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Full text of "Revue Française de Psychanalyse III. 1929 No.1"

1 



Cette Revue est publiée sous le haut patronage 
de M. le Professeur S. Freud. 



m ^ m'^-m^iÊi^-' t *tr mw ■■ ^ i ■ ^ 



3* Année - NM 



1929 






REVUE FRANÇAISE 



de 




Psychanalyse 

Organe officie! de 

* 

h Société Psychanalytique de Paris 

■tîon française de l'Association Psychanalytique International* 



Sommaire 






yr^z^yi 




fjîJ"ï>C:?s- 






MéMOTÎÏ^S ORIGINAUX. — PARTIE MÉDICALE 

E* SoKOtHiCKA. — Quelques problèmes de technique psy- 
choanalytique» 

R. m Saussure. — Les fii^cations liomoses^ucllea. 

Ernest Jones. -- Le développemeut primaire <îe la sexua- 
lité chez la feînme. 

A, Hesnard, — Le mécanisme psychanalytique de la psy- 
choûévrose hypocondriaque, 

MÉMOIRES ORIGINAUX, — PARTIE AFPWQUfe 

G£zA RoHEîM* ^ La psychologie raciale et les origines du 
capitalisme chez tes primitifs. 

Comptes rendus, — Société psychanalytique de Paris. — 
IV* Conférence des psychanalystes de Langue française. 






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^*^^*- 



.T.^ 



G. DOIN et C% 

8. Place 

"^ U Revue Franc 






Editeurs à Paris (6) 
de rOdéon 

raît 4 fois par an 



vv 




jfc- ■ -É ■ vrt%#n*:i^' 



<•^ 















Comité de Direct 



vl.V . i^^îtl^ ^OCDCVC; 






Secrétaire général 
Le Docteur Edouard PiCHOK* 



1 , 



Les mauuscrits à insérer, la correspondance, et en général tontes !es 
communications concernant la Revue, doivent être adressés à M. le 
Docteur Edouard PiCEON, 23, rue du Rocîier, Paris (A^Il*), avec la 
mention « Revue Française de Psychanalyse », 

■H 

Néanmoins, les ouvrages dont on désire voir l'analyse Égarer dans 
la Renie doivent de préférence être adressés directement à M. le 
Docteur R. de Saxissuiie, 2, me de la Tertasse, à Genève (Suisse). 



CONDITIONS D'ABONNEMENT 



France, Colonies . 80 fr. 

Suisse 24 fr. suisses 

Etranger, tarif n** 1 100 fr. 

— — n° 2 120 fr. 

Prix du numéro : 25 francs. 



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M»lome troisième N'* 1. 1929 



A- 



REVDE FRANÇMSE DE PSYCHANALYSE 



Cette revue est publiée sous le haut patronage 
^^hc M, le Professeur S, Freud. 



MÉMOIRES ORIGINAUX 



PARTIE MÉDICALE 







.y.v"'^^ 




HliiîQuelques problèmes de Technique 

Psychoanalytique 

Par E. SoKOLNiCKA 

{Rapport présenté à la l V Conférence des Psychanalyfstes 

de langue française) 

Sommaire 

CïiArrTRK PRKMIKR, — La disparition de la libido. 

$ r. L ^évolution normale de la libido. 

^ S 2. Constitution et évolution du complexe d'CEdipe ; 

' ^* '1^^ ^^^ diverses instances psychiques. 

Jï^^ Si 3' Evolution anormale ; genèse des perversions et des 

îp^;ï^:ï névroses , 

S^i^S^'iÇÎKArrTRE SECOND, — Les destins de la libido disparue, 

S T. Le travail. 

S 2 . Le caractère, 

S 3, La masturbation. 

S 4. Le but à atteindre et la fin de Tanalyse, 

S 5. L'auto-punition et les rapports psyclio-so ma tiques. 

àsGoNCLUsroN, 



^^i^'; îtHVUR FRAKÇArSE DE PSYCHAKALVSE , ^----^'îrv^St 



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RKVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



î^f "U Ç'■■^- 






hlV 



PeriQettez que je commence mon rapport par na momenfe?^^^^^ 
îiîstorîqnc. ^ ^^^ 

Les rapports brillants — qnoiqne très différents — que leff^^''-^^^^^^ 
docteurs Lœwenstein et Laforgue nous ont présentés au Con- " 
grès de Pan dernier^ ont provoqué une discussion très vivante,. 
Ils ont su démontrer combien le sujet était intéressant ^^C'^§:p 
ouvrir tant d'horizons que quelques auditeurs ont exprini^^P^ 
le désir que le sujet fût continué Pan prochain. Voilà q\S0^^^ 
Von m'a chargée de cette tâche. Je l'ai acceptée bien: qpii|J/pS3^ 
consciente de son énorme difficulté. En admettant que j'arrivé"^"^^^- 
à Taccomplir de mon mieux je ne pourrai que continuer à 
entretenir la soif que le problème a soulevée, jamais Tapaiser, 

Pour quiconque n'est pas^ comme in-eud, un génial ],e]i-' 
seul et exT)Iorateur d\ine science nouvelle ^ mais vcit -u'ant 
tout dans la psychoanaU^^se un moyen nouveau ^ plus parfait 
que ceux qui Tout précédé , de soulager le mal psychique si 
souvent mystérieux de T huma ni té, le côté clinique joue un 
rôle prépondérant. Arrive- t-on par la pS3î'clioanal5^se à soûl a - 
. ger mieux et à guérir un plus grand nombre de cas que par" 
d'autres méthodes ? Et comment v arrive- t-on ? La doctrine 
freudienne prétend être une méthode thérai:feutiaue ; elle se- 
rait, au fond, la première méthode de précision dans le traite- 
ment psjrcliique ; d'autre part, elle n'exclut point les facteuîp>^;|p 
qui sont intervenus avant elle à un degré prépondérant, sâi^^^ 
voir : le talent personnel du psychiatre, son intuition, *^^^i§|^ 
compréhension purement humaine; au contraire, eJle a plii7|§^? 
tôl augmenté la valeur de la personnalité du thérapeute, Lés'''^^-- 
grands moyens qu'elle lui a mis entre les mains exigent 
beaucoup de doigté, ainsi que de discipline. 

La technique pS3^clioanaly tique est un compromis ; elle est. 
la s3nUlièse entre la doctrine freudienne et la pratique. La 

doctrine a' ^ son historique, son évolution, souvent ses vues. 

spéciale?. La pS3^choanal3^se étant une discipline relativeménteg^^^^^^ 










r- 



mm 




/ 



PTtOBLEMEfi DE TECHNIQUE PSYCHOANAtVTJQUH 



- ' l'écente, les vicissitudes de sa formation historique sont en- 

. core présentes à T esprit des analystes ; il faut pourtant qu'ils 
se gardent de vouloir introduire dans chaque psychoanalyse 
Tj:'-"^-y^ particulière tout le détail de ce que la psychoanalyse a succès- 
t§>#?4l^sivement découvert* La technique ne doit extraire de la doc- 
ia^^âS-Siîï trine que ce qui est apte au but tlaerapeutique. 










Je me propose d ^esquisser devant vous quelques points qui 
touchent les problcmcs suivants ; 
I. la disparition de la libido i 
II. les destins de la libido disparue et les niojj^ens de la 
retrouver. 
Je vous prie d ^avance de m'excuser^ d'un défaut de mon 
exposé : la disproportion entre ses différentes parties. Ce dé- 
faut est dû à mon intention de Loucher avant tout a,ux pro- 
blèmes qui me paraissent ou particulièrement intéressants, ou 
moins considérés qu'ils ne le méritent dans la, technique com- 
mune, actuelle. 

L'idée dominante de mon exposé est puisée dans les paroles 
suivantes de Freud : h Si, vous plaçant au point de vue théo- 
« rique, vous faites abstraction des quantités d*énergie dis- 
H ponîbles, vous pouvez dire sans crainte de démenti que nous 
<( sommes tons malades, c^est-â-dire névrosés, attendu, que 
les conditions qui président à la formation des s^aiiptômés 

)) De ce poiiit 



a 



« existent également chez riiomme normal. 




I^^l^^^saiité ou. la maladie dépendront de la répartition de la libido 
l^p^v^Oï^^ l^^deux instances qui compi-ennent Tensemble de notre 
.! vie psychique : le conscient et l'inconscient. 




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REVUE FRANÇAISE DE PSYCÏIWALYSE 



■:âf'^- 



ri-j-"-''.-'- 



t- 



CHAPITRE I 



La Disparition de la Libido 




'' V-ï ■■■" -' -■■ *■ 



Pour aborder le problème je serai obligée de rappeler cer 

taines des notions de Freud sur Tétiologie et la formation des --'^-'^-'^ 




névroses. 






Il est bien rare qu'un malade qui entreprend de se faire 
pS3xlioanalyser ne nous demande point a quoi va pouvoir ser- 
vir ce bavardage, et ne s'étonne pas que nous puissions nous 
croiie capable de lui porter secours rien que par la' parole. 
C'est en développant devant ses yeux Tiniage de la libido dis> 
parues de sa vie cous ci en te, de ses déplacements dans T incons- 
cient, le chemin qu'il faut faire à travers ses pensées, ses 
actes j ses émotions, pour l'atteindre de nouveau, qu'on arrive 




libido. C'est le malade qui est le centre de notre attenfjÔii^^^^-"|;i^^ 
dans cet exposé sur la ted inique psj^clioanalytiquc : dirigeons '''^^'^^^^^^^^^^^ 
donc dès le commencement nos pas sur la ronte qu'il nous in- 
dique et occupons-nous des déplacements de îa libido cons- 
ciente vers r inconscient. 



* 
t * 






Quels sont les facteurs qui produisent ce déplacement à^éê^^'^\^: 

L-.-./ .'>^-i-^ >'.*;,/■ 



^ r^^^^^^^^^»^«^^»^i^^^^i^^^^^^— ^— ^PT^IW " Il 1^ 



PRGBl^ÈMJ' S DE TKCHNIQUB PSYCHOAKALYtÏQXJE 



<iuaiitités de libido, qui ont pour con séquence l'appauvrisse- 
ment de la partie de la vie psychique tournée vers la réalité, 
et l^enrichissement de celle qui s'écoule presque secrètement 
dans le souterrain de notre âme lorsque nous sommes bien 
portants ?" 

L'évolution de la libido, ainsi que les troubles des phases 
de son développement ^ nous donneront la réponse à ces ques- 
tions. Je ferai précéder l'esquisse de cette évolution par une 
image due à Freud, qui excelle dans Tart^de rendre vivantes 
les vérités scientifiques par des analogies. Supposons qu^ 
tout un peuple — comme cela arrivait souvent dans riiistoire 
primitive de Thumanité — abandonne son habitat et émigré ; 
il arrivera rarement qu^il gagne sa nouvelle patrie en totalité* 
De petits groupements se détacheront en route pour différen- 
ces raisons et se fixeront en certains endroits^ alors que le 
gros du peuple poursuivra son chemin. Supposons encore 
qu'arrivé à son but ce peuple, rencontre un ennemi trop fort» 
Sa résistance sera d-^ autant moin .s hardie qu'il sentira 1^ 
possibilité de se retirer en cas de défaite et de retrouver des 
détachements laissés en route. D'autre part» il aura d 'autant 
plus de chances d^être battu que renncnii l'attaquera affaibli j 
puisquHl ne sera plus dans sa totalité. 

-Je vous demanderai de retenir cette image pendant toiite 
cette première partie de mon exposé, car c'est elle qui \m do- 
miner mon raisonnement sur la répartition de la libido. 



S I,— L'ÊVOLUTTON NORMALE DE LA LIBIDO 

Chaque individu dispose d'une certaine quantité de libido 
dont le destin est d^évoluer dans deux sens : i*). rester en par- 
tie au service de l'instinct de reproduction, et 2*) s'adapter 
aux besoins multiples de la vie sociale, donc être sublimée. 
Une certaine quantité de libido reste flottante et peut osciller 
entre ces deux états. 

En remplissant ce rôle dans la vie hidividuelle, la libido 
refait en grand raccourci le chemin qu'elle a parcouru au 
cours de l^évolution psychique de Thumanité prise dans son 
er semble. L'enfance est le terrain de cette évolution psy- 



-i 



6 



RliVUE FRANÇAISE DIJ PSYCI-TAKAUVSH 



ohique individuelle, et correspond ainsi au développement 
oiitogénique sur le terrain biologique. 

Cette évolution individuelle s ^ opère sous les auspices et la 
pression des mêmes principes qui ont fait évoluer la vie cul- 
turelle de riiumanité^ à savoir : le principe de plaisir et le 
pi'incipe de réalité ; autrcunent dit Pégoïsme^ la tendance à 
reclierclier ce qui nous plaît, est contrebalancé par des devoirs 
sociaux j la dure nécessité nous poussant sans réi:)it aux chan- 
gements, à ce que "nous appelons le progrès. En remplissant 
nos obligations envers la société nous sommes récompensés 
par un plaisir nouveau ; celui de l'approbation, de Tamour 
de ceux dont au fond nous dépendons. Ainsi, étant obligés à la 
sublimation ^slx le principe de réalité^ nous arrivpns à élar- 
gir le terrain du plaisir, à en tirer des joies nouvelles et non 
égoïstes, inconnues à la vie primitive. 

Nous pouvons nous attendre, a priori > à ce que cette évolu- 
tion ne se fasse qu^exceptionnellenient d^une façon idéale, 
c'est-à-dire : i") que rien de la lilndo, partie pour cette évo- 
lution, ne se perde en cours de route, et qu^elle arrive tout 
entière à son but ; 2**) qu'elle arrive à une répartition idéale 
^ntre le besoin de reproduction et celui de sublimation ; 
3*") que les phases des évolutions des différentes instances de 
notre vie psychique n'interfèrent pas entre elles et ne se trou- 
blent pas mutuellement. 

Ce qui nous intéresse surtout^ ici, du point de vue des né- " 
vroscs, c'est révolution de la libido jusqu'au moment que 
Freud appelle la latence et qui débute entre la huitième et 
dixième année de la vie. On peut donc appeler le moment qui 
nous intéresse : Tépoque de prélatence de la libido. 



^ 
* * 



IfA LATHNCE, — C'est y^vs huit ans environ que commence 
à s'opérer le travail le plus intense du développement moral et 
intellectuel, qui englobe la majorité de Ténergie psj'^chique et 
qui dure jusqu'à la pubt!rté- C'est pendant cette phase de la- 
tence que, pour retenir la vie sexuelle dans le cadre de l'adap- 
tation sociale, se constitueiont les barrières limitatives, telles 
que le dégoût et la honte. En même temps, la vie sexuelle de 



^ , 



PROBLÈMES BE TECHNÏQUE PSYCHOAN ALT TIQUE 



l'enfance succombe presque entièrement à Famnésie : c*est, 
selon Freud j qne sa libido s^eniploie^ pendant la période de 
.latence, à l'œuvre- de la sublîmalîoii. 

Que si, ultéi^ieurejîient, les ciconstances nous obligent à 
nous préoccuper de l'enfance de rindividu, seule une analyse 
méticuleuse de Tin conscient pourra arriver à faire revivre^ 
dans une certaine mesure, la vie sexuelle de Tépoque de préla- 
tence. 

Il m'est impossible de donner ici des détails sur toute cette 
^évolution, je voudrais seulement l'esquisser en toute bâte, pour 
jeter un couj? d^œil sur la complexité de T œuvre qui doit s*ac- 
cc^n^plir dans un court délai 4^ temps, et aussi pour donner un 
court aperçu des éléments qui entrent en ligne de compte 
dans la constitution des névroses* 






La prélatence. — L^ évolution de la phase de prélatence se 
distingue principalement par son caractère diffus. Elle com- 
porte des tendances partielles diverses et vise plu^t^icnrs ob- 
jets. Elle n'a pour but que la préparation de la phase génitale 
adulte, constituée à Tâge de puberté sous la primauté des or- 
ganes génitaux et au service de la reproduction. Cette prépa- 
ration consiste essentiellement en une tâche très importante : 
rélaboration du plaisir préliminaire de l'acte génital ou pré- 
volupté ^ qui précède la détente finale et complète de Pacte gé- 
nital, c'est-à-dire la volupté de T orgasme. 

La phase de prélatence présente deux moments plus ou 
moins marqués. Celui qui précède la troisième année de la vie^ 
^c^est la phase prégânitale^ caractérisée principalement par le 
fait que les tendances partielles de la libido accompagnent les 
fonctions essentielles du moi, la nutrition et Pexcrétion ; elles 
s'en détachent ensuite et tirent pour leur propre compte, des 
plaisirs des organes correspondants. Telles sont les phases 
anale et orale qui nous intéressent surtout au point de vue 
de la névrose. La phase anale ou plutôt sadico-auale, car c^est 
â ce moment que cette pulsion sous forme d'agressivité se fait 
:sentir nettement, est la dernière de cette période prégénitale. 

Parmi les organes sur lesquels s'exerce Tac tivité, sexuelle 



p^l^p^"^^"^ 



8 IÏE\nJE FRANÇATSK DE PSYCHANALYSE 



de renfantj les organes génitaux ne tardent pas à jouer un 
rôle prépondérant. Personne n ^échappe une certaine forme de: 
la masturbation dans T enfance. Souvent elle persiste même < 
sans interruption jusqu'à Tâge de la puberté, et au-delà. Il 
y a des individus qui n'ont jaiuais connu d*autre sa tif action 
sexuelle. Or, ce genre d'activité sexuelle laisse toujours une 
empreinte profonde sur notre évolution psychique. Elle est 
probablement en connexion avec la primauté des organes géni- 
taux, qui commence à se constituer vers la troisième année de- 
la vie* 

Il faut distinguer plusieurs ptases dans la masturbation, 
L ^enfant de quelques mois se liv^^e constamment^ pend:int une^ 
courte période j à des attouclienients de ses organes génitaux. 
Cette phase étant générale, doit jouer un rôle dans Téveli 
fonctionnel des organes. Puis le retour de la masturbation est 
général à un certain moment de Tenfance a^^ant le début de la 
phase de latence. Enfin ^ souvent, mais non constamment, la; 
masturbation passagère précède la fonction adulte des organes^ 
génitaux lors de la puberté. 



S 2. — CONSTITUTION ET ÉVOLUTION DU COMPLEXE 
D^ ŒDIPE ; LES DIVERSES INSTANCES PSYCHIQUES 

Le premier objet de la libido, le sein maternel^ est lié à la 
fonction vitale de la nourriture ; il intervient donc durant la 
phase auto-érotiqne. Mais bientôt c'est à la personne totale de- 
qui prodigue les premiers soins que s*attache Tintéi^êt vital de 
l'individu. C'est néanmoins seulement vers la troisième année 
de la vie qu'a lieu le vrai choix de V objet qui présente beau- 
coup d'analogie avec le sentiment d'amour après la puberté. 
Ce sont ks tendances pS5^chiques de V instinct qui occupent ici 
le premier plan ; jointes aux premières impulsions (Regun- 
gen) sexuelles, elles sont le tpremier modèle de l'amour. 
C'est ce que Freud appelle le complexe à^ Œdipe. Ce sujet est 
tellement connu que je ne m'y arrêterai pas, sauf en tant qu'il 
contient des détails particulièrement intéressants au point de 
vue technique qui soient mal connus par les lecteurs des écrits 
psychoanaÎ3Hîqiies non traduits en français. C*est le' complexe 



mÉmm 






PROBLÈMES DE TECliKJQtJE PSYCHOAKALYTJQUE 



d*Œïdipe qui mène à la première grande complication affec- 
tive : à côté de la tendresse intense envers le parent du sexe 
opposé, il éveille une haine intense envers le parent dn même 
sexe, C*est de cette façon qu'est posée la première pierre de 
r ambivalence. L'inceste a joué, d'après Freud, un rôle très 
important dans T histoire de l'humanité, puisque c^est lui qui 
est le porteur du sentiment de ciilpàbiHté. Dans la névrose, le 
complexe d^CEdipe et s^s ^perturbations jouent un si grand 
rôle que Freud lui a donné le nom de complexe-noyau de la 
névrose. , ■ 

Dans révolution normale de la libido, le complexe d 'Œdipe 
arrive à son complet épanouissement pendant la phase de 
prélatence pour subir une réduction pins ou moins complète, 
en tant que tendance erotique, avant la latence. C'est la peur 
de la castration qui joue le rôle de facteur actif dans cette 
destruction du complexe d^CEdipe. L'enfant conçoit qu'il lui 
faut renoncer à rivaliser avec son père s'il veut sauver 3a par- 
tie précieuse représentant la puissance tellement enviée. 

Après la puberté, il manifeste de nouveau son existence, 
car c'est à ce moment qu'on met à Tépreuve sa capacité à déta- 
cher sa libido des objets incestueux pour la i^eporter sur des 
objets étrangers, à remplacer la famille du sang parla famille 
sociale. C'est là ce qu*on appelle U vie erotique normale de 
rindividu. Partout où nous avons à faire à un conflit névro- 
tique nous trouvons des perturbations dans le complexe d^Œ- 
dipe, qui subit à un moment de son évolution un refoulemeiit 
comme s* il était trop intense pour que le moi, encore incom- 
plètement développé, puisse le dominer. 

C'est l'étude précise du complexe d 'Œdipe qui a influencé 
les tout derniers courants de la psyclic^aiialyse, nécessité des 
changements de certaines notions et permis de pénétrer quel- 
ques détails de la structure de notre vie psychique, extrême- 
ment importants au point de vue technique. Je m'y attarde- 
rai davantage, car ce sont des phénomènes moins étudiés que 
les autres dans les écrits freudiens publiés en langue fran- 
çaise. 



* 

* * 



Les diverses instances psychiques. — Selon la connais- 



ro REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



sance psychoanalytique jusqu'à ces dernières années, deux 
instances enveloppaient Tensemble de notre vie psychique ; 
c'était le conscient et Tin conscient. 

Le conscient coïncidait avec le awi, partie de la personna- 
lité tournée v^tb la réalité et responsable vis-à-vis de celle-ci. 
C'est lui qui était l'instance de la sagesse et de la morale > et 
refoulait tout ce qui s'opposait à l'adaptation sociale. Le 
refoulé se composait en grande majorité de tendances sexuel- 
les, et coïncidait avec Tin conscient. La frontière entre les 
deux était rigoureu^^emcnt maintenue par une force qui s'op- 
posait énergiquement à toute invasion; cette force s'appelait 
la résistance. 

L'esprit explorateur de Freud ne fut pas satisfait de ces 
conceptions, que bientôt il jugea trop grossières pour expli* 
quer certaines nuances de la vie ps3xhique. Comment cela se 
faisait-il que la résistance, sans êti^e nullement sexuelle par 
sa nature, puisqu'elle se basait au contraire sur des tendan- 
ces religieuses, morales et esthétiques du moi, fût incons- 
ciente, étrangère au moi ? L'individu la nie avec insistance, 
même s'il ressent le malaise qui T accompagne. Aussi le moi 
peut-il porter une lourde culpabilité, se punir comme le juge 
le plus sévère sans en avoir la moindre notion consciente. 
Donc une partie du moi, et qui sait combien importante et 
lourde de responsabilité, est inconsciente^ sans avoir été 
refoulée. Donc, la distinction entre le refoulement et le i*efoulé 
n*explique pas toute la complexité du psychisme. D^où vient- 
elle, et comment concilier cet état de choses avec nos con- 
naissances psyclioanalytiqes ? 

« L'individu est pour nous un ça psjxhique inconnu et 
i\ inconscient d, dit Freudj « dont le moi est une partie diffé- 
c^ renciée. Le ça se compose de tout ce qui est psychique et 
« pourtant inconscient, refoulé ou non i; il échappe, contrai- 
<t rement au nioi^ au principe de réalité et est sous le règne 
« absolu du principe de plaisir, » 

Le moi, c*est la partie de notre psychisme tournée vers le 
dehors, le monde ambiant; son caractère essentiel est d'être 
dominé par le principe de réalité. C'est la partie là plus cous^ 
cicnte de notre vie psychique. C^est lui qui est la projection 
du coi'ps et c'est lui qui a l'accès aux phénomènes de motilité. 



PROBLEMES DE TECHNIQUE PSYCHOANAJ.YTIQUÊ ' ir 



r 

Etant le réceptacle double des sensations et des pulsions 
■intérieures, il est submergé de tendances dont il est Tinter- 
^rètc plutôL passif. C'est lui qui est le refoulant, la f en-ce que 
nous ressentons en tant que résistance lorsque la réalité s'op- 
pose aux tendances qui veulent l'envahir. 

Nous avons essayé de faire comprendre quel rôle jouait le 
-complexe d'CEdipe dans révolution de Tliumanité; nous 
savons dit qu'il devait évoluer dans un cei'tain sens et s'éclip- 
ser de la vie psychique tout en laissant les traces les plus 
prof<nides sur la fonnation de ^ notre vie psychique ultérieure. 
C'est au moment de cette occultation que se constitue le 
.surmoif qui est son héritier légitime et continue eu un certain 
sens, sur un autre plan, son rôle. Le parent du sexe opposé 
-cesse d^être l'objet sexuel; en même temps la haine contre 
le parent du même sexe, inhibiteur des impulsions inces- 
tueuses ^ est relâchée en grande partie. C'est donc le moment 
*de la désexuaUsafion des tendances de la libido incestueuse 
-et de sa sublwmtian. C'est une partie diflFérenciée du moi, à 
savoir le surmoi qui se charge d^une partie de la liquidation 
du complexe d^CEdipe. Il s'incorpore l'image du parent qui 
est rentra ve à ses désirs, et assume ainsi le rôle de censeur 
'de notre vie sexuelle. L'image introjectée du parent du même 
sexe, résidu de l'ancien objet de haine, mais désoniiais 
désexualisée et sublimée, est devenue un élément narcissique, 
■qui est l'agent de la sublimation. Le surmoi devient un juge 
-sévère et moralisant vis-à-vis du moi^ dès que celui-ci est 
tenté de céder aux tentations venant du ça^ et il peut le faire 
:souffrir cruellement. Il va plus loin, lui infligeant souvent 
du remords, et le poussant à Texpiation, à l'auto-punition. 
En même temps que le résidu de l'image paternelle (che>i le 
garçon), il est le résidu du »sadîsme sublimé. Avec la cessa- 
tion psychique de Tinceste, la haine envers le père étant 
l'elâchée, les pulsions sadiques se désexualisent aussi et sont 
incorporées dans le surmoi, remplissant le rôle moral. 

Le surmoi est^ pour la plus grande part, inconscient, puis- 
qu'il est — comme nous pouvons le concevoir facilement 
d'après ce que nous avons exposé — plus près des tendances 
sexuelles refoulées que le moi; il est en communication avec 
le çâ^ et représente vis-à-vis du moi les postulats du ça-, bien 



t , 



k*#«l 



Ï2 



REVUE HRANÇAISK DE PSYCHANALYSE 



que celui-ci puisse être aussi influencé indirectement par le- 
ça. On pourrait dire d'une manière somiuaîre : c'est le ça. 
qui propose, c'est le moi qui dispose, c'^st le surmoi qui 
approuve ou désapprouve. 

Ces conceptions, très compliquées d'ailleurs, nous rendent, 
de grands services dans le travail thérapeutique et nous don- 
nent la possibilité de préciser, de mettre sur une base solide 
des souffrances et inhibitions des névrosés, que nous avons- 
senties vaguement depuis longtemps. 

Cet aperçu tellement sommaire, hâtif et insuffisant de- 
] 'évolution de la libido et du moi nous donne, il me semble, 
le pressentiment de sa complication. Ajoutons à cela com- 
bien rapidement elle doit s ^accomplir, et mentionnons que- 
l'effort de toute notre culture tend à étouiïer ou du moins à 
retarder la vie sexuelle, tandis qu'au contraire tous ses soins 
sont consacrés au développement aussi complet que possible- 
^- donc relativement lent ■ — du moi. 



S 3. — ÉVOLUTION ANORAIALE : 
GENKSE DES PERVERSIONS ET DES NÉVROSES 

Nous consacreroiis maintenant notre attention à cette par- 
tie du psj^chisme qui pendant longtemps occupait toute la 
place dans l'inconscient, c'est-à-dire au refoulé; en d'autres^ 
termes, nous nous occuperons du sort de la libido en évolu- 
tion et de ses rapports avec le moi refoulant. 






Ees fixations et i,es régressions. — Rarement la libido, 
arrivera en sa totalité au développement final. Quelques quan- 
tités se détacheront en cours de route, rendant ainsi une ten- 
dance partielle plus forte, aux dépens des autres. C'est ce 
qu'on appelle la fixation. L'évolution de la libido est d'autant 
plus défectueuse qu'en cours de route elle en laisse plus aux. 
fixati&ns. Ces fixations partielles de la libido aux dépens de: 
.sa totalité constituent le premier danger inhérent à son déve- 
loppement. 



P^BPI 



ma^ 



PROBLEMES BE "rECHKIQtJE PSYGHOANA^VTlQtfE 



^3 



Le second danger, c^est qu'une tendance déjà avancée dans 
^on . développement, se heurtant contre une difficulté que la 
Téalité lui oppose, ne recule vers ses phases antérieuresj 
<* 'est-à-dire vers les fixations, -C'est ce qu'on appelle la 
régression. Plus la fixation sera forte, plus elle exercera 
^'attraction envers les quantités de libido déjà avancées mais 
se heurtant contre des obstacles extéi'ieurs. Une remarque 
de Freud à propos de la régre-ssion me paraît importante : 
il ne la considère pas comme un phénomène psychique; mal- 
gré toute son influence profonde sur la vie psychique, il en 
■ait un facteur principalement organique. 






* 



Les conflits • Genèse des pei^ versions- — Les arrêts 
dans le développement de la libido risquent de provoquer des 
eonflits. Supposons que la libido rencontre à une certaine' 
phase de son évolution des obstacles et régresse vers la phase 
précédente ou. vers des objets ahaiidoimés. Si le moi se trouvé 
à un moment de Tévoltition qui s'accorde avec cet état de cho- 
ses, une perversion en résulte ; le conflit entre le moi, instance 
refoulante, et la libido s'arrangera en effet alors par la cons- 
titution d'une perversion. La plupart des pervertis souffrent 
de leurs anomalieSj mais leur moi peut quand même garder 
sa puissance de sublimation. L'individu affecté par des per- 
versions — moi infantile dans s:ï sexualité — peut être capa- 
ble de sublimer suffisamment pour s'adapter à la vie, et même 
être capable d*une sublimation bien au-delà de la' moyenne ; 
certains grands esprits en sont la preuve. 






Genèse des kévroses, — Si le moi soulève des objections 
contre les moyens par lesquels la libido cherche à se satisfaire^ 
et n*accepte pas les chemins de la régresçion, c'est-à-dire lors- 
que le moi refoule les perversions, le conflit devient patho- 
gène. L'équilibre économique de la libido est troublé. Voilà 
les propres paroles.de Freud : n ...le conflit entre deux ten- 
' n dances n^éclate quVà partir du nioment où certaines iîiten- 



14 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



^^^^■v^ 



« sites se trouvent a tteiii tes ^ alors même que les conditions 
H découlant des contenus de ces tendances existent depuisr. 
't longtemps )>. Bt encore. <( On peut même dire que te u tes 
i< les prédispositions; ]iuniaines sont qualitativement idtnti- 
« ques et ne diffèrent entre elles que par leurs proportions 
t( quantitatives >k 

Puisque le conflit entre le moi et la sexualité devient patho- 
gène à la suite du refoulement des perversions par le moi, 
on peut appeler la névrose le négatif des perversions daîis le- 
çon scient. 






Les syjmptô^tks névrottoues. — Ce conflit entre le moi et 
la libido est doublement néfaste : non seulement de grandes 
quantités de libido sont attirées vers les foyers du refoulement 
dîdns r inconscient, et s'organisent là en complexe, mais en* 
L^ore le conflit tient en suspens de grandes quantités de libido 
dans le moi^ pour veiller à ce que le refoulé n'^y fasse pas ir- 
ruption. Cet état de choses ne peut pas durer. Un armistice 
doit être conclu, et les deux comliattants arri^-ent à un com- 
promis ; tout en faisant des concessions, ils s'efforcent cha- 
cun de son côté d*en tirer le meilleur parti et de garder les- 
plus grandes quantités possibles de libido à leur disposition. 
Ce compromis conduit à la formation de symptômes ; les sym- 
ptômes, pareillement aux rêves, tout en semblant être des pa^ 
rasites sur notre vie pS3^chique, ont pour but de \^eiller au 
contraire à un équilibre relatif. C'est la formation des symptô- 
mes qui sauve une partie de la libido du moi conscient^ et per- 
met à celte partie de fonctionner d'après le principe de réalité. 



^ î!î 



Les limites dh la santé Jîektalh. — Permettez -moi de 
faire ici une remarque. J'emploie le mot « jiévrose )> pour sim- 
plifier les choseSj mais il nie semble que les nou^'elles con- 
ceptions de Freud sur Tétiologie et la constitution de la né- 
vj'ose demandent une révision radicale de Tidée de maladie. 
Si nous nous plaçons sur le terrain quantitatif, et que nous 



^a^ 



VHOBh^UHS DE TECHNIQUE PSYCHOANAI.VTIQTJE 



Ï5 



déclarions que tous^ plus ou nioins^ nous présentons des phé- 

-110 mènes analogues à ceux que présentent les névrosés, il s^en 
suivra un grand nombre de nuances entre les anciennes con- 
ceptions de santé et de maladie psychique. C'est la nature et 
la force du conflit, c'est son issue — soit les destins que subira 
la répartition de la libido — qui décideront si celui qui en est 
atteint arrivera à continuer sa vie sans l'aide de la.psyclioana- 
lyse ou sera obligé de recourir à elle. Aussi un psychoana- 

' lyste arrive-t-il à rés<]udre des diffictiltéSj des ina^ïtitudes à 
la réalité qu^un psychothérapeute dans le passé n'aurait même 
pas songé à aborder, car elles n'atteignaient pas le seuil de la. 
maladie dans son vrai sens ancien. 



l6 ■ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANAtVSE 



CHAPITRE II 



■ 

Les destins de la libido disparue 



La partie qui suit manquera plus qu^^ la première de conti- 
nuité, car elle pourrait embrasser le terraii^ complet de la 
technique psj^'choanal^^tique* Je vais tôu,;;:/vrr à certains points 
'détachés j qui me paraissent particulièrelnent importants ou 
non suffisamment éclairés dans des œuvres pul^liées. 



* 

^ ^ 



Le &entimen*t d'infériorité* — Si nous voulions décrire 
d'une manièi'e générale l'aspect du psj^cliisme d'un névrosé 
nous dirions qu'il est appauvri dans ses manifestations ps}?^- 
cliiques conscientes par rapport aux moyens dont il pouiTait 
disposer à Tétat d'équilibre ; ou, en employant le terme créé 
par Freud, nous pouiTions dire qu'il sm^ffre de sentiment 
d'infériorité. Cela se manifeste chez tel malade surtout sur le 
terrain intellectuel ^ chez tel autre sur le terrain morale chez 
tel troisième sur le terrain de Tactivité^ mais en somme tous 
ces domaines sont diminués dans leur puissance. Le sens d'in- 
fériorité est le représentant conscient des conflits qui se 
, jouent inconsciemment. La base de ces appauvrissements ^ il 
faut toujours la chercher dans la vie affective. 






Santé erotique, équilibre psychique. — L^autre trait 



K. 



V- 






PROBLÈMBS PE TECHNIQUE PSVCHO ANALYTIQUE I? 

:g6ncral des névroses, c^est un de.'sr.quilibre erotique plus ou 
moins grand. J'emploie intentionnellement le mot erotique 
pour accentuer que je n'ai pas dans l'idée Texécutiou de Pacte 
génital ou sexuel. La santé erotique^ c'est la capacité de réu- 
nir le désir sexuel et de la tendresse (de T intérêt affectif) sur 
le même objet. Donc partout où Ton trouve des conflits névro- 
' tiques j on trouve en même temps rincapacité de réunion de 
^ces deux côtés de T amour. Tel homme adore l'objet de son 
olioix, le met sur un piédestal inaccessible à son désir sexuel ^ 
et est impuissant ; sou vent > pour satisfaire ce désir, il reste 
obligé de s ^adresser à des objets très au-dessous de son niveau 

■ social, par exemple à des prostituées. Tel autre est i:)uissant 

■ :génîtalement vis-à-vis d'une personne qui lui plaît, mais est 
' incapable de tendresse^ et sa vie erotique reste dissociée. Il 

faut mentionnef,,que^, diaprés Freud^ cette formule n'est pas 
réversible. Tout -iié^^ro^sé est incapable d^amour dans le sens 
-ci-dessus, mais o:^,-;S^çHife supporter des troubles erotiques sans 
tomber forcément dans la né\T:ose. 

Une conclusion découle de ces constatations ; guérir une 
névrose, c'est rendre l'individu capable d'aimer dans le sens 
que nous avons défini. Comme nous l'avons dit déjà^ les trou- 
bles sexuels peuvent ménager le moi et sa capacité de subli- 
mer, mais si tous les deux entrent en lutte, tous ies deux 
aussi sont entraînés dans la paix conclue. 

Nous pouvons exprimer cela encore autrement, La sexua- 
lité, dans un conflit névrotique est, pour ^sa part, trop exi- 
gente; le moi> pour la sienne, suit le surmoî et se guindé trop 
liant sur Téchelle de la morale* Pour résoudre le conflit, il 
faut discipliner le c^i et en même temps abaisser le niveau 
.lu moi. 

Ce rétablissement de la vie erotique normale, libérant de 
quantités énoniies de libido, permet des adaptations sociales 
que le malade n'a souvent jamais connues avant sa maladie. 



S I, — LE TRAVAIL 

Je voudrais, attirer ici votre attention sur les rapports 
curieux qui existent entre les troubles de la sexualité et de 

RRVUJ5 FRANÇAISE PE PSYCHANALYSE 2 



J 



j L 



^^PWk 



iS ïtEVUE FRANÇAISE DE PSYCHAî^^ALYSE 



la personnalité d'un côté et les inhibitions dan? le travail de 
l'autre. 

Si un individu guéri est capable d'aimer et par cela même- 
devient capable de sublimer, un névrosé a au contraire ten- 
dance à mélanger sa manière défectueuse d'aimer avec sa 
manière défectueuse de sublimer, et à leur donner une exprès-^ 
sien dans son travail, La réunion de ces deux capacités est 
très vieille, puisque la Bible déjà punit par le travail et Adam 
pour le péché originel et Caïn pour avoir tué son frère à qui. 
leurs parents donnaient la préférence. Sujets bien connus- 
dans la psjj^chanalyse ! Si on pense que la névrose, ou le 
conflit de nature névrotique, ont tendance à suivre le prin- 
cipe de plaisir, tandis que le travail est T expression suprême- 
de Tadaptation au principe de réalité^ il est compréliensi- 
iDle que le travail produise chez un névrosé une contra in te ^ 
une tension j une révolte. Mais en même temps, le travail 
reproduit le même ordre d ^inhibitions que nous trouvons- 
dans les troubles sexuels; je pourrais donner à Tappui de 
cette déclaration des exemples instructifs et curieux. Du 
point de vue technique, il me semble intéressant d'observer 
ces analogies. 



S 2. — LE CARACTÈRE 

Ce n^est pas la solution des symptôin-es seule qui décidera 
de la guérison dans le sens où Tentend la psychoanaWse, Ces 
modifications du moi . comportent des changements de ce 
qu*on appelle le caractère de l'individu. Ici encore la psj^cho- 
analyse apporte une interprétation nouvelle. Contrairement 
à ridée réi^andue, le caractère n'est pas immuable; il est au 
contraire capable de changements, dans la mesure de rim- 
portance qu'on attribue aux influences accidentelles sur notre 
psychisme. Freud restreint Timportance de ^hérédité en 
attribuant un rôle beaucoup plus grand que cela n'avait lieu 
avant lui aux influences accidentelles de l'enfance, de Tédu-^ 
ration. Ainsi, on ne peut pas parler de la technique pS5^cho- 
anal}'^ tique sans penser aux modifications du caractère et du 
tempérament qu*on opère par la ps^J'choanaljJ'se. Une per- 



, : ' : . 



Pl^OBLÈMES BE TECTTNTQUE PSYÇHOANAI^YTlQUE 19 



sonne apathique peut devenir pleine d'entrain, une personne 
coléreuse n'aura plus de crises de colère^ -une pcr.sonne "frap- 
pée d'aboulie — ce qui est surtout le cas des obsédés ~ pourra 
devenir- pleine d'initiative^ etc._ On a souvent Toccasion 
d'analyser des cas où les symptômes jouent un rôle secon- 
daire ou .sont presque absents^ et où ce sont les troubles du 
caractère qui amènent T individu à l'analyse, Ge sont ces cas 
qu'on appelle analyse du caractère. 

Je vais décrire un cas qui me paraît particulièrement inté- 
ressant, au point de vue de l'idée qu'il peut donner du jeu 
des forces conscientes et inconscientes. 

r 

M. X...,, 38 ans, vient me trouverj paice qu'il est honiosexttelv 
mais qu'il eu souffre : il voudrait aimer des feitimes. Il ne se plaint 
d'aucun symptôme marqué. Dès la première conversation, il se met 
en colère, prend un ton très agressif et violent, car je m'exprime 
sans enthousiasme sur T astrologie dont il est Tadmirateur fervent: 
l! ne travaille pas > n'a aucun emploi, bien qu'il paraisse capable 
d'activité. , 

Un examen plus approfondi prouve que c'est au fond un grand 
angoissé qui cependant ne souffre consciemment que dans' une 
quantité minime. Il n'en parle point au début ^ et c^est avet! le progrès 
ce Fanalj'se seulement qu'il ressent de plus en plus cette angoisse. 
Bientôt je m'aperçois que tout son train de vie n'est destiné qu^à 
détourner rangoisse^ qui est intimement liée au sentiment de cnïpar 
bilitéj. et qu'il a inventé durant sa vie un cycle compliqué de com- 
pensations très variées. 

Les moyens de détourner T angoisse sont des plus curieux. On peut 
leur distinguer trois faces ; morale, sexuelle, intellectuelle. 

Vis-à-vis de la société , c'est un grand révolté. Tout ce qui est adap- 
tation aux lois sociales et morales lui est difficile et il cherche à 
trouver sa supériorité en s' 3^ soustraj^ant. Sa vie sera remplie d'ail* 
leurs de petits ïnics, de mauvais tours joiiéf; aussi bien aux personnes 
particulières qu'aux iustitutious publiques. Partout il se révolte, 
provoque des scènes ^ menace et se rend auprès d'avocats^ soit pour 
se défendre^ soit pour faire plier la résistance d'autrui, I! ne ménage 
personne, même sa proche famille. Il est possédé par un vrai démon 
de la mesquinerie, 11 est parfois fort habile et cependant autant que 
je sache j sauf de petits déboires ^ il ne porte à personne de grands 
coups. On dirait que son ambition est la méchanceté et cependant 
il y échoue comme d ^autres névrosés dans leurs efforts de magnani- 
mité et de morale apostolique. Dans les premières séances il ne parle 
que de me tuer, de me voir écraser par une voilure, il imagine des 
moyens pour pénétrer chez moi la nuit, me tuer et prendre mou 



,^ le 2. 



20 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



argent, etc — Voilà son imagiDation touruée vers le mal comme celle 
d'une grande majorité des névrosés ^st tonrnée vers les compensations 
de bonté et de haute morale. Mais il s'agit en grande partie de T ima- 
gination. Que faut-il donc rechercher dans un cas pareil, qui cepen- 
dant ressortit aux névroses ? Des vertus refoulées, comme dans 
d'autres cas des défauts refoulés. Bientôt j'arrive à démasquer der- 
rière cette façade d^ arrogance, de « puissance » dans le mal, etc., 
mie timidité extrême. Lorsqu'il s* agit de parler de ses anomalies 
sexuel les j d'avouer certaines curiosités sexut^lles et surtout d'avouer 
de méchants ou meurtriers projets imagina tifs envers moi, il tombe 
dans une timicntc sans pareille, des frissons secouent son corps* Il 
passe ses journées à consulter des épliémérides (feuilles publiées par 
dç.s astrologues qui rens<?iguent, selon la position des planètes, pour 
chaque date^ sur les choses qu^l faut éviter ou rechercher) pour 
savoir si telle date, telle heure, tel quartier lui seront favorables. Il 
ne tarit pas dans ses discours sur Tastrologie et m'en veut violemment 
de ne pas me laisser convaincre. Bientôt je peux lui expliquer quelle 
peur de la mort se cache derrière cette cotiiiance en une science qui 
permet de prévoir tous les dangers et de trouver les moj'^ens pour les 
éviter. Son état^ comme vous pouvez en juger vous-mêmes^ est très 
proche des pliobies qui limitent la liberté des mouvements^ et restrei- 
gnent les possibilités de T activité de plus en plus. 

InielleciucUsmevi, M. X.,. compense à un degré considérable. 
Sans être un intellectuel du tout — c'est plutôt un type actif, avec 
beaucoup de bon sens — sans d'ailleurs beaucoup lire, il est plongé 
dans des problèmes scientifiques ; il s* instruit surtout par des confé- 
rences et des causeries avec des personnes plus instruites que lui. 
Mais tous ses intérêts portent sur les sciences qui sont en opposition 
avec la science admise, la science « légale d, si on peut s'exprimer 
ainsi. Il s'intéresse donc à Pastrologie avant tout, mais aussi à la 
théosophie, à la graphologie, etc,,. Si nous ajoutons que son père a 
accompli des études universitaires et lui non, cela nous expliquera sa 
ré^'olte contre la science légale. Il cherche toujours à me gagner à ses 
théories, prend un ton ironique à toutes mes répliques. La plus 
grande résistance qui nous a préoccupés pendant des mois^ c'était 
la lutte pour que j'adopte ses points de vue. I] n\^ renonçait que pas 
à pas. 

Sa vie sexuelle est tout à fait anormale. Après avoir, lors de sa 
puberté, pratiqué la masturbation comme la pluymrt des adolescents, 
il fut attiré vers les hommes sans pouvoir aucunement se fixer à un 
objet, cherchant toujours aventure parmi des hommes de très basse ^ 
origine* 

]e ne peux pas développer davantage devant vous ce cas, 
mais il est clair ati point de vue des compromis entre le cons- 
cient et rinconscîent peut-être justement parce qu'il est un 



PROElvÈMES DE TECHNIQUE PSYCHOANALYTIQUE 21 



cas de modification du caractère ; la formation des s^nnptô- 
mes obscurcit ce jeu des forces. Il y a en sonnne une fort 
appauvrissement de la vie psychique consciente, et une com- 
pensation continuelle^ évidente et tellement intense qu'elle 
tient de quantités considérables de libido du moi et de sur- 
moi en suspens pour repousser les productions du ça, qui 
prennent avant tout la forme d'angoisse. Comme résultat : 
des changements profonds du caractère et de la moralité qui 
se révèlent ctre des réactions de défense continuelles contre 
la peur inconsciente de la mort. 

Au fur et à mesure que l'analyse progressait, V angoisse 
devint évidente (c'est surtout Tastrologie qui servit à la mas- 
quer) et elle céda finalement la place à des idées de suicide, 
toujours liées à sa mauvaise conscience envers les membres 
de sa famille. Ce qui a été particulièrement intéressant dans 
ce cas, c'est la fixation inconsciente à la mère et la peur de 
la castration. C'est cette dernière qui donna une empreinte 
très forte à l'apparent caractère de M. X, 

Faisons^ quelques remarques sur les circonstances qui in- 
fluencèrent ce cas de <* névrose du caractère ». Son père était 
un homme fort occupé, travaillant d'une façon très intense 
dans sa profession, de grande taille^ fort physiquement, par- 
lant peu; sans être excessivement sévère, il était plutôt volon- 
taire et cassant, ne discutant pas avec les enfants sur les 
ordres qu'on leur donnait. Il était presque toujours absent; 
c'est sur la jiicre plutôt que reposait la tâche de réducation* 
Unique fils, n^ayant que des sœurs, notre client passait sa 
vie parmi des femmes. D'autre part^ son père, par tous les 
traits de sa personnalité, Pécrasait positivement ^ tant il lui 
paraissait puissant. L'enfant, avec des dispositions très ambi- 
valentes, craintif et timide d^une part, ayant beaucoup 
d'énergie et d ^activité de l'autre^ arriva à creuser un. abîme 
profond entre son ça et son moi, qui s identifia avec la mèj-e 
et devint homosexuel, tandis que le surmoî se modelait 
d'après Tirnage du .père hyperpuissant et entrait en lutte avec 
la haine contre le père, refoulée dans le ça. C'est la volonté 
d ^abattre son père, de le dépasser en tout qui l'obsédait et 
paralysait les manifestations naturelles de sa propre person- 
nalité, Les moyiens qui doivent le mener au but sont : la 



4^ 



22 ■ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



u superscience )>, la domination de tous ses proclies par 
l'agressivité et les méchancetés^ ainsi que leur humiliation, 

La révolte sous telle ou telle forme ^ une tension intérieure 
entre les dîlTérentes parties de la personnalité^ un système 
compliqué de compensations font, en outre des sjanptôraes^ 
partie du tableau clinique de toute névrose; l'analyse de 
r inconscient découvre des fixations et des régressions qui 
occasionnent des conflits refoulés. 

Les symptômes ne sont qu'un degré dans la complica- 
tion de ces processus; les quantités de libido détenue sont 
plus importantes; les conflits entre le moi et la sexualité cher- 
cliei?t continuellement de nouveaux moyens de solution, ce 
qui augmente la souffrance du moi. 



% 4; 



Comparaison entité les possibilités psychologiques et 
LES possieiliths EioLOGiouEs. — L 'observation des névroses 
nous amène à une réflexion qui conduit à une analogie biolo- 
gique. Qu*est*ce qui dirige les compensations du moi et pour- 
quoi leur effort dérangc-t-îl radaptation à la réalité ? An jire- 
mier abord on devrait s'attendre au contraire. Dans la plu- 
part des cas un névrosé s'efforce de fournir le plus de rende- 
ment qu'il peut; pourquoi éclioue-t-îl ? 

L'étude de l'évolution biologique nous montre que la nature 
îiéberge dans sa corne d'abondance des possibilités sans fin, 
C^est grâce à cela que révolution est arrivée à créer l'im- 
mense ^'ariét.é cle.s espèces et des races. Des circonstances 
nouvelles n ^avaient qu'à faire appel à la nature, et il se trou- 
vait toujours uu certain nombre d'individus i:)0ssédant déjà 
de nouveaux caractères à Tétat rudimcntaire^ ou la capacité 
de développer ces caractères plus que les autres, si Inadapta- 
tion nouvelle Texigeait. Une chose analogue semble se pas- 
ser sur le terrain psychologique. Les conflits et leurs com- 
pensât io]is, c'est un sj?^stème de déplacements d'une possibi- 
lité pS5^cliiquc à l'autre; d'efforts pour retrouver l'équilibre* 
Et nous ^'^oilà témoins d'un jeu de forces de la libido des plus 
hasardeux et des plus contradictoires. Un actif devient un 
intellectuel outré, un assoîHé de bonheur égoïste devient le 



PROBLÈMES DE TECHNIQUE PSYCHOANAI^YTIgUE 



23 



.réformateur de son entourage et de la société. L'iinagmatioii 
plane d'une possibilité à une autre et émigré de Téthique à 
r esthétique, de l'esprit à Tart, etc. 

Cependant une certaine différence distingue ce jeu de for- 
ces dans les deux domaines ^ celui de la biologie et celui de 
la psychologie . Sur le terrain biologique règne une discipline 
■beaucoup plus grande et plus implacable : une qualité nou- 
velle existant à rétat rudînientaire est vite étouffée, si elle 
n'est pas désirable dans les circonstances données, car la vie 
pourrait être mise en danger par Teffet contraire. Dans le 
^doniainc ps3^cliologiquej il ne s'agit pas de dangers aussi 
graves; la recherche des voies nonvelles, à laquelle ^ous 
pousse rimagination qui se dérobe à la réalité, ne menace pas 
la vie, elle n^amène que la souffrance et Pinfirmité psyclii- 
^que, qui permettent de continuer la vie. Et c'est là le dan- ^ 
ger ; dans le domaine psychologique, on assiste à cette vérité 
paradoxale qu'iï est pratiquei^ient nuisible de développer 
foutes les possibilités dont nous sommss capables j même si 
eJles ont le caractère de vertus intellectuelles ou morales. Le 
trop empêche l'indispensable. Ce fait me semble jouer un 
TÔle du point de vue technique ; il ne faut pas se laisser 
séduire par la richesse fréquente des névrosés, et il faut se 
demander souvent, lorsqu'un névrosé semble posséder des 
talents et des dons très divers, ce qu'il va sacrifier, et com- 
ment les déplacements d'une possibilité à Tautre vont ise 
développer. Ce jeu des déplacements des quantités est des 
plus passionnants lorsqu^on a Toccasion de l'observer d'aussi 
près que dans la psj^-chanalyse, et il me semble très impor- 
tant du point de vue de l'éducation et de l'hygiène sociale* 
"Le cas que j'ai cité en est un exemple. 



LA MASTURBATION 



Un des problèmes j dans la multitude des foj^ers de fixa- 
tion de la libido, sur lequel je voudrais attirer votre attention^ 
c'est la masturbation. Il me paraît que son rôle pratique n'a 
pas été suffisamment précisé j bien qu^on Tait beaucoup dis- 
cuté dans le temps. 



l:_ 



24 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



RÔLE CLINTOUE CAPITAL DE LA MASTURBATION, — Mcs^ 

clients m'ont amenée depuis longtemps à faire attention tout 
particulièrement à la masturbation et à ses conséquences psy- 
chiques^ c'est-à-dire au complexe de masturbation. C'est la 
masturbation qu'on accusait dans la vieille médecine et l*opi- 
nion populaire d'être la cause de toutes sortes de maux psy- 
chiques et même pîy^siqueSj jusqu'à la folie. Les masturbants 
eux-mêmes lui attribiient leur dépression ^ leur timidité, la 
considèrent comme la source de leur sens d'infériorité. On ar- 
rive difficilement à les dissuader de leurs croj^^ances aux suites 
néfastes de la masturbation, croyances qu*ils ont puisées dans 
les livres ainsi que dans les menaces et les arguments de leurs 
parents et de leurs éducateurs, 

ha masturbation est un carre foîii\ d^ou partent des cheniins 
vers des troubles ps y cho -sexuels les plus muliipUs et les pins 
divers. C'est elle qui est le support de toutes sortes de rêve- 
ries ^ en particulier les rêveries incestueuses ; c'est elle qui 
cache la peur de la castration, de la destruction des organes 
génitaux ; c'est elle aussi qu'on accuse d'être la cause de 
l'impuissance sexuelle aussi bien ps^^chique que physique. 
Depuis longtemps Freud a attiré Tatteution sur rimportance- 
qu*a la masturbation dans la formation d'un sjanptôme tel 
que les obsessions. Il dit (i) : *t On ne soupçonne pas combien 
<[ nombreux sont les actes obsessionnels qui représentent une 
(( répétition ou une modification marquée de la mastnrbatioiij 
(( laquelle, on le sait> accompagne en tant qu'acte unique et' 
<f uniforme les fonnes les plus variées de la déviation 
<( sexuelle i). Or, on sait que les obsédés sont tout particuliè- 
rement surchargés de culpabilité et d 'autopunition : or, la 
masturbation est un foj^er d'attention très intense pour ces 
sentiments-là. 

Pourquoi lès obsessions seraient-elles seules en rapport si^ 
intime avec la masturbation ? n me semble qu'il faut élargir- 
ce terrain ; tous les conflits névrotiques sont greffés quelque 
part sur la masturbation et son complexe, et si Ton veut avoir 

(i) Introductiou, p, 333. 



PROBLEMES DE TECHNIQUE PSYCHOANAI^YTIQUE 



accès à la libido disparue, il ne faut jamais oublier que c^est 
peut-être à travers la masturbation que. passe le cliemin qui y 
conduit* Ce que les obsessions' présentent de particulier par 
rapport à la masturbation, c'est qu'elles apparaissent d^ordi- 
naire après une latte acharnée contre elle et un certain temps 
' après que la masturbation a été vaincue apparemment et au 
fond tout simplement refoulée. La question des attouche- 
' ments non sexuels ^ éloignés de la source primitive, y entre 
souvent en jeu/ 

Cependant la masturbation n^e.st ni la cause ni F explica- 
tion de. toutes les j&xations et régressions qu'elle héberge, de 
toutes les déviations sexuelles et de leui'S' conséquences psy- 
chiques. Je rappelle un écran {par analogie avec le sonvenir-^ 
écran)j qui masque toutes sortes de choses diverses. 

Là où la masturbation est manifeste^ tout anaWste sait quel 
soulagement le malade ressent lorsqu^il arrive à en parler et 
lorsqu'on Tassure qu'on pcnit guérir ce mal. On sait aussi 
qu^un des résultats finaux de la guéiison est très rassurant à 
ce point de vue : c'est la renonciation à ce plaisir autoérotique, 
et le développement de la capacité à projeter sa libido sur un 
objet extérieur. 

Mais il y a des cas où le malade prétend ne s'être jamais 
masturbe ; il repousse quelquefois avec indignation une pa- 
reille idée. Il faut considérer cela comme une amnésie infan- 
tile, un complexe refoulé comme tant d'autres formations in- 
conscientes latentes qui ne sont représentées dans le moi que 
par des substituts compensateurs, et ne pas perdre de vue 
qu'à un mornent donné de l'enfance il a dû être manifeste et 
jouer un rôle important dans le refoulement sexuel. Je vous 
citerai deux exemples. 

Le premier, d'tme dame qui faisait une analyse didactique et avait 
quand même des conflits psycho-sexuels. J'ai procédé selon mon habi- 
tude^ je guettais la raasturKatioii infantik et ses substituts ^ quoique 
très difficiles à saisir dans des conflits actuels. J'ai découvert un 
S3:mptôme curieux qui a fait beaucoup de tort à T analysée durap^ 
toute sa vie. Elle était incapable de tout usage de sa mahi en rapport 
avec une activité mentale quelconque. Par exemple, elle avait ]a plus 
grande difficulté à écrire des lettres, et même à les dicter , ou à expri- 
mer par écrit ses peùsées. C'est une conférencière très appréciée, mais 
jamais elle n'était capable d ^écrire ses conférences ou de prendre des 



^6 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANAI.YSE 



notes pour celles-ci ; elle était obligée de les retenir mentalement ou 
J^ les improviser j ce qui représentait un effort mental considérable. 
Bile fut invitée souvent à faire paraître ses conférences en un livre ; 
jamais elle n'3^ est arrivée^ cela Ini était impossible. 

Ce symptôme céda peu à peu lorsqu'on analj^sa le rôle que 
la maiii avait dû jouer un jour dans Tacte masturba toire 
quelle avait refoulé très tôt dans son enfance, et aussi complè- 
tement que possible, en se laissant intiniider par sa mère ; ' 
d'où Tangoisse que Temploi de la main au service de Tactivité 
mentale pût ranimer des traces mentales de Tacte masturba- 
toire et tontes les réminiscences appartenant à ce complexe 
refoulé. Il va sans dire que ce complexe^ représentant la 
sexualité infantile^ était dans ce cas particulièrement sur- 
chargé par le sentiment de culpabilité ; ladite per^'^onne a 
réussi à le tenir écarté de sa vie, sans troubles sensibles (ce 
qui n*est pas le cas, i:>ar exemple, chez les obsédés). 

Une autre dame repoussait avec indignation F idée qu'elle pût avoir 
touclié à ses organes génitaux à n'importe quel moment de sa vie. ^ 
Or, un jour elle me déclara qu'en sortant de chez moi elle avait senti 
ses orgciîies se mouiller, ce qui ne lui arrivait jamais. Je pris cela tout 
d^ abord pour un signe de transfert homosexuel en mon honneur. Mais 
lorsque la même déclaration me fut renouvelée quelques jours plus 
tardj j'exprimai la supposition, que l'on pouvait être en présence 
d'un substitut d'une masturbation refoulée très tôt dans T enfance. 
mais a37'ant tendance à ressusciter sous T influence de P analyse. Et 
c'est alors que la malade, qui était mariée depuis des années et avait 
prétt^ndu à maintes reprises jusqu^à ce jour-là être très passionnée 
^t complètement satisfaite dans ses rapports conjugaux, hasarda de 
me poser timidement des questions sur la jouissance sexuelle; il en 
ressortit qu'elle n'avait pas connu jusqu'à présent l'orgasme, ou 
peut-être une seule fois dans sa vie. Ensuite^ les problèmes sexuels 
affinèrent et permirent de trouver un accès vers leur solution. 

Tous les homosexuels manifestes que j'ai eu roccasioii 
d'analyser (je ne veux pas dire que ce soit le cas de tous les 
pédéraj?tes) se sont masturbés eu même temps • On dirait que 
c^est rhomosexualîtc et la masturbation qui se sont disputé 
ieiir libido- Dans certains cas^ il ressortait nettement que Tho- 
mosexualité avait été chargée de masquer la peur de la mas- 
turbation. Un de mes cas surtout fut instructif sous ce rap- 
port* . 



AA* 



PROBLEMES DE TECHNIQUE PSYCHOANAI.YTIQUE 2? 



Le malade^ qui se masturbait régulièrement ^ prétendait que la mas- 
turbation ne lui causait pas le moindre ennui ni scrupule. Le symp- 
tôme qui le faisait le plus souffrir, c^était Tangoisse de :regarder les 
j^e.îis dans les yeux, car ils pouvaient deviner en lui un homosexuel. 
Durant ra]iah^se, il fut absolument évidenl que toutes les angoisses^ 
'tous les remords attachés à la masturbation avaient été déplacés vers 
Vhomosexualité. 

Je ne puis pas citer tous les substituts et représentants de la 
masturbation dans le conscient, mais ils sont multiples, 

I 

CkNKSE BE la IfAStTTRBATTON PROLONGÉlî. — Comment 

s^ expliquer cette force attractive de la masturbât ion f Et où ré- 
^side-t-elle ? Tout ce que je vous dis ici à propos de la mastur- 
bation est le fi-^uit de mon expérience technique^ et si je lui 
■consacre tant de place, c'est parce que la masturbation joue 
un rôle très important dans T équilibre psjj^chique. Je n'ai pas 
la préteaition d'y rien inventer de nouveau, eu tous cas pas 
théoriqncmentj car en écrivant mon rapport et en confrontant 
ce que j'ai appris de mes malades avec les données théoriques 
exprimées par Fi'eud dans a Trois conférences sur la sexua- 
lité », j'y ai tout retrouvé sous la plume du maître. 

Dans les trois conférences sur la sexualité nous trouvons 
tout un chapitre intitulé : (c Les phénomènes sexuels mastur- 
batoires )). Nous apprenons que la niastui^batiou est générale 
■chez le nourrisson ; et puisqu'elle est tellement générale, il faut 
supposer que Tonanisnie du nourrisson est le premier éveil des 
oi'gancs génitaux, éveil dont la nature se sert pour affirmer la 
primauté ultérieure de ces organes^ dan s Je but de la rqjroduc- 
tioUj à l'âge adulte. Ainsi nous ne sommes pas étonnés de 
trouver les attaches de la masturbation avec la fonction de tou- 
tes les zones érogènes et toutes les pulsions partielles. Je vais 
■ citer une phrase de Freud (i) in extenso : ce A un moment quel- 
« conque de Penfance, ultérieur au sevrage, la pulsion sexuelle 
« des organes génitaux revient rtionientanénietil pour dispa- 
« raître bientôt, mais elle peut aussi^ depuis la masturbation 
^^« du noun*isson, ne cesser jamais qu'à Pépoque de la puberté 

(i) 3 AbliaiidL z, Sexnaltheorie, II. Auflage (1910), page 47. î '" . 



28 ^ EEVUE FKAKÇAISS DE PSYCHANALYSE 



c( et bien au-delà. Il existe une grande variété de circonstances^ 
« ]rossîbîes selon les cas, qu'il faudrait anal3rser et étudier se* 
i*. parement j mais tous les détails de cette seconde phase d'ac- 
" <i tivité sexuelle laissent des traces inconscientes les pins prê- 
te fondes dans la mémoire de la personne, détenu inent revo- 
ta lution de son caractère, si elle reste bien portante dans la 
i< suite^ et la s^^iiptomatologie de sa névrose , si elle tombe ma- 
u lade après la puberté • Dans ce dernier cas cette période 
<t sexuelle succombe à Toubli, les réminiscences conscientes 
f( qui en sont la preuve se déplacent ; j*ai déjà mentionné ail- 
a leurs que je suis porté à attribuer aussi raranésie infantile ^ 
a normale à cette activité sexuelle, n Freud mentiojme que 
déjà dans cette phase la masturbation peut être supprimée en 
tant qu ■attouchement des organes génitaux et n^être représen- 
tée que par des démangeaisons ou une sécrétion analogue à la 
pollution, conduisant cependant à la satisfaction (sexuelle* 
Comme nous le voyons, Freud ne se prononce pas du tout sur 
le point de savoir à quel moment cette seconde phase mastur- 
batoire peut avoir lieu. Il le répète à plusieurs re2:)rîses dans 
]es trois conférences. 

Dans mes expériences pratiques, je Fai toujours mise en 
]'apport avec le complexe d'Œdipe et j'ai attribué sa persis- 
tance au-delà de la période infantile aux troubles de Févoln- 
tion de ce complexe. Or^ dans un petit tra^^ail ; « La dissolu- 
tion du complexe d 'Œdipe >)^ Freud précise le moment de- 
cette seconde phase et la met en rapport direct avec le complexe 
d*Œdipe, Nous y trouvons des paroles bien décidées ; ...« cette 
(< phase phallique qui est en même temps celle du complexe 
t< d'CEdipe... )> Il exprime là aussi l'idée que c'est la peur de 
la castration qui explique la nécessité pliylogénétique de la dis- 
solution du complexe d 'Œdipe ; et il la mc^t en connexion avec- 
les menaces que T entourage prodigue à l'enfant lorsqu'il tou- 
che ses organes génitaux. 

Ce sont donc les pôriurba fions dans Vévohttion ef la dissohi- 
iion du complexe d^Œdipe qui sont responsables de la prolon- 
gation de la masturhation an -delà de la phase de prélatence. 

Le fonctionnement des organes génitaux avant la puberté ^ 
les prépare dans ce sen?^ 9.^^^^- élabore le plaisir préliiniimire* 
indépendant des buts de procréation. C'est dans Vindépen-* 



III I ^■■■■|-| — k ■ i^^^^^^^l-^^^"^^^^^^^^^»»^ 



PUOBLÈMES PE TTiCHKiQUE PSVCHOAJS'ALVtiQUB ^ 39 



<lance de ce plaisir vis-à-\^is de tout objet extérieur que con- 
siste le plus gi'and charme et le plus grand dauger de la mas- 
turbation. Le moi ne peut, à la longue^ pas être d^accord avec 
cette fuite des responsabilités devant la réalité et ce reploie', 
meut de la libido sur elle-niênie ; ce désaccord devient le point * 
de déport de la lutte, dans laquelle les fixations et la régression 
d'un côté^ et les résistances de la part du moi, savoir notam- 
ment la censure basée sur des idées morales, esthétiques, etc,^ 
de l'autre^ sont engagées. Les produits de cette lutte s'éloi- 
gnent de pins en plus de leur source et deviennent des substi- 
tuts méconnaissables. 






Les E.ÊVER.1ES. — Lorsqu'on parle de la masturbation com- 
me étant Texpression la plus directe du plaisir sexuel qui se 
dérobe au principe de la réalité^ on ne peut pas passer sous si- 
lence les rêves éveillés ou rêveries^ production meutale qui suit 
le même chemin. Aussi bien est-ce une chose trop connue qiie 
les rêves éveillés s'associent à la masturbation et raccompa- 
gnent, pour que je iii^y attarde. Je ferai seulement deux remar- 
ques qui touchent le côté moins connu de cette activité îmagi- 
nati^^e. 

Premièrement, les inventions iriiaginatives infantiles qui 
se répètent d'un individu à Tautre avec grande monotonie de 
sujet et de contenu, comme les fantasmes sur le viol sexuel, 
Tobservation du coït des parents, la castration. Il faut renon- 
cer ^ durant Tanalyse, à discerner dans ces fantasmes ce qui a 
eu réellement lieu et ce qui a été inventé ; on se tirera d'affaire 
en leur attribuant le caractère de vérité psychologiqae et non 
de réalité objective. Freud prétend que ces fantasmes consti- 
tuent un patrimoine pliylogénétîque et les appelle primordiaux 
(Urphantasien), 

Secondement, le danger que peut présenter dans ceVtaines 
circonstances ce grand réservoir de la libido disparue de la 
vie réelle. Dans une certaine mesure, les rêves éveillés sont 
utiles, car ils facilitent l'exécution de tâches de la réalité, 
qui sont parfois trop dures. Et le moi les tolère à condition 
que les proportions quantitatives soient gardées. Elles mena- 



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30 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



cent de troubler réqnilibre, si la libido reflue vers elles en 
trop grandes quantités et a tendance à remplacer les objets 
rèeir^ par des objets iraagiiiaires, ce qui constitue Vintrover- 
sioit. Celle-ci joue un rôle intermédiaire dans la formation des- 
sjmiptômes lorsque l'individu tombe dans une névrose. Il faut 
mentionner ici que les rêves éveillés peuvent être inconscients; 
ce sont eux qui gardent des tmces psychiques d^anciens objets 
et buts sexuels, c'est donc à travers eux que la libido refoulée 
trouve son cliemin vers les fixations. 



M' —LE BUT A ATTEINDRE ET LA FIN DE L^ ANALYSE 

Le problème suivant, que je voudrais discuter devant vous, 
c'est celui du but de la technique. ^Existe-t-il^ oui ou non ? 
Ce qu^il y a de plus difficile c*est d'indiquer des moyens sûrs 
et précis pour l'atteindre, même si ce programme existe. 

L'élaboration de la méthode freudienne ne serait pas pos- 
sible s'il n"}^ avait pas une certaine uniformité dans la psy- 
chologie humaine. C'est surtout T inconscient, résidu phylogé- 
nétique de la psychologie, qui présente une uniformité permet- 
tant de réduire le pS3ï^cliisme à de certains faits généraux. Mais 
lorsqu'on parle de la technique ps^^choanah^^tique et des indica- 
tions utiles qu'on voudrait donner aux autres, il faut considérer 
la question par son autre but ; combien y a-t-il d'individuel 
dans rélabojMtion de la névrose ? La névrose, c'est toute la 
vie d'une individu, c'est l'élaboration à travers des possibilités 
innombrables qui n'ont pas de signification dans le travail 
final de l'analj^se, mais qui demandent beaucoup d'intuition 
instantanée en outre des connaissances théoriques et de Tex- 
périence pratique. 

Le but à atteindre ?T1 y a un programme minimum et un 
programme maximum. 



* 

* ^ 



* 

Le PROm^ÀMÎ^fE MINIMUM ET LE PROGRAmŒ MAXIMUM. — Le 

minimum, ce sont des axnéliorations de différents degrés, assez 
marquées pour que le malade reconnaisse le traitement comme 



AM 



PROBLEMES DE TECHNIQUE PSYCHOANAI^YTIgUE 31. 

un remède lui ayant rendu la vie supportable ou même facile. 
Très souvent ces anicliorations sont de telle nature que les mé-' 
decins avant Freud ne savaient pas les obtenir dans des cas 
analogues^ surtout en ce qui concerne les obsessions^ les pho- 
bies^ par exemple. Disparition des symptômes , ad a p Cation plus^ 
ou moins grande à la vie sociale, souvent même création d^une 
vie qui ne réussissait pas à naître avant l'analyse. En tout cas^, 
la disparition seule des sjmiptômes, qui était Tidéal du trai- 
tement pour beaucoup de névroses dans la médecine d^avant 
Freud ne contente pas l'analyste. 

Le programme maxhuimi ? C'est la libération aussi com- 
plète que possible de la libido. Nous connaissons déjà son 
critérium : c'est la capacité maxima d^aimer^ et de sublimer- 
en même temps. Cela signifie la destruction aussi complète 
que possible de la base des s\mip tomes ^ et des conflits qui y 
conduisent. Ce n*est pas d'un nouveau paradis que je von& 
parle ; la vie peut présenter des difficultés à nos sujets giiéns 
comme à tous les mortel s ^ mais ils n'y répondent plus par des- 
conflits refoulés qui de\nennent le noyau de symptômes ou^ 
d'un appauvrissement de la vie psychique, ils ont appris à 
supporter la souffrance, les contrariétés de la vie, 

Kt permettez-moi aussi de vous dire une chose : la pS5^cbolo- 
gie freudien ne j seule psychologie concrète et expérimentale en 
dehors du laboratoire^ nous apprend un nombre infini de cho- 
ses nouvelles et nous permet d'exprimer autant de formules^ 
nouvelles. Par exemple, elle nous permet de constater que le- 
sort même de Thunianité dépend beaucoup plus qu^on ne le 
croit couramment de nous-mêmes; il y a force . malheurs que 
nous attribuons au destin et que nous créons non s -même s,. 
poussés tantôt par le mécanisme de l' auto-punition (surmoi), 
tantôt par T appauvrissement psychique vu les troubles dans- 
r économie de notre libido. On peut dire que la jaialUê des an- 
ciens a changé de demeure : elle habite principalement notre 
propre âme, elle est intérieure plus qu'extérieure. 

Le programme maximum, c'est l'exclusion de la récidive. 
Un cas analysé ju.squ'au bout doit, conséqi;emmer à ce que 
nous avons exposé, arriver, sn.r la ligne du complexe d 'Œdipe, 
là où ]a libido a été arrêtée dans son développement ; cela sent 
permettra une synthèse de la névrose dans toutes ses raani* 



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L 

32 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



festat-oiis, en avant a^ussi bien qu'en arrière à partir de ce 
point-là, La synthèse doit réunir le choc acHteî, qui a déclen- 
ché la névrose avec celui de V enfance; snr ce chemin , on ren- 
contre la puberté, oii les troubles infantiles se reproduisent 
plus ou moins. 

Nous appellerons le moment qui a produit l'arrêt dans 1 évo- 
lution du complexe d 'Œdipe la scène primordiale (Urszene) 
de bi névrose. 

Ce programme maximum est-il accessible aux efforts de 
l'analyste ? Permettez qu'ici je réj^onde avant tout en mon 
nom, sans me soucier si tous les analjj^stes sans exception me 
suivront. Ouij ce programme est accessible et c^est cette tâche- 
là que j^ai en vue en entreprenant chaque analyse. Même, 
quand je ne Tobtiens pas, j^ai T impression que je Tai frisé 
à un moment donnée que je l'ai laissé échapper. Je veux dire 
par là que la méthode renferme potentiellement le degré de 
perfection nécessaire pour ce but, quoiqu^il soit difficile d'en 
trouver l'expression finale et que cela laisse un grand rôle 
au talent personnel de Tanalj^ste. Ceci est dû aux différents 
facteurs aussi bien généraux, que particuliers à la psychoaiia- 
lyse. Qu'on me laisse me servir d'une comparaison qui n^a 
d*ailleurs qu*unc valeur relative: Tasepsie moderne pennet 
des opérations chirurgie;! les niînunjîen.^es par rappoit à la 
capacité de la chirurgie d'il 3^ a cinquante ans ; or, pourtant, 
tous les chirurgiens ne sont pas capables des mêmes prouesses 
lorsqu'ils se servent de ses mo^^^ens. Si la chirurgie est un bon 
terr^ain d'analogie en tant qu'on pourrait appeler la psyclioa- 
nalyse la chirurgie de Tâme, il y a cependant une différence : 
les scalpels^ lés instruments de cette chirurgie, étant mentaux, 
spirituels, sont liieaucoup moins visibles et demandent au chi- 
rurgien une vue un peu spéciale. 






La fin de L"' analyse. — Dans le programme maximum, 
c^est la fin de V analyse qui mérite surtout d^être considérée. 
Dans une analyse finie, le complexe d'CEdipe qui a sombré 
dans son évolution doit être redressé, arriver à Fapogée de son 
développement et se résorber. Tout cela par l'intermédiaire du 



!■ 



PROBLÈMES DE TECHNIQUE PSYCHO ANALYTIQUE 33 



"transfert, qui crée des circonstances plus favorables que celles 
de Tenfance et permet d^éviter le naufrage. 






Présence constante d'éléments homosexuels.- L'homo- 
sexualité ET LA masturbation. — Mais il ne faut pas croire 
que ce soit toujours celui des parents qui a été Tobjet d'amour 
qui occupe le plus de place dans le travail technique ; c^est plu- 
tôt celui qui a été Pobstacle qui nous sépare du but en concen- 
trant autour de lui les résistances que nous voulons vaincre. 
L'impi-^ession qu'on acquiert lorsqu'on arrive à la scène pri- 
mordiale semble donner la clef de la compréhension de toutes 
.sortes de manifestations frappantes. 

Comme dit Freud, Pon rencontre dans toute névrose une 
certaine quantité d'homosexualité latente. Comme il y a en 
même temps une quantité, variant suivant le cas, d^liétéro- 
-sexualité, nous pouvons exprimer ce fait en disant que toute 
névrose comporte un certain degré de his sexualité. LMiomo- 
se-^nalité, même si elle n'est que latente, se traduit dans la 
vie ps3''chîque de rindividu par toutes sortes de manifestations 
psychiques, influençant profondément la formation du carac- 
tère, empêchant le développement de la virilité psychique chez 
un homme, celui de la féminité chez une femme, 

Or^ la scène primordiale semble représenter le moment oii 
l'individu recule a^^ec angoisse devant la tâche sexuelle et en 
même temps psychique ^ que sa naissance lui a imposée, et 
s'identifie avec le sexe opposé au sien. Une fillette tâche de se 
créer un pénis (organe mâle), et dorénavant vit dans son ima- 
gination ^ plus ou moins inconsciemment à la vérité, comme 
si elle était un homme ; vice versa pour le garçon qui semble 
se résigner à perdre la plus précieuse partie de sa personne, 
Torgane mâle, et s'identifie avec la mère. On touche donc en 
même temps qu'à Tliomosexualité à la naissance du complexe 
■de castration chez le garçon, de la jalousie au pénis chez la 
fillette. D'autre part, en arrivant à ce choc primordial, on 
arrive ï résoudre le complexe de masturbation, qui n'a pas 
été dissous, — comme cela se serait du, . — au moment de la 
dissolution du complexe d 'Œdipe. On peut s'expliquer la 

RfîVQli FRArçAISE DE PSYCHAKALYSE 3 



il ^ 



^^^^^^^^^^^^^^^^^■«fci^^i^^^^^^^^^^^^^^^MJfc. 



34 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



persistance de la mastuibation de la manière suivante : le 
moi ne peut pas consentir à Tinversion, qui l'enverserait Tor- 
dre de la nature. Or, du moment que T hétérosexualité a ten- 
dance a être remplacée par T homosexualité, le refoulement 

d'une grande partie de la libido s 'ensuit > et renforce la mas- 
turbalion, qui est constante à un certain moment de révolu- 
tion du complexe d 'Œdipe. D*a illeurs, dans les rêveries 
accompagnant la masturbation secondaire, nous trouvons et. 
les traces de l'inceste arrêté dans sa solution et T indent ifica- 
tion avec le sexe opposé : donc la bissexualité. 

C'est r homosexualité et la masturbation qui se disputent 
dorénavant la répartition des quantités de libido destinées au 
choix de Tobjet et refoulées; T issue de la lutte dépend des^ 
facteurs constitutionnels. 

En principe, sauf les cas où le facteur constitutionnel est. 
prédestiné à donner à riiomosexualîté latente un rôle émi- 
nent, c'est à la masturbation qu'incombe, pour la plus grande- 
part, Torientation de la libido vers de fausses routes. Et c'est 
compréhensible : du point de vue de régression, c'est la mas- 
turbation qui est la plus primitive et la plus éloignée du 
choix normal dUm objet. L'homosexualité tend à une solu- 
tion 2:>ar compromis : le choix d'un objet extérieur se main- 
tient quand même, tandis que dans la masturbation, on se 
dérobe totalement au principe de réalité en se rendant indé- 
]:>endant. D*oii un grand danger pS3^chique pour T individu, 
qui a r illusion de se soustraire aux buts ultérieurs de la. 
sexualité, et reste fixé an plaisir sexuel préliminaire. 



ît= îk 



Le choc affectif de la scène PRrMOl^DIALE ET LE PHO- 

BLÈME DE LA FIXATION D'^L-N TERAIE. — Consacrons quelques" 
mots à la nature affective de. la scène primordiale. Durant Tana^ 
lyse, un leitmotif se répète ; on a rimpression qu*un afïect 
coincé veut se faire jour^ et se reproduire dans le transfert : il 
prend Taspect de la colère, d'une explosion de rage ou de haine, 
qui semble masquer Tamour et la tendresse. Dans beaucoup- 
d'analyses, l'orage semble se dissiper graduel leincnt ; mais 
même dans ces cas classiques, ]a libération définitive de la li- 



ll'_^ï 



■ - PROElvÈMES DE TECHNIQUE PSYCHOA>ÎAl.yT]QU>: 35 

bîdo est réservée à la découverte du moment qni a arrêté Tévo- ^ 
lut ion normale du complexe d 'Œdipe- Mais il y a beaucoup de 
cas, les. obsessions et les analyses de caractère avant tout, où le 
transfert semble se heurter à de grands obstacles j et souvent 
c^est à la scène finale qu'est réservé Tefïet définitif du traite- 
ment* 

Dans beaucoup de cas, bien que l'analyse semble très avan- 
cée ^ les aiîects coincés semblent' attendre une certaine inscé- 
nisation jDour éclater définitivement. 

Souvent, à un moment donné, le client revient sur le sujet 
de la fin de Tanalyse, en nicnie temps qu'il se plaint de crises 
d*angoisses. Le thème de la mort des parents ou de leurs re- 
présentants (sœurs, frères) réapparaît fréquemment ; il semble 
parallèle, dans une certaine, mesure, à Tidée de la séparation 
d^avec V analyste. On peut se risquer, dans de pareils cas, à 
fixer un terme à l'analyse, terme distant, suivant le cas, dé 
deux ou trois à sept ou huit semaines; on court alors la chance, 
si Ton comprend bien la situation analytique^ d^ arriver à la 
scène primordiale, finale de T analyse. 

Il y a aussi des cas où les clients sont exceptionnellement 
réfractaires à toute trace de transfert conscient; on se heurte 
à ime apathie affective ph^s ou moins complète; le client 
transpose tout le travail analytique sur le plan intellectuel- 
Il comprend, ou au contraire ne comprend pas, mais ne res- 
sent rien. Il y a longtemps que Freud s*est servi, dans des 
cas pareils (i), de ce mo3?^en suprême : fixer le terme de 
Tanah^^se. Il me semble qu'on peut utilement élargir les indi- 
cations de procédé, pour accélérer et aiguillonner la fin de 
r analyse. 

Bn tout cas, il me semble que les thèmes de la colère d'un 
coté, de Tangoisse et de la mort d'un des parents parallèle- 
ment, à la séparation d'avec Tanalyste, de l'autre, accompa- 
gnent régulièrement la scène primordiale, finale de T analyse. 
Cette expérience pratique que j'ai faite semble coïncider assez 
bien avec Fidée qu*on se fait de la solution, et respective- 
ment, dans la névrose, de Tarrêt de solution du complexe 
d^Œdipe, 

■ 

^(ï) « WoUsaiialyse ». Kleiiie Schrîlteu zui Keurosenklne, V. Folge, 



ln^^M.iiinpiTTn^ r|-- ■ -- ■ — ii — n-'-- - i i ■ il ■ i ■■!- lii>-»iMtl—^i^r i^ra^^Mi«MOT^^^I^^^— !■■*■■■ —jiMliii-ii^^hi^p^ 

^6 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



,L*afïect le plus ancien, c'est V angoisse. Dans la plupart 
des cas où rangoîsse ne se manifeste pas directement, elle 
semble être masquée par -d'autres sentiments : méfiance, 
timidité, etc_, 

La rage, la colère, qui semblent être latentes dans toute 
an£^.lyse et attendent le moment de se faire jour, seniî:ïlent 
être iiïtiniejnent liées à Tidée du coït. C'est comme si Ten- 
fant concevait le coït comme une sorte de rnge^ de haine 
entre les parents. Ce sont ces sentinjents-là qui masquent 
également le mieux Tangoisse de Tenfant devant le mystère 
' génital. 

Le clioc affectif contraste avec un certain trait général de 
la vie affective des névrosés : le manque de spontanéité. Ce 
trait prend le caractère de prévoj^ance^ de prudence, de cal- 
cul; tout sentiment est prévu d'avance par la pensée, par le 
travail intellectuel. Si on arrive à déclencher Tangoisse fmalej 
les patients se laissent surprendre par des émotions nou- 
velles. 

Le choc affectif qui accompagne la scène finale semble être 
la révélation- d*un drame poignant de Tâme enfantine qui 
sommeillait dans les ténèbres de Tinconscient sans trouver 
aucune issue. Il surprend quelquefois par une telle inten- 
sité qu^on se demanda; ^: est-ce rintensité de la vie affective 
de V adulte par laquelle ces événements refoulés doivent se 
frayer le chemin qui leur donnent ces reflets lugubres^ ou 
bien sont-ce les grandes personnes qui ignorent jusqu'à un 
tel point les profondeurs de l'âme infantile ? En tout cas, 
Texpérience de ranaU^^se autorise à supposer que la vie affec-" 
tive de Penfant est loin du bonheur et du calme que se plai- 
sent à y siipposer les éducateurs, les parents en première 
ligne. 

Je tiens à citer l'exemple d'mie petite fille qui, à Vêigt de trois ans, 
quitta la maison paternelle, en proie au désespou" et qui/ seule à 
travers une grande ville, rechercha la maison de ses grands-parents. 
C'est une enfant qui avait été élevée apparemment dans des cîrcons- 
tances très favorables, et que les parents croyaient gâter* 

Tel aussi Fexemple d'un garçonnet de six ans qui quitta la maison 
de se^ parents parce qu'on l'avait menacé de le fouetter. Jusqu^à 
cinq heures du matin il fut au lit sans dormir, et puis il partit. Ou 






PROBLÈMES DE TECHMiQUE PSYCHO ANALYTIQUE 37 



le rechercha pendant sept jours qu'il passa en partie dans la banlieue, 
où il sut retrouver un livrenr de ses parents. Lorsque celui-ci, au 
bout decinq jourSj lui déclara qu^il allait le ramener chez ses parents, 
I ^enfant s^enfuit de nouveau et fut retrouvé par la police après une 
nuit passée dans la rue. L'enfant n'avait pas du tout été maltraité 
par ses parents ; cet exemple vient, lui aussi, d'un milieu riche et cul- 
tivé. 
Pourquoi de telles menaces, dont ou ne sait même pas si elles 

oîit jamais été exécutées (car Teufant, en générai, iv était pas 
b^tttu), ont-elles déchaîné une pareille angoisse ' Tî y a des 
exemples de tentatives de suicide plus ou moins inconscien- 
tes chez des enfants à partir de trois à quatre ans. Tout ana- 
lyste pourrait en citer. Aux incrédules, je conseille de s'adres- 
ser à la littérature, savoir à « La petite sœur de Trott )>, 
d'André Licliten berger, œuvre qui nie frappe par sa véracité 
et l'exactitude de son observation psychologique des enfants • 
Je vais citer maintenant un exemple d^uii choc affectif de 
la scène primordiale, exemple qui me paraît réunir claire- 
ment ce que j'ai dit à ce propos. 

La malade a vu naître sou petit frère lorsqu'elle' était âgée d'un 
an. Sa mère lui a toujours signalé que c'est vers cette époque qu'elle 
avait sensiblement cliangé de caractère. D'une enfant calme» facile, 
elle est devenue une iillette morose et coléreuse. Dans la suite, elle a 
fait une névrose assez grave, avec des s^^mptômes de conversion com* 
plexes, qui ont été considérés pendant longtemps coin me organiques. 
Des démangeaisons très gênantes la poursuivirent, entre autres cho- 
seSj à j)Mrtir d'un certain moment de son adolescence et se manifestè- 
rent jusqu^à i a fin de T analyse; elle se grattait les organes génitaux 
jusqu'au sang. Ce cliaiigement de caractère provint de la grossesse 
de sa mère et de la naissance de son petit frère, qui occasionnèrent 
r abandon partiel de la petite par sa n>ère, celle-ci ayant du partir 
pour une longue convalescence après ses couches. La petite fille se 
tourna vers son père et essaya de retirer à sa mère tonte son affection^ 
pourra reporter tout entière sur son père. 

Cet événement éveilla le complexe d'CEdipe prématurément ; 
aussi éclîoua-t-iL L^ enfant avait trop besoin de soins maternels 
à cet âge^ où elle dépendait trop des soins nécessaires à son 
corps et à révolution de son moi. Dans la suite^ dans sa vie 
conjugale, la jeune femme fut frigide ; inconsciemment, elle 
cherchait son père, ainsi que la solution de ses complexes en- 
vers sa mère. 



38 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Je citerai, de cette malade, un rêve fait la veille de la fin 
de Tanalj^se : 

m 

Elle voit dans la cour de la propriété de ses grand s-pareuts une 
fillette qui se tient à peine sur ses jambes, -tellement elle est petite ; 
cette enfant est rouge de colère et se gratte le visage à s'en arracher- 
la chair, La rêveuse sait que la fillette est fiancée. à un homme tout 
à fait adulte ; la différence d'âge ne fait rien^ elle l'attendra- Bile 
sait en outre que la même petite-fille — elle ne sait plus à quel âge 
— va se promener avec son fiancé dans un parc. Elle joue sur un 
balcon avec du sable et veut écrire avec ce sable le nom d^tiiie rue. 
C'est la rue X. Elle veut rejoindre son fiancé, court après lui, arrive 
dans la rue X, ; elle fait tomber^ ou ramasse, quelque chose dans la 
rue et, en se penchantj elle voit arriver son oncle, tandis que derrière 
elle est T associé de son oncle. Tous les deux peuvent voir les parties 
infimes de son corps, penchée comme elle l'est. Elle a de Taugoisse, 

Ce rêve est la concentration des problèmes qu'on a recher- 
chés durant Tanalyse, Mais un dct^iil y est nou^^eau. C*est 
la petite fille en rage et fiancée à un homme adulte (]ière). 
Ces fiançailles j elle les a poursuivies toute sa vie- La rue est 
celle où elle va faire de la musique. Les professeurs de piano 
ont joué un grand rôle dans ses rêveries erotiques, comme 
substituts de son père; Tun dVux a été renvoyé à la suite 
d'une conduite inconvenante envers elle à Tâge de huit ans^, 
mais elle n^a aucune souvenance de ce qui s* était passé* Ce 
qui était le plus frappant, ce sont les connexions entre' sa 
rage et ses fiançailles. Le lendemain du rêve^ elle a accom- 
pagné à la gare son mari et en rentrant, seule, elle a eu une 
vision momentanée : 

Elle a vu sa tan te , dans la même cour qui avait figuré dans son 
rêve, la tenant par la main, et ayant son petit frère sur le bras. Son 
petit frère pleurait à chaudes larmes, tandis qu'elle était imp^issible 
et sombro. Cel-e situation elle se la rappelle parfaitement : c'était 
lorsque sa mère est partie et a laissé les deux gosses à la charge de 
la tante. Ils se trouvaient alors tous les trois dans la cour^ juste au 
même endroit où se passe la vision et dans la même position, tandis 
que la voiture emportant les parents s ^éloignait, 

La malade avait alors deux ans, son frère un au. La vision 
complète le rêve. Le rêve et la vision reproduisent deux mo- 
ments différeuts de son enfance ; dans le premier^ représenté 



I ■ 



V^B^V^^Brtl 



PROBLÈMES DE TEClINrQXJE PSYCHOANA^LYTigUE 39 



par le rêve^ elle a une crise de désespoir, de rage, et se gratte 
le visage jusqu'au sang, c^est-à-dire qu'elle reproduit le symp- 
tôme le plus persistant de sa névrose, projeté d<ins la suite 
sur les organes génitaux. Dans la vision, elle ne manifeste 
^ plus la moindre émotion, c.^est son petit frère qui pleure; 
elle reste .impassible, et il pleure à la même occasion qu'elle 
dans le rêve : le départ des parents, la séparation; mais elle, 
elle n'est plus capable ni de pleurer ni de se mettre en rage, 
La rage, dans la suite, sera représentée par les démangeai- 
^SQiiS- D'après ses a.ssoçiations, après la naissance du j^^etît 
frère, sa mère a été longtemps njalade, et peu de semaines 
après s'être le^^ée, a été obligée de partir pour une longue 
convalescence. La venue au monde dn petit frère ^ le départ 
d^s parents à la suite de cet événement^ ont éveillé des émo- 
tions intenses chez la fillette à un moment où elle était trop 
petite pour dominer ses sentiments. Ils ont éveillé un travail 
intellectuel et un travail émotif prématurés, qui se sont con- 
îcentrés autour de la naissance et en même temps du coït. 
Elle a voulu faire comme sa mère et a fait le transfert inces- 
tueux sur son père. La petite avait couché dans la chambre 
de ses parents jusqu^à la naissance de sou frère. Elle a dû 
%saisir quelque chose de leurs rapports, puisque l'obervation 
dn coït a joué un rôle important dans son analyse. Mais cela 
n'a donne de réaction qu'après le choc affectif qui était la 
'Suite de la naissance du petit frère, moment auquel elle a 
-cessé d^être Tobjet unique de l'affection parentale. Le com- 
plexe d 'Œdipe a été refoulé très tôt, et remplacé par des 
fixations et des régressions. Les substituts de son père 
=(roncle, son associé) observent dans le rêve des scènes qui^ 
d'après ses associations, ^ sont intimement liées à son corn- 
■plexe anaL 

Ce qui est intéressant ici, c'est la multitude d'émotions et 
d'événements qui se sont concentrés eri ce seul représentant : 
les dém^no-eaiso^is . 

Le THÈME DE LA SÉPARATION. — NoUS p OU VOUS UOUS rîsqUCr 

â placer approximativement la scène primordiale par rapport 



■ "S 



^■^WVPWB^^l^^*^ 



AA^i^iArtlÉkriH 



40 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



au complexe d^CEdipe. Ce qui me frappe ^ c'est le thème de la 
séparation, qui revic.nt très souvent comme le moment e.s sen- 
tie! du drame j soit directement, soit comme souvenir-écran^ 
même là où Tenfant n'a pas été éloigné de' la maison de ées^ 
parents. Je pourrais citer ici des exemples innombrables ; j'en 
veux choisir quelques-uns • Chez un de mes clients revenait 
souvent la scène suivante ^ qui semblait capitale pour sa vie af-' 
fective : 

Après s'être éloigné de la maison, en jouant avec des camarades, 
11 revenait, trouvait la maison fermée et les parents absents- 
pou r quelques heures ; il versait des torrents de larmes, en un déses- 
poir, indescriptible ; il était sûr, cliaque fois, que ses parents ne 
reviendraient plus jamais, 

A ma question j si l'expérience répétée que les parents reve- 
naient toujours/ n'arrivait pas à le calmer et à le rassurer^ il 
nie répondait que nullement. Chez un autre , comme un refrain, 
revenaient deux sou^^enirs, associés dans son esprit comme s'ils^ 
n'en formaient qu'un seul : 

Un oiseau qu^il aimait beaucoup trouvé un jour mort dans sa cage, 
et sa mère sortant de la maison pour faire une visite ou pour aller en 
soirée tandis que lui pleurait toutes les larmes de son corps en la 
voyant s'éloigner. 

Que signifie cette séparation, cette disparition des parents ?" 
Il me semble que c^est ambivalent : la disparition signifie 
la mort; Tenfant craint que les mauvais souhaits envers les- 
personnes chéries, dont Téveil est lié au complexe d^QXdipe, 
ne se réalisent; et d'autre part, cela sjnnbolise un choc affec- 
tif : le refoulement de la tendresse, refoulement qui a été 
le point de départ de toutes les misères. 






Genèse psychologique.de la scène primordiale, — La 

scène primordiale paraît être en connexion avec la peur de Ig' 
castration, et celle-ci avec la découverte du coït et de ses consé- 
quences : la naissance des enfants. Où bien c'est un nouveau- 
né qui vient augmenter la famille ; ou bien c'est une autre cir- 



■ V ■ ■- - 



^f mn ■ iiiff^ 



FROBLEilES DE TECHNIQUE PSVCHOANAtVTIQUE 



4^ 



constance qui pousse Tenfaiit à découvrir rexisten ce de rap- 
ports iutimes entre s^s parents , par exemple sa présence dans- 
leur chambre à coucher et l'observation de leur coït, etc.*. On 
a d^aillenrs souvent Timpression que ce ii*est pas le îuoment 
même de cette expérience qui déclenche la réaction ; la ré^ininis- 
cence peut rester latente pendant une période plus ou moins 
longue. L'analyse me semble révéler ce fait psychologique cu- 
rieux^ qu'une impression, enregistrée pourtant, peut attendre 
assez longtemps un moment propice pour être aperçue. Par 
exemple, 1 ^enfant peut enregistrer automatiquement la gros- 
sesse de sa mère, la scène du coït, avant Tâge d'un an. C'est, 
bien plus tard, un choc affectif , Tangoisse d'avoir perdu Taf- 
fection de la personne chérie, qui le rend subitement clair- 
voyant , et lui fait « réaliser » un tas' de matériel latent. Ce 
moment devient le point de départ d'un travail intellectuel et 
moral intense et prématuré. 






RÔLE IMPORTANT DES PAUTrCULARITÉS FAJ^IIIvIALES. - — La 

vie de fainille joue un grand rôle dans révolution de la sexua- 
lité infantile. Le rôle respectif que la mère et le père jouent 
dans la famille et dans l'éducation, Tautorité respective de 
chacun d'eux et l'exercice de cette autorité vis-à-vis des en- 
fa uts^ influencent beaucoup la vie sexuelle et psychique de ce& 
enfants. S'il y a plusieurs enfants, il n*e$t pas indifférent 
d'être Taîné, Tun des cadets ou le dernier ; d^ns le cas où la 
famille possède des enfants des deux s^xts, d'avoir été suivi ou 
précédé par des représentants du même sexe ou du sexe opposé, 
d^être seul garçon parmi des fillettes ou seule sœur parmi des- 
frères. Tout cela influencé la formation du caractère chez Tin- 
dividu normal, ou le mécanisme de la névrose chez les malades. 
Je pourrais vous citer F exemple de plusieurs de mes patients^. 
ultérieurement devenus homosexuels manifestes^ qui avaient 
été uniques garçons parmi plusieurs sœurs et dont la mère 
avait dirigé l'éducation . Se sentant trop solitaires dans la fa- 
mille, ces garçons ont fait, pour s'assimiler à leurs compagnes 
de jeux, un effort psychique trop grand, et sont devenus com- 
me elles j psychiquenient, des fillettes. 



42 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANAI.YSE 



Dans un autre cas^ où la famille comptait cinq garçons , 
nous sommes arrivés à avancçr sensiblement Taiialj^se, qui 
préstnitait de grandes difficultés^ le jour où l'analyse d'un 
rêve nous a en permis de comprendre une réminiscence rap- 
portée à maintes reprises par le malade dilrant l'analyse : 

Lorsqu^un sien ojirle voulait le taquiner, il fappelait « Alice »* La 
mère de l'en faut avait souhaité vainement une fillette ; elle n'avait 
mis au monde que des garçons. Elle avait destine le nom d'Alice à 
la fillette souliaitée. 

Le patient, l^aîné de tous, menacé de plus en plus dans son 
désir de garder sa mère en exclusivité, avait fait le sacrifice 
de la i:>artje la pins précieuse de son corps, le pénis ^ et décidé 
de remplacer pour sa mère la fillette absente, c'est-à-dire de 
devenir dans son imagination la seule sœur parmi quatre 
fi ères. Il est difficile de concevoir combien de conflits^ com- 
bien de sentiments contradictoires, cet état de choses provo- 
que. 



S 5^ — L'AUTOPUNITION ET LES RAPPORT^: 

PSYCHO-SOMATIQUES ^ 

Un autre point auquel je voudrais toucher et qui, comme 
nous Tavons vu^ est lié par son origine au complexe d 'Œdipe, 
c^est le problème du svnnoi et de Vauiopumtion Ce facteur 
iufîuence énormément le travail pratique. Il joue un grand 
rôle dans le travail destructif même de la maladie; on , le' 
trouve à la base des s^miptômes; ceci est clair surtout chez 
des obsédés et phobiques. 






Le sentiment de culpabilité, le besoin de punition- — 

Durant Taiialyse, on voit quel rôle joue cette angoisse 
a sociale >>, le remords et la tendance à Vautop uni tien , dans 
r élabora lion des conflits névrotiques, L^aualj^^se se passe 



^■^tart^i^^^ltpVP 



rKOBLEMES DE TECHNIQUE PSYCHOAMALVTiQUE. 43 



^ous l'iiii pression que Tanalysé lutte contre ^uii immense ré- 
quisitoire contre lui-même j réquisitoire qu'il ignore et contre 
lequel cei^endant il Se défend tout le .temps. Toute sa vie est 
une plaidoirie contre ce^ complexe affectif inconscient, ïl y 
.a des cas où l'analj^sé prétend n'avoir aucun sentiment de 
-culpabilité et repousse une pareille possibilité; dans d'autres 
cas il a partiellement la conscience de ce sentiment , maïs 
jamais entièrement. Il lutte en cherchant à remplacer ce 
sentiment par d'autres, tels que souffrance, angoisse, colère^ 
tout en rationalisant, en- s'efforçant de trouver des raisons 
plausibles à ses réactions, c'est-à-dirè en cherchant à accuser 
4es objets, des personnes et, ce qui est le plus curieux, son 
propre corps, m Je suis malade, je prends sur uiou corps, sur 
« mes nerfs, sur mon cerveau îï, me répète tout le temps 
une hystérique. Ce qui est curîenXj c'est que ce sont les 
personnes qui, d'une manière ou d^une autre, peuvent faire 
te le saut » dans ]e corps pâ.r la conversion, qui arrivent le 
'mieux à réfuter toute ombre d 'autoaccusation; c'est comme 
■si lé fait de rendre son corps responsable — la responsabilité 
physique — les dispensaient de la respoitsahilitê psychique. 

Gare àl'analjj^ste qui ne sait pas ménager le sentiment de 
culpabilité, et essaie de la prouver au malade prématurément; 
jamais il ne verra la fin de Tanalyse, Au contraire, il doit 
accepter .de prendre sur ses épaules le fardeau de responsa- 
bilité que le malade ne peut pas supporter. An début de 
l'analyse ces résistances s'expriment par une méfiance com- 
plète vis-à^vis de Tanah^se et l'analyste, on cherche à les 
dénigrer et les accuser sans se rendre compte qu'on s'efforce 
'd*éloigner de soi-même la culpabilité. 

Lorsqu'on voit combien l'analysé lutte pour trouver sur 
qui rejeter les apparences de la faute imaginaire, on ne peut. 
pas se défendre contre l'impression qu^on devrait trouver un 
moyen pour le lui rendre plus facile. Malheureusement l'occa- 
sion ne se présente pas toujours lorsqu'on veut,- et il peut ne 
^s'agir ici que d'une inscénisation. L'inconscient est telle- 
ment sensible et craintif qu'au fond il demande une grande 
sécurité et confiance en l'analyste; autrement il ne se^risque 
pas à déclencher les crises émotives. 

On a maints aperçus des plus curieux sur l'histoire de la 



44 



REVUE FRANÇAISE T>E PSYCHANALYSA 



morak, sur la naissance du remords et ses rapports avec 1 ^an- 
goisse, le plus primitif des sentiments, durant cette lutte sur 
le terraiu: analytique- 



^ 

* * 



Le sentiment d'infériorité. — J'ai dit que le moi de 
Tanalysé. ignorait totalement ou partiellement le sentiment 
de culpabilité^ et îa part jouée dans ses S3^mptûmcs3 ses 
échecs dans la vie, par T autopunition. Par contre^ on peut 
arriver très facilement à le montrer au malade sous une 
autre forme : en lui parlant de^ son senthneni d'infériorité^ 
de son appauvrissement psj^^chique, qui est le représen- 
tant du sentiment de culpabilité dans le moi conscient. 
C'est à celui-là que je fais appel a\'ec succès dès le début de 
V analyse. Le client ne dit rien, est méiiant ou, au contraire, 
est agressif j se met en colère, proteste contre tout ce qu'on 
lui dit. Dès que je Tai étudié et en ai saisi le fil, le malade a 
beau se fâclier, insulter Tanalyste^ je tâche d'intervenir pour 
raccourcir la période de cette méfiance préliminaij^e. Je viens- 
de dire que je ne restais pas tout à fait passive, que j'interve- 
nais quand je savais avec précision comment intervenir. 






Le problème Diî l'activité du psvchoanalyste. — Me 
voilà entraînée par cette remarque dans le sujet de savoir s^il 
faut être passif ou actif dans y analyse, problème qui préoc- 
cupe souvent les a]ialystes et provoque des discussions multi- 
ples. Quant à moi, je me laisse diriger par le sentiment d'in- 
fériorité du malade. Je fais des efïorts pour ne jamais blesser 
ce'' sentiment. Au contraire; j'interviens activement quand je 
suis sûre que le malade recule par angoisse ou à la suîte du 
manque d ^assurance dans ses propres forces devant un acte- 
qu'il est déjà capable d'accomplir, et qu'une fois la difficulté 
v^aincné- j ^arriverai à vaincre une parcelle du sentiment d'in- 
fcriorîté. Je prends soin d^ employer le moins possible le mot 
« résistance » 57' je ne connais pas plus ou nwi'^ts la source de 
lelte résistance. Il faut, par contre , il me semble, rester tout. 



4P 



PROBLEMES DE TECHNIQUE PSYCHOANALYTIQUE 45 



à fait passif lorsqiie la résistance est en train de se frayer le 
chemin à travers Tin conscient. 

Ce sont les tendances venant du moi et cependant incons- 
cientes qui ont poussé Freud à faire la révision des con- 
ceptions de ce qu'est le conscient et ce qui est V inconscient* 
Il est donc inutile de parler au malade des résistances s 41 n'a 
aucune possibilité d'entrevoir leur signification ^ si elles sont 
ttop éloignées de son moi conscient. J'ai souvent l'impres- 
sion qu'on lui donne la conviction qu'on Taccuse du fait que 
l'analyse ne progresse pas; or, ce n'est pas utile d'augmenter 
son sentiment de ctilx^abilité* 






Les rapports psycho-somatiques. ■ — Un des sujets' les 
plus importants et le plus curieux du point de vue tech- 
nique ^ ce sont les rapports de la physiologie et la pathologie 
du corps avec le psychisme. L'avenir réserve peut-être - 
encore à la psj^clioanalyse de plus grands mérites que 
ceux qu'elle a déjà acquis^ entre autres celui de placer sur le 
terrain scientifique ces rapports encore bien peu connus. Si 
on s ^adresse à ce qu'on connaît sur ce sujet en dehors de la 
science exacte, on peut trouver des exemples assez frappants 
pour qu^on ne s*étonne pas qu'on puisse arriver un jour à pé- 
nétrer ce problème obscur. La loi biologique est une instance 
qui peut tuer, la loi sociale parfois aussi* Chez certains pri- 
mitifs, rindividu qui avait violé un tabou attendait automati- 
quement sa punition j et il mourait effectivement; Voilà les 
paroles d'un anthropologiste connu, Northcote W. Thomas : 
<( Le châtiment pour la violation d'un tabou était considéré 
<( primitivement comme se déclenchant automaliqueuieiit en 
<c vertu d'une nécessité interne. Le tabou violé se venge tout 
{f seul )K C'est avec le développement de la culture que ce 
droit passa aux dém<Mis et aux dieux, et enfin à la société. Ce 
qu'on connaît des fakirs, de la science hindoue , des stigmates 
des chrétiens, etc., permet de relier leurs troubles organiques 
aux facteurs psychogènes, à Tidée de Videntificatimt avec une 
divinité et à celle du châtiment. La psychoanalyse nous rend 
toute familière Pidée qu'il suffit de remettre la divinité ou la 



^ m ^mtM w^'ii^im^Ê^^i^^^^t^^^^^^^M^^^^Ê^^^^^^f^ri^r^ÊmtumM^'i^ ' ^^^^a^^^— ^^»^^i^»^i-»i^>^ 



46 REVUE FKAXÇAISE ])K PSVCHANALYt^E 



(( nécessité interne n du domaine conscient dans T inconscient 
pour comprendre que sans la volonté consciente de Tindividn^ 
et au contraire contre elle, puissent se produire des phénoniè- 
11 es analogues à ceux que nous venons de citer. 

Déjà les symptômes hystériques ont donné bien du mal aux 
médecins et il n'était pas toujours facile de classer les symp- 
tômes en organiques et fonctionnels. Je ne citerai, qu'un cas 
très frappant, celui de « Jeannette », publié par Madame Ron- 
jât dans la « Revue Française de Psychanalyse », 

Maïs ce qui paraît plus nws ter ieux encore, et i:»réoccupe les 
analystes ainsi que beaucoup de médecins non psychanalj^s- 
teS;, c^est le problème de savoir jusqu'à quel degré le psy- 
chisme influence les troubles réputés vraiment organiques f 
Il me semble que c'est surtout depuis que Freud a poussé en 
avant son étude sur la structure du moi que ce sujet gagne du 
terrain et ouvre de nouveaux horizons. C'est Tactivité du sur- 
moi et le mécanisme de l^autopunition qui semblent surtout 
être resiTOn sables de ce placement dangereux de la libido. Je 
vais choisir un cas en tâchant de vous le présenter aussi ob- 
jectivement que possible et l'ous laissant juger si Ton peut 3^ 
soupçonner un mécanisme psycltogène. 

M. D. L... in 'a été envoyé par un confrère psycbaiialj^ste. Le 
malade était hanté par des désirs hoinosexnels, bien qu'il ne les ait 
jamais extériorisés ^ sous prétext-e qu'on pourrait le découvrir; pai 
contre il se masturbait régulièrement. La cliose dont il souffrait le 
plus était une apathie émotive complète* Il n^était nullement abou- 
lique sauf dans son travail, où il était fortement inhibé; en outre, 
il était plutôt trop actif, comme s'il voulait s'étourdir et étouffer une 
inqiiictiide qu*il ne laissait pas venir. Mais tout, même les impres- 
sions artistiques — et il est très artiste — il ne les ressentait que 
œrébraleme3it; les émotions directes lui étaient complètement incon^ 
nues. Ce qui est intéressant, c'est qu'il était insensible dans la même 
mes'tn'C envers les souffrances physiques. Il ne souiïrait jamais. II 
parlait de ses maladies comme des époques les plus heureuses de sa 
vie. Il avait fait^ plusieurs années avant de venir en analyse, une 
pleurésie grave^ il n'avait pas ressenti, pendant sa maladie^ la moin- 
dre douleur; la fièvre, diaprés lui, l'anéantissait d'une manière très 
agréable, la convalescence était une chose délicieuse. La pleurésie 
lui avait laissé une prédisposition aux bronchites et aux rhumes de 
cerveau/Il Ta perdue complètement durant l'analyse* 

A un moment donné, où l'analj^se était déjà très avancée, il eut, 
pendant un petit voyage loin de moi, une crise aiguë de mal de dents, 



PROBLÈMES DE^ TECHN-ÏQUH PS VCHO ANALYTIQUE 47 



qui passa sans raisoUj couime elle était venue sans raison, car le den- 
tiste ne constata absolument rien. Les derniers temps de Tanàl^'se^ 
son apathie changea sensiblement; il eut à plusieurs reprises des 
crises de larmes^ par exemple à Vidée de la séparation d'avec moi 
pendant les vacances. 

An moment où j'avais toutes les raisons de supposer que nous 
aboutissions à une transformation décisive dans le travsferi^ il fut 
obligé de quitter la France d'un jour à Fautre pour un temps pro- 
longé. Il en fut navré; les quelques lettres que j^ai reçues n^ étaient 
plus glaciales comme cela aurait eu lieu autrefois; elles étaient tris- 
tes/ manifestaient un fort transfert; il se sentait très malheureux, 
très inquiet. 

Sa mère a joué une rôle partîculièreiuent important dans son ana- 
lyse. Elle l'adomit, mais elle l'agaçait au possible par sa présence, 
probablement parce qu'il ne pouvait pas lui rendre son affection» tout 
en étant fixé à elle inconsciemment avec toute la passion dont il était 
capable; qu'elle jouât un très grand rôle dans sa vie inconsciente, il 
s'en rendit compte de plus en plus à mesure que TanaU^se avançait; 
et à la fin, c'est d'un changemeiit radical dans ses rap])orts bizarres 
avec elle qu'il faisait dépendre le résultat définitif de l'anah^se et le 
tournant de sa vie. Voilà une phrase, tirée d'une de ses lettre s ^ qui 
précéda de deux mois la maladie dont nous allons parler : « Je sens 
« que la rédemption doit venir de ma mère et ne peut venir que 
fl d^elle; elle est là devant moi et pourtant je ne peux pas faire le pas 
or qu'il faut. Lorsqu'elle n*est pas là^ je la vois, je suis endurci et 
« je pourrais plutôt me suicider que de céder. Mais il faut que cela 
« change; autrement ma carrière est brisée et ma vie aussi ï>. 

Trois mois plus tard, je reçois une lettre manifestant une trans- 
formation intérieure aussi violente qu'on puisse l'imaginer dans un 
être humain. La lettre déborde de l'émotion et de la passion les plus 
ardentes. Il se déclare guéri^ plein d'espoir et d'entrain pour son 
travail, projetant le mariage. Mais cette véritable révolution a été 
précédée par une grave maladie, une pleurésie purulemCj suivie d'une 
grave opération. Voilà quelques phrases de ses lettres : « Mon départ 
« de Paris, en connexion avec mon transfert, m'a frappé plus que je 
« ne voulais le croire ». Il s'était jeté fébrilement dans une vie mon-- 
daine, tout en étant, comme il le dit : « un désespéré sans le savoir )>* 
Sa mèrej absente pour quelques mois de la ville où il se trouvait, 
voulait revenir chez lui; il fit la sourde oreille aussi longtemps qu41 
put. Mais un jour il se décida. Il m'écrit alors : « J'ai compris ou 
ff j'ai senti qu'il y aurait un changement, un grand changement, 
* une décision dans mon existence. J'étais à bout de forces- Ma 
« mère devait arriver le 29 février. Le 28, j'eus une nuit de fièvre, 




^s 



-m^ 



48 



^h^^B^^^ta^B^^ 



TtEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



« bonheur de nous deux, qu'il y eût un règlement définitif entre 
<i nous. Je lui dis bien des choses que vous connaissez mieux que 
« personne. Le surlendemain j'étais sérieusement malade* Pleurésie, 
ff Ma première maladie sérieuse avec des douleiirs atroces ^ et j*ai été 
<t opéré pour la pre^nière fois dans ma vie* 

^ .,X^ ope ration, — tamponnage du poumon^ ^ m'a paru comme 
^ r Inquisition ou une espèce de Ku Klux Kl an. » Et ailleurs : « J'ai 
«t eu le bonheur de pleurer plusieurs fois (faiblesse phj^sique?) et je 
<f n'ai cessé de répéter que ce qui m ^arrivait éait un don de la Desti- 
tt née ». Bref, une amitié et un entente parfaites avec sa mère; il se , 
-sent lié à sa, famille et solidaire d'elle. Il liquide sa vie purement 
mondaine, ne pense qu'au travail et au mariîige^ écrit des lettres en 
quantité, chose qu'il était toujours incapable de faire; il écrit main- 
tenant avec « la plus grande facilité^ avec délice », etc. La lettre 
qu'il m'écrit alors a sei^^c. pages; elle est émouvante et déborde dé 
bonheur. Depuis ]*ai reçu une antre lettre confirmant le sujet et le 
<]e la premièrtf* 



1 ^ 



I^Ê^M 



'> 



PROBl^ÈMES DE TECHNIQUE PSYCHOANALYTIOUE 



49 



CONCLUSION 



Il nie -semble que je suis arrivée à donner à souhait l'idée 
<3e la complexité du travail psychoanalytique. Et cela a été 
un de mes buts^ car j'ai souvent réfléchi pour savoir pourquoi 
il était difficile de tirer un instrument tout à fait précis de la 
théorie qui le contenait. C'est en parcourant tous les chemins 
<3e l'âme, tellement tortueux et enchevêtrés dans toutes les 
directions, dans tous les sens, qu'on acquiert une vue à vol 
d^oiiseau sur toute l'œuvre formidable de Freud, On a l'ini- 
pressîon de, planer sur toute T œuvre ps^^^chique de la culture 
humaine, aussi bien dans son passé oublié, renié et refoulé, 
■que dans son élaboration à travers ses progrès et ses arrêts, 
ses postulats et ses déviations. Plusieurs analystes se sont servi 
'd'une citation de Diderot^ dans a Le neveu de Rameau » : « Si 
a le petit sauvage était abandonné à lui-même, qu'il conser- 
u vât toute son Imbécillité et qu^il réunit au peu de raison de 
c< l*enfant au berceau la violence des passions de Thonime de 
a trente ans, il tordrait le cou à son pèx'e et coucherait avec 
i< sa mère », On peut appliquer à rebours ces paroles à la 
teclmique psychoanalytique : c^est l'homme adulte — en dé- 
pit de toute sa raison, de toutes les barrières, de tous les 
scrupules que la culture lui a imposés — que la technique 
psychoanalytique conduit vers le petit sauvage, dont il est 
condamné à siipi-)orLer les extravagances et les tumultueuses 
prétentions. Mais tout cela dans le but de discipliner les pas- 
sions "et leur violence, et de les conduire vers Pœuvre harmo- 
nkuse de l'équilibre psychique. 



JREVTJE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



1 

r ■ 



Les Fixations Homosexuelles 

chez les Femmes névrosées 
Par R. DE Saussure 

{Rapport à la IV* Conférence des Psychanalystes 

de Langue française) 



Mesdames et Messieurs, 

Je vous remercie de l'honneur que vous m'avez fait en me 
nommant rapporteur à la Conférence des Psvchaiialvstes de 
Langue française de cette année. En travaillant cette question 
des fixations homosexuelles çliez les névrosées, je ine suis vite 
rendu compte de la difficulté d^un pareil sujet, non seulement 
parce qu^il touche à de nombreuses questions délicates de la 
psj^cliologie fémininej mais encore parce que jusqu^ici il n'a 
été qu'effleuré par les ps^^chanah^stes. 

■ Pour vous donner une idée de ce que ce problème a été 
négligé, je vous ^d irai que V Index Psychanalyticus de Rick- 
nian (i) qui se compose de 4.700 fiches ne contient qu^une- 
dizaine de références se rapportant à T homosexualité fémi- 
nine. Je sais bien que le sujet de ce rapp(?rt ne comprend pas 
tout le problème de riiomosexualité, mais qu'il se limite à ces 
fixations, passagères on durables, que nous trouvons chez 
tant de femmes névrosées et qui ne s'accompagnent pas né- 
cessairement de pratiques lesbiennes. Cependant, là encore, il 

I, RiCKMAK : Ivâcx Psychanalyticus f 1893-1926, Londres, Hoûrarth Press^ 
192S, 276 pages. 



~ » ~ M ' B 1 



LES FIXATIONS HOMOSEXTJELLIÏS . 5I 

^ ^ ■ ■ ^^P^u^ ^F^i^^^^^^ 

est malaisé de recheixher les con tribut] oai s que ceux qui ont 
plus d'expérience que nous ont pu appoiler à ce problime, 
car les titres des articles de revues n^indiquent pas^ qu^il sera 
question de pareilles fixations^ et pour les dépister il aurait 
fallu relire tous les cas de névroses féminines publiés dans la 
littérature psychanalytique, travail considérable auquel, faute 
de terapSj nous n'avons pu nous astreindre. Je m'excuse donc 
de vous apporter un travail qui n'a ni la richesse ni Tampleur 
que j'aurais désirées. 



I. — DÉLIMITATION DU SUJlïT ' 

L'histoire de Tétude de T homosexualité a diverses phases, 
jusqu'au célèbre travail de Westpîial (2), la plupart des 
hommes de science partageaient le point de vue des moralis- 
tes et considéraient que T inversion sexuelle était un vice ac- 
quis. Westphal eut le mérite de montrer que riiomosexuel 
n'était pas responsable de son soi-disant vice, mais il ratta- 
chait tous les cas d ^inversion à une constitution spéciale, A 
partir de cette époque nous voyons cette thèse soutenue par 
nombre d'auteurs (3), Certains cependant semblent considérer 
que ce phénomène pourrait être secondaire à une phobie de la 
femme (4), Chevalier {5) parle aussi d^uiie pédérastie de né- 
cessité en faisant allusion aux îicniosexuels de certaines épo- 
ques, notamment à la Grèce du temps de Platon* De son côté 
Moll (6)j dans son importante monographie, a décrit des cas 
où l'homosexualité était purement psychique, comparable à 
rérotomanie, mais où le désir charnel disjiaraissait complète- 
ment ou du moins restait iîi conscient. Ces types4à, Moll lès 
considérait aussi sous Taspect de dégénérés constitutionnels. 

2* Westphal : Die coiitràrè sexual Einpfiiiduii^Çj Syiiiptom eiiies nevropa- 
tifîclieii Ziistaiides. {L*iii version sexxiene, sjnwptôiiie d'u]i état iiévropathi- 
que,) Arch. /. Psychiatrie, t. U, TS70. 

3, Chai?cot et Magnan : L'inversion du seii>s gétiitaK Arch. de Ncnroiogie^ 
t. ÏIÎ, iSSSj p, 54 ;. ZuccARELLT : Invcrnonc congcnHa delVhi^thiio $cssnalc 
in due donne. Naples iSSS, Havelock ElHs, etc, 

4. O. MuLLEit : Eni FaU von Gynakopliobîe. Zschr. f. Psychiùtrie^ 3882^ 

P- 94^ ■ . ' 

5, Chevauer : L*in version sexuene, Paris 3893. ^ - 

6. Mou. : L'inversion sexuelle basée sur les documents officiels (Trnthic- 
tioH Pactet et Roimnej 1893), 



52 Ï^EVUE FRANÇAI;:5E DE PSYCHANALYSE 

Cette idée Irouvait d ^autant plus de crédit que de nombreuses 
observations ont été publiées où rinversion s'accompagnait 
de phobies, de doutes^ de scrupules, etc. (7), 

ICrafft-Ebîng distingue différentes formes congénitales 
d'inversion sexuelle (S) : 

i"^ L^ herinaphroditi^vie psychosexuel ^ où on trouve en- 
core des traces d ^hétérosexualité- 

2' L'homosexualité proprament dite, caractérisée par Tin- 
clinatiou exclusive pour les individus du même sexe. 

3"" h^ef féminisation et la viraginité^ qui sont des inversions 
sexuelles accompagnées d'inversion corrélative de la sphère 
psychique. 

4** L^androgynie et la gynandrie, caractérisées par la coïn- 
cidence de l'inversion sexuelle avec des anomalies importan- 
tes du caractère sexuel et en particulier des caractères secon- 
daires. 

La théorie constitutionnelle régnait lorsque Freud et ses 
élèves (9) apportèrent une théorie psychogénétique de cer- 
tains cas d*i aversion. Leur idée n^ et ait point de nier entière- 
ment ce facteur constitutionnel (chacun sait T importance que 
Freud attache à la bisexualité constitutiounelle de notre per- 
sonnalité), ni d'appliquer leurs vues à tous les cas d*liomo- 
sexualité, mais seulement de montrer que chez bien des sujets 
cette, inversion se laissait réduire par ranal3^se. En 1920^ 
Freud (10) est revenu sur cette question ^ montrant la com- 
plexité du problème homosexuel qui pour lui a trois aspects 
différents : 

r'' L'étude des caractères somatiques des organes génitaux 
Oiermaphroditisme ph^J^sique fruste) ; 

2"" Etude des caractères sexuels psychiques (tendances 
masculines ou féminines) ; 

3** Etude du choix de Tobjet sexuel, 

7* Laurent : Les hisexiiés, gyn écornas te s ci hernwphroditcs, 189^; Fk]^'. : 
LHnstinct seocvel. Pari s ^ Alcaii 1902^ p, 257 et 362, 

8, Krafft-Ebikg ; Psychopathia sexvalis, Stuttgart, 'Ente 1901 (i™ éditj. 

9* Frkuw : Drei Abliaiidluu^eu zur Sexual théorie. Vienne. Deutîcke, 1905. 
HysteTÎsche Phaiitasîeii uiid ilire Bezîehungeii zur Bisexualîtat. Zeitschi\ f* 
Sex. WieUf rgoS. Knidheitseriiniermig des T^oiiardo da Vinci, 1910. Psa. 
lîtfmerkmigeii ûber ehien Fa 11 von Paranoïa, ïçit, ^tc. 

10. Fkeuj) : Sur la Psj^cliogeuèse â'nn cas d'homosexualité féminine. Zsck. 
f: Pscis, t. VIj Ï92O1 p, r à 24* 



<x 



IvES FIXATIONS HOMOSEXUELLES '53 

^ ■ ■ u^ ^ ,_. ^ , s , ■_ 

Freud conclut ainsi (p- 23) : *^ La psychanalyse n^est pas 
appelée à résoudre le probîcmc de rhomosexualité. Elle doit 
se contenter de découvrir les mécanismes psychiques qui ont 
conduit au choix de Tobjet. n 

A rencontre de Técole psychanalytique qui essayait de dé- 
terminer les processus psychiques de rhomosexualitéj Hirsch- 
feld (11) cherchait à déterminer les processus biologiques et 
constitutionnels de Pin version. Cette différence de vue a 
donné lieu à toute une polémique (12) qu'il serait trop long de 
résumer ici, 

Pour le sujet que nous avons l'intention de traiter^ nous 
pouvons faire abstraction de ce problème^ puisque. nous n'en- 
visageons que les fixations psychiques homosexuelles. 

. Cette question a été mieux étudiée chez l'homme que chez 
la femme. Néanmoins, il serait utile de faire une mise au 
point de T inversion masculine au point de vue psychanalyti- 
que, Hn gros, nous connaissons trois mécanismes qui prési- 
dent à cette inversion psychique: i* le garçon qui u ^arrive 
pas à résoudre le complexe d 'Œdipe, il reste attaché à sa 
mère, mais il ne peut la posséder en réalité, il s'identifie à 
elle et joue ensuite vis-à-vis d'autres hommes un rôle fémi- 
nin ; 2^ pour une raison ou pour une autre, la fixation du 
garçon sur la mère n'a pas pu avoir lieu et la fixation sur le 
père persiste ; s"* la peur de la castration est si violente que, 
])0ur prévenir cette punition, le garçon renverse l'Œdipe et 
se soumet passivement au père ou à ses substituts. Ces trois 
types expliquent surtout les mécanismes d'une homosexualité 
passive, ninis on trouve d'autres formations d'inversion où le 
rôle de l'homme reste actif, c*est ce qui se passe chez les gar- 
çons déçus de la castration de la femme ou chez les hommes 
dii type^ puissant-impuissant décrit Van dernier par Lafor^ 



ïi. Magims Hjbschfelïi : Die HûviosexvalitM des Mannes ituâ des Wcibes, 
Marcufï, Berliu, 1914 (2* éd,, 1920, 1067 p.)- 

i2/.IJ0SRKîïFEï.]^ : HovwsexttaHiat ynd Sirafgesetz. Wiesbadeii, 1908 ; 
Stier : Znr Aetïologie des contra réii Sexualgefûhls. .Monatsschrifien /. 
Psych. it. }<Jetiroh, t. XXXII, 1912, p. 221; l^LOCii : Sexualleben miserer 
Zeit ; RoïvMER : Die uniische Familie. Amsterdaiii ; SADr,i;iï : Zur Aetïologie 
der coiitrareii Sexualeinpfindtnigen, Mcd. Klinik^ 1909; Fhrekczï ': Zur Noso- 
logie der mâiniliclien Hoïiiosexiialîtât. Zeitschi\ f. Psù.j t. IT^ p. 131. , 



54' 



RlîVÛli: FRANÇAISK l^E P^SVCHANALYSE 



gu^ (13)- Au reste, il arrive souvent qu^ui] même hciniiie réa- 
lise alternativement le rôle actif ou le rôle passif, C'e^t le cas^ 
par exemple, du malade de Sadger {14) qui recherchait des 
hommes âgés envers lesquels il se comportait passivement 
(comme envers le père), des hommes de son âge qui repré- 
sentaient des substituts de ss. mère, et des jeunes gens avec 
qui il s'identifiait et qu^il cajolait comme il aurait aimé Têtre 
par sa mère. 

D'autres points de vue pST^chogénetiques ont encore été mis 
eu avautj tel celui de Senf (15), Cet auteur pense que toute per- 
version vient d'un des éléments de Tacte sexuel qui a particu- 
lîcrement frappé l'imaginât ion du malade et qui a été isolé 
pour devenir le mode de jouissance du sujet. Chez Thomo- 
sexuel masculin, ce serait Tattrait de l'érfection qui jouerait 
le rôle principal. Sadger (16) a émis une idée voisine en disant 
que r homosexuel surestimait le pénis et avait une (Réception 
d'autant plus grande de ne pas le trouver chez Tautre sexe. 

Nous ne voulons pas pousser plus avant cette psychologie 
de Thomosexualité masculine qui^ je Tespère^ sera le sujet 
d'un de nos prochains rapports de Congrès, nous voudrions 
seulement insister sur ce fait que dans l'étude de l'inversion 
deux problèmes très distincts s'offrent à nous : d'une part, la 
révolte contre son propre sexe, et, d'autre part, la fixation sur 
l'autre sexe: Ces deux problèmes nous les retrouvons dans 
l'étude de l'homosexualité féminine, et ils formeront les deux 
principaux chapitres de notre rapport, 

II. — 'La révolte contre la féminité 

ET LE COMPLEXE DE CASTRATION, 

Dans sa pratique psychiatrique ou psychanal5?^tiquej cha- 
cun de nous a rencontré de ces femmes révoltées contre la fé- 



13. Laforgue : La Pratique pS3^cliaiia]ytique. Revue fr. de Psa,, t, IIj 
ïasc. 2, 

14. Sadgeiï : AHerlei Gedatikeii ziir Ps3^c]iopatljia sexiia]î.*=i. Nenc Acrztl- 
chc Zcntralzeil^ng, 15 mai 191 S* 

15. R, Sent : Psychosexuelle Intuition. ZcHschrijt /. ^ex, WissenschGJt^ 
t. Vî, p. Si. " 

t6. Sadger r Keue Forschuiigeii zur HomosexualitaL Bcrlhicr KliniUj 
iévrier 1915* Heft 315. 






LES FIXATIONS HOMOSEXUEJvLES 



55 



jiiinité, Vous avez encore présent à la mémoire le cas d'Aï- 
Itndy (17). « M""^ G_,, dit-il, se rappelle avoir souhaité d*être 
un homme pour éviter son rôle de femme ; elle aurait voulu 
être un mariu conduisant son bateau sur la mer. Elle se rap- 
pelle surtout, étant petite,. avoir désiré un organe sexué] mas- 
culin et s*être amusée à en figurer un avec sa chemise roulée 
en pointe *>* Je pourrais aussi vous rappeler Tobser^^ation bien 
typique de Ferenczi (iS). <( Cette malade, écrit-il, rêvait sou- 
vent de petits homuies iLOÎrs malicieu?: et, dans tmc. de ses 
fantaisies^ elle éprouvait le désir de tous les manger, A cette. 
i:^ensée, elle associa dVne façon toute spontanée ridée de man* 
ger des selles 'noires ^ ensuite Tidée de mordre et de décliique-- 
ter r organe masculin. Par cette absorption j elle sentait dans 
"Une certaine mesure tout son corps transformé en un pénis 
masculin. En tant que tel, elle pouvait, dans ses fantaisies 
inconscieutes, commettre l*acte sexuel avec d'autres fem- 
mes, j> 

Nous, pourrions citer d ^autres observations > mais nous pré- 
férons entrer dans le cœur du sujet* 

Avant 1920, plusieurs auteurs avaient parlé du sentiment 
d infériorité que créait, chez certaines femmes, la féminité. 
Mais c'est à Abraham que nous devons la première étude ré- 
sumant le yujet (19)- Nous allons exposer succinctement son 
point de vue. 

On trouve chez beaucoup de névrosées le désir conscient ou 
inconscient d'être homme ; les mobiles que les femmes met- 
tent en avant pour légitimer ce désir sont la plus grande li-. 
berté d'action et la pins grande liberté sexuelle dont jouit 
r homme. Ce sont là des rationalisations. L^ analyse nous ap-' 
prend que généralement le choc de voir V organe masculin se 
produit dans une phase, très narcissique où la fillette se dit : 



17. AtLENDY : Uii cas d'ecxéîiia. Revue fr. de Psa., t. H, lasc. 12, P^ 332. 

18. Ferekczt ; Giillîver PliaiitasieiK. Zeitschr. /. Psa., 1927, p. 3S3-5S4. 
19* Abraham ; Aevissèmiig-sfonneii des VF^iblichen Kastrationskomplexes. 

Zeitschr. /. Psa.^ t, Vîlj 192 ï> p. 422-452. Voir aussi Jomes : Bemerktingen 
zu- Dr, Abrahams Aeusseruijgsîormeii, etc. Zeitsohr, /, Psa,, t. YIH^ 1922, 
p. 329, et EïSi.KR : même titre, ibidem _^ p, 330. Antérieurement à l'article 
d'Abralaam, il faiit citer les deux importants articles de Ophutjsen : Bel- 
trage zum mauuliclikeitskomple^' der Frau. Zeitschr, f. Psa., t. IV, 1917, 
p, 241 et suîv. et Staeïike : Der Kastratioiiskomplex, Zeitschi\ ./. Psû,^ 
t VII, 192J, p, 9 à 32. ' . ' ,- ' ' 






137, ^o. i;»;"'-ir°^' ' 



4 



H I I I 1 ■ 1 fcd^i^*^^^^— ^^M^l^^^^— p^pw^^— M^^^^l^^^^^^^^^ri^JII^^-^^lfc^^W^M 



56 EE\n:JE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



<i J*ai dû avoir autrefois un membre comme les garçons, mais"' 
on me l'a pris* 3> Il en résulte que la fillette considère ses or- 
ganes comme une blessure. Vient ensuite la phase anale et la 
fillette développe par jalousie de Tagressivité contre l^liomme- 
Dans son inconscient elle essaie de substituer au pénis leS" 
matières fécales (voir l'observation de Ferenc2:i cité plus haut). 
Malgré cela, la fillette espère toujours que ce membre lur 
poussera ou que son père lui en donnera un. Au fur et à me- 
sure qu'elle se voit contrainte de renoncer à ses espérances, 
elle devient plus agressive contre Thomme. 

C'est à ce moment que^ par identification à la mère, la^ 
fillette se met à désirer un enfant du père^ comme substitut 
du pénis. Une sublimation de ce processus ^peut amener à une^ 
vie sexuelle normale ^ mais elle échoue bien souvent* 

En effet j Tidée d'une plaie (vulve) est renforcée par Tarri- 
vée des menstruations et plus tard par celle de la défloration 
et de raccouchement, N*acceptant pas la réalité d'une diffé- 
rence ànatomiquej ,1a femme souvent réactiva sa bisexualité 
et devient homosexuelle. Son homosexualité peut rester re- 
foulée et ne se manifester dans la conscience que d'une façon 
sublimée (goûts masculins). 

Les réactions se font jour dans deux sens différents : 

i** Désir du pénis avec fantaisies diverses réalisant cette^ 
envie ; 

2^ Vengeance à l'égard du sexe masculin. 

. Ces deux tendances ne s'excluent pas l'une Tautre, mais- 
généralement l'une est plus prononcée que l'autre. 

Après avoir montré sous quelles formes sjmiboliques s'ex- 
tériorise le plus souvent le désir dn pénis [Toeil fixe^ le nez, 
l'appendice^ la iambe, les seins, etc.] (20) Abraham passe à 
? étude des tendances sadiques contre l'homme. 11 montre que' 
dans le vaginisme il n'y a pas seulement Tidée de repousser 

r 
I 

20, Il >; aurait un long chapitre à écrire sur ce f%yïiibc-lisme; nous vou- 
drions ici, en passant^ relater une théorie de l*acte sexuel d'une de nos 
malades qui souffrait d*un intense complexe de castration. Cette jeune fiUe, 
quoique ayant sur l'acte sexuel des iiotions exactes depuis plusieurs années,, 
s'est refusée jusqu'à l'âge de dîx-huit ans à reconnaître la réalité^ et elle 
s'imaginait que Pacte sexuel devait se passer par les seins. N'ayant point: 
de pénis, elle ne pouvait accepter ce mode de coït; les seins, au contraire,. 
lui donnaient une supériorité sur le partenaire masculin. 



■■ ': ."•■.■. ,.■■■.' 



■^^^m^m—^/^ 



LES FIXATIONS HOUOSEXtiELLES 57 



î*organe masculin, mais aussi, lorsque la pénétration a pu se 
produire, Tidée de cliâtrer rhoinnie et de s'emjDarer de sou 
organe. On voit aussi des femmes tomber amoureuses d'hom- 
mes qui ont été amputés d*un bras ou d^une jambe. Cette am- 
putatioHj symbole de la castration , leur permet de faire tom- 
ber l'agressivité inconsciente. 

Beaucoup de ces malades ne se marient pas parce qu'elles 
uni ridée que, si elles avaient un mari, elles seraient obsédées 
par le besoin de lui faire du maL L'agressivité prend parfois 
des formes adoucies. La frigidité, par exemple, est une dé- 
fense de la femme qui tend à rendre riiomme impuissant. 

Beaucoup de ces malades attirent des hommes et^ lorsqu'el- 
les' les ont conquis, les laissent tomber pour avoir la jouis- 
sance sadique de leur déception. D'autres^ pour atténuer la 
différence des sexes, choisissent des maris qui ont des ten- 
dances très féminines. 

Ces malades, en vertu de leur croyance d*être châtrées, ont 
une grande peur de T accouchement, des opérations, et même 
de la défloration. Freud (21) a particulièrement analysé cette 
crainte. Il a montré que, pour Tinconscient, la défloration était 
Tanalogue de Tacte commis avec le père, c*est pourquoi les 
affects qui lui sont propres se renouvellent dans Tacte de déflo- 
ration dont le soin a du reste été pendant longtemps laissé à 
un substitut du père (droit du seigneur). Ces afïects sont, d'une 
;part rattaclicment profond au père, d'autre part la peur de 
;. 'inceste, mais aussi le besoin de vengeance d'un amour déçu 
et du sentiment de castration. Cette assimilation des organes 
génitaux avec une plaie explique aussi certaines aménorrhées 
nerveuses (22). 

Chez beaucoup de ces femmes on rencontre un narcissisme 
très prononcé, dont la signification transparaît dans cette 
phrase d'une malade d^ Abraham : « Je voudrais être la plus 
jolie des femmes pour que tous les hommes me courtisent, et 
ensuite je leur donnerais à tous un coup de pied, u 

Quelques -un es de ces malades déplacent la zone érogène et^ 
tandis qu'elles restent fri^ideS', elles se montrent amoureuses 

Zi^ Freud : Der Tabou der Virgin itat (1918)- Sam^nhing klehier Schrif- 
ten zur Neurosenlehre. Vienne, Deuticke, t. IV* 
22* EistKR : article précité. 



^^#q 



58 



JREVUIi TEANÇAISE Dit PSYCHANALYSE 



par la bouclier font jouer à la langue le rôle actif du pénis. 
C'est ici le lieu de rappeler Tobservation de Sachs (23), 

.Une jeune fille qui souffrait d'un intense complexe de cas- 
tratioii avait pour plus ancien souvenir le fait d'avoir mordu 
un vieux monsieur à Toreille. Dans Tanalyse, elle se rappelle 
qu'enfant elle avait cru qu'on lui a^^ait arraclié le pénis en le 
mordant. Ou retrouve cette idée dans les rites de beaucoup de 
peuples primitifs (24). 

L^article d*Abraliam eut un grand retentissement, Karen 
Horney (de Berlin) publia deux articles {25) qui devaient en 
partie confiriner les vues d'Abraham/ en partie en restreindre 
la portée. 

L'auteur se demande si biologiquement il est admissible de 
penser que la moitié de riiumauité souffre de son sexe et si 
l'envie du pénis ne pourrait pas s*expliquer autrement que par 
le désir de masculinité, d'autant plus que Ton rencontre aussi 
cette envie chez des personnes qui semblent avoir échappé à 
tout traumatisme de Tenfance. 

Le garçon chaque fois qu'il urine peut satisfaire sa tendance 
narcissique d'exhibitionniste en regardant ses organes. La 
fillette n'a pas cette satisfaction^ c'est pourquoi elle reporte son 
riarcissisme sur tout son corps, mais aussi elle envie le garçon 
pour son privilège. Un autre facteur de cette jalousie réside 
dans le fait que l'erotique urinaire apporte plus de satisfaction 
au gai-çon qu^à la fillette. Le décolleté de la femme est proba- 
blement une compensation à Texhibitionnisme de Thomme 
dans l'acte d'uriner (voir ma note précédente sur le sein com- 
pensant le pénis). Notons encore que l'envie du pénis est accrue 
par un désir refoulé d'onanisme ; pour le besoin d'uriner, le 
garçon a la permission de toucher son organe, tandis que le 
iiiême geste est défendu à la fillette, 

K, Horne^^ pense que le désir de la fillette dans la phase pré- 
génitale est ravivé par le désir plus tardif d'un enfant qui lui 
serait donné par le père. La désillusion de ne pas recevoir cet 

' 23. Hans Sachs : Der Wuiisch eiii Mann zti sein. Zciischr. j. Psa.^ t, VI, 
1019» p. 2S2. 

.24- LEW3S : rsj^cho]ogi^ of tlie Castration. Cotnplex. Psù. Revîcw., t. XIV 
et XV, 1927 et 3928, 

25. Karen Horkev : Znr Genèse des weiblichen Kastra tiens Komplexes, 
Zsçhr. /, Psa., 1923, p. 12 à 26 et Fluclit aus der Weibliçhkeit. Ibidem 
t. XII, 19^6, p. 360-374. 



LES FIXATï.OMS B^^MOSEXUELLKS 



59 



enfant fait régresser la fîlIcUe au déisir prég.éiiital dû pénis, A 
ce pi'QiMSj. nous croyons utile de reproduire T observation que 
M™' Honiey résume dans son travail (26), 

f< Ce rapport m'est apparu d'une façon particulièrement 
^claire dans le cas Z..., dans lequel, après la disparition de cer- 
tains sj-mptômes obsessionnels, persistait une peur tenace de 
la grossesse, comme dernier symptôme. Le souvenir qui, à 
^côté de l'observation jusqu'à un âge avancé du coït des parents j 
s'avéra comme le, plus important, fut la grossesse de la mère 
^t la naissance d'un frère, alors que la malade avait deux ans. 
Pendant îoaigtempSj le désir du pénis semblait le point crucial 
de l'analyse. Le désir du pénis qui se rattachait au père et la 
haine contre le frère qui T avait détrônée de sa situation d'en- 
fant unique j dès qu'ils furent découverts, furent discutés a-vec 
beaucoup d'émotion dans le conscient. Avec ce désir, surgirent 
tous les complexes que nous sonimes habitués à rencontrer 
dans ces circonstances, notamment les désirs de vengeance, les 
fantaisies de castration de l'homme^ le refus des travaux et des 
fonctions de la femme, le refus particulièrement accentué de 
la grossesse et enfin une forte homosexualité inconsciente. Ce 
n'est que lorsque l'analyse, aux prises avec les plus fortes 
résistances, arriva à des couches plus profond es » qu'il devint 
patent que Tenvie du pénis cachait une envie du père. Ce 
dernier désir avait été déplacé sur le pénis. La haine contre le 
frère se mua en une haine contre le père parce qu'elle se sen- 
^tait trompée par lui. La haine se porta aussi contre la mère 
parce qu'elle avait eu un enfant. Ce n'est que la mise au point 
de ce déplacement qui réûv^^Uit l'envie du pénis et les complexes 
de masculinité, ce qui lui donna par ailleurs la possibilité de 
devenir entièrement femme. Que s'était-il passé ? Pour le 
résumer schématiqucment nous dirons ; i^ que l'envie de 
l'en faut s'était déplacée sur le frère puis sur les organes du 
père ; 2** ^^ s'est réalisé le mécanisme décrit par Freud ^ à 
-savoir qu'en renonçant à T objet de son amour la malade, par 
régression, s'est identifiée à V objet. » 

26, Nous ûous excusons de résiniier ici si longuejneiit des travalux coii- 

utis dc^ ceux qui lisent Talkiiiaiid et Tanglais, mais nous croyons iiéces- 

.saire de le faire pour nos confrères de langue française, d'autant plus que 

*ces mémoires servent de base à un graud nombre de points de" la théorie 

psychanalytique. * , . - ' 



r 



6o 



KliVUE FRANÇAISE DE PSYCHANAl^YSE 



K. Horne3?^ pense que si ces femmes n'arrivent pas à Thorao- 
sexualité manifeste^ c'est qu'elles ne désirent i:>as tant être- 
femme qne père. En tant que père, la fixation sur un objet 
devient plus difficile et il se hiit une régression ^xm s un stnde: 
auio-érotiqne. 

L'identification avec le .père de même que le refus de la. 
féminité ne peuvent se faire d ^emblée à la suite du désir pjé- 
génital du pénis. L'envie de Torgane masculin facilite seule- 
ment cette identification. Il faut insister sur le fait qu^au, 
préalable, au moment du désir de T enfant venant du père, la. 
fillette i:)rend à l'égard de ce dernier une attitude féminine. Ce. 
n^est qu'après la désillusion de l'enfant qui ne lui est pas 
accordé que se produit la régression narcissique, 1-e refus de 
la féminité, l'identification avec le père et la réactivation dt: 
l'envie du pénis. 

Dans son second article, s*appu3^ant surtout sur un ouvrage 
de Sinimel {27), K. Horney i^euse que la ps^^chanalj^se de la 
femme a été mesurée avant tout avec la mentalité masculine, 
et qu'e par là elle a été faussée. Pour appu\^er cette thèse, elle- 
constate que révolution psjxhosexuelle de la fille, telle qu'elle 
est décrite dans la psychanah^se, correspond à Tidée que le 
garçon se fait d'elle au cours de son évolution. Voici un tableau. 
qui en fait foi.^ 



Evôlvtion âe lû fifle 

Vqut le^ deux s<?xes Pora-ane mas- 
culin joue seul uu rôle {2S). 

Triste constatation de l'abseuce tlu 
pénis. 

Croyauce Cjii*el1e a possédé un 
pénis et qn*oii le lui a enlevé. 

Castrat ioîi considérée comme pu- 
intioii. 

Se sent iiiféiieuie {envie dn pé- 
nis)* 

N'arrive pas à s vi nu on ter ses sen- 
timents Je castration et d ^infério- 
rité. Doit toujours à nouveau vain- 
cre ses désirs de masculinité. 

Voudrait se venger de façon per- 
manente de rhomme à cause de sa 
puissance. 



Représentation du garçon 

Représentation que la femme a 
aussi un pénis. 

Observation de rabsence du pénis 
ches^ la femme. 

Représentation que la femme est 
un homme qui a été cliâtré. 

Croyance que la feiinne a été pu- 
nie, et qu'il est menacé de la même 
pnnitîon. 

Tient la femme pour intérieure, 

Ne peut se représenter comment 
la femme pourrait sortir de cette 
situfition. 

Craint l'envie de la femme. 



27, Georg SiNJiiîJ, : PhilosophUche Kuiiur. 

28* FRïXfD ; Die infantile GenîtaloTganisation {Ges, Schrifiaij L V) a 
montré que dans les deux sexes il existait mi âge où Tenfant ne connais-- 
sait qu'un organe génital, celui du garçon. C'est ce qu'il a appelé la phase 
phallique. 



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LES FIXATIONS HOMOSEXUELLES 6l 



K. Horney. cherche ensuite à déiuoutrer que de même que la 
femme possède Tenvie du pénis, Thonime a envie de la mater- 
nité ; mais il lui est plus facile de sublimer cette tendance intel- 
lectuellement en subvenant à Tentretieu de sa famille, qu*il 
n'est facile à la femme de sublimer son envie du pénis. D'autre 
part, nous ne devons pas oublier que riiomme a une tendance 
beaucoup plus forte à mépriser la femme que Tin verse > et 
ceci pourrait bien être le résultat des tendances inconscientes 
de rhotniiie, 

K. Horney insiste encore sur la différence qu'il faut faire 
■entre Tenvie prégénitale du pénis et les désirs de masculinité* 
Nous connaissons ces derniers par les analyses d'adultes. Ils. 
sont une représentation secondaire dans laquelle vient s'incor- 
porer tout ce qui a échoué dans le développement de la fémi- 
nité. C'est alors que par une régression se réveille T envie du 
pénis. 

Dans ce problème il est important de noter aussi la diffé- 
rence d*action du complexe d'CEdipe dans les deux sexes. 

Chez le garçon , en raison de la peur de castration, le renon-, 
■cernent porte uniquement sur l'objet de la sexualité, c'est-à- 
dire la mère, et la masculinité continue d'être affirmée, elle 
<ùst même surestimée par réaction à la peur de castration. 
Nous pouvons le constater chez le garçon dans la période de 
latence et la période prépubère, mais plus encore à Tâge 
adulte (29}. 

Chez la femme ^ au contra ire j le renoncement au 2>ère est 
accompagné d'un mouvement de recul devant le rôle de la 
femme. On a souvent interprété la peur des rapports sexuels 
chez ces malades, comme une peur de castration , mais l'auteur 
pense qu'il y a là une simple peur d'un trop gros pénis et le 
souvenir de désirs incestueux qui investissent la zone ^^aginale 

29. Ceci n'est pas toujours le cas et la peur de la castï'atio]i peut aussi 
ameîier à une disposition homosexuelle cliez riionniie. L'opposition de 
réaction chez le garçon et la fiUe a du reste été envisagée un jîeu difiéreiii- 
ment par Freud qui écrit : « Tandis que PŒdipe du garçon disparaît par le 
complexe de castrat iou, VŒdipe de la fille, au contraire est rendu possible 
et est introduit par ce, complexe » (l'envie du pénis évoluant en une envie 
d'avoir un eafant du père). Cette différence est due à la différence anato- 
mtque des sexes (voir Freud: Einige Ps3^chîsche Folgen des anatomischen 
Geschlechtsunterschieds ; Quelques conséquences psychiques de la diffé- 
reuce anatomîque des sexes. Zeitsch, /. P.sa.^ t, XI^ 1925), 



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62 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



d*un,afïect de peur et de défense, accompagné, comme clie^ 
rhoitmiÇj d'un seiitinient de culpabilité- 

Au reste, Tenvie du pénis ne doit pas être considérée seule- 
ment dw: point de vue de la déception. Elle représente, comme 
Ta montré Abraham (30)^ un amour partiel ^ un, stade âe 
Tamour objectai. Et si elle présente une grande ténacité cliez^ 
l'adulte, c'est qu'elle cache souvent une défen^se pour ne pas 
retrouver les désirs incestueux à l'égard du père, 

n y a bien des assertions^ de ce second article, que Ton 
pourrait discuter, mais cela nous entraînerait trop loin. Nous: 
nous contenterons d^exposer plus loin les idées d'Hélène 
Deutsch qui apportent un excellent correctif à celles de 
K. Horne3^ Avant ^ nous désirerions exposer les idées de Bous- 
field qui se rattachent plus directement à l'article d^Abra- 
ham (31), Ecnsheld remarque que chez les femmes atteintes 
d'un complexe de castration on retrouve : 

i** Un conflit entre le narcissisme et la j^eur de castration ;: 
2'' Un conflit entre l'exhibitionnisme et la castration. 
Un exhibitionnisme exagéré peut être un signe de compen^ 
sation d'un sentiment de castration. On rencontre aussi une 
certaine tendance à supprimer toute idée phallique pour ne pas 
réveiller la blessure du narcissisme. Dans ce cas la pruderie 
est exagérée comme défense et se heurte à une pulsion con- 
traire d'exhibitionnisme qui sert de compensation, A ce propos, 
Bousfield raconte l'histoire d'une de ses malades, très prude, 
souffrant d'un fort complexe de castration ^ qui faisait de la 
rétention d'urine pour avoir le plaisir d'uriner à travers un 
c.nthéterj qni^ dans sa fantaisie, lui servait de pénis. Cette per- 
sonne^ à Vâge de sept ans, avait vu se baigner dans la mer \\n 
homme tout nu. Elle s'était demandé si son père était constitué 
,de même, et se souvenant qu'elle avait été très malade à l'âge 
de deux ans elle pensa que c'était parce qu'on lui avait coupé 
l'organe. Cette personne n'aimait pas qu'on admire le bas de 
son corps, même ses jambes. Par contre, elle était fière de 
sa figure, de ses cheveux et de son buste. Elle avait l'horreur 



30. AiiiîAHAiM : Vçrsych eiiier Eiitwickltnigsgeschiclite der Libido, Essai 
sur rhisloire au dév^ïloppenn^iit d<^ la libido, hit^rnai. Psa. W^riag,, 1924. 

31* Paul ï3ousFriîi,D (Londres) : The Castration Coniplex in Woiuen. Psa, 
RevîeWf t\ XI, ^9^4 y p- 121 à -1^3. 



■ V- 



'. -- 



LES *FlXATJC)Krf HOMOSEXUELLES 



p^^^— ■ ^ . 



63 



des poils sur le corps, mais se vantait de ses cheveux. Quand 
elle était fillette, la longueur des poils du pubis lui semblait un 
équivalent de la puissance phallique^ mais c'était un symbole 
ambivalent qui lui rappelait aussi l'absence de phallus^ d*où ce 
déplacement sur les cheveux . 

' Bousfield rappelle aussi r histoire d'une inî^lade qui avait, 
accepté sa castration vis-à-vis de Tliomme, mais qui ne pou- 
' vait raccepter vis-à-vis de la femme. Plus une femme montrait 
de supériorité, ou plus une femnie développait Ujie qualité 
masculine^ plus aussi la malade essayait de montrer sa supé-- 
riorité sur ces femmes et s'efforçait d^agir dans le sens où elle 
supposait qu'un homme aurait agi en pareil cas. 

Bousfield remarque encore que le complexe de castration ne 
. rend pas toujours la femme masculine. Il arrive qu^au con- 
traire cela intensifie sa féminité, elle cherche à agir aussi diffé- 
remment que possible de ] 'homme, et accuse des traits de 
caractère aussi opposé que possible de ceux de Thomnie. Une 
de ses malades disait : c< Je déteste les femmes qui singent les^ 
hommes n. Ces femmes-là cherchent souvent-à décentraliser la/ 
libido et à la diffuser sur tout le corps. Elles sexualisent sou- 
vent les jaiiibes. 

Bousfield montre ensuite qu'il est difficile de savoir exacte-- 
ment ce qui appartient à la masculinité et ce qui appartient 
■ à la féminité* Le longs cheveux peuvent aussi bien être un 
s^nnbole de féminité qu*une réaction de castration, 

Béatrice Hinkle (32) avait déjà insisté sur ce fait. Dans 
son article, elle rappelle que les anciens Egj^^ptiens, comme les 
Malais des îles Philippines et d ^autres peuplades encore, ne 
considèrent pas que la femme soit inférieure à l'homme. 

Les articles d'Abraham, de K, Hofney et Bousfield, pré- 
sentent la psjj^chologie féminine d'un point de vue négatif j du 
point de vue de l'échec subh Pour comprendre entièrement le 
problème de IMiomo sexualité féminine, il faut aussi rajjpeler, 
les étapes positives de la féminité- Personne ne les a mieux 
analysées que Hélène Deutsch^ et nous allons sommairement 
résumer ses îâc.cs (33). 

32, Béatrice Hïkkle : On the arbjtrary use of the terms « Masculhie » auù 
Œ Féminine ». Psa. RevïeWt t. VII 1920^ p. 15 à 30. 

33. Hélène DnurscK : Psychat^al5^se der weibîichen Sexualfmiktioiieii, 
Zeitschr. /. Psa. 7925. 



64 EEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



.Dans révolution sexuelle de la fenime, deux luonieuts sorit 
importants qui n'existent pas dans révolution sexuelle de 
l'iiomiiie : i^ le renoncement à considérer le clitoris comme 
l'équivalent du pénis; 2** la découverte d'un nouvel- organe 
génital et le passage de la phase phallique à la phase vaginale. 
Le garçon décou^Te le vagin dans le monde extérieur, et sa 
découverte entraîne un certain sadisme, à T en contre de la 
femme qui le découvre dans son propre corps, a\^ec le plaisir 
masochiste d'être vaincue par le pénis. 

Ce qui achève révolution normale de la femme ^ n'est pas la 
satisfaction infantile de vouloir le pénis ^ mais la découverte dii 
vagin comme organe de plaisir, le renoncement du pénis 
contre la possession réelle et équivalente du vagin. Ce nouvel 
organe doit devenir une .sorte de doublure du moi dans le 
même sens où Ferençzi (34) parlait du pénis comme d'une mi- 
niature du moi. 

L'évolution objectale pour la femme se fait du sein de la mère 
sur le pénis du père^ qui, au début, est un objet de la phase 
orale. Ce n'est qu'au cours de la phase anale que le pénis perd 
sa valeur orale et devient un organe de force, un organe 
sf.dique, de même que Tacte sexuel est alors compris s:idi- 
qneinent. Dans cette phase ^ l'anus représente Torgi^ie passif et 
la colonne fécale Torgane libidinal actif, dans le même sens 
,que le sein de la phase orale. Il en résulte qiie, par un dépla- 
cernent de l'investissenient libidinal, la colonne fécale prend 
la même valeur narcissique que le sein dans la phase orale. 

Il semblait naturel que le déplacement se fasse vers la 
troisième ouverture de la femme et que le pénis vienne rem- 
placer le sein ou la colonne fécale, mais ici la femme se 
heurte au fait qu'une grande partie de l'investissement libidi- 
nal se ]>orte sur le clitoris, et la difficulté devient le passage de 
h phase phallique à la phase vaginale, 

La compensation du vagin est d'autant moins satisfaisante 
pour la feiinne que cet organe est invisible et insensible. D'au- 
tre part le clitoris est trop petit j^our être l'objet d'un inves- 
tissement aussi puissant que celui du pénis, 

La menstruation sert de première indication de l'organe 
erotique du vagin. 

34, FEREKCzr : Versuch eiin^r Génital théorie. Inlcjn, Psa. Verlag. 



mt^imt 



LES FIXATU^KS HOMOSEXUELLES 65 



Dans le rapport avec le partenaire, la pénétration est un rap- 
pel de Tacte de succion au sein maternel et un rappel renforcé 
du traunia du sevrage. Dans Tcqnivalence pénis-sein et la suc- 
cion vaginale, le coït est T accomplisses eut de la fantaisie du 
pénis paternel. Dans le coït, la femme, au point de vue de l'in-^ 
■conscient^ est donc à la fois enfant (succions du pénis-sein) et ^ 
mère (attitude masochiste de la conception infantile sadique 
du coït)^ ce qu'elle sera en effet au cours de la grossesse où elle 
cst^mère et enfant. 

Par là nous voyons qu'en dernier ressort, pour la femme, le 
-coït représente ^incorporation orale du pénis paternel qui 
ensuite est transformé en enfant (réalisation du désir d*un 
enfant du père). La différence d'attitude entre l'homme et la 
iemraë pourrait se résumer ainsi : <( L'homme s'approprie acti- 
vement une part de la réalité et atteint par ce chemin le 
bonheur de Tétat primitif (le coït étant un symbole du retour 
dans le sein maternel), La femme en acceptant une attitude 
passive de Tacte de pénétration introjecte une partie du monde 
■extérieur qu*elle s'incorpore (grossesse). 

Dans son rôle de succion et d incorporation ^ le vagin ne 
devient pas le détenteur du pénis mais le détenteur de T en- 
fant ; pour cette fonction, le vagin ne prend pas ses forces 
du clitoris mais de T investissement libidinal de tout le corps, 
Xe vagin est identifié à l'enfant et est investi d'une libido nar- 
■cissique qui^ dans la suite de Tacte (grossesse) ^ sera reportée 
sur r en faut. Il devient un second moi, une miniature du moi, 
à l'instar du pénis pour Phomme, Si la femme réussit à donner 
cette fonction maternelle au vagin, en renonçant au clitoris 
(substitut du pénis) elle achève son développement féminin . 

Je n'insiste pas sur la fin du travail de la doctoresse 
Deutsch. Il tient compte surtout de la maternité et cela nous^ 
■éloignerait de notre sujet. 

III- — Le choix de l'objet et la fixation homosexuelle. 

^ Si la révolte contre la féminité et le complexe de castration 
^jnt été relativement bien étudiés dans une série de travaux^ on 
ne peut en dire autant du choix de l'objet féminin- Ceci tient à 
<Iiverses causes* Tout d'abord dans la plupart des fixations 

HlîVUI^ FRANÇAISE m PSYCHANALYSE ^ 5 



\ 



^■^^I^ 



66 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



homosexuelles sans réalisation lesbienne T analyse porte avant 
tout sur le complexe de castration et, celui-ci résolu , la femme 
j^enonce ipso facto à son attachement homosexuel sans que: 
celui-ci soit nécessairement analysé. Ensuite, ces fixations sont 
souvent inconscientes et passent dans Tesprit de la malade: 
fjour de simples amitiés. Le surmoi de toutes ces malades, en 
vertu de Tagressivîté refoulée contre Thomme, est extrême^ 
ment exigeant et les sentiments de culpabilité développés à 
Texcès. Il en résulte que les fixations sont souvent très vagues. 
Enfin, très peu d ^analyses homosexuelles vraies ont été pu-^ 
bliées jusqu*ici. 

Nous devons cependant rappeler ici quelques tra^'aux- 
Freud (34) nous a rapporté le fragment d'une observation 
d^une jeune fille de dix-huit ans^ fort jolie et follement amou^ 
rcuse d'une femme du monde qui avait dix ans de plus qu'elle., 

I/a jeune fille avait pris une attitude masculine envers sou 
amie. 

Dans sa petite enfance, elle avait transféré son Œdipe sur 
son frère aîné. L'analyse qui a été très courte n'a rapporté 
qu'un petit matériel sur la sexualité infantile. Cette femme 
n'était pas névropathe. 

A quatoi'ze ans, elle prit une passion pour un bébé de 
trois ans qu'elle avait vu dans un parc. {Désir d'être mère elle- 
même). Mais cela ne dura pas longienips, elle porta très \ ite 
tout son intérêt sur des femmes plus âgées qu'elle. Ce chan- 
gement dans la fixation objectale de sa libido (seize ans) avait 
corrrespondu avec la naissance d'un troisième frère. Ici la 
femme mondaine n^était qu'une substitution de sa mère. 

Au moment de la naissance de ce frère cadet, la jeune fille 
se ti^ouvait à cette phase de la puberté où se réveille le com- 
plexe d^Œdipe infantile. Le désir d'avoir un enfant restait 
conscieiit, tandis que le côté incestueux du désir restait in- 
conscient. Au lieu que ce soit elle qui ait Tenfant, ce fut sa 
rivale détestée inconsciemment, sa mère. Désappointée, elle 
se détourne de son père et de l'homme en général, repousse 
sa féminité et cherche une autre voie d'expansion à sa libido. 

3z|, Freud : Uber die Psycliogeiieftc eines Fanes weiblicher Homosexua- 
litât* Zcitschr. /. Psa., t. VI, 1920, p. i à 24, 



*i4 



■ ■ LES FÏXATlOWy nOMOSEXUISLlvES 67 

L'iioinosexu alité avait pour but encore de punir son père qui 
en était d ^autant plus affligé qu'elle la pratiquait très ostensi- 
blement. 

Sadger {2^) nous donne aussi deux observations de femmes 
homosexuelles. 

La première, âgée de vingt-neuf ans. A l'âge de six ans, elle 
aimait un garçon aux cheveux roux qnî avait coutume de lui 
uriner dessus. Dans sa petite enfance, elle avait également 
surpris, à di^-erses repi'ises^ le coït de ses parents. Plus tard, 
lorsqu'elle fut mise au courant des phénomènes sexuels, elle 
eut à la fois un violent désir de coïter avec son père et un 
dégoût insurmontable à Tidée que le gros organe de son père 
de^iTait entrer en elle. Elle se fit des reproches de ses idées 
incestueuses et sont dégoût se porta sur tous les organes 
masculins, A quatorze ans, une lettre anonyme lui apprit que 
sou père avait uue maîtresse. Depuis ce moment, elle s ^éloigna 
dt_" sou père, pour se rapprocher toujours plus de sa mère. Ceci 
acheva de fixer sa libido sur le sexe féminin. - ' 

Dans l'autre cas, il s^agit d*une jeune fille de dix-sept ans 
qui avait également surpris le coït de ses parents, qui avait 
désiré, d'une part Tacte du père et d*autre part jouer) le rôle du 
père vis-à-vis de la mère, C*est à ce moment qu^elle réalise 
douloureusement qu'elle n'a pas de pénis et qu'elle commence 
à dé\>elopper des tendances agressives à Tégard de Vorgane de 
son ]>ère pour pouvoir se Tapproprier, Ceci nous explique pour- 
quoi le sadisme est si souvent lié à T homosexualité féminine. 

Laforgue et Allendy (36) nous rapportent une intéressante 
observation d'homosexuelle pS5?^chique, Voici ce qu'ils en di- 
sent : ■ 

a Elle avait acquis une telle aptitude à prendre la ^place des 
autres femmes que partout, dans la rue, dans le métro, elle 
cherchait à éprouver en elle lés sentiments dé telles-ci, deve- 
nant tour à tour mère, épouse, amante, prostituée; épuisant en 
imagination toutes les possibilités féminines^les pltis éloignées 
de la réalité par peur de riiomme- Ayant grandi avec l'idée 

35* Sadger : Die Lelire von der Gesclileclitsverirruiig'en. Etudes sitr le^ 
dévivtions de rw&tmU sexueL Leipzig» 1921, p. .173 et 1S5. : ^ 

36. Laforguic et AUEKBY : La Psychavaly^e ci les N'évroses. Paiis^ Fayot, 
1924, p. 100, obs, IT. 



■^P^^P*^^^»^^^»^^^^^^^™^^^^^^^^^^^^^^^^^ ■■ É ■! 



68 BEVUE FINANÇAI SE DE PSYCHANA1.YSE 



■ que ramo-ur s'associe à des plaies sanglantes et à la douleur, 
die sMmagiiiaît des femmes écrasées par le train, écartelées 
par un accident et elle se mettait à leur place. » 

Jones (37) a dernièrement consacré un article théorique aux 
premiers stades de la sexualité fciiiiiiine et au problème de 
Pliomosexu alité chez la femme. Nous espérons vivement qu'il 
publiera le matériel clinique qui a servi de base à son mémoire 
afin que se multiplient les obser^^ations ps3rchanal5'tiques de 
lesbiennes, qui aujourd'hui sont encore si rares. 

Joues pense que Ton a surestimé la valeur du complexe de 
castration. On en a fait à tort, parfois, un synonyme de Tex- 
tinctimi complète des désirs sexuels. Il importe de distinguer 
le complexe de casti^atioUj qui ne détruit pas toute la sexualité 
de Vapkanisis qui représente une suppression complète des dé- 
sirs,, garçons et filles ont beaucoup plus peur de l'aplianisis que 
du complexe de castration. Evidemment, chez rhomme la sup- 
pression des désirs est ressentie avant tout comme une castra- 
tion t^qiïîque, tandis que chez la femme elle est avant tout une 
peur d'être délaissée. Si l'enfant se sent menacé par Taphani- 
SïSj il est obligé de choisir entre ses désirs normaux on ses dé- 
sirs œdipiens. Ces derniers Tamènent à une identification avec 
le parent de sexe opposé. Ces deux modes de réaction nous 
donneront d:eux tj^pes différents d ^homosexuelles. 

i"* Celles qui gardent leur intérêt pour Thomuie^ mais qui 
en même temps désii'ent être prises pour des hommes, C^est 
dans ce groupe que se trouvent ces femmes qui se plaignent 
toujours du sort du sexe faible, 

2"* Celles, qui n'attachent plus aucun intérêt à Thomnie et 
dont la libido est entièrement concentrée sur la femme. 

Dans, la solution homosexuelle , les personnes deviennent 
dépendantes de la possession imaginaire de Torgane de l'autre 
sex-e, soit qu'elles s'imaginent le posséder elles-mêmes (second 
g-roupe), soit par identification avec une iDci'sonne de l'autre 
sexe (premier groupe). En somme, le premier groupe renonce 
au sujet, tandis que le second renonce à l'objet. 

Jones remarque encore que toutes les femmes homosexuelles 

37. JOKiCS : Die ei'ste Ei3tivickliii]i>- der weibliclien Sexnalitât. Zeitschr. 
f. Psa\t t. XVIp p, n à 25. Cet article paraît traduit in extenso A^ns notre 
revue. 



LES FIXATIONS nOMÛSEXUEU.ES 



69 



ont une exagération des tendances orales et des tendances 
sadiques. 

Si le sadisme est prédominant^ l'intérêt pour T homme est 
maintenu, mais avec le désir que Ton reconnaisse les qualités 
masculines dont elles font preuve. Ce type montre un ressenti- 
ment contre T homme avec des fantaisies de =castration à son 
égard {38).^ ^ . ". _ 

Si r erotique orale est prédominante, l'inversion prend la 
forme d*nne dépendance à Tégard des autres femmes et Vin- 
térêt pour riiomme aimnqne complètement. Le sujet est mas- 
culin mais jouit aussi de sa féminité par identification avec 
une femme féminine qui la satisfait par un substitut de" pénis, 
le plus souvent la langue, 

Jones remarque encore qu'il n'est pas possible d* établir une 
rèele fixe sur l'attitude consciente des homosexuelles vis-à-vis 
des parents ; on rencontre des dispositions positives ou néga^ 
tives tant envers le père qu^envers la mère* Far contre, dans 
Tiucon scient, Jones a toujours trouvé une forte ambivalence à 
regard des deux parents et une fixation infantile à la mère 
qui remontait à la ph.ise orale. Elle était plus tard réduite 
par une fixation au pèi^ (39)^ 

Nous avons achevé Phistorique de la question,. et si par en^ 
droits nous avons exposé des thèses contradîctoi]'es sans pren- 
dre parti c^est que nous estimons ne pas avoir assez d'expé- 
rience pour trancher ces points délicats. Au reste, nous som- 
mes persuadés que les processus qui amènent aux fixations 
homosexuelles sont nombreux^ et toutes les idées précitées 
nous avons pu les vérifier chez telle ou telle malade, m^ais elles 
ne sont pas toutes vraies pour une même malade. 

3S. On reconnaîtra ici le type de In fîiiKsse victime décrit par T^af orgue 
(voir LafoiîGUH : Pratique psychanalytique, Revve fr. de Psa,, t, TI^ 
fasc. Tî), 

39. Sachs : ,Uber eineii Antrieb bei der Bildnng des weibliclieii Uber-Ich. 
Sur une coin pulsion dans la foniiation du surmoi^ féniiiii]]. Zschr, /, P$q,j. 
t. XIV, fasc, II, 1028, Sachfi a montré que Vérctiqtie orale avec ses ten-- 
danccs sadiques diri^s^ées sur le sein <le la mère se reportait ensuite, comme 
fitade.nltîîiie .de PCEdipei- sur- le^pénis' du père. Puis^ ne pouvant donner 
libre cours à ses fantaisies ^ la fillette se détaclie du père réel et introjecte 
le pète en elle. A ]>artir de ce moment, son sadisme se reioufiie contre elle- 
inênie. C'est un mécanisme que nous avons pu retrouver de façon très nette 
chez une homosexuelle très refoulée et il ne doit pas être rare^ cliez ces 
femmes qiii ont toutes^ comme l*a montré Jones, une phase sadique orale 
très pro]ioiicée. , - 



r _ .^1 



7^ REVUE KRAMÇAISIi DE PSYCHANALYSE 



Nous avons, été étonné, dans les travaux précités, que les 
auteurs ne fassent pas plus souvent appel aux mécanismes de 
projection. Pourtant Freud (40) a montré le rôle qu'ils jouaient 
dans riioniosexualité masculine. Il est évident qu'une partie 
des inverties projettent leur féminité sur une autre femme, 
tandis qu*une autre partie d'entre elles projettent leur mascu- 
linité sur le partenaire. Une même femme peut.alteniativer 
ment projeter sa masculinité et sa féminité. Sadger avait dé- 
montré la même chose pour les hommes. En' son nue, point 
important, la fixation homosexuelle est à nos yeux bien plus 
un dédoublement du narcissisme qu'une fixation objectale, (Je 
parlé ici des cas oiX les pratiques lesbiennes n'ont pas été réali- 
sées.) ... . 

Après la période de réacti^^ation du complexe de castration 
(au sens de At""' Horney), il y a ambivalence inconsciente à 
l'égard des deux pax'ents. et une phase de narcissisme herma- 
phrodite. Il n'est pas rare que ces personnes exhibent des ma- 
nières à la fois très masculines et très féminines ; elles met- 
tront de la grâce dans leurs mouvements^ aiguiseront leur sen- 
sibilité, se montreront coquettes, mais aussi voudront dominer 
par leur intelligence, se montreront la rivale de T homme dans 
les sports, etc. Ces femmes projettent hors d'elles tantôt leur 
masculinité, tantôt leur féminité, et elles s'attachent à des ty- 
pes de femme opposés à elles. Elles cherchent du reste beau- 
coup plus à s'identifier à leur partenaire qu'à Tainier d'une 
façon objcctale. L'objet leur est nn miroir^ qu'elles investis- 
sent d'un narcissisme masculin ou féminin suivant le t^q^e de 
femme qui est devant elles. Ces femmes ^ très lierniaphrodites, 
ont un masochisme trcs prononcé (les tendances agressives 
étant refoulées) et il en résulte qu'elles joncnit volontiers un 
rôle passif vis-à-vis d'autres femmes qui ont eu Toccasiou de 
faire souffrir àes hommes. Par làj elles réalisent à la fois leurs 
désirs sadiques et masochistes, et c'est le plus haut degré 
d'amour objectai auquel elles parviennent. 
.... ,0n a beaucoup 41% q^^ îsl fixation homosexuelle était une 
protection contre ^l'Œdipe, mais avant d'être , une protection 

40. FjiEUP : Ps3^clioai)alytische Eeinerkuiigeii iiber eiuein putoibiogra- 
pliisch v<?rscliricheiien FaU a^oh Paranoïa. Jahrbuçh f/ Psa, ForschtmgeUjf 
t. III, 191 ï^ p, 9-6S. 



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LES FIXATrONS HOMOSEXUELLES 71 



^^^H^^^l 



^Ue a été une tentative de sortir des désirs œdipiens. Seulement 
cette fixation rencontre aussi des oppositions de la part du sur- 
ii]oi. Il en résulte souvent une régression au stade anal avec 
demi- abandon des fixations homosexuelles et fantaisies actives 
et passives sadiques et luasochistes vis-à-vis de Tobjet œdi- 
pien. Il semble que certaines femmes, dans Tespoir de sortir 
■de leur névrose, parcourent éternellement le cycle CEdipe, ho- 
mosexualité, régression anale, réveil de TŒdipe sur le plan 
anal, etc. 

Au reste, les fixations homosexuelles se présentent très dif- 
féremment suivant que la malade a un ou plusieurs frères et 
suivant qu*elle a des soeurs ou non. Mais nous ne voulons pas 
continuer ces considérations théoriques sans apporter un maté- 
riel clinique* 

Il faudrait pouvoir donner un grand nombre d'observations, 
mais cela obligerait à résumer trop les associations des mala- 
deSj et dans ce rapport nous préférons ne pas donner trop de 
<cas mais insister sur certains points de détail, 

IV, — Observation clinique. ' 

Yvonne a trente et un ans, elle est la fille d^un intellectuel 
'de Suisse romande et d'une mère suédoise. Les deux parents 
sont psychopathes ; le père surtout a un caractère autoritaire, 
brutal et avare. Tous les enfants sont psychopathes : une sœur 
amée est mariée > elle est frigide et obsédée ; un frère aîné, 
marié, impuissant, pervers sexuel ; puis vient notre malade et 
ensnite encore deux frères et une sœur que je connais moins, 
Xes frères du père sont aussi des psychopathes avares. 

Yvonne a été élevée en Belgique jusqu^à deux ans et denii ; 
^elle a ensuite habité divers villages de Suisse romande et, en 
1927^ elle se fixe à Genève pour son analyse. A cinq ans et 
demi, elle fait une otite grave et passe un certain temps à 
l'hôpital de Lausanne. A six ans et à treize ans, elle fait des 
séjours en Siiède* A dix ans, puis à douze ans de nouveau , elle 
interrompt Técole qui lui donne trop de fatigue. A treize ans, 
elle a ses premières règles en Suède. Depuis, elle reste souvent 
au lit. A quinze ans^ elle fait un court séjour dans- la clinique 
<lu D"" de Salis, à Berne* A dix-sept ans^ elle passe six mois 



73 RE^^E FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



chez le D^ Liengme, puis va un certain temps au collège de La 

Chaux -de-Fond s. A dis:-iieuf ans, elle est très maigre et fait 
soTiVÊTit de la température. Ou Tenvoie six mois à Leysîn. A 
viugt et un ans, elle refait un séjour en Suède ; à vingt-trois 
ans passe quatre mois en Allemagne on elle pleure tout le 
temps ; à vingt-cinq ans elle est soignée pendant plusieurs 
mois par le D"" Lescliinski, à Territet. En voj^ée ensuite au bord 
de la mer pour s ^occuper d^enfants, elle est obligée de revenir. 
après un mois^ étant trop faible de santé. Elle suit ensuite 
récole sociale â Genève pendant deux ans^ mais n'arrive pas à., 
s'engager dans un travail pratique. 

Voici encore quelques dates importantes de son enfance au 
point de vue psj'clianaly tique: 

Elle se souvient qu'à cinq ans elle a été très vivement im- 
pressionnée lorsqu'à T hôpital on lui a pris sa température va-^ 
ginale. Elle a déjà, à ce moment, eu Pidée qu'elle était anor- 
malement constituée. De cinq à douze ans^ elle a eu de grandes 
passions pour des garçons de son âge^ elle pouvait rester des 
lieures silencieuses à les regarder , les admirant, les trouvant 
beaux et forts. De six à dix ans, elle a pi'atiqué un onanisme 
clitoridiai et, à la même époque, elle avait des amies qui 
étaieiît u sa chose », comme elle dit. C'étaient de petites escla- 
ves qu'elle obligeait à sre déshabiller et dont elle regardait lon- 
guement le derrière. « Je n'avais pas envie de les battre, dit- 
elle, mais bien de les faire pleurer » . Elle obligeait aussi ses 
amies à faire la maraude. Elle était voleuse et menteuse. Elle 
n^avait aucun intérêt pour les Êîlettes qu'elle ne pouvait pas 
assujettir. Toutes ces manifestations étaient probablement déjà 
des compensations à son sentiment de castration. A sept ans, 
elle surprend un coït entre un taureau et une ^-aclie et des ga- 
mins lui expliquent de quoi il s^agit. Depuis, elle prend un 
grand intérêt pour les limaces et surtout pour les escargots: 
dont elle fait un grand élevage « pour les voir se reproduire n , 
disait-elle. 

De huit à dix ans, elle fait venir son frèi'e puîné dans les 
cabinets pour qu'il s'exhibe devant elle. A la même époque^ 
elle a un grand plaisir à voir fouetter les garçons à Técole, A 
cet âge, elle avait des sortes d'iiannci nation. Elle voyait sou- 
'vent un petit faune dont un qui était vert et avait un air nar- 



^muÊ^mm 



LES FIXATIONS HOMOSEXUELLES 73, 



quois. Elle croyait aussi apercevoir sous son lit une très petite 
fille qui avait de très longues mains. Tandis qu^elle avait neuf 
■ ans, sa mère s'absente pour un mois; son père, au lieu d^être 
tendre avec les enfants, se montre très sévère et énervé. Il les 
bat et les obHge à aller au lit pour un oui ou pour un non. A 
partir de ce moment^ elle se fixe de nouveau sur sa mère, 

I> père et la mère ne vivaient pas dans une chambre com- 
mune et Yvonne^ de cinq à dix ans, a été dans la chambre 
de son père. Plus âgée, elle y a habité occasionnellement. A 
douze ans, elle a eu son dernier amour non refoulé pour un 
jeune garçon de son âge, A treize ans, quand elle se met au lit 
pour ne pas aller à Técole, elle lit toutes sortes d* ouvrages qui 
n^étaieut pas de son âge et dans lesquels il y avait même des 
descriptions de coït. (( A cette époque, j^avais des obsessions 
sexuelles. Dans mon imagination, je déshabillais les garçons 
tout le temps. Je trouvais que Técole était inutile et qu*il aurait 
fallu commencer la vie sexuelle tout de suite. î> 

A dix-huit ans, elle a encore un grand choc en entendant les 
rapports sexuels de sa sœur aînée et de son beau-frère dans 3a 
chambre à côté de la sienne. 

Au point de vue clinique, lorsqu'elle entre en analyse, elle 
présente le tableau d^une grande obsédée. EUe^ se sent con- 
trainte de penser aux organes de tous les hommes qu'elle ren- 
contre^ à Texception des hommes laids et efféminés qui la. 
dégoûtent. Elle a aussi des phobies, ne peut aborder un homme, 
se sent malade quand elle voit une femme décolletée ou même 
siinplen:ient les bras nus (équivalence seins, bras, pénis). Elle 
se sent contrainte de regarder tons les pieds des lionmies 
(équivalence pieds, pénis). Elle ne peut pas marcher à côté d'un 
homme sans éprouver immédiatement une fatigue telle qu'elle 
est obligé p. de renoncer à cette sortie. Elle a envers son père des- 
sentiments de peur, de répugnance et de haine qui sont exces- 
sifs. Elle se sent anormale au point de vue sexuel, c( Je me sens 
la sexualité d'un homme, dit-elle, sensualité si forte que cela 
me semble anormal de ne pas pouvoir faire comme un homme 
et entrer dans une maison de prostitution pour me satisfaire, n 

A certains moments, elle se montre si dissociée et déper- 
sonnalisée qu^elle fait presque Tinipression d'une schizo- 
phrène, i( Je suis terriblement agitée, j'ai une idée qui me 



«^ 



74 REVUE FRANÇAISE Dli PSYCHANALYSE 



gratte le cerveau et que je ne puis trouver. Je voudrais bouger ^ 
131* asseoir et me jeter en aiTière et recommencer cent fois* 
Attendez^ il me vient un idée,., non, elle a disparu. Si j^étais 
assez grande^ je ferais sauter le canapé, mon autre moi s ^op- 
pose à ce que je bouge. Je ne sais pas laquelle (de mes person- 
nalités) c^est qui veut bouger. Je ne différencie plus seulement 
une Suédoise et une Vaudoise, Il 5^ a en tous ca^ encore une 
troisième. Je suis beaucoup plus liumble maintenant. )) 

Mais son état obsessif se manifeste surtout dans une grande 
difficulté à acheter quoi que ce soit et tout particulièrement 
des vêtements. 

i( Je ne peux pas me dérider à acheter Tétofie de ma blouse. 
Je n'arrive pas à attraper mon idée préconçue. Quand je veux 
me la figurer, elle n'est déjà j^lus ainsi. J'ai \m une masse 
d'échantillons, maïs ce n^est jamais ça. Si on me la montraitj 
je saurais la reconnaître, mais on ne me la montre jamais. Je 
ne la vois pas distinctement^ chaque fois que je T imagine 
j'arrive à un autre résultat. Je n'arrive pas à me prendre par 
surprise. Il y a des étoffes que je choisis, et à un autre moment 
elles me font vomir. J'ai passé trois heures ce matin à hésiter. 
Je trouve une étoffe trop jaune, je vais jouer du piano et, quand 
je reviens, je ne la trouve plus si jaune, elle devient pâle et 
défaillante. Ça me donnerait un air de malade ^ de mourante. 
Bt puis ça va comme ça toute la journée et ensuite je suis au 
désespoir, jk 

Ou encore : <( J'ai acheté des souliers , je me suis trom- 
pée. Ils sont trop gros, ils sont pour quelqu^un qui a dix ans 
de moins que moi. Je ne veux pas les rendre, je ne peux pas 
toujours rendre ce que j^ai achetée Je les ai mis aux pieds 
une trentaine de fois, mais je n'ai pas pu sortir avec. C'est 
infernal. Je suis à peu près sûre qu'il faut que j'achète n'im- 
porte quoi. Je sais ce que je veux, mais je ne 1^ achète pas, parce 
que j'ai peur de ce que je conçois, etc. » 

Nous ne pouvons pas étudier" tous les problèmes que sou- 
lève cette analyse, mais nous voudrions aborder ceux qui sont 
en rapport avec notre sujet, 

i*" Complexe de castratïok 

Ce complexe se manifeste chez Yvonne sous différentes 



LES FIXATIONS HOMOSEXUELLES 



75 



formes et tout d'abord par une grande peur de ses propres 
organes : « J'ai une peur bleue des organes fcinînius. Ils ne 
îiie paraissent pas naturels, beaucoup moins naturels que ceux 
de r homme, n a Quand j'étais au bord de la mer,, on m'avait 
<:onfié une fillette. Je ne pouvais pas la laver entre les jambes. 
Je ne pouvais regarder cet endroit, ça nie faisait mah u — « Je 
u'aime pas me baigner parce que je n'aime pas voir mes orga- 
nes. Je n^aime pas être nue. Il faudrait que je ni^aime, alors 
je. saurais aussi m'habiller. Je n'aime pas me regarder parce 
'<jue je me fais T impression de quelqu'un de raté. Je trouve 
que je suis triste à voir; Le corps de riiomme est moins sale. 
Pourtant, j'aimais le corps d'Annie (41), il était blanc et, h 
certaines époques maculines, j^ai été obsédée par le besoin de 
voir les organes des flemmes. » 

Ces quelques associations nous permettent déjà de voir 

qu'Yvonne n'est pas arrivée à sublimer le narcissisme de la 

■phase phallique de la fillette en un narcissisme qui se reporte 

sur l'ensemble du corps. Comme toute obsédée, elle garde une 

-attitude ambivalente à Tégard de son propre corps^ ce qui la 

])0ussera dans des difficultés ultérieures. 

Il est naturel que chez une fillette de ce genre les règles 
aient ravivé l'idée de castration et renforcé la pensée que sa 
vulve était une blessure : voici quelques annotations typiques ' 
f< J'étais en Suède quand j'ai eu mes règles pour la première 
lois. Maman m'avait avertie, mais j*ai eu très peur. Je ne vou- 
lais les avoir qu'à la marsoUj et les mois suivants elles ne sont 
pas venues. A cette époque Annie m'emmenait dans sa bande 
de garçons. J'étais si mal à mon aise. J'avais Timpression 
d'avoir un corps sans tête (castration). C'est là que j'ai eu 
l'impression, pour la première fois, que je perdais mes che- 
veux. J^avais un sentiment d infériorité, de saleté. J'avais 
rimpression qu'on m'avait battue. » 

a Le sang me rappelle mes règles et aussi Torgane masculin 
que je me représente rouge, et aussi la guilli^tine parce 'que 
quand on coupe une tête il sort tellement de sang. » (Idée de 
castration). « Autrefois j'aimais beaucoup le rouge, les coque- 
licots. )) (C^était avant les i^ègles, dans la phase sadique et 

41. U]ie de ses amies suédoises avec laquelle elle a eii uii épisode lioiiio- 
. sexuel. ■ 






76 RJCVUE FRANÇAISE DH PSVCHAiVALYSE 



r époque de fixation au pénis du taureau qui est pouz* elle asso- 
ciée à ridée de rouge). 

c( Quand je vais être indisposée, je déteste voir des irommes^. 
ça me donne des règles beaucoup plus fortes, ça me donne des^ 
crampes, ça me fait mal au ventre. Pendant deux ou trois ans,. 
je n^ai pa^ pu marcher quand j'av^ais mes règles, j^y pensais^ 
tout le tempSj j^avais peur de rougir^ j^avais peUr de perdre- 
mes cire veux, j'avais peur des yeux des gens, même de ceux 
de maman. Je n'osais regarder personne. )) 

(.( Un jour que j'avais mes règles, j^étais raîde comme un 
piquet, aussi bien au lit que debout. Je crois qu^il n^y avait 
pas une goutte de sang que je perdisse sans m'en apercevoir. 
Quand j'avais peur, je perdais par jets. C'était afïreux. Pen- 
dant ces jours, je n'osais pas aller à la selle. Je transpirais de 
peur. S'il fallait aller aux cabinets^ c'était une agonie, Je^ 
souffrais affreusement. Je n^osais pas m ^endormir parce que 
je n'osais pas me relâcher. J'aurais tellement voulu mVuidor- 
mir pour oublier, mais je me disais : quelle hon-eur, ça va 
couler. Puis quand ça coulait, j'étais affolée, » 

Yvonne raconte eirsuite qu'un jour où elle avait ses règles 
une bonne était venue l'appeler pour qu^elle aide sa mère. Elle 
n'y était pas allée et n'avait pas osé expliquer pourquoi. Son 
père est venu, l'a battue et Ta traitée d'égoïste. Elle n'a pas- 
pu lui dire ce qui en était, mais depuis (quatorze ans) elle ne- 
peut plus faire quelque chose en se disant : « Ça aiderait mes. 
parents n. Elle a gardé de ce moment un besoin de vengeance 
inassouvi. 

Chez beaucou]3 de ces malades où le complexe de castration 
a ravivé la bisexualité native, on trouve une grande ambiva- 
lence au sujet des seins. Les seins bien développés sont une 
compensation au pénis, mais en même temps un attribut de- 
la femme. Voici ce qu^Yvonne en dit : 

' « A quatorze ans^ j'avais la poitrine bien développée. J'en 
étais fîêre. Des camarades se sont moquées de moi et je n*ai 
rien mangé pendant tout un été. Je crois que plus j'ai refoule 
ma sexualité, plus ma poitrine s'est étiolée. i> 

Le complexe de castration d'Yvonne s'extériorise autre- 
111 en t encore, \^oîci une fantaisie bien significative. 

*f Cette nuit, vous étiez assis sur une chaise. J*avais mis ma 



^■n 



LES FIXATIOtfS HOMOSEXUELLES 



27 



tête sur vos genoux. Vous étiez devenu diabolique. Vous vou- 
liez me cou2:)er la tête avec un couteau de table, J^avaisles 
ma lus derrière le dos et. je disais : Je ne bougerai pas, je 
jncuri-ai. » 

Je rapproche' cette fantaisie d'une remarque faite après:. bien ■ 
<ies mois d'analyse, a Aujourd^liui je puis tendre mes bras 
'derrière la tête. )> (Symbole d^érection), « Autrefois j*avais 
toujours peur que vous me les coupiez n, a J'ai peur que vous 
me battiez si je bouge* J^ai cette idée et je dois être punie. 
Dans mon imagination je bouge tout le temps • Je vous vois en 
train de me. battre. C'est parce qu'autrefois papa me battait' 
etj quand il ne le faisait pas, c'était- tout commet parce.que 
j'avais peur qu'il le fasse {42)^ » 

Je considère que ces trois associations sont très importantes 
parce qu'elles nous montrent que la femme peut souffrir d'un 
complexé de castration secondaire qui est exactement surper- 
posabîe à celui de Vliomnie. A la suite de sa déception de ne 
pas posséder un péni^, elle érotise ses jambes, ses bras, ses 
seins, sa tête et elle en fait autant de symboles phalliques^ 
mais cette usurpation ne se passe pas sans un sentiment de 
culpabilité qui se traduit par une peur d'une nouvelle castra- 
tion. Il semble même que, dans sa fantaisie, Yvonne accepte 
1:4 punition. Cette ambivalence créée par le désir de donner 
une valeur pballique à un membre et le sentiment de culpa- 
bilité qui condamne cette attribution se retrouve dans les ten- 
dances exhibitionnistes de ces malades, comme Ta montré 
Bousfield. Voici, par exemple, ce qu'Yvonne dit de ses jam- 
bes : « Il y a la fillette qui voudrait que la jupe soit courte, 
La fille d'en dessus, plus âgée, trouve qu'elle est assez courte. 
Une autre dit : Si tu la raccourcis trop, tu ne poun-as plus la 
rallonger • L'autre dit : Tant pis, advienne que pourra. Ça 
dure des heures ainsi, et je me relève la nuit pour coudre, i) 
(( Je souffre d'avoir des petits pieds^ quand on me le dit^ ça 
me rend malade, )j 

L'ambivalence exhibitionniste se manifeste aussi dans la 



42. Freud : Ein Kind wird i^eschJageu, Zeitschr, /. Psa,^ 1919^ p- 151-171, et 
Fread : Le problème écoîioinique du masochisme. Revue p\ de Psa^^ T. 2» 
fasc, rr,.p* 21Ï et suivantes/ 






7S RïiVUE TRANÇAISE DE PSYCHANALY.SE 



couleur du bas. Si le bas n*est pas foncé» la jambe lui paraît 
déshabillée . 

« Je ne peux pas supporter des bas clairs avec une jupe un 
peu foncée, c^est comme si on sortait du lit, i) 

De même qu'Yvonne a déplacé sur le choix de ses habits le- 
problème de Tacccptation ou du refus de sa féminité, elle a 
transféré cette même question sur diverses difficultés concer- 
na ut ses dents • En somme, ce problème qui est le motif central 
de sa névrose s'est mêlé à toutes les autres difficultés qu^Yi^on- 
ne a rencontrées sur son chemin. 

Il y a une dizaine d*aunées, notre malade avait la premièi-^e 
prémolaire gauche cassée. On a dû lui faire un pont et depuis 
ce moment cette dent s^est légèrement inclinée en avant. Ce 
manque de parallélisme avec les antres dents a exaspéré 
Yvonne qui s^est mise à détester sa prémolaire gauche. Par 
contre, la prémolaire droite est devenue sa dent de .prédilec- 
tion. « Elle était comme une miniature de Tuoî-même. o - 

Un jour notre malade rêve que sa dent préférée s^est cassée. 
Ce rêve est accompagné d'une vive angoisse. L'affectivité abso- 
lument démesurée qu'elle manifeste alors montre bien qu'il se 
cache derrière une angoisse de castration. Mais par malheur, 
quelques semaines plus tard, Yvonne se casse effectivement 
cette dent en mangeant des pommes de terre rôties. A ce 
moment, elle devient comme folle, cesse toute occupation, va 
chez le dentiste qui lui dit qu'il faudra mettre une couronne^ 
et affolée de cette perspective elle se niet au lit. Elle ne dort 
plus; le lendemain elle va chez un autre dentiste qui lui dit 
qu'on pourrait arranger la chose avec un bloc d'or, mais qu'ul- 
térieurement l'autre facette de la molaire pourrait se casser, 
ce qui obligerait à enlever la dent- 

. L^lîésitation devient telle que pendant plus de deux mois 
Y'vonne court alternativement chez l'un ou l'autre de sç:s den- 
tistes sans pouvoir se décider. Une couronne lui semble recou- 
vrir sa personnalité ou encore être un pénis recou\'ert d'une 
capote. Enlever la dent serait une castration, ce qui serait pire 
que tout. La solution la plus agréable serait pour elle, le 
bloc d'or, mais le danger de la castration Teffraie. La dent 
Sous la couronne est un équivalent du clitoris qui est un organe 
recouvert. Ce serait donc accepter ^sa féminité^ ce qui lui sem- 



■«■■^^■^^«^■k^^i*«*IBi^H^^« 



LES FIXATIONS HOMOSEXUELLES ' 79- 

ble impossible, La solution de la couronne coûte aussi moins 
cher que l'autre, mais se décider sur une question de u bon 
marclié » serait aussi accepter sa pauvreté. Or^ la pauvreté 
c'est encore un équivalent. de féminité, (Voir plus loin : pour 
Yvonne l'argent est un équivalent de la puissance masculine.) 

Celte hésitation peut encore être une défense contre un com- 
plexe anal refoulé < Yvonne associe, en effets à or Tidée d'une 
selle d^un enfant dérangé. Elle ne veut pas avoir une selle 
dans la bouclie/ 

2 " Envie du pénis 

JJn pareil sentiment de castration ne va pas sans envie du, 
pénis. Plus d'une association du paragraphe précédent nous 
l'a déjà montré. Mais voici quelques textes plus explicites 
encore. ^< Quand je nie représente un acte sexuel, je suis 
rhomme. Ça me paraît plus intéressant. Il y a aussi une- 
femme en moi, mais elle est plus voilée. Ce qui a contribué à 
me retourner ainsi, ce sont les gémissements de ma sœur- 
aînée que j'entendais depuis ma chambre. Elle ni*a dit qu'elle 
ne jouissait pas, » 

En réalité, le complexe de masculinité est bien antérieur et 
le souvenir concernant sa sœur est probablement uii souvenir- 
écran d'un acte surpris autrefois entre les parents. Voici 
encore un rêve bien frappant : « Vous étiez assis les jambes 
écartées. Il y avait d ^autres personnes derrière vous. J'étais 
un homme et j'avais un coït avec vous. Ce coït s'est renouvelé 
à plusieurs reprisses et me donnait le plus grand plaisir. Sou- 
dain, je réalise que je ne suis qu'une femme et je me réveille 
dans la plus grande anxiété, jj 

Dans ce rêve, perce déjà, à côté du désir de posséder l'or- 
gane masculin j le désir de déposséder T homme. Cette idée 
sortira d^une façon plus sadique dans les associations du rêve- 
suivant, 

(( Je suis une négresse et j'ai devant moi une fillette de six 
ans. Elle soulève sa robe. Elle avait un organe masculin 
auquel manquait le gland. Pour qu^elîe pût uriner, il fallait 
qu'elle mette une espèce de dé en peau qui était percé )>. 

Négresse. — (( J'étais tellement honteuse. Je crois que c'est 



So REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



^F^Êf-^^^^m^ 



pour cela que j'étais toute noirô. A six ans j'avais très envie 
de r organe masculin. }> {YT-onue ne peut pas donner d'autres 
associations le premier jour.) Le lendemain : <( J'ai compris 
que j'étais aussi la petite fille du rêve. Je me sens toujours 
capable d'aller prendre les organes d'un homme hors de son 
pantalon^ parce que celle (de mes personnalités) qui a envie 
de le faire ne comprend pas pourquoi ce serait défendu. Quand 
je regardais les organes de mon frère, je ne les ai pas touchés, 
je n'aurais pas pu ;. j'en aurais eu horreur, mais je pourrais 
faire des gestes dans ce but, je pourrais essayer^ mais ça ne 
serait pas de sang-froid. Ce serait une impulsion que j'ébau- 
cherais avec épouvante et angoisse. A l'école sociale je devais 
tout le temps regarder un professeur parce que j'aurais voulu 
le déboutonner et le toucher. \> 

En réalité j s* il y a une telle angoisse à commettre cet acte^ 
c'est que c'est de nouveau un acte ambivalent, une sorte de 
déférence envers 1 ^organe de la puissance et une tendance 
sadique à Tanéantir. Ceci ressort bien clairement d'associa- 
tions que la malade rapporte à ce rêve quelques jours plus tard. 

<{. Je trouve que Torgane niasculîji est trop long (43)* Il faut 
lui faire du malj le rendre impuissant^ mais pas tout à fait 
parce qu'alors je serais triste et puis ce serait irrémédiable, 
(Voir plus haut la même pensée exprimée à propos de la jupe.) 
C'est une façon de diminuer l'homme et de le repousser. Je ne 

43. Cette iiîi pression d*uii organe trop gros, qui a été aussi sigjialée par 
ICaren Honiey, vient de ce q y 'Yvonne a toujours en vue Torgaiie de son 
père qu'ene vo^^ait quand elle était elle-même une petite fine de six ans, A 
ce propos, il est intéressant de rappeler mi souvenir-écran dont elle m'a 
fait part dans les ])remières séances de J'analyse. A cinq ansj en soitant de 
riiôpital, son père lui a soiçné son oreille pendant plus d'un an. « 11 me 
prenait entre ses jambes, dit-elle, et il introduisait un coton dans mon 
oreille. Sîais ses doi^s étaieut trop gros et me faisaient souvent mal >3, Il 
i^st bien possible qu'à cet âge déjà où elle pratiquait Tonaiiisme et où on 
avait déjà introduit un thermomètre dans sa vulve, ce qui avait provoqué 
chez elle une grande anxiété^ elle ait eu le désir que son père entre ailleurs 
que dans Toreille, En tous cas, elle parle toujours des mains avec beau- 
coup de crainte et un jour elle avoua que, lorsque qu*elle était dans la 
même chambre que son père, elle aurait voulu attirer les mains de son 
père contre ses organes. Les niaîus de son père, elle les trouvait aussi trop 
grosses , 

Au. sujet du symbolisme des mains cbez Yvonne j'ajoute qu'elle a gardé 
ses gants pendant les premiers mois de son analj^sCj ce qui était une façon 
de ne pas exhiber sa masculinité devant moi. Plus tard^ il lui est aussi 
souvent arrivé de les tenir cachées derrière son dos. ' 



LIÎS FIXATIONS' HOMOSEXUELLES 



8i 



Ttt 



tiens pas à le faire moi-même^ mais je voudrais que ce soit 
ainsi- Quand, dans mou imagiuation, j'ai châtré mon père, je 
^uis ^moLlellcmcnt triste. C*est ce qui m^arrive dans la vie 
chaque fois que je ne lui obéis pas. Mais si je lui laisse toute 
sou autorité, jVi rimpression que c'est moi qui suis écrasée. 
Pour luoî, ridée de force, de puissance, de capacité à faire le 
mal, la domination, l'idée de piétiner, sont associées à cet 
-organe, n 

Quelle belle j^rofession de foi de rambi valence ! 

Dans certaines fantaisies, elle tette l'organe de son père. Une 
:antre fois, elle s'iuiagîne qu'elle est rentrée dans le sein de sa 
îuère et, tandis qu'elle y était, son père a eu un coït ayec sa 
mère ; Yvonne a profité de cet instant pour mordre l'organe de 
^son père et le châtrer. Elle exprimait par là le désir de n'avoir 
jamais connu l'organe de son père puisquVUe le supprime 
avant que d'être née. 

Chez Yvonne, le motif de l'enfant reçu du père {et servant 
*de substitut au pénis) n'a pas fait défaut. 

(( Je n'allais pas à l'école parce que je voulais être mère 

-de mes j^upées et parce que je voulais travailler dans le 

-ménage (ixmplacer ma mère). Comme ce n'était pas mon- 

ménage, je m'emiU5^ais- Maman l'avait compris et ni* avait dit ; 

a Tu ne voudrais pas que nous adoptions un enfant, c*est toi 

qui l'aurais »• Mais j'avais déjà perdu le goût de travailler. 

'C'était trop tard pour que je sois ranimée, Jacques (son frère 

cadet de huit ans) ne voulait pas êti'e mon enfant, il se débat- 

tait^ mais je le possédais quand même. J^étais tellement col- 

lante )>, 

3* Ambivalence a L"'égard du père. 

Une pareille ambivalence attachée à l'organe du père ne 
peut aller sans une ambivalence équivalente pour le père lui- 
-même {44). 

44. Le résultat de cette ainhî\'a]ei3ce a été qu'à plusieurs reprises Yvonne 
a ciiercLé à transférer ses sentîmeHts positifs sur ses frères et elle a été 
successivement amoureuse de tous les troiSj mais très rapidement Tagres- 
\sîvité dirigée primitivement contre le père se transférait aussi sur lés 
frères. Depuis Tâge de dis-huit ans» les sentiments amoureux qu^elle a pu 
avoir pour d^autres jeunes gens n'ont été que des substitutions de ses sen- 
"ttmeuts pour ses* frères; ils ctaîent accotnpagués de senliint^nts de culpabi- 
lité les plus vifs et ils ont tous écîioué* 

UU^UB FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 6 



8t5 REVUE FRANÇAISE Dlî PSYCHANALYSE 



Je voudrais tout d'abord rappeler un rêve du cinquième 
mois de l'analyse qui montre bien combien Yvouiie a de peine; 
à penser à Son père sans i:ïenser à son sexe. 

<f Je vois un grand cheval avec un poulain à côté. Je vou- 
lais monter sur le poulain, mais chaque fois le grand cheval 
m'en empêchait. Il m'en péchait aussi de faire courir le pou- 
lain. )) 

Fragment d^associations ; 

« La figure du cheval me rapelle celle de mon père. C'est, 
sûr qu*il a été un obstacle à ce que je voie d'autres hommes, 
mais je ne sais pas pourquoi. Quand je le vo3^ais s'habiller, je 
regardais à travers sa chemise ses organes. J*ai du avoir peur, 
lî me semblait qu'ils étaient trop gros pour moi. Quand j'y 
pense^ c'est la fillette de cinq ans qui remonte en moi. Je me 
souviens qu'à l'âge de treize ans j'ai vu un jour mon père, 
revenir du jardin, déboutonné^ se tenant les organes. Il y avait. 
(Juelque chose de blanc qui écumait. ï> 

« C*est quand j'ai commencé à me révolter contre mon père 
que j'anrais voulu être le mai^i de maman. J'avais quinze ans, 
c'est à ce moment que j'ai commencé à le battre. Mes coups 
venaient impulsivement. De quinze à vingt-deux ans, papa 
m'a briUiic. Il nie semble qu'il me battait sur les organes géni-- 
taux. (Projection de son envie de battre Porgane paternel,) En 
tout cas, ça me faisait une impression directement génitale. 
Papa m'avait donné de l'argent de poche, mais je le lui rendais. 
Je ne pouv^iis rien lui devoir ■ je le dcte.staîs trop, (C'est encore- 
une difficulté actuelle pour l'achat de ses habits. L'argent 
représentait aussi la puissance paternelle et elle ne voulait pas 
l'accepter, cela aurait été accepter sa féminité,) C'est mon 
père qui m'empêche d'aimer normalement, de penser norma- 
lement, de m 'habiller normalement • Dès que j'ai des jupes 
un peu courtes, il est furieux. Papa ne m'aime que quand je 
suis malade, )> 

Si nous vo3^ous dans ses associations une révolte formidable 
consciente et inconsciente contre son père, nous allons trouver 
dans le rêve suivant un retour à l'ambivalence. 

Rêve. — <( Nous allions nous baigner avec nos pension- 
naires. J'avais un vieux costume de bain déchiré. Cette eau 
était près d'une gare, A la gare arrivait une locomotive chaude ^ 



^^ 



mivfdan 



LES FIXATIONS HOMOSEXUELLES 



83 



qui devait sauter dans quelques mniutes. Je me suis sauvée 
a^^'ec un enfant. Ensuite j'étais seule dans un chemin. Ensuite 
un ours me poursuivit. Il était tellement gros et comme un 
aveugle (le père est myope). Puis je me trouve sur un chemin^ 
ombragé. Autour de moi des gens qui pique-niquaient, des gens 
qui étaient un peu comme ma famille. Le cliémin descendait 
dans une gorge avec un gros ruisseau. L'ours me poursuivait 
toujours. Il marchait sur ses pattes de derrière et avait Tair 
bête. Tous les gens du pique-nique me regardaient, A ce mo- 
ment je riais. Je mets une robe blanche et j ^enlève mes souliers 
pour que l'ours ne m'entende pas. Je riais parce qu^il était sur 
un faux chemin. L*ours avait traversé Teau et^ ensuite, il était 
vieux. Ensuite j'avais vu une ombi'e dans Teau. C'était un 
fantôme. Il était sorti de Teau. C'était une naïade, elle avait un 
grand costume blanC et une pèlerine qui volait. Elle avait les 
veux fermés. Elle était comme une somnambule et montait la 
pente. Nous la regardions. Tout à coup, Tours la voit, lui 
court après ^ et T attrape. Elle tombe par terre , elle était bien 
plus morte qu'avant. Elle faisait semblant d'être morte, (rit)- 
L'ours était vieux et perverti. Il aurait voulu avoir des rela- 
tions sexuelles avec elle. Elle était couchée la tête en haut. 
Elle était morte et ça u ^allait pas bien. Non. Au fond je peux 
bien dire parce que ce n^est qu^un rêve. Il lui a écarté les 
jambes j mais très peu^ parce qu'elle ne voulait pas. Elle faisait 
l'insensible. Jamais de ma vie je n'ai eu tant de peine à 
m*exprimer. Ça allait tout le temps en avant ou en arrière 
parce qu^elle n ^écartait pas assez les jambes. Ça ratait, son 
organe était trop gros. Il grossissait toujours. Puis quelqu'un 
a pris Tours et Ta éearté parce qu*il était perverti, )y 

Sur la première partie du rêve, Yvonne apporte un soui^enir 
d^enfance. Toute la famille avait été se baigner. Ce jour-là 
elle avait regardé les organes d'une petite fil^e rousse en pen- 
sion chez eux. a J^avais aussi trouvé que Torgane de papa 
était très gros. Je me sacrifie en disant cela. Je ne veux pas 
parler de Tours, Je le comprends très maL J'ai peur que vous- 
me battiez. Je ne dois pas en parler, parce qu'ensuite j'en 
aurais beaucoup plus peur. Il vaut mieux Tignorer. Au début 
Tours se promenait, ensuite seulement il me poursuivait. II 
avait une patte très grande qui était dressée. Ce qu^il aurait 



■ ■ UIIU J 



84 REVUE FRAbrÇAISE DE PSYCHANALYSE 



voulu faire de moi avec sa patte quand il in* aurait écrasée, je 
ne voulais pas le savoir, c'est pourquoi je suis sortie de Teau 
en étant somnambule ». — « L'ours ne représente pas tout le 

temps la même persoinie3 il était d'abord jeune ^ c/ était vous 
au début, ensuite c'était mou père, mais un père imaginaire j 
conçu je ne sais pas quand • La scène avec la naïade me gêne 
beaucoup. L'ours avait un organe comme un étalon. Il était 
très grand comme un grcs bâton. Je ne comprends pas que 
maman ait pu supporter papa, n 

La séance suivante, Yvonne m'annonce qu'elle a vomi en 
sortant de cliez moi. Elle ne dit rien, dit qu^elle a peur de moi 
et ne veut pas enlever son chapeau. Impossible de la ramener 
sur le rêve. Ce rêve cache probablement un coït surpris entre 
les parents. Mais il est plus certainement le reflet de son atti- 
tude ambivalente à Pégard de son père, ^ Si ce rêve avait pu 
être entièrement analysé, je suis certain qu'Yvonne se serait 
aussi identifiée à Tours avec le gros organe. C'est paixe que ce 
rêve représente des cycles très divers de T inconscient que sa 
S3^mbolîqiie a paru si obscure à Yvonne, 

4 ' Attitude ambivalente envers la mère et la fetmime 

EN GÉNÉRAL. 

Yvonne a une phase sadique orale très accentuée. Elle a été 
allaitée par sa mère la première semaine de sou existence. 
Puis sa mère a brusquement perdu son lait, A ce moment com- 
mence nue crise de- sevrage extrêmement pénible. Pendant 
trois mois Yvonne maigrit, refuse toute nourriture , crie pour 
réclamer le sein ; on est obligé de lui donner tout le temps une 
tétcrcUe. Plus tard, quand on la lui enlève^ c^est un nouveau 
drame. 

Il ne nous a pas été possible de rétablir par Panah^se les 
divei-ses phases d^amour et d'agressivité qui se sont succédé 
chez Yvonne dans son attitude à l'égard de sa mère. Il semble 
seulement qu'à l'âge de sept ans, à la naissance de Jacques, le 
benjamin de la famille, PCÊdipe d'Yvonne était déjà renversé. 
Elle n'a pas de jalousie contre sa mère> mais contre son père. 
Elle n'aurait pas voulu être la mère, mais le père de Jacques 
et le mari de sa mère. Ce motif renaît dans le rêve sui^j^ant ; 

u Tandis que mon père se rasait, j'étais derrière lui en train 



■ViMBta 



LES FJXATIONS HOMOSEXTJKIXES 



S5 



de m* habiller. Je venais de mettre ma culotte quand je m^aper- 
çois qu^elle n'a pas d'attaches. On aurait pu Taccrocher à une 
taille, maïs je: ne voulais pas en mettre. Je décide de mettre 
un second pantalon qui tiendrait Tautre », 

Père se rase : 53^11 bole de castration. 

Elle ne veut pf^^^ de taille : elle ne veut pas d ^habits fémî- 
uins. Elle met deux pantalons comme les hommes. 
. Cette première i:>artie du rêve montre qu ^Yvonne voudrait 
châtrer son père pour se mettre à sa place. Voici maintenant la 
seconde scène du rêve, ■ , v^ 

a Je vois maman dans un lit ; à côté se trouvait un lit 
jumeau dans lequel était Annie. J^étais triste à Tidée de la 
sensualité de maman, » - ^^' 

Annie, amie qui a joué un rôle masculin vis-à-vis d'Yvonne 
et avec qui elle s'identifie dans ce rêve pour jouer un rôle mas- 
culin vis-à-vis de sa mère. Sa mère trop sensuelle n'est ici 
qu'une projection de son sentiment de culpabilité. 

Aujourd'hui ce sont des sentiments ambivalents qui domi- 
nent à regard de sa mère, f* Quand je la vois^ toute mon 
enfance me saute à la tête. Je Taime tellement et puis elle 
m^exaspère. Elle m'énerve comme quelqu'un qu'on aime beau- - 
coup et qui meurt entre vos doigts. Ça rend fou. Quand je lui 
fais des reproches ^ c^est toujours pour la dresser contre papa. 
Elle a trop de scrupules. >i . ' 

J'ai dit plus haut que les névrosées^ dans leurs attirances 
homosexuelles, cachaient souvent une simple identification 
avec une autre femme qui était arrivée. par son attitude à faire 
souffrir les hommes. Nous voyons ici qu'Yvonne ne peut pas 
opérer cette identification avec sa mère et qu'elle se refuse à - 
xme identification qui Tobligerait à reconnaître une part de sa 
féminité. C'est là un des motifs de son ambivalence à l'égard 
de sa mère* Cette attitude amîïivalente à Tégard du père et de 
la mère lui dicte des attitudes extrêmement diverses à l'égard 
des femmes. Voici ce qu'elle disait un des premiers jours de 
son analyse. 

H Je déteste les femmes; elles sentent que je rie les aime pas. 
C'est ce qui fait que j'ai peur d'elles. Je ne" m'approche que 
des femmes qui s'approchent de moi/ Je n'aime aucune sorte 
de femme; les jeunes sont dès rivales; les plus âgées et non 



1 * 



Wi^^vq^BM 



S6 



REVUIi FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



mariées me font mal, tellement j'en ai pitié; celles qui sont 
mariées, je les jalouse. J'aime tellement les hommes qu'il me 
paraît parfois que je suis un homme. J'ai alors des fantaisies 
masculines. On m^a pourtant toujours dit que j'étais très fémi- 
nine (c'est en effet le cas. R. de S,). Quand -papa u*est pas là, 
je deviens le mari de maman. Je sens qu'elle a besoin d'un 
homme et je m'adapte à ce rôle, jï 

, Au moment où elle extériorisait son complexe de castration, 
elle avait un autre jugement que voici. 

(( Ces temps je trouve tous les hommes laids, leur xigure est 
laide. Je trouve les femmes assez jolies, elles sont très gentilles. 
C*est juste le contraire d'avant. » 

On voit qu* Yvonne, malgré ses complexes de casti^ation et 
de masculinité, n*a pas entièrement renoncé à ;son rôle de fem- 
me. Dans une multitude de rêves, elle témoigne d'une féminité" 
normale. Mais précisons son attitude dans quelques fixations 
honiosexuelles qu'elle a eues. 

Le premier incident important s'est passé à Tâge de dix-huit 
ans avec Annie, jeune fille très garçonnière* Elles font un 
séjour ensemble et partagent le même lit, c< Elle me caressait 
et m'embrassait. Ça me faisait infiniment plai.sir. Nous som- 
mes rentrées avec des mines affreuses. Ensuite je n'ai rien 
mangé pendant des semaines. Je dormais mal. Il y avait une 
attrMctioi] Jiicrojmble entre nous. Avec elle j'entrais dans un 
ii.utre monde, » 

Cet incident donna à Yvonne une brusque issue à sa libido 
toujours refoulée. Mais cela ne devait pas être pour longtemps. 
R-entrée à la maison, elle déplaça cette affection sur sa sœur 
aînée. Mais ici Tincdste entrait en jeu et les deux sœurs ne 
s'embrassaient jamais et ne se caressaient jamais. De plus 
cette sœur se maria et, la jalousie s'en mêlant, les sentiments 
devinrent ambivalents. 

Depuis lors, Yvonne ne jjut jamais réaliser une -homosexua- 
lité avec ses amies, car elle projetait toujours sur elles les 
sentiments ambivalents qu'elle avait eus à Tégard de sa sœur. 
Mais en face de deux amies elle avait des désirs de les étrein- 
dre^ comme si elle était un homme. Elle âmve du reste fort 
mal à anah^ser ses impressions dans ce domaine. « Quand je 
suis avec Jeanne, je ne sais si je Taime ou si je la déteste^ mais 



LES FIXATIONS HOMOSEXUELLES - 87 



je sens que je ne puis plus me tnarier* Il faudrait que je me 
marie avec elle. » 

Au reste toutes ces manifestations sont empreintes d'un sen- 
timent de culpabilité énorme^ comme en tcmoigne le récit du 
rêve suivant. 

« J'ai une fois rêvé de Jeanne, Il m'ennuie ce rêve mainte- 
nant, mais il ne m^avait pas ennuyé au moment même. KUe 
^était au lit, J^étais à côté de son lit. Je rainiais beaucoup.,, 
mais je n^aime pas vous dire ça, parce qu^elle n*a rien fait de 
, semblable- Elle avait.,. C'est dégoûtant.., je ne peux pas 
dire.,. Bile avait décroclié sa chemise, elle s'est dévêtue, elle 
voulait que.., mais non, c'est affreux ça. Elle a voulu que je 
regarde ses organes. J'ai compris. Au fond j^ainierais la voir. 
Je trouvais que c'était elle qui voulait me les montrer. Je lui 
disais : Je veux bien les voir si tu m'aimes. Je les ai regardés. 
C'est très sale^ c'est dégoûtant. J'avais trouvé que c'était laid, 
que la fente était plus longue qu^aux autres personnes, » 

: s"" Le complexe a^kl. 

Il ne faut pas oublier qu'Yvonne est une obsédée et c'est 
■pour cette raison que son homosexualité prend aussi un carac- 
tère spécial. Il nous faut maintenant revenir à la question des 
habits. Voici, après un an d'analyse, la conversation que nous 
eûmc^s, Yvonne et moi, conversation qui fut le point de départ 
d'une nouvelle phase de l'analyse. 

(t Quand vous m*avez dit : Il faut que vous arriviez à acheter 
■ce manteau, ça m*a fait mal entre les jambes. 

' — ' Pourquoi entre les jambes ? 

— Je ne voudrais pas dire. Ce n*est pas nécessaire. Je ne 
sais pas.,. Je ne suis pas sûre,., oui, parce que si j'achète, je 
voudrais auissi des relations sexuelles et alors j'ai un sentiment 
de perversité. Je dis perversité, parce que je désirerais ces rela- 
tions avec des hommes de ma famille. Je sens que ce serait mal 
moralement, mais ce ne serait pas vraiment une perversion. Il 
y a eu une longue période de ma vie oii j^ai acheté des habits 
pour exciter les hommes de ma famille. Et puis, ça me mettait 
en colère parce qu'ils me faisaient des remarques, » 

Les jours suivants, elle précise et dit que lorsque son frère 
lui a donné de rargènt, il lui semble être en posses^^ion de la 



wm 



88 ' REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



puissance virile, de son frère et elle ne veut pas s'en défaire *. 
Elle le veut d'autant moins que ce serait pour acheter uu habit 
féminin, partant, éclianger sa virilité contre sa féminité. 

Ici la virilité j symbolisée par de l'argent , montre bien qu^iL 
s'agit d^une régression anale^ car nous connaissons la valeur 
fécale de l'argent. Nous renvoyons le lecteur pour toute cette 
argumentation à l'excellent article du D"^ Odier (45). 

Au reste, cette interprétation a rappelé deux souvenirs qui. 
montrent bien le rôle de Térotique anale chez Yvonne, Lors- 
que, enfant^ elle habitait dans la chambre de son père, son lit. 
était placé perpendiculairement à celui de son père. A cet âge 
elle avait peur, et il s'agissait probablement d'un désir re- 
foulé, que son père ne commette sur elle un coït anah Certai- 
nement se joignait à cette fantaisie Tidée de châtrer son père 
et de retenir dans son rectum le pénis paternel. Voici l'antre^ 
souvenir qui semble confirmer cette façon de voir. 

A liuit ansj elle est prise d'une telle terreur à Tidée qu*on 
lui a donné un vennifuge qu'elle oblige sa mère à rester au- 
près d'elle toute la matinée. Elle précise son angoisse ainsi ; 
a J^avais peur de voir le ver dehors et encore plus peur qu^il ne- 
sorte qu'à moitié, n 

Elle-même z^approcha Tidée du ver du pénis de son père,. 
Garder le ver, c'était garder la masculinité, comme plus tard_ 
garder l'argent c^était acquérir la masculinité de son frère. 

Après avoir sorti ses souvenirs d'enfance, elle avoue que- 
Panus a pour elle plus d^intérêt que le vagin. Elle s'onanise. 
par l'anus. Il s'est fait une vraie régression sur cette zone éro- 
gène, Yvonne ne va pas aux cabiuets^ mais sur son vase. <t Ça 
me paraîtrait un trop gros sacrifice d'aller directement aux 
cabinets* Je ne peux pas abandonner mes matières sans les 
voir. Je me dis souvent : il faudrait regarder s'il n\^ a pas des 
oxjmres. Pourtant, je n'ai aucune inquiétude sur mes selles, 
Les matières ont une valeur de puissance pour moi. C'est par- 
fois si fort que cela rn' empêche d'avoir mes règles. Le déplace- - 
ment est tel que mes règles me paraissent un chien dans un jeu 
de quilles* )> 

L'analyse qui n^est point encore achevée n'a pas liquidé ce 

45. Odii;R : L*argçiit et les névrosés* Rev. fr. de Psa.j T* 2, fasc. 4, 



LES FJXAirONfir HOMOSEXUELLES .89- 



complexe. Deruièretneut encore, Yvonne me donnait les asso- 
ciations suivantes^ qui sont bien caractéristiques. 

Rêvé. — « Je vois un ver étendu, je le coupe puis je lui 
creuse le dos en me disant : « Est-ce qu*il supportera encore 
Ç'd ? » Il meurt et je me dis : u Ali oui I il n'a pas supporté. )> 
J^en ai une joie sadique- 
Dans ce rêve^ elle remplace le ver (organe masculin) par un 
anus (trou dans le dos). 

Associations. — « Te suis mal à Faise, L^analvse me fait 
peur. Ça m'énerve dans le dos et c'est le summum de ma peur. 
Je vous sens arriver dans mon dos. Je pense qu'en me cou- 
chant sur le dos je ne risque l'ien, mais alors je serais obligée 
de rire. Il faudrait que je nie bande les yeux, mais j'aurais 
peur derrière mon bandeau , vous poui-riez me surprendre... » 
Parle ensuite de la peine qu'elle a à renoncer à son transfert 
sur moi, « Et puis, il faudrait que je renonce à ce que Jacques 
soit mon enfant. Ce n*est plus un enfant3 etc. » 

II est probable que derrière ces associations se cache une; 
théorie anale de la naissance et, par suite, une théorie anale du 
coït qui aurait pu être déclenchée par la viie du rapport entre 
le taureau et la vache. 

Le problème de Thomosexualité s'intrîqiie aussi dans ce 
complexe anal, Car^ au moment d'acheter la robe, la peur de 
la dépense (peur de perdre sa virilité) oblige Yvonne à choisir 
un vêtement qui gardera certains attributs masculins, par 
compensation à la dépense. Je dis certains attributs parce que, 
par ailleurs, nous savons que l'habit doit exciter la sexualité du 
frère aîné et du père, par conséquent dpit être essentiellement 
féminin. Cette contradiction est un des éléments de l'hésita- 
tion. Il s'ensuit une régression anale oii Yvonne, renonçant à 
tout achat, se complaît dans les habits vieux et sales. 

Cette complexité sexiiellc intérieure oblige Yvonne à pro- 
jeter tantôt sa féminité, tantôt sa masculinité sur d'autres fem- 
mes, d'où ce choix dfe l'objet qui répond tantôt à un type mas- 
culin, tantôt à un type féminin* 

Nous ne voulons^ pas allonger ce rapport cd exposant d'au- 
tres cas cliniques. Si nous avions la place de le faire, nous au- 
rions l'occasion de montrer que chez chaque malade il y a un 
important facteur individuel et que l'qn ne peut pas donner une 



, ^ ^^^^^^ , ^^ I^^^M ^^^^^^^^^^^M ^^^^^^^^ -■ — 1 - - - — — - - - I ■ ■ I ■ Il l lh I I I EL -1_ _^ ll li J^ I ■ ■ ■ ^ ■ ■ ■ ■■ ^■^■^^^^^^^^^^■■^ ^^^ ^^ 

^ I 

■90 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

h 

formule des fixations homosexuelles, valables pour toutes les 
névrosées. 



C0NC1.USJONS 

A la base des fixations liomosexuelles, il y a toujours une 
forte bisexualité qui vient de ce que la femme 11^ a pas pu 
accepter sa féminité. Ce refus est conditionné par l'idée de 
castration et T envie du pénis. 

L^euvie du pénis a deux étapes ; une première dans la toute 
petite enfance^ animée surtout par Térotique urétrale et le dé- 
sir d'exhibitionnisme ; une seconde, qui se réveille surtout à 
partir du moment où la fillette comprend qu'elle n'anra jamais 
de pénis et que toutes les femmes sont dans ce cas, C*est alors 
■qu'éclot la révolte et que la fillette cherche des compensations 
à son infériorité (matières fécales^ scins^ enfant, etc.). Cette 
révolte peut prendre des chemins assez différents que nous 
avons étudiés au cours de ce rapport. 

Ici, le désir d*un enfant peut êti'e le point de départ d'une 
identification avec la mère et d'une évolution normale. Mais, 
si les désirs de masculinité ont été éveillés d'une façon trop 
forte, cette identification avec une femme devient impossible et 
la fillette^ comme notre malade^ s'identifie avec le père pour 
donner à la mère un enfant. 

Suivant les cas, on voit alors que les fixations homosexuel- 
les correspondent à des projections de la malade. Le plus sou- 
vent, la névrosée projette sa féminité sur sa mère (voir notre 
malade ^et M""*" Dupont {46), et ensuite sur d'autres femmes qui 
continuent de représenter la mère). Mais, presque aussi sou- 
vent, la malade, par dépit de ne pas pouvoir satisfaire ses teu- 
•dan ce s masculines ^ exagère ses qualités féminines, devient nar- 
cissiste à rexcès et se mire^en- quelque sorte dans d^autres fem- 
mes qui ont à un haut degré le narcissisme féminin. Dans ces 
cas, la malade, tout en restant femme, projette sa féminité sur 
d'autres. C'est une identification avec elle-même, Enfin^ dans 
les fixations homosexuelles, nous voyons certaines femmes qui 
se refusent aux hommes se donner à d'autres femmes qui ont 

46. OniETt : La névrose obsessionnelle. Revue fi\ de Psa., T. 1^ lasc. 3. 






LES FIXATIONS HOMOSEXUELLES ■ 91 



^u faire souârir des liommes. C'est une identification avec leur 
idéal d^ agressivité /avec leur sur-soi, dirait Odier. 

Dans mon expérience personnelle^ je n'ai jamais rencontré 
-dans les fixations homosexuelles ( j'excepte ici les lesbiennes 
réalisant leur liomosexnalité) de femmes qui s'attaclicut à 
d'autres, qui pour elles représentent l'homme. Je pense que 
■s'il devait se confirmer que ce cas ne se présente pas, cela tien- 
drait au fait que ces névrosées sont encore ambivalentes et que, 
si elles présentent des fixations homosexuelles/ elles présen- 
teiit par ailleurs et en même temps des fixations hétérosexuel- 
les. 

Nous avons exposé sommairement un très vaste sujet. Nous 

sommes bien loin de Tavoir épuisé, mais nou^ aurons atteint 

-notre but si nous avons pu amener quelques-uns de nos con- 

irères à s^y intéresser et provoquer ainsi la publication de non- 

'velles observations cliniques. 



Le développement primaire 
de' la sexualité chez la femme '* 

Par Ernest Jones/ 



} 



Freud a plus d'une fois comiiieiité le fait que notre connais- 
sance des premières phases du développement sexuel clievr. 
]a femme est beaucoup plus obscure et plus iBi parfaite que^ 
celle du développement chez Thomme, et Karen Homey a 
fait remarquer avec insistance, mais à bon droit , que ceci doit 
être en rapport a\ ec la tendance plus grande à user de détours 
qui existe chez la femme. 

Il est probable que cette tendance est commune aux 
deux sexes, et il serait bon que chaque écrivain, traitant 
ce sujet, ne perdît jamais de vue cette considération. Mieux 
encore, on peut espérer que les investigations analytiques jet- 
teront gra du tellement de la lumicre sur la nature du préjugé - 
en question j et finalement le dissiperoiit, La suspicion grandit, 
de plus en plus à juste titre, que les analystes hommes ont. 
été conduits à adopter indûment, une vue phallo-centrique 
des problêmes en question en sous-est îm a nt par contre, rim-- 
porta nce des organes féminins. Les femmes ont, de leur coté y 
contribué à l'erreur générale en observant une réserve exa- 
gérée à regard de leurs propres organes génitaux tandis^ 
qu'elles s'intéressaient, ]:)ar contre, davantage, de façon à 
peine déguisée, à T organe masculin, à T investigation qui fait 
le fond du présent article. Il y a deux ans, Texpérience, peu 

{1} Lu au ±^ Congrès Iiiteniatioiial de Psj'ch analyse, Iiispruck, i*^ sep-' 
tenibre 1927, 



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^h^B^V4»^i>-^Ffc^U 



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tA sexuautïï: chez la fkmmp: 



93 



^commune, d'avoir à analyser en même temps cinq cas d'ho- 
mosexualité féminine manifeste nous à stimulé, Les analyses 
iureut toutes profondes- et durèrent de trois à cinq ans- Trois 
cas furent complètement terminés et deux autres cas poursui- 
vis très loin. Parmi les nombreux problèmes ainsi soulevés j 
deux, en. particulier^ peuvent servir de point de départ pour 
^^des con.si(ldrations que je désire présenter ici. i"* : Qu'est-ce 
■qui^ chez les femmes, correspond précisément à la peur de la 
castration chez les hommes ? et 2° qu*est-Ge qui différencie le 
développement d'une feinmic liomoscxuelle de celui d'une hété- 
Tosexuelle ? On remarquera que ces deux questions sont en 
4troite relation, le mot « pénis » indiquant le i>oint de con- 
nexion entre elles. 

Quelques faits cliniques ^ relatifs à ces cas^ peuvent être 
d'un certain intérêt, bien que je ne me propose pas de donner 
ici la^ documentation qui s^y rapporte. Trois de ces malades 
avaient drins les vingt ans, ci dejix, dans les trente. Deux seu- 
lement, sur les cinq, avaient une attitude entièrement néga- 
tive envers les hommes. Il ne fut pas possible d'établir une 
règle formelle, relativement à leur attitude consciente vis- 
à-vis des parents : toutes les variétés apparaissent : négatives 
envers le père avec une attitude négative ou positive en^^ers 
la mèrej et vice versa. Cependant, dans les cinq cas, il a été 
prouvé que l'attitude inconsciente envers les deux parents 
■était fortement ambivalente. Dans tons les caSj il se manifeste 
une fixation infantile d'une force peu commune envers la 
mère, ceci étant d'une manière bien définie, en relation avec le 
stade oral. Elle était toujours suivie d'une forte fixation au 
père^ qu'elle fût^ dans le cou scient ^ temporaire ou perma- 
nente, 

La première des deux questions mentionnées ci-dêssus, 
pourrait aussi être formulée comme suit : lorsque la petite 
fille sent qu'elle a déjà subi la castration^ quel événement 
futur peut, dans son imagination, évoquer une terreur équi- 
valente à celle de la castration ? Bn essa3?'ant de répondre à 
cette question, c^est-à-dire de rendre compte du fait que, les - 
femmes souffrent de la crainte, au moins autant que les hom- 
mes, j'arrivai à la conclusion que le concept castration avait 
jusqu'à un certain point, entravé notre appréciation des eon^ 



^ 



in 1 I inm^B<—fcjH^ia^B^iiÉ^^MiaÉfc^iWWifi^^i^^ifc 



T r 



94 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

iîits fondamentaux^. Nous avons ici, en fait^ un exemple de 
ce que Karen Horney a indiqué comme une prévention incons- 
ciente provenant de ce qu'on s'approche de telles études en 
se basant trop exclusivement sur le point de vue de T homme. 
Dans sa lumineuse discussion du complexe du pénis clicz la. 
femme j Abraham (2) a remarqué qu'il n'}?^ avait aucune raison 
de ne pas appliquer le mot de te castration n, chez elle, aussi 
bien que chez rhomme^ car les désirs et craintes au sujet du 
pcniSj en un ordre parallèle se rencontrent chez les deux. 
Admettre cette théorie, cependant, n'implique j^as de négli- 
ger les différences dans les deux cas, non plus que de nous 
aveugler sur le danger d'introduire dans l'un des deux cas 
des considérations avec lesquelles nous sommes déjà familia- 
risés dans Tautre. Freud a justement remarqué^ en rapj^ort 
avec les précurseurs pré-gt'uiitaux de la castration (sevrage 
et défécation j signalés i:^ar Starcke et moi -même respective- 
ment) que le concept psj^chanaly tique de castration, en tant 
qu'on le distingue du concept biologique correspondant, se 
rapporte d'une manière bien définie au pénis seul — les tes- 
ticules étante tout au plus, compris d'une façon suji^plémen- 
taire. L'erreur sur laquelle je désire maintenant attirer ici 
l'attention, est celle-ci ; La part très iiaportante jouée noi^-- 
malenient, dans la sexualité masculine, par les organes géni- 
taux, tend naturellement à nous faire considérer la castra- 
tion comme équivalant à Tabolition entière de la sexualité. 
Cette erreur se glisse souvent dans nos arguments alors mênie 
que nous savons que beaucoup d'hommes désirent la castra- 
tion , pour des raisons entre autres erotiques, de sorte que 
leur sexualité ne disparaîtrait certainement pas avec l'aban- 
don du pénis* Chez les femmes, où toute Vidée du pénis est 
toujours partielle et le plus souvent de nature secondaire, 
ceci devrait être encore plus évident. En d'autres termes la 
li^rédominance de la crainte de la castration chez les hommes 
fend quelquefois à nous faire oublier que, dans les deux sexes,. 
la castration est seulement une menace partielle, si impor- 
tante qu'elle soit, à Tégard de la faculté et du plaisir sexuels- 
dans leur ensemble. Pour le coup décisif de l'extinction totale 

1. 

(2) Abraham j Selected Papers, 1927, p. 339. 



i 

■ V- 



LA SEXUALITÉ CHEZ LA FEMME 95 






de la sexualité nous ferions bien de faire usage d^un terme^ 
particulier, tel que le mot grec « aphanisis »- (3) 

Si nous poursuivons^ jusque dans ses racines, la peur fon- 
damentale qui est à la base de toutes les névroses, nous arri- 
vons, selon moij à la conclusion que ce qu^elle redoute réel- 
^ lement est cette aphanisis ; destruction totale, et naturelle- 
ment permanente, de la capacité ( et y compris T opportunité) 
du plaisir sexuel. Après tout, ceci est Tintention cousciem-,.,. 
ment avouée de la plupart des adultes envers les enfants, \ 
Leur attitude est tout à fait inflexible : on ne doit permettre ] 
aux enfants anctine satisfaction sexuelle. Kt nous savons que^ " 
pour Penfant, Tidée de rajournement indéfini est à peu près . 
la même que celle du refus définitif. Nous ne pou von s ^ natu- 
rellement, esj^érer que l'inconscient, avec sa nature liante- 
ment concrète, veuille l'exprimer pour nous> en, ces termes 
abstraits, qui, nous Tadmettrons, représentent une générali- 
sation. L'idée la plus proche de Taplianisis que nous ren- : 
contrions en clinique, est celle de la castration et les pensées 
de mort (peur consciente de la mort, et inconscients souhaits 
de mort). Citons, ici, le cas obsessionnel d'un jeniie horarne,." 
qui démontre ce même point. Il avait substitué, comme son 
smmnmn bo7imii>, Tidée de plaisirs esthétiques à celle de satis- 
faction sexuelle, et ses craintes de la castration prirent la 
forme de rapprcho.nsicn qu*il ne perdît sa capacité de jouir 
de ce plaisir, derrière quoi était^ naturellement, Vidée con- 
crète de la perte du pénis. 

De ce point de vue, nous voyons que la question discutée 
était mal présentée. La crainte de la castration masculine 
peut avoir, ou non, une contre-partie féminine précise, mais, 
ce qui est plus important, c'est de réaliser que cette crainte est 
senlcment mi cas spécial, et que les deux sexcs^ finalement , 
craignent exactement la même cliose^ T aphanisis. Le raéca* 
nisme ps^i^chogénétique montre d'importantes différences dans 
îes deux sexes. Si nous néglîgons pour le moment la sphère 
de Tauto-érotisrae — vu que les conflits, ici, doivent leur" 
importance principale à T investissement allô -erotique subsé- 

(3) Le substantif grec iijLiv^*c signifie acte de faire disparaitref et 
conséquemment annulation^ abolition (Kote de la Rédaction, E. P.). 



>*l— ***^^^^^^^^^^^^^=^^ IL., , -. . ^^^ 



g6 REVUE Française de psychanalyse 



queiit, — et si nous confinons ainsi notre attention sur l^allo- 
érotisnic lui-même, nous pouvons dire que la reconstruction 
de reiicliaînement des pensées, chez Tliommej est à peu près 
ce qui suit : « Je désire obtenir la satisfaction en commettant 
« un acte particulier, mais je ne Tose pas^ de crainte qu'il ne 
<c soit suivi de la punition de Taphanisis, par la castration ; 
(f ce qui voudrait dire pour moi, l'abolition permanente du 
a plaisir sexuel ». L*idée correspondante ^ cliez la femme, 
avec s'd nahire plus passive^ est caractérisée d^une manière 
quelque peu différente : h Je désire obtenir une satisfaction 
<i par une expérience particulière, mais je n*ose faire aucuue 
u avance afin de Tainener^ telle que de la demander, et ainsi 
M confesser mon désir coupîiblc, parce que je crains que de 
a le faire ne soit suivi de Paplianisis »• Bien entendu, il est 
clair que cette différence n'est pas invariable, mais qu'elle 
n'est dans chaque cas^ qu'une question de degré. Dans les 
deux caSj il y a activité, quoique plus évidente et plus rigou- 
reuse chez rhomme. Toutefois^ la différence priucipale n^est 
pas une question d'intensité. Une différence plus inliTOilante 
dépend du fait que, pour des raisons physiologiques manifes- 
tes, la femme est plus dépendante de son partenaire dans son 
plaisir que ne Test l'homme dans le sien, Aphrodite eut 
beaucoup plus de peine avec Adonis, par exemple, que Pluton 
n'en eut avec Perséplione, 

La dernière considération mentionnée fournit la raison bio- 
logique des plus importantes différences psychologiques^ dans 
le comportement et l'attitude des dc;ix sexes. Ceci encourage 
directement chez la femme une attitude (à distinguer du désir) 
où elle dépend beaucoup plus que l'homme du bon vouloir, de 
l'approbation morale de son partenaire ; chez Thomme, l'im- 
pression sensitive correspondante est provoquée par l'exis- 
tence d*une autre autorité masculine. De là, parmi d'autres 
choses, les reproches plus caractéristiques, et le besoin d^être 
rassuré de la part de la femme. Parmi les cou .séquences socia- 
les importantes, on peut citer les suivantes : C^est une chose 
bien connue que la moralité du monde a été essentiellement 
créée par les Iionnnes, et (ce qui est beaucoup plus curieux) 
que Tidéal moral de la femme est prmcipalement copié sur ce- 
lui de riiomme. Ceci doit être certainement en rapport avec le 



-^ 



. . tA SEXUAlvlTÉ CHEZ LA JIÏMME ;. . C7 

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■K ^ ^ g-KM 1j ^ m ■— ; ■ ■-■-■ ■— ■ u-^ ; m— ^ ^ b_mj _ 

" ■ ■ " . ■ " / , 

"fait, signalé par Hélcue Dcutscli (4), que le surmoi de la 
femme est, comme celui de riionime, dérivé d'une façon pré- 
dominante des réactions envers le père. Une autre consé- 
quencej qui nous ramène à notre discussion principale, est 
^qiie le mécanisme de l'apliaoîsis tend à se différencier entre- 
les deux sexes. Tandis que chez T homme , elle est conçue 
d'une façon typique sous la forme active de la castration, cliez \ 
"la femine^ la crainte de la séparation apparaîtrait comme la i 
<;rainte primitivc^^On peut imaginer que ceci provient de Tin-^ 
tervention de la mère rivale entre le père et la petite fille, ou l 
ineme par le renvoi définitif de la. petite fille par la mère, ou 
■encore par le simple refus du père d ^accorder la satisfaction 
désirée. La peur profonde qu*ont d*être abandonnées la plu- 
part des femmes, est dérivée de cette dernière crainte. 

Sur ce point, il. est possible d^obtenir de Panalj^^se des fem- 
mes une vue plus profonde que de celle des hommes dans 
l'importante question de la relation entre privation et culpa- 
bilité, en d ^autres termes dans la genèse du sunnoi. Dans 
son article sur la terminaison du complexe d^CEdipe^ Freud 
:a suggéré quelle se produisait, chez les femmes , comme le 
résultat direct d'un désappointement (privation) continu, et 
nous savons- que le surmoi est rhéritier de ce complexe, 
autant chez la femme que chez T homme, où il e$t le produit 
du sentiment de culpabilité dérivé de la crainte de la castra- 
tion. Il s'en suit, et mon expérience ps3?ch analeptique confirme 
pleinement cette conclusion (5)^ que la pure privation acquiert 
naturellement, chez les deux sexes, précisément là même si- 
gnification que la frustration délibérée de la part de Ten ton- 
rage humain. Nous arrivons ainsi à la formule ; La privûtion 
est équivalente à la frustration. Il est même probable, comme 
on peut le déduire des remarques de Freud sur la terminai.^ on, 
diez la femme, du complexe d'CEdipe^ que la privation seule, 
■peut être une cause adéquate de la genèse du sentiment de 
■culpabilité. Pousser la discusision plus avant nous mènerait 
trop loin dans la structure du surmoi, et en dehors de notre 

(4) Hélène Deutsch : Sur la psychologie des fonctions sexuelles fémiiiine& 
(Zur Psychologie der weibliclien Sexualfunktionem, 1925, S. 9), 

(5) Ceci a été en partie établi conjohilc^nieut avec Mrs. Hivière, dont les^ 
vues sont exposées dans un autre endroit. Journal vol. VIII^ pp, 374-5, 

REVUE FRANÇAISE PE PSYCHAKALVSE " . n ' 



4* 



98 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



sujet, mais j'aimerais simplement nientioimer une conceptioit 
à laquelle je suis arrivé et qui est suffisamment apparentée à 
cette dernière. C'est que le sentiment de culpabilité, et avec- 
lui le surmoij se présente comme s'il était artificîeljcnient. 
construit pour protéger l'enfant de la violence de la privation, 
c'est-à-dire de la libido non satisfaite et ainsi, détourner la 
crainte de raphaiîisis qui raccompagne toujours; il agit ainsi,, 
bien entendu, en étouffant les désirs qui ne sont pas destinés 
à être satisfaits. Je pense même que la désapprobation exté- 
rieure, à laquelle l'ensemble de ce processus était habituelle- 
ment imputé, est, en grande partie,, une question d'exploita- 
tion de la part de l'enfant ; c*est-à-dire que, primitivement^ 
la non-satisf action signifie danger^ et Tenfant projette ceci^ 
dans le monde extérieur, ainsi qu'il le fait Je tons les dangers^ 
intérieurs, et se sert alors de n'importe quelle désapprobation 
qui vient à sa rencontre (Moralisches Entgegenkpmmen) pour 
signaler le danger et Taider à construire une barrière pour 
s'en défendre. 

Pour revenir, une fois de plus, à la petite fille, nous nous 
trouvons en face de la tâche de retracer les différentes pha- 
ses de développement, depuis la phase orale initiale. L'idée, 
communément acceptée, est que le mamelon, ou la tétine arti- 
ficielle, est remplacée après un court amusement avec le- 
ponce^ par le clitoris, comme source principale de plaisir,. 
exactement comme il eu est du pénis pour les garçons.. 
Freud {6} 'soutient que c'est l'insatisfaction relative de cette 
solution qui, automatiquement, guide Fenfant à rechercher un 
meilleur pénis extérieur et ainsi introduit la situation œdi- 
pienne où le désir d'un enfant (7) gi'aduellement remplace 
celui du pénis. Mes analyses personnelles, de même que les 
(( analj^ses précoces » de Mélanie Klein, indiquent qu'eu plus 
de ceci, il j a des transitions plus directes entre le stade oral 
et le stade œdipien. Je croirais volontiers que les tendances 
dérivées du premier de ces stades bifurquent de bonne heure^ 
dans les directions du clitoris et de la fellation, c'est-à-dire 
respectivement dans l'attouchement digital du clitoris et dans 

(6) Freud, luternatioiial Journal of Psycho-aiialysîs, VoL, VIII, p. 140. 

(7) Peu a été dit dans tout cet aiiicle sur k désir d'avoir un eufaut, car 
je traite surtout^ des stades primaires. Je regarde ce désir comme une déri- 
vation ultérieure des tendances auales et phalliques. 



E 

J 



hAA 



LA SEXUALITÉ CHEZ ].A FEMME ^ " , 99 



j 



4es fantaisies de fellation. La proportion entre les deux va^ 
rîerait naturellement suivant les cas ; et l'on peut s ^attendre 
à ce que ceci ait des conséquences fatales pour le développe- 
]nent ultérieur. 

p 

Nous avons iiiai]-i tenant à suivre les lignes de ce dévelop- 
pement avec plus de détails, et je veux d^abord esquisser ce 
que je conçois être le mode le plus normal ^ celui qui mène 
à rhctcroscxualité. Ici, la phase s :i clique commence tard, et 
ainsi ni le stade oral, ni celui du clitoris ne reçoivent de fort 
investissement sadique. En conséquence, le clitoris ne s'as- 
socie pas avec une attitude masculine particulièrement active 
(se pous.ser en avant, etc.) ni d^un autre côté ne se développe 
fortement la fantaisie sadique orale de mordre et d'arracher 
le pénis. L'attitude orale est caractérisée principalement par 
la succion et aboutit, en passant par le développement bien 
connu, au stade anaL Les deux orifices alimentaires consti- 
tuent ainsi Torgane réceptif féminin. Au début Tanus est 
évidemment identifié avec le vagin et la différenciation des 
clnix est un processus extrêmement obscur, plus peut-être 
qu^aucun autre dans le développement de la femme. Cepen- 
dant, je pense que ceci se passe en partie bien plus tôt qu'on 
ne le suppose généralement. Une quantité variable de sadisme 
se développe toujours en connexion avec le stade anal, et se 
révèje dans les fantaisies familières du viol anal, qui peuvent 
ou non se transformer dans la fantaisie de battre. La relation 
œdipienne est ici en pleine activité^ et les fantaisies anales, 
ainsi que nous le montrerons plus tard, sont déjà un compro- 
mis entre les tendances libidinales et celles d'auto-punition. 
Ce stade, bouche-anus-vagiu, représente^ ainsi, une, identifi- 
cation avec la inère\ 

r 

Quelle a été pendant ce temps Vattitude envers le pénis ? 
Il est assez probable que rattitiide initiale est purement posi- 
tive (8), et manifestée par le désir de le sucer. Mais Tenvie 

(S) Hélène Deutsch (op. cit., S. 10) rapporte mie observation iiitéiessajite 
chez mie petite fille de iS m ois qui, ayant vu un pêuîs avec une indiffé- 
rence apparente, à ce inoiiient, ne développa que plus tard des réactions af- 
fectives* ' 



ÏOO REVOE KïtANÇAlSE DE PSYCHANALYSE 



du pénis s'implailte vite et apparemment toujours. Les rai- 
sons primaires, et si l'on peut dire auto-érotiques, de ceci ont 
été bien vite exposées par Karen Horuey (9) dans la discus- 
sion sur la part jouée par l'organe dans les activités urinai res, 
exhibitionnistes-scoptophiliques et masturba toi res. Le désir 
de posséder une^-pénis comme celui de riiomme aboutit nor- 
malement, cependant, au désir de partager le sien en un acte 
analogue au coït par le moyen de la bouche, de Tan us ou du 
vagin. Plusieurs sublimations et réactions montrent qu'au- 
cune femme n'échappe au premier stade de Tenvie du pénis; 
mais je suis entièrement d'accord avec Karen Homey (10), 
Hélène Deutsch (ii), Mélanie Klein (12), et d'autres entrant 
dans leurs ^mes que, ce que nous rencontrons cliniquement 
dans les névroses comme envie du pénis, n'est que, pour une 
faible part, dérivé de cette souixe, Nous avons à distinguer 
le désir du pénis pré-œdipien du post-œdipien (plus exacte- 
ment Tenvie du pénis auto-érotique de Tallo-érotique) et je 
suis convaincu que, cliniquement, cette dernière est de beau- 
coup la plus significative des deux. De même que la mastur- 
bation et les autres activités auto-érotiques doivent leur 
importance principale au réinvestissenient de sources allo- 
érotiques, de même nous devons reconnaître que l^eaucoup de 
pliénomènes cliniques dépendent de la fonction défensive de. 
la régression sur laquelle Freud (13) a récemment insisté, 
C^est la privation résultant du d es a jip ointe ment continu de 
n'avoir jamais la permission de j^artager le pénis en nn coït 
avec le père^ ou d'obtenir un enfant de cette façon ^ qui réactive 
les premiers désirs de la petite fille, de posséder personnelle- 
ment un pénis. D'après la théorie énoncée plus haut, c*est 
cette privation qui est, d'abord, la situation intolérable pour 
la raison qu*elle est équivalente à la peur fondamentale de 
l'aphanisis- Le sentiment de culpabilité et la construction du 
surmoi sont, ainsi qu'on Va expliqué précédemment, jes pre- 

(9) Karcn Horney, International Journal of Psycho-aiiaJysis, vo). V. p. 

.(!c) Kareii Horney, luternatîonal Journal of P.sycho-aTial}^^!^, vol, V. p, 64. 

(lï) Hélène Deutsch, op. cit S, ï6-iS. ^ 

^"ïaf) Mélattie -K lot 11, connu tmicatioiis faites à la Britisli Psycho-analyti'^ 
càî Socïet3^ 

.fr3') Preud, Inlubiiîoii, symptôme et angoisse ^^Hemniiiiig Ss'^inptGiu uud 
Augst), 1926, S. 8, etc* 



mw^m 



1.A SEXIJAUTE CITEZ LA FEMMli 



ïijT 



mières et invariables défenses contre I^ intolérable privation. 
Mais cette solution ^st trop négative en elle-même ; la libido 
doit parvenir à s'exprimer de quelque façon. 

Il n'y a que deux voies possibles ^dans lesquelles la libido 
puisse s'engager dans cette situation, quoique toutes deux 
puissent, bien entendu, être essayées. La petite fille doit 
choisir, pour s'en tenir aux grandes lignes, eijtre le sacri- 
fice de son attachement erotique au père, et celui de sa fémi- 
nité^ c*est-à*dire son indentificatîon anale avec la mère. Ou 
Tobjet doit être échangé pour un autre, ou c'est le désir qui 
doit l'être : il est impossible de garder les deux. Il faut^ ou 
renoncer au père, ou bien au vagin (y compris les vagins pré- 
génitaux). Dans le premier cas^ les désirs féminins se dévelop- 
pent sur le plan adulte, c'est-à-dire : charme erotique diffus 
^narcissisme), attitude positive du vagin envers le coït, attei- 
gnant son point culminant dans la grossesse, et Tenfantement, 
et sont transférés 5ur des objets plus accessibles. Dans le 
second caSj le lien avec le père est gardé, mais la relation 
objectale qui s'y trouve est convertie en identification, c'est-à- 
dire qu'il se développe un complexe du pénis. " 

Nous en dirons davantage dans la partie ultérieure de cet 
article sur la finanière précise dont s'opère cette identification 
défensive; mais, ce sur quoi j'aimerais insister en ce moment» 
c'est le parallèle intéressant ainsi établi, et auquel Karen 
Hornev (14) a déjà fait allusion, entre les solutions du confli'- 
d^CEdipe dans les deux sexes. Le garçon est aussi menacé 
d^aphanisis (crainte bien connue de la castration) par la 
privation inévitable de ses désirs incestueux. Il doit aussi 
choisir entre changer de désir et changer d^objet, entre le 
renoncement à sa mère, et le renoncement à sa masculinité^ 
c'est-à-dîr{^ son pénis. Nous avons ainsi obtenu une générali- 
sation qui s'applique d'une manière unitaire autant au garçon 
qu'à la fille : Menacés par Vaphanisis comme résultai de la^ 
privation mévitable, ils doivent renoncer soit à leur sexe, 
soit à leur inceste. Ce qui ne peut être retenu, sauf au prix 
d'une névrose, c^est l'inceste hétéro- erotique, c'est-à-dire 
une relatidn objectale incestueuse* Dans les deux cas, la situa- 



{14) Karèii Horney, op, cit*, p* 64, 



i^tm^ 



102 REVUE FRANCE] SE DE PSYCHANALYSE 



tion de la difïîciilté primordiale est celle, simple^ niais fon- 
damentale ^ de r un ion entre le pénis et le vagin. Normale- 
ment cette union est rendue possible parce que le complexe 
d'GEdipe a été surmonté. Quand, d'un antre côté» la solution 
de rin version est tentée, tout effort est fait en vue d^ éviter 
cette union, parce qu*elle est liée à la crainte de l'aplianisis. 
L'individu^ homme ou femmes identifie alors son intégrité 
sexuelle avec la possession de l'organe du sexe opposé^ et en 
devient pathologiqnement dépendant. Chez les garçons^ ceci 
peut être fait, soit en se servant de leur bouche, ou de leur anus 
comme organe féminin nécessaire (envei-s soit nn homme, soit 
une femme masculine) soit en adoptant par substitution les 
organes génitaux d'une femme avec laquelle ils s'identiifient; 
dans ce dernier cas, ils dépendent de la femme qui porte 
Tobjet précieux, et développent de l'anxiété en son absence, 
ou si quoi que ce soit dans son attitude rend Taccès de Tor- 
gane difficile. Chez les filles, la même alternative se présente» 
et elles deviennent pathologiquement dépendantes ou de la 
possession personnelle d*un pénis imaginaire ou du libre ac- 
cès à celui de T homme avec lequel elle se sont identifiées. Si 
la f< condition de dépendance » (cp, la phrase de Freud u Lie- 
besbedingung a) n'est pas remplie, les individus, homniei ou 
femmeSj s'approchent de l'état aphanistique, ou dans une ter- 
minologie plus libre, se a sentent châtrés )k Ils alternent donc, 
entre la puissance, sur la base de satisfactions inverties, et 
raphanisis. Pour l'exposer plus simplement : ou ils ont un 
organe du sexe opposé, ou ils n*en ont aucun ; en avoir un de 
leur propre sexe est hors de question. 






■ Nous devons envisager maintenant la seconde de nos deux 
questions» à savoir, la différence entre le développement des 
femmes hétéro-sexuelles et homosexuelles. Cette différence 
était indiquée dans notre discussion des deux solutions alter- . 
natives du conflit œdipien, mais nous devons maintenant la 
traiter plus en détails. La divergence mentionnée là/ (qui^ A 
était à peine nécessaire de le dire^ est toujours une question 
objecta le (le père) et celles qui abandonnent la position de leur 



■ta^aaak^ta^i 



LA SEXUALITE CHEZ LA FEMME 



^^.^ 



libido subjective (le sexe) peut être ix)ursuivie sur le terrain 
même de T homosexualité. On distingue ici deux groupes im- 
portants : 

i"" Celles qui gardent leur intérêt envers les hommes^ mais 
-qui s^appliqueiit de toutes leurs forces à être acceptées par 
ceux-ci comme un des leurs. A ce groupe appartient le type 
familier de ces femmes qui se plaignent incessamment de Tin- 
justice du sort des femmes et des injustes traitements que 
'leur font subir les liommes. 

2* Celles qui ont peu d'intérêt pour les hommes, ou n^en 
ont aucun j mais dont la libido se concentre sur les femmes, 
I/*analyse montre que cet intérêt pour les femmes est un 
moyen substitutif de jouir de leur féminité ; elles ne se ser- 
vent des autres femmes que pour la leur faire exhiber à leur 
place (15), 

Il est facile de voir que le ]:>remier groupe correspond à la 
classe de notre division pi^écédente où le sujet abandonne son 
sexe, tandis que le dernier groupe correspond à celles qui 
abandonnent Tobjet (leur père) et le remplacent par elles- 
mêmes ^ au moyen de Pidentification. Je vais développer cet 
énoncé condensé afin de le rendre plus clair. 

Les membres du premier groupe changent de sexe» mais 
gardent leur premier objet d* amour ; la relation objectale, 
cependant est remplacée par ridentij&cation, et le but de la 
libido est de procurer la reconnaissance de cette identification 
par le premier objet. 

Les membres du deuxième groupe s identifient aussi avec 
Tobjet d*amour, mais alors perdent tout intérêt ultérieur pour 
]ui. Leur relation objectale extérieure vis-à-vis de l'autre 
femme est très imparfaite^ car elle représente simplement leur 
propre féminité par identification, et leur but est de jouir par 
substitution de la satisfaction de celle-ci par le fait d^nn hom- 
me invisible (leur père incorporé en elles-même). 

(15) Pom' des raisons de sîiiiplîdté, tnie troisième clause intéressante, 
qui doit être mentionnée^ a été omise dans le texte* Certaines femmes 
obtiennent la satisfaction des désirs féminins » pourvu, que deux conditions 
soient présentes : (i) que le pénis soit remplacé par un substitut^ tel que la 
laii|>iie ou le doigt, et [2) que le partenaire utilisant cet organe soît une 
femme au lieu d*un lionime. Quoiqu'ils puissent cliniquement apparaître 
■.sous la forme de Tinversion complète, de tels cas sont évideminr^nt plus 
près de la normale qu'aucun des deux antres, mentioniiés dans le /texte. 



104 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



L'identification avec le père est ainsi commune à toutes les- 
formes d'homosexualité> bien qu^elle se développe à un degré 
plus conij^let dans le premier groupe que dans le deuxième, 
où d*une façon substitutive, quelque peu de la féminité est. 
conservé, malgré tout. Il est peu douteux que cette identifi- 
cation ne serve à maintenir refoulés les désirs féminins; Elle 
constitue le démenti le plus complet qu^on puisse imaginer 
contre l'accusation d'abriter les désirs coupables féminins,, 
car cela revient à affirmer : « Je ne puis en aucune façon 
« désirer le pénis d'un homme pour ma satisfaction, puisque 
« j'en possède un moi-même ; dans tous les cas, je ne veux 
« rien d^autre qu^un pénis qui m'appartienne ». Exprimé- 
dans les/ termes de la théorie développée plus haut dans cet 
article, ceci assure la défense la plus complète contre le dan- 
ger aphanistique de privation venant de la non-satisfaction 
des désirs incestueux. La défense est^ en fait, si parfaitement 
indiquée qu'il est peu surprenant que des indications puis- 
sent en être surprises chez toutes les petites illles traversant 
le stade oedipien de leur développenient, bien que le degré 
auquel elle est retenue i^lns tard soit extrêmement variable. 
Je risquerais même Topinion que lorsque Freud postulait 
un <i stade phallique n correspond ant^ dans le développe- 
ment de la femme» à celui de riiomme, c'est-à-dire un stade 
dans lequel tout Tintérêt semblât se rapporter à Torgane mas- 
culin seulement > avec l'effacement des organes vaginaux ou 
de ce qui peut être observé, plutôt qu'une anah^se finale de la 
position libidinale réelle de ce stade ; car il me semble proba- 
ble que le stade phallique n'esta chez les filles normales, qu'une 
forme mitigée de Tidentification au père-pénis que réalise la 
femme homosexuelle et n'est, comme celle-ci, que de nature 
essentiellement secondaire et défensive. 

Karen Honiej?^ (i6) a fait remarquer que, de maintenir une 
position féminine et d'accepter Tabsence du pénis chez elle- 
même, pour une fille, signifiait souvent non seulement la har- 
diesse d'avoir des désirs objectaux incestueux, mais aussi, le 
fanta.sme que sou état phs^sique soit le résultat d'un viol cas- 
tra tif réellement accompli autrefois par le père. L'identifi- 

(16) Idem, loc, cit. 



LA SEXUALITÉ CHEZ LA FEMME i05 



cntion phallique implique ainsi un démenti des deux formes 
du sentiment de culpabilité : le désir que Tacte incestueux 
puisse avoir lieu plus tard, et le fantasme accomplisseur du 
désir, qu'il ait déjà eu lieu dans le passé. 

La même a fait ensuite remarquer que chez les filles^ cette 
identification hétéro-sexuelle présentait plus d ^avantage que 
chez les garçons, car le profit définitif commun aux deux, est 
fortifié chez les premières ijar le renforcement du narcissisme 
dérivé des vieilles sources d'en vie pré-œdipienne (urinaire- 
exhibitionnistes, masturbatoires) et affaibli ches les derniers 
par le coup porté au naixissisnie impliqué dans l'accepta tien 
de la castration. 

■ 

Amenées à considérer que cette identification est un phéno- 
mène universel chez les petites 'filles, nous avons à cher- 
cher plus loin les motifs qui raugmentent si extra ordinaire- 
ment et d^une manière si caractéristique parmi celles qui, 
plus tard deviennent homosexuelles. Je dois ici exposer mes 
conclusions sur ce point plus brièvement encore que sur les 
points traités précédemment- Les facteurs fondamentaux — 
et innés {autant qu*on puisse s'en rendre compte) — qui sont 
décisifs dans c^ette relation, semblent être doubles, à savoir 
une intensité inaccoutumée d^érotisrae oral, et respectivement 
de sadisme. Ceci converge vers une intê^uificatw7i du stade sa- 
dique oral, que je considère ^ en un mot, comme le centre ca- 
ractéristique du développement homosexuel chez la femme. 
Le sadisme se montre, non seulement dans les manifestations 
musculaires familières, avec les dérivatifs correspondants de 
celles-ci dans le caractère, mais aussi ^ en communiquant une 
propriété spécialement active (poussée) aux impulsions du cli- 
toris, ce qui, naturellement renforce la valeur de tout pénis 
qui peut être acquis dans la fantaisie. On trouvera sa mani- 
festation la plus caractéristique, cependant^ dans T impulsion 
sadique orale à arracher violemment le pénis de Thomnie 
par V acte de mordre. Quand, ainsi qu^on le constate souvent^ 
le tempérament sadique est accompagné d*un prompt renver- 
sement de Tamour à la haine, avec les idées familières d^in- 



io6 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



justice, de ressentiment et de vengeance, alors les fantaisies 
de mordre satisfont à la fois le désir d'obtenir un pénis par 
la force, et aussi Timpiilsion à se venger de Tliomnie en le 
châtrant/ Le grand développement de Térotisme oral se mani- 
feste de nombreuses manières, bien connues^ grâce aux 
recherches d'Abraham {17) et Edouard Glover (18) ; elles peu- 
vent être, consciemment, négatives on positives. Un trait spé- 
cial^ cependant, sur lequel Inattention doit être attirée, est 
P importance de la langue dans de tels cas. L'identification 
de la langue avec le pénis que (19) M* Fliigcl et moi avons 
longuement étudié (20), atteint chez certaines homosexuelles 
un degré de perfection extraordinaire. J'ai vu des cas où la 
langue était un substitut presque entièrement satisfaisant du 
pénis dans les activités homosexuelles* Il est évident que la 
fixation au mamelon impliquée ici favorise le développement 
de V homosexualité de deux manières, KUe rend plus difficile 
à la petite fille le passage de la position de la fellation à celle 
du coït vaginal j et aussi rend plus facile d'avoir l'^cours à 
une femme^ une fois de plus, comme objet de la libido. 

Une corrélation ultérieure intéressante peut être effcctnee 
sur ce point. Les deux facteurs^ mentionnés ci-dessus^ d'éro- 
tisme oral et de sadisme paraissent correspondre très bien 
aux deux sortes d'homosexualités. Là où Térotisme oral est 
prédominant, la patiente appartiendra probablement au 
deuxième groupe (intérêt pour la femme) et là où le sadisme 
est prédominant j au premier groupe (intérêt pour T homme). 



* 
* * 



Il faudrait dire quelques mots des importants facteurs qui 
influencent le développe nuuit ultérieur de Phomosexualité 
chez la femme. Nous avons dit qu-afin de se protéger contre 



(17) Abraham, op. cit. cli. XIL 

(iS) Edward Glover : Notes sur la fonnatiou du caractèrç oral (Notes on 
Oral Character Formation), Iiiteniatioiial Journal of Ps3'clio-aiiaT3''siSj vol. 
VI, p. 131, . " 

(iç) J, C- Flûgel : Note sur ]â signification phallique de la langue fA note 
on the PhalHc Sigiiificaiice of thé Tongue) International Journal of Psycho- 
anal j^sis, vol, VI, p, 2ùg. 

(20) Ernest Joues : Essais de psychanal^'^se appliquée (Essays 111 Applied 
Psyclio-aiialysis), 1923J ch. VIIL 



LA SEXLTAI^ïTÉ CHEZ LA FEMME J07 



3'aphaiiisis, la petite fille ékvait différentes ^TDarrières, notam- 
ment l'identification, phallique, contre la féminité* Un fort 
sentiment de culpabilité et de condamnation concernant les 
désirs féminins prédomine parmi celles-ci et, le plus souvent, 
■est en grande partie inconscient. Comme aide à cette barrière 
■de culpabilité^ Tidée se développe que les « liOmmeé )> (c'est- 
^à"dire le père) sont fortement opposés aux désirs féminins. 
Pour renforcer sa propre condamnation de là féminité^ la 
femme est obligée de croire que tous les hommes, dans leurs 
cœurs, la désapprouvent. A ceci s'ajoute cette circonstance 
'malheureuse que bt^aucoup d'hommes manifestent réellement 
une dépréciation de la sexualité des femmes, jointe à la crainte 
de l'organe féminin. Il est à cela plusieurs raisons dans les- 
quelles nous n^avons pas à entrer ici ; elles tournent toutes 
autour du complexe de castration de l'homme, La femme ho- 
mosexuelle, cei^endant, saisit avec avidité toutes les manifesta- 
tions de cette attitude, et, par leur moyen, peut quelquefois 
convertir sa croyance profonde en un système complet d'illu- 
^sion. Même dans les formes mitigées, il est très fréquent de 
trouver à la fois des hommes et des femmes imputant toute 
r infériorité supposée des femmes (21) aux influences sociales 
-que les tendances profondes ont exploitées de la manière qui 
vient d'être indiquée, 



* 
t * 



Je conclurai par quelques remarques sur le sujet de la 
-crainte et de la punition chez les femmes en général. Les 
idées qui s*y rapportent peuvent être mises en relation prin- 
cipalement avec la mère, ou principalement avec le père. Sui- 
vant mon expérience^ les premières sont les plus caractéristi- 
ques de riiétérosexualîté^ e1: les dernières de IMaoniosexnalité, 
I^es premières paraissent être mie simple représaille des dé~ 
sirs de mort à Tégard de la mè,re, qui punira la petite fille eh 
se mettant entre elle et le père, et en la renvoyant à tout ja- 
mais^ ou en prenant par tout autre moyen garde que ses dé- 
.sirs incestueux demeurent: insatisfaits. La réponse de la pe- 
"tite £lle, est, en partie, de conserver sa féminité au prix du re-. 

(21} Eu réalité leur infériorité e^i iavt que feiiim^&. E. J, 



Mferik 



«v^m^^a^i^ 



^■** 



loS 



l^EVUE FINANÇAI SK DE PS VC H ANALYSE 



iioncement au père, et en partie d'obtenir des satisfactions, 
substitutives de ses désirs incestueux^ dans son imaginât ion,, 
par ridentification avec la mère. 

Quand la crainte concerne surtout le père, la punition prend 
la forme évidente du refus de celui-ci de satisfaire les désirs. 
de la petite fille, et se transforme rapidement en Tidée qu41 
les désai^praiive. Rebuffade et désertion sont les communes 
expressions conscientes de ce besoin de jriinition. Si cette pri- 
vation prend place sur le plan oral, la réponse est le ressenti- 
ment et les fantaisies de castration (morsure). Si elle prend 
place sur le plan anal, plus tardif, la conséquence est plutôt plus. 
favorable. Ici, la petite fille s^arrange pour combiner en un seul 
acte ses désirs erotiques avec Tidée d'être punie , notamment 
le viol anal-vaginaî ; les fantaisies familières d^être battue en 
sont, naturellement, un dérivé* Ainsi qu^on Ta remarqué 
plus haut, ceci est une des nia]]iêres par lesquelles Tinceste 
devient égal de la castration, de sorte que la fantaisie phalli- 
que est une protection contre les deux. 



Si S; 



Nous pouvons maintenant récapituler les conchtsions prin- 
cipales que nous avons atteintes ici. Pour différentes raisons, 
le garçon et la fille tendent également à envisager la sexualité 
dans les termes du péiiis seulement^ il est nécessaire que les 
analystes soient sceptiques sur ce point. Le concept de « cas- 
tration » devrait être réservé j ainsi que Freud l'a fait remar- 
quer, pour le pénis seul, et ne devrait pas être confondu avec 
celui d*K abolition de la sexualité » ])our lequel nous proposons 
le terme « aphanisis jk- La privation à l'égard des désii's sexuels 
évoque chez Tenfant la crainte de Paplianisis, c^est-à-dire est 
équivalente à la crainte de la frustration. 

Le sentiment de culpabilité naît plutôt en dedans comme une 
défense contre cette situation, que comme une imposition du 
dehors, quoique Tenfant exploite n'importe quelle « Moralis- 
ches Entgegenkomm-en n dans le monde extérieur. Le stnde 
0]'al -erotique, chez la ]>etite fille, se transforme dii^ectement en 
les stades de fellation et du clitoris, et le premier de ceux-ci 
en le stade erotique anal ; la bouche, Tanus; le vagin, forment 
ainsi pour rorganc féminin une série équivalente. 



e 



f -m 

- - . 

: ■ . . ■ . - * -■ t 






' . ^ ^ LA SHXUAIJTÉ CHEZ LA FEMME IO9 

Le refoulement des désirs incestueux aboutit à une régres- 

,sion à Tenvie du pénis pré-œdipienne ou auto-érotique, comme 
une défense contre eux. L* en vie du pénis rencontrée en clini- 
que est principalement dérivée de cette réaction sur le plan 
allO'érotique, l'identification avec le père représentant essen- 
tiellement un déni de la féminité, La «^ phase pliallique » de 
Freud^ chez la ji^etite fille, est probablement une construction 
secondaire et défensive, plutôt qu'un réel stade du développe- i 
ineiit. 

Afin d^éviter la névrose, le garçon et la fille ont tous les 
deux à surmonter le complexe d' Œdipe de la même manière ^ 
ils doivent ou abandonner leur objet d'amour, ou bien leur 
propre sexe. Dans cette dernière solution, l' homosexuelle, ils 
deviennent dépendants de la possession imaginaire de Tor- 
gaiie du sexe oj^posé soit directement ^ soit par l'identification 
avec une autre personne de ce sexe. Ceci donne les deux for- 
mes principales de l'lioinose?cualité. Les facteurs essentiels 
qui décident si la fille déveloi:^pera T identification à sou père à 
uu degré si haut qu'elle puisse constituer T inversion clini- 
que^ sont tout spÊcialeiiient nu érotisme oral et un sadisme 
intense qui se combinent de façon typique en un stade sadique 
oral intense. Si le premier de ces deux facteurs est prédomi- 
nant, rinversion prend la forme de dépendance par rapport à 
une autre femme avec al>sence d* intérêt pour les hommes ; le 
sujet est masculin, mais jouit aussi de la féminité par T identi- 
fication avec une femme féminine, qu'elle satisfait par un 
substitut du pénis ^ qui est plus typiquement la langue. La pré- 
dominance du second facteur mène à s'intéresser aux: hommes, 
le désir étant d'obtenir d'eux la reconnaissance de ses propres 
attributs miasculins ; c'est ce type qui montre si souvent du 
ressentiment contre les hommes ^ avec des fantaisies de castra- 
tion (mordre) à leur égard* - ■ 

La femme hétérosexuelle craint plus sa mère que la fem- 
me homosexuelle^ qui centralise ses craintes autour du père ; 
la p"unitiûn redoutée dans le dernier cas est le retrait (abandon) 
sur îe plan oral, la violence sur le plan anal (viol rectal). 



Le mécanisme pS3^chanaIy tiqué ' 
de la psychonévrose hypochondriaque 

■h 

(A propos d'une observation) 

Par A. Hesnard. 



i) Etats 

chondriaques 
Jes névroses. 



dans 



La question de rh3q}ochondrie on de l'angoisse hj^iwchon- 
driaque n'est pas encore familière aux spécialistes des névro^ 
ses. Au point de vue clinique , c'est un syndrome difficile à 
classer, qui peut trouver place dans plusieurs cadres nosolo- 
gîques. C'est ainsi qu^on peut concevoir de la façon suivante- 
le classement des états Lypocliondriaques : 

Angoisse h^^pochoudrîaque de l'an- 
xieux . 

Obsessions hjqiïochondriaques. (Ps}!^- 
chasténie de P. Janct). 

Pot^r les psychanalystes : névrose 
spéciale à ranger parmi les tt névi^oses 
[ actuelles )} (i), 

/ Etats dépressifs (périodiques ou chro- 
niques ), 

Etats délirants chroniques , plus ou 
moins sj^stéma tiques. 

Bouffées délirantes (débiles surtout). 

Schizophrénies* 

Démences j principalement à leur dé- 
but (P. G., etc..,). 



2) Etats ,laypo- 
chondriaques dans 
les psychoses. 



(i)^ Aii]si pour Joues : <^ Il y 3. trois névroses acUtclles, la névrose îieuras- 
t: tliéiiique ; la névrose d'angoisse ; la névrose liypoclioiidriaque ; cette der- 
^ iiière caractérisée par ce fait que le malade est préoccupé à Vexcés par les 
*L sensations et fonctions de ses différents organes ». 

(Voy* E. Jones, Traité ihëoriqve et pratique de Psychanalyse. Trad. franc. 
Paj'ot.) 






*^kMkri^^^>4. 



I . 

i ^ LA PSYCHONÉVROSE HYPOCHOKDRIAQUE Iir 



En réalité, on peut dire que le syndrome hypoch'ondriaque^ 
constitué par des symptômes psychiques d^ordre dépressif, 
caractérisés par une attention anxieuse excessive accordée par 
le malade à ses organes et par des symptômes physiques carac- 
térisés par des réactions neurovégétatives d'ordre principale- 
ment irritatifj peut se rencontrer^ associé a d'autres syndro- 
mes, dans toutes sortes d ^affections nenro-psj^^chopathiques. 

Pour tenter de préciser le mécanisme psychique de ce syn- 
drome, nous rapportons ici une obser\^ation assez instructive, 
recueillie citez un jeune homme qui, du point de vue pratique, 
n'avait pas encore franchi les limites, d'ailleurs convention- 
nelles, de la névrose et dont le tableau clinique, vraiment 
schématique, s^éclairait avec une particulière netteté à la lu- 
mière de r analyse. 



* 

* * 



n s'agit en effet d'un cas simple /qui met en évidence de fa* 
çon frappante le mécanisme psj^chanaly tique de l'état hypo- 
chondriaque, considéré comme c< né^nrose actuelle )>. Bien en- 
tendu, Tanalyse que nous en avons pratiquée a révélé — com- 
me toujours — l'existence sous-jacente, d'une histoire psychi- 
que, d'une psychogénèse discrète, ayant silencieusement pré- 
paré PexplosioUj à la puberté, des symptômes tumultueux 
H actuels H. 



Observation ^^^ 

André,' 17 ans, étudiant. Père magistrat, brave homme, d'un 
caractère un peu sarcastique, très courageux devant T adver- 
sité : souffre d'une maladie chronique pénible, 

MèrCj petite femme très active, virile, ayant, sans fortune, 
élevé une nombreuse famille. Religion sévère, principes rigi- 
des. 

Frères et soeurs : tous normaux. L'aîné (ingénieur) est le 

■ (2} Obsen^atiôii conitntiîiiquée à la Société française de PsycEanalyse 
en 192S. 



IP*^^^HaÉ«ÉA«feriBIBM 



ÏI2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSÉ 



préféré du malade, qui distingue aussi une sœur plus jeune i 
douce et jolie. Le malade est le deuxième enfant. 

Sa naissance a succédé à une grossesse laborieuse (mère 
épuisée par la lactation précédente), La mère l'a couvé, gâté, 
lui a donné une edncati on différente de ses frères et soeurs, Ta 
élevé, dit-elle, « dans du coton u. 

Au moment où le père me demanda, affolé^ de voir son fils, 
tout était préparé pour rinternenient ; il s'agissait d'un état 
progressif. Le niakde tendait à devenir dangereux, avait giflé 
sa sœur, paini agressif, menacé de se suicider ; il avait fait deux 
fugues (dont l'une assez sérieuse). Un confrère, consulté j avait 
parlé de « Démence précoce au début ». 

Je me trouvai devant un malade méfiant, mais j'arrivai à lui 
parler longuement et fus frappé de Timpi-ession que lui fit une 
courte conversation sur rameur, la sexualité, la puberté.,. Les 
premières séances furent très laborieuses. 

La première fois, 15 minutes après le début, il me quitta. 

La deuxième fois, il partit aussitôt, en trombe, traversant la 
maisoîi sans s'inquiéter des personnes qu'il rencontrait- Le 
même comportement se reproduisît à plusieurs reprises. 

Il présentait Vétat mental suivant : ironique^ sceptique, mo- 
queur, (caractère du père)-^ au service d'une fatuité énorme 
d'adolescent, et d'une idoc fixe d'être incurable, inaccessible 
à toute intervention médicale : h Je ne suis pas fou. Vous per- 
<c dez votre, temps. Tout ça, c'est des blagues^ en voilà assez, 
« etc. » 

Immense, dégingandé, face en lame de couteau, grands 
yeux bleus, avec hjqwtonie des paupières inférieures, une ex- 
presssion de souffrance, d'astliénie, de découragement. Mai- ' 
gre ut r extrême, jambes comme des piquets dans un pantalon 
trop large et trop court. Tj'pe caricatural de l'adolescent à 
l'âge ingrat. 

Sa conduite, d'ailleurs, chez lui^ est étrange- Il s'isole, de 
temps à autre se livre brusquement à des exei^^cices pli5^siqnes 
(porter des poids, etc..,) dont il sort vite éreinté. Aloi's, il se 
couche par ten^e^ sombre et déclarant parfois qu^il va moui'ir^ 
qu'il est perdu. Quand on le plaint, il hausse les épaules, et, 
tout en pleurant, injurie rinterlocntcur. Quand on l'encou- 
rage, il s'en va^ irrité ; quand on le gronde, il devient ^dolent 



I 
I 






LA PSYCHONEVROSE HYPOCHONDEIAQUE ^ " IT3 



^et menaçant. Il affecte une grande indifférence vis-à-vîs de ses 
frères et de son père et une certaine haîne tnéprîsaute pour sa 
dnère. (Ce sont ces manifestations d'indifférence affective on de 
perversion de sentiments familiaux — pins apparents que 
Téels — - qui avaient fait penser au diagnostic de D. P.), 

J'ajoute qu'il-avait, depuis plusieurs mois, interrompu ses 
études, après la première partie du baccalauréat, parce qu'il 
-était trop malade et dans V incapacité absolue de travailler. 

J'avais essayé de gagner sa confiance par une sympathie mê- 
lée de francbise et aussi de considération , car j*avais deviné 
en lui un grand vaniteux, à cette période de l'adolescence oix 
la personnalité naissante dédaigne les parents et se fait liber- 
"taire et égoïste* Ce jeune tomme était, depuis plusieurs moisj 
replié dédaigneusement sur lui -même ^ dans un narcissisme 
■méprisant ; je ne tardai pas à me i^endre compte que sts rages 
^ étaient surtout dii'igées contre lui-même, contre la blessure 
d^ orgueil que lui infligeait sa maladie, son impuissance, son 
^seiitîment d'infériorité actuelle, ■ 

Malgré mes efforts, sou narcissisme résistait à toute solli- 
citation du transfert. Les séances suivantes furent entière- 
ment 'Silencieuses, Aussi fus -je obligé de me départir de ma 
réserve, dans ce cas un peu spécial que je risquais de perdre ; 
^et je lui proposai immédiatement quelques interprétations de 
sa maladie. Bien entendu, je lui fis une série de petits cours 
.sur la masturbation, son importance exacte, l'exagération rir- 
dicule de ses mauvaises conséquences par les éducateurs, etc. 
J'avais toticlié un point sensible. Car^ tout en s'en défen- 
dant par son ironie apparente, par son apparence intention- 
nelle, — puisque simulée ■ — d'être n au-dessus de cela », 
d'Être 'dét a cbé de ces contingences;^ il se laissa, comme par 
surprise, aller à me faire les premières confidences, ' 

C'était en effet un masturbateur qui, après une masturbation 
modérée et banale, remontant à Tâge de neuf ou dix ans, avait, 
rapproché- de plus en plus, ses séances niasturbatoîres jusqu*à 
Vannée précédente ; date à laquelle, dans le collège religieux 
(catholique) dans lequel il était, il avait eu affaire à un nou- 
veau confesseur. Celui-ci lui fai.saît peur. Voyant que le 
jeune homme ne tenait pas suffisamment compte de ses inter- 
dictions (et probablement aussi, irrité de cet aspect d'indiffé* 

HE vins FRANÇAIS? DE PSYCHAKAtYSE '8 



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liEVUE FINANÇA ÏSE DE PSYCHANALYSE 



rence sceptique ou ironique que le jeune homme opposait à, 
toute intervention d 'autrui) il s'enfermait avec lui des heures 
entières pour le menacer dans sa santé, lui prédisant les catas- 
trophes les plus épouvantables. Il lui répétait qu'il irait en 
s 'affaiblissant de plus en plus^ ,,.qu*il contracterait de la coi>= 
somptîon, de rimpuissancej de ranéuiie, de la faiblesse du., 
sang, parlait de « perte d'énergie vitale )>... La punition du 
Ciel était invoquée aussi ; mais devant ce jeune sceptique sus-- 
peict d'incrédulité^ l'excellent laomniej cro5^ant bien faire, fai- 
sait \Hbrer avant tout la corde de la terreur ^ la menace de la. 
maladie et de la mort* 

Le résultat désastreux des admonestations virulentes de ce 
trop vigoureux sermonna ire ne s'était pas fait attendre. Très 
sincèrement inquiet derrière son insouciance, le jeune André 
avait pris une résolution énergique, qu'il croyait virile, et bien 
confonne non seulement aux injonctions impérieuses du prê- 
tre, mais encoi-e à sa propre vanité. Il avait du jour au lende- 
maiuj non seulement - supprimé radicalement toute pratique 
masturbatoire mais, du même coup^ il avait refoulé toute sa vie 
sextielle. 

Depuis ce jour-là, en effet, il supprima toute pensée, toute 
imagination sensuelle, se priva de toutes sortes de douceurs 
' — se condamnant même à un régime alimentaire assez sé- 
vère — , évita toute con^'ersation libre, s'interdit en paroles et 
en pensée tout ce qui pouvait lui rappeler son sexe. Il devint 
pur^ farouchement pur, et en même temps honteux de sa 
conduite passée, 

,,.Mais dans les quelques semaines qui suivirent, sa santé^ 
s"" altéra. En même temps qu^il remarquait (avec satisfaction), 
qu'il était débarrassé de toute érection ~ en dcliors de quel- 
que rêve grossièi'ement sensuel, mais toujours Lrês incohérent 
et de plus en plus anxieux — , il ressentait toutes sortes de 
troubles bizarres dans sa sensibilité corporelle. 

Au niveau de ses organes sexuels, alors que ceux-ci étaient, 
au préalable, presque constamment en éveil, et comme la source 
permanente d'impressions doucement agréables, se muant à- 
chaque sollicitation (de la réalité ou du rêve) en excitation gé- 
nitale caractérisée, il ressentait une impression permanente pé- 
nible qui, d'ailleurs, lui rappelait constamment coitnne un re--- 



k^A« 



LA PSVC-HON'ÉVROSE HYPOCHOKDRÏAQUE ' "S 

1 

mords matérialisé, ses fautes sexuelles et ses craintes de tom- 
ber malade. Impression douloureuse, oppressive, en même 
temjTs de gêne et de « manque », d' « absence d'organe, )> de 
(c disparition n — ébauche du sentiment cœnesthétique de 
n vide )> corporel (P. Janet) et de négation d'organes. Cette im- 
pression douloureuse irradiait de sa verge et de ses bourses 
Jusque vers Tanus, par le périnée, et remontait sur la paroi du 
ventre j au-dessus du pubis ^ jusque vers l'ombilic, s ^écartant 
aussi quelque peu sur la face interne des cuisses. (J'ajoute que, 
dans cette région tégument a ire, il me paraissait, au moment 
. des premières séances^ exister une légère liypoestliésie à la 
piqûre 3 difficile à contrôler en raison de 1* angoisse causée au 
malade par cet examen). 

Partout ailleurs, c'est-à-dire dans toutes les autres régions 
du corps, le malade accusait en même temps des sensations pé- 
nibles mais d*un tout autre caractère subjectif : sensations va- 
riables de malaise^ de fatigue, de courbature vague. Il se sen- 
tait la peau. parcheminée^ comme modifiée, les muscles raides, 
les yeux creux et sensibles, la face mal faite et les traits étirés. 
Ces sensations bizarres ne pouvaient d ^ailleurs être exprimées 
que symboliquement, à l'aide de comparaisons 3 de métapho- 
res d'une valeur affective assez lointainement significative. Il 
répétait -surtout que <c son sang était profondément altéré ; ne 
(( circulant pas comme jadis, trop fluide, a3^ant perdu son 
a énergie vitale » . Il concluait en disant : « Je suis atteint 
u d'une maladie piofonde, causée par mon vice ; maladie gra- 
({ ve, incurable j qui m'a vieilli avant Tâge, m'a desséché, m*a 
a vidé, m'a épuisé ; je n'ai plus de sang ni de moelle ; toute 
a mon énergie vitale est dissipée, perdue.*. Et il nY ^ n^i'i à 
<c rien à faire, entendez- vous, qu^à mourir.,. Je serai toujours 
« impuissant j affaibli comme un cancéreuse,., )> Et se raidis- 
sant pour ne pas sangloter, par orgueil, il se levait brusque- 
ment^ frappait sur la table et s'enfuyait. 

Examen objectif ; J^ai décrit son très mauvais, état général. 
Objectivement c'était surtout un dyspeptique hypotomque : 
' Digestions paresseuses, fermentations stomacales. Clapotage 
gastrique intense, même le matin, sans douleur, sauf une lé- 
gère jiyperestbésie de la région épigastrique. Battements aor- 



m^ 



Il6 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



tiques intenses* Constipation. Appétit capricieux compliqué 
par tons les régimes effarants que s'imposait le malade, se soi- 
gnant à sa façon. Signes (i'h3^persynipatliicotouie- Petites trou- 
bles du rythme cardiaque. 



* 
* + 



Nous poursuivons maintenant les détails de la cure psycha- 
nalytique. D'assez mauvaise grâce il finit par s'y livrer tout 
eu déclarant qu'une telle médication était stupide, grotesque, 
et que j*étais plus fou qne mes malades (Jusqu'à la fin le trans- ^ 
fert fut, chez lui, dissimulé derrière cette goguenai^dise péni- 
ble et assez blessante pour ma patience d'anal3?^ste). 

Les sjmiptômcs s'expliquaient, en gros, par uu refoulement 
excessif — actuel — de la masturbation au moment de la 
poussée sexuelle de la puberté (chez lui, d'ailleurs tardive). 

Or, chaque fois qu*on assiste à un refoulement aussi brutal, 
intense, je considère comme nécessaire de rechercher des sour- 
ces plus profondes et plus latentes d'angoisse ou de refoule- 
ment, c'est-à-dire de rechercher si uu tel phénomène a actuel » 
n*est pas un mode de réaction, tardive, chez l'adolescent, con- 
tre des tendances infantiles, auto-érotiques ou autres, 

André avait été un curieux précoce et intense du problème 
sexuel, non seulement sur lui-même mais sur les autres, sur 
ses sœurs et particulièrement sa sœur préférée. Mais, chose 
curieuse j la contemplation des organes génitaux de celle-ci, 
vers Page de quatre ou cinq ans, faisait naître eu lui le désir 
d^être coimne elle, d^être une femme, d'ctre cliâLré (complexe 
de castration accepté). En faisant la part de P interprétation ré- 
trospective par le malade (qui refoulait, adolescent, sa mascu- 
Imité), je tronva^is constamment chez lui la peur de sa virilité, 
l'idée que son organe viril était encombrant, inutile, vilain^ 
honteux. 

Je ne puis insister sur le détail des découvertes que je fis peu 
à peu daus ce sens, en même temps que celle d'une mastui'ba- 
tien anale transitoire et de quelques manifestations assez mar- 
quées d'érotisme intestinal et fécal. Je veux dégager simple- 
ment la genèse^ chez André, de son complexe de castration 
précoce et intense. 






LA PSYCHONfEVRUSK liVPOCHOMDRlAQXJE II? 

Dans ses souvenirs de la seconde^ enfance^ revenaient sou- 
vent des scènes relatives à son frère aîné, quMl admirait pour 
sa force ; pln^ petite il avait été assez frappé de ses organes gé- 
nitaux , beaucoup plus gros que les siens ; il pensait alors que 
les siens étaient i>eu satisfaisants et qn^il valait mieux les ca- 
cher. Du iiicme coup était-il devenu très pudique en général 
contrairement à ses frères et sœurs dont T éducation familiale 
à ce point de vue avait été assez libre, . 

Plus on s'approchait de la petite enfance, plus le senti- 
ment d^etre petit , faible, sexuellement inférieur et le désir de 
dissimuler sa qualité de garçon apparaissaient comme iiispiré 
de la mère du malade, J^ai dit que celle-ci Tavait couvé, dorloté- 
Le malade, devenu grande souffrait beaucoup de ce qu*il con- 
sidérait comme une éducation malsain e^ amollissante. Ne vou- 
lant pas, dans son esprit de domination vaniteuse^ reconnaître 
l'origine de son mal en lui-même^ il en rendait responsable sa 
mère ; d^où sa haine consciente actuelle pour la malheureuse 
femme. Etant tout petit, il était d'une grande i:>ossessivité à 
regard de sa mère. Le sevrage — matériel et alïcctif — avait 
été tardif et assez laborieux ; puis le petit André s'était habi- 
tué à être préféré aux aiitres enfants, à exercer ses droits spé- 
ciaux à l'égaj'd de leur commune jnère. Devenu plus grand et 
souffrant alors exagérément de réloignement de celle-ci, il 
s'était replié sur lui-même dans un narcissisme dédaigneux, 
tout en s^ identifiant à sa mère et en refusant sa virilité..- 
Quant à son apparence d'ironie, de sarcasme, c'était un em- 
prunt à son père — dont il exagérait caricaturalement le ca- 
ractère — par compensation contre son sentiment d'infériorité 
et son complexe de castration. 

J'interromps ici les détails de Tanalyse, me- bornant à inter- 
préter les autres symptômes, que ce mécanisme psychanalyti- 
que éclaire singulièrement* 

Les paroles^dn confesseur avaient d'autant plus pénétré son 
âme affective qu'elles avaient rencontré un écho tout préparé 
chez ce garçon sous l'emprise de tels conflits infantiles, André 
avait grandi j d'abord fixé à sa mère, puis replié sur lui-même^ 



. \ 



lïS RlîVUJi l'RAMÇAiSE DE PSYCHÂNALVSE 



et affirmant son égotisnïe dans la répulsion envers la virilité, 
[1 s'était inconsciemment, par identification matemelîe, déviri- 
lisé, châtré^ avant d'aborder le pi'oblème sexuel, tel qu*il s'im- 
pose, impérieux, à Taclolescence. 

La principale conséquence de cette lutte aveugle, soudaine j 
qu*il avait entrepris de livrercontre sa sensualité solitaire — 
par soumission à son confesseur — fut un refoulement anor- 
mal, excessif, patlaogène, s 'exerçant précisent eut dans le sens 
de son aptitude naturelle de la dévirilisation, ou, pour expri- 
mer concrètement les pulsions inconscientes, à la castrai ion. 
Refoulement qui aboutit à interdire à la formidable excitation 
erotique (qu'il avait laissée s'épanouir en lui dans une direc- 
tion anto-érotique) tout accès dans sa conscience^ — et, par 
suite, à dévelopi^er vtne angoisse hypocliondriaque. 

Nous savons quel est le mécanisme psychanalytique clas- 
sique de Tangoisse hypochondriaque : C*est avant tout une 
névrose *< narcissique ». Chez l'individu normal, les sensations 
erotiques ne sont pas seulement provoquées par les excitations 
appropriées de la splière génitale ; les excitations d'autres 
organes tels que les lèvres et la peau (chatouillement) peuvent 
donner lieu également à des sensations de ce genre. On peut 
même dire^ avec, Freud, que les zones érogènes ne sont pas 
limitées aux zones tégumentaires et que Vérotogénie (on érogé- 
nie) est une fonction universelle de Vorganisme. Or, le trait 
o.sscntiel de riijqDochoiidrie consiste dans ce que la libido se 
trouve confinée dans une seule partie du s^j^stème éi'ogène, 
notamment dans les organes internes. C'est pourquoi Tintérêt 
du malade se trouve concenti^é sur les sensations qui lui vien- 
nent de ces organes et leurs fonctions. 

Dans le cas présent^ cette distribution défectueuse de Téro- 
togénie était remarquable ; et Ton saisissait le processus sclié- 
ui a tique de cette perturbation névropathique de la fonction 
erotique : le refoulement avait eu ponr conséquence, en- faisant 
revivre l'angoisse de castration, de sup]Drimer toute production 
de sensations agréables, spécifiquement génitales^ dans la sphè- 
re des organes sexuels, et, du même coup, de diffuser, de trans- 
férer toute l'excitation sur les autres régions du corps en da 
rendant particulièrement pénible et subjectivement appréciable 
seulement en tant qu'angoisse hypochondriaque, ' ■ 



LA PSYCHO>îÉYKOSE HVPOCHOKDIÎIAQUE . II9 

Je veux ici préciser un point intéressant : j'ai été frappé^ en 
examinant le malade, de la petitesse de ses organes sexuels, 
-surtout de sa verge — ou plutôt de la flaccidité, de F état rata- 
tiné, rétréci de celle-ci. Ôr^ j'avais déjà fait des remarques 
analogues chez des anxieux qui, lorsqu'ils traversaient des pé- 
l'iodes d'euphorie ou d'excitation sexuelle inanîfestej insis- 
taient sur rétat plutôt un peu congestif et satisfaisant de leurs 
organes. Et j'avais noté à ce sujet Topinion d^Adler (3) ; 

« Je mentionnerai ce fait qui m'a été comnnraiqué par un 
H grand nombre de nerveux, à savoir que lorsqu*ils sont mena- 
ce ces d^un danger personnel ou d'une défaite, ils sentent leur 
a organes génitaux se rétrécir et se ratatiner, ce qui leur pro- 
a cure souvent une sensation fort douloureuse^ de sorte 
(( que la situation devient à la longue intenable. Ce phéno- 
<c mène s'observe le plus souvent dans l'angoisse des hauteurs, 
« dans 1^ crainte de tomber {4), Le rétrécissement des organes 
a génitaux qui se produit dans le bain, est presque toujours 
t< suivi, chez le nerveux, d'une sensation de malaise et de 
<( céphalée », Le même auteur ajoute : a Parfois, ce sentiment 
a d'oppression remonte jusque dans l'abdomen, dans la poi- 
n trine et dans la région cardiaque on est localisé exclusive- 
« nient dans l'une ou l'autre de ces régions ». 

■ 

Je reprends maintenant pour la terminer l'histoire de la 
cure : Ce m al ad e» après quatre mois de traitement psychanaly- 
tique allait beaucoup mieux ; ses réactions bi2arres, apparem- 
ment discordantes avaient disparu ; son attitude à T égard de sa 
famille s'était heureusement modifiée et son angoisse avait 
beaucoup diminué, quand la famille fut obligée, au moment des 

(3) Ad 1er. — Le Tempérament ^lerveuiç, — Traduc, franc. Payot P, 526, 

(4) Ce fait m'a cté également signalé par des nerveux au taorneiit de la 
peur, dans des émotions de g^uerre^ par exemple. Il semble que Tanxiétéi 
même légitime, lorsqu'elle dure depuis un certain temps, retentisse sur la 
fonction génitale non seulement psychiquemeiit en inhibant les désirs et les 
imaginations sexuelles, mais encore physique-încntt^en amoindrissant *rac- 
tivité organique des organes (vaso-coustriction, etc..) ; ce retentissement 
peut aller jusqu'à dcclciidier une frigidité prolongée* 

A rapproclier certaines expressions populaires qui, pour exprimer l*effrôi> 
font allnsîoii à mie absence absolue d'érection* A. H* 



h 

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I 



flM I I 



nw-^^^ïti 



T20 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHAMAI^YSE 



chaleurs de Tété, d Vller habiter la montagne jusqu'en novem- 
bre. La cure fut donc interrompue et je restai sans nouvelles 
de mon client, 

Or, au début de novembre ^ je vis entrer dans mon cabinet. 
un jeune homme de bonne apparence physique, Toeil vif, bien 
découplé, avec, même^ un certain embonpoint. Il me tendit la 
main en souriant. J'eus beaucoup de peine à reconnaître dans 
ce bel adolescent Findividp. semi-cachectique que j'avais quitté 
cinq mois auparavant. L'explication était qu'André a^^ait, du- 
rant son absence, achevé sa crise piibérale de croissance, et que- 
son état physique était devenu très rapidement (comme le 
fait est spécialement frappant chez certains anormaux), floris- 
sant. Heureusement, une amélioration mentalcj presque une 
guérison totale, avait accompagné cette extraordinaire trans- 
formation physique, 

Il est resté guéri depuis — il y a trois ans de cela — avec, 
de temps à autre, une légère période d inquiétude anxieuse/ 
Mais quelle différence de caractère chez lui ! La dernière fois 
que je Tai vu, me rappelant ses résistances sarcastiques du 
début j je lui demandai son avis sur Torigine de ses troubles 
nerveux ; il me répondit par quelques paroles de bon sens qui 
montraient qu^il avait parfaitement compris Torigine sexuelle 
de tous ses troubles nerveux, et aussi qu*il ni^ était sincèrement 
reconnaissant des soins que je lui avait donnés presque malgré 
lui. Il m'a récemment écrit une lettre d'un bel enthousiasme 
juvénile, où il célèbre la joie de vivre, la sensibilité morale et 
Pamour, 



i * 
* * 



Cette observation m'a semblé digne d'être publiée pour les 
raisons suivantes : 

ri 

L Elle expose de façon très claire et presque schématique 
un cas de développement de Tangoisse hypochondriaque par 
diffusion de l'excitation erotique sur des régions extra génita- 
les du corps, à la suite du refoulement exagéré d'un auto- 
érotisme assez marqué, chez un sujet prédisposé par des conflits; 
infantiles résumés dans le complexe de castration. 



I,A PSYCHONJiVl^OSE Hyi>OGHONDRlAQUE 



121 



II. Elle donne uu exemple de guérisoii de troubles névropa- 
fhiques coïncidant avec une transformation henreuse de Tétat 
général des fonctions physiques. Peut-être serait-il exagéré de 
dire que ce malade a guéri uniquement par la psychanalyse : 
L ^évolution pubérale naturelle y a été certainement pour beau- 
coup. Mais je pense, précisément que, si la transformation 
morale a suivi si heureusement la métamorphose organique 
générale, c^est en grande partie parce que la cure ps5^chanaly- 
tique a placé T individu dans de bonnes conditions psycho- 
sexuelles à un moment particulièrement critique de son évolu- 
tion , 

^ m. Elle montre enfin que Ton peut amener un sujet récal- 
citrant à se soumettre à la cure psjj^chanalytiqne presque mal- 
gré lui et par surprise. Sans doute,^ une condition essentielle du 
traitement est la bonne volonté- du patient ; mais il faut quel- 
quefois éveiller cotte bonne volonté et improviser une attitude 
thérapeutique en rapport avec le caractère et les réactions du 
malade - — comme on le fait d'ailleurs, sur une plus grande 
échelle, en psychiatrie, à Tégard des délirants et des schizo- 
phrènes. 



1 . 



La Psychologie raciale et les Origines 
du capitalisme chez les primitifs 

M- 

Par Géza Roheim, 

(Conférence faits à la Société Psychanalytique de Paris ^ . 

le mardi 7 février 1928). 



Aucune ligue de recherches n^a fait plus, pour confirmer et 
main tenir la crov^uce à l'unité fondamentale de riiunianitc 
que la pS3^chanalyse, 

En quelque lieu que nous analysions les mythes ^ les rêves , 
les coutumes j nous trouvons le complexe d'Œdipe^ le refou- 
lement et d'autres mÉranismcs affectifs fond aiment aux* Dans 
quel domaine de la vie pS33^cliique, alors , faut-il chercher une 
^diiïérehce essentielle entre un Australien (ï) et un Anglais ? 

Si nous répondions à cette question à Taide de notre expé- 
rience analytique, la réponse serait à peu près celle-ci : Nous 
rencontrons les mêmes facteurs libidinaux et les mêmes si- 
tuations infantiles dans chaque patient que nous analysons, 
et pourtant le caractère individuel et la névrose des divers 
.malades différent autant qu'un Anglais diffère d'un Boschi- 
man. On peut dire que la différence réside dans les relations 
quantitatives de la libido/et dajis le choix ou la "préférence de 
■certains tj^pes de mécanismes de défense. 

Par exemple, pour citer un cas que j'ai anah^se en détail, il 
y a une différence évidente entre le totémisme du Centre Ans- 

(j) Voir pour ce qui siiit^ mou article : Dîe Vôlkêrpsycliologie ûiid die 
Psychologie der Volker, — Imago Xll. 



'-^^V^^B^^b^'^hB 



PSYCHOLOGIE RACIALE ET LES ORIGINES DU CAPITAUSMB 123 



tralien et celui du Sud^Est, Dans le Sud -Est, le tabou est le 
trait le plus saillant du totémisme, tan<^is que, dans le Cen- 
tre, les indigènes se livrent durant plusieurs mois successifs 
^à des danses " totémiqnes dont la signification cachée est un 
coït ; ce qui est un retour à la période où les relations sexuel- 
les pouvaient être accomplies sans aucune inhibition. 

Même alors, les cérémonies d'initiation du Centre repré- 
sentent ridée de castration sous une forme moins symbolique 
^que celles du Sud-Bst. 

De notre point de vue, l'attitude^ de refoulement est déri- 
vée du Père de la Horde Primitive ; aussi ne serons-nous pas 
surpris de trouver que dans le Sud-Est Australien, toutes les 
institutions sont en rapport avec le père universel, tandis que, 
dans le Centre, le Groupe Ancestral, les représentations de la 
Horde des Frères et V Accomplissement du Désir sont la fons 
et origo de. tout (2). '^ 

Plus près^de nous^ nous trouvons le même contraste entre 
le refoulement et Taccomplissement du désir, ou entre le re- 
foulement et le retour du refoulé, si nous comparons l'attitude 
d^un Hébreu et d'un Hellène, ou d*uu Puritain et d*un Ca- 
valier (3), 






11 est significatif que chaque fois qu'une éthique sévère ou 
une attitude caractéristique du refoulement est adoptée, la 
figure du Père Universel apparaît immense à Thorizon, tan- 
dis que Pannée des dieux grecSj à cause de leur conduite im- 
morale et même libertine, peut être justement considérée 
comme correspondant à Paccomplissement du désir chez les 
Australiens du Centre, les ancêtres de rAlclieringa- 

I^ne autre base de classî£ cation a été adoptée par Jung et le 
Professeur Seligman (4). Ils distinguent les types^ exfroverfi 



(2) Cf. Rolieîiii : AnstroHan Totemism, 1925. 

(3) On donne, dans l'histoire d'Angleterre^ le rcni de cavaliers au parti 
dia Roif lors de la révolution de lôdS, par opposition aux tHe^ rondes, parti 
du Parlement, surtout composé de puritains qui portaient les cheveux 
courts. (Note de la Rédaction. E. P.) 

(4) Cf. Selignian, Anihrôpology and Psychology Journal of tlie Royal 
Anthr. Inst., 1924-23. 



«HAÉ 



124 REVUE FKAMÇAÏSE DE PSYCHAMLYSE 



et introverti y ou^ comme nous dirions en psj^chanalyse^ les- 
races à libido objectale et celles à libido narcissique. 

L ^Européen moderne, mais aussi le sauvage, sont des ex- 
trovertis typiques, tandis que Tlnde est la représentation vi- 
sible de ^intfo^'erti, ou du type d'esprit narcissique/ ou schi- 
zophrène, 

L'Occidentj coin paré à T Orient ^ est souvent appelé maté- 
rialiste. Mais cette antithèse, en admettant qu'elle soit exacte, 
ne dépend d^aucune conception métaph^^sique, quant à la na- 
ture de la matière. 

La distinction réelle est que 1 ^Occident admet plus volon- 
tiers que tous les efforts devraient se concentrer autour de la 
vie active, dans la catégorie du temps, que ce processus a une- 
réalité et une signification et que le rôle de la religion n*est 
pas de nous délivrer de cet effort en nous convainquant de sa 
futilité, mais de le sanctifier et de le justifier. 

Parmi les occidentaux modernes, peu considéreraient com- 
me digne d'admiration, encore moins comme supérieur, un 
homme qui se retirerait du monde pour méditer et se mettre 
en contact avec rUni\^ersel; mais un Indien non influencé- 
]3ar la culture européenne considère encore une telle attitude^ 
comme un véritable idéal de conduite et trouve inférieures 
toutes les activités, quoiqu'elles soient nécessaires et pardon- 
nables à l'homme non supérieurement développé (5)- 

Si nous analysons certains mythes caractéristiques des 
Aryens^ tels qu'ils apparaissent à 1 ^aurore de THistoire de- 
TEurope et dans Tlnde^ nous trouverons que l'attitude posi- . 
tîve envers la vie en général est soutenue par une projection 
du Complexe d 'Œdipe. 

Chez les Germains par exemple la suite des automatismes' 
comprise dans le Complexe d 'Œdipe et répétée par chaque- 
génération suivante, est représentée par le Cha.^seiir Sauvage, 
Woian le Père, dans sa chasse éternelle de la Forêi Mère : 
or cette projection permet une iinportante diminution de la 
tension due à la culpabilité inhérente au Com]>lexe d^Œdipe, 
C'est WotaUj et non ses adorateurSj qui aspirent à vivre 
'avec la Mère Déesse et, pourtant, dans ridentificàtion avec le 

{Kï G, Lowes Dickitisoii — An Essay on ihe CivUisaiimis, of Jndia, Chivù:^ 
andjapan, pp, 13-14 cité par SeliginaUj i. e. 31. 






p4^ 



PSYCHOLOGIE RACIALE ET LES ORIGINES DU CAPITALISME 125 

4ieu, il est possible de conserver la satisfaction infantile orî- 
^iiielle sous une forme sublimée, 

Ati conimeucement, ce iiwthe existait aussi parmi les an- 
cêtres des Aryens qui conquirent Tlnde, une classe militante 
d'Eternels Chasseurs et guerriers dont les énergies étaient di- 
rigées vers la conquête des substituts de la mère dans T entou- 
rage (ville, pays) et qui étaient loin de lucdiier sur TUni- 
vers (6). " 

Lfe côté spécifique de leur psj'^chologie ultérieure est rîni- 
porta n ce grandissante du complexe de castration^ de la déesse 
qui S3nnbolise la mort, et de l'idée du coït^ suprême itoUu- 
tion (7)* 

La perte du liquide séminal est considérée comme équiva- 
lente plus ou moins à la castration (mort) (8) ; et c'est en 
écliap]:>ant à cette perte que le yoglii acquiert un sentiment 
4 ^omnipotence. 

Ses tgrtures amenées par le complexe de culpabilité sont si 
écrasantes dans leurs formes endo-psy chiques que le 3'^oglii 
préfère les admettre > et en profiter sous forme de fantasmes, 
que de jouir de la réalité, 

L'historien Abou-Zaïd nous donne une image du Yoglii tel 
qu'il existait au milieu du ix* siècle : u Aux Indes ^ il y a des 
u geiis qui, d'accord avec leur profession, errent dans les bois 
<c et les montagnes, et communiquent rarement avec le reste 
<( de riiumanité. Ils n*ont quelquefois rien d^autre à manger" 
fc que les herbes et les fruits de la forêt. Certains d'entre cxix; 
<f vont nus ; d ^autres, également nus, se tiennent droits , la 
({ face tournée vers le soleil, n'ayant sur eux qu'une peau de 
a panthère. Dans mes vo3?'ages, j*ai vu un homme dans la 
<f position décrite ; seize années après, retournant dans ce 
cf p^ySy je le retrouvai dans la même posture. Ce qui me sur- 
« prit le plus, c*est qu'il n'était pas fondu par la chaleur du 
c< soleil, La misère de la réalité est sans doute plus que con- 
« tre-balancée par les a Plaisirs Spirituels ))• 

(6) Voir Rolieim ^ Vdtkerpsychologie. — Imago XII-2S1. Idein. — Die 
wilée Jagdj ibid. 

(7) C, D. Daly, Hivdu Mythologie witd Kastraiions complet Imago XIIÏ* 

(8) R. Schmîdt. — Fakire uud Fakirtum iin alten und jnordemen Indien 
igo8. 20i-aQ3, 



126 RE\mE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Wolff est allé aussi, avec Wilsoii, visiter un des plus célè- 
bres Yogliisj qui était couclié au soleil, dans la lue. Les on- 
gles de ses mains avaîei:it poussé dans ses jones, et un nid 
d^oiseau était sur sa tête, WoljEî lui demanda comment on pou- 
vait obtenir la connaissance de Dieu ? Il répondît : Ne me 
pose aucinie question, tu peux me regarder, je suis Dieu (9). 

L*explication de cet état de divinité est un poiiit d^un grand 
intéi'êt pour les psj^clianalystes. Le dévot .devient inconscient 
de son existence humaine et passe, pour ainsi dire, dans la 
pleine conscience de la divinité avec toutes ses attributions. 
Mais qu ^advient-il du corps ? Sur ce point, u^n yoglii de Ma- 
dras dit que les risbis et- les yoghis, après être restés aussi 
longtemps qu^ils le veulent dans la condition d ^absorption de 
Plnfinij métamorphosent leurs corps en lingams^ comme on 
en peut ■ voir dans les ermitages, et enfin, entrent dans 
r union définitive avec Va Esprit Universel » (ïo), La peur 
de la castration, ou de la perte du liquide séminal, est si gran- 
de que la libido est retirée du génital (ri), La perte du prin- 
cipe plaisir-réalité est naturellement suivie de la perte du 
principe de réalité décrit dans le langage des croyants com- 
me « rUnion avec Tlnfini )). 

Il y a certainement de la vérité dans ces formules mysti- 
ques, car rinfini ou « Principe de vie » peut être assimilé à 
la Libido. De la complète génitalisation du corps, et par sesr 
transformations en lingams^ il résulte un état qui peut être- 
caractérisé comme une union complète avec la Libido ; et en 
même temps, les organes perdent leur fonction de réalité. 
Ainsi, nous vo^^ons que ce qui avaft été regardé comme un 
tj^pe racial bien défini, est simplement une question de distri- 
bution de quantité de la Libido. 



^ 
* * 



Une autre classification possible des races est basée sur les 
mécanismes de défense* 



(9) Y. C- Oman, CnH-Customs avd SitpcrsiHions oj Inâiûj 1908, 12* 

(10) Y. C. Oman, Le, iS. 

(11) Ferenczi, Vcrsiich civer GcmialthcoriCt 1924.- 



PSYCHOLOGIE RACIALE; ET LES ORIGINES DU CAPITALISME 12^7 



Eli analysant la religion des habitants des îles Andaman,- 
ricus arrivons à la conclusion que le Monothcisnic et le Toté- 
misme, en tant qu'ils sont les deux principaux points de dé-- 
part de la religion et de la civilisation humaine en général, 
correspondent l'un au type obsessionnel, l'antre au tj^pe hys- 
térique des mécanismes de défense. 

Le premier mode de sauvegarder l'individu contre s^s pro-- 
prçs désirs incestueux,, impose une modification du nioi^ con- 
sistant en formations réa cti on n elles où l'amour remplace la 
liaine^ la bouté, Tagressivité^ etc. Dans c^s conditions le con- 
tre-investissement est psychique, intérieur ^ tandis que dans 
rii^^stérie d'angoisse, sous sa forme spéciale de phobie des 
animaux, le contre -investissement est une partie de l'entou- 
rage. Ainsi Tun des types de mécanisme de défense devient 
la base de notre vie sociale, tandis que l'autre, attirant l'éner- 
gie du soi vers l'ambiance, donne naissance à Tartj, à la 
technique et aux institutions économiques. 

Mais ceci est plutôt une classiÊcation dès activités humai- 
nes que des races, quoique certainement chacun des trois mé- 
canismes ; obsessionnel, hystérique ou hallucinatoire puisse 
prévaloir dans l'un des groupes plutôt que dans l'autre. 






Nous pouvons maintenant faire ressortir ce que nous consi- 
dérons comme un enchaînement entre deux problèmes d'appa- 
rence distincte : 

La psychologie différentielle des races est une question de 
distribution de la libido ; et il en est ainsi à la base de tout 
progrès humain. 

La modification essentielle que nous trouvons chez rindi- 
vidu, de sa naissance à son âge adulte^ est liée à la distribu- 
tion de la libido. L'enfant concentre toute son énergie sur le 
processus oral ; quelques années plus tard les fonctions excré- 
mentielles acquièrent une importance capitale^ tandis que (au 
moins pour un cas idéalement normal) dans Tâge adulte, c'est 
l'activité génitale qui devient le facteur conducteur delà vie. 

La pS3^chanalyse a pu déceler une inter-relation entre cer- 
tains traits de caractère et la distribution de la. libido. 



i 1 



^_^^^_^^_^^_^ 



^b^-^^ra— k 



128 



KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANAI.YSE 



Nous savons que les personnes optimistes et allantes, se 
confiant à la Nature ou à la Providence pour pourvoir aux be- 
soins essentiels de la vie, ont gardé cette attitude de l'enfant 
dont le seul désir est le sein maternel , et qui a découvert que 
le désir est promptement satisfait par une mère aimante, 

L'existence d'autres rivaux dans la lutte pour la conquête 
d^s sources de la vie^ donne naissance à la jalousie^ qui est 
souvent transformée eii altruisme par une formation réaction- 
nelle. 

Un autre type psychanalytique bien connu dans la vk cou- 
rante est le caractère anal. Le point de départ de cette évolu- 
tion réside dans le plaisir que trouve Tenfant dans la fonction 
excrétrice j son inclination à différer le plus longtemps possi- 
ble le moment de l'évacuation , et aussi à se salir lui-même 
avec ses propres excréments. De la rétention des excréments 
nous comprenons comment découle la tendance générale à re- 
tenir toute chose. L'argent étant le substitut principal des ma- 
tières excrémentitielles, T avare est le représentant extrême du 
caractère anaL L'obstination , et 1* affirmation de Tin dépen- 
dance personnelle sont d^autres S5nnpî ornes très étroitement 
liés à ce comi^lexe. Les traits d'obsession né^^'OtiqueJ la con- 
caténation des compulsions (impulsions irrésistibles de hai- 
ne, et sadisme) sont d'autres manifestations bien connues de 
formations réaction nelles anales. Tandis que l'individu anal- 
erotique non sublimé se complaît dans la saleté ^ le caractère 
anal, impliquant une sublimation , montre une considération 
exagérée pour tout ce qui est propre ^ méthodique et net. 

De son côté, le facteur uréthral semble être bien moins im- 
portant dans la formation du caractère- C*est rarement le 
trait prédominant dans le caractère d'un seul individu. Nous 
pouvons voir toutefois comment certaines attitudes spécifiques 
en sont dérivées : le stade uréthral peut êti'e approximative- 
ment décrit comme Tantithèse du stade anah Tandis que le 
trait préddniinant d'un caractère anal {à moins que ce trait 
soit, à son tour, surcompensé) est sa tendance à tout garder, 
Turéthral tend à tout donner (expulsion de Tnrine et de 
tout ce qui peut lui être substitué). 

Il est plus difficile de définir et aussi bien plus difficile de 
trouver les traits précis du caractère génital, La génitalité est. 



*^ 



P^VCHOLOGIE RACIALE ET LES ORIGINES DU CAPITALlvSHE 139 



.comme nous le savons par les études de Fcrenczij une combi- 
liaison heureuse des trois impulsions partielles. Regardée du 
point de vue de la Libido, c*c5t T impulsion à se rapprocher 
de Tobjet tandis que du point de vue du moi, c'est le désir de 
se débarrasser d'une tension pénible. 

La tendance à se rapprocher de Tobjet apparaît originaire- 
ment, dans la vie de l'individu et de la race, sous la forme 
orale, au lieu que celle de la décharge est représentée par les 
impulsions uréthrales et anales, ou plutôt par la juste corn- 
binaisou des tendances à retenir (anales) et des tendances à 
■expulser (uréthrales) (12)- 

Cette conception des origines de la génital ité nous apprend 
■ce que nous devons qualifier de a caractère génital )i : c^est 
une sorte de a juste milieu ))j Téquilibre propre entre Tordre 
et réconomique du caractère anal et son pessimisme, l'am- 
bition de î*uréthral et l'optismisme du caractère ojraL - 



* 
* * 



Une subdivision ultérieure des types pourrait être essa^^ée 
'd'après quelques-uns des points de vue d^ Abraham (13). 

Il subdivise les principales zones érogènes, suivant la pré- 
dominance de la haine ou de l'amont, du sadisme ou de l'éro- 
tisme objectai, des instincts de mort ou de vie. 

L'oral commencerait par un amour objectai, et passerait à 
r ambivalence sadique des attitudes à la période de la denti- 
tion , 

Dans la première phase anale, les excréments représentent 
ce qui doit être rejeté du corps, comme une arme pouvant dé- 
truire autrui, tandis que dans la deuxième phase, ils rempla- 
cent Tobjet aimé, 

La phase de primauté génitale (phallique) est à nouveau 
^caractérisée par Téquation pénis = arme ; mais dans la pri- 
mauté génitale complète, toute dévolution atteint son point 
<;ulminant, et Tamour objectai en est le trait dominant. 

(12) Cf. Fereïiczi, Vers2<ch eiiicr GenitQltheoric, 1924* 

(13) Cf. K. Abraham j Versuch eîner Enïwicklungsgeschichte âer Libido 
1925. Psychoanalytisohe Siudien zur Charakierbildung 1923. 

HEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 9 



1.^- 



I3Û 



KEVUE FRANÇArSE DE PSYCHANALYSE 






A première vue, nous pouvons faire niic distinction appro- 
ximative et brève- entre la société primitive et la civilisation 
capitaliste, la première étant considérée comme de type, 
oral , et la dcuxicmc manifestement de type u anal ». 

Prenant pour exemple les Bakairi^ nous remarquerons que,. 
pour eux, une chose ou une personne est soit kura (bonne),. 
soît kurapa (mauvaise). Une personne appartient à Tune ou. 
à Tautre de ces catégories selon qu*elle pratique d'une cer- 
taine façon rhospitalité et selon la manière dont elle prépare- 
la nourriture de ses hôtes. La même tribu est connue pour son 
altitude bizarre aux repas. Ses membres doivent s'agenouil- 
ler et se retirer dans un coin pour manger leur nourriture > 
car pour eux, il serait aussi honteux de manger devant les^ 
aulres/que pour un Européen, d'accomplir l'acte génital en 
public (14), 

Cette tribu considère donc le bien et le mal d'un point de 
vue oral, et montre la même réaction de honte à propos des- 
fonctious <( orales h que nous à propos dies /fonctions géni- 
tales et, sans doute à un degré inoindre, de la fou et ion anale. 
Ceci peut être considéré comme un exemple frappant de la 
prédominance des impulsions t< orales n dans la vie erotique 
et dans la formation du caractère. 

■ 

Karl von den Steinen exi^lique l'habitude de ni^^nger seul 
par la peur de Teuvie des spectateurs ^ car la précaution est 
particulicrement marquée dans le cas où l'on mange du pois- 
son, ou d'autres mets fins. Si Ton considère Torigine orale de 
V envie {15) cette explication est en harmonie complète avec 
tout le tableau. 

L'attitude a orale d de confiance envers la vie en général 
est le fait véritable, sur lequel sont fondées les descriptions de 
la vie primitive, qui concordent avec certaines vues de Rous- 
seau, Par exeni]^Iej Hagen, en décrivant les Tribus papoues" 
de la Nouvelle Guinée dit : « Mais, quand je regardais l'œil 



(14) K. von den Steiueii, Under âen NattiiijÔlheni Zcntral Brasilicns,. 

(15) K. Abraham, Psychoanalytische Studien zvr ChàrakterljUiUmg, 1925., 
40. 



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PSYCHOÏ.OGIE IlACÏAtE ET I.ES ORIGINES DU CAPITAUSME I3I 



<c fidèlt^ et îc vis^ige de ces gens^ avec leur expression bien- 
« veillante, visible sous la peinture horrible, et les' ornements 
<t barbares, ma seconde pensée était : ce sont "vraiment de 
<i braves gens (i6), )> r -- : . 

'Or, nous pouvons rapprocher de ceci rimngc. de l'altruis- 
me du Sud- Américain, ainsi décrit par Nordîenskiold : « Dans 
<( les villages de Choroti et des Asliluslay, il n^y a aucune 
c( différence de classes. Personne n*est riclie, et personne 
« n'est pauvre, car si mon ventre est plein, je suis riches s^il 
'{c est vide, je suis pauvre. ' ■=' 

<( Nons sommes tous frères j, ceci est la devise fondanien- 
<i taie de rorganîsatîon sociale de ces peuples, ■ " ■ 

f( Ils vivent dans un état presque complet de communisme. 

<i Si un Indien a du pain^ il le divise' en petits morceaux, 
u afin que chacun en ait un peu. Je n'oublierai jamais un pe- 
<( tit garçon Ashluslilay à qui je donnai un morceau de sucre. 
<i II en mordit un bout, qu*il mangea avec grand plaisir, puis, 
« suça le reste encore un peUj et le retirant de sa bouche, le 
a donna à sa mère, à son frère et à sa sœur, aiïn qu'ils y 
<( aient tous goûté (17), h ^ 

Cette référence à Tattitude fraternelle explique toute la si- 
tuation. Nous avons fréquemment trouvé, dans les analyses, 
que Peu vie, parmi les frères et sœurs, est d^abord provoquée 
par une concurrence à Tégard du sein de la mère, ou, en gé- 
néral, par l'amour parental, et nous pensons que Taniour fra- 
ternel est souvent une sûrcompensation d'un, sentiment ori- 
ginairement hostile. Nous suggérons donc que l'altruisme des 
sauvages n'est pas une formation primaire du tj^^pe oral, mais 
une formation réactionnelle secondaire. 

Un fait milite grandement pour faire admettre que les for- 
mes origmelles de l'organisation- sociale ont une base libidi- 
nale : c^est que Ap^tc, le repas en commun est appelé par So- 
phocle (i8) : le plus vieux des Dieux, 

Ceux qui s'assoient ensemble à un repas sont u unis )> 
j>our toutes les relations sociales ; ceux qui ne mangent pas 

(16) B, Hagen. Uvter dcn PapvaSj 1S99, 248. . ' 

(17) Nordenskiold. Tndiaiieriebenf 1912^ 34-35, - - 
(ïS) Cf, L E. Harrison, Thémis, 191 2, 140. 



13 5 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



■ 

euseiiiblc sout étrangers l'un à Tautre, sans a fraternité » re- 
ligieuse, sans devoirs sociaux réciproques. 

Parmi les Arabes, tout éti'anger que Ton rencontre dans le 
désert est un ennemi naturel, et n'a comme protection contre 
la violence que la force de ses mains, ou la peur qu'on a que 
sa tribu ne venge son sang versé. 

Mai3 qui a mangé le p3ns petit morceau de nourriture avec 
un homme n'a plus rien à craindre de lui. Il y a le sel (19) 
entre eux^ et chacun d^eux est obligéj non seulement de ne 
faire aucun mal à Tautre, mais de le défendre et de Taider 
comme s'il était son frère. 

Il ne s'ensuit pas naturellement que^ parce que Ton â man- 
gé une fois avec un homme, Ton soit son ami pour toujours, 
car le lien n'est compris que dans un sens très élastique et, à 
strictement parler^ ne dure pas plus longtemps que la nourri- 
ture n'est supposée séjourner dans Torganisme (20). 

Nous pouvons maintenant citer les vues de Jane EU en 
Harrison, sur les origines de la religion grecque. Selon cette 
oJiercheuse, cette religion tourne autour des besoins et des 
circonstances de la vie ; or le besoin primaire^ plus prin^.aîre 
qu'aucun autre, est la nourritvre (21). 

Les Mélanésiens de Malinowski manifestent à l^ésfàrd de 
la nourriture les mêmes sentiments que J. E. Harrison con- 
jecture poui" les Grecs. 

t( Dans plusieurs phases de leur vie cérémonielle, les grands 
(( dé]:>loiements de nourriture forment le trait central. >ï 

<i Les distribuiwivs démonsfralwes mortuaires:^ appelées 
« sayali, sont, sous un de leurs aspects, des exhibitions consi- 
« dérables de nourriture en rapport avec la répartition, » 

Les querelles au sujet de la nourriture entre deux- villages^ 
autrefois, pendant les moissons qui étaient souvent suivies de 
vraies batailles» étaient également significatives de l'attitude 
des indigènes envers les richesses comestibles, 

(19) On se sert souveiit de lait au Heu de sel, ou de ^n*importe quel ali- 
ment pour servir de nourriture de couimuuÎQti. 

{20) Robertsou Smith : Lectures on the religion of the Sémites. T907. 
269-270. 

(31) J. E* Harrison ; Thémi^. 135. 



r. 

t 



PSYCHOlvOGlE RACIALE ET l^ES ORIGINES DU. CAPITALISME 133 



En fait, on pourrait presque parler du Culte de la Nourri- 
tnrSj parmi ces indigènes, en tant que la nourriture est au 

centre de presque toute les cérémonies publiques (22). 

Il est vrai que les festins ont gardé dans notre société 
beaucoup de leur vieille importance cérénioniale, mais ceci 
est à peine une survivance en comparaison de Tiuiportance 
e.xtensive sociale, et de TiiTiportance magico-religiettse de la 
nourriture en Amérique du Sud^ Arabie, Mélanésie, Grèce 
ancienne- 



* - 



D*nn antre côté, comme équî\^alence sociale d^ accumulai ion 
de noitrrifiire, T argent est devenu d^ importance capitale, dans 
notre vie mentale et nos rapports sociaux. On sait que chaque 
fois que Targent apparaît dans un rêve^ Tanalyse peut régu- 
lièrement conclure qu*il s'agit d^nn substitut des excréments. 
Sa valeur sociale est une étape significative sur la voie abou- 
tissant an caractère anal, 

La pièce de monnaie, dure et brillante, comme s\anbole des 
excréments j paraît être un cas de formation par symbolisme 
Contraire ; ce mécanisme psjj^cliique étant un cas de la forma- 
tion réactionnelle, telle qu'elle se rencontre dans les dc\eloppe- 
ment des traits de caractère, 

De ce que les excréments sont, dans nn certain sens, une 
accumulation organique de la nourriture ^ il est possible de 
comprendre comment leurs substituts ont acquis une fonc- 
tion si importante dans la vie sociale* Il est aussi admis en psy- 
chanalyse que l'organisation anale de la libido implique une 
plus grande quantité d'énergie destructive ou d ^impulsion de 
mort qu'aucune des organisations qui la i^récèdent ou la sui- 
vent. 

Tandis qu*une surconipcnsation de l'envie orale petit être 
accomplie avec une facilité relative, la haine anale et le sa- 
disme sont des explosifs beaucoup plus dangereux à traiter. 

Or les classes sociales sont basées sur la richesse et avec la 
distinction des classes apparaissent l'oppression et la haine. 
L*histoire de la. race juive en est un exemple frappant, 

(22) Br.' Malinowski : Argonaùts of thc Western Pacific. 1922- 170. 



T ' 



^■■■^■^ I! I 11 M ■ 



134 



RHVUK 1^'RANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Le Juif du moyen -âge devint un prêteur sur gages ; car 
cette vocation cadrait au mieux avec rorganisation sadique- 
anale de sa libido. En s 'identifiant ainsi avec Targent dans les 
pensées conscientes et prérconscientes des Gentils^ il représen- 
tait, pour l*inconscient de ceux-ci, rélément anal. Maïs, corn- 
me il 35^ a une in ter-relation, indissoluble entre Tanal et les ten- 
dances sadiques, IMiistoire porte témoignage des horribles ex- 
plosions de sadisme connues sous le nom de Pogroms tant au 
moyen -âge que récemment encore dans l'Est de l'Europe. 

Le caractère anal et les névroses d'obsession sont intime- 
ment liés aux formations réactionncllcs de la libido anale. Et 
nous pouvons comparer jusqu'à un certain point les compul- 
sions bizarres, les attitudes tatillonnes et les ruminations sans 
but de cette névrose aux tendances sociales caractéristiques de 
notre s\3^stème capitaliste et militariste et aussi à nos préoccu- 
pations, souvent minutieuses^ concernant riijrgiène comme à 
notre souci des recherches philosophiques sans but pratique. 

Il semble tout de même que nous ayons, dans ce cas, une 
preuve très claire de progrès en évolution de Toral à Tanal, 
c'est-à-dire du t^^pe primitif au type capitaliste de îa société. 

Mais, avant d'admettre comme définitive cette conclusion ^ 
et nous bornant à admettre que nous nous trouvons actuelle- 
ment à une phase essentielle de révolution humaine j avec un 
caractère oral dans le passé, une société anale dans le présent, 
et une primauté génitale complète dans l'avenir, il est néces- 
saire d'examiner les formes primitives de sociétés caracté- 
risées par une importance grandissante de Télément anal et se 
■présentant sous l'aspect de ce qui pourrait s'appeler le Capita- 
lisme en fonnat ion. 






Un porteur très important de Mana^ en Australie, et spécia- 
lement dans, le Sud-Est Australien j est le cristal de quartz. 
Chez les Kali et les Wakka, un pouvoir magique dé tuer était 
attribué à ce Kiinda (cristal) (23). Ces cristaux étaient confé- 
rés à un homme par les esprits appelés jongari. L/ homme qni 



(2j) Matlieu' : Tico Rcprescittûtfvc Tribcs o{ Ouc^vsiQ7:{f. 19J0.IÛ0, 



^p^^vw^n 



PSYCHOLOGIE RACIALE ET LES ORIGItsES DU CAPITALISME ^ , 135 



^tait Ktiiidir Bongdanj c*est-à-dire muni de multiples cristaux 
^coucliait au bord d'un trou d^eau profonde afin de dormir. Ces 
irous-^*ean étaient considérés connue le séjour de l'esprit arc- 
eii-cielj nommé Dhakkan. Dhakkan emmenait l'homme dans 
son domaine et effectuait un grand échange ; Tliomme accor- 
dait le cristal Kundir à Dhakkan > et ce dernier lui donnait un 
Biikhin^ c*est-à-dire une corde^ en retour, L^homme était alors 
couché au repos sur le bord du trou d'eau, et quand il se ré- 
veillait, il était Manngnnigur, c'est-à-dire plein de vie ; par sa 
transaction avec Dakkan, il était désormais un sorcier du plus 
haut degré {24)- 

D^un antre côtéj Dhakkan était regardé comme le dépôt de 
cristaux, aussi bien que de cordes, et on ci'oyait que le sorcier 
avait une provision de Dhakke (pierres) en lui ; plus il en 
avait^ plus puissante était sa vitalité, et son, pouvoir magique. 
Les. pierres magiques étaient de deux sortes ; Tune était con- 
nue sous le nom de Nganpai ou Kundir • C'était un large cris- 
tal de quartz blanc ; l'autre appelée minkom, était décrite com- 
me étant plate, ronde et de couleur noire (25)- 

En généra) j le cristal de quartz et le magicien étaient amis 
intimes en Australie. Le sac d'un Euahlajn wirreenun est 
plein de ces pierres transparentes qui font des mer vei lies ,, ainsi 
^que d'âmes volées (26). 

Il est utilisé par le magicien de la pluie, chez les Ta-ta-hi, 
qui crache un petit morceau de ce cristal de quartz vers le ciel 
afin de faire pleuvoir (27)- 

Dans le district de Boulia, c'est l'esprit de la nature qui met 
le cristal de quartz dans le ventre du a niédecin-man )> où le 
-serpent d'eau, Kornmari^ le tue, en le visant avec un os ou en 
injectant dans le candidat un cristal de quartz^ le cristal est re- 
tiré par un autre (* medicîne-ni^n » et le néoph3?te de^nent un 
xiocteur lui-même, dit A, W. Ilowit, 

Howit écrit : <{ Je peux simplement définir les docteurs, 
^f comme de^ hommes qui. font profession d'extraire,, du corps 

(24) MatheWj L c. 172. -.- 

{25) Matliew : Two Tnbés^ 174. 

(26) K. L- Patker : The Euahlayi Tribe, 28. 

(27} A. L, Camerou. Notôs omsome tiibes ùf NcwSottth Wahs. Joutn* 
Aûthr. iDst, XI V* 



.^^hA^tadh^^^ii^^H^^^ 



136 



REVUE FRAJSÎÇAISE DE PSYCHANALYSE 



a humain, des substances étrangères, qui, d'après la croyance 
n aborigène, ont été placées en eux, par la sorcellerie d\in^ 
« très docteurs (28)- 

Dans toutes les tribus auxquelles je me réfère^ on croit que 

les <( medicine-men j> peiu^ent projectcr des sub:^ tances d'une 
façon invisible en leurs victimes. 

Une de leurs principales projections serait le quartz^ spécia- 
lement sous la forme cristallisée. De tels cristaux sont tou- 
jours ^ dans plusieurs parties de l'Australie, reconnus comme 
faisant partie du <c stock de commerce jï du médecin et sont eu 
général prudemment mis hors de la vue, particulièrement 
des femmes, mais sont exhibés librement devant les novices 
aux cérémonicf^ initiatrices (29)* 

Si nous essaj^ons d'expliquer la signification du pouvoir at- 
tribué au cristal de quartz, nous remarquerons immédiatement 
que le trafic avec la corde et le cristal a son équivalent en Aus- 
tralie centrale. Les flancs des sorciers éventuels sont ouverts, 
leurs organes internes sont enlevés, et ces medicine-nien sont 
pourvus de nouveaux organes (30). 

Comme le cristal et la corde sont dans le corps de Thomme, 
qu/un échange des intestins s'est eflFectué, il vient immédiate* 
ment à Tesprit que le cristal et la corde doivent être des intes-- 
fins symboliques et indestructibles (31), 

Cette conjecture devient une certitude, si nous la rappro- 
chous d^un autre récit relatif à Tesprit de l'arc-en-ciel, et à la 
recherche du cristal par le ce medicine^man )) : 

Targan, l'individu responsable de Tare-en -ciel les vomissait 
de son ventre, et les déposait en certains endroits. 

Les a medicine-mcn » savaient oii ^plonger pour les retirer,, 
c'est-à-dire là où s'enfonçait Tare-en -ciel. 

Si nous comparons ces faits, il semble que la corde soit une 
nouvelle sorte indestructible d'intestins, et le cristal un substi- 
tut similaire des excréments* 

Dans l'Ouest Australien le magicien ou Boylya se trans- 



(28) W* L* RotTi : Superstition, and Mcdicîne, N. Q. E* V. 1903. 35^ 

(29) A. W. Howitt : Native Tribes of So7ith East Anstralîa 1904. 357-358. 

(30) Spencer et GiUen : Northern Tribes of Central AusiraJia, 485. 

(31) Rothj /, c. 50. 



\ 



IWh 



PSYCHOLOGIE RACIALE Eï LES 'ORIGINES DU CAPITALISME 137 



^k^^^m^^^am 



forme en un boylya on cristal et rentre dans le corps de sa vie- 
tiiiic (32), 

Le cristal de quartz est dans Tintérieur du Boylya et passe 
dans le ventre de son fils après sa mort (33) , A strictement par- 
ler boylya veut dire le cristal de quartz tandis que boylya Ga- 
dak est le propriétaire de ce cristal^ le magicien. L'origine uni- 
que de ce xc boollia )> c'est-à-dire de ce pouvoir magique est le 
Corps humain, avec Vanus pour source principale (34)* 

Si nous passons maintenant dû Sud-Ouest au Sud du Conti- 
nent Australien j nous y trouvons que le <( Mundie » qui ^st 
donné aux adolescents lors de T initiation est un cristal que les 
indigènes croient être rexcrément d'une divinité^ donc qui est 
tenu pour sacré, 

La tendance anale dans le Sud-Est Australien est très inti- 
mement liée à la mngie et n^a rien de commun avec des rela- 
tions économiques ou quantitatives. 

Nous pouvons la caractériser comme appartenant à la pre- 
mière pliase anale, selon le plan d 'Abraham {35), car l^aspect 
destructif du cristal magique est beaucoup plus important que 
sa fonction curât ive. 






Transportons-nous maintenant dans les diverses régions de 
la Mélanésie, en vue d'étudier les modes de distribution de la 
libido, au sein d^une société capitaliste primitive. 

Dans les îles Trobriand^, toute la vie des tribus est pénétrée 
d'un constant « échangé réciproque d. Chaque cérémonie, cha- 
que acte l^galj ou contumîer, s'accompagne d'un don matériel, 
d'un don en retour, de peu de valeur; i< Donnner, prendre » est 
un des moyens principaux de l'organisation sociale du chef, 
des liens de parenté naturelle, ou de parenté par alliance (36)* 

La riches se > chez les Trobriands, est le signe extérieur et la 

■ 

(32) G. Grey, Journals of twoo Expéditions to North Wet and Western 
Attsiralia. 1841. IL 337. 

(33) M. R. Salvàdo, Meniorie storichê deW AuHralia 1851. 299. 

(34) S- Oldfield, On. the Aborigènes ot Auatralîa. Transactions of the 
Ethiiologîcal Society. 1^851. 299, 

{35) K. Abraham, Versuch einer Entwîcklungsgeschichte àer Libido. 1954. 

(36) Malinowski, ^ArgonauU of the Western Pacific. 1922, 167. 



X^S REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



substance du pouvoir, de même que le mo^^eu de Texercer. Le 
clief acquiert cette ricliesse par des mariages. 

Dans chaque village qui lui est soumis, il prend une épou- 
se ; le village auquel celle-ci appartient, suivant la loi tro- 
brieiine, doit lui fournir un fort contingent de denrées (37)- 

t< Tout ce qui a été dit des indigènes, nous dit Parkinson. 
te montre que tous leurs efforts sont dirigés vers le seul but 
« d ^acquérir de Targent, tabou ou coquille. 
. Le plus petit service ne peut être exigé gratuitement, si un 
indigène vous fait un présent (ce qui est à vrai dire un signe 
d 'amitié), il attend néanmoins en retour ^ si possible, un au- 
tre présent en argent-coquille (38) », 

Il existe un moj^en, plutôt singulier, de gagner beaucoup 
d^argent bien qu'à première vue, il semble plutôt une manière 
de le dépenser que de le gagner : Le capitaliste indigène orga- 
nise une grande cérémonie, et distribue toutes sortes de pré- 
sents à ses amis : de la nourriture, des outils, des armes > des 
c-rnements^ etc., mais quiconque reçoit un cadeau, sait qu^il 
y aura, quelques mois plus tard, une seconde fête avec des 
danses et des cérémonies, et qu^il devra alors payer^ pour ses 
p]'ésents, un prix supérieur à celui de leur valeur réelle. 

Par exemple, un homme qui a dépensé trois cents toises de 
tabou, à l'achat des présents j en reçoit quatre cents vingt eu 
retour (39}. 

Cette manière de gagner de l'argent, au moyen de ban- 
quets, est le trait caractéristique du capitalisme primitif > 

Malinowski définit cette coutume : (( cérémonial d'échange 
avec paiement différé » (40}, 

Une variante de ce type, systématisée sur une grande échel- 
le, entre les tribus, est le Kula. 

CVst une forme d'échange, usitée par des communautés ha- 
bitant un grand cercle d^îles formant un circuit fermé. 

Le trait principal de toute la transaction est que deux sor- 
tes d'articles se déplacent contiimellement dans des directions 
opposées. 

(37I Malillowski, L c. 64. 

(38) Parkiïison, Dreis^ig Jahrc in âer Siîâsec. 1907/ gi, 

(39) Parkiiisoii^ L c. 93, 

(40) Malhiowskî, ArgonQui^, 187. 



PSYCHOLOGIE KACÏÀLE ET LE>S ORIGINES DU CAPlt ALLUME 139 

_^^^^ u ■ -^^m ^ ^ ■ 1 1 — ■ ^M ■ ■ ^ — ■ 

+ r." 

Lès longs coliiers'ii^ coquilles rouges, appelées souJava, se 
^déplacent àAns la direction des aiguilles d'une montre,' et les 
'bracelets de coquilles blanches, appelées mwalij se déplacent 
dans la direction opposée. 

Chacun de ces articles^ à mesure qu'il voyage dans sa direc- 
tion propre, sur le circuit fermé, rencontre sur son chemin, 
des articles de Tautre sorte, contre lesquels il est constamment 
^échangé. 

Chaque déplacement des articles du Kula, chaque détail des 
transactions est fixé et régk. mente par une série de lois et de 
'Conventions traditionnelles ; certains actes du Kula sont ac- 
compagnées d'un rite magique, élaboré avec grand soin et de 
'Cérémonies publiques. 

Appartenir au Kula veut simplement dire : recevoir certai- 
nes ' marchandises > les conserver très peu de temps, puis les 
remettre en circulation. 

' La règle est : a Une fois dans le Kula, toujours dans le 
Kula » c^est-à-dire que personne n'est supposé échanger ces 
'marchandises, et les ornements eux-mêmes circulent in œler- 
nwn. ' 

Sous le couvert de rechange rituel de bracelets de coquilles 
^et de colliers, ils exercent un commerce ordinaire, troquant 
d^une île à Tautre un grand nombre de choses utiles qu'il est 
souvent impossible de se procurer dans le district. 

La construction de pirogues de haute mer pour les expédi- 
■tions, certains grands rites de cérémonies mortuaires et diffé- 
rents tabous, sont les préliminaires du Kula. 

Quoique négocié entre des tribus qui diffèrent sociologiqne- 
naent par la langue, la culture, et probablement aussi par la 
race, ce commerce est basé sur des statuts déter m iiiés et per- 
manents, sur une association qui lie par couples quelques mil- 
'liers d'individus. 

Quant au mécanisme économique des transactions, il est basé 
sur une forme spécifique de crédit qui implique, , à. un haut 
de^^ré, la confiance mutuelle et l'honneur commercial/ 

L'associé de l'autre côté de la mer est un hôte, un patron» 
--et un allié dans un paj^s de danger et d'insécurité (41), 

(41) Malîiiowstî, 1, c. 82. 102. ''" ■'■' ■' ■ 



^i^ 



140 3<EVUE KKANÇAJSE DE PSYCHAKALVSE 



La cérémonie du Kula, telle qu'elle est accomplie à Kitava^. 
présente un trait caractéristique très important : 

■ 

Au lieu d'un flot régulier de marchandises^ il 3?^ a de longs 
arrêts et de brusques reprises de circulation • ■ 

u Des arrivages aussi soudains des articles de Kula sont 
a associés à uiio importante institution qui n*est pas connue 
<i chez les Trobriajidsj ou dans le Dodu^ mais que nous trou- 
H VOUS à Kitava, et au-delà du Cercle, aussi loin qu'à Tube- 
u tabe. t) 

Lorsqu'un homine meurt, il est d'usage qu'un tabou s*abatte- 
sur les habitants de son village. 

Ceci veut dire qu'on n'y reçoit aucun visiteur, et qu^ aucun 
des articles du Iliila n'en peut être exporté/ 

Tous les habitants devenus tabous s'attendent cependant à 
recevoir autant de présents du Kula que possible et s'occu- 
pent activement eux-mêmes de Taffaire. 

A]}rès un certain tempSj une grande cérémonie de distribu- 
tion de marchandises, appelée so-i, est célébrée ; des invita-^ 
tions sont lancées à tous les associés dn Kula ; et, lorsqu'il 
s'agit d'une affaire importante, même aux habitants des dis-^ 
tricts situes en dehors des limites de Tassociation. 

Une grande distribution de nourriture a lieu, dans laquelle 
tous les invités reçoivent leur part, et les biens du Kula sont 
alors donnés en grandes quantités aux associés de cette com- 
munauté (42)* 

La distribution soît de nourriture, comme on la trouve à 
Ki ta va, est l'acte final d'une longue série de distributions: 
jnoindres. 

Ce qui la distingue de ses contre-parties Boyowan^ et des- 
cérémonies similaires, parmi les Massim, est l'accumulation ^ 
des marchandises du Kula (43)* 

Le trait caractéristique de l'assemblée a été résumé ainsi' 

par Malinowski ; 

a Un tabou marUvAirc arrête temporairement le flot des mar- 
chandises de Kula, et une grande quantité d'objets de valeur 



(^2) Malinowski, 1, c, 4Sg. 
(4:^) Maliiiowstîj 1. c. 490. 



^■^«t^H^ta^ 



***m 



m^^^- 



PSYCHOLOGIE RACIALE ET LES ORIGINES DU CAPITALLSME 14T 



laiiisi endiguée, est soudainement libérée par le so-i et s.^étale 

•en grandes vagues le long du circuit (44) • 






<( 



Nous pouvons admettre cette supposition en concordance 
avec les idées ci-dessus exprimées, que partout où nous trou- 
vons les idées de richesse d'argent et de biens, comme traits 
^prédominants dans une organisation sociale, il doit y avoir 
un courant de libido anale sur lequel reposent ces superstruc- 
tures. > 

Les indigènes de la ]xm insuie Gazella racontent ce m3rtîie, 
caractéristique de la signification synthétique de Targent-co- 
quille ; 

n II y avait une fois uii petit garçon qui demanda à ses 
parents de lui donner à manger. 

(f Ils lui répondirent : — Mange tes excréments, et ceux 
de tes camarades, ~ L'enfant s'en va, inortellemcnt offensé 
et est entraîné, sur un: tronc d'arbre, vers une contrée étran- 

< gère* Il trouve là un oiseau qui demande à Tai-bte : — 
c D'où ^'ient cet homme? — et Tarbre répondit .; Il soupire 
( après les rebuts de la mer, ici^ à Nakanai. — n L*eiîfant 

<i reçoit alors trente paniers pleins d'argent-coquille, et Toi- 

f seau l'accompagne en volant vers son paj^s natal. Il y arrive 

( juste à temps pour assister à sa propre fête mortuaire et 

< trouve s^s parents complètement appauvris, car ils avaient 
^* dépensé tout leur argent-coquille pour la cérémonie, ïl réta- 

c blit leur capital, et vit déFîorniais en homme- riche. Dc^puis 

< ce temps nous soupirons tous après les rebuts de la mer à 

< Nakanai. (45) » 

La première conclusion à tirer de ce mythe est que la signi- 
fication sjj^mbolique de l'argent est exactement la. même en, 
Mélanésie que dans le capitalisme européen. 

Le héros de rargent-coquille est un enfant à qui ses parents 
avaient enjoint de manger ses excréments ^ et qui accomplît 
cette injonction sous unefornle sublimée, 

^ (44) Maliiiowski, 1. c. 493. 

(45) Jos. Meiçrj Mythen tmd Erzàhliwgen der KUstcnbewohner d^r Gazcl' 
IchMbinseL 1969, 95, 105, 



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rr Wi-r- ^é^ 



142 ' '• ' REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Nous y voyons aussi des allusions concernant les antéce- 
tleîits oiitogénîqiies de l'organisât ion anale* La recherche de 
l'argent est due au refus de nourriture de la part des parents^ 
ou plutôt de la part de la mère. 

Dans l'organisât ion anale, Tenfant lui-même joue le rôle 
de la mère en donnant naissance aux excréments, ou en la 
payant en retour du lait qu'il en a reçu, par le même moj^'en. 

— Un autre fait saillant est la croj^ance relative à T esprit 
appelé Nopitu, ou mj^^the de rhomnie possédé par Tesprit : 

« Un tel homme danserait à une fête, comme nul ne pour- 
(( rait le faire s'il n'était pas possédé par Nopitu* 
^ a II se gratterait lui-même le bras ou la tête et de Targent 
a nouveau (des coquilles non encore enfilées} tomberait de ses- 
<( doigts. 

' « On bien, il prendrait une noix de coco pour boire, et les 
a spectateurs entendraient T argent couler, au lieu du liquide ^ 
M et frapper contre ses dents ; puis l'esprit le cracherait sur 
« sur le sol. 

a Si Ton offrait une jeune noix de coco à un homme, pos- 
ii sédant ie Nopitu, il y ferait une ouverture^ boirait le con- 
u tenu de la noix et la rejetterait pleine d'argent. 

a Un autre mo^^n de se manifester serait, pour un Nopitu^ 
u une noix qui viendrait de la cuisse d'une personne , et di-- 
« rait : — « Me voici, don nez- moi de la nourriture, j'ai 
<( faim, ï> — Alors le Nopitu chanterait un beau chant et 
« s'en irait, mais un moment après, une femme le sentirait 
« venir à elle, et s'asseoir sur ses genoux, et elle T entendrait 
a criei : (^ Mère - — Mère » ;elle le reconnaîtrait , et le pDrte- 
« rait sur son dos^ comme un enfant, 

u Quelquefois une fertime entendrait un Nopitu dire — 
i< Mère^ je viens à toi ï), elle sentirait Vesprit entrer en eîle^ 
a et naître ensuite comme un enfant ordinaire. » 

Ce serait en particulier des femmes qui seraient possédées 
par Tesprit du Nopitu. Lorsqu^un homme désirerait avoir 
■ un de ces esprits, il devrait donner de Targent à une des fem- 
mes qui sont sons leur influence (46)^ 

— Il est aisé de comprendre la fantaisie infantile contenue 
dans la cro^^^ance de Nopitu, où l'enfant s^est rendu indépen- 

(46) R, H. Codring^oii, The Melancsians iSgr, i^^. 



*»^^^— ^—>^^^^^^^^^^^>^*iJ^— ^ 



PSYCHOLOGIE EACTALE ET LES ORIGINES DTJ CAPITALISME 143. 



dant des bras maternels en devenant la mère lui-même^ eu 
donnant ses excréments (argent) au lieu de recevoir du lait* 



^ . 
* * 



Mais si nous voulons donner une explication spécillqne et 
historique des premières formes sociales du capitalisme^ tel 
qu^il s'est développé en Mélancsie, il est nécessaire de prendre 
en considération quelques autres faits. 

Nous pouvons nous faire une idée exacte des rapports étroits 
entre la sainteté (tabou) et les esprits ou revenants^ mais il 
non s sera très difficile de comprendre ce que le tabou peut 
avoir à faire avec l'argent^ et Targent avec les habitants du 
monde inférieur, et finalement, de saisir le rapport intime 
entre ce dernier et les excréments. 

L'argent est sacré en Mélanésie^ (47) on l'appelle tabou 
dans la Péninsule Gazella^ et tambu dans la Nouvelle Breta- 



gne, 



Les habitants des iles Salonion appellent leur argent -co-- 
quille RongOj un mot qui dans d^ antres lieux de T Océan ie et 
probablement aussi dans les îles Solonion, signifie sacré. (48) 

Nous avons décrit Thâbitude étrange du paiement différé^ 
en rapport avec les fêtes mortuaires. 

Il y a nn arrêt dans la circulation de l'argent du district 
en deuilj suivi d'une décharge d*argent-coquille en grandes 
quantités. 

Une forme particulière de sacrifice est liée aux Viii, qui 
semblent être les âmes des i:^remiers possesseurs du paj^s. 

Ce sacrifice, appelé oloolo^ consiste à éparpiller l'argent sur 
la pierre qui représente les Vui. (49) 

La pierre, et Targent épai^DÎUé sur la pierre, sont tous deux 
rongo^ c^est-à-dire sacrés, (50) 

Les introducteurs de la culture du Kawa, doivent avoir été 
les auteurs de ce rite, 

(47) Cf, Roheiin Heiliges GelA in Mélanésien. lut. Z. IX. 394. Hah], 
Nachrî€hten uber das Kaiser Wilhelvul^nd 1897 74. 

(48) Ri vers, Histoiy- of Melanesian Society. I, 390. 

(49) CodritigtoUj The Melanesians, 140 Cf. Ri vers, I. c, L 146, 

(50) Codrii]gton, L c. iSï* 



^44 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Ils craignaient les Vui^ les possesseurs du sol, et leurs 1113^5- 
tères indigènes ; nue race étrangère semble toujours inquié- 
tante, surnaturelle. 

he sacrifice représente probablement une tentative en vue 
de les séduire, mais une tentative pratiquée au moyen de 
leurs propres céi'émonies funéraires. 

■ Eu ^^érité, nous ferons comprendre que nous avons ici une 
preuve historique de la transforma (ion du symbolisé, devenant 
satisfaction dans le symbole, procédé qui nous est si familier 
dans les analyses cliniques. ' 






On voit ainsi quelle place occupe l'organisation anale de la 
libido dans l^ vie de ces primitifs , Les miracles accomplis par 
le medicine-man au profit des novices sont des miracles de 
type anal ; le cristal de quartz est extrait de l'intérieur du 
corps et exposé au public frappé de terreur, (51) c'est-à-dire 
que l 'ordre normal de la nutrition et de la défécation se trouve 

Mîiis le problème qui nous occupe ici n^est pas celui de la 
technique de la magie dans le Sud-Est Australien. Ce que nous 
voulons savoir surtout c'est comment un tel état de choses a 
pris naissance et s'il concorde avec l'idée d'un simple progrès 
de l'oral vers Tanal. Nous en trouvons l'explication dans le 
rôle joué par le cristal lors de l'initiation , Dans certaines par- 
ties de r Australie, la « pierre à la grande îuviière ^ est expo- 
sée aux yeux des jeunes gens en place du rliombe sacré (52)- 
Le point culminant de la cérémonie à Port Jackson consiste à 
remettre dans la main de Tinitié le cristaL On se sert aussi 
du cristal de quartz pour détacher, suivant le rite, une dent 
du novice. 

Revenons maintenant à Tensemble du cristal de quartz. 

Dans toutes les régions australiennes où il est en faveur, le 
cristal semble en rapport avec ï/extraction de la dent, tandis 
que le mystère central de la cérémonie de la circoncision est 
le rhombe sacré. Mais taudis que le cristal n^apparaît pas dans 

(51) W, Howîtt, Native Tribes. 525. 
. (52) Journal oi the Atit]u'**^olQgical lastitute. IL 281. 



■««p 



PSYCHOLOGIE RACIALE ET LES ORIGINES DU CAPITALISME 145 



le Centre ni le Nord comme symbole d'initiation, le rlioinbe 
sacré ne perd rien de son importance dans la contrée on règne 
rextraction de la dent. On pent donc assumer que le cristal 
est nn substitut local du rhombe sacré originaire. 

Si nous confrontons maintenant les deux nwtlies de Bai- 
anie, T esprit du cristal ^ (53) et de Daramulun, le mauvais 
esprit du rliombe, (54) esprits qui sont Tun à T autre antago- 
nistes, nous verrons ce point de vue confirmé et éclairci. 

Il y a très longtemps^ nc^us disent les Wiradthuri, il y avait 
un être gigantesque et puissant, quelque chose entre un homme 
noir et un esprit, du nom de Dhuramoolan, Il était Tua des 
-serviteurs de Baiamai, Sa voix inspirait la terreur et ressem- 
blait au grondement lointain du tonnerre. A un certain âge, 
les garçons lui étaient conduits afin qu'il lés enniène dans, la 
brousse et les v instruisît de tontes les traditions et coutumes 
de la tribu, on pouvait observer que chaque garçon avait per- 
■du Tune de ses incisives supérieures < Dhuramoolan racontait 
^à Baiamai qu^il tuait régulièrenic^nt les garçons, qu'il les 
coupait en morceaux et les lédiiisait en cendres, puis qn*avec 
les cendres il modelait mie forme humaine et les ressuscitait, 
mais chacun avec une dent de moins. Mais^ au retour des 
■garçon s j Baiaraaî, au bout d'un certain temps, fi^nit par s^aper- 
ce voir que quelques-uns manquaient régulièrement et Baiamai 
fut très mécontent de perdre ainsi tant de ses jeunes gens. Les 
garçons lui révélèrent que Dhiiramoolan s ^ était régalé de q\iel- 
ques-uns d^entre eux ; ils lui firent savoir aussi que Dhura- 
moolan extrayait la dent des garçons en insérant au-dessous ses 
propres incisives. Quelquefois même il ari'achait ainsi tout le 
-visage du garçon et le dévorait. En entendant ceci, Baiamai 
-entra dans une grande colère et détruisit Dhuramoolan, (55) 

Dliuramoolan le rhombe sacré, c'est le phallus, (56) Baiamai 
est le cristal de quartz, symbole de rexcrémentieL La céré- 
Tuonie où celui-ci figure est une négation du comi^lexe de 
■castration. Il semble donc que la transition menant Dhura- 

(53) Cf, K. L. Parker, The Enahhyif 1905. 7, 8, 

(54) R. H. MathewSj BiiU-roùrers used by Avsfrùliûn Aborigènes, Jour- 
Ttial XXVri. 1897, 56. 

(55) H, R. Matliews, The Bùrbitng of the' Widûâihuri Tribes, Jouiiial 
XXV. 297- ; 

(s6) Cf. Roheîin Ansitralian Totemisvi. 1925, 

REVUE FRAKÇArSlî Ï>E PSYCHANALYSE 10 



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146 



RE\?TJE FRANÇAISE DE PSYCHAIS^ALYSE 



moolaii à Baiainai soit la transition du génital à Tanal^ la cas- 
tration anale de la perte des fmces substituée à la castration 
de la perte du phallus. En ce sens la transition telle que nous 
la représente la légende, peut-être qualifiée de ntitigation^ 
d'atténuation. Nous sommes ainsi amenés à une deuxième con- 
jecture qui semble en opposition avec notre première conjec- 
ture. Ici nous pensons que la cérémonie n^est pas dérivée pan 
évolution de Voral à Vanal, mais par régression du génital à 
ranaL (57) 

On peut expliquer la régression par Pangoisse de la castra- 
tion ou plutôt par un désir d'éviter le complexe de castration/ 
même sous sa forme sj^^mboïiqne. 

Le résultat de ce processus est une cérémonie rituelle de la 
puberté transcrite sur le mode de Térotique anale. Le rhombe 
sacré lui-même est appelé Gounandhaka — mangeur d ^excré- 
ments, et les garçons sont contraints à manger des excré- 
ments humains. Les garçons sont amenés au lieu appelé : 
Place des excréments, où le? hommes plus âgés font des jon- 
gleries et exhibent aux novices des cristaux de quartz comme 
excréments de Goign. (58} ■ 

Rivers a montré que le Tui -Tonga , le chef sacré des îles 
TongaSj est une représentation typique du Kawa-cultnre, (59) 
Le jour qui suit la mort de Tui-Tonga, chaque individu de 
chaque île, homme^ femme et en faut j a la tête rasée de près. 
Ceci est une particularité, ainsi que la coutume de déposer- 
dans la tombe^ près du corps du défunt, certains de ses biens 
les plus estimables j tels que les perles , des dents de baleines, 
des nattes de Haipon. (60) Les pleureuses restent dans le 
torabeau environ deux mois, se retirant seulement de temps 
en temps, dnns les mais(3ns avoisinantes, afin de manger et 
d'accomplir leurs autres fonctions. Dans raprès-midi des funé- 

(57) Le cristal de quartz est d ^ailleurs un objet interdît à la vue des fem- 
mes, comme le rhombe sacré. 

(58) R, H, JlathewSj The Kecpa va C^rcviony of hiiiiaiion, Journal 1896- 
328, Id, The Bvfbung, ibid. 27S. Ridîey, Report on A^tstraJian Languages- 
17174 Traditions. Journal. II, 270. 

(59) Eivers, Historj^ II 245-414-492 (regarding the Yui) et II 433-436-493- 
595 sur le Tui -Tonga, 

(60) Tous ces articles servent d'argent, CL ScUvi^Uz^r Schnechen i^nd M^r 
schlen im Leben der Vôlkcr Iitàoncsicns und Ozeanicns 1S94. Rivers, His- 
tory II, 390. Mariner II j iSi, Codringtoii L c. 323. 



«M^M 



PSYCHOLOGIE" RACIALE ET hJiS CRIGINES DU CAPITALISME I47 



raille.s^ il y a un gi-and nettoyage cérénioniel du tombeau. 
Certains retirent les buissons et l'herbe^ d^antres font la mê- 
me chose pour les autres débris et ordures. 

Pendant ce temps un certain nombre d'iionimes du voisi- 
nage se préparent à venir accomplfr une part de la cércmoiiîe 
que le lecteur ne pensera pas être en harmonie avec le carac- 
tère sacré de propreté que nous avons attribué aux indigè- 
nes. Il s^agit pourtant d*un rite religieux fondé sur une vieille 
coutume.. 

Ces hommes (une soixantaine environ) s'assemblent de- 
vant le tombeau et attendent des ordres. Les chants étant fi- . 
nis, et les conques s'étant tues/ une des pkurcïises s'avance, 
s'aF,sied en dehors du tombeau et harangue ainsi la fouh^ - 

c< Hommes, vous êtes réunis ici, afin d'accomplir le de- 
ce voir qui vous est imposé. Acquittez- vous-eh avec bonne vo- 
« lonté, » Ceci ditj elle .se retire .dans la tombe. 

Les hommes alors s'approchent de la coUiiiCj (il fait som- 
bre) et accomplissent leur dévotion à Cloacina. Après quoi ils 
se Telirent* Dès qti*il fait jour/ le lendemain, les femmes de 
haut rang, (épouses et filles de grands chefs) s'assemblent 
avec leurs suivantes,,, afin de nettoyer les dépôts de la nuit. 
Les excréments sont déposés dans la tombe j durant quatorze 
nuits, et nettoyés tous les matins au lever du soleil. 

An point de vue de 1 ^ontogenèse, ces rites trouvent leur ori- 
gine dans la relation de l'enfant avec sa mère. Nous pensons, ■ 
en effci, d'après l'expérience de nombreux cas d'analyse cli- 
nique, que l'enfantj en retour de T amour qu^il reçoit de sa 
mère, sous la forme de lait, parait s'acquitter envers celle-ci ^ 
au moyen de ses fonctions de défécation : la mère donne à Pen- 
fant le lait et reçoit de lui le bol fécal. 

La, naissance et le sevrage signifient la perte de l'objet 
aimé, et plus tard, dans la vie, chaque nouvelle perte fait re- 
monter les sentiments, jamais oublîcSj qui furent contempo- 
rains des tragédies de l'enfance. Dans T organisation anale, 
après une telle perte ^ T eu faut s ^identifie la mère par *< intro- 
jection » et joue à la mère eu donnant naissance à un enfant 
an ah La mort du pèi*e aimé^ conduit à une autre identifica- 

(61) Mariner h c. II. 185. Cf. ibid, I. iio-iii*. 



-:• . b 



1 > 



148 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



tion ; le côté tendre des émotions ambivalentes, trouvant sa 
satisfaction dans ce succès ^ domine la scène, 

Mais si nous considérons les rites funéraires d'un autre 
point de vue^ nous ne pouvons manquer d'observer qu^ils re- 
présentent aussi la survivance d^un passé ph^dogénétique^ ou, 
en d'autres termes^ que leur transférence au corps, eu attri- 
buts maternels, doit avoir pris place dans la « Horde primi- 
tive }> lorsque les frères ont mangé le père et ainsi répété le 
caiiibalisme ontogénétique de leur enfance. 

La ,p.eur des revenants et des Dieux, en tant que charogne 
et mangeur d*âme, est nettement Taspect rétributif de ce 
crime prima ire-anaL 

Le Tui-Toiiga est un sjaiibole du Père jaloux ^ mais aussi 
de la mère qui a nourri les pleureuses, ses enfants, de sa pro- 
pre chair (62). 

En d'autres termes, nous croj^ons que le capitalisme Méla- 
nésien est du à la régi'^ession du stade génital au stade anal, 
que cette régression est une répétition du même processus qui 
eut lieu dans l'obscur passé de la Horde prinliti^''e. 

Il y a substitution d'une castration anale symbolique (ar- 
gent) à un sjnnbole de castration génitale (circoncision). 

Dans un certain sens il doit sembler surprenant de trouver ^ 
que ce qui semble un progrès, au point de vue du sens com- 
mun, soit décrit comme une régression par les psyclianal jus- 
tes. {62) 

Mais nous ne devons pas oublier la vérité évidente que le 
progrès sort toujours de la dure nécessité ; car la satisfaction 
est, par nature, intrinsèquement consen^ative . 

Il ne faut pas oublier qu'il y a une grande différence entre 
le progrès, comme le comprend l'histoire, et le progrès dans 
Tinterprétation psych anal 3^ tique. 

C'est une meilleure adaptation au milieu, une nouvelle for- 
me d'organisation sociale^ si elle impose une augmentation 
dans la série d'applications techniques à la disposition de l'hu- 
manité, que constitue révolution sociale ou le progrès au sens 
historique du mot. Alors que du point de vue analytique, le 



(62) R. cf, Rdhehii : Nach dem Todc des UrvaterSf Imago TX et Heilîges 
Geld Zeîtschi-îftt. 

(63), Cf. Animiina. Majic and- the DivUtc Kins. 



r ■ r 



■ III 11 ■■■■■I ■ IIMI ■!■ Illl iiiaii ■!■ I ^^~ 



PSYCHOLOGIE RACIALE ET LES ORÏGIUES DU CAPITAIJSME 149^ 



progrès signifie une adaptation du Moi et de la T libido à la 
réalité. Adaptation du côté du Moi combinée avec l'avance 
faite par la Libido de l'auto-érotisme à l'Amour de l'objet, 
conquête du milieu ; ce qui impose un minimum de sacrifice 
du point de vue de l'inconscient et se présente comme une 
victoire accomplie, avec une facilité et un plaisir relatifs. 

Ce n'est pas par hasard que le Dieu Rongo, par exemple 
cliez ks Polynésiens, dont le nom signifie et tt sacré )^ et 
t< argent j), est aussi Tinveuteur de la circoncision. C'est par 
une régression que le capitalisme qui est un type sans doute 
plus évolué que les premiers types d'organisation sociale, sVst 
développé. Or cette régression implique un adoucissement, 
car il substitue à la perte brutale et pénible du pénis ou de son 
substitut le prépuce ^ une perte plus supportable j celle des 
excréments ou de leur substitut, Targent* 



Avis 



Du 8 au 2:2 Août 1929 aura lieu à Elseneur (Danemark) un Con- 
grès de Pédagogie. La dernière réunion de ce genre a été tenue à 
Locarno en 1927,, et a compté plus de douze cents participants. Plus 
de quarante Etats étaient officiellement représentés. 

Le sujet de cette année est : « La psychologie nouvelle dans ses 
rapports" avec Téducation ». Cet énoncé même implique déjà quelle 
grande signification la pédagogie doit reconnaître aux recherches de 
îvl, Freud et de ses disciples. M, Poster a été chargé d'organiser un 
cours élémentaire de cinq leçons sur le rôle de T inconscient dans le 
développement individuel. Il a été placé en outre à la tête de la sec- 
tion pS3^chanab^tique du Congrès, Il sera assisté dans cette tâche par 
M, Tobler, directeur de la maison d'éducation de Hof-Ôberkirch, à 
Kaltbrunn, canton de Saint-Gall (Suisse). Des rapports seront faits 
par ces deux aulf^nrs, ainsi que par MM, Ernest Schneider, Jean 
Piaget, Hans Zulliger et M™^ Behn-Eschenburg_en ce qui concerne 
la Suisse. M. Pfister pense qu41 serait à souliaiter que les milieux 
psychanalytiques des autres pays, et particulièretnent du nôtre, 
fussent également représentés au Congrès, tant par des rap porteurs 
que par dès auditeurs. Les sujets de communications devront ctrc 
indiqués à M. Oscar Pfisterv, 6^ Sçhienhutgasse, à Zurich (Suisse). 





RENDUS 



Société Psychanalytique de Paris 



Composition de la Société (/«m 1929). 

MkmBRES TiTULAIRÏiS (15) 

Fovdofeurs : Madame Marie Bonaparte (Princesse Georges de 

Grèce}, 6, rue Adolphe-Yvon, XVr. 
M""^ Eugénie SoKOLNiCKA^ 30, rue Clievert, VI r. , 
MM, René Allendv, 67 ^ rue de l' Assomption ^ XVI*, 
Adrien Bokel, n, Quai aux Fleurs, IV^, 
Henri Codht, 10, rue de TOdcoHj VP, 
Angelo Hesnard, 4, rue Peiresc, Toulon (Var). 
René Laforgue/ 1, rue Mlgnet, XVP-. ■ 
Rodolphe LcEWEKSTËJN, 127^ Avenue de Ver- 
sailles, XVP, 
Charles OoiEE, 24.^ boulevard des Philosophes, 

Genève (Suisse) . 
Georges Parchhmîney, 92^, Avenue Nieî,XVII*. 
Edouard Pichok, 23, rue du Rocher,' Vil P. 
Raymond de Saussure, 2, rue de la Tertasse, 
Genève (Suisse). 
Elus : 1928. M'*''' Use Jules ROKJAT, 9, Chemin des Cliênes, Genève 

(Suisse) , 
M. Henry Flournov, 6, me de Monnetier, Genève 
(Suisse) . 
1929, M""*" Sophie MoRGEN'STEKK, 4, rue de la Cure, XVP, 



COMPTES RENDUS 



151 



Membres adhérents. (12) 
1927. M"^ Anne !Rî\1ï!\îak, 90, boulevard de Courcelks, 

xvir. 

MM. Bernard Dore au (Max Dorian), 31,, rue de 
Bellechasse, VIP- 
Maurice Martik-Sisteron, 14, bouL Edouard 
Rey, Grenoble (Isère) • 
192S. MM. Sacha Nacht, S, boulevard Flandrin, XVP et 

iQ, Strada Grammont, Bucarest (Roumanie), 
Paul ScHiFF, 28, rue Le Regratier, IV . 
A. Repokï>^ Maison de santé de Malévoz, k 

Moiithey, Valais (Suisse). ■ " . 

HÉLOT, 5j rue d* Alsace-Lorraine, Oran (Algérie), 
Edouard Monod-Herzen^ 12^ rue Antoine Clian- 
tin, XIV^ 
7929. MM. Paul Germain, 10, rue Durantin, XVIIP. 

Henri IIoi:slj,^ 90, rue du Bac, VIP 
M°'' René Laforgue, i, me Mignet, XVP, 
M. John Leuba., i2Ij rue de Vanves, XIV*. 

Bureau pour 1929. 

Président : M. René Laforgue. 

Vice-Président ; M. Raj'^moiid de vSaussurE, 
Secrétaire : M, Allendy. 

Trésorier : M- Parcheminev. 



Séance du 8 janvier 1929. 

M. Prinzhor^i, de passage à Paris, parle de certains aspects du 
DÉVELOPPET^fENT DE LA PSYCHANALYSE en Allemagne. On rfeclierche 
les rapports des cas organiques avec les troubles psjrchologiques, 
estimant que la psychanalj^se ne gagne rien à s'isoler des autres 
branches médicales. Déjà quelques cliniciens de médecine générale^ 
aj^ant subi Panalj^se^ travaillent à recliercher la valeur psychanaly- 
tique des niakcies internes. La pS3!^chan;ilyse se développe aussi dans 
le sens sociologique, particulièrement en ce qui concerne l'art et la 
politique- 

Les Eglises j tant catholique que protestante, s* intéressent à la psy- 

. cil analyse. Beaucoup de prêtres se mêlent aux médecins dans les 

-congrès. M, Halkrs^ en Autriche^ s*occupe spécialement à initier 

les prêtres à la doctrine : lui-même a pris une position intermédiaire 

-entre Mi\L' Ad 1er et Freud. De leur côte, les prêtres trouvent un 

grand intérêt pratique à cette étude qui leur permet des interventions 

plus efficaces et un prestige plus gr^nd. M- Freud voudrait que les 

pS5'^clianal3'!^tes se rapprochassent entre eux plutôt que de contracter 

-des rapports avec le monde extérieur ; de même craignant le dîlettan- 



152 ]R1ÎVUE FKANÇAISE DE PSYCHANAI^YSE 



tîsme des cliniciens de médecine générale, il semble faire des réser- 
ves sur r extension de la psjj^chan^tyse à la pathologie interne. Ce- 
pendant il arrive un moment où les autres spécialités viennent en. 
contact avec les frontières de la ps3Thaiial3'se et où les rapports sont 
inévitables. 

Le D'' Prinzhorn ajoute qu*il se présente encore un problème théo- 
rique : la psj^cliaiiah'sc se sert encore d'une terminologie propre à 
la psychologie du xix^ siècle, alors qu'on doit se débarrasser de ces 
notions surannées. Il estime en outre que le domaine propre à la 
pS3^chanal5^se n'est pas aussi étexidu qu'on a voulu le croire et que ses 
indications doivent être précisées^ en tenant compte de ses possi- 
bilités de guérison. La guérison ne consiste pas seulement à devenir' 
capable de travailler et de jouir de la vie. Il y a des comportements 
qu'on peut bien modifier dans le sens social^ mais dont on ne peut 
pas changer le sens biologique. Le succès d'une psj^chothérapie dé- 
pend de la profondeur des altérations de la personnalité. Il y a des 
cas où on peut parler d^une psychopatLologie constitutionnelle et 
impossible à modifier complètement. Diantre part, il faut tenir 
compte des possibilités que présentent d ^autres met odes psjTchothé- 
rapiques. Les maladies ont avant tout besoin d'une doctrine et d'une 
personne qui T incarne, et la force de la doctrine provient plus de sa 
persévérance d'application que de son sens. 

A P occasion de cet exposé, M"'' Morgenstern a signalé qu'en Aile- 
magne^ les prêtres invitaient souvent non seulement des psychiatres, 
mais encore des pS3^chanal5^stes à leurs conférences pédagogiques, 
Elle-même et M. Germain connaissent des prêtres' très partisans de 
Ja ps3rchanal3=^se. 

M. Boreî indique tonte la valeur pragmatique que cette doctrine 
présente pour eux. 

M. Monod^Herzen a proposé de résumer la pensée du D'' Prinz- 
horn en disant que les insuccès de la psychanalyse doivent tenir ^ 
à un défaut dans ses indications. 

M, Lœwenstein fait valoir que ces insuccès constituent les cas: 
dont on parle le plus, les patients guéris disparaissant généralement 
sans laisser de traces. Selon lui, on peut avoir la seusation d'être 
gfuéri sans Têtre réellement ^ et inversement. Certains comportements 
sociaux peuvent demeurer alors que Tordre s'est établi à ^intérieur; 
on peut soufLrir des illusions qui sont nécessaires à la vie de Tindi- 
vidu. 

. Au contraire, pour ilf^^ Sokohiicka, c'est être malade que d* avoir 
besoin d? illusions et on n'a pas guéri l'aSection tanLque ce besoin 
subsî.ste. 

Séance du 5 février 1929. 

Cette séance a été consacrée^ dans sa première partie, au renouvel- 
lement du bureau. 



^^^■^1^— fc^W-^fc^^^^M^^^^»^ ^ T 



COMPTÉS RENDTJP - 153' 



M, Laforgue, président sortant, a prononcé T allocution suivante :. 
Mesdames et ^Messieurs, 

ri 

« Nous entrons dans la troisième année de l'existence de notre 
a société et le moment est peut-être venu de tracer devaiit vous le 
<i chemin que nous avons laissé ensemble derrière nous et celui qui 
((, nous reste encore à parcourir. 

« Vous savez tous T importance que j'avais attachée à Toiganisa- 
<ï tion de notre société, qui a gardé jusqu'à présent le caraclère d'un 
a fo^^er de famille. Nous nous réunissions tous animés d* abord d^un 
« même idéal de sincérité scientifique, ensuite d'une volonté d'orga- 
« niser notre travail pour faire triompher nos idées pour le bien des- 
« malades^ et peut-être pour le bien des enfants, des familles , de la 
* collectivité que nous sommes appelés à servir. Evidemment^ ce ne; 
« ne sont pas ces deux ans qui nous auront permis d'atteindre tous 
« nos buts ; mais un fait est acquis : nous ne sommes plus isolés. 
«f On peut discuter nos doctrines, mais on les discute dans un tout 
« autre esprit que celui avec lequel on parlait il y a quelque temps 
^ de la pS5''chanal5^se. 

« Vous savez que le nombre de ceux qui ont l'intention de s'asso- 
<( cier à notre effort est en train d'augmenter ; or, ce résultat a été- 
« obtenu non par une propagande tapageuse, mais surtout, je croîs, 
« par la confiance que nous avons su inspirer autour de nous* U 
« est vrai que ce nombre n'augmente que lentement ^ mais je crois 
« que ceci est également une conséquence de notre ligne de conduite^ 
« qui consiste à préférer la qualité à la quantité. 

^ Notre revue, fruit de notre collaboration, se développe égale- 
nt ment. Evidemanent il y aura toujours des gens qui trouveront 
a plus facile de critiquer que de produire^^ mais nous n* avons pas 
« besoin de nous arrêter à cela, D^ autres regrettent que nous ne 
ff publiions pas pour le grand public ; et là encore il faudrait, je crois , 
« prendre notre parti , car nos travaux ne seront que rarement à la 
« portée du grand public et ne seront compris et acceptés que par une 
a petite élite, objet d'un enseignement particulier qui ne se donne 
« ni. dans les écoles ni dans les facultés. Notre fevue nous appar- 
fl tient certes ; mais elle appartient surtout à l'avenir et nous aurons 
« rempli notre devoir si la génération de demain peut en dire : elle 
ff a contribué à nous former. 

« Mais ce n'est pas tout ; il nous reste à organiser des cours sus- 
ff ceptibles d'atteindre ceux des étudiants qui seraient capables de 
a nous suivre s^îls nous connaissaient. Il nous reste à prendre con- 
« tact avec les futurs professeurs qui forment la jeunesse de la 
fl nation, avec les parents, qui si souvent pourraient éviter clie^:^ leurs 
« enfants les désastres de la névrose ; il nous reste aussi à étudier le 
<i criminel qui dans maintes circonstances, nous n'en dont ans point, 
^ n'est au fond qu^un caractère névrotique. Pour atteindre ce but 



-^^ " " ^éMmi.ij-1- 



154 REVUE FRANÇAISE DE PSVCHANAI^YSE 



« nous avons du chemin à faire. N'oublions pas que nous sommes 
ff encore une toute petite minorité dont chaque membre a besoin 
ff d^ être soutenu et défendu par les autres. Orientons-nous résolu- 
tt ment vers l'organisation d^un institut où nous puissions faire des 
vL cours, traiter des maladesi, pour devenir ainsi indépendants des 
« entraves auxquelles nous avions été obligés de nous soumettre 
« jusqu'à présent. L* organisation de cet institut me paraît être la 
of tâche de la prochaine étape que nous avons à parcourir. En ce qui 
« me concerne je suis résolu à m*y vouer le plus possible et j'espère 
« être en mesure, vers la fin de cette année^ de disposer des fonds 
« nécessaires. 

« Nous sommes aujourd'hui appelés à élire un nouveau bureau et 
il je voudrais à cette occasion vous remercier tons de T amitié et de 
« la confiance que vous m'avez- témoignée jusqu'à présent », 

M* Laforgue offre ensuite la prcsi<îence de la séance à M"*^ SokoU 
nicfca^ qui l'accepte, et fait procéder aux élections du Bureau de 
1929, conformément aux statuts, avec les résultats suivants : 

Président : D^ R. Laforgue ; 
Vice-Président : D^ R. de Saussure ; 
Secrétaire : C^ Allendy ; 
Trésorier : D'' PARCHEMiNEY. 

(Le D"^ Pic h on ayant eu une voix pour la vice-présidence et le D"^ 
Codet une voix pour le secrétariat). 



4î » 



Ensuite a été examinée la question de l'organisation de la Con- 
férence annuelle de^ psychanalystes de langue française. Il a été 
décidé qu'elle aurait lieu à Paris, en juin prochain. Un comité a 
été nommé, composé de MM, Codet^ Al lend3^" {sécrétai ne de la 
Société) et Pichon (secrétaire de la Revue) pour assister M, Borel 
désigné précédemment comme président de cette organisation. 

Ont été ensuite élus membres adhérents^ à l'unanimité : 
M. Henri HœsH, 
M. Pauî Germain. 

La date de k prochaine réunion a été fixée au samedi 2 raars^ 
pour des raisons spéciales* 

La deuxième partie de la séance a été remplie par UN EXPOSÉ 
CLINIQUE du D^ Laforgue. Il s'agit d'un mala<3e chez lequel on 
observe la genèse de rintnîtion morbide et la naissance de l'idée 
délirante. Ce malade éprouve le besoin de noter scrupuleusement 
toutes ses idées pour s'en confesser à Tanalj^ste, et en contrevenant 
aux prescriptions de ce dernier. Son sentiment de culpabilité le 
pousse à se torturer et à retarder sa guérison, tout en recherchant 
la paix avec le rival qu'il vent ignorer et supprimer. îl accepte la 



* ■ 



I : 



^i^—^—rm^^^ 



COMPTES EliKUUS, Î55 



^^^i^p-^^ta^m 



-castration pour conserver sa fixation libidinale. Ses idées imaginai- 
res montrent qu'il met en analogie son intestin et son cœur avec 
le sexe maternel; (il a été élevé, à ce point de. vue, dans une inti- 
mité aiioiniale avec sa mère). 



* 
* ^ 



La discussion roule sur le symbolisme du cœur. M. Schiff ne 
voudrait pas qu'on généralisât trop : il fait remarquer que le cœur 
n'a pas chez tous les peuples la valeur d'organe central, de 'siège 
.symbolique de T affectivité; chez certains peuples, c'est le foie^ l.a 
rate, le diaphragme même (^p'vO qui possède cette valeur émi- 
nente, 

M, Cadet répond qu'en tout cas, le cœur est en possession dé cette 
valeur Êyn;bolique chez, tous les peuples de culture « occideiilal?. ». 

Madame Marie Bonaparte, et M- Lœwenstein attirent l'attention 
.sur 1^ problêiTje que pose la vakur bissexuellc du cœur en tant que 
-symbole. Son activité perpétuelle explique assez bien sa valeur sym- 
bolique masculine. Sa valeur fémiiiine^ d'ailleurs moins importante 
-dans le matériel psychanalytique, est plus difficile à expliquer. 
■ Mais, dit le D'' Lœwenstein^ nombreux sont" les sj^mboles cl inique- 
ment connus dont il n'y a pas d'explication rationnelle. 

■M, Pichon se demande si T étude du genre grammatical, — au 
nioîns dans les langues à deux genres conime le français, qui par- 
■iagent toutes les substances endeuK classes par une niétaphore per- 
pétuâle (sexuisemblance) — ne donnerait p^s des indications in té- 
ressantes aux pS3Thanal3^stes. Il sait bien que le problème du 
.S3^mbolisme est plus général, que Texpression symbolique du rêve 
provient en grande partie de régions profondes de T inconscient^ 
analogues cliez tous les peuples. Mais il pense que chez chaque 
.sujet en particulier, T influence du génie de sa langue (génie à loca- 
liser^ si Ton veut, dans d'autres couches de l'inconscient, telles peut- 
'être que le préconscîent freudien) peut se faire sentir dans la 
construction d'un sj^stème actuel de symboles. Le genre gramma- 
■tical prendrait d'ailleurs plus de valeur encore du fait qu'il procède 
lui-même- en graiid partie de tendances inconscientes plus profon- 
des : il en donne pour exemple le mot mcTf qui a^aiteintde-^éminin 
ou y tend dans plusieurs langues romanes j pour des raisons pure- 
ment' semant iquesj, quoique venant d'un neutre singulier latin, 

M. Lœ^venslein insiste ensuite, ainsi que M. Laforgue, sur les 
rapports 'intimes de la physiologie cardiaque avec les manifestations 
sexuelles. 

Séance du 2 mars 1929 

Dans une première partie^ administrative^ il est procédé à T exa- 
men de questions diverses, notam nient des candidatures éventuelles. 
Est élue membre titulaire, à l'unanimité : - 

M™* Morgenstern, 



„-7 au® ^ ^ «;• 




^Ê^Ê^tim 



156 ' RHVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



« 
^ * 



Dans la seconde partie de la séance, M. Hesnard fait une com- 
munication intitulée : critique PSYCHANALYTIQUE DE LA PSYCHOLO- 
GIE DES SENTJMENTS Di: Pierre JaneT^ qui paraîtra in-extenso dans la 
revue, 

Aprc.^ avoir exposé la conception de Pierre Janet qui est une sorte- 
d'application du béliaviorisipe à l'étude des sentiments et d'après 
laquelle les sentiments devraient être considérés comme des actes de: 
régulation^ comme la prise de conscience d*uiie conduite («a cons- 
cience étant r ensemble des réactions de l^individu à ses propres 
actions), le D' Hesnard reproclie à cette conception de mécoj] naître 
toute la pS3?chologie infantile, le sens des symptômes névrotiques.., 
les tendances œdipiennes et le surmoi, enfin d'ignorer la per\'ersion 
sexuelle. Il insiste sur les résultats cliniques de nos analyses qui 
nous ont toujours montré l'échec de la conduite sexuelle à Porigine: 
de tons les troubles et la disparition de tous ces troubles une fois 
la sexualité redressée par les moyens thérapeutiques. 

Uïîe discussion a lieu au cours de laquelle MM, Codet, Lœwens- 
icin, Monad-H êrzen , notamment, prennent la parole, 






Puis le secrétaire donne lecture d^nne lettre émanant du Comité- 
d' organisation du XP Congrès Psj^clianalytique International, qui 
doit avoir lieu à Oxford, en juillet 1929 et ainsi rédigée : 

c La Société Psychanah^tique Britannique désire informer les 
« membres de la Société Psyclianal3-tique Internationale qui ont 
i\ l'intention de prendre part au Congrès d'Oxford en juillet, des^ 
« dispositions prises actuellement. 

« Les membres du Congrès seront installés dans deux collèges 
ft d ^Université : Lady Margaret Hall et Somerville, moyennant. 
<i 10 shillings- par personne et par jour pour le logement et la nour- 
« riture.. 

*t A l'arrivée à Londres, des dispositions seront prises par le 
« Comité local pour ceux qui désireront se rendre à Oxford en au to- 
it car (au lieu de prendre le chemin de fer), si les adhésions sont 
« reçues en temps utile. 

ft On reçoit dès à présent les demandes de renseignements des 
« visiteurs qui voudraient passer leurs vacances en Angleterre, con- 
« cernant les stations estivales, et le Comité sera heureux de rendre 
*f. des services de ce genre. Mais il insiste pour que ceux qui désirent 
i< passer leurs vacances en Angleterre fassent leurs préparatifs assez 
<* tôt s*ils veulfTit trouver ce qu'ils 'désirent. Il y a moins de monde- 
« en juillet qu'en août. 

« Un bureau sera ouvert à certaines heures à la Clinique Psy- 
<i ch analytique de Londres, 16 douces ter Place, W. i. quelques-^ 



I-. 



COMPTES RENDUS 



157 



û jours avant F ouverture du Congrès pour que les visiteurs arrivant 
ï à Londres avant le Congrès puissent trouver où se Tcnseigner sur 
«c les vLsites^ excursions, etc* 

« D^^^ Sylvia Payxï{, 
ii Mrs Joan Rivière, 
(f 743 Harley Street, Londou W, i, y^ 

Le secrétaire inv-ite les membres désireux de prendre part à ce 
congrès à lui faire p^irt de leur intention; il propose de faire les 
démarches nécessaires pour obtenir des réductions de tarif (chemin 
de fer ou avion) et d'organiser le voyage collectivement. 

Séance dti ^i^ wars 1929. (Séance technique) 

M. Rdmiard Pichon entretient la Société du cas de Georgktte 
Saksown^et (i). 

Lorsqu'on s'occupe de la pratique médicale d*uue nupthodej un 
des points les plus importants à fixer, ce sont les indications de cette 
méthode. Ce qu'il veut faire à cette séance^ c'est d'exposer à ses 
Confrères le cas d'une de ses malades, et de leur demander si 
pareille malade leur semble pouvoir être traitée par la psyclianalyse^ 
et, dans Faiïirmativej quel serait le mo3^en d'avoir prise sur elle pour 
engager le traitement. 

C^est pour une maladie organique, une angine banale, que 
M, Pichon a eu pour la première fois l'occasion de voir sa malade, 
Georgette Sansonnet, C'était le 27 décembre 1927. Georgette était 
alors établie modiste daiis une petite rue de son quartier. 

M. Pichon se rappelle maintenant que âts cette époque^ il avait 
été frappé par une bizaiTerie : même quand il venait très tard dans 
la soirée, après la fermeture de la boutiquCt, il lui fallait, suivant les 
recommandations de la malade, frapper à la boutique même; la fille 
de ]a malade venait lui ouvrir; à aucun prix, il ne devait emprunter 
la porte donnant du porche dans T arrière -boutique, car il était inad- 
missible que la concierge pût épier sa venue. 

Mais il avoue avoir eu à cette époque beaucoup plus l'impression 
•qu'il s'agissait d'une commerçante faisant de mauvaises ailaires et 
ayant intérêt à dissimuler à de possibles créanciers le détail de sa 
vie, que l'^percevance nette de troubles psychiques. 

La malade cependant, une fois guérie de son angine^ restait en 
rapport avec M. Pichon^ tant pour des bouffées de chaleur dont elle 
>:e déclarait incommodée et qu'il eut à traiter par de Topothérapie 
<ïvarienne„ que pour une bronchile en décembre dernier. 

Au fur et à mesure qu'elle connaissait mieux son médecin, Geor- 
gette commença à lui faire la confidence de ce qu'elle appelait ses 
ft suggestions d, c'est-à-dire de ses troubles mentaux. D'ailleurs, 
jusqu'aujourd'hui, M. Pichon l'a toujours vue très réticente devant 

(ï) Par raison de discrétion^ le nom de la malade a été remplacé par un 
nom imaginaire E» P* 



■"-'.'■ ■ '■'' 

* 1 ' 



^■^^^^^^^^^^^^^^■^i^^^^M»*^»^^^*«P^ 



158' REVUE raANÇAISE 1>E PSYCHANALYSE 



les étrangers; actuellement logée en hôtel meuble, elle fut soignée: 
durant sa bronchite par une voisine; quand cette voisine était là lors- 
àes visites du médecin^ la malade ne faisait aucune allusion à ses 
troubles, qui étaient au contraire le principal sujet de la conversa- 
tion quand elle et M. Piclxon étaient seule à 'senl. 

Avant d^aller plus loin, l'auteur lient à Jaire observer que tous, 
les renseignements aiiamnestiques qu'il va pouvoir donner sur elle 
seront sujets à caution, ou devront tout au moins être l'objet d^une 
sévère critique^ car Georgette, qui vit seule, a été, à peu près la 
seule source des renseignements sur elle-même. Sa fille, maînte- 
nantj travaille loin d'elle et est allée se loger chez une tante. 
M. Pichon n'a, depuis Tangine, pu voir cette jeune fille qu'une seule: 
fois; elle paraît très apeurée devant les idées de sa mèrCj et a pu 
seulement dire que celle-ci était devenue bizarre a depuis son opé-- 
ration ». En effet, notre malade a subi Vovarioiomie eu 1922, 

La malade s^est^ raconte-t-elle, mariée en 1904; Elle a été très- 
malheureuse en ménage. Son mari était, selonc elle^ un ivrogne, un 
pilier de café, et la trompait. Mais elle savait supporter cette dis-- 
grâce, et, malgré ses peines întimeSi, ne perdait pas la gaîté de son 
caractère. Elle se sépara cependant de son mari en 1910, pour deve* 
nir la maîtresse d'un certain baron de G..., qui jouera, nous le 
verrons, un rôle dans son délire. En 1952, elle subit rovariotomie 
double. C'est en 1923 que, sa liaison avec M. de G.,, déjà branlante j 
elle s* établit modiste dans le quartier de la gare Saint-Lazare, Vers le 
printemps de 1928, c'est-à-âire postérieurement au moment où M. 
Pïçhon avait commencé à la suivre, elle vendit son fonds, qui d'ail- 
leurs périclitait. 



3t ik 



M, Piclion de décrire ensuite les troubles . LVssentiel est que la. 
malade se figure êire suggesiiminêe par des personnes qui lui font 
faire et dire des choses qu'elle ne voudrait ni faire ni dire, personnes 
dont elle sent à chaque instant auprès d'elle T insupportable présence^ 
et dont souvent elle entend même la voix* 

h'orighw de ces n^anœuvres auxquelles on se livre sur sa per- 
sonne, c'est qu^elle a voulu défendre son amant, M. de G..,„ contre 
les intrigues auxquelles elle le sentait en butte. Un cousin de celui-ci, 
Henri de Q.,. M... bien connu, dit-elle, comme escroc mondain et 
comme maître chanteur, voulait ;nettre la main sur la fortune dé 
M, de G... et de la vieille mère de celui-ci. Tout de suite, cet escroc 
a senti quelles plus grandes résistances à s^^ projets coupables vien- 
draient de Georgette ; de là les manœuvres contre elle. 

AJ^aintenant, elle sent qu'on a détaché d'elle M, de G... Celui-ci, 
qui a cessé d'être son amant dt-])uis un temps qu'elle n'indique pas 
avec précision, lui écrit encore des lettres très affectueuses; mais elle 
est sûre que^ si elle se mettait à portée de lui, il serait « poussé par 
une force contraire* » à lui faire du mal. 



i 






COMPTES RENDUS , 159 



Voici quelques exemples, donnés par elle-même^ des actes qu'on 
lui a fait commettre : . ; 

Eu août .I927> au Ti-éport, elle s'est jetée à Teau. Une voix lui 
disait : « Voulez- vous vous jeter à Teau 1 » Comme elle a, dit-elle^ 
beaucoup de volonté^ elle a résisté longtemps, mais elle a fini par 
s'y jeter; on Ten a retirée; cela a été sur tous les journaux. 

Vers décembre 1927, aj^ant à traverser une grande voie où passent 
des tramwaj^s et beaucoup d*aiilomobilcs^ elle s* est enj^agée sur la 
chaussée à un moment où il était impossible de passer sans accident; 
et en e.flfét^ elle a été renversée par une auto et aurait été écrasée 
si l'automobile n'avait pas eu de pare-choc. M. Piclion va indiquer 
dans un instant l'explication qu'elle donne du mécanisme employé 
par ses ennemis pour 1^ amener à cette aberration. 






La malade ne paraît pas encore avoir neitemeni fixé sur une per- 
sonne donnée ses idées de persécution. 

CerteSj l'initiative première paraît venir de M. Henri de Q..* M..., 
qui avait j dit-elle, la manie de faire surveiller ses proches et ses 
amis par des agences pour essaj^er de trouver par où les faire chanter, 

Son frère le député était particulièrement en butte à ses procédés. 

Mais, interrogée sur cet Henri de Q.*. M.-., Georgette apprend 
au médecin qu'il est mort il j^ a quelques années d^un accident 
d'automobile, que certains ont interprété comme nu suicide déguisé. 
On lui demande alors si elle croit que, dans ces conditions, il puisse 
encore être l'inspirateur de ces « suggestions » qu'elle subit* Elle 
Et le croit pas; et elle semble assez déroutée. 

Les personnes qui lui parlent se sont présentées longtemps à elle 
sous les aspects les plus divers et les plus changeants : elle voyait 
une grande fciume blonde^ qui ensuite devenait une petite brune, ou 
un gros monsieur» 

Lors de la scène de la noj^ade, elle reconnaissait successivement ' 
les auteurs des voix dans les personnes les plus di verses , des fem- 
mes ^ des hommes j des enfants même, mais la seconde d'après, la 
personne fixée par elle était redévenue « un baigneur ordinaire i&. 
Elle sait d^ a illeurs que celui qui Pa tirée de l'eau était « un des 
leurs » : sans doute a ils ne pensaient pas tous pareil », et l'un 
d'eux aura eu peur des conséquences. 

D'ailleurs, comme on lui parlait le plus souvent de derrière, en 
lui interdisant de se retourner, elle ne pouvait que par courtes échap- 
pées apercevoir le suggestionneur. Ces temps derniers, elle à cepen- 
dant cru acquérir la certitude que c'était un homme grand., mince, 
a3^ant le teint brun comme un Espagnol. Elle saura incessamment 
qui c'est. 

Une fois il est venu chez elle^ quand elle était modiste, sous la 



■Li_iBjum. jiii^i^a 



l6o REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



forme d'un représentant en chapeaux, la mine patibulaire^ le mégot 
au bec et sentant TalcooL Elle a voulu le congédier en lui disant ; 
« Inutile, j'ai mes représentants ». Mais alors cet homme lui a pris 
la main, et elle a compris que c^était son persécuteur qui venait la 
suggestionner chez elle. Elle Ta vu à ce moment grandir, grandir, 
prendre une expression impérieuse, et elle a reconnu la sihouette du 
grand homme mince au type espagnol. 






L'histoire ju 5; qu'ici semble assez banale. Ce qui lui donne une cou- 
leur un peu spéciale, ce sont les troubles de la notuy7i du icmps que 
M. Pichon croit pouvoir définir comme suit : sentiment rétrospec- 
tif de prévision et de iransport dans V avenir aboutissant à une vue 
du monde dans laquelle la cause peut être postérieurs a V effet. 

Le premier symptôme psychique dont elle lui ait fait la confidence 
est très t}T:ïique au point de vue de ces troubles ; 

Quand elle lit ]e journal du jour., elle s'aperçoit qu'on lui avait 
déjà fait lire ce même journal bien longtemps auparavant, avant 
qu'il ne parût. C'est ainsi qu'elle s^est rappelé ces jouts-cij en 
Hsant Taffaire Hanau, qu*on la lui avait déjà fait lire en esprit en 
juillet 1927 avant qu*elle ne partît pour le Tréport. Cela n'est pas 
sans inconvénient pour elle^ car si on lui a fait naguère lire un acci- 
dent qui devait arriver aujourd'hui, elle a pu ne le lire qu'incom- 
plètement et le rapporter à elle ou aux siens > de sorte qu'elle a trem- 
blé toute Tannée, et ne s'est trouvée soulagée que ce matin en voyant 
que r accident ne la concernait pas. 

Je vous donne encore quelques exemples de ces troubles : 

Elle vient d* acheter un sweater beige (qu^elle a sur elle le 7 mars 
1959), à Tune de nos entrevues. Or^ au moment où elle Ta mis sur 
elle, elle s'est rappelé qu'en 1927 elle avait déjà essayé dans sa 
boutique ce sweater de 1929, et que sa fille^ la voyant tirer sur le 
bas d'un vêtement qui n'existait pas encore, a cru qu'elle faii^ait des 
gestes de folle et a été effrayée. 

Elle est allée au Printemps le 11 mars avant de venir chez moi^ 
TJne grande rosace de papier installée là comme élément décoratif 
à l'occasion d'une exposition lui a servi de k repère de mémoire *>, 
et elle s'^st brusquement rappelé qu^au même endroit, ses sugges- 
tionneurs lui avaient fait en 1928 regarder cette rosace en 1929. Elle 
se souvient maintenant, après un an d'onbli, qu'à ce moment là la 
voix qui T accompagne disait : ff Elle le fait exprès;, elle regarde, 
« elle a regardé ». C'est que ses persécuteurs étaient mécontents 
■qu'elle prît un point de repère qui lui permettrait de retrouver le 
II' mars 192g même le souvenir qu'ils l'avaient déjà amenée à ce 
jour-là. Alors ils lui ont dît ; « Si tu continues à regarder^ on va 
^ t'en faire une, de rosace >k 



^^«■■«^^^^^^^^^^^i^^^^^BB^B^^^^i^m 



COMPTES RENDUS l6r 



De m?me que dans une église, un jourqu^elle regardait une croixj 
ils ont dit : n Ce sera la sienne ». 

C'est par un transport dans le temps qu^elle explique T accident 
de rue qui lui est arrivé et dont j'ai déjà parlé. La rue était en 
■décembre 1927 et fort encombrée; mais elle, on la lui a fait traverser 
en 1929 à 1111 moment où il n^y avait à ce mcme endroit que très 
peu de voitures. 

A sa visite de T après-midi du 15 mars^, elle a précisé qu'en réa- 
lité ce n^étaient pas ses suggestionneurs qui avaient créé de toutes 
"pièces cette faculté qu'elle a de se transporter en esprit dans le temps; 
de naissance j elle est un sujet. Mais eux, s^ étant précisément aperçu 
^qu'elle était un sujet, ont accaparé ses dons pour les faire servir à 
leurs fins mauvaises. 

En ^ffetj toutes les fois qu'elle a voulu user de cette faculté pour 
le bien, ils s^jj- sont oiiposés, 

L* auteur a dit que ces troubles aboutissaient à une conception 
dans laquelle la cause peut être postérieure à T effet. En voici 1* illus- 
tration : 

Ainsi une fois, aux Champs-Eh^sccs, M. Babanowski passant en 
voiturCj elle a voulu aller vers lui et lui dire : « Monsieur Boka- 
«t nowski,, n'allez pas en avion : vous serez brûlé ! » En t^fïet, elle 
.s'est fraj^é un chemin jusqu'à la voiture, mais elle n^a pas pu 
parler; on Ten a empêchée, à peine a-t-elle balbutié tout bas, et Cos- 
les et Le Brix, qui accomptignaient M, Enkanowski^ out demandé : 
« Qu'est-ce qu'elle dit ? » Et la police l'a éloignée. A plusieurs 
reprises j d'ailleurs, elle avait déjà essa5^é d'avertir M. BokacoAxski, 
qui .ni était très sj^'mpathique^ mais alors on la faisait «t crier hosti- 
lement » contre ]ui. 

M. Piclion avait parlé de ces troubles à son beau- père ^ M. Pierre 
Janet; comme celui-ci étudie particulièrement ces années-ci la notion 
du temps en psj^chologie, il a demandé à voir cette malade; M, Pichon 
la lui a montrée le 7 mars dernier {1929); or, au cours de cette entre- 
vue, M* Jfii"ie.t a conseillé à Georgette de rire de ses voixj en se disant 
bien que maintenant elle allait reprendre assez de force pour n'avoir 
plus à les craindre. Eh bien, à la visite suivante, 11 mars, la malade» 
se félicitant de n'avoir jamais eu la faiblesse cléÊnitive qui Teût 
livrée à ses ennemis, dit à M. Pichon que c'était — elle le compre- 
nait maintenant, — à cause de la force que MM, Janet et Pichon 
lui prc taxent en ce moment. Ainsi, elle se rappelle maintenant une 
■chose qu'elle avait entièrement oubliée^ à savoir que, pendant la 
lutte qu'elle menait mentalement contre ses suggestionneurs au 
moment où ils voulaient qu'elle se jetât à l'eau, elle a nettement senti 
que si elle s*y jetait, l'appui des docteurs Janet et Pichon allait faire 
-qu'on la sauverait. De sorte que c^est eux qui^ en mars 1929, l'ont 
jsauvée en août 1927. 

Toutefois, la séance dAaujourd'liui 15 mars a apporté quelques 

■ BnVUE FltANÇATSli DE PSYCHAKALYSE H 



M^^Ê^t^ 



^Ê^ 



162 



REVUE FRANÇAISE DH PSYCHANALYSE 



r.ouveaux élément^; plus nettement, plus actuellement prévision- 
nels : prédiction {très peu étonnante vu sa maladie actuelle) de la 
mort prochaine du maréchal Foch; prédiction qu'il sera enterré 
sous rArc-de-Trioniplie; sentiment qu'à P occasion de sa mort et de 
ses obsèques il y aura des bagarres; prédiction que le prince de 
Galles abdiquera en faveur de son frère, Rien là-dedans ne sort du 
domaine du probable, ou des rumeurs ucjà enregistrées par les jour- 
naux. 

L'essentiel reste le sentiment rétrospectif de prévision que nous 
avons décrit : elle a dans sa chambre, depuis deux mois, des rideaux: 
de tulle qu'elle avait constamment dans la pensée ^ dit-fjîîe^ depuis^ 
trois ans. BUe les cherchait partout, car ils devaient lui annoncer 
quelque chose d'important pour sa vie à elle et pour le pays; en 
effet, le jour où on les a posés, elle a remarque que leurs dessins 
ressemblaient à des vésicules pulmonaireSi, ce qui prédisait une 
congestion pulmonaire pour quelqu'un dont la vie était précieuse : 
c'est hier^ en lisant le bulletin de santé du maréchal Foch qu'elle 
s'est rappelé avoir eu ces idées le jour de la pose des rideaux; c'est 
hier aussi qu'elle a compris pourquoi elle regardait (dès 1922) mal- 
gré elle les flacons d'OdoL Elle croyait que c'était seulement parce 
qu'ils ont la forme d'un estomac. Mais Odol retourné fait Lodo, et 
au dos des flacons il y a une étiquette avec une inscription, qui fait 
tout à fait penser à une pierre tombale portant une inscription comme 
celle qu^il y aura sur la tombe du maréchal Foch, Cela explique 
aussi qu'elle ait acheté un sac à objets de toilette dans le tissu duquel 
de petites étoiles sont tissées en noir. On saisit ici sur le vif^ selon 
elle, le jeu de ses ennemis : ils profitent, eux, de sa faculté de pré- 
vision; mais ils s ^arrangent pour qu'à elle, elle ne soit que nocive. 
Et ils lui font oublier les choses quei, dans T intérêt supérieur ^ elle 
devrait pouvoir révéler : sans eux, elle aurait pu, dès 1922^ puis il 
5' a trois ans, puis enfin il y a deux mois, annoncer sa dangereuse 
maladie au maréchal Foch. 

Il semble donc bien qu'il s'agisse essentiellement d'un sentiment 
du déjà vu, c'est-à-dire d'un manque psycliasthénique de présen- 
tincalion, mais avec une objectivation paranoïaque. îvlle cxphque- 
son sentiment du déjà vu par un système de suggestion allogène 
qui lui permet de constituer un faux souvenir. 

Ce point n'est pas sans intérêt au point de vue du diagnostic, car 
on peut légitimement se demander si la malade est bien hallucinée. 
Quoiqu'elle se dise constamment <ï accompagnée » depuis des mois 
par son ou SQS suggestion neurs^, jamais nous n^avons pu saisir une 
hallucination actuelle : il se trouve toujours qu'à ce moment-là la 
voix ne parle pas. De sorte que ies voix semblent être elles-mêmes 
un faux souvenir explicatif^ de nîitnre paranoïaque ; la scène de la 
rosace du Printemps montre nettement ce mécanisme : c'est en 1927 
que les voix ont parlé, et en T929, la m al aide ne fait, en v03^ant la 
rosace j que se rappeler qu^elles ont parlé. 



I 
r 



F . ■■ I 

COMPTES RENDUS 163 



■ - ■ ■■ ■ 

L'ÉLutëur en vient ensuite aux questîon.s qu'il vent, à propos dé ce 
cas, poser j pour sou iustructîbxi personnelle^ à la Société psychana- 
lytique. 

Ces questions sont au uojnbre de deux : 

a) l^une, pratique : — une pareille malade est-elle justiciable de 
la pS3fchana]5^se ? 

b) l'autre théorique : — comment le mécanisme psychologique 
îrunt; semblable maladie doit-îl être conçu dans la psychologie freu- 
dienne ? 

. 'Pour éclairer la religion de la société quant à la première ques- 
tion, il dit ce qui a été fait au point de vue thérapeutique et comment 
la malade y a réagi. 

Pour luij ne vojrant la malade qu'à intervalles relativement - espa- 
cés et la plnpar-t du temps sons prétexte de maux orgiiniques, il ne 
s'était pas cru en état de combattre de front son délire, dont le pro- 
nostic lui apparaissait d^ailleurs sombre ; aussi s'était-il contenté 
d*essayer d^alrenner les accidents psychiques en disant à la malade 
que Ton pourrait, par une salutaire contre-suggestiov^, combattre 
efficacement la suggestion nocive de ses ennemis. 

Quant à M> Pierre Janet, lors de la visite que la malade lui a 
faite, il a cru pouvoir, doucement et prudemment, lui glisser déjà 
que ces troubles qu'elle avait pouvaient bien n^êire dus qu'^à sa pro- 
pre faiblesse et n'avoir pas d'agents extérieurs. 11 n*a présenté cette 
inexistence des suggestion neurs que commt^ nue ll3■potht^se> mais il 
a demandé à la malade de concevoir avec lui cette hj^^potlièse xomme 
possible j et elle ne s'est pas rebellée très fort. 

Le facteur organique est ici certainement très important. Il est 
raanife^stt^ que les troubles psychiques ont éclaté après Povariotomie^ 
et que concurremment ont existé des troubles de ménopause artifi- 
cielle. Aussi M. PichoH a-t-il institué depuis un traitement opothé- 
rapique ovarien. La malade lui ayant semblé vagotonique, il y a 
ajoute une médication atropiniqu-e par périodes. Ces directives thé- 
i^peutiques ont été approuvées par M. Janet. * ^ 

Des cures de désintoxication à la Guelpa et nu traitement phos- 
phorique à la Joulie lui ont semble en outre à recommander. 

La malade s'est-elle trouvée améliorée par le traitement ? Sub- 
jectivement oui. L'auteur ne revient pas sur l'effet rétroactif - que 
ce traitement a eu selon Georgette puisque^ pour notre humble 
science, le post hoc est une condition nécessaire du propter hoc. Mais 
dans le domaine même du post hoCf il retrouve cette amélioration 
subjective. Georgette dîtj en parlant de ses snggcstionneurs : « Ils 
sentent que je me fais soigner pour les empêcher de continuer* Ils 
ont peur. » Mais à vrai dire, il s'agit plutôt d'un changement ^d* as- 
pect du délire que d'une amélioration véritable. 

La psychanalyse pourrait-elle faire mieux ? M. Janet ne le "croit 
pas. Bien plus^ il la proscrit dans un cas de ce genre ; « surtout »^ 



164 



REVUE FRAÎJÇAISE DE PSYCiUNALYSE 



a-t-îldit, lorsque M. Pichon et sa malade se retiraient, « pas de psy- 
chanalyse dans un cas comnie cela !» M. Pichon voudrait avoir Tavis 
des membres de la société sur ce point; et, au cas où ils conseilleraient 
la psychanalj^se, savoir comment ils concevraient les moj^ens d'en- 
gager ce mode de traitement. Quant à la seconde question, elle .est 
évidemment liée à celle du diag^iiostic. M. de Clérembault revendi- 
querait certainement Georgette pour sou syndrome d'automatisme 
mental. Soit, mais quoique la personne de son persécuteur ne soit 
pas encore nominativement identifiée avec un individu réel du monde 
extérieur, M. Pichon croit qu'on peut dire déjà : délire de persécu- 
tion. 

Il rappelle ^que M, Codet^ dans sa petite <» Psychiatrie des Con- 
sultations journalières (pp. 135-137) différencie dans, ce délire un 
type halhicinatoire et un type interprétatif, ce dernier représentant 
îe développement progressif du caractère paranoïaque. M. Pichon 
a indiqué an i.érieurement pourquoi Georgctte lui paraissait devoir, 
malgré les apparences hallucinatoires, être plutôt rangée dans le 
tj^pe interprétatif. Mais ceci à titre malgré tout hj^pothétiqiie : pour 
pouvoir nier absolument les hallucinationSi, il faudrait pouvoir in- 
terroger les personnes ayant été présentes aux scènes comme celles 
de la n03^ade, de Tessayage du sweater futur, de la visite du repré- 
sentant en chapeaux, La distinction entre délire interprétatif et dé- 
lire hallucinatoire dans la folie de persécution n'est d* ailleurs nul- 
lement absolue ; c'est plutôt un schéma qu^une distinction clinique 
nette. Quant au rôle possible de la sexualité dans le syndrome, k 
senl indice que M. Pichon en ait jusqu'à présent découvert^ c*est 
que Georgette pense que son suggestionneur voulait la forcer à être 
amoureuse de lui^ mais sur ce points clic a toujours résisté^ ayant 
compris le piège. 

Les deux questions que M. Bichon pose sont^ îl s^en rend 
compte j extrêmement graves et ardues. Il voudrait que P exposé qu'il 
a fait fût seulement considéré comme le point de départ d'une ins- 
tructive discussion ; mais il espère qu'à ce point de vue cet exposé 
n^aura pas été inutile, car c'est à> partir de cas concrets que les thé- 
rapeutes , — tant par leur succès bons ou mauvais que par les con- 
seils de leurs confrères éclairés ^ ^- peuvent se constituer un utile 
fonds d'expérieiîce. 



4: 



M, Boreï pense que cette malade ne rentre pas dans le sjnidrome 
dit d'automatisme mental. Sous réserve de Tobservation clinique 
directe du cas, qui pourrait éventuellement modifier ses idées, il 
pense que M. Pichon a raison de penser que cette malade n'a pas de 
véritables hallucinations. Mais il croit que ses troubles sont plutôt 
d'ordre imaginatif que d^ordrc paranoïaque ; îl la classerait volon- 
tiers : psycliasthénîque faisant des rêveries d^ imagination. C'efî't 



ri^^l^i^^HV 



COMPTES RENDUS 



x65 



dire qu'elle rentre selon lui dans îe cadre de la schis'^apli renie bleu- 
lérienne^ et même qu'elle est cliiiiquemerit très proche de cas éti- 
quetés schizomanie qu'il a étudiés avec MM; Claude et Tî.obin. Ce 
diagnostic est d'une grande conséquence, puîsqu-^il conduit M. Borel 
à penser que cette malade est éminemment justiciable de la psycha^ 
nialyse. Mais }a technique sera très difficile/ 



* * 



M, Schiff regrette de ne pas partager du tout Topinion de M. Bo- 
reL Pour lui, il s'agit d^un cas de psychose hallucinatoire chronique 
rentrant très légitimement dans le cadre que MV de Clcrenibault ap- 
pelle syndrome d^autom<iiism^ mental ^ et que M, Claude, d*un ter- 
me bien plus heureuxr, appelle syndrome d-^ action extérieure. 

Le fait que la malade n'ait jamais eu d'hallucinations en pré- 
sence du médecin est un fait banal, qui ne prouve pas qu'elle n'ait 
pas des hallucinations à d* au très moments. Lui est porté à croire 
Georgette haUiicinée. Ce point d'ailleurs n'est pas capital ; la dis- 
tinction entre les formes respectivement hallucinatoire et paranoïa- 
que des délires de persécution est un pur schéma pour débutants. 

A ràppui de ses dires, M. Schiff cite un cas observé par lui^ et 
classable parmi les devinements die la pensée décrits par MM, 
Heu3^er et Laniache. Il s*àj^it d'une femme qui croyait avoir le don 
de prédiction, et qui avait surtout des illusions de prémonition. 

Peut-on parler en pareil cas de sentiment du déjà vu : en tout cas 
ce sentiment du déjà vu diffère grandement de celui des psychasthé- 
niques, car chez ces derniers manque T élément conviction, qui au 
contraire existe ici. 

M. Schiff pense d'autre part que M, Pic h on a eu raison d'insister 
sur l'importance de Vovariotomie, mais qu^il n'y a pas encore in- 
sisté assez. Sur le total des ovariotomisées^ les chirurgiens pensent 
que 5 %, les psychiatres que 20 % font des troubles mentaux. Et iï 
est curieux d'observer que ces troubles sont ^^ presque toujours de 
Tordre des s^mdromes d'action extérieure. La question du rapport 
des troubles sexuels aux troubles hallucinatoires est une grande 
question à meilre sérieusement à l'étude, L^ h tjmc sexualité jaue- 
t-elle un rôle chez cette malade ? M. Schiff pose la question. 

En tout cas, au point de vue thérapeutique, le traitement endo- 
crinien, et spécialement ovarien, lui semble à mettre au premier 
plan. ^ 



4i * 



- Pour M. Lœwenstein, il est hots de doute que cette malade a de's^ 
hallucinations: ce soijt choses qui ne s'inventent pas. M* Lœwens-- 
tein croit qu'elle en a continuellement, et maintenant encore devant 
]a rosace, et qu'elle les projette dans le passé/ Il met la malade dans 
le cadre des psj^choses hallucinatoires chroniques. 



^amm 



166 RliVUj; l'RANÇAISi;- D£ PSYCHANALYSE 



* 

..M"'"^ Sokohûcha pense qu'iî faut, pour ce cas, parler plutôt de 
déjà vécu que de déjà vu. Le processus réel est inverse de celui que 
la malade décrit : il y a nn rem^ersemeMi intellectuel analogue à 
ceux qu*on observe souvent dans le rêve. Ce qui apparaît -à ]a ma- 
mde sous Taspect d^une prévision est en réalité une projection de 
192g vers rarricrc. L'apparente prophétie est tout simplement une 
indication pour rencliaîneuient des événements dans le passé. La 
malade semble nous dire : ce que je sens au moment actuel, je Vai 
senti déjà autrefois. Que Tarrivée au Printemps et k vue de la ro- 
sace en 1929 la reportent, par sentiment de fausse prévision » à 
1927 indique probablement que ces événements de 1929 sont tn rap- 
port avec des événements advenus en 1927^ et probablement même au 
printemps de cette annét^-là. On pourrait probablement remonter 
ainsi de proche en proche à Tovariotomie de 1922 ; mais celle-ci 
n*est pas encore le vrai trauma ; le vrai a dû avoir lieu dans l'en- 
fance, quand le complexe de castration était en activité. En somme, 
pour comprendre 1929 (la rosace, le printemps) ^ il faut reculer jus- 
qu^à 1927 (r accident de rue, la no\rade) ; pour comprendre 1927, il 
^faut reculer jusqu'à 1922 (rovariotomie) ; pour comprendre 1922, 
i] faut reculer jusqu*au complexe infantile de castration. 

Ce qui éveille en M*"'^ Soholnicka un certain scepticisme an point 
de vue théra peu tique j c^est précisément la clarté de tout le méca- 
nisme maladif qui aboutit, du point de \nie <îe la malade, à l'inverse* 
ment de la cause et de Tefifet. Il u^y a qu'une pS3'chosc qui puisse 
arriver à pareille chose : dans une névrose, les causes sont au con- 
traire refoulées aussi profondément que possible. 

Il est possible, d'ailleurs, que les dates elles-mêmes puissent don- 
ner certaines indications, car 1929 — 1927 = 2 et l'ovariotomie a eu 
lieu en 1922, 

En terminant, M"**' Sokolnicta fait remarquer que M, de Q, M..., 
cousin de son amant, et qui maintenant est mort, représente évi- 
denniient le père de Georgette et la haine inconsciente qu'elle avait 
contre lui. 



îçi Jf: 



M. Borel répond à M, Loewenstein qu'il est en absolu désaccord 
avec lui : nombreux sont les malades qui racontent des hallucina- 
tions qu'ils n^ont jamais eues. Et en ce cas^ c'est précisé rrieni la ri- 
chesse des hallucinations racontées qui montre qu'elles ne sont que 
du roman. Les hallucinations vraies sont toujours simples et brè- 
ves ; et c'est en réalité un phénomène très rare. 
- P^autre part, M. Borel est d'accord pour penser avec M. Schifï 
qu'il ne s'agit pas du tout ici du déjà vu des psychasthéniques : ce 
déjà vu est un phcnoinène très vif, très pénibk, très profond, qui 
diffère absolument des phénomènes présentés par Georgette. Les 



^ 



«^rtH 



+ ■ 

COMPTES EENDUS 167 



iï:ialades de la catcgorîe de George^tte savent qu'elles savent tout, 
^'est pourquoi elles ont d'avance tout vu, sans qu^exîste le senti- 
ment psychastLénîqiie du déjà vu* 

M, Lœwensiain croit les liallucîTiation.s très fréquentes. Le rêve 
n'est-il pas une perception hallucinatoire ? 






M'*"* Morgensiern accorde à M .Eorel qu'en effet les schizoplirènes 
^croient tout savoir ^ tout comprendre ; mais elle ne peut pas admet- 
tre comme possible qu'une malade qui raconte des hallucinations 
n'en ait pas. 






M- Laforgue pense qu'il ne faut jamais se fier à la symptomato- 
logie superficielle et à la première impression clinique. 

Il a eu ^occasion de traiter des malades qui se présentaient com- 
me des schizophrènes, d'autres qu^on pouvait classer ciiniquement 
dans le délire de persécution. Pour préciser le diagnostic psychopa- 
thologique^ sa technique est^ en pareil cas, de soumettre le sujet à une 
;:ïS3J^chanalyse învestigatoire de quinz^e jours. Ces quinze jours écou- 
tés, la vue que Ton a du malade est quelquefois tout autre ^ et Ton 
peut alors, en connaissance de cause j s'engager dans une psychana* 
lyse à fondj ou recourir au contraire à d'autres méthodes. M, La- 
forgue pense qu^une technique de ce genre serait nécessaire en ce 
-qui concerne Georgette. 

Pour éclairer autant que pcssible le problème concret de Geor- 

;gette, M. Laforgue rapporte le cas d'une malade aj^ant des ciises 

tj'piques d'hj'Stérie. Cette maladej au début de sa psychanalyse, 

: avait le symptôme suivant : tout ce qui arrivait le jour^ elle était 

^sûre de Tavoir rêvé la nuit précédente, Or^ il apparut que cette 

femme avait souffert d'un terrible complexe de castration, avec hos* 

tilité contre son père ; jamais elle n'avait accepté l'idée que quel* 

que chose lui manquât. Or ne pas posséder le passé et l'avenir est un 

manque : elle n'acceptait pas non plus ce manqué là. Le jour où elle 

a eu transféré sur M. Laforgue ses désirs sexuels, le soi-disant don 

^de prévision onirique a disparu. 

M, Laforgue serait porté à croire que * Georgette est une de ces 
femmes qui souffrent de T inacceptation du manque de pénis , et qui 
-de ce fait se voient dans T obligation d'inventer et de s'attribuer des 
facultés. Cette souffrance a dû certes être réactivée par Tovarioto- 
mie, dont on ne saurait trop souligner l'importance. Mais il faut 
poser aussi le problème de la part éventuelle de facteurs psycho- 
g^ènes dans les conjonctures cliniques qui ont conduit à l'ovarîoto- 
rmiÊ. 



l68 REVUE FïtANÇAlSE DE PSYCHANALYSE 






' ■ 'l - 

M. Pichon reprend ensuite la parole polir répondre aux différents^ 
orateurs. 

11 est heureux de voir appuyée par l'autorité de M. Borel F hypo- 
thèse qu*n avait osé avancer et suivant laquelle Georgette n'a peut- 
être pas de véritables hallucinations. Il concède volontiers à M. 
Schifï que cette question de la présence ou de l'absence des halluci- 
nations \^aies n*est pas capitale j et que la différence entre le type 
interprétatif et le tjî'pe hallucinatoire du délire de persécution n^est 
qu'un schéma. Mais il ne saurait nullement souscrire à T affirmation 
gratuite de M. Loewenstein et de M'"*' Morgenstem^ savoir que le 
récit d^ hallucinations par un malade prouve à lui seul la réalité de 
ces hallucinations. Ouant au rêve, ses caractères sont si différents 
de ceux de l' hallucination qu'il n^y a vraiment que des inconvé- 
nients à créer entre lui et elle une assimilation : une bonne clinique 
ne peut être basée que sur une sémiologie nette. 

Les productions mentales de la malade sont-elles d^ ordre para- 
noïaque comme M. Pichon lui-même le soutenait primitivement, ou 
d'ordre invaginaûf, comme l'a dit M, Borel? Un sj^stème intellec- 
tuel comme celui qu'a créé la malade dans Tordre du temps et de la 
causalité, système à l'analyse psychologique duquel M™^ Sokolnicka. 
Vient de contribuer si utilement^ est vraiment quelque chose de plus 
qu'une simple production Imaginative. Mais cette différence entre 
interprétation paranoïaque et production imaginât ive n^ est-elle pas 
une simple nuance, dans un même mécanisme ? M. Pichon conce- 
vrait volontiers que chez Georgette joue le grand mécanisme ps}^- 
thologique qu'avec MM. Laforgue et Codet^ il a appelé la schi- 
zonoia. Les très intéressantes snggt^stions de M. -Laforgue militent 
en ce sens, car elles présentent la malade comme une captative, in- 
capable d ^accepter un manque, un inassouvissement. 

MM. Borel et Sctiff se sont accordés pour contester qn^il s * agi sse- 
d*un sentiment de déjà vu analogue à celui des psjrchasthéniques. 
M. Pichon croit néanmoins devoir, sur ce point, maintenir son opi- 
nion primitive. Certainement, en clinique, le déjà vu des psychas- 
théniques et le sentiment rétrospectif de prévision observé ici diffè- 
rent. Mais ces résultantes différentes peuvent ressortir à un même 
mécanisme psj^chologique général ; M. Schiff lui-même a indiqué 
comment, en disant que les malades du type Georgette sont convain- 
cus de la réalité objective de leur déjà vu, tandis que les psycliasténi- 
qnes non. En sommes les maladt^s tj^pe Georgette, plus avancées dans; 
leur perte de contact avec le réel, et aussi dans la dissociation de leur 
personnalité, en un mot déjà « schizés », si l'orateur ose :iinsi par- 
ler, projettent hors d'eux lettr sentiment de déjà vu ; ceci explique, 
selon M. Pichon, pourquoi ils n'ont plus ce sentiment pénible de 
malaise intime que M. Borel indique si justement comme un des ca- 
ractères du déjà vu des pss^chasthénîques. 



COMPTES RENDUS 169 



Quant au rôle de Vovariotomis^ M. Piclion constate que personne 
ne Ta nié, et que tout le monde conseille l'opothérapie ovarienne. Il 
s* accorde avec M. Laforgue et M""^ Sokolnicka pour peaser .que> du 
point de vue psychique^ elle a agi en réactivant un complexe an- 
cien de non-acceptation de la féminité. 

* 

M. Nacht pense que cette malade présente tout simplement de la 
fabulation. Il s'agirait, ajoute M. Borel, de délire d^ hallucination 
(de Qucrcy) plutôt que de délire hallucinatoire. 

* ^. 

M. Lœwenstein pense que la signification psychique du sentiment 
de déjà vu, dans le cas de Georgette, est bien, comme l*a indiqué 
M™^ Sokolnicka, une projection dans le passé* 

Quant à Tovariotomie, à sa valeur symbolique de castration, elle 
ajoirte un trouble organique libidinal ^ endocrinien^ comme ceux 
qu^on constate dans la miénopause naturelle. 

M- Laf org^^e p^nsç: que la rosace est un symbole de castration; 
cela est d'autant plus vrai, ajoute M. AUendy que la vision de la 
rosace s* accompagne d'une menace : « on va t'en faire une^ de ro- 
sace ! » 

M, Lœwenstein pense que la malade projette aussi^ par son dé- 
lire, les tentations, qu^elle a eues et refoulées^ de tromper son 
amant. Elle lait, en connexion avec la castration, retour au stade 
sadique ; elle exerce son sadisme sur les personnes qui ont été jus* 
que là r objet de son amour* 

M. Laforgue indique que^ si Ton admet qu'il s'agisse d^un com- 
plexe de castration réactivé, la fortune de l' amant de Geor^e.tte peut 
représenter la puissance virile. Cette puissance, il y a une partie en 
elle qui veut la voler audit amant. Elle n'accepte pas cette tendance, 
elle la projette sur Henri de Q. M., et se présente, elle, comme fai- 
sant tout pour protéger le baron de G. Il serait intéressant de sa- 
voir si Georgette est frigide, 

Madam-e Marie Bonapahie fait remarquer que Georgette dit que. 
Si elle revoyait son amant, celui-ci lui ferait du mal : ceci représente 
en réalité le besoin de punition des désirs haineux qu'elle a envers 
lui. 

îf: * 

An point de vue du traitement, M. Schiff se demande .^î on ne 
pourrait pas envisager la greffe ovarienne. 

M. Lœwenstein conseille à M; Piclion de voir si la malade n'a 



170 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



pas quelque symptôme pénible, qu'elle ne rapporte pas à des caLi::ï?s 
e>:térieures, et par lequel on pourrait la prendre pour engag-Jir '.a 
psychanalyse. 

M. Laforgue croit que pareille psychanalyse offrirait des dangers 
réels pour le médecin, dès que le sadisme aurait été libéré et avant 
qu^il ne soit liquidé. 

Séance du 7 jiiai 1929. 

(Séance technique), 

M. Schfff, à propos d'un malade observé récetrnîiQnt, fait un ex- 
posé des conceptions ps3^chanal3^tiques sur la relation entre le 

DÉLIRE DE PERSÉCUTION, LE CARACTÈRE ANAL ET L^HOMOSEXUALITÉ. 

Ch(iz quelques paranoïaques cette relation apparaît assez frap- 
pante à Texam-en clinique habituel, et il en était ainsi dans le cas 
étudié. 

Il s'agissait d^uii homme de trente-trois ans^ Jean C..., venu consulter 
pour des obsessions hypocondriaques localisées dans la sphère digestive. 
Il avait en particulier la conviction d'un rétrécissement gastrique, dû à 
nne ingestion maladroite d'eau de Vichy, troi.s années auparavant. Le 
malade "présentait en outre de la désaffectivité familiale, des sensations 
dyscénesthésiques, un sentiment d'incomplétnde sexuelle, avec impuis- 
sance génésiqne relative, et qui ne lui avait fait trouver de satisfactions 
ni dans des liaisons féminines, ni au cours de tentatives homosexuelles : 
il n'avait jin séparer, disait-il, pendant un temps suffisamment long, ses 
périodes^ de virilité et ses périodes d^iiiversion. 

Le sujet se livrait à des pratiques thérapeutiques persc-iui elles : lave- 
ments répétés et prolongés avec des soudes haut placées, purgatifs, etc, ; 
Œ il était un type a coréine i> ; avait soigné une blennorragie en se dilatant 
l'urèthre par des sondes métalliques qu'il fabriquait lui-même. Il présente 
aux médecins de longues listes, soigneusement calligraphiées, de ses divers 
troubles. 

Sur la base de ces idées hypocondriaques et obsessionnel les , on a vu 
chez Jean C, se développer parallèlciiicnt un délire de persêcntion et un 
délire à'érotoviûvîc masculine dirigés tous deux contre son parrain, M, D,.. 
11 accuse celui-ci « d'agir sur lui pour en faire sa maîtresse i*. En même 
temps il montre un délire de filiation : M. D... est en réalité son père. Le 
malade se rappelle oeilaines altitudes passées de sa mère, des chansons 
qu'elle avait l'habitude de chanter ^ et qui coniinnent mie naissance mys- 
térieuse : iî y a dû ji^ avoir une a double fécondation t^ car la ressemblance 
de Jean avec son père légal est indéniable. 

Les persécutions de M. D... ont abouti à un véritable complot. La police 
a é.té prévenue, on a fait marcher la politique. On le suit dans la rue, II 
y a un mot d*erdre qui l'a précédé dans toutes ses places depuis trois ans. 
Les Journaux sont reinph's d'allusions. C'est une véritable inquisition dont 
le dirigeant est son parrain. La conduite de celui-ci est tout à fait para- 
doxale, car Jean C.„ a la certitude d'être aimé. 

Dès les ]5reiniéis entretiens, le malade reconnaît qu^il éprouve en fait 
pour ce parrain, et malgré les persécutions de celui-ci, une attirance 
amoureuse j qu'il le révère et le chérit plus qu'il ne le déteste. Il reconnaît 
aussi que, psycliologiquement, il s*agit sans doute d'homosexualité inces- 
tueuse. Les sentiments vis*à-vis du « père officiel » n'ont pu être précisés. 



^^■^^ 



COMPTES RENDUS 



171 



Les liSLlluciiiatioiis céiiestliésiques^ la désaffectivité, la conception déîj- 
raiite absutde pouvaient faire croire à mie démence paranoïde à évolutioji 
mauvaise. Le malade, après un internement de plusieurs mois, est sorti 
très amélioré et paraît avoir rectifié beaucoup de ses idée,'^ délirantes. Il 
I) iravait pas été soumis à une psydianalyse mais^ au cours de conversa- 
satîons psychothérapentîques, M, Scliiff avait essayé d'expliquer au malade 
Çjue ses tendances bomose^Luelles lui étaient en réalité personiielles et non 
imposées par autrui, qu'elles avaient déterminé son syndrome érotoma- 
iliaque de filiation ^ que ses pratiques thérapeutiques étaient des substituts 
luriiiosexuels. 



* 



On retrouve chez cet homosexuel à peine larvé la manie des petits 
papiers, les listes de symptômes en -série ^ l'intérêt i^mr ïes organes 
' -et les phénomènes d'excrétion, les manifestations obsessionnelles, 
les troubles digestifs^ qui sont une partie des nombreux éléments 
psychiques réunis par Freud, Abraham, Jones, Ferenczî et d'au- 
tres sous le nom de caractère anaL 

M, Scliïfî rappelle que cette notion de caractère anal, intuitive- 
ment isolée autrefois par Freud, a été étudiée et développée parti- 
culièrement par Abraham. 

/ Freud avait noté chez certains obsédés des traits de propreté 
^fîcrupuleuse, d'économie mesquine, d'entêtement aveugle, toutes ca- 
ractéristiques qui peuvent entraver sérieusement T activité- d'un su- 
jet, mais quij développées et utilisées pour des fins pratiques, abou- 
tissent à créer le « sens des affaires », avec les qualités de persévé- 
"rance, d'ordre et de maîtrise de soi nécessaires à la réussite dans le 
comniercej l'industrie, la politique qui peuvent suppléer au man- 
que d'intuition et de génie. 

Abraham a poussé fort loin T analyse du caractère anaL II con- 
sidère tout d^abord la fonction d'excrétion fécale telle qu'elle, 
existe chez le petit enfant et distmgne chez lui le plaisir de i'excré- 
' tion et le plaisir de la production ^ ce dernier comportant outre la 
satisfaction organique ^ cénesthésique, du fonctionnement intesti- 
nal, une satisfaction psychique ; l'orgueil d^ une .production origi- 
nale qui permet à Tenfant d^ affirmer sa personnalité en face des 
-adultes dont la supériorîlé l^écrase* 

Chez les individus qui se seront arrêtés à ce stade primordial de 
la libido j on pourra constater des S3'mptônies divers dans Tordre 
physique ou psychique. 

Dans Tordre physique, certains -troubles digestifs, une tendance 
-aux diarrhées par exemple, sans lésion organique valable, traduirait 
une persistance du plaisir d'excrétion. La constipation avec ses dif- 
férentes variétés, constante, ou spasmodique, on entrecoupée de dé- 
bâcles brusques signifierait le plaisir autrefois éprouvé à la réten- 
tion des matières et à leur expulsion massive après le retard de Tex- 
■crétion. Chez certains impuissants, la constipation peut être coiisi- 



^k^iW*^ 



172 KEVUP; FRANÇAISE UE PSYCHANALYSE 



dérée comme uiie homologie sexuelle, comme, un sym'bole ou une- 
transposition : elle est une impuissance intestinale. 

Le très petit enfant considère les matières fécales à la fois comme 
un produit de grande valeur et comme T action la plus personnelle, 
Ja seule personnelle qu'il puisse créer. Ce sentiment/ transporté tt 
transposé à Tâge adulte par certains sujets, entraîne chez eux des 
signes psychiques , divers en apparence mais réunis par des analo- 
gies profondes : l'origine coninnuiie de ces symptômes fait qu^en 
clinique on les trouve réunis^ divers et parfois contradictoires chér- 
ies mêmes individus. 

L'équivalence : matière fécale = or se poursuit chez eux durant 
toute leur vie ; toute leur vie sera placée sous le signe d'une balance 
égale à mainlenir sans cesse entre. le Doit et l'Avoir, Leur avaricç- 
est inipersonnellej leur générosité pleine de calcul. Leur constipa- 
tion pS3?chique se traduit par une opiniâtreté dans les desseins et 
une lenteur dans T exécution, l'apparition d'obsessions, le goût ha- 
bituel de la perfection jamais atteinte^ l'hésitation devant la décision 
à prendre^ l'acte à accomplir, qui sont sans cesse reculés. Cette len- 
teur des démarches psychiques est parfois explosîvement coupée de 
paroxysmes d'actions, de productions rapides; comme leur goût 
de la collection est parfois traversé de brusques accès de dépouil- 
lement et d'anéantissement, comme leurs obsessions sont parfois tran- 
si toires, leur rétention avaricieuse coupée d^inipulsives générosités. 
Ils preu]ient à toute production de leur esprit un plaisir particu- 
lier , y attachent une valeur en orme ^ ne peuvent rien faire sans re- 
cherche de la série, de la rubrique et de la collection, du} catalogue 
et du classement. Ils vivent sous le signe du nombre. Sous des ap- 
parences protéif ormes se retrouve leur besoin de domination d*au- 
trui et d^affirmation de leur personne. Ils peuvent être des domina- 
teurs politiques, ou des névrosés qui jouent de leur faiblesse pré- 
tendue pour devenir des dictateurs familiaux. 

Leur méticulosité et leur scrupule aboutit au goût dti rare et 
du particulier, ce sont des ^ originaux » qui se piquent d* avoir sur- 
tout des vues personnelles et d'aller à Ten contre des idées reçues. 

Au point de vue sexuel cette tendance de leur esprit, cet appétit 
de contradiction, leur donnerait le goût des amours contraires aux 
manifestations de la sexualité courante. C'est dans cette recherche 
inconsciente du paradoxe, cette préférence accordée à Tinverse' des- 
opinions habituelles, an moins autant que dans Tattirance par une 
zone érogène primitive qu'Abraham voit l'explication de la rela- 
tion entre T homosexualité manifeste ou latente et le caractère anaL 






M. Schiff rappelle de son observation résumée les détails sympto- 
matiques d^un caractère anal : scrupules ^ obsessions, liypocondrier 
digestive, homosexualité. La raison pour laquelle cette liomosexua- 



v^*< 



COMPTES RENDUS I73 



lité a abouti à un délire réactionneî de persécution resfe néanmoins 
■obscure, car le sujet était à peu près conscient de ses tendances à 
rin vers ion. En effets la psj^cli analyse a bien indiqué le lien physio^ 
logique qui unit la paranoïa à Vhomosexualiié , mais elle admet qu'il 
:£'agit alors d* homosexualité latente. 

Tçî encore on retrouve à T origine une intuition géniale de Freud. 
En 1911^ Freud a posé les données du problème^ il en a fourni une 
première explication, en étudiant T autobiographie d'un malade con- 
sidéré à l'époque comme un dément paranoïde tj^^pe Kraepeliu : le 
célèbre cas Sclireber (i). M, Schifï en relate les données essentielles. 

Il s'ag-isî>aît du président d'une cour d'appel saxonne, antérieurement 
soigné par Flech^i^ et qui après un nouveau séjour à la cliiuque de Dresde 
eu ava.it été libère et avait consigné, daiis un livre justificatif, tout son 
délire. 

Malgré les persécutions dont Taccable le professeur Flecbsig, Sclireber 
croit que Dieu Pa choisi pour rénover le inonde et, à cette Én^ Ta méta- 
morphosé en feuime. L^Quali^-se du livre pennet à Freud de trouver dans 
Tattirance homosexuelle que Sehreber éprouve pour son médecin Torigine 
de ses idées de persécutiou, de trausformatiou et de grandeur, I^es idées 
de persécvtiov traduisent la protestation de rincojiscîent contre le désir homo- 
sexuel, les idées de ^nétamorphose corporelle le légitiment au contraire, en 
le traus portant daxis un moiide nouveau, où le malade entrera directement 
en contact avec Dieu le Père, et résoudra la situation infantile restée jus- 
que là en suspens. 

Cette situation infantile se retrouve dans beaucoup de cas d'ho- 
mosexualité larvée avec paranoïa réactionnelle. D'après Texplica- 
tion que Freud en donne (2), clic comporte essentiellement un ar- 
rêt de la libido au stade du narcissisme j ou une régression vers ce 
stade. Une fixation patliologique à la mère est probablement la cause 
primordiale de cet arrêt ou de cette régression, elle entraîne Tiden- 
tî fi cation de l'enfant à la mère et, corrélativement, le désir de voir 
le père admettre Tassimilation. Les sentiments de rivalité envers le 
père sont refoulés, la peur de la castration joue un rôle .prévalent et 
aboutit à l'importance extrême donnée à Torgane masculin. 

Ces deux processus de fixation et de refoulement détermineraient 
donc r homosexualité. Freud ^ pour expliquer le délire de persécu- 
tion découvre deux autres mécanismes, celui de Virrup tient, ou re- 
foulement m'anqné, et celui de la projection. Le sentiment homo- 
sexuel se fait jour malgré la censure, mais Tobjet de son attache- 
ment est transformé par la projection, qui joue un rôle capital dans 
la genèse des idées d'interprétation-persécution. Cette projection 
consiste en ce qu' « une impression née de ^i^divîdu est refoulée 
« et qu'en échange son contenu, dûment transformé, reparaît sous 
<i la forme d'une impression venue de T extérieur. » 

(î) S. Freud j Jahrbuch fur psychoaimlyiîschô und psychopaihologischa 
I^orschuvgen, III, i, 191 1^ p. 9. 
^ (2) V. Cas Sehreber {pps. 60 et suivantes, etc.) 



174 REVUE FEA^VAISE DE PSYCHANA].YSE 



Le rapport qui existe entre la « projection » et le délire de persé- 
cution mériterait à lui seul une étude attentive. Lres considérations:- 
théoriques de Freud sur ce points vieilles de dix-huit ans^ ont été 
corroborées par la clinique. M, Schiff connaît trois auteurs du raoins- 
quij placés à des points de vue très différents, ont assigné aux déli- 
res paranoï;iqiics des patliogénies analogues. 

Kn particulier le « délire d^interprétation à base affective j), le 
* SensitJver Beziehmig&wahn j* de' Kretsclimer, est dû^ pour cet au- 
teur, au refoulement d*une éraotion pathogène ches un prédisposé 
au caractère « sensitif ». L^ refoulement s^opère à cause de la va- 
leur erotique de rémotion; mais ICretschmer ne se limite pas à la 
tendance h cm ose n:u elle ; il retrouve le même mécanisme et les mê- 
mes conséquences paranoïaques dans les impulsions masturbatoîres: 
par exemple, 

Lp€ « Eeziehungswahn », Vinierprélation délirante des rapports 
sociavxy a 'été individualisé également en France, et de façon indé- 
pendante ^ par Logre. Enfin le reniement par un malade des senti- 
ments personnels, la transposition vers le dehors d'une idée en réa- 
lité appropriée au sujet caractérisent pour Freud, comme il a été 
dit, la projection ; ce sont des phénomènes très voisins que le pro- 
fesseur Claude individualise sous le nom de syndrome à^ action exté- 
rieure. 

Il apparaît, en résumé, que la théorie de Freud : le délire de per- 
sécution est causé par une homosexualité que le sujet n'accepte pas, 
paraît c]iniqueme]ït valable dans beaucoup de cas. La psychanalyse 
ne paraît pas, néanmoins^ en avoir élucidé tout à fait le mécanisme 
psychologique. La théorie de la projection est d'ordre général, elle 
dépasse le problème particulier dont il a été question ce soir, celui 
des rapports de ]* homosexualité vraie et de la paranoïa vraie. Le pro- 
blème est d'autant plus complexe que le délire de persécution cons- 
titue sans doute un syndrome plus qu'une maladie, syndrome de- 
puis longtemps à Tétude et dont le pronostic, les rapports avec 
l'hallucination, l'étiologie constitutionnelle ou intercurrente sera 
l'objet de bien des recherclies encore. 

Séance du i^^ jnin 1929. 

La séance débute par une partie a<îniîniEtrativej au cours de la- 
quelle M'""^ René Laforgue et M. Leuba sont élus membres adhé- 
rents à r unanimité, 

* 

On passe ensuite à la séance technique* 

M, Edouard Pichon. est très honoré que ce soit lui que la Société^ 



IPWWt^^ » ! ■ J ■■ 



COMPTES RENDUS -.175, 



représeiilce par son président, M. Lâforgne, ait choisi pour parler 
à l'époque de la Couférencé des PsychaTial^-stcs de langue française, 
Sa^ communication portera sur : Quelques points de l-'analyse d'un 
JEUNE homoskxuf;!,, ■ . . 

Il serait, pense-t-il, vain de sa part d'essaj'er de donner à la So- 
ciété dans cette seule séance une vue d'ensemble du cas dont il va 
s* agir : en efîet^ cette ps3^chanal3rsej bien qu'elle lui' paraisse en 
bonne voie, n'est pas encore terminée ; le moment d'en opérer la. 
synthèse scientifique n^est dpnc; pas encore arrivé. Aussi bien le but 
de r auteur n'est-il que d* attirer T attention de la Société sur certains 
d et ai] s intéressants de cette observation psychanalytique; pour situer 
ces détails^ il est bien forcé de donner quelques indications sur la 
façon dont se présente ce cas. 

Il s*agit d'un jeune homme de vingt-deux ans, que le D^ Piclion 
appelle conventionnellement Ladislas Moise (i) ; il occupe dans ren- 
seignement un poste subalterne qui lui permet de contiîiuer ses étu- 
des pour arriver à T agrégation. Ce jeune homme vient demander 
les secours du ps^rchân^îj^ste parce qu'il souffre de malaises divers 
{prétendue congestion après le repas; sensations étranges de tiraille- 
ment^ de peau trop courte, après quHl s'est fait la barbe) qui le gê- 
nent beaucoup dans son travail. A côté de ces malaises à masque so* 
matique^ il présente aus$i des angoisses qui se présentent sous la 
forme de ratiocinai Ion s sans fin sur la destinée de ThommCj sur le 
but de la vie et autres problèmes de ce genre. Le contenu de ces ra- 
tiocinationSj quoique prclen dûment intellectuel, est d' ailleurs ^ au 
point de vue philosophique ^ d'une remarquable pauvreté, dont le 
jeune hommCj intelligent par ailleurs^ se rend lui-même compte. Il 
qualifie d'absurdes^ et à bon droit^ ces ruminations pseudo-niéta- 
phj'^siques. 

Un autre des buts que Ladislas lui-même assigne à la psychanalj^se, 
c'est de le débarrasser de ses tendances erotiques homosexuelles, 
qui n*ont a vrai dire reçu de satisfactions notable qu'une fois^ dans 
une scène de concherie et de caresses intimes avec un sien collègue, 
sans pourtant qu'ils soient allés jusqu'au coït sodomique. Plus encore 
qu'un liomiosexnel, ce malade est un masturbant; et M. Pichon 
déclare ne pas pouvoir trop remercier son institutrice en psj^chana- 
lysCj M"* Sokolnicka, de lui avoir appris de quelle importance était 
r étude approfondie du complexe de masturbation, qui est le plus sou- 
vent gros d*ime foule de données psychologiques. 

Ladislas est le fils d'un médecin français d'une ville du Maghreb ; 
durant toute son enfance, il a ressenti pour son père une sorte d'éloi- 
^enient doublé pourtant d'une vive admiration ; cet éloignemcnt 
allait jusqu*au malaise quand Ladislas se trouvait seul avec son mal- 
heureux père^ très doux pourtant^ et qui paraissait souffrir que son 

m 

(i) Les noms propres ont tous été remplacés par des noms imaginaires. 
L^observâtion es^t strictement authentique par ailleurs. 



■w^^ 



176 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



fi\s lui manifestât si peu de tendresse* J'ajoute que cet homme était 
syphilitique/ souffrait de céphalées atroces^ et est mort d^nne aortite* 

Ladislas n^avait pas les mêmes sentiments de malaise à l'égard 
de sa mère, mais jamais pourtant, depuis très longtemps, il ne se 
prêtait aux caresses de celle-ci ; et souvent il la rabrouait assez ver- 
tement j durant ces années d ornières ^ si elle paraissait tenter ]e 
moins du monde d'avoir aucun renseignement sur sa vie intime. ' 

Enfin, la famille se complète par une sœur, de deux ans plus 
jeune que Ladislas, à Tégard de qui notre patient avait, comme la 
psychanalyse le décela rapidement ^ une très forte jalousie en grande 
partie consciente, pour la part qu'elle avait dans le cœur des parents. 

Dans ses grandes lignes ^ la psj^chanalyse de ce sujet s^est déve- 
bien entendu concevoir que comme sclicmaliques et qui dans la réalité, 
spectif , hauteur croit pouvoir y distinguer cinq époques : La première 
fut consacrée surtout à Télucidatiou de T attitude de Ladislas envers 
son père ; la seconde précisa rattachement oedipien j assez ancienne- 
ment refoulé, de Ladislas pour sa mère ; la troisième eut surtout 
trait à tous les problèmes et à toutes les réactions affectives que 
souleva jadis pour Ladislas la naissance de sa sœu^r ; la quatrième 
reprit le problème maternel, en nous montrant la mère non plus 
coipme un objet proprement dit, mais com-me une sorte de dépen- 
dance de la personnalité même de Ladislas nourrisson. 

Comme on le voit, ces quatre époques de Tanalj^se, qu'il ne faut 
bien entendu concevoir que comme schématiques et qui dans la réalité 
clinique ^'enchevêtrèrent de mille façons, représentèrent la marche 
rétrograde normale de T analyse, des couches pS3^chiques les plus 
réceuttr^s vers les phi s aiuneniu^s. La cinquième pliase, dans laquelle 
on se trouve maintenant, est plus difficile à définir du fait même de 
son inachèvement ; elle se réfère surtout aux objections que les bas- 
tions de résistance ps^^chique font encore à 1* entreprise du coït inter- 
sexuel normal. 

Le "fond du tableau clinique ainsi esquissé^ l'auteur passe aux 
quelques détails sur lesquels il veut attirer l'attention . Ils n'ont pas 
la prétention d'être originaux. Les ps3^chanalystes expérimentés 
les trouveront peut être banaux. 

L'auteur sait toutefois par son expérience de la médecine générale 
que jamais un fait clinique concret ne fait double emploi avec aucun 
autre, même dans le trésor d^expérience des cliniciens les plus vieillis 
sous le harnais- C'est ce qui lui donne le courage de présenter ces 
petits faits. 

* * 

Il parle d'abord d'un rêve qui se produit au début de ce qu^il a 
appelé la troisième période, ou période sororale de V analyse. Le psj^- 
ch analyste avait à cette époque tout lieu de penser que le problème 
de la naissance de la sœur de Ladislas allait tout prochainement 



COMPTES RENDUS 



177 



sortir^ et venir se poser. A la cinquantièrne séance, le malade apporte 
le rêve suivant : ^ ' 

RÊVE. — Les élèves de tous les dortoirs ont été réunis dans un 
mêine dortoir. On les y fait ranger , puis on les fait sortir en rang. 
Ladislas est paiijni les pions qui escortent ces élèves. On les mène" 
dans un. grand café. La Ladislas et un collègue qu^il a dans h rêve; 
mais qui n'est pas connu de luij se détachent et entrent dans un 
sous-soL De là^ ils remontent dans la. salle comtnuiie par un escalier, 
Ladislas marche le premier ; il émarge de Vescalierj. arrive dans la 
grande salle; derrière luij^ il voit son collègue , au moment ou il 
^sort de V escalier, donner un gros coup de tête d^ns un cordon qui 
barre V orifice, D^ ailleurs Ladislas a nette^nenl Vimpression qu'en 
réalité ce cordon ne formait pas obstacle, que le collègue était déjà 
passé quand il s'est amuse à cette sorte d^ acrobatie ai^ec sa tête. 

Les associât ion s fonrnisseiit quelques indications intéressantes : 
tout d^ abord Ladislas apprend à T analyste que, depuis ce rêve, il a, 
dans le cours de la journée pensé plusieurs fois à ce cordon et à ce 
geste inutile, à cette fausse difficulté de passage. Il nous dit encore 
que ce cordon le fait penser à ces gros cordons de peluche rouge 
qu'on met dans les musées pour empêcher les Wsiteurs d'aller dans 
les enceintes réservées : ces cordons sont rouges, gros et mous. 

Le rassemélement des élèves était^ dans le rêve, une cérémonie qui 
"lui était révélée, à laquelle il assistait pour la première fois. Il était 
censé avoir vu aup?iravant les élèves descendre j et s'être toujours 
demandé où on les rassemblait. Fait qui ne répond à rien dans la 
réalité. 

Quant au café, les associations qu'il lui suggère sont toutes domi- 
nées par ridée de quelque chose de scandaleux^ de prohibé. 

Il pense au « café de la Rotonde jo, à Nougiens, ville de province 
où il a été maître d'internat naguère. Un maître d^internat qui avait 
antérieurement habité cette ville, y avait laissé la réputation d'aller 
travailler ses examens soit à ce café, soit au bordeL 

Il pense aussi à un café de la rue Montagne-Sainte-Geneviève, qui 
^st, dit-iî, un café ^ poisse », où il y a un bal musette et où deux de 
ses collègues ont été récemment. 

Il pense enfin à un établissement cinématographique où une amie 
de sa mère, qui habite Paris, a voulu aller avec sa fille. Arrivée 
d'evantj elle a été un peu inquiétée par Tallure louche des gens qui 
attendaient, et elle s'est abstenue d'y entrer. 

Enfin le sous-sol; ce sous-sol ne figure dans le rêve que par prété- 
rit ion : en réalité, Ladislas n'en à pas eu l'image visuelle directe au 
cours du rêve ; il en a plutôt supposé l'existence d'après l'enchaîne- 
njent des autres images, notamment pour expliquer d^où son cama- 
rade et lui-même venaient quand ils montaient ]* escalier^ Il ra- 
■conte à ce propos que^ dans la maison de ses parent s j avant sa nais-- 
sance, il y avait une Société littéraire dont son père était adhérent. 

RLVUlî FRANÇAÏSH DE PSYCHANALYSE ' ■ j^ 



HA^* 



17S REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANAI.YSE 



La fille du proviseur du lycée de Brouillet, ville où Ladislas a aussi 
' occupé un poste, s'est une fois moquée de la concierge du lycée. Le 
proviseur venait d*être nommé là, là concierge connaissait encore, 
mal la famille. Elle interpella la jeune fille ; « Où allez -vous, made* 
tf moiselle j&. Alors celle-ci^ ironiquement : <f Je vais chez moi, 
«i madame, avec votre permission ! )> La concierge était furieuse* 

Il a semblé clair à M. Pic hou que ce rêve se référait au problème 
de la naissance. L'ambiance scandaleuse du café,^ où ce problème. 
est situé, marque la crainte de T enfant à aborder même en imagi- 
nation un mystère aussi redoutable, roulant sur des choses prohibées. 
Le sous-sol, qui Jie figure pas lui-miême dans le rêve, est le ventre. 
de la mère ; les associations le mettent en rapport avec Tépoque pré- 
natale, dans laquelle le père est supposé avoir joué un rôle : ce 
qu'indique sa participation à la Société littéraire. — ^ Le plus impor- 
tant, c'est Vescalier ; ce n'est pas dans ce seul rêve, mais dans beau- 
coup d'autres encore, que Ladislas offre à notre observation des 
images d'escalier en général étroits et tournants. Ladislas, qui est 
l'aîné, a passé le premier par Tescalier. Le camarade inconnu qui 
y passe après lui, en écartant de la tclc le gros cordon pourtant pas 
gênaiitj c^est sa sœur. Qu'elle soit représentée oniriquement par un 
garçon n'est pas pour étonner personne ici ; d'ailleurs ceci est lié pour' 
Ladislas a tout un complexe de non-acceptation de la différence des 
sexes sur lequel Fauteur ne peut s'étendre. 

Qu'on porte maintenant son attention sur ce gros cordon rouge et 
mou. M. Pichon avoue qu'il lui avait tout de suite, fait penser au 
cordon ' ombilicaL Toutefois, cette association n'était pas venue 
au cours de la séance j et Tanalj'Ste avait tenu, pour être à Tabri du 
reproche d'interprétation tendancieuse, à ne pas la suggérer. 

Mais, restant persuadé qu'il 3^ avait là une allusion à, une cir- 
constance de la naissajice de la sœur du malade, circonstance dont 
le malade avait dû entendre parler à T époque même, il se décida à 
en écrire à leur mère. 

Il a copié pour la Société le passage capital de la réponse de 
M""^ Moi se : « à la naissance de ma fille..., T accouchement a été 
« assez facile, et j'ai souffert moins longtemps que pour Ladislas... 
ft Ma fille cependant pesait 5 kilogs, mais raccouchement a été faci- 
(f lité par l'enduit sébacé très abondant et un peu jaunâtre dont 
« Fenfant était recouverte. Le cordon êiaii très gros ;,., il n'y a rien 
<i eu d'anormal dans la présentation, » 

L'auteur fait remarquer qu'on retrouve exactemeijt ici ce que le 
rêve lui avait permis d*inférer : cordon ombilical remarquablement 
gros, mais n'aj^ant pas gêné sensiblement raccoucliementj présenta- 
tion par le sommet. C'est sur ce détail amusant qu'il a voulu attirer 
en premier lieu l'attention de la Société. 



* 

^ * 



■ j 

Il parle ensuite d'un groupe de rêves qui appartiennent à la cin- 



COMPTES RENDUS 



179 



quième époque de V analyse ^ c'est-à-dire à celle où Ton se trouve 
encore. Ils paraissent à M. Pichon décrire très expressivement les 
ohjsctioîis des couches profondes du psychisme du -malade contre le 
coït intersexuel normal^ qu'il a en quelque sorte peur d'être acculé 
à aeocptcr. Il sera instructif pour l'auteur de recueillir F avis des- 
membres de la Société sur cette situation analj^iique. 

Dans ce but, ils lui permettront de leur conter l'essentiel de la 84^' 
séance de T analyse. Ce jour-là, le patient apporte un rêve dont voici 
le récit ; 

Rêve^ PKOiiEEE PARTIE. Ladislas est dans wi-e ville avec sa mère,. 
sa lantCr^ sœur de sa mère^ et son oncle Rainfroy^ mari de celle-ci. On 
frappe à une porte de la ville ^ qui résonne; c^est eux qui sont chargés 
de V ouvrir. La tante dit à son mari : « Va voir et sois gracieux y>. 
Ladislas y va avec son œiclCj. mais il a peur. 

M, Pichon examine d^abord devant les auditeurs les associations 
afférentes à cette première partie du rêve. 

ha ville rappelle à Ladislas la ruine d'un vieux fort, ruine que 
dans son imagination d'enfant, il reconstituait dans son intégrité 
pour jouer à en être maître* Le souvenir de cette ruine s'associe pour 
lui à celui d'un appareil photographique qu'il avait emporté un jonr^ 
dans l'espoir d* épater ses camarades par son habileté à faire des 
photographies, et qu*il laissa tomber, cassant ainsi les plaques^ 
d^où un grand dépit. — A cette promenade assistait aussi une fillette 
à peu près de son âge^ qu'il trouvait très jolie, jr^iis un peu bébête, 

L^oncle Rai^ifroy est brouillé avec sa belle-mère, grand-mère de 
notre malade. Il tolère qu'elle vienne chez lui voir leur fille et femme, 
mais il grommelle « On n^est plus chez soi ! », assez haut pour 
qu'elle T entende. Il est arrivé une fois qu*il lui ouvrît la porte ; il 
s'éclipsa en laissant cette porte ouverte, sans le moindre bonjour. — 
Ajoutons que cet oncle est extrêmement soucieux de sa santé ; il se 
croit toujours malade au point que le père' de Ladislas disait de lui : 
ff Se croire malade est à soi seul une maladie *. 

La porte le fait penser à celle de leur appartement. Le soir, il 
rivait peur quand on frappait. Il lui semblait que la personne, éven- 
tuellement lui, qui irait ouvrir la porte/ pourrait être assaillie et 
cstourbie par le prétendu visiteur* 

Dans la salle d'attente de son père, il y avait un bec de gaz, monté 
sur une tige mobile qui se rabattait à droite et à gauche* Ce bec 
était si près delà porte du couloir que, quand il était rabattu à fond 
vers la droite, il empiétait sur T ouverture et empêc^hait la fermeture 
complète du vantail. On a raconté à Ladislas qu'avant sa naissance^ 
le vantail s'était deux ou trois fois rabattu sur le bec allumé, d'où" 
une tache jioire sur la porte, tache qui avait beaucoup intrigué notre 
patient dans son enfance. , 

Ces association s j jointes à la marche générale de l'analyse à ce 
momient, ont fait penser à M. Pichon que ce rêve pouvait être inter- 
prété de la façon suivante : ^ ^ 



^■^ " ■' ■ _^^^^™'^^^^— ^" 



^ 



iSo REVUE l'RANÇAISE DE PSYCHANALYSÉ 



Lad 1 S las s'identifie à son oncle Rainfroy, qui se croit toujours 
malade. C*est sous les auspices, ou metnc les espèt^M^ de cet oticle 
craintif qu'il doit aborder la poile à la tache noire, c'est-à-dire la 
vuîve. Le coït est quelque chose de dangereux : voila ce qu expri- 
ment l'association aux craintes que Ladilas avait quand ou frappait 
à la porte îe soir. 

Que la tante Rainfrojr encourage son mari à être gracieux eu ou- 
vrant^ cela repose au niveau manifeste sur T incident de cet homme 
ouvrant la porte si m al gracieusement à sa belk-mère. Mais au ni- 
veau latent, cela signifie que la m-ère de Ladislas aurait dû effacer 
la craÎTite que ccîui-ci avait du coït. Il semble que ce soit assez légî- 
timemeot, que. Ladislas lui reproche d'avoir fait de tels mystères, et 
de telles réserves morales, qu'elle ne fit qu'au^iienter sa terreur. 
Quand Ladislas était petit, il rêvait pourtant d'être maître du fort, 
c* est-à-dire de posséder la femme. C'est ultérieurement que sous 
Tempire de la terreur du mystère et du sentiment de culpabilité, il 
a reng^p4pe désir "normal précoce. 






Que nous apporte la seconde partie du rêve ? 
La voici : 

Ladislas se pronrène d-ans nn jardin. Il iteui aller à une première 
pissolièrej mais deux chdeiis, qu'avait une damCj Vy devancent : 
d n'y va point. Il veut aller vers une seconde ^ mais s* aperçoit en en 
approchant que ce n^. sont que de petits bassins, Enfn, un^ troisièm-e 
pissotière se révèle de près comme cojistituée seulement par la tôle 
découpée d^ VeniôurCtge^ sans rien à V intérieur qui soit organisé 
pour qu^on y urine. 

M. Picl^oiî dit que ces trois pissotières sont le sjanbole des objec- 
tions que Ladislas soulève contre le coït. C'est ce qu'il a pu inférer 
des associations apportées par le malade. 

Que le coït soit symbolsié par des urinoirs^ c*est sans doute ^eu 
connexion avec une conception infantile du coït : pisser dans la 
femme. Interprétation qui devait se confirmer grâce à du iu;atériel 
ultérieur. 

La première pissotière est celle des chiens. Or, chiens évoque nt^ 
dans Tesprit de Ladislas^ ceux de ses amis Boulardier, savoir une 
chienne et un chien, qui avaient des rapports sexuels ensemble, 
quoique îe chien fût ûîs de la chienne, 11 songe aussi aux petite 
pékinois que certaines femmes ont sous le bras^ et aux gros cliiens 
par lesquels ou dit que certaines femmes se font baiser. Jadis, un de 
ses camarades de classe lui a raconté qu'il avait vu nue femme se 
faire foutre par un cheval. La première pissotière nous dit donc : 
le coït est quelque chose de bestial ; et de plus, il faiit craindre qu'il 
iie soit incestueux. 



i** 



vta^^^m 



COMPTES RENDUS 



18 1 



La seconde pissotière se transforme en de petits bassins. Il y a 
de ces petits bassins à la piscine de la. Butte aux Cailles j où fré- 
quente Ladislas. Il se demande toujoiars pourquoi ils sont faits* 
Peut -être est-ce pour se laver les pieds. Un jour un homme déjà d'un 
certain âge s*y était accroupi et s*y lavait ostensiblement la verge, 
mais ce n^est évicemmeut pas leur UK^age, Dans les cabines mêmes 
de déshabillage j il y a des bassins encore plus petits ^ trop petits 
même pour la longueur du pied, où. vient un jet comme dans uu 
crachoir de dentiste. Est-ce pour y uriner ? ce serait bien sale. 
C'est plutôt pour y rincer les maillots. Le patient parle aussi d'uu 
plongeoir sur hcjuel il a toujours vu un écriteau portant : « Défense 
de plonger ». Quel est ce mystère ? En somme^ le second urinoir 
nous dit : « Le coït est effrayant par son m3^stère : pourquoi la femme 
(ï possède- t-elle un plongeoir s'il est interdît d'y plonger ? je> 

Cette impression d'inquiétude devant T inconnu est complétée par 
une association à laquelle Ladisîas est passé ensuite sans transition 
apparente : un de ses camarades a été désigné pour mener les élèves 
à la distribution des prix du Concours Général et doit pour cela 
revêtir sa robe universitaire* Un soir de distribution de prix, à Ver- 
ienoy, une poule exigea d^un certain profesf^eur de collège, appelé 
Combel, qu'il restât en robe pour faire V amour avec elle : elle voulait 
sans doute, pour Ladisîas, tourner en ridicule la défroque univer- 
sitaire* Or Ladisîas aime toutes les solcnnitcs, to-ai5 les uniformes 
et serait fier de porter cette robe. Cet élément clinique et maints 
autres ont conduit M. Pichon à penser que cet amour puéril de la 
situation officielle et de la hiérarchie était pour Ladisîas un subs- 
titut de la virilité. Or de cette viril i té ^ il appert, par T aventure de 
M. Combel, que les femmes se moquent : <i Quel mystérieux genre ^ 
« de puissance faut-il donc pour leur plaire ? » se demande angois- 
seusement Ladisîas dans le profond ne son âme.; 

La troisième pissotière, enfiu^ est un faux semblant; elk n'est 
qu'une enveloppe à l'intérieur de laquelle il n^ a rien. Ce qui signi- 
fie probablement une interpellation à T adresse de Tanalj^ste du genre 
de la suivante : « Ce coït, dont vous faites un plat et que je ne 
<t connais pas, qui me dit après tout qu*il ait la moindre valeur ? » 






A la quatre-vingt-huitième se^mce, des objections contre le coït 
^paraissent j indiquant que la question n'est pas liquidée* Dans le 
rêve aux trois pissotières, le coït a été déclaré bestial, mystérieux et 
JJcevant; ici, il va être déclaré dégoûta nt^ coupable et vulgaire. 

Voici le rêve qui apporte ces appréciations ; 

Ladisîas se trouve au lycée de Nougiens, dans un dortoir, avec 
Guilbeuf, élève de troisième du lycée ou MOtre patient est wainte- 
nani. Tous deux visitent le dortoir. Au fond de ce dortoir j, tout à 



■" I 



rvr^pwifl 



IS2 



RJiVUE FRANÇAISE DE PvSVC H ANALYSE 



coup, comme pour narguer les locaux universitaires en les souillant^ 
Guilbeuf lui dit : <t Si on se branlait! » Il voulaii dire qu'on se bran- 
lât chacun pour sot. Mais Ladislas Iwl répond. : « Si je te branlais ! » 
Dans un second tableau, Ladislas passe une couche de peinture 
sur un réverbère qui peut se plier par mie charnière, dans une rue 
très agilé^^, A mi moment donnée le réverbère se plie en effet, et 
Ladislas dit textuellenienl : a Ce n'est pas u^ie petits affaire que de 
ft monter un ballon dans une rue aussi nwuvementée que la vôtre ». 
Bien que J' analyste ne soit pas présent, il sait que cette phrase s'adres- 
se à lui. 

L'auteur résume les associatious afférentes à ce rêve : 
Le dortoir du rêve est celui dans lequel Ladislas a pelotaillé uu 
çîève du l3^cée de Nougiens dont il a souvent été question dans le 
cours de Tanalyse* Au fond de ce dortoir, il y avait un étrange 
lavabo, fait d'une grande vasque en zinc, à hauteur de mains, por- 
tant en son xmlieu deux pi^liers creux supportant eux-mêmes un 
réservoir clos eu forme de torpille, duquel l'eau s*écoulait^ pat son 
simple poids, par de multiples robinets, en des jets « sans pression ». 
. .Guilbeuf çst un élève de tenue élégante qui avait dans le dortoir^ 
à l'époque où il était interne, son lit en face la cabine de Ladislas et 
que celui-ci aimait à regarder avec un certain alanguîssement. 

A Nougiens, un des collègues de Ladislas^ parlant des élèves qui 
se masturbaient dans le dortoir^ disait; ^ Ce qu^il s*en perd du 
<i sperme », Il pensait aux femmes que cette liqueur aurait pu satis- 
faire, mais LadislaSj lui, pensait nettement que c'est pour lui que 
ce sperme était perdu. . 

Le réverbère lui en rappelle un qui était devant chez lui, dans la 
ville maugrabine doiit il est originaire* Ces réverbères ont deux 




]:jenser à un pénis. 

La circulaiion de Paris, qu'il aimait tant au début de Tanalyse, 
lui fait maintenant horreur. Il s* indigne d^être obligé d'attendre 
pour laisser passer les automobiles : « Pourquoi eux et non pas 
« moi ! » dit-iL S*il avait un revolver, il bousilleraitj aiïîrnie-t-il en 




TOUX cherchait noîse aux propriétaires de voitures. 11 est vrai qu'il 
y a des' mutilés qui se targuent bien désagréablement de leurs pri-' 
vilèges. La veille de la séance, Ladislas allant aux Français, voulut 
passer, avec son coupe-file d'étudiant^ le jpremier dans un groupe 
attendant à un guichet spécial. Or, il passait ainsi devant des muti- 
lés ayant le même privilège que lui, et devant par conséquent garder 
leur rang d'attente par rapport à lui. Il s*en fit faire vertement 
l'observation par une dame et fut très vexé. 



■t- 






mÊT 



■ 

COMPTES RENDUS ^S^ 



Mcniier uv balïov. Cette expression, telle quelle^ lui est inconnue 
en temps de veille. Mais elîe apparaît par les associations et une con- 
tamination entre : <( avoir le ballon » et « monter un bordel »- 

Avoir le ballov, dans la ville natale de Ladislas^ c'est être enceinte. 
Une professoresse de dessin qu'il eut au lycée pendant la guerre^ 
■ devint enceinte. Cela paraissait à Ladislas quelque chose d'extraor- 
-dinairement mystérieux. Ses canïarades s'en amusait'.nt, en par- 
laient d'un aîr polisson, essaimaient de frôler le ventre de cette dame 
à l'entrée et à la sortie de la classe. Mais Ladislas ne pensait pas à 
<ela en riaiiL 

Monter un bordeï est une expression que Ladislas avait entendu 
une fois prononcer devant lui* Elle l'avait beaucoup frappé, et trou- 
blé, car il en ignorait le sens. Il s'était bien aperçu que cela n'aurait 
théoriquement pas dû être dit devant lui; or il imaginait que cela 
pouvait vouloir dire : « S^allier avec une femme pour lui faire un 
ti enfant w, mais avec une idée de divorce ultérieur. 

A cette occasion, Ladislas apporte lui-même les observations sui- 
vantes que M. Pichon tient pour extrêmement intéressantes : 
« L'amour normal a toujours été chez moi entouré d'un grand sen- 
« timent de culpabilité, du fait de mon éducation. Dans ma famille, 
'« tout au moins en ce qui concerne ma mère^ une liaison avec une 
a jeune fille a toujours été considérée comme extrêmement coupa- 
« ble, l^s prêtres y ont contribué aussi ^ car tous les confesseurs ne 
tt sont pas intelligents, ni instruits en psjî^chologie comme ils le 
« devraient. Aussi n*ai-je pas pu comprendre que quelques années 
-Ht plus tard ma mère toute la première ait essayé de voir clie^ moi le 
« développement du penchant vers les femmes, et ait fait allusion 
a à tout ce que je serais amené à faire pour elles. Mon bomosexua- 
■ff lité est dès lors tout-à-fait compréhensible : Tamour des homm*&s 
< n^était pas chargé pour moi de culpabilité; on n*en avait jamais 
* parlé ni en bien ni en mal dans ma famille ». 

Pour conclure :^ 

Le coït intersexuel nous est ici/ a dît M. Pichon, représenté, comme 
^dégoûtant, car l'enfant, qu'il l'ait vaguement observé ou plus ou 
moins deviné, Ta conçu comme une imciion dans la femme : ce 
qu'exprime le jet sans pression, par opposition à la force propre du 
jet éjaculatoire. Au contraire, les caresses in ter masculines ont été 
■d'emblée connues comme comportant le sperme; révélés à une épo- 
que plus avancée du développement intellectuel, ils ont été mieux 
■compris au point de vue erotique. 

Le coït inter sexuel est représenté comme coupable : il a été très 

' : anciennement comme frappé de tabou : quel scandale de « monter 

un bordel », au sens où ^enfant le comprenait; Tidée du divorce 

possible est probablement aussi là pour Ladislas, enfant pieux^ pour 

rendre la chose plus scandaleuse. Et puis, la femme ensuite risque 

-d' <K avoir le. ballon » et d^étre de ce fait honteusement montrée du 



w^v 



I P h ^ 



■"w^^n^^is 



184 



KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



doigt. Au contraire^ les caresses intermasculines ont été en quelque- 
sorte découvertes par Ladislas lui-même et ont échappé au tabou. 

Le coït intersexuel est ^nfin représenté con^nie vulgaire, ht cap- 
tatif Ladislas veut une position privilégiée; il veut tout le sperme 
pour lui; il veut qu^on arrête les autos pour qu^il passe > il veut pas* 
ser le premier aux guichets. L'auteur n^insiste pas sur ce poiut qui. 
a été plus longuement analj^sé en maintes autres séances. Il indique 
seulement ici que l'amour intersexuel est symbolisé par la circu- 
lation trop intense de sa rue à lui ps3'chanal3^ste (puisqu^il prône cfet 
amour normal). C'est dire que cet amour^ selon le malade, est trop 
encombré, convient à tous. Sur la voie la plus passagère de sa ville 
natale, il 3? a deux becs ju ineaux ^ celui du père de Ladislas et le 
sien propre : on oublie d'allumer le sien. Mieux vaut abandonner ce 
terrein~là^ et aller à T amour înter masculin que maintes fois dans 
l'analyse Ladislas a présenté comme Tapanage d^une élite. 






M. Pichon termine sa communication par un tout petit rêve dont 
i^ extrême concision a» dit-il, quelque chose d 'élégant, 

RÊVE. Ladislas a acheté quatre chapeaux. Or ces chapeaux lui 
font mal sur les côtés ds la tête, par manq^ie de largeur. 

Le chiffre quatre a ici une valeur très particulière j dont la recher- 
che va^ dit Tauteur, montrer quel danger il y a à s'écarter de la 
clinique et à adopter à Taveuglette, comme ont tendance à le faire 
certains psychanalystes, un lexique général d'interprétations symbb- 
liques. Même la donnée symbolique réputée la plus générale m eut 
répandue ne doit, en chaque cas particulier, être admise que si les 
associations du malade lui-même Tavaliseut pour ce cas lui-même. 

Quatre ici signifie : a refus » et « refus injustifié ». En effet, 
Ladislas ^st très hanté par les préoccupations S3mdicales, Or c^est 
en vertu de Tarticle IV de leur statut que les maîtres d'internat du 
lycée où il est ont prétendu refuser de faire le ser\^ice de première 
communion sous prétexte qu'il ne rentrait dans aucune des caté- 
gories prévues. L'administration a consenti, pour qu'il n'j^ ait pas 
d* histoires, à accorder pour ce service une indemnité spéciale; mais 
ultérieurement, il s'est vérifié que cette indemnité n*était pas due;, 
le Ij^cée étant obligé de. fïiiK^ conduire à la première communion les 
internes dont les familles le demandent, ce service est bien « service 
d'internat », et l'addition d'externes au groupe d^ élèves ne change 
pas la nature du sen^ice pour le pion qui conduit la colonne. 

Les chapeaux amènent le souvenir d'un chapeau-claque de son 
père, dont Ladislas aimait se revêtir k tête à la blague^ mais qui 
lui faisait mal sur les côtés de la tête. Mzit ils amènent aussi ]e 
sou venir suivant : dans une armoire où gisent de vieilles livraisons j, 
on a découvert un jour un nid de petites souris sans doute nouvelle- 



COMPTES ERND"US 



t8.^. 



* 

ment néeSj toutes roses* La couleur de ces souris avait beaucoup' 
frappé Ladislas : c'était, lui semble-t-i] , une couleur de vêrge. Or,. 
Vi.^^ Moii^e les a mises dans un chapeau^ sur le bureau de sou marij 
pour qu^à son retour il s* étonne et s'amuse de ce spectacle. 

Ainsi Ladislas refuse le vagin qui blesserait sa verge encore 
fraîche et rose comme celle d'un bel enfant, mais il sait pourtant. 
quMl refuse ce qu^on ne doit pas refuser, ce qui est le service statu- 
taire de Thomme, 

Tous ces rêves ne font en réalité que reprendre des éléments qui^ 
presque toTis^ ont ^té auab'sés dans les quatre premières époques 
à<:- r analyse. Mais ils les regroupent en un faisceau pour faire- 
obstacle à racceptatiotL du coït intersexuel normal. C'est sur cette- 
situation analj^tique que V auteur voulait attirer T attention de la. 
Société* 






M. Laforgue pense que le fait que le fort associé à la fillette soit 
en mine indique que T organe sexuel de la femme est conçu comme: 
étant lui-même une ruine, en tant qu'aj'^ant subi la castration, 

Ladislas a nn coupe-file dont il veut se servir contre son père; 
ia vieille dame qui Tcn empêche est sa mère; il faut donc qu^il 
renonce à la sexualité normale et se masturbe. 

M, Laforgue souligne aussi T importance de la discorde entre les 
parents dans des .cas semblables. 



7^ ^ 



M. Lœwenslein pense qu'un point capital de cette observation, 
c'est la non-acceptation du vagin, et ]a fixation de la libido à la 
\''erge. 

L'histoire de Thomme qui se lavait les organes génitaux dans 
un des petits bassins quoi qu*ils ne dussent^en définitive, pas être 
faits pour cela, semble indiquer que T en faut a du assez ancienne- 
ment se rendre compte que Torgane féminin servait au coït, puis^ 
refouler cette notion. 

Jusqu'à un certain point, révolution de Ladislas a été parallèle 
à celle d'e Léonard de Vinci, telle qut. Freud Ta élucidée : iî devient 
une mère envers les petits garçons, 

M. Pichon demande des lumières sur la situ?.tion' psychanahi:ique 
actuelle.? Selon Torateur on est dans là vraie phase œdipienne. Le 
patient vit sa révolte contre son père^ représenté notamment par Jes 
chauffeurs qui veulent passer devant lui. Monter un ballon dans* la 
rue où habité Tanalj^ste, c'est identifier celui-ci à la mère^ en même 
temps que par ailleurs il est identifié au père. 






jf m. Morgenstern demande quel rôle a joué chez ce malade Téro-- 



0^m 



j86 revue française de rsychanalyse 



tique ct^tiaîc, dont il n'a pas été question dans la communication de 
M. Piclion. Sa pratique de la psj^clianalyse infantile dans le service 
de M. Heuyer lui a montré la fréquence des tliéories infantiles de la 
naissance par Tanus et du coït par l'anus. 






M. Hesnard croit, d'après T importance accordée aux urinoirs et 
la mention dans le rêve du « jet sans pression » (qui comme Ta bien 
. vu M. Piclion représente la miction par opposition à réjaculation}^ 
que V erotique uréthéralê a dû un moment donné être préd a minante 
chez le malade ^ et que cette fixation uréthérale a dû retarder la génî- 
talité vraie, 

D:ïns sa pratique personnelle^ M, Hesnard^ dans plusieurs faits de 
rêve, a trouvé la reviviscence d'un état de moquerie par les femmes^ 
par la mère. Des fe mîmes ont plaisanté le petit enfant sur ses géni- 
toires, et ces moqueries l'ont profondément blessé. Cette éventua- 
lité clinique est particulièrement fréquente cliez les homosexuels, 
qu'on voit avoir souvent, dans leur enfance^ été particulièrement 
jïonteux et pudiques devant leur mère, et devant les femmes en 
général. Cette honte de leur masculinité les a poussés à s'identifier 
-aux femmes psychiquement, à prendre l'attitude féminine. 

M. Hesnard ajoute qu'il ne faut pas se laisser prendre à l'appa- 
rence de forte censure des pulsions normales; en réalité, sous le 
masque de celles-ci, ce sont les pulsions incestueuses qui sont cen- 
surées ; r homosexualité est un moj'en d^éviter l'inceste. 



« 

* * 



M. Allendy pense que dans le rêve du cordon, la montée de Tes- 
<:alier exprime non seulement la naissance, mais encore Taccès de 
Ladislas vers sa mère. 



* 



Af. Laforgue commente le rêve du refus, hti peur de la castration 
a entraîné une régression de la libido vers un stade passif, où le 
malade agit par le refus, qui devient un moyen pour montrer sa 
révolte,^ une résistance passive, ayant pour but d'attirer la punition 
qui libérera le malade de ses remords, lui donnera la paix et lui 
apportera en même temps une véritable satisfaction erotique de la 
•part de son père. 



3t 



Pour M"'' Sokolnickay, Tintérêt est de savoir à' quoi attribuer ce 
refus du malade de pratiquer le coït. Elle croit que le ballon symbo- 
lise nettement la grossesse de la mère du malade, ce qui rattaclicraît 



V4* 



COMPTES ÉEN'DUS 



107 



S'a peur de la virilité à la naissance de sa sœur. Il faudrait trouver 
.ses réactions affectives individuelles lors de la grossesse de sa mère» 
Mais celle-ci a le ballon, sa grossesse est avancé^, et on peut espérer 
-que le malade opérera sa naissance analj^tique qnaiid cette grossesse 
de sa mère^ à laquelle le psychanalyste est indentifié, sera terminée. 



* 

* ^ 



M, Picbû}! remercie beaucoup ceux qui ont bien voulu participer 
A la discussion des quelques faits psychanalytiques qu'il avait appor- 
tés. A M. Laforgue, en tant qu'il a parlé du problèmfe de la castra- 
tion; à M* Lœwenstein, en tant qu*il a parlé de ridentification de 
Ladislas à sa mère, à M^'^ Morgenstern en tant qu'elle a parlé de 
Téroiique anale, à M* Hesnard, en tant qu'il a parlé de Thomosexua- 
Hté pat peur de l'inceste. M. Pichon rappelle qu'en une courte com- 
munication portant sur quelques points de détail, il ne pouvait pas 
■ exposer toute la riche complexité d^un traitement psychanalytique, 
niaîs- il les assure que tous ces problèmes sont apparus dans le 
coui^s du traitement et ont été fouillés par lui dans la mesure de ses 
moyens. En particulier^ la règle indiquée par M^"*^ Morgenstern n'est 
pas en défaut ici : Ladislas a longtemps Cru que la fenlme n'avait 
■qu'un seul trou, un cloaque, qui par conséquent lui servait aussi 
d'organe sexuel, et lui-m,ênie, pendant un temps, aimait à se con- 
templer Tanus dans la glace qui se trouvait à proximité de son lit, 
Par contre, le matériel apporté par le malade n'a pas encore 
montré de discorde entre ses parents, contrairement à ce à quoi 
M. Laforgue pensait qu'on dût s'attendre. 

M. Lœwenstein a touché juste quand il parle de la fixation à la 
verge; celle-ci est pleinement consciente chez le malade, qui se mas- 
turbe fasciné par la contemplation de son propre pénis et qualifie 
son état de « fétichisme de la verge ». Quant à M. Hesnard^ 
M. Pichon tient à le remercier d'avoir attiré son attention sur l'ero- 
tique" uréthrale, sur laquelle son effort analytique ne s'est pas encore 
porté. 

La remarque de M. Allendy paraît à M. Pichon- d^autaut plus 
admissible qu'il est très fréquent que le mîême rêve ait plusieurs 

.significations, translativement analogues. 

Mais en somme il n'y a que M. Lœwenstein et M"""^ Sokolnicka 

^quî aient proprement répondu à la question précise , que, M. Pichon 
posait à la fin de sa communication : définir la situation anah'tique, 

et en inférer des i?idications thérapeutiques pour essayer de résou- 
dre cette situation, et des considérations pronostiques. Il pense en 

particulier pouvoir tirer graud profit des indications que lui fournit^ 

■grâce à riche expérience clinique, M™* Sokolnicka, 

^ . . JK.^ Allendy. 



l88 REVÙH FRANÇAIS]: DE PSYCHANALYSE 



IV" Conférence des Psychanalystes 

de Langue Française 

(Paris) 



Cette coHÏérence s'est tenue à Paris, à T Asile Clinique Sainte- 
Anne (Amphithéâtre de la Clinique des maladies mentales de la 
P'acuhéde Paris), le lundi 3 juin 19^9- 

Séance du m^tin 

Le Docteur Adrien Borel^ président, ouvre d* abord les travaux de 
îa Conférence par rallocutioTi que voici : 

« Je vous remercie tous, mes chers confrères, d'avoir bien voulu 
*f penser à moi pour ce poste de président. C*est avec un grand 
*t plaisir que, de ce fauteuil où vous m^avez fait P honneur de Bi'as- 
« seoir, je considère la progression de cette, conférence qui est notre- 
f* œuvre commune et qui contribue au développement des doctrines 
if psychanalytiques en France. 

« Le temps n'est pas très loin où le mot de ps^^chanalyse ne sou-- 
« levait chez nous qu^ indifférence amusée, sinon pis. Bt pourtant^. 
« il s'en faut qu'il en soit ainsi maintenant dans les milieux psy- 
« chiatrîques; C^est en grande partie à la Société Psjrchanalytique de 
« Paris que Pon doit ce changement. Plus tard, mes chers collègues, 
fl quand nous parlerons de cette période, coiiime nous aimons bien 
'ï un peu les grands niots^ nul doute qu'en pensant aux attaques 
u injusteSj aux critiques de parti pris qu^iî nous aura fallu subir, 
'^ nous ne disions : « C* et ait P époque héroïque ». En ces temps-là, 
û la ps\rchanalyse aura conquis définitive m eut droit de cité, mais- 
<ï nous, messieurs et mesdames^ nous serons fiers d'avoir été de la 
« première phalange de ses défenseurs. Je m^ arrête, puisque j'ert 
<f ai asf^ex dit pour avoir fait un discours^ ce qui est la fonction. 
<f essentielle d'un président. » 



COMPTES lîENDUS 189 



Le président donne ensuite lecture du télégramme suivant^ qu41 
a reçu du D'' Eitingon, secrétaire général de T Association Pisycha- 
nal5^:ique Internationale : 

« Au nom du bureau de T Association Interuatîouale, je vous 

* salue et souhaite à la Conférence des Psychanalystes de Langue 

* Française un travail plein de rendenïemt* » 

Il annonce en outre avoir reçu du D' Odier une lettre dont il lui 
semble plus opportun de ne faire donner lecture que des après le 
rapport de M"^* Sokolnicka* 

La parole est ensuite donnée au D' Raymond de Saussure, pour 
sou rapport sur les fixations HOMosEXUîiLLES chez les femmes 
NÉVROSÉESi, dont le texte est publié daiKs 1e corps même de cette 
revue. 

Après une courte interruption de séance, la discussion s'engage. 



* 
* * 



M'"" Sokohiîcka prend la parole la première. 

r. Elle veut d'abord demander à M. de ^Saussure si elle a pleine-- 
ment compris la différence psychologique quMl signalait entre 
riiomosexualité féminine et la masculine. La quc^^tion du clitoris 
et du vagin semble-t-elle vraiment Tessentiel à M. de Saussure, ou 
voit-il d'autres facteurs? 

M"*'' Sokolnickâ, de par sa pratique, se trouve avoir plus d'expé- 
rien ce de T homosexualité masculine qiie de la féminine. Or elle croit 
que le narcissis^ne est très fort aussi chez les homosexuels mascu- 
lins, de telle sorte qu'elle pense que ce n*est pas du côté du narcis- 
sisme qu'on peut chercher une différence de mécanisme psycholo- 
gique entre les deux homosexualités. 

En général, les homosexuels mâles veulent pour amants ou des 
hommes beaucoup plus âgés qu'eux^ jouant le rôle de pères; ou au 
contraire de jeunes adolescents ^ et dans ce dernier cas, M*"* Sokol- 
nicka a cru remarquer que Tâge préféré pour le partenaire était 
celui où le sujet luûmême avait commencé sa masturbation prépu- 
bârale^ M, de Saussure a-t-il observé quelque chose d'analogue chez 
les femmes? 

II. L'oratrice pense que M. de Saussure a eu grandement raison 
de souligner le rôle important de la bissexuaîité chez les homosexuel- 
les; mais il y. a lieu de souligner que cela se voit beaucoup plutôt 
quand il y a névrose que quand il y a perversion acceptée et réalisée. 

IIL Enfin, M. de Saussure, dans son introduction^ a dît que dans 
certains cas le garçon n* arrivait pas à résoudre sou complexe 
d'CBdipCj mais que dans d'autres il n'arrivait pas à eflEectuer sa 
fixation à la mère, M"^ Sokolnicka ne souscrit pas à cette îaçoii d^ex- 
poser les choses; pour elle, la fixation à la mère est toujours pré- 
sêïite; elle peut s'être arrêtée très tôt; mais il n'y a pas d^hômosexua' 
lité mnsc^U7ie sans une phase de fixation à la ^inère. 



■k«^ 



190 REVUK FRANÇAISE J)H PSYCHANALYSE 



* 

1^ * 



La parole est ensuite donnée à M. Hesnard. 

I, Il parle d^abord sur le point particulier du narcissisme. II. tient 
à apporter sa pleine approbation à ce que vient de dire M""* Sokol- 
iiicka sur le rôle du narcissisme dans rhomosexualité masculine, A. 
propos du narcissisme, il voudrait critiquer le terme de projection, 
que M. de Saussure applique aux narcissistes. Il s^agît plutôt^ dans^ 
le phéïKîTTièiîe que M, de Saussure appelle ainsi, d^une sorte d* iden- 
tification narcissique : le sujet mfet dans l'objet ce qu'il désirerait 
avoir été. Par exemple, un chétîf recherche pour amants de beaux: 
hommes adonnés au sport. Faut-il appeler ce fait ps^^'cliologique une 
projection? Le faire, c'est créer une confusion avec la projeciioiir 
paranoïaque^ qui est un mécanismes psychologique très diffcrcnt. 

IL M. Hesnardj passant à un sujet plus général, déclare avoir été 
très intéressé par ce que le beau rapport de son ami Saussure con- 
tient d'original ou de résumé sur la question encore si obscure de 
r homosexualité féminine en général. Il partage d'une manière gêné* 
raie l'opinion du rapporteur sur révolution psycho-sexuelle de la 
petite fille, sur le rôle primordial de la jalousie à Tégard du mâle 
(c'est-à-dire, psychanalytiquement parlant, de T en vie du pénis), sur 
les essais habituels de compensation de cette déception primairej. 
sur le rôle de Tangoisse de castration (au sens large) ^ et, dans le 
plan des tendances psychiques, sur l'importance de Videntificatîon 
avec le père-homme à l'égard de la mère : le rapport de M* de Saus- 
sure est une bonne mise au point de cette question de T homosexua- 
lité chez la femme. 

Mais il a été un peu déçu par le vague des conclusions de M, de 
Saussure quant au niécamsme iwvrosant, 

M, Hesnard revient sur ce qu'il a dit Tan dernier, de la nécessité 
de ne pas confondre cl iniquement les perversions sexuelles vraies 
réalisées, -et les perversions sexuelles iniaginatives ou ébauchées 
telles qu'on les rencontre dans la névrose. Il s'agissait précisément 
d'indiquer le mécanisme des fixations homosexuelles chez les '^névro- 
pathes, c'est-à-dire chez des femmes qui, du fait de leur constitu- 
tion psycho-sexuelle spéciale, n'ont pas accepté franchement leurs 
tendances homosexuelles, ne les ont réalisées que dans de faibles 
proportions et toujours avec un puissant sentiment névrotique de 
culpabilité. 

Pourquoi certains individus se soumettent-ils à T homosexualité^ 
et; ayant un beau jour élu un objet défini, réalisent-ils leur perver- 
sion jusqu'à un degré parfois très grand d'épanouissement de tout 
rêtre? Et pourquoi certains autres ne T expriment-ils que d'une 
façon névrotique, dans leurs symptômes, au prix de refoulements 
secondaires; et incessants? Encore une fois M. Hesnard demande 
qu'ici, comme dans le domaine de T homosexualité masculine, on^ 



^^Ê^^im^'^^-m 



COMPTES RT:xm:s 191 



veuille bien étudier comparativement rtomosexualité névrose et 
l'homosexualité perversion, qui seule est T homosexualité vraie, 

C'^st là une question formidable, à laquelle M. Hesnard a récem- 
ment réfléchi en écrivant un petit livre qui va paraître sur la psy- 
chologie liomosexuelle masculine, Klle est dominée par les condi- 
tions complexes qui déterminent le perver:5 i vivre dans h réel^ à 
agir son penchant, tandis que le névrosé le vit pacinqucnicnt Comme 
nous l'apprend Freud lui-même, la sexualité infantile du vrai per- 
vers n^esi pas polymorphe covime Vest celle du névropatkf:. 

M. Hesnard croit que les conditions différentielles entre les deux 
groupes de patit^riLs sont à chercher dans le surmoi : le sur moi névro-^ 
patliique arrête en totalité révolution libidinale, tandis que le sur- 
moi du pervers est électif. 

Le surmoi névropathique reflète directement la castration post- 
œdipienne : interdiction sexuelle diffuse qui retentit sur toutes les 
pulsioiis iiidistinctenientj en arrêtant plus ou in^ins franchement 
révolution libidinale à sa phase infantile sans forcément détruire 
les attitudes sexuelles de V individu envers Tobjet du sexe opposé. 

Le surmoi du pervers est électif. Il est avant tout inspiré de 
rideviification exclusive ou prédominante^ mais toujours profonde 
et défendue jusque dans le plan erotique^ avec le parent du sexe 
opposé, qui, d^objet infantile primaire devient, après introjectioUj 
un idéal personnel et narcissique. De cette façon, le surmoi est 
féminisé chez le garçon pervers homosexuel, et M. Hesnard pense 
que, symétriquement^ il doit être anasculînisé chez la fille perverse 
homosexuelle. Il limite^ dès lors son action aux pulsions sexuelles 
précisément abolies par cette identification spéciale. Il laisse subsis- 
ter comme innocentes^ permises, toutes les autres, c'est-à-dire les 
pulsions dirigées contre un objet du même sexe : pulsions narcissi- 
ques simples d'abord, c^est-à^dire celles ayant trait au propre corps, 
à la propre complexion sexuelle de T individu; puis pulsions narcis- 
siques projectécs {au sens de Saussure) dans un individu semblable 
au sujet lui-même. 

Alors chez la femme , puîsqu* aujourd'hui il s'agit d'elle, les puis- 
sions envers le père-objet^ précocemeut tabonées, sont écartées 
comme choquantes, environnées d'inceste infantile, tandis que tou- 
tes les autres, c'est-à-dire les pulsions envers la mère, puis soi- 
même^ puis un objet semblable, sont reconnues comme possibles, 
réalisables, sinon parfaitement légitimes^ et recommandables au 
plus haut point. Car il y a dts homosexuelles qui, s^étant délibéré- 
ment rangées parmi les hommes, pratiquent leur sensualité per- 
verse avec une satisfaction que n* altère aucun remords œdipien et 
qui, dans la vie pratique, s'avèrent supérieures : femmes d'action, 
directrices d^indiiï^trie, banquières célèbres , etc. 

En somme, pour M. Hesnard, M. de Saussure a surtout donné 
une étude (d'ailleurs fort instructive) sur le mécanisme de l'homo- 



' i 



^Ê^ 



192 ■ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



■sexualité féminine en général, mais ne ne nous a pas fait compreti- 
■dre comment de cette liomt^sexualité naissaient les sj^mptômes 
névrotiques. 



* 
* * 



M- Pichon attire Tattention sur deux points: 

I, Il lui semble, comme à M, Hesnard, trè^ utile de distinguer 
cliniquement T homosexualité latente de T homosexualité manifeste. 
Mais^ selon lui, c^est trois degrés, et non pas deux seulement, qu'il 
faut marquer cliniquement. 

Chez un premier ordre de sujets, T homosexualité (pour employer 
cet affreux mot h3^bride auquel il 5^ aura tout intérêt à renoncer 
un jour) est entièrement inconsciente, et c'est le psychanalyste qui 
doit aller déterrer et mettre au jour les tendances erotiques vers les 
individus du même sexe. 

Chez un second ordre de sujets, le patient lui-même a conscience 
d'être attii'é vers les individus de son propre sexe^ mais n'accepte 
pas de réaliser cette tendance, et cette lutte perpétuelle est un des 
éléments de son état psychique. 

Eniin^ chez un troisième ordre de sujets, la perversion est réali- 
sée : il y a des rapports homosexuels. 

Voilà une classification clinique qui nous apporte déjà, dit 
M. Pichon, un utjje triage de nos cas. Mais à vrai dire^ bien sou- 
vent , là limite est difficile à tracer entre le second et le troisième 
ordre, soit parce que les expériences de réalisation homosexuelle 
ont été sans lendemain, arrêtées qu^elles ont été par îe frein de la 
personnalité; soit parce que les habitudes homosexuelles du sujet 
ne tolèrent que tel ou tel mode de réalisation, mais non pas tel autre 
plus avancé dans T échelle des caresses anormales. 

Au sui'pluSj il ne faut pas confondre perversion réalisée et per- 
version acceptée. Même che2; les homosexuels qui coiîçoivent Pamour 
intrasexuel comme de beaucoup supérieur à l'amour inter sexuel, et 
qui se vantent de leurs pratiques erotiques anormales ^ Toi'ateur est 
porté à croire que T acceptât! on n'est jamais complète. En d'autres 
termes j bien que la distizietion de M. Hesnard entre la perversion 
réalisée et )a névrose à tendances perverses soit cliniquement indis- 
pensable ^ il est permis de se demander si une bonne analyse psycho- 
logique des homosexuels pervers les plus décidés ne révélerait pas 
toujours des éléments névrotiques dûs à T imperfection constante de 
r acceptation de la tendance perverse. 

IL L'orateur entend ensuite faire écbo à ce qu'a dit M. Hesnard 
du tabou précoce appliqué à l'amour intersexueL II croit qu*une 
éducation mal comprise peut, sur pareil, terreîn^ être un facteur 
déj)Iorable pour révolution des individus. Il appuie en partîctilier 
cette opinion sur le cas d'un jeune homme, Ladislas Moise, dont il 
a eu r occasion d'entretenir le i^"^ juin la Société Psychanalytique de 



mt^^/m 



coMPTRS :rendus 193 



Paris. Une influence mateiiielle trop rigide^ doublce de Faction de 
linéiques prêtres excellemment iotenti-onnés mais d'esprit peu large 
dans l'exercice de leur ministère^ avait eu pour résultat de frapper 
^'nn interdit terrible T idée du coït avec la femme ; si Von ajoute à 
^ela que celui-cij incomplèlemeiit deviné dès un âge tendre, avait, 
^emble-t-il, été compris comme quelque chose de redoutable (peut- 
-être du fait des gémissements de la femme) et de dégoûtant (puisque 
conçu comme une miction), ou comprendra que les caresses intra- 
sexuelles masculines, découvertes plus tard par le jeune homme hors 
-du milieu familial^ franches du lourd aiiatlicnie qui pesait sur 
l'amour intersexuel^ et conçues d'emblée comme franchement ero- 
tiques ^ comme nettement voluptueuses ^ aient remporté dans cette 
âme une facile victoire. 






Madame Marie Bonaparte étudie elle aussi deux points : 
L Elle tient à apporter à M. HesTiard son appui en ce qui œn- 
•cerne la projection. Il ne faut pas, croit-elle, confondre projection et 
j:hoijc narcissique f car alors il n'y aurait pas de raison pour que tout 
^choix d'objet ne fût pas appelé projection. S'éprendre de quelqu^un 
serait toujours une projection. Dans le choix narcissique , nous ai- 
mons nous figuarer que notre objet nous ressemble ; nous ne répu- 
, dions donc nullement la partie de nons-même que nous voyons en 
lui. Au contraire, dans la projection paranoiaque^ c*est un élément 
répudié que nous projetons sur autrui. 

IL L^ oratrice ajjpelle encore une fois l'attention sur le grand pro- 
blème qui a été soulevé dans la discussion : pourquoi tel sujet de- 
vient-il un pen^ers, tel autre un névrosé ? La bissexualîté native in- 
tervient-elle ? Il importe de rechercher Télément historique. La 
femme est homosexuelle primitivement par rapport à la mère, et 
d'ordinaire même à la mère phallique^ C'est par sa plus grande com- 
plexité que Thomosexualité féminine se distingue de la masculine. 
Chez r homme, il s*agit simplement de no^^-re^ionciaîion à la pri- 
mauté du phallus. Chez la femme, on rencontre le plus sou veut T ho- 
mosexualité, soit névrotique, soit perverse, quand la mère de la pa- 
tiente a fortement affirmé sa personnalité en face ou aux dépens de 
celle du père. -Cette homosexualité féminine revêt d'ailleurs des va- 
riantes psychanalytiques : tantôt la patiente, identifiée à sa mère/ 
porte son amour sur des fillettes, ou du moins des femmes d'âge très 
inférieur à elle ; tantôt, fixée à sa mère^ elle porte son amour sur 
des femmes âgées. 






M. Laforgue déclare le sujet extrcmeinent complexe. Dans plu-- 
sieurs cas, des femmes qui avaient réalisé des fixations homosexuel^ 

JÏEVtJE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE l3 



194 RE\aîE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



îes^ se sont uîtcrieii rement mariées. Elles ont été frigides an contact 
au mâle. Souvent cependant elles ont pn devenir enceintes, et alors, 
tout à coup on vo^j-ait céder la frigidité. Pourquoi ? Quel avait été 
le mécanisme de cette rupture d'équilibre ? 

Dans un cas obsen^é par l'orateur, quand la frigidité eut cédé, la 
malade fut irrésistiblement amenée à créer un état organique. tvH- 
gravcj qui aurait pu la mener à la mort si la psyclianal3^se n'était 
intervenue. Dans un autre cas, la malade^ n'acceptant pas la vo-- 
lupté orgastique, réagit par un état psj^chonévrotique orienté vers- 
l'avortement, et ravortement fut réalisé. 

Dans les cas où T enfant naît, sa mère apporte mille empêche- 
ments à son développement normal. 

Pourquoi, dans de pareils cas, la grossesse entraîne-t-ellc une 
rupture de l'équilibre ps^^chique ? Il semble à M. Laforgue que 
telles femmes s'identifient à leur père en tant que possesseur de leur- 
mère, et que, quand elles deviennent elles-mêmes grosses ^ elles 
s'identifient à leur fruit. Pendant leur grossesse, elles se trouvent 
en rivalité avec le fœtus, au coït duquel elles assistent puisqu'il est 
dans leur sein ; cela a pour conséquence de les faire arriver à ravi- 
ver leur complexe d' Œdipe, et la frigidité difîparaît. Mais alors se 
déclenchent des réactions pour sortir de cette situation et revenir à 
Véqiiilibre antérieur : réactions auto-punitives dues à la censure de 
Tamour œdipien par le surmoi. Une, grande hostilité en résulte con- 
tre l'enfant, soit avant sa naissance (d'où possible avortenient), soit, 
après, sous forme inconsciente ou avec rationalisation consciente. 
Dans ce dernier cas, traiter la mère est rendre service a Tenfant. 






M. Charles Baudouin veut faire une remarque incidente ayant 
trait à la peur de castration. Il s'agit du cas d'une femme névrosée 
mais a3^ant fait quelques expériences homosexuelles perverses, c'est- 
à-dire à mi-chemin entre la névrose pure et la perversion vraie. Ce 
cas a bien évolué ; l'ana]3^se s'est terminée^ comme un roman, par 
le mariage de la patiente; or au début, le mariage était pour elle 
l'éventualité la plus in envisageable. Or, dans ce cas, il y avait an- 
goisse devant le coït, considéré comme une castration. Des coïts- 
aperçus ou supposés avaient été interprétés comme un acte de vio- 
lence, terrible pour la femme* L^angoîsse jouait, symptomatique- 
ment, un rôle de premier plan. M. Baudouin demande si les cas su- 
perposables à celui-là sont nombreux. 



« 

^ ^ 



Af™* Aiorgenstern se demande si la punition par le père ne joue- 
j>as un rôle très grand dans l'observation d* Yvonne. Ce qui le lui 
fait croire, c'est que dans T homosexualité masculine, la punition 



COMPTES I^ENDUS 195 



du garçon par la mère joue un rôle de premier plan. Elle rapporte 'à 
ce propos le cas d'un homme que sa mère avait fouetté quand il 
avait q^ii^tre ans parce qu'il se masturbait. 






M. Jean d^Hunovain demande si la phobie du stnegma et de 
l'urine lie joue pas un grand rÔle dans la genèse de T homosexualité 
fémMÎne. 






M. de Saussure répond à M"^* Sokolnicka qu'il y a certainement 
beaucoup de points communs entre le mécanisme de l'homosexualité 
féminine et celui de la masculine. La différence vient surtout de ce 
que la femme recherche le pénis , tandis que T homme a peur de le 
perdre. Mais les processus d'identification parentale, de régression 
anale, de dédoublement narcissique sont symétriques. Le rappor- 
teur n^a pas observé que la masturbation soit, chez la femme, utie 
voie conduisant à T homosexualité, 

M. de Saussure croit, malgré M- Hesnard/ et maigre Madame Ma- 
rie Bonaparte, que le terme de projection contient une part de vé- 
rité, car, commt^ a dit tout à T heure M, Hesnard luî-iiiêmej les ho- 
mosexuelles névrosées n'acceptent pas complètement leur homo- 
sexualité. Or, dans le mécanisme de la projection^ le point de dé- 
part est bien une non -acceptation » comme Ta indiqué Madame Ma- 
rie Bonaparte. 

Les étapes de la projection paranoïaque sont ; i* le sujet se rend 
compte qu'il aime un objet du même sexe, 2*" refoulant son amour, 
il dit : a je suis aimé » ; 3^ refoulant davantage encore, il dit : m je 
suis haï ». 

La projection érotomaniaque , que Freud lui-même appelle pro- 
jection, sWrète au stade : « je suis aimé ». 

Or, chez T homosexuelle névrosée, on trouve une ébauche, plus 
primitive encore, du mécanisme : la feiuine ne dit- pas même « je 
suis aimée »j mais c je désire être aimée ». C'est là un mécanisme 
du même ordre que la J^rojection : la projection névrotique de M. de 
Saussure- Ce processus de projection se mélange à celui d'identifi- 
cation. On ne trouve l'identification à Tétat pur^ s mu s projection^ 
que chez les vraies perverses réalisant leur homosexualité. 

M, Hesnard s'est demandé pourquoi telles personnes devenant 
des perverses, telles autres des névrosées. M. de Saussure croit 
que c*est en grande partie une question de circonstances : les fillettes 
pouvant réaliser Mt leurs perversions homosexuelles ont à .cette 
époque beaucoup moins d'inhibitions, car leur surmoi. n'est pas for- 
mé. 

Le rapporteur est d^accord avec M. Pichon ; il remercic^M. La- 



■■■ma 



X96 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



f orgue du problème qu'il a posé ; il croit que le cas de M. Baudouin 
est un peu en dehors du sujet ; il confirme ^ pour M'"^ Morgenstern, 
que la punition par le père a joué un très grand rôle dans le cas 
d ^Yvonne ; il répond à M. d'Hunovain que le dégoût de l'urine et du 
sm-egina est un élément trop tardif pour pouvoir être réputé T ori- 
gine de r homosexualité féminine : il ne peut agir que si la femme a 
tout un passé Vy préparant. 

Séance de VaprèS'-inidi. 

Le D** Borel, président, donne la parole à M"' Sohohncka pour 
son rapport sur Quelques problèmes de technique psychoan^aly- 
TJQUE^ dont le texte est public dans le corps même de cette revue* 
Dès que M"* Sokolnicka a terminé, le D"" Borel la félicite de son 
beau rapport, et lève la séance pour quelques minuf-cs. 

A la reprise, il fait donner lecture , par M* PichoUj secrétaire gé- 
i^éral de la conférence, de la lettre suivante : 

Berlin^ 25 mai. 

Mesdames et chçrs confrères, 

C'est avec les plus vifs regrets que je ue pourrai, cette année encore, 
assister à la Conférence annuelle des Psjj'dianalystes de langue française, à 
laquelle j'adresse mes vceux les nieilleiirs de parfaite réussite. 

La question de la technique figurant au programme, peut-être cela pourra- 
t-il vous intéresser de connaître l'orientation actuelle de l'Ecole KerHuoise, 
et me laîsserez-vous la résumer très brièvement j en relevant deux ou trois 
poÎJits, qui vous sont coinms depuis longtemps, mais sur lesquels il est 
bon que vous sachiez que les « pontifes t d'ici insistent chaque aimée 
davantage. 

Le principe essentiel doit guider Tanal^^^ste, ou plutôt sa technique, d'un 
bout à l'antre du traitement, consiste à ne jamais perdre de vue : 

i*^ La personnalité tout entière du patient (seine ganze MenschUchkeît) 
et les particularités d^ycelle ; 

2^ La situation réelle et actuelle du patient; 

3* Le but ou les possibilités thérapeutiques. 

Corollaires 

r** Ainsi, toute situation analytique devra toujours être mise en relation 
avec la réalité (realeu Verhâltoisse). Si elle se rapporte à des expériences 
passées, où infantiles, en recherclier toujours les déterminauts ou accom- 
pagnants covscicvts, réprimés peut-être depuis lors, avant d*insister sur les 
reioulemeats, le sunuoi, etc. 

Ex. ; Une anal3^se d*élève a été taxée de ratée, parce que ce dernier 
a tout de suite interprété une phobie de la j-iiméa (odeurs, g&z de fabriques 
notamment, etc) et du feu comme un symptôme (inal et a orienté son 
patient vers les complexes répressifs sadîques-anaux, alors que cette plio- 
bie avait été la suite directe d'une peur consciente, et infantile, de Ten- 
fer. 

2**) Tout matériel . inconscient éc:happant à toute relation avec le moi (et 
SI possible le moi réel et actuel, ses sj^mptômes^ comportements, fantaisies, 
etc*) doit être laissé de côté. 

3<>) Par conséquent, grande réserve et grande prudence dans Vanûlyse 



■ H 



PP^ 



COMPTES RENPUS 



197 



(les rêve s j surtout au début. Ne pas craindre au début également^ d'avoir 
avec le patient des sortes de « conversations » même si elles contrevien- 
nent à la règle fondamentale (associations libres) et à la- situation âvâlyti^ 
que parfaite et classique. Ceci afin de prendre uii bon contact avec la per- 
sonnalité manifeste du patient d'une part, et d'autre part, de le conduire 
peu a peu, et satis exciter son agressivité, à une saine et complète com- 
préhension de Tanalyse. Un conseil qu'on reçoit souvent, dans ce sens, est 
de vitdtipUer autant qu'il eu est besoin, les « Vorbesprechungen » c'est-à- 
dire^ les consultations assises^ et entretiens, avant Panalyse coucliée* Et 
en profiter alors pour poser au patient toutes les questions possibles, et 
l'engager simultanément à poser toutes celles qu'il voudra, avant que les 
unes et les autres soient défendues (par la technique) ou contraires au dé* 
foulement des rési. stances, et aux associations libres, 

^ La préparation assise ou stade préparatoire de Tânâlj^sej serait par^ 
ticulièrement utile avec les scliizoïdes, pour prendre contact avec eux, ou 
aussi avec certains grands inliîbéSj etc.„ Dans un cas très difficile que 
j'ai rapporté ici à un groupe technique (groupes oti Ton expose surtout 
ses erreurs), cas d'une dame extrêmement narcissique et intelligente, et qui 
s*était refusée aux associations libres, Sachs m'a reproché de n'avoir eu 
avec elle qu'ti^ïe seule consultation préalable {de 50' K 

4**) Au débuts laisser autant que jxjssible les rêves de côté, ne révéler, 
en tout cas, que ce que le patient peut comprendre et accepter Une ex- 
ception tout-efois est constituée par les « Straftramne ». Ceux-ci au con- 
traire peuvent être d'un grand secours et éclairer très rapidement toute 
Id « constitution psychique » d'une part, toute une série de réactions ou de- 
sxnnptômes d'autre part. Il convient donc de les analyser tout de suite et ii 
fonds ; ce qui non seulement est très utile pour l'analyste, mais surtout 
peut soulager énormément le patient et lui pennettre d*apporter du non* 
veau matériel, Rappelons que ces rêves de punition sont bien fréquents au 
début de l'analyse, celle-ci étant considérée par le surmoi comme une 
Treibbefnedigvitg, ou un soulagement, qui mérite une punition. 

5**) Dans la suite, toutefois, ne pas analyser non plus les rcves u pour 
eux-inênies m (Paît i^our Taii:) et ne jamais chercher à en résoudre tous les 
détails. Sinon on s'expose de conduire Taiiah^se à un stérile et intermina- 
ble dialogue entre le soi du patient et le médecin. A toute période de ce 
traitement stibordomier systématiquement l'analyse des rêves à Téclaircis- 
sèment ou la compréhension de la situation réelle^ ainsi qu'aux objectifs 
tiiérapeu tiques. Autrement dit n'en retirer que ce qui peut contribuer à fixer 
clairement la situation générale ou les expériences, présentes ou passées, 
auxquelles ils se rappoite]it. Cette remarque s'applique particulièrement 
aux rêves de Tenfance. En géaiéral^ travailler surtout les affects plus que 
les S3^iuboles ; et parmi les afifects, d'abord les sentiments de culpabilité ^ 
(auto-punitions, réactions masochistes j etc.) avant de toucher aux affects 
agressifs ; et ceci précisément pour ne pas auerm enter encore les sentiments 
de culpabilité et les inhibitions , ce qui pourrait faire échouer pour toujours 
le traitement, 

6**) Ne jamais laisser passer la moindre allusion au travsiert, ou tout 
matériel (conscient et inconscient) de transfert. Ce dernier doit avoir la 
préséance sur tout autre. En parler et le commenter, et l^'expliquer le plu=t 
possible, quitte à négliger quelqu'autre réaction la plus intéressante puisse- 
t-elle être. Certains malades sont trop tentés d'apporter de *( très jolies )^ 
fantaisies freudiennes pour séduire Tanalyste, Tàttirer (.^.ans une enfance 
obscure et de cette façon ^ passer le transfert sous silence. "» 

Vous m'excuserez chers amis de vous transmettre des considérations uni^ 
quement pratiques, sans grand intérêt scientifique, et qui vous sont con^ 
nues pour la plupai-t. Mais, si banales soient-elles, je pense qu'elles offrent 
tout de même un iulcrêt : celui d'être le résultat de longues expériences de 



igS KliVUE FKAN(;AISli DE PSYCHANALYSE 



Ja part d'analystes a'veitis, et faîtes par eux depuis Iti « révolu t ion *> pro- 
duite par le flurmoi et la k Ichlibido w* 

/e laisse d'ailleurs Saussure juge de l'oi^poituïiité de vous ]es lire. Elles 
Ti^'oiit permis en tout cas de reprendre une instant contact avec vous, ce 
-^ui, du foiid des mélancolit^ues forêts et des mardi es monotones du Bran- 
ilebourgj constitue pour moi, soye/.-en sûrs, une très grande joie. 

Avec mes nieilicnrs messages et aminés. 



Odjkk, 



* 

* * 



. M. Codei prend le premier la parole dans la discussion. Il ne peut 
dire que quelques mots sur ce rapport si copieux qui dénia noe à être 
lu et rein, étudié et mûri, 

La ligne d'ensemble de ce beau travail Ta beaucoup intéressé et 
lui a beaucoup plu. Elle tend à développer cliez le patient V attitude 
de responsabilité devant ta vte, attitude qu^il évite si souvent. M, 
Codet croit précisément que resseiitiel de la névrose est cette pro- 
pension à préférer une douleur déterminée à une attitude vraiment 
ferme, avec prise de responsabilité ; si, comme il croit le compren- 
dre ^ Madame Sokolnicfca pense que la ligne directrice de tout traite- 
ment est d arriver à cette attitude de responsabilité, cela confirme 
tout à fait ce que IL Codet a avancé avec M. Laforgue et M, Pi- 
clïon, quand ils ont envisagé ce qu'ils ont aJ:^pelé V arriérai ion affec- 
tive.. Il est à la fois très plaisant et très profitable pour eux d'en- 
tendre confirmer ces idées par la bouche de M''^* Sokolnicka. Il ap- 
paraît bien que la psychanalyse a une influence vwraJe, ce qu^on 
méconnaît trop dans le public. La phrase finale du rapport de M""*" 
vSokolnicka, oii elle se réfère si agréablement au petit sauvage de 
Diderot^ est très importante à ce point de vue. 






M. Parchewincy s'associe aux félicitations que M, Codet a offertes 
à la rapporteuse. Mais il voudrait demander un éclaircissement sur 
un point particulier. M"**' Sokohiicka a dit que Freud considérait ja 
régression comme principalement organique. Or la psychanalyse ne 
sait que récupérer toutes les forces libidinales perdues en chemin : 
une thérapeutique de ce genre peut -elle inHuencer des facteurs vrai- 
ment organiques. L'orateur aimerait que la rapporteuse précisât sa 
pensée sur ce point. 



if: i^ 



M. Hesnard admire sans i^éserves M'"* Sokolnicka pour le talent 
avec lequel elle a su exposer la psychologie freudienne de la né- 
vrose de manière aussi personnelle qu'exacte, toute en déplorant 
qu'elle n^ait pu tout au long, Tan dcrnierj exposer de la même ma- 
nière le problème pratique de la Technique, 



COMPTES RENDUS 



199 



L II se permettra de lui faire quelques réserves au sujet de sa 
-conception, fidèle surtout aux enseignements premiers de Freud, 
Kjui lui fait accepter sans restriction la formule schématique : « La 
névrose est le négatif de la perversion ». Il faut se méfier des for- 
mules lapidaires. Lorsqu'on creuse le mécanisme ps^^chanaly tique de 
la perversion ^ on s'aperçoit que ce qui est le plus refoulé en général^ 
c'est Télan normal et que, lorsqu'une perversion est acceptée par la 
-conscience, c'est souvent en vertu d'un mécanisme de compensation 
libidinale des refoulements portant sur les tendances normales. Ou 
tout au moins la perversion apparaît comme U7ie Défense contre les 
iendances œdipiennes mal liquidées. Un exemple en est donné par 
r homosexualité masculine, qui résulte souvent d'une idt^nlificatioXL 
maternelle, elle-même défense contre T inceste : dans beaucoup de 
cas, même en supposant que Tindividu est resté fixé à la phase 
phallique et à 1* intérêt de son propre organe sexuel, il apparaît qu'il 
ne serait pas devenu homosexuel s'il n'avait pas souhaité en même 
temps de se châtrer (ou d*accepter la castration) et de faire comme 
la mère ; plus tard, eette homosexualité plus on moins refoulée se 
-combine à une névrose, mais celle-ci, schématiquemeiit parlant^ re- 
montera à des origines bien plus nombreuses et anciennes que cette 
homosexualité refoulée. 

' De même, M"^* Sokolnicka fait jouer un rôle bien modeste au sur- 
moi en disant : « C'est le ça (ou Soi) qui propose, c'est le moi qui 
« dispose, c*est le surmoi qui approuve ou désapprouve »> Même à 
Tétat normal, le surmoi fait beaucoup plus que désapprouver : il em- 
pêche organiquement, malériellement, le comportement sexuel na- 
turelj il rinhibe; il transforme tout le caractère. Point essentiel sur 
lequel l'orateur reviendra, 

IL II approuve par contre entièrement les idées de la rapporteuse 
sur le rôle de la masturbation. Il croit cependant qu'il faut préciser 
ici trois points : - 

Tout d 'abord j ce n'est pas la pratique matérielle elle-même de la 
masturbation (sauf si elle va jusqu'à provoquer un épuisement) qui 
aggrave le malade aux prises avec des conflits psjxhiques ; c'est le 
fait qu'il lutte contre elle au fur et à mesure que le besoin progresse^ 
et surtout le fait que cette habitude augmente V intériorisation y l'at- 
titude auto-érotique et narcissique (base commune de toutes les dé- 
viations sexuelles). Car il y a beaucoup de malades en lutte avec 
leur tendance masturbatoîre, chez qui le fait de diminuer leur scru- 
pule ou leur terreur des suites de leurs pratiques, leur redonnant à 
eux-mêmes Tautorisation modérée de s'j^ livrer^ produit une détente 
'des symptômes. Bien entendu ce n'est là qu'un premier temps, 
d'ailleurs favorable à Finstallation de nouvelles résistances narcis- 
siques que seul un bon transfert pourra conjurer. C'est à Tanalyste 
qu^il appartient, suivant les cas, de relâcher plus ou moins Tinter - 
«diction masturbatoire* 



MP 



mim 



200 EEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Ensuite il faut remarquer que la masturbation peut ne pas existei^ 
.chez Tadulte nerveux, surtout chez la femme frigide avec infanti- 
lisme psychosexuel total (cas toujours difficiles à modifier). . 

■ Enfin il faut préciser que lorsqu^on parle de -masturbation infan- 
tile, on ne veut pas dire orgasme masturbatoïre. Les petits enfants^ 
peuvent se masturber fréquemment et longtemps sans orgasme, et 
■ celui -ci j qui ne survient parfois qu'aux approches de îa puberté — 
avant Tapparîtion du liquide séminal chez le mak — est d^abord 
tardif et ébauché ; certains malades croient ne s'être jamais mastur- 
bés avant la puberté pour cette raison, 

IIÏ. L'orateur a beaucoup goûté le schéma qui fait à M"^* Soko]-' 
nicka grouper tous les fils d^une anal^^se autour d'une scène primor- 
dialcj qui sort à la fin de ranatj^se et qui marque le moment où le 
petit enfant renonce à son sexe (avec castration chez le garçon et ja-- 
lousiè chez la fille). Ce schéma est très vrai^ très frappant ^ très fré- 
quemment retrouvé dans les névroses simples. Malheureusement. 
l'orateur croit que dans les névroses graves — conditionnées hérédi- 
tairement — et à plus forte raison dans les états psychopathiques, 
les faits psychanal3=^tiques sont plus enchevêtrés et complexes. Les^ 
scènes concrètes manquent {peut-être en vertu d'une amnésie parti- 
culièremeiit puissante). Et 1 ou est obligé de reconstituer les ten- 
dances refoulées sous une forme théorique souvent inaccessible à la 
compréhension actuelle du malade. 

IV* Enfin M, Hesnard fait à Madame Sokolnicka un léger grief 
de n'avoir insisté que théoriquement sur les mécanismes d'auiopu- 
niiion^ qui nous apparaissent aujourd'hui comme de plus en plus 
essentiels à démêler tant au point de vue de la comprcliension de 
tout refoulement en général qu'an point de vue des résistances thé- 
rapeutiques. Alexander a montré que tout état névropatliique im- 
pliquait une faute ^ uu besoin de punition et aussi une -teudance per- 
sistantCj opiniâtre^ à la satisfaction libidinale ce achetée » en quel- 
que sorte par une pénitence préventive ou intérieure. Les faits ac- 
cumulés ces dernières années tendent à faire admettre ici non pas 
une « crise » de la psychanalyse (je me suis élevé récemment contre 
ce terme) ^ mais une évolution. Des perversions sexuelles, elles-mê- 
mes secondaires, T intérêt scientifique se déplace sur les instances 
refoulantes, le surmoi et, d*une façon générale, sur .les prodigieuses 
puissances de la défense sexuelle. La plupart des états morbides : 
névrose, psychose^ et aussi des états comme le crime et le caractère 
anormal, apparaissent comme beaucoup plus conditionnés par les- 
formes innombrables et cachées de la défense sexuelle, telle que l'im- 
pose la culture humaine et la vie sociale, que par Texigence ou la 
discordance^ des pulsions instinctives primitives. Si bien qu'à coté 
du phénomène éthique primitif qui est inclue dans le refoulement 
sexuel, il y a un phénomène biologique : la transformation de la vio- 
lence, forme primitive et prégéoitale de Tinstinct, Violence qui ne 



t^m^^t 



COMPTES EEKDUS 



20I 



. disparaît pas chez le civilisé, mais s'incorpore au surmoi et peut de- 
venir, de façon dé tournée j nne dérivation prépondérante de toute sa 
sexualité sous forme d^ auto-punition. 

M. TTesnard sait que M'"^ Sokolnicka, tout en étant un peu mé- 
fiante à P égard de ces notions récentes, les a déjà appliquées avec 
fruit dans sa pratique personnelle, D^un autre côté^ il considère le 
problème de T autopunition, déjà dévoilé aux chercheurs français par 
son ami Odier dans ses beaux rapports précédents, comme essentiel 

. au point de vue de la Technique psychanalytique. C'est pourquoi il 
croit qu'il serait utile de donner l'an prochain comme sujet de rap- 
port la question suivante : Les mécanismes psychopathologiques 

. d^ autopunition dans la genèse de la psychonévrose, du cnm^ et des 
maladies organiques. ^ 






M, LœwS7istein s* associe aux félicitations qui ont été adressées à 
M""^ Sokolnicka par les précédents orateurs. Il attire T attention de 
l'assistance sur la façon systématique dont elle insiste sur les subs^ 
tiiuts de la masturhatio^v, La masturbation infantile, les psychana- 
lystes Tout certes toujours analysée^ et quand cette masturbation 
infantile était retrouvée, souvent Vanalj^se était terminée. Mais les 
nianifestations secondaires du complexe masturbatoire n'ont, jus- 
qu'ici j été qu'accidentellement interprétées^ et c'est le grand mé- 
rite du présent rapport d'insister sur l'analyse systématique de ces 
manifestations. 

L'orateur a souvent vu des exemples de ces inhibitions de travail 
en rapport avec la masturbation qu'étudie si bien M""^ Sokolnicka, 
.Les gens rêvent à leurs travaux^ à leurs succès, et finalement ne 
travaillent point : de même la masturbation homologue des rêves 
stériles de succès est l'équivalent d'un projet de coït au regard du 
coït, homologue du vrai travail, qui rc:.ste interdit. 

M> Lœwenstein rappelle le cas qui a été discuté à la dernière 
séance du groupe de l'Evolution psychiatrique, celui de cet homme 
qui entre en rage quand il voit quelqu^ni qui a des tics. Cet hum- 
me ne se souvient pas de s'être jamais touché avec ses mains, mais 
il s'excite en se frottant la verge entre + les deux cuisses. Or, une 
grande partie de ses sj^mp tomes obsessionnels sont en rapport avec 
une masturbation infantile disparue ; les pratiques qui persistent 
impliquent une sévère interdiction de la masturbation mantielle, et 
se donnent pour légitimes* Or, de pareilles formes de masturbations 
sont essentiellement féminines : ou pourrait décrire une foule de 
formes d'érotisme solitaire où c'est telle ou telle tendance partielle 
qui entre en jeu» , 






M. Laforgue trouve très instructif le rapport de M""* Sokolnicka, 



202 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Le sujet en était très ardu : il n*\' a pas encore de traité clinique de 
psi'chanalj^se qni donne une synthèse de la technique. Aujourd'hui j 
naturellement, dans le court temps qui lui était imparti , M'""^ Sokol- 
nicka n'a pas pu serrer le problème d'une façon idéalement satis- 
faisante. Elle a dâ laisser certains problèmes dans l'ombre/ comme 
Torateur lui-même Tan dernier. Mais il est excellent qu'elle ait in- 
sisté sur le rôle considérable de la masturbation ^ même si celle-ci 
■est une conséquence plutôt qu^une cause. 

Actuellement, certains auteurs essaient une S3nithèse, en mettant 
l'accent sur le mécanisme d^auto-puniim7i^ mauvaise herbe qui em- 
pêche de pousser la plante que nous devons cultiver, La lettre de 
M, Odier nous montre les difficultés inhérentes à ce mécanisme^ et 
.nous donne un guide pour les résoudre. 

Mais il faudrait relier le problème de T homosexualité ^ et celui de 
la masturbation par une étude d'ensemble sur ^auto-punition, com- 
me Fa proposé M, Hesnard, C'est là -dessus que devront porter les 
rapports à la Conférence de Tan prochain. 

I 

M. Ch. Baudouin, en comparant le rapport de M"*^ Sokolnicka et 
la lettre de M. Odier, trouve encourageant de voir qu*en diffé- 
rents points et de façon indépendante^ il se fait une évolution de la 
technique psychanaW tique dans une direction commune. 

M- Baudouin pense en particulier au caractère moral de la psy- 
chanalyse que^ comme Ta- bien dit M. Codet^ le public méconnaît si 
souvent. Il était peut-être utile qu'au début la psychanalyse ne don- 
nât pas trop d'importance à cet élément moral, car la première tâche 
était d*en lever la mauvaise herbe. Mais plus la ps^^chanalj^se pro- 
grès se ^ plus elle devient capable d'englober telles attitudes théra- 
peutiques, telles méthodes moralisatrices contre lesquelles elle s'est 
■d* abord défendue* 

Il semble à M. Baudouin que c'est à une tendance de ce genre que 
se rattache la tecbniq^ie active de M, Ferenczi, ainsi que la techni- 
<[ue hétérodoxe, voire révolutionnaire, dé M. Rank, oii pourtant il 
y a peut-être des éléments assimilables pour la psychanalyse freu- 
<lienne, notamment la fixation d'un terme, qui met au premier plan 
le complexe de la naissance. 



* 



Madame Marie Bouaparie voudrait poser une question purement 
■technique : la différence des réactions du névrosé quand c'est un 
homme ou une femme qui fait Tanalyse. 



* 



M, Pi chou est pleinement d* accord avec son ami Codet pour re- 



COMPTES RENDUS 203 



-connaître le caractère essentiellement moral de la pratique psj^clia- 
îialy tique, et dans sa source et dans ses effets. Ce qu*il veut dire par 
là, il s* est efforcé de le préciser dans un article de la Revue française 
de psychanalyse, il). Mais il voudrait aujourd'hui, devant le présent 
auditoire, eni pêcher que certains malentendus ne se produisent. 

L D'une part, quand on parle des niéca]iismes névrotiques d*au- 
topunition émanant du surmoi, il faut bien s'entendre. Dans la no- 
tion, un peu embrouillée, de surmot, M. Odier, à Genève, a senti, 
depuis quelque temps déjà qu^il fallait opérer une distinction analj^- 
tique ; et même il semble que ce qui a été le plus fort élément pour 
attirer M. Odier à Berlin, c'est d'avoir appris que là-bas, indépen- 
damment de lui, M, Alexander avait été amené à des conceptions 
analogues,^ qu'il avait eu le temps de pousser davantage. L'essentiel 
de la conception de MM. Ale^^ander et Odier, c'est de distinguer une 
instance proprement morale, qui est ]e sunnoi d 'Odier, VidéaUdu-^ 
moi d^ Alexander ; et une instance pseudo-morale érotisée^ qui est 
]e sur ça (plus tard sursoi) d' Odier et le surmoi d* Alexander* La pre- 
mière de ces instances , l'instance proprement morale, à laquelle 
V orateur donne, au moins provisoirement, le nom de suasormvi^, se 
développe seule chez les sujets à évolution psychique normale. Ches; 
les névrosés, le suasorium est plus ou moins étouffé par l'instance 
érotisée décrite ci-dessus en second lieu, que l'orateur appelle le 
coactoriwn {2). Or, il est très important de remarquer que, dans 
-cette conception, ce n'est nullement du suasorium mais du coacto- 
rium que dérive le besoin morbide d'auto-punition. Ce besoin n'est 
pas un besoin moral, quoiqu^il s^en donne le masque. Ce sera alors 
la tâche de la psychanalj'Se que de détruire le coactorium, instance 
parasite, pour permettre à l'évolution arrêtée de reprendre, et au 
'suasorium de se constituer. 

TL D'autre part, il y aurait danger ^ selon M. Pic h on, à confondre 
l'action morale de la psychanalyse avec d'éventuelles tendances prê- 
c lieuses. Les critiques élevées il 3^ a déjà longtemps pair AL Pierre 
Janet contre les thérapeutiques moralisatrices à la Dubois restent 
pleinement valables. Ce n'est pas par intercalation de tirades mora- 
les, mais par résolution des complexes morbides, et libération du 
patient que la psychanalyse réalise son effet moraL M. Pichon croit 
utile' d'insister sur ce point, car il craint que M. Baudouin, qui 
d'ailleurs a donné une esquisse intéressante du mouvement d'idées 
qui se dessine aujourd'hui chez les psychanalystes, ne tende à s'au- 
toriser de certaines de ces idées pour revenir indûment a des pro- 
cédés plus éducatifs que thérapeutiques, et^ comme tels, inappro- 

fi) PichoiK Position du problèvie de l'adaptation réciproq^œ entre )a so- 
xiété ci tes psychis7}ics exceptionnels, Kevue française de psychaiialj^se, t. 

il. PP' 135-599' 

(2) Cette îioîuenclature se complète par les tenues d'actorimyi (das Ich) et 

*de puUorium (das Es). E, P. 



MÉ^toMIBÉM 



204 rhvup: kk ANC Al se de psychanalyse 



priés à beaucoup des malades qui requièrent les soîus du médecin: 
spécialiste. 






M. de Saussure pense qu*il est utile, puisque ce même jour il se 
tient dans la même enceinte un congrès d'iiygiène mentale, de venir 
faire remarquer que tout le problcme moral qui s^est trouvé soulevé 
ici aujourd'hui est un problème d'hygiène mentale / D' ^prè^ l'ora*. 
teur, moralité et santé mentale sont deux notions qui se recouvrent 
presque. Les psj^cli analystes peuvent, par leurs méthodes^ îihêrêr 
1^ individu. Il faut qu^ils le proclament, pour que les professionnels de 
r hygiène mentale tiennent compte de leurs directives. En Suisse ^ 
on a organisé. des commissions d'hygiène mentale où sont entrées des. 
psychanalystes, parce que les orgaTiîsateurs ont d'emblée senti com- 
bien la présence de ceux-ci était utile. M. de Saussure demande que 
dorénavant les psychanal3Jstes français se montrent dans les congrès 
d 'hygiène mentale et y exposent leurs points de vue. 



* 
^ ^ 



M^^ Sokohiicka remercie beaucoup ceux qui ont bien voulu parler 
L l'occasion de son rapport. Il lui semble que la plupart des orateurs^ 
ont complété ses dires, plutôt qu'ils ne Tout contredite. 

M, Parcheminej^ a bien senti la gravité du problème posé par la 
phrase de Freud concernaut la nature organique de la régression. 
M™ Sokolnicka a cité la plirase d'après la traduction de M. lanké- 
lévitch ; elle-même, à ]a lire, s'était demandée si elle était traduite 
tout à fait fidèlement. Si elle Ta citée, c'est surtout pour y attirer 
r attention^ car elle avoue que la pensée de Freud sur ce point n'est 
pas encore tout à fait claire pour elle, La réaction de M. Parc lie mi- 
ney montre à la rapporteuse qu'elle a atteint son but, 

M> Hesnard est le seul par qui M"*^ Sokolnicka se sente critiquée 
injustement, N'a-t-il pas vu quelle place elle avait donné au surmoi 
dans son introduction ? Certes, elle a schématisé : il le fallait bien. 
Elle n'a pas abordé le problème de l'identification, mais c'est inten- 
tionnellement. Il s'agissait simplement, dans ce rapport ^ de quel-- 
ques points de technique, et an fond M™^ Sokolnicka en avait choisi 
deux principaux : l'analyse du complexe de masturbation et la ter- 
minaison du traitement. Les observations très justes qu'a faites 
M. Codet, à savoir que toute la technique de la rapporteuse tend à 
développer l'attitude de responsabilité, n'auraient pas été possibles 
si M""* Sokolnicka avait en réalité négligé le problème du surmoi 
comme M. Hesnard l'a dit, M^' Sokolnicka rappelle qu'elle a indiqué 
que, selon. elle, toute Taiial^rse était rélaboration des postulats du ça, 
à travers le moi et le surmoi. 

^ M""** Sokolnicka reconnaît qu'elle occupe une place un peu a part 
vis-à-vis de M, Akxander. Vieille anatyste, elle a vécu tant de révo- 
lutions psychanalytiques que cela Ta rendue plus humble. Elle croit 



^4P 



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COMPTES lîlENDUS 



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en effet que, dans les nouvelles tendances de M. Alexander et de 
M. Odier, il y a beaucoup de choses utiles, et qu'il y a en effet lieu 
de dciii^ander un rapport où ces notions soient reprises, exposées et 
subissent un examen critique- Mais croire en bloc à une rénovation 
totale de la tectnique serait dangereux ; il ne fant pas renoncer trop 
vite aux vieilles idées : jeter Teau sale de la baignoire, c'est bien^ 
mais il ne faut pas jeter T enfant avec. 

Analyser toute îa personnalité, cela ne semble pas nouveau à 
JVP** Sokolnicka. Elle croit l'avoir toujours fait. 

M""** Sotolnicka voudrait qu^on rendît à chacun ce qui lui appar- 
tient. Plusieurs des idées énoncées dans la lettre de M: Odier sont 
de M> Rank. La rapporteuse croît avoir assez montré, par tout son 
rapport, qn^elle ne partageait pas les idées de M, Rank en tant 
qu'il veut reporter sur le traumastîme de la naissance toute la signi- 
fication attribuée au complexe d' Œdipe. Mais elle croit qu'on 
ne peut pas nier que M. Rank n'ait grandement influé sur la tech- 
nique psychanalytique, cojnme Tindiquait M. Baudouin. 

M""* Sokolnicka n'accepte pas non plus le reproche de M* Hesnard 
quant à la formule : « la névrose est le négatif de la perversion » . Les 
perversions sont des régressions anx fixations pré-œdipiennes ; des 
lors, la névrose peut être le négatif de la perversion sans que cela 
concerne en rien le complexe d'CEdipe qui^ même dans le freudisme 
le plus récent j reste le complexe-noyan, 

A M. Baudouin, la rapporteuse répond qu'elle a fait du traitement 
ùctif avant M. Ferenczi lui-même : cela est si Vrai que, dans sa 
première communication sur ce sujet j M* Ferencxi Ta citée. Maïs 
il ne faut se permettre d^être actif qu'à condition de bien savoir 
ce que Von fait. Lo grande directive de la thérapeutique active , c^est 
de ne jamaps blesser le sentiment d'^infériorité du piitienl. Au débuts 
cette directive manquait à M. Ferenczi : c^est ce que lui-même t:om- 
prend maintenant. 

A Madame Marie Bonaparte, la rapporteuse répond que T incons- 
cient de l'analysé transfère les situations sur T analyste quel que 
soit son sexe réel^ et sans prêter attention à ce sexe réel* On voit 
l'analyste^ dans les rêves, figurer avec le sexe voulu sans rapport 
nécessaire avec son sexe réeh Le seul cas où le sexe de T analyste 
puisse être une genc, c*est celui d'une homosexualité très intense, 
mais c'est alors de la vie consciente que provient P obstacle. 

* 

' Avant de se séparer, la réunion décide d*olïrir au D"" Charles 
Odier (de Genève) la présidence de la Conférence de 1930. Pour la 
date précise j le lien et le sujet de celle-ci, on décide de s'en remettre 
comme l'an dernier au Comité, constitué par les membres titulaires 
de la Société Psyclianal^iiique de Paris, 

Edouard Pichon.. 





Imprimerie SAINT-Da^r^ïs, — = Nïout 



Le Gérant : V, Chap^lt.^.