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Full text of "Revue Française de Psychanalyse II 1928 No.3"

Tome deuxième N° 3, 1928 



■~~14 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 






Cette revue est publiée sous le haut patronage 
de M. le professeur S. Freud. 

MÉMOIRES ORIGINAUX 

{PARTIE MÉDICALE) 



Analyse d'une phobie 
chez un petit garçon de cinq ans 

(Le Petit H ans) 

Par Sigm. Frkud. 



(Traduii de l'allemand par Marie Bonaparte.) 



L/ << Analyse der Phobie eines jûnijalirigc-n Knaben » a 
; pani en T909 dans le « jahrbuch jûr psychoanalytische und 
psychopathologische Forschungan » Vol. I, puis dans la 
« Sammhmg Kleincr Schrifien zur Neurosenlchre, von Prof. 
Dr Sîpni, Freud » troisième suite (chez Franz Deuiicke. 
.Leipzig et Vienne 1913 ; 2 e édit. 1021). ï /incorporation de ce 
travail aux Gesarmnelle Schrifien de Freud (Vol. VIII) a eu 
lieu avec /autorisation de Franz Deutieke, 

1/appendice à l'analyse du petit Huns a paru en 1022 dans 
/ m Internationale Zeilschrïfl fur Psychoanalyse » Vol. VIII. 

L'analyse du petit Hans a paru en 1035 cn --vn^lais dans le 
Vol. Kl des Colleel.ed Papers de Sigm. Freud, traduite par 
Alix et James Stracliey. 



Source gallica.bnf.fr /Bibliothèque nationale de France 



412 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Introduction 



L'histoire de la maladie et de la guérison d'un très jeune 
patient, qui sera décrite dans les pages suivantes, n'émane 
pas, à proprement parler , de ma propre observation. J'ai à la 
vérité donné les grandes lignes du traitement et je suis même, 
une seule fois, intervenu personnellement au cours d'un en- 
tretien avec le petit garçon ; mais le traitement même a été 
appliqué par le père cïe l'enfant, à qui je dois une grande re- 
connaissance pour avoir mis à ftia disposition ses notes en 
vue d'une publication. Le mérite du père va plus loin : au- 
cune autre personne, je pense, ne serait parvenue à obtenir 
de l'enfant de tels aveux ; les connaissances techniques, 
grâce auxquelles le père a su interpréter les dires de son fils de 
cinq ans, étaient indispensables ; sans elles les difficultés 
techniques d'une psychanalyse à un âge si tendre seraient 
demeurées insurmontables. Seule la réunion de l'autorité pa- 
ternelle et de l'autorité médicale en une seule personne, et 
/a rencontre en celle-ci d'un intérêt dicté par la tendresse et 
d'un intérêt d'ordre scientifique, permirent en ce cas de faire 
de la méthode une application à laquelle sans cela elle n'eût 
pas été apte. 

La valeur particulière de cette observation réside cependant 
en ceci: le médecin, qui traite psj'chanalytiquement un né- 
vrosé adulte, arrive, de par la découverte des formations psy- 
chiques accomplie par stratifications successives, à certaines 
hypothèses sur la sexualité infantile^ dans les composantes 



LE PETIT HANS 413 



de laquelle il croit avoir, trouvé les pulsions dynamiques de 
tous les symptômes névrotiques de la vie ultérieure. J'ai 
exposé ces hypothèses dans mes « Trois essais sur la théorie 
de la sexualité » (x); je sais qu'elles semblent aussi surpre- 
nantes à un profane qu'irréfutables à un psychanalyste. Mais 
même le psychanalyste peut avouer le désir d'une démonstra- 
tion plus directe; obtenue par des chemins plus courts, de ces 
propositions fondamentales. Serait-il donc impossible d'obser- 
ver directement chez l'enfant, dans toute leur fraîcheur 
vivante, ces impulsions sexuelles et ces formations édifiées 
par le désir que nous defouissons chez l'adulte, avec tant de 
peine, de leurs propres décombres, et dont nous pensons de 
plus qu'elles sont le patrimoine commun de tous les hommes 
et ne se manifestent, chez les névropathes, que renforcées ou 
défigurées? 

C'est dans ce but que, depuis des années, j'incite mes élèves 
et mes amis à recueillir des observations sur la vie sexuelle 
des enfants, sur laquelle on ferme d'ordinaire adroitement les 
yeux ou que l'on nie de propos délibéré. Parmi le matériel 
qui, par suite de ces requêtes, vint entre mes mains, les rap- 
ports que je recevais, à intervalles réguliers, du petit Hans, 
acquirent bientôt une place prépondérante. Ses parents 
comptaient tous deux parmi mes plus proches adhérents, ils 
étaient tombés d'accord d'élever leur premier enfant sans 
plus de contrainte qu'il n'était absolument nécessaire pour 
le maintien d'une bonne conduite. Et comme l'enfant, en se 
développant, devenait un petit garçon bon et éveillé, l'essai 
de le laisser grandir loin de tonte intimidation progressait de 
façon satisfaisante. Je vais maintenant reproduire les notes du 
père sur le petit Hans telles qu'elles me furent remises, et je 
m'abstiendrai bien entendu de toute tentative propre à gâter 
la naïveté et la sincérité de l'enfance par des modifications 
conventionnelles . 

Les premières communications relatives à Hans datent du 
temps où il n'avait pas encore tout à fait trtiis ans. Il manifes- 
tait alors, par divers propos et questions, un intérêt' tout par- 
ticulièrement vif pour cette partie de son corps qu'il était 

r ■ ■« ■ m 

r " * 

U) Drei Abhandlnvgen zur Sexuat théorie ^ 1905, trad. RèVercliori, Galli- 
mard, 22* édition/ 1925, 



4*4 REVUJÎ Fit ANC AI SE DE PSYCHANALYSE 



accoutumé â désigner du nom de « fait-pipi » (2). Il posa 
ainsi un jour à sa- mère cette question : 

Hans. — « Maman, as-tu aussi un fait-pipi ? 

Maman. — « Bien entendu, Pourquoi ? » 

Hans. — a J'ai seulement pensé,,, n 

Au même âge, il entre un jour dans une étable et voit traire 
nue vache : 

« Regarde, du fait-pipi il sort du lait, » 

Rien que d'après- ces premières observations nous pouvons 
nous attendre à ce que beaucoup , sinon la plus grande partie, 
de ce que le petit Ilans nous montrera soit typique du déve- 
loppement sexuel des enfants en général. J'ai. une fois déjà (3) 
ixposé qu'il ne convenait pas d'être horrifié outre-mesure 
quand on rencontrait chez un être du sexe féminin la représen- 
tation de la succion <Ju membre viril. Cette impulsion cho- 
quante a une origine très innocente, puisqu'elle dérive de la 
succion du sein maternel, et le pis de la vache — qui est 
d'après sa nature une mamelle, d'après sa forme et sa .situa- 
tion un pénis — joue là un rôle intermédiaire approprié. La 
découverte du petit Hàns confirme la dernière partie de ma 
manière de voir. 

L'intérêt qu'il porte au fait-pipi n'est cependant pas pure- 
ment théorique ; comme on pouvait le supposer, cet intérêt 
le pousse -à des attouchements du membre. À l'âge de trois 
ans et demi, il est surpris par sa mère, la main au pénis. Celle- 
ci menace : « Si tu fais ça, je ferai venir le D r A.*, qui te cou- 
pera ton fait-pipi* Avec quoi feras-tu alors pipi ? » 

Hans* — « Avec mon tutu. » 

Il répond sans sentiment de culpabilité .encore, mais il ac- 
quiert à cette occasion le « complexe de castration », auquel 
on doit conclure si souvent dans les analyses des névropathes, 
taudis qu'ils se défendent tous violemment contre sa recon- 
naissance* Il 3^ aurait beaucoup de choses importantes à dire 
sur la signification de cet élément de l'histoire infantile. Le 
« complexe de castration » a laissé des traces frappantes dans 
les mythes (et pas seulement dans les mythes grecs) ; j'ai fait, 

(2) En allmand « Wiwîmaclier * (N. d, tr,) 

(3) Bmchstûck ôincr Hystérie analyse. Fragment d'une "analyse -d'hysté- 
rie. Revue française de psychanalyse, tome II, 1928, fascicule i : 



ta^^^ ^^h 



LE PETIT HANS 415 



dans ma « Science des rêves » (4) et encore ailleurs, allusion 
au rôle qu'il joue/ 

A peu près au même âge (trois ans et demi) à Schonbrunn 
devant la cage du lion, il s'écrie, joyeux et excité : « J*ai vu 
le fait-pipi du lion ! » 

Les animaux doivent une bonne part de V importance dont 
ils jouissent dans le mythe et la légende â la façon ouverte 
Sont ils montrent leurs organes génitaux et leurs fonctions 
sexuelles au petit enfant humain, dévoré de curiosité. Lu cu- 
riosité sexuelle de notre Hans ne souffre certes aucun doute ; 
mais elle fait de lui un investigateur, elle le rend apte à de 
véritables connaissances abstraites. 

A trois ans et neuf mois, il voit, à la gare, comment une 
locomotive lâche de l'eau, « Regarde, dit-il, la locomotive 
fait pipi* Où est donc son fait-pipi? » 

Après un moment il ajoute d'un ton pensif : « Un chien et 
un cheval ont un fait-pipi ;.une table et une chaise n*en ont 
pas ». Ainsi il est en possession d'un caractère essentiel pour' 
différencier le vivant de l'inanimé. 

La soif de la connaissance semble inséparable de la curio- 
sité sexuelle, La curiosité de Hans est particulièrement di- 
rigée vers ses parents, 

(4) Die Trattmdeutnngt p + 456 de la 7* édition allemande. Trad, Mej'erson, 
La Science des RcveSj Payot, 1926, p. 605* 

(Note additionnelle de 1923). Depuis que ceci a été écrit» la doctrine relative 
:au complexe de castration a subi un élargissement grâce aux contributions 
de Lou Andréas, A. Stârke, F. Alexander et autres. On a fait valoir que le 
nourrison a dû déjà éprouver chaque retrait du sein maternel comme une 
castration, c'est-à-dire comme la perte d'une partie importante de son propre 
corps, partie sur laquelle il se sent des droits ; que, d'autre part, il ne peut 
■ressentir autrement la perte régulière dé" ses feeces } et qu'enfin la naissance, 
qui est la séparation d J avec la mère avec qui jusqu'alors on était un* est 
le prototype de toute castration. Tout en reconnaissant Inexistence de toutes 
ces racines du complexe» j'ai considéré qu'il convenait de restreindre le 
terme de complexe de castration aux excitations et effets en relation avec 
la perte du pénis. Quiconque s'est convaincu, en analysant des adultes, de 
la présence invariable du complexe de castration trouvera naturellement 
difficile de le rapporter à une menace fortuite et qui û*est pas faite après tout 
si généralement : il devra admettre tjue l'enfant se construit ce danger aux. 
plus légères allusions qui y sont faites, allusions qui ne manquant jamais. 
Ceci est aussi le -motif qui a poussé à rechercher les racines plus profondes 
de ce complexe, universellement présentes. Mais le fait que, dans le cas du 
petit Hans, la menace de castration soit rapportée par les parêiits eux- 
mêmes, et de plus en un temps où il n'était pas encore question de phobie 
*chez l'enfant, n'en a que plus de valeur. 



-— ^-. | , M -^— »— — ^— ^^ — ■■ ■—■»!. i ■ ii, ■ ■ li. ■ -—u- ^i-.-U _n^^-^^rw ■ ■ i m.— — ^w 



416 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Hans, â trois anp et neuf mois ; « Papa, às-tu aussi un fait- 

pipi ?» 

I^e pèçe : a Mais oui, naturellement », 

Hans : « Mais je ne Tai jamais vu quand tu te déshabilles, » 
Une aijtre fois il regarde, toute son attention tendue t s& 
inère qui se .déshabille avant.de se coucher. Celle-ci demande :; 
a Que regardes-tu donc ainsi ? » 
Hans : « Je regarde seulement si tu as aussi un fait-pipi ? » 
Maman ; « Naturellement. Ne le savais-tu donc pas ? » 
Hans ; « Non, je pensais que, puisque tu étais si grande, 
tu devais avoir un fait-pipi comme un cheval, » 

Cette attente du petit Hans mérite d'être retenue'; elle 
acquerra plus tard de l J impo^tance, 

Mais le grand événement de îa vie de Hans est la naissance 
de sa petite sœur Anna, alors qu'il avait exactement trois ans* 
et deçn. (Avril 1903 â Octobre 1906). Son comportement à 
cette occasion fut noté sur-le-champ par son père : « Ce matin 
de bonne heure, â cinq heures, comme commençaient les dou- 
leurs , le lit de Hans est transporté dans la chambre voisine. 
Il se réveille là à sept heures et entend les gémissements de la 
-parturiente; alors il demande: « Pourquoi Maman tousse-t-- 
elle? » Puis, après un moment: « Bien sûr que la cigogne vien- 
dra aujourd'hui » (5). 

a On lui avait bien entendu souvent dît les jours précédent?; 
que la cigogne pliait apporter une petite fille ou un petit 
garçqn, et il relie très justement les gémissements inaccou- 
tumés à la venue de la cigogne. 

« On le mène, un peu plus tard, à la cuisiîie ; il voit dans 
l'antichambre la trousse du médecin &t demande : « Quit- 
te) De mêtrie qu'eu France la coutume est de dire aux enfante qu'on- 
tfpuve les bébés dans les choux, de même, dans les pays de langue alle- 
mande, on leur racqntp que ce spnt des cigognes qui apportent les uou- 

£juaiit à 1$ sjgn^ficatiqii des choux, çL la chansop populaire universelle* 
ineni x^p^HïJue pu France ; * S^veirvous plapter }es rîioux * } dans laquelle 
ileèf cftîïté qu'qri plante Ips cB pu s avec le doigt, le coude, le nez, le genou,. 
£tp 7 Cçripg, c'est ype rou4p q u £ dansent Journellement les enfants \ n J eni- 
pGpbp que* cptame d^ns la plupart des chauspns populaires de notre paya, 
V^lîijçiQtl rrqtiqup çst, pour les adultes, pleinement cpnsriciitc, comme en 

{f^cîig-jièiif 5é sxîçcès que çértajus chanteurs légers se sont, en en exploitant 
e caractère grivois, taillé avec cette chanson" â ans les « înusic-halis * de- 
Paris. (Note de la Rédaction. — Ë. £,) 



■— ^^^^^^^^^^^i — !■! V 



LE PETIT H ANS - 417 



ce que c'est ? » ce à quoi on répond : « Une trousse ». Lui 
alors/ d'un ton convaincu : « C'est aujourd'hui que viendra la 
cigogne ! » Après la délivrance, la sage-femme vient à la cui- 
sine et Hans 1* entend commander du thé, alors il dit : « Ali ! 
parce qu'elle tousse, Maman va avoir du thé. ». On l'appelle 
alors dans la chambre, mais il ne regarde pas sa maman, rien 
que les cuvettes pleines d'une eau sanglante, qui sont encore 
là, et il remarque, très surpris, montrant le bassin où il y a du 
sang : « Il ne sort pas de sang de mon fait-pipi à moi, » 

« Tous ses propos montrent qu'il rapporte tout ce qui est 
inaccoutumé dans la situation à la venue de la cigogne. Il a T 
devant tout ce qu'il voit, une mine tendue, méfiante , et sans 
aucun doute les premiers soupçons relatifs â l'histoire de la 
cigogne seront installés en lui, »> 

t< Hans est très jaloux de la nouvelle venue et^ dès que quel- 
qu'un fait des compliments, la trouve jolie, etc.. il dit aus- 
sitôt d'un ton sarcastique : « Mais elle n'a pas encore de 
dents ! (6) et de fait la première fois .qu'il la vit, il fut très 
surpris qu'elle ne pût parler et il émit l'opinion qu'elle ne 
pouvait parler parce qu'elle n'avait pas de dents. Durant les 
premiers jours il fut bien entendu mis très à l'arrière-plan ; il 
tomba soudain malade d'une angine, On l'entendit, au cours 
de la fièvre, déclarer : « Mais je ne veux pas avoir de petite 
sœur ! n 

« Au bout de six mois environ la jalousie est surmontée, et 
il devient un frère aussi tendre que convaincu de sa supério- 
rité sur sa sœur (7). 

« Peu après, Hans assiste au bain de sa sœur, âgée d'une 
semaine. Il observe : « Mais son fait-pipi est encore petit n et 
il ajoute, en consolation : « Mais elle grandira, il deviendra 
plus grand » (8). 

(6) De nouveau un comportement typique. Un autre frère, âgé de seule- 
ment deux ans de plus que sa sœur, avait coutume de parer à de semblables 
remarques par un cri colère : « Trop çtit ! trop ptit \ t. 

(7) * Q^ e la cigogne le remporte * disait un autre enfant, un peu plus 
âgé que Hans, comme salut de bienvenue à sein petit "frère. Comparer ceci 
à ce que j J ai dit relativement aux rêves de la mort de parents cherè dans 
ma Science des Rêves (7* édition allemande, p. 171, tr, française p; 226.}' 

(8) Le même jugement exprimé dans les mêmes termes, et suivi de 
la même attente, m'a été rapporté, émanant de deux autres petits garçons, 
lorsqu'ils purent pour la première fois satisfaire, limr ''curiosité en observant 
le corps de leur petite sœur. On pourrait s 'effrayer 7 3e celte altération pré- 






418 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

« Àu même âge, à trois ans et neuf mois, Hans fait pour 
la première fois le récit d'un de ses rêves : « AujourtThui, 
comme je dormais, j'ai cru que j'étais à Gmunden avec 
Mariedl. » 

« La petite Mariedl est la fille, âgée de treize ans, du pro- 
priétaire, avec laquelle il a souvent joué. » 

Comme le père raconte à la mère ce rêve en présence de 
Hans, Hans rectifie : a Non pas avec Mariedl, mais tout seul 
avec Mariedl. » 

Nous apprenons ici ce qui suit : « Hans a été en 1906 pas- 
ser Pété à Gmunden où il courait toute la journée avec les 
enfants de notre propriétaire. Quand nous quittâmes Gmun- 
den nous crûmes que le départ et le retour à la ville lui 
seraient très pénibles. Mais, à notre surprise, il n'en fut pas 
ainsi. Il prit évidemment plaisir au changement et parla, pen- 
dant plusieurs semaines, fort peu de Gmunden, Ce n'est 
qu'au bout de plusieurs semaines que remontèrent en lui des 

eoce de riutellect enfantin» Pourquoi ces jeunes investigateurs ne cons- 
tatent-ils pas ce qu'ils voient' vraiment,, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de fait- 
, pîpî ? Pour notre petit Hans nous pouvons du moins donner l'explication 
complète de sa perception erronée. Nous savons qu'il était arrivé, du fait 
9e soigneuses opérations inductives, à la proposition générale que tout être 
vivant, en opposition aux objets inanimés, possède un fait-pipL Sa mère 
■ l'avait fortifié dans cette conviction en lui donnant des renseignements atfir- 
matifs en ce qui concernait les personnes soustraites à sa propre observation. 
Il est maintenant tout à fait incapable de renoncer à son acquisition intel- 
lectuelle de par la seule observation faite sur sa petite sœur, 11 juge en con- 
séquence que le fait-pipi existe également ici, il est seulement encore très 
petitj mais il va grandir, jusqu'à ce qu'il soit devenu aussi grand que celui 
d'un cheval. 

Nous ferons davantage pour sauver l'honneur do notre petit Hans ; 
il ne se comporte pas plus mal en vérité qu'un philosophe de l'école de 
Wundt. Pour un tel philosophe, la conscience est le caractère imman- 
quable du psychique, comme pour Hans le fait-pipi le critère indis- 
pensable du vivant* Le philosophe rencontre-t-il des processus psychi- 
ques que Ton doive inférer, mais desquels rien n'est perçu par la cons- 
cience — ou ne sait en efïet lien d'eux et l'on ne peut pourtant éviter 
de les inférer — alors il ne. dit pas que ce soient là des processus psychi- 

Îues inconscients, mais il les qualifie d* * obscurément conscrits *. 
<e fait-pipi est encore très petit. Et dans cette comparaison l'avantage 
<tsi encore du coté de notre petit Hans. Car, ainsi qu'il arrive couvent 
dans l'investigation sexuelle des enfants, une part de connaissance 
exacte se dissimule ici derrière l'erreur. La petite fille possède en effet 
aussi un petit c fait-pipi », que nous , appelons clitoris, bien qu'il rie 
grandisse pas, mais demeure atrophié de façon permanente. (Comparer 
ma courte étude : c Ubcr infantile Sexiutlthcorien t Sexualprobfeme, 
içi08. (Des théories sexuelles infantiles, problèmes sexuels) dans le vol. 
V des GesammeUe Schrijtciu) 



LE PETIT HANS 4ig 



souvenirs — souvent vivement colorés — du temps passé à 
Gmundéri*. Depuis- environ quatre semaines il élabore, avec ses 
souvenirs, des fantasmes. Il s'imagine jouant avec les enfants, 
Berta, Olga et Fritzl, il leur parle comme s'ils étaient pré- 
sents, et il est capable de s'amuser de cette façon pendant des 
heures. Maintenant où il a une sœur et où le problème de l'ori- 
gine des enfants évidemment l'absorbe, il n'appelle plus Berfca 
et Olga que « ses enfants » et ajoute même une fois : « Aussi 
mes enfants, Berta et Olga, ont été apportés par la cigogne, » 
Il faut évidemment comprendre ce rêve, survenu après six 
mois d'absence de Gmunden, comme étant l'expression de la 
nostalgie de retourner à Gmunden, 

Voilà jusqu'où a été le père ; je remarque, par anticipation, 
que Ha ns, en s 'exprimant ainsi au sujet de ses enfants, qu'au- 
raient apportés la cigogne, est en train de contredire tout haut 
un doute qui gît au fond de lui-même. 

Le père a heureusement noté bien des choses qui devaient 
acquérir plus tard une valeur insoupçonnée. « Je dessine une 
girafe pour Hans, qui a été souvent, ces' derniers temps, au 
jardin zoologiquc de Schôiibrunu. Il me dit : « Dessine donc 
aussi le fait-pipi, » Je réplique : « Dessine-le toi-même. » Alors 
îl ajoute à mon dessin de la girafe ce trait (voir le dessin ci- 




Figure i« 

■ r 

contre) d'abord tirant un trait court, puis le prolongeant d'un 
autre trait, en remarquant : « Le- fait-pipi est plus long* » 

« Je passe avec Hans près d'un cheval qui est en train d'uri- 
ner. Hans dit : « Le cheval a son fait-pipi sous lui comme 
-moi, » 



^— =^^^^^^— . Il l^l.l.,.l— 



420 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



« Il assiste au bain de sa sœur, âgée de trois mois, et dit, 
d'un ton de pitié : « Elle a un tout petit, tout petit fait-pipi, » 
« On lui fait cadeau d'une poupée comme jouet ; il la dé- 
shabille, l'examine avec soin et dit : «'Maïs son fait-pipi est 
tout petit, tout petit 1 » Nous avons déjà appris que cette for- 
mule lui rend possible de continuer à croire à sa découverte* 
(Voir v, 417). 

Tout investigateur court le risque de tomber à l'occasion 
dans l'erreur. Ce lui est une consolation lorsque — tel Hans- 
dans l'exemple qui va suivre — il n'est pas seul à errer , mais 
peut en appeler, pour son excuse, â l'usage de la langue. Hans 
voit notamment dans son livre d'images un singe et montre 
sa queue retroussée en Pair : « Regarde, papa, son fait-pipi ! » 

L'intérêt qu'il porte aux fait- pipi lui a inspiré un jeu tout 
particulier et personnel* a Dans l'antichambre il y a le lieu 
d'aisance et aussi un cabinet noir où Ton garde du bais. De- 
puis quelque temps, Hans va dans le cabinet au bois et dit : 
« Je vais dans mon W- C. » Je regardai un jour ce qu'il faisait 
dans la petite pièce noire, Il fait une exhibition et dit ; « Je- 
fais pipi. » Ceci signifie donc qu'il joue au W, C, Le ca- 
ractère ludique de la chose est illustré non seulement par ceci 
qu'il fait simplement semblant de faire pipi et ne le fait pas 
vraiment, maïs encore par cela qu'il ne va pas dans le W. C-, 
ce qui après tout serait plus simple, mais qu'il préfère le cabi- 
net au bois et l'appelle son W. C, » 

Nous ne rendrions pas justice à Hans si nous ne nous atta- 
chions qu'aux traits auto-erotiques de sa vie sexuelle. Son 
père va nous communiquer des observations détaillées relati- 
ves à ses relations d'amour avec d'autres enfants, ce qui mon- 
tre chez Hans l'existence d'un choix de V objet tout com- 
me chez l'adulte. A la vérité Hall s manifeste aussi une très re- 
marquable inconstance et une disposition à la polygamie. 

u En hiver (trois ans et neuf mois), j'emmène Hans au 
Skating Ri nie et je lui fais faire donnais s an ce avec les deux 
filles de mon collègue ' N.,., âgées d'environ dix ans- Hans 
s'assoit auprès d'elles, — tandis qu'elles, vu le sentiment de 
leur âge plus mûr, regardent de haut, avec un certain mépris, 
le petit mioche — et il les regarde avec admiration, ce qui ne 
leur fait pas grande impression. En dépit de cela, Hans ne 



LU PHTIT HANS 42 1 



parle plus d'elles qu'en les appelant « mes petites filles », 



« Ou sont donc mes petites filles ? Quand viendront donc mes 
petites filles ? » et il me tourmente, pendant quelques semaines, 
de la question : « Quand retouraerai-je au Rink voir mes 
petites filles, ? ». 

Un cousin, âgé de cinq ans, est en visite chez Hans, lui- 
même maintenant âgé de quatre ans. Hans l'embrasse sans 
cesse et dit une fois au cours d'une de ces tendres embrassa- 
des : « Comme je t'aime ! Comme je t'aime, ! » 

Ceci est le premier , non le dernier trait d'homosexualité que 
nous rencontrerons chez Hans. Notre petit Hans semble vrai- 
ment être un modèle de toutes les perversités ! 

« Nous nous sommes installés dans un nouvel appartement 
{Hans à quatre ans)- Une porte mène de la cuisine à un bal- 
con, d'où l'on peut voir dans un autre appartement situé vis- 
à-vis > de l'autre, côté de la cour, Hans y a découvert une petite 
fille d'environ sept â huit ans. Il s'assoit maintenant, afin de 
l'admirer, sur la marche qui mène au -balcon et demeure assis 
là pendant des heures. C'est surtout à quatre heures de l 'après- 
midi, lorsque la petite fille rentre de l'école, qu'on ne peut le 
garder dans la chambre, et rien ne pourrait l'induire à ne pas 
occuper son poste d'observation. Un jour où la petite fille ne se 
montre pas à la fenêtre à l'heure accoutumée, Hans ne tient 
pas en place et accable de questions les gens de la maison : 
« Quand va venir la petite fille ? Où est la petite fille ? » etc. 
Quand elle apparaît enfin il est dans la félicité et ne quitte plus 
des yeux l'appartement en face. La violence avec laquelle cet 
« amour à distance » (g) apparut s'explique par le fait que 
Hans n'a aucun camarade de jeu, ni garçon ni fille. D'amples 
rapports avec d'autres enfants sont- évidemment nécessaires 
au développement normal de- l'enfant. 

n Hans trouve enfin des camarades, ainsi que nous Talions 
peu après raconter, (Hans a alors quatre ans et demi), comme 
nous nous installons pour. l'été à Gmunden, Ses camarades de 

-I 

(9) Und die Lîebe per Distant 

Kurzsresagrt, ïmssfâllt msr gaîiz. 
(Et, hrei, l'amour à distance 
Me déplaît du tout au tout-) 

WJlhelm.Busch. 



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422 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



jeu sont, dans notre maison, les enfants du propriétaire : 
Franzl (environ douze ans), Fritzl (huit ans), Olga (sept ans), 
Berta (cinq ans). Les enfants des voisins : Anna (dix ans), et 
deux autres petites filles dont j J ai oublié le nom, jouent aussi 
avec lui. Son préféré est Fritzl, que souvent il embrasse et 
assure de son amour. On lui demande un jour: « Laquelle des 
petites filles aimes-tu le mieux ? » Il répond : « Fritzl »♦ 
En même temps il traite les filles de façon agressive, virile, 
conquérante, il les prend dans ses bras et leur donne des bai- 
sers, ce que Berta, en particulier, souffre très volontiers. Com- 
me un soir Berta sort de la chambre, il lui jette les bras a a 
cou et lui dit sur le ton le plus tendre : a Berta, que tu es donc 
gentille ! » ce qui ne l'empêche du reste pas d'embrasser 
aussi les autres et de les assurer de son amour. Il aime aussi 
Mariedl, une autre fille de notre propriétaire, âgée de quatorze- 
ans, et qui joue avec lui ; il dit un soir, comme on le met au 
lit : ■« Je veux que Mariedl couche avec moi. » On lui répond 
que ce n'est pas possible, il reprend : « Il faut alors qu'elle- 
couche avec Maman on Papa. » On lui réplique que cela n'est 
pas possible non plus, que Mariedl doit dormir chez sts pa- 
rents. Et alors a lieu le dialogue suivant : 

H ans : « Alors c'est moi qui descendrai coucher avec Ma- 
riedl. » 

Maman : « Tu veux vraiment quitter ta Maman et aller 
coucher en bas ? » 

Hans : a Oh ! Je remonterai demain matin pour mon petit 
déjeuner et pour aller aux cabinets ». 

Maman : « Si tu veux vraiment quitter Papa et Maman, 
prends ton manteau et ta culotte et_, adieu ! » 

« Hans prend ses vêtements et gagne l'escalier, .afin d'aller 
coucher avec Mariedl, mais bien entendu on le ramène. » 

« (Derrière ce souhait : « Je veux que Mariedl couche avec 
moi u existe, certainement cet autre : « Je veux que Mariedl 
(avec qui il aime tant être) fasse partie de notre famille. » 
Mais le père et la mère de Hans prenaient l'enfant dans leur 
lit — bien que pas trop souvent — et il est certain qu'à cette 
occasion, en étant couché contre eux, des sentiments erotiques 
s'éveillaient en lui ; ce qui fait que le désir de coucher avec 
Mariedl a aussi son sens erotique. Être au lit avec son père ou 



I,H PETIT H ANS 423 



sa mère est pour Hans, comme pour tout autre enfant, une 
source d'émois erotiques. » . 

Notre petit Hans s 'est comporté, en face du défi de sa mère> 
comme un vrai petit homme, malgré ses, velléités d'homo- 
sexualité. 

<t A une autre occasion, dont nous allons parler, Hans dit 
aussi â sa înère : « Tu sais, j'aimerais tant coucher avec la 
petite fille. » Cet épisode nous a fort amusés, car Hans s'est ici 
vraiment comporté comme un adulte amoureux. Dans le res- 
taurant où nous déjeunons vient, depuis quelques jours, une 
jolie petite fille de huit ans , de qui bien entendu Hans s'éprend 
aussitôt. Il se retourne sans cesse sur sa chaise afin de lui lan- 
cer des œillades 1 ; quand il a fini de manger il va se mettre près 
d'elle afin de flirter avec elle, mais s "il se sent, ce faisant, ob- 
servé, il devient cramoisi. Là petite fille répond-elle à ses 
œillades, il regarde aussitôt d'un air confus de l'autre côté. Sa 
conduite fait naturellement la joie de tous les hôtes du restau- 
rant. Chaque jour, pendant qu'on Yy mène, il demande : 
« Crois-tu que la petite fille sera là aujourd'hui ? » Quand elle 
apparaît enfin, il devient tout rouge, ainsi qu'un adulte en pa- 
reil cas. Un jour il vient à moi tout radieux et me murmure à 
l'oreille : « Tu sais, Papa, je sais maintenant où habite la pe- 
tite fille. Je l'ai vue en tel et tel endroit monter l'escalier. » 
Tandis qu'il se comporte de façon agressive avec les petites 
filles habitant sa maison» dans cette occasion-ci il est un amou- 
reux platonique et transis. Cela tient peut-être à ce que les pe- 
tites filles de la maison sont des villageoises, tandis que la 
petite fille du restaurant est une dame du monde. Nous avons 
déjà mentionné ce que Hans dit un jour : qu'il voudrait cou- 
cher avec elle. 

« Comme je ne veux pas laisser Hans dans la tension psy- 
chique où il a été jusqu'alors, de par son amour pour la petite 
fille, je leur fais faire connaissance et j'invite la petite 
fille à venir le voir au jardin, lorsqu'il aura fini sa sieste. Hans 
est tellement ému par l'attente de la petite fille que, pour la 
première fois, il ne peut dormir l 'après-midi, mais se tourne 
et se retourne sans cesse dans son lit. Sa mère lui demande : 
c( Pourquoi ne dors-tu pas ? Penses-tu à la petite fille ? » Il ré- 
pond, tout heureux, que oui. En rentrant du restaurant à la 



Uta3U>Bi«*aA»B*«W-P^^^K^Kl«ZI^KK^^K^^^KH^^^^^^^^K^K^^*^^^HZ^^^dA*=^ÉÉBUa^hA***Ma 



I24 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



maison , r il a aussi raconté à tous les gens de la maison : « Tu 
sais, aujourd'hui, ma petite fille va venir me voir », et Ma- 
riedl, qui a quatorze ans, raconte qu'il lui a sans trêve deman- 
dé : <t Crois -tu, "toi, qu'elle sera gentille avec moi ? Crois -tu 
qu'elle me donnera un baiser quand je l'embrasserai ? » et 
ainsi de suite, 

« Il pleut, l'après-midi et,la visite ainsi n'a pas lieu, Hans 
se console avec Berta et Olga- » 

D'autres observations encore, faîtes en cette période de va- 
cances d J été permettent de supposer que toute sorte de change- 
ments se préparent d^ns le petit garçon, 

« Hans a quatre ans et demi. Ce matin, sa mère lui donne 
sou bain quotidien et, après son bain, elle le sèche et le pou- 
dre- Comme elle est en train de poudrer autour de son pénis, 
en prenant soin de ne pas le toucher, Hans demande : « Pour- 
quoi n'y mets-tu "pas le doigt ? » 

Maman : « Parce que c'est une cochonnerie. » 

Hans : « Qu'est-ce ? Une cochonnerie ? Pourquoi ? » 

Maman .; « Parce que ce n J est pas convenable. » 

Hans (riant) : « Mais très amusant ! » (10), 

Un rêve de notre Hans, datant â peu près du même moment, 
contraste de façon très frappante avec la hardiesse qu'il mon- 
tra envers sa mère. C'est le premier rêve de l'enfant qui soit 
rendu méconnaissable par la déformation* La perspicacité du 
père parvint cependant à en pénétrer le sens, 

« Hans, quatre ans et demi- Rêve. — Ce matin, Hans, en 
se levant, raconte r « Tu sais, cette nuit j'ai pensé: « Quel- 
qu'un dit : <c Qui veut venir avec utoi ? Alors quelqu'un dit : 
Moi. A lors il doit lui faire faire pipi. » 

« D'autres questions montrent clairement que tout élément 
visuel manque à ce rêve, qu'il appartient au pur « type audi- 
tif » (it), Hans joue depuis quelques jours à des jeux de. 

f 10) Une tentative analogue de séduction me fut rapportée par une naère> 
elle-même névrosée, qui ne voulait par croire 1 à la masturbation infantile f 
et ceci de la part de sa petite fille âgée de trois ans et demi. Klle avait fait 
faire pour la petite mie eu lotte et comme elle la lui essa3'ait, afin de voir 
si elle ne serait pas trop étroite pour marcher, en posant la main stir la 
surface Interne du haut des cuisses, vers le liaut, la petite ferma soudain 
les jambes sur la main de sa mère et pria ; « Maman, laisse-donc ta main 
là. C'efst tellement bon, » 

(ii) En. français dans le texte. (ÏS T + d. t) . 



LE PETIT HAKS 425 



société et aux gages avec les enfants du propriétaire, t parmi 
lesquels se trouvent ses amies Olga (sept ans) et Berta (cinq 
ans). (Le jeu des gages se joue ainsi : À) « À qui appartient le 
gjage qui est dans ma main ?» B) « À moi, » Alors on' décide ce 
-que B doit faire). Le rêve est édifié sur le modèle du jeu, seu- 
lement Hans y souhaite que celui à qui appartient le gage soit 
condamné, non pas à donner le baiser d'usage ou â recevoir le 
soufflet habituel, mais au faire-pipi, ou pllis exactement : à 
faire faire pipi à l'autre. 

Je me fais raconter le rêve encore iine fois ; il le raconte 
dans les mêmes termes, il remplace seulement : « alors quel- 
qu'un dit }> par : « alors elle dit », Elle, c'est évidemment Berta 
ou Olga, une des petites filles avec lesquelles il a joué. Tra- 
duit, le rêve est donc tel ; je joue aux gages avec les petites 
filles. Je demande : Qui veut venir à moi ? Klle (Berta ou 
Olga) répond : Moi, Alors elle doit me faire faire pipi, (C'est- 
à-dire m 'aider à uriner, ce qui est évidemment agréable à 

HWs,) 

<( Il est clair que Pacte de lui faire faire pipi, à l'occasion 
duquel on lui ouvre son pantalon et on lui sort son pénis , est 
teinté pour Hans de plaisir- A la pronienade > c'est le plus sou- 
vent son père qui lui prête ainsi assistance, ce qui aide à la 
fixation d'une inclination homosexuelle sur le père. 

<{ Deux jours auparavant j ainsi que nous Pavons rapporté, 
il a demandé à sa mère, comme elle lui lavait ei lui poudrait la 
région génitale : « Pourquoi n'y mets-tu pas le rWgt ? » Hier, 
comme j'allais l'aider à faire un petit besoin, il me demanda 
pour la première fois de le mener derrière la maison, afin que 
personne ne pût le voir et il ajouta : « L'année passée, pen- 
dant que je faisais pipi, Berta et Olga me regardaient, » Cela 
veut dire, je pense, que Tannée passée il lui était agréable 
d'être regardé ce faisant par les petites filles, mais qu'il n'en 
est plus ainsi. L'exhibitionnisme a maintenant succombé au 
refoulement. Le fait que le désir d'être regardé par Berta et 
Olga pendant qu'il fait pipi, (ou qu'elles le lui faisaient faire) 
soit maintenant refoulé dans la vie réelle fournit l'explica- 
tion de son apparition dans le rêve, où ce désir a emprunté le 
joli déguisement 'du jeu des gages. J'ai observé jdepuis, à plu- 
sieurs reprises, qu'il ne veut plus être vu. faisant pipi; » - 

31KVUE FRANÇAISE DE TSYCHANALYSE 2 



HtartkMÉM^B^P4i^^B^^BHBi^BimP*l«I^B^B«>WWVPW 



426 REVUE Fit ANC AISE DE PSYCHANALYSE 



Je ferai remarquer Ici que ce rêve se conforme à la règle que 
j'ai exposée dans la Science des Rêves (12) ; les paroles pro- 
noncées ou entendues en rêve dérivent des paroles que Ton a 
entendues on prononcées soi-même, les jours précédents. 

Le père de H ans a noté encore une observation datant de la 
période qui suivit immédiatement le retour de la famille à 
Vienne : « Hans (quatre ans et demi) assiste de nouveau au 
bain de sa petite sœur et commence à rire. On lui demande ; 
« Pourquoi ris-tu ? » 

Hans : « Je ris du fait-pipi d J Anna P » 

« Pourquoi ? » — « Parce que son fait-pipi est si beau* » 

« La réponse n*est naturellement pas sincère, Le fait-pipi 
lui semblait en réalité comique. C'est, de plus, la première 
fois qu*il reconnaît aussi expressément la différence entre les 
organes génitaux masculins ou féminins, au lieu de la nier, » 



(12) Trauntdeutung, 7 e édition, pp. 538 et suivantes. La Science des Rêve$ t . 
traduction Meyerson, pp. 373 et suiv. 



LE TETIT HANS 42/ 



II 



Histoire de la Maladie et Analyse 



« Cher Docteur, 

« Je vous adresse encore quelque chose touchant Haus — hé- 
las, cette fois-ci c'est une contribution â l'histoire d'un cas, 
Ccinme vous l'allez voir, se sont manifestés chez lui, ces der- 
niers jours t des troubles nerveux qui nous inquiètent beau- 
coup, ma femme et moi, car nous n'avons pu trouver aucun 
moyen de les dissiper. Je me permettrai d'aller demain**, 
vous voir, mais,., je vous envoie un rapport écrit de ce que 
j'ai pu recueillir. 

« Sans doute le terrain a été préparé de par une trop grande 
excitation sexuelle due â la tendresse de sa mère, mais la cause 
immédiate des troubles, je ne saurais l 'indiquer. La peur à? tire 
nioràii dans la rue par un cheval semble être en rapport d'une 
façon quelconque avec le fait d'être effrayé par un grand pé- 
nis — il a de bonne heure, ainsi que nous le savons par une 
notice antérieure, remarqué le grand pénis des chevaux, et il 
en avait alors tiré la conclusion que sa mère, parce qu'elle est 
si grande, devait avoir un faît-pîpi comme un cheval, 

« Je ne sais quel usage faire de ces données, A-t-il vu quel- 
que part un exhibitionniste ? Ou le tout n'est-il en rapport 
qu'avec sa mère ? Il ne nous est pas très agréable qu'il com- 
mence de si bonne heure à nous proposer des énigmes. En de- 
hors de la peur d'aller dans la rue et d'une dépression surve- 
nant chaque soir, Hans est au demeurant toujours le même, 
gai et joyeux, » 



428 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Nous ne suivrons le père de Hans ni dans les soucis bien 
compréhensibles qu'il se fait ni dans ses première tentatives 
d'explication : nous commencerons par examiner le inatériel 
qu*il nous fournît. Ce n'est nullement notre tâche de « com- 
prendre )> d'emblée un cas pathologique, ceci ne nous est possi- 
ble que par la suite, quand nous en avons reçu suffisamment 
d'impressions. Pour le moment nous suspendrons notre juge- 
ment et nous accorderons la même attention à tout ce qui s'of- 
frira â notre observation . 

Tels sont les premiers rapports, datant des premiers jours 
de janvier de cette année (xçoS) : 

« Hans (quatre ans et neuf mois) se lève un matin en lar- 
mes et répond â sa mère, qui lui demande pourquoi il pleure : 
« Pendant que je dormais, j'ai cru que tu étais partie et que 
je n'avais plus de Maman pour faire câlin avec moi ». 

« Donc, un rêve d'angoisse. 

« Cet été, â Gmunden, j'avais déjà remarqué quelque chose 
d'analogue. Le soir, au lit, il était le plus souvent très senti- 
mental et fit une fois cette remarque ; u Si je n'avais plus de 
Maman n, ou bien : « Si tu t'en allais » (ou â peu près), je ne 
me rappelle plus les termes exacts. Malheureusement, chaque 
fois qu'il manifestait cette humeur élégiaque, sa mère le pre- 
nait dans son Ht. 

« Le 5 janvier environ il vint de bonne heure dans le lit de 
sa mère, et dit alors : « Sais-tu ce que la Tante M,,, a dit : 
« Comme il a un gentil petit machin ! (13). (La Tante M.-, 
avait habité chez nous voici quatre semaines ; un jour en re- 
gardant ma femme donner son bain au petit garçon, elle dit 
en effet tout bas à ma femme ces paroles, Hans les entendit 
et cherche à s'en servir maintenant à son profit), 

« Le 7 janvier il va comme d'habitude avec la bonne dans 
le Stadtpark {14), commence à pleurer dans la rue et demande 
à être reconduit 'à la maison ; il veut faire câlin avec sa Ma- 
man. Comme on lui demande, à la' maison, pourquoi il n'a pas 
voulu aller plus loîrï et s'est mis â -pleurer, il ne veut pas le 

(13) En allemand Pîsdil = pénn + Ce*t une des choses les pins com- 
munes — les psychanalvs.es en sont^nVrrn* T s - — : que les /caresse* faites «n 
paroles aux organes génitaux ^es p^Hf* enfants — et même parfois en fait 
— par leur tendre entourage, lés 'patVn+R en v-mfmes compris, 

(14) Le parc municipal, jardin au centre de Vienne. (N, d. fr>) 



riaÉkHriHBdâàita^riM 



LE PETIT HANS 429 



dire. Il est gai comme d'habitude jusqu'au soir ; mais le soir 
il a évidemment peur, il pleure et on ne peut le séparer de sa 
maman ; il veut de nouveau faire câlin. Ensuite, il redevient 
gai et dort bien. 

<( Le 8 janvier, ma femme décide, afin de voir ce qu'il en 
est, de le mener elle-même à la promena de 3 et ceci à Schon- 
brunn, où il va d'ordinaire volontiers. Il recommence à pleu- 
rer, ne veut pas partir, il a peur. A la fin il y va quand même, 
mais a visiblement peur dans la rue. En revenant de Scliôn- 
brunn il dit â sa mère, après une grande lutte interne : J'avais 
peur qu'un cheval ne me morde, (Il avait en effet, à Schôn- 
brunn, manifesté de l'inquiétude à la vue d'un cheval.) Le soir, 
il aurait eu un accès semblable à celui du jour précédent, et 
demandé à faire câlin. On le calme. Il dit en pleurant : « Je 
sais que demain il faudra encore que j'aille tfïè promener » 
et ensuite : « Le cheval va venir dans la chambre; » 

Le même jour, sa mère lui demande : u Peut-être touches- tu 
avec ta main ton fait-pipi? » (14) Il répond alors : « Oui, 
tous les soirs, quand je suis dans mon lit, » Le jour suivant, 
9 janvier, on l'avertit, avant sa sieste de l'après-midi, d'avoir 
à ne pas toucher son fait-pipi. Au réveil, on lui demande ce 
qu'il en fut, il répond l'avoir touché cependant un petit bout 
de temps- » 

Voilà donc le début de l'angoisse comme de la phobie. Nous 
avons de bonnes raisons, cela se voit, de les séparer l'une de 
l'autre. Le matériel dont nous disposons nous semble de plus 
tout à fait suffisant pour nous orienter, et aucun moment de la 
maladie n'est aussi favorable à sa compréhension que son 
stade initial tel que nous l'observons ici, stade malheureuse- 
ment le plus souvent négligé ou passé sous silence. Le trouble 
nerveux commence par des pensées à la fois sentimentales et 
angoissées, puis par un rêve d'angoisse dont le contenu est le 
suivant : Hans perd sa mère, ce qui fait qu'il ne peut plus 
<t faire câlin » avec elle, La tendresse de Hans pour sa mère 
a donc dû s'accroître immensément. Ceci est le phénomène 
fondamental qui est à la base de son état, 

Rappel on s-nous, en confirmation de ceci, les deux tentati- 

1 

(r + s) Gîbst du vîetleîcht die Hand zuin Wiwhnaïher? Lift : * Peut-être 
donnes-tu la main au fait-pipi? (N. d*. ir.) 



>^^™^^»^ 



43O REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

^ \ _ 

ves de séduction entreprises par Hans sur sa mère, desquelles 
l'un date de l'été et dont l'autre, * — consistant simplement à 
lui vanter son pénis — se place immédiatement avant l'éclo* 
sion de son angoisse des rues. C'est cette tendresse accrue 
pour sa mère qui se mue en angoisse, qui, aiftsi que nous di- 
sons, succombe au refoulement. Nous ne savons pas encore, 
d'où provient l'impulsion au refoulement ; peut-être a-t-il lieu 
seulement du fait de l'intensité des émois que l'enfant e&t in- 
capable de maîtriser, peut-être d'autres forces sont-elles aussi 
â l'œuvre, forces que nous n'avons pas encore reconnues, 
Nous l'apprendrons par la suite. Cette angoisse, correspon- 
dant â une aspiration erotique refoulée, est d'abord, comme 
toute angoisse infantile, sans objet : simple angoisse et pas 
encore peur, L'enfant ne peut savoir de quoi il a peur, et 
lorsque Hans, après la première promenade avec sa bonne, ne 
veut pas dire de quoi il a eu peur, c'est simplement parce 
qu'il ne le sait pas encore. Il dit tout ce qu'il sait ; que sa 
maman lui manque dans la rue, sa maman » avec qui il peut 
faire câlin, et qu'il ne veut pas être loin d'elle. Il trahit 
là pn toute sincérité le premier sens de son aversion contre 
la rue* 

De plus, les états dans lesquels il se trouva pendant deux 
soirs consécutifs avant d'aller dormir, états d'angoisse encore 
nettement teintés de sentimentalité, prouvent qu'au début de 
sa maladie il n'y avait encore ni phobie de la rue ni de la pro- 
menade ni même des chevaux, Y eut- il eu une telle phobie, 
lés états vespéraux eussent été inexplicables ; qui pense, au 
moment de se coucher, â la rue et à la promenade ? Par con- 
tre la motivation de ces états est tout à fait transparente, si 
nous estimons que Hans, avant de se coucher , devient la 
proie d'une libido renforcée, dont l'objet est sa mère, et dont 
le but pourrait bien être de coucher avec elle. Il a en effet 
appris par expérience, à Gmunden, que sa mère peut être 
amenée, par de tels états chez son enfant, à le prendre dans 
son lit, et il voudrait arriver ici â Vienne au même résultat. 
N'oublions pas non plus qu'il avait été, à Gmunden, une 
partie du temps seul avec sa mère, le père n'ayant pu passer 
là toutes les vacances ; de plus que là-bas ses instincts de 
tendresse se partageaient entre un certain nombre de camara- 



**m 



LE PETIT HANS 431 



des de jeu, amis et amies, tandis qu'à Vienne il n'avait plus dé 
petits compagnons^ de sorte que sa libido pouvait revenir ii> 
divisée à sa mère, 

L'angoisse correspond donc à une aspiration libidinale re- 
foulée, mais elle n'est pas cette aspiration elle-même ; il faut 
tenir compte aussi du refoulement. Une aspiration se mue en- 
tièrement en satisfaction quand on lui procure l'objet qu'elle 
«convoite ; une telle thérapeutique n'est plus efficace dans les 
cas d 'angoisse ; l'angoisse persiste même en présence de la 
possibilité de satisfaire l'aspiration , l'angoisse n'est plus en- 
tièrement retransformable en libido ; la libido est maintenue 
par quelque chose en état de refoulement (16). Les choses se 
montrèrent être telles chez Hans, à l'occasion de la prome- 
nade suivante où sa mère raccompagna. Il est cette fois-ci 
avec sa mère et éprouve cependant de l'angoisse, c'est-à-dire 
une aspiration inassouvie vers elle, Il est vrai que l 'angoisse 
est moindre, il se laisse en effet conduire à la promenade, tan- 
dis qu'il avait contraint la bonne à le ramener à la maison ; 
la rue n'est d'ailleurs pas un endroit propice à « faire câlin » 
ou à n'importe ce que pouvait désirer d'autre le petit amou- 
reux. Mais l'angoisse a supporté l'épreuve et il faut mainte- 
nant qu'elle trouve un objet. C'est au cours de cette prome- 
nade qu'il exprime d'abord la peur d'être mordu par un che- 
val. D'où provient le matériel de cette phobie ? Sans doute de 
ces complexes, à nous encore inconnus, qui ont contribué au 
refoulement et maintiennent les aspirations libidinales en- 
vers la mère en état de refoulement. Voilà encore une énig- 
me : c'est en suivant les développements du cas de H an s que 
nous en trouverons la solution. Le père de Hans nous a déjà 
fourni certains points d'appuis, auxquels nous pouvons sans 
.doute nous fier : Hans a toujours observé avec intérêt les che- 
vaux, à cause de leur grand « fait-pipi » ; Hans a supposé 
que sa mère devait avoir un fait-pipi comme celui d'un che- 
val, et ainsi de suite. On pourrait ainsi penser que le cheval 
■est maintenant un substitut de la mère. Mais qu'est-ce que 

{16) Pour parler franc, ceci est le critérium même d'après lequel nous 
qualifions de normaux ou non de tels sentiments mêlés d'angoisse et de 
désir : nous les appelons * angoisse pathologique * à partir du, moment 
où ils ne peuvent plus être résolus de par l'obtention de l 'objet convoité. 



^ 1 **f | . ^— — i — >l^ !■ | || I ■»■■ ,1^1 |1^ 



432 ÏEVUE FRAKÇAïSE DE PSYCHANALYSE 



cela veut dire lorsque Hans^ le soir, exprime la peur que le 
cheval n'entre dans la chambre ? Une stupide peur de petit 
enfant, dira-t-on. Mais la névrose ne dit rien de stupide, pas 
plus que le rêve + . Nous dénigrons volontiers les choses aux- 
quelles nous ne comprenons rien. Un excellent moyen de se 
rendre la tâche aisée. 

Il nous faut nous garder de succomber â cette tentation en- 
core sur un autre point. Haus a avoué que, chaque nuit, avant 
de s'endormir, il s'amusait à jouer avec sou pénis, « Ah ! » 
s'écriera alors le médecin de famille, « tout s'explique mainte- 
nant. L'enfant se masturbe , d'oiï l'angoisse. » Mais tout doux ! 
Que l'enfant se procure des sensations voluptueuses par la 
masturbation ne nous explique en rien son angoisse, mais la 
rend bien plutôt tout â fait énigmatique* Des états d'angoisse 
ne sont pas engendrés par la masturbation, ni d'ailleurs par 
une satisfaction quelconque- De plus, nous devons présumer 
que Hans, âgé maintenant de quatre ans et neuf mois, s ac- 
corde chaque soir ce plaisir, depuis un an au moins (voir 
page 414) et nous allons apprendre qu'il se trouve justement 
en ce moment engagé dans une lutte pour s'en déshabituer, 
ce qui s'accorde bien mieux avec le refoulement et la forma- 
tion -de l'angoisse. 

Nous devons aussi prendre le parti de la mère de Hans, si 
bonne et dévouée. Le père l'accuse, non sans apparence de 
raison, d'avoir amené l'éclosion de la névrose par sa tendresse 
excessive pour l'enfant et par son trop fréquent empressement 
a le prendre dans son lit. Nous pourrions aussi bien lui repro- 
cher d'avoir précipité le processus du refoulement en repous- 
sant trop énergiquement les avances de l'enfant (« c'est une 
cochonnerie »). Mais elle avait à remplir un rôle fixé par le 
destin et sa position était difficile. 

Je m'entendis avec le père de Hans afin qu'il dît à celui-ci 
que toute cette histoire de chevaux était une bêtise et rien de 
plus, La vérité, devait dire son père, c'était que Hans aimait 
énormément sa mère et voulait être pris par elle dans son lit. 
C'est parce que le fait-pipi des chevaux l'avait tellement inté- 
ressé qu'il avait peur maintenant des chevaux, Hans avait re- 
marqué que ce n'était pas bien d'être tellement préoccupé des 
« fait-pipi », même du sien, et ce point de vue était tout à fait 



LE PETIT H ANS 433 



juste • Je suggérai de plus au père de commencer à éclairer 
Hans en matière de choses sexuelles. Comme la conduite pas- 
sée de l'enfant nous permettait de le supposer, sa libido ét^ 
restée attachée au désir de voir le fait-pipi de sa mère : aussi 
je proposai au père de Hans de supprimer ce but à son désir 
en lui faisant savoir que sa mère et toutes les autres créatures 
féminines — ainsi qu'il pouvait s'en rendre compte d'après la 
petite Anna — ne possédaient pas du tout de « fait-pipi », Ce 
dernier éclaircissement serait fourni à Hans en quelque occa- 
sion favorable amenée par une question ou un propos appro- 
prié de Hans lui-même, 

Les nouvelles notes relatives à. notre Hans couvrent la pé- 
riode du 1* au 17 mars. Cet entr'acte de plus d'un mois trou- 
vera bientôt son explication. 

« Aux éclaircissements {17.) succède une période plus calme, 
pendant laquelle Hans peut être amené sans trop de difficulté 
à se promener quotidiennement dans le Stadtpark, La peur des 
chevaux se change de plus en plus en une coinpulsîon de re- 
garder les chevaux. Il dit : « Il faut que je regarde les chevaux 
et alors j 'ai peur, » 

« À la suite d'une grippe , qui le garde deux semaines au 
lit, sa phobie se renforce au point qu'on ne peut plus l'amener 
à sortir ; il va tout au plus sur le balcon. Tous les dimanches 
il va avec moi â Lainz {18) parce que ce jour~là il y a peu de 
voitures dans les rues et que le chemin jusqu'à la gare est très 
court. À Lainz il refuse un jour d'aller se promener en dehors 
du jardin, parce qu'une voiture se tient devant le jardin. Après 
une autre semaine qu'il est forcé de passer à la maison, les 
amygdales lui ayant été coupées, la phobie se renforce à nou- 
veau, de façon nptable. Il va bien sur le balcon, mais non pas 
se promener, c'est-à-dire qu'il fait vivement demi -tour dès 
qu'il arrive â la porte donnant sur la rue, 

« Le Dimanche i* r mars, la conversation suivante se dé- 

(17} Relatifs à ce que signifie son angoisse ; pas encore au fait-pipî des 
femmes. 
(18) Faubourg de Vienne, où les grands-parents de Hans demeurent. 



4***M*B^^B^ 



434 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



roule pendant notre trajet vers la gare. Je cherche à nouveau 
à persuader Hans .que les chevaux ne mordent pas, Lui : 
<c Mais les chevaux blancs mordent. À Gmunden il y a un che- 
val blanc qui mord! Quand on lui tend les doigts, il mord, » 
{Je suis frappé de ce qu'il dise ; les doigts, au lieu de : la 
main.) Il raconte alors l'histoire suivante que je rapporte : 

« Quand Lizzi était sur le point de partir, une voiture atte- 
lée d'un cheval blanc qui allait emporter ses bagages à la gare 
était devant sa maison, (Liszi est, dit Hans, une petite fille 
qui habite une maison voisine) son père se tenait près du che- 
val et le cheval a tourne la tête (afin de le toucher) et alors le 
père de Lizzi lui a dit : « Ne touche pas avec tes doigts le che- 
val blanc, sans qvoi il te mordra. » (16) Je réplique alors: « Il 
nie semble, tu sais, que ce n'est pas d'un cheval que tu veux 
parler, mais d*un fait-pipi, qu'on ne doit pas toucher avec sa 
main, » 

Lui : <( Mais pourtant un fait-pipi ne mord pas. » 

Moi : « -Peut-être cependant », ce sur quoi Hans s'applique 
avec vivacité à me démontrer qu'il s'agit vraiment d'un cheval 
blanc (20), » 

t( Le 2 mars, je dis à Hans, comme il manifeste à nouveau de 
h peur : « Sais-tu ? La bêtise — c'est ainsi qu'il appelle sa 
phobie — perdra de sa force quand tu iras plus souvent te pro- 
mener. Elle n'est si forte maintenant que parce que tu n'es 
pas sorti de la maison, parce que tu as été malade, » 

Lui : « Oh non, elle est si forte parce que je continue à 
mettre ma main à mon fait-pipi toutes les nuits, » 

Le médecin et le patient t le père et le fils s'accordent donc 
pour attribuer aux habitudes d'onanisme le rôle principal dans 
la pathogénie de l'état actuel. Il ne ( manque cependant pas 
non plus d'indices de la présence et de l'importance d'autres 
facteurs, 

(19) Comparer les termes de la question de la mère ; Gibst du viellrioht 
dis Hand zum Wiwimacher ? Peut-être donnes-tu la main au fait-pipi ? 
avec ceux de la défense du père de Lizzî ; Gib vicht die Finger zitm -<veis* 
sev Pferd* Ne donne pas les doigts au cheval blanc* Voir note 15, p. 429* 
(N. d + tr + ) 

(20) Le père de Hans 11 'avait aucune raison de douter que Hans eût ra- 
conté ici un événement réel. Les sensations de démangeaison au gland t qui 
incitent les ejifants à se toucher, sont d'ailleurs décrites d'ordinaire ainsi : 
en allemand : es beissi vitch = Cela me mord. 



««■ 



^^ 



T 



LE PETIT HAKS 435 



« Le 3 mars, est entrée chez nous une nouvelle bonne qui 
plaît particulièrement à Hans. Elle le laisse monter sur son 
dos pendant qu'elle fait le parquet, alors il ne l'appelle plus 
xjue « mon cheval » et la tire sans cesse par sa jupe en criant : 
« Hue dada ! » Le ro mars environ, il dit à cette bonne : « Si 
vous faites ceci ou cela, il faudra que vous vous déshabilliez 
tout à fait, même la chemise ». (Il l'entend comme punition, 
mais on peut aisément reconnaître là-dessous un désir,) 

Elle : « Et qu'est-ce que ça ferait ? Je penserais tout sim- 
plement que je n'ai pas d'argent pour m 'acheter de vête- 
ments. » 

Lui : « Mais c'est pourtant une honte, pensez donc ! on voit 
alors le fait-pipi, n 

C'est sa vieille curiosité, reportée sur un autre objet et 
— comme il convient à la période du refoulement - — recou- 
verte d'une tendance moralisatrice ! 

« Le 13 mars, le matin, je dis à Hans : « Tu sais, si tu 
ne mets plus la main à ton fait-pipi , la bêtise deviendra sûre- 
ment plus faible. » 

Hans : « Mais je ne mets plus la main à mon fait-pipi. » 

Moi : « Mais tu continues à a;voir envie de le faire, » 

Hans : « Oui, c'est vrai, mais avoir envie n'est pas faire, 

et faire, n'est pas avoir envie.., (!!!). 

Moi : <c Mais afin que tu n'aies pas envie, tu dormiras ce 
soir dans un sac. » 

« Après quoi nous sortons devant la maison. Il a certes 
peur, mais il dit, visiblement raffermi de par la perspective 
d'être assisté dans sa lutte : « Oh ! si je dors ce soir dans un 
sac, demain la bêtise* sera passée. » Il a de fait bien moins 
peur des chevaux et laisse, dans un état de tranquillité rela- 
tive, des voitures passer devant lui, 

i< Le dimanche suivant, 15 mars, Hans avait promis d'aller 
avec moi à Lainz. Il commence par résister, puis cependant 
m'accompagne. Dans la rue, comme il y a peu de voitures, il 
se sent visiblement bien et dit : « Comme c'est intelligent 
de la nart du bon Dieu d'avoir déjà supprimé les chevaux! » 
"En chemin je lui explique que sa sœur n'a pas un fait-pipi 
comme le sien. Les petites filles et les femmes n'ont pas de 



n 



436 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

^^^m m ^m ^^^mm ■ ^m ^m ^^^^w iii 11 1 ■ 1 1 1 ■ m ■ ^^^ ^m 

fait-pipi. Maman n'en a pas, Anna non plus, et ainsi de 
suite, » 

Hans : « Et toi» as-tu un fait-pipi ? » 
Mol ; « Naturellement, qu'as-tu donc cru ? » 
Hâns (après un silence) : « Comment les petites filles font- 
elles donc pipi, si elles n'ont pas de fait-pipi ? » 

Moi : « Elles n'ont pas un fait-pipi comme le tien. N'as-tu 
pas encore vu, quand on baigne Anna ? » 

« Toute la journée il est très gai, fait de la luge, etc.. Ce 
n'est que le soir qu'il est à nouveau déprimé et semble crain- 
dre les chevaux. 

« Ce soir-îâ, l'accès nerveux et le besoin de faire câlin 
sont moins prononcés que les jours précédents. Le jour sui- 
vant, sa mère l'emmène en ville, et il a très peur dans les 
rues. Le second jour il reste à la maison et est très gai. Le 
matin du troisième jour, il s r éveille vers six heures dans une 
grande angoisse. Quand on lui demande ce qu'il a, il raconte : 
« J'ai mis le doigt, mais très peu, à mon fait-pipi. Alors j'ai 
vu maman toute nue en chemise et elle m'a laissé voir son 
fait-pipi. J'ai montré à Grete, à ma Grete, ce que faisait 
juamaUj et je lui ai montré mon fait-pipi. Alors j'ai vite retiré 
la main de mon fait^pipi, « A cette objection que je fais ; ce ne 
peut être qu'en chemise ou toute nue, Hans répond ; c< Elle 
était en chemîse 3 mais la chemise était si courte que j'ai vu 
son fait-pipi. » 

« Tout ceci n'est pas un rêve, mais un fantasme d'ona- 
nisme, d'ailleurs équivalent à un rêve. Ce que Hans fait faire 
à sa mère sert évidemment à sa propre justification : « Si 
maman montre son fait-pipi, je puis bien en faire autant. » 

Ce fantasme nous montre deux choses ; en premier lieu, 
que les reproches de sa mère ont en leur temps exercé une 
puissante influence sur Hans ; en second Heu, que les explica- 
tions à lui fournies, relatives à l'absence de fait-pipi chez l^s 
femmes, n'ont au premier abord pas été admises par lui. lï 
déplore qu'il en soit ainsi et maintient en imagination son 
point de vue précédent. Peut-être a-t-il aussi ses raisons pour 
commencer par refuser créance à son père. 



«ta^tf* 



LE PETIT HANS 437 



* 



Rapport hebdomadaire dit père de H ans : 

« Cher Docteur, ci- joint la continuation de l 'histoire de 
notre Hans — un fragment très intéressant. Peut-être me 
permettrai- je lundi prochain d'aller à votre consultation et 
si possible démener avec moi Hans — . à condition qu'il 
veuille bien venir. Je lui ai demandé aujourd'hui : « Veux-tu 
venir avec moi lundi chez le Professeur qui peut te débar- 
rassser de ta « bêtise » ? 

Lui : « Non, » 

+ 

Moi : <{ Mais il a une très jolie petite fille! » Sur quoi Hans a 
consenti tout de suite et avec joie. » 

« Dimanche, 22 mars. Afin d'élargir le programme domi- 
nical, je propose à Hans d'aller d'abord à Schônbrunn et d*at- 
teudre l'après-midi pour aller de là à Lainz. Il a ainsi à faire 
à pied le chemin, non seulement de notre maison à la gare de 
la Douane Centrale du Stadtbahn (21), mais encore de la Gare 
de JHietEing à Schônbrunn et de là de nouveau â-la station du 
tramway à vapeur de Hietzing, Il y parvient, en détournant 
vite les yeux, visiblement pris de peur chaque fois que des 
chevaux approchent. Ce faisant, il suit un conseil donné par 
sa mère, 

<c A Schônbrunn f il a peur de certains animaux qu'il regar- 
dait auparavant sans aucune crainte. Ainsi il ne veut absolu- 
ment pas entrer dans le pavillon de la girafe, il -ne veut pas 
non plus aller. voir l'éléphant, qui l'amusait tant d'habitude. 
Il a peur de tous les grands animaux, tandis qu'il prend plai- 
sir aux petits* Parmi les oiseaux, il a peur cette fois-ci égale- 
ment du pélican, ce qui ne lui était, jamais arrivé, évidemment 
aussi à cause.de sa taille, 

« Je dis alors à Hans : « Sais-tu pourquoi tu. as peur des 
grands animaux ? Xes grands animaux ont un grafid fait- 
pipi, et tu as peur en, réalité des grands fait-pipi. 

(21) Haupt7x>31an]t + La gare de la douane centrale du chemin de fer local 
et suburbain à Vienne. Hietzing-est ; un faubourg* qui touche a\i Palaîs de 
Schônbrunn. (N* d* tr,)* ■ 



^ - ^ fc-— M 



438 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Hans : « Mais je n'ai jamais encore vu le fait-pipi des- 
grands animaux, (22) » 

Moi : « Mais tu as vu celui du cheval et le cheval est bien 
un grand animal* » 

Hans : « Oh ! du cheval , souvent ! une fois à Gniunden, 
quand la voiture était devant la porte, une antre fois devant 
la Douane Centrale, » 

Moi : « Quand tu étais petit, tu as probablement été à 
Gmunden dans une écurie... » 

Hans : (m' interrompant) « Oui, à Gmunden, j'allais tous 
les jours à l'écurie quand les chevaux revenaient à la mai- 
son. » 

Moi : « „ É et tu as probablement eu peur, en voyant une fois 
le grand fait-pipi du cheval. Mais tu n*as pas à en avoir peur. 
Les grands animaux ont de grands fait-pipi ; les petits ani- 
maux, de petits fait-pipi. » 

Hans : <t Et tout le monde a un fait-pipi, et mon fait-pipi 
grandira avec moi, quand je grandirai, car il est enraciné. J > 

« Là-dessus se termina notre entretien. Les jours suivants, 
la peur semble de nouveau un peu plus grande ; Hans se ris- 
que à peine devant la porte de la maison où on le conduit après 
le repas. » 

Les dernières paroles de consolation que Hans s'adresse à 
lui-même éclairent la situation et nous permettent de corriger 
quelque peu les assertions de son père. Il est exact que Hans 
<i peur des grands aùimaux parce qu'il doit penser à leur 
fait-pipi, mais l'on ne peut vraiment dire qu'il ait peur du 
grand fait- pipi en lui-même. Autrefois l'idée d'un grand fait- 
pipi lui était décidément agréable, et il cherchait de toutes 
ses forces à s'en procurer la vue. Depuis lors ce plaisir lui a 
tté gâté, ceci de par le renversement général du plaisir en 
déplaisir qui, de façon encore inexpliquée, a frappé toute son 
investigation sexuelle, et, ce qui nous apparaît plus claire- 
ment, de par certaines expériences et réflexions ayant conduit 
â des conclusions pénibles, La consolation de Hans à lui-même: 
« mon fait- pipi grandira avec moi, quand je grandirai » nous 
permet de conclure que, au cours de ses observations, Hans 



{22) Ce n'est pas vrai. Voir l'exclamation de Hans devant la cage du lion, 
p, 415. C'est là sans doute le début de Pc oubli » résultant du refoulement. 



^"^™ 



LE PETIT HANS 439 



n'a cessé de faire des comparaisons et est demeuré très peu 
satisfait des dimensions de son propre fait-pipi. Les grands 
animaux lui rappellent ce défaut, et c'est pourquoi ils lui sont 
désagréables. Mais comme tonte cette suite de pensées est pro- 
bablement incapable de devenir clairement con se ien te , ce pé- 
nible sentiment se mue aussi en angoisse, de telle sorte que 
l'angoisse actuelle de Haus est édifiée et sur son plaisir passé 
et sur son déplaisir présent. Une fois un état d'angoisse établi, 
l'angoisse absorbe tous les autres sentiments ; avec les pro- 
grès du refoulement, et à mesure que les représentations char- 
gées d'affect, gui avaient été conscientes, descendent dans Tin* 
conscient, tous les affects deviennent capables de se transfor- 
mer en angoisse, 

La singulière remarque de Hans : « car il est enraciné >w 
nous permet, rapporté à l'ensemble de son propos consola- 
teur, de deviner bien des choses qu'il ne peut pas exprimer et 
qu'il 11 *a d'ailleurs pas exprimées au cours de cette analyse. 
Je comblerai en partie cette lacune grâce à l'expérience que 
j'ai acquise par les analyses d'adultes, mais j'espère que 
cette interprétation ne sera pas considérée comme forcée ou 
arbitraire, « Car il est enraciné n : si cette pensée est une 
consolation et un défi, elle nous rappelle la vieille menace 
faite par sa mère â Hans, lorsque celle-ci lui dit qu'elle lui 
ferait couper son fait-pipi s'il continuait à jouer avec. Cette 
menace, faite quand Hans avait trois ans et demi, demeura 
alors sans effet, Hans répondit tranquillement qu'il ferait 
alors pipi avec son tutu. Il serait tout à fait classique que la 
menace de castration fît son effet maintenant après-coup, et 
que maintenant, un an et trois mois plus tard, Hans fût en 
proie à l'angoisse de perdre cette précieuse partie de son moi. 
On peut observer, dans d'autres cas morbides, de tels effets 
après-coup de commandements et de menaces faites dans l'en- 
fance, alors que l'intervalle entre l'ordre ou la menace et son 
effet s'étend sur tout autant de dizaines d'années ou davan- 
tage. Je connais même des cas où V « obéissance à retarde- 
ment » de la part du refoulement a eu la part principale 
dans la détermination des symptômes morbides. 

Les éclaircissements fournis récemment à Hans relative- 
ment à l'absence de fait-pipi chez les femmes ne peuvent 



446 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



qu'avoir ébranlé sa confiance en soi et avoir réveillé son com- 
plexe de castration* C'est pourquoi il se rebella contre ces 
éclaircissements et pourquoi ils demeurèrent sans résultats 
thérapeutiques. Y a-t-il donc des créatures qui 'ne possèdent 
plus de fait-pipi ?. Alors ce ne serait pins si incroyable que 
Pon put lui enlever le sien, et faire de lui, pour ainsi dire, une 
femme ! (23). 






« Dans la nuit du r 27 au 28, Hans nous fait la surprise de 
se lever en pleine, nuit et de venir nous rejoindre dans notre 
lit. Sa chambre est séparée de la notre par un cabinet. Nous 
lui demandons pourquoi il fait cela, si peut-êtr il a eu peur. 

« Non, dit-il, je vous le dirai demain. » Il s'endort dans 
notre lit et est alors reporté dans le sien. 

« Le lendemain, je soumets Hans à un interrogatoire afin 
de découvrir pourquoi il est venu nous rejoindre dans la nuit 
et, après quelque résistance de sa part, prend place le dialogue 
suivant, que je sténographie aussitôt : 

Ltii : « Il y avait dans la chambre une grande girafe et une 
girafe chiffonnée, et la grande a crié que je lui avais enlevé la 
chiffonnée] Alors elle a cessé de crier, et alors je me swis assis 
sur la girafe chiffonnée. n 

Moi (intrigué) : « Quoi ? Une girafe chiffonnée ? Qu'est-ce 
que c'était ? » 

Lui : « Oui. « (Il va vite chercher un morceau de papier, il 
le chiffonne et dit) : a elle était chiffonnée comme ça. » 

(33) Je ne puis interrompre ^ ici le cours de cet exposé pour démontrer 
combien cette inconsciente suite de pensées j que j'attribue ici an petit 
Hans, est typique. Le complexe de castration est la plus profonde racine 
inconsciente de l'antisémitisme, car dans la nursery déjà le petit garçon 
entend dire que Ton coupe au juif quelque chose au pénis — il çense, 
1111 morceau du pénis — ce qui lui donne 'le droit de mépriser le juif. Et 
il n*est pas de racine plus profonde au sentiment de supériorité sur les 
femmes, Weîninger, ce jeune philosophe, si hautement doué, mais doté 
aussi de troubles sexuels, et qui, après avoir écrit son curieux livre : * Sexe 
et Caractère *, [Geschlecht uiid Character) se suicida, a, dans, un chapitre 
très remarqué, traité les juifs et les femmes avec une hostilité é^ale et les 
a accablés des mêmes invectives. Weininger, eu tant que -névropathe, -était 
soumis à ses complexes infantiles; les rapports au complexe.de castra- 
tion sont ce* qui est ici commun an juif et à la femme. 



— 



LE PETIT "HANS 441 



>i : « Et tu t'es assis sur la girafe chiffonnée ? Com- 
ment ? 

« II me le montre à nouveau, en s asseyant par terre. 

Moi ; (c Pourquoi es-tu verni dans notre chambre ? j> 

Lui : « Je n'en sais moi-même rien* » 

Moi : « As-tu eu peur ? » 

Lui : « Non. Certes pas ! » 

Moi : « As-tu rêvé de ces girafes ? n 

Lui : u Non, je n'ai pas rêvé. Je Tai pensé. J'ai pensé tout 
ça, Je m'étais éveillé avant. » 

Moi : « Qu'est-Qe que cela veut dire : une girafe chiffon- 
née ? Tu sais pourtant bien qu J on ne peut pas écrabouiller une 
girafe dans la main comme un morceau de papier. » 

Lui : « Je le sais, je l'ai pensé seulement. Il n'en existe 
sûrement pas vraiment (24)- La chiffonnée était toute cou- 
chée par terre et je l'ai emportée, prise avec mes mains, » 

Moi : « Quoi ! Peut-on prendre une aussi grande girafe 
que ça avec les mains*? » 

Lui : ce La chiffonnée, je l'ai prise avec ma main, » 

Moi : <cOù était la grande pendant ce temps-là ? » 

Lui : « Hé bien, la grande se tenait un peu plus loin. » 

Moi ; ce Qu'as-tu fait de la chiffonnée ? » 

Lui : « Je l'ai tenue un petit peu dans ma main, jusqu'à 
ce que la grande ait fini de crier, et quand la grande a eu fini 
-de crier, je me suis assis dessus. » 

Moi : <c Pourquoi la grande a-t-elle crié ? » 

Lui : « Parce que je lui avais enlevé la petite, » (Il remar- 
que que je note tout, et il demande: « Pourquoi écris-tu ça? ») 

Moi : « Parce que je l'envoie à un professeur qui pourra, 
te débarrasser de ta bêtise. n 

Lui : « Ah ! Alors tu as aussi écrit que maman avait ôté 
sa chemise, et tu le donneras aussi au professeur, » 

Moi : « Oui, mais il ne comprendra pas comment tu peux 
croire qu'on peut chiffonner une girafe, » 

Lui : <c Dis-lui seulement que je ne le sais pas moi-même, 
et il ne demandera rien ; s'il demande pourtant ce qu^est une 
girafe chiffonnée, il peut alors nous écrire et nous lui répon- 
drons, ou bien écrivons-lui tout de suite que je ne le sais pas* » 

(24 ) Hans dit très nettement à sa manière que c'était trn fantasme. 

HEVU3 FÏÏAXÇAISE DE PSYCHANALYSE 3 



^^n^nte 



4^2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Moi : « Mais pourquoi es-tu venu la nuit ? n 

Lui : « Je ne sais pas. n 

Moi : « Dis-moi vite à quoi tu penses, » 

Lui : « (avec humeur) A du sirop de framboise. » ) § es . 

Moi : « Et â quoi encore ? n \ 

Lui : « À un fusil pour tuer les gens (25). n ) dflsirs- 

Moi : « Tu ne Tas sûrement pas rêvé ? » 

Lui : « Sûrement pas, j'en suis tout à fait sûr.. » 

« II poursuit : a Maman m'a bien longtemps prié de lui 
dire pourquoi je suis venu la nuit. Mais je n'ai pas voulu le 
dire, parce que d'abord j'avais honte devant maman* j> 

Moi : « Pourquoi ? » 

Lui ; « Je ne sais pas, » 

« De fait ma femme Va interrogé toute la matinée, jusqu'à 
ce qu'il ait conté l'histoire des girafes. )> 

Le même jour, le père de Hans trouva la solution du fan- 
tasme aux girafes, 

« La grande girafe c'est moi — ou plutôt le grand t pénis 
(le long cou) ; la girafe chiffonnée c'est ma femme, ou plutôt 
son organe génital, ce qui montre quel est le résultat des 
éclaircissements donnés à Hans, 

<< Girafe : se reporter â l'expédition à Schônbrunm De 
plus, il a, au-dessus de son lit, l'image d'une girafe et d'un 
éléphant* 

« Le tout est la reproduction d'une scène qui s'est jouée 
presque tous les matins ces jours passés, Hans vient nous 
trouver de bonne heure tous les matins, et ma femme ne peut 
résister à le prendre quelques minutes dans son lit. Je com- 
mence alors toujours par lui dire qu'elle 11e devrait pas le 
prendre ainsi dans son lit. (« la grande a crié, parce que je lui 
avais enlevé la girafe chiffonnée »), et elle répond de ci de là, 
assez irritée, que c'est une absurdité, qu'une minute ne peut 
rien faire, et ainsi de suite. Hans reste alors avec elle un petit 
peu, {u Alors la grande girafe a cessé de trier et alors je me 
suis assis sur la girafe chiffonnée. ») 

« La résolution de cette scène matrimoniale transposée dans 

(25) Le père essaie ici, dans sa perplexité, d'employer la technique c3as- 
pique de. psychanalyse. Elle ne mène ici pas loin, mais ce qu'elle fournit 
peut cependant acquérir un sens à la lumière de révélations ultérieures. 



^ ■■» 



LE PETIT HANS 443 



la vie des girafes est ainsi la suivante : Hans a été saisi pen- 
dant la nuit de la nostalgie de sa mère, de ses caresses, de son 
organe génital, et c'est pourquoi il est venu dans notre cham- 
bre. Le tout est une continuation de sa peur des chevaux, » 

Je n'ajouterai à l'interprétation pénétrante du père que 
ceci ; « S'asseoir dessus » est sans doute pour Hans la repré- 
sentation de la prise de possession (26)- Et le tout est un fan- 
tasme de défi, relié â la satisfaction d'avoir triomphé de la 
résistance paternelle, « Crie tant que tu veux, maman me 
prendra tout de même dans son lit et maman m'appartient ! » 
Ce que le père suppose se laisse donc à juste titre déceler là- 
dessous : la crainte que sa mère ne l'aime pas, parce que son 
fait-pipi n'est pas comparable à celui de son père. 

Le lendemain matin, le père obtient la confirmation de sou 
interprétation, « Le dimanche 29 mars, je vais avec Hans â 
Lainz. A la porte je prends congé de ma femme en disant sur 
un ton plaisant ; « Au revoir, grande girafe ! >ï Hans de- 
mande : c( Pourquoi girafe ? » Moi alors : « Maman est la 
grande girafe. » Sur quoi Hans : « N'est-ce pas ? et Anna est 
la girafe chiffonnée ? » 

a Dans le train je lui explique le fantasme aux girafes, sur 
quoi il dît : Oui, c'est vrai, 'et comme je lui dis que je suis 
la grande girafe, que le long cou lui a rappelé un fait -pi pi , 
il réplique : « Maman a aussi un cou comme une girafe, je l'ai 
vu quand elle se lave son cou blanc (27). » 

« Lundi, le 30 mars, Hans vient me trouver le matin et 
dit : « Tu sais, j*ai pensé deux choses ce matin, » — « La 
première ? » - — a Je suis avec toi à Schônbrunn, là où sont les 
moutons, et alors nous nous sommes glissés sous les cordes, 
et puis nous l'avons dit â l'agent de police qui est à l'entrée 
du Jardin, et ils nous a arrêtés tons les deux, « Hans a oublié 
la seconde chose, 

« Je ferai remarquer ici que dimanche dernier, comme nous 
voulions aller voir les mou ton s , cette partie du jardin était 
fermée par une corde , ce qui nous empêcha d'y entrer. Hans 

(26) Cf. le latin possider'e, l 'allemand besitzen y etc, fN. d, tr;). 

(27) Hans confirme simplement l'inter prélatioii des deux girafes comme 
étant le père et la mere et non le symbolisme sexuel d'après lequel la 
girafe elle-même représenterait le pénis. Ce symbolisme est sans doute 
exact, mats on ne peut vraiment demander davantage à Hans. 



m 1— ^ ^ ^ t ^ tM ^^ 



444 KJiVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

fut très surpris que l'on fermât une partie du jardin rien 
qu'avec une corde, sous laquelle on peut facilement se glis- 
ser. Je lui dis que les gens comme il faut ne passent pas $ous 
les cordes, Il dit que ce serait très facile, je répondis qu'un 
agent de policé pourrait alors survenir qui vous emmènerait. 
A l'entrée de Schonbrunn se tient un garde du corps, duquel 
j'ai dit une fois à Hans qu'il arrête les méchants enfants. 

« Au retour de notre visite chez vous, qui eut lieu le même 
jour, Hans confessa encore quelque désir de faire une chose 
défendue. « Tu sais, ce matin j'ai encore pensé quelque 
chose, » — « Quoi donc ? » - — « J'étais avec toi dans le train, 
et nous avons cassé la vitre d'une fenêtre et ragent de police 
nous a emmenés. » 

Voilà une suite tout à fait appropriée du fantasme aux gi- 
rafes, Hans soupçonne qu'il est interdit de prendre posses- 
sion de la mère ; il s'est heurté à la barrière de l 'inceste. Mais 
il croit la chose défendue en elle-même. Dans les exploits 
défendus qu'il accomplit en imagination, son père est tou- 
jours avec lui et est arrêté avec lui. Son père, pense-t-il, fait 
donc aussi avec sa mère cette chose énigmatique défendue 
qu'il remplace par un acte de violence tel que le bris d'une 
vitre de fenêtre ou la pénétration de force dans un espace clos. 
Cette après-midi-là, le père et le fils vinrent me voir à ma 
consultation. Je connaissais déjà le drôle de petit bonhomme, 
et avec toute son assurance il était si gentil que j'avais chaque 
fois eu plaisir â le voir, Je ne sais s'il se souvenait de moi, mais 
il se comporta de façon irréprochable et comme un membre 
tout à fait raisonnable de la famille humaine, La consultation 
fut courte. Le père commença par dire que, malgré tons les 
éclaircissements donnés à Hans, sa peur des chevaux n'avait 
pas diminué. Nous dûmes aussi convenir que les rapports 
étaient fort peu nombreux entre les chevaux dont il avait 
peur et les aspirations de tendresse envers sa mère qui 
s'étaient révélées. Certains détails que j'appris alors — qu'il 
était particulièrement gêné par ce que les chevaux ont devant 
les yeux et par le noir qu'ils ont autour de la bouche — 
n'étaient certes pas explicables par ce que nous connaissions. 
Mais comme je regardais le père et le fils tous deux assis 
devant moi, tout en écoutant la description par Hans de ses 



tpmH*k^ 



LE PETIT HANS 445 



(t chevaux d'angoisse », une nouvelle partie de la solution du 
problème me vint tout à coup à l'esprit, partie dont je compris 
qu'elle pût justement échapper au père. Je demandai à H an s 
sur un ton de plaisanterie si ses chevaux portaient binocle, ce 
qu'il nia, puis si son père portait un binocle, ce qu'il nia 
aussi, contre toute évidence ; je lui demandai si par le noir 
autour de la « bouche » il voulait dire la moustache, 
et je lui révélai alors qu'il avait peur de son père juste- 
ment parce qu'il aimait tellement sa mère. Il devait en effet 
penser que son père lui en voulait de cela, mais ce n'était pas 
vrai, son père l'aimait tout de même, il pouvait sans aucune 
crainte tout lui avouer. Bien avant qu'il ne vint an monde 
j'avais déjà su qu'un petit Hans naîtrait un jour qui aimerait 
tellement sa mère qu'il serait par suite forcé d'avoir peur de 
son père, et je 1* avais annoncé à son père, « Pourquoi crois- tu 
donc — m'interrompit alors le père de Hans, — que je t'en 
veuille ? T'ai-je jamais grondé ou battu ? » — « Oh ! oui, tu 
m'as battu », corrigea Hans, « Ce n'est pas vrai. Quand ça ? » 
— « Ce matin » répondit le petit garçon ; et son père se rap- 
pela que Hans, tout à fait à l 'improviste, lui avait donné un 
coup de tête dans le ventre, ce sur quoi il lui avait rendu, à 
la façon d'un réflexe, un coup avec la main. Qu'il n'ait pas en- 
registré ce détail dans l'ensemble de la névrose était curieux ; 
'mais il le comprit maintenant comme exprimant la disposition 
hostile de l'enfant contre lui, peut-être aussi comme manifes- 
tant le besoin d'en être puni (28), 

En revenant, Hans demande â son père : 

** Le Professeur parle-t-il avec le bon Dieu, pour qu'il 
puisse savoir tout ça d'avance ? » Je serais extraordinai rement 
fier de cette attestation de la bouche d'un enfant, si je ne 
l'avais moi-même provoquée par ma vanterie enjouée. 

A partir du jour de cette consultation je reçus des rapports 
presque, quotidiens relatant les changements survenant dans 
l'état du petit patient, On ne pouvait s'attendre à ce que ma 
communication l'eût délivré d'un seul coup de son augoisse r 
mais il devint visible que la possibilité lui était maintenant 

{28) L'enfant reproduisît par la suite cette réaction envers son père de 
façon plus claire et plus complète, en donnant à son père d'abord un coup 
sur la main, puis en baisant tendrement cette même main. 



446 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



donnée de mettre à jour ses productions inconscientes" ** 
d'opérer la liquidation de sa phobie, A partir de ce moment il 
réalisa un programme que je fus à même de prédire à son 
père. 

t< Le 2 avril, la première réelle amêlioratwn est à noter. 
Tandis -qu'auparavant on ne pouvait ramener à sortir pour 
un certain temps de la porte cochère et que toujours, quand 
des chevaux approchaient, il revenait en courant à la maison, 
avec tous les signes de la peur, il reste cette fois une heure 
devant la porte cochère, même quand les voitures passent, ce 
qui devant chez nous arrive assez souvent. De temps à autre, 
en voyant de loin venir une voiture, il revient bien en courant 
vers la maison, mais il rebrousse chemin, comme se ravisant. 
Quoi qu'il en soit, il n'y a plus qu'un restant d'angoisse, et 
le progrès depuis les éclaircissements n'est pas à mécon- 
naître, 

« Le soir il dit : « Puisque nous allons maintenant jusque 
devant la porte cochère, nous irons aussi an Stadlpark. » 

et Le 9 avril il arrive de banne heure dans mon lit, tandis 
que les jours précédents iLn'y était plus venu et semblait 
même fier de celte retenue. Je demande : « Pourquoi donc 
es-tu venu aujourd'hui ? j> 

Hans : « Quand je n'aurai plus peur, je ne viendrai plus, » 
Moi : « Ainsi tu viens me trouver parce que tu as peur ? » 
Hans : « Quand je ne suis pas avec toi, j'ai peur ; quand je 

ne suis pas au lit avec toi, alors j'ai peur. Quand je n'aurai 

plus peur, je ne viendrai plus. » 

Moi : « Tu m'aimes donc, tu as peur quand tu es dans' ton 
lit le matin, et c'est pourquoi tu viens me trouver ? » 

Hans : « Oui. Pourquoi m 'as-tu dit que j'aime maman et 
que c'est pour ça que j'ai peur, quand c'est toi que j'aime ? » 

Le petit garçon faisait ici preuve d'une clarté de vue vrai* 
ment rare. Il donne à entendre qu'en lui l'amour pour son 
père est en conflit avec l'hostilité contre son père provenant 
de son rôle de rival auprès de la mère, et il reproche à son père 
de ne pas avoir jusque-ïâ attiré son attention sur ce jeu de 
forces qui devait se résoudre en angoisse. Le père ne le com- 
prend pas encore tout à fait, car il ne réussit, pendant cet 
entretien, qu'à se convaincre de l'hostilité du petit garçon 



^■^n 



LE PETIT HANS 447 



^^»^v^^^ 



contre luî > dont j'avais soutenu l'existence au cours de notre 
consultation. Ce qui va suivre, et que je reproduirai pourtant, 
.sans y rien changer» est à la vérité plus important relativement 
aux progrès de la compréhension chez le père que pour le petit 
patient, 

« Je n'ai malheureusement pas compris sur le champ le 
sens de cette objection. Parce que Hans aime sa mère, il 
voudrait évidemment que je ne fusse plus* là, alors il prendrait 
la place de son père* Ce désir hostile réprimé se transforme 
en angoisse relativement â ce qui m 'arrive, et il vient le matin 
voir si je suis parti. Je n'ai malheureusement pas encore com- 
pris ceci à ce moment et je lui dis : 

« Ainsi, quand tu es seul, tu es anxieux à mon sujet et tu 
viens me trouver* » 

Hans : « Quand tu n'es pas là, j'ai peur que tu ne reviennes 
pas à la maison. » 

Moi : <c T'ai- je jamais menacé de ne pas revenir à la mai- 
son ? » 

Hans : « Toi pas, mais maman. Maman m'a dit quelle ne 
reviendrait plus, » (Il avait sans doute été méchant et elle 
l'avait menacé de s'en aller). 

Moi : « Elle a dit ça parce que tu étais méchant, » 

Hans : « Oui, » 

Moi ; « Tu as donc peur que je ne m'en aille parce que tu 
as été méchant, et c'est pourquoi tu viens me trouver, » 

« Comme je me lève de table après le petit déjeuner, Hans 
dit : « Papa > reste ! ne t'en va pas au galop / « Je suis frappé 
qu'il dise au galop au lieu de en courant et je réplique : « Oh, 
tu as peur que le cheval ne te quitte- » Sur quoi il rit- » 

Nous savons que cette partie de l'angoisse de Hans a deux 
composantes : l^ peur du père et la peur pour le père, La pre- 
mière dérive de son hostilité contre son père, la seconde du 
conflit de la tendresse — ici exagérée par réaction — avec 
l'hostilité. 

Le père poursuit : « Ceci est sans doute le début d'une 
phase importante. Qu'il ne se risque tout au plus que devant 
la maison, qu'il n'ose cependant pas s'éloigner de la maison, 
qu'il revienne sur ses pas à mi-chemin aux premières atteintes 
de l'angoisse, tout ceci est motivé par la peur de ne pas trouver 



M^a^to 



MrtMM***riHi* 



4A& 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



ses parents à la maison parce qu'ils en seraient partis. Il reste 
comme collé à la maison en vertu de son amour pour sa mère ; 
il craint que je ne m'en aille du fait des désirs hostiles qu'il 
nourrit contre moi, car alors, moi parti, c'est lui qui serait le 
père, 

u L'été passé j'ai dû à plusieurs reprises quitter Gmunden 
pour Vienii e, à cause de mes affaires, alors il était le père. Je 
rappellerai que sa peur des chevaux se relie à un épisode datant 
de Gmunden, lorsqu'un cheval devait emmener â la gare les 
bagages de Lizzi- Le désir refoulé de me voir partir pour la 
gare afin qu'il soit seul avec sa mère, (« Je cheval devrait s'en 
aller i>) se transforme alors en anxiété de voir les chevaux prêts 
à partir, et de fait rien ne le met dans un pareil état d'angoisse 
que lorsque de la cour de la Douane Centrale qui est en face 
de notre maison, une voiture s'ébranle pour partir et que des 
chevaux se mettent en mouvement- 

a La condition pour que cette nouvelle phase (sentiments 
hostiles contre son père) pût s'instaurer était que Hans eût 
appris que je ne suis pas fâché qu'il aime tant sa mère. 

*c L'après-midi , je sors de nouveau avec lui devant la porte 
cochère ; il va de nouveau devant la maison et y reste même 
quand des voitures passent. Ce n'est que devant certaines voi- 
tures qu'il a peur et court dans le hall d'entrée, Il me donne 
aussi cette explication : « Tous les chevaux blancs ne mordent 
pas j)j ce qui équivaut à dire que déjà certains chevaux blancs 




Lagerhaus 



WMm vmm WqffB/i ~« — ^ 



*<- — «"VerfELdungsrampe 



Gùter ffùuu/u flor 

Untere Viaductgasse K 








PlGUKE 2> 



ont été reconnus grâce à l'anafyse comme étant « Papa » et ne 
mordent plus, mais qu'il en reste encore d'autres qui mordent. 
Le plan des lieux devant notre porte cochère est le suivant : 



LE PETIT HANS 449 



en face se trouve l'entrepôt de l'octroi des denrées alimentaires* 
avec une rampe de chargement, devant laquelle toute la journée 
des voitures passent afin de charger des caisses et objets sem- 
blables. Du côté de la rue, une grille ferme cette cour. Vis-à- 
vis de notre maison est la porte d'entrée de la cour (Fig. 2). 
J'ai observé déjà depuis quelques jours, que Hans a particu- 
lièrement peur quand des voitures entrent dans la cour ou en 
sortent, ce qui les oblige â prendre un tournant. Je lui ai de* 
mandé alors pourquoi il a si peur, sur quoi il a répondu : 

« J*ai peur que les chevaux ne tombent quand la voiture 
tourne. » (À) Il a tout aussi peur lorsque des voitures sta- 
tionnant devant la rampe de chargement se mettent soudain 
en mouvement afin de repartir (B), De plus, il a plus peur (C) 
des grands chevaux de somme que des petits chevaux, des 
chevaux de ferme plus que des chevaux aux formes élégantes 
(par exemple les chevaux de voitures de place). Il a aussi plus 
peur quand une voiture passe vite (D) que lorsque les che- 
vaux trottent doucement. Ces nuances ne se sont fait claire- 
ment jour, bien entendu, que ces jours passés, » 

J'inclinerais à dire que, par suite de l'analyse, non seule- 
ment 'le patient, mais aussi sa phobie a acquis plus de cou- 
rage et ose se montrer, 

« I^e 5 avril, Hans arrive â nouveau dans notre chambre à 
coucher et est renvoyé dans son lit. Je lui dis : « Tant que tu 
viendras le matin dans notre chambre, ta peur des chevaux 
n'ira pas mieux. » Il répond cependant, avec défi: t< Je vien- 
drai tout de même, même si j'ai peur. » Ainsi il ne veut pas 
se laisser interdire les visites qu'il fait à sa maman. 

« Après le petit déjeuner nous allons descendre* Hans s'en 
réjouit fort et forme le plan, au lieu de rester comme d'habi- 
tude devant la porte cochère, de traverser la rue et d'aller 
dans la cour, où il a vu assez souvent jouer des gamins. Je lui 
dis que cela me ferait plaisir s'il y allait , et je saisis cette 
occasion pour lui demander pourquoi il a si peur lorsque les 
voitures chargées se mettent en mouvement à la rampe de 
chargement (B). . 

Hans: « J'ai peur si je suis sur la voiture que la voiture 
s'en aille vite, et que je me tienne dessus et que je veuille aller 



— ^^ ;^ ^ ^^B^B^^^^^^^^B^^B^B^B 



450 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

là sur la planche (la rampe de chargement) et que je m'en aille 
avec la voiture, » 

Moi : « Et quand la voiture reste tranquille ? Alors tu n'as 
pas peur ? Pourquoi pas ? )> 

Hans : <c Quand la voiture reste tranquille, je peux vite 
aller sur la voiture et aller sur la planche. » 

<e Hans forme doue le plan de grimper par dessus une voi- 
ture sur la rampe de chargement et il a peur que la voiture 
ne s'en aille pendant qu'il sera dessus. 



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Lsgerhaus 

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1 

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Figure 3. 

Moi : a Peut-être crains- tu de ne plus pouvoir revenir â la 
maison si tu t'en allais avec la voiture ? » 

Hans ; c( Oh non, je peux, toujours revenir trouver Maman, 
sur cette voiture-ci ou en fiacre. Je peux aussi lui dire le 
numéro de la maison, n 

Moi : « Mais de 'quoi donc as-tu peur ? » 

Hans : h Je ne sais pas. Mais le professeur le saura. Croîs- 
tu qu'il le saura ? j> 

Moi : « Pourquoi donc veux- tu aller là -bas sur la plan- 
che ? » 

Hans : « Parce que je n'y ai jamais été, et je voudrais tel- 
lement y aller, et sais-tu pourquoi je veux y aller ? Parce que 
je voudrais décharger et charger les paquets et je voudrais 
là grimper sur les paquets, J 'aimerais tellement grimper sur 
les paquets ! Sais- tu qui m'a appris â grimper ? Des gamins 
ont grimpé sur les paquets et je les ai vus et je veux aussi le 
faire: » 

« Son désir 11e se réalisa pas, car lorsque Hans se risqua 
à nouveau devant la porte rachère, les quelques pas par delà 
la rue et dans la cour éveillèrent en lui de trop grandes résis- 
tances, parce que des voitures entraient et sortaient sans cesse 
de la cour. » 



U^n^^a^^n- 



W^W 



LE TET1T HANS 45 1 



Le professeur ne sait rien d'autre que ceci ; ce jeu que Hans 
projetait de jouer avec les voitures chargées doit être entré en* 
un rapport symbolique, .substitutif, avec un autre de ses 
désirs dont jusqu'à présent il n'a encore rien manifesté. Mais, 
— si cela ne semblait trop hardi — ce désir se laisserai t, 
même à ce stade, déjà reconstruire* 

« Dans l'après-midi nous sortons de nouveau devant la 
porte cochère, et comme je reviens je demande jà Hans : <c De 
quels chevaux as -tu au fond le plus peur ? » 

Hans : « De tous, » 

Moi : <c Ça n'est pas vrai ! » 

Hans ; « Les chevaux qui me font le plus peur sont ceux 
qui ont quelque chose sur la bouche, j) 

Moi : « Que veux-tu dire par là ? Le morceau de fer qu'ils 
ont dans Ma bouche ? )> 

Hans : « Non, ils ont quelque chose de noir sur la bouche, » 
(Il se couvre la bouche de la main,) 

Moi : « Quoi ? Une moustache, peut-être ? » 

Hans (riant) : « Oh non ! » 

Moi : « L'ont-ils tous ? » 

Hans : et Non, seulement quelques-uns. » 

Moi : « Qu'est-ce que c'est qu'ils ont sur la bouche ? » 

Hans : « Quelque chose de noir, » (Je crois que c'est en réa- 
lité l'épaisse pièce de cuir que portent les chevaux de somme 
autour du museau.) 

Hans : « Et les voitures de déménagement > j'en ai aussi 
le plus peur, » 




Figuke 4, 



Moi : « Pourquoi ? » 

Hans : « Je croîs, quand les chevaux de déménagement 
tirent une lourde voiture, qu'ils vont tomber. » 



x 



452 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Moi : a Ainsi tu n'as pas peur des petites voitures ? » 
Hans : « Non, je n J aï pas peur d'une petite voiture ni cPune 

voiture de la poste. Aussi quand vient un omnibus j*ai le plus 

peur, » 

Moi : « Pourquoi ? Parce qu'il est si grand ? » 

Hans ; <c Non, parce qu'un jour le cheval d'un omnibus est 
tombé, » 

Moi : « Ouand cela ? 5* 

Hans : « Un jour où je suis sorti avec Maman malgré la 
bêtise, quand j'ai acheté le gilet. » 

f( (Ceci est confirmé après coup par sa mère.) » 

Moi : <( Qu'as-tu pensé quand le cheval est tombé ? » 

Hans : c< Ce sera maintenant toujours comme ça- Tous les 
chevaux d'omnibus vont tomber* » 

Moi : t( De tous les omnibus ? » 

Hans : « Oui ! Et aussi des voitures de déménagement. Aux 
voitures de déménagement, pas si souvent. » 

Moi ; « Tu avais alors déjà la bêtise ? » 

Hans : « Non, c'est alors que je l'ai attrapée. Quand le 
cheval de l'omnibus est tombé, j'ai eu tellement peur, vrai- 
ment ! C'est à ce moment-là que je l'ai attrapée. i> 

Moi ; « La bêtise était cette idée qu'un cheval allait te 
mordre^ et tu dis maintenant que tu as eu peur qu'un cheval 
ne vint à tomber, » 

Hans : « Tomber et mordre (29)* » 

Hans : « Parce que le cheval a fait comme ça avec ses pieds. 
(Il se couche par terre et me montre comment le cheval donnait 
des coups de pied,) J'ai eu peur, parce qu'il a fait du charivari 
avec ses pieds, n 

Moi ; « Où donc as-tu été ce jour-là avec Maman ? » 

Hans : « D'abord au Skating Rink, puis au café, puis 
acheter le gilet, puis chez le pâtissier, puis à la maison le soir ; 
nous sommes rentrés par le Stadtpark. » 

« (Tout cela est confirmé par ma femme, et aussi que l'an- 
goisse a éclaté immédiatement après,) 

(29) Hans a raison, quelque invraisemblable que paraisse ce rapproche- 
ment, La suite des idées est en effet, comme nous Vallons voir, que le 
cheval (le père) mordrait Hans à cause du désir du petit que lui (le père) 
tombe. 



riMftv^^^B^MHBBfl^H^^^— ^~^— HPV^^^PM 



LE PETIT HAUS 453 



Moi : u Le cheval était-il mort quand il est tombé ? m 

Hans : « Oui ! » 

Moi : « Comment le sais- tu ? » 

Hans : « Parce que je Tai vu, (Il rit). Non, il n'était pas 
mort. j> 

Moi : « Peut-être as-tu pensé qu'il était mort. » 

Hans : « Non, sûrement pas. Je l'ai dit seulement pour 
rire, » Son expression était cependant sérieuse eu le disant, 

ce Comme il est fatigué, je le laisse aller courir. Il me dit 
simplement encore qu'il a eu peur d'abord des chevaux d'om- 
nibus, puis de tous les autres, et enfin en dernier des chevaux 
de voitures de déménagement. » 

En revenant de Lainz encore quelques questions : 

Moi : « Quand le cheval de l'omnibus est tombé, de quelle 
couleur était-il ? Blanc, roux, brun gris ? » 

Hans : « Noir, les deux chevaux étaient noirs. » 

Moi : a Etait-il grand ou petit ? » 

Hans : « Grand. » 

Moi : a Gros ou maigre ? » 

Hans : « Gros, très grand et gros, u 

Moi : « Quand le cheval est tombé, as- tu pensé à ton 
papa ? » 

Hans : « Peut-être, Oui, C'est possible, » 

Les investigations du père de Hans peuvent être restées sans 
succès sur bien des points ; mais il n'y a aucun mal à faire de 
près connaissance avec une phobie de cette sorte, que Ton se- 
rait enclin à dénommer d'après ses nouveaux objets. Nous ap- 
prenons ainsi à voir combien elle est en réalité diffuse* Elle se 
porte sur des chevaux et des voitures, sur ce fait que des che- 
vaux tombent et qu'ils mordent, sur des chevaux d'une nature 
spéciale j sur des voitures qui sont lourdement chargées. Nous 
pouvons dès maintenant révéler que toutes ces particularités 
dérivent de ce que l'angoisse originairement n'avait rien à- 
voir avec les chevaux ; mais fut transposée secondairement sur 
ceux-ci et se fixa alors sur les points du complexe des chevaux 
qui se montrèrent propres â certains transferts. Nous devons 
rendre hommage à un résultat essentiel de l'investigation du 
père de Hans* Nous avons appris à connaître â quelle occasion 
actuelle fut liée réclusion de la phobie* Ce fut lorsque le petit 



■**™^^^^™^^^^ 



454 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

garçon vit tomber un grand cheval lourd, et l'une des inter- 
prétations du moins de cette forte impression semble avoir été 
celle que souligne le père : Hans a alors éprouvé le désir que 
son père tombât ainsi — et fût mort. I/expression sérieuse de 
Hans en contant la chose se rapportait sans doute à ce sens 
inconscient. Mais un autre sens ne serait-il pas encore dissi- 
mulé sous tout cela ? Et que signifie le charivari fait avec les 
jambes ? 

* 

« Hans, depuis quelque temps, joue au cheval dans la cham- 
bre, il court et tombej donne alors des coups de pied' en tous 
sens, il hennit. Un jour il s'attache un petit sac en guise de 
musette, A plusieurs reprises il me court sus et me mord, j> 

Il accepte ainsi les dernières interprétations plus résolu- 
ment qu'il ne le pourrait faire en paroles, mais naturellement 
en intervertissant les rôles, le jeu étant au service d'un fan- 
tasme de désir. Il est ainsi le cheval, il mord le père, et de 
cette façon i] s'identifie avec son père, 

« Je remarque depuis deux jours que Hans me brave de la 
manière la plus nette, non pas avec impudence, mais sur un 
mode joyeux. Serait-ce parce qu'il n'a plus peur de moi, le 
cheval ? 

« 6 avril. Je vais avec Hans l'après-midi devant la maison. 
A chaque cheval qui passe je lui demande s'il voit le « noir sur 
la bouche » ; il le nie à chaque fois. Je lui demande de quoi ce 
noir a vraiment l'air ; il dit que c'est du fer noir, Ma suppo- 
sition primitive, qu'il voulait dire par là les épaisses pièces de 
cuir qui font partie du harnais des chevaux de somme, n'est 
donc pas confirmée. Je demande si le a noir h rappelle une 
moustache ; il dit : rien que par la couleur. Je ne sais donc 
pas encore ce que c'est en réalité. 

« La peur est moindre ; il se risque cette fois jusqu'à la mai- 
son voisine, mais fait vite demi-tour lorsqu'il entend au loin 
le trot d'un cheval, Comme une voiture vient chez nous et s'ar- 
rête à notre porte, il est pris de frayeur et revient en courant 
vers la maison, le cheval s 'étant mis à frapper du pied îe sol. 
Je lui demande pourquoi il a peur» s'il a peut-être été effrayé 



C^K 



LE PETIT HANS 455 



parce que le cheval a fait comme ça (je frappe du pied). Lui 
alors ; « Ne fais donc pas un tel charivari avec les pieds ! » À 
comparer avec les propos relatifs au cheval d'omnibus tombé. 

c< Le passage d'une voiture de déménagement lui fait parti- 
culièrement peur, Il court alors jusque dans l'intérieur de la 
maison. Je lui demande d'un air indifférent ; a Une voiture de 
déménagement comme ça n'a-t-elle pas vraiment l'air d'un 
omnibus ? » Il ne dit rien. Je répète ma question. Il dit alors : 
« Bien sûr, sans ça je n'aurais pas si peur d'une voiture de dé- 
ménagement, » 

^ 7 avril. Aujourd'hui je redemande de quoi a l'air le <c noir 
sur la bouche » des chevaux! Hans dit : « C'est comme une 
muselière ». Le plus curieux est que, depuis trois jours, aucun 
cheval n'a passé sur lequel il ait pu observer cette « muse- 
lière »; moi-même n'ai vu, au cours de mes promenades, aucun 
cheval ainsi équipé, bien que Hans affirme qu'il en existe, Je 
suppose qu'une certaine sorte de bride — peut-être l 'épaisse 
pièce de cuir autour de la bouche des chevaux — lui a vrai- 
ment rappelé une moustache, et qu'après que j'y eus fait allu- 
sion cette peur aussi disparut, 

« L'amélioration dans Fétat de Hans est constante. Le 
ra}'on du cercle de son activité — la porte cochère en étant le 
centre — est toujours plus grand ; il a même accompli l'ex- 
ploit, jusqu'ici pour lui irréalisable, de courir jusque sur le 
trottoir en face, Tonte la peur qui reste est en rapport avec la 
scène de l'omnibus, dont le sens d'ailleurs lie m'apparaît pris 
clairement encore. 

« 9 avril. Ce matin Hans entre chez moi pendant que, nu 
jusqu'à la ceinture, je me lave. 

Hans ; « Papa, que tu es donc beau, si blanc ! » 
Moi : « N'est-ce pas, comme un cheval blanc, » 
Hans : « La seule chose noire est ta moustache. (Il pour- 
suit) ou bien c'est peut-être la muselière noire ? » 

« Je ljii raconte alors que j'ai été la veille au soir chez le pro- 
fesseur, et je dis : « Il voudrait savoir quelque chose. » Sur 
quoi Hans : « Je suis curieux de savoir quoi ! » 

« Je lui dis que je sais dans quelle occasion il fait du chari- 
vari avec ses pieds. Il m'interrompt : « N'est-ce pas quand je 




45Ô REVUE FRANÇAISE DE PSYCH ANALYSE 

suis en colère ou bien quand je dois faire loitmf (30) et que 
j'aimerais mieux jouer? » (Il a en effet l'habitude, quand il 
est en colère t de faire du charivari avec les pieds, c'est-à-dire 
de trépigner. — <c Faire loumf » veut dire faire le gros besoin. 
Lorsque Hans était petit, il dît un, jour, en se levant de sur 
le vase: a Regarde le loumf « (en allemand Lumpf)* Il voulait 
dire le bas (en allemand Strumpf) à cause de la forme et de la 
couleur. Cette désignation s'est maintenue jusqu 'aujourd'hui. 
Dans les tout premiers temps, quand Hans devait être mis sur 
le vase et qu'il refusait de quitter ses jeux, il tapait du pied 
avec ragt^ il donnait des coups de pied en tous sens et se jetait 
même par terre). 

« Et tu donnes des coups de pied en tous sens aussi quand tu 
dois faire pipi et que tu ne veux pas, parce que tu préférerais 
continuer à jouer. )> 

Lui : et Tu sais, il faut que j'aille faire pipi » et Hans sort, 
sans doute en confirmation de ce que nous disions. » 

Le père de Hans m'avait demandé, pendant sa visite y ce que 
le cheval tombé qui donnait des coups de pied avait bien pu 
rappeler à Hans ? J'avais suggéré que cela avait bien pu être 
sa propre réaction quand il retenait son urine. Hans confirme 
ceci maintenant par la réapparition du besoin d J uriner pen- 
dant Peut retien, et y ajoute de nouvelles significations du 
charivari fait avec les pieds, 

« Nous sortons alors devant la porte cochère. Comme une 
voiture de charbon approche, Hans dit : « Tu sais, j'ai aussi 
très peur des voitures de charbon . » Moi : « Peut-être parce 
qu'elles sont également tout aussi grandes qu'un omnibus. » 
— Hans: « Oui, et parce qu'elles sont si chargées et que les 
chevaux ont tant à tirer et pourraient bien tomber. Quand une 
voiture est vide, je n'ai pas peur, )> De fait — - ainsi que nous 
Pavons déjà constaté — seules les grosses voitures chargées le 
mettent en état d'angoisse. » 

La situation n'en est pas inoins franchement obscure. L'ana- 
lyse fait peu de. progrès ; son exposé, je le crains^ va bientôt 

ennuyer le lecteur. Il est cependant dans toute pS3^chaimlyse 

(30 J LumpJ, mot particulier à Hins pour désigner ses faeees, que nous 
avons transcrit phonétiquement. [K. d. -tr.). 






LE PETIT H ANS • 457 



-de telles périodes d obscurité, Hans va bientôt pénétrer dans 
une régioii où nous ne nous attendions pas â le voir aller. 






1 

«Je rentrais chez nous et je pariais avec ma femme qui avait 
fait diverses emplettes et était en train de me les montrer. Par- 
mi celles-ci, une culotte de darne, jaune* Hans fait â plusieurs 
reprises : « Fi ! u , se jette par terre et crache- Ma femme dit 
qu'il a déjà fait cela à diverses reprises en voyant la culotte, 

« Je demande : « Pourquoi fais-tu « fi ? » 

Hans : « A cause <3e la culotte. » 

Moi : « Pourquoi ? A cause de la couleur ? Parce qu'elle est 
jaune et rappelle pipi ou louinf ? » 

Hans : « Loumf n'est pas jaune, mais blanc on noir, » — 
Et aussitôt : « Dis, est-ce facile de faire loumf quand on 
mange du fromage ? » (J'avais un jour dit cela, comme il me 
demandait pourquoi je mangeais du fromage,) 

Moi : « Oui. h 

Hans : « C'est pour ça que tu vas toujours des le matin 
faire loumf ? Je voudrais tant manger du fromage sur mon 
pain beurré. » 

« Hier déjà il m'a demandé, comme il sautait de ci, de là, 
dans la rue : « Dis, n'est-ce pas, quand on saute comme ça, on 
fait facilement loumf ? « Il a toujours eu de la difficulté à 
aller à la selle, on doit souvent avoir recours au calomel et à des 
lavements. Sa constipation habituelle fut une fois si forte que 
ma femme demanda conseil au D r C, Celui-ci émit l'opinion 
que Hans était suralimenté, ce qui était exact 3 et recommanda 
un régime plus léger, ce qui mit aussitôt fin à l'état eii ques- 
tion. Ces derniers temps, la constipation s J est manifestée plus 
fréquemment à nouveau. 

« Après le déjeuner je dis : « Nous allons réécrire au profes- 
seur. » Et Hans me dicte : « En voyant la culotte jaune j'ai 
dit : « Fi ! » et j'ai craché, et je me suis jeté par terre et j'ai 
■fermé les yeux et n'ai pas regardé, » 

Moi : « Pourquoi ? » 

Hans : « Parce que j'ai vu la culotte jaune, et avec la culotte 

KEVUlî FRANÇAISE PE PSYCHANALYSE 4 



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458 REVUE FRANÇAISE SE PSYCHANALYSE 



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noire (31) j J ai fait â peu près la même chose, La culotte noire 
est aussi une culotte comme ça, seulement elle était noire.,, 
(s'interrompant). Tu sais, je suis content ; quand je peux 
écrire au professeur je suis toujours content. » 

Moi : « Pourquoi as-tu dit : « Fi ! » Quelque chose te dé- 
goûtait ? )) 

Hans : « Oui, parce que j'ai vu ça. J J ai cru que j'allais de- 
voir faire loumf, » 
Moi : « Pourquoi ? »> 
Hans : « Je ne sais pas. » 
Moi : « Quand as-tu vu la culotte noire ? » 

Hans : « Un jour, — Anna (notre bonne) était depuis long- 
temps à la maison — - chez maman — elle venait de rapporter 
la culotte à la maison après P avoir achetée- » (Ma femme con- 
firme ceci). 

Moi ; « Ceci t*a-t-il aussi dégoûté ? » 

Hans : a Oui. » 

Moi : « Às-tu vu Maman portant une culotte comme ça ? » 

Hans : u Non jk 

Moi : « Quand elle s'habillait ? » 

Hans : « Quand elle a acheté la culotte jaune, je l'avais déjà 
vue une fois, (Contradiction ! c'est quand sa mère a acheté 
cette culotte qu'il l'a vue pour la première fois). Elle porte 
aujourd'hui aussi la noire. (C'est vrai), car j*ai vu ce matin 
quand elle Pa enlevée. » 

Moi : « Quoi ? Elle a ôté ce matin la culotte noire ? » 

Hans : u Ce matin en sortant elle a ôté la culotte noire, et en 
rentrant elle a remis la noire. » 

« Je questionne ma femme, ceci me semblant absurde. Elle 
dit aussi que c'est entièrement faux ; elle n'a naturellement 
pas en sortant changé de culotte. 

« Je demande aussitôt à Hans : <f Tu as raconté que Maman 
avait mis une culotte noire, et qu'en sortant elle Pavait ôtée, 
et qu'en revenant elle Pavait remise. Mais Maman dit que ce 
n'est pas vrai. » 

Hans: « Je pense que peut-être j'ai oublié qu'elle ne Pavait 

{31) * Ma femme possède depuis quelques semaines une culotte noire pour 
faire des promenades à bicyclette. 1 



LE PETIT HANS 459 



pas ôtée. (Avec mauvaise humeur). Laisse-moi donc tran- 
quille* » 

J*aî quelques commentaires à faire sur cette histoire de cu- 
lottes : Hans fait évidemment l'hypocrite lorsqu'il prétend 
être si content de cette occasion de raconter l'affaire* À la fin il 
jette le masque et devient impoli envers son père. Il s'agit de 
choses qui auparavant lui procuraient beaucoup de plaisir, 
niais desquelles maintenant, depuis que le refoulement s'est 
installé, il a très honte, et professe d'être dégoûté. Il ment tout 
bonnement afin de déguiser en quelles circonstances il a vu sa 
maman changer de culotte, En réalité, mettre et ôter sa cu- 
lotte appartient au contexte du <t loumf », Le père sait fort 
bien de quoi il s'agit et ce que Hans cherche â cacher. 

« Je demande à ma femme si Hans l'accompagna. souvent au 
W* C. Elle dit : « Oui, souvent, il ni' a embête » jusqu'à ce 
que je le lui ai permis ; tons les enfants sont de même. » 

Nous noterons avec soin le plaisir — aujourd'hui, chez 
Hans, déjà refoulé — de voir sa mère faire loumf. 

<c Nous sortons devant la maison. Il est très gai, et comme 
il ne cesse de gambader comme un cheval, je lui demande : 
Dis-moi, qui est-ce, le cheval d omnibus ? Moi, toi ou Ma- 
man ? » 

Hans (sans hésiter) : « Moi, je suis un jeune cheval, » 

« Quand, aux pires temps de son angoisse, il voyait gamba- 
der des chevaux, il avait peur et nie demandait pourquoi ils 
faisaient cela, je lui disais, afin de le tranquilliser : « Vois-tu, 
ce sont de jeunes chevaux, ils sautent comme les petits gar- 
çons. Tu sautes, toi aussi, et tu es un petit garçon. » Depuis 
quand il voit sauter des chevaux, il dit : « C'est vrai, ce sont 
de jeunes chevaux ! » 

« Dans l'escalier, en remontant, je demande presque sans y 
penser : « A s- tu joué au cheval à Gmunden avec les enfants ? » 

Eui : « Oui ! (réfléchissant). Il me semble que c'est là que 
j'ai attrapé la bêtise, j> 

Moi : « Qui était le cheval ? )> 

Eui : « Moi, et Berta était le cocher. » 

Moi : « Peut-être es-tu tombé quand tu étais le cheval ? » 



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460 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Hans : « Non ! Quand Berta disait : Hue ! j'ai vite couru, 
je courais même à toutes jambes. » (32) 

Moi : «Vous n'avez jamais joué à l'omnibus ? » 

Hans : « Non, aux voitures ordinaires et au cheval sans voi- 
ture. Quand le cheval a une voiture > il peut aller aussi sans 
voiture et la voiture peut restera la maison.)) 

Moi : « Àvez-vous souvent joué au cheval ? » 

Hans : « Très souvent. Fritz (comme on sait, l'un des en- 
fants de notre propriétaire) a été une fois le cheval et Franz le 
cocher , et Fritz a couru si vite et tout â coup il a mis le pied 
sur une pierre et il a saigné. » 

Moi : a Est-il tombé ? » 

Hans : « Non, il a mis le pied dans l'eau et puis il a mis un 
linge autour. » (33) 

Moi : <( Etais-tu souvent le cheval ? » 

■ 

Hans : « Oh oui ! » 

Moi : « Et c'est là que tu as attrapé la bêtise ? » 

Hans : « Parce qu'ils disaient tout le temps : Vois-tu le che- 
val » (il accentue vois-tu) et alors c'est peut-être parce qu'ils 
ont parlé ainsi : vois-tu le cheval », peut-être que j'ai attrapé 
la bêtise. » (34) 

Le père de Hans poursuit en vain, pendant quelque temps, 
son investigation dans d'autres voies. 

Moi : « T'ont-ils dit quelque chose de relatif aux chevaux ? » 

Hans : « Oui ! » 

Moi : « Quoi ? » 

Hans : « J'ai oublié, » 

Moi : « Peut-être ont-ils parlé du fait-pipi ? » 

(32) Hans possédait un harnais avec des clochettes. 

{$$), Voir plus loin- te père de Hans a tout à fait raison de supposer que 
Fritz soit alors tombé, 

(34) Je dois expliquer que Hans ne veut pas dire avoir alors attrapé la 
bêtise, mais que tout ceci est en connexion avec la bêtise. Il en doit donc être 
ainsi, car la théorie exige que ce qui est aujourd'hui l'objet d'une phobie 




phobie des chevaux aux a voitures ». Il ne faut y 
oublier que l J enfant traite les mots de façon bien plus concrète que ne le 
fait l'adulte, ce qui donne pour lui aux consonnances verbales une toute 
autre importance. 

.(Au lieu de * Wegen dem Pferd * (à cause du cheval) en allemand, 
où Wegen = Wâgen = voitures au çluriel, nous avons transcrit « vois-tu 
le cheval » afin de rendre en français le calembour. X) (N« d. tr.) 



LE PETIT ïiANS 46 1 



Hans : « Oh ! Non ! » 

Moi ; « Avais-tu déjà alors peur des chevaux ? )> 

Hans : « Oh non ! je n'avais pas peur du tout .» 

Moi : « Peut-être Berta tVt-elle dit qu'un cheval ... » 

Hans (interrompant) : << fait pipi ? Non ! » 

« Le 10 avril, je reprends la conversation de la veille et je 
cherche à savoir ce que « vois-tu le cheval » pouvait vouloir 
dire. Hans ne peut s'en souvenir, il se rappelle seulement que 
plusieurs enfants se trouvaient un matin devant la grande 
porte et disaient : « Vois-tu le cheval, vois-tu le cheval. » Il 
était parmi eux. Comme je le presse davantage, il déclare 
qu'ils n'auraient pas du tout dit : « vois-tu le cheval u, son 
souvenir était faux. 

Moi : u Mais vous avez certainement été souvent tous à 
l'écurie, là vous aurez sûrement parlé de chevaux- » — 
a Nous n'en avons pas parlé. » — « De quoi avez -vous 
parlé ? » — ce De rien. » — « Vous étiez tant d'enfants réunis 
et vous ne parliez de rien ?» — « Nous parlions bien de 
quelque chose > mais pas de chevaux. » — «" De quoi donc? » 
— c< Je n'en sais plus rien, n 

« Je laissai tomber la chose, les résistances étant évidem- 
ment trop grandes (35), et je demande : « Tu aimais jouer 
avec Berta ? » 

Lui : « Oui, beaucoup. Mais pas avec Olga. Tu sais ce qu'a 
fait Olga ? Grete, lâ-bas, à Gmunden m'a donné une fois une 
balle en papier et Olga Ta toute déchirée. Berta n'aurait ja- 
mais déchiré ma balle. J'aimais beaucoup jouer avec Berta. » 

Moi : « As-tu vu de quoi avait l'air le fait-pipi de Berta ? » 

Lui : « Non, mais du cheval, parce que j'étais tout le temps 
dans r écurie et là j'ai vu le fait-pipi du cheval. » 

Moi : u Et tu étais curieux de savoir de quoi avait l'air lé 
fait-pipi de Berta ou de Maman ? » 

Lui : « Oui ! )> 

« Je lui rappelle qu'il s'est plaint une fois, auprès de moi, de 
ce que les petites filles voulaient toujours le regarder pendant 
qu'il faisait pipi. 

(35) Il ti *y avait de fait rien d'autre à découvrir que l'association verbale* 
qui échappe au père de Hans. C'est là un excellent exemple des condi- 
tions dans lesquelles les efforts d'un analyste portent à faux. 



462 REVUE FRANÇAISE DE PS YC H ANALYSE 



Lut ; « Berta aussi me regardait toujours (il ne semble pas 
offusqué, mais très satisfait), ouï, très souvent, Là où est le 
petit jardin, où sont les radis, je faisais pipi, et elle se tenait 
devant la grande porte et me regardait. 

Moi : « Et quand elle faisait pipi, regardais- tu ? » 
Lui : « Elle allait au W. h C. « 
Moi : « Et tu étais curieux ? » 
Lui : « J'étais dans le W- C, quand elle y était, » 
« (C'est exact? Les domestiques nous le dirent un jour et 
je nie souviens que nous l'interdîmes à Hans.) 
Moi : « Lui disais-tu que tu voulais entrer ? » 
Hans : « Je suis entré tout seul et parce que Berta permet- 
tait . Ça n'est pas honteux. » 

Moi : « Et tu aurais aimé voir sou fait-pipi ? h 
Lui : « Oui, mais je ne l'ai pas vu, » 

« Je lui rappelle son rêve de Gmunden : à qui est le gage 
que je tiens dans ma main, etc., et je demande : « As-tu 
désiré à Gmunden que Berta te fasse faire pipi ? » 
Lui : « Je ne lui ai jamais dît ça. » 
Moi : « Pourquoi ne le lui as-tu jamais dit ? » 
Xui ; a Parce que je n'y ai pas pensé (s'interrompant). Si 
j'écris tout au professeur, n'est-ce pas que rua bêtise passera 
bientôt ? » 

Moi : <c Pourquoi désirais-tu que Berta te fît faire pipi ? )> 
Lui : « Je ne sais pas. Parce qu'elle nie regardait, » 
Moi : « Às-tu pensé qu'elle devrait mettre la main â ton 
fait-pipi ? » 

Lui : « Oui, (Détournant la conversation-) À Gmunden 
c'était très amusant. Dans le petit jardin où sont les radis, il 
y avait un petit tas de sable, là je jouais avec ma pelle. » 
« (C'est le jardin où il avait l'habitude de faire pipi.) 
c( Moi : a A Gmunden, quand tu étais au lit, mettais- tu 
la main à ton fait-pipi ? » 

Lui : et Non, pas encore, A Gmunden je dormais si bien 
que je n'y pensais pas du tout. Je l'ai fait seulement à la 
rue.,. (36) et ici, » 

- 

(36} L'appartement qu'ils habitaient avant leur déménagement. 



LE PETIT HAWS 463 



Moi : <c Mais Berta n'a jamais mis la main â ton fait- 
pipi ? » 

Lui : « Elle ne Ta jamais fait, non, parce que je ne le lui 

ai jamais dit. » 

Moi : « Quand as- tu eu envie qu'elle le fît ? » 
Lui ; « Un jour, à Gmunden, » 
Moi : « Rien qu'une fois ? » 
Lui : « Oui, plusieurs fois. » 

Moi : « Elle te regardait toujours quand tu faisais pipi ; 
elle était peut-être curieuse de voir comment tu faisais pipi* » 
Lui ; « Peut-être elle était curieuse de voir de quoi avait 
l'air mon fait-pipi. » 

Moi : u Mais toi aussi tu étais curieux, rien que de Berta ? » 
« De Berta, aussi d'Olga. » 
<t Et de qui encore ? » 
« De personne autre, » 
« Ce n'est pas vrai. De maman aussi, » 
« Oh oui ! de maman. » 
- « Mais maintenant tu n'es pourtant plus curieux, 
s donc de quoi à l'air le fait-pipi d'Anna ? » 
« Mais il grandira, n'est-ce pas? » {37) 
<t Oui certes, mais même quand il grandira, il ne 
ressemblera pas au tien, » 

Lui : ff Je sais. Il sera comme ça (c'est-à-dire comme il est 
maintenant), seulement plus grand, » 

Moi ; « A Gmunden, étais-tu curieux quand maman se 
déshabillait ? » 

Lui : « Oui, j'ai aussi vu le fait-pipi d'Anna* quand elle 
était dans son bain, » 

Moi : *< Et aussi chez maman ? j> 
Lui : « Non ! » 

Moi : « Cela t'a dégoûté quand tu as vu la culotte de 

maman ? » 

Lui : « Seulement quand j'ai vu la noire, .lorsqu'elle l'a 
achetée, alors j'ai craché, mais quand elle met ou ôte sa cu- 
lotte, alors je ne crache pas. Je crache, parce que la culotte 
noire est noire comme du « loumf j> et la jaune, jaune comme 



Lui 
Moi 
Lui 
Moi 
Lui 

Moi 

T* 
u sai 

Lui 

Moi 



(37) Haii's veut être assuré que son propre faît-pjpi va grandit. 



.^ ^M^^— »■■■ I II «PIP 



464 REVUE FKAKÇAISE DE PSYCHANALYSE 

du pipi, tà alors je crois que je dois faire pipu Quand maman 
porte sa culotte, alors je ne la vois pas, puisqu'elle est cachée 
sous sa robe. » 

Moi: <( Ht quand elle ôte ses vêtements ? )> 

Lui : « Alors je ne crache pas. Mais quand sa culotte est 
neuve elle a Tair d'un loumf. Quand elle est vieille, la cou- 
leur s'en va et elle devient sale: Quand on l'achète i elle est 
toute propre, â la maison ou l'a déjà salie. Quand on l'achète, 
elle est neuve, et quand on ne l'achète pas, elle est vieille, » 

Moi : « La vieille ne te dégoûte pas ? » 

Lui ; « Quand elle est vieille, elle est bien plus noire 
qu'un loumf, n'est-ce pas? Elle est un peu plus noire* » (38). 

Moi : (( As- tu été souvent avec maman au W. C. ? *j 

Lui : « Très souvent. » 

Moi ; « Ça t'a dégoûté ? » 

Lui : « Oui... Non ! » 

Moi : « Tu aimes être là quand maman fait pipi ou fait 
loumf ? 

Lui : <( Oui, beaucoup. » 

Moi : <t Pourquoi aimes- tu tant ça ? j> 

Lui : « Je ne sais pas. » 

Moi : « Parce que tu crois que tu vas voir son fait-pipi ? »- 

Lui : « Oui, je le crois. » 

Moi : c< Mais pourquoi ne veux-tu jamais aller, à Lainz, 
au W. C. ? » (Il me prie toujours à Lainz de ne pas remme- 
ner au W, C. ; il a eu une fois peur du bruit que fait la chasse 
d'eau,) 

Lui : « Peut-être parce que ça fait un charivari quand on 
tire, » 

Moi : « Alors tu as peur ? » 

Lui : « Oui- » 

Moi ; « Et ici, dans notre W. C. ? » 

Lui : « Pas ici. A Lainz j'ai peur quand tu tires, Quand 
je suis dedans et que ça descend, alors aussi j'ai peur. » 

<c Afin de montrer que, ici, dans notre appartement, il n'a 

■ 

(38) Notre Hatis se débat ici pour exprimer un thème qu f i1 est incapable. 
d'exposer et il nous est malaisé de le comprendre» Peut-être veut-il dire 
que les culottes n'éveillent un sentiment de dégoût que quand II le£ voit 
isolées, aussitôt 311e sa mère les porte t il ne les met plus en rapport avec 
le loumf ou le pipi, et elles l'intéressent à d'autres points de vue» - 



LE PETIT HANS 465 



pas peur, il me fait aller au W. C, et tire la chaîne qui pro- 
voque la chute d'eau. Alors il m'explique : 

« C'est d'abord un charivari fort, puis un charivari doux 
(quand l'eau descend). Quand ça fait un charivari fort, alors 
j'airne mieux être dedans ; quand ça fait un charivari faible, 
j'aime mieux sortir. » 

Moi : « Parce que tu as peur ? » 

Lui ; « Parce qu'un charivari fort, j'aîme toujours le voir 
(il se corrige) l'entendre, et alors j'aime mieux rester dedans 
pour bien l'en tendre. » 

Moi ; « A quoi te fait penser un charivari fort ? » 

Lui : « Que je dois faire lottmf au W. C, » (Donc à la 
même chose que la culotte noire.) 

Moî : « Pourquoi ? » 

Lui : « Je ne sais pas. Je sais qu'un charivari fort est com- 
me quand on fait loumf. tJn grand charivari fait penser à 
loumf > un petit, â pipi. » (Comparer les culottes noire et 
jaune*) 

Moi: <c Dis, le cheval d'omnibus n'avait-il pas la même 
couleur qu'un loumf ? » (D'après la relation de Hans il était 
noir,) 

Lui (très frappé) ; « Oui ! » 

Je dois ici intercaler quelques mots. Le père de Hans pose 
trop de questions et pousse son investigation d'après des idées 
préconçues, au lieu de laisser le petit garçon exprimer ses pro- 
pres pensées. C'est pourquoi l'analyse devient obscure et incer- 
taine. Hans suit son propre chemin et n'arrive â rien quand 
on veut Yen détourner. Son attention est évidemment acca- 
parée à présent par le loumf et le pipi, nous ne savons pas 
pourquoi. L'histoire du « charivari » est aussi peu écUircie 
que celle des culottes jaune et noire. Je suppose que la finesse 
de sou oreille a fort bien perçu la diiïérence des bruits quand un 
homme ou une femme urine. L'analyse, de façon un peu arti- 
ficielle et forcée, a contraint le matériel livré par Hans à 
exprimer l 'opposition entre les deux besoins naturels. Aux 
lecteurs n'ayant pas encore eux-mêmes pratiqué une analyse 
je ne puis que donner le conseil de ne pas tout vouloir com- 
prendre sur le champ, mais d'accorder une sorte d'attention 
impartiale â tout ce qui se présente et d'attendre la suite. 



mm 



466 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



<( Le 11 avril, au matin, Hans arrive de nouveau dans 
notre chambre et, comme tous les jours précédents, est ren- 
voyé, 

« I] raconte un peu plus tard : « Tu sais, j'ai pensé quelque 
chose : 

<t ]e suis dans la baignoire (39), alors le plombier arrive et 
la dévisse (40) . 7/ prend alors un grand perçoit et me V enfonce 
dans le ventre, )> 

Le père traduit ainsi ce fantasme : 

« Je suis au lit avec maman. Alors papa arrive et me 
chasse. Avec son grand pénis il nie repousse de ma place 
auprès de maman. » 

Nous suspendrons pour l'instant notre jugement, 

« Il raconte encore une seconde idée qu'il a eue : « Nous 
allons en chemin de fer à Gmunden. Dans la gare nous nous 
habillons, mais nous n'arrivons pas à finir à temps, et le train 
repart nous emportant. » 

« Un peu plus tard je demande : « As -tu jamais vu un che- 
val faisant loumf ? » 

Hans : u Oui, très souvent. » 

Moi : <c Fait-il un grand charivari en faisant loumf ? » 

Hans : « Ouï ! » 

Moi : ce A quoi te fait penser le grand charivari ? » 

Hans r « A un loumf qui tombe dans le vase, » 

« Le cheval d'omnibus qui tombe et fait du charivari avec 
ses pieds est sans doute — un loumf qui tombe et ce faisant 
fait du bruit, La peur de la défécation, la peur des voitures 
lourdement chargée est donc équivalente à la peur d'un ven- 
tre lourdement chargé* » 

C'est par ces détours que le père de Hans commence à en- 
trevoir le véritable état des choses; 

« Le 11 avril. À déjeuner, Hans dit : Si seulement nous 
avions une baignoire â Gmundeu, et que je n'aie pas à aller 

{39) La mère de Hans lui donnait son bain, elle-même. 

(40) Pour remporter afii] de la réparer. 



*mt 



LE PETIT HANS 467 



à rétablissement de bains ! >j 11 devait en effet, à Gniundeiï, 
pour prendre un bain chaud, toujours être mené à rétablis- 
sement de bains proche, ce contre quoi il avait coutume de 
protester en pleurant violemment. De même à Vienne il crie 
toujours quand on le fait asseoir ou qu'on le couche dans la 
grande baignoire. On est obligé de le baigner à genoux ou 
debout. » 

Ce discours de Hans, qui commence maintenant à alimen- 
ter l'analyse de par ses propos spontanés, établit le lien entre 
ses deux derniers fantasmes (celui du plombier qui dévisse 
la baignoire, et celui du voyage manqué à Gmunden,) Du 
reste un rappel de plus que ce qui émerge de Tin conscient doit 
être compris non à la lumière de ce qui précède, mais à la 
lumière de ce qui suit ; 

« Je lui demande s'il a peur, et de quoi- » 

Hans : u J'ai peur de tomber dedans. >i 

Moi : « Mais pourquoi n'avais-tu jamais peur, quand on 
te baignait dans la petite baignoire ? » 

Hans : « Là, j'étais assis ; là, je ne pouvais pas me cou- 
cher, elle est trop petite. » 

Moi : « Quand tu allais à Gmunden en barque, tu n'avais 
pas peur de tomber à l'eau ? » 

Hans : « Non, parce que je me tenais, et alors je ne pou- 
vais pas tomber. Je n'ai peur que dans la grande baignoire, de 
tomber 'dedans. » 

Moi : « C'est pourtant maman qui te baigne. Crains-tu que 
maman ne te jette à l'eau ? » 

Hans : a Qu'elle lâche les mains et que ma tête tombe dans 
l'eau, » 

Moi :« Tu sais pourtant que maman t'aime et ne lâchera 
pas les mains, » 

Hans : « Je l'ai juste pensé, » 
Moi : « Pourquoi ?» 
Hans : « Je ne sais pas du tout. » 

Moi : « Peut-être que tu avais été méchant et que tu cro- 
yais qu'elle ne t'aimait plus ? » 
Hans : i< Oui ! » 
Moi : « Quand tu étais là pendant que maman donnait son 



«— pm^vmnnH 



468 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

III ^^ ^^^ M ^^^^^^ M ■— ■ 1 M 1 ■ ■ ■ ■■ »^^«^» 1 I I ^ ■ I 1 >^ M-MM V-^ H - fc l~M^- 

bain à Anna, tu as peut : être souhaité quelle lâchât les mains,, 
afin qu'Anna tombât dans l'eau ? » 

Hans : « Oui ! » 

Nous croyons que le père de Hans a ici deviné très juste,. 

* * 

13 avril* « En revenant de Lainz en seconde classe, Hans: 
dit, en voyant les coussins de cuir noir : « Fi ! ça me fait 
cracher ! Les culottes noires et les chevaux noirs me font 
aussi cracher, parce que je dois faire loumf. » 

Moi : a Aurais-tu vu chez; maman quelque chose de noir 
qui t'aurait effrayé ? >t 

Hans : « Oui !» 

Moi : « Quoi donc ? 

Hans : « Je ne sais pas + Une blouse noire ou des bas 
noirs, >i 

Moi : « Peut-être as- tu vu près de son fait-pipi des cheveux 
noirs, si tu as été curieux et as regardé. j> 

Hans (se défendant) : «. Mais je n'ai pas vu son fait-pipi. » 

Comme il manifestait à nouveau de la peur en présence 
dîune voiture qui sortait de la porte de la cour d'en face, je 
demandai : « Cette porte ne ressemble-t-elïe pas à un der- 
rière ?» 

Lui : « Et les chevaux sont les loumf s j » 

Depuis lors il dit toujours, quand il voit sortir une voiture : 
« Regarde ! un loumf i (Lumpfi) qui vient ! » Cette forme du 
mot: loumf i lui est par ailleurs tout à fait étrangère, on dirait 
une appellation tendre. Ma belle-sœur appelle toujours son 
enfant « Voumfî (Wumpfi) ». 

Le 13 avril il voit dans la soupe un morceau de foie et dit : 
« Fi ! un loumf ! » De même, il mange visiblement à contre- 
cœur les croquettes de viande, à cause de leur forme et de 

leur couleur qui lui Rappellent un loumf, 

« Le soir, ma femme me raconte que Hans a été sur le 
balcon et a dit alors : « J J ai pensé qu'Anna avait été sur le bal- 
con et en était tombée, n Je lui avais dit â diverses reprises 
qu'il devait, lorsque Anna était sur le balcon } faire attention 
qu'elle n'approchât pas trop de la balustrade, balustrade qu'un 



LE PETIT HAKS 469 



artiste « sécessionniste » avait faite d'un genre fort peu pra- 
tique, avec de grandes ouvertures que je, dus ensuite faire 
recouvrir d'un grillage. Le désir refoulé de Hans apparaît de 
façon transparente. Sa mère lui demande s'il préférerait 
qu'Anna ne fût pas là ; il répond que oui. 

a Le 14 avril. Le thème d'Anna est au premier plan. 
Connue vous pouvez vous le rappeler d'après des rapports 
précédents , il avait eu une vive aversion contre l'enfant nou- 
veau-née qui lui avait dérobé une part de l'amour de ses pa- 
rents — aversion qui n'avait pas encore tout â fait disparu et 
■n'était qu'en partie surcompensée par une tendresse exagé- 
rée. Il avait déjà plusieurs fois exprimé ce désir : la cigogne 
ne devrait plus apporter d'enfant, nous devrions lui donner 
de l'argent afin qu'elle n'en sorte plus de la grande caisse où 
.sont les enfants afin de les apporter, (Comparer la peur des 
voitures de déménagement. Une voiture de déménagement ne 
rcssemble-t-elle pas à une grande causse ?) Anna crie telle- 
ment, cela l'agace, 

« Il dit un jour soudain : « Te rappelles-tu, quand Anna 
est venue ? Elle était à côté de Maman dans le lit, si gentille 

et sage, » (Ce compliment .sonnait très faux !) 

« Et en bas, devant la maison, on peut remarquer un 
grand progrès. Même les' camions lui inspirent moins de 
peur. Il s'écrie un jour, presque avec joie : « Voilà un cheval 
avec quelque chose de noir sur la bouche J » et je puis enfin 
constater qu'il s'agit d'un cheval avec une muselière de cuir, 
Hans n'a ceijendant aucune peur de ce cheval, 

« Il frappe un jour, de sa canne, le pavé et demande: « Dis, 
y a-t-il un homme là-dessous,,, un, qui est enterré-., ou bien 
ça n'est-il que dans le cimetière ? » Il n'est ainsi pas occupé 
que de l'énigme de la vie, mais encore de l'énigme de la mort, 

« Je vois, en revenant, une caisse dans le vestibule et Hans 
<3it : « Anna a voyagé à Gmunden avec nous, dans une caisse 
comme ça. Chaque fois où nous avons été â Gmunden, elle 
est venue avec nous dans la caisse. Tu ne me crois encore 
pas ? C'est vrai, papa. Crois-moi- Nous avons pris une 
grande caisse et là-dedans c'était plein de bébés ; ils étaient 
assis dans la baignoire- (Une petite baignoire avait été embal- 



mmmmm ■ ■ 



470 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



lée dans la caisse). Je les ai mis dedans, c'est vrai. Je puis 
très bien me rappeler (41} . » 
Moi : « De quoi peux- tu te rappeler ? » 

Hans : « Qu'Anna a voyagé dans la caisse, parce que je 
ne Tai pas oublié. Parole d'honneur ! » 

Moi : a Mais V année passée Anna a pourtant voyagé avec 
nous dans le wagon, » 

Hans : « Mais avant } toujours, elle a voyagé avec nous dans 
la caisse. )> 

Moi : « N'est-ce pas maman qui avait la caisse ? » 

Hans : « Oui, maman l'avait. » 

Moi : « Où donc ? » 

Hans : u Chez nous, au grenier, » 

Moi ; « Elle l'a peut-être emportée avec elle? )> {42). 

Hans : « Non ! Et quand nous irons cette fois-ci, Anna 
voyagera de nouveau dans la caisse. » 

Moi : « Comment est-elle donc sortie de la caisse ? » 
Hans : « On Ta sortie, » 

Moi : (( Maman ? » 

Hans : « Moi et maman. Alors nous sommes montés dans 
la voiture et Anna était sur le cheval et le cocher a dit : 
« Hue ! » Le cocher était Sur son siège- Etais-tu là aussi ? 
Maman sait tout ça. Maman ne le sait pas, elle l'a déjà oublié, 
mais ne lui en dis rien ! » 

<f Je lui fais répéter le tout, » 
Hans : « Alors Anna est sortie, » 
Moi : ce Mais elle ne pouvait pas encore marcher, » 
Hans : « Mais nous l'avons fait descendre. » 
Moi ; « Comment pouvait-elle donc se tenir à cheval ? 
Songe qu'elle ne pouvait pas encore s'asseoir Tannée passée ! » 
Hans : « Oh si ! elle était assise et criait : « Hue ! » et 

(41) Il commence à édifier des fantasmes. Nous apprenons que caisse et 
baignoire sont pour lui défi équivalents, des représentants de l'espace dans 
lègue] se trouvent les enfants. Voir ses affirmations répétées à ce sujet. 

(42) La caisse est bien entendu le ventre maternel, lye père cherche à 
faire comprendre à Hans qu^l comprend ceci. II en est de même du coffre, 
dans lequel tant de héros mj'thiques sont exposés, depuis le roi Sargon 
d'Agade. 

— Note additionnelle de 1923 : Voir Rank^ Der Mythus von der Geburt des 
Helden. (I^e mythe de la Naissance du héros). 1909, ?* édition 1922.) 



HÉÉ 



LE PETIT KANS 4/1 



donnait des coups de fouet : <c hue 1 hue ! » avec le fouet que 
j* a vais eu, moi. Le cheval n'avait pas du tout d'étrier, mais 
Anna se tenait dessus. Je ne dis pas ça pour rire, tu sais, 
papa. )) 

Quelle peut être la raison pour laquelle Hans maintient si 
obstinément toutes ces absurdités ? Oh ! ce ne sont pas des 
absurdités, c'est une parodie et la vengeance de Hans contre 
son père. Cela équivaut à dire : Si tu peux t J attendre à ce que 
je crois que la cigogne ait apporte Anna en octobre, après que 
j > eusse vu, le gros ventre de Maman déjà Vêiè f quand nous 
avons été à Gmunden, alors je peux aussi m* attendre à ce que 
tu croies mes mensonges. Que peut signifier l'assertion 
qu'Anna, Tannée passée, ait voyagé avec eux â Gmunden 
a dans la caisse », sinon la connaissance qu'avait Hans de la 
grossesse de sa mère ? Le fait qu'il projette le renouvelle- 
ment de ce voyage dans la caisse pour toutes les années à 
venir correspond à une forme fréquente que revêt l'irruption 
hors du passé d'une pensée inconsciente ; ou bien ce fait a 
ses raisons propres et exprime la crainte de Hans de voir 
renouvelée une telle grossesse aux vacances prochaines. Nous 
venons aussi d'apprendre quelles circonstances particulières 
lui ont gâté le voyage à Gmunden, ainsi que l'indiquait son 
second fantasme. 

<( Je lui demande un peu plus tard comment Anna, après 
sa naissance, en est venue à se trouver dans le lit de maman, » 

C'est alors que Hans peut s'en donner à cœur joie en se mo-> 
quant de son père. 

Hans : « Anna est arrivée. Madame Kraus (la sage-femme) 
l'a mise dans le lit. Elle ne pouvait en effet pas marcher. Mais 
la cigogne l'a portée dans son bec. Bien sûr elle ne pouvait 
pas marcher, (Il poursuit d'un seul trait.) La cigogne a monté 
l'escalier jusqu'au palier, et alors elle a frappé et tout le 
monde dormait et elle avait la clef qu'il fallait et elle a ou- 
vert la porte et elle a mis Anna dans ton (43) lit et maman 
dormait — non, la cigogne l'a mise dans son lit. Il faisait 
tout à fait nuit et la cigogne Pa mise tout doucement dans le 

(43} C'est de l'ironie, bien entendu, comme la prière subséquente de ne 
rien trahir de ce secret à sa mère. 







472 RIÏVUB FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



lit, n'a pas fait de bruit du tout avec ses pieds, et puis elle 
a pris son chapeau, et puis elle est repartie, Non, elle n'avait 
pas de chapeau- » 

Moi : « Qui a pris son chapeau ? Le docteur peut-être ? » 

H ans : « Alors la cigogne est repartie, est repartie chez 
elle, et puis elle a sonné à la porte et personne dans la maison 
n'a plus dormi. Mais ne raconte pas ça â maman ni à Tinui 
(la cuisinière). C'est un secret ! » 

Moi : u Aimes -tu Anna ? » 

Hans : « Oh. oui ! je l'aime bien, » 

Moi : « Préférerais-tu qu'Anna ne fût pas venue au monde; 
ou bien préfères-tu qu'elle y soit ? » 

Hans: '« J'aimerais mieux qu'elle ne fût pas venue ' au 
monde, » 

Moi : « Pourquoi ? » 

Hans : « Elle ne crierait au moins pas comme ça, et je ne 
peux pas supporter ses cris, » 

Moi; <c Mais tu cries toi-même- » 
Hans : « Mais Anna crie aussi, n 
Moi : « Pourquoi ne peux-tu pas le supporter ? » 
Hans : « Parce qu'elle crie si fort, » 
Moi : « Mais elle ne crie pas du tout. » 
Hans : « Quand on lui fait panpan sur son tutu nu, alors 
elle crie, » 

Moi : « Cela te déplaît ? » 

Hans ; « Non.., Pourquoi ? parce qu'elle fait un tel chari- 
vari avec ses cris, » 

Moi : « Puisque tu préférerais qu'elle ne fût pas au monde , 

c'est que tu ne l'aimes pas du tout. » 

Hans (approbateur) : « Hum, Hum ! » 

Moi : « C'est pourquoi tu as pensé que lorsque maman lui 
donne son bain, si elle lâchait les mains, alors Anna tomberait 
dans l'eau.., » 

Hans (complétant la phrase) : « ,.,et mourrait, » 

Moi : « Et tu serais alors seul avec maman. Et un bon 
petit garçon ne çloit pas souhaiter ça, » 

Hans : « Mais il peut le penser. » 

Moi : « Ce n'est pas bien* » 



m-^i ^ ■ «i ■ ^r^nr^p^^^^^m 



LR PETIT H ANS 473 



Hans : « 5'f/ ?e pense, c'est bien tout de même, pour qu'on 
puisse l'écrire an professeur. » (44), 

« Je dis à Hans un peu plus tard :u Sais-tu, quand Anna 
.sera un peu plus grande et pourra parler, tu l'aimeras sûre- 
ment mieux. » 

Hans ; u Oh ! non. Je l'aime déjà. Quand elle sera grande, 
.à l'automne, j'irai avec elle tout seul dans le Stadtpark et je 
lui expliquerai tout. » 

« Comme je commence â lui donner de nouveaux éclair- 
cissements 3 il m'interrompt, sans doute afin de ni 'expliquer 
que ce n'est pas si mal que ça s'il souhaite à Anna la mort. 

Hans : « Tu sais, elle était déjà depuis longtemps au 
monde j même quand elle n'était pas encore là. Chez la cigo- 
gne, elle était bien déjà au monde. » 

Moi : (f Non, elle n'a peut-être cependant pas été chez la 
cigogne, » 

Hans : « Qui Ta donc apportée ? La cigogne l'avait, » 

Moi : « Mais d'où Ta-t-elle alors apportée ? » 

Hans : « Na> de chez elle. )> 

Moi : « Où la gardait-elle donc ? » 

Hans : « Dans la caisse, dans la caisse à la cigogne, » 

Moi : « De quoi à donc l'air cette caisse ? » 

Hans : « Elle est rouge. Peinte en rouge, » (Du sang ?) 

Moi : « Qui te Fa donc dit ? n 

Hans : « Maman — je l'ai pensé — c'est dans le livre, » 

Moi : « Dans quel livre ? » 

Hans : « Dans le livre d'images. » (Je me fais apporter son 
■premier livre d'images. On y voit un nid de cigognes, avec 
des cigognes sur une cheminée rouge. C'est là la caisse ; on 
voit — ce qui est curieux — sur la même page un cheval qu'on 
ferre (45), Hans transfère les enfants dans la caisse 5 puis- 
qu'il ne les trouve pas dans le nid. 

Moi : <( Qu'est-ce que la cigogne a fait d'Anna ? » 

Hans : a Alors elle a apporté Anna ici. Dans son bec. Tu 
-sais, la cigogne qui est à Schonbrunn, et qui mord le para- 

(44) Le brave petit Hans ! Je ne pourrais pas souhaiter, chez *m adulte» 
une meilleure com préhension de la psychanalyse* 

{45) En prévision de ce qui suit il est intéressant de faire observer que le 
mot allemand {erré [baschlagen) ne diffère que par une seule lettre du mot 
allemand battu, (geschlagen). (2SL d, tr.) . 

R3VUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE S 



-**-* *"-— "— *-" — ■-*— "■ — -— ■ — " — ■ ■* *■ - - _ ■-- J ■ ■ 



474 SEVOS FRANÇAISE Î>E PSYCHANALYSE 



■ *™^^"^^-^^ 



pluie, » (Réminiscence d'un petit incident arrivé à Se lion - 
brunii.) 

Moi : <t Âs-tq vu comment la cigogne avait apporté Anna ? » 

Hans ; « Tu sais, je dormais encore. La cigogne ne peut 
pas apporter un petit garçon ou une petite fille le matin. » (46}, 

Moi : « Pourquoi ? » 

Hans ; « Kl le ne peut pas. Une cigogne ne peut pas faire 
ça* Tu sais pourquoi ? Pour que les gens ne voient pas, et. 
alors, tout â coup, le matin, une petite fille est là. » 

Moi : « Tu étais pourtant curieux alors de savoir comment 
avait fait la cigogne. » 

Hans : « Oh oui ! » 

Moi : <c De quoi Anna avait-elle l'air quand elle est arri- 
vée ?» 

Hans (d'un ton hypocrite) : «Toute blanche et gentille. 
Comme en or, » 

Moi : « Mais quand tu Tas vue la première fois, elle ne 
t'a pourtant pas plu. » 

Hans : « Oh, beaucoup J » 

Moi : « Tu étais pourtant surpris qu'elle fût si petite ? » 
.Hans : << Oui ! » 

■ 

Moi ; a Elle était petite comme quoi ? » 

Hans : « Comme une jeune cigogne. » 

Moi : « Comment encore ? Peut-être comme un loumf} w- 

Hans : « Oh, non, un loumf est bien plus grand... un peu 
plus petit, vraiment, qu'Anna; » 

J'avais prédît au père de Hans que la 'phobie de Hans se 
laisserait ramener à des pensées et des désirs relatifs à la 
naissance de sa petite sœur, mais j'avais omis de le rendre 
attentif à ceci que, pour les théories sexuelles infantiles des 
enfants, un enfant est un loumf, de telle sorte que la tfoie 
suivie par Hans devrait passer par le complexe excrémentiel* 
L'obscurité temporaire de la- cure fut due à cette mienne né- 
gligence, La question étant maintenant éclaircie, le père tente 

(46) Il ne faut pas s'arrêter à l'inconséquence de Hans. Dans l'entretien 
précédent y l'Incrédulité relative à la cigogne avait émergé de son incons- 
cient, en liaison avec l'irritation contre son père gui faisait tant de mys- 
tères. Maintenant il s'est calmé et il répond officiellement aux questions, 
en s'étant forgé des explications aux difficultés liées à l*hypotheée de la 
cigogne. 



4tM4«M*^^HIiW 



LK PKïK 1 H ANS 475 



d'examiner une seconde fois H a us sur ce point important, 
« Le jour suivant, je me fais répéter â nouveau V histoire 
contée hier. Hans raconte : « Anna a voyagé à Gmunden dans 
la grande caisse, et main an dans le wagon et Anna dans le 
train de marchandises avec la caisse, et alors, quand nous 
sommes arrivés à Gmunden t moi et maman avons sorti Anna 
de la caisse et l'avons assise sur le cheval. Le cocher était sur 
son siège et Anna avait le fouet, précédent (de Vannée précé- 
dente) et a fouetté le cheval en disant tout le temps: « Hue ! » et 
c'était si amusant, et le cocher fouettait aussi. — Le cocher ne 
fouettait pas du tout, parce qu\Anna avait le fouet. Le cocher 
tenait les renés. — Anna aussi tenait les renés (nous allons tou- 
jours en voiture de la gare â la maison ; Hans cherche à met- 
tre d'accord la réalité et la fantaisie), A Gmunden nous avous 
descendu Anna du cheval, et elle a monté toute seule l'esca- 
lier. » (L'année passée, â Gmunden, Anna avait huit mois* 
Un an plus tôt, — et le fantasnîe de Hans se rapporte évidem- 
ment à cette époque — sa mère était, à l'arrivée â Gmunden, 
enceinte de cinq mois.) 

Moi : a L'année passée, Anna était déjà là. » 
Hans : u L'année passée elle a été en voiture, mais l'an- 
née d'avant quand elle était déjà au monde avec nous,., » 

Moi ; « Elle était déjà avec nous ? » 
- Hans : « Oui, tu étais toujours là, pour aller avec moi en 
barque, et Anna était notre servante*-» 

Moi : « Mais ce n'était pas l'année d'avant. Anna n'était 
pas encore au monde. » 

Hans : « Si, alors elle était au monde. Même quand elle 
voyageait encore dans la caisse, elle pouvait déjà courir, elle 
pouvait dire « Anna », (Elle ne peut le dire que depuis quatre 
mois # ) 

Moi : « Mais voyons, elle n'était pas encore du tout avec 
nous à ce moment. » 

Hans : « Oh si^ elle était bien déjà chez la cigogne. » 
Moi : « Quel âge a donc Anna ?» 

Hans : « Elle aura deux ans à l'automne, Anna était cer- 
tainement là, tu le sais bien, » 

Moî : « Et quand était-elle avec la cigogne dans la caisse 
à la cigogne ?» 



47^ XRVUli l'RANÇAKSE DJi PSYCHANALYSE 



Hans : « Depuis longtemps, avant d'avoir voyagé dans la 
caisse, Depuis déjà très longtemps. « 

Moi : « Depuis combien de temps Anna peut-elle marcher ? 
Quand elle était â Gmunden, elle ne pouvait pas encore mar- 
cher, » 

Hans : « L'année passée, non ; sans ça, elle pouvait. >* 

Moi : « Anna n'a pourtant été qu'une seule fois à Gmun- 
den, }) 

Hans : « Non ! Elle y a été deux fois ; oui, c'est ça. Je 
peux bien me rappeler. Demande à maman, elle te le dira 
bien. » 

Moi : « Ce n'est pourtant pas vrai. » 

Hans : « Si> c'est vrai* Quand elle a été à Gmunden la 
première fois, elle pouvait marcher et aller à cheval et plus 
tard il a fallu la porter > — Non c'est seulement plus tard 
qu'elle a été â cheval et Tannée passée il fallait la porter. » 

Moi : « Mais Anna ne peut marcher que depuis très peu 
de temps. A Gmunden elle ne pouvait pas marcher. » 

Han : « Si, écris-le seulement. Je peux me rappeler très 
bien . — Pourquoi ris-tu ? » 

31oi : « Parce que tu es un farceur, parce que tu sais très 
bien qu'Anna n'a été qu'une seule fois à Gmunden. 3) 

Hans : « Non, ce n'est pas vrai. La première fois elle a 
été sur le cheval... et la seconde fois (il devient évidemment 
incertain). » 

Moi : <r Le cheval était-il peut-être maman ? 53 

Hans : « Non, un vrai cheval, à un cabriolet. » 

Moi : « Mais nous prenions toujours une voiture à deux 
chevaux, » 

Hans : «'Bien, alors c'était une voiture de place. » 

Moi : « Qu'est-ce qu J Anna mangeait, dans la caisse ? » 

Hans": « On avait mis dedans du pain et du beurre et des 
harengs et des radis (un dîner habituel à Gmunden) et pen- 
dant qu'Anna voyageait elle beurrait son pain et a mangé 
cinquante fois. » 

Moi :" « Est-ce qu'Anna ne criait pas ? » 

Hans : « Non ! » 

Moi : « Que faisait-elle donc ? » 

Hans : « Elle restait assise toute tranquille là-dedans. » 



Ut l'KTïT HANS 47/ 



Moi : « Kst-ce qu'elle né s'agitait pas là-dedans ? » 

Hans : « Non, elle mangeait tout le temps sans s* arrêter 
et n'a pas bougé une seule fois. Elle a bu deux grandes tasses 
de café — le matin tout était parti et elle a laissé les déchets 
dans la caisse, les feuilles des deux radis et un couteau pour 
couper les radis. Elle a tout avalé comme un lièvre, en une 
minute elle avait tout fini. C'était vraiment drôle. Moi et 
Anna nous avons même voyagé ensemble dans: la caisse, j'ai 
dormi dans la caisse tonte la nuit (nous avons de fait, voici 
deux ans, été à Gmunden de nuit) et maman voyageait dans 
le wagon* Nous avons mangé sans arrêter aussi dans la voi- 
ture, c'était un plaisir ! Elle n'était pas du tout sur le cheval 
(il est maintenant devenu incertain, parce qu'il sait que nous 
avons pris une voiture à deux chevaux). „ s , elle était assise 
dans la voiture. Oui, c'était comme ça, mais moi et Anna 
étions tout seuls dans la voiture.,. Maman était sur le cheval 
et Caroline (notre bonne cette année-là) sur l'autre cheval.,. 
Tu sais, ce que je te raconte là n'est pas vrai du tout. » 

Moi : (f Qu'est-ce qui n'est pas vrai ? » 

Hans : a Rien du tout. Tu sais, mettons Anna et moi 
dans la caisse {47), et je ferai pipi dans la caisse, Je ferai pipi 
dans mon pantalon, ça m'est égal, ça n'est pas une honte. 
Tu sais, ça n'est pas une farce, mais c'est pourtant très amu- 
sant ! » 

« Il raconte alors l'histoire de la façon dont est venue la cigo- 
gne, comme hier, omettant seulement qu'elle ait repris soit 
chapeau en s'en allant. 

Moi : « Où la cigogne portait-elle la clef de la porte ? » 

Hans : « Dans sa poche* » 

Moi : « Où donc la cigogne a-t-elle sa poche ? » 

Hans : « Dans son bec. » 

Moi : « Dans son bec ! J n'ai jamais vu encore de cigogne 
qui ait une clef dans le bec, » 

Hans : « Comment donc aurait-elle pu entrer ? Comment 
la cigogne entre-t-elle par la porte, alors ? Ça n'est pas vrai, 
je me suis seulement trompé, la cigogne sonne et quelqu'un 
lui ouvre, » 

(47) La caisse qui était dans le vestibule et que nous avions emportée 
comme bagage à Ginunden. 



478 EÏCVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSÉ 



Moi ; ci Et comment sonne-t-elle ? » 

Hans : « Elle sonne la sonnette, » 

Moi : u Comment fait'-elle ? » 

Hans : « Elle se sert de son bec pour appuyer sur la son- 
nette avec, n 

Moi : « Et elle a refermé la porte ? » 

Hans : « Non, une bonne l*a refermée, elle était déjà levée, 
elle a ouvert â la cigogne la porte et l'a refermée, » 

Moi : « Où la cigogne habite-t-elle ? » 

Hans : « Où ? Dans la caisse où elle garde les petites 
filles. Peut-être à Schônbrunn. » 

Moi ; « À Schônbrunn, je n'ai pas vu de caisse. » 

Hans ; « C'est parce qu'elle est plus loin. Tu sais com- 
ment la cigogne ouvre la caisse ? Elle se sert de son bec — la 
caisse a aussi une clef — elle se sert de son bec et eu ouvre une 
moitié (du bec) et ouvre comme ça "(il montre comment fait 
la cigogne àja serrure du bureau). C'est là aussi une anse, » 

Moi : « Une petite fille comme ça n*est-elle pas trop ]qurde 
pour ïa cigogne ? » 

Hans : « Oh non ! » 

Moi ; ^ Dis-moi, un omnibus n'a-t-ïl pas l'air comme h 
caisse à la cigogne ? » 

Hans : « Si ! » 

Moi : « Et une voiture de déménagement ? » 

Hans : « Et une voiture de Croquerai ta ine pour emporter 
les enfants méchants (48) aussi, » 






« 17 avril. Hier, Hans a exécuté son projet, caressé depuis 
longtemps, d'aller jusque dans la cour d*en face* Aujourd'hui 

il ne veut pas le faire, parce que juste en face de la porte d'en- 
trée se tient une voiture devant la rampe de chargement, Il me 
dit : « Quand il y a une voiture, alors j'ai peur que je ne me 
mette à taquiner les chevaux et qu'ils ne tombent et fassent du 
charivari avec leurs pieds. » 
Moi : « Comment taquîne-t-on les chevaux ? » 

(48) Gsjiidelwerkwageiij Gsimiehvcrk étant un ternie familier poux dési- 
gner les enfants pas sages. 



^»^^^^^^P^i^^™^P^^^^^^^^^^^^^i^^^^^^»T''^^W ' ■ -fc ■ — -i n.w^ m^ i -u - -^^H ^ 

LE PETIT HANS 47g 



H*^"^P»^i^ 



Hans : « Quand on est en colère contre eux, alors on les ta- 
quine, quand on crie ; Hue ! Hue ! » (49)* 

Moi ; « As-tu déjà à Gmunden taquiné des chevaux ? » 

Hans : « Non ! » 

Moi : « Mais tu aimes taquiner les chevaux ? » 

Hans : « Oh oui ! beaucoup, » 

Moi : « Aimera js -tu les fouetter ? » 

Hans : « Oui ! » 

Moi : « Aimerais- tu battre les chevaux comme Maman bat 
Anna ? Tu aimes donc ça aussi* » 

Hans : « Aux. chevaux, ça ne fait pas de mal .d'être battus. 
{Je lui avais dit cela un jour, afin de modérer la peur qu'il avait 
de voir fouetter les chevaux). Je l'ai vraiment fait, une fois. 
J'ai une fois eu le fouet â la main et j'ai fouetté le cheval et il 
est tombé et il a fait du charivari avec ses pieds, » 

Moi ; « Quand ça ? )> 

Hans : « A Gmunden. » 

- 

Moi : « Un vrai cheval ? Attelé à une voiturç ? & 
Hans ; « Il n'était pas à la voiture, » 
Moi : « Où était-ce donc ? » 
Hans : « Près de l'auge. » 

Moi : « Qui te l'a permis ? Le cocher avait-il laissé là le 
cheval ? » 

- 

Hans : a Ce n'était qu'un cheval de l'écurie. » 

Moi : « Comment est-il venu jusqu'à l'auge ? » 

Hans; « Je l'y ai mené, » 

Moi : u D'où ? De l'écurie ?» 

Hans ; « Je l'ai fait sortir parce que je voulais le battre. » 

Moi : « Y avait- il quelqu'un dans l'écurie ? » " 

Hans : *< Oh oui, Loisl »* (Le cocher de Gmunden)* 

Moi : « Te l'a-t-il permis.? >i 

Hans : « Je lui ai parlé gentiment et il a dit que je pouvais 
le faire, » 

Moi : « Que lui a s- tu dit ? » 

Hans : « Si je pouvais prendre le cheval et le fouetter et lui 
<crier après. Il a dit oui, » 

Moi : u L'as-tu beaucoup fouetté ? n 

(49) « II ans a souvent en très peur en voyant des conhers battre leurs 
•chevaux et crier Hue ! * 



4S0 REVU1! FRANÇAISE 1>Ï5 PSYCHANALYSE 



Hans : « Ce que je i J ai raconté là n J esi pas vrai du tout. » 

Moi : m Qu'est-ce qui est vrai là-dedans ? » 

Hans : « Rien n'est vrai, je t*ai raconté ça rien que pour 
rire, » 

Moi : « Tu n'a jamais fait sortir un cheval de l'écurie ? » 

Hans : « Oh non ! » 

Moi : « Mais tu aurais voulu le faire. » 

Hans : « Oh oui ! J'aurais voulu, je l'ai pensé, » 

Moi : a À Gmunden ? » 

Hans : « Non, rien qu'ici. J'y ai pensé le matin quand 
j'étais tout à fait habillé ; non, le matin, au lit. » 

Moi : « Pourquoi ne me Tas- tu jamais raconté ? » 

Hans : « Je n'y ai pas pensé. » 

Moi : « Tu as pensé à ça, parce que tu le voyais faire dans' 
la rue ? « 

Hans : « Oui ! » 

Moi : « Qui aimerais-tu au fond battre, Maman, Anna ou 
moi ? n 

Hans : « Maman, » 

Moi : « Pourquoi ? » 

Hans : « C'est que j'aimerais la battre, » 

Moi : <( Où as-tu jamais vu qu'on batte sa Maman ? » 

Hans ': « Je ne l'ai jamais vu, pas vu de ma vie, » 

Moi : <c Et c'est pourtant ce que tu voudrais faire. Comment 
Vy prendrais-tu ? » 

Hans ; « Avec un jonc pour battre les tapis. » 

(Sa mère menace souvent de le battre avec le jonc) . 

« J'ai été alors oblige, d'interrompre pour ce jour-là rentre- 
tien, 

« Dans la rue, Hans m'explique que les omnibus, les voi- 
tures de déménagement, les voitures de charbon, sont toutes 
des voitures à la cigogne. » 

C'est-à-dire des femmes enceintes. La velléité de sadisme 
qui vient de se faire jour immédiatement avant ne peut pas- 
être sans rapport avec notre thème • 



* 



« 21 avril. Ce matin Hans raconte qu'il a pensé ceci : Il y 
avait un train à La in 2 et je voyageais avec la grand-maman de 



Uî J'KTJÏ MANS 4K1 



Lninz vers la gare de la Douane centrale. Tu n'étais pas en- 
core descendu de la passerelle et le second train était déjà h 
St-Veit {50), Quand tu es descendu, le, train était déjà là et 
alors nous sommes montés dedans, >j 

« (Hans a été hier à Lainz. Pour gagner le quai de départ y 
il faut traverser une passerelle. Du quai on peut voir le long 
de la voie jusqu'à St-Veit, Toute la chose est quelque peu 
obscure P La pensée originale de Hans aura été celle-ci : il est 
parti avec le premier train que j'ai manqué» alors, de St- 
Veit est arrivé un second train, avec lequel j'ai couru après 
lui. Mais il a déformé une partie de ce fantasme de fuite, ce 
quî lui fait dire à la fin : « nous sommes tous deux partis 
mais seulement avec le second train. » 

■ 

« Ce fantasme est en rapport avec le dernier, non inter- 
prété, et d'après lequel nous aurions, dans la gare de Gmuii- 
rîen, pris trop de temps pour mettre nos vêtements, ce qui fait 
que nous serions partis avec le train, 

« L'après-midi, devant la maison, Hans court soudain dans 
la maison, comme apparaissent deux chevaux traînant une 
voiture, chevaux auxquels je ne puis trouver rien d'extraordi- 
naire, 

« Je lui demande ce qu'il a. « Les chevaux sont si fiers, dît- 
il, que j'ai peur qu'ils ne tombent, » (Ces chevaux étaient tenus 
court par le cocher» ce qui les faisait aller au petit trot, la tête 
haute ; leur allure était vraiment fière.) » 

« Je lui demande qui est au fond si fier. 

Lui : c* Toi, quand je viens dans le lit de Maman. » 

Moi : « Tu voudrais donc que je tombe par terre ? )> 

Lui : « Oui. Tu devrais être nu (il veut dire ; nu-pieds, 
comme alors Fritz) et te cogner à une pierre et alors du sangf 
coulerait et je pourrais au moins être un peu seul avec Maman. 
Quand tu remonterais riiez nous, alors je me sauverais vite 
de Maman, afin que tu ne me voies pas. » 

Moi : « Peux-tu te rappeler qui s'est cogné à la pierre ? » 

Lui : « Oui, Fritz* *> 

Moi; c( Et quand Fritz est tombé, qu'as-tu pensé? » (51). 

{50} Unter St-Veit (en français : Sous-Saint-Gug] est la station après 
Lainz quand on quitte Vienne. (N, d. tr,) 
J51) Ainsi donc Frite est vraiment tombé, ce que Hans avait autrefois 

iiie» 



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482 EEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSA 



^^^^^^^ 



Lui : « Que ce devrait être toi qui te sois jeté sur la 
pierre. » 

Moi : « Ainsi tu voudrais être avec Maman ? » 



Lui 



h Oui ! » 



Moi : <c À cause de quoi te gronda is-je t au fond ? w 

Lui : « Je ne sais pas »{!!!) 

Moi : « Pourquoi ? » 

Lui : A Parce que tu te mets en colère. » 

Moi : « Mais ce n*est pas vrai !» 

Lui : a Si* c'est vrai, tu te mets en colère, je le sais- Ça 
doit être vrai. » 

« Evidemment, il n'a pas été très impressionné par ce que 
je lui avais expliqué : que les petits garçons seuls venaient dans 
le lit de leur mère, et que les grands dormaient dans le leur. , 

« Je suppose que le désir de « taquiner » le cheval, c'est-à 
dire de le battre, de crier après lui, se rapporte, non pas com- 
me Hans le prétend, à sa mère, -mais à moi* Il n'a mis sans 
doute sa mère en avant que parce qu'il ne voulait pas m'avouer 
l'autre sentiment. Ces jours derniers, il a été d'une tendresse 
particulière envers moi, » 

Nous corrigerons l'interprétation du père avec la supério- 
rité que Ton acquiert si aisément après coup : le désir de Hans 
de « taquiner » le cheval a deux constituantes, une convoitise 
obscure t sadique, de sa mère, et une claire impulsion de re- 
vanche contre son père. Cette impulsion ne pouvait pas être 
reproduite avant que cette convoitise n'eût été mise â jour en 
connexion avec le complexe de grossesse. Quand une phobie 
se constitue avec les pensées inconscientes sous- jacen tes, une 
condensation a lieu, et c'est pourquoi le cours d'une analyse 
ne peut jamais suivre celui du développement d'une névrose* 

_ 

« 22 avril. Ce matin, Hans a de nouveau « pensé » quelque 

chose : Un gamin des mes est en train de voyager sur un 
Une ; le conducteur arrive et le déshabille et le met tout nu 
et le laisse là jusqu'au lendemain matin ; le matin le garçon 

donne au conducteur 50.000 florins afin de pouvoir repartir 
sur le truc. » . 



._.. ;■_ . - - J " J ■ ^^^— ^~ — ^ ^- ^^_^_^ — . ■ ^__^^. 



US PETIT H ANS 483 



» Le « Nordbahn » (52) passe juste en face de notre mai soir. 
Sur une voie de chargement se trouve un wagonnet dans lequel 
Hans vit un jour un gamin qui circulait, ce qu'il eût aussi 
voulu faire, Je lui dis alors que ce n'était pas permis, que s'il 
le faisait le conducteur serait facile après lui. Un deuxième 
élément du fantasme est le désir de nudité refoulé. » 

Nous avons pu remarquer, depuis quelque temps déjà, que 
l'imagination de Hans travaille « sous le signe des moyens 
de transport » (53) et, en conséquence, progresse du cheval qui 
traîne la voiture jusqu'au chemin de fer; C'est ainsi qu'à toute 
phobie des rues s'adjoint avec le temps une phobie des che- 
mins de fer* 

« J'apprends l'après-midi que Hans a joué toute la matinée 
avec une poupée en caoutchouc qu'il appelle Grete, Par le trou 
dans lequel avait été fixé le petit sifflet plat, il a passé un pe- 
tit canif ei puis il a déchiré V entre- jambe de la poupée afin de 
faire passer la lame au travers. Il dit alors à la bonne, lui 
montrant Ventre-jambe de la poupée : « Regarde, voilà son 
fait-pipi I » 

Moi : « À quoi as- tu donc joué aujourd'hui avec la pou- 
pée ? » 

Lui : « Je l'ai déchirée entre les jambes, sais- tu pourquoi ? 
Parce qu'il y avait dedans un canif , qui est à Maman. Je le lui 
ai mis par le trou où sa tête crie, et alors je l'ai déchirée entré 
les jambes et il est sorti par là. » . 

Moi : « Pourquoi Tas-tu déchirée entre les jambes ? Pour 
voir son fait-pipi ?» 

. Lui : <c Son fait-pipi était là avant. J'aurais pu le voir de 
toute façon . » 

Moi : « Pourquoi lui as-tu mis le canif dedans ? » 

Lui : « Je ne sais pas, » 

Moi ; «. De quoi le canif a-t-il l'air ? » 

« Il me l'apporte. 

Moi : <t Peut-être as-tu pensé que c'était un bébé ? » 

Lui : u Non, je n'ai pensé à rien du tout, mais il me semble 

(52) Chemin de 1er du Nord, (N. d, ti\) 

{53) ÏSn allemand : Verkehr ■= relations, rapports, commerce ^ relations; 
rapports, commerce sexuels. Notion à double sens qui donne une base psy- 
chique inconsciente aux phobies de chemin de fer, (N, d. tr.) 



484 RKVUE FRANÇAISE JHv PSVCHANAU'SK 



que la cigogne a une fois en un petit bébé, ou bien quelqu'un 
d'autre. » 

Moi : « Quand ? n 

Lui : « Une fois. Je l'ai entendu dire, ou bien je ne l'ai pas 
du tout entendu dire ? ou bien ai- je dit la chose de travers ? » 

Moi : « Qu'est-ce que ça veut dire : de travers ? » 

Lui : « Que ce n'est pas vrai. » 

Moi : « Tout ce qu'on dit est un peu vrai, » 

Lui : « Oh ! oui, un petit peu. j> 

Moi (après avoir changé de conversation) : « Comment pen- 
ses-tuque les poulets viennent au inonde ? » 

Lui : '« C'est que la cigogne les fait pousser ; ïa cigogne fait 
pousser les poulets — non, le bon Dieu* » 

« Je lui explique que les poulets pondent des œufs et que des, 
œufs sortent d'autres poulets, » 

« Hans rit. 

Moi : « Pourquoi rîs-tu ? » 

Lui : « Parce que ce que tu me ra contes-là me plaît. » 

« Il dit qu'il a déjà vu ça. 

Moi : « Où ça ? )> 

Hans : « Tji Tas fait, » 

Moi : « Où ai- je pondu un œuf ? » 

Hans : « A Gmunden, tu -as pondu un œuf dans l'herbe et 
un poulet en est tout de suite sorti. Tu as pondu un œuf un 
jour, je le sais, je sais que c'est sûr. Parce que Maman l'a dit, » 

Moi : « Je demanderai à Maman si c'est vrai. » 

Hans : « Ça n'est pas vrai du tout, mais moi j*aî une fois 
pondu un œuf et un poulet en est sorti, n 
Moi : « Où donc ? » 

Hans : « À Gmunden je me suis couché dans l'herbe, non, 
je me suis mis â genoux et les enfants ne me regardaient pas 
du tout et tout à coup le matin j'ai dit : Cherchez, les en- 
fants, hier j'ai pondu un œuf ! Et tout â coup ils ont regardé 
et tout à coup ils ont vu un œuf et il en est sorti un petit Hans. 
Pourquoi ris -tu ? Maman ne le sait pas et Caroline ne le sait, 
pas, parce que personne ne regardait et tout à coup j'ai pondu 
un œuf et tout à coup il était là. C'est vrai. Papa, quand un 
poulet pousse-t-il dans un œuf ? Quand on le laisse tran- 
quille ? Faut-il le manger ? » 



■^MÉM ^MM^M^^E^^^^^^^^M— t*n^M| ^^^^^^_^^^^^^^_ I j . i^ i Hii^—^ ^^ IP^^^M 



JJi PJMTf H ANS 4<Stj 



« Je lui explique la chose. 

Hans : « Très bien, laissons-le à la poule, alors il poussera 
un poulet. Emballons-le dans la caisse et emportons-le à 
Gmunden, » 

Hans a hardiment pris en ses propres mains la conduite de 
son analyse, ses parents hésitant à lui donner les éclaircisse- 
ments qu'ils lui devaient clepuis longtemps, et par un acte 
syniptoniâ tique éclatant il leur dit : « Voyez, voilà comme je 
me figure qu'a Heu une naissance. » Ce qu'il avait dit à la 
bonne relativement au sens de son jeu avec la poupée n'était 
pas sincère ; quand son père lui demande s'il voulait simple- 
ment voir le fait-pipi, il le nie explicitement. Quand son père 
lui eut raconté, pour ainsi dire afin de lui donner un acompte, 
comment les poussins sortent d'un œuf, son mécontentement, 
sa méfiance et sa connaissance supérieure des choses se com- 
binent en un ravissant persiflage, qui s'élève, dans ses der- 
nières paroles, jusqu'à une allusion très claire à la naissance 
<ïe sa sœur. 

Moi : « A quoi jouais -tu avec la poupée ? » 

Hans : « Je rappelais : Grete. » 

Moi ; « Pourquoi ? » 

Hans : h Parce que je l'appelais Grete, » 

Moi ; u Comment jouai s- tu ? » 

Hans : « C'est que je la soignais comme un vrai bébé, » 

Moi : « Aimerais-tu avoir une petite fille ? » 

Hans : « Oh oui ! Pourquoi pas ? J'aimerais en avoir une, 
niais Maman ne doit pas ; je n'aime pas ça. » 

« (Il a souvent exprimé cette pensée. Il craint, si un troi- 
sième enfant survenait, de perdre encore davantage de ses 
prérogatives*) 

Moi : f< Mais les femmes seules ont des enfants, » 

Hans : « J'aurai une petite fille, » 

Moi : a D J où Tauras-tu donc ? » 

Hans : <c Eh bien, de la cigogne. Elle sort la petite fille, et 
la petite fille pond tout de suite un œuf , et de l'œuf sort alors 
encore une Anna, — encore une Anna, D'Anna sort une autre 
Anna, Non, il sort une seule Anna, » 

Moi : « Tu aimerais bien avoir une petite fille ? » 



4^6 REVUE FRANÇAISE Mi PSYCHANALYSE 

H an s : a Oaij j'en aurai une l'année prochaine, elle s'ap- 
pellera aussi Anna, >» 

Moi : a Mais pourquoi Maman ne doit-elle pas avoir de pe- 
tite fille ? » 

Ha ns : « Parce que c'est moi qui veux avoir une fois une pe- 
tite fille, » 

Moi : « Mais tu ne peux pas avoir de petite fille, h 

Ha us : « Oh si ! Les petits garçons ont des filles et les pe- 
tites filles des garçons, » {54). 

Moi : « Les petits garçons ne peuvent pas avoir d'enfants. Il 
n'y a que les femmes, les mamans, qui aient des enfants. » 

Hans : « Mais pourquoi pas moi ? » 

Moi : « Parce que ïe bon Dieu a arrangé les choses comme 
ca ^ 

Hans : u Pourquoi n'en as-tu pas, toi ? Oh oui, tu en auras 
sûrement 1111/ attends seulement. » 

Moi : « Je pourrai attendre longtemps ! » 

Hans : «Je suis pourtant à toi. » 

Moi : « Mais c'est Maman qui t'a mis au monde* Tu appar- 
tiens ainsi à Maman et.â moi. » 

Hans :'« Anna est-elle à moi ou à Maman ? » 

Moi ; « À Maman. i> 

Hans ; « Non, à. moi, Pourquoi donc pas à moi et à Ma- 
man ? » * 

Moi : « Anna appartient à moi, â Maman et à loin » 

Hans : « Là, tu vois ! » 

Tant que l'enfant n'a pas découvert l'existence des organes 
génitaux de la femme, un élément essentiel manque â sa com- 
préhension des relations sexuelles, 

« Le 24 avril, Hans reçoit, de ma femme et de moi, des 

éclaircissements allant jusqu'à un certain point : nous lui di- 
sons que les enfants croissent dans leur mère et ensuite, ce qui 
fait très mal, sont poussés dehors comme un loumf et ainsi 
mis au monde. 

(54) Voici encore une partie de théorie sexuelle infantile d'un sens in. 
soupçonné* 



U; l'ETIT HANS 4h 



J- 



4( L'après-midi nous nous tenons devant la maison. Une 
amélioration sensible s'est manifestée dans son état ; il court 
après les voitures et seul le fait qu'il ne se risque pas au-delà 
des environs immédiats de la porte cochère, et ne peut être 
amené à consentir à aucune longue promenade, trahit un reste 
d'angoisse, 

« Le 26 avril, Hans me court sus et me donne un coup de 
tête dans le ventre, ce qu'il avait déjà fait une fois. Je lui de- 
mande s'il est une chèvre. 

« Oui, dit-il, un bélier, » 

« Je lui demande où il a vu un bélier, 

■ Lui ; « À Gmunden, Fritz en avait un, n (Fritz avait 
pour jouer un vrai agneau,) 

Moi ; <c Raconte-moi ce que faisait cet agneau, » 

Hans : « Tu sais, Fraulein MItzi (une institutrice qui lo- 
geait à la maison) mettait toujours Anna sur l'agneau, mais 
alors il ne pouvait pas se lever, il ne pouvait pas donner de 
coups de tête. Quand on s'approche de lui, il en donne, parce 
qu'il a des cornes, Fritz le mène avec une ficelle et l'attache 
à un arbre. Il l'attache toujours à un arbre, n 

Moi : « L'agneau t'a-t-il donné un coup de tête ? » 

Hàns : « Il m'a sauté après, Fritz m'a une fois mené près de 
lui,., je me suis une fois approché sans savoir, et tout à coup il 
m'a sauté après. C'était si amusant — : je n'ai pas eu peur, » 

« Ceci n'est évidemment pas vrai. 

Moi : « Aimes- tu ton papa ? » 

Hans : « Oh oui ! » 

Moi : « Peut-être aussi ne Paîmes-tu pas ? » 

ce Hans jouait alors avec un petit cheval. À ce moment, son 
jouet tombe. Il s'écrie : « Le cheval est tombé ! Regarde, 
quel charivari il fait ! » 

Moi : « Quelque chose te déplaît en Papa, et c'est que Ma- 
man Paime* » 

Hans : « Non, » 

Moi : « Mais alors pourquoi pleures- tu toujours quand Ma- 
man m'embrasse ? C'est que tu es jaloux* » 
Hans : « Ça oui. j> 
Moi : « Qu'est-ce que tu ferais si tu étais Papa ? » 



4S8 RÊVUÉ KPANÇA1SR mi PSYCHANALYSE 



Hans : <i Et toi Hans ? - — Je t'emmènerais à T^ainz tous les 
dimanches, nou, r tous les jours de ]a semaine. Si j'étais Papa» 
je serais tout à fait gentil- » 

Moi : « Et qu'est-ce que tu ferais avec Maman ? » 

Hans : <c Je remmènerais aussi à Lainz, » 

Moi : « Et quoi encore ? » 

Hans : « Rien, » 

Moi : « Mais alors pourquoi es-tu jaloux ?» 

Hans : « Je ne sais pas. i> 

Moi : <c À Gmunden aussi tu étais jaloux. » 

Hans : a Pas à Gmunden. » (Ce n'est pas vrai), « À Gmuii* 
den j'avais mes choses à moi, j'avais à Gmunden un jardin et 
aussi des enfants, » 

Moi ; « Peux-tu te rappeler comment la vache a eu son pe- 
tit veau ? n 

Hans : « Oh oui. Il est arrivé en voiture, » (On le lui aura 
dit sans doute alors, â Gmunden ; de plus, c'est une pointe 
contre la théorie de la cigogne). « Et une autre vache l'a 
poussé hors de son derrière. » (Ceci est. sans doute le fruit des 
éclaircissements fournis â Hans, données nouvelles qu'il cher- 
che à mettre en harmonie avec la <c théorie de la voiture )>). 

Moi : « Ce n'est pas vrai que le veau soit arrivé en voiture ; 
il est sorti de la vache qui était dans l'étable, » 

« Hans le conteste, disant qu'il avait vu la voiture ce matin- 
là. Je lui fais remarquer qu'on lui aura probablement raconté 
que le petit veau était arrivé en voiture. Il finit par l'admettre : 
« Berta sans doute me l'aura dit, ou, non — peut-être le pro- 
priétaire. Il était là et il faisait nuit, alors c'est tout de même 
vrai ce que je te dis, ou bien il me semble que personne ne me 
Ta dit, que je l'aï pensé tout seul pendant la nuit. » 

<c Si je ne me trompe, le petit veau fut emmené en voiture* 
d'où la confusion. 

Moi : « Pourquoi n'as-tu pas pensé que la cigogne l'avait 
apporté ? )> 

Hans : « Je n'ai pas voulu penser ça, » 

Moi : « Mais tu as pensé que la cigogne avait apporté 

Anna ? » 

Hans : « Le matin (de l'accouchement) je l'ai pensé, — Dis, 



LE l'KTIT H ANS 489 



Papa, M, Reisenbichler (le propriétaire) était-il là, quand le 
petit veau est sorti de la vache? » (55), 

Moi : « Je ne sais pas. Le crois-tu ? » 

Hans : « Je le crois,. Papa, as-tu remarqué quelquefois que 
des chevaux ont quelque chose de noir sur la bouche ? » 

Moi ; « Oui, je l'ai plusieurs fois observé dans la rue à 
Gmunden. » (56). 

Moi : « A Gmunden, as-tu été souvent dans le lit de Ma- 
man ?» 

Hans : « Oui, » 

Moi : « Et alors tu as pensé que tu étais papa ? » 

Hans : « Oui* » 

Moi : « Et alors tu avais peur de Papa ? » 

Hans r a' Tu sais tout ; je ne savais rien* » 

Moi : « Quand Fritz est tombé tu as pensé : si Papa pou- 
vait tomber ainsi! Et quand l'agneau t'a donné un coup de 
tête tu as pensé : S'il pouvait ainsi donner à Papa un coup de 
tête ! Te rappelles-tu V enterrement à Gmunden ? (Le pre- 
mier enterrement qu'ait va Hans -Il se le rappelle souvent, et 
c'est sans aucun doute un souvenir-écraii), 

Hans ; u Ouï. Et alors ? » 

Moi : « Tu as alors pensé : si Papa mourait, je se* aïs 
Papa • » 

Hans : a Oui, » 

Moi : « De quelles voitures as-tu au fond encore peur ? » 

Hans : « De toutes, » 

Moi : « Tu sais que ce n'est pas vrai. » 

Hans : « Je n'ai pas peur des voitures de place ni des voitu- 
res à un cheval. J'ai peur des omnibus, des voitures de baga- 
ges } mais rien que lorsqu'elles sont chargées ; pas quand elles 
sont vides. Quand il n'y a qu'un cheval et que la voiture est 
chargée à plein, alors j'ai peur, et quand il y a deux chevaux et 
qu'elle est chargée â plein, alors je n'ai pas peur, » 

(55) Hans, qui a ses raisons pour se méfier des informations fournies par les 
grandes personnes, se demande ici si le propriétaire est plus digne de foi 
que son père. 

(56) La connexion est la suivante: :1e père de Hans n'avait pas voulu croire, 
pendant longtemps j re que Hans disait du noir sur la bouche des chevaux* 
jusqu'à ce qu'enfin cela se vérifia. 

EEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 6 



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490 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Moi : « Tu as peur des omnibus, parce qu'il y a tant de gens 
dedans ? » 

Hans : « Parce qu'il y a sur le haut tant de bagages, » 
Moi : h Maman, quand elle. allait avoir Anna, n 'était-elle pas 
aussi chargée à plein ? » 

Hans : « Maman sera de nouveau chargée à plein lorsqu'elle 
en aura un autre, quand encore un autre commencera à pous- 
ser en elle, quand encore un autre sera dedans, » 
Moi : « Tu aimerais ça ? » 

Hans : « Ouï, » 

Moi : « Tu Tas dit : tu ne veux pas que Maman ait encore 
un bébé, » 

Hans : « Eh bien, elle ne sera alors plus chargée. Maman a 
dit que si elle n'en voulait plus, alors le bon Dieu ne voudrait 
pas non plus. Si maman n'en veut plus, elle n'en aura plus, n 
(Hans a naturellement demandé hier s'il y avait encore des 
bébés dans sa mère. Je lui ai dit que non et que sile bon Dieu 
ne le voulait pas, aucun bébé ne pousserait en elle.) 

Hans ; « Mais Maman m'a dit que si elle ne voulait pas il 
n'en pousserait plus, et tu dis : si le bon Dieu ne veut pas. » 

« Je lui répliquai que les choses étaient comme je l'avais dit, 
ce à quoi il observa : a Tu y étais ? Tu le sais donc sûrement 
mieux- )> 

et II demanda alors raison de la contradiction à sa mère, et 
elle nous mit d'accord en déclarant que ce qu'elle ne voulait 
pas n'était pas non plus voulu par le bon Dieu. » (57). 

Moi : « Il me semble pourtant que tu souhaites que Maman 
ait un bébé ? » 

Hans : « Mais je ne voudrais pas que ça arrive ! » 

Moi j : (( Mais tu le souhaites ? » 

Hans : « Souhaiter, oui. » 

Moi : « Sais- tu pourquoi tu le souhaites ? Parce que tu vou- 
drais être Papa, n 

Hans ; « Oui,,. Comment est l'histoire ? m 

Moi : « Ouelle histoire ? » 

Hans : « Mais un papa ne peut pas avoir de bébé, alors 

(57) Ce que femme vent Dieu veut (en français dans le texte). Cependant 
Hans, avec son sens aiguisé, a de nouveau mis le doigt sur un problème 
très sérieux. 



Ui P1ÏTIT H ANS 491 



qu'est-ce que c'est que cette histoire que je voudrais être 
Papa ? » 

Moi : « Tu voudrais être Papa et être marié avec Maman, tu 
voudrais être aussi grand que moi et avoir une moustache et tu 
voudrais que Maman eût un bébé. » 

Ha ns : <( Papa, quand je serai marié je n'en aurai un que si 
je veux, quand je serai marié avec Maman, et si je ne veux pas 
de bébé, le bcyi Dieu ne voudra pas non plus, quand je serai 
marié, » 

Moi : « Aimera is-tu être marié avec Maman ? » 

Hans : a Oh, oui ! » 

Il est aisé de voir comment le bonheur que Hans trouve dans 
son fantasme est encore troublé par son incertitude relative au 
rôle du père et par ses doutes quant au contrôle possible sur la 
conception des enfants. 






jt Le soir du même jour, Hans, au moment où on le met au 
litj me dit : « Tu sais, Papa, ce que je vais faire maintenant ? 
Je vais parler jusqu'à dix heures avec Grete, elle est au lit avec 
moi. Mes enfants sont toujours au Ht avec moi. Peux -tu me 
dire comment ça se fait ? » — Comme il a très sommeil, je lui 
promets que nous noterions tout cela le lendemain et il s'en- 
dort. 

u J'ai déjà noté dans les rapports précédents que, depuis son 
retour de Gmunden, Hans ne cesse d'avoir des fantasmes rela- 
tifs à ses « enfants », entretient des conversations avec eux, et 
ainsi de suite (58). 

« Aussi, le 26 avril, je lui demande pourquoi il parle aiusi 
toujours de ses enfants* 

Hans : « Pourquoi ? Parce que j'aimerais tant avoir des en- 
fants, mais je ne le souhaite jamais, je n J aimerais pas les 
avoir. » (59) , 

(58)^ Il n'est pas ici nécessaire d'admettre chez Hans un désir, de nature 
féminine, d'avoir des enfants. C'est avec sa mère cjue Hans, enfant, avait 
vécu les moments les plus heureux ; il les reproduit maintenant, assumant 
le rôle actif, donc celui de la mère. 

(59) Cette contradiction flagrante est celle qui existe entre l'imagination 
et la réalité, entre désirer et avoir. Il sait qu^il est en réalité un enfant, et 
que d'autres enfants pourraient le gêner; en imagination il est mère et a 
besoin d^enfants avec qui renouveler les tendresses dont il a déjà été l'objet 
lui-même. 






4Q2 KîiVUK FRANÇAISE PJi J'SYCHANAU'SK 



Moi : « T'es- tu toujours imagine que Bel ta, Olga et les an- 
tres soient, tes enfants ? » 

H an s : <c Oui, Franssî, Frite et aussi Paul (son camarade à 
Lainz) et Lodi. » Un nom de fille imaginaire, son enfant pré- 
férée, dont il parle le plus souvent. — Je ferai remarquer ici 
que la personnalité de Lodi n'est pas une invention de ces der- 
niers jours , mais existait avant la date des derniers éclaircis- 
sements (24 avril). 

Moi : f< Qui est Lodi ? Vit-elle à Gmunden ? » 

Hans : « Non. » 

Moi : « Y a-t-il une Lodi ? » 

Hans : « Oui, je la connais, w 

Moi : « Qui est-elle donc ? » 

Hans : « Celle que j'ai là. » 

Moi : « Comment est-elle ? » 

Hans ; c< Comment ? Les yeux noirs, les cheveux noirs.., 
je l'ai une fois rencontrée avec Mariedl (à Gmunden) comme 
je me promenais dans la ville. » 

« Comme je veux approfondir la chose, il se découvre que 
le tout est une invention. » (60)'* 

Moi : « Tu as ainsi pensé que tu étais leur Maman ? » 

Hans : « J'étais aussi vrainïent leur Maman. » 

Moi : « Que fais ai s- tu donc avec tes enfants ? » 

Hans : « Je les faisais dormir avec moi, filles et garçons. » 

Moi : « Tous les jours ? » 

Hans : « Mais bien sûr ! » 

Moi : « Tu leur parlais ? » 

Hans : « Quand je ne pouvais pas faire tenir tous les enfants 
dans le lit, j'en mettais quelques-uns sur le sofa et j'en as- 
seyais quelques autres dans la voiture d*enfants ; s'il en res- 
tait encore, je les portais au grenier et je les mettais dans la 
caisse, s*iï y avait encore des enfants je les mettais dans l'autre 
caisse. » 

Moi : « Ainsi les caisses à bébés de la cigogne étaient dans 
le grenier ? » 

(6o) Il se pourrait cependant que. II ans eût élevé à la hauteur d'un idéal 
une personne rencontrée par hasard à Gmunden. La couleur des yeux et 
des cheveux de cet idéal est d'ailleurs copiée sur celle des yeux et des che- 
veux de sa mère. 



— — 



]Ji PKTlT HANS /jtft 



H ans : « Ouï, » 

Moi : « Quand as-tu eu tes enfants ? Anna était-elle déjà 

au monde ? » 

Hans : k Oui, depuis longtemps. )> 

Moi : (c Mais de qui as-tu pensé que tu avais eu les enfants) » 

Hans : « Na ! — de moL » (61). 

Moi : « Mais alors tu ne savais pas du tout encore que les en- 
fants proviennent de. quelqu'un. » 

Hans : <c J'ai pensé que la cigogne les avait apportés* » 

(Un mensonge et une échappatoire, évidemment) (62), 

Moi : « Hier Grete était dans ton lit, mais tu sais très bien 
qu'un garçon ne peut avoir des enfants, n 

Hans : « Oui, oui. Mais je le, crois tout de même, » 

Moi : « Comment es-tu tombé sur le nom de Lodi ? Aucune 
petite fille ne porte ce nom. Plutôt Lotti, peut-être ? » 

Hans : « Oh non ! Lodi. Je ne sais pas, mais c'est tout de 
même un joli nom. n 

Moi (en plaisantant) : « Veux- tu peut-être dire un choqo* 
lodi f » 

Hans (promptement) : « Non, un saffalodi.*. (63) parce que 
j'aime tant manger des saucisses, et aussi du salami » (64). 

Moi: <c Dis, un saffalodi ne ressemble-t-il pas à un loumf f» 

Hans ; « Si. » 

Moi : « De quoi donc un loumf a-t-il l'air ? n 

Hans : « Noir, Tu sais (montrant mes sourcils et ma mous- 
tache) comme ça et comme ça, » 

Moi : « Et de quoi encore ? Est-ce rond comme un saffa- 
ladi ?» 

Hans : « Oui, » 

Moi : « Quand tu es assis sur le pot et qu'un loumf vient* 
a s- tu déjà pensé que tu étais en train d'avoir un enfant ? n 

Hans (riant) : « Oui, Déjà à la rne,N.. M et ici aussi, » 

Moi : <t Sais-tu, quand les chevaux d'omnibus sont tombés ? 

(61) Hans ne peut répondre d'un autre point de vue que de celui de Vauto- 
érotisme* 

(62) C'étaient les enfants de son imagination t c'est-à-dire de son onanisme» 

(63) « Soffaladi = Zervelatwurst. (Saucisse au cervelas). Ma femme ra- 
conte volontiers que sa tante prononce toujours Soffilodî). Hans peut l'avoir 
entendu, * 

(64) Une autre sorte, italienne^ de saucisson. (N, d t tr.) 



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" '^ ■■* — — m II-- *-__'. _..•..*_ : y - '■■ ■ r . . 



494 KBVUIS KHANÇA1SB JJÉ PSYCHANALYSE 



La voiture a Pair d'une caisse à la cigogne, et quand le cheval 
noir est tombé on aurait dit,., » 

Hans (complétant) : « que c'est comme quand on est en train 
d'avoir un bébé, » 

Moi : « Et qu'as -tu pensé, quand il a fait du charivari avec 
ses pieds ? » 

Hans : « Là, quand je ne veux pas me mettre sur le pot et 
que j'aime mieux jouer, alors je fais comme ça du charivari 
avec mes pieds, » {Il tape des pieds), 

1 u De là l'intérêt porté par Hans à cette question ; aiine-t-on 
ou n'aime-t-on pas avoir des enfants ? 

<f Hans joue aujourd'hui toute la journée à ce jeu : charger 
et décharger des voitures de bagages : il dit qu'il voudrait 
avoir une charrette avec des caisses comme jouet. Dans îa cour 
de la Douane Centrale en face, ce qui l'intéressait le plus était 
le chargement et le déchargement des voitures. C'est quand 
une voiture était finie de charger et était sur le point de par- 
tir qu'il avait le plus peur, « Les chevaux vont tomber » (65), 
disait-il. Il appelait « trou » les portes du hangar de la Douane 
Centrale, (Ainsi : le premier, le second, le troisième trou.) II 
dit à présent au lieu de trou : « trou du derrière, » 

-a L'angoisse a presque entièrement disparu. Sauf en ceci 
qu'il veut rester au voisinage de la maison, afin d'avoir une 
retraite an cas où il aurait peur, Il ne se réfugie cependant plus 
jamais dans la maison, il reste tout le temps dans îa rue. Com- 
me nous le savons, sa maladie a débuté ainsi, qu'il revint sur 
ses pas en pleurant au cours d'une promenade et, comme on 
le forçait une seconde fois â aller se promener, il n'alla que jus- 
qu'à la gare de la Douane centrale du Stadtbahn, d'où l'on 
peut encore voir notre maison. Lors de l'accouchement de ma 
femme il fut bien entendu séparé d'elle et l'angoisse actuelle, 
qui l'empêche de quitter le voisinage de la maison, est encore 
la nostalgie de sa mère qu'il éprouva alors. 



* * 



« 30 avril. Comme Hans joue de nouveau avec ses enfants 

(65) Ne dit-on pas * Niederkonunen t> (littéralement venir en bas) quand 
uue femme accouche ? 

Ceci en allemand* On dit en français aussi : vie tire bas pour les femelles 
des bêtes. (N. d. tr t ) 



LE MïTIT H ANS 495 



imaginaires, je lui dis : « Comment tes enfants vivent-ils en- 
core ? Tu sais bien qu'un garçon ne peut avoir d'enfants. » 

Hans : « Je le sais. Avant j'étais la maman. Maintenant je 
snis le papa. j> 

Moi : « Et qui est la maman de tes enfants ? n 
Hans : « Eh bien, Maman, et tu «s le grand-père. )> 
Moi : « Ainsi tu voudrais être aussi grand que moi, être ma- 
rié avec Maman et elle devrait alors avoir des enfants, » 

Hans : et Oui, c'est ce que je voudrais et alors celle de Lainz 
(ma mère) sera leur grand-mère, » 

Tout finit bien. Le petit Œdipe a trouvé une solution plus 
heureuse que celle prescrite par le destin. Au lieu de tuer son 
père, il îuï accorde le même bonheur qu'il réclame pour lui- 
même ; il le promeut grand-père et le marie aussi avec sa pro- 
pre mère, 






« Le i* mai, Hans vient me trouver au moment du déjeuner 
et me dit : « Sais -tu ? Ecrivons quelque chose pour le profes- 
seur, » 

Moi ; « Qnoi donc ? » 

Hans : « Ce matin, j'étais avec tous mes enfants au W. C, 
D'abord j J ai fait loumf et pipi et ils regardaient. Alors je les 
ai assis sur le siège et ils ont fait pipi et loumf et je leur ai es- 
suyé le derrière avec du papier. Sais- tu pourquoi ? Parce que 
j'aimerais tant avoir des enfants ; alors je ferais tout pour 
eux, je les conduirais au W- C. f je leur nettoierais le derrière* 
enfin tout ce qu'on fait aux enfants, » 

Il sera difficile, après l'aveu apporté par ce fantasme, de 
contester que chez Hans les fonctions excrémentielles fussent 
chargées de plaisir. 

a L'après-midi, il se risque pour la première fois dans le 
Sta^tpark. Comme c'est le I er mai, il y a certes moins qu'à 
l'ordinaire de voitures susceptibles dé l'effraj^er, bien qu'il. y 
en ait assez- Il est très fier de son exploit, et je dois retourner 
avec lui, après goûter, dans le Stadtpark, En route nous ren- 
controns un omnibus qu'il me montre : « Regarde, une voi- 
ture avec le coffre à la cigogne ! » Si, ainsi qu'il est convenu, 



49*1 KKVl'JK JKANÇAÏSK 3>Jv J\SYC H ANALYSE 






Hans retourne demain avec moi dans le Sladlpark, on pourra 
considérer sa maladie comme guérie, 

« Le 2 mai, Hans vient me trouver le matin : « Tu sais, j'ai 
pensé aujourd'hui quelque chose, » D'abord, il Pa oublié; plus 
tard il le raconte, mais en manifestant une résistance considé- 
rabïe : « Le plombier est venu et m'a d'abord enlevé, avec des 
tenailles, le derrière, et alors il m'en a donné un autre, et puis 
la même chose avec mon f dit-pipi* Il a dit ; « Laisse -moi voir 
ton derrière i alors j'ai dû me tourner et il l'a enlevé et alors 
il a dît : <c Laisse-moi voir ton fait-pipi, » 

Le père saisit le caractère de ce fantasme de désir et ne 
doute pas un instant de la seule interprétation qu'il comporte, 

Moi: « Il t'a donné un plus grand fait-pipi et un plus grand 
derrière. )> 

Hans ; « Oui, » 

Moi ; « Comme ceux: de papa, parce que tu aimerais bien 
être papa ? » 

Hans r « Oui, et j'aimerais aussi avoir une moustache 
-comme toi et aussi des poils comme toi. » (Il montre les poils 
sur ma poitrine.) . 

« Il faut d'après cela rectifier l'interprétation du fantasme 
précédent de Hans, dans lequel le plombier était venu, avait 
dévissé la baignoire et lui avait enfoncé un perçoir dans le 
Ventre. La grande baignoire signifie le « derrière », le perçoir 
ou tenailles , comme nous Pavions déjà interprété, le fait- 
pipi (66). Ce sont des fantasmes identiques. 

Une lumière nouvelle est aussi par là projetée sur la peur 
qu'a Hans de la grande baignoire, qui a d'ailleurs déjà dimi- 
nuée. Il lui déplaît que son « derrière » soit trop petit pour la 
grande baignoire, » 

Dans les jours qui suivirent, la mère de Hans m'écrivit à 

(66) Peut-être pouvons-nous ajouter que- le mot « perçoir » (Bohrer) n'a pas 
été choisi en dehors de toute connexion avec le mot « né *, « naissance * 
(gcborcîij Geburt). L'enfant n'aurait ainsi pas fait de distinction entre û né.» 
et « percé » (gcborcn f gebohrt) t J'accueille cette suggestion, qui m'est faite 
par un collègue expérimenté, mais ne saurais dire si nous nous trouvons en 
face d'un rapport profond et universel entre les deux idées ou d'une coïnci- 
dence verbale particulière à l 'allemand. Prométhée {Pramantha) créateur des 
Jiommc.s est aussi étymologiquement le « perceur & (Bolirer), Voir Abra- 
ham, Travm unà Mythas, Rêve et Mythe, <j e vol. des Schriftev sur ange? 
liûmàten Sechnktmâc 1908.) 



■■ 



uî pktj r iians 497 



w.j n F— 



diverses reprises pour m' ex primer sa joie de la guérison de 
son fils. 






Le père de Hans m'écrivit une semaine plus tard : 

« Cher Docteur, 

« Je voudrais ajouter encore ce qui suit à l'histoire de la 
maladie de Hans : 

i° La rémission qui suivit les premières révélations que je 
lui fiSj relativement aux choses sexuelles, n'était pas aussi 
complète que je l'ai peut-être représentée, Hans allait certes 
à la promenade, mais rien que quand on l'y forçait et avec une 
grande angoisse. Il alla une fois avec moi jusqu'à la station de 
la Douane Centrale, d'où l'on voit encore notre maison, mais 
rien ne put le décider à aller plus loin. 

2° Sirop de framboises, fusil. On donne à Hans du sirop de 
framboises quand il est constipé, Schieàsen et scheissen (tirer 
ou chier) sont des mots que Hans aussi confond souvent. 

3* Hans avait environ quatre ans quand ou lui a donné une 
chambre à part ; jusque là il avait couché dans notre chambre, 

4* Un résidu du trouble subsiste encore, seulement il ne 
s'exprime plus sous forme de peur, mais sous la forme de l'ins- 
tinct, normal chez les enfants, de poser des questions. Ces 
questions se rapportent principalement à ceci ; de quoi sont 
faits les objets (tramways, machines, etc.), qui fait les objets ; 
etc... Il est caractéristique de la plupart de ces questions que 
Hans les pose, bien qu'il y ait déjà répondu lui-même. ïl 
recherche simplement des confirmations. Comme un jour, 
fatigue de ses questions, je lui disais : « Crois-tu donc que je 
puisse répondre à tout ce que tu demandes? » il répliqua : 
« Mais je croyais, parce que tu as su la chose à propos du 
cheval, que tu saurais ça aussi, » 

5° Hans ne parle plus de sa maladie que comme d'un fait 
historique passé : « Alors, quand j'avais la bêtise,., » 

6° Le résidu qui est là derrière est celui-ci : Hans se casse 
la tête pour comprendre ce que le père a à faire avec l'enfant, 
puisque c'est la mère qui met celui-ci au monde. On peut le 
voir d'après ses questions, par exemple quand il demande : 






498 revue française de psychanalyse 

« N'est-ce pas, j'appartiens aussi à toi ? » (Il veut dire, pas 
seulement à sa mère.) Mais de quelle manière il m'appar- 
tient, cela ne lui est pas clair; Par contre je n'ai aucune preuve 
directe qu'il ait, comme vous le supposez, épié un coït de ses 
' parents, 

7 Q En exposant ce cas il faudrait peut-être souligner la vio- 
lence de l'angoisse, car sans cela on pourrait dire : il aurait 
bien vite été promener si on lui avait seulement donné une 
bonne fessée. » 

J'ajouterai pour finir que, dans le dernier fantasme de 
Hans, l'angoisse émanée du complexe de castration est sur- 
montée, 'l'attente anxieuse muée en attente bienheureuse, 
Oui t le Docteur, (le plombier) vient, il lui enlève son pénis, 
mais ce n'est que pour lui en donner un plus grand à la place. 
Quant au reste, notre jeune investigateur a simplement fait 
de banne heure la découverte que tout savoir est fragmen- 
taire, et que sur chaque degré gravi de la connaissance un 
résidu non résolu demeure* 



LE PETIT HANS 49 g 



III 



Commentaire 



J'examinerai à trois points de vue cette observation du 
développement et de la résolution d'une phobie chez un petit 
garçon de moins de cinq ans. Premièrement, je rechercherai 
jusqu'à quel point elle vient à l'appui des assertions que j'ai 
avancées dans mes « Trois Essais sur la Théorie de la Sexua- 
lité », [Drei Abhandlungen zur Sexualtheorie), publiés en 
1905 ; deuxièmement, je rechercherai ce qu'elle peut appor- 
ter à la compréhension de cette forme pathologique» d'une si 
grande fréquence ; troisièmement, je rechercherai ce qu'elle 
peut offrir qui permette d'élucider la vie psychique de l'en- 
fant et d'édifier une critique des buts que nous poursuivons 
en matière d'éducation. 



J'ai l'impression que le tableau de la vie sexuelle infantile 
qui se dégage de Inobservation du petit Hans est en harmonie 
parfaite avec la description que j'en ai donnée dans ma théorie 
sexuelle, édifiée d'après l'examen psychanalytique d'adultes. 
Mais avant d'aborder le détail de ces concordances, il me faut 
répondre à deux objections qu'on fera à mon utilisation dé 
cette analyse dans ce but, La première : le petit Hans n'est 
pas un enfant normal, mais — comme la suite, sa maladie, le 
prouve — un enfant prédisposé â la névrose,. tin petit a dégé- 
néré i>> et c'est pourquoi il n'est pas permis d'appliquer des 
conclusions , peut-être justes pour lui, à d'autres enfants, 
normaux. Je m'occuperai ultérieurement de cette objection/ car 



mm ^ ^^ m ^^ mm b,,^ ^ a ^ m m É^ É ^ ^ ^ ^ ta 



______ B^fcl 

500 REVUK FRANÇAISE DE PSYCHANALYSÉ 



elle ne fait que limiter, mais n'annule pas, la valeur de l'obser- 
vation, La seconde et plus sérieuse objection est celle-ci : 
l'analyse d'un enfant par son père, quand ce père aborde cette 
analyse imbu de mes vues théoriques, infecté de mes préjugés,. 
est dénuée de toute valeur objective. Un enfant est naturel* 
lement au plus haut degré suggestionable, peut-être par per- 
sonne autant que par son père, il se laissera suggérer n'im- 
porte quoi par son père en reconnaissance de ce qu'on s'oc- 
cupe tellement de lui ; rien de ce qu'il dit ne saurait avoir de 
force convaincante et toutes ses idées, tous ses fantasmes et 
rêves prendront bien entendu le chemin dans lequel on les- 
pousse à toute force. Bref, encore une fois tout est ici de la 
« suggestion », à la seule différence que celle-ci est bien plus 
aisée â démasquer dans le cas d'un enfant, que dans le cas 
d'un adulte. 

Chose singulière, je peux me rappeler, au temps où je com- 
mençais à me mêler aux débats scientifiques, voici vingt- deux 
ans, avec quelle ironie les assertions relatives à la suggestion 
et à ses effets étaient accueillies par la vieille génération des 
neurologues et des psychiatres. Depuis lors, la situation s'est 
radicalement transformée ; l'aversion primitive n'a été que 
trop aisément convertie en une acceptation complaisante, et 
ceci n'est, pas dû seulement à l'effet que les travaux de Lié- 
bault> de Bemheim et de leurs élèves devait produire au cours 
de ces vingt dernières années, mais aussi à l'influence de 
cette découverte : les hommes se sont aperçus quelle économie 
d'effort mental était réalisée par l'emploi â tout faire du mot 
de « suggestion ». Personne en effet ne sait ni ne se soucie de 
savoir ce qu'est la suggestion, d'où elle émane et quand elle 
s'établit ; il suffit que tout ce qui est gênant dans le psvehisme 
puisse être étiqueté suggestion. 

Je ne partage pas le point de vue actuellement en vogue, 
d'après lequel les dires des enfants seraient toujours arbitrai- 
res et indignes de foi. Il n'y a en effet pas d'arbitraire dans 
le psychique, et l'incertitude des dires des enfants est due à 
la prédominance de l 'imagination de ceux-ci, tout comme 
l'incertitude des dires des adultes est due à la prédominance 
des préjugés de ceux-là* Au demeurant, les enfants non plus 
ne mentent pas sans raison et ont en somme plus de propen- 



LE PETIT HANS SOI 



sion à aimer la vérité que n'en ont leurs aînés. Eu rejetant 
«i bloc les allégations de notre petit Hans, nous nous ren- 
drions certainement coupables envers lui d'une grave injus- 
tice. On peut bien plutôt nettement distinguer les uns des 
autres les cas où, sous la pression d'une résistance, il falsifie 
les faits ou les dissimule, ceux où, lui-même indécis, il dit 
comme son père (cas où ce qu'il dit ne doit pas être porté en 
compte), et ceux où, libre de toute contrainte, il laisse spon- 
tanément jaillir c.c_ qui constitue sa vérité intime et qu'il était 
jusqu'alors seul à savoir. Les allégations des adultes ne pré- 
sentent pas de plus grandes certitudes. Il demeure regrettable 
que l'exposé d'une psychanalyse ne puisse pas rendre les im- 
pressions que reçoit l'analyste, que la conviction, décisive ne 
puisse jamais être obtenue par la lecture , mais seulement par 
les expériences vécues qu'on éprouve en la faisant. Mais ce 
défaut est à un degré égal inhérent aux analyses d'adultes. 

Les parents du petit Hans dépeignent leur fils comme un 
enfant gai, franc, et tel en effet il devait être d'après l'éduca- 
tion qu'ils lui donnaient, éducation dont la partie essentielle 
consistait dans l'omission de nos fautes habituelles en matière 
éducative^ Tant qu'il put poursuivre ses investigations dans 
un état de joyeuse innocence, sans soupçonner les conflits qui 
en devaient bientôt surgir, il communiqua tout sans' réserve, 
et les observations datant du temps qui précéda sa phobie sont, 
en effet, au-dessus de tout doute et de tout soupçon. C'est avec 
l'éclosion de la maladie et pendant l'analyse que des diver- 
gences commencent â se faire sentir entre ce qu'il dit et ce 
qu'il pense, et ceci, d'une part, parce que du matériel incons- 
cient, dont il est incapable de se rendre maître d'un seul coup, 
s'impose à luij d'autre part t parce que le contenu de ses pen- 
sées , de par ses relations à ses parents, implique des réticen- 
ces. Je crois demeurer impartial en exprimant l'opinion que 
ces difficultés elles-mêmes n'ont pas été plus grandes ici que 
dans beaucoup d'analyses d'adultes. 

Il est vrai qu'au cours de l'analyse bien des choses doivent 
être dites à Hans qu'il ne sait pas dire lui-même, que des idées 
doivent lui être présentées, dont rien encore n'a révèle en lui 
la présence, que son attention doit être dirigée du côté d'pù 
son père attend que quelque chose surgisse, Ceci affaiblit la 



502 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

force de conviction émanant de cette analyse, mais dans toute 
analyse on agit ainsi. Car une psychanalyse n'est pas une re- 
cherche scientifique impartiale, niais un acte thérapeutique, 
elle ne cherche pas par essence à prouver, mais à modifier 
quelque chose. Au cours d'une psychanalyse, le médecin don- 
ne toujours au malade, dans une mesure plus ou moins gran- 
de suivant les cas, les représentations conscientes anticipées 
à l'aide desquelles il sera à même de reconnaître et de saisir 
ce qui est inconscient. Les différents patients ont respective- 
ment plus ou moins besoin de cette aide, mais personne ne 
peut entièrement s'en passer. Ce dont on peut se rendre maî- 
tre tout seul, ce sofit des troubles légers, mais jamais une né- 
vrose, chose qui s'est opposée au moi comme un élément étran- 
ger. Afin d'en avoir raison il faut le secours d'une autre per- 
sonne, et la mesure dans laquelle cette autre personne peut 
apporter son aide est la mesure même dans laquelle la névrose 
est curable. Est-il de l'essence d'une névrose de se détourner 
de T « autre personne » — ainsi qu'il semble en être^ trait ca- 
ractéristique, de tous les états groupés sous le nom de Démence 
précoce, — ^ alors justement pour cette raison de pareils 
états resteront rebelles à tous nos efforts. On peut donc admet- 
tre qu'un enfant, de par le faible développement de ses systè- 
mes intellectuels, ait besoin d'une assistance particulièrement 
grande. Mais ce que le médecin fait savoir au patient émane 
après tout aussi de son expérience analytique, et notre con- 
viction sera vraiment assise sur des bases suffisantes si, grâce 
à cette intervention médicale, nous parvenons à découvrir la 
structure du matériel pathogène et du même coup à résoudre le 
mal + 

Et cependant, même au cours de son analyse, notre petit 
patient a témoigné d'assez d'indépendance pour .qu'on puisse^ 
l'acquitter de l'accusation de « suggestion ». Comme tous les 
autres enfants, il applique ses théories sexuelles infantiles au 
matériel qu'il a devant lui, et ceci sans que rien l'y ait incité. 
Ces théories sont fort éloignées de la mentalité adulte ; davan- 
tage, dans ce cas, j'avais justement négligé d'avertir le père 
de Hans que le chemin menant pour Hans au thème de la 
naissance devrait passer par le complexe excrémentiel. Cette 
négligence de ma part, bien qu'ayant fait passer l'analyse par 



LE PETIT HAltiS 503 



une phase obscure, apporta du moins un excellent témoignage 
de la spontanéité et de l'indépendance du travail mental de 
Hans. Il se mit soudain â s'occuper du et loumf », sans que son 
père, qui soi-disant le suggestionnait, comprît le moins du 
monde comment il en était arrivé là et ce qu'il en allait sortir. 
On ne peut attribuer plus de part aux suggestions du père 
dans les deux fantasmes du plombier, émanés du « complexe 
de castration » de Hans, acquis de bonne heure, et je dois 
ici avouer avoir entièrement tu au père de Hans mon attente 
d'un tel rapport, ceci en vertu d'un intérêt théorique, et 
pour ne par affaiblir la force convaincante d'une pièce telle 
qu'il nous en tombe rarement entre les mains. 

En étudiant plus à fond les détails de l'analyse, nous trou- 
verions en abondance de nouvelles preuves de l'indépendance 
de notre Hans au regard de la « suggestion », mais j'inter- 
romprai ici la discussion de cette première objection. Je sais 
que, même par cette analyse , je ne convaincrai personne de 
ceux qui ne veulent pas se laisser convaincre, et* je vais pour* 
suivre la discussion de ce cas eu vue des lecteurs qui ont" 
déjà acquis la conviction de la réalité objective du matériel 
pathogène inconscient. Je le fais avec l'agréable assurance que 
le nombre de ces lectcurs-là augmente constamment. 

* # 

Le premier trait que Ton puisse regarder en Hans comme 
faisant partie de sa vie sexuelle est un intérêt tout particu- 
lièrement vif pour son et fait-pipi », ainsi qu'est appelé cet 
organe d'après celle de ses fonctions qui, à peine des deux 
la moins importante* ne peut, être éludée dans la nursery. 
Cet intérêt fait de Hans un investigateur , il en vient ainsi 
â découvrir que Ton peut> d'après la présence ou l'absence 
d'un fait-pipi, distinguer le vivant de Tin animé. Il postule, 
chez tous les êtres vivants, qu'il juge semblables à lui-même, 
cette importante partie du corps, il l'étudié chez les grands 
animaux, suppose que ses parents en sont tous deux pourvus, 
et ne se laisse même pas arrêter par le témoignage de ses yeux 
pour en assigner un à sa sœur qui vient de naître. On pour- 
rait dire que c'eût été un trop grand ébranlement de sa « phi- 






504 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

losophie du monde )> s'il avait dû se résoudre à renoncer â la 
présence de cet organe chez un être semblable à lui ; ; c'eût été 
comme si on. le lui eût arraché à lui-nicnie. Voilà sans doute 
pourquoi une menace de sa mère, ne tendant â rien de moins 
qu'à la perte du « fait-pipi » est aussitôt chassée dç la pensée 
de Hans et ne peut que plus tard manifester ses effets. 1/ in- 
tervention de la mère avait été motivée parce que Hans aimait 
à se procurer des sensations agréables eu touchant son petit 
inembre : le petit garçon avait commencé à pratiquer li sorte 
d'activité sexuelle auto-érotique la plus commune — et la plus 
normale. 

Par un processus qu'Àlf . Adler a dénommé très proprement 
« intrication des pulsions » (67), le plaisir trouvé par un sujet 
à son propre organe sexuel s'allie â la scopophilie (plaisir 
sexuel attaché à la vision) dans ses composantes active et pas- 
sive. Le petit garçon cherche à trouver l'occasion de voir le 
« fait-pipi » des autres, sa curiosité sexuelle se développe et 
il aime montrer le sien. L'un de ses rêves, datant des premiers 
temps du refoulement* contient le souhait qu'tfne de ses pe- 
tites amies l'assiste quand il fait pipi* c'est-à-dire qu'elle ait 
part au spectacle. Le rêve témoigne ainsi du fait que ce désir 
at^ait subsisté jusque là sans être refoulé, de même que des 
informations plus tardives confirment que Hans avait l'habi- 
tude de satisfaire ce désir. 

La composante active de la scopophilie se met bientôt en 
rapport avec un motif déterminé. Quand Hans se plaint â plu- 
sieurs reprises tant.à son père qu'à sa mère de n'avoir jamais. 
encore vu leur « fait-pipi », il y est sans doute poussé par le 
besoin de comparer. Le moi est toujours l'étalon auquel on 
mesure le monde ; c'est par une comparaison constante avec 
soî-même qu'on apprend à le comprendre. Hans a observé que 
les grands animaux avaient des <c fait-pipi n proportionnelle- 
ment plus grands que le sien ; c'est pourquoi il suppose le 
même rapport chez ses parents et voudrait se convaincre de 
la chose. Sa mère, pense- 1- il, a sûrement un fait-pipi « comme 
un cheval n\ Il a alors cette consolation toute prête : son 

(67) * Der Aggressioiisbetrieb îm Leben und în der Neurose *.) I/actîvité 
agressive dans la vie et dans la névrose). Fortschritte der' Medezîn, 1908. 



LE PETIT HANS 505 



<( fait-pipi » grandira avec lui ; il semble que le désir de T en- 
fant de devenir grand se soit concentré sur son organe génital. 

Dans la constitution sexuelle au petit Hans, la zone géni- 
tale est ainsi, dès le début, celle de toutes les zones érogènes 
qui lui procure le plus intense plaisir, Le seul autre plaisir 
similaire dont Hans témoigne est le plaisir excrémentiel, celui 
qui est attaché aux orifices par lesquels ont lieu l'évacuation 
de Purin e et celle des fœces. Quand, dans son dernier fan- 
tasme de félicité, avec lequel sa maladie est surmontée, il a 
des enfants qu'il mène au W. C, quand il leur fait faire pipi 
et leur essuie le derrière, bref <( fait avec eux tout ce qu*on 
peut faire avec des enfants », il semble impossible de ne pas 
admettre que ces pratiques, du temps où Hans tout petit en 
était l'objet, n'aient pas été pour lui une source, de sensations 
agréables- Il avait obtenu de ses zones érogènes "ce plaisir à 
l'aide de la personne que le soignait enfant, de fait sa inèré ; 
et ainsi ce plaisir indiquait déjà la voie au choix de l'objet. 
Mais il est possible qu'à une date encore antérieure il ait eu 
l'habitude de se procurer ce plaisir sur le mode autoérotique, 
qu'il ait été de ces enfants qui aiment â retenir leurs 
excréments jusqu'à ce que leur évacuation puisse leur procu- 
rer une excitation voluptueuse, Je dis simplement : c'est pos- 
sible, car l'analyse ne l'a pas établi clairement : le i< charivari » 
avec les jambes (donner des coups de pieds) , dont plus tard il 
a si peur, est une indication dans ce sens. Mais, quoi qu'il en 
soit, ces sources de plaisir n'ont pas chez Hans l'importance 
particulièrement frappante qu'elles ont si souvent chez d'au- 
tres enfants. Il est devenu propre de bonne heure, et l'inconti- 
nence d'urine, nocturne ou diurne, n'a joué aucun rôle dans 
ses premières années ; on n'a jamais rien observé chez lui de 
la tendance à jouer avec ses excréments, tendance si repous- 
sante chez les adultes et qui réapparaît souvent -vers la termi- 
naison des processus psychiques d'involution. 

Soulignons ici sans tarder qu'au cours de la phobie, une 
répression de ces deux composantes bien développées de l'ac- 
tivité sexuelle ne saurait se méconnaître, Hans a honte d'uri- 
ner devant les autres, il s'accuse de mettre le doigt à son « fait- 
pipi », il s'efforce de renoncer à l'onanisme, et manifeste du 
dégoût du« loumf » et du « pipi », comme de* tout ce qui rap- 

REVUE, FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE f 



506 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



pelle ces choses. Bans le fantasme où il donne ses soins à ses 

enfants il supprime ce dernier refoulement. 

Une constitution sexuelle telle que celle de notre petit Hans 
ne semble pas présenter de disposition au développement de 
perversions ou de leur négatif (limitons-nous ici à l'hystérie). 
Autant que - mon expérience me l'a montré, (et il convient 
vraiment de parler ici avec une grande réserve) -la constitution 
innée des hystériques se distingue par une moindre prépon- 
dérance de la zone génitale par rapport aux autres zones éro- 
gènes. Ceci va presque de soi pour les pervers. Une seule 
u aberration n de là vie sexuelle doit être expressément excep- 
tée de cette règle. Chez ceux qui deviendront f plus tard des 
homosexuels — et qui, d'après mon attente comme d'après les- 
observations de J. Sadger ont tous traversé dans l'enfance une 
à hase amphiqène (68) —*- on rencontre la même prépondérance- 
infantile de la zone génitale que chez les normaux f en particu- 
lier du pénis, Davantage : c'est la haute estime où les homo- 
sexuels tiennent le membre viril qui fixe leur destin. Ils choi- 
sissent dans leur enfance comme objet sexuel la femme, aussi 
longtemps qu'ils attribuent à celle-ci la possession de cette par- 
tie du corps, à leurs yeux indispensable; quand ils ont acquis 
la conviction que la femme les a déçus en ce point, la femme 
devient pour eux inacceptable en tant qu'objet sexuel. Ils ne 
peuvent pas se passer du pénis chez quiconque doit les inciter 
au rapport sexuel , et, dans le cas le plus favorable, ils fixent 
leur libido sur « la femme douée d'un pénis », c'est-à-dire sur 
un adolescent d'apparence féminine. Ainsi les homosexuels 
sont des hommes qui, de par l'importance érogène de leur 
propre membre viril, ne peuvent pas se passer de cette con- 
cordance avec leur propre personne dans l'objet de leur désir 
sexuel. Au cours de leur évolution de l'an to-éroti suie à l 'amour 
objectai, ils sont restés fixés â un point intermédiaire plus rap- 
proché du premier que du second. 

Il n*est en rien justifié de distinguer un instinct homosexuel 
spécial. Ce n'est pas une particularité dans la. vie instinctive, 
mais dans le choix de l'objet, qui fait Phomosexueh Je ren- 

(68) Où des individus des deux sexes &ont indifféremment pris comme 
objets des désirs sexuels* (N. d. tr«) 



LE PETIT H ANS' 507 



verrai à ce que j'ai exposé dans ma « Théorie Sexuelle » j nous 
nous sommes à tort imaginé l'union entre instinct et objet dans 
la vie sexuelle comme étant plus intime qu'elle ne Test. L'ho- 
mosexuel ne parvient pas à désengager ses instincts — peut- 
être normaux — d'une certaine classe d'objets choisis en vertu 
d'une condition particulière. Et, dans l'enfance, cette condi- 
tion lui semblant partout réalisée, il est capable de se compor- 
ter comme notre petit H ans, indifféremment tendre envers gar- 
çons et filles et qui, à rocca'skm, déclare son ami Fritzl être 
« sa plus chère petite fille jk Hans est homosexuel, comme il 
est possible qtie le soient tous les enfants, et ceci est en accord 
avec ce qu'il ne faut pas perdre de vue: il ne connaît qu'une 
se %, îe sorte d'organe génital, un organe tel que le sien (6g). 

Le développement ultérieur de notre jeune libertin ne le con- 
duit cependant pas à l'homosexualité, mais à une virilité d'al- 
lure polygame ; il sait changer de manière suivant les objets 
changeants de son inclination, ici audaeieusement agressif et 
là languissant et transi. Son amour avait été à l'origine trans- 
féré de sa mère à d'autres objets, mais une raréfaction de ces 
derniers s J étant produite, l'amour de Hans fait retour à sa 
mère et y échoue dans la névrosé. Ce n'est qu'alors que nous 
apprenons à quelle intensité l'amour pour sa mère avait at- 
teint et quelles vicissitudes il avait traversées. Le des- 
sein sexuel, poursuivi par Hans auprès de ses petites compa- 
gnes : coucher avec elles, avait pris naissance auprès de sa 
mère ; il est exprimé en termes qui sembleraient appropriés 
également à un adulte, bien que pour celui-ci ils pren- 
draient un sens plus plein. Le petit garçon avait trouvé le che- 
min de l'amour objectai de' la façon habituelle : par les soins à 
lui donnés quand il était tout petit ; une nouvelle sorte de 
jouissance était devenue pour lui la principale : être couché 
avec sa mère. Nous soulignerons l'importance du plaisir du 
contact cutané (plaisir propre à nous tous du fait de notre cons- 
titution) comme étant Tune des composantes de cette satisfac* 

■ 

(69I (Note additionnelle de 1923). J'ai plus tard {i9 2 3) attiré l'attention sur 
ce fait que la période de l 'évolution sexuelle dans laquelle se trouve notre 
petit patient est universellement caractérisée par la connaissance d'une 
seule sorte d'organe génital, le viril. En opposition .avec la période ultérieure 
de maturité, cette première période est marquée non par une primauté gé- 
nitale, maïs par la primauté du phallus. 



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*"" ! ™ . - ■ - ...■■■■■■ ' 

508 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



tion de Hans — tandis que si nous suivions la nomenclature 
de Moll (d'après nous- artificielle) il nous faudrait la rapporter 
à l'apaisement de V instinct de contre dation. 

Par son attitude envers son père et sa mère Hans confirme 
de la façon la plus éclatante et la plus sensible tout ce que 
j'ai dit dans la « Science des Rêves » et la « Théorie sexuelle » 
sur les rapports des enfants avec leurs parents. 11 est vraiment 
un petit (Edipe, qui voudrait « mettre de côté » son père, s J en 
débarrasser, afin d'être seul avec sa jolie maman, afin de cou- 
cher avec elle. Ce souhait prit naissance pendant les vacances 
d'été, alors que les alternatives de présence et d'absence du 
père attiraient l'attention de Hans sur les conditions auxquel- 
^s était liée cette intimité avec sa mère qui était sa nostalgie. 
Le souhait se contentait alors de cette formule: le père devrait 
« partir j>, et, à un stade ultérieur, il' devint possible â la peur 
d'être mordu par un cheval blanc de se rattacher directement 
à cette première forme du désir, grâce â une impression acci- 
dentelle reçue lors du départ de quelqu'un d'autre, Mais en* 
suite, sans doute pas avant le retour â Vienne, où il ne fallait 
plus compter sur les absences paternelles — le souhait s'am- 
plifia jusqu'à désirer que le père restât toujours absent, fût 
« mort », La peur résultant de ce désir de mort contre le père, 
peur ainsi normalement motivée, constitua le plus grand obsta- 
cle à l'analyse, jusqu'à ce qu'elle fût dissipée par l'entretien 
dans mon cabinet de consultation (70). 

Mais notre Hans n'est vraiment pas un scélérat, pas même 
un enfant chez qui les tendances cruelles et violentes de la 
nature humaine s'épanouissent, en cette phase de la vie, en- 
core librement. Tout au contraire, il présente à un degré rare, 
dans son caractère, la tendresse et la bonté ; son père rapporte 
que la transmutation des tendances agressives en pitié s'est 
effectuée chez lui de très bonne heure. Bien avant sa phobie il 
éprouvait du malaise à voir battre des chevaux de carrousel, et 
il ne pouvait voir sans émoi quelqu'un pleurer en sa présence. 
En un point de l'analyse, en rapport avec un certain contexte, 

(70) II est certain que les deux associations de Hans : * Sirop de fram- 
boises et fusil pour tuer les gens » n'avaient <ju J une seule détermination. 
Elles ont sans doute autant de rapport à la haine de Hans pour son père 
qu'au complexe de constipation Le père, qui lui-même devine ce rapport, 
pense à propos de * sirop de framboises * à du sang-. 



« 



LE PETIT H ANS 509 



une part de sadisme réprimé vient à se faire jour (71), mais 
c'est du sadisme réprimé, et il nous reste à découvrir par le 
contexte en place de quoi ce sadisme apparaît et ce qu'il doit 
représenter* Bt Hans aime profondément ce père contre lequel 
il nourrit ces désirs de mort, et tandis que son intelligence 
s'oppose à une telle contradiction (72^ il en démontre de fait 
la présence, quand il bat son père et embrasse aussitôt après 
l'endroit qu'il a battu. Il faut nous garder nous-même 
de trouver une telle contradiction choquante ; la vie affective 
des hommes est faite, en général, de telles paires contras- 
tées (73); davantage, il n'y aurait peut-être pas de refoulement 
et pas de névrose s'il en était autrement* Ces contrastes affec- 
tifs ne deviennent ordinairement conscients aux adultes , en 
leur simultanéité, que dans les états passionnels amoureux les 
plus intenses, le reste du temps ils ont coutume de se suppri- 
mer l'un l'autre jusqu'à ce que l'un d'eux réussisse à recou- 
vrir et cacher l'autre, -Mais dans la vie psychique de l'enfant 
ils peuvent coexister paisiblement côte à côte un bon bout de 
temps. 

La naissance d'une petite sœur, quand Hans avait trois ans 
et demie, a eu la plus grande importance sur son développe- 
ment psycho-sexuel. Cet événement a accentué ses relations a 
ses parents, a présenté à sa réflexion des problèmes insolubles,, 
et ensuite j le spectacle des soins donnés au bébé a revivifié les 
traces mnémiques des premières occasions où Hans lui-même 
avait éprouvé ces plaisirs. Une telle influence est également 
typique : dans un nombre insoupçonné d'histoires de malades 
ou de normaux, on est obligé dç prendre comme point de dé- 
part une pareille explosion de désir et de curiosité sexuels, eu 
rapport avec la naissance d'un petit frère ou d'une petite sœur, 
La conduite de Hans envers la nouvelle venue est celle qui est 
décrite dans la « Science des Rêves n (p. 229). Quelques jours 
plus tard, ayant la fièvre, il trahit son peu de goût pour cette 

(71) Quand il veut battre et taquiner les chevaux. 

(72) Voir les questions critiques de Hans à son père, p, 446. 

(73) * Das niachtj ich bin kein ausgeklugelt Buch. 

Icli bin eîn Meiisch mit seînem Wider&pruch. 

Ch F* Meyer <c Huttens letztc Ta^e. * 
(De faitj je ne suis pas une ingénieuse fiction. 
Je finis un lionime avec toutes ses contradictions.) 



510 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

nouvelle addition à la famille. Ici l'hostilité apparaît, d'abord, 
la tendresse suivra (74), La peur de voir arriver encore un autre 
bébé trouve dès lors place parmi ses pensées conscientes. Dans 
la névrose, V hostilité déjà réprimée est représentée par une 
peur spéciale: celle de la baignoire; dans l'analyse, Hans expri- 
me sans ambages le désir de mort dirigé contre sa sœur, et ne se 
contente pas d'allusions que son père doive compléter. Son 
auto-critique ne lui laisse pas apparaître ce désir comme étant 
aussi coupable- que celui , de nature analogue, dirigé contre son 
père, mais évidemment son inconscient traite de même les deux 
personnes, parce que sa- sœur et son père lui prennent l'un 
comme T autre sa mère, l'empêchant d'être seul avec elle. 

De plus, cet événement et les sentiments qu'il' réveille ont 
donné à ses désirs une orientation nouvelle. Dans son fan- 
tasme final, il additionne toutes ses aspirations erotiques, aussi 
bien celles émanant de la phase autoérotique que celles qui 
sont en rapport avec son amour objectai- Il est marié avec sa 
jolie mère et il a d'innombrables enfants, qu'il peut soigner à 
sa guise. 



II 

Un jour, dans la rue, Hans a une crise d*angoisse morbide. 
Il ne peut encore dire de quoi il a peur, niais au début de l'état 
anxieux il trahit, par sts paroles à son père, le motif qu'il a 
d'être malade, le bénéfice de la maladie. Il veut rester auprès 
de sa mère, il veut faire câlin avec elle ; le souvenir d'avoir 
été également séparé d'elle quand est arrivé l'autre enfant peut, 
ainsi que pense le père, contribuer à créer cette nostalgie. Il 
devient vite évident que l'angoisse ne peut plus être reconver- 
tie en l'aspiration qu'elle remplace. Hans a peur même quand 
sa mère raccompagne. Entre temps, nous apprenons, grâce à 
quelques indices, à reconnaître sur quoi la libido, muée en 
angoisse, s'est fixée. Hans manifeste la peur tout à fait spé- 
cialisée d'être mordu par un cheval blanc. 

Nous appelons un tel état morbide « phobie », et nous pour- 

■ 

(74) Voir les projets de Hans pour le moment où sa sœur pourra parler 



LE PETIT H ANS 5IX 



rions compter le cas de Hans au nombre des agoraphobies, si 
♦cette 'dernière affection n*était caractérisée par le fait que la lo- 
comotion â travers l'espace, sans cela impossible, devient tou- 
jours possible quand le malade est accompagné par une pei> 
sonne déterminée, dans les cas extrêmes le médecin, La pho- 
bie de Hans ne remplit pas, cette condition, elle cesse bientôt 
d'être en rapport avec Pespace et prend de pins en plus le che- 
nal pour objet ; dans les premiers temps de la phobie, au com- 
ble de son état anxieux, Hans a exprimé la crainte que « le 
cheval n'entre dans la chambre ». C'est ce qui me facilita tel- 
lement la compréhension de sa névrose. 

La place à assigner aux « phobies » dans la classification des 
névroses n'a pas été jusqu'à présent bien déterminée. Il sem- 
ble certain qu'on ne peut voir en elles que des syndromes pou- 
vant appartenir à des névroses diverses, et qu'on n'a pas à les 
ranger au nombre des entités morbides indépendantes. Pour 
les phobies de l'ordre de. celles de notre petit patient, phobies 
qui sont de fait les plus communes, la désignation d' « hysté- 
rie d'angoisse » (75) ne me semble pas inadéquate; je la pro- 
posai au D r W. Stekel, quand il entreprit l'exposé des états 
anxieux névrotiques, et j'espère qu'elle prendra droit de 
cité (76)- Elle est justifiée de par la parfaite similitude du mé- 
•canisme psychique et de ces phobies et de l'hystérie, similitude 
complète â l'exception d'un seul point. Il est vrai que ce point 
est d'importance décisive et bien fait pour motiver une distinc- 
tion. Dans l'hystérie d'angoisse, la libido déchargée hors du 
matériel pathogène par le refoulement n'est en effet pas con- 
vertie, c'est-à-dire pas détournée du psychique vers une 
innervation corporelle, mais elle est libérée sous forme d'an- 
goisse, Nous pouvons rencontrer en clinique toutes les formu- 
les de mélange entre cette <t hystérie d'angoisse )> et 1' « hys- 
térie de conversion )>♦ Il est des cas d'hystérie de conversion 
pure sans aucune trace d'angoisse comme il est de purs cas 
d'hystérie d'angoisse, s 'extériorisant en sentiments d'anxiété 
et en phobies, sans addition d'aucune conversion : notre petit 
Hans est un cas de ce genre, 

(75) La commission linguistique de la Société Psyeh analytique de Taris a 
décide, de traduire Angsthystene soit pas hystérie d'angoisse, soit par syn^ 
drome phobique. (N. d, tn) 

{76) W. Stekbl, Nervôse Angstzustande und îhre Behandlung, 1908. 



A^hMP 



512 ' REVUE FRANÇAISE DE PSYCH ANALYSE 



Les hystéries d'angoisse sont les plus fréquentes de toutes 
les affections psychonévrotiques. Mais elles sont surtout cel- 
les qui apparaissent le plus tôt dans la vie : elles sont par ex- 
cellence les névroses de l'enfance. Quand une mère rapporte 
de son enfant qu'il est « nerveux », dans neuf cas sur dix on 
peut être sûr que l'enfant est affecté d'une des formes de l'an- 
goisse ou de plusieurs de celles-ci/ Le mécanisme délicat de ces 
désordres si significatifs n'a -malheureusement pas encore été 
suffisamment étudié ; il" n'a- pu encore être établi si Phystérie 
d'angoisse, au contraire de l'hystérie de conversion et d'au- 
tres névroses, est uniquement conditionnée par des facteurs 
constitutionnels ou par des événements accidentels, ou bien 
encore par une combinaison des deux qui reste à détermi- 
ner (77), Il semble que ce soit le trouble névrotique qui ait le 
moins besoin pour se produire d'une constitution particulière, 
et qui en conséquence puisse le plus aisément être acquis à 
n'importe quelle période de la vie, 

Un caractère essentiel de Phystérie d'angoisse est aisé à dé- 
gager. Une hjrstérie d'angoisse à mesure qu'elle progresse 
tourne de plus en plus à la « phobie » ; à la fin le malade peut 
s'être débarrassé de toute son angoisse, mais rien qu'au prix 
de, toutes sortes d'inhibitions et de restrictions auxquelles il 
lui faut se soumettre. Dans l'hystérie d'angoisse, depuis l'ori- 
gine un travail psychique se poursuit afin de psychiquement 
fixer â nouveau l'angoisse devenue libre, mais ce travail ne 
peut ni amener la retran s format ion d'angoisse en libido ni se 
rattacher à ces mêmes complexes desquels la libido émane, II 
ne lui reste rien d'autre à faire qu'à couper court à toutes les 
occasions pouvant amener le développement de l'angoisse, et 
ceci grâce à des barrières psychiques : précautions, inhibi- 
tions, défenses. Ce sont ces structures défensives qui nous ap- 
paraissent cous forme de phobies et constituent à nos veux 
P essence de la maladie. 

Le traitement de l'hystérie d'angoisse a été jusqu'ici, peut- 
on dire, purement négatif. L'expérience a montré qu'il était 

r 

(77) {Note additi airelle de 1923), La recherche proposée ici n'a pas été 
poursuivie. Il n'existe cependant aucune raison de supposer qu'il y ait pour 
l'hystérie d'aiigoisse untf exception à la règle voulant que la disposition et 
îes événements conclurent nécessairement dans Pétiologîe d'une névrose. 



Uk* 



LE PETIT HAKS 513 



impossible t voire dans certains cas dangereux, de tenter de 
guérir une phobie par des méthodes violentes, c'est-à-dire en 
ni citant le malade dans une situation où, après qu'on l'eût pri- 
vé de ses moyens de défense, il fût contraint de subir l'assaut 
de son angoisse libérée. Aussi Iaisse-t-on de guerre lasse le 
malade chercher un refuge là où il croit pouvoir le trouver, et 
lui témoigne-t-on un mépris, peu apte à le guérir, pour son 
<t inconcevable lâcheté ». 

Les parents de notre petit pa. tient avaient pris le parti, dès 
le début de sa maladie , de ne pas se moquer de lui et de ne pas 
le brutaliser, mais de chercher accès à ses désirs refoulés par 
des voies psychanalytiques. Le succès récompensa la peine ex- 
traordinaire que prit le père, et ses rapports vont nous per- 
mettre de pénétrer la cou texture de.ee type de phobie et de sui- 
vre le cours de son analyse. 



* 



Il est probable que l'analyse, de par son extension et ses 
détails, est devenue quelque peu obscure pour le lecteur. Je 
vais donc commencer par en donner un résumé, en négligeant 
tout ce qui est accessoire et pourrait troubler la ligne, et en 
attirant l'attention sur les résultats à mesure qu'ils se déga- 
gent, 

La première chose que nous apprenions est que réclusion de 
Pétat anxieux ne fut nullement aussi soudain qu'il paraissait 
au premier abord. Quelques jours auparavant, l'enfant s'était 
éveillé au cours d'un cauchemar dont le contenu était le sui- 
vant : sa mère était partie et il n'avait plus de maman pour 
faire câlin. Ce rêve, â lui seul, indique un processus de refoule* 
ment d'une inquiétante intensité. On ne peut l'expliquer, com- 
me tant d'autres rêves d'angoisse, en supposant que l'enfant 
éprouve en rêve une angoisse d'origine sqinatique et que cette 
angoisse est alors mise au service d'un désir inconscient sans 
cela intensément refoulé qu'elle, réalise (voir Traumdeutung, 
f éd., p, 433; Science des Rêves, fr, Meyerson, p. 574), mais 
nous sommes ici en présence d'un véritable rêve de punition et 
de refoulement, où la fonction du rêve se trouve également en 
défaut, puisque l'enfant s'éveille angoissé. Nous pouvons aisé- 



■ 



^ ■ 



— ^ B t ^|^ h ^ 



514 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



ment reconstruire ce qui s'est passé dans l'inconscient. L'en- 
fant rêvait de caresses avec sa mère, il rêvait qu'il dormait 
auprès d'elle, mais tout le plaisir se vit transformé en angoisse 
et chacune des représentations en son contraire. Le refoule- 
ment a remporté la victoire sur le mécanisme du rêve. 

Cependant les débuts de cette situation psychologique re- 
nient eut encore plus haut/ L'été précédent déjà Hans avait 
présenté de semblables états mêlés d'aspiration ardente et d'an- 
goisse, et â ce moment ils lui avaient rapporté cet avantage : sa 
mère l'avait alors pris dans son lit. Nous devons supposer que 
Hans, depuis lorSj se trouva dans un état d'excitation sexuelle 
intensifiée, excitation dont sa mère était Tobjet. L'intensité 
s'en manifeste par deux tentatives que fait Hans 'de séduire sa 
mère (la deuxième a lieu juste avant l'éclosion de l'angoisse) et 
cette excitation intense se satisfait accessoirement chaque soir 
sur le mode masturba taire. Comment eut lieu la transmutation 
de cette excitation en angoisse: spontanément, ou bien â l'occa- 
sion du rejet des avances de Hans par sa mère, ou bien encore 
sous l'influencé du réveil accidentel d'impressions antérieures 
sous l'influence de la u cause occasionnelle )> de la maladie que 
nous allons apprendre à connaître, voilà qui ne se peut décider 
mais est de fait indifférent, ces trois possibilités ne pouvant 
pas être considérées comme incompatibles, Le fait demeure de 
la transmutation de l'excitation sexuelle en angoisse. 

Nous avons déjà décrit le comportement de l'enfant aux 
premiers temps de son angoisse, de même que îe premier con- 
tenu qu'il assigna à celle-ci: un cheval allait le mordre- Ici se 
produit la première intervention thérapeutique. Les parents 
de Hans ]ùi disent que l'angoisse est la conséquence de la mas- 
turbation, et l'engagent â rompre avec cette habitude. Je re- 
commande aux parents de Hans de souligner vivement, quand 
ils lui parlent, sa tendresse pour sa mère, cette tendresse qu'il 
cherche à remplacer par la peur des chevaux. Cette première 
intervention amène une légère amélioration, mais bientôt ce 
léger gain de terrain est reperdu au cours d'une maladie soma* 
tique. L'état de Hans ne s'est pas modifié. Peu après Hans 
rapporte sa peur qu'un cheval ne le morde au souvenir d'une 
impression reçue à Gmundem Un père y avait, en pariant, dit 
à son enfant : « Ne donne pas ton doigt au cheval ! » les ter* 



LE PETIT HANS 515 



mes mêmes que Hans emploie pour rendre l'avertissement de 
ce père rappellent ceux dans lesquels lui fut faite 1* interdiction 
de l'onanisme (donner, mettre le doigt) (78), Les parents sem- 
blent ainsi d'abord avoir raison quand ils disent que ce dont il 
a peur est sa propre satisfaction inasturbatoîre. La relation est 
cependant encore vague et le cheval semble avoir assumé son 
rôle d 5 épouvanta il tout à fait par hasard. 

J'avais exprimé la supposition que le désir refoulé de Hans 
pourrait bien être maintenant de voir à tout prix le « fait-pipi » 
de sa mère. Comme son comportement envers une fille de ser- 
vice nouvellement entrée dans la maison s'accorde avec cette 
hypothèse, son père lui donne le premier éclaircissement: les 
femmes n'ont pas de fait- pipi. Il réagit â cette première tenta- 
tive d'assistance en communiquant un fantasme d'après lequel 
il aurait vu sa mère en train de montrer son « fait-pipi » (79), 
Ce fantasme et une remarque faite par Hans au cours d'un 
entretien, d'après laquelle son .fait-pipi serait « enraciné », 
permettent de jeter un premier coup d'œil dans les 'processus 
mentaux inconscients du patient. Il était vraiment sous l'in- 
fluence après coup de la menace de castration faîte par sa mère 
quinze mois auparavant. Car le fantasme que sa mère fasse la 
même chose qu'il faisait lui-même {le fameux tu quoque des en- 
fants quand on les accuse) doit servir à une auto-justification ; 
elle est un fantasme et de protection et de défense. Nous devons 
cependant nous dire que ce sont les parents de Hans qui ont 
extrait du matériel pathogène agissant eu lui le thème parti- 
culier de son intérêt pour les « fait-pipi )>. Il les a suivis sur ce 
terrain mais n'est pas encore entré d'un pas indépendant dans 
l'analyse. On ne peut observer encore aucun effet thérapeuti- 
que. L* analyse s'est fort éloignée des chevaux, et V information 
reçue par Hans relativement à l'absence de a fait-pipi » chez 
les femmes est plutôt apte, de par son contenu, à accroître le 
souci qu'il avait de garder le sien. 

Ce n'est cependant pas un succès thérapeutique auquel nous 
aspirons pour commencer, mais nous voulons mettre le patient 
à même de saisir consciemment ses désirs inconscients. Nous 

(78) Den Fhiger hîiigebeu. (N- d. tr.) 

(79) D'après le contexte il convient d 'ajouter: et de le toucher (p. 436). Lui- 
-même îie peut en effet pas montrer son fait-pipi sans le toucher* 



^■^AéUBM 



516 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



y parvenons en utilisant les indications qu'il nous fournissait 
afin de présenter à sa conscience, grâce à notre art d'interpré- 
tation, son complexe inconscient en nos propres paroles. Il y 
aura quelque ressemblance entre ce qu'il nous entend dire et 
ce qu'il cherche et qui, en dépit de toutes les résistances, tend 
â se frayer un chemin vers la cou science , et c'est cette simili- 
tude qui met le malade en état de découvrir ce qui est incons- 
cient. Le médecin le précède dans la voie de la compréhen- 
sion , lui-niême_ suit , un peu en arrière, son propre chemin, jus- 
qu'à ce que tous deux se rencontrent au but prescrit . Les ana- 
Ij^stes débutants ont coutume de confondre ces deux moments 
et de tenir l'instant où ils ont compris Pun des complexes in- 
conscients du malade également pour celui où le malade l'a 
saisi. Ils attendent trop de la communication qu'ils font de leur 
découverte à leur patient, en s 'imaginant par là pouvoir le 
guérir : le malade ne peut en effet se servir de ce qu'on lui fait 
savoir que comme d'un secours l'aidant à découvrir le com- 
plexe inconscient au fond de so:i inconscient, là même où il est 
ancré. C'est un premier succès de cet ordre que nous obtenons 
maintenant chez Hans. Celui-ci est, à présent, capable, après 
avoir partiellement maîtrisé son complexe de castration > de 
faire connaître ses désirs relatifs à sa mère, et il le fait sous 
une forme encore défigurée avec le fantasme des deux girafes, 
desquelles Tune crie en vain parce que Hans a pris possession 
de l'autre. Hans figure, plastique ment la « prise de posses- 
sion « par le u fait de s'asseoir dessus; n Le père reconnaît ici 
la reproduction d'une scène qui se joue le matin dans la cham- 
bre à coucher, entre ses parents et l'enfant, et il a soin de dé- 
pouiller le désir sous-jacent du déguisement qu'il porte encore. 
Le père et la mère de Hans sont les deux girafes. Le choix, 
dans ce fantasme, pour déguiser le désir, de girafes, est am- 
plement déterminé par la visite de Hans à ces grands animaux 
quelques jours auparavant au parc de Scbôbrunn, par le dessin 
de la girafe fait par Hans et qu'avait conservé son père, et 
peut-être aussi par une comparaison inconsciente ayant trait 
au cou long et raide de la girafe (80)- Nous observerons que la 
girafe, en tant qu'animal de grande taille et intéressant de par 

(So) I„ 'admiration ultérieure de Hans pour le cou de son père cadrerait. 
avec ceci. 







LE PETIT HANS 517 



son <f fait-pipi », eût pu entrer en concurrence avec les chevaux 
dans le rôle d* épouvanta il ; de plus, le fait que le père et la 
mère de Hans soient tous deux représentés comme des girafes 
constitue un indice préliminaire dont on ne s'est pas encore 
servi pour l'interprétation des « chevaux d'angoisse ». 

Deux petits fantasmes de Hans suivent immédiatement 
l'histoire des girafes ; dans l'un, il s'introduit de force en un 
espace interdît, dans V autre, il casse la fenêtre d'un wagon ; 
dans tous deux le caractère fautif de l'acte est souligné et le 
père de Hans apparaît comme complice. Malheureusement, le 
père de Hans ne -réussit pas à interpréter ces fantasmes ; aussi 
Hans ne retire- t-il aucun bénéfice de les avoir contés. Mais ce 
qui est ainsi demeuré incompris revient toujours, telle une 
âme en peine, jusqu'à ce que se soient trouvées résolution et 
délivrance, 

La compréhension des deux fantasmes « criminels » n'offre 
pour nous aucune difficulté. Ils font partie du complexe de la 
prise de possession de la mère. Une vague notion perce dans 
Tame de l'enfant de quelque chose qu'il pourrait faire avec la 
mère et par quoi sa prise de possession de celle-ci serait con- 
sommée, et il trouve pour exprimer ce qu'il ne peut saisir cer- 
taines représentations plastiques dont le trait commun est la 
violence et le défendu, et dont le contenu nous paraît s'accor- 
der si étonnamment à la réalité occulte/ Nous devons les consi- 
dérer comme des fantasmes de coït, et ce n'est pas un détail 
sans importance que de voir le père de Hans y figurer comme 
complice. « Je voudrais, semble dire Hans par là, faire avec 
Maman quelque chose, quelque chose de défendu, je ne sais 
trop quoi, mais je sais que toi, tu le fais aussi. » 

Le fantasme aux girafes avait renforcé chez moi la convic- 
tion qui avait déjà pris naissance dans mon esprit quand Hans 
avait exprimé la peur « que le cheval n'entrât dans la cham- 
bre » . et je trouvai le moment propice pour lui faire savoir qu J il 
avait peur de son père à cause de la jalousie et de l'hostilité qu'il 
nourrissait contre lui, car il était nécessaire de postuler ceci 
comme faisant partie de ses émois inconscients. Par là, je lui 
avais partiellement donné l'interprétation de sa peur 'des che- 
vaux : le, cheval devait être son père, dont il avait de bonnes 
raisons intimes d'avoir peur. Certains détails, tels le noir au- 






518 REVUE FRANÇAISE HE PSYCHANALYSE 



tour de la bouche et ce qui était devant les yeux des chevaux 
(la moustache et le binocle du père, attributs de l'adulte) dé- 
tails qui faisaient peur à Hans, me semblèrent directement 

transposés du père au chevaL 

Ces explications nous débarrassèrent des plus efficaces ré- 
sistances contre la prise de conscience par Hans du matériel 
inconscient, son père jouant en effet pour lui le rôle de méde- 
cin, I/acmé de Pétat était de ce moment dépassée, le matériel 
se pressa à flots, le petit patient prit le courage de communi- 
quer les détails de sa phobie et intervint bientôt de façon indé- 
pendante dans sa propre analyse (81). 

Nous n'apprenons que maintenant de quels objets et de 
quelles impressions Hans a peur. Non seulement des chevaux 
et de la morsure des chevaux, — bientôt il n'en parle plus — 
mais aussi des voitures, des voitures de déménagement et des 
omnibus {leur trait commun étant, comme nous le verrons bien- 
tôt, d'être lourdement chargées), des chevaux qui se mettent 
en mouvement ; des chevaux qui sont grands et lourds, des 
chevaux qui vont vite. Hans explique lui-même ce que ces dé- 
terminations signifient : il~a peur que les chevaux ne tombent 
et il englobe dans sa phobie tout ce qui semble devoir faciliter 
cette chute des chevaux • 

Il arrive fréquemment qu'on n'apprenne à connaître le con- 
tenu exact d'une phobie, la formule verbale précise d'un im- 
pulse obsessionnel, qu'après un travail psychanalytique d'une 
certaine durée. Le refoulement n J a pas frappé que les com- 
plexes inconscients, il continue à se faire également sentir con- 
tre leurs rejetons et empêche le malade de percevoir jusqu'à 
ses productions morbides. L'analyste se trouve là dans la cu- 
rieuse nécessité, ce qui arrive rarement au médecin, de venir à 
l'aide de la jnaladie, de solliciter l'attention en sa faveur. Mais 
seuls ceux qui méconnaissent entièrement la nature de la psy- 
chanalyse mettront en avant cette phase du traitement et diront 

(8j) Même dans les analyses où l'analyste' et le patient sont l'un à l'autre 
des étrangers, la peur du père joue l'un des rôles principaux comme résis- 
tance à la reproduction du matériel pathogène inconscient. Les résistances 
sont, d'une partj de la nature d'une intention ; en outre, comme dans cet 
exemple, une partie du matériel inconscient est capable, de par son propre 
contenu, de servir à inhiber la reproduction d'une autre partît de ce même 
matériel. 



■^^— ^ 



LE PETIT HANS 519 



qu'on doit en attendre pour le malade un dommage, La vérité * 
est qu'il faut d'abord prendre un voleur avant de le pendre, et 
qu'il faut se donner la peine de commencer par saisir les for- 
mations riiorbîdes que Ton entend détruire. 

J'ai déjà mentionné, dans les commentaires doat j'ai accom- 
pagné l'histoire du malade, qu'il est très instructif d'appro- 
fondir ainsi une phobie dans ses détails, et d'acquérir par là 
l'impression certaine d'un rapport secondairement établi en- 
tre l'angoisse et ses objets. C'est pourquoi les phobies sont à la 
fois si curieusement diffuses et si strictement déterminées. 
Hans a évidemment emprunté le déguisement propre aux nou- 
velles formes de sa phobie aux impressions qui, vu la situation 
de : sa maison, en face de la Douane Centrale, s'offraient quoti- 
diennement à ses regards. Il trahit en outre, dans ce nouveau 
contexte, une aspiration, inhibée par l'angoisse, à jouer avec 
les chargements des voitures, avec les paquets, les tonneaux et 
les caisses, comme les gamins des rues. 

C'est à ce stade de l'analyse que Hans retrouve le souvenir 
de l'événement, en soi sans importance, qui a précédé immé- 
diatement Téclosion de la maladie et qui peut à juste * titre être 
considéré comme ]a cause occasionnelle de cette éclosion. Il 
était allé se promener avec sa Maman, et il vit un cheval d'om- 
nibus tomber et donner des coups de pied en tous sens. Ceci 
fît sur Hans une grande impression . Il fut épouvanté, crut le 
cheval mort ; c'est de ce jour qu'il pensa que tous les chevaux 
allaient tomber. Son père fait remarquer à Hans qu'il a dû, en 
voyant tomber le cheval, penser à lui, son père, et qu'il a dû 
souhaiter que son père tombât ainsi et fût mort. Hans ne re- 
pousse pas cette interprétation ; peu après il commence à jouer 
à un jeu consistant à mordre son père, ce qui fait voir qu'il ac- 
cepte l'identification de son père avec le cheval redouté. De ce 
jour sa conduite^ envers son père devient libre et sans crainte, 
même un peu impertinente. Cependant la peur des chevaux 
persiste, et nous ne voyons pas clairement encore en vertu de 
quelle chaîne d'associations le cheval tombé avait réveillé les 
désirs inconscients de Hans. 

Résumons ce que nous savons jusqu'ici. Sous la peur expri- 
mée par Hans en premier lieu, celle d'être mordu par un che- 
val, on découvre la peur plus profonde que les chevaux ne tom- 



«■ta^ÉÉHH^^^^^^^H^^^^^^HHb^WV 



520 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

bent, et tous deux, le clieval qui mord comme le cheval qui 
tombe, sont le père qui va punir Hans à cause des mauvais dé- 
sirs qu'il nourrit contre lui. L'analyse, pendant ce temps, s'est 
écartée de la mère. 

Sans que rien nous y ait préparé, et certes sans aucune 
immixion de la part de son père, Hans commence â s'occuper 
du « complexe du loumf » , et â manifester du dégoût de toutes 
les choses lui rappelant l'évacuation intestinale. Le père de 
Hans, peu disposé à accompagner celui-ci dans cette nouvelle 
voie, poursuit de force cependant l'analyse dans la direction 
qu'il voudrait maintenir, et amène Hans â se souvenir d'un 
événement arrivé à Gmunden et dont l'impression était sous- 
facente â celle du cheval d'omnibus tombant. Fritzl, le compa- 
gnon de jeu que Hans aimait tant, peut-être aussi son concur- 
rent auprès de leurs nombreuses compagnes, s'était heurté, 
en jouant au cheval, le pied contre une pierre, était tombé et 
son pîed avait saigné. Le cheval d'omnibus, en tombant, avait 
rappelé à Hans cet accident. Il convient de remarquer que 
Hans, alors préoccupé d'autres questions, commence par nier 
que Fritzl sok tombé, événement qui cependant établit le lien 
entre les deux scènes. Il ne l'admet qu'à une phase ultérieure 
de l'analyse. Mais il est pour nous particulièrement intéres- 
sant d'observer comment la transformation de la libido eu an- 
goisse s'est projetée sur l'objet principal de la phobie, le che- 
val. Les chevaux étaient, de tous les grands animaux, ceux 
qui intéressaient le plus Hans ; jouer au cheval était son jeu 
préféré avec ses petits camarades. Je suspectais — ce que le 
père de Hans confirma quand je m'en en qui s auprès de lui — 
que le père avait le premier servi à son iîls de « cheval », et 
c'est ce qui permit, lors de l'accident de Gmunden, à la per- 
sonne de Fritzl de se subtituer à celle du père. Quand le refou- 
lement eut provoqué le renversement des affects, Hans, qui, 
auparavant, avait trouvé tant de plaisir aux chevaux, devait 
nécessairement en prendre peur. 

Mais nous l'avons déjà dit : c'est grâce à l'intervention du 
père de Hans que fut faite cette importante découverte relati- 
vement à l'efficience de la cause occasionnelle pathogène. Hans 
reste absorbé par son intérêt pour le « loumf » et il nous 
faut enfin le suivre dans sa voie. Nous apprenons alors que 



_^Mi 



LE PETIT HANS 521 



Hans avait autrefois coutume d'insister pour accompagner sa 
mère au W. C. f et que, au temps où son amie Bertha rempla- 
-çait celle-ci auprès de lui, il renouvela avec elle cette tactique 
jusqu'à ce qu'il fût découvert et qu'on le lui défendît. Le 
plaisir de regarder une personne aimée quand elle , satisfait 
ses besoins naturels répond à une « intrication des pul- 
sions », intrication dont nous avons déjà pu observer un 
exemple chez Hans. Le père se prête enfin également au sym- 
bolisme du « loumf » et reconnaît qu'il y a une analogie entre 
une voiture lourdement chargée et un corps chargé de faeces, 
entre la façon dont une voiture sort d'une porte et celle dont 
les faeces sortent du corps, etc. 

Cependant, la position de Hans par rapport à l'analyse 
s'est, au regard des stades antérieurs, essentiellement modi- 
fiée. Auparavant, son père pouvait lui annoncer d'avance ce 
-qui allait surgir ; alors Hans, d'après les dires paternels, 
trottait â la suite ; maintenant c'est lui qui court eu avant 
d'un pas sûr et son père a peine à le suivre. Hans produit, 
sans l'entremise de personne, un fantasme nouveau : le ser- 
rurier ou le plombier a dévissé la baignoire dans laquelle 
Hans se trouve, et il lui a alors donné un coup dans le ventre 
avec son grand perçoin De ce moment, le matériel qui sur- 
git déborde de partout notre compréhension immédiate, Nous 
ne pourrons comprendre que plus tard que c'était là un fan- 
1asme de procréation, déformé par l'angoisse. La grande bai- 
gnoire, où il est assis dans l'eau est le corps maternel ; le 
« perçoir », que le père a dès l'abord reconnu comme étant 
un grand pénis, est mentionné de par sa connexion avec « être 
né » (Bohrer, gehoren). L'interprétation que nous sommes 
obligés de donner à ce fantasme semble, bien entendu, très 
étrange : avec ton grand pénis tu m'as percé = fait naître 
(gebohrl = geboren) et tu m'as mis dans le ventre de ma 
mère r Mai s pour l'instant le fantasme échappe à son interpré- 
tation et ne sert à Hans que de chaînon lui permettant de 
poursuivre ce qu' il a à dire. 

Hans a peur d'être baigné dans la grande baignoire, et cette 
angoisse est de nouveau une angoisse composite. Une part de 
celle-ci échappe encore â notre compréhension, l'autre s'expli- 
que bientôt en connexion avec le bain de sa petite sœur, Hans 

PEVUE FRANÇAISE DE PSYCHAKAÏA'SE 8 



522 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



avoue avoir désiré que sa mère, en baignant la petite fille, lo 
laissât tomber dans le bain, de telle sorte quelle mourût. La 
peur de Hans pendant qu'on le baigne était, en vertu de son 
mauvais désir, la peur des représailles, la peur qu'en châti- 
ment ce ne fût lui qui fût noyé. Hans abandonne maintenant 
le thème du « loumf » et passe aussitôt à celui de sa petite 
sœur. Mais nous pouvons pressentir ce que cette juxtaposition 
de thèmes signifie : la petite Anna est elle-même un « loumf », 
tous les enfants sont des « loumf s » et naissent comme des 
« loumf s ». Nous pouvons maintenant le comprendre; toutes les 
voitures de déménagement, tous les omnibus, tous les camions 
ne sont que des voitures « à la caisse de la cigogne », n'inté- 
ressent Hans que comme des représentations symboliques de 
la grossesse. Et il n'a pu, quand venait à tomber un cheval 
lourd on lourdement chargé, y voir qu'un — accouchement — , 
une « mise bas » (niederkonmisn, venir en bas) (82). Ainsi le 
cheval qui tombe n 'était pas seulement le père qui meurt mais 
aussi la mère qui accouche. 

Et ici Hans nous fait une surprise à laquelle nous ti 'étions 
pas le moins du monde préparés. Il a très bien remarqué la 
grossesse de sa mère, qui se termina comme de juste par la 
naissance de sa petite sœur lorsqu'il avait trois ans et demi. 
Et il a très bien reconstruit en lui-même, du moins après l'ac- 
couchement, le réel état de choses, sans en faire part, il est 
vrai, à personne, peut-être sans être capable de l'exprimer. 
Tout ce qu'on pouvait alors observer était que Hans, aussitôt 
après l'accouchement, adopta une attitude extrêmement scep- 
tique en face de tout ce qui était censé indiquer la présence 
de la cigogne. Mais que — en opposition complète avec tes 
propos officiels — Hans ait su dans son insconscient d'où 
venait le bébé et où il était avant, ceci est indubitablement 
démontré par cette analyse et en est peut-être le point le plus 
inébranlable. 

La preuve la plus palpable en est fournie par le fantasme 
que Hans maintient avec tant de ténacité et qu'il orne de tant 
de- détails accessoires, fantasme dans lequel Anna se serait 
trouvée avec eux à Gmuuden l'été qui précéda sa naisance, où 
il est dit comment elle voyagea pour y aller et combien pluk 

(S2) Voir note 65 page 494, (N. d. tr.) 



LE PETIT H ANS 523 



elle pouvait alors y accomplir de choses qu'un art plus tard, 
après sa naissance. L'effronterie avec laquelle Hans raconte 
ce fantasme, les innombrables mensonges extravagants dont 
il F entremêle ne sont rien moins que dénués de sens : tout 
ceci doit servir a le venger de son père à qui il garde rancune 
de l'avoir leurré avec la fable de la cigogne. C'est tout à fait 
connue s'il voulait dire: « Si tu m'as cru assez bête pour 
croire que la cigogne ait apporté Anna, alors je peux, en 
échange, te demander de prendre mes inventions pour vé- 
rité ». C'est en claire relation avec cet acte de vengeance du 
, petit investigateur contre son père que lui succède le fantasme 
des chevaux que Hans taquine et bat. Ce fantasme a lui aussi 
deux parties constitutives : d'un côté, il a pour base la 
taquinerie à laquelle Hans vient justement de soumettre son 
père, de l'autre, il reproduit ces obscurs désirs sadiques de 
Hans dirigés contre sa mère qui s'étaient manifestés dans les 
fantasmes où Hans faisait des choses défendues, et que nous 
n'avions pas compris tout d'abord, Hans avoue aussi cons- 
ciemment le désir de battre sa mère. 

Nous ne rencontrerons maintenant plus beaucoup d'énig- 
mes. Un fantasme obscur où il est question de manquer un 
train semble être le précurseur de Vidée ultérieure qu'aura 
Hans : remettre son père à sa grand-mère de Lainz, car dans 
ce fantasme il est question d'un voyage à Lainz et la grand- 
mère y paraît. Un autre fantasme, dans lequel un petit gar- 
çon donne 50.000 florins au conducteur, afin qu'il le laisse 
partir sur le wagon, semble presque être un plan d'acheter la 
mère au père dont la force résidait en effet pour une part dans 
sa richesse. C'est à ce moment que Hans confesse, avec une 
franchise qu'il n'avait jamais osé avoir auparavant, le désir 
de se débarrasser de son père et la raison de ce désir : parce 
que son père trouble son intimité avec sa mère. Ne soyons 
pas surpris de voir les mêmes désirs constamment réappa- 
raître au cours de l'analyse, la monotonie ne provient en effet 
que des interprétations qui y sont adjointes. Pour Hans, ce 
ne sont pas là que des répétitions, mais ce sont des progrès 
continuels sur le chemin menant de l'allusion timide à la 
vision claire, pleinement consciente et libre de toute défor- 
mation. 



524 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Ce qui va suivre n'est plus que là confirmation par Hans 
des conclusions analytiques déjà établies grâce à nos interpré- 
tations. Par une action symptomatiqùe ne pouvant prêter à 
aucune équivoque et qu'il déguise légèrement pour la "bonne 
mais pas du tout pour son père, il montre comment il se re- 
présente une naissance. Mais si nous y regardons de plus 
près, Hans manifeste ici davantage, il fait ici allusion â quel- 
que chose dont il ne sera ensuite plus question dans l'analyse. 
Il fait entrer par un trou rond dans le corps d'une poupée 
de caoutchouc un petit canif appartenant â sa mère et le fait 
ressortir en déchirant l'entre- jambe de la poupée. Les éclair- 
cissements donnés peu après à Hans par ses parents, et lui 
enseignant que les enfants croissent de fait dans le corps de 
leur mère et sont poussés au dehors comme un « louraf » vien- 
nent trop tard : il ne peuvent apprendre â Hans rien de nou- 
veau. Un autre acte syinpt orna tique, en apparence acciden- 
tel, qui a Heu peu après > implique l'aveu que Hans a désiré 
la mort de son père, car juste au moment où son père parle 
avec Hans de ce désir dé mort, celui-ci laisse tomber, c'est-à- 
dire jette par terre, un petit cheval avec lequel il jouait, 
Hans confirme encore, par tout ce qu'il dit, l'hypothèse 
d'après laquelle les voitures lourdement chargées représen- 
teraient pour luf la grossesse de sa ni ère, et la chute du cheval 
l'accouchement* La plus jolie confirmation de tout ceci> la 
démonstration que les enfants sont pour lui des « loumfs w est 
fournie par l'invention du nom de « Lodi » appliqué à son 
enfant favori. Mais ce fait ne parvient que tardivement à 
notre connaissance, car nous apprenons que Hans jouait de- 
puis longtemps déjà avec cet « enfant-saucisse » {83), 

Nous avons déjà étudié les deux derniers fantasmes de 
Hans, avec lesquels sa gnérison est achevée X*un, celui du 
plombier, où celui-ci lui pose un nouveau et, comme le père 
]e devine, un plus grand « fait-pipi », n'est pas une simple 

{S3) Une suite de croquis du brillant dessinateur Th.-Tli* Heine, dans un 
numéro de Siitiplici&simws, illustre l'histoire de Feu faut d'un charcutier 
tombé dans la machine à faire les saucisses et qui, sous la forme d'une pe- 
tite saucisse, est pleuré par ses parents, reçoit la bénédiction de l'Eglise et 
s'envoie aux eieux. Cette idée de l'artiste semble, au premier abord, extraor- 
dinaire, mais l'épisode de Ix>dï dans l'analyse de Hans permet de la rappor- 
ter à sa source infantile. 



J. L ■ 

— - .1 . ■ - ■'■■ — 

LE PETIT HANS 525 



répétition du fantasme précédent relatif au plombier et à la 
baignoire. C'est 1111 fantasme de désir triomphal impliquant 
la victoire de Hans sur sa peur de la castration- Le deuxième 
fantasme, celui où Hans avoue le désir d'être marié avec sa 
mère et d'avoir d'elle beaucoup d'enfants, ne fait pas qu'épui- 
ser le contenu des complexes inconscients de Hans > réveillés 
â la vue du cheval tombant et ayant engendré l'angoisse : il 
vient aussi corriger ce qui est absolument inacceptable dans 
cet ensemble de pensées,. car, au lieu de tuer son père, Hans 
le rend inofïensif par la promotion qu'il lui accorde : épouser 
là grand-mère. La maladie comme l'analyse prennent à juste 
titre fin par ce fantasme. 

Au cours de l'analyse d'un cas, il est impossible d'obtenir 
une impression nette de la structure et du développement de 
la névrose. Ceci est le fait d'un travail synthétique ' auquel il 
faut ensuite se livrer. Si nous tentons une pareille synthèse 
de la phobie de notre petit Hans, nous éprendrons pour point 
de départ la description de sa constitution, de ses désirs 
sexuels prédominants et des événements ayant précédé la 
naissance de sa petite sœur, tontes choses ayant déjà éié rap- 
portées dans les pages antérieures de ce travail. 
. L'arrivée de cette sœur apporta dans la vie de Hans bien 
des éléments nouveaux qui ne lui laissèrent dès lors plus de 
repos. D'abord, un certain degré de privation : au début une 
séparation temporaire d'avec sa mère, plus tard une diminu- 
tion jfenuanente des soins et de l'attention qu'elle lui donnait, 
attention et soins qu'il dut s'habituer à partager avec sa 
sœur. En second lieu, une reviviscence des plaisirs qu'il avait 
éprouvés quand ou prenait soin de lui bébé, reviviscence 
due â tout ce qu'il voyait sa mère faire â sa petite sœur. 
Le résultat de ces deux influences fut l'intensification de ses 
besoins erotiques, qui en même temps commencèrent à ne 
pouvoir se satisfaire complètement* Il se dédommagea de la 
perte* que lui avait causée l'arrivée de sa sœur en s'imagiuant 
avoir des enfants lui-même, et tant qu'il fut à Gmunden 
lors de son second séjour — et put jouer réellement avec 



— É ^ m ^^^^ att ^ 



526 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSf 

ces enfants, son besoin d '-affection trouva une dérivation suf- 
fisante. Mais revenu à Vienne il se retrouva seul, reporta 
toutes ses exigences sur sa mère, et dut subir des privations 
nouvelles, ayant été exilé de la chambre de ses parents depuis 
l'âge de quatre ans et demi. Son excitabilité erotique inten- 
sifiée s'exprima alors en fantasmes qui évoquèrent parmi sa 
solitude les camarades de jeu de l'été écoulé, et en satisfac- 
tions autoérotiques régulières de par l'excitation masturba- 
trice des organes génitaux. 

En troisième lieu, la naissance de sa sœur incita Hans à 
nu travail mental que, d'une part, il ne pouvait mener à 
bonne fin et qui, d'autre part devait l'entraîner dans des 
conflits affectifs. Le grand problème se posa alors pour lui : 
d'où viennent les enfants ? le premier problème peut-être dont 
la solution fasse appel aux forces mentales de l'enfant, le pro- 
blème dont l'énigme du Sphinx de Thèbes n'est sans doute 
qu'une version déformée, Hans rejeta l'explication qu'on lui 
proposait : la cigogne aurait apporté Anna, Il avait en effet 
rem arqué que sa mère avait grossi pendant les mois ayant 
précédé la naissance de la petite fille, qu'elle s'était alitée, 
avait gémi pendant que la naissance avait lieu et était redeve- 
nue mince quand elle s'était relevée. Il en conclut par con- 
séquent qu'Anna avait été dans le corps maternel et en était 
sortie comme un « lounif ». Hans pouvait se représenter Pacte 
d'enfanter comme une chose agréable eu le rapportant à ses 
propres premières sensations agréables lorsqu'il allait à la 
selle ; il pouvait donc doublement souhaiter d'avoir lui-même 
des enfants : d'une part afin d'avoir le plaisir de les enfanter, 
d'autre part afin de les soigner (ceci en vertu d'une sorte de 
plaisir « par représailles »), Il n'y avait dans tout cela rien 
pouvant mener Hans à des doutes ou à des conflits. 

Mais il y avait là encore autre chose qui ne pouvait man- 
quer de troubler Hans, Le père devait avoir eu quelque chose 
â faire avec la naissance de la petite Anna, car iî déclarait que 
Hans et Anna étaient ses enfants. Cependant ce n'était pas 
le père, mais la mère, qui les avait mis au monde. Et ce père 
gênait Hans dans ses rapports avec sa mère. Quand il -était 
1A, Hans ne pouvait pas coucher avec sa mère, et quand celle- 
ci voulait prendre Hans dans son lit, le père se mettait à crier. 



w 



LE PETIT HANS 527 



Hans avait éprouvé combien tout allait à souhait quand son 
père était absent, et le désir de se débarrasser de son père 
n'était que justifié. C'est alors que cette hostilité de Hans 
reçut un renforcement. Le père lui avait eu effet conté le 
mensonge de la cigogne et lui avait par là rendu impossible 
de demander des éclaircissements sur ces sujets. Il n'empê- 
chait pas seulement Hans d'être dans le lit de sa mère, il lui 
refusait encore le savoir dont Hans avait soif. Il mettait Hans 
â son désavantage dans les deux directions- et ceci évidemment 
dans un but de profit personnel. 

Cependant ce père, que Hans ne pouvait s'empêcher de 
haïr comme un rival, était le même que Hans avait aimé de 
toujours et qu'il devrait continuer à aimer, le père était son 
modèle, il avait été son premier camarade de jeu et avait pris 
soin de lui dès ses premières, années : voilà ce qui donna nais- 
sance au premier conflit affectif, dès Ta bord insoluble, -En 
conformité avec révolution qu'avait suivie la nature de Hans, 
l'amour devait commencer par prendre la haute main et par 
réprimer la haine sans pouvoir cependant la supprimer, car 
cette haine recevait sans cesse un aliment nouveau de par 
1* amour de Hans pour sa mère. 

Mais le père ne savait pas seulement d*où venaient les en- 
fants, il faisait aussi quelque chose pour les faire venir, cette 
chose que Hans ne paraît qu'obscurément pressentir. Le « fait- 
pipi » devait avoir quelque chose à faire là -dedans, car celui de 
Hans éprouvait une excitation chaque fois que Hans pensait â 
ces choses, — et ce devait être un grand « fait-pipi », plus 
grand que celui de Hans, Si Hans prêtait attention à ces sensa- 
tions prémonitoires, il devait supposer qu'il s'agissait d'un acte 
de violence à faire subir à sa mère; casser quelque chose, péné- 
trer dans un espace clos — tels étaient en effet les impulses 
qu'il sentait en lui. Mais bien que les sensations éprouvées 
dans son pénis l'eussent ainsi mis sur la voie de. postuler le va- 
gin, il ne pouvait pourtant pas résoudre l'énigme, puisqu'à sa 
connaissance n'existait rien de semblable à ce que son pénis 
réclamait ; tout au contraire, la conviction que sa mère 
possédait un « fait-pipi » tel que le sien barrait le chemin à 
la solution du problème, La tentative de résoudre ce problè- 
me : que fallait-il faire à Maman pour qu'elle eût des enfants, 



528 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

se perdait daais l'inconscient, et les deux impulses actifs h 
l'hostile contre le père comme le sadiqnement tendre envers, 
la mère, restaient sans emplbi, l'un en vertu de l'amour co- 
existant à côté de la haine, l'autre de par le désemparement dé- 
coulant des théories sexuelles infantiles. 

C'est ainsi, en m'appuyant sur les résultats de l'analyse, 
que je suis obligé de reconstruire les complexes et désirs in- 
conscients dont le refoulement et la reviviscence produisirent, 
la phobie du petit Hans* Je le sais, j'attribue ainsi de gran- 
des capacités mentales à un enfant de quatre à "cinq ans, mais 
je- me laisse guider par ce que nous avons récemment appris et 
je ne me tiens pas pour lié par les préjugés de notre ignorance. 
Peut-être eût-op pu utiliser la peur de H ans du « charivari fait 
avec les jambes jj afin de combler encore dès lacunes dans le 
dossier de notre démonstration. Hans > il est vrai, déclara que 
cela lui rappellait quand il donnait des coups de pied- en tous 
sens parce qu'on voulait l'obliger à interrompre ses jeux pour 
aller faire a lounif » , ce qui met cet élément de la névrose ea 
rapport avec ce problème : Maman a-t-elle des enfants parce 
que ça lui pl^ît ou parce qu'elle y est forcée ? Mais je n'ai 
pas l'impression que ceci rende entièrement compte du t< chari- 
vari fait avec les jambes ». Le père de Hans ne fut pas à. 
même de confirmer ma suspicion que l'enfant eût observé un 
rapport sexuel de ses parents lorsqu'il dormait dans la cham- 
bre, et qu'une réminiscence de cette scène se, réveillât ainsi en 
lui. Contentons-nous donc de ce que nous avons pu découvrir.. 
Il est difficile de dire sous quelle influence, dans la situa- 
tion où se trouvait Hans et dont nous venons de brosser le ta- 
bleaiij un changement se produisit, un renversement de Y as- 
piration libidinale en angoisse. De quel côté commença le re- 
foulement ? Il faudrait sans doute, pour pouvoir trancher ces. 
questions, comparer entre elles cette analyse et plusieurs au- 
tres semblables. Ce qui fit pencher la balance fut-il Tin capa- 
cité intellectuelle de l' enfant â résoudre le difficile problème- 
de la génération des enfants et à se mesurer avec les impulses 
agressifs libérés par la vague approche de sa solution, ou bien 
fut-ce une incapacité somatique, sorte d'intolérance constitu- . 
tiôrfnelle, à supporter la satisfaction masturbatoîre régulière- 
ment pratiquée, (c'est-à-dire la simple continuité de l'excita- 



I,E PETIT HANS 5#9 



tion sexuelle à un si haut degré d'intensité devait-il fatale- 
ment amener un renversement de l'affect ?) Je ne puis que 
poser ces questions sans y répondre jusqu'à ce qu'une expé- 
rience plus étendue vienne à notre secours. 

Des considérations chronologiques empêchent d'attacher 
trop d'importance à la cause occasionnelle de réclusion de la 
maladie chez Hans, car il avait présenté des signes d'appré- 
hension bien avant qu'il ait vu tomber dans la rue le cheval 
d'omnibus. 

Toujours est- il que la névrose se rattache directement à cet 
événement fortuit et en garda une trace en ceci que le cheval 
fut élevé à la dignité d* « objet d 'angoisse >>. L'impression 
que reçut Hans en voyant tomber le cheval n'avait en elle- 
même aucune « force traumatisante » ; l'accident observé par 
hasard n'acquit sa grande efficience pathogène qu'en vertu de 
l'importance qu'avait déjà pour Hans le cheval comme objet 
d'intérêt et de prédilection et qu'en liaison avec l'événement 
plus proprement traumatisant arrivé 1 à Gmunden, lorsque 
Fritel tomba en jouant au cheval, ce qui, par une voie associa* 
tive aisée' à parcourir, menait de Fritzl au père de Hans, Et 
toutes ces connexions n'auraient sans doute pas même suffi, 
si, grâce à la plasticité et à l'ambiguïté des rapports associa- 
tifs, la même impression ne s'était aussi montrée propre à ré- 
veiller le second des complexes aux aguets dans l' inconscient 
de Hans, celui de l'accouchement dé sa mère. De cet instant 
la voie était ouverte au retour du refoulé, et ce retour s'opéra 
de la façon suivante : le matériel pathogène fut remodelé et 
transpose sur le complexe des chevaux et les affects concomi- 
tants furent uniformément transformés en angoisie* 

H est intéressant d'observer que le contenu idéatif de la 
phobie telle qu'elle se présentait alors dut être soumis encore 
à un autre processus de déformation et de substitution avant 
de parvenir à la conscience. La preinièi-e^xprcssion verbale 
de l'angoisse qu'employa Hans fut : « le cheval" va me mor- 
dre )ï ; or, elle émane d'une autre scène arrivée à Gmunden 
qui, d'une part, est en rapport avec les souhaits hostiles de 
Hans contre son père, d'autre part, rappelle la mise en garde 
contre l'onanisme. Une influence dérîvatrice, peut-être venant 
des parents, s'était ici fait sentir ; je ne suis pas certain que 



530 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

les notes relatives à Hans fussent alors assez exactement te- 
nues pour nous permettre de décider s'il avait donné cette ex- 
pression â son ajigoisse avant on seulement après que sa mère 
l'avait pris à parti au sujet de sa masturbation. J'inclinerais à 
croire que ce ne fut qu 'après, bien que ceci fût en contradic- 
tion avec ce qui est rapporté dans V histoire du malade. En 
tous cas, il est évident que partout le complexe hostile de 
Hans contre son père recouvre le complexe libidinal relatif à 
sa mère. De même, dans l'analyse, ce fut celui qui fut le pre- 
mier découvert et résolu. 

Dans d'autres cas morbides il y aurait bien davantage à 
dire relativement â la structure, au développement et à la dif- 
fusion d'une névrose. Mais l'histoire de la maladie de notre 
petit Hans est très courte, elle est aussitôt après sqii début 
remplacée par l'histoire de son traitement, et bien qu'au cours 
du traitement la phobie ait semblé continuer à se développer, 
s'étendre à des objets nouveaux et poser des conditions nou- 
velles, le père de Hans, qui traitait lui-même la névrose, eut 
naturellement une vision assez juste des choses pour ne voir là 
que la simple venue au jour du matériel déjà existant et non des 
productions nouvelles qu'on pût mettre à charge à la thé- 
rapeutique. Il ne faut pas toujours, quand on traite d'autres 
cas, compter sur autant de compréhension. 

Avant de pouvoir considérer cette synthèse comme ache- 
vée, il me faut observer le cas sous un autre angle. Nous se- 
rons par là transportés au coeur même des difficultés inhéren- 
tes à la compréhension des états névrotiques. Nous voyons 
comment notre petit patient devient la proie d'une grande 
poussée de refoulement qui frappe justement ses composan- 
tes sexuelles dominantes (84)- Il renonce â l'onanisme, il re- 
pousse avec dégoût tout ce qui lui rappelle les excréments et 
le fait de regarder cPautres personnes satisfaire leurs besoins 
naturels. Cependant ce ne sont pas ces composantes-là qui 
sont réveillées par la cause occasionnelle de $a maladie (le 
spectacle du cheval tombant) ni qui fournissent le matériel 
des symptômes } le contenu de la phobie. 

(84) Le père de Hans a même observé que concurremment à ce refoulement 
une part de sublimation se manifeste tchez Hans. Dès le début de son état 
anxieux» Hans manifeste une recrudescence d'intérêt pour la musique et son 
don musical héréditaire commence à se développer. 



1** 



LE PETIT HANS 53 1 



Ceci nous permet de faire ici une distinction radicale. Nous 
arriverons sans doute à une plus profonde compréhension du 
cas morbide en nous adressant à ces autres composantes qui 
remplissent les deux dernières conditions sus mentionnées. 
Ce sont là des aspirations qui avaient déjà auparavant été ré- 
primées, et qui, autant que nous pouvons voir, ne purent ja- 
mais s'exprimer sans inhibition ; sentiments hostiles et ja- 
loux contre son père, impulses sadiques, répondant à une 
sorte de prescience du coït, contre sa mère. Ces répressions 
précoces conditionnent peut-être la disposition à la névrose 
ultérieure. Ces tendances agressives ne trouvent chez Hans 
aucune issue, et, lorsqu'au un temps de privation et d'excita- 
tion sexuelle accrue, elles veulent, renforcées, se fraver un 
chemin > alors éclate ce combat que nous nommons « phobie >k 
Au cours de celle-ci, une partie des représentations refoulées, 
sous un aspect déformé et transcrit sur un autre complexe, se 
fraie un chemin jusqu'à la conscience comme contenu de la 
phobie. Mais il ne saurait y avoir de doute ; c'est là un piètre 
succès, La victoire demeure au refoulement qui saisit V occa- 
sion d'étendre son empire sur d'attirés composantes encore 
que sur celles qui s'étaient rebellée^ Ceci ne change rien au 
fait que l'essence de la maladie de Hans dépendît entièrement 
de la nature des composantes instinctives qu'il s'agissait de 
repousser. I> contenu de la phobie était tel qu'une grande 
restriction dans la liberté de se mouvoir eu devait résulter : 
tel en était aussi le but. Elle était ainsi une réaction puis- 
sante contre les obscurs impulses moteurs qui étaient parti- 
culièrement dirigés contre la mère. I^e cheval avait toujours 
représenté pour Hans le plaisir de se mouvoir . {« Je suis un 
jeune cheval » dit Hans eu sautant en tous sens) mais comme 
le plaisir de se mouvoir implique l'impulse au coït, le plaisir 
de se mouvoir est frappé de restrictions par la névrose et le 
cheval est élevé au rôle d'emblème de la terreur. Il semble- 
rait qu'il ne restât dans la névrose rien d'autre, aux instincts 
refoulés, que Thon n eu r de fournir à Pangoisse des prétextes 
pour apparaître dans la conscience. Mais quelque éclatante 
que soit dans la phobie la victoire des forces opposées à la 
sexualité, la nature même de cette maladie, qui est d'être un 
compromis, pourvoit à ce que le refoulé n j en reste pas là. La 



532 REVUE FRANÇAISE DE PSVCHÀKAIA'SE 



phobie du cheval est après tout pour Hans un' obstacle à aller 
dans la rue et peut lui servir de moyen pour rester à la maison 
auprès de sa mère chérie. Ainsi sa tendresse pour sa mère 
arrive victorieusement à ses fins ; le petit amoureux se cram- 
ponne de par sa phobie même à l'objet de son amour, bien 
qu'à coup sûr des mesures aient été prises pour le rendre inof- 
fensif. Le caractère particulier d'une affectioil névrotique se 
manifeste dans ce double résultat, 

Alfred Àdler> dans un travail fort suggestif (85), a récem- 
ment exprimé ridée que Pangoisse est engendrée par la ré- 
pression -de ce qu'il appelle 1* « instinct d'agression n, et il a 
attribué à cet instinct, grâce à une synthèse étendue, le rôle 
principal dans ce qui advient aux hommes, que ce soit « dans 
la vie ou dans la névrose ». La conclusion â laquelle nous 
sommes arrivés et d'après laquelle, dans ce cas de phobie, 
l'angoisse s'expliquerait par le refoulement de ces tendances 
,-iggressives (des hostiles contre le père et des sadiques contre 
la mère), semble apporter une confirmation éclatante au point 
de vue du D r Àdler, Et cependant je n'ai jamais pu acquies- f 
cer à cette manière de voir, et je la considère comme une géné- 
ralisation trompeuse. Je ne puis me résoudre à admettre un 
instinct spécial d'agression à côté des instincts déjà connus 
de conservation et sexuels, et de plain pied avec eux (86), Il 
me paraît qu'Adler a mis à tort comme hypostase d*un ins- 
tinct spécial ce qui est un attribut universel et indispensable 
de tous les instincts, justement leur caractère a instinctif », 
impulsif > ce que nous pouvons décrire comme étant la capa- 
cité de mettre la motilité en branle. Des autres instincts il ne 
resterait alors plus rien d'autre que leur relation à un certain 

{S5) e Der Aggressionsbetrieb lui Leben und in der Neurose * 1908. 
C'est le travail auquel j'ai déjà emprunté plus haut le terme d^ntri cation des 

pulsions* 

(S6) Note additionnelle de 1923, — Ceci à été écrit en un temps où Adler 
semblait encore se tenir sur Je terrain de la psychanalyse, avant qu'il n'eût 
mis en avant la n protestation mâle » et nié le refoulement. J'ai dû depuis, 
moi aussi , poser l'existence d'un « instinct d'agression *, maïs celui. et 
n'est pas le même tjue celui d'Adler, Je préfère l'appeler « instinct de des- 
traction > ou <r instinct de mort * (voir Par-delà le Principe du Plaisir et le 
Moi et le Soi), L'opposition entre cet instinct et les instincts libidinaux.se 



LE PETÏT HANS 533 



but, puisque leurs rapports aux moyens d'atteindre celui-ci 
leur auraient été enlevés pari' « instinct d'agression >*, En dé- 
pit de toute. T incertitude et de toute l'obscurité de notre théorie 
des instincts, je préfère m'en tenir provisoirement à notre 
conception actuelle, qui laisse à chaque instinct sa propre fa- 
acuité de devenir agressif, et dans les deux instincts qui ont 
été refoulés chez Ha ns j'incline â reconnaître des composan- 
tes depuis longtemps familières de la libido sexuelle. 



III 

Je vais maintenant aborder ce qui, je l'espère, sera une 
discussion brève de ce que la phobie du petit Hans a pu nous 
apprendre de général et d'important concernant la vie fet 
l'éducation des enfants. Mds^upaïai^nt il me faudra retour- 
ner >4^objeetion si 1?5ngfémps^tenue en réserve : Hans serait 
un névropathe, un « dégénéré », aurait une hérédité chargée, 
ne serait pas un enfant normal, duquel on pourrait conclure à 
d'autres. Cela me fait depuis longtemps de la peine quand je 
pense â la façon dont tous les sectateurs de V « homme nor- 
mal » vont tomber sur notre pauvre petit Hans, dès qu'ils 
vont apprendre qu'on peut eu effet trouver chez lui une 
a tare » héréditaire. Sa jolie mère était, eu effet, devenue la 
proie d'une névrose, due à un conflit, du temps où elle était 
jeune fille. J'avais pu alors lui être de quelque secours et de 
là dataient de fait mes rapports avec les parents de Hans, Ce 
n'est que timidement que j'oserai avancer quelques considé- 
rations en faveur de celui-ci. 

D'abord, Hans n'est pas ce qu J on entend, à proprement 
parler, par un enfant u dégénéré », héréditairement marqué 
pour la névrose. Tout au contraire, il est physiquement bien 
bâti, et c'est un gai et aimable compagnon, à l'esprit éveillé, 
capable de donner du plaisir à d'autres encore qu'à son père. 
Sa précocité sexuelle ne souffre évidemment aucun doute, 
mais nous manquons ici, pour nous former un jugement sain, 
de matériel de comparaison. Je vois, par exemple, d'après une 
enquête collective poursuivie en Amérique, que des choix de 
"l'objet et des sentiments amoureux tout aussi précoces ne sont 



534 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



pas rares chez les garçons, et nous savons là même chose en, 
ce qui touche â l'enfance de maint « grand » homme, comme 
oïl les appelle plus tard. J'inclinerai par suite à croire que la 
précocité sexuelle est dans une corrélation rarement en dé- 
faut avec la précocité intellectuelle, et qu'on la rencontre, par 
conséquent, plus souvent qu'on ne s'y attendrait chez les en- 
fants les plus doués. 

Je ferai en outre observer en faveur de Hans (j'avoue ou- 
vertement ma partialité) qu'il n'est pas le seul enfant a3' r ant > 
à un moment ou l'antre de son enfance, été frappé d'une pho^ 
bie. De telles maladies sont, cela est connu, extraordinaire^ 
ment fréquentes, même chez des enfants pour qui V éduca- 
tion, en matière de sévérité, ne laisse rien à redire. Les en- 
fants en question deviennent plus tard un peu névrosés ou 
bien ils restent bien portants. On réduit, en leur criant après 
clans ïa nursery, leurs phobies au silence, car elles sont inac- 
cessibles au traitement et sont certes très gênantes. Elles ré- 
trocèdent alors au bout de quelques mois ou de quelques an- 
nées, et guérissent en apparence ; mais personne ne saurait 
dire quelles altérations psychologiques nécessite une sembla- 
ble <( guérison » ni quelles modifications de caractère elle im- 
plique. Mais si nous prenons eu traitement pour une cure 
psychanalytique un névrosé adulte dont la maladie ne se soit, 
dirons-nous, manifestée qu'à l'âge de la maturité, nous dé- 
couvrirons régulièrement que sa névrose se relie à une an- 
goisse infantile et qu'elle en est de fait la continuation ; on 
dirait qu'un fil continu et ininterrompu d'activité psychique, 
parti de ces conflits de l'enfance, est resté ensuite intriqué à 
tout le tissu de sa vie, et ceci que le premier symptôme de ces 
conflits ait persisté ou qu'il ait disparu sous la pression des 
circonstances. Je croîs donc que notre Hans n'a peut-être pas 
été plus malade que beaucoup d'autres enfants qu'on ne stig- 
matise pas du terme de « dégénérés », mais comme il était éle- 
vé loin de toute intimidation, avec autant d'égards et aussi peu 
de contrainte que possible, son angoisse a osé se montrer plus 
hardiment que chez d'autres. Une « mauvaise conscience » et 
la peur des punitions lui manquaient, et ces mobiles doivent 
certes contribuer chez d'autres enfants à « diminuer » l'angois- 
se. Il me paraît que nous nous préoccupons trop des symptômes 



LE PETIT HANS 535 



et nous soucions trop peu de ce dont ils proviennent. Et quand 
nous élevons dés enfants nous' voulons simplement être laissés 
en paix, n'avoir pas de difficultés, bref nous visons â faire un 
« enfant modèle» sans nous demander si cette manière de 
faire est bonne ou mauvaise pour l'enfant. Je peux en consé- 
quence me figurer qu'il fut salutaire pour notre Hans d'avoir 
eu cette phobie, parce qu'elle attira l'attention de ses parents 
sur les inévitables difficultés auxquelles un enfant doit faire 
face quand, au cours de sou éducation de civilisé, il doit sur- 
monter les composantes instinctives innées de sa nature, et 
parce que c'est le trouble que' subit Hans qui appela son père 
à son secours. Il se peut que maintenant Hans ait un avantage 
sur les autres enfants, en ceci qu'il ne porte plus en lui ce 
germe de complexes refoulés qui ne doit jamais être sans im- 
portance, causant à des degrés divers une déformation du ca- 
ractère quand ce n'est pas une disposition à la névrose ulté- 
rieure. Je suis enclin â penser ainsi, mais je ne sais- si beau- 
coup d'autres personnes partageront mon opinion, je n,e sais 
pas davantage si l'expérience me donnera raison. 

Il me faut maintenant le demander : quel mal a été fait à 
Hans en amenant au jour ces complexes qui sont non seule- 
ment refoulés par les enfants mais redoutés par les parents ? 
L,e petit garçon a-t-il esquissé le moindre « attentat » contre 
sa mère ? À-t-il remplacé par des actes les mauvaises inten- 
tions qu'il nourrissait contre son père ? Certes, c'est ce qu'au- 
ront craint bien des médecins qui méconnaissent la nature de 
la psychanalyse et s'imaginent qu'on renforce les mauvais 
instincts en les rendant conscients. Ces « sages » agissent 
donc logiquement quand ils nous supplient au nom du ciel de 
ne pas toucher aux choses dangereuses qui se cachent derrière 
une névrose. Mais ils oublient ce faisant qu'ils sont médecins, 
et leurs avertissements ressemblent étrangement à ceux du 
Dogberry de Shakespeare, dans a Beaucoup de bruit pour 
riei » (87), quand celui-ci donne de même â la sentinelle le 
conseil d'éviter tout contact avec les voleurs ou malfaiteurs 



iRj) Much ado about vothing. Acte TU, Scène ITT, Dogbérrv : If you meet 
a tlrief, you niay suspect him t by virtue oî your office, to be 110 truc nian ; 
and, for'snch kind of mai, the tes* you meâdtc, or makc îoith them, why* 
fhe more is for your honesty. (îï. d. tr.) 



i^^H* 



536 TtEVUE FFANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



qui pourraient survenir : « car moins on fréquente pareille ra- 
caille, mieux il en est pour votre honnêteté » (88), 

Tout au contraire, les seules conséquences de l'analyse sont 
que Hans se remet, n'a plus peur des chevaux > et qu'il de- 
vient plutôt familier avec son père, ce que celui-ci rapporte 
amusé. Mais ce que le père perd en respect, il le regagne eiv 
confiance : « J'ai cru, dit Hans, que tu savais tout parce que 
tu as su ça â propos du cheval. » L'analyse n'annihile en ef- 
fet pas le résultat du refoulement ; les instincts en leur temps 
réprimés demeurent réprimés. Mais l'analyse obtient ses suc- 
cès par un autre moyen, elle remplace le refoulement, qui est 
un processus automatique et excessif, par une maîtrise tem- 
pérée et appropriée des instincts exercée à l'aide des plus hau- 
tes instances psychiques f en un mot, elle remplace le refoule- 
ment par la condamnation* Elle nous semble apporter là le 
témoignage depuis longtemps recherché, prouvant que la 
conscience a une fonction biologique et qu'avec son entrée en 
scène un avantage important est assuré (89). 

Si j'avais été seul maître de la situation, j'aurais osé four- 
îiir encore à Peu faut le seul éclaircissement que ses parents 
lui refusèrent. J'aurais apporté une confirmation â ses pré- 
monitions instinctives en lui révélant l'existence du vagin et 
du coït, j'aurais ainsi largement diminué le résidu non résolu 
qui restait en lui et j*aurai$ mis fin à son torrent de ques- 
tions. Je suis convaincu qu'il n'aurait perdu, de par ces éclair- 
cissements, ni son amour pour sa mère ni sa nature enfan- 
tine, et qu'il aurait compris lui-même que ses préoccupations 
relatives à ces importantes, voire même imposantes questions. 

(SS) Te né puis réprimer ici une question étonnée. D'où mes contra ■licteurs 
tirent-ils leurs si sûres connaissances relativement au rôle possible ou non 
des instincts sexuels refoulés dans l'étiologic des névroses, et à la nature de- 
ce rôle, s'ils feraient la bouche à leurs malades des qu'ils commencent à 
parler de leurs complexes et des rejetons de ceux-ci ? Les seules sources de 
connaissances ouï leur restent accessibles sont alors mes propres écrits et 
ceux de mes adhérents. 

(S9) Note additionnelle de 1923. J'emploie ici le mot de conscience en un 
sens que j*ai évité depuis* pour désigner nos processus normaux de pensée, 
c'est-à-dire cetiv qui sont capables de parvenir à notre conscience. Nous sa- 
vons que de tels processus mentaux peuvent aussi avoir lieu préconsciem- 
mevt et nous ferons bien de considérer leur « conscience * d'un point de vue 
purement phénoménologique. Bien entendu, je n'ai pas l'intention de contre- 
dire par là J'attente d'après laquelle le « fait de devenir conscient * ne 
remplirait pas aussi une fonction biologique. 



LE PETIT I1ANS 537 



■devaient pour le moment entrer en repos, jusqu'à ce que sou 
désir de devenir grand se fût réalisé. Mais l'expérience péda- 
gogique ne fut pas conduite aussi loin. 

Qu'aucune frontière nette n'existe entre les « nerveux » 
et les « normaux )>, enfants ou adultes ; que la notion de a ma- 
ladie » n'ait qu'une valeur purement pratique et ne soit 
qu'une question de plus ou de moins ; que la prédisposition et 
les éventualités de la vie doivent se combiner afin que le seuil 
au-delà duquel commence la maladie soit franchi ; qu'en con- 
séquence de nombreux individus passent sans cesse de la 
liasse des bien portants dans celle des malades nerveux et 
qu'un nombre bien plus restreint de malades fassent le même 
chemin en sens inverse, ce sont là des choses qui ont été $i 
souvent dites et qui ont trouvé tant d'écho que je ne suis cer- 
tes pas seul à les soutenir. Il est pour le moins très vraisem- 
blable que l'éducation de l'enfant exerce une influence puis- 
sante en bien ou eu mal sur cette prédisposition dont nous 
venons de parler et qui est l'un des facteurs de la névrose, 
mais à quoi l'éducation doit viser et en quoi elle doit interve- 
nir, voilà qui semble encore très difficile à dire. Ellfe ne s'est 
jusqu'à présent proposé pour tâche que la domination, plus 
justement la répression des instincts ; le résultat n'est nulle- 
ment satisfaisant et là où ce processus a été réussi ce ne fut 
•qu'au profit d'un petit nombre d'hommes privilégiés dont il 
n J a pas été requis qu'ils réprimassent leurs instincts. Per- 
sonne non plus ne s'est informé par quelles voies et au prix 
de quels sacrifices cette répression des instincts gênants a été 
accomplie. Vient-on à substituer à cette tâche une autre, celle 
de rendre l'individu capable de culture et socialement utili- 
sable, tout en réclamant de lui le plus petit sacrifice possible 
de son activité propre, alors les clartés que la psychanalyse 
nous a fournies relativement à l'origine des complexes patho- 
gènes et au noyau de toute névrose peuvent prétendre à être 
regardées par l'éducation comme des guides inestimables 
dans la conduite à tenir envers les enfants. Quelles conclu- 
sions pratiques peuvent s'ensuivre, et jusqu'où l'expérience 
sanctionnera V application de celles-ci au sein de notre systè- 
me social actuel, j'abandonne ces questions à l'examen et à la 
décision d'autres juges* 

REVUE FRANÇAISE DK PSVCmKAT^VS* 



mm***** >****^am tmamm**mmmmm 



qpw. 



53S REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 






Je ne puis prendre congé de la phobie de notre petit patient. 
sans exprimer une idée qui conféra pour moi à cette analyse 
(ayant mené à la guérison) une valeur particulière. Elle ne 
m'a* à strictement parler > rien appris de nouveau, rien que je 
n'aie déjà été à même de deviner — souvent sous une forme: 
moins distincte et moins immédiate — de par les analyses 
d'autres patients traités dans la maturité de l J âge. Mais les. 
névroses de ces autres malades pouvaient toutes être ratta- 
chées aux mêmes complexes infantiles que nous avons décou- 
verts derrière la phobie de Hans« Je suis donc tenté d'attri- 
buer à cette névrose infantile une importance toute spéciale en 
tant que type et que modèle, tout comme si la multiplicité des 
phénomènes névrotiques de refoulement et rabondance du 
matériel pathogène ne'les empêchaient pas d^être dérivés d'un 
très petit nombre de processus agissant toujours sur les mê- 
mes complexes idéatifs. 



LE PETIT HANS 5$ç 



Epilogue (1922) 



Voici quelques mois — au printemps de 1922 - — un jeune 
homme se présenta à moi et me dit être le « petit Hans », dont 
la névrose infantile avait fait l'objet du travail que j'avais 
publié en 1909, Je fus très content de le revoir, car deux ans 
environ après la conclusion de son analyse, je l'avais perdu de 
vue et depuis plus de dix ans je ne savais ce qu'il était de- 
venu* La publication de cette première analyse d'un enfant 
avait causé un grand émoi et encore plus d'indignation ; on 
avait prédit tous les malheurs au pauvre petit garçon, violé 
dans son innocence en un âge si tendre et victime d'une psy- 
chanalyse. 

Mais aucune de ces appréhensions ne s'était réalisée. Le petit 
Hans était maintenant un beau jeune homme de dix-neuf ans* 
Il déclara se porter parfaitement et ne souffrir d'aucun ma- 
laise ni inhibition. Non seulement il avait traversé sans dom- 
mage la puberté/ mais il avait encore bien supporté l'une des 
plus dures épreuves pour sa vie sentimentale. Ses parents 
avaient, en effet > divorcé et chacun d'eux avait contracté un 
nouveau mariage. Eu conséquence il vivait seul, mais était en 
bons rapports avec chacun de ses parents et regrettait seule- 
ment que la dissolution de la famille l'eût séparé de sa sœur 
cadette qu'il aimait tant. 

L'une des choses que me dit le petit Hans me sembla par- 
ticulièrement curieuse- Je ne me risquerai pas non plus à en 
donner une explication. Lorsqu'il vint à lire l 'histoire de sa 
maladie, me dit-il, le tout lui sembla quelque chose d'étran- 
ger, il ne se reconnaissait pas, ne pouvait se souvenir de rien, 



— 



54<> REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

et ce n'est qu'en arrivant an voyage à Gmunden que s J éveilla 
en lui une très faible lueur de souvenir : ce pouvait bien être 
lui dont il s'était agi là, Ainsi l'analyse n'avait pas préservé 
l'événement de l 'amnésie* mais en était devenue elle-même la 
proie. II en advient parfois de même pendant le sommeil à 
celui qui est familiarisé avec la psychanalyse. On est réveillé 
par un rêve, on décide de l'analyser sans délai, on se rendort 
satisfait du résultat de ses efforts. Mais le lendemain matin et 
le rêve et l'analyse sont oubliés. 



L'identification 
d'une fille à sa mère morte 

par Marie Bonaparte (i). 



I, — L'hallucination a la Cigognh. 

Quand j'avais quatre ans, le surlendemain de notre retour 
de la mer à Paris, en septembre, je fus prise tout à coup, un 
matin au réveil, d'une violente hémoptysie. Le médecin dia- 
gnostiqua une <t congestion pulmonaire ». Les poumons 
étaient si engorgés, mon état si grave que le médecin le dé- 
clara le soir : je ne passerais sûrement pas la nuit- La mère de 
mon père, qui m 'élevait — ma mère étant morte de ma nais- 
sance — télégraphia à mon père, qui voyageait alors dans 
les Balkans, de revenir- 
Mais je passai la nuit et me réveillai, le lendemain matin. 
Mon père, à sou retour, retrouva son enfant unique, et il suffit 
de quelques mois dans le Midi pour définitivement nie guérir. 
Je ne me souviens pas du crachement de sang, bien que mes 
premiers souvenirs remontent plus liant que ma quatrième an- 
née. J'ignorai même, toute mon enfance, que j'eusse craché le 
sang. Ma grand -mère, et les femmes, déjà âgées, qui m ' éle- 
vaient, ainsi que notre médecin aux idées surannées, m'entou- 
raient de soins excessifs et absurdes, me privant d'air, de sor- 
ties Thiver, m 'interdisant de me laver même les mains à Veau 
froide. « Vous savez bien, chuchotait-on, ce qui est arrivé. 
Pourvu que ce ne soit pas comme sa mère ! » Mais ce qui était 
arrivé, nul ne le disait, ni au dehors, de. crainte qu'on ne me 
crût malade « de la poitrine », ni â moi, pour ne pas « m*ef- 

(t) Mémoire parvenu à 1a Rédaction le ï* r mai 1928. 



I 



542 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



frayer >k Bien entendu, tout ce mystère entourant un sombre 
et vague événement qui écrasait ma vie, était justement fait 
pour m 'épouvanter. 

Je me souvenais cependant d'une chose, d'un événement fée- 
rique, extraordinaire. Un matin, quand j'étais très petite en- 
core, je devais avoir environ quatre ans — un matin, en m'é- 
veillant, couchée, dans mon petit lit, sur le dos, j'avais vu, 
sous les rideaux de mousseline blanclie ombrageant mon lit, 
posé juste sur mon bas-ventre, un haut, grand et radieux oi- 
seau, parc de toutes les couleurs "de Pàroen-çiel , Il était dressé 
sur une seule de ses longues pattes et me regardait, la tête n 
peu de côté ; il avait un énorme bec, épais, long et pointu, il 
ressemblait à un héron, un ibis, un flamant, un marabout, une 
cigogne, une grue ? je n'aurais su le dire. J'ignorais, d'ail- 
leurs, alors le nom de la plupart de ces oiseaux. Mais jamais je 
n'avais rien vu d'aussi beau que ce grand oiseau irisé de mille 
couleurs, cependant jamais rien, non plus, d'aussi terrible, La 
magnifique et effrayante vision s'était bientôt évanouie, j'avais 
passé ensuite toute la journée au fond de mon petit lit, dans le 
noir, les rideaux baissés, car j'étais alors très malade, et je me 
souviens des voix, des pas étouffés des grandes personnes, dans 
les autres chambres, qui me semblaient si lointains, si loin- 
tains, comme si j'avais alors été dans un autre monde. 

C'est au sujet de cette vision du grand oiseau que j'appris le 
mot *< hallucination ». J'avais, en effet, conté la chose, j'avais 
fort bien perçu, en voyant s 'évanouir dans l'air, avec le plein 
réveil, îes contours irisés de Poïseaii, qu'il n'était pas réel, et 
l'on me dit qu'une telle vision, qui ressemblait à un rêve, mais 
qu'on avait éveillée, s'appelait de ce mot étrange: « halluci- 
nation )>, 

Cependant le grand oiseau, messager, me semblait-il, d'un 
pays mystérieux et terrible, devait garder longtemps son se- 
cret, 

Ce n'est que cette année que j'appris quel était son message, 
au cours de l'aiiaWse que je poursuis, depuis deux ans* chez 
le Professeur Freud. Je donnerai, dans l'ordre où elles appa- 
rurent, les deux principales chaînes d'associations qui mené* 
vent à déchiffrer I*émgine de l'oiseau. 

i° U oiseau était* -un grand êcMssier, posé sur une de ses 



L'IDENTIFICATION D'UNE fttXE A SA MÈRE MORTE 54$ 

■ 

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pattes. J'avais été, la veille de mon hallucination, juste le len- 
demain de notre retour du bord de la mer, au Jardin d'Accli- 
matation, J'étais alors dans une période de défi têtu : en reve- 
nant de Dieppe, dans le train, on n'était pas parvenu, jusque 
Paris, à me faire quitter la fenêtre ouverte du wagon, où j'aspi- 
rais le vent du soir et l'odeur du train avec une volupté sau- 
vage. De même, le lendemain, au Jardin d 'Acclimatation; on 
ne parvenait pas à m'arraeher de l'endroit où, clouée sur place 
d'admiration, 'j'observais, à travers les barreaux de leur 
grille, les grues cendrées ou huppées se livrant à leurs danses 
bizarres. On en avait conclu que j'avais « pris froid », et à la 
fenêtre du train et sur la terre froide du Jardin d'Acclimata- 
tion, d'où ma « congestion pulmonaire » et mon hémopty- 
sie (2), 

Au Jardin d'Acclimatation, il y avait aussi sans doute alors 
nu marabout. Mais sûrement aussi, dans leurs cages, les fla- 
mants roses d'Egypte, dont la couleur me ravissait. J'aurais 
"pu demeurer des heures â les contempler, Tune de leurs fines 
pattes plongeant dans l'eau de 'leur petit bassin, l'autre rele- 
vée sour leur aile, où leur tête et leur cou parfois aussi dispa- 
raissaient. Je croyais d'ailleurs alors qu'ils s'appelaient ibis* 
Mais la veille de ma maladie, c'étaient les grues qui m'avaient 
fascinée. J'ignorais d'ailleurs alors aussi jusqu'à leur nom > 
je les prénais, en ce temps-là, pour des sortes de cigognes, et 
ce n'est que bien plus tard, en revoyant leurs danses, que je 
les reconnus. 

De cigognes, je n'en avais jamais vu de vraies, mais j'en 
avais entendu parler, C'était sans doute par mon institutrice, 
une Irlandaise mariée à un Allemand, entrée chez nous vers 
ce temps-là, Elle commençait à m 'apprendre l'anglais et l'alle- 
mand, et me montrait et m'expliquait aussi des livres d'ima- 
ges. Dans l'un de ceux-ci, que j'avais alors peut-être même 
avant son entrée chez nous, il y avait sur la page droite une 
gravure en couleur que je vois encore devant moi, Elle repré- 
sentait un village d'Alsace, avec, sur le haut d'une cheminée, 




nitms 

Tacher. La même personne m'a confirmé moîi liérîioptj^ie le matin au 

Téveîl . 



544 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



au premier plan, une cigogne perchée sur une p;itte. Or l'on, 
m'avait dit en me la montrant — mon institutrice ou d'autres, 
avant elle — que les cigognes avaient cette mission extraordi- 
naire d'apporter les enfants. J'aurais tant voulu en voir, des 
cigognes sur les cheminées. Mais sur les cheminées des mai- 
sons de Paris, il n'y en avait jamais — il eût fallu aller jus- 
qu'en Alsace — et j'en étais réduite à prendre pour des cigo- 
gnes les grues du Jardin d'Acclimatation, 

2' Le grand oiseau avait toutes les couleurs de V arc-en-cieh. 
C'est cela qui est le plus énigmatique. Les cigognes, en effet, 
n'ont pas le plumage irisé, pas plus qu'aucun des grands. 
échassiers auxquels j'aurais pu penser, grue, héron, marabout, 
ou même flamant rose. J'avais beau nommer alors le flamant 
ibis, ce qui ressemble â iris, je ne crois pas avoir connu à quatre 
ans ce nom mythologique de l'arc-en-ciel. 

Je pense d'abord, à propos des irisations merveilleuses du 
grand oiseau, à Tarc-en-ciel lui-même, qui semble descendu du 
ciel, s'appuyer sur la terre, la pénétrer. J'aimais beaucoup, 
enfant, les cieux, les astres, les météores. Je pense ensuite, au 
sujet des irisations de l 'oiseau, au rouget que regardaient, dit- 
on, les Romains du Bas-Empire, mourir, pour jouir, avant de- 
le manger, de toutes les irisations par lesquelles il passe au 
cours de son agonie. Horrible et raffinée me semblait cette 3iis- 
toire, Mais ce n'est que plus tard que je la lus, À quatre ans,. 
je l 'ignorais encore, 

Et tout-à-coup, je me souviens. Il y a quelque chose que 
j'avais sûrement déjà entendu conter lorsque j'avais quatre 
ans. C'était, bien entendu, que ma nicre, cet être idéal de char- 
me et de douceur qu'on me vantait et qui portait le même nom 
que moi : Marie, était morte pour m 'avoir donné la vie, Ma 
mère morte, je l'avais même vue. Sur le tableau, la grande 



(3) En pays de langue allemande, les cigognes jouent, vis-à-vis des enfants. 
qui viennent au mondej le rôle que jouent chez nous, les choux* Cf. la note 
de la page 416. E. P. 



■ 



l'identification d'uke kiujc a sa mère morte 545 



aquarelle accrochée par ma grand-mère dans le salon, et où ma 
mère apparaissait, couchée sur le dos sur son lit, en robe blan- 
che comme une mariée, et pâle, pâle. Je pouvais voir ce tableau 
tous les jours. Ma mère était morte un mois après ma naissan- 
ce, le soir du premier jour où elle s'était relevée, d'une « em- 
bolie », mot qu'il me semble avoir su de toujours* Elle avait eu 
à peine le temps de monter sur son lit et d'appeler mon père, en 
disant qu'elle se mourait. Tel était le résultat de devenir 
mère. Et tel était le résultat d'une autre cause encore. Ma mère 
avait connu mon père chez une dame russe qu'on me menait 
voir parfois ; elle était toujours couchée, parce qu'elle avait, 
disait-on, « un champignon dans la tête », elle me semblait très 
belle, dans son lit toujours orné de dentelles, et fumant sans 
cesse des cigarettes embaumées. Cette dame, paraît-il, — ma 
grand -mère le contait souvent — avait reçu en reconnaissance, 
du jeune couple, un cadeau. Mais comme on ne pouvait « don- 
ner » â cette dame de l'argent, ma mère et mon père lui avaient 
« acheté » un de ses plus beaux bijoux russes, payé une cen- 
taine de mille francs, Ma grand-mère parlait souvent de ce bi- 
jou en ayant l'air de penser qu'il ne valait pas ce prix : une 
opale, cependant, disait-elle, grosse « comme un œuf » et en- 
tourée de beaux diamants. Je n'avais jamais vu ce bijou, tous 
les bijoux de ma mère, dont j'avais hérité, devant rester enfer- 
més, disait-on, jusqu'à ma majorité à la Banque, lieu mysté- 
rieux, lointain. Mais j'en avais entendu parler certes déjà dès 
mes quatre ans, quand on me menait chez la dame russe t ou 
bien quand ma grand -mère, qui possédait beaucoup de petits 
bijoux et me les montrait, y avait un jour trouvé une opale ♦ La 
grande opale était revêtue pour moi d'une auréole magique, 
surtout parce que les femmes qui m'entouraient contaient à son 
sujet encore une autre histoire. Cette histoire ressemblait aux 
contes où sévit la mauvaise fée, L'opale, disait-on, était une 
pierre qui porte malheur. La grande opale, achetée lors de son 
mariage par ma mère, lui avait porté malheur : elle était morte 
dès son premier enfant. Pourtant, comme elle avait désiré être 
mère ! Mariée à vingt ans, elle avait dû attendre plus d'un an 
avant de savoir qu'elle le serait. Elle désespérait alors de le 
devenir jamais. Puis j'étais venue, et à vingt-deux ans, elle 
était morte. Il était curieux* cependant, qu'elle eût possédé 



54 ^ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



^*^^&^^ 



cette énorme opale, disait ma grand-mère elle-même, s'il est 
tout à fait faux que les opales portent malheur. Voilà ce que 
j'avais déjà dû entendre dire dès ma quatrième année, car on 
en parlait souvent à la maison. 

J'avais certes aussi entendu dire autre chose. Ma mère au- 
rait été « faible de la poitrine », et crachait le sang, Ma grand- 
mère avait beau parfois ajouter ce que le médecin aurait affirmé, 
que « ça venait de la gorge », ma mère ayant eu des « granula- 
tions », on n'en chuchotait pas moins. Ma mère crachait le 
sang, voilà ce que j'avais sûrement entendu dire avant mes 
quatre ans, ce sujet étant â l'ordre du jour chez nous, si tôt 
encore après la mort de ma mère, . 

L'hallucination du grand oiseau irisé commence à s'éluci- 
der. Ainsi, le grand oiseau est, d'une part, symbolisme géné- 
ral, la cigogne, l'oiseau phallique qui apporte les enfants, d'au- 
tre part — symbolisme à moi particulier — l'oiseau irisé dont 
les couleurs d'arc-en-ciel rappellent celles de l'opale, grosse 
comme un œuf, qui porta malheur à ma mère. Je n'avais ja- 
mais vu cette opale, mais je l'ai dit plus haut, j'en avais sûre- 
ment vu d'autres, ma grand-mère ayant beaucoup de petits 
bijoux et, en me les montrant, un jour, elle avait dû me parler 
de la grande opale, à propos d'une autre plus petite, dont 
j'avais alors admiré les magiques reflets, avec attrait et ter- 
reur, 

Mon père, veuf à vingt-quatre ans, ne s'était pas remarié 
— il ne devait jamais le faire — , il vivait avec sa mère, qui 
m 'élevait. Inutile de dire que lorsque j'avais quatre ans, i\ 
était mon unique et fol amour. Je le vois — plus ancien souve- 
nir encore — dans son uniforme d'officier, grand et mince, et 
moi, petite enfant qui n'avais alors que trois ans — , car ensuite 
il quitta l'armée — entourant avec une amoureuse fureur de 
mes petits bras une de ses jambes revêtues du pantalon rouge. 
Je l'adorais; quand il partait en voyage, j'avais le cœur brisé et 
ne vivais que de l'attente de son retour. Et je sais aujourd'hui 
que si je suivais d'un regard aussi nostalgique, dans le Bois 
de Boulogne, les voitures des mariées qui allaient, comme il 
était souvent d'usage alors dans certaines classes sociales, faire 
leur repas de noces au restaurant de la Cascade, c'est que j'au- 
rais voulu être à leur place, avec mon père, coin me marié, â 



^^^^^^^^^""■^fc^^^^i"^^^^*^»»! 



^/IDENTIFICATION D'UNE FILLE A SA MÈR^ MORTE 547 



mon côté ! Tel est en effet le rêve classique des petites filles, 
qu'elles expriment souvent même ouvertement. 

Je me souvenais même du jour anniversaire de mes quatre 
ans/ Je me vois encore, seule, par un temps torride — je suis 
née le 2 juillet — dans la grande bibliothèque de mon père, 
dans notre maison du Cours la Reine, attendant la visite du 
« Baron Phylloxéra », un vieux valet de chambre de mon 
grand -père maternel, célèbre dans la famille pour l'illusion 
qu'il entretenait d'être l'inventeur incompris d'un remède sou- 
verain contre le phylloxéra qui ravageait alors les vignes, Il 
venait tous les ans m 'apporter un bouquet blanc serré, comme 
^on en faisait alors, dans une collerette en dentelle de papier, 
pareil à ceux que tenaient, dans leurs voitures vitrées, les ma- 
riées que j'enviais dans le Bois, se rendant à la Cascade. Ce 
bouquet blanc avait un parfum adorable ressemblant à celui de 
la fleur d'oranger, car Juillet est la saison des lys et des tubé- 
reuses. Donc j'attendais, dans la grande bibliothèque vitrée et 
chaude de mon père, la visite et le bouquet du Baron Phylloxé- 
ra. Il venait toujours accompagné de sa fille, et j'enviais celle- 
ci de toujours ainsi accompagner seule son père, ce qui n'était 
jamais mon cas. Et dans la bibliothèque chaude, symbole de 
mon père, et de ses travaux dont j'étais peut-être jalouse parce 
qu'ils le tenaient écartés de moi, je me disais : « J'ai aujour- 
d'hui quatre ans. Comme je suis vieille ! » Et le sentiment de 
mes années m'écrasait. C'est que sans doute ce sentiment était 
l'expression déguisée d'un désir : être assez vieille, assez 
grande, pour pouvoir enfin épouser mon père ; sous ce souve- 
nir se cache tonte l'envie que portent, dans l'impuissance de 
leurs violents désirs, les enfants aux grandes personnes, 

Ainsi, à quatre ans, comme il est d'ailleurs de règle, j'étais 
en voie d'atteindre à l'apogée de mon complexe d'CEdipe, Mais 
j'étais une enfant dont le sort avait en partie réalisé les incons- 
cients désirs. En effet, ma mère était morte, la place enviée, 
que d'autres petites filles trouvent occupée auprès du père 
aimé, pour moi était vide. Il y avait bien nia grand -mère, que 
je n'aimais pas, malgré ses grandes qualités, et "parce qu'elle 
était dure, et — je le sais aujourd'hui — surtout parce que 
mon père, fils soumis et adorant, l'aimait trop- Mais enfin la 



-^^^w^^^^™*^^ww^ 



54$ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



}ar un vivant, 
e se servir du 



■ 

place de ma mère était vide, et je pouvais plus aisément peut- 
être qu'une autre petite fille rêver de l'occuper. 

Mais l'identification à la mère rencontrait par contre une 
condition qui n'existe pas pour les autres petites fi lies , dont la 
mère est la rivale vivante ; la mort .Or la mort, pour l'incons- 
cient, nous le savons, n'existe pas ; le moi, en se développant, 
s'en fait seul une idée quelconque. La mort, pour l'incons- 
cient, c'est le sommeil, le repos, ou un autre monde, ce n'est 
pas 3a mort même, dont le néant ne se saurait, 
pressentir. C'est ce qui permet à Tin cou scient c 
motif de la mort, quand la réalité extérieure l'apporte, et de 
l'érotiser. La conception sadique du coït, si naturelle â l'en- 
fant, qu'il ait observé lç coït des grandes personnes ou l'ait 
simplement pressenti de par une sorte de mémoire pliylogéni- 
que, aide l'enfant à rapprocher les idées de l'amour et de la 
mort. Et ce rapprochement si cher par ailleurs aux poètes , est 
conforme à la réalité biologique: la mort > chez beaucoup d'es- 
pèces animales, est la rançon de l'amour. Et chez tout ce qui 
vit, s'il n'était pas de mort, il ne saurait être d'amour. 

Certes, de telles réflexions philosophiques ne hantaient point 
mon cerveau de quatre ans. Mais en revanche, des faits pré- 
cis étayaient mon désir: être morte, pourquoi, c'était l'iden- 
tification à la mère, c'était être à la place de la femme de mon 
père, c'était, comme ma mère, de par lui - — sorte d'étranges 
délices — mourir, 

Or, voici que le sort m'apportait la réalisation de ce plus 
profond de mes désirs. Comme ma mère, voici qu'un matin, 
au réveil, « je crache le sang *>, Alors, les pulsions profondes 
de l'inconscient créent le fantasme hallucinatoire : la cigogne 
m'apporte, comme elle avait fait à ma mère, enfin un enfant 
du père, je suis à mon tour sa femme, son aimée, et par lui 
mère. Et la cigogne est « opalisée », tout comme le furent pour 
ma mère et le mariage et la maternité, c'est-â-dire qu'elle 
apporte, avec l'enfant, fruit de l'amour, aussi le malheur, la 
mort. 

Deux autres traits, entre autres, du grand oiseau, sont 
encore particulièrement révélateurs: il me regarde, la tête un 
peu de côté, et a un énorme bec, épais, long et pointu — tel 



l'identification d'une fille a sa mère morte 549 



. 



un marabout. Or, mon père, qui était très myope, me regar- 
dait souvent ainsi de côté, par dessus son lorgnon. C'est son 
attitude de tête caractéristique qu'avait le grand oiseau 
irisé (4), D 'autre part, le grand bec long, épais et pointu res- 
semble à celui d'un marabout, oiseau dont j'ignorais alors 
certainement le nom, mais que j'avais dû voir au Jardin d'Ac- 
climatation. Les marabouts ont l'air grave de savants stu- 
dieux. Bien plus tard, mon mari, gentiment plaisantant, 
devait dire à ïios eurants en passant avec eux devant la cage 
du marabout au Jardin d'Acclimatation : « Voilà Bon papa n". 
Car mon père était un « savant ». C'est à propos de lui, de sa 
vie laborieuse, que j'avais appris ce mot> qui me semblait un 
mot sacré, et que je ne proférais qu'avec vénérât ion. Mais, 
par ailleurs, le grand bec de l'oiseau est un symbole phal- 
lique classique. A quatre ans, un enfant a d'ordinaire déjà 
perçu la différence des sexes, et il est justement curieux qne, 
dans cette hallucination, chez/ le sujet, moi-même, comme 
chez l'objet projeté, le spectre de Toiseau, l'accent soit juste- 
ment porté sur P erotique orale. Le déplacement général de 
bas en haut de la libido est évident : le grand oiseau a beau 
être posé et sur une seule patte» et sur mon bas -ventre» ce qui 
est frappant chez lui, c'est ce grand bec menaçant, tout 
comme ce qui est frappant chez moi est le crachement, par la 
bouche, dn sang, la blessure orale. Seulement dans le souve- 
nir-écran» dans le grand oiseau projeté hors de moi halluci- 
na toi renient, ma mémoire a pour ainsi dire eu la permission 
de conserver la vision dn bec imposant, tandis qu'en ce qui 
touche la blessure de mon propre corps, la vision trop 
effrayante de mon propre sang dans la cuvette a été refoulée* 
et ceci de façon définitive. On ne m'avait jamais parlé, de mon 
hémoptysie pendant mon enfance, mais lorsque plus tard, à 
l'adolescence, on me révéla enfin comme un mvstère terrible 
ce grand secret du crachement de sang de mes quatre ans, 
cette révélation elle-même fut incapable d'en réveiller en moi 
le moindre souvenir. Ce n'est même que par la suite que 
j'eus l'idée du lien pouvant unir mon hémoptysie au plus 

(4) Comparer les « Innettes » chi père que « porte r> le elieval dans la 
phobie <lu petit Haiis (page 45 1 de cette revue. Analyse d'une phobie cliez 
-un petit garçon de cinq ans») 



' ' ^^^^^^^^W^ȃ* 



55° REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSA 



ancien et au plus grave souvenir de maladie de ma vie et à 
l'hallucination à la cigogne qui en faisait partie, 

Le grand oiseau fut donc évoqué sous l'empire du plus pro- 
fond de mes désirs: l'identification à ma mère, morte en me 
donnant le jour. 

De là, les deux afïects mêlés qui accompagnèrent l'hallu- 
cination : la terreur dSme part, d'autre part l'intense jouis- 
sance esthétique- La terreur appartenait au moi, effarouché 
par la violence de ses désirs, et sans doute par un sentiment 
de culpabilité venu de ce que j'avais « tué » ma mère, et que 
les représailles s'ensuivaient ; mais bien plus forte que la ter- 
reur était la jouissance esthétique de la beauté du grand oi- 
seau irisé, jouissance qui fut la première grande impression 
esthétique de ma vie. C'était tellement beau, de voir mon plus 
profond désir réalisé, d'être enfin la femme du père aimé, de 
devenir de par lui mère, de voir la cigogne m 'apporter comme 
n ma mère un enfant, que j'acceptais en échange à mon tour, 
d'un cœur comblé, la mtirt. 

Cependant quelque chose d'essentiel manquait à ce bon- 
heur. J'ai parlé plus haut des pas que j'écoutais si lointains, 
si lointains, aller et venir dans les autres chambres et les 
corridors, pendant que j'étais malade, au fond de l'obscurité 
rie ma chambre. J'ai enfin compris cette année (1929) pour- 
quoi ce souvenir est le seul qui soit demeuré, dans ma mé- 
moire, en rapport direct avec ma maladie, 

,Le souvenir de ces pas lointains dans les autres ch ambres et 
les corridors est teinté pour moi d'une mélancolie intense. Etre 
très malade et couchée dans une chambre obscure, tandis que 
d'autres vont et viennent à côté, m 'apparaît encore comme la 
mélancolie, la nostalgie par excellence, 

C'est qu'alors mon. oreille enfantine n'était ainsi tendue vers 
les pas errants aux corridors que dans l'espoir d'y discerner 
un pas, un seul. Mais les lentes heures de la journée — peut- 
être pour moi les dernières — avaient beau s'écouler et la 
lueur du jour s'éteindre en haut des rideaux tirés, le pas lourd 
de mon père — mon père était toujours chaussé de bottes — - 
ne retentissait pas. 

Ma mère, elle, quand elle s'était sentie mourir, avait appelé: 
u Roland, je meurs ! » et mon père était accuru. Elle était 



l/lftEXTlFlCATlOH D^UNE FILLE A SA MÈRE MORTE '551 



morte en lui tenant la main. Jetais, moi > à mon tour, mou- 
rante, et mon père n'accourait pas ! 

Quand il revint des Balkans, rappelé par le télégramme de 
ma grand-mère, j'étais sauvée, et c'est pourquoi son retour 
nie déçut, comme j'en aï le vague souvenir. Il revenait trop 
tard. L'inconscient ignore le temps et ne tient pas compte de 
la durée des trajets en chemin de fer, et quelque chose en moi 
ne pardonna jamais à mon père son absence à mon « lit de 
mort >k 



IL — La Phobik d'ânuhs. 

Cette vision du grand oiseau est restée le plus radieux sou- 
venir de mon enfance. Pour quiconque ignore les lois de l'in- 
conscient, que nous a révélées la psychanalyse, il semblera 
curieux que le plus beau souvenir de mes premières années 
soit justement celui qui recouvre — souvenir-écran — ce fait 
que, ce jour-là, je fus en danger de mort. Mais nous venons 
de voir que la mort signifiait pour mon imagination infantile 
autre chose que pour une pensée adulte et s'était, simplement 
et humblement mise au service de mes ardents désirs d'amour, 
pour enfin les réaliser. 

C'est même ainsi que l'élément le plus terrifiant de mon 
hallucination, 1' « opalisatîon » de la cigogne, en devint --■■ par 
une sorte de négation, de retournement de l'affect — - l'élément 
le plus fascinatenr, le plus esthétique, 

^lus tard, aux temps plus gris de la période de latence, le 
même amour du père et la même aspiration à m 'identifier à 
ma mère morte perdirent leurs irisations primitives et prirent 
une plus sombre couleur. 

Déjà, à San Rémo, où l'on m'avait emmenée pour ma con- 
valescence, dès le début àe Tannée suivante, j'eus une autre: 
vision, ou plutôt fantasme, qui n'avait plus même beauté. Un 
tremblement de terre, en effet, cette année-là, secoua tout le 
v 'to~al. À cinq heures du matin» je fus réveillée dans mon petit 
i: \ parla première secousse, et en me réveillant, encore endor- 
mie, voici ce que je vis en pensée : un loup* un loup qui grim- 
pait à une échelle appuyée à ma fenêtre, et qui secouait la mai- 



**b 



•^^m 



552 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



son (5)- J'appelai « au loup », on arrivait déjà pour me des- 
cendre dans le jardin, de crainte des écroulements de maisons, 
et là > je me vois encore, auprès des orangers dont j'aimais tant 
les beaux fruits vermeils,- écoutant notre propriétaire conter à 
ma grand-mère comment le sol, au cours de tremblements de 
terre, parfois s'ouvrait, et qu'on disparaissait alors dans la 
fente, qui se refermait. Ainsi avait été enterrée vivante une 
femme. Alors je me mis à regarder la terre entre les petits cail- 
loux de T allée avec la terreur, presque l'attrait, de la catas- 
trophe qui pourrait m 'arriver. 

Mais c'est bien plus tard, lorsque j'avais environ huit ans, 
que mes imaginations devinrent vraiment -noires. Le loup avait 
bien continué à me hanter, à travers T histoire du Petit Cha- 
peron Rouge, où il dévore d'abord la grand-mère — cela ne 
ni 'eût sans doute pas beaucoup déplu, de voir dévorer ma 
dure grand-mère — , puis la petite fille. Mais le loup était un 
animal charmant, apprivoisé, auprès de la lugubre figure qui 
vint alors, vers huit ans, hanter mes nuits. 

Mon père était libre-penseur, et aussi ma grand -mère. Ils 
'défendaient à ma vieille bonne de me faire prier, Elle le fai- 
sait cependant, et je priais alors le soir, le cœur tremblant 
que. ma grand-mère n'ouvrît la porte, comme d'autres enfants 
volent des confitures, C'était toujours ma mère que ma vieille 
bonne me faisait prier, ma « petite maman >*/ 

Mon sens religieux trouvait encore ailleurs des aliments. 
J'adorais la mythologie, y pressentant mille concordances 
avec moi-même. Et un jour, en feuilletant un livre de mytho- 
logie, égyptienne, vers huit ans, je découvris, sur une gra- 
vure, An'ubis, le dieu sombre, â tête de chacal, « veilleur des 
morts » avec, sur une table de pierre, 'étendue devant lui, la 
momie. De cet instant, Ànubis s'empara de mon imagination, 
et chaque soir, dès que je venais de m 'étendre dans mon 
petit lit; sur le dos (dans la position Me la momie), j'étais 
prise de la folle terreur qu* Anubis, le chacal veilleur des 
morts, ne commençât à hurler dans la nuit et n'apparût au- 

(5) A "rapprocher de ce souvenir cette observation: lors de la récente se- 
cousse sismique à Vienne (Novembre 1927) une femme âgée, que je pus 
voir à la clinique psychiatrique, eut un accès de psychose dont le contenu 
était que son père mort depuis longtemps, rentrait" par la porte, secouait 
et ébranlait toute la maison. 



i/lDENTIFICÀTION tfvm FILLE A SA MÈRE MOBTE 553 



près de mon petit -lit dans tonte sa majesté terrible. La phobie 
d' Anubis était encore plus irrationnelle en apparence oue 
-celle d'autres animaux chez d 'autres enfants : le petit Hans, 
par exemple, dont Freud conte l'histoire, eût pu être mordu 
par l J animal dent il avait peur, le cheval, tandis qu'il n'y 
avait vraiment aucune chance qu 'Anubis parut vraiment au- 
près de mon lit. La phobie -d' Anubis terrorisa cependant plu- 
sieurs années de mon enfance, sans que j'osasse jamais la 
confier à personne. J'avais osé conter à quatre ans l'halluci- 
nation à la cigogne, je n'osai plus à huit révéler la phobie 
d 'Anubis, Mes refoulements s'étaient fait plus rudes, aussi 
la lutte contre eux, et pour expliquer cette nouvelle attitude, 
il me faudrait ici analyser toute ma vieille phobie d' Anubis 
— ée qui mènerait trop loin. 

Ce qui est certain c'est que je ne comprenais, à la phobie 
d'Anubis, absolument rien. Je n'avais pas alors établi le lien 
entre la momie de l'image et ma mère sur le tableau du salon, 
ni avec l'histoire que j'avais entendu cent fois conter : que ma 
mère avait été « embaumée » — comme les momies — fait 
inexact d'ailleurs, comme je l'appris plus tard, mais auquel 
je crus toute mon enfance. 

Je comprenais encore moins que j'étais à mon tour la mo- 
mie* Jamais Tidée ne m'effleura que si Anubis venait m' épou- 
vanter chaque soir, dès que j'étais étendue sur le dos, dans 
mon lit, comme la momie, c'est qu'alors je me représentais 
moi-même être celle-ci. Je ne percevais consciemment, dans 
le couple de la phobie, Anubis et la momie, que le premier 
membre, sans d'ailleurs reconnaître, bien entendu, qui il était 
vraiment, mon père debout près de la morte, La mère morte, 
â laquelle je m'identifiais, restait inconsciente et comme con- 
cept et comme image, elle constituait une représentation in- 
consciente intégrale, Ce fait serait à rapprocher de l'oubli qui 
frappa, lors de mon hémoptysie, à quatre ans, la représentation 
: du sang, de moi crachant le sang comme ma mere, tandis que 
subsistait seule l'image, souvenir-écran, de la cigogne irisée t 
tîu grand oiseau paternel phallique, debout sur une patte, 

La phob-ie d'Anubis se manifestait aussi, en partie du moins, 
sur le mode oral, comme l'avait fait, plus complètement en- 
core, autrefois, l'hallucination de la cigogne. Le chacal, en 

REVUS FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE IO 



Ife^MOPPW^H 



554 REVUE FRANÇAISE DB PSYCHANALYSE 



effet, se nourrit de chairs mortes, et dans mon inconscient, 
Ànubis, qui représentait mon père, était à la fois veilleur et 
dévorateur des morts — ou plutôt des mortes. 

Je portai aussi au fond de moi, toute mon enfance, un autre 
souvenir secret. Je m'imaginais avoir vraiment vu ma mère 
morte, mais je le taisais jalousement — personne ne devait le 
savoir, C'était à Dieppe, au bord de la mer « — dont j'avais, 
gardé la nostalgie ! Car après mon hémoptA^sie, on ne m'y 
avait plus menée qu'une seule fois, et sous prétexte que la 
mer ne me réussissait pas, que j'avais manqué cette dernière 
année m 'évanouir sur les galets, on avait bientôt vendu la 
maison, héritée de ma mère, que nous y avions. J'avais donc 
gardé la nostalgie de. Dieppe, et des sucres de pomme qu'on 
me donnait eu passant en gare de Rouen, et que je suçais 
avec délices et terreur, à cause de l'histoire du petit garçon 
qui se serait percé la langue avec un sucre d'orge trop sucé, 
tiop effilé. J'avais surtout, dans la pensée, un tableau qui 
m'enchantait et me brisait le cœur de nostalgie, maintenant: 
que nous n'allions plus à la mer: en haut d'une ruelle étroite, 
que gravissait lentement l'omnibus de la gare, la mer appa- 
raissait soudain entre les murs rapprochés des maisons, la 
nier, morceau de bleu -vert piqueté de voiles blanches. Cela, 
peut-être, je ne le reverrais jamais* Mais Dieppe était un lieu 
sacré par un souvenir plus merveilleux encore. Dans la som- 
bre église, fréquentée par les pêcheurs, ne m'étais-je pas trou- 
vée un jojur, toute petite, seule avec ma mère agenouillée sur 
un prie-Dieu, en noir, implorant le secours de Dieu, immobile, 
muette, pâle, pâle telle une statue de cire ou plutôt une morte? 
Ce fantasme, à la réalité duquel je crus toute mon enfance, je 
le gardais enfermé tout au fond de moi tel un précieux trésor 
que nul ne devait découvrir ou anéantir. 

Un rêve â répétition de mon enfance avait aussi trait â la 
mer* ïl débutait toujours ainsi ; j'étais dans une chambre, et 
j'ente ndais dans l'escalier monter des gens, des hommes. Je 
ne pouvais ainsi m 'enfuir par l'escalier. Alors, par la fenêtre 
ouverte, je m'élançais* Je volais, je volais par-dessus un jardin, 
je m'élevais, par un effort, au-dessus de grands arbres qui le 
bornaient, et dont mes pieds traînants, en volant, effleuraient 
la cime. Et mon vol se poursuivait par-dessus de grandes 



1/lIJEttTIFlCÀTION D'UW FltLE A SA MERE MORTE 555 



plaines & l'horizon desquelles , très loin, miroitait la mer. Et 
mon vol s'accélérait â mesure que j'approchais de la nier, 
j'étais comme poussée par un vent arrière ; et, chose étrange, 
atroce, tout le ciel blanchissait, et mes yeux éblouis en même 
temps, perdaient la faculté de se fermer. J'ai-rivais ainsi, 
dans un vol vertigineux, au-dessus de la première lagune, je 
la dépassais ; une étroite bande de terre, une autre lagune, 
encore une autre lagune, le ciel toujours blanchissant, mes 
yeux de plus en plus douloureusement maintenus ouverts, et 
enfin le vol emporté au-dessus de la pleine mer. Alors, mon 
vol perdait peu à peu son élan, la force qui me soutenait flé- 
chissait, je descendais, je descendais, malgré mes efforts dé- 
sespérés, v ers la crête des vagues, où mes pieds maintenant 
trempaient. Et Ton eût dit qu'aussitôt l'eau m'engluait, 
j'étais aspirée par en bas, 1 je sentais l'eau froide à mes genoux, 
à mes hanches, à ma ceintuie, mes épaules y disparaissaient, 
et au moment où l'eau salée s'engouffrait dans ma bouche, 
m 'étouffant, je me réveillais dans une épouvantable angoisse. 
Combien de nuits n'ai-je pas ainsi gémi sous ce cauchemar où la 
mer, éternel symbole maternel, ainsi me fascinait pour m 'en- 
gloutir, m 'incorporer â elle ! et oft le goût salé de l'eau qui 
m'emplissait la bouche était peut-être le souvenir inconscient , 
ineffaçable, du sang, fade et salé qui, lors de mon hémoptysie, 
avait failli me coûter la vie ! 

A propos de mer, il convient aussi de rappeler encore un 
souvenir de nia période de latence, relatif à mes études de géo- 
graphie. J'adorais la géographie, mon père se consacrant alors 
aux études géographiques* Or, de tontes les mers dont j'ap- 
prenais le nom, aucune me ne séduisit, ne m 'éblouit, ne m 'ins- 
pira le désir de la voir, allié â celui de m'y baigner, comme 
la « Mer Morte », Cette mer étrange, si salée qu'aucun pois- 
son, disait-on, n'y pou voit vivre, et qu'on y flottait sans y 
pouvoir enfoncer, tant sa salure était haute, cette mer <c em- 
baumée » comme les momies dans leur bain de natron, me 
fascinait, sans que je susse alors pourquoi. Je sais aujourd'hui 
que l'inconscient est coutumier de ces calembours d'allure 
absurde, étrange, et pourtant pleins d'un profond sens. 

Or, sous la Mer Morte avaient été englouties deux villes 
criminelles, dont les noms seuls, à sonorité bizarre et ter- 



,1^" 






55 6 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



rible, m'inspiraient un attrait mêlé d'épouvante, Je savais 
fort bien, sans pouvoir exprimer ce dont il s'agissait, que 
Sodome et Gomorrhe avaient été punies pour des péchés mys- 
térieux , affreux, que Ton cache aux enfants. La femme de 
Loth, ne le contait-on pas; rien que pour s'être retournée sur 
ces villes maudites, n'avait-elle pas été changée en une sta- 
tue de sel qui m 'apparaissait en pensée, pâle, blanche comme 
une morte? I] y avait là quelque chose qu'on ne devait pas 
regarder, pas savoir. Ma mère — ceci restait inconscient — 
avait dû peut-être aussi mourir pour des causes, des fautes 
mystérieuses que l'on cache aux enfants, Et le sel! le sel 
m 'apparaissait comme une substance sacrée, redoutable.,, (6), 
La lectrice de ma grand -m ère, lorsque du sel se renversait sur 
la table, le jetait par-dessus son épaule dans un geste de con- 
juration. Mon père m'empêchait de l'imiter, avait une fois 
retenu ma main, afin de m 'apprendre â mépriser la supersti- 
tion, ce qu'ouvertement je faisais. Mais tout au fond de moi 
il en était autrement; les cristallisations de sel que j'imaginais 
sur les bords de la Mer Morte y scintillaient, magiques. Et 
les irisations merveilleuses que j'imaginais rappelaient sans 
doute à mon inconscient l'opale, l'opale vraiment fatidique qui 
continuait à dormir là-bas, au fond de son coffre, à la Banque. 



III. — Lk fantasme de ti:bkrci"losiî. 

Bien que mon atteinte de tuberculose infantile ne se soit ja- 
mais réveillée, l'opale, du fond du coffre où elle était enfouie, 
là-bas, à la Banque, continua à exercer sa funeste puissance. 
En effet, à dix-sept ans, après une pénible période de conflits 
ayant suivi mon adolescence, et où je rendis pendant quelques 
mois la vie difficile à mon père, pourtant tellement aimé — tel- 
les sont nos ambivalences — une réaction de tendresse envers 
lui se produisit* Et alors, en même temps, une idée naquit et 
s'installa peu à peu en moi : c'est que, comme ma mère, j'étais 

(6) Comparer Ernest Jones, Die Redeutuvg des Salzes hr Sitte und Brait eh 
iier Yoikër, pain d'abord dans Imago, 1912 (T,a signification symbolique 

du sel dans le folklore et la superstition^ paru ensuite en 3923 en anglais, 
The symbûlic significence. of sail in folklore <ivâ superstition. 



^^""^ ,M 11^^^»^. | W IBIMIM 



l/ÎDENTmCATKW D^UNE KJLLE A SA MERH MORTE 557 



P*^^H^^b^M 



tuberculeuse, et qu'on me le cachait. Je découvris bientôt toute 
sorte de symptômes confirma tifs. Ainsi, tout le monde me 
trompait, mes parents, les médecins, qui tous affirmaient que 
je n'avais rien ; seule ma vieille bonne, chez nous depuis nies 
cinq ans, une vieille Corse dévouée et bornée, qui avait exalté 
en moi, au temps de ] 'enfance, le culte de nia mère morte, seule 
ma vieille bonne hochait la tête, regardant ma mine défaite, 
les larmes aux yeux, et murmurant : « Je l'avais toujours 
craint, » Oui, je le savais, je ne me faisais aucune illusion, 
moi, sur mon sort, j'étais touchée par la tuberculose, et j'al- 
lais, à peine dépassée ma vingtième année, connue ma mère, 
mourir. A vais- je entendu dire ce qui m'était arrivé à quatre 
ans ? M'avait-on ni ors révélé l'hémoptysie qui pesa sur toute 
mon enfance, la confinant â la maison ? Je crois pouvoir dire 
que cette révélation me fut faite & seize ans, donc peu de temps 
auparavant* 

Alors les médecins, fermes, nous le savons, à la compréhen- 
sion des conflits psychiques, donnèrent à propos du mien, leur 
mesure. Notre médecin habituel, qui m'aimait pourtant bien, 
commença par traiter, par un dédain croissant, mes idées 
morbides, ce qui m'exaspérait et ne fit que m'y ancrer davan- 
tage. Chaque fois où j'essayais de lui en parler, il m'envoyait, 
comme on dit vulgairement, <* promener ». 

Ainsi trois années passèrent, pendant lesquelles je vécus 
avec mon fantasme de tuberculose au fond de moi. Je sentais 
tout mon côté droit alourdi, j'étais parfois oppressée, je m'ané- 
miais ; je maigrissais, je n'avais pas beaucoup d'appétit et, 
pendant la saison froide, je souffrais de constantes pharyngi- 
tes et trachéites qui me confirmaient dans mes idées. Ou bien, 
me disais- je, les médecins sont trop bètes, trop négligents pour 
y voir clair, ou bien ils me trompent* I^es consultations 
s'étaient donc succédé, avec divers spécialistes, et toujours 
le même résultat : je n'avais rien. J'inclinais plutôt â croire que 
les médecins me trompaient. 

J'eus alors le désir d'étudier la médecine, mais mon père s'y 
opposa, disant que cela nuirait à mon futur mariage. Je me 
soumis aussitôt, A quoi bon lutter ? J'étais certes trop malade 
pour pouvoir aller à la Faculté, et puis l'idée de désobéir à mon 
père ne pouvait alors m 'effleurer ! Cependant tiia vie n'était 



«H^B^-^-VHÉÉ 



55 8 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



nullement découragée ni triste. Jamais je ne travaillai autant 
qu'alors, mais à la maison. Ce fut pour moi une période intel- 
lectuelle héroïque. Levée, l'hiver, avant le jour, parfois dès 
cinq heures, j'étudiais du matin au soir, enfermée dans ma 
salle d'étude, la géométrie, la géographie, l'histoire, les scien- 
ces naturelles, la philosophie, les littératures française et alle- 
mande. Je n'allais pas au lycée, mais je travaillais chez moi 
comme mon père chez lui, et avec une effrénée ardeur, plus 
grande encore, pensais-je, que la sienne et dont je m'enor- 
gueillissais. J'étais fi ère de parler avec lui aux repas quotidiens 
de mes études scientifiques; si la littérature et l'art, hélas, que 
j'aimais aussi, il les méprisait, il aimait, du moins, mes goûts 
scientifiques. J'avais alors l'illusion juvénile de conquérir le 
monde par la force de mon esprit. Je me souviens de certaines 
aurores d'hiver dans ma salle d'étude solitaire, en haut de 
notre maison dominant la ville, tandis que pâlissait ma lampe 
et que se levait à l'horizon de Paris, là en bas de ma fenêtre, 
un rouge soleil, pareil, me semblait-il, à l'exaltation de mon 
cœur. J'allais peut-être mourir jeune, mais qu'importait ! 
Jamais je n'avais été aussi heureuse. 

C'est d'ailleurs au même moment qu'une nouvelle phobie na- 
quit eu moi. Je ne pouvais étudier la médecine, mais tout ce 
qui y touchait me passionnait. J'avais une prédilection pour 
l'anatomie, et je voulais l'étudier depuis sa base : le squelette. 
Or mon père possédait, dans sa grande bibliothèque, un petit 
squelette qui lui avait été donné : c'était celui d'une jeune Hin- 
doue, morte à vingt ans environ, de tuberculose. Il y avait 
même, sous un verre, à côté, son masque mortuaire décharné. 

Je priai mon père de me laisser monter le petit squelette dans 
ma salle d'étude, afin que je pusse l'étudier à loisir. Mais il y 
avait, à ma prière, une autre cause : j'avais, au fond, très peur 
du petit squelette, et je voulais me forcer à m'y accoutumer. 
Car je présentais, surajoutés à mes phénomènes d'angoisse et 
de conversion, de nombreux symptômes obsessionnels qui me 
poussaient toujours à me surmonter, à me Vaincre, à faire jus- 
tement les choses dont j'avais le plus peur. Je ne traite pas ici 
de ces symptômes, ayant isolé, dans ce récit, ce qui a trait a 
mon identification avec ma mère morte, afin d'en présenter 
une vision d'ensemble. 



*^^-BBta^^i^«||M 



ï/ïDENTIFICÀTlON D J UKE K1IXE A SA MÈfcE MORTS 55-9 



Donc, le petit squelette installé dans ma salle d'étude, sus- 
pendu à son crochet j je me mis â l'étudier. J'étais parfois pous- 
sée à le décrocher, à mesurer à côté de moi sa petite taille. Ma 
mère aussi avait été bien plus que moi petite, et était morte, 
aussi vers vingt ans, comme la jeune Hindoue. Mais toutes ces 
familiarités avec le petit squelette, loin de m 'accoutumer à lui, 
eurent ce résultât : maintenant, parfois toutes les nuits, le pe- 
tit squelette m 'apparaissait. Je passais en rêve près de lui, ,, il 
étendait alors la mai]), me saisissait comme pour m 'entraîner. 
Ou bien devant moi il dansait, puis venait vers moi, et je me 
réveillais en proie à une affreuse angoisse* Ainsi la vieille peur 
infantile de la vengeance posthume de nia mère renaissait. Le 
petit squelette de la jeune poitrinaire, morte vers vingt ans, 
c'était elle ; elle était remontée, de son séjour dans la biblio- 
thèque de mon père, pour me punir de le lui avoir pris- Et 
maintenant où j'étais, peu sais- je, comme elle autrefois, à mon 
tour tuberculeuse, elle revenait chaque nuit me l'appeler qu'il 
serait bientôt temps de la suivre dans la tombe, ce qui était 
donc à la fois ma crainte et mon désir. 

Voyant que, malgré les mois qui passaient, je n'arrivais 
pas à m' « accoutumer » au petit squelette, et bien que j'igno- 
rasse alors que ce qui demeure dans l'inconscient reste inac- 
cessible à l'usure, je ne m'obstinai pas et finis par faire redes- 
cendre le petit squelette dans la bibliothèque, en bas. 

Et cependant, il continua à hante) 4 mes rêves. Je me voyais 
€n songe descendre chez mon père, chercher à le joindre dans 
la bibliothèque* Mais au passage le petit squelette par derrière 
me happait de sa main tendue. Et je continuai à vivre avec mes 
cauchemars, et n'aurais pas osé, lorsque le soir tombait, et 
même de jour maintenant, descendre seule à la bibliothèque. 

C'est que cette phobie était un trop merveilleux compromis 
entre deux puissantes tendances de mon inconscient : être ma 
mère, en mourant comme elle, ce qui satisfaisait la partie la 
plus positive de mon complexe d'CEdipe : l'amour pour mon 
père ; et être punie par ma mère de mort, en représailles de la 
mort que je lui avais causée, ce qui satisfaisait, dans l'autre 
partie de mon complexe d' Œdipe, le sentiment inconscient de 
«culpabilité y attaché; 

Et mon père m 'ayant donné, lorsque j'avais dix-neuf ans, 



«P^B^VW^^^^-^^^^^^^^^^^^HOD^^^^^^^PP 



560 REVUE FRANÇAISE DE PSYCH ANALYSE 



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les contes d'Edgar Poe, traduits par Baudelaire, je commen- 
çai, cet été-là, à la campagne, à les lire le soir. Je lus d'abord 
Double meurtre dans la rue Morgue, la Lettre volée, le Sca- 
rabée d'Or, les trois récits que mon père admirait, et qui ne 
m'impressionnèrent pas outre mesure. Mais ayant commencé 
Ligeia, un conte que mon père méprisait, je fus prise d'une 
telle épouvante à la description du cadavre vivant et vengeur 
de la femme, que je ne pus alors, je crois, finir l'histoire. 
J'abandonnai bientôt le livre terrifiant. Il 5' avait là quelque- 
chose dont je ne pouvais supporter la nature, moi qui pourtant. 
m'étais délectée an spectacle des tragédies, et cela dès treize 
ans ! * — Hamlet ou CEdipe-Roi. Je ne pouvais pas plus me fa- 
miliariser avec les contes de Poe qu'avec le petit squelette : 
plus j'en aurais lu, je le compris, plus j'aurais eu peur ; il y 
avait sans doute d'autres contes aussi affreux que Ligeia, et 
qu'il convenait d'éviter. Et pendant vingt-cinq ans de ma vie, 
je n'ouvris pas de livre où eût pu se trouver une histoire de 
revenants — surtout de revenantes. Car les mortes, je m'en 
aperçus bientôt, me faisaient cent fois plus peur que les morts. 
.Et ce sont les mortes hantant les contes de Poe qui m'écar- 
* t aient de son œuvre. Je ne devais oser relire Ligeia qu'au 
cours de mon analyse, et ceci avec quelle rechute de terreur 1 
;i fin d'apprendre à connaître V énigme de mon épouvante. 
Quand Ligeia se fut démasquée pour ce qu'elle était à mes 
yeux: la mère vengeresse revenant prendre auprès du père sa 
place, usurpée par Rowena = moi, elle perdit soudain avec 
son mystère toute sa force d'épouvante, Ce fut même un des 
plus jolis résultats thérapeutiques de mon analyse. 

Cependant j lorsque j'eus atteint vingt ans — l'âge où s'était 
mariée ma mère — ma « maladie » subit tout h coup une ag- 
gravation, Je me mis h maigrir, à dépérir à vue d'œil. Et mes 
maux de gorge, ininterrompus, menacèrent cet hiver-là de 
devenir chroniques; j'avais même parfois dans le pharynx des 
mucosités sanguinolentes. On disait : « c'est héréditaire, c'est 
comme sa mère ; elle avait des granulations, c'est ce qui lui fai- 
sait cracher le sang »_ Et je fis tant et si bien, je maigris, je 
pâlis, je dépéris, je pris tellement l'air malade que mon père 
et ma grand -m ère, enfin, et ne fût-ce que pour changer ma. 
mine qui eût effrayé les gens, et les prétendants, se décidèrent^ 






J/JDKNTII'JCATJOK D'UN'K FILLE A SA MERE MORTE 56 1 



sur le conseil des médecins, à m 'envoyer dans le Midi, pour 
me fortifier, pour guérir mon « anémie », car ainsi on appe- 
lait, médicalement, mon mal. 

C'était bien mon désir- Je n'avais pas revu le Midi — pays 
où avait grandi ma mère — depuis ma cinquième aimée, lors- 
qu'il m'avait guérie, après mon hémoptysie. Mais je le recon- 
nus comme si je l'avais quitté la veille, et il n'est pas de 
mots pour dire mon ébloui s sèment en revoyant les palmiers, 
les eucalyptus, les orangers, les citronniers et les mimosas 
jaunes et embaumés qui semblaient du soleil en fleur, 

J'y vécus à Pair, je m'y contraignis, pendant quelques mois, 
de mon propre avis, à une suralimentation effroyable qui me 
mena en quelques mois presque à la lisière de l'obésité. Je man- 
geai moins ensuite et ne gardai bientôt plus, ayant heuren sè- 
ment maigri, que ma bonne mine. Mais j'y devais retourner 
quatre hivers successifs sans nie croire guérie encore. Car il 
me fallait pour cela une condition que mes médecins ignoraient, 
comme moi-même : avoir dépassé une certaine date de ma vie. 
Je ne pouvais en effet pas guérir de mon fantasme de tubercu- 
lose avant d'avoir dépassé vingt-deux ans, l'âge où était morte 
ma mère. Auparavant je n'aurais pu me marier. Ma terreur de 
la grossesse et de l'enfantement étaient alors d'ailleurs bien 
trop intenses, il fallait que du moins ce sort précis fût conjuré, 
cette date fatidique dépassée. Et le fantasme de tuberculose 
était un compromis qui me préservait, d'un côté, du mariage 
effectif, de la grossesse, du sort réel de ma mère, mais aussi de 
l'infidélité à mou père ; car il me gardait fidèle, de Vautre côté, 
à l'amour primitif pour mon père, et réalisait, comme autre- 
fois l'hallucination à la cigogne, mon plus profond désir ; 
l'identification à ma mère enviée, dans l'enfance, jusque par- 
delà la mort. 

Cependant, lorsque j'avais eu, je crois, vingt ou vingt et un 
ans, les bijoux de ma mère étaient revenus solennellement de 
la Banque où ils dormaient depuis sa mort, et m'avaient été re- 
mis ; et de tout ce que contenait le coffre à bijoux, rien n'avait 
attiré mes regards à l'égal de la grande opale. 

Son aspect d'ailleurs m'avait déçue. Bile n'avait, d'abord, 
pas la forme d'un œuf, telle que je l'avais rêvée tant d'années ! 
et ce qui convenait mieux à mes désirs inconscients, mais elle 



5^2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



était en forme de cœur. De plus, si l'on faisait abstraction des 
diamants l'entourant, elle n'avait pas non plus, ce que je rêvai 
si longtemps, la dimension d'un œuf de poule, mais était sim- 
plement un peu plus grosse qu'un œuf de pigeon. Et ses iri- 
sations étaient trop laiteuses, moins vives certes que celles du 
plumage du grand oiseau — dont je ne -savais d'ailleurs pas la 
rapprocher alors. Bref, la grande opale, vue au jour de mes 
vingt ans, me décevait. 

Je ]a mis donc de côté et ne la portai pas, ce vieux bijou 

russe, trouva is-je, étant trop lourd pour le goût moderne. Ainsi 
je rationalisai mes sentiments. 

Cependant mes vingt- deux ans étant enfin sonnés, mou père 
me dît : « Le temps passe, vous voilà vingt -deux ans, et tou- 
jours pas de mariage en perspective, â cause de vos stupides 
idées de maladie imaginaire. Il serait vraiment temps de vous 
reprendre, de vous guérir de vos idées absurdes. » Ainsi par- 
lait mon père, tout comme si son inconscient avait su que la 
date, en effet, avait sonné, où la réalité me permettait enfin le 
détachement de lui, la fin du tendre et terrible fantasme qui me 
-liait malgré moi à sa maison. 

Le discours de mon père, relatif â ma maladie « imaginaire » 
d'abord m'irrita. Ainsi, peu sa is-je, il nV croit pas ! c'est qu'il 
ne pense qu'à me faire faire un mariage avantageux, c'est qu'il 
ne m'aime pas ! Et je lui en voulais de toute la force de mon 
cœur. 

C'est que cette phrase a i] n'y croit pas » avait un autre sens 
profond que celui que je lui prêtais moi-même. La pensée ma- 
nifeste était pour moi : « il ne croit pas à ma grave maladie ». 
Mais la pensée latente était : « il ne croit pas à mon immense 
amour », Car ma maladie « imaginaire » exprimait ce qu'il y 
avait de plus « rééï » en moi : l 'amour profond et fidèle jus- 
au'à la mort, l'amour dont une partie seulement, et la moin- 
dre, affleurait la surface du conscient et que je gardais depuis 
l'enfance à mon père, â lui seul. 

Mais mon père, aujourd'hui que j'avais vingt-deux ans, me 
disait lui-même qu'il était temps de renoncer à l'identification, 
par amour de lui, à ma mère morte, La réalité le proclamait : 
à vingt-deux ans, je n'étais pas morte ; et comme je n'avais 
aucune disposition à la psychose, à n'entendre pas la voix du 



p^«^^m 



l/j BEATIFICATION D^UNE FILLE A SA MÈRE MORTE ^63 



réel, lorsqu'elle parlait haut, j'entendis ce que disaient et le 
destin et mon père. 

C'est en effet à partir de ce" moment que mon fantasme de 
tuberculose commença à pâlir. L'hiver qui suivit, dans le 
Midi, je me sentis de mieux en mieux portante, j'eus l'impres- 
sion nette que ma tuberculose — à laquelle je croyais tou- 
jours — était vraiment enfin en train de guérir. 

L'hiver suivant, celui de mes vingt- trois ans, un médecin de 
Nice réussit; en fi n dans ce qui avait failli à tous les autres : il 
se donna la peine de parler souvent avec moi, et il me per- 
suada peu â peu, non seulement que j'étais tout à fait guérie 
de ma tuberculose , mais que, les six ans qui venaient de passer, 
je n'avais nullement été tuberculeuse. Cela se fit avec la plus 
extrême facilité, j'oubliai comme par enchantement Tidée fixe 
de ces six années et n'y pensai simplement plus. 

Alors je me sentis comme ressuscitée et songeai, enfin > à la 
grande joie de mon père, et même avec une sorte de subite 
avidité, au mariage. 

À vingt-cinq ans, je me fiançai. L'âge et la situation de mon 
fiancé me permettaient de faire sur lui le transfert de mon 
amour pour mon père. Un jour, comme je lui montrais mes bi- 
joux, il me proposa de vendre tous ceux des vieux bijoux de ma 
mère qui étaient trop démodés pour être portés, afin d'acheter à 
la place des perles qui s'ajouteraient à celles que ma mère 
m'avaient laissées. J'acceptai, bien que l'idée de voir s'en aller 
tous ces vieux souvenirs me fît un peu de peine. Mais je ne pus 
me résoudre â vendre une des pierres, bien que mon fiancé m'en 
pressât particulièrement : l'opale. Il eut beau me dire pour me 
convaincre que cette pierre ne lui plaisait pas, qu'on disait 
qu'elle porte malheur, qu'il fallait nous en débarrasser, je re- 
fusai obstinément. Mou père ne m'avait-il pas appris dès l'en- 
fance à mépriser les superstitions ! On vendit donc les dia- 
mants qui l'entouraient, mais l'opale elle-même, sous prétexte 
qu'elle n'avait pas assez de valeur, que cela n'en valait pas la 
peine, je la gardai. 

Un jour, pendant, je crois, ma première grossesse, je vou- 
lus la revoir. J'ouvris ma boîte à bijoux, je la cherchai. Im- 
possible de la retrouver, I/opale porte-malheur des femmes en 
couches, et que je m'étais refusée à vendre, avait cependant 



5*>4 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



disparu avant mes propres couches. On eût dit que malgré 
moi le sort voulait m'en protéger* 

J'eus deux enfants, et malgré les craintes terribles de mon 
père à ce moment, je ne mourus pas en couches. Et quand plu- 
sieurs années eurent passé, et que je dus peu à peu perdre l'es- 
poir d'être une troisième fois mère, un jour, sans savoir com- 
ment, et je crois sans la chercher, je retrouvai l'opale reléguée 
au fond d'un vieux carton, tristement enveloppée dans un 
bout de papier de soie. Mais elle disparut bientôt à nouveau de 
mes objets et de ma pensée*., jusqu'à hier où elle reparut, au. 
cours de mon analyse, dans toute sa radieuse importance. 

Je croyais d 'ailleurs t jusqu'à hier encore, l'avoir perdue, et 
ce n'est que ce soir, en m'en informant auprès de ma femme 
de chambre j que celle-ci me rappela son existence au fond du 
vieux carton. Ht maintenant, la grande opale, enfouie depuis, 
tant d'années dans l'ombre, peut revoir le jour. Elle a enfin 
perdu sa force souterraine et terrible, car — et ceci pourrait 
être une devise de la Psj'ehanalyse — les spectres s'évanouis- 
sent à la lumière du jour. Mais il faut d'abord avoir le cou- 
rage de les évoquer en pleine lumière. 



Conclusion 

J'ai conté mon hallucination, à quatre ans, de îa cigogne, et 
la phobie d'Auubis qui lui succéda, parce qu'il est difficile de 
trouver un plus bel exemple d'identification maternelle, à tra- 
vers la mort, en fonction de l 'amour souverain pour le père, à 
l'âge même de la floraison du complexe d 'Œdipe, et dans les 
années suivantes, 

J'3* ai ajouté le récit de mon fantasme, à dix- sept ans, de 
tuberculose, parce qu'il a même origine, dérivant aussi de mon 
complexe d'CEdipe revivifié de par la puberté, et que mon 
u cas », entre dix-sept et vingt-trois ans, montre une fois de 
plus l'influence des complexes psychiques et sur l'état soma- 
tique et sur le destin. Une analyse» en ramenant au jour le 
matériel pathogène refoulé, si elle eût été possible alors, m'au- 
rait davantage été utile que tontes les consultations médicales 
et tous les séjours dans le Midi. 



l'identification d'une fille a sa mkre morte 56; 



Et Ton aura pu observer sur cet exemple l'opposition si fré- 
quente des attitudes consciente et inconsciente par rapport à 
la superstition, comme d'ailleurs à la religion en général. Mon 
père avait beau me retenir la main quand je voulais jeter par- 
dessus mon épaule le sel renversé, j'avais eu beau moi-même, 
în* identifiant à ce père admiré, m 'imaginer au-dessus de toute 
superstition et. mépriser hautement les gens superstitieux, 
tout mon inconscient u croyait » à la vertu terrible de l'opale. 
Mon hallucination â la cigogne irisée ne l'avait pas mieux 
proclamé à quatre ans que ne devaient le faire, plus de vingt 
ans plus tard, les disparitions et réapprit ion s de la pierre fa- 
tale, suivant les dates et les événements de ma vie de femme et 
4e mère. 

C'est par une opposition analogue que moi qui, à l'instar 
de mon père, me proclamais, une fois parvenue a l'âge adulte, 
libre-penseuse, et ne croyais pas à la survie des morts, j'avais 
cependant gardé la peur des revenants an point de 11e pouvoir 
lire un conte d'Edgar Poe, jusqu'à ce que l'analyse m'en eût 
enfin délivrée* 

Ainsi, dans les profondeurs archaïques de notre inconscient 
continuent à vivre les vieilles religions des hommes, même lors- 
que notre esprit ^çsi élevé bien au-dessus de ces conceptions 
primitives. 



*»^ m 



566 REVUE FRANÇAISE M "PSYCHANALYSE 



Avis 



La Société Psychanalytique de Paris organise ta IV me Con- 
férence des Psychanalystes de langue française, sous la présidence 
du D r A. Boret, de Paris* 

Les Séances auront lieu à V Amphithéâtre de ta Clinique des 
maladies mentales (Asile Clinique Sainte* Anne , î f rue Cabanis, 
Paris XIV) le Lundi 3 Juin 1929, à 9 h. 30 et à 14 h 30, 

Deux rapports seront présentés, Vun par le DR. de Saussure, 
de Genève > sur V Homosexualité fétninine > Vautre par M m * E* 
Sokotnicka, de Paris, sur la Technique de ta Psychanalyse. 



Autre avis 



Les procli aines Journées médicales de Parts auront Heu du 9 au 
14 juin 1929 ; elles sont organisées avec le concours de la Revue 
Médicale Française et de ses collaborateurs et sont ouvertes à tous 
les médecins français et étrangers, ainsi qu'aux étudiants en méde- 
cine. 

Le bureau du Comité est constitué de la façon suivante : 

Président ; M. le professeur DeuïKT ; 

Vice-présidents : MM. les professeurs Sergent et Dksgkez ; 

Commissaire général : M. le professeur Balthazahd ; 

Secrétaire général: M. le docteur Léon Ttxier ; 

Secrétaire général adjoint ; M* Deval, chef de laboratoire à la 
Faculté de Médecine ; 

Trésorier; M. le docteur Léon Oiroux, ancien chef de clinique 
à la Faculté de Médecine, 

Les journées se dérouleront au Palais des Ex positions de la 
ville de Paris (Porte de Versailles), où sera aménagée une exposi- 
tion sous le patronage du Comité français des Expositions et sous 
la direction de M, Jean Faure, président de la Chambre Syndicale 
des Fabricants des Produits pharmaceutiques. L'après-midi, diverses 
conférences seront faites à la nouvelle salle du Palais des Expositions 
par MM, les professeurs Delbet et Sergent, par M, le docteur 
Lesn% médecin des hôpitaux, etc. 

Le matin, un programme judicieusement établi, permettra aux 
adhérents de suivre les démonstrations pratiques avec le concours de 
tous les chefs de service dans les cliniques de la Faculté et dans 
les hôpitaux publics et privés, l'Assistance publique , l'Institut Pas- 
teur, l'Institut du Radium, etc. 

Le Comité des Fêtes, préside par M. le docteur Henri de Roth- 
schild; a prévu un programme particulièrement brillant; 

Dimanche 9 juin: grande réception au Palais des Expositions : 
orchestre et partie théâtrale, buffet. 

Mardi 3 1 juin : soirée à V Opéra, 

Jeudi 13 juin : excursion en auto-cars dans la vallée de Chevreuse, 
déjeuner à Rambouillet, visite des châteaux de Rambouillet de Dam- 



568 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



pierre, de l'àbbâye de Port-Royal-des-Champs, goûter à Tabbâye des 
Vaux-de-^Cernay . 

Le. vendredi 14 juhu : les adhérents seront reçus dans diverses 
stations climatiques , thermales et marines dans des conditions par- 
ticulièrement agréables et avantageuses. 

Un Comité de dames dirigera chaque jour des promenades chez 
les grands couturiers, dans les musées, concerts, thés, etc. 

On peu d'ores et déjà prédire que le succès des Journées médicales 
de 1929 dépassera celui de leurs aînées, le Comité ayant profité 
de V expérience précédante pour apporter toutes les améliorations 
désirables. 

Cotisation : 50 francs pour les adhérents aUK Journées ; 20 francs 
pour les dames et pour les étudiants en médecine- [Paiement par 
chèque ou chèque postal <* Journées Médicales », Compte 1.155760, 

Paris.) 

S'adresser pour tous renseignements à M. le docteur Léon TiXTER, 
j.S, rue de Verneuîl, Paris, {7*). 



COMPTES RENDUS 



Société Psychanalytique de Paris 



Séance du 6 novembre 1928 

M, G- Patçhemiîiey expose un cas de névrose CHEZ UN homme 
j)E trente ans, analysé à Sainte- Anne. Cet homme est marié, père 
d'une fillette, travaille dans 1111 bureau le jour, dans ira cinéma le 
soir ; sa femme est ouvreuse. Malgré ce travail, la famille vit dans 
un taudis. L'homme a été fantassin pendant la guerre et a fait preuve 
de beaucoup de courage, notamment pour sauver des officiers en 
danger. Il se plaint de troubles sexuels ; il est poussé, dans le métro, 
à rechercher un contact avec des femmes, obtient ainsi des éjacula- 
tions après lesquelles il éprouve un vif désir de mordre ces femmes 
ou de les battre et un dégoût profond pour elles, Il est marié à une 
femme frigide et n'a avec elle que des coïts incomplets ; il se sent 
dominé par elle. Il a eu quelques expériences homosexuelles qui Tout 
satisfait. Les femmes lui inspirent d'ordinaire le désir de leur faire 
du mal ou d'en parler grossièrement. 

À l'âgé de huit ans, il a vu sa mère nue, en a ressenti une 
excitation sexuelle et s'est masturbe en y pensant. Jusqu'à l'âge 'de 
quinze ans, il a couché avec elle ; la nuit, profitant de son sommeil, 
il frottait son pénis contre ses cuisses, mais, dit-il, la mère se reti- 
rai toujours, en dormant, au moment où il allait obtenir satisfaction* 

Il déclare haïr sa mère. Ses impulsions sexuelles lui font horreur. 
Il exprime des souhaits de castration. 

A la mort de son père il a manifesté une parfaite indifférence. 
Sa mère s'est remariée. Un jour, son beau-père l'a brutalisé à propos 
d'une division qu'il ne réussissait pas ; sa mère a pris sa défense 
et 1a querelle a été si grave qu'elle s'est retirée avec lin et qu'ils 

EEVUS FRANÇAISE PB PSYCHANALYSE H 






57O REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



ne sont plus retournés au domicile familial. Depuis, le malade est. 
dans 1* impossibilité de faire une division sans angoisse. 

Un jour, il a surpris chez lui sa femme couchée avec un homme ; 
il est sorti , n J est rentré qu'une heure après et n*y a' fait aucune 
allusion pendant plusieurs années. Ce n'est qu'au cours de l'analyse 
qu'il en fait des reproches à sa femme. 

Après un certain temps d'analyse, le malade renonce aux expres- 
sions ordurières dont il se servait au sujet des femmes, mais éprouve 
de grandes difficultés à parler, Il témoigne beaucoup de reconnais* 
sauce et d'affection à l'analj-ste : il s'agît d'un transfert homo- 
sexuel, A ce moment il rêve, par exemple, qu*un cheval blanc le 
poursuit et veut le mordre par derrière. Ce cheval blanc s'associe 
dans son esprit à toutes sortes de représentations sexuelles plus ou 
moins normales* . 

En même temps il éprouve un mieux considérable et même un 
eczéma qu'il présentait dans la région anale disparaît spontanément, 
Il commence des relations sexuelles avec une ouvreuse de son cinéma, 
femme grande, plus âgée, qui se prête, la première fois, à ses envies 
de mordre et de pincer et qui finit par prendre sur lui une emprise 
totale, Avec elle, ses satisfactions sont complètes. Les impulsions 
sexuelles et tous les symptômes névrotiques disparaissent ; son tra- 
vail professionnel s'améliore. 

A ce moment les vacances le séparent à la fois de sa maîtresse 
et du psychanalyste* Au retour, cette femme ayant rompu avec lui, 
tous les symptômes du début reviennent. Enfin, il peut la décider 
à reprendre? la, liaison et se trouve de nouveau très bien. Un jour 
il écrit cependant à l'analyste à la fois qu'il a rompu avec sa maî- 
tresse et qu'il renonce définitivement à continuer le traitement. 

Il s'agit sans doute d une auto-punition. Il faut remarquer que 
chaque fois que la libido a été fixée, les troubles névrotiques ont 
disparu* À propos de l'eczéma en particulier, le docteur Parcheminey 
rappelle les travaux de Luria, de Saint-Pétersbourg, poursuivis sous 
la direction de Pavlov et établissant qu'un chien % soumis à une 
tâche de plus en plus compliquée dans le jeu des réflexes condition- 
nels, présente une poussée d'eczéma au moment où il cesse de s'adap- 
ter aux conditions de l'expérience* 

M n * Sokoïnicka remarque qu'on ne saurait affirmer qu'il y ait 
eu faute dans la conduite de l'analyse. Souvent le transfert se porte 
ailleurs que sur l'analyste, comme dans un cas du D r Borel. Dans 
ce cas, on peut seulement dire que le transfert n'a pas été suf- 
fisamment fixé sur l'analyste. Au lieu de le développer dans le sens 
de la passivité, le malade a rivalisé avec lui, Sa maîtresse a été 
comme un dédoublement de l'analyste; c'est pourquoi il a rompu 
avec les deux simultanément, 

M. Laforgue pense que, par ce dédoublement et ce parallélisme, 
l'inconscient dû malade a voulu exprimer quelque chose qui ne pou- 



COMPTES KiïXDrS fyjl 



vaît sortir autrement, La maîtresse n'a pas servi à autre chose; il 
Ta abandonnée quand elle a cessé d'être utile à ce point de vue. 
Ce genre de transfert n'est pas rare. Le D r Laforgue cite le cas 
d'une jeune femme qui, ayant découvert par un rêve une parti- 
cularité de son caractère qu'elle aurait voulu ignorer, iie fil pas de 
réaction directe, mais reprochait à sa modiste de l'enlaidir, la mena- 
çant de la quitter et prétendant pouvoir lui donner des leçons dans 
sou travail : cette réaction remplaçait celle qu'elle aurait dû avoir 
envers le psychanalyste. 

M. Borcl demande quelle est la conduite à tenir quand le sujet 
.s'améliore rapidement. Il cite deux de ses malades : un homme 
homosexuel se marie après peu de temps d'analyse et a des rapports 
normaux qui ]e satisfont ; une femme également homosexuelle, après 
deux mois d'analyse, a des rapports avec un homme, devient enceinte 
et se trouve satisfaite à tous points de vue. Quel était le devoir de 
l'analyste en face de ces résultats prématurés ? 

M . Hesvard estime que, pour ce dernier cas, la grossesse amènera 
par elle-même une modification profonde de l'instinct, qui peud être 
curative, 

Af. I^aeivcnslein estime qu'il n'y avait rien à faire et qu'on pou- 
vait considérer la femme comme guérie. 

M. Laforgue insiste sur l'importance du transfert indirect. Il 
rappelle que le Professeur Freud, en 1910, à Budapest, parlai de 
ces points de 1* analyse et que de là partit le mouvement en faveur 
de l'analyse active, M. Freud montra que, dans certains cas de ce 
genre, la guérison n'était pas possible sans une intervention active* 
Des mariages malheureux, des maladies artificielles, peuvent résul- 
ter d'une liquidation imparfaite de la résistance : la portée de ces 
faits n'apparaît que tardivement, mais au début les malades sem- 
blent guéris. Ceci apparaît surtout dans les obsessions et les névroses 
d'angoisse. À ce sujet M. Laforgue cite encore un de ses malades 
qui, au moment où il faisait des progrès, contracta une blennorrhagie 
qui devait arrêter ces derniers. Or, cette maladie avait été incon- 
sciemment désirée pour maintenir l'équilibre psychique actuel et 
rationaliser le refus inconscient d'avancer davantage. Dans de tels 
cas, le mieux est peut-être l'expectative, avec décision de reprendre 
éventuellement le traitement dans l'avenir. 

M. LocwensteUi considère que dans le cas du D 1 Parclieminey, 
il s'agit d'une fuite et non d'une guérison et qu'en- cela son cas 
diffère des autres, de ceux du D r Borel notamment. Les rapports 
avec la maîtresse devaient probablement marquer une reviviscence 
des tendances homosexuelles. 

M. Hesnarà remarque que c'est le malade lui-même qui, à la fin, 
s'est interdit les rapports avec la femme, 

Af mË Sokohtîcka pense que le D r Parcheminey, au cours de cette 
analyse, n'a pas pris assez sur lui le râle maternel, car le malade 



■■■ 



572 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



devait transférer aussi ses sentiments à l'égard de la mère ; de cette 
façon , le malade n'a pas pu mûrir cette sorte de transfert et $*e$t 
trop tôt identifié au père. 

M . . Lo&w&^stein est du même avis. Il suppose que cette identi- 
fication au père qui a marqué la fin de V analyse a pu être précédée 
d'une hostilité â F égard de l'analyste qui n'aurait pas été analysée, 

KL Hesnard appuie cette supposition en admettant qu'au moment 
du transfert négatif sur l'analyste, le malade a trouvé la femme 
qui devait remplir auprès de lui, le rôle maternel* 

M. Laforgue mentionne à ce sujet des difficultés rencontrées dane 
l 'analyse de plusieurs femmes qui se connaissaient entre elles et 
qui portaient l'une sur l'autre une partie du transfert utile, de sorte 
que l'analyse n'a pu progresser qu'après avoir obtenu leur séparation. 

M m * Sokohncka constate que trop d'expérience peut nuir à l'ana- 
lyse, en ce sens que des. analystes qui débutent peuvent avoir des 
résultats très remarquables et très rapides* 

M. Hesiiard pense que, peut-être, ils donnent plus d'eux-mêmes, 
affectivement. En tous cas, une expérience plus sûre ne doit pas 
amener à analyser trop vite le transfert en voie de formation. 
Dans le cas du D r Parcheminey, il aurait fallu sans doute profiter 
d'une séparation forfuite du malade et de sa maîtresse (en raison 
des vacances) pour attirer à soi le transfert. 

M. Pichon estime que le médecin ne doit pas confondre l'intérêt 
scientifique qu'il peut, pour son propre compte et pour le profit éven- 
tuel de malades futurs, prendre à la psychanalyse, avec sa tac lie 
médicale concrète. Aussi son but essentiel ne doit-il pas être la 
satisfaction théorique d'avoir pratiqué une psychanalyse approfon- 
die au maximum, mais bien la guérison clinique du malade. Que 
si le patient devient capable de rentrer dans la vie sociale en x ne 
se sentant plus malade, il y a évidemment lieu pour le médecin 
de considérer sa tâche comme terminée, quitte à accueillir de nou- 
veau le sujet au cas d'une nouvelle, et d'ailleurs problématique, 
désadaptation, 

R, Allendy. 

Séance du 4 décembre 1928 

M, Laforgue fait une communication sur l'A tTo-Pï r:\Vf jon\ som 
rôle social ET PATHOGÉKIQUB. Freud et Retk ont déjà décrit te 
mécanisme : le sujet éprouve un sentiment de culpabilité dont l*ori- 
gine inconsciente est le complexe d' Œdipe et il tend à le rationa- 
liser. Il commet l'acte coupable ou maladroit capable d'entraîner la 
punition à laquelle il aspire pour laver cette culpabilité. Mais comme 
il s'agit d'un crime ancien et oublié, il ne trouve q*un châtiment 
illusoire et un soulagement momentané. Le phantasme si fréquent 

de l'enfant battu signifie : J'accepte le châtiment corporel pour avoir 



V» 



COMPTES RENDUS 573 



^ ^^^^^^^^^^^^»^^^™^^^^^^^"^^^^^^^^^^^^™ ^^^^^^^^^^^^^^^^^■M^B^^fc^^B'^^H^^Vk^^H A b^^^*^^*^^^^^^B-B.._ I 



le droit dç commettre 1* inceste. Ici, le souhait coupable est transpose 

en négatif et le châtiment souhaité en substitution au crime. Bn 
outre, l'enfant, par ses souhaits masochistes, prend une attitude 
passive qui l'assimile à la mère. Socialement, cette, tendance à l'auto- 
punition s'observe à différents degrés, depuis le criminel qui ne 
commet un délit que pour se faire punir jusqu'au raté qui fait 
échouer toutes ses entreprises ou se ridiculise pour gâcher sa réus-i 
site. La même tendance peut favoriser 1* apparition de maladies 
organiques. Il est possible que la mélancolie en dépende dans une 
certaine mesure ; beaucoup de schizophrènes en relèvent. 

Les types psychologiques de V auto-punition nous sont fournis, 
dans la littérature par le Salavin de Duhamel, le Raskolnïkoff de 
Dostoïewskjr (impulsion à tuer, puis à avouer et à expier pour 
l 'amour d'une femme) par Don Quichotte aux sacrifices inutiles 
et ridicules, par Cyrano de Bergerac dont le sentiment d'infériorité 
phallique est nettement transposé sur le nez, qui dispose des amours 
de Roxane sans en profiter, enfin qui est châtié par derrière, sous 
les coups des valets. 

Les malades chez qui joue Y auto-punition ont souvent une cer- 
taine euphorie dans le malheur. Les femmes restent souriantes malgré 
leurs maladies ; elles trouvent moyen de se faire opérer de mille ma 
nîères et" il est vraisemblable que même des fibromes peuvent être 
favorisés par ces dispositions ; la tumeur arrive effectivement à 
remplacer l'enfant, Che& certains sujets, il est frappant de voir 
les maladies survenir exactement chaque fois qu'il y aurait un 
succès à enregistrer* On ne saurait trop estimer ce rôle pathogé- 
nique du complexe de punition, Chez les hommes l'alcoolisme eîi 
relève souvent. 

Le D r Laforgue cite alors Te cas d'un schizophrène analysé qui, 
à un moment donné, se mit à traiter le psychanalyste en nourri ce t 
demandant s poser sa tête sur son épaule, mangeant ses papiers, 
ses crayons, lui demandant du lait et surtout de l'huile de ricin 
pour se punir d'une culpabilité inconsciente, 

M n * Sokohticka se demande si l'on peut considérer de la même 
façon des types littéraires et des malades réels ? Dans la création 
littéraire, l'auteur se débarrasse d'un élément douloureux par subli- 
mation ; c'est un procédé de guérison, et non une névrose. Peut-on 
dire que Don Quichotte ou. Cyrano soient des névrosés ? Le mé- 
canisme d'auto-punition constitue plutôt un empêchement d'agir 
qu'un mobile d'action, parce que la culpabilité empêche Vindividu 
de s'identifier complètement à l'idéal du père, 

M. Laforgue r Les types littéraires sont plus signficatifs pour 
le public que te] malade en particulier ; il est bien entendu que 
nous n'envisageons que le type décrit sans préjuger de ce que l'au- 
teur y a mis de lui-même. Il faut noter que les sujets enclins à 



. 






574 REVUE FRANÇAISE DE PSVCHANALYSE 



l'auto-punition n'éprouvent pas de culpabilité consciente ni de re- 
mords, mais un besoin de punition. 

M. Lœwmstein : Les facteurs d'auto-punition jouerit un rôle 
énorme chez nos malades. Le D r Lœwenstein est pleinement d^accord 
avec le D r Laforgue, mais il voudrait faire une critique sur la forme 
de sa présentation : il est difficile d'interpréter des cas exposés litté- 
rairement parce qu'on ne voit pas par quelle série de déterminations 
le complexe initial a pu aboutir au symptôme final. L'interprétation 
est trop schématique : on ne peut légitimement soutenir que le 
fait, pour Ci^rano, d'être frappé par derrière, indique une homo- 
sexualité du type décrit ; l'auteur ajoute sa fantaisie au produit 
d'une intuition ou d'une observation réelle. 

Le D r Loewenstein cite le cas d'un de ses malades qui échouait 
dans toutes ses entreprises. Il comprenait avec beaucoup d'intel- 
ligence ce mécanisme d'auto-punifcîon, mais n'arrivait pas à le 
réaliser affecti veinent,' C'est seulement en se rappelant que, tout 
petit, il urinait au lit et que sa mère le grondait pour cela, qu'il 
a pu obtenir une amélioration. Dans ce cas le moj r en intéressant 
était un fait particulier, spécial , expliquant en réalité la nature 
de toutes ses auto-punitions. Ainsi i] n'arrivait pas à dire en public 
ce qu'il avait appris dans ce but parce que parler était devenu l'analo- 
gue d'uriner et apprendre de retenir. En réalité, les humiliations qui 
en résultaient pour lui étaient un substitut des fessées maternelles 
auxquelles il avait trouvé un certain plaisir. 

M nl * Sokohikko n'est pas d'accord avec le D r Laforgue sur la 
définition de la névrose. Le névrosé, pour elle, n j arrive à rien de 
bon. Cyrano n'est pas un névrosé et l'idiot de Dostoïeswky a des 
grandeurs d'âme qu'un névrosé ne saurait présenter. Ces héros ne 
sont jamais des personnages vivants parce que la littérature n'est 
pas sur le plan de la névrose. 

M. Laforgue prétend au contraire que le névrosé peut accomplir 
des choses admirables et profitables au plus haut point. 

AL AUendy estime même que, sans une certaine inquiétude psycho- 
logique, un sujet ne saurait faire une œuvre vraiment marquante. 

M. Pichon souligne l'intérêt qu'il y a à définir la névrose. Pour 
nous, médecins, le névrosé est celui qui souffre de son état, même 
sans une euphorie apparente* L'écrivain peut ne pas trouver dans 
son oeuvre un0 sublimation suffisante et le reste peut constituer 
la névrose. Sublimation et névrose ne s'excluent pas, mais peuvent 
coexister chez un même personnage. Pour ce qui est des types 
littéraires, un personnage de fiction peut être formé d'éléments très 
différents : crétation de V auteur ou résultat d'observations. On ne 
peut s'en servir que comme d'un schéma et quand on parle de 
son inconscient > il est évident qu*on entend l'inconscient que nous 
sommes habit aies à trouver chez les hommes se rapportant à ce 
schéma. 



WN 



COMPTES RKKDUS 575 , 



M. Laforgue explique qu'il a voulu dégager de la multiplicité 
-des cas concrets que cous rencontrons et de leurs nombreuses réac- 
tions une notion générale capable de ramener à unt source unique 
des réactions psychiques*, organiques ou sociales. L'auto-punition 
est précisément cette notion. En outre il a voulu diagnostiquer les 
différents types cliniques au moyen de schémas appropriés. 

M, Allen dy pense que cette schématisation est légitime, étant 
donné que toute catégorie nosographique en médecine générale, est 
13 ne abstraction obtenue par la synthèse des cas particuliers* 

M. Loewensi-ein prétend qu'il ne s*agit pas seulement de diag- 
nostiquer une névrose iz mais d'en démonter le mécanisme* Pouvons- 
uous savoir pourquoi dans le rêve de Raskolnikoff on tue un cheval 
au lieu d'une femme par exemple? 

M* Schijf signale que l'analyse des rêves de Raskolnikoff a été 
faite non seulement par le D r Wittels, mais par un autre auteur 
qu'il ne se rappelle plus, dans une revue étrangère. 

M. Nacht propose de résumer le débat en admettant que les 
schémas sont utiles à la clinique. Qu'ils soient tracés par des litté- 
rateurs ou des médecins» ils constituent toujours des fictions, mais 
pour que ces fictions aient une valeur , il faut qu'on puisse y rap- 
porter avec certitude des cas concrets, 

M. M ono&H erzen ajoute qu'eu science, on a toujours le droit 
de schématiser en négligeant des détails particuliers pourvu qu'on 
ne perde pas de vue ces détails. Les types proposés par le D r La- 
forgue peuvent être pris comme des exemples de réactions psycho- 
logiques, 

M, Laforgue fait observer que dans la description effective d'un 
cas concret j les facteurs d'évolution semblent trop complexes pour 
'qu'un cas de ce genre puisse servir de type.. Il croit donc que 
ces modèles empruntés à la littérature peuvent être utiles, sans 
■compter que la discrétion professionnelle restreint considérablement 
la possibilité de. publier en détail les particularités des cas soignés* 



i-h-v^-V 



576 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



^^p^^p^^^^ 



Société d'Etudes des formes humaines 

- 

Conférence du 6 Décembre 192S 

G, Papillault* Les rapports de la psychanalyse et de la 
morphologie humaine. 



M. Papillault s'était donné deux buts à atteindre an cours de 
sa conférence : montrer d'abord les rapports entre la psychanalyse 
et la morphologie, et essayer ensuite d' «r asseoir » la libido sur 
une base physiologique, 

Il va de soi que, dans l'état actuel au moins de nos connaissances, 
les rapporte entre la psychanalyse et ]a morphologie ne peuvent 
que rester assez difficiles à saisir. Aussi M. Papillault s'est-il con- 
tenté de nous indiquer quelques analogies, en s*appuyant surtout 
sur le caractère inconscient des deux ordres de phénomènes ; ceux 
d'une part qui sont à la base de l'activité psychique ; ceux d'autre 
part qui constituent l'activité physiologique (dans un sens restreint), 
c'est-à-dire les processus d'assimilation, de croissance, etc. 

Ensuite l'auteur s'est attaqué au problème de la libido* Là M* Pa- 
pillault s'est montré injuste à l'égard des psychanalystes, en les* 
accusant d'avoir abandonné la physiologie. Si, dans les conceptions 
psychanalytiques, la libido manque de base physiologique, partant 
de précision et de limites nettes, cela ne tient pas à l'abandon de 
la physiologie par les psychanalystes, niais seulement à notre igno- 
rance, à l'insuffisance de nos connaissances à l'heure actuelle. Cela, 
Freud lui-même Ta dit à plusieurs reprises, et M, Papillault lui- 
même le reconnaît. 

Et comment saurait-il en être autrement ? Comment pourrait-on 
envisager une fonction psychique sans lui accorder une base physio- 
logique ? (j) La division des psychopatliolngistes en organicisies et 
anorganicisies nous a toujours paru vaine et sans fondement, car 
le psychisme (dans le sens le plus général de ce mot), lui-même 

> 

(1) La Rédaction laisse à M. Kacht la responsabilité de cette pétition de- 
principes. J?. 1\ 



COMPTES RKNDUS 577 



expression et résultante phyiologique (2), ne saurait se manifester 
autrement qu'en empruntant des voies et moyens physiologiques. 

Mais revenons à la conférence de M* Papillault> qui a voulu nous 
montrer à l'appui de sa thèse, l'importance des troubles endocri- 
niens pour la morphologie et pour le développement psycho-sexuel 
de T individu* Personne à 1* heure actuelle ne conteste ce rôle des 
glandes à sécrétion interne; seulement, il n'apparaît pas toujours 
comme suffisant pour expliquer tout. Et surtout si des troubles 
psycho-sexuels sont souvent imputables à des troubles évidents de 
certaines glandes, il y a aussi un grand nombre de cas où des per- 
turbations profondes de l'activité psycho-sexuelle apparaissent sans 
qu'aucun trouble endocrinien puisse être valablement mis en cause. 
C'est précisément dans ces cas que la psychanalyse retrouve son 
domaine. Voilà la raison pour laquelle les observations citées par 
M. Papillault, si intéressantes soient-elles, et les suggestions faites 
à leur sujet, nous ont paru un peu en dehors 9e la question, 

S. Nacht. 



(2) Même observation, R P, 



BIBLIOGRAPHIE 



Georges Politzer, Critique, des Fondements de la Psycho- 
logie. (I. La Psychologie et la Psychanalyse. Paris, T928, éd. 
Rieder.) 

Ce livre est le premier volume d'une « série d'écrits préliminaires » , 
des d Matériaux » 3 dont les volumes suivants seront consacrés à 

la GestalUheorie et au béhaviourisme, et qui seront suivis de 
1* <r Essai-S3 ? ntlièse de ces travaux préliminaires, qui formera la base 
-d'une « psychologie concrète », 

Dans F Introduction, M- Politzer passe eu revue les écoles psycho- 
logiques des cinquante dernières années, les pS3 r c1iologies expéri- 
menta] e, physiologique, objective et introspective* II conclut à leur 
impuissance de créer une p^chologie véritablement scientifique, la 
psychologie classique n'étant que « l'élaboration notion nelle d J \in 
mythe » (p. 19) «< „,la psychologie classique ne représente même pas 
a la forme fausse d'une science vraie, car c'est la science elle-même 
«r qui est fausse, radicalement, et toute question de méthode à part. » 
La critique de cete psychologie doit s'attaquer au ironc, à l'idéologie 
centrale de la ps37chologie classique. Il ne s'agit pas d'élaguer des 
branches, mais d'abattre un arbre, Il ne s'agit pas non plus de 
condamner tout en bloc ; il y a des faits qui survivront à la mort de 
la psychologie classique, mais c'est seulement la psychologie nouvelle 
qui pourra « leur donner leur vraie signification » (p. 22), L'objet de 
cette psychologie nouvelle, * c'est la vie dramatique de 1* homme » 
(p. 23), Polit zer remarque que le terme & drame » désigne un fait 
et qu'il faut faire « totalement abstraction des résonnanecs roman- 
« tiques de ce mot » (p. 23 note). 

Quant à la psj'chologie nouvelle, v trois tendances peuvent comp- 
« ter... : la psychanalj'se, le behaviourisme et la Gestalttheorie».. niais 
« la plus importante des trois tendances c'est inconstestablement la 
<t psychanalyse. C'est elle qui nous donne la visiez vraiment claire 
« des erreurs de la psychologie classique, et nous montre dès mainte- 



BIBLIOGRAPHIE 579 



« liant la psychologie nouvelle en vie et en action* » (p. aS) ; « en ce 
n qui nous concerne, c'est en réfléchissant sur la psychanalyse que 
« nous avons aperçu la vraie psychologie. Cela aurait pu être un 
a hasard, mais ce n'en est pas un, car,, même en droit, la psychana- 
« ]yse seule peut donner aujourd'hui la vision de la vraie psychologie, 
« par ce quelle seule en est déjà une incarnation » (p. 32). Cependant 
M. PoHtzer reproche aux partisans de Freud de ne voir, dans la psy- 
chanalyse, que libido et inconscient, ce qui n 'assignerait à la psycha- 
nalyse, qu'une place, bien que la plus importante, dans un mou veinent 
psychologique du xix c siècle, qui souligne F importance de la vie 
■affective. Pour M, Politzer par contre, « ,..ce n*est pas évolution 
« qu'il y a, mais révolution, seulement une révolution un peu plus 
« copernkienne qu'on ne croit : la psychanalyse, loin d'être un 
« enrichissement de la psychologie classique, est précisément la dé- 
« monstration de sa défaite » (p. 34), Le but que se propose M- Po- 
li tzer, c'est « .-.d'une part, de dégager la psychanalyse des préjugés 
« dont l'enveloppent partisans et adversaires en recherchant son 
^ inspiration véritable, et en opposant constamment celle-ci aux dé- 
« marches constitutives de la psychologie classique dont elle impli- 
* que la négation, et, d'autre part, de juger les constructions theori- 
■n ques de Freud au nom de cette inspiration, ce qui nous permettra, 
n en même temps, de saisir sur le vif les démarches classiques, a 

Dans le premier chapitre « Les découvertes psychanalytiques et 
n l'orientation vers le concret », M* PoliUer compare la psychanalyse 
et la pS3 j chologie classique et, prenant pour point de dépéri leurs 
explications du phénomène, du rêve, oppose à la théorie classique qui 
ne voit dans le rêve qu'un phénomène négatif, la théorie de Freud 
pour lequel le rêve « est un fait psychologique au sens plein du mot * 
(p. 45), c'est-à-dire le fait que « le rêve a un sens a (p. 46). « La 
<t théorie du réveil partiel, p + ex., considère les éléments du rêve à un 
tt point de vue abstrait et formel*., on ne tirera du rêve que des ensei- 
« gnements concernant des classes,., avec lesquels travaillent les psy- 
«t dialogues,,, et si le contenu du rêve intervient, ce n'est que pour 
« être cîassé en général », Il dégage de cette manière d'aborder le 
problème du rêve « „Ja démarche fondamentale de la psychologie 
«r classique (p. 50) l'abstraction. « Cette démarche »... commence par 
détacher le rêve du sujet dont il est le rêve, et le considère non pas 
comme fait par le sujet,, mais comme produit par des causes imperson- 
nelles: elle consiste à appliquer aux faits psychologiques ...la mé- 
thode de la troisième personne et c'est dans cette acception que 
M. Politzer emploie dans tout son livre le terme « abstraction ». 
Freud, par contre, « c'est en rattachant (le rêve) au sujet dont il 



H, i. | i -~— — *_= — ■ ™-^. ™ ~ ■■■ !_!■ I"l 



580 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



« est le rêve, qu'il veut lui rendre son caractère de fait psychologie 
a que » (p, 49)* C'est là « l'inspiration fondamentale de la psycha- 
nalyse (p. 51), . 

La « vraie psychologie » doit satisfaire à deux exigences : à Y ho- 
mogénéité an je (que Politzer emploie « pour désigner la première per- 
sonne, et non pas dans le sens psychanalytique) et à celle de la 
première personne , qui seront respectées si les notions de la psycho- 
logie restent sur le plan du a drame », de «r la vie de l'individu 
« particulier ». (p. 61). La psychanalyse satisfait à cette exigence 
* et parce que... (la psychanalyse) part de l'individu concret... 
« qu'elle peut retourner à Pindivîdu concret, donc posséder un savoir 
« psychologique applicable »♦ (p. 84)* 






Le chapitre II, « l'Introspection classique et la méthode psycha- 
nalytique a est un essai méthodologique très intéressant, bien qu'in- 
complet. L* auteur promet d'ailleurs de l'étudier à fond dans ses tra- 
vaux ultérieurs. Nous voulons mentionner ici seulement l'opposition 
de la méthode introspective et celle de Freud, la méthode du récit 
(p, 90)- Cette méthode s'oppose non seulement aux « caractère 
abstrait et subjectif de P introspection, elle représente encore T anti- 
thèse du réalisme de cette dernière »• (p. 92)* 

La critique que M- Politzer adresse à Freud, c'est de retomber 
«dans ses notations et ses spéculations théoriques, dans la'psycho- 
logie classique * (p. 81). Pour le démontrer il passe en revue les 
conceptions théoriques que Freud expose dans le chapitre de la 
Traumdeutung, « Ps3'chologie des processus du rêve » : le dépla- 
cement, la condensation, la censure, la régression, les systèmes 
de l'appareil psychique etc. Politzer reproche à Freud le « forma- 
it lisme fonctionnel » (p, 137) de ses conceptions. « Aucune réalité 
« psychologique ne peut être reconnue au « déplacement des inten- 
c sites psychiques » «.-car « ce sont des processus en troisième per- 

<* sonne (p. 141). 

Nous ne nous arrêterons pas davantage à cette discussion, car 
M* Politzer reconnaît lui-même que ses critiques le mènent au fond 
vers le problème de Tin conscient : « On peut juger cependant que 
a nous enterrons trop tôt les théories psych analytiques en n'y cher- 
a chant plus qu'un enseignement purement négatif, et que, à ce point 
« de vue là t nos affirmations ne. sont pas suffisamment soutenues par 
« le chapitre qui précède. Car tout ce que nous avons montré jus- 
or qu'ici, c'est le contraste entre le concret et l'abstrait dans les théo- 
rîès que nous avons examinées, niais, quoi qu'il en soit de cette 
* opposition, il est incontestable que les faits découverts par Freud 
« exigent une explication psychologique. Or, si nous nous plaçons à 
« ce point de vue là, nous ne pouvons pas nous dissimuler que tous 
« ces faits nous orientent vers Y inconscient* Alors de deux choses 



BIBLIOGRAPHIE 58 1 



« Tune : ou bien on s'incline devant les faits pour admettre Pincons- 
« cient, et les critiques précédentes ne concernent plus que les for- 
« mules et non pas les théories, et n'étant alors relatives qu'au style, 
« elles perdent tout leur intérêt ; ou bien on prétend que les critiques 

« en question touchent le fond même, et non pas seulement la forme, 
« et alors il faut aller jusqu'au bout et nier les faits psychanalytiques 
« qui le prouvent : ce qui nous enlèverait le bénéfice de tout ce que 
« nous avons dit de la psj^cliologie concrète et, par conséquent, le 
« droit à toute critique ? Il y a là , en somme, un dilemme dont la clef 
* est donnée par l'idée qu'on se fait des rapports entre l'inconscient 
« et la psychanatyse, et qui exprime l'inquiétude créée par nos 
« remarques. Cette inquiétude ne résiste pas à une lecture attentive 1 
« de ce chapitre même et le dilemme se montre essentiellement fra- 
<* gile, mais la gravité du problème exige une explication franche d 
(p. 161-162). 

Cette « explication franche » a lieu dans le chapitre IV « L'hypo- 
thèse de Tinconsicent et la psychologie concrète ». 

« L'inconscient ne représente dans la psychanalyse que la mesure 
« de l'abstraction qui survit à l'intérieur de la psychologie concrète » 
(p. 163). Si cette dernière veut se passer de Tin conscient, ce n'est 
pas cependant pour retomber dans « l'affirmation de l'exclusivité de 
« la conscience*., la psychologie n'est nullement enfermée entre les 
« deux possibilités classiques » îp* 164}, l'inconscient et le conscient, 
« ...car il suffit de montrer que l'inconscient implique abstraction 
«r pour qu'il en résulte immédiatement que la psychologie concrète se 
« trouve placée, précisément par son orientation concrète» sur un plan 
« où V opposition classique n'a plus aucun intérêt, » (p. 165). 

En proposant d * abandonner l'inconscient, il laisse aux *c techni- 
« ciens » de la psyclianah'se le soin de trouver des solutions nouvelles 
des problèmes que soulève cet abandon. Nous déplorons que M, 
Pomtzer se soit senti forcé de « résister à la tentation de donner... 
« ici même une solution » à ces problèmes (p. 165}. Cette solution eût 
été peut-être plus convaincante que son argumentation et ses cri- 
tiques dont la violence ne réussit pas à masquer les contradictions, 
l'insuffisance et la confusion, surprenantes chez un esprit -aussi 
averti que Test M, Politzer* Mais suivons son argumentation avant 
de répondre à ses critiques, 

M. Politzer veut passer en revue les faits qui sont des preuves de 
l'inconscient et démontrer qu'ils ne le deviennent que grâce à une dé- 
formation, <* grâce, „ à des démarches et exigences qui se trouvent pré- 
« cisément celles qui constituent l'abstraction» (p. t66j.I1 cite d'abord 



des preuves de l'inconscient latent. Ces faits ne sont pas des preuve? 
immédiates » d'un inconscient latent, ils n'imposent « cette hypotliès< 



es 
ese 



582 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



« que grâce à l'exigence réaliste ». Il sait cependant que la psychana-^ 
lyse dispose de faits qui sont des preuves de P inconscient — P incons- 
cient dynamique, c'est-à-dire de a faits pathologiques qui se révè- 
« lent à nous par leur action » (p. 175)* Il s* efforce de démontrer que 
ces faits ne sont pas non plus des preuves de l'inconscient, et nous 
cite, à notre grand étonnement, comme exemple d'une preuve de l'in- 
conscient dj'namique, un rêve, — le rêve de P injection faite à Irma, Il 
en déduit d'abord que cette « preuve de Pinçon scient dynamique ne 
g résulte que « de la comparaison du contenu manifeste et du contenu 
« latent » (p. 177)* Et « en général donc, ce n'est que l'exigence réa- 
« liste qui transforme les faits en preuve de l'inconscient, qu'il soit 
« question de la mémoire, de P hypnose ou des faits psychanalytiques 
« (p. 180). » Il en déduit,, « que ce ne sont pas les faits eux-mêmes, 
« tels qu'ils peuvent être constatés humainement qui engendrent 
« l'hypothèse de P inconscient, mais une interprétation de ces faits 
a conforme au point de 'vue de l'abstraction » (p- r8o). Ceci légiti- 
merait à son avis la critique de l'inconscient, Il veut montrer ensuite 
îa « manière dont le réalisme arrive à engendrer P hypothèse de 
« l'inconscient i> {p. iSûh Le réalisme « dédouble le récît significatif » , 
et ce dédoublement devient le théine d'un récit nouveau qui est !e 
« second récit » \p* iSr)« Il ramène ensuite les preuves de Pin- 
conscient dynamique, citant toujours le rêve, à un postulat, « le pos- 
a tulat de l'antériorité de la pensée conventionnelle » 'p. 187). « Or 
« une fois qu'il est établi que le postulat en question est intimement 
* uni au réalisme et à l'abstraction en général, il est naturel qu'on 
a reconnaisse en lui, non pas une constatation empirique, mais un 
(c principe a priori » fp. 195). Ce postulat, il le ramène au « postulat 
c de la pensée récitative » (p. 196). « C'est ainsi que s'éclaire la vraie 
« fonction de l'inconscient » 'p. 197). 

La conclusion qu'il tire de son argumentation est que Pinçon scient 
n'est pas inséparable de la psychanalyse, « qu'il apparaît... au mo- 
« ment où doivent apparaître les hypothèses adéquates à la psycho- 
« logie concrète, cL il s'ensuit que l'inconscient, même dynamique, 
« loin d'être une découverte vraiment intéressante de la psychana- 
« lyse, 11e fait, en réalité, qu'indiquer son impuissance théorique » 
(p. iqg). 

« La fausseté de l'hypothèse de l'inconscient serait indirectement 
« démontrée par ce quelle est liée aux démarches de la psychologie 
« abstraite » (206). Pour M. Politzer, « se placer au point de vue 
« concret... implique à chaque instant le dépassement des récits iinmé- 
« diatSj et la nécessité de les éclairer par les données de l'analyse, pour 
« déterminer la signification précise de Pacte du je ». (p. 196). Mais 
ce qu'il reproche à la psychanalyse, c'est de « postuler des récits qui 

« n'ont pas lieu au moment où ils sont réalisés (p. 207}. « et d'in- 

« troduire l'inconscient » oour pouvoir prêter ^au sujet) ces récits 
« inventés simplement au nom des exigences purement théoriques,.. » 
« l'inconscient étant le lieu de récits postulés, mais inexistants, les 



BIBLIOGRAPHIE ^83 



fi phénomènes inconscients représentent des faits psychologiques 
« inventés de toutes pièces pour les besoins de la cause », La faus- 
seté de l'inconscient est mise en évidence précisément par le fait 
que les phénomènes prétendus inconscients son entièrement en Vair 

{p. 20S) , 

Malgré tout ce qu'il a à reprocher à la psychanalyse, il voit dans 
le « mouvement vers l'inconscient » un a moment décisif de la disso- 
« lutîon de la psychologie classique. » {p. 215}- 

Le chapitre intitulé « La dualité de l'abstrait et du concret dans 
« la psychanalyse et le problème de la psychologie concrète », est 
consacré, d'une part, à Y explication de la nécessité des erreurs de 
KuEiTD, erreurs qu'il attribue à des raisons d'ordre historique, d'autre 
part à la démonstration de % la psychologie concrète à l'œuvre » 
(P- 237). Il décrit d'abord le problème de la psychologie concrète : 
« définir le psychique en tant que psychique, c'est-à-dire en évitant 
« toute confusion avec la physiologie, la biologie t ou tout autre science 
« de la nature ou de Y homme en tant que nature, tout en faisant 
« abstraction de l'hypothèse d'après laquelle le psychique nous est 
« donné dans une perception sui gêner h » (p. 230}. « Le psychologue 
« n'aura plus affaire qu'à des connaissances médiates.,. » (p. 234) 
a des données construites » (p. 235), qu'il découvre grâce à la méthode 
psychanalytique « qui, tout en étant exclusivement psychologique, 




dont il « met en évidence le caractère véritable » comme étant « non 
« seulement les segments de la vie d'un individu particulier, mais 
« encore des grands schémas dramatiques,,, » (p. 242). 



* 

# * 



Dans le dernier chapitre : « Les vertus de la psychologie et le; 
« problèmes qu'elle pose », il définit les « conditions d'existence d'un* 



s 
une 




doit ètreongjnaJe, c'est-à-dire étudier des faits irréductibles aux obj 
des autres^ sciences ; 3 elle doit être objective, elle doît i en d'autres 
termes, définir le fait et la méthode psychologiques de telle sorte 
qu'ils soient « en droit universellement accessibles et véritables » 
(p-^49). 

Cette psychologie a trouvé dans l'étude du a drame humain » une 
vraie synthèse de la psychologie subjective et de la psychologie 
objective ». (p, 254;. En même temps elle « cesse d'être la science 
de la vie intérieure » (p + 25g). 



5 84 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



M. Politzer termine son livre par la formule suivante: 
« métapsychologie a vécu et l'histoire de la psychologie corn m* 



ff La 

ommence. ^ 



# 
* * 



Nous devons faire plusieurs objections aux développements de 

M- Politzer. . , 

En premier lieu, il faut lui reprocher le caractère purement dog- 
matique et scholastique de sa critique de la psychanalyse, et, eu 
particulier, de Y inconscient. Car, même en supposant que la psycho- 
logie des cinquantes dernières années n'ait rien donné de valable 
pour la psychologie, ce qui n'est pas le cas de l'avis même de M. Po- 
litzer, il est tout à fait inadmissible de condamner une conception 
psychologique uniquement parce qu'elle implique une des démar- 
ches de cette a psychologie classique ». Tous les raisonnements de 
Politzer supposés Impeccables, cette façon dogmatique d'aborder les 
problèmes leur enlèverait toute portée véritablement critique. Mais les 
raisonnements de Politzer sont par dessus le marché loin d'être impec- 
cables. Sa critique principale, celle de l'inconscient dynamique, porté 
à faux pour la simple raison qu'il prend l'explication du rêve 
par ton contenu latent pour un exemple de l'inconscient dyna- 
mique. Or le rêve n'est pas et n'a jamais été une preuve de l'in- 
conscient dynamique. L'erreur de M. Politzer est due à ses con- 
naissances incomplètes et purement livresques de la psychanalyse. 

L'inconscient dynamique est certes une hypothèse, mais d*un 
degré de certitude presque aussi grand que celle d'après laquelle 
nous admettons l'existence d'objets pendant que nous leur tour- 
nons le dos. Car nous voyons V inconscient dynamique en action, 
dans les symptômes, le comportement, les actes et les paroles du 
sujet, avant l'analyse, et pendant celle-ci, nous le voyons non seule- 
ment dans la résistance, mais aussi dans les phénomènes du trans- 
fert. En analysant par exemple, une obsédée dont les obsessions 
sont des réactions à sa haine refoulée contre son frère f nous retrou- 
vons dans sa vie, à côté de ces symptômes exprimant ses sentiments 
d'une façon plus ou moins claire, des pensées, des actes manifes- 
tement haineux, mais oubliés ou méconnus et retrouvés seulement 
après la levée de la résistance. De plus, pendant l'analyse, ces sen- 
timents révèlent leur existence réelle par Péclosion de ces senti- 
ments mêmes, dirigés contre le pych analyste. L'analyse nous 
donne donc tous les chaînons de la preuve véritable de l'existence 
d'un sentiment inconscient : le retour à la conscience du souvenir 
de la haine contre son frère, le souvenir même de la lutte contre 
se sentiment, son refoulement (fait psychologique en « première 
personne w et dont la définition en « troisième personne » que cite 
M, Politzer, n'est qu'un essai d'explication théorique) ; des 
actes et pensées haineux dams la période de l'état inconscient de 



BIBLIOGRAPHIE 585 



ce sentiment, les symptômes apparaissant dans certaines situations 
susceptibles de réveiller ces sentiments, transfert de sentiinents hai- 
neux conscients pendant l'analyse, résistance dont les détails tra- 
hissent nettement la nature des sentiments contre lesquels elle se 
dresse ; après la levée de la résistance, retour des souvenirs pré- 
■cités, et apparition de. sentiments haineux conscients dans toutes les 
situations dans lesquelles apparaissaient auparavant les symptômes. 

Nous nous demandons si M, Politzer verra dans cette preuve de 
"l'inconscient, qu'on pourrait d'ailleurs multiplier à 1* infini, plus de 
* réalisme » que dans l'exigence de « l'homogénéité au je », que 
nous trouvons d'ailleurs juste > mais que nous proposerions de for- 
muler : « la continuité de l'individu psj'chique »- Peu nous im- 
porte, d'ailleurs, qu'il y trouve du « réalisme » (facteur bien abstrait, 
cependant , bien en * troisième personne »). Si réalisme il y a, 
c'est que ce m: réalisme » est utile, tant que M* Politzer ne nous 
donnera d'autre explication des faits psychologiques que celle par 
l'inconscient, 

Lp cadre limité de cette 'analyse ne nous permet pas de répondre 
aux nombreuses erreurs et contradictions que contient la critique 
de l'inconscient. Arrêtons-nous seulement aux deux postulats que 
M, Politzer croit pouvoir dégager de l'hypothèse de l'inconscient : 
le postulat de l'antériorité de la pensée conventionnelle et celui 
de la pensée récitative. A propoç du premier il faut remarquer que, 
quelle que soit la nature des faits psychologiques « construits », 
en les rendant à la conscience ou eu les décrivant, nous devons 
nous servir d'une « dialectique conventionnelle », c'est-à-dire nous 
devons nous servir d'un langage compréhensible, Kn formulant 
ce postulat, Politzer enfonce donc des portes ouvertes. Quant au 
« postulât, de la pensée récitative », que Politzer condamne si énergi- 
quement, nous voulons lui rappeler qu'il dit lui-même que « quoi 
« qu'on fasse, les données psychologiques ne peuvent jamais être 
« connues que parle récit* *> (p. 207). On se demande alors de queile 
manière <* éclairer les actes du je » (p, 196), sinon par des récits, 
mais des récits non pas « inventés pour les besoins de la cause » 
{p, 208) ; niais construits pour expliquer le « draine humain » et 
prouvés par des faits ? Si les phénomènes inconscients étaient a in- 
« ventés de toutes pièces », comme se plaît à dire M- Politzer, il 
n'existerait ni signification du rêve, ni complexe d'CEdipe, ni iden- 
tification, bief il n'existerait ni la psychanalyse, ni la <* psycliolo- 
« gie concrète ». Caria psychanalyse est inséparable de l'inconscient, 
ejt la « psychologie concrète » l'est aussi, si elle est représentée 
par le complexe d 'Œdipe et l'identification. L'ensemble des faits 
psychologiques que nous appelons complexe d* Œdipe restent incons- 
cients aux hommes tant qu'une psychanalyse ne les leur révèle pas. 
Et force lui est de nier tout bonnement la différence entre l'in- 
conscient et le conscient. Ce tour de force ne fera pas disparaître 

AEVUË FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE Ï2 



586 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



que des faits psychologiques inconscients obéissent à d'autres lois, 
ont d'autres effets que ceux qui sont conscients ou qui le devien- 
nent par une analyse. Toute ps3chologie doit tenir compte de ceci, 
à moins qu'elle ne veuille donner aux faits qui constituent le 
complexe d 'Œdipe et l'identification que la valeur de « significa- 
« tions en général )>. Mais alors cette psychologie devra retomber en 
pleine « abstraction » ; la signification de « l'acte du je » ne voudra 
plus dire que le sujet veut, pense ou fait telle ou autre chose, mais 
que l'acte en question aura telle ou telle « signification », D'ail- 
leurs la tendance de Al. Politzer à retojnber dans « l'abstraction » 
la plus « classique » lorsque! essaie de se passer de l'inconscient, 
se voit nettement à la façon dont il décrit le phénomène du rêve : 
<c En effet, le rêve a eu Heu : une dialectique individuelle a fonc- 
« iionné, des liens imprévus et imprévisibles ont été établis entre 
« des intentions significatives et des signes : des pensées, au lieu 
« de prendre leurs formes habituelles, oui pris des formes qui, or- 
<r dinairêmentt sont réservées à d'autres pensées (1), Or, l'expli- 
cation (psychanalytique), ^eii introduisant l'inconscient et en y 
« étalant le récit conventionnel postule pour l'explication du rêve, 
« fait disparaître la dialectique individuelle... » (p, 204), 

Résumons : il existe des preuves véritables de l'inconscient dyna- 
mique, une ps\*cliologie qui nierait l'inconscient perd tout droit et 
tout moyen d'être une « psychologie concrète », D'autre part, il 
nous paraît inévitable que toute psychologie doive avoir recours, 
à un certain moment, au <r second récit », comme c'est le cas par 
exemple de bien des formes « d'identification »- Car il est impos- 
sible de donner à tous les faits psj'chologiques la forme de « récits 
ii en première personne, » Une grande partie des conceptions théo- 
riques de toute ps3'chologie seront nécessairement des « abslrac- 
« tions h,, des « récits en troisième personne ». Et^ chose curieuse,. 
M- Politzer, qui attaque si violemment dans la psychanalyse des 
conceptions qui impliquent selon lui des «f abstractions »> prévoit 
lui-même la nécessité d'introduire « plus tard » dans la « psycho- 
logie concrète » des notions « abstraites », comme par exemple 
celle de la mémoire (p. 562). 

Mais, malgré toutes les critiques que nous pouvons adresser A 
>L Poli Uor, son livre présente néanmoins un très grand intérêt t 
et il a une incontestable valeur, La mise en relief des points de 
vue concret et abstrait dans la psychologie, le dégagement du a drame 
en troisième personne » f point de vue que nous avons déjà rencon- 
tré, sous une forme à la vérité un peu différente, dans les. /travaux 
de MM. Damourettc et Pichon, opposant le « plan délocu-.oire » 
du langage à son a plan locutoire » primitif) et du « second récit » 

(1) Souligné par nous K. T.. 



iB**IM^imH 



BIBUOOKAJTIJK Shy 



sont d'une réelle valeur méthodologique, ces conceptions devront 
faire dorénavant partie de l'édifice de la psychanalyse. 

Tous les psychanalystes qui ont lu le livre de M ; Politzer atten- 
dent certainement avec un grand intérêt ses publications ultérieures. 

R. LoîWKNSTKIN*. 



Théo ÏIkm^sk. Qvin:e rêves expliques;. (Les cahiers Mosmis. 
iV 4i). 

Après un exposé succinct et très clair de la théorie freudienne 
des rêves, l'auteur d'ailleurs docteur en philosophie, expose quinze 
rêves dont il donne l'interprétation en fonction des circonstance* 
au cours desquelles ils sont survenus et des idées que chaque élé- 
ment à suggérées au rêveur. Ses interprétations paraissent fort 
acceptables mais peut-être superficielles. Pour avoir votilti montrer 
que les rêvos n'ont pas aussi souvent que nous le prétend on s , une 
valeur sexticlle, l'auteur semble ne pas avoir cherché derrière la 
signification immédiate du rêve, la correspondance en profondeur 
qui aurait pu révéler des éléments réellement psychanalytiques tels 
que le complexe d'CEdipe, etc. Sous ces réserves* d'ailleurs difficiles 
à établir faute d'élément d'information suffisants, il faut féliciter 
M, Théo Hemisse d'avoir abordé avec compréhension et intelligence 
un des problèmes les plus contestés encore des profanes : l'interpré- 
ta lion psychanalytique des rêves. 



C. J É Urkouia <^l G. JU:tjvTi;àm\ Psycit analyse d'un cas de 
crampe des êcrivai-ns. 

Les auteurs rapportent un cas de crampe des écrivains soumis 
à un traitement psychanalytique ayant abouti à la guéri son du 
malade, L'exposé bref de cette analyse permet néanmoins aux 
auteurs d'insister sur l'importance, chez leur malade, du complexe 
d'Oîdipe qui apparaît comme le noyau même de toute la névrose, 
la masturbation, l'homosexualité et l'impuissance sexuelle n'étant 
que des réactions en rapport avec ce dernier complexe, 

La crampe elle-même, qui empêchait le malade d'écrire ou sim- 
plement de saisir certains objets tels qu'allumette, aiguille, crayon, 
porte-plume, était étroitement liée au complexe de masturbation, 
qui se trouvait ravivé chaque fois que le malade voulait écrire ou 
saisir un de ces objets, identifiés probablement au pénis. 

S, Nacht. 



^^v^^-w 



SS8 RÉVXJË FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



The Psychoanalyiic Review T. XV. 1928, — Fasc. 1 à 4. 

Dakiel House. Psychologie de l'inconscient. — Cet article passe 
en revue les différentes philosopliies antîrationalistes qui ont ouvert 
la voie à la psychanalyse. Il montre la découverte progressive de 
l'inconscient et du subconscient par la critique de la conscience au 
xix* et au XX e siècle. Il attire l'attention sur le chemin parcouru 
depuis le xvn* siècle en comparant le célèbre ; « Je pense, donc je 
ft suis » de Descartes avec l 1 aphorisme de Freud « Je désire et c J est 
« pourquoi je pense », 

N. D. C, Lewis. La psychobiologie du complexe de castrat ion, 
— L'auteur, psychiatre à l'hôpital Sainte-Elisabeth à Washington, 
développe, dans un article qui se prolonge à travers plusieurs nu- 
méros de la <* Psychoa nalytic Review », ses vues sur le complexe 
de castration, ses sj^mboles, ses rapports avec la nooclopie et le 
suicide. Il illustre son exposé d'un grand nombre de cas qu'il a 
pu observer lu ï -même et qui se rapportent aussi bien à des femmes 
qu'à des hommes. Parlant des cas fréquents dans lesquels des né- 
vrosés se sont châtrés eux -même ou ont tenté de le faire y il attri- 
bue cela à ce qu'il appelle le complexe d'Echmoun> qui n'est après 
tout qu'une phase du complexe d'CRdipe. En effetj Eclimoun est 
un jeune dieu phénicien d'une grande, beauté qui se rend eunuque 
afin d'échapper aux sollicitations de la déesse-mère Astronaé. C'est 
le bel adolescent qui se châtre pour échapper à l'inceste. 

Cet article est fort intéressant mais difficilement résu niable à 
cause du grand nombre de cas pratiques sur lesquels il se base, 

Marie Chaijwick. Six mois d'expériences dans une crèche, — 
L'auteur, ayant régulièrement observé les enfants d'une crèche de 
Londres et ayant fait également une enquête sur la situation de 
ces enfants dans leurs familles , apporte des conclusions générales 
sur l 'influence de l'union et de la désunion des parents sur les 
enfants, en particulier sur la formation de leur caractère. Malheu- 
reusement M lle Chadwîck ne donne pas de détails sur chaque cas 
particulier ni les observations précises qui Font amenée à ses 
conclusions. 

LÉO KannkR- L-a déni en tant que symbole dans le folklore. — 
Les dents sont un symbole phallique et, dans les rêves comme dans 
les légendes, l'extraction d'une dent représente la castration. Les 
maux de dents symbolisent une menace de castration, punition 
des actes sexuels tels que l'onanisme, la fellation ou l'homosexualité 
considérés comme coupables par les primitifs parce qu'ils ont en 
vue le plaisir et non la reproduction. Aussi les cures magiques de 
maux de dents ont elles toutes le caractère d'un symbole d'acte 
sexuel normal. Il faut en général enfoncer un symbole phallique 



BIBLIOGRAPHIE 589 , 



(clou ou bâton) dans un trou pratiqué dans ta terre ou bien mettre 
dans ce trou des semences ou des objets qui tes symbolisent. Dans 
certaines régions de l'Allemagne l'homme qui souffre des dents 
place un balai dans l'église et croit que celui qtii marchera le pre- 
mier sur ce balai sera atteint à sa place du mal de dents. Ici le 
symbolisme est moins clair ; cependant Fauteur croît qu*il s'agit là 
de maux de dents considérés comme une punition de désirs homo- 
sexuels» l'acte de marcher sur un balai pouvant symboliser l'acte 
homosexuel* En effet M* Kanner a soigné un garçon de 15 ans qui 
trouvait un certain apaisement à ses désirs homosexuels en mar- 
chant sur des bâtons et des pierres qui symbolisaient pour lui le 
phallus et les testicules. 

Les conclusions de cet intéressant article sont les suivantes : 

1) Dans le folklore, la dent est un symbole sexuel qui représente 
soit le phallus soit la semence, 

2) La perte d'une dent représente la castration comme punition 
de l'onanisme ou d'autres perversions sexuelles, 

3) Les maux de dents s\mibolîsent une menace de castration. 
On les évite par des mesures de propi liât ion qui représente nt sym- 
boliquement l'acte sexuel normal ayant pour but la fécondation. 

4) Le motif de F inceste et des fantaisies bise xuel les se retrouve 
toujours dans Tana^se du folk-lore des dents. 

Wjluam-A, Whitk* Discours présidentiel. 

Dans ce discours, le président de V American Psyctutùnalytic As- 
sociai ion constate qu*en Amérique le mouvement psychanalytique 
est encore attaqué, ce qui n'est pas absolument un mal, mais que, 
d'autre part, il a fait ces dernières années des progrès considérables. 
Ce mouvement est entré dans un phase décisive dans laquelle de 
nouvelles tâches se présentent à lui* 

Il lui faut tout d'abord sauvegarder le principe que seuls des 
médecins particulièrement instruits dans la psychanalyse ont le droit 
d'employer cette méthode à des fins thérapeutiques, Mais il faut 
aussi que la psychanalyse devienne plus connue du grand public où 
elle reste incompréhensible pour tant de gens qui, n'ayant pas été 
psychanalysés eux -mêmes s seront tentés de trouver fausses bien des 
assertions de la théorie de Kreud. De plus les psychanalystes ont 
commis la faute de présenter leur théorie par le côté qui, en Amé- 
rique, avait le plus de chances d'augmenter les résistances de leur 
public. Il y a quinze ans en effet ce qu'on appelle le panse xualis me 
florissait beaucoup plus parmi eux que ce n'est le cas aujourd'hui 
où notre matériel se rapporte à une base biologique plus large. Il est 
beaucoup de choses nouvelles en effet que nous pouvons dire, par 
exemple sur les problèmes toujours intéressants de la conscience et 
la morale, sans choquer beaucoup le public. Nous devrions, dit 
M, White, employer pour la diffusion de nos idées la même méthode 



«■^B^^PVW 



590 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



eue pour nos analyses c'est-à-dire ne jamais chercher h imposer des 
interprétations mais laisser les faits analytiques parler eux-mêmes. 

La création d'un institut psychanalytique aux Btats-Unis serait 
très utile, mais il devrait être organisé sur une base plus large que 
celui de Berlin. Ce devrait être une institution où quiconque désire 
devenir psychanalyste pourrait se soumettre à l'analyse et ensuite 
analyser d'autres sujets sous la direction d'un maître expérimenté. 
En outre cet institut devrait posséder une bibliothèque très complète 
se rapportant non seulement à la psychanalyse mais aussi aux sujets 
connexes. Il devrait être en contact avec les spécialistes des sciences 
telles que la philosophie; la théologie, la morale, l'histoire, le droit 
pénal, etc., auxquelles la psychanalyse peut apporter un concours 
utile. 

Après avoir montré qu'une nouvelle complication de la termino- 
logie psychanalytique est inévitable M- Wliite termine par un hom- 
mage rendu au génie du professeur Freud. 

Daniel Hoi SK : La psychiatrie à la rescousse, — L'auteur rappelle 
qu'on a cherché à expliquer l'histoire par la géographie, l'influence 
du climat, des conceptions religieuses et politiques et enfin par le 
facteur économique. Il croit, lui, que l'histoire, si Ton va au fond 
des choses, est une branche de la psychiatrie psychanalytique. 

Pour lui notre civilisation n'est qu'une forme compliquée de la 
barbarie. La violence, la duperie, l'inégalité, l'injustice et l'hypo- 
crisie y régnent en maîtresses» La conduite humaine est encore bien 
éloignée de l'idéal de chanté ; elle est inadaptée à ce que devrait 
être la vraie civilisation et relève donc de la psychopathologie. 

Les hommes qui, dans l'histoire, ont joué le plus grand rôle 
s'expliquent par leur situation psychique. L'auteur se pose des 
questions telles que : Quel est le rapport entre la philosophie sociale 
de Jésus et sa situation sexuelle personnelle ? Quel rapport y a-t-ïl 
entre le fait que saint Paul était épileptique et certaines de ses 
doctrines ? Jusqu'à quel point les affections psychopathologiques que 
l'on peut relever chez des hommes tels que César, Napoléon, Guil- 
laume TI et Wilson ont-elles modifié le cours de ce qu'on appelle 
l'histoire ? Jusqu'à quel point le puritanisme est- il un phénomène 
psychopathologique ? etc.* etc. 

Ces facteur là sont plus importants, aux yeux de. M. House, 
même que les facteurs économiques. La contrainte de répétition de ce 
qui s'est passé dans l'enfance joue un rôle énorme, Le fait que les 
masses populaires allemandes pénétrées de doctrine socialiste n'ont 
pas même tenté en 1914 de saboter la guerre ne s'explique pas écono- 
miquement maïs psychologiquement. Co sont des complexes psychi- 
ques aussi qui expliquent des faits tels que la dureté d'un gouver- 
nement libéral comme celui de Wilson à F égard des « consci entions 
« objectors » qui refusaient de prendre pari aux massacres que com- 



BIBUOtiRAPHIK 59 J 



porte la guerre et auxquels le Président ne s'était lui-même que 
difficilement résolu. Enfin le meurtre judiciaire de deux innocents 
tels que Sacco et Vanzetti pour le seul motif de leurs opinions 
anarchistes ne s'explique lui aussi que par la psvchopathologie, 

La base de beaucoup de nos institutions n'est pas rationnelle ; si 
oit l'analyse on ne trouve que l'habitude à laquelle s'ajoutent des 
considérations de puissance et de prestige. L'Etat n'est trop souvent 
qu'un entraînement perpétuel à l' obéissance et à l'exaltation du 
patriotisme au delà des limites utiles. I/éducation est presque tou- 
jours une école de servilité. L'Eglise favorise souvent l'abêtisse ment 
tle ses adeptes et arrive parfois à donner une force presque invin- 
cible à certains préjugés. Les affaires elles aussi sont en grande 
partie un entraînement à la rouerie et à la fraude légale. Tout cela 
dépend en somme plus de la psychiatrie que de la psychologie et 
c'est ainsi que la psychanalyse peut servir à expliquer les faits 
contemporains et passés (i). 

F.-\\\ DekshimKk ; tiém'aîogie d'un? pulsion vers des rapports 
hétérosexuels illégitimes* 

I/auteur résume l'analyse qu'il a faite d'un jeune homme qui 
avait une pulsion très forte vers des rapports hétéro-sexuels illégi- 
times. En remontant dans ses souvenirs le patient parvint jusqu'à 
l'époque du sevrage qui avait fait naître en lui l'idée que sa mère 
ne 1* ai m ait plus. 11 se demanda pourquoi et supposa que c'était parce 
qu'il ne pouvait pas la nourrir comme il pensait que son père le 
faisait (fausse idée sur les rapports entre parents). Voyant que 
c'était là le seul manque que l'on pût lui reprocher il trouva qu'il 
était excusable puisqu'il n'était pas adulte et décida, dès qu'il le 
serait devenu, de rendre sa mère jalouse en faisant avec d'autres 
(mais non pas avec une épouse^ car sa mère l'eut alors approuvé) 
r<* que ses parents faisaient ensemble, 

1«VW. Dkrsiiimkk : Théorie sur Vorigine de- tous tes conflits et 
sur le mécanisme de la psychanalyse. — Se basant, entre autres 
choses, sur V expérience décrite plus haut, M. Dkrshimkk suppose 
que l'enfant ressent fréquemment son infériorité physique à l'égard 
des parents. Pour y remédier il cherche dans son imagination des 
moyens de leur être supérieur. Il se forge alors un monde ima- 
ginaire auquel il a beaucoup de peine à renoncer même lorsqu* adulte 
il a acquis des forces égales A celles de ses parents ; en effet dans 
le inonde imaginaire il était beaucoup plus puissant qu'eue. Il 
cherche donc à rester dans le monde qu'il s'est créé. Comme le 

(i) La Rédaction n'assume en rien la responsabilité des eonsequenceG 
politiques et religieuses plus ou moins contestai) les cpie tel personnage, dont 
elle rapporte les dires, croit pouvoir tirer de la doctrine psychanalyti- 
que, K, p # 



^■■k 



592 REVUE FRANÇAISE M PSYCHANALYSE 



^h^*w «-^ 



psychanalyste représente souvent k père, la source des résistances. 
qu'il rencontre provient du processus que nous venons de décrire. 
Le moyen de l'éviter serait que les parents affirment le moins 
possible leur autorité et leur puissance vis à vis des enfants et 
cherchent plutôt à ne leur donner que des conseils, 

■ 

John Holland Cassity : Facteurs innés et facteurs cuit ur aux 
en psychanalyse. — L'auteur ne croit pas à une mémoire héréditaire 
par laquelle le complexe d' Œdipe aurait été transmis à travers les 
âges jusqu'aux hommes de notre génération. Il croit plutôt que 
chaque individu mâle fait sous une forme ou sous une autre son 
expérience de ce complexe. Cependant 1* article est conçu sôus une 
forme interrogative et laisse 1a question ouverte, 

Arkold Kami at : L'imagination cosmique, — Cet article; est 
intéressant parce qu'il montre que les conceptions cosmiques des 
théologiens sont souvent une projection de leur conflit intérieur sur 
l'univers. L' homme primitif pour qui le but de la vie était la 
satisfaction de ses désirs terrestres a créé des dieux pourvus de 
corps et de désirs humains. L'ascète au contraire, qui est gené 
par ses désirs charnels, déclare que le corps et le monde matériel 
sont mau%'aîs ; son dieu est esprit et l'aide dans sa lutte contre 
la chair ; il doit un jour anéantir ce monde et inaugurer une- 
éternité de spiritualité. Ces conceptions messianiques ou eschatolo- 
giques ne se trouvent pas seulement chez les sectes religieuses, 
" mais aussi dans les associations révolutionnaires, Le communiste 
qui attend un renouvellement du monde de la révolution univer- 
selle n'est pas essentiellement différent du Juif qui attend le Messie 
ou de 1 J ad vendis te qui attend le retour de Jésus-Christ. Tous se 
figurent le triomphe de leur groupement identifié à tout ce qui 
est bon et juste accompagné d'un cataclysme entraînant la ruine 
des dissidents considérés comme pêcheurs et mauvais par la seule 
raison qu'ils ne partagent pas les croyan cts du groupe. Presque 
toutes les croyances s'accompagnent de fantaisies cosmiques qui 
se transmettent de parents à enfants. 

Lorkn. B. T. Johnson : Le psychiatre, et la médecin*. — Cet 
article est un exposé de la psychanalyse devant un auditoire de 
médecins non psychiatres, Ses conclusions sont : 

tï qu'une grande partie des humains est incapable de regarder 
la vie comme elle est, et préfère vivre dans un monde imaginaire. 

2) que les médecins, ayant une tendance naturelle à la spécia- 
lisation, sont portés à ne pas attacher V importance qui leur est 
due aux réactions du patient vis-à-vis des problèmes qui lui sont 
propres ou que pose pour lui son entourage ; 

3) que cela est cause de ce que beaucoup de patients se tournent 
vers d'autres méthodes de guéri son telles que la Christian science? 



BIBLIOGRAPHIE 59* 



4) qu'il faut considérer que l'instabilité dans le domaine émotif 
peut être la cause de désordres physiques et qu'on en devrait tenir 
un plus grand compte en pathologie. 

A* S. Lorand ; Une névrose narcissique avec symptômes d J hypo- 
ehon-ârie* — C'est le récit d'une cure psychanalytique sur un 
jeune homme qui avait des tendances au suicide et des inhibitions 
sexuelles qui avaient leur source dans l'attitude que le père du 
patient avait eue à son égard durant toute son enfance, 

Ëlinor Dkutsch : Les images dans }es rêves à es aveugles* — 
L'auteur, qui est elle-même aveugle, donne une série de rêves 
d'enfants aveugles qui contiennent des images. Elle ue conclut pas 
positivement mais semble dire que ces enfants confondent des sen- 
sations tactiles., auditives et cénesthétiques avec la vue* 

Cavekï)jsh MoXo\ t ; L'importance de h découverte de Rcmk pour 
la médecine. — Rank a découvert que le facteur fond ameutai dans 
toute vie humaine était l'expérience de l'attachement physique et 
psychique à la mère. Dans son livre <* Le trauma de la naissance » 
il montre que toute vie humaine peut être comprise comme une 
lutte avec la difficulté de se remettre du choc violent de la nais- 
sance par laquelle l'individu perd de façon catastrophique la quié- 
tude de l'état intraiïtérin. Ce trauma de la naissance est plus 
important encore que le complexe d'CEdipe et lui est naturelle- 
ment antérieur* 11 doit en résulter des modifications dans le trai- 
tement psychanalytique qui devra s'attacher avant tout à sevrer 
le moi de ses attachements primitifs. 

Samuel Hukchkllî: Marcel Prousi. Vue interprétation de sa* 
vie. — L'auteur étudie les rapports de Proust avec ses parents* 
Vis-à-vis de sa mère, Marcel est toujours resté un enfant. Il a 
pris le contrepied de son père, qui était un homme matinal et très 
actif. Il sentait qu'il ne pourrait jamais être à la hauteur de ce 
père, et vis-à-vis de lui aussi il est demeuré enfant. Toute sa libido 
était concentrée sur sa mère.. Aussi a-t-il, après la mort de cette 
dernière j cherché à retrouver le temps heureux, le paradis perdu 
qu'avait été sa vie sous la protection maternelle. Il l'a fait par 
son œuvre qui est une sorte de. cure psychanalytique sur lui-même* 

William. A* Whitk : Définition par les tendances, — M. White 
applique à la psychanalyse ce qui a été dit de la psychologie, à 
savoir que ses définitions doivent marquer une direction 'plutôt 
qu'une délimitation, 11 passe ensuite en revue divers objectifs de 
la psychanalyse, qui a commencé par être une méthode thérapeutique > 
est devenue par surcroît un ensemble d'idées et, au dire de cer- 
tains, une philosopie ou bien même, si l'on en croit ses détracteurs % 
un culte. 



594 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



L'auteur insiste encore sur les vues tout à fait nouvelles que 
la psychanalyse a apportées en montrant le danger qu'il y avait 
à parler de façon dogmatique de choses telles que le caractère, la 
normalité et les perversions. Il cite à ce propos "ces deux phrases 
de Ferenczi : 

<t Du point de. vue du psychanalyste le caractère est une des sor- 
tes d'anomalie. » etc. 

<r Etant donné que, comme l'enseigne Freud, l'hystérie est le 
« négatif d'une perversion, il s'ensuit que la normalité n'est qu'une 
« sorte de perversion. *> 

Ernest Hauu;y ; Discours Présidentiel. — M. Hadley fait 
d'abord Y historique de la Société â& Psychopat-lwlogie de- Was- 
hington et passe ensuite è d'intéressantes considérations sur les 
théories émises par Freud dans son ouvrage intitulé : * Au-delà 
du principe de plaisir «. On sait que Freud prend pour point de 
départ l'antithèse entre les instincts de vie et ceux de mort, Hadley 
considère, lui, que les pulsions qui nous font désirer de retourper 
à un état primitif conçu comme analogue à l'état intraiitérin, c'est- 
à-dire comme un Nirvana/ ne sont pas essentiellement différentes 
de la Hbido qui nous fait désirer de vivre et d'obtenir les satisfac- 
tions sexuelles. Freud, d'après lui, a sous-estimé les limites extrê- 
mes du plaisir. Plus le plaisir a été exquis dans l'orgasme, plus 
aussi la détente qui le suit sera délicieuse. C'est là une très bonne 
comparaison applicable à là vie et à la mort. Au lieu de T expli- 
cation dualiste de Freud, Hadley en donne une moniste. Il dit 
qu'on ne saurait nier que l'état qui suit l'orgasme ne soit compa- 
rable à la mort et ne soit en même temps , au suprême degré, un 
état de repos et de plaisir. Il explique ainsi le désir inconscient 
de mourir, d'une façon plus satisfaisante, à son avis, que celle de 
Freud, car dit-il, le plaisir dure aussi longtemps que la détente 
existe et ne finit que losque commence une nouvelle tension ero- 
tique qui atteindra dans l'orgasme son point culminant. Il semble 
donc que l'alternance de tensions et de détentes puisse être envi- 
sagée comme les variations rythmiques et les harmonies de l'Kros. 
L'auteur ne croit pas que l'appétit de la mort soit un instinct. 
11 reconnaît qu'il y a des désirs de mourir, mais ils ne font que 
formuler le vœu d'un plaisir-détente, tel que nous le connaissons 
p. ex. dans l'état qui suit l'orgasme* 

E]>rn\4i<n Swift et Charles Bovn : Coup d'œif du porteur de* 
Wagons-PuUiiian sur la vie. — Deux étudiants en médecine se 
sont engagés comme employés des wagons Pullman et y font toutes 
sortes d'observations sur la psychologie du personnel et des voya- 
geurs. En s 1 informant du passé des personnes observées, ils arrivent 
a donner, dans plusieurs cas, une explication psychanalytique de 
3 'attitude qu'elles ont prise dans telle ou telle occasion, 



BIBLIOGRAPHIE - 595 



Frédéric Patrv : Théories sur la bissexitoiité, avec expose d'un 
cas, — Dans cet article Fauteur expose le cas d'un de ses patients 
qui croyait périodiquement être une femme ou rêvait de l'être. 
Cependant il n'était pas homosexuel uniquement, mais plutôt bis- 
sexuel, car il avait des rapports intimes normaux avec des femmes* 
Il semble que, dans ce cas, malgré quelques traits caractéristiques 
physiques féminins (développement excessif des seins) , les tendances 
homosexuelles n'aient pas été congénitales mais plutôt d'origine 



psychique. 



N... 



Ituoijo jguS. T. XIV, Fasc. i à 3. 



H, jKLiîKKSMA : Ja % cannibalisme W son refoulement dans V Egypte 
ancienne, — D'après les travaux d'Andrée, spécialiste de la question, 
on peut admettre que le cannibalisme a existé presque partout à une 
époque donnée, Roheim voit la forme primitive du cannibalisme dans 
le repas que les fils font du père pour s'identifier avec lui et entrer 
ainsi en rapports incestueux avec leurs mères. Freud est du même 
avis et cite le cas des Australiens qui mangent leur animal -totem 
pour s'identifier au père de la tribu, 

Andrée avait été étonné de ce que, contrairement a ce qui se passe 
partout ailleurs, on ne trouvait pas en Egypte de trace de canniba- 
lisme. D'après M, Jelgersma cela est inexact, IÎ11 effet nous possé- 
dons deux recueils de liturgies des morts : les «r textes des pyra- 
mides » qui sont de beaucoup le plus ancien et le « livre des morts ». 
Le premier est probablement contemporain de la première dynastie. 
Voici ce qu'il contient : <t 1^ mort vient au ciel comme fils de RA, 
le dieu du soleil d. Il paraît en vainqueur, les dieux se réveillent 
en sursaut, « le grand Oiseau, le dieu chacal », « 11 pleut, les archers 
« sont errants et les os d'Akérou tremblent car ils Font vu se lever 
<( ayant une âme comme un dieu qui se nourrit de ses pères et mange 
xl sa mère. Sa splendeur est au ciel, sa force à l'horizon comme celle 
« d'Ahérou, son père qui l'a engendré comme un homme plus fort 
<c qu'il n'est lui-même. C'est lui qui mange les hommes et vit des 
« dieux, Celui qui saisit les cheveux de rKmi-Kehuu les attrapent 
« pour lui, la Tête Splendîde les garde et les pousse vers lui; Héri- 
« Seront les lui lie et le Coureur les larde de coups de couteaux et 
« vide leur ventre* Scliesmou les coupe en morceaux et les cuit je soir 
« dans sa marmite; il mange leur charme et avale leur esprit. Les 
« grands sont son repas du matin, les moyens son repas du soir, les 
« petits ses bouchées pour la nuit. Les vieillards sont mis dans son 
<r fourneau. I^e Grand qui est au ciel jette du feu dans sa marmite 
« qui contient les cuisses des plus âgés. Les habitants du ciel sont 
<f à lui et il cliie des marmites contenant les jambes de leurs femmes. 



■ - Il I II I II 



>■■— __n>^^^K^^^KK^^K^_ 



596 REVUE FRANÇAISE 1>B PSYCHANALYSE 



€ Il mange leurs grasses tripes et s'en rassasie; il mange leurs cœurs 
* et leurs têtes et îl acquiert ainsi des forces ; ainsi leur magie est 
e dans son corps, il acquiert Y intelligence de chaque dieu, » Quand 
on se rappelle, que la vie après la mort était pour les Egyp tiens un 
état idéal , on ne peut s'empêcher de voir là des traces d'un canniba- 
lisme qui aurait été pratiqué par les Egyptiens d'une époque anté-, 
rieure à la première dynastie* 

A l'époque, beaucoup plus tardivey du livre des morts l'idée que 
l'Egyptien "se fait de l'Au-Delà a changé. On parle du jugement 
d'Osïris qui est entouré de quarante-deux démons représentant cha- 
cun un péché avec lequel son nom est en rapport. Certains dénions 
personnifient des péchés cannibales. Ils s'appelle : le Buveur a** 
Sang, Je Briseur d'Os, le Mangeur d'Entrailles, le Mangeur d'Om- 
bres et la Dent Blanche* 

**î>ans le « livre des morts » le cannibalisme est un très grave péché 
tandis que dans les «c textes des pyramides » il est encore une 
joyeuse fête ; c'est là un bel exemple de refoulement chez tout un 
peuple ; Seth, le dieu qui coupa Osiris en morceaux, a pour attri- 
buts deux animaux, ]' hippopotame, dont Plntarque raconte qu'il 
tue son père pour pouvoir cohabiter avec sa mère* et le chacal, qui se 
nourrit de cadavres, Ce dieu a évidemment des origines cannibales. 
Malgré ses crimes il était très honoré dans l'Ancien Empire, maïs 
au cours des siècles il' fut de plus en plus haï. On finit par l'appeler 
le diable, ennemi de tous les dieux, et par éloigner ses images des 
, temples. 

La coutume de manger un animal sacrifié, symbole du père défunt, 
à la mort de ce dernier, se perpétua cependant jusqu'à une époque où 
Von rendait les plus grands égards aux corps des défunts eii les 
momifiant. Des traces de ce repas funèbre, sublimation du canniba- 
lisme primitif, ne subsistent-elles pas jusque dans notre civilisation ? 

A. WïNTERSTKiK : Les rites de ]a puberté pour les jeunes filles et 
leur s traces dans les légendes, — Tous les peuples primitifs ont 
inventé des cérémonies spéciales qui accompagnent la puberté des 
filles et des garçons. Leur sens profond n'a été révélé que par les 
études psychanalytiques. M. . Winterstein examine ces coutumes, 
en ce qui concerne les filles, chez les primitifs de l'Afrique, de 
l'Amérique et de l'Asie* Ces peuplades obligent, presque toutes, les 
filles qui ont leurs premières règles à une claustration sévère pou- 
vant durer des mois, parfois même des années, pendant laquelle elle*» 
sont soumises à un jeûne rigoureux ; elles ne doivent en particulier 
manger ni chair ni poisson. Elles ne doivent pas non plus être frap- 
pées des rayons du soleil. Beaucoup de ces peuples attribuent la 
première menstruation A la monsure d'un serpent ou à l'acte sexuel 
d'un démon représentant souvent un ancêtre. Celui-ci a blessé la 
jeune fille qui est réputée possédée par ce démon. 1\ faut alora 



rtM 



BIBUOGKAPHIE - 597 



V exorciser ; dans ce but on lui fait subir des traitements corporels 

très douloureux, tels que la fustigation par toute la parenté. Durant 
la claustration les jeunes filles sont séparées de leurs parents ainsi 
que de tous les hommes de la tribu et mises sous la garde de vieilles 
femmes. 

Tous ces rites des peuples primitifs : l'exil de la jeune fille à 
l'époque, de ses premières règles, sa sujétion à une vieille femme qui 
T instruit de ses devoirs futurs et des soins domestiques (tisser, filur), 
enfin le fait qu'elle doit subir des épreuves destinées à montrer son 
endurance des souffrances, se retrouvent dans les contes européens, 
M, Winterstein le montre avec une abondance d 1 exemples à 1* appui. 

Mais M, Wintkrstein ne se borne pas à cela, il donne aussi une 
explication psychanalytique de la plupart de cts rites. Ainsi l'exil, 
pendant lequel la jeune fille ne doit ni voir le soleil (père) ni toucher 
la terre (mère )et est effectivement séparée des parents, est pour lui 
une réaction de défense contre le complexe d'Electre. Celui-ci fait, 
en effet, considérer la mère comme un rivale par la fille éprise du 
père. Quant aux peines corporelles, elles sont une épreuve destinée 
à préparer les jeunes filles à la douleur que leur causeront plus tard 
leurs couches. 

Beaucoup de peuples considèrent les vierges comme dangereuses 
et les font déflorer artificiellement par des femmes au moyen de cou- 
teaux. D'autres chargent les prêtres ou les rois de cet office redouté 
(origine du jus prima? voctis) et ceux-ci le remettent parfois à des 
gens sans aveu ou à des étrangers. On peut trouver l'explication 
de ce « tabou de la virginité » dans l'ouvrage de Freud qui porte ce 
titre. Les a fiancées dangereuses » sont extrêmement nombreuses 
dans les légendes de tons les peuples. 

Le fait que les jeunes filles n'ont pas dans leur exil le droit de tou- 
cher leur corps de leurs mains mais doivent pour se gratter se servir 
du fameux peigne qui revient dans tant de légendes fia Loreleî} est 
interprété comme une interdiction de l'onanisme. L'ablation du clito- 
ris, fréquente chez certains peuples, a aussi pour fin de déshabituer 
les jeunes filles de l'autoérotisme et de les préparer à une nouvelle for- 
me d'érotisme. C'est aussi le but de la confession, en usage chez quel- 
ques tribus qui avaient pressenti,, semble-t-il, l'importance, révélée 
par la psychanalyse, de rendre conscient ce qui est encore incons- 
cient. 

Fu, LfEWiTSCH : Le sentiment de l'espace el Varchilechire mo- 
derne. — L'auteur constate que, tandis que la littérature est une 

branche d'enseignement dans toutes les écoles, que toute jeune fille 
fait de la musique, qu'on fréquente les expositions de peinture, peu 
de gens s'intéressent à leur habitation et la plupart des hommes 
admettent sans protestation 1* enlaidissement des villes. Aurions- 
nous perdu le sentiment de l'espace (Raumempjinden) ? Ce sont 
plutôt les architectes qui/ devenus trop académiques, présentent au 



598 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



public un art qui le laisse indifférent parce que ses symboles ont 
perdu la vertu de le satisfaire, 

A sa naissance l'enfant prend conscience du monde qui l'entoure. 
Il a une sensation de déplaisir devant ce monde nouveau où il est 
sans soutien ; de là 1e plaisir qu'il éprouve dans le repos et l'embras-. 
sèment maternel qui lui rappellent la quiétude de l'état prénataL La 
forme creuse sera celle qu'il affectionnera le plus, car elle lui rappel- 
lera le vagin. Il aura du goût pour les formes rappelant une caverne 
ou une grotte. 

Plus tard l'enfant prend plaisir à son propre corps , ses muscles 
se fortifient, il aime le jeu, le sport, la danse, Ce plaisir est fortifié 
par les agréables excitations de la peau et par Pauto-érotîsme, Les 
zones érogènes et, parmi elles, le phallus deviennent des représen- 
tants agréables des choses corporelles. De là naît un déplaisir pour 
les formes creuses qui privent de la liberté. Il peut s'agir là aussi 
bien de l'embrasement maternel que des limites trop étroites de la 
chambre, La crainte ressentie au moment de la naissance se déplace 
et devient le tabou du sexe féminin, accentué peut-être encore chez 
] 'homme par des tendances homo-érotiques. 

Suivant l'^ge et les personnes la libido trouve plus ou moins de 
plaisir à des formes différentes. De même chaque race, chaque époque 
et chaque civilisation affectionne des formes particulières. Chaque 
période de développement est caractérisée par le fait que la libido 
s'assigne un but spécial , ce qui fait que le moi est fixé aussi à cet 
objet* Le sentiment de l'espace est, lui aussi, différent pour les 
hommes et les peuples suivant leur constitution psychique. Suivant 
le stade auquel ils sont fixés, elle sera cellulaire, cunnique, phallique 
ou « énergétique ». Les styles et les civilisations peuvent se carac- 
tériser ainsi dans leurs grandes lignes mais non pas dans leur tota- 
lité. Si donc on parle d'un style phalliquq, cela ne veut pas dire 
qu'il n'emploie que des motifs se détachant bien mais que les traits 
de ce genre v sont frappants et par conséquent plus chargés 
cl' « affect ». Cela signifie qu'il a des traits phalliques et que ceux-ci 
sont dominants. 

Ainsi le temple grec est phallique; il est là pour lui seul sur une 
plateforme sans rapport avec l'ambiance, sans lui être incorporé. La 
colonne est également un motif phallique. L'intérieur du temple n'a 
aucune importance est n'est même pas éclairé ; c'est l'extérieur qui 
domine. La stèle est elle aussi un motif phallique. Les Grecs, en 
effet p fuyant le complexe d'Qidïpc, se réfugièrent dans l'homosexua- 
lité et surent se faire une haute idée de l'amour homo-érotique. 

Par contre l'architecture de l'époque romaine tardive, du chris- 
tianisme primitif, des Byzantins, des Arabes et des Maures est 
l'expression d'un sentiment vaginal cle l'espace. L'intérieur prend 
toujours plus d' importa necj on voit partout des a relies, des niches, 
des coupoles. Le temple romain est un temple grec retourné fSpen-- 



^^n^^^ 



BIBLIOGRAPHIE 59Q 



+ 

der), Les Maures se représenta îent l'espace comme une grande 
caverne Welthohle. On a assez dit combien 1* architecture romane, 
gothique et de l'époque « baroque » était dominée par des imaginations 
prénatales (voir à ce sujet « I^e traunia de la naissance d par Rank). 

Tandis que le Byzantin se sent à Taise dans la caverne fermée du 
monde, l'homme gothique cherche à en sortir* a dit Spengler (la 
nature faustienneK C'est ce qui explique l'apparition de symboles 
phalliques clans le style gtohique, tels les piliers et les flèches, Tl 
n'y a plus une acceptation naïve d'une conception vaginale ou phal- 
lique du monde, maïs une ambivalence à l'égard des deux principes 
qui se trouvent tous deux représentés dans l'art gothique tardif 
! Saint Cliapellej Saint-Etienne à Vienne) ; l'espace n'est plus un 
<* corps » dans le sens d'Euclîde ni une « caverne », il est traversé 
de courants (lumière, poids, solidité) dont Y alternance crée l'espace 
énergétique. On appelle cela <c spi ritualisât! on », « dématérialisa- 
tion. Comme la science a remplacé la conception statique des « corps » 
par la conception dynamique de 1* énergie, qui prétend remplacer le 
sentiment phallique et cunnique de l'espace par un sentiment « éner- 
gétique », 

Notre époque rejette les symboles maternels et toutes les imagina- 
tions prénatales, Elle crée un art qui « ouvre l'espace », qui lui con- 
vient. Ce sera une époque à traits phalliques mais dans laquelle le 
phallus n'aura plus la valeur d'un symbole paterne! , mais bien tl*un 
symbole de jeunesse et <3e liberté. La maison ne sera plus un appui 
ou une carapace mais une machine» un transformateur entre le 
monde extérieur et 1* homme. Le monde y pénètre par le téléphone 1 
le T. S* F., les conduites d'eau, d'électricité, etc. La tendance est de 
se débarrasser de toute entrave et de n'avoir plus que ce qui peut 
servir l'homme sans le gêner- C'est, <Ht l'auteur, l'expression de 
notre volonté de nous libérer des inhibitions archaïques que nous 
avons héritées pour atteindre la liberté dans une connaissance plus 
parfaite de notre moi et du monde. 

R. Stkkm : Remiarqucs sur l'expression poétique du sentiment de 
h nature chez les modernes. — Cette étude se rapporte surtout à 
Goethe et aux poètes allemands du xi>£* siècle. Elle montre que le 
sentiment de la nature ressort du plan narcissique et que sa tendance 
à personnifier revient à une projection du narcissisme refoulé sur 
le monde extérieur ; le sentiment modçrne de la nature est une 
« objectivati on » des sentiments. Sterba établit par une série 
d'exemples que les poëtes ont une propension à donner à ce qui se 
passe dans la nature le sens d'une activité ayant un but. Tl appelle 
cela la <* motilitÉ cosmique », qui n'est possible que par une- régres- 
sion à la phase où Ton croit à la toute puissance de la pensée. Psycho- 
logiquement ces peintures de la nature correspondent à un acte de ma- 



600 HE VUE FRANÇAIS?: DE PSYCHANALYSE 



gse. Le gain de plaisir que donne le sentiment de la nature vient de 
l'extension des bornes du moi jusqu J au monde extérieur, 

Hélène Deutsch : Uve destinée de femme (George Sanâ)> — 
L'auteur part du principe de Weininger d'après lequel tout être 

humain est un mélange d'éléments masculins et féminins dans de? 
proportions différentes. Tout a homme » a donc en lui des élé- 
ments féminins et toute « femmes » des éléments masculins. L'in- 
dividu doit faire un tout harmonieux de ces éléments contraires* 
Dans ce totai les éléments féminins doivent dominer chez la 
femme si l'individu veut être heureux et adapté à la vie. Si la syn- 
thèse ne réussit pas, une névrose ou un destin malheureux en se-' 
ront inévitablement le résultat. C'est ce qui est arrivé à George 
Sand. Cet au Leur semble avoir une âme d'homme dans un corps de 
femme. Sa masculinité n'est cependant que la conséquence de la 
vanité des efforts qu'elle a faits pour avoir un bonheur de femme. 
Si elle n'a pas pu être heureuse en amour, cela tient en grande 
partie à des situations infantiles qu'une contrainte de répétition 
l'obligeait en quelque sorte à reproduire. George Sand fut pour ainsi 
dire forcée d'avoir toujours envers ses amants (Musset, Chopin} 
l'attitude d'une mère et de les abandonner ensuite en les faisant 
souffrir* Il serait trop long de répéter ici le récit des circonstances 
de l'enfance d'Aurore Dupin qui* d'après H. Deutsch, ont été 
déterminantes pour toute sa vie mais il faut reconnaître que Y in- 
géniosité de l'auteur rend sa thèse très vraisemblable. 

^Ed, Hitschmann ; A propos de Hamsun, — Dans cet article 
l'auteur montre le rôle que joue le complexe de castration dans 
l'œuvre de Hamsun* Il s'} 1 montre parfois sous un jour presque 
pathologique tandis que dans la vie ordinaire du romancier il ne 
semble plus avoir d'importance. Le poète a, dans son enfance, for- 
tement ressenti le complexe d* Œdipe et l'on peut trouver un écho 
de sa fixation à la mère non seulement dans son œuvre mais aussi 
dans sa vie puisqu'il n'est heureux qu'à la campagne.* près de la 
terre natale dont il recommande la culture à la jeunesse norvégienne. 

^ Mari on m Franklin : Les réflexes conditionnels chez les épilep- 
tiques et la contrainte de répétition.,— L'auteur prend pour point 
de départ les expériences que Pawlov a faites à Saint-Pétersbourg et 
qui ont démontré que les réflexes conditionnels étaient acquis, bien 
que la faculté de les développer soit innée, inutile de s'étendre sur 
ces expériences qui sont .bien connues. On sait, par exempt qu'un 
chien auquel on ne donne jamais à manger qu'en agitant uue son- 
nette ne tarde pas à émettre de la salive dès qu'il entend cette son- 
nette , alors même qu'on ne lui présente pas de nourriture. D'après 
M llc Franklin les réflexes des épileptiques obéissent probablement 
à des lois analogues â celles qui régissent les réflexes conditionnels. 



L,_TTT !_--. - . 1111 I I L I __■! ■ _ ■ IIBII JM ^ MI I I ■ >■■ ' t J I T — i 

BIBLIOGRAPHIE 6or 



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/ 



On observe en effet une guéri son partielle des épileptiques lors- 
qu'on les cli ange de milieu et que certains excitants qui provo- 
quaient leurs réflexes ne sont plus là pour les produire. 

L* auteur a constaté aussi le rôle immense que jouait chez les épi- 
leptîques la contrainte cle répétition ; elle admet qu'ils sont en 
quelque sorte des arriérés qui en sont restés à une phase primitive 
des réflexes conditionnels qu'ils n J ont pas la force d'inhiber, 

The Bniish Journal of Médical Psychology. 1927-1938 (1) 

Syi/vja Payniî" : Ohserval$<ïïï$ sur ia formation et la fonctionnât* 
surmoi à Vêtal normal cl pathologique, — L'auteur expose d'abord 
ce que Freud entend par le moi, le surin 01 et le soi, Puis elle rap- 
pelle que Jones a insisté sur la nécessité de l'existence de senti- 
ments hostiles à V égard des parents pour qu'il y ait apparition 
d'un surmoi, 

La constitution bîsexuelle de l'être humain joue un rôle important 
dans la formation du surmoi. Normalement chez le garçon le sur- 
moi se forme juste avant et pendant la période de latence et cela 
par une identification avec le père, que détermine en partie la 
crainte de la castration. Chez le garçon, la formation du sunnoi est 
une sorte de sublimation. 

Chez la petite fille, ce n'est pas la crainte de la castration qui 
joue le rôle essentiel dans la formation du surmoi, mais bien, comme 
Freud l'a récemment montra, la crainte de devoir renoncer à V af- 
fection maternelle si elle s'abandonne aux suggestions du complexe 
d'Electre. De plus, ainsi que l'a découvert la doctoresse Horney 
à Berlin, il existe chez la fillette une crainte analogue à celle de 
la castration chez le garçon, celle que le père pourrait lui faire du 
mal- Cette crainte, qui est basée aussi sur des sentiments înces- 
tticux, se rencontre surtout chez les fillettes qui ont vu leur mère 
alitée â la suite d'un accouchement. 

Si la formation du sunnoi se trouve ainsi être différente chez 
la femme et chez V homme, il faut remarquer aussi que le surmoi 
de la femme garde plus de traces des caractéristiques infantiles que 
celui de l'homme. Tl défend plus de choses et en permet moins. 
Cela est vrai surtout en matière sexuelle, La fréqiicrtra de la 
frigidité chez les femmes en bonne santé démontre la persîstence 
du tabou imposé par le surmoi infantile. 

Le surmoi travaille en partie inconsciemment et crée souvent un 
désir de punition. Dans son livre <* Oestimdnisxwang und Strafbe- 
durfnis », Reifc remarque qu*il n'est pas rare que les enfants re- 

(1) Nous n'avons résumé ici que les articles purement psychanalytiques 
de cette revue* K. de S, 



■a* 



* » i 



602 REVUE FRANÇAISE t>E PSYCHANALYSE 



'doutent plus la confession d'une faute que le châtiment qui la sui- 
vra peut-être, ' Le désir inconscient d'être puni est soulagé par 
T identification delà punition et de la confession, 

L'organisation du surmoi représente un type de sublimation qui 
implique nue « désexualisation » des pulsions instinctives. 

L'auteur distingue quatre types de formation du surmoi : 

1) Les personnes chez lesquelles le surmoi se forme par une 
identification combinée avec les deux parents sans qu'on puisse 
dire qu'aucun d'eux joue un rôle prépondérant, 

2) Les personnes chez lesquelles l'identification avec le parent 
du sexe opposé est prépondérante, ce qui conduit à différentes formes 
d'homosexualité. L'homosexualité refoulée est un facteur important 
dans les psyelionévroses tandis que l'homosexualité réalisée est 
compatible avec la santé, 

3) Les personnes chez lesquelles le surmoi manifeste des ten- 
dances anormalement agressives aboutissant soit à la névrose obses- 
sionnel le, soit â la mélancolie et à des tendances au suicide. 

4) Les personnes chez lesquelles la formation du surmoi a été 
troublée clans ses commencements ou violemment interrompue. Biles 
n'ont point de conscience et réalisent leur sexualité sans aucune 
inhibition. C'est parmi elles qu'on trouve souvent les criminels. 
Chez les personnes de cette catégorie le surmoi est inexistant ou 
impuissant. Il n'est pas rare que ce soit l'attitude des parents qui 
Tait empêché de se développer normalement. 

J, C. FtUGKL : Sentiments sexuels et sentiments sociaux. — 
L'auteur constate qu'il y a un certain antagonisme entre les ma- 
nifestations de la sexualité et celles de la sociabilité. Il y a deux 
opinions touchant la nature des énergies investies respectivement 
dans les tendances sexuelles et sociales* D'après l'une, l'instinct 
social (grégaire) et l'instinct sexuel sont distincts. D'après l'autre 
(théorie freudienne de la libido) les énergies instinctives sont les 
mêmes dans' les deux cas, les tendances sociales n'étant qu'une 
variation différenciée de l'instinct sexuel. 

If y a quatre traits qui distinguent les tendances sociales des 
tendances sexuelles : 

t) Pabsence de l'élément sensuel, 

2) leur plus grande permanence, 

3) une plus grande identification, 

4) une diffusion sur un plus grand nombre d'individus* 

Ces quatre facteurs tendent à rendre plus faciles les relations 
entre individus du même sexe (relations homo- sociales) qu'entre indi- 
vidus du sexe opposé frelations hétéro-sociales). De plus on remar- 
que que l'homo-socialité masculine est plus développée que l'homo- 
socialité féminine. Mais de nos jours les différences sociales entre 
les sexes tendent à s'effacer^ les femmes participant à la vie sociale 



BIBLIOGRAPHIE 603 



dans une plus large mesure qu* autrefois, Ce fait a pour conséquence 
une augmentation de l' hétéro- socialitlé. L'institution de la famille 
est à certains égards un obstacle à la rîiffusoin d'intérêt qu'exigent 
les sentiments sociaux. Elle constitue cependant une étape néces- 
saire à la formation de ces sentiments. 

L'amour romanesque, bien que sexuel, favorise plutôt qu'il n'en- 
trave le développement des sentiments sociaux parce que : 

1) il demande un certain degré de cette « inhibition de l'instinct 
sexuel quant à l'objectif » dont Kreud parle , 

a) il demande une limitation de l'égoïsme et du narcissisme, 

3) il peut conduire à une augmentation de la sublimation, 

4) il peut amener à répandre de. l'amour sur les autres. 

Ce dernier point révèle une relation profonde entre les sentiments 
sociaux et les sexuels» relations qui est indiquée aussi par le fait du 
renforcement simultané de ces deux ordres de sentiments au moment 
de l'adolescence et par le fait que des. troubles organiques de la vie 
sexuelle en amènent aussi de la vie sociale. 11 semble donc que l'anti- 
thèse entre sentiments sexuels et sentiments sociaux se rapportent 
seulement à la direction prise par les- énergies investies à un stade 
relativement élevé et que le développement satisfaisant des senti- 
ments, sociaux présuppose jusqu'à un certain point un fonctionne- 
ment normal des tendances sexuelles. 

M élan* E KuiiK : Tendances criminelles chez les enfants nor- 
maux. — Comme l'individu repasse au point de vue biologique 
par toutes les phases de révolution, ainsi au point de vue psychique 
nous trouvons chez l'enfant (réprimées et inconscientes! les ten- 
dances au meurtre et au cannibalisme qu'on peut observer chez le 
primitif.. L'analyse de petits enfants a prouvé que la lutte entre 
les tendances primitives et les tendances civilisées commence très 
tôt* On trouve à l'âge de deux ans déjà un surmoî très actif. 

On sait que Férotisiue anal est en rapport avec les tendances 
sadiques. Les fixations anales sadiques se font à l'âge d'un an, 
époque où apparaît aussi le complexe d' Œdipe. Les fantaisies que 
la haine du père inspire aux petits garçons sont d'ordre oral -sadique 
et an al -sadique. Même les enfants normaux ont dans leur subcons- 
cient de telles fantaisies. L'auteur cite à ce propos le cas du petit 
(îcorges. qui possédait un tigre (avec lequel il s'identifiait comme 
l'analyse l'a prouvé dans la suite} et voulait l'envoyer chez son 
père pour qu'il lui arrache son pénis avec les dents afin de pouvoir 
le faire cuire et le manger, Cet enfant qui est âgé de quatre ans 
est parfaitement normal et montre une affection très vive pour son 
père. C'est là une compensation pour sa jalousie inconsciente, 
(îeorges paraissait heureux , mais en idéalité il était en pr^ie à de 
grandes angoisses provenant du sentiment de culpabilité dérivé du 
complexe d* Œdipe. Miel. Klein est persuadée qu'en dépit des ap- 



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parences tous ks enfants souffrent beaucoup dans les premières 
années de leur vie, Très tôt chez les enfants, qui paraissent avoir 
une vague idée sans doute transmise par voie phylogénétique des 
rapports entre les parent s , se forgent des théories sexuelles qui 
ont un caractère sadique parce qu'ils passent justement par la phase 
sadique- Il y a un rapport entre les fantaisies des enfants nor- 
maux et les crimes sexuels ks plus horribles tels que ceux de 
H a arma mi p. ex^ cet individu qui attirait chez lui des jeunes 
gens £t, après s'en être servi pour satisfaire ses désirs homo- 
sexuels, les tuait en leur mordant la carotide et coupait ensuite 
leur tête. L'idée de mordre pour tuer et de couper la tête est fré- 
quente dans ks fantaisies des petits garçons, MéL Klein en cite 
un qui commettait des meurtres de ce genre sur des poupées qui 
symbolisaient ses parents* 

Le sport est un des meilleurs moyens pour faciliter la subli- 
mation des tendances sadiques que l'on trouve chez les enfants. 
L'attaque contre l'être haï se fait ainsi d'une façon socialement 
inoffensive. 

L'auteur arrive à la conclusion, basée sur la psychanalyse des 
enfants, que les perversions et les tendances criminelles ne pro- 
viennent pas de ce que le surmoi manque de sévérité mais de ce 
qu'il travaille dans une autre direction. C'est souvent le senti- 
ment de culpabilité et V anxiété qui en dérive, qui poussent le cri- 
minel à commettre ses crimes* Comme pour les perversions il arrive 
pour la criminalité que l'analyse ne soit d'aucune utilité chez les 
adultes tandis que chez les enfants elle peut être pratiquée avec 
succès et de façon prophylactique* 

Trigakt Btjrrow : Le problème dit traits jerL — L'auteur dit 
qu'il regarde le transfert non seulement comme le principal pro- 
blème de la psychopathologie, mais même comme Tunique phéno- 
mène de cette science* Comme on voit il étend singulièrement 1* ac- 
ception donnée jusqu'ici à ce mot, Pour lui la névrose et le transfert 
sont une seule et même chose. Il y voit une condition de dépen- 
dance inconsciente dans laquelk chaque individu se trouve^ l'égard 
de tous les autres et qui se manifeste toujours par une attitude 
inconsciente qui oscille sans cesse entre la faveur et l'irritation. 
Le transfert, d'après Burrow, est à la base de toutes nos insti- 
tutions sociales. La réciprocité inconsciente de l'idée qu'on se fait 
des relations sociales est la base de tous nos rapports avec les 
hommes. Que nous aimions ou que nous haïssions, que nous soyons 
patriotes ou anarchistes, socialistes ou impérialistes, croyants ou 
incroyants» tout cela c'est du transfert au sens que lui donne l'au- 
teur, qui y voit un phénomène social, car il admet qu'il y a une 
humeur et une rêverie sociale basées .sur des images inconscientes 
qui se trouvent dans 1a personnalité du groupe tout comme il y 



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BIBUOGRArHIE 605 



a, d'après Freud un système d'images inconscientes à la base des 
humeurs et des rêves des individus névrotiques. 

A. M- Bodkinv; La reprè-seniaion des forces* instinctives et \de 
refoulement dans les rêves et dons l* imagination* — Après avoir 
exposé quelques-uns de ses rêves et en avoir donné elle-même l'in- 
terprétation psychanalytique» l'auteur arrive à des conclusions dif- 
férentes de celles de Freud en ce qui concerne le symbolisme des 
rêves. Le serpent J en particulier, n'est pas pour elle un symbole 
phallique n^ais un symbole de la sexualité en général, M Jl ° Bod- 
kin croit que Ton peut trouver dans les rêves des représentations 
directes d'instincts obscurs, tels que l'instinct de mort qui corres- 
pond au principe freudien du Nirvana* Elle estime que 3 même dans 
les rêveSj il 3' a trace d'idéals qui ne dérivent pas uniquement des 
relations avec les parents* 

Sandor Fbrknczi 1 .: L'adaptation de ta fatmillc à l'enfant. — La 
psychanalyse n'est pas encore assez avancée pour pouvoir dire com- 
ment il faut élever les enfants, maïs elle peut faire connaître com- 
ment on ne doit pas les élever . 

Il faut éviter aux enfants des souffrances inutiles. L'auteur exa- 
mine quelles sont les phases de l'évolution dans lesquelles Tentant 
rencontre des difficultés. 11 y a d'abord la naissance, mais Perenczî 
n'attribue pas à ce traunia l'importance qui lui est accordée par 
Rank, Les véritables traumas se rapportent à l'entrée en contact 
de l'enfant avec les autres mortels. Il y a le sevrage, l'entraîne- 
ment à la propreté j la rupture avec ce qu'on a improprement appelé 
les « mauvaises habitudes »i, c'est-à-dire avec l'auto-érotismc, enfin 
la rupture avec l'enfance elle-même pour entrer dans la vie adulte. 

Le sevrage a une importance psychologique, car tout ce qut l'on 
fait à un petit enfant peut avoir des répercussions sur toute sa vie. 
Les parents ne réalisent pas en général l'extrême sensibilité des 
enfants, 

L'adaptation à la propreté est très difficile aussi, les parents de- 
vraient tenir compte de cette difficulté* 

Quant à la sexualité, elle commence avec l'auto-érotisme^ qui ne 
doit pas être pris au tragique. Il est important de répondre 1 tou- 
jours de façon naturelle aux questions des enfants concernant le 
sexe et même d'admettre le rôle erotique (sensuel) de l'organe gé- 
nital si Ton veut éviter qu'un fossé se creuse entre parents et enfants. 
car Y en faut cannait déjà., par l'auto-érotisnie^ 1* importance sensuelle 
de cet organe et ne se satisfera pas d'explications qui ne tiennent 
pas compte de ce facteur. 

Chacun sait que ce sont les rapports avec les parents qui forment 
le sur moi. Si ces derniers sont trop sévères, ils peuvent abîmer 
*a vie de l'enfant en lui donnant un surmoi trop exigeant- Ferenczi 



606 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



pense même qu'il serait d'une grande utilité d'écrire un livre non 
sur l'importance et l'utilité des idéal s, mais sur le mal que des idéal s 
exagérés peuvent faire aux enfants* 

La psychanalyse ne défend pas d'user d'autorité, mais il faut 
que cette autorité soit justifiée, 

H. B, Bavens : Freud contre Jung. — L'auteur compare les 
méthodes de Freud et celles de Jung en prenant parti avec véhé- 
mence pour ce^ dernier. Il reconnaît que Freud a découvert le mé- 
canisme du refoulement et que les rêves des névrosés amenaient 
au jour ce qu'ils avaient refoulé , enfin que les choses refoulées 
étaient d'ordre sexuel infantile et considérées comme immorales* 
11 admet aussi la découverte par Freud des complexes sexuels et 
de la technique des libres associations d'idées, qui permet de rendre 
conscient le symbolisme des rêves , mais il lui reproche de déclarer 
que, ceux qui attaquent son^ système le font pour des motifs de re- 
foulement de leurs complexes sexuels. Il lui reproche aussi son 
déterminisme, qui prend l'aspect d'un dogme peu compatible avec 
le véritable esprit scientifique, enfin de diminuer le rôle du cons- 
cient* Pour M, Baynes, Freud sous-estime le caractère particulier 
des rapports entre l'analyste et le patient, qui a pour conséquence 
que le psychanalyste, sans le vouloir, influence à tel point le patient 
qu'il est facile au médecin je trouver une confirmation de ses propres 
théories dans les dires de son client. De plus c'est à tort t selon 
lui, que Freud applique la méthode de causalité des sciences natu- 
relles aiiSfphénomènes psychiques qui comportent un facteur per- 
sonnel irréductible à l'analyse. Jung, par contre, ne s'est pas fait 
l'esclave du déterminisme scientifique du xix e siècle, 31 fait une 
place au libre arbitre^ à l'âme humaine alors que chez Freud on 
trouve bien le préconscient, l'inconscient, le moi, le surin oi t le cen- 
seur, le soi, mais nulle part l'âme humaine et sts aspirations* Pour 
faire de la psychologie, il ne suffit pas d'une technique médical e^ 
il faut une conception personnelle du monde qui n'est pas forcément 
le déterminisme, 

, John Rtckman : De quelques-uns des points de vue de Freud et 
de Jung. — Cet article se rapporte à celui de M, Baynes, L'auteur 
y déclare que l'effacement de l'analyse dans la méthode de Freud 
permet au patient de projeter comme sur un écran ses propres 
fantaisies tandis q\x% dans la méthode de Jung, les conceptions 
personnelles de l'analyste jouent un rôle qui fausse l'analyse. À la 
différence de l'élève de Jung, celui de Freud ne sait pas ce qui 
convient àu^ patient, pas même après î* analyse. Il a pour but clc 
rendre le patient conscient de lui-même non de lui montrer ce qu'est 
le bien, le beau, l'Humanité ou Dieu. Apporter dans l'analyse 
l'idée de Dieu ou des idéal s que le patient n'a pas conçus lui- 



lt]IH,10GRAPHITÎ 607 



^-l-l-h^B^^J 



même, c'est courir le risqiie d'augmenter et de perpétuer les fixa- 
tions infantiles. Freud, dit M. Rickman, n'est pas infaillible ; 
ni ai s, si Fou ne suit pas sa méthode, il sera possible de âemcmlrcî 
que Jung a raison. Si cette méthode n'intéresse pas les disciples 
de Jungj ils feraient mieux de déclarer franchement qu*îls n'ont pas 
un point de vue scientifique et de reconnaître qu'ils font du travail 
religieux, 

J- A, HAnmnij) : De la confiante que Von peui avoir âans les 
souvenirs infantiles. — La psycliopathologic moderne admet géné- 
ralement que les névroses ont à leur base des expériences de la 
première enfance» oubliées et refoulées. S'il en est vraiment ainsi, 
il est de toute importance de savoir si les souvenirs très anciens 
des patients peuvent être considérés comme reposant sur une véri- 
table expérience ou s'ils doivent être tenus pour <\ts> produits de 
l'imagination. Il y a deux méthodes pour arriver à produire ces 
souvenirs, l'hypnose et les associations d'idées. 

L'auteur distingue trois possibilités concernant ces souvenirs : 

1) .ou bien? il ne s'agit là que de pures imaginations, 

2) ou bien ils sont entièrement vrais, une exacte reproduction des 
pensées et des expériences infantiles, 

$) on bien encore nue expérience ancienne est interprétée à la 
lumière d'expériences plus rérentes. 

Ce dernier cas est assez fréquent, car l'enfant a plutôt des sen- 
sations que des pensées mais c'est en pensées, c*est-à-dire en les 
interprétant à la lumière d'expériences postérieures, que V adulte 
traduit ces sensations. L'adulte en effet exprime en concepts précis 
et définis les sensations vaines et non encore différenciées qu'il a 
ressenties dans sa petite enfance. M. Hadfield cite comme exemple 
une femme qui est arrivée à se souvenir des sensations qu'elle a 
ressenties à sa naissance et qui décrivait la terreur dont elle était 
remplie lorsqu'on la secouait pour la faire respirer. Cette personne 
avait en effet failli mourir à sa naissance mais ignorait que Ton 
avait dû recourir à Ses movens violents pour l'amener à respirer* 
Si étonnant que cela puisse paraître le souvenir qu'elle est parvenue 
à raviver semble bien être authentique mais elle a exprimé des 
sensations vagues en leur donnant le nom de sentiments qu'elle n'a 
pu apprendre à connaître que plus tard. 

L'auteur conclut qu'il faut êtres sceptique quelquefois à l'égard 
de souvenirs se rapportant aux trois premières années de l'enfance, 
mais qu'une incrédulité complète à ce sujet serait un préjugé. 



Imprimerie Saint-Denis. — Niort, 

14-11-1928 



Lr G cm ut : V. Chapelle