata, Duj. 
Arcopagia ventricosa, M. de Ser. 
Eastonia rugosa, Cliemn. 
Solen marginatus, Pult. 
Solecurtus candidus, Ren. 

Corbula Basteroti, Horn., var. 
Parapholas, sp. ? 



Cupularia Cuvieri, Defr. 

umbellata ; Defr. 
Cellaria, sp.?.. 4 



Dendrophyllia digitalis, Blainv. 

Collongeoni, Thiol 



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GEOLOGIE. 



105 



Ainsi que cette liste le montre, plusieurs des formes de Cabrières présentent 
des nuances particulières qui ne sont exactement identiques ni avec celles des 
faluns proprement dits, ni avec celles des couches de Tortone. Cette constatation 
de nuances est certainement un des résultats les plus importants des études pa- 
léontologiques et donne un fort appui à la doctrine de l'évolution. C'est à l'horizon 
de l'helvétien le plus supérieur (de M. Charles Mayer) que MM. Fischer et ïour- 
nouër rapportent le gisement de Cabrières-d' Aiguës; celui de Salles a de grands 
rapports avec lui; celui de Tortone en est aussi bien rapproché, toutefois il 
semble un peu plus récent. 



MARNE A OSTREA CRASSISSIMA. 



En se reportant à la coupe 2 de la planche XV, on verra qu'au-dessus des 
marnes sableusesà Cardita Jouanneti de Cabrières, il y a une couche épaisse d'en- 
viron 3 mètres, qui se distingue par sa couleur claire, sa texture bien plus fine, 
sa nature plus marneuse. Elle renferme des Ostrea crassissima disséminées en 
petits groupes de quatre à six individus. 



COUCHES PALUSTRES. 



♦ 



Comme le montre la coupe 2 de la planche XV, les couches à Ostrea cras- 
sissima sont recouvertes par des marnes grises avec traces de lignites; ces 
marnes alternent avec des limons gris. Dans le voisinage de la campagne de 
Camille Jean, je n'y ai pas observé d'autres fossiles que des empreintes de végé- 
taux mal conservés, mais on trouve d'assez nombreuses coquilles à un kilomètre 
au nord de Cucuron (pi. XV, fig. 1). Les couches de cette localité ont été 
visitées par M. Matheron et plus tard par M. Scipion Gras. M. Matheron y 
a découvert des espèces nouvelles de mollusques terrestres et de mollusques 
d'eau douce; dans un travail publié en 1832, il raconte qu'un propriétaire 
trompé par la couleur noirâtre de quelques petites bandes, avait creusé un puits 
pour rechercher du lignite. J'ai adopté le nom de palustre de préférence à celui 
de lacustre, parce que l'inspection des lieux et la nature des couches me font 
supposer des dépôts formés dans des marais ou des étangs plutôt qu'au fond de 



14 



106 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON 



véritables lacs. Voici les espèces qui ont été recueillies par MM. Matheron, Emile 
Arnaud, Gaston de Saporta et moi. 



Succinea primaeva (Matheron in Heer). 
Hélix Christoli, Matheron (catalogue des Bouchcs- 

du-Rhône). 

Dufrenoyi, id. 

pseudo-conspurcata, id. 
Planorbis prœcorneus, n. sp. 



Planorbis Matheroni, n. sp. 
Limnœa, sp.? 

Melanopsis Bonellii, Sismonda. 
Bythinia Leberonis, n. sp. 
Neritina, sp. ? (Matheron in Heer). 



Au premier abord, ;il serait naturel de rapporter la formation palustre qui 
renferme ces fossiles aux marnes à Concerta que M. Charles Mayer vient de 
signaler à Saint-Ferréol, près Bollène, à la limite des départements de Vaucluse 
et de la Drôme (1). Cependant MM. Fischer et Tournouër, auxquels je dois la 
détermination des coquilles ci-dessus, me font remarquer que la seule espèce 



qui ne 



Melanop 



cette coquille est différente de l'espèce trouvée à Saint-Ferréol et elle est iden- 

on pouvait juger d'après une 



M 



seule espèce, on devrait croire que les marnes palustres de Cucuron correspon 
dent plutôt aux dépôts de Tortone qu'aux marnes à Congeria. 



LIMONS ROUGEATRES A OSSEMENTS. 



Au-dessus des limons gris et des marnes palustres, on voit le vaste système 
des limons rouges dans lesquels se trouvent les ossements fossiles dont l'étude 
a été l'objet principal de mes recherches (pi. XV, fig. 2 et 3). Ils se lient telle- 
ment aux couches palustres qu'il est difficile de les attribuer à une autre époque 
géologique; je pense donc qu'on doit les rapporter encore à l'âge de Tortone. 
Ils semblent pouvoir atteindre une centaine de mètres d'épaisseur ; pourtant, 
comme ils recouvrent un terrain très-incliné, je dois prévenir que j'ai été 
exposé à exagérer leur puissance. Ils représentent une formation terrestre; 
ils paraissent résulter de l'usure des roches des montagnes et du transport 
de leurs éléments détritiques. Ils sont gris et plus souvent rougeâtres avec des 
marbrures blanches. L'aspect des couches d'origine terrestre mérite d'appeler 
l'attention des paléontologues, car elles révèlent les places où il y a quelque 

(1) Charles Mayer, Découverte des couches à Congéries dans le bassin du Rhône, in-8, 1872. 

1 7 



1 



GÉOLOGIE 



107 



m 












l- 



I 



ie 



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ir 



probabilité de rencontrer des amas d'os de mammifères. Leur apparence est à 
peu près la même dans le miocène supérieur du Léberon, de Grèce et du mont 
Redon (Aude), dans le miocène moyen de Pamiers au nord des Pyrénées, dans 
le pliocène de Montpellier au-dessus des sables marins. Ce sont des limons tantôt 
sableux, tantôt marneux, renfermant quelquefois des cailloux; ils sont mêlés de 
gris et d'un peu de blanc, mais leur teinte la plus fréquente est la teinte rou- 
geâtre: les lithologistes ont déjà eu l'occasion de remarquer que, dans les terres 
laissées au contact de l'air, le protoxydede fer passe facilement à l'état de peroxyde, 
et qu'il en résulte une rubéfaction d'un aspect très- caractéristique. Je crois 
qu'avec un peu d'habitude il est souvent possible de distinguer une formation 
terrestre d'avec une formation palustre. Mais on doit nécessairement trouver tous 
les intermédiaires entre ces deux modes de formation. En effet, les limons 
dont l'origine a été due à l'influence des agents atmosphériques sont ras- 
semblés par les torrents et les rivières : ainsi le lehm que nos rivières ont 
charrié est formé d'éléments terrestres qui ont été d'abord entraînés par les 
eaux de pluie; quand on emploie le mot alluvion terrestre, il emporte avec 
lui le sens d'alluvions pluviales, torrentielles ou fluviatiles. Or, il est difficile 
d'établir la limite entre ces alluvions et un dépôt palustre, car les lacs, les 
étangs, les marais, les reçoivent journellement, de sorte que des couches for- 
mées lentement par précipité chimique alternent avec des limons provenant 
du sol superficiel. En outre, soit par suite des mouvements du sol, soit par suite 
de la différence dans l'apport des eaux, un même emplacement peut être tour 
à tour un sol desséché, un fond de lac et de marais. 

L'étude des terrains du Léberon nous montre de tels passages entre le dépôt 
palustre et le dépôt terrestre : sans doute le groupe des limons rougeâlres à osse- 
ments d'hipparions représente surtout une formation terrestre, tandis que le 
groupe des marnes et des limons gris indique plutôt une formation palustre ; 
mais les couches palustres renferment des bandes terrestres, et les couches ter- 
restres renferment des bandes palustres (pi. XV, fig. 2). 

Du côté de Vaugines, j'ai vu les couches de limon rouge fortement soulevées 
et s'enfonçant vers le Léberon ; cette dislocation a été signalée par M. Gras et 
figurée dans la coupe n° 7 de la planche I de son livre sur la Géologie de Vau- 
cluse; en général, les limons rouges sont presque horizontaux et ont été moins 
relevés que les couches marines placées plus bas. 







108 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



AIXUVIONS SUPÉRIEURES. 



Les limons rouges à hipparions sont recouverts par des sables limoneux et des 
brèches qu'au premier abord on pourrait confondre avec eux, parce qu'ayant 
emprunté leurs éléments, ils ont souvent le même aspect. Mais ils se sont dé- 
posés dans leurs dépressions et ont dû être amenés par les mômes eaux torren- 
tielles qui ont raviné les couches à ossements ; en général ils sont moins rouges 
et renferment une plus grande quantité de fragments de roches. Lorsque 
M. Arnaud et moi avons fait l'ascension du Léberon, dans la partie située au 
nord de la bastide Nance, nous avons vu en bas des grands escarpements néo- 
comiens, de puissantes assises de sables et de brèches qui nous ont paru plus 
récentes que les limons à hipparions; elles sont horizontales ou inclinées de 
quelques degrés. Il serait curieux de fouiller ces couches de formation terrestre 
pour savoir si elles ne renferment pas des espèces intermédiaires entre les qua- 
drupèdes miocènes et les quadrupèdes actuels. A en juger par leur épaisseur, on 
peut croire que leur dépôt a commencé dès l'époque pliocène. 



Telles sont les assises que j'ai observées sur le versant méridional du Léberon. 
Je dois noter que j'ai eu un peu d'hésitation pour marquer les rapports des 
marnes grises de Cabrières avec l'étage de la mollasse jaune ; c'est seulement 
l'allure générale des terrains qui m'a fait penser qu'elles lui sont supérieures; 
je n'ai pas vu leur ligne de contact; j'ai rencontré à l'est du gîte des osse- 
ments des couches grises à petits Pecten qui sont placées au-dessous de l'étage 
palustre, mais je n'ai pas su déterminer leur âge. 

J'ai alors écrit aux géologues qui connaissent le mieux les terrains tertiaires 
de la Provence, MM. Matheron, de Saporta, Emile Arnaud et Marion ; ils ont 
bien voulu m'envoyer les notes qu'ils avaient recueillies. M. Arnaud, dont j'avais 
déjà éprouvé tout le dévouement scientifique, a deux fois traversé le Léberon 
pour élucider la question qui m'embarrassait. Après avoir étudié les terrains de 
Villelaure, village situé au sud de Cucuron, il s'est rendu à la Tour-de-Ferrier, 
contre le torrent de Mardarie, sur la route d'Ansouis, et là, en remontant un 
vallon orienté E.-O., il a pris la coupe suivante : 



GEOLOGIE. 



■ 






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I 



SOUS- ETAGE 

DU CALCAIRE 

PALUSTRE . 

SOUS-ÉTAGE 



} Calcaire blanchâtre à Bithinia. 



Couche argilo-sableuse jaunâtre à Turritella. 



de cabrières. j Marne noirâtre avec nombreuses Turritella et Murex 



SOUS ETAGE 
DE LA 
MOLLASSE GRISE 



Sables jaunâtres. 



SOUS -ETAGE 
DE LA 
MOLLASSE JAUNE . ( 



| Grande épaisseur de mollasse coquillière avec Ostrea, Pecten scabriusculus, dents de squales, etc 



Sables grisâtres (safre). 



Couches argileuses et sableuses 






M. Arnaud ne doute pas que les couches intercalées dans cette coupe entre les 
sous-étages de la mollasse jaune et les couches palustres ne correspondent aux 
assises de Cabrières. Il m'assure qu'à la Tour-de-Ferrier les superpositions sent 
très-claires et que le sous-étage de la mollasse jaune est caractérisé par de 
nombreux fossiles. Il ajoute qu'il a observé à Cadenet une coupe semblable. 

Pendant que M. Arnaud faisait ces vérifications. M. Matheron consultait les 
notes qu'il a prises, il y a plusieurs années, et il m'envoyait la coupe suivante : 



t 



Couches lacustres de Cucuron. 



Couche à Ostrea. 



Couche à Cardita Jouanneti, Vénus et autres fossiles. 



Couche avec fragments de fossiles. 



Mollasse marine avec Pecten scabriusculus , Pecten planosulcatus , Ostrea Boblayei, etc 



Grand étage de grès et de marnes grises à Anomia, Pecten, etc., etc. 



Ainsi, d'après les recherches de M. Matheron et de M. Emile Arnaud, le riche 
gisement de Cabrières représenterait un horizon supérieur à l'étage de la 
mollasse. 



2 



1 



> 



; 



1 



Remarques sur l'histoire géologique du pays où se trouvent 

les ossements fossiles. 



Les indications qui précèdent nous fournissent quelques notions sur l'histoire 
géologique de la localité où les ossements de vertébrés sont enfouis. 



110 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



Longtemps avant l'époque durant laquelle ont vécu les hipparions et les autres 
quadrupèdes dont les débris gisent au pied du Léberon, cette montagne avait déjà 
pris son principal relief. On ne voit à son sommet que des terrains secondaires 
dont les couches indiquent un soulèvement bien plus énergique que celui des 
terrains miocènes. Depuis le temps où s'est formée la couche de grès vert que 
M. Gras a signalée, jusqu'à celui où la mollasse marine a été déposée, le pays 
situé au sud du Léberon semble être resté exondé, puisqu'on n'a pas jusqu'à 
présent rencontré de terrains marins intermédiaires entre ces étages. Sans doute 
il n'est pas impossible qu'on en découvre quelque lambeau; cependant, si l'on 
réfléchit que, d'après les recherches de M. Matheron, des formations continentales 
se sont continuées en Provence pendant l'époque de la craie, l'époque éocène 
et le commencement de l'époque miocène, il y a lieu de croire que le pied du 
mont Léberon a été longtemps exhaussé au-dessus du niveau de la mer. 

L'étage de la mollasse, qui est le plus ancien des dépôts tertiaires marins 
dans la petite région dont j'ai entrepris l'étude, semble remonter à l'époque fa- 
lunienne (helvétienne) ; la Provence a participé au grand mouvement d'abaisse- 
ment qui s'est. produit à cette époque dans une partie de l'Europe. En ce temps- 
là, les eaux de la mer durent former une étrange bigarrure ; à cet égard, notre 
pays parut un peu revenu aux temps secondaires, avec cette différence que les 
portions exondées furent plus considérables que les portions immergées; le mont 
Léberon notamment resta en grande partie à l'abri des envahissements des eaux, 
il faut tenir compte des phénomènes d'abaissements et de soulèvements quand 
on étudie les faunes terrestres ; évidemment les mammifères de l'époque ton- 
grienne (1) et de l'époque falunienne, pendant lesquelles la mer occupait une 
grande étendue de la France, se sont trouvés dans des conditions tout autres que 
ceux des époques aquitanienne et tortonienne, durant lesquelles notre pays était 
presque entièrement exondé: ces différences peuvent expliquer des contrastes 
semblables à ceux dont j'ai parlé dans mes Considérations générales sur les ani- 



maux 



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L'exhaussement du sol qui a fait écouler les eaux de la mer et a donné lieu 
aux formations continentales de l'époque tortonienne, paraît avoir eu lieu lente- 
ment. La rareté des fossiles, l'aspect homogène des couches gris bleuâtres de la 



(1) J'entends par ce me l'époque qui a 
en France, de Weinlieim en Allemagne. 

(2) Page 84_de ce mémoire. 



vu se former les sables de Tongres en Belgique, de Fontainebleau 



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GÉOLOGIE. 



111 



base de la mollasse, portent à supposer qu'elles ont été déposées dans une mer 
plus profonde que les couches jaunes à Ostrea Boblayei et à Janira planosul- 
cala. La différence entre la mollasse grise et la mollasse jaune de Cucuron rap- 
pelle celle qu'on observe au bord de la Méditerranée entre les marnes grises du 
mattaione et les assises un peu plus récentes de la panchina ou calcaire poros; 
lorsque ces couches se succèdent dans une même localité, il semble quelquefois 
que le remplacement du mattaione par la panchina est résulté de ce que la 
mer est devenue moins profonde (1). Je pense de même que la superposition 
de la mollasse jaune sur la mollasse grise indique que la profondeur de la mer 
a diminué. Les marnes gris foncé de Cabrières, supérieures à la mollasse jaune, 
me paraissent marquer un degré de plus dans l'exhaussement, car on y ren- 
contre une multitude de coquilles et des bandes de galets qui annoncent un 
rivage. Les calcaires palustres doivent avoir été formés lorsque le sol soulevé 
n'était plus couvert par la mer, mais était encore assez bas pour être un fond 
d'étangs ou de marécages. Enfin, le limon où l'on trouve tant d'ossements d'ani- 
maux terrestres représente l'époque où les eaux des étangs s'étaient retirées 
à leur tour pour laisser à découvert une terre sèche sur laquelle les troupeaux 
de gazelles, de tragocères et d'hipparions pouvaient courir. 

L'examen de l'inclinaison des couches me paraît confirmer l'idée d'un exhaus- 
sement lent; en effet, je n'ai pas observé d'apparences de brusque discordance 
entre les couches marines, les couches palustres et les couches terrestres, ainsi 
qu'on en voit entre les assises qui ont été soumises à des soulèvements violents ; 
il m'a semblé que les couches palustres étaient en général un peu moins soûle- 
vées que les couches marines, et que les couches terrestres étaient un peu 
moins soulevées que les couches palustres, comme si les premières eussent été 
plus longtemps que les secondes exposées à l'action soulevante, et comme si les 
secondes y eussent été exposées plus longtemps que les troisièmes. 

La planche I de ce mémoire a offert un exemple de la manière dont les osse- 
ments ont été réunis sur quelques points; ces accumulations de mammifères sont 
difficiles à expliquer. J'ai fait remarquer précédemment que le soulèvement 
principal du mont Léberon paraît dater de l'époque crétacée. Peut-être la puis- 
sance des limons à ossements qui recouvrent la base méridionale de cette mon- 
tagne doit être attribuée en partie à l'ancienneté de son émersion ; en effet, il 



bleau 



(1) Évidemment cette remarque ne s'applique pas à toutes les localités, car des dépôts d'embouchure peuvent 
avoir les mêmes caractères que la formation appelée mattaione. 



11 ^ ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 

est possible que ces limons aient été rassemblés assez rapidement par les eaux: 
torrentielles, mais pour que leurs éléments se soient constitués, il faut que des 
érosions se soient continuées pendant des temps considérables. Les anciennes 
montagnes ont pu être des centres où la vie s'est conservée et d'où elle s'est 
propagée, parce que les animaux et les plantes terrestres y ont vécu à l'abri des 
inondations, et aussi parce que la terre végétale, s'accumulant en bas de leurs 
versants, a enfanté une riche végétation ; les faunes de l'Auvergne dans le plateau 
central de la France, des collines Sewalik auprès de l'Himalaya, de Pikermi au 
pied du Pentélique, de Sansan près des Pyrénées, et du mont Léberon, qui est 
rapproché des Alpes, doivent peut-être en partie leur fécondité à ce qu'elles ont 
habité des pays exondés depuis longtemps? 

Il reste encore à expliquer comment tant d'animaux ont laissé leurs débris 
dans le même lieu. Rien n'annonce qu'ils soient morts de maladie ou de vieil- 
lesse ; il est vrai que la plupart des gazelles et des antilopes que j'ai rencontrées 
étaient adultes, mais j'ai recueilli les restes de jeunes individus d'hipparions, de 
rhinocéros, de Sus et iïHelladotherium. On ne peut dire que les quadrupèdes 
ont péri en s'enfonçant dans le limon, ainsi que cela est arrivé au bord des 
fleuves de l'Amérique du Sud, car on ne découvre pas de squelettes entiers, les 
os des membres sont séparés et enchevêtrés de telle sorte que les débris 
de genres très-différents sont réunis; d'autre part, il n'est point probable que les 
os aient été amenés de bien loin, puisque, tout en étant fréquemment brisés, 
ils ne sont pas roulés. Comme à Pikermi, l'hypothèse qui me paraît la moins 
improbable pour expliquer le rassemblement des animaux est celle des inon- 
dations. L'endroit où j'étais campé au pied du Léberon était placé entre 
deux torrents peu éloignés l'un de l'autre; une fois, à la suite d'un orage, leurs 
eaux resserrèrent beaucoup cette place. Si des animaux s'y étaient réfugiés alors, 
et que les eaux des deux torrents, croissant toujours, se fussent rejointes, ces 
animaux auraient été noyés et de nombreux débris seraient rassemblés dans un 
petit espace. Des phénomènes analogues ont dû se passer autrefois. Il est possible 
aussi que des inondations aient été produites par des mouvements du sol. L'idée 
d'affaissements postérieurs au dépôt des terrains palustres pourrait se baser sur 
la présence de couches marines signalées à Bollène par M. Charles Mayer et 
attribuées par lui à l'étage messinien. 



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INVERTÉBRÉS FOSSILES 



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(1 



PAR 



P. FISCHER ET R. TOURNOUER 



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et 



M. le professeur A. Gaudry a bien voulu nous charger de l'étude des ani- 
maux invertébrés fossiles du mont Léberon. Il nous a ainsi donné libéralement 
l'occasion de faire connaître une faune miocène qui, par sa position géogra- 
phique et géologique et par la conservation exceptionnelle de ses fossiles, pré- 
sente un intérêt particulier pour la connaissance des terrains tertiaires du midi 
de la France. Que M. Gaudry nous permette de lui en exprimer ici notre 
affectueuse gratitude. 

Notre travail a été divisé en deux chapitres. 

Le chapitre I er , en trois sections, comprend la description des espèces des 
trois étages que nous avions à étudier ; ce travail a été fait en commun. 

Le chapitre II contient des considérations sur la faune de Cabrières; elles 
sont le travail particulier de l'un de nous, qui les a signées de ses initiales 
(R. T.). 



15 












CHAPITRE PREMIER 



DESCRIPTION DES ESPÈCES 



L'ordre de succession stratigraphique des dépôts tertiaires du mont Léberon 
a été établi par M. Gaudry de la manière suivante, de bas en haut : 

Mollasse de Cucuron. 

Marnes de Cabrières. 
Couches palustres. 

Nous avons suivi cet ordre dans notre travail paléontologique. 



1 



Fossiles de la mollasse de Cucuron 



La mollasse de Cucuron paraît être pauvre en restes organisés fossiles. A 
l'exception de quelques Huîtres et de quelques Peignes caractéristiques, elle ne 
nous a offert que des moules de Bivalves se rapportant à un petit nombre 
d'espèces déterminables, quelques moules indéterminables de Gastéropodes, pas 
un Echinoderme et pas un Polypier. 

Les espèces suivantes, que nous avons eues à étudier, proviennent toutes dé 
la mollasse jaune, aucune de la mollasse grise inférieure. 



MOLLASSE 



115 






Ostrea Boblayei, Deshayes, Expéd. scient, de la Morée, p. 122, pi. 28, fig. 6-7. 
Homes, Diefossil. Moll. des tert. Beck. von Wien, p. 443, pi. 70, fig. 1-4. 

Espèce difficile à distinguer de YO.lamellosa Brocchi; elle se reconnaît cependant à ses plis 

longitudinaux moins réguliers, à son bord extérieur crénelé. 

Le type provient du pliocène de Morée ; mais l'espèce, selon nous, comme selon Hôrnes, 
date du miocène moyen. 

\SOst7 % ea lamellosa seul continue à vivre encore sur quelques points de la Méditerranée. 



!î 



Ostrea frondosa, Marcel de Serres, Géogn. des terr. tert. , p. 137, pi. 5, fig. 5. 
Ostrea caudata, Munster, in Goldfuss, Petrefakt., p. 17, pi. 77, fig. 7. 

Nous croyons pouvoir rapporter à cette espèce plusieurs petites valves de la mollasse 
de Cucuron. Le type de Marcel de Serres provient des couches miocènes du Languedoc, de 
Pézénas, etc., et se retrouve à Perpignan. 



Pecten scabriusculus, Mathcron, Catal. méthod. et descr. des corps organ. foss. du dép. 

des Bouches- du- Rhône, p. 187, pi. 30, fig. 8-9. — (PL XX, fig. 6-8.) 

Nous faisons représenter de nouveau celte intéressante espèce dont une valve seulement 
a été figurée déjà par M. Matheron, et qui est caractéristique de la mollasse miocène de la 

Provence. 

Elle est commune à Cucuron. Elle n'est pas citée par Hôrnes dans le bassin de Vienne, et 
elle n'existe pas non plus à notre connaissance dans l'O. ni dans le S. 0. de la France. 

Elle existe au contraire en Corse, à Bonifacio, etc., mais à l'état de belle et grande variété 
oblique et très-squameuse, et elle a été retrouvée dans l'Attique (Munychie) par M. Gaudry. 



\ 












I. 



Pecten scabrellus, Lamarck, Hist. nat. desanim. sans vert., t. VI, p. 183. — Ostrea dubia, 

Brocchi, Conch. foss. subap., t. If, p. 575, pi. 16, fig. 16 (non Linné). 

Le type de Brocchi se trouve dans les couches pliocènes d'Asti, Biot, Perpignan, etc. Dans 
le département de Vaucluse même, on le trouve dans les couches tortoniennes de Saint-Ariès 
près de Bollène. Basterot, Grateloup et Dujardin l'ont cité des faluns de Touraine, de Léognan, 
de Saucats et de Salles. Ces citations sont fort douteuses; nous ne connaissons dans le S. 0. le 
vrai scabrellus (et encore avec 17 côtes, au lieu de 15 comme dans le type) que des couches du 
miocène supérieur de Martignas, près de Bordeaux, où il est associé au Pecten Besseri et au 
Cardita Jouanneti; il n'est pas cité dans le bassin de Vienne. 






> 

Janira planosulcata, Matheron, loc. cit., p. 188, pi. 31, fig. 4-5 [Pecten) 

(PI. XIX, fig. 21-22.) 

Espèce créée par M. Matheron pour une coquille qui n'a pas été citée encore en Provence 
ailleurs qu'à Cucuron, mais que nous avons retrouvée récemment parmi les fossiles recueillis 




116 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBEBON. 



en Corse, dans le gisement miocène d'Aleria, par M. Locard. M. Matheron en a donné une très- 
bonne diagnose et le dessin de la valve inférieure, ou la plus convexe. Nous faisons figurer 
de nouveau cette valve, PL XIX, fig. 21, et la valve plate ou supérieure, ibid., fig. 22; 
et quoique ces dessins soient faits d'après des échantillons incomplets, ils peuvent suffire a 
donner une meilleure intelligence de l'espèce qui est intermédiaire entre le P. Burdigalensl 
Lamk et le P. Besseri Andrz. (très-bien figuré par Ifôrnes, loc. cit., pi. 42 et 43), quoi- 
que plus voisine du dcrnier.| Elle compte sur chaque valve plus de côtes que le premier et 
moins que le second (1). Elle se distingue en outre du Besseri, en ce que les 13 côtes'de 
sa valve supérieure [sont; moins quadrangulaires que dans ce dernier, et renferment dans 
leurs intervalles une ou plusieurs faibles côtes distinctes, au lieu de 2 à 3 fines stries lon- 
gitudinales. Les 14 côtes distinctes de la valve inférieure sont également moins rondes et 
plus aplaties que dans le Besseri. Enfin, la taille de l'espèce de Provence est moindre que 

celle de 1 autre, et la charnière de la valve plate présente 3 lames cardinales rayonnantes bien 
distinctes. J 



Janira benedicta, Lamarck, Anim. sans vert., t. VI, p. 170. 

L'exemplaire de Cucuron que nous avons vu se rapporte bien aux types de la mollasse 
de 1 Anjou et desjcouches plus récentes de Perpignan, visés par Lamarck. 



Cytherea, indét. 

Moule d'une Cythérée de la taille du C. Lamarcki Agass., mais qui pourrait se rapporter 
plutôt a une espèce encore inéd.te de la mollasse de Berne : C. Bernensis Maver mss. 



Tapes vetulus, Basterot, Mém. géol. sur les envir. de Bordeaux, p. 89 n° 3 ni fi fia 7 



( Venus) . 



Homes, loc. cit., p. H3, pi. H, fig. i (Tapes). 



Nous rapportons à cette espèce un moule de la mollasse de Cucuron, analogue à 



leux conservés que nous avons vus de la mollasse de Eorcalquier (Basses-Alnel) 
Le type de Basterot appartient au miocène moyen de Léognani 



d'autres 



îocène moyen de Léognan. 



Tellina laccnosa, Chemnitz, Conch. Cad., vol. VI, p. 92, pi. 9, li 

f e H ina s f nuata ^ Matheron, loc. cit., 



p. 91, pi. 9, fig. 1. 
T. tumida, id. in fleer. 



g 



78. 



Homes, loc. cit., 



p- 143 (non Lamarck). 



Le type est encore vivant sur les côtes occidentales de l'Afrique, Guinée etc 
Il paraît dès le miocène inférieur dans le S. 0. , à Saint-Avit, etc. 

rieure. Le B esseritn coZe 1 la ZT< *1 ^^ " «*" ^^ et " sur »« ™» e ^ 

ceux d'Autriche dC^ H „ es Ti.TJTZ Z "" éChantil '° nS '" 8 " °' * " *«»• 6t 16 d ™ 






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MOLLASSE. 



117 



Panopœa Menardi, Deshayes, Dict. class. d'hist. nat., vol. XIII, p. 22. — Hôrnes, loc cit., y. 29, 

pi. 2, fig. 1-3. — Panopœa Faujasi, Basterot, loc. cit., p. 95. 

D'après M. Mayer (Cat. mus. Zurich, U e cahier), le P. Menardi est répandu dans toute la 
région méditerranéenne, depuis le tongrien de Dego et peut-être môme depuis le bartonien 
des Alpes suisses, jusqu'au tortonien inclusivement. Il paraît s'y éteindre à ce moment-là, 
après avoir atteint son maximum de développement dans le miocène supérieur; et delà il 
aurait passé dans le crag de Sutton. 



/ 



Panopœa Rudolpiiii, Eichwald, Natur. hist. SIriz. Lith., p. 20/i,et Leth. Ross., III, p. 131, 

pi. 6, fig. 12. —Mayer, Catal. des foss. tert. mus. Zurich, Panopéides, p. 41. 

Cette espèce diffère du Panopœa Menardi par sa forme moins inéquilatérale et son sinus 
palléal plus court et plus ouvert. Elle a été d'abord signalée dans le miocène supérieur de 
Volhynie ; et elle aurait passé de là dans le crag du Nord et dans l'astien (Mayer). En France, 
elle existe à Banyuls-les-Aspres (Panopœa Aragoi Valenciennes). 



Balanus tintinnabulum, Linné, Syst. nat., éd. XII, p. 1108 (Lepas). — Darwin, 

Cirripedia, p. 194, pi. 1 (Balanus). 

Espèce méditerranéenne et qu'on a signalée à l'état fossile en Touraine, à Asti, et dans le 
crag d'Angleterre. 



Tel est le petit nombre d'espèces de mollusques signalées dans la mollasse 
de Cucuron; ces espèces ne sont aucunement caractéristiques par elles-mêmes 
d'un horizon déterminé. Mais la mollasse de Cucuron se rattache certainement 
à la formation importante de la mollasse à Echinodermes de la même région 
(Villelaure, la Valduque, Lambesc) et de Saint-Paul Trois-Châteaux. Comme l'a 
dit M. Gaudry, nous pensons qu'elle appartient au grand étage falunien de 
d'Orbigny, mais entendu cependant en ce sens qu'il doit être dégagé d'un côté 
des couches inférieures mio-oligocènes de Bazas, et de l'autre des couches supé- 
rieures mio-pliocènes de Salles et de Tortone, dont d'Orbigny y a réuni tous 
les fossiles. M. Mayer (Tabl. synchr., 1868) range nommément la mollasse de 
Cucuron dans son helvétien II, c'est-à-dire au-dessous des faluns de Salles et tout 
près des faluns de la Touraine, au niveau des mollasses de l'Anjou. Nous parta- 
geons cette manière de voir, sans pouvoir entrer incidemment ici dans la question 

très-difficile de la composition et de la classification détaillée du grand terrain 
miocène. 




118 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÈBERON. 



2 



Fossiles des marnes de Cabrières 



M. Dumortier, qui a le premier signalé à la science le gisement de Cabrières- 
d'Aiguës, a donné en même temps {Bull, de la Soc. géol, 1864, t. XXI, 
p. 282) une liste de quarante-quatre espèces de mollusques de ce gisement, 
sans compter une espèce de Bryozoaire et un Poisson. A l'exception de trois 
coquilles : Ranella lœvigata, Ostrea saccellus, Mactra triarlgula, dont nous 
n'avons pas pu constater la présence à Cabrières, nous croyons avoir retrouve» 
dans les matériaux qui nous étaient soumis, et Ton retrouvera dans notre travail, 
soit sous les mômes noms, soit sous des noms que la critique nous a fait pré- 
férer, la totalité de ces quarante-quatre espèces, qui se réduisent d'ailleurs à 
quarante par suite de doubles emplois. A ces quarante espèces, nous en avons 
ajouté soixante-quatre autres, sans compter trois coquilles qui n'ont pu être 
déterminées que génériquement; ce qui fait, pour les marnes marines de Ca- 
brières, un total de cent quatre espèces de mollusques déterminées, auxquelles 
il faut joindre deux espèces de Bryozoaires et deux espèces de Polypiers. 



Murex Gaudryi, Nobis. — (PL XVI, iig.*l-2.) 



Testa ovato-conica ; spira acuta ; anfractus 7 convexi, subgradati, carinati, 7-8 fariam varicosi, transversim 
lirati, spiraliter et aspere striati; anfractus ultimus dimidium testœ superans, ventrosus, varicibus œqualibus, 
valde frondoso-muricatis, crassts, elevatis, imbricatis, postice acutis, prominentioribus , antice usque ad cau- 
dam prolongotis, munitus ; cauda lata, oblique truncata, compressa, plicato-spinosa ; apertura ovata. — 
Longit . 105 ; lat. 70 millim. 



Cotte belle espèce diffère du Murex Turonensis Dujardin [Mém. sur les couches du sol en Tou- 
raine, pi. 19, iig. 27) par sa spire plus haute, ses tours plus détachés, son canal moins long, 
ses varices foliacées, ses rides transversales plus accentuées. Elle se distingue d'un autre côté 
du M. Sedgwicki Hôrnes (non Michelotti) et du M. Syrticus Mayer, par sa forme moins ra- 
massée, par le nombre plus grand de ses varices, et par l'absence complète de tubercules ou 
nodosités dans l'intervalle des varices. 

Par ses divers caractères, notre Murex de Cabrières se rapproche davantage du M. brevi- 
canthos Sismondi, du pliocène, qui a d'ailleurs les varices moins nombreuses, plus foliacées 
encore, et une forme générale plus élancée. 

M. P. Da Costa a figuré dans les fossiles de Lisbonne (Moll. foss. de Portugal, 1866, pi. 18, 

fig. 5), sous le nom de M. Sedgwicki (?), un Murex qui ne paraît pas sans analogie' avec le 
notre. 



MARNES DE CABRIERES. 



119 



Murex Aquitanicus, Grateloup, ConchyL foss. du bass. de VAdour, Atlas, pi. 31, fig. 12. 
Homes, Die'fossil. Moll. des tert. Beck. von Wien, pi. 22, fig. 2 et 3 [excl. fig. 1). 

Nous possédons de Cabrières deux échantillons incomplets d'un petit Murex à trois varices 
laciniées, avec une ou deux nodosités dans l'intervalle, qui se rapportent exactement à la 
variété trifariam varicosa d'un Murex très-commun à Pontlevoy en Touraine [M. erinaceus ? 
Duj. non Lamk.). Ces petits Murex de Touraine ne se rapportent pas parfaitement eux-mêmes 
au M. Sedgwicki Homes (non Michelotti ?) du bassin de Vienne, et nous préférons les rattacher 
comme variétés au Murex Aquitanicus de Grateloup, ci-dessus visé, dont le type est pris dans 
le miocène supérieur de Saubrigues. 



Murex Arxaudi, Nobis. — (PI. XVI, fig. 3-4.) 



Testa ovata; anfractus 5-6, convexi; priores cingulis elevatis 2 et costis longitudinalibus ad intersectiones 
nodoso acutis, decussati ; anfractus ultimus dimidium testœ superans, radiatim et undulatim lamelloso-striatus ; 
costis longitudinalibus circiter 10, liris spiralibus prœcipuis k et intermediis minoribus ■, exaratus ; cauda brevis, 
cingulis elevatis & notata ; apertura ovata; peristoma intus plicato-dentatum. — Longit. 30; lat. 21 rnillim . 



Cette espèce appartient au groupe du Murex imbricatus Brocchi, mais elle en diffère par ses 
côtes spirales plus saillantes, plus écartées et laissant, entre elles et les côtes longitudinales, 
des interstices profonds. 



Murex strleformis, Michelotti, Monogr. del génère Murex, p. 18, n° 26; Descript. des 
foss. mioc. de VItaL sept., p*. 241, pi. 11, fig. 7. — Hôrnes, loc. cit., p. 235, pi. 24, fig. 13. 
(PI. XVI, fig. 7-8. 



Nous rapportons à l'espèce de Michelotti un Murex assez commun à Cabrières. Ces formes 
de Murex sont très-difficiles à classer; quelques variétés du M. sublavatus Basterot et du 
M. Lassaignei id. s'en rapprochent ; mais leur coquille est toujours un peu plus fusiforme ; 
le M. Schonni Hôrnes n'en est pas très-éloigné. 

Chez le M. striœformis, le canal est fermé comme chez les M. erinaceus Linné, Edwardsi 
Payraudeau, etc. 

Le Ranella gmnifera de Dubois nous paraît plutôt voisin du M. striœformis que du 
M. sublavatus auquel Hôrnes le réunit. 

Le type de Michelotti est de Turin. Celui de Hôrnes provient des couches probablement 

synchroniques de Grund. 
Nos Murex de Cabrières ne sont pas d'ailleurs absolument identiques à ceux de Vienne. 



Murex pentodon, Nobis. 



PI. XVII, fiff. 1. 



Testa conico-fusiformis, crassiuscula, spira elongaia; anfractus 6 convexi, transversim- spiraliter lirati, liris 
elevatis, i/tterstitits profundis ; longitudinaliter plicato-costati ; anjractus ultimus dimidium testœ paulo superans , 




120 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



1-costatus; apertura ovato-elongata ; peristoma crassum, ùitits b-dentatum ; cauda crassiuscula, clausa. 

Longit. 15; lat. 8 millim. 

Cette espèce paraît voisine du Murex Edwardsi Payraudeau. Les varices ne sont pas évi- 
dentes. 

Le Fusus quinquedens Grateloup, de Saint-Paul de Dax (Atlas foss. de l'Adour, pi. 24, fig. 24), 
ne diffère guère de notre coquille que par son dernier tour plus renflé et son canal ouvert. 



Murex Vindobonensis, Hôrnes, loe. cit., p. 252, pi. 25, fig. 17 et 20. — (PI. XVI, fig. 9-10.) 

Coquille très-polymorphe, comme on peut s'en assurer d'après les ligures qu'en a données 
Mornes. Nos exemplaires de Cabrières sont un peu plus grêles que ceux de Vienne, la spire 
est plus allongée et le canal est moins oblique. Ils constituent donc une variété que nous 
avons fait figurer. 

D'un autre côté, ceux de Pontlevoy en Touraine ont la spire plus haute encore proportion- 
nellement et le canal plus court. 

Hôrnes a fait figurer deux types de l'espèce, l'un de Grund (loc. cit., fig. 17), l'autre du 
niveau plus élevé de Gainfahren (fig. 20). C'est du premier de ces types que la forme de 
Cabrières se rapproche le plus. 

Le M. Vindobonensis de Lisbonne, figuré par M. Da Costa (loc. cit., pi. 20, fig. 3), nous 
paraît très-douteux. 

En résumé, c'est un type du miocène moyen et supérieur, commun aux deux mers; il 
paraît se rattacher au M. Grateloupi d'Orb. (M. tripteroides Grat. non Lamk) du falun de Léo- 
gnan et de Saint-Paul de Dax, de la même manière que le M. striœformis paraît se rattacher 
au M. Lassaignei Bast. du falun inférieur de Bazas. N 



Murex perplexus, Nobis. — (PI. XVI, fig. 5-6.) 

Testa conico-fusiformis, crassa, trifariam varicosa ; anfractus 5-6 convexi, carinati, spiraliter lirati, radia- 
tim costati, costis medio acutis; anfractus ultimus valde dilatatus, 2/3 longitudinis œquans, nodulis radianti- 
bus, prominentibus ornatus ; labrum crassum, latum, extus varicosum et inferne subangulosum, intus dentatum ; 
columella subrecta ; cauda brevis, canalis clausvs. — Longit. 23; lat. 13 millim. 

Espèce voisine des M. striœformis et Lassaignei, caractérisée par ses côtes plus saillantes, 
plus anguleuses, par le rétrécissement de Pavant-dernier tour et l'étroitesse de l'ouverture. 



Murex lapilloides, Nobis. — (PI. XVI, fig. 11-12.) 

Testa oblongo-ovata, crassiuscula ; spira brevis, acuta; anfractus 5 subplanulati ; anfractus ultimus fere 3/4 
longitudinis attingens, varicibus obsoletis 2 munitus, subcarinatus -, liris regularibus spiralibus cingulatus, Ion- 
gitudinahter et tenerrime lamelloso-striatus ; canalis brevis, obliquus, clausus; apertura ovato-elongata; colu- 
mella recta, callo postice incrassato; peristoma crassum, intus tuberculis validis 5 instructum. - 
lat. 14 millim. 



Longït. 21 ; 



Coquille remarquable par sa forme ramassée, ses varices obsolètes, ses stries transverses 
régulières. La coloration est conservée sur quelques individus, et les cordons t.ansvcrses sont 



MARNES DE CABB1EBES. 



121 



plus pâles que les interstices noirâtres. Cette espèce n'est pas sans analogie de forme avec 
le Purpura lapillus de nos cotes; mais son canal fermé en fait un Murex. 



Pollia exsculpta, Dujardin, Mém. sur les couches du sol en Touraine, p. 297, pi. 19, fig. 8-9 
{Purpura). — Murex plicatus, Ilornes, loc. cit., p. 245, pi. 25, fig. 9-10 (non Brocchi?). 
Buccinum Orbignyi, Payraudeau, Catal. des Moll. de Corse, p. 159, pi. 8, fig. 4-6?. 

Var. (PI. XVI, fig. 13-1 k). — - Testa fusiformis, antice attenuata, costis longitudinalibus 
paucis, prorainent ibus. 

Le type de Dujardin provient des faluns de la Touraine. D'après Ilornes, il se trouverait en 
Autriche dans le miocène moyen et supérieur. 

Nos exemplaires de Cabrières diffèrent des types figurés par Dujardin ou par Ilornes par 
leur taille moindre, leur canal plus long et plus étroit, leur spire plus allongée; ils se rappro- 
chent plus de la coquille vivante de la Méditerranée [Pollia Orbignyi Payraud.) que les 

exemplaires de Touraine ou d'Autriche d'un côté, et que ceux d'Asti de l'autre [M. plicatus 
Brocchi). 



Purpura Dumortieri, Nobis. — (PI. XVI, fig. 15-16.) 

Testa ovata, crassa, solida ; spira brevis ; anfractus U-b convexi, transversim et radiatim costati ; ultimus 
2/3 longitudinis œquans, liris spiralibus validis, alternatim inœqualibus et costis longitudinalibus decussanti- 
bus, notatus; interstitiis profunde sculptis, quadratis, radiatim unduloso-striatis ; canalis brevis; apertura semi- 
ovalis ; columella recta; peristoma crassum, intus valide plicatum, adbasin tuberculo dentif orrai et antice callo 
lato, cum columella juncto, munitum. — Longit. 31 ; lat. 20 millim. 

Celte coquille appartient au groupe des Monoceros, par l'indication très-nette d'une dent à la 
base du péristome. Le Monoceros monacanthos du pliocène, figuré par Brocchi, en diffère par ses 
côtes longitudinales plus fortes, plus espacées, et par ses cordons spiraux à peine marqués. 



Fasciolaria Tarbelliana, Grateloup, loc. cit., Atlas, pi. 23, fig. 14. 

Ilornes, loc. cit. p. 298, pi. 33, lig. \-k. 

Var. (PL XVII, fig. 4-5). — Acutinoda, nodis remotiusculis, acutioribus. 

Nous reconnaissons cette espèce à Cabrières d'après des échantillons incomplets, mais dont 
la columelle offre les caractères certains du genre. 

Ils nous paraissent constituer une variété analogue à celle qui a été figurée par M. Da 
Costa dans les Fossiles miocènes du Portugal, pi. 23, fig. 1 a, b. 

Le type de Grateloup provient des faluns supérieurs de Saubrigues et de Saint-Jean de 
Marsac. L'espèce est d'ailleurs plus ancienne. On la retrouve en effet jusque dans les faluns 
de Bazas. 



Fusus Mayeri, Nobis. — (PL XVII, fig. 3.) 

Testa elonrjato- fusiformis, subturrita ; spira acuta; anfractus cir citer 10, convexi, subcarinati, ad suturas de- 
pressi, longitudinaliter et tenerrime striati, transversim lirati, liris inœqualibus ad suturas minoribus, radia- 
it) 









F 



122 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



tim costato-tuberculosi ; anfractus ultimus fere 3/5 longitudinis œquans, parum ventricosus, costis postice tan- 
tum conspicuis ; cauda extus valde lirata, longa, lata, oblique et superne ascendens ; apertura elongato-ovata, 
postice compressa ; peristoma simplex, intus plicatum ; callum columellare postice et transversim uniplicatum. 
— Longit. 90; lat. 34 millim. 

Cette coquille nous paraît distincte de ses congénères par ses tubercules costaux courts, son 
canal très-large à la base et obliquement ascendant. 

Mais elle a des rapports évidents avec plusieurs espèces du miocène supérieur, soit avec 
certaines variétés du F. virgineus Grat., de Salles, soit avec le F. Klipsteini Mich., de Tor- 
tone, etc. 



Fusus provincialis, Nobis. — (PI. XVI, fig. 2.) 

Testa fusiformis; spira acuta; anfractus 8 convexi, ad suturant marginati, spiraliter et tenerrime striati, 
bicarinati, radiatim nodoso-costati ; anfractus ultimus ventricosus dimidium testœ vix superans, 9-10 costatus[ 
liris spiralibus antice majoribus ; cauda mediocris, superne recurva; apertura ovata, postice attenuata; peri- 
stoma cr as sum, intus plicato-dentatum ; columella arcuata, antice obsolète granulosa, postice uniplicata; canalis 
apertus, vix intortus. — Longit. 22; lat. 11 millim. 

Cette espèce appartient au groupe du Fusus cœlatus Dujardin {loc. aï., pi. 19, fig. l,pessima), 
de Touraine; mais elle s'en distingue facilement par sa taille plus petite, son canal presque 
droit, ses nodosités saillantes et la force de ses stries transversales. 

La figure que nous donnons a été faite d'après un échantillon roulé et mutilé ; mais depuis 
nous avons eu cette espèce en très-bon état. 



Ficula sp. [F. clathrata Lamk?). 



Type beaucoup plus rare à Cabrières qu'on n'aurait pu le présumer par l'ensemble de la 
faune. Car nous n'en avons vu qu'un seul fragment et assez mal conservé pour qu'il soit dif- 
ficile de le déterminer spécifiquement. 






« 



Pirula (Pirella) rusticula, Basterot, loc. cit., p. 68, pi. 7, fig. 9. 

Hôrnes, loc. cit., p. 266, pi. 27, fig. 1-10. 

Espèce assez rare à Cabrières. 

Ce type remarquable provient des faluns moyens de Bordeaux; mais il se trouve au-dessous 
et au-dessus de ce niveau, depuis les faluns de Bazas jusque dans le miocène supérieur du 
littoral atlantique comme du centre méditerranéen. 

L'espèce varie beaucoup par le nombre et l'importance des épines et le plus ou moins d'apla- 
tissement de la spire, et ces variations ne sont pas en rapport très-constant avec les différences 
de niveau. Cependant on peut dire, en général, que dans les niveaux les plus bas l'espèce 
débute par des formes à spire assez haute, très-tuberculeuse ou presque nue, et à bouche 
quadrangulaire . La spire s'abaisse et s'aplatit dans les niveaux supérieurs. Nos échantillons de 
Cabrières ont la spire surbaissée, légèrement voûtée, très-peu épineuse, une seule carène 
bien marquée, la bouche triangulaire, et rappellent les formes de Touraine et de Gabarret, et 
aussi celle d'Enzesfeld (Homes, loc. cit., fig. U). 



N 



MARNES DE CABRIERES. 



123 



Cancellaria Westiana, Grateloup, loc. cit., pi. 25, fig. 18-2&. 

Hornes, loc. cit., p. 325, pi. 35, fig. 11-13. 

Le type de Grateloup provient des faluns de Dax ; mais il se poursuit d'ailleurs dans le mio- 
cène moyen et supérieur de l'ouest (Orthez) ou de l'Autriche. 






Nassa eburnoides, Matheron, Catal., pi. 40, fig. 14-16 ( Buccinum) . — Eburna spirata , Grate- 
loup, Atl., pi. 46, fig. 6 (non L.). - E. Brugadina ? id., ibid., fig. 11. — Buccinum Caronis, 
Hornes, loc. cit. pi. 12, fig. 1-3 (non Brongniart). — Da Costa, loc. cit., pi. 13, fig. 14-18. 

Nous inscrivons sous ce nom une petite coquille de Cabrières, échantillon unique, de la 
taille du N. mutabilis vivant, à spire canaliculée, qui se rapporte à l'espèce fossile des faluns, 
confondue par Basterot et Grateloup avec Y Eburna spirata vivant, mais que Hornes, Da Costa,' 
Mayer,etc, ont réunie depuis au Buccinum Caronis Brongn. des couches oligocènes de San- 
Gonini, dans le Vicentin. Nous croyons, avec M. Semper (Pal. Unters., 1861), que l'espèce 
oligocène et l'espèce néogène, qui en est probablement issue, doivent être distinguées ; le type 
de Brongniart se caractérisant, outre sa petite taille, par sa base toujours fortement bicana- 
liculée, etc. La question de synonymie est plus difficile, et s'il était prouvé que VE. Brugadina 
de Grateloup n'est qu'une variété de son E. spirata, ce serait sans doute ce nom de Brugadina 
qui l'emporterait par priorité sur celui de M. Matheron. Enfin il y a encore sur cette espèce 
une question d'attribution générique fort discutée, puisqu'on l'a ballottée entre les Eburnes, 
les Buccins et les Buccinanops (d'Orbigny) ou Pseudoliva (Semper). Cette incertitude semble 
indiquer qu'il y a eu transition du type ancien Buccinum au type moderne et actuel Eburna. 
Quoi qu'il en soit, l'espèce néogène traverse tout le miocène; elle est fort commune à Turin, 
et elle l'est plus encore à Tortone. 



Nassa conglobata, Brocchi, Conchiol. foss. subap., t. II, p. 334, pi. 4, fig. 15. 

(Buccinum). 
Var. Cabrierensis, Nobis. — (PI. XVIII, fig. 7.) 

Testa minor; spira brevis conica; anfractus longitudinaliter obsolète costati ; callum columellare applanatum ; 
peristoma tuberculis rotundatis 5-6 intus munitum ; sulcus tvansversus basalis profonde canaliculatus , cauda 
extus sulcata. — Longit. 27 ; lat. 20 millim. 

Cette variété pourrait très-bien être élevée au rang d'espèce. Elle diffère du type de Brocch/ 
par sa taille plus petite, sa spire courte, ses tours portant des côtes longitudinales peu sail- 
lantes, un peu espacées sur le dernier. La callosité columellaire n'est pas redressée; le bord 
droit porte en dedans cinq ou six tubercules dentiformes assez gros ; le sillon transverse de la 
base de la coquille est profond et le canal basai est chargé de côtes transverses bien pro- 
noncées. 

Nous n'avons vu qu'un seul exemplaire de Cabrières. Le Nassa conglobata n'est connu dans 
le miocène ni en Autriche, ni en Portugal, ni dans le S. 0. de la France ; mais M. Mayer le 
cite, comme très-rare d'ailleurs, en Suisse dans son helvétien III. Les individus de cet horizon 
ont sans doute été la souche de ceux du terrain subapennin. 

Le Nassa conglobata, type auquel on doit joindre comme variété le Nassa pupa Brocchi (loc. 









m 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



cit. 9 pi. û, fig. \k), appartient d'ailleurs au genre Desmoulea de Gray, qui renferme actuelle- 
ment quelques espèces de la côte 0. de l'Afrique. 



Nassa Dujardini, Deshaycs in Lamk, Hist. nat. des anirn. sans vert., t. X, p. 211 [Buccinum). 
Buccinmn callosum, Dujardin, loc. cit., p. 88, pi. 20, fig. 5-7. — Bucc. Dujardim, 
Hornes, loc. cit., SuppL, t. I, p. 668, pi. 13, fig. 1, 2, lx (exclud. fig. 3). 

Var. £ (PI. XVIII, lig. 8). — Anfractus priores longitudinaliter costati, peristoma intus plicato- 
dentatum. 

Var. 7 (PI. XVIII, fig. 9-10). — . Anfractus lœves, ultimus subelongatus, apertura subeffusa, labro 
intus haud plicato, callo postice vix producto. 

Bornes, après avoir primitivement réuni, comme l'avait fait Bronn et comme l'a fait depuis 
M. Weinkauff, le Buccinum Dujardim au Buccinum mutabile L., vivant dans la Méditerranée 
les a finalement séparés. Nous croyons qu'il a eu raison ; mais l'important est de constater la 
marche de ces deux formes voisines, qu'on en fasse deux espèces, ou une espèce et une 
variété. C'est le Dujardini qui a d'abord apparu. Notre variété 6 se rapporte facilement à ce 
type de Touraine. La variété T se rapproche au contraire sensiblement du type actuel du 
mutabile, qui se confond presque avec l'autre au niveau où nous SQmmes, à^Cabrières et à 
Tortone, et qui l'a en définitive supplanté dans le pliocène. 

L'une et l'autre forme sont communes à Cabrières. 



Nassa acrostyla, Nobis. 



(PI. XVIII, fig. 11-12.) 



Testa ovato-globosa ; spira brevis, acutissima ; anfractus 7, priores subplanulati, penultimus convexus ; 
ultimus inflatus, lœvis, tenerrime et longitudinaliter striatus, infra callo lato incrassatus; canalis brevis, obll 
quus; apertura ovata; columella concavo-arcuata, ad basin oblique truncata ; peristoma vix incrassatum, 'intus 
lœvigatum. — Longit. 16; lat. 11 millim. 

Coquille commune à Cabrières, qui diffère du TV. Dujardini par sa spire plus courte et plus 
aiguë, son ouverture moins longue, son bord droit plus dilaté, mais surtout par le développe- 
ment constant et considérable de la callosité columellaire qui s'étale sur presque toute la face 
inférieure du dernier tour et qui arrive à la suture du tour précédent. 

Cette forme annonce déjà le type pliocène et actuel du N. gibbosula L. 



Nassa cytharella, Nobis. 



(PI. XVIII, fig. 13-14, et PL XIX, fig. 11-12.) 



Testa ovato-conica; spira acuta f dimidium [testœ nunquam attingens ; anfractus 7, priores longitudinaliter 
costati et transversim lirait', ultimus costis longitudinales validis, parum obliquis, œquidistantibus , prope su- 
turam cminentioribus ornatus, ad basin canaliculatus et spir aliter liratus ; apertura ovata, columella concavo- 
arcuata; callum parum expansum ; peristoma intus minute plicatum. — Longit. 17; lat. 11 millim. 

Cette espèce, dont nous avons vu un grand nombre d'exemplaires, est caractérisée par ses 
cotes longitudinales, fortes, régulièrement espacées et obliques sur le dernier tour. Sur 
quelques exemplaires, le dernier tour se déforme et empiète sur le tour précédent 

Nota. - Les figures de la planche XVIII sont peu satisfaisantes ; celles de la planche XIX, 
lig. 11-12, donnent une idée beaucoup plus juste du type de notre espèce. 



MARNES DE CARRIÈRES 



125 



Nassa Sallomacensis, Mayer, Journ. de conchyl., vol. VIII, 1860, p. 215, pi. 5, 

iig. 7 (Buccinum). 



Var. (PI. XVIII, fig. 15-16). — Abbreviata, costis distantibus, arcuatis, sutura impressa. 

C'est au moins une variété, distincte par sa forme raccourcie, par le petit nombre et la 

régularité des côtes et par l'impression suturale, du type, d'ailleurs assez polymorphe, de 
Salles dans la Gironde. 



Nassa semistriata, Rrocchi, loc. cit., t. II, p. 651, pi. 15, fig. 15 (Buccinum). 

Homes, loc t cit., p. 144, pi. 12, fig. 9-10. 

Var. Cabrierensis (Pi. XVIII, fig. 17). — Crassa, anfractus ultimus latior, sulcis transversis 
impressis, sutura profunda marginata. 

Le type a été pris dans le subapennin. 

Les exemplaires de Cabrières sont remarquables par leur forte taille, parleur test plus épais 
et plus large que dans le type ; les sillons transverses sont plus marqués et plus profonds 
et couvrent quelquefois entièrement le dernier tour ; la suture est plus enfoncée, elle est 
bordée d'un sillon très-prononcé ; la plaque columellaire n'est jamais carrément dilatée 
comme dans le type de Rrocchi. 

Ce type, qui vit encore dans la Méditerranée d'une part, et dans l'Océan de l'autre, depuis 
le golfe de Gascogne jusqu'au Sénégal, a été décrit sous les noms de N. trifasciata Adams 
et N. Gallandiana Fischer. Sa forme est variable. 



Terebra modesta, Defrance, bict. des se. nat. 9 t. LVIII, p. 288. — T. faval, 

Dujardin, loc. cit., p. 300. — (PL XX, fig. 1.) 

Nous croyons devoir reprendre le nom de Defrance pour le Terebra des faluns de Rossée 
et de Manthelan en Touraine, qui diffère du plicaria de Rasterot par son aspect fusiforme, 
par son dernier tour proportionnellement beaucoup plus long, par l'effacement presque 
absolu des plis longitudinaux et l'absence du sillon qui borde la suture dans la coquille de 
Rordeaux. 

Les exemplaires de Cabrières, extrêmement abondants (c'est une des coquilles les plus 
communes de ce gisement), se rapportent parfaitement à cette forme de Touraine, avec des 
dimensions moindres. Nous la reconnaissons aussi dans les fig. 15, 16 et 17 de Homes 
[loc. cit., pi. 11), qui représentent des individus de Niederkreuzstâtten et de Potzleinsdorf, c'est- 
à-dire du même niveau à peu près que ceux de la Touraine ; et dans les figures 14-16 de 
la planche 12 et 1-2 de la planche 13 de Da Costa {loc. cit.). Elle se trouve aussi, quoique 
rarement, associée dans le S. 0. au plicaria type, à Léognan, à Salles, Orthez et Sau- 
brigues, et nous croyons quelle se trouve également à Tortone. 

Faut-il réunir le modesta de Defrance, le plicaria de Rasterot (qui ne paraît pas se trouver 
bien typique en Autriche), le fuscata pliocène de Rrocchi et le Senegalensis de Lamarck, 
(le faval d'Adanson), espèce vivante des côtes occidentales d'Afrique; faut-il les réunir tous 
sous le nom de Terebra fuscata, comme le pensent Homes et d'autres auteurs ? Nous ne le 





126 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



croyons pas. Mais, tout en les distinguant sous des noms spécifiques, nous pensons, ici 
comme ailleurs, que la chose importante est de constater les affinités et la marche de ces 
diverses formes qui tendent toutes évidemment vers la forme encore actuellement vivante au 
Sénégal. 



Terebra acuminata, Borson, Saggio di Oritt. Piémont. (Mem. délia Accad. di Torino, 

t. XXV, p. 224, pi. 1, fig. 17). 

D'après un seul échantillon roulé. Espèce mio-pliocène. Débute à Léognan, dans le S. 0., 
répandue dans l'Aquitaine, le Portugal et le centre méditerranéen. 



Terebra Cacellensis, Da Costa, Gasterop. dosdepos. terciar. do Portogallo, 1866, 



Var. minor. 



1° cad., p. 81, pi. 13, fig. 3-6. 

■ 

D'après un seul échantillon, ayant 28 millim. de long. 



Coquille étroite, couverte de stries ondulées très-fines et très-serrées, légèrement renflée 
à chaque tour près de la suture, sans aucune trace de sillon transversal. C'est à cause de 
ce dernier caractère surtout que nous rapportons la coquille de Cabrières au T. Cacellensis 
du Portugal, dont le type est beaucoup plus grand et plus fort. Cette forme de Terebra se 
retrouve dans le tortonien à Sassuolo et à Sogliano, d'après M. Manzoni (Lembi mioce- 
nici\ etc., p. 11), qui n'y voit d'ailleurs qu'une variété épaisse de Yacuminata. 






Terebra Algarbiorum, Da Costa, loc. cit., p. 84, pi. 13, fig. 11-12. 



Var. antice nodoso-plicata. 



Nous rapportons, avec doute cependant, à cette espèce un 



petit Terebra de 20 millim. de longueur, atténué au sommet, ayant le dernier tour propor- 
tionnellement grand, dont les plis longitudinaux peu apparents présentent sur chaque tour 
du côté postérieur une rangée de nodosités. Se rapproche de certaines variétés du T. striata 
Bast., de Salles (costellata Hornes, non Sow.). 



Ancillaria glandiformis, Lamarck, Ann. Muséum de Paris, t. XVI, p. 305, 1810. 

Hornes, loc. cit., pi. 6, fig. 6-13. 

Espèce caractéristique du gisement de Cabrières par son extrême abondance. Presque tous 
les échantillons appartiennent au faciès trapu, gibbeux, à empâtement columellaire énorme 
des figures 10-12 (échantillons de Kienberg) et 8 (Baden) de la belle planche de Homes 
ci-dessus visée ; les plus gros n'atteignent pas cependant les dimensions de l'espèce dans le 
miocène oriental, mais ils s'en rapprochent plus que ceux de l'ouest de l'Europe (France et 
Portugal), dont le faciès ordinaire est celui de la forme ovoïde. 

L'A. glandiformis est une des coquilles caractéristiques du miocène et surtout du miocène 
supérieur dans toute l'Europe ; car elle est citée dans l'Allemagne du Nord, la Belgique, les 
cotes ouest de la France et du Portugal, et presque sur tout le pourtour de la Méditerranée 
miocène, jusqu'en Asie Mineure et en Egypte (Fischer, Journ. conck., 1871, p. 230). 



MARNES DE CABRIERES 



127 



Conus Aldrovandii, Brocchi, loc. cit., t. II, p. 287, pi. 2, fig. 5. 

Homes, loc. cit., p. 18, pi. 1, fig. 2. 

Espèce décrite d'abord d'après des spécimens provenant du pliocène d'Asti, et retrouvée 
plus tard dans le miocène supérieur de Tortone, de Sogliano, etc., dans le miocène moyen 
de Grund (Hôrnes), et enfin dans le falun de Saint-Paul de Dax (Grateloup). 



Conus Mercatii, Brocchi, loc. cit., t. II, p. 287, pi. 2, fig. 6. 

Hôrnes, loc. cit., p. 23, pi. 1, fig. 2-3. 

Comme pour l'espèce précédente, le type est du pliocène de l'Astesan et de la Morée 
(Deshayes) ; mais il date, comme elle, du miocène moyen. 



Conus maculosus, Grateloup, loc. cit., Atlas, pi. 44, fig. 17. — Conus Berghausi, Michelotti, 

Descript. des foss. des terrains miocènes, etc., p. 342, pi. 13, fig. 9. — Hôrnes, loc. cit., p. 19, 
pi. 1, fig. 3. 

Espèce remarquable par ses taches brunes persistantes et disposées en séries transversales. 

Le Conus maculosus de Grateloup (Atlas, pi. 44, fig. 17) est certainement identique avec le type 
de Michelotti ci-dessus visé, mais on doit faire des réserves au sujet des individus figurés 
comme variétés par Grateloup (pi. 45, fig. 4, 5, 6). 

Nous restituons à cette espèce le nom proposé par Grateloup en 1840, qui est antérieur à 
celui de Michelotti (1847). 

L'espèce paraît spéciale au miocène supérieur ; le type de Grateloup provient en effet des 
faluns de Saubrigues et d'Orthez, et l'espèce est citée [Berghausi) à Tortone, Sogliano et Lis- 
bonne. 



Conus canaliculatus, Brocchi, loc. cit., t. II, p. 636, pi. 15, fig. 28. — Conus acutangulus, 
Deshayes in Lyell. Append., p. 40. — Conus Dujardini, Deshayes in Lamarck, éd. 2, t. XI, 
p. 159. — Hôrnes, loc. cit., p. 40, pi. 5, fig. 3-8. 

Le type de cette intéressante espèce, dont la longueur de la spire et la forme sont assez 
variables, provient du pliocène du val d'Andone. 

Les légères modifications que présentent les exemplaires de Touraine ne nous paraissent 
pas spécifiques. 

L'espèce date du miocène moyen au moins ; mais elle est caractéristique du miocène supé- 
rieur par sa diffusion et par son abondance à cette époque. 



Pleurotoma ramosa, Basterot, loc. cit., pi. 3, fig. 15. — Hôrnes, loc. cit., pi. 36, 



fig. 10-14. — (PI. XVII, fig. 17.) 



Le type a été pris par Basterot dans les faluns de Léognan, où il est fort commun ; mais la 
figure qu'il en a donnée représente un individu exceptionnel par la saillie et l'accentuation 



128 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



des tours do spire. Les figures de Grateloup et de Hôrnes sont beaucoup meilleures. L'espèce 
est d'ailleurs fort variable, et chaque auteur en a indiqué plusieurs variétés. Celle de Cabrières 
que nous faisons figurer est remarquable par la saillie de ses tubercules noduleux et par sa 
surface fortement décussée : elle se retrouve identique dans le S. 0., dans le falun supérieur 
de Salles. Elle n'est pas très-commune à Cabrières. 

Ce type ramosa est fort ancien d'ailleurs en Europe ; il est indiqué déjà par quelques espèces 
du suessonien ou du calcaire grossier. Il reparaît dans l'oligocène, puis se multiplie dans 
tout le miocène de toute l'Europe. A l'époque du pliocène, il est en retrait dans la Méditer- 
ranée, et aujourd'hui il faut chercher ses analogues vivants dans le mitrœformis Kiener, et 
le papalis Reeve, de la côte occidentale de l'Afrique. 



Pleurotoma Jouanneti, Des Moulins, Révision de quelques espèces du genre Pleurotome (Act 
Soc. Linn. Bordeaux, t. Nil, p. 143). — P. Jouanneti, Grateloup, Atlas, pi. 21, fig. 1-2. 
(PI. XVII, fig. 6-9.) 

Cette espèce est extrêmement commune à Cabrières, et par son abondance elle semble 
caractériser ce gisement, comme plusieurs autres du miocène supérieur. Les diverses variétés 
que nous avons fait représenter prouvent que son polymorphisme est en rapport avec la mul- 
tiplicité des individus. 

Le type a été pris dans les faluns du S. 0., probablement dans celui de Salles, où il est 
commun, et nos figures 8 et 9 sont conformes au type de Grateloup. Les variétés, fig. 6 et 7, 
auxquelles se rapportent le plus grand nombre des échantillons, plus grandes, à tours moins 
excavés, à dernier tour renflé, se retrouvent d'ailleurs aussi dans les faluns de Salles, 
d'Orthez et de Lisbonne (Da Costa), et sous ce rapport le faciès de l'espèce à Cabrières est 
plutôt celui de l'ouest que celui du centre méditerranéen ; car, dans le bassin de Vienne et à 
Tortone, à Sogliano, etc., les tours paraissent toujours excavés. 

Ce type est intermédiaire dans le S. 0. entre deux autres types qui y sont fort communs, 
le P. buccinoides Bast. et le P. semi-marginata Lamk. 

A l'état vivant, on pourrait trouver quelque analogie, surtout avec les variétés à dernier 
tour grand et renflé, dans le P. lineata Lamk (obesa Reeve) du Sénégal, espèce d'ailleurs 
plus petite, plus mince et plus fragile. 



Pleurotoma asperulata, Lamarck, Hist. nat. des anim. sans vert., t. VII, p. 497. 

Hôrnes, loc. cit., p. 341, pi. 37, fig. 1-5. —(PI. XVII, fig. 12-14.) 

Les exemplaires de Cabrières que nous rapportons à cette espèce et que nous faisons 
figurer, sont remarquables par leurs cordons spiraux très-prononcés sur le canal, et se chan- 
geant en côtes tuberculeuses sur la moitié du dernier tour. La longueur proportionnelle du 
canal est variable. Il est à remarquer d'ailleurs que beaucoup des gastéropodes canalifères 
de Cabrières ont le canal relativement plus long que les mêmes espèces du bassin de Vienne. 
On peut supposer que cette élongation du canal était en rapport avec les conditions d'existence 
du mollusque vivant, puisque c'est dans cette partie de la coquille que passe l'extrémité an- 
térieure de la poche branchiale. 

Le Pleurotoma asperulata, espèce très-polymorphe, est répandu dans presque tous les gise- 
ments du miocène moyen et supérieur. Les échantillons de Cabrières ne sont identiques ni 
à ceux de Bordeaux, ni à ceux de Touraine, ni à ceux de Vienne. L'espèce atteint d'ailleurs 



MARNES DE CABRIEBES. 



129 



dans ce dernier bassin des dimensions qu'elle n'atteint jamais dans l'ouest. Les spécimens de 
Cabrières passent insensiblement au type interruipta. 



Pleurotoma calcarata, Grateloup, Tableau des fossiles de Dax, n° 325 ; et ConchyL foss. 

de VAdour, Atlas, pi. 21, fig. 23. — Hôrnes, loc. cit., p. 345, pi. 37, fig. 6-9. — (PL XVII, 
fig. 10-11.) 

Espèce très-répandue dans les marnes de Cabrières, et que nous avons fait représenter 
pi. XVII, fig. 10-11. Par plusieurs formes intermédiaires elle se relie à notre asperulata. 

Le calcarata est d'ailleurs pour nous une espèce douteuse, difficile à délimiter. Nous ne 
considérons comme typique que la figure 23 de la planche 21 de l'Atlas de Grateloup, qui se 
rapporte à un exemplaire de Saubrigues. 

La calcarata se trouve aussi à Salles et à Orthez ; il est douteux pour nous qu'on puisse 
rapporter à cette espèce les Pleurotomes du bassin de Vienne, du niveau antérieur de Grund 
et d'Ebersdorf, que Hôrnes a fait figurer sous ce nom. 



Pleurotoma Cabrierensis, Nobis. — (PL XVII, fig. 15-16.) 

Testa conico-turriculata, elongata, anfractus circiter 12, medio canaliculati ^ transversim tenuiter lirati, et 
striis longitudinalibus valde flexuosis decussati, cingulis transversis 2 tuberculorum prope suturas ordinatis ; 
tuberculis rotundaù's, numerosis, antice et postice numéro staturaque œqualibus ; suturis impi^essis; anfractus 
idtimus brevis, 2/5 longitudinis œquans, antice liris spiralibus prominentibus, nodulosis ornatus ; columella 
subrecta; canalis brevis. — Longit. 33; lat. 12 millim. 

Par son mode d'ornementation, cette espèce se rapproche du Pleurotoma interrupta 
Brocchi, mais elle en diffère par son dernier tour beaucoup plus court, son canal très-peu 
développé, ses tubercules transverses plus gros, égaux entre eux et moins nombreux. 



Pleurotoma granulato-cincta, Munster, inGoldfuss, Petref. german., Bd. III, p. 20, 

pi. 171, fig. 5. — Hôrnes, loc. cit., p. 344, pi. 37, fig. 14-17. 

Un spécimen unique de Cabrières peut être rapporté à cette espèce, qui appartient particu- 
lièrement au bassin de Vienne et aux couches du miocène supérieur d'Enzesfeld, Gainfahren, 
Vôsjau, etc. Cependant on la trouve aussi à Salles, et Hôrnes la reconnaissait dans les faluns 
de Touraine, où, selon nous, elle n'est pas typique. 



Pleurotoma tenuilirata, Nobis. — (PI. XVII, fig. 19-20.) 

Testa elongato-fusiformis ; spira acuta; anfractus 9 subcarinati, longitudinaliter et flexuose striati, spira- 
liter et tenerrime lirati, transversim cingulo unico tuberculorum ornati, tuberculis antice et prope suturam or- 
dinatis, subdistantibus ; anfractus ultimus dimidium testœ œquans, costis obliquis obsoletis et lineis spiralibus 
subremotis regulariter ornatus; canalis elongatus, attenuatus ; columella rectiuscula. — Longit. 22; lat. 
8 millim. 



Cette coquille appartient au groupe des Pleurotoma dimidiata Brocchi, Coquandi Bellardi, 
intermedia Broun, etc. ; elle en diffère par ses tubercules moins saillants, moins nombreux et 

17 



% 



130 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



n'occupant pas la partie moyenne des tours de spire, et par les stries spirales de son dernier 
tour plus espacées. 

Nous la connaissons dans le falun de Salles (Gironde). 






Pleurotoma pseudobkliscus, Nobis. —(PI. XVII, fig. 21.) 

Testa elongato-fusiformis, acuta; anfractus 9 transversim et minute striati, longitudinaliter nodoso-plicati 
et ad suturam funiculo elevato marginati; anfractus ultimus dimidium test"' non attingens, spiraliter liratus, 
prœcipue super caudam, costis longitudinalibus 8-9, prominentibus , vix obliquis et anticc evanescentibus or- 
natus; canalis brevis ; columella recta. — Longit. 18; lat. 6 millim. 

Petite espèce appartenant au groupe si difficile des Pleurotoma Brocchii Bonelli, obeliscus 
Des Moulins, terebra Basterot, Du -four i Des Moulins, pustulata Brocchi, Saxulensis Mayer, etc. 

Elle diffère du P. pustulata, par sa forme moins renflée, ses côtes moins nombreuses, ses 
sillons transverses plus petits et effacés au milieu du dernier tour, sa columelle plus droite, etc. ; 
des P. obeliscus, terebra et Dufouri, par sa spire proportionnellement beaucoup plus courte, 
ses côtes moins longues, son canal plus court, son cordon suturai plus saillant; du P. Broc- 
chu, par ses côtes plus droites, son canal plus long, ses stries longitudinales moins 
sinueuses, ses tours moins canaliculés au voisinage du cordon suturai ; du P. Saxulensis 
par ses côtes plus nombreuses, sa forme plus effilée, etc. 

L'espèce nouvelle est intermédiaire entre le terebra Bast., dont le type est commun dans 
les faluns inférieurs de Bazas et dans ceux de Léognan ; et V obeliscus Des M., dont le tvpe est 
pris dans les faluns supérieurs de Saiibrigues. 



Plei'rotoma Saportai, Nobis. 



[PL XVII, fig. 18 et 18a.) —Pleurotoma rustica, Michelotti, 



Descript. des foss. mioc. de V Italie sept, p. 292, pi. 9, fig. 11 (non P. rustica Brocchi). 

Testa fusiformis, acuta, anfractus 8-9, antice tuberculis validis, nodosis, transversim ordinatis et postice lineis 
spiralibus strias longitudinales elegantissime decussantibus bipartiti; anfractus ultimus dimidium testœ œquans, 
tuberculis transversis prominentibus circiter 10 cingulatus, valide liratus, liris inœqualibus granoso-decussatis; 
canalis brevis, subsinuatus. — Longit. 13; lat. 6 millim. 

Espèce remarquable par son mode particulier d'ornementation et par les stries spirales 
élégamment décussées de la moitié antérieure des tours de spire. 

Elle se rapproche beaucoup du PL Meneghinii, Mayer (Journ. de conchyl, vol. XVI, p. 169, 
pi. 3, fig. 3), des couches tortoniennes de Sassuolo ; mais elle en diffère par sa rangée de 

tubercules non médiane mais postérieure, et par l'absence de lignes spirales entre ces tuber- 
cules et la suture. 



Defrancia Calaïhiscus, Nobis. — (PI. XVII, fig. 22. ) 

Testa turrita, fusiformis ; anfractus 8 subgradati, convexi, tranversim dense lirati, longitudinaliter et sub- 
obhque costati; costis prominentibus, numerosis, prope suturam angulatis et liris transversis decussatis ; an- 
fractus ultimus dimidium testœ œquans; canalis mediocris, rectus; costis anfractus ultimi antice evanescentibus; 
peristoma incrassatum, extus varicosum^ intus plicatum. — Longit. 14; lat. 6 millim. 

Espace qui diffère du D. Philberti Michaud, par son canal plus long, ses côtes lonuïtudi- 



MARNES DE CABRIERES. 



131 



nales plus fortes et carénées près des sutures; du D. reticulata Renieri, par son canal plus 
droit et non recourbé, son dernier tour plus long, ses côtes spirales non épineuses ; du 
D. Leufroyi Michaud, par son canal plus long, moins recourbé, ses côtes plus aiguës, sa 
forme plus élancée ; du D. clathrata Marcel de Serres, par ses côtes plus nombreuses, ses 
cordons transverses plus serrés, etc. 



Mitra fusiformis, Brocclii, loc. cit.. t. II, p. 315 (Voluta). — Hôrnes, loc. cit., 

p. 98, pi. 10, fig. 1-7 (Mitra). 



Espèce mio-pliocènc abondante à Cabrières. Le type est commun dans le pliocène d'Itaae ; 
mais il remonte dans presque tout le miocène jusqu'au niveau de Saint-Paul de Dax. 



Mitra Manzonii, Nobis. — (PL XX, iig. 2, 3.) 



Testa elongato-fusiformis, crassiuscicla, anfractus 9, parum convexi, regulariter crescentes, transversim 
dense lirati, longitudinaliter plicati, plicis rectis ; anfractus ultimus dimidium testœ œquans, obsolète costatus ; 
ad basin valide liratus; cauda brevis ; apertura elongata ; columella oblique triplicata, postice callo tuberculoso 
munita ; labrum incrassalum, intus multiplicatum . — Longit. 17; lat. 7 millim. 

Celte coquille a quelques rapports avec les Mitra plicatula Brocclii et pyramidella Brocchi, 
mais sa spire est toujours plus courte, son dernier tour est plus renflé et sa columelle ne 
porte que trois plis obliques. Par sa forme, elle se rapproche de quelques variétés du Mitra 
ebenus Lamarck ; mais ses côtes longitudinales constantes, ses stries transverses bien pro- 
noncées, son ouverture plus étroite, son bord droit plus épais, l'en distinguent facilement. 



Columbella Turonica, Mayer, Journ. de conchyL, vol. XVII, 1869, p. 285, 

pi. 10, fig. 5. 

Yar. major, transversim valde striata. — (PI. XVIII, fig. 5-6.) 

En se référant à la figure donnée par Dujardin de son C. curta {loc. cit., pi. 19, fig. 17), 
M. Mayer a cru devoir détacher de cette espèce, sous le nom de Turonica, la Colombelle la plus 
commune dans les faluns de la Touraine, de l'Autriche et du Piémont, et que MM. Miche- 
lotti, Bcllardi et Hôrnes inscrivaient sous le nom de curta. 

C'est aussi à cette espèce commune des faluns que nous rapportons une coquille très- 
abondante à Cabrières, qui se distingue de celles de Touraine et de celles d'Autriche comme 
une forte variété de très-grande taille (30 millim. de long, sur 15 de larg.), à tours ronds 
et à dernier tour fortement sillonné en travers. Des échantillons figurés par Hôrnes [loc. cit., 
pi. 11), et qui proviennent des trois niveaux successifs de Grund, d'Enzesfeld et de Baden, 
c'est de ceux d'Enzesfeld (niveau du falun de Salles) (pi. 11, fig. 3) que les nôtres se rap- 
prochent le plus. 

Du reste, si le C. Turonica doit être distingué du curta, il appartient assurément au même 
type, qui parcourt, avec quelques modifications, toute la série des terrains néogènes depuis 
le falun de Bazas jusqu'aux couches de Sienne. 






132 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



CoLUMBEiXA filosa, Dujardin, loc. cit., p. 302, pi. 19, fig. 26(mala). 

(PI. XIX, fig. 14-16.) 

«Testa ovato-fusiformis, transversim sulcata, tenuissime longitudinaliter striata ; anfractibus plants vix 
distùictis, supernis obsolète costellatis ; columella nuda. » (Duj.) — Longit. 10 millim.; lat. 7-8. 

C'est d'après la description de Dujardin, bien plus que d'après la ligure ci-dessus citée qui 
nous paraît fort insuffisante, que nous rapportons au C. filosa un échantillon unique de 
Cabrières, et dont la lèvre droite est malheureusement mutilée. Le C. filosa n'a d'ailleurs été 
encore cité de nulle autre localité que de Touraine. 



Columbella porcata, Fischer et Tournouër, Journ. de conchyl, vol. XXI 1873 

p. 70, pi. 6, fig. 9. - (PI. XIX, fig. 17-18.) 

Testa conico-elongata, acuminata, anfractus 8-9, subplanati, priores obsolète et longitudinaliter costulati 
spiraliter et regulariter paucisulcati ; sulcis 2 ee/3; sutura canaliculata ; anfractus ultimus dimidium testa- vil 
nttingens, sulcis 8-9 exaratus; canalis brevis, obliquus, extus spiraliter liratus. — Longit. 13; lat. 6 millim. 

La régularité des sillons spiraux de cette espèce la distingue suffisamment de ses con- 
génères fossiles les plus voisines. 



Cyprœa, indét. 



Nous possédons un seul exemplaire d'un Cyprœa, se rapprochant par sa forme et par sa 
taille du Cyprœa sanguinolenta Homes (loc. cit., pi. 8, fig. 9-12), mais dont l'ouverture est 
plus étroite et dont les dents sont plus petites et plus serrées. 



Imîato l.evis, Donovan, Natur. hist. of Brit. Skells, t. cxlv (Voluta). 



p. 79, pi. 8, fig. 16. 



Homes, loc. cit., 



Voluta cyprœola Brocchi, loc. cit., t. II, p. 321, pi. k, fig. 10 



Ce type, encore vivant dans la Méditerranée, est fort ancien et a été fort répandu en Europe, 
où il a traversé une longue série de temps, en ne subissant que de légères modifications' 
depuis les faluns inférieurs et même depuis le tongrien de Gaas. 



Natica Matheroni, Nobis. 



(PL XVIII, fig. 18-19.) 



Testa imper forata, ovato-conica, crassa, solida ; spira elata; anfractus 5, priores rotundaii; ultimus magnus 
elongatus, 2/3 longitudinis œquans, prope suturam subdepressus ; longitudinaliter tenerrime striatus, lineis 
transversis obsoletis cinctus ; apertura semi-lunaris ; columella obliqua, recta; callum latum, crassum, umiili- 
cum omnino tegens. — Longit. 55 ; lat. 42 millim. 

^ Espèce remarquable par sa grande taille, et dont les caractères se conservent à tout âge. 
Par son ouverture elle est très-voisine du Natica redempta Michelotti, qui est aussi épaiks, 
et dont la callosité columellaire est semblable. Mais la Natice de Cabrières est toujours plus 



MARNES DE CABRIÈRES. 



133 



élancée ; sa spire est constamment conique, allongée ; ses tours sont globuleux, détachés ; 
enfin la longueur proportionnelle du dernier tour est de beaucoup inférieure. 

Ces deux espèces voisines et le TV. submamilla d'Orb., forment d'ailleurs un groupe qui 
débute sur l'horizon de la Touraine et de Turin, et qui caractérise le miocène supérieur. 



Natica Hôrnesi, Nobis. — (PI. XVIII, fig. 20.) 



Testa mediocris, crassa, lœvis ; spira prominula, anfractus 5 1/2 distincti; columella crassa , antice validior; 
umbilicus mcdiocris, funiculo spirali angusto munitus, postice angulatus. — Longit. 20; lat. 20 millim. 



Ilôrnes a réuni et figuré sous le nom de N. millepunctata L. diverses Natices, dont aucune 
n'est identique à la coquille vivante de la Méditerranée. 

Nous croyons pouvoir en détacher, à titre d'espèces distinctes, deux formes de Natices com- 
munes à Cabrières, celle-ci et la suivante. 

Celle-ci se distingue du TV. millepunctata par sa taille beaucoup plus petite, son test solide 
et épais, sa forme plus courte, plus ramassée et moins oblique, ses tours plus détachés, sa 
columelle plus forte et plus épaisse du côté extérieur, son ombilic plus petit et son funicule 
ombilical beaucoup moins marqué et quelquefois même peu apparent. 

Par ces divers caractères, elle est intermédiaire entre le millepunctata et les variétés courtes 
et globuleuses du N. neglecta Mayer. 

Nous trouvons des Natices identiques à Lapugy, et c'est peut-être cette forme que Hôrnes 
a figurée (loc. cit., pi. kl, fig. 2) sous le nom de millepunctata (échantillon de Baden) ; mais il 
représente une coquille mouchetée ; et l'état de nos échantillons de Cabrières ne nous a pas 
permis de nous assurer s'ils offraient ce caractère de coloration qui a souvent une valeur 
spécifique dans les Natices. 



Natica Leberonensis, Nobis. — (PI. XIX, fig. i-2.) 

Testa turbinato-globosa, crassa, lœvigata; spira prominula ; anfractus 5 convexicusuli, disjuncti; anfractus 
ultimus latuSj oblique descendais ; peristoma crassurn; umbilicus laius, profunde excavatus, subquadratus , fu- 
niculo angusto antice instructus, postice callo columellari abrupte terminatus. — Longit. max. 52 millim.; 
lat. 23. 



Espèce commune à Cabrières et qui paraît spéciale à ce gisement. Se distingue très-facile- 
ment des autres Natices du même groupe par des caractères constants, c'est-à-dire par la 
forme légèrement turbinée de la spire, par la largeur et la profondeur de la cavité ombilicale, 
qui est terminée carrément du côté postérieur, par la callosité columellaire, et par l'étroitesse 
du funicule, qui est placé dans la moitié antérieure de l'ombilic. 



Natica Volhynica, d'Orbigny (emendata), Prodr. de paléont. strat, 26 e étage, n° 576. 

Var. major, longit. 15 millim., latit. 13 millim. — (PI. XIX, fig. 3-4.) 

Nous rapportons au N. Volhynica d'Orb. (epiglottina Dubois de Montpéreux, non Lamk), 
une Natice commune à Cabrières, du groupe des Natices éocènes epiglottina Lamk, epiglot- 



134 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



tinoides Desh., etc., dont elle continue le type (Tune façon remarquable dans les terrains 



miocènes. 



■ 

Natica Josefhinia, Risso, Hist. nat. de l'Europe mérid., vol. IV, p. 149, fio-. ^3 



(Neverita). 



Espèce assez rare à Cabrières, petite et déprimée. Nous suivons l'usage adopté en con- 
fondant sous le même nom la Natice vivante de la Méditerranée et l'espèce fossile que Marcel 
de Serres avait décrite et figurée sous le nom de IV. olla; parer que Tune et l'autre, observées 
soit à l'état jeune, soit dans les variations qu'offrent les divers gisements, présentent des 
passages suffisants et des formes intermédiaires qui ne dépassent pas, à notre sens, la limite 
des variétés contemporaines admises dans beaucoup d'espèces. 

Mais nous devons constater que, dans le miocène au moins et à l'état adulte, la coquille en 
question diffère le plus souvent et sensiblement, par la hauteur de la spire et par l'expansion 
de la callosité columellaire sur l'ombilic, de la coquille vivante de la Méditerranée qui est 
tout à fait surbaissée, et dont la callosité tend à se détacher de la cavité ombilicale quelle ne 
remplit pas entièrement. 

Ce type présente certainement d'ailleurs une gradation des mieux suivies depuis le 
moment où il apparaît dans nos mers, c'est-ci-dire depuis les couches oligocènes de Cassinelle 
en Ligurie, jusqu'à l'époque actuelle. 

Comme le type du millepunctata, celui-ci, aujourd'hui exclusivement méditerranéen, 
a prolongé son existence dans les mers du Nord jusque dans la période du crag. 



Cerithium Duboisi, Hôrnes, loc. cit., p. 399, pi. 42, fig. 4-5. 
Var. conica, brevis, evaricosa. — Longit. 45 ; lat. 20 millim. 

Espèce très- commune en Touraine et dans le S. 0. de la France ; longtemps confondue 
avec le C. Ugnitarum Hôrn. [C. crassum Duj., bidentatum Grat., plicatum Dubois non Brug.), 
auquel elle est toujours associée; elle constitue avec lui un groupe de Cérites particuliers et 
tout à fait caractéristiques de lépoque miocène. 

Le type de Hôrnes est pris dans les couches de Grand. Mais il se trouve au-dessus et au- 
dessous de ce niveau et parcourt toute la série des terrains miocènes, en subissant des trans- 
formations chronologiques et locales très-intéressantes, depuis le gibberosum var. g Grate- 
loup, de Gaas, dont il dérive, jusqu aux variétés du niveau de Tortone et de Sogliano, qu'il ne 
ne dépasse pas. 

A Cabrières, où il n'est pas très-commun et pas très-bien conservé, et où nous n'avons pas 
trouvé son compagnon ordinaire, le C. Ugnitarum [Pyrazus), il est court, très-régulier, très- 
conique, et ne présente aucune trace de varices sur les tours de la spire ; ce qui nous fait 
douter s'il n'appartient pas au C. Coquandianum Matheron, de la Provence, qui paraît être 
une espèce distincte à la fois du Ugnitarum et du Duboisi, mais qui n'est pas très-bien 



connue. 



On trouve d'ailleurs dans la mollasse de notre région, à Tanaron ( Basses-Alpes ), le C. Ugni- 



tarum et le C. Duboisi certains. 



MARNES DE CARRIERES. 



135 



Cerithium papaveraceum, Basterot, loc. cit., p. 56, 1825. — Grateloup, loc. cit., pi. 17, fia. .28. 



P 



Homes, loc. cit., p. 
493?. 



403 



pi. 42, fig. 8." — C. cinctum Brugaière, Eacycl. mèthod., 



m 
Il est certain, comme le suppose AI. Deshayes (Descr. des anim. sans vertèbres, etc.. 1866, 

t. Ht, p. 179), que le C. cinctum de Lamarck, du bassin éocène de Paris, n'est pas le même que 
celui de Bruguière, dont le type a été pris, comme celui du C. plicatum, dans les marnes des 
environs de Montpellier, aujourd'hui reconnues pour appartenir à l'étage des faluns de Bazas. 
M. Deshayes ajoute que tout le porte à croire que le C. cinctum de Bruguière est la même 
espèce que le papaveraceum de Basterot ; c'est un point de critique difficile à élucider. 

Le C. papaveraceum est presque constamment associé, dans les divers étages du miocène, 
aux C. lignitarum et C. Duboisi, et il en suit l'histoire. 

C'est un type de Potamide, ancien dans l'éocène européen, et qui ne dépasse pas le plio- 
cène. A Cabrières, le papaveraceum est rare. Nous n'en avons vu qu'un seul individu, plus 
et plus conique que les types figurés. 



£TO S 



Cerithium pr^doliolum, Nobis. — (PL XVIII, fig. 1 ; et PL XIX, fig. 13.) 

Testa ovato-acuta, subventricosa ; anfractus contigui rapide crescentes, ultimus major; cingulis duplici 
série nodoso-tuberculati \ tuberculis posterioribus graniformibus ; canalis brevis, truncatus. — Longit. 25; lat. 
10 millim. 



Coquille courte, plus ou moins gibbeuse, dont les tours se développent rapidement, le 
dernier étant proportionnellement très-grand comme dans le C. doliolum Brocc, dont 
quelques échantillons se rapprochent beaucoup. Chaque tour présente du coté antérieur un 
rang de tubercules espacés et moins saillants que dans le C. vulgatum L., souvent même ob- 
solètes; et un cordon de granulations serrées du côté de la suture, comme dans le doliolum. 
Espèce assez commune à Cabrières ; nous en avons fait représenter deux échantillons, dont 
celui figuré sur la planche XVIII présente exceptionnellement à chaque tour deux rangées 
de granulations presque semblables. 

■ 

Ce Cérite appartient à un petit groupe d'espèces fort difficiles à étudier, et confondues sou- 
vent sous le nom de C. minutum M. de Serres, nom qui devrait être rayé de la nomen- 
clature, car il est emprunté à un opuscule ancien {Essai pour servir à l'histoire des animaux 
du midi de la France, 1822, p. 60), où Marcel de Serres a inscrit, dans un essai de catalogue 
des coquilles vivantes du Languedoc, les trois noms de Cerithium asperum, pullum et 
minutum, sans aucune espèce de diagnose qui permette de les attribuer à telle ou telle 
coquille vivante et surtout fossile. 

Notre coquille est d'ailleurs très-loin d'être conforme à celles qui ont été inscrites et 
figurées par Ilornes (loc. cit, pi. 41, fig. 8 et 9) sous ce nom de minutum, et dans lesquelles 
i! est difficile de voir autre chose que des variétés de taille du C. vulgatum. Elle ne ressemble 
pas non plus aux Cérites souvent cités sous ce nom de Tortone ou de Stazzano, et qui sont 
beaucoup plus courts et plus ventrus. C'est une coquille intermédiaire, par sa taille, sa forme 
et ses ornements, entre le vulgatum et le doliolum. 



136 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



Cerithium Dertonense, Mayer, Journ. de conchyl., vol. XVI, 1868, p. 107, pi. 3, 



fig. 5. — (PI. XVIII, fig. 2.) 



Cette espèce a été séparée du C. granulinum Bonelli, de l'Astesan, pour une coquille pro- 
venant des couches de Tortone, à laquelle nos exemplaires de Cabrières sont conformes, 
quoique d'une taille plus petite. La bouche de cette espèce nous est encore inconnue. Mais, 
par les autres caractères, elle paraît être un dérivé du C. salmo Bast. (1), des dernières 
couches du miocène inférieur et du miocène moyen du S. 0., et elle passe elle-même au 
C. granulinum, qui la remplace dans les premières couches pliocènes de l'Astesan. 



Cerithium pictum, Basterot, lac. cit., p. 57, pi. 3, fig. 6. 

Var. angusta, elongata, tuberculis obsoletis, longitudinaliter striata vel inermis. 
«g. 3-4.) 



(PI. XVIII, 



Assez rare à Cabrières ; cette variété se retrouve dans le miocène supérieur d'Orthez, et 
plus bas dans les faluns de Pontlevov et de Gabarret. 



Turritella bicarinata, Eichvvald, Naturh., Skizze v. Lithauen, etc., p, 220. 

Hornes, loc. cit., p. 426, pi. 43, fig. 8-12. 

Les exemplaires de Cabrières présentent les divers passages de forme ligures par Hornes, 
depuis le type unicaréné de la figure 8, jusqu'au type franchement bicaréné des figures 11 
et 12 de la planche 43. Hornes a cru pouvoir rapporter au T. Archimedis Brong. [Turritella 
cochlias Bayan) de l'oligocène quelques formes du miocène de l'Europe orientale, d'assez 
grande taille, et présentant des tours plusexcavés, soit près de la suture, soit dans l'intervalle 
des carènes, et qu'il convient peut-être de rattacher encore, comme variétés, au type miocène 
bicarinata, plutôt qu'au petit type oligocène Archimedis, si l'on veut y voir deux types différents. 



Turritella pusio, Nobis. — (PI. XVIII, fig. 23.) 

Testa minuta, crassa, elongata, auguste conica, anfractus circiter 10, lente crescentes, convexï, antice et 
valide bicarinati, postice multilirati. — Longit. 20 millim. ; lat. 7-8. 

Nous croyons pouvoir détacher sous un nom spécial, du type bicarinata, une Turri- 
telle extrêmement abondante à Cabrières, qui est d'une taille constamment petite et d'une 
forme toujours étroite, et qui, par son ornementation, est intermédiaire entre certaines 
variétés du turris et certaines variétés du bicarinata ou de Y Archimedis Hornes. 

Nous avons fait représenter, comme type, la forme la plus ordinaire, qui présente une 
petite carène en arrière de la carène médiane principale ; mais cette troisième petite carène 
disparaît souvent, et il ne reste plus que deux carènes dominantes, comme dans le tvpe 
bicarinata ; ou d'autres fois les carènes deviennent obsolètes et peu sensibles. 

(1) C'est sans doute notre coquille qui a été indiquée sous le nom de salmo dans la liste de M. Dumortier. 



MARNES DE CABR1ERES. 



137 



On trouve en Touraine, à Salles, Orthez, Saubrigues, de petites Turritelles très-voisines de 
celle-ci, quoique moins étroites peut-être proportionnellement. 

Ce type bicaréné est si polymorphe, qu'il y a autant de variétés locales que de gisements. 



Photo rotifera, Lamarck, Hist. nat. desanim. sans vert., t. VII, p. 59 (Turritella). — Deshayes, 
Description des coq. fossiles des environs de Paris, t. II, p. 277, pi. /i0, fig. 20-21. — Manzoni, 
Délia fauna marina di due lembi miocenici, etc., p. 20, pi. 3, lig. 2-3. — (PI. X\ III, fig. 21- 
22, et PI. XIX, fig. 9, 10.) 



Nous Taisons figurer de nouveau cette remarquable espèce , qui est très-commune à 
Cabrières et dont l'histoire est assez intéressante. Lamarck l'a fait connaître d'après des 
échantillons provenant des environs de Montpellier et recueillis par Bruguière. Plus tard. 
M. Deshayes a rapporté à l'espèce de Lamarck une Turritelle fossile dessables inférieurs de 

Soissons. Mais depuis cette époque, on n'a pu la retrouver dans ce gisement. 
Ultérieurement, le Turritella rotifera a été signalé à Mont-Jouy près Barcelone (Deshayes), 

dans les faluns du Portugal (Pereira), et à Asolo près Bassano (Manzoni). Tous ces gisements 
sont du miocène supérieur. 

Le T. rotifera varie en raison de sa multiplicité dans le gisement. A Cabrières, le plus bel 
exemplaire que nous faisons figurer (pi. XIX, fig. 9) appartient à l'ancienne collection du 
Muséum, où il porte l'étiquette de Cucuron de la main sans doute de Requien. Les échan- 
tillons ordinaires de Cucuron (pi. XVII, iig. 21, 22) sont sensiblement plus petits que ce type, 
et portent une carène moins accentuée ; ils s'éloignent d'autant par conséquent de la coquille 
de Montjouy, qui constitue par sa forme très-élancée, sa carène postérieure extrêmement 
saillante et quelquefois seule persistante, une forte variété. A Cabrières, au contraire, cette 
carène tend à s'ellàcer et devient quelquefois tout à fait mousse (pi. XIX, (ig. 10) et prend 
la forme d'un simple bourrelet suturai, comme dans la iigure 3 de M. Manzoni. La coquille 
se rapproche alors beaucoup du type Turritella proto Bast. ou T. cathedralis Brongn., du 
miocène moyen, dont elle n'est peut-être qu'un dérivé ; et les caractères de l'ouverture, 
visibles sur un individu assez bien conservé, nous engagent à ranger l'espèce dans cette 
section des Turritellidées, qui est caractéristique du miocène. 

On voit par les gisements cités ci-dessus pour le Proto rotifera, qu'il paraît avoir élé 
spécial au littoral méditerranéen miocène, côtes d'Espagne, du Languedoc, de la Provence 
et de l'Italie septentrionale. Nous ne le connaissons ni du S. 0. de la France, ni du bassin 
central du Danube. 



Mesalia Cabrierensis, Nobis. — (PI. XVIII, fig. 24.) 



Testa crassa, turrito-conica ; anfractus 12, priores ad suturam inflati, 
mriiuiti, carïna anteriore validiore; ultimus ad basin valde sulcatus. - 
anfractus, 10 millim. 



subangulati; cœteri subrotundi, bi- 
Longit. 30-35 millim.; lat. ultimi 



Cette Turritelle, commune à Cabrières et qui semble spéciale à ce gisement, a des rapports 
avec le T. Gratcloupi Mayer, du falun de Salles, mais elle s'en distingue facilement par la 
solidité et l'épaisseur de la coquille, par sa forme générale plus conique. Dans la coquille 
de Cabrières les tours embryonnaires ne sont pas bicarénés, mais seulement renflés et an. li- 
eux du côté antérieur ; le dernier tour au contraire est profondément sillonné jusque sur la 

18 




138 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LERKRON. 



base. Ce dernier tour présente ainsi 7-8 cotes inégales, savoir : les 2 côtes principales ou 
carènes qu'on voyait déjà sur les tours médians, 1 ou 2 côtes obtuses du côté de la suture. 
et k côtes plus serrées et bien marquées du côté de l'ouverture. 

Le type atteint à Cabrières une taille plus forte que celle de l'individu figuré, et il admet 
d'ailleurs quelques variétés, entre autres une variété uriicarénée assez distincte qui le rap- 
proche du T. cochleata Br. du pliocène. 

Par la forme sinueuse du labre, cette espèce fait partie du groupe des Mesalia, très-bien 
représenté dans l'éocène du bassin de Paris, et encore actuellement vivant sur les cotes 
occidentales de l'Afrique. 



Rissoa, indét. 

Quelques exemplaires jeunes d'un Rissoa que nous n'avons pu déterminer se rapprochent 
du Rissoa curta Dujardin. 



Vermetus intorti s, Lamarck, Hist. nat. des anim. sans vert., éd. 1, t, V, p. 365 (Serpula). 
Chenu, ///. conch., pi. 9, lig. 6 (Vermilia). — Vaillant, Rech. sur la sijnon. des espèces de 
Lamarck, etc., Nouv.Arch. du Muséum, t. VII, 1871, p. 192 {Vermetus). 

L'identification de notre échantillon avec les types de Lamarck a été faite par M. L. Vaillant. 

Lamarck donne pour localités types de son espèce à l'état fossile Plaisance et Dax. Elle est 

en effet citée dans beaucoup de gisements du pliocène, du crag et du miocène supérieur e t 

moyen, à Gainfahren, en Touraine, à Bordeaux et même au Mainot près de Saint-Paul de 
Dax. 






Turbo muricatus, Dujardin, Mém. sur les couches du sol en Touraine, p. 285. — Turbo rugosus 
Dubois de Montpereux, ConchyL foss. du Plateau Volhyn., p. 38, pi. 2, fig. 23-25 (non 
T. rugosus, Linné). — (PI. XXI, fig. 14-15.) 

Il existe dans la science un très-grand nombre de Turbo muricatus, tous différents les uns 
des autres et décrits par Linné, Brocchi, Sowerby, Beudant, Risso, etc., mais l'espèce de 
Dujardin est la seule qui rentre réellement dans le genre Turbo, tel qu'il est compris aujour- 
d'hui par les conchyliologistes. Les figures citées de Dubois de Montpereux sont très-bonnes, 
mais cet auteur a eu le tort de considérer cette coquille comme identique avec le Turbo 
^ugosus de Linné, espèce vivante de la Méditerranée, qui d'ailleurs se trouve aussi fossile 
dans le miocène supérieur de Vienne (Steinabrunn, etc.), tout comme le Cerithium vulgatum. 

Le Turbo muricatus est rare à Cabrières. Il est au contraire abondant dans les faluns de la 
Touraine et de l'Anjou (les exemplaires jeunes sont plus carénés et les épines sont plus 
longues) ; il est cité aussi du même niveau en Suisse par M. Mayer. 

Nota. — La ligure donnée de cette espèce dans notre planche XXI n'est pas satisfaisante. 

L'ornementation, en réalité, n'est pas aussi régulière et aussi perlée que le représente le 
dessin. 



MARNES DE CABRIERES. 



139 



Trochus millegranus, Philippi, Enumer. Moll. Sicil., t. I, p. 183, pi. 10, fig. 25 



(H. XVIII, fig. 28.) 



Var. Cabrierensis. 



Testa latior, granulis in anfractibus prioribus tantum conspicuis, liris 



suturai tous parum prom inentibus. 

Nous avons compan; nos exemplaires de Cabrières avec plusieurs Trochus millegranus du 
quaternaire de Sicile, et nous n'avons trouvé que quelques différences peu importantes. 
Nos fossiles sont un peu plus larges à la base; les cordons suturaux paraissent moins saillants 
et les granulations caractéristiques ne sont évidentes que sur les premiers tours. 

Le Trochus millegranus habite encore les mers d'Europe ; il est fossile dans les couches 
quaternaires du bassin méditerranéen. 

Il nous parait distinct du Trochus miliaris Brocchi, avec lequel Homes Ta confondu. Mais 
les deux espèces dateraient également du miocène moyen ou supérieur. 
Cette coquille est rare à Cabrières. 



Trochus Martinianus, Matheron, CataL des corps organ.foss. des Bouches -du-Rhône, 

p. 236, pi. 39, fig. 10-11. —(PI. XIX, fig. 7-8.) 



Cette petite espèce est bien décrite et figurée par M. Matheron. Elle appartient au groupe 
actuel du Trochus conulus Linné. Elle est remarquable par la convexité de sa base, la 
légère dépression des tours de spire près de la suture, et ses nombreuses côtes spirales non 



granuleuses. 



} 



Le type provient de Carry ; mais de quel niveau '} 
Un seul exemplaire de Cabrières. 



Uotella subsutura us, A. d'Orbigny, Prodrome de paléont. strat. univ., t. III, p. kk, n° 708 
(Pitonellus). — Uotella suturalis Michelotti, Jahrb. fur min. geol, etc., 1838, p. 396 (non 
R. suturalis Lamarck). — (PL XVIII, fig. 27.) 

A. d'Orbigny a modifié le nom donné à cette espèce par Michelotti, qui la croyait identique 
avec un Rotella vivant des mers de l'Inde, décrit par Lamarck. 

Le Rotella subsuturalis atteint des dimensions encore plus grandes que celles de l'exem- 
plaire que nous avons fait figurer ; un de nos spécimens mesure 23 millimètres de diamètre 
à la base. Les sillons spiraux réguliers qui caractérisent cette coquille sont plus serrés et plus 
effacés à sa face inférieure. La forme de la spire est variable et plus ou moins conique. La 
callosité ombilicale est plus ou moins saillante, mais toujours largement développée et 
arrondie. 

Xous ne connaissons cette coquille que dans le gisement de Tortone, où elle est fort 
commune. Elle ne l'est pas moins dans celui de Cabrières. 






laO 



ANIMAUX FOSSILES Dr MONT LEBERON. 



Rotella Mandarinus, Fischer, Journ. deconchyl., 1869, t. XVII, p. 428, pi. 13, 



Kg. 5. 



(PI. XVIII, fig. 25-26.) 



Cotte belle espèce, que nous faisons figurer de nouveau, paraît être jusqu'à présent 
spéciale aux marnes de Cabrières, où elle n'est pas rare. Elle est remarquable par le cor- 
don qui borde sa suture et qui se prolonge sous forme de carène jusqu'au bord du dernier 
tour. La couche superficielle du test est très-mince, elle s'enlève facilement et laisse aperce- 
voir la nacre au-dessous. 

Le gisement de Cabrières présente donc deux espèces de Itotelles, type inconnu dans 
Péocène ou l'oligocène et même au-dessous du miocène supérieur, et aujourd'hui abondant 
dans la Polynésie et dans les mers de l'extrême Orient, et surtout dans celles du .lapon, où se 
trouvent les plus grandes espèces. 



Calyptraa chinensis, Linné, Syst. nat., éd. 12, p. 1257 (Patella). 



Il ornes, loc cit., p. 632, 



pi. 59, fig. 17-18 (Calyptrœa). — Patelin muricata Brocchi, Coneh. foss. subap t II' 
p. 254, pi. 1, fig. 2. ' ' ' 

Cette espèce s'est perpétuée depuis le miocène jusqu'à l'époque actuelle. Elle vit mainte- 
nant dans les mers européennes, mais sa taille est sensiblement diminuée. 

Dans le S de la France, elle se trouve depuis Mérignac et Saint-Paul de Dax jusqu'à 
balles ; dans le bassin du Danube, depuis Gauderndorf jusqu'à Steinabrunn et Lapugy ' 

Elle se poursuit ensuite dans le pliocène méditerranéen et dans les crags du Nord " 



CalyptrjEa deformis, Lamarck, But. nat. des anim. sons vert., vol. VII, p. 532 

Homes, loc. cit., p. 634, pi. 50, fig. 14-15. 

Coquille assez commune à Cabrières, et caractéristique du miocène tnoven Elle et beau- 
coup plus abondante' dans le S. 0. do la France, à Saint-Paul de Da x ; Léognan/saucats 
et Lestas, quen loura.ne ou que dans le bassin de Vienne, où elle est citée seulement 
a uauderndorf et à Grund. 

M. Malheron l'a citée à Carry, et M. Mayer en Suisse, dans les trois étages de son helvé- 



tien. 



Crepidula gibbosa, Defrance, Dictionn. des 
Mèrn. sur les couches du sol en Touraine p 
- 'PI. XVI, fig. 17-18/ 



sciences natur., vol. XI, p. 
275. — Homes, loc. cit., p 



397. — Dujardh 
628, pi. 50, fig. H. 



Nous avons fait représenter de nouveau cette espèce, parce que la figure citée de Hornes 

^Z^Z^™^* h f itu ^-.ûans lesfalunsde Touraine, le Crepidula gibbosa 

IrZni J tT GPaiS ' contourn V n ^ ulièreiïlent ' concave, à bords sinueux Cette 

^IZ^V rTT 1 ra PPf: aV f cIes «*P"*« lesciuels le mollusque était fixe de st. 
\ ivant, comme 1 a fait observer Dujardm. 

nvl;?!l CS se ,, 1 < .! , ' ( ',n C ° mmUne ' ' ,0n - 1(VOy Cn T ° Uraine ' n ' est P as encore si S' nal - ^ns le S.O., 

, se n.rouve au même niveau à Grund en Autriche, puis à Cainfabren, à Lapugy en 

' "ongi ie, etc. iAous en avons vu des exemplaires vivants du Sénégal. 



MARNES DE CABRIERES. 



1 h 1 



Fissurella italica, Defrance, Dictzonn. des sciences natur. , vol. XVII, p. 79. 

Mornes, loc. cit., p. 641, pi. 50, fig. 28. 

11 est difficile de voir autre chose dans cette espèce que l'analogue fossile du Fissurella 
reti culata Donovan, qui vit aujourd'hui sur les côtes océaniques de l'Europe. 

L'espèce fossile se trouve, avec quelques modifications cependant qui seraient à étudier, 

dans beaucoup de gisements du miocène et du pliocène. Elle débute à Saint-Paul de Dax, et 

st commune au niveau de la Touraine (var. winor, altior), de Turin et de Grand ; rare dans 

les (aluns supérieurs, on la retrouve dans le pliocène et dans les dépôts quaternaires de la 

Sicile, de Rhodes, etc. Elle n'est pas commune à Cabrières. 



Bulla Lajonkaireana, Basterot, loc. cit., p. 22, pi. 1, fig. 25 [Bullina). — 

Homes, loc. cit., p. 624, pi. 50, fig. 9 [Bulla). 

Petite coquille très-distincte dont on a fait le type dun sous-genre. Plus ancienne et plus 
répandue dans les dépôts miocènes de l'ouest que dans ceux du centre de l'Europe, elle a été 
trouvée à Mérignac, à Saint-Paul de Dax, à Léognan et Saucats, en Touraine et à Salles. 
Dans le bassin de Vienne, au contraire, elle paraît spéciale aux couches à Cérites du miocène 
tout à fait supérieur. On la cite d'ailleurs dans l'Allemagne du JXord et jusque dans le crag de 
Sutton en Angleterre. 



Dentalium fossile, Linné, Gmel. Syst. nat., éd. 13, p. 37-38, n° \l\. 

Hôrnes, loc. cit., p. 657, pi. 50, fig. 36. 

Cette espèce, rare à Cahrières, est donnée par Hôrnes comme provenant des couches de 
Pôtzleindorf, du groupe supérieur de M. Suëss. Elle est citée aussi par lui de Saint-Jean 
de Marsacq dans le S. 0. et du pliocène méditerranéen. M. Mayer l'indique en Suisse dans son 

helvétien 11 e . 



Ostrea cmssissiMA, Laiiiarck, Hist. ?iat, etc., t. VI, p. 217. — Hôrnes, loc. cit., 
p. 455, pi. 81-8/i. — Fischer, Paléont. de V Asie Mineure, p. 253, pi. 19. 



Les échantillons ordinaires de Cabrières rentrent parfaitement dans le type de l'espèce ; 
ils sont proportionnellement extrêmement longs et étroits; un échantillon complet mesure 
270 millim. de long sur 65 de large. La charnière est très-étroite, profondément excavée par 
le canal, avec deux bourrelets latéraux très-étroits. 

Nous inscrivons cette espèce dans la faune des marnes de Cabrières, où elle a été recueillie 
par M. Arnaud dans la partie inférieure du gisement avec les autres espèces littorales, soit 
sous la forme typique allongée, soit sous une forme plus courte qui la rapproche de ÏO. gin- 
gensis Schloth. figuré par Hôrnes. Mais il ne faut pas oublier que d'après les observations cer- 
taines de M. Gaudry, elle occupe aussi au-dessus de ces marnes une couche particulière où 
l'on ne trouve pas d'autres fossiles, et qui témoigne sans doute d'un abaissement momentané 
et local du fond de la mer sur ce rivage ; en un mot, elle est ici égale ou supérieure au niveau 






1 U 2 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



du Cardita Jouannetz. Plus généralement, elle est subordonnée ou même inférieure à cel 
horizon. En France, du moins, ses grands gisements sont clans la mollasse marine de l'Arma- 
gnac, du Languedoc et de la Provence, à un niveau que nous croyons inférieur au groupe du 
miocène supérieur proprement dit; il se pourrait qu'il y ait eu à ce moment, et au moins 
pour ces régions, un abaissement assez général et maximum du sol, suivi d'un relèvement 
qui a ramené les faunes littorales des derniers faluns. Mais YOstrea crassissima, comme nous 
le voyons ici et ailleurs, a survécu à ces oscillations et n'a réellement disparu de nos côtes 
que pendant l'époque pliocène. 



Ostrea digitalina, Dubois de Montpéreux, Conchyl. foss. du Plateau Wolhi/ni-podolien, 

p. 74, pi. 8, fig. 13-14. — Hôrnes, loc. cit., t. II, p. 447, pi. 73, fig. 1-9. 

Var. Leberonensis (pi. XIX, iig. 19-20). — Testa auguste plicata, plicis lateraliter valde 
divergentibus. 

Kspèce extrêmement polymorphe et que nous comprenons largement comme Mornes. La 
variété que nous faisons figurer se rapproche des ligures 7, 8, 9 de l'ouvrage d'Homes; elle 
en diffère par ses côtes encore plus divergentes latéralement. Quelques échantillons de 
Gabrières atteignent une grande taille, deviennent très-épais et rappellent la forme de YOstrea 
lamellosa Brocchi. Quelques autres enfin sont remarquables par leurs cotes moins nombreuses, 
plus aiguës, non divergentes et ressemblent à YOstrea tegulata de Munster (Golfuss, Petref. 
german., t. II, p. 16, pi. 77, lig. 3). 

Le type de Dubois provient du miocène supérieur de Volhynie, et on le retrouve au même 
niveau et bien caractérisé en Autriche et dans le l'alun de Salles. Hôrnes y a réuni les 
petites Huîtres plissées de Léognan, Saucats, etc., que MM. llaulin et Delbos avaient inscrites 
sous les noms de rugata, de frondosa M. de S. et de foveolata Eichw. Ces espèces sont 
en effet fort voisines l'une de l'autre et en même temps de la digitalina, et Homes fait 
descendre cette espèce dans le bassin de Vienne jusqu'au niveau de Grund et d'Eggenburg. 
Il va peut-être un peu loin en y réunissant encore YO. producta Raul. Delb., des faluns de 

Bazas. 



Anomia costata, Brocchi, loc. cit., t. II, p. 463, pi. 10, fi". 9. 



Hôrnes, loc. cit., p. 462, 



pi. 85, fig. 1-5. — Anomia porrecta Partsch, Jahrb. des min. geogn. und Petref., 1836, 
p. 425. — Anomia sinistrorsa, Marcel de Serres, Géogn. des terr. tert., p. 138, pi. 4,' fig. 4.' 



Très-abondante à Cabrières, cette Anomie y atteint presque la taill 
idus figurés par Hôrnes, sans présenter jamais d'ailleurs des côtes; 



vid 
espacées 



e des plus grands indi- 
aussi saillantes et aussi 



Pecten improvisus, Nobis. 



(PI. XX, fig. 4, 5.) 



Testa orbicularis 9 crassa subœquilateralis , utrinque conveœa, transverstm dense et tenue lamelloso-stria 
mterstttns radiatim stnatuhs ; auriculis latis, oblique costulatis\;valva dextraparum convexa, costis radianti 



tata, 
radianti bus 



MARNES DE CABRIERES. 



4 4:i 



14 rotundatis interstitiis paulo latioribus munita ; valva sinistra convexo-tumida, costis radiantibus 13, élevât?'*, 
interstitiis minoribus ornât a ; margine ventrali intus valide dentato. — Diam. antéro-post., 78; ait. 77 millim. 

Cette coquille, que nous ne pouvons rapporter à aucune espèce décrite à notre connais- 
sance, est remarquable par la différence sensible d'ornementation des deux valves. Les 
cotes de la valve droite (fig. 5) sont peu saillantes et plus larges que les interstices ; au con- 
traire, sur la valve gauche (fig. 4), les côtes sont très-élevées, étroites, et leurs interstices 

sont très-profonds. 

Ce Peigne, qui n'est pas rare à Cabrières, se rapproche du P. scabriusculus de la mollasse 
de Cucuron auquel il succède. Il en diffère par sa forme plus orbiculaire et plus convexe, par 
ses côtes plus étroites, plus pincées, surtout sur la valve gauche, et qui ne sont pas striées 
longitudinalement et écailleuses comme dans le scabriusculus. Cette ornementation rayonnante 
ne se montre guère ici que dans les interstices des côtes, et ce sont au contraire les stries trans- 
verses et concentriques qui ont une tendance h dominer, comme dans le P. Beudanti Bast. 



Pecten multistriatus, Poli, Testacea utriusque Siciliœ, pi. 28, lig. 14 (Ostrea). — 

Pecten pusio, Philippi, Fnumer. Moll.SiciL, t. I, p. 84, 86. 

A l'état vivant, cette espèce présente deux formes distinctes : dans la Méditerranée, elle 

conserve son apparence ordinaire ; dans l'Océan, elle devient adhérente, irrégulière, et se 
change en Hinnites. 

A l'état fossile, la forme Pecten a été trouvée dans la plupart des gisements fossilifères, 
depuis la Touraine jusqu'au quaternaire le plus récent. 






Avicula FHALENACEA, Lamarck, Hist. nat. 9 etc., t. VI, p. 150. 

Homes, /oc. cit., p. 376, pi. 52, fig. 1-4. 

Un seul échantillon, mutilé, se rapporte à la figure citée de ilôrnes. Le type provient 
des faluns de Léognan (Lamarck et Basterot), où les débris en sont fort communs; il se 
trouve d'ailleurs déjà dans l'étage de Bazas. On le trouve ensuite dans tout le miocène, jusque 
dans le pliocène italien, où il disparaît. 

Cette espèce appartient, comme Dujardin l'avait fait remarquer, au sous-genre Meleagrinn, 
aujourd'hui étranger à nos mers et répandu dans les mers chaudes de l'Orient, depuis la mer 
Rouge jusqu'à la Californie. 



} 



Mytilus, sp.ï 

Nous ne possédons de cette coquille que des fragments insuffisants pour une détermination 
spécifique. Mais ces fragments, qui montrent un talon très-fort et un bord droit, rectiligne, 
non concave, accusent une coquille qui ne se rapporte ni au M. Michelinianus Matheron,°des 
faluns de Bazas et de Carry, ni au grand M. Haidingeri Ilôrnes, des faluns du groupe inférieu 
de Loibersdorf, Eggenburg, Grand, etc., et de Cestas dans le S. 0.; ni au M. antiquorum 
Sow (edulis?) du crag. 

Quelle qu'elle soit, cette forme se retrouve exactement dans le falun de Salles et h 
Gaujacq dans le Sud-Ouest ; mais nous n'en possédons pas non plus de ces localités d'exem 
plaire satisfaisant. 



\hh 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



Arca Turonica, Dujardin, Mém. 9 etc., p. 267, pi. 18, lig. 16. — Mornes, loc. cit., t. H 



p. 332, pi. 44, fig. 2. 



A. firmata, Mayer? Catol. Zurich., 3 e cah., 1868, Arcides, 



n° 23. 



Espèce très-polymorphe, assez commune à Cabrières, où Ton trouve des formes qui se 

l'apportent bien au type de Dujardin ou aux variétés passant à VA. Breislaki, communes 
en Touraine. 

Quelques échantillons d'une très-grande taille, à forme bombée, épaisse, subtrapézoïdale, 
mesurant jusqu'à 80 millim. de longueur sur 55 de hauteur, se rapportent vraisem- 
blablement à la forme tortonienne que M. Mayer a détachée sous le nom de firmata du type 
Turonica « dont elle n'est qu'une exagération », et dont elle ne doit peut-être constituer 
qu'une dernière et très-grande variété. 

Le type Turonica provient des faluns de la Touraine, où il est extrêmement commun ; il 
ne l'est pas moins dans les faluns contemporains de Sos et de Gabarret dans l'Armagnac. 
Il est. rare au même niveau en Autriche, où il se trouve principalement, d'après les citations 
de Homes, sur l'horizon plus élevé d'Enzesfeld, Steinabrunn, etc., tandis qu'à l'inverse il 
est rare dans le miocène supérieur du S. 0. Cependant on le trouve au niveau de Salles 
(à Saucats), sous une forme grande, carrée, assez voisine de celle de Cabrières. Il ne dépasse 
pas letortonien, 



Arca umbonata, Lamarck ? Hist. nat., etc., vol. VI, p. 37. 

Nous inscrivons ici cette espèce d'après un seul exemplaire mutilé postérieurement, et qui 
ne se rapporte pas exactement aux figures que Hôrnes en a données {loc. cit., pi. 42, fig. 1-3) 
et qui représentent des échantillons provenant du groupe inférieur des faluns de Gaudern- 
dorf, Eggenburgct Grund, dont M. Mayer fait le type d'une espèce nouvelle, A. Grundensis. 

Dans l'échantillon de Cabrières, le côté extérieur est très-aigu et fin ant obliquement en 
arrière, comme dans VA. Noœ ; le bord inférieur de la coquille est aussi beaucoup plus ondulé. 
plus fortement sinueux que dans les coquilles de Vienne. Du reste, la position des sommets, 
la largeur de l'aire cardinale et la multiplicité des stries qui la couvrent sont les mêmes. 
Quelle est l'importance spécifique de ces divers caractères? et VA. umbonata de Lamarck 
doit-il passer certainement en synonymie de VA. imbricata de Bruguière? 



Pectunculus glycimeris, Linné, Sijst. nat., éd. 12, p. 1143 {Arca). 

Reeve, Conch. icon., pi. 3, lig. 12-13. 

D'après une seule grande valve de Cabrières, plus haute que large, ovale, légèrement 

oblique, à sommets médiocres et à charnière de moyenne force, différente par ces caractères 

du pilosus Ilornes {stellatus sec. Mayer) du bassin de Vienne ou de Touraine, et que nous 

croyons pouvoir rapporter au glycimeris, tel que l'entend M. Mayer [Cotai syst. et descr., etc., 

1868, famille des Arcides). Cette forme nous paraît se retrouver plutôt à Léognan et à 
Salles. 



MARNES DE CABRIERES. 



145 



Ciiama GRYPHOIDES, Linné, Si/st. nat.i éd. 12, p. 1139. — Humes, loc. cit., 

p. 210, pi. 31, fig. 1. 



Type encore vivant dans la Méditerranée ; il date dans nos mers des premiers temps du 
miocène, car on le trouve déjà dans le S. 0. à Saint-Avit, et à Molt en Autriche. 



CàRDIUM Darwini, Mayer, Journ. de conchyl, t. XIV, 1866, p. 69. — (PI. XX, fig. 9.) 

M. Mayer a séparé sous ce nom du Cardium hians Rrocchi (C. indicum auct. olim) un 
beau Cardium qui n'a pas été encore figuré et que nous faisons représenter d'après un 
échantillon du l'alun de Salles, plus complet que celui, d'ailleurs parfaitement conforme, que 
M. Arnaud a recueilli à Cabrières. Notre coquille n'est identique ni avec le C. hians 
llornes (C. danubianum Mayer) d'Enzesfeld, ni avec le C. hians P>rocchi du pliocène d'Asti. 

D'après M. Mayer, ce serait le C. Darwini, et non le C. hians, qui serait encore vivant sur les 
cotes de l'Algérie. M. Weinkauffa critiqué cette proposition, et il admet que toutes ces formes 
miocène, pliocène et actuelle ne sont que des variations du même type, le hians de Brocchi. 
Pour nous, d'après les spécimens fossiles et vivants que nous avons pu voir, nous croyons que 
M. Weinkauff a raison d'admettre l'identité du C. hians du pliocène et de l'espèce vivante 
de la Méditerranée ; niais nous avons de la peine à accepter que ce type puisse comprendre 
dans ses variétés une forme aussi éloignée de la forme normale que celle que nous faisons 
représenter. 

En tout cas, si cette forme n'est qu'une variéié du C. Mans, elle en est du moins la forme 
première et la plus ancienne. 



Cardium tapillosoi, Poli, Test, ntriusque SiciL, vol. I, pi. 16, fig. 2-4. 

llornes, loc. cit., p. 191, pi. 30, fig. 8. 

Ce type, qui vit encore aujourd'hui sur toutes nos côtes de l'Océan et déjà Méditerranée, fait 
partie de la faune européenne et sans beaucoup varier, au moins depuis le commencement 
de l'époque miocène. 



ClUSSATELLA PROVINCIALIS, Nobis. 



PI. XX, fig. 12-13.) 



Testa sub'iquilatera, ovato-trigona, crassa, convexîuscula, antice et postice subrotunda, marginibus dorsalibus 
valde declivibus ; extus rugis transversis crebris , parum irrcgularibus, postice angulatim ascendentibus ornata ; 
rrdiae crasso. — Diam. antéro-post. 18; latit. 15 millira. 

* 

Cette espèce se rapproche du Crassatella concentrica Dujardin, de Touraine ; elle en diffère 
par ses valves plus bombées, moins transverses, non tronquées en arrière ; par son bord 
dorsal postérieur plus déclive, sa charnière plus épaisse, ses cotes se relevant plus brusque- 
ment en arrière, etc. 



19 




146 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



Cardita chassa, Lamarck, Anim. sans vert., t. VI, p. 27. — Deshayes, Coq. foss. de Paris, 






t. I, p. 181, pi. 30, fig. 17-18. — Homes, loc. cit., p. 264, pi. 34, fig. 14-15. 



Cette belle espèce n'est pas rare à Cabrières, où elle est parfaitement typique et où ell( 
atteint les plus grandes proportions, au moins 100 millim. de largeur transversale. 

Le type de l'espèce fossile C. crassa de Lamarck, qui est voisine, mais cependant distincte 
du C. crassicosta vivant en Australie, provient des faluns de la Touraine, où il est fort 
commun (son indication ancienne dans l'éocène de Paris était une erreur qui a été relevé* 
par M. Deshayes lui-même), et il paraît occuper dans le miocène un niveau générale- 
ment moins élevé que le Cardita Jouanneti. Il est d'ailleurs beaucoup moins répandu que c< 
dernier. 

Il est cité en Cilicie à Nemroun (Fischer in Tchihatcheff), ce qui serait son gisement le plus 
oriental jusqu'à présent, et le plus rapproché des mers où il faut chercher ses analogues 
actuels. 



Cardita Jouanneti, Basterot, Mém.géol., etc., p. 80, pi. 5, fig. 3 {Venericordia). 

Hôrnes, loc. cit., pi. 35, fig. l-12(Ca?*dita). 

Celte espèce est extrêmement commune à Cabrières, et elle est même caractéristique de 
ce gisement par son abondance, avec YAncillaria glandiformis, le Pleurotoma Jouanneti, 
le Terebra modesta, etc. 

Le type est des environs de Bordeaux; mais l'espèce est extrêmement commune dans 
le falun supérieur de Salles et dans les gisements svnchroniques des environs de Dax, de 
la mollasse suisse et du bassin de Vienne. 

Elle se trouve aussi à Tortone, etc., et elle est beaucoup plus rare au-dessous de ce 
niveau du miocène supérieur, qui est son véritable horizon. 



Cardita, indét. 
Fragment d'une espèce de Cardite voisine du Cardita intermedia Brocchi 



Venus plicata, Gmelin, Linné, Syst. nat, éd. 13, p. 3276. — Hôrnes, loc. cit., p. 132, 

pi. 15, fig. 4-6. — V. subplicata d'Orbigny, Prodrome, t. III, p. 107. 

Espèce commune à Cabrières, où elle est de forte taille, très-épaisse et très-triangulaire ; 
faciès subapennin. Le type est vivant au Sénégal. Comme Hôrnes, nous croyons devoir) 
rapporter, à l'aide de ses nombreuses variétés, la coquille fossile du pliocène et du miocène, 
tout en reconnaissant que dans certains gisements, et à Cabrières en particulier, elle est assez 
notablement différente de la coquille vivante. 

L'espèce fossile est répandue dans le miocène européen du nord (Cassel), de l'ouest et du 
centre ; elle caractérise surtout le miocène supérieur et le pliocène méditerranéen. 



MARNES DE CABRIERES 



l/»7 



Venus clathrata, Dujardin, Mém. sur les couches du sol en Touraine, p. 262. 

Hôrnes, loc. cit., p. 125, pi. 13, fig. 3. 

Un seul exemplaire de Cabrières. Le type est des faluns de la Touraine, où il est fort 
commun ; il est aussi fort répandu dans le miocène du bassin de Vienne, et surtout dans le 
groupe supérieur ; il ne dépasse pas ce niveau. 



Venus islandicoides, Lamarck, Anim. sans vert., t. V, p. 558 [Cyprina). 

Homes, loc. cit., p. 121, pi. 13, fig. 2 [Venus). 

Nous rapportons plusieurs échantillons de Cabrières à cette espèce un peu douteuse, voi- 
sine de Yumbonaria, dont elle se distingue cependant par sa taille beaucoup plus petite, sa 
forme généralement plus plate, sa charnière beaucoup plus faible et rectiligne, ses sommets 
non proéminents. Le type est commun dans le pliocène italien. Dans le S. 0., il ne se trouve 
bien caractérisé que dans le falun supérieur d'Orthez. D'après Hôrnes, il descend plus bas 
dans le bassin de Vienne. 



Venus umbonaria, Lamarck, Anim. sans vert., vol. V, p. 559 [Cyprina). 

Ilornes, loc. cit., pi. 12, fig. 1-6 [Venus). 

Assez commune et typique à Cabrières ; un magnifique échantillon mesure 105 millim. de 
hauteur sur 110 de largeur. 

Ce beau type, aujourd'hui disparu de nos mers et même de toutes les autres, est répandu 
dans le pliocène et dans le miocène supérieur de l'ouest et du centre de l'Europe. 

Hôrnes le fait descendre dans le bassin du Danube, depuis Vôslau, Pôtzleinsdorf (types 
figurés) jusque dans le groupe inférieur d'Eggenburg et de Loibersdorf. 

Dans le S. 0. de la France, il est certain et très-beau dans le miocène supérieur de Salles, 
Bastennes et Gaujacq. Dans le falun de Léognan et de Saucats, où Hôrnes l'indique, il est plus 
douteux, ou du moins la coquille est moins forte, présente une charnière moins puissante et se 
rapproche de Y islandicoides. 

Le niveau de Yumbonaria type est dans le miocène supérieur et le pliocène. 



Venus Arnaudi, Nobis. — (PL XXI, fig. 16-17.) 

Testa ovato-subtrigona, crassa, parum inflata, antice attenuata et subangulata, postice subproducta, concen- 
trée striata, striis antice creberrimis , medio evanescentibus ; radiatim et obsolète lineolata; apîcibus antice inflexis, 
ad tertium longitudinis positis ; lunula lanceolata, profunde excavata ; area ligamenti subdepressa. — Diam! 
antéro-post. 110; altit. 90; crass. 58 millim. 



Belle espèce qui diffère du Venus umbonaria, dont elle atteint presque la taille, par ses 
crochets beaucoup moins antérieurs, moins incurvés en avant ; son bord dorsal postérieur 
moins arrondi ; son côté antérieur et son côté postérieur plus allongés et plus anguleux, etc. 
Nous ne connaissons point la charnière. 



É* 



148 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



Cytherea Pedemontana, Agassiz, Icon. des coq. tert., p. 58, pi. 8, fig. 1-8. 

Ilornes, loc.cit., p. 151, pi. 17, fig. 1-4; pi. 18, fig. 1-i. 

Espèce assez commune à Cabrières, où elle atteint les plus grandes dimensions. Nous 
prenons pour type la ligure 1 de la planche 17 de Hôrnes. 

Cette belle espèce est typique dans le pliocène italien et dans le miocène supérieur du 
centre et de l'ouest. Son histoire est celle du V. umbonaria, qu'elle accompagne toujours. 
Elle est intermédiaire par ses caractères comme par sa position géologique entre le C. ery- 
cina du miocène moyen et le C. chione vivant dans nos mers. 



Tapes ^nigmaticus, Nobis. 



PI. XXI, lig. 18. 



Testa subtrigona, œquilatera, inflata, concentrice et minute striata, striis antice et postice creberrimis medio 
evanescentikus, apicibus minutis, antice parum inflexis; lunula longa, lanceolata, impressa, marginibus sub- 
acutis; area ligamenti obsolète subcarinata, marginc dorsali antico obliquo, subrectilineo, postico arcuato • den- 
tibus cardinalibus crassis, divergentibus; cicatriculis muscularibus prof'undis. — Diam. antéro-post. 70- altit. 
54 millim. 



Cette coquille a une forme exceptionnelle dans le groupe des Tapes. Elle est plus épaisse, 

plus ventrue, plus équilatérale que la plupart de ses congénères. Extérieurement elle oiïre 

l'apparence d'un Mactra. Mais nous avons pu vérifier la charnière, qui est parfaitement celle 
d'un Tapes. 



Tellina planata, Linné, Syst. nat., éd. 12, p. 1117. — Ilornes, loc. cit., 



[). 8/i, pi. 8, fig. 7. 



Espèce très-commune à Cabrières. 



Le type est encore vivant dans la Méditerranée et dans l'océan Atlantique, et se trouve 
fossile dans tout le postpliocène et le pliocène méditerranéen. Nous suivons Hôrnes en 
rattachant à ce type, et au type sénégalien strigosa Gm., les Tellines de l'époque miocène 
communément désignées sous le nom de zonaria Lamk. 



Tellina elliptica, Brocchi, Conchiol. foss. subap., t. II, p. 513, pi. 12, iig. 7 

(non T. elliptica, Lamarck). 

Cette espèce, aujourd'hui éteinte, est assez peu répandue. Le tvpe se trouve dans le plio- 
ciène d'Asti. M. Mayer cite l'espèce dans la mollasse de Berne et de Lucerne, helvétien III. 
C'est aussi seulement dans le miocène supérieur du S. 0., dans le falun de Saint-Jean de 
Marsac et dans celui de Salles, que nous la connaissons ; bien que Grateloup l'indique comme 
commune a Saucats. Ilornes ne la cite pas dans le bassin de Vienne. 



MARNES DE CABRIERES 



149 



Fragilia abbreviata, Dujardin, Mém. sur les couches du sol en Touraine, p. 257 

(Petricolà). 

Cette (orme un peu anormale ne nous semble être qu'une variété du Fragilia fragilis 
Linné. Elle est moins rostrée et ses lames sont plus saillantes et plus espacées. Commune 
dans les faluns de la Touraine, elle s'est perpétuée de nos jours sur les côtes occidentales 
d'Afrique, où elle est indiquée sous les noms de Tellina guinaica Chcmnitz, T. polygona 
Lamarck, et Petricolà ventricosa Krauss. 

Nous ne la trouvons citée jusqu'à présent d'aucune autre localité que la Touraine. Nous la 
signalons à Cabrières dans le centre méditerranéen; mais sa rareté dans ce bassin et sa fré- 
quence dans celui de la Loire permettent de la considérer comme un type atlantique, quia 
reculé vers le sud avec l'abaissement de la température de nos latitudes. 



Arcopagia ventricosa, Marcel de Serres, G éogn. des terr. tert., p. 146, pi. 6, fig. 2 [Cor bis). 
Tellina or bis, Mayer, Journ. de Conch., t. VII, pi. 11, fig. 4-5. — Tellina ventricosa, Hôrnes, 
/oc. cit., p. 92, pi. 9, fig. 2 (?). 

Espèce assez rare à Cabrières ; de forme triangulaire, très-épaisse et de très-grande taille 
comme les autres bivalves de ce gisement : un échantillon mesure 55 millim. de haut sur 
60 environ de -large. 

Le type, aujourd'hui éteint, est du midi delà France, probablement de Perpignan?. Il se 
retrouve dans tout le pliocène italien et dans le miocène supérieur. Au-dessous, il est très- 
rare et douteux. 



Eastonia rugosa, Chemnitz (Mactra), Conch. Cab., VI, p. 236, pi. 24, fig. 236. 

Hôrnes, loc. cit., p. 55, pi. 5, fig. k [Lutraria). 

Espèce extrêmement commune à Cabrières. 

Le type est vivant dans l'océan Atlantique, province lusitanienne, et dans la Méditerranée 
Fossile dans le crag (Wood), à Rhodes et dans le pliocène d'Asti, de Sienne, de Biot (Bell), 
M. Mayer l'indique dans la mollasse suisse, helvétienlll, et, d'après lui (Cat. des foss. du musée 
de Zurich, 2 e cahier, 1867), il n'y aurait point d'autre gisement miocène connu pour cette 
espèce, avant celui de Cabrières que nous signalons ici (l). 



Corbula Basteroti, Hôrnes, loc. cit., p. 39, pi. 3, fig. 10?— (PI. XX, fig. 10-11.) 

Nous avons l'ait représenter une coquille que nous rapportons à l'espèce d'Homes, dont elle 
diffère toutefois sensiblement par son bord postérieur plus rostre et aigu, sa carène un peu 
moins saillante et ses stries plus fines. 

Le type d 'Homes est fossile de Léognan ; il est cité d'ailleurs dans le miocène supérieur 
de Suisse et de Vienne. 



(1) Nous avons vu récemment quelques fossiles rapportés des îles du cap Vert par M. de Gessac, et parmi 
lesquels se trouvent des Eastonia rugosa provenant d'une mollasse à grands Clypeaster. 



<â' 



150 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBEUON 



Solecurtus candidus, Pioiiieri, fide Philippi, Enumer. Moll. Sicil, t. II, p. 5-6. 

Nos exemplaires de Cabrières ne diffèrent pas de l'espèce de Renieri, qui vit dans la 
Méditerranée et sur les côtes océaniques de l'Europe. A l'état fossile, elle a été signalée h 
Pihodes, à Asti dans le pliocène, et dans la mollasse suisse, helvétien III (M. Mayer). 



Solen marginatus, Pulteney, Hutchins. Dorset., p. 28. 



p. 12, pi. 1, fig. 10-11. 



Solen vagina Homes, loc. cit., 



Solen siliquarius, Dujardin, loc. cit., p. 255. 



Cette espèce a traversé toute la série des couches du miocène moyen, du miocène supé- 
rieur, du pliocène et du quaternaire. Elle vit encore et en grande abondance dans les mers 
d'Europe. 



Parapholas Biuxderi, Basterot, loc. cit., p. 97, pi. 7, fig. 1 (Pholas). 

Espèce commune dans les calcaires compactes et dans les galets de Cabrières. Elle diffère 
du P. dimidiata Duj., par ses valves plus acuminées en arrière et par sa grande pièce dorsale 
subquadrangulaire. Basterot n'a vu que des individus jeunes et incomplets. 



Cellaria, indét. 

Espèce voisine des Vincularia submarginata d'Orbigny, et Réussi d'Orbigny {Cellaria mar- 
ginata Reuss, Naturw. Abhandl., 1848, t. Il, pi. 7, fig. 28-29). 



Cupularia Cuvieri, Defrance, Dict. des sciences nat, t. XXVII, p. 361 (Lunulites). — Cupu- 

laria urceolata d'Orbigny, Paléontologie française. Terrains crétacés, Bryozoaires, p. 511 
(Cupulario.). 



Notre exemplaire, quoique très-imparfait, ne se rapproche que du type de la collection 
d'Orbigny provenant des faluns de l'Anjou. D'ailleurs ces mots qui accompagnent la mention 
du Cupularia urceolata dans l'ouvrage cité des Bryozoaires de la craie blanche, ne nous 
laissent aucun doute : « Cette espèce, en avant de chaque cellule, a une dépression représen- 
tant le support d'une vésicule ovarienne. » 

Il faudra retrancher de la synonymie adoptée par d'Orbigny le Lunulites Cuvieri de 
Michelin [lcon. Zoophyt., p. 323, pi. 77, fig. 10), dont les cellules, d'après la figure, seraient 
dépourvues de la dépression antérieure caractéristique, ainsi que le Lunulites urceolata 
Lamouroux [Expos, met h. des Polypiers, pi. 73, fig. 9-12), que d'Orbigny avait substitué au 
nom de Defrance. Le type de Defrance est bien de l'Anjou. 

^ Le Cupularia canariensis Busk, fossile du crag d'Angleterre, d'Asti, de monte Mario, de 
Rhodes, et vivant sur les côtes des Canaries, est une forme extrêmement voisine, sinon 
identique avec l'espèce de Defrance. 

M. Mayer cite le C. Cuvieri dans la mollasse suisse (helvétien III). 



MARNES DE CABRIERES. 



151 



Cupularia umbellatA, Defrance, Dict. des se. nat., t. XXVII, 1823, p. 361, pi. 47, fig. 1 

(Lunulitcs). — D'Orbigny, Paléont. française, Terrains crétacés, Bryozoaires, p. 473, pi. 747, 
fi^ r . 1-5 (Discoporella). 



Nous ne possédons qu'un exemplaire en mauvais état de cette espèce qui accompagne la 
précédente dans les dépôts fossilifères de l'Anjou et dans la mollasse suisse, d'après M. Mayer. 
Le genre Discoporella de d'Orbigny doit rentrer dans la synonymie des Cupularia, dont il ne 
diffère que par ses cellules pourvues de fossettes régulières, rayonnantes et non entières. 
Il existe d'ailleurs un genre Discoporella, décrit par Gray antérieurement et s'appliquant à 
des Bryozoaires de la division des Tubulinés. 



i 



Dendrophyllia digitalis, Blainville, Dict. dessc.nat., t. LX, p. 320. — Michelin, Icon.Zooph., 
p. 52, pi. 10, iig. 10, et pi. 74, fig. 4. — Edwards et Haime, Hist. nat des Coralliaires, 
t. III, p. 117. 



Nous n'avons de ce Polypier, si abondant dans les faluns de Touraine, qu'un seul spécimen 
en mauvais état. Le diamètre des calices est de 6 à 7 millimètres. 



Dendrophyllia Collongeoni, Thiollière, fide Fischer in Faisan, 

Monogr. du mont d'Or lyonnais, fig. 6. 

Nous rapportons à cette espèce un rameau de Polypier dont les calices mesurent un peu 
plus de 2 millimètres de diamètre. 

Le D. Collongeoni provient du miocène de l'Isère. 



D'après le travail qui précède, il est facile de se rendre compte de la faune 
de Cabrières en elle-même et de son âge géologique. 

La faune de Cabrières accuse un dépôt littoral (1). 

Ce caractère est manifesté par la position du gisement sur le flanc des masses 
calcaires du Léberon qui formait vraisemblablement une île dans l'archipel mio- 
cène de la vallée du Rhône, par les cailloux empâtés dans la gangue qui contient 
les coquilles et par les perforations des galets ; il résulte en outre de la composition 
générique de la faune elle-même. L'absence complète des Échinodermes, des 
Huîtres en bancs et des grands Peignes; l'abondance et la richesse des Muricidés, 



(1) On ne peut plus négliger en paléontologie la considération de la nature du fond et de la profondeur pré- 
sumée des eaux, pour apprécier l'âge géologique d'un dépôt. En effet, deux dépôts même superposés et sensi- 
blement différents par leur faune peuvent appartenir cependant à la même époque zoologique, si l'un est littoral 
et l'autre de mer profonde; ce qui peut résulter d'une oscillation très-restreinte et toute locale d'un rivage. 




152 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



des Buccinidés, des Conidés, des Natices, des grandes Cardites et des grandes 
Vénus, des Tellincset des Lutraires, dénotent une station non pas de la zone tout 
à fait littorale, mais probablement de la zone moyenne des Laminaires, en même 
temps qu'une nature de fond vaseuse plutôt que siliceuse et sans doute très-herbue. 
11 faut noter aussi la grosseur souvent remarquable des individus et l'épaisseur du 
test, comme on le voit ordinairement près des rivages riches en calcaires. Cette 
faune dénote d'ailleurs, par sa composition générique et par ses affinités spécifiques, 
un caractère de faune des mers chaudes et tropicales sur lequel il est inutile 
d'insister. 

Quant k l'âge géologique de Cabrières, nous le rapportons au miocène supérieur. 
Cela résulte stratigraphiquement de sa position bien constatée au-dessus de la 
mollasse de Cucuron et de sa subordination aux bancs supérieurs à'Ostrea cras- 
sissima; et paléontologiquement, il suffirait, pour lui assigner ce niveau, de 
constater dans ce gisement l'abondance extrême et l'association des Cardita 
Jouanneti, Ancillaria glandiformis, Pleur otoma Jouanneti, et Conus canaliculatus. 
La seule question est de savoir, au cas où le miocène supérieur devrait former deux 
étages, comme le veut M. Mayer (helvétien III et tortonien), plutôt qu'un seul 
étage représenté par des faciès différents, comme le veut M. Suè'ss, auquel des deux 
étages appartiendrait Cabrières. 

Nous pensons qu'il appartient plutôt à l'helvétien supérieur qu'au tortonien. 
En relevant les espèces de Cabrières qui se retrouvent clans la mollasse d'après 
le tableau récemment publié de la faune helvétienne par M. Mayer (1), on 
voit que toutes ces espèces sont portées comme communes à l'helvétien 111 
et au tortonien, et comme également abondantes clans les deux colonnes, sauf 
quelques-unes qui ne dépassent pas l'helvétien [Cerith. papaveraceum, Cancellaria 
Westiana, Columbella Turonica, Cupularia Cuvieri, C. ambellata, etc.). De 
même , d'après ces tableaux , Cardita crassa , Cardita Jouanneti , Venus 
clathrata, Calyptrœa rfnnensis, Cerilhiwn Duboisi, etc., ont leur maximum avant 
le tortonien ou même avant l'helvétien III. D'après ces seules considérations, la 
faune de Cabrières pencherait donc plutôt vers l'helvétien III que vers le tortonien. 
Il faut ajouter négativement que Cabrières manque des espèces les plus caracté- 
ristiques de Tortone en Dentales, Turritelles, Pleurotomes et Buccins ; et qu'il 
possède au contraire une quantité notable, quoique moins forte que ne l'avait 
pensé M. Dumortier, d'espèces caractéristiques de la Touraine, soit h l'état typique, 

(1) llelvetmn der Schweiz, etc. Zurich, 1873. 



MARNES DE CABRIERES. 



153 



soit à l'état de variétés très-voisines, comme: Murex Aquitanicus, M. sfriœformis, 
M. Vindobonensis , Pollia exsculpta, Terebra modesta, Pleurotoma asperulata, 
Columbclla Turonica, C.fllosa, Cerithium Duboisi, C. papaveraceum.C.picimn, 



Turbo muricalus, Vermelus intortus, Crepidula gibbosa, Cardita crassa, Crassa- 
tellaprovincialis^Fragilia abbreviata, Cupularia Cuvieri et umbellata, Dendrophyllia 
digitalisa etc. La faune des acéphales de Cabriéres présente une frappante analogie 
avec celle de Salles : Ostrea digitaline/, Cardium Darwini, Cardita Jouanneti, 
Venus umbonaria, V. plicata, Cytherea Pedemontana, Tellina el/iptica, Arco- 
pagia ventricosa, etc. 

D'un autre côté, un certain nombre d'espèces de Cabriéres, comme Cerithium 
Dertonense, Rotella subsuturalis , Tu rr de lia pusio, Mesalia Cabrierensis, Pleur o- 
toma Saportai, Nassa conglobata var., N. acrostyla, N. Dujardinivdx., Fusus 
Mayeri, Eastonia rugosa, Solecurtus candidus, Dentalium fossile, etc., accusent 
des affinités avec le tortonien, ou des tendances évidentes vers les faunes pliocène 
ou actuelle, mais qui ne contrebalancent pas, selon nous, la masse des espèces 
helvétiennes ou préhelvétiennes. 

Cabriéres présente donc paléontologiquement un caractère intermédiaire entre 
l'helvétien supérieur et le tortonien, à supposer qu'ils doivent être pris comme 
deux étages distincts. Mais de telles nuances ne nous autorisent pas à en faire, 
pour un seul gisement, le type d'un nouvel étage, et nous préférons ranger encore 
la faune de Cabriéres dans le miocène supérieur, à peu près sur l'horizon de 
Salles dans le sud-ouest. 

C'est l'opinion exprimée incidemment par M. Malheron {Bull. Soc. géoL, 
t. XXV, p. 889), qui a le premier, croyons-nous, 



signalé 



cet horizon du 



Cardita Jouanneti dans le Midi, ici môme, à Villelaure et au cap Couronne près 



Martigues. 



La connaissance de la faune de Cabriéres, qui se complétera d'ailleurs sans 
doute par de nouvelles recherches, est en tout cas une acquisition intéressante 
pour la classification des terrains tertiaires du midi de la France, et cette faune 
prend certainement sa place entre celle de la mollasse de cette région et la faune 
mio-pliocène des environs de Bollène (Saint-Yrieix et Saint-Ferréol), qui précède 
elle- môme les faunes plus récentes encore, et caractérisées par le Poiamides 
Basteroti, du Vizan, de Théziers et des sables supérieurs de Montpellier, 



20 






w 



15fi 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



3 



Fossiles des marnes d'eau douce de Cncuron. 



La connaissance des coquilles terrestres et d'eau douce des marnes de Cucuron 
supérieures à la formation marine est due à M. Matheron, qui lésa indiquées dès 



1842 



v 



fossiles 



trad. Gaudin, 1861, p. 127); plusieurs de ces espèces n'ont pas été retrouvées par 
M. Gaudry ou par M. Arnaud. Nous ne les inscrirons donc ici que pour mémoire ; 
pour la détermination des autres, nous nous sommes aidés des rectifications que 
M. Matheron lui-même avait proposées à ses premières qualifications. ' 



Melanopsis Bonellïi, Sismonda, Synopsis meth. anim 
Manzoni, Lembi miocenici, etc., 1869, p. 24, pi. 3, fi 



5 5 . 



fig. 10-11. 



r 



invert. Pedemont. foss. , p. 
8-9. — (PI. XIX, fig. 5-6, etPl. XXI, 



Espèce caractéristique des marnes d'eau douce de Cucuron par son extrême abondance; 
indiquée d'abord sous le nom de M. Dufouri Fér. par M. Matheron (Catal. des Bouches-dii 
RhAne), qui a jugé plus tard lui-même (in Heer, Climat tert., etc.) que ce nom ne lui convient 
pas ; elle est citée expressément par Hôrnes de Cucuron (loc. cit., t. I, p. 597), sous le nom 
de M. impressa Krauss. 

* 

Nous croyons devoir plutôt la rapporter au M. Bonellïi Sismonda (carinata Michclotti, non 
Sowerby), des couches tortoniennes de Santa-Agata, dont M. Manzoni a donné une figure 
d'après un échantillon recueilli dans les couches synchroniques de Sogliano. Les échantillons 
de Cucuron sont d'ailleurs généralement plus petits et plus étroits que celui de Sogliano. 
Nous en donnons une bonne figure dans la planche XIX ; les figures 10 et 11 de la planche XXI 
ne sont pas satisfaisantes, la carène inférieure y est trop rapprochée de la suture, etc. 
Le Melanopsis de Cucuron diffère de Y impressa, en ce que la carène suturale y est bien plus 
marquée que dans cette dernière espèce ; il diffère au contraire du M. Matheroni Mayer, de 
Bollène (1), en ce que celui-ci, d'ailleurs généralement plus petit et plus étroit, a au con- 
traire cette carène suturale et la deuxième carène du dernier tour beaucoup plus accentuées. 
La coquille de Bollène est beaucoup plus près du M. Martiniana de Férussac, qui prend 

un si riche développement dans les couches à Congéries du bassin du Danube, que celle de 
Cucuron . 

Ces diverses formes appartiennent toutes d'ailleurs au groupe du M. Dufouri, espèce vivante 
en Espagne, si polymorphe elle-même, et qui débute dans les faluns inférieurs de Saint-Avit et 
de Saint-Paul de Dax par la forme très-simple du M.aquensis Grat. Depuis ce moment, le type 
a été toujours en se compliquant et en marchant de l'ouest à l'est. 

La forme de Cucuron et de ïortone représente ce type au moment de la mer tortonienne; 
la forme des couches à Congéries le représente dans son dernier état (fossile) et dans son 

(1) Mayer, Découverte des couches à Congéries dans le bassin du Bhtme, p. 17. 









MARNES D'EAU DOUCE. 



155 



maximum de puissance et de variation, alors que la mer tortonienne elle-même s'était retirée 
et que d'immenses bassins s'exondaient dans le centre de l'Europe. 



SucciNEA prdleva, Matlieron in Ileer {Recherches sur le climat tertiaire, 1861, 

trad. Gaudin, p. 127. 

Nous inscrivons ici pour mémoire cette espèce dont M. Matheron n'a pas encore donné la 
diagnose, et dont nous n'avons vu d'ailleurs que des échantillons incomplets; il nous a paru 
que c'était une petite espèce, mesurant 8-10 millim. de long, plus voisine du S. Pfeifferi 
Ilossm., aujourd'hui vivant, que du S. putris de Linné. 



Hélix Ciiristoli, Matheron, Cat. des corps org. foss. du dép. des Bouches-du- Rhône, 

p. 201, pi. 33, fig. 22-23. — (PL XXI, fig. 12-13. 

Espèce caractéristique du gisement de Cucuron. M. Matheron en a déjà donné une dia- 
gnose et deux figures. Nous l'avons fait représenter de nouveau pour montrer les fascies 
colorées en brun jaunâtre qui se voient sur presque tous les débris. C'est un type européen 
ancien dans le miocène, et qui, par les caractères de l'ouverture, rappelle peut-être plus le 
groupe du vermiculata que celui du nemoralis, comme plusieurs autres espèces voisines des 
faluns de la Touraine ou des calcaires d'eau douce du Wurtemberg. 



Hélix ûufrenoyi, Matheron, ibid., pi. 33, fig. 24-26. 
Hélix pseudo-conspurcata, Matheron, ibid., pi 33, fig. 27-29. 

* 

Nous consignons ici pour mémoire ces deux espèces de Cucuron que nous n'avons pas 



vues. 



Limïuba, sp. ? — (PL XIX, fig. 9.) 

De même il nous est impossible de déterminer spécifiquement les débris assez nombreux 
de Limnées qu'on trouve dans ces marnes; il nous a paru seulement qu'ils appartenaient à 
un ou deux types de taille petite ou moyenne et de forme allongée, non ventrus, à spire plus 
ou moins étroite et longue, comme le L. Bouilleti Michaud, d'Hauterive, moins effilés 
cependant. 

La planche XXI, fig. 9, représente, mais avec des caractères de coquille adulte qui n'exis- 
taient pas sur le modèle, un des meilleurs spécimens que nous ayons eus. 



Planorbis pr^corneus, Nobis. — (PL XXI, fig. 6-8.) 

Testa ma/iocrïs, supra stricte umbilicata, subtus concava, longitudinaliter striata; anfractibus 6 teretibus 
rotandatis, celeriter accrescentibus , ultimo majore; apertura clilatata, subrotundata , subhmata ; peristomate 
simplici. — Lat. 14; ait. 6 millim. 

Espèce commune à Gabrières, mais rarement entière. Les deux plus grands échantillons 



. - 




156 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LËBERON. 



que nous ayons vus présentent un test couvert de stries longitudinales très-sensibles et plus 
nettes que ne le montre la figure. 

Le nom que nous lui avons donné indique la progression du type des grands Planorbes 
européens tertiaires vers la forme actuellement vivante, dont on s'approche d'autant plus 
qu'on étudie la faune d'un terrain plus récent. 

Le Planorbe de Cucuron est intermédiaire entre le P. cornu Brongniart {solidus Thomse, 
subpyrenaicus Noulet, olim), de l'oligocène et du miocène inférieur et moyen, et le cormus 
vivant. II est plus petit que 1 un et que l'autre; il est moins plat que le premier et plus ombi- 
liqué par suite du développement plus rapide des tours ; il est moins rond et plus ramassé 
que la forme typique du second, il s'en rapproche cependant plus que du tvpe ordinaire 
du cornu; mais celui-ci, à mesure qu'il s'éloigne des temps éocènes, s'écarte de plus en plus 
de la forme large, plate et polygyrée, à faciès américain tropical, de cette époque pour tendre 
vers la forme européenne actuelle. Le />. incrassatus Rambur, du falunde Manthelan en Tou- 



rame 



montre cette tendance. Le nôtre est plus petit, plus ramassé et plus ombiliqué que 
celui de Touraine. D'un autre côté, le P. Thiollieri Michaud, du pliocène inférieur d'Hauterive, 
présente, outre sa taille plus forte et plus haute, des tours biseautés et inférieurement carénés 
qui ne permettent pas de confondre avec lui le Planorbe de Cucuron. 



Planorbis Matheroni, Nobis. 



(PI. XXI, fig. 3-5.) 



Testa parva, planulata, supra convexiuscula, subtus latissime umbilicata, subconcava; tenuissime oblique 
striatula ; anfraclibus 6 paulatim accrescentibus, ultimo obliqualo, infra subcarinato, subpiano; apertura obli- 
qua, deflexa, lunulata ; peristomate simplici, acuto. — Lat. 7-8; ait. 1-2 millim. 

Espèce très-commune dans la marne de Cucuron, qui se rapproche un peu du P. spirorbis 
Drap, vivant en Europe ; mais plus grande, à tours moins ronds, plus bombée supérieure- 
ment, plus excavée en dessous, à bouche très-oblique et descendante. Intermédiaire entre 
le spirorbis et le declivis Br. (applanatus Th.), du miocène inférieur et moyen, notre Pla- 
norbe est plus grand, plus polygyré que ce dernier, moins plat et moins sensiblement caréné 
en dessous. 

Nous ne voyons rien de semblable dans les couches à Congéries du bassin du Danube. 
Michaud cite à Ilauterive, sous le nom sans doute fautif de P. Prevostinus Dcsh., un petit 
Planorbe qu'il dit tout à fait voisin du spirorbis; nous ne le connaissons pas. 



Bithynia Leberoxensis, Nobis. — (PI. XXI, fig. 1-2. 

Testa parva, imperforata, lanigata, ovato-conka ; anfraclibus 6 convexis, sutura distlncta junctis, ultim 
dimidiam parlent testœ œquante; apertura rnediocri, subovala ; peristomate continua, simplici. - Lon- 5-6 ■ 
lat. 3-4 millim. ° ' 



Commune dans les marnes de Cucuron, cette espèce, par ses caractères extérieurs, est du 

groupe du Bithynia tentaculata L. ou de ÏAmnicola similis Drap, vivants en Europe ; plus 

grande que celui-ci, le dernier tour proportionnellement moins développé, et l'ouverture plus 
petite. " ' 

L'espèce fossile la plus analogue à la nôtre est peut-être le Bithynia helvetica Defr. 
[tS. glabra Sclmbler, B. tentaculata auct. plerumque), du miocène supérieur d'eau douée du 



MARNES D'EAU DOUCK. 



157 



Locle, etc., mais la nôtre est sensiblement plus petite, moins ventrue, le dernier tour moins 
globuleux. 

Le B. tentaculata indiqué à Hauterive par Michaud, et qui nous parait être au moins une 
variété [minor, ultimo anfractu breviore, rotundato, etc.) du type vivant, est d'ailleurs plus 
rapproché de celui-ci par sa taille et par d'autres caractères, que l'espèce de Cucuron. 

Ce type tentaculata est fort intéressant à suivre dans ses modifications successives dans les 
temps tertiaires ; c'est un type européen et fort ancien, puisqu'il est signalé déjà à Longpont, 
au niveau du calcaire grossier supérieur de Paris (B. Douvillei Bayan). 

Le B. Leberonensis est la seule Paludinidée que nous ayons eue de Cucuron ; mais M. Mathe- 
ron, qui l'avait anciennement signalée sous le nom de P. similis Drap., avait indiqué en 
même temps du terrain d'eau douce de Cucuron [Catal. des Bouches-du-Rhône, p. 225), et 
comme très-commun, le P. anatina Drap., ou muriatica Larnk. Nous n'avons pas vu cette 
espèce. 

Nous n'avons pas vu non plus une petite Neritina, nov. sp., que M. Matheron a indiquée 
à Cucuron (in Heer, loc. cit.). 



En somme, cette faune des marnes d'eau douce de Cucuron avec ses petites 

Hélices et ses Succinées, ses Mélanopsides (1), ses Bithynies, ses petits Pla- 
norbes, ses rares Limnéeset ses Néritines, accuse des eaux peut-être très-étendues 
en surface, mais peu profondes et assez claires ; de grandes prairies marécageuses 
ou simplement mouillées, plutôt que de véritables lacs. 

Quoique cette faune soit peu importante en elle-même et ne présente aucun 
type remarquable et qui s'éloigne beaucoup des types européens actuels, il est 
à noter cependaut que les espèces qui la composent semblent presque toutes nou- 
velles et particulières. Nous ne retrouvons, en effet, aucune de ces espèces, soit 
parmi les coquilles terrestres mêlées à la mollasse marine miocène de la région, 
à Aix, Rognes, Pertuis, etc., soit parmi les coquilles terrestres et fluviatiles des 
faluns de la Touraine ; ce qui pourrait s'expliquer comme une simple différence 
locale, mais ce qui peut très-bien aussi avoir une raison d'être plus générale et 
tenir au fait que la distribution et l'extension des terres et des mers étaient fort 
différentes à l'époque de la mollasse marine, ou après cette époque. La petite 
faune des mollusques de Cucuron est, en définitive, liée à la faune des hipparions 
et des autres grands mammifères étudiés par M. Gaudry, c'est-à-dire qu'elle 
appartient déjà à une faune continentale de grandes terres et de grandes prairies 
assez différente sans doute de la faune insulaire immédiatement précédente. D'un 
autre côté, nous ne retrouvons non plus aucune de nos espèces dans les marnes 
d'Hauterive (Drôme), que nous croyons pliocènes comme les sables supérieurs de 



(1) Les Mélanopsides se trouvent surtout dans les couches inférieures du dépôt; c'est exceptionnellement 
qu'on les trouve dans la partie supérieure, mêlées aux autres fossiles. 



15$ 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBEIïON. 



Montpellier ; ni même clans les couches à Congéries et à Mélanopsides de Bollène, 
dont la découverte intéressante dans la vallée du Rhône est due aux recherches 
récentes de M. Mayer. La seule espèce de Cucuron que nous ayons pu rapporter 
à une espèce connue ailleurs, et la plus importante pour ce motif, est la Méla- 
nopside que nous avons identifiée avec l'espèce italienne des couches d'eau douce 
de Santa-Agata, qui sont subordonnées aux couches marines de Tortone. Les 
couches de Cucuron qui la renferment également peuvent donc représenter 
exactement ces couches marines du Tortonais, plus exactement même que celles 

de Bollène, qui appartiendraient, d'après M. Mayer, à un niveau un peu plus 
récent. 



/ 






CHAPITRE II 



CONSIDÉRATIONS SUR LA FAUNE MALACOLOGIQUE DE CARRIÈRES 



^ 



Ainsi que nous l'avons dit à la suite de la description des espèces de coquilles 
fossiles de Cabrières, ce gisement dénote une faune d'un caractère évidemment 
subtropical, comme toutes les faunes du miocène, ayant vécu dans d'excellentes 
conditions physiques, dans une station littorale ou sublittorale de l'archipel pro- 
vençal, et appartenant géologiquement à l'horizon le plus supérieur du miocène. 
Nous ne reviendrons pas sur ces points. Mais l'étude analytique de la faune de 
Cabrières donne encore matière à quelques autres considérations, relatives soit 
à sa situation géographique, soit à sa richesse spécifique, soit à la proportion, h 
l'origine, au développement et à la marche des éléments divers qui la constituent. 



§ '1- 



l.a faune de Cabrières fait partie de la grande faune de l'ancien 

centre méditerranéen. 



La situation géographique du gisement de Cabrières lui donnait pour nous un 
intérêt tout particulier. C'est en effet le premier gisement un peu important de 
fossiles miocènes bien conservés qui soit signalé au milieu des puissantes et mono- 
tones mollasses de la vallée du Rhône et du Midi, et qui permette de faire 
quelques comparaisons avec les faunes des riches et classiques gisements de 
l'ouest de la France ou du bassin du Danube. 

Quand on se reporte en pensée, comme on doit tom'ours h, frira dans I'aIhH« 




160 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



des faunes marines ou continentales de lepoque miocène, à la distribution des 
terres et des mers européennes à cette grande époque qui a ramené une si vaste 
submersion de notre hémisphère, on voit que les mers se répartissent déjà entre 
trois bassins principaux : 1° un bassin septentrional, correspondant à l'Allemagne 
du Nord et à la Belgique, dont les communications avec le centre de l'Europe sont 
rendues probables par les considérations paléontologiques, mais ne sont pas encore 
nettement indiquées ; 2° un bassin occidental ou atlantique, ou plutôt, selon les 
esquisses géographiques si intéressantes de M. 0. Heer, un golfe profond, sans 
doute fermé au nord, plus ou moins large à l'ouest, ouvert indéfiniment au sud, 
qui baignait déjà comme aujourd'hui, mais plus profondément, les rivages de la 
Touraine, de la Gascogne et du Portugal ; 3° enfin, un grand bassin central ou 
méditerranéen, une grande mer européenne intérieure, traversant l'Europe par 
les vallées du Rhône, de la Suisse et du Danube, très-large vers l'Orient, découpée 
vers le centre par des îles et des presqu'îles, comme la mer de l'archipel Malais, 
séparée dès lors tout autant qu'aujourd'hui du bassin atlantique par la masse 
continue des terres de la France et de l'Espagne, et ne communiquant sans doute 
avec lui que par la coupure probable de l'Andalousie. 

Les faunes fossiles miocènes de ces trois bassins paraissent avoir été beaucoup 
plus uniformes que ne le sont actuellement en définitive les faunes des bassins 
correspondants (1). Cependant on peut saisir déjà à cette époque quelques traits 
de la localisation future des faunes actuelles. Ainsi, les Turbo rugosus, Cerithium 
vulgatum, Murex brandaris, Cassidaria echinophora, JSassa mutebilis, les Cardhim 
particuliers de la mer Caspienne, etc., tous ces types, aujourd'hui absolument ou 
presque absolument méditerranéens, se trouvent déjà dans le miocène de Vienne, 
tandis qu'ils manquent tout à fait ou sont tout à fait rares dans les gisements de 
l'O. et du S. 0. de la France. Par contre, on trouve déjà communément sur 
l'ancien littoral atlantique des types qui appartiennent encore aujourd'hui à ce 
grand bassin et qu'on ne trouve pas, ou dont on trouve à peine quelques-uns dans 
le miocène méditerranéen, comme Volute Lamberti? Turbinella subpugillaris , 
Terebra plicaria, Oliva Basterotina, Marginella et Priamw de Lisbonne, Cardium 
bwdigalinum et autres du groupe du ringens, Crassatetta concmtrica , Donax 



(1) Les différences plus grandes qu'on serait tenté d'apercevoir entre les faunes bien connues devienne et de 
Bordeaux tiennent à ce fait que le miocène de l'ouest est généralement plus ancien d'un degré que celui du cen- 
tre de l'Europe, ou du moins que l'ouest et le sud-ouest de la France fournissent les meilleurs types pour les 
faluns inférieurs (lîazas) et moyens (Léognan-Saucats, Pontlevoy); tandis que le bassin du Danube fournit les 
plus nombreux et les plus beaux gisements pour le groupe du miocène supérieur et des couches mio-pliocènes. 






(lONSIDEU AXIONS CKNERALES. 



161 



subelongata, Ungulina, etc. L'importance de ces localisations antiques est grande 
au point de vue de l'origine des espèces. 

La position de Cabrières en Provence, au pied S. 0. des Alpes qui formaient 
alors avec les Apennins d'un côté et les Balkans de l'autre une grande île, l'île 
pennino-carnienne de M. Heer, découpée comme les Célèbes, nous donne une 
station intéressante et fort heureusement placée entre celle de Lisbonne et celle 
de Vienne, mais qui doit tenir de celle-ci plutôt que de l'autre, puisqu'elle fait 
également partie de la Méditerranée. Et, en effet, l'ensemble de la faune de 
Cabrières, de sa composition générique et spécifique, son faciès, nous paraissent 
rappeler plutôt les faunes du Danube que celles du S. 0. On reconnaît ce faciès 
méditerranéen dans l'association de certaines espèces qui ne sont pas ordinaire- 
ment réunies dans l'ouest, dans les affinités des variétés locales des Murex 
Pleurotornes, Àncillaires, etc., ou dans la présence de certains types, comme 
Murex striœformis , JSassa conglobata, N. acrostyla, N. Dujard'mi, var. 7, 
Cerithium Derloneme, Roiella sabsuturalis , Turritella rôti fer a, Eastonia rit- 
gosa, etc. 



§2 



La âauiic tic Cabrières est remarquable par l'extrême variété 

tics types. 



La faune des Mollusques de Cabrières se compose, dans ce moment-ci, de 
104 espèces déterminées, qui se divisent entre lli gastéropodes, dont kl sipho- 
nostomes et 27 holostomes, etc., et 30 acéphales. Il suffit de manier un peu ces 
fossiles pour être frappé de la quantité de formes nouvelles, de variétés, de 
nuances qu'ils présentent par rapport aux types auxquels on les compare, et qui ren- 
dent leur spécification rigoureuse souvent très-délicate. Après une étude détaillée, 
nous avons cru devoir élever au rang d'espèces nouvelles 28 de ces formes, et 
nous en avons signalé plus de 20 autres comme des variétés notables dont plu- 
sieurs auraient pu prendre aussi le rang d'espèces ; nous avons en outre, dans 
les descriptions, indiqué des nuances sensibles pour beaucoup d'espèces inscrites 
comme identiques avec des types connus. Sur 10/t espèces, il y en a donc 48 ou 
50, c'est-à-dire près de la moitié, que nous avons dû signaler comme espèces 
ou variétés nouvelles. 



2t 






162 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBEROX. 



3 



€ette variabilité confirme la loi de progression plus rapide tics types 

supérieurs, même appliquée à l'étude intérieure d'un embranche- 
ment. 



Ces 28 espèces nouvelles et ces 20 variétés notables se décomposent en effet 
de la manière suivante entre les Gastéropodes et les Acéphales : 

Sur 74 Gastéropodes— 24 espèces et 18 variétés. Total : 42. 



Sur 30 Acéphales 



4 espèces et 2 variétés. Total : 6 



Les Gastéropodes eux-mêmes se partagent ainsi en formes nouvelles 

Sur 47 Siphonostomes. — 17 espèces et 15 variétés. Total : 32. 



Sur 27 lïolostomes 



7 espèces et 3 variétés. Total : 10 



La contre-épreuve de ces résultats est dans la distribution du chiffre total des 
espèces réputées encore vivantes entre les trois groupes principaux de Mol- 
lusques. Pour Cabrières, cette proportion est pour les Acéphales de 33 pour 100; 
pour les Gastéropodes, holostomes, de 24 pour 100 ; et pour les Siphonostomes, elle 
n'est plus que de 15 pour 100 (et en entendant très-largement l'analogie on 
l'identité), c'est-à-dire 20 pour 100 en moyenne pour les Gastéropodes. Cette 
analyse de la petite faune de Cabrières donne des résultats qui seraient même 
inférieurs à ceux que fournirait la faune beaucoup plus importante de la mollasse 
suisse ; d'après le catalogue de M. Mayer, les Acéphales marins de l'étage hel- 
vétien III donneraient en effet 42 pour 100 d'espèces vivantes, et les Gastéropodes 
seulement 25 pour 100. Ces statistiques peuvent toujours être contestées, selon 
la manière dont chaque auteur entend l'espèce ou l'identité ; dans une certaine 
limite cependant, elles donnent des résultats importants, et le fait essentiel, 
c'est-à-dire la disproportion frappante entre les Gastéropodes et les Acéphales sous 
le rapport de la permanence ou de la variabilité des types, semble ressortir des 
divers calculs d'une manière incontestable. 

i 

Ce fait est prouvé encore d'une autre manière, si Ton compare par exemple 
la faune de Cabrières à la faune de Salles que nous regardons comme synchro- 
nique : les Acéphales sont presque tous communs entre les deux gisements, les 
Gastéropodes sont presque totalement différents. Ce serait la même chose si 



CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 



163 



nous comparions Cabrières et Salles à Tortone ou même à Asti. C'est dans les 
Acéphales qu'on trouve le plus d'espèces communes entre différentes assises 
du miocène, et entre le miocène et le pliocène. 

Les Gastéropodes ont donc plus varié que les Acéphales ; et dans les Gastéro- 
podes, les Siphonostomes plus que les Holostomes, et dans les Siphonostomes, les 
roupes sur lesquels portent le plus grand nombre de nos espèces nouvelles, 
sont les groupes des Conidcs, des Buccinidés et des Muricidés, c'est-à-dire les 
groupes qui sont en plein développement dans la nature actuelle ! 

L'extrême variabilité de la faune de Cabrières portant presque tout entière 
sur les Gastéropodes supérieurs, tient donc à un fait de l'ordre le plus général, à la 




marche même de la forme organique dans l'embranchement des mollusques. 

Comme causes secondaires, on peut croire qu'elle est due à l'action combinée 
des trois faits que nous avons constatés d'abord : 

Les conditions biologiques de la station de Cabrières ; 

La situation géographique de cette station ; 



Et surtout 1 âge géologique que nous lui attribuons. 



Le miocène supérieur paraît être en effet l'époque du maximum de variabilité 
des types miocènes. 



h 



Cette variabilité n'est pas en contradiction avec l'hypothèse de la 

filiation des espèces par voie de transformation. 



Elle en est au contraire l'expression et la condition nécessaire ; il faut bien que 
les types varient pour qu'ils se transforment. 

Lorsqu'un naturaliste érige une forme en espèce distincte, ce qu'il ne fait 
souvent qu'après beaucoup d'hésitation (nous en avons fait l'expérience dans 
cette étude), il ne supprime pas pour cela les rapports de cette forme avec d'au- 
tres formes voisines, soit contemporaines, soit antécédentes, soit subséquentes. 
L'espèce n'exprime que les différences; mais les ressemblances n'en subsistent 
pas moins, et nous ne donnerions pas une conclusion juste à notre travail, si nous 
nous bornions à constater la grande variabilité des types qui est accusée par le 
nombre de nos espèces nouvelles, sans parler des affinités que cette étude nous 
a fait reconnaître entre ces espèces et celles dont nous les séparions. Le cadre de 



164 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



cette publication ne nous permet pas d'entrer à cet égard dans les détails néces- 
saires ; mais nous pourrons du moins indiquer les groupes d'espèces qui nous 
ont paru les plus intéressants à étudier dans leur évolution stratigraphique, et 
quelles que soient d'ailleurs les conclusions qu'on veuille en tirer au point de vue 
de la question de l'origine des espèces, soit qu'on veuille voir dans ces séries de 
formes rapprochées une série de créations répétées suivant un certain plan, soit 
qu'on incline, comme nous, à y voir l'exécution de ce plan par voie de transfor- 
mations successives. 

La faune du miocène en général se compose de trois éléments constitutifs: 
1° Un groupe d'espèces, peu nombreuses d'ailleurs, qui se rapportent à des types 
anciens dans les mers européennes et qui paraissent être sensiblement la con- 
tinuation d'espèces de l'oligocène, ou quelques-unes môme de l'éocène (i). 
Ces indications auraient besoin de développements et d'éclaircissements qui ne 
trouvent pas leur place ici. 2° Un groupe, bien plus nombreux, d'espèces nou- 
velles, importantes, qui donnent à la faune miocène un caractère tranché et 
profondément distinct de celui des faunes antérieures, et appartenant à des types 
exotiques qui se retrouvent aujourd'hui, et souvent avec une analogie frap- 
pante, les uns aux Antilles, comme les grandes Pirules mélongènes, les grosses 
Turbinelles, des Lucines diverses, etc.; les autres au Sénégal, comme certaines 
espèces de Murex, de Ranelle, de Vis, d'Olive, de Pleurotome, de Bucarde, 
Vénus, Telline, Unguline, etc. ; les autres enfin dans les mers de l'Inde, de la 
Chine, ou même de l'Australie, comme les grands Murex trigoncs, les grands 
Casques, les grandes Rostelloircs, les Oniscies, les Ficules, les Pirelles, certains 
Pleurotonies, les grandes Méléagrines, les grandes Cardites, les Joimnnetia, etc. 
Les espèces de mollusques de ce groupe, sans parler des polypiers massifs, appa- 
raissent en général si inopinément dans nos faluns, et elles ont une telle analogie 
avec des formes encore vivantes dans les mers éloignées, qu'on est porté à 
admettre l'hypothèse que ces types préexistaient déjà dans ces régions chaudes, 
et qu'ils se sont introduits de proche en proche dans nos parages à la suite des 
révolutions géologiques qui ont ramené les mers sur notre continent à l'époque 
miocène. Ces révolutions ont mis sans doute en communication nouvelle, surtout 
à l'orient, ces divers bassins, en établissant entre eux des relations de courants 



(1) Nous citerons seulement : Chenopus pes Pelecam, Buccinum eburnoides, Ancillaria glandiformis, Pleu- 
rotoma ramosa, P. cataphracta, Erato lœvis, Natica Josephinia, N. Volhynica, divers Pijrazus et Potamidi 
Turntella bicarinata, Ostrea crassissima, Arca umbonata, A. barbota, A. scabrosa, etc. • 



CONSIDERATIONS GENERALES. 



165 



et d'uniformité de température favorables à la diffusion des espèces; diffusion 
momentanée d'ailleurs, car la plupart de ces types ont disparu de nos mers après 
l'époque miocène. 3° Enfin, un groupe d'espèces qui ne rentrent pas facilement 
dans la première ni dans la seconde catégorie, et qui semblent le produit plus 
direct de l'énergie créatrice de formes nouvelles à cette époque. Les unes, sans 
descendances, ont peut-être été des hybrides stériles ; les autres ont fourni un 
développement fécond qui ne s'est pas toujours arrêté avec l'époque miocène 
et qui a fait en partie le fond de notre faune européenne actuelle. 

L'étude de la faune de Cabrières nous met en présence de ces trois groupes, 
et au moment critique où la faune miocène, ayant atteint tout son apogée, déve- 
loppe toute sa richesse spécifique, épuise ses anciens types et en dégage, en fait 
éclore de nouveaux. C'est l'embarras et c'est l'intérêt de cette étude ; il suffit 
de passer rapidement en revue les groupes principaux qui en ont été l'objet. 

Les Muricidées nous offrent une espèce nouvelle de ces grands Murex qui font 
leur apparition dans le miocène moyen, et qui y présentent autant de forme 
particulières qu'il y a de niveaux et de gisements. Le M. Gaudnji est intermé- 
diaire entre les formes du miocène moyen et celles du pliocène; il est plus 
éloigné du trunculus vivant de la Méditerranée que ne l'est même le subasperrimus 
de Léognan. Avec ce grand Murex, tout un groupe de petites formes multipliées 
dans le miocène supérieur, qui procèdent des sublavatus, Lasseignei, etc. des 
f al uns inférieurs, et mènent par des passages difficiles à suivre à nos formes 
vivantes européennes Edwardsi, erinacem, etc.; un Pollia exsculpta, qui est 
plus près de YOrbignyi de la Méditerranée que les formes pliocènes ; un Parpura 
ayant pour la première fois les caractères des Monoceros, aujourd'hui caracté- 
ristiques des côtes occidentales de l'Amérique du Sud. 

Les grands Ficula, de type tout à fait asiatique, qui ont vécu dans nos mers 
jusque dans le crag; le Pirella rusticula, voisin du Spirillus vivant de Java, 
annoncé peut-être anciennement par quelques formes de la craie supérieure, 
se trouvent à Cabrières comme dans tout le miocène. Une seule espèce de Can- 
cellaria y représente ce genre si riche dans tout le miocène et le pliocène de 
l'ouest, du centre et du nord de l'Europe, y compris le crag, et aujourd'hui 
relégué par nous dans quelques stations méditerranéennes de la côte d'Afrique. 
L'espèce de Cabrières a peut-être son meilleur analogue au Japon. 

Dans les Buccinidées, le Buccinum eburnoides tient de si près au B. Caronis 
de l'oligocène, qu'il est généralement inscrit sous ce nom spécifique, et de si près 



«* 



166 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



aussi aux Ebiirna actuels, qu'on le porte souvent dans ce genre. Les Nassa 
proprement dits, inconnus dans l'éocène, et qui débutent dans les faluns de 
Bazas, présentent dans le miocène moyen et supérieur un développement et une 
variabilité extrêmes : au niveau de Cabrières, on voit le N. mutabilis de la 
Méditerranée se dégager du TV. Dujardini de Touraine, et notre N. acrostyla 
annoncer les gibbosufa pliocènes et actuels. On voit apparaître en même temps 
le type Desmoulea, aujourd'hui particulier à l'Afrique occidentale. Le Terebra 
modesta, que nous distinguons du T. plicaria de Léognan, mais qui mène évi- 
demment avec lui au T. fuscata du pliocène, est également un type aujourd'hui 
sénégalien, parfaitement inconnu dans l'éocène. Le Columbella curta, d'un genre 

néogène, et répandu jusque dans le crag du Nord, aujourd'hui 
méditerranéen, peut se suivre dans toutes ses variations de taille et de forme 
depuis le falun de Bazas jusque dans les couches d'Asti, où il revient à son point 
de départ après avoir eu à Cabrières son écart maximum. C'est aussi là et dans 
tout le miocène supérieur de toute l'Europe qu'on trouve le maximum de taille 

qui datait de l'oligocène et 



également 



difi 



dont les congénères sont aujourd'hui retirés dans la mer Bouge ou dans les 
mers australes. 

Les Conidées ne nous offrent pas de ces grands Cônes qui donneraient à eux 



com m e 



seuls à la faune miocène un caractère de faune équatorialc ; mais, 
toujours, une quantité considérable de Pleurotomes : le P. ramosa de type aujour- 
d'hui sénégalien, mais apparu déjà dans nos mers à l'époque oligocène et même 
éocène inférieure {P.Chapuisi Desh.), et le groupe difficile, également composé de 
types africains, des P. aspendata, cedearata, interrupta, qui débute dans les faluns 
de Bazas et se poursuit jusqu'à la limite du pliocène, après avoir fourni dans le 
miocène moyen et supérieur une diversité presque inextricable de formes voisines, 
aussi nombreuses que leurs niveaux et que leurs stations. Notre P. pseudo- 
beliscus forme un anneau de plus dans la chaîne qui va du terebra de Bazas au 
Brocchii du pliocène, etc. 

Les Nalicidées présentent les mêmes difficultés et par conséquent le même 
intérêt. Après l'extinction des grands types si remarquables de l'oligocène et de 
l'éocène, on voit se poursuivre encore le type epiglottina et le type labellata 
jusqu'à Xhelicina vivant. Le type olla ou Josephmia, d'un groupe aujourd'hui 
cosmopolite, déjà européen à l'époque oligocène, se développe rapidement et 
atteint son maximum de variation dans le miocène supérieur. Le groupe exotique 



CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 



167 



des mamilla s'annonce confusément dans les submamilla, redempta, Mathe- 
roni, etc. ; mais la tendance la plus remarquable de cette famille pendant le mio- 
cène est celle qui dégage peu à peu le type européen millepunclata d'une quan- 
tité de formes apparentées dès le miocène moyen ; c'est dans le miocène supérieur 
et dans le pliocène que la confusion des espèces de ce groupe est à son comble. 

Les Cérithidêes, au niveau de Cabrières, présentent un groupe ancien et 
aujourd'hui exotique en pleine décroissance, et un groupe nouveau, européen 
aujourd'hui, en pleine voie de formation. Le groupe ancien qui se retire est le 
groupe si remarquable des Pyrazus [C. ligniiarum /, C. Duboisi ?), à peine 
représenté dans l'éocène (C. Blainvilleï), riche déjà dans l'oligocène du S. 0. 
{C. gibberosum, etc.), pullulant dans les faluns de Bazas ou de Touraine, et dépé- 
rissant et reculant ensuite dans le miocène supérieur et vers l'Orient, où il est 
représenté encore parles grands Pyrazus asiatiques (C. palustre, C. sulcatum). 
\\ faut y joindre le C . papaveraceum du groupe' des anciennes Potamides éocènes 
et oligocènes, aujourd'hui sénégalien plutôt qu'asiatique. Le groupe nouveau 
qui se développe et qui expulsera l'autre, est le groupe européen du C. vul- 
gatum et des formes qui gravitent autour de lui : C. doliolum, mediterraneum , etc.; 
on le voit poindre dans les faluns de Bazas, il se développe dans le miocène 
moyen, et dès le miocène supérieur il est tout à fait fixé en Autriche, avec le 
Turbo rugosus, au centre antique de la Méditerranée, qu'il ne quittera plus. Les 
formes secondaires qui l'accompagnent, C. minutum, doliolum, prœdoliolum, etc., 
sont extrêmement difficiles à classer dans le miocène moyen et supérieur. 
A côté de ces deux groupes, le petit C. pictum semble prolonger à travers tout le 
miocène, et en suivant également une marche del'O. à l'E., le type si ancien du 

■ 

plicatum dont il dérive'dans les faluns de Bazas par Xinconstans ; il s'éteint après 

avoir pullulé dans le bassin du Danube au moment où la mer miocène se retire. 

Les Turritellidèes présentent à Cabrières une espèce remarquable : le Proto 



i 



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inconnu dans l'éocène ou l'oligocène européen, mais arrivé peut-être dans nos 
mers miocènes par l'Asie où le type préexistait dans le nummulitique des Indes 
(T. Deshayesi d'Arch.). A côté, plusieurs formes difficiles à distinguer appar- 
tiennent au groupe de X Archimedis Brongn., type oligocène, qui se perd dans les 
premiers faluns dans le groupe polymorphe du T. turris et s'en dégage de 
nouveau dans le miocène moyen et supérieur. Les Mesalia éocènes, aujourd'hui 
africains, existent encore au même moment. 







163 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LEBERON. 



Les Turb* aidées sont surtout représentées à Cabrières par deux formes, 
dont une remarquable, du type Rotella, qui est aujourd'hui asiatique et de 
l'extrême Orient, et qui fait une apparition momentanée en Europe dans 
les couches mio-pliocènes du centre méditerranéen. A côté de ce type exo- 
tique se développent les types européens des Turbo rugosus, Trockus mille- 
granus, etc. 

Les Mollusques acéphales, ainsi que nous l'avons dit, surtout les sinu-palléales, 
sont mieux fixés dans leurs limites spécifiques que les Gastéropodes. Ils offrent 

tous encore cependant l'intérêt de termes, d'échelons dans des séries successives 
dont la progression est sensible. 

C'est ainsi que dans les Ostréidées, l'Ostrea crassissima nous présente certaine- 
ment un état, à un moment donné, d'un type fort ancien, qui date de l'éocène 
en Europe, qui est parfaitement caractérisé dans l'oligocène tongrien par l'O. Ion- 
girostris, qui se modifie ensuite légèrement dans les faluns de Bazas (0. gin- 
gémis), devient plus confus dans le miocène moyen, où il touche au crassissima 
typique, et se retrouve vivant de nos jours dans les huîtres longirostres de l'Amé- 
rique du Nord orientale (0. virginica, 0. canadensis, etc.). Il est difficile d'imaginer 
des modifications mieux suivies et mieux graduées que celles que subit ce type 
dans cette longue suite de temps. L'O. digitalina, qui touche souvent à Xedulis 
vivant, se rattache également par une série de modifications embarrassantes à 

XO. producta des faluns de Bazas, qui tient lui-même de très-près au cyathula 
du tongrien. 

Dans les Arcadées, les Pétoncles de nos côtes sont presque fixés comme espèces 
dès le miocène moyen : ils ne subissent dès lors que des modifications de temps 
et de lieux, de races, qui embarrassent le classificateur, mais qui s'acheminent 
visiblement vers les formes actuelles. Dans les Arches proprement dites, le type 
de Xumbonata, aujourd'hui exotique, mais ancien en Europe, éocène et oligocène 
(A. biangula, A. Sandbergeri, etc.), lutte dans le miocène moyen et dans le 
miocène supérieur contre le type européen Noce, qui s'en dégage dès le miocène 
moyen et qui l'expulse dans le pliocène. Au contraire, le groupe des Anadara, 
à peine indiqué par des formes embryonnaires dans notre éocène, mais déjà 
établi à l'époque nummulitique supérieure dans les mers de l'Asie (A. peethensis 
d'Arch., etc.), se développe rapidement dans le miocène. Le type Turonica, entre 
autres, se poursuit sans interruption depuis VAquitanica du falun de Bazas jusqu'à 
la grande et dernière forme de Cabrières et de Tortone (A. firmata), mais après 















CONSIDERATIONS GENERALES. 



169 



avoir jeté des embranchements latéraux dont naîtront les formes plus par- 
ticulièrement pliocènes, A. diluvii, A. Breislaki, etc. 

Les Cardiadées du miocène sont remarquables; un groupe surtout, occiden- 
tal à cette époque, celui du C. burdigalinum (dont un antécédent singulièrement 
ancien et isolé a été signalé dans les sables suessoniens inférieurs du bassin de 
Paris), se rattache au ringens du Sénégal. C'est de ce groupe que se détache le 
C. Darwini, que nous retrouvons à Cabrières et qui présente des passages presque 
insensibles au C Mans vivant de l'Algérie. Un autre groupe oriental au contraire 
et très-particulier, celui des Adacna, etc., qui subsiste encore de nos jours dans 
la mer Caspienne, date du miocène supérieur dans le bassin du Danube et dans 
celui du Rhône. 

Les Crassatellidêes sont largement représentées à Cabrières par les Cardita 

Jouanneti et crassa, types aujourd'hui exotiques, de la section des Mytilicardia, 

sans analogues dans l'éocène européen, et caractéristiques du miocène moyen et 

supérieur. Leur origine est douteuse. Le C. crassa, espèce très-fixe, n'est précédé 

dans les faluns de Bazas ou dans le tongrien que par une forme infiniment 

moindre; mais ce type, asiatique ou australien, existait déjà clans l'Inde à l'époque 

nummulitique (C. Keyserlingi d'Arch.). Le C. Jouanneti, qui a pullulé dans le 

miocène supérieur et qui n'a de congénères un peu analogues aujourd'hui que 

dans la mer Rouge ou dans les mers de l'Australie, paraît dériver plus facilement 

du C. pinnida des faluns de Bazas par l'intermédiaire de formes mixtes des faluns 

de l'Armagnac, ou du C. Zelebori d'Autriche, dont les antécédents nous échappent 

encore. Les Crassatelles proprement dites ne sont représentées à Cabrières que 

par une très-petite forme d'un groupe que l'on trouve déjà dans l'éocène et 

l'oligocène, qui pullule dans le miocène occidental (C. concentrica, etc.) et qui est 

cantonné encore aujourd'hui dans le bassin de l'Atlantique, sur les côtes de 
l'Afrique occidentale. 

Parmi les Vénéridées, le Venus plicata est également aujourd'hui un type 
ouest-africain, qui dans le miocène supérieur paraît être le dernier terme des 
transformations du F. casinoides du miocène moyen, et qui a laissé dans nos mers 
comme 'représentant à l'époque pliocène et actuelle le V. casina. C'est d'ailleurs 
aussi un type asiatique ancien {V. subgumbereensis d'Arch.). Quant aux V. islan- 
dicoides et V. umbonaria, ce type, perdu aujourd'hui, mio-pliocène par 
excellence, est déjà complètement fixé dans le miocène supérieur; il ne l'est pas 
aussi bien dans le miocène moyen de Léognan, et si Ton veut le suivre au delà, on 

22 







170 



ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



le perd dans des formes ambiguës de Vénus et de Cythérées qui se sont peut-être 
introduites à ce moment en Europe. Le type du Cytlierea Pedemontana se suit de 
même en remontant au C. erycina des faluns moyens, qui semble lui-même une 
récurrence de forme du C. suberycinoides de l'éocène ; il mène, au contraire, 
très-facilement en descendant, au C. Chione vivant dans nos mers, par l'inter- 
médiaire des formes du pliocène. 

Dans les Tellinidêes, les T. planata et strigosa, qu'on peut rattacher à certaines 
formes éocènes, se développent côte à côte dans le miocène (la forme strigosa 
paraît cependant plus ancienne que l'autre) et se séparent ensuite : le strigosa 
disparaît à la fin du miocène et ne se trouve plus qu'au Sénégal ; le planata 
persiste, à travers le pliocène, jusque dans nos mers. 

dées présentent dans le miocène le développement du type 
Lutraria, inconnu dans l'éocène, et a peine représenté dans l'oligocène. Les 
Eastonia s'en détachent à leur tour , et XE. rugosa , si abondant à Cabrières, 
inconnu dans l'ouest, mais issu sans doute des Eastonia voisins de la Touraine, 
pullule dans certains dépôts pliocènes de la Méditerranée pour se retirer, de nos 
jours, dans l'océan Atlantique. 



Les Mach 






La paléontologie n'est pas une science expérimentale, mais une science histo- 
rique. L'hypothèse de l'origine des espèces par la voie des transformations et 
des filiations ne doit donc pas lui demander plus qu'elle ne peut lui donner, 
c'est-à-dire des présomptions et des probabilités scientifiques résultant de l'en- 
chaînement des affinités constatées. Mais ces probabilités et ces présomptions, il 

nous semble que la paléontologie les fournit abondamment à la doctrine de l'évo- 
lution. 



Q 



S 






sile quelconque, en ayant l'œil ouvert sur les provenances et les origines probables 
des espèces, sur leurs affinités et leurs variations, sur leurs descendances et leurs 
déplacements probables, il nous semble qu'on sent augmenter l'intérêt du groupe 
zoologique d'espèces alliées, du sous-genre ou de la section, et que l'on sent 
diminuer d'autant l'intérêt de l'espèce proprement dite, qui n'apparaît plus clans 
l'espace ou dans le temps que comme un état plus ou moins passager, plus ou 




CONSIDERATIONS GENERALES. 



171 



moins local d'un type plus général. C'est le groupe qui représente ce type. 
Dans le passé, il répond toujours à une époque ou à une période, et souvent 
déjà à une province ou à une région, comme il y répond dans la nature actuelle, 
ainsi que cela résulte de tous les travaux modernes sur la distribution des faunes 
et des flores à la surface de la terre, qui ont abouti généralement à la consta- 
tation d'une coïncidence très-remarquable entre le groupe zoologique ou bota- 
nique et la province géographique. Cette coïncidence a sans doute elle-même 
sa raison et sa racine dans les distributions antérieures des terres et des mers ; et 
pour s'en bien rendre compte, il faut saisir ce fil conducteur de la statigraphie 
paléontologique et de la distribution géographique combinées, aux- différentes 
époques de l'histoire de la terre. R. T. 



FIN 




CORRECTIONS OU ADDITIONS 






Page 
Page 



Page 



32. Au lieu de M. Hanburg, lisez .M. Hanbury. 

65. M. Bertrand de Loin vient de nous procurer de nouvelles pièces du Goupet, notamment un axe de 
corne de V Antilope lorticornis. Cette antilope est trop différente du Palœoreas pour qu'on puisse l'in- 
scrire sous le môme nom de genre; elle devra former une section particulière. L'équidé du Coupet 
appartient certainement au genre Equus. On trouve dans le môme gisement un cerf différent du Cervus 
Matheronis. La présence d'un éléphant, du Machairodus meganthereon, du cheval, etc., montrent que 
la faune du Goupet est plus rapprochée de celle des temps actuels que celle du mont Léberon. 
86. Au lieu d'Anog/othcrium, lisez Anop lotherium . 

Page 117. Depuis que notre liste des fossiles de la mollasse de Cucuron a été imprimée, M. Emile Arnaud nous 

en a envoyé quelques échantillons, notamment des Turritella bicarinatn Eichw., une grosse valve 
bombée, très-oblique de Janira benedicta Lam., et une valve de Jouira planosulcata Math., qui 
montre dans l'intervalle des côtes principales une côte secondaire accompagnée de deux rayons. 

Page 152. Aux espèces des marnes de Cabrières qui ont été citées, il faut ajouter les fossiles suivants dont 

M. Emile Arnaud vient de nous faire l'envoi : Nassa, nova sp.? (belle espèce de la taille du N. Bonellii 
Bell., mais à spire plus haute; plus voisine du vrai N. mutabilis Lin. que de tout autre, quoique s'en 
distinguant par une bouche beaucoup moins dilatée) ; Bu/la lignaria L., Jouira planosulcata Math, 
(qui se trouve ainsi commun à la mollasse de Cucuron et aux marnes de Cabrières), Arca diluvh 
Lam., Lucina globxdosa Desh ?, Sphenia (Saxicava) anatina Bast. 

Page 157. M. Emile Arnaud a récemment recueilli dans les marnes d'eau douce de Cucuron des échantillons 

très-nombreux et complets de Melanopsis Bonellii, des Planorbis prœcorneus ? de la taille des grands 
PL cornais vivants, et le Planorbis complanatus L., qui fait ici son apparition. 



m Mm 



TABLE ANALYTIOIE DES MATIÈRES 



ÉTUDE SUR LES VERTÉBRÉS 



PAU 



ALBERT GAUDRY 



PRELIMINAIRES 



Pages. 

Citation des savants qui ont parlé des ossements du mont Léberon. — Indication 
des personnes qui ont aidé l'auteur. — Analyse chimique des ossements par 
M. Terreil. — Quelques mots sur le gisement des os. — Division de l'ouvrage. . 5 

CHAPITRE PREMIER 

VERTÉBRÉS FOSSILES DU MONT LÉBERON 

Liste des vertébrés H 

Machserodus cultridens 12 

Description. — Variations du Machœrodm cultridens. — Explication des figures. 

Hysena eximia jg 

Description. — Mesures. — Conclusion. — Explication des figures. 

Ictitherium hipparionum 1$ 

Description. — Mesures. — Conclusion. — Explication des figures. 

Ictitherium Orbignyi 21 

Dinotherium giganteum 22 

Description. — Explication des figures. 

Rhinocéros Schleiermacheri 23 

Description. — Mesures. — Variations du Rhinocéros Schleiermacheri. — Explication des figures. 

Acerotherium incisivum 29 

Description, — Mesures. — Explication des figures. 

Hipparion gracile *> 9 

Description. — Mesures. — De la race à laquelle appartient VHipparion gracile du mont Léberon. 
— Des transitions entre les hipparions et les chevaux. — Explication des figures. 

Sus major ... 

Description. — Mesures. — Races ou espèces dérivées. — Explication des figures. 



f 



174 TABLE ANALYTIQUE. 

Pages. 

nelladotherium Duvernoyi lh 

Description. — Mesures. — Explication des figures. 

Tragocerus amaltheus rn 

Nomenclature. — Description. — Mesures. — Races du Tragocerus amaltheus. — Explication des 
figures. 

Gazella deperdita ^ 

Description de l'encéphale. — Description des os. — Mesures. — Sur les races et les espèces de 
gazelles fossiles. — Explication des figures. 

Antilope de la taille du Palœoreas Lindermayeri 64 

Cervus (Axis) Jlatheronis 65 

Description. — Mesures. — Rapports et différences. — Conclusion. — Explication des figures. 



Tortue terrestre de dimension gigantesque 70 

Testudo de grandeur moyenne 7^ 

Testudo de petite taille 7>> 

* 

CHAPITRE II 

CONSIDÉRATIONS SUR LES MAMMIFÈRES QUI ONT VÉCU EN EUROPE 

A LA FIN DE L'ÉPOQUE MIOCÈNE 

Le but de l'auteur, en faisant des fouilles dans le Léberon, a été d'étudier le degré 

de mutabilité des espèces fossiles 75 

La fin de l'époque miocène a été caractérisée par le grand développement des her- 
bivores 7^ 

'6 

Les mammifères de la fin des temps miocènes confirment la croyance que les types 

des êtres supérieurs ont été plus mobiles que ceux des êtres inférieurs. ..... 81 

A en juger par les mammifères, le miocène supérieur peut être divisé en deux sous- 
étages 83 

L'étude des mammifères miocènes appuie l'hypothèse que les séparations des étages 

ou des sous-étages ont été surtout les résultats de déplacements de faunes. . . 87 

Sur les formes analogues des mammifères qui ont précédé et suivi ceux du miocène 

supérieur * 90 

Sur la distinction des races et des espèces de mammifères à la fin des temps mio- 
cènes 92 

CHAPITRE III 

(ÎÉOLOGIE DU LÉBERON 

Indication des personnes qui ont parlé de la géologie du Léberon 99 

Sur les terrains du Léberon dans la région où se trouvent les ossements fossiles. . . . 100 

Néocomien inférieur. — Mollasse grise. — Mollasse jaune.— Marnes de Cabricres. — Marnes à Ostrea 
crassissima. — Couches palustres. — Limons rougeâtres à ossements. — Alluvions supérieures. — 
Coupes de M. Arnaud et de M. Matheron. 

Remarques sur l'histoire géologique du pays où se trouvent les ossements fossiles. . . 109 






il 



TABLE ANALYTIQUE. 



175 



ÉTUDE SUR LES INVERTÉBRÉS 



PAR 

P. FISCHER et Et. TOURNOUÈR 

Paîçes. 

Préliminaires. — Division des chapitres , 113 

CHAPITRE PREMIER 

DESCRIPTION DES ESPÈCES 

Fossiles de la mollasse de Cucuron au 

Description. — Résumé. 

Fossiles des marnes de Cabrières us 

Description. — Résumé. 

Fossiles des marnes d'eau douce de Cucuron 154 

Description. — Résumé. 

CHAPITRE II 

CONSIDÉRATIONS SUR LA FAUNE MALACOLOGIQUE DE CABRIÈRES 

La faune de Cabrières l'ait partie de la grande faune de l'ancien centre méditer- 
ranéen 159 

La faune de Cabrières est remarquable par l'extrême variété des types 161 

Cette variabilité confirme la loi de progression plus rapide des types supérieurs, même 

appliquée à l'étude intérieur d'un embranchement 162 

Cette variabilité n'est pas en contradiction avec l'hypothèse de la filiation des espèces 

par voie de transformation 153 

Additions et corrections. . 479 



FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



f 



DES ANIMAUX FOSSILES DU MONT LÉBERON 



Pages. 

Acerotherium incisivum 29 

Ancillaria glandiformis 126 

Anomia costata 142 

Antilope (ind.) 64 

Arca diluvii 158 

Arca Turonica 144 

Arca umbonata 144 

ircopagia vcntricosa 149 

Vvicula phalsenacea 143 

Balanus tintinnabulum 117 

Bithynia Leberoncnsis 156 

Bulla Lajonkaireana 141 

Bulla lignaria 158 

Calyptrsea chinensis 140 

Calyptrsea deformis 140 

Cancellaria Wcstiana 123 

Cardita crassa 146 

Gardita (ind.) 146 

Cardita Jouanneti 146 

Cardhyn Darwinii 145 

Gardinm papillosum 145 

Gellaria (ind.) 150 

Gerithium Dcrtonensc 136 

Gerithium Duboisi 134 

Gerithium papaveraceum 135 

Gerithium pictum 136 

Gerithium praedoliolum 135 

Cervus (Axis) Matheronis 65 

Ghama gryphoides 145 

Golumbella filosa 132 

Columbella porcata 132 

Columbella Turonica 131 

Conus Aldrovandii 127 

Conus canaliculatus 127 

Conus maculosus 127 

Conus Mercatii ^27 

€orbula Basteroti 149 



Pages. 

Crassatella provincialis e 145 

Crcpidula gibbosa 140 

Cupularia Guvieri 150 

Gupularia umbellata 151 

Cypreea (ind.) 130 

Cytherea (ind.) 1 1 (j 

Cytherea Pedemontana 148 

Defrancia Calathiscus 130 

Dendrophyllia Collongeoni 151 

Dendrophyllia digitalis 15 1 

Dentalium fossile 141 

Dinotherium giganteum 22 

Eastonia rugosa 149 

Erato hevis 132 

Fasciolaria Tarbelliana 121 

Ficula (ind.) 122 

Fissurella italica 141 

Fragilia abbreviata 149 

Fusus Mayeri 121 

Fusus provincialis 122 

Gazella deperdita 57 

Hélix Ghristoli 155 

Hélix Dufrenoyi 155 

lïelix pseudo-conspurcata 155 

Helladotherium Duvernoyi 47 

Hipparion gracile 32 

H y sena eximia 16 

fctilherium hipparionum 18 

fctitherium Orbignyi 21 

Janira benedicta 116 et 158 

Janira planosulcata 115 et 158 

Limnaea (ind.) 155 

Lucina globulosa 158 

Machœrodus cultridens 12 

Alelanopsis Bonellii 154 et 158 

Mesalia Cabrierensis 137 

Mitra fusiformis , 131 



TABLE ALPHABETIQUE. 



177 



l'a» 



Mitra Manzonii \ 3 1 

Murex Aquitanicus 

Murex Arnaudi 



Murex Gaudryi 

Murex lapilloidcs 

Murex pentodou 

Murex per plexus 

Murex striaeformis 

Murex Vindobonensis 120 

Mytilus (iud.) 143 

Nassa (ind.) 15g 

Nassa acrostyla 124 



119 
119 
118 
420 
119 
120 
119 



Nassa conglobata 



Nassa cytbarella.. . . 

Nassa Dujardini. . . . 
Nassa eburnoides . . . 
Nassa Sallomacensis 
Nassa semistriata. . . 
Natica Hôriiesi 



Natica Joseph i nia. . , 
Natica Lebcronensis 
Natica Matheroni. . . 
Natica Volhvnica. . . 



Ostrea Boblayei. . 
Oslrea crassissima 
Ostrea digilalina. . 
Ostrea f rond osa. . , 



Panopea Menardi 

Panopea Rudolphii 

Parapholas Branderi 

Pecten improvisus 

Pecten multislriatus 

Pecten scabrellus ^5 

Pecten scabriusculus 115 

144 



123 
124 
12a 
123 
125 
125 

133 
134 

133 
132 
133 
115 
141 
142 
115 
117 
117 
150 
142 
133 



Pectunculus glycimeris 
Pirula rusticula 



Planorbis complanatus 
Planorbis Matheroni. . 



Planorbis prn'corneus 155 <>t 

Pleurotoma asperulata 

Pleurotoma Cabrierensis 

Pleurotoma calcarata. . . . 



122 

158 

156 
158 
128 
129 
129 



. 'JUI'S. 



Pleurotoma granulato-cineta 1 29 

Pleurotoma Jouanneti 128 

Pleurotoma pseudobeliscus 1 3«i 

Pleurotoma ramosa 127 

Pleurotoma Saportai 1 30 

Pleurotoma tenuilirata 12!) 



Pollia exsculpta 
Proto rotifera. , 



121 

137 

121 

23 

138 

140 

Rotella subsuturalis 1 39 

Solecurtus candidus 150 



Purpura Dumortieri 

Rhinocéros Schleiermacheri 

Kissoa (ind.) 

Hotella Mandarinus 



Solen marginatus 



., 150 

Sphenia anatina 158 

Succinea priniceva 1 55 

Sus major 

Tapes amigmaticus 

Tapes vetulus 

Tellina elliptica 

Tellina lacunosa 



42 
148 
116 
148 
116 

Tellina planata 148 

Terebra acuminata 126 

Terebra Algarbiorum 12(> 

Terebra Cacellensis 125 

Terebra modesta 125 

Testudo de grandeur moyenne 71 

72 



Testudo de petite taille 

Tortue terrestre de dimension gigantesque 
Tra^ocerus amaltheus 



70 
50 



Trochus Martinianus 1 39 

Trochus millegranus 139 

Turbo muricatus 138 

Turritella bicarinata 136 et 158 

Turritella pusio \ 136 

Venus Arnaudi 147 

Venus clathrata 147 

Venus islandicoides 147 

Venus plicata 146 

Venus umbonaria 147 

Vermetus intorlus 138 









FIN DK LA TABLE ALPHABÉTIQUE 






IfE 



LISTE DES PLANCHES 



I Manche I 



Bloc du mont Léberon avec les ossements dans leur 



position naturelle. . . 



'*'• H» %• 1» 2 Machaerodus cultridens 



Los explifations ont été données paçe 



hg. 3, 4, 5, 6 Hyaena eximia 

fig. 7, 8, 9, 10 Ictitherium hipparionum 



Kg. 11 



IM. III, fig. 1, 2 



Ictitherium Orbi^nvi 



i 



IM. IV 
IM. V. 



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Dinotherium giganteum. 
Rhinocéros Schleiermacheri 



Id 



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1, 2, 3, /*, 5, (5. . . Acerotheriuni incisivum 



IM. VI 



IM. Vit, fig. 1 



7, 8, 9, 10 



Hipparion 



gracile 



Id 
Id 



fig. 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8. Sus major 



l'I. VIII 

PI. IX, fig. 1,2,3,^,5, (i, 7 



Id 



9 

16 

18 

21 
21 

23 
28 
28 
31 

40 
'il 
42 
4<> 
47 



PI. X 



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8 > 9 ; 10 > H Tragocerus amaltlicus 



Helladotherium Duvernoyi. . : 50 



Id 



PI. Xf 



PI. XII 



PI. XIII 



fig 
fig 



I à 12 
13. . 



Gazclla deperdita 
Id 



PI. XIV 



lig. 1 



Palaeoreas Lindcrmayeri . 
Ccrvus (Axis) Matheronis 



PI. XV 



fig. 2, 3 



PI. XVI. 



fig. 

fis- 



) 



1, 2 

3 5 4 Murex Arnaud i 

■ I 



56 

56 
63 
63 
64 
69 

Testudo de petite taille 72 

Testudo de grandeur moyenne 72 

Coupes géologiques du mont Léberon dans la région 

109 
118 
119 



où se trouvent les ossements fossiles 100 à 

Murex Gaudrvi 



7, 8 



"?• 9 > 1() Murex Vindobonens 



IM. XVII 



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Bg. 
fig. 



11, 12 



Murex perplexus ^20 

Murex striœformis <\\tj 

«s 120 



Murex lapilloides ^0 



13 , *4 Pollia exsculpta 

15 , 16 Purpura Dumortieri 

17, 18 

1. . . 



2 



121 

121 

Crepidula gibbosa 440 

Murex pentodon 419 

Fusus provinciaiis. . . ." 122 



LISTE DES PLANCHES. 



179 



PI - XVII,fig. 3 Fusus Maveri 

fig- 4, 5 Fasciolaria Tarbelliana. 

fig. 6, 7, 8, 9 Pleurotoma Jouanneti. 

fig- 10,11 Pleurotoma calcarata. 

fig. 12, 13, 14... . . . Pleurotoma asperulata. 

fig- 15, 16 Pleurotoma Cabrierensis 

fig- 17 Pleurotoma ramosa. . 

fig- 18 Pleurotoma Saportai 

fig. 19, 20 - 



Les explications ont été données page 



121 
121 
128 
129 
128 
129 
127 
130 



Pleurotoma tenuilirata 129 



PI 



fig- 2I Pleurotoma pseudobeliscus 

"g- 22 Defrancia Calathiscus. . . 



XVIII, fig. 1 Cerithium prœdoliolum 

fig- 2 Cerithium Dertonense. 

fig- M Cerithium pictum. . . 

fig- 5, 6 Cblumbella Turonica. 

fig- 7 Nassa conglobata. . . . 

fig- 8, 9, 10 Nassa Dujardini 



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11, 12 Nassa acrostvla 



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13, 14 Nassa cvlharella. . 

15, 16 Nassa Sallomacensis 



17 



130 
130 
135 
13(5 
136 
131 
123 

124 

124 
124 
125 



18, 19 Natica Mathèrom 

20 Natica Hôrnesi. . 

21, 22 



Nassa semistriata |25 



Proto rotilera 



23 



Turritella pusio. . . 

24. . Mesalia Cabrierensis. 

25, 26 Rotella Mandarinus. 

27 Rotella subsuturalis. 

28 Trochus millegranus 

XIX i fig- 1. 2 Natica Leberonensis. 



fig- 3, 4 Natica Volhynica 



fig- 5, 6 Melanopsis Bonellii. 

fig- 7 , 8 Trochus Martinianus 



132 
133 
137 
136 
137 

140 
139 
139 
133 
133 

154 



fig- 9, 10 Proto rotifera 

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11» 12 . Nassa cvtharella 



fiir. 13 



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Cerithium praedoliolum 

14, 15, 16. . . . Columlx'lla filosa. . 

fig- 17, 18 Columbella porcata 

fig. 19, 20 



fi<r 



il, 22 



Ostrea digitalina 



Janira planosulcata 

PI. XX, fig. 1 Terebra modesta . 



fi g- 2, 3 Mitra Manzonii. . 

fig- 4,5 Pecten improvisus. 

fig- ^ ", 8 Pecten scabriusculus 

li 



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© 



■ } Cardium Darwini 

10, H Corbula Basteroti 



figl 

fig. 12, 13 



Crassatella provincialis 



139 
137 
124 
135 
132 
132 
142 
115 
125 
131 

142 
115 
145 
149 
145 



in 







180 
PI. 



XXI, fig. 1,2.... 








fig. 3. h, 5. . 

- fig. 6, 7, 8. . . 

1 1 -^ - <T - • • • « 

— fig. 10, 11. . 








— fig. 12, 13. . . . 

— (ig. 14, 15. . . . 

— fig. 16. 17. . . 








— iig. 18 









LISTE DES PLANCHES. 

Bithynia Loberoncnsis. . Les exp ij catioos! oût été données pag8 155 

Planorbis Matheroni \§§ 

Planorbis praecorneus 155 . 

Limnœa (ind.) 155 

Melanopsis Bonellii 15/, 

Jlelix Christoli 155 

Turbo muricatus 138 

Venus Arnaudi -i /| 7 

Tapes œn-igmaticus 1/|S 













I 



FIN DE LA LISTE DES PLANCHES 



r A n 1 s. — iMriii r.î ?•. w \ k n k e. ma h t i n k t, h i; e m i g n c n, 2 






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CARNIVORES FOSSILES DU MONT LEBERON. 



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Formant del. 



Imp .BecquetTaris 



Fig. i et 2. Machaerodus cultridens, -fou/). 
Fig. 3,4,5, 6. Hyaena eximia, Roth et Wagner. 



Fig. 7, 8, 9 et io. Ictithermm hipparionum, Gaud. 
Fïg. n. Ictithenum Orbiényi, Gaud. 



Toutes les figures sont de grandeur naturelle, sauf la fipure 2 qui est à y. 



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TIOBOSCIDIENS ET PACHYDERMES FOSSILES DU MONT LEBERON. 



PL . III. 



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Fig. i et 2. Dmothermm 



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Fig. 3 et 4. Rhinocéros Schleiermacheri, Kaup. 



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PACHYDERMES FOSSILES DU MONT LEBERON. 



'PL . IV. 



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Jmp. Becquet, Paris . 



Rhinocéros Schleiermacheri . 

la fî dure 1 est de grandeur naturelle; le s autres fi dur es sont au — . 












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PACHYDER LES FOSSILES DU MONT LEBERON. 



PL.V. 










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Imp.Becyuet. Paris. 



Eg. 1,2,5.4,0, 6. AcerolheriuiTl mClSlVUm, Xaup.au j delà ér.nat. 



13. 7, 8, 9 , 1Û. HippariOTl gracile, de Christol. gr.nat. 



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PACHYDERMES FOSSILES DU MONT LEBERON. 



PL. VI 



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La fi pure 1 est à y de la grandeur naturelle; les figures 9 , 10 , 11 sont au y ; les 

autres ficaires sont de grandeur naturelle . 



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PACHYDERMES FOSSILES DU MONT LEBERON. 



PL . VII 









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Imp .Bec au et /Taris . 



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i. Hippanon gracile, Je CAmf. 



Ko. 2, 3,4, 5,6,7, 8. Sus major, G 




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les figures 1.2,3,4 sont de grandeur naiur elle; les autres figures sontày delà tfr.na 



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RUMINANTS FOSSILES DU MONT LEBERON 



PL. IX 



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Formant del. 



Imp .Becauet, Pans 



Fig. 1,2, 3,4, s. 6, 7. Helladothermm Duvernoji, GW. 

Tragocerus am al th eu s , Gaud. 




Fitf. 8 , 9 . 10 et 11. 

es figures 1 à 7 sont au y de la grandeur naturelle ,1a fioure 8 est aux y; les fidures 

9,10,11 sont de grandeur naturelle. 









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RUMINANTS OSSILES DU MONT LEBERON. 



Fig.l. 




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Jinp .Becauei, Paris . 



Trap r oceruc amallheus, Gaud. 



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Les figures 1,2,3.4 sont ai de la orandeur naturelle/les figures 5,6,7 sont de or andeur naturelle . 

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RUMINANTS FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



PL. XI. 



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Bon . Becquet, Taris . 



C/azella deperdita, G 



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Grandeur naturelle . 



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RUMINANTS FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



PL . XII . 



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Kg. 1 à 12. Gazelia deperdita ; Gerr. 



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RUMINANTS FOSSILES DU MONT LÉBERON 



PL . XIII 



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Imp.Becauet, Paris. 



Cervus ( Axis ) Matheroms , G 



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Les figures 1,2,3,4 sont aux -| de la gr.nat.; les figures 5,6,7 sont de 



Tandeur naturelle . 






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TORTUES FOSSILES DU MONT LEBERON . 



PL . XIV. 



Fig.3. 



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A y de la grandeur naturelle . 









TERRAINS DU MONT LEBERON 



PL . X* 



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théorique du versant méridional du Mont Leoeron 

hnviron 4 Kilomètres do lonoueur. 









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Allumons 

delà plaine . 



Mollasse 

grise . 



J loi lasse 
jaune a Perten. 
phmosUlcatus . 



limon aris limon rougeâtre 

et calcaire lacustre avec os 

à HeUcç (nristoh - d'ffipparion ,etc . 



Mont 



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Getlcaire compacte 
(/a neocomten 

in/r rieur. 







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plus récents tpie les 
couettes qc H if >/>arionx 







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Coupe des terrains qui son! mis a découvert dans les ravins 

entre Cabrières ei le oîte des ossements. 

Environ 2 kilo met ves de longueur. 



s.s.o. 



N.X.E 



Bast ide 

jVance . 



Allutriojis* 

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Simon rangeât ce 

avec os ci'Hipf>arions t eic . 

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Traces de 

tû/nites. 



(h/npaqnc de 

Galets de rivage amee Camille Jean , 
coquilles prisées . 



i Jhime sableuse 



à Cardita 
Jouotuietï 

! 



/,/ irons s/ ris anec b cuirs 

calcaires alternatif avec 
des lùnons rouqeâtres. 



Marne et titnonspius 
friables or/ endurcis. 



Manie a Osirica 

çvassissima . 



(dlcqirc co/npacfc 

du nepeomien ijdecicur . 

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Fif.3. 



Profil du oisemenl des vertèbres. 

Environ 1 Kilomètre dfi longueur. 






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dlollassc /an ni' a leeten 
ptano stdc/rtits. 

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Gisement 

inférieur 

Gisement de la **&*****. 

grande Jbctit x ç*. 



(Jt.se mont 

supérieur 

-des ossements 






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Grave pai L .Wuhrer et C ie ,Bz,K. Goy-Lussac . 



Paris _ Imp . Becquet 



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MC JSQU S OSSILES OU MONT LÉBERON. 






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Imp .Becquet, Paris 






Fi^.i , 2. Murex G au dry i , n.sp. 

Arnaudi , n. sp. 



3,4. M . 
ô, 6. M. 
7, 8. M. 



perplexus , n . sp. 
striûsformi s , MicK. ( var.) 



17,18. Crepidula dibbosa , Defr. 



9 ,10. Murex VlTl dot) OU eil SI S, Homes (var.) 

M Tapilloides, n.sp. 

Polliaexsculpta, D-uj. (var.) 
15, 16. Purpura Dumortieri , n.sp. 



n ,12. 

13 , 14. 






MOLLUSQUES FOSSILES DU MONT LÉBERON . 



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Hg. 1. Murex p eut o don , n. sp. 



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3. 



Fus us provincialis , n.sp. 

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4,5. Fasciolana Tarbelliana, Grat. (var.) 
6_9. Pleurotoma Jouanneti , Des Moul. 



10,11. P. 



cal carat a , Grat. 



21 . 



Imp .Becquet, Paris . 



12,13,14. Pleurotoma asperulata , lam. 



15,16. P. 

17. P. 

18. P. 

19,20. P. 

P. 



22. Defrancia calathiscus , n.sp. 



cabnerensis , n.sp. 
ramosa, Bast. (var.) 

Saporiai , n. sp. 

tenuilirata ,n.sp. 
pseudoteliscus , n. sp 



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MOLLUSQUES FOSSILES DU MONT LEBERON . 



VL .XVIII 


















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2. 



Cerithium proedoliolum n.sp. 
C._ Dcrtonense , Mayer. 

pictum, Bast, ( var. ) 



3 , 4. C. 

5,6 Colmubella TurOTlicâ, Mayer (var.) 

7. Massa condlobala roc (va 

8. Y\. Duja lesh. ( \ 



9 , 10. .Nassa Dujardini , Desli. (var.) 



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11 12. N 

13.14. N 

15 . 16. N Sallomaceiisis, Mayer (var.) 

— seiQistriala ; Brocchi, (var. ) 



acrostyla n.sp. 
ytliarella n.sp 



17. N. 



18, 19. Natica Matheroni, n.sp. (var ; 
28. Trochus Tnilletfraniiij, PLil. (var.) 



20. Nalica Hôrnesi , n.sp. 

21 , 22 . Pro t o ro tifera , Lam . 

23. Turritella pnsio, -n.sp. 

24. Mcsalia Cabri erensis , n.sp 
25,26. Pvololla mandannus , Rscli. 



27. 



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subsuturalis , d'Orb 






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FOSSILES DU MONT LEBERON. 






PL. XIX 






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Fié. 18 

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Imp .Bec au c t, Paris 



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1 , 2. 

3 . 4. 



10. 



Natica Leteronensis, n.sp 
N Volhynica,d'0rt>. 



5, 6. Melanopsis Bonellri, Sism. 
7, 8. Trochus Martini anus, Math. 
9. Proto rotifera, iam. 



?. 



id. (var.) 



11 , 12 

13 

14,15 16. 

17. 

18. 

19 , 20. 



Nassa cyfharella, n.sp. 

C enthium proedoliolum. , -n.sp. 

Columbella fïlosa,Duj. 



C. 



porcata , -n.sp. 



id. 



grossie . 



2i, 22. Janira planosulcata, Main. 



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■OSSILES DU MONT LEBERON. 



PL. XX. 



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Del a h ave ciel. 



Imp.BecaueL.P&riz 



Fié. i. Teretra modesLa- Lefr. (var.) 



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2 , 3. 
4, 5. 



Mitra Manzonii , n.sp. 
Pecten împrovisus , n.sp. 

12, 13. Crassatella provinciales , n.sp. 



6,7,8. Pecten scabrmsculiis , Math. 

9. Cardium Darwmi , Mayer. 
10,11. CorLula Basteroti Homes (var.) 






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MOLLUSQUES FOSSILES DU MONT LÉBERON. 



PL . XXI . 




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Fig. 11. 




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Fig. 16. 



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Lnp .B ec au et, Paris 



ïïp. 1,2. Bythinia Leteronensis, -n.sp. 



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Planorbis Matheroiri.-n.sp. 
P proecorneus , n.sp 



9. Lrrrmoea, mdet. 



Bonellii , Si 



10 , îi. Melanopsis 

12 , 13 . Hélix Christoli , Matli . 
14, 15. Turbo mûrie atus , Du" 



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16,17. Venus Arnaudi , n.sp. 



18. Tapes œmpmaticus.-n.sp. 






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