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Full text of "Revue Française de Psychanalyse III 1929 No.4"

Cette Revue est publiée sous le haut patronage 

de M- le Professeur S. Fkkï-ij, 



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Source gallica.bnf.fr /Bibliothèque nationale de France 




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Tome troisième 



N° 4. 1929 



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REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



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Cette revue est publiée sous le haut patronage 
de M. le Professeur S. Freud. 

MÉMOIRES ORIGINAUX 

r 

PARTIE MÉDICALE 



Sur la technique psychanalytique (I 

Par lç D r S. Ferenczi 
(Traduit de l'allemand par Henri Hœsli) 



Exposé fait an groupe hongrois de 
psychanalyse an mois de décembre 
191S, 



Abus de la liberté d'apporter d-es associations m 

Toute la méthode psychanalytique est basée sur la « règle 
fondamentale » de Freud qui consiste à obliger le patiem à 
rapporter tout ce qui lui passe par l'esprit. Aucune circons- 
tance ne justifie une dérogation à cette règle, Il faut que tout 
soit mis au jour sans indulgence. Aucune raison, si péreuip- 
toire qu'elle puisse paraître > ne peut autoriser le malade à es- 
camoter quoi que ce soit. Mais le malade, une fois habitué, 
souvent au moyeu de longs efforts > à la stricte observation de 
cette règle, arrive à ce que sa résistance s'empare .précisé- 
meut de cette règle fondamentale pour s'en servir comme 
arme contre le médecin. 

(1) Mémoire parvenu à la Rédaction en juin 1930." 



REVEE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



lit^coiriCLTîïSî 



UîISTITUT DE FSÏCKMALÏSE 



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6lS REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Des névroséis obsessionnels recourent parfois à ce moyen, 
d'investigation pour ne rapporter que des associations absur- 
des. On dirait qu'ils fournissent intentionnellement une fausse 
interprétation au conseil que leur a donné le médecin, savoir 
de rapporter tout, même les choses les plus insensées.- On est 
souvent déçu dans ses. illusions si l'on n'intervient pas, dans 
l'espoir qu'ils finiront par se lasser de ce procédé. On finit par 
se convaincre qu'ils tendent inconsciemment à mener le méde- 
cin ad absurdum. 

Ils utilisent le plus souvent ce genre d'associations superfi- 
cielles pour apporter une série ininterrompue d'associations 
verbales dont le choix laisse évidemment percer ce matériel 
inconscient que le malade écarte. Mais iï est impossible de sou- 
mettre à une ana^se approfondie de telles associations, car 
chaque fois que nous attirons leur attention sur quelque trait 
frappant, dissimulé, ils s'obstinent à' nous fournir d'autres 
matériaux « absurdes » au lieu d'accepter ou de réfuter notre 
interprétation. Il ne nous reste qu'à avertir le malade de la fa- 
çon tendancieuse dont il se livre, à quoi il "ne manque pas, en 
général de nous reprocher en arborant un air de triomphe,: Je 
ne fais que ce que vous me demandez de faire, je rapporte 
chaque absurdité qui me vient à l'esprit. Il lui arrive souvent 
de proposer en même temps qu'on renonce â l'observation stric- 
te de la « règle fondamentale » et qu'on ordonne les entretiens 
d'une manière systématique. Qu'on lui pose certaines ques- 
tions et qu'on -recherche méthodiquement, à la rigueur même 
au moyen de V hypnose, ce qui a sombré dans l'oubli. Il est 
aisé de répondre à cette objection. Certes, nous avons invité le 
malade à nous faire part de toute association, serait-elle la plus 
absurde, toutefois sans lui demander de réciter exclusivement 
des absurdités incohérentes ; nous lui expliquons que ce com- 
portement est précisément en contradiction avec cette règle 
psychanalytique qui condamne tout triage des associations. Le 
malade, ingénieux, objecte alors qu'il n'y peut rien si toutes 
ses associations sont absurdes et, contrairement à toute logi- 
que, il vous demande par exemple s'il doit désormais taire les 
absurdités. Qu'on se garde de s'en irriter, autrement le but du 
patient est atteint* Il faut l'encourager à continuer son tra- 
vail. L'expérience montre que notre exhortation à ne pas abu- 






■:■< i 



SUR LA TECHNIQUE PSYCHANALYTIQUE 619 



ser de l'association libre amène généralement le malade à ne 
plus se confiner dans les absui'dités. * 

A ce sujet une seule mise au point suffit rarement, Si le 
malade se trouve de nouveau être en proie à des résistances 
; contre le médecin ou le traitement, il retombe dans ces asso- 
ciations absurdes; Il lui arrive même de vous demander ce 
qu'il doit faire s'il lui vient à l'idée, non pas des mots entiers, 
mais des sons inarticulés, des cris d 'animaux ou bien des mé- 
lodies. Nous invitons le malade à nous exprimer ces sons et 
mélodies tranquillement comme les associations ordinaires. 
Nous attirons cependant son attention sur la mauvaise inten- 
tion que cachent ses scrupules. 

On sait qu'une autre expression de la « résistance d'asso- 
ciation )> est le fait que t< rien ne vient à l'idée » du patient. 
Nous devons nous attendre à cette éventualité. Mais dès que 
le malade se tait trop longtemps on peut le plus souvent en 
conclure qu'il dissimule quelque chose. Il faut donc considérer 
le silence soudain comme un symptôme <t passager » « 

. Un silence prolongé est souvent provoqué par le. fait que 
l'obligation de tout raconter n*est pas encore prise au pied de 
la lettre. Interroge-t-on le patient après une interruption pro- 
longée sur les contenus psj^chiques qui le préoccupaient pen- 
dant le silence, il répondra peut-être qu'il a simplement re- 
gardé un objet se trouvant dans la pièce , ou bien éprouvé telle 
sensation ou telle parestliésie dans une partie de son corps. 
Il ne nous reste souvent pas d'autre moyen d'en sortir que 
d 1 inviter une seconde fois le sujet à nous rapporter tout ce qui 
se passe en lui^ les perceptions sensorielles aussi bien que les 
idées , sentiments, impulsions. Mais comme on ne peut énu- 
mérer tout ce qui est susceptible de traverser l'esprit, le ma- 
lade, s'il est de nouveau victime de la résistance, trouvera tou- 
jours la possibilité de rationaliser son silence et sa dissimula- 
tion. D'aucuns disent par exemple qu'ils se sont tus faute 
d'une idée nette, n'ayant disposé que de sensations vagues et 
indistinctes. C'est une preuve évidente qu'ils soumettent en- 
core, en dépit de notre conseil, leurs associations à un triage 
critique, . 

Si Ton se rend compte que toutes les explications ne servent 
à rien, il faut en conclure que le patient ne tend qu'à nous en- 



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n— pi 



620 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



gager dans de longues explications et commentaires pour en- 
traver ainsi le travail. Le mieux dans de pareiis cas c'est d'op- 
poser au silence du malade son propre silence. Il arrive ainsi 
que la plus grande partie de la séance se passe sans que ni le 
médecin ni le malade aient ouvert la bouche. Or, le malade 
supporte difficilement le silence du médecin; Il a l'impression 
que le médecin lui en veut* ce qui ramène finalement à céder 
et à abandonner son attitude négative. 

Même la menace de tel malade de s'endormir d'ennui ne doit 
pas nous déconcerter. Il est vrai que certains de mes malades 
se sont réellement endormis un moment, mais j J ai conclu de 
leur brusque réveil que le précon scient gardait même pendant 
le sommeil le contact avec la situation clinique. Le danger que 
le patient ne dorme pendant toute la séance n'existe donc 

P as ( I )- t 

Certains malades objectent contre la liberté d'association 

qu'il leur en vient trop d'idées à la fois et qu'ils ignorent les* 
quelles présenter les premières. Leur permet-on d'arrêter eux- 
mêmes Tordre clés idées, ils vous répondent qu'il ne leur est 
pas possible de décider à quelle association donner la préfé- 
rence. Je proposai, dans un pareil cas, à un patient de rappor- 
ter ses associations dans l'ordre dans lequel elles se présen- 
taient à lui. Le sujet craignit qu'en poursuivant la première 
idée de la série il n'oubliât les autres, Je le tranquillisai en lui 
faisant remarquer que tout ce qui est important — - alors même 
qu'il semble au premier abord oublié — réapparaît plus tard 
sans qu'on intervienne (2). 

(1) lï arrive aussi que le médecin laisse échapper au cours de telle séance 
les associations du malade et qu'il ne sente se réveiller son intérêt qu'à par* 
tir de certaines manifestations du patient. Mais ceci ressortit au chapitre 
du « contre-transfert *. Il se peut dans ces conditions que le médecin s'as- 
soupisse pendant quelques secondes. Un examen ultérieur nous fait gêné* 
raleinetit apercevoir que c*est le vide et le manque d importance des asso- 
ciations apportées par le malade qui ont détourné de lui notre attention 
consciente. La première association intéressant d'une façon ou d'une autre 
la cure du patient nous retrouve à notre poste. Le danger que le médecin 
ne s'endorme et n'omette d'observer le malade, n'est pas très grand. (Un 
entretien que j'ai eu à ce propos avec le professeur Freud confirmait pleine- 
ment cette observation). 

(2) Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de souligner expressément que 
l'anatyste est tenu à. éviter ton t mensonge vis-à-vis du malade. Ceci aussi 
bien en ce qui concerne des questions se rapportant à la méthode qu'à celles 
se rapportant à la personne du médecin. Que Panatyste soit comme Epami- 



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SUR, LA TECHNIQUE PSYCHANALYTIQUE 



621 



Des détails dans la présentation' des associations peuvent 
avoir leur importance. Tant que le sujet fait précéder toute 
association par la phrase": « Je pense à ce que ...h, il nous 
montre qu'avant de rapporter ses perceptions il les soumet à 
un examen critique. Certains sujets aiment mieux présenter 
des associations sons la forme d'une projection sur le méde- 
cin. Ils vous disent par exemple ; « Vous vous dites mainte- 
nant que j'entends par lâ + _ » ou bien et Naturellement vous 
allez l'interpréter dans le sens... » Si nous leur demandons 
d'éliminer la critique il y a des malades qui nous répondent : 
<c La critique est en définitive également une association ». Il 
faut le leur concéder sans restriction, toutefois on leur fera 
remarquer que si Pou observe strictement les règles fondamen- 
tales, il est impossible : i° de faire part des idées critiques 
avant de rapporter les associations ; 2° de remplacer par les 
idées critiques, les associations même. 

J'étais obligé dans un de mes cas, quoiqu'en parfait désac- 
cord en cela avec la règle psychanalytique, de prier le malade 
de finir chaque fois la phrase commencée, car je m'étais aperçu 
qu'au moment où la phrase prenait une tournure désagréable, 
il ne l'achevait jamais, mais glissait au milieu de la phrase 
par un « à propos i> sur une chose sans importance, accessoire. 
Je lui expliquais que la règle fondamentale n'était certes pas 
de penser l'association jusqu'au bout, mais de dire jusqu'au 
bout ce qui avait été pensé, 

Il arrive même à des patients très intelligents et générale- 
ment compréhensifs d'essayer de pousser la méthode de l'a c - 
sociation libre jusqu'à l'absurde, en vous demandant : mais 
que faire s'il leur venait à l'esprit de se lever brusquement et 
de s'en aller ou encore de maltraiter l'analyste, de l'assommer, 
de briser des membles ? Si vous leur faites remarquer que 
vous ne les avez pas priés de faire tout ce qui leur vient à l'es- 
prit, mais simplement de le dire, ils craignent de ne pas tou- 
jours savoir faire une distinction nette entre l'acte et la pen- 
sée. Nous pouvons apaiser leur excès de scrupules en leur fai- 



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iiondas de qui < Cornélius Nepos rapporte qu'il « nec joco quîdem meniire- 
ittr ». Certes il faut que le médecin cache au début au malade mie partie 
de la vérité^ celk p. ex. que celui-ci ne peut pas encore supporte^ c'est-à- 
dire il faut qu'il resrle le temps des éluci dations successives. 



— — 



622 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



saut comprendre que cette appréhension n'est qu'un souvenir 
de leur enfance où, en effet, ils n'étaient pas encore capables 
de faire une pareille distinction. 

Certes, il y a des cas plus rares où les sujets sont littérale- 
ment dominés. par une impulsion, de sorte qu'au lieu de conti- 
nuer leurs associations, ils se mettent à exprimer leurs conte- 
nus psychiques par des gestes. Non seulement ils ne produi- 
sent des « symptômes passagers » à la place des associations, 
mais il leur arrive encore d'exécuter, tout en restant pleine- 4 
ment conscients, des actes compliqués , des scènes entières 
dont la nature de transfert et de répétition leur échappe com- 
plètement. Un jour par exemple un de mes patients se leva 
brusquement du divan â certains moments exaspérants de 
l'analyse, et arpenta la pièce en proférant des injures. Gestes 
et injures trouvèrent dans l'analyse ultérieure leur justifica- 
tion historique. 

Une hystérique à qui j'avais réussi à faire abandonner ses 
pratiques de séduction enfantines (regard suppliant fixé con- 
tinuellement sur le médecin , toilettes voyantes et exhibition- 
nistes) se livra un jour sur moi à une agression directe inat- 
tendue. Elle se leva d'un coup 3 désirant être embrassée et finit 
par passer aux voies de fait. Il va de soi que même en face de 
pareils incidents le médecin ne doit pas perdre ni son sang- 
froid, ni la patience indulgente. Il ne doit jamais perdre de vue 
le caractère de transfert de pareils actes : il restera toujours 
passif vis-à-vis d*eux. Il n'est pas plus indiqué d'opposer à 
un désir du malade un comportement dicté par l'indignation 
que de satisfaire ce désir. On peut alors constater que l'agres- 
sivité du malade se lasse rapidement et que le trouble, qu'il 
faut d'ailleurs analyser, disparaît promptement. 

Dans un travail intitulé : « L'emploi de mots obscènes », 
j'ai j déjà indiqué qu'il ne fallait pas épargner au malade l'ef- 
fort nécessaire pour vaincre sa résistance à prononcer certains 
mots. Je ne saurais conseiller des facilités comme la permission 
de mettre par écrit certaines confidences ; de pareilles prati- 
ques sont en contradiction avec les buts du traitement qui 
consiste précisément en ceci que le malade arrive, au moyen 
d'exercices rigoureux et continuellement progressifs à se ren- 
dre maître de ses résistances intérieures. Même dans le cas 



SUE. LA. TECHN'JyUE PSYCHANALYTIQUE . - 623 

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où le patient s 'efforce de se rappeler quelque chose que le mé- 
decin connaît déjà, il ne doit pas intervenir inconsidérément 
^s'il ne veut pas risquer de perdre éventuellement de précieu- 
ses associations complétives. 

Il ne faut évidemment pas que la règle de non-intervention 
du médecin soil suivie servilement. Si les exercices acrobati- 
ques des énergies ps3^cliiques du malade nous importent mo- 
mentanément moins, et si nous tenons davantage à hâter cer- 
taines explications, nous lui révélerons simplement les associa- 
tions que nous supposons être en lui et qu'il n'ose pas expri- 
mer. Nous l'engagerons ainsi dans la .voie des avëiix; L'atti- 
tude du médecin au cours de la cure psychanalytique rappelle 
.souvent celle du médecin-accoucheur, laquelle attitude reste 
-autant que possible également passive. L, accoucheur en effet 
doit s'en tenir au rôle d'un spectateur devant un processus de 
la nature, prêt toutefois à intervenir avec les fers pour mener 
à bon terme l'accouchement qui refuse d'évoluer spontané- 
ment. 



II 

Interrogations formulées par les patients 
Décisions à prendre au cours du traitement 

C'est pour moi une règle ? chaque fois que le patient me pose 
une question ou réclame un renseignement, de riposter par 
la question suivante : Comment êtes -vous arrivé à me poser 
cette question ? Si je lui avais simplement répondu, ma ré- 
ponse aurait écarté la tendance provoquant cette question. 
Nous attirons de cette façon l'intérêt du sujet sur les sources 
de sa curiosité et l'analyse de là question lui fait oublier le 
plus souvent d 'insister pour avoir une réponse. Ceci nous mon* 
tre qu'il ne tient en réalité nullement à ces questions et qu'el- 
les n'importent qu'en tant que manifestations de l'inconscient. 

Mais la situation devient particulièrement difficile quand le 
malade ne nous pose pas une question quelconque/ mais nous 
prie de décider à sa place dans une affaire très importante, par 
exemple quand il se trouve devant une alternative. Le méde- 
cin doit toujours s J eiïorcer d'ajourner les décisions à prendre 



624 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



jusqu'à ce que Passurance acquise par le traitement permette 
au patient d'agir en toute indépendance. On fait donc bien de 
ne pas croire aveuglément à la nécessité d'une décision immé- 
diate sur laquelle le malade insiste. Il fant envisager la pos- 
sibilité que de tels problèmes apparemment très actuels, aient 
peut-être été inconsciemment mis au premier plan par le sujet 
même, La manière même dont il nous expose les faits qui 
l'obligeraient à prendre une décision peut nons faire saisir des; 
matériaux analytiques, Peut-être nous trouvons -nous simple- 
ment en présence de résistances destinées à tronbler l'analyse. 
Chez une de mes malades cette manière de procéder était si 
typique que je me vis forcé de lui expliquer, en me servant de 
termes de guerre très à la mode à cette époque que c'était au 
moment où toute issue Ini faisait défaut qu'elle me criblait de 
ces problèmes comme de bombes gazées propre à me troubler. 
Il est évident que le malade se voit parfois au cours du traite- 
ment dans l'obligation de prendre réellement une décision dans 
une question capitale avec impossibilité de la remettre. Même- 
dans ce cas il est préférable d'éviter autant que possible le- 
rôle du guide spirituel à l'instar d'un « directeur de cons- 
cience n> mais de se borner à celui d'un « confesseur » analy- 
tique qui met autant que possible en évidence les divers as- 
pects de toutes les tendances (même celles dont le patient n'a 
pas conscience) en se gardant d'orienter ses décisions et ses* 
actes dans une direction arrêtée. Sous ce rapport la psycha- 
nalyse est diamétralement opposée à toutes les psychothéra- 
pies pratiquées jusqu'aujourd'hui, aussi bien les thérapies- 
agissant par suggestion que celles agissant par « persuasion ». 
Il y a deux circonstances particulières qui obligent le psy- 
chanalyste à intervenir immédiatement dans la vie du patient. 
Premièrement quand il a la fermé conviction que les intérêts^ 
vitaux du malade dictent véritablement une décision urgente 
que celui-ci est incapable d J assumer seul. Mais dans ce cas le 
médecin doit se rendre à l!évidence qu'il n'agit plus en ps}'- 
cbanalyste, qu'il peut même résulter de son intervention cer- 
taines difficultés pour la suite de la cure, par exemple un ren- 
forcement inopportun du transfert. Secondement le psychana- 
lyste doit, le cas échéant, faire appel à la ci thérapeutique ac- 
tive )) pour pousser le malade à vaincre son incapacité quasi- 



#^™^^p^ 



SUR LA TECHNIQUE PSYCHANALYTIQUE 



62S 



nient phobique de prendre une décision quelconque» Cette vic- 
toire sur les résistances modifiant les investissements d'affect 
il en escompte V accès aux matériaux inconscients jusque là, 
restés inaccessibles (1). 



III 

Un moyen d'investigation 

- 

Chaque fois que le patient apporte une généralité quelcon- 
que, soit une locution, soit une affii'mation abstraite, il faut lui 
* demander les associations particulières qui lui viennent à. 
ridée à propos de cette généralité. Cette question m'est deve- 
nue si familière que je la pose dès que le sujet en est arrivé à 
se perdre dans des remarques générales, La tendance à passer 
du général au particulier et toujours davantage au particulier 
est d'ailleurs le propre de la psychanalyse* Elle seule aboutit 
a la reconstitution aussi complète que possible de la vie du ma- 
lade, à combler ses amnésies névrotiques. Il est donc tout à 
fait erroné de favoriser le penchant qu'a le malade à générali- 
ser et de subordonner trop tôt les observations sur lui-même* 
à une thèse générale quelconque. La véritable psychanalyse 
laisse peu de place aux généralités morales et philosophiques. 
Elle est une suite ininterrompue d'observations concrètes. 

Le moyen réellement approprié pour amener l'analyse du. 
fait éloigné et sans importance aux réalités immédiates et es- 
sentielles est Temploi de l'expression « par exemple » # 

Une jeune malade m'en apporta la confirmation par un 
rêve. Le voici ; « J'ai mal aux dents et .une joue enflée ; je sais- 
que tout cela ne guérira qu'à la condition que Monsieur X- 
{mon ancien fiancé) s'y frotte. Pour que la chose soit possible- 
il Aie faut obtenir l'autorisation d'une dame, De fait, elle me 
donne cette autorisation et Monsieur X, me frotte la joue avec 
la main. Une dent en jaillit comme si elle avait poussée à. 
l'instant même et avait été la cause de la douleur/» 

■ ■ 

(1) Voir iii 011 exposé * Technisehe Schwierigkeiten eiuer Hysterieana- 
îjrse * (publiée dans mou livre * Hystérie und Patboiieurosen », lut/ Psa. 
Bibl., vol III, 1919) et la conférence de Freud faite au cinquième Congrès 
international de psychanalyse à Budapest 191S : « Wege der psychoanaly-^ 
tischeti Thérapie » (Œuvres complètes vol, VI), 



^ Mi 



626 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Second fragment de rêve : <c Ma mère s'informe auprès de 
moi sur la manière de procéder en psychanalyse. Je lui dis : 
On s'étend et on rapporte ce qui vous vient à l'esprit* — Mais 
que dit-on alors ? me demande ma mère, — Mais précisément 
tout, tout, sans exception, ce qui vous vient à l'idée. — Mais 
qu'est-ce qui vous vient à Vidée, insiste-t-elle. — Toutes sor- 
tes d 'idées, mêmes les plus saugrenues. — Quoi donc, par 
' exemple ? — Par exemple d'avoir rêvé que le" médecin vous 
a embrassé et... — Cette phrase resta inachevée et je me ré- 
veillai. » * 

Je ne vais pas entrer dans le détail de l'interprétation et je 
ferai simplement remarquer qu'il s'agit ici d'un rêve dont la 
deuxième partie interprète la première. Cette interprétation se 
fait tout à fait méthodiquement. La mère qui prend visible- 
ment la place de l'analyste, ne se contente pas de généralités 
par lesquelles le sujet espère pouvoir se tirer d'affaire. A sa 
question de savoir ce qui lui vient par exemple â l'idée, au- 
cune réponse de sa fille ne lui paraît satisfaisante, si ce n'est 
celle qui donne l'unique interprétation sexuelle possible au 



"rêve , 



■ J'ai affirmé dans mon travail « L'analyse des comparai- 
sons » que c'était précisément derrière les comparaisons en ap- 
parence négligemment conçues, que se dissimulait le mat*' 
ïiel le plus important. Ceci est également vrai pour ces asso- 
ciations déclenchées chez le -patient par notre question : « Quoi 
par exemple ? » 

- 

IV 

La domination du contre-transfert 

La psychanalyse — à laquelle semble d'ailleurs être échue 
le rôle de détruire le mysticisme — réussit à déceler le déter- 
minisme simple j on dirait volontiers naïf qui est â la base de 
la diplomatie médicale, fut-ce la plus compliquée. Elle a dé- 
couvert que le transfert sur le médecin était- Vêlement le plus 
efficace dans toute suggestion médicale, elle a constaté qu'un 
tel transfert reproduisait simplement les rapports erotiques 
infantiles qui jouaient vis-à-vis des parents, la tendre mère et 



SUR IA TECHNIQUE PSYCHANALYTIQUE 



62? 



le père austère. C'est lés influences accidentelles ou la dispo- 
sition constitutionnelle qui déterminent â quel point le patient 
-est plus accessible à tel mode de suggestion qu'à tel autre. 

La psjrchanalyse a découvert que les névrosés étaient 

comme des enfants et désiraient être traités comme tels. Des 

hommes au talent médical intuitif s'en sont souvent rendu 

r compte avant nous : ils agissaient au moins: comme si telle 

avait été leur idée. C'est la raison de la vogue de tel médecin 

-de maison de santé ce grossier » ou bien c< amiable », 

Or le psychanalyste n'a pas le droit d'être à cœur joie ou 
doux et plein de pitié ou grossier et dur et d'attendre que le 
'psychisme du malade s'adapte au caractère du médecin; Il 
faut qu'il sache doser sa sympathie ; même dans son for in- 
térieur il n'a pas le droit de s'abandonner à ses afïects, car 
le fait d'être dominé par des affects, ou par des passions 
même, constitue un terrain défavorable à la réception et à 
l'utilisation- de données analytiques. Mais le médecin étant 
tout de même un homme, et comme tel exposé à des états 
-d'âme, â des sympathies et des antipathies, voire à des impul- 
sions, « — car , si. cette réceptivité lui faisait défaut, il n'aurait 
aucune compréhension des luttes qui se jouent dans le psy- 
chisme des malades ■ — son travail analytique se dédouble con- 
tinuellement : il faut qu'il observe le malade, qu'il examine 
ses confidences et se fasse une idée de son inconscient grâce 
à ses aveux et à son comportement. Il faut d' autre part qu'en 
même temps il contrôle continuellement son attitude envers 
le malade et la rectifie au cas où. c'est nécessaire, c'est-à-dire 
qu'il domine le contre- transfert (Freud). 

Pour que le médecin soit à la hauteur de cette tâche il faut 
qu'il ait subi une analyse lui-même ; mais même analysé il 
peut être encore à la merci de singularités du caractère et de 
changements d'humeur momentanés : il ne peut donc pas se 
dispenser de surveiller le contre- transfert, 

Il est difficile de dire quelque chose de général sur la façon , 
dont le contrôle du contre- transfert doit s'effectuer, les possi- 
bilités en étant trop nombreuses. Si l'on tient à en donner une 
idée, le mieux c'est de demander des exemples "à l'expérience. 

Au début de l'activité analytico-médîcale, c*est naturelle- 
ment des dangers qui menacent de ce côté dont on se doute le 



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moins. On baigne dans l'atmosphère paradisiaque que crée le 
premier contact avec l 'inconscient , l'enthousiasme du méde- 
cin se communique au malade, et le psychanalyste doit à cette 
assurance joyeuse des succès thérapeutiques surprenants. Ces 
succès sont évidemment de nature très peu analytique. Ils 
sont davantage de nature suggestive, bref des succès de trans- 
fert. On comprend que dans l'atmosphère de la lune de miel 
analytique on fasse peu de cas du contre- transfert et encore 
moins de la nécessité de le dominer. On succombe à tous les 
affects que peut créer le rapport du médecin avec le malade ; 
on se laisse toucher par les récits d'événements tristes que 
vous fait le malade et parfois même par ses rêveries. On est 
indigné contre tous ceux qui lui veulent et lui font du mal- 
Bref, on fait siens tous ses intérêts et on se voit tout étonné 
quand tel malade chez qui notre attitude a éveillé de vains 
espoirs se présente soudain devant nous avec des exigences 
passionnées. Il y a des femmes qui demandent à être épousées 
par le médecin, des hommes qui lui demandent de les entre- 
tenir. Ils tirent de vos propos des arguments pouvant justi- 
fier leurs prétentions. L'analyste réussit facilement à se ren- 
dre maître de ces difficultés ; il doit signaler au malade la 
nature de transfert de ses prétentions et s* en servir comme 
matériel analytique. Ce que nous venons de dire nous permet 
de nous faire une idée àv.s cas où dans la pratique non -ana- 
lytique ou dans la psychanalyse non officielle le médecin est 
l'objet d'accusations ou même d'inculpations judiciaires : ce 
que les malades ont su deviner des tendances inconscientes 
du médecin, se trouve formulé dans leurs plaintes. L'analyste 
enthousiaste qui dans sa ferveur de guérir et d'élucider veut 
<* sidérer » ses malades n J est pas frappé par les indices plus 
ou moins importants qui révèlent une fixation inconsciente au 
patient ou à la patiente. Ceux-ci au contraire ne s'aperçoivent 
que trop bien des impulsions du médecin et ils en déduisent 
très justement la tendance qu'elles impliquent. Ils ne se dou- 
tent d'ailleurs pas que l'analyste n'eu a pas conscience. Dans 
de pareils litiges il arrive donc — chose singulière — que les 
deux partis aient raison. Le médecin peut affirmer par ser- 
ment que, consciemment, il ne visait que la guérison du 
malade. Mais le patient, lui aussi, a raison, car inconscient 



.628 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE j 



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HV^hA^^K^ 



SUR LA TECHNIQUE PSYCHANALYTIQUE 



629 



ment le médecin s'est érigé en protecteur ou en chevalier de 
3011 client comme divers indices l'attestent. 

Les explications psychanalytiques nous préservent évidem- 
ment de pareils déboires. Il arrive cependant que la prise en 
considération incomplète du contre- transfert met le malade 
dans un tel état qu'il n'est plus possible de faire rétrograder 
cet état. Le malade l'utilise comme prétexte pour interrom- 
pre le traitement. Il faut se résigner au fait que tout essai 
-d'une nouvelle règle de technique psychanalytique coûte au 
médecin un malade! 

Quand le psychanalyste a fini par apprendre à connaître 
les symptômes du contre- transfert et quand il a réussi à con- 
trôler ses actes et ses propos, voire même ses sentiments > il 
-est menacé du danger de tomber dans l'autre extrême et de 
*se montrer au malade dans une attitude trop raide et trop 
défensive, Il risque ainsi d'entraver sinon de fendre impossi- 
ble la réalisation du transfert, condition préliminaire de toute 
réussite psychanalytique. Cette seconde phase pourrait être 
désignée sous le nom de phase de la résistance au contre- 
transfert. L'excès de scrupules est, sous ce rapport, contraire 
à la véritable attitude du médecin et ce n'est qu'après avoir 
-dépassé cette phase qu'on s'élève peut-être à la troisième 
phase : celle de la domination du contre- transfert* 

Ce n'est que lorsque on y sera parvenu, c'est-à-dire, quand 
£;on sera sûr que le gardien institué à ce propos nous préviendra 
tout de suite si les sentiments vis-à-vis du malade menacent 
♦de dépasser la juste mesure soit dans le sens positif, soit dans 
le sens négatif, ce n'est qu'alors que le médecin pourra « se 
laisser aller », conformément à ce qu'exige le traitement psy- 
chanalytique , 

La thérapeutique analytique demande, comme nous le 
voyons, au médecin des lignes de conduite diamétralement 
-opposées l'une à l'autre. Elle lui demande d'une part le libre 
.jeu des associations et de l'imagination, le « laisser-aller » de 
■son inconscient, car Freud nous a appris que c'est seulement 
en procédant ainsi que nous arrivons â comprendre intuitive- 
ment les manifestations de Vincomcient du malade dissimu- 
lées dans les matériaux analytiques qu'il nous apporte. Il faut 
■d'autre part que le médecin soumette aussi bien ses matériaux 



630 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

à lui que ceux du client à un examen logique et se fasse guK 
der dans s es actes et dans ses propos exclusivement par les^ 
résultats de cette investigation intellectuelle. -On finit à la 
suite de certains signes automatiques du préconscient par 
apprendre à interrompre le laisser-aller et à lui substituer une> 
attitude critique. Cette oscillation continuelle entre le libre : 
jeu de l'imagination et celui d'un examen critique demande 
au médecin ce qui est exigé nulle part ailleurs : une liberté 
et une souplesse dans les investissements pS3^chiques exemptes. 
de toute inhibition. 



tf 



■ 



1 

Fragments d'analyse d'un pervers sexuel (I) 



Par R, de Saussure 



INTRODUCTION 



Nous publions ici l'histoire d'un malade qui n'a pas ter- 
miné son anaylse. Ceci explique les lacunes que nous avons, 
dû laisser dans ce travail ; nous avons cependant tenu à livrer 
les fragments de cette analyse parce qu'ils oiïrent assez de 
matériel pour permettre la discussion de certains points théo-* 
riques. 

Robert T. + + est né d'un .père colérique et avare et d'une , 
mère très sensible sur laquelle je n'ai pas beaucoup de ren^ 
seignements. Le père est d'origine suisse romande, il est 
pasteur de sa profession ; il est lui-même fils d'un pasteur 
colérique» connu pour sa sévérité envers ses enfants. Il a 
plusieurs frères qui ont tous ce même caractère ; Tun d'eux y 
particulièrement avare, passe toutes ses heures de loisir à 
faire des calculs inutiles, La mère est originaire du Nord. 
Robert est l'aîné de six enfants qui tous ont des particularités 
psychopathoîogiques. 

Lorsque le malade vient chez moi, il a 31 ans. Il est marié 
depuis rage de 24 ans, mais n'a jamais pu avoir de rapports 
sexuels normaux. L'analyse a duré quatre mois puis a été 
interrompue parce que T.,. a dû partir à la montagne soigner 
une tuberculose pulmonaire. Lorsqu'il vint la première fois 
chez moi, il paraissait en bonne santé ; seuls des accès de 
malaria l'incommodaient de temps à autre. 

Il vient me consulter parce que son mode de satisfaction 

(i) Mémoire parvenu à la Rédaction le 6 janvier 1930, 



* * 



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^63 2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



sexuelle est de se mettre debout sur la tête et de rester quel- 
les secondes -dan s '""cette position ; il se produit alors une 
éjaculation sans que Robert touche ses organes. Un autre 
mode, moins fréquent, d 'assouvissement survient lorsqu'il 
prend la position du Bouddha ; lorsqu'il reste dans cette pos- 
ture, il se produit après un moment une éjaculation sans érec- 
tion. En plus, T... a un fétichisme des pieds très prononcé. 
Le malade a apporté un matériel extrêmement mêlé. Dès 
la première séance, il fait des allusions à son fétichisme, à 
■son sadisme, à son Œdipe, son complexe de castration, etc. 
Pour la clarté des faits, je n'exposerai pas ce matériel tel qu J il 
est sorti au cours de l'analyse, mais de façon synthétique. 



LE CONFLIT INFANTILE 

Quoique le traumatisme initial ne soit pas revenu à la 
mémoire de Robert, il semble certain qu'il ait surpris un coït 
entre ses parents et que, comme la plupart des enfants, il ait 
pensé que son père commettait une action sadique sur sa 
mère^ que probablement il la châtrait (1). De cette conception 
primitive est née la peur d'être châtré. Tels sont les éléments 
de la névrose infantile. Voyons maintenant sous quelle forme 
ils sont sortis dans l'analyse* 

* Tout d'abord la peur de castration a dû être renforcée par le 
fait que dans les deux premières années de son existence {le 
malade n'a pas pu préciser), T.,, a été opéré d'un phimosis et 
d'une hernie. Ensuite il se souvient avoir été baigné avec ses 
deux sœurs puînées et avoir observé leur absence de pénis. 
ïlobert semble avoir eu des éjaculation s depuis l'âge de 
cinq ans. Elles se produisaient lorsqu'il avait une grande 
frayeur ou qu'il faisait un travail très astreignant. Il est pro- 
bable que ces éjaculations se rapportent à la peur du trauma- 
tisme initial. Elles se produisent encore maintenant lorsque 
le malade est en proie à une forte émotion. 

(i) Ce qui parle aussi en faveur de cette conception, c'est qu'à 20 ans 
il avait encore l'idée que la femme n'avait aucune jouissance, dans l'acte 
sexuel. Il l'interprétait donc comme mie action purement sadique envers 
la femme. 



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FRAGMENTS D'ANALYSE D'UN PERVERS SEXUEL 



633 



La peur de la castration par le père ressort très nettement 
dans le rêve suivant. Un ognre demande à un éléphant d écra- 
ser la tête de certains camarades de 'Robert. Robert chantait 
des cantiques avec l'ogre dans l'espoir qu'il ne l'envoie pas 
sous le pied de l'éléphant. L'ogre, c'est le père qui gronde et 
chante des cantiques. L'éléphant c'est l'organe du père qui 
a châtré la mère et la sœur et qui menace Robert, Notre ma- 
lade chante dès cantiques avec son père, s'identifie avec lui 
pour éviter la castration, T... îi'a pas fait ce rêve au cours de 
l'analyse, mais il n'a pas pu nous indiquer de quand il datait 
exactement. 

Après cinq ou six séances d'analyse, Robert me dit avoir 
-eu dès son enfance une sorte de fantasme représentant û.i 
monstre. Voici ce qu'il en dit : << Le monstre, c'est quelque 
^chose qui vous accroche, comme mon père qui m'accrochai!: 
par les oreilles dès que je criais en jouant » . Quatre semaines 
"plus tard, il entre subitement au cours de l'analyse dans un 
état d'anxiété, dessine les inonstres et prend une peur affreuse 
devant ses propres dessins* Puis, revenu au calme, il dit : 
« Plus la tête est grosse, plus ça m'effraie. Les yeux n'ont 
pas de regard. Dans le monstre, il y a : 

t) La peur de rencontrer quelque chose d'imprévu, 

2) L'idée de bifurcation et l'horreur d'y mettre la main ou 
la verge . Cela est apparenté avec le pied bifurqué. 

3) Une tête sans caractère précis de sexe. Cette absence 
de caractère me fait peur. Klle est humaine et inhumaine. 
Presque une idée de mort, C'est une tête décomposée, 

4) La colère du monstre sinistre, colère surhumaine, près- 
qu'animale, mais pas diabolique. Colère sui generis d*ùn reve- 
nant ou d'un fantôme, colère immobile qui vous pétrifie sim- 
plement par la vue, » (Voir dessins), 

Robert n'avait jamais osé jusqu'ici dessiner le monstre, 
tant il en avait peur. Il ajoute ; « Je sens qu'il y a encore des 
terreurs à faire sortir- » En regardant le dessin III il dît ; 
« Les bras doivent être comme des verges. » A propos des 
têtes qu'il dessine le lendemain, il ajoute : « La tête doit être 
grande parce que c'est le corps de la femme tout entier , » 

Il ajoute : « J J ai peur du fœtus, peur de procréer un enfant 
<j[ùï serait un monstre, J J ai une terreur formidable de cela* 

REVUE FKANÇAISE DE PSYCHANALYSA 2 



634 



KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



J'ai Tidée que mes idées pourraient influencer mes sperma- 
tozoïdes* » Rapprochons: cela d'une association antérieure, 
« J'ai parfois peur quand jç regarde mes matières. J'ai peur: 
de produire un monstre, quelque chose qui aurait une forint 
épouvantable. .» Pour mieux comprendre la signification de 
ces dessins, nous a lion s * rapporter ici toutes, les associations: 





n- 



que T\ a faites au cours de son analyse se rapportant aux 
monstres. Nous étudierons ensuite les dessins en eux-mêmes. 
Tout d'abord, notons qu'il n'a pas osé dessiner tout de suite 
la verge ; il l'a rajoutée plus tard. Au dessin N° i, il n'avait 
tracé primitivement que le corps de gauche, il rajoute ensuite 



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FRAGMENTS d'AKALYSE' d'un PERVERS ' SEXUEL 



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636 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 






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FRAGMENTS D'ANALYSE D'UN PERVERS SEXUEL 



637 



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k corps de droite. Ce dernier représente la masculinité qu'il 
faut manger pour que le corps de gauche puisse gambader {1). 
Une anxiété prend Robert à ridée qu'il pourrait toucher les 
moignons de la fig, 2 du dessin I. Il les compare à des verges 
gonflées. 




(1) Iî est intéressant de noter que de façon spontanée le malade attribue 
la ^ masculinité^ an côté droit du corps. Les astrologues chaldéens et grecs 
faisaient de même. Au cours des siècles, 011 trouve de nombreuses supers- 
titions qui recourent à ce symbolisme. Citons, par exemple ces deux 
remèdes contre l'impuissance sexuelle: i° frotter Porteil droit avec un on- 
guent; 2 attacher à la cuisse droite un parchemin .sur lequel on a écrit 
divers Psaumes de David. Cette association vient probablement de ce que le 
côté droit a toujours été considéré comme plus fort que le gauche, de 
même que le sexe masculin est plus fort que le féminin. 



638 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

c< Dans le monstre, dit-il, il y a aussi l'idée de curé, des 
êtres habillés comme des femmes. Quand j'étais petit, je me 
représentais que le curé, parce qu'il était rasé et portait une 
î-obe, était un individu châtré. Un temps, j'ai été dominé par 
cet idéal de curé. J'avais envie de déshabiller un curé pour le 
voir nu... » 

« Le monstre éveille aussi Pidée de casse- noisettes. Il y a 
aussi l'idée que la femme est fendue , qu'elle pourrait l'être 
jusqu'au cou. Il faut entrer dans cette fente, la verge est le 
cadenas qui empêche que la fente remonte trop haut* î> 

« J'ai peur de tout ce qui est double, aussi de me voir dans 
un miroir. Je n'aime pas partager un petit pain en deux. J'ai 
horreur des bifurcations, d'un papier plié ; la soutane du. prê- 
tre est fendue* J'ai eu très peur quand, comme enfant, on a 
voulu me faire comprendre ce qu'était la notion de deux, J'ai 
pourtant dans ma vie un grand désir de symétrie. » 

a II n V a pas identification complète du monstre et du tronc 
de la femme. Certains éléments, comme les seins remontent 
dans la tête. » 

« À Baie, j'ai vu une fois des bonshommes en pain d'épice. 
Je me suis dit que j'aurais une répugnance énorme à les man- 
ger, à "leur casser une jambe, 

« Quelquefois je vois des tronçons de serpents- Je me de- 
mande si je n J ai pas eu l'idée d'être châtré et que. ma verge 
en érection n J est pas une sorte d'agonie comparable à l'agonie 
d'un serpent coupée » 

« Le monstre double est toujours lié à l'angoisse. » 

Un mois après avoir fait les premiers dessins de monstres , 
il apporte cette fantaisie : « Cette nuit, j'ai pensé à une femme 
flasque, sorte de poupée avec deux testicules plats comme des 
têtes plates (le malade voit souvent des femmes avec des têtes 
plates). Ensuite elle avait une tête plus ferme, un symbole 
phallique. À ce moment, j'ai de nouveau eu peur de ma 
femme, peur qu'il y ait deux têtes dans une. La tête et les 
bras nie semblent interchangeables,,. Les statues hindoues ne 
m'impressionnent pas, parce que les bras restent de grandeur 
normale. Si les bras étaient raccourcis en proportion de leur 
nombre, cela m'impressionnerait. Ce qui me fait peur, c'est 
la dualité dans l'unité. )> A ce moment, Robert entre dans 



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FRAGMENTS D'ANALYSE D J UN .PERVERS SEXUEL 



6 39 



■ 



Une période de transfert négatif qui réactive tout le complexe 
<les monstres qui avait passé au second plan pendant un mois. 

« Le monstre se divise en deux ; le diable et une femme* 
Le diable c'est vous, ou aussi les Allemands. » (Il était â ce 
"moment engagé dans une mission allemande. Les Allemands 
représentent ici l'autorité). En même temps il devient agres- 
sif. « Je crois que nous avons des traits de visages semblables 
-et cela m'irrite. Ma mère me disait souvent que j'étais laid. 
J'ai envie de vous blesser dans votre honneur d'homme marié.. 
J'ai envié de vous donner des coups de poing, » Plus tard, 
peu de jours avant la fin de l'analyse, le monstre a réapparu 
-dans une fantaisie. Citait un monstre -à trois nez et une 
lèvre supérieure très prononcée. Lé malade en fait un symbole 
hermaphrodite avec lequel il s'identifie, « Il a l'air d'un singe. 
Mon père me disait vieux singe », 

Peu de jours après les dessins du monstre, Robert apporte 
lin dessin d'hexaèdre (voir fig, du 29, XL 1926). Voici ce qu'il 
^en dit : « Les côtés du polygone doivent devenir concaves pour 
■que. les pointes ressortent davantage, parfois au contraire ce 
sont les pointes qui rentrent, L'apaisement sexuel est un 
repliement de toutes les extrémités. » A la même époque, T.*; 
■a constamment devant les 3^eux des tortues qui sont un autre 
symbole de V hexaèdre puisque cet animal a quatre pattes, une 
tête et une queue qu'il peut sortir ou rentrer (châtrer) à 
volonté. 

Si maintenant nous retournons aux dessins, il nous semble 
indubitable que ces deux corps avec une tête, ou les deux têtes 
avec un corps soient 1-e. reflet d'un coït surpris dans la petite 
enfance. Les associations du malade montrent également le 
conflit de vouloir tuer le père, le manger pour être ensuite à 
sa place, La fi g, 1 du dessin 1 a éveillé une énorme anxiété 
jusqu'au moment où Robert a 1 dessiné le second corps. Je 
pense que cette anxiété provenait de la peur d'être châtré à 
son tour s J il supprimait son père. Le monstre est encore le 
corps de la mère vu d'en bas, Robert étant très petit au mo- 
ment où il a pu voir sa mère dévêtue. La bifurcation sur la- 
quelle il insiste tant est non seulement le point de jonction 
entre les deux corps des parents^ mais l'endroit où, chez sa 
mère, il voudrait mettre sa verge. Plus haut, sur le buste de 



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6^0 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



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sa mère, il a découvert une autre bifurcation, cçlle des deux; 
seins et le monstre condense toutes ces impressions à la fois (1),, 
La multiplicité de ses formes s'explique aussi par la multipli- 
cité des conflKts contenus dans ce fantasme. 

Ces dessins montrent ensuite une analogie symbolique com- 
plète entre tête, pénis, bras et jambes. Les seins ont ici sou- 
vent la même valeur. Nul doute que le monstre ne soit une re- 
présentation très primitive de Robert qui a été élaborée avec le- 
çon rs des années. Il a servi de miroir à tous les conflits de sa 
petite enfance. Le monstre, c'est le diable (père) que Ton veut 
châtrer pour qu'il soit moins dangereux, La fig; 4 que le 
malade désigne comme étant celle qui a pour lui la plus grande- 
valeur émotive montre bien cette castration. Elle est un sym- 
-bole â la fois du père châtré et, par autopunition, de 1\... 
châtré. 

Cette fig. 4 fait allusion au jeu de Téiotique orale, C'est la 
bouche du monstre qui a châtré ; elle est au bas de la figure,. 
Le malade nous apprend par son dessin du 24 novembre que 
la figure du monstre est aussi le tronc de sa mère. Au bas du 
tronc se trouve le vagin . Il y a donc parallélisme entre le vagin 
et la bouche dentée. Dès lors on ne s'étonne plus que Robert, 
dans ses rapports avec sa femme, s'effraie du vagin denté' 
qu'il lui attribue {2), Il y a plus ; dans la conception primitive- 
dû coït, c'est le père qui a châtré la mère et les sœurè, Robert 
voudrait être â la place de son père et enlever lui aussi l'or- 
gane de sa mère, mais il craint la punition d'être châtré à son 
tour par le vagin denté de sa mère. Il dit un jour : « Au début 
de mon mariage, la tête de ma femme me faisait peur, parce 1 
qu'elle était dure et nie faisait penser â un organe en érection 
avec des dents. » S'il reporte son agressivité contre son père, 
il se heurte à la même menace, en vertu de la loi du talion. Il 



(1) Robert se souvient avoir vu à plusieurs reprises sou père et sa mère, 
le torse nu, en train de faire leur 'toilette. Il a également vu une de ses 
tantes dans la même tenue. Le peu de pudeur des parents à Pég*ard de 
leur fils nous permet de penser qu'ils ne se sont pas non plus cachés de 
lu: dans leurs relations sexuelles. 

(2) L'idée que Robert devait se faire du coït (le père châtrant la mère) est 
d'autant plus vraisemblable qu'à son mariage encore, comme nous le verrons 
plus tard, Robert croyait que la femme avait aussi un pénis et qu'il a 
éprouvé une grande déception à l'idée que l'acte sexuel n'était pas mie- 
lutte pénis contre pénis. 



I 



FRAGMENTS D* ANALYSE D'UN PERVERS ' SEXUEL 



641 



semble donc que chez lui le Sunuoî soit formé d'une identifi- 
cation à la mère et an père. Ceci explique pourquoi le monstre 
(surmoi) apparaît presque toujours sous les traits d'un her- 
maphrodite, 

Ne pouvant enlever à la mère son pénis, il a du moins voulu, 
lui enlever les seins, qui dans le monstre apparaissent sou- 
vent comme des équivalents des bras ou des yeux (mais des. 
yeux qui n'ont pas de regard). Cette ablation provient peut- 
être aussi d'une jalousie de voir s^s sœurs et ses frères aux 
seins de sa mère. Cette forme de sadisme s'est par contre ma- 
nifestée dans de nombreuses associations et dans l'intérêt, 
qu'il a porté aux amazones. Il est évident qu'au cours des 
années notre malade s*est identifié alternativement avec le 
côté masculin et le côté féminin du monstre, 

La bouche qui châtre et que Robert dans ses représentations 
place de plus en plus bas est également devenue le S3'mbole de 
Térotique sadique anale. Par identification avec le monstre, 
T.„ a peur de donner à son tour naissance à un monstre. Mais 
pour confirmer cette dernière interprétation, il nous faut rap- 
porter ici de nouvelles associations. Le malade a le 
même dégoût pour l'anus que pour le vagin. Ce dégoût est 
même pire. Il a toujours peur dans le coït de se tromper et 
d'entrer dans l'anus. Lorsqu'il était petit, on lui donnait son- 
vent des lavements. Il en avait une vraie aversion. Pendant 
la période de latence , vers 8-10 ans, il a cru, sur les dires 
d'un de ses camarades, que le coït se passait par l'anus. Lui- 
même s'amusait à cet âge avec des amis à faire le taureau et 
la vache. Le jeu consistait à sauter sur le dos d'un camarade. 
Cette humiliation par la défécation peut se retourner contre 
lui ; ainsi dans cette fantaisie : « Parfois le monstre a un der- 
rière à la place de visage et l'anus lâche des matières qui me 
tombent directement sur le nez », Pour le malade, le nez est 
parfois un symbole féminin dans lequel il entre son pénis. 
Cette fantaisie aurait la signification de jouer un rôle passif 
féminin vis-à-vis de son père (le monstre). Elle montre bien 
tous les équivalents du coït que Robert par régression imagine 
dans la sphère anale. 

Des fantaisies montrent qu'il extériorise aussi sa puissance 
sexuelle par des selles. Il se voit souvent déféquer sur des; 



^ — *-■ ^ ■-■ 

642 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



femmes pour les souiller. L'image est parfois plus précise et 
la défécation a lieu dans la bouche de la femme. L'anus est 
aussi le vagin denté. Voici mie association bien typique à ce 
sujet. « Dans le village où j'habitais, il y avait une femme 
sans nez. C'était comme un anus ou une vulve, J'en avais 
de la peur et du dégoût. Cela me rappelait le sphincter anal 
qui coupe et châtre les matières. J'ai peur de mettre le membre 
dans l'anus parce qu'il y a le muscle qui coupe. J'ai souvent 
devant mes yeux la représentation d'une bouche repliée qui 
rappelle l'anus. » T.*. aime aussi à regarder ses matières. Si 
elles sont abondantes, il en éprouve une grande joie, mais 
ordinairement il souffre de constipation* Un jour aussi il a 
l'idée de prendre avec ses doigts des matières dans l'anus de 
sa femme. Il ajoute que c'est pour la libérer comme il a été 
libéré par l'analyse, 

Robert a travaillé tous ses symboles dans un sens bisexueL 
L*anus aussi n'est pas purement féminin, « J'ai parfois 
V image d'une verge qui sort de l'anus. Je vois aussi un chien 
qui mange des matières fécales. Peut-être y a-t-il un rapport 
avec la queue de ranimai. 

Nous voyons que le conflit génital a été déplacé sur l'anus. 

Le monstre nous donne encore d'autres indications sur les 
conflits de Robert, Dans le dessin N° 5, il a marqué par un 
carré la partie du monstre qui l 'effraie le plus* Ce qui l'in- 
téresse en effet > c'est la bifurcation des deux corps* Cette 
bifurcation, nous pourrions aussi l'appeler la jonction des 
deux corps. Ceci nous ramène vers le traumatisme initial, à 
savoir le coït des parents. L'angoisse que cette jonction a pro- 
voqué chez Robert peut se mesurer au fait du déplacement. 
Dans ce dessin, « les deux corps sont supprimés, ou tout au 
moins déplacés dans les jambes ». Par compensation à la peur 
de castration, la masculinité est partout renforcée, Les deux 
corps du monstre sont ici des symboles des seins de la mère* 
On remarque que ceux-ci sont masculinisés 'par un pénis, dés 
bras et des jambes, Il est probable aussi que les deux corps 
du monstre sont en même temps des symboles des testicules, 
la. tête représentant la verge en érection. Ce qui nous intéresse 
particulièrement dans le motif de la bifurcation, c'est qu'il 
nous donne la clef du fétichisme des pieds nus. 



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FRAGMENTS D ANALYSE D'UN PERVERS SEXUEL 



643 



Robert ne peut pas fixer la date exacte de" l'apparition du 
fétichisme, mais il sait qu'à cinq ans l'intérêt pour les pieds 
était déjà manifeste. A cet âge^ il "voyait surtout son fétiche sur 
les images d'une Bible illustrée qu'on lui avait donnée. Il a 
aussi le souvenir d'avoir été vivement impressionné par la vue 
d'un garçon qui marchait dans une bouse de vache. Depuis 
Robert s'amusait* aussi à se promener pieds nus dans les bois 
et il v trouvait une grande satisfaction. 

« Ce qui m'intéressait dans les pieds, dit-il , c'est la bifur- 
cation des orteils. Je mettais des bouts de bois-- entre- les orteils 
pour m' endurcir. J'aimais voir les" sandales avec une courroie 
qui passait entre le .gros orteil et les -autres. » 

Ce passage doit être 'rapproché d'une -association qu'il fit 
à la première séance de son analyse et que je n'ai point encore 
rapportée, « Dans mon enfance, j'ai -été* hanté par l'idée de 
monstres /'Je voyais deux corps avec une seule tête et je m'obli- 
geais à penser à cela; Je mettais ma verge avec uiïe certaine 
anxiété" à l'intersection des deux corps. C^étàit évidemment 
un symbole sexuel. » -/.-..- ■■■..., 

Primitivement, il semble que le pied n'ait été qu'un substi- 
tut du monstre, un -symbole de l'accouplement; Le trauma 
initial était chargé de trop d'émotion pour pouvoir rester 
tel quel dans l'esprit du malade et il fallait déplacer 
Faffect sur d'autres sjonboles*. Le premier déplacement 
s'est fait sut le monstre, niais celui-ci est à son tour devenu 
une image trop terrible et a provoqué un second déplacement 
sur les pieds, puis des déplacements moindres en intensité sur 
les mains , les ciseaux , les casse-noisettes, etc. 

Dans la petite enfance, à l'âge 4 de 5 ans, s'est passé un 
autre fait qui a frappé l'imagination de Robert, Il se souvient 
avoir eu un seul jour une très forte fièvre pendant laquelle il 
était terrorisé. Son médecin et ses parents avaient été eux aussi 
effrayés de son état. Lui a le souvenir vague d '-avoir vu ce 
jour-là, avant la montée de la fièvre, un chien ou un bouc en 
érection. Le souvenir est peu net et le malade "en en parlant 
dit parfois : peut-être que c'était Un homme. Cela nous paraît 
plus probable, car, dès cet âge, Robert a eu des érections 
avec éjaculations qui lui étaient très pénibles et qui étaient 
accompagnées d'un fort sentiment dé culpabilité. L'érection 



Mi^B^* 



.644 



R fi VUE FRANÇAISE PE PSYCHANALYSE 



de l'adulte avait été déplacée sur un animal pour diminuer 
son intensité. Au reste dans une autre association, T\,. nous 
dit qu'enfant il avait peur d*un chien qui aboyait parce que 
cela lui rappelait 5011 père. Ces érections n J ont pas duré jus- 
qu'à la puberté. Il y a eu une période de latence où elles ont 
disparu. Lorsqu'elles sont revenues, à la puberté, Robert s'est 
beaucoup effrayé. En voyant son sperme, il a cru qu'il était 
malade et cela a été le point de départ d'une répression plus 
forte de toute manifestation sexuelle. 

Un autre 'souvenir d'enfance semble être un souvenir écran 
de cette érection d'adulte, a Quand j'étais petite di-t-il s on 
ni 'a fait peur avec un pantin dont le nez pouvait s'allonger »-. 

Nous trouvons un reflet de ce désir et de cette crainte du 
gros pénis dans une foule de fantaisies dont nous aurons à. 
parler plus tard, mais aussi dans certains fantasmes associés- 
à son fétichisme du pied/ C'est ainsi qu'il dit : « Quand je 
marche pieds nus, si je m'imagine qu'ils sont grands, il y a 
excitation sexuelle beaucoup plus grande. Si je m'imagine 
qu'ils sont petits, c'est la petite enfance, où la sexualité 
n'existe pas encore », 

Le fétichisme des pieds s'est beaucoup compliqué après la 
puberté ; nous y reviendrons plus tard. 

Avant de quitter les conflits de la petite enfance, exami- 
nons quelle était la situation œdipienne à cet âge, Nul doute 
que Robert n'ait eu fort le désir de posséder sa mère, d'être le 
rival de son père. Toutes les fantaisies d'alors où il introduit 
un doigt ou son membre dans une bifurcation nous montrent 
clairement cette intention, mais, en même temps, nous voyons 
la menace de castration clairement réalisée par Robert, Il 
s'identifie avec la mère et joue un rôle féminin à l'égard du 
père. Sur ce, se produit un régression au stade anal # I/identi- 
fi cation avec la mère s'exprime de façon complexe dans le 
monstre, qui représente non seulement un symbole condensé 
des deux parents, mais ausstf une identification avec le malade 
lui-même. Elle ressort plus clairement dans le fétichisme de 
ses propres pieds, qui sont devenus féminins, Robert ne s'inté- 
resse plus à son. or ça ne, il s'intéresse à l'espace interdigital 
entre son gros orteil et les autres, qui est le symbole de l'in- 
tersection des jambes de sa mère. Dans le fantasme où le 



FRAGMENTS I>' ANALYSE I> J UN PERVERS SEXUEL 645 



■ 
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monstre défèque dans son nez, il joue le rôle féminin vis-à- 
vis de son père. Nous avons donc là une interversion du com- 
plexe d 'Œdipe à la suite de l'angoisse de castration, mais 
cette interversion a-t-el [ le été passagère ou incomplète, c'est 
ce qui est plus difficile à déterminer avec le peu de documents 
que nous avons. 

Que l'interversion de Tœdipe soit incomplète, c'est ce qui 
ressort d'une foule d'associations. Le malade, tout en a3'ant 
investi l'espace palmaire d'une libido féminine y continue à 
garder le désir d'introduire sa verge dans une bifurcation. 
Son gros orteil est également investi d'une libido masculine- 
Tous les symboles deviennent chez lui hermaphrodites, La 
plante du pied est à son tour féminisée et il éprouve une réelle 
jouissance à sentir les cailloux entrer dedans. Il n'aime pas 
marcher sur un sol trop doux. En *nême temps, l 'ensemble du 
pied est masculin. Robert ressent une grande volupté à pen- 
ser que le pied grandit, c'est-à-dire entre en érection. Est-ce 
que cette masculinisât ion des symboles féminins est un tra- 
vail secondaire opéré à la puberté, ou bien est-il synchrone 
des désirs de la petite enfance ? Voilà le problème. Que les " 
tendances masculines aient été renforcées plus tard, je le crois 
volontiers, et nous aurons à nous expliquer sur ce point plus 
, loin, mais il nous semble que Thermaphroditisme est syn- 
chrone du conflit J infantile, car le désir d'introduire la verge 
dans la bifurcation n'a pas discontinue depuis l'enfance à 
l'âge adulte, bien que la féminisation de l'espace palmaire 
date en tout cas dé l'âge de cinq ans. 

Ceci nous amène alors à poser le problème de savoir pour- 
quoi l'interversion du complexe d 'Œdipe, que nous trouvons 
ordinairement dans ces cas, n'a pas réussi et pourquoi, au 
lieu d'un caractère passif féminin, s'est formé un caractère si 
parfaitement hermaphrodite. Nous croyons voir la solution de 
ce problème dans le fait que pour Robert l'instance châtrante 
est aussi bien la mère que le père. Certes, pour l'esprit de 
notre malade enfant, le père est. bien celui qui a châtré la 
mère. Lui-même adulte aura la déception de ne pas trouver ■ 
chez sa femme un organe contre lequel lutter. Il lui viendra 
même l'idée de châtrer son épouse analement en lui extirpant 
ses matières du rectum. Son rôle de mal se résume dans la 



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646 R£VUE J FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



fonction de castration ; mais en même temps la bifuication 
féminine doit le châtrer. Les jambes de sa mère- sont identi- 
fiées à un casse-noisettes, à des ciseaux et le vagin est investi 
de tout le sadisme de son erotique orale. -II ne peut se le repré- 
senter que sous une forme dentée. ■ 

L'instance punissante est donc à la fois le père et la mère. 
L'un comme l'autre offrent un grand danger - et menacent de 
castration l'enfant qui voudrait satisfaire ses impulsions géni- 
tales. L'enfant impuissant à combattre seul contre ces deux. 
menaces, s'identifie alors aux deux parents. 

L'identification à la mère n'a cependant pas la même valeur 
que celle avec le père, 

En vertu de la loi bien connue que lorsqu'un individu ne 
r>eut atteindre l 'objet de son amour il s'identifie avec lui, 
Robert qui 11e peut satisfaire ses impulsions à l'égard de sa 
mère, s'identifie avec elle. Mais ce mécanisme est renforcé 
par le fait que dans son esprit le vagin est un organe châ- 
treur. Son identification maternelle va donc lui permettre 
ps\'chi que ment de châtrer son père, et de satisfaire ainsi son 
agressivité à son endroit. Quand il se promène nus pieds en 
mettant des morceaux de bois entre ses orteils pour s 'endur- 
cir , cela n'a pas seulement la valeur masochiste féminine; 
d'être blessé par les pierres, mais aussi la valeur d'augmen- 
ter la puissance de castration de ses orteils. Il s'identifie à 
la fois à une composante masocliiste et à une composante 
sadique de la femme. Cette dernière est nettement dirigée 
contre le père. 

L'identification avec le père, par contre, a pour but de le 
concurrencer. Elle est associée â l'idée de devenir plus fort 
que lui pour pouvoir se substituer à lui. Elle est faite de 
révolte. 

Dans l'évolution normale du garçon, le complexe d'œdipe se 
renverse parce que la menace de castration est ressentie du côté 
du père seulement. L'enfant prend alors -vis-à-vis du père une 
attitude passive féminine, puis sublime ses désirs homo- 
sexuels en s 'identifiant au père et en portant ses désirs sur 
une autre femme que sa mère. Chez Robert } l'identification 
avec la mère sadique lui donne une arme contre le père qui 
lui permet de garder ses désirs sadiques contre lui, L'identi- 



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* FRAGMENTS d'aNALÏSE d'un PERVERS SEXUEL 



647 



fication* avec la mère masochiste lui permet par contre de 
■satisfaire ses besoins autopunitifs et de soulager ainsi sa cul- 
pabilité, ■ ' 

Dans F identification avec la mère sadique, il y a un fac- 
teur économique qui permet à Robert de renoncer à son objet. 
de tendresse tout en satisfaisant ses tendances agresssives 
contre le père, 

Cette constellation permet à Robert de jouer vis-à-vis de 
son père et de sa mère tantôt un rôle passif ' masochiste, tan- * 
tôt un rôle actif sadique. Il en résulte un certain équilibre 
qui permet sur le plan de la fantaisie la réalisation de toutes 
les pulsions sans qu'aucune d'elle soit refoulée aux dépens 
d'une autre, 



II. 



LES CONFLITS DE LA PUBERTÉ 
ET L'ONANISME * 



Le fétichisme du pied donnait une issue à la libido de 
Robert, mais la puberté devait ramener son attention sur ses 
organes génitaux . Pendant la période de latence, il a intro- 
jecté le conflit œdipien. La partie du sur-moi formée par 
l'identification avec la mère eut pour résultat une hypersé- 
vérité envers lui-même tandis que r idéal maternel l'obligeait 
â une grande tendresse pour autrui. Le père, à cause de son 
avarice et d'un certain ascétisme protestant, vivait de pri- 
vations et élevait ses enfants à la dure (i). 

(1) Voici quelques associations qui donneront une idée de la sévérité du 
pète et de l'attitude que Robert prit à son égard. 

« Je me souviens qu'un jour mon père m'avait frappé avec une bûche* 
Comme aîné, je recevais toujours les coups. Il me punissait jusqu'à ce 
que je pleure. Il me tirait souvent les oreilles. 

<t Mon père représentait bien le monde extérieur. C'est. lui qui m'obligeait 
à agir. I/ainour que je n'avais pas pour mon père, je Pavais pour mes pro- 
fesseurs, C'est pour eus: que je voulais être bon- élève. A l'école- j'étais 
anxieux, scrupuleux, tendu. J'avais toujours peur que mes leçons ne soient 
pas assez bien sues. Mon çère né me faisait jamais de compliments. Je 
rentrais avec d'excellents chiffres et il me disait : « Attends seulement plus 
tard, dans le royaume des aveugles le borgne est roi ». Je ragçais de colère. 
Je voulais lui apporter de bons carnets pour l'obliger à penser que j'étais 
plus qu*H semblait le penser, mais jamais il 11e me félicitait. , 
* * A cet âge j'ai eu des colères très violentes, je donnai? des coups de 
pieds aux meubles, je croyais que ces colères étaient quelque chose de 
beau, car je voyais mon père en avoir, tq 

Ailleurs, Robert dit aussi, : * J'ai pensé que la tête du monstre était la 
mienne* Elle remplace la virilité par une sorte de colère. * ■ 



I^lKKl 



648 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Par compensation à ses tendances agressives contre le père, 
Robert acceptait l'idéal de- privation. Vers 13-14 ans ayant 
entendu parler de l'ascétisme '-de Spinosa, il se conforme 
immédiatement à cet idéal. Pour s'aguerrir au froid il se 
découvre la poitrine et les pieds. Bientôt, le fait de décou- 
vrir s^s pieds éveille en lui une éjaculaiion, La vue de la bifur- 
cation de l'orteil (symbole inconscient des organes de sa ■" mère) 
provoque une vive excitation génitale autocratique. 

À cette période il commence â se masturber. Jamais il ne se 
frotte la verge avec les mains, mais il la frotte contre sa cou- 
verture. Il ne peut arriver à une éjaculation si sa verge n'est 
pas recouverte d'une étoffe. 

Cet onanisme éveille de violents sentiments de culpabilité. 
Il s'agenouille ou s'étend de tout son long pour lutter con- 
tre ses tentations, mais bientôt la position d'effort à elle seule 
provoque l'éjaculation. Celle-ci survient spontanément sans 
qu'il touche son membre quand il s'agenouille ou qu'il s'étend 
par terre, « C'est l'idée de tension, dit-il, qui -provoque l'éja- 
culation ». - ' -iq --- 

Lorsqu'il sort sts pieds du lit, c'est païïè qu'il pense que 
sa vie est- trop douillette et c'est cet endurcissement qui pro- 
voque l'érection et l'éjaculation, C'est en voulant se tendre 
toujours plus contre sa sexualité qu'il en est arrivé à faire 
des exercices de gynm as tique, comme de se mettre debout 
sur la tête ou de prendre la position du Bouddha et petit à 
petit } l'éjaculation ne s'est produite que dans ces situations 
extrêmes. Cette tension est accompagnée d 'une certaine 
angoisse (angoisse de castration déplacée) qui aide à l'exci- 
tation. Elle disparaît dans la mesure où Robert arrive à se 
tendre, ce qui lui fait dire : « La peur est pour moi un équi- 
valent de l'ascétisme. Elle est presque agréable, elle a un 
caractère' sexuel* Si j'avais cette peur dans mes rapports 
sexuels avec ma femme, ils ne me paraîtraient pais fades. 
Cette peur peut être violente, elle est liée à l'idée d'un effort, 
frustré j>. 

Au point de vue du mécanisme de cet onanisme, nous 
voyons que la pulsion primaire est de mettre la verge dans 
la couverture, ce qui est une répétition du désir œdipien. 
L'énorme culpabilité que cet acte éveille tend à déplacer la 



^■^H 



FRAGMENTS D J ANAI/i.\SE D'UN PERVERS SEXUEE 64g 



sone erotique et à désexualiser le pénis au profit du pied 
<Tabord, de tout le corps ensuite. Si le moi accepte la castra- 
tion, c'est-à-dire l'anesthésie du pçuis, alors les pulsions libi- 
.finales acquièrent le droit de se. manifester et l'effort du sur- 
moi (tension du corps pour lutter contre l'onanisme) est secon- 
dairement érotisé, La pulsion libidinale au lieu de passer 
-directement dans le moi fait le détour du sujrmoi* A cette 
-époque le pied prend une signification plus masculine parce 
■qu'il est investi de toute la libido soustraite à la verge, 

a Pour -qu'un pied m'impressionne, dit Robert, il .faut 
-aussi qu'il y ait un bout de jambe nue. Il faut qu'il y ait tin 
retroussement d'habit, retroussement. du prépuce fi. 

A titre d'hypothèse, on pourrait penser que dans le trau- 
matisme initial qui n'est pas revenu à la conscience du malade, 
'Robert aurait été frappé par les pieds du père ou de la mère 
<jui auraient dépassé les couvertures, il les aurait vus s'éten- 
dre dans le spasme de t'amour. Cette tension aurait été homo- 
loguée avec. l'érection du pém.s vue plus .tard et elle explique- 
rait pourquoi le r'ed doit sortir de quelque chose, pourquoi 
il doit aussi y av^ir- un bout de jambe nue. Enfin dans le 
spasme de l'amour, Robert a pu observer que les doigts de 
pieds s'écartaient et cette image Ta aidé à concrétiser tout 
l'acte dans l'espace palmaire. 

Cette érotisation de l'effort dirigé contre la masturbation 
me paraît d'une haute importance pour comprendre comment 
un conflit qui a éclaté si précocement et d'une façon si aiguë 
n'a donné que si peu de symptômes. I^es tendances agressives 
ijui se retournent contre le malade donnent en général des 
-sentiments de culpabilité violents qui s 'accompagnent d'an- 
goisse jusqu'à ce que le malade soit arrivé à les neutraliser en 
les érotisant. Je n'insiste pas sur ce mécanisme qui est décrit 
magistralement dans l'ouvrage d'Àlexander : Psychologie der 
"GesamtpersônlichkeïL Ici l'agressivité retournée contre elle- 
même que je propose d'appeler à l'avenir agressivité cotv- 
vertie s'extériorise tout de suite en un phénomène physique, 
la tension musculaire. Il s'opère là une sorte de phénomène 
analogue â la conversion hystérique où le symptôme est un 
-compromis entre les forces refoulées et les forces refoulantes t 
■celles-là. et celles-ci agissant de façon synchrone. Le fait, chez 

ÏIEVUE FRANÇAISE m PSYCHANALYSE .3 



65O REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



notre malade, de la neutralisation (par érotisation)i quasi- 
immédiate des tendances refoulantes fait que le refoulement 
n'a pas été opéré profondément* 

Je crois que l'on peut v toujours porter un diagnostic favo- 
rable chez les individus qui montrent une grande pathoplastie, 
c'est-à-dire chez ceux qui extériorisent rapidement en symp- 
tômes autoplastiques leurs conflits psychiques. Le pronostic 
me semble beaucoup moins favorable chez ceux qui vivent 
longtemps sous l'empire d'une angoisse avant de trouver 
une traduction autoplastique à leur conflit. Celle-ci, comme 
on le sait, a l'avantage économiqe de soustraire l'individu â 
s;oii conflit. Chez Robert où l'analyse n'a pas pu être termi- 
née, cet avantage du pronostic n'est pas patent, mais du 
moins cette autoplastie précoce nous permet d'expliquer pour* 
quoi des conflits infantiles datant des trois premières années 
de son existence sont encore à fleur de peau à l'âge de 31 ans- 
et peuvent être mis à découvert en quelques semaines d'ana- 
lyse^ alors que chez d'autres malades, il faut des mois pour 
arriver à ce résultat. 

On pourrait se demander d'où vient cette prédisposition 
à Tautoplastie. Il est peut-être prématuré de répondre à cette- 
question mais, pour ma part, je ne pense pas qu'elle soit 
acquise. J'ai l'impression, si j'en crois mon expérience évi- 
demment encore trop faible pour pouvoir conclure définitive- 
ment, que plus un conflit commence tôt dans l'existence de 
l'individu, plus il y a tendance à le traduire autoplastique- 
ment. Ceci vient de ce que la pensée de l'enfant est plus ellip- 
tique, plus symbolique, plus irrationnelle que celle de 
l'adulte, L'enfant se satisfait plus facilement que 1* intellec- 
tuel d'une substitution symbolique, Freud (Hemmung, Symp- 
tom und Angst, p, 47 et 48) se pose le problème de savoir- 
pourquoi certains névropathes réagissent par la régression et 
d'autres pas. Il pense aussi qu'il intervient un facteur d'âge 
plutôt qu'un facteur constitutionnel, cependant il laisse 
la question ouverte. Nous pensons qu'à un âge très ten- 
dre, l'enfant peut refouler le traumatisme et traduire ses 
pulsions réprimées par des actions ou des fantaisies symboli- 
ques. Plus tard 3 le refoulement devient plus difficile parce^ 
que l'enfant lie immédiatement les émotions à beaucoup- 



I 



'I ■ I + 

FRAGMENTS ï/aNÀLYSÊ D'UN TER VER S SEXUEL 65 1 



d'autres événements de sa vie. Il est alors obligé de recourir 
à d 'autres procédés de défense tels que la régression, l'annu- 
lation rétroactive, l'isolation, etc., autant de mécanismes qui 
sont caractéristiques de la névrose obsessionnelle. Ceci nous 
explique aussi pourquoi cette dernière affection apparaît à 
un âge plus tardif que l 'hystérie, sur laquelle du reste elle 
vient souvent se greffer. 

Evidemment, Ton peut rencontrer, chez des malades qui 
ont traduit rapidement leurs premiers conflits autoplastique- 
ment, des conflits secondaires qui les ont acculés â une élabo- 
ration beaucoup plus compliquée, mais même chez ceux-là, 
il y a une tendance autoplastique beaucoup plus grande que 
chez ceux qui ont enduré leurs premiers conflits de façon 
tardive. 

Chez Robert, on pourrait aussi penser que tout ce matériel 
erotique est rapidement revenu à la surface parce que l'ana- 
lyste a joué le rôle du père et que le malade avait un plaisir 
sadique à le salir H Cela aurait été pour lui une forme de répu- 
gnance anale. Ceci a certainement joué un rôie ? mais n'expli- 
que cependant pas la réapparition de souvenirs tels que celui 
du monstre qui appartiennent plus à l'angoisse de castration 
qu'à la sphère coprolalique. 

Il nous faut, après cette digression, revenir -à notre malade 
et voir en quel sens les conflits de l'onanisme ont accentué 
son fétichisme des pieds. 

Tout d'abord nous constatons qu'à cause de son fétichisme 
précoce, il s'est établi des réflexes entre les pieds et la verge. 
À 9 ans déjà, T. avait remarqué que lorsqu'il avait froid aux 
pieds y il entrait en érection. Il en avait eu peur et avait mon- 
tré la chose à son père, qui n'y avait prêté aucune attention. 

À partir de la puberté, où ils sont investis d'une énorme 
charge libidinale, les pieds deviennent tabous presque au 
même titre que la verge. Nous voyons à leur sujet naître des 
mécanismes de névrose obsessionnelle. C'est-à-dire qu'au lieu 
de pouvoir neutraliser les tendances refoulantes par les ten- 
dances refoulées de façon synchrone, le processus devient 
alternatif. Robert est par moments contraint de regarder ses 
pieds j par moments contraint de ne pas les regarder. C'est 
ce qu'il traduit par cette associa ton : « Au fond les pieds nus 



6^2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



sont pour moi un objet désagréable (tabou) mais -je ne puis 
pas m 'empêcher dé les regarder ». 

Cette ambivalence a eu pour résultat d 'intellectualiser le 
fétiche. « Parfois, dit T., le mot « pied nu », écrit ou parlé, 
m'impressionne plus que la vision elle-même du pied ». À 
partir de ce moment -le fétiche est plus isolé du malade, « J'ai 
tendance à faire' de mes pieds une personnalité à part. Je suis 
amoureux de mes pieds. Il en est parfois de même de mes 
mains ». 

L'intérêt porté sur les pieds en tant que substitut de l'or- 
gane masculin a réveillé également sa conscience féminine. Le 
moi prend une attitude passive féminine vis-à-vis du sur- moi 
et de même qu'il exerce une action sadique contre la verge 
qu'il anesthésie, il exerce une action sadique sur les zones 
féminines érotisées, Lorsque son moi s'identifie avec sa partie 
féminine , il devient masochiste, « Le contact du pied avec 
quelque chose 'de rugueux ou de poussiéreux m'excite ton- 
jours », Il aime l'idée des cailloux ou des morceaux de bois 
qui entrent dans la plante du pied nu. a Les pieds sont comme 
des femmes qu'il faut traîner dans la boue ». Un autre jour 
il dit : « Je vois souvent des femmes nues, exhibées attachées ; 
leur souffrance est plus morale que physique. L'excitation 
provient alors de l'idée de violer leur pudeur. Le besoin de 
réagir contre la pudeur des sexes m'oblige à aimer l'exhibi- 
tion de la femme », 

Il semble que Robert éprouve de la jouissance à être fémi- 
nisé. De même que réjaculation se produit quand il a désin- 
vestises organes génitaux de toute libido pour en investir au 
contraire le reste de son corps, de même l'idée de privation est 
essentielle dans le fétichisme de ses pieds, pour qu'il puisse 
arriver à une jouissance* 

« Pour que la privation m'excite, dît-il, il faut, qu'elle soit 
-constante, naturelle et partielle. Les femmes nues hindoues 
ne m'impressionnent pas. Elles sont trop nues, il n'y a pas 
privation d'une partie spéciale. Mes sœurs, au contraire, 
étaient privées de façon permanente (d'un pénis). Les pieds 
nus : des gravures du xviri* siècle m'impressionnent parce qu'il 
y a privation constante et partielle. C'est l'idée de cette pri- 
vation qui me fait jouir ». Un autre jour, il dit : « J'ai aussi 



"1 ",' 



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FRAGilENTS D* ANALYSE D-'UN PERVERS SliXUEL 653 



eu l'idée que le membre viril était de trop, qu'il serait plus 
commode de ne pas avoir de sexualité* J'ai vu un prêtre hin- 
dou qui s'était châtré », Ou une autre fois : « J'ai considéré 
que Tidéal était de ne pas avoir d'organes génitaux, alors ils 
ont repoussé partout. Le transfert sur les pieds s'est fait 
parce que j'espérais devenir comme mes sœurs », « .«.Mes 
organes me paraissent surajoutés, colles après coup », « >,,Ma 
verge éveille toujours une idée féminine* Quand je pense à ma 
verge, je me dis toujours « ça » ou « elle », Mes pieds et ma 
tête sont féminins, ma jambe est quelque chos£ de masculin », 

L'idée de 1* identification avec la femme devient encore plus 
explicite dans cette association : « L'homme nus -pieds ne 
m'excite que 1 rarement parce qu'il est fort et qu'il peut repous- 
ser les cailloux ». Il ne faut pas oublier que dans le monstre 
il y a une équivalence entre les pieds et les seins et qu'une 
partie du sadisme dirigé' contre les pieds est aussi dirigée 
contre les seins. Parfois Robert a des envies de faire mal aux 
seins de sa femme, de les mordre ou des les arracher. Il a 
aussi le désir de voir les seins nus des femmes, mais leur vue 
l'excite moins que celle des pieds. Même pour la plante du 
pied se manifeste l'ambivalence- hermaphrodite, 

« Enfant, dit-il, j'avais cette idée que l'homme avait trois 
jambes tandis que la femme n'en avait que deux. Il se pour- 
rait bien que j'aie identifié la jambe au pénis et la plante du 
pied au gland, La plante du pied est la seule partie cachée 
chez certains nègres ». . ' 

De même, il dira une autre fois : « Le gland _ éveille chez 
moi quelque chose de féminin- Ça a la forme d'un petit pain 
fendu en deux. C'est comme les grandes lèvres d'une petite 
fille. Souvenir infantile de mes sœurs ». 

Par cette analogie de la plante du pied et du gland, nous 
entrons plus avant dans l'idée de masturbation. 

<( Je me demande, dit-il 3 si les idées de masturbation ne 
sont pas chez moi des formes de castration. Il y a l'idée d'user 
la verge, de la broyer jusqu'à ce qu'elle disparaisse et ces 
mêmes idées je les ai pour mes pieds. Mettre la verge entre 
les orteils est peut-être un transfert pour la mettre entre les 
doigts, ce qui était défendu. C'est une masturbation refoulée 
et déplacée », 



mm 



— ^™ 







654 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



« Quand J e rais pieds nus, je cherche un équilibre entre 
un terrain dur et un terrain mou, entre l'usure et l'endur- 
cissement, entre la masturbation et la castration. » 

Les pulsions sadiques dirigées contre le pied nous appor- 
tent aussi un reflet de la phase anale. Le pied est non seule- 
ment un déplacement du pénis , mais encore de la colonne 
fécale. « J'ai essayé de me meurtrir les pieds," de les fustiger 
avec des baguettes. À ce moment je considérais que le pied 
ne m appartenait plus. Mais ce qui me 'frappe, c'est, que le 
pied lui-même ne m'excite pas tant, ce sont plutôt les cir- 
constances qui amènent l'excitation* -Les pieds ne m'intéres- 
sent que parce qu'ils sortent de quelque chose, d'une marge, 
d'une limite* Ça fait penser à l'avarice, ce qui est au-delà 
de la limite ne m'appartient plus ». « „ + La limite de la jupe, 
c'est la limite de castration. L'acte de châtrer est sadique ; 
il doit se faire au-delà d'une certaine limite. Les pieds nus 
sortant d'un pantalon ne m'impressionnent guère. La jupe 
qui marque les jambes et qui a l'air de les relier l'une à 
l'autre a dû jouer un rôle énorme, Klle a l'air de quelque 
chose de simple, quand on l'enlève on est en face d'une dua- 
lité. Et puis la fente remonte plus haut qu'on ne croit ». 

« J'ai eu le fantasme de manger les pieds, manger les seins> 
Longtemps j'ai cru que le sein représentait l'organe féminin* 
Je Sens que tout ce sadisme est primitivement dirigé contre 
ma mère. J'avais vu ses jambes et sa poitrine mais je n'avais 
pas vu la ceinture. J'étais eu colère contre les parties que' je 
voyais, que j'aurais voulu détruire pour voir le reste ». 

Cette tendance à investir d'une libido sadique anale tous 
les symboles génitaux, semble s'être développée vers r6 ans, 
Tandis qu'à 13 ans Robert réprimait tant qu'il pouvait sa 
sexualité et qu'il était devenu très pudibond, à 16 ans il 
devient grossier et prend plaisir à dire et faire toutes sortes 
de saletés. Il lit les ouvrages de Rabelais, essaie de dégoûtei 4 ; 
les gens qui mangent, devient colérique et agressif. Il s'inté*- 
resse à ses défécations. Vers 18 ans, la sphère anale ayant 
été par trop érotisée, il va lutter contre elle et en employant 
les mêmes procédés que dans sa lutte contre l'onanisme. Au 
lieu de déféquer en se penchant en avant, il se penche en 
arrière et se raidit tant qu'il peut. 



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FRAGMENTS D'ANALYSE . D'uSf PERVERS SEXUEL 655 



«■Quand il y a un morceau de matière qui sort de l'anus, 
il y "a une raison de tendre sa musculature. C'est un peu cela 
qui se passe avec la marge de peryersion ». & 

Déjà dans l'enfance il s'est établi un rapport entre le pïed 
•et les fantaisies anales ; 

« Quand j'avais huit ans, j'ai passé huit jours dans un 
pensionnat de jeunes filles. Biles se baignaient souvent et 
j'avais vu que chez quelques-unes la plante des pieds était 
jaunie. Ça m'avait un peu dégoûté. J'avais rapproché cela 
de la mort, de la mortification. Cette mortification est liée à 
P onanisme, elle n'est pas seulement une idée péjorative, elle 
■est liée à l'ascétisme », , 

De toutes ces associations nous pouvons tirer quelques cou-- 
■clusioiis importantes. Tout d'abord, nous trouvons ici une 
confirmation éclatante de la théorie de Freud que le fétiche 
-est un reste de l'idée infantile que la mère possède aussi un 
pénis (voir Freud : Fétichisme). 

Dans le traumatisme initial, Robert n*a pas pu voirie pénis 
/de sa mère, mais nous avons déjà dit qu*il est probable qu'il 
a vu sa jambe et celle-ci a été homologuée au pénis supposé. 
De même plus tard, lorsqu'il vit sa mère nue jusqu'à la cein- 
ture, faire sa toilette devant lui, il a pris les seins pour l'équi* 
valent du membre viril, 

I/idée que le père dans l'acte châtrait la mère a éveillé 
chez Robert le désir de détruire la jambe ou le sein qui dépas- 
sait le jupon ou la taille. D'où ce sadisme précoce qui ensuite 
*s 7 est retourné contre son fétiche. Enfin dans de multiples 
fantaisies que nous n'avons pas toutes citées et sur lesquelles 
nous reviendrons plus loin, Robert veut manger son fétiche 
pour pouvoir le détruire. Nous voyons par différentes asso- 
ciations précédentes la castration opérée de façon anale et le 
plaisir sadique de T. à anéantir le substitut du pénis supposé 
<de sa mère. 

Réduire l'organe de la mère (auquel s'est probablement 
-associée l'idée de l'organe du père) à des matières fécales", â 
un membre mort, voilà le désir de Robert , mais ce vœu sadi- 
que ne peut s'accomplir sans la punition du surmoi qui 
impose une attitude de tension à la défécation et une autocas- - 
tration. Les sentiments de culpabilité associés à cette fan- 



IKSTITUTDEPSÏCHftWLm 

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**WM*rt^ 



656 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



taisie provoquent également une constipation chronique avec- 
céphalée. . * 

L'ensemble de cette compïexion psychologique a dû éveiller 
de fortes tendances homosexuelles. Malheureusement l'ana- 
lyse trop courte n'a pas permis de les mettre en lumière. 
Nous rapportons ici les quelques allusions qu'il a faites à ce- 
sujet : 

t( A 19 an, s j'ai été amoureux d'un Allemand de mon âge.: 
Il était très dogmatique, avait de fortes tendances philoso- 
phiques. J'ai eu un vrai coup de foudre pour lui. Il est parti 
en Allemagne pour la guerre et cela a été fini. J'étais dans: 
une joie folle d'avoir trouvé un ami >k 

Une autre fois T. apporte ce rêve : « Je vo3^aïs des hommes 
plus faibles et plus jeunes que moi, ils étaient hindous. J'avais 
envie de les embrasser, de leur sucer le membre, de nie frot- 
ter contre eux ». 



III. — LES CONFLITS DE LA VIE CONJUGALE 

Si étonnant que cela puisse paraître, Robert, malgré son 
S3nnbolisme si transparent, ignorait tout des relations sexuel- 
les jusqu'à l'âge de 22 ans. Vers 10 ans il avait souvent inter- 
rogé" ses parents qui avaient toujours repoussé ses demandes. 
A 22 ans, c'est un ami médecin qui l'a instruit de ces- 
questions. 

Malgré ses tendances autoérotiques, T., comme enfant et 
comme adolescent, a en quelques flammes pour des jeunes 
filles/ Il s'agissait surtout de passions vers l'âge de 17-18 ans 
pour des personnes plus âgées que lui, qui avaient des allures 
masculines et intellectuelles. 

Il avait aussi, à cet âge, peijr d'être aimé, 

« Quand j'allais au collège, dit-il, je voyais tous les jours 
une jeune fille à qui je faisais de l'œil. Un jour elle m'a paidé. 
Je n'ai su que lui dire et depuis je ne l'ai plus regardée ». 

Voici la façon assez bizarre dont il lit la connaissance de sa 
femme. Se rendant à un congrès d'étudiants, il vit dans le 
train une étudiante qui avait l'air très décidé, Immédiate- 
ment il est subjugué par elle, il veut la servir. Pendant le 



4Hftap 



FRAGMENTS d' ANALYSE D J UN PEKVHRS SEXUEL 657- 



congrès , il lui fait la cour, puis la demande en mariage. Elle 
avait sept ans déplus que lui, et lui, à ce moment, n'en avait; 
que vingt-quatre. Elle refuse, il lui écrit avec insistance- Au 
bout de six semaines, ils sont fiancés. 

Quand vint le mariage , ridée d'éjaculation était encore- 
fortement liée à Pidée cté péché. Il n'y eut pas tout de suite 
des rapports et une fois qu'il parvint à la défloration, il ne 
parvint jamais à l'éjaculation. Voici ce qu'il dit à ce sujet : 

« Au début, je n'avais que l'idée de me frotter contre elle, 
Ensuite j'ai eu Fïdée d'aller dans le vagin et je lui ai demandé 
d'introduire mon membre. J'étais très humilié â l'idée d'être 
incapable par moi-même de violer ma femme. J'ai aussi l'idée- 
qu'elle pourrait mourir en couches parce qu'elle a déjà trente- 
neuf ans. Une fois ma femme pénétrée, j 'attends , je ne fais 
pins un mouvement de peur que ma verge ne ressorte ». Le 
u de peur que ma verge ne ressorte » n'est" qu'une. rationali- 
sation de sa passivité et une peur que sa femme n'entre en. 
excitation, ce qui pourrait produire la castration. Plus tard y 
il dira lui-même : « L'idée d'érection est quelque chose de 
passif , il faut l'immobilité. C'est comme une sentinelle au 
poste. Les mouvements de mon corps diminuent souvent, 
l'excitation. Il faut que je sois tout tranquille, raidi, que- 
j'attende que cela vienne du dehors. Peut-être est-ce là de la 
masturbation refoulée ». Il est intéressant de constater 
qu'avant ces considérations sur son impuissance, Robert a 
eu la vision d'un coq enroué. Ici l'explication de la mastur- 
bation refoulée nous semble juste, L'excitation, pour qu'elle 
n'éveille pas de sentiments de culpabilité, doit venir ou de 
la tension contre la sexualité, ou de l'extérieur, notamment 
de sa femme, identification du père et du sur-moi (voir plus 
loin p. 664). 

Il y a le désir de parvenir à la volupté, mais sans en porter- 
la responsabilité. D'où attitude passive masochiste, accom- 
pagnée d'une régression anale qui fait qu'avant tout il a le 
désir d'être souillé. Voici une fantaisie caractéristique : u Je 
vois ma verge comme une tour ou un soldat qui reçoit des 
balles et toutes sortes de choses qu'on lui jette dessus. Il y a- 
le désir de l'exposer au danger >j. C'est une sorte de projec- 
tion diffuse de son autoérotisme . « Je n'aimais pas au début 



«M 



-658 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



que ma femme soit excitée sexuellement, maintenant cela 

m'est égal, car alors je la pénètre plus facilement >w 

« J'ai de la peine à me représenter la femme nue et mobile. 

Je vois bien une femme nue, statue, mais pas vivante. J'ai tout 

arrêté. J'ai toujours considéré le corps dans son immobilité. )> 

L'immobilité qu'il impose à la femme est, sûrement une 

façon de se protéger contre sa peur de castration, 

« Dans l'acte sexuel, j'ai le désir d'éjaculation pour que 
Tacte finisse et pour avoir des enfants. En même temps je 
refoule le fétichisme. Je sens souvent de l'attraction pour 
d'autres femmes que la mienne. Je voudrais une femme plus 
jeune. Je me dis parfois : « J'ai fait une bêtise au point de 
vue sexuel, > J > 

« Parfois je me sens plus attiré par ma sœur puînée que 
par ma femme. Au début de mon mariage j'appelais souvent 
mon épouse « petite sœur ». Je me dis aussi que si j'avais été 
avant nies fiançailles avec des prostituées je n'aurais pas eu 
de peine avec ma femme. J'ai été un mari trop bon garçon et 
Voilà ma récompense, » 

« Je trouve aussi que le coït est un acte trop privé. Il n V a 
pas de déshonneur. Il m'en faut. J'ai besoin de traîner la 
femme dans la boue (même besoin pour les pieds). C'est aussi 
un acte trop doux, trop mièvre. Il n'y a pas de lutte, pas de 
tension. » 

« La sexualité sans privation est sans beauté. Je sais que 
c'est faux, mais mon instinct ne l'a pas compris. Il faut que 
les tendances agressives que j'ai retournées contre moi trou- 
vent leur compte dans l'acte sexuel, A côté de cela, il y a un 
dégoût de la femme qui est un être faible. Je me souviens que 
cela me dégoûtait de voir ma mère donner le sein à mes frères 
■et sœurs. J'étais horripilé par l'idée de la femme qui a quel- 
que chose de mou devant la poitrine, qui ne peut pas recevoir 
des coups > qui se plaint tout k temps, qui est un être fragile. 
J'ai beaucoup taquiné mes sœurs. Je les trouvais mièvres. 
Elles avaient des cachotteries, elles étaient moins intelligentes 
pour les mathématiques. Peut-être 3^ avait-il aussi l'idée qu'il ' 
leur manquait un organe. Je me sentais partagé entre Vidée 
+ que mes sœurs auraient dû être comme moi ou moi comme 
■elles. Je les trouvais inférieures parce qu'elles ne pouv aient 



^H 



FRAGMENTS D^ ANALYSE D'UN PERVERS SEXUEL 659 



par diriger leur urine là où elles voulaient, L'habillement des 
femmes avec de longues jupes, des tailles, des sous-tailles, etc., 
me révoltait. J'avai envie de voir des jeunes filles plus viriles, 
plus dégagées de toutes ces complications. Puis, mon père me 
battait et ne battait pas mes sœurs. Rancune de ces filles qui 
■échappent aux corvées. Dans ma vie de garçon, j'ai tout à fait 
manqué de chevalerie et de générosité pour les femmes, J'avais 
à regard des filles des idées de mépris, de dégoût, d'envie* 
de jalousie. Pourtant ma sœur puînée était pleine d* initia- 
tives, elle était hardie, garçonnière, grimpait aux arbres, pas- 
sait sous le ventre des chevaux. Elle a appris à monter à bicj?- 
clette en dix minutes, » C'est probablement à cause de ses 
allures masculines que Robert 5 'est fortement fixé à elle, pre- 
nant déjà à son égard une tendance féminine. 

Ce besoin de sadisme à l'égard de la femme s'exprime aussi 
-dans une fantaisie du monstre. 

a J'ai l'impression que les pieds sont menés par le 
cou de pied, Il y a deux corps plantés dans une seule tête. 
Il, y a Vidée de mener par le collet. Idée d'esclaves avec une 
fourche autour du cou + Il y a aussi le mot cul qui intervient 
là dedans. Les pieds sont les sujets de la tête ou du cul ; ils 
sont liés, ils sont forcés de marcher ensemble, il faut qu'ils 
marchent ou qu'ils crèvent, » 

- « L'idée des vierges chrétiennes violées avant d'être tuées 
-ou enfermées dans un bordel m'excite particulièrement, 
L'homme exposé nu avant d'être crucifié m'excite également 
à cause de Pignomnie de l'exhibition et de la position tendue.. 
Je lisais beaucoup comme enfant et j'ai dû m 'identifier à une 
foule de représentations, » 

<c J'ai parfois peur de ma femme. II me semble qu'elle est 
■double, que tout à coup je vais sentir des membres qui ne 
devraient pas exister ou bien il y aurait des membres qui lui 
manqueraient subitement comme le monstre qui n'a qu'une 
tête et deux pieds. Ce qui nie fait peur aussi, c'est que pour 
accomplir l'acte, on est obligé de s'insinuer entre deux jam- 
bes qui vous serrent comme dans un étau. Oh est pris, empoi- 
gné par les bras. Ça s'enroule autour de vous, ça vous entraîne 
dans^ un abîme. Ou se trouve dans une impasse. Des deux 
côtés, il y a du vivant qui vous tient. On est pris entre deux 



ÉMU 



660 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



fesses, on ne sait plus où donner de la tête. Ça me rappelle 
le fait de se voir dans un miroir. Avec deux miroirs para Hèles ,. 
on se voit à l'infini. Peut-être idée de ma vie sexuelle double,, 
deux 3'eux, deux sein s , deux bras, etc. » 

' « L'acte sexuel est un acte intime et caché. Je déteste ce qui 
est caché. On m'a caché la sexualité. Ce n'est que maintenant. 
que je réalise que pour d'autres cette intimité même est une 
raison d'éveiller la sexualité »... - 

« Quand j'étais au collège, j'avais un camarade qui, faisant 
allusion à l'acte sexuel, disait qu'il faisait de Péquitation., 
Depuis j'ai toujours eu l'idée que dans l'acte il fallait que 
l'homme ait les jambe écartées. Je pensais aussi que le vagin 
était beaucoup plus large. J'aurais voulu attirer à moi, entou- 
rer, sucer et j'ai été' mal à l'aise en voyant que c'était moi: 
qui étais entouré, n 

<c Si je me représente ma femme comme féminine, ça me- 
gâte mon plaisir. Je pense au monstre double d'Aristophane 
dans le Banquet de Platon, Il dit que les sexes ont été créés- 
par une punition des dieux. Autrefois chaque individu ava^it 
les deux sexes, La pédérastie doit être quelque chose de très- 
proche de ce que j'éprouve, Je ne suis pourtant pas attiré vers- 
les jeunes gens, parce que les parties féminines et surtout les 
seins ne sont pas développés chez eux. Les seins et les pieds: 
m'intéressent, le vagin me laisse indifférent parce que le mi- 
lieu du corps a trop longtemps été tabou pour que je puisse 
encore m'y intéresser. Si une femme n'avait que le vagin 
couvert, c'est, alors qu'elle m'intéresserait le plus, » 

Le besoin de châtrer sa femme qui s'exprime aussi par Pidée 
qu'elle ne doit pas avoir de sexualité, ressort particulièrement 
bien dans ce rêve nécrophile. Il ne peut jouir d'elle que s'il 
peut la châtrer auparavant. Rêve : 

« Ma femme est morte, elle a une peau parcheminée, nau- 
séabonde qui rappelle la peau de la plante des pieds. Il me 
semblait que je devais l'embrasser quand même. Partout où 
je l'embrassais sa peau redevenait normale et la vie revenait, » 

«J'éprouve souvent le besoin de voir le vagin de ma femme 
quoique je le connaisse parfaitement bien. Au début de mon 
mariage, j'avais l'idée que c'était honteux pour une femme 
de savoir comment un homme était fait. J'avais l'impression 



FRAGMENTS D'ANALYSE D'UN PERVERS SEXUEL 



66l 



que cela la souillait et que c'était incompatible avec la vie 
supérieure qui doit être l'apanage de la femme. C'est pour* 
quoi la femme du peuple m'excite plus* » La femme du peu- 
ple , comme la prostituée, peut être -.souillée, elle éveille déjà 
une idée anale parce qu'elle est inférieure,. Le coït, dans 
l'inconscient de Robert , est fortement lié à un acte anal* 
Souvenons-nous que vers dix ans, il a eu cette représentation 
-de façon tout â fait consciente. Un jour aussi, il dit : « Je me 
demande si l'horreur d'introduire ma verge dans le vagin 
n'est pas liée au dégoût de tous les lavements qu-on m'a faits 
■dans mon enfance. )>: ... 

Il est probable qu'à un stade plus inconscient encore, il 
ait perçu le lavement comme un acte par lequel sa mère le 
coïtait. L'ambivalence déclanchée par cette idée s ? est traduite 
par un dégoût pour l'acte d'une part et d'autre part par une 
intensification des tendances féminines. 

<c De même qu'à mon idée, la verge était de trop chez 
Vhomme, la cavité nie paraissait de trop chez la femme. 
L'idéal c'était la poupée asexuée, Getté asexualité comme 
nonne me paraissait évidente. Je ne m'imaginais pas du tdut 
que la femme pût éprouver des sensations voluptueuses; Je 
croyais les femmes de purs esprits/ Je les avais idéalisées, 
tandis que je faisais des hommes des êtres effrayants, des bru- 
tes, des impurs, des dangereux à cause de leur folie sexuelle. 
Encore maintenant je ne puis me figurer que la configuration 
de la femme est naturelle. » 

Ce désir d'asexualité est naturellement lié à la peur de 

castration : ^ ■ ' _ " 

« Quand je suis dans le vagin, j'ai l'idée que je devrais 
sentir la coupure, l'idée même de castration produirait la 
volupté... J'aimerais que ma verge ne soit pas en sécurité dans 
le vagin de ma femme*.. » 

L'idée, d'être châtré par une femme, qui a certainement 
son origine dans le, traumatisme primitif, s'est exprimée de 
diverses ; façons* pendant tout le cours de son -enfance , Voici 
un fantasme qui remonte. à l'âge de 5 à 12 ans. ILy avait dans 
le village une femme sans nez, Robert s'imaginait mettre sa 
verge- dans le trou du nez,, mais il se disait : « Si je me trompe 



662 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

et que je la mette dans sa bouche, elle la coupera avec ses 
dents pour se venger », 

«Je cherche toujours à rencontrer quelque chose de mascu- 
lin chez la femme* Chez elle^ les seins, les jambes, les pieds ; 
sont pour moi masculins. J'ai toujours cette idée féminine de 
rencontrer des objets durs qui entreraient en moi. Pierres dures, 
qui entrent dans les pieds. L'acte sexuel devrait être une 
collision de choses dures ». « I/idêe du monstre m'a aide m* 
« Quand je tiens ma femme, j'ai souvent l'impression de tenir 
le monstre,,. » 

Ce désir, si profond qu'il soit, ne semble pas pouvoir être 
toléré parce qu'il éveille de façon trop forte T angoisse de cas-. 
tration. « Un jour ma femme a essayé de mettre son pied sur 
mes organes. J'en ai éprouvé un intense chatouillement, pas-. 
d'érection et un sentiment d'horreur et de peur. Je ne l'ai pas: 
laissée s'approcher complètement et pourtant ce sont des actes 
que je réalise souvent dans mes fantasmes. Ce qui me faisait 
peur c'était l'idée d'une verge plus grosse que la mienne, qui 
venait contre la mienne. C'était aussi une verge qui va par 
terre, qui par conséquent est malpropre, » 

Toutes les rêveries de Robert ne sont pas dirigées dans ce- 
même sens de combattre contre le pénis maternel, beaucoup^ 
semblent vouloir éviter la lutte pour pouvoir se mettre directe- 
ment à l'abri dans le sein maternel. 

« Je pense aux pattes de velours des chats, elles sont entou- 
rées de griffes, l'intérieur est. doux, La fleur qui a des épines. 
le long de la tige, mais pas dans la fleur. Le crocodile a des 
dents sur le pourtour de sa gueule, mais le fond est doux, il 
faudrait pouvoir entrer tout entier dans la gueule. Idée d'une 
carcasse rigide qu'il faut pénétrer à l'intérieur. L'hexagone, 
il faudrait entrer par dessous, mais pénétrer directement et 
tout entier au centre, » 

• « Au début de mon mariage, j'aimais à donner des noms: 
masculins à ma femme : mon colonel, mou loup, etc. » « Ma 
verge est une patère, ma femme y est suspendue comme un 
chapeau, elle doit faire tomber l'érection, » « Quand j'ona-" 
nise, y espère toujours que je pourrai maintenir la jouissance- 
sans éjaculation et alors Téjaculation se produit. Au contraire- 
chez ma femme j'espère consciemment qu'elle se produira. 



• 



^^^ 



FRAGMENTS D'ANALYSE D'UN .PER.VEKS SEXUEL 



663. 



niais les résistances sont inconscientes. Je suis si dépendant 
d'elle que si elle mourait en couches je ne survivrais pas, » 
<t Ma femme m'a dit ce matin quand nous étions l'un près, 
de l'autre : nous sommes comme deux philippines. L'idée m'a 
été désagréable, elle me rappelle le monstre. *> 

Nous avons vu que chez Robert la masturbation avait fini 
par prendre cette curieuse forme d'une anesthésie de la verge,. 
compensée par un investissement libidinal de tout le corps,, 
C'est cette même attitude autoérotique qu'il a envers son 
épouse, avec cette différence que rêjaculatiou ne se .produit 
pas, et cela probablement pour ne pas salir sa femme, <c Hier, 
dit-il (vers la fin de l'analyse), pendant que j'étais dans le 
vagin de ma femme, il me semblait n'avoir plus de verge, 
qu'elle ne m'appartenait plus, qu'elle faisait partie du corps, 
de mon épouse,,, » <t Pendant l'acte, je pense sans cesse à 
mes deux pieds joints qui forment une sorte de verge en érec- 
tion. Si l'anesthésie dans le coït était plus grande, j 'aurais- 
une éjaculation anormale, si elle était plus petite l'éjacula- 
tion serait plus normale, mais elle est entre deux, » 

« Les premières semaines de mon mariage, le fétichisme 
avait disparu, mais comme je n'arrivai pas à l'acte normal, i\ 
est réapparu. Je m'approchais tout de même de ma femme pour 
me protéger contre mon fétichisme, » 

Voici un rêve qui montre bien le rôle protecteur (inhibiteur 
de la perversion) qu'il fait jouer à sa femme, 

« Je remonte mes pantalons et. je me promène pieds nus: 
dans 1 J appartement, Je rencontre ma femme et je suis tout 
honteux, »> 

Robert a cherché beaucoup de détoui*s pour arriver à l J éja^ 
culation dans ses rapports sexuels, c'est ainsi qu'il a sorti 
ses pieds du lit pendant les rapports pour que le froid aux. 
extrémités déclenche rêjaculatiou, comme cela était le cas 
vers 16 ans dans- la période fétichiste. Il y avait peut- 
être dans l'inconscient le désir de mimer la situation du trau- 
matisme initial. En tous cas, ce procédé n'eut aucun effet* 
D'autres fois Robert s'imaginait, sans plus de succès, que sa 
femme était un énorme phallus qu'il caressait, C'était aussi 
revenir à des idées d'onanisme interdites par le sur moi. 
Il dit aussi ; « Il me semble que l'idée de castration pourrait 



<664 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSA 



me servir, en ce sens que je dois me donner entièrement à ma 
■femme ,* me châtrer de la terre, quitter ma mère, » 

La si longue ignorance des réalités sexuelles dans laquelle 
Robert avait vécu, 1 ambivalence, qu'il manifestait à regard 
■des femmes > son fétichisme , son sadisme refoulé et ses fortes 
tendances auto-érotiques, tout cela ne pouvait V amener qu'à 
une attitude très passive envers le beau sexe. Le choix bizarre 
^t subit d'une femme autoritaire qui a sept ans de plus que 
lui est la conséquence naturelle de son adolescence ; il n'y a 
pas lieu de s* en étonner. 

Les associations qui précèdent nous permettent d'entrer 
plus avant dans la structure de son impuissance. Nous voyons 
tout d'abord que réponse est identifiée au surmoi. C'est elle 
qui doit protéger Robert de son fétichisme, La sexualité nor- 
male n'est pas une satisfaction primaire que T. recherche, 
^elle est seulement un contrepoids à la perversion fétichiste . 
Lorsque notre malade s'approche de son épouse, il déclenche 
bien plus les pulsions agressives inverties que les pulsions du 
'soi. Nous avons déjà là une raison d'impuissance. La femme, 
an lien d'être l'objet de la libido, est une identification avec 
le père> elle est dans ce sens tout au plus l'objet s^^mbolique 

ctes tendances homosexuelles refoulées, 

> 

L'épouse de Robert est en même temps une identification 
avec la mère, elle est plus âgée que lui, elle représente la 
femme idéale qu'on ne doit pas souiller, celle qui donne de 
la tendresse, mais non de la volupté. Elle est la femme dans 
laquelle on se- blottit, dans laquelle on retrouve l'immobilité 
prénatale. Le coït avec elle est un retour au sein maternel. 
En elle, il ne faut pas bouger, de peur de ressortir. , Voilà de 
^nouveaux motifs d'impuissance, mais il y en a d'antres. 

Sur son épouse, Robert rapporte tous les désirs et toutes les 
craintes du traumatisme origneL T. voudrait rencontrer en 
-elle un organe à châtrer, une résistance qui puisse déclencher 
son sadisme, Mais dans cette fantaisie il est entièrement 
engagé dans ses désirs œdipiens de la petite enfance. Il se 
heurte à un interdit complet et à la double menace d'être 
châtré par le vagin denté de la mère ou par la vengeance de 
ison père qui le réduirait au même état que ses sœurs. L'acte 



L J 



FRAGMENTS d'àEALYSE d'un PERVERS SEXUEL 665 



«doux et mièvre, si -douloureux qu'il soit pour lui, est cepen- 
dant la seule issue possible pour échapper à la castration. 

Ici l'acte est surdéterminé, l'impuissance représente une 
punition, une castration. Dans l'inconscient de Robert , l'acte 
♦est lié à Tidée de châtrer la mère, accepter de tenter l'acte 
c'est commencer à réaliser les pulsions sadiques. Le surmoi 
-s V oppose en imposant une sorte de castration au moi en ren- 
dant la fin de l'acte (éjaculation) impossible. Qu'une partie de 
l'impuissance '.soit due â une régression au stade anal-sadique, 
■c'est ce que montre clairement le passage suivant : 

« J'ai l'impression que si je n'arrive pas à l'éjaculation avec 
ma femme, c'est que je me retiens. Si je me laissais aller, il 
y aurait une irruption sadique formidale à son égard, » 

Le problème qui se pose alors est de savoir comment une 
pareille agressivité du sur moi à l'égard du moi ne déclenche 
pas plus d'angoisse. Nous savons que, l'angoisse disparaît si 
elle est neutralisée par des pulsions erotiques. Ces pulsions 
-erotiques chez Robert sont de deux natures : 

1. L'attitude masochiste, passive féminine en face de la 
femme. 

2. La régression au stade prénatal et la joie du nirvana 
d'avoir retrouvé l'immobilité dans le sein maternel. 

Il semble bien, cependant, que ces pulsions ne neutralisent 
pas entièrement les tendances agressives converties. C'est ici 
que Robert manifeste ses tendances larvées d'une névrose 
d'angoisse. La partie non neutralisée de la sévérité du surmoi 
pendant l'acte du coït déclenche une certaine angoisse qui 
détermine : i) l'idée parfois obsédante d'aller coucher avec 
des prostituées (à cause de l'hypersévérité du surmoi elle se 
traduit surtout sous forme d'un regret obsédant de ne pas 
l'avoir fait) ; 2) les fantasmes; sadiques obsédants, telles que 
celles du monstre et d'autres sur lesquelles nous aurons à 
revenir plus tard. Il est certain que, par moments, pour dimi- 
nuer son angoisse, Robert s'identifie au monstre et devient 
-celui qui châtre autrui ; 3) la satisfaction fétichiste. 

Notons maintenant de façon plus précise la différence de 
mécanisme qu'il y a entre l'acte autoérotique où Robert fait 
la pièce droite sur la tête et ce qui se passe dans une tentative 
de coït, v 

KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE ' 4 



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666 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Au point de vue phénoménologique, ces deux actes se diffé- 
rencient par le fait que l'acte autoérotique aboutit à une éja- 
culation tandis que Pacte pseudo-hétéroérotique n'aboutit pas 
à l'orgasme. Au point de vue du mécanisme, le premier repré- 
sente un jeu dynamique analogue â celui du phénomène de 
conversion hystérique, c'est-à-dire que les pulsions sadiques 
du surmoi sont neutralisées de façon synchrone par les pul- 
sions erotiques. Ce mécanisme ne peut se réaliser dans l'acte 
avec réponse, parce qu'il s'y mêle divers désirs interdits par 
le surmoi (désir infantile de l'acte 'avec la mère, désir de 
supplanter le père, désir de châtrer la mère, désir anal -de 
souiller la mère, etc.). L'érotisine de l'éjaculation doit être 
remplacé par d'autres satisfactions. Celles-ci ne pouvant se^ 
réaliser sur le plan génital, Robert les trouve par régression 
dans une situation masochiste envers sa femme et dans la 
situation prénatale. Ces satisfactions erotiques n'étant pas. 
suffisantes à neutraliser toute l'énergie des forces agressives 
converties, il en résulte une certaine angoisse qui est ensuite 
neutralisée par les procédés indiqués plus haut, La neutrali- 
sation n'est plus entièrement synchrone comme dans le méca- 
nisme autoérotique, elle est partiellement asynchrone, ce qui 
fait apparaître des symptômes de névrose obsessionnelle (désira 
et fantaisies obsédants). Dans l'acte de la pièce droite, il est 
certain que la musculature du corps est devenue zone érogène 
et ce déplacement de la sensibilité sexuelle est un nouvel 
obstacle à la réalisation d'un rapprochement normal avec sa 
femme * 

Chez un homme de plus de 30 ans qui depuis son enfance 
présente des symptômes psychopathiques, un symptôme tel 
que l'impuissance est toujours surdéterminé. Cherchons quel- 
ques autres motifs qui ont servi à sa fixation. 

Nous avons dit au début que l'épouse de Robert représen- 
tait non seulement une identification à la mère, mais aussi une 
identification au père. Ou lorsque nous avons étudié la sym- 
bolique du monstre, nous avons vu qu'une des fantaisies de 
T,,. était d'être souillé par son père et de se comporter de 
façon passive féminine à son égard. Dans l'acte sexuel, il a. 
cette même attitude. Il attend l'agression qui doit venir du 
dehors, de son épouse, il reste tranquille ; loin de penser à. 



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FRAGMENTS D^ ANALYSE D J TJN PERVERS SEXUEL 667 



éveiller la volupté chez sa femme., il attend qu'elle lui apporte 
la satisfaction. Il se trouve trop confortable en elle, il voudrait 
être brutalisé par l'organe que ses fantaisies attribuent à elle. 
Ceci nous donne également un des motifs dynamiques et éco- 
nomiques qui expliquent Péckec de l'acte. Dans la satisfac- 
tion autoérotique, toute l'agressivité contre la pulsion du soi 
part du surmoi et raidit le corps au maximum. Dans l'acte 
avec l'épouse, l'épouse étant une identification avec le surmoi, 
Robert attend qu'une partie de l'agression vienne d'elle. Il 
a projeté sur elle son surmoi. Il s'attend à ce qu'elle lui refuse 
l'acte, à être menacé par son pénis qui doit le châtrer et au 
lieu d'une lutte, il trouve une gaine molle qui enveloppe son 
membre. Le mécanisme auquel il devrait s'adapter est trop 
différent du mécanisme autoérotique pour qu'il puisse aboutir 
à la satisfaction. Ceci nous explique aussi pourquoi il voudrait 
que la femme ignore tout de la sexualité et n'éprouve aucune 
excitation dans ce domaine. Si elle doit représenter le surmoi, 
elle ne peut en même temps représenter, la volupté, le soi. 

Nous avons doue expliqué l'ambivalence qui fait que d'une 
part il 11e veut pas bouger pour ne pas sortir du vagin (rester 
dans la satisfaction du nirvana prénatal) et que d'autre part 
il voudrait que l'éjaculation se produise pour que Pacte soit fini 
(angoisse de ne pas arriver à la satisfaction, tendances agres- 
sives converties qui ne sont pas neutralisées). 

Chez Robert les tendances féminines se sont beaucoup déve- 
loppées à cause de la sévérité exagérée de son père qui le 
battait pour un oui ou un non. Cette sévérité déclenchait une 
sourde révolte chez notre malade, elle s'accompagnait de dé- 
sirs qui étaient refoulés et qui se sont traduits par une hyper- 
sévérité .du surmoi à l'égard du moi. Ce processus a été ren- 
forcé par le fait que les sœurs n'étaient pas battues, d'où le 
désir : « Si j'étais un être faible et châtré comme mes sœurs, 
je ne serais pas battu. » Nous sommes ici tout proche du désir 
d'être châtré par le père. A un state plus profond de l'incons- 
cient, l'erotique orale refoulée joue son rôle dans l'impuis- 




celle-ci entre mes orteils. i> 



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668 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Le pied de la femme est pour Robert un objet masculin , un 
symbole phallique. Le manger, comme l'absorption du corps 
de droite du monstre, c'est augmenter sa virilité^ C'est ce qui 
se traduit par le fait que les pieds, objets durs, viennent à la 
place de la verge, Cette fantaisie est probablement liée au 
traumatisme primitif, alors que sa verge était encore petite 

et molle. 

Cette satisfaction orale de manger l'organe du père (peut- 
être aussi les seins de la mère) a pour rançon la castration, La 
verge est placée entre les orteils. Mais cette punition elle- 
même est érotisée, car Robert s'identifie a la femme qui châtre 
(ses pieds â lui sont des symboles féminins). Il éprouve dans 
cette fantaisie un plaisir hermaphrodite de puissance virile et 
de puissance châtrante qui dans 'sa théorie infantile représente 
la puissance de la femme. 

L'impuissance est encore surdéterminée par la conception 
infantile du coït, restée vivace dans l'inconscient de Robert. 
D J une part il voudrait châtrer sa femme et il ne trouve rien 
à lui enlever, d'où insatisfaction, d'autre part il a peur d'être 
châtré, ce qui provoque l'immobilité. Il voudrait l'entourer, au 
lieu d'être entouré par elle. Il a peur de la réalisation de ses 
désirs et que tout à coup, comme chez le monstre , sa femme 
se trouve sans bras, peur aussi qu'elle ait tout à coup des or- 
ganes supplémentaires qui mettent sa verge en danger. Ces 
craintes le paralysent.. Il sait que sa jouissance ne pourrait 
être obtenue qu'au prix d'une douleur, L'anesthésie de sa 
verge lui est plus profitable que d'être châtré par son épouse, 
Robert me disait un jour ; « Rien qui ne dépasse, voilà le 
symbole de la pureté. Quand je m'onauisais, je cherchais à 
rabattre ma verge dans mon ventre pour que rien n^ dépasse 
(compromis de tendances refoulées et refoulantes). Si ton pied 
est pour toi une occasion de chute, coupe-le, dit l'Evangile. 
J'ai souvent songé â couper mon membre, la castration est un 
symbole' de pureté. )> 

L'ensemble de ces complexes pousse Robert â préférer 
l'asexualité ou ï'hermaphroditisme à l'acceptation d'un sexe. 
Par ses fantaisies, il se met à Pabri de tous les dangers et 
régresse ainsi dans un stade narcissique et autocratique. Ce 
narcissisme trouve son expression maximum dans l' identifia 



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FRAGMENTS n'AXALVSE D j UN PERVERS ^EXUEI, 



66g 



cation avec la verge en érection. Symbole de puissance virile > 
de l'organe qui châtre (conception infantile du coït), symbole 
féminin aussi, parce que symbole d'immobilité. « La' verge 
en érection est comme une sentinelle à son poste qui attend 
le danger de l'extérieur. » Il y a dans cette phrase l'expression 
parfaite de sa féminité, de sa passivité. Symbole de pureté 
également, car l'érection de son corps représente la lutte 
contre la sexualité. C'est le symbole de la grandeur de la soli- 
tude. Un- narcissisme .aussi puissant ne peut trouver de satis- 
faction dans l'acte hétérosexuel, I/autoérotisme le met â 
l'abri de toutes les craintes/ il satisfait le surinoi comme le 
soi, c'est un refuge que le malade cultive. Tout son être y 
est adapté. Robert ne peut pas le sacrifier, c'est pourquoi au 
lieu d*y renoncer pour- prendre une attitude hétérosexuelle, 
il essaie dans ses rapports avec sa femme d'adapter son auto- 
érotisme à l'acte. Pendant le coït, il pense à ses pieds. Il les 
joint pour parfaire son symbole d'une verge en érection, il 
garde et intensifie son attitude narcissique, ce qui ne l'amène 
à aucun succès auprès de son épouse. 

Une autre conséquence de cet autoérotisme, c'est son désir 
de rester enfant. « J'avais peur de devenir adulte. J'aimais 
que Ton me prenne pour un homme encore jeune, » 



IV. — LA RATIONALISATION DES CONFLITS 



De même que l'autoérotisme de Robert nous est apparu 
. comme un compromis entre ses tendances erotiques et ses ten- 
dances auto-punitives, de même la profession de T.., est un 
compromis entre. les mêmes valeurs, Vers 18 ans, notre ma- 
lade a eu l'impression qu'il irait en enfer s'il ne vouait pas son 
existence aux missions. Partir pour les pays exotiques, c'était 
donner libre cours à ces tendances de voyeur, c'était surtout 
la possibilité de satisfaire son fétichisme des pieds ; c'était 
aussi s'éloigner de son père. Par ailleurs, c'était engager sa 
vie dans une voie religieuse qui allait lui interdire la libre 
expansion de ses pulsions erotiques, c'était consacrer sa vie 
â Dieu, c'est-à-dire prendre une attitude passive vis-à-vis du 
père. Cette passivité, Robert la reconnaît lui-même* « C'est 



■— 



670 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



curieux », avant 16 ans et plus tard je ne me suis pas révolté. 
Mon frère, au contraire, à partir de l'âge de 14 ans, s'est dé- 
fendu et a interdit à mon père de le battre. » 

Aller en pays exotiques, c'était protester contre les com- 
plications de la civilisation, contre les habits qui empêchent 
qu'on voie le corps des gens. On lui avait caché ce qu'était 
la sexualité, il voulait obliger les gens à dévoiler leur sexe, 
Mais aller en pays exotiques, c'était aussi aller au devant des 
difficultés, au devant de certaines privations 3 c'était s'endur- 
cir, contre la vie, accepter la vie pénible, en un mot se sou- 
mettre aux exigences du surmoi. « La civilisation c'est aussi 
la mère, les tricots et les flanelles qu'elles me mettait dessus 
quand j'étais enfant. » Partir en mission, c'est protester con- 
tre sa mère, symbole des complications de notre civilisation. 
C'était elle aussi qui lui enveloppait toujours les pieds. 

Le fétichisme du pied était lié à une idée sadique. Il s'agis- 
sait de les traîner dans la boue, de les souiller, de les couper. 
Partir en mission, c'était apporter de l'amour à ceux envers 
qui l'inconscient développait des pulsions agressives. C'était 
une façon de neutraliser le sadisme. 

C'était encore faire tomber l'anxiété qui, à cette date, s ' ex- 
primait par la crainte du péché. Le sentiment inconscient de 
culpabilité, éveillé par toutes les pulsions refoulées, parve- 
nait dans le conscient sous la forme vague d'avoir péché. Par- 
tir pour les champs de la mission, c'était souffrir pour la 
rémission des fautes. 

Etre missionnaire, c'était encore acquérir l'auréole du mar- 
tyr, ce qui n'était point pour déplaire au narcissisme de Ro- 
bert, Il dit eu effet : <( Quand je fais une bonne action > j'y 
réfléchis beaucoup trop. J'en suis trop conscient ; je m'ad- 
mire. » 

À côté de tous ces motifs inconscients, .il faut reconnaître 
que T + *, a une nature généreuse et que ridée consciente de 
faire du bien à autrui n'a pas été entièrement étrangère à sa 
détermination. Aller en mission, c'était encore réaliser un 
désir d'enfance* « Nous avions chez nous, dit Robert, de 
vieilles assiettes. Sur l'une d'elle il v avait une servante avec 
des pieds nus et je me disais : quand je serai grand, j'irai 
dans un pays où il y a de telles servantes, » 



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FRAGMENTS D* ANALYSE » J UN PERVERS SEXUEL 67I 



Un autre motif de rationalisation pourrait se trouver dans 
*cette formule : « Il faut mortifier la vie inférieure pour que 
la vie supérieure se développe. » C'est le thème de l'ascétisme.. 
Celui-ci a eu une première phase vers 14 ans avec cette idée 
prédominante d'aguerrir les pieds au froid > de se priver d'ha- 
bits à un endroit particulièrement sensible. La mère de Robert 
avait en effet toujours peur qu'il ne prenne froid par les pieds 
et les emmaillotait avec beaucoup de soin. Mais endurcir les 
pieds était un symbole d'endurcir la verge (les pieds étaient 
■alors depuis longtemps déjà des symboles phalliques). Décou- 
vrir les pieds eut pour résultat une éjaculation. Il y avait 
aussi derrière la rationalisation de 1 endurcissement la satis- 
faction de pulsions exhibitionnistes. Les parents de Robert 
lui interdisaient de montrer sa verge ou ses pieds nus. Un 
jour Robert me dit : a Le squelette est un produit de castra- 
tion, mais l'enlèvement des habits est déjà une première 
castration. » 

■ 

Exposer les pieds nus, c'est donc accepter une castration 
-qui permet le plaisir de Pexhibitkm et la jouissance de Téja- 
♦culation. Ce mécanisme est tout à fait, analogue à celui de 
V orgasme dans la pièce droite, 

Dans cette première phase, Robert s^est identifié à son 
père, qui était sévère envers lui-même, comme il Tétait pour 
ses enfants. 

A cette période en a succédé une aufre, entre 1 S et 20 ans, 
où T.,. se montre très féminin. Il s'identifie à sa mère, qu'il 
trouve la plus belle femme du monde. Il laisse pousser ses 
-cheveux, aimant qu'on admire son corps, se plaignant devant 
V effort à accomplir, C'est ainsi qu'à deux reprises il se met 
à pleurer à Pécole de recrues. 

Plus tard il reviendra à l'attitude première, cultivera l'ef- 
'fort et s'imposera de nouveau des privations! Sous l'influence 
des ouvrages de Crighton Miller, il essaie de développer sa 
virilité. Il exagérera une virilité morale, avec le but de de- 
venir supérieur à son père et prendra en même temps, au point 
de vue sexuel, une attitude passive féminine, 

Dans cette période d' L ascétisrne il professe un grand mépris 
pour tout ce qui est faible, féminin, peu courageux. L'attitude 
plaignante de sa mère l'exaspère ; au lieu de prendre son parti 



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672 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



contre son père qui ne lui dit jamais un riiot de tendresse et 
la traite rudement, il prend le parti de son père et se raidit. 
.toujours plus contre sa sensibilité. 

Il n'est pas inutile d'apporter ici une de ses impressions. 
concernant s^s parents : t< Mon père était dans son cabinet de 
travail } il n'avait l'air de rien, puis sortait tout à coup, parce- 
que nous faisions du bruit. Il nous frappait, il avait les yeux 
furibonds et un crâne chauve qui nous faisait peur. Mère avait 
une tendresse enveloppante, elle était toute douceur. C'est 
curieux je ne puis plus m 'entendre avec elle et je m'entends* 
bien avec mon père, » 

« La tête du monstre, c'est celle de mon père, c'est la 
mienne. Elle remplace la virilité par une sorte de colère. Mou 
père a en six enfants. Il a bien mené sa famille et pourtant il 
ne me donne pas l'inipi'ession de virilité. Il aurait eu rudement 
besoin d'une analyse. Il est ligoté. C'est un aigle en cage. II 
est timide, il a peur d'exprimer ses, émotions. Il est très éner- 
gique, » 

La sublimation du complexe anal dans sa phase de réten- 
tion se marque par une série d'habitudes et de traits de carac- 
tère. Tout d'abord ce besoin de repousser la jouissance à plus: 
tard, de ne pas chercher directement la satisfaction sexuelle^ 
mais de sV opposer aussi longtemps qu'il peut, nous semble 
directement apparenté aux tendances anales. Pour confirmer 
ce point de vue, nous pourrions aussi ajouter cette remarque . 
de Robert : « Jai toujours considéré mon sperme coin me quel- 
que chose de précieux et j'ai souvent été triste d'eu perdre 
dans un autre but que celui de la procréation. Quand j'avais^ 
des pollutions, je me disais : il ne me restera rien pour plus 
tard », Robert avait du reste l'habitude de s'amuser à retenir 
son urine. Il ne se souvient pas avoir eu les mêmes désirs 
pour ses selles, mais il a des constipations chroniques. Le rêve 
fréquent dans lequel il perd ses bagages' nous renseigne à ce- 
sujet. Sur un autre plan, nous constatons que T.,. met tout 
sur fiches. Il n'est pas particulièrement économe, mais il est 
avare de son temps. Il a peur de le perdre, il attache une impor- 
tance démesurée à sa pensée, à tous les produits de sa pensée, 
Il est un grand admirateur du taylorisme et a voulu taylo- 
riser toute sa vie intellectuelle. Il a aussi été avide d'absorber 



FRAGMENTS D J ANALYSE D'UN PERVERS SEXUEL 673-, 



intellectuellement, Quand il. fait un discours, il est malheu- 
reux s'il ne peut pas dire ce qu'il voulait, Au point de vue 
de sa mémoire, il veut tout garder, tout retenir, Cette réten- 
tion se manifeste par d'autre actes. « Je déteste écrire, la pro- 
. duction littéraire ou la correspondance. Dans la lettre il faut 
donner sans recevoir immédiatement. Il faut penser unique- 
ment â l'autre. Souvent au lieu de faire quelque chose pour 
quelqu'un je prie pour lui. Je trouve cela plus simple, n 

C'est encore à la période anale qu'il faut rattacher les. 
réactions de « Schadenfreude » qu'il a eues dans son enfance et 
vers 16 ans, périodes qui surgisssent encore par moments, A 
ces époques , il devient colère , casse tout, donne des coups de- 
pieds aux meubles, crie des jurons, a besoin de blasphémer, 
fait des plaisanteries dégoûtantes sur la Bible- « C'est, dit-il, 
un idéal de réaction, de sauvagerie, un idéal sadique, » Ces^ 
périodes contrastaient avec l'idéal de douceur qu'il avait dans. 
les périodes féminines, « Il y a le ciel et l'enfer en moi. Je les. 
aime tous les deux. Ils ont leurs qualités l'un et l'autre. Il y* 
a d'un côté l'humanité qui manque de virilité, de l'autre la 
virilité qui manque d'humanité. Le christianisme doit être^ 
une, syn thèse supérieure, )> 

u Dans mes révoltes, il y à une vengeance contre ma mère 
et contre mon père. Contre ma mère à cause de son aristocra- 
tie, de sa civilisation, de ses souliers trop petits qui la bles- 
sent, contre mon père, contre toute sa mômerie. J'éprouve le 
besoin d'être plus viril que lui. » 

De même que Robert avait beaucoup de fantaisies de cas- 
tration, il avait la passion des mathématiques- Lui-même rap- 
proche les deux activités en disant que « les chiffres sont des^ 
symboles dépourvus de réalités.» 

« De 16 à 3S ans, je me suis éreinté à calculer des choses, 
idiotes qui n'avaient aucun sens, ça me rendait malade et pro- 
voquait en moi une telle tension que je finissais par avoir une 
éjaculation, » 

Une fois de plus, nous trouvons ce mécanisme que la cas-, 
tration provoque : Téjaculation, 

« Du reste, ajoute X-"*, mes représentations sexuelles ten- 
dent à prendre des figures géométriques, Les nombres 6 et 2< 



**—WN^^^^^^^^^^^^^^^^^^^*^^^^^^^^^^^^^^^^^ 



•674 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



jouent un grand rôle. J'ai aussi une grande préoccupation de 
■S3 T métrie. Tous mes dessins sont symétriques, n 

« Ce goût de l'abstrait, je le retrouve dans mou manque 
d'inclination pour la poésie. Dans mes compositions, j'étais 
'aussi incapable de décrire. Je n'avais de goût que pour ce qui 
était abstrait. Mon père était pire que moi dans cette direc- 
tion, )> 

La tendance que Robert semble avoir le plus fortement ra- 
tionalisée, c'est son narcissisme. Toute son attitude morale et 
religieuse en est pénétrée. Il en est conscient lui même lors- 
que, par exemple, il nous dit ; « La religion est pour moi une 
culture de l'individu, plus qu'une consécration 'à autrui, n 
u Dans mon stoïcisme il a dû y avoir un élément de narcis- 
sime immense. » . 

L'Idéal de T... était de devenir un surhomme, un isolé, 
incompris, attirant la pitié par cette incompréhension même. 
I] voulait devenir plus fort moralement, mais s'inquiétait peu 
-de s'adapter à la réalité ou à autrui. Il y avait dans cette ten- 
dance une identification à son père* 

« Mon père, dit-il, était seul contre ma mère et ses six 
enfants. La grandeur solitaire que j'ai admirée chez lui s'est 
transmise à moi jusque dans la sphère sexuelle. J'ai considéré 
-que cette servitude que nous imposait mon père était un idéal. 
Avoir un chef au point de vue moral, c'est le plus grand bon- 
heur. Comme enfant, j'ai certainement cherché à ne pas res- 
sembler à mon père et à le combattre par les armes de ma 
'mère. Ensuite j'ai cherché à éliminer ce qu'il y avait de fémi- 
nin en moi pour combattre (dépasser) mon père par ses propres 
Qualités. J'ai cherché à me forcer, à devenir une personnalité 
toujours plus puissante. Chez mon père, j'ai admiré ce qui 
'était tendu, sa lutte contre lui-même, son désir de tuer la 
chair. » 

J'ai été aussi très narciste dans mon travail de la pensée. 
J'ai eu une sorte de délire philosophique. J'avais une termi- 
nologie métaphysique à moi et je n'éprouvais aucune envie 
de la faire partager à autrui. Toutes les parties essentielles 
de cette métaphysique étaient des truismes que je cherchais à 
•exprimer dans un langage nouveau. », 



FRAGMENTS d'aKALYSE D J Utt PERVERS SEXUEL 



675 



V, 



DE QUELQUES REVERIES EVEILLEES 
AU COURS DE L'ANALYSE 



Pendant toute la période qui a précédé les dessins du mons- 
tre et encore pendant quelque temps après, Robert avait des 
sortes d'hallucinations visuelles ou fantasmes qui se dérou- 
laient devant ses yeux. J'en ai noté un grand nombre, mais 
comme elles datent de la première partie de l'analyse^ elles 
n'ont pas été interprétées à fond. Je n'ai pas non plus l'inten- 
tion de les accompagner d'un commentaire qui nous enrtaî- 
lierait trop loin et nous obligerait à des redites. Pour le lec- 
teur qui nous a suivi jusqu'ici leur sens sera assez évident., 
L'angoisse de castration qui n'était point encore soulagée 
■semble dominer ces scènes barbares et, comme' pour compenser 
<:ette angoisse, Robert voit se dresser partout des symboles 
phalliques qui lui affirment sa puissance. 

Voici quelques exemples des ces rêvasseries ; 

« Je vois un pied nu, à son extrémité il y a comme un poing 
■qui veut s'ouvrir, ce poing devient une fleur. Il y a mainte- 
nant une immense colonne blanche qui s'élève comme la 
«colonne d'un temple. Temple grec, une pelouse, des filles 
qui y dansent. Ciel bleu, bains du' lac. Je vois les organes 
génitaux d'un garçon derrière son caleçon. Us sont en érec- 
tion. Il en sort un oiseau qui chante. Tout autour des corbeaux 
noirs qui volent et croassent. Us ont le bec jaune. Ce sont des 
merles. Je vois maintenant une pierre tombale, elle se soulève j 
il en sort une main qui s'ouvre, ça me rappelle Pierre l'ébou- 
riffé. » 

« Je vois des têtes sans corps reliées par des cordons ombi- 
licaux. Les cordons se cassent (1). Je vois maintenant un cœur 
rouge. Le taureau voit rouge* Le bout de la verge est ronge; 
Il faut entrer, faire un trou à toute force. Je vois une femme 
les jambes écartées, les jambes vont me prendre, me serrer. 
Je vois le vagin , devant, un ange qui m'empêche de passer (2), 

(1) Dans une autre rêverie, T, a dît que ces têtes étaient « les doigts de 
pieds que Pou avait coupés V 

(2Ï Un autre jour il ait : « L'ange devant le vagin c'est le*: Tu ne dois 
pas faire cela, tu ne dois pas entrer. Avant mon mariage, je ne pensais pas 
«que je serais impuissant. L'ange est une idée très ancienne. C'est elle qui a 



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KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Le trou me dégoûte. Je vois le dessous du pied, il me répugne 
aussi. Il y a un serpent là qui se confond par instant avec 
la tête d'ange (pénis de la mère). J'ai froid aux pieds... » 

« Je vois un jet d'eau qui se divise en deux à son extrémité. 
Tour noire avec une dame prisonnière au haut de la tout. Un 
chevalier s'était condamné à rester sa vie durant au haut d'une 
tour, pour expier une faute (i). Une tête avec des yeux caves,, 
point de nez, tête de syphilitique. Idée de mettre ma verge dans 
ce trou. C'est horrible ! Le trou grandit. Il y tombe une pluie 
d'or blanchâtre qui sort d'une urne recourbée, comme une 
verge non érigée. Pluie d'or, le soleil qui entre par la fenêtre. 
C'est si simple d'aimer. Un bébé, un couteau avec la lame 
dirigée en haut. Il v a un œil noir au milieu de la lame, de 
petites étincelles autour.,, Je vois un sac lumineux:, comme un 
testicule y il y en a deux maintenant. >i 

« Je vois âes tibias décharnés au-dessous des genoux. Les 
tibias sont croisés devant une tête de mort. Ces jambes sont 
décharnées, peut-être pour attirer mon attention sur le milieu 
du corps. Ces tibias .battent sur une peau de tambour qui nie 
fait penser à la plante du pied ou au vagin. » 

« Je vois les cinq doigts de la main et le pouce qui s'écarte 
des autres, digitus infamis. La main fait des mouvements, 
mais le pouce reste raide et garde toujours la même direction. 
La verge en érection. La tour de Pise. Je pense au parapluie 
que l'on ouvre avec toutes ses baleines. Je vois une fleur qui 
s'ouvre et se ferme qui produit une succion,, vagin, cordon 



1a privation. La privation a conduit à la nudité. La nudité a per- 
issue à la sexualité, * L'ancienneté de l'image de l'ange montre 



amené à 

mis une issue à la sexualité, * L'ancienneté de l'image^ de l'ange 
bieu que Robert avait dans ses fantaisies une idée du coït, bien qu'il igno- 
rât consciemment comment Pacte sexuel s accomplissait. 

(i) Quelques jours plus tard il ajoute : « La tour noire devait être le 
prépuce et la femme le gland. J'avais le désir d*aller délivrer cette femme, 
mais satis passer par l 'escalier, avec une échelle de corde à l'extérieur. Je 
la vois maintenant regarder par la fenêtre; elle soupire après le prince 
charmant qui viendra la délivrer. Le prince c'est moi ; la tour noire, un 
symbole phallique. Elle est noire parce qu'elle est triste, elle n'est pas dé- 
goûtante. Il y a le regret d'être isolée. C'est un symbole hermaphrodite. Tl 
faut que ie projette la femme au dehors, » Belle image de sa sexualité en- 
chaînée dans son narcissisme. Un mois plus tard il revient sur ce sym- 
bole, n La tour a tendance à tomber et à se casser parce que lorsque j'arrive 
en haut je suis trop lourd pour la tour. C'est une image d'éjaculation. 
Quand on a délivré la daine, la tour s'effondre. Coït du^ chien qui se dresse 
sur les deux pattes de derrière. En héraldique aussi les animaux sont 
debout, n 



^■#1 



'FRAGMENTS D' ANALYSE D^ÛN PERVERS SEXUEL .- 677 \ 



•ombilical,' bébé qui tette.- Idée du sein, qui entre dans la 
bouche, du nez qui entre dans le sein- Trompe d'éléphant» le 
bout de la trompe suce aussi. J'ai dû avoir peur d'un éléphant- 
Un éléphant peut se verser de l'eau dessus. Je vois un jet 
d'eau qui se divise, je pense à un individu qui s'est masturbé 
jusqu'à se fendre la verge en deux. Je pense à une pieuvre 
-avec plusieurs bras. Anémone de mer. Une main qui sort du 
tombeau, main de singe! Idée d'avoir les organes génitaux: 
attrapés. Des camarades m'avaient pris ainsi et m -avaient 
demandé : Faut-il te châtrer ? Idée d'être chatouillé sous 
les pieds/ Ils me semble qu'une toute petite main au bout 
; d J une longue perche» cela me ferait peur. Une main là où on 
ne s'y attend pas ! C'est comme s'il y avait une grenouille au 
bout d'un manche à balai. Il y a toujours cette idée de multi- 
plicité, de quelque chose qui vous enveloppe, de visqueux, de 
«doux. Je pense à une jeune fille qui avait la main moite, ça 
m'était très désagréable,^ J'ai toujours l'idée que les doigts 
ou les orteils doivent s'allonger» devenir des serpents qui 
grouillent... Cette main qui s'ouvre et se ferme doit s'accro- 
cher au nez (i). » 

i< Les mains qui s'ouvrent et se ferment doivent représenter 
le corps de la femme. La main qui se ferme est liée à une cer- 
taine crainte. Il y a l'idée de l'amour qui vous prend, qui 
vous tenaille,.. Je répugne à l'idée d'être enfermé par les 
jambes de ma femme. » 

« «„Je vois le monstre coupé en deux. Les tronçons essaient 
-d'envelopper mes pieds. Cette demi-bouche sanglante s'ap- 
plique contre mes lèvres. Il faut que je mange cette papette 
sanglante* Le monstre m'embrasse et me serre contre lui. Il 

(1) Ce dernier fantasme me paraît très important au point de vue de 
l 'onanisme refoulé. Robert ne se masturbe jamais avec les mains, parce que 
'ses parents lui ont interdit de se toucher la verge. La relation main-pénis 
est doue tabou; l'enfreindre c'est être menacé de la castration, T. ue.se 
souvient pas que ses parents l'aient directement menacé de castration, 
mais son père lui disait souvent ; Si tu continues à sucer ton pouce, on te 
le coupera. Le pouce, àigitus mfamis, la menace de la castration était tou- 
jours là. C'est peut-être le Heu de parler de la représentation que Robert se 
fait du chiffre cinq, 11 le voit comme sur mi dé : - : Les deux points d'en 
bas représentent la bouche armée de dents. Le malade ajoute lui-même : 
peur de me faire couper la verge. La inaiu s3 T rabolisée par la fleur, la poulpe, 
l'étoile de mer, etc., est analogue au vagin. Organe ^d'absorption qui 
menace de castration. 



■ ï 



Hto^taw 



678 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



devient un squelette, Mon nez est pris dans le trou du nez dix 
squelette, L'os est coupant. Je pense à mon père, à son crâne,. 
à sa barbe. Il est comme le corps du monstre. Il n'y a plus que 
la tête de mon père et une queue de serpent. Il danse sur sa_ 
queue. Je pensé à ma toupie qui me faisait peur quand elle 
tombait après avoir tourné--. Je vois souvent une bête dont 
on a coupé la tête, le corps court affolé et vient se coller contre- 
ma bouche ou mes organes. C'est, toujours la partie coupée qui 
se colle contre moi. C'est de la matière vivante désordonnée 
comme une verge en érection. » 

« Comme enfant, j'avais la fantaisie de deux têtes pour un 
corps. Chacune des têtes voulait accaparer le corps. Ciseaux: 
qui viennent me couper la verge et je crois aussi les. jambes, 
tout ce qui dépasse. Il n'y a plus que le tronc qui reste. II. 
s'envole et vient s'appliquer contre moi. Ma verge entre dans 
]'A tête qui est toute molle. Une fois entrée, il y a un apaise- 
ment. Avant j'ai de V angoisse. Il faut donc entrer dans quel- 
que chose de sanguinolent. Ça me fait penser à la toupie > la 
pointe s'use, idée de masturbation,., » 

« Je vois un tourbillon > puis un bâton qui se dresse, monte 
et descend. Le -tourbillon donne une cavité. J J ai l'idée qu'il 
faut y introduire ma verge, mais je sais qu'elle rencontrera 
une autre pointe qui lui fera mai, qui la pourfendra. La femme 
devrait avoir cet organe. Cette femme et moi serions si liés, 
que nous formerions un monstre. Les corps se pénétreraient* 
Il faudrait nous séparer avec un coup d'épêe. Je vois la fente 
entre les fesses. Petits pains qu'on coupe en deux. Il faut les 
manger, ce qu'il y a de plus horrible Le loup qui a croqué le 
chaperon. rouge. Sa langue rouge. Il flaire. Le chien veut lui 
lécher le derrière. Le loup me mord aux organes génitaux et 
les emporte, les organes tombent et se tordent. Je vois un loup 
brodé sur un corset. Puis ma grand 'mère. Raie au milieu du 
crâne. Femme grognon. Je la vois morte dans son cercueil. Ces, 
mâchoires vont comme un cylindre, Ciseaux qui coupent ma 
main. » 

^ « Je vois un tigre qui tend la patte sans effort. Il a l'air 
bien sage. Ça devient un morse avec deux défenses, puis un 
lion avec une gentille grosse patte qui tombe Image de repos 
de grosses bêtes. Le lion devient une terre cuite, ne peut plus. 



\\ 



.<= n 



FRAGMEKTS ■ D'ANALYSE D^K PEEVERS SEXUE:. 



67*9. 



bouger. La terre cuite pourrait sauter et un animal plus- vi- 
vant en sortir. Je vois une tortue qui forme un hexagone régu- 
lier, puis une croix noire avec cinq points lumineux, un cru- 
cifix. Un serpent entoure la poutre principale. Maintenant 
c'est un crocodile qui se retourne. Il ouvre la bouche, on lui. 
passe du foin à travers, il ne le mange pas. Ça devient un balai 
qui nettoie tranquillement (1). 

Quoique les images deviennent en général- moins mena- 
çantes, la peur de castration n'est pas entièrement tombée. 
Voici des. fantaisies datant d'après, les dessins qui en font.. 

foi... • • ■ ■ ' 

« Un hippopotame, me prend la verge, la recrache et vomit, 
dessus pour la souiller. Je la ramasse et me la revisse. C'est, 
comme au jeu d'échec où l'on revisse le cavaler sur son 
cheval. » 

« Je vois un soleil noir, c'est une bête qui tourne, qui essaie- 
de me regarder sans y parvenir . Ça devient un homme qui fait, 
la pièce droite. Il a les yeux noirs. Les- membres sont en érec- . 
tions, mais ils sont incomplets. Il s'avance vers moi sur la 
tête et les bras. Ce n'est pas ma verge qui est en danger, ce 
sont mes pieds, La bouche de l'homme va les manger. Ses 
jambes s'écartent, je mets ma verge entre elles. Il la serre à 
peine. »- ■ 

' «' Je vois une main dont les doigts s'allongent. Pour finir 
il y a deux mains qui se fendent, puis il il 'y a plus que deux 
bras qui perdent leur chair. Je vois le radius et le cubitus. 
Deux yeux regardent à travers. Les os disparaissent. ïl pousse 
des tentacules aux. yeux. Tout disparaît, il ne reste qu'uiie 
touffe de poils, comme ceux du pubis d'une femme. Je vois, 
une perruque égyptienne avec des cheveux coupés très nette- 
ment. Il n'y a pas de tête dessous. Ça me rappelle la forme de 
crâne d'un éléphant et le tapis qui le recouvre. Çâ répond à 
l'idée que le vagin est- un moulage du membre viril. A ce 

- 

(r) Cette rêverie date de quelques jours après les dessins du monstre* Ï1 T 
semble qu'il se soit produit un apaisement de l'angoisse de castration. Le 
tigre et le lion ne sont plus directement menaçants ; ils n'ont pas la patte 
levée. Le crocodile de son côté ne mange pas la botte de foin qu J on met 
dans sa bouche. Le même jour il dit à propos des têtes reliées par un cor* 
don ombilical : a Ces orteils sont gentils, comme ïe rouge-gorge qui a le 
cou tout rentré dans le corps. a 



" I - — 



ritarti 



^680 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



moulage s'attache la- crainte du vide. Je vois une pince qui se 
transforme en deux jambes qui encerclent une bouche de 
•chacal. Cette bouche s'allonge et va arriver à l'intersection 
des jambes. Puis la langue sort et lèche l'intersection-. 
Elle se transforme en un piston, puis en deux, puis ce sont 
deux mains qui se frottent Tune contre l'autre avec la verge 
•entre deux. L'idée que chez; la femme la verge se fend et se 
divise en deux seins. J'ai désiré avoir des seins bien déve- 
loppés. 

« Ces jours je vois beaucoup de fleurs avec la tête en bas. 
Peut-être sont-elles" des symboles de la verge non érigée. Ce- 
pendant la verge ne pompe pas du liquide, comme la pieuvre, 
la trompe d'éléphant, la fleur. Tout cela n'est pas uniquement 
'masculin. Ce sont des suçoirs, Même les serpents qui veulent 
me manger ne sont pas tellement des symboles masculins. Les 
Naïas ne sont-elles pas féminines ? Mes serpents sont tou- 
jours immenses > très beaux. Je crois qu'ils sont des sj^mboles 
féminins, ' Ils représentent ce qui enveloppe. Je vois deux 
mâchoires écartées et j'ai peur qu'elles me mordent, » 

« La trompe d'éléphant peut sucer, elle peut entourer et 
'être droite. Il y a là une idée hermaphrodite, La trompe me 
fait toujours penser à l'gnus. L'anus n'est pas exempt de 
succion pour moi puisqu'on m'a donné des lavements où- il 
fallait retenir l'eau, retenir le tuvau* A la fin de la défêca- 
tion, il v a également l'idée de succion au moment où le 
■sphincter se resserre. Tout ceci se rapproche du pied qui est 
ïiussi un symbole hermaphrodite (i). » 



VI. — QUELQUES CONSIDERATIONS 

SUR LA TECHNIQUE 

Le cas de Robert est la première analyse que j'ai entreprise. 
7e manquais d'expérience et ce fut surtout une cure cathar- 
tique, dans laquelle les explications génétiques ont joué un 
rôle secondaire- Le malade est parti de l'analyse avant que 

(t) Nous voyons bien ici l 'ambivalence de Robert que nous avons rattachée 
'à la double menace de castration, et à la double identification avec les pa- 
'reiits. Cette ambivalence a été 3a cause de la régression anale. 



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FRAGMENTS ï/ ANALYSE D'UN PERVERS SEXUEL 



68 1 



j'interprète le matériel du point de vue du traumatisme pri- 
mitif (coït des parents surpris). Il en résulte qu'il n*a pas 
retiré tout le bien qu'il aurait pu de cette cure. J'ai interprété 
surtout ses réactions de transfert. Jusqu'aux dessins du 
monstre, Robert s'est montré très confiant, il avait pris une 
attitude féminine à mon égard y étalant son matériel psychique 
avec une certaine complaisance pour me faire plaisir et pour 
satisfaire son narcissisme. Plus tard, l'agressivité refoulée 
contre le père est sortie contre moi, A ce moment, Robert se 
plaignait de ce que je -lui impose une vie féminine, sans lutte, 

« Vous m'imposez une vie veule, c'est le plus grand grief 
que j'ai contre vous, Il y a un désir ardent de me battre avec 
vous et comme cela n'est pas possible, j'aimerais me battre 
sur le terrain des idées. Moi j'ai besoin de tension, vous me 
parlez de libération, je m'en fiche pas mal ; ce que je cherche, 
c'est un maître, » 

Le malade a lâché l'analyse au moment où il transférait 
l'agressivité contre la mère. Je suppose que la jalousie de 
voir naître d'autres enfants a joué un rôle ici, mais tout ce 
problème n'est pas rentré dans le conscient du malade* 

Nous n'avions pas pu analyser les rêveries du début, car 
lorsque T,,. voulait associer, il était entraîné vers de nou- 
velles fantaisies et non vers des événements de. sa vie. Nous 
comptions reprendre avec lui l'interprétation de ces rêveries 
lorsqu'il a en son hémoptisie qui a déterminé son départ pour 
la montagne. 

Après trois ans, le malade est guéri de sa tuberculose, Il 
travaille activement dans une profession où il peut rendre des 
services au point de vue social ; il n'est pas retourné en mis^ 
sion. Il n'est pas arrivé à avoir d'éjaculations avec sa femme, 
mais tous ses conflits sexuels sont subjectivement moins in- 
tenses, Le malade reste toutefois ambivalent à l'égard de 
l'analyse qu'il n'a pas encore voulu reprendre. 



VII, — RÉSUMÉ ET DIAGNOSTIC 



Nous pensons qu'il y a deux avantages à publier les asso- 
ciations d'un malade, le premier est que le lecteur peut se 

HEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 5 



--^^^~ 






6^2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



rendre compte que l'interprétation de l'analj'Ste ne se fait pas 
t( en l'air », le second est que Ton offre un matériel de contrple, 
qui peut servir de base à une discussion vraiment scientifique, 
c'est-à-dire reposant sur les faits. Par contre, là publication 
des associations a l'inconvénient de rendre les communications, 
plus longues, plus ennuyeuses et il ressort une idée moins, 
nette de la structure et de la djmamique du cas, 

C'est pourquoi, quitte à faire des répétitions, nous tenons, 
avant de poser le problème du diagnostic, à résume** les lignes . 
générales de la structure de cette névrose. 

A la période du complexe d'CEdipe positif, s'installe un con- 
flit, retrouvé par déduction et non par défoulement. Ce conflit, 
semble engendré par la vue d'un coït des parents* L'enfant 
Tinter prête comme un acte sadique' du père vis-à-vis de la , 
mère. Le traumatisme renforce Tœdipe positif, mais eu accen- 
tuant surtout l'élément agressif contre le père. Robert a des 
fantaisies nettes où il veut châtrer son père. Par ailleurs, celui- 
ci inspire de la crainte à l'enfant à cause de sa sévérité et T\.. 
retourne contre lui-même ses tendances agressives. Il entre 
dans une phase négative de l'œdipe et prend à l'égard de son 
père une attitude passive féminine. Comme beaucoup d'antres 
enfants, notre malade s'imagine que sa mère a un pénis. Il 
voudrait le lui enlever, lutter contre. Ce sadisme est également 
refoulé et retourné -contre le malade. Il s'exprime par des 
fantasmes d 'auto-castration. De ces premiers conflits il résulte 
une forte ambivalence à l'égard des deux parents. 

Les organes génitaux, centres actifs de, cette lutte sadique, 
deviennent tabou . Robert transfère ses fantaisies du monstre 
d'une part, sur le fétichisme des pieds d'autre part. 

On note en même temps une régression au stade anal. Le 
malade développera fortement son narcissisme, mais les ten- 
dances hétérosexuelles ne se manifesteront plus. Etant de- 
venu psychiquement hermaphrodite, Robert n'aura pas besoin 
de sortir de lui-même pour mettre à l'épreuve son agressivité 
masculine ou sa passivité féminine. 

La forte composante ^sadomasochiste qui s'est installée en 
lui fait que dans chacune de ses jnanifestations erotiques il 
satisfait à la fois ses désirs libidinaux et ses. besoins auto-pu- 
nitifs. S'il enfonce un caillou dans la plante de son pied, il a 



■— ■ 



'FRAGMENTS D'ANALYSE D j UN PEEV1ÎRS SEXUEL 



68 3 



-L 



à la fois la joie sadique de la pénétration et le plaisir maso- 
chiste de la douleur ressentie. 

A Pépoque de la puberté, l'attention est reportée sur les 
organes génitaux. Le conflit de l'onanisme s'éveille, La jouis- 
sance du pénis, étant celle qui éveille la plus forte culpabilité , 
l'effort de Robert va porter sur la désérialisation de cette 
région. S'il veut se servir directement de sa verge (onanisme 
par la main ou coït), Péjaculation ne se produira pas, parce 
que P angoisse de la punition (castration) est trop forte. 

Pour arriver â la jouissance génitale (éjaculation) T.,.. aura 
trois moyens à sa disposition : i° faire la pièce droite; 2 pren- 
dre la position du Bouddha ; 3 découvrir ses pieds. 

L Faire la pièce droite 

■ 

Robert se met debout sur la tête, au bout de quelques 
secondes se produit Péjaculation, sans qu'il ait besoin de tou- 
cher sa verge. Avant d'arriver à cette position extrême, T.., 
arrivait au même résultat simplement en s 'étendant de tout 
son long sur le plancher et en se raidissant. contre sa sexua- 
lité.. Le mécanisme d'un tel acte est un compromis entre la 
pulsion erotique de masturbation et la force inhibitrice du sur- 
moi qui veut éviter Pérotisme. Le résultat est que la verge est 
anesthésiée et que P éjaculation se produit sans réel plaisir. La 
libido s'est soustraite du membre viril pour investir le reste 
du corps qui prend alors la position de la verge en érection. 
, La plante du pied homologuée au gland dans de nombreuses 
fantaisies vient se placer en Pair. Le corps entier est tendu 
comme la verge. 

Le point de départ est un désir sensuel, celui-ci déclenche 
de suite une énorme réaction du sur moi, qui se raidit avec an- 
goisse, contre* la sexualité. Cette tension est érotisée secon- 
dairement pour apaiser P angoisse. 

n! Prendre la position du Bouddha 

Robert se met dans une position de détente complète^ étant 
assis, et après un moment j P éjaculation se produit sans qu'il 
y ait érection de la verge. 

Vojrant que la tension du corps était inapte à arrêter Péja- 



m— — — ^^^^i^*M»^»^^^^^^^^^-^ 



6S4 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



culation, T.., essaie la détente. Là aussi la verge est désexua- 
lisée au profit de l'ensemble du corps, car le mécanisme reste 
le même, avec cette différence que nous pourrions rapprocher 
ce second mode de satisfaction d 'une régression anale puisque 
le malade prend une position de défécation et que par de nom- 
breux fantasmes nous savons qu'il a érotisé cette fonction. 

3. DÉCOUVRIR SES PIEDS 

■ 

- Robert expose ses pieds pour, s'endurcir contre le froid et 
au bout d'un- instant Téjaculation se produit. Ici la désexuali- 
sation de la verge ne se produit pas aux dépens d'un investis- 
sement libidinal de tout le corps, mais des pieds seulement, 

Le mécanisme se passe comme suit- T*.. sent poindre un 
désir sexuel {excitation génitale). Il se dit qu'il se laisse aller 
à être douillet, ce que nous pouvons traduire par. « qu'il se 
laisse aller à la jouissance ». Le suraioi impose alors un exer- 
cice de tension contre la jouissance; sortir les pieds pour les 
endurcir. Cette tension est érotisée--et réjaculation se produit. 
L'angoisse existe jusqu'au moment de l'érotisation, nous y 
reviendrons tout à l'heure. 

Remarquons que dans les trois cas, la signification géné- 
rale de l'acte est la suivante. Renonciation à sa masculinité 
pour s'identifier au pénis de sa mère. Nous savons eu effet 
depuis les travaux de Freud sur le fétichisme que le fétiche 
est un symbole du pénis de la mère auquel le malade a cru 
pendant le cours de son enfance. Nous avons vu que chez Ro- 
bert le pied avait bien cette signification. D'autre part nous 
savons qu'il considère que la verge est un organe féminin* 
Lorsque son corps symbolisé un pénis en érection, nous avons 
tout lieu de croire que c'est l'organe de sa mère r aveç. lequel il 
s'identifie. Tout se passe donc comme s'il se disait, « Je ne 
puis accepter la jouissance que si je renonce à ma masculinité 
pour devenir une femme ». Les formules de ce genre sont 
constantes dans les névroses, Alexander les a bien mises en 
lumière. Pour rie pas encourir les remords et les punitions 
du surmoi, l'individu se punit à l'avance. 

Cette identification nous met sur la voie du désir infantile 
de l'enfant. S'identifier au père pour pouvoir prendre le pénis 



H«M 



FRAGMENTS n' ANALYSE D'UN PERVERS SEXUJIL 



68s 



de la mère, Ne pouvant atteindre son objet, Robert s'identifie 
à lui. Il fait le sacrifice de sa masculinité et de sa propre verge 
pour posséder Pobjet de ses désirs, 

L impuissance a des motifs multiples que nous avons étu- 
diés en partie. Nous ne reviendrons que brièvement Sur ce su- 
iet« I/auto-érotisme de Robert l'amène â une identification 
maternelle, dès lors il ne peut se montrer viril envers sa 
femme. Celle-ci est du -reste une déception parce qu'elle ne 
possède pas l'organe convoité depuis l'enfance. 

Enfin la peur de la castration, paralyse Robert. Les satis- 
factions auto-érotiqués de notre malade comportent une accep- 
tation d'émasculatiom Elles n'en- sont pas moins une fuite 
devant la menace de castration, L'acceptation de cette puni* 
tion trahit justement la peur 'que cette punition lui soit infli- 
gée comme rançon de l'acte défendu/ Si Robert refoule le trau- 
matisme initial/ c'est aussi sous l'empire de cette même an- 
goisse. La crainte qui s'attache à toute satisfaction sexuelle 
découle de cette menace entrevue dans l'enfance-, c'est pour-' 
quoi Robert ne peut jamais assouvir ses pulsions erotiques ,- 
mais seulement érotiser secondairement les forces iiihibitri- 
ces. C'est pour cela aussi qu'il ne peut accomplir l'acte sexuel 
normal qui représenterait- une jouissance primaire. 

Nous n'avons pas épuisé par là la description symptomato- 
logique du cas. Nous -ne reviendrons pas non plus sur le nar- 
cissisme et sur les traits de caractère de là phase anale que 
nous avons décrits plus haut. Nous voudrions seulement ajou- 
ter quelques considérations sur l'anxiété latente de notre ma- 
lade. Cette anxiété se reconnaît d'abord dans la mobilité des 
symptômes qui montrent que ceux-ci n'arrivent pas à fixer 
toute l'énergie psychique anxieuse* 

Les conflits se cristallisent tantôt dans les fantaisies du 
monstre ou de là tortue, tantôt dans le fétichisme des pieds, 
tantôt dans l 'emblème phallique représenté par le corps en 
érection ou en position de détente extrême. Ceci montre bien 
qu'aucun d'eux n'est entièrement satisfaisant, que Robert est 
constamment obligé de recourir à de nouveaux moyens de 
fuite, Cette même instabilité se retrouvé dans le choix des 
professions. Avant d'être missionnaire, T./. a été instituteur. 
Maintenant il vient d J embrasser une nouvelle profession et 



■■. 



— 



6S6 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

■ - ■ - - - ^— ^— ^ — ■ _.* 

déjà il se fait des scrupules de ne pas pouvoir remplir assez 
bien ses devoirs sociaux par cette carrière, 

La même inquiétude se traduit dans son attitude morale. Il 
est toujours insatisfait de lui-même, cherche de nouveaux 
principes auxquels s'adapter, plus qu'il ne cherche à s'adapter 
à la réalité elle-même. 

Après ce résumé, il sera plus facile d'aborder le problème 
du diagnostic, 

A bien des égards on pourrait se demander si Robert n'est 
pas un schizophrène. Ses rêveries qui sont presque des hallu- 
cinations dissociées, la facilité avec laquelle le conscient ac- 
cepte r introduction des idées refoulées, le s3^mbolisme cultivé 
si intensément, une certaine indifférence à l'égard de son im- 
puissance, la régression jusqu'aux fantasmes prénataux sont 
des symptômes qui nous obligent à discuter cette hypothèse. 
Notons d'abord que T.,. présente à côté de cela des traits de 
caractère qui ne sont pas schizophréniques. Il s'adapte bien à 
la réalité, en dehors du plan sexuel, il acquiert encore de nou- 
velles connaissances, il est pratique dans la vie de tous les 
jours, La vie affective n*a pas disparu en lui, il a des senti- 
ments familiaux et sociaux assez vifs. Déduction faite des per- 
sonnes qui éveillent en lui des conflits inconscients, il n'y a 
pas discordance entre ses sentiments et ses actes. Les rêveries 
hallucinatoires ont diminué au cours de l'analvse, le besoin 
de symbolisa tion également. Quant à l'indifférence à l'égard 
de l'impuissance, elle s'explique largement par le profit se- 
condaire que le malade en retire. Si donc nous écartons la 
schizophrénie, le diagnostic le plus vraisemblable nous paraît 
être une perversion. Freud appelle une perversion l'envers 
d'une névrose, par où il entend que la névrose est une perver- 
sion refoulée. 

, Cette formule semble claire et définitive et pourtant elle de- 
mande à être précisée. La perversion est une pulsion qui ap- 
paraît sans être déguisée dans le conscient, elle est une issue 
de dégagement pour la sexualité normale refoulée. Elle est gé- 
néralement précédée d'angoisse et accompagnée de jouissance. 

Le problème qui se pose alors est de savoir si les caractères 
que nous venons d'attribuer aux perversions sont bien patho- 



FRAGMENTS D'ANALYSE d'ÛN PERVERS SEXUEL 6S7 



iguomoniques ou si nous les .retrouvons dans d'autres symp- 
tômes. 

Si nous comparons la perversion avec un symptôme de con- 
version hystérique > par exemple y quelles différences remar- 
quons-nous ? Prenons le cas d'une jeune fille qui rougit. Le 
but du symptôme est de se faire remarquer. C'est un compro- 
mis entre une pulsion exhibitionniste et le besoin d 'autopuni- 
tion. Le symptôme me s'accompagne pas de jouissance , mais 
plutôt' de déplaisir. La pulsion ne peut pas se manifester telle 
■quelle, elle est arrêtée par lé surmoi et elle s'extériorise sous 
forme d'un compromis insatisfaisant pour le soi. Ici nous 
vo3^ons bien la différence entre le symptôme de conversion hys- 
térique et la perversion (la pulsion est déformée et ne s'accom- 
pagne pas de jouissance). En est-il de même de tous les sym- 
ptômes hystériques ? Si nous -pensons aux tremblements, hy- 
per ou liypoesthésies , céphalées, contractures, etc., oui. Il est 
un symptôme cependant qui semble faire exception. C'est la 
■crise en arc de cercle, Celle-ci est une pulsion primaire (forme 
d'onanisme) qui pénètre directement dans le champ de la 
-conscience et qui s'accompagne certainement aussi de jouis- 
sance. 

Faudrait-il soustraire ce symptôme de l'hystérie, bien que 
longtemps il ait été considéré comme pathognomon ique de 
■cette affection ? Il faudrait aussi se demander pourquoi la crise 
se rencontre souvent avec d'autres symptômes hystériques. 
Y aurait-il mélange de perversion et d'hystérie ? A toutes ces 
questions Ton peut répondre que la grande crise s'accompagne 
généralement d'inconscience. Elle n'est par conséquent pas 
P irruption d'une pulsion primaire dans le champ de la cons- 
cience. 

-, Mais si l'on tient compté de cette remarque, nV aurait-il 
pas lieu de ranger dans, l'hystérie beaucoup de perversions ? 
On sait en effet que Pexhibitioniste perd souvent conscience 
au moment où il commet son acte. Dans ce cas, est-il encore 
nti pervers ? Et sinon, dans quel cadre nosologique faut-il le 
■classer ? 

Nous ne voulons pas répondre à toutes ces questions aujour- 
d'hui. Nous voulions seulement les poser dans un double but : 
1) pour montrer que le problème des perversions n'est ni si 



^ — ÉÉ^^^^^^^^^W^^^^^^^^^^— 



688 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



simple ni si résolu qu'il en a Pair ; 2) pour constater la parenté- 
étroite qu'il peut y avoir entre certaines manifestations hys- 
tériques et certaines manifestations perverses. 

Avant de revenir au diagnostic du cas de Robert, nous vou- 
drions encore examiner les mécanismes d\niamiques de la né- 
vrose obsessionnelle pour les confronter avec ceux de la per- 
version . 

Àlexander a bien mis en lumière ce fait que le travail de la, 
névrose d'angoise consistait à trouver un équilibre entre des. 
tendances Ijypermorales et des tendances asociales qui se com- 
battent dans P individu* De là ce mélange d- impulsions, d'idées- 
et d'automatismes obsédants. 

Les désirs antisociaux peuvent pénétrer non déguisés dans, 
le conscient, parce qu'en acceptant à l'avance une punition 3 le 
moi corrompt le surmoi qui laisse alors passer la pulsion inter- 
dite. Il se passe un mécanisme analogue à 1* annulation rétro- 
active avec cette différence que la punition anéantît à l'avance 
la culpabilité. Je propose d'appeler ce mécanisme annulation 
anticipée. 

Les mêmes processus psychiques jouent dans la perversion, 
comme Àlexander Pa bien montré à propos d'un cas de ma- 
sochisme, {Ps3^choanah^se der Gesamtpersonnlichkeit). Pour 
que la pulsion primaire puisse se manifester sans être refoulée,. 
il faut que Pindividu s'inflige une punition de compensation 
qui servira d'expiation. Dans le masochisme, il y a souvent, 
une simple érotisation de la punition, Dans la plupart des per- 
versions nous assistons à une intrication des pulsions extrême- 
ment complexe. 

S'il v a des mécanismes communs à la névrose obsession- 

*-■ - ■ 

nelle et à la perversion, les symptômes eux-mêmes sont bien 
différents et tandis que la première s'accompagne de jouis- 
sance, les symptômes névrotiques s'accompagnent de déplaisir 
(exception laite du masochisme secçndaire qui peut s'y gref- 
ter) . 

En ce qui concerne Robert, le fait que la pièce droite ré- 
pond à un acte volontaire et qu'il est accompagné de jouissance 
nous permet d'écarter le diagnostic d'hystérie. 

Le fait aussi qu'il s'agit d^un fond mental très narcissique- 
et non d'une névrose de transfert nous éloigne de Phvstérie.. 



X 



FRAGMENTS D'ANALYSE-. D J t?N--PEKVESS' SËXUEi, 



689 



Le manque de dissociation entre les pulsions erotiques et les 
pulsions punitives nous fait aussi écarter le, diagnostic cPune 
névrose obsessionnelle. 

Robert est atteint d'une perversion qui sert à fixer l'énergie 
latente d'une hystérie d'angoisse; La succession des symptô- 
mes et des tabous nous montre que toute l'anxiété n'est pas 
entièrement fixée par les symptômes de la perversion, mais 
elle est cependant suffisamment compensée pour permettre à 
T_.; de mener, sexualité à part, une vie assez bien adaptée â 
la réalité* ""■:-.; 

Nous ' voici au terme de ce long exposé ; nous nous rendons 
compte que l'analyse du cas n'ayant pas été achevée,- il est 
resté beaucoup d'imperfections dans ce travail. Nous croyons 
cependant que la richesse de ce matériel et la rareté de ces 
symptômes méritaient une publication. 



\ 



L'Argent et les Névrosés - II partie 



Par Ch. Odiee (i) 



INTRODUCTION 



Dans la première partie de ce travail (2) dont la matière 
«était essentiellement clinique, nous avons exposé en détail les 
^mptômes, les fantaisies, ou les actes d'un malade qui se 
rapportaient à l' argent. Et comme ce malade avait été ana- 
lysé, nous avons pu mettre en relief les complexes ou les 
pulsions inconscientes qui entraient en jeu vis-à-vis de cette 
question si importante pour les obsédés qu'est la question 
pécuniaire. Le cas de Julien en effet nous offrait une bonne 
occasion de dégager le sjnnbolisme général de l'argent — 
lequel d'ailleurs au niveau de l'inconscient se confond plus 
ou moins avec le symbolisme de l'or ou de toute matière pré- 
cieuse — et d'en montrer le mécanisme et le but. Ce but 011 
l'a vu consistait dans le déguisement de désirs refoulés de 
nature erotique et perverse. C'est là une première fonction 
de l'argent découverte par Freud et dénommée a fonction sym- 
bolique »* Elle est donc en elle-même de caractère psychique 
-et d'origine libidinale. .En d'autres termes, elle ne répond 
uniquement qu'à une valeur individuelle et subjective. 

En second lieu, nous avons aussi fait allusion à des méca- 
nismes différents qui dépassaient la portée uniquement nar- 
cissique des premiers. Ceux-ci en se dégageant, dans une 

fi) Mémoire parvenu à la Rédaction le 4 février 1930, 
(2) Voir cette Revue. Toine TT, N* 4, 192S, 



I 

I ■ 



^H^^ 



1/ argent et les névrosés 691 



certaine mesure, des exigences libidinales infantiles pures ac- 
quéraient, une nouvelle valeur/ valeur objective et sociale à 
la fois en ce sens qu'ils impliquaient rétablissement d'un rap- 
port réel entre l'individu et la société, une prise en considé- 
ration par le premier des institutions ou des coutumes de la 
seconde. Ils rentraient alors dans le cadre de ces mécanismes 
qui, après avoir subi une sorte de désexualisation, méritent le 
nom de sublimation. 

Toute sublimation, on le sait, implique rentrée en 'jeu 
d'une destination, et si possible d'une utilisation sociale ou 
éthique d'une pulsion donnée; c'est-à-dire d'une énergie, pri- 
mitivement au service du principe de plaisir. Cette adapta- 
tion secondaire et lente au principe de réalité sous-entend 
donc « un renoncement » que bien des névrosés ne parvien- 
nent pas à réaliser ou qu'ils ne réalisent qu'imparfaitement en 
y introduisant toutes sortes de réserves inadéquates. Ces ré- 
serves nous les retrouvons aussi , quoique moins évidentes et 
moins grossières, chez beaucoup de simples nerveux. C'est 
pourquoi ils forment un champ si propice à l'observation des 
réactions humaines vis-à-vis de 1* argent. En effet ils met- 
tent en vive lumière, et nous en facilitent ainsi l'étude psycho- 
logique, les manières si diverses dont les individus cherchent 
et parviennent plus ou moins bien à adapter leurs tendances 
conscientes ou inconscientes à cette grave nécessité sociale 
qu'est la question pécuniaire, 

. Nous étions enfin arrivés à la conclusion qu'il importait de 
-distinguer deux choses : la matière même de l'argent d'une 
part, sa valeur abstraite de l'autre : soit l'objet concret et 
l'objet social, ce dernier comportant une valeur d'échange 
uniquement fictive. Et nous avons noté que si l'inconscient 
reconnaît et utilise le premier, il méconnaît et n'intègre pas 
le second. Sous cette forme absolue cette thèse n'était pour- 
tant pas tout à fait exacte, ou plutôt elle exigeait certaines 
précisions que nous allons indiquer maintenant. 

Quand nous disions que l'inconscient n'a aucune apercep- 
s ion de cette valeur abstraite ou sociale, nous avions en vue 
sa couche la plus profonde et la plus primitive, c'est-à-dire 
le « Soi ?>. Cette partie est comme on sait très érotisée et très 
impersonnelle. C'est le réservoir des pulsions. Mais il est 



' 



6g2 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSÉ 



certain que d'autres parties de l'inconscient, plus évoluées: 
celles-ci et en contact plus étroit avec le moi, avec le monde- 
extérieur par conséquent, sont aptes à réaliser cette apercep- 
tion et la réalisent d'autant plus qu'elles sont plus rappro- 
chées évolutive ment et fou e tion nellement du moi. 

■ 

Or nous connaissons précisément une partie du moi qui est; 
inconsciente quoique en rapport dynamique constant avec lui; 
c'est le surmoi. Une autre fonction rentrant dans ce même- 
ordre d'idées serait encore la partie inconsciente de V Idéal 
du moi. 

Kt nous observons assez .souvent, surtout chez des indivi- 
dus normaux, que ces deux fonctions sont à même d'introduire- 
dans certains -rêves ou fantaisies des données pécuniaires de- 
valeur abstraite ou qui traduisent des perceptions de rapports- 
précis ; par exemple rapport de grandeurs existant entre des: 
soi mues différentes. Il s'agit donc bien d'un jugement de va- 
leur rationnel. Ces rapports prennent alors dans le rêve un 
sens social ou moral que le moi perçoit immédiatement comme 
tel dès qu'on le lui révèle au moyen de l'interprétation analy- 
tique , c'est-à-dire que les sommes ou les chiffres en question, 
qui font partie du rêve manifeste, sont utilisées par la pensée- 
sous-jacente du rêve pour exprimer toute espèce de sentiments,, 
(désirs, critiques, agressions, protestations, regrets, souhaits y 
etc.) (i). 

L'une des situations psj^chiques les plus favorables à l'ex- 
pression de ces sentiments de même qu'à l'accentuation de leur 

(i) Parmi le nombre immense de perceptions, impressions, ou souvenirs, 
enregistrés par l'esprit au cours de l'expérience quotidienne (restes du 
jour) le rêve opère un choix qu'il est impossible de prévoir. Ce choix est. 
strictement limité à un ou deux de ces restes de la journée (ou des jours, 
précédents), Freud a fait remarquer à ce propos qu'une loi psychique devait 
présider à cette élection et il l'a formulée à. peu près ainsi. Le désir de rê- t 
ver prend naissance dans le préconscient* Là, eu raison du relâchement de 
îa censure produit par le sommeil, il va permettre à une pulsion incons- 
ciente (du soi) de s'exprimer et il lui fournira pour cela le matériel pré- 
conscient convenable (Metapsyehologische Erganzungen zur Traumlelire. 
Vierte Folge 191 S, p. 344}* 

L'on voit ainsi que l'élection par le rêve d'une représentation précons- 
ciente est déterminée par sa <* convenance > à un désir inconscient, lequel 
vient ainsi la renforcer, et de ce fait * l'investir » suffisamment pour qu'elle 
s'impose au conscient du donneur, 

C'est là d'ailleurs un problème complexe que nous ne faisons qu'indiquer 
e]] passant, car il n'entre pas dans le cadre de cette étude (voir plus loin), 



■ ■ ■ I 

l'argent et les névrosés " 693 

valeur sociale — ce terme s'appliquait â toute réaction qui 

n*est plus exclusivement individuelle et narcissique — est 

•certes la « situation de transfert », Elle consiste dans î'en- 

■semble des relations étroites qui s'établissent entre le malade 

■et le médecin, entre l'analysé et l'analyste. C'est pourquoi 

nous y avons déjà fait allusion dans la première partie de ce 

"travail, où cependant elles n'ont joué qu'un rôle secondaire, 

étant donné qu'il s'agissait essentiellement.de la description 

d'une grande névrose. 

C'est pourquoi inversement cette valeur sociale de l'argent 
passera au premier plan dans cette seconde partie où nous nous 
-occuperons surtout de réactions humaines et non plus patholo- 
giques, et davantage de gens sains d'esprit ou de petits ner- 
veux que de grands névropathes. Car en tant que sociale elle 
intéresse avant tout le psychisme évolué, autrement dit le Moi. 

Cependant, qu'on ne s'attende pas ici à une étude de la fonc- 
tion sociale de l'argent. C'est là un sujet qui dépasserait notre 
compétence, de même que le cadre de cette Revue. Aussi nous 
limiterons-nous à un point de vue uniquement psychologique , 
et dans ce sens chercherons-nous â jeter quelque lumière, à 
l'aide de la psychanalyse, sur un certain nombre de réactions 
ou de comportements humains choisis un peu au hasard de 
l'observation quotidienne ou de la lecture d'auteurs les plus 
différents. Ces analyses seront donc rapportées surtout au moi 
ou au système du moi (conscient, préconscient, idéal) et acquer- 
ront ainsi une portée générale qui aurait pu légitimer l'inser- 
tion de cette étude « à bâtons rompus » dans la partie appli- 
quée de notre Revue. C'est dire corrélativement que la h part , 
du soi » ou sa participation aux comportements envisagés sera 
réduite à sa plus simple expression. Mous ne la citerons 
^qu'occasionnellement ; ou même suivant le sujet traité, la lais- 
serons-nous de côté. Cependant une telle élusion ne sera pas 
toujours possible ni même désirable. Car d'autres sujets ainsi 
simplifiés seraient devenus obscurs et leur compréhension 
profonde en aurait souffert. Aussi en pareil cas donnerons- 
nous tout de même certaines argumentations concernant le 
soi libidinal et primitif, mais les insérerons-nous en petits 
•caractères. 



— ^^^—^^^■^—^— ^^■^^^ÉMBÉ^ai»^ 



694 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



CHAPITRE PREMIER 



L'Ambivalence pécuniaire 



JSTous entendons par ambivalence une loi > hélas assez géné- 
rale , selon laquelle notre âme est divisée en denx parties qui 
se combattent âprement* Le. plus souvent, le sujet lui-même 
est inconscient de ce combat, ou plus exactement il peut en 
avoir l'intuition ou le sentiment mais sans savoir pourquoi et 
contre quoi, contre quel adversaire, il doit sans cesse lutter, 
Cette loi s'applique à n'importe quel domaine, à celui des sen- 
timents en particulier, où la polarité amour-haine est si fré- 
quente. Mais celui de l'argent est l'un des plus aptes à mettre 
ce dualisme en évidence. Plutôt que le décrire en termes en- 
nuyeux et abstraits, nous préférons l'illustrer d'emblée par 
quelques exemples, ayant tous trait à l'argent suisse, 

La psychanalyse eu effet nous en démontre chaque jour la 
vérité et la profondeur. Et c'est au cours des séances dites. 
« d'honoraires )> — soit de celles qui précèdent, accompagnent 
on suivent la présentation par le médecin de sa note mensuelle 
— qu'elle nous est révélée sous le jour le plus cru et parfois 
ie plus brutal. On rencontre tout de même des gens géné- 
reux, ou encore des personnes dont l'argent ne constitue pas 
l'unique préoccupation > à quelque classe sociale d J ailleurs 
qu'elles puissent appartenir, 

À : Telle cette dame par ex., fort "riche, pour qui l'argent 
ou plutôt sa dépense n'a aucune importance, d'un excellent 
naturel, ayant très bon cœur, une compassion efficace pour les 
pauvres et les malheureux, qui ne mesure en rien ses libéra- . 



^p^^ b ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^H^^^ Hr ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^***fa^^H^^V^PVW^^^^^^^"^^^^^^^P^P^^~^^^^P^^^^^^^^^~^^V^*^^~^^~^^V^ 



1/àRGENT ET LES NÉVROSÉS 695 



Htés ni ses aumônes, que j'ai l'honneur d analyser pour 
certains accès de dépression anxieuse (dont l'une des. princi- . 
pales causes va précisément nous être révélée par l'analyse du 
rêve suivant), qui me. donne 20 francs par séance, qui sait 
d'autre part que je joue du violon et qui m'apporte après la 
remise de ma première note le tout petit niais très significatif 
rêve que voici : Je vous vois jouer du violon mais dans mon 
idée vous êtes un musicien ambulant. 

Comme d'habitude je la prie d'apporter sur ce thème de 
libres associations d'idées. Il lui vient alors immédiatement 
à" l'esprit que, la veille précisément, eHe a donné une aumône 
de 20 sous à un violoneux des rues « aveugle et misérable », Il ; 
est donc clair qu'au moment de ce don généreux elle m'a iden- 
tifié à ce pauvre diable, et qu'au niveau de son inconscient 
s'est formé ensuite le désir <* de ne me donner que 
20 sous au lieu de 20 francs par séance. » Autour de ce désir 
gravitaient en outre quelques autres pensées connexes et peu 
flatteuses. Par ex, « Ce n'est pas des honoraires que vous mé- 
ritez mais bien des aumônes vous n'êtes pas un bon méde- 
cin (violoniste) mais un pauvre diable qui ne doit pas être^ 
bien fort (violoneux). Vous ne comprenez rien à mon cas. 
Vous, un aveugle (sjnnbole de manque absolu de sens psycho- 
logique), comment pouvez-vous lire en moi ?... tout ce que 
vous m'avez dit est faux, inadmissible, etc.. » On voit en effet 
qu'en me rendant aveugle, elle me dérobe ma puissance (i)> 
elle ne veut pas reconnaître, elle n'admet pas que je sois capa- 
ble de la guérir, elle veut donc garder ses tendances refoulées. 
Elle continue d'ailleurs â « m 'honorer » fort mal en ajoutant, 
mais toujours sans s'apercevoir que la remarque s'applique di- 
rectement à moi (elle ne l'a vu qu'ensuite à son extrême con- 
fusion) ; « Et puis il jouait horriblement faux ! » Décidément 
mes précédentes interprétations et révélations ne lui avaient : 
guère plu, Il faut dire. qu'elles avaient trait à des « tendances 
inconscientes de masculinité » que jusqu'ici ma malade avait 
réussi à surcompenser par une attitude consciente toute em- 
preinte de grâce et de condescendance, soit exqursement fémi- 
nine. Mais le conflit n'était pas pour cela résolu, d'où les accès. 

# (1) Puissance de Pliomnie eu même temps que du médecin. Symbole clas- 
sique de castration. 



^■^w 



«696 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

d'angoisse ; d'où d'autre part l'impossibilité où elle est de 
reconnaître la supériorité du médecin, c'est-à-dire au fond de 
n'importe quel homme, 

Son attitude extérieure était aussi toute faite de bonté et 
de générosité. Et j'en avais moi-même bénéficié à 1 J instant 
-où je lui avais fixé mon prix de 20 francs. Car son premier 
mouvement, et il était bien sincère, fut de me faire comprendre 
■discrètement qu'elle ne trouvait pas assez — sachant que la 
-séance durait une heure et comparant ce prix â ceux que 
réclamaient les autres médecins pour une activité fatigante 
de même durée — -, Et pourtant son inconscient, comme le 
prouvera le rêve, avait trouvé que c'était vingt fois trop ! Tel 
est un premier et simple exemple de ce dualisme antithétique 
qui peut, de la façon Ja plus imprévue, dissocier les âmes les 
meilleures. On se rend compte que cette dame avait dû vivre 
■sang le savoir dans un perpétuel conflit qui absorbait une 
.-grande partie de ses énergies psychiques. Car libérale et riche 
comme elle Tétait, force lui était bien de devoir réprimer ou 
de lutter contre ses tendances avaricieuses et protestataires 
inconscientes, excitées en elle par son complexe de mascu- 
linité (castration), D'où finalement ses dépressions. 

B : Un deuxième exemple nbus sera fourni par le rêve sui- 
vant que m'apporta un jouir tui commerçant de 47 ans, souf- 
frant sutout de scrupulismeïX^ 'était en outre un timide, in- 
capable de faire valoir ses dons réels ni d'imposer son autorité. 
Il me payait 10 francs par séance en s 'excusant interminable- 
ment de la modicité de ces honoraires. 

Rêve : Vous manœuvrez en vous donnant beaucoup de peine, 
une espèce de machine compliquée pour me faire une opéra-* 

tion, quelque-chose comme une injection Cette manœuvre 

-ardue doit amener le liquide à un titre voulu ...«. c'est du 

vinaigre. Pour qu'il agisse il doit arriver à 10 degrés 

mais il y a quelque chose qui ne va pas et vous ne parvenez 
pas à lui faire dépasser 5 degrés. 

Traduction : Tout le mal que vous vous donnez pour m 'ana- 
lyser ne vaut pas plus de 5 francs par séance ! 

Si tout à l'heure nous avions sous les yeux une dame sim- 
plement généreuse, il s'agit maintenant, ce qui est bien plus 
fort, d'un scrupuleux, soucieux à l'excès du bien d' autrui. 



■ l Il ■■ ■ 



^ k^ ■ 

l'argent et les névrosés 697 



Ainsi, lui arrivait-il assez souvent de payer deux fois ses 
factures . 

Le rêve, comme le précédent,,, nous donne la clef de ce scru- 
_pulismc conscient* H s'agit là ei\core du même jeu de com- 
pensation. Si son conscient acquitte deux fois une note, c'est 
pour faire pièce à V inconscient, qui , lui, n'en veut payer que 
la moitié. D J où naturellement le doute obsédant de ne l'avoir 
pas encore acquittée et la contrainte réactionnelle (auto-puni- 
tion) de l'acquitter une seconde fois, Le symbolisme du vi- 
naigre en outre démontre que les interprétations dont j'ai 
fait part au malade — c'est-à-dire que je me suis efforcé de 
lui introduire (injecter) dans l'esprit — ne lui sont pas préci- 
sément agréables. Elles blessent trop, en effet, son amour- 
propre et sa conscience (morale). Les analystes, enfin, auront 
remarqué l'action sous-jacente de tendances passives et homo- 
sexuelles , lesquelles expliquaient son inhibition dans la vie 
■et son manque total de courage vis-à-vis des hommes et des 
femmes. Le titre voulu auquel il faut amener le liquide fait 
illusion au transfert, ■ 

C : D'un honnête et même surhonnête commerçant, pas- 
sons maintenant à un intellectuel assez pauvre j d'une intelli- 
gence extraordinairerrient mûrie et développée, étrangère $u 
surplus â toute mesquinerie. N'est-il point allé, pourtant, jus- 
qu'à faire le rêve suivant : .«: Vous êtes avec moi au restaurant* 
Je vous offre une consomvj$iion en me disant qu'ainsi je n'au- 
rais pas besoin de vous payer... » 

L'infantilisme d'une telle « combine » saute aux yeux ! 
D : Clôturons, enfin la série — que nous pourrions indéfini- 
ment allonger — par l'exemple de cet ouvrier qui me donne 
2 francs et qui dans un rêve, « monte au Salève et voit le $en~ 
lier pavé de pièces d J argent. Il en ramasse autant qu'il peut 
•et se sauve vite parce que je V'observe d'une galerie située 
nu-dessus, n 

Ce cas, où il ne s'agit plus seulement de me payer moins, 
très peu, ou pas du tout, mais encore de me prendre mon 
argent, fera transition avec le suivant sur lequel nous nous 
-étendrons' davantage afin de donner au lecteur un aperçu 
moins superficiel du jeu profond de ces tendances, incons- 
cientes que nous nommerons provisoirement avaricieuses* 

. ftF^UE .FRANÇAISE DE ISYCHANALYSE 



1. - — . n 



698 REVUE FRANÇAISE DE PSYCH ANALYSE 



Car nous comptons montrer plus loin qu'en réalité il rie 
s'agit pas, sauf quelques exceptions, de vraie avarice. Et 
ceci est tellement vrai qu'on peut d'ores et déjà poser le pro- 
blème de savoir s'il existe de vrais avares , c'est-à-dire des: 
êtres humains dont ce trait de caractère — qu'il importe dé- 
lie pas confondre avec toute tendance objectivement légitimée 
à réconomie — soit indépendant de tout conflit intérieur et 
ne réponde qu'à une attitude raisonnée et libre d'un esprit 
sain devant les difficultés matérielles de l'existence. Nous, 
pensons pouvoir répondre déjà, par anticipation , que pareil 
type n'existe pas. 

Le dernier cas de ce paragraphe concerne un célibataire de- 
35 ans que nous appellerons Jean et qui va nous révéler Tin- 
croyable degré que peuvent atteindre chez un homme pour- 
tant distingué et fortuné ces mêmes désirs avides qu'un ou- 
vrier vient d 'esquisser dans un petit rêve. S'ils étaient. à la 
rigueur justifiés ou justifiables chez un travailleur malade et 
fatigué, en peine de gagner sa vie et trouvant qu'un médecin 
gagne beaucoup en se donnant moins de mal, ils le sont par- 
contre beaucoup moins de la part d'un garçon qui ne fait rien 
ou pas grand chose, n'a aucune charge de famille et dont les 
parents sont riches ; d'un garçon par conséquent pour lequel 
le gain (ou le vol) est loin d'être une nécessité vitale, Com- 
ment donc expliquer la présence dans son âme de pareils dé- 
sirs, et qui par surcroît jurent à ce point avec sa personna- 
lité consciente? Tout simplement par une grave régression 
infantile, d'où la grave névrose dont il est affecté et dont nous- 
ne mentionnerons, parmi un grand nombre, que les symp- 
tômes se rapportant à notre sujet. 

Le plus intéressant consiste en un impulse incoercible se 
manifestant au cours de fugues ou mieux de « tournées » 
nocturnes. Cet impulse l'oblige à dépenser tout l'argent dont 
il s'est muni, 

En -second lieu cette impulsion est totalement indépendante 
du montant de la somme emportée. Nous entendons par là 
que quelque élevée qu'elle soit — par ex, 500 francs ou davan- 
tage encore — la somme entière doit être à tout prix « liqui^ 
dée » y tout aussi bien que s'il s 'agissait, de quelques francs. 
L'exigence demeure la même : il faut qu'il rentre chez lui les: 



^^^— ^ 



^^p^taM 



\J ARGENT ET LES NÉVROSÉS . 699 

poches complètement vides. C'est là d'ailleurs le but du symp- 
tôme, but imposé au malade par des tendances inconscientes 

dont nous parlerons plus loin. 

Afin de ne pas nous éloigner de la ligne directrice fixée à ce- 
paragraphe et nous bornant à ces quelques indications, nous 
citerons d'emblée un beau « rêve d \honoraires » déclenché par 
le reçu d'une de nos notes bi -mensuelles. 

Rêve : Je me trouve à Byzance, et il ne me reste plus que 
20 francs qui ne me suffisent pas pour rentrer à Genève.*... 
Rien d'étonnant mon père ne m* ayant donné que 200 francs! 
Je vais lui écrire pour qu'il me renvoie de l'argent par retour 
du courrier. Mais je calcule alors que la lettre mettra 3 jours 
pour aller et 3 jours pour revenir, que c'est donc trop tard, que 
je n'aurai plus le temps de le recevoir. — Tant pis — , Je vais 
alors au club Suisse ou je trouve plusieurs jeunes gens et un 
hommie qui porte une cravate -rouge. J'organise ensuite une 
grande fête. Je me sens forcé de les inviter puisqu'ils sont /à... 
C*est ensuite une atmosphère de fête orientale,,, un ciel magni- 
fique, infini; j'éprouve un sentiment de beauté, de sérénité, de 
calme délicieux. 

Associations. Après s'être un peu longuement étendu sur un 
roman de C., M intitulé Bab^done, qu'il a feuilleté la veille et 
sur ce qu'il sait de cet auteur (qui serait homosexuel, s'habille- 
rait de façon bizarre et recherchée avec de grandes écharpes 
de soie etc.), puis sur son habitude de dépenser beaucoup d'ar- 
gent et de faire ainsi des dettes que son père doit ensuite payer 
(dans le rêve il organise une fête et invite beaucoup de monde 
sans avoir d'argent) il en vient finalement au motif des 3 jours, 
non sans résistance, a 3 jours pour aller, 3 jours pour revenir, 

cela fait 6 je pense maintenant qu'il n'y a plus que 6 jours 

d'analyse. » Le traitement en effet devait être interrompu 
pour des raisons extérieures le samedi suivant. Or ce rêve il 
Pa raconté le lundi ; il ne lui restait donc bien que 6 séances: 
d'analyse quand au cours de la nuit précédente il Ta construit. 

u Ce sentiment que vous allez partir, que je vais rester seul 
sans appui m'angoisse beaucoup. Je n'arriverai jamais à dé- 
brouiller nies rêves je crains de retomber dans mes rêveries^ 

et ma passivité, de reprendre mes fugues, etc., n 

Le rêve montre clairement que l'inconscient retourne cette- 



d*. 



700 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

crainte en un souhait inverse, celui de rester passif* Rester à 
Byzance et ne pas revenir à Genève, ville de l'analyse sym- 
bolisant ainsi l'activité et la guérison. La crainte consciente de 
ne pas guérir s'inverse eu la crainte de guérir parce que guérir 
implique le renoncement à la satisfaction de « recevoir sans 
donner* » 

Commentons maintenant ce premier motif pécuniaire ; « Il 

ne me reste plus que 20 francs » 

Il avait commencé son ana]yse avec moi deux ans aupara- 
vant. Mais cette première période de traitement qui dura de 
longs mois^dut être interrompue pour des motifs majeurs com- 
plètement étrangers à la cure elle-même. À cette époque, tou^ 
ohé par sa situation financière soi-disant « désastreuse » , je lui 
avais fait le prix de 5 francs par séance. Ce n'est que plus tard 
que je pus remarquer l'exagération avec laquelle il avait été 
induit par ses complexes erotiques anaux à forcer alors les 
tons sombres du tableau de sa situation financière* Les ana- 
lystes à ce propos devraient toujours se méfier un peu des obsé- 
dés et des caractères anaux, Il n'en- reste pas moins qu'objec- 
tivement c'était un homme parfaitement honnête et délicat, 
comme il est de règle en pareil cas. Cela nous fait penser à cet 
aphorisme qu'une longue pratique analytique a dès longtemps 
suggéré à Freud : « Il y a deux domaines dans lesquels il faut 
toujours s'attendre à ce qu'un honnêtre homme ne soit pas 
sincère : P amour et l'argent. >i 

Il convient pourtant de reconnaître qu'à Pépoque en ques- 
tion, il avait pas mal de dettes et qu'en outre il gagnait fort 
peu. C'étaient là deux conséquences directes de ses complexes 
morbides inconscients. Il se contentait d'une petite place d'em- 
ployé subalterne alors que son intelligence et ses dons remar- 
quables le destinaient â une situation très supérieure. 

Victime complète de ses pulsions passives et homosexuelles,, 
il ne tentait rien pour améliorer sa situation et tranquillement, 
tout en se dédommageant par des fantaisies stériles de gran- 
deur et de richesse, « se laissait faire et laissait aller, » Or si 
la première cure analytique qu'il entreprit en dépit de fortes 
résistances (souffrant alors d'une inhibition de l'activité et de 
fortes dépressions) n'eut pas de résultats psychiques appré- 
ciables, elle le détermina tout de même â chercher à augmenter 



.- * 



MMaM 



i/argent et les névkohés 7ot 



^^^^"^¥- 



son gain et ses revenus et lui permit d'y arriver de façon satis- 
faisante. En d'antres termes cette première analyse partielle 
resta sans influence sur ses dépressions mais améliora beau- 
coup son caractère et les réactions du moi- 

Aussi quand il reprit, deux ans plus tard, son traitement in- 
terrompu, je lui demandais 15 francs par séance tout en lui 
faisant observer que ce prix équivalait à un 'rabais, mon prix 
usuel étant de 20 francs. Au cours de cette seconde période de 
cure> dont les tendances anales constituèrent le thème princi- 
pal ainsi que le centre de la résistance inconsciente, de forts 
sentiments de culpabilité se firent jour, peu à peu à propos de 
ce rabais de 5 francs. Et tandis que son moi conscient éprouvait 
une honte croissante à ne me payer que 15 francs et tendait 
même à vouloir surenchérir sur le tarif -normal en m 'offrant 
25 francs et parfois même davantage, dans V in scon scient par 
contre les choses se passaient d'une manière exactement in- 
verse. Sur ce plan éminemment narcissique et féminin, le soi 
exigeait non seulement d'être soigné (nourri et aimé) pour 
rien mais plus encore d'être payé, de recevoir au lieu de donner 
^t cela dans des situations d'identification soit avec des prosti- 
tuées soit avec des souteneurs (en termes analytiques, des si- 
tuations anales féminines passives.) 

Abordons à présent ce second motif pécuniaire : . « ... Mou 
père ne m* ayant donné que 200 francs !... » A quoi donc se 
rapporte cette dprnière somme > dix fois plus grande que le 
prix de la séance ? 

Lors de la dernière échéance bi -mensuelle, je n'avais pas eu 
le temps de faire mes notes ; et comme Jean ne manqua pas de 
nie réclamer la sienne (grâce à ses sentiments de culpabilité) 
je le priai de faire le compte des séances et de calculer lui- 
même la somme qu'il me devait. Ce n'était pas difficile car 
cela faisait 12 séajices, donc 1S0 francs d'honoraires* Et pour- 
tant il réussit à se tromper, et à la suite de-çet « acte manqué » 
m'apporta 200. francs. Il en avait donc compté une de trop (i). 

(1) Rien de plus significatif que la manière dont i\ m'apportait son ar- 
gent. C'était nu vrai <t cérémonial » d'obsédé. Ce jour-là il prenait un air 
grave pour masquer son grand embarras. Mais cette attitude solennelle dis- 
simulait, mal son émotion. Dès le vestibule il mettait la main dans la poche 
Intérieure de son veston où était l'enveloppe fatale, « pour ne pas oublier » ! 
Et ce geste de sûreté, il le fit dès toujours ; doue avant de savoir qu'il avait 



riBP 



702 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Mais à cet « acte manqué » je répondis moi-même par un 
autre. Au lieu d'inscrire sur l'acquit que je lui remis, 180 fi\, 
je marquai 280 francs. Cette augmentation de la somme que 
j'aurais soi-disant reçue répondait certes à mon propre désir 
d'être honoré davantage ; mais je dois dire que ce souhait avait 
été parfaitement conscient, au début de la reprise du traite- 
ment, mais réprimé dans la suite (1). 

Jean dans sou acte manqué me versa donc 20 francs de trop. 
Autrement dit, cette séance supplémentaire qu'il avait comptée 
à tort, il me la paj'ait 20 francs, ce qui correspond au prix du 
tarif normal Cette suppression' du rabais que je lui avais ac- 
cordé traduisit très clairement son remords de me l'avoir ré- 
clamé. Comme d'autre part la somme légalement due était de 
180 francs, je lui rendis 20 francs. Et c'est précisément au 
cours de la nuit suivante qu'il fit le rêve en question- 

Dans ce rêve on s'en souvient, son père lui avait donné 

200 francs pour son voyage. Comme lui-même m'avait, en réa- 
lité apporté 200 francs la veille , on voit que la fantaisie oni- 
rique renverse exactement la situation, Et s'il la renverse ce 

précisément le désir d'oublier de me la remettre. Mais sou surinoi le sa- 
vait I Ensuite il la déposait sur la table comme l'aurait véritablement fait 
un voleur qui aurait rendu à sa victime l'argent volé mais qui en même 
temps aurait voulu le garder. D'où son air si gêné d'une part ; de l'autre 
5 on impression de se délivrer de quelque chose de très lourd et de répu- 
gnant* Cet argent en effet, jamais il n'aurait pu le donner «ànu» sans le 
masquer ni l'enfouir dans une double enveloppe bien fermée. Cette inhibi- 
tion absolue se révéla, dans le cours de l'analyse, comme une réaction con- 
tre des tendances exhibitionnistes anales, fortement inhibées (argent = 
saleté) . 

(1) Dans ]a soirée, eu me reposant, je repensais à mou acte manqué et 
grâce à. une association d'idées je pus déduire qu'il répondait en effet à une 
protestation intime inspirée par un sentiment de justice. Comme ou l'a vu 
déjà, et comme 011 le verra mieux encore, le malade déguisait depuis de 
nombreuses séances son désir anal d'être soigné gratuitement; ou bien de 
me payer 10 fois moins que nous ne l'avions fixé, etc. Ce désir revenait sans 
cesse sous mille formes différentes, A cette exigence injustifiée je répondis 
par le raisonnement suivant, lequel se fit justement valoir dans mon erreur': 
a Vous ne 'voulez pas jne payer les 15 fr. que je vous demande. C'est pour- 
tant bien peu. Savez-vous qu'à moi, pour mon analyse didactique, on m'a 
réclamé 55 fr* î Et pourtant vous êtes beaucoup plus riche que moi. J'ai 
donc le droit de vous demander autant. i> En effet, 2S0 fi\ pour 12 séances 
cela porte le prix de la séance environ à 25 fi\ Ce raisonnement protesta- 
taire avait d'ailleurs effleuré mon esprit quelque temps auparavant mais il 
en était complètement sorti au moment de l'acte manqué, moment particu- 
lièrement bien choisi d'ailleurs par l'inconscient pour faire valoir cette juste 
revendication t 



l'argent et les névrosés ' 703 



n J est que pour exprimer ou mieux satisfaire un désir refoulé : 

"le désir que ce soit" son père qui paie entièrement son analyse. 

Jean ne veut non seulement rien donner mais encore recevoir 

de tous les côtés ; du père (argent) et de l'analyste (traite- 

binent) à la fois. . 

C'est pourquoi ses exigences vont très loin. Si d'une part 
-son père ne lui a donné que 200 francs, ce qui est très insuf- 
■.lisant on le conçoit pour un voyage si lointain (analyse), cette 
avarice se -rapporte au fait que le dit père étant opposé à la 
psychanalyse s'est refusé à la payer à son fils. Mais d'autre 
part ce dit père représentant l'analyste dans le rêve, puisque 
-c'est à moi que Jean a versé les 200 francs, Ton est en droit 
de déduire chez lui le désir d'être payé par son médecin. Tou- 
tefois ici encore se cache un symbolisme. Car cette avidité pécu- 
niaire traduit au fond une appétence instinctive très marquée, 
-Et ces « que 200 francs » signifient alors : « Vous ne me don- 
nez pas assez à manger.,, vous me soignez mal.., vous ne me 
parlez pas suffisamment et me faîtes trop parler , vous ne 
satisfaites pas mes tendances passives.*, car c'est cela que je 
veux et non pas guérir*,. » 

L'on discernera par cette interprétation succinte l'intensité 
^des besoins d J amour et de protection dont souffre Jean. Dans 
ce rêve, comme dans tous les antres, il est toujours celui qui 
reçoit, qui est aimé, qui est protégé (homosexuellement et 
fémininement) jamais celui qui donne ou qui protège; jamais 
lion plus celui qui possède ou gagne de 1* argent mais celui qui 
■ en prend aux autres ; jamais celui qui offre un dîner mais 
«"-celui qui se le fait offrir. Toutes ces fantaisies oniriques par 
contre forment un contraste frappant avec les fantaisies éveil- 
lées (rêveries obsédantes) dans lesquelles il a coutume d'être 
multimillionnaire, d'acheter des séries d'autos de marque tou- 
jours meilleure et plus chère, d'y promener de belles f élûmes 
ou bien d'être maréchal de France ou roi d'Angleterre (autant 
de symboles de puissance et de virilité qui apaisent son idéal 
narcissique). Car ces rôles imaginaires sont plus conformes 
aux aspirations du moi. Ils servent aussi à surcompenser en 
H tant qu'idéal narcissique masculin les fantaisies passives. 0n 
: rencontre couramment dans la pratique psychanalytique pa- 
:reils sujets qui veulent être à la fois « très grands » et « tout 



704 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



petits » (motif de Gulliver). Bébé et roi d'Angleterre, nour- 
risson et Foch, quel contraste éloquent ! 

Nous avons mentionné plus haut une autre réaction qui, 
dénotait déjà ce même jeu de compensation. Elle consistait à 
vouloir me payer à un tarif beaucoup plus élevé que celui 
habituellement appliqué aux gens riches. Dans le rêve c'est 
justement l'inverse : il veut recevoir beaucoup plus que ne- 
lui donne Fanalyste-père et justifie cette exigence ou la ratio- 
nalise par F invention d'un voyage coûteux à Byzance. Là- 
bas après Faller, il ne lui reste que 20 francs pour le retour,. 
Ce chiffre est surdétermiué. 

C'est d'abord le prix qu'il faudrait payer selon ma décla- 
ration antérieure concernant le tarif normal. Le motif <c il nie- 
me reste que 20 francs pour Ife retour » ce qui est évidemment 
très insuffisant, exprime une protestation contre le dit tarif' 
qui est donc considéré par F inconscient comme très exagéré^ 
étant donné que dans le rêve tout est renversé. 

C'est ensuite la somme que je lui ai rendue la veille sur les; 
200 francs qu'il m'avait versés* Ce fait éclaire de nouveaux- 
points. En premier lieu il démontre clairement le transfert du- 
complexe paternel sur F analyste. S'il ne lui reste que 
20 francs, en effet, sur 200 que son père lui a donnés, mais* 
que ces 20 francs c'est eu réalité moi "qui les lui ai donnés, 
cela veut bien dire que c'est moi qui aurait dû lui donner- 
les 200 francs. Nouvelle variation sur un thème connu, puis-- 
qu'en fait c'est lui qui a dû me les donner, ces 200 francs !" 
Le rêve d'ailleurs exprime directement une vive protestation 
contre le père lui-même ou contre son avarice. Jean se plaint 
souvent de celle-ci. L'argent de poche qu'il reçoit est déri- 
soire, et il est toujours à sec dès le 15 du mois, ou même avant, 
bien souvent. Or il se trouvait précisément dans un complet 
dénuement quand je lui ai rendu ces 20 francs, les seuls donc- 
qui lui restassent pour finir le mois. 

En troisième lieu enfin ce chiffre est associé par lui à une- 
certaine dépense égalant, exactement la même somme, Cette- 
dépense spéciale» il lui arrive encore pendant l'analyse et iV 
lui arrivait beaucoup plus fréquemment autrefois de la faire 
au cours de ses vagabondages nocturnes lesquels se terminent 
d'ordinaire chez une prostituée ou une femme inférieure quel- 



^^■^ 



l/ARGENT ET LES NÉVROSÉS 7°^ 



conque. Puis.il y passe la nuit, et lui donne ensuite toujours 
le même salaire : 20. francs. 

Il est ddnc de plus en plus clair maintenant que dans sou 
lève il s'identifie à cette prostituée dans une situation forte- 
ment colorée d'érotisme inconscient. Ou plus exactement il 
se fait femme, se châtre vis-à-vis de moi qui, la veille, lui ai-. 
justement donné 20 francs. Il désire être traité par moi' 
connue lui-même traite ses vénales amies d'un soir. Le. 
caractère homosexuel du rêve est ainsi de plus en plus évident. 

Ceci nous amène à mentionner, parmi un grand nombre 
d'autres, un sjanptôme particulier -qui se rapporte directement 
à notre sujet . Quand Jean le soir part en guerre, il parvient 
toujours à se munir d'une somme assez rondelette, variant de: 
50 à si possible 200 francs ; et comme bien l'on pense, t'est 
son père qui d'une manière ou de Vautre finit régulièrement 
par devoir « casquer », Mais il ne craint pas, comme Julien % 
de les lui emprunter directement ; et ce n'est que lorsque son 
père a de moins en moins « marché » que Jean a de plus en 
plus eu recours à l'emprunt indirect. Dans le rêve, il y à lieu 
de le relever ici, le père lui a justement donné 200 francs. 
Nous voici placés eu face d'un nouveau déterminant libidinal 
du choix de ce chiffre. 

L'on voit ainsi que chez nos deux malades, chez Jean comme 
chez Julien, le motif de l'emprunt revient ps'ychiquement au 
même, bien qu'il soit chez le premier beaucoup moins impul- 
sif, stéréotypé et traumatisant qu'il n'était chez le second. C'est, 
le désir de castration du père traduit par l 'emprunt de sa puis- 
sance (pénis anal)* Rapproché d'autres symptômes, il con- 
courait nettement à démontrer avec eux qu'au fond toute la 
névrose agie et consciente, c'est-â-dire les actes symptonia ti- 
ques et les fantaisies étaient dirigés contre le père ou contre 
son image in trapsy chique haïe et crainte à la fois. Chez les 
deux malades, cette haine et cette peur angoissantes et refou- 
lées ressortaient dans une quantité d '-actes (ou de rêveries 
diurnes ou nocturnes) tendant à déposséder le père, et dont le 
plus typique était précisément cette dépense, cette liquidation 
obligatoire et névropathique de l'argent que d'autre part ils 
lui soustrayaient tout aussi névropathiquement. 

Chez Julien > ou s'en souvient, cette dépense incoercible 



■ M1M1 ■ I I ■!!■ ■ ■ ■■■■ -^M^W^^^^^^^ 



706 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



« 



s'arrêtait automatiquement à un certain point : il "devait gar- 
der 10 francs pour « qu'il puisse se passer quelque chose » 
{rapport sexuel avec une femme du peuple) et cela malgré qu'il 
11e se passât en réalité jamais rien (échecs). Chez Jean, en 
revanche, si d'une part il se passe toujours ou le plus souvent 
quelque chose y d'autre part il se sent absolument forcé de dé- 
penser tout ce qu'il a sur lui jusqu'au dernier centime, Impos- 
sible de rentrer chez lui (il est chez son père) avec le moindre 
argent Et si par hasard il en a de reste à la fin de sa fugue, 
il se rend alors, avant de rentrer, dans un urinoir bien connu 
où il est sûr de rencontrer un individu misérable et suspect 
(fort probablement un inverti qui a fini par prendre i*habi- 
tiide de venir attendre là ce bienfaiteur mystérieux et inconnu) 
pour lui remettre en entier ce solde insupportable. Il peut 
alors > mais alors seulement, entièrement soulagé à tout point 
de vue, aller se coucher. 

An point de vue psychanalytique on peut admettre que le syndrome 
fugal en tant que comportement extérieur et conscient répond à une 
réaction de défense contre les tendances homosexuelles refoulées. 
Mais tandis qu'il cherche à se défendre violemment contre elles, qu'il 
s'efforce de les nier à lui-même, elles ressortent néanmoins sous 
forme déguisée dans les symptômes. Si la dépense incoercible d'ar- 
gent (ainsi que les rapports avec les prostituées) reflète cette protes- 
tation virile impulsive du moi et trahit les tendances sadiques contre 
le père, son analyse n'en démontre pas moins que tout en dépensant 
(et en coïtant) Jean s'identifie sj'stématiquement à tous ceux et à 
toutes celles qu'il inonde de son or. Cet or au fond il le reçoit par 
conséquent au lieu de le donner grâce à cette fantaisie d'identifica- 
tion, ou de projection de ses pulsions féminines. C'est ainsi que 
l'homosexuel terroinal de Turinoir n'est autre que lui-même ou 
qu'une pure image à qui il accorde la satisfaction de ses propres 
désirs inconscients. C'est en outre un être gisant dans la plus, noire 
misère donc un être entièrement châtré (analement). 

On voit donc que la fugue au point de vue psychique s'accomplit 
sur un double plan, qu'elle consiste en un « double jeu i> perpétuel. 
Jeu sadique et masochiste, actif et passif tout à la fois. Dans cette 
.situation ambiguë, c'est au niveau de l'inconscient, qui prend natu- 
rellement le rôle passif, que naissent les fantaisies d'identification 
alors que le moi, c'est-à-dire cette partie de la personnalité qui agit, 
pense, perçoit et sent pendant les fugues, prend le rôle de V objet 
homosexuel. Ou plutôt il le reprend car il s'agit d'un rôle attribue 
à cet objet (père} pendant l'enfance, soit d'une attitude sadique que 



L'ARGENT ET LES NEVROSES /07 



V enfant masochiste eût inconsciemment désiré que le père prît à son 
égard, C'est pourquoi dans ses fugues Jean se fait agresseur. Agres- 
seur anal en « souillant »* les servantes et les miséreux de son argent 
(volé au père), agresseur sadique en infligeant aux prostituées qu'il 
paj^e de mauvais traitements. 

On peut dire que chez lui il s'est passé à peu près ceci. Pendant 
toute sa première enfance et comme enfant unique il s'est fixé d'unie 
façon très forte et exclusive à sa mère. Fixation essentiellement 
orale et narcissique et à but essentiellement passif. Puis à un second 
stade, après le sevrage, il a alors déplacé toutes ces pulsions sur le 
père. De plus lin déplacement physiologique de la libido s'opéra 
' simultanément, celle-ci ayant abondonné la bouche et ses fonctions 
pour se porter sur Tanus et les selles. Le sevrage en outre ayant 
développé un fort sadisme oral (colère, vengeance) celui-ci fut re- 
pris et accentué par T erotique anale (1) et c'est alors que les fèces 
devinrent un instrument agressif, une amie, une sorte de pénis hai- 
neux semant l'Humiliation et la mort. Au cours de cette évolution 
le moi a pris de plus en plus le rôle sadique trouvant en lui une 
sorte de récompense narcissique pseudo-active (pseudo-virile) à l'in- 
suffisance et Tinfériorité qu'entraînent forcément les tendances pas- 
sives, I/inconscient en revanche en a d'autant plus conservé et 
accentué les revendications à la passivité. Bt c'est en grande partie 
à ce fait, soit au fait que Jean jadis est arrivé dans une attitude d*ex- 
trême passivité au complexe d J Œdipe, qu'est dû F échec complet de 
ce dernier. 

Ces situations psychiques à double jeu déclenchées par une action 
quelconque vis-à-vis d'un objet et ^par l'identification constante et 
concomitante à cet objet sont extrêmement fréquentes en psycha- 
nalyse. Si elles semblent confuses et compliquées au premier abord, 
elles deviennent par contre fort d aires et compréhensibles dès que 

l'occasion vous est offerte de les observer et de les analyser. 

1. 

En pleine réaction sadique anale Jean s'identifie par con- 
séquent à ses victimes. En ce qui concerne les féminines, ces 
viles prostituées, on voit que, loin de refléter l'image mater- 
nelle, elles la rabaissent et la défigurent. C'est là un des pins 
grands malheurs que l'échec du complexe cTCE^ipe puisse en- 
traîner (2). 

(j) Nous nous étendrons davantage sur cette vïcariance au chapitre sui- 
vant. 

(2) Les anals T stes ont appris à la connaître sous une forme différente. 
Nous avons en vue cette dissociation bien connue (et sur laquelle nous ne 
pouvons revenir ici) de l'imago sexuelle d*avec l' imago maternelle qui 
s'opère et se manifeste après la puberté et grâce à laquelle l'amour pur s'at- 
tache à )a femme supérieure et idéalisée tandis que la sensualité se fixe sur 
des femmes inférieures ou prostituées. Or sous cette forme, ce mécanisme 



f^^HWH^P^hAri 



708 . REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Et non seulement Tanatyse de ses rêves mais encore celle 
<5e la plupart de ses symptômes, et peut-on dire de toutes ses 
réactions sociales, dé son attitude générale en face de la réalité 
en un mot, démontrèrent cette tendance fondamentale et cons- 
tante à la passivité « réceptrice » ou assimilatriee. Son génie 
fcon sis tait à savoir immédiatement transformer toute situation 
où il aurait pu facilement être actif et productif en une situa- 
tion passive et parasitaire. C'est ainsi qu'il allait dans la vie 
{grâce à son complexe oral ambivalent très marqué) suçant 
ou mordant tour à tour, pour les détruire, tous les seins, tous 
les pénis ou tous leurs substituts s 'offrant à sa voracité, de 
même que toutes les. nourritures, tous les privilèges ou toutes 
les « puissances » d 'autrui. Sa formule — toujours au niveau- 
de la fantaisie car en réalité il était comme Julien très inhibé 
— revenait à peu près à ceci : absorber tout ce qu'on peut par 
tous les orifices possibles. Mais les pulsions tantôt appéti- 
tives (passives) de ce suceur enragé, tantôt destructrices de ce 
canibale imaginatif s'attaquaient naturellement avec prédilec- 
tion aux biens matériels, aux possessions ou â la fortune des 
autres, l'argent ayant été régressive ment investi au stade oral 
d'une valeur nutritive. Et il les dépouillait, dans ses fantai- 
sies, absolument de la même manière dont les comparses de 
ses fugues le dépouillaient lui-même (soi-disant) jusqu'à son 
dernier sou. Le polysymbolisme pécuniaire de toutes ces fan- 
taisies tendant à mettre successivement ou simultanément: 
l'argent en équivalence avec l'organe viril, les produits intes- 
tinaux ou le sein (nourriture) devient ainsi de plus en plus: 
frappant. 

Un trait bien intéressant mérite d'être mentionné. C'est ce 
qu'il nommait lui-même son « coït alcoolique » lequel était 
dominé par un sjanptôme curieux qui ne devint conscient 
qu'au neuvième mois de l'analyse. Il consistait en une réten- 
tion dv sperme. 

Transcrivons ici quelques associations spontanées: «... Vers- 
37 ans j'ai lu le livre de Forel (1) et noté au passage une asser- 

traduit plutôt la persistance d*un fort complexe œdipien* Chez Jean en re- 
vanche il résulte de ] 'échec de ce complexe et trahit une régression massive 
au stade anal. 

(i) Auguste Forel. « La question sexuelle exposée aux adultes cultivés k 
Paris, G. Steinheil, 1906. 



: 



^t^^^^^^m^^^^m^^^^É^^^ 



l'argent et les névrosés 7°9 



tion qui m'a vivement impressionné : c'est que l'absorption 
d'alcool empêche Téjaeulation... D'ailleurs c'est. peu- de temps 
après qu'à commencé mon alcoolisme lequel est allé en aug- 
mentant rapidement (début des fugues vraies). ., » (i), 

<c Aujourd'hui si je prends de l'alcool c'est une garantie que 
je me donne d'avance en cas de sortie et de rencontre possible 
d'une femme,,, à ce moment je pense déjà uniquement à elle 
et pas du tout à moi. Comme ça je suis sûr que je pourrai lui 
donner beaucoup de plaisir sans perdre de liquide séminal. _ » 
■ Il m'a en effet souvent assuré qu'il pouvait faire jouir une 
femme plusieurs fois sans éjaculer. C'est là un talent rare 
étant donné qu'il ne s'agit nullement d'impuissance. Que 
T ivresse et surtout y ivresse pathologique puisse supprimer le 
pouvoir d'éjaculer, c'est possible. Maïs Jean ne va jamais jus- 
que là et demeure toujours parfaitement conscient de ses 
gestes. Aussi pensons-nous, â la suite de l'aiiah^se, que la mo- 
tivation vraie de ce symptôme était de nature psj^chique in- 
consciente et non toxique et organique. En gros, disons qu'elle 
consistait en un déplacement du désir de rétention anale sur 
la fonction génitale. 

te ...Donner son liquide séminal, ajoute-t-il, c'est un trau- 
ma, c'est quelque chose de fâcheux, un malaise insurmontable, 
-c'est pourquoi je peux rester très longtemps en érection sans 
éjaculer... » 

Après ces coïts alcooliques, il était souvent repris par l'ona- 
nisme. Mais ici Téjaculation était facile et des plus agréable. 

(i) L'on voit ici comment la lecture de cet excellent- ouvrage si juste- 
ment réputé produisit pourtant chez un névropathe un effet bien inattendu! 
En effet elle déclaucha une violente dipsomanie malgré que le professeur 
3?orel lût comme on sait l'un des apôtres les plus éloquents de l'absti- 
nence. 

Voici le fameux passade invoqué par notre malade : * ...Dans la narcose 
Alcoolique l*excîtation initiale est très accentuée. Si on examine de près ou 
observe néanmoins dès l 'abord un ralentissement de l'activité sexuelle et 
uri affaiblissement de toutes les irritations sensorielles. Dans le coït, les érec- 
tions se produisent plus lentement ; les sensations voluptueuses sont, ïl est 
vrai, d'une grande intensité subjective mais elles se développent plus len- 
tement et ont plus de peine à produire réjaculation séminale r> (page 299), 

Jean a donc exagéré la portée de ce sage avertissement mais au profit bien 
entendu de ses complexes rétentîonnistes, Autrement dit la grande autorité 
de l'auteur leur fournit une base scientifique inespérée ou si Ton veut le 
prétexte d*une excellente rationalisation- De là le « forelisme'à rebours t 
^qu'il se hâta de mettre en pratique. 



"-- 



710 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSÉ 

Car récoltant son sperme dans le creux de la main et le gar- 
dant pour lui, il ne le donnait alors à personne. 

■ 

Ensuite, ses pensées se reportent à une certaine dame Adèle^ 
sa première victime, qu'il vit plusieurs fois à l'époque du. 
début de T alcoolisme. C'est avec elle que s'instaura le symp- 
tôme rétentionniste en question, et c'est elle aussi qu'il cher- 
cha à « carotter » d'une autre manière. Àj^ant commencé par 
îui donner libéralement 20 francs il baissa son salaire à 
1.5 francs, puis à 10 francs, mais alors en les lui adressant. 
après coup par mandat. Finalement comme elle réclamait, il 
n'osa plus y retourner. 

Chez lui cette singulière aspermie ne s'est jamais manifestée 
qu'à l'égard de « femmes qu'on paie >> , En d'autres occasions 
il lui est souvent arrivé de se borner à leur donner de l'argent 
tout en se refusant sous un prétexte quelconque au rapport 
sexuel. Et bien d'autres comportements anormaux rendraient 
plus évidente encore une interprétation qui nous Test déjà. 
On peut la formuler ainsi: identification constante de la valeur 
du sperme à celle de l'argent, 

t< Cela nie fait penser , continue-t-il, à ma manie des porte- 
monnaie ronds. Jamais je ne m'en achète d'autres. Il faut 
qu'ils soient en cuir mou comme des bourses qu'on peut gon- 
fler d'écus et qu'ils soient relativement petits aussi afin que 
quatre écus suffisent pour les gonfler complètement (donc 
exactement ce qu'il devrait donner aux femmes qu'il « lève »), 
Quand je vais dîner seul au restaurant ce qui me revient en 
général à 6 francs et que j'ai par exemple 3 écus et un billet 
de 20 francs sur moi, je ne paie pourtant jamais avec ces 
écus mais toujours avec le billet. Et je le change justement 
pour avoir des écus. Comme ça en cas de rencontre d'une 
femme, je pourrai ne lui donner que 15 francs. » 

■ 

Il n'est donc content que lorsqu'il peut tirer une petite 
carotte à sa partenaire et l'avoir au rabais, C'est là un trait 
analytique auquel nous comptons consacrer plus loin un 
paragraphe spécial que nous intitulerons « Le complexe du 
petit profit j), mais nous connaissons assez notre homme pour 
deviner déjà son plus profond désir, soit le désir de ne pas^ 
payer du tout. Or c*est précisément ce qu'il fait non pas avec 



L'ARGENT ET LES NÉVROSÉS 71! 



" son argent, car c'est impossible, mais bien avec son /précieux. 
sperme ! 

« ... J'aime ces porté- monnaie remplis d'écus. Ainsi gon- 
flés , j'aime les sentir ballotter an fond de ma poche contre 
mes organes. On appelle ça je crois les bourses... Tiens c'est 
curieux cette synonymie,,, je n'y avais pas pensé... » 

Comme nous lui demandions de préciser ce point, il put 

■ dans ïa suite confirmer maintes fois, s 'appuyant sur de nou- 
velles vérifications, que c'est bien la représentation du con- 
tact intime établi entre le porte- monnaie et le scrotum (testi- 
cules) qui lui procurait ce grand plaisir ; si bien qu'ainsi con- 
fondus l'un avec l'autre, ces deux sacs ballottant n'en for- 
maient dans son esprit plus qu'un seul, et pour tout dire 
qu'une seule et même bourse. Au surplus il n'ignorait pas 
que le sperme était « fabriqué » par les testicules (écus) + 
L'identification Imaginative du sperme avec l'argent est donc 
évidente. D'où la symbolisa tion de l'un par l'autre. 

Que Jean en définitive donnât l'un ou donnât l'autre à quel- 
que objet > cela revenait au même, Dans les deux cas, il s'iden- 
tifiait pareillement à cet objet receveur. 

Nous pouvons maintenant, pour terminer ce paragraphe, complet 
ter en deux mots le sens du rêve de B3'sance dont nous n'avons 
analysé jusqu'ici que le côté pécuniaire. Il s'achevait on s'en sou- 
tient dans l'atmosphère délicieuse d'une fête orientale, fête à laquelle 
Jean conviait des jeunes gens. Mais comme il ne lui restait plus que 
20 francs tout portait à croire que ce furent les invites qni en payè- 
rent les frais ! L'un d'eux portait une cravate rouge. Ce symbole de 
pénis sadique (familier à notre malade) accusait encore l'attitude 
homosexuelle passive on masochiste dans laquelle Jean construisit 
ce rêve. On n'a pas oublié non plus que ce dernier lui fut inspiré par- 
le roman d'un auteur dont il avait entendu dire qu'il était homo- 
sexuel. Quant au titre du livre } Babylone, sans parler dn contenu, 
ii éveille suffisamment l'idée de corruption des mœurs pour qu'il ne- 
soit besoin d'insister davantage. 

Cette fête orientale toute pénétrée de beauté sereine et de calme 
délicieux n'est antre en dernière analyse que la <* fête de l'homo- 
sexualité » ou le triomphe esthétique de la passivité, Et si elle se 
déroule sous un ciel magnifique et si pur, c'est parce qu'enfin les 
nuages sombres de la castration qui rendent si menaçant le ciel de la 
virilité se sont évaporés. 

Méfions-nous par conséquent des rêves dits « artistiques ». Ils. 



m^m^to 



;7I2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

sont si ' souvent, les analystes le savent bien, d'essence -perverse. 
Mais si quelque complexe latent de perversité est à leur source, ils 
■subissent pourtant une élaboration secondaire si prononcée qu'un sen- 
timent de beauté en résulte finalement. Cette émotion esthétique qui 
pénètre à elle seule le contenu manifeste est précisément la caracté T 
ristique de ces rêves. Si plaisante soit-elle, elle n'en est pas moins le 
fruit d*une élaboration secondaire très subtile laquelle trahit ainsi 
«ne forte résistance narcissique / ; 

* 

Résumons en deux mots ces données analytiques plus spé- 
cialement destinées aux psj'ch analystes. Chaque fois que Jean 
donne quelque chose, donne quoi que ce soit (amour ou haine, 
louange ou critique, objets ou cadeaux, et surtout argent) à 
qui que ce soit (hommes ou femmes, soit images paternelles 
-ou maternelles) il se met à la place, dans Tin conscient, de ce- 
lui ou celle à qui i'1 donne, donc de celui ou celle qui reçoit. 
Donner pour lui c'est recevoir. En jargon psychanalytique on 
peut décrire ce phénomène de bien des manières différentes 
suivant les cas auxquels il se rapporte. Ici on dira par exem- 
ple que le malade, grâce au jeu caché de ses complexes passifs 
inconscients, s'identifie régulièrement à son objet ou â sa vie* 
time; ou bien encore qu'au moyeu d'une activité ou d'une 
générosité consciente et apparente, il parvient tour à tour à 
dissimuler (ou à compenser, ou à réagir contre, ou à mainte- 
nir en refoulement, ou à projeter) une tendance latente et 
^constante à la passivité ou si l'on préfère des désirs polymor- 
phes pervers masochistes (homosexuels) que renouvelle Patti- 
tude sadique (active ou sexuelle) du moi chaque fois qu'elle 
tend à se manifester. 

Il est inutile d'insister sur l'intérêt psychologique considé- 
rable offert par ce mécanisme général, de même que sur 1* in té- 
Têt tout spécial qu'il présentera à tous ceux que la question pé- 
cuniaire préoccupe. Ils seront certes frappés par le caractère 
éminemment paradoxal d'une telle générosité devant son exis- 
tence à une foncière avance cachée. Car il est tout aussi permis 
de dire que ce sont les complexes capta tifs et réceptifs incons- 
cients (anaux et oraux) qui déclenchent et renouvellent chaque 
fois qu'ils se réveillent les besoins compensateurs de généro- 
sité et d'oblation. 

Nous espérons par ces , quelques indications avoir montré 



i/argent et- lés névrosés .713 



♦clairement l'ambivalence ou la bisexualité de notre malade; 
Il suffira maintenant d'appliquer ce mécanisme dualiste au 
symptôme de la r< dépense incojgrcible d pour en saisir immé- 
diatement le sens caché. Car, de prime abord ne semblait-il 
pas résider une contradiction entre Je désir de passivité, c'est- 
à-dire de recevoir d'une part ; et de l'autre, cet impulse au 
-cours des fugues à donner tout son argent ?,.Qr l'analyse nous 
révèle au contraire que sous cette contradiction apparente se 
♦dissimule l'action d'un processus économique fort bien calculé. 
": En effet, nous savons maintenant ' qu'en dépensant cet 
argent, Jean s'identifie au père. C'est-à-dire qu'au-fond c'est 
lui-même qu'il ruine, en ruiaiant son père, -c'est soi-même 
«qu'il châtre en châtrant son père. Car il ne peut échapper à 
la loi du talion qui régit l'inconscient. La castration qu'il 
réalise contre le père doit se retourner contre lui. Il doit 
l'accepter. Il doit donc redonner ensuite au lieu de le réser- 
ver pour de nouveaux plaisirs tout ce qui lui reste d'argent 
^punition par autocastration). 

Cette description en outre cadre bien avec les faits clini- 
ques, car Jean ne trouve un vrai soulagement^ n'obtient une 
détente complète que lorsque sa poche est vidée, À ce « mo- 
~ment psychologique » il est enfin délivré de ce dur combat 
pour une fausse masculinité auquel revient sa névrose et sa 
Vie tout entière. Car à ce moment il y a renoncé , la seule mas- 
culinité qui lui reste étant l'argent. Et c'est alors une « fête » 
pour lui comme nous venons de; le voir. Mais à ce moment-là 
-aussi, il a satisfait son « envie agressive », ses pulsions sadi- 
ques. D'où la plénitude 4e la détente. 






Nous croyons avoir réussi â convaincre le lecteur, au moyen 
-de l'interprétation sommaire de quelques rêves dits « d'hono-^ 
Taires », de l'indéniable réalité du dualisme antithétique pécu- 
niaire et notamment de la forme courante, et âpre si souvent> 
qu'il revêt au cours de nos analyses. Celles-ci nous offrent 
-ainsi Tunique moyen de mettre au jour les protestations iné- 
vitables qui se produisent dans toute relation pécuniaire éta- 
blie entre deux êtres humains. Il s'agit donc bien dans les 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE .7 



^^p^ 



714 REVUE FRANÇAISE DB PSYCHANALYSE 



exemples rapportés plus haut de la valeur d'échange de l'ar- 
gent, soit de sa fonction sociale, étant donné que le paiement. 
des honoraires constitue une relation pépunïaire établie entre 
malade et médecin. Mais il n'en reste pas moins que tout à 
l'heure, si nous avons donné quelques coups de bêche dans-, 
les couches superficielles de l'âme pour tenter de mettre à nu 
les racines cachées de ce dualisme antithétique dont souffre- 
l'humanité, il ne nous est pas agréable de devoir insister sur- 
ce défaut. Toutefois nous nous consolerons à. l'idée que les. 
analystes n'en sont pas à une désagréable révélation près* 
Nous entendons donc par dualisme ou ambivalence sociale 
un complexe formé de réactions positives et négatives- Les. 
premières satisfont l'impératif social ïntrojecté dans le moi 
sous forme d'idéal, et nous leurs appliquerons, à la suite de 
Laforgue et Pïclion, le terme excellent et très général de ten- 
dances oblatives (en abrégé « s^^stème n) qui les résume et. 
les définit clairement. Oblation, on le sait, répond à renonce- 
ment, sacrifice, don, cadeau, etc. (1). Les secondes, inverse-- 

(1) Dans un travail plus complet, il conviendrait en fait de dissocier- 
ces quatre valeurs dissemblables en deux groupes, dont l'un comprendrait, 
les deux premières (renoncement! sacrifice) et l'autre les deux dernières 
(don, cadeau). Cette distinction s'impose car les premières répondent pour 
ainsi dire à la forme primaire historique des secondes, Au fond par consé- 
quent tout don demeure un renoncement ou un sacrifice. L'enfant ne 
consent ses premiers sacrifices qu'en échange de l'amour des éducateurs; 
ou bien, autre mécanisme, non réellement oblatif, la peur des châtiments 
l'y contraint. S'il s'élève ensuite peu à peu au * don a ce n'est qu'à Ja 
condition implicite bien qu inconsciente d'être payé de retour, qu'en vue 
d'une compensation morale ou matérielle. 

L'adulte sain plus tard ne serait capable de « donner » au sens absolu: 
du terme qu'au prix d'une séparation d'avec son inconscient primitif, Mais 
dans" la profondeur de l'âme comme nous l'avons vu, les revendications. 
de compensations et d'échange ne seront jamais entièrement étouffées. Lors- 
que les éducateurs ont été introjectés et ont constitué le surmoi, c'est 
pour pouvoir être <c aimé » de leur héritière, la conscience morale, que 
Padulte devient capable d'une oblativité d J apparence plus pure. Freud a 
mis ce point en relief dans sou ouvrage sur « le Moi et le Soi a. Et 
comme Madame Marie Bonaparte me le faisait à si juste titre remarquer 
au cours d'uue conversation, en l'adulte même subsiste une part assez: 
grande de l'attitude infantile ; et les gens « oblatifs & à leur tour comptent 
encore plus ou moins consciemment sur Pamour de leurs semblables en 
échange du bien qu'ils font. Tous ces points sont d'ailleurs traités au cours 
d'une troisième partie de ce travail, à paraître ultérieurement, Si bien 
qu'en définitive, et nous sommes là-dessus entièrement d'accord + avec Ma- 
dame Marie Bonaparte, on en arrive à la conclusion que l 'oblativité pure 
en elle-même n'existe au fond pas. Pour en maintenir le principe, il fau- 
drait faire abstraction de l'inconscient ou mieux des mécanismes psychi- 
ques anti-oblatils inapparents, ce qui équivaudrait à une pétition de prin- 
cipe. 



I^^H^* 



*^^™^^ 



%^ — p^^b 



L'ARGENT ET LES NÉVSLOSÉS 



7*5 



meut, étant instinctives et infantiles, sont asociales; et nous 
leurs réserverons le terme de tendances captatives et posses- 
sives, Elles peuvent être ramenées à deux fonctions princi- 
pales : tout d'abord la captation ; puis la tendance à garder , 
retenir, défendre ce qu'on a ou ce qu'on a pris (possession). 
Comme nous l'avons vu un élément agresif ou destructif vient 
souvent se mêler à l'instinct captatif. " 

Ces deux groupes forment ainsi un système pulsionnel auto- 
nome assez bien défini pour qu'on puisse lui appliquer l'épi- 
thète de « sj/stème C, P. » On aura deviné que c'est en lui 
que le penchant général --et humain si vif de protester contre 
l'obligation de payer des honoraires — et de pa3^er n'importe 
quoi en général — trouve sa source. 

Il y a lieu d'appliquer maintenant ces termes au mécanisme 
génétique du rêve pécuniaire, soit : 

Le fait enregistré par le conscient (restes du jour) est donc 
l 'obligation de payer son médecin. Pendant le sommeil, la cen- 
sure étant relâchée, le système C. P, va se précipiter sur cette 
représentation oblative préconsciente et la transformer en 
divers désirs, tels que : ne pas payer le médecin — être payé 
par le médecin — voler le médecin — anéantir ses biens, sa 
puissance, etc. -^- l'anéantir lui-même. 

On comprend mieux dès lors comment quelques rêves, choi- 
sis d'ailleurs parmi un grand nombre, ont suffi à montrer la 
manière dont le système O préconscient de quatre très braves 
dormeurs s'est vu assiéger soudain par le système C, P. 
inconscient et pourquoi il capitula devant lui. Corrélativement 
ces mêmes rêves suffisent à révéler la relativité inquiétante 
pour ne pas dire la faiblesse de notre censure sociale. Que l'on 
tombe en sommeil, c'est-à-dire qu'on devienne innocemment 
narcissique, et elle s effondre aussitôt. Retenons donc des 
maintenant le principe suivant : l'adhésion si sincère soit-elle 
de l'individu au pacte social (qu'il s'agisse de sa forme 
sexuelle ou pécuniaire) n'est que labile et superficielle. Elle 
ne pousse aucune racine profondé dans l'âme humaine. Elle 
doit au contraire lutter sans cesse contre les éléments 1 pro- 
fonds du système C, P. D'où la conclusion que tout individu 
biffe d'une main inconsciente la signature que donne l'autre 
â ce pacte. 



JÏ& REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Au fond cette insurrection latente s'explique mieux comme 
phénomène général que comme manifestation individuelle. Ses 
sources en effet sont biologiques et un atavisme certain les 
alimente. Voilà de quoi nous réconforter un peu même si nous 
perdons courage devant la puissance et la profondeur de leur 
dynamisme. 

Ce dynamisme en effet remonte très haut. Il tire son ori- 
gine des processus instinctifs qui accompagnent, ou mieux qui 
définissent le stade de l'allaitement. A ce stade, par lequel 
nous avons tous passé, le petit être veut tout recevoir et ne 
veut ou ne peut rien donner. Son moi social n'étant pas encore 
formé, ses tendances capta tives exercent leur règne absolu. 
Cette phase, nous l'avons vu, avait laissé chez Jean des traces 
profondes et vivaces. Il s'agissait il est vrai d'un névrosé. 
Mais hâtons-nous d'ajouter qu'elle en laisse également, quoi- 
qu'à un moindre degré, chez le normal. Aucun être adulte ne 
peut au fond de lui tuer entièrement — nous ne dirons pas la 
bête, mais bien en termes plus scientifiques — l'enfant, ou 
mieux le nourrisson. 

Après avoir réalisé son mode 'd'appétence le plus primitif 
£ii exigeant de la nourriture et des soins continus, l'enfant 
manifestera peu à peu des besoins plus évolués, plus psychi- 
ques, mais qui n'en ont pas moins évolué sur cette base posses- 
sive. Il lui faudra donc et surtout deux choses : i° satisfaction 
de ses désirs ; 2° protection et tendresse. Or l'analyse a décou- 
vert la loi qui préside à « l'élection de ses objets » c'est-à-dire 
qui préside à la naissance en lui des premiers sentiments 
ri 'amour. Il aimera justement les personnes qui satisfont à ces 
deux revendications principales (mère, parents, ou substituts) 
qui satisfont par conséquent l'instinct de conservation du moi. 
En revanche il haïra celles qui s'y refusent. Tout ce qui dans 
Je monde extérieur procure plaisir est aimé et désiré, tout ce 
qui procure déplaisir et souffrance est rejeté et devient objet 
de réactions négatives. L'immense importance par conséquent 
que comportent ces stades primitifs provient de ce fait général 
que" la première situation vécue par l'être humain ici-bas déve- 
loppe fatalement les tendances'* possessives" et ne développe 
qu'elles. Par contre les tendances inverses, soit oblatives, ne 
se formeront que plus tard, secondairement et difficilement, 



H| 



■ ■ ■ ■ - _ 

" . L J ARGENT et les névrosés ; ■ 7*7 

■ 
■ ■ 

■ 

et cela à propos de, certains événements dont il convient de 
dire un root, ,:>.- 

Leur principe de base consistera à accepter sans haine ou 
avec de moins en moins de haine les exigences de plus en plus 
grandes de ce monde extérieur qui se refuse à satisfaire tous 
les désirs pulsionnels ; qui exige un renoncement progressif 
au « principe de plaisir, » 

Ces désirs pulsionnels primaires ressortent comme on sait 
â trois phases principales. Après avoir parcouru le cycle pré- 
génital ou digestif formé par les deux premières (orale et 
■anale), ils revêtent en atteignant la phase génitale une forme 
nouvelle. Leur point d'appui corporel comme leur objet chan- 
gent complètement. Leur nature "se modifie. Il s^âgilr d'un 
réel bouleversement dont les conséquences au point de vue 
soc-feiL seront capitales. Car ce stade nouveau (œdipien) sera 
le point de départ d'une évolution nouvelle au cours de laquelle 
les tendances oblatives pourront se renforcer considérable- 
ment ; même en supposant qu'elles eussent existé avant le 
complexe d J CEdipe > elles n'étaient encore que rudimentaires 
et certainement très ambivalentes* 

Les éléments obi at if s qu'on peut observer â la phase, pré- 
génitale peuvent être rattachés à deux renoncements princi- 
paux : i) renoncement au sein (sevrage) ; 2) à la coprophilie 
ou à la rétention anale (éducation à la propreté). On sait que 
le bébé ne les accomplit pas sans résistance ou sans refoule- 
ment d'hostilité. 

Quoi qu'il en soit, le fait le plus important à retenir ici est 
que ce sont les deux renoncements prégénitaux, soit au sa- 
disme oral et anal d'une part, à la rétention autocratique anale 
de l'autre, qui exerceront l'influence la plus positive sur l'ins- 
tauration future d J un comportement pécuniaire sain et heu- 
reuxj c'est-à-dire bien adapté aux lois sociales. Nous nous en 
tiendrons pour l'instant à ces considérations sommaires comp- 
tant revenir sur ce sujet au prochain chapitre* 

Résumons maintenant en un petit schéma la symbolique 
de l'argent se rapportant aux trois phases infantiles en ques- 
tion. On -remarquera d'emblée son polymorphisme. C'est ainsi 
. que dans nos rêves, l'argent est appe]é à symboliser tour à 
tour : 



i i i 1 1 il ^m m ^m m n^rn- 



7l8 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Symbolique orale 
Première période lait, nourriture, sein maternel. 

Symbolique anale 
Deuxième période contenu intestinal, saleté. 

Symbolique génitale 

organe masculin, sperme, puissance 

Troisième période < * L — 1 , , n £ 

puissance virile en général, entant 

{pour la femme surtout). 

Ce schéma se limite à une symbolique pour ainsi dire con- 
crète ou corporelle. Mais ces choses matérielles éventuellement 
Sjmibolisées par l'argent sont également utilisées pour expri- 
mer quantité de pulsions ou de réactions affectives. II- cou vien- 
drait donc de compléter ce schéma par un second qui cher- 
cherait à montrer la symbolique psychique dé l'argent, 
1/ étude complète de celle-ci malheureusement nous entraî- 
nerait trop loin, car elle pourrait faire à elle seule l'objet d'un 
long travail psychanalytique. Contentons-nous donc ici d'une 
grossière schématisation comme celle-ci : 

Symbolique psychique primaire 

! nourriture psychique, 
amour, protection sollicitude, 
passivité. 

/ entêtement, amour-propre, fierté, 

^ nvrrn»** ™->™ «-i^** 1 narcissisme anal, égoïsme, indiffé- 
2" argent ou on retient { «,.*,, , v- , 

* ) rence a I égard des objets, 

. \ auto-érotisme. 

i° attitude posi- I Tous les- éléments rangés 
tive ; sous i°, maïs retournés en- un 

j sens actif, sous forme de don, 
3 argent qu'on { * f sacrifice, renoncement, etc. , 

donne j ^ c attitude né-' Haine," arine offensive, liu- 

gative " [ miliatîon, souillure, anéantis- 
sement, agression sexuelle 
(pénis anal): 

Cette attitude hostile est 
d'autant plus vive que cet ar- 
gent, on vous oblige à le don- 
ner ou qu'on vous le prend, 
l'extorque, etc. 



l_ ■ ■ 



:j.-a -ï' " \. ■■ ■■ y-* : . r --.y- - -:. .,^ . „ -^ ^ /■ ^y» 1 t~iz*'.. -t j. -^ ,. a, 



a^^Ui^MUùHiââtf 



l/AfRSÉïW ET LÈS NÉVROSÉS 71c 



.4- or#»( qu'on prend [capJ ^fériorisation dévalorisation de l'ob- 
lotion) J et J le^ priver de sa puissance, de sa 

\ capacité, etc. 

C'est en effet daiis ce symbolisme de castration anale que 
• se manifeste le plias clairement la captativité. C'est- en lui 
■que culmine Souvent la haine sadique propre au stade anal. 
Il s'agit là de 4 eu x symbolisâtioris superposées : les fèces 
-symbolisant régressiveuierit le pénis ou la puissance, puis l'ar- 
gent progressivement les fèces. Au point de vue social cepoly- 
^ymbolisme s^'èxpliquë très bien > l'argent étant un signe uni- 
versellement reconnu de puissance. 

Il va de soi qllfe lès instincts qui notis préoccupent ici se rap- 
portent aux mécanismes biologiques indiqués dâilS ce schéma 
selon Tordre suivant : F instinct de passivité à r, de possession 
à 2, d'oblatioii à 3/ et de câptation-à 4, 

Séparons-rtûùS main tenant de ces doiiïiées par trop analy- 
tiques pour envisager à nbuVeaii les choses soUs un* angle plus 
large et plus sociUh Biles nous permettront cependant, et c'est 
la raison pour laquelle nous- venoiîs d'fr tes rapporter" hâtive- 
ment, d'ëtayer les considérations géftéralës et les quelques 
réflexions qui vont suivre par une ârgùihentatioii- plus solide 
"parce que s'appuyalnt sur certains 'mécaïusitiës pulsionnels que 
nous a révélés la psychologie en ijrofoiîdeui' inaugurée par 
-Freud. 

Un simple coup d'oèil en effet jeté sur ce schéma suffit à ren- 
-drë évident liii fait essentiel. C'est que toute vraie notion 
d'argent soit la notibii de sa valeur d'échangé bu de sa valeur 
-abstraite en est Complètement absente. Elle rïV figure sous 
aucune tenue. Elle est étrangère ou mieux nôii encore impli- 
quée dans le£ mécanismes pulsionnels qu'il énûïrière, 

La raison de cette absence est claire car la riotifrn ëiï ques- 
tion ^est d'origiûfc relativement tardive. Sans exagérer beau- 
coup on petit dire qu'elle est fonction de la formation dû nioi 
^social. Ce n'est qu'après la phase œdipienne que réiïfàïit en 
"acquiert l'apercepf ioii ', Mkife au cours dé Cette lente formation 
secondaire du moi sbciâl' (ou tout d'abord familialemènt social) 
l 'argent en tant que puissance d'échangé (la chose précieuse!) 
jouera peu à' peu ùïV rôle important et beaucoup plus impor- 
tant sans dbutë que les* parents ou les' éducateurs në J l'iihâgi*- 



mrmmmnmm^^^^^^w^^^Ê^^^^^^^^^^^^ 



/20 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



nent. C'est alors mais alors seulement que cette valeur inscrite- 
dans le conscient, puis dans le préconscient viendra de là 
investir les pulsions de l'inconscient et pour ainsi dire pro- 
gressivement symboliser ses tendances régressives. Celles-ci 
à leur tour, par contre-coup, viendront réinvestir au niveau, 
du"- moi' de manière trop souvent pathologique, c'est-à-dire- 
asociale, cette valeur elle-même. 

Ce réinvestissemënt secondaire, nous le savons déjà, pourra. 
devenir l'occasion de troubles divers du comportement pécu- 
niaire : impulsions, obsessions, exagérations, inhibitions, ava- 
rice ou prodigalité, etc. Bref la cause d'anomalies du carac- 
tère ou de symptômes névropathiques. Mais même en dehors, 
de ces manifestations anormales, l'argent tendra du 'fait! des. 
mœurs modernes à devenir normalement le symbole central 
ou le pivot autour duquel les tendances captatives en un sens 
et les oblatives en sens inverse graviteront indéfiniment. 

Un second fait frappant, sorte de corollaire du premier, est. 
la préexistence du système C. P, chez l'individu à toute con- 
naissance d'un système social d'échange quelconque, d'un 
système financier notamment. Quand la société (par la voix. 
des parents ou des éducateurs) lui révèle et lui impose sa loi. 
d'échange basée justement sur un sj^stème financier, il est 
déjà négativement prêt à la recevoir et à l'accepter. L'échange 
eii effet est déjà une oblation et notre schéma pourtant nous a- 
montré que sur le plan instinctif la captatiou domine, et cela 
dans une proportion fâcheuse qu'on peut grossièrement éva- 
luer au triple. Pour exprimer ce rapport par une formule plus- 
claire nous dirions que toute disposition O. doit lutter contre 
trois dispositions C. P. inconscientes. Raison majeure pour 
tenter de soustraire l'idéal du moi au moyen d'une psychana- 
lyse appronfondie à- la domination ou en tout cas à l'influence 
de l'inconscient et cela aussi bien dans le domaine pécuniaire 
et social que dans celui de la sexualité, de l'affectivité ou de 
l'intelligence. . 

Si donc l'instinct possessif précède l'instinct d'échange cette 
préexistence ne peut être que défavorable à l'éducation de ce 
dernier, éducation qu'au point de vue social on peut qualifier- 
«d'éducation pécuniaire ». Elle, pourra même bien souvent ta 
compromettre comme la gazette du tribunal hélas nous Feuseî- 



r, 



L'ARGENT ET LES NÉVROSÉS 72 X 

■ p 

gue chaque jour. On est donc en droit de déduire de ces faits^ 
que l'éducation pécuniaire dépend de l'éducation des pulsions 
et rentre ainsi dans le domaine de cette jeune science qui; 
s'appelle la pédagogie psychanalytique. Elle deviendrait en^ 
somme presque superflue dans le cas favorable où par l'entre- 
prise de pédagogues analystes l'éducation instinctive eût été 
menée à bien. 

, Après avoir dît ces quelques mots sur Péducation il est 
tout indiqué d'en ajouter quelques autres sur la richesse. 

-Les psychanalystes ont dès longtemps constaté que les con- 
flits psychiques pécuniaires sont aussi fréquents et souvent 
plus prononcés chez les riches que chez les pauvres- Il semble 
donc que la richesse expose l'équilibre moral â autant de dan- 
gers et dispose la vie intrapsychique à plus de réactions mor-* 
bides que la pauvreté, .Quel que soit le rang, le milieu ou la 
race d'un sujet, le choc douloureux produit dans l'inconscient 
par l'obligation de payer sera dans tous les cas â peu près 
pareil et l'intensité comme la production de ce choc et de la 
protestation intime qu'il déclenche ne dépendront pas de la : 
personnalité consciente mais bien du degré de persistance et, . 
de la nature des tendances infantiles inconscientes* 

En effet on n'a pas oublié que ce choc fut sensiblement le 
même chez chacun des quatre sujets dont nous vous avons plus 
haut rapporté les rêves d'honoraires. D'autre, part ces per- 
sonnes choisies un peu au hasard de nos notes étaient tou- 
tes quatre d'une honnêteté morale et pécuniaire au-dessus de . 
tout soupçon. Or il s'agissait d'une dame riche, d'un commer- 
çant aisé, d'un intellectuel gêné et d'un ouvrier pauvre. Au 
surplus le choc fut le même chez eux, qualitativement en tout 
cas, que chez tous nos antres analysés. Si les nuances varient: 
les faits demeurent comparables > et si une riche rentière me 
représentait tout à l'heure sous le déguisement d/un violo- 
neux, d* autres sujets me symbolisaient sous une forme imper- 
sonnelle. Aucune analyse ne se' passe sans que 1 J analyste ne 
soit traité à un moment donné de r sale juif, escroc, ou cam- 
brioleur ; ou bien voleur, bandit, pirate. Telles sont quelques- ■ 
unes des épithètes classiques dont l'humanité nous affuble 
quotidiennement. 

On voit doue pourquoi l'éducation où la richesse ne jouent 



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iwi^inTHTM^^^n»—iiiri n ■ ««i ^^^m^ 



722 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



pas le rôle éminent qu'on a coutume de leur attribuer. Elles 
ne modifient guère que le contenu ou <i la forme » des réac- 
tions pécuniaires alors qu'elles demeurent 'sans grande in- 
fluence sur le jeu contradictoire des énergies qui les déclaii- 
chent et les animent, sur leur dynamisme en Un mot. D'où 
l'égale vivacité et l'égale transparence aussi dés dites réac- 
tions à tous les degrés de Téclielle sociale. Nous dirions vo- 
lontiers qu'elles ne sont pas contingentes mais immanentes. 
Et cependant cette immanence ne dépendrait-elle pas en fin 
de compte d'un état maladif, de la présence de troubles ner- 
veux ou de l'action de lésions -cérébrales ? Car eufiii me direz- 
vous, tous ces gens que vous analysez sont des malades, des 
anormaux sur qui il <tst dangereux sinon illicite de tabler pour 
établir des règles générales que vous nous appliquez ensuite 
avec désinvolture ! 

Une circonstance particulière permet de répondre à cette 
légitime objection. C'est qu'il nous arrive aussi d'analyser 
des gens normaux ou réputés tels et cela pour leur enseigner 
la méthode. Or ces analyses didactiques ont démontré que les 
gens dits normaux sont également atteints de complexes 
« C. P. » inconscients plus ou moins actifs, de sorte que 
l'analyste qui les instruit observe chez eux les mêmes réac- 
tions antithétiques pécuniaires que chez les malades qu'il tente 
de guérir. Seulement elles sont moins vives, moins refoulées, 
moins pulsionnelles (libidinales), en un mot mieux surmon- 
tées et adaptées au régime social. 

C'est donc encore une fois une question de degré et non 
de nature. En d'autres termes le seul fait d'appartenir à la 
race humaine, de naître homme constitue déjà dans le do- 
maine pécuniaire comme en d'autres un déterminant décisif, 
que le fait (une fois né) de devenir malade, c«'est-à-dire névro- 
pathe, ne fait qu J aggraver. 



CONCLUSIONS 

Ce n'est pas leur condition ou leur situation sociale mais 
bien leur inconscient et leur constitution nerveuse qui expo- 
sent indifféremment riches ou pauvres, cultivés ou rustres. 



1/ ARGENT ET LES NEVROSES 



723 



bien élevés ou mal élevés aux mêmes difficultés ou conflits 
intérieurs ou aux mêmes troubles névropathiques. 

Puisque toute notion pécuniaire abstraite dénie ire étran- 
gère â la symbolique inconsciente profonde de l'argent en tant 
que chose, on en déduira que l'inconscient (le soi) nie cette 
'valeur sociale de l'argent. Il ne la connaît ni ne la reconnaît 
pour elle-même tandis qu'il la remplace et la transforme en 
une fonction symbolique. 

Cette fonction tend â faire représenter ou exprimer pat 
l'argent des pulsions infantiles plus. ou moins mais toujours 
libidinales à l'origine, plus ou moins sublimées dans la suite 
dans l'attitude ou le comportement pécuniaire. 

Ces faits comme nous le verrons plus loin jettent une vive 
lumière sur le paradoxe de l'avarice. 

Question de terminologie enfin. Les tendances propres au 
sj^stènie C, P. celles-là même que l'argent viendra symboliser, 
par exemple, dans les rêves de l'adulte, ne peuvent en aucun 
cas être qualifiées d'avaricieuses au feus propre du terme, 
mais bien d'instinctives, étant donné qu'elles sont antérieures 
à l'aperception- de la valeur de l'argent. Il ne reste donc qu'à 
les. nommer p$eitdo~avar trieuses. 



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724 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



CHÀPïTRE II 



Compromis et surcompensatîons 



Pris ou « pincé n entre les exigences morales du moi d'un: 
côté et celles inverses de cet infantilisme captatif de l'autre, 
l'individu {ou son préconscient) ne peut faire autre chose ni 
mieux que de tenter de satisfaire les unes et les autres au. 
moyen de divers mécanismes. Car l'idéal oblatif, nous venons 
de le voir, se heurte â un jeu fort compliqué de tendances ins- 
tinctives qui ne sont complètement absentes à* aucune âme* 
Si bien qu'aucun homme n'est vraiment libre dans le domaine 
pécuniaire, qu'aucune réaction ne peut être absolument spon- 
tanée, 

I^e mécanisme de conciliation le plus couramment employé 
est sans doute le compromis; En fait nous en avons déjà donné- 
quelques exemples quand nous citions et , interprétions cer- 
tains rêv^s dans lesquels la protestation de l'inconscient était 
atténuée ou déguisée par la censure ou la conscience morale. 
La riche rentière qui donnait vingt sous d'aumône à un pau- 
vre violoneux satisfaisait à la fois dans ce geste son idéal de 
chanté et son avarice agressive. Il s'agit bien là d J un coin- 
promis, mais d'un compromis dont le fort déguisement tourne 
largement au profit du système C. P. Si elle m'offrait eu effet 
le vingtième de mes honoraires*, le -commerçant aisé qui se con- 
tentait de la moitié se montrait ainsi moins disposé à plier de- 
vant son instinct possessif. Mais ce geste généreux dépassait 
par contre les forces oblatives de l'intellectuel qui se bornait 
à m 'offrir une chope de bière afin de ne pas me payer du tout. 
Il rappelait en cela l'enfant qui fait de petits cadeaux pour en 



^p^™^^^ 



l- argent et. les névrosés 725 



recevoir de grands; Je connais un petit Pierre qui la veille de 
sa propre fête avait apporté pour un sou dç bonbons â son 
papa. Quant à l'ouvrier, il me reprenait simplement l'argent 
<qu'i] ni 'avait donné. 

Ces quelques exemples de compromis oniriques suffisent 
déjà à mettre eii évidence une. sorte, de loi. C'est que l'incons- 
cient tend à reprendre tout ou partie de ce que donne on doit 
donner le moi. Comme si véritablement tout don absolu l'an- 
goissait au même titre qu'une dépossessiori biologique mena- 
çant les sources mêmes de la vie on qu'une perte phj^iologi- 
que immédiatement réprouvée par l 'instinct de conservation. 
Mais cette réaction négative a de plus un fondement liédo- 
nique certain comme il a été dit an paragraphe précédent- Rt 
cet élément libidinal qui s 'y mêle permet de -mieux compren- 
dre le degré d'intensité qu'elle peut atteindre dans certains 
cas pathologiques, car toute perte d'argent équivaut alors 
■dans l'inconscient à la privation d'une source de plaisir éro- 
tisé. Somme tonte des compromis de ce genre; tant qu'ils de- 
meurent inconscients et bien réprimés, né nuisent en rien à 
la société. Aucun rêve n'a jamais menacé l'édifice social capi- 
taliste si le sujet au réveil ne s'avise pas de le réaliser â l'ins- 
tar des communistes. Tout rêve en revanche est extrêmement 
utile à l'individu ou à son inconscient (soupape in offensive) au 
niveau duquel en réalisant iyi .désir captatif quelconque il 
^mène une précieuse détente. Car dans ce petit accès de mau- 
vaise humeur captative qu'est le rêve, le dormeur un instant 
a pu s'imaginer qu'il avait repris à la société ce que celle-ci 
l'avait f orcé â donner. Il s'agit là finalement de mécanismes 
courante, psychologiquement utiles, et qu'on est en droit de 
considérer comme normaux, , ,■ " : : 

- Mais si du compromis nous passons â la compensation nous 
■franchissons un premier pas dams le domaine de la. pathologie, 
Jean, on s'en souvient, était obsédé parle besoin de me payer 
non seulement plus que je ne lui avais demandé mais de 
-surenchérir encore sur le tarif normal. Le commerçant, lui, 
^avaît cette singulière manie de payer deux fois ses factures. 
Quand, comme l'a dit. Freud dès longtemps, on se trouve, en 
présence de pareille réaction, son irrationalité,- ou son excès 
-ou son caractère impulsif ou obsédant doit tout de suite nous 



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26 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



donner à penser qu'elle n'est pas seule présente ni seule eu 
cause et qu'il s'agit par conséquent. dVn symptôme (manifes- 
tation anormale) cherchant à résoudre un conflit d^ambi va- 
lence. Un exemple classique en est Tl^pertendresse mani- 
festée par une nerveuse à regard de son mari qu'elle hait 
inconsciemment, ou d'une fille à Pégard de sa mère détestée. 
Dans notre cas l'ambivalence est non pas amour-haine, maïs, 
oblati vite-possessivité, Jean en effet compensait par son scru- 
pule louable son besoin moins louable d'être payé par son mé- 
decin ; l'honnête commerçant, par son impulse à payer deux 
fois ses notes, son désir réprimé de n'en payer que la moitié ou 
de ne pas les payer du tout. En une telle situation , la pulsion 
censurée disparaît du conscient ou du comportement et seule- 
la tendance réactionnelle inverse s^ manifeste. Mais elle est 
alors réactivée par là première, d'où son intensité excessive. 
Cet excès, on le voit, facilite le travail de refoulement et sert à 
mieux maintenir ce dernier, 

La découverte de ce processus compensateur a jeté une 
vive lumière sur les mécanismes profonds de certains cas de 
prodigalité. Nous n'avons pas en vue ici les accès et les excès 
de générosité que présentent souvent les maniaques au cours 
de leurs phases d'excitation — et qui contrastent avec l'ava- 
rice qu'ils manifestent en phase mélancolique — mais bien 
certaines réactions pécuniaires qu'on peut observer chez un 
grand nombre de névrosés. On découvre alors que la tendance 
à la prodigalité répond à une surcompensation d'une avarice 
inconsciente extrêmement prononcée, Maïs ajoutons de suite 
que l'inverse n'existe pas ! Nous rapportons précisément plus^ 
loin, à la page 728, le résumé analytique d'une observation 
d'une dame nerveuse atteinte d'obsession de générosité, dont 
le cas illustre ces phénomènes d'ambivalence et met bien eu 
relief leur origine instinctive. C'est le lieu en outre de rappe- 
ler les accès impulsifs de générosité dont Julien et Jean étaient, 
frappés an cours de leurs fugues. Mais là, notre description a 
montré quelle complexité immense peut atteindre chez de 
grands malades le déterminisme inconscient de processus com- 
pensateurs de cet ordre. Chez l'un comme chez l'autre, on s'en 
souvient, la générosité ou le gaspillage des fugues alternait 
avec l'avarice ou l'inhibition de la dépense qui marquait in-- 



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i/argenf et les névrosés 727 



versement l'état normal, ou mieux l'intervalle de vie habi- 
tuelle s J écoulant entre deux fugues. 

Chez de tels malades il s'avère nettement que l'acte de dé- 
penser (donner) s'accompagne toujours plus ou moins, ou bien 
est toujours plus ou moins déclenché par des courants incons- 
cients ^hostilité ou de haine dont la personne ou la chose à qui 
l'on doit donner devient l'objet. Chez Jean cette haine était. 
particulièrement nette , vis-à-vis de son analyste notamment. 
Dans ses fugues la réaction négative prenait une forme diffé- 
rente mais plus intéressante encore : il s'identifiait en dépen- 
sant avec la personne haïe (père). Impossible à un nerveux par 
conséquent, de la dépouiller mieux. Chez la dame riche ces 
sentiments agressifs apparaissaient aussi ou transparaissaient 
en toute évidence dans son rêve du violoneux, dont le symbo- 
lisme trahissait le désir de rabaisser, per siffler et de rendre 
aveugle le médecin à qui elle devait verser environ 500 fr. 
chaque mois. Misérable violoneux, aveugle, ou bandit, sale 
juif ou usurier, toutes ces épithètes révèlent bien la haine que 
peut déclencher si souvent dans un inconscient captatif l'obli- 
gation de payer ou de donner. Nous reprendrons ce point au 
chapitre suivant/ 

Il est clair qu'ici Ton passe de la simple protestation à 
l'agression, c'est-à-dire au réveil de pulsions haineuses voire 
sadiques que l'enfant a éprouvées contre le monde extérieur 
dès que celui-ci le décevait et se refusait à donner pleine satis- 
faction à toutes les exigences de son narcissisme souverain. Il 
s'agit donc de manifestations qui sont déjà pathologiques en 
tant que régressives. Nous observons à ce propos une progres- 
sion remarquable chez nos sujets de tout à l 'heure depuis l'in- 
tellectuel dont la rouerie gardait quelque chose de puérilement 
drôle et innocent jusqu'à la dame riche dont les traits vindica- 
tifs provenaient d'une révolte infantile contre son propre sexe 
et la poussaient à vouloir reprendre aux hommes ce dont elle 
s'était alors imaginée qu'ils l'avaient frustrée (organe mascu- 
lin, c'est-à-dire 3'eux, argent, etc.), et jusqu'à Jean finalement 
qui par ses exigences plus exhorbitantes et névropathiques en- 
core nous a bien montré « jusqu'où on peut aller trop loin » 
quand on souffre d^une névrose. 

Une jeune dame mariée, dont l'hystérie ne présentait pas un 



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728 REVUE FRANÇAISE" DE PSYCHANALYSE 



caractère, particulièrement grave, fit pourtant une crise de rage 
voisine du délire à la présentation de ma première note. Elle 
'm'apporta tôt après un rêve qui marquait nettement les eu- 
lieuses conditions auxquelles elle acceptait de me payer. La 
première consistait à prendre ma pi ace , à se faire homme en 
somme, mais homme peu reluisant, vicieux et cruel > en un 
mot un « souteneur », La seconde à me transformer moi en 
« prostituée ». Cette dégradante transmutation une fois opé- 
rée, et analysée, elle m'apporta fort honteuse ses honoraires. 
Le lecteur en sait assez pour rapprocher ce cas de celui de la 
dame riche. Comme elle, notre jeune hystérique souffrait de 
complexes de masculinité. Dans la vie conjugale, frigide et 
■contractée, elle avait rendu les rapports impossibles. Mais 
sous cette masculinité — qui était aussi une sorte de compen- 
sation — se -cachait dans l'inconscient de fortes et refoulées 
•« fantaisies de r prostituée » par lesquelles elle rabaissait natu- 
rellement le rôle de la femme et dans lesquelles naturellement 
aussi, elle désirait être largement « paj^ée » par ses clients 
masculins . 

On se rend compte maintenant pourquoi ;/e h>ttqu ? un hom- 
me (le médecin) se soit brusquement avise çfc lui réclamer de 
l'argent sans lui donner d'amour avait produit chez elle un 
choc, soit un accès de rage si violent. 

Mais en fait, quel être humain 11e souffre de névrose à quel- 
-que degré que ce soit, si in apparent et léger soit- il ? Si l'indi- 
vidu sain est un être qui ne régresse pas au-delà du complexe 
d' Œdipe, il ne peut toutefois, répétons-le, tuer complètement 
l 'enfant captatif resté plus ou moins vivace, dans son incons- 
cient. Un individu à « soi éteint » est inconcevable, il ne pour- 
rait survivre ! Ainsi donc la « progression antipécuniaire » 
"en question n'est qu'un cas particulier d'une règle générale 
bien connue et selon laquelle la maladie tend â élever n J ini- 
^porte quel trait de caractère ou réaction courante à l'état de 
manifestation grossière et criarde (régressive). C'est pourquoi 
les nerveux ont été si -précieux, en tant qu'objets d'étude, à la 
psj'chologie, et pourquoi aussi ce sont de grands médecins 
"comme les Charcot, les Janét ou les Freud, et non les psycho- 
logues, qui ont le plus contribué à la connaissance de l'incons- 
cient normal. 



i/ARGENT ET I^S NEVROSES 739 

~ I • I I M ■ ^^^M 

En résumé , recevoir au lieu de donner j tout est là, tout re- 
vient à cela, dans V inconscient, Pour lui, recevoir est toujours 
un besoin et un plaisir ; donner toujours un déplaisir, voire 
une crainte ou une angoisse. D'où cette nécessité de compro- 
mis ou de compensations. 

Ces mécanismes peuvent être banalement réduits en formu- 
les comme celle-ci. Dans la compensation la droite doit don- 
ner plus que ne l'exige le pacte social parce que la gauche ne 
veut rien donner: d'où, scrupulisme, prodigalité, manie de 
donner, bienfaisance exagérée, charité impulsive, besoin obsé- 
dant de payer plus que son dû, etc. Une forme différente, dans 
sa pathogénie surtout, serait V avarice où la gauche veut tout 
prendre sans que la droite (conscient) ne donne rien. Dans le 
compromis inversement les deux pulsions respectives tendent 
■et parviennent chez le normal à un meilleur équilibre, La 
droite donne toujours quelque chose et la gauche ne reprend 
pas tout. Elle se contente souvent même, comme nous allons 
Justement le voir dans un prochain paragraphe, de ne repren- 
dre qu'un tout petit peu. 

Mais c&& i _3*ifC3tfi£)ï)Es hns et microscopiques de 1 être nor- 
mal, si fins que la société ne leur a porté aucune attention ni 
les psychologues aucune importance, ce sont pourtant bien les 
malades ou les nerveux qui nous en ont révélé les ressorts in- 
■visibles. «Le nerveux en effet nous révèle naïvement ce que le 
normal s'applique jalousement à cacher. Il mue par exemple 
♦en grossière obsession de culpabilité le délicat scrupule de 
l'homme bien élevé et équilibré qui a causé un tort pécu- 
niaire à autrui, et inversement en désir de ne pas payer ou 
même de voler (kleptomanie) la protestation intime de l'ache- 
teur honnête et bien portant qui trouve trop cher. Et nous sa- 
vons aujourd'hui par la psychanalyse que tons les acheteurs 
trouvent toujours trop cher (dans le commerce du coeur comme 
dans Vautre) au plus secret de leur âme. En d'autres termes, 
cette protestation intime est la réponse humaine instinctive à 
toute exigence de la dure réalité extérieure, Le dualisme an- 
tithétique ne souffre pas d'exception. Et cela tout simplement 
parce qu'il représente l'action persistante d'une fonction, di- 
sons même d'une nécessité biologique d'origine très primitive, 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 8 



730 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Ah, si Ton pouvait naître adulte, que d'ennuis seraient épar- 
gnés à l'humanité I 

Cette fonction primitive est une des meilleures garanties de; 
la vie on de la survie du nouveau -né. Elle tend à faire naître, 
en lui, nous l'avons dit, deux besoins, deux exigences : satis- 
faction et protection. Il est donc facile de concevoir pour quel- 
les évidentes raisons, plus tard, Pargent sera de plus en plus, 
élu comme symbole général de ces deux tendances captatîves- 
ou en deviendra pour ainsi dire le pivot. Leur but ou leur rai- 
son d'être est en effet de recevoir sans donner. Si d'autre part, 
on se reporte à la loi « d'élection des objets.)) que nous avons 
mentionnée plus haut, à savoir que les personnes qui satisfont 
à ces deux besoins capitaux sont aimées par le bébé et quelles 
sont en revanche haïes quand elles n'y satisfont pas, on saisira 
mieux maintenant pourquoi l'amour et la haine, comme notre 
schéma ou l'analyse de nos rêves l'ont montré, jouent égale- 
ment un si grand rôle dans la symbolique générale de l'argent* 
Les racines profondes de toutes ces diverses sortes de symbo- 
lismes et de tous les sentiments" qui 's'y rattachent sont com- 
munes. 

Le contrat social inversement est basé sur un principe con- 
traire, c'est-à-dire oblatif ; donner autant qu'on reçoit, Bit 
d'autres termes paj^er au moyen d'une valeur d'échange abs- 
traite l'équivalent de ce que la société vous donne, Kt ce prin- 
cipe implique une évolution remarquable, en tant qu'il ap- 
porte une grave restriction à la satisfaction inconditionnelle 
des pulsions inconscientes primitives (principe de plaisir)* 
C'est dire qu'il se rapporte au moi et à lui seul ; en quoi il ne 
tient compte que d'une partie de la personnalité. Fatalement 
et essentiellement antipulsionnel , il dispose les pulsions de 
l'individu à un combat incessant contre la société et ses lois pé- 
cuniaires. C'est là un des motifs psychologiques les plus pro- 
fonds des mouvements socialistes et communistes. Mais par 
un curieux retour des choses > les pulsions captatives jouent 
aussi leur rôle dans la détermination du système capitaliste. 
Le capital symbolise souvent dans l'analyse un père ou une 
mère qui subvient à tout ; qui accorde plaisir et protection^; 
sans qu'en retour l'intéressé ait à donner de lui-même. 

En résumé gardons-nous de confondre S3^stème C. P, avec 



— fc— a 



L ARGENT ET LES NEVROSES 



73 1 



'avarice. Le premier est un phénomène général, un postulat 
pour ainsi dire du développement instinctif de chaque être, 
existant donc qualitativement chez tous et ne différant que 
quantitativement d'un sujet à Vautre. La seconde par contre 
est un trait de caractère, donc le produit d'une longue évolu- 
tion appelée sublimation ; en d'autres ternies il s'agit d'un 
comportement social dû à la sublimation d'un élément particu- 
lier et limité du système C. P, primitif, soit de l'élément de 
rétention anale. Aussi ne pouvons-nous dénommer le double 
penchant primitif : i* à prendre, recevoir et garder ; 2* à ne 
pas donner ni rendre, autrement que par le terme de pseudo- 
avarice. C'est ainsi que l'ensemble des tendances pseudo-ava- 
ricîeuses inconscientes définiraient la détermination non cons- 
ciente (1) du dualisme pécuniaire de l'individu que quelques 
rêves suffisent à rendre évident. Inutile d'ajouter que sans la 
psychanalyse et la technique spéciale qu'elle met à notre dis- 
position, il n'eût jamais été possible de mettre au jour les vives 
réactions du sj^stème C. P. en face de. toute obligation pécu- 
niaire, de celle eh particulier de payer l'analyste, - 



CONCLUSIONS 

On peut dire d'une façon générale que l'âme humaine est 
le théâtre d'oscillations perpétuelles entre deux pôles : la cap- 
tât ion et l'oblation, entre lesquels elle recherche de façon plus 
ou moins instable et heureuse des points d'équilibre intermé- 
diaires. Alors que les tendances oblat ives ne se développent 
que secondairement, les captât ives ne disparaissent jamais 
complètement. Chez le normal les premières prennent le pas 
sur les secondes, autrement dit le moi réussit à imposer au soi 
le contrat social. Mais la persistance plus ou moins prolongée 
des secondes, implique qu'un élément <c asocial » existe chez 
tout être social. Cet élément le ppusse â déchirer le contrat 



{1) Nous nous hâtons de redire que cette détermination est fort complexe 
car elle embrasse mip multitude de faits positifs et négatifs qui, émanant 
de niveaux et de stades différents, s'intriquent souvent de façon contradic- 
toire et dissimulée dans les symptômes, les rêves et le comportement. 



■ri^PI— ^JM— 1^ ^- ^— ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^ ■ Il I M — ^^ 



^^■^^^é* 



732 REVUB FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

signé par le moi c'est-à-dire à. ne pas tenir compte de l'inté- 
rêt d 'autrui- ■ . * 

L'intérêt d 'autrui implique parmi d'autres une nouvelle 
relation secondaire avec le monde extérieur qui culmine dans 
la « relation pécuniaire » et qui exige une limitation considé- 
rable de l'intérêt personnel. Son aperception par Je moi est 
tardive, son acceptation pénible, parce que le soi le nie en 
tant que danger biologique ou que souffrance. Cette relation 
morale tardive : intérêt personnel-intérêt d 'autrui n'a pas de 
base instinctive bien solide. Car au niveau de la première 
couche sous-jacente, celle où s'agite l'Œdipe, c'est-à-dire où 
une part variable de libido est dirigée et fixée sur l'objet, une 
autre part souvent supérieure reste accrochée au moi : « J'aime 
pour être aimé = je donne pour recevoir, » Dans cette toute 
première relation d'échange (historiquement) Ton voit que 
le narcissisme persiste, ou n'est pas entièrement aboli. Mais 
si l'on va plus profond encore (couches prégénitales) celui-ci 
reprend tous ses droits et Ton ne trouve plus aucune relation 
comparable à celle qu'on pourrait symboliser ainsi : donner 
de V argent à autrui. Car pareille relation en impliquerait une 
autre ou mieux sous-en tendrait une base instinctive qu'on 
pourrait formuler ainsi ; pulsion -antipulsion, laquelle n'existe 
pas (1). Seule existe celle-ci : moi (plaisir) - — monde extérieur 
(déplaisir), c'est-à-dire narcissisme-haine, La toute première 
phase où s'établit cette relation est, comme les psychana- 
lystes le savent, la phase sadique-orale à laquelle le nourris- 
son dévore partiellement 5a mère (cannibalisme) avec volupté. 

Si nous allons plus profond encore nous touchons â la 
phase orale primaire non ambivalente qu'on peut définir par 
la formule narcissisme-amour. L'enfant aimé et aimant re- 
çoit sans haine tout ce qui est utile à la conservation et au 
plaisir du moi. Le narcissisme règne en maître absolu. Une 
fixation ou un retour à cette phase s'exprime plus tard par 
Tini pulsion aux « choix narcissiques » dans lesquels culmine 
la passivité vraie. Au point de vue social pu pécuniaire, 
pareille régression déterminera dans le caractère la tendance 

(1) La censure décrétée par le suroioi ou le moi n'est pas une antipul- 
sion mais bien une inhibition de pulsion. 



* -' !.. '-■ -•*.' 



-^ — ■ l ■llllll l li ■ 

l/ARGENT ET LES. NÉVROSÉS 733 



au parasitisme souriant , à recevoir, à absorber ^ à sucer ou 
à se rendre dépendant des autres, etc. 

Un principe général révélé par l'analyse doit être formulé 
ainsi : chez le névropathe les tendances captatives -possessives 
ont repris l'hégémonie. Leur refoulement ne réussit pas à 
-éviter -le -conflit avec les tendances .oblatives, De ce- conflit 
naissent un grand nombre de névroses du caractère , soit de 
névroses à cachet social. On peut même énoncer à ce propos 
qu'un état morbide est d'autant plus grave que le système 
C.'P. domine davantage et qu'inversement un état est d'au- 
tant plus normal que le système O. peut se réaliser avec 
moins -de conflits, - 

Or tout symptôme, toute - compensation ou tout compromis 
démontre la présence d'un conflit. Si le premier de ces méca- 
nismes est le signe d'une névf ose 'établie, le "dernier, est de 
règle chez le normal. Le second indique déjà un début de 
névrose même s'il n'existe pas d'autres symptômes, La pré- 
sence de traits de caractère tels que le scrupulisme,- la géné- 
rosité ou la prodigalité ne sont nullement l'indice, bien au 
contraire, de la disparition des tendances captatives-posses- 
sives. 

Au point de vue pécuniaire, ces dernières ne sont pas qua- 
li fiables d'avaricieuses niais bien de pseudo-avaricieuses. 

Cette pseudo-avarice tire sou origine de processus instinc- 
tifs antérieurs â toute acquisition de notion pécuniaire 
d'échange (abstraite). Par conséquent, du fait de sou origine 
primitive de même que de sa nature instinctive (biologique), 
elle est complètement indépendante de la question d'argent. 

Dès lors on peut conclure de ce principe, ou démette décou- 
verte due à la psychanalyse, que dans la détermination psy- 
chogénîque des névroses, vulgairement des troubles nerveux, 
ni la richesse ou son négatif la pauvreté," ni l'éducation ne 
jouent le rôle important que leur attribue le public. Ce rôle 
en effet n'est pas causal mais occasionnel. 

Nous reviendrons sur ce point à la fin de ce travail* Aussi 
nous bornons-non s à relever ici, en ce qui concerne l'éduca- 
tion, qu'il y a lieu de distinguer deux phases successives. La 
première 3 s 'étendant de la naissance à la formation du com- 
plexe d'CEdipe et comprenant les six premières années de l'en- 



^^^^■^^ 



734 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

fance, consiste principalement dans l'éducation des pulsions 
instinctives, Klle est surtout négative car elle a pour objectif 
principal leur restriction , et celle du S3^stème C, P, en parti- 
culier. Elle prend fin avec l'instauration définitive du surmoi. 
La seconde phase par contre, soit l'éducation post-œdipienne, 
a pour objet la formation et lé développement du moi social. 

-En transposant ces données dans le domaine qui nous 
occupe spécialement, nous pouvons appliquer à la première 
phase, préœdipienne, le terme de prépêcuniaire et réserver ce- 
lui de phase pécuniaire à la seconde. Nous sommes ainsi ame- 
nés à conclure par un paradoxe. Il consiste dans le fait que ce 
n'est pas cette seconde phase, éducative si pécuniaire soit-elle, 
et où la notion d'argent est pourtant acquise et joue un si 
grand rôle chez l'enfant comme chez l'éducateur, mais bien 
la première^ soit la phase prépêcuniaire où la question d'argent 
est exclue de la pédagogie, qui est malgré tout déterminante 
et décisive pour rétablissement de l'attitude sociale future et 
définitive de l'individu au point de vue pécuniaire, Car cette 
attitude dépend eu fin de compte du succès ou de l' insuccès du 
refoulement du système C. P. par le sur moi. On peut dire 
qu'à l'âge de six ans ce pas décisif est franchi. A cet âge déjà 
le caractère futur de l'être est inscrit dans les profondeurs 
de son. -âme tendre en lettres sympathiques que les plus ou 
moins dures exigences de la société et de ses lois ne tarde- 
ront pas à rendre plus ou moins lisibles. 



H ■ 




IRES ORIGINAUX 



(PARTIE APPLIQUÉE) 



Les mécanismes d'autopunition et leur 
influence sur le caractère de l'enfant 



(i) 



Par R, Laforgue. 



Mesdames, Messieurs, 

En apprenant à différencier les unes des autres les réactions 
psychiques constituant une névrose ou tout simplement un ca- 
ractère névrotique, la psychanalyse nous a mis en présence 
■d'un matériel clinique considérable et des plus précieux dont 
«chacun, médecin ou pédagogue peut faire son profit. Il nous 
;a semblé que la connaissance d*un certain nombre de ces réac- 
tions pourrait utilement éclairer le psychologue sur certaines 
particularités de caractère avec lesquels il peut se trouver aux 
■prises chez ses élèves. Parmi ces particularités de caractère, il 
y en a qui sont déjà à la limite des symptômes psychonévroti- 
•ques sans être pour cela facilement reconnus et appréciés 
comme tels, ce qui a pour conséquence que le pédagogue, loin 
■de pouvoir apporter une aide efficace à ses élèves atteints de 

fi) Mémoire parvenu à la Rédaction le 28 janvier 1930. 
Conférence faîte à Elseneur au Congrès International d'Education Nou- 
velle, en août 192g. 



736 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



-^P^— fcf^^H 



ces symptômes, risque souvent de les aggraver en méconnais- 
sant la situation et en ne sachant pas adopter l'attitude voulue. 

La psjrchanalyse nous a, en particulier, permis d'isoler de- 
l'ensemble d'une névrose ou d'un caractère un certain nom- 
bre de mécanismes d'auto-punition susceptibles de se répercu- 
ter de la façon la plus variée et la plus imprévue sur le com- 
portement d'un sujet, d'entraver l'épanouissement normal de- 
son intelligence et de son activité, et de causer les plus gran- 
des difficultés aux parents et aux professeurs chargés de 1 édu- 
cation d'un tel sujet. Bien plus, même chez les individus ré- 
putés normaux, nous pouvons constater l'existence de méca- 
nismes psychologiques semblable?; qui, à un degré plus ou: 
moins considérable, arrivent, à handicaper ces individus dans; 
leur développement. 

Il est vrai que c'est surtout sur des malades que notre ex- 
périence s'est fondée t mais n'oublions pas que ces malades ont 
été des enfants, des élèves, et que souvent si on avait pu leur 
apporter une aide efficace dans leur enfance, alors que tout 
paraissait être pour le mieux dans le meilleur des mondes, sï 
à cette époque4â on avait pu reconnaître leur affection, corri- 
ger certaines réactions psj'chiques avant qu'elles n'aient eu 
le temps de se développer, de s'enraciner dans leur caractère 
et de créer un mal irrémédiable, alors on* aurait pu sauver bien 
des existences dont la vie a été, plus tard, compromise par une^ 
névrose, * 

Ainsi se pose la question de savoir comment mettre à l'a dis- 
position du pédagogue le matériel clinique dont la connais- 
sance lui est indispensable pour qu'il puisse voir clair dans les 
cas qui l'intéressent, Répondre à -cette question n'est pas aussi*. 
facile que cela paraît au premier abord. 

Le pédagogue semble rencontrer les mêmes difficultés que- 
le médecin pour acquérir certaines connaissances psychana- 
lytiques. Et l'expérience paraît prouver que, pour atteindre- 
ce but, il n'existe qu'un seul chemin réellement praticable r 
celui d'une analyse didactique. Cette méthode consiste à se- 
soumettre soi-même à un traitement semblable â celui qui est 
appliqué aux malades. Seule cette façon d'agir paraît sus- 
ceptible de bien nous familiariser avec Fexistence des réactions- 
que nous avons besoin de connaître. Après les* avoir observées 



■ » - I 



LES MECANISMES D AUTOPtïJUT]Û>J 



737" 



chez nous et les avoir comprises dans leur cause et dans leur 
effet, nous ** 'avons plus aucune difficulté, quand elles existent. 
chez autrui, à les v constater, 

T -m? 

Sachant à quel point ces réactions, quoique peine ébauchées, 
et parfaitement compatibles avec une vie apparemment nor- 
male, ont pu nous nuire, nous comprendrons l'intérêt qu'il y 
a à épargner aux autres le même malheur ou un plias grand 
encore. Mais si nous restons aveugles â l'égard de ces réac- 
tions chez nous-même nous ne les verrons pas davantage chez: 
les autres. 

Vous comprendrez aisément que cela n'est pas [ fait pour 
simplifier les choses, surtout si vous tenez compte du fait 
qu'une analyse didactique peut durer de un an à deux ans, et 
parfois davantage, selon l'intensité de la lutte que vous-même 
aurez à soutenir contre les difficultés névrotiques. 

Aussi vous tie vous étonnerez pas si je fais quelques réser- 
ves au sujet du profit que vous allez pouvoir tirer de ma com- 
munication , Je vous avoue, franchement 3 que je me sens même 
un peu embarrassé pour savoir comment aborder mon sujet. 
Je voudrais tout de même essayer de le faire, ne serait-ce - que^ 
pour montrer l'intérêt des faits que la psychanalyse permet de 
découvrir et qui créent un mouvement scientifique lequel abou- 
tira, je crois , à faire jouer au pédagogue un rôle bien plus con- 
sidérable que celui qu'il jouait jusqu'à présent en ce qui con- 
cerne et la formation de notre personnalité et notre santé r&y- 
chique. 

Les mécanismes d'autopunition dont je voudrais vous par- 
ler sont susceptibles dé se traduire dans la pratique d'une fa* 
çon extrêmement variable, Nous ne ferions que nous égarer si 
j'entreprenais de vous décrire les symptômes auxquels ils peu- 
vent donner lieu. Ce qu'il s'agit de comprendre, c'est ce que 
ces symptômes ont de commun entre eux et à quelle situation 
affective ils correspondent généralement. 

Cela m'amène à vous exposer, en peu de mots, d'abord l'his- 
toire du développement de notre affectivité, puis certaines par- 
ticularités du fonctionnement de notre appareil psychique. 

Nous avons psychiquement la fausse impression d'être une 
personnalité unique et de savoir, grâce à nos simples sensa- 
tions, ce qui se passe en nous ! On eroj^ait de meme avant Co^ 



73 8 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

pernic, en se fiant uniquement aux apparences, que le Soleil 
tournait autour de la Terré; En réalité les choses sont infini- 
ment plus complexes : en ce qui concerne le psychisme nous 
pourrions plutôt dire aujourd'hui que nous ressemblons à une 
plante où- l'on aurait, sur la racine sauvage et primitive, greffé 
notre personnalité sociale. L'étude psychanalytique de Pindi- 
vidu nous oblige à admettre en nous une sorte de trinité, re- 
présentée d'une part par la personnalité profonde du sujet que 
"!.a psychanalyse désigne par le tenue de Soi, d'autre part par 
les personnalités tant maternelle que paternelle qui se sont dé- 
veloppées en nous selon des conditions particulières à la fa- 
ïnille, où l'influence des parents devient la voix de la cons- 
cience, - : . 

C'est entre ces trois personnalités, pourrait-on dire, que se 
dispute chaque tendance avant d'arriver à se faire jour dans 
notre conscience. L'élément père et mère constitue la censure, 
exactement de la même façon que les parents dans la famille : 
ce sont eux qui décident si une tendance est avouable et si elle 
a le droit de se réaliser. Cette censure est ainsi le résultat de 
r influence des parents et de l'entourage sur l'enfant, influence 
qui continue à agir, sous forme de réflexes qui souvent n'ont 
plus rien de rationnel/ Ces réilexes dans un certain nombre 
de cas peuvent nuire au développement de la personnalité pro- 
fonde qui se comporte vis-à-vis de la censure comme un enfant 
vis-à-vis de ses parents, Pour comprendre la formation de ces 
réflexes vous n'avez qu'à vous rappeler le cas de ces soldats 
qui, rentrés après leur service dans la vie civile, continuent à 
■saluer militairement* Cette censure ou comme nous disons au- 
jourd'hui, ce surmoi (das Uberich) peut, vous le concevez fa- 
cilement, fonctionner d'une façon extrêmement variable sui- 
vant l'individu :.il joue le rôlç d'un- filtre, ou, si vous pré- 
férez , d'un frein contre les tendances inconscientes primi- 
tives. Dans certains cas, son action peut devenir telle- 
ment rigide et tellement impitoyable que la personnalité 
profonde, : le Soi {das Es), n'arrive plus à .se développer ni 
à s'exprimer d'une façon normale et réagit à la contrainte 
par des révoltes d'un type particulier. Ces révoltes se tradui- 
sent soit par des psycho-névroses, soit par des maladies, soit 
par un comportement in social, tons indices d'un conflit pro-. 



M. q ■ I 



VWHP 



LES MECANISMES D AUTOPUtf ITION 



73Ç 



fond qui déchire l'individu, telle une guerre civile menaçant 
l'existence d'une nation. L/issue d'une pareille guerre est émi- 
nemment variable et problématique.. 

Il arrive que la révolte aboutisse â rétablissement d'un nou- 
veau régime plus supportable, mais parfois aussi la nation se 
désagrège, ce qui correspond chez le névrosé à la destruction 
même de V individu . 

La cause de ces réactions pathologiques n'est donc pas la 
tendance de l'organisme à réagir par la révolte à une oppres- 
sion } tendance normale et purement biologique, mais bien la 
faculté de constituer une censure psychique trop tyran nique, 
faculté qui pratiquement ne dépend pas seulement de l'héré- 
dité, mais également et bien plus qu'on ne pourrait le croire* 
de l'influence des parents et de l'entourage, au cours de l'en- 
fance. Chaque conflit des parents a sa ' répercussion sur l'en- 
fant, se dépose, dans son organisme sous forme de réflexe» y 
reste cristallisé comme une niasse indissoluble, qui non seule- 
ment fait partie de la personnalité psychique de l'enfant, mais 
probablement aussi de sa personnalité organique, et de vient > 
je crois, susceptible d'être légué aux descendants, Le pro- 
blème qui se pose devant nous a donc à la fois un aspect mé- 
dical et un aspect social- Les causes pouvant déterminer une 
rigidité pathologique du surmoi ne se trouvent pas seulement 
dans l'individu même, mais dépendent du comportement des 
parents, parfois de celui également des professeurs, de l'en- 
tente qu'ils sont susceptibles de réaliser entre eux, ainsi que 
de l'amour dont ils sont capables vis-à-vis de l'enfant. 

Pour réprimer les mauvaises tendances de l'enfant, les pa- 
rents emploient j vous le savez, non seulement des moyens de 
persuasion, mais également des moyens de coercition par les- 
quels on se propose de faire peur aux enfants. Ce sont ces 
moyens que le surmoi continue à employer > et dans les cas 
d'une, trop grande rigidité, ce sont surtout les moyens 
effrayants, puis ceux de. coercition qui l'emportent, leur but 
étant de provoquer par la terreur l'inhibition du sujet et d'.ob- 
- tenir de lui qu'il refuse de se plier aux tendances du soi. 
Suivant le degré de rigidité du surmoi, le sujet ou bien 
éprouve de l'angoisse dans les cas moins extrêmes, ou bien, 
dans les cas les plus accentués, il fuit, devant les menaces 



•> 



r- 



740 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



du sunnoi, dans toutes sortes de pratiques d' auto-punition,. 
d'?uto-humiliation, de confession, d'expiation ; il croit ainsi 
adoucir par la souffrance et son humilité les rigueurs du 
surmoi. Ce sont ces pratiques d'au to-punit ion qui nous inté- 
ressent aujourd'hui tout particulièrement. D'après ce qui pré- 
cède, vous voyez qu'un enfant peut arriver à avoir peur non 
seulement de ses parents, mais également de ce qui devient 
pour lui l'équivalent des dits parents : la conscience. Avoir 
une mauvaise conscience se traduit alors pour lui par la sen- 
sation de mériter un châtiment, une punition. Et cette mau- 
vaise conscience n'est pas, comme on pourrait le croire, la 
conséquence d'un acte mauvais, mais elle peut représenter, 
chez les enfants terrorisés par leur surmoi, l'état habituel 
dans lequel ils se trouvent. Le sujet ressent alors la situation 
de la façon suivante .: tout ce. que je pense et tout ce que je 
fais est mauvais. Il ne faudrait pas croire que cet état de ter- 
reur n'existe que chez des enfante maltraités par leurs parents* 
Non, un enfant peut se trouver dans cet état d'angoisse pour 
des causes purement imaginaires, et sa mauvaise conscience 
est en rapport avec une situation affective des plus complexes,, 
je veux* dire ; la situation œdipienne. Mais voyons d'abord 
quel est le sens exact des réactions d 'auto-punition. ~ 

A partir d'un certain degré d'intensité il semble impossible,, 
dans beaucoup de cas, de supporter indéfiniment l'angoisse, 
fi arrive un moment où le sujet désire la paix à iv* importe 
quel prix. Cette paix, il cherche un moyen de l'obtenir* et ce 
moyen, une fois trouvé, devient une arme précieuse à laquelle 
il tient pour liquider l'angoisse. Quels sont maintenant ces 
moyens ? ce sont exactement ceux qu'on emploie consciem- 
ment pour se purifier, pour expier un crime qu'on se reproche. 
On y fait alor£ appel pour expier par leur moyen les crimes 
imaginaires dont- on se sent coupable : on invente la souffrance 
tant morale qu'organique. Cette souffrance, l'individu l'ac- 
cueille comme une délivrance, il en fait une amie à laquelle 
il se sent indissolublement lié par les liens de l'intérêt et de 
la reconnaissance. C'est la souffrance qui devient la grande. 
protectrice. C'est elle qui supprime l'angoisse ; avec la souf- 
france comme avec la confession, on est toujours en mesure 
d'acheter le pardon et d'exiger l'indulgence du juge suprême. 



■ 



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LES MÉCANISMES D'AUTOPUNITION 741 

Tîn d'autres termes, le psychisme de l'individu prend l'ha- 
bitude de se punir à l'aide d'une maladie psychique ou orga- 
nique ou bien d/échecs sociaux, grâce auxquels il arrive à 
apaiser les exigences de la censure, â acheter le droit de vivre* 
voire même le droit de se libérer des obligations sociales pour 
le plaisir inconscient d'être autrement que les autres, cVst-à- 
dire au-dessus d'eux. Vous voyez que cette opération est, mal- 
gré la souffrance, susceptible de se traduire par lin bénéfice 
■considérable de jouissance pour l' individu, La souffrance elle- 
même peut ensuite devenir un moyeu de mettre à contribu- 
tion l'entourage pour en disposer souverainement. (Névrose 
d assurance sociale). Ainsi de fil en aiguille, peuvent se déve- 
lopper des états d'une complexité inextricable ; on a perdu 
tout intérêt â être normal. Guérir, ce serait alors pour le sujet 
sacrifier la souffrance qui lui a permis de liquider d'une façon 
radicale et l'angoisse et V inhibition, et de tirer une vengeance 
si éclatante du surmoï et des parents. Ce serait sacrifier V illu- 
sion précieuse de la liberté, illusion durement acquise, illu- 
sion de gloire même, car à 1 J instar d'Erostrate qui a voulu, 
vous le savez, se rendre aussi immortel qu'Alexandre par la 
destruction du temple d'Ephèse, les malades qui nous occupent 
en ce moment puisent leur orgueil dans la façon dont ils ont 
mis en œuvre la destruction de leur propre organisme, 

Comment ces cas se présentent-ils dans la pratique ? Les 
possibilités de souffrir étant infiniment nombreuses, nous avons 
affaire à des états apparement très différents les uns des 
autres, mais qui au fond correspondent à la même cause, ou, 
si vous préférez, à la même maladie. La souffrance choisie 
peut être d'ordre médical. C'est-à-dire consister à favoriser 
Téclosion d'une maladie. La tuberculose par exemple, pour 
laquelle on se fait ensuite soigner par le médecin qui, dans 
ce cas, en méconnaît ordinairement la cause. Ou bien une 
maladie vénérienne qui est toujours facile à acquérir. Mais ce 
ne sont pas ces réactions qui vous intéressent le plus. Vous au- 
rez, je crois, plus de chances de vous trouver en face de cas où 
la souffrance choisie est pour ainsi dire d'ordre social. Elle n'a 
apparemment rien à faire à ce qu'on appelle la maladie, Par 
exemple, un élève; malgré ses études brillantes, échouera 
dans tous ses examens ou bien il se fera toujours battre par 



^K^^^— ^^^^^ 



742 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

ses camarades, se rendra toujours coupable vis-à-vis de ses 
professeurs. Il en viendra même, dans des cas plus graves, 
à commettre des actes criminels dans lesquels le but de l'acte: 
commis n'est évidemment pas le crime mais bien la souf- 
france morale qu'il est susceptible de procurer : Pangoisse 
d'être découvert, maison de correction chez les mineurs, pri- 
son chez les adultes. 

Au fond, ces cas, à peu près inconnus, aujourd'hui encore,. 
à notre, magistrature judiciaire et à beaucoup de pédagogues, 
n'en font pas moins partie de la médecine. Mais quel chemin 
reste à parcourir jusqu'à -ce que ces notions aient pénétré dans 
notre conscience collective d'une façon suffisante pour amener 
une révision du droit criminel. Pour ceux qui s'intéressent 
à la question, je me permets de rappeler qu'Àlexander a. 
récemment publié sur cette question un livre très intéressant: 
Der Verbrecher wid seine Rîchter. N'oublions pas non plus 
le livre remarquable de Reik ; Gestàndniszwang und Straf- 
bedûrfnùf qui a eu une influence décisive sur l'orientation de- 
nos idées concernant ce sujet* 

Vous voyez déjà comment les S3 7 iiiptômes engendrés par les 
mécanismes d 'autopunition peuvent varier à l'infini suivant 
l'ordre de souffrance à laquelle s'adresse un sujet pour liqui- 
der son- angoisse, suivant la forme et le degré du conflit psy- 
chique dans lesquels il est engagé. Mais ce qui complique 
encore davantage la situation, c'est que les symptômes les 
plus dissemblables sont susceptibles de se substituer les uns. 
aux autres et de se remplacer* Admettons, par exemple, qu'un 
sujet ait. un bégaiement auto-punitif. Ce bégaiement serait au 
service d'une tendance inconsciente qu'aurait le sujet a exhi- 
ber une infériorité et serait en quelque sorte l'équivalent dp 
l'exhibitionnisme de Rousseau. Admettons encore que, par 
un traitement de rééducation sévère, on arrive à corriger ce 
bégaiement et à considérer le sujet comme guéri. Quelques - 
mois plus tard, le même sujet fera une chute et se cassera 
un bras. Ce bras guéri, nouvelle chute: il se cassera une 
jambe ; puis, après la guérison de sa jambe, il échouera à un 
examen, cet examen manqué, il choisira une profession où il 
aura toutes les changes de ne pas réussir, Des années ayant 
passé ainsi, il voudra se marier. Il le fera dans des condi-- 



''■ ' H 



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H^B^^PP 



LES MECANISMES D AUTOPUNITION 



745 



tions telles qu'il sera malheureux, etc... etc.. Eh bien, a priori 
vous n'aurez probablement pas pensé qu'il pouvait exister une 
relation affective entre ces différents incidents et qu J ils repré- 
sentaient au fond la reproduction, avec des moyens différents, - 
il est vrai, et dans des conditions différentes, mais pourtant 
reproduction de la même réaction psychique fixée depuis l'en- 
fance. 

Vous ne pouvez pas vous imaginer combien considérable 
est le nombre des sujets qui à un degré plus ou moins fort 
ont â lutter contre des réactions de ce genre, Et il ne vient 
à Vidée de personne, â moins de connaître la psychanalyse, 
de relier ces différents incidents les uns aux autres et de voir 
en eux la reproduction à l'infini de la même situation infan- 
tile. 

En regardant de plus près, la situation se complique 
encore davantage. Mais le génie de Freud nous a apporté la 
lumière en mettant à la portée de notre compréhension les. 
problèmes du masochisme, car l'angoisse, la maladie, la dou- 
leur, l'échec social, ne sont pas seulement dans cet ordre 
d'idées un moyen pour se débarrasser de l'angoisse : ils cous-, 
tituent en même temps une jouissance proprement sexuelle. 
On n'est arrivé à le comprendre que très lentement, par 
exemple en étudiant les cas des névrosés qui ne peuvent se 
procurer l'orgasme qu'en se représentant les flagellations, 
soit personnellement subies, soit subies par d'autres per- 
sonnes avec lesquelles ils s'identifient en imagination. Chez 
ces sujets, consciemment ou inconsciemment, le sentiment de 
jouissance n'est pas Hé à la réussite normale, ni au point de 
vue sexuel à l'acte normal, c'est-à-dire, chez l'homme, à la 
possession sexuelle de la fenïme, et, chez la femme,, à l'aban- 
don sexuel à l'homme et à l'enfant . Parmi ces anormaux au 
contraire le sentiment de jouissance est toujours lié, chez 
l'homme et chez la femme à la nécessité de se représenter un 
garçon battu ou bien de se sentir battu soi-même. Cette néces- 
sité peut, suivant les sujets, s'exprimer d'une façon très va- 
riable : les uns vivent et jouissent de cette situation dans 
rimagination ayant conscience de leur fantasme. Les autres 
eir jouissent par l'intermédiaire de réactions névrotiques in- 
conscientes dont le sens et la portée leur échappent, mais qui 






744 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 






'deviennent le moyen par lequel s'atteint la jouissance, jouis- 
sance inconsciente il est vrai, niais entraînant tout de même 
nu sentiment de détente après la crise. Permettez-moi d'in- 
sister sur cette relation sexuelle, particulière qui existe entre 
la punition et l'orgasme et qui font d'elle une sorte d'acte 
sexuel , en rapport étroit avec la situation œdipienne. 

Vous savez certainement tous ce que Freud a appelé com- 
plexe d 'Œdipe, Vous savez également que les sentiments 
sexuels n'ont pas besoin d^être conscients pour exister et 
qu'ils sont susceptibles de se manifester dès la : première 
^enfance du sujet, sous une forme primitive il est vrai, mais 
sexuelle tout de même. Vous savez de plus jusqu'à quel point 
•ces sentiments sont cachés et combattus par la censure et com- 
bien facilement ils arrivent à se réaliser au moven de ce 
*qu'on a appelé le vice solitaire, Nous ajouterons que l'enfant, 
■qui est incapable de. réaliser sa sexualité normalement, n'a 
pour soupape de sûreté, pour ses désirs libidinaux que son 
imagination ( la masturbation est toujours pratiquée par cha- 
que enfant, soit consciemment, soit inconsciemment. Le pre- 
mier but des désirs de cet ordre est, chez le garçon et peut- 
-être même chez la fillette, l'être qui a été la première source 
'de jouissance de Tenfant, c'est-à-dire la mère- Nous ne pou- 
vons pas insister ici sur les différents aspects du complexe 
■d 'Œdipe. Nous voudrions seulement souligner que c*est lui 
'qui, dans la grande majorité des cas, devient le point de 
départ des sentiments de culpabilité de l'enfant et. qui fournit 
les fantasmes sexuels qui, censurés, survivent dans les repré- 
sentations ou dans les symptômes de nos malades. Pour vous 
montrer quel genre de faits nous a obligé à nous occuper des 
relations de ce genre, nous voudrions vous citer un exemple 
de fantasme de flagellation que nous avons publié avec M, Co- 
*det dans un travail sur les mécanismes d'auto- punition. 

« Un homme se représente en se masturbant comment un 
-autre homme bat un garçon. Il se raconte l'histoire d'un ca- 
pitaine de navire qui engage un jeune mousse. Le capitaine 
décide que, parmi son équipage, seuls les gradés auront le 
•droit de punir, et que cette punition ne peut être opérée que 
par des fouets de telle ou telle espèce. Les garçons auxquels 
la punition est infligée doivent être dans une situation don- 



N ■ .' . ■ ■ " - - ■ - ■ ' ^ 






■ ™W^ 



LES MÉCANISMES D'auTOPUNITION 745 



h^^^^^^^^^»^^^^^ 



née, le derrière nu en l'air. La victime n'a droit qu'à six 
-soupirs, La punition doit recommencer dès que ce nombre 

^ix est dépassé et nç peut être infligée qu'exceptionnellement 
par le capitaine lui-même, lequel est surtout là pour voir et 
pour contrôler si tout se passe suivant des règles sévèrement 
codifiées et qui font de cet acte presque la caricature d'un acte 
sacerdotal. La jouissance sexuelle est obtenue si tout se passe 
dans l'ordre prescrit et si le garçon > après avoir reçu, par 
♦exemple, cinquante coups de fouet, bien comptés > arrive' à son 
sixième 'soupir/ C'est au moment de la représentation du 
cinquantième coup de fouet et du sixième soupir qu'inter- 
vient l'orgasme n t Traduisons , et vous trouverez alors un 
motif dont je vous ai déjà parlé. Le mousse, c'est le sujet lui- 
même qui, enfant, subit les punitions des gradés qui sym- 
bolisent le surmoij c'est -à-dire les parents en général et le 
père en particulier. 

Le capitaine qui surveille, c'est encore une fois le sujet 
qui', en regardant, se représente à la fois ce que ressent le 
mousse et ce que font les gradés. .Ajoutez à cela que le petit 
, garçon y le mousse, ressent plutôt comme une femme et vous 
comprendrez que cette histoire de flagellation est l'histoire 
d'un acte sexuel que le sujet se raconte. Il s'y représente 
■comment, à la place d'une femme, il subit les effets de la 
verge, du fouet du père et nous voilà en plein complexe 
d 'Œdipe. 

Vous voyez la complexité de la mise en scène qui, je vous 
Vassure, ne l'est dans ce cas-ci que très peu en comparaison 
avec la plupart des fantasmes que se représentent ces sujets, 
fantasmes, qui à chaque nouvelle masturbation font appel à 
des acteurs différents , toujours avec la même précision dans 
la hiérarchie sociale des personnages représentés, dans les 
règles â observer, dans les détails des instruments utilisés* 
dans les positions et les cris, et même, dans beaucoup de cas, 
-dans les noms. Nous avons connu des jeunes gens ayant passé 
tous les jours des heures à fabriquer des fantasmes pareils, 
se masturbant deux, trois, quatre fois et davantage* ' 

Il y a des hommes qui en ont fait des romans, devenus par- 
fois célèbres et derrière lesquels quiconque n'est pas spécia- 
lement averti ne reconnaîtrait jamais le mobile d'origine* 

KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 9 



^^^— 



746 " REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Rappelez- vous Cvaime et Châtiment, de Dostoïewsld, Ce roman, 
est entièrement l'histoire d'un homme a}^ant commis "un crime. 
Il n'en profite pas pécuniairement, mais il finit par se dé- 
noncer et par chercher la punition. Dans -le même roman,, 
vous trouverez également la description de rêves de fustiga- 
tion. 

Chez la femme, le thème peut être le suivant : ou bien jer 
suis un forçat dans une cellule de prison et un gardien me 
bat, ou bien je suis une prostituée battue par _ un. homme, un 
soldat par exemple ayant violé les femmes d'un couvent pen- 
dant la ■•'guerre. La jouissance sexuelle pendant la mastur- 
bation est liée à la représentation des coups que la femme 
supporte ou qu'elle fait supporter en imagination à quelqu'un., 
4 Toujours est-il que je n'ai pas eu l'occasion d'observer aussi 
souvent chez la femme que chez l'homme l'existence de fan* 
tasmes conscients de fustigation. Faut-il en conclure qu'ils, 
sont moins fréquents chez elle? Il est possible qu'ils soient 
vécus davantage par V intermédiaire des symptômes, comme, 
c'est d'ailleurs le cas pour la catégorie de malades, hommes, 
et femmes, chez lesquels la recherche de la volupté maso- 
chiste ne se fait pas consciemment, mais au moyen de toutes, 
sortes de prétextes permettant an sujet d'aboutir suivant les 
cas ou bien à la maladie inconsciemment cultivée, ou bien à des; 
échecs d'ordre social où le sujet joue le rôle de l'être battu. 
Nombreuses en effet sont les occasions de se faire battre et cer- 
tains pédagogues utilisant ce mode de punition ne se rendent 
probablement pas compte qu'ils tombent parfois dans le piège 
à eux tendu par un enfant malade. Ne parlons pas des 
cas où le fait de battre est une manifestation erotique chez: 
celui qui inflige la punition, 

Il ne faudrait pas croire que les sujets qui se racontent ces 
histoires ou bien qui les vivent ne le font qu'accidentelle- 
ment. Tout cela a le caractère d'une véritable obsession qu'un 
être subit malgré lui et à laquelle, quoi qu'il fasse, il ne peut 
résister. Rien, en dehors de ces représentations ne peut lui 
donner la sensation d'une- véritable jouissance. Ce qui vous. 
explique un peu la signification de ces sortes de fantasmes, 
c'est le fait qu'ils représentent le seul compromis possible 
entre les différentes tendances contradictoires qui se dispu- 



^^^^^^^^^^^ 



LES MÉCANISMES D'AUTOPUNITION 747 



■ 

tent l'hégémonie dans V inconscient du sujet. Les tendances 
du soi sont en contradiction avec celles du surmoi, qui les 
considère comme coupables. Chacun, dans cette bataille^ veut 
avoir sa part : le moi accepte de souffrir afin d'acheter- le 

' droit de jouir et afin de créer le prétexte de la révolte dont il 
a besoin pour pouvoir mépriser les exigences du surnioi. Il 
arrive ainsi à les mépriser. ■ , 

Comment ces réactions affectives pourraient-elles se tra- 
duire chez les enfants avec lesquels vous avez affaire dans 
votre profession ? Je ïnets à part les cas dont le caractère patho- 
logique saute aux yeux et pour lesquels vous n'éprouvez pas 
trop de difficulté à recommander un traitement psychanaly- 
tique si l'on fait appel à vos conseils. Je voudrais plutôt, au- 
tant que mon expérience personnelle me le permet, vous par- 
ler des quelques symptômes les plus -facilement méconnus. 
Mon expérience m J a surtout permis d'observer des enfants 
de parents névrosés que j'avais en traitement, puis de savoir 
à peu près quel était le comportement de mes patients pen- 
dant leur enfance et à V école. Tout cela m'a fait penser qu'un 
certain nombre de réactions d*auto-punition se traduisait très 
tôt chez le sujet par des particularités de caractère : par 
exemple par un certain négativisme de l'enfant. La première 
réaction à une influence, quelle qu'elle soit, qui s'exerce sur 
lui serait -alors toujours un a non jk Les enfants de ce genre 
ont un esprit d'opposition jusque vis-à-vis d'eux-mêmes et ne 
suportent pas d'être bousculés. Ils ont une tendance à s'oppo- 
ser à eux-mêmes, à tout ce qu'ils savent et à tout ce qu'ils 
font, Ils présentent une compréhension à retardement, car, 

- pour pouvoir penser, parler et agir, il leur faut d'abord cor- 
riger leur négativisme, qui écrase leur spontanéité. Comme, 
ordinairement, ces enfants sont des scrupuleux, je crois 
qu'avec de la patience, et de l'indulgence, en sachant ne pas 
se laisser irriter par leur comportement, on leur rendra sou- 
vent les plus grands services. Dans certains cas la réaction 
d'auto-punition peut se traduire par ce -qu'on appelle de la^ 
bêtise. Il ne semble pas qu'il s 'agisse alors d'une idiotie réelle, 
mais seulement d'une idiotie apparente et ayant naturellement' 
pour but de faire mal -juger l'enfant, de le faire mépriser 
parfois par son entourage et par ses professeurs. Vous compre- 






748 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



nez aisément que cette bêtise peut satisfaire admirablement 
bien le besoin de punition. L'enfant n'a pas le droit de mon- 
trer son intelligence parce qu'il serait coupable de le faire, 
parce qu'ainsi il se ferait aimer par ses parents et par ses 
professeurs , et que le sur moi lui interdit de profiter de cet 
amour. Parfois c'est pour d'autres raisons que l'intelligence 
doit être punie, c'est-à-dire détruite , car elle pourrait, par 
exemple, servir à étudier des problèmes coupables, voire 
sexuels, et vous savez qu'il y a eu même des prêtres qui ont 
considéré que le meilleur moyen de garder purs et croyants 
les fidèles qui leur étaient confiés, c'était de les conserver 
simples d'esprit et de cultiver leur ignorance. Ainsi certains 
enfants réagissent de la même façon, persuadés qu'ils culti- 
vent leur innocence par la bêtise et croyant gagner ainsi le 
royaume de Dieu, 

Il y a aussi des cas où la réaction d'auto-punition veut faire 
marcher le professeur, D'après ce qui précède, vous savez 
déjà que d'être puni et battu peut devenir une satisfaction 
sexuelle pour l'enfant ainsi que punir et battre pour certains 
professeur qui ignorent les mobiles de leur sévérité et qui, 
naturellement, trouvent facilement de bonnes raisons pour 
l'exercer. À ce mal il est impossible de remédier sans la psy- 
chanalyse, et ceci est une des plus fortes raisons qui me font 
croire que le pédagogue devrait être psychanalysé , 

En résumé, un enfant peut paraître bête et ne l'être qu'en 
apparence. Il peut avoir un comportement irritant et cela pour 
se faire mal juger. Il peut vouloir, par tous les moyens, se 
faire punir. Il ment, il vole, il se comporte d'une façon insup- 
portable parce qu'il est masochiste. Dans d'autres cas, la " 
bêtise de l'enfant est seulement limitée à certains problèmes 
qui, pour des raisons à déterminer psychanalytiquement par 
le professeur, sont particulièrement sujets à refoulement. Cer- 
tains de ces problèmes ont trop d'analogie avec lès problèmes 
d'ordre sexuel auxquels l'enfant s'interdit de toucher. Cette 
analogie n'existe peut-être pas pour vous, mais elle peut par- 
faitement bien exister pour l'inconscient d'un autre, et si vous 
ne pouvez pas découvrir cette cause, il est certains points sur 
lesquels votre élève ne pourra pas progresser. 

Il y a encore le cas où l'enfant souffre d'une crise psychique 



- 



- 



1,ES MÉCANISMES D^AUTOPUNITION 74Ç 



>-^~~-4*é*^ 



actuelle et où un pédagogue compréhensif pourrait réaliser 
toute l'indulgence, toute la bonté dont a besoin l'enfant qui 
le plus souvent ne peut pas, par ses propres moyens, expliquer 
son mal et ne sait même pas consciemment que ce mal existe. 
Cette notion de la souffrance inconsciente qu'on subit pendant 
que le conscient ^paraît tout ignorer, à la façon du conscient 
d'un sujet opéré en narcose , cette notion , dis- je, me paraît des 
plus importantes à connaître. 

L'indulgence, la patience, la compréhension t bref toutes les 
attitudes qu'un bon pédagogue devrait être capable de prendre, 
îe maximum de chances qu'il ait de pouvoir les réaliser est 
de se soumettre â une psychanalyse. 

Vous ne nie demanderez certainement pas d'épuiser aujour- 
d'hui ce sujet. Pour y arriver, il ne faudrait pas seulement 
beaucoup de temps et de travail, mais une expérience supé- 
rieure à la mienne/ Je crois que dans leur ensemble ces ques- 
tions ne pourront être mises au point que par une collabora- 
tion entre le pédagogue analyste et le médecin analyste. Les 
travaux d'Anna Freud et de Zulliger nous montrent déjà les 
heureux résultats de cette collaboration, Une initiative féconde 
a été prise. par ceux auquels nous devons V Internationale Pae- 
dagogische Zeitschrîft, qui permet aux médecins et aux péda- 
gogues d'échanger le résultat de leur expérience et de toucher, 
comme il est indispensable de le faire , le milieu des parents. 

Le but de mon exposé est en grande partie, Mesdames et 
Messieurs, de contribuer à cette collaboration entre analystes 
et pédagogues, collaboration que nous espérons pour Fa venir 
aussi étroite que possible. 



COMPTES-RENDUS 



Société Psychanalytique de Paris 



SÉANCE. DU 2$ JANVIER 1930 

■ 

[Séance administrative) 

Le D r Parcheminé} 7 présente les comptes de trésorerie et constate 
un déficit. 

Il est procédé à l'élection du bureau pour 1930. Onze votants 
présents y quatre, par correspondance. Sont élus : 

Président : D r Parcherniney, 
, Vice-président : D r Codet. 
Secrétaire : D r Allendv. 
Trésorier : D r Nacht. 

Le D r Parchemïney, dans une allocution brève, exprime la gra- 
titude de la Société de Psych analyse au président précédent, 
D T Laf orgue j qui a travaillé à la fondation de la société et au début 
du 'mouvement psychanalytique en France, 

Diverses questions administratives sont discutées. Il est décidé 
que la cotisation sera élevée à 100 francs pour les membres adhé- 
rents, maintenue à 125 francs pour les membres titulaires. 

Des séances d'étude et d'enseignement auront lieu le premier 
mardi de chaque mois chez le D r Lœwenstein. Ces séances n'enga- 
gent pas la société, 

La société elle-même se réunira les troisièmes mardis chez le 
président : les membres adhérents seront admis une fois sur deux* 



^^am 



COMPTÉS RENDUS 



751 



Séance du 18 février 1930 

"1 _ ■ 

Le D v Cênac traite le sujet ; Attitude post-analytique et réa- 
daptation a LA VIE. 

Il commence par exposer des cas : I. Un hébéphrénique de 30 ans, 
:névrosé, anxieux, impulsif, fils d J un père suicidé, présentait une 
haine marquée contre sa mère et ses trois sœurs. Il fut traité dans 
-tin service et l'analyse révéla notamment une forte fixation à la 
mère. Il put ensuite se rétablir, au point de reprendre avec plein 
succès une profession délicate mais ne put se réadapter à la vie fami- 
liale. La mère et, les sœurs s'étaient d'ailleurs liguées contre lui 
-et le tenaient à l'écart. Il fut nécessaire d'intervenir auprès d'elles 
pour obtenir un changement d'attitude. 

II. Un homme de 45 ans, marié sans' enfants, présentait des 
^tendances hypochondriaques. Amélioré par un traitement dans un 
service, il îretouxna chez lui, mais immédiatement dçs S3 r mptômes 
hysteroïdçs apparurent qui nécessitèrent son retour à la maison 
de santé. Fortement fixé à la mère morte (les troubles avaient 
* commencé au décès de celle-ci) il avait instauré chez lui un culte 
'&tïx souvenirs maternels et avait installé une nièce de sa femme 
'qui, comme ménagère, représentait pour lui la tradition * "maternelle. 
1/ épouse mécontente s'était enfermée dans sa chambre au milieu 
*de souvenirs personnels et était frigide. Ils travaillaient ensemble 
à la même entreprise et la f émane avait fini par devenir profession- 
nellement égale à son mari* Plus tard, ils travaillèrent séparément 
«et, la. femme ayant mieux réussi, le mari tomba dans la névrose. 
^Pour rendre enfin possible la vie en cômmuUj il fallut intervenir 
pour faire éliminer la nièce et -ranger les souvenirs maternels. La 
femme céda alors du terrain dans la vie conjugale mais devint à 
son tour névrosée. " 

III. Une vieille fille provinciale était obsédée par l'idée du sperme 
-et en était arrivée à des formules de conjuration. Sa névrose pro- 
venait d'une fixation aii père veuf, à qui elle avait dû donner des 
soins' intimés. Son retour au foyer, après guérison, fut compliquée 
par lçs maladresses dii père, fixé à sa fille et aboutit" à une récidive. 
'Il fut nécessaire à la fin -d'écarter la fille du père, 

IV. Une demoiselle de 32 ans souffrait d'une névrose d'angoisse 
^avec phobies. L'analyse montra une forte fixation maternelle avec 
"homosexualité inconsciente et amena une guérison* Mais, au retour 
<dans son foyer, la malade trouva sa mère ulcérée de la voir ainsi 
détachée et dut subir toutes les manoeuvres de celle-ci pour la repren- 
dre. Le père agit également contre elle par sa névrose et, là encore 
la vie à part fut le seul moyen de maintenir la guérison. 

Ayant examiné ces cas, le D r Cénac se demande si la tâche du 
Inédecin cesse une fois l'anatyse terminée. Peut-on légitimement se 
ïnêler des affaires intimes d'une famille eu d'un ménage et affronter 
3es terrîblse résistances qui en résultent ? * 



752 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Le D T Parchemmey remercie le conférencier et observe que, dans; 
tous ces cas, les guérisons ont été obtenues pendant une interruption 
de contact avec le milieu. La question se pose autrement quand l'ana- 
lyse progresse sans que le contact ait cessé. 

Le D r Codet estime que c'est un grave problème de méthode géné- 
rale. Faut-il s'occuper seulement du sujet malade ou de l'ambiance- 1 " 
également? La maladie n'est pas seulement une solution pour le 
malade mais suffit souvent pour l'entourage qui peut y trouver soti: 
compte et ceci rend certains cas insolubles, 

■ Le D r Laforgnte pense que la solution dépend de chaque cas parti-: * 
culier. Beaucoup de névroses sont plutôt des phénomènes familiaux. 
qu'individuels et il faut trouver des compromis. Freud, ayant abordé 
la question à propos de l'analyse active, est d'avis que toute inter- 
vention est justifiée qui peut faire p:tfogresser le psychisme du 
malade. 

Le D r Boï&l constate que les psychanalystes tendent à abandon- 
ner l'attitude tout à fait passive, qui était recommandée au début. 
ïl est partisan de cette conduite, basée sur les données de l'analyse,. 
Le 1Y Schiff se rang£ au même avis. 

Le D T Lommstein remarque que, si le malade reste dans son mi- 
lieu pendant l'analyse, l'adaptation progressive est plus facile. L'idéàr 
serait bien de s'abstenir d ' intervention sur les tiers — mais dans; 
certains cas, on peut analyser leurs réactions pour les faire com- 
prendre au sujet, Il est fréquent que la famille maintienne le malade 
dans sa névrose par un jeu d'inconscience très subtil et très sûr. 
Par exemple, la famille peut rechercher des réactions de colère ou 
de violence et les provoquer > quoique inconsciemment, parce qu'elle* 
y trouve des substituts de satisfaction sexuelle. 

Le D v Laforgue cite un exemple : Une jeune fille se fait analyser 
-à l'insu de son père. Arrivée à un certain détachement, elle se décide 
à un voyage d'une semaine, seule. Le père, par protestation, en 
profite pour se faire faire, pendant ce temps, une opération grave 
dont il était question depuis longtemps. Au retour, la jeune fille- 
ressent une culpabilité de s'être libérée* Il faut insister pour qu'elle 
continue à se libérer et renonce à se sacrifier* Quand elle y réussit 
enfin, le père constate que ses maladies perpétuelles ne sont plus 
un moj^en d'oppression valable, et sa santé s'améliore, 

M m * Morgenstem indique combien la situation est difficile dans- 
Tanafyse des enfants : il faut conserver la confiance de l'enfant tout 
en parlant de l'analyse aux parents. On est souvent obligé d'expli- 
quer à. l'enfant le mécanisme inconscient des réactions des parents- 
pour qu'il cesse d'en être victime. 

Le D r Lœwenstein conclut que le meilleur moyen de guérir les 
enfants névrosés est souvent d'analyser les parents. 

Le D T Laforgue cite un autre exemple : Un enfant schizophrène* 
est analysé dans un£ maison de* santé avec l'approbation complète 



*. .' : 



^m 



COMPTES RENDUS 



753' 



des parents. L'enfant va mieux, accepte de sortir et de faire des* 
visites en compagnie de l'analyste. Il prévient ce dernier que, s* il 
raconte les progrès à sa mère, celle-ci fera quelque chose d* hostile. 
L'analyste a le tort de ne pas le croire. Il arrive alors que le frère 
aîné, jaloux de voir le malade revenir à la vie normale, persuade à 
la mère qu'il faut interrompre le traitement — et cela d'autant plus 
facilement que la mère avait tendance à transférer sur l'enfant 
malade la haine qu'elle avait pour son mari. Le petit malade, privé* 
prématurément de l'aide analytique, ne peut continuer seul ses 
efforts de guéri son et retombe définitivement dans sa maladie. 

Le D T AlUndy rapporte des cas semblables : un mari névrosé 
sent que sa domination s'évanouit au fur et à mesure que la femme 
guérit et tombe de plus en plus dans la maladie,. Une sœur travaille 
activement à empêcher son frère impuissant de se réaliser auprès. 
d* autres femmes , parce qu'elle est attachée à lui, etc. 

M. Germain se demande s'il n^ a pas toujours avantage à séparer 
le sujet analysé du milieu familial qui Ta poussé dans la névrose. 

Le D r Cênac conclut qu'il est meilleur d'analyser le sujet dans 
son milieu- Les interventions sur ce milieu devraient être faites à. 
l'insu du malade pour ne pas éveiller des résistances. 

Le D r Loweiist&in déclare qu'après toute intervention ou tout 
contact de Y analyste avec le milieu dii sujet, il est .utile de re- 
prendre l'analyse, 

M, Germain parle d<es névroses complémentaires' si fréquentes 
dans les ménages. 

Le 'D T Lcêw&nstein estime qu'il n'est pas prudent que le même 
analyste soigne simultanément deux personnes d'une même famille, 
ni même deux amis* 

Le D T Codei demande si, l'analyse terminée, il est bon de revoir 
de temps et temps le sujet et de maintenir le contact. 

Le D r 'Lœwenstmt pense que c'est inévitable. 

La séance est levée* 



- 



BULLETIN DE CORRESPONDANCE 

de.. l'Association Internationale de Psychanalyse 

Rédigé par M* le Anna Freud t secrétaire centrale. 
■Comptes-rendus d-es groupes y affiliés. 

Suite et fin. du compte rendu du XI e Congrès international 

de Psjrchànalyse , . 

, DISCUSSION LIBRE 



Le soir de la seconde journée du Congrès les membres se sont 

réunis pour une discussion libre sur le sujet « La fin des analyses ». 

Le D r Smith Ely Jelliffe a présidé cette réunion et le J D r S. Ferenczi 

^t fait un exposé d'introduction à laquelle ont pris part plusieurs 

membres, ■ " • ' 

, - # ■- ■ 

Séance de la commission internationale d'instruction 

■ 

Samedi après-midi le 27 juillet 1929 

Le président de la C, I. L, le D r Eitingen a fait le rapport sui- 
vant : 

« La séance d' aujourd'hui de la C. I. I. est 3a seconde réunion 
officielle ayant eu lieu au cours des 21 ans écoulés depuis la fonda- 
tion de TÀssociation Internationale de Psychanatyse et le 11 e Con- 
grès qu'elle a organisés jusqu'à présent. Quand il fut décidé , lors 
du Congrès de Homburg, de créer des comités d'instruction et de 
les réunir en une commission d'instruction internationale, cette 
résolution ne fit que sanctionner ce qui existait déjà dans les trois 
groupes les plus anciens de TAssociation Internationale de Psycha- 
nalyse t et qui encouragea partout où ils n'existaient pas encore la 
formation 4 de pareils comités. Aujourd'hui la Hongrie , la Suisse, la 
Hollande, les deux Sociétés américaines et eu dernier lieu aussi la 
Société psychanalytique de Paris ont leur comité d'instruction. A 
V exception des Indes et de la Russie, donc dans tous les groupes où 
l'analyse est véritablement enseignée et étudiée, il existe maintenant 
de pareils comités auxquels incombent la direction de l'instruction 









■ ■■ A. 



* ' " ' » t» ". i. f-_ ■'_ : -i 



BULLETIN DE CORRESroSDAKeE 



'755 






't J 



psychanalytique et ta responsabilité , concernant cette dernière*. Je 
suis très heureux de voir réuni ici un grand nombre- de r ceux qui en 
sont responsables* Si l'A. L P. travaille à Vexpressign vivante de. la 
ps3^chanalyse ? et en tant que science, et en tant que mouvement,: nos 
instituts d'instruction sont le lieu où cette activité se déploie. Les 
instituts d* instruction sont le seul lieu où les fruits de notre travail 
«dépendent encore nettement du contenu et- de la nature de:Ce que 
nous semons. Les effets des résultats de notre investigation psycha- 
nalytique, et de notre activité scientifique ne tombent pas sons notre 
'contrôle ou n'y tombent' tout au plus que partiellement. Réfractés 
dans de nombreux milieux, ils ne sont jamais tels que* nous, puis- 
sions nous identifier à eux, quoiqu'ils nous aient souvent acceptés* 
Il faut au contraire attirer l'attention sur le fait. que les parties 
fragmentaires de Y analyse adoptées par les branches scientifiques 
plus ou moins éloignées de notre discipline ont souvent un air si 
bâtard et si défiguré que nous avons de la peine à les reconnaître* 
Mais ceux dont nous faisons des analyses doivent apprendre la^psj^- 
chanalyse dans sa totalité et -s'estimer heureux s 41 leur est donné 
de collaborer au développement du tout, rappelant ainsi aux autres 
que c'est accepter trop peu que d'accepter seulement des parties 
seraîent-cè lés plus essentielles. Dans la, me3ure où il s'agit dans 
r Association psychanalytique de plus que, «^/recherches psycholo- 
giques objectives, de l'application des faits-. découverts et des mé- 
thodes d4nvesti gâtions dans d* antres ordres d'activité., tontes les tâ- 
ches d'organisation essentielles de l'A. L F M t c'estrà-dirë tous les 
futurs travaux de notre mouvement incombent aux instituts, .d'ins- 
truction. ...... 

La plupart des congressistes ont certainement gardé un souvenir 
très net de la réunion de la C, L L qui à eu lieu lors du Congrès 
précédent f à Innsbruck. Nous essayâmes alors de vous exposer, il 
est vrai par une simple esquisse seulement et sans engager une dis- 
cusssîon, tout l'enseignement, respectivement l'instruction, et en 
premier lieu exclusivement celui du' thérapeute psychanalyste: 
l'instruction théorique, l'analyse didactique et l'analyse contrôlée. 
Beaucoup d'entre vous se souviennent ' certainement encore des 
exposés faits par les D™ Rado r et Sachs; et par M™ Deutsch, Il y 
était longuement question des conditions d'admission. Vous savez 
que le congrès nous a chargé de nommer un comité spécial pour 
s'occuper de ce; problème. Quand nous serons arrivés au. troisième 
point de nqtre programme d 5 aujourd'hui je vous présenterai un rap- 
port plus détaillé sur le travail de ce, comité,, 

La discussion des divers problèmes de l'instruction qui- ne sem- 
blent d'ailleurs pas donner lieu à de grandes divergences de vue 
■entre les divers instituts et' les divers comités d'instruction est' pré- 
vue pour des réunions ultérieures- de la^C/L Y: Jusqu'à -présent nos 
tentatives de déterminer le cours de P instruction;- se sont essentiel- 



^STÎTÏÏTM P£YCHft«fiLlf SE ? 

j 

187, Rue SglnMacq««î j 



75^ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



»^^*-»w»^^ta 



le ment et presque exclusivement occupées de la question de Y ins- 
truction des thérâpeutes-psj'chauaWstes. Cependant l'instruction de 
deux autres classes de gens qui désirent s'initier à l'analyse est de- 
venue pressante, celle des analystes d'enfant et celle des pédago- 
gues. Deux comités chargés d'étudier cette question nous en ren- 
dront compte tout à Y heure et nous soumettront leur thèse, celui 
de Vienne, représenté par M 11 * Anna FreGïTët M* Àugust Aichhorn, 
et celui de Londres , représenté par M nïeK Low, Klein, Searl, Isaacs 
et Sbarpe. Nous vous prions d'en prendre note et de discuter ces 
thèses dans vos groupes dans la mesure où il est besoin de régler 
ces problèmes ce qui, selon les renseignements que j'ai pu obtenir, 
est le cas partout. 

Vous avez probablement tous remarqué , dans le dernier rapport 
de ia Société Hongroise de psychanalyse, que son comité^ d'ins- 
truction a réussi à développer son organisation d'instruction 
en un institut psychanalytique. Nos instituts sont particulière- 
ment importants en tant qu'ils donnent une réponse à la question 
de savoir comment apprendre l'analyse. Ils indiquent où on l'ensei- 
gne correctement. C'est un sj'inptôme particulièrement caractéris- 
tique du développement de l'analyse, le fait que la psychanalyse est 
enseignée ces dernières années, par exemple, dans plusieurs uni- 
versités allemandes, quoiqu'elle le soit par des personnes dont nous 
ne pouvons pas reconnaître la compétence ■ Ce qui en résulte est 
tout au plus une critique spirituelle, mais le plus souvent superfi- 
ciel le p de la* doctrine freudienne, basée sur une étude insuffisante de 
son oeuvre. Il se passe ce fait auquel nous avons déjà fait allusion* 
Ce qui est arrivé autrefois aux monuments antiques, se produit 
dans la psychanalyse. On arrache à son édifice des blocs de pierre 
qu'on utilise pour d'autres sj'stèmes scientifiques. Nos instituts esti- 
ment aujourd'hui qu'il ressort de leur compétence d'enseigner ce 
que Freud a créé. Quelle que soit l'attitude de la société vis-à-vis de 
nous et vis-à-vis de l'Association internationale de Psvchanalyse, 
nos instituts font des progrès continuels et indéniables quant à l'ap- 
probation et la reconnaissance publiques. 

Le rapport du président est applaudi., 

Le président annonce ensuite que, les rapports détaillés devant 
être publiés dans le Bulletin de correspondance, les comités d'ins- 
truction des divers groupes renoncent à les communiquer aujour- 
d'hui. Il invite par contre les assistants à exposer ce qui éventuelle- 
ment a pu arriver d'important dans l'organisation d'instruction de 
leur groupe. Le D r Federn rend compte de l'organisation de leçons 
techniques (Semïnar) consacrées aux ouvrages de Freud et qui ont 
obtenues un grand succès. Le D r Eitingon et M me Dëutsch sou- 
lèvent des problèmes aj'ant trait à l'enseignement analytique et au 
contrôle des instituteurs et professeurs. Le D r Rado parle de Pêten- 
due qu'ont pris les cours techniques institués depuis des années à 



BULLETIN DE CORRESPONDANCE 



757 



V institut de Berlin. Le D r Ferenczi fait part de ses expériences au 
■sujet du comité d'instruction de Budapest. 

Le président fournit le rapport suivant sur l'activité du sous- 
tcojnité de Berlin , chargé de la rédaction d'un projet relatif au règle- 
ment international des questions d'admission et d'instruction : 

« Vous vous rappelez certainement encore tous combien la discus- 
sion des questions d'admission à l'instruction a été, vive lors du 
Congrès d'Innsbruckj en particulier la partie concernant l'admis- 
sion des non -médecins, quoique ou. parce que la question de l'ana- 
lyse non-professionnelle avait déjà été discutée. Vous vous souvenez 
tous de la résolution Eitingo^ qu'on ,avait alors prise ainsi que de 
-son sort. Après divers amendements qui avaient complètement mo- 
difié le sens de cette résolution., le Congrès l'abandonna et vota la 
résolution suivante : 

« Le Congrès charge la commission internationale d'instruction 
d'élaborer un autre projet concernant les conditions d'admission à 
l'instruction de thérapeutes psychanalystes ainsi que l'ensemble du 
■cours d'instruction psychanalytique en général et en particulier, sui- 
vant les conditions des divers pays. Le projet doit tenir compte de 
la coopérations des divers comités d'instruction en ce qui concerne 
l'exécution technique. Toute résolution au sujet de ces questions 
sera différée jusqu'à ce que ce projet soit élaboré et accepté après 
■avoir été soumis aux congressistes ». 

« Un sous-comité spécial fut alors chargé de l'élaboration de ce 
projet. Les membres de ce comité n'ayant pas été désignés par le 
Congrès ^ respectivement par la Commission d'instruction interna- 
tionale, il m'incomba en tant que président de la C. L L ^ les 
nommer* Je disposai de deux possibilités de procéder. La première 
-consistait à choisir ce comité aussi international que possible, et de 
travailler au moyen d'enquêtes et de questionnaires compliqués. 
Vous imaginez combien cela aurait été difficile ; toutes les discus- 
sions auraient dû se faire par lettres, des détails auraient suffi pour 
donner lieu à des correspondances interminables. Tous ceux qui 
savent ce que c'est que le travail des comités se représentent faci- 
lement le peu de chance qu'il y a- à aboutir à des résultats effectifs 
-en un laps de temps raisonnable. Je me décidai donc à procéder 
■autrement et de choisir le moyen- le plus simple et le plus conforme 
au but et qui cependant nous a valu beaucoup de critiques dont 
'certaines, je me permets de le dire, sont injustifiées. J'ai choisi trois 
membres de l'Association berlinoise. Us appartenaient, il est vrai> 
■à un groupe qui prenait dans cette question une position nettement 
déterminée, mais leur point de vue individuel différait suffisamment 
'l'un de l'autre pour qu'il se prêtassent à un examen objectif du pro- 
blème. Ce comité décida d'élaborer sous ma direction un projet très 
♦complet pour lequel les autres Sociétés prendraient position d'une 
^manière aussi déterminée que possible. Au- lieu de commencer par 



75$ REVUE ' FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



un questionnaire nous avons tout de suite présenté des réponses qui 
n'avaient pas d J autre but que de proposer des points susceptibles 
d'être discutés . Nous espérions. que les diverses^ Sociétés nous don- 
neraient des réponses complètes, ce que quelques-unes d J ailleurs ont 
fait. Nous espérions qu'avec le concours de ces réponses . nous trou- 
verions quelque ligne directrice pouvant j dans ses poiuts essentiels^ 
être suivie par tons lés comités d'instruction. Nous avons préfacé 
notre premier projet par une notice dans laquelle nous expliquions. 
notre façon dfe procéder et où nous demandions à toutes les sociétés. 
de coopérer d'une façon conforme au plan suggéré à notre tâche 
commune. Il est inexplicable pour nous' qu'on ait pu voir autre 
chose dans ce projet qu'un point de départ pour une élaboration 
plus approfondie et le considérer comme une sorte de décision im- 
lérative. La circonstance' que certaines sociétés, au lieu de colla* 
x)rer à ce projet pour trouver cette ligne directrice commune, ré- 
pondaient par un simple « non a , n'était pas fait pour mener à bien, 
les projets de la commission, 

« Le matériel que la commission met in extenso à votre disposition. 
vous montrera/ pour quelles raisons nous ne croyons pas avoir 
trouvé une solution à notre tâche et quelles sont les raisons qui nous 
mettent dans l'impossibilité de vous soumettre, et par votre inter- 
médiaire aux membres du congrès, un projet digne d'être accepté. 
En ce qui concerne la question des conditions d* ad mission, les opi- 
nions diffèrent tant que d'autres élaborations plus heureuses de la 
part de la commission sont nécessaires pour aboutir à cette unani- 
mité qui, pour une base commune, est t indispensable. Ce serait se. 
laisser bercer par des illusions que de s'attendre à ce que la session. 
actuelle put effacer ces divergences d'opinion. Nous allons donc 
vous faire une proposition susceptible de remplacer la tentative 
d'aboutir d'ores et déjà à un éclaircissement de la situation* 

« Quoique la commission se voie obligée de convenir quMIe n'a 
pas réussi à trouver une solution en ce qui concerne T ensemble du 
projet, elle a pourtant quelques heureux résultats particuliers à en* 
registres A notre grande satisfaction nous avons pu nous rendre, 
compte que partout où Ton enseigne la psychanalyse on le fait selon 
un plan nettement défini. Les groupes qui n'ont pas encore d'insti- 
tution d'instruction, se sont déclarés d'accord avec le programme 
et ils sont prêts à le suivre dès qu'ils en auront la possibilité. Nous 
sommes suffisamment modestes et clairvo3 ? ants pour n'enseigner de 
la doctrine analytique que ce qui a pu être vérifié par les faits aussi 
bien en ce qui concerne la théorie qu'en ce qui concerne la pra- 
tique. Nous espérons que la structure de cette double tâche nous 
donnera la clef de la solution. Quant à la matière et au mode de cet 
enseignement les opinions ne divergent pas sensiblement, malheu- 
reusement beaucoup plus quant à la question de savoir à qui ensei- 
gner. Et ici la question des personnes peut influencer sur le sort de 



J , 



: 



^■^a 



BUVLBT1K DE /CORRESPONDANCE 



^™^^p^^* 



759 



notre science. L'art de guérir a trouvé tant d impulsions et 
d'aspects nouveaux dans la psj^chanalyse. que nous ne rendons pas 
justice à ses conditions si nous la confinons dans le seul corps médi- 
cal* Il faut trouver des voies et moyens., des conditions et des clau- 
ses de sauvegarde pour élargir le crecle de ceux que nous ad ni étions, 
au travail thérapeutique. Et la chose est urgente ; le développement 
de notre cause exige que nous nous efforcions de découvrir de pa- 
reilles, conditions et que nous ne différions pas cette tâche en faveur 
de quelque sujet moins brûlant. On ne peut et on ne doit pas atten- 
dre plus longtemps^, non seulement parce que notre unité peut être 
mise en péril/ si nous n'aboutissons pas bientôt à un 'accord, mais 
encore parce que, vu cette indécision au sujet, des principes 
d* admission à l'instruction , tout notre enseignement est en quelque 
sorbe en l'air, ce qui lui donne un aspect d'instabilité et d'incerti- 
tude susceptible d'aboutir à de la confusion. Il en résulte, une situai 
tion peu saine et pleine d'embûches, - 

g Le comité de Berlin n'ayant pas réussi à parer à cet état de 
choses, convient lui-même de l'échec de la tentative. Remerciant 
très sincèrement de la part de nous tous nos collègues, MM. Rado 
et Miïlier-Braunschweig et M™ Horney pour leur travail difficile 
et désintéressé je vous prie d'accepter notre démission* 

« Le comité ne pouvant pas lui soumettre le projet dont on l'avait 
chargé, je vous demande en même temps d'adopter la résolution sui- 
vante et de la soumettre en tant que vôtre à l'Assemblée générale 
du Congrès : 

« Le sous-comité chargé par le 10* Congrès d'Innsbrnck d'élabo- 
rer un projet sur l'instruction psychanalytique (on pensait d'abord 
à l'instruction du thérapeute psj^chanalj^ste), n'a} T ant pas trouvé une 
base ^commune, la Ç. L I- propose au Congrès qu'un nouveau sous- 
comité continue de s'en occuper et prie les congressistes de différer 
toute proposition d'ordre général ou d'ordre technique spécial se 
rapportant à cette question, jusqu'à ce qu'un nouveau sous-comité 
soit arrivé à des résultats positifs », 

« Je pense qu'il est inutile d'entrer plus avant dans les raisons de 
cette résolution. Je rappelle encore une fois les « affects » (difficiles 
à oublier) que l'assemblée générale d'innsbruck a vu naître. De 
pareilles décharges d' affects ne favorisent guère l'assainissement 
nécessaire de la situation. Ils ne peuvent pas nous aider dans nos 
efforts d'unification, ni nous rapprocher les uns des autres. Nous 
voudrions surtout les voir réfrénés, ici, au milieu des monuments, 
majestueux, pour que la nouvelle commission se trouve entourée, 
aux premiers moments, de son existence d'une atmosphère de calme 
et de la plus grande confiance possible. Nous vous prions de nous 
aider en cela, » 

Bu réponse à une qu-estîon qu'on lui pose, le D r Eitingon remar- 
que que J' intention de sa résolution était que le nouveau sous- 
comité accomplît son travail — comme l'a fait l'ancien — en colla^ 



Wh* i 



'60 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



^boratioa avec tous les comités d'instruction des divers groupes psy- 
ch analytiques. 

La résolution n'est pas suivie d'autres discussions et elle est 
acceptée à l' unanimité. 

Le D r Eitingon propose, comme résolution complétive, que la 
C. I. I* nomme les membres suivants du Congres pour faire partie 
-du sous-comité; M me Bonaparte (Paris), le D r Brill (New- York), 
M™ Deutsch (Vienne), le D r Eitingon (Berlin), le D 1 Ferenczi 
(Budapest), M Ue Anna Freud (Vienne), le D r Jelliffe (New-York), 
le D r Jones (Londres), le D r van Ophuijsen (La Hâve), le D r Sachs 
(Berlin), le D r Sarasin (Bâîe). 

La résolution est acceptée à l'unanimité. 

M me M. Klein soumet deux projets provenant d J un comité britan- 
nique ; l'un des deux a trait à l'instruction relative à l'analyse in- 
fantile, l'autre à l'instruction analytique des pédagogues* 

M lle Anna Freud explique qu'elle a élaboré un projet sur le même 
sujet en collaboration avec M, August Aichliorn. 

Le D v Etîngon remercie M mc Klein et M ïte Freud ainsi que leurs 
collaborateurs de leurs efforts et prie les assistants d'étudier, jus- 
qu'au prochain Congrès ,' le matériel qu'on vient d'exposer. Au 
-cours d'une discussion libre, M. Zulliger a montré par quelques 
exemples probants comment, dans sa tra tique quotidienne, îe pro- 
fesseur peut faire de la psychothérapie pédagogique et avoir recours 
à la psychanalyse* Le D^ Hermann parle des expériences qu'il a pu 
faire en ce qui concerne l'instruction psychanalytique des pédago- 
gues. 

Sandor Rado, 
Secrétaire de la C. * ^* 






à — 

r 



Séance admimstratwe 
Mardi matin, le 30 juillet 

Le président, le D r Eitingon, ouvre l'assemblée générale par 
l'allocution suivante ; 

« Il y a quelque chose qui distingue notre congrès des autres con- 
grès , qu'ils soient de nature purement scientifique ou bien con- 
sacrés à des sciences plus ou moins appliquées. Il est vrai que nos 
Congrès sont organisés par une association qui n ? a pas pour unique 
but l'application de la pS3'chanalyse t mais encore celui de la déve- 
lopper en tant que science ; néanmoins, notre association a eu dès 
le début — surtout au début, mais aujourd'hui encore et d'une 
façon très nette — le caractère d'une communauté à cohésion inté- 
rieure très forte et toute personnelle* Le nombre des membres 
tétant considérablement accru , ce caractère n'arrive cependant pas 
à s' effacer , car ce n'est que comme communauté que l'A. L P. peut 
remplir sa mission qui est de veiller à ce que la Ps3'clianalyse se 
conserve et se développe en tant qu'un tout. Il faut s'opposer aux 



BULLETIN DE CORRESPOND ANC E 



76l 



mouvements qui- tendent à la démmbrer et à incorporer tels frag- 
ments dans d 'autres contextes et à les subordonner à d'autres points 
de vue qui lui sont souvent complètement étrangers. En Allema- 
gne, par exemple, où, ces dernières années, l'analyse a énormément 
gagné en renommée et en importance, on a pris l'habitude de 
nous appeler les analystes associés par opposition à beaucoup 
d'autres qui s'octroient également le nom de ps3rchanalystes. Nous 
acceptons volontiers cette appellation si elle sert vraiment à nous 
distinguer des autres. Suivant un viel exemple hollandais nous 
considérerons cette étiquette qu'on nous attache comme une 
étiquette d'honneur, étant persuadés de la nécessité et du rôle 
important de l'Association. Comme toute communauté ^cons- 
titue nécessairement au dépens de quelques sacrifices * person- 
nels^ notre grande communauté aussi .se voit obligée d'exiger 
des sacrifices de la part des groupes individuels qui la constituent. 
Ces sacrifices s'avèrent certainement nécessaires si on se représente 
clairement le sens de notre association. Même là qù ils paraissent 
très pénibles, ils sont nécessaires si on considère les valeurs que 
représente l'Association, qui doivent finalement l'emporter sur 
tous les obstacles extérieurs. Il est inévitable que dans de pareilles 
communautés des membres plus anciens et très représentatifs d'un 
groupe jouent un rôle prépondérant. Nous en avons tous fait l'expé- 
périence comme d'autres communautés avant nous Font fait — seu- 
lement les découvertes de la psj'chologie psychanalytique tfe la 
foule nous en ont rendus conscients et il nous est toujours agréable 
de trouver l'occasion et le motif de pouvoir remercier un ami plus 
âgé, cou* battant et pionnier de la cause, de tout ce qu'il a fait pour 
-la omiiïli;)auté et, partant, pour chacun de nous, 

« iC Ernest Jones a atteint son cinquantième anniversaire juste le 
premier jour de cette année. Nous aurions encore plus de difficulté 
de croire à la réalité de l'âge de cet homme aux allures si jeunes si 
notre époque ne nous avait pas appris que les jeunes seuls sont 
vieux. Mais si nous considérons l'oeuvre de M. Jones nous avons 
^impression que le zèle et le talent ne suffisent pas pour 1* expliquer 
■et qu'il a dû disposer de plus de temps que son calendrier ne l'indi- 
que. Un fait biographique tempère notre étonnement. M. E« Jones 
fait partie de ces heureux hommes qui commencent très tôt leur car- 
rière scientifique/ A l'âge de 21 ans il a été docteur en médecine ; il 
a acquis une très grande pratique d hôpital et cela d'autant plus 
qu'elle a été très étendue : chirurgie , ophtalmologie, gynécologie, 
médecine interne et maladies infantiles. Son, expérience dans le do- 
maine de la médecine générale a donc été très grande avant qu'il 
-se soit spécialisé dans la neurologie. Ses travaux de neurologie 
organique lui ont permis, d'avoir été agréé très tôt comme membre 
de la Société Neurologique de Londres, de l'Association neurologi- 
que américaine et de la Société neurologique allemande. Mais très 
"tôt déjà son intérêt principal va au côté psychologique de sa spécia- 

REVUE FRANÇAIS E DE PSYCE1AKALYSE IO 



^ — ^ „„ ^ _ _ . - 

762 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



lité et il rédige quelques travaux d'orientation psj'chologique ayant 
que l'œuvre de Freud croise son chemin. En 1906 il lit pour la. 
première fois les principaux travaux freudiens déjà parus et com- 
mence tout de suite à appliquer ce qu'il vient de lire. En 1907 il. 
rencontre Jung, fait en avril 1908 au Congrès de Salzburg la con- 
naissance personnelle de Freud et de plusieurs de nos plus anciens- 
collègues ici présents. En automne 1908 il est nommé professeur de- 
psj'chiatrie à l'Université de Toronto. ïl y professe pendant 4 ans. 
Pendant ce temps il prend part à tous les Congrès psychanaly tiques 
du Continent. Le premier article psyehanaly tique rédigé en anglais, 
est de lui, ainsi que le premier livre anglais sur ce sujet, Quand il. 
vient habiter Londres en 1913, il est un des premiers analystes ayant 
l'idée de subir une analyse didactique* Il entreprend la sienne chez 
Ferenczi, En 1914 il fonde la Société britannique et en X926 il or- 
ganise la Clinique psychanalytique de Londres. Vous tous qui avez 
suivi de près son travail scientifique et littéraire, vous avez dû 
être étonnés de voir dans le numéro de jubilé qui lui est consacré * 
par la « Internationale Psychoanalytische Zeitschrift » et Y « In- 
ternational Journal of Ps3?cho-Ànah?sis *, F extraordinaire étendue 
de l'œuvre de Jonse. Même nous, qui avons cru connaître son œu- 
vre, nous avons été étonnés par l'ensemble. Tous les psychanalys- 
tes ont certainement remarqué que M + Jones est, en dehors de sa 
grande culture et de sts connaissances médicales, pour ainsi dire- 
un polyhïstor in psj'choanaWcisj si cette expression est permise. 
Mais il ne domine pas seulement tout le terrain, mais dans divers, 
domaines, il a en outre fourni un travail personnel. Il est, avec 
Ferenczi et Abraham , V auteur le plus universel et le plus stimu- 
lant, le monde anglo-américain a en lui, après Freud, le premier- 
maître dé la psychanaîj'se. Pour tout cela nôtre science lui doit de- 
la reconnaissance. 

<( Très vite et de plus en plus il est devenu un membre proémi- 
nent de P Association, un pionnier de la lutte pour la psychanalyse : 
iî a pris part à toutes les consultations relatives aux questions <P or- 
ganisation* Pendant la guerre il a maintenu autant que possible le 
contact de la communauté psychanalytique déchirée par la guerre 
mondiale. Pendant plusieurs années il a été président de notre as- 
sociation. C'est avec une endurance qui égalait son énergie, ainsi, 
qu'avec beaucoup de tact et d'habileté qu'il a lutté pour la dé- 
fense et la reconnaissance officielle de l'analyse dans son propre- 
pays, tout dernièrement encore au sein du « Psychoanalj^sis Com- 
mittee » de la British Médical Association. Vous voj-ez combien les 
raisons sont multiples pour lesquelles P Association lui doit de la. 
reconnaissance. Si nous lui souhaitons an nom de tous encore de 
nombreuses décades de santé, de travail et de succès, nous souhai- 
tons pour l'Association qu'elle s'enrichisse encore de beaucoup de- 
pionniers comme M, "Jones, de son calibré intellectuel et aussi 
« ardent, aussi combatif, aussi énergique et aussi dévoué à la. 



t " . 



™^ 



, BULLETIN DE COURE SPORANGE 



7^3 



c$use », C'est par ces termes que Freud l'a salué dans sa parole 
d J anniversaire, » . - 

C^est à ce moment que le. D r Eitingon remet au D r Joues, cha- 
leureusement applaudi, les -numéros de la <* Internationale Zeits- 
chrift fur Psychoanalyse » et Y « International Journal of Psycho- 
Analysis » qui lui sont consacrés à l'occasion de son 50 e anniver- 
saire. 

Le D r Joues prononce de chaleureux remerciements et remarque 
que le sentiment d'avoir été entouré d'amis et de collaborateurs 
sûrs lui' a été particulièrement précieux* 

Le D r Eitingon continue, son rapport : 

« Si, avant déborder la situation des divers groupes affiliés à 
l'Association, nous jetons un coup d'oeil sur l'attitude du monde 
scientifique en général vis-à-vis de la pS3'chanalyse ? nous avons une 
impression analogue à celle que nous avons rapportée au Congrès 
dernier. Le ton avec lequel 1* analyse est discutée, a subi une trans- 
formation fondamentale. Abstraction faite des clameurs mondaines 
qui se sont élevées autour de la psychanalyse, on essaie, et en partie 
tout à fait sérieusement, de prendre position à son égard. L'estime, 
dans laquelle on la tient, va constamment grandissant, Mais cette 
estime a plus que souvent le caractère d'un présent de Danaé con- 
sistant — comme je Pai souvent remarqué - — à n/accepter la psy- 
chanalyse qu'en partie. On choisit avec une trop grande, prudence 
'et avec trop de réserves. Nous avons toutes les raisons d'être pru- 
dents en présence d'une pareille approbation. L'association elle- 
même ne s'accroît que lentement ; le nombre de ses membres, de- 
puis le dernier Congrès, n'a pas subi un changement notable. 
Cette lenteur apparente de son développement s'explique d'une 
manière suffisante et satisfaisante par le fait que la plupart des 
groupes exigent aujourd'hui la condition d'une anaj'lse didactique, 
c^est-à-dire une initiation beaucoup plus, grande qu^autrefois, Dans 
notre travail scientifique notre principal intérêt va à P analyse du 
moi et à la technique. 

« Là Société Britannique au milieu de laquelle nous nous trou- 
vons actuellement a à enregistrer un accroissement sensible de ses 
membres. L' inclination très marquée de l'opinion publique anglaise 
envers l' analyse, en particulier dans le monde médical j se mani- 
feste nettement dans la manière dont le <c Psycho-Analytic Comit- 
tee » de l' Association Médicale Britannique déjà tité a finalemeut 
rédigé la résolution qu'elle avait prise au sujet de la psychanalyse. 
Ce comité a discuté la question pendant trois ans, et je me vois 
dans l'obligation de souligner encore une fois le mérite de M, Jones 
qui, dans ce Comité, étant le seul représentant de la psychanalyse 
Freudienne, l'a défendue, Nos amis anglais ont le sentiment que 
l'événement scientifique le plus, importait de la Société a été le 
« Symposion » sur P analyse infantile qui a eu lieu au mois de. dé- 
cembre 1927. . 



^^^* P * M ' ' -^ fc^^^^^^^^^^^^^^^M^^ 



764 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



« Le groupe autrichien déploie actuellement la propagande la plus 
intense et la plus féconde. J'espère que le président de la Société 
de Vienne ou la Directrice de son institut d'instruction va nous 
entretenir à ce sujet* 

« En Allemagne, pays classique de la résistance la plus longue et 
l'a plus opiniâtre contre l'analyse, l'attitude envers elle se modifie 
d'une manière constante quoique lente. Â force de critiquer l'ana- 
lyse si longtemps et si fondamentalement, on a fini par" mieux la 
comprendre et la reconnaître. Comme j'y ai déjà fait allusion lors 
du dernier Congrès, il y a une vague d'intérêt croissante pour la 
psychothérapie, La société allemande de psychothérapie dont j'ai 
déjà parlé à Innsbruck reconnaît que la psyehana^se est sa base 
essentielle ce qui, comme on peut s'y attendre, ne l'empêche pas de 
la traiter d'une manière inévitablement ambivalente, J J ai déjà men- 
tionné que, ces dernières années , il figure dans les programmes de 
diverses universités des cours sur la psychanalyse. Nous ne nous 
faisons pas d'illusions en ce qui concerne l'importance de pareils 
faits et nous savons que ce que nous avons de mieux à faire c'est 
encore de développer notre propre association ainsi que nos ins- 
tituts, 

La Société Hongroise a déployé une très grande activité scienti- 
fique et propagandiste. Ses cours publics sont très bien fréquentés. 
Le groupe a récemment inauguré l'ouverture d'un ambulatorium 
dont F organisation avait été décidée depuis longtemps. Grâce à 
quelques membres il a également réussi à clévelopptfr les cours 
théoriques d'une manière systématique et définie. 

« Le groupe français se développe sous la direction active et éner- 
gique du D r Laforgue d'une façon relativement rapide, Il compte 
déjà 15 membres titulaires et 12 membres adhérents et tient tous 
les ans un Congrès de psychanalystes de langue française, à l'oc- 
casion duquel certains sujets psychanalytiques sont vivement dis- 
cutés. Le D r Allendy a organisé une série de conféreuces psycha- 
nalytiques dans le « Groupe d'études philosophiques et scientifi- 
ques pour l'examen des tendances nouvelles ». Le groupe garde et 
favorise le contact avec des groupes analytiques étrangers. Entre 
autres les D rs Jones et Sachs ont fait des conférences sur des pro- 
blèmes psych analytiques , le dernier a fait tout récemment un cours 
très applaudi sur la technique psychanalytique. Grâce à l'initiative 
de M me Marie Bonaparte et à la neutralité bienveillante du Pro- 
fesseur Claude une policlinique psych auaWtique a été créée à 
T Asile de Sainte-Anne. Les D r * Laforgue, Loewenstein et Nacht sont 
attachés à cette policlinique, M mo Mcrgenstern, jadis psychana- 
lyste à Zurich, est admise à l'hôpital de neuropsychiatrie infan- 
tile » avec la tâche de soigner des enfants par voie psychanalyti- 
que, 

<* Notre groupe suisse est probablement celui qui, de tous les grou- 
pes, a subi le plus de vicissitudes en ce qui concerne son sort in- 



BULLETIN DE CORRESPONDANCE 



765 



teneur- Le Bulletin de correspondance du premier numéro de la 
« Internationale Zeitsehrift fur Psychoaualyse » de cette année 
vous a appris qu'au début de 'lannée 1928, le" D r Emile Oberholzer, 
depuis de longues années président du dit groupe, a donné sa dé- 
mission pour fonder avec quelques médecin s , membres de l'ancien 
groupe suisse (MM, H. Bànziger, R, Brun, A. Crossinann, À. 
Loepfe, M, Muller, H. J. Schmidt et M M Oberholzer) une nouvelle 
association psychanalytique « La Société médicale suisse de psy- 
chanalyse » + C'est an mois de février 1928 que cette nouvelle so- 
ciété s'est adressée au bureau central de T Association internat 10^ 
nale de psjrchanalj'se pour solliciter son admission dans l'associa- 
tion internationale motivant sa requête par un important mémoire. 
Après un examen très approfondi de la situation, le bureau cen- 
tral de TA, L P.. s'est vu obligé de ne pas donner satisfaction à cette 
requête. Il estimait que les raisons données pour justifier cette fon- 
dation d'une nouvelle société, n'étaient pas suffisantes et il lui pa- 
raissait surtout très regrettable que > pour vaincre quelques diffi- 
cultés survenues, on n'eût pas trouvé d'autre solution que la scis- 
sion de l'ancien groupe. Un nouveau bureau avec M. Ph. Sarrazin 
en tête (à côté de MM. H. et W. Zulliger, Blum, H, Behn-Eschen- 
burg et Pfister) ^ s'est chargé de la direction de l'ancien .groupe 
suisse et s'est mis avec un zèle plein de promesses à stimuler et à 
approfondir le travail de la Société. 

« Le bureau central estime que les événements survenus depuis en 
puisse justifient pleinement sa décision concernant le nouveau 
groupe, La Société médicale suisse de psychanalyse n'a laissé échap- 
per aucune occasion de manifester publiquement son animosité con- 
tre l'ancien groupe, 

« Le groupe néerlandais a été stimulé dans son travail par la 
« Leidsche Vereeniging voor Psychoanalyse en Psychopatliologie », 
Les deux Sociétés sont en étroit contact l'une avec T autre, les mem- 
bres de chacune des deux sociétés étant des invités permenants aux 
réunions de l'autre. C'est M + van Opliuijsen qui, l'année dernière, a 
succédé comme président à M, van Emden, M # van Opliuijsen s'ef- 
force, avec la manière calme, persévérante et dévouée qui le caracté- 
rise, de cr^er les conditions nécessaires pour trouver aussi en Hol- 
lande la base pour un enseignement systéma tique. 

g Le nombre des membres de la Société Psychanalytique de New- 
York s'est considérablement accru en depit des conditions d'admis- 
sion devenues plus sévères. Des membres du groupe new-yorkais ont 
fait â diverses reprises des conférences au sein du jeune groupe de 
Baltimore- Washington. Au cours de l'hiver 1928-29 deux de nos 
collègues viennois, MM. Schilder et Wittels ont séjourné à New- 
York et le contact entre le vieux et le nouveau monde au sein de 
notre association semble avoir été des deux côtés très satisfaisant. 

« En raison des circonstances dans lesquelles travaille le groupe 
russe t la situation ne pouvait forcément pas s*y modifier, d'autant 



«H^^^^^^^^^M ^-^-^-^ç^. 



7 66 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



moins que son éminent président, qui dirigeait le groupe depuis' de 
nombreuses années, a changé de domicile. Avec un courage admi- 
rable nos collèè^es du groupe de Moscou, ainsi que quelques-uns à 
Kiew et à Odessa, luttent pour conserver et augmenter leur bagage 
psychanalytique. 

g Vous avez également appris par le Bulletin de correspondance 
qu'il s'est fondé au Brésil, à l'Université de Saint-Paul, la « Socie^ 
dade Brasileira de psychoanalyse in Sao-Paulo ». Un certain nom- 
bre de professeurs des différentes Facultés de l'Université et d'au- 
tres corps d'enseignement ont souscrit comme fondateurs. Peu après 
sa fondation, la nouvelle société a publié son journal « la Revue 
Brésilienne de psychanalyse ». Depuis, des publications de livres 
ont également eu lieu, livres qui englobent tout F ensemble de la psy- 
chanalyse* Tout récemment la Société a été encore élargie du fait 
qu'une société analogue a été fondée à Rio de Janeiro et se tient en 
contact étroit avec celle de Saint-Paul , Les nombreuses informations 
qui nous sont parvenues par lettres au sujet de cette société sont si 
satisfaisantes et si pleines de promesses que nous aurions été heu- 
reux de pouvoir soumettre au Congrès une requête d J admission offi- 
cielle à T Association* Cette requête, cependant, ne nous est pas en* 
core parvenue, peut-être à cause de la grande distance. Le bureau 
a l'intention d'user, aussitôt que la requête lui sera parvenue, de son 
droit d'admettre provisoirement une nouvelle société. Il demandera 
au prochain Congrès de ratifier cette admission, 

« Pour finir, laissez-nous vous rappeler les brèches que la mort a 
faites dans nos rangs. La Société anglaise déplore la mort du D r 
Warburton Brown et du D r Thacker, la Société psychanalytique de 
New -York celle du D r Carncross qui, pour des études analytiques > 
séjourna récemment encore à Berlin. Le groupe rus'se a perdu le 
Professeur M* À* Reussner, un des membres les plus anciens de la 
société pS3^chanalytique de Moscou. Il a appliqué dans ses nom- 
breux écrits. la psychanalyse à des problèmes appartenant à la so- 
ciologie et à la psychologie religieuse. La Société psychanalytique 
allemande déplore la mort de trois de ses membres : celle du t) r 
Walter Cohn, un collègue jeune et plein de promesses, assistant de 
notre institut, celle du D r W. Wittenberg qui fut à Munich pendant 
de longues années le seul représentant de la psj-chanalyse et enfin 
le D r Georg Wanke qui a été l'un des premiers à recourir à la psy- 
chanalyse dans les traitements faits dans un. sanatorium. Levons- 
nous en signe dé respect pour la. mémoire des collègues décédés. » 

Le protocole du congrès dernier est lu et accepté. 

Le D r van Ophuijsen fait le rapport suivant sur les finances de 
P Association ; 



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BULLETIN DE CORRESPONDANCE 



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L Association- internationale, de Psychanalyse 
D0ÏT " . ■■■.■"'*■ " AVOIR 



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i 



Solde du 26 septembre 

1927 Mk, 3.S26 52 

Cotisations des membres : 
1927 Mk t 16 32 



192S 
1929 



2.561 So 
2.794 63 



5*3/2 75 



Intérêt du prêt .à 9 ,% par an : 

1927 Mk; 73 90 

192S 307 98 

1929 23S 63 620 5 r 



Mk. 9,819 78 



La "Haye, le 16 juillet 1929. 



Bulletin de correspon 
dance : 



1927 Mk. 

192S 

1929 

Congrès : 

Imisbruck. 

Oxford. . * * 



772 57' 

1-535-43' 
1*745 44 



3/0 24 
95* M 



Bureau : 

1927 Mk. 

1928 

1929 



6798 

SS33 
642 So 



Emprunts faits aus: 
éditions psychana- 
lytiques interna- 
tionales : 

1927 Mk. 2.705 95 
192S ■ 1*246 02 

. " Mk. 3.951 97 

* 1929 moins 306 12 

Solde d*einprimt * ♦ 



Mk: 4.053 44 



1,321 38 



799 11 



3^45 85 



Mk. 9.819 78 



J, H. W. van Opkuijsen. 












ra pp^.» 1 ! I 



.: 



FrûïS'â' 'impression du Bulletin de correspondance (Marks) ^ 



1927-, 



Allemand ^ 



Anglais 



* m 4* * m . W .T. 



I 



II 



III 



IV 



291 601 62 



i/S 75 
210 60 



594 
97 20 



1928 



II III IV 



^^^^^^^Wta 



394 109 236 206 
270 306 19S 



1929 



1 II-III 

72 67S 
50 



M, van Gphuijsen fait quelques commentaires sur ce rapport* Les 
cotisations des membres sont à quelques exceptions près, payées. 
Les fonds de l'A- L P. sont empruntés par les éditions psychana- 
lytiques à raison de 9 % par an. Cependant, ces dernières années y 
les fonds ont été sensiblement réduits. à cause, premièrement des 
repenses de plus en plus considérables pour les Bulletins de corres- 



1 II ■ L ■ ■ Il I ■ I !■ J I ■ ■■■»■ I I ■ "^ »^"^^*— ^^^^ M^^^""^^^^^^"^^^^^^ 1 ^^^^^ ■ 

76S REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



pondances ; elles vont être prochainement plus grandes encore > parce- 
qu'il va falloir également financer le Bulletin rédigé en français > 
secondement à cause des frais de congrès. Alors que le coût du. 
Congrès de Homburg s ? élevait â environ 29 livres sterling, ceux 
du Congrès d'Innsbruck avaient déjà atteints 39 livres/ Les frais: 
du Congrès d'Oxford s'élèveront probablement à 60 livres environ. 
Iï n'est pas, possible de continuer dans ces conditions. M. van Qphui- 
isen pense néanmoins que le moment n'est pas venu d'augmenter 
les cotisations. 

Madame Rivière justifie les frais élevés du Congrès actuel par la. 
cherté de la vie en Angleterre. Les frais de location de la salle. du . 
congrès s 'élevant à 30 livres, les frais d'impression pour les pro- 
grammes et les résumés, etc., à 25 livres, les dépenses pour le reste- 
ne dépassent donc pas 5 livres ce qui, certes, n'est pas exagéré* M, 
Steiner propose de faire un budget spécial pour les frais des con- 
grès. M. Jones attire Y attention sur le fait que dans les autres con- 
grès scientifiques il est d'usage de percevoir une cotisation pour, sub- 
venir aux frais. Une somme de 5 à 6 marks par personne serait suf- 
fisante. M. Brill soutient cette proposition. M. Eitingon répond 
d'abord à M" 1 ' Rivière que les frais du Congrès ne demandaient au- 
cune apologie. Quand on décida de tenir le Congrès en Angleterre^ 
on savait que le coût de la vie était cher dans ce pays. M. Eitingon 
pense en outre qu'il n'y a rien à objecter à ce qu'à l'avenir on intro- 
duise aussi chez nous T usage courant d'une cotisation des congres- 
sistes* Il ne reste qu'à s'entendre quant au montant d'une pareille 

cotisation. 

* 

M, Fédéra suggère de laisser au bureau exécutif le soin de fixer 
chaque fois le montant de la cotisation à paj^er. 

M. Jones propose que le montant -soit fixé pour le moment à 5 
marks. M- Alexander trouve cette somme minime en comparaison 
avec les cotisations d'autres congrès. Il ajoute qu'il est d'usage de- 
percevoir une cotisation plus élevée de la part des invités que de la 
part des membres, 

M. Simmel est d'avis de percevoir une cotisation générale de 10 
marks et d'utiliser l'excédent à payer une partie des frais de voyage - 
et de congrès à ceux des collègues qui sont matériellement les moins 
privilégiés. 

M. Laforgue estime qu'il est préférable de percevoir une cotisa- 
tion officielle peu élevée et de faire circuler une liste de sous* 
cription pour un fonds servant à assister d'autres membres* 

M. Ferdern trouve cette dernière proposition particulièrement; 
heureuse. C'est précisément pour des raisons matérielles que beau- 
coup de membres se voient empêchés d'assister au Congrès actuel. 

Suivant la proposition de M. Jones la cotisation des membres et; 
des invités est fixée à 5 marks. On adopte en outre la proposition de 
M. Laforgue, savoir de faire circuler avant chaque congrès une liste- 






^^^^^^^^^^ 



BULLETIN X>E CORRESPONDANCE 76c 



de souscription pour un fonds servant à payer en partie leur voyage 
aux membres les moins fortunés, 

. M; Kitingon prie les représentants des' différentes sociétés de pré- 
senter les rapports supplémentaires susceptibles d 'intéresser leS Con- 
gressistes. 

M. Brill parle du sérieux progrès du mouvement psychanalytique 
en Amérique. Quoiqu'il ait encore" maintes critiques à faire , iî croit 
pouvoir promettre pour V avenir bien des améliorations. 

M, Federn remarque qu'à Vienne l'activité intense qu'on y à dé- 
ployée a permis de faire des progrès très satisfaisants. Il se tient 
chez le professeur Freud des séances de comité élargies où un plus 
grand nombre de membres sont admis qu'aux séances de comité- 
habituelles et au cours desquelles Freud. -exprime toujours son avis. 
Ces séances sont particulièrement fécondes pour ceux qui y 'pren- 
nent part et d'une grande utilité pour notre travail. Mais il y a. 
aussi quelques heureux résultats extérieurs à signaler. L'attitude 
des étudiants à obligé les professeurs de l'Université à s'occuper de 
la psychanalyse. Ainsi de nombreux auditeurs des cours psycholo- 
giques du professeur Biihler suivent des cours à l'institut psycha- 
nalytique. L'active Société de psychologie médicale des étudiants a 
insisté, en dépit de l'avertissement de ses conseillers, pour qu'oïl 
invitât des psychanalystes à faire des conférences. Des mesures de 
propagande ne sont donc plus aussi nécessaires qu'autrefois, V ana- 
lyse rencontrant maintenant de nombreux partisans parmi les étu- 
diants et parmi les gens de la ville. Tous les réactionnaires politi- 
ques sont contre l'analyse, tous les partis' avancés sont pour l'ana- 
lyse. La ville de Vienne — celle au gouvernement social-démocra- 
tique — a fait don à Freud d'un terrain pour construire un institut 
psychanalytique. Peu après, le gouvernement pan- germanique et 
chrétien-socialiste a refusé de donner son consentement à la construc- 
tion d'un institut d 'instruction t et la cour suprême a ratifié cet ukase 
du gouvernement. Leur décision ne peut cependant pas entraver notre 
travail. La Société a résolu de disposer des fonds destinés à la cons- 
truction envisagée pour étendre les. travaux de l'institut, ce qui 
nécessitera un corps d'enseignement et de traitement plus nombreux. 

M. Sarasin fait savoir que depuis la démission de M t Oberholzer 
et de ses amis la Société suisse tient en moyenne cinq séances par 
trimestre. Les membres se rendent tous à Zurich où ont lieu les- 
réunions. Il existe de plus un bureau chargé des leçons techniques 
et de renseignement qui pour donner à de plus jeunes collègues 
l'occasion de s'instruire, soumet à la discussion des problèmes théo- 
riques et techniques. La Société a organisé deux séries de conféren- 
ces dont Tune à Zurich et l'autre à Berne. Certains membres ont 
aussi fait des conférences psychalanytiques à la Société suisse de 
psychanalyse où elles ont été accueillies avec sympathie. Quant au 
sort de la « Société médicale suisse de psychanalyse », c'est-à-dire 
le groupe de M, Oebrholzer,, IL Sarasin n'en a, pas de nouvelles. Une 



I ^P C ^»"^"^^^^"^M"""*^^— ^^^"■i^^i™""«^P 



77° REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



seule fois on a pu lire dans le journal officiel des médecins suisses 
que le dit groupe ne prenait aucune part aux séries dé conférences 
publiques organisées par la Société suisse de psychanalyse. Le nom- 
bre des membres s'élève à 33 dont 19 médecins. 

M, Ferenczi signale les progrès continuels du mouvement psycha- 
nalytique en Hongrie, Il est probable que la période d'incubation 
•est dépassée. Des milieux qui n'avaient manifesté aucune sympathie 
pour la psychanalyse se targuent aujourd'hui d'en faire. Il ne fau- 
drait pas y attacher une trop grande importance, mais c'est tout de 
même un signe des temps: L'opinion publique s'intéresse aujourd'hui 
vivement à la psjxhaaalyse. Quand M, Ferenczi -fit une série de 
conférences publiques -à Budapest, il y eut une telle affluence (un 
auditoire de 1.200 personnes) que la police l'obligea à la tenir dans 
la plus grande salle de Budapest, En dehors de ces conférences pu- 
bliques il y a eu des cours spéciaux pour les médecins et les péda- 
gogues. Le comité d'instruction est devenu un institut d'instruc- 
tion qui s ? efforce de rivaliser avec les instituts d'instruction plus 



*anciens, 



M. Sinimel remarque que le rapport de l'institut de Berlin qui 
dispose aujourd'hui de locaux neufs, plus spacieux et plus beaux, se 
■chargera de donner une idée de V accroisse ment quantitatif et quali- 
tatif de l'activité psychanalytique de cette ville, La bibliothèque 
de l'institut a été agrandie dans ce sens qu'elle contient aujourd'hui 
également des ouvrages traitant de sujets apparentés à la psychana- 
lyse "ce qui, pour l'instruction pratique, est d'une grande" impor- 
tance. Depuis longtemps, la Société psychanalytique allemande n'est 
plus confinée à Berlin. Elle estime qu'il lui est nécessaire d'orga- 
niser des centres dans d'autres villes de Y Allemagne. Il existe déjà 
k « Fédération psychanalytique du Sud -Ouest » à Francfort, une 
autre Fédération à Leipzig. Des démarches ont été faites pour en 
fonder une à Hambourg. Déjà les personnes qui s'intéressent à la 
transe de l'analyse peuvent se faire analyser sur place. Elles viennent 
ensuite à Berlin pour faire des conférences aux réunions de la Société 
-et soliciter leur admission dans la dite société. Francfort a déjà plus 
que les promesses d'un institut. En ce qui concerne l'Allemagne il ne 
faut pas perdre de vue non plus le grand mouvement psychanaly- 
tique qui existe en dehors de notre Société et qui devient dangereux 
parce que sts partisans acceptent la psychanalyse avec beaucoup de 
.réserve, c* est-à-dire d'une façon très ambivalente. Rien qu'à Ber- 
lin, il y a trois ou quatre associations de psychanalyse « libre »• 
ï£lles ont célébré l'anniversaire du . Professeur Freud avec une 
.grande solennité et leurs membres émettent l 3 opinion qu'eux seuls 
sont les véritables représentants de la doctrine freudienne et qu'ils 
ont à la protéger contre les membres de notre Association, lesquels, 
disent-ils, n'en ont pas compris l'enseignement. Les membres de 
l'Association berlinoise sont particulièrement heureux que Berlin 
*et son institut attirent de plus eu plus de membres étrangers et. de 



«ta 



BULLETIN DE CORRESPONDANCE 77 1 



^™^^ 



ana- 
groupe. 



personnes s* intéressant à la psychanalyse qui viennent de pays où 
il n'y a pas d'association. C'est le cas pour M, Raknes, docteur 
■ès-lettres qui vient d'Oslo et qui a acquis son savoir psychanaly- 
tique à Berlin. Son intention est de porter ses connaissances rela- 
tives à ce sujet en Norvège, pays que P analyse a encore trop peu 
touché, 

a M * £ af i 0rgM remar ^ e <1 UÊ le groupe parisien n'est plus à l'état 

* iïfS 8 ? *' fflals ^ comiûCllce dé J à à s * condenser. M"* Bona- 
parte, M bokolmcka et -M, Lœwenstein ont, eri se chargeant d'i 
lyses didactiques, particulièrement contribué à consolider le grou^. 
Les réunions ont lieu tous les quinze jours. Il y eu a de deux sor- 
tes : 1) des réunions où les membres adhérents sont admis, 2) des 
séances techniques destinées uniquement aux membres titulaires. 
Tous les ans on organise un Congres de psychanalystes de lan- 
gue française. Celui de 1029 a été particulièrement bien fréquenté. 
M. ,de Saussure a parlé de l'homosexualité féminine et M" 1 * SokoU 
nicka de la technique psychanalytique. La Société se propose d'orga- 
niser, Pan née prochaine, des cours d'instruction. Une introduction 
à ces cours a déjà été donnée par M. Sachs. On réussira peut-être 
à déterminer le professeur à' la Clinique psychiatrique de Paris à 
nous autoriser à faire les conférences psychanalytiques à ladite cli- 
nique. Si non, le groupe français se verra également dans P obliga- 
tion de fonder un institut* 

M- Berkeley-Hill parle aux Congressistes du mouvement psycha- 
nalyste hindou qui a pris son essor à Calcutta et a fait au Bengale 
de rapides et beaux progrès. Etant donné l'attitude jalouse de tou- 
tes les provinces entre elles, il y a peu d'espoir que la psychana- 
lyse, qui est déjà considérée comme une « affaire bengalie », prenne 
aussi pied à Madras ou à Bombay. A Calcutta, on progresse d'une 
façon très satisfaisante, et cela en particulier grâce à P activité éner- 
gique de Péininente et aimable personnalité de M, Bose. Les réu- 
nions sont toujours très bien fréquentées par des médecins, par des 
juristes, etc.. C'est la police qui, à Calcutta, manifeste un intérêt 
particulier pour la psychanalyse. M. Bose fait aux futurs policiers 
des conférences psychanàlytiqus. Les cours pschanalytiques font 
partie de Pinstruction officielle de la police* 

En ce qui concerne les rapports des instituts psychanalytiques, 
c'est M. Glover qui en parle le premier : Déjà, dit il, au Congrès 
dernier, on a présenté un rapport sur l'organisation de la policlini- 
que et de Pinstitut à Londres; on peut donc se passer de répéter 
ce qui a été dit à ce moment-là. M* Prince Hopkins continue à sub- 
venir généreusmeent aux frais de Pinstitut. Il nous décharge ainsi 
â^s difficultés financières les .plus pressantes, mais le manque de 
fonds nous empêche encore constamment de donner à notre travail 
plus d'envergure. Je me bornerai aujourd'hui à quelques remar- 
ques sur le progrès du travail à la policlinique et à Pinstitut ainsi 
que sur quelques changements de personnel. Fait partie désormais 



7/2 KF.VUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



du personnel médical , M, Adrien Stephen tandis que M* Cole en. 
est sorti. Des sept assistants de la pclicl inique cités dans le der- 
nier rapport M. Werburten Brown est décédé ; les autres poursui- 
vent leur activité. Y travaillent aujourd'hui aussi comme assis- 
tants : Le D r Pailtherpe, le D 1 Karis Stephen, le D r Jessie Wiltshire 
et le le D r Yates. 

On a. donné ces deux dernières années 97 consultations. S6 de 
ces cas semblaient se prêter au traitement psyclianaWtique, I] y a 
eu 37 cas d'hystérie, iS cas de névrose obsessionnelle on de carac- 
tère obsessionnel, 5 cas de mélancolie, 6 cas de démence précoce, 
5 cas de paranoïa, 3 cas de troubles sexuels, 4 cas de neurasthénie, 
7 cas de névroses diverses telles qne le tic, le bégaiement, etc., et 
un cas d'hypocondrie. Le nombre des traitements quotidiens oscille 
entre 20 et 25, 

Les cours d* instruction mentionnés dans le dernier rapport con- 
tinuent. De même les analyses contrôlées, que dirigent actuellement 
M. Jones (3), M m * Payne (3), M. Glovcrt (4}/ M, Eder (1), M. Rig- 
gall (1). Six candidats qui n'ont pas encore commencé un travail 
indépendant subissent une analj T se didactique. Parmi eux il y a qua- 
tre médecins. Leurs analystes sont : M™ Q Klein, M' ne Rivière, 
MM. Glover, Jones et Strachey, Il y a en tout quatorze candidats à 
T institut dont l'instruction est déjà plus ou moins avancée, 8 autres 
candidatures ont été refusées ou différées* 

La question de l'admission d'analystes et de candidats non-pro- 
fessionnels à la policlinique a été renvoyée pour diverses raisons, 
dont Tune des principales est qu'on préfère attendre jusqu'à la 
séance administrative du Congrès. Je pense que tout le monde est 
d'accoxd pour que nous n'attaquions cette question qu'après les 
vacances* 

M mt Deutsch fait le rapport suivant sur l'Institut d'instruction 
de Vienne 1 il y a actuellement à Vienne 18 candidats qui suivent 
l'instruction anah'tique. 14 ana^ses didactiques ont été terminées 
ces deux dernières années, et 8 nouveaux candidats se sont fait 
annoncés. 

_ La cause de la diminution du nombre des candidats est due à la 
circonstance que jusqu'à présent la plupart des candidats viennois 
ont fait leur instruction gratuitement alors que nous avons décidé 
de faire des sacrifices de préférence pour l'instruction des candidats 
déjà admis* Désormais on n'admettra qu'exceptionnellement des 
élèves non payants. Les cours et les leçons techniques ont été égale- 
ment plutôt 1 destinées aux élèves plus anciens, de sorte que les 
intérêts des débutants ont dû être relégués au second plan. Tout 
les candidats dont ]'anab r se était officiellement terminée, restaient 
encore volontairement plus longtemps sous le contrôle et prenaient 
toujours part aux cours et aux leçons techniques. L'instruction des 
pédagogues et des analystes d'enfant marque un progrès parti eu- 



BULLETIN DE CORRESPONDANCE 773 



■1 

lièrement sensible. Invités par la ville de Vienne, M 11 * Anna Freud 

et MM, Aichhorn et HofFer ont fait des cours théoriques à l'intention 

-des pédagogues et des fonctionnaires d'institutions sociales, 1/ année 

prochaine ces cours seront complétés par une instruction pratique 

laite dans des foyers d'enfants et dans des institutions analogues^ 

par M. Aichhorn, On tend, par analogie avec l'instruction psychia- 

trique des médecins, à faire faire une année de pratique obligatoire 

ux candidats non-professionnels, M Ue Anna Freud a fait en outre 

♦des leçons techniques où, de façon continue, des anaîj'ses infantiles 

ont été T objet de rapports. 

Dans un but de propagande, l'association a fait en 1928 un cycle 
de conférences publiques sur « T application de la psychanalyse aux 
■sciences de l'esprit (Geisteswissenschaften) ainsi que des cours pour 
d'autres milieux s 5 intéressant à la psj'cbanalyse. A la requête de 
divers cercles médicaux, en particulier de l'Association de la ps} 3 ^ 
-ehologie médicale, F Association y envoie continuellement des con- 
férenciers, 

M, Hitschmânn parle de « î'Ambulatorium de T Association psy- 
chanalytique de Vienne » que, pour des raisons extérieures, on a 
séparé de V Institut d'instruction : 

L'Ambulatorium qui existe maintenant depuis neuf ans et dont 
les locaux loués ont été augmentés par de nouvelles constructions, 
■est sans cesse recherché par des malades, et de nombreuses per- 
sonnes sont obligées d'attendre longtemps, souvent des années, pour 
pouvoir être traitées. L'Ambulatorvum de Vienne répond à un véri- 
table besoin, et médecins et assurances y envoient leurs malades 
Nous nous efforçons de faire payer aux assurances de modestes 
honoraires, de sorte que ces malades puissent être traités par des 
■médecins particuliers. 

Il y a actuellement six médecins qui s'occupent de l'Ambulato- 
rimiK C'est "M™ Sterba qui s'est chargée du bureau de conseils 
d'éducation. Depuis quelque temps déjà M. Aichhorn dirige un 
second bureau de ce genre au « Seulement », Les séances thérapeu- 
tiques faites tous les. quinze jours sont très fréquentées. Même des 
collègues plus anciens y prennent part. Ou y discute des cas de 
VAmbulatoriumL On tend continuellement, même quand les discus- 
sions sont très animées, à améliorer la technique et à abréger le 
traitement aussitôt que ce but idéal sera réellement réalisable. C'est le 
D r Reich qui, avec beaucoup de dévouement, dirige les leçons thé- 
rapeutiques. 

Suit le rapport du D Oberndorf : En Amérique, un propagande 
spéciale pour la psychanalyse ne s'impose pas, car l'intérêt qu'on 
témoigne à cette discipline est partout extrême. Il est cependant 
nécessaire d'entrer partout en discussion avec des associations ^occu- 
pant d'autres branches de la psychologie où de la médecine , et dont 
les tendances sont soit parallèles soit hostiles aux nôtres. Ce qui 
orient d'être dit s'applique en particulier à la campagne de la o.Men- 



mmm 



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774 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



ta! Hygiène », encore à peu près ignorée en Europe. Notre groupe: 
a cependant organisé des conférences dues en grande partie à, 
M. BrilL De nouveaux candidats à l'instruction peuvent entrepren- 
dre leur ana^se chez un membre de l'Association. Quoique V ins- 
truction théorique ne soit pas encore au point, les candidats trou- 
vent amplement l'occasion de s 'instruire. 

Il importe de noter que l'Association psychiatrique a tenu avec 
nous des réunions communes et très fréquentées. Même en dehors 
de New- York on travaille beaucoup pour notre cause, Des groupes- 
décentralisés sont en train de se former à Washington, à Boston, à 
Baltimore et à Chicago. " T 

M, Eitingon nous donne sur « l'Institut psychanalytique berli- 
nois » le rapport suivant ; 

Notre- Institut qui a commencé sa dixième année d'existence et. 
qui, l'automne dernier, a pris possession de locaux plus vastes et 
plus beaux, susceptibles de suffire pendant les années â venir à une 
expansion toujours plus grande, peut considérer sa position comme 
de plus en plus consolidée* Il continue sa vieille tradition thérapeu- 
tique, que nous avons toujours soutenue. Le nombre des analyses, 
faites simultanément augmente toujours. Les Ê5 analyses du temps 
du Congrès d'Insbruek se sont accrues jusqu'au nombre de 115. 
Nous ne nourrissons aucun -espoir de pouvoir encore augmenter ce- 
nombre avec les ruoj-ens dont nous disposons. Nous nous conten- 
tons, car nous ne voyons aucune possibilité de secours matériels. 

Le nombre des candidats qui font leur instruction chez nous. 
s'élève à 26 dont la majeure partie fait déjà des analyses con- 
trôlées. 

Vu 1* importance sans cesse grandissante des deux tâches de l'ins- 
titut, la thérapeutique et la didactique, éti"oiternent liées l'une- à. 
l'autre, T antinomie qu'implique leur développement respectif saute 
de plus en plus aux yeux. Il est difficile de trouver une solution 
satisfaisante, car la prtaique thérapeutique veut précisément s'éprou- 
ver sur des cas graves alors que nos efforts didactiques réclament 
des cas faciles et pour ainsi dire classiques. Grâce au dévoué con- 
cours d'anciens membres de l'Association, ou réussit, dans la me- 
sure du possible, à concilier les deux tâches divergentes. 

Pour pouvoir aider le mieux possible les élèves dans leur travail, 
nous avons, eu dehors des analyses contrôlées., créé des cours techni- 
ques (Seniinare). Mai? nous apercevant que facilement, vu le nom- 
bre grandissant des élèves, elles dégénéraient vite en clubs de dis- 
cussion, nous les avons de nouveau remplacées par des leçons techni- 
ques à nombre limité d'élèves (pas plus de six par cours). Ces élèves 
forment, sous la direction d'un analyste éprouvé, une communauté 
de travail très intime permettant de créer et de garder un contact 
personnel étroit et assez, constant entre directeur et élèves. Cette 
nouvelle combinaison semble porter les meilleurs fruits. 

Nous avons en outre le plaisir de vous faire savoir que notre insti- 



î - 

r 






BULLETIN DE CORRESPONDANCE 7,75 



tut est de plus en plus largement reconnu et que la « Société aile- - 
mande de psychothérapie », citée plus haut, qui essaie de réunir les 
tendances psycho thérapeutiques les plus importantes aurait été dis- 
posée à *le déclarer le centre officiel d'instruction analytique si nous 
n'avions pas à ses yeux quelques défauts, entre autres celui d'avoir 
parmi nos instructeurs et nos élèves des non-professionnels, Nous 
nous en consolons en pensant que notre raison d'être n'est pas de 
plaire aux membres de cette société, mais de leur enseigner quelque 
chose. 

Au sujet de F admission de nouvelles sociétés le D r Eitingon an- 
nonce que la Société Brésilienne dont il a déjà été question n'a pas . 
encore fait de requête d* ad mission officielle. Dès la requête parvenue y 
le comité exécutif admettra provisoirement ce groupent demandera 
au prochain Congrès de ratifier sa 'décision/* «■----■•-- '-- 

M. Eitingon expose le rapport de la C. I. L : 

« Comme vous le savez, la C. L L a été chargée lors du dernier Con- 
grès d'élaborer un projet de règlement international des problèmes 
d'admission et d'instruction et de les exposer au Congrès actuel. C'est 
dans ce but que j*ai nommé un sous-comité spécial composé de Ma- 
dame Horney, et de MM. Mùller-Braunscliweig et Rado, et que. je 
leur ai demandé d'élaborer ce projet sous ma direction et avec le con- 
cours des comités d'instruction des divers groupes affiliés à 1* Asso- 
ciation internationale. Ce sous-comité a déployé une grande activité. 
Il a élaboré deux projets et les a soumis à tous les comités d^ instruc- 
tion. Tout le matériel rassemblé par ce sous-comité forme un volumi- 
neux fascicule qui a été communiqué à tous les membres de la C> I. I, 
En dépit de ses efforts le sous-comité n'a pas réussi à obtenir sur la 
question des conditions d 3 admission un avis unanime des divers grou- 
pes. Un accord complet ayant pu être obtenu sur tous les autres 
points j en particulier en ce qui concerne le règlement de V instruction 
analytique, on peut espérer que des efforts continus vaincront ces dif- 
ficultés. Vu son insuccès, le dît sous-comité a donné sa démission. 
En présence de cet état de choses, la C- L L a décidé lors de sa 
réunion tenue au cours de la première journée du Congrès de vous 
soumettre 3a résolution suivante : 

a Le sous-comité institué lors du X 6 Congrès à Innsbruck afin d'éla- 
borer un projet relatif à l'instruction psychanalytique n'ayant pas 
réussi à trouver une base commune^ propose aux congressistes de faire 
continuer cette tentative par un nouveau comité dont il" expose la liste 
des collaborateurs et les prie de ne pas faire de propositions d'ordre 
général ni d'ordre technique au sujet de cette question jusqu'à ce que 
re nouveau comité ait atteint des résultats positifs ». 

La résolution est acceptée à l'unanimité. M, Eitingon exprime en- 
core son espoir que la tâche qu'il n!a pas été possible de mener à 
bonne fin, pourra d'ici le prochain Congrès être résolue à la satis- 
faction de tous, 

La liste proposée par la C. L L est la suivante : Madame Bona- 



^™ 



77& REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



.parte (Paris), M. Erill (New-York), Madame Deutsch (Vienne, 
M, Eitingon (Berlin; M. Ferenczi (Budapest), Mlle Anna Freud 
(Vienne), M. Jeliffe (New- York), M. Jones (Londres), M. van 
Ophuijsen (La Haye), M. Sachs (Berlin), M. Sarasin (Baie), 

M, van Ophuijsen, applaudi par toute l'assistance, remercie le 
■sous-comité démissionnaire de son travail ardu et ingrat. 

M. Federn suggère une proposition dont l'idée est de M, Hollos : 
-que les divers groupes discutent la question de savoir en quoi la psy- 
chanalyse peut être mise à contribution en ce qui concerne l' instruc- 
tion des gardiens de malades mentaux. 

Au nom du groupe suisse, M. Sarasin invite TA. I. P # à tenir le 
prochain Congrès en automne 193 1 en Suisse et à laisser au groupe 
,àsse le chois de l'endroit précis* 

La proposition est acceptée à l'unanimité, 

M. Jelliffe attire l'attention sur le fait que le Congrès international 
■de neurologie aura lieu à Berne en- automne 193 1, Le comité est prié 
de prendre en considération cette circonstance quand il fixera la date 
>du Congrès de psychana^se. 

M. Eitingon demande que le comité exécutif soit relevé de son of- 
fîcej ce qui lui est accordé par acclamations. A la requête de M. Ei- 
tingon c'est M. Jekels qui assume la présidence* 

M, Jekels propose non seulement de relever le comité de ses char- 
ges, mais encore de le remercier vivement de son travail plein de sa- 
crifices. Vifs applaudissements. Il sollicite des propositions pour 
l'élection d'un nouveau président. 

M- Jones propose de réélire le président actuel, ce que le Congrès 
approuve par acclamations, 

M, Eitingon prend de nouveau la présidence et remercie les mem- 
bres de la confiance qu'ils lui témoignent, Il déclare qu'en rai? ou de 
sa réélection et conformément aux statu ts > les adjoints, MM. Federn 
et Jones garderont leur place. Il propose de réélire la secrétaire géné- 
rale, Mlle Anna Freud, ainsi que le trésorier général actuel, M. van 
Ophuijsen. La réélection a lieu par acclamations. 

M. Eitingon est réélu président de la C* I. L M. Eitingon remer- 
cie également les membres du Congrès de cette réélection et propose 
comme secrétaire de la C. L L M. Rado, ce que le Congrès ratifie 
par acclamations. 

D'après la rédaction de Mlle Anna Freud, secrétaire géné/ale. 

Henri Hoesll 



BIBLIOGRAPHIE 



(Freud : Le malaise de la -civilisation,- Dos Unbehagen in 
*der Kulture, Intern. Psa. VerJag, Vienne 1930, 136 p.) 

Le titre de cet ouvrage ne se laisse pas facilement traduire en 
français, nous nous sommes résigné à le rendre approximativement 
en ces termes : le malaise de la civilisation. 

Les remarques d'ordre psychologique et philosophique qui suivent 
ont pour point de départ la lettre d'un correspondant de Freud qui 
lui demande de préciser plus qu'il ne l'a fait dans F« Avenir d'une 
Illusion » l'origine du sentiment religieux. Ce correspondant voit 
-cette origine dans ce qu'il appelle le « sentiment océanique » et que 
nous pourrions exprimer plus clairement par le sentiment d'être 
une partie de la force universelle* 

Freud pense que ce sentiment ne nous est pas si naturel que le 
; pense son honorable correspondant. En effet , notre moi, exception 
faite de l'amour et de certains états pathologiques, tend dans les 
■autres circonstances à se différencier très nettement des objets qui 
l'entourent. Il est vrai que dans notre enfance nous traversons un 
-état où nous différencions encore ^mal notre moi de notre entourage 
et le sentiment océanique pourrait être une survivance de cettfe 
phase infantile. Nous connaissons tant de survivances analogues 
-qu'il n'y aurait rien d'étonnant à cela. 

Mais resterait encore à savoir si ce sentiment océanique est bien 
l£ base de la religion on si, par exemple, la dépendance du petit 
-enfant et la nostalgie d'être aidé par son père n'est pas un senti- 
ment plus fort et plus permanent qui serait la vraie source de la 
religion. 

Mais là n'est pas le problème central que Freud se propose de 
traiter. "Résumons donc les. lignes générales de l'ouvrage et nous 
reviendrons ensuite sur certains points qui méritent de retenir notre 
^attention. 

Les religions donnent un sens à notre vie, mais en réalité cette 

■signification qne nous lui attribuons n'est qu'une défense contre 

la souffrance. Elle est dictée par le principe du plaisir. Au reste, 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE II 



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778 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



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les formules par lesquelles nous essayons de fuir la douleur sont 
multiples et la sagesse humaine consiste probablement à en adopter 
de diverses. La religion, par exemple, cherche à diminuer la valuer 
de l'existence terrestre pour en sous-estinier le~s luttes trop difficiles; 
à supporter ; elle n* arrive cependant pas à nous épargner toute souf- 
france et Freud se demande si elle est vraiment un détour néces- 
saire pour se résigner à accepter les misères d'ici-bas. 

Il est incontestable que si Ton se place à un point de vue objectif 
notre civilisation a apporté des progrès dans F humanité, Mais ceux- 
ci se sont effectués aux dépens de nos satisfactions instinctives. Nul 
doute que le primitif , emporté par une passion tumultueuse, retirait 
de l'acte sexuel infiniment plus de jouissance que celle que nous. 
éprouvons. L/ équilibre nécessaire entre les restrictions imposées; 
par la civilisation et la somme de jouissance dont nous avons besoin, 
est un des facteurs qui règlent les progrès de l'humanité- 

Ce que nous avons gagné en culture, nous l'avons perdu en inten- 
sité d'amour. Le progrès se dresse comme un ennemi de l'Eros. Ce 
n'est du reste pas seulement dans sa liberté et son ardeur sexuelles 
que l'homme est menacé, ses tendances agressives sont bridées,. 
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Aimez vos ennemis. 

Ici Freud, ouvrant une parenthèse, reconnaît l'indépendance des: 
instincts agresseurs. Il les désexualise' entièrement. Nous tradui- 
sons ici le passage dans lequel l'auteur exprime cette nouvelle forme 
de sa pensée, 

a Dans la suite nous admettons que les instincts agressifs ont une 
origine indépendante des autres instincts. Ils sont l'obstacle le plus, 
puissant au progrès de notre civilisation. Nous, avons déjà dit et 
nous tenons ferme à cela, que la civilisation est un processus qui 
domine l'individu. Elle est au service de l'Eros et tend à faire une 
unité de l'individu d'abord, de la famille ensuite, puis du clan, du 
peuple, de la nation et enfin de l' humanité. La raison de ce pro- 
cessus nous échappe, mais nous pouvons -constater qu'il est produit 
par l'amour. Les masses humaines sont unies par un même lien 
libidinal. La nécessité ou une communauté de travail ne sauraient 
suffire à les maintenir ensemble. 

« Cependant toutes les résistances des instincts d'agression s'oppo- 
sent à ce programme, car il y a inimitié de l'individu contre la 
masse et de la foule contre l'individu. Cet instinct d'agression est 
le descendant et le représentant principal des instincts de mort que 
nous avons décrits à côté de l'Eros. Tous deux se partagent la 
domination de ce monde. Ainsi donc le sens de la civilisation ne 
nous est plus obscur. Elle est l'opposition entre l'Eros et la mort, 
les instincts de vie et les instincts destructeurs, opposition qui se 
joue à travers l'humanité, Cette lutte est le centre même de l'exis- 
tence, et c'est pourquoi Ton peut dire que le développement de la 
civilisation n'est en somme que la lutte pour la vie transposée dans 



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BIBLIOGRAPHIE 77c 



T humanité entière* JSt c'est cette lutte de géants que nos femmes 
veulent combattre avec leur épopée du ciel. » 

La vie en société a obligé, l'homme à de nombreuses restrictions ; 
une partie de ses forces devait également être détournée de 1* amour 
pour faire face aux difficultés du monde extérieur. Cette dispersion 
de l'affectivité s'est faite aux dépens de PEros. Mais au fur et à 
mesure que la société s'organisait en un tout dont les membres sont 
de plus en plus étroitement dépendants les uns des autres, les 
restrictions devenaient plus nombreuses et par suite les haines plus 
ardentes. 1/ amour soustrait à Facte sexuel a pour mission de neu- 
traliser cette agressivité. La civilisation serait donc cet équilibre en 
devenir qui provient d'une vie sociale en organisation. Les restric- 
tions se multiplient eu augmentent Pagresivité de l'individu. Celle-ci 
tendrait à détruire à son tour l'organisation sociale si elle n'était 
constamment neutralisée par l'affectivité soustraite à l'acte sexuel. 

Le problème se complique encore par les sentiments de culpabilité 
qui sent une nouvelle limitation de la jouissance. A ce propos, Freud 
expose à nouveau toute la théorie de la genèse du surmoi. A côté 
de la conception classique, T auteur pense trouver un autre pro- 
cessus génétique de la conscience qu'il expose comme suit : la peur 
qui, plus tard, deviendra la conscience exigé des renoncements à 
certaines satisfactions instinctives. Mais ce qui est important, c'est 
que chaque restriction deviendra à son tour source dynamique de la 
conscience et intensifiera la sévérité et l'intolérance du surmoi. Si - 
bien qu'on en arrive, si l'on lie se place qu'au point de vue géné- 
tique, à cette idée paradoxale que la conscience est la conséquence 
d'une restriction instinctive ou encore : le renoncement à une pul- 
sion crée la conscience qui exige ensuite de nouvelles restrictions. 

Dans notre article sur l'instinct d'inhibition (voir cette revue), 
nous avons dit ce que nous pensions de ce mécanisme, en sorte que 
nous n'y revenons pas ici. 

Freud arrive encore à cette autre conclusion importante ; toute 
manifestation instinctive est formée d'un élément libidinal et d'un 
élément agressif. Si cette manifestation est refoulée, l'élément libi- 
dinal engendre les symptômes, l'élément agressif un sentiment de 
culpabilité. Mais retournons au problème de la civilisation. Nous 
avons vu qu'elle est un processus qui tend à renfermer dans un 
même lieu libidinal tous les membres de Y humanité, Ce processus 
est analogue à l'effort que se propose l'éducation. Cependant, tandis 
que la civilisation se contente d'imposer des restrictions, l'éduca- 
tion poursuit d'une part le but d'apporter à l'individu une certaine 
somme de bonheur et, d'autre part, de l'unir à autrui. 

Ces deux principes se heurtent souvent, mais non pas à la façon 
des instincts de vie et des instincts de mort. L'opposition est bien 
plus un reflet de la répartition de la libido entre le moi et les objets. 
Il faut aussi reconnaître que la collectivité crée un surmoi qui est 



jSo REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



1* héritage des plus grands hommes qui la dominent. Ce sur moi, 
comme chez l'individu, tend à devenir trop sévère et peut devenir 
Je point de départ de névroses collectives. Certaines époques sem- 
blent avoir été régies par un surmoi névrotique qui ne se souciait 
plus du bonheur individuel ni des exigences de la réalité. 

Et voici la conclusion de 1* ouvrage : 

« La destinée de Y humanité me semble dépendre du fait que le 
développement de notre humanité sera ou. ne sera pas maître des 
désordres qu J amènent dans la vie collective l'instinct agressif et 
3 ' instinct d 3 autodestruction. A ce point de vue notre époque offre un 
intérêt tout particulier. La maîtrise des forces naturelles est deve- 
nue telle que les hommes peuvent s'entre-tuer de plus en plus. C'est 
sur ce fait que repose une grande partie de leurs inquiétudes, de 
leur malheur et leurs craintes présentes. Il faut donc s* attendre 
à ce que PEros, l'autre des deux forces éternelles, aille faire effort 
pour se ressaisir dans la lutte contre son ennemi non moins éternel : 
« Y instinct d'agression . » 

R, de Saussure. 

À, Hesnard : Psychologie homosexuelle (Paris, Stock 1929» 
20S p.). 

Cet ouvrage d'une grande clarté^ écrit dans une fort belle lan- 
gue, donnera an public médical et aux intellectuels de France une 
idée nette et précise des solutions qui ont été apportées ces der- 
nières années au problème de l'homosexualité. 

Au cli a pitre premier, l'auteur passe en revue les principales con- 
ceptions que les médecins se sont faites du sujet avant Freud. Par- 
tageant d'abord les avis des moralistes, ils se sont lentement affran- 
chis de ces préjugés ; ils ont fait de Y homosexualité une déviation 
constitutionnelle de Y instinct sexuel, puis ils Tout de plus en plus 
considérée comme une simple .névrose. Quels que soient les avis 
étiologiques, tous les psychopathologistes s'accordent à décrire à 
la base de ces troubles une forte bisexualité native. Ici Hesnard 
aurait pu appuyer cette thèse par les données modernes de la biolo- 
gie qui tend à considérer le sexe comme un caractère mendelien. 
Ceci implique que la moitié des individus ont à côté de leur sexe 
manifeste, un sexe latent qui se développera à la génération sui- 
vante (voir Guyénôt : L'Hérédité. Paris, Doîn 1926). 

L'auteur consacre de fort belles pages à la différence de Y homo- 
sexualité dans l'antiquité de celle de nos jours- L'une était une 
habitude entrée dans les mœurs- Elle ne faisait qu'aviver la viri- 
lité, l'autre, au contraire, s'oppose directement à nos moeurs et se 
rattache à la névrose. 

Cette comparaison amène Hesnard à décrire les différents types 
biopsj'ïchologiquies de l'homosexualité. 



Mp«Mte^«HÉ*^ 



BIBLIOGRAPHIE 



7 8l 



Le second chapitre a pour titre : « Les survivances infantiles pri- 
maires et F empreinte maternelle chez l'homosexuel ». . 

Les trois mécanismes instinctifs qu* Hesnard voit à la base de 
V homosexualité sont : 1) l'attirance erotique exclusive envers un 
individu porteur du sexe masculin (ceci à la suite de la déception 
de voir qu'il manque un organe à la femme, qui est alors conçue 
comme symbole idéal de pureté) ; 2) la répulsion erotique pour la 
femme, paradoxalement combinée à l'identification maternelle dévï- 
rilisante ; 3) le narcissime erotique qui transfert sur un homme 
T attirance autoérotique envers sa propre masculinité. 

Hesnard pense que 1* identification à la mère provient de ce que 
celle-ci , très possessive et masculine, exerce une telle influence 
<* que l'enfant renonce à sa propre personnalité en adoptant celle 
dont il sent sa vie dépendre » (p. 54). Ailleurs Hesnard dit que 
cette identification se complique parfois « d'une attitude tendre et 
passive à Pégard du père (lorsque celui-ci n'a pas été un pôle répul- 
sif pour l'énergie affective de l'enfant) » p. 65). 

Sous le titre « Des survivances infantiles secondaires chez l'ho- 
mosexuel »j l'auteur traite particulièrement des influences mascu- 
lines ^négatives. « Dans la plupart des cas, Tinfluence du père était 
trop faible, trop mollement accueillie ou même trop répulsive chez 
l'enfant pour neutraliser l'attraction maternelle triomphante », 
Dans le même chapitre, Hesnard montre T aversion de l'homosexuel 
pour tout ce qui touche à la sensualité de la femme. Cette aversion 
contraste avec une sorte de culte et d'admiration qu'il professe à 
l'égard du beau sexe. 

Chez les individus qui pratiquent indifféremment l'amour homo- 
sexuel et l*amour hétérosexuel, le premier est généralement préféré 
parce qu'il entraîne moins de complications sentimentales. Il 37 a 
dissociation entre la tendresse et la sensualité, « La sensualité 
homosexuelle, surtout cultivée, est un plaisir en soi, personnel, 
dont autrui n'est que le prétexte ou T ex citant » (p. 103). 

Nous croyons intéressant de rapporter ici les pages qu' Hesnard 
consacre à la différence d'attitudes de l'homosexuel envers la 
femme et T homme. Elles nous paraissent pleines de vérité (p. 107- 
108). 

«r Lés homosexuels sont parfois capables de transférer, au moins 
partiellement , leur amour filial et familial sur une femme — qu'ils 
peuvent épouser pour en avoir des enfants (car ils ont fréquem- 
ment l'instinct paternel). Ils arrivent alors à procréer non sans 
peine , généralement. Mais la coïncidence accidentelle qu'exige leur 
situation conjugale, de leur amour paternel ou filial pour l'épouse, 
et des corvées de l'étreinte procréatrice, leur apparaît comme un 
devoir, sinon un insurmontable effort, jamais comme la conclu- 
sion naturelle et en soi satisfaisante de l'union avec la femme. 

« Le prétendu amour vrai, complet, qu'ils affirment quelquefois 



. 



-^__, 



*H 



782 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



éprouver pour leur amant, n'est qu'une sorte d'amitié, reconnais- 
sante ou jalouse, suivant les cas^ plutôt qu'une bonne entente fondée 
sur Tintérêt commun de la volupté. Leur rêve à deux est en grande 
partie un artifice narcissique d'imagination, qui ne comporte envers 
l'être ni sacrifice altruiste sincère, ni détente affective complète 
dans la quiétude du plaisir partagé. » 

»Sur la détente des rapports sexuels, citons encore ce passage : 

« L'individu normal est satisfait sans- peine par le rapproche- 
ment sexuel pratiqué > bien entendu, selon une fréquence variable 
avec chacun. L'homosexuel i lui, n'obtient que rarement une satis- 
faction complète* Sans doute, chaque acte, réalisé dans des condi- 
tions conformes à ses aspirations, lui procure une détente réelle, 
de courte durée, voire même une impression intime et agréable 
d'assouvissement. .. Mais le besoin, apparu après un certain temps 
de pratique sexuelle, augmente souvent au point d'exiger une pra- 
tique épuisante de l'acte, » 

Dans le paragraphe suivant, Hesnard montre de façon plus pré- 
cise comment l'homosexuel projette au dehors sur un autre homme 
son narcissisme. Cette projection soulage ses remords d'autoéro- 
tisme et préserve l'individu d'une névrose narcissique. Il en résulte 
que son assouvissement homosexuel lui paraît toujours plus légi- 
time. Hesnard ajoute avec finesse et raison : « Ce qui montre bien 
combien la morale sexuelle individuelle, subjective, appartient à 
un tout autre domaine que celui de la morale sociale. Elle repose 
sur la justification de certains instincts organiques profonds en mal 
de réalisation et nullement sur l'application rationnelle à la vie de 
règles théoriques conçues par la pensée collective » (p. 124). 

Le chapitre suivant est consacré à 1* homosexualité et à la 
névrose. L'homosexuel a presque toujours des traits de névropa- 
thie dans son caractère, de même qu'un grand nombre de névrosés 
sont des personnes qui refoulent leur homosexualité, La genèse de 
cette névropathie, Hesnard la voit aussi dans l'identification avec 
la mère qui aurait pour conséquence une désexualisation diffuse 
de la personnalité, La puberté de cet homme « ne connaîtra que 
des besoins physiques honteux et dépouillés de toute initiative fran- 
che, libre et saine à l'égard du sexe adverse » (p. 154). 

Il est un autre passage de ce chapitre que "je voudrais citer, car 
il nous servira de base à une discussion, Page 155, le dilemne se 
présente de la façon suivante ; 

« Ou L supprimer le désir sexuel (et accepter la névrose}, ou échan- 
ger son sexe contre le sexe adverse (et cultiver l'homosexualité). 
C'est la deuxième alternative que les homosexuels ont choisie. Ce 
qui implique jine inhibition sexuelle plus partielle, plus élective 
que celle du névropathe, consécutivement à la formation en eux 
d'un idéal moral, d'un surmoi en même temps plus tolérant et 
plus inspiré de la mère* c'est-à-dire plus féminin, a 



BIBLIOGRAPHIE - 783 



Ici diverses remarques s'imposent. Tout d* abord nous formule- 
rions autrement le dilerane, <c Ou supprimer la satisfaction sexuelle 
(et accepter la névrose) ou réaliser son homosexualité » * Le névropa- 
the ne supprime pas le désir, il le refoule et il se manifeste alors de 
façon déguisée. Psychiquemént chez lui le sexe est aussi échangé* 
Il devient un individu au caractère féminin quoiqu'il ne réalise pas 
par des actes sexuels son homosexualité latente. 

Il est un autre point important qu'Hesnard a laissé dans l'ombre. 
Il a montré que dans sa petite enfance l'inverti avait généralement 
une constellation parentale faite d'une mère possessive et masculine 
*et d'un père faible. Nous, connaissons cependant un * autre niéca- 
■nisme psychogénétique de l'homosexualité qui, chez les névrosés 
surtout, joue un rôle important. Lorsque V enfant est fortement 
•contrarié par son père dans sts désirs libidinaux à l'égard de sa 
mère > la rivalité s'installe- et le désir agressif contre le père s* inten- 
sifie. Si, par hasard } cet enfant a surpris un coït des parents, la 
pulsion agressive se manifeste souvent par le désir direct de châ- 
, trer le père. Cependant les sentiments à l'égard dç celui-ci étant 
ambivalents,, la pulsion agressive est refoulée et dérigée contre l'en- 
fant lui-même. Plus tard, lorsque le conflit s'intériorise, le sur- 
moi prend le rôle du père et c'est à son égard que le névropathe 
prend une attidue passive féminine. L'enfant dans son attitude 
masochiste désire être violenté par son père ou par l'un de ses 
substituts et comme toute initiative sexuelle lui est interdite, il se 
sent soulagé lorsque celle-ci vient du dehors. Ici, le névropathe 
identifie â la mers, en fonction du père. Il accepte à la fois comme 
une jouissance et comme une punition d*être attaqué sexuellement 
par lui. On pourrait naturellement se poser le problème de savoir 
si chaque fois que le père est faible, V homosexualité arrive à se 
manifester, tandis que lorsque le père est sévère , les forces inhibi- 
trices devenant plus fortes, c'est la névrose qui éclate. Je n'ai, pas 
assez d'expérience pour résoudre ce problème, mais cette solution 
qui, à première vue, semble heureuse est probablement fausse. Il 
nous paraît plus probable que Télé ment déterminant parte de l'en- 
fant même. J'entends que s 41 s'est trouvé dans une situation qui 
'éveille de façon aiguë sa rivalité (s'il surprend un coït parental 
même avec un père faible, par exemple), ses pulsions agressives 
feront irruption et comme il ne sera pas en mesure de pouvoir les 
-satisfaire, il sera obligé de les retourner contre lui-même* Avec un 
père faible et teiidre, l'ambivalence sera justement beaucoup plus 
forte, par suite aussi le désir de refouler son agressivité et de prendre 
une attitude passive féminine.. 

On comprend que chez ces gens-là l'homosexualité apparaisse 
'comme une vérité libératrice, car, par elle, ils trouvent non seu- 
lement une issue au conflit oedépien, mais encore le soulagement 
d'une punition érotisée. La libération est telle qu'après avoir été 
les victimes, ils se sentent le droit de devenir les agresseurs* 



-^— . 



I^Bi^W*l*^^^^— ^^^^MM 



784 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Mais revenons à l'exposé de notre auteur. Il écrit des pages d'une 
grande intelligence sur les défenses de l'homosexuel contre lui-même 
et contre le milieu. Ces défenses sont la conséquence de son incons- 
cience, « Cette acceptation du désir sexuel, ainsi mitigé de répu- 
gnance incestueuse et dépouillé de ses accompagnements habituels 
ou normaux de complication sentimentale, entraîne une curieuse 
conséquence ; l'inconscience chez l'individu homosexuel, de la tare* 
instinctive, de la déviation sexuelle, et la justification immédiate, 
intuitive d'une telle déviation par la conscience ; en d'autres ter- 
nies, l'intuition — subjectivement vraie, mais socialement erronée- 
ou discordante — de remplir un devoir naturel, de se conformer à 
la fatalité intérieure, à uue loi de la nature , d'être normal , sinon: 
plus normal que les autres. Cette inconscience découle d'une loi 
psychologique en vertu de laquelle toute tendance affective profonde- 
dé l'homme — lorsqu'elle n'est pas en désaccord flagrant tout' au< 
moins avec sou idéal moral, — est ressentie par lui comme étant 
plus ou moins l'œuvre de sa conscience libre, de son Moi raison- 
nable et volontaire. » 

Les pages consacrées à la, thérapeutique de l'homosexualité nous 
apprennent que jusqu'ici seule la psychanalyse s'est montrée effi- 
cace dans la cure de T homosexualité. Maïs elle n'est pas toute puis- 
sante. Les perversions sont beaucoup plus difficiles à guérir que les: 
névroses. 

Le dernier chapitre traite de T homosexualité féminine , Après 
avoir passé en revue les différents types caractéristiques de cette: 
déviation, Hesnard signale les moments psychogénétiques les plus 
importantes, à savoir : 1) le traumatisme que cause la découverte 
de l 'organe masulin ; 2) une identification avec" la mère qui cache 
le désir de scotomiser l'homme ; 3) une identification avec le père 
et îe désir de se comporter comme un homme- 

Si Hesnard ne nous donne pas un compte rendu complet de toutes 
les théories ps3rchanalytiques -modernes concernant T homosexualité, 
il a du moins le mérite de montrer en des pages d'une grande clarté- 
que les idées de Freud et de ses élèves sont celles qui nous ont 
apporté jusqu'ici les solutions, sinon définitives, du moins ) es meil-> 
leureSj pour résoudre ce problème si difficile de Phomosexu alité. 

Internat, Zschr. f. Psa. T. X. "V., fasc. i. Rutli Mack- 
Brunswick : Un complément à i< L'histoire d'une névrose ht- 
faufile » de Freud.. 

Il s'agit ici du cas connu dans la littérature psjrch analytique sous- 
le nom de V homme aux loups (i) t Freud Pavait analysé une fois- 

(1) Ce cas est publié dans le tome VIII des « Gesanunelte Schriften » de 
Freud. Cette publication a été traduite en fiançais par M m& Marie Bona- 
parte et le D r Lœwènsteîn. Elle va paraître dans un volume intitulé « Cinq- 
histoires de malades », 



tfk' 



BIBLIOGRAPHIE 



7S5 






juste avant la guerre, puis de nouveau pendant quelques mois eu. 
191 9. Son état n'allait pas mal jusqu'en été 1924 où de nouveaux 
ymp tomes ayant apparu, Freud confia le malade à M* 6 Macfc- 
Brunswick. 

Il présentait alors un délire hypocondriaque, cmyait avoir le. 
nez déformé à la suite d'un traitement électrolytique qu'on lui avait 
fait pour de petits boutons. Objectivement, on ne constatait aucune 
déformation ; k malade cependant négligeait son travail et se regar- 
dait toute la journée dans une petite glace, se mettant de la pou-. 
dre puis l'enlevant, espérant toujours améliorer l'état de son nez., 

Le malade avait perdu son père et hérité d'une grosse fortune 
lorsque avait 31 ans. Ceci se passait deux ans après sa gonorrhée 
et deux ans avant son analyse chez Freud; "Il avait un comporte-- 
ment névrotique à l'égard de l'argent et en dépensait beaucoup, 
notamment pour sa toilette* Depuis > par suite de la révolution 
russe, jl fut longtemps sans argent et sans travail, puis trouva une 
petite place à Vienne. 

Là-dessus sa femme tomba malade, il n'eut plus de travail. 
Freud lui procura une pension pendant six ans. Il reprît courage 
et retrouva un peu de travail. 

Un jour un ami de Russie vint lui apporter des bijoux de sa 
famille. Lui et sa feilraie décidèrent de ne pas- en parler à Freud,, 
de peur qu'il ne cesse sa pension et ils les gardèrent comme réserve. 

En 1922, il fit son propre portrait et à cette' occasion se regarda 
beaucoup dans la glace* En avril de la même année, Freud avait 
été opéré et le malade, en le revoyant, fut très frappé de sa mau- 
vaise mine. Pendant l'été, sa femme étant malade, il se masturba 
en regardant des images obcènes. 

En novembre 1923, sa mère arrive de Russie ; lorsqu'il la cher- 
che à la gare, il s* aperçoit qu'elle a une petite verrue noire sur le 
nez. Il l'interroge et elle de répoudre qu'elle avait déjà vu plusieurs 
médecins, mais qu'elle n'était toujours pas au clair sur la nature 
de son mal, car par périodes il disparaissait complètement. Le ma- 
lade observa cependant chez sa mère une certaine hypocondrie, 
une attention exagérée portée aux poussières, infections, etc., etc. 

Lte dentiste chez qui il alla au début de 1921, lui arracha deux 
dents et lui prédit qu J on serait obligé de lui arracher les autres. 
En 1924, notre mal-ade a mal aux dents, ne veut pas retourner chez: 
le même dentiste qui s'appelait Wolf (loup). Il va chez une série 
de dentistes, mais n'est satisfait d'aucun cPêux. 

A la même époque, dans son bureau, on le place sous les ordres, 
d'un chef très sévère. 

C'est en février 1924 que s'installe son hypocondrie au sujet 
de son nez. 

Il avait un nez court dont ses camarades s'étaient moqués dans 
le temps. Sa femme, au contraire, avait une verrue sur le nez: 



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786 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



<et, en 1924, il commence à se dire : « Cela doit être affreux d'avoir 
une verrue sur le nés ». En mai 1924, sa mère retourne en Russie* 
Il s'aperçoit quinze jours après qu'il a un petit bouton sur le milieu 
<lu nez. Celui-ci devient dur et il se souvient alors que sa tante a 
eu la même chose et qu'elle n'est jamais arrivée à s'en déabarrasser. 
Puis survint sa constipation opiniâtre dont il avait déjà souffert 
en 1919 et enfin un rhume du cerveau qui dégénéra en catarrhe de 
lia. gorge et qu'il conserva pendant tout l'hiver suivant, en étant 
persuade qu'il allait devenir poitrinaire. Cette peur disparut un 
jour qu'il allait voir son médecin et que tout à coup il se souvint que 
<celui-ci souffrait d'une grave maladie des reins. Il se dit alors : 
« Quelle chance d'être en bonne santé en face d'un médecin ma- 
lade ». Cette pensée aggressive devait mériter une punition. En 
rentrant chez lui, il s'étend, passe sa main sur le nez, s'aperçoit 
^qu'il a son bouton, le gratte et bientôt cela devient un trou. Dès 
ce moment 1 obsession du nez le tenaille. Il se demande si le 
trou se refermera. 

Puis il va chez un professeur de dermatologie afin de se faire 
^déboucher les canaux de glandes sébacées du nez. Le professeur 
en débouche quelques-uns, puis lui donne une pommade et divers 
médicaments et lui dit de ne pas s'effrayer si les prochains jours 
-son nez devient un peu rouge, La rougeur se produit en effet, notre 
malade s'en inquiète et sa femme jette les dits médicaments. 

Là-dessus, V homme aux loups doit partir à la campagne pour ses 
vacances. 1] se fait auparavant arracher une dent de peur qu'elle ne 
l'ennuie pendant son séjour. Mais arrivé à la campagne, c'est une 
*autre dent qui lui fait mal et il regrette celle qu'il a sacrifiée. 

L'hiver 1924- 1925 se passe bien. Le malade ne pouvait même 
plus trouver l'endroit où il y avait eu un trou dans son nez. 

À cette époque son comportement sexuel se modifia. Il se mit à 
suivre des prostituées dans leurs demeures et à se masturber devant 
etlles. Il ne voulait pas de rapports normaux de peur de s'infecter. 

A Pâques 1925, il sent à nouveau un bouton sur le nez. Celui-ci 
apparaît et disparaît jusqu'à Pentecôte (les fêtes religieuses jouent 
un grand rôle chez le malade qui est né le jour de Noël). 

Le dimanche de Pentecôte, il va au cinéma où il voit un film 
intitulé « La Soeur Blanche ». Celle-ci se plaint de ne pas être assez 
bejle. Cela lui rappelle que sa propre sœur," peu de temps avant de 
s'être suicidée, se plaignait toujours de sa laideur et de ses bou- 
tons sur le visage. Dès le lendemain il va chez le docteur qui lui 
dit que tous s^s boutons passeront d'eux-mêmes. Exaspéré, il va 
<chez le professeur de dermatologie qui avec un instrument appuie 
sur la glande infectée. Du sang jaillit et notre malade se sent en 
extase à l'idée que son sang a coulé sens la main du médecin. 
Toutes ses idées de suicide s J évanouissent. 

Par contre, quelques jours plus tard, if a mal à une dent, va 



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BIBLIOGRAPHIE 7$7 



^^^^™^^*^ 



chez un premier dentiste qui lui dit que ce n J est rien, puis chez 
un second qui lui dit qu'il y a une racine infectée f que ce pus est 
ïa cause de tous ses maux, probablement aussi du bouton qu'il a 
eu sur le nez. Le malade décide d'enlever tout de suite cette dent 
et ainsi fut fait. 

Alors l'intérêt du nez reprit. Il fatigua le professeur par ses 
visites, Celui-ci, finalement^ le soumit à nn traitement électrol y ti- 
que. Le malade ne fut qu'à moitié enchanté et pensa que le pro- 
fesseur lui en voulait de ce qu'il avait perdu son argent et qu'à 
cause de cela il le traitait moins bien qu'auparavant, 

Il interroge un jour un ami sur l'état de son nez. Celui-ci, après 
■ beaucoup d'hésitations, dit que peut-être un côté est un peu enflé 
par rapport à l'autre. L'homme aux loups en déduit que Félectrolyse 
ne lui avait rien fait et qu'il faut l'abandonner. Avant, il va consul- 
ter un autre dermatologue, qui habitait en face de chez Freud et qui 
lui conseille un traitement diathermique. Jusqu'à l'été 1926, il fit 
encore de nombreuses visites à des dermatologues et à des dentistes. 
Il se mit à détester toujours plus le professeur et fut de plus en 
plus inquiet lorsqu'un des dermatologues lui dit qu'une cicatrice ne 
pouvait plus disparaître* 

Telle est l'histoire du malade avant son analyse. Voyons main* 
tenant ce qui est résulté de sa -cure. 

Le premier rêve qu'il apporte est de nouveau un rêve de loups ; 
ce ne sont plus les loups blancs d'autrefois, mais des loups gris 
(comme le chien de Freud), D 'emblée il ressort que le conflit avec le 
père n'est pas terminé et du reste le malade est lui-même heureux de 
faire son analyse avec une femme pour ne pas persister dans sa pas- 
sivité homosexuelle (Œdipe renversé). 

Ce qu'il y avait de plus frappant chez T homme aux loups de 1926, 
c'était l'altération complète de son caractère. Lui qui était autrefois 
scrupuleux à l'excès, se montrait sans scrupule, lui qui était minu- 
tieux était devenu négligent et de plus la même passivité qu'il avait 
autrefois à l'égard de son père, il 1 J avait aujourd'hui à l'égard de sa 
femme. C'est elle qui lui achetait ses habits et le conseillait en tout. 

Au début de l'analyse, il critique Freud et fait l'éloge de 
M* 1 * Mack-Brunswick. Il se perdait dans des disgressions sans vou- 
loir parler de ses symptômes. 

Après quelques semaines d'analyse, le professeur de dermato- 
logie mourut brusquement un dimanche matin. Le lendemain l'ana- 
lyste lui apprend la nouvelle. Il saute de son divan, fait le poing 
et s'écrie : <x Maintenant je ne pourrai plus jamais le tuer j>* Le pro- 
fesseur de dermatologie était un substitut évident de Freud, dont 
il était l'ami et le contemporain. Mais T homme aux loups qui dési- 
rait être regardé comme le malade chéri de Freud mit une résistance 
énergique à le reconnaître. Lorsque M*™ Mack-Brunswick voulut 
lui montrer que son inconscient travaillait quand même dans ce sens 



^^ 



/S8 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



il fit un transfert négatif à son égard et ne fit plus aucune critique- 
à regard de Freud, Un rêve cependant le ramena aux: idées agressi- 
ves refoulées. Puis le malade livra toutes les pensées qu'il avait eues^ 
au moment de l' opération de Freud t son espoir qu'il meure et qu'à: 
la place de la rente, il lui laisse un petit capital. 

À la suite de cette explication, le malade eut un grand nombre dé- 
rives de castration du père* 

A 13 ans, il avait eu un catarrhe du nez qu'il n'arrivait pas à: 
guérir. Il dut quitter l'école et lorsqu'il 3^ rentra ses camarades se 
moquèrent de son nez et l'appelèrent Mops. A 17 ans et demi il eut. 
un nouveau catarrhe, mais cette fois à la verge , une gonorrhée qui. 
devint chronique. 

Dans les rêves suivants le malade s'identifie avec le père châtré.. 
Ensuite toute son agressivité dispersée sur les médecins qui étaient 
autant de substituts du père, il la projette et il a l'impression que ce* 
sont les médecins qui l'ont toujours mal soigné et qui lui en veulent. 
Les médecins ont remplacé le loup de l'enfance. En même temps, il. 
identifiait son sort à celui du martyre du Christ et du Tsarévitch,. 
poursuivant ainsi un délire des grandeurs à côté du délire de persé T 
cution . 

L'analyse montra qu'à quatre ans et demi^ lorsque le malade avait 
ses insomnies dues aux rêves des loups, sa mère lui parla du Christ, 
il introduisit alors un cérémonial compliqué pour se mettre au lit, 
cérémonial qui l'obligeait à embrasser tous les icônes avant de se 
coucher. 

Puis, lorsqu'il comprend r que sa peur de la maladie et ses idées: 
de grandeur ne font que cacher sa passivité, il entre sur le chemin 
de la guérison. 

Bientôt après tout son caractère change, il devient de nouveau un 
homme normal, consciencieux, soigneux de sa personne. 

Discutant ensuite le diagnostic, M m * Maek Brunswick en fait une 
forme hypocondriaque de paranoïa. Cette hypocondrie cache visi- 
blement un délire de persécution. Le malade vroit que le Prof. X. 
lui a déformé le nez. Plus profondément nous voyons la passivité 
conditionner cet état puisque, malgré sa haine pour le professeur, 
notre malade se laisse traiter par lui. L'auteur termine son article 
par quelques considérations sur la sj^mbolique et les mécanismes de 
ce cas. Le nez est ici évidemment un substitut du pénis. Il ne faut 
pas oublier que le malade avait eu une gonorrhée. L'ensemble des 
symptômes semble cacher un désir masochiste d'être châtré par le 
père et un désir d'être femme pour jouir d'un rapport avec le père 
(grande joie de voir couler le sang sous le couteau du père). 

Dans sa dernière cure, il semble ne s'être montré féminin que 
dans certaines circonstances t alors que dans sa dernière maladie* 
toute sa personnalité est devenue féminine. Le- problème du bouton 



BIBLIOGRAPHIE 78c 



''^^k 



-du nez montre une identification avec, le père châtré (opération de 
Freud). * ._' ♦ ^ 

Il est intéressant de posséder sur .un même sujet deux histoires 
-de maladie qui toutes deux se sont terminées par une guérison, c'est* 
-à-dire par une prise de conscience complète des tendances incons- 
cientes nocives* ' 

La seconde analyse confirme entièrement la première. Elle n'ap- 
porte pas de matériel essentiellement nouveau. Elle montre seule- 
ment que le transfert n'avait pas été assez travaillé ni complètement 
résolu. On peut se demander pourquoi la seconde maladie n'a pas 
♦pris la forme de la première et pourquoi au lieu d'une névrose de 
T CûmpuLsïon s'est développé une paranoïa. L'auteur pense que la pre- 
mière analyse avait mis le malade à Tabri d'une nouvelle forme de 
:névrose obsessionnelle et que par contre les idées hypocondriaques 
de l'enfance avaient été insuffisamment analysées. 

Die psychoanalytîsche Bewegung (Le mouvement psychana- 
lytique), dirigé par À. j. Storfer, Internat. Psa. Veriag. 

Vienne 1929, première année. 

■ 

Nous 'n'avons pas signalé/ dès sa parution, le premier numéro 
d'une nouvelle revue psychanalytique allemande ; nous voudrions 
aujourd'hui rendre compte des plus importants articles insérés au 
cours de sa première année d'existence. 

Thomas Mann,' le romancier qui dernièrement a reçu le prix 
Nobel, dans un article intitulé « Le rôle de Freud dans l'histoire de 
la pensée moderne v } a montré l'importance révolutionnaire de la 
psychanalyse. Ce bouleversement est dû au fait qu'à partir de Freud 
la psychologie au lieu de reposer sur une personnalité consciente, 
prend ses racines dans l'inconscient* Mais ce qui est plus gros de 
conséquence encore, c'est que maintenant nous possédons une mé- 
thode qui nous permet d J agir sur l'irrationnel de notre être pour 
le soumettre à l'impératif de notre raison. Les enfers, les démons, 
les torrents de nos passions ne seront plus des forces aveugles de- 
vant lesquelles la volonté doit plier, mais ils pourront être dissous 
par l'analyse. Les répercussions pédagogiques, morales, philoso- 
phiques, juridiques d'une telle conception sont immenses. Ce sont 
des perspectives du même genre qu'ouvre Arnold Zweig, le grand 
écrivain allemand, dans un article intitulé « Freud et l'homme ». 

Hanns Sachs /aborde le problème de savoir comment apprendre la 
psychanalyse. Il montre que cette méthode comporte une technique 
très précise et qu'il est tout à fait illusoire de vouloir se fier à son 
.intuition seulement, Se faire analvser -reste la méthode de choix 
.d'acquérir la pratique freudienne. En passant, l'auteur signale les 
expériences excellentes faites à. Berlin où l'on a institué des col- 



tfHHVIBV 



790 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



loques dans lesquels les jeunes anaWstes discutent leurs cas sous: 
la direction d'un confrère plus expérimenté* 

Sachs consacre un autre article à la psychologie du film. Faute de 
pouvoir exprimer des mot;^ les personnages ont longtemps porté leur 
effort sur la mimique, mais aujourd'hui certains compositeurs , de- 
Êlms ont trouvé un moyen plus subtil et moins lassant pour faire 
connaître les sentiments de ceux qui se meuvent sur l'écran. Ils ont 
utilisé les données de Freud sur les actes de distraction,. les étour- 
deries, etc. et quelques-uns parmi eux ont admirablement su exploi- 
ter ce procédé, Sachs analyse plus spécialement les applications de 
cette technique dans certains films de Pudowkin, Bisenstein £t Lu- 
bitsch. 

De crainte d' effrayer par trop les esprits rationnels , nous n'ex- 
poserons pas ici les hypothèses audacieuses que Ferenczi fait sur la 
mémoire archaïque et son rôle biologique dans l' accouplement. Que 
ceux qui aiment les spéculations hardies lisent l'article intitulé mas- 
culinité et féminité. 

Reik consacre un mémoire au succès et à la peur du remords 
dans lequel il étudie le problème de la destinée au point de vue 
psychanalytique. 

Lorsque l'analyse fut appliquée aux maladies, on remarqua bien- 
tôt que ceux-ci répétaient toujours de même symptômes, se plaçaient 
éternellement dans la même situation et il fut facile de comprendre 
que leur destinée avait les mêmes racines inconscientes que leurs 
symptômes. Sans doute que tout notre avenir ne dépend pas uni- 
quement de notre constellation instinctive et de nos émotions in- 
fantiles, allais ces facteurs sont assez forts pour déterminer une 
grande partie de notre personnalité. 

À côté de sa tâche thérapeutique, l'analyse aura pour mission 
d'établir dans quelle mesure notre inconscient préside notre destin. 
L^ problème central de cette étude se rapportera au succès et à 
l'échec. Freud le premier, a montré combien les. scrupules interve- 
naient dans notre réussite, non pas tant ceux qui rongent notre 
conscience, mais plus encore ceux que nous refoulons et qui œuvrent 
dans le grand souterrain de notre pensée. Combien de personnes 
savent toujours introduire des obstacles entre l'intention et le but 
et n'arrivent jamais à réaliser les desseins de leur vie. Certes, elles 
savent accuser le sort de leur échec, mais l'analyse révèle que leur 
inconscient a su tirer parti fort habilement d'un empêchement qu'il 
n'eut pas été impossible d 3 écarter. 

Il arrive aussi que le but soit atteint } mais ne procure plus 
aucun plaisir à celui qui l'a poursuivi avec ardeur. Ce qui semble 
souvent être la conséquence d'une réalité aveugle et cruelle est 
cependant déterminé par Ime interdiction de notre surnioî. Il est 
bien compréhensible que si le but est associé avec un désir incons- 
cient interdit, il 'y ait une peur d'atteindre le but qui déclanche 



Ktatf*4IIM 



BIBLIOGRAPHIE 



791- 



une action défensive du moi. Il y a une ainbjvalance qui condi- 
tionne tout V effort. Le succès est recherché par notre être instinc- 
tif, tandis que l'impératif catégorique veut imposer l'échec. 

Lorsque par voie régressive l'analyse cherche les causes qui ont 
engendré l'interdit et déclenché les obstacles du sur moi, on arrive. 
toujours après quelques stades intermédiaires, variables suivant les. 
individus, à la peur de la castration ou à la peur de la mort. Ces. 
craintes primitivement sont des agressions dirigées contre ]e père 
que l*enfant retourne contre lui-même à la liquidation de sou 
Œdipe. C'est ce qui nous explique pourquoi le contenu de ces crain- 
tes est toujours si profondément inconscient. 

Le fait que le succès est si souvent lié à des sentiments de culpa- 
bilité fait que Tindividu a moins de scrupules à l'atteindre, si le 
chemin de la réussite est semé de périls et de difficultés à vaincre* 
« À vaincre sans péril, on triomphe san£ gloire a. Celui qui n'a 
pas payé sa victoire n'en jouit pas. Le succès, comme le symptôme 
nerveux, doit devenir un compromis entre le refoulé et le refoulant, 

On pourrait ajouter ici une remarque que Reik n'a pas faite et 
qui nous semble très importante. Pendant un temps on a pensé 
qu'il 3' avait quelque chose de caractéristique du symptôme dans. 
le compromis de forces issues du surmoi et du soi* Puis on a vu 
que la même chose se passait dans le rêve et dans la plupart de nos 
actions. Ceci nous amène à formuler ces constatations un peu autre- 
ment et d'un point de vue beaucoup plus général. Dans chaque 
action, toute notre personnalité est engagée, et si nous eu recher- 
chons la genèse analytique nous y trouverons toujours la partici- 
pation du soi, du moi, du sur moi, et des éléments du monde exté- 
rieur. Si nous nous plaçons au point de vue déterministe de l'ana- 
lyste, on peut se demander si le moi, en tant que fonction synthé-- 
tique, a réellement une existence ou s'il n'est pas à chaque moment 
le compromis du soi, du sur moi et de la réalité extérieure qui se 
mêlent à des degrés divers suivant que chacune de ces instances 
est plus ou moins intéressée à l'action' en question. La personna- 
lité, en dernier ressort ne serait pas une instance synthétique, mais 
une résultante de la pluralité de notre être. Cette notion deman- 
derait naturellement à être développée mais nous voulions donner 
ici cette note préliminare, 

Reik, du reste, convient que cette peur du succès, voire du 
bonheur, n'est pas limitée aux psychopathes. Toutes les religions, 
avec leur paradis et l'expiation terrestre de nos fautes extériorisent 
les mêmes conflits inconscients. Les hommes ressentent souvent 
quelque chose d* inconfortable à avoir un plaisir sans peine. 

Reik nous apporte encore dans <ï Le mouvement psychanaly- 
tique » d'autres études sur « l'allusion et le dénuement » et sur les 
deux espèces de surprises. 

Signalons aussi l' intéressant article de Staub et Àlexander sur. 



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79 2 REVUE FRANCISE DE PSYCHANALYSE 



« La lutte pour le droit ». Les auteurs montrent combien la, réforme 
<te nos tribunaux est importante > car toute révolution a commencé 
par s'insurger contre la « Justice » et par ouvrir les portes des 
prisons. Une mauvaise juridiction a pour conséquence deux réac- 
tions psychologiques : i) l'intérêt énorme que, par indentîfication 
avec le délinquant j prend chaque membre d'une collectivité à Fin- 
justice; intérêt éveillé par ridée qu'il pourrait lui arriver la même 
chose ; 2) une rupture de l'équilibre moral, comportant une répres- 
sion avec irruption de tendances antisociales. Nous n'insistons pas 
-davantage sur cet article qui sert d* introduction à 1* ouvrage de ces 
-auteurs sur « Le délinquant et s^s juges ». 

R. de Saussure- 

Edward Bibking (Vienne) ; {Klinische Beitràge zur Para- 
noïafrage). Contributions cliniques au problème de la Para- 
noïa. (Ein F ail von Organ-projektion). Un cas de projection 
<d*nn organe. 

L'auteur commence par un exposé historique de la question* 
Depuis le travail de Freud sur Schreber la formule de Freud « La 
paranoïa est une régression de l'homosexualité sublimée vers le nar- 
cissime » doit être complétée par les découvertes d'Ophuysen et de 
Stârcke qui ont montré que ce narcissisme avait une origine ero- 
tique. Ce fait a été, plus tard, bien précisé par le travail d'Abraham 
■sur le développement de la libido, 

Bibring rapporte ensuite le cas d'une femme de 37 ans, non ma- 
riée, qui entre à l'asile parce que dans la rue elle se sent poursuivie 
par des hommes* La malade est bien nourrie, neurologique ment on 
ne constate rien d'anormal. Elle est encore vierge. Les voix parlent 
souvent très haut. Elles l'accusent de mener une vie déréglée, d'exha- 
ler une mauvaise odeur, de salir le linge et surtout les cabinets. On 
l'accuse de frotter le miroir du W. C. avec ses matières, Les voix 
l'accusent de battre les enfants dont elle a la responsabilité. Pour 
que les voix ne se manifestent pas elle est obligée de prendre des 
positions extravagantes, par exemple tenir une jambe hors du lit. 
Les voix réclamaient d*autres punitions encore, qu'elle- se prive de 
manger ou qu'elle n'aille pas à la selle, qu'on la batte ou qu'on 
mêle à sa nourriture des ingrédients qui provoqueraient de la consti- 
pation ou des maux de tête. 

- On voit qu'un grand nombre des désirs refoulés et des punitions 
émanent de l'organisation sadique anale. Parmi ses persécuteurs, 
l'un est désigné par les voix sous le nom de fiancé- Les voix l'appel- 
lent aussi le derrière. Elles disent, par exemple, il a une cigarette 
dans la bouche, dans les doigts ou même daus F anus. La malade 
fait remonter le début de son affection à 20 ans, où elle avait 
-envoyé anon3 7 mement une Bible à l'empereur pour son anniversaire. 



■É^n^ta^ 



BIBLIOGRAPHIE 



793 



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La police avait fait une enquête -et était venue chez elle. Elle en 
«avait été £lh&y£e> avait eu des accès de pleurs et peu après avait cru 
entendre sa mère dire à des connaissances que sa fille cachait proba- 
bkment une grossesse et quçr t c'était pour cela qu'elle pleurait tou- 
jours. Depuis, la malade a ,aii§si eu l'impression que la police la 
poursuivait pour cette grossesse illégitime, 

La maladie semble donc avoir débuté par une dépression- religieuse, 
Celle-ci vient vraisemblablement d'une poussée erotique due à la pu- 
berté et qui a développé chez la malade une réaction auto-punitive. 
Puis se développent des idées d'auto-accusation et des illusions ou 
■hallucinations dont la mère est le motif central. Par la suite nous 
voyons deux modifications à ses idées délirantes ; 

i. Le sexe du persécuteur change (homme au lieu de la mère). 

2. L'apparition de motifs erotiques dans le délire. 

Il faut insister sur ce fait que derrière les persécuteurs reste la 
mère, car selon la malade, c'est à 1* instigation de la mère que la po- 
lice s'est mise à ses trousses. Nous Voyons ici, comme dans le cas 
.publié par Freud (Freud ; Mitteilung ci nés der Psychoanalysetheo- 
-xie widersprechenden Falles von Paranoïa* Ges.- Schr. T. V), que 
la mère prend ici le rôle de puissance morale* La mère représentant 
Je surmoij il en résulte une certaine homosexualité. Les tendances 
hétérosexuelles éveillent alors un combat contre les tendances homo- 
sexuelles. Une des formes de défense contre ces dernières pulsions est 
la paranoïa. Le conflit se joue sur le terrain régressif de l'Œdipe où 
la mère représente les tendances homosexuelles et le père les ten- 
dances hétérosexuelles. 

Pour se défendre contre la pseudo-accusation de sa mère* la malade 
se faisait examiner par de nombreux médecins , soi-disant à cause de 
ses troubles menstruels et de ses hémorroïdes , mais elle envoya un 
jour à sa mère des attestations de sa virginité provenant de cin- 
quante médecins. Ce fait nous montre que la mère est bien restée 
l'instance morale et que la malade, par ces examens successifs, réa- 
lisait une satisfaction erotique dérivée. 

Nous pouvons aussi considérer que l'envoi de la Bible est un com- 
promis entre ses tendances instinctives et sa conscience, ou entre ses 
pulsions homosexuelles et hétérosexuelles. Le fait de se faire exami- 
ner est une autre forme par laquelle la malade parvient à l'hétéro- 
sexualité . Cependant Y instance morale inhïbitrice intervenant, la 
forme de sexualité n'est plus adaptée à son but. Nous voyons aussi 
-qu*en changeant le sexe des persécuteurs > la malade établit un nou- 
veau compromis, ceux-ci servant à la fois à sa défense contre les pul- 
sions hétérosexuelles et pourtant aussi à une réalisation par fantas- 
mes (donc inadaptée) de ces mêmes pulsions. 

Ce qui est intéressant, c'est de voir que le fiancé est appelé « der- 
rière » par la malade. Il semble qu'il y ait là une projection de l'or- 
gane libidinal interdît- . Tausfc (Tausk : Ueber die Entschung des 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



12 



PfeMvM^B*» 



794 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Beeinflussungsapparates in der Scïiizoph renie , Zschr, f, Psa, T + V. 
1919) en sont temps avait publié une projection de ce genre et il Pavait 
rapportée à une régression à la phase intellectuelle où l'enfant pro- 
jette son propre corps dans le monde extérieur et notamment chaque 
fragment de son corps isolément. Cette phase précède juste le nar- 
cissisme secondaire, L'organe est projeté au dehors- avec un sentiment 
d'hostilité qui se retournera contre le malade lui-même- Un exem- 
ple fréquent de ce mécanisme est celui de la photographie que le' per- 
sécuteur possède du persécuté, photographie que le persécuteur mal- 
traite pour faire du mal au malade.. 

■ 

Gregory Zilbor^ (New- York) : (Schizophrenien nach EnU- 
bindtmgen) Schizophrénies après accouchement. 

Il y a des schizophrénies qui se développent après T accouchement. 
Leur évolution est souvent très lente, en sorte qu'on ne pense plus à 
T accouchement comme facteur déterminant. r Cèt important événe- 
ment déclenche en effet une série de réactions psychiques qui peuvent 
se traduire par des dépressions, des névroses d'angoisse ou encore de 
la schizophrénie. L'auteur accepte les points de vue d'Hélène 
Deutsch {H. Deutsch : Ps3Thoana]yse der weiblichen Sexualfunktio- 
nen, Psa, Verlag) sur lesquels il s'appuie. Le point important pour 1 
le sujet traité est le fait qu'au cours de la grossesse la mère s'iden- 
tifie à l'enfant et régresse à une phase purement narcissique, .L'en- 
fant apparaît alors comme une doublure du moi. Par sa signification 
inconsciente pour la femme (pénis paternel) il devient un élément 
erotique, mais par ailleurs, en tant qu'il représente l'introjection 
du père, il sert à renforcer le surmoi. 

L'accouchement est pour la femme une jouissance masochiste qui 
réveille une quantité de souvenirs inconscients. Elle revit son pro- 
pre accouchement t une sorte de sevrage, enfin une partie de son moi 
lui ^si arrachée pour être projetée dans le monde extérieur. Il arrive 
que par un processus de sublimation cette partie du moi soit incor- 
porée au surmoi et entre de suite dans un conflit violent avec le moi* 

Zilborg relate ensuite Y histoire de deux malades. Toutes deux 
n'ont consenti au mariage que tardivement* Elles étaient restées très 
fixées à leur père et cela est ressorti clairement dans leurs idées dé- 
lirantes. Elles étaient frigides, elles avaient à un haut degré l'envie 
du pénis et le désir de châtrer l'homme. Toutes deux, quelques se- 
maines après F accouchement, ont eu une période de courte durée 
dans laquelle leur frigidité avait totalement disparu. Zilborg pense 
que cette expansion erotique ne doit pas être considérée comme un 

(1) Bibring ne parle pas ici de la lumière que jette ce mécanisme sur tous 
les procédés de magie, mais il y aurait là matière à une belle étude. (R, 
de S.). 



BIBLIOGRAPHIE 79 



aboutissement à la phase génitale, mais comme une sorte de manifes 
tation agressive contre l'homme et une tentative d 'incorporer le pé 
ni s à la place de Penfant perdu. 

Les deux femmes s'identifient avec leur père, elles n'ont pas be 
soin d'un homme et dans la vie elles ne veulent pas assumer le rôl 
' d'une femme. À réclusion de leur ps}'chose elles laissent paraîtr 
très ouvertement leur homosexualité. 

Les deux malades ont bien supporté leur grossesse et si cela parai 
paradoxal au premier moment, cela se comprend . cependant si Vo 
se souvient que pour l'inconscient enfant = pénis, que par confié 
quent la grossesse satisfait une partie de leurs désirs de masculinité 
leur permet de se soustraire aux rapports sexuels et intensifie len 
narcissisme (la mère s'identifiant à l'enfant). 

L* accouchement est encore pour les deux sujets une sorte de cas 
tration. Elles se détachent de l'enfant et voudraient retourner ver 
leur père/ 

» 

Kulovesi : De la genèse du tic (Zur Entstehung des Tics) 

L J auteur rapporte le cas d'une jeune fille qui avait V obsession d 
pousser des cris et qui, pour lutter contre cette idée fixe, se mit 
avoir des tics de défense dans le visage et le cou. L'analyse arriva 
la guérir. Au cours de son exposé Kulovesi nous livre un matéri 
immense et très intéressant, iial heureusement l'auteur n'a pas che 
ché â retrouver le dynamisme des tendances erotiques et autopun 
tives qui chez cette malade aurait été particulièrement intéressan" 
En terminant, Kulovesi compare l'histoire de sa malade à celles p 
bliées antérieurement par Ferenczi, Abraham, Mélanie Klein, etc. 

Bychowski; (Ein F ail von oralem Verfolgungswahn) . U 
cas de délire de persécution avec régression au stade or ah 

TI s'agit d'un malade de 35 ans qui se plaint de ce que les passan 
tètent sa tête et la dessèchent complètement* Ils lui dérangent 
tête parce qu'ils ont faim, Il voit par exemple sa nuque dîminu 
tandis que celle du voisin grossit. 

Il se dit si affaibli par les passants qu'il a faim dans les mains. 

Les femmes aussi le sucent pour devenir belles et jolies. Son men 
bre a faim et c'est pourquoi il est si petit. Il est absorbé par le va g* 
des femmes. Il doit manger beaucoup pour ne pas se sentir femm 
La femme a été faite de la côte d'un homme, elle nous prend to 
jours quelque chose. Il est convaincu qu'il sera mangé par une pro 
tituée avant même de s'être approché d'elle. 

Il colore toutes les relations humaines de son erotique orale. Ce 
ainsi qu'il dit que le malade est une femme qui suce le médecin po 
guérir. 
' Il est intéressant de constater que ces idées délirantes sont par 



796 . REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



culièreinent claires à l'égard de la mère* « C'est parce, que l'on me 
suce que Ton me rend enfant, c'est avant tout ma famille qui me l'im- 
pose et fait de moi un garçon de 13 ans, C'est ma mère qui m'amoin- 
drit pour .se faire une grosse poitrine et m' imposer le silence. C'est 
elle qui m'anéantit pour devenir toujours plus grosse », 

Le malade prétend aussi que des aliénés viennent boire à sa poi- 
trine, 

Le malade ne voudrait pas être un enfant au sein. Les seins sen- 
tent la transpiration, cela le dégoûte. 

De tout cela il ressort clairement que le malade a régressé à un 
stade oral sadique et qu'il s'identifie à la poitrine de sa mère. Mais; 
toute l'agression dirigée sur les seins de sa mère est projetée au de- 
hors et reportée contre lui. Par une sorte d'expansion le délire qui, 
au début, avait la mère comme point central, s'est étendu à tout l'en- 
tourage de même qu'il a coloré d'une teinte orale les relations sexuel- 
les et qu*à la menace de sevrage s'est ajoutée celle de la castration, 

Il est à regretter que Bychowski ne nous dise rien du rôle que le 
père a joué dans la vie du malade, car on peut se demander si der- 
rière la persécution attribués à la mère ne se cacherait pas celle du 
père. Pour que la mère soit seule en jeu, il faudrait admettre qu'il ne 
s'agit -pas ici d'une régression à un stade oral, mais d'un développe- 
ment arrêté à un stade préœdipien , ce qui ne semble guère possible- 
La composante homosexuelle des délires, de persécution mise en lu- 
mière par r Freud aurait dû rendre Bychowski attentif à ce problème. 

Schultz : (Symptompersistenz ans den ers t en vier Le h eus- 
wochen). Persistance de symptômes apparus dans les quatre 
premières semaines de V existence- 

Il s'agit d'une fillette } née avec un spasme du pylore, qui ne pou- 
vait rien avaler. Elle dépérissait et fut opérée après trois semaines. 
Depuis la quatrième semaine elle se mit à manger régulièrement, 
mais à dix-huit mois déjà elle se plaignait d'avoir faim quand elle 
était malade et depuis l'âge de trois ans, à chaque maladie, elle se 
montrait anxieuse de mourir de faim. Après avoir interrogé la fa- 
mi lie , Schultz ne voit pas d'autre explication à donner de cette 
enxiété que le traumatisme des premières semaines de l'existence, 

EiSLEJR ; (Ueber wahnhajte SelbsianMagen), Autoaccusa- 
tions délirantes. 

Il s'agit d'un jeune homme de 27 ans qui souffrait d'insomnies et 
de battements de cœur depuis qu'il avait été la proie de deux ivro- 
gnes dont fl eut beaucoup de peine à se défaire. Cet incident se pas- 
sa en Russie pendant la révolution et peu de jours après que son 
meilleur ami eût été tué par les révolutionnaires. La maladie s'ag- 



BIBLIOGRAPHIE 797 



grava plus tard. Le malade préparait des examens pour une profes- 
sion qui ne- l'attirait guère et peu de temps avant il fut abandonné 
par une jeune femme qu'il aimait. Il manqua s^s examens, le père 
lui fit des reproches de son aventure sentimentale et ce fut sur ces 
entrefaites que l'analyse débuta, 

L' aventure sentimentale se passait avec une femme divorcée } qui 
voulait le mariage avec ce jeune homme pour être reçue dans le 
monde. Lui s' était laissé tenter parce qu'elle était riche et que cela, 
lui aurait épargné d'entrer dans le bureau de son père. Mais elle 
était une femme sans scrupules, et lui avait peur d'être mis au ban 
de la société par cette alliance. Ils se disputèrent et finalement tout 
tomba à l'eau, 

D'autre part, peu de temps auparavant, le père, "déjà âgé/ avait 
fait de mauvaises afiaires. La situation était donc la suivante : après 
ses examens, il aurait fallu qu'il entrât dans un bureau qui marchait 
mal, prendre des responsabilités. Si le père venait à mourir, il y au- 
rait eu en plus la charge de la mère et des sœurs. Il y avait un 
moyen d'éviter tout cela, c'était de se montrer incapable d'étudier et 
d'épouser la femme riche qui avait essayé de capter son amour. 

Cette situation devait forcément réactiver la haine œdipienne, con-. 
tre- le père, mais le malade ne voulant pas 1* accepter, retournait son 
agressivité contre lui-même, se faisait des reproches d'avoir manqué 
ses examens, de ne. pas être à la hauteur de reprendre le bureau 
de son père, de n'avoir pas suivi les conseils de ses parents, etc. Au 
lieu de porter son agressivité sublimée sur le monde extérieur pour 
dominer la situation, il se paralysait par des reproches stériles, Eis- 
ler résume ainsi les reproches latente du malade ; « Mon père. est fau- 
tif de mon malheur. S'il n'avait pas été si imprudent il n'aurait pas 
perdu notre fortune. S'il était mort plus tôt, nous n'aurions rien 
perdu. Maintenant il pense que je vais sauver la famille. J'aime 
mieux disparaître ». 

Remarquons encore que le mécanisme de V agressivité retournée a 
conduit notre malade à une identification avec le père et qu'une par- 
tie -des reproches qu'il se fait sont justement ceux que son père se 
fait à lui-même. 



Barbara Lantos (Berlin) : {Analyse eïner Konversionhys- 
térie im KUmaierium)* Analyse d J ime hystérie de conversion 
à la ménopause. 

Depuis 14 ans la malade soufïrait de maux de tête avec l'impres- 
sion que sa tête était vide, qu'il y avait une plaie ou même un trou 
dans son crâne. Depuis deux ans (elle en avait 52 au moment dé 
l'analyse) elle avait mal dans le dos* Elle avait en plus un goût de 
sang dans la bouche qui ne pouvait s'expliquer ni par de l'anémie ni 



ÉÉ^^^^^B^^^^^^ 



79S * REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



par une érosion des gencives. Depuis son enfance elle souffrait de 
constipation. 

Elle vécut une enfance heureuse au milieu de huit autres frères et 
suoers. Sa p-uinée mourut à Page de 20 ans, elle n'en eut pas beau- 
coup de chagrin. Son père mourut en 1906, En 191 1 elle vint habiter 
chez un de ses frères qui venait de perdre sa femme et qui avait une 
jambe paraWsée. Depuis son enfance elle préférait ce frère. Âpres 
quelques mois elle le quitte sous prétexte qu'elle ne voulait pas qu'il 
s'habituât à elle et qu'il ne se remariât pas ; en réalité elle voulait se 
rapprocher d'un ancien ami pour lequel elle ressentait subitement un 
grand intérêt. Cet homme ne lui témoignait aucun amour et quitta 
Berlin peu après , ce qui montre bien qu'inconsciemment la malade 
cherchait avant tout à fuir une situation incestueuse. Elle avait à ce 
moment $& ans. Elle partit eu voyage chez un oncle. C'est à ce mo- 
ment que s'installèrent sts maux de tête. Ce départ sans l'ami fut 
pour elle un vo} 7 âge de noce manqué. Il nous explique pourquoi la 
malade avait l'impression d'un trou et d'une plaie dans la *ête« 
Quant aux douleurs du dos, elle les comparait à une sorte de para- 
lysie, de raideur. En y pensant elle se souvint que lorsqu'elle était 
petite, son frère s'était exhibé devant elle tandis qu'il était en érec- 
tion. Ce symptôme était lié chez elle à son complexe de .masculinité* 
Mais par ailleurs elle ramène aussi ses douleurs lombaires à des fan- 
tasmes d'accouchement. Le symptôme, comme si souvent chez les 
hystériques, semble avoir une double interprétation due â la bi- 
sexualité de ces malades (voir Freud : Hysterische Phantasien und 
îhre Beziehungen zur Bisexualitât). 

La constipation avait aussi pour origine des fantasmes de mater- 
nité associées à une certaine erotique anale. Une série de rêves mon- 
trèrent que le mauvais goût dans la bouche était lié à un déplacement 
de bas en haut de sa peur du coït. 

L'article contient de nombreux rêves intéressants et un exposé 
très complet de la situation œdipienne de la malade. 

ZEITSCHRIFr FUR PSYCHOAKALYTISCHE PaDAGOGIK. (Revue 

de pédagogie psychanalytique) 1927, 

Le numéro de décembre s'ouvre par un article de M. Hitschmann, 
de V vernie, qui passe en revue les erreurs les plus grossières que 
l'éducateur peut commettre et en esquisse les conséquences, M* Willy 
Kuendigt de Berne 3 apporte quelques considérations sur le rôle de 
la psj'ch^nalyse à l'école. M. H\ Stem, de Mamtheim, étudie l'inté- 
ressant cas d'un garçon de 8 ans dont le comportement asocial pos- 
sède nettement le caractère d'un symptôme névrotique. Madame 
Clara H appel f de Francfort, propose dans son article, intitulé 
« L'Homme dans Tégout » de suggestives possibilités d'interpréta- 
tion psychanalytique d'un fait divers paru au' mois de septembre 



BIEUOGR APHIE ■ . - 79Ç. 



1927 dans divers journaux parisiens. Monsieur Dublot, ancien biblio- 
thécaire fut découvert dans les égouts de Paris* Il s'y était réfugié, 
disait-il, 18 ans auparavant à la suite d'un chagrin d^amour, se nour- 
rissant des déchets ramassés la nuit aux Halles et se désaltérant au 
tuj^au fêlé d'une conduite d'eau. L'auteur montre que cet isolement, 
cette fuite vers le sein de la mère, déclenché par un traumatisme 
plus ou moins intense est très caractéristique de certains psychis- 
mes infantiles. Mademoiselle Nelly Wolffhieim, de Berlin, parle de 
l'éducation des parents, condition première d'une complète com- 
préhension de l'enfant. Le Dr. Franz St&in, de Francfort, examine 
!:a signification de quelques noms bibliques et lç D v Laiulamr f de 
. Francfort % relate quelques rêves non-censurés t Le numéro se termine 
par quelques brèves communications sur la vie infantile, faites par 
Madame Sabine Spielrein-S chef tel t de Rostow-sur-le-Don. 

Les numéros des mois de Janvier, février et mars, réunis en un 
:seul, sont consacrés à Y onanisme. Parmi les nombreux articles rela- 
tifs à ce sujet y il faut citer les exposés de MM. Hitseinann, Sadger 
-et Reich comme étant particulièrement instructifs, En voici en deux 
lignes les idées directives ; L'onanisme n'est plus considéré 
aujourd'hui, au moins dans certains milieux éclairés, comme un 
« péché abject ». De plus en plus l'idée se fait jour qu'il constitue 
une phase évolutive nécessairej une condition première de la pri- 
mauté génitale ultérieure. 

L'onanisme ne répond pas à une notion simple. C'est un symptôme 
^ de signification très diverse et rarement un syndrome morbide. 
Dans certains cas même il tient lieu d'une véritable soupape de 
■ sûreté, susceptible de délivrer, momentanément, le sujet de la ten- 
sion provoquée par les sentiments de culpabilité, il prend alors en 
quelque sorte la signification d'un acte de castration. 

Il est difficile de dire dans quelles conditions l'onanisme produit 
un effet nuisible, comme il est difficile de le dire des manifestations 
sexuelles en général. 

Le numéro d'avril contient un intérsesant article de M. Siegfried 
Bernfeld intitulé : La psychanalyse est-elle une philosophie ? 

M, Bernafeld montre que la psychanalyse telle que la conçoit Freud 
est une méthode de cure et d'investigation, un ensemble de résultats 
dus à des recherches scientifiques sur des faits psychiques* Les 
adversaires et de nombreux partisans de la doctrine freudienne^ sont 
convaincus qu'elle est plus qu'une science et qu'elle tend à devenir 
une philosophie, sinon une religion. Le fait est qu'elle constitue une 
f cience d'un caractère si particulier que toute philosophie peut, pour 
■■étayer ses positions, se servir d'elle tant comme arme, que comme 
base d'une contre-attaque. 

La p^chanalyse est une découverte scientifique qui a eu et a 
-encore de profondes répercussions dans les divers domaines d'acti- 
vité intellectuelle et artistique. 




. ■ 



8oo 



KEVUE .française de psychanalyse 



Dès qu'on ne la considère pas en tant que science au rôle théra- 
peutique nettement défini, elle devient éminemment destructrice paiv 
le fait qu'elle montre la religion, la civilisation, l'art, la .philosophie,. 
la morale, etc.', comme quelque chose de devenu, de conditionné. Il 
faut cependant ajouter qu'elle constitue aussi un élément de civili- 
sation positif , mais un élément de civilisation d'un ordre futur. 

La psychanalyse et V éthique, M, Georg BuTTNER, Meissen^ 

M. Biïttner relève au début de son travail les points de contact. 

entre la psychanalyse et ce qu'il appelle le point de vue « natura- 
liste » s eu faisant abstraction des diverses formes que celui-ci a pu, 
revêtir dans le passé. La psychanalyse part à peu près de cette idée 
fondamentale que la façon d'agir des hommes est déterminée princi- 
palement par l'inconscient, le conscient n'étant qu'une .couche super- 
ficielle sur un abîme infini. Klle va sous ce rapport , parfaitement de; 
pair avec le déterminisme ou ce que l'auteur appelle <r le natura- 
lisme a. Or ce naturalisme échoue dès qu'il s'agit de juger les actes. 
humains et de résoudre le problème de la morale. C'est ici qu'on fait 
. appel à l'éthique reposant sur une base % supranaturaliste ». Il est: 
évident que l'attitude « naturaliste » et celle dite ici « supranatura- * 
liste » doivent, quand elles envisagent le même objet, se heurter - 
Tune contre V autre. Le <c naturalisme » part de cette idée fondamen- 
tale que toute vie, de quelque nature qu'elle soit, est en dernier res- 
sort soumise aux lois d'un même et unique déterminisme , tandis que: 
le « supranaturalisme » admet en dehors du déterminisme naturel un* 
ordre intérieur . qui se manifeste particulièrement dans les actes hu— 
mains* Le problème des rapports entre le « naturalisme » et le <c su- 
pranaturalisme », c'est-à-dire ici entre la pS3K:h analyse et l'éthique - 
courante se réduirait donc à la question de savoir s'il est admissible 
d*e recourir à deux ordres essentiellement difl'ércnts, à un principe - 
double pour démêler causes et effets dans la vie* L'auteur y répond 
par la négative et cite à ce propos une phrase de Freud > tirée de ses^ 
conférences sur l'introduction à la psychanalyse : « Si l'on réussit à 
battre en* brèche sur un seul point le déterminisme naturel, toute con- 
ception scientifique du monde en perd du coup sa raison d'être >k 

Il s'agirait donc de dresser, en se basant sur un seul et unique 
principe, un système de connaissance où les problèmes d'ordre spiri- 
tuel et philosophique entreraient aussi bien que les problèmes d'or- 
dre matériel et mécanique sans faire violence aux premiers* La psy- 
chanalyse, en montrant les relations psychiques les plus subtiles sous- 
un angle nettement déterministe, en indique la possibilité, qu'il 
s'agisse des manifestations de l'inconscient le plus obscur ou bien de- 
celles de la conscience la plus lucide, 

La psychanalyse est appelée, à moins qu'elle ne s'obstine à se pla- 
cer sur un terrain uniquement empiggue, à renouer les rapports na~* 
turels fortement ébranlés encore, enfl|y'empirisnie et la philosophie^ 



y 



Π



BIBLIOGRAPHIE 



Soi 



Mère et enfant dans les drames d J Ibsen f M.Ernst Schnei- 
der, Riga. 

Quelques coups de sonde intéressants dans les drames ibseniens. 
Dans toute une série de drames d'Ibsen le conflit dramatique est un. 
conflit conjugal, Le nœud central en est formé par une + fixation in- 
cestueuse. Les couples agissent sous la pression de leurs conflits in- 
conscients et essayent de résoudre les conflits conscients qui en ré- 
sultent* Tous ces conflits qu'Ibsen choisit comme pivot de ses dra- 
mes sont très fréquents dans la pratique psychanalytique. 

M. Willy Kutëndig, Berne, continue les observations psychanaly- 
tiques que sa, qualité de professeur d'école secondaire lui permet de 
faire. Il s'attarde cette fois-ci particulièrement sur le transfert et 
montre combien l'application et le succès de Y élève en dépendent. ! 

Les numéros de mai et juin réunis contiennent un intéressant tra- 
vail de M, Ferenczi, Budapest , sur l'adaptation de la famille à l'en- 
fant, L'auteur remarque que les parents, frappés pour ainsi dire 
cl* amnésie en ce qui concerne leur enfance, ont beaucoup de difficul- 
tés à comprendre T enfant, Or^ c'est un fait que V enfant se neurte à 
de graves difficultés au cours de son développement et il est néees* 
saire que les parents s'efforcent de les lui faire accepter dans d'aussi 
bonnes conditions que possible. Quant aux explications relatives à la. 
sexualité, point si capital dans F éducation des enfants, M. Fereuczi 
insiste sur le fait que c'est moins le point de vue purement physiolo- 
gique qui leur importe que k point de vue psj^chologique, affectif. 

Les articles de MM. Wittels, Furrer, Wolffheîm, Kuendig;- 
Preiswdrk, Rvik et Pipai qui complètent le numéro, apportent de 
précieuses indications sur l'éducation des enfants. 

C'est encore à l'éducation sexuelle qu'est consacré le premier arti- 
cle du numéro de juillet, dû à la plume de M r Zulligei\ La contribu- 
tion de M. Zulliger, « Comment je l'explique à mon enfant n, est la! 
notation sténographiée de quelques séances de l'éducation sexuelle 
donnée à une filette de 12 ans. Pour illustrer les explications de la. 
fécondation, de la gestation et de la naissance, l'auteur eut recours 
à des exemples tirés des règnes végétal et animal et réussit en quel- 
ques heures à éclairer et à tranquilliser la fillette, 

La manière de procéder de M. Zulliger nous paraît excellente. 
Kl le témoigne d'une très large compréhension de l'enfant. Nous som^ 
mes toutefois de l'avis de M. Ferenczî et estimons que ces explica- 
tions, si complètes soient-elles, sont, si l'on ne tient pas largement, 
compte du caractère affectif particulier de chaque cas, d'un effet, 
très relatif. En ce qui concerne l'instruction sexuelle en commun 
nous lui sommes, pour cette raison même, nettement défavorable. 

M me 'Roubiezek, Vienne, expose les principes de l'éducation de 
M™ Montessori, M. SVerba, Vienne, relate un^ acte obsessionnel de- 
là période de latence et M. Kuendig doniïe Ja suite et la fin de ses, 
observations psychanalytiques. 



^^v 



m 

So2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Les numéros d'août et septembre formant un seul numéro, sont 
consacrés au bégaiement. Des divers articles dus à M mes Tamn et 
Chadwick, et à MM. Schneider, Meng, Graher; Coriat et Pipai res- 
sort qu'il existe un rapport très intime entre le symptôme du bégaie- 
ment et les conflits inconscients refoulés. 1/ article purement théori- 
que de M. Schneider, résumant en partie son important livre sur le 
bégaiement, est particulièrement instructif à ce sujet, D'après l'au- 
teur le symptôme du bégaiement présente un caractère nettement 
ambivalent, il existe simultanément une adaptation extraversive à 
l'entourage (parler) et une fuite iniroversive (se taire). 

L'introversion ranime : 

a) des idées refoulées avec tendance à les penser et à les pronon- 
eer . 

b) des désirs refoulés relevant des érctismes oral et anal, uréthral 
^et génital. 

c) des éléments d 'obstination refoulés , provoqués par les exigences 
de l'entourage* 

Au moment où les désirs tendent à percer, le sujet développe des 
sentiments de culpabilité et prend tçut de suite une attitude défen- 
sive. 

Tous les auteurs soulignent d'ailleurs l'importance que prend dans 
ces sortes de troubles Térotisme oral et Férotisrue anat Ils appuient 
leur exposé théorique de nombreuses observations typiques. 

Henri HcESLl* 






L'Evolution Psychiatrique {2 e série, n* i, Chahine 1929)* 

Je suis vraiment heureux d'annoncer aux lecteurs de la Revue 
française de psychanalyse la parution du premier cahier de la seconde 
série de Y Evolution Psychiatrique. On y trouvera des articles de 
M M. Attend}-, Codet, Hesnard, Minkowski et Robin sur la matière 
desquels voici quelques indications critiques. 

Dans son intéressant article sur Vwtmiino normale et patho- 
logique, M. Codet pose d'abord une définition de la connaissance 
intuvtivê, savoir : les notions « qui apparaissent à l'esprit qui les 
& formule comme d'une vérité évidente, sans observation vécue, 
a sans renseignement extérieur, sans réflexion connue » (p. 29). 

Da : ns le bloc de la connaissance intuitive ainsi définie , M- Codet 
distingue deux parts : l'intuition elliptique et l'intuition purement 
affective. 

Dans le mode elliptique de l'intuition, ce n'est qu'en apparence que 
la notion acquise surgit toute faite. En réalité, dans la profondeur 
du psj'chisme du sujet a eu lieu toute une activité intellectuelle in- 



BIBLIOGRAPHIE 803 



-consciente^ dont la notion livrée au conscient n'est que le produit. 
Ainsi le bon ouvrier fait d'excellent travail sans avoir besoin de 
raisonner chacun de ces gestes, ainsi le bon clinicien se sent parfois 
illuminé brusquement par une certitude diagnostique des éléments 
de laquelle le détail lui échappe, ainsi le mathématicien croît avoir 
trouvé brusquement la clef du problème qu'il cherchait, ainsi aussi > 
dans la vie courante, il arrive à chacun de nous de se réveiller avec 
la vision claire d'une conduite à tenir, alors que les diverses posw 
bilités se battaient vainement en lui la veille au soir : ce que la 
sagesse populaire exprime proverbialement sous la forme : la nuit 
porte conseil. 

Ce premier genre d'intuition exige, dit M, Codet, <* la pratique 
« avérée d* une technique, permettant de faire état de toute l'expé- 
« rience acquise » (p. 30), La prétendue révélation extemporanéc 
que, dans les processus intuitifs de ce genre, reçoit le conscient est en 
réalité un « raisonnement elliptique» (p. 31). La caractéristique qui 
oppose ce premier mode de connaissance intuitive au mode affectif 
pur que l'auteur étudie ensuite, c'est qu'elle est contrôlable : aussi 
k sujet en accepte-t-il en effet le contrôle, et renonce-t-il aisément à 
la notion que l'intuition lui avait livrée si à un examen critique in- 
tellectuel détaillé cette notion s'avère inexacte. Tout ceci me paraît 
très exactement observé et très justement pensé. Tout au plus chica- 
nerai- je M. Codet sur deux points de détail, au sujet desquels ma 
méticulosité naturelle aimerait avoir quelques précisions. 

Quand M. Codet parle de a raisonnement » elliptique, qu'entend -il 
exactement par « raisonnement » ? Cette chaîne de raisonnements 
cachés que comporte l'intuition elliptique, il semble bien, d'après les 
exemples mêmes qu'en donne M. Codet, qu'elle ne puisse pas être 
une simple chaîne, en un certain sens morte et tautologique, de dé- 
ductions. Ni son ouvrier ni son médecin ne pourraient faire qui son 
ouvrage, qui son diagnostic, s'ils n'avaient point en eux, pour leur 
permettre une induction, les traces mémorielles {conscientes ou non) 
de données empiriques antérieures. Pour son mathématicien, il en va 
de même, quoique moins apparemment : qu'on se réfère à la façon 
magistrale dont Henri Poincaré a décelé le rôle dje l'intuition en ma- 
thématiques. Or, il paraît bien difficile, d'imaginer que, quand de 
la complexité d'un fait concret il s'agit d'induire une conduite psy- 
chologique, il y ait une instance du psychisme où toutes les possibi- 
lités se présentent pour la bonne être seule choisie. Y en a-t-il d ail- 
leurs une qui soit « la » bonne ? Il faut donc penser que dans le 
choix inductif, où un facteur aussi difficilement définissable que 
Y analogie joue un grand rôle, il y a un élément d'orientation spon- 
tanée non réductible à du rationnel. Ces observations s'appliquent 
également, je le reconnais, aux moins inconscientes des inductions ; 
elles tendraient donc à faire admettre, assez bergsoniennement, que 
s'il y a des éléments rationnels dans la connaissance dite intuitive, 



b-^vr^#-a— ^^"^ 



S04 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



il ne se fait pas faute d'y avoir une part irréductible d'intuition dans; 
la connaissance dite rationnelle. 

^ Seconde petite chicane : M. ■ Codet paraît admettre que le méca- 
nisme latent de Y intuition elliptique ne comporte que des procès. 
jadis conscients, que l'habitude aurait automatisées. Ce n J est pas. 
un point que je puisse concéder s'il s'agit d'habitude ontogénîque* 
. Il semble en effet que l'enfant normal apprenne les comportements 
moteurs et l'ouvrier les gestes professionnels sans qu'aucune décom- 
position consciente de ces comportements ou de ces gestes soit néces- 
saire/ Bien plus, nous avons observé des maladroits dont la mala- 
dresse â précisément sa source en ceci, qu'ils ne peuvent pas appren- 
dre une technique manuelle, fût-elle de la vie courante,- sans en avoir 
consciemment ana^sé tous les temps, Aussi crois- je qu'il n'est pas 
obligatoire d'admettre que tout mécanisme inconscient soit le résidu. 
d 3 un processus autrefois conscient. Si nous comparons le psychisme 
à une administration régie par un chef , nous pourrons concevoir que* 
pour certaines affaires les employés puissent appliquer les directives, 
données une fois pour toutes par le chef, mais nous pourrons aussi 
nous figurer que pour certaines autres les employés prennent des 
décisions sans en référer au chef qui n'a pas à être tracassé pour dea 
détails dans lesquels ses subordonnés sont d'ailleurs plus compé- 
tents que lui-même. 

Que si, pour justifier l'idée que Finconscient n'est fait que, de 
résidus du conscient, on se réfugie sur le terrain de la phylogénie, 
une encore bien plus grande part d'hypothèse s'introduit' dans la, 
théorie. Mais la supposition évolutionniste une fois acceptée, il 
apparaît encore plus probable qu'il doit exister dans l'homme des. 
mécanismes psychiques archaïques, antérieurs à la formation ■- du 
« conscient », qui pourront continuer à fonctionner sans avoir rien 
reçu dudit conscient. 

Passons au mode affectif de l'intuition. Le caractère essentiel des: r 
affirmations qu'il fournit est, dit fort bien M, Codet, d'être placées/ 
dans le domaine des faits non vérifiables, des faits indémontrables 
par leur nature. L'intuition affective apparaît ainsi comme un mode 
de réconfort. La superstition a l'avantage, — l'avantage k écono- 
mique », diraient les auteurs de langue allemande — de transformer 
une inquiétude vague en un danger qu'on croit conjurable. Pour la 
foi religieuse, autre cas particulier d'intuition affective, la preuve 
de sa valeur consolatrice n'est plus à faire. Sagement d'ailleurs, 

M. Codet précise qu'a il doit être entendu que la justesse de la 

« révélation intuitive ne saurait entrer en ligne de compte. Que la 
« croyance sentimentale, métaphysique ou religieuse, soit erronée ou 
* non, elle est indémontrable dans les deux cas (1). » 
Et il se défend notamment d'attaquer la foi religieuse. Je vou- 

(ï) Je restitue cas. Le texte porte sens, qui doit, seinble-t-il, être une 
coquille, E. I\ 



'V. 



__ \ ' 



BIBLIOGRAPHIE 805 



drais, pour ma part, demander qu'où voulût bien avoir quelque in- 
dulgence pour cette bonne superstition, qu'il est de bon ton 3e 
mépriser, mais à laquelle tant de gens sacrifient secrètement avec 
plus ou moins de sincérité devant eux-mêmes. Elle constitue, une 
bonne soupape contre Y orgueilleuse prétention de la connaissance dite 
scientifique à jamais tout avoir compris. Et je ne rougis pas d'avoir 
souvent dit de tel ou tel ; « Il est trop intelligent pour ne pas être 
*« superstitieux. » Au reste , la superstition , qui a un caractère de 
connaissance didactique, ne peut-elle pas éventuellement être faite 
des restes d'une discipline notionnelle aujourd'hui en ruines ? Des 
coutumes dont on en est venu à ignorer la raison d'être ne sont-elles 
pas, comme l'enseigne le bon oncle aux contes de fées, celles aux- 
quelles il est le plus dangereux de renoncer. 

' Après avoir très élégamment et utilement distingué ces deux 
modes d'intuition, M. Codet marque qu'ils s'allient souvent l'un à 
1* autre : il cite Y esprit de finesse et V inspiration comme de bons 
exemples de pareille alliance. 

Il passe ensuite à l'étude- de 1 J intuition dans les états patholo- 
giques. Il nous montre, avec beaucoup de pénétration, que l'intuition , 
mécanisme psychologique très général, est, chez tel ou tel psycho- 
pathe, exploit é pair l'affection mentale et $0} avisé par elle. 

Bans les états dépressifs, lypémaniaques, mélancoliques, sa souf- 
france affective profonde fait accueillir au malade la plus funeste de 
ses représentations, et son ralentissement intellectuel la lui fait main- 
tenir sans discussion. 

Dans Y anxiété, l'affirmation intuitive concrétise Y attente inquiète. 

Dans les états exciiatoires t tels ceux de la manie ou de la paralysie 
générale au début, l'intuition elliptique se réalise avec un grand sen- 
timent d'aisance, mais Y euphorie morbide en soustrait le résultat à 
la critique ; caractère qui rend cette intuition nettement pathologique 
même si elle est juste et fructueuse. 

Dans la débilité mentale, le malade s'entête à des affirmations 
gratuites sans valeur aucune, mais il me semble que la plupart du 
temps alors il n'a pas le sentiment dHrae intuition, et qu'il est, 
malgré sa lamentable déficience sur le terrain critique, tout prêt à 
soutenir que « c'est prouvé scientifiquement » ou que « tout le monde 
le sait bien* » 

Dans Yobsession, il y a un mécanisme elliptique puisque l'image 
obsédante apparaît sans cause apparente, sans rapport apparent avec 
la situation consciente, et que l'investigation psychanalytique peut 
pourtant en trouver la source et en expliquer la formation*, 

U hallucination apparaît au sujet comme incoercible et extérieure/ 
Il ne la rapporte pas à sa propre personnalité : ce point la distingue 
nettement, dit M. Codet, de l'intuition, bien qu'il y ait des faits in- 
termédiaires. 

■ 

JJidée d'influence comporte aussi, pour le sujet, la notion d'une 



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So6 



REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



intervention étrangère : il la rejette donc lui-même du cadre de V in- 
tuition. 

Lt'îdêe délirante par interprétation ressemble à V intuition en géné- 
ral par la brusquerie de rétablissement de la conviction et particu- 
lièrement à Pintuition affective par la satisfaction qu'elle apporte 
aux tendances prédominantes. Mais après avoir marqué ces ressem- 
blances , M. Codet indique la différence essentielle : c'est que T in- 
terprétant appuie toujours cette sienne conviction sur un fait qu'il 
a observé et sur une induction qu'il en a tirée, si fausses que puis- 
sent être cette observation et cette induction. 

Les constructions mythomaniaques ne sont pas intuitives, car elles 
sont sans cesse remaniées et amplifiées par les malades, et n'èiitraî- 
nent la conviction de leurs propres auteurs qu'après qu'ils les ont. 
énoncées, et de ce fait même- 
Dans les délires passionnels (mystiques , politiques, jaloux , éro- 
tomanîaques, revendicaloires), l'intuition a tous les caractères des 
mécanismes intuitionnels normaux que M- Codet a décrits en tête 
de son article ; mais ce qui la rend morbide, c'est que son thème, 
devenu prévalent, accapare le psj^chisme du malade. Mais sur une 
intuition initiale se greffent le plus souvent , chez pareils malades, 
de l'interprétation délirante* 

Enfin, M, Codet indiquie l'existence de véritables délires par in- 
tuition, peu fréquents mais incontestables, dans lesquels « les idées: 
« délirantes apparaissent au malade par découvertes intérieures, 
« successivement réalisées, acceptées d'emblée, sans essai de justi- 
ft fi cation ou de vérification. » Fond ordinaire de débilité mentale, 
évolution nulle dans le temps, comportement relativement accep- 
table socialement sont des traits importants de ce délire, où le thème 
intuitif apparaît à l'évidence comme un facteur de consolation dans 
une existence médiocre. 

Le bref résumé qu'en essayant d'y mettre le plus de clarté pos- 
sible, je viens d'essaj r er de faire de cette seconde partie, proprement 
psychiatrique, du travail de M. Codet aura, je l'espère, suffi pour 
montrer au lecteur avec quel délicat esprit d'analyse, mais solide- 
ment assis sur une riche et fine moisson d* observations concrètes, 
M. Codet a précisé les rapports de l'intuition avec les diverses en* 
tités nosologiques de la médecine mentale. Seule la schizophrénie 
échappe à cette revue ; c'est quie M. Codet, trop modeste peut-être, 
demande à recueillir encore du matériel avant d'envisager cette 
grave question. Il faudra se tourner vers M* Minkowski pour obte- 
nir quelques lumières sur ce point. 

Puisse cette ana^se avoir donné à tous ceux qui me feront 1* hon- 
neur de me lire le désir d'étudier dans son texte même l'article de 
M. Codet. 






- 1 



^^ta^vnidi^^^m^ 



BIBLIOGRAPHIE 



807 



Tout psychiatre soucieux de comprendre psychologiquement le 
mieux possible ises malades lira avec fruit l'article de M, Minkowski 
sur la notion de temps* en psychopathologie. Pour moi, j'ai dévora ce 
travail avec une particulière avidité, car, sur le problème du temps, 
mes conceptions propres se développent en connexion avec celles de 
M. Minkowski ; sur des terreins un peu différents nous trouvons 
les mêmes grands faits, et chaque fois que nous confrontons nos 
conclusions, nous nous sentons tout proches l'un de l'autre çt 
notablement enrichis de la nouvelle expérience que l'autre a acquis 
sur son terrein propre* 

M, Minkowski nous montre d'abord combien les investigations 
courantes de la clinique psychiatrique sont insuffisantes à nous ren' 
seigner sur les notions temporelles de nos psychopathes* Le malad 
ignore-t-il les dates importantes qu'il semble qu'il devrait savoir 
on le dit désoriente dans le temps ; et pourtant tel paralytique gé 
néral, quoique ignorant la date du jour présent ainsi que celle d 
début de la guerre et celle de l'armistice, restera parfaitement ca 
pable de raconter dans leur ordre de succession les événements qu*i 
aura personnellement vécus pendant la guerre* L/ épreuve de la mi 
nute, — dans laquelle le patient doit indiquer approximativemen 
la fin d'une minute dont il connaît l'instant initial, cependant qu 
le médecin guette sur un chronomètre à quel moment réel du temp 
physique tombe cette indication du patient, — nous renseigne tan 
bien que mal sur V évaluation de la durée. Cette évaluation est trou 
blée en plus dans l'intoxication par le haschisch, en moins dans cell 
par le peyotl. Mais ces troubles sont intégrés dans de tels tableau 
cliniques qu'ils doivent être, selon M* Minkowski, un simple indîc 
d'une perturbation très générale et très profonde de la notion d 
moi, . 

Avant d'entrer dans le vif de son sujet. M* Minkowski nous rap 
pelle utilement comment M, Pierre Janet et M* Bergson ont respe 
ti veinent abordé le grand problème qui l'occupe lui-même, 

M. Pierre Jan-et voit toute la psychologie du point de vue d 
la conduite, mais aussi du point de vue génétique : ce qu'il étudi 
c'est en somme l'évolution des conduites de l'homme rapport a 
temps. Dans cette façon de voir, la mémoire n'a pas, pour le pr 
blême psychologique du temps, le rôle primordial que d'autres 1 
attribuent ; le souvenir n'est qu'une préparation d'éventuel ac 
futur ; la mémoire est prospective. Conception du plus haut intér 
pragmatique, mais qui n'éclaire pas à proprement parler le pr 
blême que fouille M. Minkowski ; celui-ci en effet fait très just 
ment remarquer que dans l'idée d'évolution, sur laquelle est ba 
tout l'exposé janétien, il y a déjà l'idée de temps : expliquer la con 
titution de l'idée de temps au moj^en de conceptions évolutionni^t 
peut donc, sous réserve de la valeur même de Févolutionnisme, no 
renseigner sur l'histoire pragmatique des comportements tempore 



mtm 



SoS REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



de V humanité, mais non sur la nature et le contenu psychologique 
<lç ridée de temps. 

Cette critique n 'empêche pas qu'il n J y ait, à la base de ces con- 
ceptions, des observations psychologiques d'une grande finesse. 
.Quand, abstraction faite d'un plan évolutionniste somme toute hypo- 
thétique, M, Pierre Janet s'abandonne, 'contre son aveu, à l'indé- 
trônable introspection, il découvre avec son extraordinaire sagacité, 
des faits pS3'chologiques qu'il reporte par analogie sur ses patients, 
où il les vérifie ; tel le phénomène de la prêsentification, par lequel 
le présent est nettement distingué de tqut ce qui n'est pas IuL 
M. Minkowski admire, accepte, adopte cette notion, et en tire très 
heureusement parti dans la suite de son étude. M. Pierre Janet l'ap- 
prouvera cans doute aussi quand il admet, dans le sentiment de 
durée, Je rôle du sentiment que l'action est en voie d'exécution. 

Si M. Minkowski tire intelligemment parti des notions janétien- 
nes après les avoir critiquement tamisées, il emprunte encore davan- 
tage à M. Bergson, quii avoue être son maître d'élection. On sait 
-ce qu*est la conception bergsonienne de la durée vécue, interpéné- 
tration des états successifs de conscience. L'intelligence, apercep- 
trice-née du discontinu et de 1" immobile, s'oppose à Y intuition (alias 
instinct) qui saisit le continu, le fluent L'intelligence pense le temps 
sous une figure spatiale, Y intuition vit le vrai temps, 

S'appuyant sur ces notions bergsonierines, M. Minkowski dis- 
tingue trois figures du temps : le temps camouflé en espace, qui est 
■celui des physiciens et celui de la mémoire (i) ; le temps vérita- 
blement temps, qui est la durée vécue de Bergson, et un aspect in- 
termédiaire dont T introduction ne me paraît pas indispensable et 
-dont M. Minkowski ne se ressert pas ultérieurement. 

Chez les sujets normaux l'intelligence, qui en l'espèce est la 
conceptrice du temps spatialisé, et l'intuition, qui saisit directe- 
ment le temps, existent en harmonie l'une avec T autre. On peut 
<ï priori, indique M. Minkowski, concevoir deux possibilités de 
troubles de la notion du temps ; troubles de l'intuition, dans lesquels 
la représentation spatiale du temps prédomine ; troubles de T intelli- 
gence, dans lesquels, sans que soit atteinte l'intuition de la durée, 
la représentation intellectuelle du temps s'altère. 

Les tr ouhhs intnitîomieîs de la notion du lâmps, M, Minkowski 
les a décelés, isolés, étudiés et décrits déjà dans ses publications 
^antérieures : le type en est le rationalisme morbidt des schizo- 
phrènes. T,* ambivalence de ces malades a la même source ; elle n J est 
pas, comme le doute, une alternance du oui possible et du possible 
non dans le déroulement de la durée ; elle est une coexistence du 
oui et du non sur le même plan > de même que les divers instants du 
temps coexistent ainsi. A côté de ces troubles intenses, schizophré- 

r 

M 

(i) Sur ce classement du temps mémorial, je formule des réserves, E. P. 



^^^ É *^'* , ** B '^^^^^^^^^^^^^^^^*^^'^'^^^^'««>^^i^^MÉ^p^WpMiJMM^M^MJpJMMBÉ 



BIBLIOGRAPHIE 8oç 



niques, M. Minkowski en a vu de plus légers : telles les emprises du 
-chiffre chez certains hypocondriaques. Je crois que bous avons tous 
grand intérêt à nous imboire de ces pénétrantes vues psychologiques 
minkowskiennes. > 

A vrai dire, on pourrait se demander s'il n'est pas un peu théo- 
rique ,, un peu hypothétique, un peu schématique de venir prétendre 
■que le temps intellectualisé qui seul- subsiste dans la pensée schi- 
zophrénique est uniquement de l' espace. C'est une' objection que 
J'avoue avoir eu tendance à faire à M. Minkowski. Mais il la réfute 
victorieusement en arguant des constatations linguistiques, de 
MM. Dide et Guiraud, qui ont entendu les malades de ce type 
■substituer très fréquemment où" à quand dans leurs phrases. Fait 
empirique réellement constaté qui, pour peu qu'on le répbserve avec 
*me suffisante fréquence, corroborera singulièrement l'opinion de 
M- Minkowski, 

Je ne quitterai pas lés troubles intuitionnels de la notion de temps 
sans m'etbnner du pessimisme thérapeutique de M* Minkowski. 
Pour luij il semble qu'il s'agisse, quand manque plus ou moins 
l'intuition temporelle, d'un déficit absolu et définitif. Pour moi, je 
suis prêt à lui concéder que pour les grands schizophrènes avec qux 
"tout contact est impossible et que coiiséquemment on ne peut pas 
psychanalyser, le déficit "est définitif. Mais chez lés sujets uoins ai- 
teints peut-être peut-on espérer que la psychanalyse fasse réappa- 
raître T intuition de T écoulement temporel, plus scotomisée que vé- 
ritablement abolie. Le sujet dont M.' Minkowski parle p t 74 veut 
« mourir avec les mêmes impressions avec lesquelles il est né> 
« ne pas se déraciner » . Ne reconnaît-on pas là cette peur du sevrage 
-que MM. Laforgue, Codet et moi-meme avons décrite chez les schi- 
zoiioïaqiies ? 

Nous passons maintenant aux troubles intellectuels de la notion 
de temps. M. Minkowski reconnaît que c'est là un groupe sémio lo- 
gique difficile à isoler et à constituer* 

Il ébauche une très intéressante analyse des troubles du temps 
-dans la paralysie générale. Lé paralytique général ne se repère pas 
en lieu et en temps par rapport au monde extérieur, mais îl con- 
serve pleinement la notion du moi-ici-maîntenant et celle de l'avant 
-et de l s après, « La charpente « djmanrique » des changements « est 
* conservée, tandis que les connaissances qui viennent d'habitude 
« se grouper autour de cette charpente ont disparu et font défaut. » 
{p. 78). Le dynamisme des paralytiques généraux est même « dé- 
« chaîné », d'où leurs projets mégalomaniaques, 

M. Minkowski passe ensuite à V étude des troubles du temps dans 
la maniaco-dépressive > et de cette étude il prend texte pour introduire 
eu psychopathologie deux notions nouvelles, celle de fonction men- 
tale de déploiement dans le temps et celle de synchronisme vécu. 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 13 



«MP^ 



SlO REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



La notion minkowskienne de fonction de déploiement^ dans le* 
temps me paraît du plus haut intérêt pour V explication des faits, 
psychologiques. Elle repose sur la distinction entre le présent ponc- 
tuel, que M. Minkowski appelle le maintenant (i), et le présent ac- 
tuel, présent à contours extensibles auquel M, Minkowski réserve 
après M, Janet le nom de « présent », et qui n'est autre que ce que 
Vétude psycho-linguistique du français nous a amenés, M-. Dainou- 
rette et moi, à définir sous le nom de laps non cal de la durée (cf. 
latin nunc, maintenant). 

Très justement , M. Minkowski indique que le présent ponctuel, 
notion très abstraite, joue bien peu de rôle dans notre vie psychologi- 
que profonde. Au contrai re> une des fonctions capitales de notre vie- 
mentale ', essentielle à notre continuité de comportement, c'est de 
pouvoir étendre assez notre présent pour nous relier en arrière à 
ce que nous « venons de faire », en avant à ce que nous <t allons 
« faire »* C'est cette fonction que M. Minkowski appelle fonction de- 
déploiement dans le temps. « Ce déploiement dans le temps nous 
« empêche d'être emportes par le maintenant dans sa course éper- 
«due vers l'avenir » (p. So). Il est donc une condition indispensa- 
ble d'un bon contact avec la réalité. 

Or, le maniaque, malgré son contact sans cesse renouvelé avec- 
l'ambiance et la remarquable vivacité de ses réactions, ne peut pas; 
être considéré comme ayant plus de contact avec la réalité que 
3* homme normal. Bien au contraire. C'est qu'il y a défaillance en 
lui, de la fonction- ds déploiement dans le* temps. Son présent ac*^ 
tuel se réduit au point de devenir quasi-ponctuel. M, Minkowski. 
l'affirme, et il le prouve par un fait clinique précis qui frappera au 
plus haut point tous les médecins s 'intéressant à l'observation clini- 
que saga ce : à une malade en proie à de ^excitation maniaque, on ; 
est arrivé à faire raconter le déroulement de la carrière de son mari; t 
à la fin du récit, on lui demande jpour savoir comment se sont fina- 
lement arrangées les affaires audit mari et comment elles marchent 
actuellement : « Est-il content ?» Et la malade de répondre : « A 
tf cette heure~cî? Je n*en sais rien », car elle n'a pu comprendre que^ 
comme ponctuel le présent actuel, assez étendu, du questionneur. 

Quant au terme de synchronisme vécu, M. Minkowski P applique 
aii sentiment que nous avons d'être englobes dans le devenir am- 
biant, et d'aller du même pas que ce devenir. Ce sentiment de syn- 
chronisme vient-il à défaillir- quelque peu, nous nous sentons - 
vieillir. S'efface-t-il davantage, et c'est la . mélancolie, avec ses di- 
verses formes cliniques, dont le syndrome centrifuge de MM. Min- 
kowki et Tison. 

(i) Nous préférons le tenue de présent ponctuel, inspiré de M. Brun, à 
celui de « maintenant » parce que ce dernier terme laisse encore transpa- 
raître trop de durée (a pendant que nia main tient » manu latente) et qu'il 7 
n'est pas réservé luiguîstiquement à l'expression du présent ponctueL 
E P. 



— — — — — ^^— 



BIBLIOGRAPHIE . . 8ll 



Je pense en avoir assez dit pour montrer aux psychologues, aux 
psychiatre, aux psychanalystes de quel puissant intérêt, est pour 
eux tous T article de M, Minkowski qiie je viens d' analyser. 

* * 

Les médecins s'instruiront beaucoup à la lecture de ^article de 
M. Gilbert Roein traitant, de l'onanisme -chez V enfant. 

A vrai dire > je regrette beaucoup qu'à la suite de beaucoup d'au- 
teurs de langue allemande. M; Robin substitue au terme clair et 
précis de masturbation celui d'onanisme qui n'en est pas syno- 
nyme : le péché d'Onan a été de 's'arranger, dans ses coïts avec 
Thamar, pour ne pas faire d'enfants à celle-ci (i). On appelle par 
extension onanisme toutes les manifestations sexuelles dans les- 
quelles le sperme est émis sans être déversé dans le vagin. La mas- 
turbation n'y rentre qu'en tant qu'elle répond à cette Jeûnai on. 
Quant aux autres manifestations auto-érotiques, sueccédanés de îa 
masturbation infantile, que M. Robin mentionne dans son .wncle, 
elles ne rentrent en rien dans l'onanisme, 

Vers le début de son article, M. Robin marque avec raison que îe 
geste masturbatoire chez Tenfant n'a rien en sqi de nuisible ni 
même d'anormal* C'est légitimement que M, Hitschmann peu>e 
que l'absence de toute manifestation auto-érotique chez un enfant 
serait l'indice d'un développement sexuel imparfait* Où est * anor 
mal, c'est dans les complexes dont se charge la masturbation et 
dans V impossibilité, pour l'adolescent, de passer de ce mode infan- 
tile de satisfaction libidinale au vrai mode amoureux. Les bouches 
de l'amour intersexùel apparaissent d'ailleurs très tôt chez ;es su- 
jets normaux ; contrairement à M, Robin, nous ne saurions consi- 
dérer comme exceptionnelles les amours puériles. Durant la longue 
période dite « de latence sexuelle », pendant laquelle il opère pro- 
gressivement son sevrage d'avec le milieu familial ^ le petit fiar: n 
normal apprend à porter sur les filles une tendresse qui, compictèe 
à la puberté par l'addition du désir proprement génital, est la ra- 
cine dé 1* amour. - 

En bon clinicien qu'il est, M* Gilbert Robin étudie les signes de 
la masturbation. Ceux qu'il indique se répartissent en trois grou- 
pes : i° indices de suspicion : l'enfant s'attarde le matin au lit et 
la journée dans les cabinets ; 2° signes plrysiques ; l'enfant est pâle, 
ses yeux ont une expression éteinte et sont cernés de lilas ; 3 si- 
gnes psychiques : l'enfant travaille moins bien, ne peut plus fixer 
son attention ; son enjouement disparaît (signe de Moreau de Tours) 
il manifeste une pudeur excessive {signe de Friedjung) ; il semble 
aimer à être puni, il peut même aller jusqu'à s'accuser pour les 

(1) Bible, Genèse, ch, XXXVIII, versets 7 à 10. 



— 



8l2 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



fautes d 'autrui ; si on lui donne des friandises, il les met de côté an 
lieu de les manger sur le champ (signe de Sadger) + 

Le diagnostic de la masturbation, en l'absence d'aveu ou de fla- 
grant-délit, reste très difficile. Il faut se garder de suggérer à l'en- 
fant ce qui n'existait pas : 1' a onanisme-fantôme » bien étudié par 
M. Dereux risquerait alors de se réaliser sous la forme de ce que 
M. Robin appelle a onanisme de jeu » et qu'on pourrait peut-être 
plutôt appeler : masturbation de défi, 

M, Gilbert Robin étudie ensuite Vêtiologie de la masturbation. Il 
distingue trois catégories étio logiques : les masturbations dues à un 
mauvais pli psychique, celles dues à une cause somatique, celles 
dues à une cause réellement neuro-psychiatrique. 

Dans le premier grope, M* Robin classe ; l'a masturbation par 
a protestation virile » des écoliers vis-à-vis de leurs camarades ; la 
masturbation par irritation et par curiosité, pour n'avoir pas l'air 
d'ignorer des manoeuvres familières aux condisciples ; enfin et sur- 
tout la masturbation due aux conflits affectifs , bien étudié par l'école 
freudienne : cette masturbation est essentiellement un refuge - con- 
tre l'angoisse. M. Gilbert Robin attire à son propos notre attention 
sur les dangers des éducations sexuelles sottement menées et des ac- 
cusations injustes. 

Dans le second groupe, M, Robin classe comme des causes de 
masturbation les prurits locaux, l'abus d'aliments épîcés ou d'al- 
cool, la constipation, le manque d'air ou de soleil. Mais prurit et 
constipation ne peuvent-ils pas, aussi bien, être des sjonptômes pa- 
rallèles à la masturbation que des causes de celle-ci ? De plus ces 
causes somatiques, même reconnues pour causes, sont-elles suffi- 
santes pour expliquer, à elles seules, la masturbation. J'en doute 
beaucoup. 

Dans un troisième groupe de causes, M. Gilbert Robin place les 
entités neuro-psychiatriques reconnues ; il y a peu d'intérêt à s'ap- 
pesantir sur les maladies dans lesquelles îa masturbation est au 
dernier plan d'un tableau clinique riche : paralysie générale infan- 
tile, bouffées excito-motrices des dégénérés, méningite tuberculeuse 
au début, séquelles d'encéphalite épidémique. Dans Y idiotie, la 
masturbation rentre dans les rh3'thmies très variées de ces mala- 
des qu'il est selon moi très fâcheux d'appeler 1ic$-, vu le sens pré- 
cis, et tout autre, qu'a ce mot en neuro-psychiatrie depuis Meige ; 
M. Robin est tout près d'approuver le point de vue de M, Cruchet 
quant à la péotillomanie, rhytlimie banale sans érotisme ; mais ces 
deux auteurs sont-ils bien sûrs que toute les rhythmies des idiots 
ne soient pas des satisfactions libidinales que ces malades se don- 
nent à eux-mêmes 

Dans le mal comitial, la masturbation surviendrait suivie d'une 
perte de connaissance à bien distinguer de cette petite mort qu'est 



BIBLIOGRAPHIE 



81? 



la volupté. M. Robin n*a jamais vu de ces faits que signalent les 
livres. 

La perversion instinctive ou folie morale (où la masturbation est 
pratiquée avec impudence sans la moindre ombre de remords subsé- 
quent) j Vkystêritf, les stades peu avancés de révolution «t schizo- 
maniaque » (i) complètent la liste des causes de masturbation que 
-M. Robin met dans son troisième groupe. Mais ne rentreraient-elles 
pas. aussi bien dans le premier ? M, Robin ne nie pas qu'au moins 
en ce qui concerne l'hystérie et le schizomanie elles sont accessibles 
à la psychanalyse. 

Après un essai de description <te formas cliniques, et après avoir 
indiqué, comme formes larvées, ou équivalents de la masturbation t 
ïes autres manifestations âUto-érotiques telles que l'onyoïopliagie^ 
Sa succion du pouce ou du porte-plume, Ténurésie, etc„,, M. Robin 
en vient à parler des conséquentes de la masturbation. H ins^te à 
juste titre sur l'inexactitude, le ridicule et le danger des exagéra- 
tions pronostiques d'autrefois, La pâleur, l'anorexie et Taproscxie 
sont à peu -près tout ce qu'il y a à retenir. Quant au repliement 
artistique, au sentiment de culpabilité, ils sont plutôt, me semble- 
t-ilj la substance me.m-c de la masturbation que sa cause. On peut 
regrette i en terminant que M. Robin, pour approfondir le problème 
psychologique de la masturbation, n'ait pas fait davantage fcat des 
données apportées par le remarquable rapport récent de M rnp Sokol- 
nicka (2}, 

I/cjjvoî au grand air, l'institution du travail rs^.r qui ^onne'une 
saine fatigue, la séparation d'avec les petits camarades nfasturba*- 
teurs, et éventuellement enfin la psychothérapie d'inspiration freu- 
dienne et la psj^chana^se elle-même sont les armes thérapeutiques 
qu * If Robin se reconnaît dans la lutte contre la masturba 1 " on pa- 
thologique des enfants. 

Edouard Pickgs- 

Dans son étude sur les représentations de V instinct de ta mort', 
M. Allendy nous présente d'abord l'observation d'un officier de 
marine, M, S..., atteint de H thanaiophobie. Il nous expose comment 
ce jeune officier, marié et père de famille, a commencé-à souffrir de 



(1) M. Robin, avec son maître Claude et M. Bore], distingue la D. P t 
type Morel du processus psychogèue qui va de la sciiizoïdie à la schizo- 
phrénie en passant par la schizomanie ; mais, en ce qui concerne ce pro- 
cessus, il oublie de signaler )a parenté de ses conceptions avec celle du 
mécanisme schizonoïaque, que MM. Laforgue, Coâet et moi-même avons 
cru pouvoir décrire. E. P. 

(2) Eug, Sokolmcka, Quelques problèmes de technique psychoan a ly tî- 
que, Revue française de psychanalyse, T. III, h* 1, pp. ï sqq. 



■^^ ÉÉ*»^— ——^^^^1^ 



S 14 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



ses crises après la perte d'un enfant de deux mois, comment les 
troubles ont crû en lui jusqu'au point de l'obliger à avoir recours 
à un psj^chiatre, La méthode psychanalytique, einpWée pour cette 
cure, a révélé que la maladie était initialement causée par nia com- 
plexe de rivalité paternelle, un sentiment de culpabilité et d'infério- 
rité, des fantaisies de retour au sein maternel. Plusieurs rêves typi- 
ques illustrent cette interprétation. La peur de la mort chez M. S... 
apparaît comme le résultat d'un souhait de mort refoulé. L'idée de 
la mort semble correspondre chez lui : i° à un report sur lui-même 
du vœu de disparition d'un rival dont la place a été enviée ; 2* à 
un désir de fuir les difficultés, V angoisse de la mort survenant par- 
ticulièrement intense chaque fois qu'il est question d'assumer une 
responsabilité nouvelle. Le traitement a pu être arrêté au bout de 
trois mois, lorsque M, S... a eu saisi consciemment que sa crainte 
obsessionnelle de la mort représentait un désir de retour au sein 
maternel et d'abolition, d'une séparation douloureuse. 

Dans les remarques qui suivent cette observation, M, Allendj^ 
commence par constater et par exposer avec netteté ce que chacun 
a pu penser en lisant l'exposé concret du cas, à savoir que de telles 
observations montrent que ceux qui ont voulu opposer à la théorie 
psjxh analytique de la libido l'idée d'une fuite devant la mort, 
n'ont pas fait attention que cette fuite devant la mort n'était qu'une 
partie dépendante de la notion de libido et de son subsfcratum 
sexuel. Tout ce qui touche à la procréation a précisément un ca- 
ractère de lutte contre la mort par le moyen que la nature a, de ma- 
nière évidente, mis dans chaque être de reporter à plus tard cette 
éventualité par la reproduction. 

Puis, élevant la question, l'auteur examine quelle peut être la na- 
ture de l'instinct de la mort, qui doit exister en nous du fait que la 
vie et la mort sont tellement intriquées dans la succession essive que 
Ton peut dire que la mort constitue une fonction de la vie. D'où 
provient dans le psychisme humain cet instinct, puisque la trans- 
mission héréditaire ne peut l'expliqufer, tout vivant ne descendant 
que de vivants que la mort n'a point touchés ? 

L'explication est-elle que, l'instinct de défense qui consiste à 
donner la mort à ses ennemis paraissant primordial, ia mort d' au- 
trui répond à des besoins primordiaux et que c'est, en partant de là, 
que T homme a pu concevoir sa propre mort ? Cette explication a 
l'inconvénient de n'expliquer l'idée de notre propre mort que par 
des origines rationnelles et d J en bannir toute origine affective. 

Faut-il plutôt y voir un élément psychique destiné à adapter le 
vivant au phénomène de la mort et à l'y préparer ? La mort serait 
considérée comme une séparation analogue au sevrage, du fait de 
quitter ses parents à l'époque de la puberté, etc.. Et ici, il faut né- 
cessairement faire intervenir des éléments de nature religieuse, 
puisque, selon qu'on l'envisage du point de vue matérialiste ou du 



BIBLIOGRAPHIE Si*" 



^^^^^^^ 



;poïnt de vue spiritualiste, -l'instinct de la mort prend une, toute au- 
tre signification, celle d'un retour à l'état qui a précédé la vie dans 
le premier point de vue, celle d'un devenir si Ton se place au se- 
cond. 

■ I ■ m _ 

M, Hesnard, que ses occupations professionnelles — tant comme 
^expert près les tribunaux maritimes que comme clinicien et psycho- 
thérapeute — ont mis à même de voir beaucoup d'homosexuels, ré- 
sume un livre qu'il vient d'écrire sur l'épineuse question àeja psy- 
chologie de V homosexualité masculhwï' 

Quoique étudiée d'abord par des aliénâtes et des criminologistes* 
^l'homosexualité ne se rencontre pas exclusivement chez des indivi- 
dus gravement tarés d'autre part au point de vue psychppathique 
ou biologiques Elle peut constituer à elle seule la tare dont un su- 
jet ^ par ailleurs normal et adapté à la vie sociale, est atteint. C'est 
à partir des travaux de M, Freud et de sts élèves, et en insistant 
1 comme eux sur le côté psychologique de la question qu'on peut ar- 
river à cette conclusion et tenter la cure de Fhoniosexuaiité consi- 
dérée comme constituant une maladie en elle-même. Il semtihr que 
rhomosexualité et la névrose soient deux aspects voisins d'un même 
^trouble psychobiologique fonda mental , sorte d'arrériation affective > 
le sujet n'ayant pas réussi à évoluer jusqu'à l'état proprement 
^adulte, 

La ps3'chologie génétique de l'homosexualité occupe la p'u^ gran- 
-de partie, et la plus importante, du livre de M. Hcsnard, La bio- 
graphie intime des homosexuels révèle chez eux des traces de mr- 
\ivances infantiles ayant conservé beaucoup de forcé. En générai, 
.'inverti a subi l'influence anormalement considérable d*un milieu 
iéininin, par exemple d'une mère virile, ïl se produit un phéno- 
mène d'identification à la mère, la formation masculine par influence 
du père ayant été nulle, ou tardive et faible. Cette identification, 
rendant Y homosexuel honteux de son propre sexe devant le sexe 
adverse, le conduit à devenir, parvenu à l'âge adulte, un inverti. 
1/enjploi fréquent de ce terme dans le langui gtr courant se justifie 
;par une transmutation des valeurs affectives qui fait que tout ce 
-qui est proprement féminin et, comme tel, est plein d'attraits pour 
Y homme normal, est un objet de répulsion pour ï* inverti, lequel, 
par contre, est attiré par ce^qui est proprement r;ascu]in. De sorte 
que, tandis que l'homme normal recherche eh^z le partenaire sexuel 
T Antithèse de sa propre complexion instinctive, V inverti projette 
sur lui sa propre virilité, son propre instinct de puissance, parce 
-quV se recherche narcissiquement lui-même. 

C'est ce caractère narcissique qui fait que Phomosexuel — selon 
l'aveu de Gide se décrivant lui-même dans Corydfm, — est incapa- 
ble de ressentir une véritable tendresse pour son partenaire. 
:L- amour qu'il prétend souvent ressentir pour l'objet n'est qu'une 



■mnm^«T< 



Sl6 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



sorte d'amitié reconnaissante ou jalouse^ une bonne entente fondée 
sur r intérêt commun de la volupté. L inverti reste toujours dans 
un état affectif inférieur, incapable qu'il est d'unir les deux élé- 
ments fonciers de 1* amour, — tels qu'ils se rencontrent à l'état par- 
fait dans l'état le plus élevé de l'amour, le mariage — : d'une part: 
la sexualité, F attirance erotique proprement dite, et, d'autre part, 
l'ensemble des émotions et des sentiments tendres. 

C'est cette inaptitude qui doit rendre prudent le médecin et l'en- 
gager à se méfier des fausses guérisons qui pourraient pousser le- 
sujet à fonder un foyer voué au malheur et à la désagrégation. Le 
traitement de l'homosexualité est d'ailleurs difficile. La psj^ch ana- 
lyse peut réussir dans les cas légers, mais elle est beaucoup plus: 
aléatoire dans les cas où le malade, par l'habituel mécanisme du. 
transfert , s'attache fortement au médecin et, acceptant sans res- 
triction le traitement psychanalytique, y trouve secrètement une; 
source agréable de voluptés. 

J. D.. 



* 
* * 



THE INTERNATIONAL JOURNAL OF PSYCHOANA- 
LYSIS. Vol IX, janvier 1928. 

Nous ne résumons ici que les articles originaux, les autres ayant, 
paru en allemand dans VIntern. Zschr.* /. Psa*. 

« Le secret de la NAISSANCE D*u fer r> ,par H, S. DarMngton. 

Dans cet article 1* auteur analyse du point de vue psychanalytique- 
les coutumes des nègres (Bakitaras de P Afrique Orientale Britan- 
nique) relatives à la préparation du fer. Chez ces peuplades le tra- 
vail est divisé : il y a les fondeurs qui extraient le fer du minerai t 
les travailleurs de fer m lingots qui achètent le fer qui vient d 3 être- 
fondu pour en faire des lingots de formes différentes dont les for- 
gerons feront des outils, Chacune de ces espèces de travailleurs; 
observent des tabous rigoureux dont Darlingtou donne une interpré- 
tation. Ces tabous proviennent de la signification sexuelle donnée à 
la naissance d'un enfant, le minerai rouge représentant F élément 
féminin (couleur du sang de la menstruation) et le charbon de bois 
Vêlement masculin tiré de troncs d'arbres (sjnnbole phallique). Ces- 
arbres représentent l'arbre de vie dont il est question dans la Bible 
et dans tant d'autres légendes* C'est l'arbre dont les racines sont 
souterraines et dont le feuillage représente la voûte céleste ; le couper 
constitue un- crime analogue au meurtre du dieu solaire Osiris par 
le dieu forgeron Seth* Mais les membres épars d* Osiris {le char- 
bon de bois) peuvent reprendre vie ; ils contiennent encore l'esprit. 
de vie qui peu être le minerai de fer rouge et l'on obtient ainsi l'en— 



*: ■» ■ ■ 



BIBLIOGRAPHIE * '8l 



fant > le fer fondu. Durant la période de préparation du fer le fon- 
deur doit s'abstenir de tous rapports avec sa femme dont le ventre 
est assimilé à la fournaise* d'où sortira le fer. Les travailleurs de 
fre en lingots et les forgerons observent également la continence 
avant de fabriquer les premiers lingots ou les premiers outils qu'ils 
font sur une nouvelle enclume. Celle-ci est en effet assimilée à une 
vierge et on la traite avec les mêmes cérémonies que les jeunes: 
mariées tandis que le marteau, symbole phallique, représente 
r homme et les instruments fabriqués des enfants dont le premier 
doit toujours être un fils {instrument tranchant) que ses parents (le 
forgeron et $a femme) n'ont pas le droit de vendre pour de l'argent. 
Les explications de Darlington sont parfois contestables mais tou-. 
jours ingénieuses. 

La scène DU cimetière dans « \Kamlet », par Norman Symons* 

Suivant en cela une suggestion de Freud, Jones avait montré que 
le complexe d' Œdipe jouait un grand rôle dans le caractère de 
Hamlet. Il avait même découvert qu'Ophéîie symbolise souvent la 
mère de Sliakespeare-Hamlet autant que la reine Gertrude. Il avait 
vu aussi que Polonius et son fils Laertes qui, tous deux, s'opposent 
à l'union de Hamlet avec Opbêlie sont des symboles du père de 
Shakespeare dans ses attributs négatifs. 

Partant de ces données Symons essaie d'expliquer l'étrange atti- 
tude de Hamlet dans la scène du cimetière. Il y trouve des allusions- 
fréquentes du père de Shakespeare et des traces constantes du com- 
plexe d* Œdipe en se basant sur le fait que le premier fossoyeur 
représente un double de Hamlet et que le second fossoyeur n'est 
autre que le père de ce dernier. Symons montre encore que Hamlet- 
Shakespeare a de, nombreux traits féminins provenant d'une fixation 
très précoce à la mère qui le fait s'identifier avec elle. Ces traits, 
homosexuels t qui n'étonneront pas ceux qui ont lu les « Sonnets a 
de Shakespeare, expliquent que Hamlet se trouve inconsciemment 
dans une situation" masochiste à regard de Claudius* 



THE INTERNATIONAL JOURNAL OF PSYCHOANA- 
LYSIS. Vol IX, juillet 1928. ' - 

* « Le complexe de castration dans la nursery », par C. P. Obem-. 
dorf* 

Oberndorf expose le cas d^une petite fille de 5 ans qui se montrait 
si colérique et si violente qu'on ne put la garder dans l'école où 
elle était. Cette mauvaise humeur provenait du complexe de cas- 
tration* Elle était jalouse de son petit frère et faisait des efforts 
pour uriner debout comme un garçon. Elle déclara à sa mère qui lui 



* ; _-_. j ■ ■ '* - 



&liï REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



demandait pourquoi elle agissait ainsi qu'elle voulait avoir un pénis, 
La jalousie lac rendit fort brutale à V égard de son frère, de plus 
elle avait une tendance à vouloir toucher les organes sexuels des 
visiteurs. 

Elle avait pris l'habitude de toucher sans cesse son nez qu'elle 
voulait inconsciemment développer en tant que symbole du pénis. 
Elle essa3' r ait aussi de surpasser son frère dans les exercices des 
garçons* 

Peu à peu un ressentiment croissant se développa en elle à regard 
de sa mère en même temps qu'une tendresse toujours plus vive pour 
son frère. Cela venait d'un ressentiment à l'égard de sa propre 
image^et de tendresse à l'égard de l'image masculine à laquelle elle 
voulait toujours ressembler. 



THE INTERNATIONAL JOURNAL OF PSYCHOANA- 
X/YSIS. Vol. X, janvier 1929 - 

« Psychanalyse de la composition dans les arts plastiques »* 
Par James Warhurton Brown, 

L'auteur montre l'extrême importance de la composition dans 
l'effet produit par une «œuvre d'art et cela non seulement dans l'ar- 
chitecture et la sculpture mais aussi dans la peinture t le dessin et 
T ornementation. L'œuvre doit donner l'impression de la stabilité 
;et de la vie. Pour cela il faut une simplification des formes et en 
outre de l'harmonie. La répétition de certaines formes produit cette 
impression d'harmonie que ne donnerait pas une ligne arbitraire. 
L'auteur montre par une série d'exemples que les formes qui don- 
nent l'impression de l'harmonie sont en général en peinture des 
ovales parfois répétés et en sculpture des formes coniques ou cylin- 
driques qui sont des symboles phalliques tandis que les premières 
sont des symboles cun niques. Même quand il y a plusieurs person- 
nages dans une sculpture (qu^ peuvent du reste être des personnages 
féminins), l'harmonie est souvent obtenue par la forme générale 
de la sculpture qui est conique. Dans la sculpture primitive le syni- 
holisme phallique est plus apparent. Elle a une tendance à ne repré- 
senter qu'une figuré en formé de colonne et avec une grande impor- 
tance donnée à la tête. En peinture on trouve souvent des formes 
-coniques ou ovales à l'intérieur de formes elliptiques ; elles symboli- 
sent le pénis dans le sexe féminin ou l'enfant dans le sein de la 
mère. Brown croit que la signification inconsciente des principales 
formes de composition harmonieuses qu'on trouve en peinture se 
ramènent aux quatre sujets suivants : 

-i) La juste proportion du pénis et du corps. 
2) La feimne munie d'un pénis. 



■ * 



BIBLIOGRAPHIE ■ Sic 



3) Le pénis dans te sexe de la mère, c'est-à-dire le coït. 

4) L'enfant dans le sein de la mère. 

Les figures masculines affectent la forme d'une colonne tandis 
que la forme générale des figures féminines est un ovale. On voit 
souvent des figures de la Vierge dans un cadre ovale- D'après 
JBrown V ornementation et la composition ont pour but d'éveiller des 
sensations qui satisfont des désirs inconscients de puissance sexuelle 
et de négation de toute possibilité de castration. 

THE BRITISH JOURNAL OF MEDICAL PSYCHOLOGY. 

Vol VIII, 1928. ParL 3. - " ■ . 

Nous ne résumons que les articles qui ont un intérêt psycha- 
nalytique. f . 

g Du ROLE joué par une infériorité organique dans la formation 

liU COMPLEXE DE CASTRATION », p&r LiûWl Goitcin. 

Il s'agit de V analyse d'une névrose chez un jeune homme dont 
toute la famille avait dû subir 1* opération, de P appendicite. Le jeune 
homme en question dut la subir aussi et l'assimila à une castration. 
Pour la compenser il imagina- que son appendice repoussait dû côté 
gauche. Il avait 21 ans et avait toujours très bien réussi ses études ; 
le jour de son examen il eut un complet effondrement de sa person- 
nalité. Celle-ci se dissocia et il devint sujet à des imaginations telles 
que celle que nous avons citée plus haut. Dans ce cas la faiblesse 
physique d'un organe a été indirectement la cause d'une névrose. 
Ce jeune homme attachait tant d 'importance à son appendice parce 
que l'un de ses frères, pour lequel il avait un attachement homo- 
sexuel, était mort dans une crise d'appendicite aiguë. 

« LE FONDEMENT DE L J ANALYSE DE GROUPE 00 L J ANALYSE BES REAC- 
TIONS DES NORMAUX ET DES NÉVROSÉS » 3 pat Trïgûnt BwrOW* 

L'auteur considère que les troubles mentaux sont un problème 
"social ; l'auteur entend le déplacement de l'attention du foyer vers le 
côté social de la maladie. L'analyse d'un groupe (de ro personnes 
en général) permet ^ selon lui, de le faire. Les anal} 7 ses de groupe 
dont parle Burrow ont lieu une fois ./par semaine et durent une 
heure. Elles ont pour but de permettre aux participants de s'expri- 
mer dans un certain groupe sans les inhibitions que les « images 
sociales » provoquent habituellement. Par « images sociales » T au- 
teur entend le déplacement de l'attention du foyer d'intérêt indivi- 
duel sur l'image qu'on suppose que les autres hommes se font de 
vous. L'action de cette, image de soi-même telle qu'on la croît vue 
par les autres pousse tout le monde à jouer un rôle en société, ce 
qui donne une fausse image des personnes qui sont considérées en 



■ I III ■■! 1 I ■■■■■■■ III^MM^^^^^M^^MJ^M__| 



820 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



^ 



groupe au lieu de l'être isolément. Dans Y anal y se de groupe chacun, 
doit s'exprimer tel qu'il est sans prendre garde à cette « image so- 
ciale y>. Ceux qui participent à une telle analyse peuvent voir, eu 
quelque sorte à nu, les tendances sociales de leurs collègues et re- 
connaître leurs propres inhibitions au point de vue sociaL Ils re- 
marquent qu'ils font un effort constant pour concilier leurs ten- 
dances avec l'image qu'ils croient qu'autrui se fait d'eux. Ils voient 
que d'autres font des efforts analogues, On aboutit ainsi à la cu- 
rieuse conséquence qu^il n'y a pas de différence essentielle entre les. 
réactions des personnes normales et celles des névrosés. Les indi- 
vidus les plus capables d'avoir à l'égard des « images sociales » 
d'autruï une attitude objective se révèlent incapables d'avoir cette 
attitude vis-à-vis de leur propre image sociale. Il y a grande ana- 
logie entre le refoulement social des normaux et le refoulement 
individuel des névrosés, Cela donne de précieuses indications pour 
le traitement de ces derniers/ Les refoulements sont déterminés en 
grande partie par la psychologie du groupe. Il est certain que les. 
ï mages sociales empêchent les rapports naturels entre les hommes- 
et que beaucoup de névroses particulières proviennent de l'impor- 
tance qu'on leur accorde. Les familles sont souvent responsables de 
névroses qui proviennent d'un refoulement social qu'elles entretien- 
nent soigneusement, La généralisation des analyses de groupe pour- 
rait nous délivrer d'inhibitions sociales nuisibles et rendre plus na- 
turels les rappports entre les hommes. 

« Notes sur des cas de fugue », par Douglas Bryan. 

L'auteur traite de différents cas de fugue accompagnés d' amnésie 
allant parfois jusqu'à l'oubli total de toute la vie passée et même 
du nom de famille et du prénom. Trois des cas cités n'ont pu être 
suivis par Bryan. Le quatrième est celui d'une jeune homme de 
23 ans, fils unique d*une mère suicidée, qui avait souffert d'aphasie 
et d'agraphie. Il fit une fugue de Londres à Edimbourg où il fut 
frappé d'amnésie. L'analyse révéla qu'il associait l'Ecosse n l'idée 
de sorcières dont il avait grand peur dans son enfance car il les 
croyait capables de le rendre muet. Le patient n'avait aucune in- 
clination pour les femmes avec lesquelles il n'avait du reste jamais 
eu de rapports- sexuels ; il n'avait pas non plus eu de relations ho- 
mosexuelles et s'était contenté de masturbation peu fréquente. Son 
homosexualité latente se manifesta par le fait qu'il avoua au psy- 
chanalyste qu'il avait craint d'être victime de sa part d'\in atten- 
tat sexuel. Il est probable que la fugue en Ecosse avait le caractère, 
symbolique d'un inceste avec la mère, 

« Problèmes dk l'émotivitk chkz l'enfant désavantage », par 

F. Allan ei G, Psarson. 

Après avoir exposé douze cas d'enfants qui tous souffraient de 



. i: l 



feH^Btfc 



**m 



BIBLIOGRAPHIE 821 • 



quelque infériorité physique les auteurs aboutissent aux conclu- 
sions suivantes ; 

1) Les incapacités physiques dont sont frappés des enfants en bas 
âge affectent profondément leur personnalité en tant que ces infir- 
mités influencent . l'attitude des parents à leur égard (par ex, : 
'excès de tendresse et de protection de la part de la mère). Lorsque 
V incapacité survient vers la fin de Y enfance, l'enfant réagit envers 
elle comme on lui a appris à le faire pour toute autre difficulté nou- 
velle. 

2) Il est tout aussi important de s'occuper des rapports des pa- 
rents et des enfants et de l'attitude adoptée par les premiers vis-à- 
vis de 1* infirmité au moment où elle éclate que de traiter le mal 
lui-même si Ton veut éviter que la personnalité de l'enfant ne su- 
bisse une transformation* Rendre l'enfant infirme dans sa person- 
nalité, c'est menacer son avenir encore plus qu'il ne Test déjà par îe 
mal physique lui-même. 

THE BRITISH JOURNAL OF MEDICAL PSYCHOLOGY. 

Vol. IX. Part. i f 1929. 

*t La psychologie du psychothérapeute », par Edouard Glover* 

* 

Les ps3 T chiatres dit l'auteur, s'analysent rarement eux-mêmes: 
Beaucoup conservent dans leur méthode de soigner les malades une 
tendance à la thaumaturgie, des restes inconscients de magie, Cer- 
tains médecins envoient le client qui ne veut pas guérir dans le 
midi ; au point de vue psychologique cela a la valeur symbolique 
-d'un homicide, c'est une manière de se débarrasser de personnes 
qui inconsciemment vous gênent. 

D'autres imposent des traitements si compliqués et si douloureux 
qu'on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a quelque inconscient 
sadisme dans leur manière d'agir. Malgré les apparences y les psy- 
chiatres ne sont pas moins exposés que les cliniciens à n'être pas 
objectifs dans leurs traitements. La suggestion, la persuatîon* la 
rééducation sont autant de facteurs subjectifs dans la manière d'agir 
avec le client* Même l'objectivité du p^chanalyste supposa une 
dépense d* énergie du psychiatre pour pouvoir être maintenue jus- 
qu'au bout, La formation de désirs personnels se retrouve même 
chez le pS3^ch analyste dès que l'analyse a dépassé un certain stade. 
Ces désirs inassouvis peuvent se faire jour et aboutir à une crise 
qui compromettra tout le traitement. 

On peut diviser les psychothérapeutes en psychologues du moi,- 
-du surmoi et du soi (ces derniers étant ceux qui emploient le plus de 
moyens 'rappelant' la magie*) 

La maladie étant pour le psychiatre une source d'irritation qu'il 
ne peut fuir, il sera tenté de 1* attaquer par une cure violente et de 
■donner cours ainsi à du sadisme latent* Tous les psychiatres sont 



/. 



■- 



WhmAi 



822 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



exposés à avoir des traits de caractère plus ou moins dérivés de 
l'anxiété, de Y hystérie ou de l'obsession. 

L'auteur conclut -que les tendances qui trouvent leur satisfaction 
dans les méthodes qui se servent du transfert et dans celles qui 
cherchent à le résoudre, sont si différentes qu'on ne saurait recom- 
mander de mêler ces deux systèmes,. 

*r PsvchopathologiE de V anxiété », par Ernest Jones. 

L'anxiété morbide se distingue de la peur et de la crainte ordi- 
naires par différents traits dont les principaux sont ; 

1) La disproportion entre l'objet extérieur qui la provoque et la 
réaction du sujet, 

. 2) La disharmonie entre ses manifestations physiques et men- 
tales. . 

Dans le second cas il est souvent difficile de fixer quelle est la 
limite de la réaction normale. Il arrive pourtant que, tout en n'étant 
pas conscient de son anxiété } le patient éprouve des troubles phy- 
siques tels que sécheresse de la bouche, sueurs, polyurie, diarrhée 
qui sont des S3^mptômes de la peur. Cette exagération des symp- 
tômes physiques de la peur dans l'anxiété morbide est caracté- 
ristique et donne l'impression d'un instinct qui a été traversé 
et qui trouve son expression dans des manifestations du corps. 
Jones est d'avis que l'anxiété morbide est une manifestation de Tins» 
tinct de la peur perverti qui, dans les cas de conflits névrotiques, a 
été stimulé à une activité excessive comme protestation contre la 
libido. L ; anxiété ne serait donc qu*un effort du moi pour se défen- 
dre contre une libido qu'il ne veut pas reconnaître et qu'il projette 
dans le monde extérieur sous forme de phobie, En un mot elle est 
la crainte que le moi a de l'inconscient. C'est la libido narcissique 
attaché au moi qui se trouve blessée par le danger et contre laquelle 
elle veut se défendre. Jones en a tiré la conséquence suivante > ap- 
pliquée aux névroses de guerre, c'est que seuls les hommes dont 
la libido était organisée sur une base narcissique-homosexuelle ont 
subi du fait de la guerre un choc qui a provoqué des névroses. Leur 
libido était si attachée au moi que lorsque ce dernier a été soumis à 
un réel danger elle en a été stimulée. Cette théorie a été i confirmée 
paroles recherches que des savants allemands et hongrois ont faites 
ïndépendemment de Jones* Une menace provoque un investissement 
de libido au point menacé et joue donc le même rôle qu'une exci- 
tation erotique. L'anxiété du moi est une conséquence de ce déve- 
loppement excessif de libido qui ne peut trouver d'issue. La sur- 
activité des organes excrétoires fournit une sorte de satisfaction à 
cette libido et explique ks symptômes physiques de Y anxiété. 

« Le rôle de l'anxiété dans les psychoses et les psychoné- 
vroses », par Henry YeÏÏowlees.* 

. Dans cet article l'auteur combat l'opinion de Freud d* après la- 



BIBLIOGRAPHIE . §2/ 



quelle V anxiété morbide jouirait un rôle dans les psychoses. Il 
déclare que pas une des personnes atteintes de psychose avec les- 
quelles il a subi un bombardement aérien n'en ont été le moins 
du monde affectées au point de vue de leurs symptômes* La chose 
est à son avis si générale qu'il tient qu'un bombardement aérien 
est le meilleur critère permettant de diagnostiquer s'il y a ps}-- 
chose ou névrose. Les symptômes mentionnés par Freud tels que 
vertige j pavor iwctunms, troubles de la digestion et phobies nfâ sont, 
pour Yelllowlees en aucune façon typiques des psj^choses bien qu'il 
puisse arriver qu'une personne atteinte d'une psychose présente 
par hasard l'un de ces symptômes. A son avis un état d'anxiété et 
une vraie psychose peuvent bien coexister chez la même personne 
mais seulement dans des cas très rares. Une mélancolie agitée ne se 
trouve guère chez le même individu qu'une névrose d'anxiété. Il 
serait trop long de relever ici tous les points où l'auteur a mal com- 
pris la pensée de Freud, Remarquons seulement que partant de 
prémices fausses, les conclusions le sont également. 

« Etats d j anxiété », par J. A. Uadfwld. 

Les médecins sont souvent tentés d'attribuer les états d'anxiété 
à des désordres physiologiques de nature toxémique ou endocrine. 
Il y a du vrai dans cette idée mais les désordres physiologiques ne 
peuvent pas être les seules causes de l'anxiété et cela pour les rai^ 
sont suivantes ; 

a) Beaucoup de malades présentent des symptômes marqués de 
toxémie et n'ont jamais de symptômes d'anxiété. 

h) En revanche beaucoup de personnes jouissant d'une parfaite 
santé et d'une constitution athlétique sont sujettes à des phobies, 

c) Même si Ton trouve des foyers d'intoxication chez des per- 
sonnes anxieuses cela ne veut rien dire , parce qu'on en trouve chez: 
tout le monde. 

d) D'autre part il y a des gens qui ne sont pris d'anxiété que 
dans telle et telle rue on dans l'autobus tandis que dans le métro- 
ils n'ont aucune crainte. Cela prouve qu'ils ont certaines associa- 
tions se rapportant à ces situations et que leurs angoisses n'ont rien 
à faire avec V intoxication qui n'a pas de raison de s'accroître subi- 
tement dans certains endroits déterminés. 

'e) Autre preuve que l'intoxication n'est pas la seule cause de 
l'anxiété morbide, c'est que cette dernière disparaît presque tou- 
jours par îa suggestion. 

f) Il est vrai que les sécrétions des glandes surrénales sont en 
rapport avec, les états d'anxiété mais ceux-ci paraissent plutôt être 
la cause de ces sécrétions que leur résultat/ L'auteur est de l'avis de 
Jones sur trois points: 

i) que les anxiétés névrotiques proviennent surtout de causes, 
psychologiques, 



■ ■■■-■ ilJ»- r . s • ■ ■»•-■.- ' J A .j- 1 ••■ i. - J -i_ ^iii -l ■ j j— — «.-éJ — jJ J. .H _ _ .r-^ '■ ■ ,- _ I _,,_!.._ _-.L .. .a, -q.^—.J,! -ij_— i " B -u t- - . j-^-n- _ j i. ,j_l- — . ■ 



■824 REVUE FRANÇAISE Dï PSYCHANALYSE 



2) que ces anxiétés ont toujours tin caractère anormal, 

3) qu'elles ne sont pas une transformation de la: libido en crainte. 
Sur d'autres points .il diffère de lui ; ainsi pouf Jones\ un des 

■symptômes de l'anxiété morbide est l'exagération, dé ses manifes- 
tations corporelles. Hadfield trouve àiï cofttràire que ce qui dis- 
tingue l'anxiété morbide de la crainte c'est que la prenïièfe produit 
des inhibitions tandis que la' seconde s * exprime nature flement par 
-des actes adaptés au danger couru, tels que là fuite par exemple. 
De plus, Jones considère que Panxiéîé est due aux meiïâces de la 
libido contre le moi tandis que Hadfield croit que ces menaces 
peuvent n'être pas d'ordre sëxtfeL 

« L'ÉGOÏSME NATUREL DANS SES RAPPORTS AVEC LA DOCTRINE DE 

-Freud », par Hélène Wodehouse. 

Cet article constitue une critique de l'idée de l'égoïsme naturel 
4 tous les hommes telle que nous la trouvons ehex Frfeud. Ce der- 
nier croit que la nature humaine est avant tout égoïste niais même 
dans ses œuvres on peut trouver des passages qui ne cadrent pas 
^avec cette idée* Ses descriptions de Pegotisme absolu des rêveurs et 
des enfants ne sont ni complètes ni convaincantes. Son « Lustprin- 
zip v peut être pris dans le sens du plus strict hédonisme psycholo- 
gique mais souvent aussi il n'explique pas l'objet du désir mais le 
mécanisme par lequel les désirs (égoïstes ou non) se traduisent en 
actions. Le principal appui de la doctrine de l'égoïsme natûrel'chez 
Freud c'est l'assertion qu'il existe un état de narcissisme primitif 
xjui, suivant les œuvres auxquelles on se reporte, est censé atteindre 
son maximum tantôt dans la petite enfance, tantôt vaguement dans 
l'enfance > tantôt même avant la naissance. Cependant Freud main- 
tient l'existence de cef état et prétend qu'on m s'en détache jamais 
complètement. Cette théorie apparaît surtout dans les œuvres qu'il 
a publiées entre 191 3 et 191 7, elle est donnée comme scientifique- 
ment prouvée alors qu'il s'agit plutôt d'un « portrait psycholo- 
gique d qui n'est pas sans permettre des interprétations diverses. 

L'auteur est d'avis que la doctrine de l'égoïsme n'est d'aucune 
'utilité pour le reste de l'enseignement de Freud dont elle n'est nulle- 
ment une conséquence logique. Le système freudien gagnerait infi- 
niment à rejeter cette' théorie qui repose sur des bases insuffisantes, 
Freud lui-même semble avoir voulu le faire entre 1920 et 1923 ; mal- 
heureusement dans son « Etude auto-biographique » de 1925 la 
théorie du narcissisme absolu à un certain âge reparaît. Mrs Wbde- 
house espère que ce n*est là qu'une réminiscence et que' Freud va 
définitivement rejeter cette doctrine ainsi que celle plus générale de 
l'égoïsme naturel à tous les hommes. Nous avons rapporté fidèle- 
ment les idées de l'auteur. Remarquons-, cependant, que Freud 
n'est pas seul à déduire une phase egocentrique de P enfance, Piaget, 
se plaçant à un tout autre point de vue, arrive à des l conclusions 
analogues. 



■■D- 



BIBLIOGRAPHIE 825 



« De certains problèmes de la personnalité dans leurs rapports 
avec la maladie mentale en tenant compte spécialement .de ce 
£>ui concerne LE suicide ET l'homicide », par R, G. Gordon. 

L/ auteur se pose quatre questions ; 

Le suicide et l'homicide sont-ils sans relations l'un avec l'autre 
ou ne sont-ils que deux aspects d'une môme tendance? 

Le jugement des tribunaux anglais déclarant qu'il y a eu suicide 
mais que l'auteur du suicide n'était pas sain d'esprit est -il une 
hypocrisie ou bien ce jugement correspond -il à une réalité? 

Une personne saine d'esprit peut-elle commettre un meurtre ou 
un suicide? et enfin : ."",""*"". 

Les : névrotiques se suicident-ils jamais, et deviennent-ils jamais 
fous? " HJ ^ r -■ ■ 

Gordon distingue ensuite deux catégories d' hommes: 

1) Ceux qui ont une tendance à s'adapter, à révolution de l'huma- 
nité en société. Ceux-là ne sont jamais tentés de commettre un meur- 
tre ni de se suicider. 

2) Ceux qui n'ont pas cette tendance à suivre l'humanité dans 
-son évolution vers des formes sociales toujours plus perfectionnées. 

On ne remarque pas la différence entre ces deux catégories d'hom- 
.nies tant que les circonstances ne placent pas les individus dans des 
■conflits, qui font que les égards dus, aux autres et le respect de soi- 
même ne comptent plus pour ceux de la deuxième catégorie que 
Gordon considère comme étant inférieure à la première bien qu'il 
reconnaisse que des individus appartenant à la deuxième catégorie 
puissent être supérieurs intellectuellement à des individus de la 
première catégorie. 

Les névrotiques sont ceux qui ont une tendance à s'ajuster, leurs 
♦suicides ne sont pas sérieux et s'ils réussissent parais c'est presque 
par -accident* Il n'y a pas chez les névrotiques de danger de suicide 
ou d'homicide qui force à les interner et la psychothérapie a des 
■chances de les guérir. Ceux qui n'ont pas la tendance à s'adapter 
..sont ceux qui ne feront pas une névrose mais une psychose. Gordon 
parle de psychonévrotiques et de psychotiques en puissance pour 
■distinguer ces deux types d'hommes. Dans le premier cas il faut 
.soigner le patient, dans le second changer son entourage. 

Un tiers des meurtriers du Royaume-Uni se suicident. Ils sont 
caractérisés par une incapacité de faire face aux -tâches que la vie 
leur a imposées et par le peu d'égards qu'ils ont. pour les condi- 
tions sociales qui les entourent. Ce sont des inadaptés. 
* U auteur conclut que ;. . 

1} li y a parenté étroite entre le suicide et l'homicide qui repré- 
sentent tous deux une mauvaise adaptation au milieu social, 

2) Le verdict « suicide mais à un moment ou l'auteur n'était pas 
«dans son bon sens » est presque toujours juste, ■ 

3) Une personne en apparence saine d'esprit peut commettre un 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 14 



826 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



meurtre 1 bu un suicide si elle est du type des psychotiques' en puis- 
sance / r 

4) Les névrotiques par contre ne commtteiit pas de m^iirtres 111 
de suicides et ne deviennent pas fous. 

THE PSYCHANALYTIC REVIEW. Vol XVL N° 1. Jan- 

m 

vier 1929, 

« AU DELA DE LA PSYCHANALYSE », par Otto Rank. 

La psychanalyse, dit 1* auteur, a découvert l'importance qu'avait 
dans les maladies nerveuses la vie émotive mais elle a tenté de la 
concevoir scientifiquement sous l'angle purement matérialiste. Cette 
tentative a déjà échoué en face du problème de V anxiété qui ne peut 
être expliquée par des facteurs biologiques uniquement, Le problème 
de V amour ne peut pas non plus être expliqué uniquement par 1* ins- 
tinct sexuel. Le défaut de la méthode a été de vouloir tout expliquer 
du point de vue matérialiste. De là aussi l'exagération de l'impor- 
tance accordée à la vie passée de l'individu aux dépens de sa vie 
présente et des problèmes actuels qu'il a à résoudre. Si les nerfs ne 
fournissent qu'un instrument, l'instinct sexuel, lui aussi t ne fournit 
que le matériel qui sera la base de notre vie émotive. La psychana- 
lyse elle-même a découvert que le principe éthique était aussi impor- 
tant que le principe biologique et qu'on ne pouvait comprendre la 
vie amoureuse de l'homme qu'en allant au delà de l'insetinct sexuel 
jusqu'au moi* 

Après avoir dépassé le stade matérialiste t éthique et social nous 
arrivons à la véritable psychologie ou, si Y on veut, à la métapsy- 
chologie, science qui ne traite que des tendances et de leurs effets. 
On aboutit ainsi à la conclusion que les névroses, bien loin d'être un 
problème médical j ne sont en réalité qu'un problème éthique et 
social. 

Les deux principaux problèmes philosophiques, la théorie de la 
connaissance et V éthique se trouvent ainsi être les deux problèmes 
capitaux de la psych analyse qui est considérée sous un angle plus 
philosophique que biologique. A leur base se trouve le problème du 
moi et du toi, de la personne .et de l'univers ambiant. C'est rémo- 
tion qui relie le moi et le toi, l'amour est une agréable indentifica- 
tion avec autrui. En un mot la sexualité est une expansion biolo- 
gique du moi, l'amour en revanche est une expansion émotive du 
moi* Freud lui-même a été amené peu à peu du point de vue maté- 
rialiste au point de vue philosophique, du point de vue biologique au 
point de vue éthique en découvrant que les névroses se ramenaient 
à un problème de culpabilité* 

« L j EpïUiPSie chez fjïs chjnois », par James Lincoln Me Cartney. 

Me Cartney, après avoir parlé de la fréquence des cas d'épilepsie 
en Chine t raconte l'analyse d'une dame chinoise qui faisait des 



BIBLIOGRAPHE 



827 



<t crises épîleptiques ». Son épilepsie se révéla n'être due qu'à des 
causes ^psychiques* Elle était entièrement frigide à l'égard de son 
marî, do&t, comme la plupart de ses compatriotes, elle ri* avait fait 
connaissance -qu'après son mariage* Celui-ci, était amoureux d'elle 
mais avait des éjaculations précoces qui la dégoûtaient. Les crises 
épileptiques diminuèrent au cours de 1 analyse et ont fini par cesser 
après que ]e mari eût été invité à avoir envers sa femme l'attitude 
d'un amant et à faire peu à peu sa conquête, 

« Quelle est la valeur curative de la conscience », par 
D, Rouse. 

La pensée psychanalytique présume toujours et sous-entend que 
lorsque, le patient devient conscient il. guérit. A première vue il 
pourrait sembler que ce soit le contraire, 'que' devenir conscient soit 
un travail , un tourment, une maladie. ' ' 

La, psychanalyse a montré que lorsque l'individu est capable de 
considérer tous les événements de la vie en leur donnant leur valeur 
psychanalytique il est guéri mais cette guérison est une orientation 
nouvelle « consciente j>> une révision de ses habitudes. Rien nie 
serait plus faux que d'admettre, comme le font trop souvent les 
psychanalystes, que Y esprit humain est capable d'accepter avec éga- 
lité d ? âme les vérités amènes qui concernent ses imperfections, ses 
évasions, ses vulgarités. L'esprit humain a une capacité illimitée 
de se créer des illusions. Pourquoi admettrait-on que la désillusion 
procurée par la psychanalj^se sera joyeusement acceptée par lui? Il 
ne faut pas oublier, dans chaque cas de se poser cette question : 
Quelle dose de réalité telle et telle personne est-elle capable de 
supporter. 

La méthode psychanalytique n'a d'effet curât if (quand elle en 
a un) que pour les quatre raisons suivantes : la dramatisation, le 
démembrement ana^tique des sentiments ,' Y apaisement de la ten- 
sion et la réalisation. 

Voici ce que l'auteur entend par dramatisation. Quand une expé- 
rience personnelle devient par le fait qu'on la raconte, qu'on la 
répète, qu'on la définit par des paroles, en un mot, qu'on la drama- 
tise, un récit historique, elle s'objective. House emploie pour dési- 
gner ce processus le terme de « dramatic objectïfication ». 

Quant au démembrement analytique des sentiments House entend 
par là que les émotions des névrotiques sont expressives et que Y ana- 
lyse tend, en spécifiant les sentiments, à leur donner à chacun leur 
valeur propre. On ne dira jamais assez l'importance du facteur intel- 
lectuel dans le développement de l'individu vers la normalité. 

La tension est formée par un conflit non résolu entre le refoule- 
ment et ^expression. La tension n'est apaisée que par une distri- 
bution nouvelle des objets d'attention et non du seul fait de l'ana- 

Enfin la réalisation signifie une nouvelle vue des faits et des idées 



^^H 



&2& REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



plus conforme à la réalité. C'est une sagesse plutôt qu'un simple 
savoir* L'auteur essaie d'expliquer ce qu'est cette réalisation en 
montrant son absence chez les hommes modernes qui tout en recon- 
naissant que la guerre est stupide et ruineuse continuent à ne pas 
condamner moralement le service militaire et à entretenir des 
armées. Ou déteste la guerre et on approuve ceux qui, en sV pré- 
parant, la rendent possible. Il y a là une ambivalence comme partout 
où 3 3 n'y a pas clarté complète, réalisation. Les névrosés sont 
caractérisés par V indécision qui est en rapport- étroitva-^ec U anxiété 
morbide. Ils craignent que la raison- n'anéantisse leurs sujets de 
crainte ou bien ils sont honteux:, quand bien même leur intelligence 
leur dit qu'il n'y a pas lieu de l'être, 

« La culpabilité et les sentiments d 'infériorité en tant que 

GÉNÉRATEURS DE i/EXPÉRIENCE RELIGIEUSE », Par Th. SchroedéT. 

En se basant sur une brochure intitulée : « Essai d'une réponse 
à la question : Qu'est-ce que la religion? » publiée sans nom d'auteur 
par un ecclésiastique très cultivé, Schroeder expose que la religion 
est une tentative de compensation de sentiments d'infériorité ou de 
culpabilité. L'hotmne projette en dehors de lui et au-dessus de lui 
1* idéal auquel il ne peut atteindre et ce pur esprit il le nomme Dieu, 
Celui-ci n'est ainsi qu'une suprême fiction. Dieu, « source infinie 
de puissance et d'amour » compense toutes les faiblesses humaines- 
Ces expressions montrent bien que la source du sentiment d'affer- 
missement donné par l'expérience religieuse est d'origine psycho- 
sexuelle bien que celui qui fait cette expérience ne s'en doute pas le 
moins du monde. 

Ceux qui vivent en harmonie avec les conditions naturelles et 
<piï ont la dose normale de satisfaction sexuelle n J ont aucun besoin 
de mysticisme. Si par contre la crainte ou la honte empêchent une 
vie sexuelle normale de se développer le besoin de mysticisme se 
trouvera plus grand. Saint Paul et Mahomet ont quelque chose de 
morbide ainsi que tous les grande mystiques, La religion glorifie 
cette morbidité. Le fait que la vie sexuelle ne trouve pas la satis- 
faction nécessaire augmente le besoin de religion ; celle-ci com- 
pense eu effet ces insuffisances par une grandiose illusion. Schroeder 
pense qu'une hygiène mentale bien comprise rendrait les expé- 
riences inys tiques qui, à son avis; sont toutes morbides, moins né- 
cessaires, L'ecclésiastique anonyme qu'il cite exalte en revanche 
^expérience mystique tout en se rendant parfaitement compte que 
dans la plupart des cas elle 1 a quelque chose de morbide. 

THE PSYCHANALYTIC REVIEW. Vol; XVI. Avril 1929, 

tt LA FANTAISIE; DE LA VERITE NUE » (Notes SUr « Cosi Ê a de 

Pirandello), par P. Lionel Goii-ein. 

Goitein étudie dans oet article la pièce de Pirandello au point de 






' _ _"l 



UIBUOGKÀPIIÏE r 82C 



vtie psychanalytique. Il ne nous est .pas possible de résumer ici la 
pièce eu question. L'auteur de P article cherche à démontrer quelle 
est une illustration du complexe d'CEdipej le gendrey étant an fond 
amoureux de sa belle-mère qui est une iniago de sa mère. La vérité 
y est présentée par 1* iniago de la. mère- vierge-épouse, elle ne doit 
pas être découverte car ce serait la réalisation de l'inceste. . 

Cet article est fort intéressant mais on ne saurait en donner un 
compte rendu exact sans entrer dans des détails pour lesquels la 
. place nous manque. - : ■ 

." « La théorib de tk frustration pour expliquée la conscience: 
l'bsprit considéré comme énergie », par William White. 

Durant le siècle -dernier on s'est efforce d'expliquer -le mécanisme 

ineïitaL White croit qu'il faut le faire en des termes communs à 

toutes les sciences. Le concept de l'énergie est uti des plus généraux 

de la. science et semble tout indiqué pour exprimer les; activités de 

l'esprit mais faut-il pour cela abandonner le terrain- scientifique pour 

entrer directement dans le domaine philosophique ? — Oui, en un 

sens, puisque personne ne sait ce que 'c'est que l'énergie mais le 

physicien aussi est bien forcé de faire cela, La question importante 

c'est de savoir si en se servant de P analogie de Pénergie on arrive à 

plus de clarté dans la compréhension des processus de l'esprit/ Tans-' 

ley est d'avis que Pon peut fort bien parler de P esprit dans les 

tenues que nous emploj^ons pour Ténérgie. Ainsi on pteut parler 

d'usure de l'énergie psychique. 

Le protoplasme se modifie sou$ l'action des stimulants, c'est ce 
qui a peu â peu formé les organes et Pon peut dire que la structure 
des êtres vivants n'est que la fonction organisée. Le système ner- 
veux s'est aussi formé de la sorte et il a absorbé une grande part 
d'énergie chez les animaux supérieurs. L'activité des animaux est le 
résultat de millénaires d 'expériences, c'est le cas aussi pour la con- 
duite des hommes qui résulte en grande partie d'expériences et 
4'* impressions transmises héréditairement^ Ce qui a d'abord été 
acquis de façon consciente devient automatique par répétition et peut 
se transmettre héréditairement. Toute activité consciente est une 
dépense d'énergie : ainsi une personne qui apprend à jouer du piano 
doit d' abord faire un travail pénible pour apprendre à déchiffrer les 
notes et à les retrouver sur le clavier mais tout cela par répétition 
devient plus aisé et finit par se faire inconsciemment. Les mouve- 
ments se font mieux qu'au début et ne sont plus conscients^ le tra- 
vail étant devenu automatique. Beaucoup de réacticns automatiques 
se sont formées ainsi chez P homme et sont devenues de moins en 
moins conscientes. La conscience n'apparaît que là où il faut s'adap- 
ter 3 des conditions nouvelles ou bien là où il y a possibilité de con- 
flit, de choix. * ■ ■ '" 

■ Il y a eu un temps où des réflexes comme l'abaissement des pau- 
pières étaient conscients. Dans les réflexes inconscients la réaction 



S ^0 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



suit immédiatement le stimulant. Dans Tact ion consciente il y a 
entre l'impression et la réaction un intervalle dans \ lequel le sujet 
se rend compte de la situation. C'est dans cet intervalle entre la 
perception et la réaction que se place toute notre vie mentale cons- 
ciente. Autrement dit il faut pour éveiller la conscience. qu'il y ait 
un obstacle au jeu normal des perceptions et des- réilexes, 11 faut 
quelque chose qui tende à fruster l'individu de la réaction instinctive 
au stimulant qui agit sur lui* Un oiseau enfermé dans une chambre 
volera de tous côtés avec affollement et c'est par hasard qu'il trou- 
vera une issue s'il v en a une. C'est la réaction motrice violente 
dans laquelle le champ de la conscience n'est que très restreint 
parce qu'il a été diminué par l'effet de la terreur, L 5 homme au con- 
traire se frustre de l'expression immédiate de sa terreur en action 
et réfléchit aux moyens de s'échapper en examinant au préalable où 
se trouvent les issues. Ce type de réaction supérieur développe la 
conscience parce qu'il rend possibles une délibération et un choix. 
L'appareil psychique une fois qu'il a trouvé la solution a résolu ]a 
tension d'énergie provoquée par la frustration de la réaction ins- 
tinctive. Piéron dit que l'activité mentale est fonction de la dépense 
d'énergie nerveuse, Warren pense que la conscience appartient aussi 
certainement à l'activité des nerfs que les impulsions nerveuses elles- 
mêmes. Le corps animal constitue un organisme qui comprend en 
lui l'état mental lequel rentre dans sa sphère t a dit Whitehead. 

Dans la réaction motrice violente comme celle de l'oiseau la 
réponse à l'excitation du dehors se fait selon un type automatique. 
L'action dérive immédiatement de la perception. Dans le réflexe 
de pudeur il y a un autre principe, celui de se retirer de' la réalité. 
Ce retrait est une frustration de la réaction immédiate qui permet 
la naissance de la conscience. Dans les actions conscientes il y a 
frustration durant toute la période de doute jusqu'à ce que le sujet 
se soit décidé et ait ainsi soulagé la tension. Le sentiment de doute 
est remplacé alors par un sentiment de satisfaction. Tout se passe 
comme lorsqu'on oppose une résistance à un courant électrique ; il 
se produit alors une dépense d'énergie transformable en chaleur 
et en lumière. Telle est la théorie de la frustration destinée à expli- 
quer la conscience, 

White conclut qu'il n'a pu établir si l'esprit était une forme de 
l'énergie mais qu'il croit pouvoir affirmer qu'il en est une manifes- 
tation. En tous cas l'auteur estime qu'il est très utile d'exprimer 
dans l*s termes employés pour l'énergie les phénomènes de l'esprit. 

« LU TRANSFERT NÉGATIF EX PSYCHANALYSE )> , pùï Martin Peck. 

Dans cet article Peck expose le cas d'une jeune fille de 22 ans 
qu'il a psychanalysée et qui souffrait d'un complexe de castration 
très accentué. Durant toute l'analyse qui dura six mois uoS heures) 
la jeune, fille en resta au tranfert négatif. Même lorsque l'analyse 
fut terminée la personne en question ne se déclara pas guérie. Elle 



V 



M 



BIBLIOGRAPHIE S31 



persista en particulier dans un attachement homosexuel qui était 
la seule forme d'amour qu'elle eût jamais connue. Cependant il était 
visible que l'analyse, surtout dans les derniers temps, lui avait fait 
du bien, 

« TRAUMAT3SMES DE LA LIBIDO », par S, LondOV. 

L'auteur observe que les schizophrènes ont deux, caractéristi- 
ques : Une morale élevée et des conflits daus leu-r vie sexuelle. Il 
croit que chez les déments précoces il y a un trauma de la libido qui 
vient de ce qu'ils ont voulu la fixer sur une personne du sexe opposé 
sans y parvenir par suite d'un défaut dans le développement 
embryonnaire de leur libido. Il cite trois cas (deux hommes et une 
femme) qui coïroborent sa thèse. Chez tous trois le déséquilibre 
venait de fortes tendances homosexuelles qui avaient empêché les 
patients, malgré les efforts qu'ils avaient fait pour cela, de fixer 
leur libido sur une personne d'un autre sexe. Il se pourrait bien 
qu'il s'agit dans ces cas d' homosexualité congénitale et que les per- 
sonnes en question ne voulaient pas s* en accommoder pour des rai- 
sons d'ordre religieux ou par crainte de la désapprobation sociale; 

THE PSYCHOANALYTIC REVIEW, Vol XVI, octobre 1929, 
N° 4, ■ ■ . 

« LA MANIERE PSYCHANALYTIQUE D'ENVISAGER iZeXPÉRIENCE RELI- 
GIEUSE », par Théodore Schoeder. 

Cet article est une conférence faite à des ecclésiastiques dési- 
reux de s'instruire de ce qui pouvait dans la psychanalyse, dis- 
créditer la religion. Il reprend, en les généralisant parfois, les 
idées exprimées par Freud dans : « Die Zukunft einer Illusion ». 
1/ auteur considère la religion comme étant avant tout l'expérience 
nrystique de Dieu que le crc^ant croit avoir faite. Les formules 
qui tendent à exprimer ces expériences dites * religieuses » sont 
extrêmement variées, L=es différences dans la rationalisation de ces 
expériences religieuses ont suffi â diviser profondément les croyants 
qui considèrent facilement comme hérétiques ou victimes d'une illu- 
sion diabolique les personnes qui expriment des expériences ana- 
logues sous une forme quelque peu différente. L'étude de la psy- 
chanalyse amène à la constatation que le libre arbitre ou bien 
n'existe pas ou bien ne se trouve que dans une très faible mesure. 
Aussi le psychanalyste s'abstiendra-t-îl de porter des jugements 
moraux. La morale est remplacée pour lui par l'hygiène meutale. 
Cela signifie une diminution considérable de la valeur sentimentale 
accordée à l'expérience religieuse et à la a régénération morale » 
qu'on prétend en être la conséquence. 

Le psychanalyste ne cherche pas à réfuter les explications thêolo- 
giques et métaphysiques qu'on donne de l'expérience religieuse: 



832 REVUE FRANÇAISE .DE PSYCHANALYSE 



On ne peut en effet en connaître suffisamment ]a vérité ou la faus- 
seté. Le psychanalyste ne réfute donc pas plus l'explication théoîo- 
gique que l'astronome moderne ne- cherche à prouver que la terre 
n'est pas un plateau . porté par un éléphant qui se tient sur le dos 
d'une tortue. Cette vieille explication est tombée d'elle-même quand 
on a commencé à mieux observer la terre et ses évolutions. La psy- 
chanalyse n'attaque donc pas directement la métaphysique et la 
théologie chrétiennes. Elle se contente de connaître les limites de 
notre esprit et de prendre une attitude agnostique. Elle ne tente 
pas de prouver l'inexistence de choses qui pour elle sont du domaine 
de l'inconnaissable. La discussion des différents credos devient ainsi 
une perte de temps stupide. En revanche le ps3 r ch analyste cherche 
à guérir le besoin, morbide chez certains individus et sentimental, 
d'objectiver des choses sans significations, de la dialectique surna- 
turelle. 

Le gentiment religieux n'est en effet souvent qu'un désir de fuir 
la réalité (fuir le monde). La tendance vers le « spirituel n voile 
dans bien des cas la crainte en matière sexuel le ,. des sentiments 
de honte et de culpabilité- On voit à quel point ce facteur qui con- 
siste à considérer la sexualité comme coupable joue un rôle dans la 
religion en observant l'importance exagérée et véritablement mor- 
bide accordée par les religions à l'orthodoxie sexuelle de quelque 
nature qu'elle soit. {Condamnation des relations sexuelles en dehors 
du mariage chez les puritains. Chasteté des prêtres chez les catho- 
liques, etc.). Après avoir imposé un sentiment de culpabilité à l'in- 
dividu et l'avoir ainsi abaissé, la religion le relève en l'identifiant 
en quelque sorte avec la divinité. On rend la conscience malade pour 
créer en elle un besoin d'absolution et pour justifier la nécessité 
d'un rédempteur. Il ne s'agit là naturellement que de sentiments 
de culpabilité en matière sexuelle. La religion en tant qu'institu- 
tion a fait un mal énorme dans ce domaine ainsi que le prouvent 
chaque jour les psychanalystes. Le psychanalyste cherche au con- 
traire à rendre superflue la « grâce divine » en supprimant, c'est- 
à-dire en guérissant les sentiments morbides de culpabilité propagés 
par les églises qui, dans, beaucoup de cas, sont à la base des névroses. 
Les églises ne font souvent que des essais maladroits de guérir des 
désordres mentaux (moraux ) t qu'elles ont contribué à provoquer, 

La sexualité est à la base de tontes les expériences mystiques et 
à l'origine de toutes les religions, Peut-être 1* univers alité des reli- 
gions est-elle due à l'universalité de la sexualité. La sexualité a été 
une des premières et certainement la plus intense joie de l'existence 
pour l'homme primitif. Non seulement c'est par elle que la race 
se perpétue mais c'est en elle que se résument toutes les aspirations 
du primitif. On comprend dès lors que le culte du phallus ait été 
répandu dans tout le monde, On comprend aussi pourquoi le mys- 
tère du sexe a été très vite entouré de tabous et est devenu peu à 



■\ 



^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^■^■•^^ 



BIBLIOGRAPHIE 833 



peu une source de terreur et du sentiment de culpabilité. De là l'exi- 
gence de la continence dans certains cas. Une continence totale ou 
du moins prolongée, quelquefois même le seul désir de la réaliser, 
est la meilleur préparation imaginable pour une explosion pS3 r cho- 
sexuelle qui fera cesser la tension. C'est ainsi que s'explique l'ex- 
périence mystique qui est d'autant plus sexuelle dans ses origines 
qu'elle est en apparence plus spirituelle, 

L'auteur conclut que la religion, en tant qu'institution, est dans 
la société actuelle la plus grande force qui s'oppose à une meilleure 
hjrgiène mentale ; c'est elle qui empêche d'appliquer aux problèmes 
sociaux les méthodes qui seraient les plus adéquates et les plus 
rationnelles* 

1 

« Sur ï/homosexualité », par Paul Schilder. 

L'auteur rapporte trois cas d'homosexuels qu'il a traités et fait 
à ce propos des remarques générales. Ce sont des faits assez connus. 
Il dit que la majorité des invertis ont eu dans leur enfance un atta- 
chement très violent pour leur mère qui les a fait s'identifier avec 
elle. Ils ne s'intéressent qu'aux jeux des fillettes dont ils préfèrent 
la société à celle des garçons. Plus tard les femmes les laissent 
indifférents au point de vue erotique et ils ne s'éprennent que 
d'hommes ou de jeunes gens. La plupart d'entre eux ont eu. dans 
leur enfance dés complexes d'infériorité et se disaient que leur phal- 
lus n'était pas assez fort pour accomplir le coït. L'auteur note aussi 
ce fait si contraire à l'idée que le vulgaire se fait de l'homosexua- 
lité masculine , 1* horreur de la plupart des invertis pour le coït 
anal et leur goût pour le coït <c inter femora » mais il croit que cette 
horreur même cache un complexe anal inconscient. Schilder croit 
aussi que tous les homosexuels mâles ont un intérêt très marqué 
pour leur phallus et pour celui d 'autrui, ce qui fait qu'ils ne veulent 
pour partenaire en amour que des personnes munies d'un phallus. 

L'auteur se demande quel est le rôle du corps dans Y homosexua- 
lité. Il ne nie pas que l'homosexualité constitutionnelle existe et 
qu'elle provienne d'une anomalie de la constitution physique et 
sexuelle mais il croit que? cette déviation organique a été produite 
par le développement ps} T chique de 1* individu. De ce point de vue 
il combat l'opinion de Steinach d'après laquelle l'inversion sexuelle 
proviendrait de la constitution cellulaire spéciale des testicules. La 
bisexualité étant universelle, l'homosexualité ne serait qu'une ques- 
tion de degré ; elle se présente chez, les personnes chez lesquelles 
on trouve en très forte proportion les tendances auxquelles on ne 
s'attendrait pas du fait de leur sexe physique. (Passivité chez 
P homme, activité chez la femme). Les invertis ne font qu'exagérer 
des tendances qu'on trouve {mais très atrophiées) également chez 
les normaux. 



™ 



S34 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



« Problèmes de médecine générale du point de vue psychique », 
par Aniia Mithh 

Chacun sait, dit Fauteur, ce qu'est le système nerveux sympa- 
tique et elle montre l'action que peuvent avoir des émotions psy- 
chiques, sur cette partie de notre organisme. Elle cite différents 
cas à ce sujets celui entre autres de cette femme qui souffrait d'asthme 
depuis trente ans sans qu'aucun spécialiste parvint à la guérir. 
Au bout de trois semaines de psychanalyse l'asthme s'était trans- 
formé en une toux rauque qui avait fait place trois semaines plus 
tard à une toux légère. Après une nouvelle période de six semaines 
les troubles respiratoires qui duraient depuis trente années avaient 
complètement disparu. Comme dans quatre autres cas soignés par 
l'auteur, l'origine des troubles respiratoires était due à des soucis 
d'ordre financier qui avaient causé une angoisse > consciemment re- 
foulée, mais qui avait trouvé une issue dans le système sympa- 
thique sans que la patiente fut le moins du monde consciente de la 
chose. 

M m * Miïhl cite encore le cas d'une jeune femme qui avait un goitre 
et qu'on ne pouvait opérer à cause de l 'anxiété qu'elle manifestait 
et qui produisait une telle accélération du pouls qu'une opération eût 
été dangeureuse. Le chirurgien remit la personne en question au 
psychiatre afin de la débarrasser de son anxiété morbide. Après trois 
mois le psychiatre renvoya sa cliente au chirurgien, elle était déli- 
vrée non seulement de ses craintes mais aussi de son goitre ! 

On remarque que 1* humiliation, l'anxiété, les soucis , occasion- 
nent des troubles de la tlwroïde, des ulcères gastriques, de la cons- 
tipation chronique, un haute pression artérielle tandis que la haine 
et le ressentiment sont la cause de la migraine et de névralgies. 

Comment ces émotions produisent-elles des maladies organiques ? 

ï"l En occasionnant au patient une déperdition d'énergie consi- 
dérable. Les émotions refoulées accaparent en effet une quantité 
d'énergie qui, si elle était délivrée, pourrait être employée dans la 
lutte contre la maladie et asurer la victoire. 

1) En stimulant' sans cesse le système sympathique. On sait en 
effet par les travaux* de Cannon et de Ziegler que les soucis produi- 
sent de l'hyperacidité et de Thypermotilité laquelle, en se prolon- 
geant, peut fort bien causer des ulcères ou d'autres désordres orga- 
niques. 

Le but de l'auteur n'est pas de critiquer la médecine interne et 
la chirurgie mais' d'attirer T attention sur l'importance primordiale 
qu'il y a, dans toutes les maladies, à connaître l'état mental et émo- 
tif de la personne malade. 

a La tuberculose envisagée du point de vue de la psychia- 
trie i>, par Ami a Miïhl. 

L'idée que les maladies organiques chroniques proviennent d,e 



■ » 

, — . 



BIBLIOGRAPHIE S3 



troubles émotifs n'est pas nouvelle pour les psychiatres mais h elle 
est si peu connue du public ou lui paraît si exagérée que M" ,e Milhl 
a cru qu'il était nécessaire de rappeler que le grand sympathique, 
qui est le système nerveux qui préside à notre vie végétative, est 
aussi celui dans lequel s'expriment nos émotions qu'elles soient 
conscientes ou refoulées. 

L'auteur a analysé 50 femmes tuberculeuses et un grand nombre 
.d'enfants atteints de la même maladie. Cela pendant deux ans. Elle 
est arrivée aux conclusions suivantes ; 

Comme la majorité des humains sont infectés de tuberculose sans 
•que dans leur vie adulte elle* se manifeste de façon chronique, il 
faut qu'il y ait quelqu'autre cause qui affaiblisse la résistance du 
corps à cette maladie. Cette diminution de la résistance est causée 
par des émotions qui, agissant sur le système sympathique, dimi- 
nuent Ténergie dont 1 organisme a besoin pour résister à la maladie. 
Les tuberculeux adultes sont inertes, facilement fatigués, d'humeur 
-changeante, irritables et égoïstes. Souvent ils sont des rêveurs diur- 
nes et caractérisés par un « optimisme pathologique » qui est des- 
tiné à compenser leurs tendances au suicide. Les enfants tuberculeux 
ne présentent pas ces mêmes traits ; ils pourraient être rééduqués et 
Ton diminuerait ainsi le nombre des futurs tuberculeux adultes. 
La psychothérapie, en diminuant l'intensité des conflits, libère des 
énergies qui peuvent être employées avec succès dans la lutte contre 
la maladie, 

« Houdini ECHAPPE A LA RÉALITÉ » , par Louis Bragman. 

Dans cet article, Bragman fait une anaWse de la vie de Houdini, 
célèbre artiste des Variétés, Ce dernier était très fortement fixé à 
sa mère au point de vue affectif, elle fut toujours la principale affec- 
tion de sa vie même après qu'il eût épbusé une femme qu'il aimait. 
L'auteur montre que tous les tours de Houdini étaient des tentatives 
de suicide et de retour dans le sein maternel- Il n* échappait à ces 
suicides sjnnboliques que grâce à sa force et à son extraordinaire 
habileté. Les lettres de Houdini sont une preuve du culte qu'il avait 
pour sa mère et fournissent un excellent matériel pour l'analyse. 

« Fantaisies d'un enfant sur la naissance », par L C. et'M\ 
Sherman. 

Les auteurs de cet article exposent le cas d'un petit garçon qui 
se refusait à manger bien qu'il fut en parfaite santé. L'analyse ré vêla 
■qu'il croyait que les enfants se formaient dans le ventre des parents 
a la suite d'excès de nourriture. Il craignait de concevoir en man 
3>eant trop ! 

R, de Saussure. 



: " 



h ■* ■ ■ 4 ■ 



Table générale des Matières 



Mémoires originaux (partie médicale) 

Eug + Sokolnicka, — Quelques problèmes de la tecli nique psychana- 
lytique * * 

R. de Saussure. — Les fixations homosexuelles. * . * * * . ^ 

E. Jones* — Le développement primaire de la sexualité chez la 
femme * 

A. Hesnard. — Le mécanisme psychanalytique de la psychonévrose 
liypociondriaque *. . • 



+. k. *. + 



i 
50 

92 
no 



-■ Mémoires originaux (partie appliquée) 

G. Roheim, — La psychologie raciale et les origines du capita- 
lisme chez les primitifs ■ , 122 

Comptes rendus 

Société psychanalytique de Paris (S janvier 1929-1" juin 1929).... 150 
IV e conférence des Psychanalystes de langue française (Paris)* ..* iSS 



Mémoires originaux [partie médicale) 

■ 

TL Allenpv. — Un cas d'obsession : peur de P enfer 209 

E, JONES. — La jalousie 228 

A- Hessard, — Nouvelles réflexions sur la psychologie de Pierre 

Jacet * . * * * 243 



Mémoires originaux (partie appliquée) 

L. Jekels. — Le tournant décisif de la vie de Napoléon * • , 272 

J. Frois-Wittmakn, — Considérations psychanalytiques sur Part 
moderne + 355 

: Comptes rendus 

"Bulletin de correspondance (Association internationale de psychana- 
lyse) 395 



(1) Les tables analytiques et des auteurs paraîtront dans, un des prochains 
aiuméros de la Revue* ,„■ .... - . . 



«■■tf^ ^™ ^-^^^^^K^^^^^^^WWW^B^*0W^-^^^WJ 



TABLE GÉNÉRALE DE£ MATIÈRES S3S 



Congrès international de psychologie appliquée (Paris) „ 406 

Bibliographie , .... .*.•••.. 4 H 

MÉMOIRES ORIGINAUX {partie ViédÙaic) 

S* Freud, — La prédisposition à la névrose obsessionnelle 437 

H. Cgdet et R. Laforgue — Echecs sociaux et besoin inconscient 

d J auto-punition * 44S 

R. Laforgue. — Technique psychanalytique active et volonté de 

guérir; + * 464 

Marie BokapaRTE, — Un petit accès de kleptomanie larvée 478 

Ed t PiCHOft. — Court document d'ouîroeri tique 4S2 

IL de SaussuiîE. — Instinct d'inhibition 491 

Mémoires originaux {partie appliquée) 

J.-C. Flugel. — De la valeur affective du vêtement 509 

Comptes rendus 



Société psychanalytique de Paris (12 juillet 1929-20 décembre 3929), . 524 
Conférences sur 1a Technique psychanalytique faite par le D r Sachs 
à la Société Psychanalytique de Paris (juin 1929) 557 

Bibliographie ,..,,,,,•♦, .,.♦..•.,... * * 569 

Bulletin de correspondance. Association internationale de Psychana- 
lyse. — XI e Congrès international de Psychanalyse à OxforcL , . . 582 

Mémoires originaux {partie médicale) 

S. Ferexczi. — Sur la technique psychanalytique T . T • . 617 

R. de Saussure. — Fragments d'analyse d'un pervers "sexuel . v .. . 631 
Clu Ohier. — ] /argent et les névrosés. 11 e partie ,, , * . . 690 

/ Mémoires originaux {partie appliquée) 

R. LapoïigUE- — Les mécanismes d 'auto-punition et leur iufluence 
sur 1e caractère de l'enfant . . ♦ , * 735. 

Comptes rendus 

Société psychanalytique de Paris (2S janvier 1930) 750 

Bulletin de correspondance. — Congrès d'Oxford [suite et fiv) 754 

Bibliographie ^ 777" 



/ 



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I I 






Le Géraîtt : Y. Chapelle. 



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s iïïsmuj oc^svcflfiisfiLïSt 



187, Rus Sclnt-Jpcqtres 



PARIS -5- 



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