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Full text of "Revue Française de Psychanalyse VII. 1934 No.1"

Tome septième 



N" I, 1934 




Cette revue est publiée sous le haut patronage 
de M. le Professeur S. Freud. 



MEMOIRES ORIGINAUX 

PARTIE APPLIQUÉE 



HEVUE FRANÇAISE DE PSTCPANALYSE. 



Les sept Conférences sur la Pensée magique^ 
qui se trouvent ici réunies, ont été faites à la 
Sorbonne au cours du premier semestre de igSS ; 
elles furent organisées sous l^égide du Groupe- 
(V Etudes Philosophiques et Scientifiques pour 
r examen des Tendances Nouvelles que fonda et 
dirige notre collaborateur le D^ René Allend\ <- 



La Pensée magique chez le primitif 



(1) 



Par Mahie BONAPARTE 



C*est avec un certain effroi que j'inaiigure ce soir notre série de 
conforeuces sur la Magie* Ce sujet est, en effet, Tun des plus vastes 
que Ton puisse traiter : la mngie n*est rien moins qu*une des prin- 
cipales conceptions du monde que se soient créées les hommes. 

Je vous donnerai d'abord quelques exemples concrets de magie 
que j'emprunterai à Touvr^^ge célèbre de Fra2:er, Le Rameau 
d'Or C2). 

K L'api)l] ration la plus familière de Tidée que tout semblable appelle 
le semblable se trouve sans doute dans les tentatives faites universelle- 
ment, et dans tous les temps, de blesser ou de détruire un ennemî en 
blessant ou en détruisant son efiîgie^ cela, dans la croyance que la souf- 
france de cette effigie commandera la souffrance de l'individu et la des- 
Inic^tion de Tune la ranrt de Pautre. Qucjqiaes exemples, choisis parmi 
un grand nombre, démontreront peut-être combien a été répandue cette 
pratique dans le monde entier, et combien remarquable a été sa persis- 
tance à travers les âges. Elle a été familière durant des millénaires aux 
sorciers de PInde antique, de Eabylone, de PEgypte, comme à ceux de la 
Grèce et de la Rome classique ; et souvent aujourd'hui, les malins sau^ 
vâges australiens, africains, voire les enchanteurs écossais y ont recours. 
Les Indiens de PAmériqiie septentrionale s'imaginent qu^il suffit de des- 
siner la forme d'une personne sur le sable, la cendre, ou Targile, ou en- 
core d'affecter un objet quelconque à la représentiition rin corps de 
Pennemi, puis de frapper cette image avec un bâton pointu, ou de la 
blesser de toute autre façon, pour que l'individu ainsi figuré soit affligé 
d*une blessure pareille à celle qu'a reçue la figuration. Par exemijle, 
quand un Indien Objebway en veut à un autre, il se met à construire une 
statuette de bois ressembli^nt à son ennemi ; puis, à l'aide d'une aiguille 
ou d'une flèche, il transperce soit le cœur, soit la tcte de l'image, nio>en 
quij à ridée de l'Indien, blessera instantanément son adversaire à la 
partie correspondante du corps ; mais, si c'est la mort de son ennemi 

(1) Conférence faite au Groupe d'Etudes pour l'examen des tendances nou 
villes le 9 mars 1933. 

\3) The Golden Bough, Londres, Ma<;inillqn, 1911. Tra<ïuit en français^ d'après 
Pédition auglaise abrégée, par lad^^ Fr^zer* Librairie orientaliste Paul Geuthncr 
192S* 



■' I •' «n-Jn 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



qu'il désire, il brûlera on enterrera le simulacre, tout en prononçant 
certaines paroles magiques. Les Indiens du Pérou modelaient dans de 
la graisse mêlée à des céréales reffjgie d'un individu qu'ils redoutaient 
ou détestaient, et ensuite, brûlaient Timage sur la route où ]*enncnii 
devait passer : cela s'appelait (.( brûler son âme ï^. Un charme malais du 
même genre est le suivant : on prend des rognures d'ongles, des poils en- 
levés aux sourcils et à la chevelure de la victime visée, ainsi que de sa 
salive, elCj de quoi repx^ésenter chaque partie de son corps ; puis à l'aide 
de tout cela^ on façonne une effigie avec de la cire recueillie dans une 
ruche abandonnée ]>ar un essaim. II convient alors de faire roussir 
rimage, à petit feu, au-dessus d*une lampe et cela durant sept nuits consé 
cutîves et de dire : 

ce Ce n'est pas la cire que je fais ébouiUxr. Cesi le foie, le cœur, la 
rate de tel et de tel que je fais griller. y> 

A la septième foiSj rimage étant brûlée, la victime sera morîc. 

Telle est ce qu'on pourrait appeler à juste titre la magie agressive, 
qui satisfait aux instincts d'agression si puissants chez Fôlre vi\anv. 

Une autre sorte de magie répond à l'instinct de défense contre 
cette agressivité même, c'est la magie défensive. 

Pour les primitifs, la maladie, par exemple, n'est jamais un phé- 
nomène naturel ; elle est le fait de maléfices jetés par des ennemis 
ou des esprits hostiles. Un exemple de cette magie défensive peut 
être tiré du traitement de la jaunisse suivant la magie médicale : 

i< Les anciens Hindous accoïiiplissaient une céréjnonie compliquée, 
basée sur la magie homéopathique, pour guérir la jaunisse. Son princî 
pal oljjcl était de rejeter la couleur jaune sur des êtres ou des objets 
jaunes par nature, tel le soleil, et de fournir au patient le teint vermeil 
de la santé en l'empruntant à une vigoureuse source de vie, par exemple 
à un taureau rouge. Dans ce dessein, un prêtre prononçait la formule 
suivante ; u Ton cœur souffrant et ta jaunisse iront trouver le soleil ; 
nous t'enveloppons dans la couleur du taureau rouge ; nous t'envelop- 
pons de teintes rouges afin de te procurer longue vie. Que ton corps 
aille sain et sauf, délivré de toute couleur jaune ! Nous l^envekippons de 
toute la force des vaches rousses^ dont la divinité est Roliini* Nous posons 
ta jaunisse sur les perroquets^ les grives^ et en outre sur la bergeronnette 
jaune )>* Tout en prononçant ces mots le prêtre, afin de transfuser une 
teinte vermeille dans le teint hâve du patient, lui faisait avaler à petits 
traits un liquide auquel étaient mélangés des poils d*un taureau roux ; il 
répandait de Teau sur l'échiné de ranimai et c'était ce breuvage qu'il 
faisait prendre au patient. H faisait asseoir le malade sur la peau d'un 
taureau roux, peau dont on attachait un lambeau au corps du malade, 
PuiSj pour aviver encore le carmin, en extirpant radicalement le jaune, 
le guérisseur barbouillait le malade des pieds à la tête d^une bouillie 
jaune faite avec du safran. Cette opération se faisait sur un lit, aux pieds 



M^^^^ÉI 



LA PENSÉF MAGIQUE CHEZ LE PRÏMÏTIF 



duquel on attachait, par une ficelle jaune^ trois oiseaux jaunes, savoir : 
un perroquet, une grive et une bergeronnette ; le prêtre aspergeait d*eau 
le malade, le lavant ainsi de son enduit de bouillie jaune et aussi, à coup 
sûr, de sa jaunisse transportée aux oiseaux jaunes. Eiifin, pour ré])^ 
jiouissement suprême de son teint, le magicien prenait quelques poils à 
un taureau roux, les enveloppait dans des lamelles d*or et les collait sur 
la peau de Tictérique, Les Grecs anciens croyaient que si une personne 
affligée de jaunisse fixait du regard une bécasse de mer, et que Toiseau 
lui rendit la pareille, le mal s*envolait, « Telle est la nature et la oom 
plexiou de Tanîmal^ dit Plutarque, qu'il attire au dehors, et capte Tafifec- 
tiouj qui s'échappe par un regard comme un torrent y>. Cette vertu de la 
bécasse de mer était si connue des oiseleurs que, lorsqu'ils metlaieiiE en 
vente un de ces oiseaux, ils le couvraient avec soin de peur qu*un icté 
rique ne le fixât du regard et ne gagnât ainsi sa giiérison gratis. Ce 
pouvoir ne tenait pas tâJit chez la bécasse à la teinte marron de son pJu- 
jiiage qu'à son gros œil doré qui parvenait à extraire le germe du mal 
ja^ne, remède infaillible ! Pline, lui aussi, fait mention d*un oiseau, 
peut être le même, que les Grecs avaient appelé du mot qui signifiait 
« jaunisse » parce que la seule vue du volatile taisait partir la jaunisse 
et la reportait sur l'animal qui, lui, en mourait. L'écrivain latin parle 
encore d'une pierre à laquelle on attribuait le pouvoir de guérir la Jau- 
nisse, parce que sa couleur rappelait la peau d'un ictérique, 

» La magie homéopathique possède, parmi ses grands avantages, celui 
de permettre des trait f*in on ts curt^itis sur la personne du guérisseur, aux 
Heu et place du patient, lequel, exempt de tout ennui et de toute gêne^ 
peut contempler son médecin qui se tord de douleur devant lui. Par 
exemple, les paysans du Perche se figurent que les vomissements pro 
longés sont déterminés par Testomac qui se « décroche » suivant leur 
expression, et « tombe ^. En conséquence^ on appelle le médecin pour 
qu'il remette l'organe d'aplomb* L'honime de science se fait décrire les 
symi>tômes du mal, puis il se livre lui même aux plus atroces contorsions^ 
dans le but de décrocher son propre estomac. Ayant réussi, il eutame une 
seconde série de contorsions et de grimaces. Et le malade éprouve simul- 
tanément uji soulagement corrélatif. Coût : 5 francs, ■» 






A côté de la magie agressive et de la mngTc défensive existe ce que 
Frayer a appelé la maîtrise magique de Vatmosphèrc, 

Dans les sociétés primitives des régions sèches du centre de 
TAfrique, du centre de rAuslralie, le « faiseur de pluie », riioinme 
qui porte en lui le pouvoir d'appeler les nuages et de faire tomber la 
pluie fécondatrice sur la terre desséchée, atteignait à un prestige 
considérable qui lui valut peu à peu une situation de chef. 

<f Un auteur très bien informé écrit au sujet des rapports qui existent 



6 nEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



entre les fonctions de chef et de faiseur do pluie dans le Sud africain : 
« Au temps jadîSj le chef était le graaid faiseur de pluie de la tribu* Cer 
tains chefs ne permettaient à personne de leur faire concurrence de peur 
que les trop belles réussites d'un faiseur de pluie ne le fissent prendre 
î)oar chef. Autre raison de cet exclusivisme, le faiseur de pluie était 
certain de s'enrichir, s'il s'était acquis une grande réputation et cela ne 
faisait évidemment pas l'affaire d'un chef qu'un de ses sujets devienne 
trop riche. Le faiseur de pluie a une extraordinaire auLorilé sur le peuple 
et, par suite^ il était de haute importance de conserver cette fonction 
comme corrélative de la fonction royale. La tradition conçoit toujours le 
Ijouvoir de produire la pluie comme la gloire fondamentale des vieux 
chefs et des héros, et il paraît probable que ce fut là Toiigine de la 
souverEiineié, Uhommf; qnî fait pleuvoir devait nécessairement devenir 
Je roi* De la même façon, Chaka (le fameux despote xoulou) déclarait 
souvent qu'il était l'unique devîn du pays, car s*il eût soulleri des rivaux, 
il eût mis sa vie en danger* 

y> Les ténioî^ii tiges qui précèdent rendent hautement probîible qu'en 
Afrique la charge de roi se soit dégagée, dans son développement, de 
celle du magicien public et surtout de celle de faiseur de pluie* La 
crainte excciisive qu'inspire le mïîge et ïa richesse que souvent i! amasse 
dans la suite de sa carrière, ont contribué toutes deux à lui valoir cet 
avancement Les pouvoirs miraculeux aitrihuôs d'ailleurs aux rois sont, 
pour le moins, compatibles, pour ne pas dire plus^ avec rhypothèse que 
là aussi ils se sont élevés d^une origine inférieure jusqu^à la hauteur de 
leur rang actuel* 

» Si la carrière d'un luagîcîen et surtout celle d'un faiseur de pluie, 
offre de grandes s récompenses pour celui qui pratique son art avec 
succès, elle est aussi semée de nombreux pièges, dans lesquels peut 
tomber l'artiste maladroit ou malheureux. La ]]osition du sorcier pnblic 
estj à la vérité, des plus précaires ; lorsque les gens croient fermement 
qu'il est en son pouvoir de faire tomber la pluie, de faire briller le 
soleil et de faire pousser les récoltes, ils imputent nature Mcm eut la 
sécheresse et la famine à sa négligence coupable ou à son obstination et 
le punissent en conséquence* Aussi, en Afrique, le chef qui ne réussit 
pa5 à produire la pluie est condamné à Texil ou à la mort, » 

^'^oyons mauitenaiit de quelle façon le magicien faisait tomber la 
pluie : 

«( Entre toutes les tâches que le magicien public assume i^our le hîen 
de la tril^n, Tune de^ plus importantes ust de régler Tétait de raimosphère 
et spécialement d'assurer des pluies en quantité voulue* L^eau est la pre- 
mière des conditions essentielles de vie et, dans la phipart des contrées, 
il n'est d'autre moyen de s'en procurer que par la provision des ondées- 
Sans pluie la végétation dépérit, l'homme et les animaux lajiguisEent et 
meurent- Il s'ensuit que dans les communautés primitives le faiseur de 
pluie est un personnage de tout premier plan ; souvent on forme une 



■^■^^■^u^ 



Î.A PENSÉE MAGIQUE CHEZ LE PRIMITIF 



classe spéciale de magiciens qui sont uniquement les régulateurs des 
provisions d'eau ccIt^Hte* Les méthodes par lesquelles ces fonctîou- 
nairefi publics essaient de remplir leur charge sont, d'ordinaire, mais 
non invariablement, basées sur le principe de la magie homéopathique. 
S*ils veulent faire la pluie^ ils Pimitent par des aspc^rsions d^eau ou des 
simulacres de nuages ; si leur but^ au contraire, est d^arrêter la pluie et 
d^ a mener la sécheresse, ils évitent Te au et ont recours à la chaleur et au 
feu pour dessécher Thumidité excessive* De tels procédés ne sont pas 
réservés» comme pourrait se Tîmaginer le lecteur cultivé, aux sauvages 
qni courent nus comme des vers duns les régions brûlantes de TAus- 
tralio cc?ntrale et certaines parties du Sud et de TEst africain, où souvent, 
daiis un Mziir sans nuages, et durant des mois d'affilée, rîiTipîtoyable 
soleil darde ses rayons sur une terre altérée et béante. Ces pratiques sont, 
on, bien étaient, courantes chez des peuples européens extérieurement 
civilisés, et sous un ciel plus clément. Cest ce que nous voudrions 
démonlier à présent par des exemples einpruntés à la magie tant pu- 
blique que privée* 

» En Russie, dans un village, près de Dorpat, quand on désire la pluie^ 
trois hommes se rendent dans un bois sacré et y grimpent sur des sapins. 
L'un se met à frapper avec un marteau sur un chaudron ou un tonnelet ; 
ce bruit est censé imiter le tonnerre. Le second fait jaillir des étin- 
celles tle deux tisons qu^îl frotte à cet effet ; le troisième, surnonimé le 
a faiseur de pluie », tient un fagot de branchettes qu*il trempe dans un 
vase plein d*eau et avec lequel il asperge les alentours* Au village de 
Ploska, pour extorquer Ja pluies des femmes et des vierges se promènent 
entièrement dévêtues, de nuit, jusqu'aux conilns du hameau et arrosent 
le soi. A Ilalmahera, grande île de la Nouvelle-Guinée, un magicien iiméne 
la pluie en trempant dans Teau la branche d'un certain arbre, puis en 
la faisant égoutter sur la terre* Le faiseur de pluie de la Nouvelie-Bre- 
tagne prend des feuilles d'une plante grimpante et bigarrée, les enveloppe 
dans une feuille de bananier, noîe dans Teau ce paquet, qu'il enterre ; 
puis, de ses lèvres, H imite le bruit d*une pluie qui toiiibe,.. Chez les 
Ouiahas de TAmérique septentrionale, quand on voit le blé se dessécher, 
ce sont les membres de la Société sacrée dn Buffle qui rempJissf^iit d'eaa 
une grande outre autour de laquelle ils dansent par quatre fois. L^ua 
d'entre eux s'abreuve à ce vase et recrache ensuite^ en guise de jet d'eau, 
ce qu'il a bu, pour imiter une buée ou une petite; plnit^ fine, Ensuîtej il 
renverse le récipient, dont Teau trempe le terrain ; sur quoi les danseurs 
se jettent à quatre pidfe^; pour laper le liqnîdf^, rc qui fait qu'ils se bar- 
bouillent le visage de boue ; ils finissent par rejeter Teau en forme de 
vaporisation et par réparpiller. Voilà le blé sauvé ! » 

Telle était, et telle est encore chez beaucoup de tribus sauvages^ la 
niaiirïsc magique de Tatmosphère, de l'eau, dont Pimportauce est si 
grande dans la vie de Thomme. De la maîtrise du soleil, nous trou- 
vons un écho dans le mythe de Josué. 



- ^ 



8 BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Dans cette sorte de miigie, qu'on pourrait appeler la magie écono- 
mique, rentrent également les rites d^ chasse, de pêche, destinés à 
assurer la multiplication du gi3)ier et la fortune du cliasseur, les 
cérémonies Intichiunia de FAustralie centrale et ce que Frazer a 
appelé V influence magique des sexes sut la végétation. 

Une cniititnie, extrénienifint répandue parmi les peuplades primi- 
tives et même parmi beaucoup de populations paysannes euro- 
péenneSj veut que les cultivateurs se livrent, en eîLemi)le à la nature, 
à Pacte sexuel sur la terre enseiueucée : 

<i Quatre jours avant de confier la semence à la terrcj les Pipiles do 
rAïuérique Centrale s'abstenaient de tout commerce avec leurs femmes 
« pour quGj la nuit avant de planter, ils puissent s'abandonner plus corn- 
plèieniËnt à leurs passions ; on dit même que certaines personnes étaient 
désignées pour accomplir l'acte sexuel au inouieiit même où l'on dépo- 
sait dans le sol les premières graines j). Les prêtres ordonnaient aux 
hommes j comme devoir religieux^ de s'unir alors à leurs femmes : sinon 
il n'était pas permis de semer. La seule explication possible de cette 
coutume paraît être la suivante ; les Indiens confondaient le procédé par 
lequel les êtres humains se reproduisent avec le procédé par lequel les 
plantes s'acqmltent de la même fonction, et ils s*imaginaienl qu*en ayant 
recours au premier, ils servaient aussi Taulre. Dans certaines parties de 
Java> à la saison où le riz va fleurir, le paysan et sa femme se rendent à 
leur champ, la nuit, et s^unissent pour faire pousser les récoltes. Dans 
les Lcli, Sarniata^ et certains autres groupes dlles qui s'étendent entre 
la partie occidentale de la Nouvelle Guinée et le nord de TAustralie, la 
population païenne regarde le soleil comme le principe mâle qui fertilise 
la terre, principe femelle. On l'appelle Monsieur Soleil et on le repré 
sente sous la forme d*une lampe faîte de feuilles de noix de cocoj que l*on 
peut voir suspendue partout dans lés cases» ainsi que dans le figuier 
sacré. Sous cet arbre est une gi'osse pierre plate qui sert d^auteh On 
lîlaçail, et on place encore, sur celte pierre sacrllîcatoîre, dans certaines 
lies, les têtes d'ennemis tués. Chaque année, au début de la saison des 
pluîeSj Monsieur Soleil descend dans le figuier sacré pour rerliliser la 
terrCj et pour faciliter sa descente on met à sa disposition une échelle à 
sept échelons. On la place sous l'arbre et on Torne avec des figures 
taillées d'oiseaux dont le chaiiî aigu annonce en Orient rapproche du 
soleil. A cette occasion^ on sacrifie à profusion des cochons et des 
chiens ; hommes et femmes s'adonnent également à des Saturnales ; et 
au milieu des chants et de la danse on représente en public Puniou 
mystique du soleil et de la terre par Tunion réelle des sexes sous l'arbre. 
L'objet de la fête est, nous dit on, d'extorquer au grand père Soleil, pluie, 
nourriture et boisson en abondance, ainsi que du bétail^ des enfants et 
des richesses. On le prie de donner dtuix ou trois chevreaux à chaque 
clièvrCj de permettre aux hommes de se multîpHerj de re3nplacer les^ 



I.A PENSÉE MAGIQUE CHEZ LE PRIMITIF 



cochons morts par des cochons vivants, de remplir les paniers do riz 
vides et ainsi de suite. Et pour l'engager à accorder leurs demandes, ils 
lui offrent du porc, du riz et de la liqueur et ils Pîiivitent à manger et à 
boire- Dans les îles Babar, on hisse un drapeau spécial à cette fête comme 
symbole de Ténergie créatrice du soleil ; il est en coton blanc, d'environ 
trois mètres de haut et représente un homme dans une attitude appro- 
priée. Il ne serait pas juste de traiter ces orgies comme un simple ccJat de 
passion déchaînée ; il est certain qu'on les organise dclihéremenl et 
solennellement comme étant essentielles à la fertilité de la terre et au 
bonheur de l'homme. » 

Une dernière sorte de magie a trait à ramour. Frazer, qui a d^ail-- 
leurs peu de sympiathie pour la psychanalyse, garde dans son beau 
livre une certaine retenue en ce qui touche la question sexuelle ; il 
n'en est pas moins vrai, cependant» que le ])esoin de se concilier Vôtre 
aimé existe chez les sauvages comme chez les civilisés. 

Ma vieille bonne corse me racontait comment, dans son pays et 

-H- 

ailleurs , on pouvait s^assurer l'amour définitif d'un homme en. 
mêlant du sang menstruel à sa boisson* 

La înagîe de V « aiguillette » est aussi bien connue de beau 
coup de populations sauvages et paysannes : elle consiste fréquem 
ment, poiu* celui qui a des griefs contre un homme qui se nmie, à 
aller> la nuit de ses noces, planter un couteau dans sa porte, brisant 
du même coup sa puissance virile. 



i4 ■(: 



On peut ainsi distinguer, d'après leur objectif, quatre sortes A-t 
magie : magie agressive (envoûtement et toutes les pratiques diri- 
gées contre un ennemi) ; magie défeiisiue, qui s'oppose à la magie 
agressive elle même ; mugie économique, ayant pour but de procu- 
rer à rhomme ce qui lui est nécessaire (maîtrise de ratmosphère, 
rîtes de pêche et de chasse) ; magie amoureuse. 

Nous allons maintenant aborder la ihéorie explicative de la magie ^ 
d*après Frazer* 

Frazer a sur la magie des idées fort intéressantes. A certains 
moments, eependanlj il s^arrête courtj retenu par des résistances 
psychologiques personnelles. 

C'est de Frazer qu'émane la grande division de la magie, qu'il 
appelle en général magie sympathique (qui est basée sur la loi de 
sympathie), en deux grandes classes : magie homéopathique et 
magie contagieuse. 



m^m^^i^rm 



30 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



La magie homéopathique comprend, par exemple, renvoûtemenU 
Ja magie médicale^ telle celle relative au traitement de la jaunisse^ lu 
inagîe de la pJuie, J'iiiHuence des sexes sur la végcHatîon, 

La magie contagieuse comprend toutes sortes de pratiques basées 
sur cette idée : deux objets a^^ant été en contact garderaient entre 
«ux, m 2 me quand ils sont ensuite séparés^ un lien mystérieux tel 
^u'on ne pourrait plus faire subir un destin à l'un sans que le même 
destin frappât l'autre : ainsi des pratiques d'envoûtement sur des 
rognures d'ongles, des cheveux, du sang, entraîneraient la mort de 
celui dont ils émanent* 

La magie homéopathique et la magie contagieuse sont basées sur 
les deux formes de la pensée humaine : association des idées par- 
ressemblance (magie homéopathique) cA association des idées par 
contiguïté (magie contagieuse) ; loi de similitude, d'une part ; loi 
de contact, d'autre part,. 

Cependant, Fraze.r, après avoir décrit ses modes, a voulu traiter 
de V essence même de la magie. 

Pour lui, la magie serait essentieliemeiit divisée en : magie théori 
que, qui pourrait être considérée comme une science^ et en magie 
pratique^ qui est un art. 

La m'^gie pratique implique la magie posiiivc ou sorcellerie et la 
magie négative, dans laquelle rentreiit tous les tabous. 

yïiùs pour Frazcr, îa niagîe, considérée du point de vue théorique^ 
serait T expression de la piiniïtive pensée des hommes, hi première 
•explication qu*ils se seraient donné des phénomènes de la nature. 

Il est difficile d'adnïettre celte conception-là. La magie n'est pas 
une science ; elle exprime bien une tentative de soumission des faits 
à une légalité, mais à une légalité qui n'est pas la légalité réelle, 
puisqu'elle substitue la réalité psychique à la réalité physique. Dans 
3a conception magique du monde, T homme prend, en elTets les îois 
de sa pensée pour les lois de la nature. 



Je ne ferai pas ici Texposé historique ni ne tenterai la discussion 
des autres théories de la magie. J'exposerai seulement la théorie 
psychanalytique de la magie d'après Freud. 

Freud a commencé par étudier le terrain sur lequel la magie a 
pris naissance, le monde de la magie, les sociétés qui sont encore au 
litade animiste où îa magie règne en maîtresse. 



LA. PEMSÉE MAGIQUE CHEZ LE PRIMITIF II 



lu'animismey chez le prmiîtîf, est une véiitablft conception du 
monde. C'est, comme le disent les Alleinaiids ; « eine Weli- 
anschauimg w, 

D*après cette conception, il n*y aurait pas d'objets inanimés ; le 
monde ioni entier serait animé, hante de forc,es viv^intcs. En toutes 
choses résiderait une force inimaneiile susceptible d*hostilité ou de 
bienveillance. C'est évidemment par projection de lui-même et des 
forces qu*il sent eu lui que le priiuiLîf conçoit le moude sous cet 
aspect. 

Cette manière de voir s'oppose à celle de Frazer d'après laquelle la 
magie serait la i)remîère tentative « scientifique » de Thomme, Ainsi 
ijue Freud le fait remarquer, T homme a commencé par rechercher la 
satisfaction de ses instincts avant de spéculer. La magie n'est pas 
une science spéculative mais une technique pratique, un moyen de 
maîtrise sur les forces de l'univers^ sur les hommes et sur les « es 
prits », 

On doit distinguer cependant la magie de la sorcellerie, réservant 
ce terme à une sous-brauche de la magie qui recherche la maîtrise 
des f< esprits », et on pourrait, avec Reînach, appeler la nifigie la 
stratégie de V animisme ou, suivant l'express ion de Hubert et Mauss, 
la technique de V animisme (1). 

Marre tt (2), l'ethnogr^iphe anglais, distingue dans ranimisme denx 
stades : le stade de ranimisme proprement dit et le stade pré-ani- 
miste ou animatisme, dans lequel Thomme attribue à tous les objets 
qui l*entourciit une force immanente sans encore peupler le monde 
d' " esprits » proprement dits. 

Cette idée, qui est une hypothèse, semble nécessaire pour expli- 
quer la conception magique humaine. Il n* existe cependant pas de 
peuples chez lesquels se trouve ranimatisme dépourvu' d*aniniîsme. 
Tous les peuples primitifs croient uvlx « esprits »* qui semblent 
avoir été à l'origine les esprits des morts. L'homme, ayant vu les 
êtres qu'il aimait disparaître, en gwrde en lui le souvenir, chargé 
d'ajnour et chargé de haine, suivant les sentiments qui subsistent 
dans les couches profondes de son inconscient. A la disparition^ 
même d'un être aimé, riiostilité profonde qu*oii a pu avoir contre lui 

(Il Hubert et Mauss : << Esquisse d*uiie théorie géin5rale de la Magie h, Année 
Sociologique^ 7* année, 1903-1904 et -^ Essai sur la Nature et hi Fonction du Sa 
crifice ^^^ Année SocîologiquCf 2^ ajinéc, 1897 1898- 

(2) Preanimistic Hclîgions in Folkïorc, Journal of thc Rô3\il Anthropological 
InstUute of Great Britaiii and ïrelaiid, voL XI, 1900. 



13 REVUE FRANCAÏSE DE PSYCHANALYSE 



se réactive^ est pour ainsi dire projetée au dehors, donnant nais 
sance aux démons* Rolieim, dans un ouvrage fort intéressant qu*il 
prépare et qu'il m'a communiqué^ fait remonter Tongine des dé- 
mons à un stade qui précède le stade lotémique et rapporte celte 
oxigine à la ligure des parents dans des circonstances émouvantes 
pour Tenfant, lursqu'îl les voyait, par exemple, se livrer devant lui 
à l'acte sexuel. 
Envisageons maintenant le mode de la magie. 
Je vous ai parlé du monde où évolue la magie, monde essentielle- 
ment différent de celui dans lequel nous vivons ou cherchons à \î\rc, 
car il y a des survivances magiques jusque parmi nous ! Dans 
ce monde où le primitif se trouve plongé, il doit, pour satisfaire à ses 
désirs et pour assouvir ses instincts, se livrer à la magiej qui reprL^ 
sente pour lui un moyen de domination sur la nature. 

Comme le dit si bien Tylor (1), le mode de la magie consiste à 
prendre un lien idéal pour un lien réel ; T homme, tels sont aussi 
les termes de Frazer, prend les lois de sa pensée pour les lois de 
la nature- 
Freud (2) se rallie entièrement à cette manière de voir, mais il 
cher-che pliJS loin, et se demande quel est le promoteur de l'acte 
magique. Suivant la vision dynamique qui est celle de la psychana- 
lyse, il croit le mettre au jour dans le désir : désir d'agression, désir 
de puissance, désir de subsistance, désir de conquérir Tobjct aimé. 
Au service de ses désirs^ le primitif croit à la tonte-puissance de ses 
pensées ; il croit que ses paroles, que ses actes, donneront Vexcmple 
à la nature et que ce qu'il fera lui-même sera accompli par le destin. 
Freud a pu dégager celte grande loi dynamique grâce surtout au 
parallèle entre le primitif et le névrosé obsessionnel. 

Les névrosés sont plus que de pauvres malades, ce sont des êtres 

nui, en vertu même de leur souffrance, se laissent observer pour se 

laisser guérir. Ils ont ainsi permis de déchiffrer, sur leur psj^chisme, 

?ïes lois de l'esprit humain. Le névrosé obsessionnel, en particulier, 

(1) Edward lîanielt Tylou : PruniVive culiuie ; rci^earchei; tiito ihe deoeîop 
ment of Mythologyy Religion, Art and Custom, 2 voL Londres 1872, 

(2) Totem et Tabou, p.iru d'ahoi-d sous Je titre de ^ Emigc rbcreinsthiiniungcn 
iiii Seelenlcbeii dcr WJldcii iiiid der Neurotiker >►. Jwago, 1912 191S, 2* cd, iiiî. 
PsycJioaii. Verîag 1920. Tradi3ct]on fraii^^aise par le !>'' JankcJévitch, Pa^i^, 
Pi*yol, 1^23. 

Voir au.s&i < Trois Essais sur la tliêorîo ^3e In sexualité », ^* Drei Ahliandîun<ï?n 
:îiir Se\unlîIieoric f>, Leipzig et Vieniiej Fran^ Deiifîî:ke, 1905. Tj"tdtict]nn ivaiw 
çaise par le D-^ RevercliOJi, A\ fi, F., Paris, 1926, 



LA PENSÉE MAGIQUE CHEZ LE PRIMITIF 13 



présente d'une façon frappante la pensée archaïque du primitif et la 
croyaiice à la toute puissance de ses idées et de ses désirs. Les 
névrosés obsessionnels, sujets exlr ornement honnêtes et scrupulf^ux, 
Êonl pourtant dévorés de remords, tout comme s'ils étaient de réels 
jnenitriers* Quand on les examine, on découvre alors qu'ils ont 
attribue, tel le primitif, la toute-puissance à leurs désirs profonds, à 
leurs désirs de mort inconscients ; ils sont demeurés attardés au 
mode archaïque de la pensée magique. 

Tous les névrosés^ d'ailleurs, et non pas seulement les obsédés» 
ont une tendance à croire à refficience de leur pensée inconsciente 
^t de leurs désirs agressifs. C*est la raison la plus profonde de leur 
isouilrance, vu leur hyper moralité avec laquelle cette pensée incon 
sciente et ces désirs agressifs entrent en confllit. 

\ 

Mais quelle est Torigine de cette façon de sentir ? La théorie psy- 
chanalytique nous apporte ici ses lumières en nous montrant 
<|ueî est rage de la magie, j'entends : le moment de ré\oïution 
hujnaine onlog^nique et phylogénique où la magie est dominante. 

' On sait que Freudj sur le matériel clinique considérable qu'il a 
pu analyser, a observé que, dans l'ananincse de ses patients, on 
retrouvait d'abord le stade primitif ^ par lequel nous avons tous 
^ passéj de Tautoérotisme du nourrisson. Le nourrisson ne cherche 
que son plaisir^ il ne connaît que soi, et comme une annexe à son 
propre corps, que le seîn de sa mère ou de sa nourrice. Plus tard, 
quand l'enfant a discerné les autres êtres de lui-même, il se met à 
les aimer et les haïr en tant qu'objets. Mais^ entre ces deux périodes 
où la libido est d'abord sans objet précis, et ne se déverse qu'ensuite 
vers les premiers objets extérieurs, les parents de l'eniant ou les 
personnes qui le soignent, Freud a considéré qu'il était nécess^iire 
d^intercaler l'ère du narcissisme où la libido, qui n'est pas encore 
franchement portée vers les objets extérieurs, se concentre princi- 
palement sur le moi perçu comme objet d'amour. 

Trois stades se succèdent ainsi chez Tenfant : le stade de Vauio- 
érotisme^ où il se satisfait d'une façon éparse et recherche d'une 
façon sporadique les plaisii^s que son organisme le destine à recueil- 
lîr ; le stade du narcissisme^ où Têtre apprend à se connaître et à 
s'aimer lui-même ; le stade où l'enfant discerne les autres êtres et 
les hait et les aime. Ces stades peuvent d'ailleurs plus ou moins che- 



1 «l—L^"- — ^ 



14 REVUJ^ FKAKÇAISE DE PSYCHANALYSE 



vaucher Fun sur Tautre. L'être litiiiiaîn jl^airive que graduellement 
et après toutes sortes de modifications de sa libido, à l'âge pubère 
puis à rage adulte. 

A cette évolution onlogéniqne correspond une évolution phylo- 
génique. 

L'humanité semble avoir passé par les trois autres stades et la magie 
correspondre pour elle, priîu:îp;ilceiiinf., au stade du narcissisme, A 
ce stade j Tindividu se croit un pouvoir immodéré sur l'univers* De 
ï même que le nourrisson quand il a soif, quand il a faim, quand îl se 
démène dans son berceau, voit accourir sa mère, on dirait qu2 le 
primitif croit, à ce stade, que ses actions feront accourir à lui la 
nature, telle une mère exaltée/qui lui donnera tout ce qu'il désire. 

Mais ce stade, un jour, est dépassé ; c'est alors que les esprits de 
ranimisrne commencent à re])rcsenter pour l'individu les premiers 
embryons des dieux* A ce moment, ce sont déjà des êtres qui 
limitent son propre pouvoir. Bien que la magie soit encore sur eux 
toute-puissante, les esprits ont déjà besoin d'être conciliés. Ils n'ont 
pas encore Fimportance des grands dieu^ qui leur succéderont et Us 
peuvent être rendus propices aux désirs de l'homme par les prati^ 
ques magiques qui les soumettent à son pouvoir. 

Dès ce ïnonient, comme on peut, par exemple, Tobserver en 
Australie centrale, on voit très bien la couche animiste se mêler à 
la couche totémique qui la recouvrira ; le totem, en effet, FanimaL 
que doivent respecter ces tribus et qui est rancêtre du clan, seïiible 
avoir été pour les hommes le premier des dieux. 

Vous connaissez la théorie de la horde primitive qui a été déve- 
loppée par Freud, à la suite de Darwin et de Robert son Smith, Il y 
aurait eu, au début de rhumanilé, de vieux patrîi^rehes féroces, puis- 
sants et tyran niques, qui vivaient chacun avec quelques femelles, 
leurs femmes et leurs filles ; les jeunes mâles étaient tolérés dans la 
horde tant qu'ils n'étaient pas parvenus à l'âge adulte qui eût fait 
d'eux autant de rivaux dangereux pour les patriarches* Le vîeu\ 
père les eût alors chassés pour garder la primauté sur ses femmes^ 
iîais un jour, les jeunes mâles pourchassés par lui se seraient unis 
et l'auraient mis à mort ; cependynt, comme ils admiraient ce vieux 
père en même temps qu'ils le haïssaient, à la suite de son meurtre, 
ils auraient été saisis de remords et décidé de ne pas profiter de leur 
victoire. 



LA PENSÉE MAGIQUE CHEZ LE PRIMITIF I5> 



C'est aiiisî qu'auraient étd établies les jjremîcre.s prescriptions de 
la morale et les premières formes de la religion humaines : ranimai 
totem est une représentation du père ; c'est en lui que se seraient 
réincarnées ses vertus puissantes. 

Les prescriptions de. l'exogamie, qui interdî.seiit de s'approprier 
aucune des reiuiues du clan, auraient même origine,^ 

Au cours des âges» dans les grands dieux égyptiens par exemple^, 
on peut voir subsister le caractère animal du dieu, la force de rani- 
mai restant représentative de la puissance du père. 

Plus lardj la figure anïmaîc du dieu disparaît pour refaire place à 
la figure humaine du père et l'humanité entre peu à peu au stade 
religieux. 

Dans le stade religieux. lui-xiicme subsistent quantité de pratiquer 
magiques. Frazer^ en particulier, rapproche les sacrements de com- 
munion de ce qu'il a appelé la magie homéopathique du régime Car- 
nivore : en recevant la nourriture divine^ on s'approprie les facultés 
et les forces du dieu, comme on s'appropriait les facultés et les forces^ 
du pcre dans le repas cannibale de la horde primitive, après le parri- 
cide- 



*■ 
Pfi ^ 



C'est ainsi que toutes les conceptions du monde que se sont créées 
les hommes se mélange ni au cours des âges et qu'il est difficile de 
trouver de façon isolée Tune ou l'autre. Chez les Arandas du Centre 
australien^ nous voyons, par exemple, à la fois des prêtres qui procè- 
dent aux cérémonies d'initiation tott^mique et des magîcîeus repré- 
sentant les uns des conceptions religieuses et les autres des concep- 
tions magiques. Là coexistent animisme et totémisme^ Il n'y a^ par 
ailleurs, pas de peuples qui n'aif^nî eu, dès l'origine, quelques em- 
bryons de connaissances réelles, on peut dire scientiiîques ; les trois 
stades par lesquels a passé l'huma ni té ne se rencoutrent ainsi jamais 
à rétat pur mais scuîciuent avec prédoininaiice de l'un ou de l'autre 
mode. 

Le magicien-roi des tribus primitives devient peu à peu le prêtre^ 
qui a pour mission dMntercéder auprès des divinités. Alors que la 
magie était la technique de l'aniinisnie, la prière est la technique de 
la religion. L'homme étant passé au second stade et sachant qu'il 
n'est plus tout-puissant, considère les dieux comme l'enfant consi- 



l*4*Pi^i«a 



16 HTÎVUE FBANGAISE DE PSYCHANALYSE 



Edèi e ses pâienls et cherche à obtenir d'eux ce dont il a ))esoin. Il n'iï 
d'ailleurs pas, à ce luoiucjit, renoncé encore à sa loiEle-puissance 

( puisqu*il peut, quand il est le favoii des dieu?:, obtenir d'eux ce qu'il 
-désire soit en ce monde, soit dans Tautre, 

Le principe du plaisir, qui règne au fond de Tînconscient, n'est 

ipas surmonté dans le stade rfilîgîeux. 11 y a, certes, déjà dans ce 

' stade un élément de réalité interposé : Thomme renonce en ce 
monde à ce qu'il ne peut conquérir. Mais, pour des renoncements 
temporaires, une étemîlé de jouissances lui est promi&e. 

Le principe du plaisir n'est pour ainsi dire surmonté que dans le 
dernier des stades où est entrée l'humanité : le $tade scientifique. 
L*honime, reconnaissant les lois de la nature et leur iniplacabilité, 
le phénomène de la mort en particulier^ lequel lui inspire en somme 
la plus irréductible de ses angoisses^ finit par s'y résigner. C'est dans 
ce stade scientifique que l'homme devrait, au maximum, mettre de 
côté son égoïsme et vivre avec les autres, en transposant une grande 
partie de son narcissisme, par le travail scientifique et par le travail 
en commun, sur le plan de l'humanité et de l'altruisme, autant 
qu'il est possible à Thomnie de le faire ! 



II nous reste à dire quelques mots sur la valeur pragmatique et la 
valeur culturelle de la magie. 

On a beaucoup médit de la magie. Les jnemiers ethnographes, les 
premiers explorateurs ont été parfois pleins de mépris pour les sau- 
vages qu'ils voyaient se livrer aux pratiques de la magie. Les mis- 
sîonnaires, par contre, y \ oyaient, plus d'accord en ceci avec les 
■sauvages, l'œuvre mauvaise, mais respectable ! du démon. 

Or la magie^ comme Frazer et Freud le font remarquer, ne mérite 
pas le mépris. Elle a beaucoup appris aux hommes : elle leur a la 
première enseigné, par le tabou négatif en particulier, Taltruisme et 
la maîtrise de leurs instincts. Quand un guerrier par exemple, chez 
certaines tribus, doit partir au comlijat, il lui faut^ pour conserver 
ses forces, observer le tabou d'abstinence et se préparer à la victoire 
par la chasteté. Par ailleurs^ quand le guerrier est à la chasse^ à la 
guerre, sa femmCj pour que la chance ne le déserte pas, doit, à la 
maison, lui rester fidèle : le guerrier qui sait, en effet, que sa femme, 
telle Pénélope, Tattend, aura l'esprit plus tranquille et combattra 
avec plus de cœur. 



LA PENSÉE MAGIQUE CHEZ LE PRIMITIF 17 



Ainsi, par ces restrictions que la magie a imposées aux hommes^ 

elle leur a appris la niiiîtrise primitive de leurs insliiicLs, 

Jô vous parlais tout à Theure de Temmêlemeiit des trois stades 
que Ton observe dès les premiers âges de riiumanii^ et nous avons 
vu que les trois formes de conception du monde coexistent dans les 
sociétés primitives, 

Maliiio^vski, qui a fait dans les îles Trobriand tin séjour de plu 
sieurs années* a fait remarquer dans un de ses ouvrages que la 
magie des jardins, par exeinple, n'y faisait pus considérer comme 
superflue la culture des jardins, La connaissance du sol» de la façon 
de le préparer et des graines à semer, coexistent avec les pratiques, 
et les charmes magiques. 

De mêmCi la conception religieuse peut se trouver mêlée de reli- 
quats animistes : Thommej par exemple^ continue à essayer d'agir 
sur les dieux magiquement pour se les rendre favorables. Les reli- 
gions portent de nombreux stigmates de cette pensée animiste 
(superstitions populaires, croyance aux amulcUes^ croyance à la 
vertu en soi du grand nombre de chapelets que Ton peut dire, etcO* 

L'èie scientifique elle-même est pleine de reliquats des deux 
stades précédents. Outre que le prêtre n'est pas découronné, le chef 
politique, qui dérive du magicien primitif, garde encore pourrie 
peuple des quantités d'attributs magiqnes et quand des malheurs 
surviennent dans le pays, famine, troubles économiques, il est 
ïmmédialcnient rendu responsable, et ceci bien au delà de sa vraie 
responsabilité. 

* La médecine, enffn^ est encore intriquée à son insu avec de la 
magie. Si nous reprenons l'exemple du traitement de la jaunisse? 
douL nous connaissons déjà la cure magique^ nous verrons que3 dans 
l'ère religieuse, on priera pour le malade, on fera des neuv^înes, on 
dira des chapelets ponr le guérir. Dans Tère scientifique, la jaunisse 
sera traitée par les moyens curatifs divers qui s'appliquent aux 
ictères. Mais ces nioj'ens sont plus' ou moins réellement efficaces, 
car la pharmacopée entière est tout imprégnée encore de <i magie ». 

Des survivances magiques plus pures subsistent jusque parmi 
nous. Il suffit de rappeler ici Coué et ses formules conjura loir es* 

Une autre doctrine encore, fort prospère en Amérique, est la doc- 
trine mi-religieuse et mi-magique de la Christian Science où 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHAI4ALTSB. 



riB^IÛKI^I^^^ 



18 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

3 'homme doit aussi se persuadei% pour guérir, qu'il est bien portant. 
Dieu ne pouvant permettre vraîiiicnt le raaL 

Cela n'empêciLe pas que, de notre tenxps, la Faculté de Médecine 
né soit le tabernacle de Tespril scientifique* 

La psychanalyse est-elle une conception du monde ? Nûji. Elle 
Vîutègre au troisième stade^ à la conception scientifique de Tunivers, 
Elle a, par ailleurs, le mérite éminent d* avoir marqué Tentrée de la 
science dans un domain e qui^ jusqu'alors^ lui était resté ferme : 
celui du psj'chisme humain, de Târae ImmiTÎnFï, 



La Pensée magique dans la religion 



Par R. LAFORGUE 



Le nombre des auteurs qui ont étudie la magie dans ]a religion est 
considérable. LMthnologue, le sociologue^ le psychologue, chacun 
dans son domaine, sont en effet obligés de s'occuper de cette ques- 
tion. 

D'après Frazer, Li magie, la religion et la science ne scraîcul au 
fond que les différentes attitudes psychiques que Thommej suivant 
son degré de ciAilisation, adopte en face des problèmes de l'univers. 

En ce qui concerue Torigine de la magie et de la religion, les opi- 
nions varient con^^îdéiablement. Les uns croient que magie et 
croyances religieuses se sont développées côte à côte ; les* autres 
t affirment au contraire que la magie représente l'attitude primitive 
de rimmme en face de ce qui le dépasse, et que la religion se serait 
lentement développée sur la base de croyances magiques telles que 
le totémisme ou le fétichisme- 

La dîriiculté principale que tous les chercheurs qui se sont occu- 
pés du sujet ont rencontrée se résume de la façon suivante : Qu'est- 
ce que la magie ? Quelle est l'altitude de Thomme dans ïa magie ou 
dans la religion ? Le problème ainsi posé nous paraît au fond un 
problème d'ordre affectif et nécessitant, pour être icsolu d'une façon 
satisfaisante, rinlervention du psychologue. 

Orj nous croyons que les moyens d'investigation qu'emploie ce 
dernier, sont très imparfaits, — surtout s'il ne dispose pas, pour 
interpréter les faits, de rexpérJence Coiirnîe p'ar la psychanalyse, El 
c'est pourquoi la plupart de ceux qui se sont occupés du problème, 
se sont heurtés à des difficultés considérables, difficultés qui ont 
donné lieu, chez certains auteurs, à des contradictions dans le rai- 
sonnement, à des faiblesses et à des obscurités d^'jns rargamen- 
tatîon. Mais laissons-leur la parole. Ecoutons d'abord Frazer, 

Frazer dit dans The Golden Bongh (III, p* 458) : << Dans la magie, 
l'homme cherche à se servir de sa propre force pour surmonter les 
diffîciiltés et les dangers qu^il rencontre de tous côtés, Tl croit à 
l'existence d'un certain ordre de choses dans la nature, ordre sur 



20 HEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



lequel il pense pouvoir compter et qu'il croit pouvoir iniluencer sui- 
Tant ses désirs. Quand il découvre l'erreur de son attitude, quand il 
a constate avec tristesse que rordie présumé des choses^ cl aussi 
rinflnence qu'il croyait exercer sur les événements, ne sont que pure 
imagination^ Thomnie cesse de se fier à sa propre intelligence et à 
ses propres moyens, et se soumet dévotement à la puissance de 
grands esprits agissant dans la nature ; c'est à ces esprits qu*il attri- 
bue maintenant toute la puissance qu'auparavant il réclamait pour 
lui-même. Ainsi, chez les individus plus subtils se développerait la 
religion qui» Icnteiuent, remplacerait la magie. La religion explique 
la marche de la nature comme déterminée par la volonté, la passion 
ou le caprice d'esprits tout puissants qui, tout en étant de beaucoup 
supérieurs à Thomiue, agiraient à sa manière. 

iMMais, par la suite, cclî.e explication de\iendrait insuffisante. 
Elle suppose, en effet, que le cours des événements dans la nature 
serait, non pas déterminé par des lois immuables, mais au contraire 
par des lois modifiables {par le miracle, par exemple) : conception 
qui ne résiste pas à une observation plus précise du monde* Car à 
mesure qu'on découvre le pourquoi des choses, on est frappé de ia 
régularité et de la précision e;xtraordinaires qui caractérisent les 
manifestations de la nature.,, et ainsi les hommes les plus audacieux 
se verraient obligés^ pour atteindre à une compréh en si nn plus pro- 
fonde de runîvers, de rejeter finalement Texplication religieuse du 
monde comme insulTisanle.., Et la religion en tant qu^ex^pH cation de 
la nature, serait alors reniplat:ée par la science, ï> 

Plus loin, Frazer constate un conflit grave qui séparerait la magie 
de la religion, conflit qui se serait toujours manifesté par Thostilité 
' impitoyable des prêtres contre la magie, l'razer s'oppose par consé- 
quent à toute confusion entre magie et religion : \oîlà pourquoi ni 
le totémisme, ni le fétichisme ne constituent à ses yeux une religion. 
La religion, diaprés lui, c'est VelTort de rhomnie pour se concilier 
les puissances supérieures qui dirigeraient le monde, El dnus ce 
sens, il considère la religion <:omme opposée en principe et à la 
rUiagie, et à la science, ces dernières correspondant au désir de 
rhomnie de commander l'univers par ses propres moyens. Se conci- 
lier rêtre supérieur supposerait par contre re/KÎstence de cet être, 
doué d'une volonté propre lui permettant d'accueillir on de rejeter 
la prière de rhomme^ et laissant toujours celui-ci dans Tinipuis- 
sancc de commander et dans Tincertilude de ravenir. 



^^■^^^^M^^^^^^^^^— ■ 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS LA RELIGION 21 



On voit donc que Frazei^ met la magie et la sdeiiee à peu prtu sur 
le même plan et que, pour luî, la religion représenterait simplement, 
comme la magie d'ailleurs, un essai imparfait d'explication du 
monde. Sa théorie un peu simpliste ne tient pas assez compte des 
besoins affectifs de riiomme, besoins qui, indépendamment du désir 
de savoir et de comprendre, suffiraient à déterminer Tattitude magi- 
que, religieuse ou scientifique de l'homme. 

D*après PreuRfi^ dans son ouvrage sur Torigine de la religion et de 
Fart, la sorcellerie, qui joue un si grand rôle dans la m;igies serait de 
date relativement récente. Dans le premier stade de la magie, il se 
serait agi surtout de la croyance à un envoûtement qui s'exercerait 
h l'aide de cerlaînes jmrlies du corps humain et de certains £u:tes de 
l'homme. En particulier, se serait développée la croyance que les 
orifices du corps étaient susceptibles d'émettre une puissance magi- 
que, par exemple, le nez par la respiration, Tanus par les excré- 
ments, la verge par Turine. 

Pour Preussj de même que pour TAnglaîs Parett, la magie n'est 
pas la seule maniicshiliou des tendances susceptibles d'aboutir à la 
création des religions. Tous les deux prétendent qu'il y en a <l*aulres 
qui n'ont rien de commun avec la magie. Mais leurs théories non 
plus ne nous paraissent guère satisfaisantes. 

Lévy-Bruhl a tenu compte davantage du côté afTectî [" du problème. 
L'état d*esprit du primitif a été étudié par lui de très près. 

Pour Durkheini et son école, le totémisme est une religion gu 
même titre que les autres : il n'y aurait donc pas lieu d'envisager un 
état d'esprit particulier poussant Tindividu à préférer des croyances 
magiques à des croyances religieuses. 

Avec Freud, nous croyons saisir d'mie façon plus satisfaisante le 
vérïlitble aspect du problème. Dans Totem et Tabou^ Freud explique, 
en se basant souvent sur les travaux de Lévy-Bruhl, qu'une action 
magique n'est d'abord qu'une tentative pour dramatiser la satisfac- 
tion d'un désir, afin que cette satisfaction puisse ctre vécue par Tin- 
lermédiaire d'hallucinations pour ainsi dire motrices. Autrement 
dit : le cérémonial magique suffit à déterminer, tant chez le sorcier 
que chez le patient, un sentiment de satisfaction, lit le résultat réel- 
lenient obtenîi; serait au fond secondaire* 

De ce point de vue, il n'y a guère de différence entre la magie et la 
religion, et toutes deux s'apparentent, à notre avis, au cérémonial 
obsessionnel dont le malade sait fort bien qu'il n'est suivi d'aucun 



■f 



ÎÎ2 IlEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



t ff:L réel sur la nature qu'il veut inodifiei, SMI se soumet à ce céré- 
monial, c'est parce que son accom plissement représente une néces- 
sité affective, seule capable de lui donner Téqiii libre et le calme p^iy- 
chiques. C^est en effet l'cti^tlr des obsessions qui a permis à Freud de 
poser la question sur son véritable terrain^ et de comprendre qu'un 
cérémonial rituel magique ou religieux pouvait répondre à un besoin 
affectif même pour des individus qui, par raisonnement, compren- 
nent parfaitement bien qu'il peut être illogique, qu'il ne comporte 
pas forcément d'action sur Dieu ni sur la nature, et que tout se passe 
dans rîmagi nation. 

Ainsi Freud est arrivé à considérer la religion comme une ol)bes- 
s ion universelle^ et au fond la magie ne représenterait donc à nos 
yeux, que certiiins aspecls p^irliculièrement caractéristiques de cette 
obsession. Magie et religion, comme Tobsession d'ailleurs, seraient 
donc des moyens par lesquels Tindividu souffrant d'un conflit psy- 
chique à la suite d^un désir inassoUA'ij recherche la paix: de l'âme. Et 
voilà pourquoi^ dans la pratique, magie et reïîgîou se mêlent, pour- 
quoi il est souvent difficile de distinguer ce qui dépend de l'une 
plutôt que de l'autre. 

Les formules magiques du rituel religieux assyrien impliquent 
par exemple que la magie provient de l'acte de sorcellerie d'un mau- 
A^aîs esprit qui veut tourmenter Thomme. L*adjuration est alors un 
acte de sorcellerie nouveau destiné à aainuler le premier acte. 

Jastrov ne voit qu'une différence minime entre cette adjuration et 
la prière ; si, en effet, la cause directe ou indirecte d*une maladie ou 
d'une calamité est la colère de Dieu, la prière n'est qu'une adjura- 
tion faite pour obliger Dieu à annuler la punition. 

On peut également faire appel à Dieu pour se protéger contre un 
démon ou contre un sorcier, La prîèi e elle même peut alors s'accom- 
pagner d'un rituel magique, comme dans les cas d*exorcisme3 où Ton 
suppose un être possédé du démon. 

On voit très bien dans ce cas comment les pratiques ixlîgienses et 
magiques peuAcnt se mêler. On en voit la juxtaposition ou l'interpé- 
nétration. Mais le rituel magique alors suivi pour soulager un 
homme pieux a officiellement et socialement le anême caractère 
qu*une prière religieuse. Souvent, cependant, surtout à l'égard du 
-diable, la formule magique ou religieuse devient une véritable arme 
défensive devant une attaque, force contre force ; on voit alors 
apparaître plus nettement la distinction entre le cérémonial magi- 



mÊttfmmr^ 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS LA RELIGION 25 



que et la prière ; celle-ci exprime en général une attitude qui diffère 
de la révolte ou de T attaque. 

Dans rancienue Egj^ple, où la magie pénétrait intimement la vie 
religieusej elle avait avant tout pour but de protéger la vie privée et 
d'assurer à l'individu le bonheur dans Tan-delà, et aussi la posses- 
sion de tous les objets pouvant lui être utiles dans sa nouvelle exîs 
lenct. Ce fait révèle l'intérêt porté par la communauté aussi bien à 
la A^ie privée de Findindu qu'à l'avenir d'outre-tombe, intérêt non 
dépourvu de caractère social, même s'il n*avait pour mobile aucune 
préoccupation d'ordre social. Le véritable mobile de ce rituel semble 
avoir été, en effet, la crainte égoïste d'être privé soi-même de bien- 
être dans l'au-delà si l'on ne fait pas tout le nécessaire pour rassu- 
rer aussi aux morts de la faniillep 

A la réflexion, on pourrait même découvrir dans ces préoccupa- 
tions une tendance nettement amorale* Car le but poursuivi en fait 
par le rituel égyptien était de protéger le mort contre le jugement 
des dieux préliminaire à son entrée au paradis^ et de le mettre en 
mesure de se défendre par la magie contre toute accusation d'à mo- 
ralité, (Voir Karl Beth, et son travail sur la religion et la magie.) 

Tel est le rôle des images, des amulettes et des inscriptions magi- 
ques qu'on trouve dans les tombeaux égyptiens. 

Chacun se rappelle aujourd'hui encore rémotion causée dans le 
monde par la mort du savant qui, le, premier, avait pénétré dans le 
tombeau de Tout Ankli Ammon. Certains ait ri louaient cette mort à 
la puissance magique ou sorcellerie exercée par les prêtres qui 
embaumèrent le pharaon, et qui voulurent protéger le cadavre même 
du défunt. Le mort devait être à Tabri de toute atteinte tant 
humaine que divine. On ne peut nier que cette conception se trouve 
tout à fait à la limite de ce qui nous paraît normal ou socîaL 

^^ous savez qu*une objection semblable a été formulée par Luther 
contre l'absolution telle qu'elle semble a\oir été accordée parfois 
par certains prêtres au commencement du xvi* siècle. C'est peut-être 
pour une raison analogue que les réformateurs prirent parti contre 
la confession catholique^ considérée j^ar certains comme une pra- 
tique magique permettant au confesseur de se substituer à Dieu et 
de pardonner les péchés, c*est-à-dire d'assurer au pénitent une éter- 
nité bienheureuse* 

Il n'est pas nécessaire d'étendre l'étude de la magie à nos granules 
religions modeines, qui se défendent naturellement de la pratiquer. 



4$ 



riltait^^^H^^A 



24 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



II suffit de constater qu'au point de vue affectif, leur rôle est sem- 
blable à celui des religions primitives, qui nous mettent plus à Taise 
pour étudier notre sujet. Cette constatation n'a d'ailleurs rien de 
dégradant, car elle peut s'appliquer également à certaines pratiques 
dites scientifiques ; les certitudes scientifiques s*obtiennent en effet 
par de grands efforts susceptibles, chez beaucoup de personnes, 
d^avoir une fonction psychique analogue à celle des pratiques 
magiques ou religieuses chez les croyants* 

On peut se demander si la facilité avec laquelle certains savants 
affirment par exemple qu'après la mort il n'y a rien, ne s'explique 
pas par des mobiles analogues à ceux de la magie. Ce rien que, 
d'apj es Kant, nous sommes incapables de nous imaginer, représente 
donc pour ces savants nue certitude à laquelle ils tienneiit peut être 
pour se défendre contre le sentiment d'infériorité terrible qui nous 
accable quand nous devons avouer que malgré notre désir ardent de 
savoir, nous ne savons pas et ne pouvons savoir ce qui se passera 
après la mort. 

\'oici pourquoi Keyserling n'a pas hésité à affirmer que quel que 
soit l'homme primitif ou moderne, quelle que soit sa croyance tolé- 
miste, polythéiste ou monothéiste ou scientifique, il y a des moments 
dans sa vie où il se livre à des opérations magiques uniquement 
pour échapper aux tortures que nous inflige l'incompréhension de ce 
que nous désirons connatlre, 11 est essentiel de saisir cet aspect du 
problème, si l'on veut étudier objectivement la magie dans la reli- 
gion. Nous nous bornons donc à constater des faits dont le carac- 
tère, jusqu'à un certain point, est universel, et qui^ échappant à 
l'action du raisonnement, semblent être intimement liés à la vie 
affective, quel que soit le moyen par lequel elle se manifeste* 

Et Beth, dans son travail sur la magie et la religion^ conclut 
qu'on ne peut définir la magie, comme le fait un peu candi 
dément Salomon Reinach, comme une simple technique de Fani- 
mîsme, c'est-à-dire des croyances primitives. Les rites magiques de 
la vie niodei'ne comportent donc une foule de formes très compli- 
quées de prafiques religieuses ou sociales ; c'est ce qui nous oblige à 
considérer jnagîe et religion comme issues de désirs affectifs, de 
représentations et d*interprétations particulières se produisant sur- 
tout à rétat pn'logîque de la civilisation, état qui, d'après Bleuler et 
bien d'autres (la pensée déréistique), est loin d'avoir été déliassé par 
la civilisation européenne actuelle, 

La niagies dans ses manifestations les plus simples, s'explique par 



k^KMg^BB^^—^^^^AB^^Hpi^vHi^^B^^^^^^^^^^^^^^MH 



LA PENSÉE MAGIQrr DANS LA BELIGION 25 



^^■^F^^BK^BB^ K^^^^^l» 



la croyance de Têtre à la toute-puissance de ses pensées et donc à la 
réalisation d*un désir au moyen d* actes simples et symboliques. La 
magie n'est donc, au fond, que la traduction directe d*un désir. 

Mais cette transposition d'un désir sur le plan objectai ne repré- 
£ente-t-elle pas déjà Une tendance religieuse primitive^ ne se mani- 
feste-t-elle que par le moyen du pouvoir absolu de forces immaté- 
rielles et anonymes agissant en nous, autour de nous, comme le 
« m an a » des Mélanésien s ^ comme le « funga » des Bamtous^ 
comme le ^^ manitou « des Indiens ? 

- Beth et d'autres prétendent que la magie a pu naître sans que 
rêtre ait supposé Texistence de forces ou d'esprits tout puissants ; 
mais nous ne pouvons pas bien le suivre dans cette hypothèse, et 
nous croyons que le psychologue allemand Wundt, ainsi que King, 
ont raison quand ils font dépendre le développement des pratiques 
magiques chez Thomme de l'apparition d'une croyance en une force 
que King appelle <^ Potenz j> et Corrington « mana »• 

Il est difficile de donner une définition exacte de ^ mana », et 
nous croyons que Lévy-Bruïil nous explique le mieux ce qu'il faut 
en penser. Son livre sur l'âme primitive nous donne le tableau de 
î*état affectif d*une communauté toténiîqne. Il n*y est nullement 
question du sauvage au sens ordinaire du mot. Le « sauvage » fait 
rimpressîon d'un être peureux, qui n'a pas le droit de s'avouer ses 
besoins les plus élénientaires, et qui se sent continuellement persé- 
cuté par le « mana » et le « imunu », que Speiser traduit par 
Lebcnskraftj Neuhauss et les missionnaires allemands par Seelen- 
stoffi Krnyt par Zichtoff, Pechiiel-Doesche, au Loango, par Potenz. 
La traduction par Seelenstoff (substance spirituelle) ne permel 
naturellement pas de reconnaître ce que ^ mana » ou « îmunu ?> 
sîgniiie pour le primitif. Lé\y-Bruhl fait d'ailleurs nettement res- 
sortir la difficulté de l'expliquer, et souligna qu'il ne s'agit pas d'une 
chose concrète, mais surtout d'une réalité émotionnelle. 

Le. psychisme primitif n'est pas à inême d'établir une relation 
objective dans notre sens. La menlalité collective dominante le con- 
damne à une grande passivité, et le besoin d'opinions et de pro- 
l*riétés personnelles lui est inconnu, interdit par des défenses 
internes et externes.» Pour toutes ces raisons, on ne peut attribuer 
qu'une importance relative aux essais d'explication d*un" primitif, et 
on comprend mieux sa situation, si on l'explique en partant du pro- 
blème émotionnel, c'est-à-dire du problème de la libido. 

Ltîvy-Bruhl donne^ par conséquenl, la défmiiion suivante et, à 



26 REVUE FRANÇAISE DE TSYCHANALYSE 



notre avis, très bien conçue : « Tout ce dont riiidîgène a p!?nr, à 
cause du mal que cela peut lui faire, tout ce qu'il craint, à cause de 
son étrangeté, tout ce qu'il llatle pour en obtenir des faveurs* tout ce 
qu'il conserve avec amour,., il vous dira que c*est « iniunu ». Et plus 
loin : << Elle (la mentalité primitive) cherche avant tout à déceler, 
dans les objets qui attirent ou retiennent son attention^ la présence, 
le degré d'intensité, et, si étr.-^nge qne cela nous paraisse» les dispo- 
sitions bienveillantes ou hostiles de celte essence» ou force, ou 
« mana >^ ou « imunu », ou de quelque nom qu'on veuille Tappeleiv 
11 lui faut se prémunir contre les dangers dont elle se sent à chaque? 
Instant menacée, et celte crainte règle son attitude à Tégard des 
êtres et des objets, y^ 

« MaiSi comme dit Lévy-Bruhl, cette représentation periiianenle 
de la peur, dominante dtui^ les esprits^ n'oriente pas le primitif \ers 
ia poursuite du savoir dans notre sens. >^ 

Son savoir est insignifiant, mais il lui suffit de le transmettre tel 
qiieL,., il essaye, a\ant tout, par des forces magiques, de se servir de 
V « imunu », car de T ff imunu « dépend « la réussite à la chasse, à 
la pèche, dans la culture des plantes, et, en général, dans toutes les 
entreprises où il s'engage. C'est donc <.< imunu » qu'il s'agit de flé- 
chir, d'aptiîser et de se rendre favorable, -»> 

Les pratiques magiques auxquelles se livrent les primitifs pour 
s'assurer la faveur de << mana » sont particulièrement bien décrites 
par Gutmann dans son livre sur VApîcalfare chez les Dschagga. 
Gutmann nous décrit d'abord les adjurations compliquées, s*adres- 
sant à tout le matériel qui sert à la fabrication des ruches : la hache, 
TarbrCj etc. €e dernier est l'objet d'un cérémonial particulièrement 
symbolique, dont la signification doit être compréhensible à tout 
psychanalyste* Le chef de Tcquipe qui abat Parbre applique la hache 
sur le tronc et dit quatre fois, en la soulevant : « Msedî, toi qui es si 
grand, .•, c'est la misère qui m'amène à loi ; j'ai besoin d'enfants, 
j*ai besoin de chèvres et de bœufs». Toi, ^Isedi, si lu as ïa chance, 
fais venir les abeilles ! etc,*, ^> L'arbre devient ainsi mi parent, une 
soîur du propriétaire. Tout ce que Ton fait pour l'abattre (le tuer) 
est présenté à cet arbre comme des préparatifs pour son mariage. Le 
propriétaire profère des plaintes : « Mon enfant, qui vas me quitter, 
je te donne à un homme, qui va t'épouser, ma flUe !,.. Ne crois pas 
que je te pousse par la Adolence à ce mariage* mais lu es adulte 
maînlenant.. Mon enfant, qui me quittes, que tout aille bien pour 



âf^^^^^^^^^^^^H^^^^^^Ba^^d^^^^i^B^^ 



LA PENSÉE MAGÏQUE DANS LA RELICTON 27 



toi... » Le lendemain^ le chef de l'équipe dit à son tour à l'arbre : 
« O enfoui d'un homme que tu vas quitter, nous ne tVbattoiiH pas, 
nous t'épousons ! Et non pas de force, mais avec douceur et 
Jionté-.* » Et pendant que les hommes sont occupés à abattre Tarlire, 
son propriétaire, qui n'a pas le droit d'assister à Tabatage, arrive 
comme par hasard* Il s'effoTidre à ce spectacle ; il se lamente comme 
sur un forfait ; il est venu trop tard pour l'empêcher- <^ Ces paroles, 
et beaucoup d'autres semblables, dit Lé^^^-Bruhl, doivent per- 
suader rarbre de son ressentiment* » Suit un cérémonial analogue^ 
lors de la fixation de la ruche à un arbre^ à chaque fois que l'on 
vient <;heiTlier du miel, pour ne pas contrarier « T esprit de^ 
abeilles » et se le rendre fa\orablej avant de manger du miel, etc. 
Dans tout cela, le psychanalyste reconnaît assez nettement une 
situation caractéristique, savoir : la position sadomasochiste de 
l'enfant envers le père, le stade anal de T organisation^ de la libido 
de rindividUj avec le besoin d'être <f flagellé >>, <.< possédé », etc,,.^ 
pour satisfaire cette dernière. Ensuite, la peur de la castration, qui 
retient la libido dans ce stade- 
Dans le cérémonial religieux, et dans les organisations sociales de 
ces primitifs, nous reconnaissons maintenant les fantasmes de fla- 
gellation de nos névrosés qui^ en raison de leurs relations affectives' 
analogues avec le père, ont le besoin d'abréagir comme le primi- 
tif le sentiment de culpabilité qui en résulte, et ce en se « ma- 
riant » avec le père, comme le Dschagga avec l'arbre pour devenir 
tout-puissant- 

C*est seulement en élablissaiit cette analogie entre T action magi- 
que et le cérémonial névrotique d'un obsédé que nous pourrons 
comprendre toute la signification de l'action magique* 

Que se passe-t-il, par exemple, chez le Dschagga ? Lévy-Bruliï et 
Gutmann nous font très bien comprendre la peur que << mana » ou 
f imunu » peuvent inspirer au primitif. Mais il est un aspect qui 
leur échappe et qui n*a été éclairé que par Tétude psychanalytique- 
des obsédés, c'est le sciitimeiit de culpabilité que toute action agres- 
sive semble inspirer au primitif sinon à Thomme en général. 

L*effet de ce sentiment de culpabilité, on peutj d'après ce nom, 
s'en faire une idée plus nette grâce aux données de la psychanalyse. 
Le psychanalyste comprendra la signification symliolîque que peut 
représenter le fait d'abattre un arbre, particulièrement un ar])re 
susceptible de faire partie de u mana » ou de <* imunu )>. Il com- 



mi^^^m 



^8 BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



prendra égnlemenl pourquoi cette action agressive est présentée a 
Tarbre ou à « mana '* sous les apparences de Facte de raniour, pour- 
•fiuoi, par exemple, le primitif veut se marier avec l'arbre. ïl se rap- 
pellera qu'ainsi le petit garçon peut cacher ses tendances agressives 
\is-à-YÎs de son j^ère et vouloir châtrer ce dernier non par une atta- 
que directe, mais en le charmant, en se faisant femme, non pour 
j'ainier, mais pour avoir une influence occulte sur lui qui représente 
l'antorîtc, pour se rendre favorable cette autorité, bref pour la 
]nettre dans le « sac ^k 

De tels sentimejits déterminent d'une part la jïeur de la vengeance 
ilo « niana ï^ d'autre part un sentiment de culpabilité îiitolérMh^e 
entraînant un véritable besoin de punition que seul peut satisfaire 
an châtî]nenl, ou bien un cérémonial compliqué équivalent à une 
jiunition, 

L'âccepfafîon de cette punition serait donc le prix que paierait le 
primitif pour apitoyer « mana », pour le fléchir ou pour se le sou- 
mettre. Et ce prix, cette punition, ce cérémonial d'obsédé, calme- 
raient à la fois l'angoisse et le sentiment de culpabilité, devenus sans 
<:^hjet du fait de l'annulation, par la punition, de la faute commise 
contre <ï mana ^^ Ce dernier, par surcroît, se trouverait obligé de 
servir et de protéger l'homme. Celui-ci devient ainsi tout-puissant^ 
sa magie a du moins une action à riniérieur du sujet sur la repré- 
sentation de l'objet, si non sur l'objet lui-même (1). 

En rai>prochanl tout ceci des fantasmes de flagellation de certains 
olDsédés, fantasmes où le sujet se représente une flagellation accom- 
pagnée d'un cérémonial compliqué, et déterminant la jouissance 
sexuelle de l'individu, on comprendra également dans quelle mesure 
l'action ui agi que, de même que le cérémonial d'un obsédé, peuvent 
être érotîsés et devenir réellement source de volupté. 

Il y a évidemment une grande dilîérence entre la magie totémique 
et la magie dont on constate les manifestations dans les religions 
modernes de Thomme civilisé. Il suffît pour s'en convaincre de se 
rappeler Adam et l'arbre de la connaissance. D'après la légende, 
Adam n'arrive nullement à apitoyer Dieu et à se le soumettre. Après 
a\oir touché au fruit et bien qu'il ait rejeté toute responsabililé sur 
la pauvre Eve, il est bel et bien chassé du Paradis et obligé d'envi- 
sager sa condamnation à l'Enfer. 

il) Voir LAFOHGur, : Libido, a}}go\s^c ci cwilisalîoiu Deiiocl et Sleelc, 1Ô34. 
IjtL J^sych. V<îrlrîg 3 9:^2. 



«p 



LA PENSÉE MAGIQUE BANS LA RELIGION 29 

Sur un point, pourtant, nous voyons apparaître une analogie avec 
la situation des Dschagga. Les fils d'Adam n'ont-ils pas réussi. à 
olitcnir le sacrifice du Fils de Dieu le Père ? Le Christ n'a-t-il pa^ 
accepté librement de mourir pour eux, de se sacrifier à eux, et mdme 
d'être marié à eux exactement comme cela se passe avec Farbre chez 
les Dschy^gga ? L'iiumiue n*a*t-îl pas raclieté par ce sacrifice Tindul* 
gence de Dieu le Père, ainsi contraint de pardonner le péché ? L'eau 
bénite, l'hostie, le sang du Seigneur ne confèrentJIs pas aux mor- 
tels une véritable puissance magique ? 

C'est donc par Tidcc du saci^ificc^ que nos religions modernes sem- 
blent s'apparenter le plus aux autres religions quelles qu*elle^ 
soient. Qu'il s*agisse du sacrifice de Tarbre, du sacrifice des ani- 
maux, du sacrifice de ranimai tolémique^ il semble bien que dans 
tous ces cas, l'homme obtient que Dieu se sacrifie pour lui et raiinc. 

Il y aurait beaucoup à dire sur ïa signification affecti\e de la 
notion de sacrifice dans les religions^ comme sur la signification 
sexuelle de Tacte magique. Tétais nous ne pouvons ici que nous en 
tenir à des lignes très générales* Signalons simplement que la notion 
du sacrifice de Dieu nous parait caractériser également Pacte obses- 
sîoniieL 

Dans Tobsession, le malade peut annuler magiquement des pe]!- 
sées, des actes, la vie même* Il soulTre, mais nous savons que dans 
son ïmagination cette souffrance lui confcre des droits ; celui, par 
exemple, de s'opposer aux lois de la nature et de paralyser Dieu, Ce 
dernier, charmé par son fils vertueux^ se sacrifie à lui. Nous savons 
quel bénéfice de jouissance le fils est susceptible de retirer de cette 
situation. Nous savons quelle est l'illusion. de toute-puissance qu'elle 
lui permet de culti\ei% illusion indispensable pour échapper à un 
accès d*angoisse. C'est la tâche du psychanalyste que d'éclairer le 
rapport entre cette situation et Thomosexualité, puis de montrer 
dfins quelle mesure elle se rattache aux manifestations affectives du 
stade sadique anal, c'est-à dire d'un stade où f organe par lequel se 
réalise la toute-puissance est représenté par les orifices du corps et 
particulièrement par l'orifice anaL B appelons à ce sujet l'étude de- 
Fethnographe Preuss sur les croyances magiques chez les primitifs. 

Tout cela nous fait comprendre pourquoi Jones définit la vie reli- 
gieuse connue étant « la dramatisation sur un plan cosmique des 
émotions^ angoîsses, peurs et amours qui naissent des relations de 
l'enfant avec ses parents, » Et il ajoute : « Cette formule ne saurait 



■■!■ 



30 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



)> avoir grand sens pour quiconque ne s'est pas faïuiliarisé avec les 
« études modernes sur Tinconsdeïit ; elle est, au contraire, fort 
>i significative pour quiconque est au courant. 

ï> Nous pouvons, maintenant, commenter dans l'ordre déjà adopté 
^> les cinq aspects cî df*ssus énumérés du problème religieux. 

» P Relation avec un ordre spirituel surnaturel, en particulier 
3> avec des êtres surnaturels. Les attriljuts de puissance et du tabou 
)j qui s'y ratta client, et les diverses attitudes émotives, en par lieu 
n lier celles de dépendance, de crainte, d'amour et de respect, sont 
i> toutes des reproductions directes des attitudes de Tenfant à 
j> l'égard des parents. Le sens de l'absolu tel que l'éprouve l'en faut 
3> dans son attitude originelle à l'égard de sa propre îm]iortance, 
yy subsiste en partie lorsque le contact avec le réel Ta modifié, sous 
3ï la forme d'une conception anthropocentrique de l'univers implî 
il cite dans toutes les religions, puis se déplace en partie en prcî^aut 
5ï pour objet les parents, et, lorsque ceux-ci à leur tour ne le justî- 
î) fient plus, des êtres divins : le père terrestre est remplacé par le 
» père céleste- Les conflits avec les parents qui naissent inévitiible- 
>^ ment au cours de l'éducation (laquelle consiste essentiellement 
» à discipliner, ou à modifier la sexualité infantile, ou encore, si on 
" préfère, la vie amoureuse de reiifant) sont généralement int^ou- 
» scients à cette époque même. Us entraînent le refoulement de 
)) souhaits de mort contre les parents^ puis la peur du talion, et 
» c'est de là que naît rimpulsion rcligiciiye courante qui veut 
» apaiser les esprits des ancêtres morts, ou d'autres êtres spirituels, 
» par la magie* L'amour toujours présent suscite le désir du pardon, 
» de l'aide et du secours. 

f^ 2^ Tous les problèmes émotifs que pose la mort naissent non de 
» la contemplation physique d'étrangers morts, mais d'une ambiva- 
>5 lence relative aux: êtres aimés par le sujet même. La peur de la 
î) mort se manifeste clîjiîqucnient de façon invariable comme 
» l'expression de souhaits de moit refoulés, contre des objets 
yy d'amour. On constate en outre que les motifs de mort et de cas- 
» tratÎQu (ou retrait équivîdent de Tc^bjet aime) sont très étroite- 
» ment associés, et que Tangoisse relative à une survivance îndé- 
» finie de la personnalité exprime constamment la peur de 
» l'impuissance imposée comme châtiment, 

M 3* L'amour de soi et l'importance originelle que se donn^ 
3i l'enfant, sentiments qui sont plus voisins de Tabsolii que lôiite 



MÉ^ta^ 



LA. PENSÉE MAGIQUE DANS LA RELIGION 31 



i^ autre expérience au cours de la vie, se déplacent ordinairement 
« sur une partie choisie de Tespj it appelée le surmoi, idéal que le 
iï moi se propose à* lui-même comme but de son éducation morale, 
jï Le sentiment de valeurs suprêznes, d'un sens profond de la vie, 
ï> qui joue un rôle cardinal dans toutes les religions clevéeSj est une 
5> manifestation caractéristique de cette tendance. Il s'apparente 
y> évidemment au désir de réconciliation avec Dieu, et de son appro- 
» bation* 

i> 4'' L'association constante de la religion et de la moralité est un 
>> autre aspect de ce même trait. 

» 5* Le sens d'inégalité à l'égard de la vie, le « sentiment d'incom- 
» plétude » de Janet, le « complexe d'infériorité » de Freud, peut se 
» manifester dans tous les aspects de la vie, physiquement, morale- 
j> ment, intellectuellement, etc. La psychanalyse du phénomène en 
» révèle V origine unique, à savoir le sentiment de péché ou de 
j> culpabilité suscité chez Fenfaiit par ses efforts pour conformer 
» toutes ses impulsions aux critères adultes* Il devient alors psy- 
y> chologîquement compréhensible que toutes les manifestations 
» dMnfériorité, dans tous les domaines, puissent se résoudre par 
>> l'application de moyens religieux ou magiques à leur cause origi- 
ji nelle* Se réconcilier avec le Père équivaut à obtenir son aide* On 
w sait quel rôle central joue, dans la religion, la reconnaissance du 
J5 péché par le pécheur : sans elle, et sans la nécessité de faire son 
>î salut qui en résulte^ la religion chrétienne, entre autres, serait à 
^> peu près vidée de tout sens, j> 

La magie? dans cet ordre d'idées, serait alors encore le moyen 
employé par l'individu pour s'assujettir ses parents^ pour se les con- 
server soit par le culte totémique, ou par un autre culte de morts. 
Elle devient, vue sous ce jour, comme une tentative de Thomnie 
pour se perpétuer non pas dans Tavenir avec les vivants, niais dans 
le passé avec les disparus. Et elle nous apparaît surtout comme 
moyen d'expression de cette partie de la libido qui, avec le cérémo- 
nial magique ou religieux, s'aclicmhlc îenît^mcnL vers la création de 
Torganisation sociale de Thomme, vers la science dans le cadre de 
laquelle Talchimie devient la chimie, vers le capital avec sa puis* 
sance niHgîquc et tout ce qu'il permet de créer à son tour dans les 
différents domaines delà vie sociale des nations. 

Sorljonne, 16 mars 1933, 



La Pensée magique chez le Névrosé 



Par J. LEUBA 



C'est presque un ahus de parler de la pensée magique chez Je 
névrosé, alors que les formes d'expression de cetl(^ pensée vîepnent 
d*être étudiées, à leur source même, chez ïe primitif. Et la logique, 
autant que Tutilité, eût commandé de poursuivre les manifestations 
de cette pensée chez l'enfant avant de les poursuivre chez Tadulte 
névrosé. En effets la né\TOse a toujours ses racines dans l'enfance, 
le névrosé est toujours, par quelque côté, un adulte attardé ou 
régressé à un stade infantile de son évolution psychique. Dès lors, 
les connii.5 du ncvrosé s'expriment dans un langage ijifanlile, et 
c'est précisément par ta couleur magique donnée à Texpression de 
ces conflits que Tadulle névrosé présente le plus de ressemblance 
avec Fenfant- 

II offre, de même, avec le primitif une ressemblance qui est bien 
près de ridentité dans une forme de névrose où la pensée magique 
s'exprime de la façon la plus pure, la plus évidente : la névrose 
obsessionnelle, 

II est donc im]Dossi]}le de parler de la pensée magique chez le 
névrosé sans revenir piétiner quelque peu les platebandes des con- 
férenciers qui m'ont précédé* 

On pourrait, il est vrai, s'ingénier à reclierclier, de ce point de vue 
de la magie, les différences plutôt que les ressemblances entre le 
névrosé d'une part, le primitif et Tenfant d'autre part. Ces diffé- 
rences ne sont pas fondamentales. Elles sont de pure forme et 
portent autant dire uniquement sur des pbénoinèiies de camouflage, 
de refoulement, de conversion^ de déplacement» qui ont pour effet 
de masquer/ chez l'adulte névrosé et, au plus haut degré, chez 
l'adulte réputé normal, ce qui est transparent chez le primitif. 

Pour bien comprendre les mécanismes de cette pensée magîque 
chez Fadulte, force nous est de remonter à sa source originelle. Je 
m'en excuse auprès de ceux d'euti*e vous, Mesdames et Messieurs, 
qui ont déjà c^n tendu les deux conférences précédentes* Il ne s'agira. 
d'ailleurs que d^une rapide incursiûn rétrograde chez le i^riraîlif,- 



laÉaaaM^^M^^^^^^i— ■ I I M^^Ma^M^^M 



LA PENSÉE MAGIQUE CHEZ 1.E NÉVROSÉ 33 



^Vm de faciliter aux nouveaux ^enus la compreliensiôii de la suite. 

En toute démonslratîoiij c'est TeKeniple concret qui fixe le mieux 
les idées. Nous construirons la théorie sur les faits. Voj^ûns donc les 
faîtSj en les choisissant parmi les plus simples. Comme le précep- 
teur des enfants de M* Joliboîs, nous procéderons du particulier au 
:généraL 

Lorsque M. Bergeret, apercevant fortuitement sur le canapé du 
salon M. Roux, son disciple? préféré^ et Mm^^ lîcrgeret dans une utli- 
tude qui ne trompe points il pense tout d* abord à les tuer tons les 
deux. Mais il le pense très peu et se retire discrètement en prenant 
une revue sur un guéridon. Rentré dans son cabinet de travail , il 
avise le mannequin d'osier sur lequel Mme Bergeret bâtU ses roLcJs. 
Il mutile avec rage cette effigie d'osier, lui rompt les côtes et Texpé- 
dii? par la fenêtre. Ce faisant. M, Bergeret s'est abandonné à une 
réaction primitive. Il a détruit Mme Bergeret en effigie et Ta sux>i)n- 
mée de son existence. 

Veuillez noter, dès à présent, que la mutilation du mannequin ne 
saurait eu aucune manière, dans T esprit de M. Bergeret, porter 
atteinte à l'intégrité physique de Mme Bergeret, et que son acte n'est 
que l'expression irrationnelle d'un affect violent. 

Eu son principes ce geste ne diffère pas du geste magique par 
lequel le primitif mutile, scalpe, décapite, transperce, brûle un 
ennemi en faisant subir à une statuette modelée à Piuiage de cet 
ennemi Tun quelconque de ces supplices. Car nous retrouvons, dans 
cette magie lioiiiéopatliiquej Texpression d'un aiîect violent qui 
conduit à une pulsion agressive. 

Mais si ces deux gestes, si identiques en apparence, traduisent 
une pulsion identique, il n'y a aucune parité dans la pensée qui les 
dicte. Car M. Bergeret, en détruisant le malencontreux mannequin, 
symbole de sa médiocrité matérielle et de la médiocrité de son 
épouse, sait fort bien qu'il n'a pas le pouvoir de faire disparaître 
aussi simplement une femme qui lui est devenue odieuse. 

Le primitif, au contraire, croît en la loute-puissaiice de la pensée 
qui lui a dicté son acte. Lorsqu'il lèse, sur la statuette modelée à 
l'image de son ennemi, la place du foie ou celle du cœur, il ne doute 
point, ou du moins il agit comme s'il ne doutait point que les 
organes correspondants de son ennemi pussent par là même cire 
lésés. Il croît en la toute-puissance de sa pensée, il croit en son 
pouvoir dynamique. 

REVUE FRANÇAISE BU FSÏCHAKALYSE- 3 



34 REVUE l'IlANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Cette croyance en la toule-piiîssance de la pensce ii*est pas le pri- 
vilège des seuls primitifs ni des seuls névrosés. Elle joue un rôle 
important dans la vie de tous les jours. Mais ceci est une autre his- 
toire et M, le Docteur Godet vous la racontera eu long et en huge. Je 
voudrais cependant marquer à quel point elle s'impose à certaines 
gens^ afin de hien souligner son pou\oir. 

Pendant la première année de mes études- médicales, j'occupais 
une chambre au-dessus de laquelle logeaient deux darnes^ une mère 
et sa fille, La mère était une septuagénaire pleine de venin. Ces 
dames avaient accoutumé de se barricader tous les soirs dans leur 
appartement avant de se coucher, A cet effets elles se livraient à un 
véritable déménagement, poussant les meubles devant portes et 
fenêtres. Quand elles sortaient, le soir, et cela leur arrivait au 
moins trois fois par semaine, ce déménagement se faisait à une 
heure avancée de la nuit, souvent après une heure du malin, qui 
est la meilleure heure pour le travail, comme chacun sait. Aussz 
ni*étais je plaint avec véhémence à ma logeuse du bruit que fai- 
saient mes voisines, la priant de leur demander d'avoir égard aux 
autres locataires de la maison* Ma logeuse m'avait fait comprendre 
que ces dames avaient un sale caractère et entendaient continuer 
d'agir à leur guise. 

Au leiidciiuiin d'une scène nocturne et grotesque où j'avais donne 
libre cours à mon exaspération j je dis à ma logeuse toutes les dou- 
ceurs qui me vim*ent à Tesprit^ sachant qu'elles seraient colportées 
à Fétage au-dessus sans rien perdre de leur vigueur» on se sou- 
lage comme on peut * et terminai par ce souhait gracieusement 
formulé : « Vieille carne. Qu'elle crève 1 » Le soir meniez à ma 
grande joie> j'apprends que la vieille cliîpîe est morte. Subitemeut, 
Attaque d'apoplexie. 

Mais ma logeuse, « mômîère » racornie et farcie de superslîlionSj 
est persuadée^ dur comme fer, que c'est mon souhait de mort qui a 
causé la mort subite de la locataire du haut. A partir de ce moment, 
elle nie rend l'existence impossible et nie contraint de quitter la mai- 
soiif juste punition de mon cjniîsme. 
Mais revenons à M, Bergeret, 

Si îL BergereL avait été un névrosé, alors son agression sur le 
mannequin aurait eu, dans son esprit, le pouvoir de causer la mort 
de Mme Bergeret, Elle eût équivalu à un assassinat et M, Bergeret 
«n eût été écrasé de remords. Car le propre de la pensée magique du 



«p 



LA PENSÉE MAGIQUE CHEZ LE NÉVROSÉ 35 



névrosé, c'est d'être douée de celte même toute-puissance que lui 
prête le priiuitif» 

Et nous touchons ici du doigt une conséquence iminédiate de la 
pulsion agressive : cette pulsion entraîne un sentiment de culpabi- 
lité, généralement accompagné d'angoisse, qui appelle anlomalique- 
mcut l'autopunition. Car on ne peut impunément porter contre ses 
j^roches un souhait de mort. Encore moins supporter que la seule 
pensée de la mort, projetée sur un proche, sur son père, sa mère; 
son enfant ou son conjoint, suffise à entraîner la mort de ce pro- 
che* Le sentiment de coiilpe qui <^cconîpagne cette pensée (on 
devrait plutôt dire l'altitude intérieure de culpabilité, car ce senti- 
ment est inconscient et un sentiment est par définition un phéno- 
mène conscient), ce senlhnent de coulpe est d'une efficacité extra- 
ordinaire quant aux sanctions et s'explique de lui-même* L'angoisse, 
elle, peut s'expliquer, grosso modo, par Tantagonisme entre le désir 
de mort de la personne aimée et Tid^ie de sa réalisation possibk. 

Mais il y a dans la pulsion homicide du né^TOsé quelque chose de 
plus que dans Tacte magique du primitif Ce dernier sem]?le 
n'éprouver nulle gêne de tuer son ennemi en effigie. Quand par 
une heureuse rencontre son opération niagique réussît, il en est 
enchanté. Chez le névrosé, il en va très différemment ; si ces deux 

M 

modes d'expression de la pensée magique ont un point commun^ à 
sa^oir la croyance en la toute puissance de la pensée, il y a cepen- 
dant deux différences fondamentales entre Facte du pr huit if et 
Tacte de Tobsédé. La première est relative aux plans sur lesquels se 
déroulent ces événements psychiques : le primitif est conscient de 
son dr.sir de tuer et il accomplit dans ce but un acte conscient et 
voulu* L'obsédéj lui, accomplît cent mille fois par jour un acte 
conscient, mais non voulu, parce qu'il ignore la signification de son 
obsession* 

Seconde différence : l'acte du primitif traduit une pulsion agres- 
sive, tandis que Vacte obsédant traduit, ainsi que nous allons le 
voir, une protection contre une pulsion agressive. Cette pulsion est 
implicitement contenue dans l'obsession, jïuisque l'obsédé s*en 
défend. Mais ro]}sédé est en perpétuelle contradiction avec lui- 
même parce que « Faiiect « (qui conduit à la pulsion agressive) 
<i est refoulé par le moi, alors que le surmoi continue de se corn- 
porter comme s'il n'y avait pas eu de refoulemeni )> (Odier dixit). 

Comment cela est-il possible ? Qu'est-ce que ce moi et ce surmoî 



wr^^^^fr^ 



36 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



qui ne par\iennent pas à se mettre d'accord et qui tirent à hue et à 
dia? 

Pour le comprendre, il est nécessaire d'inventorier rapidement le 
contenu psychique de tout humain, et je m'en excuse auprès des 
habitués de ces conférences, qui sont depuîg longtemps déjà fami- 
liarisés avec ces notions. 

Notre vie psychique comprend deux instances : le conscient et 
rinconscient* Le conscient correspond à peu près au moi dn la 
psjxhologîe dite normale. On pourrait le définir la somme de toules 
les représentations, de tous les sentiments simultanément présents 
ou susceptibles de Têtre, 

Quant à l'inconscient, inutile de rappeler que c'est à Freud que 
nous devons de connaître de mieux en mieux cette instance- Elle est 
de beaucoup la plus importante, car Tinconscient est la som]ne de 
tous les événejuents oubliés au cours de notre vie et surtout de tous 

les sentiments et pulsions inavouables, et donc refoulés par l'effet 

I 

des contraintes sociales* Des sentiments de ce genre, nous en sécré- 
tons à toules les minutes de la journéej mais nous les écarLons au 
fur et à mesure, 

L*inconscient comporte à son tour deuN: instances : le ça et le 
surmoi. On voudra bien m'excuser de schématiser à l'excès pour 
plus de clarté. En réalité, ce n'est pas aussi simple, car le moi ne 
correspond pas exactement au conscient des psychologues ; il est 
étroitement lié au ça et au sunnoi, et soumis à eux. 

Le ça, c*est le chaos des tendaiices instincti\eSj qui sont toujours 
brutales et égoïstes, et par là-mêine réprimées. 

Le surmoi, c'est l'instance morale supérieure^ juge d'instruction 
et censeur impitoyable qui lient en respect les bas instincts et qui 
punit, bien souvent à Finsu du moi- Qui punit sans indidgencc, 
puisque dans certaines névroses le malade, durant toute sa vie, 
s'accal>le de punitions, s'Inflige mille tourments pour expier un sen- 
timent, une teiidance, une pulsion homicide ignorés de son moi. 

Voilà une chose bien étonnante ! Ca m nient des sentiments, des 
tendances, des pulsions capables d'effets aussi importants et aussi 
durables peuvent-ils être ignorés ? C'est ici qu'interviennent deux 
3iotions capitales : celle du refoulement et celle de rambivalence des 
sentiments. 

Reprenons Thisloire comique de la vieille dame morte subitement. 
Celte damcj je ne la connaissais pas, ne l'ayant jamais vue. Je 



^F^^^^^^^m 



LA PENSÉE MAGIQUE CIIE2 LE KÉVilOSÉ 37 



n'a^aîs fait que Tenteudre, Sa présence m'incommodait Dans ma 
rage d'être dérangé^ la nuit, au milieu de mon travail, je ne lui 
adressais que des imprécations et la tuais en imagination de nûUu 
manières. Tous les sentiments éprouvés et formulés à son encontr^ 
étaient des sentiments Hostiles. Pas l'ombre d'un sentiment positiî- 
Pas trace de refoulement non plus : les sentiments étaient cynique- 
ment exprime^ s, la mort haut ciment et ouvertement souhaitée^ à la 
manière de Bardamu, ilorte, son oraison funèbre se résumait en un 
cri de délivrance ; « Bon débarras. Bien fait pour elle ! » Dans ma 
haine satisfaite, pas un regret pour la fllle, complice et principal 
bruiteur. Le ça déchaîné contre le m^indarin. 

Mais supposons que cette dame, loin d^avoîr été une étranger e, 
ait été une personne aimée, par exemple ma mère. En aucun cas la 
scène grotesque ne se fût produite* Encore moins le souhait de mort 
n*eût été formulé. Le déménagement nocturne eût été ressenti 
moins vivement parce que toute la rage eût été refoulée sans se 
manifester. Mais le fait d'avoir été refoulée n'eût rien enle\é à soji 
être et elle eût môme pu se développer dans Tinconscient tout à fait 
à Taise, recouverte par des démonstrations affectueuses* Dans ces 
conditions, le souhait de mort, non formulé, refoulé avant d'être 
parvenu au conscient, eût pu devenir une source d'obsessions à 
effet rétrograde, si cette situation eût répété une situation, un con 
llit infantiles non résolus* Cette obsession aurait eu pour significa- 
tion : « Si je pouvais faire que ma mère ne fût pas morte. >> 

Cet exemple n'est pas très heureux, parce que purement théo- 
rique* Mais il m'a paru commode pour introduire, sous une forme 
simplifiée et donc facile à comprendre; ces importuiites notions du 
refoulement et de Tanibivalence des sentiments. 

En réalité, il n'est pas donné à tout le monde de convertir en 
obsession un souhait refoulé* Car alors le monde entier serait en 
proie à l'obsession, parce qu'il est à la portée de tout le monde <3e 
souhaiter la mort d'un proche. Qui n'a rêvé que son père, ou sa 
mère, un frère, nne sœur, ou son conjoint disparaissait ou était 
gravement malade ? Si les pensées hostiles qui i^ous traversent 
l'esprit, à l'égard des personnes qui nous gênent^ avaient le pouvoir 
magique de tuer ces gêneurs, rhumanîté serait ff nettoyée 3> en vingt 
secondes. Pour devenir névrosé, il faut donc encore autre chose que 
les données élémcnUires qui viennent d'être soulignées. 

Cet exemple théorique pourrait se rapporter à ce que Ton appelle 



[^i^P— —^■^^^^^^■^H^l^fc^l^^^^^^i^^^^M^^^^M^^^^»^^P^^i^^^W^*^^i^B^^^^W^^»^i^^"^W^P^iM*gaî l'i*H l lI l ^a^^^^W 



38 REVUE FRANÇAISE I>E PSYCHANALYSE 



une névrose d*o]j session actuelle, e'esl-à-dire née à Toecasion d'un 
é\éneinenl afîpctif actuel, et donc sans racines dans Fenfance* 
Pour autant que Tou puisse admettre la réalité de ces névroses 
actuelles, elles correspondent bien à un mécanisme de ce genre. 

Maïs rîmmense majorité des névroses, sinon toutes, ont leurs 
racines dans des événements vécus dans l'enfance et refoulés* En ce 
qui concerne les névroses d'obsession, la psychanalyse montre que 
leur noyau est toujours un événement portant une forte charge 
affective, un ou iJlusieurs traiimas sexuels précoces, vécus dans 
Tenfance et dont le souvenir a été complètement oublié. 

C'est ici que les choses se compliquent terriblement. Le mieux est 
d'éclairer le terrain au moyen de quelques ext^mples brièvement 
résumés, aussi simples que possible. La théorie s'^en dégagera d'elle- 
même* 

On voudi^a bien ni' excuser ne suis-je pas tout excusé^ puis- 
qu'il s'agit de névrosés ? de faire, dans cet exposé, une large 
part aux observations cliniques. Elles ont Tavantage d'être vivantes, 
de montrer en clair les diA^erses modalités de la pensée magique 
chez les névrosés et les buts que cette jïensée poursuit. 

Elles nous montreront aussi, à révidence, que le nc\Tosé, tout de 
même que l'enfant, attribue une valeur énorme à la toute-puis- 
sance de sa pensée et donc que son moi est régressé à cette phase de 
narcissisme qui s'affirme chez l'enfant avec une telle vigueur. C'est 
là le caractère fondamental de celte pens^^e 

\''ous savez que toute personne qui se fait analyser oppose à 
rinvesligalion de son inconscient des résistances parfois insurmon- 
tables. Voici un exemple de cette défense par un moyen magique. 

Une malade d'Odier se présentait à chaque séance d'anal3^se coif- 
fée d'une petite calotte qu'elle n'enlevait jamais* Elle gardait aussi 
son manteau. Pendant deux mois, Tanalyse ne permit aucune 
découverte. Un jour, il eut l'idée de demander à cette malade pour- 
quoi elle n*eiilevait pas son chapeau (toutes les autres malades 
enlevaient leur chapeau et leur manteau). Elle ne répondit pas 
directement à la question^ mais elle dit, après un assez long 
silence : « Je ne comprends rien de ce que vous me dites. J'entends 
bien des mots^ mais ils n'entrent pas* Je n*ai pas perçu, ni retenu un 
mot de ce que vous m'avez dit depuis deux mois. ï) Le chapeau avait, 
dans son esprit, le pouvoir magique d'empêcher tout contact avec 
son analyste» Elle entendait des vocables dénués de tout contenu. 



^k^B^ 



LA PENSÉE MAGiQUJi CHEZ LE NÉVKOSÈ 39 



^^^■^^«H 



li S avéïa^ de même, que le fait de garder son manteau pendant 
les séances avait le pouvoir de la préserver d'une agression sexuelle 
de la part de son analyste* 

Dans ce cas, la pens^se magique poursuivait un but d*isolenient. Il 
fallait empêcher tout contact avec Tanalysle, 

Voici un autre exemple d'isolement ofTerl par un vieux schizo- 
phrène. Car il n'y a aucune raison pour que les mécanismes psy- 
chiques qui jouent da]is les névroses ne jouent pas aussi dans les 
psychoses. 

Ce n]a)ade, âgé de quelqus cinquante ans, se livrait ^ dans la cour 
de la maison de* santé où il élail interné^ à une mimique qui 
rahsorbait au point de rendre presque impossible toute utilisation 
de ses facultés de travail. Il avait constamment tendance à slsoler 
dans quelque coin et faisait devant son bas-ventre des gestes caba- 
listiques en marmonnant. Il dissimulait avec un soin extrême ses 
l^ratiques et ce ne fut que par une ruse que je pus surprendre les 
mots qu'il prononçait. M'etant dissimulés un après-midi, derrière 
une fenêtre aux: volets fermés^ qui donnait de plaîn-pied dans la 
cour, j'eus la chance de le ^oir se poster devant ces volets^ a Texté- 
rieur, et se livrer à son rituel magique. On ne peut imaginer visage 
jjIus ravagé> plus douloureusement anxieux que celui de ce malade 
tandis quMl prononçait très rapidement, en écartant de son bas- 
venlre u]ie chose importune ; « Drunte zHtere, zittere, druiile zit- 
lere, zittere ». Cela signifie^ en français : « Par en bos tremble^ trem- 
ble ». Il ajoutait parfois : « Oberberg, Oberberg ^>, ce qui signifie - 
^f montagne d'en haut », Il faut ajouter que ce malade avait aussi 
un autre cérémoniaL Toutes les fois qu'il allait uriner^ il prenait un 
chi/Ton récolté on ne sait où, le compissait d'un jpI minuscule et 
fraternel au commencement et à la fin de la miction, puis Tallait 
glisser avec mille ruses sous le traversin d'un malade ou d'un infîr- 
niiei' qui lui plaisait. L'' ayant un jour rencontré dans un escalier, 
alors qu'il avait les mains occupées par une corbeille de crin, il se 
tourna vers le mur et^ ne pouvant faire sa magie avec les mains, il la 
fit avec le genou (léchî* 

Il sHsolait ainsi des hommes qui lui plaisaient et se préservait du 
désir de se livrer sur eux à un attentat homosexuel, Oberberg était 
le nom d'un alp.ige ou Tenquêle nous Tapprit il s'élaît livré 
sur un berger h un ntlenlat de ce genre. 

Voïci un autre cas, d'une richesse de contenu extraordinaire. 



wrm 



40 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Ira lit' a\ee un plein succès par inon ami le D' Odier, qui me Tainin* 
donne généreusement. C'est celui d'un jeune homme affligé d'une 
névrose giave^ faite de ce qu'il appelle des scrupules et d'obsessions. 

Le dcfouleineul, par étapes progressives^ de ses scrupules aboutiL 
à la connaissance d'un événement capital, qui sera relaté à s.\ 
place. Ce jeune homme raconte tout d'al^ord le « scrupule >ï sui- 
vant : « Quand je .vais par les rues, de nuit, je regarde devant moi 
Tombre de mon corps projeté sur le chemin par une lampe qui est 
derxière nioi^ et je vois avec anxiété mon ombre s'atténuer progres- 
sivement. Je regarde alors déni ère moi, avec beaucoup d*angoisse, 
s'il n'y a pas une autre ombre, projetée par une lampe qui serait 
placée devant moi, ïSi j'en vois une, je suis tranquillisé. Mais 
j'éprouve une angoisse inexprimable à la pensée que tout à coup V 
pourrait ne plus y avoir d'ombre de mon corps autour de moi. >^ 

Le malade exprime clairement par là sa crainte de mourir. 

2"^ étape- Dans une phase ultérieure de Tanalyse, après de lon- 
gues résistances, le malade laconte qu'il a la compulsion à sauter 
par-dessus les copeaux de bois, les bouts d'écorce, les rameaux: 
détachés qu'il rencontre sur son chemin (il habite une région boi- 
sée), 

S'' étape. Après une nouvel! g phase de résistance, le malade 
raconte qu'il a la corn pulsion à sauter par-dessus ? ombre des per- 
sonnes vivantes, quelles qu'elles soient. 

On \erra tout à Thème qiic ce civilisé se comporte, à Tégard de 
l*ombre de ses semblables^ de la même manière que certains indi- 
gènes des îles Fidji, pour qui le fait le marcher sur l'ombre d'un 
congénère constitue une grav^ï injure et un acte hostile* Pour ces 
Fidjîensj percer Tombre d'un homme avec une lance équivaut à 
blesser cet homine à la partie concspondante du corps. 

En effet, dans une quatrième étape, il déclare qu'il a la compul- 
sion à marcher sur l'ombre de quelqu'un. L'énoncé de ce désir 
appelle le souvenir capital que voich 

A l'âge de 5 ans, il fll, un jour, avec son père^ une promenade dont 
le but était la visite d'une grotte d'accès assez difflcile, sur le flanc 
d*une montagne. Arrivés à l'entrée de la grotte^ son père le laisse 
dehors et pénètre seul dans la grotte. L'enfant est pris d'une 
angoisse épouvantable, parce qu'il est demeuré seul, dans une forcL 
sombre, et surtout parce qu'il pense : « Si papa ne revenait pas ! « 
Car il y a un petit lac dans la grotte, et son père lui en a sans doute 



lÉÉttMUM 



LA PENSÉE MAGlOUli CHEZ LE NÉVllOSÉ 41 



représenté le danger pour lui tout petit. En réalité, si Teiifant a été 
si anxieux, ce n'était pas seulement parce qu^il était seul, mais parce 
qu'il avait au moment où son père pénéti^aît dans la grotte, désiré la 
mort de son père. 

Cela ne vous paraît peut-élre pas très évident, La pensée <( si papa 
ne revenait pas » n*exprinie pas un souhait, direz-vous, mais une 
crainte bien légitime, 

Raivsonncr de la sorte serait méconnaître graveiuent le réalisme de 
la pensée enfantine. Car il ne faut pas oublier que le petit enfant 
ii*est pas conscient de sa pensée. Elle s'impose à lui, il la subit com 
jne une réalité extérieure à lui;, donnée immédiate et non contrôlée. 
Toute pensée qui traverse l'esprit d'un enfant est donc ^Taîe^ puis- 
qu'il Va, même si cette pensée est en contradiction flagrante avec le 
réeL 

C'est d'ailleurs en raison de ce réalisme intellectuel que l'enfant 
nient si franchement, tes yeux dans les yeux* 

Quand donc notre malade pensait ; « Si papa ne revenait pas », 
cela équivalait pour lui à la certitude de ne pas le voir revenir. Celte 
seule pensée avait le pouvoir de le faire disparaître. Mais comme il 
aime et jalouse son père tout ensemble, le souhait de mort ainsi for- 
mulé est immédiatement déplacé, de la manière que voici : 

Le père et l'enfant rentrent au clair de lune- La lune projette sur 
le solj côte à côte, l'ombre de son père et Tombre des grands sapins. 
C'est alors que naît le symptôme oJ}sessîonneL Si T en faut marche 
sur rombre de son père, son désir de mort se réalisera (on retrouve 
ici la conception animiste du primitif). Aussitôt, il refoule le désir 
de mort et déplace le désir-crainte de marcher sur Tombre de son 
père en le tiansporlant sur Tonibre des vieux sapins* Or ces ancêtres 
sont à l'image de ^on père ; ils sont l'image- totem Ij^pique ; un 
sapin très grand, très fort, majestueux, qui porte barbe grise de 
lichens (son père avait une barbe grisoiuianLe), L*enfant se met à 
sauter par-dessus Tombrc des sapins d^une n^anière si bizarre que 
son père s'en étonne. Il répond que c'est pour se réchauffer. Plus 
tard, il sera obligé de contourner l'ombre des sapins, puis de tout 
arbre, ou de la franchir sur la pointe des pieds, en placanl les pieds 
dans les zones où le soleil, à travers les branchages, met sur le sol 
des plaques de lumièr*^. 

Ces symplÔTiies sont rapidement reToulés et réapparaissent sept 
ou huit ans après, ^ers 14 ans, sous la forme oii il les décrit dans 



^^j^mmMM.1 



42 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



l'analyse : obligation de sauter par-dessus les branchages, les 
copeaux, les lambeaux d*écorces, tous objets provenant du totem ; 
angoisse à Tidée de perdre son ombrG, c*est-à-dire de mourir. Cette 
crainte de mourir résultait d*un déplacement sur lui-même dn désir 
de voir son père mourir. C'est par ce déplacement sur l'ombre du 
^apîn, c'est-à-dire sur l'image-totem de son père, que sa névrose 
s'est révélée. 

Et pourquoi ce souhait de mort ? Parce que c'est son père qui est 
^ntré dans la grotlCj et non lui^ la grotte étant un symbole évident 
du ventre mrttfimels dans lequel T enfant eût voulu rentrer. Cela 
exprime en même temps, de la façon la plus claire* le complexe 
œdipien. Si Ton en veut d'autres preuves, il suffira d* ajouter que, 
depuis rage de 14 ans* le malade ne peut plus voir une fissure de 
rocher, une excavation naturelle, une « bauine », sans tenter de, s'y 
introduire. Il réussit un jour à engager si bien sa jambe dans une 
crevasse de rocher qu'il ne put la dégager et qu'il fallut aller cher 
cher le secours d'hommes armés de solides leviers et de « barres à 
mine » pour le libérer. 

Ce même malade devait dire cent prières par jour pour que son 
père ne mourût pas. Mais comme ces prières lui prenaient beaucoup 
trop de tempSj il avait fini par les réduire à un acte ritueL II serrait 
ses mains jointes, fermai l vigoureusement les yeux pendant un 
quart de seconde et ne disait plus que : << O Dieu-Amen », 

Un antre malade, aussi du D"" Odier^ jeune homme fort cultivé, 
détestait son frère cadet, de \ingl mois plus jeune que lui- Or^ à 
l'âge d'onze ans et demi, ayant reçu de son père une vieille montre 
de famille, très grosse, ainsi qu'on les faisait jadis, il lui vint cette 
Idée : t< Je dois casser cette montre en frappant dessus. Si une petite 
pièce saute hors de la boîte, je dois me suicider, » Il éprouve un sen- 
ument d'angoisse affreux au moment de frapper. 11 frappe sur la 
montre : aucune pièce n'en sort (son petit frère n*Gst pas expulsé) - 
Mais Tobsession du suicide réapparaît, bientôt remplacée par 
l'angois&e. Pour s'infliger une pénitence, il prononce sept vœux, 
Parmi ce^ vœux, il fait celui de saluer tout le uîonde. Pour une puni- 
tion, on peut dire que c'est une punition. €ar ce malheureux ne par 
vient pas à saluer tout le monde, lorsqu'il croise de nombreuses 
personnes sur le trottoir. Par refliel du doute perpétuel dont souf- 
frent les obsédés, il n'est jajnaîs sxlr de n'avoir pas manqué une de 
ces personnes. II est alors obligé de revenir sur ses pas, en faisant 



LA PENSÉE MAGIQtïE CHEZ LE NÉVKOSÉ 43 



un grand détour, afin de croiser à nouveau la personne qu'il croit 
n'avoir pas saluée* En cours de route, il rencontre de nouvelles per- 
sonnes, et donc de nouveaux doutes, -qui Fentraînent à de nouveaux 
détours. « C'est à en devenir fou, ^ 

Le coup de chapeau a^ail un double et triple sens. Le père de ce 
jeune homme était extrêmement poli* Il était fort sévère dans rédii- 
cation de ses enfants et exigeait d'eux une obéissance exacte. En 
répétant à l'infini le geste de saluer, il poussait, par dérision envers 
son père, Tobéissance jusqu'à l^ ciiric^ature, Cliaque coup de cha- 
peau signifiait : « Je me fous de loi, je me fous de toi, y> Mais il 
signifiait aussi autre chose, ainsi que le montre le contexte des asso 
ciations spontanées* Le chapeau nielon était un symbole pcnicn. 
Ofer et remettre son chapeau dénonçai H clairement le complexe de 
castration et le complexe œdipien et se traduisait : <f J'ôte mon 
pénis, je le remets ; je renonce à maman, je n^y renonce pas. » 

Un but fréquemment poursuivi par la pensée magique est de con 
jurer un événement dans le passé, de faire que cet événement ne soit 
l>as arrivé. Tel est le but ignoré que poursuivait une jeune femme 
-aflïigée d^un tic* (Il est à peine nécessaire de vous dire^ à ce propos, 
que le type de l'acte obsédant est le tic.) Cet acte obsédant, conscient 
mais non voulu, consistait en un clignement alternatif de VϕI droit 
et de l'œil gauche. Elle en était arrivée à ne plus pouvoir se livrer à 
un travail suivi, tant elle grimaçait. 

Cette malade était hantée par ce qu^elIe appelait les mauvais 
signes, N^importe quel événement pouvait être un mauvais signe. 
Toute sa vie, elle a\ait eu de mauvais signes. 

Elle disait : << Si j'ai un clignement de l'œil gauche, c'est un mau 
vais signe. Si j'ai un clignement de Tœil droit, c'est un bon signe. » 
Mais dès qu'elle avait un cligneinent de Tœil droite le clignement de 
l'œi] gauche effaçait aussitôt ce bon signe. Elle en concluait : « De 
toutes façons, un malheur doH arriver. ^) S'apprêter au sommeil 
jjosait un problème qu'elle n'en finissait pas de résoudre. Car il lui 
fallait réussir à fermer les deux yeux simultanément, afin de neu- 
traliser les signes. Elle rouvrait et fermait les yeux des centaines de 
fois, parfois des heures entières, dans le doute où elle était toujours 
que Tœil gauche ne se fût fermé « un tantinet w avant l'œil droit. 

L^analyse nous apprend que, lorsqu'elle était fillette, elle eut une 
adoration pour sa mère, puis pour son père. Sa mère, femme proba- 
blement frigide^ très prude^ tiès inhibée, réservée, ne lui donnait des 



44 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

caresses qu'au compte gouttes. Un soir que ses parents étaient 
rentrés tard, ils él aient venus embrasser leur lillette endormie. La 
fllletle s'était réveillée sous une pluie de haîsers dcvorants de sa 
jnèi e, qui profilait du sommeil de Tenfant pour s'adonner sans con- 
trainte au plaisir de la caresser. Dès lors, quand sa mère, avant 
d'aller se coucher, passait dans la cliiiinljre de sa fillette, celle-ci fer- 
mait les yeuXj feignant de dormir pour recevoir les caresses de sa 
mère (autrement dît, elle ne dormait que d'un œil). 

Un ami de la famille, personnage de comportement assez bizarre^ 
gros célibataire moustachu et très libre d^allures^ se prît, un jour, à 
appeler la fillette c< ma petite fiancée » et à la caresser avec assez de 
véhémence. Elle eut une penr et un dégoût horribles de ce gros 
homme à moustaches* Dès lors^ quand elle le A'0}ail arriver, elle 
s'étendait sur un canapé ou se blotissail dans un faulenil, et elle 
fermait les yeux, feignant de dormir pour échapper aux caresses du 
gros dégoûtant (elle ne dormait que d'un œil)* 

On comprend maintenant ce que signifie le clignement alterné. Si 
elle ouvre un œil, elle perd la tendresse de sa mère. Si elle ouvre 
l'autre, elle s'expose aux: caresses ]>rutales du vieux garçon libidi- 
neux : de tontes façons^ un malhenr arrive. Mais si elle se place dans 
la seconde alternative, c'est-à-dire si elle s^expose aux caresses du 
vieux garçon, alors elle retrouve les caresses de sa mère. Elle se 
prouve ainsi qu'elle redoute les entreprises du vieux garçon, qu'au, 
fond elle désire secrèlenit^ntj avec une trouble curiosité. Et clic se 
prouve du même coup qu'elle aime sa mère, puisqu'elle recherche sa 
tendresse. En réalité, l'analyse nous apprend qu'elle déteste sa mère 
et que ce qu'elle recherche, c'est la tendresse exclusive de son père, 
(Ce cas est encore du D' OdîerO 

Autres exemples de pensée magique mise au service de V « unges- 
chehen machen », ainsi que l'on dit en allemand, c'est à-dire (mille 
excuses pour ce charabia) au service du « faire que ce ne soît pas 
arrivé ^>. Disons, plus correctement : de l'abolition d'un événement 
dans le passé. Dans cet exemple, la j^ensée magique s'est exprimée 
par un rêve, et j'en demande bien pardon au D' Nacht, dont c'est le 
privilège de traiter ce côté de la question. 

Une malade d*Odier, femme mariée, faisait un rêve, toujours sen- 
siblement le même, où elle se voyait vêtue de blanc. C'était claire- 
ment un retour obstiné au tcjnps de sa virginité. Lorsqu'elle eut le 
bonheur de perdre son mari, elle ne conserva rien, pas un objet pas 



^HdI-I^h— 4r 



LA PENSÉE MAGIQUE CHEZ LE NÉVROSÉ 45 



uîi ïouge liard de ce qui lui pro\enaît de lui. Elle distribuas en dona- 
tions savamment « rationalisées ^>j toute sa fortune, se dépouillant 
rigoureusement de tout avoir. Elle fît, en particulier, don d*un châ- 
teau à une sienne cousine dont le mari lui avait, un jour, dérobé un 
Jmiser* Elle avait été bouleversée par ce baiser et en avait conçu 
d'effroj^ables remords. Le don de ce château était destiné à compen-^ 
sei% auprès de sa cousine, ce baiser adultérin ; mais il avait aussi, 
secondai rement j le pouvoir de iaire que le Luiscr n'eût pas été reçu. 

Autre exemple, très bref- Il ressortit aussi au domaine de la pen- 
sée magique dans le rôve et je redis au D^ Nacht mille excuses pour 
raudace. 

Un jeune homme rêve à sa fiancée. Elle est parée d'une fleur 
rouge. Cela dit en clair que cet ardent fiancé a commencé par ce qui 
pressait le plus et, dame, qu*iL a peur des conséqueuces. Aussi se 
tranquil)ise-t-îl par le rêve : la fleur rouge assure le cours normal 
des ixgles de sa fiancée. Elle a le pouvoir de faire que la conjugai- 
^n n'ait pas eu lieu. Le jeune homme ne peut que confirmer cette 
interprétalion* 

On pourrait multiplier les exemples à rinfini. La littérature psy- 
chanalytique foisonne de cas semblables. Avant de tirer les conclu- 
sions théoriques de ce riche matériel, je voudrais encore vous don- 
ner deux exemples très brefs de crainte obsédante de la contagion. 

Toutefois, puisqu'il est possible de le faire sans dépasser la limite 
de temps qu^impose la ci^dlilé puérile et honnête, je ne résiste pas à 
Tejivie d'exposer un cas d'obsession, caractérisée par un cérémonial 
particulier, que je dois encore à Tamitié d'Odier. 

Un jeune homme de quelque 33 ans respectait anxieusement un 
rituel spécial en fai.sanl sa toi If! lie. Avant de prendre son bain, 11 
commençait toujours par se laver dans le lavabo. Alors seulement il 
prenait son bain, mais en se donnant garde de vider le lavabo- Il y 
laissait « l'eau sale >^ ainsi qu'il disait. 

Sa toilette terminée, à l'instant de quitter la salle de bain, il 
ouvrait le robinet de vidange du lavabo. Et c'est ici que les choses se 
compliquent, car en aucun cas il ne devait entendre le glouglou 
spécial qui sç produit au moment oii, à la fin de la vidange, l'air 
entre dans le tuyau d'écoulement, ïl fallait donc qu'il n'oubliât rien 
dans la salle <3e bain* qu'il ouvrît le robinet et se précipitât dehors 
sans entendre le glouglou. A peine a-t-il refermé la porte de la salle 
^de bain^ il dit rituellement : « Je suis sauvé ^k Si, par malheur, îl 



^^■llP<it*^^"^^^V^^^^a 



46 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



eineiid le glouglou final, ses projets importants de la journée 
échoueront à coup sûr. 

Si d'aventure il oublie quelque objet dans la salle de baîn, il y 
rentre précipitamment, ferme vivement le robinet de vidange pour 
ne pas entendre ]ft.s borborygmes et ajoute de l'eau propre pour avoir 
le temps de se sauver. Mais alors il a triché et il en éprouve de 
Fangoisse. Le voilà donc obligé de se dévêtir pour se la\er à nou- 
veau, parce que la précaution né vaut que si c*est de Teau sale <îui 
s'écoule* 

iLe soir, avant d'aller se coucher, il se lavait les mains neuf fois. 
Plus exactement trois fois trois fois. Seuls les trois derniers lavages 
avaient un pouvoir libéralcnrj c'est-à-dire le pouvoir de laver une 
saleté, autrement dît la souillure de la masturbation. 

Ceci n'est pas une interprétation gratuite. En effet» avant de se 
laver les mains, il doit toucher le robinet d'eau chaude (jïas celui 
d'eau froide^ celui d'eau chaude, n'est-ce pas) neuf fois de suite. Et 
il doil le loucher d'une façon très particulière, dans un rapide con- 
tact, sans aucune friction^ aucun glissement. {Ce n'est pas par 
hasard que les mamans nous disent parfois, en grand mystère, lors- 
qu'elles découvrent les habitudes de masturbation de leur gosse : 
« Et puis, vous savez. Docteur^ il se touche ».) S'il a le sentiment 
d'avoir glissé quelque peu, il est obligé de. tout recommencer^ maïs 
en aggravant la peine d'un multiple de neuf. C'est ainsi qu'un soir 
où le doute était particulièrement fort, il recommença sa manoeuvre 
qiiïitre-vingt-une fois neuf fois. En o.vilant toute friction sur le robi- 
net d'eau chaude, il se préservait de la masturbation, mais, en me me 
temps, il satisfaisait sa tendance sous une forme caricaturale. 

Quand aux borborygmes du lavabo et à la crainte obsédante de les 
entendre, un souvenir de la seconde enfance nous en fournira 
l'explication. 

Un jour (il avait environ 5 ans) que sa mère 1* avait purgé, il avait 
été pris, le soir, de di:urhée. En rentrant d'une de ses courses aux 
W.-C, il était venu s'offrir, dans le plus simple appareil^ à la vue de 
toute la famille et de quelques invités. Cet exhibitionnisme intem- 
pestif lui avait valu une verte semonce et d'être expulsé de la salle à 
manger. Il était allé cacher sa ïionte dans les W,-C,, où il s'était 
enfermé, en se soulevant sur la pointe des pieds pour atteindre le 
loquet. 

Par un singulier hasard, ou parce que les souvenirs du malade à 



**^»l**' 



LA PEKSKE MAGIQUE CHEZ LE NÉVUOSÉ 47 



cet égard sont incomplets, ses parents ignorèrent, un peu plus taxd» 
sa présence dans les W.^C. Ceux-ci étaient attenants à la chambxe à 
coucher de ses parents. L'enfant entendit, de là, par la porte de la 
chambre imprudemment laissée ouverte^ sa mère gémir sous les 
caresses de son père. Les enfants qui assistent aux débats amoureux 
de leurs parents tc'est un accident beaucoup plus fréquent qu'un 
vain peuple pense, même d:ans les milieux: réputés bien élevés^ en 
raison de la candeur que Ton prête gratuitement aux enfants) 3 ces 
enfants en conçoivent généralement de la terreur. Ils perçoi\e]it 
VsiCte sexuel comme un acte sadi([ue de leur père sur leur mère. 
Dans le cas de notre obsédé, l'enfant vécut un moment de véritable 
épouvante ; îl crut que son père allait tuer sa mère et il souhaita la 
mort de son père* 

Cette mort, il la conçut sous la forme d'un engloutissement dans 
la cuvette des W.-C* Mais il déplaça par la suite le souhait de mort 
sur soi et le danger d'englouti sseni en t^ de la cuvette des W.-C* à la 
cuvette du lavabo. 

Lors donc qu'il disait, en fermant la porte de la salle de bain sans 
avoir entendu le glouglou : « Je suis sauvé y>, cela signifiait : « Je ne 
suis pas englouti dans les W.<:;, j^ Et aussi : « Je n*ai pas été aux 
W.-C. les écouter » (les^ ce sont ses parents) ; et encore ; « Je n'ai 
rien entendu, ?> 

Les névrosés d'obsession qui ont pour symptôme la peur d'une 
CG]iLagion sont pai^mi les plus fréquentes* Il serait fastidieux d'eu 
multiplier les exemples. En voici un, très typique, qui a Tavantage 
d^être breL 

Une jeune femme, qui nourrit, pour des raisons dont Texposé est 
superflu, à Tégard de son mari une haine assassine et irréductiijle. a 
transféré sur son enfant une part de cette haine- Sa haine de cet 
enfant s'explique, entre autres raisons, par le fait que Fenfant la lie 
à ce mari détesté. Mais elle convertit cette liaine en une crainte olïsé- 
dante de le voir mourir* 

Elle se dissimule cette haine par des soins extraordinairement 
alLentifsj car elle craint pour son enfant des contagions mortelles. La 
maison est munie de tous les engins hygiéjjîques les plus perfec- 
tionnés. Les draps de lit de l'enfant sont stérilisés d'une façon spé- 
ciale. Ses vêtements itou* Ses aliments doivent être stérilisés spécia- 
lement aussi. Ceux qui sont soumis à la cuisson sont stériles ipso 
facto. Mais les aliments crus subissent des traitements absurdes. Les 



48 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



fi uils, le pain, les légumes crus sont flambés à la flamme d'un bec 
de Bunsen. 

Elle est à raffûl de toutes les épidémies. Alors, c'est raffolement. 
Le cours normal de la vie est bouleversé par les multiples et minu- 
lieuses précautions qu'il lui faut prendre pour préser\er son enfant. 

On remarquera que cette obsession est des plus fréquentes. Tout 
]e monde est frappé des soins attentifs que donnent à leur progéni- 
ture les mamans d'en fan Ls débiles, ou idioLs, ou hydrocéphaleSj et en 
général à tout enfant anormaL On a le sentiment que ces pauvres 
êtres sont aux j^eux de leurs mamans d'autant plus précieux qu*ils 
ont coûté plus de soins. En réalité, ils le sont d'âutant moins. Mais 
le désir inconscient de mort est coaiverli en une tendresse excessive 
et en une crainte anxieuse de perdre le pauvre idiote qui, au fond, est 
ressenti comme le déshonneur éternel de la famille et une véritable 
^'alamité> 

II me semble inutile de donner d'autres exemples. Il est d'ailleurs 
grand temps de conclure. Auparavant, qu'il me soit permis de 
dire ici au D^ Odîer ma vive reconnaissance de ni*avoir permis de 
j>iller sa riche collection de faits cliniques. Car la part niajeure des 
exemples si démonstratifs et si clairs sur lesquels s'est appuyé mon 
exposé, je la dois à son amitié. 

Quant aux conclusions théoriques, vous les avez déjà en partie 
dégagées au fur et à mesure de cet exposé. Ce qui caractérise la 
névrose, ce sont les proportions démesurées du moi» de ce moi 
régressif qui fait du névrosé un enfant. Un enfant qui dit : « lia 
pensée est toute puissante. ^^ 

Ce moi régressif fonctionne, cliez Tadulte névrosé, exactement 
comme il fonctionnait au moment du refoulement principal, c'est- 
à-dire lors du traiima initial. C'est parlîciilîci-e:^nient frappant dans le 
cas du jeune homme aux ombres. Son moi a continué de fonctionner 
toute sa vie comme il fonctionnait à Tépoque où il avait 5 ans. A ce 
monieiit-là, sa pensée avait le pouvoir de décrctcr de mort son père 
simplement en marchant sur son ombre. 

L'acte obsédant ne traduit plus l'affect qui a conduit à la pul- 
sion agressive. Car cet affect a été refoulé par le moi ; mais par le 
moyen de l'acte obsessionnel, le moi doit se défendre contre cette 
pulsion, parce que le surmoi continue d'agir comme s'il n'y a^ait 
pas eu de refoulement, ou comme s'il y avait une perception endo- 
psychiquc de la pulsion. 



LA PENSÉE JHAGIQUE CHEZ LE NÉVROSÉ 49 



Cette défense se fait par des mécanismes variés. En gros, on peut 
distinguer le mécanisme de risolenient ; le mécanisme qui tend à 
faire que deux choses n'entrent pm en rapport ; Tobsession du lou- 
clier* qui traduit la crainte de la contagion ; et enfin le mécanisme 
qui tend à faire qu*un événement ne se soit pas produit. 

En résumé, on peut donc dire que VobsessioR est V expression irra- 
iionnelle^ consciente mais non voulue^ ni acceptée^ d'an affect 
refoulé dissimulani une pulsion agressive. 

Les organes eséeuicurs de la pensée magique sont généralement 
ceux qui ont été érotisés au niomenl de la naissance de T obsession. 
L'on a ainsi la magie de Tanus, la magie du pénis^ du sein^ etc. 

On comprend alors que l'anus puisse avoir, chez certains névrosés 
et même chesdes gens qui ne sont pas névrosés, un pouvoir magique 
destructeur. Témoin cet exemple très bref* C'est une grandiose 
imprécation, entendue en Haute Savoie. Je vous supplie de ne pas 
vous arrêter à la lettre de celte Imprécalinn, qui est « un tantinet >> 
rugueuse. Un voîlnrier s'était pris de bec avec un quideuL Petite 
trapUj violet de colère, il trépignait sur la route comme un gosse 
rageur, tenant à deux mains le fond de son pantalon. Et il invecti- 
vait vers son adversaire : « Cré nom de diu d'huii din, la foudre de 
mon tiu te tombe dessus en pierre de taille ", comme si un inoffensif 
sonnet a^ait eu le pouvoir de I*écrabouiller. 

La magie du pénis se retrouve dans les amulettes phalliques* dans 
le culte du phallus, dans le goupillon, survivance du phallus célébré 
dans le culte osirien. 

Cette magie du pénis, on la retrouve encore dans les phantasmes 
urinai res, qui sont des plus fréqut^nts. Tel celui d'un paralytique 
général, qui se cramponnait des deux mains à son robinet parce que, 
si par malheur il le lâchait, tout Tasile allait être emporté par le flot 
de son urine. 

Vous avez pu noter aussi que le rituel, le cévemoulal correspon- 
dent à un besoin affectif et que le doute dont souffrent perpétuelle- 
ment les obsédés est un doute relatif à l'amour, soit qu'ils n'aient 
jamais pu décider s'ils devaient aimer ou haïr, soit qu'ils aient douté 
s'ils étaient aimés ou haïs. 

Ce qu'il faut surtout retenir^ c'est le caractère infantile, et donc 
uaixissîste, de cette croyance en la toulc-puissauce de la pensée. Et 
comme celte croyance joue un rôle très important chez l'adulte 
réputé normal, et que d'ailleurs il contient une part de réalité le 

REVDE FAANCAISE DE PSYCHANALYSE, 4 



50 REVUE FRANÇAISE DE PSVCHAKALYSE 



D"^ Godet vous dira commfinU il n'y a rien de désobligeant à en 
conclure que nous sommes tous^ à cet égards demeurés de grands 
enfsnls. 

EL comme il faut aussi tirer la conclusion des conclusions, vous 
avez pu vous convaincre* par tout ce que vous a fait entrevoir d'inex- 
]>rimé Texposé de ces conclusions mêmes^ qu'il fallait être doué 
d'une intrépide ingénuité pour oser aborder un sujet vaste comme 
le monde. Je n'ai pu vous en donner qne quelques aspects som- 
maireSj outrageusement simplifîéSj dans Tespoir que ces notions 
auraient du moins le mérite d'être claires et de digestion facile. 

Enfin, il importe de dire^ pour ceux qui ne s^en douteraient pas, 
que la dissection de ces mécanismes psychiques n'est pas un simple 
jeu de l'esprit* Elle a pour but et pour effet de délivrer des malheu- 
reux de leur démon. Ce but est atteint lorsque l'analyse j par nn 
patient clivage des strates accumulées^ est remontée au foyer initial 
de la névrose. 



La Pensée magique 
dans la vie quotidienne 



Par H, GODET 



La vie quotidienne des hommes réputés en bonne santé est prin- 
'Cipalemenl assurée par une série d'automatisiues, U]ie fïiîijle mîno 
lité d'actes et de paroles requièrent réflexion, délil^ération, effort 
\oIontaîre, et même intervention de la conscience claire. 

Il paraît intéressant de recliercher, dans la foule des faits et. 
jiestes machinaux, s'il ne se trouve pas à leur origine une concep 
tion se rapportant à la croyance magique. Au premier abord, il peut 
sembler que la vie courante de l'homme moyen civilisé est réglée 
par des données d'ordre scienlilique, de provenance didactique ou 
ijmpirique. Il s*y joint, chez ceux qui professent une conviction 
religieuse^ des directives de croyance et de pratiques, en rapport 
-c^'dn avec leur foi. Ces mobiles sont, bien entendu, poussés et tirail 
lés par toutes sortes de forces afîectives, conscientes et incons- 
cientes. 

Mais c*est dans ces dernières que nous pouvons observer Tinter- 
vention, méconnue par les intéressés, d'une atlitxide xuugicienne de 
r esprit. 

L^opération magique consiste^ schématiquement, dans une excep- 
tion imposée aux règles naturelles, aux lois scientifiques, grâce à la 
puissance infaillible, à peu près automatique, d'un procédé de coer 
LÎtion ; c'est la forme de ce procédé qui importe avant tout et cons- 
titue le rite. 

On a pu établir ]'d oroj^ance magique sur une conception métaphy- 
sique primitive, animiste, du monde et, parlant de là, définir la 
magie : îa stratégie de l'animisme (S. Reinach) ou la technique de 
Fanimisme (Iliibcrl et Mauss), Nous verrons plus loin si ce fonde 
ment de rattilude magicienne ne peut être discuté. 

En tous cas, la magie s'oppose aux attitudes religieuse et scien- 
lifîque, La première de ces attitudes attribue une nlTectivité anthro- 



^^^^^i^Uta^i^Kta 



52 HEVUE FRANÇAISE RE PSVCHANALYSE ^ 



pomorphique à un ou à des êtres tout-puissants : il s'agit* [>o*ur 
l^lionime, de s'en concilier les bonnes grâces par ses actes, mais 
aussi par ses pensées. On ne peut s'imposer à des dieux^ sinon Ton 
mêle de la magie à la religion (ce qui n'est point exceptionneJ). Da^is 
la pensée scientifique, on est forcé d'acceptei les lois aveugles de lu 
nature, identiques pour tous ; les effets d'uD aclu causal sont tou- 
jours les mêmes, dépendant de toutes ses conditions d*e\écution, et 
non de sa forme extérieure. Les effets imprévus dépendent de îois 
encore inconnues ou de variables négligées. Personne ne s*étonne 
de voir s'allumer une lampe électrique par la manœuvre à distance 
d'un interrupteur. Que si la lampe ne brille pas comme prévu, on 
cherchera une cause rationnelle à ce mécompte. 

Mais, dans la vie quotidienne d'un civilisé non malade ^ on observe 
soïivent îa marque profonde d'une croyance magiciue. Elle consiste 
dans l'essai de coercition intentionnelle d'une puissance ordinaire- 
ment inaccessible (force de la nature, être surnaturel, personne 
éloignée ou .morte, objet inanimé, etc.), au moyen d'un procédé 
strictement déterminé, d'un rite véritable, opérant par sa forme 
même* 

Les aspects n'en sont pas toujours faciles à reconnaître, et Ton 
pourrait croire à l'existence d'une pensée à forme magicienne, là 
où il n*y a qu'une erreur scientifique. La cause en réside- par 
exemple, dans un vice de raisonnement, comme dans rallégorie 
classique du coq qui croit par son chant dclerminer le lever du 
soleiL Elle peut aussi se trouver dans l'insuf finance actuelle de 
nos connaissances ; ainsi pour cette fermière dont le lail ^< tour- 
nait » dans la baratte sans produire de beurre ; la baratte dûment 
ébouillantée, suivant une prescription aux allures de sorcelleiie* 
fournit par la suite, et ainsi débarrassée des germes nuisibles, un 
Leurre très normal. 

Au reste, une croyance à la magie peut-elle être parfaitemejit 
normale pour un individu, en fonction des opinions reçues dans ie 
milieu qui Vn formé, où il vil. Il s'est adapté à une conviction géné- 
ralement étabhe, aussi légitime pour lui que notre acceptation des 
faits scientifiques les plus surprenants : aviation^ tclépJionie sans 
lil, etc. On peut considérer dans cet esprit, sceptique mais respec- 
lueux, telle pratique traditionnelle dans une civilisation donnée ; 
je citerai, par exemple, la coutume, dans certaine région bretonne^ 
de construire un mur de clôture, ou surtout d'habitation, en laissant 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS LA VIE QUOTIDIENNE 53 



Toujours saillir quelques pierres en encorbeîlemenl ; ceci a pour 
1)uL avéré d* éloigner le diablt^ qui ne nianqiierRÎt pas de se hp.urter 
douloureusement à ces aspérités en tournant de trop i>rès autour de 
la maison* 

De même la conviction des possibilités magiques apparaît coniDne 
îa conséquence logique d'une tournure d'esprit personnelle qui se 
retrouve actuellement chez un certain nombre d'adeptes de Toccul- 
tjsme* 

A Topposéj ce qui paraît intéressant ici^ sont les cas où Ton dé- 
convre une pensée de type magicien chez des personnes mêlées à 
ia vie ordinaire, et qui sincèrement se croient détachées de pareille 
ïfmprise et niGme affectent la plus parfaite incrédulité. Le fait peut 
cependant être souvent observé et mérite d'être étudié sous une 
série d'aspects différents* 

Tout d*abord, nous trouvons l'attribution d'une force, d*une 
valeur effective à certains mots par celui qui les emploi e^ surtout 
s'il ne les comprend guère* Cette tendance est réalisée au maximum 
dans le Pslttacisme, habitude d'utiliser des termes sans en con- 
n^iître le sens* Il est fréquemineiil observé chez les débiles mcutaux 
vaniteux, qui se servent volontiers d^expressions techniques, scien- 
tifiques, peu ou pas assimilées par eux. Dans la vie de tous les 
jours, pareil travers n'est pas exceptionneb El Ton remarque aisé- 
ment que ceux qui s'y adonnent, non seulement éprouvent un 
besoin orgueilleux d'érudition et de supériorité, maïs encore qu'ils 
])araisseut nettement conférer à des vocables impropres, inadéquats, 
une véritaljJe puissance surnaturelle qui doit en imposer à autrui 
sans plus de justification. 

Il faut bien constater que le psittacisant n*a pas toujours tort 
dans son émission de paroles magiques. Combien d'auditeurs, et 

L 

non pas classés coin me malades, ignorants ou débiles mentaux, 
sont accessibles à la puissance des formules. Elles sont d'un usage 
constant, évitant chez celui qui les reçoit tout effort de critique ou 
de raisonnement. Leur banalité les fait, le plus souvent, passer 
î]i aperçues, mais, à Texamen attentif, nous constaterons que bien 
peu de nous y échappent totalement et savent « ne pas se payer de 
jnots ï^i 

L'influence des formules à valeur magique est d*autnnl plus 
grande qu'elle s'exerce sur un état affectif plus intense. Le mot qui 
<^ porte >* tout chargé d'activité sentimentale, opère en partie par sa 



" — -"^ I J.' Il I 



54 BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



jn5rstérieuse valeur technique ou pseudo-scienlifu^ue et par taules 
îes lésonnances des sensibilités prédisposées» Le procédé est d'usage 
courant dans toutes les relations humaines^ mais plus spéciale- 
ment en amour, au théâtre, en politique^ 

El même^ bien souvent, les médecins devraient confesser qu'ils 
rèdent, comme les autres* au mirage d'une valeur magique conférée 

F 

u des termes scientifiques par leur seule apparence* N'advient il pas 
que tel procédé, telle réaction lui doive son succès éphémère \ le 
fait d'être exprimé par un chiffre aux nombreuses décimales, alors 
que les facteurs n'en sont connus que très approximativement* lui 
vaut sa réussite. Chez beaiicnup d'incroyants* mcdt^cins ou noai, la 
religion de la (^ science » a pris une forme à la fois mystique et 
magique. Car les médecins n'en sont pas seuls tributaires et. sou- 
vent mciue iiivolontaix^ement, parfois même charitablement, ils 
utilisent chez leurs patients le besoin du psittacismc magicien. 
Certes ils ne prescrivent plus en latin, ce qui* dans ce sens, était 
d'une réelle valeur. Mais lequel n*a pas résisté au besoin d'aiTêter 
un Ilot de questions superflues ou embarrassantes en répondant 
avec succès, selon les époques ; « c'est de Tarthritisme ^\ ou i>îen ; 
i c'est le sympathique n. 

La croyance au pouvoir magique de la pensée est fréquemment 
révélée par la psychanalyse^ soit comme fondement d'un état névro- 
sîque, soit incidemment, à côté des symptômes maladifs en traile- 
jnent. Dans ce second cas, on retrouve un petit fait connu de la vie 
courante : c'est l'emploi de formules meiilales de préservation ou de 
réconfort. 

S'il s'agit simplement d'un désir qui se formule machinalement 
l>ar des mots (disparition d'un danger, réalisation d'un souhait- elc J 
il y a là plutôt une tendance religieuse de Tesprit : par son attitude 
affective, on s'accroche à l'intervention d'un être mystique, suscep- 
tible d'ajjitoiement. 

Cependant^ la pensée claire s'exprime par des mots, et ceu\-ci 
sont le premier élément du rite magique. Aussi* dès quMls prennent 
une valeur prédominante, par rapport au sentiment éprouvé, dès 
qu'ils se répèlent avec une certaine fixité et que leur simple énon- 
ciation mentale procure un souLigement, dès lors, il s'agit d'une 
véritable formule magique, 

Pour certaines personnes, les prières, les paroles coiîjuratoîres 
prennent souvent cet aspect dépouillé de toute valeur religieuse. 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS LA VIE QUOTIDIENNE 55 



Mais riiitri cation des deux ordres d'éléments rend, en généri^î leur 
distinction bien malaisée. 

A ce propos, étudiant la tendance magicienne cliez ks névrosés, 
on a généralement adopté Texpi ession, due à Freud j de croyance à la 
« toute-puissance de la pensée »• 

Or, si la penése apiiciraîssaît comme toute-i>uissante, elle pourrait 
réaliser ses désirs sans difficulté, sans condition, en l'aJDsencc de tout 
rituel • Et la. notion de magie implique deux éléments. D'abord le 
rite est nécessaire ; en dehors de lui, Thomme est faible, abandonné 
aux lois naturelles. Ensuite^ le rite est suffisant^ et Thisloire de 
l'Apprenti Sorcier traduit bien ce caractère. Par conséquent, il serait 
peuL-cHre plus prcci.s de parler, chez les névrosés, d^une croyance à 
r efficacité matérielle du souhait. Mais il faut convenir que, même 
dans les travaux d'orientation scientifique, la formule consacrée 
conserve une certaine puissance, et que la seconde apparaît moins 
séduisante. 

Enfin, je dois rappeler qne^ chez le malade névrosé, comme chez 
l'homme moyen, cette conviction dans son pouvoir magique est 
inconsciente, à peu près complètement, et élective, ne concernant 
que quelques points déterminés : désir de mort, souhait de ^ en- 
geance, besoin de punition, etc* Elle n'empiète guère sur le domaine 
rationnel de la vie consciente et ni Tun ni l'autre ne s'y trompent. 

Occasionnellement, peut se manifester dans le langiige courant 
une crainte d'allure magicienne, qui est peut être plus particulière 
ment le lot des personnes policées. La peur des mots précis est de 
courtoisie élémentaire, et Tobservance en est commandée par un 
consensus universel et tacite. Par exemple, dans beaucoup de 
familles, un médecin sera très sévèrement jugé s'il envisage le 
décès éventuel d'un malade en danger avec des termes trop nets ; 
il devra s'en tirer en parlant « des choses qui pourraient mal tour- 
ner lîi <^ du cas où un accident surviendrait », Mais le substantif 
« la Mort » doit cire écarté comme si son énoncé risqusil d'avoir 
une action fatale- 

On retrouve assez souvent aussi cette tendance à cro]re au pou- 
voir magique des mots, comme dans l'exprès si on si souvent enten- 
due : « il ne faut pas parler de malheur :; 

Enfin, la tournure d'esprit animiste se trahit dans certaines locu- 
tions usuelles, familières, où, par exemple, devant une série de dif- 
iicullés matérielles, l'on s'en prend à « la malice des choses ». 






A^B^IIM 



56 KEVUE FRANÇAISE DE PSÏCHaFTALYSE 



Dans un autre groupe de faits, la croyance magicienne se mani- 
feste consciemment, mais en contradiction avec Fensemb^e des con- 
victions scientifiques ou positives. Ce sont les superstitions, en- 
r;einble assez difficile à classer. 

Selon leur finalité, on peut y discerner deur catégories. Dans 
l'uncj îl s'agit de signes, de véritables manifestations d*une harmo- 
nie générale supposée ; tels sont les prémonitions, à l'état de veille 
ou de rêve, les présages, les faits de télépathie, etc. Ici, le phéno- 
naène observé est considéré en tant que mode de signalisation^ avec 
un rôle de précurseur ou de révélateur extra-scientifique. 

Dans Tautre, se trouvent les superstitions proprement magiques. 
Dans ces cas, l^acte superstitieux est considéré comme une cause 
nécessaire et suffisante pour produire un effet déterminé. C'est ainsi 
que, dans diverses provinces, chanter une ciianson à son propre 
repas de noces est, ou était naguère, pour une mariée, se condamner 
sûrement à la folie. 

Selon le système métaphysique dont elles découlent, les supers- 
titions peuvent se classer en d'autres catégories. Les superstitions 
d'ordre magique impliquent un rituel fixéj à effet déterminé, cer- 
tain, même sans intention volontaire ou consciente* Ne sufflt-il pas 
de placer deux couteaux en croix, même sans le faire exprès, pour 
attirer un mal heur ? 

La supers II lion d* origine mystique requiert* au contraire* une 
adhésion affective de celui qui la pratique, en sollicitant ingénu- 
ment la faveur d'une puissance surnaturellCi plus ou moins précise. 
Je citerai, à titre d'exemple, le geste d'un hoiiime qui se croit assez 
affraîichî de tendances superstitieuses ; allant jirendre ses disposi- 
tions en vue de l'opération dangereuse et imminente qui menaçait 
^a femme, il se laissa enlrepreJidre par un vague camarade et lui 
prêta une certaine somme, sachant bien qu'elle ne serait jamais 
restituée. Tout en reconnaissant sa valeur dérisoire, il ne put résîs 
îer au besoin d'accomplir le geste propitiatoire. 

Elle-même, la science peut être le prétex.te à un rituel propre- 
ment illogique, qui n*a plus que la valeur d'un symbole, geste de 
^sacrifice, inconscient et inavoué, à la Déesse Raison. Tel est celui 
du garçon coiffeur qui sait devoir faire un <( service antiseptique ^>^ 
et qui, pour cela, passe rapidement et de loin au-dessus d'un brû- 
leur à gaz la tondeuse dont il va se servir. Le patient et lui sont 
satisfaits. 



LA PEN^SÉE MAGIQUE DANS LA VIE QUOTIDIENNE 57 



Dlt reste, il est parfois difficile de distinguer entre un acte de 
jjure sui)erstilion et un procédé d'allure paradoxale, niais contrôlé 
empirique ment. Dans bien des cas^ nous ne connaissons pas encore 
toutes les variables qui interviennent dans une opération, même 
simple en apparence. 

Avant les classiques expériences de Raulin, sur le développement 
de l'AspergilIas, n*aurait-il pas semblé un pur superstitieux celui 
qui aurait affirmé que )e rapide passage d'une pièce de monnaie en 
argent dans le milieu de culture en arrêtait net racLivité ? 

Faut-il de même traiter de croyances naïves et arriérées Tattribu- 
tion de certaines influences traditionnellement admises et înexpli- 
quables : Tincapacité pour une cuisinière de réussir une mayonnaise 
pendant la période de ses règles ; l'action de la phase lunaire sur 
la tenue et la conservation d'un vin ? 

II paraît prématuré de nier ces actions, quoique mystérieuses, 
sans envisager qu'elles i>uissent être dues à quelque pliénomèuc de 
catalyse, de radiation, d'ionisation^ ou autre, encore méconnu. 

Enfin, il existe des pratiques superstitieuses qui n'ont de ma- 
gique, et secondairement encore, que l'apparence. Ainsi, la crainte 
d^allumer trois cigarettes à une même flaiume^ est-elle un héritage, 
qui s'est fixé, de la guerre du TrausvaaL Les troupiers anglais, peu 
habitués à se dissimulez^ allumaient tranquillement leurs cigarettes, 
étant en ligne ; Féclat de lumière causé par le premier allumage 
ï^ttirait Inattention du guetteur boer ; le second lui permettait d^assii- 
rer la tlirection de son fusil ; le troisième était une cible commode 
pour son tir ainsi réglé. 

Ces actes, d'origine empirique, fortuite, ultérieurement revêtus 
d'un caractère magique, paraissent fort instructifs. Ce n'est pas 
par hasard que la croyance populaire les investit d*un pouvoir sur- 
naturel, et, devant la généralité et la persistance de telles manifes- 
lations, quoique bien souvent camouflées, on est amené à se deman 
der à quelle tendance primitive se rattache cette soif de croyance à 
la Magie. Il paraît légîtime d'étuflier alors comment se systématise 
la croyance, comment s'en organise le rilueb 

L'origine de Tidée magicienne a été tout particulièrement étu- 
diée par Freud, mettant e]i parallèle son développement pliylogé- 
nique et ses manifestations retrouvées par la psychanalyse des 
névrosés. Il trouve au point de départ des tendances agressives, des 
désirs de mort inavoués, surtout à Fé^ard du père. Ces sentiments^ 



58 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHAKAIA^SE 



311 acceptables iiour la coiisci&ncej sont immédlalciacal refoulés dans 
Finconscient, où ils détermïnenl un sentiment profond de culpa- 
bilité. Les pulsions agressives refoulées sont alors projetées sur le 
jnonde extérieur, conçu de façon anthropomori>hique. Cest par lu 
cerUlude intérieure du cb^itinient redouté que le primitif atlril^ue 
ses propres pulsions hostiles à « l'âme » des ol^jelSj des forces 
naturelles, des morts, des démons^ et quMl se constitue contre eux 
un arsen:i] de domination, par les rites magiques* 

Cette interprétation ingénieuse, appuyée snr beaucoup de faits et 
d' ûb sensation s » parait bien rendre compte d'une évolution très géné- 
rale. Elle semble s'ai}plïquer j^lus particulièrement à la magie noire 
qui, par ses maléfices et ses pactes avec des démons^ procède avant 
tout de tendances sadiques. 

Mais on peut se demander s'il n'y a pas d'autre e\plication 
\alabie pour un grand nombre d'altitudes mentales chez le primitif 
et chez Tenfanl. 

Est-il suffisant de n'envisager à Torigine que des sentiments 
régressifs à Tégard d'ennemis, substituts de Fimage paternel le, sen 
iiments de ce fait indésirables pour le conscient ? I! y a l>ien aussi 
chez l'être jeune, sain, un état mal conscient de bien-cire dans VacU- 
vite. Cette euphorie, plus physiologique^ je dirais plus cénesthésîque 
quintellectueilCj se réalise dans le comportement par Tapiitude au 
jeu, à la dépense gratuite de soi* Elle semble se traduire préco- 
cement, dans la conscience ébauchée, par un certain sentiment de 
force et de puissance. Cette illusion agréable tend, d'elle-même, à 
s'affirmer et à s'étendre* 

Or, à cette époque^ la critique rationnelle est inexistante. Aussi 
l'attitude magicienne peut-elle être comprise alors comme une ratio- 
nalisation très simpliste du besoin d'expansion, d^affirniation dn 
moi* Sans le formuler précisément, l'être jeune et bien ji or tant se 
sent le roi de la création. La tendance hédonique le pousse à main- 
leîiir ce poiiil. de vue dominateur et inaccessible. 

Mais la réalité intervient forcément^ avec ses difficultés^ ses pri- 
vations, ses souffrances. II n'est pas agréable de recûamaître la tyran- 
nie du monde extérieur. Il est plus simple d'en nier, jnême contre 
révidence, la puissance implacable. De là à admettre la possibilité 
d'arrêter les forces adverses par un geste souverain, il n'y aurait 
qu'un pas, Bientôt franchi. Et ce serait le sédnisani passage dn 
souhait à la croyance. 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS LA VIE QUOTIDIENNE 59 



Et eu effet, les mécomptes de la pratique inngîcîoiine ne sont pas 
ï m pu tés à ses principes mêmes, mais au détail (inexécution* Le magi- 
cien veut bien s'avouer qu*il s'est trompé dans sa technique, mais 
sa certitude primordiale de supériorité refuse d^abandonnev l'idée 
de suprématie. On peut envasa ger sous cet aspect Tétat d'esprit de 
soldats noirs, africains, qui portaient à ia guerre des amulettes spé- 
rialisées contre le canon, le fusil, Tarme blanche* Que s'ils étaient 
blessés quand même, ce n'était pas la faute du principe taiisma- 
nique, mais bien celle du sorcier qui avait livré un a mauvais gri- 
gri T>. De tels faits paraissent bien s'expliquer par un sentiment 
d'eupliarie qui ne veut pas abdiquer. 

Il me semblerait j en somme, que Têtre primitif soit moins pro- 
fondément attaché à une instance éthique coercilive, moins soumis 
à un sur-moi punitif, mais qu'il se trouve, du fait d'un liarmonieuv 
ionctionnenient organique, plus simplement égoïste, désireux de se 
sentir heureux et fort. 

C'est dans un mode d'inlerprétation un peu analogue (projection 
du désir personnel sur le monde extérieur, négation à peine ratio- 
nalisée des éléments adverses) que Frazer a écrit : <^ Les hommes 
ont pris par erreur Tordre de leurs Idées pour l'ordre de la Na- 
ture, » 

On rencontre cette piojection sur le monde extérieur des lois que 
l'on souhaite, ce refus d'admettre la réalité pénible chez bien des 
civilisés. Le second mécanisme apparaissait à l'évidence dans cette 
réponse d'un rentier, jadis fort riche, qui s'exclamait naguère, au 
cours d'une conversation sur les difficultés de la crise mondialcj et 
à jjropos d'un effondrement éventuel de la valeur du franc : <* No]ï ! 
c'est impossible^ ce serait trop abomiïiable. >> 

Le premier mobile, l'exaltation du sentiment de puissance, se 
découvre aisément dans la vie courante. Le spectacle des acrobaties 
athlétiques, de la prestidigitation réussie etj d'une façon générale* de 
toute virtuosité, peut être une source de plaisir par là-même. II 
satisfait le besoin dHllusion, presque conscient et volontaire, qui 
montre l'homme affranchi des lois naturelles ordinaires^ et llatte le 
spectateur qui n'est pas loin de se croire^ ou presque, l'égal de Texé-^ 
cutanl. On entend souvent dire en pareil cas, avec une expression 
de plaisir véritable : « comme cela paraît facile ». 

Bien plus encore chez l'enfant, le besoin de préserver son eupho- 
lie se traduit dans ses rêveries, dans ses jeux, îl ne paraît pas 



-9^ 



<jO revue française de psychanalyse 



1 

indispensable d'y faire intervenir obligaloiiemeiil une tendance 
.agressive. Plus simplement, il semble suffisant de considérer qu'il 
ne cherche pas encore à voir la réalité d'un point de vue seienli- 
iîque et que son sentiment joyeux de vivre lui fait franchir d*em- 
blce le passage^ du souhait à la croyance. Que si même le priïjcipe 
de réalité commence à intervenir chez luij en lui montrant la limi- 
tation de ses moyens d'actioiij son ardeur à s'affirmer trouve encore 
une justification : « je ne peux, pas faire telle chose, mais c'est parce 
^que je suis petit ; les grandes personnes^ mon père, sont tout-puîs- 
5iants ; quand je serai grande moi aussi^ je ferai ce que je vou- 
drai i^. Et l'on voit souvent des enfants, par un rituel proprement 
jnagique^ s^e.sRfiyer à gagner cette toute-puissance au moyen de tra- 
^estissementsJ de grimes, d'intonations ou de termes empruntés 
41UX adultes, pour satarev leur besoin de puissance. 

Si la conservation du bonheur par raffirmation de suprématie 
sur le monde extérieur intervient, surtout au début, on voit s*y 
dissocier progressivement davantage une autre forme du même ins- 
tinct hédonîque ; oublier^ nier sa propre faiblesse devant la Téalilé. 
Et celte même aptitude à l'illusion persiste chez presque tous. Com- 
bien d'esprits, qui se croient positifs et affranchis, sont capables 
d'atteindre au scepticisme vrai, sans négation forcément passion- 
nellCj d'accepter le doute sans anxiété ni superstition ? 

Les époques et les civilisations, en apparence les plus scientifiques 
et rationalistes, n'échappent guère plus que les autres au besoin de 
^compenser les difflcultes réelles par une iUusion de pouvoir. L'ab- 
sence de conviction relîgîpînse ou m.igîgue est bien souvent rempla- 
cée, presque ouvertement, par une véritable mystique nouvelle ; il 
est banal de dévoiler une évidente religion de Virreligion. Il a été 
signalé plus haut comment elle peut revêtir une forme magirienne. 

Un aspect très particulier de la croyance à la toute-puissance de 
Ja pensée est offert par la Christian Science. Dans cette doctrine 
(dont le succès est grand auprès des soi disant positifs aniéricains) 
Je mal, la souffrance^ la mort n'existent gue parce que l'homme y 
croit. Qu*îl arrive, par la foi, à ne plus les penser, et son esprit 
prendra un pouvoir actuellement insoupçonné^ les maux qui nous 
iiffligent disparaîtront. 

Cette conviction n'est i>as, évidemment, d'ordre scientifique, en 
dépit de son nom ; elle n*est pas religieuse, puisqu'elle réserve un 
jjoiivoîr secondaire à la puissance divine, qui n'a guère à être 



^■^pqw 



LA PENSÉE MAGIQUE, DANS LA VIE QUOTIDIENNE 61 



escompté dans les affaires terifistres ; elle serait plus exactement 
une manière de magie, car, pour elle, c'est la pensée humaine qui 
iigit essentiellement sur riiomme et les éléments. Mais, fait particu- 
lier j la formula Lion de celte pensée ne compte guère, il n'y a pas un 
]jouYoir automatiquement attaché au rite. 

Telle qu'elle est, la Christian Science, utilisant les souvenirs d'une 
formation chrétienne profonde^ n'exigeant qu'un miniiiium de sacri- 
iîces personnels^ a le mérite de sa simplicité irrationnelle. Elle pou- 
vait donner satisfaction au Ijesoîn de mystique, en même temps 
qu'à roptimisjjie d'un peuple jeune et ardent dont elle e^^alte agréa- 
blement le sentiment de confiance en soi. Elle traduitj plus qu'au- 
cune, la notion de toute-puissance de la pensée. 

Comment s'étend la pensée à forme magicienne^ fondée sur ces 
aspirations inconsciente!^ su réconfort, il est plus facile de le cons- 
taler^ comme pour toute tendance affective un peu forte. Involon- 
tairement se constitue une aptitude systématique à la sélection des 
faits observés : les cas favorables sont seuls retenus et les autres* 
éliminés. Sur le très grand nombre de situations enregistrées par 
chacun, il se produit d* obligatoires coïncidences qui, seules, sont 
portées à l'actif de la convictioUj comme il en est pour les i^ressenti- 
ments et les prémonitions* 

Il se crée une véritable aptitude réceptrice ^ qui est celle de toute 
foi. On peut rai^peler, à ce propos, le mot plein de bon sens d'un 
élève, témoin d'une expérience manquée par un professeur de chi* 
mie, et que celuî-ci voulait, à tout prix, être démonstrative ; le jeune 
gax'çon se récria : << Il faut le croire pour le voir «, 

De même devons-nous être très prudents et sévères cri tique s de 
notre jugement j en tant que médecins et, spécialement, en tant que 
psychanalystes. Qui de nous n'a pas eu tendance, de bonne foij 
s'élant constitué un système d'interprétations^ devant un cas donné- 
à expliquer certains faits problématiques de façon un peu trop 
péremptoire ? ïl serait possible de trouver en nous-meme une sorte 
de croyance à un rôle véritablement magique de l'inconscient, à luï 
attribuer un pouvoir de réalisations matérielles diverses, sans plus 
tenir compte des contingences extérieures. Nous devons également 
nous méfier de la tendance à des explications faciles fondées sur 
l'emploi de termes que nous pouvons avoir adoptés, une fois pour 
toutes, et qui j^iendraient, en quelque sorte, le rôle de formules 
d'exorcisme contre les maléfices d^un inconscient en ti'aitement* 



.H ^ I ■! I I ■ I I ■ I III — ^.^m 



€2 HEVUE FRANÇAISE DE -PSYCHANALYSE 



i 



Reste maintenant à étudier pourquoi el comment, dans la vîe de 
chacun, peut s'organiser et se fixer un riluel d'allure niasique. 

Tout d'abord une analogie symooliqae slnipose facilement à Tes- 
prît, Uji fait important a été constaté en concordaiice avec un 
autre^ par lui-même insigni liant et sans rapport d'ordre rationnel 
avec le premier, II n'eu faut guère plus pour admettre, inconsciem- 
mentj un ]îen de causalité et attribuer à la répétition du second le 
pouvoir de reproduire celui qui nous a frappé. Ce mécanisme, déter- 
jninanl la forme du rite, parait cire, par exemple, à l'origine des 
superstitions individuelles chez de nombreux joueurs* 

De plus, l'utilisation d'un rituel est pour l'esprit un grand avan- 
lage d'économie. C'est là un fait d'ordre très général que nous ten 
dons à éviter le plus grand nombre possible d'opérations de délibé- 
ration et de décision* La vie courante ne pourrait pratiquement se 
dérouler sans l'emploi d'une foule d'attitudes réglées à l'avance, de 
rMctions automatisées. C'est là une constatation banale que tout 
acte déjà accompli se reproduit plus aisément* A ce point de vue, 
les formules sont d'une application aussi précieuse pour la mnémo 
technie pure que confortable pour la restitution d'un état alfectif. 
\u début, îe rite a réellement une raison d'être, valeur symbolique, 
]^ô]e d'évocation, procédé de simi)lification, mais, par la suite, il se 
résoud en une formule vide de contenu conscient et prend l'aspect 
d'un véritable impératif caiégoriqae. II ]ie se discute pas, et n*a pas 
à être légitimé. 

Dans combien de cas ne retrouve-t on pas cette évolution da)is 
les préceptes concernant les « usages ^^ en cours de tel milieu social. 
Naguères, eiicore, dans bien des familles, il était établi que l'on ne 
pouvait offrir à une jeune fille que des bijouv ne comportant pas de 
diamants- Et, si Ton voulait expliquer la cause d'une telle limita 
lion, la ré))onse était obligatoirement ce qu'elle devait être : « Cela 
ne se fait pas ». 

Du reste, ce besoin d'automatisation, sous forme de rituel, a été 
reconnu et exploité par tous les organisateurs sociaux. Je veux bien 
admettre que la forme du rite a d'autant plus de chances d'être 
ridoptée et de se perpétuer qu'elle correspond à des valeurs symbo 
lic^ues plus générales, en rapport avec des aspirations individuelles 
communes. Mais je crois, néanmoins, que Ton peut sans peine 
Imposer aux hommes telle pratique arbitraire, dont le premier mé- 
rite est d'être simple, fixe, commandée* Dans ce cas, semble-l-il, elle 



-»*^^^ ■■^^^^^iM^^aM iiiyiii i iM^ ^jj^^^M^^^^^mjfc m i n. ipiii.^p — ^^PM^n^au^^i^i»ÉMaj^^ 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS I.A VIE QUOTIDIENNE 63 



Il rend secontîairement sa Aaleur alTeclive en fonction d'un senti 
;nent collectif auquel elle s'accroche. On pourrait en trouver des 
'exemples dans toutes les organisations sociales, en par lieu lier dans 
l'appareil judiciaire et milHaîre. 

Tous ceux qui ont à diriger des hommes savent combien il esl 
préférable, sur la moyenne^ dHitîliser le besoin d'automalisiue et de 
rituel, alors qu*il y a tout Heu, dans la marclie habituelle des 
affaires, de redouter le choix et les initiatives des gens dits v intel- 
ligents ». 

Si l'emploi du rite et du Ijcsoin de magique est commode^ du point 
de vue social^ et économique pour reflTort quotidien, il a encore u]ie 
réelle valeur affective. Il permet d'échapper, bien souvent, au senti- 
i>ient de responsabilité et de culpabilîlé> Dans beaucoup de cas, il 
apparaît comme précieux de savoir résolu à l'avance tout problème 
inopiné, d'éviter la charge morale d'avoir à le résoudre et le risque 
de se tromper. Par le procédé de superstition à forme magique, on 
donne à son sur moi la satisfaction d'avoir ^< fait le nécessaire » et 
de pouvoir, Fesprît tranquille, s'en laver les mains, de n'être plus le 
responsable. 

L'apaisement senti mental est obtenu, quelque soil le résultat de 
l*acte entrepris. Si l'on a' agi dans une attitude d'esprit purement 
animiste, en cas d'insuccès, la faute en est à la technique, non au 
principe ; l'on se trouve dans un état coinparal)le à celui du trou- 
pier africain dont le talisman était mal choisi ou établi. Si Ton esl 
parti d*une tendance plus spécialement religieuse, on déplore que 
la puissance surnaturelle n'ait pas voulu se laisser fléchir, malgré 
tout Tel an de Tâme. Si Ton a voulu opérer de manière strictement 
scientifique, on se console néanmoins à l'idée d'avoir fait tout son 
possible* 

C*est que, en pratique, il est ])ien malaisé d*être affranchi totale- 
ment de tout lien avec la croyance magique ou religieuse. Chez des 
i^cep tiques, aussi sincères que clairvoyants, il peut rester ce besoin 
de réconfort contre Vinsècuriié naturelle et de préservation du sen- 
timent de puissance- Alors, sans se Tavouer clairement, il est bien 
tentant, même si on le nie formellement, de retrouver une trace 
<respérance consolatrice. A toutes fins, on <c prend une assurance ï), 
car, après tout, « si c^était vrai.*, jk 

Dans la vie des civilisés on observe de nombreuses applications 
de cette tendance à déplacer une responsabilité gênante au moyen 



«w 



64 BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



'■^ ^^^^.^^^^^^^^jj^^^ 



ù'uiie opération que Ton sail bien peu efficace par elle-même ; mais 
sa formule et son cérémonial suffisent à apaiser toute inquiétude^ 
au moins imniédiate. Du reste, celle ^pplîcaUon bénéficie d'un 
terme particulier^ récemment acclimaté. Devant un problème que 
Ton ne peut résoudre, on s'applique à le « solutionner » par une 
cpération d'allure m^igique, c'est-à-dire à lui fournir une appa- 
rence satisfaisante, maïs illusoire* de solution. N'est-ce pas bien 
souvent ce qui se prçduit dans une assemblée, scientifique ou autre, 
lorsque, en présence d'une dlfflcuUé insoluble, on <t nomme une 
commission j>, et que tout le monde est content ? 

A Popposé, l'emploi dans le langage usuel du mol <f magique » 
peut, par une contradiction apparente, ne correspondre à aucujie 
croyance surnaturelle ou animiste, mais représenter une simple 
métaphore. 

Dans certains cas, par exemple, on qualifie de magique un appa- 
reilj un procédé ou un fait qui paraît tenir du prodige, mais oii cha- 
'^un sait bien qu'il s* agit de phénomènes naturels ingéniauseïnent 
combinés et présentés. Ainsi, lorsque Ton parle de lanterne ma- 
gique, /,e vocable utilisé n'implique aucune adhésion à une croyance 
en la mngie. On pourrait presque dire qu'il n'y a une pensée magi- 
cienne, en général, que si le mot n'en est pas formulé ; dans la 
société actuelle, tout au moins, chacun sait qu'il est plutôt mal 
reçu de professer une foi dans la magie. C'est donc sous la trame 
des mots qu'il faut en découvrir la croyance inconsciente et per- 
sistante* De même, mais avec des nuances intermédiaires, quand on 
parle du pouvoir magique de certains individus sur les autres, pour 
exprimer leur action réelle et véritablement surprenante. Celle-ci ^ 
à la véritéj peut s'expliquer logiquement par des éléments divers. 
De la part du personnage prodigieux, il s'agit de facteurs bien con- 
nus, tels que : confiance en soi, exaltation passionnée, monoïdéîsme 
intransigeant, anesthésie au ridicule, obstination inlassable, pres- 
tance autoritaire, timbre de la voix, etc. Du côté des auditeurs et des 
spectateurs, interviennent des tendances réceptrices favoral)les : 
sentiment collectif, dt5sir de conviction, intuition d'une autorité 
forte, besoin de direction, réputation déjà confirmée par une auréole 
de fascination, etc.* 

Dans ces cas, il y a simplement un phénomène de transfert, indi- 
viduel ou collectif, qui se réalise à point noinmc. Parce que le per- 
sonnage agissant fait résonner des cordes qui ne demandaient qu*à 
Tibrer, il obtient un résultat miraculeux. 



LA PEKSÊE MAGIQUE DANS LA YIE QUOTIDIENNE 65 



C'est bien ce que Ton observe avec tous les conducteurs de Coules^ 
les apôtres» les tribinis, les guérisseiirs* Le prestige mconteslé de 
certi^îns médecins explique de la sorte les résultats effectifs et sur- 
prenants qu'ils obtiennent^ sous couvert de la puissance magique, 
J3ar exemple, de leur regard. ïn utile d'insister sur ce point que 
J' efficacité en est souvent améliorée par des procédés plus ou moins 
volontaires, depuis Tasluce simple et intuitive jusqu'à Fart de mise 
en scène le plus raffiné, 

Icij ce qui paraît intéressant, mais combien dOlicat, serait de pré- 
ciser dans quelle mesure intervient, chez les sujets ainsi influencés, 
une croyance magicienne. Elle paraît intervenir à des degrés très 
divers, maïs plutôt à titre de rationalisation secondaire- Il semlile, 
en efiet, que, primitivement, l'on se laisse entraîner par des mobiles 
purement affectifs et inconscients : besoin masocliique d'être do- 
miné, tendance agressive à partager^ désir d'intérêt et de réconfort, 
élan de sympathie plus ou moins amoureuse^ etc. Mais, plutôt que 
de ])rendre conscience de cette adhésion sentimentale, beaucoup de 
personnes préfèrent lui donner une justification extérieure et rattri- 
buer à une action irrésistible, dans le cudre passe-partout, des 
influences magiques* 

Ctci paraît plus fréquemment, ou plus facilement, observé dans 
les névroses. Pour abandonner une altitude morbide défendue jalou- 
sement, le malade aime mieux attribuer le transfert qui va le gaerîr 
à une puissance automatique et incoercible, plutôt qu'à une abdica- 
iion faite de bonne volonté. Un reliquat de croyance à la magie lui 
iournit le prétexte pour s'en sortir avec les honneurs de la guerre. 
1] semble que ce mécanisme joue avec une plus grande fréquence 
dans Fabandon des sj^mptômes somatiques visibles chez l^s hysté- 
nques, après électrisation douloureuse^ par exemple. 

En somme, dans la vie auûiîciîemie, la croyance à des possibilités 
magiques joue un rôle assez fréquent. Elle se présente comme Tocca- 
sîon de tolérer bien des difficultés courantes, de préserver un cer- 
tain sentiment agréable de confiance en soi, de rendre automatiques 
et parlant économiques bien des opérations de Tesprit, Elle se ren- 
contre très souvent, inconsciente, chez des personnes qui^ de bonne 
î'oU se jugent alïranchies de tout préjugé non scientifique. 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCBAKALYSE. 



La Pensée Magique dans l'Art 



Par Adrien BOREL 



llesdaineSj Messieurs, 

Chacun connaît cette e^piessîon devenue banale à force d*ètre 
rcpcl6e : << La magie de l'art »* Certes, on ne sou s-en tend point par 
]^f que Tait soit uni par quelque lien occulte avec Tancienne science 
des mages- Aussi bien notre époque, éprise de connaissances ration- 
nel k s et férue de dtHerminisïne, ne se soucie guère des faits qui 
déroutent la logique. Mais si la magie a disparu en tant que science, 
Je mot du moins est resté» le mol qui garde encore comme un reflet 
du sens redoutable qull eut autrefois. Et c'est pourquoi, sans doute, 
nous aimons à l'employer quand nous nniis trouvons devant cer- 
tains états particulièrement rebelles à l'analyse. Or, n*est-ce pas 
Justement Tu sage qui en est fait ici quand nous parlons de la 
magift (îe Tart ? 

Car qu'entendons-nous au juste par la ningie de Tart ? Est-ce 
cette émotion qui nous saisit à la vue d*une œuvie belle, est-ce ce 
souffle d^entliousiasme que nous ressentons parfois en écoutant tel 
drame lyrique ou telle tragédie antique ? Certes, chiacun de nous a 
connu cet étrange pouvoir des grandes oeuvres et chacun sait le 
}îrofond retentissement qu'elles peuvent avoir sur nous. Mais si 
nul ne doute de ce pouvoir, nul aussi n'a réussi à en expliquer 
rationnellement le mystère, nul enfin n'est parvenu à le mettre en 
syllogismes^ si bien que Ton peut dire, qu'à la manière de la magie 
de jadiSj les grandes œuvres de Fart agissent par une sorte de force 
occulte sentie, mais non pas expliquée. Et l'on peut se demander 
alors s'il n'y a pas quelque chose de plus qu'une heureuse image 
littéraire dans Tassociation de ces deux mots art et magie. 

Or, c'est précisément la question que je voudrais envisager dans 
cette conférence ; il semble bien, en efl'et, qu'au fond de toute acti- 
vité esthétique, on puisse dégager une sorte de croyance (ou mieux 
peut-être^ de postulat) gui n'est pas sans analogie a^'^ec celle que* 



- Il I I I !■ 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS l'ART 67 



Ton trouvait dans rancieniie magie* Cette croyance on ce postulat* 
on le comprendra sans peine, se cachent sous mille déguisements 
logiques, qui en rendent difficile la découverte. Et pourtant ils 
soutendent tout Pédiflce, Car îl ne s'agît pas d'autre chose que de 
J'une des plus vieilles croyances de riiumanité, toujours vivace^ 
quoique singaliôremeiit évoluée, la croyance en la puissance ma-- 
giqiie de la pensée ; c'est-à-dire ce que^ au cours de cette série de 
conféreaceSt nous étudions sous le nom de pensée magique, 

Je n'essaierai pas de vous dclinir de nouveau ce qu*est la <( pensée 
magique », Je vous rspp filerai, seulement^ que Ton entend par là^ 
1b pensée conçue comme étant toute-puissante, la pensee^^ par con- 
séquent, qui est capable de se réaliser par sa seule et propre force, 
la penst'^e enfin ûont on dote la Divinii.é^ et qu'un verset de la 
Genèse exprime si heureusement : « Que la lumière soit, dit Jého- 
vah, et la lumière fut* « C'est donc une pensée qui, dès qu'elle est 
mise en mots et qu'elle est proférée, accoiuplit ]e vœu qu'elle défi- 
3 lit. Sous des formes similaires, on la retrouve à l'aube de toutes 
les civilisations, ainsi que dans toutes les religions. C'est peut-être 
une des plus profondes idées humaines, et sans doute aussi Tune 
des plus coiiHi-antes. Gar^ chez tous les peuples^ les plus civilisés 
comme les plus primitifs^ il est aisé d'en montrer encore aujour- 
d'hui les survivances : ne serait-ce par exemple que dans cette 
croyance aux sorts jetés, toujours si vivace dans nos provinces : 
ne serait-ce aussi que par celte crainte d'appel du niallieur, de 
l'accident, par le seul fait de le nommer..., et tant d'autres^ tant 
d'autres. 

Mais peut-être fera-l on observer que ce sont là uniquement les^ 
<lerqiers vestiges d'une croyance qui tend à s'abolir, battue qu'elle 
est progressivement par le développement de la connaissance scien^ 
liiîque. Or, est-ce bien possible en tous les cas ? Si nous y regardons 
de près, nous ne manquerons pas de rester sceptique* Car la con- 
naissance scientifique et critique est loin d'avoir envahi tous les 
domaines* Beaucoup même* et parfois pris parmi de réels objets de 
science, sont à peine entamés par elle* A plus foi les raisons d'autres 
qui se prêtent plus malaisément à l'exploration scientifique : tel le 
domaine psychique où tant de fois Ton doit se contenter d'à peu 
près et de probabilités, quand il ne s'avère pas qu*on est devant un 
inconnu qui reste inconnaissable. Et la raison en est que la con- 
naissance scientifique ne s'effectue bien, et ne donne ses merveilleux 



68 REVUE IRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



résultais, que lorsqu'elle s'adresse à du « spatinl » dans lequel elle 
peut introdui]e des rapports numériques* Dans le psychique^ ei 
particulièrement dans raffeclifj tout entier fait de nuances et de 
qualités, la cojinaissance critique échoue- N' est-il pas* naturel alors 
de voir dans ces domaines « la vérité du sentinieiit », la croyance, 
prendre le pas sur l'évidence logique qui ne ti^ouve que bien rare- 
ment Toccasion de se manifester ? Et saurait-on s'étonner que des 
survivances de pensée magique puissent s'y glisser ? Comprend -on 
enfin que* parmi les êtres, on aura d'aulîint plus de chances de 
trouver de telles survivances, que ces êtres seront eux-mêmes, soit 
d'une façon continue, soit accidentellement, moins entamés i>ar 
Fattîtude critique et plus soumis à Taffectivîté. 'El c'est le cas du 
l>rimïtif et de l'enfant. Et c'est aussi le cas de tout être mû par un 
état affectif intense ; haine, colère, amour.,* Que Ton se rappelle les 
vœux el les malcdiciions. Ne sont-ils pas tout empreints de foi dans 
la pensée m agi que ? 

Or, s'il est une sphère où domine précisément l'affeclif dans ce 
qu'il a de plus pur, de plus secret, de plus profond peut-être, n'est-ce 
pas justement celle où Ton pourrait situer Testhctique ? Persoiine, 
je le crois, n'en saurait douter. Quoi d'étonnant, alors, à ce que 
TTOus y retrouvions la même lointaine croyance, depuis les premiers 
balbutiements de Tart jusqu'au sein de ses manifestations les plus 
ï 'levées ? Et c'est encore une fois la question que je voudrais envi- 
^ager ce soir devant vous- 

Nous partirons, si vous Je voulez bien, de l'émotion et du senti- 
ment esthétiques. Il est évidemment îniilile que je vous apporte k 
leur propos des définitions, non plus que des descriptions toutes 
plus ou mohis livresques* Mais je voudrais insister, au moins un 
instant, sur les états affectifs qui leur servent comme de base. 
Remarquons d'abord Texlrême généralité de l'activité esthétique. 
Vous savez qu'on la trouve constamment, et chez tous les peuples, 
même les plus inférieurs, et chez tous les hommes, même les plus 
incultes. C'est pourquoi Ton a pu dire qu'il s'agissait là d'un véri- 
fable besoin, A quoi doit-on le rapporter ? Il est possible^ ainsi que 
Schiller Ta dit le premier^ qu'il faille voir Torigine de l'art dans le 
jeu. Il est certai]i en tous cas, que le jeu n'est capable d'expliquer 
la genèse^ que d'une faible partie des m a ni fe station s esthétiques. Et 
encore faudra! t-îl s'entendre sur le mot « jeu » Nous lui donnons 
des sens assez dissemblables, puisque, par exemple^ nous parlons 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS l'aHT 69 



du jeu des muscles, aussi bien que du jeu d'un instrumentiste. Le 
jeu auquel il est fait allusion ici est autre chose et paraît surtout 
désigner : aiic acUoité volontaire^ effectuée non pas en vue d^nn. 
acte utilitaire, mais en vue d'une satisfaction trouvée dans cette 
activité même. 11 s'agît donc, avant tout, ici d'une sorte de plaisir 
musculaire et sensuel. Mais ce simple jeu ne parviendrait guère à 
s'élever jusqu'^au degré de manifestation esthétique s'il ne s'y ajou- 
tait un autre élément qui est le rythme. Car le rythme ai>pûrte au 
jeu une véritable transformation, ne serait-ce que par Taccr ois sè- 
ment de plaisir sensuel qu'il procure. Et peut-être peut-on dire que 
dès ce moment là Fart, ou mieux son ébauche> est né. 

Il est facile en effet, de montrer la présence du rythme dans pres- 
que toutes les manifestations esthétiques ; aussi bien dans les arts 
du temps (danse, musique, poésie) que dans les arts de l'espace 
tpeinturcj sculpture^ architecture). Et ce serait une question e\lre- 
m^ement intéressante à étudier, mais que je ne fais que signïWer, ne 
voulant retenir de cette digression que le i>laisir nouveau apporté 
par le rj^thrae, plaisir nettement sensuel et pouvant aller dans cer- 
tains cas, par exemple dans la danse, jusqu*à une sorte d'ivresse et 
de raAdssement. Mais Thomnie est un être qui pense, et vouloir cons- 
truire des théories esthétiques en faisant abstraction de la pensée 
pour ne garder que le physiologique, le plaisir sensuel trouvé 
dans une activité désintéressée et effectuée selon des modes ryth- 
miques, serait oublier le principaL On peut admettre toutefois, 
que le jeu et le rythjne (et surtout le rythme) représentent l'assise 
la plus profonde des manifestations esthétiques, et Ton voit main- 
tenant c'est là où je voulais en Yenir que la pensée, si elle 
vient à s'y exercer, se trouvera en présence d'états affectifs, pou- 
vant dans certains cas aller jusqu'à Tivresse, Textase ou le ravissa- 
nient : toutes conditions requises pour venir troubler le jeu de la 
pensée critique et pour ^favoriser par conséquent ce qu'on pourrait 
appeler la pensée affective, c'est-à-dire enfin l'apparition de la pen- 
sée magique. 

Mais si Ton s'en tenait là, le but esthétique apparaîtrait seule- 
jnent comme une simple satisfaction sensuelle, et sans doute est-il 
nombre de réalisations esthétiques qui ne vont pas au delà : telles 
certaines œuvres musicales et certaines danses. Or, dès que Télé- 
ment intellectuel s'infiltre quelque chose de nouveau apparaît, El 
le but esthétique change* 



70 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Il semble bien, que les plus ancieiis documents esthétiques con- 
nus, ceux des civilisations préhistoriques, aient été des figurations 
plus ou moins grossières d'animaux^ auxqueDes était ^attribut^^e une 
valeur magique. Ces figurations avaient sans doute la valeur des 
totems actuels des sociétés inférieures et étaient peut-être destinées 
à servir de protections ou de charmes pour la guerre et la chasse. 
Là n'est d'ailleurs pas la question* Mais uniquement dans ceci ; que 
ces figurations avaient primitivement une valeur surtout utilitaire > 
Je serais disposé à croire que c'était même leur seule valeur, el 
qu'il ne s*y attachait aucun intérêt esthétique- Or, pour qu'il y ait 
souci esthétique, tut esthétique proprement dit, chacun Taccordera 
sans peine, il faut dépasser le point de vue utilitaire. Il semble 
donc que ces manifestations esthétiques très primitives eussent dû 
prendre un nouveau caractère pour acquérir la qualité esthétique. 
Et Ton peut faire diverses conjectures, toutes d'ailleurs plus ou 
moins hypothétiques : on peut, par exemple, faire intervenir des 
éléments rythmiques (danses ou chants) ou décoratifs, tous égale- 
ment inutiles au sens proprement dît du mot. Maïs surtout 
on peut penser à Tapparition à la manière d'une résultante 
d'un sentiment nouveau, el tout à fait iiuigique celui-ci ; la mani- 
festation esthétique, par suite de la vertu magique dont elle est 
douée, augmente la puissance de celui qui Teffectue, El Ton peut 
avoir une idée de rinlensité de ce sentiment en lisant les relations 
d'exploraf ciirs qui nous content les cérémonies toujours en vigueur 
dans les sociétés primitives, leurs danses rituelles par exemple 
effectuées avec un sérieux el une ferveur qui nous paraissent au 
moins étranges, mais que Ton comprend si Ton songe à la qualité 
que prend le danseur et à la puissance magique qui s'intègre en hiî 
:iu cours de ces manifestations. 

On ne saurait évidemment s'attendre, quand on quitte les sociétés 
inférieures pour s'élever jusqu'aux hantes civilisations, à trouver 
le même et simple schéma* Et cela parce que rélémeiit intellectuel 
va devenir de plus en plus envahissant et se mélangera de plus en 
plus iniinieiîieiit à Vélémeni offectif, pour finalement abauUr à un 
aspect incomparablement plus complexe. El ceci nous amène à 
îHudîer Faltitude esthétique. Je prendrai comme exemples les arts 
plastiques qui offrent plus de facilité d'exposition, et en particulier 
la peinture. On pourrait dire qu'il est pour Tar liste trois altitudes : 
la copie de la nature, la composition décoi'ative el la crérftion. Je 



^^M 



L4 PKXS±Ei: MAGIQUE DANS L^ART 71 , 



laisserai de côté pour Tins tant Tattitude de contemplation ^uî est 
celle du spectateur. ïl est relativement facile de montrer la place 
que tient lô rythme^ élément sensuel* dans la décoration, et Ton 
pourrait sans doute retrouver dans toute composition décorative 
quelque chose de ce besoin qui nous pousse à rechercher la symé- 
triCj qui nous fait découvrir un plaisir dans les luouveiuenU aller- 
nés et qui se cache enfin dans toute mélodie rji limée. 

Maïs pourquoi le besoin soit de copier, soîl de créer ? Nous lou- 
chons ici à l'un des problèmes les plus obscurs de l'esthétique, et les 
réflexions que j'apporte, en mlnspij^ant des travaux psychanaly- 
tiques, n'ont pas la prétention de le résoudre, mais seulement, 
peut-être, de l'éclairer un peu* 

Que Ton veuille bien observer d'abord que toute réalisalion esthé- 
tique est toujours par quelque côté sijmbolique. Une copie n'est pas 
l'original, mais une simple figuration très différente de la réalité, et 
plus même, un moyen d'éveiller le souvenir de la réalité et de révo- 
quer dois- je dire magiquement déjà ? Or, des réalisations pictu- 
rales n^éveillent vraiment le souvenir de la réalité que chez ceux qui 
sont déjà familiarisés avec ce mode de représentation. Il faut une 
véritable éducation de l'œil pour arriver à leur devenir sensible. On 
a souvent dît que les peuplades primitives se montrent tout à fait 
incompréhensives devant des réalisations jïicturales, voire même 
des photographies, qui ne signifient rien pour elles et sans doute 
leur font Teffet d'hiéroglyphes. Car une réalisation picturale est 
toujours le résultat d'une convention. Cela est d'autant plus vrai 
que Ton s'adresse à des époques plus primitives où parfois la repré- 
sentation se réduit à un schéma. On connaît l'absence de perspec- 
tive des peintres primitifs, leurs personnages vus de profil avec un 
iîÈîl regardant en face, etc. Les conventions varient d'ailleurs, selon 
les époques^ mais n'y a-t-îl pas dès Tabord une bien plus éton- 
nante convention : celle d'admettre la possibilité de représenter 
dans un espace à deux dimensions des objets qui en ont trois ? 

La représenta lion picturale ne saurait donc être autre chose que 
le symbole de Tobjet représenté, mais s^'mhole qui nous est main- 
tenant devenu si familier (par l'éducation visuelle que nous rece- 
vons), que nous nous retrouvons dans ces symboles comme un 
géographe sur une carte. On comprend alors qu'il n'y ait point de 
ropiè au sens propre du mot, mais, bien au contraire, que Ton ait 
Jou jours aflfatre à une interprétation qui, telle un schéma^ choisît 



72 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



parmi les mille qualités de la réalité celles-là seules qui lui pa- 
raissent essentielles. Il y a donc^ dans toute copie de la nature, et 
plus généralement dans toute attitude de eopie, une nécessité 
cr effort/ de transposîiîonj de choix^ de synthèse, qui en fait par 
quelque côté une création personnelle de Tartiste. Nous ne nous y 
trompons d'ailleurs guère, et devant une belle œuvre de ce genre 
nous proclamons notre admiration pour son auteur. Car nous sen- 
tons tous que, même dans cette simple copie, nous assistons à une 
création, et au fond c'est surtout le créateur que nous admirons 
dans l'artiste, le créateur qui, par la force de son talent réussit à in- 
troduire dans son œuvre de l'air, du soleil^ de la lumière, de la vie 
enfin.*. 

Or, faire de la vie avec de la matière inerte, faire entrer un 
espace à trois dimensions dans une toile qui n'en a que deux, n'est- 
ce pas là une véritable opération magique, qui dut longtemps sem- 
bler telle ans: homities, et qui doit leur paraître encoix singulière- 
ment mystérieuse quand un usage trop quotidien n'en a pas alïaibli 
le sens. 

Nous arrivons maintenant à la troisième attitude cstliétîquc duns 
laquelle Tartiste, s'écartant de la simple imitation des sujets que 
lui offre le monde extérieur, va s'efTorcer de faire autre chose et 
tenter nue vraie création. Certes^ les matériaux qu'il emploiera ne 
différeront pas de ceux qui couLposent les tableaux du copistCt Ce 
seront toujours des Iionimes et leur industrie qu'il peindra- et des 
ates, des arbres, des rivières, etc. Mais ici un arrangemeiit nou- 
veau interviendra par lequel Tartiste^ selon son lempéramentj e\pri'- 
niera plus, ou voudra tout au moins exprimer davantage que ce 
qu'aurait pu exprimer une simple copie, même très vivante- de ce 
qui est* 

Si l'attitude de copie nécessitait surtout une union affective avec 
Tobjet représenté qui faisait magiquement passer la vie de cet objet 
jusque dans sa représentation, grâce à la sensibilité et aussi à Thabî- 
ïeté de Tartiste, chez le créateur, c'est un autre él ciment qui va 
tendre à prendre la place de premier plan : et c'est Télénient intel- 
lectuel. Non certes qu'il soit absent de l'attitude précédente* mais 
ridécj la pensée vont maintenant gouverner l'œuvre et la façonner 
si bien qu'elle nous apparaîtra comme le support de Tidée- 

Que Von se rappelle les admirables figures des dieux de la Grèce- 
antique. Plus encore que leur perfection sculpturale, plus que l'éton- 



LA PENSÉE MAGIQUli: DANS L'aKT 73 



liante habileté artisane qu'ils décèlent, ce qui nous louche el nous 
(^raeul, c'est l'idée qu'ils incarnent, pour ainsi dire : idée qui dépasse 
l'expérience quotidienne et s'élève au-dessus de la réalité. Sans 
doute, toutes les œuvres de cet ordre sont loin d^être de telles réus- 
sites. Il en est beaucoup même qui ne sont pas très heureuses. Mais 
cela n*hnporte guère pour notre démonstration, car nous ne recher 
chons ici que le seul point de^ vue psychologique, el non la valeur 
esthétique. On comprend, d'ailleurs^ que cette valeur est fonction 
de Tartiste, Mais, réussie ou ratée, la réalisation esthétique repose 
ôur le même processus^ et Ton voit <^u'ici, bien plus encore que dans 
d'autres altitudes esthétiques, la réalisation en est gouvernée par la 
Ijensée, 

Nous voici parvenus au centre de cette étude, car, à mon avis, 
c*est ce point de vue de rartisle créateur qui va nous permettre 
de saisir Textrême intérêt psj^chologique et psychanalytique que 
présente l'étude de la pensée magique dans Tart Remarquons 
d'abord que Fépîthète de créateur a de tous temps été décernée au\. 
grands artistes. Sculpteurs, peintres, poètes, musiciens, ceux dont 
rhîstoire a retcuLi les noms, méritaient cette désignation ; créa- 
teurs d'images j créateurs de rythmes, magiciens du verbe, etc. 
toutes expi*essions qu'on leur a justement accordées. Et nous avons 
tous, en. effet, Fimpression aiguë que ces grands génies ont apporté 
quelque cliose de nouveau, quelque chose qui n'existait pas avant 
eux et qui n'aurait pas existé sans eux. Plus encore, quelque cliose 
qu'ils nous ont donné et dont nous pouvons user : un don au sens 
entier du terme. Quelque cliose enfin qui parfois dépasse T homme, 
qui dépasse surtout le niveau moyen de celui-ci et ne peut, durant 
longtemps, être senti el compris que par de rai es élites. Et cela me 
rappelle les beaux vers de Mallarmé à la mémoire d'Edgar Poe d'où 
je détache ce quatrain : 

Eux, comme un vil sursaut d'hydre oyant jadis Taiige 
Dooner un sens plus pur aux mots de la tribu. 
Proclamèrent très haut le sortilège bu 
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange, 

« Donner un sens plus pur aux mots de la tribu », n'est-ce pas là 
ia grande création du poète, n'est-ce pas aussi magnifique 
ment stigniiiUser T attitude de la foule qui trop souvent est 
incapable de comprendre la grandeur de ces transmutations. Il n'im- 
poi'te d'ailleurs^ car la postérité d'ordinaire venge les méconnus. 



74 UEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Tôt OU tard, les œuvres vraiment belles, même après être restées en 
sommeil, repremient'de la vie et gardent alors une jeunesse sur 
laquelle le temps n'a plus de prise* C'est ponrqiicî le seul mot qui 
nous paraisse convenir à de telles œuvres est celui d*iinmortalité. 

Mais n'allons-nous pas plus loin encore et n'attriLuons-nous pas 
aussi aux auteurs de ces œuvres des épithètes égaleincnl niaijnî- 
fiques : ne disons-nous point le divin Homère ?„. le pinceau divin 
du Titien ? etc. Certes^ toutes ces épithètes ne sont pas jjrises dans 
leur sens littéral, car personne ne confondrait un honnne avec un 
dieu* Mais si nous nous servons de tels mots, ce n^est cependant 
pas sans raisons, et vraisemblablement nous en usojis parce que ce 
5;ont ceux qui nous semLlent les mieux adaptés. 

Quel est Vm-ie en effet qui, pins que tous les autres, mérite d'être 
^ippelé divin ? N'est-ce pas la création ? N'est-ce pas là l'acte divin 
2>ar excellence^ le labeur de Dieu ? Et créer à notre tour n'est-ce pas 
nous apparenter à la Divinité ? Et n'y a t il pas en effets dans cette 
création, toute humaine qu'elle soit, un sentiment intense, profond, 
ineffable j qui, pendant les heures fugitives d'une réalisation heureu- 
sCj enivre Tartiste qui en est Tauleurj comme une sorte d'extase mys- 
tique ? Certes, bien rares sans doute, ont été ceux qui connurent 
sans mélange de telles exaltations, mais on peut penser que tous 
les artistes dignes de ce nom^ en ont plus ou moins obscurément 
désiré et recherché la venue^ et que beau coup » comme une terre 
promise, l'ont aperçue de loin à leur horizon, 

Xous voici maintenant revenus à l'une des prémisses posées au 
début de ce travail : nous constatons bien, dans toutes les atti- 
tîirles esthétiques^ la présence d'un état affectif puissant, condition 
première de l'irruption de la pensée magique. Mais notre analyse 
est encore très incomplète. Elle est suffisante cependant pour nous 
j>ernieltre de deviner dans quel sens nous devrons faire porter 
notre investigation^ et plus meniez nous faire pressentir dans quel 
-tens la pensée magique va nécessairement s'engager. 

Analysons encore un peu ce sentiment d'exaltation qui envahit 
Tartiste créateur. Et nous y troublerons aussitôt uiie couj posante 
^rorgueil : orgueil légitime d'ailleurs, et qui n'est que la conscience 
de sa haute valeur. Mais orgueil néanmoins, dont on pourrait citer 
mille exemples, pris dans la vie de tous les grands génies humains, 
■orgueil d'êtres qui se sentent supérieurs à la moyenne humanité, 
qui vivent dans une sphère plus haute, qui mépriseiit les menus et 



t^B^rita 



LA. PENSÉJi MAGIQUE DANS L'aRT , 75 



mesquins besoins quotidiens destinés à entretenir la vie^ qui sont 
an-ciessas de la vie^ bien plus, qui lui ajoutent par la force de leur 
pense e et de leur génie- 
Or, quels sont les actes de ces surlioniines ? Quelques paroles, 
quelques images, quelques rythmes... ïl faut qu'une force singulière 
y soit enfermée pour justifier leur immense orgueil. Et Justement, 
une force étrange anime leurs créations. Une force que nous sen- 
tons magiquement. Car, quoique faites d'argile, de pâtes colorées, de 
vibrations aériennes, quoique composées de matière inerte, ces 
-n^uvres vivent. N'est-ce pas là la magie par excellejice ? Elles vivent 
d'une vie qui dépasse celles des créatures humaines, d^une vie 
ijresque immanente, d'une vie qui ne vieillit point, plus parfaite 
par conséquent que la vraie, L^artîste le sait bien d'ailleurs. Il sait 
que, lorsquil réussit, il insuffle une âme aux personnages de ses 
fictions. Ainsi que Dieu tira Thomme du limon de la terre, de même 
de la glaise qu'il pétrit, de la toile qu'il couvre^ de l'harmonie qu'il 
invente^ naissent, par une même magie des êtres nouveaux doués de 
vie. 

Ne touchons-nous pas là à la loute-ijuissance de la pensée, à la 
pensée magique enfin, se réalisant par elle-même, par sa propre 
force. Et voit-on maintenant combien elle pénètre Tart tout entier ? 
I-^a pensée d'ailleurs n'est-elle pas le suprême orgueil de l'homme, 
l^étîncelle qu'il a reçue de Dieu, ou peut-être qu'il lui a ravie, l'attri- 
but en tous cas qui le grandit et le rapproche de la Divinité ? On 
^e rappelle la légende de l'arbre de science dans le jardin d'Eden 
et la crainte manifestée par Jéhovah, « Le voici maintenant devenu 
■comine l'un de nous », dit-îl d'Adam, Et il le chassa afin qu'il ne 
pût goûter au fruit <l*immortalitéj seul avantage que ne possédai 
point Adam. 

Eh bien, c'est par la pensée, attribut divin de l'arbre du paradis 
perdu, que l'homme a depuis toujours tenté de s'égaler à la divinité 
et d 'œuvrer à son image ; en créant à son tour. Or, quel acte esî 
plus essentiel 1cm eut magique que la créât Icjn, que la création 
divine ? <^ Au début, il n'y avait rien, dit la Genèse, et Dieu créa le 
monde en sis: jours, » Est-il opération magique mieux définie ? Je 
vous rappelais tout à Theure les versels du vieux livre : « Que la 
lumière soit». », la pensée divine créait par la seule vertu de sa 
formule. La pensée humaine, outre la formule, doit ajouter le tra- 
vail et le talent, mais au fond les deux opérations sont identiques. 



76 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Sans doute, les idées que j'expose ici ne hantent paSj selon un 
mode logique, Tesprit ou rimagination de tous les artistes, et la 
plupart peut-être n'ont jamais recLercJié en eux la source de loi- 
gueîl qui les anime, non plus que la croyance magique qui insu file 
la vie à leurs œuvres. Mais est-il besoin de comprendre quand il 
s agit de jjensée magique. Comprendre sous-entend* connaissance 
critique, et ne sait-on pas que la connaissance critique tu'reteraît 
ici les plus beaux élans ? Certes, nous restons dans de la pensée. 
mais dans une pensée affective qui sent, qui pénètre directement 
au cœur des choses, une pensée intuitive qui, dédaignant les lié- 
quilles de la logique rationnel le, avance par sa propre force, une 
pensée par conséquent qui peut dépasser le phénbniène pour arriver 
à Tessence et rejoindre ainsi la pensée divine. On comprend alors 
la nécessité de l'état afiectif où doit être 2^]ongc l'artiste créateur 
quand il conçoit son œuvre, qu*il garde d'abord en lui, qu'il élreiul 
peu à peu mentalement, qu'il ébauche et cisèle en pensée, qu'il 
porte et nourrit en lui, conime une femme son enfant. On raconte 
que Racine vivait ainsi ses tragédies et ne se mettait à sa table de 
IraA^ail qu'après les avoir terminées dans sa tête. « Ce n'est plus 
T'ien, disait-il, car il ]ie reste plus maintenant qu'à écrire. >? On com- 
prend aussi le puissant lien affectif, unissant l'artiste à son opu\re, 
ie créateur à sa créature. Chacun connaît la belle légende de P}g- 
malion qui avait fait une admirable statue de femme. Malgié qu'elle 
Tût d'un marbre inerte ^ Pygmalion, qui l'avait créée, se mourait 
d'amour pour elle. 

Mais je voudrais maintenant, délaissant pour un moment l'artiste 
créateur, faire un rapide refour du côté du spectateur. Car lui aussi 
ressent rémotion esthéfjqiie et, quoiqu'il n*œuvre point et ne fasse 
]>oinl de création au sens propre du terme, il serait étonnant de ne 
pas retrouver chez lui le mode de la pensée magique. Et c'est ce 
que nous aurons bientôt fait de découvrir. Il n'est pour cela qu'à se 
rappeler l'état que chacun de nous a pu connaître lors de la con- 
templation de belles oeuvres d'art : cette sensation, étrange à la 
vérité, qui nous émeut jusqu'au fond de l'être, nous fait pour ainsi 
dire sortir de nous-mêmes, et, pour un instant, nous permet d'accé- 
der à un monde nouveau. Tel poème nous enflamme, tel drame 
lyrique nous transporte, telle représentation plastique nous em- 
poigne, etc. On trouverait aisément mille expressions diverses pour 
désigner ce curieux état. Or, que se passe-l-il, sinon que nous vivons 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS L'aRT 7/ 



à notre Lour les créations de Taiiisle, que nous parLicipons à son 
{"motion créatrice, et que nous avons peut-être rjmprnssion de créer 
avec lui ? N'est-ce pas cela, toute la grande magie de l'art ? 

D'ailleurs, ce n'est pas rien que cette vibration unanime obtenue 
de la foule anonyme des spectateurs* Car, diklenchée par l'artiste 
et par son œuvi^e, à son tour elle tend à L* exalter, magies récipro 
ques, pourrait-on dire, et qui se prêtent un mutuel appui. Car les 
deuY pensées s'étayent pour ainsi dire et, soutenu jje ut-être par 
-cette force nouvelle toute magique, Tartiste créateur s'élance vers 
!e surhumain. Car c'est cet avènement du surhumain chez Tartiste, 

clïez le grand artiste, qui nous plonge surtout dans cette sorte 
d'extase, du surhiuiiain que toujours les hommes ont vénéré. Ils 
mettaient jadis au nombre des dieux leurs héros les plus célèbres, 
^lais leur vie n'élait-elle point aussi une œuvre d'art, une création 
a ou v elle, une réussite magique ? Je pense d'ailleurs que nombre de 
ces héros, en véritables artistes qu'ils étaient, mais en artistes dé 
i'actïon, comprirent, ou tout au moins, eurent des lueurs sur le 
:;5ens de leur vie. Ils se prétendirent parfois animés par la force 
divine et chargés d'une mission céleste- Ils n'auraient su mieux dire, 
et par les gestes de leurs vies glorieuses, ils tracèrent dans This- 
toîre une fresque dont les plus hauts exploits représentent les lignes 
les plus profondément sculptées^ si bien que des millénaires après 
leur mort, nous conservons encore vivant leur souvenir. Souvenir 
stylisé d'ailleurs, comme il convient à une belle œuvre d'art. Sou- 
venir pris et repris par les générations succès si ves^ souvenir auquel 
beaucoup certes, ont ajouté des pierres apocryphes, mais précisé 
ment pour le parfaire et pour embellir encore Tœuvre d'art. Sans 
doute, ce long travail des siècles a enlevé ce qu'il y avait de trop 
îîjniplemenl humain dans la figure tracée. Et c'est ainsi qu'il n'est 
plus resté en eux que ce qui dépassait riionime. Travail collectif, 
travail anonyme, qui a abouti, en Grèce par exemi^le, à l'étonnante 
figure des demî-dieux antiques, où se mêlent harmonieusement 
rhomme et la divinité^ symboles magnifiques d*un peuple miracu- 
leusement intelligent 

Il faudrait aussi parler de tous ces êtixs qui, au cours de Tliis^ 
Loire, surent par leur valeur, par leur audace^ par quelque vertu 
singulière^ s'élever au-dessus des autres hommes. Je pense aussi 
bien à ces saints du Moyen Age, dont nous lisons les vies radieuses 
dans la Légende Dorée, qu'à ces preux de la Chevalerie, dont les 



78 BEVUE FRANÇAISE DE PSYCirANALYSE 



vieuiL poèmes nous retracent les exploits, qu'à ces grands conqué- 
rants barbares qui laissèrent derrière eux un long sillage de sang 
et d*épouvante. Vivants, ils ne furent i:ieut être pas toujours de très 
grands hommes, mais morts, ils se transfigurèrent, quand la légende 
s'empara d*ôus:. 

Car la légende est, elle aussi, une véritable création collective 
aussi magique dans son essence que la création d'un seuL Ch^aquc 
peuple, chaque civilisation a les siennes, qui furent lentement éla- 
borées durant des générations. Je ne puis évidemment que signaler 
ici Textrônie intérêt qu'il y aurait à faire leur étude en partant de 
ce point de vue, et j'insisterai seulement sur la matière qu'elles ont 
depuis toujours fournie aux artistes qui, de tout temps, ont puisé 
en elle une part de leur înspiialion. Ne pourrait-on pas dire que 
l'on me pardonne l'expression qu'elles représentent une sorte de 
matière magique. Magique car elles sont déjà de la matière trans- 
formée par de la j><^^sée. Magique, parce qu'elles représentent les 
premières créations de rhuiiianîté? et que précisément il y a dans ces 
créations le germe de créations futures, obscurément senties et 
pleines de vérités humaines. Rappellerai -je Fantique légende 
d'ŒdipCj celle de Promélhécs celle d'Ouranos,,* Vous savez Técla- 
tant parti qu'en sut tirer Sigmund Freud, et ^ous savez aussi com- 
bien, sous leur forme merveilleuse^ sous leur déguisement magique, 
elles cachaient une étonnante pénétration du cœur de rhonime. 
Ainsî^ sans doule^ furent créés les mythes antiques. Ainsi vinrent 
.^u jour ces êtres fabuleux qui peut-êtie n'onl jamais existé, et qui 
pourtant sont toujours pour nous aussi réels que s'ils vivaient 
encore, Œdipe, PromtVfhce.^.j et combien d'autres : créations de la 
pensée humaine^ créations magiques entre toutes, puisqu'elles 
donnent la vie, comme Dieu jadis fit pour Thomme. 

Et que dire maintenant de tant de héros enfantés par les artistes, 
sinon qu'eux aussi vivent d'une vie magique, par le miracle de Tart 
qui leur donna naissance. On Ta souvent dit, ces héros fictifs sont 
parfois plus emplis de vérité, plus réels, que s'ils étaient vrais, tels 
Don Quichotte, Panurge, AI ces te, Tarlulic, Hamiet, Faust..., pour 
ne citer que les plus grands, mais chacun en ajoutera dix ou vingt 
autres, et parmi eux en élira un, qui pour lui vivra plus particuliè- 
rement. Car nous avons nos choix et nos préférences qui répondent 
à ce qu'il y a clin:^^ nous de plus intime et de plus secret, qui répon- 
dent à nos aspirations connues et inconnues^ à nos vœux les plus 



mm^Ê^Ê^^f^^^m^^^^^^^^^tm 



^•^m 



tA PENSÉE MAGIQUE DAKS l'aRT 79 



încoiiscieiits. II en passe parfois quelque chose dans nos états de 
lêverîe, dans ces heures où nous faisons des projets que nous 
savons chiiuéiiques, mais qu'il nous plîut malgré tout de caresser. 
Nous rêvons en effet tout éveillés* Nous rêvons de vies qae nous 
aurions voulu vivre, el nous en prenons le décor dans les mille 
souvenirs qui Avivent dans notre mémoire. Et certes nous créons 
alors à notre tour. Nous créons, mais nos créations restent dans 
] 'imaginaire et ne sortent pas de notre monde intérieur. Nous créons 
cependant, et parfois avec un réel plaisir nous nous mouvons daiis 
ce monde magique dont toute la trame est faite de notre pensée, el 
qui n'a jjas de réalité en dehors d'elle. C'est là que nous réalisons 
nos vœux, là que nous faisons évoluer les êtres qui nous plaisent, 
et particuliciciaent ces héros choisis que les artistes nous ont peints 
ot dont nous revêtons sans vergogne les habits. Qui ne s*est pas cru 
magiquement Robinson quand il était enfant ? Qui, plus lard, ne 
s'est pas rêvé Valmont, Julien Sorel, Fabrice ou Rastignac ? 

Mais, peut-on aller plus avant ? 

J'ai essayé très rapidement, très schématiquemenl, de vous mon 
trer la place si importante tenue dans Part par la pensée magique : 
pensée magique évoluée sans doute el à ce point intégrée dans no^ 
habitudes quotidiennes, qu'elle ne nous appaïait plus comme telle 
et qu'au premier abord cela peut sembler une gageure que de par- 
ler d'elle à propos de l'art Et pourtaiïl, nous l'avons vu, l'activité 
esthétique tout entière en est pénétrée. Bien plus, je dirai même 
qu*on ne saurait l'expliquer, qu'on n'en saurait concevoir l'existence 
sans faire état de ce mode de'pensée. Mais, encore une fois, peut-on 
a'ier plus loin^ peut-on chercher df^s causes à ce mode magique 
de la pensée ? Peut-on enfln, en analysant plus à fond cette pensée 
Tnagique, entrer davantage dans le profond mystère qui forme le 
cœur de Testhétique ? 

Je ne me dissimule pas que c'est là une tâche infiniment difficile. 
Aussi, les quelques suggestions que je voudrais vous apporter ne 
sauraient avoir la prétention d^être une explication, et je serais 
satisfait si j'avais seulement réussi, à vous montrer, sans les ré 
soudrCj quelques-uns des aspects du. problème. II faut pour cela 
nous souvenir des résultats inincipaux de Finvestigalion analy- 
tique et reprendre l'attitude de Tartisle en nous servant des domiées 

4 

fournies par l'analyse freudrenne* En somme, l'artiste nous appa 
raissait surtout comme un créateur qui pouvait trouver deux sortes^ 



^9B 



50 REVUE FRANÇAISE DiL I^SYCHaNALYSE 



de joies à son activité : une piemièrej issue du jeu et plutôt phy- 
siologique et corporelle, dominée par le rythme, mais que Ton ne 
saurait voir à Tétat pur, et qui est toujours plus ou moins mélangée 
à la seconde. Celle-ci, joie plus haute, nécessitant la présence et la 
prééminence de la pensée, de la pensée créatrice par sa seule force, 
sorte d'exaltation de ce que nous sentons de plus divin en nouSj et 
quij comme la Divinité, crée niagîquemenl. 

J'y ai déjà insisté, et je m'excuse d'j^ insister encore, mais que 
représentent psychologiquement et psychanalytiquemenl ces deux 
'émotions, qui toutes les deux portent leur joie avec elles ? Ne peut- 
on dire tout d'abord qu'il s'agit là d^une joie liée au sentiment de 
l)uissance, puissance physique d'une part, telle que celle résul 
tant du jeu harmonieux du corps, puissance de )a pensée d'autre 
pari ? Peut-être, mais ce ne serait qu'une explication superficielle 
cU je le crois, bien insuffisante. On pourrait y voir aussi une sorte 
de compensation : une compensation transposée sur un autre plan, 
de l'impuissance qu'hélas la nature humaine porte toujours avec 
elle. Ce faisant, on s'approcherait sans doute davantage de la réalité. 
Tout être en effet a rêvé de la toute-puissance, au moins quand il 
olait enfant, et en a essayé ]a réalisation à la manière des contes de 
fées, magiquement- Nous trouverions-nous donc en j^résence d'une 
transposition sublimée de ces rêves enfantins de toute-puissance, 
r|ui donneraient ainsi un sens plus profond à la création magique 
que représente Tactivîté estlietiqne ? 

Or, je crois qu'il y a davantage. On connaît la part fondamen- 
tale que Freud a été conduit à donner, dans le développement de 
'a vie afTective de rhoiiime à ce qu'il a appelé le complexe d'Œdipe, 
C*est là une notion devenue maintenant trop familière pour qu'il 
soit besoin d'en doiiner une définition* On sait que rétablissement, 
le développement et la résolution de TŒdipe ont une importance 
primordiale dans la vie de chaque être. Ne pourrait-on pas alors 
envisager l'attitude de l'artiste eu fonction de celle notion œdi- 
pienne ? Je signalais tout à Theure l'orgueil légitime qui anime le 
grand artiste. Que Ton se rappelle les vieilles légendes souvent si 
pleines de vérité, qui ïont allusion à cet orgueil proprement démo- 
niaque : à la légende de Tarbre du paradis, à celle de Prométhée. 
rorgucillenv Titan qui ravit le feu au père deg dieux. Or, n'est-ce 
pas ravir le feu (juc de créer sur le mode esthétique ? N'est-ce pas 
imiter Dieu et se vouloir rendre son égal ? Sans doute TCEdipe ainsi 
envisagé ne ressemble pas au complexe que nous sommes habitués 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS L'ART Si 



à voir chez les névrosés. Il ne ressemble pas au complexe non 
évolué j ou mieux arrêle duns son évoîatlon que nous trouvons chez 
eux. Chez ces derniers en effet FŒdipe reste plus ou moins sôus sa 
Jîgure première, et témoigne d^une situation affective très primilive 
uù s'est eulei me le sujet, et d*où il ne peut sortir. C'est une situa- 
iîon qui ne dépasse pas les événements personnels de la vie affective 
du malade. 

Ici nous sommes au delà de ce point de vue, et sa tragique hor- 
reur en est dcjjuis longteuips disparue, car les forces affectives qui 
en formaient le support se sont composées selon de nouvelles résul- 
tantes. Acceptant riné\dtable, admettant rexistence de forces plus 
hautes que lui, l*liorame oublie sa haine et du rival abliorré fait un 
modèle à égaler, sinon à dépasser* Ne retrouvons»nous pas précî^ 
sèment cette attitude chez Tartiste créateur, et n*est-on pas en droit 
alors de parler de Taltitude œdipienne de Fartiste ? Mais altitude 
œdipienne particulièrement évoluée et arrivée peut être à son plus 
haut degré de sublimation* Car c*est rimitation la plus haute que 
J*on puisse rêver que rimitation de la création : œuvre entre toutes 
divine, Comuie celle-ci, elle tire quelque chose du chaos. Elle cons-- 
truit Tœuvre d*art par la puissance de Tidée, magiquement ; et 
celte œuvre est : soit une reproduction de la réalité créée^ soit une 
autre réalité plus belle et mieux ordonnée- Car chaque être a son 
tempérament propre et signe airisi ses conceptions esthétiques* Le 
fond pourtant, la réalité psychologique dernière, reste le même. 

On pourra remarquer qu'en présenlant ainsi l'attitude œdipienne 
de l'artiste, je m^écarte un peu de Tidée courante qui voit dans le 
stade magique de la pensée le résultat d'une malédiction^ ou plu& 
exactement de la crainte de voir se réaliser magiquement des sou- 
haits de mort formulés précisénieiiL durant la période œdipienne du 
développement. La pensée magique, dans sa forme commune, et 
telle qu'on la rencontre chez le névrosé, prendrait ainsi la valeur 
d'une sorte de magie noire- Tandis que dans Tart elle me semble 
surtout (et peut-être uniquenient) s'accomplir selon un mode forte- 
ment sublimé. Elle resterait donc ici uniquement magie blanche, 
magie constructrice et féconde, magie qui crée, alors que l'autre ne 
Içnd qu'à détruire. 

Mais, une dernière fois, est-ce bien tout ? 

On comprend sans doute qu'un sentiment de joie puisse accompa- 
gner la création, grâce à la libération et Theureuse sublimation des 
forces enfermées dans l'Œdipe. On coniprend que ces forces libé- 

REVUE FBAKCâîSE DB PSTGHANALYSE* , 5 



82 V REVUE FRANÇAISE BE PSYCHANALYSÉ 



rées puissent tendre à donner un souffle de vie plus intense aux 
'ï^uvreSj si bien qu'en un certain sens on pourrait dire que Tart 
représente la plus haute aflîrniation de la vie, ou plus exactement 
quMl est un acte d'amour envers la vie. Et je pense que c*est là qu'il 
faut voir le secret de l'étoniianle résonnance que les grandes œuvres 
ont en nous, simples spectateurs. En nous unissant magique- 
jnent à leur frénésie, nous participons à cette joie que Ton ne peut 
s^empecher de nommer sublime. Nous perdons pendant un temps 
notre personnalité intellectuelle et critique pour ji'être plus qu'aflec 
tivité émnCj unie par une sorte de lien mystique à ralïectivité plus 
haute de Tartiste créateur. 

Mais il est en dehors de Tattitude œdipienne une autre racine de 
Tactivîté esthétique que j'ai déjà signalée plusieurs fois, et sur 
laquelle je voudrais maintenant m 'étendre un iieu. C'est celte racine 
qui semble issue du jeu et du rythme, qui reste d'ahord peut-être 
umquement physiologique dans les premiers stades, et qui peu à 
peu s'enrichit à mesure que la pensée la pénètre. Cette racine d'ail- 
leurs est toujours mélangée à l'autre, et sans doute il n'est pas 
d^œuvres oii elles ne s'entrelacent selon des proportions diverses. 
T*artie d*une satisfaction sensuellCj ayant sa fin en soi, partie d'une 
activité inutile j comment allons-nous la voir se transformer ? Certes, 
elle gardera toujours quelque chose de son origine sensuelle. Mais 
quand la pensée la viendra pénétrer, un nouveau vêtement viendra 
la masquer, La masquer pour l'utiliser et pour la faire entrer dans 
la joie créatrice à laquelle elle apportera alors un développement 
et des possibilités nouvelles, comme des harmonies soutenant un 
Thème principal. Mais aussi, parfois, dans un dessein tout autre* 
dans un dessein qui garde comme la marque de son origine, pour 
en tirer une œuvre où la « fin en soi » est conçue comme le but 
dernier. Et c'est bien encore une création, mais combien différente 
tle la création œdipienne qui, à Tîmage de la création divine^ appor- 
tait un monde avec elle. Ici, c'est une création sans but altruiste, 
une création fermée, et qui ne s'ouvre point sur la vie, mais qui se 
meut dans son cercle sans en sortir. 

On a sans doute reconnu l'altitude narcissique qui, comme l'atti- 
tude œdipienne, comporte un même emploi de la pensée magique et 
plus encore peut-être, puisque dans certains développements que 

■ 

nous voj'ons au cours d^états morbides, dans la schizophrénie par 
çxempH elle arrive à supprimer magiquement la réalité extéi'ieure 
f:u profit d*un monde imaginaire, création magique et monslrueuse 



LA PENSÉE MAGIftUE DANS L'ART . 83 






d'un narcissisme tolaL Certes Part propiemeiit dît se tient en deliors 
de tels processus pathologiques, et je n*ai parlé ici de schizophrcnîes 
que pour mieux indiquer ma pensée^ pour montrer surtout ces deux 
j)ôies d*attraction, pôle œdipien, pôle narcissique, l'un tourné vers 
]n vie^ l'autre vers le néant. Car il est des œuvres qui, miigjquement, 
iipporlent avec eHes comme un parfum de mort, des œuvres que l'on 
sent être terminales, des œuvres belles certes, mais qui n'engendrent 
que la désespérance et le renoncement. En un certain sens, on pour- 
rait peut-être dire qu'il est un art œdipien jeune, plein de promesses 
ef d'élan, et que Ton rencontre précisément dans les civilisations qui 
progressent et qui marchent vers l'avenir^ tandis qu'à Topposé se 
situe un art narcissique qui décline et s'attarde^ qui est Tart des 
peuples las et des individus vieillis. 

Je ne sais si ce rapide voyage à travers la pensée magique dans 
Part vous aura apporté la réponse que vous pensiez trouver à la 
question qui m'était posée. Je n'aurai pas la prétention de l'espérer. 
Et d*ailleurs, c'est là une question trop neuve^ trop complexe^ trop 
étendue surtout, pour pouvoir, eu la traitant dans une conférence* 
faire autre chose que d'en indiquer les principaux aspects et de 
souligner ]es nombreux problèmes qu'elle soulève. J'espère toutefois 
vous avoir montré l'intérêt que son étude peut avoir dans Testhé- 
lique, car elle éclaire d'un jour nouveau, encore que bien inconi- 
plel, ces points mystérieux entre tous : qu'est-ce que Part et pour 
quoi Tari ? Peut-être permet-elle même d'en donner déjà une timide 
i^éponse : Activité de luxe dérivant peut-être du jeu quand sV ajoute 
]e rytBme, l'art, en s'élevant, lorsque s'y intègre la pensée, devient 
une création magique. Mais une création instant à Téchelle hu- 
maine et par conséquent plus fictive que réelle. Et pour qu'un peu 
de réalité vienne s'y infuser, pour que de la vraie vie vienne le péné- 
Irerj il faut, tant de la part de l'artiste créateur que de l'amateur 
qui contemple, un état d'exaltation magique encore^ qui fait passer 
de l'homme à Toeuvre un peu de force animatrice. N'est-ce pas là 
rimage d'un jeu ? Mais d'un jeu plus vaste que le jeu primitif qui 
mettait seulement en action les mouvements et les rythmes. Jeu 
mille fois plus divers aussi, qui peut être s'est d'abord établi sur 
cette modeste première assise, et qui progressivement est monté 
jusqu'à de vertigineuses hauteurs : jeu de la pensée avec elle-même^ 
jeu de la pensée qui se pense elle-3nême, jeu de la création ^ abou- 
tissant finalement, dans ses réalisations les plus hautaines, jusqu'à 
l'identification magique avec ïa Divinité* 



La Pensée magique dans le rêve 



Par le D'' S. NAGÏiT 



« Que serîoDS-aous donc sans le secours d^ ce 
qui n'existe pas ? » P. VALéRV. 

Mesdames^ 

Mesdemoiselles, 

Messieurs, 

On vient toujours trop tard, pourrais-je dire. 

En effet, après les brillants exposés qui ont été faits ici même suc- 
cessivement sui^ la pe]isfte magique dans la mental ilé primitive, dans 
la névrose, dans l'art, etc*, vaîs-je encore pouvoir vous montrer des 
aspects nouveaux de ce problème ? Je crains bien que non ! 

Cependant^ les questions qui \ont être eiileurées au cours de cette 
causerie, ce soîr, sont si ptissiomiiintes qu'il me vient quelque espoir. 

Nous devons, en effet, nous entretenir de la pensée magique dans 
le rêve et où trouverait-on je vous le demande plus merveiî- 
Icuse rencontre que celle de la pensée magique et du rêve ? 

Le rêve, cette expression si mystérieuse de Tâme, si obscure entre 
toutes, commence à s'éclairer peu à peu si nous suivons le chemin 
lumineux, tracé par Freud et qui nous mène à Tinterpr^tation du 
songe- Maïs celui -ci ne nous livre réellement son secret profond, 
agissant^ que si nous le considérons animé par cette force que cons- 
titue la pensée magique précisément. 

Freud nous a appris à comprendre le rêve, à lui découvrir un sens. 
Ce sens du rêve, nous le connaissons aujourd'hui ; il tient en quel- 
ques mots : c'est un désir qui s'exprime et qui, en ce faisant, se réa- 
lise dans le rêve, un désir qui, pour une raison ou pour une autre, 
avait été Jngé irréalisable par le conscient dans la réalité exté- 
rieure, dans la vie éveillée. 

Ce qui n'est pas possible dans le monde extérieur, réel, devient 
alors possible, dans le monde intérieur, dans le monde de la pensée. 
Mais alors, pourraît-on dire, c*est bien trop facile^ c*est un pur jeu 
de Tesprit, voire même un jeu de dupe. 

Comment Tesprit humain peut-il se laisser prendre à ce leurre ? 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS LE ïlÊVE 85 



Ainsi se pose tout de suite un preblème prodigieux, le problème de 
rniusioïij de Tillusion Immaine dans ce qu'elle a de plus hicUspeu- 
sabïe à la vie. Car Tliomme, tout homme, vit à partir d'un ceitain 
moment, passé une certaine frontière* d*illusîon, de fiction* « Que 
serions-nous sans le secours de ce qui n'existe pas ? ?> se demande 
Valéry* Mais comment rillusinn peut-elle suppléer ou se confon<lre 
jusqu'à un certain point avec le réel ? 

Comment un leurre peut-il apparaître véiité ? 

C'est ici que la comprcliension des méc^inismcs de la mentalité 
primitive et tout particulièrement de Ja pensée magique nous 
,:aîdera à trouver les réponses. 

J'ai peui' de tomber dans des redites, mais il est indispensable 
avant d'aborder le rêve — même dans ce qu*il renferme de pensée 
juagique, d'envisager très brièvement celle-ci, d'abord dans le cora- 
portemeïil du primitif et de l'enfant. L'un aidera à comprendre 
Taulre, d'ailleurs, aiiiKl que nous le verrons plus loin. 

Voici rhomme primitif d'abord, Thomme qui ne sait rieiij 
riiomme qui ne connaît rien du monde qui Ten^ironne. L'homme 
<jui, faible et désarmé devant les pliéiiomèncs de la vîe^ n'a même 
pas une notion nette de son propre moi. L'être humain^ à ce moment 
de son histoire, se confond pres<}ue avec ce qui Pentoure et cepen- 
dant pas assez pour échapper à tout ce qu'il sent de menaçant^ de 
-dangereux autour de lui. Car il se sent entouré d'éléments hostiles, 
d'esprits malveillants, d'hommes eimemis, de bêtes dangereuses* Et 
tout ce monde hostile^ il l'imagine animé, régi par des forces mysté- 
rieuses, in'\isibles. Il a peur ! 

Cependant, tout ce monde puissant et invisible, dont le mystère 
est fait du danger présent à chaque pas, il imagine de le soumettre, 
de se l'asservir, El cela non pas tant pour le dominer que pour 
se protéger j pour niure 1 C*est rensemble des moyens que riiomme 
primitif emploie à ce dessein qui constitue la magie* 

Procédé magique est tout ce que le primitif utilise afin de se con- 
cilier, ou de faire agir, Finvisible. Désire-t-il la pluie i)our ses 
champs, il lui suffit de s'y promener avec un voile tendu de telle ou 
telle manière, Souhaite-t-il la mort de son ennemi, il n'a qu'à trans- 
percer d'une flèche son image ou seulement ce qu'il a décrété Être 
r image de l'ennemi pour que celui-ci meure. 

Convoite-t-il une femme, il n^aura qu*à prononcer telle ou telle 
formule^ et son amour se réalisera. 



88 KEVUE FRANÇAISE DE PS YCll ANALYSE 



Désîre-t-il que son flls ait le courage et la force du lion, il lui suf- 
fira pour cela de lui faire manger du cœur de lion. 

Bref, toul danger peut être écarté^ tout souhait réalisé^ tout but 
accompli ! 

On peut dire que le primitif igjiore ainsi Vimpossible. Pour lui, 
tout est possible^ à condition de se livrer à une de ces i< actions en 
miniature » si vous voulez car tout acte juagique apparaît comme 
une action réduite, un acte en miniature. Ou bien, il peut même se 
passer de ce semblant d'action, il lui suffit de désirer, de penser^ de^ 
songer ! 

Voilà donc Thomnie primitif, l'être faible, devant l'inconnu de la 
vie, menacé de toutes parts, animé ainsi — à ses yeux tout au moins 

d*une force, d'une puissance sans limite* 

Le voilà grâce au miracle de l'illusion fort et surtout hors 
de tout danger. Le ])ut est ainsi atteint. Mais ci*où lui vient cette 
croyance, cette foi en lui-même ? Vous connaissez tous Thypothèse 
de Freud à ce sujet, La pensée magique est régie par ce que Freud 
appelle « la foute-puissance des idées ^>. 

C'est d'un de ses malades que Freud tient cette expression de 
« toute-puissance de la pensée », et c*est en analysant des malades 
que Freud a pu édifier sa théorie de la pensée magique. 

Cette Ihcaries quoique incomplète comme nous le verrons i>lus 
loin, est cependant celle qui a le plus approfondi la question. Une 
autre théorie celle de Frazer en particulier si précieuse quant 
au comment, aux formes de la magicy reste impuissante à nous 
expliquer le fond du phénomène, c'est-à-dire celte croyance illimitée 
dans la puissance de la pensée ou du geste. Ce phénomène de 
croyance dans la pensée et qui mène à refficaciié de la magie, est le 
fait dominant* 

Freud a montré que ce môme phénomène peut se rencontrer chez 
certains malades (notamment les obsédés) qui croient qu'il leur sut 
fit de penser à telle ou telle chose pour que tel ou tel événenjeni se 
px'oduise ou, au contraire^ ne se produise pas. 

Nous assistons ainsi en présence de ces malades à des modes de 
pensée identiques à ceux du primitif, C*esl que le névrosé et le pri- 
mitif se rapprochent en effet par certains côtés de leur psychisme, 
c'est-à-dire par leur aff^eetivilé si particulière. Particulière en ce 
sens que chez Tun comme chez Tautre, elle occupe le premier plan 
du psychisme et domine toute la pensée. 



J— ^^^^■^■-JM ■ ■^^^^^^■^^Mifc 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS LE ViÛYB 87 



C'est riiitensité du désir iiileiisité coiumandée par celle de 
raffecl qui peut nous aider à comprendre celte croyance en la 
« îcate-puissancc des idées *>. 

Mjiis encore faul-il que cette activité se déroule sur un plan parti- 
culîfir, s'exerce sur un mode spécial. 

En effet, Freud a été amené à décrire dans révolution psyclio- 
affectîve des êtres, le stade dit narcissique. Certains névrosés, de 
même que le primitif, de même que le rêveur, nous le verrons 
plus loin vivent sur le mode narcissique de leur affectivité. 

Ce stade narcissique correspond à une étape de révoliilion où 
rindividu est incapable de diriger son désir ou son intérêt en dehors 
de lui-même. Toutes ses forces libidinales sont prisonnières de son 
propre moi. Elles vivent et se satisfont sur elles-mêmes. 

Le sujet ainsi épris de lui-nicme se croit et se sent le centre et le 
but de *ow*. Tout est centré sur sa propre personne. 

Il s'allribue donc une valeur exagérée, pouvons-nous dire. 

Dès lors, ses désirs, ses souhaits, ce qu'il vent, prendra également 
une valeur démesurée, une force disproportionnée avec la réalité^ 
d*où cette croyance dans sa propre pensée, cette pensée dont la 
charge affective se trouve être ainsi en effet énorme. 

Nous pouvons donc dire que la toule-pnissanee des idées (source 
dynamique de la pensée magique) est en fait la toute puissance des 
affects. Ici, s'arrête Texplication psychanalytique de la pensée 
magique^ telle que Freud l'avait donnée. 

Elle peut être poussée plus loin par l'analyse du comportement 
des enfants. Pour cela, les études subtiles de M, Piaget, de Genève 
entre autres sont particulièrement intéressantes. Le développe- 
ment qu'il donne à la notion de réalisme chez Tenfant, ses réflexions 
judicieuses sur Torigine de la participation éclaire remarquablement 
les probiémes qui nous occupent ce soir. 

Ces faits d'observation nous aident à mieux comprendre comment 
cette valeur exceptionnelle dont le narcissisme charge le désir 
aboutit à la croyance en son efficacité. 

En effetj nous pouvons croire à tout ce que nous voulons tant que 
quelque chose ou quelqu'un ne nous en empêche pas en nous infli- 
geant un démenti. Ce démenti ne peut venir que du dehors, de la 
réalité extérieure, de la réalité tout courL 

Maïs c'est précisément la conception de la réalité, conception si 
singulière que se fait l'enfant à Tinstar du primitif et, comme nous 



SS REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Je verrons plus loin, le rêveur à sou lour, c'est cette conception de la 
réalité que permet la croyance dans la toute piiiss?ince de la pensée. 

Cette conception de la réalité apparaît comme particulière du fait 
du peu de développement du moi de Tenfant au début de sa vie^ ou, 
2)eut-on dire, de Vabsence de la conscience du moi. 

Chez lui, la distinction entre son propre moi^ donc entre son corps 
et la réalité enviToniiantej entre les autres corps ou objets, n'existe 
pas d'une façon précise. L'enfant, jusqu'à une certaine période de 
son développement, confond la réalité extérieure et sa propre réa- 
lité. Il s'identifie avec le leste du monde* Ce qui l'entoure lui appa- 
raît comme un prolongement de lui-même. Son monde se confond 
avec îe monde, il est le monde. 

C'est ainsi qu'il est amené à ignorer qu'il puisse exister autre 
chose que ses désirs. Il ne peut donc qu'ignorer quMl puisse y avoir 
opposition à la réalisation de ses désirs» D*aineur^j si nous obser- 
vons la vie du tout petit enfant, nous pourrons mieux comprendre 
tout cela, car en fait les premières expériences de l'enfant ramène- 
ront fatalement à celte conception narcissique du monde. Pour un 
enfant, sa personne n'est pas seulement le centre du monde, elle est 
plus, elle est le Monde. Cest précisément cette confusion initiale qui 
va nous rendre- tout intelligible. 

Par exemple, observons T enfant qui commence à prendre con- 
science de ses propres mouvements, de son propre corps. L'étonné- 
ment et la joie qu*éprouve l'enfant qui exécute ses premiers mouve- 
ments volontaires sont à ce point de vue significatifs* On a Fiinpres- 
sîon dit M. Pi âge l — qu^il éprouve la joie d'un Dieu qui dirige- 
rait à distance les mouvements des astres ! <' Inversement, quand le 
bé]>é prend plaiisir aux mouvements situés dans le monde extérieur, 
comme les mouvements des rubans de son berceau, par exemple, il 
doit sentir une liaison immédiate entre ses mouvements et le plaisir 
qu'il en a. Bref, pour un esprit qui ne distingue pas le moi du monde 
extérieur, tout participe de tout et tout peut agir sur tout. » 

La participation pré-logique j^é suite ainsi d'une indifférenciation 
entre la conscience de l'action de soi-même sur soi-même et la con- 
science de l'action de soi sur les choses. Ajoutons encore à tout ceci 
le rôle si important de Tenlourage de l'enfant qui apporte une com- 
plicité sérieuse au développement du narcissisme, c'est-à-dire à la 
croyance de î* enfant à sa propre toute-puissance. En effet, les parents 
eî tout l'entourage en général n*ont qu'une hâtCj c*est celle de donner 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS LE RÊVE 80 



immédiatement sallsfactîon aux désirs et aux besoins du nourris- 
son. Les moindres désirs sont réalisés, les ennuis écartés il suffît 
pour cela d'un cri ou d'un regard c'esl-à-dire que tout et tous lui 
obéissent. 

Ses propres mou\cinents lui obéissent aussi bien que ceux des 

.auïres qui lui apparaissent comme la continuation^ le prolongement 

des siens. Ainsi, puisque son propre corps lui obéit comme les 

4îorps et les choses qui l'entourent lui obéissent — tout doit lui obéir. 

Dès lors, le mon de j Tu ni vers est conçu sur ce mode. D'où la vertu 
magique du désir» de son désir^ de sa volonté sur les choses et les 
êtres, sur la réalité extérieure. Nous parlions au début de cette cau- 
serie de ce mystérieux phénomène psychologique qu*est l'illusion. 
dans ce qu'elle a de plus général^ de phi s humain et de plus vitaL Se*i 
sources se confondent évidemment avec celles de la magie. Et nous 
Tenons de voir que ce qui nous apparaît comme une illusion a été 
^uand même à ua moment donné quelque chose comme une réa- 
lité. Ce sont ces premières sources de la pensée narcissique sour 
^es si profondes, donc si ancrées dans Tâme humaine qui con- 
fèrent à l'illusion son attrait éternel mais aussi sa force. Ce paradis 
de ]a toute-puissance narcissique sera difficile à quitter pour cer 
tains êtres* En tout cas^ tous les êtres en seront fortement marqués à 
tout jamais. Plus tardj ils en auront la nostalgie. Nostalgie d'autant 
l>lus aiguë que la réalité sera plus dure à accepter. Certains, parce 
que les difficultés sont trop grandes* y reviendront par régressions 
successives et là letrouveiont cette illusion de toute-puissance dans 
diiïércnls uLats pathologiques appelés à juste titre par Freud 
névroses ou psychoses narcissiques* Mais, sans aller si loin^ tous 
faut que nous sommes, nous éprouvons le besoin de ce retour en 
arrière, de ce voyage vers le paradis narcissique de notre enfance. Ce 
retour^ nous l'acconiplissuns chaque nuit, car nous rêvons chaque 
nuit. 

Le rêve n'est, en effets qu'un phénomène narcissique et il ne livre 
son secret que si nous faisons appel à ce que nous savons sur la pen- 
sée narcissique^ c'est-à-dire sur la pensée magique. En eiïet, dans le 
rêve, nous retrouvons poussée à Fextrême cette confusion de la pen- 
sée et de Taction, du moi et du non-moij du monde subjectif et du 
monde objectif. 

Un autre élément apparaît également comme essentiel, c'est le 
svmboîe. 



90 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Pour la compréhension du symbole, Tetude de la phase narcis- 
sique de la pensée est également très précieuse, 

C'est, en effet, à cette même époque que le langage se développe^ 
les mots se forment, les images aussi. 

Tout obéît encore à une confusion inhérente celle où le ^igne^ 
le symbole, se confond avec la cJiose signifiée. Ainsi le signe peut 
remplacer le signifié, Tacte sym])oliqiie, Taction efficace. 

Nous verrons combien dans le rêve ceci est phénomène courant. 

L^étude de la pensée magique chez le primitif de la pensée nar- 
cissique chez l'enfant nous a ainsi rendu compréhensibles les 
éléments essentiels et dynamiques du rêve. 

Maintenant, avant d'aborder définitivement le rêve de l'adulte, 
nous allûiis faire encore un dotour si vous le voulez bien. 

Nous connaîtrons mieux les rêves d* adulte s si nous essayons de 
voir un peu comment rêvent les primitifs et comment rêvent les 
enfants. 

Voirons d'abord les rêves des primitifs. 

Deux faits psychologiques se retrouvent à la base de Tattilude des 
primitifs à Tégard de leurs rêves. 

Ils ne sauront nous surprendre après ce que nous avons dit au 
sujet de la pensée magique. Ces phénomènes psychologiques ont 
d'ailleurs été notés judicieusement par des oljservateurs tels ane 
Spencer et Gillcn et le major PowelL 

Les premiers disent textuellement ; « Ce qu'un sauvage connaît 
en rêve est juste aussi réel pour lui que ce qu'il voit quand il est 
éveillé, » 

Et le major Po\vell de dire : <( La confusion des confusions daus 
la pensée des non-civilisés est la confusion de V objectif et du subjec- 
tif, n 

Encore une fois, nous sommes maintenant à même de com- 
prendre ces faits psychologiques apparemment surprenants, sî 
nous tenons compte des connaissances que nous avons sur la pensée 
magique. 

Voyons maintenant quelques exemples de rêves de prîmîtHs cités 
dans Fouvrage de Lé\7-Bruhl sur << Les fonctions mentales dans les 
sociétés primitives ^>* 

En Australie, si un homme rêve que quelqu'un a en sa possession 
de ses cheveux, ou un morceau d'un aliment qu'il a mangé, ou d'un 
vêlement lui appartenant, il est persuade que le sujet en question 
lui a, eu efl'et, pris quelque chose lui ayant appartenu. 






LA PENSÉE MAGÏOUE DANS LE RÊVE 91 



L'individu qui a rêvé qu'un serpent Ta mordu, il lui faut 
s^i^Te le même Irtiitemenl que si^ en réalité^ un serpent l'avait 
mordu, etc., etc. 

Voilà pour la réalité accordée au rêve. 

Mais il y a plus il y a Vobéissaîicc au rêve un ordre reçu eu 
rêvé doit être exécuté. 

Un désir réalisé en rêve doit être accompli en réalité. 

Et cela non seulement par le rêveur, mais ausKÎ par los personnes 
qui sont visées en rê^e. Ainsi, un homme rêvant qu'il a reçu les 
faveurs d'une femme, s'il raconte le rêve à cette femme, celle-ci ne 
saurait plus se refuser à son désir. 

L'obéissance au rêve est absolue. Pour le primitif (psychanalyste 
avant la lettre) le rêve exprime « un désir de Vâme >s personne ne 
saurait désobéir à un désir de Tâme sans encourir les plus graves 
dangers, dit-iL 

Chez V enfant, on retrouve les mêmes réactions à l'égard du rêve* 
L*enfant pense que le rêve est un fait venant du dehors, et extérieur 
a sa personnes donc ayant une réalité en soi^ Aussi lui accordent il 
une foi absolue, 

r 

Tel cet enfant cité par Piaget, qnî vécut jusqu'à Vàgc de douze 
anSf convaincu qu'il avait passé sous un train en marche parce quMl 
avait fait quelques années auparavant un rêve au cours duquel il 
passait sous un train. 

Pour le reste, la majorité des rêves d'enfants sont ou bien des 
rêves de peur, des rêves d'auto punition, ou bien des rêves de réali- 
sation de désirs. Les désirs, de même que les événements de la jour- 
née qui les conditionnent sont exprimés si directement qu'ils sont 
presque des copies de la réalité* 

Qui ne connaît l'exemple de Penfant qui, ayant rêvé d'un objet 
reçu, le réclame à son réveil ? 

Mais il n'y a pas que Tenfant ou le primitif pour croire et ce en 
vertu de la pensée magique à la réalité du rêve. 

Il y a toute une catégorie des malades de Tcsprit dont le tableau 
clinique frappe par son analogie avec Tétat de rêve. 

Sans citer les psychiatres, d'autres auteurs ont souligné cette 
analogie. Pour Kant, un fou est « un dormeur éveillé ^). Scbopen- 
hauer appelle le rêve une courte folie, et la folie un long rêve. C'est 
qu*il y a plus d'un point commun entre le rêve et la folie. 

Nous ne pouvons développer ici cette question. En tant qu'ayant 



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92 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



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trait à la pensée magique, elle a été traitée par le D'^ Leuba ici-même 
dans sa conférence sur la pensée magique chez le névrosé* 

Nous voudrions simplement dire quelques mots au sujet de cer- 
tains états ayant plus particulièrement trait à la pensée magique en 
iuênie temps qu*au rêve, cela pour nous permettre de serrer davan- 
tage le problème du rêve. 

Il y a avant tout deux états mentaux morbides très proches du 
rêve : c'est ^ d*une part, les états d'onirisme et, d*autre part, certains 
^tats sclnzopliréniques où domine Vautisme, 

L'onirisme est un état menlaï morbide très souvent lié à une 
inloxicalion et au cours duquel le sujet vit un rêve éveillé, c*est-à- 
dire que, sans dormir, il éprouve des sensations (des hallucinations) 
^t se comporte comme un rêveur dans son rêve* La croyance aux 
phénomènes éprouvés est absolue. 

Telle cette femme, en proie au délire onirique, que nous eûmes 
roceasion d'observer H y a quelques semaines. 

II s'agissait d'une jeune femme qui, en quelques mois, vil mourir 
successivement ses trois enfants. Ces é\énem«nts tristes entraî- 
nèrent un état dépressif. De plus, elle fut soumise à une interven- 
tion chirurgicale. Quelques jours après cette intervention, on nous 
ramena dans notre service à THôpital Bîchat en raison de son état 
mental. Elle était précisément atteinte d'un état onirique* Au cours 
de son délire, elle voyait ses trois enfants à côté d'elle^ leur parlait^ 
faisait semblant de jouer avec eux et de les caresser. Bref, elle les 
avait ressuscites ! 

Ailleurs, dans les états d'autisme tels qu'on les observe dans la 
schizophrénie^ on assiste également à une transformation magique 

narcissique de la réalité. 

Les malades auxquels nous faisons ici allusion sont des êtres 
ayant perdu tout contact avec la réalité extérieure. 

Leur vie est purement iiitérieure- Ils vivent dan?; un rêve éveil lé^ 
, fflaî s un rêve en quelque sorte dirigé. Dirigé dans le sens d'une 
transformation ou plutôt d'une substitution de la réalité intérieure 
à la rctilité extérieure. Tout obéit^ bien entendu, à leur volonté toute 
puissante- 
Ce sont encore des êtres ayant glissé vers une profonde régression 
psychique sur le plan narcissique. Ils se sont ainsi plongés dans un 
rè\e éveillé mais continu* 

Si nous voulons nous approcher encore plus du rêve, nous n*avons 



^i^^nri^' 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS LE RÊVE QJ-Î- 



qu'à évoquer en deux mots ces « rêveurs éveillés » qu'ont dépeint Jsi 
bien Borel et Robin* 

Ces êtres, qui juonîrcjït à l'extérieur un visage normal et mènent 
une \ie apparemment adaptée, mais qui, en même temps, ont leur 
regard intérieur fixé sur une rêverie sans cesse enrichie et déve 
loppée à tel point qu'elle efface la réalité et leur offre jour par jour 
la compensation, la consolidation du rêve. 

C'est un rêve éveillé, you^Uj librement consenti^ sciemment ciiliivtK 

Il en est, bien entendu^ autrement du rêve nocturnen 

Il apparaît, lui> le rêve liabltoel, comme un phénomène étranger 
apparemment subi, sinon imposé. 

Il n*y a cependant là qu'une apparence. En fait, nous voulons le 
rêve, nous l'appelons de même que la rêverie. Seulement, cette 
volonté est la volonté de l'incon&cient. C'est que Tînconsoîent de 
riiomme normal utilise le rêve de la même manière et dans le même 
but que Tincon scient du m^alade u fi lise la névrose* C'est pour lui une 
échappatoire, un compromisj une fiction, maïs peut-être aussi quel- 
que chose d'indispensable, une nécessité psychologique* 

En efl^el, tous nous avons besoin de rêver* Le rêve nous est utile. 
Son utilité est prouvée par son existence mcme. Mais l'utilité et le 
]mt du rêve ne peuvent nous être vraiment compréhensibles qu'eai 
tenant compte de ce que nous savons maintenant sur la pensée 
magique, sur la loute-puissaiice de la pensée. 

Le rêve ne remplit son but but que nous essaimerons de définir 
plus loin que parce que nous croyons d'une certaine manière à 
ce que nous rêvons- Nous prenons en quelque sorte i>our vrai, pour 
réel, le contenu du rêve. Nous croyons à la réalité du rêve de la même 
manière qu'à la réalité d'un phantasme, c'est-à-dire nous y croyons 
sans y croire, nous y croyons pour un monienL Mais pendant que 
nous rêvons* nous y croj^ons fermement. 

Cette croyance ferme et cependant intermittente n*est possible qne 
parce que durant le temps du rêve la pensée revêt son caractère de 
toute-piiissaTice que lui confère la magie. Car, en eflfet, nous retrou- 
vons dans le phénomène du rêve réalisé touieà les conditions psy- 
chologiques qui rendent possible la pensée magique. 

Le psychisme d'un homme qui rêve est régi par les mêmes lois 
que le primitif, c'est-à dire qu'il est ramené au stade narcissique du 
développement psychique affectif tel qu*on peut Tob server , ainsi 
que nous l'avons vu, chez Tenfant. 



94 REVUE FRANÇAISE DE PSYGHANALTSI - 



^^^PW^H^^t^i^BÉ^hdk 



Pensez tout de suite, si vous voulez^ à rimporUnce de premier 
ordre du symbolisme dans le rêve. Nous ne pourrons comprendra 
son importance et sa valeur tjïie si nous nous rapportons à riiomioe 
primitif qui, tel Tenfant^ confond îe signe avec le signifié, le symbole 
avec Tobjel symbolisé. Mais il y a plus* 

II y a tout l*enscTnble psycho-affectif du rêve. 

Le dormeur qui rêve présente plus d'une analogie avec le primitif. 
Il se place, surtout à Tégard de la réalité, de la même manière que 
lui et comme l'enfant, au stade narcissique, se plaçait vis-à-vis du 
monde extérieur. 

C'est surtout cette confusion entre le monde extérieur et ]e monde 

intérieur, entre la réalité objective et l'état d'âme subjectif qu*il faut 

relever^ car tout ceci permet le prolongement du moi dans la réalité, 

prolongement qui, ainsi que nous l'avons montré, aboutit à conférer 

ce pouvoir narcissique tout puissant, magique à lu pensée. 

C'est ainsi que tout devient possible dans le rêve. 

<t Toutes les facilités, tous les empêchements sont changes de 

» place : les portes sont murées et les murs sont de ga7e. Il y a des 

^> noms connus sur des personnes inconnues* Ce qui ferait Fabsurde 

^> de telles choses dort. Il est absurde de marcher sur les mains ; 

^5 mais si Ton n'a plus de jambes, et qu'un déplacement s'impose, il 

>ï le faut bien. « C'est ainsi que parle Valéry du rêve> Les murs sont 

de gaze il n'y a plus de murs. 11 n'y a pas d'obstacle. Rien de ce 

qui nous résiste à l'état de veille ne persiste plus. Nous sommes les 

maîtres* Notre pensée transforme^ commnnde, domine la réalité. 

L'homme qui rêve se retrouve dexanl la vie pareil au primitif, tout 

aussi fortj illusoirement, parce que faible, en realité. 

D'ailleurs, l'homme primitif ne se trompe pas, lui, sur le sens du 
rêve. 

« Le songe csl uai désii de Vàme '>, dit iL 

Vous voyez que la théorie freudienne du rêve repose sur cette 
tendance primitive de ^oir dans le rêve la réalisation d'un désir- 
C'est là le sens essentiel, profond, la source énergétique du rêve. Ce 
sens du rêve n'apparaît pas toujours facilement. Quelquefois même, 
il est si bien caclié, déguisé sous l'apparence incohérente du rcve, 
qu'il faut un long travail d'analyse avant de le découvrir. 

Laissons ces rêves compliqués dont le secret ne se livre que diffi- 
cilement et prenons, si vous voulez bien, des exemples simples, 
faciles, clairs. Là, nous verrons apparaître tout de suite la confirma- 
lion de la théorie de Freud, 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS LE HÈVE 95 



Une jeune femme de mes amies me racontait réeemnient le l'ait 
que voici. Elle av^^it perdu un bijou qu'elle ahnail beaucoup Oetlc 
perte lui avait fait une grande peine. Mais alors^ et pendant plusieurs 
nuits, elle rêva que son bijou était de nouveau près d'elle. 

\'oici un autre exemple : 

Un de mes malades qui venait d'être trahi et abfindoiiné par la 
femme qu*il aimait passionnément fait un rêve au cours duquel son 
ancienne amie est près de lui, son ^lisage tout près du sien et ce 
visage n'exprime que regret de la peine faite, qu*amour^ douceur et 
tendresse i:^ûur lui. 

Nous voyons ainsi le désir, ou le besoin de consolation* se réaliser 
en rêve» compenser ainsi la soufïrance îiilligée par les faits réels. 

Voici maintenant un exemple de rêve où Thonimp. pn hutte à des 
difficultés terrible s j se donne dans le rêve la satisfaction de les 
résoudre. 

C'est un rêve de Bismarck que le D^ Sachs rapporte et analyse 
dans le Traité de Freud sur la science des rêves. 

Bïsmarlt raconte dans ses mémoires un rêve qu'il eut en 1853, à 
Une époque, dit il, où il vécut les jouis les plus difâciles, alors « que 
nul œil liuniain ne voyait d'issue possible pour les affaires poli 
lîques »* 

u Je rêvais, raconte Bismarck, que je chevauchais sur un étroit 

> sentier des Alpes, A droite et à gauche^ des rochers, le sentier 

> devenait toujours plus étroit, si bien que mon cheval refusait 

> d*avancer et que le manque de place rendait impossible de revenir 

> ou de mettre pied à terre ; alors je frappai la muraille de rochers 

> de ma cravache que je tenais de ma main gauche et j'appelai 
î Dieu à mon aide ; la cravache s^allongea à l'infini, le mur de 

> rocher s'écarta comme une coulisse et ouvrit un large chemin, 
^> etc.. Ce rêve s^accomplit et je m'éveillai Joj^eux et fortifié », 
ajoute Bismarck, 

Sous ce symbolisme facile à pénétrerj on retrouves dans la pre- 
mière partie du rêve, le reflet de la situation pénible, sans issac^ dans 
laquelle se trouvait Bismarck en réalité à l'époque^ et dans la 
deuxième partie dn rêve Fissue est obtenue mîracaleasemciit par un 
coup de cravache qui ouvre le mur de rocher, et laisse apparaître un 
large chemin libre et sûr. 

Nous voyons ainsi dans ces trois rêves successivement le rêveur 
retrouver ce qn*il a perdu, nier son désespoir d'aniour, surmonter 
les difficultés les plus terribles. 



96 REVUE FKANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Et tout cela, il Tob tient par un geste ou par la seule force de sou 
désir. Nous voici donc en pleiTie action magique et nous saisissons 
ainsi sur le vif un bien curieux phénomène, l'homme adulte, 
rbomme civilisé^ se comportant pendant quelques instants pen- 
dant qu'il rêve tout comme l'enfant ou encore comjne le primitif, 
qui, livré à la magie^ essaye d'avoir raison de la vie par la seule 
ardeur qu'il met dans ses affects. Ainsi, si l'on introduit la notion de 
toute-puissance magique des idées dans le rê^e^ on n'aboutit pas 
seulejiieiit à une confirmation de la lliéorîe de Freud du rêve. Il v a 
lieu^ peut-être^ d'aller même plus loin et d'atteindre la source \ïve- 
du rêve, sa raison d^être^ son but^ son utilité même. 

L'homme faligaé, blessé^ lassé par la lutte de loas les fou^rs, 
reioiune ainsiy grâce au rêve^ au monde narcissique de son enfance 
oà sa toute-puissance j sa force, lai apparaissait sans limite et sans 
entrave. 

Il se console et trionxphe de tout. Ainsi râmc trouve un instant 
le temps du songe quelque apaïsement, quelque allégement. 

« Si nous rêvions toutes les nuits la même chosCj elle nous aOec 
î> terait autant qae les objets que nous voyons tous les jours, et si 
)> un artisan était sûr de rêver toutes les nuits, douze heures durant, 
» qu'il est roi, je crois qu'il serait presque aussi heureux qu'un roi 
)> qui rêverait toutes les nuits^ douze heures durant, qu'il serait 
j> artisan, ^> 

C'est Pascal qui pense ainsi. 

C'est que nous croj^ons durant le rêve à la réalité de ce que nous 
rêvons. Cette croyance peut se mesurer aisément au désespoir ou à 
la peine que nous épx^ouvons à certains réveils lorsque nous nous 
retrouvons à nouveau devant la réalité douloureuse que le rêve avait 
réussi à nous transformer pendant quelques instants* 

Aussi peut-être nous serait-il permis de formuler cette hypothèse 
d'après laqtielle le rêve correspondrait à un besoin de l'âme, qu*il 
remplirait une fonction psychique utile, salutaire. Je sais bien qu'il 
y a aussi les rêves de cauchemars, les rêves d'angoisse, les rêves 
pénibles* 

Ce n'est là qu'une contradiction plus apparente que réelle* Mais 
cela nécessiierail un développement de la question que nous ne 
pouvons pas donner ce soir. 

Continu lons-]i ou s de jappeîer que la psychanalyse nous a appris 
que l'homme ne désire pas toujours seulement ce qui peut lui être 



^mmm 



LA PENSÉE MAGIQUE DANS LE RÊVE 97 



agréable* Chez certains êtres sur lesquels pèse un lourd sentiment 
inconscient de culpabilitu^ Ton psul couslater un besoin intense de 
souffrir* Chez eux, le désir est souvent tendu vers la souffrance* 

Inconsciemment, ils s*arrangent, poussés par leurs tendances à 
rauto-puuition, à échouer là où ils auraient pu réussir* Souirrir au 
Fieu de se réjouir. Bien des symptômes névrotiques n'ont d'autre but 
que de donner satisfaction à ces tendances à l'auto punition. 

Nous trouverons ces mêmes tendances réalisées dans ces rêves 
j)émblesj angoissants, dans les cauchemars. 

Ces rêvés pénibles sont des rêves de punition que le rêveur sMnfiîge 
lui même pour se libérer du sentiment de culpabilité, 

PouL-être réussit-il -ainsi en se punissant pendant le rêve — 
à écliapppT, dans la \ie éveillée au^ tend^inces masochisteSj à tine 
auto^punition, réelle celle*ci. 

Mais il n*y a pas que les forces nuisibles au sujet lui-même qui 
trouvent une issue dans le rêve. 

La vie sociale oblige, fort heureusement pour la tranquillité de 
tous, Fhomme civilisé à réprimer maintes tendances hostiles, agrès- 
sives^ sadiques, à l'égard d'autniL Bon noinljre de ses pulsions 
refoulées trouvent un chemin libre dans le rêve ou tout est possible, 
tout est permis. 

Il n'est pas défendu de voir là un processus salutaire pour le bon 
équilibre de nos forces psychiques. 

Raison de plus de voir dans le rêve une fonction phj'^sîologîqne 
précieuse, ayant son utilité psychique. Le D^ Borel avait parlé, ici- 
nieine, de la miigie noire dans la névrose, de la magie blanche dans 
l'art. 

Ne pourrions-nous pas voir, dans le rêve, une magie bleue, le bleu 
couleur de ciel, couleur d'illusion, et aussi de calme, d'apaisement 
4e l'âme ? 



■ ■ *■ ^ p 



*IEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE. 



La Pensée magique chez Fenfant 



Par Sophie MORGENSTERN 



IJ est souvent question de savoir de quel ïangaga il faudrait se 
servir pour que Tenfant nous comprenne, et aussi comment il faut 
faire pour comprendre Tenfant^ ses questions, ses réponses, son 
comportement 

Cette question est tout à fait légitime, surtout vu l'amnésie des 
quatre premières aniiccs de la \de dont il est si souvent question en 
psychanalyse* 

La pensée et le comportement de l'enfant ont été caractérisés 
par Piaget comme analogues à celles d'un schizophrène, c'est-à- 
dire de Taliéné qui se retire dans sa tour d'ivoire et n^emploie quel- 
quefois qu'un langage dont la clé n'est déchiffrable qu*à l'aide d'une 
longue étude du malade même* Car Tentant, malgré son affectivité 
très vivcj en parlant aux autres, en racontant un événement, parle 
plutôt à lui-même et ne s'aperçoit même pas souvent que son entou- 
rage Ta mal compris ou ne Ta pas compris du tout. 

Mais ce langage et cette attitude de Tenfant, en apparence autis- 
tes, proviennent de Taiiglc^ ho us lequel il voit son entourage, 

A Tenfant, les adultes, les objets dont se servent les grandes per- 
sonnes, paraissent énormes- 

Pour parler et pour bien observer la figure de ses pareiils ou 
d*antres grandes personnes de son entourage* l'enfant est obligé de 
lever la tête, même par rapport à ses frères et sœurs, il est obligé 
d'appliquer ]a mesure du plus grand et du plus petit et de se com- 
porter en conséquence* 

Les objets dont se servent les adultes prennent des proportions 
gigantesques pour Tenfanl* car lui-même n'est pas capable, jus- 
qu'à un certain ûge, de s'en servir du tout ou convenablcjjient, mal- 
gré le grand effort qu'il fait. Il faut observer sa mine sérieuse quand 
il essaye d*aider sa mère ou son père dans leurs occupations et la 
peine qu'il éprouve pendant celle besogne- 

C*e£t dans ce chainpîonnal de la vie quotidienne que l'enfant se 



LA PKNSÉE JHAtSIÛUE CHEZ L'E>JFANT 99 



crée ces notions mystérieuses des êtres humains et des choses, et 
que ses parents lui paraissent de grands magiciens qui savent ma- 
jiîer sans effort ces objets gigantesques. 

La connaissance du coniportcnicnt de J'en faut, de sa pensée, et 
surtout de sa vie iniaginativej nous fait comprendre l'intérêt qu'il 
â pour les contes de fées, ainsi. que le rôle que cette littérature joue 
dans son évolution, quel que foi s pour toute la ^^e. 

LeAvis GaroII a décrit^ dans les aventures de la petite Alice au 
pays des miracles, les besoins affectifs et imaginatiis de l'enfant. 
La question du « plus petit >^ et du « plus grand « 5^ prend des 
formes symbolicrues très vivantes, 

V A. 

D*autre part Swift, dans le Vogage de Gulliver à Lillipui^ a rendu 
admirablement bien la disproportion de taille entre les enfants et 
leur père. 

Se sentir petit est très humiliant pour l'enfant, ainsi qu'en- 
tendre autour de soi des conversations et voir des actions dont le 
sens est souvent pour lui aussi incompréhensible que pour nous 
la conversation dans une langue que nous ne connaissons paSj car 
les mêmes mots peuvent avoir pour Tenfant un sens tout à fait 
autre que pour les adultes. 

Un de mes niaîades* qui était le plus petit de ses frères, me 
raconta qu*i] souffrait beaucoup de cette différence de taille. Dès 
qu*ll put le faire, il attachait pour la nuit ses pieds aux barres d-e 
son lit et mettait sa tête dans une serviette, qu'il avait attachée au 
chevet de son lit. Il a dormi pendant des années dans cette position 
de torture, d^ins Tespoir d'allonger sa taille en agissant ainsi* 

Une petite fille intelligente de huit ans Usait avec grand intérêt, 
à répoque où le mouvement révolutionnaire avait commencé dans 
son pa} s, un livre sur la politesse et les bonnes manières^ espérant 
obtenir par cette lecture une explication des faits qui se passaient 
autour d'elle. Elle s'intéressait même à la description des précau- 
tions qu'il faut prendre pour manger un œuf à la coque, car elle 
croyait que les faits décrits dans ce livre cachaient un sens mys- 
térieux des idées révolutionnaires défendues, et qu'à la fin il y 
aurait la clé de ce langage magique. 

Elk confondait dans son esprit politesse avec politique, et le jour 
où elle comprit son erreur elle jeta, indignée^ le livre qu'elle traita 
d'însipide et d'idiot. 

La difficulté de comprendre Tenfaiit devient plus grande dès 



lÛD REVUE FRANÇAISE DE PSYCiIA>;ÂL\'SE 



qu'il est dominé par Tidée de réalisation d'un désir et tâche de non s 
es:p!iquer sa pensée par des paroles dont le sens est pour nous établi, 
mais qui prennent pour lui, grâce à la charge afl'ective qu*il y 
ajoute, un autre sens. 

L'exemple suivant nous en donne la confirmation. 

Un garçon de six ans accuse sa jnère d'avoir donné Tannée der- 
nière des arrhes dans un magasin pour un costume de marin com- 
jiîandé pour lui, et de n'être jamais allée chercher ce costume. La 
mère est épouvantée par cette accusation calomnieuse de l'enfant^ 
prononcée par celui-ci souvent en présence d'autres personnes. La 
mère se rappelle, avoir été il y a un an une seule fois dans un 
magasin très éloigné de leur quartier, et d'y avoir acheté des chaus- 
settes pour ses enfants ; il n'y a pas été du tout question d'un cos- 
tume de marin pour Teufaiit, , 

L'enfant même me raconta, au cours de l'examen, qu'il désirait 
ardemment avoir un costume de marin et qu'il avait vu dans ce 
magasin un costume pour lui. Il était persuadé que Targent donné 
par sa mère au marchand représentait des arrhes pour son cos- 
tume, et quand sa mère lui avait acheté dernièrement îe costume de 
velours qu^il portait, il crut qu'elle avait oublié Fautre, 

La mère me confirma qu'il y avait dans ce magasin des costumes 
de marin tout faits. 

Pour cet enfant le désir de posséder un costume de marin était si 
tort qu'il crut que sa mère n'avait qu'à retourner dans ce magasin 
pour lui apporter le costume, car l'argent payé pour les chaussette^ 
s'était transformé dans son imagination en arrhes pour son cos- 
tume- 
Il croyait qu'en portant un costume de marin, il deviendrait un 
être plus important. 

Le père de cet enfant avait délaissé sa mère pour une autre 
femme. L'enfant voulait jouer à la maison le rôle autoritaire et 
hrutal du chef de faiuille et se sentait liunulié de porter un costume 
qu'il considérait comme trop simple. 

Le cas suivant nous montre un degré plus intense de la pensée 
magique chez T enfant. 

Une mère est venue me demander mon conseil pour sa fi II et le de 
quatre ans^ qui s'imagine que tout ce qu'elle désire existe, et se com- 
porte en conséquence. 

Elle parle à sa mère des jouets qu'elle voudrait avoir et prétend en 



LA PENSÉE MAGIQUE G1!E2 L'ENFANT -lOl 



même temps les possédex* ; elle appelle sa mère pour les lui mon- 
trer et fait des mouvements comme si elle maniait ces objets, 
arrange des jeux dans lesquels elle fait se]iibkiiil de se ser\ir de ces 
objets imaginaires. 

Celte enfant se comporte comme si elle réalisait un conte de fées. 
hlic. mime un jeUj mais y donne j^lus d'importance que d'autres 
enfants dans les mêmes conditions. 

Le jeu est même, dans le cas où l'enfant possède les objets appro- 
priés au jeu, un produit de son imagination, mais chez cette enfant 
il a un caracîère presque hallucinatoire et nous rappelle le compor- 
tement d'une délirante qui change sa voix pour s'entretenir avec ses 
sept fils, qu'elle porte dans son gosier, ou d'une obsédée délirante 
qui remue son cpauk gauche pour chasser le diable qui s*y pose^ 
d'après elle, de temps en temps. 

Le comportement de cette enfant et celui de ces malades sont 
basés sur la foi dans la toute-puissance de ïa pensée. Pour elle, 
ï'absence réelle des objets désirés, Timpossibilité de les toucher ne 
sont pas un obstacle pour croire en leur existence» de même que pour 
nos malades aucune preuve matérielle n*est nécessaire pour prouver 
Te^ïstence des êtres et des objets de leur délire. Il n'y a que la toute- 
puissance de la pensée qui leur permet de créer un monde dans 
lequel se réalisent leurs rêves et leurs désirs, 

Le plus grand domaine de la pensée magique chez Fenfant est le 
jeu qui lui permet de réaliser tous ses désirs, de donner libre cours à 
ses instincts* 

Seulement là, où Tenfanl crée lui-même son jeu et même les 
objets dont il se sert dans son jeu, il manifeste une pleine satisfac- 
tion. Les jouets les plus ingénieux, mais tout faits, ne l'amusent 
que les premiers jours et restent après hors d*usage, car ils 
empêchent Tenfant de puiser dans son imagination et de jouer le 
rôle du grand magicien qui anhii^ les objets, leur fait subir un tas 
d'épreuves, les élève à un grade qui correspond à ses besoins affec- 
tifs au moment donné. 

C'est pourquoi l'enfant aime à jouer à la famille, à Técole et, selon 
ses dispositions sadiques ou masochistes, il choisit dans le jeu le 
rôle du père, de la mère, de l'enfant, du domestique, du professeur 
ou de rélève. 

L'enfant arrive niêmu à se débarrasser de ses conflits familiaux 
ou seulement à mimer ces conflits dans son jeu. 



■ * ^ " ,^„,,^^^^^^^^^,^^^^„,l^^^^^^^^^,^^^^^ ^^ 



102 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



^PV^^^K'^^h^-^. -^ 



L'exemple le plus frappant du sens symbolique et magique du jeu 
me paraît le suivant : 

. Un garçon de six ans, qui fut mis en pension à Tàge de deux ans 
pour ne pas contaminer ses frères de ses mauvaises habitudes, 
organisa un jeu ingénieux avec une famîlîe de lapins en porcelaine. 
Le plus petit des lapins enterra la mère lapine avec un grand céré- 
monial et la ressuscita après quelques minutes. L*enfant ne se las- 
sait pas de répéter ce jeu toutes les fois qu'il se trouvait devant cette 
famille de lapins. 

Par ce jeu, l'enfant mimait son conflit familial et Tambivalance 
de ses sentiments pour jsa mère. Il voulait punir sa mère en enter- 
rant la mère lapine, mais il pourvoyait aussi le petit lapin de la force 
magique de ressusciter sa mère. 

Ce jeu, à caractère magique tellement évident- nous rappelle le 
double sens du sacrifice du primitif. Hubert et Mauss, dans VEssai 
^ar la nature et la fonction du sacrifice, disent que « le sacrifice peut 
servir à deux fins aussi contraires que celles d'acquérir un état de 
sainteté et de supprimer un état de péché». » Pour s*explîquer com- 
ment un dieu pouvait être tué, on se Test leprésenté sous les espèces 
d'un démon : c'est le démon qui est niis à mort, et de lui sort le 
dieu ; de Tenveloppe mauvaise qui la retenait, se dégage l'essence 
excellente. 

Si nous observons le coniporlement de l'enfant tout jeune qui 
s*est cogné ou brûlé, nous voyons qu'il traite les objets, qui ont causé 
sa blessure ou sa brûïure, comme des êtres vivants. Il tâche de les 
punir ou les évite ensuite comme un ennemi. L'enfant anime les 
objets en leur attribuant dt.r bonnes ou de. mauvaises intentions, 
comme le primitif qui peuple la nature d'esprits pour expliquer la 
pluie, Forage et beaucoup d'autres phénomènes de la nature. 



3k K 



Nous retrouvons la pensée magique, dans tous les pays et chez tous 
les peuples, dans la névrose, dans la pensée infantile et dans le rêve. 
En étudiant !a mentalité du primitif, du névrosé, de l'enfant, et en 
étudiant les rêves, nous sommes de plus en plus frappés par les 
traits communs entre la pensée du primitif, du névrosé et de 
Tenfant, toutes ces pensées sont caractérisées par la domination 
de rélément affectif» de cet élément qui donne à la pensée son sens 
magique et toutes ces pensées possèdent une clé commune avec celle 
du langage du rêve. 



WP^M^P^l^MP^^^^— i*^"^^^i^"^^"^^i**^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^— '■^1'^^^^™^^^^^^^ 



LA PENSÉE MAGIQUE CHEZ L'ENFANT 103 



^^^m^^m^^^mrvm 



Le champ lîmifé de réalisation de ses désirs, les propoiUons 
démesurées de son imagination qui ne va nulle part de j)air avec la 
vie réelle, pousse Tentant à chercher dans le monde magique une 
réalisai! on qui lui donne une satisfaction immédiate et coniplèle* 
Rien n^empêche l'enfant de vivre dans ce monde magique à côté de 
la vie réelle, 

André Maurois décrit en Melpc d'une maiiière ingénieuse le 
dédoublement d*une petite fllle. Françoise trouve un moyen msgîque 
contre les observations agaçantes de son entourage^ en se transpor- 
tant diins le pays féerique de Meïpe où tout obéit à ses désirs et à sa 
\c]onté. 

Pour l'enfant, la vie des adultes représente un monde mystérieux 
magique, dans lequel il voudrait pénétrer et qu'il voudrait s'appro- 
prier à tout prix. 

Le cas suivant nous montre à quel point l'enfant peut être impres- 
sionné par la vie de ses parents qui sont pour lui les grands magi- 
ciens capables de faire la pluie et le beau temps et qui ont de longues 
conversations sur des sujets que l'enfant ne comprend pas, et qui 
choisissent la nuit quand Tenfant dort, pour tenir ces conversations. 

Un garçon de dix ans^ très autoritaire, désobéissant, ayant des 
angoisses nocturnes, ne s'endorniMÎl pas avant minuit pour ne pas 
perdre un mot de la conversation entre ses parents. 

Cet enfant voulait absolument imiter la profession de son père qui 
=étaît représentc^Hit pour différentes maisons de commerce. Il se pro- 
cura des carnets pareils à ceux de son père, dans lesquels il inscri- 
vait les noms de ses clients imaginaires, II s'occupait souvent jus- 
qu'à minuit à confectionner ses listes de clients et à faire ses 
comptes. 

Cet enfant créa tout un roman sur le sujet de ses affaires : il 
tenait un livre de comptes dans lequel il inscrivait des chiffres fan- 
tastiques. Il s'im^iginait posséder un château avec deux cents cham- 
bres, avec cinquante domestiques. Il organisait des réceptions fas- 
tueuses, il invitait ses clients chez lui, les logeait dans son château^ 
leur donnait à chacun une femme de chambre, etc. Il inscrivait dans 
son lî\re de compte ses dépenses pour les réceptions où il était ques- 
tion de vin pour dix mille francs, de poulets et de fruits pour des 
milliers de francs, etc. Les étrennes qu'il donnait étaient en propor- 
tion : il notait des manteaux de fourrure et des bagues pour sa 
femme et sa mère s'élevant à des centaines de mille francs, des dons 
pour des hôpitaux, pour les pauvres dans les mêmes proportions. 



^P^i 



104 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCIÎANALTSE 



Cet enfant réalisait, par ses livres cEe compte, un rêve dans lequel 
il était lui même le grand magicien, qui créait un monde infiniment 
plus riche et plus varié que celui de ses parents qui vivaient dans 
des conditions assez modestes. 

Il obtenait par cette pensée magique la plus grande satisfaction 
car il déliassait son père par son chiffre d'affaires, par le nombre de 
ses clients ; il avait de meilleurs clients que son père et se les atta- 
chait par des fêtes de contes de fées ; il faisait des cadeaux prin- 
ciers à sa femme et à sa mère. 

Cet enfant attribuait une telle valeur mystérieuse à ses carnets dc^ 
compte quMl était profondément indigné quand sa mère les apporta 
à la consultation. li me les confia pour quelque temps à titre de 
grâce spéciale» 

Cet ordre d'idées magiques correspond en partie au\ idées magi- 
ques du délire lucide, mais aussi aux rites de la magie imitative des 
primitifs qui, eu imitant par des moj^ens artificiels un phcnomène 
réel désiré, espèrent oblenir sa réalisation, comme par exemple dans 
le rite magique de la pluie. 

Les cliillres d'affaires fantastiques, les dimensions incroyables des 
fêtes et des cadeaux, sont Texpression de la pensée infantile qui, 
d'une parts se calque dans ses productions imagina tîves sur les 
contes de fées^ mais qui, d*autre i^art, est caractérisée par le manque 
de mesure, car Tenfant ne connaît pas encore les dimensions exactes, 
des objets, ni la valeur exacte d'un cliiffie, son échelle des valeurs 
étant étalonnée sur la relation de sa taille à celle de ses parents ou 
d^autres adultes. Mais m^ine dans cet étalonnage, sa relation îiffcc- 
lîve avec les grandes personnes et les oljjets décide de la mesure et 
de la valeur qu'il leur attribue- 
La pensée magique ne s'exprime pas toujours che^: Tenfant avec 
autant d'évidence que les exemples i^récédents nous l'ont montré- Il 
y a encore une autre voie, une voie détournée par laquelle cette pen- 
sée se manifeste chez Fenfant, 

Le sens ni agi que de certains gestes est caché ; on arrive à le com- 
prendre par la connaissance du symbolisme qu'ils expriment ainsi 
que des motifs qui les ont provoqués. 

Nous connaissons tous les tendances destructives de certains 
enfants* ces tendances qui peuvent être dirigées vers des personnes 
même aimées de leur entourage, mais visent quelquefois seulement 
des objets qui appartiennent à certaines personnes ou à Tenfant 



l^l^M 



LA PENSÉE MAGIQUE CHEZ L'EKFANT 105 



même. Ces actes de destruction paraissent parfois inconipréhen- 
sibleSj comme des actes instinctifs ; leurs motifs ne nous sont acces- 
sibles que si nous arrivons à connaître la vie affective de Tenfant et 
si nous sojnmes familiarisés Q\ec le dcp la clément des réactions affec- 
tives* 

Par un acte agressif^ Tenfant cherche souvent à régler ses coriip'tes 
avec une personne contre la(juel]e ses griefs^ le plus souvent des 
griefs inconscients, sont portés. 

Les exemples suivants me paraissent instructifs comme exprès^ 
sion des réactions agressives traduites par la pensée magique. 

Un garçon de douze ans exaspérait ses parents par ses colè^e^ 
excessives^ dans lesquelles il jetait des objets par la fenêtre, décou- 
pait ses propres habits et menaçait de se suicider* 

Au cours du traitement psychanalytique, Tenfant racontait qu*jl 
ne jetait par la fenêtre que des objets qui appartenaient à sa sœur. 
Pendant qu'elle remontait les objets ramassés, il en jetait d*autres 
par la fenêtre. Il ne pouvait donner aucune raison compréhensible 
à ce comportement qu'il considérait comme une taquinerie sans 
importance. 

Je ne crois pas fahe fausse route en donnant Finterprétation sui- 
vante à cet acte : Ce garçon était doux et très affectueux jusqu'à 
rage de six ans, jusqu*au moment de la naissance de sa petite sœur. 
Le changement grave du caractère s'était produit les deux dernières 
années. 

C*est à ce moment de sa vie que le garçon avait appris qu'il portait 
un autre nom que sa sœur, car il était né d'une liaison de sa mère 
avec son père à lui et à sa soeur, mais sa sœur était venue au monde 
après le mariage de ses parents^ et son père refusait de le recon- 
naître, bien que Tenfant l'appelât « père » et qu*il n'y eût aucun 
doute que Thomnie qu'il appelait de ce nom fût son véritable père. 

Le^ sentiments hostiles envers son père et sa sœur, qui ornemen- 
taient de plus en plus, ne renipêchalent pas de les aimer. Cette ambi*- 
valence de ses sentiments, c'est-à-dire la présence simultanée des 
sentiments contradictoires, ne lui permettait pas de manifester son 
hosniîté vis-à-vîs des êtres contre lesquels elle était dirigée ; U 
accomplissait des actes symboliques qui correspondaient aux actes 
magiques des primitifs qui exécutent sur des ongles ou des cheNeux, 
ou sur des bouts de tissu du costume ^appartenant à rennemi, ou 
sur' l'effigie de Tennemi, les actes qu'ils voudraient faire subir :l 



rtfll^l^k^ 



IQÔ IIEVUE FR.iKÇAISH DE PSYCHANALTSE 



reiinenii même et qui croient que le mal qu'ils fout à ces objets se 
transmet aussi à leurs ennemis. 

Ne pouvant pas détruire sa petite sœur, qui était pour lui un 
reproche vivant de sa naissance illégilîme, qui et:aît un êUe privi- 
légié en comparaison avec lui^ il détruisait ses jouets ; au lieu de 
jeter sa petite sœur par la fenêtre, il jetait par la fenêtre des objets 
qui lui apparteîiaient. 

Ses antres actes destructifs avaient le même sens magique : par 
ces deux actes symboliques qui consistaient à découper son meilleur 
kabit et même à tenter de se jeter par lu feiiêli^e, il voulait frapper 
son père- En voulant se tuer, il voulait tuer le fils au lieu de tuer le 
père, et en détruisant les habits que le père lui avait achetés, il com- 
mettait le même acte sjonbolique* 

Le coinporteiueTit de ce garçon nous rappelle les manifestations de 
la pensée magique îmitative du primitif. 

L'exemple suivant nous donne encore quelques détails nouveaux 
de la pensée magique chez Ténia nt* 

Il s*agit d'un garçon de neuf ans et demi avec une légère arriéra- 
lion intellectuelle. Cet enfant^ qui est resté depuis Tàge de deux mois 
jusqu^à Tàge de neuf ans en pension, a été repris à cet âge par son 
père et la maîtresse de celui ci- 

L'enfant avait un vague souvenir de sa mère, cliez laquelle il a^aît 
passé quelques mois à Tàge de trois ans ; il ne connaissait son père 
et sa btlle-nière quv par un séjour très court chez euv dans une 
çhanihre d'hôtel- 

Le retour dans un foyer familial a\ec un cadre propre, ordonné et 
sympathique produisit chez ce garçon des réactions incompréhen- 
sibles. II devint brutal, agressif, destructeur et manifesta les mêmes 
actes hostiles que le garçon précédent, H jetait par la fenêtre des 
couverts, des pochettes de serviettes que sa belle-mère avait confec- 
tionnées, il découpait des rideaux, des hîihits à lui, il se pinçait les 
bras, s*égratignait la figure avec une fourchette. 

Cet enfant considérait que sa helle-mère était meilleure pour lui 
que sa propre mère ne Tavaii élé ; malgré cela, il ne pouvait pas lui 
pardonner d'avoir pris la place de sa mère. 

Il m'a dit qu'il ne pouvait pas s^habituer à la pensée qu'il ne ver- 
rait plus jamais sa mère. Tout ce confort qu*il n'avait pas connu 
avant lui paraissait étranger, hostile. 11 ne pouvait pas pardonner à 
son père et à sa beîle-mère d'avoir habité avec un de ses frères à lui 



LA PENSÉE UA.QIQVE CHEZ l'eNFANT 107 



^t avec le fils de sa belle-mère dans cet appartement qui lui parais- 
sait très grand, pendant que lui se trouvait en pension chez les 
sœurs. 

Par la destruction des objets qui appartenaient à sa belle-mère, il 
exprimait son désir inconscient de la détruire elle-mcme et de faire 
venir à sa place sa propre mère* Il déconpaît son babil au Heu da 
faire du mal à son père* 

Après un séjour de plusieurs mois à la clinique, où il a passé par 
une psYcIianalyse^ Tenfant demanda plusieurs fois à rentrer chez 
son père» mais sous condition que son père et sa belle-mère changent 
d*appartement et qu^ils déménagent, car il considérait la banlieue 
qu'ils habitaient comme un pays étranger, comme un endroit où 
rcgiiaient les mauvais esprits ; il parlait de la peur que lui inspi- 
raient la cave de cet appartement, sa cour et tout son entourage. 

En parlant de cette ini:nson, il devenait inquiet, anxieux. 

Ce comportement de Tenfant paraît être dirigé par la pensée 
magique. Ses actes de violence étaient des simulacres de la destruc- 
tion de sa belle-mère et de son père pour faire revenir sa vraie 
maman. 

Ce ne sont pas seulement les personnes et les objets qui se 
trouvent dans cet appartement que Tenfant voudrait détruire, c*est 
Tappartement même et le quartier qui devraient disparaître. 

Tant qu'il s'agit de substituer aux êtres contre lesquels sa haine 
était dirigée, des objets appartenant à ces êtres, le caractère 
magique des gestes de cet enfant est celui de la magie imilative ou 
homéopaliiique ; mais quand Fen faut traite la maison me me, toute 
la banlieue que ces êtres habitent, comme des choses impures qui 
inspirent une peur incompréhensible, nous nous trouvons devant 
des manifesUtions de la magie sympatliique. 

C'est l'expression classique de la toute-puissance de la pensée, e^ 
la capacité du déplacement <Jes forces mauvaises ou bonnes sur un 
être éloigné, ainsi que sur des objets de son entourage. 

Les magiciens des peuples primitifs transmettent par leur conlact 
une force magique aux objets dont ils se servent, qui à leur tour ont 
une action magique sur les êtres qui les touchent. 



4= * 



. Quand l'enfant se trouve devant des phénomènes qu'il n'arrive 
pas à comprendre par les moyens qui sont à sa dispositioUj la pensée 






108 REVUE FRANÇAISE Dli PSYCHANALYSE 



magique satisfait pleinement sa curiosité et Taide à se créer ur 
monde à lui dans lequel il se croit su]3érieur aux adultes. 

Tout ce qui concerne la question de la provenance des enfants, de 
îa différence des sexes, attire la cuiiosité et l'attention de l'enfant et 
devient pour lui l'objet des reclierclies les plus assidues. Le rapport 
entre cette curiosité et rexpression de sa réalisation est très souvent 
difficile à discerner, et il faut faire un grand effort pour retrouver 
ious les chaînons qui manquent et pour faire comprendre le sens de. 
cette manifestation. 

Les exemples suivants me paraissent intéressants à ce point 
de vue : 

Un garçon de dix ans qui montrait, après la naissance d'un petit 
frère, un changement de caractère avec des obsessions et des 
angoisses, commença à cette époque de sa vie, à sintéresser d'une 
manière maladive aux inventions. Il pas. sait tout son teni^js à dessi- 
ner des moteurs électriques dans l'intention de construire des 
aérobus. Il avait l'idée d'organiser une compagnie d'aérobus avec un 
service régulier dans toute la France, qnî aurait pu remplacer, avec 
le tenipSj tous les moyens de transport de l'Etat, Les dessins des 
moteurs, des véhicules, des lignes, étaient pour lui des objets sacrés 
qu'il ne montrait qu'aux personnes dans lesquelles il avait une 
confiance eoiJiplète. 

Cette invention avait pour lui une grande valeur affective, IL 
l'entourait du secret le plus absolu, il lui attribuait une signification 
magique, car le point essentiel pour lui était la victoire sur TEtat, 
la conspiration contre une force tellement supérieure à lui. Il ne 
parlait de cette invention qu'à voix basse, j) l'entourait d'un mystère 
profond et basait tout son avenir sur îa réussite de son în\entîon. 

Ce grand mysitère, cette préoccupation maludive n'était que 
l'expression camouflée de sa curiosité au sujet de la naissance de 
son petit frère. 

II exprimait par son activité magique, qu'il était aussi capable que 
son père de créer, et de créer même un oîjjel d'une valeur extraordi- 
naire et qui emporterait la victoire sur tout ce que son père avait 
fait jusqu'à présent, L*Etat contre lequel était dirigé toute son acti- 
vité n'était qu'un symbole de son père qui était employé de chemin 
de fer. 

Un autre garçon de treize ans, avec des troubles de l'affectivité très 
graves et des préoccupations sexuelles très prononcées, restait des 



MW«P 



LA PENSÉE MAGIQUE CHEZ L^ENFANT 109 



heures au caljîiiet à jouer avec ses matières. Il s'agissait d'un jeu 
très spécial : il fabriquait de ses selles de pelits bons hommes et se 
croyait progénileur de centaines d'enfants. Ce geste symbolique 
s*explique par lui-même, mais ce qi^î était le plus intéressant, c'était 
Ja manière dont il parlait de ce procédé. II se croyait au comble du 
bonheur pendant ce jeu, car il avait Timprcssion de produire des 
enfants, d'accomplir un acte mystérieux qui était déjà depuis long- 
temps Tobjet de ses plus grandes préoccupations. 

Nous retrouvons dans les rêves d<ïs adultes et des enfants ce sujet 
représenté par des symboles les phis bizarres qui nous montrent son 
caractère magique. 

Je trouve que le rêve suivant, qu'un de mes malades a eu à Tâge 
^di]lte, exprime avec une grande é\idence une théorie infantile sur 
ce sujet. 

Le malade rêvait qu*il se trouvait devant un magicien habillé en 
Oriental et portant sur sa tête une grande Luur, Le magicien faisait 
sortir de cette tour des prtntiiis et les transformait par le contact 
avec une baguette magique en êtres vivants» 

Ce magicien n*avait pas besoin d'une femme pour procréer des 
enfants : il les sortait de sa tête et Itiur donnait la vie par le simple 
-contact avec un bâton magique. Le symbolisme de la baguette magi- 
que cQmme sexe masculin est très transparent. L*idée que chacun 
des parents est capable de créer un être vivant est une conception 
infantile de la provenance de Tenfant. 

Le plus important dans ce rêve est l'élément magique. L'homme 
<^ui crée ces enfants est un magicien , sa tenue est celle des contes 
<le fées, la tour sur sa tête fait de lui un être à double sexe ; il pos- 
sède la tour (symljole du sexe féminin) dans laquelle se trouvent les 
pantins inanimés et le bâton magique Tattribut viril pour 
animer ces pantins* Le grand magicien est donc une fusion du père 
et de la mère, de ces deux êtres qui possédaient pour notre malade, 
comme pour tout antre être humain, une puissance magique. 

La question qui préoccupe Tesprit de Tenfant est celle ci : com- 
:ment se produit ce mystère de la procréation, quel rôle magique y 
jouent la tour et la baguette magique ? 

Je voudrais encore citer les deux rêves suivants qui indiquent la 
préoccupation chez deux garçons de la même qn est ion. 

Un garçon de douze ans me raconte un cauchemar qu'il a eu 
-entre six et huit ans> 11 se voyait dans ce rêve dans un cylindre posé 






110 REVUE FRANÇAISE DE FSYCHANALYSB 



horizontalement qui tournait très vile. Il y avait des bougies allu- 
mées à rintérieur du cylindre* Ce cylindre allait vers le fond en sj 
rapetissant, Tenfant même restait suspendu dans le milieu du cylin- 
dre, il avait peur du mouvement excessivement rapide. 

Ce rêve exprigie un essai de résoudre la question de la provenance 
de Tenfant par des images magiques. L'angoisse que l'enfant éprou- 
vait au cours de ce rêve est probablement le lellet de l'angoisse de la 
naissance ; on pourrait dire que le cyliîidre qui se rapetisse et se 
trouve en mouvement rapide* donne une image très vivante du pro- 
cessus de l'expulsion de l'enfant par les contractions de Tutérus. 
Nous n^essayons pas d'interpréter le sens des bougies allunices dans 
Je cylindre* 

Dans le rêve suivant d'un autre garçon, ce même problème est 
représente avec plus d'évidence. 

Un garçon de treize ans avait pendant plusieurs années un rêve 
angoissant qui se répétait assez souvent sous différents aspects, 

II se voyait dans un de ces cauchemars danç une grande chambre 
avec une petite sortie. Celte chambre se rapetissait de plus en plus- 
Il cherchait à en sortir, mais dès qu'il s'approchait de la sortie, il se 
trouvait entre deux morceaux de bois qui se rapprochaient l'un de 
Tautre. 

Dans le même rêve, îl se trouva tout d'un coup sur une feuille 
d'airain qu'un homme coupait en deux^ essayant en même temps de 
le couper, lui aussi, en deux. 

La chambre se rétrécissait, on le poursuivait, jusqu'à la sortie. En 
même temps^ un objet qui devenait de plus en plus grand s'appro- 
chait de lui. C'était comme une bille qui grandissait, se mettait sur 
son corps et récrasail. ^< C'était plutôt une boule méLalIiqiie qu'on 
avait élargie par la chaleur et qu'on a\ait fait passer par un 
anneau w, dit le garçon* 

Ce rêve nous rappelle le rêve précédent, mais il nous livre par les 
détails son interprétation. Même si îe jeune garçon ne nous avait pas 
donné Tinterprétaiion qu*il s'agissait de la représentation de la nais- 
sance de Fenfant et de sa procréation, le rêve même nous le dirait. 

Ce rêve cou tient beaucoup d'éléments fantastiques enipnmtés aux 
contes de fées : il se trouve sur une feuille d'airain qu^on découpe en 
deux, il se trouve entre deux morceaux de bois qui se rapprochent ; 
il se passe tout le temps des choses mystérieuses, incompichensibîes, 
magiques ; mais ce rêve, à caractère angoissant, qui se répétait pen- 



LA PENSÉE MAGIQUE CHEZ l'eNFANT 111 



danl des années, exprime aussi sa préoccupation énorme de la 
question de ia provenance des enfants et de la procréation, 

Cétait un garçon qui avail des obsessions et des angoisses basées 
sur îe complexe d'Qîdipe et celui de la caslralion. 

Il attribuait à Torgane sexuel viril une force magique, il le consi- 
dérait comme le symbole de la toute-puissance^ comme l^insîgne de 
Tautorité suprême. 

L'agent de police dispose d'après lui d'une autorité si grande 
parce qu'il possède deux bâtons, son organe sexuel et le bâton dans 
la main* Le sifflet avaît^ d*après lui, le même symbolisme et était à 
cause de ce symbolisme un objet d'une si grande convoitise > 

Je pense que cet exemple confirme ce que j'essayais de démontrer 
dans mon travail « Psychanalyse et Education » (1), sur la valeur 
magique et le sens sj^mbolique pour les enfants des objets volés ou 
achetés avec de Targent volé. 

Nous voyons dans les exemples précédents que l'enfant possède la 
même affinité pour la pensée magique que le primitif. Les êtres pos- 
sèdent des pouvoirs qui ne découlent pas seulement de leur situa- 
tion sociale ou familiale, mais de la valeur affective que l'enfant 
attribue à leur force virile ; les objets ont une signification qui ne 
dépend ni de leur taille, ni de la matière dont ils sont faits, mais de 
la ressemhhince que ces objets ont avec un organe spécÎMleTuent esti- 
mé* 

L'enfant a des sentiments ambivalents pour ces êtres et ces 
objets : il les aime et les craint en même temps. 

Le rêve suivant d'un garçon de sefze ans exprime avec plus d'é\i- 
dence encore cette ambivalence, ainsi que la valeur magique qu'il 
attribuait à l'organe sexueL 

Ce garçon a vu dans ce rê\e le broc dont son père se servait pour 
sa toilette rempli de verges découpées qui se transformaient en ser- 
pents ; ces serpents se multipliaient de plus en plus et remplissaient 
tout le cabinet de toilette. 

Ce rêve nous montre quelle force dangereuse et magique rorgane 
sexuel de son père paraissait avoir pour le malade. 

Ce rêve est aussi très intéressant par ses images. Le serpent 
comme symbole de Torgane sexuel viril se retrouve aussi bien chez 3e 
névrosé que chez l'enfant et chez le primitif. 

(1) L'Eooîuiion psychiaîriquc, tome lll, fasc. II, 1933. 



«rii 



112 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



h^^^^^^^^^^V^i^ 



Chez les primitifs^ le serpent est roI)jet de crainte et de vénéra- 
tion ; à cause de sa puissance magique, ils en font mèiiie leur gar- 
dien des temples- 

Il est inutile de rappeler le rôle que le serpent joue dans les haliu- 
cinalicns et les phobies des hystériques. Le caractère ni^^gique et le 
sens symliolîque <îe cette phobie se révèlent par les interprétations 
que les enfants mêmes en donnent 

Une fillette de onze ans, trcs intelligciile, avait peur de s'asseoir 
sur des bancs, supposant que des garçons qui se trouvaient avant 
^Ile dans cet endroit y avaient déposé des vipères* Elle trouvait cette 
idée insensée, mais ajouta tout de même : « les serpents sont des 
sales beteSj des mccliautes ijetcs, qui font du mal, ils n'ont même pas 
d'oreilles^ mais une langue de quatre mètres de longueur qui se 
retrousse et pique* » 






Les exemples précédents nous ont montré Tapplication de la pen^ 
sée magique chez l'enfant an problème de la provenance des enfants 
ainsi qn^au problème de la valeur du sexe* 

Un autre problème qui trouble l'enfant est celui de la mort. Pour 
Tenfant jusqu^à l'âge de cinq à six ans, la mort et le départ sont des 
plidnomènes identiques. Le départ d'un être de son entourage^ sur 
tout s'il s'agit d'un être qu'il aime, est tout un drame. La dispa- 
rition subite d'un être aimé est pour lui un phénomène incompré- 
hensible, magique. G*est probablement la raison pour laquelle il 
réagit souvent par des pleurs et des colères, s'il voit sa mère ou son 
père partir, 

La première notion de la mort peut déclencher chez Tenfant des 
réactions affectives très intenses. Une petite fille de quatre ans 
pleura pendant vingt-quatre heures, quand elle apprit que tous le> 
êtres vivants meurent. Sa mère ne put la calmer par aucun autre 
moyen que par la promesse solennelle qu'elle, la petite flUe, ne 
mourrait jamais. Cette même fiîîeUe a eu, à l'âge de quinze ans, une 
toux hystérique d'une durée très longue et d'une acuité excessive, 

L'analj^se de ce cas démontra qu'il s*agissait d'un acte d^auto- 
punition pour des désirs inconscients de mort envers sa mère, sa 
sœur et ses frères, Elle se voyait atteinte de tuberculose et momante 
^3aIls un sanatorium, L'autopunition qu'elle s'était infligée nous 
prouve sa croyance dans refflcacilé de la pensée magique. 



AAritai^HUhiiii 



LA PENSÉE MAGIQUE CHEZ L'EKFANT 113 



Dans deux autres cas, nous avons eu roccasîon d'observer des 
réactions affectives assez graves à la suite de la mort du grand-père. 

Un garçon de dix ans a fait, un mois après la mort de son grand 
père auquel il était très attaché, une chute où il se fît une légère 
blessure à la main* Les parents ont mené Fenfanl chez un médecin 
pour une piqûre antitétanique, A la suite de cette piqûre, Tenfaiit 
présenta des trou]:)]cs moteurs et intellectuels à caractère peu clair* 

Il avait des difficultés à exécuter des mouvements précis, à trou- 
ver les mots i^our exprimer sa pensée^ sa lecture était devenue près* 
que syllabiqiie, il ne savait plus sa iiihU de multiplication, il a^ait 
oublié son orthographe. On soupçonna des troubles nerveux orga- 
niques* 

M. le D"^ Heuyer ne trouvant aucun signe neurologique, fit le rlîa- 
gnostic de troubles pithiatiques et me confia cet enfant pour le trai- 
tement. 

Cet enfant arriva à me raconter les antécédents de ses troubles. Il 
a été ti'ès impressionné par la visite chez le médecin. Le meuble 
duquel le médecin avait retiré la seringue pour la piqûre antitéta- 
nique contenait des bistouris et d'autres instruments chirurgicaux. 
L'enfant en 'eut très pcui\ Tout hiî pc-iraissait mystérieux chez ce 
médecin^ tout lui rappelait la mort de son grand-père, il était sûr 
qu'il mourrait de cette piqûre. Il prétendait même l'avoir entendu 
dire à ses parents. 

Nous avons essayé de calmer la peur de l'enfant, nous l'avons 
encouragé à essayer de recommencer avec notre aide à lire et à 
écrire. L'enfant écrivit la phrase que nous lui avions dictée : ff J'ai 
faim », avec Toril lographe suivante : « Gex fin », Il était cependant 
capable de donner la définition exacte du mot gex oiseau qui 
s'écrit en réalité autrement, et du mot fin, mais en même temps il 
avait compris le sens exact des mots dictés* 

Ce phénomène rappelle les écritures naagiqnes et secrètes, où seule 
la connaissance de îa clé nous permet de comprendre le sens caché. 

En trois séances» l'enfant retrouva, à la suite des interprétations 
que nous lui donnâmes de ses troubles, son état normal. Voici quels 
étaient les motifs psychologiques de ses troubles : La mort du 
grand-père avait éveillé chez cet enfant l'idée de la possibilité de 
perdre ses parents. Ces idées raAivaient son complexe d'Œdipe, 
Croyant à la toute-puissance de la pensée, il craignait que son père 
ne disparût comme avait disparu le grand-père, et le sentiment de 

REVUE FBAKÇJIISË D3a PSYCHANALYSE • S 



114 REVUE FRANÇAISE DE PSYCÎTaNALYSE 



culpaljîIUé provoqué par cette pensée magique déclencha chez cet 
enfant des réactions puissantes d'autopunîtion. Les bistouris du 
médecin qui lui avait fait la piqûre antitétanique avaient éveillé sa 
peur de castration. 

Un autre garçon de treize ans réagit à la mort subite de sor 
grand père par la suppression de la nourriture. Il ne prenfiîl qne du 
thé et des oranges* Mais si jamais il lui arrivait d'accepter de prendre 
un repas régulier, il se purgeait aussitôt II aboutit à un amaigrisse 
ment excessif avec un aspect cadavérique. Cet enfant se trouvant 
pour la première fois de sa vie en contact direct avec la mort d'un 
être aimé fut profondément bouleversé par la possibilité d*une dis- 
parition subite* 

Cet enfantj qui est très fixé à sa mère et qui craint l'aiilorité du 
père^ a eu peur de Tactîon magiqua de sa pensée par laquelle, pro- 
bablement, il avait essayé déjà plusieurs fois de supprimer son père. 
Celle rcaclion de culpabilité tellement violente nous prouve que son 
désir de mort envers son père avait aussi un caractère très violenl 

Ces cas nous montrent quelles manifestations excessî\es d'auto- 
punition peut provoquer la mort d'un être proche. En se familiari- 
sant avec le sens profond de cette réaction qui paraît un sacrifice 
expiatoire pour la pensée magique de mort envers le père, nous y 
trouvons une analogie avec les rites expiatoires du primitif. 

Chez le premier de ces garçons, la chute et la piqûre aniîtétanîque 
avaient provoqué toute une chaîne d'idées magiques : il doit mourir, 
mourir pour expier ses fautes, c*est-à-dire pour le désir incestueux 
envers sa mère, pour avoir souhaité la disparition de son père et 
pour avoir pratiqué la masturbation. Comme ce châtiment ne s'était 
pas réalisé, il s*est puni lui-même en diminuant ses capacités. 
Ce processus est du domaine de la magie imitative. 
Le deuxième garçon se servait du procédé magîqut^ du tabou eiï 
s'interdisant de manger, bîtin qu'il fât souvent tenté par les mets 
qu'on lui offrait, 

La nourriture était devenue pour lui à la fois une chose sacrée, à 
laquelle i! n'avnît pas le droit de toucher, et une chose impure qui 
pouvait lui nuire. C'est la raison pour laquelle il ne se permettait 
d*avaler que le minimum de nourriture pour ne pas mourir, et pour 
laquelle il ^e purgeait dès qu'il avait pris un repas régulier ou une 
nourriture consistante. 



LA PiiNSliïi; MAGIQUE CHEZ L'ENFANT 115 






Nous avons essayé de démontrer que la pensée jïiîigïque chex 
l'enfant embrasse tous les problèmes de la vîe^ mais surtout le pro* 
ilenic de la ciéation et de la dissolution de Têtre humain. 

Ces proï)Ièmes, qui sont tellement énîgmalîqiies et insaisissables. 
ont toujours été le centre de la préoccupation de Têtre humain. 

Le voisinage de l'amour et de la haine^ cette ambivalence du sen- 
"tîmoïil jette le trouble dans Tâme de Têtre humain^ dont la peur est 
Texpressîon suprême. La lutte contre cette peur est le problème le 
plus vivant et le plus aigu pour l'homme, et dans la lutte contre 
-cette pour, l'homme faiblt^j le priniilifj le névrosé et Fcnianl, ne trou- 
vent d'autre arme et d'autre refuge que la pensée magique. 

La psychanalyse qui nous a donné la clé pour déchiffrer le sens 
caché des symboles nous a permis de dévoiler les manifestations 
camouflées et déformées du totem et du tabou. 

Les jeux, les rêves et le comportement souvent si bizarres de Ten- 
fant^ c'est le règne de la pensée magique qui lui permet de pénétrer 
le mj^slère de la vie des adultes el de réaliser ses désirs et ses vœux. 



COMPTES RENDUS 



VHP Conférence des Psychanalystes 

de Langue Française 

ayant eu lieu à Paris^ ]es 18 et 19 Décembre ]g33 



OuTertele 18 décembie, dans raiiiphithéâtre de la Faculté de Médecine*. 
à l'Asile Clinique Sainte-Anne, à Paris, sous la présidence du D'' Flour- 
noy> de Genève^ celte conférence comportait la discussion de deux 
rap])Orfs, L'uuj do M, Jean Piaget, Professeur à PInstitut Rousseau, à 
Genève^ était intitulé « La Psychanalyse et le développement hitellec 
iuel »* 

L'autre^ du D"^ Raymond de Saussure, de Genève, lui aussi, avait pour 
titre « Psychologie génétique et Psychanalyse &, 

En réalité, la matière à traiter était identique pour les deux rappor- 
leurs : il s^agissait de fixer les points de convergence et de divergence 
entre la psychanalyse et la psychologie génétique de rintenîgi.^Ece- On 
aurait donc pu donner le même titre aux deux rapports. Mais le D"^ 
de Saussure, i^lns spécialement chargé d'examiner comment les concep 
tions psychoJogiques relatives à la genèse de rinteHigeiice peuvent se 
concilier avec les conceptions psychanalytiques, n'avait pas pris con- 
naissance du rapport de M. Piagct. parce que ce dernier^ pour des rai- 
sons qu*il dira spirituellement à la fin du congrès^ ne Tâvail pas rédigé. 

Le D^ Flonrnoy ouvre la conférence par une brève allocution. Il rap- 
pelle que la psj'ch analyse, œuvre impérissable de Freud, peut être envi- 
sagée à deux points de vue. Le premier en date et le plus important en 
pratique est le point de vue médical* Comme toutes les méthodes d'înves 
ligation clinique et de thérapeutique, la psychanalyse subit les fluctua- 
lions de rexpérience* Elle tend à se perfectionner ; elle évolue sans cesse, 
tout en restant fidèle à un certain nombre de règles fondamentales qui 
se sont avérées les meilleures* 

En dehors de toute préoccupation médît'ule^ elle peut être envisagée 
au point de vue strictement scientifique. Elle a déjà trouvé son applica- 
tion dans des domaines variés de la liftthjjiure ou de Tart, et a jeté une 
lumière inattendue sur de nombreux problèmes de sociologie ou de 
psychologie pure* On a cherché aussi^ ces dernières années^ à mettre en 
relief les bases mêmes de la psjchanalyse en lant que science, et à déga- 
ger les principes théoriques qui la régissent et qui la caractérisent par 



COMPTES RENDUS 117 



rapport à d'autres discif^liiies- Cela lui confère une dignité nouvelle^ un 
droit nouveau à l'existence. Si la doctrine de Freud n'est plus aujour 
d'iiuîj pour les amateurs^ rohjt^i d'une curiosité aussi vive qu'autrefois, 
elle suscite i^ar contre un intérêt beaucoup plus grand dans les milieux 
scientifiques les plus divers, 

Les précédentes réunions de la Conférence ont été consacrées à des 
questions médicales : celles ci ont été traitées avec une originalité et une 
coiûpétence qui font honneur à la Société Psychanalytique de Paris, et 
qui témoignent de sa vitalité, La présente réunion appelle à son ordre du 
jour un problème dont Tîntérêt est avant tout scientifique. 

yi. Flonrnoy se félicite de ce que les deux rapporteurs, MM, Piaget et 
de Sausaurcj puissent confronter leurs idées à Paris, Il y a enlre eux des 
divergences de vue qu*une discussion approfondie parviendra peut-être 
à ré^soudre. Il rappelle tout ce que ses collègues suisses et lui-niême doi- 
vent à renseignement rie leurs maîtres franç^aiSj auprès desquels ils 
peuvent s'inspirer des plus beaux exemples de probité scientifique^ de 
recherche prudente et désintéressée, et de critique éclairée* Il adresse un 
hommage particulier de reconnaissance à M. le professeur H, Claude, qui 
veut bien mettre ramphithéatre de la Clinique à la disposition de la 
Conférence. 

Puîs M* Flournoy s'exprime de la -manière suivante : « L'accueil si 
généreux que les psychanalystes de Ian<,aie française, d*où qu'ils viennent, 
reçoivent aujourd'hui à Paris, est un privilège dont nous sentons toute la 
valeur, surtout à une époque si troublée, où tant de psj^chanalystes d'une 
autre langue sont enapt'schés, par des circonstances politiques doulou* 
reuses, de travailler dans les conditions de liberté et de sérénité a^ou- 
lues, ^ Il remercie la Société Psychanalytique de Paris et son président, 
IL le D"^ Adrien Borel, de lui avoir confié la présidence de cette réunion. 

Ce discours est très cordialement applaudi, Et iL Piaget (1) commence 
un exposé qui ne cesse, d'un bout à Taulre, d'être d'une clarté lumineuse* 

Il s^élève tout d'abord contre cette idée, généralement acceptée, que ïa 
pensée est tantôt pure^ tantôt gouvernée par les sentiments. Il y a tou- 
jours c: parallélisme entre le développement affectif et l'évolution de la 
pensée, parce que les sentiments et les opérations intellectuelles ne cons- 
tituent pas deux réalités extérieures l'une à l'antre^ mais les deux aspects 
complémentaires de toute activité psychique »• Il est donc impropre de 
parler d*une logique de sentiments. Et^il ne peut y avoir conllit entre la 
pensée et le sentiment* Le conflit ne peut naître que de l'opposition du 
moi aux règles impersonnelles de la pensée, La logique, en effet, est une 
morale, une morale de la pensée. 

Passant à l'élude des points de convergence, M. Piaget pose en fait que 
la pensée^ comme les sentiments, a une histoire. Elle se construit par 
ctapes. 

Dans un premier sLade^ Teafant établit une confusion systématique 

(1) Le résumé du rapport de M. Piaget et le rapport de M. de Saussure ont para 
dans cette Revue, n* 3-i, 1^33. 



118 TŒVUE FKANÇATï^E DE PSYCHANALYSE 



entre le moi et le monde extérieur. Dans les dix ou douze premiers mois^» 
de son existf^nce^ il ne difTérencie pas le moi de ce inonde extérieur qLt'il 
îde/itifle à sol et sur lequel îl croit agir comme SI agit sur ses mains, sur 
ses jambes, sur sa langne^ etc. 

Dans un stade iiltêrîeurj égocentr^que, ]e mond*^ demeure centré sur le 
moî. L'interprétation que Tenfant se donne des phénomènes extérieurs 
fait alors abstraction des données spatiaîes. 1! se donne une explication- 
magique des phénomènes. Ainsi, lorsqu'il voit un caillou faire déborder, 
en y tombant, un verre rempli d*eau, il ne recourt pas à Tidcc d'un dépla- 
cement de volnmeSj mais à celle de remous, qui poussent Teau de bas 
en haut. Les nuages qui obscurcissent le ciel viennent tout exprès pour 
ôter la lumière et lui permettre de donuir. Ces conceptinns rjifajilines' 
peuvent s*altarder ou réapparaître à Pétat adulte. Elles sont à la base du^ 
langage iîjialiste* 

Dans ce deuxième stade, le développement de la pensée manifeste 
Texistence de certains systèmes isolables ou schèmes^ dont on peut re- 
constituer la genèse et l'histoire el qui correspondent aux « complexes » 
affectifs. Ces schèmes se définissent des modes de réaction permanents et 
qui se « structurent » progressivement. C'est ainsi que Ton a les schèmés ^ 
magîco-phénoménîstes^ finalistes, artificialistes, elc. 

Dans un troisième stade, intervient un dnalrsine entre Findividuel et 
le sociâL Pour l'enfant, la société se manifeste sous la forme du sur moir 
né des interdictions prononcées par les parents, qui ï^'opposent à la satîs* 
faclioji individuelle des instincts. 

De mêmcj sur ]e plan de la pensée, l'on peut distinguer une pensée 
individuelle et une pensée sociale, obéissant à des normes collectives. 

La pensée individuelle s'exprime de la façon la plus spontanée dans 
les jeux de l'enfant, mais aussi dans les pseudo-mensonges enfantins, cette 
aptitude mythique de l'enfant à satisfaire son désir actuel. 

Sur le plan social j la pensée logique joue ie rôle du sur-moi intellectuel. 
C'est îa pensée adulte, imposée par les aduUes à Tenfant, et qui représente 
pour l'enfant le critère intellectuel, tout de même que, dans le domaine 
affectif^ les interdictions font naître le sur-moi moral* 

On peut pousser le parallélisme aussi loin que Ton veut et dire, par 
exemple, que la contradiction est au domaine intellectuel ce que le 
refoulement, élimination d'un seotinieul interdit^ est au domaine affectîL 

Il est possible d'accorder, sur Je plan de la psychanalyse, la pensée 
symbolique avec la conccidion que s*en fait la psychologie, 

La psychologie pure oppose le signe au symbole, <f Dans la mesure où la:^ 
pensée est disciplinée par la vie sociale, elle est modifiée à deux poînis 
de vue : en ce qui concerne les signes qui lui servent d'instruments, elle 
entre dans le monde du langage. Quant aux significations corrélatives, 
elles sont réglées par la logique et acquièrent une structure conceptuelle, 
le concept constituant le schème collectif lié au signe verbal ». 

<f Dans la mesure^ au eontrairCj où la pensée demeure individuelle (au 
sens strict, par opposition à la pensée sociale intériorisée), le symbole 
fait fonction de signe : le slgniflant en est Timage. mimée (comme. dans> 



itj(^^^^^^^^^^p^p^p^^^^^^^^MaifcM>*iiii^fcaM«Mi^Mwaaa*^i^aiiiÉMÉÉii^BiiM^^WMiMiM^^^M^^^^rtii^i^i^wft*iiiiiMiw 



COMPTES RENDUS U9 



le jeu enfantin ou diverses manifestations morbides) ou mentale, et le 
sïgniiié rexpéiience intime du sujet. Cest celte « pensée symbolique » 
que ]a psychan^^lyse a découverte et étudiée^ et dont la pensée de Tenfant 
est imprégnée* w 

Poinls de divergence 

La difficulté qu'éprouvent à s'enteisdre )es psychologues théoriciens et 
les p-sychanalystes ne provient nullement d'une compréhension différente 
des choses. Elle se ramène à de simples divergences dans les concepts et 
la Lermîno]ogie. 

Là pensée de Tenfant oiTre toute une série de struci tires mentales în* 
termédiaires entre le pur symbolisme et la pensée rationnelle ou socia- 
lîsée^ la pensée égocentriqne. On peut noter, entre ces deux formes de 
pensée, des analogies de contenu et des analogies de structure. 

Si Ton admet le parallélisme entre les mécanismeÈ întellecluels et ]es 
mécanismes alTecfifSj il faut^ dit M. Piagetj choisir entre les deux concep- 
tions du symbolisme que M. Freud semble s.'être faites, tout d^abord au 
moment où il a invejité la psychanalyse, puis, par la suite, en retouchant. 

Car au moment où Freud découvrît des idées radicalement nouvelles, 
il était bien obligé de situer ces idées dans la manière de penser de ses 
contemporains* Dfins cette période, il est îesté tribiitfure d^îdées qui 
étaient celles de la psychologie intellectuelle. Par exemple, Tidée de Tas 
fiocîationnîsjnej c'est Tidée de Taine, Tidée de Bayle, et c*est par là que 
Freud est conformiste. 

Au temps où M, Freud écrivait la a Traumdeutung )>, sa conception du 
symbolisme était liée à certaines conceptions de la mémoire et de 
Tassociation dont la pensée freudienne ne paraît pas s'être entièrement 
affraT]chie par la suite, 

A cette éjjoque, « la mémoire apparaît comme un enregistrement auto 
matîque et cûmiiie un réservoir intégral des souvenirs^ son activité de 
nieurant étrangère à la conscience, laquelle, en tant <t qu'organe interne 
des sens », se borne à éclairer ou à laisser dans Tombre les images ainsi 
accumulées dans TinconscienL De plus, les perceptions actuelles s'asso 
cient d'elles-mêmes à IVnsemble des souvenirs correspondants, et c'est 
le jeu de ces associations qui, lorsqu'il est libre, produit la reviviscence 
du passé et, lorsqull est contrecarré par la censure^ explique la produc- 
tîon des symboles, par condensations et déplacements successifs ». 

Mais les psychologues contemporains tendent de plus en plus à aban- 
donner l'idée d^associatîons vraies et à regarder comme des relations 
intentionnelles les as^ccialions apparentes, La mémoire apparaît ainsi 
comme une reconstitution active du passé, « sans que Ton puisse affirmer 
que les matériaux de cette reconstitulijon consistent en souvenirs incons- 
cients doués de permanence », 

Dés lors rinconscient apparaît comme un système d'opérations et de 
schèmes actifs, dont il s'agit de reconstituer la genèse et la filiation, plus 
que comme un réservoir de souvenirs que l'on peut espérer retrouver et 
invoquer pour Texplication du présent* 



120 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



a La différence entre Jes deux conceptions de la mémoire et du symbo- 
lisme » et c'est là, pour aller par le plus court, la conclusion de M, 
Plaget <t se marque en particulier dans l'interprétation des sclièmes ». 

<( Selon ïa première conception, ce sont les souvenirs inconscients et 
les sentiments qui îeur sont attachés qui déterminent ]a conduite actuelle 
de rîndivïdiL Les schèmes affectifs, ou coiîiplexes, reposent ainsi eux- 
mêmes sur la mémoire et c'est par une série de transferts et d'ideutîficn- 
tions que s*explique l'identificaliuii au présent ». 

« Selon la seconde conception, au contraire, les expériences vécues et 
les réactions passées se condensent en schèmes qui déterminent la con- 
duite actuelle» Ces schèmes sont essentiellement actifs et, loin de reposer 
sur des souvenirs înconscients, c'est sur eux que s'appuie la inémoire 
pour reconstituer le passe. » 

II s'agit donc de définir très exactement les concepts employés. Selon 
IL Piaget, on trouverait chez IL Freud deux théories du symbole amalga 
ijiécs. L'une admet que le symbok^ est une forme prijnitive du langage* 
L'autre est fondée sur la notion du déguisement des tendances qui doi 
vent être dissimulées au conscient. Le symbolisme y apparaît comme un 
moyen de déguiser^ par le mécanisme du déplacement, de la condensa- 
tion, une tendance interdite, de manière qu'elle devienne supportable et 
même acceptable par le conscient, il Freud est resté fidèle à la jiotioii du 
déguisement* « Il nV a que le refoulé qui ait besoin d^être déguisé, et 
dune symbolisé » (Jones). 

Il y a ie plus grand intérêt à mettre au point cette théorie du syjnbo- 
lisme indépendamment de toute idée préconçue de déguisement. 

Pour M* Piaget, le symbolisme est une forme prîmitive^ individuelle et 
spontanée de la pensée. Cette pensée, qui a pour but immédiat la satis 
faction du moî^ est beaucoup x^lus inconsciente que la pensée collective, 
car celle ci a pour fonction la recherche de la vérité tout court. C'est la 
une notion très importante, sur laquelle îî faut insister. 

La pensée symbolique déborde donc de beaucoup la notion des sym- 
boles destinés à déguiser des tendances. 

C'est dans les jeux des enfants que Ton saisit le mieux le moment où ]a 
pensée prend la forme symbolique. Ces jeux évoluent progressivement, 
des simples jeux sensorio moteurs (Fenfant saisît pour saisir, secoue pour 
secouer, suce pour sucer), en passant par les jeux symboliques, aux jeux 
de règles, c'est-à-dire à ceux qui comportent des règles que l'enfant 
accepte* 

Dans la première enfance, le jeu est avant tout un exercice au cours 
duquel l'enfant s'assimile les objets. Il commence par apprendre à saisir. 
Les objets sont des aliments fojictionnels à son besoin d'exercice. Mais 
cela contient déjà, iinplicitement, un symbole. Car le pouce sucé est un 
sj^mbole implicite du sein. 

Le symbole apparaît dès que l'enfant arrive à dissocier la représenta 
tion de l'action* Le symbole est l'instrument primitif de la représenlation. 

Dans la première année de l'enfance, il se fait un travail de coordi 
nation entre les sensations cyneslhosiques et le monde extérieur* C'est 



rfl4- 



COMPTES RENDUS 121 



ainsi que le bébé de M, Pîaget ouvrait la bouche quand son i:»ère lui mon- 
trait le geste d'ouvrir et de fermer les yeux, 

Quaijil aux jeux symboliques, intermédiaires aux jeuïc seiisorio-moteurs 
et aux jeux de règles^ ils ont été interprélés (iîvt^rst'mpnl. 

Ainsi, pour M» Young, ce seraient des résidus anceslraux* Pour M. 
Karl Gros, ils serai en i des prcexercîces. C'est cependant un peu excessif 
d'admettre que la fillette qui joue à la poupée s'exerce à être inaman. 
Mais M. Gros pense que, si le jeu de l'enfant est fictif, c'est que son sou- 
haii d'être le père^ ou la mèrCj n'est pas réalisable* On peut se demander 
ce qu'il y a de pré exerciliel dans les jeux que voici, observés par M, 
Piaget chez ses nilettes. 

L'une d'elles aj^ant vu, un matin, à la cuisine^ un canard mort, tout 

dépluméj et l'ayant attentivement regardé, se blottit^ dans la soirée^ sur 

Mn canapé, ramassée sur elle-même, les i)aupicres closes, A la dcnuuide : 

« Qu'est-ce que tu fais, dans cette posture » ? elle répondit : « Je suis le 

-canard mort ». 

Un jour que les cloches des églises avaient, à l'occasion d'une fête, mené 
grand l^ipagpj une de ses fiUeUes se prît, dans l'après mîdij à mener, elle 
aussi, grand tapage dans la chambre de travail de son pèrcj assaisonnant 
ce bruit de retentissants ding, ding, dong. Son père* après lui avoir de 
mandé sans succès de le laisser travailler, lui mit la main sur la bouche. 
Mais elle se récria ; t( Fais pas ça, j'suis une église >»* 

La fillette ne s'exerçait pas alors à être plus tard une église. 11 s'agissait, 
dans ces cas, d'une simple identification, Cest aussi une manière de revi- 
vre les événements de la journée, La pensée de l'enfant n^est pas encore 
assez socialisée pour lui permettre de i)enser et de repenser les événe 
ments comme Padulte* D'où cette forme symbolique de pensée, qui appa 
raît nettement, chez Tenfant^ comme un mode de pensée individuel. 

En ce qui concerne la mémoire^ on s'accorde, en psychologie générale, 
pour s'étonner que M, Freud explique Pamnésie de la première enfance 
par le refoulement Les psychol figues pensent que les choses sont beau 
coup plus simples et que la mémoire des événements de la première en 
fan ce n'existe pas j^arce qu'il n'y a pas encore de mémoire. 

Et l'on s'accorde aussi pour dire qu*il n'y a pas de souvenirs purs, 
que les souvenirs n'existent qu'en fonction de schèmes. C'est sous forme 
:1e schemes que subsiste le passé et c^est par la réactivation de ces scbè 
mes que l'on peut revivre ce passé. 



i 



La parole est alois donnée à iL de Saussure pom^ l'exposé de son 
rapport : 

Il s'agit> dit modestement iL de Saussure, d*un essai. Son propos est 
de tenter d'introduire dans le cadre d'une psychologie générale une par 
lie des données pÈj-^chanalytiques* 

La psychanalyse contient un très grand nombre de faits qui nous 
paraissent défuiitivement acquis. Si cela est vrai, ces laits doivent forcé 
ment avoir de nombreux points de contacts avec la psychologie générale» 



^■^ff 



122 HEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Et ils seront d'autant mieux ét.ililis si leur confrontation avec d'autres 
méthodes que lâ méthode psychanalytique en apporte une nouA^elle con 
nualioii. 

« Ce qui caractérise l'ensemble des recherches psychanalytiques, c'est 
d'avoir Jeté une lumière nouvelle sur le contenu de la pejisée enfantine ». 
Cpfte pensée spontanée échappfiit aux observateurs qui, poursuivant un 
but pédagogique, slntéressent surtout à la façon dont l'enfant s'assimile 
la pensée adujte. 

Tandis que Freud, non seulement explorait le contCHU de la pensée 
enfantine, mais essayait de décrire certains mécanismes de structure, 
tels que les processus d'îdentiJîcntîonj de projection, d'investissement 
affectif, de symbolisât ion, une école de psychologues, MM- Pîaget et Lu 
qiiet en tête, appliquai! parallèlement, encore qu*un peu ultérieurement^ à 
cette recherche des méthodes différentes. 

Ce qui différencie essentiellement ces deux ordres de recherches, c'est 
que M. Freud a en vue surtout les mécanismes de la pensée inconsciente, 
tandis que M, Piaget vise à décrire des mécanismes de la pensée qui tend 
à prendre conscience d'elle-niêine* 

il* Freud étudie avant tout les opérations mentales qui tendent à pré- 
server la pensée de sa socialisation. M, Piaget, au contraire, cherche à 
établir les étapes de la socialisation de la pensée, M. Freud insiste sur le 
contenu de la pensée affective et subjective de Tenfant, M. Piaget s^inlé- 
resse surtout au contenu objectif de la pensée* 

La différence de ces points de vue devait fatalement amener des points^ 
de contact et des points de différenciation entre les deux inélho<ies- 

En ce qui concerne la méthode suivie par M, Piaget, l'enquête devait 
forcément se limiter à certains faits ps\ chiques. Pour des raisons faciles 
à comprendre, 3L Piaget ne pouvait porter son investigation sur les con* 
ceptions enfantines relatives à la sexualité. Mais il y a un domaine 
cojninun aux deux méthodes, c'est celui de l'évolution des idées morales 
chez Tenfant. 

A propos de la socialisation de la pensée. M* de Saussure cite en pas- 
sant le cas de certains maJjidcs qui n'ont aucune peine à associer libre 
ment, pour la bonne raisoji qu*ils vivent inoccupés et seuls. Leur pensée 
est désocialisée : elle se poursuit presque toute la journée sur le même 
plan que les associations spontajiées de Panalyse, 

Or, M- Pîâgot a insisté, dès 1932, sur le fait que Penfant, avant Page 
de 6 à 7 ans, ne prend pas conscience de sa pensée. II la subit. 

Chez les malades auxquels il est fait allusion plus haut, il s*est fait une 
régression dans cette forme de pensée, L'ïndic.qtîon Ihérapeiitiquej en 
pareil cas, consiste, quelque paradoxal que cela paraisse, à exiger du 
malade une certaine concentration sur un sujet donné, autrement dit, à 
Fohliger à penser en adulte. Et cela prouve qu^il faut, en thérapeutique 
psychique, tenir compte autant de la structure que du contenu de la pen- 
sée. 

Les points de contact entre la psychanalyse et Pensemble des recher- 
ches sur le développement de Fintelligence chez i'enfajit sont nombreux* 



COMPTES RENDUS 12» 



M. de Saussure en choisira arbitrairement quelques-uns^ qui lui parais- 
sent être parmi les plus importants. 

M* Freud a signalé depuis longtemps Taninésic portant sur nos pre- 
mières années» Il l*attribue aux refoulements sexuels^ puis(jii& ce sont 
surtout des conllits sexuels qui peuvent provoquer des chocs chee l'en- 
fant* 

Pour JL Pîagetj Psmnésie est un phf'^noniène beaucoup plus général II 
nous apprend^ en effets que, jusqu'à l'âge de six ou sept ans^ la plupart des 
garçons affirment que le soleil est vivantj puîsqu^il avance ; mais, dès 
qu'ils ne le croient plus, ils sont persuadés qu'ils ne Ton jamais cru. Ils 
croient aussi loujours avoir découvert par eux mêmes ce qu*on vient de 
leur apprendre. 

Ce n'est donc pas dans le seul domaine sexuel que s^établit une résis- 
tance à l'ecphorie des souvenirs, 

M* de Saussure examinera, sous Tanglc des fhéorie.<v de M, Piaget, les 
événements de la petite enfance mis au jour par Tanalyse, 11 se limitera 
aux préoccupf3tïons sexuelles de la fiîh^tte dans Tâge phallique et à la 
constitution du sur-nioî chez le garçon- 
La Méthode 

Elle sera uj]e méthode d'observation directe de la pensée spontanée de 
Teiifaiit, doublée de la méthode cliniqne. 

L'observation pure est insuffisante, parce que l'enfant, en raison de 
son c^gocentrlsmej ne cherche pas à communiquer spontanément sa 
pensée. 

En outre, il est difiïcile de discerner^ par l'observation pure, le jeu de 
la croyance* 

Ce que nous appelons ]a méthode clinique consiste à converser avec 
]ê malade, à le conduire doucement vers les zones critiques (sa naissance, 
sa fortune^ ses titres, ses talents, sa vie mystique, etc,)- On peut user de 
cette méthode avec Tentant, en le faisant ou laissant parler, tout en cher- 
chant à apprendre quelque chose de précis, en vérifiant et infirmant des 
hypothèses faites au cours de Texamen. 

La phase phallique examinée sous V angle de la logique enfantine 

Chez les enfants de quatre à six ans, on observe une extraordinaire 
simnitnde de conceptions cosmoJogiques, L*artiflcialisme règne en 
maître. Toute ïa nature a été fabriquée de main d'homme* 

Il faut avoir cette notion présente à l'esprit pour aborder le thème de 
la phase phîdlzqui^ chez la fillette. 

Le désir de masculinité de la femme traduit, selon Abraham, une expé- 
rience mal digérée. Lorsque la iîllette acquiert la jïotion de Torgane mas- 
culin, elle pense ; «t J'ai dû en avoir un autrefois, mais on nie Ta pris », 

Selon Kîiren Horney, ce qui déclenche le désir du pénis, ce n'est pas 
la déception de n'être pas un garçon, mais ceJle de ne pas se voir uriner, 
nî de pouvoir s^exhiber à cette occasion^ ni de pouvoir jouer avec son 
pénis. 



rtk* 



124 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Lorsque la fillette comprejidra que toutes les personnes de son sexe 
sont constituées comme elle^ elle se révoltera contre une réalité inaccep 
table* C'est alors qu'elle s'idcnlifie à son frère ou à son père, ou bieji 
qu'elle opère des couipciisalîous symboliques, en donnant une valeur 
d'équîvak^iice phallique au bébé^ au sein^ à la colonne fécale, etc. Dans sa 
rage d'être dépourvue de pénis, elle voudrait mordre et avaler Torgane de 
ses proches masculins» 

La psychanalyse admet que, lorsque la fillette a vu Torgane du garçon, 
■elle ne renonce pas immédiatement à l'idée de posséder ce robinet avan- 
fageux ; elle s'imagine gu'il lui poussera encore* Elle ne se représente 
qu'on lui a coupé cet organe que lorsqu'elle comprend que sa frustration 
-est définitive* 

En réa^liît'v la fillette scot omise son manque de pénis. Durant cette 
phase, la fillette sait et ne sait pas tout ensemble qu'elle ne possède pas 
d'organe masculin, 

M, de Saussure cite, à Tappui de cette idéoj des données fournies par 
des dessins enfantins qui ont été étudiés par M. Luquet. Un garçon de 
.sept ans doit dessiner un champ de pommes de terre* L'enfant ne repré 
sente que les tubercules, en paraissant ignorer la partie aérienne de la 
plante* Ce faisant, l'enfant se crée un type, un <( modèle interne », qui 
prime la vision réelle, C^est en vertu du même réalisme intellectuel que la 
fillette et le garçon de quatre à cinq ans créent le type phallique, die 
valeur universelle* Autre fait, emprunté à il* Luquet : un enfant ne cor 
rige pas la faute qu'il a coinmise en exécutant un dessin. Il juxtapose la 
correction. 

De même, chez la fillette, la réalité masculine seule persiste^ la réalité 
de son corps étant considérée comme une erreur. 

L'enfant ne retient qu'un faît^ sur les deux dont il a conscience, La loi 
du syncrétisme, développée par M. Piaget^ permet de mieux saisir ces 
phénomènes. 

En résumé, la fillette n'élimine i^as tout de suite les contradictoires* 
Elle perçoit simultanénienij dan5 un schéma global, le pénis et la castra 
îion. 

Un fait, cité par M* Luquet, le montre clairement* Une fîUettc de quatre 
ans et demi dessine un bonhome qui a une pipe et des boucles d'oreilles. 
Elle dit que c'est une dame. Quand on lui fait remarquer la pipe^ elle dii 
que c'est le mari de la dame. Et les boucles d'oreilles ? « C'est ses boucles 
d^ oreilles, Uue damc^ ça a des boucles d'oreilles »* Elle revient au mon- 
sieur quand on lui montre la pîpe^ à la dame quand on lui montre les 
boucles d'oreilles* 

Cette participation de la fillette à la possession du pénis empêche la 
réalîsatiojï de la castration* Au stade ou la distinction du ]uoi et du 
monde extérieur s'opère^ c^est la peur de la castration qui remporte, 
d'ailleurs dans l'un et l'autre sexe. 

C'est dans cette période de particîpaflon ni;i^îcjue que la fllletle, tout 
en sachant fort bien qu'elle n'a pas de robinet^ cherche à uriner debout, 
ainsi qu*elle Ta vu faire aux garçons. 



COMPTES REKDUS 12& 

•~ -...— ■_... 1 II I 11 1 IIM — - - _^^_ 

Quant à la symbolisaiionj la dîfTéreiice eiitre la conception de M, 
Freud et celle de M. Piaget réside en ceci que, pour le premier, elle 
s^explîque par la projection d'une înlGutîoii dans an nbjeL (eas d*une 
jeune fille qui joue avec le robinet d'une baignoire), laiidis que, pour le 
secondj 11 s'agit d'une indifférenciation entre le monde extérieur et le 
moi* 

Ces deux points de vue ne sont pas inconciliables. Si le symbolisme 
apparaît comme un investissement libidinal d'un objet, le besoin de ce 
symbolisme est alimenté par le besoin de participation. 

L'âge auquel la fillette constate la différence des sexes a une impor- 
tance' énorme* Si elle la perçoit au stîide où les processus de participalion 
remi)ortentj le désir du pénis prime la j^eur de la castration. Si c'est à 
rage des processus de discrimination, c'est Tidée de castration qui Tem 
porte. Elle leiid alors à accuser sa mère de son infériorité^ puisque c'est 
sa mère qui Fa faite, 

M, de Saussure appuie ces considérations théoriques sur des incidents 
très typiques tirés d'une analyse (cas d'Alice), Il en conclut, au point de 
vue thérapeutique, qu'il ne suffit pas d'éclairer le malade sur le contenu 
de sa pensée infantite, mais qu'il faut lui expliquer la structure et les 
niécanîsmes de cette i)cnsée* Qu'en outre il ne faut Jamais perdre de vue 
la nécessité de faire évoluer la i>ensèe du malade, de sa forme infantile, 
vers sa forme adulte. 

En ce qui concerne le passage de la pensée enfantine à la pensée 
adulte, la méthode psychanalytique et la méthode psychologique con- 
duisent à des résultats concordants, bien qu'elles mettent l'accent sur des 
catégories de faits différentes, Tobjct de leurs recherches étant différent* 

Constitution du. sur moi chez le garçon 

Le sur-moi se constitue chez la fillette à très peu près de la même façon 
que chez le garçon, le rôle du père remplaçant chez ce dernier le rôle de 
la mère. 

C'est un processus cridentification qui joue dajis les deux cas. Le 
garçon s'identilie à son père^ tandis qu'il commence à diriger vers S4 
mère ses désirs libidinaux. C'est de la renconire de ces deux tendances, 
demeurées côte à-côte durant un certain temps, que naît le complexe 
d'QEdipe : l'enfant s'aperçoit que son père est un obstacle à la possession 
de sa mère ; son îdeiiliiicfilion avec lui prend de ce fait une teinte hostile 
et finit par se confondre avec le désir de remplacer son père* 

Au cours de cette identîflcation, le père devient objet libidinal pour le 
garçon. De là naissent des sentiments ambivalents. Mais, comme l^enfant 
ne peut satisfaire ses tendances agressives envers ce père rival, rîdentili- 
caliop avec lui neutralise son agressivité. 

Cependant, rîdentiflcation ne peut être complète, car il est permis au 
père de faire avec la mère des choses qui sont interdHes à renfant, 'jui 
sojit rcservées au seul père. C'est cette réserve qui constitue le noyau du 
sur-moi. 



126 BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Ce noyau coiislituéj le sur-moi évoluera par étapes qnc Ton peut 
résumer ainsi : 

1* Identification primaire par respect pour Tadulte. 

2*" IdenLificalion secondaire par crainte, 

3"* Identification tertiaire par neutralisation de Tagressivité. 

4*" Intériorisation du conflit (Aiexander), 

I, Identification primaire. — Elle correspond à ce que M, Piagel 
appelle l'indiflérenciaîion. Grâce aux mécanismes de participation, Ten- 
fant ne se différencie pas de son père, 

iï. de Saussure illustre cette phase par Texemple d^un homme de vingt 
^ <^inq anSj qui se réjouissait des événements heureux arrivés à soti père 
comme s'ils lui fussent arrivés à lui. 

Dijns cette phase, Tenfînit « doit à chaque instant se voir vu, compris 
et prévenu par les siens h (1). Quelques cuisantes expériences qu*îl ait 
faites au contact de son i)ère, son père demeure un être parfait, omni 
potent et omniscient* 

IL Identificaiîon secondaire par crainte. L^enfant reçoit des con 
signes de Tadulte ; d'où apparaît le sentiment du devoir* Mais il peut se 
lévoH^^r contre les consignes reçues, les rejeter en prenant conscience de 
lui-même* Ou bien, terrorisé par des menaces de castration, d'enfer, par 
des chatinieiils corporels, i*etifaiU ne se développe plus qu'en fonction 
des consignes de Tadulte. Dans ce cas, Tenfant ne prend plus conscience 
de lui-mcme, ses désirs sont immédiatement refoulés* Dès lors^ plus le 
sur moi est sévère, plus est forte Tambivalence* 

L'ambivalence apparaît alors, tel le schéma global sur le plan intellec- 
tuel^ comme un sentiment complexe réunissant des contraires que Ten- 
fant n*est pas capable de dissocier. L'enfant s'attarde donc dans une 
attitude infantile, égocentrîque- Il ne peut, devenu adulte, se soustraire à 
rintransigeance du sur moi sans un violent conflit intérieur, ni sans 
5'infiîger des auto punitions. 

Cela prouve rincomniensurable nocivité de la contrainte, puisque cette 
contrainte renforce régocentrisme. Le sur-moi est un facteur d'inhibi 
tionj non de progrès* 

h 

La naissance d'an petit frère on d'une petite sœur 

Les études de M* Piaget tont mieux comprendre pourquoi les conflits 
occasionnés par la naissance d^uti frère ou d'une so&ur sont plus ou moins 
heureusement résolus par Tentant selon le stade de développement où 
il se trouve, 

M. Piaget distingue, chez Penfant, une évolulîoir en trois stades de la 
notion de justice : 

1" La justice se confond avec Tordre donné. 

2*^ La justice devient égalitaîre^ chacun a droit à la même part. 

(1) J. Piaget : Rcpréscntaiion du monde chez l'enfant, p, 246. 



COMPTES RENDUS 127 



3* La justice égalîtaîre se tempère d'équUé et tient compte des circons 
lances pfirticulières de chacua. 

Dans le premier stade {avant 5 ans) Tenfant, en plein égoceiitrisme» ne 
peut que se révolter contre Tarrivée d'un nouveau-venu et exprimer le 
désir de le supprîmen Maïs il confond, à ce stade, la justice avec Tordre 
donné et peut refouler son désir égocentrique- D'où i)euvent naître des 
symijiônics uévropatliiques. 

Dans la seconde phase, la jalousie ne se développera que dans la me- 
sure où Tainé éprouvera l'impression d'être négligé par rapport au 
nouveau-venu* 

Dans le troisième stade, la notion acquise de l'équité fait qu'il n'y a pas 
<;onflit * 

L'attitude des parents peut naturellement, dans chaque cas particulier^ 
fausser ces déductions schéniuliques* 



Séance dn dîxncuî décembre 

M» Floarnoy ouvre la séance par la lecture de deux télégrammes, de 
^1. Jones et de M> le professeur Hesnard, retenus par leurs obligations 
prolessionnelles, et qui envoient leurs vœux aux congressistes. Cette 
séance est consacrée tout entière à la discussion des rapports» M, le pro- 
jL^Kseur Freud a^ lui aussi^ envoyé un télégramme, qui fut nitilheurcuse* 
ment reçu trop tard pour être lu à la séance* 

Le D"^ Pichoiiy médecin des Hôpitaux de Paris, engage la discussion. 
Dans l'ensemble, il adresse surtout des éloges à M. Pîaget et il prie de ne 
prendre les remarques qu'il va faire que comme des observations de 
•détail, faites dans l'ordre où elles se sont présentées à son esprit au cours 
-de son brillant exposé, 

L iL Pichon pense aussi que l'affectivité est un stimulant nécessaire 
de la pensée. Il sait certes bien quelles ressources intellectuelles offrent 
souvent les enfants schîîîoïdes ; mais'c*est que leur énergie affective est 
non pas nulle, mais tournée vers le dedans. Cette déviation de ralïcctivité 
^dévie d'ailleurç l'inlelligence au point d'aboutir, dans les cas extrêmes 
{schizophrénie), à son annihil^ition pratique (séclusîon « Verblô 
dmig »)* Mais ce qui montre la liaison nécessaire entre l'affectivité et 
4'intelligence, c*est le cas des idiots ; ils présentent très tôt une véritable 
agénésie affective qui constitue pour le clinicien un élément de pronostic 
très sombre* 

IL M* Piaget a raison de marquer que dans les cas normaux, où il 
.n*y a pas arriération affective, la pensée* sort de l'état égocentrîque pour 
adopter des règles impersonnelles, et que la logique n'est, de ce fait, 
qu'une sorte de morale de la pensée* M. Pichon ose indiquer que cette 
conception offre un certain parallélisme avec celle du passage de la 
possessivité à l'oblativité, qui lui a paru naguère, ainsi qu'à MM. Laforgue 
*et Codet, la princii)ale clef du développement affectif normal. 



128 BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



IIL IL Piaget a employé le mot de iiarcîssîsnie pour désigner le 
stade primitif de l'érotisnie. Le narcissisniCj qui ressortit au stade objec 
tal, Tobjet étant remplacé par le sujet lui même, est quelque chose de 
différent de Tauto-érotisme primitif* Il y aurait intérêt à ne pas les 
confondre. 

IV, M, Piîigt^t tîît que eliacun de nous porte en soi les stades primitifs 
de la pensée. M. Pichon pense que c'est dans cette forme de pensée syn 
crétique que réside la part féconde de notre pensée. Il y a donc danger à 
encourager le déveioppeiuent d*un type de gens chez qui Von aurait tari 
la pensée infantile et qui ne penseraient que d'une façon k< adulte ï>- 

\ ce propoSj M. Pichon est étonné de A^oir englober le linalisme dans 
les formes infantiles de la pensée. Outre que le iinalisme n'est, ni en 
philosophiCj ni en science, une attitude qui ait toujours été stérile^ il n*y 
aurait pas de possibilité d'agir si Ton supprimait cette pensée finaliste* 
Car enfin, c si je prends ce crayon pour écrire, je prends ce crayon pour 
écrire ». 

V, A propos du moi et de la libido. M* Pichon fait remarquer qu'il 
n'y a rien de plus dangereu\ que ce mot de a moi ». M. Piaget n'a pas 
pris ce mot dans le sens où k prenjient les psychanalystes. Il convien 
drail de ne pas confondre le contenu des mots et de fl\er exactement leur 
sens* 

VL M* Pichon pense qu'il ne faut pas prendre les jeux de IMmagina- 
tion des enfants comme le type du jeu individuel. Car il y a des jeux 
d'imagination qui sont collectifs. 

Vil. Enfin, il est certainement très utile de distinguer en principe 
le signe et le symbole. Mais il ne faudrait cependant pas tomber dans 
la faute de distinguer aussi nettement que M- Piaget le fait. Car le sym- 
bole peut être imposé par des considérations sociales* Par ailleurs^ il 
semble bien que subsiste, dans le signe, une certaine part de symbole. 
Même eu admettant que^ diins le vocabulaires dans le choix du mot 
chaise^ par exemple, il n^' ait rîen d'arbitraire, il ne faut pas oublier qu'il 
y a dans le langage une fonction affective* La preuve> c'est la distinction 
des genres. 

C'est souvent une métaphore qui fait saisir une analogie. Le savant 
commence par penser syncrétiquement^ à la manière de TenfanL Ensuite 
il vérifie et crée. 

En dernier lieu, IL Pichon dît ne pas partager Tidée, exprimée par M*. 
Piâgetj que Ton ne prend conscience de soi même que dans la mesure où 
l'on se socialise. A son avis, prendre conscience de soi est antérieur à 
toute socialisation. 

M* Piaget répond que le désaccord^ sur plusieui^s points, est plus 
apjiarent que réeL Arriver à un accord complet n'est qu'une question de 
mise au point du vocabulaire* 

Il reprend point par point les objections de M* Pichon : 

1" Pour le narcissisme, l'accord avec M. Piclion ne lui paraît pas faire 
de difficulté. Simple question de mots. Le narcissisme suppose une con- 
science du moi exaspérée et repliée sur elle-même. 



COMPTES RENBXJS 129 



2* Il est pleînemeiit d'accord avec M. Pichon sur le problème du prin- 
cipe de fécondité. Il y a de très nombreuses raisons d*ad mettra que ]a 
pensée syncrétîque est la sourc*? des créations de TadnltÊ. C'est un fait 
d'observation courante de voir un savant poursuivre toute sa vie la 
même idée. Cette idée ne devient féconde qu'à la condition de ne pas 
ctre autistique, mais de s'insérer dans Tensemble des normes de récipro- 
cité intellectuelle, pour devenir commuiû cable et vérifiaLle selon les 
normes sociales* 

S'' Le finalisme est une prise de conscience inadéquate, qui renverse 
l'ordre des choses* S'il est monnaie courante dans notre introspection, i[ 
ne peut intervenir que comme moyen d'explication. Le flnalîsme n'a rien 
-d'explicatîL 

4' M. Pichon dit que les jeux d*îmaginalion peuvent se socialiser de 
pins en plus- En faitj ces jeux précédent la socialisation. Les symboles 
une fois constilués, îl peut de toute évidence y avoir des jeux symboli- 
ques collectifs. 

5"* II y a toutes les transitions entre le signe et le symbole, dit M, 
Pichon* II faut, en réalité, faire la distinction fondamentale entre le dîa 
chronique et le synclironîque* La distinction du signe et du symbole est 
^ynchronique, Cest en raison d'un accord collectif que nous accordons le 
mot chaise avec l'objet chaise. 

Que le symbole devienne collectif dans le langage, c'est tout à fait 
évident* Le système des symboles de Bailly permet d'introduire sa pen- 
sée personnelle, ses sentiments personnels dans les signes collectifs. 

Il ne croit jias qu'il y ait des signes individuels. Il ne faut pas con- 
fondre rindice, le symbole et le signe collectif* 

Des pas sur la neige ne sont pas un signe ; ils sont un indice, lui-ïTiême 
signe de l'intelligence pratique. Dans les expériences de Pawiof, la cloche 
qui fait réagir le chien n*est pas un signe ; c'est un signal* Le signe impli- 
-que un accord collectif sur le signifié. 

6" La prise de conscience de soi est directe. Mais elle provient d'une 
méthode de comparaison que nous avons acquise socialement, II pense 
qu'au point de départ elle est sociale. 

M* Pichoiu — Il y a, au sujet du genre, une question de fait : îl n'est 
pas admissible qu'on puisse dire qu'un fait aussi important que la dis 
tinction des genres n*a aucune signification. Il y a des raisons à la dis 
iinction établie entre la chaise et le bâton. Ce n'est pas une différence 
sans vie. Cette différence correspond à un symbole. En outre^ cette dis 
tinction a l'avantage de constituer une explication, tandis que la concep 
iion de JL Piaget ne fournit aucune explication. Si ce sens symbolique 
venait à disparaître^ le fait grammatical serait condamné à disparnître. 
De plus, ce n^est pas un phénomène mort, que ce phénomène du genre : 
il a une vie, il se transforme, il varie d'un pa3^s à l'autre. Il faut admettre 
que le système symbolique d'un Allemand est tout à fait diflfércnt du 
système d'un FrançaiSj puisque le genre est une notion vivante. 

M- Piaget, Nous projetons des symboles de ce genre dans tous les 
objets* Cela ne transforme pas un signe en symbole. 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE. 9 



^■HHI^i^ltaMlliM 



ISO REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Mme Marie Bonaparte. Il lui semble que la plus grande divergence 
de ces deux points de vue provient de ce que, pour M, Pîchon, il y a 
continuité entre le signe et le symbole* Elle trouve ce phénomène du 
genre vraiment impressionnant. Enfant, elle faisait constamment des 
coup)£?s d'objets, ]*un mâle, Tiiuïre femelle. Ainsi, il y avait la pêche et 
l'abricot, Télectricité et le gaz ; elle créait même des couples artificiels : 
Ja cerise qui était mâle, et la fraise, qui était femelle. Cela prouve que les 
sjmboles sont personnels ou généraux, communs à toute rhumanité. Du 
point de vue psychanalytique, ces choses sont difficiles à nier. 

Mme Marie Bonaparte a été vivement intéressée par cette notion nou 
velle des schènies, pour expliquer la mémoire du passé. A ce propos, elle 
fait observer que M. Freud n*a jamais cessé d'admettre l'emmagasine- 
ment total des événements. Il a d'ailleurs illustré sa conception par une 
comparaison de la mémoire avec ces blocs (<t Wunderblock ») conijLilués 
par un étui de cdluioïde et contenant un dispositif qui permet d'écrire 
au moyen d'une pointe sèche, puis de faire disparaître l'écriture en tirant 
sur le feuillet enregistreur. 

Au moment où Ton tire sur ce feuillet, rinscriptîon disparaît, mais, 
au-dessous, sur la feuille adliésive qui fait nppïiraître les choses écrites, 
demeure un tracé léger, que l'on peut relire à lumière frisante. C'est 
ainsi que toute chose vécue laisserait une trace infime, susceptible d'être 
retrouvée. 

M. Damoureiie. En linguistique dîachronique, nous avons des signes 
qui viennent des symboles. Par exemple, le mot mastodonte est un signe 
qui est devenu un symbole. Rien qu'à le prononcer on a l'idée d'une 
énorme masse. 

D^ Loeweustein. Il félicite cbaudemeat les rapporteurs d^avoir sou-- 
levé des problèmes extrêmement importants pour les psychanalystes- Ce 
n'est guère que depuis une dizaine d*années que nous commençons à en 
trevoir une psychologie du moi. Et nous avons beaucoup à apprendre 
du rapport du D' de Saussure, qui a appliqué les notions psychanalyti^ 
ques aux notions nouvelles apportées par M. Piaget. Il y aurait beaucoup 
à dire au sujet des jeux des enfants, de Ja valeur pulsionnelle de ces jeux. 
Au sujet du symbolisme, il n'a pas compris si M. Piaget voulait dire que 
le symbole, en psychanalyse^ était considéré de deux façons : comme 
un résultat de la censure et comme un moyen d'expression primitif de 
la pensée. 

M. Freud a parlé de régression formelle, c'est à-dire de retour à la 
pensée primitive* On ne peut pas en déduire que le symbole soit toujours 
un signe de refoulement 

Si Ton tient compte de Tobservation courante des névrosés en analyse, 
on voit en effet que certaines réactions se répètent toute la vie selon des 
schèmes. Le complexe n'existe qu'en abstraction. C'est un moyen de des- 
cription, il n'existe que sur le papier. Le complexe n'est pas une chose 
vivante. 

Diiiis le cas de la jeune filk qui joue avec le rcbînet de la baigooire^ 
îl ne s'agit plus de schèmes, mais de faits chargés d'affect. 



w^ 






COMPTES RL:NDtfS 131 



Nous voyons fréqueimiient des névroses éclater, par exemple^ à vingt 
ans. Ce sont alors des schènies nouveaux qui jouent. Mais, par le méca- 
nisme de la régression, ces schèmes nouveaux réveillent des schèmes 
anciens. Les symboles dont se servent tes névrosés sont le fait d^une 
régression à un mode primitif de pensée^ sous l'effet de la censure* 

M* Piaget, Répondant à Mme Bonaparte^ îi dit être d'accord avec 
sa manière de voir, qui suppose le passage du symbole au signe* Ce sont 
deux perspectives sur le réel qui sont complémentaires et simultanées. 
Elles ne s^opp osent pas, 

A M. Damourette, il répond que l'exemple du mastodonte illustre ce que 
Bailly a appelé le « relativement motivé y>. 

Il est pleinement d'accord avec M. Loewensteinj et il a été heureux de 
l'entendre, parce que c'est la première fois qu'il comprend ce que signifie 
le symbole par rapport à la censure/ Le symbole étant le fait d*une ré- 
gression par Teffet de la censure, le voilà pleinement d'accord avec les 
psychanalystes- 

En revanche, il no comprend pas pourquoi le D"^ Loewenstein lui fait 
opposer le caractère pulsiojinel aux schèmes. Le schème est Féquivalent 
moteur du concept ; cela revient à dire, avec d'autres mots, qu'il a un 
caractère pulsionnel* 

iL Chenlrîer, Xous ne parlons pas le même langage. L'idée que se 
fait M. Piaget de rélaljorHtion de la pensée et de la pensée elle même n'est 
pas la même que celle des psychanalystes. iL Piaget parle de l'élaboration 
de la pensée, nous parlons de la formation^ de la prise de forme de la 
pensée. 

D"^ Odier* II voudrait poser une simple question : où iL Piaget a-t-il 
lu, dans rœuvre de IL Freud, que la censure produit le symbolisme ? 
Freud n'a parlé que de régression* 

iL Piaget dit avoir compris, en lisant Freud, que la censure produit la 
régression, et que la régression entraîne à son tour les mécanismes de 
condensation, de deplacemenU 

Le D** Odicr dît n'avoir jamais eu Pîmpression que Freud ait pensé de 
cette façon, 

il 

D'' Parcheminey. Dans le rève^ où se trouve une régression physio- 
logique normale^ le rêveur n'a plus à sa disposition que des centres in- 
férieurs de la pensée, les couches corticales supérieures étant inhibées- 
Dès lors, la pensée symbolique est déterminée par le iirocessns général 
de Finhibition. Le névrosé n'a qu'un moyen régressif, ni Teufant qu'un 
moyen primitif d'exprimer sa pensée. 

D* Spitz. 11 y a un malentendu sur le mot schème* Il pense que ce 
mot de sclieme se rapproche de ce terme de « Gestall »j que Ton pourrait 
traduire un concept de totalité, réunissant des choses disjointes. 

Jusqu'à présent nous avons utilisé la conceptioji de la mémoire selon 
le mode du <?( Wundcrblock ». Le psyclianalyste reçoit des associations 
disjointes, qu'il synthétise. Sur ce point, nous rejoignons M. Piaget dans 
cette conception des schèmes contenant des forces pulsionnelles, 

ilme Marie Bonaparte. C^est le déplacement surtout qui est sous le 



rt**a^ta^^H^^^Hii^^-^^--ivdh^i^t'^^'b^-^^PW 



132 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



signe de la censure. Les symbolismes de l'humanité sont sous la dépen- 
dance du narcissisme. Le monde entier est annexé par rhomme. Ce qu^il 
faut retenir, c^est que la censure n'intervient que secondairement et que 
le symbolisme existe en avant de tonte conception morale. 

Le D'' de Saussure voudrait essayer de résumer le problème du symbo- 
lisme et de la mémoire* Il y a chez l'enfant une activité symbolique qui 
touche à Factivité ludique. Quand Tenfant i>ousse une chaise devant lui, 
c'est une automobile* Dans la symbolisation, il y a projection de senti* 
ments sur un objet donné. Quand Alice écrase des liniaces, elle fait une 
régression, mais elle choisit un symbole. Car la limace symbolise pour 
elle le pénis de son frère. 

Il faut en outre faire une distinction entre l'activité symbolique et la 
symbolisation. L'activité symbolique est consciente ; Tenfant sait bieji 
que la ch^iise qu*il pousse n'est pas une automobile. C'est une activité 
générale de ]*esprit. Tandis que, dans la synibolisationj il y a une inten 
tion inconsciente. Alice ne sait pas qu'en écrasant des limaces elle écrase 
le pénis de son frère. 

Quant à la mémoire^ la théorie du récit, de M. Janetj est un progrès sur 
les conceptions de Taine, M. Piaget ne distingue pas assez les processus 
inconscients des processus conscients* 11 y a dans la mémoire un pro 
cessus aulomatique de répétition. Le fait du jour revient à Tespril le 
soir. A côté de cette altitude venant du dedans au dehors, il v a l'activité 
du moij qui essaie de prendre conscience et de tirer réflexion de ces 
automatismes. 

Ce qui se passe entre l'analyste et Tanalysé, c'est ce qui se passe dans 
3es essais que nous faisons, pour nous mêmes, de comprendre ce que 
aious vivons, La mémoire est faite de l'union de ces deux activités. 

M, Piaget Pour ce qui est du syinbole^ il lui reste un doute* Le 

D^ Odier dit que jamais M, Freud n'a dit ce que lui attribue il, Piaget. 
Il lui a pourtant semblé que^ pour M* Freud> le symbole était, à l'époque 
de la H Traumdeutung », toujours un déguisement. Il a admis^ par Ja suite, 
que c'était un langage. Il y a là un problème historique à résoudre* S'il 
se trompe, le problème se trouve considérablement simplifié. 

Il est d'accord avec la comparaison du schème et de la « Gestalt », Le 
schème est une « Gestalt » (il n'y a pas de mot équivalent en fref^nçais) 
dynamique. Seulement, tandis que dans la psychanalyse fondée sur la 
notion de « Gestalt » on admet que la « Gestalt » est préforméej pour 5L 
Piaget le schème est une « Geslalt j> qui se structure progressivement, qui 
a donc une histoire. 

Dans la pratique^ dit le D*^ Spîtz, les psychanalystes jjarlent par schè 
mes. Evidemment, c'est toujours à des SQhèmes que l'on se réfère. 

Le D" de Saussure a mis le doigt sur la âiflîcullé en disant que toute 
la question se ramène à la difrérence du conscient et de TinconscienL 
M. Piaget a l'impression que cette répétition' motrice de riiiconscient 
est à la ])ase de la compréhension, et donc d'un accord. 

Le D^ Flournoy résume la discussion sur les schèmes- Ils sont, comme 
nous Pa expliqué M. Piagel, essentiellement actifs. C'est une notion dyna- 



tCOMPTES RENDUS 133 



niîque, de même que la notion des souvenirs in conscients dans la psycha- 
nalyse. 

Quant à rassocialion des idées, sur laquelle repose rinterpiétalion dos 
rêves, elle n'implique pas une « doclrine association oaliste *. Elle n'est 
qu'un des moyens dont se sert la psychanalyse pour découvrir les pul 
sions qui sont les véritables ressorts de la conduite et de l'activité psychi- 
que, 

M. PîageL C'est întenlionnellenicnt, dît M» Piaget, qu'il n'a pas 

rédige son rapport : il fallait^ au préalalJe, s*entendre sur les notions et 
les termes employés. IJ comprend maintenant comment il doit le rédiger- 
Dans la logique du système, iL Piaget accorde que M, Freud n'est pas 
associâtionnîste. Mais ses narrations du début de la psychanalyse étaient 
forcément entachées de Tidée de l'associationj parce que M. Freud était 
alors tributaire du langage de son temps. Il semble que la notion de 
Tassociation doive être aujourdhui revisée et qu'il faille la regarder 
comme une construction. 

Mine Marie Bonaparte se demandCj à propos de Tassociationnisme cri- 
tiqué, ce qu'il peut bien critiquer et elle pense qu'il faut renoncer à cette 
notion de l'association, regardée comme un élément isolé, capable d'en 
traîner un autre éléjnent isole* 

L'analyse de rinlelligence montre que, toutes les fois que s'établît une 
association, il y a un ensemble qui joue. 

Le phénomène associatif existe, mais Passocialion en tant que principe 
explicatif est une notion périmée* En pratique^ l'association libre n*e$t 
pas libre, puisqu'elle est conditionnée par des modes de réaction qui ont 
une structure complexe* 

M* Bouvier. M. Piaget sejnble avoir un peu trop marqué les compar- 
timents entre signes et symboles. Il y a une pensée collective de Tliuma- 
nité qui se sert de symboles. 

Par ailleurs, il ïaut distinguer, dans le symbole, la forme et le fond. La 
forme appartient à Pindividu et à la société. Mais, dans le contenu, il 
y a aussi toute une emblématique qui est commune à l'humanité et à la 
pensée rationnelle* 

M, Piaget. Le signe, c'est le collectif au sens extérieur, l'accord enlre 
deu\ individus, tandis que le symbole est collectif au sens de commun 
à tous les individus. 

Le signe n'est collectif que dans le sens social^ tandis que le symbole 
ne requiert pas le collectif. L'individu peut arriver seul au symbole, mais 
le symbole peut se socialiser secondairement. 

Mme Marie Bonaparte. _ «c Alors, Robinson Crusoë n'aurait pas in- 
venté des mots, mais il aurait fcréé des symboles » ? 

M. Piaget. Sun s doute. Plus le groupe social est restreint, plus il est 
chargé de symbolisme* 

Le D' Odier félicite le D'' de Saussure* Les notions nouvelles qu'il 
apporte en accordant les données psychanalytiques avec les données 
psychologiques exposées par >L Piaget nous facilitent beaucoup l'expli- 
cation de certains stades à nos malades. 



,1 B.nj.,ii ■-■ —^^mm^^m^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^ 

134 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



b 



II n*a pas encore très bien compris en quoi M* Piagel oppose ]a théorie 
du symbole ot la théorie de la mémoire* Il se demande si il. Freud a 
réellement dit, comme le lui fait dire M. Plaget, que tout ce qui a été 
vécu demeure gravé. En fait, restent gravés les événements qui cons 
lituenl un sclicme affectif* M, Pïagci pense-t-il que ces événements sont 
restés à l'état inscrit ou bien n'existent ils plus que sous la forme de 
modes réiiciionnels ? 

Il pense que les événements semblent bien être inscrits. 11 cite, à 
Tappui de cette idée^ un exemple de souvenir subitement surgi au cours 
d'une analyse (1). 

Dans ce cas, sous le système conipulsîonnel de la névrose^ il y avait une 
mémoire de révénenient. Nous ne parvenons pas à comprendre pourquoi 
3e malade se défend si éjiergiquement contre le souvenir* 

Le D^ Lacan, quelque peu en marge de la discussion^ fait remarquer 
que, chez les paranoïaques, les manifestations essenlielies, telles que les 
assassinats représentatifs, etc.j ont une éniînente valeur représentative 
sociale. << Il y a là quelque chose qui va dans la structure Jiiême du so- 
cial ». 

Le D*^ Leuba se demande, bien que IL Piaget accorde que Ton puisse 
admettre l'inscription des souvenirs dans les deux systèmes d'interpréta 
tîon de la mémoire, s41 n^a pas tendance à minimiser lé rôle de Pinçon 
scient. Cela tient sans doute au fait que nous explorons des névrosés 
tandis qu'il explore des normaux. 

Il semble qu'il y ail de très grandes différences individuelles quant à 
Page auquel rejiiontent les premiers souvenirs. Et alors, il demande à 
iL Piaget à quel moment, selon lui, commence à fonctionner la mémoire* 
Car, dans un cas, il a vu surgir, chez une malade quadragénaire, un sou- 
venir remontant à Page de dix huit mois- Cette malade s'est réentendue 
prononcer lii premier mot qu'elle ait prononcé. 

En outre, il aimerait à entendre le D' Repond exposer un fait qu'il lui 
soumettait la veille et qui fait intervenir d'une façon heureuse des notions 
physiologiques. 

Le D' Bepond pense que nous avons trop tendance à intellectualiser 
les phénomènes psychiques* Il est clair que Penfant enregistre des souve- 
nirs dès les premiers mois* Mais nous enregistrons beaucoup de faits qui 
ne sont pas ijitellectualîsables. 

Le fait auquel fait allusion M* Leuba est celui d'un petit chat affligé 
d'une perversion. Ayant Au être préniaturéijient sevré, ce petit chat 
continua de se téter, comme les enfants tètent leur pouce jusqu'à un âge 
souvent avancé* 

Les choses semblaient se passer comme si le jeune animal avait une 
certaine somme de dynamisme à dépenser pour chaque cycle de son évo 
lution et comme s'il devait épuiser cette somme avant de passer à une 
autre activité. 



(1) Cet exemple est cité et décrit plus haut, p. 40, dans la conférence du D J. Leub i 
sur Ja pensée m;)gique dans la névrose* 



COMPTES RENDUS 135 



Il se pensait^ dans son esprit^ en écoutant les rapporteurs^ une idée qui 
n^esl pas encore bien cristallisée^ mais qu'il se hasfirde à formuler d*une 
manière approchée. C'est qu'il y a comme un parallélisme entre les 
schèmes et révolution physiologique. Il se demandait, par exemple* s'il 
n'y a pas un parallélisme eiitre rinvolutian du thymus et la disparition 
de certains schèmes, 

iL'aîiiUmantj clans le cas du petit chat, Taccident qui lui était survenu 
le sevrage peut donner à penser que Ton enregistre surtout les schè- 
mes qui ont été interrompus. 

Le D^ Sckiff reprend à son tour la question de savoir à quel âge re 
montent les premiers souvenirs. Au sujet du traumatisme du sevrage, il 
rappelle une page de Mme Colette, où celle-ci^ ignorante de celte? donnée 
psychanalytique^ décrit avec précision l'histoire de son sevrage* Ce récit 
pose la question de la réalité ou de la fausseté des souvenirs infantiles, 
question qui se rapporte à un double problème plus général- Tout 
d'abord à la comparaison entre deux, méthodes expérimentales, les 
ni('îtbodes analytirpies des associations provoquées et les méthodes de la 
psychologie expérimentale classique, qui étudie également les possibilités 
d'évocation junésique. 

Mais le problème le plus délicat est celui de savoir dans quelle mesure 
Tentant que les souvenirs évoqués font renaître au cours de Tanalyse est 
superposable a TenfaiU que le sujet a réellement été. Dans ranalyse, nous 
tendons à la recherche de cet enfant idéal, débarrassé des acquisitions de 
l'aduKe, nous cherchons à le confronter avec Tenfant « schématique », 
avec les diverses phases du développement libidinal que Texpériouce 
freudienne nous a montrées. Mais cet eufaut entièrement dépouillé et nu, 
nous ne pouvons jamais le retrouver complètement, la régression de 
Tadulte A^ers son enfance fait ressurgir un enfant encombré des souvenirs 
de radiillG- Actuellement^ la difficulté reste entière : comment^ dans la 
névrosCj distinguer ce qui se rapporte réellement à la névrose infantile et 
ce qui est une surchari^L^ adulte. 

Le D' Leuba fait ressortir combien cette notion des schèmes peut 
être utile pour plonger d'un seul coup dans la structure de la pensée in- 
fantile et quels services elle rendra aux ii^alades en analyse. Il se 
demande, timidement, si cette notion, en portant un coup mortel à la 
notion des associations isolées, ne permetlr?3 pas df^ donner, dans Tave 
nir, à la psychanalyse un tour plus actif* Maïs c'est toute la question de 
la psychanalyse qui se pose là* 

Le D^ Odîer oriente la discussion vers sa conclusion en disant que 
cette notion des schèmes rapproche beaucoup les psychanalystes des 
psychologues. Il a le sentiiucuit que nous sommes désorinaîs très près les 
uns des autres- 

Le D^ de Saussure fient encore à remercier M- Pîaget d'avoir bien voulu 
nous apporter son savant concours. Bien que la discussion des rapports 
ait porté surtout sur des problèmes théoriques, il désire mettre en 
lumière un côté pratique. 

L'ensemble de Toeuvre de M, Piaget, dit-il en substance, marque une 



136 HKVtlE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



CôJitrîbutioïi trcs iinportante de ]a psychologie du moi à la psychanalyse- 
M, Piaget nous a montré les étapes de Tadc^ptation de l'enfant au monde 
extérieur, 11 nous donjiCj par là^ des critères pour mieux distinguer le 
normal du pathologique ou de l'infantile. Or Taii^ilyse vise à une élimi- 
nation progressive des comportements, des s^^ntiments et des pensées 
infantiles. Il en résulte que la connaissance plus approfondie de Pévolu 
lion du moi facilite certainemeni la tâche de l'analyste. Ces critères 
auront d'autant plus d'importance que l'on se servira davantage, à côté 
de Tan al v se réductiv<?j de l'anahse normative* 

if. Pfagel répond en bloc aux doux derniers orateurs. Jusqu'à cette 
fructueuse conférence, en présence des psychanalystes il s'était toujours^ 
senti dans Tattitude d'un coîlrgue qui attaquait la psychanalyse* Mais, 
aujourd'hui, il a eu le sentiment de prendre sa défense. 

Au D' Leuba il répond qife les souveniris de l'enfant sont liés à la capa 
cité de faire des récits. Cette capacité varie selon Tâge, En ce qui con 
cerne les souvenirs qui précèdent l'âge de la parole, il est mal à PaisCj 
il ne sait trop. Il pense qu'il faut se méfier beaucoup des souvenirs de 
souvenirs. 

Au D' Repond qui dit : (c II est clair que l'enfant enregistre des sou- 
venirs dans les premiers mois &^ il répond que cette clarté lui échappe. 
II pense qu'il vaut mieux parler de types successifs d'activité que de 
cycles. Une remarque du D' Repond lui paraît très profojide et très 
juste ; c'est celle qui est relative à Tinterruption des schènies. En eflfet, 
quand nous descendons un escalierj pnr exemple, nous ne nous en aper 
cevons ni ne nous en souvenons. Il faut que notre descente ait été inter 
rompue par un incident remarquable pour que nous en gardions le sou- 
venir. 

Enfin il remercie très vivement Je D' de Saussure du rôle qu'il lui a fait 
jouer auprès de nous. Il était venu dans l'espoir de s*înstruire, et^ de fait, 
il repartira, se plait-il à dire^ muni de notions beaucoup plus claires sur 
nombre de points. 

Le D"" Flournoij clôt la conférence en constatant avec plîikîr que les 
divergences apparentes du début se terminent par un plein accord. Il 
dît un dernier merci, au nom de tous, au\ deux rapporteurs et nous 
donne rendez-vous pour Tan prochain, 

D"" J* Lêuba, 



Société Psychanalytique de Paris 



Séance du 21 novembre 1933 

Communication de M. H, Siaub, <j: Technique de la Psjciîanalyse de 
la résistance et du caractère » (à paraître dans Ja Revue). 

Discussion. M* Ch. Odier relève avec satisfaction Tidée exposée par 
M. Slaub et qui montre combien Tanalyse du c contenu » de la névrose 
est secondaire. Seule l'analyse des résistances met en évidence le dyna- 
misme de la névrose- Il est rg^ilenient d'accord en ce qui coiicenie Pin 
térêt énorme que présente la névrose de caractère* Il attache aussi une 
grande importance à Panalyse des résistances du début immédiat du 
traitement. 

M. Lœwenslein est d'accord avec M* Staub en ce qui concerne Fimpor 
tance de ]^a^aiyse du caractère et de la résistance de transfert* Ses expé- 
rîences personnelles rincitenî cependant à se montrer réservé lorsqu'il 
s'agit de commencer le traitement par l'analyse du caractère. 

AL Laforgue se méfie des lignes de conduite et des méthodes rigides, 
et ne peut pas, par ailleurs, donner encore son opinion sur l'analyse du 
caractère, 

M, Codet pense aussi qu'il faut se garder d'adopter des règles gêné* 
raleSj la psycliEaiialyse n*étant pas une science mais un art, 

M* Spiti souligne que ce qui caractérise surtout la méthode de Reich 
c'est qu'elle dirige activement le transfert après une vue d'ensemble 
râj)i[îe de la structure d'une névrose, 

M- Plchon pense que c'est là une méthode fausse du point de vue de la 
clinique et qu'elle peut conduire à de grosses erreurs. 

S. Nacht. 

Séance administrative du 30 novembre 1933 

La Société arrête les lîgnf^s générales du fonctionnement de VJnstitut 
d^ Psychanalyse de Paris, 137, boulevard Saint Germain. Les cours corn- 
menceronj au mois de janvier 1934, 

Ils seront faits par : le D' R. AUendy, Mme Marie Bonaparte, les D" A. 
Boreli M* Cénac, R. Laforgue^ J. Leuba, R, Lœ^venstein, Mme le D^ S* 
Morgenstern, les D"^' S. Nacht, Ch. Odîcr, S. Parcheminey, Mme le D^ S. 
Reverchon Jouve, le D"^ P. Scliiff et Mme E. Sokolnicka, 

Les personnes désireuses de suivre cet enseignement seront tenues de 
s'inscrire au Secrétariat de Tlnstitut, où Mlle Anne Berman, la secrétaire^, 



^^l^^^^^i^^ 



133 Hevuë française de psychanalyse 



les recevra le jeudi de H à 16 heures. Un droit dljiscrîption de 100 
francs sera perçu pour Tensemble des cours de l'année. Les étudiants 
régulièrement immatriculés dans une des cinq Facultés sont dispensés 
du droit d'inscription^ mais tenus néanmoins d'obtenir une carte du 
Secrétariat. 

Dans la même séance la Société a chargé le D"^ E, Pichon de rédiger 
un projet de modification des statuts de la Société en vue de créer une 
section psychologique conjointement à la section médicale et un 

autre pour Torgaiiisation syndicale des membres de la Société de Psy 
chanalvse. 

Séance du 2Ù février 1934 

Election du Bureau pour Vannée 1934 : 

Président : D^ A. BoreL 
Vice présidente : Mme Slarie Bonaparte* 
Secrétaire : D^ John Leuha. 
Trésorier : M. J, Froîs-Wiltmann* 

Organisation de la /X* Conférence annuelle des Psycf^cnalijsles de 
langue française : 

Président : D^ S. Parchemîne\* 
Secrétaire : D^ A. Repond, 

Rapports, « L'agression et sa répression », par le D^ Flourno> (Gc 
nève) et « la Paranoïa », par le D' P, Schiff (Paris). 

Le Congrès aura lieu en Suisse^ à une date qui sera fixée ultérieurenicnu 

S. Xacht. 



Inauguration ^ ' 

d*un Institut de Psychanalyse 

à Paris 



Ainsi qu'il arrive à Inaccoutumée^ lorsque naît une doctrine nouvelle 
qui bouscule des idées de tout repos, cette doctrine se heurte tout d'abord 
i ririiiiiobilité des corps enseigiiaiits constitués. Il y a quelques années 
encore, ni dans les programmes de la Faculté de Médecine, ni dans ceux 
de la Faculté des Lettres, le mot de psychanah^se ne paraissait à un titre 
quelconque* 

Depuis quelques années, cependant, M. k professeur Henri Claude a 
introduit, dans son enseignement à la clinique psychiatrique de la 
Faculté de Médecine de Paris, un cours d*une heure ou deux sur la psy- 
chanalyse pour ses élèves stagiaires. Ces cours, en raison du peu de 
durée des stages, sont forcément des plus succincts, 

A la Faculté des Lettres, Ja psychanalyse n'est» à notre connaissance, 
nulle part inscrite aux programmes d^enseignement 

Pour une méthode thérapeutique de cette valeur et une doctrine qui 
ouvre tant d*horîzons à la psychologie et à la philosophie^ Renseignement 
donné à la clinique psychiatrique, pour méritoire qu'il fiit, était, par la 
force des choses, niaiiirestement insuffisaiit. Et c^était là une anomalie un 
peu trop voyante, dans une ville qui n^a jamais démérité de son titre de 
Ville Lumière, 

Comme à raccoutuniée, donc, c'est à Tinîtiative privée qu'il incombait 
de créer à Paris un enseignement complet que tout réclamait : la valeur 
thérapeutique et la diffusion croissante de la métlifide psychanalyliqut.% 
Ja soif de savoir de nombreux étudiants en médecine, en lettres et en 
droit, le désir légitime des gens cultivés d'étendre le champ d^ leurs 
^connaissances. 

Grâce à la niasnfflcence de Son Altesse Rovale la Princesse Marie de 
Grèce, née Marie Bonaparte, Paris est dotée d'un Institut d'enseigne- 
ment psychanalytique. 

Cet Institut est sis* non loin de Téglise Saint Germain-des-Prés, au 
Ji"* 137 du boulevard Saint-Germain, au premier étage d'un élégant 
immeuble. Siège social de la Société psychanalytique de Paris, qui y tient 
ses séanceSj il comprend une salle de cours-bibliothèque et un certain 
nombre de pièces pour le secrétariat et la surveillante des locaux. 

Le programme des cours pour l'année scolaire 1934 a été établi comme 
suit : 



140 HEVUE FBAKÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Psychopathologie de la vie quotidienne ; M. J* Leuba, le samedi, du 20 

janvier au 3 février. 
Interprétation des rêves; M. R. ALLENm% Je vendredi, du 12 janvier au 

12 février. 
Théorie des instincts : !^fme M. Bonaparte, le lundi, du 15 janvier au 

5 mars. 
Théorie des névroses : M, Cli, Odïer, le mercredi, du 17 janvier au 

21 février. 
Etude de l'obsession : M. M. Cénac, le vendredi, du 23 février au 9 mars. 
Clinigue psychanalytique : M* Vu L^ruRGUE, le mercredi, du 2S fcATier au 

18 avril. 
Ëiude de r hystérie : M. G. PAriCHr:MïNF^% le lundi, du 12 mars au 9 avriL 
Technique psychanalytique ; M. R. Lœweksteix, le veiidredî, du 16 mars 

au 4 msî. 
Biologie psycho-sexneUe : M* J. Leijba, le lundi, du 23 avril au 7 uifii. 
Psychanalyse du caractère : Mme Sckolmcka^ le mercredij du 2 au 

23 mai. 
Etude des néuroses infantiles : il me Morgensterx, le vendredi, du 11 mai 

au 8 juin. 
Indications de la psychanalyse dans les psychoses : M. A* Eohel, le lundi, 

du Ï4 mai au 4 juin. 
Criminologie et psychanalyse ; M* P. Scjiïff, le mercredi, du 6 au 27 juîii. 
Elude des (roubles de la sexualiié : M* X^cux, le lundi, du II au 25 juin. 
Parallèles entre les névroses cl les psychoses : Mme REvcrtCJiO>-JouvEj le 

vendredi, du 15 au 29 juin. 

En outre de ces cours réguliers, des conférences ont été prévues, Cest 
ainsi que M. Spitz ferfi, le 25 avril, une conférence sur u Quelques pro- 
blèmes culturels et ethnographîqiies », et iL Staub, le 30 mai, sur « La 
foule et son chef ». 

Les condiïions d^admîssion ont été fixées de manière à faciliter aux 
étudiants la fréqueiihiîlon des cours. Toute personne désireuse de suivre 
renseignement de rinstitul est tenue de s'inscrire auprès de la secrétaire, 
Mlle Anne Berman, qui reçoit le Jeudi, de 14 à IG heures. Un droit d'ins 
cription de 100 francs est perçu pour rensembJe des cours de Tannée 
scolaire. Les étudiants régulièreuient Immatriculés dans une des cinq 
Facultés sont dispensés du droit d'inscription, mais tenus d'obtenir une 
carte d'inscription. 

Certains cours, spécialement réservés aux élèves qui se destinent à la 
pratique de la psychanalyse^ sont <f fermés » aux autres élèves* 

La séance d Inauguration a eu lieu le 10 janvier 1934, à 21 heures, sous 
la présidciice de M- Edouard Pichon, médecin des hôpitaux de Paris^ 
M, le professeur Henii Clïitide ; MM, Troisîer, professeur agrégé, et 
Heu ver, médecin des hôpitaux de Paris^ avaient bien voulu Tbonorer de 
leur présence. 

Celte séance inaugurale a été ouverte par une allocution de son prési^ 
dent, M. Edouard Pîchon. S'adressanl tout d'abord à Mme Marie Bona* 
parte, directrice de Tlnstilulj il la remercie en ces termes : 



■«««i^l^^^B^^^HHPV 



COMPTES RENDUS 141 



<£ Madame, 

y> En ouvrant cette séance^ mon premier devoir en jncme temps que 
mon premier plaisir sera de remercier Votre Altesse Royale, animatrice 
et ïnécène de l'Institut de psjchanalyse de Paris, de m'avoir, en tant que 
$eul psychanalyste du Corps des Hôpitaux, appelé à Thonneur d'en pré 
sider la séance inaugurale* >f 

Puis, à la nombreuse et brillante assemblée qui se presse jusque dans 
le couloir : 

« Mesdames, 

» Messieurs, 

» La Société psychanalytique de Paris, qui déjà avait attendu pour se 
<;onstituer que le mouvement psychanalytique français eût pris défi ni ti 
^rement corps, a apporté la même prudence à la fondalioii de cel Tnslinit. 
Elle ne s'est pas ruée à cette fondation ; bien au contraire, elle a attendu 
le mome^nt oii^ de toutes parts à Paris, dans le monde des étudiants et 
dans celui des gens cultivés, ou demandait un enseignement psychana- 
îytiqne pour créer en effet cet enseignement. Et c'est parce que cette fon- 
-dation n*est pas prématurée que nous la sentons vouée à une puissante 
vitalité* La psychanalyse, en effet, Mesdames et Messieurs* s'est imposée, 
a conquis droil de cité dans la médecine, par son efficacité thérapeu 
tique. Qu'on puisse en discuter les détails doctrinaux, soit : personne, en 
France, ne souhaite que personiie abdique son esprit critique* Maïs ce 
que Jes médecins de bonne foi ont vu, avec leur sers clinique des réalités, 
c^esl que la psychanalyse était une méthode susceptible de rendre service 
à des malades, et en particulier mÉme à certains malades, comme les 
Iiomosexuels, qu'avant elle il fallait considérer comme incurables et 
qu'elle arrive souvent à guérir. Je tiens à remercier M, le professeur H, 
Claude et mes collègues Heuyer et Troîsier de nous apporter, par Thon- 
neur de leur présence, le témoignage de l'intérêt que des maîtres de la 
médecine française portent à une méthode thérapeutique de cette 
Taleur. ^ 

« Messieurs les Etudiants, 

» On va vous enseigner ici, du mieux qu'on le pourra, tout ce qui con- 
<;6rne la doctrine de M. Freud, et les méthodes qui en découlent. Vous y 
^^errez ce qu'est la psychanalyse pour ceux qui la connaissent bien ; vous 
ne vous laisserez plus prendre aux racontars qu'on a répandus sur elle. 
On Ta souvent, Messieurs, accusée d'immor^ilitéj alors qu'elle est la forme 
la plus solide et la plus efficace de la méthode morale qui guide les 
hommes civilisés depuis T Antiquité : ce Coimaîs-toî toi même pour arri 
Tcr à te dominer, » 

AL Piciion donne ensuite la parole à M, le D' Adrien Borel, président 
^e la Société psychanalytique de Parîs^ pour sa leçon inaugurale* 

M, Eorel avait pris comme sujet : « Introduction à la Psychanalyse y>. 



Ii2 BEVUE FRANÇAISE DK PSYCHANALYSE 



Nous en doniions ici un résumé succinct, ce cours devant faire Tobjet 
d^uji travail ultérieur, 

AI> Borel montre d'abord rintérèt présenté par la fondation de llnstî- 
tut — organe d'enseignement de la Psjchaiialyse. Car de toutes les. 
sciences psychologiques^ la Psychanalyse est sans contredit celle qu'il 
est le plus diflicile d^âbôrder seulj même avec Taide des livres. Si bien 
que la plupart des critiques qui furent faites à la nouvelle science^ 
paraissent plutôt relever soit d'ignorance, soit d'incompréhejision^ que 
d'arguments logiques établis e]i connaissance de cause. 

M. Borel montre ensuite le double intérêt de la Psychanalyse : d'une 
part, en tant que méihode d'investigation psychologique ; d'autre partj 
en tant que méthode thérapeutique. 

Méthode d'investigation psj'chologiquej la Psychanalyse nous a ouvert 
un continent nouveau : le domaine immense de Tlnconscient, qui, s'il 
était soupçonné et même admis par certains avant les travaux de Prends 
était considéré comme un monde inconnaissable, et restait d'aillt^urs 
conçu selon un mode statique* L^extrême originalité de la doctrine de 
Freud fut de nioiitrer que rinconseiej]!, à Topposé de Topinion génrr.^le, 
représentait la part peut-être la plus vaste du psychisme, et que loiu 
d^avoir l'iminobilité figée qu^on lui prêtait, il était au contraire le siège 
d'un dynamisme puissant, issu des forces primordiales de Fêtre, et que^ 
quoique voilé à tous les regards, il animait et dirigeait les constructions 
rationnelles de la pensée consciente. Par une niiMhode d'une étonnante 
originalité^ Freud a rendu possible l'étude de cette vie profonde de 
l'esprit^ en s'adressant surtout à des manifestations psychiques jusqiie-là 
dédaignées en particulier le rêve et dont la genèse aussi bien que^ 
la signification restaient mystérieuses, 

La richesse des points de vue nouveaux ainsi découverts ]ie peut man- 
quer de séduire tous ceux qui, de près ou de loin, touchent aux 
sciences psychologiques : psychologues, ethnographes, sociologues, psy- 
chiatres, etc. Tous peuvent et doivent trouver dans l'oeuvre de Freud et 
dans l'étude de la Psvchanalvse non seulement une aide» mais encore des 
directives nouvelles* Déjà^ d'ailleurs^ certaines oeuvres ont été publiées 
qui indiquent ce qui pourra être tenté et réussi de ce coté* 

Maiii outre cet intérêt, qui est déjà de premier ordre, la Psychanalyse 
présente encore celui, non moins important, d'être une méthode théra- 
peutique des affections psychiques* Jusqu'ici, elle n*a paru pouvoir 
s'appliquer qu'aux psychojiévrosesj dans le traitement desquelles elle a 
déjà à son actif de nombreux succès, d^autant plus intéressants que la 
Psycihjnfilyse a pu réussir justement là où les autres méthodes thérapeu- 
tiques avaient toutes échoué. Son mode d'action s'effectue selon des , 
principes entièrement nouveaux et elle est la seule niéDiode de psycho 
thérapie dont on puisse dire qu^elle apporte non pas seulement une aide^ 
au malade, mais ejicore une véritable guérison. En u liquidant ï> les 
conflits inîantileSj origine générale des névroses, en les <( actualisant ^ 
grâce à la névrose de transfert, elle permet en effet aux névropathes de 
se débarrasser de leurs syauptônies, taiidis que les instincts arrêtés dans 



COMPTES RENDUS 14& 



leur évolution^ oit obligés à une régrtissîon, retrouvent le jeu hariiionfeux. 
qu'ils ont chez le noriiiah 

En terminani, M, Borel remercie la Société de Psychanalyse tout 
ealière de bien vouloir pi cter son concours à Toeuvre si intéressante que 
représente T Institut, Il remercie eu particulier tous les luenibres qui ont 
accepté de faire des conférences ou des cours durant cette première 
.'^nnéc. Il remercie enfin celle qui fut raniinatrice de cet Institut^ et grâce 
à qui sa fondation fut possibJe, Mme Marie Bonaparte* 

Cette magistrale leço]i terminée, il, Pichon, s'adressant aux étndîf^nts 
leur adresse les quelques mots de bienvenue et d'encouragement qui 
suivent : 

<i Messieurs les Etudiants, 

» Voilà que prend fin cette solc^niiîté inaugurale. Demain et les jours 
suivants, dans une atmosphère moins brillante, inaîs plus studieuse, il 
vous faudra vous enfoncer dans ce travail dont notre ami Borel vient de 
vous tracer Tesquisse générale. Je tiens à vous souhaiter un joyeux et 
fructueux travail, * 

Mnie Marie Bonaparte donne alors lecture d'un télégramme du Profes- 
seur Freud souhaitant !a prospérité à Tlnsfitut à l'occasion de sa nais 
sance, et M, Borel lit un télégramme exprimant les voeux de M, Joues, 
président de TAssociation psychanalytique internationale, et un télé- 
gramme de M, Eîlingon^ président de là Commission internationale pour 
renseigiiemeiit de la psychanalyse, souhaitant à l'Institut le phis grand 
succès. 

Cette séance a été suivie d*une petite réunion tout intime où les mem- 
bres de la Société de Psychanalyse et quelques invités, groupés autour de 
Mme Marie Bonaparte^ lui exprimèrent non sine florîbus, leur affectuense 
admiration pour sa généreuse initiative, qu'un éclatant succès venait de 
couronner si éloquemment- Car la salle de cours, un peu exiguë pour le 
nombre des auditeurs, dut être dotée^ par la suite, d'un haul-parîcuri ^Hn 
que les auditeurs en surnombre pussent entendre tout à leur aise les 
conférenciers dans une pièce voisine. 

D'^ J, Leuba, 



BULLETIN DE CORRESPONDANCE 

de 

rAssocîation Psychanalytique Internationale 

rédigé par Anna FREUD, Secrétaire Centrale 



1. - COMPTES RENDUS DU COMITÉ CENTRAL. 

■ 

1. XIIÎ*" Congrès Psychanalytique International. 

Conformément à ]a dép^ision prise aa XII* Congrès à AVîesbad(*nj le 
prochain Congres aura Heu en Suisse, à LnccniCj du 26 au 31 août 1934. 
Le Comité Central prie ceux d'entre les membres des groupements affiliés 
qui auraient l^intenlion de faire une communication au Congrès d'en 
donner avis avant la Pentecôte en indiquant quel sujet ils comptent 
traiter. 

Les groupements seront avertis de toutes les nouvelles ultérieures par 
des circulaires adressées aux divers Comités. 

2. Fondation d'un nouoeau Groupement affilié hollandais. 

En novembre 1933, un certain nombre de membres de la Société 
Néerlandaise de Psycîi analyse (Nederlandschen Vereeniging voor Psj 
clioajialyse) ont quitté ce groupement et ont fondé sous le nom d^ « Asso 
ciation des Psvchanalvstes des Pays-Bas » (Vereenîi^îns van Psvchorna- 
lytici in Nederland) une nouvelle Société dont le siège est à La Haye- 

Les membres de ce groupement sont ; 

D'" A. M. Blok, secrétaire ; 

D*^ J.-E.-G. van Enïden ; 

M. Katan ; , 

D' K, Landauer ; 

D^ L H. W. van Ophuijsonj président ; 

P. H. Versieeg ; 

Mme C.-M. Versteeg Sollevcld^ irésorièrc ; 

D' A* Walerniann. 

Le Comité Central a, provisoirement, admis cette nouvelle Association 
dans l'Association Internationale de PsvclianaKse. L'admission définitive 

sera proposée au prochain Congrès. 

3» Fondation d'une Société Psychanalytique Palestinienne. 

Le D^ Eitlngon, qui a quitté Berlin et s'est établi à Jérusalem, a fondé, 
en septembre 1933, dans celte dernière ville^ sous le nom de Chewra 



Tm,^ 



COMPTES RENDUS ]45 



P£ychoâiiaIjlilh b'Erez Israël une nouvelle Société Psychanalytique 
composée de quatre anciens membres de la Société Allemande de Psy- 
chanalyse dont voici les noms : 

Le D^ Wulff <Tel Aviv) ; 

M)lc le D'' Smeliansky (Tel Aviv) ; 

Le D^ Sch^ilit (Haïfa) ; 

Le D^ M, Eitîngon (Jérusalem). 

Trois autres candidats^ formés à Berlin^ exercent déjà dans ce pays- 

Le Comité Central a statué provisoirement sur Fadmission de ce nou- 
\eau groupemejit dans TAssociation Internationale de Psychanalyse- Le 
prochain Congrès décidera de Tadmission déiînitive, 

D*" ^Ernest Jo^Es, Anna Freud^ 

Président central Secrétaire centrale. 



ir. - COMPTES RENnUS 
DE LA COatMLSSÏOX INTER^^ATIO^^ALE 

DE L'ENSEIGNEMENT, 
Supplément à rannée scolaire 1932 1933 : 

Institut de Psyciianalyse de Chicago 

2* Trimestre 1933 

Cours et Conférences 

1* Pour les candidats et les analystes pratiquants : 

D' Alexander : Leçons techniques (15 auditeurs), 

D' Aleù^ander : Cours spécial de littérature psjxhanalytique (20 aud,) 

D^ Horney : Techniqne psychanalytique (17 auditeurs)* 

D' BUtzsteii : Technique de Tlnterprétalion des Rêves (9 auditeurs), 

2* Pour les Médecins : 

D^ Alexander : Soirée de Discussions médicales (20 participants). 
D^ Menninger : Psychanalyse et Psychiatrie (15 auditeurs), 
D^ Horneg : Psychologie de la Femme <10 auditeurs). 

3*' Discussion pour les Crimînologîstcs : 
2)'' Alexander :(33 participants), 

4^ Discussions de Sociologie : 
D' Alexander f (20 participants), 

o* Conférences popialaires : 

D^ Alexander : La Psychologie du Crime. 

D^ Horney : Conflits touchant au rapport de Tenfant à sa mère, 

B^ Bartenieier : Psychanalyse et Education, 

ÏÏEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE, 10 



^^EJ^^»^^^^^^^^e^Pi;^iP^ 



1 46 REVUE FRANÇAISE ÏÏE PSYCHANALYSE 



D"" Blilzsten : Considérations économiques sur la crise économique, 

D^ Alexander : Falstaff : L'homme est iî un être social ? 

D^ Menninger : De la Psychologie du Suicide. 

D'' French ; Psychologie de l'impression littéraire et artistique, 

D^ Horney i Abus de la psychanalyse dans la vie quotidienne. 

Nombre movea des auditeurs : 35, 

53 analyses ont été pratiquées à riiistilut au cours de ce trimestre : 
6 analj^ses didactiques, 15 analyses dlnvestigalion scientifique et 32 ans 
lyses thérapeutiques ou de contrôle. 

iQStitut de Psychanalyse de New-York 

Compte renxiu de Tannée scolaire 1932 1933 

A) Cojirs d^Enseîgnement 

(réservé aux menibres et aux candidï^ts à renseignement) 

1. La théorie des instincts, son développement^ son état actuel (D'^ San- 

dor Rado), 8 cours, 53 auditeurs* 

2. La sexualité de la femme (D^^ Sandor Rado). 8 cours, 49 auditeurs. 
3* Le narcissisme et les troubles narcissiques, 8 cours, 41 auditeurs. 

4. Leçons de technique (D' Sandor Rado). 24 séances de 2 heures, 32 

participants, 

5, Technique du symbolisme et de Tînterpréi^îlion (D'^ Bertram D- 

Lewin), 6 séances de 2 heures^ 12 participants. 
<j. Cours technique sur les névroses et les psychoses (D' Gregory Zil 

boorg), 21 séances de 2 heures, 29 participants, 
7, Psychanalyse appliquée à la mythologie, à la reli^i^ion et à l'ethnalogie 

(D" Abraham Kardiner). 9 cours de 2 heures^ 12 particîpanis. 

B) Cours d' ^Extension y> 

1. La Psychanalyse appliquée aux institutions sociales. Cours de perfec- 

tionnement destinés aux asaisl^nnls- sociaux (D^^ Stern et Zilboorg). 
12 cours de 2 heures, 17 participants, 

2. Introduction à la Psychanalyse. 10 conférences destinées aux assis 

taots sociaux (D" Erill, Glueck, Meyer, Oberndorff, Schoenfeld et 
Williams). 15 audîlems. 

3. Psychanalyse et niéde^cine* Cours d'introduction destinés aux méde- 

cins (D'* Brîîl, Feîgenbaum, Kardiner, Mej^er, Lehrman, Lorand, 
Oberndorf et Zilboorg). 10 cours, 26 auditeurs. 

4. Psychanalyse et pédagogie. Cours complémentaire pour les institu 

îeurs. Ces cours ont été autorisés par la direction de rEnseignement 
de PEtat de New- York (D" Brill, Broadwin, Meyer, Oberndorf, 
Schoenfeld et Williams). 30 cours, 34 auditeurs. 

5. Cycle popuhiire de conférences. 8 conférences (D'' Brill, Meyer, Ken 

worthy, Lehrman, Zilboorg, Oberndorf, Williams et Wîltels). En 
moyenne : 23 auditeurs. 



*«te 



COMPTES RENDUS 147 



'C, Emploi de la Psychanalyse dans cert5iîns cas pratiques d'assistance 
sociale. Cours technique de perfectionnement pour les assistants 
sociaux (D' Stern)* 10 cours de 2 lieures, 18 participants, 

7, Problème de la classe scolaire. Cours technique pour les instîtulGurs 
D" Broadwin, Levy et Shoeiifeld), 6 cours de 2 heures, 10 parti- 
cipants, 

S. Cours techniques de perfectionnement pour les assistants sociaux. 
Suite du cours I (D'^ Zilhoorg), 6 cours de 2 heures, 10 participants. 

Comité de rEoseignemeot de la gocîété Psychanalytique de 

Washington -Baltimore 

Les conférences et cours techniques suivants ont été faits en 1933 sous 
Je contrôle du Comité de l'Enseignement : 

1*^ trimestre 1933- William V. Silverberg : Cours sur les Histoires de 
Malades de Freud. 10 courSf 18 auditeurs, 

2*^ trimestre 1933- Ernest E. ÎIndIey : L'Interprétation des rêves, 

^6 cours, 11 auditeurs. Harry Stack Sullivan : Psj^chiâtrie de la schizo 
phrénie, 8 conférenceSj 18 auditeurs. 

Au cours de cette année, deux candidats ont achevé leur analyse didac 
tique. Quatre sont en analyse didactique et trois en analj'se de contrôle. 
Un candidat a terminé son analyse de contrôle. 



-• -■ 



tn. — COMPTES RENDUS DES ASSOCIATIONS AFFILIEES. 

Associatioa Psychaoaly tique Américaine 
{The American Psychocmalytic Association) 

A) Fédération des Sociétés Psychaiiahjfîques Américaines. 

La SI*" session de TAssûciation Psychanalytique Américaine a eu Heu 
les 26 et 27 décembre, à THôtel Shorchtim, à Washiijglûn, sous la prési- 
dence du président actuels le D' A. Brill. Voici les sujets scientifiques qui 

V furent traités ; 

26 décembre, après midi. D"^ Ross Mclure Chapman : A la mémoire 
d'EIeonora Bennett-Saunders, D' Clara M. Thompson ; Une opinion 
sur la thérapeutique dite de « détente y> de FerenczL D' Karen Hov 
neg : Le masochisme féminin. 

26 décembre, soir* Le D"^ Sandor Rado soulève une discussion sur le 
sujet suivant ; L'influence de la masturbation sur les névroses. 

27 décembre, le matin. Les D" Franz Alexanderj Catherine Bacon et 
-George W. Wiïson : Discussion à propos de rinfluence des facteurs psy- 
chologiques sur les troubles gastro-intestinaux, 

27 décembre, après midi- D' Bernard Robbins : Observation sur 
rimportance des troubles infantiles de la nutrition dans le développe 



^^■^^w 



148 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



V 



ment de ralcooHsme. T>^ Hermann Knnberg : Le sentiment de culpa- 
bilité. D^ Ediiard Liss : La question de la technique du jeu dans Tâna- 
Ijse des enfants. 

26 décembre. Séance âdminîstrati\e. La Société Américaine de Psy 
chanalyse s'étant constituée, son bureau a tenu une séance au cours de 
laquelle Je président, le D"^ Briîl, ainsi que les membres du Comité exé- 
cutif ont été nommés mandataires, directeurs ou cliargés d'affaires de 
1^4ssociation, 

Le Comité a approuvé l'admission dans la future Société de Boston de 
trois nouveaux psychanalystes. Voici quelles furent les décisions prises : 

Sont admis à faire partie de la Société Psychanalytique de Boston, à 
litre de membres titulaires, les D'^* L H, Corial, Leotita Dalrumple, WïÏ- 
Uam Heahuj, iuûs Hendrick, William J. Herman, Ealph Kaufnian, Hcnry- 
A. Mnrray jun.j John Murray^ Martin-W. Peck et Irmarita Putnam. Il a 
été décidé que le prochain Con^frès international statuera sur l'admission 
définitive dans rAssociation Psychanalytique Ainéricaine de la Société 
Psychanalytique de Boston* Le D' Brill donne lecture d'une lettre par 
laquelle le D"" H. Coriat est accepté comme membre du Comité exécutif 
pour le groupe de Boston- 

Au cours de la constitution du nouveau groupe de Boston certaines 
difficultés ayant surgi à propos des conditions requises pour devenir ' 
membre dudit groupe, il est constitué une Commission composée des 
D^*" K!. -Lionel Blitzsten, Karen Hornegf Abraham Kardiner, Harrij Siack 
Sullivan, William V. Siluerberg et Ernest-E. Hadley. Cette Commission 
est chargée d'élaborer, pour rAssociation, des statuts unifiés qui devront 
Ltre en accord aussi bien avec les règlements de l^Association Psychana- 
lytique Internationale qu'avec les lois régissant Texercice de la médecine. 
Après délibération, la Commission propose un texte pour Tarticle III 
intitulé « Admission des membres y>. Ce texte devra être adopté par 
toutes les Sociétés affiliées. Le Comité exécutif approuve ce texte après y 
avoir ai)portc quelques modifications de formCj proposées par le prési- 
dent de la Commission new-yorkaise de rEnseignenient* 

Le bureau reconnaît que certaines circonstances locales suggèrent de 
façon toujours plus impérieuse l'idée de créer des Instituts de Psj^cha- 
n al y se. Très souvent, ces Instituts sont assimiles, dans le public au mou- 
vement psychanalytH]ue, c*est pourquoi il sembla souhaitable d'établir des 
règlements généraux en ce qui concerne leur fondation et leur validation. 
Une Commission comi)osée des D^* Sanâor Rado, Harry Stack SuUivan, 
Karen Horney, Abraham Kardiner, WiUiam'V. Siluerberg et lues lien- 
drîck.esi chargée d^établir les grandes lignes d'un projet qui devra être 
SQUinis au bureau. Après délibérât ion^ la Commission présente un projet 
concernant la reconnaissance et Tadmisslon des Instituts de Psychana- 
lyse par le bureau de l'Association Américaine de Psychanalyse, Ce pro- 
jet est accepté par le bureau, 

Ernest E. Habley, 

Secrétaire-Trésorier. 



rib 



COMPTES RENDUS 149 



Société Psychanalytique de Chîcugo 
{Chicago P&ychoanahjfic SocicUj) 

4' trimeslro 1933 

■ 

17 octobre» Séance administrative. Les D^^ Horiiey et AI(^:fander 
sont nommés membres titulaires* Le D' Herbert Chainberlaiii et le Prof* 
D. Lasswell sont élus dans le groupe des non médecins. 

21 octobre, D'" Léo Barteineîer : Un rêve intéressant et sa significa- 
tion pour le transfert. 

4 novembre* D' Helen V, Mae Lean : Rapport entre le coîiflîl ins- 
iinctuel et le conflit structurel chez mie malade. D"" Lionel Btitzsten : 
Néoîogîsnies et autres déformations du langage et leur signification en 
psychanalyse. 

18 novembre. D'^ M^tlierîne Baconi L^activité cliez la femme* — 
D' Alan D. Finluyson : Aspects psychanalytiques d'une crise d'hématurie* 

16 décembre. Miss Helen Ross ; La signification du transfert dans un 
'Camp d'Eclaireuses- 

Edwîn R, EiSLER, 

Secrétaire. 

Société Psychanalytique de Ne\v-Yor!t 

{The New York Psychoanalgtic Society) 

3^ et 4"^ trimestres 1933 

31 octobre. Première séance après les grandes vacances. Le D"^ 
George E. Daniels est chargé du secrétariat par le Président. Il conser- 
vera ce titre tant que le bureau actuel restera en fonction. Le D"^ Bernard 
Glaeck est appelé à faire partie du Comilé exécutif de l'Association 
Psychanalytique Américaine. Le D' May E. Ginsbarg et le D' James-H, 
Wall sont élus membres adhérents. Le D*^ Adoîph Stern^ président du 
Comité «( Ways aii<ï Means >? annonce qu'une somme importante a pu 
être touchée grâce au sj sterne de donations institué par ce Comité* Le 
Comité essaie d'obtenir des subventions pour faire face aux dépenses 
courantes de la Société et de PInstitut et tâcbe aussi de recueillir un 
capiial suffisant pour fonder une clinique psychanalytique. Le D"^ Brill a 
constitue, outre le Comité qui devra s'occuper des apports d*argent, un 
autre Comité qui sera chargé d'entrer en pourparlers avec les autorités 
locales au cas où des difficuHés légales viendraient à surgir* La discus 
slon de cette question retardera la réalisation des vœux de la Société- Le 
Président nomme encore une Commission composée des D'^'' Kiibies, 
Lewin, Meyer et Rado et chargée de procéder à la révision entière des 
statuts. Cette , Commission travaille actuellement et présentera son rap- 
port au iLiuîs de janvier, à une séance spéciale de la Société* 

Séance scientifique* D^ H. Flanders Dunbar : Problèmes posés par 
un cas d'angoisse sociale. D' James H. Wall : Observations sur les 
fonctions gastro intestinales. 



150 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Séance de novembre, D' Morguret Frics : Technique du jeu dans 
l*ana]yse de jeunes enfants. — Le D'' LilUan M alcôve est élue membre 
£d lièrent^ 

La Société Psychanalytique Américaine et la Société Psychanalytique 
de New-York se réunissent pour tenir une séance comniiiiie, en {îécem 
bre, à \A^âshîiigto]i. Beaucouj) de membres du groupement new-yortais y 
assistent* 

George E, Daî^iels, 
Secrétaire pro tem. 

Société de Psychanalyse de ^Vashington-Bal timoré 

iWa^hingion-Baltimore Psychoanalytic Society) 

2% Z' et 4^ trimestres 

Avril 1933. D^ Kareii Horney (Chicago) : Un trouble fréquent de la 
vie amoureuse féminine. 

Mai Ifl33* D' Bcrnard-S. Rabbins : Matériel clinique dans le rapport 
de l'illusion à la réalité- 
Octobre 1933. D"^ Lewis-B. Hill : Analyse d'un cas d'hypertension. 
Séance administrative. Le Président fait part de la nomination du 
D' Ernest Haàleg à la présidence de la Connnissïon de l'Jjiseignenienti le 
siège du président étant devenu vacant par suite du changement de rési 
dence du J>" Sîlvcrberg qui s^inslalle à New York. 

Novembre 1933. D' WiUiamA^. Silverberg ; La psychanalyse et les 
idéals moraux. 

Décembre 1933. D"" Harry Stock Sullivan : Observations concernant 
le dynamisme du transfert. 

Séî^ncc adiiiîni.sirïiiÎTe. Le D' Marjorie Jarvis (Baïlimore) est nom- 
mée membre adhérent. Puis^ par une addition aux statuts* la Société 
reconnaît une nouvelle sorte de moirihres : les membres d'honneur, ceci 
pour éviter de perdre le contact ayùc tel ou tel membre du bureau quL 
irait ré$îder dans une autre ville, 

Wîllîam-V* Silverberg, 
Secrétaire-Trésorier. 

Société Britannique de Psychanalyse 

iBrithh Psychoanaîi/tîcal Society) 
4*^ trimestre 1933 

4 octobre 1933* D^ Melitla Schmideberg : Origine et nature des trou- 
bles de la nutrition. 

18 octobre 1933, D' Edward Glover : Discussion à propos de la 
technique de ]ù Psychanalyse : Questionnaire-Rapport, 

1" novembre 1933. Courtes communications, g) Mélanie Klein : 
Séquelle psychologique d^une opération 2jr;^liqiiée pendant Tenfance. — 
b) D'' Edward Clouer : Une observation sur rîdealîsatioup 



«H^H^««P 



COMPTES RENDUS 151 



Séance administrative, présidée par le D'' Jones. Le D' Cohii et Mme 
le D'' Misch, de la Société Allemande de Psychanalyse, sont élus respec- 
tivemeïit membre? titulaire ^i jnembre adhérent de la Société Britannique. 
Le D-^ Fnchs, Mme le D^ Maas, Mme le D' P, Heiimnn, le D^ W.-C.-M. Scott 
sont élus membres adhérents, 

15 novembre 1933- Miss M.-W Searl : La sexualité des enfants^ 1^* 
partie. 

6 décembre 1933- Miss U.-K\ Searl : La sexualité des enfants, 2* par- 
lie. 

Ed^vard G lover, S,-SL Payke, 

Secrétaire scientifique. Secrétaire administratif. 

Société A^Ileniaiide de Psytihaiiaïyse 

(Deutsche Psychoanahjti&che Gesellschaft) 

4* trimestre 

19 septembre. Conférence du D"^ Fenichel : Voyeurisme et identifl- 
cation< Discussion ; Mette, Jacobschn^ Simmcl, Lévy Suhh Simonson. 

26 septembre. Conférence du D^ March (invité) ; De la psycho- 
pathologie du sauveteur. Discussion : Boehm, Mette, Kamm (invité), 
CohUt Jacobsohn, Schuliz Henckc, Eva Roseufeld, Sydotv (invité)^ Jlii/îer- 
Bravnschweig, 

3 octobre* Courtes com^uunications ; D"" Jacobsohn : Divers types de 
mères et résistances de transfert correspondantes- Discussion ; Sîm- 
met y Schnltz Hencke, Liebeck Kir&chner, Fenichel, Millier Braunschweig. 
D' Liebeck Kirschner : La question de <^ Fagîr ?>. Discussion : Feni- 
chel, Miiller-Braniischweig, Jacobsohn, Simmelt Boehm, Schnltz Hencke^ 
Cohn. 

17 octobre. Lecture d'un fravail du D'" Graher sur « L'înstincl de 
possessivité ». Discussion: Schnltz Hencke, Fenichel Muller-Brann- 
schwcig, Boelim. 

24 octobre- Conférence du D^ Mette : La Psychologie du dyonysia- 
que. Discussion: Kamm (invité), MiiUer Braunschiueig^ Jacobsohn, 
Schultï Hencke, Buder-Schcnci: {inviié), SimmeL 

Au cours de la séance administrative, le D^ Gerô, de Copenhague^ est 
élu membre adhérent* 

7 novembre. Courtes communications* D^ Kemper : a) Contribution 
à la psycho genèse du cauchemar. Discussion : Jacobson, Mûtler- 
Braunschweig, Boehm, Mette. — D" Kemper : h) Remarquer à propos du. 
travail de Freud : « Un type particulier de choix objectai masculin ». 
Discussion : Mme Koch (Invitée), Jacobsohn, Mûller Braanschweig, 
Vowinvkd, Boehnh Lcvy-Suhl, Kempner, Mette, Mme Eva Rosenfeld 
(invitée)* D'' Kemper ; c) A propos d'un mécanisme annlogiie. an signal 
d*angoisse. — Discussion : Vowinkeî, MùUer-Braunschweig, Liebeck- 
Kirschner, BerUner (invité), Jacobsohn, Mette, March, Bluhni (invité). 
Lecture d'une petite communication du D'^ Graber : a Des relations entre 



^^^^ 



152 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



la scène primitive, le jeu el la destinée ». Discussion ; Boehm^ Jacob- 
sohn, Liebcck Kirschner, VoivinckcL 

18 novembre, après midi. Conférence du C Benedek ; 0^i*^^ques con- 
ditions nécessaires à la fixation de la phase deuléropiiallique» Discus- 
sion : Boehm, Jacohsohn, Siegmann, Simmel, Schallz Hencke, Eiiingon. 
18 novembre^ soin Assemblée générfïle ordinaire {asseniblée an- 
nuelle). Etaient présents : 15 membres titulaires et û membres adhérents, 

L'AssemI>Iée géjjL^rale prit d'abord connaissance des rapports annuels 
du président^ du directeur de Flnslitut et du président de la Commission 
de l'Enseignement* Ensuite, elle lut les rapports du trésorier el de Tadmi- 
nisfrateur des études sur la caisse de la Société, 1 Institut et sur Tétat des 
fonds destinés aux bourses- Le président décrivit dans son rapport les 
grandes répercussions qu^ont eu les événements de Tannée sur notre 
Société. Il rappela en particulier que quelques uns des membres avaient 
au cours de Tannée quitté TAIIem^^gne- 

Aux rapports fournis par le bureau succédèrent les élections de me]n 
bres titulaires. Furent nommés nos collègues G. H. Graber, docteur tu 
philosophie^ le D^ Werner K<^mper et le D" Alexandcr Mette. Avant de 
procéder à l'élection du nouveau bureau^ le D^ EUingon proposa de 
réélire membres du futur bureau seulement les membres actuels, c*est à 
dire les D" Boehm et Millier Braumchiueig. L'élection fut faite conformé- 
ment à la proposition d^ EUingon : nos collègues Boehm et Millier Braun 
schweig furent élus à Tunanimiié. Boehm prend la présidence de la 
Société Allemande de Psychanalyse ainsi que la direction de Tlnstitut 
Psychanalytique Berlinois ; MnHer-Bramischiveig exerce comme pré ce 
demment les fonctions de trésorier et de proviseur des études ; il devient 
en outre secrétaire de la Société et président de la Commission de 
TEnseignement. Sont élus à Tunan imité membres de la Commission ie 
TEnseignement ; Boehm, MuUer Braunschweîg et notre collègue, Mme 
Vowinckel, Sont nommés administrateurs des fonds destinés aux bourses, 
SchiiliZ'Hencke et Mme Vowinckel, et contrôleurs de la comptabilité, 
Keiiiper et Mette. 

En prenant la présidence^ Boehm rappela en ternies chaleureux les 
grands services rendus par les membres du bureau sortant : Feiûchel et 
Simmei, et surtout par Eitingon, fondateur et directeur jusqu'à ce jour de 
Tlnstitut 

28 novembre. Soirée de discussiorï : La question de Tînflucnce du 
milieu où a grandi Tenfant sur la formation des névroses. Rapporteurs : 
Schultz Hencke, Jacobsohn et Benedek. Discussion : GôbeU SûnmeU 
Vowinckcïf Mtiller Braunschwcig, Jacobsohn, Hoffmann. 

Les démissions des D^^ Max EUingon et Klara Happet sont annoncées 
au cours de la séance administrative. 

5 décembre. Rapport de Mme le D' Vowînckel sur V <( Analyse du 
Caractère » de Reic^h (I" partie)* Discussion : Benedek, Jacobsohn, 
Lîebeck Kirschner, Schultz Hencke, Kemper^ Simmei, Boehm, Mette, 
Iferold, Miillcr-Braunschiveig^ Graf (invité), Buder Schenck (invité), 

12 décembre* Rapport du D^ March sur le livre de Reich « L'analyse 



COMPTES RENDUS 153 



du Caractère ;» (2* partie). Discussion : Bencdek, Hoffmann, Schultz- 
Hencke^ Mette, Herold, Fuchs, Kamm (învîlé)j MarcK Boehm, 

Au cours de la séance administrative, le D"" Han$ March est élu membre 
adhérent* 

Société Psyclianatytîqtte Japonaise 

Au cours de Tannée 1933, 23 mijhides ont suivi chez le soussigné un 
traitement analytique^ un nombre à peu près égal de malades s'est pré 
-scnté aux consultations analytiques ; !e chiffre total des heures d*analyse 
^st de L431, c'est à dire en moyenne pour chaque malade de 63 h. 2. 
Beaucoup de consultants étaient des enfants ou des jeunes gens présen- 
tant 4es anomalies de caractère et pour lesquels les parents inquiets des 
troubles qu'ils observaient venaient chercher un conseil et une aide* 
Voici le classement des 2.'i cas analysés : 7 cas de névrose obsessionnelle, 
5 cas limites de troubles maniaco dépressifs, ou de pré schizophrénie, 
1 cas de psychose maniaco dépressive avec fabulation relative à la 
faiiiille (faible projection, donc pas de paranoïa), 3 névroses d'angoisse 
dont une avec agoraphobie, et une avec des suées sur le visage après dis 
parition de symptômes d'érytrophobie, 1 hystérie féminine de couver 
sion, 1 cas dliomosexualité et 6 cas de troubles du caractère chez des 
adolescents. 11 de ces 23 malades poursuivent encore lein^ ^nalysCj 4 
ayant interrompu leur analyse dès le stade de début ne sont pas guéris, 
quelques uns ont été améliorés^ deux sont complètement rétablis. L'ana 
lyse du trouble maniaco dépressif avec falmlation relative à la famille 
(cas dont nous venons de parler) a donné un résultat favorable, L'analj se 
du malade eji question, âgé de 27 ans, comporte à Theure actuelle 4Û0 
heures de traitement dont plusieurs périodes d'abréactîons répétées 
durant la phase maniaque. Le traitement se poursuit afin de liquider 
aussi tous les symptômes résiduels et en particulier les états obsédants, 
les états d*anxiété et le sentiment de culpabilité. 

Comptes rendus des séances 

Tous les mercredis soirs, des réunions ont lieu dans la Maison de la 
Kailway Association- Elles sont destinées aux membres de la Société et à 
tous ceux qui, sans faire partie de la Société, s'intéressent aux questions 
psychanalytiques. Nombre des participaïïfs : 15 à 20. Lectures et discus 
sîons des travaux de Freud, Jones, Fere/iczi et Abraham. Plusieurs mem- 
bres ont fait des conférences dont certaines ont été ensuite mises à la 
portée du public et publiées dans des journaux dominicaux. En dehors 
de ces séances, des réunions pour les étudiants et les futurs analystes ont 
lieu le mardi soir au domicilie du soussigné, pour contribuer à renseigne 
ment théorique de la psychanalyse. Nombre de partîcipajils ; 10 à 20, 

Publications 

Les œuvres de Freud traduites avec le concours d'hommes de lettres 
appartenant au groupe des non médecijis, ont paru, publiées par le 
Shinyodo PubU$hiug Ho use à Tokio. Ont paru également des travaux de 



^^^^iBÉri^ikrt«^^HÉÉ*^B^ta 



154 HE VUE FRANÇAISE DE PSVCHAJSÎALYSE 



certains membres iels que le D"" K, Tsushima : « Littérature et Psychana 
lyse » et le D^ Yae-Kichi Yabe : <f Théorie et application de la Psycha- 
nalyse w. Editeur : Wasewda Uaiiversity Press. 

Fondation d'une nouvelle Société affiliée japonaise 

Les étudiants et les diplômés de la Faculté de Médecine de l'Université 
impériale Tohoku à Sendaï (9 heures de train de Tofeio) ont, depins des 
années^ sous Id direction du Prof. Kiyuyasu Marui, cherché avec ardeur 
à répa]]dre la psychanals^se au Japon et cela en publiant les résultats de 
leurs études et de leurs recherches et en faisant des conférences popu 
laires. Le Prof, Marui s^est mis en rapport avec le soussigné afin d^être en 
accord avec lui sur l'organisation à Sendai d*une Société affiliée a 1r 
Société Internationale de Psychanalyse. Dernièrement^ au cours d*un 
voyage {?n Eorope* le Prof, Marui a pris contact avec le D'^ Ernest Jones 
qui a approuvé ]'idée de ce nouveau groupement. Le D^ Jones a donné au 
soussigné des avis et des conseils pour cette création^ de sorte que nos 
meiîibres auront bientôt la satisfaction de voir naître une nouvelle 
Société japonaise. 

Compte rendu du groupe des non médecins 

A Tûccasion du IT anniversaire du ProL Freud, un certain nombre 
d'éludiajits en psychanalyse ont organisé, sous la direction des écrivains 
et dramaturges bien cojinus : K. Otsuki, S. Hascgaïua et^ G- Matsui, une 
fête des plus réussies* On sait que, suivant la coutujiie japonaise, le jour 
du IT anniversaire est considéré comme un tournant particulièrement 
important de la vie* Au programme de la fête : la tragédie d'Œdlpe, tra- 
duite du grec et jouée en costumes grecs et la représentation d^un drame 
japonais qui traite le même sujet* 

A cette même date a paru le preinier numéro d'une revue mensuelle 
Psychanalyse^ qui paraîtra régulièrement désormais* 

Yae Kichi Y^be, 
Pré^ideut, 



Sociéié Hongroise de Psychanftlys« 

{Magyarorszagi Psztchoanaîitikm Egye&hlei) 

4^ trimestre 1933 

3 octobre* Sé^înce consacrée à la mémoire du D' Sandor Ferenczi. 
1) D' lioHos : Le D' Sandor Ferenczi. 2) D' Hennann : Introduction 
aux études de Ferenczi sur le traumatisjne. 3) Extraits des Œuvres 
posthumes de Ferenczi : Etudes sur le Traumatisme. 4) D'^ Batint ; 
Ferenczi médecin, 

6 octobre. Assemblée générale extraordinaire, Elecïîon du D^ HoUos 
à la présidence* 

20 octobre. D' îiermann ; Du rôle des perceptions primordiales dans 
le déclenchcjnnt de Tangoîsse. a) Yeux étîncelants ; b) Manifestation de 

notre personnalité Intime, 



r 



vw«^^^^^^^^MtaniB«v^i^^^^B^^^*^H^p^B^w«i^HaHMaMnaBMrtHMiMiHniMiwv*niH 



COMPTES RENDUS 15& 



3 novembre. T>^ Hollos : Fragments d*une analyse d'agoraphobie* 

17 novembre* Casuistique* 1) D* Bâlînt : Sur la psychologie de la 
iiienst rua lion. 2) Mme Bàlini : a) Fragments d*analyse d*uïi jeune Lojno- 
sexueJ ; 6) Corrections d'observations erronées et démentes dans le rêve. 

1*^ décembre* — Mme le D^ Haïui : Compte rendu de f< rana)yse du 
caractère » de Reich. ^ 

15 décembre, D^ ïiévé^z ; Données sur la psychologie du sadisme/ 
Changement d^adresse : Mme le D' Lilhj-G^ îiajdu, Budapest IV 
Vacî u. 84, 

L Rerma3s;n^ 

Secrétaire, 

Socîélé Nécriandâîse de Psychanalyse 
{Nederlandsche Vereeniging voor Psychoanalyse) 

3^ et 4* trimestres 19^3 

Siippîcmcnl à Ja séance scientifique du 4 mars, D^ F.-P. MùUcr : Uti 
cas d^hystérie d^angoisse. 

30 SE^ptejiibre (La Haye), Séance administrative* Après la remise 
d'une motion signée par 10 membres et dans laquelle il est question du 
comportement du président, celui-ci, J. H. W. van Oplnii]sên, remet sa 
démission, 

18 novembre- Séance administrative. Le D^ S,-J*-R* de Monchy est 
élu président. 

Au nom d'une Commission composée des D" J, E. G. van Emden, H. G* 
vmi der Waals et A.-J, Westcrman Hoîslîjn, le tout dernier rïïpport rend 
compte de pourparlers engagés avec un analyste allemand babitant la 
Hollande. 

Ce rapi)ort montre que sans la dénûssion de J.-H.-W. van Ophuijsen et 
de quelques autres membres pendant les pourparlers, une collaboration 
eût été possible, M. J. Tas est élu membre adhérent* 

Séance scientifique. Le D^ A.-J. Westcrman Holsdjn : Les plaisante- 
ries absurdes^ le rire et le comique. 

A, Ekdtz, 
Secrétaire, 

Société Psycïiaaalytxque de Paris 

i" trimestre 

D' R. Laforgue : Quelques aspects de la résistance. Séance administra- 
tive, Théodore Chentrier et Marc Schlmnberger sont élus membres adhé^ 
rents- 

21 novembre 1933* D' H, Sfaub : L'analyse des résistances et du 
caractère. 

30 novembre 1933. Séance administrative. Des décisions sont prises 
concernant Tlnstitut de Psychanalyse sur le point d'être fondé à Paris et 
dont le siège sera 137^ boulevard Sainl-Germaîn, Paris (5*), Les cours 






156 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



théoriques commenceront îe 15 janvier 1934 : Conférences du D^ /?. 
Allaidy, de Mme Bonaparte, des D'^ A. Borel, M. Cénac, tt. Laforgue^ J, 
Leuba, R* Lœwenstein, de Mme le D'^ 5. Morgcnstern, des D^^ S. Nackt^ 
Ch, Odier, H. Parcheminey, P. Schiff et de Mme Sokolnicka. 

18 et 19 décembre 1933, Vlir Congrès des Psychanalystes français 
dans la grande salle des conférences de rAsile-Clîiiique Sainte Anne, 
Paris, 1, rue Cabanis. B. de Saussure et J. Piaget : Point de convergence 
et point de divergence entre la psychanalyse et la psychologie génétique 
de rintelligence. 

D' S. Nacht, 

Secrétaire, 

Société Suisse de Psychanalyse 
2\ 3^ et 4* trimestres 1933 

6 mai, D' G. Bally, de Zurich (nivîté) : Conditions biologiques du 
développement de la personnalité chez les jeunes enfants. Discussioii : 
Blum, Balty, Mme Behn Escheiiburg, Pfister, ZulUyer, Boss, SchuUz, Sara 
sin. Séance administrative, A l'unanimitéj le D' Boss est élu membre de 
la Société. 

10 juin. D" Barag, Littenhaid (invité) : Croyances à la vie future et à 
l'au-delà. Discussion : Sarasin, Pfister, Bluiu, Mme Behn Eschenburg, 
Bally, Barag. 

4 novembre. D'' Sarasin, de Bàlc : Casuistique clinique de schizo- 
phrénie. Discussion : Pftsler, Balîy, Meng, .Mme Behn, Behn, Rielholz, 
Bos$^ Steiner, Sarasin. Séance administrative. Préparation du Congrès, 
Les pleins pouvoirs sont donnés au président pour rorganîsatioii de ce 
Congrès* 

18 novembre. D' G. Ballg, de Zurich (ijivité) : Compte rejidu du livre 
de ^A^ Reich : « L'analyse du caractère »* Discussion : Pfisier, Pfen- 
xiinger, Sarasin, Mme et M, Behn-Eschenburg, Meug, ZulUger, Mme 
Fronwh Steiner, Bally. 

9 décembre : D^ Flournoy, de Genève t Les hallucinations- Dîscus 
5ion : Sarasin, Behn-Eschenburg, Blum, Steiner, Repond, Meng, Pfennin- 
ger, Mme Blum, Zulliger, Floarnog. 

Hans ZuLLiGEH, 

Secrétaire. 

Société Viennoise de Psychanalyse 

4' trimestre 1933 

4 octobre. Conférence du D" Edith Buxbaam : Du mensonge. Dis- 
cussion ; Federn, Anna Freud, Bit^chmann, Sperling, Mme Sterba. 

IS odobre. Assemblée générale ordinaire. Ordre du jour : 1) Rap- 
port du bureau (Federn, Wàlder). 2) Rapport de rAmbulaloiium 
{inischmann), 3) Rapport de la Commission de rEnseîgnement (Mme 
Beutsch). 4) Rapport des consuHai:ts (Aichhorn, Mme Sicrha). 
5) Rapport fin foncier (Bibring). Décisions du bureau à propos de la limi- 
tation du travail, de la diminution* des traitements, du montant des 



COMPTES RENDUS 157 



sommes affectées à la caisse de chômage pour ranibulance* iieusuellc- 
ment, il reste de la cotisation générale : 10 s, ; maiiileaiant apports : 20 s. 
Le D' Lampl compare cette situation à celle de la Société de Berlin. Le 
D' Federn remercie le D' Bibring de toute ia peine qu'il s'est donnée, 
6) Rapport des vérilicateurs aux comptes {Jekeh, Sieiner). 7) Rapport 
de l^éditeur (D^ Martin Freud)* Le D' Federn remercie Féditeur de son 
extraordinaire effort et exprime Fespoir que l*avt nîr de la maison d'édi- 
tion pourra être assuré. 8) Modiftcaiion des statuts (augmentation du 
nombre des mandats de la Commission) : parag. 8, ligne 1 ; « Deux vice 
présidents jj* Le D^ Federn s^expllque sur ce point. Adopté à runanimilé. 
9) Absolutarium (proposé par le D' Jelels en sa qualité de doyen et 
voté par acclamations), 10) Nou\ elles élections du bureau et des charges 
de fonctions* La proposition de vote du bureau sortant est adoptéç. 
Bureau : président : Professeur Freud ; 1^"^ vice président : D^ Federn ; 
2"" vice président :Anna Freud ; l^"" secrétaire : D"^ Jokl ; 2*" secrétaire : 
D** Hartmann ; trésorier : D' Bibring ; bibliotiiécaire ; D' W aider. Ambu- 
latorium ; président : C Hitschmann ; vice-président ; D' Bibring ; tré 
sorier : D^ Bergler, Commission de TEnseignement ; Président ; ilme le 
D' Deutsch ; vice président : D"" Jekels ; secrétaire : Anna Freud* Mem- 
bres ayant le droit de vote : Aichhorn, Bibring, Federn^ Hitschmann* 
Comité pédagogique : D"^ Aichhorn, 11) Etablissement du montant de 
la cotisation des membres pour 1934 (125 sh.)- 12) Propositions des 
n^embres : Le D^ Eidelberg demande que chaque membre reçoive un 
exemplaire des statuts, ce qui^ après un court débat, est reconnu comme 
allant de soL Le D^ Eidelberg propose que, contrairement à ce qui se 
passe dans les élections ordinaires auxquelles on procède en bloc, clia 
cun des chargés de fonctions soit élu séparément au moyen de bulletins 
de vote. Apres explications et asse^ longs débats, il est décidé que, sans 
modifier les statuts, Télection de chacun sera désormais faite au moj^en 
de bulletins de vote au cours de la séance administrative de F Assemblée 
générale. Tous se mettent d'accord sur ce point. 13) Divers (rien). 

8 novembre- Conférence du D'^ Ludwig Jekels et du D"" Edmund Ber 
gïer : Transfort et amour. Discussion : Mme Deutsch, Federn^ Hitsch 
mann, Mme Lampl de Groot, W aider, 

22 novembre. — Conlérence du D"^ Paul Federn : Le réveil du moi dans 
le rêve. Discussion : Benifeld, Anna Prend, Hitschmann, Isakower, 
Prof, M, Lôwg (invité), Sterba, Walder. 

6 décembre : Conférence du D' Edmund Bergler et du D'' Ludwig 
Eidelberg : De la dépersonnalîsatîon. Discussion : Federn^ Sterba^ 
Wàlder, 

20 décembre : Conférejïce de Mme Dorothy Burlingham : Besoin de 
confidences et compulsion à Faveu. Discussion : Bernfeld', Mme 

Deutsch, Federn, Anna Freud^ Reik, Sierba* 

Partie adminîstriifive. Est admis après coup à faire partie du bureau 
le D"^ Siegfried Bernfeld, Admis dans la Société Viennoise de P&ychana- 
lyse^ avec l'assentiment du président D^ Ernest Jones, les membres sui- 
vants du groupe berlinois : Membres titulaires ; D' Hans Lampl et D'' 






158 REA^UE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Jeanne LampI de Grooij D'' Thcodor ReiU ; membre adlici Liit ; Beria 
Bronsiein, Sont élus membre titulaire : le D' Edith Buxbaum ; membres 
adhérents : le D' Martin Freud, le D^ Margarete Schouberger^ le D"^ Max 
Schiir ; le D"^ Rosa Walk. Le D"^ /. Sadger, membre titulaire^ a donné sa 
démission, 

D^ R.-IL JoKL, 

Secvéfaire. 



LISTE DES MEMBRES 
de r Association Psychanalytique Internationale 



THE AMERICAN PSYCHOANALYTIC ASSOCIATION 
A Fédération o£ tUe Amerîeau Psychojinalytîc Socîeties 

Bureau : 

D^ A. A, Brill (Président perpclut^), 

D' William A. White (Vice Président). 

D'' Ernest E. H\dley (Secrétaire Trésorier). 

Conseil exécutif : 

D*" X. Lionel Blitzsten* 
D'' Isador Cobïat. 
D^ Bernard Glueck* 
D^ Ernest E, R\dley. 

Membres honoraires : 

ProL D' Sigmund Freud. 
D^ Ernest Jones. 

Sociétés affiliées : 

The Boston Psycboanalylic Society, 

The Chicago Psychoanalytic Society, 

The New York Psychoanalytic Society. 

TJie M'ashington Baltiniore-Psychoanalytîc Society, 

The BoËtOD Psyclioaoaljtîc Society 

Membres : 

CoRiAT, D^ Isudor H., 41C Mdborough Street, Boston, Massachusetts, 
Dalrymple, D^ Leolîa A., Butler Hospital, Providence, Rhode Island, 
HealeYj D'' Williani; 38 Beacon Street^ Boston^ Sra.ssadiusetts, 



CQ MIXTES RENDUS 159 



JÎEKDRiCKj D^ Ives, 250 CoiîiJiion^vcalih Avenue, Boston, Massachusetts. 
JHER^rAN, D' Williain J,, 24 Mariborough Street, Boston, Massaclnisetis. 
KatjfmanNj D'' RaJph, Riverbank Court Hôtel, Cambridge^ Massachusetts. 
iluRRAY, D' Henry A. Jr., 158 ML Vernon Street, BostOJi, Massachusetts, 
iluRRAY, D"" John iî., 270 Commonweaïth Avenue, Boston, Massachusetts 

{Secrétaire-Trésorier), 
Peck, D* Martin W. 520 Coiîimonwealth Avenue, Boston* Massachusetts 

(Président). 
PuTNAM, D^ Irinaritaj 11 Powell Street, Brootlîne, Massachusetts* 

Cliîcago ï*syehoanalytfc Socîely 

Membres actifs : 

Alexander^ D'' FranZj 1540 Lake Siiore Drive, Chicago, IIL 
Bacon, D' Catherine, 2506 Lakeview Avenue^ Chicago, II], 
Bartemeier, D' Léo H., 8 259 General Motors Building, Détroit, Mîchîg;uu 
Blitzsten, D' N\ Lionel, 257 East Delaware Place, Chicago, IlL {Prési- 
dent). 
DcuTSCH, D' Hans, 55 East Washington Street, Chicago, IlL 
EisLER, D' Edwin-R., 211 East Chestnut Street, Chicago, IlL (Secrétaire' 

Trésorier). 
FiNLAYSON, D*^ Alan D., 10515 Carnegie Avenue, Cleveland, Ohio. 
JFrekcHj D^ Thomas M-, 30 North Michîgan Avenue, Chicago^ IlL 
Gérard, D^ Margaret, 5427 Greenwood Avenue, Chicago, IlL 
Hajvtïll, D^ Ralph, 8 South Mîchigan Avenue, Chicago, UL 
HORNEY, D' Karen, 999 Lake Shore Drive, Chicago, IlL 
ilcLEAN, D^ Helen Vincent, 5830 Slony Island Avenue, Chicago, IlL 
Menntnger, D^ Karl, The Mennîngcr Clinic, Topeka, Kansas (Vice Pré si 
dent). 

MoHR, D'' George-J., 3604 Victoria Street, Pittsburg, Pennsylvania. 
MoRGEKTHAu, D^ Georgc, 1116 East 4Clh Street, Chicago, ifl. 

Membres adhérents ; 

Brunswick, D' David, 1401 South Iloije Street, Los Angeles, Calit 
Tower, D'^ Lucia E., âO North Mîchigan Avenue, Chicago, IlL 

Membres non médecins : 

Lasswell, Professor Harold-D., Facutty Exchange ^Unîversity of Chicago, 

Chicago, llL 

Chamberlain, D" Herbert-E., Bobs Roberts Mémorial Hospital, 920 East 
59th Street, Chicago, IIL 

The New York Psychoanalytie Society 

Membres honoraires : 
ItAPo, D'^ Sandor, 324 West 86th Street, New York. 



^pqp^^i^^^B^ 



160 'REVUE rUA^ÇAÏSE DE PSÏCHAKALVSE 



Membres actifs : 

AmeSj D' Thaddeus H*, 55 Park Avenue, New York. 

AmsdeNj D*' George 3*^ 25 East G7th Slrcc^, Ne^v York* 

AscH, D' Joseph-J., 111 East SOth Street, New^York, 

BiDDLE, D^ Sydiiey-G,, 2ô7 South ïêîli Street > PhilEidoîijliîaj Pennsylvania. 

Blumgaut, D' Léonard^ 152 Wesl 57th Street, New York. 

BoNNETTj D^ Sara A*, 1055 Park Avenue, Xe^\^-York, 

Brill, D^ A.-A., i West 70th Street, Xew York (Président). 

Bboauwïk, D^ Isra T., 116 West 59 th Slreei, New York. 

Brunswjck, D'' Ruth-^Uick, Hysenauerstr, 19, Vienna Xvm, Autriche, 

Bunker, D^ Henry A., Jr., 1021 Park Avenue, New -York. 

Danihls, D^ George E., 129 East 6901 Street, New York {Secrétaire). 

EïDSON, D^ Joseph-P^j 70 East 774h Street, New A'^ork, 

Faiïnell, Dr* F.-J-, 577 AngeJl Street, Providence, Rhode Islaiid* 

Feigexbauiî, D^ Dorian, 60 Gramercj Park, New York 

FniKK, D^ H. W., Hillsdale, New York. 

Glueck, D^ Bernard, 130 East 39ih Street, New York. 

GossELiN, D" Raymond, 28 West 54 th Street, New^ York. 

Haigh, D' Susanna S., 30 East 4Ûth Street, New-York. 

Hallock, D^ Frank H., 527 West I21st Street, Xew York, 

HiNSiE, D' Leland-E., 722 West 168th Street, New York. 

HuTCHixGS, D^ R, H,, Utica State lluspital, Utica, New -York- 

Jeluffe, D^ Smith^Ely, 64 West 56th Street, New York. 

Jewett, D'' Stephen-P., 124 East 40th Street, New^A'ork, 

KARDïNEn, D^ A., 646 Park Avenue, New York, 

Kenw^orthy, D' Mario n^ 1035 Fifth Avenue, NewA'^ork. 

KuBiE, D' Lawrence-S*, 34 East 75th Street, New York, 

LEBnM«, D^ Philip, 120 Riverside Drive, New-York. 

Levy, D^ David-M., 145 East 57th Street, New-York, 

LEViN, D"^ Hyman, 1450 Delaw^are Avenue, Buffalo, New^ York; 

Lewin, D'^ Bertram-D.. 25 Fifth Avenue, New-York {Vice Président)^ 

LiPPMANN, D" Hyman S.^ 279 Rîce Street, St, Paul, Minnesota. 

Liss, C^ Edward, 130 East 39th Street, New-York. 

LoHAîsD, D^ San d or, 115 East 8Gth Street, New-York. 

Meyer, D*^ Monroe A*, 57 AVesf 57th Street, New -York (Trésorier). 

McCoRD, D^ Clinton P., 20 Wi]lell Street, Albany, New-York. 

Oberndorf, D' C. P,, 112 West 59th Street, New-York, 

Ohgel, D^ Samuel-Z., 667 Mî^dison Avenue, New York. 

Parkeb, D' Z,-Rita, 115 Easl Clst Street, New-York, 

PowERS, D' LîIîîan'D,, 12S East 59th Street, New York. 

Rothschild, D' Léonard- J., 116 West 59th Street, New York. 

Sands, D'^ ïrvîng J., 202 New-York Avenue, Brooklyn, New-York* 

ScHïLDEn, D^ Paul, 52 Gramercy Park, Ne^v-York, 

Shoekfeld, D^ Dudley-D., 116 West 59ih Street, New York. 

Slight, D^ David, 1374 Sherbrooke Street, Mojitrea], P. Q. Canada. 

Slutsky, D" Albert, IIC West o9th Street, New -York. 






COMPTES RENDUS 161 



Smeltz, D" GeorgcUniversiîy Place, PiîlsLnrg, Peniisylvanîa. 
Smith, D' Joseph j 780 St. Marks Place, Brooklyn, Ne\v-York. 
SoLLEV, D"- John B., 108, East 66 th Street, New York* 
Stern, D'' Adoîph, 57 West 57ili Slreet, New Yorlj. 
Wall, D^ James, Post Office Box 175, White Plains, New York. 
Williams j D' Fraiikwood, 44 West 12 1 h Street, New-Y^ork< 
WiTTELS, D^ Fritz, 93 Central Park West, Xew York. 
ZiLBOORG, D' Grpgor>j 28 West 54th Street, New-Y^ork. 

Membres adhérenis : 

Atktn, D*^ Samuel, 324 West 86 th Street, New York, 
Bi>3GEU, D^ Cari, 40 East 72nd Street, New York. 
Blakton, D'' Smîley, 115 East Qlst Street, New Y^ort, 
ÛUMiAn, D^ H, Flanders, 9Z^ Park Avenue, New York, 
Kelman, D* Sarah, 176 West S7th Sti^eet, New York. 
Kleix, D^ Sidney, 146 West S7tli Street New-York, 
MUXH, D^ .Max D., 1150 Fîfth Avenue, New York. 
PowjiHS, Mrs, Margaret J*, 853 Sevenlli Avenue, New- York, 
WmN STOCK, D^ Harrj S., 6 Easî 85th Street, New York. 



Washingtoa-UaUîmore Psychoanaiylîc Society 

Membre honoraire ; 
Brill, D'^ a. a,, 1 West 70tli Street, New-York. 

Membres actifs : 

Qi^PMAN, D'^ Ross Me Clure, Sheppard aud Ejioch Pratt HospitaL 

TowsoHj Mary] and, 
Chassell, T}' Joseph-'O,, Shei)pard and Enoch Pratt Hospital, Towson, 

Marvland. 
Colomb, D' Anna Dannein^innj Rural Station 1, Sykesville, Mary la nd* 
DooLE\, D-^ Lucile, 2440 16th Street, N, W., Washington, D. C. (Président). 
GnAVEx, D' Philip, 2007 Massachusetts Avenue, N, W., WashiiigLou, D. C, 

{Vice Présidenl). 
Hadluy Ernest-E,, 1S35 Eye Street, N. W., Washington, D. C. 
Hill, D*^ Lewis-B., 617 West, University Park^vay, l^alHmore, Maryland- 
JOHSOX, D' Loren B.-T., 1900 24th Street, N, W., Washington, D, d 
Klmpf, D" E.-J., Wadîng River, Long Isïand, New York* 
Lewis, h^ Nolan D, C, St. Elizabeihs Hospitai, Washington, D. C. 
Meveu, D' Adolf, Phipps Clinic, Baltimore, Mary la nd. 
Ri.i-DE, D^ Edward-Hîrani, Médical Science Building, WashingtO]i, D, C* 
RoEiîiNS, D"" Bernard, 929 Biooks Lane, Baltimore Maryland {Secrétaire). 
Sau\ders, D' Eleanora, Sheppard and Enoch Pratl Hospital, Towson, 

Maryland (Vice Président), 
Silverberg, D^ WiJiîan^V., 40 West âStlï Street, New-York. 
SxiuoELL, D-^ Gregory, 110 Washington Street, New-York Citj. 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE* Il 



Mm^it^^^mm^'^0^ 



162 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Sullivan, ©^ Harry Stack, 60 East 42 nd Street, Ne^v-Yo^k City. 
Taneyhill, D^ G.-Lane, Médical Arts Building, Baltimore, Aiaryland. 
Thompson, D" Clara-M., 151 East 83rd Street, New York City. 
Wjiite. D-^ Williajji A,. St. Elizabeth Hospital. Washington, D, C 

Membres adhérents : 

BuRKE, D"^ Allen, Shepi^ard and Enoch Pratt Hospital, Towson, ?ilaryland. 
Jarvis, D"^ Maijorie, Baltimore, Maryland. 

KiESSLiNG, Alice H., 72fi Jackson Place, N. W., AVasliiagLoii, D* C. 
Stoughton, D" Araanda-Louise, 2127, Calîfornia Street, N. AV., Was- 

hinglon, D. C. 
T\'oLFE, D"^ T.-R, 935 Park Avenue, Ne^v York, 

<(. Membres libres » 
(Membres ne faisant pariie d'aucun groupement local) 

JSuRRow, D'' Tngant, 67 Park Avenue, New York Cit\. 

€lark, D' L. Pîerce, 2 East fioth Street, New^Yôik City. 

Emerson, D'' L*-E-, 64 Sparks Street, Cambridge, Mass. 

Gregory, D^ m, s., Médical Arts Building, Old^hûiua City, Oklîihoma* 

McPherson* D'^ D. J*, Peter Bent Brigham Hospital, Boston, Mass. 

Pope, D'^ Curran, 115 West Chestnut Street, Louisville, Kentuckj, 

Reed, D' Ralph, 180 East Me Millan Street, Cincinnati, Ohio. 

SiN^GER, D-- H. D., 30 North Michigan Boulevard, Chicago, IlL 

Svz, D' Hans, 67 Park Avenue, New York City. 

Thompsok, D^ L'C.f 1230 Washington Street, San Francisco, Cal. 

Walker, D^ W. K., Nutt Eoad, PhoenixviUe, Penn. 

YouNGj D' G.-A„ Médical Arts Building, Omaba, Nebraska. 

British Psyeho-AnalyUcal Society 

Membres honoraires : 

Brill, D' A.-A., 1 West 70th Street, New York Citj. 
EiTiNGOK:, D"^ MaXj Jérusalem* 

a) Membres : 

BniERLEY, D'^ Mîii'jnrie, 11 Nottingham Place, Loiidon, W. 1* 

Bryan, D"^ Douglas, 35 Queen Anne Street, London, W- 1 (Trésorier). 

BuRT, Cyril, 4 Etoii Road, London, N, W, 3* 

CoHN, D^ Franz, Langorf Hôtel, 18 20 Frognal, London N. W, 3- 

Eder, D^ m. D., 16 Nottinghani Place, London, W. 1. 

Flugel, Prof, J,-C. (Pb, D,), 11 Aliert Road, Rf^gMt's Park, Loadon, 

N. W. 1. 
Forsyth, D^ D., 67a Harley Street, London, W. L 
Franjilin, D' Marjorie-E,, 3 Bulstrode Street, London, W, 1» 
Glover, D^ Edward, 18 Wîmpôle Street, London, W. 1 (Directeur des 

Recherches scientifiques). 



^H^^Bvm 



^ 



COMPTES RENDUS ' 163 



-V— 



Grakt DufFj Miss. L-A., 40 Upper Gloucester Place^ London^ N. W* !• 

ISAACS, Mrs. Siisan (D. ScJ, 16c Primrose Hill Road, London, N. W. 3. 

Jones, D^ Ernest, 81 Harley Street, London, W, 1 (Président). 

KleiNj Mrs* Melanie, 93c Lînden Gardeiis^ London^ W* 2* . 

Low, Miss. Barbara, 3 Bulstrode Streetj London^ W\ 

MiTCHELL, D'^ T. W., Hadlow, Kent, 

pAYNE, D"^ Sylvîa^ 143, Harley Street, London, W. 1 (Secrétaire). 

RiCKMAK, D'^ John, II Kent Terrace, London, N. W. 1. 

Rtggal-l, D' R.-M,, 40 Upper George Street, London, W* 1. 

Rivière, Mrs, Joaii, 3 Stanhope Terrace^ Lai) casier Cate^ Loiidoii^ W* 2. 

ScHMiDEBERG, D' Melitta, 75 Upper Gloucester Place, Loodon, N< W. 1. 

Searl, Miss M,-N., 9 Kent Terrace, Rcgcnt's Park, London, ÎS\ W, 1, 

pSharpe, Miss E*, 9 Kent Terrace, Régentas Park^ London^ N* W* 1. 

Shhehak Dahk, Miss, 39* Linden Gardens, London, W, 1, 

.Stephek, D^ Adrian, 50 Gordon Square, London, W. C L 

StepheNj D*^ Karin^ 50 Gordon Square, London, W< G, L 

Stoddart, D^ W. h. B., Harcourt llouse, Cavendish Square, London^ W. L 

Strachey, James, 41 Gordon Square, London, W. C 1* 

Strachey, Mry. James^ 41 Gordon Square^ London, W* C. 1- 

Tansley, Mr, A.-G-, Grantchcster, Cambridge. 

ToRRANCE ThomsOK, D'' R, 13 Lansdowne Crescent, Edinbtirgh. 

Vaughan, D-^ E.'Sawyer, 131 Harley Street, London, W. 1, 

WiLsoN, D^ A. C., 5 Devonshire Place, London, W* 1, 

Wright, D*" Maurice, 86 Brook Street, London, W, L 

Yates, D'^ Sybille, 11 Nottingham Place, London, W. 1, 

b) Membres adhérents : 

Baines, Miss Cecil-M*, 38 Glenlochi Road, London, N. W. 3. 
Barkas, D^ Mary, Tapu, Thanies, New-Zealand- 

Brend, D' W. h., 14 Bolîngbroke Grove, Wandsworth Common* Lon- 
don, S. W, 
Carroll, D"^ Denis, 22 Queen Anne Street, London, W. L 
Chadwtck, Miss Mary, 48 Tavistock Square, London, W. C, 1, 
CuLPiN, D"^ M*, 55 Queen Anne Street* London, W. L 
Eddison, D^. w,, Wonford House, Exeter. 

Fairbairn, D^ William i^--D., 18 Lansdowne Crescent, Edinburgb, N. B. 
FucHS, D^ Heinz, London, N, W. 11, 482 FurcWey Road, 
Hart, D^ Bernard, Harcourt House, Cavendish Square, London, W, L 
HEIMAN^^ D" Paula, 161 Qucen's Road, London, N\ 4, 
Herukrt, D'^ s., 2 St. Peter*s Square, Mancliester* 
Hereord, D^ M.-B,, 19 Redlands Road, Reading. 
Inman, D" w., 22 Clarendon Road, Southsea, Hants. 
Kapp, Mr. R.-O., 25 Handolph Crescent, London, W. 9, 
Lewis, D' J,-Strafford, Banstead Mental Hospital, Sutton, Surrey. 
Lewis, Miss M,-G,, 16 Gordon Street, London, W. C. L 
Maas, D' h., 67 Greencroft Gardens, London, N, AV. 6, 
llrscH, D' K., 161 Queen's Road, London, N. 4. 






Î64 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Hi^F^-J ■■ " 



Money4Cyrle, lir, R-, Wliithanij Caliie^ Wiîts, 

PailthoRpe, D"^ g. W., 11 Kent Terrace, London, N, W. 1, 

Penrose, D"^ L--S., 35 Lexden Road^ CoIchesteV. 

ScHMiDEBERG, Mr* WalLcr, 75 Upper Gloiicister Place* Londori, N* W, 1* 

Scott, D^ AV,-Clifford M., 19 Taviton Streei, London, W. C. 1. 

Thomas, D* Rees, 34 Chartficld Avenue^ Putuey Hill^ Loiidoii, S. W, 15* 

WiNTON, D' F,-R,^ 1 Drosier Road, Cambridge, 

Deutsche Psyclioanaîytiselie GescIIsckalt 
(La liste des membres étant Incomplète sera donnée ultérieurement.) 

Indîan Psycho-Analyfîcal Socîety 

.If émir es : 

Banerji, Mr, M.*N. (M* Se. B. LO, 30, Tarak Challerji Laue, Calcutta {Secré- 
taire). 

B^RRETOj Capt* A,-G. (ï. M* S.), Tinisii Salfif^tie^ Goa, Indes Portugaises, 

Ehattacharya, Prof. Harîdas, Dacca Univers! ty^ Dacca* 

Bora, Mr* G, (B, A.), 2/3^ Chittaranjan Avenue (South), Calcutta. 

BosE, Di\ G.^ 14, Parsibagan Lane, Calcutta (Président). 

Daly, Lt- CoL C.-D., « Woodstock », Nainî Ta], U. P. 

Ghosh, D^ B.-C, 3, Creek Row, Calcutta. - 

Halder, Prof, Rangin-Cliandra, B. N, Collège, Patiia. 

HiLL, Lt, CoL, Owen Berkeley (M, DOj European Yeiital Hosijilaîj Kaiike 
P. 0. Ranchi, B. N, R- 

M%iTi, Mr. H--P. (M. AJ, 10/1, Halsibagan Road^ Calcutta (Membre du 
Bureau), 

Mitra, D^ Suhrit-Ch*, 6/2, Kirtî Mitra Lano^ Calcutta (Bibliothécaire et 
membre du Bureau). 

Pae, iïr* Copeswar (M- Se.)? 61 Hindustau Part, Calcutta. 

l\A^i^ Mr. Pars (M* A.) s Fonuan Christian Collège, Lahore* 

Sarkar, Prof- Jibau Krishna, G- B. B. Collège, Muzafîarpur, Bîhar. 

Sarkar^ D'' Sarasilal^ 177, Upper Clrcular Road, Calcutta. 

Membres adhérents : 

Ameith, Mr. M.-V. (B, AJ, 1 Lasa Major Road, Egmorej Madras* 
Bose, Mr. Silai Chandra (B. Se), 32/B, Kanklia Road, Ballygunge, Cal- 
cutta. 
BosE> Mr, Sudhir Kumar (M. A,, M. Sc-)? 50 Amherst Street, Calcutta. 
Chatterjï, Mr, A,-C,, B. N. Rly-, AValiair, Calcutta- 
Chatter-tt, D^ B,-B., 82, South Road, Eiitally, Calcutta* 
Choudhubi, Mr. Saroj Kumar, 3 A Jaliatola Street, Calcutta, 
G\NGUEY, Mr. Dwîjf^ndra Lai (M, Sc-), 208 Bail y gu âge Avenue, Calcutta, 
Ganguly, Mr. Mohan Lai (M, Sc.j B. L>), 8/B, Dovers Lane, Calcutta* 
Ghosh, D*" Bhupati Mohan, 15 Pipradas Street, Calcutta, 



mmmnt^^a^^a^mmmm^^m^Ê^^^^^^m^mÊÊm^^m^mÊÊ^K 



COMPTES RENDUS 165 



Jalota, Shyâiii Swarnop, M. A., 206 Harish Mutherji Roadj Kaligliat, Cal* 
cutta. 

Rahaman, Mn Ativa, 41 42 Canjiîiig Street^ Calcutta. 

SamaktAj Mn Maiiindra Natli (M. ScO, 92 Upper Circular Road, Calcutta- 

SiNHA, Mr. Suhrit Chandra (M. Se), 15/1/1, Ramkaiita Bose Street^ Cal- 
cutta* 

SiNHA, Mr. Tarun Chandra, P, 0., Siishang, Dt. Maimensingh, Bengal. 

JapaQ Psycbo-Aualytîcal Society 

AsABAj D^ Tateichîj Kumagaya Hospîtal, Yuminomachî, Okayama* 
ilAWATARi, D'' Kazue, 496, Kila-Senzotu, Magomemachi, Tokyo. 
Nasu, Akiya (B. S.)^ Mecbanîcal Engineer^ 21, Oyaina, Shibuya, ToT^yo, 
SEKiGuciii, D^ Saburo, Ikeda Hospital, 7 of 4-chome, Kobikicho, Kyobas- 

hîku, Tokyo. , ^ 

Shibaka^va, D' ilatataro, 627, Katnî-Meguro, Tokyo. 
TsusHiMAj D*^ Kanji, 825, Moloshiba, Oimachî;, Tokyo (Secrétaire). 
Yabe^ Yae-Kicln (A.-B.)j 825? Motoshiba, Oimachî, Tokyo (Président). 

Magyar orszâgl Pâzichoanalitlkaî Egycsuiet 

a) Membres tîtalaîres : 

Almasy Endre, D^ med., Budapest, L, Mészâros ucca 12. 

Balint Alice, Budapest^ L, Mészâros-utca 12. 

Balint Miliâly, D'' med. et phiL, Budapest, 1,^ Meszaros ucca 12 (Directeur 

suppléant de la Polyclinique) > 
DuBOViTz Margit, D"" med., Budapest, VIII, Ullôi ut 40. 
DuKEs Géza^ D" jur,j Budapest, V., Zoltân ucca 6. 

EïSLER Mihâly Jozsef, D' lued., Budapest, V., Xâdor-ucca, (BibUothécaire). 
Hamn Keî^de Fauny, D'' med-, Budapest, V*, Zrinyî ucca 14. 
Hajdu-Gïmes Lîlly, D^ mod., Budapest, IV,, Vâci ucca 84. 
, Keiuiamk Imre, D^ med., Budapest, ILj FiHér ucca 25 {Secret aire, direc- 
teur de V Institut d'Enseignement). 
HoLLOs Istvân, D'^ med., Budapest, V,, KIotîld ucca 4 (Président). 
KovAcs Vilma, Budapest, L, Orvos-ucca 10, 
L,\zar-Gero Klara, D*^ med., Budapest, VIL, Kirâly ucca 51. 
LÉVY Kata, Budapest, V*, Szalay*ucca 3, 
LÉiTT Lajos, D"" med., Budapest, V., Szalay ucca 3* 
Pfeifer Zsîgmond, B^ med., Budapesi, L, Attila ucca 69 (Trésorier). 
RÊ\nÉS2 Laszlo, D"^ med», Budapest, VIIL, Vas-ucca 15 a. 
RoHEïM Géza, D'^ phiL, Budapest, VI., Hermîna ut 35/a. 
ROTTER Kertész Liliurij D"^ med., Budapest, VIIL, Fhg* Sàttdor ucca 46. 
Skabo Sândor, D^ med,» Zurich, Voltastrasse 24, 
SziLAGYf Géza, D^ jun, Budapest, VIL, Damjanich:ucca 28/a. 
SzuTs Gyula, D' med., Budapest. VL, Andrâssy ut 38* 

b) Membres adhérents : 
Iùrcz-Takacs Maria, D*^ phiL, Budapest, L, Margit-korut 95. 



d— 4k 



166 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Nederlaodsclie Vereeiiigiug voop Psychoanalyse 

BouMAN, Prof. D' med, K H,, Amsterdam Z,, Jan Luykenstraat 24 (Biblio 

ihécaire). 
Endtz, a. Loosduînen, ce Ramaerldîîiîf^k ^ (Secrétaire). 
Flohil, ÎLi Loûsduinen» a Ramaerkiiniek »* 

HooPj Doz. D^ m éd. J. II. van der^ Amsterdam Z.y Jan van Eyckstraat 41, 
Jelgersma, ProL D^ med. G*j Oegstgeest, Nassâulaan 32, 
Jelgersma, D"" ined. H, C, Oegsigeest, « Endegeest ». 
Lin DE, B* D* J. van dcj Hilvçrsum, Boomberglaan 4, 
MONCHY, D' med. S* J, R, de, Rotterdam, Schiedamsche Singel 235 (Prési- 

dent), 
iluLLER, D'^ med. F*, Haarlem, Julîânasiraat 8. 

MuLLERj Doz* D' meà. F. P.^ Leiden, RîjnsTjurgerweg 102 {Trésorier), 
RVMKE, Prof, D^ med* H. C, Utrecht, Maria Hoek 5. 
ScHELVEN, Prof. D'^ med. Th\ van, Haag, Jan van Nassaustraat 33* 
Starcee, a., Den Dolder, « Willem Ârntszhoeve »• 

WaalSj D'" med* H* G. van der, Ainsierdam \\\^ Rot^nier Vîsscherstraat 15, 
Westermak Hoi^TlJK, D^ mcd. A. J,, Amslerdiim Z.^ Albrecht Durer- 

slraat 10, 
Weijl, D" med* S*, Rotterdam, s'Grav<?ndijk\val 98, 

Membre adhérent : 
Tas, J., Aoiëterdams Paulus Potterstraat 14. 

VereeDîgîûg van Psycihoanalytîcî îri Ne.derlajîcl 

BloKj D^ med. A, M.^ Haag> Wassenaarsche weg 39 (Secrétaire). 

Emden, D' med, J, E. G. van, Haag, Sweelinckplein 49» 

Katan, m*, Rotterdam, Nîeu\ve Benn^nweg 180. 

Lan'dauer, D* med, Karl, Amsterdam Z,^ Jan Luîckcnistraat 26. 

Ophuijsen, D^ med, J. H, W, van^ Haag, Prinsevinkenpark 5 (Préddenf)^ 

VersteeGj P* h. Haag, Javastraat 3, 

Versteeg-Selleveld, Fraa C M,, Haag, Javastraat 3 (Trésorier). 

WATERMA^^^ D'^ med, A.^ Bassum, Rembrandtlaan 46, 

Chewra PsyclioanalylUh b'Erez Israël 

EiriNGON, T)^ med. Max, Jérusalem (Président). 
Smeliansky, D^ med, Anna, Tel-A>vi\v* 

ScHALiT, D^ nied, Uja, Haîfa, Hôte] ^ligdal, Jérusalem Str, 16, 
WuLFF, D^ nied. M, Tel Awhv, boulevard Rothschild 38, 

Société Psychanalytique de Paris 

a) Membres lîtulaires ; 
Allendy, D^ René, 67, rue de l'Assomption^ Paris (16"). 



COMPTES KEKDUS 167 



BoNAPABTE, Marie, Princesse Georges de Grèce, 6, rue Adolplie-Yvon, 

Paris (16*) (Vice-président e). 
BoFLELj D"^ Adrien^ 11, Quai aux Fleurs, Paris (4*=) {Président). 
CÉKAC, D^ Micliael, 3, rue Coëllogon, Paris {&'), 
CoDET, V Uenrij 10, rue de TOdéon, Paris (50* 
Flouhnoy, D'' Henrij 0, rue de llonnetier, Genève (Suisse). 
Fbois-Wittmakn, Jean, S, rue des Marronniers^ Paris (16*) {Trésorierl 
HesnakDi Prof- AngélOj 4, rue Peirex, Toula n, 
Laforgue, D'^ René, 1, rue Mignet, Paris (16''). 
Leuoa, D*" John, 58, rue des Ternes^ Paris (17*) (Secréiuire). 
LowENSTEiN, D*^ Rodolphe» 127^ avenue de Versailles, Paris (16*). 
MoRGENSTERN, D* Sophie, 4, rue de ]ii Cure, Paris (16*"). 
NACjfT, D'' Sacha, 21, boulevard Flandrin, Paris (16^. 
Odikr, D'" Charles, 79, boulevard Montmorency, Paris (IC*)- 
Odieh-RokjaTj M]ne-llse, 79, boulevard Montmorency, Paris (160» 
Pahchemïney, D^ Georges, 92, avenue Niel, Paris (17*^). 
PiCHOM, D' Edouard, 48, avenue la Bourdonnais (7*). 
Reverchon Jouve, Mme Blanche, 8, rue de Tournon, Paris (6")* 
Saussure, D^ Raymond de, 2 Tertasse, Genève. 
SoKOLNiCKA, Mme Eugénie, 30, rue Chevert, Paris (7*)* 
ScHiFF, D' Paul, 14, rue César Franck, Paris (15^. 

b) Membres adhérents : 

Beltran, Prof. D% Eclieverîa 1601, Buneiios Ayres. 

Berman, D^ An]ie, 58? rue Miromesnil, Paris {8*)* 

Chantrier Théodore, 17 bis, rue de Bretagne, Asnières (Seines 

Doreau Bernard, 31, rue de Bellechasse, Paris (7^^). 

Gkhmaix Pîiulj 10, rue Dur an tin, Paris ÏS^), 

HÉLOT, D% 30, rue Duc de-Cars, Alger (Algérie). 

HoEsu, D' Henri, 90, rue du Bac» Paris (7*). 

Laforgue, Mme René, 1, rue Mignet, Paris (16*)* 

Mâle, D^ Pierre, ïl, rue de iNavarre, Paris {o""). 

Martin Sisterok, D'' Maurice, 14, bouL Edouard Rey, Grenoble (Isère). 

Novaro Allende, D\ Galle Moreda 1944, Santiago de Chili, 

Retond, D' André, Maison de Santé, jMonthey (Valais, Suisse). 

RiETi, D' Etîore, Istituto Psichiatrico di GrugJiasco, Torino. 

ScHLUMBERGER Msrc, 7, ruc Mcchaîn, Paris (14*), 

Russische Psychoatialyiîsche VereîniguDg 

a) Membres titulaires : 

AwERBUCH, Frau D' R. A., Moskau, Saduwo iiudrinskaja 2L 
Bruk, D^ A. N,, Moskau, M. ICakowînskij 5- 
Chaletzki, D" A., Odessa, Psychiatrischc Anstalt 
GOLTZ, Frau D"^ E, P., Moskau, Mansurowskij Per 7. 
Frtedmakk, D^ B. D., Moskau, Sadowo-Triumphalnaja 8, W. 7, 
GeschelinAj Frau D' L, S., Moskau, Kammerherrskîj 4, 



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168 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Kakkabïch, Prof. J.-W*j Moskau, B. Rjewskij Per 8, W* 14 (Président). 
KoGAN, D'^ M.j Odessa, Fsychiatrische Aiisliili, 
Liosner-Kannabich, Frau D% Moskauj B. Rjewskij 8^ W* 14. 
RoHR, Frau D' Angcla, iinskau, Marx Engelsstr. 3. 
RoHR, Wîlhelm, Moskau, Marx-Engelsstr. 3. 
Schapfik, J,-M*, Moskau^ Ostoscheiika ô* W* 3S* 
ScHiUDT, Prof. Otto, Moskau, Granowsky-Str. 3, W. 92, 
ScHMiDT, Wera, Xloskau, Graiiowsky Str. 3, AV* 92 (Secrétaire), 
Spïelrein> Frau D^ Sabina, Rostow a. Don, Puschkinskaja 97. 
SiMS0N% Frau D^ T- P*, Moskau, Psychiatrîsclie Klinik, 1* Université, 
WcïSBERG, G. P., Shïiferopol. 

h) Membres adhérents : 

Goldowskaja, Frau D"^ T. L, Moskau, Arbat, 30> W. 59, 

GoLDOwsiv\^ D' E, D,, KîeWj Miliiârhospîtal, 

LuRJE, FraQ D"^ M, E,j Moskau, Pokrowskoje Slreschne^\o Sanatorium. 

SALKI^D, D"^ A,, Kiew, Nikolsko Botaaitsclieskaja, 3/3, 

Wxuïiow, D' W. A., Moskau, Skalertnij per, 22, \\\ S. 

Seîiweîzc^rîsclié fîesellscîiûfl iiir Psvçlioanaivse 

a) Membres domiciliés en Suisse : 

Behn-Eschenburg, Frau Gertrud, Kiisnacht -Zurich, 

BehiN Eschenbuhg, D^ med. Flans, Nervenarzt, Hotiingorstrasse 25, ZUricli 

(Vice président). 
BiNSWANGER, D' lucd. Ludwig, Sanatorium Bellevue, Kreuzlingen (Tliur- 

gau), 
Blum, D^ med, Enist, Nervenarzt^ Engliscbe Anlage 8, Bcrn (Questeur), 
Bllm Sapas^ D*^ med. Eisa, NerveTiarztj Englîsche Anlage S, Bâle, 
Christoffel, D^ iried, Ilaris, Nervernarzt, Albanvorstadt 21, Bâl<?* 
Flourkoy/ Priv» Doz*, D' med, Henri, rue de ilonnetîer, 6, GenèA'e, 
FuRST, D"^ med. Emma, Xervonartz, Appollostrasse 21 ^ Zurich, 
Geiser, D' med, Max, Dufourstrasse 39, Eâlc* 
Geumnger, D'' phih Ulrich, Bezirkslchrerj Brittnï^n (Afirgau)* 
KiELHOLz, Direktor D^ med* Arthur^ Kant. Irrenanstalt Kônigsfelden 

(Aargau). 
Pfekntkger, HfinSj Pf^rrer, Neftejibach, Zîirich (Assesseur). ' 
PiAGET, ProL D"^ pliiL Jean, Université, Genève, 
Repond, Directeur Dr* med* André, Maison de Santé de MalévoZj Monthey 

(Valais), 
Sarasik, D^ med, Philippe Nervenarzt, Garîenstrasse 65, Bâle (Président). 
Saussure, Priv.-Duz. D"^ mcd. Raymond de, 2 Terlasse, Genève. 
ScHULTZ, D^ phih Ch., Hadiaubstrasse 70, Ziirich, 
Steïner, D*^ med, Ilans, Feldeggstrasse 49, Ziirich, 
Wehrli, Priv, Doz, D"^ med, Gustav, Weinbergstrasse 36, Ziirîch. 
ZuLLKŒii^ H ans, Lehrer, Ifligen bel Bern (Secrétaire). 



COMPTES RENDUS 169 



b) Membres adhérents : 

Boss^ Direktor T>^ nied. M., Heil- u. Pilegeanstalt, Shloss Knoiiau^ Kt. 

Zurich* 
ZuLLiGEBj Frau Marlha, Iftigen beî Bcrn. 

c) Membres non domiciliés en Suisse : 

ScHJELDERUP, D* phiL Harald K., o* ô. Professer an der Universitat Oslo^ 

Psykologiske Institut» 
ScHJELDERUP^ D'^ tliGoL KiifitiaUj Oslo, 
Schneider, Prof. D" phiL Ernst, Slraussweg, 31, Slutlgârt* 

* d) Membres d'honneur : 

EiTiNGOîc, D' med. Max^ Jérusalem. 
JohESj D"" Ernest, London. 

Wîenep Psychoanalytischc Vercînigung 

a) Membres titulaires : 

AiCHHORN, August, Wien, V*, Schônbrunner Strass*? llfl- 

Andbeas Salomé, Lou, Gotlingen, Herzberger Laiidstrasse 101* 

An GEL, D'' med, Ajiny, Wien, 1.^ Herrengasse^ Hoclihaus^ ], Stiege, C, Stocks 

T. 34. 
Bergler, D' med- Edmund, Wïca, 5,, Seilcrstàtte 7. 
BERKFEr.D, D^ phiL Siegfried, Wieii, liL, Salesianergasse 33/IIL/9» 
BïBRiyiG, D^ med* Edward, Wien, VIL, Siebensterngasse 31 (Trésorier)* 
BiBRi>JG, D' med. Grete, Wien, VII,, Siebensterngasse 31. 
BoRNSTEiN, Berta^ Wien, IX,, Thurngasse 11. 
BuRLiKGHAM, Dorotby, Wien, IX, Berggasse 19- 
BuxBAUir, D' phiL Erlilh, Wien, VII, Zieglergasse 57, 
BYCHovsKr, D^ med. Gustav, Warschau, Miodowa 21 (Pologne), 
Deutsch, Doz. D^ med, Félix, Wien, L, WoIIzeile 33. 
Deutkgh, D^ m éd. Heiene, Wien, L, WoIIzeile 33 (Directrice de V Institut 

d^Enseignemenî) . 
EiDELBERG, D"" med, Ludwig, Wien, XIX,, Chïmanîgasse II* 
Federn, D"^ m éd. Paul, Wîen, VL, Kostlergasse 7 {Vice président). 
Freud, Anna, Wien, IX*, Berggasst^ 19 {Vice présidente). 
Freud, Prof. D' med. Sigm-, Wien, IX., Berggasse 19 (Président), 
FRlEDJO^x, Doz. Dr. med. Josef, Wîen, L, Ebendorferstrasse 6, 
GuT?iiANN, D'* med, Saloniea, Wien, IV,^ Frankc^nbcrgga^^se 13. 
Hartmank, D'^ med. Heinz, Wien, I*, Rathausstrasse 15 {Secrétaire). 
HîTSCHMAXK, D'^ med, Eduard, Wien, IX., Wàhringer Strasse 24 (Direc- 
teur de VAnibulaiorium), 
HOFFER, D"^ med. et phiL Wilheliu, Wîen, I^ Dorotheergasse 7. 
HoFFER-ScHAXEL, Hedwig, Wîen, L, Dorolheergasse 7. 
Hoffmann, D' med. Ernst Paul, Wien, VL, Marîahilferstrâsse 23 25* 
HûMBUHGKK^ Iirikj 6 ApxJïîm Way^ Cambridge. Mass-, U* S, A, 



mvHHH^Hi 



170 ÏIEVUE TRAKÇAISE DE PS VCH ANALYSE 



ISAKOWERj D' med. Otto^ Wien, VIIL, Piaritsengasse 38, 

Jekels, D*^ med. Ludwîg, Wien, L, Lobkowitzplatz 1. 

JoKL, D"" Hied. Robert Hans, Wieii, III., Sechstrùgelgasse 2 (Secrétaire)* 

Kris, D'' phîK Enist, Wien, IX.^ Schwarzsijauierstrasse 11* 

KtfLovEsi, D"^ iiied. Yrjôj Tanipere (Finlande). 

LajvtpLj D^ med. Hans, Wîen, XIX-, Sternwailestrasse 76. 

Lampl-de Gboot, D^ m éd. Jeanne, Wien, XIX., Sternwarteslrasse 76, 

Lea^i BiANCHiKij Prof* B^ med. M*, Nocera InferiorCj Salerno Canipaiiia 
(Italie). 

Mack Brunswick, D^ med- Rulh, AVien, XVIIL Hasenaucrstrasse 19. 

NepaIiLek, D'' m éd. Richard, Wien, VIIL Alseistrasse 41. 

NewtoNj Caroline, Berwin P. 0. Daylesfordi Pa*, U. S. A. 

NUKBERG, D*^ med. H., Wieii^ IX., Porzellaiigasse 39 {dzt, ÏII North, 49th 
Street, Phîladelphîa). 

Bank, Beale, 9, rne Louis-Boilly, Paris (16*). 

Reik, D' phil, Tfaeodor, Wieii, XIX, Billrothstrasse 58. 

SPîiRUKG, D'^ iiiL^d. OttOj Wien, IV, Wiedaier Giirtcl -1[). 

Steiner, D^ med. Maxim*, Wien, L, Roteiiturmstrasse 19. 

Stengel^ D"^ med* ErwiHj Wien> IX*, Lazareitgasse 14 (Clinique Psychia- 
trique), 

Sterba, D' med. Richard, Wien, VI, ]Mariahîlfer Strasse 71. 

Sterba, D' phiL Edilha, Wien, VI., Mariahilfer Strasse 71. 

Storfer, a. J., WîeiXj IX., Porzellangassc 43. 

Tamm> D'' med. Alfhîld, Stockbolnij Stnrepartcii 2. 

Walder, D*^ phîL Robert, Wien, IL, Obère Donaustrasse 35 iBibliothé* 
caire,) 

Walder Pollak^ D" med. Jeiiiiy, Wien, IL, Obère Donaustrasse 35- 

Weïss, D* med, Edoardo, Borna, Via Vîiiceiizo Bellînî 10. 

Weïss, D"^ med. Karl, Wîeii, TV., Schwiiidg^sse 12. 

WiKTERsTEïK, D' phiL Alfred, Wien, IV-, Argeiilinierstrasse 8, T. 14. 

WiTTELs, D"^ med- Fritz, 93 Central Park Wesl, New York, City. 

b) Membres adhérents : 

Betlheim, D' med. Stefan, Zagreb, Marnlicev trg Î7/IL (Yuugo-SlavitO. 

Freud, D*^ med. Martin^ Wîen, L, Franz-Josefs-Kaî 65* 

Herz, D' med. Margit, Wien, VIIL, Pîarîstengasse 2. 

Kris, D^ med, Marianne^ Wien, IX., Schwarzspanlerstrasse 11- 

Kronengold, D' med. Eduard, Wien, IV., Gusshausstrasse 5. 

Levy, Estelle, c/o Regensburg et Sons, 411 Fîfth ATciiue^ New-York City* 

MoRGEXTHAU, D^ GeoFge, 1116 East 46 street, Chicago (U. S. A.). 

Pappeniîeîm, ProL D" med. Mmtin, Wien, L, A m Hof 13, 

RouBïCXEEi, Lili, Wîen, L, Rudolfspratz, ilontessorîheim. 

ScHOKTîKKGER, D' Margarcte, Wien, VIII, Pfeilgassc 30. 

SciiOTTLANDER, D"^ phiL Fclix, Slultgart-Degerloch, Lowen strasse 123. 

SCHOR, D' ilax, Wien, WIL, Môlkergasse 5. 

SuGAR, D' med. Nikolaus, Subotica, Trumbiceva 20 (Yougo-Slavie). 

Walk D^ Rosa, Wien, IV., Wohllebengasse S. 



NOTE RECTIFICATIVE 



Le D'^ Laforgue nous coimimuique la note suivante : 

ft Dans le compte rendu de la séance de la Société Psychanalytique de 
Paris du 21 juin 1933, séance consacrée à une très intéressante confé- 
rence du D' Parcheminev, les termes de mon intervention dans la dis 
■cussion ont été rendus d^une façon un peu sommaire. Au cours de cette 
înterveulion, j'ai attiré Tattentiou de ïa Société sur lliitérêt consîdéralîlt^ 
que pouvait avoir pour nous un sujet comme celui traité par le D^ Par- 
chemin ey. J'ai en particulier insisté sur tout ce qu^une conférence 
pareille aious donnait Toccasiou d^apprendre. Et j'ai dit que je 
crojaîs que la façon de voir de Pa-wlow en ce qui concernait le problème 
traité, ne comportait de danger de fuite devant Taspect psychique de la 
question^ que pour ceu\ qui n'étaient pas capables de la comprendre 
sousi l'angle de la Ps5 cbanal) se. » 



Le D" Lœwenstein nous prie de rectifier ainsi les termes de son inter- 
vention dans la discussion au cours de cette même séance du 21 juin 
1933 : 

ff M. Lœwenstein félicite iL Parchemin ey de sa communication parti- 
t^ulièrement intéressante. M. Lœwenstein jjense qu'il est en effet très utile 
de rapprocher les expériences psychanalytiques des recherches de la 
psychologie ; que la confrontation de la psychologie et de la physiologie 
est toujours féconde, mais qu'il serait néanmoins impossible de rattacher 
tout phénomène psychologique à des phénomènes physiologiques, » 



Dans le dernier numéro de la Revue, la liste des conférenciers à Vins- 
titat de Psychanalyse (comptes rendus des séances de la Société, 17 octo- 
bre 1933), comportait des omissions» On la trouvera plus haut^ complète, 
dans le compte rendu de la séance du 30 novembre 1933. 



Le Géranl : E. CoRBiÈEtE* 



Alençon* Imprioicrie Corbière et Jugâîn^