(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Saint Coran traduit en langue francaise"

m 



AR-RAHEEQ 
AL-MAKHTOUM 

(LE NECTAR CACHETE) 




E-mail: darussalam@naseej.com. sa 



Le premier prix mondial 



*♦ ♦ 




AR-RAHEEQ 
AL-MAKHTOUM 

(LE NECTAR CACHETE) 

La Biographie du Prophète (S) 

Ce livre a remporté le premier prix mondial au concours organisé en 

1399 de l'hégire à la Mecque par la Ligue Mondiale Islamique sur la 

biographie du prophète (&) 

7TJ l"lil 4l,jlÀ^ 

Cheikh SAFI AR-RAHMAN AL-MUBARAK FAWRI 
University Islamique à Al-Madinah Al-Mounawarah 

Traduit de l'Arabe par Cheikh GUEYE (Dakar) 
Revisé par: Ben Brahim Mohamed Al-Amin (Riyad) 



/IMJjia 

DARUSSALAM 



Maktabat Dar-ous-Salam 
Maison d'édition et de distribution 




Au Nom d'Allah le Tout Miséricordieux, 
le Très Miséricordieux 



Discours de Son Excellence 
Cheikh Mohammad Ali Al-Harakan 

Ancien secrétaire général de la Ligue Islamique Mondiale. 

Louange à Allah le Maître des mondes, Le créateur des cieux 
et de la terre, l'Inventeur des ténèbres et de la lumière. Qu'Allah 
répande Sa bénédiction sur notre guide Mohammad qui est le 
sceau de l'ensemble des prophètes et des Messagers, celui par 
l'intermédiaire de qui Allah a annoncé la bonne nouvelle, averti, 
promis, menacé, sauvé l'humanité de la perdition, guidé les 
hommes sur le droit chemin, celui d'Allah Le détenteur de ce 
qu'il y a dans les cieux et sur terre. N'est-ce pas que tout finira 
par retourner à Allah? 

En outre, étant donné qu'Allah le Transcendant et le Très 
Haut a donné à son messager pouvoir d'intercession et haut 
rang, guidé les musulmans vers son amour, assuré ceux qui le 
suivent de Son amour à Lui, le Très Haut, et dit: "Dis-leur: Si 
vous aimez vraiment Allah, suivez ma voie. Allah vous aimera 
et effacera vos péchés" (3:31), il s'agissait là de facteurs ayant 
amené les gens à aimer le prophète (S), à chercher les moyens 
de consolider les liens qui les unissaient à lui. Depuis l'aube de 
l'islam, les musulmans rivalisent de mettre en relief ses qualités, 
et aussi de publier son attrayante biographie. 

La biographie du prophète (0) se ramène à ses paroles, à 
ses actes et à sa précieuse moralité. Dans ce sens, Aicha, la 
femme du prophète (S) 1&*. <d!l ^j dit: «Son caractère, c'était 
le Coran». Or, le Coran est le livre d'Allah et intégralement sa 
parole. Quiconque présente ce profil est le meilleur et le plus 
complet des hommes, celui qui, plus que tous, mérite l'amour de 
la totalité des êtres créés par Allah. 

Les musulmans ne cessent de s'attacher à cet amour 
absolument rare dont découle la première conférence islamique 



sur la noble biographie du prophète (H) tenue au Pakistan en 
1396 de l'hégire, conférence au cours de laquelle la Ligue devait 
rendre publique la mise en compétition de cinq prix en espèce, 
d'un montant de 150 mille riyals saoudiens, à distribuer aux cinq 
meilleures recherches sur la biographie du prophète (il). 
Celles-ci doivent satisfaire aux conditions ci-après: 

1. Elles devaient être conformes à la chronologie des 
événements historiques. 

2. Elles devaient être de bonne qualité et de surcroît inédites. 

3. Le chercheur devait citer la totalité des manuscrits et des 
sources de référence scientifiques sur lesquels se fonde sa 
recherche. 

4. Le chercheur devait faire son autobiographie la plus 
complète et la plus détaillée, en mentionnant ses titres de 
références scientifiques ainsi que ses autres compositions 
s'il en existe. 

5 Le document de recherche devait être lisible et de préférence 
dactylographié. 

6. La langue utilisée pouvait être la langue arabe ou d'autres 
langues vivantes. 

7. les recherches étaient reçues du début de Rabi at-tani (4ème 
mois de l'année musulmane) 1396 au début d'Al-muharram 
(1er mois de l'année) 1397. 

8 Les recherches étaient déposées au secrétariat général de la 
Ligue Mondiale Islamique dont le siège est à la Mecque 
sous pli cacheté à numéroter par le secrétariat. 

9 Une haute commission composée d'experts en la matière 
allait étudier les recherches. 



L'annonce faite devait donc amener à compétir les ulémas 
dotés par Allah d'un amour pour le prophète (H). Quant à la 
Ligue Mondiale Islamique, elle se préparait à recevoir ces 
recherches en arabe, en anglais, en ourdou ou dans toute autre 
langue. 

Les chers frères commencèrent alors à envoyer leurs 
recherches dans ces langues. Les recherches, au nombre de 171 
se répartissaient comme suit: 84 en arabe, 64 en ourdou, 21 en 
"anglais, une en français et une en haoussa. La Ligue avait 
constitué une commission d'experts pour étudier ces recherches 
et les classer par ordre de mérite. 

Les cinq chercheurs primés se présentaient conformément au 
classement ci-dessous: 

Premier prix: Cheikh Safi Ar-rahman Al-moubarakfouri de 
l'université salafite de l'Inde. Le montant de ce prix était de 
50000 riyals saoudiens. 

Deuxième prix: Docteur Majid Ali Khân de l'université 
islamique de New Delhi - Inde. Le montant de ce prix était de 
40000 riyals saoudiens. 

Troisième prix: Docteur Nasir Ahmed Nâsir, recteur de 
l'université islamique du Pakistan. Le montant de ce prix était 
de 30000 riyals saoudiens. 

Quatrième prix: Professeur Hammad Mahmoud Mohammad 
Mansour Laymoun de la République arabe d'Egypte. Le montant 
de ce prix était de 20000 riyals saoudiens. 

Cinquième prix: Professeur Abd-ous-Salam Hâchim Hâfidh de 
Médine - Royaume d'Arabie Saoudite. Le montant de ce prix 
était de 10000 riyals saoudiens. 

La Ligue avait publié la liste des lauréats lors de la première 
conférence islamique asiatique tenue à Karachi au mois de 
Sha'aban de l'année 1398 de l'hégire et aussi dans tous les 



journaux. A l'occasion, le secrétariat général de la Ligue 
organisa une grande fête à son siège (la Mecque) sous l'égide de 
Son Altesse Royale, le prince Sa'oud ibn Abdil-Mouhsin ibn 
Abdil-'Aziz, procureur de la principauté de la Mecque, en 
remplacement de Son Altesse Royale, le prince Fawwaz ibn 
Abdil-'Aziz, commandant de la région de la Mecque. Son 
Altesse Royale a alors remis les prix aux lauréats et cela le matin 
du Samedi correspondant au 12 Rabî Al-Awwal 1399. Au cours 
de cette fête, le secrétariat général annonça sa décision 
d'imprimer et de publier les recherches primées en plusieurs 
langues. 

En application d'une telle décision, nous mettons à la 
disposition des lecteurs la toute première forme imprimée de ces 
recherches est celle du Cheikh Safi Ar-Rahman Al- 
Moubarakfouri, de l'université salafite de l'Inde, détenteur du 
premier prix. 

Il sera procédé à l'impression .des autres recherches 
conformément à leur ordre de succession. Dans ce cadre, nous 
implorons Allah, le Transcendant et le Très Haut, d'agréer tous 
nos actes réalisés dans le seul but d'obtenir Sa satisfaction. En 
vérité c'est Le meilleur maître et Le meilleur assistant. Qu'Allah 
répande Sa bénédiction et Sa paix sur notre guide Mohammad, 
sur sa famille et ses compagnons. 



Cheikh Mohammad Ali Al-Harakan 

Ancien secrétaire général de la Ligue Islamique Mondiale 



TABLE DE MATIERES 

Introduction de l'éditeur 20 

Propos de l'auteur 25 

CADRE DE VIE ET TRIBUS ARABES 27 

Cadre de vie des arabes r 27 

Les tribus arabes 28 

Le pouvoir et l'autorité chez les arabes 36 

La monarchie du Yémen .37 

La monarchje de Hira 40 

La monarchie de la Syrie 42 

Le pouvoir au Hijaz 43 

Le pouvoir chez les autres arabes 50 

La situation politique 51 

LES RELIGIONS DES ARABES 52 

La situation religieuse ....63 

Aspects de la société arabe pré-islamique 64 

La situation sociale 64 

La situation économique 70 

La morale 70 

GENEALOGIE ET FAMILLE DU PROPHETE (S) 74 

La généalogie du prophète 74 

La famille prophétique 75 

LA NAISSANCE ET LES 40 ANS AVANT LA MISSION 

PROPHETIQUE 82 

La naissance 82 

Mohammad chezBanîSaad 83 

Retour de Mohammad chez sa mère 85 

Mohammad à la charge de son grand père 86 

Mohammad chez son oncle Abi Tâlib 86 

L'appel à la pluie 87 

Rencontre avec le moine Bahîrâ 87 

La guerre d'Al-Foujjâr 88 

Le pacte de Foudoul 88 

Une vie d'efforts et de travail 89 

Le mariage de Mohammad (S)' avec Khadija '. 90 

La construction de la Kaaba et la question d'arbitrage 91 

Aspects généraux de la biographie du prophète (il) avant le début 

de la mission 92 

L'époque Mecquoise 94 

L'AVENEMENT DE LA PROPHETIE ET DE LA MISSION 96 

Dans la grotte de Hirâ 96 

9 



Jibril descendit avec la révélation 97 

La période de la révélation 99 

Jibril pour la deuxième fois apporte la révélation 100 

Délimitation des étapes de la révélation 104 

Première étape 106 

L'effort d'Appel à Allah 106 

Trois ans d'appel secret 106 

Les premiers fidèles 106 

La prière 108 

La nouvelle parvint à tous les Kouraichites 109 

La deuxième étape 110 

La généralisation de l'appel .110 

Le premier ordre de rendre l'appel manifeste 1 10 

L'appel des proches 111 

Sur le mont As-Safa 112 

L'exposé de la vérité et la réaction des associateurs 113 

Le groupe consultatif pour empêcher les pèlerins d'écouter l'appel 1 14 

Les diverses techniques mises en œuvre contre l'appel 1 16 

Les persécutions 118 

Attitudes des associateurs à l'égard du Messager d'Allah (®) 121 

La délégation des Kouraichites auprès d'Abu Tâlib 122 

Les Kouraichites menacent Aba Tâlib 123 

Les Kouraichites encore une fois chez Abi Tâlib 123 

Les agressions contre le Messager d'Allah (il) 124 

Dâr Al-Arqam 130 

La première émigration vers l'Abyssinie 131 

Prosternation des associateurs avec les musulmans et retour des émigrés .133 

La deuxième émigration en Abyssinie 134 

Le complot des Kouraichites contre les musulmans émigrés 

en Abyssinie 135 

La violence des supplices et la tentative de supprimer le Messager 

d'Allah (S) 138 

La conversion de Hamza ibn Abdil-Mouttalib 141 

La conversion de Omar ibn Al-Khattâb (-sfe) 142 

Le représentant des Kouraichites face au Messager d'Allah ($>) 148 

Les chefs des Kouraichites négocient et Abou Jahl veut le tuer 151 

Pourparlers et concessions 153 

Le désarroi, les cogitations et les contacts des Kouraichites avec les juifs.... 155 

L'EMBARGO GENERAL 157 

Le pacte d'injustice et d'agression 157 

Trois ans dans le fief d'Abi Tâlib 158 

La destruction du feuillet renfermant le pacte... 158 

10 



La Dernière Délégation Envoyée Par les Kouraichites à Abi Tâlib 162 

L'ANNEE NOIRE 166 

La mort d' Abi Tâlib 166 

La mort de Khadija 167 

L'avalanche de tristesses 168 

Le mariage du prophète (S) avec Sawda (L^ <dJI ^j) 169 

Les facteurs d'endurance et de résolution 169 

TROISIEME ETAPE 182 

(APPEL A L'ISLAM HORS DE LA MECQUE) 182 

Le Messager d'Allah (S) à Tâif 182 

PRESENTATION DE L'ISLAM AUX TRIBUS ET AUX INDIVIDUS. 189 

Les tribus auxquelles l'islam fut présenté 189 

Les croyants non mecquois 190 

Six hommes de qualités parmi les habitants de Yathrib 195 

Mariage du prophète (S) avec Aicha 197 

LE VOYAGE NOCTURNE ET L'ASCENSION 198 

Le premier acte de reconnaissance d'Al-Akaba -, 206 

L'Ambassadeur de l'islam à Médine 207 

Le succès euphorique 207 

Le deuxième acte de reconnaissance d'Al-Akaba 210 

Les termes duBay'a 212 

Réaffirmation de la gravité de la Bay'a 213 

La conclusion de la Bay'a 214 

Le choix de douze dirigeants 215 

Les responsables Khazraj 215 

Les responsables d'Al-Aws ; 216 

Un satan découvre l'alliance 216 

La disposition des Ansârs à attaquer les Kouraichites 216 

Les Kouraichites protestent auprès des chefs de Yathrib 217 

La confirmation de la nouvelle chez les Kouraichites et la poursuite 

des acteurs de l'alliance 217 

LES PREMICES DE L'HEGIRE 219 

A Dâr An-Nadwa, le parlement des Kouraichites 222 

Les discussions au parlement et la décision unanime de lâchement 

assassiner le prophète (H) 224 

EMIGRATION DU PROPHETE (S) 226 

Encerclement de la maison du prophète (S) 226 

Le Messager d'Allah (S) quitte sa maison 228 

De la maison àla grotte 229 

Le prophète (S) et AbouBakr à l'intérieur de la grotte 229 

Sur la route de Médine 231 

La descente àQouba 238 

11 



L'entrée àMédine 240 

La vie àMédine 242 

PREMIERE ETAPE 243 

La situation qui prévalait à Médine 243 

Au moment de l'Hégire 243 

L'édification d'une nouvelle société 252 

La construction de la mosquée du prophète 252 

La fraternisation des musulmans '. 254 

Le pacte de l'alliance islamique 255 

Impact des valeurs sociales 257 

Le pacte conclu avec les juifs 261 

Clauses du pacte 262 

LA LUTTE SANGLANTE 264 

La déclaration d'intentions d'interdire la sainte.mosquée 265 

Les Kouraichites menacent les Mouhâjirin 265 

L'autorisation de combattre 266* 

Les expéditions dirigées par le prophète (Ghazwa) et celles dirigées 

par l'un de ses généraux (Sariyyà) avant la bataille de Badr 268 

LA GRANDE BATAILLE DE BADR 278 

Première bataille cruciale de l'islam 278 

La cause de la bataille 278 

L'effectif de l'armée des musulmans et la réaprtition des 

commandements 279 

L'armée des musulmans se dirige vers Badr 279 

L'annonce de la nouvelle à la Mecque 280 

LesMecquois se préparent à la Ghazwa 280 

L'effectif de l'armée de la Mecque 281 

Le problème des tribus appartenant àBanîBakr 281 

L'armée de la Mecque se met en route 281 

L'échappée de la caravane 282 

L'armée de la Mecque songe à battre en retraite. Des dissidences 

s'y font jour 282 

La situation critique de l'armée des musulmans 283 

Le conseil consultatif 284 

L'armée des musulmans continue sa marche 286 

Le Messager d'Allah (S) effectue des opérations de reconnaissance 286 

Obtention de l'essentiel des informations sur l'armée de la Mecque 287 

La tombée de la pluie .288 

L'armée des musulmans devance celle de la Mecque et occupe tous les 

points stratégiques 288 



12 



Le poste de commandement 289 

Mobilisation et veillée d'armes de l'armée 289 

Les deux armées s'aperçoivent l'une l'autre 292 

Le début des affrontements 294 

La bataille 294 

L'attaque généralisée 295 

Le Messager d'Allah (S) supplie son Seigneur 296 

La descente des anges 297 

La contre attaque 297 

Iblis se retire du champ de bataille 299 

L'écrasante défaite 299 

La résistance d'Abi Jahl 300 

La mort d'Abi Jahl 300 

Quelques manifestations de beautés de la foi au cours de cette bataille ....302 

Les tués de part et d'autre 306 

La Mecque reçoit la nouvelle de la déroute 307 

La nouvelle de la victoire parvint à Médine 310 

Les divergences au sujet du butin 310 

L'armée du prophète se dirige vers Médine 311 

Les vagues de félicitations 312 

La question des prisonniers 313 

Le Coran fait allusion à la bataille de Badr 316 

Les activités militaires entre Badr et Ohod 319 

L'expédition de Banî Salim à Al- Koudr 320 

Complot pour l'assassinat du prophète (H) 321 

L'expédition Ghazwa de Qaynouqa' 323 

Exemples de complots ourdis par les juifs 323 

Banou Qaynouqa annulent le pacte 325 

Le siège, la reddition et le retrait 327 

L'expédition Ghazwa d'As-Sawîq ..328 

L'expédition Ghazwa de Thi-Amr 329 

Le meurtre de Ka'ab ibn Al-Achraf 330 

L'expédition Ghazwa de Bahrân 335 

L'expédition Sariyya de Zayd ibn Hâritha 335 

L'EXPEDITION (GHAZWA) D'OHOD 338 

Préparatifs des Kouraichites pour une bataille de revanche 338 

L'effectif et le commandement de l'armée de Kouraich 339 

Le départ de l'armée des Mecquois 340 

Les musulmans se préparent à faire face au cas d'urgence 340 

L'armée Mecquoise aux murs de Médine 341 

La définition du plan de défense par le conseil consultatif 341 

Préparatifs et départ pour le champ de bataille de l'armée islamique 343 

13 



Passage en revue de l'armée 344 

La rébellion de Abdillah ibn Obai et de ses compagnons 345 

Départ pour Ohod du reste de l'armée musulmane 347 

Le plan de défense 348 

Le Messager d'Allah (S) exhorte l'armée à la bravoure 350 

Préparatifs de l'armée mecquoise 351 

Tractations politiques de la part des Kouraichites 352 

Efforts des femmes Kouraichites pour encourager leur armée 353 

Le tout premier accrochage 353 

Focalisation de la bataille autour du drapeau et extermination 

des porte-drapeaux 354 

La bataille sur les autres fronts 355 

La mort du lion d'Allah Hamza ibn Abdil-Mouttalib 357 

Le contrôle de la situation 357 

Du giron de la femme au cliquetis des épées et des boucliers. 358 

Rôle des archers dans la bataille 358 

La déroute des associateurs 358 

L'erreur monumentale des archers 360 

Khâlid ibn Al-Walid monte un plan visant à l'encerclement 

de l'armée musulmane 361 

Attitude héroïque du Messager d'Allah (H) à l'égard de l'encerclement ..361 

La dispersion des musulmans au vu de la situation 362 

Violence des combats autour du Messager d'Allah (S) 364 

Le moment le plus critique de la vie du Messager d'Allah (S) 365 

Début du ralliement des compagnons autour du Messager d'Allah (S) ....368 

Accentuation de la pression exercée par les associateurs 369 

Exemples d'exploits 370 

Effet des rumeurs du meurtre du prophète (S) sur le déroulement 

des combats 372 

Le Messager d'Allah (S) continue la lutte et sauve la situation 372 

Le meurtre d'Oubay ibn Khalaf 374 

Talha, fait monter le Messager d'Allah (S) 375 

Dernière attaque des associateurs 375 

Mutilation des martyrs 376 

Disposition des héros musulmans à combattre jusqu'à la fin 376 

Après l'aboutissement du Messager d'Allah (S) à la passe 377 

Sadicité d'Abi Soufyan et sa conversation avec Omar au terme 

de la bataille 378 

Rendez- vous àBadr 378 

Vérification de la situation des associateurs 379 

Inspection des tués et des blessés 379 

Regroupement et inhumation des martyrs 381 

14 



Le Messager d'Allah (®) loue son Seigneur le Tout Puissant 

et l'invoque 383 

Retour à Médine: Exemples d'affection et de dévouement 384 

Le Messager d'Allah (S) à Médine 385 

Les tués du part et d'autre 386 

Etat d'urgence à Médine 386 

L'expédition Ghazwa des Hamra Al-Asad 386 

Les principes et buts louables de cette expédition 393 

Les expéditions Sariyya entre Ohod etAl-Ahzâb 395 

L'expédition Sariyya d'Abi Salama 396 

La mission de 'Abdillah ibn Ounais 396 

La mission d'Ar-Raji' 397 

La tragédie de Bi'r Ma'ouna 399 

La Ghazwa de Banî An-Nadîr 401 

La deuxième expédition Ghazwa de Badr 407 

L'expédition Ghazwa de Doumatil-Jandal 409 

L'expédition Ghazwa contre Al-Ahzab (les coalisés) 411 

L'expédition Ghazwa contre Banî Kouraidhah 426 

Les activités militaires après l'expédition Ghazwa contre Banî 

Kouraidhah 434 

Le meurtre de Salâm ibn Abil-Houqaiq 434 

La Sariyya de Mohammad ibn Maslama 436 

L'expédition Ghazwa contre Banî Lihyân 437 

Continuation de l'envoi des missions et des Sariyyas 438 

L'expédition Ghazwa contre banil-Moustalaq (ou Ghazwat 

Al-Mouraysi') 443 

Rôle des hypocrites avant la Ghazwa de B anil-Moustalaq 445 

Rôle des hypocrites dans l'expédition Ghazwa contre Banil-Moustalaq ..449 
Les missions et les expéditions Saraya après la Ghazwa d' Al-Mouraysi' .455 

La 'Oumra d'Al-Houdaybiyya .459 

Cause de la Oumra d'Al-Houdaybiyya 459 

La mobilisation des musulmans 459 

Les musulmans se dirigent vers la Mecque 460 

Tentative des Kouraichites de détourner les musulmans de la Kaaba 460 

Changement de route et tentative d'éviter le lutte sanglante 461 

Badil s'interpose entre le Messager d'Allah (M) et les Kouraichites 461 

Les émissaires des Kouraichites 462 

C'est lui qui a écarté leurs mains de vous 464 

Othman ibn Affan ambassadeur auprès des Kouraichites 465 

Rumeurs au sujets du meurtre de 'Othmân et satisfaisante prestation 

de serment de fidélité 465 

Conclusion et esprit du pacte de réconciliation 466 

15 



L'extradition d'Abi Jandal 468 

Sacrifice et rasage pour les besoins de la 'Oumra 469 

Refus de rendre les femmes émigrées 469 

Conséquences du pacte de réconciliation..... 471 

Tristesse des musulmans et discussion de Omar avec le prophète (H) 473 

Dénouement de la crise des faibles 475 

Conversion à l'islam de certains des héros des Kouraichites 476 

LA DEUXIEME ETAPE 477 

UNE PHASE NOUVELLE 477 

Correspondances adressées aux souverains et aux princes 47 8 

Lettre à l'adresse du Négus, roi d'Abyssinie 479 

Lettre adressée à Al-Mouqawqis, le roi d'Egypte 482 

Lettre à l'adresse de Kisra, le roi Perse 484 

Lettre à César, roi de Rome 485 

Lettre à Al-Moundhir ibn Sâwa 489 

Lettre à Houdha ibn Ali, roi de Yamâma 490 

Lettre à Al-Hârith ibn Abi Chimmer Al-Ghassâni, roi de Damas 490 

Lettre au roi de Oman 491 

Les activités militaires après la réconciliation dAl-Hudaybiyya 495 

La Ghazwa de la forêt ou la Ghazwa de Thi-Qird 495 

L'expédition Ghazwa de Khaybar et de Wâdil-Koura 497 

Cause de l'expédition..... 498 

Départ pour Khaybar 498 

Effectif de l'armée musulmane 498 

Contact des hypocrites avec les juifs 499 

En route pour Khaybar 500 

Quelques uns des événements qui se sont produits en cours de route 500 

L'armée musulmane aux portes de Khaybar 502 

Les châteaux de Khaybar 502 

Campement de l'armée musulmane 503 

Branle bas de combats et annonce de la victoire 503 

Début de la bataille et conquête du château de Nâ'im 504 

Conquête du château d'As-Saab ibn Mouâd 505 

Conquête de la forteresse d'Az-Zoubair 506 

Conquête de la forteresse d'Oubay 506 

Conquête du château d'An-Nazzar 507 

Conquête de la deuxième partie de Khaybar 508 

La négociation 508 

Le meurtre des deux fils d'Abil-Houqaiq pour raison de violation du pacte 

de réconciliation 509 

Le partage du butin 510 

L'arrivée de Ja'far ibn Abi Tâlib et des Ach'arites 511 



16 



Le mariage avec Safiyya 511 

L'affaire de la brebis empoisonnée 512 

Les tués de part et d'autre lors des batailles de Khavbar 513 

Fadk 513 

Wâdil-Koura 514 

Taymâ 515 

Le retour à Médine 515 

La Sariyya d'Abbân ibn Saîd 516 

Les autres expéditions en Sariyya ou Ghazwa réalisées à l'an 7 de l'Hégire. 517 

La Ghazwa de Thatir-Rikâ' 517 

La 'Oumra de compensation 524 

La bataille de Moatah 528 

Cause de la bataille 528 

Commandants de l'armée et recommandations du Messager d'Allah (M) 528 

Adieux à l'armée islamique et pleurs de Abdillah ib Rawâha 529 

Départ de l'armée islamique situation soudaine de terreur 530 

Réunion du conseil consultatif à Ma'ân 530 

L'armée islamique bouge vers l'ennemi 531 

Début des combats et succession des commandants au sort du drapeau 531 

Le drapeau est défendu par l'une des épées au servir d'Allah 532 

La fin de la bataille 533 

Les tués de part et d'autre 534 

L'effet de la bataille 534 

La Sariyya de Thâtis-Salâsil 535 

La Sariyya d'Ibn Qatâda en direction de Khadra 536 

L'expédition Ghazwa de conquête de la Mecque 537 

Cause de la Ghazwa 537 

Abou Soufyan se rend à Médine pour renouveler le pacte de réconciliation.... 539 

Préparation de la Ghazyva et tentative de discrétion 541 

L'armée islamique bouge en direction de la Mecque 543 

L'armée islamique campe à Marr Az-Zahrân 544 

Abou Soufyan devant le Messager d'Allah (il) 545 

Les Kouraichites sont pris de court par la progression de l'Armée 

musulmane 548 

L'armée musulmane à Thi-Touwa 549 

L'armée islamique entre à la Mecque 549 

Le Messager d'Allah (*^) entre dans la sainte mosquée et la purifie en la 

débarrassant des idoles 550 

Le Messager d'Allah (#J) Fait deux génuflexions (Raka'a) puis s'adresse 

aux Kouraichites 551 

Pas de récrimination contre vous aujourd'hui 552 

La clé du temple à ses détenteurs 552 

17 



Bilâl appelle à la prière du haut de la Kaaba 553 

Prière au sujet de la victoire et prière de remerciement 553 

Exécution de certains des plus grands criminels 554 

Conversion à l'islam de Safwân ibn Omayya et de Foudâla ibn Amir 555 

Le discours du Messager d'Allah (H) au deuxième joui" de la conquête 555 

Cainte des Ansâr du séjour définitif à la Mecque du Messager dAllah (H) . 556 

L'acceptation de serments de reconnaissance et de fidélité 557 

Séjour et activités du Messager d'Allah (M) à la Mecque 558 

Sarâya et missions 558 

La Troisième Etape 562 

L'expédition-G/iazvva deHounayn 563 

La marche de l'ennemi et son campement à Awtâs 563 

L'expert en matière de guerre considère comme aberrant l'avis du général . 563 

Le service de renseignements de l'ennemi 564 

Le service de renseignements du Messager d'Allah (M) 565 

Le Messager d'Allah (H) quitte la Mecque pour Hounayn 565 

L'armée islamique prend à l'improviste les archers et les attaquants 566 

Retour des musulmans et paroxysme de la bataille 567 

Découragement et défaite écrasante de l'ennemi 567 

L'opération de poursuite 568 

Le butin 569 

LaGhazwad'At-Têàf 569 

Le partage dubutin à Al-Jou'râna 571 

Les Ansâr en ont après le Messager dAllah (*i). 572 

Arrivée de la délégation de Hawâzin , 573 

OumraetretouràMédine 575 

Missions et Sarâya faites après la conquête de la Mecque 576 

Les authentificateurs 576 

Les Sarâyas 577 

L'expédition-G/iazwa de Tabouk 582 

Cause de la Ghazwa 582 

Nouvelles générales sur la préparation des byzantins et de Banî Ghassan .... 5 83 
Nouvelles particulières sur la préparation des byzantins et des 

ghassanites 585 

La situation est plus critique 585 

Le prophète (Jt) décida d'avancer sans hésitation 585 

L'annonce de la préparation pour combattre les byzantins 586 

Les musulmans se hâtent pour se préparer au combat 586 

L'armée islamique se dirige vers Tabouk 588 

L'armée islamique à Tabouk 590 

Retour à Médine 592 

Les délaissés 593 



1! 



L'impact de la Ghazwa , 595 

Descente du coran au sujet de cette Ghazwa 595 

Evénements importants s'étant produits au cours de cette année 596 

Le pèlerinage d'Abi Bakr (4*0 597 

Observations sur les Ghazwàs 598 

Les gens, en foule, embrassent la religion d'Allah 601 

Les délégations 602 

Impact du succès de l'appel .617 

Le pèlerinage d'Adieu 620 

Les dernières missions 626 

Le décès du prophète @B) 628 

Signes d'adieu 628 

Début de la maladie 629 

La dernière semaine 629 

Cinq jours avant le décès 629 

Quatre jours avant le décès 631 

Un ou deux jours avant le décès 632 

Un jour avant le décès 632 

Le dernier jour 633 

L'agonie 634 

La grande tristesse des compagnons 635 

La position de Omar 635 

La position d'Abi Bakr 635 

Préparatifs et modalités de l'enterrement 636 

La maison prophétique 638 

Qualités et moralités 648 

La beauté de caractère 648 

Perfection d'âme et noblesse de caractère 652 

SOURCES DE REFERENCE 659 

LEXIQUE 



K 


3 




â, ô, î 


(^1 :J\ <0 Jil 


TH 


JiJ 


J (Hajj) 


(sJ-Df*. 


KH 


t 


H 


C 


D 


J° 


ï 


J* 


DH 


Jà 


â> â, i 


t 


GH 


i 


s 


<y 



19 



Introduction de l'éditeur 

La biographie du prophète (S) est le premier puits historique 
d'où, de génération à génération, les héritiers de la prophétie et 
les porteurs du flambeau de la foi, viennent puiser le viatique de 
leur propre manière de vivre, les fondements de leur séjour sur 
terre ainsi que de leur rayonnement. 

Quiconque étudie l'histoire du prophète (S) et y consacre la 
réflexion et la profondeur de vue nécessaires, découvrira 
l'étonnant agencement hitorique par lequel le prophète (S), en 
compagnie des croyants, s'est élevé au-dessus de la matérialité 
et l'attachement à la jouissance des biens terrestres, pour mener 
l'humanité à des niveaux que celle-ci n'avait jamais pu 
connaître de toute son histoire. Quiconque étudie 
minutieusement l'histoire du prophète ($g) en essayant de 
découvrir le secret par lequel l'histoire désolée et infertile est 
devenue fertile et féconde, secret dont ce monde a fait pousser et 
éclore les plus belles fleurs de l'humanité, ce qui a permis au 
prophète (S) de former des hommes que la mondanité n'aurait 
toutefois affectés que parce qu'ils étaient moins purs que les 
anges, s'entendra dire par celle-ci: «Voici le désert le plus 
proche à travers lequel furent éduqués ceux qui embrassèrent 
l'islam au beau milieu des ténèbres». 

Si l'on méditait sur ses actes on s'entendrait dire par ceux-ci: 
«Nous bâtissons une communauté à qui appartiendra, ensuite, 
l'histoire de la terre». 

Le prophète (H) n'avait pas son égal dans la résignation au 
malheur, la constance absolue dans le culte de la vérité, la 
sérénité et la quiétude face aux remous de ce monde, encore 
moins dans la clémence, la bonté et la transcendance du sens 
même du séjour sur terre. Allah le créa de cette manière pour 
l'amener à maîtriser les événements, à trôner au-dessus des 
considérations d'ordre matériel. 

20 



Aussi le prophète (S) fut-il une origine historique pour 
l'humanité tout entière, une tête pensante aux idées justes et 
pertinentes pour le monde. 

Allah le Transcendant, le Très Haut en a, en effet, marqué le 
cœur, préservant celui-ci des ruses du caprice et des abus de la 
nature. 

C'est pourquoi, quiconque lit sa biographie, prend 
connaissance de ses qualités innées et de sa parole, doit toujours 
chercher à découvrir le sceau d'Allah dans tous les détails. 
Alors, par l'explication d'une telle biographie, il se rendra 
compte que seule en elle et par elle ce bas monde peut réaliser 
son but moral le plus sublime, que le prophète était un homme et 
aussi le déclic du progrès de l'humanité, que l'un de ses miracles 
est qu'il a ajouté à son histoire ce que l'humanité avait été 
incapable de retrouver dans la sienne et que toutes ses affaires 
ont été organisées par Allah comme si c'était des attributs 
constitués par Lui-même puis accrochés à l'histoire, pour 
expliciter le sens de la vie, tout comme le soleil, accroché dans 
le ciel, sert à éclairer le monde matériel. 

Si tu méditais son exposé, tu verrais celui-ci te mener à une 
situation comparable à celle où tu méditerais sur un jardin dont 
l'haleine t'imprègne le cœur, un spectacle dont la représentation 
secoue l'âme ou un sentiment par lequel la vie devient plus 
calme, spirituelle, sensible et agréable. 

En outre, un tel exposé perfectionnerait certaines de tes 
tendances humaines, te ferait obtenir d'Allah de la lumière. 

Alors, tu te trouverais au centre de l'exposé. Tout se passerait 
comme si tu voyais le locuteur à travers sa parole. Voilà de 
quelle façon on examine la parole du prophète (S). 

H s'agit là d'une parole qui, toutes les fois qu'on l'explore, 
développe la compréhension. De surcroît, son sens est proche, 
aussi proche que l'est le Rouh par rapport au corps humain, et 



21 



pourtant aussi loin que ce même Rouh vu à travers le secret 
divin qui l'entoure. 

Elle est avec toi, pourvu que tu sois avec elle. Si tu t'arrêtes, 
elle s'arrête. Continues-tu? La voilà qui continue. Elle contribue 
à tes réalisations. Tu n'y verras rien de tout ce que tu trouves 
chez les orateurs de ce monde comme futilité, volubilité et 
laxisme dans le langage. 

C'est" plutôt une parole faisant correspondre le sens à la 
réalité. Elle provient d'une bouche que font parler une pensée, 
un cœur, une foi en un Dieu Tout Puissant. C'est une parole qui, 
saisie dans sa globalité, est comme un monde que le prophète 
(S) aurait sorti de lui-même, un monde qui ne cesse d'être sur le 
chemin de la droiture, conformément à l'islam, sans divergence 
ni discordance. - 

Dès Jors, il s'avère extrêmement important que la biographie 
du prophète (S) ainsi que ses paroles occupent la même place 
par rapport à l'âme du croyant que le cœur occupe dans le corps. 
Il importe qu'elles la contrôlent de la même manière que la 
conscience contrôle et gère l'esprit, afin que le corps s'élève au- 
dessus des pesanteurs de la terre. 

L'âme ne pourra jamais réaliser ces acquis tant qu'il y a en 
elle -l'influence de la matière et des attractions de la terre. Elle ne 
pourra se déployer et prendre de la hauteur, qu'autant qu'elle 
aura compris le but de son existence, à travers son long stock 
historique dans lequel aucune communauté n'a triomphé comme 
l'a fait celle de l'islam. «Allah nous a confié la tâche de mener 
qui II veut de l'adoration des hommes à l'adoration du Seigneur 
des hommes, de la déviance des religions à la justice de l'islam, 
de l'étroitesse de ce monde à l'immensité d'ici-bas et de l'au- 
delà». Il s'agit là de paroles débordantes de foi, rayonnantes de 
lumière et sorties de la bouche de quelqu'un qui a été éduqué par 
le leader et premier maître, le prophète (S) et qui, ayant compris 
le but de son existence, œuvra à sa réalisation. C'est comme cela 



22 



que doit être quiconque veut prendre part à la longue marche de 
la communauté. 

Etant donné l'importance que revêt la biographie du prophète 
(S) dans la vie des musulmans dans le passé comme dans le 
présent, plusieurs livres, de conceptions et de démarches 
différentes, ont été réalisés dans ce sens. 

Cependant il existe dans ce domaine des livres qui se sont 
distingués des autres par leur globalité, leur intégralité et la 
précision de leur approche et qui aident le lecteur à aborder avec 
aisance la biographie du prophète (S), à comprendre celle-ci de 
manière globale et intégrale, sans lacunes ni failles. 

Le présent livre «LE NECTAR CACHETE» du professeur 
Safi Ar-Rahman al-Moubarakfouri de l'université salafite de 
l'Inde, fait partie des livres exceptionnels dans la mise en 
perspective historique. E se distingue par la clarté de son 
approche et sa grande maîtrise de la présentation de la 
biographie du prophète- (S), de manière profonde et accessible, 
dénuée des imperfections et des futilités que l'on trouve dans 
certains livres de Sira (biographie du prophète (S)). Ce livre se 
distingue aussi en ceci qu'il aide tout lecteur ou chercheur dans 
le domaine de la Sira à trouver ce qu'il cherche. 

Ce livre a remporté le premier prix au concours de Sira 
organisé par la Ligue Mondiale Islamique. Nous n'oublierons 
pas de mentionner ici que cet effort vient s'ajouter aux énormes 
efforts déjà déployés par les ulémas de l'Inde, au cours des 
siècles, de par leur souci de préserver le patrimoine islamique, 
leur rarissime créativité en matière de Tafsîr (commentaire du 
Coran), de Sîra, de Hadith (paroles du prophète (S)) et des 
sciences qui s'y rattachent. 

La direction de Darous-Salâm est fière de présenter cette 
nouvelle édition corrigée par l'auteur (qu'Allah le garde), sur sa 
demande, en y apportant des modifications importantes et utiles, 



23 



après avoir revu les textes et approfondi les événements de la vie 
du prophète (H), ainsi que les étapes de son appel à l'islam. 

Mes gratitudes et remerciements sont pour les membres 
suivants de l'équipe qui ont fourni leurs grands efforts et ont 
accompli les tâches qui lui ont été assignées en informatisation, 
traduction, rédaction, compilation et correction des manuscrits: 

Mr. Cheikh Gueye (traduction) 
Mr. Ben Brahim Mohamed Al-Amin (révision) 
Mr. Younous ibn Dietmar Hundt (revue) 
Mme Ben Brahim Samia Chikhawi (lexique) 

Nous implorons Allah, le Transcendant et le Très Haut de 
généraliser l'intérêt et l'utilité de ce livre à tous les musulmans à 
travers le monde. Qu'Allah répande Sa bénédiction et Sa paix 
sur notre prophète Mohammad (S), sur sa famille et ses 
compagnons, de manière illimitée et féconde. 



Le serviteur du Saint Coran 
Abdoul-Mâlik Moujâhid 



24 



Propos de l'auteur 

Louange à Allah Qui a envoyé Son messager en le munissant 
de la droiture et de la religion de la vérité, placée au-dessus de 
tout autre, a fait de lui un témoin, un annonciateur et un 
avertisseur, un prophète qui, avec la permission d'Allah, a 
appelé à Allah, un faisceau de lumière, un bon exemple pour 
quiconque place son espoir en Allah et au jour de la résurrection 
et invoque Allah abondamment. 

Ô Seigneur, répands Ta bénédiction et Ta paix sur le prophète 
Mohammad, sur sa famille, ses compagnons et sur tous ceux qui 
les suivront dans le bien, jusqu'au jour du jugement dernier. 
Qu'ils boivent tous à Tes sources de clémence et de satisfaction. 

Cela dit, un des motifs de contentement et de joie est que la 
Ligue Mondiale Islamique a annoncé, suite au congrès sur la 
biographie du prophète (S) tenu au Pakistan au mois de Rabî 
Al-Awwal de l'année 1396 de l'hégire, l'organisation d'un 
concours à l'échelon du monde islamique, autour de la 
biographie du prophète (0) - pour activer les écrivains et 
coordonner les efforts intellectuels. Je considère que ce travail a 
une valeur considérable dont l'exposé ne saurait peut-être cerner 
la description car, la biographie du prophète (S) - le modèle 
Mohammadien - est, examinée de plus près, la seule source dont 
découlent les sources de vie du monde islamique ainsi que le 
bonheur de la société humaine. 

J'ai eu le bonheur et la chance de présenter une recherche 
comme contribution à ce concours béni, mais qui suis-je jusqu'à 
projeter de la lumière sur la vie du maître des premiers hommes 
comme des derniers (S). Je ne suis qu'un homme qui perçoit 
tout son bonheur à travers le fait de s'inspirer de sa lumière^de 
manière à éviter de sombrer dans les ténèbres et aussi pour 



25 



continuer d'appartenir à sa communauté, d'y mourir, et d'aspirer 
à ce qu'Allah, par son intercession, lui pardonne ses péchés. 

Je tiens tout simplement à dire ceci en matière de 
présentation de mon approche: lorsque j'ai décidé d'écrire un 
livre sur la biographie du prophète (S) je tenais à en faire un 
livre moyen pour éviter d'ennuyer par la longueur du propos et 
aussi d'enclencher un travail fastidieux. 

J'ai retrouvé dans les sources une divergence considérable sur 
la chronologie des événements ou dans les détails qui s'y 
rattachent. Face à cette situation, j'ai alors procédé à des 
vérifications approfondies et projeté le regard sur tous les 
aspects de la recherche. 

Ensuite, j'ai consigné dans le document ce qui m'a paru le 
plus plausible, au terme des vérifications. Toutefois, je me suis 
passé d'indications et de démonstrations car, en fait, il s'agirait 
là d'un développement inutile. Néanmoins il se peut que j'aie 
usé d'indications là où j'ai craint que le lecteur ne soit laissé sur 
sa faim, ou là où j'ai constaté que la plupart des écrivains 
soutiennent des contre vérités. 

Ô Seigneur, décrète pour moi l'obtention du bien ici-bas et 
dans l'au-delà. Certes, Tu es l'Absoluteur, l'Affectueux, le 
Détenteur du Trône gloieux. 



Vendredi 24/07/1396 (Hégire) - 23/07/1976 (G.) 



Safi Àr-Rahman Al-Moubarakfouri 

Université Salafite Banaris - Inde 



26 



CADRE DE VIE DES TRIBUS ARABES 

La biographie du prophète (.#) est, à la vérité, une sorte de 
message qu'il (0) a apporté à la société humaine, de manière à 
mener les gens des ténèbres à la lumière, de l'adoration des 
créatures à l'adoration d'Allah. Il n'est possible d'en préciser 
intégralement la belle forme qu'après avoir établi "une 
comparaison entre la toile de fond et les efforts de ce message. 
En considération de ce fait, nous présentons d'abord ce chapitre 
sur les tribus arabes et leur évolution avant l'avènement de 
l'islam et aussi sur les circonstances de la mission de 
Mohammad (S). 

Cadre de vie des arabes 

Le terme arabe réfère au désert à l'espace vide et désolé et à 
la terre infertile où il n'y a ni eau, ni plante. Ce terme, depuis 
les époques les plus" reculées de l'histoire, est utilisé pour 
désigner la Péninsule Arabe. De même, il s'emploie pour 
désigner les populations ayant élu domicile dans cette même 
localité. 

La Péninsule Arabe est limitée à l'ouest par la mer rouge et 
la Presqu'île du Sinaï, à l'est par le Golfe Arabe et une grande 
partie de l'Iraq du sud, au sud par la Mer des Arabes qui est un 
prolongement de l'Océan Indien et au nord par la Syrie et une 
partie de l'Iraq, malgré des divergences sur certaines de ses 
limites. Sa superficie est estimée entre 3 429 904 km 2 et 
4458875 km 2 . 

La Péninsule revêt une importance considérable du fait de sa 
position naturelle et géographique. Perçue sous son aspect 
interne, elle est entourée de déserts et de sables de tous côtés. En 
raison de cette situation, la Péninsule est devenue une forteresse 
imprenable ne permettant point à des étrangers de l'occuper et 
de "la contrôler. C'est ce qui explique que ses populations soient 



27 



libres en toutes choses depuis les époques les plus anciennes. 
Vivant dans le voisinage de deux grands empires, ils n'auraient 
jamais pu résister à leurs attaques n'eût été ce rempart que 
constituait leur pays. 

Vu de l'extérieur, la Péninsule se situe entre les continents 
connus du monde ancien et auxquels elle est reliée par voie 
terrestre et maritime. La zone nord-ouest est une porte d'accès 
en Afrique. La zone nord-est donne accès en Europe. La zone 
Est s'ouvre sur la Perse, l'Asie Centrale et l'extrême Orient, et 
permet- de parvenir en Inde et en Chine. De même, chaque 
continent est relié à la Péninsule par la mer, ses bateaux et ses 
navires venant directement accoster aux ports de celle-ci. 

A cause de cette situation géographique, le nord et le sud de 
la Péninsule étaient une escale pour les peuples, un centre 
commercial, culturel, religieux et artistique; 

Les tribus arabes 

Les historiens répartissent les tribus arabes en trois groupes 
selon leur descendance: 

1. Les arabes disparus 

Ce sont les premiers arabes qui ont complètement disparu. Il 
n'a pas été possible d'obtenir suffisamment de détails sur leur 
histoire; exemple: Âd, Thamoud, Tâsam, Jadis, Imlâq etc. 

2. Les arabes de souche 

Ce sont les arabes descendant de Yaarab ibn Yachjoub ibn 
Kahtân. On les appelle les arabes Kahtanites. 

3. Les arabes d'adoption 

Ce sont les arabes descendant d'Ismaîl; on les appelle les 
arabes Adnanites. Quant aux arabes de souche - le peuple de 
Kahtân - leur berceau est le Yémen. Leurs tribus, éparpillées, 
comprenaient deux de célèbres: 



28 



• Himyar dont les fractions les plus célèbres furent Zayd al- 
Jamhor, Koudâa et As-Sakasik. 

• Kahlân dont les fractions les plus célèbres furent Hamdân, 
Anmâr, Tay Madlaj, Kinda, Lakhm, Jouthâm, Al-Azd, Al-Aws, 
Al-Khazraj et les enfants de Joufna, les rois de la Syrie etc. 

Les Kahlanites quittèrent le Yémen et s'éparpillèrent dans la 
Péninsule. On raconte que la plupart d'entre eux émigrèrent 
avant le torrent impétueux, lorsque leur commerce échoua du 
fait de la pression exercée sur eux par les romains, du fait aussi 
que ceux-ci contrôlaient la voie du commerce maritime et 
avaient détruit la voie terrestre après leur occupation de l'Egypte 
et de la Syrie. D'autres racontent qu'une telle tribu émigra plutôt 
après le torrent. Malgré ce qui précède il ne serait pas étonnant 
qu'il y 'eût à cette époque, entre les Kahlanites et les Himyarites 
une rivalité aboutissant à l'émigration des premiers. C'est du 
reste ce que suggère la non-émigration des Himyarites au 
moment de l'évacuation des Kahlanites. On peut répartir les 
émigrants parmi ces derniers en quatre groupes: 

1. Les Azdites 

Leur émigration fut décidée par leur maître et plus grand 
contribule Imran ibn Amr Mouzaykiya. Ils se mirent à se 
déplacer au Yémen et à envoyer des pionniers, avant d'aller au 
nord et à l'est où ils se fixèrent, Thaalaba ibn Amr du groupe de 
Azd gagna le Hijâz et résida parmi les Thaalabites et les Thi 
Kar. Lorsque ses enfants furent devenus grands et solides, il se 
rendit à Médine où il séjourna et élit domicile. Parmi ses enfants 
on retrouve les Aws et les Khazraj, enfants de Hâritha ibn 
Thaalaba. 

Hâritha ibn Amr, de la tribu de Khouzâaa ainsi que ses 
enfants parcoururent aussi le Hijâz au point de camper à Marr 
Adh-Dhahrân. Ils ouvrirent ensuite le Haram, résidèrent à la 
Mecque et chassèrent ses habitants, les Jourhoumites. 



29 



Imrân ibn Amr descendit à Oman où il élit domicile lui et ses 
enfants qui étaient Azd Oman. Les tribus des Nasr ibn Al-Azd 
résidèrent à Touhâma: ce sont Azd Chanou'a. Jafna ibn Amr se 
rendit en Syrie où il vécut avec ses fils. C'est lui le père des rois 
Ghassanites dont l'appellation réfère à une eau qui alors existait 
dans le Hijâz, lieu où ils étaient d'abord descendus avant d'aller 
en Syrie. 

L'eau était connue sous le nom de ghaçan. 

2. Lakhm et Jouthâm 

Ils se déplacèrent vers l'est et le nord. Il y avait parmi les 
Lakhmites Nadr ibn Rabîaa, le père des rois de Hirâ. 

3. Banou Tay 

A l'instar des Azd, ils allèrent vers le nord et s'arrêtèrent aux 
deux montagnes: Aja et Salmâ où ils résidèrent tant et si bien 
que celles-ci furent connues sous le nom de «montagnes de 
Tay». 

4. Kinda 

Descendus à Bahrain, ils furent obligés de le quitter pour 
s'installer à Hadramawt dont l'accueil, similaire à celui de 
Bahrain les contraignit aussi à aller s'installer àNajd. Là, ils 
formèrent un important gouvernement qui devait, cependant, 
disparaître subitement, sans laisser de traces. 

Il y' avait aussi une tribu dont le rattachement à Himyar 
suscite des divergences, à savoir Koudâaa qui, ayant quitté le 
Yémen, vint s'installer dans la campagne de Samâwa près de 
l'Iraq. 

Pour ce qui est des arabes d'adoption, l'origine de leur tout 
premier ancêtre à savoir notre maître Ibrahim ($S1) est en Iraq, 
dans une bourgade du nom de Âr, située sur la rive occidentale 
de l'Euphrate, près de Koufa. Les recherches archéologiques ont 
apporté beaucoup d'informations sur cette bourgade, la famille 

30 



d'Ibrahim (3SSI) et les conditions religieuses et sociales du pays. 
On sait qu'Ibrahim (80\) avait émigré de cette bourgade pour se 
rendre à Harrân et ensuite en Palestine, dont il fit la base de son 
appel à Allah. 

Il faisait des tournées dans ce pays et ailleurs. Une fois, il se 
rendit en Egypte dont le Pharaon essaya d'abuser de sa femme 
Sârah, mais Allah déjoua ses plans. Alors, le Pharaon se rendant 
compte que Sârah était proche d'Allah, mit sa fille Hâjir à son 
service, comme domestique, en reconnaissance de sa vertu. 

Sârah, par la suite, maria Hâjir à Ibrahim (j&). Celui-ci 
retourna en Palestine et eut de Hâjir Ismâîl; mais, Sârah fut 
tellement jalouse qu'il fut obligé d'exiler Hâjir et son fils 
Isma'il. Il les emmena au Hijâz et les fit habiter dans une vallée 
sans plantation auprès du temple sacré d'Allah qui, alors, n'était 
qu'une élévation de terre, comme la colline, balayée ça et là par 
les flots. 

Il les plaça alors auprès d'un arbre (au-dessus de Zamzam), 
au sommet de la mosquée. A cette époque, la Mecque était 
inhabitée. Il n'y avait pas d'eau. 

Il les munit d'une besace renfermant des dattes et d'une 
gourde contenant de l'eau puis retourna en Palestine. Des jours 
après les vivres et l'eau s'épuisèrent, mais, grâce à Allah, un 
puits se creusa et fit jaillir le Zamzam qui devint, provisoirement 
leur moyen de subsistance. 

Cette histoire est connue dans ses moindres détails. Une tribu 
yéménite, connue sous le nom de Jourhoum Ath-Thâniya (la 
seconde) déménagea à la Mecque avec l'autorisation de la mère 
d' Ismâîl. On raconte qu'avant cela, elle vivait dans les vallées 
situées dans la périphérie de la Mecque. Le rapport d'Al- 
Boukhari mentionne que cette tribu s'installa à la Mecque après 
la naissance d'Ismâîl et avant que celui-ci ne grandît, et qu'avant 
cela il ' lui arrivait de traverser ces vallées. Ibrahim (859) 
voyageait de temps en temps à la Mecque pour voir Hâjir et son 

31 



fils. Le nombre de ses voyages reste à ce point imprécis. 
Cependant les sources historiques dignes de foi le ramenant à 
quatre. Allah rappelle dans le Coran qu'Ibrahim ($S), grâce à 
Lui, rêva d'égorger Ismâîl, et obéit à cet ordre: 

/ *. ^ ». >^»^<^ 

«Puis quand tous deux se furent soumis (à l'ordre d'Allah) 
et qu'il l'eut jeté sur le front, voilà que nous l'appelâmes: 
Ibrahim! tu as confirmé la vision. C'est ainsi que nous 
récompenserons les bienfaisants. C'était là certes, 
l'épreuve manifeste et nous perpétuâmes son renom dans 
la postérité»: (37:103-107). 

H est mentionné dans Sifr at-Takwîn (le voyage de formation) 
qu'Ismâîl avait treize ans déplus qu'Ishâq car, l'annonce delà 
naissance de ce dernier n'a été faite qu'à la fin du récit. Ce récit 
dénote tout au moins un voyage fait avant qu'Ismâîl ne fût 
devenu grand. Quant aux trois autres voyages, Al-Boukhâri les a 
rapportés dans le détail d'Ibn Abbâs qui, lui-même, les tenait du 
prophète (H). Le résumé de ces récits montre qu'Ismâîl, devenu 
grand, apprit l'arabe chez les Jourhoumites qu'il étonnait du 
reste par son intelligence. Ceux-ci le marièrent à une femme de 
leur tribu, après quoi, sa mère fut morte. 

Après le mariage, Ibrahim ($0) rendit visite à son fils. Ne le 
trouvant pas chez lui, il le demanda à sa femme et s'enquit des 
nouvelles de leur ménage. Celle-ci lui fit comprendre, sur une 
note de complainte, qu'ils n'avaient rien à manger, ce qui 
détermina Ibrahim ($3) à la charger de dire à son époux de 
changer le seuil de sa porte. 



32 



I 



Dès qu'il reçut le message, Ismâîl comprit le propos, divorça 
sa femme et en prit une autre qui était, selon plusieurs sources, 
la fille de Moudad ibn Amr le chef de la tribu Jourhoum; 
Ibrahim (SS3) revint voir son fils, après le second mariage. Ne le 
trouvant pas sur place, il retourna alors en Palestine, après 
l'avoir demandé à son épouse et aussi interrogé celle-ci sur les 
affaires du ménage. La femme ayant loué Allah, Ibrahim (8£BI) la 
chargea de dire à son époux de ne plus changer le seuil de sa 
porte. H revint une troisième fois et trouva Ismâîl en train de 
tailler une flèche sous un arbre à proximité du puits de Zamzam. 
Lorsque celui-ci le vit, il se leva, alla à sa rencontre et fit ce que 
le père fait au fils et le fils au père. Leur rencontre eut lieu après 
une période si longue qu'il est rare qu'un père affectueux et 
compatissant puisse se passer de son fils et qu'un fils bon, 
vertueux et intègre puisse se passer de son père. Cette fois, ils 
construisirent ensemble la Kaaba et élevèrent ses fondations. 
Ibrahim (35â) invita ensuite les gens à venir faire le pèlerinage 
conformément à la volonté d'Allah. 

Grâce à Allah, Ismâîl eut de la fille de Moudad douze 
garçons: Nâbit, Kaydâr, Adbâyil, Mabcham, Mishma', Douma, 
Misha, Houdoud, Yatma, Yatour, Nafis et Kaydmân. De ces 
douze fils partirent douze tribus qui, pour un temps vécurent 
toutes à la Mecque. 

La majeure partie de leurs moyens de subsistance provenait 
du commerce qu'elles effectuaient au Yémen, en Syrie et en 
Egypte. Ensuite ces tribus se disséminèrent dans la Péninsule et 
même en dehors de celle-ci, après quoi elles sombrèrent dans les 
ténèbres de l'oubli, exception faite de deux: la tribu de Nâbit et 
celle de Kaydâr: Les Nabitéens, de la tribu de Nâbit, fondèrent 
une civilisation florissante au nord du Hijâz . Ils constituèrent un 
gouvernement solide et sûr, prirent Al-Batrâ comme capitale. 
Personne n'avait jamais pu les inquiéter avant l'arrivée des 
romains qui se fondirent sur eux. 



33 



Un groupe d'investigateurs en est venu à estimer que les rois 
de la dynastie de Ghassan ainsi que les Ansâr (partisans) 
appartenant à la tribu des Aws et à celle des Khazraj sont à 
exclure de la dynastie des Qahtânites. 

Ceux-ci, toutefois appartenaient à la dynastie de Nâbit ibn 
Ismâîl, leurs restes étant chez elle. C'est aussi ce que pense 
l'imâm Al-Boukhâri. S'agissant d'Al-Hâfidh ibn Hajar, ce qui 
lui semble plus probable est que les Kahtânites appartenaient à 
la dynastie des Nâbit. 

Pour ce qui est des Kaydâr ibn Ismâîl, ils ne cessaient de 
vivre à la Mecque où ils se multiplièrent au point de donner 
naissance à Adnân et à son fils Maad. Adnân, dont se réclament 
les arabes Adnânites, est le vingt et unième aïeul dans la 
chronologie de la généalogie du prophète. On raconte que le 
prophète (S) en mentionnant sa généalogie, s'arrêtait toujours à 
Adnân disant: "Les généalogistes mentent. On ne doit pas 
dépasser Adnân". Un groupe d' Ulémas permettent cependant de 
dépasser Adnân, considérant comme faible le hadith précité. 

Selon eux, il y aurait entre Adnân et Ibrahim ($©) quarante 
aïeux précisément. 

La tribu de Maad s'effrita à partir de Nizâr dont on dit qu'il 
était son fils unique. Nizâr avait quatre enfants fondateurs de 
quatre grandes tribus: Iyyâd, Anmâr, Rabîaa et Moudar. 

Ces deux derniers sont ceux dont les tribus se multiplièrent et 
s'élargirent. Descendirent de Rabîa: Asad ibn Rabîaa, Anaza, 
Abdoul-Kays, les deux enfants de WâïlBakr et Taghlib, Hanif a 
et beaucoup d'autres. 

La tribu des Moudar se sépara en deux grandes branches: 
Kays Aylân ibn Moudar et Ilyâs ibn Moudar. Se réclamaient de 
Qays Aylân: Banou Salim, Banou Hawâzin et Banou Ghatafân 
comprenant Abs, Thoubyân, Achjaa et Banou Ghani ibn Asour. 
D'Ilyâs ibn Moudar se réclamaient Tamin ibn Mourra, Houthayl 



34 



ibn Moudrika, Banou Asad ibn Khouzayma et Kinâna ibn 
Khouzayma. De Kinâna se réclamaient Kouraich, enfants de 
Fihr ibn Mâlik ibn An-Nadr ibn Kinâna. Les Kouraichites se 
divisèrent en diverses tribus dont les plus célèbres furent 
Joumah, Sahmi, Adi, Makhzoum, Taym, Zahra, la tribu de 
Kousay ibn Kilâb c'est à dire de Abdid-Dar ibn Kousay, Asad 
ibn Abdil-Ozza ibn Kousay et Abd Manâf ibn Kousay. 

De Abd Manâf se réclamaient quatre familles: Abd Chams, 
Nawfal, Al-Mouttalib et Hâchim parmi lesquels Allah a choisi 
notre guide Mohammad (S) ibn Abdillah, ibn Abdil-Mouttalib, 
ibn Hâchim. 

Le prophète (S) dit: 

"r* 1 -* J^. est J}^ ^ <• r^ Jî J^J 

"Allah a choisi parmi les fils d'Ibrahim Ismâîl, parmi les 
fils d' Ismâîl Kinâna, parmi les descendants de Kinâna 
Kouraich, parmi les descendants de Kouraich Hâchim, et 
parmi les descendants de Hâchim moi-même". 1 

D'après ce qu'on rapporte de lui, Al-Abbas ibn Abdil- 
Mouttalib dit, rapportant lui-même les paroles du prophète (S): 

«f-°- i ''.'\''°-' > >°~. â(- . >> . \' * ' * ' > u 

«Allah a créé les êtres, me choisit parmi le meilleur clan, 
sélectionna les meilleures tribus et me choisit parmi la 
meilleure, sélectionna les meilleures maisons et me choisit 
parmi la meilleure. Je suis le meilleur d'entre-eux, en fait 
d'âme et de maison». 2 



1 Sahih Mouslim, 2/245; At-Tirmithi, 2/201. 
2 At-Tirmithi,2/201. 



35 



Les enfants de Adnân, devenus nombreux se disséminèrent 
un peu partout dans la Péninsule Arabe, s 'orientant vers les 
zones pluvieuses et les pâturages. Les tribus Abdoul-Kays, Bakr 
ibn Wâ'il et Tamîn émigrèrent à Bahrain et y élirent domicile. 

Banou Hanifa ibn Saab ibn Ali ibn Bakr allèrent vers 
Yamâma et s'installèrent à Hijr, métropole de Yamâma. Le reste 
de la tribu Bakr ibn Wâ'il s'installa tout au long du territoire, de 
Yamâma à Bahrain, de Sayf Kâdhima à la mer. Il s'installa aussi 
dans la viscinité de l'Iraq, dans Ablah et Hayt. Les Taghlibites 
s'installèrent près de l'Euphrate avec, parmi eux une branche de 
tribu qui cohabitait avec Bakr. Banou Tamîm habitèrent dans la 
campagne de Bassora. Banou Salim s'installèrent près de 
Médine, de Wâdil-Koura à la mer en passant par Khaybar, l'est 
de Médine et les deux montagnes. Les Thakîfites élirent 
domicile à Tâif, Hawâzin à l'est de la Mecque, dans les 
provinces de Awtâs situées à Al-Jâda entre la Mecque et 
Bassora. 

Banou Asad s'installèrent à l'est de Taymâ et à l'ouest de 
Koufa. E y avait cinq jours de marche entre eux et Taymâ 
Bahtar, le campement de Tay, entre eux et Koufa. Les 
Thoubyânits s'installèrent près de Tayma et à Hawrân. La tribu 
Kinâna resta à Touhâma. Celle de Kouraich s'installa à la 
Mecque et dans sa banlieue. Elle resta cependant dispersée 
jusqu'à la venue de Kays ibn Kilâb qui regroupa les 
Kouraichites, les organisa en une unité qui les honorait et 
rehaussait leur prestige. 

Le pouvoir et l'autorité chez les arabes 

Au moment d'aborder les conditions d'existence des arabes 
avant l'islam, nous avons tenu à faire un bref aperçu historique 
sur le pouvoir, l'autorité et les religions chez les arabes, de 
manière à nous rendre facile la compréhension des situations qui 
prévalaient à l'avènement de l'islam. Au moment où se levait le 



36 



soleil de l'islam, les dirigeants de la Péninsule étaient de deux 
catégories: 

1 . Les rois couronnés mais en état de dépendance. 

2. Les chefs de tribus et de clans dotés du même pouvoir et du 
même prestige que les rois. 

La plupart d'entre eux étaient autonomes. Certains d'entre 
eux étaient, peut-être, sous la dépendance d'un roi couronné. Les 
rois à couronne étaient ceux du Yémen, de la Syrie (rois de la 
dynastie ghassanite) et ceux de Hira. 

A part ces rois, les autres dirigeants de la Péninsule étaient 
sans couronne. 

La monarchie du Yémen 

L'un des peuples les plus anciens qui avaient vécu au Yémen 
comme appartenant aux arabes de souche est celui de Saba' dont 
on découvrit les vestiges dans les fouilles de Or, vingt et un 
siècles avant Jésus Christ, et dont la florissance de la 
civilisation, l'apogée de la puissance et de la domination 
remontent à onze siècles avant Jésus Christ. 

On peut approximativement diviser les époques d'existence 
de la monarchie yéménite de la manière suivante: 

1. De 1 300 à 620 avant Jésus. 

Leur Etat, à cette époque était connu sous le nom d'Etat de la 
source (Ad-Dawla Al-Mainyya). Leurs rois portaient le nom de 
Markab Saba. Leur capitale était le bourg de Sarwâh dont on 
trouve les ruines à 50 kilomètres au nord-ouest de Ma'rab et à 
142 kilomètres à l'est de Sanâ que l'on connaît aussi sous le 
nom de Khrîba. 

C'est à cette époque que débuta la construction du barrage 
appelé Ma'rab, barrage extrêmement important dans l'histoire 
du Yémen. On raconte que les Saba étaient tellement 



37 



expansionnistes qu'ils eurent des colonies à l'intérieur et à 
l'extérieur de l'Arabie. 

2. De 720 à 115 avant Jésus 

A cette époque, l'Etat fut connu sous le nom d'Etat des Saba. 

Les rois n'étaient plus appelés "Makrab" mais "Rois de 
Saba". Au lieu de Sarwah, ils prirent Ma'rab comme capitale, 
bourgade dont on retrouve les ruines à 192 kilomètres à l'est de 
Sanâ. 

3. De 115 à 300 après Jésus 

L'Etat fut connu sous le nom de «premier Etat Himyarite». 
En effet, la tribu Himyar était devenue indépendante de Saba. 

Elle remplaça alors la capitale Ma'rab par Raydan, (bourg 
ensuite dénommé Dhifar) dont on retrouve les ruines sur la 
montagne Moudawwar près de Yarim. Dès cette époque, les 
Himyarites connurent une phase de déclin et de décadence. Leur 
commerce échoua de manière considérable en raison, d'une part 
de la domination des Nâbitiens au nord du Hijâz, et de l'autre du 
contrôle que les romains exerçaient sur les voies maritimes après 
avoir soumis l'Egypte, la Syrie et le nord du Hijâz. On note 
aussi, à cet égard, la rivalité des tribus, phénomène qui fut aussi 
à l'origine de la dispersion de la dynastie des Kahtanites et 
ensuite de leur émigration vers des endroits reculés. 

4. De 300 G. à l'avènement de l'islam au Yémen 

L'Etat fut connu sous le nom de «deuxième Etat Himyarite». 
Cette époque fut marquée par une succession d'agitations, 
d'événements sanglants de coups d'Etat, de guerres civiles qui 
mirent le peuple à la merci des étrangers, le conduisant à lui 
faire perdre son indépendance. 

Cela coïncida avec l'entrée des romains à Adan. Ceux-ci 
aidèrent les Abyssiniens à occuper le Yémen pour la première 
fois en 340 G., exploitant dans ce sens la rivalité entre les deux 

38 



tribus Hamdan et Himyar. L'occupation se poursuivit jusqu'en 
378 G. 

Le Yémen devait ensuite retrouver son indépendance mais, il 
commença à y avoir des brèches dans le barrage de Ma'rab, ce 
qui provoqua la grande inondation mentionnée par le Saint 
Coran «inondation d' Al-Arim» inondation qui eut lieu en 450 ou 
45 1 G. Ce fut un grand malheur dont résultèrent la dévastation 
des cultures et la dispersion des peuples. 

En 523 G., Thou Nouwwas, le juif mena une campagne 
abominable contre les chrétiens de Najrân, essayant coûte que 
coûte de les faire sortir de leur religion. Lorsque ceux-ci 
refusèrent, il creusa un fossé, y alluma le feu et les y jeta. 

C'est ce que montre le Saint Coran dans la "sourate des 
constellations" (Al-Bourouj): «Périssent les gens du fossé». Cet 
événement fut à l'origine de la grande vengeance du 
christianisme impulsée à des fins de conquête et d'expansion et 
dirigée contre l'Arabie, sous la direction des romains. 

Ceux-ci avaient mis les Abyssiniens sur le pied de guerre et 
leur avaient préparé une flotte navale. Ainsi débarquèrent 70000 
soldats abyssiniens, qui, une seconde fois occupèrent le Yémen, 
en 425 G. sous la direction de Iryat. Celui-ci se mit à assurer les 
fonctions de gouverneur auprès du roi de l'Abyssinie jusqu'au 
moment où l'assassinât Abraha ibn Al-Achram, l'un des 
généraux de l'armée, en 549 G. Abraha remplaça Iryat après 
avoir réussi à apaiser le roi de l'Abyssinie. 

C'est cet homme qui mobilisa l'armée pour détruire la Kaaba, 
lui et ses soldats appelés: «les gens de l'éléphant» (Ashâboul- 
Fîl). 

Il périt à son retour à San' a laissant derrière lui deux enfants 
qui le remplacèrent l'un après l'autre et qui étaient pires que lui. 

Après la bataille de l'éléphant, les yéménites firent appel au 
roi de la Perse et résistèrent tant et si bien aux abyssiniens qu'ils 

39 



finirent par les chasser du pays et obtenir leur indépendance en 
575 G. sous le commandement de Maadikarib ibn Sayf Thi 
Yazin Al-Himyari. Ils choisirent leur propre roi. Quant à 
Maadikarib, il avait conservé avec lui un groupe d'abyssiniens 
qui, rattaché à son service, obéissait à ses ordres. Ceux-ci, 
cependant l'assassinèrent un beau matin. 

A la mort de Maadikarib, le roi rompit avec les Thi Yazin et 
nomma Kisrâ représentant de la Perse à Sanâ. Il fit du Yémen un 
état perse où les gouverneurs persans ne cessèrent de se succéder 
jusqu'au moment où le dernier d'entre-eux, Badhan, embrassa 
l'islam en 638 G., ce qui mit fin à l'autorité de la Perse sur le 
Yémen. 

La monarchie de Hira 

Les persans régnaient sur l'Iraq et tout ce qui l'entourait 
depuis le moment où, sous le Grand Cirus (557-529 avant 
Jésus), ils connurent l'unité. Personne ne leur résista avant 
l'arrivée d'Alexandre Al-Makdoumi en 326 avant Jésus. Celui- 
ci mit en déroute leur roi Dârâ Premier. 

Il démolit leur puissance au point que leur pays, morcelé, 
passât sous la férule de rois connus sous le nom de «rois des 
clans». Ces rois continuèrent de régner sur le pays ainsi morcelé 
jusqu'en 230 G. 

A l'époque de tels rois les Kahtanites émigrèrent et 
occupèrent une partie de la campagne de l'Iraq. Us furent ensuite 
rejoints par des émigrants de la tribu des Adnanites qui les 
concurrencèrent au point de s'installer dans une partie près de 
l'Euphrate. 

Les persans retrouvèrent leurs forces au temps de Ardachir, le 
fondateur de la dynastie sassanide en 226 G. Celui-ci, leur ayant 
fait retrouver leur unité, envahit les arabes résidant aux confins 
de sa monarchie. C'est ce qui provoqua le départ de Koudâaa 
pour la Syrie où lui furent redevables les peuples de Hîra et de 



40 



Anbar. A l'époque de Ardachîr, Jouthaima Al-waddâh régnait 
sur Hîra, une partie de l'Iraq, la localité de Rabîa et de Moudar. 

Ardachir vit qu'il lui était impossible d'étendre 
immédiatement son autorité aux arabes et de les empêcher 
d'attaquer les couffins de son royaume, à moins qu'il n'eût, pour 
ce faire, un homme parmi eux animé d'un esprit de clan pour 
l'aider dans ce sens. D'autre part, il pouvait demander le secours 
de ces arabes contre les rois romains qui d'ailleurs les 
craignaient de sorte que les arabes de l'Iraq puissent se retrouver 
devant ceux de la Syrie utilisés par ces rois. 

H tenait à sa disposition, auprès du roi de Hira, un bataillon 
de soldats persans à utiliser contre les arabes de la campagne 
rebelles à son autorité. Jouthaima mourut vers 268 G. 

A la mort de Jouthaima, les peuples de Hira et de Anbar 
investirent Amr ibn Adiy ibn Nasr Al-Lakhmi (268 - 288 G.), 
premier roi des Lakhmïtes - au temps de Kisrâ Sabour ibn 
Ardachîr. 

Ensuite, les rois Lakhmïtes régnèrent sur Hîra jusqu'à ce que 
les persans investissent Kabbadh ibn Fairouz (448 - 531 G). A 
l'époque du règne de ce roi apparut Mazdak qui se mit à appeler 
au libertinage. Kabbadh le suivit ainsi qu'un grand nombre de 
ses sujets, puis envoya auprès du roi de Hîra, Al-Mounthir ibn 
Ma'. As-Sama l'invita à adopter la nouvelle religion. Celui-ci 
ayant refusé, Kabbadh le révoqua et le remplaça par Al-Hârith 
ibn Amr ibn Hajar Al-Kindi qui accepta d'embrasser la 
Mazdéisme. Kisrâ Anoucharwan (531 - 578 G.) succéda à 
Kabbadh et fut tellement contre le mazdéisme qu'il tua Mazdak 
et bon nombre de ceux qui l'avaient suivi dans sa religion. H fit 
revenir Al-Mounthir au pouvoir à Hira et réclama Al-Hârith ibn 
Amr mais celui-ci se réfugia chez la tribu Al-Kalb où il resta 
jusqu'à sa mort. Après Al-Mounthir ibn Ma' As-Sama, le 
pouvoir revint à ses enfants dont l'un, An-Nooman ibn Al- 
Mounthir fut celui qui s'attira la colère de Kisrâ, en raison d'une 

41 



délation de Zayd ibn Adiy Al-Abbadi. En conséquence de cette 
délation, Kisrâ envoya chercher An-Nooman. Celui-ci se rendit 
en secret chez Hani ibn Masoud, le seigneur de la dynastie des 
Chaybân, lui confia sa famille et ses biens avant de se diriger 
vers Kisrâ. Celui-ci l'emprisonna alors jusqu'à sa mort et le 
remplaça à Hira par Iyâs ibn Koubaisa At-Tâî à qui il donna 
l'ordre d'envoyer dire à Hani ibn Masoud de remettre ce qu'il 
détenait. 

Hani ayant refusé, le roi lui déclara la guerre. Kisra ne tarda 
pas à envoyer des renforts au roi. Une bataille sanglante 
s'engagea entre les deux armées à ThiKâr, bataille à l'issue de 
laquelle triomphèrent Banou Chaybân. Les persans furent 
abominablement mis en déroute. C'était là la première fois que 
les arabes triomphaient sur les non-arabes. 

On dit que cela se passait peu de temps après la naissance du 
prophète (S) car, le Messager d'Allah (S) naquit huit mois 
avant l'investiture de Iyas ibn Koubaisa au trône de Hîra. 

Après Iyâs, Kisrâ investit un persan du nom de Azathbah qui 
régna pendant dix-sept ans (614 - 631 G.). 

En 632, le pouvoir revint à la dynastie des Loukhm en la 
personne d' Al-Mounthir ibn An-Nooman surnommé Maarour. 

Celui-ci ne régna que huit mois avant d'être attaqué par 
Khalid ibn Al-Walid commandant de l'armée des musulmans. 

La monarchie de la Syrie 

A l'époque, les arabes s'étaient regroupés en Syrie grâce à 
l'émigration des tribus. Les Koudâîtes aussi y étaient à savoir, 
une fraction de Banî Soulaih ibn Halwan dont se réclamaient 
Banou Dojam ibn Soulaih connus sous le nom Dojamites. Les 
romains les utilisaient pour prévenir le gaspillage des arabes de 
la steppe tout autant qu'il en faisaient un appareil de guerre 
contre les persans. Us choisirent un roi parmi eux et pendant des 
années, le pouvoir leur revenait. 

42 



Le plus célèbre de ces rois dont on estime que le règne 
s'étendit du début à la fin du deuxième siècle après Jésus, et 
s'acheva avec l'arrivée de la dynastie de Ghassan, fut Zayd ibn 
Al-Haboula. Ceux-ci vainquirent les Dojamites et se virent 
investis par les romains, rois des arabes de la Syrie. Leur base 
était à Hawran. Les Ghassanites ne cessèrent de régner sur la 
Syrie comme valets des rois romains jusqu'à la bataille de 
Yarmouk en l'an 13 de l'Hégire. Leur dernier roi Jabala ibn Al- 
Ayhom fut soumis à l'islam. Cela se passait au temps du 
commandant des croyants Omar ibn Al-Khattâb ($,). 

Le pouvoir au Hijaz 

Ismâîl (Ô) dirigea la Mecque et le temple d'Allah sa vie 
durant. Il mourut à l'âge de 137 ans et fut successivement 
remplacé par deux de ses fils: Nabit et Kaydar. Il y en a qui 
soutiennent que ce dernier régna le premier. Après eux, la 
Mecque fut confiée à leur grand-père Moudad ibn Amr Al- 
Jourhoumi, événement par lequel la conduite de la Mecque 
passa entre les mains des Jourhoum et y resta. Les enfants 
d'Ismâîl jouissaient d'un grand respect du fait du rôle de leur 
père dans l'édification du temple mais n'avaient pas de pouvoir 
pour autant. Les années passèrent et ceux-ci continuèrent de 
connaître le même sort jusqu'au moment où faiblit l'autorité des 
Jourhoumites, juste avant l'apparition de Boukhtnassar à partir 
de qui, l'étoile politique des Adnanites commença à briller dans 
le firmament de la Mecque. En effet, à F occasion de l'attaque 
menée par Boukhtnassar contre les arabes de Thât Irq, le général 
qui alors conduisait les arabes à la bataille ne fut pas des 
Jourhoumites mais des Adnanites mêmes. 

Lors de la deuxième attaque de Boukhtnassar, en 587 G., les 
Adnanites se dispersèrent vers le Yémen. Bourkhia, le 
compagnon de Yarmiyah le prophète israélien, s'en alla avec 
Maad à Harrân, en provenance de la Syrie. 



43 



Lorsqu'eut cessé la pression exercée par Boukhtnassar, Maad 
revint à la Mecque où il ne trouva de Jourhoum que Jourcham 
ibn Jalhama dont il épousa la fille Mouâna; celle-ci lui donna 
Nizâr. 

Après cela, les Jourhoumites connurent une situation difficile 
à la Mecque, se mirent à agresser les arrivants et même se 
permirent de prendre les biens de la Kaaba, ce qui irrita les 
'Adnanites. Les Khouzâîtes, installés à Marridh-Dhahrân, 
constatèrent l'antipathie des Adnanites à l'égard des 
Jourhoumites et exploitèrent la situation. Alors, en collaboration 
avec une fraction des Adnanites qui étaient Banu Bakr ibn Abd 
Manâf ibn Kinâna, ils combattirent les Jourhoumites au point de 
les chasser de la Mecque et de s'emparer du pouvoir au milieu 
du deuxième siècle après Jésus. 

Contraints au départ, les Jourhoumites bouchèrent le puits de 
Zamzam dans le voisinage duquel ils enterrèrent plusieurs 
choses. 

A cet égard, ibn Ishâq raconte que Amr ibn Al-Hârith ibn 
Moudad Al-Jourhoumi emporta les deux gazelles de la Kaaba et 
aussi la Pierre Noire qu'ils enterra dans le voisinage du puits de 
Zamzam avant de s'en aller au Yémen en compagnie des 
Jourhoumites. Ceux-ci s'attristèrent amèrement d'avoir quitté la 
Mecque et le pouvoir qu'ils y avaient. Dans ce sens Amr dit: 
"Tout se passe comme s'il n'avait pas existé d'intimité et 
d'amabilité entre Al-Houjoun et As-Safa, comme si nul n'avait 
encore passé la nuit à la Mecque. Nous voici malgré tout notre 
séjour dans ce lieu, devenus les hôtes du malheur et les grands 
pères couverts de honte". On estime que l'époque où régnait 
Ismâîl (S) remonte à vingt siècles avant l'ère chrétienne. Quant 
aux Jourhoumites leur installation à la Mecque remontrait à 
vingt et un siècle avant l'ère chrétienne, et leur règne sur la 
Mecque, environ à vingt siècles avant l'ère chrétienne. Les 
Khouzâîtes s'accaparèrent de la Mecque à l'exclusion de Banî 
Bakr. Toutefois les tribus de Moudar avaient trois privilèges: 

44 



1 . Le fait de guider les pèlerins de Arafa à Mouzdalifa, et de 
leur accorder le répit le jour du départ pour Mina. C'est ce 
que faisaient Banou Al-Ghawth ibn Mourra de la tribu des 
Ilyas ibn Moudar. On les appelait Sofa. Le sens de cette 
autorisation est que les pèlerins, au jour du départ, 
n'accomplissaient le jet de pierres que lorsqu'un homme 
appartenant aux Sofa l'avait déjà fait. Ensuite, lorsque les 
pèlerins, ayant fini d'accomplir le jet de pierres, voulaient 
quitter Mina, les gens de Sofa quadrillaient les alentours 
d'Al-Akaba de sorte que personne ne pût passer avant eux. A 
l'extinction de leur clan, les gens de Sofa furent remplacés 
par Banî Saîd ibn Zayd Manât une fraction de la tribu Tamîm. 

2. Le déferlement de l'Ifâdah le lendemain du sacrifice pour 
Mina: responsabilité attribuée à Banî Adwân. 

3. Le fait d'ajourner le saint mois: Responsabilité attribuée à 
Banî Tamim ibn Adiy appartenant à la tribu Kinâna. 

Les Khouzâîtes régnèrent sur la Mecque pendant 300 ans. 
Sous leur règne les Adnanites se répandirent dans Najd, les 
extrémités de l'Iraq et Bahrain. Resta aux extrémités de la 
Mecque une fraction de Kouraich à savoir Haloul, Haroum et 
quelques familles dispersées appartenant à Kinana. Us n'eurent 
aucun rôle à jouer à la Mecque ou au temple d'Allah avant 
l'arrivée de Kousay ibn Kilâb. 

A propos de Kousay on raconte que son père mourut alors 
qu'il était dans le giron de sa mère. Celle-ci se remaria avec un 
homme des Banî Ouddra, à savoir Rabîaa ibn Harâm qui 
l'emmena dans son pays, aux extrémités de la Syrie. Devenu 
grand, Kousay revint à la Mecque dont le dirigeant était alors 
Halîl ibn Habcha de la tribu des Khouzâaa. 

Kousay demanda à celui-ci la main de sa fille Hobba qui lui 
fut d'ailleurs accordée. A la mort de Halil, une guerre éclata 
entre les Khouzâaa et Kouraich, guerre à l'issue de laquelle 



45 



Kousay devint maître de la Mecque et du Temple. Il y a trois 
versions dans la justification de cette guerre. 

1. Lorsque Kousay eut beaucoup d'enfants, devint riche, 
prospère et prestigieux, il considéra, après la mort de Halil 
qu'il était prioritaire sur Khouzâaa et Banî Bakr pour coiffer 
la Mecque et la Kaaba et que les Kouraichites étaient les 
chefs de la dynastie d'Ismâîl ainsi que ses enfants 
incontestables. H offrît à des hommes appartenant à Kouraich 
et à Banî Kinâna d'expulser Khouzâaa et Banî Bakr et ceux- 
ci acceptèrent. 

2. Halîl, alors qu'il dirigeait Khouzâaa recommanda à Kousay 
de s'occuper de la Kaaba et de la Mecque. 

3. Halil donna à sa fille Hobba à s'occuper du Temple. D 
nomma Abou Ghabchân Al-Khouzâî son régent. Abou 
Ghabchan fit office de gardien de la Kaaba. A la mort de 
Halîl, Kousay trompa Abou Ghabchân et acheta de lui la 
charge de garde de la Kaaba avec une outre de vin ou un 
troupeau de chameaux. Les Khouzâîtes ne cautionnant pas 
cette vente, essayèrent d'empêcher Kousay de garder la 
Kaaba. Alors celui-ci réunit des hommes appartenant à 
Kouraich et à Kinâna pour expulser Khouzâaa de la Mecque. 

Quoi qu'il en soit, lorsqu'à la mort de Halil les gens de Sofa 
recommencèrent à s'agiter, Kousay les rencontra en compagnie 
de Kouraich et de Kinâna à Al-Akaba et dit: «Nous méritons 
plus que vous d'accéder à ce poste». 

Alors les gens de Sofa combattirent Kousay qui triompha sur 
eux grâce à l'aide des Khouzâaa et Banî Bakr. 

Kousay se retourna contre ceux-ci, il regroupa Kouraich et 
Kinâna pour les vaincre. Les deux armées se rencontrèrent dans 
une bataille sans merci où des deux côtés tombèrent des têtes. 

Ensuite, ils en appelèrent à la réconciliation et prirent comme 
juge arbitre Yaamour ibn Awf l'un de Banî Bakr. Celui-ci, dans 

46 



son verdict dit que Kousay était prioritaire sur Khouzâaa pour 
s'occuper de la Kaaba et de la Mecque, que le sang de ceux-ci 
versé par Kousay était nul et non avenu, que celui de Banî Bakr 
versé par les Khouzâaa devait conduire au rachat et que rien ne 
devait faire écran entre Kousay et la Kaaba. 

Pour avoir dit cela, Yaamour fut surnommé "Ach-Chaddâkiï' 
(le briseur). 

L'invasion par Kousay de la Kaaba et de la Mecque eut lieu 
au milieu du cinquième siècle après Jésus, en 440. Par ce fait, la 
souveraineté de Kousay et de Kouraich sur la Mecque était 
totale. Kousay devint le chef religieux de la Kaaba, celui à qui il 
revenait de recevoir les délégations d'arabes venant de tous 
côtés de la Péninsule. 

Un aspect de l'œuvre de Kousay à la Mecque est qu'il y 
regroupa son peuple, lotit la ville, maintint les Kouraichites dans 
leurs anciennes demeures, confirma les An-Nousa, la dynastie 
des Safwan, Adnân et Mourra ibn Awf aux postes qu'ils 
occupaient avant, car il considérait qu'il s'agissait là d'une 
pratique qu'il ne convenait pas de changer. 

A noter aussi qu'il fonda Dâr An-Nadwa (la maison des 
rencontres) au nord de la mosquée de la Kaaba et en orienta la 
porte vers la mosquée. JJ s'agissait là du lieu de rassemblement 
des Kouraichites, de celui où se distribuaient les tâches et les 
fonctions. Grande était son importance pour ceux-ci car, en fait, 
il leur permettait d'unir leur langage et de régler les problèmes à 
l'amiable. 

Le leadership de Kousay ainsi que ses actes de noblesse 
correspondaient à plusieurs fonctions: 

1. La présidence de Dâr An-Nadwa où l'on se concertait sur les 
affaires importantes et mariait les filles. 



47 



2. La prise en charge de l'étendard; le drapeau de guerre n'était 
attaché que par lui ou l'un de ses enfants, à Dâr An-Nadwa 
même. 

3. Le leadership, à savoir le contrôle des caravanes: aucune 
caravane ne quittait la Mecque sans son consentement ou 
celui de ses fils. 

4. Le contrôle, à savoir le contrôle de la Kaaba: personne 
d'autre que lui n'avait le droit d'en ouvrir la porte; c'est à lui 
que revenait son entretien et sa garde. 

5. Ravitaillement en eau pour les pèlerins: les mecquois 
remplissaient à l'intention des pèlerins des bassins d'eau 
rendue agréable avec un peu de dattes et de raisins secs. 

6. L'assistance aux pèlerins: elle donnait lieu à la préparation de 
repas destinés aux pèlerins, par voie d'hospitalité. A cet 
égard, Kousay avait imposé aux Kouraichites une 
contribution qu'ils devaient lui verser à partir de leurs biens à 
l'occasion de tout pèlerinage. C'est grâce à cette contribution 
qu'il était possible de nourrir les pèlerins sans provision de 
route. 

Tout cela était à l'actif de Kousay dont le fils Abd Manâf 
était de son vivant, un seigneur éminent. Abdid-Dâr était comme 
lui. Kousay lui dit: «Je te rattacherai davantage au peuple qui 
déjà t'honore». En fait, son père lui confia les fonctions qu'il 
assurait au service de Kouraich. H lui donna Dar an-Nadwa, le 
contrôle de la Kaaba, le gestion de l'étendard, le ravitaillement 
des pèlerins en eau et l'alimentation de ceux-ci. 

Kousay était quelqu'un que personne n'osait contredire. Ses 
décisions étaient respectées. Ses ordres étaient suivis de son 
vivant comme après sa mort tels des préceptes religieux. Aussi à 
sa disparition ses enfants assurèrent-ils la continuité de son 
œuvre, sans la moindre dissension. Cependant, à la mort de Abd 
Manâf, ses enfants et leurs cousins Banou Abdid-Dâr se 



48 



disputèrent la succession. Un clivage se fit jour au niveau des 
Kouraichites et la guerre faillit éclater. 

Toutefois on en appela à la réconciliation et au partage des 
postes. Au titre de ce partage, le ravitaillement en eau et 
l'alimentation des pèlerins revinrent à Banî Abd Manâf. La 
gestion de Dar An-Nadwa, de l'étendard et de la Kaaba resta 
entre les mains de Banî Abdid-Dâr. Ensuite, Banou Abd Manâf 
désignèrent par tirage au sort Hachim ibn Abd Manâf après qui 
fut investi Abd Al-Mouttalib ibn Hachim ibn Abd Manâf, grand 
père du Messager d'Allah (S). Les enfants de Abd Al-Mouttalib 
héritèrent de la charge de leur père jusqu'à l'avènement de 
l'islam, époque à laquelle ce fut le tour de Al-Abbâs ibn Abdil- 
Mouttalib. 

On dit que c'est Kousay qui répartit les postes entre ses fils 
qui, ensuite les passèrent aux leurs. 

Les Kouraichites détenaient d'autres fonctions qu'ils se 
partageaient entre eux et, grâce auxquelles ils avaient constitué 
une principauté ou plus précisément, une sorte de petit Etat 
démocratique, dont les organes et les dénombrements rappellent, 
de nos jours ceux du parlement et des assemblées. 

Voici un tableau représentatif de telles fonctions: 

1. Al-Iasar. prise en charge de la coupe des idoles: la charge 
revenait à Banî Joumah. 

2. Tahjîr Al-Amwal: traitement des offrandes et des vœux dédiés 
aux idoles et aussi le règlement des conflits et des questions 
d'escorte: La charge revenait à Banî Sahm. 

3. Ash-Shoura: instance de consultation et de délibération: la 
charge revenait à Banî Asad. 

4. Al-Asnaq: traitement des prix du sang et des amendes: la 
charge revenait à Banî Taym. 



49 



5. Al-Aakâb: port du drapeau national: la charge revenait à Banî 
Oumayya. 

6. Al-Koubla: organisation des armées et aussi conduite des 
chevaux: la charge revenait à Banî Makhzoum. 

7. As-Safara: la charge revenait à Banî Adi. 

Le pouvoir chez les autres arabes 

Nous avons déjà mentionné dans les pages qui précédent, 
l'émigration des tribus Kahtanites et Adnanites qui, en fait, 
s'étaient partagé l'Arabie. Les tribus installées près de Hira 
dépendaient bien entendu de la monarchie arabe de Hira. Celles 
dans la banlieue de la Syrie relevaient des Ghassânites. 

Il s'agissait là cependant d'une dépendance formelle et non 
point réelle. Quant aux tribus de la steppe à l'intérieur de la 
Péninsule, elles étaient totalement libres. 

En réalité, ces tribus obéissaient à des chefs et disposaient 
d'un gouvernement réduit dont l'entité politique se fondait sur 
l'esprit de clan, la défense commune des terres et la mobilisation 
contre l'ennemi. 

L'importance de tels chefs dans leurs tribus était comparable 
à celle des rois. 

Chaque tribu n'écoutait que l'avis de son chef, en guerre 
comme en paix et ne s'en départait sous aucun prétexte. 

Le chef avait un pouvoir absolu de l'ordre de celui dont 
dispose un dictateur. Dès qu'il était en colère, ses contribues 
l'étaient aussi, brandissant leurs épées sans nul besoin de savoir 
ce qui justifiait sa colère. 

Cependant, le désir de prédominance amenait souvent les 
contribues à rivaliser aux yeux des gens en actes de générosité, 
d'hospitalité, de noblesse, de bonté, de courage et de défense 
d'autrui, notamment les poètes qui étaient à l'époque, la langue 
des tribus et qui, plus que tous, cherchaient à accroître leur 

50 



réputation. Les seigneurs et les chefs avaient des droits 
spécifiques. Du butin, ils prenaient: le Mirbaa, le Safy, le Nasita 
et le Foudoul. Un poète chanta: «parmi nous tu détiens le 
mirbaa, le safi, le pouvoir, le nasita et le foudoul». 

Le Mirbaa, c'est le quart du butin; le Safi: la part que se 
réserve le chef avant le partage; la Nasita: ce que le chef prend 
en chemin avant d'arriver au campement, le Foudoul: ce qu'on 
ne saurait partager entre les acteurs du razzia comme c'est le cas 
du chameau, du cheval etc. 

La situation politique 

Après avoir mentionné les dirigeants arabes, il convient aussi 
de faire cas de leurs conditions politiques. 

Dans les trois provinces avoisinant les étrangers, la situation 
politique s'empirait, caractéristique des rapports entre maître et 
esclave, entre gouvernant et gouverné. Les seigneurs, 
notamment les étrangers, accaparaient tous les gains, maintenant 
les esclaves sous la contrainte. 

En termes plus clairs, les sujets étaient une sorte de champs 
dont le produit était la chasse gardée des gouvernants qui en 
disposaient à leur guise, suivant leurs passions, à des fins 
d'oppression, et d'agression. 

Les gens, aveuglés, étaient voués au tâtonnement. L'injustice 
leur venait de partout or, ils ne pouvaient ni se plaindre, ni 
rouspéter. Au contraire, silencieux, ils subissaient l'humiliation, 
l'injustice et certaines formes de châtiment. 

Le pouvoir était usurpé et les droits individuels nuls et non 
avenus. Les tribus dans le voisinage de telles provinces 
oscillaient, ballottées au gré des passions et des ambitions. 
Tantôt elles faisaient partie de l'Iraq, tantôt de la Syrie. 

La situation des tribus à l'intérieur de la Péninsule était 
absolument bouleversante, dominée par des dissensions tribales, 



51 



les divergences raciales et religieuses. A cet égard leur porte- 
parole s'exprime en ces termes: «Je ne tiens qu'à Gaziya. S'il 
s'égare, je m'égare, s'il retrouve le chemin, je retrouve le mien». 

Les gens n'avaient ni roi appuyant leur indépendance, ni une 
base de référence pouvant les aider à gérer leurs moments 
difficiles. 

Quant au gouvernement du Hijaz, les arabes le considéraient, 
avec estime et respect, comme la base protectrice du centre 
religieux. En réalité, ce gouvernement était un mélange de 
prééminence mondaine et gouvernementale et de direction 
religieuse. H fonctionna parmi les arabes au nom d'un leadership 
religieux, dans le Haram et sa viscinité, en tant que 
gouvernement s 'occupant de ceux qui venaient à IaKaabaet 
appliquant les principes de la Charîa d'Ibrahim (SïSI). 

Ses organes et ses démembrements rappellent un parlement; 
comme nous l'avons déjà vu, il s'agissait cependant ici d'un 
gouvernement faible, non à la hauteur de sa tâche, comme ce fut 
le cas le jour de l'expédition contre les Abyssiniens. 



LES RELIGIONS DES ARABES 

La plupart des arabes avaient répondu à l'appel d'Ismâîl (S&9) 
lorsqu'il les avait appelés à la religion de son père Ibrahim (ïSSI). 
Us adoraient Allah, Le considéraient comme Dieu Unique et 
professaient Sa religion, même si avec le temps ils oublièrent 
une portion de ce qu'on leur avait prescrit. Toutefois ils 
conservèrent le Tawhid (la reconnaissance de l'unicité d'Allah) 
et plusieurs rites appartenant à la religion d'Ibrahim ($S) 
jusqu'à l'arrivée de Amr ibn Louhay le chef de Khouzâaa. 

Celui-ci avait été éduqué dans une atmosphère très favorable 
au bien, à la charité et à la sollicitude à l'égard des affaires 
religieuses. Les gens l'aimaient pensant qu'il était des grands 
ulémas et des saints. Ensuite Amr ibn Louhay fit un voyage en 

52 



Syrie où il vit les gens adorer les idoles. Alors, il approuva la 
pratique et la crut être la vérité parce que la Syrie est le berceau 
des messagers et des livres. Aussi, revint-il avec Houbal (une 
idole), le mit à l'intérieur de la Kaaba puis appela les mecquois, 
à l'associationnisme. 

Ceux-ci répondirent à son appel et furent bientôt suivis en 
cela par les gens du Hijâz car c'était les dirigeants de la Kaaba et 
les responsables du Haram. L'une de leurs idoles, les plus 
anciennes étaient Manât qui était à Al-Mouchallal, au bord de la 
Mer Rouge, près de Kadîd. 

Par la suite ils choisirent Al-Lât basé à At-Tâif, puis Al-Ozza 
dans la steppe de Nakhla. Ces trois constituent leurs idoles les 
plus grandes. De là, l'associationnisme se répandit. Les idoles 
faisaient légion dans le Hijâz. On raconte que Amr ibn Louhay 
avait un génie comme conseiller. Celui-ci l'aurait informé de ce 
que les idoles du peuple de Nouh (Noé), à savoir Wadd, 
Souwâa, Y agh outh, Yaouq et Nasr, étaient enterrées à Jiddah. 
Sur ce, Amr ibn Louhay se serait rendu sur les lieux et après 
avoir déterré les idoles, les amena à Touhama, après quoi au 
pèlerinage, il les remit aux tribus de manière à ce que chacune 
d'elle et ensuite chaque maison disposât d'une idole. On avait 
rempli la sainte mosquée d'idoles, de telle sorte que le Messager 
d'Allah (S) lors de sa conquête de la Mecque, trouva trois cent 
soixante idoles autour de la Kaaba, qu'il détruisit, fit sortir de la 
mosquée et brûler. 

Ainsi le Chirk (associationnisme) et le culte des idoles 
devinrent l'aspect le plus marquant de la religion des gens de 
l'époque antéislamique qui, pourtant, prétendaient suivre la 
religion d'Ibrahim (8ïâ)- Ceux-ci avaient des rites et des 
cérémonies protocolaires dans le culte des idoles dont la plupart 
étaient produits par Amr ibn Louhay. Ils pensaient que les idoles 
créées par celui-ci entraient dans le cadre d'une innovation 
positive et non dans celui d'une modification apportée à la 



53 



religion d'Ibrahim (SSBI). Les modalités du cérémonial de leur 
culte des idoles comportaient plusieurs aspects: 

1. Us s'attachaient à elles, y recouraient, les interpellaient, 
cherchaient leur protection dans les moments difficiles, les 
invoquaient pour leurs besoins, les créditant d'un pouvoir 
d'intercession auprès d'Allah, croyant aussi qu'elles 
pouvaient leur faire obtenir ce qu'ils voulaient. 

2. Ils y allaient en pèlerinage, faisaient la circumambulation 
autour d'elles, s'humiliaient auprès d'elles et se prosternaient 
devant elles. 

3. Us leur faisaient diverses offrandes immolaient et égorgeaient 
pour elles et en leurs noms. 

Ces deux formes de pratique sont rappelées par le Coran: 



^^-^l^g^j^ 



«Vous est interdite aussi la bête qu'on a immolée sur 
des pierres dressées»: (5:3) 

et aussi: 

«et ne mangez pas de ce sur quoi le nom d'Allah n'a pas 
été prononcé»: (6:121) 

4. A un autre niveau, les gens, pour se rapprocher des idoles leur 
réservaient selon leur appréciation, une partie de leur 
nourriture et de leur breuvage. De même, ils leur consacraient 
une partie de leurs récoltes et de leur bétail. Ce qui est 
curieux à cet égard, c'est qu'ils réservaient aussi une partie à 
Allah. Certaines raisons les poussaient souvent à offrir aux 



54 



idoles ce qui était pour Allah, mais jamais ils n'offraient à 
Allah ce qui était pour les idoles. 

Allah dit: 






«Et ils assignent à Allah une part de ce qu'il a lui-même 
créé, en fait de récolte et de bestiaux, et ils disent: «ceci est 
à Allah - selon leur prétention! - et ceci à nos divinités». 
Mais ce qui est pour leurs divinités ne parvient pas à 
Allah, tandis que ce qui est pour Allah parvient à leurs 
divinités. Comme leur jugement est mauvais!» (6: 136). 

Une autre forme de se rapprocher des idoles était le fait de 
considérer comme tabous certaines récoltes et certains 
bestiaux. A ce sujet Allah dit: 

i\-Li O* ï[ \Lj* *\ij 2 j^*r £>J^-J ■>!*» «J^ |yÛj f 

"Et ils dirent: «voici des bestiaux et des champs frappés 
d'interdiction: n'en mangeront que ceux que nous 
voudrons - selon leur prétention - et voilà des bêtes dont le 
dos est tabou et des bêtes sur lesquelles ils ne mentionnent 
pas le nom d'Allah. Des inventions contre lui» (6:138). 

Il y avait aussi d'autre formes: Bahîrah, Sâïbah, Wasîlahet 
Hâmi. Selon ibn Ishâq, la Bahîrah est la petite de la Sâïbah. 



55 



Celle-ci est la chamelle qui, ayant produit dix femelles 
successives, est libérée de telle sorte que personne ne 
l'enfourche, tond ses poils, boit de son lait, exception faite 
des hôtes. Si après cela elle produit une autre femelle, on fend 
les oreilles à celle-là avant de la laisser suivre sa mère 
Personne n'enfourche cette jeune chamelle. Non plus, on ne 
la tond pas, et son lait est pour les hôtes comme c'est le cas 
de sa mère. Une telle chamelle est la Bahîra, petite de la 
Sa 'iba. La Wasîlah est la brebis ayant mis au monde dix 
jumeaux femelles et cela, en cinq grossesses successives. Les 
autres petits que mettait au monde une telle brebis étaient 
pour les hommes, à l'exclusion de toute femme. Toutefois, 
s'il en mourait, les hommes comme les femmes avaient le 
droit d'en manger. Le Hami est l'étalon qui, ayant été père de 
dix femelles successives, se voit marquer au dos par brûlure. 
Personne ne le tondait ni ne l'enfourchait. On le laissait parmi 
les chameaux, à des fins de croisement. C'était là sa seule 
utilité. A cet égard Allah dit: 

«Allah n'a pas institué la Bahîrah, la Sâïbah, la Wasîlah ni 
le Hâmi. Mais ceux qui ont mécru ont inventé ce 
mensonge contre Allah et la plupart d'entre eux ne 
raisonnent pas»: (5:103) 
Et aussi: 



lyjSssuj, aj^Ju. JJH\ *,sû» ôj±> ^_l L. IjJL*j 



56 



"Et ils dirent: ce qui est dans le ventre de ces bêtes est 
réservé aux mâles d'entre nous et interdit à nos femmes. Et 
si c'est un mort-né ils y participent tous»: (6: 139). 

Bien d'autres choses ont été dites à propos de ces bêtes Saîd 
ibn Al-Mousayeb déclara que ces bêtes étaient pour leurs 
faux dieux. Un Hadith authentique directement rapporté du 
prophète (S) montre aussi que Amr ibn Louhay fut le premier 
à développer de telles pratiques. 

Les arabes faisaient tout cela pour leurs idoles, croyant que 
celles-ci pouvaient les rapprocher d'Allah, les faire parvenir à 
lui et intercéder auprès de lui, comme le montre le verset 
suivant: 

«Nous ne les adorons que pour nous rapprocher davantage 
d'Allah» (39: 3) 

et aussi: 



A -i/s 



«ïïs adorent au lieu d'Allah ce qui ne peut ni leur nuire ni 
leur profiter» et disent: «ceux-ci sont nos intercesseurs 
auprès d'Allah» (10:18.) 

Les arabes consultaient les «Zalam» à savoir des baguettes 
non couverts de plumage. 

Il y avait 3 sortes d'Azlâms: 

1. Une où l'on trouvait "oui"; "non" et "neutre" et à laquelle les 
gens se référaient pour tout ce qu'ils voulaient entreprendre: 
voyage, mariage et consorts. S'ils sortaient «oui» l'action 
était à faire mais s'ils sortaient «non» ils leur revenait de 



57 



différer jusqu'à la prochaine consultation. La sortie de 
«neutre» les portait à recommencer l'opération. 

2. Une contenant «minkoum» (de vous) «ghayr minkoum» (pas 
de vous) et «moulsak» (rattaché). Lorsque les gens doutaient 
de la généalogie de quelqu'un, ils l'amenaient chez Houbal et 
consultaient le Zalam. La sortie de «minkoum» signifiait que 
l'homme était des leurs, celle de «moulsak» qu'il était un 
allié. S 'agissant de «min ghayrikoum» il voulait dire que 
l'homme n'avait chez eux ni généalogie, ni postérité. Cette 
pratique, proche du jeu de hasard, n'était rien d'autre qu'une 
forme de pari, par laquelle ils se partageaient, du reste, la 
chair de ce qu'ils égorgeaient. Ils croyaient aux informations 
que leur fournissaient les «Kahanas», les «Arrafines» et les 
«mounajjimines». Les «Kahanas» sont ceux qui pratiquent le 
métier de faire connaître l'avenir (les devins) dont ils 
prétendent connaître les secrets. Certains d'entre eux se 
disent avoir un génie à leur disposition qui leur fournit les 
nouvelles. D'autres prétendent avoir accès à l'inconnaissable 
ou connaître les choses sur la base de prémices ou de causes 
de nature à leur permettre d'en prédire la production: paroles, 
actes ou situation du questionneur. Ces derniers sont appelés 
des «Arrafines» (voyants) comme ceux qui prétendent avoir 
connaissance des objets volés, du lieu de vol des objets 
perdus etc. Les mounajjimounes sont ceux qui observent les 
étoiles et les planètes calculent les moments de leur 
apparition pour connaître ce qui va se passer dans le monde à 
l'avenir, or, croire aux paroles de ces astrologues, c'est en 
réalité croire aux étoiles. Leur croyance aux étoiles les menait 
aussi à les considérer comme sources de la pluie. Il existait 
aussi chez eux le mauvais augure (At-Tira): le fait n'être 
pessimiste à l'égard de quelque chose. Ceci tenait au fait 
qu'ils prenaient un oiseau ou une antilope qu'ils chassaient 
pour en observer l'orientation. Au cas où celui-ci s'orientait 
vers la droite, ils prenaient la même direction estimant être 



58 



sur la bonne voie. S'il s'orientait vers la gauche, ils se 
défendaient de le suivre, poussés par le pessimisme. De 
même ils devenaient pessimistes lorsqu'ils croisaient un 
oiseau ou un animal sur leur chemin. 

3. Dans ce même cadre ils accrochaient des talons de lapin et 
restaient pessimistes à l'égard de certains jours, de certains 
mois, de certains animaux, de certaines demeures et de 
certaines femmes. Croyant à la nécessité du malheur, ils 
pensaient aussi que l'âme de la personne tuée ne devait 
quitter définitivement, qu'après un acte de vengeance, sans 
quoi, ennuyée, elle errait dans le désert en criant: «à boire! à 
boire!» et ne se reposait pour de bon qu'après l'acte de 
vengeance. 

Telles étaient les pratiques des gens de l'époque 
antéislamique chez qui on retrouvait aussi des traces de la 
religion d'Ibrahim ($s3) comme la vénération du temple la 
circumambulation, le pèlerinage, la Omra (le petit pèlerinage) la 
présence à Arafat et à Mouzdalifa et le goût de l'effort. Mais en 
cela ils innovèrent. 

Par exemple; les Kouraichites disaient: 

• «Nous sommes les descendants d'Ibrahim ($0), les gardiens 
du Haram, de la Kaaba, ceux qui habitent la Mecque. Les 
autres arabes n'ont pas les mêmes droits et le même rang que 
nous» d'où leur nom de Khoums. 

• «Il ne convient pas que nous sortions du Haram pour aller 
vers le profane» or, ils ne stationnaient ni à Arafat, ni ne 
déferlaient par ce lieu. Ils déferlaient plutôt par Mouzdalifa. 
A cet égard Allah dit: «Ensuite déferlez par où les gens 
déferlent» (2:199.) Us disaient aussi: 

• «Il n'est pas indiqué pour les Khoums en état de sacralité de 
consommer du lait ou du beurre. Ds ne doivent pas non plus 
accéder à une maison faite de poils de bêtes. Pour se protéger 



59 



du soleil, ils ne peuvent se réfugier que dans des maisons 
faites de peaux». 

• «Il ne convient pas que les profanes venus au pèlerinage ou à 
la Omra consomment une nourriture qu'ils ont apportée des 
lieux profanes». 

Ils ordonnaient aux profanes de ne faire le tour de la Kaaba 
qu'en vêtements de Khoums, s'ils le faisaient pour la première 
fois. A défaut les hommes devaient faire le tour en état de 
nudité. 

Quant aux femmes, elles enlevaient tous leurs vêtements à 
l'exception d'un lambeau dans lequel elles faisaient la 
circumambulation en disant: «Aujourd'hui, il en apparaît une 
partie ou le tout, et ce qui en paraît reste illicite». 

Dans ce cadre Allah dit: "Ô enfants d'Adam, dans chaque 
lieu de prières portez vos parures". (7:31.) 

Si quelqu'un faisait la circumambulation dans les vêtements 
qu'il a apportés du profane, il devait les jeter après la 
circumambulation et personne d'autre ne devait s'en servir. 
C'est un fait aussi que les Kouraich, après l'Ihrâm (l'état de 
consécration) n'accédaient pas à leurs maisons en passant par les 
portes. Au contraire, ils y entraient, et en sortaient par des trous 
faits derrière, pensant que ceci était un acte de bienfaisance. 
Allah, toutefois, leur interdit cette pratique: «Et ce n'est pas un 
acte de bienfaisance que de rentrer chez vous par l'arrière des 
maisons, mais la bonté pieuse consiste à craindre Allah. Entrez 
donc dans les maisons par leurs portes» (2:189.) 

Cette religion (associationnisme, adoration des idoles, 
croyance aux chimères et aux superstitions) était celle de la 
plupart des arabes. Sur ces entrefaites, les juifs, les chrétiens, les 
mazdéens et les sabéens avaient trouvé le moyen d'accéder en 
Arabie. Les juifs jouèrent au moins deux rôles dans la Péninsule 
Arabe. 



60 



1. Leur émigration de la Palestine remonte aux conquêtes 
babyloniennes et assyriennes; et résulta de la pression exercée 
sur eux par Boukhtnasar en (587 avant l'ère chrétienne) qui 
dévasta leur pays et détruisit leur temple. La plupart d'entre 
eux furent emmenés en captivité à Babylone. Certains d'entre 
eux quittèrent la Palestine pour le Hijaz et s'installèrent en sa 
partie nord. 

2. Le deuxième rôle commença à partir de l'occupation de la 
Palestine par les romains sous la direction de Bouts le romain 
en 70 G. En conséquence de la pression exercée sur eux par 
les romains, de la dévastation et de la destruction de leur 
temple par ceux-ci, plusieurs tribus juives passèrent au Hijaz, 
s'installèrent à Yathrib, à Khaybar et à Taymâ, y créèrent des 
villages des blockhaus et des forteresses, et y répandirent la 
religion juive parmi une partie des arabes, par l'intermédiaire 
des émigrants. Ces tribus jouèrent un rôle important dans 
l'échiquier politique antéislamique et aussi dans la scène 
politique du début de l'islam. A l'apparition de l'islam les 
plus célèbres tribus juives étaient: Khaybar, An-Nadir, 
Moustalak, Kouraidha, Kaynoukâa. Dans Wafa Al-Wafa, 
page 116, As-Samboudi mentionne que le nombre de tribus 
juives parvenues à Yathrib d'un moment à l'autre dépassait 
vingt. Le judaïsme accéda au Yémen grâce à Asad Abi Karb. 

Celui-ci, parti en guerre à Yathrib, y embrassa le judaïsme et 
revint avec deux hébreux de la tribu des Kouraidah au Yémen. 
Le judaïsme commença à s'étendre et à prendre de l'importance. 
Son fils Yousouf Thou Nouwas, investi après lui, attaqua les 
chrétiens de Najrân, les appela au judaïsme. Ceux-ci ayant 
refusé, il les jeta dans des trous où les flammes les attendaient, 
ne faisant nulle distinction entre hommes, femmes, enfants et 
vieillards. 

On dit que le nombre de tués atteignait entre 20000 et 40000. 
Cela se passait en octobre 523 G. Le Saint Coran mentionne une 
partie de cet événement dans la sourate Al-Bourouj. Quant au 

61 



christianisme, il entra en Arabie par la voie de l'occupation de 
celle-ci par les abyssiniens et les romains. La première 
occupation du Yémen par les abyssiniens eut lieu en 340 G. et se 
poursuivit jusqu'en 378, époque à laquelle les missions 
chrétiennes entrèrent au Yémen. Presqu' au même moment, un 
ascète écouté respectable et honorable, appelé Faymiyoun, entra 
à Najran et en appela les gens au christianisme. Ceux-ci, voyant 
en lui des signes de sincérité répondirent à son appel et 
embrassèrent sa religion. 

Lorsque les abyssiniens occupèrent le Yémen pour la 
deuxième fois en 525 de l'ère chrétienne, comme réaction à ce 
qui y avait apporté Thou Nouwas, Abraha parvint à y régner, et à 
y répandre la religion chrétienne, de la manière la plus large, au 
point même de construire une église au Yémen appelée la Kaaba 
Yéménite, vers laquelle il voulait détourner les arabes, en 
détruisant le Temple d'Allah, ce qu'il ne put réaliser car Allah 
lui infligea une sévère punition sans préjudice du châtiment qu'il 
lui réserve dans l'au-delà. 

Se convertirent au christianisme non seulement les arabes 
ghasâsinites, les tribus Taghlib, Tay et autres, du fait de la 
proximité des romains, mais aussi un certain nombre de rois de 
Hira. 

Le mazdéisme se retrouvait la plupart de temps chez les 
arabes qui vivaient dans levoisinagedespersans.il y en avait 
chez les arabes de l'Iraq, à Bahrain - chez les Ahsa, les Hajar et 
les localités environnantes, comme les côtes du Golf Arabe. Des 
hommes du Yémen l'adoptèrent comme religion au temps de 
l'occupation persane. 

S'agissant du sabéisme, les fouilles archéologiques réalisées 
en Iraq et ailleurs ont montré qu'il était la religion du peuple 
d'Ibrahim, les Khaldéens. La professait déjà une grande partie 
des gens de la Syrie et du Yémen, depuis fort longtemps. 
Cependant, face aux nouvelles religions (judaïsme et 

62 



christianisme) il connut le déclin et une réduction considérable 
de son impact, même si l'on ne cessait de le retrouver chez les 
gens cohabitant avec les mazdéens ou vivant dans leur voisinage 
en Iraq ou sur les côtes du Golfe Arabe. 

La situation religieuse 

Telles étaient les religions des arabes à l'avènement de 
l'islam, religions qui, dans leur ensemble, connurent la 
décadence et la ruine. Les associationnistes qui prétendaient être 
dans la religion d'Ibrahim (3SS) étaient loin de respecter les 
ordres et les interdits de la Chari'a de ce prophète, négligeant ce 
que celui-ci avait apporté en termes de noblesse de caractère. 
Nombreuses par conséquent, étaient leurs désobéissances. Avec 
le temps ils finirent par avoir les mêmes habitudes et traditions 
que les païens, et ceci influa énormément sur leur vie sociale, 
politique et religieuse. 

Quant aux juifs ils devinrent orgueilleux et enclins à la 
domination. Leurs chefs s'érigèrent en Seigneurs intraitables, 
maîtrisant totalement les gens et les maintenant dans l'arbitraire. 

Leur seule préoccupation était d'obtenir de la richesse et du 
pouvoir, même s'il fallait perdre la religion et voir se répandre 
l'athéisme, l'incrédulité et le laxisme dans l'application des 

enseignements qu'Allah leur avait réservés et ordonné à chacun 
d'eux de considérer comme sacrés. 

Les chrétiens, pour leur part, étaient redevenus des paganistes 
difficiles à comprendre, qui avaient, de manière étrange, 
confondu Dieu et l'homme. 

C'est pourquoi l'influence du christianisme sur les arabes qui 
le professaient n'était pas bien réelle: ses enseignements étaient 
loin du genre de vie des adeptes, genre dont ceux-ci ne 
pouvaient du reste se passer. 

Pour ce qui est du reste des religions des arabes la situation 
des adeptes restait comparable à celle des associationnistes: 

63 



leurs cœurs se ressemblaient; leurs croyances convergeaient; 
leurs traditions et leurs habitudes s'accordaient. 

Aspects de la société arabe antéislamique 

Après l'étude des conditions politiques et religieuses de la 
Péninsule, il nous reste à en aborder, brièvement, les conditions 
sociales, économiques et morales. 

La situation sociale 

Il y avait chez les arabes des milieux différents les uns des 
autres par leurs conditions. Chez les nobles, la relation entre 
l'individu et sa famille avait atteint un haut niveau de 
développement. 

Fortement marquée par la liberté et la franchise, elle était 
respectée et entretenue sans nul besoin d'un recours à l'épée et à 
l'effusion de sang. L'homme qui voulait se targuer aux yeux des 
arabes de son haut rang en matière de noblesse et de courage, ne 
passait pas la majeure partie de son temps à ne parler qu'aux 
femmes. Peut-être la femme pouvait-elle, lorsqu'elle le voulait 
bien regrouper les tribus pour la paix ou par contre pousser 
celles-ci à la dissension et à la guerre. En dépit de tout cela, 
l'homme était, sans conteste, considéré comme le chef de 
famille, le détenteur de l'autorité. 

La liaison entre homme et femme se faisait par 
l'intermédiaire d'un contrat de mariage sous la supervision des 
parents de la femme. Celle-ci n'avait pas le droit de désobéir à 
ses parents. 

Alors que ceci était la situation chez les nobles, on trouvait 
dans d'autres milieux certaines formes de promiscuité entre 
l'homme et la femme, promiscuité qu'on ne peut exprimer qu'en 
l'identifiant à la débauche, à la bouffonnerie, à la fornication et à 
la prostitution. Al-Boukhari et d'autres que lui ont rapporté de 
Aicha l^ic «dit ^j que le mariage à l'époque antéislamique 
s'effectuait sous quatre formes: 

64 



I 



1. Une forme analogue au mariage d'aujourd'hui: un homme 
demandait à un autre la main de sa fille et ensuite le mariage 
se réalisait. 

2. Une forme dans laquelle un homme disait à une femme après 
que celle-ci fût sortie de ses règles: «Va faire le commerce 
charnel avec un tel». Cette femme, l'homme ne s'en 
approchait ni n'avait de rapports avec elle que lorsqu'il 
devenait évident qu'elle avait été enceintée par l'homme avec 
qui elle avait fait le commerce charnel. Dès que la grossesse 
était réelle l'homme pouvait avoir un rapport, s'il le voulait, 
avec la femme. La pratique était destinée à obtenir un enfant 
noble. Cette forme de mariage était connue sous le nom de 
«mariage du commerce charnel». 

3. Une forme dans laquelle, un groupe d'hommes de moins de 
dix entrait chez une femme et celle-ci avait alors un rapport 
sexuel avec chaque homme. En cas de grossesse et ensuite 
d'accouchement, cette femme, des jours après, réunissait les 
hommes chez elle et leur parlait en ces termes: «Vous savez 
ce qui s'est passé grâce à vous. J'ai à présent accouché». 
Désignant ensuite l'un d'entre eux, elle lui disait: «C'est ton 
enfant ô toi, un tel». Ainsi elle nommait son enfant après 
l'homme qu'elle aimait et alors, à celui-là elle remettait 
l'enfant. 

4. Plusieurs hommes se réunissaient et entraient chez une 
femme qui n'en pouvait repousser aucun car celle-ci était une 
prostituée localisant sa demeure à l'aide de drapeaux qu'elle 
accrochait à sa porte à l'intention des visiteurs. En cas de 
grossesse puis d'accouchement de cette femme, les hommes 
se regroupaient chez elle et remettaient l'enfant à qui d'entre 
eux ils estimaient en être le père. 

Une fois envoyé, Mohammad (H) détruisit toutes ces formes 
antéislamiques de mariage, ne laissant prévaloir que le mariage 
tel que l'islam le conçoit aujourd'hui. Il y avait aussi chez les 

65 



arabes des unions entre homme et femme conclues par la force 
des épées et des lances. Les vainqueurs aux guerres tribales 
emmenaient en captivité les femmes des vaincus et en 
jouissaient. Toutefois les enfants nés de telles unions étaient 
frappés de honte durant toute leur vie. 

On sait aussi qu'à l'époque antéislamique, les gens avaient un 
nombre illimité de femmes. Ils épousaient deux sœurs à la fois, 
se mariaient avec les femmes que leurs pères avaient divorcées 
ou laissées derrière à leur mort. 

A cet égard, Allah dit: 






«Et n'épousez pas les femmes que vos pères ont épousées, 
exception faite pour le passé. C'est une turpitude, une 
abomination, et quelle mauvaise conduite! vous sont 
interdites vos mères, filles, sœurs, tantes paternelles ou 
tantes maternelles, filles d'un frère ou fille d'une sœur, 
mères qui vous ont allaités, sœurs de lait, mères de vos 



66 



femmes, belles-filles sous votre tutelle et issues des 
femmes avec qui vous avez consommé le mariage - si le 
mariage n'a pas été consommé ceci n'est pas un péché de 
votre part, les femmes de vos fils nés de vos reins, de 
même que deux sœurs réunies-exception faite pour le 
passé. Car vraiment Allah est Pardonneur et 
Miséricordieux» (4:22,23). 

Le divorce dépendait de l'homme, en l'absence de toute 
réglementation, La pratique de la fornication avait libre cours 
dans tous les milieux. N'en échappaient que certains hommes et 
certaines femmes dont la grandeur les portait à refuser un 
comportement aussi abject. Les femmes qui se tenaient sur leurs 
gardes étaient mieux loties que les captives, car, celles-ci étaient 
la grande catastrophe. En outre il paraît que la plupart des gens 
de l'époque antéislamique n'éprouvaient aucune honte à se 
réclamer des fornicateurs. 

Abou Dawoud, rapportant les propos que Amr ibn Souayb 
avait tenu de son père et son père de son grand père dit: «Un 
homme se leva et dit: «Ô Messager d'Allah! Tel est mon fils: 
j'ai commis un adultère avec une captive à l'époque 
antéislamique». Le prophète (H) lui répondit: «Aucun procès 
dans l'islam. L'époque antéislamique est révolue. L'enfant est 
pour le lit et la pierre pour l'adultère». 

Le récit de la querelle entre Saad ibn Abi Wakkas et Abd ibn 
Zama au sujet du fils de la captive de Zamaa, à savoir Abdir- 
Rahman ibn Zamaa est bien connu. Les relations entre l'homme 
et ses enfants s'exprimaient sous diverses formes. Certains 
disaient: «Nos enfants ne sont rien d'autres que nos cœurs 
marchant sur terre». 

D'autres enterraient leurs filles, vives, par crainte de la honte 
et des dépenses: ils les tuaient par crainte de la pauvreté. Allah 
dit: 



67 






« 



;Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté. Nous 
vous nourrissons tout comme eux» (6:151). 

<" s, s* _» \'f '>' {" »>>>"' 1< "Tiff >-*'"f *- "> ,^.^ V 

«■Lu» H 1 t-»i/0 1 1| /-^-k v»' O^ £}?/&*-?+» z^v"^ ^ *^" <1£ 4>"' 



«Et lorsqu'on annonce à l'un d'eux une fille, son visage 
s'assombrit et une rage profonde l'envahit. Il se cache des 
gens à cause du malheur qu'on lui a annoncé. Doit-il la 
garder malgré la honte ou l'enfouira t il dans la terre? 
Combien est mauvais leur jugement!» (16:58,59). 

«Ne tuez pas vos enfants par crainte de pauvreté, c'est nous 
qui attribuons leur substance tout comme à vous» (le Voyage 
nocturne:3 1) «Et qu'on demandera à la fillette enterrée vivante» 
(l'obscurcissement: 8). 

Il n'est cependant pas possible de considérer cette pratique 
comme faisant partie des tendances morales répandues. 

Les gens de l'époque antéislamique avaient un vif besoin 
d'enfants mâles pour se faire craindre de leurs ennemis. 

Quant aux liens entre l'homme et ses frères, ses cousins et 
son clan, ils étaient très solides. Les gens croyaient à l'esprit de 
clan (Al-Asabiyya) pour lequel ils vivaient et à la défense duquel 
ils étaient prêts à mourir. La tribu fonctionnait aussi sur un esprit 
de groupe et ceci en accentuait la Asabiyya. 

68 



Le système social reposait sur le chauvinisme racial et les 
liens de sang. 

A cet égard, la devise était: 

«lljîii j\ &ji£ llliî °j^U 
«Assiste ton frère, qu'il soit offenseur ou offensé» 

loin de l'équilibrage apporté par l'islam à savoir que la manière 
d'assister l'offenseur est de le dissuader de l'injustice. Toutefois, 
la rivalité en matière de noblesse et de courage conduisait 
souvent à des guerres entre tribus de même souche, comme ce 
fut le cas entre les tribus Aws et Khazraj, entre Abs et 
Thoubyân, entre Bakr et Taghlib, etc.. 

Pour ce qui est des relations inter-tribales, elles étaient 
totalement désarticulées et propices à la guerre. Cependant, le 

respect et la crainte de certaines traditions et coutumes 
communes à la religion et aux superstitions contribuaient, peut- 
être, à en réduire la tension et aussi la sévérité. 

Parfois, l'assistance mutuelle, le serment et la subordination 
conduisaient au rassemblement de tribus différentes. 

Les mois saints leur étaient une clémence et une aide grâce 
auxquelles ils pouvaient vaquer à leurs affaires et obtenir leurs 
moyens de subsistance. 

Le maximum de ce qu'on peut dire à ce sujet est que la 
situation sociale était à un niveau abject de faiblesse et de cécité. 
L'ignorance sévissait parallèlement aux superstitions 
extrêmement répandues et fortes. Les gens menaient une vie de 
bestiaux. 

La femme se vendait et s'achetait, traitée dans certains cas, à 
un pied d'égalité avec les objets inanimes. Les relations 
communautaires n'avaient nulle consistance, si elles n'étaient 
détériorées. 



69 



Quant aux autorités, la plupart d'entre elles étaient occupées à 
s'enrichir sur le dos des sujets ou à faire la guerre aux ennemis. 

La situation économique 

Elle était dans le sillage de la situation sociale, comme l'on 
peut s'en rendre compte si l'on observe de plus près le mode de 
vie des arabes. En effet, le commerce était le plus grand moyen 
d'obtenir le nécessaire or, la tournée commerciale n'était 
possible et facile qu'en temps de paix et de sécurité, ce qu'on ne 
trouvait dans la Péninsule Arabe qu'à l'avènement des mois 
saints. C'est dans ces mois que se tenaient les célèbres marchés 
arabes: Okadh, Thoul-Majâz, Mijannah etc. 

Pour ce qui est de l'artisanat, le peuple y était plus arriéré que 
tout autre. 

La majorité de l'artisanat qu'il y avait chez les arabes: 
tissage, teinture etc. se retrouvait au Yémen, à Hira et en Syrie. 
A l'intérieur de la Péninsule il y' avait tant soit peu d'agriculture 
et d'élevage. Toutes les femmes arabes travaillaient au filage. 
Toutefois, les marchandises étaient la visée des guerres en 
conséquence de quoi la pauvreté, la faim et la nudité étaient 
générales dans la société. 

La morale 

Nous ne nions pas que les gens de l'époque antéislamique 
présentaient des petitesses, des ignominies et des comportements 
que refuse le bon sens. 

Toutefois, il y avait en eux des vertus qui ne manqueraient 
pas de mener à la surprise et à l'étonnement. 

De celles-ci on retient: 

1. La générosité; Les gens de l'époque antéislamique 
rivalisaient de générosité et se glorifiaient des performances 
qu'ils pouvaient réaliser dans ce sens. La moitié de leur 
poésie était consacrée à cela: louange d' autrui et de soi. Il 

70 



arrivait qu'un homme recevait un hôte dans l'intensité du 
froid et de la faim. N'ayant alors d'autres bien que sa 
chamelle qui était du reste sa vie et celle de sa famille, il se 
saisissait de l'animal, par générosité, et regorgeait pour cet 
hôte. 

Un autre signe de leur générosité était le fait qu'ils 
supportaient d'énormes prix du sang et de charges grâce 
auxquels ils se méfiaient de l'effusion du sang et aussi de 
faire perdre des vies humaines. Cela, ils en étaient fiers et 
s'en vantaient au regard d'autres chefs et d'autres seigneurs. 
Une des conséquences de leur générosité était la vanité qu'ils 
tiraient du fait de boire du vin. 

A cet égard, ils considéraient le vin non pas comme un titre 
de gloire mais comme un moyen parmi d'autres de générer de 
la générosité et de faciliter le gaspillage pour le compte de 
soi-même. C'est la raison pour laquelle ils appelaient 
«Karam» (générosité) l'arbuste produisant le raisin. Quant au 
vin ils l'appelaient «Bintoul-karam» (la fille de la générosité). 
Quiconque observe les recueils de poèmes provenant de 
l'époque antéislamique verra consacrer au vin un chapitre de 
louanges et de glorification. 

Dans ce sens Antar ibn Chaddâd Al-Absi dit, dans son 
recueil: «J'ai bu du vin à midi même, pour des dinars bien 
lustrés et dans une bouteille jaune comparable à un philtre. 
Lorsque je bois, c'est mon argent que je dépense. Mon 
honneur reste intact car, en vérité rien ne l'affecte. La fin de 
mon ivresse ne me transforme pas en avare. Je reste tel que 
tu me connais avec ma grandeur et ma générosité». 

Une autre marque de leur générosité est qu'ils se livraient au 
jeu de hasard qu'ils considéraient comme moyen d'être 
généreux. En effet, ils utilisaient tout ou partie de leurs gains 
pour nourrir les pauvres. 



71 



C'est pourquoi, le Coran ne nie pas l'utilité du vin et du jeu 
de hasard mais se contente de dire: 

«Dans les deux, le péché est plus grand que l'utilité» (2:219). 

2. Le respect des engagements: L'engagement était chez eux 
une religion. Ils y tenaient et pouvaient même, à cet égard, 
tuer leurs enfants et détruire leurs propres maisons. Il suffit 
dans ce cadre de connaître l'histoire de Ghani', d'ibn 
Mas'oud As-Chaybani, d'ibn As-Soumaw-al ibn Idiya et de 
Hajib ibn Zarara At-Tamimi. 

3. La noblesse d'âme, le refus de subir l'humiliation et 
l'injustice: Il résultait de ces caractéristiques l'excès de 
courage et de jalousie, l'irascibilité. Ils ne s'entendaient dire 
aucun mot signifiant avilissement et bassesse sans recourir à 
l'épée, à la lance et à la guerre, prêts à sacrifier leur âme. 

4. La résolution ou la détermination: S'ils décidaient de faire 

quelque chose à des fins de gloire et d'orgueil, personne ne 
pouvait les en détourner. Ils y allaient jusqu'au bout. 

5. La bonté, la patience et la douceur: Ces qualités étaient 
pour eux des objets de fierté. Toutefois, elles n'existaient en 
eux que de manière assez rare, du fait de leur courage 
excessif, de la vélocité avec laquelle ils parvenaient à se 
battre. 

6. La simplicité et le nomadisme, la non-atteinte par les 
souillures et artifices de la société: Il résultait de tout cela la 
sincérité, l'honnêteté, l'aversion pour la tromperie et la 
lâcheté. Comme l'on peut le constater, ces précieuses 
références morales, malgré la position géographique, de la 
Péninsule Arabe par rapport au reste du monde constituaient 
les raisons du choix des arabes pour porter le message 



72 



universel et diriger la communauté humaine à savoir 
l'humanité. 

En effet, il s'agit là de caractères précieux en soi, pouvant 
profiter à l'humanité après tant soit peu de redressement, même 
si certains d'entre eux mènent au mal et provoquent des 
événements douloureux. C'est un tel redressement que l'Iislam a 
effectué. 

Peut-être, ce que les gens de la Jahiliyya (période 
antéislamique) avaient de plus cher et de plus utile en matière de 
caractère, était-il après tout le respect des engagements, la 
noblesse de l'âme et la détermination. Ce dernier trait de 
caractère est du reste le seul moyen de réprimer le mal et la 
corruption pour instaurer un système fondé sur la justice et le 
bien. 

Les gens de la Jahiliyya avaient d'autres caractères outre ceux 
mentionnés dans les pages qui précèdent. Toutefois il ne s'agit 
pas ici de les étudier dans le détail. 



73 



GENEALOGIE ET FAMILLE DU PROPHETE (S) 

La généalogie du prophète 

La généalogie du prophète (il) comprend trois parties: une 
première dont l'authenticité fait l'unanimité des biographes et 
des généalogistes, à savoir celle qui s'arrête à Adnân, une 
deuxième faisant l'objet de divergences à savoir celle allant de 
Adnân à Ibrahim (SSB) une troisième qui, sans doute, comporte 
des contrevérités à savoir celle allant de Ibrahim Q&) à Adam 
(iSS). Les chapitres qui précèdent nous ont déjà fourni un certain 
nombre d'éléments à cet égard. Voici à présent dans le détail les 
parties identifiées. 

Première partie: Mohammad ibn Abdillah, ibn Abdil- 
Mouttalib - appelé Chayba, ibn Hâchim - appelé Amr, ibn Abd 
Manâf appelé Al-Moughira, ibn Kousay appelé Zayd, ibn Kilâb, 
ibn Mourra, ibn Kaab, ibn Louay, ibn Ghâlib, ibn Fihr 
surnommé Kouraich et ancêtre de la tribu du même nom, ibn 
Ilyâs, ibn Moudar, ibn Nizâr, ibn Maad, ibn Adnân. 

Deuxième partie: Au delà de Adnan ibn Add ibn Houmaysia 
ibn Salâmân ibn Aws ibn Bouz ibn Kamwâl ibn Oubay ibn 
Awwâm ibn Nâchid ibn Hazzâ ibn Bildâs ibn Yadlâf ibn Tâbikh 
ibn Jâhim, ibn Nâhich, ibn Mâkhi, ibn Ayd, ibn Abkar ibn 
Oubaid ibn Ad-Daaâ ibn Hamdân ibn Sanbir ibn Yathribi ibn 
Yahzin ibn Yalhan ibn Araawi ibn Ayd ibn Dîchân ibn Aysar 
ibn Afnâd ibn Aihâm ibn Mouksar ibn Nâhith ibnZârihibn 
Samiy ibn Mazzî ibn Awdah ibn Arâm ibn Kaydâr ibn Ismâîl 
ibn Ibrahim (f$M). 

Troisième partie: Au delà d'Ibrahim (SS3) ibn Târih appelé 
Azar ibn Nâhour, ibn Sâroua ou Sârough ibn Râou ibn Fâlikh 
ibn Abir ibn Sâlikh ibn Arfakhchad ibn Sâm ibn Nouh (&£&) ibn 
Lâmik ibn Moutwachlikh ibn Akhnoukh que l'on dit être Idrîs 



74 



(Sïâ) ibn Yard, ibn Mahlâîl ibn Kaynân ibn Anouchah ibn 
Chaith ibn Adam (S®). 

La famille prophétique 

La famille du prophète (S) est connue sous le nom 
de «famille Hâchimite» par référence à son grand père Hâchim 
ibn Abd Manâf. 

Rappelons un peu la situation de Hâchim et de sa postérité. 

1. Hâchim: Nous avons déjà vu que c'est Hâchim qui prit en 
charge le ravitaillement en eau et l'alimentation des pèlerins 
du côté de bani Abd Manâf lorsque ceux-ci et banou Abdid- 
Dâr eurent accepté le compromis de se partager les charges. 
Hâchim était un facilitateur d'une très grande noblesse. Il fut 
le premier à nourrir de pain les pèlerins de la Mecque. Son 
vrai nom était Amr. On ne l'appelait «Hâchim» que parce 
qu'en fait il «cassait» le pain pour les pèlerins de la Mecque. 
«Hachama» veut dire «casser». C'est lui qui, pour la première 
fois, institua les deux voyages des Kouraich: le voyage 
d'hiver et le voyage d'été. A cet égard un poète dit; «Amr qui 
casse le pain pour son peuple a institué à la Mecque deux 
voyages: l'un d'hiver et l'autre d'été». On rappelle qu'il allait 
faire son commerce en Syrie lorsqu'il s'arrêta à Médine où il 
se maria avec Salma la fille de Amr, l'un de Banî Adiy ibn 
An-Najjâvr. 11 séjourna chez elle un certain temps et en la 
quittant pour aller en Syrie, celle-ci était déjà enceinte de 
Abdil-Mouttalib, Hâchim mourut à Ghazza en Palestine. Sa 
femme Salma accoucha de Abdil-Mouttalib en 497 G. et 
l'appela Chaiba, par référence aux cheveux blancs que celui- 
ci avait sur la tête. Elle se mit ensuite à l'éduquer chez son 
père à Yathrib, sans le concours de personne parmi la famille 
paternelle de l'enfant installée à la Mecque. Hâchim avait 
quatre fils: Asad, Abou Sayfi, Nadia et Abdoul-Mouttalib et 
cinq filles: Ach-Chifa, Khâlida, Daîfa, Roukayya et Jannah. 



75 



2. Abdoul-Mouttalib; Nous avons retenu de ce qui précède que 

le ravitaillement en eau et l'alimentation des pèlerins 
passèrent, après Hâchim, au frère de celui-ci Al-Mouttallib 
ibn Abd Manâf, un chef obéi et noble que les Kouraichites 
appelaient «Fayyâd» pour sa grande générosité. Lorsque 
Chayba (Abdoul-Mouttalib) eut. sept ou huit ans, Al- 
Mouttalib entendit parler de lui et essaya d'aller le prendre. 
Dès qu'il le vit, les larmes lui vinrent aux yeux. Il le serra 
contre lui et voulut le faire monter sur son chameau et 
l'amener; mais l'enfant refusa de partir sans y être autorisé 
par sa mère. Celle-ci, consultée, ne donna pas son accord. Al- 
Mouttalib lui dit: "il ne s'agit que de l'emmener au royaume 
de son père". Sur ce, la femme accepta. Al-Mouttalib prit 
alors l'enfant en croupe. Le voyant passer, les gens dirent: 
«Voici l'esclave d' Al-Mouttalib». Celui-ci rectifia et dit que 
c'était le fils de Hâchim. Ainsi, Chayba grandit chez son 
oncle. A la mort de celui-ci, à Bardaman au Yémen, il fut 
investi à sa place. Alors, entièrement au service de son 
peuple, à l'instar de ses prédécesseurs, il jouissait d'un renom 
que rien encore n'égalait. Avec la mort d' Al-Mouttalib 
Nawfal bondit sur les biens de Abdil-Mouttalib et les arracha. 
Ce dernier proposa à un groupe de Kouraich de l'aider contre 
son oncle mais personne dans ce groupe ne voulait se mêler à 
l'affaire. Abdil-Mouttalib composa alors pour ses oncles 
maternels de Banî An-Najjâr des vers dans lesquels il leur 
demandait assistance. Son oncle maternel Abou Saad ibn 
Adiy regroupa 80 cavaliers avec lesquels il descendit à Abtoh 
à la Mecque. Abdoul-Mouttalib l'accueillit et voulut le 
conduire chez lui; mais l'oncle refusa et dit: «Par Allah je n'y 
serai qu'après avoir rencontré Nawfal». Ayant trouvé celui-ci 
assis à la Kaaba avec les sages de Kouraich, il lui dit: «Si tu 
ne rends pas à mon neveu ses biens, je te tuerai avec cette 
épée». Ce dernier dit: «Je les lui ai rendus et je prends à 
témoin les sages de Kouraich». Aussi Abou Saad se rendit-il 
chez son neveu. Il y séjourna pendant trois jours, fit sa Omra 

76 



et retourna à Médine. Face à cette situation, Nawfal s'allia 
avec Banî Abd Chams ibn Abd Manâf mais ceux-ci lui 
dirent: «C'est notre fils tout autant que le vôtre. Personne 
plus que nous ne saurait avoir le devoir de lui porter 
assistance». (La mère de Abd Manâf faisait en effet partie des 
leurs). Ils entrèrent à Dar An-Nadwa, s'allièrent avec Banî 
Hachim contre Banî Abd Chams et Nawfal. Cette alliance fut 
à l'origine de la conquête de la Mecque que nous verrons 
ultérieurement. Pour les affaires de la Kaaba deux choses 
importantes sont à noter comme ayant marqué le passage de 
Abdil-Mouttalib: le creusage du puits de Zamzam et la 
bataille de l'éléphant. A propos de la première, on lui avait, 
dans un rêve, donné l'ordre de creuser le puits de Zamzam, 
après lui en avoir montré l'emplacement. Au réveil il le 
creusa et y trouva les affaires que les Jourhoumites y avaient 
enterrées au moment de partir, à savoir les épées, les 
cuirasses et les deux gazelles en or. A partir des épées il 
forgea une porte pour la Kaaba puis fit fondre les deux 
gazelles dont il obtint des plaques d'or qu'il fixa à la porte. H 
institua le ravitaillement des pèlerins en eau de Zamzam. 
Aussitôt que le puits de Zamzam fut retrouvé, les 
Kouraichites eurent des démêlées avec Abdil-Mouttalib, 
demandant à être associés à l'affaire. Celui-ci dit: «Je refuse 
la charge m'est spécifique». Cependant les Kouraichites 
l'acculèrent au point de l'emmener en justice chez la 
prêtresse des Banî Saad, à l'extrémité de la Syrie. Alors qu'ils 
se rendaient chez celle-ci leur eau s'épuisa. Alors Allah fit 
descendre une pluie sur Abdil-Mouttalib et non sur ses 
adversaires qui, comprenant aussitôt que le monopole du 
Zamzam revenait à Abdil-Mouttalib, rebroussèrent chemin. 
Ce étant, Abdoul-Mouttalib fit le vœu que si Allah lui 
donnait dix fils capables de le défendre, il en sacrifierait un 
pour Lui à la Kaaba. S 'agissant de la seconde, elle se 
comprend à partir du fait que Abraha As-Sabâh l'Abyssinien, 
représentant général du Négus au Yémen, ayant constaté que 

77 



les arabes faisaient le pèlerinage de la Kaaba, avait bâti une 
grande église à San'a dans le désir d'y orienter le pèlerinage 
des arabes. Un homme appartenant à Banî Kinâna apprit la 
nouvelle et profita d'une nuit pour entrer dans l'église et en 
souilla la «Kiblab» à l'aide de matières fécales. Mis au 
courant de ce fait Abraha fut fou de rage; en conséquence de 
quoi il marcha en tête d'une armée gigantesque constituée de 
60000 hommes pour aller détruire la Kaaba. Pour ce faire, il 
se choisit le plus gros éléphant. L'armée comportait 9 ou 13 
éléphants. A l'entrée de la Mecque il prépara son armée à la 
charge et aussi son éléphant. Il ne restait plus qu'à entrer. 
Toutefois, lorsqu'il fut à la vallée Mouhassar entre 
Mouzdalifa et Mina l'éléphant s'agenouilla, refusant de se 
lever pour avancer vers la Kaaba. Et pourtant il trottait toutes 
les fois qu'on l'orientait vers le sud, le nord ou l'est. C'est 
lorsqu'on l'orientait vers la Kaaba qu'il refusait d'avancer et 
s'agenouillait. Cette situation prévalut jusqu'au moment où 
Allah envoyât sur eux des oiseaux par volées qui leur 
lançaient des pierres d'argile et les rendit semblables à une 
paille mâchée. Les oiseaux en question étaient comme les 
grappins et les aigrettes. Chacun d'entre eux avait trois 
pierres: une au bec et deux aux pattes. Comme de l'acide, ces 
pierres n'atteignaient aucun d'eux sans le tuer en 
déchiquetant ses membres. Les soldats sortirent en trombe, se 
heurtant les uns aux autres, s'écroulant en chemin et crevant à 
toutes les sources. Quant à Abraha, Allah le frappa d'une 
maladie lui ravissant tous ses doigts. En arrivant à San'a, il 
était comme un poussin. Sa poitrine se fendit laissant sortir 
son cœur et il périt. Pour ce qui est des Kouraichites ils 
s'étaient déjà dispersés pour se réfugier sur les branches et 
aux sommets des montagnes par crainte de la gale qui 
atteingna l'armée. Après que celle-ci fût décimée, ils 
regagnèrent leurs maisons sains et saufs. Cet événement eut 
lieu au mois de Mouharram; le premier mois de l'année 
musulmane, 15 ou 55 jours (selon la majorité) avant la 

78 



naissance du prophète (S): fin février ou début mars 571 G. 
H s'agissait là d'un événement qu'Allah dédiait à son 
prophète et à son temple sacré. En effet, si nous considérons 
Jérusalem, nous constatons que les associateurs en 
contrôlèrent la Qiblah par deux fois, alors que sa population 
était musulmane, comme ce fut le cas avec Boukhtnasar en 
587 avant le Christ, puis les romains en 70 G. Cependant la 
Kaaba ne fut pas contrôlée par les chrétiens (musulmans à 
l'époque) quoique les gens qui s'en chargeaient fussent 
associateurs. Cette bataille se passa dans des conditions telles 
que la plupart des peuples civilisés de l'époque en furent 
informés. Les Abyssiniens, en relation étroite avec les 
romains étaient toujours sous la surveillance des persans qui, 
en fait, guettaient la moindre défaillance des romains et de 
leurs alliés. Voilà pourquoi les persans vinrent brusquement 
au Yémen après l'événement à la Kaaba. Ces deux empires 
(persan et romain) symbolisaient à l'époque le monde 
civilisé. Un tel événement attira l'attention du monde sur la 
grandeur du temple d'Allah et aussi sur le fait que ce temple 
était celui qu'Allah avait choisi de sacraliser. En 
conséquence, quiconque s'en approchait sous prétexte de 
prophétie justifierait le recours au même type de représailles. 
L'événement, au demeurant, contribua à révéler le secret du 
principe mis en œuvre par Allah pour aider les associateurs 
contre les gens de la foi d'une manière bien au dessus des 
justifications et des causes. Abdoul-Mouttalib avait dix fils.: 
Al-Hârith, Az-Zoubir, Abou Tâlib, Abdoullah, Hamza, Abou 
Lahab, Ghidâk, Makwam, Safar et Al-Abbas. Certains disent 
que les fils étaient au nombre de onze, ajoutant un fils du 
nom de Qatm. D'autres comptent treize, ajoutant Abdoul- 
Kaaba et Hajal. D'autres encore soutiennent que Abdoul- 
Kaaba n'est autre que Makwam et que Hajal c'est Ghidak. 
S 'agissant de Kathm ils estiment qu'il n'était pas parmi les 
fils. Abdoul-Mouttalib avait aussi six filles: Oum Al-Hakîm 



79 



aussi appelée Al-Baydâ, Barrah, Atikah, Safiya, Arwa, et 
Oumaima. 

Abdoullah; est le père du Messager d'Allah (S), Sa mère 
était Fâtima Bint Amr ibn Aïdh ibn Imran ibn Makhzoum ibn 
Ya kdh ân ibn Mourra. Il était le plus beau des fils de Abdil- 
Mouttalib, le plus aimé de son père. C'était le fils à sacrifier. 
En effet, lorsque Abdoul-Mouttalib eut dix fils tous capables 
de le défendre, il les informa du vœu qu'il avait fait, à savoir 
d'en sacrifier un et tous acceptèrent. Alors il mit leurs noms 
dans la coupe sous le signe de Houbal et lorsqu'il eut tiré au 
sort, c'est le nom de Abdillah qui sortit. Il se saisit alors de 
celui-ci et, muni d'un couteau, se dirigea vers la Kaaba pour 
l'immoler. Toutefois les Kouraichites l'en empêchèrent, 
notamment ses oncles de Banî Makhzoum et son frère Abou 
Tâlib. Perplexe, Abdoul-Mouttalib dit: "Que faire donc de 
mon vœu"? On lui suggéra de consulter une devineresse, ce 
qu'il fut aussitôt. Celle-ci lui ordonna de tirer au sort entre 
Abdillah et 10 chameaux, lui disant aussi d'ajouter 10 autres 
chameaux si, toutefois sortait le nom de Abdillah, pour 
satisfaire son Seigneur. S'il sortait les 10 chameaux, il 
conviendrait alors de les immoler. Au retour Abdil-Mouttalib 
tira au sort entre Abdillah et 10 chameaux mais le sort choisit 
Abdillah. Alors, il se mit à accroître par dizaine le nombre de 
chameaux mais le nom de Abdillah ne cessait de sortir. Il 
continua jusqu'à 100 et le sort choisit les chameaux. Ainsi, il 
immola les 100 chameaux à la place de son fils et ensuite 
s'en détourna sans que personne ni aucune bête fauve ne 
voulût s'en servir. La diyya (rançon) était chez les 
Kouraichites et le reste des arabes de dix chameaux. Après 
cet événement, elle passa à cent, ce que l'islam, d'ailleurs 
approuva. Selon ce qu'on rapporte de lui, le prophète (S) dit: 

«Je suis issu de deux offrandes, c'est à dire Isma'il et 
Abdillah». 

80 



Abdoul-Mouttalib choisit pour son fils Amina, la fille de 
Wahb ibn Abd Manâf ibn Zahra ibn Kilâb que l'on 
considérait à l'époque comme la meilleure des femmes 
Kouraichites en fait de généalogie et de rang social. Le père 
de Amina était le seigneur des Banî Zahra par sa généalogie 
et sa noblesse. Abdoullah épousa donc Amina avec laquelle il 
résida à la Mecque. Peu après ce mariage son père l'envoya à 
Médine cueillir des dattes et c'est en ce lieu qu'il trouva la 
mort. Certains disent au contraire qu'il était allé faire du 
commerce en Syrie en compagnie des Kouraichites mais fut 
obligé de descendre à Médine pour raison de santé et c'est là 
qu'il trouva la mort. Il fut enterré à Dar An-Nabigha Al-Ja'di. 
Sa mort intervint avant la naissance du prophète (S) 
conformément à l'avis de la plupart des historiens. Certains 
disent plutôt qu'il mourut 2 mois ou plus après la naissance 
de son fils. Dès que la nouvelle de sa mort fut annoncée à la 
Mecque, sa femme Amina fit son éloge fenêtre en ces termes: 
«Le descendant de Hachim a disparu, appelé par le Destin 
qui, cependant, ne laisse subsister aucun de sa trempe. Le soir 
où l'on se mettait à porter sa civière les siens se bousculaient, 
regrettant sa disparition. Voilà ce qu'ont fait le Destin et sa 
dure nécessite d'un homme qui, généreux, suscite 
énormément de consternation». Tout ce que Abdoullah laissa 
derrière fut: 5 chameaux, un troupeau de moutons, une 
servante abyssinienne du nom de Baraka ou Oum Ayman, 
nourrice du prophète (®). 



81 



LA NAISSANCE ET LES 40 ANS AVANT LA MISSION 
PROPHETIQUE 

La naissance 

Le guide des Messagers (S) naquit dans le carré de Banî 
Hachim à la Mecque au matin du lundi 9 Rabîa Al-Awwal, au 
début de l'année de l'épisode de l'éléphant, à la 40 ème année 
du règne de Kisra et de Anoucharwân, ce qui correspond au 20 
ou 22 avril 571 G., selon les estimations du grand expert 
Mohammad Soulayman Al-Mansourfouri et de l'astronome 
Mahmoud Bâcha. 

Selon ibn Saad, la mère du prophète (S) dit: «Lorsque je l'ai 
mis au monde, il est sorti de mon sexe une lumière qui illumina 
les palais de la Syrie». Ahmad, Ad-Dârimi et autres ont rapporté 
quelque chose de similaire. On a rapporté aussi qu'il y eut des 
signes de la mission prophétique à la naissance du prophète (H). 
En effet, 14 balcons s'écroulèrent au palais de Kisra. 

Le feu qu'adoraient les Rois Mages s'éteignit. Des églises 
s'écroulèrent autour du lac Sawa où elles plongèrent. Le rapport 
de ces signes est d'At-Tabari, d'Al-Bayhaki et d'autres. La 
chaîne de transmission n'est cependant pas fixe et nette. 

Après avoir accouché, Amina envoya auprès de Abdil- 
Mouttalib lui annoncer la naissance de son petit fils. Réjoui par 
la nouvelle, il arriva prit le nouveau né, l'amena dans la Kaaba, 
invoqua Allah et le remercia. B lui choisit le nom de 
Mohammed, nom à l'époque inconnu des arabes. 

Il le circoncit à son septième jour, comme le faisaient les 
arabes. 

La première femme à allaiter Mohammad après sa mère fut 
Thouwayba la captive affranchie d' Abi Lahab. 



82 



Elle l'allaita à un moment où elle allaitait son propre fils 
Masrouh. 

Cette femme avait déjà allaité Hamza Ibn Abdil-Mouttalib et 
ensuite Abou Salamah ibn Abdil-Asad Al-Makhzouni. 

Mohammad chez Banî Saad 

Les arabes sédentaires avaient coutume de chercher des 
nourrices pour leurs enfants pour éviter à ceux-ci les maladies de 
la métropole, les doter d'une forte constitution, développer leurs 
muscles et leur permettre de comprendre l'arabe dès le bas âge. 
Ainsi, Abdoul-Mouttalib chercha une nourrice pour le prophète 
(S) et lui choisit une femme appartenant à Banî Saad ibn Bakr, à 
savoir Halima fille d' Abi Thouwayb dont le mari était Al-Hârith 
ibn Abdil-Ozza connu par Abou Kabcha et appartenant à la 
même tribu. 

Les frères de lait du prophète (S) furent: Abdoullah ibn Al- 
Hârith, Anîsa bint Al-Hârith et Houthâfah ou Jouthâmah bint 
Al-Hârith plus connue sous le nom de Ach-Chayma' . 

Halima fut la nourrice du prophète (S) et d' Abi S ouf y an ibn 
Al-Hârith ibn Abdil-Mouttalib cousin du Messager d'Allah (S). 
Son oncle Hamza ibn Abdil-Mouttalib était aussi en allaitement 
chez Banî Saad ibn Bakr. Sa nourrice allaita le prophète (H) un 
seul jour alors que celui-ci était chez Halima. C'est pourquoi 
Hamza et le prophète (S) sont aussi frères de lait dans deux 
sens: du côté de Thouwayba et de celui de Halima As-Saadiyya. 

Cette dernière découvrit de la Baraka (bénédiction) du 
prophète (S), de quoi la mener à l'étonnement et à la 
stupéfaction. Elle raconta tout cela en détail: 

Selon ibn Ishâq, Halima racontait qu'un jour elle sortit de sa 
bourgade avec son mari et un enfant en allaitement; en 
compagnie aussi de femmes appartenant à Banî Saad ibn Bakr, à 
la recherche de nourrissons. C'était, dit-elle, une année dure. Il 
ne nous restait rien. Je sortis sur mon ânesse blanche. Nous 

83 



avions aussi avec nous une chèvre qui, par Allah, ne donnait 
presque pas de lait. Nous n'avions pas dormi la veille à cause 
des cris de faim de l'enfant que nous avions avec nous; ce qu'il 
y avait dans mes seins ne lui suffisait pas, encore moins le lait de 
la chèvre. Toutefois, on espérait recevoir de la pluie et de la 
consolation. Je sortis donc sur mon ânesse qui était si faible et si 
maigre que les autres ânes la laissèrent derrière. Arrivées à la 
Mecque, nous nous mîmes à chercher des nourrissons, mais 
aucune de nous n'accepta de prendre le Messager d'Allah (S) 
dans la mesure où il était orphelin. En effet, nous nous 
attendions à des actes de bienfaisance de la part des pères. Un 
orphelin? Nous disions-nous. Que peuvent bien faire sa mère et 
son grand-père? Voilà sur quelle base nous le détestions. 
Chacune des femmes qui m'accompagnaient avait trouvé un 
nourrisson sauf moi. Au moment de repartir, je dis à mon mari: 
«Par Allah je déteste rentrer avec mes compagnes les mains 
vides. Par Allah il me faut retourner prendre cet orphelin». Il 
répondit: «Comme tu veux. Il se peut qu'Allah nous le bénisse». 
Ainsi, je partis prendre l'orphelin, faute de mieux et retournai à 
mes bagages. Je ne l'eus pas plutôt mis dans ma chambre que 
mes deux seins se gonflèrent de lait. Alors il assouvit sa soif et 
se mit à dormir, ce que son frère fit aussi après s 'être rassasié, 
lui qui, auparavant, nous empêchait de dormir. Mon mari se leva 
et se rendit auprès de la chèvre qu'il trouva avec beaucoup de 
lait dont il saisit pour traire de quoi nous permettre de boire à 
notre aise. Cette nuit-là, nous dormîmes bien. Au matin mon 
mari dit: «Tu sais, Halima, par Allah tu as pris quelqu'un de 
béni». «Je l'espère», répondis -je. Ensuite nous sortîmes. Je 
montai alors sur mon ânesse, l'orphelin avec moi. Celle-ci était 
si active qu'elle dépassait tous les autres ânes. Etonnées mes 
compagnes dirent: «fille d'Abi Thouwayb, malheur à toi, 
doucement! N'est-ce pas là l'ânesse que tu avais en venant? «Je 
leur répondis: «Si, c'est la même». Alors elles reprirent. Par 
Allah, il y a donc quelque chose en elle. Nous arrivâmes chez 
nous, chez Banî Saad la plus infertile des terres que j'eusse 

84 



jamais connue. Nous constatâmes cependant que nos brebis 
avaient beaucoup de lait alors qu'auparavant elles ne donnaient 
aucune goutte de lait. Aussi les sédentaires de notre peuple 
disaient-ils à leurs berges: «Allez faire paître les moutons là où- 
fait paître le berger de la fille d' Abi Thouwayb». Leurs moutons 
étaient affamés et ne donnaient aucune goutte de lait alors que 
les miens étaient gras, producteurs de lait. Ainsi, Allah continua 
d'accroître nos faveurs et nos biens jusqu'au moment où 
Mohammad fut sevré à deux ans. L'enfant ne grandit pas de la 
même manière que les autres garçons, car, lorsqu'il atteignit ses 
deux ans, il était déjà assez solide. Alors, je le rendis à sa mère, 
bien disposée à le garder, du fait de la Baraka (bénédiction) 
qu'il nous apportait. Je dis à sa mère: «Si tu laissais mon fils 
avec moi jusqu'à ce qu'il devienne plus solide, cela le 
préserverait des épidémies de la Mecque». Celle-ci, aussitôt, 
nous autorisa à le ramener. Ainsi le prophète (S) resta chez Banî 
Saad jusqu'à l'âge de 4 ou 5 ans, âge auquel eut lieu la fente de 
sa poitrine. A cet égard, Mouslim rapporte de Anas que Jibril 
s'était présenté au Messager d'Allah (S) alors que celui-ci jouait 
avec les garçons. Il le saisit, le terrassa et fendit son cœur duquel 
il sortit une sangsue et dit: «Voici la part que Satan a de toi». Il 
lava ensuite la sangsue dans une cuvette en or avec de l'eau de 
Zamzam, la banda et la remit à sa place. Les garçons se 
précipitèrent vers sa mère (sa nourrice) et dirent: «On a tué 
Mohammad». Les gens accoururent vers lui et le trouvèrent pâle. 
Anas dit avoir vu l'effet de l'opération sur sa poitrine. 

Retour de Mohammad chez sa mère 

Après l'événement de la fente, Halima eut tellement peur 
pour la vie de Mohammad qu'elle rendit celui-ci à sa mère. 
Alors, l'enfant resta chez sa mère jusqu'à l'âge de six ans. 

Commémorant le décès de son mari, Amina se proposa 
d'aller en visiter la tombe à Yathrib. Elle sortit de la Mecque 
pour un voyage long de 500 km, en compagnie de son enfant 
orphelin, Mohammad (H), de sa servante Oum Ayman et de 

85 



Abdil-Mouttalib. Elle resta pendant un mois à Yathrib avant de 
prendre le chemin du retour. A mi-chemin elle fut frappée d'une 
maladie qui s'aggrava tellement qu'elle en mourut, à Abwâ, 
entre la Mecque et Médine, 

Mohammad à la charge de son grand père 

Abdoul-Mouttalib ramena Mohammad à la Mecque le cœur 
rempli d'affection et de sympathie pour son petit fils orphelin 
que venait d'atteindre un autre malheur, en plus du premier. Il 
lui vouait une compassion qu'il ne vouait à aucun de ses fils. Il 
ne le laissait jamais seul et le préférait à ceux-ci. Selon Ibn 
Hicham, on avait l'habitude de placer un matelas pour Abdil- 
Mouttalib à l'ombre de la Kaaba, matelas autour duquel 
s'installaient les fils de celui-ci jusqu'à l'arrivée de leur père. 
Aucun de tels fils n'osait s'asseoir sur le matelas par respect 
pour le vieux. Par contre, le messager d'Allah (S) qui était alors 
un garçon solide, venait s'y asseoir. Ses oncles voyant cela, 
avaient l'habitude de l'en écarter. S 'apercevant qu'on l' écartait 
Abdil-Mouttallib disait: «Laissez mon fils! Par Allah, il est 
important». Sur ces mots, il s'asseyait avec lui sur le matelas, lui 
massant le dos de sa main. Tout ce qu'il faisait le réjouissait. 

A 8 ans, 2 mois et dix jours, Mohammad (H) perdit son 
grand père Abdoul-Mouttalib à la Mecque. Toutefois, avant sa 
mort celui-ci l'avait confié à son oncle Abou Tâlib, frère 
germain de son père. 

Mohammad chez son oncle Abou Tâlib 

Abou Tâlib se chargea de la défense de son neveu de la 
manière la plus complète, le comptant parmi ses fils, le préférant 
même à ceux-ci, lui réservant un traitement de respect et de 
considération. Pendant plus de quarante ans, il l'affectionna et le 
soutint, assura sa protection, eut pour la défense de sa cause des 
amis et des ennemis. Cet aspect sera développé dans les pages 
qui vont suivre. 



86 



L'appel à la pluie 

Ibn Asâkir rapporte de Jalhama ibn Arfata les paroles 
suivantes: «J'arrivai à la Mecque et trouvai que la sécheresse y 
régnait. Les Kouraichites dirent: «Abou Tâlib, la vallée est sèche 
et les familles n'ont rien. Alors, viens faire un appel à la pluie». 
Abou Tâlib sortit en compagnie d'un garçon, pareil à un soleil 
couvert de nuages, auréolé de nuages Abou Tâlib le prit, mit son 
dos contre la Kaaba et lui fit signe du doigt, alors que le ciel était 
clair. Ainsi, les nuages vinrent de tous côtés. La pluie tomba 
drue, remplit la vallée et fertilisa tout. C'est à cela que fait 
allusion Abou Tâlib quand il dit: «Un jeune qui de son visage, 
fait appel à la pluie par clémence à l'égard des orphelins et des 
veuves». 

Rencontre avec le moine Bahirâ 

Lorsque le Messager d'Allah (S) eut douze ans, à quoi 
certains ajoutent deux mois et dix jours, il partit avec son oncle 
pour un voyage de commerce en Syrie. Le voyage les mena à 
Basrâ en Syrie, une citadelle de Hawrân qui était à l'époque une 
citadelle arabe, sous domination romaine. 

Il y avait dans cette citadelle un moine du nom de Bahayrâ 
dont on dit que le vrai nom était Jarjis. A la descente des 
caravaniers, celui-ci alla vers eux, ce qu'il n'avait jamais fait. 

Se faufilant alors entre eux, il se saisit de la main du 
Messager d'Allah (H) et dit: «Voici le guide des mondes, voici 
le messager du Seigneur des mondes, celui qu'Allah envoie par 
clémence à l'égard des mondes». Abou Tâlib et les sages de 
Kouraich lui dirent: «Qu'en sais-tu?». Il reprit: «Les pierres et 
les arbres que vous avez dépassés depuis Al-Akaba se sont tous 
prosternés pour rien moins qu'un prophète. 

Je le reconnais par le sceau de la prophétie qui, tel une 
pomme, est au dessous du cartilage de son épaule. Nous 
retrouvons ce prophète dans nos livres». 



87 



Le moine offrit ensuite l'hospitalité à ses hôtes et demanda à 
Abou Tâlib de retourner avec l'enfant et de ne plus le ramener 
en Syrie, par crainte des romains et des juifs. Sur ce, Abou Tâlib 
chargea des gens de ramener son neveu à la Mecque. 

La guerre des Foujjâr 

Elle éclata à un moment où Mohammad (S) avait 20 ans 
entre d'une part Kouraich et Kinâna et d'autre part KaysAylân. 
Le général des tribus Kouraich et Kinâna réunies était Harb ibn 
Oumayya choisi au regard de son âge et de sa noblesse. En début 
de journée les Kaysites triomphèrent des Kinânites mais en 
milieu de journée, la situation se retourna. Une telle guerre fut 
dénommée «la guerre des Foujjâr» du fait de la violation de 
l'interdiction de se battre pendant les mois sacrés. Le prophète 
(S) assista à cette guerre au cours de laquelle il se chargeait de 
ramasser les flèches et de les remettre à ses oncles. 

Le pacte de Foudoul 

A la suite de la guerre des Foujjâr eut lieu au mois saint de 
Thoul-Kaada (llème mois de l'année hégirienne) le pacte de 
Foudoul conclu d'un commun accord par certaines tribus des 
Kouraichites: Banou Hâchim, Banou Al-Mouttalib, Asad ibn 
Abdil-Ozzâ, Zahra ibn Kilâb et Tamim ibn Mourra. Ces tribus se 
réunirent chez Abdillah ibn Jadaân At-Taymi du fait de son âge 
et de sa noblesse. 

Elles conclurent un accord d'assistance à tout Mecquois 
victime d'une injustice, accord au sujet duquel il s'agissait aussi 
de contraindre l'agresseur à réparer son injustice. 

Assistait à la conclusion du pacte le Messager d'Allah (S) 
qui dit après qu'Allah l'eût investi de la mission: «J'ai assisté 
chez Abdillah ibn Jadaân à la conclusion d'un pacte auquel 
j'aurais aussi été favorable dans l'islam». L'esprit de ce pacte 
s'opposait à celui de la protection telle que conçue dans la 
période anté-islamique, protection entièrement fondée sur 



88 



l'esprit de clan. Pour le motif de ce pacte, on raconte qu'un 
homme appartenant aux Zoubaydites était venu à la Mecque 
avec des marchandises que lui acheta Al -As ibn Wâ'il As- 
Sahmi. Cependant celui-ci refusa de lui verser ses droits. Alors, 
il appela à lui les jurés, à savoir Abdid-Dâr, Makhzoum, Joumh, 
Sahm, et Adi, mais ceux-ci ne se soucièrent pas de lui. Il appela 
à haute voix Jabal ibn Kabis, récitant des poèmes dans lesquels 
il décrivait la nature du préjudice qui lui avait été fait. 

Sur ces entrefaites, Az-Zoubair ibn Abdil-Mouttalib, de 
passage, dit: "Que-est-ce-qu'il a donc ce délaissé, au point de 
réunir à lui les parties du pacte de Fou-doull" Les gens 
contraignirent. 

Al- As ibn Al-Wâïl à faire droit au Zoubaydite, suite à la 
conclusion du pacte. 

Une vie d'efforts et de travail 

Au début de sa jeunesse, le prophète (S) n'avait pas de 
travail fixe. Cependant plusieurs rapporteurs mentionnent que 
des moutons, il en a gardé chez Banî Saad et aussi pour les gens 
de la Mecque à karârit (pour peu de contre-partie). 

A 25 ans, il effectua un voyage de commerce en Syrie, au 
service de Khadija L^ <d)l ^j . Selon ibn Ishâq, Khadija la fille 
de Khouwaylid était une commerçante noble et riche, engageant 
à son service des hommes qu'elle désintéressait: les 
Kouraichites étaient un peuple mercantile. Ainsi, lorsque le 
Messager d'Allah (S) eut atteint son haut niveau de franchise, 
d'honnêteté et de noblesse de caractère, Khadîja envoya auprès 
de lui, lui demander d'aller en Syrie pour les besoins de son 
commerce, prête à lui consacrer des moyens meilleurs que ceux 
qu'elle donnait aux autres agents commerciaux et à le faire 
accompagner par un jeune homme appelé Maysara. Le prophète 
(S) accepta l'offre ainsi faite et se rendit en Syrie en compagnie 
de Maysara. 



89 



Le mariage de Mohamed (S) avec Khadiia 

Lorsque Mohammad (Si) fut revenu de la Syrie, Khadîja 
constata dans son avoir une sécurité et une bénédiction qu'elle 
n'y avait jamais connues auparavant. Le jeune homme Maysara 
l'informa de ce qu'il savait de la personnalité de son agent: 
douceur, vertu, force de persuasion, pertinence de la démarche et 
honnêteté. 

Sur ces bases, Khadîja trouva ce qu'elle cherchait car des 
seigneurs et des chefs tenaient à l'épouser mais ne pouvaient 
parvenir à obtenir son consentement. Elle se confia à l'une de 
ses amies à savoir Nafisa bint Maniya. Celle-ci alla voir le 
Messager d'Allah (S§) et le mit au courant de la proposition 
de mariage. Ravi, le prophète (S) s'en ouvrit à ses oncles qui 
alors se rendirent chez l'oncle de Khadîja pour obtenir son 
accord. 

Suite à une telle démarche, le mariage fut conclu en présence 
de Banî Hachim et des chefs de Moudar et cela deux mois après 
le retour du prophète (®) de la Syrie. La dot était de 20 vaches. 
A l'époque, Khadîja avait 40 ans, et était la meilleure femme de 
sa tribu en fait de généalogie, de richesse et d'intelligence. Elle 
est la première femme à se marier avec le Messager d'Allah (Si). 
Jusqu'à sa mort celui-ci n'épousa pas d'autres femmes. 

Khadîja est la mère de tous les enfants du prophète (H) 
exception faite d'Ibrahim. 

Elle lui donna Al-Qâsim - pour lequel le prophète fut 
surnommé Aboul-Kasim, Zaynab, Roukayya, OumKoultoum, 
Fatima, et Abdallah surnommé At-Tayyib et At-Tâhir. Les 
garçons moururent tous à bas âge. Quant aux filles, elles 
vécurent toutes jusqu'à l'avènement de l'islam, embrassèrent 
cette religion et émigrèrent à Médine. Cependant, elles 
moururent toutes du vivant du prophète (S) à l'exception de 
Fâtima L^ «dll ^j qui mourut 6 mois après son père. 



90 



La construction de la Kaaba et la question d'arbitrage 

Lorsque Mohammad eut 35 ans, les Kouraichites entreprirent 
de reconstruire la Kaaba. En effet, celle-ci était d'un cran au 
dessus de la taille humaine; alors que sa hauteur était de 9 
coudées au temps d'Ismâ'il. Puisqu'elle n'avait pas de plafond, 
un groupe de voleurs avait volé le trésor qu'elle renfermait. 
Vestige antique, elle avait déjà subi les aléas du temps qui 
affaiblirent ses fondations, lézardèrent ses murs, à quoi s'ajoutait 
le torrent de Arim qui, 50 ans avant le début de la mission du 
prophète (S) s'abattit sur la Mecque et descendit vers le temple 
sacré avec une violence qui faillit faire basculer la Kaaba. Ainsi 
les Kouraichites furent obligés d'en renouveler les fondations, 
désireux d'en maintenir le prestige. Ils décidèrent tous ensemble 
de n'investir dans ce sens que les biens honnêtement acquis, 
écartant de ce fait la dot des prostituées, les biens résultant de 
toute vente usuraire et la pratique de l'injustice, dans la crainte 
absolue de l'effondrement de la Kaaba. Al-Wâlid ibn Al- 
Moughira fut le premier à commencer le travail de démolition. 
Les gens, ensuite le rejoignirent après s'être rendus compte que 
rien de mal ne lui arrivait. Ils continuèrent à démolir et bientôt 
atteignirent la fondation réalisée par Ibrahim OSâ)- Occupés 
ensuite à construire, ils divisèrent la Kaaba en plusieurs parties 
dont chacune était à la charge d'une tribu. Chaque tribu 
rassembla des pierres et la construction commença, confiée à un 
romain du nomdeBâqoum. Lorsqu'on eut atteint la place de la 
pierre noire, les tribus divergèrent sur la question de savoir, à 
laquelle d'entre elles allait enfin revenir l'honneur de la mettre 
en place. Le conflit s'étendit sur 4 ou 5 nuits et faillit déclencher 
une guerre violente et sanglante, à l'intérieur du Haram. 
Cependant, Abou Oumayya ibn Al-Moughira Al-Makhzoumi 
leur fit la proposition de prendre comme juge - arbitre du conflit 
qui les opposait, la première personne, qui franchirait la porte de 
la mosquée pour venir les rejoindre. Alors, tout le monde 
accepta. Il plut ensuite à Allah qu'une telle personne fût 



91 



Mohammad (S). Dès qu'ils le virent, ils s'exclamèrent: «Ça 
c'est le probe (Al-Amîn){ Nous accepterons son arbitrage! C'est 
Mohammad!». 

Lorsque celui-ci fut arrivé et qu'on l'eut informé du motif du 
conflit, il fit apporter un manteau au milieu duquel il plaça la 
pierre pour ensuite demander aux chefs de tribus en conflit de 
tenir chacun un bout du manteau et de lever tous ensemble. 
Aussitôt que le manteau atteignit la place de la pierre, il se saisit 
de celle-ci et la mit à sa place. Il s'agissait là d'un jugement 
équitable que tout le monde accepta. Les dépenses saines furent 
limitées aux Kouraich. On sortit du côté nord, une marge de 6 
coudées de long où repose la pierre. On éleva la porte du sol de 
telle sorte que n'importe qui ne saurait accéder à la Kaaba. 
Lorsque le bâtiment eut atteint 15 coudées on le tortura sur 6 
colonnes. A la fin des travaux, la Kaaba eut une forme presque 
carré et haute de 15 mètres. Le côté au niveau de la pierre et 
faisant face à elle mesurait 10,10 mètres. La pierre fut posée à 
une hauteur de 1,50 mètres de la piste de circumambulation. Le 
côté au niveau de la porte et faisant face à elle mesurait 12 
mètres. La porte ouverte à ce niveau, était à 2 mètres du sol. A 
l'extérieur et vers le bas, la Kaaba était entourée d'un casbah 
d'une hauteur moyenne de 0,25 mètres et d'une largeur moyenne 
de 0,30 mètre. Ce Kasbah, appelé Chatherwan était une partie 
originelle du temple mais les Kouraichites le délaissèrent. 

Aspects généraux de la biographie du prophète (S) avant le 
début de la mission 

Mohammad avait réuni en lui, par son éducation les 
meilleures des qualités que l'on pouvait retrouver chez les gens. 
C'était un modèle raffiné dépensée lumineuse et d'observation 
pertinente, élevé à un haut niveau de perspicacité et de sagacité, 
d'originalité dans les idées, de rectitude dans le jugement et de 
bon sens dans le choix des moyens et des objectifs. Il recourait 
au silence dans ses longues méditations, mûrissait toujours la 
réflexion, approfondissait la vérité, l'explorant jusqu'au bout. 

92 



Par la fécondité de son esprit et la pureté de son caractère, il 
avait pris connaissance des réalités de la vie des collectivités. Il 
se détournait des superstitions et traitait avec les gens sur la base 
du discernement et de la clairvoyance. Toutes les fois qu'il 
trouvait que quelque chose était bonne, il y participait 
effectivement. Sinon, il se retirait dans sa solitude habituelle. Il 
ne buvait pas de vin et ne mangeait non plus de ce qu'on avait 
sacrifié ou immolé pour les dieux. Il n'assistait à aucune des 
fêtes organisées par les idolâtres car, il avait toujours éprouvé de 
l'aversion pour l'adoration futile et absurde des idoles, pratique 
qui plus que tout, pouvait susciter sa colère. Il ne supportait pas 
d'entendre jurer par Al-Lât et Al-Ozzâ. Il ne fait aucun doute 
qu'Allah l'avait entouré d'un mur de protection. Ainsi, lorsque 
les penchants de l'âme le poussaientt à vouloir découvrir par 
curiosité la jouissance de ce monde, toutes les fois qu'il voulait 
suivre des traditions blâmables, la bienveillance divine 
intervenait immédiatement pour l'en empêcher. 

Selon un rapport d'ibn Al-Atiiîr, le Messager d'Allah (S) 
dit: «Je n'ai songé que dans deux cas, à ce que faisaient les gens 
de l'époque anté-islamique, mais Allah m'empêchait toujours de 
parvenir à ces fins. Ensuite je ne cessai de songer à Allah 
jusqu'au moment où II me fit l'honneur de me confier Son 
message. Pour le premier cas, je dis, une nuit, au jeune homme 
avec lequel je gardais les moutons au dessus de la Mecque: "Ah! 
si seulement tu me surveillais mes moutons pour me permettre 
d'aller à la Mecque veiller comme les autres jeunes"! Celui-ci 
accepta. Alors, je me mis en route. Juste à l'entrée de la Mecque, 
j'entendis une flûte. «Qu'est-ce-que c'est»? demandai-je. On me 
répondit: «C'est le mariage de tel homme avec telle femme». 
Alors, je me mis assis pour écouter mais Allah me poussa au 
sommeil et ce fut la chaleur des rayons du soleil qui, le 
lendemain, me réveilla. Ainsi retournai-je à mon compagnon. 
Celui-ci m'interrogea sur la veillée et je lui racontai ce qui 
s'était passé. A propos du second cas, il m' arriva dans une autre 



93 



nuit, de vouloir faire la même chose mais, une fois à la Mecque, 
le même sommeil me reprit, après quoi je n'ai plus songé au mal 
et au perfide». 

Tel que rapporté par Al-Boukhari, Jâbir ibn Abdillah dit: 
«Lorsqu'on construisait la Kaaba, le prophète (S) et Al-Abbâs 
s'y étaient rendus pour transporter des pierres. Alors Al-Abbâs 
dit au prophète (S): «Mets ton manteau sur ta nuque pour te 
protéger des pierres. Celui-ci tomba à terre, levant les yeux vers 
le ciel. Après avoir récupéré il dit: mon manteau! mon manteau! 
- serrant contre lui son manteau». Un autre rapport mentionne: 
«Depuis lors on a cessé de voir ses parties chastes». Le prophète 
(H) se distinguait au sein de son peuple par sa douceur, sa vertu 
et sa générosité. C'était le meilleur de son peuple en fait d'esprit 
chevaleresque, de beauté de caractère, de convivialité, de bonté, 
de véracité, de souplesse, d'abstinence et de continence, de 
pratique de bonnes œuvres, de travail qualitatif, de respect des 
engagements, d'honnêteté et de probité. 

D'ailleurs, on l'appelait Al-Amîn (le probe), en raison de son 
immense stock de qualités et de vertus. Comme le dit Khadija, 
la mère des croyants L$ic <dJ! Cr ^ J , il supportait tout le monde, 
assistait les indigents, donnait l'hospitalité aux hôtes et aidait 
contre tout ce qui pouvait faire obstacle à la vérité. 

L'époque Mecquoise 

La vie de Mohammad en tant que prophète et messager se 
divise en deux époques diamétralement opposées 

1 . L'époque mecquoise longue de dix ans. 

2. L'époque médinoise longue de treize ans. 

Chacune des deux époques comprend plusieurs étapes et 
chaque étape se distingue par des réalités spécifiques. 



94 



H suffit pour s'en convaincre de bien observer les situations 
que traversa la Da'wa (l'appel à Allah) au cours des deux 
époques. 

On peut diviser l'époque mecquoise en trois étapes: 

1. L'étape de l'appel secret qui dura trois ans. 

2. L'étape de la publication de l'appel au niveau de la Mecque: 
du début de la quatrième année de la prophétie à l'émigration 
du prophète (II) à Médine. 

3. L'étape de la généralisation de l'appel hors de la Mecque: à 
partir de la fin de la dixième année de la prophétie. 

Cette étape qui englobe toute l'époque médinoise va jusqu'à 
la mort du prophète (S). Pour ce qui est des étapes de l'époque 
médinoise, elles seront exposées en détail au moment opportun. 



95 



L'AVENEMENT DE LA PROPHETIE ET DE LA 
MISSION 

Dans la grotte de Hirâ 

Aux environs de la quarantaine, le prophète (H) constata que 
ses méditations antérieures avaient élargi le fossé entre lui et son 
peuple et préféra la solitude. Muni de vivres et d'eau, il se 
rendait à la grotte de Hirâ, dans la montagne de la lumière (Jabal 
An-Nour) située à peu près à 4 km de la Mecque. 

H s'agit d'une grotte agréable de 4 coudées de long et de 1,75 
coudées de large. Il y passait le mois de Ramadan, nourrissait les 
pauvres qui l'y rejoignaient, passait son temps à l'adoration et à 
la réflexion sur les signes de l'univers qui l'entouraient ainsi que 
sur la puissance créatrice qu'ils cachaient. 

L'associationnisme absurde et les représentations 
inconsistantes de son peuple ne le rassuraient pas. 

Cependant, il ne disposait ni d'une voie claire, ni d'une 
méthode définie, ni d'une démarche orientée pouvant lui 
apporter dans ce sens quiétude et satisfaction. 

Son choix de la solitude était un aspect de la guidance 
d'Allah à son égard, guidance destinée à le détacher des 
préoccupations d'ordre terrestre, du tumulte de la vie, des petites 
considérations dont les gens meublaient leur vie, aux fins de le 
préparer à la grande affaire qui l'attendait. 

Ainsi, le prophète (S) s'apprêtait à endosser la lourde 
responsabilité, à changer la face du globe et à modifier le cours 
de l'histoire. 

Pendant 3 ans, Allah le voua à cette solitude avant de lui faire 
porter Son message. 

Le prophète (S) se lança donc dans cette solitude pendant un 
mois au cours duquel il communiait avec l'esprit de l'univers, 

96 



I 



méditait sur le mystère que cachait l'existence, jusqu'au moment 
où sonna l'heure de traiter avec ce mystère sous l'autorisation 
d'Allah. 

Jibril (Gabriel) descendit avec la révélation 

Lorsque le prophète (S) eut 40 ans révolus - ce qui est la 
pointe de perfection à partir de laquelle, selon certains, Allah 
choisit Ses prophètes - les indices de la prophétie commencèrent 
à se faire jour. 

De ces indices, on note qu'une pierre de la Mecque saluait le 
prophète (S) et que celui-ci ne faisait aucun rêve qu'il ne vît se 
réaliser. Ces indices apparurent pendant 6 mois. La durée de la 
prophétie fut de 23 ans. Quant aux rêves vrais, ils constituent 
une des 46 éléments de la prophétie. 

Au mois de Ramadan de la troisième année de solitude dans 
la grotte Hirâ, il plut à Allah d'inonder l'humanité de Sa 
clémence en choisissant Mohammad écomme prophète et 
comme Messager. Il envoya Jibril (Gabriel) lui révéler des 
versets du Coran. 

Après observation et méditation des recoupements et des 
indicateurs, on peut identifier ce jour-là comme étant le lundi 21 
du mois de Ramadan, dans la nuit, ce qui correspond au 
dix Août 610 G. 

A l'époque, le prophète (II) avait exactement quarante années 
lunaires, 6 mois et 12 jours ou en d'autres termes 39 années 
solaires, 3 mois et 20 jours. 

Ecoutons Aicha l'intime L$ic <dll Lr ^j nous raconter l'histoire 
de cet événement qui, point de départ de la prophétie, 
commençait à repousser les ténèbres de l'impiété et de 
l'égarement, au point de changer le cours de la vie et aussi de 
modifier la perspective de l'histoire. 



97 



Elle dit: «Les premières manifestations de la révélation chez 
Muhammad (S) furent des rêves profitables: il ne faisait aucun 
rêve sans en voir la réalisation. Ensuite, on lui fit aimer la 
solitude. 

A cet égard, muni de provisions, il s'isolait dans la grotte de 
Hirâ, fuyant l'adoration des idoles et se consacrant à Allah, 
avant de regagner les siens. H revenait chez Khadija, 
s'approvisionnait et repartait, ainsi de suite jusqu'au moment où 
la vérité apparut dans la cave. 

Alors, l'ange se présenta à lui et dit: «Récite!» 

«Je ne sais pas réciter» dit le prophète (S). L'ange le saisit et 
l'étrangla jusqu'au point de le mener à l'étouffement. 

Ensuite, il le lâcha et reprit: "Récite!" Le prophète répéta: "Je 
ne sais pas réciter". L'ange l'étrangla une deuxième fois au point 
de le mener à l'étouffement, après quoi il le lâcha et dit: «Je ne 
sais pas réciter». L'ange, le saisit une troisième fois et l'étrangla. 
Ensuite il le lâcha et dit «récite». Le prophète insista. Alors, il 
dit: 






«Récite au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé 
l'homme d'une adhérence. Récite, ton Seigneur est le Très 
Noble» (96:1-3). 

Le Messager d'Allah (H) revint tout tremblant. Il se présenta 
chez Khadija, la fille de Khouwavlid disant: "Enveloppez-moi! 
Enveloppez-moi!" On l'enveloppa jusqu'au moment où se 
dissipa sa frayeur. Alors il dit à Khadija: «Qu'est-ce qui 
m' arrive?» 



98 



Celle-ci lui retraça la scène. Mohammad (H) reprit: «j'avais 
peur pour moi-même» «Non!» dit Khadija, «Ma foi, Allah ne 
t'humiliera jamais. Tu cultives la parente, composes avec tout le 
monde, assistes les nécessiteux, donnes l'hospitalité aux hôtes et 
aides à faire triompher la vérité». Elle l'emmena chez son cousin 
Waraka ibn Nawfal ibn Asad ibn Abdil-Ozza. 

Celui-ci était chrétien depuis l'époque anté-islamique. 
Sachant écrire l'hébreu il écrivait aisément l'évangile dans cette 
langue. C'était aussi un grand sage qui avait perdu la vue. 
Khadija s'adressa à lui en ces termes: «Cousin, écoute ce que va 
te dire ton neveu!» Warakah dit à Mohammad (S): «Neveu, que 
s'est-il passé?» 

Celui-ci lui décrit ce qu'il vit. Warakah reprit: «Ça c'est la loi 
qu'Allah avait fait descendre sur Mousâ. Ah! si seulement 
j'étais jeune! si seulement j'étais en vie au moment où ton 
peuple te fera sortir!». Le Messager d'Allah (S) dit: vont-ils 
me faire sortir, eux?». «Oui» répondit Warakah ajoutant: 
«Aucun homme n'a jamais apporté quelque chose de semblable 
à ce que tu apportes sans s'exposer à l'inimitié et à l'adversité; 
mais, si ce jour me trouve en vie je t'aiderai énergiquement". 

Ensuite, Warakah ne tarda pas à mourir. La révélation fut 
interrompue. 

La période d'interruption de la révélation 

Ibn Saad rapporte d'ibn Abbâs que la durée de la période 
d'interruption de la révélation fut de quelques jours. C'est cela 
le plus probable mais aussi ce qui se dégage après exploration de 
tous les aspects. Pour ce qui est de l'information répandue selon 
laquelle une telle période s'étendrait sur trois ans ou deux ans et 
demi, elle ne saurait être vraie; mais ce n'est pas ici le lieu de 
s'étendre sur sa réfutation. 

Durant l'interruption, le Messager d'Allah (H) resta affligé et 
triste, frappé d*étonnement et de stupéfaction. A cet égard Al- 



99 



Boukhari rapporte dans son livre intitulé "Kitâb At-Taabîr" les 
propos ci-dessous: 

La révélation s'interrompit un moment. Le prophète (®) 
selon ce qu'on nous a communiqué, éprouva alors une telle 
tristesse et une telle amertume qu'il songea à aller 
précipitamment se jeter du haut des hautes montagnes. 
Cependant, toutes les fois qu'il était au sommet d'une montagne, 
prêt à se jeter dans le vide, Jibril (Gabriel) lui apparaissait et 
s'adressait à lui en ces termes: «Mohammad! Tu es sans aucun 
doute le Messager d'Allah». Cela le rassurait et le dissuadait de 
son acte. 

Lorsque l'interruption de la révélation lui paraissait longue 
par la suite, il tentait le même acte. 

Toutefois, dès qu'il était au sommet de la montagne, Jibril lui 
apparaissait et lui répétait les mêmes propos. 

Jibril pour la deuxième fois apporte la révélation 

Selon ibn Hajar, l'objectif de l'interruption de la révélation 
pendant des jours était de faire revenir le prophète (M) de sa 
frayeur et aussi de lui faire retrouver l'envie de vivre. Dès que 
l'objectif fut atteint et que le Messager d'Allah (S) se mit à 
attendre la suite de la révélation, Jibril revint pour la deuxième 
fois. D'après ce que rapporte Al-Boukhâri de Jâbir ibn Abdillah, 
il a entendu le Messager d'Allah (S) parler de l'interruption de 
la révélation en ces termes: «Alors que je marchais, j'entendis 
soudain une voix appelant du ciel. Alors, levant les yeux, je vis 
le même ange qui m'était apparu à Hirâ, assis sur une chaise 
entre le ciel et la terre. Je fus tellement surpris que je roulai à 
terre. De retour à ma famille je m'écriai: «Enveloppez -moi! 
enveloppez-moi!» et on m'enveloppa. 

Alors Allah le Très Haut fit descendre les versets allant de: 



100 



jQ\j O J5^ 4^j O j£* ^j>j O jaiU > O j"xj\ \£\i* f 

«O toi, le revêtu d'un manteau. . .» à «. . .écarte-toi». 

Ensuite la révélation se poursuivit, ininterrompue. Un autre 
hadith authentique mentionne: «J'ai séjourné pendant un mois à 
Hirâ». 

Après mon séjour, je descendais; mais lorsque je pénétrai 
dans la vallée. . . (Ensuite le prophète mentionna ce qui précède.) 
En d'autres termes il descendit après y avoir passé le mois de 
Ramadan. L'intervalle entre les deux révélations était de dix 
jours; car le Messager d'Allah (S) ne passa pas un autre 
Ramadan à la grotte de Hirâ après la descente de la première 
révélation. Ces versets de la sourate de l'adhérence (Al-Alak) 
furent le point de départ de la mission. Leur postérité par rapport 
à l'événement de la prophétie s'apprécie sur la base de leur 
période de révélation. Ils comportent deux types de charge et 
précisent au prophète les attitudes à tenir: 

1. Le prophète (il) avait à charge de communiquer et d'avertir; 
comme le laisse apparaître la parole d'Allah: «Lève-toi et 
avertis» dont le sens est «avertis les gens contre le châtiment 
que leur infligera Allah s'ils ne sortent pas de leur légèreté, 
de leur égarement, s'ils ne renoncent pas à adorer autre 
qu'Allah et aussi à l'associer à d'autres dans son essence, ses 
attributs ses droits et ses actes. 

2. Le Messager d'Allah (S) avait aussi à charge d'appliquer sur 
lui-même les ordres d'Allah, le Transcendant, le Très Haut de 
s'attacher à ces ordres pour obtenir, par ce biais, Sa 
satisfaction et devenir le bon exemple pour quiconque croit 
en Allah. 

Cela apparaît dans le reste des versets: 

101 



• «Et de ton Seigneur, célèbre la grandeur en d'autres termes 
célèbre exclusivement sa grandeur! Et à cela n'associe 
personne». 

• «Et tes vêtements, purifie-les». 

Le sens littéral ici est purification des vêtements et du corps 
car, bien sûr, celui qui célèbre la grandeur d'Allah et se présente 
à lui, ne doit avoir aucune marque de souillure et de saleté. 

Si c'est une telle purification qu'on demande, à plus forte 
raison la purification des ordures de l'associationnisme ainsi que 
de la turpitude des actes et des caractères. La parole «et de ton 
péché, «écarte-toi» veut dire: «Eloigne-toi de tout ce qui entraîne 
la colère d'Allah et détermine celui-ci à châtier et cela, en 
t' attachant à obéir et à éviter les actes de désobéissance». La 
parole: «Et ne donne pas dans le but de recevoir davantage» 
signifie: «Ne pratique pas le bien pour ensuite en chercher 
rémunération chez les gens, ou viser à en avoir meilleure 
rétribution en ce bas monde». 

Quant au dernier verset «Et pour ton Seigneur, endure» il 
renferme un avertissement contre le mal que son peuple (à lui 
Mohammad (®) pourrait lui faire si, professant une autre 
religion, il l'appelait à Allah et à Allah Seul sans associé, 
l'avertissait contre la violence du châtiment que leur réserve 
celui-ci. 

De surcroît, le début de la sourate englobe un appel sublime - 
faite d'une voie éminente - choisissant Mohammad (S) pour 
porter l'illustre charge, l'arrachant du sommeil, de son manteau 
et de la chaleur de son lit, pour le mener au Jihâd, à la lutte et 
aux épreuves: 

«O toi, le revêtu d'un manteau! lève-toi et avertis». 

102 



Tout se passe comme si l'on disait: «Ceux qui vivent pour 
eux-mêmes pourraient trouver le repos. Quant à toi qui portes ce 
lourd fardeau qu'as-tu à faire du sommeil? Où trouveras-tu le 
repos? Qu'as-tu à faire de la chaleur du lit, de la vie paisible et 
des commodités? Debout! une grande affaire t'attend. Le lourd 
fardeau t'attend. Debout! Au travail! fais des efforts, trime, 
fatigue-toi! Debout ce n'est plus l'heure du sommeil et du repos! 
Tu ne connaîtras désormais qu'insomnie continuelle et pénibles 
activités. Debout! prépare-toi pour cette affaire! Sois prêt». 

C'est donc une parole à la fois sublime et redoutable qui 
l'arracha de la chaleur du lit au cœur de la maison paisible, pour 
le pousser au large, entre les remous et les tempêtes, entre la 
pression et l'attraction que décrivaient la conscience des gens et 
la réalité de la vie. 

Ainsi, le Messager d'Allah (S) se leva et ensuite resta debout 
pendant vingt ans au cours desquels il ne connut ni repos, et ne 
vécut ni pour lui-même, ni pour sa famille. Il se leva et resta 
debout pour appeler à Allah et porter l'écrasant fardeau sans 
toutefois succomber, le fardeau de la grande loyauté, à la surface 
de cette terre, le fardeau de toute l'humanité, le fardeau de la 
croyance dans son entièreté, le fardeau de la lutte et du Jihâd à 
mener dans des domaines extrêmement variés. Le prophète (S) 
passa plus de vingt ans dans une bataille rude et continue. Au 
cours de cette période rien ne le détourna de son objectif, à 
savoir depuis qu'il perçut l'appel haut et sublime et reçut, par ce 
biais, la charge redoutable. Puisse Allah le rétribuer en bien au 
nom de toute l'humanité. 

Les pages qui suivent ne sont qu'une simple image réduite de 
ce long et pénible Jihâd que le prophète (S) a effectué au cours 
de cette période. 



103 



Délimitation des étapes de la révélation 

Avant de commencer à étudier dans le détail le message et la 
prophétie, nous tenons à prendre connaissance des étapes de la 
révélation qui est la source du message et le soutien de l'Appel. 

A cet égard, mentionnant les étapes de la révélation, Ibn Al- 
Kayyim met en œuvre les indications ci-dessous: 

Première étape: Le rêve prémonitoire comme début de la 
révélation. 

Deuxième étape: L'ange inspira l'esprit et le cœur du 
prophète tout en restant invisible, comme le note d'ailleurs 
celui-ci: «Le saint esprit souffla dans mon esprit que l'âme ne 
saurait mourir avant de prendre tout ce qui lui revient comme 
moyens de subsistance. Alors, craignez Allah! Utilisez des 
méthodes saines à la quête de tels moyens. Que le retard de 
ceux-ci ne vous porte pas à les chercher dans la désobéissance à 
Allah. Ce qu'il y a en Allah ne s'obtient que par l'obéissance». 

Troisième étape: L'ange lui apparaissait sous une forme 
humaine et communiquait avec lui au point de lui faire 
comprendre son propos. A cette étape les compagnons le 
voyaient quelque fois. 

Quatrième étape: L'ange lui venait avec quelque chose de 
semblable à des grelots et qui, percutant, l'embrouillait de telle 
sorte que son front ruisselait de sueur, nonobstant l'intensité du 
froid et que sa monture se vautrait si toutefois il l'enfourchait. 
La révélation lui était déjà parvenue sous cette forme alors que 
sa cuisse était sur celle de Zayd ibn Thâbit qui faillit d'ailleurs 
se casser sous le poids qui pesait sur elle. 

Cinquième étape: Le prophète (S) voyait l'ange tel qu'Allah 
l'avait crée. Celui-ci lui révéla ce qu'Allah voulait qu'il lui 
révélât. Cela lui arriva deux fois, comme Allah le rappelle dans 
la sourate des étoiles. 



104 



Sixième étape: Il s'agit là de ce qu'Allah lui a directement 
révélé, alors qu'il était dans les cieux, la nuit de l'ascension: 
l'obligation de la prière, entre autres. 

Septième étape: Allah lui parla directement sans aucun ange 
interposé de la même manière que le Très Haut avait parlé à 
Mousâ ibn Tmrân. Cette étape; pour ce qui est de Mousâ est 
expressément citée par le Coran. 

En ce qui concerne notre prophète (S) elle est relatée dans le 
"voyage nocturne" (Al-hrâ). 

Certains Ulémas ajoutent à ces étapes une huitième identifiée 
comme étant celle où Allah s'adressa à son Messager face à 
face, en l'absence de tout voile. Une telle question est toutefois 
la pomme de discorde entre les Salafites et les Khalafites (les 
anciens, et leur postérité). Voilà un bref résumé des 8 étapes, 
mais il faut dire que la huitième ne se fonde sur aucune preuve. 



105 



Première étape 

L'effort d'Appel à Allah 

Trois ans d'appel secret 

Comme on le sait, la Mecque était le centre religieux des 
arabes. Il y avait les gardiens de la Kaaba ainsi que les prêtres 
chargés de veiller sur les idoles sacrées au regard du reste des 
arabes. Y parvenir à l'objectif de redressement nécessité était 
d'une difficulté et d'une rudesse sans cesse croissantes car il 
fallait faire preuve d'une détermination à l'épreuve des 
adversités et des catastrophes. Face à cette situation, il est bien 
normal que l'appel fût secret dans ses balbutiements de manière 
à éviter de surprendre les mecquois avec une réalité les poussant 
à recourir à la violence. 

Les premiers fidèles 

Il était tout naturel que le Messager d'Allah (S) exposât 
d'abord l'islam aux gens qui lui étaient attachés, aux membres 
de sa famille et à ses amis. 

H les appela à l'islam de la même manière qu'il y appela tous 
ceux en qui il avait observé de bons signes parmi ceux qui le 
connaissaient, qu'il connaissait pour leur amour d'Allah, de la 
vérité, et leur amour du bien, ceux qui le connaissaient dans le 
culte de la sincérité et de la bonté. 

De ces gens qui, du reste, n'avaient jamais mis en doute la 
grandeur et la majesté d'Allah et qui tenaient pour vraie la 
nouvelle qu'il leur avait apportée, lui répondit un groupe de 
personnes identifiées à travers l'histoire de l'islam comme étant 
les pionniers (As-Sâbikoun Al-Awwaloun). On retrouvait à la tête 
de ce groupe sa femme Khadîja bint Khouwavlid, la mère des 
croyants, son esclave affranchi Zayd ibn Hâritha ibn Chourâhil 



106 



Al-Kalbi, son cousin Ali ibn Abi Tâlib qui était un garçon à la 
charge du prophète (II) et son ami intime Abou Bakr As-Siddik. 

Ceux-ci embrassèrent l'islam dès le premier jour de l'appel. 

Abou Bakr s'investit par la suite dans l'appel à l'islam. 
C'était un homme familier aimable et très simple ayant du 
caractère et enclin au bien. Les hommes de sa tribu le 
fréquentaient, se familiarisaient avec lui, pour ses connaissances, 
son commerce et sa bonne compagnie. H se mit à appeler ceux 
de ses contribules qui avaient confiance en lui, ses protégés et 
ceux qui le fréquentaient. Grâce à son appel, Othmân ibn Affân 
Al-Amawi, Az-Zoubair ibn Al-Awwâm Al-Asadi, Abdour- 
Rahmân ibn Awf, Saad ibn Abi Wakkâs Az-Zouhri et Talha ibn 
Oubaydillah At-Taymi embrassèrent l'islam. Ces huit qui 
devancèrent tous les autres furent le peloton de tête, l' avant- 
garde de l'islam. 

On compte aussi parmi les premiers musulmans Bilâl ibn 
Rabâh Al-Habachi. Embrassèrent ensuite l'islam Abou Oubayda 
Amir ibn Al-Jarrâh de Banî Al-Hârith ibn Fihr (le loyaliste de 
cette Oumma), Abou Salma ibn Abdil-Asad, Al-Arkam ibn 
Abil-Arkam de la tribu Makhzoum, Othmân ibn M adhoû n et ses 
deux frères Koudâma et Abdoullah, Oubayda ibn Al-Hârith ibn 
Al-Mouttalib ibn Abd Manâf, Saîd ibn Zayd Al-Adawi et sa 
femme Fâtima bint Al-Khattâb Al-Adawiyya sœur de Omar ibn 
Al-Khattâb, Khabbâb de la tribu Al- Art, Abdoullah ibn Masoud 
Al-Houthali et bien d'autres. Ceux-là furent la première 
génération. 

Us appartenaient à toutes les fractions de la tribu Kouraich. 
Selon ibn Hichâm, ils constituaient plus de quarante groupes. La 
mention de certains d'entre eux comme faisant partie de la 
première génération suscite des observations. Ibn Ishâqnote: 
«Ensuite les gens embrassèrent l'islam par groupes d'hommes et 
de femmes à tel point que l'islam se dissémina à la Mecque et fit 
parler de lui. 



107 



Ces gens embrassèrent l'islam en secret. Le Messager d'Allah 
(S) se réunissait avec eux et les orientait vers la religion en 
cachette parce que l'appel en était encore à sa phase individuelle 
et secrète. 

La révélation s'était poursuivie devenant plus intensive après 
la réception des premiers versets d'Al-Mouddathir. Les versets 
et parties de sourates descendus à ce moment sont courts, dotés 
d'un agencement splendide et original de rythmes posés et 
fascinants en conformité avec l'atmosphère alors chuchotante et 
délicate. Ils englobent l'amélioration de la pureté des âmes, 
l'enlaidissement de leur souillure dans les saletés de ce monde. 

Ils décrivent le paradis et l'enfer comme si on les voyait à 
l'œil nu, transportent les musulmans dans une atmosphère autre 
que celle où vivait, à l'époque, la société des hommes. 

La prière 

L'ordre de faire la prière avait été donné par révélation 
antérieurement. Selon ibn Hajar, le Messager d'Allah (S) priait 
effectivement avant le voyage nocturne (Al-Isrâ) ainsi que ses 
compagnons mais les Ulémas divergent sur la question de savoir 
s'il y avait avant les cinq prières coraniques, des prières 
obligatoires. Certains disent que l'obligation se ramenait à une 
prière qu'on effectuait avant le lever et le coucher du soleil. Al- 
Hârith ibn Asâma rapporte par le canal de Ibn Lahima qui, lui, 
tient ses propos de Zayd ibn Hâritha, que Jibril, au tout début de 
la révélation, apparut au prophète (S) et lui enseigna les 
ablutions. Lorsque celui-ci eut fini de faire ses ablutions, il prit 
un peu d'eau et en aspergea son sexe. 

Ibn Mâja a aussi rapporté la même chose. De même on a 
apporté quelque chose d'analogue de Al-Barâ ibn Azib et d' ibn 
Abbâs. Ce dernier mentionne: «Il s'agissait là de la première 
forme d'obligation». Ibn Hichâm a noté que le Messager d'Allah 
(H) et ses compagnons allaient, à l'heure de la prière, jusqu'aux 

e îj^îîtfta c b4s^«îî««ifca£jîia où- Uc taciai^nt alart en cachette. 

108 



Un jour, Abou Tâlib vit le prophète (S) et Ali en train de 
prier et leur parla à ce sujet. 

Toutefois, lorsqu'il eut compris le fondement de l'affaire, il 
les ordonna de continuer. 

La nouvelle parvint à tous les Kouraichites 

La nouvelle de l'appel pourtant individuel et secret parvint 
aux Kouraichites mais ceux-ci ne s'en soucièrent pas puisque le 
Messager d'Allah (S) ne s'opposait ni à leur religion ni ne 
parlait de leurs divinités. Trois années passèrent au cours 
desquelles l'appel resta individuel et secret. Au cours de cette 
période se constitua un groupe de croyants œuvrant pour la 
fraternité, la coopération, la communication et la mise à 
l'honneur du message. Ensuite le prophète (S) reçut, par 
révélation l'ordre d'informer sa tribu dont il fallait, du même 
coup, affronter l'absurdité et attaquer les idoles. 



109 



La deuxième étape 
La généralisation de l'appel 
Le premier ordre de rendre l'appel manifeste 

La première révélation faite à cet égard fut le verset: 

«Et avertis les gens qui te sont les plus proches» (26: 214). 

Antérieurement à cela, un texte mentionnait l'histoire de Mousâ 
(3SS1) du début de sa prophétie au moment de son émigration 
avec les fils d'Israël, en passant par le secours qu'Allah lui 
apporta contre le Pharaon et son peuple, la noyade de ceux-ci. 
Ce récit comporte toutes les étapes traversées par Moussa 
(Moise) (S) à travers l'appel à Allah fait au Pharaon et à son 
peuple. On dirait que l'objectif de la mention d'une telle 
histoire, au moment même où le prophète (0) recevait l'ordre de 
généraliser l'appel à Allah, était de donner au Messager d'Allah 
(S) ainsi qu'à ses compagnons une idée de ce qu'ils allaient 
rencontrer comme démenti et persécution, en généralisant 
l'appel, de préparer les musulmans à ce qui allait se passer dès le 
début de leur appel à Allah. 

D'autre part, une telle sourate mentionne les conséquences 
fâcheuses que connurent ceux qui avaient démenti les Messagers 
d'Allah parmi le peuple de Nouh (Noé) à savoir Aâd et 
Thamoud, de Ibrahim, de Lout et parmi les gens du Fourré - à 
l'exception de ce qui a été dit au sujet du Pharaon et de son 
peuple - pour que ceux qui vont recourir au démenti sachent ce 
qui les attend, dans quelle mesure ils s'attireront la colère 
d'Allah, s'ils persistent dans leur recours au démenti, pour que 
les croyants sachent que c'est à eux qu'Allah réserve la bonne 
fin et non aux incrédules. 

110 



L'appel des proches 

Le Messager d'Allah (H) appela son clan Banî Hâchim après 
la révélation de ce verset. Ceux-ci vinrent et avec eux un groupe 
de Banil-Mouttalib ibn Abd Manâf. Ils étaient environ quarante 
cinq hommes. 

Alors, lorsque le Messager d'Allah (SI) voulut prendre la 
parole, Abou Lahab s'empressa de dire: «Ceux-ci sont tes oncles 
paternels et tes cousins, alors ne raconte pas des histoires, et 
sache que tes gens n'ont aucun pouvoir sur les arabes. Je suis 
plus proche de toi que quiconque d'autre. La dynastie de ton 
père te suffit. Si tu restes comme tu étais cela vaudrait mieux 
que les Kouraichites et les arabes sautent sur toi. Tu n'as vu 
personne se présenter à la dynastie de son père avec quelque 
chose de pire que ce que tu apportes. 

Sur ces mots, le prophète se tut et ne parla point dans la 
rencontre. H les appela ensuite une deuxième fois et dit: 
«Louange à Allah. Je le loue, implore son secours, crois en lui et 
m'en remets à lui. J'atteste qu'il n'y a de Dieu qu'Allah, Lui 
Seul, en l'absence de tout associé». 

Ensuite il dit: «Le chef de file ne traite pas de faux ceux qu'il 
guide. Par Allah en dehors de qui il n'existe aucun Dieu, je suis 
le Messager d'Allah auprès de vous en particulier et auprès des 
hommes en général. Par Allah, vous mourrez effectivement de la 
même manière que vous savez dormir et vous serez 
effectivement ressuscites de la même manière que vous vous 
réveillez du sommeil et alors, vous rendrez compte de vos actes, 
pour éternellement, entrer au paradis ou à l'enfer». 

Abou Tâlib dit: «Combien nous aimerions t' aider! Nous 
étions venus pour écouter ton conseil, et ton discours a été très 
convaincant. Voici réunis la dynastie de ton père. Je n'en suis 
qu'un membre, toutefois, je ne tarderai pas à faire ce que tu 
veux. Fais ce qu'on te demande de faire. Par Allah, je veillerai 
sur toi et te protégerai, même si je ne peux pas me permettre de 

111 



quitter la religion de Abdil-Mouttalib». Abou Lahab dit: «Par 
Allah, il s'agit là d'un mauvais comportement. Montrez lui la 
bonne voie avant qu'il ne soit trop tard». Abou Tâlib répliqua: 
«Par Allah, nous le défendrons aussi longtemps que nous serons 
en vie». 

Sur le mont As-Safa 

Après que le prophète (S) se fût assuré de l'engagement de 
son oncle Abou Tâlib à le protéger dans son appel à Allah, il 
monta un jour sur le mont As-Safâ et s'écria: "Ecoutez mes 
contribules!" Alors les Kouraichites se rassemblèrent pour 
l'écouter. Il les appela à la croyance en l'unicité d'Allah, à la 
véracité de Son message et au jour du jugement dernier. Al- 
Boukhari a rapporté d'ibn Abbâs une partie de ce récit qu'il 
exprime en ces termes: «Après la révélation du verset: 

"avertis les gens qui te sont les plus proches" (26:214), 

le prophète (S) monta au dessus d' As-Safa et se mit à appeler 
Banî Fihr et BanîAdi parmi les Kouraichites. Ainsi, ceux-ci se 
rassemblèrent. Ceux qui ne pouvaient sortir dépêchèrent des 
émissaires pour s'enquérir de la situation. Abou Lahab arriva en 
compagnie des Kouraichites. Le prophète (S) dit: «Me croiriez- 
vous si je vous disais qu'il y a dans la vallée, des cavaliers prêts 
à vous attaquer?». «Oui», dirent-ils «nous ne savons de toi que la 
sincérité». Le prophète (S) reprit: «Alors, sachez que je viens 
vous avertir contre un dur châtiment». Abou Lahab lui répondit: 
«Que tu périsses le reste du jour! Est-ce pour cela que tu nous 
réunis?». Alors Allah fit descendre: 

■i " "\ \?" 

c-*Jj «— -^ tij l-^J 



112 



«Que périssent les deux mains d'Abi Lahab et que lui- 
même périsse» (111:1). 

Mouslim a rapporté l'autre partie du récit d'Abi Hourayra qui 
dit: «Après la descente du verset "avertis les gens les plus 
proches de toi", le Messager d'Allah (S) appela tout le monde 
et dit: «Ô vous Kouraichites sauvez vos âmes de l'enfer! Ô vous 
fils de Kaab, sauvez vos âmes de l'enfer! Ô toi Fâtima fille de 
Mohammad, sauve ton âme de l'enfer! par Allah, je ne peux rien 
vous assurer auprès d'Allah. Toutefois nous avons une parenté 
dont je remplirai les devoirs». Ce grand cri réalisait l'objectif de 
la communication. Le Messager d'Allah (S) précisa aux gens 
les plus proches de lui que la croyance à ce message était 
l'expression des liens qui les unissaient à lui et que le 
chauvinisme pour raison de parenté tel que vécu par les arabes 
s'était fondu dans la chaleur de l'avertissement venant d'Allah. 

L'exposé de la vérité et la réaction des associateurs 

Cette voix ne cessa de vibrer à travers la Mecque jusqu'à ce 
qu'Allah révélât le verset: «Expose donc clairement ce qu'on t'a 
demandé et détourne-toi des associateurs» (Al-Hijr.94). Alors le 
Messager d'Allah (S) se leva clamer tout haut l'appel à l'islam 
dans les divers rassemblements des associateurs, récitant à ceux- 
ci le livre d'Allah et leur disant ce que les Messagers disaient à 
leurs peuples: «O mon peuple, adore Allah! Tu n'as d'autres 
dieux que Lui». 

Il commença à adorer Allah le Très Haut sous leurs yeux. A 
cet égard il priait nuit et jour dans la cour de la Kaaba au vu et 
au su de tous. Son appel avait obtenu davantage de réactions 
favorables. Les gens, un à un entraient dans la religion d'Allah. 
Régnaient entre eux et les membres de leur famille réfractaires à 
la reconversion, la haine, la distanciation et l'intransigeance. Les 
Kouraichites étaient crispés d'horreur: tout ce qu'ils voyaient 
leur déplaisait. 



113 



Le groupe consultatif pour empêcher les pèlerins d'écouter 
l'appel 

Ce jour-là les Kouraichites avaient d'autres préoccupations. 
En effet, la publication de l'appel eut lieu quelques jours ou 
quelques mois avant l'approche du pèlerinage. Or les 
Kouraichites savaient que les délégations des arabes allaient leur 
parvenir. Alors ils considérèrent nécessaire de dire un mot aux 
arabes au sujet de Mohammad (S) de manière à ce que l'appel 
de celui-ci ne pût comporter aucun effet dans l'esprit des arabes. 
Us se réunirent chez Al-Walid ibn Al-Mou gh ira pour se 
concerter sur ce qu'il fallait dire. Al-Walid leur dit: «Parlez le 
même langage. Ne divergez pas au point de vous contredire et 
d'inscrire vos propos dans une situation de porte-à-faux». Ils 
dirent: «Alors toi vas-y. Propose-nous quelque chose à dire». Al- 
Walid répondit: «au contraire proposez, j'écoute». Ils dirent: 
«Nous dirons: "C'est un devin". Al-Walid dit: «Non! Par Allah, 
ce n'est pas un devin. Nous avons vu les devins. H n'a ni la 
carure ni l'allure d'un devin». Us dirent: «Alors, nous dirons que 
c'est un fou» Al-Walid reprit: «Il n'est pas fou. Nous l'avons vu 
le fou et nous savons le reconnaître. H n'en a ni l'agressivité ni 
l'agitation, ni la confusion». 

Ils dirent: «Donc nous dirons que c'est un poète» Al-Wâlid 
refusa disant: «Ce n'est pas un poète. Nous connaissons la 
poésie dans l'entièreté de ses métriques: le Rajaz, le Hazj, le 
Karid, le Makboud et le Mabsout. Non, ce n' est pas un poète». 
Us dirent: «Nous dirons que c'est un magicien» Al-Walid dit: 
«Ce n'est pas un magicien. Nous avons vu les magiciens et leur 
magie. Il ne noue ni ne crache». 

Ils dirent: «Que dire donc?» Al-Walid dit: «Par Allah, il ne 
fait pas de doute que sa parole est agréable élégante intelligente 
et rare. Vous ne direz jamais rien de tout cela, sans qu'on ne 
sache qu'il est faux. Le mieux que vous puissiez dire à son sujet 
est ceci: C'est un magicien qui vous apporte une parole magique 



114 



séparant l'homme de son père, de son frère, de sa femme et de 
son clan - Fuyez-le donc!» 

Certains rapports précisent que les Kouraichites dirent à Al- 
Walid après que celui-ci eût refusé toutes leurs propositions: 
«Alors, fais nous savoir ton point de vue sans faille». Celui-ci 
dit: 






«Laissez-moi le temps d'y réfléchir alors il se mit à 
réfléchir et à réfléchir encore au point de leur donner le 
point de vue déjà mentionné. A propos d' Al-Walid, Allah 
révéla seize versets dans la sourate {Al-Moudathir. 18-25). 

En ce qui concerne ses modalités de réflexions, Allah dit: «H 
a réfléchi et il a décidé qu'il périsse! Comme il a décidé! Encore 
une fois qu'il périsse! comme il a décidé! Ensuite, il a regardé. 
Et il s'est renfrogné et a durci son visage. Ensuite il a tourné le 
dos et s'est enflé d'orgueil. Puis, il a dit: «ceci n'est que magie 
apprise». 

Après que le conseil fût d'accord sur cette décision, il se mit 
à l'appliquer. A cet égard les membres s' asséyèrent le long des 
chemins qu'empruntaient les gens venant au pèlerinage. Toutes 
les fois que quelqu'un passait, ils le mettaient en garde et lui 
parlaient du prophète (S). Quant à celui-ci, il sortit, suivant les 
gens venus au pèlerinage jusque dans leurs maisons, Okâdh, 
Mijannah et Thil-Majâz et les appelant à Allah. Lui emboîtant le 
pas, Abou Lahab disait: «Ne lui obéissez pas. C'est quelqu'un 
qui a quitté sa religion, qui ment». 

115 



Malgré tout, les arabes s'en allèrent après le pèlerinage 
imprégnés de l'affaire du Messager d'Allah (S) que l'on citait 
désormais dans toute l'Arabie. 

Les diverses techniques mises en œuvre contre l'appel 

Sortis du pèlerinage, les Kouraichites réfléchirent sur les 
moyens de supprimer l'appel en l'étouffant au berceau. Dans 
cette perspective ils adoptèrent la démarche ci-dessous: 

1 . La moquerie, le dénigrement, le persiflage, le démenti et la 
ridiculisation 

L'objectif était de décourager et de démoraliser les musulmans. 
On recourait à des accusations burlesques et à de grossières 
injures à l'égard du Messager d'Allah (II) qu'on appelait aussi 
le fou: 



«Et ils "les mecquois" dirent: «Ô toi sur qui on a fait 
descendre le Coran, tu es certainement fou». (15:6). 

On le taxait de magicien et de menteur «Et ils «les Mecquois» 
s'étonnèrent qu'un avertisseur parmi eux leur soit venu, et les 
infidèles dirent: «C'est un magicien et un menteur» (Sâd:4). On 
le reconduisait et l'accueillait avec des regards perçants 
expressifs d'une soif de vengeance, de sentiments de dépit et de 
rage: 

f>l ùjjtoj jj& \yJ? il) JtrA^ Sjyùyi [}J& Îjm\ ièo cAj y 

•*>-/t 



«Peu s'en faut que ceux qui mécroient ne te 
transpercent par leurs regards, quand ils entendent le 
Coran; ils disent: «H est certes fou» (68:51). 



116 



Lorsqu'il était assis entouré des faibles parmi ses 
compagnons, on les soumettait au persiflage disant: «Voici ceux 
qui le fréquentent». A cet égard Allah dit: «Est-ce là ceux 
qu'Allah a favorisés parmi nous?» (les Bestiaux: 53) et aussi 
«N'est ce pas Allah qui sait le mieux lesquels sont 
reconnaissants?» (les Bestiaux:53). Les mecquois étaient comme 
Allah nous les décrit: 

î -î'i^i" ^' 2"> "f "i-' ' «If ' \*-&\ ^'A ^ -If "i V 

«Les criminels riaient de ceux qui croyaient et, passant 
près d'eux, ils se faisaient des œillades et, retournant dans 
leur famille ils retournaient en plaisantant et, les voyant, 
ils disaient: «ce sont vraiment ceux-là les égarés» or, ils 
n'ont pas été envoyés pour être leurs gardiens» (83:29-33.) 

2. Dénaturation des enseignements du prophète (S), 

allégations de doutes, diffusion de fausses informations, 
dissémination d'absurdités autour de ses enseignements, de son 
identité et de sa personnalité, multiplication de telles pratiques 
de manière à ce que le bas peuple n'ait pas le temps de méditer 
son appel. Ils disaient du Coran «des contes d'anciens qu'il se 
fait écrire. On les lui dicte matin et soir» (25:5) et aussi «Tout 
ceci n'est qu'un mensonge qu'il a inventé et où d'autres gens 
l'on aidé» (25:4). Ils disaient: «Ce n'est qu'un être humain qui 
lui enseigne» (16:103). Ils disaient du Messager d'Allah (S): 
«Qu'est-ce donc que ce messager qui mange de la nourriture et 
circule dans les marchés?» (25:7.) 

On retrouve dans le Coran plusieurs exemples du même ordre 
pour répondre à leurs allégations que celles-ci soient rapportées 
ou non. 

117 



3. Fait d'empêcher les gens d'écouter le Coran, réfutation 
du Coran à l'aide de contes d'anciens, divertissement des 
gens. 

On rappelle que An-Nadr ibn Al-Hârith s'était rendu à Hira 
apprendre les récits des rois de la Perse et ceux de Roustom et 
de Asfandyâr. Lorsque le Messager d'Allah (S) était avec les 
fidèles en train de rappeler Allah et d'avertir contre sa 
vengeance, An-Nadr le calomniait disant: «Par Allah, le discours 
de Mohammad n'est pas plus beau que le mien». Il se mettait à 
parler des rois de la Perse, de Roustom et de Asfandyâr pour 
dire: «En quoi Mohammad a-t-il plus beau discours que moi?». 

Ibn Abbâs rapporte qu' An-Nadr avait acheté une esclave 
chanteuse et n'apprenait jamais que quelqu'un aimait l'islam 
sans le faire venir chez celle-ci disant: «Nourris-le, désaltère-le 
et enrichis-le de ta voix! ceci est meilleur que ce à quoi t'appelle 
Mohammad». Dans ce cadre, Allah révéla le verset qui suit: 

«Et parmi les hommes il est quelqu'un qui, dénué de science, 
achète de plaisants discours pour égarer hors du chemin 
d'Allah» (31:6). 

Les persécutions 

Les associateurs investirent petit à petit les moyens que nous 
venons de rappeler.pour étouffer l'appel après son apparition au 
début de la quatrième année de l'avènement de la prophétie. Des 
semaines ou des mois passèrent et ils tenaient toujours à 
appliquer ces moyens, même s'ils ne les dépassaient pas pour 
recourir à la persécution et au châtiment. Toutefois, lorsqu'ils 
virent que de tels moyens ne servaient à rien pour faire échouer 
l'appel islamique, ils se réunirent une seconde fois et se 
consultèrent. Ils décidèrent après cela d'user de châtiments à 
l'égard des musulmans, de les éprouver au sujet de leur religion. 

118 



Aussi, chaque chef fondit-il sur ceux de ses contribules ayant 
embrassé l'islam, suivi de ses subordonnés et de sa racaille. Ils 
provoquèrent chez les musulmans des malheurs dont la simple 
audition fait frémir et écœure. Toutes les fois qu'Abou Jahl 
apprenait que quelqu'un de noble et de riche s'était converti à 
l'islam, il allait le blâmer et l'humilier, menacer de le ruiner en 
fait de biens et de puissance. Lorsque le converti était un faible, 
il le frappait et le soumettait au chantage. 

L'oncle de Othmân ibn Aff an avait emballé son neveu sous 
des feuilles de palmiers qu'il fit disparaître dans un nuage de 
fumée. 

Dès qu'Oumm Mosaab ibn Omayr eut appris que Othmân 
avait embrassé l'islam, elle l'affama et l'expulsa de sa maison. 
Celui-ci qui faisait partie des gens les plus aisés, finit par avoir 
une peau aussi rugueuse que celle d'un serpent. Souhayb ibn 
Sinân Ar-Roumi fut torturé à en perdre la conscience et à délirer. 
A propos de Bilâl, c'était l'esclave affranchi d'Oumayyaibn 
Khalaf Al-Jamhi. 

Celui-ci lui attachait une corde autour du cou et le livrait aux 
enfants qui, tirant sur cette corde, parcouraient les montagnes de 
la Mecque. La trace de la corde finit par apparaître sur le cou de 
l'esclave. 

Oumayya aussi tirait sur la corde, la raidissait et ensuite 
assénait à Bilal de violents coups de bâton. Il lui intimait l'ordre 
de s'asseoir sous le chaud soleil et de même l'affamait. Pire que 
tout, il l'exposait au chaud soleil de midi, l' étalait sur le sol 
rocailleux de la Mecque puis envoyait chercher une énorme 
pierre qu'il lui déposait sur la poitrine en disant: «Non! Par 
Allah, ainsi resteras-tu jusqu'à la mort ou la désapprobation 
manifeste de Mohammad, l'adoration d' Al- Lât et d' Al-Ozzâ.». 

Alors, gémissant sous le poids de la pierre, Bilâl chuchotait: 
Unique! Unique!». Un jour, Abou Bakr était de passage alors 
qu'on le soumettait à tortures. Il l'acheta en offrant un jeune noir 

119 



à son maître - cinq ou sept onces d'argent métal selon certains - 
et l'affranchit. 

Amâr ibn Yâsir (<$&) était l'esclave affranchi de Banî Makhzoum. 
Lui, son père et sa mère se convertirent à l'islam. 

Alors, les associateurs, avec à leur tête Abou Jahl, les 
exposaient au sol creux, rocailleux et extrêmement brûlant et 
ensuite les torturaient. De passage, le prophète (S) vit la scène 
et dit: «Du courage, dynastie de Yâsir! Il ne fait aucun doute que 
votre lieu de rendez-vous est le paradis. Yâsir mourut à la suite 
des tortures. Abu Jahl transperça le cœur de Soumayya (Oumm 
Ammâr) avec une lance et celle-ci succomba, constituant de ce 
fait le premier martyr de l'islam. Les associateurs redoublèrent 
de violence pour la torture de Ammâr, tantôt le mettant au sol 
débordant de chaleur, tantôt lui posant une brûlante pierre sur la 
poitrine, tantôt le plongeant dans l'eau avec l'intention de le 
noyer. Ils lui dirent: «Nous ne te lâcherons que lorsque tu auras 
insulté Mohammad ou lorsque tu auras dit du bien d'Al-Lât et 
d'Al-Ozzâ. 

Celui-ci n'en pouvant plus, leur donna satisfaction. Ensuite, 
libéré il vint s'excuser auprès du prophète (S), et aussitôt Allah 
révéla le verset que voici: 



: f ••* s 



/Ulâj j^l <v VI zAÏLoI -L*j <y> «Ulb 

«Quiconque a renié Allah après avoir cru - sauf celui qui y 
a été contraint, alors que son cœur demeure plein de la 
sérénité de la foi...» (16:106.) 

Abou Fakîha - dont le nom est Aflah - était l'esclave 
affranchi de Banî Abdid-Dâr. Ceux-ci le couchèrent, lui mirent 

120 



une pierre au dos de manière à l'immobiliser et le laissèrent 
ainsi jusqu'à ce qu'il perdît conscience. Ils lui attachèrent une 
corde au pied, le traînèrent jusqu'au soleil, l'étouffèrent et 
accrurent le supplice jusqu'au moment où ils le crurent mort. 
Abou Bakr passa alors, l'acheta et l'affranchit. 

Khabbâb ibn Al-Aratt était l'esclave affranchi d'Oumm 
Anbâr fille de Sabâ' Al-Kouzâiyya. Les associateurs le 
soumirent à toutes formes de supplice. Ils lui arrachèrent les 
cheveux, lui tordirent violemment le cou et le balancèrent dans 
un feu où ils le traînèrent longuement jusqu'au moment où le 
pauvre l'éteignit de son corps. 

Zanirah, An-Nahdiyya et sa fille, Oumm Oubays s'étaient 
aussi converties à l'islam. Les associatreurs les soumirent alors 
aux modes de torture mentionnés ci-dessus 

Une captive de Banî Mou'mil fraction de Banî Adiy - se 
convertit elle aussi à l'islam Omar ibn Al-Khattâb, à l'époque 
associateur, se mit alors à la battre. Toutefois, fatigué, il s'arrêta 
et lui dit: «Je ne te laisse que parce que je suis fatigué». 

Abou Bakr acheta toutes ces captives et les affranchit, comme 
il le fit de Bilâl, et de Amir ibn Fouhaira. 

Les associateurs enveloppaient certains compagnons dans des 
peaux de chameaux et de vaches et ensuite les jetaient au soleil. 
A d'autres ils faisaient porter des cuirasses de fer pour ensuite 
les jeter sur des pierres surchauffées. 

La liste de ceux qu'on tortura pour leur amour d'Allah est 
longue et absolument traumatisante, car, les associateurs 
n'apprenaient jamais la reconversion de quelqu'un sans sévir 
brutalement. 

Attitudes des associateurs à l'égard du Messager d'Allah (®) 

Le Messager d'Allah (S) était quelqu'un de sage et de 
vénérable, doté d'une personnalité unique en son genre. Ses 



121 



ennemis et ses amis le magnifiaient à tel point qu'il ne recevait à 
leur égard que considération et honneur. Personne n'osait 
commettre à son égard des bassesses et des vilenies, à 
l'exception des stupides et des gens les plus ignobles. 
Néanmoins, il était sous la protection d'Abi Tâlib. Celui-ci 
faisait partie des géants de la Mecque que l'on pouvait compter 
sur les doigts: grand par son origine il l'était aussi auprès des 
gens. H était difficile que quelqu'un eût le courage de s'attaquer 
à ses protégés et de s'emparer de ses biens. 

Cette situation inquiéta les Kouraichites qui, bloqués, eurent 
besoin d'une réflexion profonde propre aies sortir de l'impasse 
sans les conduire à l'irréparable. Sur cette base ils choisirent la 
voie de la négociation avec le grand responsable qui se trouvait 
être Abou Tâlib, avec beaucoup de sagesse et d'application où 
l'on notait en filigrane, un style de menace et de défi visant à 
amener le chef à obéir à leurs ordres. 

La délégation des Kouraichites auprès d'Abi Tâlib 

Ibn Ishâq raconte: «Des hommes parmi les nobles de 
Kouraich allèrent voir Abou Tâlib et lui dirent: «Aba Tâlib, ton 
neveu à insulté nos dieux, critiqué notre religion, considéré 
comme sottises nos vérités et tenu nos aïeux pour égarés. Soit tu 
le retiens de manière à ce qu'il ne nous offense plus, soit tu nous 
le laisses. Etant donné que, comme nous, tu es victime de sa 
controverse, nous nous fions à ta décision». Abou Tâlib parla 
avec bienveillance et leur répondit sagement, après quoi ils s'en 
allèrent. Le prophète (®) lui continua sur sa lancée, proclamant 
l'islam et appelant à Allah. Toutefois, les Kouraichites perdaient 
patience lorsqu'ils le voyait continuer son travail d'appel à 
Allah. Aussi, parlaient-ils beaucoup de lui et se plaignaient-ils 
de lui, ce qui finalement les poussa à retourner chez Abi Tâlib et 
cette fois durcirent le ton plus qu'ils ne l'avaient déjà fait. 



122 



Les Kouraichites menacent Aba Tâlib. 

Les seigneurs des Qouraichites se présentèrent à Aiu Tâlib et 
lui dirent: «Aba Tâlib! H ne fait aucun doute que nous 
respectons ton âge, ta noblesse et la dignité de ton rang. Nous 
t'avions demandé de retenir ton neveu, mais tu ne l'as pas fait. A 
présent, par Allah, nous ne supportons plus de voir insulter nos 
aïeux, considérer comme sottises nos vérités et critiquer nos 
divinités. Soit tu le retiens, soit nous le combattons et toi avec, 
jusqu'à ce que pérît l'un des deux camps. Ali ibn Abi Tâlib 
apprécia à sa juste valeur l'intensité de la violence. Son père lui 
fit dire au Messager d'Allah (S): «Neveu, tes contribules sont 
venus me voir et m'ont dit ceci et cela. Alors, accorde-toi le 
répit et à moi aussi. Ne me charge pas de ce que je ne saurais 
supporter». Le Messager d'Allah (il) pensa que son oncle l'avait 
abandonné et qu'il était trop faible pour l'assister. Alors il dit: 
«O oncle! Par Allah, même s'ils m'offraient le soleil et la lune 
pour me faire renoncer à cette affaire, je n'y renoncerais pas 
avant qu'Allah ne la fasse triompher ou que j'y perde la vie». 
Sur ces mots il fondit en larmes, pleura et se leva. 

Lorsqu'il eut tourné le dos pour partir, Abou Tâlib l'appela. Il 
fit alors demi tour et revint à son oncle qui lui parla en ces 
termes: «Va, neveu. Dis tout ce que tu veux. Par Allah, pour rien 
au monde, je ne te livrerai à tes ennemis» récitant à cet égard le 
poème ci-après: «Par Allah, jamais ils ne t'atteindront malgré 
leur force numérique, jusqu'au jour où, n'étant plus, je 
disparaîtrai sous la terre». Parle! Clame tout haut ton message, 
rien ne freinera ta démarche. Réjouis-toi et persiste car des yeux 
te surveillent" . 

Les Kouraichites encore une fois chez Abi Tâlib 

Lorsque les Kouraichites constatèrent que le Messager 
d'Allah (S) poursuivait sa démarche, ils comprirent qu'Abou 
Tâlib avait refusé de le laisser tomber, prêt à se séparer d'eux et 
à les prendre pour ennemis. Aussi allèrent-ils le voir en 

123 



compagnie de 'Omâra ibn Al-Walid ibn Al-Moughira et lui 
dirent: «Aba Tâlib, voici un jeune homme. D est le plus robuste 
et le plus beau des jeunes Kouraichites. Alors, prends-le et 
adopte-le;, il est à toi. En retour, livre-nous ton neveu qui a violé 
ta religion et celle de tes aïeux, divisé ton peuple, considéré 
comme sottises nos vérités. Ainsi nous te tuerons. Bien sûr nous 
te proposons là un troc d'homme à homme». 

Abou Tâlib leur répondit: «Par Allah, il s'agit là d'une piètre 
proposition. Me demandez-vous de prendre votre fils que je 
nourrirai pour vous et de vous livrer le mien que vous allez tuer? 
Par Allah, ceci ne sera jamais». 

Alors Al-Mout'im ibn Adi ibn Nawfal ibn Abd Manâf dit: 
«Par Allah, Aba Tâlib, ton peuple auraetejusteenverstoi.il 
aura déployé un effort pour te débarrasser de ce que tu détestes. 
Toutefois, je constate que tu ne veux rien recevoir de sa part». 

Abou Tâlib répliqua: «Par Allah, vous n'avez pas été justes à 
mon égard. Au contraire toi, tu m'as apporté des déboires et 
monté le peuple contre moi. Donc, fais ce que bon te semble». 
Lorsque les Kouraichites eurent échoué dans ces négociations, 
incapables de convaincre Aba Tâlib de la nécessite de freiner le 
Messager d'Allah (S) et de le détourner de l'appel à Allah, ils 
décidèrent d'emprunter un chemin qu'ils avaient essayé d'éviter, 
d'écarter par crainte de son issue et des conséquences qui 
pourraient en découler, à savoir tenter une agression sur la 
personne du Messager d'Allah (S). 

Les agressions contre le Messager d'Allah (il) 

Les Kouraichites n'avaient plus l'estime et le respect qu'ils 
éprouvaient depuis l'apparition de l'appel. Leur orgueil et leur 
arrogance leur rendaient difficile de patienter plus longtemps. 
Aussi décidèrent-ils de recourir à l'agression contre le Messager 
d'Allah (S) en plus des moqueries, des persiflages, des 
placages, des méchancetés, des perturbations etc.... déjà utilisés 
contre lui. Naturellement Abou Lahab était à l' avant-garde du 

124 



combat que, d'ailleurs il dirigeait. C'était l'un des chefs de Banî 
Hâchim et donc, ne craignait pas ce que craignaient les autres. 
C'était un ennemi irréductible de l'islam et des musulmans. Son 
attitude à l'égard du prophète (H) remontait au premier jour, 
bien avant que les Kouraichites n'eussent à se préoccuper de 
l'affaire. 

Nous savons déjà ce qu'il fit au prophète (il) à la rencontre 
de Banî Hâchim et ce qu'il fit sur As-Safâ. Or il avait déjà marié 
ses deux fils Otba et Otayba aux deux filles du Messager d'Allah 
(S): Rouqayya et Oumm Koultoum et cela, avant le début de la 
mission. A l'avènement de celle-ci, il intima à ses fils l'ordre de 
les divorcer et les divorces furent prononcés. Lorsque 
Abdoullah, le deuxième fils du prophète (S) mourut, Abou 
Tâlib, pavoisant, se rendit chez les associateurs leur annoncer ce 
qui était pour lui une bonne nouvelle, à savoir que Mohammad 
était désormais sans postérité. Nous savons également qu' Abou 
Lahab traînait derrière le prophète (®) au pèlerinage et dans les 
marchés pour le démentir. 

Dans ce sens Târik ibn Abdillah Al-Mouhâribi a rapporté 
qu'il ne se contentait pas de démentir, mieux, il lui jetait des 
pierres au point de le blesser. Sa femme, Oumm Jamil fille de 
Harb ibn Oumayya, la sœur d'Abi Soufyân, n'était pas moins 
déterminée que son mari à nuire au Messager d'Allah (S). Elle 
plaçait des épines sur le passage du prophète (S) et aussi à la 
porte de sa maison, pendant la nuit. 

C'était une femme acariâtre et dure, développant sa langue 
contre lui, forgeant des mensonges et des intrigues à son égard, 
attisant le feu des tourments, provoquant contre lui une guerre 
violente et désastreuse. C'est pourquoi le Coran la décrit comme 
«la porteuse de bois» (Hammâlatoul-Hatab). Lorsqu'elle 
entendit ce qu'Allah avait révélé à son sujet et au sujet de son 
époux, elle alla voir le prophète (S). Elle le trouva assis dans la 
mosquée de la Kaaba, en compagnie d'Abi Bakr As-Siddik. Elle 



125 



se dressa devant eux, tenant à la main un groupe de pierres; 
cependant Allah l'aveugla et elle ne vit qu'Aba Bakr. 

Elle lui dit alors: «Aba Bakr, où est ton compagnon? J'ai 
appris qu'il me dénigre. Par Allah, si je l'avais trouvé ici, je lui 
jetterais ces pierres à la bouche, et puis par Allah, je suis une 
poétesse». 

Sur ces mots elle scanda les vers que voici: «Nous refusons 
de lui obéir, repoussons son appel et dénigrons sa religion». 
Lorsqu'elle fut partie, Abou Bakr dit: «O Messager d'Allah! Ne 
penses-tu pas qu'elle t'aie vu?». 

Le prophète (S) répondit: «Non, elle ne m'a pas vu, Allah a 
ôté ses yeux ». 

Abou Bakr Al-Bazzar a rapporté une histoire selon laquelle 
Oumm Jamil, debout devant Abi Bakr, dit: «Aba Bakr, ton 
compagnon nous a dénigrés». Celui-ci répondit: «Non, parle 
Seigneur de cette bâtisse, il ne fait pas de poème et n'en sort pas 
de sa bouche». 

Oumm Jamil reprit: «Bien sûr, puisque tu l'approuves». Abou 
Jahl était l'auteur de toutes ces actions et pourtant c'était l'oncle 
paternel du messager d'Allah (H) et aussi son voisin: sa maison 
était contiguë à celle du prophète (S). A noter que d'autres 
voisins que lui nuisaient au prophète (S) alors que celui-ci était 
chez lui. Selon ibn Ishâq, le groupe qui nuisait au prophète (S) 
dans sa propre maison était constitué d' Abi Lahab, d' Al-Hakam 
ibn Abil-As ibn Oumayya, de Oqbaibn Abi Mou'ait, de Adiy 
ibn Hamrâ Ath-Thâkafi et de ibn Al-Asdâ Al-Houthali. Tous 
ceux-ci étaient ses voisins et un seul d'entre eux embrassa 
l'islam à savoir At-Hakam ibn Abil-As. 

Tantôt on lui jetait un utérus de chèvre alors qu'il était en 
prière, tantôt c'est dans sa marmite qu'on le jetait. 

Ceci obligea le Messager d'Allah (S) à choisir une pierre 
derrière laquelle il se cachait pour effectuer ses prières. Toutes 

126 



les fois qu'on lui jetait cette saleté, le Messager d'Allah (S) la 
prenait à l'aide d'un bâton puis, allant jusqu'à sa porte, disait: 
«O Banî Abd Manâf à quelle sorte de voisinage attribuer ceci?». 
Par la suite, il jetait la saleté dans la rue. 

Oqba ibn Abi Mou' ait accrut les tourments et la perversité à 
son égard. Selon Al-Boukhâri rapportant les paroles de Abdillah 
ibn Mas'oud (4fe), le prophète (S) priait un jour au temple sacré 
alors qu'Abou Lahab et sa clique étaient assis en ce lieu. 
Soudain, quelqu'un de ce groupe dit à ses compagnons: «Lequel 
d'entre vous va chercher les restes de chameaux égorgés dans le 
carré des tels, afin que nous les posions sur le dos de 
Mohammad lorsqu'il se prosterne? «On envoya le pire des gens 
à savoir Oqba ibn Abi Mouait. 

Celui-ci les apporta et attendit jusqu'à ce que le prophète (S) 
se fût prosterné pour les lui poser entre les épaules, sous mes 
yeux. Je n'avais aucun pouvoir de nature à me permettre de m'y 
opposer. 

Alors ils se mirent à rire, à se pencher les uns sur les autres 
sous l'emprise de la gaieté et de l'exubérance. Le Messager 
d'Allah (S) resta prosterné jusqu'à l'arrivée de Fâtima qui ôta 
les saletés de son dos. 

Il releva la tête et dit: «Seigneur, préserve-moi des 
Kouraichites» trois fois. Cette invocation fut pénible pour les 
associateurs qui savaient que toute prière faite dans ce lieu était 
exaucée. 

Le prophète (S) cita ensuite des noms disant: «Seigneur 
préserve-moi d' Abi Jahl, de Otbah ibn Rabîa, de Chayba ibn 
Rabîaa, d'Al-Walid ibn Otba, d'Oumayyaibn Khalaf, de Oqba 
ibn Abi Mouait» et d'un septième dont j'oublie le nom. Je jure 
par celui qui détient mon âme que j'ai vu les personnes citées 
giser, moribondes, au puits de Bakr». 

Le septième en question était Omara ibn Al-Walid. 



127 



Oumayya ibn Khalaf ne rencontrait jamais le prophète (S) 
sans recourir au «hamz» et au «lamz» (à la calomnie et à la 
diffamation). 

A son égard, Allah révéla: 



."* 



«Malheur à tout calomniateur diffamateur» (104:1). 

Selon ibn Hichâm, le calomniateur est celui qui insulte 
quelqu'un en public en plissant les yeux et à l'aide de clins 
d'œil. Le diffamateur est celui qui, en secret, critique les gens et 
les dénigre. Quant à son frère Obay Ibn Khalaf, il était de la 
même trempe que Oqba ibn Abi Mouait. 

Un jour, Otba était allé chez le Messager d'Allah (S) écouter 
ses propos. Ayant appris cela, Abayya lui fit des remontrances, 
le sermonna et lui demanda d'aller cracher au visage du prophète 
(S) et la demande fut satisfaite. S 'agissant d'Oubay ibn Khalaf, 
il pulvérisa un os pourri qu'il fit voler dans le vent en direction 
du Messager d'Allah (S). 

Al-Akhnas ibn Souraik Ath-Thaqafi faisait partie de ceux qui 
déshonoraient le prophète (S). Le Coran, en le décrivant, lui 
consacra neuf attributs caractéristiques de sa personnalité. C'est 
ce que notent les versets suivants: 

i " 'w< '" 1-*-* -î 



«Et n'obéis à aucun grand jureur méprisable, grand 
diffamateur, grand colporteur de médisances, grand 
empêcheur du bien, transgresseur, grand pécheur au cœui; 
dur et, en plus de cela bâtard» (68: 10-13) 



128 



l 



Quelquefois Abou Jahl visitait le prophète (S) pour écouter 
le Coran. Alors il le quittait non-croyant, désobéissant, 
impertinent et sans crainte, nuisant au prophète par sa langue, et 
cherchant à tout prix à le détourner de la voie d'Allah. Il s'en 
allait orgueilleux de ce qu'il faisait, fier du mal qu'il commettait, 
comme s'il avait réalisé quelque chose d'important. Allah nous 
le décrit en ces termes: 

«Mais, il n'a ni cru, ni fait la salât» (75:31). 

Il interdisait au prophète (H) de prier depuis qu'il l'avait vu 
prier dans le Haram. Un jour, alors qu'il passait, il le vit prier au 
lieu d'Ibrahim (Al-Maqâm) et alors, lui dit: «Mohammad! Ne 
t'avais-je pas interdit ceci?» Alors le Messager d'Allah (S) le 
menaça, le gronda et lui tint un dur langage. Sur ce, il reprit: 
«Mohammad! De quoi me menaces-tu? Je te jure sur Allah que 
je dirige la milice la plus grande de cette vallée». 

Allah révéla à cet égard: 






«Qu'il appelle donc son assemblée, nous appellerons les 
gardiens de l'enfer» (96:17,18). 

Dans un autre rapport on précise* que le prophète (S) saisit Aba 
Lahab par la gorge, le secoua en lui disant: 

/•A 'Y "Vf i {'■! 



âjfô S à$ "f o «îjîi $ à} 



«Malheur à toi, Malheur! et ensuite Malheur à toi, 
Malheur!» (75:34,35) 



129 



Alors, l'ennemi d'Allah dit: «Me menaces-tu Mohammad? Je 
jure que vous ne pouvez rien contre moi, toi et ton seigneur. Je 
suis le plus puissant de tous ceux qui vivent entre les deux 
montagnes de la Mecque». Suite à son humiliation, Abou Jahl ne 
revint point de sa stupidité. Au contraire il devint plus méchant. 
Abou Hourayra cité par Mouslim note qu'Abou Jahl dit aux 
gens: «Voulez-vous que le visage de Mohammad soit couvert de 
poussière sous vos yeux?» «Oui» lui répondit-on. Alors il reprit: 
«Par Al-Lât et Al-Ozzâ si je le vois, je lui marcherai sur le cou et 
couvrirai son visage de poussière». Sur ces entrefaites le 
prophète (H) arriva et se mit à prier. Les gens crurent qu'il allait 
lui marcher sur le cou mais soudain il fit volte face et retourna 
sur ses pas, faisant un bouclier de ses deux mains. L'assistance 
lui dit: «Qu'as-tu donc, Abal-Hakam (père d'Al-Hakam)? 

Il répondit: «Il y a entre lui et moi un fossé rempli de flammes 
et je vois des êtres munis d'ailes». 

Le Messager d'Allah (S) dit: «S'il s'était approché de moi, 
les anges se seraient emparés de lui pour le mettre en pièces». 

Ce que nous venons de voir est une image très réduite de ce 
que le prophète (H) et les musulmans rencontraient comme 
injustice, humiliation et agression de la part des associateurs, 
oppresseurs qui prétendaient être les gens d'Allah et les 
occupants de son Haram. 

Dâr Al-Arqam 

La sagesse qui prévalait face à ses persécutions était que le 
Messager d'Allah (S) interdît aux musulmans de faire connaître 
publiquement leur conversion à l'islam que ce fût par la parole 
ou par les actes. 

Il avait aussi décidé de ne se réunir avec eux que de manière très 
secrète. En effet, s'il ne le faisait pas, les associateurs 
contrecarreraient les objectifs qu'il poursuivait à savoir 
purification des musulmans, le fait de leur enseigner le livre et la 



130 



sagesse. C'est peut-être cela qui conduisit à l'affrontement des 
deux camps, affrontement qui, en fait, eut lieu à la quatrième 
année de l'avènement de la prophétie. Le motif d'une telle 
confrontation fut que les compagnons du prophète (S) se 
réunissaient en secret dans les bois. Alors ils furent aperçus par 
un groupe d'infidèles de la tribu des Kouraichites. 

Ceux-ci les insultèrent et les combattirent. Saad ibn Abi 
Waqqâs en frappa un homme et lui versa le sang. C'était là le 
premier sang versé dans l'islam. 

Bien entendu, la confrontation aurait abouti à la totale 
destruction des musulmans si elle s'était répétée ou prolongée. 
C'est pourquoi, l'effacement était de sagesse. La plupart des 
compagnons dissimulaient leur appartenance à l'islam, leurs 
actes d'adoration, leur appel et leurs réunions. Quant au 
Messager d'Allah (S) il manifestait son appel à Allah et ses 
actes d'adoration, en présence des associateurs. Rien ne le 
détournait de son objectif. Néanmoins, il se réunissait en 
cachette avec les musulmans dans l'intérêt de ceux-ci et dans 
celui de l'islam. Il choisit comme base de son appel et comme 
lieu de réunion avec les musulmans, la maison de Al-Arkam ibn 
Abil-Arkam Al-Makhzoumi située sur la montagne d' As-Safâ et 
isolée des regards des agresseurs et de leurs lieux de 
rassemblement. Dans ce lieu, il leur récitait les versets d'Allah, 
les purifiaient et leur enseignait le livre et la sagesse. 

La première émigration vers l'Abyssinie 

Les persécutions commencèrent au milieu ou à la fin de la 
quatrième année de la prophétie. D'abord insignifiantes, ces 
persécutions, jour après jour et mois après mois, s'intensifièrent 
et s'aggravèrent au milieu de la cinquième année, de manière si 
violente qu'ils ne pouvaient plus vivre à la Mecque. 

Il leur fut recommandé de penser à une stratégie propre à les 
préserver de l'atrocité des supplices. Face à cette situation la 
sourate Az-Zoumar (les groupes) fut révélée au sujet de 

131 



l'émigration. Une telle sourate déclare que la terre d'Allah n'est 
rien d'étroit: 



«Ceux qui, ici-bas, font le bien auront une bonne 
récompense. La terre d'Allah est vaste et les endurants 
auront pleine récompense, sans compter» (les groupes: 10). 

Le Messager d'Allah (S) savait que le Négus, roi d' Abyssinie 
était un roi juste auprès de qui on ne ferait du tort à personne. 
Alors, il ordonna aux musulmans d'émigrer en Abyssinie pour 
sauver leur religion des épreuves. Ainsi, au mois de Rajab 
(septième mois de l'année hégirienne) de la cinquième année de 
l'avènement de la prophétie, la première vague de compagnons 
émigrait en Abyssinie. Elle était constituée de douze hommes et 
de quatre femmes dirigés par Oth mân ibn Affân accompagné de 
son épouse Roukayya la fille du Messager d'Allah (S). 

A propos de ce couple, le prophète (II) précisa qu'il s'agissait 
là du premier ménage à émigrer dans la voie d'Allah, après 
Ibrahim et Lout ^}LcJI U^Jc. Le départ de ces émigrants eut lieu 
dans la nuit par crainte des Kouraichites. A leur sortie, ils 
allèrent à la mer et se dirigèrent vers le port de Shou'ayba où le 
destin les fit tomber sur deux navires de commerce qu'ils 
utilisèrent pour se rendre en Abyssinie. Dès qu'ils furent au 
courant de leur départ, les Kouraichites se jetèrent à leurs 
trousses, mais, au moment où ils atteignaient la côte, les 
musulmans étaient déjà partis, sains et saufs. Ces musulmans 
furent bien traités en Abyssinie. 



132 



Prosternation des associateurs avec les musulmans et retour 
des émigrés 

Au mois de Ramadan de la même année, le prophète (S) se 
rendit au Haram où il avait une multitude de Kouraichites, y 
compris les seigneurs et les grands chefs. Alors, il se dressa au 
milieu de la foule et soudain se mit à réciter la sourate des 
étoiles. Ces infidèles n'avaient jamais écouté la parole d'Allah 
auparavant. En effet, leur principe permanent était de pratiquer 
ce qu'ils se recommandaient les uns les autres, comme le montre 
le verset suivant: 

«Ne prêtez pas l'oreille à ce Coran et faites du chahut 
pendant sa récitation, afin d'avoir le dessus» (41:26). 

Lorsque, les surprenant, il leur récita cette sourate, une parole 
divine, splendide et élégante frappa alors leurs oreilles, une 
parole dont l'exposé théorique ne cerne ni la splendeur, ni la 
majesté, qui les sortit de leurs préoccupations. Chacun d'entre 
eux prêta une oreille attentive, ne pensant à rien d'autre jusqu'au 
moment où le prophète (S) récita la fin de la sourate exprimant 
des invectives à faire voler les cœurs. Ensuite il récita: 
«Prosternez-vous donc à Allah et adorez-le» (53:62) et aussitôt 
se prosterna. Les associateurs réunis ne purent s'empêcher de 
faire comme lui car, la splendeur de la vérité avait balayé toute 
résistance dans les cœurs des arrogants et des persifleurs. Ils se 
mordirent les doigts lorsqu'ils se furent rendus compte que la 
grandeur de la parle d'Allah les avait conduits à lâcher du lest. 

Pour effacer cette erreur de leur part, ils se mirent à 
commettre dans toute la mesure du possible, les mêmes actes 
qu'auparavant car, ceux de leurs contribules qui n'avaient pas 



133 



assisté à la scène, les blâmaient et les critiquaient un peu partout 
à la Mecque. Ce étant, ils forgèrent des mensonges contre le 
Messager d'Allah (S) disant de celui-ci qu'il avait exprimé de 
l'estime pour leurs idoles et qu'il avait dit à leur égard «voici les 
gigantesques et les géantes», «on espère leur intercession». Es 
recoururent à cet énorme mensonge pour se faire excuser de 
s'être prosternés avec le Messager d'Allah (H). Toutefois cela 
n'étonne pas d'un peuple qui avait l'habitude de mentir, de 
monter des intrigues et de forger des mensonges. 

L'information parvint à ceux qui avaient émigrés en 
Abyssinie mais sous une forme totalement différente de la 
réalité. On leur raconta que les Kouraichites s'étaient convertis à 
l'islam en conséquence de quoi ils' revinrent à la Mecque au 
mois de Chawwal (le dixième mois) de la même année. Lorsqu'à 
une heure de voyage de la Mecque, ils surent la vérité, certains 
d'entre eux retournèrent en Abyssinie. Les autres n'accédèrent à 
la Mecque qu'en se cachant ou avec l'aide d'un des 
Kouraichites. 

La deuxième émigration en Abyssinie 

Les Kouraichites s 'acharnèrent, sur les émigrants et les autres 
musulmans que leurs propres clans tribaux attaquaient aussi. Il 
leur était difficile d'admettre la nouvelle selon laquelle de Négus 
avait bien reçu et traité les émigrants. Face à cette situation, le 
Messager d'Allah (S) ne put s'empêcher de demander à ses 
compagnons de retourner en Abyssinie. Cette deuxième 
émigration était plus dure que la première car les Kouraichites 
s'y attendaient et tenaient à la faire échouer. Cependant les 
musulmans étaient plus rapides. Allah leur ayant facilité le 
voyage, ils parvinrent en Abyssinie avant de se faire rattraper. 
Cette fois la délégation comportait 83 hommes si l'on compte 
Ammâr - dont on doute de l'émigration - et 18 ou 19 femmes. 



134 



Le complot des Kouraichites contre les musulmans émigrés 
en Abyssinie 

Les associateurs tenaient coûte que coûte à empêcher les 
émigrés de trouver un refuge pour eux-mêmes et pour leur 
religion. Aussi, choisirent-ils deux hommes robustes et 
intelligents à savoir Amr ibn Al- As et Abdoullah ibn Abi Rabîaa 
- avant leur conversion à l'islam - qu'ils envoyèrent, chargés des 
cadeaux les plus précieux, auprès du Négus et de ses patriarches. 
Les deux hommes, munis des cadeaux, arrivèrent chez les 
patriarches auxquels ils fournirent des arguments en faveur de 
l'expulsion des musulmans et, après que ceux-ci fussent 
d'accord de proposer au Négus de les expulser, rencontrèrent le 
Négus même à qui ils offrirent les cadeaux et parlèrent en ces 
termes: «0 Roi! Il se réfugie dans votre pays déjeunes stupides 
qui, ayant quitté la religion de leur peuple, n'ont pas pour autant 
embrassé la vôtre. Us ont apporté une religion qu'ils ont créée de 
toutes pièces et que personne ne connaît, ni nous, ni vous- 
mêmes. Aussi, avons-nous été dépêchés auprès de vous par les 
nobles de leur peuple, par leurs pères, leurs oncles et leurs clans 
qui vous demandent de les leur rendre, car ils veillent sur eux 
mieux que quiconque et savent mieux que quiconque ce qu'ils 
ont eu à leur reprocher». Les patriarches dirent: «Effectivement! 
Sire! Rends-les leur! Qu'ils retournent avec dans leur pays et 
auprès de leur peuple!». 

Le Négus, malgré tout tenait à examiner la question et à 
écouter toutes les parties. Il envoya donc chercher les 
musulmans qui, ensuite, se présentèrent, prêts à dire la vérité 
sous toutes ses formes. Le Négus leur dit: «quelle est donc cette 
religion pour laquelle vous vous séparez de votre peuple, sans 
embrasser la mienne, ni aucune des autres religions?». 

Ja'far ibn Abi Tâlib, le porte-parole des musulmans dit: 
«Sire! Nous faisions partie des gens de l'ignorance et comme 
eux, adorions les idoles, mangions de la charogne pratiquions la 
fornication, rompions les liens de parenté et maltraitions nos 

135 



voisins. Les plus forts parmi nous se nourrissaient des plus 
faibles. Nous ne cessions de vivre de la sorte jusqu'au jour où 
Allah nous envoya un Messager qu'il choisit parmi nous, un 
Messager dont nous connaissons la généalogie, la franchise, 
l'honnêteté et la chasteté, qui nous appela à Allah que nous 
devons adorer et considérer comme Dieu unique, nous 
départissant de tout ce que nous adorions d'autre que Lui, nous 
et nos ancêtres, comme pierres et idoles. H nous ordonna le franc 
parler, la restitution des choses confiées, le culte de la parenté, le 
bon voisinage, l'absention des choses interdites et de l'effusion 
du sang. Il nous interdit la fornication, le mensonge, l'abus des 
biens des orphelins, l'accusation des femmes chastes et 
vertueuses, nous ordonnant d'adorer Allah, Lui Seul, sans 
L'associer à rien ni à personne, de prier, de s'acquiter de la 
Zakât (purification des biens) et d'observer le jeune. Sur ces 
bases, nous avons cru en lui et en sa mission, nous l'avons suivi 
dans la pratique de la religion qu'il nous a apportée. Aussi, 
avons-nous adoré Allah Lui Seul, sans l'associer à rien d'autre, 
avons considéré comme illicite ce qu'on nous a interdit et 
comme licite ce qu'on a ordonné. Alors notre peuple nous a 
indexés, torturés, tourmentés à cause de notre religion, cherchant 
à nous ramener à l'adoration des idoles au lieu d'Allah le Très 
Haut, aux perversités que, jadis, nous considérions comme 
licites. Lorsqu'ils nous eurent contraints maltraités et traqués, ne 
nous laissant aucune chance de pratiquer notre religion, nous 
fuyâmes vers votre pays car, nous vous avons choisi à 
l'exclusion des autres, pour être sous votre protection et nous 
espérons, Sire, qu'auprès de vous, nous ne subirons aucune 
forme d'injustice». Le Négus dit alors: «Peux-tu me dire tant soit 
peu de ce qu'Allah a révélé?» «Oui» répondit Ja'far. Le Négus 
lui dit: «Alors, récite le moi» Ja'far commença par «Kâf, Ha, Y a, 
Ain, Sâd»; le début de la sourate Mariam (Marie). Ma foi, le 
Négus pleura alors, à se mouiller la barbe. Ses évêques 
pleurèrent aussi à mouiller leurs livres lorsqu'ils eurent entendu 
la sourate. 

136 



Le Négus dit ensuite aux évêques: «Il ne fait pas de doute que 
ceci et ce que Mousâ avait apporté sortent de la même niche». 
Se retournant vers les deux émissaires il dit: «Allez vous-en! je 
ne vous les livrerai pas. Ils sont sous ma protection». Amr ibn 
Al-As et son compagnon sortirent, mais le premier dit au 
second: «Je jure sur Allah que demain je reviendrai avec de quoi 
les faire expulser». Abdoullah ibn Rabîa s'adressa à lui en ces 
termes: «Ne le fais pas. Ce sont des parents, même s'ils nous ont 
contrariés». 

Cependant Amr ibn Al-As persista dans sa démarche et, le 
lendemain dit au Négus: «Ils disent des choses étranges de 'Isa 
le fils de Marie». 

Celui-ci envoya chez les musulmans leur demander ce qu'ils 
pouvaient bien dire au sujet du Messie. Les musulmans 
paniquèrent mais s'entendirent entre eux pour ne dire que la 
vérité. 

Dès leur arrivée, à la cour, le Négus les interrogea et, alors, 
Ja'far répondit: «Nous disons de lui ce que nous a apporté notre 
prophète (S) à savoir qu'il est le serviteur, le messager, l'esprit 
et la parole d'Allah insufflé à la vierge Marie». Le Négus 
ramassa un bâton à terre et dit: «Ce que tu viens de dire ne 
dépasse la vérité sur Isa ibn Mariam que de la longueur de ce 
bâton». 

«Si!» ajouta-t-il, voyant que ses patriarches faisaient la moue. 
Il dit aux musulmans: «Allez! vous êtes en sécurité sur ma terre, 
quiconque vous insulte paiera une amende, quiconque vous 
insulte paiera une amende, quiconque vous insulte paiera une 
amende. Je n'aimerais pas avoir une montagne d'or si je devais 
l'obtenir en portant préjudice à l'un d'entre vous». 

Il dit ensuite à son entourage: «Rendez-leur leurs cadeaux. Je 
n'en ai pas besoin. Je jure qu'Allah n'avait pas reçu de moi des 
pots de vin en me rendant mon royaume. Pourquoi donc y 



137 



prendrais-je des pots de vin? J'obéirai à la volonté des gens 
aussi longtemps que ceux-ci obéiront à ma volonté». 

Oumm Salamah qui racontait cette histoire dit: «Les deux 
émissaires sortirent renfrognés avec tout ce qu'ils avaient 
apporté. Nous, nous fûmes bien logés et traités». Il s'agit d'un 
rapport fait par ibn Ishâq. Certains mentionnèrent que l'envoi de 
Amr ibn Al-As chez le Négus eut bien lieu après la bataille de 
Badr. D,' autres soutiennent que l'envoi auprès de ce Négus eut 
lieu deux fois mais que les questions et les réponses rapportées 
entre lui et Ja'far lors de la première émigration étaient presque 
les mêmes que les questions et réponses mentionnées par ibn 
Ishâq. Après tout le contenu des questions formulées montre 
bien qu'il s'agissait là de la première plainte adressée au Négus. 

La violence des supplices et la tentative de supprimer le 
Messager d'Allah (0) 

Ayant échoué dans leur complot visant à la récupération des 
émigrés, les associateurs s'emportèrent, en proie à une colère 
manifeste. Resserrant l'étau, ils fondirent sur le reste des 
musulmans, étendant même le mal au Messager d'Allah (H). 
Leurs comportements montraient bien qu'ils voulaient 
supprimer le prophète (S) pour extirper la racine du mal qui, 
selon eux, les privait de sommeil. 

Quant aux musulmans, ceux d'entre eux qui étaient restés à la 
Mecque étaient d'un nombre très réduit. Ils étaient soit 
détenteurs de noblesse et d'immunité soit protégés par 
quelqu'un. Malgré tout, ils dissimulaient leur conversion à 
l'islam, évitaient autant que possible de s'exposer aux regards 
des agresseurs. Toutefois une telle précaution ne les préserva pas 
entièrement du mal, de l'humiliation et de l'injustice. 

Pour ce qui est du prophète (0), il priait et adorait Allah sous 
le regard des agresseurs, invoquant son seigneur à voix basse et 
à haute voix. Personne ne le lui interdisait, et rien ne l'en 
détournait car, cela faisait partie des modalités de 

138 



communication du message d'Allah et cela, depuis qu'Allah lui 
avait par ce verset, donné l'ordre de le faire: «Clame tout haut ce 
qu'on t'a ordonné de communiquer et détourne-toi des 
associateurs». Pour cette raison, les associateurs pouvaient 
l'affronter dès qu'ils le voulaient. Apparemment, rien, à cette 
fin, ne s'opposait à leur volonté, exception faite de sa modestie 
et de sa vénérabilité, de l'assurance de sa défense par le 
respectable Abou Tâlib, de leur crainte des conséquences 
qu'entraîneraient leurs comportements, du rassemblement contre 
eux Banî Hâchim. 

Cependant tout cela n'avait plus d'impact sur eux car, ils 
avaient commencé à le minimiser depuis le moment où ils 
avaient senti l'effondrement de leur ordre paganiste et leur 
leadership religieux, face à l'appel du prophète (S). 

Il est de ce que les livres traitant de la Sounna et de la 
biographie du prophète (S) nous ont rapporté comme 
événement dont la production se situerait dans cette période, le 
fait que Otayba, fils d'Abi Lahab se présenta, un jour, au 
prophète (S) et lui dit: «Je ne crois pas à «par l'étoile à son 
déclin» et à celui qui se «rapprocha et descendit encore plus 
bas». Ensuite il s'acharna contre lui, déchira sa chemise et lui 
cracha au visage, cependant le crachat ne l'atteignit pas. 

Alors le Messager d'Allah (S) invoqua Allah contre lui et 
dit: 

«dl^ ^ 6s <d* Jak f^i» 

«Seigneur! Lâche sur lui un de Tes chiens». 

Ce vœu fut exaucé; un jour, Otayba sortit dans un groupe de 
Kouraichites qui descendit dans un endroit de la Syrie appelé 
Az-Zarkâ. En ce lieu, un lion les assiégea la nuit et Otayba se 
mit à dire: «A moi! Il va me dévorer conformément à la prière 
faite sur moi par Mohammad qui, de la Mecque me fait tuer 



139 



alors que je suis en Syrie». Le lion le chargea devant ses 
compagnons et le décapita. 

On raconte aussi que 'Oqba ibn Abi Mou' ait un jour, pesa de 
son pied sur la noble nuque du prophète (S) alors que celui-ci 
était en prosternation et pour peu allait faire sortir ses yeux de 
leurs orbites. Une des preuves que les agresseurs des 
Kouraichites avaient l'intention de le tuer nous est fournie par 
ibn Ishâq rapportant ces propos de Abdillah ibn Amr ibn Al- As: 
«Ils se réunirent en ma présence à la pierre et parlèrent du 
Messager d'Allah (S) en ces termes: "Nous n'avons jamais été 
aussi patients que nous le fûmes avec cet homme. Nous avons 
été patients à son égard dans une affaire extrêmement 
importante». Sur ces entrefaites, le prophète (H) apparut, marcha 
jusqu'à l'encoignure et les dépassa en circumambulation. De 
connivence, ils se firent signe et lui adressèrent quelques propos. 
Cela se lisait sur le visage du Messager d'Allah (S). Lorsqu'il 
passa devant eux une deuxième fois, ils refirent la même chose, 
ce qui se lisait aussi sur son visage. A la troisième fois, ils lui 
adressèrent les mêmes propos mais le prophète (S) s'arrêta et 
dit: 

«Est-ce que vous m'entendez Kouraichites? Je jure sur 
Celui qui détient mon âme que je vous ai apporté votre 
proie». 

Alors sa parole les saisit tant et si bien qu'on eût dit qu'un 
oiseau s'était posé sur la tête de chacun d'eux. Le plus 
audacieux d'entre eux se mit, de suite, à se racheter dans toute la 
mesure du possible disant: «Va, Abal-Kâsim (père d'Al-Kâsim)! 
Par Allah, tu n'as pas été un ignare». Le lendemain, ils se 
réunirent à nouveau et, alors qu'ils parlaient du prophète (S) 
celui-ci apparut. Alors ils bondirent vers lui connue un seul 
homme et l'entourèrent. J'ai vu l'un d'eux le tenir au collet, 
Abou Bakr se lève et, pleurant d'impuissance, dit: «Allez-vous 



140 



donc tuer un homme parce qu'il a .simplement dit que son 
Seigneur est Allah?». Sur ces mots, les agresseurs le lâchèrent et 
s'éloignèrent». 

Après avoir rapporté cette scène, ibn Amr dit: «Il s'agit là de 
l'agression la plus violente des Kouraichites à l'égard du 
prophète (S) que j'aie jamais vue» Orwa ibn Az-Zoubair cité 
par Al-Boukhâri dit: «J'ai demandé à ibn Amr de me décrire la 
plus violente des agressions des Kouraichites sur la personne du 
Messager d'Allah (S) et il me dit: «Alors que le prophète (S) 
priait à la pierre de la Kaaba, 'Oqba ibn Abi Mou 'ait arriva, mit 
son vêtement à son cou et l'étrangla violemment. Abou Bakr 
accourut, lui retint l'épaule, l'écarta du prophète (S) et dit: 
"Allez-vous tuer un homme parce qu'il a simplement dit 
qu'Allah est son Seigneur?». Le hadith rapporté par Asmâ 
mentionne que quelqu'un, en criant vint voir Abou Bakr et lui 
dit: «On a retenu ton compagnon!». Celui-ci sortit de chez nous, 
avec à la tête quatre nattes de cheveux, en disant: «Allez-vous 
donc tuer un homme parce qu'il a simplement dit que son 
Seigneur est Allah?» Alors, ils lâchèrent le prophète (S) et 
l'attaquèrent. Lorsqu'il nous revint, nous ne vîmes rien de ses 
nattes de cheveux. 

La conversion de Hamza ibn Abdil-Mouttalib 

Dans cette atmosphère lourde de nuages de l'injustice et de 
l'agression, jaillit un éclair illuminant le chemin, éclair qui 
n'était rien d'autre que la conversion de Hamza à l'islam, le fils 
de Abdil-Mouttalib («$&). Celui-ci embrassa l'islam à la fin de la 
quatrième année de l'avènement de la prophétie. La majorité des 
ulémas soutient que sa conversion eut lieu au mois de Thoul- 
Hijja. La raison de sa conversion fut qu'Abou Jahl, un jour, 
passa près du prophète (S) à As-Safâ et le malmena. Comme 
celui-ci ne disait rien, il lui cassa la tête à l'aide d'une pierre et 
fit couler son sang avant de se détourner de lui, pour rejoindre le 
groupe des Kouraichites qui se trouvait à la Kaaba. Or une 
captive affranchie de Abdillah ibn Jadaân avait assisté à la scène 

141 



depuis sa demeure située sur As-Safâ. Sur ces entrefaites, 
Hamza revenait de la chasse, portant son arc en bandoulière. La 
captive affranchie alors l'informa du comportement d'Abi Jahl. 
Hamza qui était à l'époque le plus puissant et le plus courageux 
des jeunes Kouraichites, se mit en colère. Il sortit 
précipitamment sans aucune autre préoccupation que celle de se 
battre avec Abi Lahab. Dès qu'il accéda à la mosquée, il lui 
marcha sur la tête et lui dit: «Péteur! Tu oses injurier mon neveu 
alors que je professe sa religion!». Il le frappa ensuite de son arc 
et lui cassa gravement la tête. Des hommes appartenant à Banî 
Makhzoum - la tribu d'Abi Lahab - se révoltèrent. Banou 
Hâchim aussi - la tribu de Hamza - se révoltèrent. Cependant 
Abou Jahl dit: «Laissez tranquille Aba 'Omâra! J'ai proféré de 
graves injures contre mon neveu». 

La conversion de Hamza était d'abord l'expression d'un refus 
de voir humilier le prophète (S). Toutefois, Allah, le fit passer à 
une véritable conversion. Alors, tout en jouissant de la 
protection de son Seigneur, Hamza bénéficiait aussi de l'estime 
des musulmans. 

La conversion de Omar ibn Al-Khattâb (4&) 

Dans la même atmosphère d'injustice et d'agression apparut 
un éclair plus radieux que le précédent, à savoir la conversion de 
Omar ibn Al-Khattâb. Celui-ci embrassa l'islam au mois de 
Thil-Hijja de la sixième année de prophétie, trois jours après la 
conversion de Hamza (#). Le prophète (S) avait demandé à 
Allah sa conversion. Le hadith qu'At-Tirmidi a rapporté d'ibn 
Omar en le considérant comme authentique et celui qu'At- 
Tabarâni a obtenu d'ibn Mas'oud et d'Anas, confirment que le 
prophète (S) dit: 

V 1 ^ Cf. S^ 



142 



«Seigneur! Fortifie l'islam en y faisant entrer, suivant ta 
préférence, Omar ibn Al-Khattâb ou Abou Lahab ibn 
Hichâm». 

Allah préféra Omar ibn Al-Khattâb. Après un examen 
approfondi de tous les rapports relatifs à sa conversion, il semble 
que l'installation de l'islam dans son cœur ait été progressive. 
Cependant, avant d'en faire l'économie, nous tenons à faire 
mention de ses caractéristiques, en matière de sentiments et 
d'émotions. Il était connu pour sa dureté naturelle et son audace. 
Depuis longtemps les musulmans subissaient de sa part toute 
forme de supplice. A priori, il cachait des sentiments 
contradictoires: son respect des traditions établies par les pères 
et les grands pères, son admiration de la résistance et de 
l'endurance des musulmans face aux supplices qu'on leur faisait 
subir sur le chemin de leur foi, le doute qui l'enveloppait - 
comme tout être doué de raison - et par lequel il se demandait si 
ce à quoi appelait l'islam n'était pas plus sublime et plus pur que 
tout le reste. Un tel doute devait ensuite le mener à la 
conversion. Au demeurant, les récits et les rapports faits sur sa 
conversion précisent qu'un jour, ayant décidé de passer la nuit 
hors de chez lui, il vint au Haram, entra dans le voile de la 
Kaaba où il trouva le prophète (H) qui, en train de prier, avait 
commencé la sourate Al-Hâkka. Il se mit alors à écouter le Coran 
et à en admirer la composition. Il se dit en lui-même: «Par Allah, 
cet homme est un poète, comme le disent les Kouraichites». Le 
prophète (S) récita alors: 

j< > *m's< i- E \< r- -> i"" f » -^-"t-Ct-**! \ 

«Ceci (le Coran) est la parole d'un noble messager. Ce 
n'est pas la parole d'un poète, mais vous ne croyez que 
très peu» (69:40,41). 

Omar se dit ensuite: «C'est un devin». Le Messager d'Allah (H) 
récita «Ni la parole d'un devin, mais vous vous rappelez bien 

143 



peu» et continua jusqu'à la fin de la sourate. Alors, pour la 
première fois, l'islam toucha le cœur de Omar. Toutefois, il y 
avait encore dans ce cœur les marques de loin les plus fortes 
qu'y avaient laissées les tendances de la Jâhiliyya (époque anté- 
islamique), le traditionnel esprit de clan et la considération de la 
religion des ancêtres. Ce étant, il continua comme par le passé 
de sévir contre l'islam, ne se souciant aucunement du nouveau 
sentiment qu'il éprouvait. Une des illustrations de sa dureté et de 
son agressivité envers le prophète (S) est qu'un jour, il sortit, 
son arc en bandoulière, dans le dessein de le supprimer. Alors, il 
croisa Nou'aim ibn Abdillah An-Nahâmi Al-Adiy, un homme de 
Banî Zahra ou de Banî Makhzoum qui lui dit: «Où vas-tu Omar? 
Il répondit: «Je veux tuer Mohammad». 

L'homme reprit: «Comment échapperais-tu à Banî Hâchim et 
à Banî Zahra si tu tuais Mohammad?». 

Omar lui dit: «Tout ce que je sais c'est que tu as déjà 
apostasie et quitté la religion que tu professais». 

L'homme lui dit: «Puis-je te dire une chose étonnante Omar? 
Ta sœur et ton beau-frère ont apostasie. Us ont quitté la religion 
que tu professes». Sur ces mots, Omar se dépêcha de se rendre 
chez le couple où se trouvait Khabbâb ibn Al-Aratt qui, muni 
d'un feuillet contenant la sourate «Taha», lisait pour l'homme et 
son épouse: il les fréquentait et leur lisait le Coran. Dès qu'il 
sentit la venue de Omar, le lecteur se cacha dans la maison. 

Fâtima, la sœur de Omar, cacha le feuillet. Toutefois, en 
s' approchant de la maison, Omar avait perçu la voix de Khabbâb 
qui lisait. Une fois à l'intérieur de la maison, il dit: «Quelle est 
cette bizarrerie que je viens d'entendre chez vous?». 

Le couple répondit: «Ce n'est qu'une conversation entre 
nous». Omar répliqua: «Peut-être bien que vous avez apostasie». 
Son beau-frère lui dit: «Qu'en dirais-tu si la vérité était ailleurs 
que dans ta religion?» Omar bondit sur lui et le foula gravement 
aux pieds. Sa sœur intervint et le dégagea de son mari. Alors son 

144 



frère la gifla au point d'ensanglanter son visage. Un rapport fait 
par ibn Ishâq mentionne que Omar la frappa au point de lui 
casser la tête. Folle de rage, Fâtima dit: «Omar, si la vérité est 
ailleurs que dans ta religion, j'atteste qu'il n'y a de divinité 
qu'Allah et que Mohammad est le Messager d'Allah». 

Ayant perdu tout espoir d'atteindre son objectif et considérant 
qu'il avait fait couler le sang de sa sœur, Omar regretta son acte 
et éprouva de la honte. A cet égard, il dit: «Passez-moi le feuillet 
que vous aviez, je veux la lire». Sa sœur lui dit: «Non, tu es en 
état de souillure. Ne touchent ce feuillet que ceux qui sont en 
état de pureté. Lève-toi et va te laver». Omar obéit et ensuite 
revint prendre le feuillet, en lit une partie et dit: "Des noms 
agréables et purs!". Il lit aussi du début de la sourate Tâha au 
verset: 

«Certes, c'est Moi Allah. Point de divinité que Moi. 
Adore-moi donc et accomplis la Salât, pour te souvenir de 
Moi». (20:14). 

Après avoir lu ce verset il dit: «Que cette parole est belle et 
précieuse! conduisez-moi à Mohammad!». 

Ayant entendu ce que Omar venait de dire, Khabbâb sortit de 
la maison disant: Réjouis-toi, Omar! J'espère que tu seras celui 
que le Messager d'Allah (H) avait demandé à Allah, dansja nuit 
du jeudi, alors qu'il était dans la maison située au bas d'As-Safâ, 
disant: «Seigneur, fortifie l'islam en y faisant entrer Omar ibn 
Al-Khattâb ou Abou Lahab ibn Hicham». Omar prit son épée, la 
mit en bandoulière et se rendit à la maison indiquée. 

Il frappa à la porte. Un homme se leva, lorgna par une fissure 
de la porte, le vit portant son épée en bandoulière et informa le 
Messager d'Allah (S). Alors les gens se regroupèrent tous. «Que 
se passe-t-il?» leur dit Hamza. Ils lui répondirent: «Omar!». Il 

145 



reprit: «Omar! ouvrez-lui la porte! S'il vient pour la paix, il nous 
y trouvera, sinon, nous le tuerons avec son épée». Le prophète 
(S) était à l'intérieur en train de recevoir la révélation. Alors il 
sortit, se dirigea vers Omar qu'il rencontra dans la salle, 
s'agrippa à son vêtement et au ceinturon qu'il portait. Il le traîna 
longuement et violemment puis lui dit: «Ne vas-tu donc pas 
t' arrêter, Omar? veux-tu qu'Allah te fasse subir l'humiliation et 
le supplice qu'il a fait subir à Al-Walid ibn Al-Moughira? 
Seigneur! voici Omar ibn Al-Khattâb!. Seigneur! Fortifie l'islam 
en y faisant entrer Omar ibn Al-Khattâb!» Omar dit: «J' atteste 
qu'il n'y a de divinité qu'Allah et que tu es le Messager 
d'Allah». Ainsi, il se convertit, ce que voyant, les gens de la 
maison glorifièrent le Seigneur. 

De la mosquée on entendait leurs clameurs: «Allah est très 
grand! Allah est très grand! Allah est très grand!» Omar (4*) 
était doté d'une fougue et d'un caractère infléchissables. La 
nouvelle de sa conversion provoqua un tollé chez les 
associateurs qui, alors, se sentirent avilis et humiliés. Les 
musulmans, au contraire pavoisaient, jubilaient, fiers de la force 
et de la noblesse .que leur apportait l'événement. 

Ibn Ishâq a rapporté des paroles de Omar exprimées en ces 
termes: «Après ma conversion, je me suis rappelé celui des 
habitants de la Mecque le plus hostile au prophète (S): C'était 
Abou Lahab. Je me rendis chez lui et frappai à sa porte. Il sortit 
et dit: «sois le bienvenu! qu'est-ce qui t'amène?». 

Je répondis: «Je suis venu t' annoncer que je crois maintenant 
en Allah et en son Messager Mohammad. Je considère comme 
vrai ce que ce Messager a apporté». Il dit, me fermant la porte au 
nez: «Malheur à toi et malheur à ce que tu m'annonces!». 

Ibn Al-Jawzi mentionne cette parole de Omar (4*): «Lorsque 
quelqu'un se convertissait à l'islam, les gens s'accrochaient à lui 
et un échange de coups s'ensuivait. Moi, après m'être converti, 
j'allai voir mon oncle maternel Al- As ibn Hichâm. Lorsque je 



146 



lui eus annoncé la nouvelle, il disparut dans la maison. Je me 
rendis alors chez l'un des grands notables des Kouraichites - 
c'était peut-être Abou Jahl - mais dès que je lui eus annoncé la 
nouvelle, il disparut dans sa maison». 

Ibn Hichâm et aussi ibn Al-Jawzi ont mentionné qu'après sa 
conversion, Omar alla voir Jamil ibn Mou'ammir Al-Joumahi - 
qui était à l'époque le plus grand crieur public de Kouraich - et 
lui annonça qu'il s'était converti à l'islam. Joumahi clama haut 
et fort que le fils d'Al-Khattâb était devenu sabéen. Marchant 
derrière lui Omar le démentit et précisa qu'il s'était converti à 
l'islam. 

Révoltés, les gens accoururent vers lui. Une bataille 
s'engagea, allant jusqu'au lendemain à midi, épuisé, Omar 
s'asseya disant, alors que les gens, debout, le surplombaient: «Je 
jure par Allah que si nous étions trois cents hommes, vous nous 
tueriez ou nous vous tuerions». Après cela, les associateurs 
allèrent en masse chez lui avec l'intention de le tuer. Selon un 
rapport d'Al-Boukhâri, Abdoullah ibn Omar dit: «Tandis que 
Omar était à la maison, craintif, Al -As ibn Wâ'il As-Sahmi 
Abou Amr se présenta brusquement à lui vêtu d'une robe et 
d'une chemise brodée de soie. Il appartenait à Banî Sahm c'est à 
dire, nos alliés de lajâhiliyya (époque antéislamique). 

Il lui dit: «Qu'est-ce que tu as?» Omar répondit: «Ton peuple 
menace de me tuer parce que j'ai embrassé l'islam». Al-As 
reprit: «On ne saurait te toucher», j'ai aussitôt cru à ses paroles. 
A sa sortie, il rencontra une marée d'hommes dans la vallée et 
dit: «Où allez-vous?». Us répondirent: «A ce fils d'Al-Khattâb 
qui a quitté notre religion». Il dit: «Personne ne le touchera» et 
se mit à frapper les gens. 

Le rapport d'ibn Ishâq apporte la formulation suivante: «Par 
Allah, les gens furent comme un vêtement dont il se 
débarrassait». Voilà la conversion de Omar vue du côté des 
associateurs. Pour ce qui est des musulmans, Moujâhid a apporté 

147 



d'ibn Abbâs les propos que voici: «J'ai demandé à Omar ibn Al- 
Khattâb pourquoi on l'appelait Al-Fârouq et il me répondit: 
«Hamza s'est converti trois jours avant moi. Ensuite il me 
raconta l'histoire de sa propre conversion et me dit à la fin 
qu'après s'être converti, il a dit au Messager d'Allah (@): «Ne 
détenons-nous pas la vérité morts ou vifs? « Le prophète (®) 
répondit: «Si, je jure sur celui qui détient mon âme que vous 
détenez la vérité morts ou vifs». 

Alors Omar dit: «Pourquoi donc se cacher? Je jure par celui 
Qui t'a envoyé avec la vérité que nous sortirons». En compagnie 
du prophète (S), les musulmans sortirent organisés en deux 
rangs, l'un dirigé par Hamza et l'autre par Omar. Le prophète, 
lui, s'avançait lentement avec les rangs. Lorsqu'ils furent arrivés 
à la mosquée, Omar jeta un coup d'œil à Hamza puis aux 
Kouraichites. Ces derniers furent frappés d'une mélancolie sans 
précédent. Ce jour-là le Messager d'Allah (S) le surnomma Al- 
Fârouq. 

Ibn Mas'oud (.#>) disait: «Nous ne pouvions pas prier à la 
Kaaba avant la conversion de Omar à l'islam». 

Egalement, selon ce qu'on a rapporté de lui, Souhaib ibn 
Sinân Ar-Roumi dit: «Après la conversion de Omar, l'islam se 
manifesta. On y appela sans ambages. Nous nous asseyions en 
cercle autour du temple. Ceux qui nous avaient toujours 
maltraités commencèrent à nous faire justice et, de notre côté 
nous commencions à leur rendre la pareille. Il a aussi été 
rapporté de Abdillah ibn Masoud la remarque que voici: «Nous 
ne cessions d'être puissants depuis la conversion de Omar». 

Le représentant des Kouraichites face au Messager d'Allah 

m 

Après la conversion de ces deux héros: Hamza ibn Abdil- 
Mouttalib et Omar ibn Al-Khattâb (ê*), les nuages 
commencèrent à se dissiper. Les associateurs cessèrent de 
torturer et de maltraiter les musulmans et essayèrent de traiter 

148 



«Alors, écoute moi!» Otba dit: «J'écoute». Le Messager d'Allah 
(&) dit: 



2 *_$$ p-*/^=>l (j^olâ V-Ijj J>5-^ O o>«JL*3 ^^yJ. l^o 
^q^LJ c- Li] Jwi^-lâ uL^ t>y^J >>^aj <>*j 



«Au nom d'Allah le Clément, le Miséricordieux. Ha, mîm. 
C'est une révélation descendue de la part du Clément, du 
Miséricordieux, un livre dont les versets sont détaillés (et 
clairement exposés); un Coran arabe pour des gens qui 
savent. Et ils dirent: «Nos cœurs sont voilés contre ce à 
quoi tu nous appelles; nos oreilles sont sourdes et entre 
nous et toi il y a une cloison. Agis donc de ton côté, nous 
agissons du nôtre» (41:1-5) 

Après, le prophète (H) continua de lui dire le verset. Otba 
écoutait attentivement, les mains au dos et s' appuyant sur celles- 
ci. Le prophète (H) acheva sa récitation et ensuite se prosterna. 
Son hôte aussi se prosterna. Le prophète (H) enchaîna: «Ce 
que tu viens d'entendre, Abal-Walid, c'est cela ta réponse». 

Otba alla retrouver ses compagnons qui se dirent les uns aux 
autres: «Par Allah Aboul-Walid revient avec un visage qu'il 
n'avait pas en partant». Dès que leur camarade les eut rejoints, 
ils dirent: «Qu'est-ce qui t' arrive, Abal-Walid?» Celui-ci 
répondit: «Il m' arrive que j'ai entendu une parole que je jure 
n'avoir jamais entendue auparavant. Par Allah! ce n'est ni de la 
poésie, ni de la magie, ni de la divination. Kouraich! Obéissez- 
moi! ayez confiance en moi! Laissez cet homme poursuivre son 
chemin! Mettez-le en quarantaine! Par Allah, cette parole que 

150 



avec le Messager d'Allah (S) déployant à cette fin tous les 
moyens nécessaires pour le détourner de son appel. Les pauvres! 
Es ne savaient pas que tout ce qu'éclaire le soleil n'équivalait 
même pas à l'aigle d'un moustique devant son appel. Aussi, 
connurent-ils le désespoir et l'échec dans leurs entreprises. 

Ibn Ishâq dit avoir reçu de Yazid ibn Zayd les propos de 
Mohammad ibn Ka'ab Al-Qarzi exprimés en ces termes: «On 
m'a raconté que Otba ibn Rabîa, qui était un chef, dit un jour, 
alors qu'il se trouvait au siège des Kouraichites pendant que le 
prophète (S), seul était assis dans la mosquée: «Kouraich! Ne 
vais-je pas aller voir Mohammad pour lui parler, lui proposer 
des choses dont il pourrait accepter certaines? Nous lui 
donnerons ce qu'il voudra et alors il nous laissera en paix». Cela 
se passait après la conversion de Hamza (<#>), conversion au 
terme de laquelle le nombre des musulmans ne cessait de'croître. 

Les Kouraichites dirent: «O Abal-Walid! vas-y, parle-lui» 
Cela dit, Otba se rendit chez le prophète (S) et lui dit: «Neveu! 
Tu es des nôtres et d'ailleurs, tu occupes une place très 
importante dans le clan et la généalogie. Toutefois tu as 
confronté ton peuple avec une chose grandiose par laquelle tu as 
rompu sa cohésion. Alors, écoute-moi! Je vais te proposer des 
choses que tu vas étudier et peut-être, en accepteras-tu quelques 
unes». Le Messager d'Allah (0) dit: «Parle! Abal-Walid, 
j'écoute». Otba dit: «Neveu, si tu ne tiens qu'à te faire de 
l'argent sur cette affaire, nous allons t'en réunir à partir de nos 
propres fonds de manière à ce que tu sois plus riche que nous. Si 
tu cherches des honneurs, nous te prendrons pour chef de 
manière à ce que rien ne se décide sans toi. Si veux un royaume, 
nous te prendrons pour roi. Si ce qui t' arrive est une vision dont 
tu n'arrives pas à te départir, nous te chercherons un guérisseur 
et consacrerons nos biens à te faire guérir. Ce guérisseur te 
débarrassera de ta vision et par suite te traitera». 

Lorsque Otba eut fini, le prophète S) lui dit: «As-tu fini, 
Abal-Walid?» «Oui» répondit celui-ci. Le prophète (H) lui dit: 

149 



j'ai entendue de lui fera beaucoup parler d'elle. Si les arabes la 
combattent vous la perdrez au profit d'autres. Si elle triomphe 
chez les arabes, le royaume est le vôtre et la puissance, la vôtre. 
Vous en serez plus heureux que quiconque». Ils dirent: «Abal- 
Walid! il t'a ensorcelé avec sa langue». Otba reprit: «TehVest 
mon opinion. A présent faites ce que bon vous semble». Un 
autre rapport mentionne que Otba écouta le prophète (S) jusqu'à 
que celui-ci arrivât au verset 13 de la sourate fossilat «S'ils s'en 
détournent, alors dis-leur: je vous ai averti d'une foudre 
semblable à celle qui frappa Aad et Thamoud», puis, se levant 
terrifié, ferma de sa main la bouche du Messager d'Allah (S) 
disant: «Je t'en prie, ça suffit!» de peur que la menace ne fût 
traduite dans les faits. Après cela il se leva et retourna auprès de 
son peuple pour lui tenir les propos mentionnés ci-dessus. 

' ~^^~ Les chefs des Kouraichites négocient et Abou Jahl veut le 
( tuer 

Les Kouraichites continuaient d'espérer que le prophète (0) 
leur répondraient favorablement car en fait celui-ci n'a pas été 
explicite dans son refus ou son acceptation. Après s'être 
consultés, ils se réunirent, un jour, derrière la Kaaba, après le 
coucher du soleil et firent appeler le Messager d'Allah (S). A 
l'arrivée de celui-ci, ils lui firent les mêmes doléances que celles 
que 'Utba lui avait faites. Toutefois le prophète (il) précisa que 
cela ne dépendait pas de lui, qu'il n'était qu'un messager chargé 
de communiquer le message de son Seigneur, que s'ils 
acceptaient ce message ce serait là une chance pour eux ici-bas 
et dans l'au-delà et que s'ils ne l'acceptaient pas il patienterait, 
pour sa part jusqu'au moment où Allah règle leur différend. 

Alors, ils exigèrent de lui des signes, lui disant de demander à 
son Seigneur de faire marcher les montagnes au point de les 
éloigner d'eux, de leur aplanir le pays et d'y faire couler des 
fleuves, de ressusciter les morts, avant de croire au message. 



151 



Le prophète (H) leur fit la même réponse. Ils lui dirent de 
demander à son seigneur d'envoyer de sa part un roi de son 
choix doté de jardins, de richesses, de palais d'or et d'argent. Le 
prophète (S) leur apporta la même réponse. Ils lui dirent de 
demander à son Seigneur de faire descendre sur eux le 
châtiment, de provoquer l'éclipsé solaire. Le Messager d'Allah 
(il) répondit que cela revenait à Allah qui pourrait le faire dès 
qu'il le voulait. Les Kouraichites refusèrent alors le message et 
menacèrent le prophète qui s'en retourna triste. 

Aussitôt après, Abou Jahl dit dans son orgueil: «Kouraich! 
Mohammad ne veut rien d'autre que critiquer notre religion, 
insulter nos ancêtres, considérer nos raisons comme stupides, 
insulter nos divinités. Moi je déclare solennellement que je 
l'attendrai au tournant avec toutes les pierres que je pourrais 
trouver. S'il se prosterne au cours de sa prière, je lui casserai la 
tête. 

Le fait accompli, vous pourrez alors me livrer ou par contre 
me défendre, cela m'est égal, ! que Banou Abd Manâf fassent ce 
que bon leur semble! Ils lui dirent: «Par Allah, pour rien au 
monde nous ne le livrerons à tes ennemis. Vas-y. Fais ce que tu 
veux. 

Le lendemain matin, Abou Jahl, comme prévu, se munit de 
pierres et ensuite s'asseya, attendant le Messager d'Allah (S). 
Ce jour là, le prophète (S) se réveilla comme à l'accoutumée. 
Alors qu'il priait, les Kouraichites, assis à leur lieu de rencontre, 
attendaient de voir ce qu'Abou Jahl allait faire. Lorsque le 
prophète (#) se fut prosterné, Abou Jahl se saisit d'une pierre et 
le chargea. Toutefois, lorsqu'il s'en fut approché, il recula 
aussitôt, totalement en déroute et le teint blafard; il était terrifié. 
La pierre qu'il avait dessécha tellement ses mains qu'il la jeta. 

Les Kouraichites vinrent le rejoindre et dirent: «Qu'as-tu, 
Abal-Hakam?» Il dit: "Lorsque je me suis levé pour lui faire ce 
que je disais hier et que je me suis approché de lui, on m'a 

152 



montré autre que lui: un étalon de chameau! Non! Par Allah, 
jamais je n'avais encore vu d'un étalon de chameau, une telle 
gueule, de tels yeux et de telles dents pointues. Je pensais qu'il 
allait me dévorer!" 

Ibn Ishâq dit: «On m'a précisé que le prophète (S) dit après 
l'événement: c'était Jibril (II), s'il s'était approché davantage, il 
l'aurait emporté». 

Pourparlers et concessions 

Lorsque les Kouraichites eurent échoué dans leurs 
négociations fondées sur la tentation, le chantage, la menace et 
l'intimidation et qu'Abou Jahl eut perdu espoir de voir aboutir 
sa folie et ses intentions de tuer, ils éprouvèrent le désir d'arriver 
à un compromis les sortant de l'impasse. Ils n'étaient pas 
totalement convaincus que le prophète (S) versait dans le faux. 
Au contraire, comme le dit Allah le Très Haut «ils en doutaient 
sérieusement». Ils décidèrent alors de traiter avec lui des affaires 
de la religion et de le rencontrer à mi-chemin, lâchant du lest et 
demandant au prophète (S) d'en faire autant. Ils pensaient, par 
ce biais atteindre la vérité, si toutefois ce à quoi appelait le 
prophète (S) était vrai. Ibn Ishâq a aussi rapporté qu'Al-Aswad 
ibn Al-Mouttalib ibn Asad ibn Abdil-Ozzâ, Al-Walid ibn Al- 
Moughira, Omayya ibn Khalaf et Al- As ibn Wâ'il As-Sahmi, les 
grands ténors de leurs peuples, s'étaient mis au travers du 
chemin, alors que celui-ci faisait le tour de la Kaaba et dirent: 
«Mohammad! Ecoute! Nous adorerons ce que tu adores et toi 
aussi tu adoreras ce que nous adorons. Ainsi, nous sommes des 
associés. Ensuite, si ce que tu adores est meilleur que ce que 
nous adorons, nous te rejoindrons; mais également, si ce que 
nous adorons est meilleur que ce que tu adores, tu nous 
rejoindras. 

A cet égard, Allah révéla «Dis, Ô vous les infidèles! Je 
n'adore pas ce que vous adorez» (toute la sourate des infidèles). 



153 



Abd ibn Hamid et d'autres ont rapporté de ibn Abbâs cette 
parole des Kouraichites! «Si tu reconnaissais nos divinités, nous 
adorerions la tienne». Sur ces mots, Allah révéla: «Dis! Est-ce 
autre qu'Allah que vous m'ordonnez d'adorer, Bande 
d'ignorants?». Lorsqu' Allah eut mis fin à cette ridicule 
négociation par ce clivage pur et simple, les Kouraichites ne 
perdirent pas espoir pour autant. Au contraire, ils manifestèrent 
davantage de concessions à condition que le prophète (il) 
apportât des modifications à ses enseignements. Us dirent: 
«Apporte un Coran autre que celui-ci ou bien change-le!». Allah 
boucha aussi cette voie en révélant à son prophète (ift) la 
réponse à apporter: «Dis! Il ne m'appartient pas de le changer de 
mon propre chef. Je ne fais que suivre ce qui m'est révélé. Je 
crains, si je désobéis à mon Seigneur, le châtiment d'un jour 
terrible» (Younous:15). Il porte aussi l'attention sur le grand 
danger de cet acte par les versets suivants: 

L_4b djj& ^^4\ t-->jl ZS^ e - e%^UJ \jï\£=> dïj f 



\ - 'ï - > [ 



«Ils ont failli te détourner de ce que nous t'avons révélé, 
dans l'espoir qu'à la place de ceci, tu inventes quelque 
chose d'autre et l'imputes à-Nous. Et alors, ils t'auraient 
pris pour un intime. Et si nous ne t'avions pas raffermi, tu 
aurais bien failli t' incliner quelque peu vers eux. Alors, 
nous t'aurions certes fait goûter le double supplice de la 
mort; et ensuite tu n'aurais pas trouvé de secoureur contre 
nous». (17:73-75). 



154 



Le désarroi, les cogitations et les contacts des Kouraichites 
avec les juifs 

Après l'échec des négociations, des pourparlers et des 
concessions, l'horizon s'obscurcit pour les associateurs, qui, 
déboussolés, se demandaient quoi faire d'autre. 

Cependant, l'un de leurs satans à savoir An-Nadr ibn Al- 
Hârith, se dressa et les conseilla en ces termes: «Kouraich! Par 
Allah, il vous arrive quelque chose pour lequel vous n'avez pas 
encore de stratégie. Mohammad a tout récemment été un jeune 
garçon parmi vous. Il vous a donné satisfaction, a été franc avec 
vous et a été d'une honnêteté remarquable, jusqu'au moment où, 
sur ses tempes vous avez vu pousser des cheveux blancs. 
Ensuite, il vous a apporté ce que vous savez. Pour toute réaction, 
vous l'avez taxé de magicien: Non! Par Allah ce n'est pas un 
magicien car nous avons vu les magiciens avec leurs nœuds et 
leurs soufflements; vous l'avez pris pour un devin: Non! Par 
Allah, ce n'est pas un devin. Nous avons vu les devins avec leur 
activité et leur assonance. Vous l'avez pris pour un poète: Non! 
Par Allah, ce n'est pas un poète. Nous avons vu la poésie. Nous 
en avons déjà entendu toutes les formes: le hazaj, le rajâz etc.. 
Vous avez enfin dit qu'il est fou: Non! Par Allah, ce n'est pas un 
fou. Nous avons vu le fou. Il n'en a ni le déchaînement, ni 
l'agressivité, ni la confusion. Ô Kouraych ! Etudiez bien votre 
cas! Par Allah, une chose grave vous arrive. 

Cela dit, les Kouraichites décidèrent de prendre contact avec 
les juifs de manière à s'assurer du cas du prophète (S). Ils 
chargèrent An-Nadr ibn Al-Hârith d'aller voir les juifs de 
Médine, en compagnie d'autres. Celui-ci et ses compagnons 
consultèrent les prélats qui dirent: «Interrogez-le sur trois 
choses. S'il y répond, c'est un prophète et un messager, sinon, 
c'est un prétentieux; interrogez-le sur les jeunes qui s'en allèrent 
dans le temps, à quoi revient leur sort, ceux-ci ont, en fait, une 
histoire étrange. Interrogez-le aussi sur un homme errant qui 
atteignit le levant et le couchant; quelle est son histoire? 

155 



Interrogez-le enfin sur le Rouh (l'esprit) et demandez-lui ce que 
c'est». 

Dès qu' An-Nadr fut de retour à la Mecque, il dit: «Nous vous 
avons apporté de quoi trancher le différend entre Mohammad et 
nous. Il annonça aux Kouraichites ce qu'avaient dit les juifs et 
ceux-ci posèrent au Messager d'Allah (S) les trois questions. 

Dès jours après la sourate Al-Kahf (la caverne) descendit, 
renfermant l'histoire de ces jeunes qu'on appelle les gens de la 
caverne. L'histoire de l'homme errant concerne Thoul-Karnayn. 
Quant au Rouh, la réponse fut révélée dans la sourate Al-Isrâ (le 
voyage nocturne). Les Kouraichites savaient pertinemment que 
les réponses apportées par le prophète (S) étaient correctes et 
judicieuses mais l'infidélité est le lot des injustes. 

L'attitude d'Abi Tâlib et de son clan 

Voilà ce que firent les Kouraichites, quant à Abi Tâlib, il 
refusa de satisfaire à la demande des Kouraichites à savoir leur 
livrer le prophète (H) comme proie à abattre. Ensuite, il vit dans 
les activités et les comportements de ces Kouraichites des signes 
dénotant une volonté de tuer son neveu et d'outrepasser ses 
prérogatives, comme l'avait déjà fait Oqba ibn Abi Mou' ait, 
Omar ibn Al-Khattâb et Abou Jahl ibn Hichâm. 

Alors, il réunit Banî Hâchim (les fils de Hâchim) et Banî 
Abdil-Mouttalib et leur demanda de protéger le prophète (S). 

Tous répondirent favorablement les musulmans comme les 
infidèles sur la base de la solidarité et du bon voisinage arabes. 

Ils signèrent un pacte et s'engagèrent tous à défendre le 
prophète (SI) à l'exception de son frère Abou Lahab qui, lui, 
boycotta pour se ranger du côté des Kouraichites. 



156 



L'EMBARGO GENERAL 

Le pacte d'injustice et d'agression 

Les Kouraichites furent d'autant plus perplexes que leurs 
ruses épuisées, ils constatèrent que Banî Hâchim et Banî Abdil- 
Mouttalib étaient résolus à garder le prophète (S) et à répondre 
à sa place quelle qu'en fût la conséquence. 

Réunis chez Banî Kinâna, dans la vallée Al-Mouhassar, ils 
montèrent une alliance contre Banî Hâchim et Banil-Mouttalib. 
Conformément aux termes de cette alliance, ils ne devaient plus 
y avoir avec eux de liens de mariage ni de commerce, jusqu'au 
moment où ils acceptaient de leur livrer le Messager d'Allah (S) 
comme proie à abattre. 

Ils avaient un feuillet renfermant les clauses de la convention 
à savoir: «Ne jamais faire la paix avec Banî Hâchim encore 
moins les prendre en pitié, aussi longtemps qu'ils refusaient la 
livraison de Mohammad». D'après Ibn Al-Kayyim, d'aucuns 
attribuent la rédaction des clauses contenues dans le feuillet à 
Mansour ibn Ikrima ibn Amir ibn Hichâm. D'autres, au contraire 
l'attribuent à An-Nadr Ibn Al-Hârith alors qu'en réalité le 
rédacteur fut Baghîd ibn Amir ibn Hâchim qui, maudit par le 
prophète (S), eut la main paralysée. Ainsi, le pacte fut conclu et 
ensuite accroché à l'intérieur de la Kaaba. 

De leur côté, Banou Hâchim et Banoul-Mouttalib, toutes 
tendances réunies, les musulmans comme les païens se 
léguèrent, à l'exception d' Abi Lahab. 

Us restèrent dans le fief d' Abi Tâlib à partir de la nuit où l'on 
aperçut le croissant lunaire annonçant le début du mois de 
Mouharram de la septième année de la mission prophétique. 
Certains avancent d'autres dates. 



157 



Trois ans dans le fief d'Abi Tâlib 

Le blocus s'intensifia et l'on coupa les vivres à Banî Hâchim 
et à Banil-Mouttalib. 

Les associateurs se pressaient d'acheter toute nourriture et 
toute marchandise qui accédaient à la Mecque. N'en pouvant 
plus, les assiégés en vinrent à se nourrir de feuilles et de cuirs, si 
bien que de l'extérieur du fief on pouvait percevoir la voix des 
femmes et des enfants pleurant de faim. 

Rien ne leur parvenait si ce n'était en secret. Ils ne sortaient 
du fief pour acheter se dont ils avaient besoin qu'au courant des 
mois saints. Leurs achats se limitaient aux vivres apportés à la 
Mecque en provenance de l'extérieur et même à cet égard, les 
associateurs élevaient les prix de telle sorte qu'il leur était 
impossible de les acheter. Hakîm ibn Khouzâm portait parfois 
du blé à sa tante Khadîja. Un jour, Abou Jahl l'intercepta et 
s'accrocha à lui pour l'en dissuader. 

Intervint alors entre eux Aboul-Boukhtouri, grâce à qui, il put 
passer avec le blé. Abou Tâlib avait tellement peur pour le 
Messager d'Allah (S) qu'une fois que les gens s'étaient 
couchés, il lui ordonnait d'aller se coucher dans son lit, dans le 
dessein d'avertir ceux qui tenaient à l'assassiner. Alors que les 
gens dormaient, il ordonnait aussi l'un de ses fils, de ses frères 
ou de ses cousins, d'aller se coucher dans le lit du Messager 
d'Allah (S). De même il lui ordonnait de lui apporter un 
coussin. Le prophète (S) et les musulmans sortaient pendant le 
pèlerinage rencontrer les gens et les appeler à l'Islam. Nous 
avons déjà vu ce que faisait Abou Lahab en pareille 
circonstance. ' 

La destruction du feuillet renfermant le pacte 

Deux ou trois ans s'écoulèrent et c'était toujours le statu quo 
mais, au^ mois de Mouharram de l'an 10 de la mission 
prophétique eurent lieu la destruction du feuillet et la rupture du 



158 



pacte. En effet, parmi les Kouraichites, certains étaient satisfaits 
du pacte, d'autres insatisfaits. Ces derniers s'employèrent à faire 
rompre le pacte. L'initiateur des démarches ayant abouti à la 
rupture fut Hichâm ibn Amr (appartenant à Banî Amir ibn 
Lou'ay) qui avait l'habitude d'accéder au fief, la nuit, pour 
secrètement apporter de la nourriture à Banî Hâchim. 

Celui-ci alla voir Zouhir ibn Abi Omayya Al-Makhzoumi - 
dont la mère était Atika, la fille de Abdil-Mouttalib - et lui dit: 
«Zouhir! es-tu content démanger à ta faim et d'assouvir ta soif 
alors que tes frères sont là où tu sais?». 

Zouhir: Malheur à toi! que faire alors que je ne suis qu'un 
élément? Par Allah, s'il y avait un autre homme avec moi, je 
romprais le pacte. 

Hichâm: J'en ai trouvé. 

Zouhir: Qui est-ce? 

Hichâm: Moi! 

Zouhir: Il nous faut un troisième. 

H alla trouvé Al-Moutim ibn Adi, lui rappela la parenté entre 
Banî Hâchim et Banî Abdil-Mouttalib, les deux fils de Abd 
Manâf et le blâma de son accord avec les Kouraichites pour une 
telle injustice. 

Al-Moutim: Malheur à toi! que puis-je faire? Je ne suis qu'un 
élément. 

Hichâm: J'en ai trouvé un deuxième 

Al-Moutim: Qui est-ce? 

Hichâm: Moi! 

Al-Moutim: Nous avons besoin d'Un troisième. 

Hichâm: J'en ai trouvé aussi. 

Al-Moutim: Qui est-ce? 

159 



Hichâm: Zouhir ibn Abi Omayya. 

Al-Moutim: Nous avons besoin d'un quatrième? 

Il alla voir Aboul-B oukhtouri ibn Hichâm et lui dit à peu près 
ce qu'il dit à Al-Moutim. 

Aboul-Boukhtouri: Ya-t-il quelqu'un pour aider à cela? 

Hichâm: Oui. ■ 

Al-Boukhtouri: Qui est-ce? *• 

Hichâm: Zouhir ibn Abi Omayya, Al-Moutim ibn Adi et moi. 

Al-Boukhtouri: Nous avons besoin d'un cinquième. 

H alla trouver Zoma ibn Al-Aswad ibn Al-Mouttalib ibn 
Asad, lui parla, et lui rappela leur parenté et leur droit. 

Celui-ci lui dit: «Ya-t-il quelqu'un sur ce à quoi vous 
m'appelez?» «Oui!» lui répondit Hichâm qui lui cita les partants. 

Es se réunirent tous et prirent l'engagement de rompre le 
pacte. Zouhir dit: «Je serai le premier à parler». Le lendemain 
matin, ils se rendirent au siège des Kouraichites. Vêtu d'une 
robe, Zouhir fit sept fois le tour de la Kaaba avant de venir 
rejoindre les gens. Il dit: «Habitants de la Mecque! Est-il normal 
que nous consommions de la nourriture et portions des 
vêtements alors que Banou Hâchim souffrent, n'entretenant avec 
personne des rapports de commerce? Par Allah! je ne me 
reposerai pas avant que ce pacte injuste et éprouvant ne soit 
rompu». Abou Jahl, placé du côté de la mosquée, se leva et dit: 
«Tu mens! Par Allah, le pacte ne sera pas rompu». Zomaa ibn 
Al-Aswad dit: «Par Allah! C'est toi Abou Lahab qui ment. Nous 
ne sommes pas satisfait de la rédaction de ce pacte». Aboul- 
Boukhtouri dit: «Zomaa a raison. Nous n'en approuvons pas la 
formulation. Nous le rejetons. 

Al-Moutim ibn Adi dit: «Vous avez raison (s 'adressant à 
Zoma et à Ab il -B oukhtouri). Est un menteur quiconque soutient 

160 



I 



le contraire de ce que vous avancez. Devant Allah, nous en 
dégageons notre responsabilité et aussi de tout ce qu'on y a écrit. 
Hichâm ibn Amr dit quelque chose de similaire. 

Alors Abou Jahl dit: «En voilà une affaire qu'on a traitée de 
nuit. On en a débattu ailleurs qu'en ce lieu». 

Quant à Abi Tâlib, il était assis dans un coin de la mosquée. 
S'il était venu c'est qu'Allah avait informé son Messager du cas 
du feuillet renfermant le pacte: il y avait envoyé des termites qui 
avaient rongé tout ce qui, dans l'écriture, exprimait la passion, 
l'embargo et l'injustice, n'y laissant que les mots rappelant 
Allah le Tout Puissant. L'information lui venait du Messager 
d'Allah (S) . 

En conséquence, le vieillard venait dire aux Kouraichites ce 
que son neveu lui avait dit, prêt à le laisser avec eux, si toutefois 
il mentait mais aussi leur demandant de lever l'embargo si 
l'information s'avérait juste. Les Kouraichites acceptèrent. 

Après des discussions entre le groupe favorable à la rupture et 
Abou Jahl, Al-Moutim se leva et se dirigea vers le feuillet pour 
le déchirer. 

Alors il trouva que les termites avaient tout rongé sauf «En 
ton nom, Seigneur»: Celles-ci n'avaient pas rongé le nom 
d'Allah qui s'y trouvait. Le feuillet fut ensuite déchiré. 

Le prophète (iH) et ceux qui étaient avec lui sortirent du fief. 
Les associateurs venaient de voir un des grands signes de la 
prophétie. Toutefois ils restèrent comme Allah nous les décrit: 






«Et, s'ils voient un prodige, ils s'en détournent et disent: 
«Une magie persistante» (54:2). 

Ils se détournèrent du signe et devinrent plus infidèles. 



161 



La Dernière Délégation Envoyée Par les Kouraichites à Abi 
Tâlib 

Le prophète (S), sortit du fief, se mit à agir à sa manière. De 
leur côté, les Kouraichites, même s'ils avaient levé l'embargo, 
ne cessaient de faire pression sur les musulmans, de détourner de 
la voie d'Allah. Quant à Abi Tâlib, il continuait d'assurer son 
neveu de sa protection, mais il avait déjà dépassé les quatre 
vingt ans. Les souffrances et les événements qui se succédaient 
depuis des années - notamment le blocus du fief - avaient usé et 
affaibli ses articulations, et eu raison de sa solidité. 

Quelques mois seulement après sa sortie du fief, il fut atteint 
d'une maladie assez sérieuse. Alors, dans la crainte de salir leur 
réputation parmi les arabes, ce qui serait le cas, s'ils attendaient 
jusqu'après sa mort pour s'attaquer à son neveu, les associateurs 
essayèrent, encore une fois, de négocier avec le Messager 
d'Allah (S) en sa présence, de faire des concessions qu'ils 
n'avaient pas voulu accepter de faire auparavant. A cette fin, ils 
constituèrent une délégation, la dernière qu'ils devaient envoyer 
auprès d'Abi Tâlib. Ibn Ishâk et d'autres disent: «Lorsqu' Abou 
Tâlib, plaintif, fit connaître aux Kouraichites la lourdeur de sa 
charge, ceux-ci se dirent les uns aux autres: «Hamza et Omar se 
sont déjà convertis à l'Islam. Ce à quoi appelle Mohammad s'est 
à présent répandu dans toutes les tribus des Kouraichites. 
Emmenez-nous chez Abi Tâlib! qu'il saisisse son neveu! qu'il 
nous le donne! Par Allah! nous ne voulons pas compromettre 
notre affaire» (en substance): nous craignons que ce Cheikh ne 
meure car les arabes auraient alors de quoi nous reprocher 
•disant: «Vous l'avez laissé en paix jusqu'à la mort de son oncle 
pour le capturer». 

Sur ces mots, ils allèrent trouver Abou Tâlib et lui parlèrent. 
Leur délégation était constituée des dignitaires de leur peuple: 
Otba ibn Rabîa, Chayba ibn Rabîa, Abou Jahl ibn Hichâm, 
Omayya ibn Khalaf, Abou Soufyân ibn Harb et d'autres 
dignitaires; au total la délégation comprenait 25 membres. Us 

162 



dirent: «Aba Tâlib! Tu occupes parmi nous la place que tu 
connais. Te rendent visite aujourd'hui ceux que tu vois ici. Nous 
te craignons, mais tu sais aussi ce qui nous oppose à ton neveu. 
Alors appelle-le! Ôte-le de notre chemin et ôte-nous de son 
chemin! Qu'il se détourne de nous et que nous nous détournions 
de lui! Qu'il nous laisse avec notre religion et que nous le 
laissions avec la sienne! 

Abou Tâlib envoya chercher le prophète (S) qui, aussitôt se 
présenta. 

Son oncle lui dit: «Neveu, voici les dignitaires de ton 
peuple». Il l'informa ensuite de ce que ces dignitaires avaient dit 
et proposé pour éviter la confrontation. Le Messager d'Allah (S) 
leur dit: 

«Que diriez-vous si je vous apportais une parole que vous 
utiliseriez, une parole pour laquelle les arabes vous 
seraient soumis et les non-arabes redevables?». 

En d'autres termes il dit, s' adressant à Abi Tâlib: «Je veux 
qu'ils s'accordent sur une seule et même parole pour laquelle les 
arabes leur seraient redevables et les non arabes en situation de 
leur payer la Jizya (impôt sur les cultures)», ou encore «ô oncle! 
Ne les appelles-tu pas à ce qui est meilleur pour eux?». 

L'oncle répondit: «A quoi les appelles-tu?». Le prophète (S) 
dit: «Je les invite à émettre une parole grâce à laquelle les arabes 
leur seraient redevables et par laquelle ils maîtriseriez les non- 
arabes». 

La formulation mise en œuvre dans le rapport fait par Ibn 
Ishâq est: «Une seule parole de votre part pour maîtriser les 
arabes et rendre redevables les non-arabes». 



163 



Lorsque le prophète (S) eut dit cela, les Kouraichites 
s'arrêtèrent ébahis, ne sachant comment refuser cette parole 
unique et très utile. Ensuite, Abou Jahl dit: «Quelle est cette 
parole? Nous te la donnerions volontiers ainsi que dix paroles 
semblables». Le prophète (S) dit: «Vous dites: «H n'y a de 
divinité qu'Allah tout en vous débarrassant de ce que vous 
adorez, d'autre qu'Allah». Surpris, ils battirent des mains et 
dirent: «Veux -tu, Mohammad, faire des divinités un seul Dieu? 
Ton cas est vraiment étrange!». 

Ensuite, ils se dirent les uns aux autres: «Cet homme ne vous 
donnera rien de ce que vous voulez». Allez vous-en! Continuez 
dans la religion de vos ancêtres jusqu'au jour où Allah vous 
départagera de lui». Sur ces mots, le groupe se dispersa. Sur le 
cas de ces gens, Allah révéla à son Messager (II) les versets ci- 
après: 

«Sad, Par le Coran au nom glorieux! Ceux qui ont mécru 
sont plutôt dans l'orgueil et le schisme! Que de 
générations avant eux avons-nous fait périr qui ont crié: 
«hélas» quand il n'était plus temps d'échapper? Et ils (les 
Mecquois) s'étonnèrent qu'un avertisseur parmi eux leur 
soit venu, et les infidèles disent: «C'est un magicien et un 
grand menteur». Réduira-t-il les divinités à un seul dieu? 
Voilà une chose vraiment étonnante. Et leurs notables 



164 



partirent en disant: «Allez-vous-en et restez constants à 
vos dieux: c'est là, vraiment une chose souhaitable». 
(38:1-6). 



165 



L'ANNEE NOIRE 

La mort d'Abi Tâlib 

Rongé par sa maladie, Abou Tâlib ne tarda pas à mourir au mois 
de Rajab de l'an 10 de la mission prophétique, six mois après la fin 
de l'embargo. Il yen a qui prétendent qu'il mourut au mois de 
Ramadan, trois jours avant le décès de Khadîja l^ «dit ^j . 

Un hadith authentique rapporté d'Al-Mousayb mentionne que 
sur son lit de mort, Abou Tâlib avait à son chevet le prophète 
(S). Celui-ci disait: 

«4il jûp \+> dJU çl^î las - <f4i\ W N : Ji !JU £Î» 

"Ô oncle! dis «dl n'y a de divinité qu'Allah»; une parole au 
moyen de laquelle j'argumenterai en ta faveur auprès d'Allah". 

Abou Lahâb et Abdoullah ibn Abi Omayya s'empressèrent de 
dire: «Ô Aba Tâlib! vas-tu sortir de la religion de Abdil- 
Mouttalib». Ils ne cessèrent de lui parler au point que la dernière 
parole prononcée par le moribond fût: «Je reste dans la religion 
de Abdil-Mouttalib. Alors le Messager d'Allah (S) dit à son 
oncle: «J'implorerai quand même le pardon en ta faveur!» Allah, 
cependant, lui révéla: 

"U n'appartient pas au prophète et aux croyants d'implorer 
le pardon en faveur des associateurs, fussent-ils des 
parents alors qu'il leur est apparu clairement que ce sont 
des gens de l'enfer" (9:113), 



166 



et aussi 

"Tu (Mohammad) ne diriges pas qui tu veux» (28:56). 

H n'est pas besoin de démontrer le rôle défensif et protecteur que 
jouait Abou Tâlib. C'était la forteresse grâce à laquelle l'appel 
islamique était à l'abri des grands et des stupides. 

Toutefois, il resta dans la religion de ses ancêtres et donc, ne 
connut qu'un succès relatif. Dans un hadith authentique rapporté 
d' Al-Abbâs ibn Abdil-Mouttalib, celui-ci dit au prophète (H): 
«Pourquoi as-tu laissé tomber ton oncle?. Pourtant il te 
protégeait et s'emportait de colère pour toi». Celui-ci répondit: 
«Il est au haut-fond de l'enfer et n'eût été mon intervention il 
aurait été au niveau le plus bas». 

Selon ce qu'on a rapporté de lui, Abou Said Al-Khoudri a 
entendu le prophète (H) dire, alors que quelqu'un venait de lui 
rappeler son oncle: «H se peut que mon intercession lui soit utile 
au jour de la résurrection, de manière à ce qu'on le mette dans 
un enfer qui lui arrivera aux chevilles». 

La mort de Khadîja 

Deux ou trois mois après la mort d' Abi Tâlib - ici divergent 
les deux paroles - la mère des croyants, la grande Khadîja 
la ic «till Lr jû=j décéda, au mois de Ramadan de l'an 10 de la 
mission prophétique, à l'âge de 65 ans, alors que le prophète (S) 
avait à l'époque 50 ans. 

Khadîja était l'une des grandes faveurs qu'Allah accorda à 
son Messager (S). Elle resta avec le prophète (S) pendant un 
quart de siècle, le couvrant de sa tendresse dans ses moments 
d'inquiétude, collaborant avec lui dans ses moments les plus 
critiques, l'aidant à communiquer son message, participant aux 



167 



durs efforts nécessités par le Jihâd et le réconfortant d'elle- 
même et de ses biens. Le Messager d'Allah (§1) dit à l'occasion: 

,j,ù\ jùk i^^Jàs^j ,j,û\ ^ je ^ ^ i£T» 

«Elle m'a cru à un moment où les gens me reniaient, m'a 
donné raison alors que les gens me démentaient, m'a 
associé à la gestion de ses biens alors que les gens me 
privaient de biens, a fait tous ses enfants avec moi et moi 
tous mes enfants avec elle». 

Dans un hadith authentique, Abou Hourayra dit: «Jibril vint 
voir le prophète (S) et lui dit: «Ô Messager d'Allah! Voici 
Khadîja. Elle vient. Elle porte un récipient contenant de la 
nourriture ou un breuvage. Lorsqu'elle arrive jusqu'à toi, 
remplie de la paix de son Seigneur, Annonce-lui une maison au 
paradis faite de roseaux, sans tapage ni idoles». 

L'avalanche de tristesses 

Ces deux événements douloureux qui se passèrent en 
quelques jours seulement, remplirent le prophète de tristesse et 
d'affliction. Pourtant chez celui-ci, les épreuves se succédèrent 
ensuite, en provenance de son peuple. En effet, ses ennemis 
devinrent audacieux à son égard et l'attaquèrent ouvertement 
après la mort d' Abi Tâlib. Traqués un peu partout par ceux-ci et 
las de leurs persécutions, il se rendit à Tâ'if dans l'espoir que les 
habitants d'une telle localité répondraient à son appel ou à la 
rigueur l'abriteraient, et l'assisteraient contre son peuple. 
Toutefois, il n'y eut ni logeur, ni protecteur. Les gens sévirent 
contre lui de la manière la plus violente et lui firent pire que ce 
que lui avait fait son peuple. Autant les habitants de la Mecque 
faisaient pression sur le prophète (S), autant ils se mettaient à 
persécuter ses compagnons avec une violence telle qu'Abou 
Bakr As-Siddik (.$&) émigrât de la Mecque. Celui-ci ayant atteint 
Birakil-Ghimâd, allait se rendre en Àbyssinie lorsque ibn Ad- 

168 



Doughounnah le fit revenir en sa compagnie. Ibn Ishâk dit: «A la 
mort d'Abi Tâlib, les Kouraichites inquiétèrent le Messager 
d'Allah (S) comme ils ne l'avaient jamais fait du vivant de son 
oncle. 

Un des stupides des Kouraichites a même osé le rencontrer 
pour lui couvrir la tête de sable. Ce jour-là, il rentra chez lui la 
tête couverte de sable. 

Une de ses filles vint à sa rencontre, et, pleurant, se mit à lui 
laver la tête pour en ôter le sable. "Ne pleure pas ma fille", lui 
disait le prophète (S): "C'est Allah qui protège ton père". 
"Jusqu'à la mort d'Abi Tâlib, les Kouraichites ne m'avaient fait 
rien de grave", ajoutait-il. En raison de la succession des 
malheurs, cette année fut appelée l'année noire et c'est ce nom 
qu'on lui donne dans la Sira et l'histoire. 

Le mariage du prophète (S) avec Sawda (i^ic <à\ ^j) 

Au mois de Chawwal (dixième mois) de cette année - l'an 10 
de la mission prophétique - le Messager d'Allah (®) épousa la 
fille de Zoma qui faisait partie des premiers convertis et aussi de 
la deuxième vague ayant émigré vers l' Abyssinie. L'ancien mari 
de cette femme à savoir As-Sakrân ibn Amr avait émigré avec 
elle après sa conversion à l'Islam. Il mourut soit en terre 
Abyssinienne soit après être revenu à la Mecque. Après que 
Sawda eût épuisé son délai de viduité, le prophète (H) demanda 
sa main puis l'épousa. C'était là la première femme épousée par 
par le prophète (0) depuis la mort de Khadija. Après plusieurs 
années, ce fut le tour de Aicha. 

Les facteurs d'endurance et de résolution 

A cet égard, les choses ne manquent pas d'étonner et 
d'amener les gens à s'interroger. Quels sont les raisons et les 
facteurs explicatifs de la miraculeuse résolution dont furent 
capables les musulmans? Comment se fait-il qu'ils aient enduré 
ces persécutions qui font frémir et écœurent? Etant donné qu'il 



169 



s'agit de réalités affectant le cœur, nous avons tenu à indiquer, 
de manière simple et brève, un certain nombre de ces facteurs et 
raisons en considération. 

1. La raison essentielle est d'abord et avant tout la foi en Allah, 
la foi en Lui Seul, ainsi que le fait de le connaître comme il 
faut. En effet une foi ferme et bien assise dans le cœur peut 
soulever des montagnes car, rien ne l'entame. Le détenteur 
d'une telle foi et d'une certitude aussi péremptoire perçoit les 
tracasseries de ce monde, quels qu'en soient le nombre, les 
proportions, la gravité et l'intensité, à côté de sa foi, comme 
de la mousse flottant au dessus d'un torrent impétueux 
mousse venant détruire des barrages solides et des forteresses 
imprenables. Il ne se soucie aucunement de telles tracasseries 
face au raffinement, à la fraîcheur et à la jovialité que 
respectivement lui apportent sa foi, sa docilité et sa certitude: 
«Quant à l'écume (du torrent) il s'en va, au rebut, tandis que 
l'eau et les objets utiles aux hommes demeurent sur la terre» 
(13:17). De cette seule raison découlent d'autres à l'appui de 
cette résolution et de cette endurance. 

2. Une direction motivante. Le Messager d'Allah (S), chef 
suprême de la Oumma islamique mais aussi de toute 
l'humanité, jouissait d'un caractère, d'une perfection d'une 
noblesse d'âme et d'une générosité qui lui attiraient tous les 
cœurs. H avait des dispositions d'une très grande perfection 
jamais accordée à un homme. Sommité de l'honneur, de la 
noblesse, du bien et du mérite, il était aussi d'une chasteté, 
d'une honnêteté, d'une sincérité, d'une propension au bien 
dont ne doutaient point ses ennemis, outre son affection et sa 
compassion; ceux-ci pouvaient retrouver sa sincérité dans 
tous ses propos. 

Trois hommes appartenant à Kouraich s'étaient réunis et 
chacun d'entre eux avait déjà écouté le Coran, en secret et à 
l'insu de ses deux compagnons. 



170 



Ensuite le secret qu'ils cachaient fut dévoilé. Alors, l'un 
d'eux interrogea Aba Jahl qui faisait partie du groupe en ces 
termes: «Que penses-tu de ce que tu as entendu de 
Mohammad?». Il répondit: "Ce que j'ai entendu? Nous 
disputions l'honneur Banou Abd Manâf et nous. Ils donnaient 
à manger et nous donnions à manger; ils supportaient les 
charges et nous supportions les charges; ils donnaient et nous 
donnions, à tel point que nous étions au même rang, tels deux 
chevaux de course". Par la suite ils dirent: "Nous avons un 
prophète à qui la révélation parvient du ciel. Mais quand donc 
atteindrons-nous ce ciel? Par Allah; jamais nous ne croirons à 
ce prophète, ni ne l'approuverons!" Abou Jahl disait aussi: 
«0 Mohammad! Nous ne te démentons pas mais nous 
démentons ce que tu apportes. Alors, Allah révéla: «Eux, ils 
ne te démentissent pas; mais ce sont les signes d'Allah que 
les injustes rejettent». 

Un jour, les impies se firent signe trois fois et, à la troisième, 
le prophète (Ô) dit: «Ô vous autres, Kouraich! je vous 
apporte une proie»; une telle parole les saisit à telle point que 
le plus hostile d'entre eux se mit à se racheter dans toute la 
mesure du possible. 

Lorsqu'ils lui eurent jeté les entrailles de chameaux égorgés, 
alors qu'il était en prosternation de prière, il invoqua Allah 
contre eux, et aussitôt après, ils perdirent leurs rires, furent 
envahis de soucis et d'inquiétude avec la certitude qu'ils 
allaient périr. Le prophète (S) invoqua son seigneur contre 
Otayba ibn Abi Lahab qui sut pertinemment que la prière 
serait exaucée, tant et si bien qu'il dit, en voyant le lion: «Par 
Allah Mohammad va me tuer, quoiqu'il soit actuellement à la 
Mecque». Oubay ibn Khalaf menaçait aussi de tuer le 
Messager d'Allah (S) mais celui-ci lui répondit: «C'est moi 
qui te tuerai s'il plaît à Allah». Aussi Oubay disait-il, 
lorsqu'on l'eut poignardé dans le cou, à Ohod, ce qui n'était 
du reste qu'une petite égratignure: «Il m'avait dit à la 

171 



Mecque: «Je te tuerai», par Allah! il m'aurait tué s'il avait 
craché sur moi». Nous en reparlerons. 

Saad ibn Mouâd, alors qu'il était à la Mecque, dit à Omayya 
ibn Khalaf: «J'ai entendu le Messager d'Allah (S) dire que 
les musulmans vont te tuer». 

Terriblement paniqué, celui-ci prit la résolution de ne point 
sortir de la Mecque. Le jour de la bataille de Badr 
lorsqu'Abou Jahl l'eut obligé à sortir, il acheta le meilleur 
chameau de la Mecque pour se donner des possibilités de 
prendre la fuite. Sa femme lui dit: «Aba Safwân! tu as oublié 
ce que t'a dit ton frère Al-Yathribi?». Il répondit: «Par Allah, 
pas du tout. Mais je ne désire les suivre que pour aller pas 
trop bien». 

Tel était le sort des ennemis du prophète (H). 

Quant à ses compagnons et camarades, il leur tenait lieu 
d'esprit et d'âme, occupait en eux la place du cœur et des 
yeux. L'expression de leur amour direct et sincère lui 
parvenait aussi facilement et aussi rapidement que l'eau 
dévalant une pente. Les âmes allaient vers lui, telles du fer 
attiré par l'aimant: sa forme, la plus belle, était un aimant 
pour le cœur des hommes. Un des effets de cet amour 
sublime était qu'ils acceptaient de se faire couper le cou 
pourvu qu'il fût sain et sauf. 

Abou Bakr ibn Abi Kouhâfa, un jour coincé à la Mecque, fut 
terriblement battu: Otba ibn Rabîa s'était approché de lui et 
s'était mis à le frapper au visage à l'aide de vieilles 
chaussures, bondissant aussi sur son ventre, à tel point que 
son visage n'était plus reconnaissable que par le nez. Banou 
Taym transportèrent Aba Bakr dans un vêtement et allèrent le 
déposer chez lui, sûrs qu'il était mort. Celui-ci parla en fin de 
journée et dit: «Qu'est-ce qu'on a fait au prophète (S)?» 



172 



Alors, ils le blâmèrent puis se levèrent disant à sa mère, 
Oumm Al-Khayr: veille à lui donner à manger et à boire». 
Seule avec lui, sa mère le pressa de questions, mais l'homme 
se mit à dire: «Qu'est-ce qu'on a fait au prophète?». Sa mère 
dit: «Je ne sais rien de ton gars». Abou Bakr reprit: «Va voir 
Oumm Jamil, la fille d'Al-Khattâb et interroge-la». 

Elle sortit, alla trouver Oumm Jamil et lui dit: «Abou Bakr 
t'interroge au sujet de Mohammad ibn Abdillah». Celle-ci dit: 
«Je ne connais ni Abou Bakr, ni Mohammad ibn Abdillah. Si 
tu veux que je t'accompagne chez ton fils, je le ferai». La 
mère dit: "Allons-y". Oumm Jamil l'accompagna jusqu'à 
Abou Bakr qu'elle trouva frappé à mort, dépéri. Alors, elle 
s'approcha de lui, poussa un cri et dit: «Par Allah, tu as été 
victime de certains appartenant aux gens de la débauche et de 
l'impiété. J'espère qu'Allah te vengera». Abou Bakr dit: 
«Qu'est-ce qu'on a fait au Messager d'Allah (S)? 

Elle dit: «Voici ta mère, elle écoute». 

L'homme reprit: «Elle ne t'a rien dit de lui?». 

Elle répondit: «Il est sain et sauf, en bonne santé». 

«Où est-il?», demanda l'homme. 

Oumm Jamil répondit: «Chez ibn Al-Arkam». 

Il reprit: «Je ne mangerai ni ne boirai sans arriver jusqu'au 
Messager d'Allah (S). Les deux femmes attendirent jusqu'à 
ce que tout fût calme pour le traîner jusque devant le prophète 
(®). 

Nous rapporterons en plusieurs endroits du présent livre des 
exemples rares d'amour et d'affection, notamment ce qui 
s'est passé à la bataille d'Ohod et ce que Khoubaib et des 
gens comme lui ont fait. 

3. Le sens de la responsabilité. Les compagnons avaient pleine 
conscience des hautes et énormes responsabilités incombant à 

173 



l'homme. Ils savaient aussi que celui-ci ne saurait en aucun 
cas faire face à ces responsabilités par la neutralité et la 
diversion, que les conséquences découlant de la fuite de telles 
responsabilités seraient beaucoup plus lourdes et désastreuses 
que les persécutions qu'ils subissaient, et que les pertes qu'ils 
subiraient, et que subiraient toute l'humanité, en conséquence 
de cette fuite, ne seraient aucunement comparables aux 
tracasseries avec lesquelles ils se trouveraient confrontés, de 
par leur refus de prêter le flanc. 

La foi dans l'au-delà. Il s'agissait là de l'un des facteurs de la 
consolidation du sens des responsabilités. Les compagnons 
avaient pleine certitude qu'ils œuvraient au nom du Maître 
des mondes, que leurs actes seront comptabilisés de la 
manière la plus minutieuse et qu'alors ils iront soit au paradis 
soit à l'enfer de manière éternelle. Us passaient leur vie entre 
la crainte et l'espoir, espéraient s'attirer la clémence de leur 
Seigneur dont ils craignaient aussi le châtiment: 



«Et ceux donnaient ce qu'ils donnaient tandis que leurs 
cœurs étaient pleins de crainte à la pensée qu'ils devaient 
retourner à leur Seigneur» (23:60) 

et savaient que ce bas monde, avec ses tourments et ses 
délices n'équivaut même pas à une aile de moustique à côté 
de l'au-delà. Cette solide connaissance leur rendait 
méprisables les tracasseries, les peines et l'amertume de ce 
bas monde, à tel point qu'ils ne s'en souciaient plus, cessant 
même d'y penser. 

Le Coran. Au cours de ces périodes chauvinistes, redoutables 
et noires, descendaient les sourates et les versets apportant les 



174 



preuves et les arguments de la véracité des principes de 
l'Islam, autour desquels se focalisait l'appel, usant de 
techniques irréprochables et fascinantes, orientant les 
musulmans, vers les bases sur lesquelles, conformément au 
décret divin, devait reposer la plus grande et la plus belle 
société humaine du monde à savoir la société islamique - 
suscitant chez ceux-ci la patience et l'endurance, leur 
apportant dans ce sens des illustrations et leur explicitant les 
raisons pertinentes de leurs attitudes et comportements: 

cj» \Ji. «jùil Ji* j&j LJj <^M \JSi-jL, ù» j^i^>- ^ f 
uMj ô£$ âj*i &- !>jbj i^âS ♦tmjî ji{LLï çQr? 

«Pensez-vous entrer au paradis alors que vous n'avez pas 
encore subi des épreuves semblables à celles que subirent 
ceux qui vécurent avant vous? Misère et maladie les 
avaient touchés; et ils furent secoués jusqu'à ce que le 
Messager, et avec lui, ceux qui avaient cru, se fusent 
écriés: «quand viendra le secours d'Allah?» quoi! Le 
secours d'Allah est sûrement proche» (2:214); 

oyj& y ^ idiu ijiji ùi las* ù» Jtài s~-i o ;ji > 



«Alif, Lâm, Mîm. Est-ce que les gens pensent qu'on les 
laissera dire «nous croyons» sans les éprouver? Certes, 
nous avons éprouvé ceux qui ont vécu avant eux. Ainsi, 
Allah connaît ceux qui disent la vérité et ceux qui 
mentent». (29:1-3). 

175 



De tels versets n'étaient pas faits pour apporter une réponse 
cinglante aux allégations des infidèles et des indociles, encore 
moins pour les piéger. Tantôt ils les avertissaient, de manière 
nette et claire, contre les conséquences lourdes et fâcheuses 
qui les attendaient, s'ils persistaient dans leur égarement et 
leur entêtement, faisant valoir, dans ce sens, les perspectives 
temporelles et les repères historiques révélateurs de la loi 
d'Allah mise en application à l'égard de ses amis et de ses 
ennemis. Tantôt, ils les traitaient avec douceur, leur donnant 
droit à la compréhension, à la direction et à l'orientation, de 
manière à les sortir de leur égarement manifeste. 

Le Coran transportait les musulmans dans un autre monde, 
leur faisait percevoir certains spectacles de l'univers, de la 
beauté et la perfection divines. H leur montrait en fait de 
clémence, de compassion et de manifestations de satisfaction 
de quoi assurer leur motivation à la tendresse. 

Il y avait à l'intérieur de ces versets des passages consacrés 
aux musulmans, passages dans lesquels leur Seigneur leur 
apportait la bonne nouvelle en leur promettant Sa clémence et 
Sa satisfaction, un paradis éternel. Ces versets leur 
décrivaient leurs ennemis: .les infidèles, les agresseurs et les 
injustes qui seront jugés, réprimés et jetés dans l'enfer, le 
visage en bas pour s'entendre dire: «Goûtez l'enfer». 

Les annonces de réussite. En dépit de tout cela, les 
musulmans savaient, depuis leur première confrontation avec 
la violence et la persécution, voire avant, que la profession de 
l'Islam ne signifie pas l'attraction des malheurs et de la mort. 
Au contraire, l'appel islamique, dès son origine, vise à 
supprimer l'ignorance et le système d'injustice de l'époque 
anté-islamique. Une de ses conséquences est qu'il étend son 
pourvoir sur la terre et domine la situation politique du 
monde, pour conduire la communauté humaine à la 
satisfaction d'Allah, en la menant de l'adoration des hommes 



176 



à celle d'Allah. Le Coran descendait muni de ces annonces 
tantôt faites clairement, tantôt sous forme d'allusions. 

Dans ces périodes désastreuses au cours desquelles la terre fut 
étroite pour les musulmans, faillit les étouffer et en supprimer 
l'existence, les versets descendus révélaient ce qui s'était 
passé entre les premiers prophètes et leurs peuples dont la 
réaction avait alors été de démentir et de renier. 

Ces versets faisaient mention de situations totalement 
semblables à celles des musulmans et des infidèles de la 
Mecque, montrant les conséquences auxquelles aboutirent de 
telles situations: extermination des infidèles et des injustes, 
héritage de la terre et des demeures par les serviteurs d'Allah. 

Il y avait aussi des récits et de claires indications sur l'échec 
imminent des infidèles de la Mecque ainsi que la réussite des 
musulmans et de l'appel islamique. Au cours de ces périodes 
furent révélés des versets apportant la nouvelle de la victoire 
des croyants. Allah dit: 

^-^■J O oy^Zyà\ *rjC±& ry uiob Jjùj O <j^A-^>tJi 

«En effet, Notre parole a déjà été donnée à nos serviteurs, 
les Messagers, que ce sont eux qui seront secourus, et que 
nos soldats auront le dessus. Eloigne-toi d'eux jusqu'à un 
certain temps et observe-les. Ils verront bientôt! Quoi! Est- 
ce Notre châtiment qu'ils cherchent à hâter? Quand il 
tombera dans leur place, se sera alors un mauvais matin 
pour ceux qu'on a avertis». (37:71-77), 



177 



-->^tf -f \'J.'J. 



\j/(m I àyyj p«*->J &?*+* 



«leur rassemblement sera bientôt mis en déroute, et ils 
fuiront» (54:45) 

et 



«une armée de coalisés, qui, ici-même, sera mise en 
déroute» (38: 11). 

Le Coran a aussi fait cas de ceux qui avaient émigré vers 
l'Abyssinie: 



«Et ceux qui, pour la cause d'Allah, ont émigré après avoir 
subi des injustices, nous les installerons dans une situation 
agréable, dans la vie d'ici-bas. Et le salaire de la vie 
dernière sera plus grand encore s'ils savaient!» (16:41). 

Les Mecquois s'interrogèrent sur l'histoire de Yousouf et 
Allah révéla dans ce sens: 

«H y avait certainement en Yousouf et ses frères, des 
exhortations pour ceux qui interrogent». (12:7), 

178 



c'est à dire, les gens de la Mecque interrogeant à ce sujet 
connaîtront le même échec que ses frères: ils capituleront au 
même titre que ceux-là. Mentionnant les Messagers, Allah 
dit: «Et ceux qui ont mécru dirent à leurs messagers: 

4 ^j o£-j jy^ ^ £■ frl—^ J jv* ^ 



«Nous vous expulserons certainement de notre territoire, à 
moins que vous ne réintégrez notre religion!». Alors, leur 
Seigneur leur révéla: "Assurément, nous anéantirons les 
injustes et nous établirons dans le pays après eux. Cela est 
pour celui qui craint ma Présence et craint ma Menace» 
(14:13,14). 

Au moment où la guerre faisait rage entre les persans du fait 
qu'ils étaient des associateurs, les musulmans, eux, 
souhaitant la victoire des romains qui, comme eux croyaient 
en Allah, aux Messagers, à la révélation, aux livres et au jour 
du jugement dernier, à l'époque les persans dominaient, Allah 
annonça que les romains allaient vaincre ces persans dans 
quelques années. H ne se contenta pas cependant d'annoncer 
une telle nouvelle. Mieux, il fit l'annonce d'une autre 
nouvelle, à savoir, son secours à l'endroit des croyants. A cet 
égard, il dit: 

çj—v, -ï-gJj -^ cnj 0-? bt 

«Et ce jour-là, les croyants se réjouiront du secours 
d'Allah». (30:4,5). 

179 




C'était le Messager d'Allah lui-même (S) qui, de temps à 
autre, apportait ces bonnes nouvelles. Lorsque venait le 
moment du pèlerinage et que, debout parmi les gens à Okâdh, 
Mijannah et Thil-Majâz, il communiquait le message, il ne se 
contentait pas de leur annoncer le paradis. Il leur disait aussi 
en toute franchise: «Ô hommes, dites: «Il n'y a de divinité 
qu'Allah» et vous serez sauvés. Vous vous rendrez maîtres 
des arabes et les non-arabes vous seront redevables. De plus, 
après votre mort, vous serez rois au paradis». 

Nous savons déjà ce que le Messager d'Allah (S) répondit à 
Otba ibn Rabîa, qui, traitant avec lui, lui proposait des objets 
de désir de ce monde et aussi ce que ce dernier croyait être 
l'objectif de l'appel. Nous savons aussi ce qu'il répondit à un 
autre, alors qu'il était venu voir Abou Tâlib. Ce jour-là, il dit 
aux infidèles qu'il leur demandait d'apporter une seule parole 
par laquelle les non arabes leur seraient redevables et les 
arabes soumis. 

Khabbâb ibn Al-Aratt dit: «Un jour je vins voir le prophète 
(H) que je trouvai à l'ombre de la Kaaba la tête posée sur son 
vêtement qu'il prenait pour oreiller. A l'époque, nous venions 
d'être violentés par les associateurs. Je lui dis: «N'invoques- 
tu pas Allah?» Aussitôt il s'assit, et, le visage rougi, dit: «U y 
avait avant vous des gens que l'on peignait avec des peignes 
de fer, séparant ainsi leurs os de leur chair et de leurs nerfs et 
qui, pour autant, ne renonçaient pas à leur religion. Sache 
qu'Allah complétera cette religion de sorte qu'un cavalier 
puisse aller de Sanaâ à Hadramawt sans aucune crainte si ce 
n'est d'Allah». Le rapporteur ajoute: «sans craindre le loup 
pour ses moutons». Un autre rapport mentionne: «mais vous, 
vous êtes impatients». 

Ces annonces n'étaient ni cachées, ni voilées, mais portées à 
la connaissance de tous. Les infidèles les connaissaient tout 
autant que les musulmans à tel point qu' Al-Aswad ibn Al- 
Mouttalib et ceux qui le fréquentaient, en voyant les 

180 



compagnons du prophète (S) se faisaient signe et disaient: 
«Les rois de la terre .sont venus, ceux qui héritent de Kisrâ et 
de César». Cela dit, ils siffotaient et applaudissaient. 

Devant ces annonces d'un avenir glorieux et radieux ici-bas, 
ainsi que la grandeur et la noblesse de l'espoir de finir par le 
paradis, les compagnons savaient que les persécutions qu'ils 
subissaient de tous côtés et aussi les malheurs qui les 
assiégeaient, n'étaient rien d'autre «qu'un nuage d'été assez 
vite balayé». 

Ainsi, le Messager d'Allah (II) ne cessait d'alimenter leurs 
esprits en les poussant vers la foi, de purifier leurs âmes en 
leur enseignant la sagesse et le Coran, de leur donner une 
éducation fine et profonde entraînant leurs âmes vers les 
niveaux spirituels sublimes, la pureté de cœur, les vertus 
caractérielles, la non-dépendance par rapport à la matérialité, 
la résistance aux passions, l'attachement au Seigneur de la 
terre et des cieux, d'épurer leurs cœur de les mener des 
ténèbres à la lumière, de les exhorter à la résignation au mal, 
au bon comportement et à la maîtrise de soi. En conséquence 
de ceci, les compagnons devinrent plus enracinés dans la 
religion, détournés des passions, acquis à la quête de la 
satisfaction d'Allah et à la recherche du paradis, avides de 
savoir, instruits de la religion, exigeants envers eux-mêmes, 
répressifs de leurs instincts, maîtres de leurs sentiments, 
capables de modération, de patience, de calme et de dignité. 



181 



TROISIEME ETAPE 

(APPEL A LTSLAM HORS DE LA MECQUE) 

Le Messager d'Allah (S) à Tâif 

Au mois de Chawwâl de l'an 10 de la prophétie (fin mai ou 
début juin 619 G., le prophète (S), en compagnie de son esclave 
affranchi Zayd ibn Hârithah et marchant à pieds aller et retour, 
se rendit à Tâif, localité située à environ 111 km de la Mecque. 
H appelait à l'Islam les tribus qu'il croisait sur son chemin mais 
aucune ne lui répondit. Arrivé à Tâif, il choisit trois frères parmi 
les chefs de la tribu des Tâifiens à savoir Abd Yâlil, Masaoud et 
Habib, les trois enfants de Amr ibn Omair Ath-Thakafi. Il 
s'installa parmi eux, les appela à Allah et à assister l'Islam. Le 
premier dit qu'il allait déchirer le voile de la Kaaba, si Allah 
l'avait envoyé. Le deuxième dit: «Allah n'a-t-il pas trouvé un 
autre messager que toi?». 

Le troisième dit: «Par Allah, je ne te parlerai jamais. Si tu 
étais un Messager tu n'aurais pas besoin que je te réponde par la 
parole. Si tu mentais contre Allah, il ne conviendrait pas que je 
te parle». Sur ces mots, le Messager d'Allah (S) se leva et leur 
dit: «Puisque vous refusez, taisez- vous à mon sujet». 

Le prophète (II) séjourna pendant dix jours parmi les gens de 
Tâif. Au cours d'une telle période, son appel n'épargna aucun 
des notables de la localité. 

Ceux-ci lui répondirent: «Sors de notre pays!». Ils incitèrent 
contre lui les sots et les stupides. Au moment où le prophète (ft) 
allait sortir, les sots et les esclaves le suivirent, l'injuriant et lui 
criant dessus au point d'ameuter les gens autour de lui. 
Organisés en deux rangs, ils se mirent tous à lui jeter des pierres 
et à lui adresser des grossièretés. Ils lui jetèrent des pierres aux 
tendons au point que ses chaussures fussent teintées de sang. 
Zayd ibn Hâritha s'offrait en bouclier pour le protéger mais fut 

182 



blessé à la tête. Les sots et les stupides ne cessèrent de le suivre 
et de l'acculer au point de le contraindre à aller vers un jardin 
appartenant à Otba et à Chayba les deux enfants de Rabîa à 5,5 
km de Tâif. Après que le Messager d'Allah (il) se fût réfugié 
dans ce jardin, les gens s'en retournèrent. Alors, il alla jusqu'à 
un cep de vigne et s'asseya à son ombre, adossé à un mur. 

C'est là qu'il fît, après avoir retourvé son calme, sa célèbre 
invocation qui dénotait que son cœur était rempli de tristesse 
pour la violence déjà subie et aussi de regret que personne ne 
crût au message. H dit: 

«Seigneur! Je me plains auprès de toi de ma faiblesse, de 
mon impuissance et du mépris que j'inspire aux gens. 
Toi, le plus Clément des cléments! Tu es le Seigneur des 
affaiblis. Tu es mon Seigneur. A qui me confies-tu? Est-ce 
à ceux qui me détestent? Ou bien me laisses-Tu avec mes 
ennemis? Tout cela importe peu, si je ne m'attire pas Ta 
colère car, pour moi, Ton salut est plus vaste que tout. Je 
cherche refuge auprès de la lumière de Ton visage par 
laquelle Tu dissipes les ténèbres et redresses 
qualitativement les affaires de ce monde et celles de l'au- 
delà, contre toute décharge de Ta colère sur moi. Je ne 
cherche qu'à te satisfaire et il n'y a ni force ni puissance si 
ce n'est en Toi». 

Lorsque les deux enfants de Rabîa le virent, ils le prirent en 
pitié. Aussi appelèrent-ils un garçon à eux, un chrétien du nom 
de Addâs et lui dirent: «Prends de ce cep une grappe de raisins 
que tu porteras à cet homme», Addâs s'exécuta. Il posa la grappe 
devant le Messager d'Allah (H), qui, tendant alors la main dit: 
«Au nom d'Allah» avant de manger. Le garçon dit: «Les gens de 
ce pays ne prononcent pas une telle parole». 

Le prophète (H) dit: «Et toi, de quel pays viens tu?» Addâs 
répondit: «Je suis chrétien, originaire de «Ninawâ». Le Messager 
d'Allah (S) reprit: «Tu es originaire du village d'un homme 

183 



vertueux, Younous ibn Mattâ». Le garçon dit: «Comment as tu 
connu Younous ibn MattâS». 

Le prophète (®) répondit: «Celui-là est mon frère. C'était un 
prophète et moi aussi je suis prophète». Cela dit, Addâs se 
pencha, baisa les mains et les pieds du prophète (S). 

Les deux enfants de Rabîa se dirent alors l'un à l'autre: 
«Voilà, il a corrompu ton gosse». Au retour de Addâs, ils lui 
dirent: «Malheur à toi! qu'est ce que c'est, ce que tu viens de 
faire? Le garçon répondit: «Maître! il n'existe pas sur terre 
meilleur que cet homme. H m'a informé d'une chose que seul un 
prophète peut savoir». Us lui dirent: «Malheur à toi! qu'il ne te 
détourne pas de ta religion car ta religion est meilleure que la 
sienne». 

Le Messager d'Allah (S) prit la route du retour à la Mecque 
après avoir quitté le jardin, triste et le cœur brisé. 

A l'entrée de la ville, Allah lui envoya l'ange Jibril, 
accompagné de l'ange des montagnes. Celui-ci lui demanda 
l'ordre de renverser les deux montagnes sur les mecquois. 

Al-Boukhâri a déjà rapporté cette histoire en détail, la tenant 
de Orwa ibn Az-Zoubair selon qui, '(■*>)» déclara avoir dit au 
prophète (H): «As-tu connu un jour plus dur pour toi que celui 
d'Ohod?». Celui-ci répondit: "J'ai connu de la part de ta tribu ce 
que j'ai connu, mais le plus dur de ceci a été le jour passé à Al- 
Akaba, lorsque j'ai exposé mon message à ibn Abd Yâlil ibn 
Abd Kalâl et que celui-ci ne me fit pas la réponse que je voulais. 
Alors, je m'en allai, très affecté et ne récupérai qu'à l'entrée de 
la ville où, levant la tête, je vis brusquement un nuage qui 
m'ombrageait. Scrutant dans le nuage, je vis Jibril qui 
m'appelait en disant: «Allah a entendu ce que ton peuple t'a dit, 
ce que les gens t'ont répondu. JJ t'a envoyé l'ange des 
montagnes pour que tu lui ordonnes ce que tu veux». L'ange des 
montagnes m'interpella, me salua et dit: «Ô Mohammad, je fais 
ce que tu veux: Si tu veux, je renverse sur eux (Al-Akhchabains) 

184 



les deux montagnes de la Mecque: Abou Kays et la montagne lui 
faisant face Kouaykouaân. Le Messager d'Allah (S) répondit: 
«Au contraire, je prie Allah le Tout Puissant de sortir de leur 
postérité des gens qui l'adoreront, Lui Seul, sans l'associer à 
rien d'autre. 

La réponse ainsi fournie démontre la personnalité unique du 
prophète (S) mais aussi l'incommensurable grandeur de sa 
moralité. 

Du fait de ce secours mystérieux qu'Allah lui apporta du haut 
des sept cieux, le Messager d'Allah (S) revint de son horreur et 
retrouva sa quiétude. 

Ensuite, il avança en direction de la Mecque et atteignit la 
vallée Nakhla où il séjourna pendant des jours. Il existait dans 
cette vallée deux endroits où l'on pouvait séjourner; As-Sayl Al- 
Kabir et Az-Zayma, dans la mesure où il y avait de l'eau et de la 
fertilité. Toutefois, à notre connaissance, aucune source ne 
précise l'endroit exact de son séjour dans la vallée. 

Au cours de son séjour en ce lieu, Allah lui envoya un groupe 
de djinns. Ceux-ci, le Très Haut en a fait mention dans deux 
endroits du Coran: 

1 . La sourate Ahkâf: 

y, 

o} ll«jÂi> iyl Odfc'jJOi j^-^%^ Ciï [yj <^^ tas \J~&>\ \y « 
J_àiu ^j [y-*Cj 4it jA j \Jyf~\ "^y^i OpjÇ^* 3l^ JlS 4*" ' 



185 



«Rappelle-toi lorsque nous dirigeâmes vers toi une troupe 
de djinns pour qu'ils écoutent le Coran. Quand ils 
assistèrent à sa récitation, ils dirent: «Ecoutez 
attentivement...» Puis, quand ce fut terminé, ils 
retournèrent à leur peuple, en avertisseurs, Ils dirent: «Ô 
notre peuple! Nous venons d'entendre un livre qui a été 
descendu après Moïse, confirmant ce qui l'a précédé. H 
guide vers la vérité et vers un chemin droit. Ô notre 
peuple! Répondez au prédicateur d'Allah et croyez en lui. 
Allah vous pardonnera une partie de vos péchés et vous 
protégera contre un châtiment douloureux» (46:29-31) 

2. La sourate de Djinns: 



l^ljl^Li^U^jll^^P^^ÂJ 'ZcSÀ 4J 1 <^} ^J\ Jï 



<^j£.1 XljJàj&Jb *■*&& >£$ \jS-hr. O 



«Dis: il m'a été révélé qu'un groupe de djinns prêtèrent 
l'oreille puis dirent: nous avons certes entendu une lecture 
merveilleuse qui guide vers la droiture. Nous y avons cru 
et nous n'associerons jamais personne à notre Seigneur» 
(72:1,2) 

H ressort du contenu de ces versets et de celui des rapports 
faits au sujet du commentaire de cet événement que le Messager 
d'Allah (S) ne savait pas que ce groupe de djinns était venu 
l'écouter. Cela, il ne le sut que lorsqu' Allah le lui fit savoir en 
lui révélant de tels versets. On en déduit également que c'était la 
première fois que les djinns assistaient à la récitation. Le 
contenu des rapports implique que les djinns sont, à plusieurs 
reprises, revenus écouter. 



186 



Assurément, cet événement était aussi un secours par lequel 
Allah lui fournit, à partir de ses mystères insondables, ses 
soldats que personne d'autre que lui ne connaît. 

De surcroît, les versets descendus en rapport avec 
l'événement renfermaient des annonces de la réussite de l'appel 
du prophète (S), précisant qu'aucune des forces de l'univers ne 
pouvait s'opposer à une telle réussite: 

>1 / A' *\îf ■ *> 'A' *f ' \' ■* > «vf -"' V 



«Et quiconque ne répond pas au prédicateur d'Allah ne 
saura échapper au pouvoir d'Allah sur terre. Et, il n'aura 
pas de protecteur en dehors de lui. Ceux-là sont dans un 
égarement évident» (46:32 ) 



«Nous pensions bien que nous ne saurions jamais réduire 
Allah à l'impuissance sur la terre et que nous ne saurions 
jamais le réduire à l'impuissance en nous enfuyant». 
(72:12). 

Ce secours et ces annonces dissipèrent les nuages de tristesse, 
d'affliction et de désespoir qui suivaient le Messager d'Allah 
(S) depuis qu'il avait quitté Tâif, chassé et stupéfait. En 
conséquence de cela, celui-ci était résolu à rentrer à la Mecque, à 
reprendre son premier plan d'exposition de l'Islam, de 
communication du message éternel d'Allah, avec un zèle tout 
nouveau. 

Alors, Zayd ibn Hâritha lui dit: «Comment les réintégrer (les 
Kouraichites) alors qu'ils t'ont fait sortir?». Le prophète (H) dit: 
Ô Zayd! Allah va décanter la situation que tu vois et lui 



«i 



187 



apportera une solution. Il secourira sa religion et fera triompher 
son prophète». A l'approche de la Mecque le prophète (S) resta 
à Hirâ et envoya quelqu'un des Khouzâaa auprès d'Al-Akhnas 
ibn Shouraik, demandant à ce dernier de le protéger. Celui-ci dit: 
«Je suis un allié et l'allié ne protège pas. Le Messager d'Allah 
(H) envoya alors auprès de Souhayl ibn Amr qui répondit: 
«Banou Amir ne protègent pas Banî Kaab». Il envoya auprès 
d' Al-Moutaim ibn Adi qui dit: «Oui», s'arma puis appela ses fils 
et son peuple et leur parla en ces termes: «Prenez vos armes et 
postez-vous aux coins de la maison car j'ai accepté de protéger 
Mohammad». Ensuite il envoya auprès du Messager d'Allah (H) 
pour lui dire de venir. A son arrivée, il lui dit «Entre!». En 
compagnie de Zayd ibn Haritha, le prophète (S) entra à la 
Mecque et alla jusqu'à la sainte mosquée. 

Debout sur sa monture, Al-Moutaim ibn Adi appela: «Ô 
Kouraich! j'accorde ma protection à Mohammad. Alors, que 
personne ne le touche! «Le Messager d'Allah (S) alla jusqu'à 
l'encoignure, .fit le tour du temple accomplit deux prosternations 
et, escorté par Moutaim et ses fils armés jusqu'aux dents, rentra 
chez lui. 

On raconte que ce jour-là, Abou Jahl! interrogea Moutaim en 
ces termes: «Mais, toi, es-tu protecteur ou un adepte: un 
musulman?». 

Celui-ci répondait: «Plutôt protecteur!» Abou Jahl reprit: 
«Ton protège est le nôtre». 

Le Messager d'Allah (S) avait gardé en mémoire cet acte de 
Moutaim. 

Aussi, dit-il au sujet des prisonniers de Badr: «si Al-Moutaim 
ibn Adi était encore vivant et me demandait la libération de 
ceux-là, je lui accorderais cette faveur». 



188 



PRESENTATION DE L'ISLAM AUX TRIBUS 
ET AUX INDIVIDUS 

Au mois de Thil-Kaada de l'an 10 de la prophétie (fin juin ou 
début juillet de l'année 619 G.), le prophète (S) retourna à la 
Mecque pour recommencer à présenter l'Islam aux tribus et aux 
individus. A l'approche du pèlerinage les gens, venant de 
partout, arrivaient à la Mecque pour accomplir l'obligation du 
rite, recueillir des profits et évoquer Allah pendant quelques 
jours. Le Messager d'Allah (S) profita de cette occasion pour 
aborder les tribus l'une après l'autre, leur présenter l'Islam et les 
y appeler, de la même manière qu'il le faisait depuis la 
quatrième année de la prophétie. A partir de cette année-là, la 
dixième, il commença à leur demander de l'abriter, de le 
secourir et de le protéger de façon à lui permettre de 
communiquer ce pour quoi Allah l'avait envoyé. 

Les tribus auxquelles l'Islam fut présenté 

Az-Zouhri dit: «Il y avait parmi les tribus qu'on nous avait 
citées comme étant celles que le prophète (S) avait appelées à 
l'Islam et auxquelles il s'était présenté: Banou Amir ibn 
Saasaaa, Mouhârib ibn Khasfa, Fizâra, Ghassan, Mourra, 
Hanifa, Salim, Abs, Banou Nasr, Banou Al-Boukâ, Kinda, Kalb, 
Al-Hârith ibn Kaab, Outhra, Al-Hadârima. Aucune de ces tribus 
ne réagit favorablement à l'appel. Ces tribus nommées par Az- 
Zouhri n'ont pas été informées de l'Islam la même année ou au 
cours d'un même pèlerinage. Au contraire la présentation de 
l'Islam à ces tribus se situe entre la quatrième année de la 
prophétie et le dernier pèlerinage avant l'hégire. 

Il n'est pas possible de dire à quelle date précise l'Islam fut 
présenté à telle ou telle tribu, toutefois, la plupart des 
présentations eurent lieu au pèlerinage de l'an dix. 

Ibn Ishâk a, quant à lui, rappelé les modalités de présentation 
ainsi que les réactions des tribus. En voici un résumé. 

189 



1. Banou Kalb. Le prophète (®) en aborda une fraction 
appelée Banou Abdillah. Il les appela à l'Islam et se présenta 
à eux, allant même jusqu'à leur dire: «0 Banî Abdillah! Allah 
a rendu bon le nom de votre père». Malgré tout ceux-ci 
rejetèrent ce qu'il leur présentait. 

2. Banou Hanifa. H les trouva dans leurs maisons, les appela à 
Allah et se présenta à eux, mais la réponse apportée fut la pire 
de toutes. 

3. Banou Amir ibn Saasaaa. Le prophète (S) les aborda, les 
appela à Allah et se présenta à eux. Alors quelqu'un d'entre 
eux à savoir Bouhayra ibn Farrâs dit: «Par Allah! si je prenais 
ce jeune Kouraichite, je dominerais les arabes». Ensuite il lui 
dit: «Penses-tu que si nous te reconnaissons comme prophète 
et qu'ensuite Allah te fait triompher de ceux qui te 
démentent, nous commanderons après toi?». Le prophète (®) 
répondit: «Le commandement est à Allah. Il le met où il 
veut». Sur ce, l'homme reprit: «Nous n'avons pas besoin de 
toi». Le refus fut consommé. De retour chez eux Banî Amir 
s'adressèrent à un de leurs Cheikhs qui, trop vieux, n'avait 
pas été au pèlerinage. Us lui dirent: «Nous avons été abordés 
par un jeune se réclamant des Kouraichites et de Banî Abdil- 
Mouttalib. Prétendant être un prophète, il nous a appelés à sa 
religion, nous demandant de le protéger, d'être à ses côtés, de 
l'emmener dans notre pays». Le Cheikh se mit la main à la 
tête, puis dit: «Ô Banî Amir! N'est-ce pas là une erreur? Est- 
ce encore possible de rectifier? Par celui qui détient l'âme 
d'un tel! ce que dit cet homme rappelle tout simplement 
Ismâîl. C'est la vérité. Où était donc votre pouvoir de 
réflexion?». 

Les croyants non mecquois 

Le Messager d'Allah (S) a également présenté l'Islam aux 
tribus, aux délégations et aux individus. Il obtint de certains une 



190 



réponse favorable. Plusieurs hommes crurent en lui peu après ce 
pèlerinage. La présentation de ceux-ci s'effectue comme suit: 

1. Souwayd ibn As-Sâmit. C'était un poète intelligent de 
Yatriba. Son peuple l'appelait le parfait (Al-Kâmil) pour sa 
simplicité, sa poésie, sa noblesse et sa généalogie. Venu à la 
Mecque pour faire le pèlerinage ou la Oumra, il fut appelé à 
l'Islam par le prophète (H) à qui il répondit en ces termes: 
«Peut-être ce que tu détiens est-il semblable à ce que j'ai». Le 
prophète (H) lui dit: «Qu'as-tu avec toi?» Il répondit: «La 
sagesse de Loukmân». Le Messager d'Allah (®): «Présente- 
la moi». Alors, le poète obéit. Le prophète (II) reprit: «Une 
telle parole est bonne mais la mienne est meilleure: un Coran 
qu'Allah le Très Haut m'a révélé et qui est une droiture, une 
lumière». Cela dit, il lui récita le Coran et l'appela à l'Islam. 
Celui-ci accepta et dit: «C'est une belle parole». A son arrivée 
à Médine (Yathrib), Souwayd ne tarda pas à être tué dans une 
bataille entre Al-Aws et Al-Khazraj, avant celle de Bi'ât. Sa 
conversion à l'Islam eut lieu au début de la onzième année de 
la prophétie. 

2. Iyyâs ibn Mouaâth. C'était unjeunehommedeYathrib.il 
faisait partie d'une délégation d' Al-Aws venue solliciter 
auprès de Kouraich la conclusion d'une alliance contre Al- 
Khazraj, une partie de leur peuple, et cela, avant la guerre de 
Biaâth au début de l'an 1 1 de la prophétie. En effet, il régnait 
à Yathrib une atmosphère d'animosité entre les deux tribus et 
Al-Aws étaient moins nombreux qu' Al-Khazraj. Dès que le 
prophète (il) fut au courant de leur arrivée, il les aborda, 
s'installa parmi eux et leur dit: «Voulez-vous quelque chose 
de meilleur que ce que vous cherchez?». Al-Aws dirent: 
«Qu'est-ce que c'est? Le Messager d'Allah (S) reprit: «Je 
suis le Messager d'Allah qui m'a envoyé auprès des hommes 
les inviter à n'adorer qu'Allah, sans l'associer à personne et 
m' a révélé le livre». Ensuite il leur présenta l'Islam et leur lit 
le Coran. Iyyâs ibn Mouaâth dit: «Ô peuple, par Allah ceci est 

191 



meilleur que ce que vous cherchez». Sur ces mots, Aboul- 
Haysar Anas ibn Râfia, quelqu'un de la délégation, prit une 
poignée de sable qu'il lui jeta au visage disant: «Fous-nous la 
paix! Je jure que nous sommes venus pour autre chose que 
cela!». Iyyâs se tut et le prophète (H) se leva. Al-Aws 
retournèrent à Médine sans réussir à conclure une alliance 
avec les Kouraichites. Après leur retour à Yathrib Iyyâs ne 
tarda pas à mourir. Avant sa mort il avait l'habitude 
d'évoquer Allah disant: Là ilâha Ma lah (il n'y a de divinité 
qu'Allah), Allâhou Akbar (Allah est très grand), Alhamdou 
lilâhi (louange à Allah) et Soubhânallâh (gloire à Allah). Ses 
contribules savaient bel et bien qu'il était mort en musulman. 

3. Abou Thar Al-Ghifâri. H était l'un des habitants de la 
viscinité de Yathrib. Peut-être, lorsque Souwayd ibn As- 
Sâmit et Iyyâs ibn Mouaâth furent de retour à Yathrib, la 
nouvelle de la mission du prophète (S) lui tomba-t-elle à 
l'oreille pour ensuite l'amener à se convertir à l'Islam. 
D'après un rapport d'Al-Boukhâri, ibn Abbâs dit: «Abou 
Thar dit: «J'habitais Ghifâr d'où nous apprîmes qu'un 
homme s'était fait distinguer à la Mecque, prétendant être un 
prophète. Alors je dis à mon frère: va voir cet homme et 
parle-lui. Apporte-moi de ses nouvelles. Celui-ci s'en alla, le 
rencontra puis revint. Qu'as-tu vu? lui demandai-je. Il 
répondit: «Par Allah, j'ai vu un homme qui ordonne le bien et 
interdit le mal». Je lui dis: «Tu ne m'as pas apporté 
d'informations». Alors, muni d'une besace et d'un bâton, je 
descendis à la Mecque. Je ne connaissais pas le prophète mais 
ne voulais interroger personne à son sujet. Je bus donc de 
l'eau de Zam-zam et pris place dans la mosquée. Ali passa 
près de moi et dit: «On dirait un étranger n'est-ce pas?» Je 
répondis: «En effet». H reprit: "Allons à la maison". Je 
démarrai en sa compagnie. En cours de route, on ne se posa 
pas de questions. Non plus, je ne l'informai de rien. Le 
lendemain, de bonne heure, je me rendis à la mosquée, pour 



192 



lui souhaita la bienvenue et reconnut sa prophétie. Ensuite on le 
fit monter vers le Jujubier Céleste et après, vers Al-Bayt Al- 
Maamour. 

Ensuite on le fit monter vers le Tout Puissant duquel il 
s'approcha alors au point de n'en être séparé que par la longueur 
de deux arcs ou moins. Allah lui révéla ce qu'il lui révéla et lui 
imposa cinquante prières. En s'en retournant, le prophète (S) 
passa devant Mousâ qui lui demanda: «Que t'a-t-il ordonné de 
faire?» Il répondit: «Cinquante prières», Mousâ reprit: «Ton 
peuple ne supportera pas cela! Retourne auprès de ton Seigneur 
et demande-lui de réduire cela pour ton peuple!». 

Le Messager d'Allah (H) se retourna vers Jibril, comme pour 
lui demander son avis. Celui-ci fit un signe voulant dire: «Oui, si 
tu veux», et ensuite le fît monter jusqu'au Tout Puissant qui 
était à sa place - selon la formulation d'Al-Boukhari à certains 
égards - Allah défalqua dix prières des cinquante. Le prophète 
(0) redescendit, passa devant Mousâ et l'informa. 

Celui-ci lui dit: «Retourne à ton Seigneur et demande-lui de 
réduire encore». Ainsi, le Messager d'Allah (S) ne cessa de faire 
la navette entre Mousâ et Allah le Tout-Puissant jusqu'à ce qu'il 
ne restât que cinq prières. Mousâ lui conseilla de retourner 
demander une réduction mais il dit: «J'ai honte de mon 
Seigneur. Je me contente des cinq». Lorsqu'il se fut éloigné 
quelqu'un appela et dit: «J'ai imposé mon obligation et soulagé 
mes serviteurs». 

Ibn Al-Kayyim a ensuite rapporté une divergence au sujet de 
la question de savoir s'il a vu Allah le Tout-Puissant. Ce faisant, 
il a rappelé ce qu'a dit Ibn Taymiyya, à ce sujet. En définitive, la 
vue d'œil est fondamentalement une assertion sans consistance: 
aucun des compagnons n'en a parlé. Il est vrai que ce qu'on a 
rapporté d'ibn Abbâs fait état d'une vue absolue et d'une vue du 
cœur. Toutefois la première n'exclut pas la seconde. 



200 



Les Imams tradionistes ont rapporté cet événement dans ses 
moindres détails. Nous allons, dans ce qui suit, faire un bref 
rappel dans ce sens. 

Selon ibn Al-Kayyim, le prophète (il) fit le voyage nocturne 
corps et âme, de la sainte mosquée à Jérusalem, monté sur Al- 
Bourâk et en compagnie de Jibril (paix et salut sur eux). Il 
descendit à Jérusalem, dirigea la prière des prophètes, alors 
qu'Al-Bourâk restait attaché à la porte de la mosquée. Ensuite, 
on le fit monter la nuit même, de Jérusalem au ciel le plus 
proche. Arrivé au premier ciel, Jibril demanda qu'on lui ouvrît la 
porte. Celle-ci lui fut ouverte. Il vit Adam, le père des hommes. 
Alors, il le salua et celui-ci lui souhaita la bienvenue, lui rendit 
le salut et reconnut sa prophétie. Allah montra ensuite à son 
Messager (S) l'esprit des martyrs à sa droite et celui des 
méchants à sa gauche. Ensuite, on le fit monter au deuxième ciel 
Jibril demanda qu'on lui ouvrît la porte. Là, le prophète (H) 
trouva Yahyâ ibn Zakariya et Isa ibn Mariam, les rencontra et les 
salua. Ceux-ci lui rendirent le salut, lui souhaitèrent la 
bienvenue et reconnurent sa prophétie. Ensuite, on le fit monter 
au troisième ciel où il trouva Yousouf et le salua. Celui-ci lui 
rendit le salut, lui souhaita la bienvenue et reconnut sa prophétie. 
Ensuite on le fit monter au quatrième ciel où il trouva Idris et le 
salua. Celui-ci lui rendit le salut, lui souhaita la bienvenue et 
reconnut sa prophétie. Ensuite, on le fit monter au cinquième 
ciel où il trouva Hâroun ibn Irnrân et le salua. Celui-ci lui rendit 
le salut, lui souhaita la bienvenue et reconnut sa prophétie. 
Ensuite on le fit monter au sixième ciel où il renconta Mousâ ibn 
'Imrân et le salua. Celui-ci lui rendit le salut, lui souhaita la 
bienvenue et reconnut sa prophétie. Lorsqu'il eut dépassé 
Mousâ, celui-ci pleura. U lui demanda: «Pourquoi pleures-tu?» 
Mousâ répondit: «je pleure parce qu'on a, après moi, envoyé un 
jeune dont le peuple comportera plus que le mien, un nombre 
d'entrants au paradis. Ensuite, on le fit monter au septième ciel 
où il renconta Ibrahim (S) et le salua. Celui-ci lui rendit le salut, 



199 



LE VOYAGE NOCTURNE ET L'ASCENSION 

Alors que le prophète (S) traversait une telle étape où son 
appel se passait entre la réussite et la persécution et où les étoiles 
de l'espoir commençaient à apparaître à l'horizon, s'ouvrit 
l'épisode du voyage nocturne et de l'ascension. 

Il existe plusieurs versions quant à la datation de cet 
événement, par exemple: 

1. Le voyage nocturne eut lieu au cours de l'année dans laquelle, 
Allah accorda le grade de «prophète» à Mohammad (d'après 
At-Tabari). 

2. H eut lieu cinq ans après le début de la mission (d'après An- 
Nawawi et Al-Kourtoubi). 

3. Il eut lieu le 27 du mois de Rajab de l'an 10 de la prophétie 
(d'après son éminence Al-Mansourfouri). 

4. Il eut lieu dix mois avant l'Hégire c'est à dire au mois de 
Ramadan de l'an 12 de la prophétie. 

5. H eut lieu un an et deux mois avant l'Hégire, c'est à dire, au 
mois de Mouharram de l'an 13 de la prophétie. 

6. Il eut lieu un an avant l'Hégire c'est à dire, au mois de 
Rabial- Awwal de l'an 13 de la prophétie. 

Les trois premières versions sont évacuées dans la mesure où 
Khadija L^ Jjl ^j mourut au mois de Ramadan de l'an 10 de 
la prophétie. Or, sa mort eut lieu avant que ne fussent rendues 
obligatoires les cinq prières et, il n'y a aucune divergence sur le 
fait que l'institution des cinq prières obligatoires eut lieu lors du 
voyage nocturne. Quant aux trois versions restantes, je ne vois 
pas comment en privilégier une à l'exclusion des deux autres. 
Toutefois, le contenu de la sourate «le voyage nocturne» montre 
que ce voyage a été très tardif. 

198 



«Oui» répondirent-ils. 

Le prophète (®) reprit: «Voulez-vous vous asseoir pour que 
je vous parle?». 

«Si» répondirent-ils. Alors les jeunes s'assayèrent avec lui. Le 
Messager d'Allah (S) leur expliqua la réalité de l'Islam et de 
son appel. Il les appela à Allah le Tout Puissant, leur récita le 
Coran. Ils se dirent les uns les autres! «Vous savez, les gars? Par 
Allah! c'est le prophète que les juifs nous avaient annoncé. Que 
personne ne vous devance auprès de lui. Dépêchez-vous de 
répondre à son appel». 

Sur ces mots, ils se convertirent à l'Islam. Ces jeunes 
faisaient partie des plus intelligents de Yathrib. Ils étaient 
épuisés par la guerre civile qui venait d'avoir lieu et dont la 
flamme restait vive. Us espéraient que l'appel du prophète (S) 
conduirait à l'arrêt de la guerre. Ils dirent: «Nous avons quitté 
notre peuple où, plus qu'ailleurs, régnent l'inimitié et le mal. 
Peut-être Allah, grâce à toi, y ramènera-t-il la paix. Nous lui 
présenterons l'Islam, les appellerons à Allah et leur présenterons 
les principes de cette religion. Si Allah le réunit pour toi, 
personne ne sera plus puissant que toi». 

Lorsque ces jeunes eurent regagné Médine, ils y 
disséminèrent le message de l'Islam de telle sorte que dans 
chaque demeure, les gens faisaient mention du Messager d'Allah 

Mariage du prophète (S) avec Aicha 

Au mois de Chawwâl de cette année (l'an 11 de la prophétie), 
le Messager d'Allah (II) se maria avec Aicha l'intime 
la ;<-. 4JJI (j-càj alors que celle-ci était âgée de six ans. Aicha 
rejoignit sa maison conjugale à Médine au mois de Chawwal de 
la première année de l'hégire, alors qu'elle était âgée de neuf 
ans. 



197 



transformèrent en hauts arbres dont l'ombre, longue et étendue, 
préservait les musulmans des coups de chaleur de l'injustice et 
de l'agression. Ceci, changea le cours des événements et 
transforma le cours de l'histoire. Le principe du prophète (S) au 
regard de ce qu'il subissait comme tourment et comme 
détournement de la voie d'Allah, de la part des Mecquois, était 
de rendre visite aux tribus sous le voile de la nuit, de manière à 
ce que personne parmi les associateurs de la Mecque ne vînt 
s'immiscer à ses tractations. 

H sortit la nuit en compagnie d' Abi Bakr et de Ali, passa chez 
les Dhouhal, Banî Chaybân et Banî Thaalaba auxquels il parla 
de l'Islam. 

De curieuses questions et réponses furent échangées entre 
Abou Bakr et un individu de la tribu de Dhouhal. Banou 
Chaybân répondirent de la manière attendue mais se 
contentèrent d'accepter l'Islam. Ensuite, empruntant le chemin 
de Mina, le Messager d'Allah (S) entendit des hommes qui 
parlaient. 

Alors, il les- rejoignit. Il s'agissait de six jeunes hommes de 
Yathrib, tous de la tribu Al-Khazraj: 1) Asaad ibn Zourâra de 
Banî An-Najjâr, 2) Awf ibn Al-Hârith ibn Roufia ibn Afrâ de 
Banî An-Najjâr, 3) Râfia ibn Mâlik ibn Al-Ajlân de Banî 
Zouraik, 4) Koutba ibn Amir ibn Hadida de Banî Salama, 5) 
Okba ibn Amir ibn Nâbi de Banî Harâm ibn Kaab, 6) Jâbir ibn 
Abdillah ibn Ri-âb de Banî Oubaid ibn Ghanâm. 

Le bonheur des gens de Yathrib était qu'ils avaient entendu 
de leurs alliés parmi les juifs de la localité qu'un prophète allait 
être envoyé en ces temps-là. Lorsqu'on l'aura fait sortir nous le 
suivrons et vous tuerons avec lui de la même manière que les 
peuples Aâd et Thamoud, ajoutèrent les juifs. 

Lorsque le Messager d'Allah (H) eut rejoint les jeunes, il leur 
parla en ces termes: «Faites-vous partie des alliés des juifs»? 



196 



reçut du Seigneur était une lumière pareille à une lampe qui 
lui marqua le visage dès qu'il se fut approché de son peuple. 
H dit: «Seigneur! Mets -la ailleurs que sur mon visage! Je 
crains qu'ils ne disent que ce n'est pas réel». La lumière se 
déplaça au point d'envahir sa cravache. Après quoi il appela 
son père et sa femme à l'Islam et ceux-ci se convertirent. 
Quant au peuple, sa conversion à l'Islam fut très lente mais 
quand même se poursuivit jusqu'au moment où Toufail 
émigra après la bataille d'Al-Khandak en compagnie de 70 ou 
de 80 de ses ménages. Celui-ci connut dans l'islam une 
épreuve positive, puisqu'il fut tué en martyr dans la bataille 
d'Al-Yamâma. 

5. Damâd AI-Azdi. Il se réclamait de Azd, une tribu haïe du 
Yémen. C'était quelqu'un qui exorcisait le vent. Arrivé à la 
Mecque, il entendit les stupides dire: «Mohammad est fou». 
Alors, il dit: «Si j'abordais cet homme, Allah, peut-être, le 
guérirait grâce à moi». Sur ces mots il dit: «Ô Mohammad! 
Moi, j'exorcise le vent. Veux-tu que je t'aide?» Celui-ci 
répondit: «Louange à Allah! Nous le louons et implorons son 
secours. Celui qu'Allah guide, rien ni personne ne peut 
l'égarer et celui qu'Allah perd rien ni personne ne peut le 
guider. J'atteste qu'il n'y a de divinité qu'Allah Seul, sans 
aucun associé et j'atteste que Mohammad est Son serviteur et 
Messager. Ensuite, Damâd lui dit: «Répète les paroles que tu 
viens de prononcer». Le prophète (JH) lui répéta trois fois les 
paroles. Alors, l'homme dit: «H m'est déjà arrivé d'entendre 
ce que disent les devins, les magicieris et les poètes, mais, les 
paroles que tu viens de prononcer, je n'en ai jamais entendu 
et, pourtant, je connais toutes les métriques. Donne-moi ta 
main: je te reconnais comme Messager d'Allah». Ainsi, il le 
reconnut. 

Six hommes de qualités parmi les habitants de Yathrib 

Au pèlerinage de l'an 11 de la prophétie (juillet 620 G.) 
l'appel islamique sema de bonnes graines qui soudain se 

195 



Toufail ibn Amr Ad-Dousi. C'était quelqu'un de noble, un 

poète intelligent et sagace, chef de la tribu Dous. Sa tribu 

avait une principauté ou quelque chose comme cela, quelque 

part dans le Yémen. Toufail vint à la Mecque à l'an 11 de la 

prophétie. Les Mecquois se préparèrent à son arrivée, et lui 

réservèrent un accueil honorable et grandiose. Us lui dirent: 

«Ô Toufail! Tu es venu dans ton pays! Cet homme parmi 

nous, nous a défiés, rompu notre cohésion, dispersé nos 

efforts. Toutefois, sa parole est comme de la magie. Il sépare 

l'homme de son père, de son frère et de sa femme. Nous 

craignons qu'il ne vous influence toi et ton peuple. Ne lui 

parle pas et surtout n'écoute rien de lui». Toufail dit: «Par 

Allah! ils me conditionnèrent à tel point que je pris la 

décision de ne l'écouter en quoi que ce soit, de ne point lui 

parler de boucher mes oreilles à l'aide de rameaux de palmier 

lorsque le matin je me rendrais à la mosquée, de peur qu'il ne 

me transmette de sa parole. Donc, je me rendis à la mosquée 

où je le trouvai debout, priant à la Kaaba. Je me rapprochai de 

lui et Allah me fit entendre ce qu'il disait. J'entendis une 

belle parole, tout en me disant en moi-même: "Par Allah! je 

suis un homme intelligent et un poète. Rien du beau et du laid 

ne m'échappe. Alors qu'est-ce qui m'empêche d'écouter ce 

que dit cet homme? Si ce qu'il dit est beau, je l'accepte; si 

c'est laid je le rejette". Je restai jusqu'au moment où il 

rentrait chez lui, pour le suivre. Une fois chez lui, je lui 

exposai les raisons de ma venue, la crainte des gens à mon 

sujet, le bouchage de mes oreilles à l'aide de rameaux de 

palmier et le fait d'écouter une partie de ses paroles. Je lui dis 

de me présenter son message. Alors, il me présenta l'Islam, 

me récita le Coran. Par Allah je n'avais jamais entendu une 

parole aussi belle, ni rien d'aussi juste. En conséquence je me 

convertis à l'Islam en attestant de la vérité. Je lui dis: «Je suis 

obéi par mon peuple. Aussi vais-je retourner apurés de lui 

. l'appeler à l'Islam. Invoque Allah en ma faveur pour qu'il me 

consacre un Signe». Il le fit aussitôt. Le signe que Toufail 

194 



demander après le prophète, mais personne ne m'apporta 
d'informations à son sujet. Ali repassa près de moi et dit: 
«L'homme n'a-t-il pas encore retrouvé la maison qu'il 
cherche?» Je répondis: «Non». Il reprit: "Viens avec moi"! 
Peu après il me dit: «Quel est ton problème? qu'est-ce qui 
t'amène dans cette ville?» Je répondis: «Si tu restes discret à 
mon sujet, je peux t'informer». Il dit: Je serai discret». Alors 
je lui confiai: «Nous avons appris qu'il y a ici-même un 
homme prétendant être le Messager d'Allah. J'ai déjà envoyé 
mon frère lui parler mais celui-ci, revenu, m'a laissé sur ma 
faim. Aussi voudrais-je le rencontrer. Il me dit: «Toi, la 
droiture t'est déjà acquise je vais de ce pas le voir. Emboîte- 
moi le pas! Si je vois quelqu'un dont j'ai peur qu'il ne te 
nuise, je me dresserai contre le mur, faisant semblant de 
réparer mes chaussures mais, alors, toi, il te faudra continuer. 
«Ensemble, nous marchâmes jusque devant le prophète (S). 
Alors je demandai à celui-ci de me présenter l'Islam. Après 
qu'il l'eût fait, j'embrassai l'Islam séance tenante. Il ajouta: 
«Ô Aba Thar! cache cette affaire et retourne dans ton pays. 
Tu reviendras lorsque tu auras appris notre victoire». Je dis: 
«Par celui qui t'a envoyé avec la vérité! je la déclarerai 
devant eux!». Cela dit, je vins à la mosquée où se trouvaient 
les Kouraichites et dis: «Ô vous autres les Kouraichites! 
j'atteste qu'il n'y a de divinité qu'Allah et que Mohammad 
est Son serviteur et Messager». Ils dirent: «Debout tous! 
Attaquez cet apostat». Alors, tous se dressèrent. Risquant ma 
vie, je me mis à me battre comme un diable. Al-Abbâs me 
rattrapa, et s'accrocha à moi. Ensuite, allant vers eux, dit: 
"Malheur à vous! Allez -vous tuer quelqu'un de Ghifâr alors 
que pour faire votre commerce, vous passez par cette 
localité"? Sur ces mots, ils me quittèrent. Le lendemain, je 
revins à la mosquée et redis la même chose que la veille. Les 
Kouraichites redirent: «Attaquez cet apostat!» La même 
bagarre s'engagea. Al-Abbâs, me rattrapa, s'accrocha à moi et 
redit aux Kouraichites ce qu'il leur avait dit la veille. 

193 



caractère et d'autre part à les former à l'amour, à la fraternité, à 
la gloire, à l'honneur, à l'adoration et à l'obéissance. Un homme 
l'interrogea en ces termes: «Quelle est la meilleure façon de 
pratiquer l'Islam?» Il répondit: 

«Offrir de la nourriture, saluer ceux qu'on connaît et ceux 
qu'on ne connaît pas». 

Abdoullah ibn Salâm dit: «A l'arrivée du prophète à Médine, 
je suis allé le voir. Alors, au vu de son visage, j'ai su que ce 
n'était pas celui d'un menteur. Ses tous premiers propos ont été: 
«Ô hommes! Répandez la paix, offrez à manger, cultivez la 
parenté et priez la nuit alors que les gens dorment. Si vous le 
faites, vous accéderez au paradis dans la paid». Le Messager 
d'Allah (S) disait aussi: 

• «N'entreront pas au paradis ceux qui maltraitent leurs 
voisins». 

• «Le musulman est celui dont la langue et la main ne nuisent 
pas aux autres musulmans». 

• «Aucun de vous ne croit vraiment s'il n'aime pas pour ses 
frères ce qu'il aime pour lui-même». 

• «Les croyants sont comme un seul homme qui, s'il se plaint 
des yeux ou de la tête, ressent le mal dans tout son corps». 

• «Les croyants sont comme un édifice dont les éléments se 
soutiennent et se consolident les uns les autres». 

• «Ne vous haïssez pas les uns les autres; ne vous enviez pas 
les uns les autres; ne vous tournez pas le dos les uns aux 
autres. Soyez des serviteurs d'Allah et frères en Dieu. Le 
musulman ne doit pas mettre en quarantaine l'un de ses frères 
pendant plus de trois jours». 

• «Le musulman est le frère de tout autre musulman. H ne doit 
ni l'offenser, ni le livrer à ses ennemis. 

258 



i 



9. Ceux des juifs qui nous rejoignent dans la foi doivent être 
secourus, assistés. Nous ne devons ni les offenser, ni nous 
liguer contre eux. 

10. Il y a une seule façon de faire la paix avec les croyants. 
Certains croyants ne sauraient conclure la paix à l'exclusion 
d'autres dans un combat au service d'Allah si ce n'est de 
manière unanime et consensuel. 

1 1 . Les croyants doivent être solidaires les uns des autres dans 
les sacrifices qu'ils consentent au service d'Allah. 

12. Aucun associateur ne doit protéger un individu ou des biens 
se réclamant de Qouraich encore moins s'opposer aux 
croyants pour les défendre. 

13. Quiconque tue un croyant n'ayant commis aucun crime 
pouvant justifier qu'on le tue, doit subir le même sort à 
moins qu'il ne soit pardonné par les ayants droits de la 
victime. 

14. Tous les croyants sont liés par cette dernière clause à 
laquelle ils doivent tous se conformer. 

15. Un croyant ne doit assister, ni loger un innovateur. 
Quiconque le fait s'attirera la malédiction et la colère 
d'Allah, au jour de la résurrection. Il ne bénéficiera point 
d'intercession. 

16. Quelle que soit la nature de vos divergences, vous devez en 
référer à Allah le Tout-Puissant et à Mohammad (S). 

Impact des valeurs sociales 

Grâce à une telle sagesse et à une telle direction, le Messager 
d'Allah (S) jeta les bases d'une nouvelle société. Toutefois, il 
s'agissait là d'un phénomène résultant de la personnalité dont 
jouissaient ces illustrés adeptes, à force de tenir compagnie au 
prophète (S). Celui-ci veillait d'une part, à les instruire, à les 
éduquer, à purifier leurs âmes à les exhorter à la générosité de 

257 



grâce auquel il balaya toutes les rancœurs remontant à l'époque 
antéislamique et les dissensions tribales, ne laissant aucun 
domaine des traditions paganistes. Voici, en résumé les 
dispositions de ce pacte: 

«Ceci est un document provenant de Mohammad, le prophète 
((S), concernant les croyants et les musulmans se réclamant de 
Qouraich ou de Médine ainsi que ceux qui les ont suivis ou 
rejoints, ceux en compagnie de qui, ils luttèrent contre les 
difficultés: 

1 . Les musulmans constituent une seule et même communauté 
dans la société des hommes. 

2. Les Mduhâjirin, en ce qui les concerne, se payent 
mutuellement le prix du sang qu'ils doivent du reste payer à 
qui de droit parmi les croyants de manière juste et équitable. 
Les contribules parmi les Ansâr, en ce qui les concerne, se 
payent mutuellement le prix du sang de la même manière 
qu'ils le faisaient auparavant et aussi payent ce prix à qui de 
droit parmi les croyants, avec justice et équité. 

3. Les croyants ne doivent pas laisser quelqu'un de tué parmi 
eux sans prix du sang ni rançon versé comme il se doit. 

4. Les croyants qui craignent doivent agir contre ceux d'entre 
eux qui commettent des actes de tyrannie, poussés en cela par 
l'injustice, le péché, l'agressivité et la corruption dirigés vers 
des croyants. 

5. Ils doivent tous ensemble les attaquer, fusent-ils de leurs 
propres enfants». 

6. Un croyant ne doit pas en tuer un autre à cause d'un infidèle. 

7. Un croyant n'assiste pas un infidèle contre un croyant. 

8. La protection d'Allah est la même pour tous les croyants: elle 
n'en n'épargne aucun. 



256 



illustrations. Al-Boukhâri a rapporté qu'après l'arrivée à 
Médine, le Messager d'Allah (H) instaura la fraternité entre 
Abdir-Rahmân et Saad ibn Ar-Rabia. Le second dit alors au 
premier: «Je suis le plus riche des Ansârs. Prends la moitié de 
mes biens. En outre, j'ai deux femmes. Observe-les et dis-moi 
celle qui te plaît le plus. Alors je la divorce et, à l'expiration de 
son délai de viduité, tu l'épouseras». Abdour-Rahmân dit: 
«Qu'Allah bénisse ta famille et tes biens. Où se trouve votre 
marché?» On lui indiqua le marché de Banî Kaynoukâa où alors, 
il se rendit et dont il ne revint que muni d'un mets et de beurre. 
Le lendemain il y repartit. Ensuite, un jour, il s'en retourna le 
teint pâle. Le prophète (S) lui dit: «Tu penses au mariage?» Il 
répondit: «Je me suis marié». Le prophète (0) reprit: «Combien 
as-tu donné à la femme?» Il répondit: «Cinq dirhams». 

Selon ce qu'on a rapporté de lui, Abou Hourayra dit: «Les 
Ansâr dirent au prophète (H): «Répartis entre nous et nos frères 
la palmeraie». Celui-ci dit: «Non!» Us reprirent, s 'adressant aux 
Mouhâjirin: «Nous avons suffisamment de vivres. Nous vous 
ferons partager nos récoltes». Ceux-ci dirent: «Entendu, 
d'accord». 

Ceci montre la remarquable hospitalité des Ansâr à l'égard de 
leurs frères Mouhâjirin mais, aussi leur esprit de sacrifice, leur 
affection, leur amour et leur pureté. De la même manière il 
illustre l'appréciation judicieuse d'une telle générosité par les 
Mouhâjirin qui, du reste, ne l'exploitèrent que par' rapport à 
leurs stricts besoins de subsistance. Assurément, il s'agissait là 
d'une fraternité unique en son genre, d'une politique adroite et 
sage, d'une excellente solution apportée à la résolution de bon 
nombre de problèmes auxquels faisaient face les musulmans, 
problèmes évoqués dans les pages qui précèdent. 

Le pacte de l'alliance islamique 

De même le Messager d'Allah (il) instaura des rapports de 
fraternité entre les musulmans. De même il conclut un pacte 

255 



La fraternisation des musulmans 

Autant le prophète (H) construisit la mosquée et la conçut 
comme centre de regroupement et d'interpénétration pour les 
musulmans, autant il réalisa le plus beau travail de toute 
l'histoire, à savoir l'instauration de la fraternité entre les émigrés 
etAl-Ansâr. 

A ce sujet, ibn Al-Kayyim dit: «Ensuite, le Messager d'Allah 
(S) instaura la fraternité entre les Mouhâjirin (émigrés) et les 
Ansâr chez Anas ibn Mâlik. Ceux-ci, tous des hommes, étaient 
au nombre de 90 comprenant 45 émigrés et 45 Ansâr. Il instaura 
entre eux la fraternité en la fondant sur la consolidation et le 
réconfort, la transmission les uns aux autres des biens, par 
héritage sans tenir compte des liens de parenté et ceci fut de 
règle jusqu'à la bataille de Badr. Toutefois, lorsqu' Allah le Tout 
Puissant eut révélé la parole suivante: 

i^tô #££&$&> 

«Cependant, ceux qui sont liés par la parenté ont priorité 
les uns envers les autres» (8:75), 

l'héritage exclut les contrats de fraternité. Certains disent que 
c'est une seconde fraternité que le prophète (S) instaura entre 
les émigrés et les Ansâr mais la première tendance est plus 
solide. Les Mouhâjirin, forts de la fraternité que leur apportaient 
l'Islam, la cohabitation et la convergence généalogique, 
n'avaient pas besoin d'un contrat . de fraternité pour composer 
avec les Ansâr. Le sens de cette fraternité impliquait la refonte 
du chauvinisme et de l'esprit de clan antéislamique, la 
suppression des barrières constituées par la généalogie, la 
couleur de la peau et l'origine patriotique, de manière à ne 
fonder l'allégeance et le désaveu que sur l'Islam. Des sentiments 
d'affection, de réconfort et de convivialité se mêlaient à cette 
fraternité et remplissaient la nouvelle société des plus belles 

254 



Il y avait dans ce lieu des tombes d'assciateurs, des 
décombres, des palmiers dattiers et un autre type d'arbre. Le 
Messager d'Allah (S) donna l'ordre de déterrer les associateurs, 
de niveler les décombres, de couper tous les arbres, d'orienter la 
mosquée vers Jérusalem. Aussi sous son ordre, les deux pilastres 
de la mosquée furent faits de pierres, les murs bâtis à partir de 
briques et d'argiles, le toit réalisé avec des feuilles de palmier et 
les colonnes perpendiculaires avec des troncs d'arbres. On dalla 
le plancher et ouvrit trois portes. La mosquée mesurait, de la 
Kibla à l'autre bout, 100 coudées. Les autres côtés avaient la 
même dimension ou une dimension plus réduite. La fondation 
était basse et profonde de trois coudées. Le prophète (S) 
construisit des chambres à côté de la mosquée, des chambres en 
briques ayant une toiture recouverte de feuilles de palmier et de 
troncs d'arbre à l'intention de ses femmes. Une fois ces 
chambres construites, il quitta la maison d' Abi Ayoub pour y 
déménager. La mosquée n'était pas seulement un endroit où l'on 
accomplissait les prières; c'était aussi une université où les 
musulmans se rencontraient pour recevoir les enseignements et 
les orientations islamiques, un forum où se rencontraient et se 
pratiquaient dans l'harmonie et la concorde différentes tribus 
jadis opposées par les conflits et les guerres de l'époque 
antéislamique, une base pour la gestion, l'administration et la 
diffusion des affaires, un parlement pour la tenue des conseils 
consultatifs et exécutifs. Malgré tout cela, c'était une maison où 
habitaient bon nombre de pauvres appartenant aux émigrés et 
aux réfugiés qui n'avaient à Médine ni maison, ni argent, ni 
famille, ni enfants. Dès les premiers moments de l'hégire fut 
institué l'appel à la prière, cette mélodie supérieure qui, 5 fois 
par jour, retentit jusqu'à l'horizon et dont l'harmonie fait vibrer 
toutes les parties de l'univers. A cet égard, l'histoire du rêve de 
Abdillah ibn Zayd ibn Abd Rabbih est bien connue. L'ont 
rapportée Al-Boukhâri, At-Tirmithi, Abou Dâwud et ibn 
Khouzayma. 



253 



Tels étaient les problèmes et les questions avec lesquels le 
Messager d'Allah (H) étaient confronté à son arrivée à 
Médine en tant que Messager, guide, imam et général. Le 
prophète (S) réagit à tout cela avec expertise et sagacité et 
traita chaque tribu, sur la base de ce qu'elle méritait comme 
compassion, clémence, violence ou châtiment - sans doute la 
clémence l'emportait sur la violence et le supplice - jusqu'au 
moment où l'Islam et les musulmans prirent le dessus en 
quelques années. Tout cela sera clairement exposé au lecteur 
dans les pages qui suivent. 

L'édification d'une nouvelle société 

Nous avons déjà vu que l'arrivée du Messager d'Allah (S) à 
Médine et sa descente chez Banî An-Najjâr eurent lieu le 
vendredi 12 du mois de Rabi' Awwal de l'an 1 de l'Hégire (27 
septembre 622 G.) et qu'a l'occasion, il descendit sur une terre 
située devant la maison d'Abi Ayoub et dit: «C'est ici que nous 
camperons s'il plaît à Allah». Nous avons vu aussi que, de là, il 
alla chez Abi Ayoub (<è>). 

La construction de la mosquée du prophète 

La première démarche que le prophète (0) accomplit, après 
cela, fut l'édification de la mosquée du prophète dont il 
ordonnera la construction à l'endroit où sa chamelle s'était 
agenouillée. H acheta le terrain à deux garçons orphelins qui en 
étaient les propriétaires. Lui-même participa à la construction de 
cette mosquée. A cet égard, transportant des briques et des 
pierres, il disait: «Seigneur! D n'y a d'autre vie que celle de 
l'Au-delà. Alors, pardonne aux Ansâr et aux émigrés» et aussi 
«Le Paradis comme récompense, il n'y a rien de tel. Seigneur! 
Ceci est meilleur et plus pur». Il s'agissait là de l'une des raisons 
pour lesquelles les compagnons redoublaient d'efforts dans la 
construction de la mosquée. D'ailleurs l'un d'entre eux chantait: 
«Si, les bras croisés, nous regardons le prophète travailler, ce 
serait un égarement de notre part». 



252 



Au plan externe, les plus irréductibles des ennemis de l'Islam 
étaient les Kouraichites qui, au temps où les musulmans 
étaient encore à la Mecque, avaient mis en œuvre toutes 
formes de terrorisme, de menace, de tracasseries, de privation 
de nourriture et de boycott. Us les avaient soumis aux 
supplices et aux malheurs, leur avaient déclaré une violente 
guerre psychologique accompagnée d'une propagande vaste 
et organisée. Ensuite, dès que les musulmans eurent émigré à 
Médine, ils confisquèrent leurs terres, leurs demeures et leurs 
biens, retinrent leurs femmes et leurs enfants. Mieux, ils 
emprisonnèrent et châtièrent ceux qu'ils savaient être sans 
défense. Non contents de cela, ils avaient comploté pour 
assassiner le réalisateur de l'appel et supprimer son message, 
ne ménageant aucun effort pour atteindre leurs objectifs. 
Ensuite, lorsque les musulmans se furent réfugiés à un endroit 
situé à 500 km de la Mecque, ils exercèrent le rôle politique 
que leur conférait leur positionnement parmi les arabes 
comme avant-garde des affaires mondaines, détenteurs du 
leadership religieux, occupants du Haram, voisine et gardiens 
du temple sacré d'Allah. Aussi, incitèrent-ils d'autres 
associateurs de la Péninsule contre les habitants de Médine au 
point que celle-ci vécut une sorte de boycott d'une certaine 
intensité car, ses produits importés s'amoindrirent, alors que 
le nombre de réfugiés augmentait de jour en jour. 

Assurément, il s'agissait là d'une situation de guerre entre ces 
agresseurs Mecquois et les musulmans dans leur nouvelle 
patrie. Ces derniers avaient le droit de confisquer les biens de 
tels agresseurs, de la même manière qu'ils avaient confisqué 
les leurs, de les soumettre aux supplices de la même manière 
qu'ils le firent, de dresser des obstacles sur leurs passages de 
la même manière qu'ils en posèrent sur le chemin des 
musulmans, de rendre la pareille à ces agresseurs de façon à 
ne jamais leur permettre d'exterminer les musulmans et aussi 
d'extirper les racines de leur civilisation. 



251 



ibn Salâm (<$&>). Celui-ci était un hébreu se réclamant des plus 
grands ulémas juifs. Dès qu'il eut appris l'arrivée du 
Messager d'Allah (H) à«~Médine, chez Banî An-Najjâr, il se 
dépêcha de venir le voir. Il lui posa des questions auxquelles, 
seul, un prophète pouvait répondre. Après l'audition des 
réponses apportées par celui-ci à ses questions, il crut en lui, 
séance tenante, et, ensuite, lui dit: «Les juifs constituent un 
peuple de calomnie et de diffamation. S'ils sont au courant de 
ma conversion avant que tu ne les interroges, ils viendront 
auprès de toi souiller ma réputation». Alors, le Messager 
Allah (H) envoya appeler les juifs qui, ensuite, se 
présentèrent en même temps que Abdillah ibn Salâm. Il leur 
dit: «Lequel de vous est Abdoullah ibn Salâm?» Ils 
répondirent: «Le plus instruit parmi nous et le fils du plus 
instruit parmi nous; la crème parmi nous et le fils de la crème 
parmi nous». Une certaine formulation donne «notre seigneur 
et le fils de notre seigneur» et une autre «le meilleur parmi 
nous et le fils du meilleur parmi nous, le plus vertueux parmi 
nous et le fils du plus vertueux parmi nous». Alors le 
Messager d'Allah (S) ajouta: «Que diriez-vous s'il 
embrassait l'Islam?» Ils répondirent: «Qu'Allah l'en préserve 
(deux ou trois fois)». Sortant de sa cachette Abdoullah ibn 
Salâm se dirigea vers eux et dit: «J'atteste qu'il n'y a de 
divinité qu'Allah et que Mohammad est Son messager». Les 
juifs, frustrés, dirent «le pire parmi nous et le fils du pire 
parmi nous» et se jetèrent sur lui. Celui-ci dit en substance: 
«Ô juifs! craignez Allah! Par Allah en dehors de qui il n'y a 
point de divinité, vous savez pertinemment qu'il est le 
Messager d'Allah et qu'il apporte la vérité». Us lui dirent: 
«Tu mens». 

Il s'agissait de la première expérience vécue par le Messager 
d'Allah (S) au contact des juifs, dès le premier jour de son 
arrivée à Médine. Tout ceci concerne la situation interne. 



250 



base de leur opulence et de leur bien-être. Mieux, ces tribus 
allaient peut-être se réveiller pour prendre en compte leurs 
biens saisis par les usuriers juifs, et, en conséquence, 
récupérer leurs terres et leurs jardins qui leur avaient été 
retirés par ces pratiquants de l'usure. Les juifs s'attendaient à 
tout cela dès le moment où ils surent que l'appel islamique 
cherchait à s'installer à Médine. C'est pourquoi ils 
dissimulaient l'hostilité la plus intense à l'égard de l'Islam et 
du Messager d'Allah (H) et cela, depuis que celui-ci fit son 
entrée à Médine, même s'ils n'avaient pas pour l'instant, 
l'audace de ce manifester. 

Cela apparaît clairement dans ce qu'ibn Ishâk a rapporté de la 
mère des croyants, Safiya IgJc 4JL1I l ^=j , ibn Ishâk dit: «On 
m'a raconté les propos de Safiya fille de Houyay ibn Akhtab 
exprimés en ces iermes: «J'étais l'enfant préféré de mon père 
et de mon oncle paternel Abi Yâsir de sorte que jamais je ne 
les rencontrais en compagnie d'un de leurs enfants, sans 
qu'ils ne me prissent à l'exclusion de l'autre. Lorsque le 
Messager d'Allah (S) fut arrivé à Médine et qu'il fut 
descendu à Koubâ chez Banî Amr ibn Awf, mon père, 
Houyay ibn Akhtab et mon oncle Abou Yâsir ibn Akhtab 
allèrent le voir le matin de bonne heure et ne s'en 
retournèrent qu'au coucher du soleil. Us revinrent las, épuisés 
et titubant. J'entendis mon oncle Abou Yâsir dire à mon père 
Houyay ibn Akhtab: Est-ce lui-même? Mon père: Oui, par 
Allah! 

Mon oncle: Le connais-tu bien? 

Mon père: Oui. 

Mon oncle: Alors que sais-tu de lui. 

Mon père: Son inimitié a cessé par Allah! 

Un autre témoignage nous est apporté par ce qu'Al-Boukhâri 
a rapporté au sujet de la reconversion à l'Islam de Abdillah 



249 









I 



cessaient donc de se livrer des guerres sanglantes et continues 
ravivées par les juifs qui, du reste, en attisaient les feux toutes 
les fois qu'ils constataient que ceux-ci frôlaient l'étouffement 
et l'extinction. Suite à de telles instigations, les juifs se 
mettaient à l'écart, observant, sereins, ce qui allait arriver à 
ces arabes. Ils faisaient aux belligérants d'énormes prêts 
usuraires pour les engager dans ces guerres et aussi de 
manière à les amener a ne point se retirer de celles-ci pour y 
avoir consacré des dépenses ahurissantes. Un tel travail, au 
demeurant, leur rapportait deux profits: d'une part il leur 
permettait de conserver leur entité juive, de s'investir dans 
l'usure qui leur rapportait énormément et de l'autre 
-d'acquérir des richesses considérables. Il y avait à Médine 
trois tribus juives de célébrité: 1) Banou Kaynoukâa qui 
étaient les alliés d'Al-Khazraj. Leurs demeures se trouvaient 
à l'intérieur de Médine, 2) Banou An-Nadir, 3) Banou 
Kouraidha. Ces deux dernières tribus étaient les alliées d' Al- 
Aws. Leurs demeures se trouvaient dans la banlieue de 
Médine. Il s'agissait là des tribus qui, depuis fort longtemps, 
alimentaient les guerres entre Al-Aws et Al-Khajraj. Elles 
avaient directement participé à la guerre de Bouaâth aux côtés 
de leurs alliés respectifs. 

Naturellement, on ne pouvait espérer des juifs, comme 
réactions à l'Islam, que la haine et la rancœur, car, le 
Messager n'était pas de leur race au point d'échapper au 
chauvinisme dominant leurs réalités psychologiques. E s'y 
ajoute que l'appel à l'Islam n'était qu'un appel à la vertu, 
unissant les cœurs, éteignant le feu de l'inimitié et de la 
haine, invitant les gens à s'attacher à l'honnêteté dans les 
affaires et à la consommation des biens licites. Tout cela 
voulait dire que les tribus arabes de Médine finiraient par se 
retrouver et qu'alors, nécessairement, elles échapperaient au 
contrôle des juifs. Ceux-ci échoueraient dans leurs activités 
commerciales, se verraient interdire les biens usuraires à la 



248 



leur parler et leur civilisation et même les noms de leurs 
tribus et de leurs individus étaient devenus arabes. Dans ce 
cadre, des liens matrimoniaux les unissaient aux arabes. 
Toutefois, ils avaient conservé un chauvinisme racial pour 
lequel ils ne s'étaient pas totalement intégrés aux arabes. Au 
contraire s 'enorgueillissant, de leur nationalité israëlo-juive, 
ils méprisaient les arabes de la manière la plus forte, au point 
même de les appeler analphabètes pour dire que ceux-ci 
étaient des bêtes, des simples d'esprit et d'ignobles arriérés. 
Us estimaient qu'ils leur était licite d'abuser des biens arabes, 
et d'en faire ce qu'ils voulaient «Us dirent: ces (arabes) qui 
n'ont pas de Livre n'ont aucun chemin pour nous 
contraindre». (3:75). Ils n'avaient aucune volonté de répandre 
leur religion. Plutôt la majorité de leurs pratiques religieuses 
se ramenait au présage, à la magie, à la sorcellerie, à 
l'incantation et consorts. Avec cela, ils se prenaient pour des 
détenteurs de sciences, de mérite et de leadership spirituel. Us 
passaient pour maîtres dans l'art de s'attirer des gains et des 
moyens de subsistance. Us avaient le monopole du commerce 
des céréales, des dattes, du vin et des vêtements. A cet égard, 
ils importaient des vêtements, des céréales et du vin, 
exportaient des dattes; outre ces activités, ils avaient d'autres 
occupations. Us tiraient énormément de profits des arabes de 
tout bord, mais ne se contentaient pas de cela. C'était aussi 
des usuriers prêtant de l'argent aux Cheikhs et aux seigneurs 
des arabes, de manière à leur permettre de s'attirer la louange 
des poètes et de se faire une réputation parmi les gens, à 
coups de dépenses sans utilité, nulles et non avenues. Ce 
faisant, ils hypothéquaient ensuite leurs terres, leurs cultures 
et leurs jardins, pour se les approprier quelques années plus 
tard. C'était des monteurs de cabales, des comploteurs, des 
arrogants et des corrupteurs, semant l'inimitié et la haine 
entre les tribus arabes voisines qu'ils incitaient les unes 
contre les autres, grâce à des machinations secrètes que 
celles-ci étaient loin de soupçonner. De telles tribus ne 

247 



leurs ancêtres, mais, ne dissimulaient pas d'intentions 
d'hostilité et des machinations contre l'Islam et les 
musulmans. Ceux-ci, peu de temps après, embrassèrent 
l'Islam et consacrèrent à Allah une sincère dévotion. H y avait 
dans, cette couche des gens dissimulant des intentions 
d'hostilité et d'agression contre le prophète (S) et les 
musulmans. Cependant, ils ne pouvaient pas les attaquer. Au 
contraire, ils étaient obligés de manifester de l'amour et de la 
pureté, parce que le moment ne s'y prêtait pas. A la tête de 
ceux-là se trouvait Abdoullah ibn Oubai dont Al-Aws et Al- 
Khazraj reconnurent tous l'autorité après la guerre de 
Bou'âth, alors qu'auparavant ils ne s'étaient mis d'accord sur 
l'autorité de personne. Ils s'étaient entendus pour le 
considérer comme roi et, effectivement, il était sur le point de 
devenir le roi de Médine lorsque, tout à coup, le prophète (S) 
arriva. Alors les gens le laissèrent tomber pour aller vers lui. 
Il en vint à estimer que le Messager d'Allah (S) lui avait ravi 
son pouvoir et pour cela dissimulait une rive hostilité à son 
égard. Ainsi, voyant que les circonstances ne lui étaient pas 
favorables pour afficher son polythéisme et que le prophète 
(S) interdisait les utilités mondaines, il affecta d'accepter 
l'Islam après Badr tout en restant dans le fond, sur son 
impiété. Il ne trouvait jamais le moyen de piéger le prophète 
(S) et les musulmans sans l'utiliser. Les compagnons, les 
chefs privés des postes qu'ils auraient obtenus s'il avait été 
roi, l'aidaient et l'appuyaient dans la mise à exécution de ses 
plans et, peut-être, choisissaient-ils certains jeunes et certains 
nigauds comme valets parmi les musulmans, pour réaliser 
leurs desseins. 

C) La troisième couche de population était constituée des juifs 
qui, comme nous l'avons déjà vu, s'étaient alignés du côté du 
Hijaz, au temps de la persécution Assyrienne et romaine. 
Ceux-ci étaient en vérité des hébreux mais, après s'être retirés 
dans le Hijaz, ils s'étaient arabisés dans leur accoutrement, 



246 



Les compagnons (<é>) offraient leurs cœurs au Très-Haut, 
tiraient leurs ornements de ses lois dont l'audition les 
réjouissait. «Quand ses versets leur sont récités cela fait 
augmenter leur foi» (8:2). La présentation en détail de toutes 
ces questions n'entre pas dans nos perspectives de recherche. 
Aussi, n'évoquerons-nous ces questions qu'en cas de besoin. 
Voilà l'essentiel de ce à quoi le prophète (H) était confronté 
du côté des musulmans et c'est à cela que tendaient - dans 
une large mesure - l'appel islamique et le message 
Mohammadien. Toutefois, il ne s'agissait pas là d'une chose 
imprévue car, il y avait tant d'autres questions nécessitant 
d'être traitées avec urgence. 

La collectivité des musulmans comprenait deux parties: a) 
une partie constituée de ceux qui étaient sur leur tenoir, dans 
leurs demeures et avec leurs biens, et dont les préoccupations 
étaient celles d'assurer la sécurité de leurs troupeaux. Ceux-là 
étaient Al-Ansâr entre qui régnaient une discorde invétérée et 
une hostilité chronique, depuis fort longtemps, b) une partie 
constituée des émigrés qui, eux, avaient tout perdu, tout laissé 
derrière pour sauver leurs vies en émigrant à Médine. Us 
n'avaient ni abri ni travail grâce auquel ils pouvaient gagner 
leur vie, ni argent pour leurs dépenses. Le nombre de ces 
réfugiés, réduit au départ, s'accroissait de jour en jour car, en 
effet, l'ordre d'émigrer concernait tous ceux qui croyaient en 
Allah et en Son messager. Or, comme on le sait, Médine 
n'était pas d'une richesse. excessive. En conséquence son 
équilibre économique s'ébranla. En cette situation critique les 
forces hostiles à l'Islam effectuèrent une sorte de boycott 
économique entraînant une pénurie des produits importés et 
les circonstances s'aggravèrent. 

B)La seconde couche de population était constituée des 
associateurs se réclamant des tribus de Médine. Ceux-ci 
n'avaient aucun pouvoir sur les musulmans. Certains d'entre 
eux doutaient de leur cas et hésitaient à quitter la religion de 

245 



contentent de détailler les principes islamiques, de développer 
une législation que tout individu pouvait pratiquer et 
d'exhorter à la bonté, au bien, à la générosité de caractère, à 
l'abstention des turpitudes et des bassesses. Quant à Médine, 
les musulmans y géraient leurs propres affaires et cela, dès le 
premier jour. Aucun associateur ne les contrôlait. Aussi, était- 
ce pour eux le moment de faire face aux problèmes de 
civilisation et de bien-être, de subsistance et d'économie, de 
politique et de gouvernement, de paix et de guerre. C'était 
aussi le moment d'apporter des correctifs sur les questions du 
licite et de l'illicite, du culte et de la moralité, ainsi de suite. D 
était enfin temps de fonder une nouvelle société, une société 
islamique différente dans toutes ses dimensions de la société 
antéislamique, spécifique par rapport à toute autre société du 
monde et représentante de l'appel islamique pour lequel les 
musulmans avaient subi plusieurs formes de supplices et de 
tortures, dix années durant. Bien entendu, la création 
d'aucune société de ce type ne saurait se réaliser en un jour, 
un mois ou un an. Au contraire, il fallait beaucoup de temps 
au cours duquel, graduellement, serait complétées la 
législation et la codification mêlées d'instruction, de 
formation et d'éducation. Allah était la source, le garant de la 
législation et le Messager d'Allah (S) chargé de la mise en 
application, de l'orientation et de l'éducation des musulmans, 
conformément à cette législation: 

• /f - & \A *S '*** \i *' ' »"\M •«, < " /.-If '* X 

<^j> rt-fdb !>l_ij p-f^. Xj-y o^y ' <4 «^ ti^J' y* f 



iis$i&gt' t #zj- r $i 



«C'est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre (les Arabes) 
un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les 
purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse» (62:2). 



244 



PREMIERE ETAPE 

La situation qui prévalait à Médine 

Au moment de l'Hégire 

L'émigration ne signifiait pas seulement épreuves et 
tourments, mais aussi coopération pour l'édification d'une 
nouvelle société dans un pays en sécurité. A cette fin, obligation 
fut faite atout musulman valide de contribuer à l'édification de 
cette nouvelle patrie, de déployer des efforts pour la fortifier et 
en assurer le bien-être. 

Il ne faisait aucun doute que le Messager d'Allah (S) 
occupait les fonctions d'imam, de général et de guide dans 
l'édification de cette société. H gérait les affaires que, d'ailleurs, 
personne ne lui discutait. Les tribus avec lesquelles il se trouvait 
confronté à Médine se répartissaient en trois catégories de 
réalités totalement différentes. Chacune de ces catégories de 
tribus le confrontait à d'innombrables problèmes spécifiques. De 
telles catégories étaient: 1) Ses purs, précieux et dévoués 
compagnons (ê>), 2) les associateurs qui ne croyaient pas encore 
mais qui se réclamaient des vraies tribus de Médine, 3) les juifs 

A) Les problèmes auxquels il faisait face du côté de ses 
compagnons se ramenaient au fait que les conditions de vie à 
Médine étaient totalement différentes de celles dans 
lesquelles ceux-ci avaient vécu à la Mecque, où, bien qu'unis 
par le même langage et orientés vers le même but, ils vivaient 
dispersés dans diverses maisons, contraints, humiliés et 
pourchassés. Ils n'avaient aucun pouvoir. C'était plutôt à 
leurs ennemis au regard de la religion que le pouvoir revenait. 
Sous ce rapport, de tels musulmans étaient incapables 
d'édifier une nouvelle société islamique dotée de ce qu'il faut 
à toute société humaine du monde. C'est pourquoi, nous 
constatons que les sourates révélées à la Mecque se 



243 



Ici, s'achèvent l'une des parties de la biographie du Messager 
d'Allah (S) et l'une des étapes de l'appel islamique, à savoir 
celle de la Mecque. 



La vie à Médine 

On peut répartir l'époque médinoise en 3 étapes: 

1 . Une étape marquée par une provocation de perturbations et 
d'épreuves, une montagne d'obstacles au niveau interne, 
l'arrivée en masse des ennemis pour déstabiliser Médine de 
l'extérieur. Cette étape aboutit à la réconciliation d'Al- 
Houdaybiyya au mois de Thil-Kaada de l'an 4 de l'Hégire. 

2. L'étape de la trêve avec les dirigeants paganistes qui aboutit à 
la conquête de la Mecque, au mois de Ramadan de l'an 8 de 
l'Hégire. Cette étape est aussi celle de l'appel des rois à 
l'Islam. 

3. L'étape où les gens, en foule, entrèrent dans la religion 
d'Allah, celle où les tribus arrivèrent les unes après les autres 
à Médine. Une telle étape va jusqu'à la fin de la vie du 
prophète (H), au mois de Rabia Awwal de l'an 9 de l'Hégire. 



242 



accorder une telle chance. En effet, il plut au Très-Haut de les 
honorer en faisant descendre chez eux leur neveu. Les gens se 
mirent alors à s'adresser au prophète (S), lui demandant de 
descendre chez eux. Abou Ayoub Al-Ansâri se dépêcha de 
prendre ses bagages pour les emmener chez lui. Le Messager 
d'Allah (S) se mettait à dire: «L'homme est avec ses bagages». 
Asaad ibn Zourâra vint se saisir des rênes de sa monture qui, elle 
resta chez lui. Dans le rapport fait par Anas selon Al-Boukhâri, 
le prophète (H) dit: «Laquelle des maisons appartenant aux 
nôtres est plus proche?» Alors, Abou Ayoub dit: «La mienne, 
Messager d'Allah (S) voici ma maison et ceci en est la porte. 
Allons-y on nous a préparé un repas. Levez vous avec la 
bénédiction d'Allah». Quelques jours après, le prophète (S) fut 
rejoint par sa femme Sawda, ses deux filles Fâtima et Oumm 
Koulthoum, Ousâma ibn Zayd et Oumm Aymar) en compagnie 
de Abdillah ibn Abi Bakr qui conduisait la famille d'Abi Bakr 
dont on notait Aicha. Zaynab était restée chez Abil- As et ne put 
émigrer qu'après la bataille de Badr. Aicha dit: "Après que le 
prophète fût arrivé à Médine, Abou Bakr et Bilâl tombèrent 
malades. Alors, j'allai les voir et dis: «Père, comment vas-tu? 
Bilâl comment vas-tu?» Sous le coup de la fièvre, Abou Bakr 
disait toujours: 

«On souhaite à l'homme le bonjour dans sa famille 
alors que la mort lui est plus proche que ses chaussures» 

Guéri de sa fièvre, Bilâl disait: 

«Vais- je encore passer la nuit 

dans une certaine vallée avec autour de moi Idhar et Jalil. 
Retourner ai- je un jour aux eaux de Mijjâna? 
Reverrai- je Châmah et Toufail»? 

J'allais voir le Messager d'Allah (S) et l'informai. Il dit: 
«Seigneur! Fais nous aimer Médine de la même façon que nous 
aimons la Mecque, voire plus. Restaure sa santé, bénis son 
accueil, chasses-en la fièvre et protège-là». 

241 



la première mosquée fondée sur la crainte d'Allah après 
l'avènement de la prophétie. Le jeudi (le vendredi selon 
d'autres) il se mit en scelle sur l'ordre d'Allah, Abou Bakr 
montant en croupe. H envoya auprès de Banî An-Najjâr - ses 
oncles maternels et ceux-ci se présentèrent munis de leurs épées. 
Il allait vers Médine lorsque la prière du vendredi le trouva chez 
Banî Sâlim ibn Awf. Alors, restant avec ceux-ci, il en dirigea la 
prière au sein de la mosquée située au fond de la vallée. La 
congrégation comptait 100 hommes. 

L'entrée à Médine 

Après la prière du vendredi, le prophète (S) entra à Médine. 
Depuis ce jour, la ville de Yathrib fut connue sous le nom de 
Madinatour-rasoul (la ville du prophète) en abrégé: Médine. 
C'était un grand jour historique. Les maisons et les chemins 
vibraient de louanges et de vénération dédiées à Allah. Les filles 
de Médine chantaient le poème suivant, envahies de joie et de 
gaieté: 

"La pleine lune luit et nous éclaire à Médine. Il nous faut 
donc être reconnaissants, tant qu 'on nous appelle à Allah. 
Toi qu'on a envoyé auprès de nous! Tu apportes l'ordre 
auquel nous obéirons " 

Al-Ansâr (les partisans du prophète à Médine), même s'ils 
n'avaient pas de grandes richesses, souhaitaient tous voir le 
prophète (S) descendre chez eux. Jamais celui-ci ne passait dans 
une des maisons d' Al-Ansâr sans que le mors de sa monture ne 
fût saisi par des gens qui, alors, disaient: «Venez chez les plus 
nombreux, aux raisins et au régal». Le Messager d'Allah (S) 
leur disait: «Ôtez-vous de son chemin. Elle obéit à un ordre». La 
monture poursuivit sa marche jusqu'à l'endroit actuel de la 
mosquée du prophète; alors, elle s'agenouilla, mais ensuite se 
releva, marcha un peu, fit vol te face, revint et s'agenouilla au 
premier endroit. Alors le Messager d'Allah (S) descendit chez 
Banî An-Najjâr mêmes; ses oncles à qui Allah avait bien voulu 

240 



attendiez». Aussi, les musulmans sortirent-ils. Ils reçurent le 
Messager d'Allah (S) au delà de la route. 

. Ibn Al-Kayyim dit: «J'entendis la clameur et les Allâhou 
Akbar chez Banî Amr ibn Awf: les musulmans, contents de son 
arrivée, criaient «Allâhou Akbar». Ils allèrent à sa rencontre, 
l'accueillirent, le saluèrent comme un prophète et l'entourèrent 
tout en se mettant à graviter autour de lui qui, alors restait calme, 
faisant preuve de quiétude et de sérénité. Il lui fut révélé ce qui 
suit: «Alors ses alliés seront Allah, Jibril et les vertueux d'entre 
les croyants, et les anges sont par surcroît son soutien». (66:4). 
Amr ibn Az-Zoubair dit: «Alors ils reçurent le Messager d'Allah 
(H) qui, entouré par la foule, bifurqua vers la droite, au point de 
descendre chez Banî Amr ibn Awf et cela, un lundi, Abou Bakr 
se mettait à contenir la foule, alors que le Messager d'Allah (H) 
était assis, silencieux, salué par les médinois qui venaient 
d'arriver et qui ne l'avaient pas encore vu». Un autre document 
mentionne: «Les gens venaient saluer Abou Bakr jusqu'au 
moment où celui-ci, voyant que le prophète (il) avait chaud, lui 
donna de l'ombre à l'aide de son manteau. A ce moment, les 
gens reconnurent le Messager d'Allah (S)». Toute la ville de 
Médine était là pour l'accueil. C'était un jour solennel et 
l'histoire de cette ville n'en avait jamais connu de semblable. 
Les juifs constatèrent la véracité de l'annonce faite par le 
prophète Habkouk: «Allah vient de Taymân et le Saint des 
montagnes de Fâran». 

A Koubâ, le Messager d'Allah (S) descendit chez Kalthoum 
ibn Al-Hadm. D'autres disent au contraire qu'il descendit chez 
Saad ibn Khaythama, toutefois la première assertion est plus 
consistante. En fait, Ali ibn Abi Tâlib resta pendant trois jours à 
la Mecque, pour rendre aux gens ce qu'ils avaient confié au 
Messager d'Allah (H). Ensuite, émigrant à pied, il rejoignit les 
deux compagnons à Kouba et alors descendit chez Kalthoum ibn 
Al-Hadm. Le prophète (S) passa quatre jours à Koubâ: lundi, 
mardi, mercredi et jeudi. Il fonda la mosquée de Koubâ et y pria, 

239 



appelé Masaoud, auquel il parla en ces termes: «Fais les 
passer par là que tu sais être un chemin sûr et ne les quitte 
pas». Le garçon les fit passer par le chemin en question au 
point de les faire accéder à Médine. Ensuite, le Messager 
d'Allah (II) laissa Masaoud repartir chez son maître après 
l'avoir chargé de dire à celui-ci de marquer ses chameaux au 
cou comme c'était le cas avec les chevaux, à savoir deux 
anneaux séparés par un trait, car c'était là la marque de sa 
tribu. Lorsque les associateurs se présentèrent, le dimanche, 
Aws ordonna à son serviteur Masaoud ibn Hounaida de 
quitter Al-Araj et de se rendre à pied auprès du prophète (H) 
l'informer de leur présence. Ceci a été mentionné par Ibn 
Mâkoulâ rapportant les propos d'At-Tabari. Aws embrassa 
l'Islam après l'arrivée du Messager d'Allah ($>) à Médine. H 
résidait à Al-Araj. 

7. En cours de route et à Batn Rîm, le prophète (S) rencontra 
Az-Zoubair en compagnie des musulmans: des commerçants 
en provenance de la Syrie. Az-Zoubir donna alors au 
Messager d'Allah (S) et à Abi Bakr des vêtements blancs. 

La descente à Kouba 

Le lundi 8 du mois Rabia Awwal de l'an 14 de la prophétie - 
première aimée de l'Hégire (23 septembre 622 G.), le prophète 
(S) descendu à Koubâ. Orwa ibn Az-Zoubair dit: «Les 
musulmans de Médine avaient appris que le Messager d'Allah 
(S) avait quitté la Mecque. Aussi, tous les malins se rendaient- 
ils sur la route où ils se mettaient à l'attendre jusqu'au moment 
où la chaleur de midi les renvoyait dans leurs demeures. Un jour, 
ils s'en retournèrent après avoir longuement attendu. Cependant, 
dès qu'ils eurent regagné leurs maisons, un juif qui était monté 
sur un blockhaus pour observer quelque chose, aperçut, sans 
illusion le Messager d'Allah (S) et ses compagnons tous de 
blanc vêtus. Alors celui-ci ne put s'empêcher de crier du plus 
haut de sa voix: «Ô Arabes! voici votre grand père que vous 



238 



heureux qui passa la soirée en compagnie de Mohammad. 

combien les Kpusayites tirent profit de ce dont Allah vous détourne 

Leur œuvre et leur bienveillance sont sans prix , 

Banou Kaab n'ont plus à s' en faire 

Assuré est leur rôle dans l'ordre des croyants. 

Interrogez-donc votre sœur au sujet de la brebis. 

Si vous le faites, c'est la brebis-même, qui témoigna». 

Asmâ dit: «Nous ne savions pas vers où s'orientait le 
Messager d'Allah (S) lorsqu'un djinn arriva au dessous de la 
Mecque et récita ces vers. Les gens le suivaient écoutaient sa 
voix mais ne le voyaient pas. Ainsi continua-t-il jusqu'à sa 
sortie par le haut. Lorsque nous eûmes entendu sa parole nous 
sûmes que le prophète (S) s'orientait vers Médine. 

5. En route, le prophète (H) rencontra Bouraida ibn Al-Hasîb 
Al-Aslami entouré de près de 80 ménages qui embrassèrent 
l'Islam avec lui. Il accomplit, avec eux derrière, la dernière 
prière du dermoer crépuscule (Al-Ichâ). Bouraida résida sur le 
terroir de sa tribu jusqu'après Ohod, moment où il rejoignit le 
prophète (S). Abdoullah ibn Bouraida a rapporté que le 
Messager d'Allah (S) était toujours optimiste et non point 
pessimiste. Bouraida s'en allait achevai en compagnie de 70 
cavaliers de son clan appartenant à Banî Sahm. Alors, il 
rencontra le prophète (®) qui lui dit: «A quel clan appartiens- 
tu?» Il répondit: «Aslam». Le prophète (S) dit alors à Abi 
Bakr: «Nous sommes sauvés», et ensuite s'adressa encore à 
Bouraida: «A quelle dynastie appartiens-tu?» Celui-ci dit: «à 
Banî Sahm»; et le prophète de dire: «Ta flèche est sortie». 

6. Le Messager d'Allah (S) passa auprès d' Abi Aws Tamim ibn 
Hajar ou Abi Tamim Aws ibn Hajar Al-Aslami à Kahdâwât 
entre Al-Jouhfa et Harachi (dans AlAraj), alors que leur 
voyage avait été à un moment ralenti dans l'après-midi, lui et 
Abou Bakr étant montés sur un même chameau. Alors Aws 
fit monter le prophète (0) sur un étalon de chameau et, 
ensuite, envoya avec les deux compagnons un garçon à lui, 

237 









t-elle du lait». Elle répondit: «Elle est trop épuisée pour en 
avoir». Le Messager d'Allah (S) dit : «Me permettrais-tu de 
la traire?» Elle dit: «Oui! Ma foi! Vas-y si tu peux en tirer du 
lait». Le prophète (S) passa sa main sur les mamelles de la 
brebis, prononça le nom d'Allah, et pria. Alors, le lait 
s'achappa et coula. Il demanda à la femme d'apporter un 
récipient pour recueillir le lait. Une fois apporté ce récipient, 
le prophète (S) s'engagea à la traire au point de voir le 
récipient surmonté d'écume. Il désaltéra Oumm Maabad qui 
alors but à son aise, suivie en cela par les compagnons et le 
prophète (S) lui même. Il s'engagea à la traire une seconde 
fois au point de remplir le récipient qu'il laissa alors avec 
elle, avant de se remettre en route. Le mari d'Oumm Maabad, 
ne tarda pas à rentrer poussant devant lui des chèvres qui 
n'avaient plus que la peau sur les os. Lorsqu'il vit le lait, il 
s'étonna et dit: «D'où te vient ceci? Ma foi! Il n'y avait pas 
de lait à la maison, que je sache!» Sa femme lui répondit: 
«C'est vrai, mais, par Allah! un homme est passé disant ceci 
et cela dans un état comme ceci et comme cela». L'homme 
reprit: «Par Allah! je pense que c'est le gars des Kouraichites, 
celui qu'ils cherchent. Décris-le moi, Oumm Maabad le lui 
décrit dans sa beauté physique et sa parole splendide qu' à 
force d'écouter l'auditeur avait l'impression de le voir en 
personne et de se trouver devant lui. Nous reviendrons sur ce 
point en abordant vers la fin, les traits caractéristiques du 
prophète (S). Alors Abou Maabad dit: «Par Allah! celui-là, 
c'est l'homme des Kouraichites, celui au regard duquel, ils 
disent ce qu'ils disent. J'ai déjà songé à l'accompagner mais 
sans aucun doute je le ferai à la première occasion». Du côté 
de la Mecque, une voix retentit, le matin, sans que personne 
n'arrivât à en connaître l'origine. Elle disait: 

"Qu'Allah le Seigneur du Trône rétribue en bien 

deux compagnons descendus chez Oumm Maabad 

et qui furent bienfaisants à leur arrivée, comme à leur départ 



236 



et celle que je détestais sortit de nouveau. Alors, me 
détournant de tout cela, j'interpellai prudemment les gens que 
je poursuivais et les voilà qui s'arrêtèrent. Je me remis en 
scelle et ensuite pus les rejoindre. J'avais l'intime conviction 
lorsqu'on me retenait en prison pour m'empêcher de les 
suivre, que la cause du Messager d'Allah (S) triompherait. Je 
dis à celui-ci: «Ta tribu a mis ta tête à prix». Je les informai 
de ce que les gens leur voulaient et leur offris des provisions 
de route. Toutefois, ils ne m' informèrent ni ne me posèrent 
des questions. Le prophète (S) se contenta de dire: «Jl vaut 
mieux que tu t'éloignes de nous». Je lui demandai de m'écrire 
des versets. Alors, il ordonna à Amir ibn Fouhayra de le faire 
et celui-ci le fit sur un morceau de peau de bête». Dans un 
certain rapport, Abou Bakr dit: «Nous. nous mîmes en route. 
Les gens nous cherchaient et personne d'autre que S ourâkah 
ibn Mâlik ibn Jaacham ne parvint à nous rattraper, monté sur 
son cheval. Alors, je dis: «Quelqu'un nous rattrape! Ô 
Messager d'Allah!» Il dit: «Ne t'afflige pas car, Allah est 
avec nous» (le repentir:40). Souraqah s'en retourna. Il trouva 
sur son chemin des gens qui cherchaient toujours et leur dit: 
«J'ai déjà fouillé les parages et vous informe qu'il n'y a rien». 
Ainsi, le jour il s'activait en la faveur des recherchés et la nuit 
servait de gardien à ceux-ci. 

Dans son voyage vers Médine le prophète (H) passa devant 
les deux tentes d'Oumm Maabad de la tribu de Khouzâma. 
C'était une femme obèse et robuste qui, restant dans la cour 
de sa tente, nourrissait et désaltérait les passants. Le prophète 
(S) et Abou Bakr l'interrogèrent: «Y a-t-il quelque chose 
chez toi?» Elle répondit: «Par Allah; s'il y avait quelque 
chose chez, les villages ne seraient pas plus pauvres». En fait, 
c'était une armée de pénurie. Le Messager d'Allah (S) 
regarda par la fente de la tente vit une brebis et dit: «Et cette 
brebis, Oumm Maabad?» Elle répondit: «C'est une brebis 
incapable de suivre les moutons». Le prophète (S) reprit: «A- 



235 



connaissait et le prophète (S) un jeune que l'on ne 
connaissait pas. Ainsi, un homme le rencontra et lui dit: «Qui 
est cet homme avec toi?» Il répondit: «Cet homme me montre 
le chemin». L'autre, par méconnaissance pensait qu'il voulait 
dire le chemin terrestre, alors qu'il ne s'agissait que de la voie 
du bien. 

Sourakah ibn Mâlik rejoignit le prophète (II) et Aba Bakr. A 
cet égard, il dit: «Pendant que j'étais assis dans l'un des 
conseils de ma tribu, Banî Madlaj, un homme arriva et, nous 
surplombant puisque nous étions assis, dit: «Ô Sourakah, j'ai 
vu des silhouettes sur la côte. Je pense que c'est Mohammad 
et ses compagnons!». Jésus aussitôt que c'était eux, mais lui 
répondis: «Non; ce ne sont pas eux. Tu as plutôt vu tel et tel 
qui sont partis devant nous». Ensuite, je restai pendant une 
heure au conseil avant de me lever pour rentrer chez moi. Je 
dis à ma captive de me sortir mon cheval qui se trouvait 
derrière une butte de terre, sous sa garde. Je pris ma lance, 
sortis par l'arrière de la maison et, marchant, me mis à 
planifier mon voyage jusqu'au cheval que j'enfourchai. 
Celui-ci me transporta au point de m' emmener à proximité 
d'eux et ensuite trébuchant, me désarçonna. Me relevant, je 
me dépêchai de mettre la main sur mon carquois. J'en sortis 
ensuite mes baguettes que je consultai. Tomberais-je sur la 
bonne baguette ou sur la mauvaise? Ce fut celle que je 
détestais qui sortit. Alors, je remontai à cheval, désobéissant 
aux baguettes. Je m'approchai et m'approchai encore au point 
d'entendre le prophète (S) réciter le Coran. A ce que je 
voyais, lui ne se retournait guère, mais Abou Bakr quant à lui 
se retournait très souvent. Par la suite, les pattes de mon 
cheval s'enlisèrent dans le sable jusqu'aux genoux et me 
voilà encore désarçonné. Je rabrouai l' animal et me relevai, 
mais c'est à peine si celui-ci avait sorti ses pattes. Lorsqu'il y 
fut parvenu, il en résulta un nuage de poussière montant vers 
le ciel comme de la fumée. Je consultai encore mes baguettes 



234 



et Lakfâ. Il dépassa Madlajat Lakf, entra dans Madlajat Majâh, 
s'achemina vers Marjah Mahâj, entra dans Marjah Thil- 
Ghadwain et à l'intérieur de Thi Kichr. A partir de là, il se 
dirigea vers Al-Jadâjid, Al -Ajrad, alla vers Thi S alam partie de 
Batn Madlajat Taaahon, s'achemina vers Al -Abâbîd. Il dépassa 
ensuite Al-Fâja, descendit AL-Araj, alla vers Thaniyatoul-Aa'ir - 
du côté droit de Rakouba - descendit Batn Ri'i et arriva à Koubâ. 
Voici quelques aspects de ce qui arriva en route: 

1. Selon un rapport d'AI-Boukhari, Abou Bakr As-Siddik (&,) 
dit: «Nous avons voyagé toute la nuit, et aussi, le lendemain 
jusqu'à midi. La route était déserte. Personne d'autre n'y 
passait. Un long rocher nous surplombait masquant les rayons 
du soleil. Nous descendîmes donc à son ombre. Je nivelai de 
ma main une place où le Messager d'Allah (H) pouvait 
dormir, après quoi j'y étalai de la fourrure puis dis: «Dors! Ô 
Messager d'Allah! je vais nettoyer ce qui t'entoure». Après 
que celui-ci fut endormi, je sortis pour nettoyer les alentours. 
Soudain, mon regard se posa sur un berger qui, avec ses 
moutons, venait vers le rocher, pour en fait faire comme 
nous. Alors le lui dis: «A qui appartiens-tu, mon garçon?» H 
répondit: «A un médinois ou un mecquois». Je repris: «Tes 
moutons ont-ils du lait?» Il répondit: «Oui» je dis: "Vas-tu 
donc traire"? «Il répondit: «Oui» et attrapa une brebis. Je lui 
dis: «Enlève le sable, les poils et les impuretés qui se trouvent 
sur les mamelles!» Il traya un peu de lait dans un récipient 
cubique. J'avais avec moi une gourde que je portais pour le 
prophète (S), gourde à laquelle il se désaltérait et faisait ses 
ablutions. Je retournai auprès du prophète (S) mais évitai de 
le réveiller. Lorsqu'il se fut réveillé, je refroidis le lait en y 
ajoutant de l'eau puis lui dit: «Bois! Messager d'Allah». Il but 
à son aise et dit: «N'est-il pas l'heure de partir?» Je répondis: 
«Si!» Alors nous repartîmes. 

2. Abou Bakr (4-0 avait l'habitude d'être à la disposition du 
Messager d'Allah (il). C'était un vieillard que l'on 

233 



service Abdallah ibn Ouraykit Al-Laythi, un guide habile et 
expérimenté. Celui-ci professait la même religion que les 
Kouraichites. Toutefois, ils lui firent confiance et lui remirent 
leurs deux chamelles, lui fixant rendez-vous trois jours après à la 
grotte de Thawr où il devait se présenter muni des deux bêtes. 
Dans la nuit du lundi premier jour de Rabia Al-Awwal de la 
première année de l'hégire (16 septembre 622 G.), Abdoullah 
ibn Ouraykit leur apporta les deux montures et alors, Abou Bakr 
dit au prophète (S): «Ô Messager d'Allah! prends l'une de ces 
deux montures». H rapprocha de lui la meilleure des deux, mais 
le prophète (H) dit: «Avec prix». 

Asma', la fille d'Abi Bakr (qu'Allah soit satisfait d'elle et de 
son père) vînt apporter leur vase. Toutefois, elle avait oublié d'y 
mettre l'anse par laquelle on l'accrochait. Lorsqu'après leur 
départ, allant accrocher le vase, elle se rendit compte que celui- 
ci n'avait pas d'accrochoir, elle coupa sa ceinture en deux 
morceaux, dont elle utilisa l'un comme accrochoir et l'autre 
comme collier. C'est pour cela qu'on l'appelait la «femme aux 
deux ceintures». 

Ensuite, le Messager d'Allah (S), Abou Bakr (•<*>) et Amir 
ibn Fouhayra se prirent en route, en compagnie du guide 
Abdillah ibn Oraykit, le long de la côte. Ayant quitté la grotte, ce 
dernier tendit d'abord à aller vers le sud en direction du Yémen 
et ensuite alla vers l'ouest en direction de la côte. De la sorte, il 
parvint à un chemin que les gens n'avaient pas l'habitude 
d'emprunter, bifurqua vers le nord peu avant la côte de la mer 
rouge et recoupa une voie que presque personne n'utilisait. 

Ibn Ishâq a mentionné les endroits où passa le Messager 
d'Allah (S). A cet égard il dit: «Après être sorti avec eux, le 
guide passa par la partie inférieure de la Mecque et, ensuite, 
faisant son chemin le long de la côte, finit par recouper la route 
passant par Osfân. De là, il passa sous Amajj, continua pour 
recouper la route après avoir traversé un corridor. Poursuivant 
son chemin, il s'achemina vers Al -Khirâr, Thanyatoul-Mourra, 

232 



N'ayant rien tirer d'Ali, ils se rendirent chez AbiBakret 
frappèrent à la porte. Alors, Asmâ', la fille d'Abi Bakr sortit. Es 
lui dirent: «Où est ton père?». Elle répondit: "Par Allah !je ne 
sais pas où il est". Abou Jahl l'ignoble et le pervers leva la main 
et lui asséna une gifle qui fit tomber sa boucle d'oreille. Les 
Kouraichites décidèrent ensuite, au cours d'une séance 
extraordinaire tenue avec urgence, de mettre en œuvre tous les 
moyens susceptibles de permettre la capture des deux hommes. 
Toutes les routes et les pistes partant de la Mecque furent mises 
sous la surveillance d'hommes armés jusqu'aux dents. De 
même, les Kouraichites offrirent une grosse prime de cent 
chamelles par fugitif, soit deux cents chamelles à quiconque les 
ramenaient morts ou vivants. Alors, les cavaliers, les fantassins 
et les pisteurs se mirent à chercher. Es se disséminèrent dans les 
montagnes et les vallées, dans les vallons et sur les plateaux, 
mais en vain. Les poursuivants arrivèrent jusqu'à l'entrée de la 
grotte, cependant, Allah les fit échouer. Abou Bakr dont les 
propos ont été rapportés par Anas et ensuite par Al-Boukhari, 
dit: «J'étais avec le prophète (SI) dans la grotte. Levant la tête, je 
vis les pieds des -poursuivants et aussitôt dis: «Ô Messager 
d'Allah (S): "Si l'un d'eux baissait les regards il nous 
percevrait». Le prophète (S) répondit: «Tais-toi, AbaBakr! 
Nous sommes deux et Allah nous complète en troisième». Une 
autre formulation donne: «que penses-tu, Ô Aba Bakr de deux 
qu'Allah complète en troisième?». Alors qu'il ne restait entre les 
poursuivants et le prophète (S) que quelques minces pas à 
franchir, ceux-ci rebroussèrent chemin. C'était là un miracle 
qu'Allah dédia à son prophète (S). 

Sur la route de Médine 

Lorsque le feu de la recherche se fut éteint et qu'eurent cessé 
les investigations et les enquêtes, après l'effervescence des 
Kouraichites ayant abouti à une poursuite de trois jours sans 
aucun résultat, le Messager d'Allah (S) et son compagnon 
sortirent pour se rendre à Médine. Us avaient déjà engagé à leur 



231 



quelque chose de dangereux, il m'emportera pour te laisser sain 
et sauf». Sur ces mots, il entra dans la grotte et la balaya. E 
trouva un trou, dans l'une des parois, et aussitôt déchira son 
manteau pour le boucher. Toutefois il y avait encore deux autres 
trous: il les boucha avec ses pieds. Ensuite, il dit au Messager 
d'Allah (S): «Entre!» 

Le prophète (S) entra, plaça sa tête sur une pierre et dormit. 
Abou Bakr fut blessé au pied par une pierre mais ne bougea pas 
de peur d'attirer l'attention de son compagnon. Il pleurait. Ses 
larmes tombèrent sur le visage du Messager d'Allah (S). Celui- 
ci dit: «Qu'as-tu donc, Aba Bakr?» Il répondit: «Je suis blessé». 
Le prophète (S) cracha sur la blessure et celle-ci disparut. 

Les deux compagnons se cachèrent dans la grotte pendant 
trois nuits: celles du vendredi, du samedi et du dimanche 
Abdoullah ibn Abi Bakr était avec eux. A ce sujet Aicha dit: 
"C'était un jeune intelligent et ingénieux". Il les quittait vers la 
fin de la nuit, à l'aube et, au matin, se retrouvait avec les 
Kouraichites, comme s'il avait passé la nuit à la Mecque. Il 
prenait connaissance de toutes les tractations et machinations et, 
la nuit, venait leur en apporter les nouvelles. Au dessus de la 
grotte, Amir ibn Fouhayra, l'esclave affranchi d'Abi Bakr 
gardait des moutons qu'il laissait, à un certain moment de la 
nuit, camper au dessus de la grotte. De la sorte, il leur fournissait 
du lait toute la nuit. A l'aube, il les quittait, poussant ses 
moutons au loin. Ainsi faisait-il dans chacune des trois nuits. 
Amir ibn Fouhayra suivait, avec ses moutons, les traces de 
Abdillah ibn Abi Bakr, après le départ de celui-ci pour la 
Mecque, en vue de les effacer. 

Quant aux Kouraichites, ils étaient fous de rage lorsqu'ils 
apprirent que le Messager d'Allah (S) s'était échappé au sortir 
de la nuit où l'on devait réaliser le complot. Leur première 
réaction fut de frapper Ali, de le traîner jusqu'à la Kaaba où ils 
l'enfermèrent pendant une heure, dans l'espoir d'obtenir de lui 
des informations au sujet du prophète (H) et d'Abi Bakr. 

230 



de la porte de la chambre, virent Ali et dirent: «Par Allah! voici 
Mohammad en train de dormir. Il s'est couvert de son manteau!» 
aussi, ne bougèrent-ils pas jusqu'au matin. 

Alors, Ali sortit du lit et leur tomba dans les bras. Les 
malfaiteurs l'interrogèrent au sujet du prophète (S) et il 
répondit: «Je ne sais rien de lui». 

De la maison à la grotte 

Le Messager d'Allah (S) quitta sa maison dans la nuit du 27 
Safar (deuxième mois) de l'an 14 de la prophétie (nuit du 12 au 
13 septembre 622 G.). 

Il se rendit chez son compagnon, Abou Bakr (4»), l'homme le 
plus sûr pour sa compagnie et pour ses biens. Ensemble ils 
quittèrent en passant par une arrière-porte et se dépêchèrent de 
sortir de la Mecque, avant le point de l'aube. Sachant que les 
Kouraichites trouveraient à force de chercher et que le chemin 
vers lequel les regards allaient d'abord s'orienter était le chemin 
principal de Médine allant vers le nord, le prophète (H) 
emprunta le chemin diamétralement opposé, à savoir, celui situé 
au sud de la Mecque et allant vers le Yémen. 

Il fit une distance d'environ neuf kilomètres sur ce chemin, 
atteignit une haute montagne connue sous le nom de montagne 
de Thawr. A ce niveau, le chemin était escarpé, pierreux et 
difficile à escalader. Alors le prophète (0) marcha pieds nus. 
Une autre version précise qu' il marchait sur le chemin sur la 
pointe des pieds pour ne pas laisser de traces et ainsi, marcha 
pieds nus. Quoi qu'il en fût, Abou Bakr le porta lorsqu'il eut 
atteint la montagne et fit des efforts jusqu'à une grotte sise au 
sommet de la montagne, grotte connue dans l'histoire sous le 
nom de «grotte de Thawr». 

Le prophète (S) et Abbu Bakr à l'intérieur de la grotte 

Une fois la grotte atteinte, Abou Bakr dit au prophète(S): 
«Par Allah! Tu n'entreras qu'après que je l'aurai fait. S'il y a 

229 



Le Messager d'Allah (0) quitte sa maison 

Malgré tous leurs préparatifs, les Kouraichites essuyèrent un 
échec lamentable dans la réalisation de leur complot. Cette nuit- 
là, le Messager d'Allah (S) dit à Ali ibn Abi Tâlib: «Dors dans 
mon lit! Enveloppe-toi dans mon manteau vert de Hadramawt. 
Dors-y. Ils ne te feront rien de mal». C'est dans ce manteau que 
dormait toujours le prophète (®). Ainsi Ali ibn Abi Tâlib dormit 
dans son lit, le remplaçant pour cette nuit-là. Le Messager 
d'Allah (S) sortit, traversa leurs rangs et prit une poignée de 
sable qu'il répandit sur leur tête. Allah leur avait voilé les yeux. 
Il dit: 

'>(."l'\< /" ' .rr ' ' /* ^- - r( .*' f iT-"-- 



«Nous mettrons une barrière devant eux et une barrière 
derrière eux. Nous les recouvrirons d'un voile et voilà 
qu'ils ne pourront rien voir» (36:9). 

Il n'y eut aucun d'eux à la tête de qui il ne mit du sable avant 
d'aller chez Abi Bakr. Ensemble, et dans la nuit, ils sortirent par 
un soupirail dans la maison d' Abi Bakr et rejoignirent la grotte 
de Thawr, en direction du Yémen. 

Les assiégeants continuèrent à attendre l'heure de commettre 
leur forfait. Peu avant ce moment, ils se rendirent compte de leur 
échec et furent frappés de déception. Quelqu'un n'appartenant 
pas à leur milice les avait trouvés en train d'attendre devant la 
porte et leur dit: «Qu'est-ce que vous attendez?» Ils répondirent: 
«Mohammad». L'homme reprit: «Désolé! Vous l'avez raté. Par 
Allah! Il est passé devant vous et à répandu du sable sur vos 
têtes. Il s'en est allé vaquer à ses affaires». Ils dirent: «Par Allah! 
Nous ne l'avons pas vu». Cela dit, ils se dressèrent, faisant 
tomber le sable de leur tête. Toutefois, ils lorgnèrent par le trou 



228 



Khalaf, Zomaa ibn Al-Aswad, Touaaima ibn Adi, Abou Lahab, 
Oubai ibn Khalaf, Nabih ibn Al-Hajjâj et le frère de Nabih: 
Monabih ibn Al-Hajjâj. 

Ibn Ishâk dit: «Au premier tiers de la nuit, ils se regroupèrent 
devant la porte de sa chambre attendant qu'il sorte pour sauter 
sur lui. Le prophète (S) avait l'habitude de dormir pendant la 
première partie de la nuit pour se réveiller à la moitié ou aux 
trois quarts de celle-ci et se rendre à la sainte mosquée où il se 
mettait à prier. Les malfaiteurs avaient la ferme conviction que 
leur sale complot réussirait. Ils étaient tellement confiants 
qu' Abou Jahl, dans sa vanité et son orgueil dit; s'adressant à ses 
compagnons encerclant la maison, avec moquerie et persiflage: 
"Mohammad prétend que si vous le suivez dans ce à quoi il vous 
appelle, vous serez les rois des arabes et des non-arabes, que 
vous serez ressuscites après votre mort pour jouir de paradis 
pareils à ceux d'Al-Ordon. Sinon, selon lui, il vous égorgera 
après quoi vous serez ressuscites pour brûler dans un feu qu'on 
vous aura préparé". 

L'heure de la réalisation du complot était au delà de minuit 
au moment où le prophète (®) sortirait de chez lui. Les 
malfaiteurs veillèrent, dans l'attente de l'heure prévue. 
Cependant Allah déjoua leur complot, Lui qui détient le 
royaume des cieux et de la terre, Lui qui fait ce qu'il veut, qui 
protège et que rien ni personne ne protège. Il avait réalisé ce 
dont il avait parlé à son Messager (S): 

\>*'. fïts >'*&<, s ' ' >•£-"'»"' 



«Et rappelle- toi' le moment où les mécréants complotaient 
contre toi pour t' emprisonner, t' assassiner ou te bamir. Ils 
complotèrent mais Allah a fait échouer leur complot, et 
Allah est le meilleur en stratagèmes» (8:30). . 

227 



EMIGRATION DU PROPHETE (S) 



Dès qu'on eut pris l'inique décision d'assassiner le prophète 
(S) Jibril descendit et vint informer celui-ci, par révélation de 
son Seigneur, du complot des Kouraichites. D l'informa aussi 
qu'Allah lui ordonnait de sortir et qu'il lui avait précisé le 
moment de son émigration en ces termes: «Cette nuit, ne dors 
pas dans ton lit, comme d'habitude». 

A midi, le prophète (H) alla voir Abou Bakr (4») pour définir 
avec lui les étapes de l'émigration. A cet égard, Aicha- 
(\ s -.(■ <d!l ijj^-S) dit: «Pendant que nous étions assis chez Abi Bakr 
à midi pile, quelqu'un dit à celui-ci: «Voici le Messager d'Allah 
(S) qui arrive, à un moment où d'habitude, il ne venait pas par 
ici». Abou Bakr dit: «Par Allah! Ce qui l'amène par ici à pareille 
heure est important! «Le prophète (S) arriva, demanda la 
permission d'entrer, se la fit accorder, entra et dit à Abi Bakr: 
«Sors de chez toi»! 

Abou Bakr lui dit: «Je jure que ceux-ci sont plutôt de ta 
famille». Le prophète (S) reprit: «On m' a donné la permission 
de sortir». Abou Bakr s'enquit: «Je t'accompagne?» Le 
Messager d'Allah (S) répondit: «Oui». 

Après la définition des étapes de l'émigration, le prophète 
(S) rentra chez lui attendre la tombée de la nuit». 

Encerclement de la maison du prophète (S) 

S 'agissant des grands malfaiteurs des Kouraichites, ils 
passèrent leur journée à préparer la mise à exécution du plan 
monté et approuvé par le parlement de la Mecque, le matin 
même. A cette fin, onze principaux malfaiteurs avaient été 
choisis, à savoir: Abou Jahl ibn Hichâm, Al-Hakam ibn Abil-As, 
Okba ibn Abi Mouait, An-Nadr ibn Al-Hârith, Omayya ibn 



226 



chaque jeune une épée tranchante. Alors, tous les jeunes se 
dirigent vers lui, le frappent tous ensemble et le tuent. De la 
sorte, il ne nous fatiguera plus. Ainsi, son sang aura été versé par 
toutes les tribus. Banou Abd Manaf ne pourront pas affronter 
tout le monde. Es se contenterons de nous exiger une rançon 
qu'alors, nous leur verserons». Le vieillard de Najd dit: «Le bon 
avis c'est ce que l'homme vient de dire. J'y souscris entièrement 
à l'exclusion de tout autre». Le parlement de la Mecque adopta à 
l'unanimité une telle lâche proposition après quoi les 
représentants regagnèrent leurs maisons, déterminés à vite 
mettre en exécution ce qui a été arrêté. 



225 



Les discussions au parlement et la décision unanime de 
lâchement assassiner le prophète (S) 

A l'arrivée de toutes les délégations, on commença à exposer 
les propositions et les solutions. Ensuite, de longues discussions 
s'installèrent. Aboul-Aswad dit: «Mettons-le en quarantaine! 
Exilons-le de notre pays! Peu importe où il puisse aller ou 
camper. Nous, nous aurons réglé notre problème et retrouvé la 
vie normale». Le vieillard de Najd dit: «Non! Par Allah, ce n'est 
pas le bon avis. N'avez-vous pas constaté son éloquence son 
agréable style de persuasion et l'attraction qu'il exerce sur les 
cœurs grâce au message qu'il apporte? Par Allah! Si vous faites 
cela, vous lui donnez le moyen de descendre dans une des tribus [ 

arabes, de la soulever contre vous (car celle-ci la suivra) et de | 

vous écraser dans votre propre pays pour faire de vous ce qu'il i 

voudra. Non! réfléchissez! cherchez un autre avis!» j 

Aboul-Boukhtouri dit: «Emprisonnez-le dans une cellule de 
fer et fermez la porte de celle-ci. Ensuite, attendez-vous à ce 
qu'il subisse le même sort que les poètes de son acabit ayant 
vécu avant lui: (Zouhir et An-Nâbiga) et ceux qui subirent la 
même mort. Qu'il lui arrive donc, ce qui est arrivé à ceux-là!». 
Le vieillard de Najd dit: «Non! Par Allah, ce n'est pas l'avis 
qu'il vous faut. Par Allah! Si vous l'emprisonnez comme vous 
dites, ses compagnons en seront informés et, sautant sur vous, 
vous l'arracherez pour ensuite fondre sur vous et vous vaincre. 
Non! Ce n'est pas l'avis qu'il vous faut, cherchez-en donc un 
autre!». 

Après que le parlement eût refusé ces deux propositions, il en 
reçut une autre qui, inique et criminelle, fut approuvée par tous 
les membres. Cette proposition avait été faite par le grand «> 

malfaiteur de la Mecque, Abou Jahl ibn Hichâm. Celui-ci dit: 1 

«Je jure par Allah que moi, je détiens un avis que personne n'a J 

encore exprimé». Les gens lui dirent: «Qu'est-ce que c'est, Abou 
Jahl?». Il dit: «Je propose qu'on choisisse dans chaque tribu un 
jeune homme vigoureux et noble. Ensuite, nous donnons à 

224 



la grande Bayaa d' Al-Akaba, le parlement (Dâr An-Nadwa) tint, 
en début de journée, la plus importante instance de son histoire. 
Toutes les tribus Kouraichites envoyèrent leurs représentants à 
ce rassemblement pour l'étude collective d'une stratégie 
décisive propre à la suppression rapide et efficace du porte- 
drapeau de l'appel islamique et à l'anéantissement de son 
charisme, de manière définitive. 

Les plus grandes personnalités présentés à ce rassemblement 
comme représentants de tribus étaient: 

1) Abou Jahl ibn Hichâm de la tribu de Banî Makhzoum. 

2-4) Mbir ibn Moutaim, Touaaima ibn Adî et Al-Hârith ibn 
Amir de Banî Nawfal ibn Abd Manâf. 

5-7) Chayba et Otba fils de Rabîa, Abou Soufyân ibn Harb de 
Banî Abd Sams ibn Abd Manâf. 

8) An-Nadr ibn Al-Hârith de Banî Abdid-Dâr. 

9-11) Aboul-Boukhtouri ibn Hichâm, Zomaa ibn Al-Aswad et 
Hakim ibn Houzâm de Banî Asad ibn Abdil-Ozzâ. 

12, 13) Nabih et Monabbih, fils d' Al-Hajâj de Banî Sahm. 

14) Omayya ibn Khalaf de Banî Joumah. 

Lorsqu'ils se furent présentés à Dâr An-Nadwa, 
conformément au rendez-vous, Iblis (le satan), déguisé en un 
vénérable vieillard décemment vêtu, vint à leur rencontre. Il était 
debout à l'entrée lorsque ceux-ci dirent: «Qui est-il ce 
vieillard?» Il répondit: «Un vieillard originaire de Najd qui a 
appris ce qui cous menace et qui vient vous rejoindre pour 
écouter ce que vous allez dire. Il se peut que vous receviez de sa 
part un avis et un bon conseil. Ils lui dirent: "Mais entrez donc!" 
Ainsi, Iblis entra avec eux. 



223 



A Dâr An-Nadwa, le parlement des Kouraichites 

Voyant que les compagnons du prophète (S) prêts à 
l'émigration, sortaient et s'en allaient, munis de leurs affaires et 
de leurs biens, en compagnie de leurs parents et de leur 
progéniture, pour se rendre chez Al-Aws et Al-Khazraj, les 
associateurs s'agitèrent, se troublèrent et s'attristèrent. 
L'inquiétude qui les envahissait était à nulle autre pareille. Ils 
étaient tous confrontés à l'énormité du danger réel qui menaçait 
leur ordre polythéiste », et économique. Ils savaient que 
Mohammad avait une personnalité très marquante, une parfaite 
aptitude au leadership et à l'orientation, que ses compagnons 
étaient résolus déterminés et prêts au sacrifice pour la défense de 
sa cause, que les tribus Al-Aws et Al-Khazraj étaient fortes et 
invincibles, que les sages de ces deux tribus tendaient à la paix, 
à la civilité et à la réconciliation entre les 2 tribus, en raison des 
malheurs que leur avaient tout le temps apportés les guerres 
civiles. Us savaient aussi que Médine était un point stratégique 
par rapport à la route commerciale passant par la côte de la mer 
rouge, et allant du Yémen à la Syrie. Le revenu commercial des 
Mecquois en Syrie s'estimait annuellement à 250.000 dinars en 
or, sans compter ce qui revenait aux gens de Tâif et d'ailleurs. 
Bien entendu, la réussite d'un tel commerce dépendait delà 
stabilité de la sécurité sur cette route. Les Kouraichites étaient 
donc dangereusement menacés par le fait de l'installation de 
l'appel islamique à Yathrib et celui de la mobilisation des 
Yathribiens contre eux. Conscients de la gravité de l'insécurité 
qui les menaçait, les associateurs se mirent à chercher les voies 
et les moyens de repousser le danger dont la seule source était, 
du reste, le porte-drapeau de l'appel à l'Islam, à savoir 
Mohammad (S). 

Le Jeudi 26 du mois de Safar de l'an 14 de la prophétie (12 
septembre 622 G.), c'est à dire, environ deux mois et demi après 

222 



la monture, Abbâs sortit en compagnie de ses deux frères. A une 
certaine distance du parcours, Abou Jahl lui dit: «Par Allah! je 
trouve que le dos de ma chamelle est rude. Ne me prends-tu pas 
en croupe sur ta chamelle?» Il répondit: «Si» et fit s'agenouiller 
sa chamelle et Abou Jahl fît de même. Lorsque tous furent à 
terre, Abou Jahl et Al-Harith se précipitèrent sur Abbâs le 
ligotèrent solidement et entrèrent avec à la Mecque en plein jour. 
JJs dirent: «ÔMecquois c'est ainsi! Faites à vos stupi des ce que 
nous avons fait à ce stupide des nôtres». 

Voilà trois illustrations de ce que les associateurs faisaient à 
ceux qui voulaient émigrer, lorsqu'ils avaient été au courant de 
cela. Malgré tout, les gens s'en allaient en secret, les uns après 
les autres et, deux mois et quelques jours après la grande Bayaa 
d'Al-Akaba, il ne restait plus à la Mecque comme musulmans 
que le Messager d'Allah (S), Abou Bakr et Ali (restés sur ordre 
du prophète), ceux retenus contre leur gré par les associateurs. 

Le Messager d'Allah (S) avait préparé ses bagages, attendant 
de recevoir l'ordre d'émigrer. Abou Bakr avait aussi préparé ses 
affaires. Al-Boukhari a rapporté de Aicha les propos exprimés 
en ces termes: «Le Messager d'Allah (§l) dit aux musulmans: 
«On m'a montré l'endroit vers lequel vous devez émigrer: un 
endroit doté de palmiers dattiers et situé entre deux montagnes». 
Alors les gens émigrèrent vers Médine. Tous ceux qui avaient 
émigré vers l' Abyssinie se rendirent aussi à Médine. Abou Bakr 
s'apprêtait à se diriger vers Médine lorsque le Messager d'Allah 
(H) lui dit: «Doucement! J'attends qu'on m'autorise à émigrer». 
Abou Bakr lui demanda: «Espères-tu recevoir l'autorisation, par 
Allah»? Le prophète (S) répondit: «Oui». Ainsi, Abou Bakr lui- 
même resta avec le prophète (S) pour lui tenir compagnie. 
Quatre mois auparavant, il avait confié à Warakas-Samar (le 
copte), deux chamelles que celui-ci faisait paître. 



jf 



221 



veux». Alors elle reprit son enfant de son clan et sortit pour se 
rendre à Médine, dans un voyage long de 500 kilomètres, sans 
personne en sa compagnie. 

Othm ân ibn Talha ibn Abi Talha la rencontra à At-tan-îm, et, 
après avoir pris connaissance de son état, l'escorta jusqu'à 
Médine. A la vue de Koubâ, il lui dit: «Ton mari est dans ce 
village. Va! Entre avec la bénédiction d'Allah» avant de prendre 
le chemin du retour à la Mecque. 

1 . Souhayb ibn Sinân Ar-Roumi émigra après le Messager 
d'Allah (S). Au moment de sa préparation, les infidèles de la 
Mecque lui dirent: «Au moment où tu venais chez nous, tu 
n'étais qu'un méprisable bandit. Ensuite tu as eu beaucoup de 
biens et atteint ton niveau actuel. Tiens! à présent tu veux partir 
avec tes biens! Par Allah, cela tu ne le feras jamais». Souhayb 
leur dit: «Me laisserez-vous partir si je vous livre mes biens?» 
Us dirent: «Oui». H reprit: «je vous laisse mes biens». La 
nouvelle d'une telle décision parvint au prophète (S) qui, alors, 
dit: «Souhayb a gagné; Souhayb a gagné». 

3. Omar ibn Al-Khattâb, Ayâsh ibn Abi Rabîa et Hichâm ibn 
Al-As ibn Wâ'il s'étaient donnés rendez-vous à un endroit où ils 
devaient se rencontrer le matin, pour émigrer vers Médine. 
Alors, Omar et Abbâs furent au rendez -vous mais Hichâm fut 
retenu. Lorsqu'ils furent à Médine et descendus à Kouba, Abou 
Jahl et son frère Al-Harith se présentèrent à Abbâs (avec qui ils 
avaient la même mère) et lui dirent: «Ta mère jure de ne plus se 
peigner et de ne plus s'abriter du soleil avant de te voir» . Alors 
Abbâs eut pitié de sa mère Omar lui dit: «O Abbâs ils ne veulent 
que te sortir de ta religion. Fais attention à eux! car, par Allah! si 
ta mère était pouilleuse, elle se peignerait et si la chaleur de la 
Mecque lui était torride elle irait à l'ombre». Malgré tout Abbâs 
s'entêta et décida de partir avec ses deux frères, par respect au 
serment de sa mère. Omar lui dit: «Puisqu'il en est ains, voici 
ma chamelle; -prends-la! Elle est de bonne race et active. 
Enfourche-la! Si tu doutes de ces gens, sauve-toi». Enfourchant 

220 



LES PREMICES DE L'HEGIRE 

Après la conclusion de la seconde Bayaa d' Al-Akaba et la 
réussite de l'Islam à fonder son propre pays au milieu d'un 
désert débordant d'impiété et d'ignorance - le plus important des 
acquis réalisés par l'Islam depuis le début de son appel - le 
Messager d'Allah (S) autorisa les musulmans à émigrer vers ce 
pays. La signification de l'hégire (émigration) n'était autre que 
mépris des intérêts, sacrifice des biens et délivrance de la 
personne. H fallait aussi s'attendre à être razzié et capturé à périr 
au départ ou à l'arrivée, à aller vers un avenir incertain, dont on 
ne savait pas ce qui en découlerait en fait d'inquiétude et de 
tristesse. Les musulmans commencèrent à émigrer, en toute 
connaissance de cause. Les associateurs se mirent à les 
empêcher de partir du fait qu'ils se sentaient en danger. Voici 
quelques exemples de ce scénario. 

1. L'un des tous premiers émigrants fut Abou Salma qui 
émigra un an avant la grande Al-Akaba, selon ibn Ishâk. Il était 
accompagné de sa femme et de son fils. Lorsqu'il fut sur le point 
de partir, ses beaux frères lui dirent: «Voici celle que tu nous a 
ravie, la vois-tu? Sur quoi te laisserions-nous l'emmener au 
pays?». Us lui retirèrent sa femme. La famille d'Abi Salama se 
fâcha contre celui-ci et dit: Nous ne laisserons pas notre fils avec 
elle puis qu'on l'a arrachée de notre parent». Ils se mirent à se 
disputer l'enfant, à hue et à dia, au point de lui arracher le bras. 
Cependant l'enfant resta avec sa famille maternelle. Seul, Abou 
Salama partit vers la Médine. Après le départ de son mari, 
Oumm Salma Lg_u. «dil ^^j qui avait donc perdu son enfant, 
sortait toujours dans AÏ-Abtoh où elle pleurait du matin au soir. 
Ainsi continua-t-elle pendant un an environ. Un jour, un des 
siens eut pitié d'elle et dit aux autres: «N'allez-vous pas laisser 
partir celle-ci? Vous l'avez séparée de son mari et de son 
enfant». Ceux-ci dirent alors à Salama: «Rejoins ton mari, si tu 

219 



qu'effectivement l'alliance avait été conclue et cela, après le 
retour des pèlerins dans leurs pays respectifs. Alors, leurs 
cavaliers se dépêchèrent de poursuivre les gens de Yathrib, mais 
c'était trop tard. Ils purent quand même apercevoir Saad ibn 
Obâda et Al-Mounthir ibn Amr. Alors ils les poursuivirent. Al- 
Mounthir leur échappa mais ils capturèrent Saad, lui attachèrent 
les mains au cou et au poignet de sa scelle, se mirent à le 
frapper, à le tramer et à lui tirer les cheveux au point de le 
ramener à la Mecque. Alors, Al-Moutaim ibn Adi et Al-Hârith 
ibn Harb ibn Omayya vinrent lui détacher les mains car Saad 
leur surveillait leurs caravanes de passage à Médine. Ne voyant 
pas celui-ci, les Ansâr se consultaient pour retourner le chercher, 
lorsqu'ils le virent paraître. Ainsi, tout le groupe parvint à 
Médine. Voila la deuxième Bayaa d' Al-Akaba que l'on connaît 
sous le nom de la plus grande Bayaa d' Al-Akaba. H s'est réalisé 
dans une atmosphère dominée par l'amour, l'amitié, l'assistance 
mutuelle entre les diffénts croyants, la confiance, le courage et 
l'esprit de sacrifice dans la voie de l'Islam. Chaque musulman 
de Yathrib éprouvait de la sympathie pour son malheureux frère 
musulman de la Mecque, le soutenait inconditionnellement, en 
voulait à ses offenseurs, débordait, dans son for intérieur, 
d'affection et de tendresse pour ce frère qu'il connaissait en 
Dieu, même s'il ne le connaissait pas de visu. Ces sentiments et 
ces penchants n'étaient pas le fait d'une tendance passagère 
appelée à cesser avec le temps. Au contraire la source en était la 
foi en Allah et en son Messager, la foi dans le livre d'Allah, foi 
qui ne saurait s'estomper devant aucune des forces de l'injustice 
et de l'agression, une foi capable de merveilles dans le dogme et 
le travail. Grâce à cette foi, les musulmans ont pu enregistrer des 
actions dans les pages de l'hsitoire, y laisser leurs marques 
indélébiles à l'épreuve du temps. 



218 



l'ordonnons pas. Plutôt, retournez à vos bagages». Les gens 
repartirent et dormirent jusqu'au matin. 

Les Kouraichites protestent auprès des chefs de Yathrib 

Dès qu'ils eurent appris cette nouvelle, les Kouraichites 
connurent une agitation mêlée d'inquiétude et de tristesse parce 
qu'ils savaient pertinement les retombées d'une telle Bayaa ainsi 
que ses conséquences sur eux-mêmes et sur leurs biens. Dès le 
lendemain, une grande délégation composée des dirigeants et 
des plus grands délinquants de la Mecque fut dépêchée à Yathrib 
pour protester énergiquement contre l'alliance. Elle dit: «Ô 
Khazraj ! D nous a été communiqué que vous étiez venus voir 
notre gars (Mohammad) essayant de le sortir de chez nous, de 
conclure une alliance avec lui pour nous faire la guerre, or, par 
Allah! il n'y a aucune tribu arabe avec laquelle nous détestons le 
plus faire la guerre si ce n'est la vôtre». Les associateurs 
Khazraj ites ne savaient encore rien de l'alliance, celle-ci ayant 
été conclue dans la plus grande discrétion, au milieu de la nuit. 
Ces associateurs se mirent donc à jurer sur Allah en disant: «Il 
n'en est rien: nous ne sommes pas au courant». Ils allèrent voir 
Abdallah ibn Obai ibn Saloul qui se mit à dire: «C'est faux! ceci 
n'a pas eu lieu. Mes gens ne n'échappent pas aussi facilement. 
Si javais été à Yathrib, mes gens n'auraient pas fait cela sans me 
consulter». 

Quant aux musulmans ils se regardaient les uns les autres et 
gardaient le silence. Aucun d'eux ne réagit par confirmation ou 
infirmation. Les dirigeants Kouraichites finirent par faire foi aux 
déclarations des associateurs de Yathrib, ils rentrèrent déçus. 

La confirmation de la nouvelie chez les Kouraichites et la 
poursuite des acteurs de l'alliance 

Les dirigeants de la Mecque s'en retrounèrent presque 
certains que la nouvelle était fausse. Toutefois, ils ne cessaient 
de mener des investigations et d'approfondir la situation, au 
point de s'assurer que la nouvelle était fondée et 

217 



8. Saad ibn Obâda ibn Dalîm. 

9. Al-Mounthir ibn Amr ibn Khanîs. 
Les responsables d'AI-Aws 

1 . Ousayd ibn Houdair ibn Sammâk. 

2. Saad ibn Khaythama ibn Al-Hârith. 

3. Rifâaa ibn Abdil-Mounthir ibn Zoubair. 

Après le choix de ces douze responsables, le prophète (§ï) 
conclut avec eux un autre pacte en leur qualité de chefs 
responsables. H leur dit: «Vous êtes garants de l'engagement 
souscrit par votre peuple de la même manière que les partisans 
de Isa ibn Mariam étaient garants de celui-ci. Moi, je suis garant 
de mon peuple à savoir la communauté des musulmans». Us 
dirent: «d'accord!». 

Un sa tan découvre l'alliance 

Après la conclusion de l'alliance, alors que les gens étaient 
sur le point de se disperser un des satans, au dernier moment, 
découvrit l'affaire, mais il n'était plus possible d'en 
communiquer la nouvelle aux dirigeants des Kouraichites de 
manière à leur permettre de surprendre les participants, pendant 
que ceux-ci étaient dans la passe. Debout sur une élévation de 
terre, ce satan poussa un cri strident qu'on avait jamais entendu 
disant: «Ô vous autres dans les maisons! Sachez -vous que 
Mohammad est avec les jeunes? Ils se sont réunis pour vous 
faire la guerre!». Le Messager d'Allah (S) dit: «Le gueulard! je 
te jure Ô ennemi d'Allah que je t'attendrai!». Ensuite il ordonna 
aux gens de se disperser et de regagner leurs bagages. 

La disposition des Ansârs à attaquer les Kouraichites 

Ayant entendu la voix de ce satan, Al-Abbâs ibn Obâda ibn 
Nadia dit: "Par celui qui t'a envoyé en te minussant de la vérité! 
Si tu veux, nous descendrons sur ces gens de Minan demain 
avec nos épées!". Le Messager d'Allah (H) dit: «Cela, nous ne 

216 



nous ne le différerons». Sur ces mots, Asaad se rendit compte et 
aussi s'assura de la disposition des gens à aller jusqu'au sacrifice 
dans la défense de leur cause. Lui et Mous'ab ibn Omair étaient 
les grands propaganistes et il fut le premier à effectuer l'acte de 
la Bayaa. Ibn Ishâq dit: « Banou An-Najjâr prétendent qu' Asaad 
ibn Zourâra fut le premier à lui donner la main et qu'après cela, 
commença la Bayaa général». Jabir dit aussi: «Alors, nous 
allâmes vers lui l'un après l'autre. Il reçut de nous la Bayaa et, 
ce faisant, nous donna des chances d'accéder au paradis». 
S 'agissant de la Bayaa des deux femmes prenant part à 
l'événement, il s'effectua oralement. Le Messager d'Allah (S) 
n'a jamais serré la main à une femme étrangère à son univers 
familial. 

Le choix de douze dirigeants 

Après la conclusion de la Bayaa, le prophète (S) demanda 
l'élection de douze dirigeants qui seraient les responsables 
auprès de leur peuple, qui veilleraient à la mise en application 
des clauses de la Bayaa. H dit aux gens: «Sortez-moi parmi vous 
douze responsables qui se chargeront auprès de vous de 
l'application des termes de la. Bayaa ». Aussitôt, le choix fut fait. 
H y avait neuf responsables du côté d'Al-Khazraj et trois de 
celui d' Al-Aws. Voici les noms de ces responsables. 

Les responsables Khazraj 

1 . Asaad ibn Zourâra ibn Ads. 

2. Saad ibn Ar-Rabia ibn Amr. 

3. Abdoullah ibn Rawâha ibn Thaalaba. 

4. RâfiaibnMâlikibnAl-Ajalân. 

5. Ai-Bar â ibn Maarour ibn Sakhr. 

6. Abdoullah ibn Amr ibn Harâm. 

7. Obâda ibn As-Sâmit ibn Kays. 



215 



Abbâs ibn Obâda ibn Nadia dit: «S avez -vous sur quelles bases 
vous reconnaissez cet homme»? Les gens dirent: «Oui» II reprit: 
«Vous le reconnaissez sur la base d'une acceptation de 
combattre blancs et noirs. Si vous pensez que vous allez devoir 
le trahir lorsqu'un malheur aura frappé vos biens ou que la tuerie 
aura sérieusement réduit le nombre de vos nobles, alors, 
renoncez dès maintemant, car, par Allah! si vous le trahissez, 
vous serez humiliés ici-bas et dans l'au-delà. Par contre, si vous 
pensez que vous respecterez votre engagement quoi qu'il arrive 
de mal à vos biens et à vos nobles, alors, allez-y car, par Allah 
cela vous rapportera le bien ici-bas et dans l'au-delà. Us dirent: 
«Si, nous concluons la Bayaa en faisant fi des malheurs 
éventuels qui pourraient s 'abattre sur nos biens et de l'éventuel 
meurtre de nos nobles, qu'est-ce que cela nous rapportera, Ô 
Messager d'Allah? qu'est-ce que cela nous rapporte, si nous 
restons fidèles malgré tout?». Le prophète (S) répondit: «Le 
paradis». Les gens lui dirent: tends ta main! «Il tendit la main et 
l'acte eut lieu. 

Dans le rapport qu'il a fait Jâbir dit: «Ainsi nous le 
reconnûmes. Asaad ibn Zourâra, le plus petit des 70 lui prit la 
main et dit: «Doucement! peuple de Yathrib. Nous ne 
l'honorerons qu'autant que nous saurons qu'il est le Messager 
d'Allah, que sa sortie d'aujourd'hui signifie la séparation avec 
tous les arabes, le meurtre des meilleurs de vous et la 
confrontation avec les épées. Soit vous vous montrez endurants 
et le prenez avec vous pour être récompensés par Allah, soit 
vous avez peur pour vous-mêmes et alors le laissez tomber. D 
s'en excusera pour vous auprès d'Allah». 

La conclusion de la Bayaa 

Après l'approbation des termes de l'alliance et la réitération 
ci-dessus, la conclusion de la Bayaa commença par un serrement 
de mains. Après avoir rapporté les propos d' Asaad ibn Zourâra, 
Jâbir poursuit: «ils dirent: Ô As 'ad! ôte ta main de nous! Par 
Allah! nous ne laisserons jamais tomber cette Bayaa et non plus, 

214 



Le récit de Ka'ab rapporté par ibn Ishâq ne mentionne que la 
sixième clause exprimée en ces termes: «Le Messager d'Allah 
(S) prit la parole, récita le Coran, appela à Allah, présenta les 
avantages de l'Islam et dit: «j'accepte l'acte de reconnaissance à 
condition que vous me protégiez comme vous protégez vos 
femmes et vos enfants». Al-Barâ ibn Maarour lui prit alors la 
main et dit: "Oui, Par celui qui vous a envoyé muni de la vérité 
et, comme prophète, nous te protégerons de la même manière 
que nous protégeons nos femmes. Souscris donc à l'acte de 
reconnaissance! Ô Messager d'Allah! Par Allah! Nous sommes 
un peuple de guerre, par héritage». Aboul-Haytham l'interrompit 
et dit: «Ô Messager d'Allah! Nous entretenons des rapports avec 
des hommes (les juifs); mais ces rapports nous allons les 
rompre. Cependant, si nous le faisons et si Allah te fait 
triompher, vas-tu nous laisser tomber pour retourner auprès de 
ton peuple». 

Le Messager d'Allah (S) sourit et dit: 

^ djj\J\ ij+f&jçkL uî t f4Ji fâ^ij ifaJi foJi j.» 

«plutôt, le sang c'est le sang et la destruction, la 
destruction. Je me réclame de vous et vous de moi. Je 
combattrai quiconque vous combat et ferai la paix avec 
quiconque fait la paix avec vous». 

Réaffirmation de la gravité de la Bayaa 

Au terme des entretiens sur les conditions de la Bayaa et 
après que tout le monde se fût accordé sur la nécessité de la 
conclusion de celui-ci, deux hommes appartenant au peloton de 
tête des reconvertis au pèlerinage de l'année 11-12 de la 
prophétie, se levèrent, l'un après l'autre, pour réitérer aux gens 
la lourdeur de la responsabilité, soucieux d'amener ceux-ci à 
agir en toute connaissance de cause et de savoir dans quelle 
mesure ils étaient prêts au sacrifice. Ibn IShâq dit: «Après que 
les gens se fussent réunis pour la conclusion de la Bayaa, Al- 

213 



rejoindre. Si vous pensez que vous serez en mesure de respecter 
votre engagement vis à vis de lui et de le protéger contre ses 
ennemis, alors, prenez vos responsabilités. Par contre si vous 
pensez qu'après l'avoir emmené chez vous vous refuserez de 
l'aider et le livrerez à ses ennemis, alors, renoncez à l'alliance et 
laissez-le en paix, car il jouit à la fois de puissance et 
d'invincibilité au sein de sa tribu et dans son pays». 

Nous lui dîmes: «Nous avons compris ce que tu viens de dire; 
mais parle! toi Messager d'Allah! Tu obtiendras de nous ce 
que vous voulez, toi et ton Seigneur!». 

Une telle réponse dénote leur résolution, leur détermination, 
leur courage, leur foi et la pureté de leur dévotion par rapport à 
cette lourde responsabilité et les graves conséquences qui ne 
manqueraient pas d'en découler. Ensuite, le Messager d'Allah 
(S) prit la parole, après quoi l'acte de reconnaissance (Al- 
Bayaa) dut conclu. 

Les termes du Bayaa 

L'imam Ahmad les a rapportés dans le détail de Jâbir qui 
s'exprime en ces termes: «nous dîmes, Ô Messager d'Allah sur 
quoi va se fonder notre reconnaissance à ton égard?». Il 
répondit: 

1 . «Vous obéirez à mes ordres en quelque situation que vous 
soyez». 

2. «Vous aurez confiance en moi dans les moments difficiles 
comme en période d'aisance». 

3. «Vous commanderez le bien et interdirez le mal». 

4. «Vous aimerez Allah de sorte que personne ne puisse vous en 
détourner». 

5. «Vous m'aiderez si je vous rejoins, me protégerez comme 
vous-mêmes, vos épouses et vos enfants. Si vous le faites, 
vous aurez le paradis». 

212 



nous en ces termes: «Ô Aba Jâbir (Père de Jâbir)! Tu es un de 
nos chefs et un de nos nobles. Nous désirons te voir sortir de ce 
qe tui pratiques comme religion, sinon, demain, tu te retrouveras 
comme du bois au feu». Sur ces mots, nous l'appelâmes à 
l'Islam et l'informâmes que nous avions rendez-vous avec le 
Messager d'Allah (S) à Al-Akaba. Alors il embrassa l'Islam et 
se présenta à Al-Akaba en notre compagnie. Cette nuit-là, nous 
dormîmes tout autant que nos autres compatriotes sur nos 
bagages. Après que la nuit se fût écoulée d'un tiers, nous 
sortîmes de nos bagages pour aller au rendez-vous avec le 
prophète (S), nous cachant et nous faufilant de manière secrète 
et prudente, au point de nous rencontrer, tous, à la passe d' Al- 
Akaba. Nous étions 73 hommes en compagnie de deux de nos 
femmes, à savoir Nasiba Bint Kaab dite Oumm Ammâr de la 
tribu de Banî Mâzin ibn An-Najjâr et Asmâ Bint Amr dite 
Oumm Manîa, de la tribu de Banî Salama. Nous nous 
regroupâmes dans la passe, dans l'attente du prophète (S). 
Celui-ci se présenta ensuite en, compagnie de son oncle Al- 
Abbâs ibn Abdil-Mouttalib qui professait à l'époque la religion 
de son peuple mais qui désirait assister à l'affaire de son neveu. 
On eut confiance en celui-ci qui fut, du reste, le premier 
intervenant. Début des entretiens et explication par Al-Abbâs de 
la lourdeur de la responsabilité. Après que le quorum fût atteint 
les entretiens commencèrent en vue de la conclusion de 
l'alliance religieuse et militaire. Le premier intervenant fut Al- 
Abbâs ibn Abdil-Mouttalib, oncle au Messager d'Allah (S). Il 
intervint pour expliquer, avec franchise, aux parties impliquées 
la lourde responsabilité qui allait leur revenir du fait de la 
conclusion d'une telle alliance. A cet égard, il dit: «0 Khazraj ! - 
(les arabes appelaient les ansârs Khazraj» confondant dans cette 
appellation Al-Khazraj et Al-Aws) - Mohammad occupe chez 
nous la place que vous savez. Nous l'avons toujours protégé 
contre quiconque lui veut du mal car, il jouit d'une haute place 
parmi nous et d'une invincibilité dans son pays. Cependant, il 
tient absolument à conclure cette alliance avec vous et à vous 

211 



resta parmi eux, loin de l'Islam, jusqu'à l'année de la bataille 
d' Al-Khandak (l'an 5 de l'Hégire). 

Avant l'avènement du pèlerinage suivant, c'est à dire le 
pèlerinage de la treizième année, Mous' ab ibn Omair revint à la 
Mecque apporter au prophète (H) les nouvelles de son succès et 
aussi lui décrire la situation des tribus de Yathrib ainsi que les 
bonnes dispositions, la force et l'invincibilité de ces tribus. 



Le deuxième acte de reconnaissance d'Al-Akaba. 

Au pèlerinage de l'an 13 de la prophétie, (juillet 622 G.) 
soixante-dix environ des musulmans de Yathrib, vinrent 
effectuer les rites, en compagnie des pèlerins associateurs de leur 
peuple. Ces musulmans s'étaient, à Yathrib ou en cours de route, 
interrogés, les uns les autres disant: «jusqu'à quand laisserons- 
nous le Messager d'Allah (H) errer, chassé par les gens et 
craintif, dans les montagnes de la Mecque?». 

A leur arrivée à la Mecque, ils eurent avec le prophète (S) 
des contacts secrets qui aboutirent à un accord selon lequel les 
deux parties devaient se regrouper, au milieu du pèlerinage, à la 
passe située à Al-Akaba, à l'emplacement de la Jamrah Al-Oula 
à Mina, dans la discrétion la plus complète et dans les ténèbres 
de la nuit. Laissons l'un des dirigeants des Ansârs (musulmans 
médinois) nous décrire cette réunion historique qui changea le 
cours des choses dans la lutte entre le paganisme et l'Islam. 

Ce dirigeant, Kaab ibn Mâlik Al-Ansâri (4fc) dit: «Venus 
effectuer le pèlerinage, nous donnâmes rendez-vous au Messager 
d'Allah (S) à Al-Akaba, au beau milieu de l'événement. La nuit 
du rendez- vous, il y avait parmi nous Abdoullah ibn Amr ibn 
Harâm, un de nos chefs et de nos nobles que nous avions pris 
avec nous. Nous cachions notre affaire à nos compatriotes 
associateurs en compagnie desquels nous étions venus au 
pèlerinage. Ensuite nous nous sommes adressés au chef parmi 



210 



avait dit à Mous'ab: «Voici venir un chef obéi par sa tribu. S'il 
te suit, toute la tribu te suivra sans exception. Alors, Mousaab 
dit à Saad ibn Mouaâth: «Assieds-toi, plutôt et écoute! Si les 
propos t'agréent, tu les acceptes, sinon, tu les rejettes». Saad dit: 
«Je suis d'accord». Alors, Mousaab lui présenta l'Islam et lui 
récita le Coran. Saad dit: «Par Allah! nous avons lu l'Islam sur 
son visage épanoui et rayonnant avant même qu'il ne parle. 
Comment faire pour embrasser l'Islam?» Mousaab et Asaad lui 
dirent: «tu te laves, purifies ton vêtement, attestes de la vérité et 
accomplis deux prosternations». Saad fit tout cela, puis, 
reprenant sa lance, alla au lieu de rassemblement de sa tribu. 
Lorsque ses contribules le virent, ils dirent: «Nous jurons devant 
Allah que Saad revient avec un visage qu'il n'avait pas au 
départ». 

Dès son arrivée, celui-ci dit: «Ô enfants de Abdil-Ash-hal! 
Comment percevez-vous la position que j'occupe parmi vous?». 
Ils dirent: «Tu es notre chef celui dont l'avis est meilleur que le 
nôtre, le plus intelligent parmi nous». Saad reprit: «J'interdis aux 
hommes parmi vous et aux femmes parmi vous de me parler 
aussi longtemps qu'ils ne croiront pas en Allah et en son 
Messager. Cela dit, toute la tribu embrassa l'Islam à l'exception 
d'un seul homme à savoir Al-Osayrim dont la conversion 
attendit jusqu'à la bataille d'Ohod. U se convertit le jour même 
de cette bataille où il fut tué dans les combats. Ainsi, il n'aura 
donc fait aucune prosternation au nom d'Allah. Toutefois, le 
prophète (S) dit à cet égard: «Il a fait peu de chose mais a reçu 
un gros salaire». 

Mousaab resta chez Asaad ibn Zourâra en train de mener sa 
mission d'appeler les gens à l'Islam au point qu'il n'y eût pas 
une seule maison de Médine où l'on ne pouvait retrouver des 
musulmans et des musulmanes, à l'exception de celle de Banî 
Omayya ibn Zayd, de Khatmah et de Wâ' il. Parmi ceux-ci se 
trouvait le poète Kays ibn Al-Aslat, à qui l'on obéissait. Celui-ci 



209 



place, je lui parlerai». Ousayd arriva, les découvrit avec 
nervosité et leur dit: «Qu'est-ce qui vous amène ici? Rendre 
stupides nos faibles? Déguerpissez si vous tenez à vivre!» 
Mous'ab répondit: «Assieds-toi plutôt et écoute! si quelque 
chose t'agrée, tu l'acceptes, sinon tu le rejettes". Ousayd dit: "Je 
suis d'accord", il planta sa lance et s'installa. Alors, Mous'ab lui 
parla de l'Sslam et lui récita le coran. Ousayd reprit: «Par Allah! 
nous avons lu l'Islam sur son visage épanoui et rayonnant avant 
même qu'il ne parle. Qu'y a-t-il de plus beau? Comment faire 
pour embrasser cette religion?». 

Mousaab et Asaad lui dirent: «Tu te laves, purifies ton 
vêtement et attestes de la vérité. Ensuite tu accomplis deux 
prosternations». Sur ces mots, Ousayd se leva, se lava, purifia 
son vêtement, attesta qu'il n y a de divinité qu'Allah et que 
Mohammad est le Messager d'Allah, fit deux prosternations et 
ensuite dit: «Il y a derrière moi un homme (Saad ibn Mouaâth) 
qui, s'il embrasse votre religion, y fera entrer toute sa tribu. Je 
vais de ce pas le chercher». Il prit sa lance et alla voir Saad qu'il 
trouva assis entouré de sa tribu. Celui-ci dit: «Je jure sur Allah 
qu'Ousayd vous revient avec un visage qu'il n'avait pas au 
départ!». 

A l'arrivée d'Ousayd, Saad lui dit: «Qu'as-tu fait?» Il 
répondit: «j'ai parlé aux deux hommes mais, par Allah, je ne 
leur trouve aucun mal. Je leur ai interdit de rester et ils ont dit 
«nous ferons ce que tu veux». «On m'a raconté que Banou 
Haritha sont allés rencontrer Asaad ibn Zourâra qu'ils savent 
être ton cousin du côté maternel, pour le tuer et cela pour te 
déplaire». Furieux de la nouvelle, Saad se dressa, prit sa lance et 
se dirigea vers Mousaab et Asaad. Toutefois, lorsqu'il les eut 
trouvés sereins, il comprit qu'Ousayd ne voulait que l'amener à 
écouter leurs propos. Alors, nerveux, il s'arrêta et dit à Asaad 
ibn Zourâra: «Par Allah! O Aba Omâma! n'eût été la parenté qui 
nous unit, tu ne me ferais pas une telle chose: dissimuler chez 
nous ce que nous détestons». Cependant, Asaad, le voyant venir 

208 



de son voile de discrétion a affaire avec celui-ci qui selon sa 
volonté, soit le punit soit le pardonne». 

Obâda dit aussi: «Aussi l'ài-je reconnu, un certain document 
note "F avons-nous reconnu", sur ces bases. 

L'Ambassadeur de l'Islam à Médine 

Après l'acte de reconnaissance et aussi le pèlerinage, le 
prophète (S) envoya, avec les sept convertis, un premier 
ambassadeur à Yathrib, le chargeant d'enseigner aux musulmans 
de cette localité les principes de l'Islam, de les instruire de la 
religion, de répandre l'Islam chez ceux qui pratiquaient encore 
l'associationnisme. H choisit à ce poste un jeune de l'Islam 
appartenant aux premiers convertis à savoir Mous'ab ibn Omair 
Al-Abdari (4b). 

Le succès euphorique 

Mousaab ibn Omair descendit chez Asaad ibn Zourâraen 
compagnie duquel il commença à diffuser l'Islam au sein de la 
population de Yathrib, avec perspicacité et zèle. Mousaab était 
connu sous le nom "d' Al-Moukri" (l'initiateur à la récitation du 
Coran). Le plus beau de ce qu'on raconte au sujet de la réussite 
de son appel est qu' Asaad ibn Zourâra un jour, sortit avec lui, 
pour aller chez Banî Abdil-Ash-hal et chez Banî Dhafar dont ils 
entrèrent dans l'un des jardins et s'installèrent prés d'un puit 
appelé Marak. Alors, les y rejoingnit un certain nombre de 
musulmans. A l'époque, Saad ibn Mouaad et Ousayd ibn 
Houdair, les deux chefs de leur tribu «Banou Abdil-Ash-hal» 
étaient encore associateurs. Dès que ceux-ci eurent appris cela, 
Saad dit à Ousayd: «Va voir ces deux hommes qui viennent 
d'arriver pour rendre stupides nos faibles! Chasse-les! Interdis- 
leur de venir chez nous! As' ad ibn Zourâra est un cousin du côté 
maternel, sinon c'est moi-même qui irai». Ainsi, Ousayd se 
saisit de sa lance et se dirrigea vers les deux hommes. As' ad 
l'apperçut et dit à Mous'ab: «Celui-ci qui vient est le chef de sa 
propre tribu. Mefis-toi de lui! «Mousaab précisa: «S'il prend 

207 



Le premier acte de reconnaissance d'Al-Akaba 

Nous avons déjà rappelé que six hommes de Yathrib qui 
s'étaient convertis à l'Islam au pèlerinage de l'an 11 de la 
prophétie, avaient promis au prophète (S) de communiquer son 
message à leur peuple. En conséquence de cette conversion, 
douze hommes vinrent à la Mecque à l'occasion du pèlerinage 
suivant, celui de l'an 12 de la prophétie. Cinq d'entre eux 
faisaient partie des six qui avaient déjà pris contact avec le 
Messager d'Allah (S) l'année précédente. Le sixième qui ne 
s'était pas présenté était Jâbir ibn Abdillah ibn Riaâb. Quant aux 
sept supplémentaires, ils étaient: 1) Mouaâth ibn Al-Hârith ibn 
Afrâ de Banî An-Najjâr, fraction de la tribu Al-Khazraj, 2) 
Thakwân ibn Abdil-Kays de Banî Zouraik, fraction de la tribu 
Khazjraj, 3) Obâda ibn As-Sâmit de Banî Ghanam, fraction de la 
tribu Al-Khazraj, 4) Yazid ibn Thaalaba de Banî Ghanam, 
fraction de la tribu Al-Khazraj, 5) Al-Abbâs ibn Obâda ibn 
Nadia de Banî S âlim, fraction de la tribu Al-Khazraj, 6) Aboul- 
Haytham At-Tayhân de Banî Abdil-Ash-hal, fraction de la tribu 
Al-Aws, et 7) Ouwaim ibn Sâida de Banî Amr ibn Awf, fraction 
de la tribu Al-Aws. 

Ceux-ci rencontrèrent le prophète (S) à Al-Akaba (à Mina) et 
firent acte de sa reconnaissance à la manière, des femmes, c'est 
à dire, conformément aux modalités de reconnaissance révélées 
lors de la conquête de la Mecque (Fath Makka). 

Al-Boukhari a rapporté de Obâda ibn As-Sâmit que le 
Messager d'Allah (S) dit: «Venez! Reconnaissez-moi en vous 
engageant à n'associer Allah à rien, à ne point voler, ne point 
pratiquer la formication, ne point tuer vos enfants, ne point vous 
calominer les uns les autres, ne point me désobéir. Quiconque de 
vous est fidèle sera bien rétribué par Allah. Quiconque désobéit 
en quoi que ce soit sera puni ici-bas et il lui faudra se racheter. 
Quiconque désobéit en quoi que ce soit mais qu'Allah protège 

206 



/,/ ".r' <■ ,• >-* 

^ j>rflJ JA?~ ^W^ <-ri? > -^ 

«Et quand Nous voulons détruire une cité, Nous 
ordonnons à ses gens opulents d'obéir à nos prescriptions; 
mais, au contraire ils se livrent à la perversité. Alors, la 
parole prononcée contre elle se réalise, et nous la 
détruisons entièrement. Que de générations avons-vous 
exterminées, après Noé! Et ton Seigneur suffit qu'il soit 
Parfaitement Connaisseur et Clairvoyant sur les péchés de 
Ses serviteurs». (17:16,17). 

A côté de ces versets existent d'autres précisant aux 
musulmans les bases, les clauses et les principes de la 
civilisation sur lesquels se fonde la société islamique. Tout se 
passe comme si ceux-ci s'étaient retirés sur terre y géraient leurs 
propres affaires dans tous les domaines et constituaient une unité 
globale autour de laquelle gravitait le bien-être de la société. H y 
a donc là une indication selon laquelle, le Messager d'Allah (®) 
touverait un refuge, un abri où se stabiliserait son affaire, un 
refuge qui deviendrait un siège à partir duquel il diffuserait son 
appel à travers le monde. Il s'agit là d'un des secrets de ce 
voyage béni, secret que nous avons choisi de mentionner dans la 
mesure où il se rattache à nos préoccupations de recherche. 

En raison de cette sagesse et de bien d'autres lui ressemblant, 
nous constatons que le voyage nocturne eut toutefois lieu soit 
avant le premier acte de reconnaissance d'Al-Akaba, soit entre 
les deux actes de reconnaissance d'Al-Akaba. Allah sait mieux 
que quiconque ce qu'il en est exactement. 



205 



jardins fleuris de la Sira prophétique. Puisse Allah répandre sa 
bénéidction et sa paix sur le propriétaire de tels jardins. A cet 
égard j'ai tenu à mentionner tant soit peu de cette sagesse et de 
ces secrets. 

Le lecteur aura constaté que dans la sourate Al-Isrâ, Allah ne 
fait cas du voyage nocturne que dans un seul verset après lequel, 
il commence à faire mention des turpitudes et des crimes juifs, 
attirant l'attention de ces derniers sur le fait que le Coran guide 
vers les meilleures actions. Il peut en venir à penser que les deux 
versets ne sont pas liés, ce qui est loin d'être le cas car, Allah, 
par ce style, montre tout simplement que le voyage nocturne, en 
s'effectuant vers Jérusalem, signifiait que les juifs allaient perdre 
leur poste de dirigeants de l'humanité, étant donné qu'ils avaient 
commis des crimes incompatibles avec leur maintien au poste et 
qu'Allah allait effectivement transférer le poste au Messager 
d'Allah (S) et mettre à la disposition de celui-ci l'ensemble des 
deux centres d'appel (de propagande) d'Ibrahim (4*>). Il était 
temps de déplacer la direction spirituelle d'un peuple à un autre, 
d'un peuple dont l'histoire était remplie de lâcheté, de trahison, 
de péchés et d'actes d'agression, à un autre débordant de bonté 
et de bien et dans lequel le Messager continuait de jouir de la 
révélation d'un Coran menant aux comportements les meilleurs. 
Cependant, comment devait s'effectuer le changement de 
direction alors que le Messager errait dans les montagnes de la 
Mecque, chassé par les gens? Une telle question dévoile une 
autre réalité à savoir qu'un cycle de cet appel islamique allait 
toucher à sa fin et qu'un autre, différent du premier par son 
processus, allait commencer.C'est pour cette raison que nous 
constatons que certains versets comportent un avertissement 
sans ambages et une menace terrible, en direction des 
associateurs: 



204 



l'événement alors que les gens en reniaient la réalité. La 
justification la plus incisive et la plus remarquable de ce voyage 
est la parole d'Allah exprimée en ces termes: «Afin de lui faire 
voir certaines de nos merveilles» (17: 1). Telle est la loi d'Allah 
au regard des prophètes. Allah précise: 






«Ainsi, avons-nous montré à Abraham le royaume des 
cieux et de la terre afin qu'il fût de ceux qui croient avec 
conviction» (6:75). 

Il dit au sujet de Mousâ: 

«Afin que nous te fassions voir de nos prodiges les plus 
importants» (20:23). 

Illustrant à cet égard l'application de sa volonté, il dit: «Pour 
qu'il soit de ceux qui croient avec conviction». Après avoir 
fondé la science des prophètes sur la perception des prodiges, 
Allah permet à ceux-ci de voir, par l'oeil de la certitude, des 
réalités hors-destin or, l'information est tout à fait différente de 
la perception. Voilà pourquoi les prophètes supportaient dans la 
voie d'Allah ce que d'autres ne supportaient pas. Toutes les 
forces du monde réunies ne représenteraient auprès d'eux que 
l'aile d'un moustique. Ils n'accordaient aucune importance aux 
épreuves et aux supplices. La sagesse et les mystères que 
cachent les composantes de ce voyage constituent un domaine 
de recherche ayant alimenté les contenus des livres relatifs aux 
secrets de la Chariaa. Cependant, il s'agit ici de réalités simples 
qui, jaillissant des sources du voyage béni, déferlent vers les 



203 



On projetait dans ces mufles des éléments de l'enfer pareils à 
des pierres qui leur sortaient par le derrière. U vit les usuriers 
qui, munis d'un énorme ventre, chacun, ne pouvaient bouger de 
leur place, alors que les gens du Pharaon passant devant eux, 
pour être exposés à l'enfer, les piétinaient. Il vit les formicateurs 
qui avaient en face d'eux une viande graisseuse et saine et, à 
côté de celle-ci une autre de mauvaise qualité et puante. Ils 
mangeaient de la dernière à l'exclusion de la première. H vit les 
femmes qui attribuaient à leur mari des enfants qui n'étaient pas 
des siens. Il les vit suspendues par leur seins. H vit les 
marchandises des gens de la Mecque à l'aller comme au retour 
et avait donné à ceux-ci des indications sur un chameau qui leur 
avait échappé. H but de l'eau des caravaniers contenue dans un 
récipient à couvercle, à un moment où ceux-ci dormaient et, 
ensuite, laissa le récipent fermé, ce qui était une preuve de la 
légitimité de ses prétentions, le lendemain matin du ; voyage 
nocturne. 

Ibn Al-Kayyim note: «Le lendemain matin, le Messager 
d'Allah (®) informa son peuple de ce qu'Allah, le Tout Puissant 
lui avait montré comme grnads signes. Alors, ceux-ci le 
démentirent formellement, le maltraitèrent avec acharnement. Ils 
lui demandèrent de leur décrire Jérusalem. Allah aussitôt lui 
éclaira la ville pour lui permettre de la bien voir. Us 
commencèrent à l'interroger sur les signes qu'il avait vus mais 
ne pouvaient rien réfuter de ce qu'il avançait. Le prophète (S) 
les informa sur la position et le retour de la caravane chargée de 
leurs marchandises. H les informa du moment auquel devait 
arriver cette caravane. Il les informa du chameau qui ouvrait la 
marche et, toutes les informations qu'il apportait 
correspondaient à la réalité. Toutefois, tout cela les rendit plus 
hostiles que jamais car, les injustes qu'ils étaient, ne pouvaient 
que renier. 

Selon ce qu'on raconte, Abou Bakr (4fe) fut appelé «As- 
Siddik» (le véridique) par référence à sa confirmation de 

202 



Ensuite ibn Al-Kayyim dit: «Quant à la parole d'Allah que 
l'on trouve dans la sourate, «les étoiles», à savoir «puis il se 
rapprocha et descendit encore plus bas» verset 8, elle ne signifie 
pas la même chose que «le rapprochement» que l'on trouve dans 
la sourate du voyage nocturne. La parole contenue dans la 
sourate des «étoiles» rend compte du rapprochement et de la 
descente encore plus bas de Jibril comme l'ont noté Aicha et ibn 
Mas'oud. En tout cas le contenu va dans ce sens. Sagissant du 
rapprochement et de la descente encore plus bas dans la sourate 
du voyage nocturne, il ne fait aucun doute qu'il s'agit là du 
rapprochement et de la descente encore plus bas du Seigneur. Ce 
n'est pas la même chose que ce qu'il y a dans la sourate «les 
étoiles» où l'on note que le prophète (S) vit une autre descente 
au Jujubier Céleste, à savoir celle de Jibril. 

Celui-ci a deux fois de suite été vu pas Mohammad (il) sous 
sa forme véritable: une fois sur terre et une fois au Jujubier 
Céleste, mais Allah sait mieux que quiconque ce qu'il en est 
exactement. Certains rapports mentionnent que la poitrine du 
prophète (S) a également été fendue à l'occasion et que celui-ci 
avait vu énormément de choses à cette étape. On lui présenta du 
lait et du vin et il choisit le lait. Alors, on lui dit: «On t'a guidé 
vers le bon naturel ou tu as choisi le bon naturel. Si tu avais 
choisi le vin tu aurais induit en erreur ton peuple». Il vit quatre 
fleuves au paradis: deux fleuves externes et deux fleuves 
internes. Les fleuves externes sont le Nil et l'Euphrate dans leur 
principe. Les deux autres sont à l'intérieur du paradis. 

Il se peut que le sens de l'évocation du Nil et de l'Euphrate 
soit une allusion à la réalité de la domination de l'Islam dans les 
régions correspondantes. Allah sait mieux que quiconque ce 
qu'il en est exactement. Il vit le gardien de l'enfer. Celui-ci ne 
rit jamais. Son visage n'exprime ni joie, ni détente. De même il 
vit le paradis et l'enfer. Il vit ceux qui, de leur vivant, abusaient 
des biens des orphelins par injustice à leur égard: ils avaient des 
mufles pareils à ceux des chameaux. 

201 



On projetait dans ces mufles des éléments de l'enfer pareils à 
des pierres qui leur sortaient par le derrière. Il vit les usuriers 
qui, munis d'un énorme ventre, chacun, ne pouvaient bouger de 
leur place, alors que les gens du Pharaon passant devant eux, 
pour être exposés à l'enfer, les piétinaient. Il vit les formicateurs 
qui avaient en face d'eux une viande graisseuse et saine et, à 
côté de celle-ci une autre de mauvaise qualité et puante. Ils 
mangeaient de la dernière à l'exclusion de la première. Il vit les 
femmes qui attribuaient à leur mari des enfants qui n'étaient pas 
des siens. Il les vit suspendues par leur seins. Il vit les 
marchandises des gens de la Mecque à l'aller comme au retour 
et avait donné à ceux-ci des indications sur un chameau qui leur 
avait échappé. H but de l'eau des caravaniers contenue dans un 
récipient à couvercle, à un moment où ceux-ci dormaient et, 
ensuite, laissa le récipent fermé, ce qui était une preuve de la 
légitimité de ses prétentions, le lendemain matin du, voyage 
nocturne. 

Ibn Al-Kayyim note: «Le lendemain matin, le Messager 
d'Allah (S) informa son peuple de ce qu'Allah, le Tout Puissant 
lui avait montré comme grnads signes. Alors, ceux-ci le 
démentirent formellement, le maltraitèrent avec acharnement. Ils 
lui demandèrent de leur décrire Jérusalem. Allah aussitôt lui 
éclaira la ville pour lui permettre de la bien voir. Ils 
commencèrent à l'interroger sur les signes qu'il avait vus mais 
ne pouvaient rien réfuter de ce qu'il avançait. Le prophète (S) 
les informa sur la position et le retour de la caravane chargée de 
leurs marchandises. Il les informa du moment auquel devait 
arriver cette caravane. Il les informa du chameau qui ouvrait la 
marche et, toutes les informations qu'il apportait 
correspondaient à la réalité. Toutefois, tout cela les rendit plus 
hostiles que jamais car, les injustes qu'ils étaient, ne pouvaient 
que renier. 

Selon ce qu'on raconte, Abou Bakr (■#>) fut appelé «As- 
Siddik» (le véridique) par référence à sa confirmation de 

202 



l'événement alors que les gens en reniaient la réalité. La 
justification la plus incisive et la plus remarquable de ce voyage 
est la parole d'Allah exprimée en ces termes: «Afin de lui faire 
voir certaines de nos merveilles» (17:1). Telle est la loi d'Allah 
au regard des prophètes. Allah précise: 

«Ainsi, avons-nous montré à Abraham le royaume des 
cieux et de la terre afin qu'il fût de ceux qui croient avec 
conviction» (6:75). 

Il dit au sujet de Mousâ: 

«Afin que nous te fassions voir de nos prodiges les plus 
importants» (20:23). 

Illustrant à cet égard l'application de sa volonté, il dit: «Pour 
qu'il soit de ceux qui croient avec conviction». Après avoir 
fondé la science des prophètes sur la perception des prodiges, 
Allah permet à ceux-ci de voir, par l'œil de la certitude, des 
réalités hors-destin or, l'information est tout à fait différente de 
la perception. Voilà pourquoi les prophètes supportaient dans la 
voie d'Allah ce que d'autres ne supportaient pas. Toutes les 
forces du monde réunies ne représenteraient auprès d'eux que 
l'aile d'un moustique. Es n'accordaient aucune importance aux 
épreuves et aux supplices. La sagesse et les mystères que 
cachent les composantes de ce voyage constituent un domaine 
de recherche ayant alimenté les contenus des livres relatifs aux 
secrets de la Chariaa. Cependant, il s'agit ici de réalités simples 
qui, jaillissant des sources du voyage béni, déferlent vers les 



203 



jardins fleuris de la Sira prophétique. Puisse Allah répandre sa 
bénéidction et sa paix sur le propriétaire de tels jardins. A cet 
égard j'ai tenu à mentionner tant soit peu de cette sagesse et de 
ces secrets. 

Le lecteur aura constaté que dans la sourate Al-Isrâ, Allah ne 
fait cas du voyage nocturne que dans un seul verset après lequel, 
il commence à faire mention des turpitudes et des crimes juifs, 
attirant l'attention de ces derniers sur le fait que le Coran guide 
vers les meilleures actions. 11 peut en venir à penser que les deux 
versets ne sont pas liés, ce qui est loin d'être le cas car, Allah, 
par ce style, montre tout simplement que le voyage nocturne, en 
s'effectuant vers Jérusalem, signifiait que les juifs allaient perdre 
leur poste de dirigeants de l'humanité, étant donné qu'ils avaient 
commis des crimes incompatibles avec leur maintien au poste et 
qu'Allah allait effectivement transférer le poste au Messager 
d'Allah (S) et mettre à la disposition de celui-ci l'ensemble des 
deux centres d'appel (de propagande) d'Ibrahim (4*). Il était 
temps de déplacer la direction spirituelle d'un peuple à un autre, 
d'un peuple dont l'histoire était remplie de lâcheté, de trahison, 
de péchés et d'actes d'agression, à un autre débordant de bonté 
et de bien et dans lequel le Messager continuait de jouir de la 
révélation d'un Coran menant aux comportements les meilleurs. 
Cependant, comment devait s'effectuer le changement de 
direction alors que le Messager errait dans les montagnes de la 
Mecque, chassé par les gens? Une telle question dévoile une 
autre réalité à savoir qu'un cycle de cet appel islamique allait 
toucher à sa fin et qu'un autre, différent du premier par son 
processus, allait commencer.C'est pour cette raison que nous 
constatons que certains versets comportent un avertissement 
sans ambages et une menace terrible, en direction des 
associateurs: 



204 



«Et quand Nous voulons détruire une cité, Nous 
ordonnons à ses gens opulents d'obéir à nos prescriptions; 
mais, au contraire ils se livrent à la perversité. Alors, la 
parole prononcée contre elle se réalise, et nous la 
détruisons entièrement. Que de générations avons-vous 
exterminées, après Noé! Et ton Seigneur suffit qu'il soit 
Parfaitement Connaisseur et Clairvoyant sur les péchés de 
Ses serviteurs». (17:16,17). 

A coté de ces versets existent d'autres précisant aux 
musulmans les bases, les clauses et les principes de la 
civilisation sur lesquels se fonde la société islamique. Tout se 
passe comme si ceux-ci s'étaient retirés sur terre y géraient leurs 
propres affaires dans tous les domaines et constituaient une unité 
globale autour de laquelle gravitait le bien-être de la société. Il y 
a donc là une indication selon laquelle, le Messager d'Allah (S) 
touverait un refuge, un abri où se stabiliserait son affaire, un 
refuge qui deviendrait un siège à partir duquel il diffuserait son 
appel à travers le monde. Il s'agit là d'un des secrets de ce 
voyage béni, secret que nous avons choisi de mentionner dans la 
mesure où il se rattache à nos préoccupations de recherche. 

En raison de cette sagesse et de bien d'autres lui ressemblant, 
nous constatons que le voyage nocturne eut toutefois lieu soit 
avant le premier acte de reconnaissance d'Al-Akaba, soit entre 
les deux actes de reconnaissance d'Al-Akaba. Allah sait mieux 
que quiconque ce qu'il en est exactement. 



205 



Le premier acte de reconnaissance d'Al-Akaba 

Nous avons déjà rappelé que six hommes de Yathrib qui 
s'étaient convertis à l'Islam au pèlerinage de l'an 11 de la 
prophétie, avaient promis au prophète (S) de communiquer son 
message à leur peuple. En conséquence de cette conversion, 
douze hommes vinrent à la Mecque à l'occasion du pèlerinage 
suivant, celui de l'an 12 de la prophétie. Cinq d'entre eux 
faisaient partie des six qui avaient déjà pris contact avec le 
Messager d'Allah (S) l'année précédente. Le sixième qui ne 
s'était pas présenté était Jâbir ibn Abdillah ibn Riaâb. Quant aux 
sept supplémentaires, ils étaient: 1) Mouaâth ibn Al-Hârith ibn 
Afrâ de Banî An-Najjâr, fraction de la tribu Al-Khazraj, 2) 
Thakwân ibn Abdil-Kays de Banî Zouraik, fraction de la tribu 
Khazjraj, 3) Obâda ibn As-Sâmit de Banî Ghanam, fraction de la 
tribu Al-Khazraj, 4) Yazid ibn Thaalaba de Banî Ghanam, 
fraction de la tribu Al-Khazraj. 5) Al-Abbâs ibn Obâda ibn 
Nadia de Banî Sâlim, fraction de la tribu Al-Khazraj, 6) Aboul- 
Haytham At-Tayhân de Banî Abdil-Ash-hal, fraction de la tribu 
Al-Aws, et 7) Ouwaim ibn Solda de Banî Amr ibn Awf, fraction 
de la tribu Al-Aws. 

Ceux-ci rencontrèrent le prophète (S) à Al-Akaba (à Mina) et 
firent acte de sa reconnaissance à la manière, des femmes, c'est 
à dire, conformément aux modalités de reconnaissance révélées 
lors de la conquête de la Mecque (Fath Makka). 

Al-Boukhari a rapporté de Obâda ibn As-Sâmit que le 
Messager d'Allah (S) dit: «Venez! Reconnaissez-moi en vous 
engageant à n'associer Allah à rien, à ne point voler, ne point 
pratiquer la formication, ne point tuer vos enfants, ne point vous 
calominer les uns les autres, ne point me désobéir. Quiconque de 
vous est fidèle sera bien rétribué par Allah. Quiconque désobéît 
en quoi que ce soit sera puni ici-bas et il lui faudra se racheter. 
Quiconque désobéit en quoi que ce soit mais qu'Allah protège 

206 



de son voile de discrétion a affaire avec celui-ci qui selon sa 
volonté, soit le punit soit le pardonne». 

Obâda dit aussi: «Aussi l'ai-je reconnu, un certain document 
note "F avons-nous reconnu", sur ces bases. 

L'Ambassadeur de l'Islam à Médine 

Après l'acte de reconnaissance et aussi le pèlerinage, le 
prophète (S) envoya, avec les sept convertis, un premier 
ambassadeur à Yathrib, le chargeant d'enseigner aux musulmans 
de cette localité les principes de l'Islam, de les instruire delà 
religion, de répandre l'Islam chez ceux qui pratiquaient encore 
l'associationnisme. Il choisit à ce poste un jeune de l'Islam 
appartenant aux premiers convertis à savoir Mous'ab ibn Omair 
Al-Abdari (<*>). 

Le succès euphorique 

Mousaab ibn Omair descendit chez Asaad ibn Zourâraen 
compagnie duquel il commença à diffuser l'Islam au sein de la 
population de Yathrib, avec perspicacité et zèle. Mousaab était 
connu sous le nom "d' Al-Moukri" (l'initiateur à la récitation du 
Coran). Le plus beau de ce qu'on raconte au sujet de la réussite 
de son appel est qu'Asaad ibn Zourâra un jour, sortit avec lui, 
pour aller chez Banî Abdil-Ash-hal et chez Banî Dhafar dont ils 
entrèrent dans l'un des jardins et s'installèrent prés d'un puit 
appelé Marak. Alors, les y rejoingnit un certain nombre de 
musulmans. A l'époque, Saad ibn Mouaad et Ousayd ibn 
Houdair, les deux chefs de leur tribu «Banou Abdil-Ash-hal» 
étaient encore associateurs. Dès que ceux-ci eurent appris cela, 
Saad dit à Ousayd: «Va voir ces deux hommes qui viennent 
d'arriver pour rendre stupides nos faibles! Chasse-les! Interdis- 
leur de venir chez nous! As 'ad ibn Zourâra est un cousin du côté 
maternel, sinon c'est moi-même qui irai». Ainsi, Ousayd se 
saisit de sa lance et se dirrigea vers les deux hommes. As 'ad 
l'apperçut et dit à Mous'ab: «Celui-ci qui vient est le chef de sa 
propre tribu. Mefis-toi de lui! «Mousaab précisa: «S'il prend 

207 



place, je lui parlerai». Ousayd arriva, les découvrit avec 
nervosité et leur dit: «Qu'est-ce qui vous amène ici? Rendre 
stupides nos faibles? Déguerpissez si vous tenez à vivre!» 
Mous'ab répondit: «Assieds-toi plutôt et écoute! si quelque 
chose t'agrée, tu l'acceptes, sinon tu le rejettes". Ousayd dit: "Je 
suis d'accord", il planta sa lance et s'installa. Alors, Mous'ab lui 
parla de l'Sslam et lui récita le coran. Ousayd reprit: «Par Allah! 
nous avons lu l'Islam sur son visage épanoui et rayonnant avant 
même qu'il ne parle. Qu'y a-t-il de plus beau? Comment faire 
pour embrasser cette religion?». 

Mousaab et Asaad lui dirent: «Tu te laves, purifies ton 
vêtement et attestes de la vérité. Ensuite tu accomplis deux 
prosternations». Sur ces mots, Ousayd se leva, se lava, purifia 
son vêtement, attesta qu'il n y a de divinité qu'Allah et que 
Mohammad est le Messager d'Allah, fit deux prosternations et 
ensuite dit: «Il y a derrière moi un homme (Saad ibn Mouaâth) 
qui, s'il embrasse votre religion, y fera entrer toute sa tribu. Je 
vais de ce pas le chercher». Il prit sa lance et alla voir Saad qu'il 
trouva assis entouré de sa tribu. Celui-ci dit: «Je jure sur Allah 
qu'Ousayd vous revient avec un visage qu'il n'avait pas au 
départ!». 

A l'arrivée d'Ousayd, Saad lui dit: «Qu'as-tu fait?» Il 
répondit: «j'ai parlé aux deux hommes mais, par Allah, je ne 
leur trouve aucun mal. Je leur ai interdit de rester et ils ont dit 
«nous ferons ce que tu veux». «On m'a raconté que Banou 
Haritha sont allés rencontrer Asaad ibn Zourâra qu'ils savent 
être ton cousin du côté maternel, pour le tuer et cela pour te 
déplaire». Furieux de la nouvelle, Saad se dressa, prit sa lance et 
se dirigea vers Mousaab et Asaad. Toutefois, lorsqu'il les eut 
trouvés sereins, il comprit qu'Ousayd ne voulait que l'amener à 
écouter leurs propos. Alors, nerveux, il s'arrêta et dit à Asaad 
ibn Zourâra: «Par Allah! O Aba Omâma! n'eût été la parenté qui 
nous unit, tu ne me ferais pas une telle chose: dissimuler chez 
nous ce que nous détestons». Cependant, Asaad, le voyant venir 

208 



avait dit à Mous'ab: «Voici venir un chef obéi par sa tribu. S'il 
te suit, toute la tribu te suivra sans exception. Alors, Mousaab 
dit à Saad ibn Mouaâth: «Assieds-toi, plutôt et écoute! Si les 
propos t'agréent, tu les acceptes, sinon, tu les rejettes». Saad dit; 
«Je suis d'accord». Alors, Mousaab lui présenta l'Islam et lui 
récita le Coran. Saad dit: «Par Allah! nous avons lu l'Islam sur 
son visage épanoui et rayonnant avant même qu'il ne parle. 
Comment faire pour embrasser l'Islam?» Mousaab et Asaad lui 
dirent: «tu te laves, purifies ton vêtement, attestes de la vérité et 
accomplis deux prosternations». Saad fit tout cela, puis, 
reprenant sa lance, alla au lieu de rassemblement de sa tribu. 
Lorsque ses contribules le virent, ils dirent: «Nous jurons devant 
Allah que Saad revient avec un visage qu'il n'avait pas au 
départ». 

Dès son arrivée, celui-ci dit: «Ô enfants de Abdil-Ash-hal! 
Comment percevez-vous la position que j'occupe parmi vous?». 
Ils dirent: «Tu es notre chef celui dont l'avis est meilleur que le 
nôtre, le plus intelligent parmi nous». Saad reprit: «J'interdis aux 
hommes parmi vous et aux femmes parmi vous de me parler 
aussi longtemps qu'ils ne croiront pas en Allah et en son 
Messager. Cela dit, toute la tribu embrassa l'Islam à l'exception 
d'un seul homme à savoir Al-Osayrim dont la conversion 
attendit jusqu'à la bataille d'Ohod. Il se convertit le jour même 
de cette bataille où il fut tué dans les combats. Ainsi, il n'aura 
donc fait aucune prosternation au nom d'Allah. Toutefois, le 
prophète (S) dit à cet égard: «Il a fait peu de chose mais a reçu 
un gros salaire». 

Mousaab resta chez Asaad ibn Zourâra en train de mener sa 

mission d'appeler les gens à l'Islam au point qu'il n'y eût pas 
une seule maison de Médine où l'on ne pouvait retrouver des 
musulmans et des musulmanes, à l'exception de celle de Banî 
Omayya ibn Zayd, de Khatmah et de Wâ' il. Parmi ceux-ci se 
trouvait le poète Kays ibn Al-Aslat, à qui l'on obéissait. Celui-ci 



209 



resta parmi eux, loin de l'Islam, jusqu'à l'année de la bataille 
d'Al-Khandak (l'an 5 de l'Hégire). 

Avant l'avènement du pèlerinage suivant, c'est à dire le 
pèlerinage de la treizième année, Mous' ab îbnOmair revint à la 
Mecque apporter au prophète (S) les nouvelles de son succès et 
aussi lui décrire la situation des tribus de Yathrib ainsi que les 
bonnes dispositions, la force et l'invincibilité de ces tribus. 



Le deuxième acte de reconnaissance d' Al-Akaba. 

Au pèlerinage de l'an 13 de la prophétie, (juillet 622 G.) 
soixante-dix environ des musulmans de Yathrib, vinrent 
effectuer les rites, en compagnie des pèlerins assocrateurs de leur 
peuple. Ces musulmans s'étaient, à Yathrib ou en cours de route, 
interrogés, les uns les autres disant: «jusqu'à quand laisserons- 
nous le Messager d'Allah (S) errer, chassé par les gens et 
craintif, dans les montagnes de la Mecque?». 

A leur arrivée à la Mecque, ils eurent avec le prophète (S) 
des contacts secrets qui aboutirent à un accord selon lequel les 
deux parties devaient se regrouper, au milieu du pèlerinage, à la 
passe située à Al-Akaba, à l'emplacement de la Jamrah Al-Oula 
à Mina, dans la discrétion la plus complète et dans les ténèbres 
de la nuit. Laissons l'un des dirigeants des Ansârs (musulmans 
médinois) nous décrire cette réunion historique qui changea le 
cours des choses dans la lutte entre le paganisme et l'Islam. 

Ce dirigeant, Kaab ibn Mâlik Al-Ansâri (<&>) dit: «Venus 
effectuer le pèlerinage, nous donnâmes rendez-vous au Messager 
d'Allah (S) à Al-Akaba, au beau milieu de l'événement. La nuit 
du rendez-vous, il y avait parmi nous Abdoullah ibn Amr ibn 
Harâm, un de nos chefs et de nos nobles que nous avions pris 
avec nous. Nous cachions notre affaire à nos compatriotes 
associateurs en compagnie desquels nous étions venus au 
pèlerinage. Ensuite nous nous sommes adressés au chef parmi 



210 



nous en ces termes: «Ô Aba Jâbir (Père de Jâbir) ! Tu es un de 
nos chefs et un de nos nobles. Nous désirons te voir sortir de ce 
qe tui pratiques comme religion, sinon, demain, tu te retrouveras 
comme du bois au feu». Sur ces mots, nous l'appelâmes à 
l'Islam et l'informâmes que nous avions rendez-vous avec le 
Messager d'Allah (®) à Al-Akaba. Alors il embrassa l'Islam et 
se présenta à Al-Akaba en notre compagnie. Cette nuit-là, nous 
dormîmes tout autant que nos autres compatriotes sur nos 
bagages. Après que la nuit se fût écoulée d'un tiers, nous 
sortîmes de nos bagages pour aller au rendez-vous avec le 
prophète (S), nous cachant et nous faufilant de manière secrète 
et prudente, au point de nous rencontrer, tous, à la passe d' Al- 
Akaba. Nous étions 73 hommes en compagnie de deux de nos 
femmes, à savoir Nasiba Bint Kaab dite Oumm Ammâr de la 
tribu de Banî Mâzin ibn An-Naiiâr et Asmâ Bint Amr dite 
Oumm Manîa, de la tribu de Banî Salama. Nous nous 
regroupâmes dans la passe, dans l'attente du prophète (S). 
Celui-ci se présenta ensuite en, compagnie de son oncle Al- 
Abbâs ibn Abdil-Mouttalib qui professait à l'époque la religion 
de son peuple mais qui désirait assister à l'affaire de son neveu. 
On eut confiance en celui-ci qui fut, du reste, le premier 
intervenant. Début des entretiens et explication par Al-Abbâs de 
la lourdeur de la responsabilité. Après que le quorum fût atteint 
les entretiens commencèrent en vue de la conclusion de 
l'alliance religieuse et militaire. Le premier intervenant fut Al- 
Abbâs ibn Abdil-Mouttalib, oncle au Messager d'Allah (S). Il 
intervint pour expliquer, avec franchise, aux parties impliquées 
la lourde responsabilité qui allait leur revenir du fait de la 
conclusion d'une telle alliance. A cet égard, il dit: «Ô Khazrai ! - 
(les arabes appelaient les ansârs Khazraj» confondant dans cette 
appellation Al-Khazraj et Al-Aws) - Mohammad occupe chez 
nous la place que vous savez. Nous l'avons toujours protégé 
contre quiconque lui veut du mal car, il jouit d'une haute place 
parmi nous et d'une invincibilité dans son pays. Cependant, il 
tient absolument à conclure cette alliance avec vous et à vous 

211 



rejoindre. Si vous pensez que vous serez en mesure de respecter 
votre engagement vis à vis de lui et de le protéger contre ses 
ennemis, alors, prenez vos responsabilités. Par contre si vous 
pensez qu'après l'avoir emmené chez vous vous refuserez de 
l'aider et le livrerez à ses ennemis, alors, renoncez à l'alliance et 
laissez-le en paix, car il jouit à la fois de puissance et 
d'invincibilité au sein de sa tribu et dans son pays». 

Nous lui dîmes: «Nous avons compris ce que tu viens de dire; 
mais parle! Ô toi Messager d'Allah! Tu obtiendras de nous ce 
que vous voulez, toi et ton Seigneur!». 

Une telle réponse dénote leur résolution, leur détermination, 
leur courage, leur foi et la pureté de leur dévotion par rapport à 
cette lourde responsabilité et les graves conséquences qui ne 
manqueraient pas d'en découler. Ensuite, le Messager d'Allah 
(0) prit la parole, après quoi l'acte de reconnaissance (AI- 
ES ayaa) dut conclu. 

Les termes du Bayaa 

L'imam Ahmad les a rapportés dans le détail de Jâbir qui 
s'exprime en ces termes: «nous dîmes, Messager d'Allah sur 
quoi va se fonder notre reconnaissance à ton égard?». Il 
répondit: 

1. «Vous obéirez à mes ordres en quelque situation que vous 

soyez». 

2. «Vous aurez confiance en moi dans les moments difficiles 
comme en période d'aisance». 

3. «Vous commanderez le bien et interdirez le mal». 

4. «Vous aimerez Allah de sorte que personne ne puisse vous en 
détourner». 

5. «Vous m'aiderez si je vous rejoins, me protégerez comme 
vous-mêmes, vos épouses et vos enfants. Si vous le faites, 
vous aurez le paradis». 

212 



Le récit de Ka'ab rapporté par ibn Ishâq ne mentionne que la 
sixième clause exprimée en ces termes: «Le Messager d'Allah 
(S) prit la parole, récita le Coran, appela à Allah, présenta les 
avantages de l'Islam et dit: «j'accepte l'acte de reconnaissance à 
condition que vous me protégiez comme vous protégez vos 
femmes et vos enfants». Al-Barâ ibn Maarour lui prit alors la 
main et dit: "Oui, Par celui qui vous a envoyé muni de la vérité 
et, comme prophète, nous te protégerons de la même manière 
que nous protégeons nos femmes. Souscris donc à l'acte de 
reconnaissance! Ô Messager d'Allah! Par Allah! Nous sommes 
un peuple de guerre, par héritage». Aboul-Haytham l'interrompit 
et dit: «Ô Messager d'Allah! Nous entretenons des rapports avec 
des hommes (les juifs); mais ces rapports nous allons les 
rompre. Cependant, si nous le faisons et si Allah te fait 
triompher, vas-tu nous laisser tomber pour retourner auprès de 
ton peuple». 

Le Messager d'Allah (S) sourit et dit: 

fi o^ fi -" o .. ^ 

{y> UjU-1 t^yj» *sj\j *xu Uï ti.Xfil f-^-Slj <.?m\ çJj\ Jj» 

«plutôt, le sang c'est le sang et la destruction, la 
destruction. Je me réclame de vous et vous de moi. Je 
combattrai quiconque vous combat et ferai la paix avec 
quiconque fait la paix avec vous». 

Réaffirmation de la gravité de la Bayaa 

Au terme des entretiens sur les conditions de la Bayaa et 
après que tout le monde se fût accordé sur la nécessité de la 
conclusion de celui-ci, deux hommes appartenant au peloton de 
tête des reconvertis au pèlerinage de l'année 11-12 de la 
prophétie, se levèrent, l'un après l'autre, pour réitérer aux gens 
la lourdeur de la responsabilité, soucieux d'amener ceux-ci à 
agir en toute connaissance de cause et de savoir dans quelle 
mesure ils étaient prêts au sacrifice. Ibn IShâq dit: «Après que 
les gens se fussent réunis pour la conclusion de la Bayaa, Al- 

213 



Abbâs ibn Obâda ibn Nadia dit: «Savez-vous sur quelles bases 
vous reconnaissez cet homme»? Les gens dirent: «Oui» H reprit: 
«Vous le reconnaissez sur la base d'une acceptation de 
combattre blancs et noirs. Si vous pensez que vous allez devoir 
le trahir lorsqu'un malheur aura frappé vos biens ou que la tuerie 
aura sérieusement réduit le nombre de vos nobles, alors, 
renoncez dès maintemant, car, par Allah! si vous le trahissez, 
vous serez humiliés ici-bas et dans l'au-delà. Par contre, si vous 
pensez que vous respecterez votre engagement quoi qu'il arrive 
de mal à vos biens et à vos nobles, alors, allez -y car, par Allah 
cela vous rapportera le bien ici-bas et dans l'au-delà. Ils dirent: 
«Si, nous concluons la Bayaa en faisant fi des malheurs 
éventuels qui pourraient s'abattre sur nos biens et de l'éventuel 
meurtre de nos nobles, qu'est-ce que cela nous rapportera, Ô 
Messager d'Allah? qu'est-ce que cela nous rapporte, si nous 
restons fidèles malgré tout?». Le prophète (S) répondit: «Le 
paradis». Les gens lui dirent: tends ta main! «Il tendit la main et 
l'acte eut lieu. 

Dans le rapport qu'il a fait Jâbir dit: «Ainsi nous le 
reconnûmes. Asaad ibn Zourâra, le plus petit des 70 lui prit la 
main et dit: «Doucement! peuple de Yathrib. Nous ne 
l'honorerons qu'autant que nous saurons qu'il est le Messager 
d'Allah, que sa sortie d'aujourd'hui signifie la séparation avec 
tous les arabes, le meurtre des meilleurs de vous et la 
confrontation avec les épées. Soit vous vous montrez endurants 
et le prenez avec vous pour être récompensés par Allah, soit 
vous avez peur pour vous-mêmes et alors le laissez tomber. Il 
s'en excusera pour vous auprès d'Allah». 

La conclusion de la Bayaa 

Après l'approbation des termes de l'alliance et la réitération 
ci-dessus, la conclusion de la Bayaa commença par un serrement 
de mains. Après avoir rapporté les propos d' Asaad ibn Zourâra, 
Jâbir poursuit: «ils dirent: Ô As'ad! ôte ta main de nous! Par 
Allah! nous ne laisserons jamais tomber cette Bayaa et non plus, 

214 



nous ne le différerons». Sur ces mots, Asaad se rendit compte et 
aussi s'assura de la disposition des gens à aller jusqu'au sacrifice 
dans la défense de leur cause. Lui et Mous' ab ibn Omair étaient 
les grands propaganistes et il fut le premier à effectuer V acte de 
la Bayaa. Ibn Ishâq dit: « Banou An-Najjâr prétendent qu'Asaad 
ibn Zourâra fut le premier à lui donner la main et qu'après cela, 
commença la Bayaa général». Jabir dit aussi: «Alors, nous 
allâmes vers lui l'un après l'autre. D reçut de nous la Bayaa et, 
ce faisant, nous donna des chances d'accéder au paradis». 
S 'agissant de la Bayaa des deux femmes prenant part à 
l'événement, il s'effectua oralement. Le Messager d'Allah (ô) 
n'a jamais serré la main à une femme étrangère à son univers 
familial. 

Le choix de douze dirigeants 

Après la conclusion de la Bayaa, le prophète (S) demanda 
l'élection de douze dirigeants qui seraient les responsables 
auprès de leur peuple, qui veilleraient à la mise en application 
des clauses de la Bayaa. Il dit aux gens: «Sortez-moi parmi vous 
douze responsables qui se chargeront auprès de vous de 
l'application des termes de la Bayaa ». Aussitôt, le choix fut fait. 
Il y avait neuf responsables du côté d'Al-Khazraj et trois de 
celui d' Al-Aws. Voici les noms de ces responsables. 

Les responsables Khazrai 

1 . Asaad ibn Zourâra ibn Ads. 

2. Saad ibn Ar-Rabia ibn Amr. 

3. Abdoullah ibn Rawâha ibn Thaalaba. 

4. Râfia ibn Mâlik ibn Al-Ajalân. 

5. Al-Barâ ibn Maarour ibn Sakhr. 

6. Abdoullah ibn Amr ibn Harâm. 

7. Obâda ibn As-Sâmit ibn Kays. 



215 



8. Saadibn Obâda ibn Dalîm. 

9. Al-Mounthir ibn Amr ibn Khanîs. 
Les responsables d'Al-Aws 

1. Ousayd ibn Houdair ibn Sammâk. 

2. Saad ibn Khaythama ibn Al-Hârith. 

3. Rifâaa ibn Abdil-Mounthir ibn Zoubair. 

Après le choix de ces douze responsables, le prophète (H) 
conclut avec eux un autre pacte en leur qualité de chefs 
responsables. Il leur dit: «Vous êtes garants de l'engagement 
souscrit par votre peuple de la même manière que les partisans 
de Isa ibn Mariam étaient garants de celui-ci. Moi, je suis garant 
de mon peuple à savoir la communauté des musulmans». Ils 
dirent: «d'accord!». 

Un satan découvre l'alliance 

Après la conclusion de l'alliance, alors que les gens étaient 

sur le point de se disperser un des satans, au dernier moment, 
découvrit l'affaire, mais il n'était plus possible d'en 
communiquer la nouvelle aux dirigeants des Kouraichites de 
manière à leur permettre de surprendre les participants, pendant 
que ceux-ci étaient dans la passe. Debout sur une élévation de 
terre, ce satan poussa un cri strident qu'on avait jamais entendu 
disant: «Ô vous autres dans les maisons! Sachez -vous que 
Mohammad est avec les jeunes? Ils se sont réunis pour vous 
faire la guerre!». Le Messager d'Allah (S) dit: «Le gueulard! je 
te jure Ô ennemi d'Allah que je t'attendrai!». Ensuite il ordonna 
aux gens de se disperser et de regagner leurs bagages. 

La disposition des Ansârs à attaquer les Kouraichites 

Ayant entendu la voix de ce satan, Al- Abbâs ibn Obâda ibn 
Nadia dit: "Par celui qui t'a envoyé en te minussant de la vérité! 
Si tu veux, nous descendrons sur ces gens de Minan demain 
avec nos épées!". Le Messager d'Allah (Ô) dit: «Cela, nous ne 

216 



l'ordonnons pas. Plutôt, retournez à vos bagages». Les gens 
repartirent et dormirent jusqu'au matin. 

Les Kouraichites protestent auprès des chefs de Yathrib 

Dès qu'ils eurent appris cette nouvelle, les Kouraichites 
connurent une agitation mêlée d'inquiétude et de tristesse parce 
qu'ils savaient pertinement les retombées d'une telle Bayaa ainsi 
que ses conséquences sur eux-mêmes et sur leurs biens. Dès le 
lendemain, une grande délégation composée des dirigeants et 
des plus grands délinquants de la Mecque fut dépêchée à Yathrib 
pour protester énergiquement contre l'alliance. Elle dit: «Ô 
Khazraj ! Il nous a été communiqué que vous étiez venus voir 
notre gars (Mohammad) essayant de le sortir de chez nous, de 
conclure une alliance avec lui pour nous faire la guerre, or, par 
Allah! il n'y a aucune tribu arabe avec laquelle nous détestons le 
plus faire la guerre si ce n'est la vôtre». Les associateurs 
Khazraiites ne savaient encore rien de l'alliance, celle-ci ayant 
été conclue dans la plus grande discrétion, au milieu de la nuit. 
Ces associateurs se mirent donc à jurer sur Allah en disant: «Il 
n'en est rien: nous ne sommes pas au courant». Ils allèrent voir 
Abdallah ibn Obai ibn Saloul qui se mit à dire: «C'est faux! ceci 
n'a pas eu lieu. Mes gens ne n'échappent pas aussi facilement. 
Si javais été à Yathrib, mes gens n'auraient pas fait cela sans me 
consulter». 

Quant aux musulmans ils se regardaient les uns les autres et 
gardaient le silence. Aucun d'eux ne réagit par confirmation ou 
infirmation. Les dirigeants Kouraichites finirent par faire foi aux 
déclarations des associateurs de Yathrib, ils rentrèrent déçus. 

La confirmation de la nouvelle chez les Kouraichites et la 
poursuite des acteurs de l'alliance 

Les dirigeants de la Mecque s'en retrounèrent presque 
certains que la nouvelle était fausse. Toutefois, ils ne cessaient 
de mener des investigations et d'approfondir la situation, au 
point de s'assurer que la nouvelle était fondée et 

217 



qu'effectivement l'alliance avait été conclue et cela, après le 
retour des pèlerins dans leurs pays respectifs. Alors, leurs 
cavaliers se dépêchèrent de poursuivre les gens de Yathrib, mais 
c'était trop tard. Ils purent quand même apercevoir Saad ibn 
Obâda et Al-Mounthir ibn Amr. Alors ils les poursuivirent. Al- 
Mounthir leur échappa mais ils capturèrent Saad, lui attachèrent 
les mains au cou et au poignet de sa scelle, se mirent à le 
frapper, à le traîner et à lui tirer les cheveux au point de le 
ramener à la Mecque. Alors, Al-Moutaim ibn Adi et Al-Hârith 
ibn Harb ibn Omayya vinrent lui détacher les mains car Saad 
leur surveillait leurs caravanes de passage à Médine. Ne voyant 
pas celui-ci, les Ansâr se consultaient pour retourner le chercher, 
lorsqu'ils le virent paraître. Ainsi, tout le groupe parvint à 
Médine. Voila la deuxième Bayaa d'Al-Akaba que l'on connaît 
sous le nom de la plus grande Bayaa d'Al-Akaba. H s'est réalisé 
dans une atmosphère dominée par l'amour, l'amitié, l'assistance 
mutuelle entre les diffénts croyants, la confiance, le courage et 
l'esprit de sacrifice dans la voie de l'Islam. Chaque musulman 
de Yathrib éprouvait de la sympathie pour son malheureux frère 
musulman de la Mecque, le soutenait inconditionnellement, en 
voulait à ses offenseurs, débordait, dans son for intérieur, 
d'affection et de tendresse pour ce frère qu'il connaissait en 
Dieu, même s'il ne le connaissait pas de visu. Ces sentiments et 
ces penchants n'étaient pas le fait d'une tendance passagère 
appelée à cesser avec le temps. Au contraire la source en était la 
foi en Allah et en son Messager, la foi dans le livre d'Allah, foi 
qui ne saurait s'estomper devant aucune des forces de l'injustice 
et de l'agression, une foi capable de merveilles dans le dogme et 
le travail. Grâce à cette foi, les musulmans ont pu enregistrer des 
actions dans les pages de l'hsitoire, y laisser leurs marques 
indélébiles à l'épreuve du temps. 



218 



LES PREMICES DE L'HEGIRE 

Après la conclusion de la seconde Bayaa d'Al-Akaba et la 
réussite de l'Islam à fonder son propre pays au milieu d'un 
désert débordant d'impiété et d'ignorance - le plus important des 
acquis réalisés par l'Islam depuis le début de son appel - le 
Messager d'Allah (S) autorisa les musulmans à émigrer vers ce 
pays. La signification de l'hégire (émigration) n'était autre que 
mépris des intérêts, sacrifice des biens et délivrance de la 
personne. Il fallait aussi s'attendre à être razzié et capturé à périr 
au départ ou à l'arrivée, à aller vers un avenir incertain, dont on 
ne savait pas ce qui en découlerait en fait d'înquiètude et de 
tristesse. Les musulmans commencèrent à émigrer, en toute 
connaissance de cause. Les associateurs se mirent à les 
empêcher de partir du fait qu'ils se sentaient en danger. Voici 
quelques exemples de ce scénario. 

1. L'un des tous premiers émigrants fut Abou Salma qui 
émigra un an avant la grande Al-Akaba, selon ibn Ishâk. Il était 
accompagné de sa femme et de son fils. Lorsqu'il fut sur le point 
de partir, ses beaux frères lui dirent: «Voici celle que tu nous a 
ravie, la vois-tu? Sur quoi te laisserions-nous l'emmener au 
pays?». Us lui retirèrent sa femme. La famille d'Abi Salama se 
fâcha contre celui-ci et dit: Nous ne laisserons pas notre fils avec 
elle puis qu'on l'a arrachée de notre parent». Ils se mirent à se 
disputer l'enfant, à hue et à dia, au point de lui arracher le bras. 
Cependant l'enfant resta avec sa famille maternelle. Seul, Abou 
Salama partit vers la Médine. Après le départ de son mari, 

Oumm Salma L$ ;.c. «dll L ^j qui avait donc perdu son enfant, 

sortait toujours dans AÏ-Abtoh où elle pleurait du matin au soir. 
Ainsi continua-t-elle pendant un an environ. Un jour, un des 
siens eut pitié d'elle et dit aux autres: «N'allez- vous pas laisser 
partir celle-ci? Vous l'ayez séparée de son mari et de son 
enfant». Ceux-ci dirent alors à Salama: «Rejoins ton mari, si tu 

219 



veux». Alors elle reprit son enfant de son clan et sortit pour se 
rendre à Médine, dans un voyage long de 500 kilomètres, sans 
personne en sa compagnie. 

Othm ân ibn Talha ibn Abi Talha la rencontra à At-tan-îm, et, 
après avoir pris connaissance de son état, l'escorta jusqu'à 
Médine. A la vue de Koubâ, il lui dit: «Ton mari est dans ce 
village. Va! Entre avec la bénédiction d'Allah» avant de prendre 
le chemin du retour à la Mecque. 

1. Souhayb ibn Sinân Ar-Roumi émigra après le Messager 
d'Allah (#). Au moment de sa préparation, les infidèles delà 
Mecque lui dirent: «Au moment où tu venais chez nous, tu 
n'étais qu'un méprisable bandit. Ensuite tu as eu beaucoup de 
biens et atteint ton niveau actuel. Tiens! à présent tu veux partir 
avec tes biens! Par Allah, cela tu ne le feras jamais». Souhayb 
leur dit: «Me laisserez- vous partir si je vous livre mes biens?» 
Ils dirent: «Oui». Il reprit: «je vous laisse mes biens». La 
nouvelle d'une telle décision parvint au prophète (H) qui, alors, 
dit: «Souhayb a gagné; Souhayb a gagné». 

3. Omar ibn Al-Khattâb, Ayâsh ibn Abi Rabîa et Hichâm ibn 
Al-As ibn Wâ'il s'étaient donnés rendez-vous à un endroit où ils 
devaient se rencontrer le matin, pour émigrer vers Médine. 
Alors, Omar et Abbâs furent au rendez-vous mais Hichâm fut 
retenu. Lorsqu'ils furent à Médine et descendus à Kouba, Abou 
Jahl et son frère Al-Harith se présentèrent à Abbâs (avec qui ils 
avaient la même mère) et lui dirent: «Ta mère jure de ne plus se 
peigner et de ne plus s'abriter du soleil avant de te voir» . Alors 
Abbâs eut pitié de sa mère Omar lui dit: «Ô Abbâs ils ne veulent 
que te sortir de ta religion. Fais attention à eux! car, par Allah! si 
ta mère était pouilleuse, elle se peignerait et si la chaleur de la 
Mecque lui était torride elle irait à l'ombre». Malgré tout Abbâs 
s'entêta et décida de partir avec ses deux frères, par respect au 
serment de sa mère. Omar lui dit: «Puisqu'il en est ains, voici 
ma chamelle; prends-la! Elle est de bonne race et active. 
Enfourche-la! Si tu doutes de ces gens, sauve-toi». Enfourchant 

220 



la monture, Abbâs sortit en compagnie de ses deux frères. A une 
certaine distance du parcours, Abou Jahl lui dit: «Par Allah! je 
trouve que le dos de ma chamelle est rude. Ne me prends-tu pas 
en croupe sur ta chamelle?» Il répondit: «Si» et fit s'agenouiller 
sa chamelle et Abou Jahl fît de même. Lorsque tous furent à 
terre, Abou Jahl et Al-Harith se précipitèrent sur Abbâs le 
ligotèrent solidement et entrèrent avec à la Mecque en plein jour. 
Ils dirent: «Ô Mecquois c'est ainsi! Faites à vos stupides ce que 
nous avons fait à ce stupide des nôtres». 

Voilà trois illustrations de ce que les associateurs faisaient à 
ceux qui voulaient émigrer, lorsqu'ils avaient été au courant de 
cela. Malgré tout, les gens s'en allaient en secret, les uns après 
les autres et, deux mois et quelques jours après la grande Bayaa 
d'Al-Akaba, il ne restait plus à la Mecque comme musulmans 
que le Messager d'Allah (S), Abou Bakr et Ali (restés sur ordre 
du prophète), ceux retenus contre leur gré par les associateurs. 

Le Messager d'Allah (S) avait préparé ses bagages, attendant 
de recevoir l'ordre d'émigrer. Abou Bakr avait aussi préparé ses 
affaires. Al-Boukhari a rapporté de Aicha les propos exprimés 
en ces termes: «Le Messager d'Allah (H) dit aux musulmans: 
«On m'a montré l'endroit vers lequel vous devez émigrer: un 
endroit doté de palmiers dattiers et situé entre deux montagnes». 
Alors les gens émigrèrent vers Médine. Tous ceux qui avaient 
émigré vers l' Abyssinie se rendirent aussi à Médine. Abou Bakr 
s'apprêtait à se diriger vers Médine lorsque le Messager d'Allah 
(S) lui dit: «Doucement! J'attends qu'on m'autorise à émigrer». 
Abou Bakr lui demanda: «Espères-tu recevoir l'autorisation, par 
Allah»? Le prophète (iH) répondit: «Oui», Ainsi, Abou Bakr lui- 
même resta avec le prophète (S) pour lui tenir compagnie. 
Quatre mois auparavant, il avait confié à Warakas-Samar (le 
copte), deux chamelles que celui-ci faisait paître. 



221 



A Dâr An-Nadwa, le parlement des Kouraichites 

Voyant que les compagnons du prophète (H) prêts à 
l'émigration, sortaient et s'en allaient, munis de leurs affaires et 
de leurs biens, en compagnie de leurs parents et de leur 
progéniture, pour se rendre chez Al-Aws et Al-Khazraj, les 
associateurs s'agitèrent, se troublèrent et s'attristèrent. 
L'inquiétude qui les envahissait était à nulle autre pareille. Ils 
étaient tous confrontés à l'énormité du danger réel qui menaçait 
leur ordre polythéiste ? et économique. Ils savaient que 
Mohammad avait une personnalité très marquante, une parfaite 
aptitude au leadership et à l'orientation, que ses compagnons 
étaient résolus déterminés et prêts au sacrifice pour la défense de 
sa cause, que les tribus Al-Aws et Al-Khazraj étaient fortes et 
invincibles, que les sages de ces deux tribus tendaient à la paix, 
à la civilité et à la réconciliation entre les 2 tribus, en raison des 
malheurs que leur avaient tout le temps apportés les guerres 
civiles. Us savaient aussi que Médine était un point stratégique 
par rapport à la route commerciale passant par la côte de la mer 
rouge, et allant du Yémen à la Syrie. Le revenu commercial des 
Mecquois en Syrie s'estimait annuellement à 250.000 dinars en 
or, sans compter ce qui revenait aux gens de Tâif et d'ailleurs. 
Bien entendu, la réussite d'un tel commerce dépendait delà 
stabilité de la sécurité sur cette route. Les Kouraichites étaient 
donc dangereusement menacés par le fait de l'installation de 
l'appel islamique à Yathrib et celui de la mobilisation des 
Yathribiens contre eux. Conscients de la gravité de l'insécurité 
qui les menaçait, les associateurs se mirent à chercher les voies 
et les moyens de repousser le danger dont la seule source était, 
du reste, le porte-drapeau de l'appel à l'Islam, à savoir 
Mohammad (S). 

Le Jeudi 26 du moisdeSafar de l'an 14 de la prophétie (12 
septembre 622 G.), c'est à dire, environ deux mois et demi après 

222 



la grande Bayaa d'Al-Akaba, le parlement (Dâr An-Nadwa) tint, 
en début de journée, la plus importante instance de son histoire. 
Toutes les tribus Kouraichites envoyèrent leurs représentants à 
ce rassemblement pour l'étude collective d'une stratégie 
décisive propre à la suppression rapide et efficace du porte- 
drapeau de l'appel islamique et à l'anéantissement de son 
charisme, de manière définitive. 

Les plus grandes personnalités présentés à ce rassemblement 
comme représentants de tribus étaient: 

1) Abou Jahl ibn Hichâm de la tribu de Banî Makhzoum. 

2-4) Jâbir ibn Moutaim, Touaaima ibn Adî et Al-Hârith ibn 
Amir de Banî Nawfal ibn Abd Manâf, 

5-7) Chayba et Otba fils de Rabîa, Abou Soufyân ibn Harb de 
Banî Abd Sams ibn Abd Manâf. 

8) An-Nadr ibn Al-Hârith de Banî Abdid-Dâr. 

9-11) Aboul-Boukhtouri ibn Hichâm, Zomaa ibn Al-Aswad et 
Hakim ibn Houzâm de Banî Asad ibn Abdil-Ozzâ. 

12, 13) Nabih et Monabbih, fils d'Al-Hajâj de Banî Sahm. 

14) Omayya ibn Khalaf de Banî Joumah. 

Lorsqu'ils se furent présentés à Dâr An-Nadwa, 
conformément au rendez-vous, Mis (le satan), déguisé en un 
vénérable vieillard décemment vêtu, vint à leur rencontre. D était 
debout à l'entrée lorsque ceux-ci dirent: «Qui est-il ce 
vieillard?» Il répondit: «Un vieillard originaire de Najd qui a 
appris ce qui cous menace et qui vient vous rejoindre pour 
écouter ce que vous allez dire. 11 se peut que vous receviez de sa 
part un avis et un bon conseil. Ils lui dirent: "Mais entrez donc!" 
Ainsi, Iblis entra avec eux. 



223 



Les discussions au .parlement et la décision unanime de 
lâchement assassiner le prophète (SI) 

A l'arrivée de toutes les délégations, on commença à exposer 
les propositions et les solutions. Ensuite, de longues discussions 
s'installèrent. Aboul-Aswad dit: «Mettons-le en quarantaine! 
Exilons-le de notre pays! Peu importe où il puisse aller ou 
camper. Nous, nous aurons réglé notre problème et retrouvé la 
vie normale». Le vieillard de Najd dit: «Non! Par Allah, ce n'est 
pas le bon avis. N'avez-vous pas constaté son éloquence son 
agréable style de persuasion et l'attraction qu'il exerce sur les 
cœurs grâce au message qu'il apporte? Par Allah! Si vous faites 
cela, vous lui donnez le moyen de descendre dans une des tribus 
arabes, de la soulever contre vous (car celle-ci la suivra) et de 
vous écraser dans votre propre pays pour faire de vous ce qu'il 
voudra. Non! réfléchissez! cherchez un autre avis!» 

Aboul-Boukhtouri dît: «Emprisonnez-le dans une cellule de 
fer et fermez la porte de celle-ci. Ensuite, attendez-vous à ce 
qu'il subisse le même sort que les poètes de son acabit ayant 
vécu avant lui: (Zouhir et An-Nâbîga) et ceux qui subirent la 
même mort. Qu'il lui arrive donc, ce qui est arrivé à ceux-là!». 
Le vieillard de Najd dit: «Non! Par Allah, ce n'est pas l'avis 
qu'il vous faut. Par Allah! Si vous l'emprisonnez comme vous 
dites, ses compagnons en seront informés et, sautant sur vous, 
vous l'arracherez pour ensuite fondre sur vous et vous vaincre. 
Non! Ce n'est pas l'avis qu'il vous faut, cherchez-en donc un 
autre!». 

Après que le parlement eût refusé ces deux propositions, il en 
reçut une autre qui, inique et criminelle, fut approuvée par tous 
les membres. Cette proposition avait été faite par le grand 
malfaiteur de la Mecque, Abou Jahl ibn Hichâm. Celui-ci dit: 
«Je jure par Allah que moi, je détiens un avis que personne n'a 
encore exprimé». Les gens lui dirent: «Qu'est-ce que c'est, Abou 
Jahl?». Il dit: «Je propose qu'on choisisse dans chaque tribu un 
jeune homme vigoureux et noble. Ensuite, nous donnons à 

224 



chaque jeune une épée tranchante. Alors, tous les jeunes se 
dirigent vers lui, le frappent tous ensemble et le tuent. De la 
sorte, il ne nous fatiguera plus. Ainsi, son sang aura été versé par 
toutes les tribus. Banou Abd Manaf ne pourront pas affronter 
tout le monde. Us se contenterons de nous exiger une rançon 
qu'alors, nous leur verserons». Le vieillard de Najd dit: «Le bon 
avis c'est ce que l'homme vient de dire. J'y souscris entièrement 
à l'exclusion de tout autre». Le parlement de la Mecque adopta à 
l'unanimité une telle lâche proposition après quoi les 
représentants regagnèrent leurs maisons, déterminés à vite 
mettre en exécution ce qui a été arrêté. 



225 



EMIGRATION DU PROPHETE (») 



Dès qu'on eut pris l'inique décision d'assassiner le prophète 
(S) Jibril descendit et vint informer celui-ci, par révélation de 
son Seigneur, du complot des Kouraichites, Il l'informa aussi 
qu'Allah lui ordonnait de sortir et qu'il lui avait précisé le 
moment de son émigration en ces termes: «Cette nuit, ne dors 
pas dans ton lit, comme d'habitude». 

A midi, le prophète (S) alla voir Abou Bakr (4%) pour définir 
avec lui les étapes de l'émigration. A cet égard, Aicha- 
(l^Lc «dJI çr^j) dit: «Pendant que nous étions assis chez Abi Bakr 
à midi pile, quelqu'un dit à celui-ci: «Voici le Messager d'Allah 
(S) qui arrive, à un moment où d'habitude, il ne venait pas par 
ici». Abou Bakr dit: «Par Allah! Ce qui l'amène par ici à pareille 
heure est important! «Le prophète (il) arriva, demanda la 
permission d'entrer, se la fit accorder, entra et dit à Abi Bakr: 
«Sors de chez toi»! 

Abou Bakr lui dit: «Je jure que ceux-ci sont plutôt de ta 
famille». Le prophète (0) reprit: «On m'a donné la permission 
de sortir». Abou Bakr s'enquit: «Je t'accompagne?» Le 
Messager d'Allah (S) répondit: «Oui». 

Après la définition des étapes de l'émigration, le prophète 
(S) rentra chez lui attendre la tombée de la nuit». 

Encerclement de la maison du prophète (S) 

S'agissant des grands malfaiteurs des Kouraichites, ils 
passèrent leur journée à préparer la mise à exécution du plan 
monté et approuvé par le parlement de la Mecque, le matin 
même. A cette fin, onze principaux malfaiteurs avaient été 
choisis, à savoir: Abou Jahl ibn Hichâm, Al-Hakam ibn Abil-As, 
Okba ibn Abi Mouait, An-Nadr ibn Al-Hârith, Omayya ibn 



226 



Khalaf, Zomaa ibn Al-Aswad, Touaaima ibn Adi, Abou Lahab, 
Oubai ibn Khalaf, Nabih ibn Al-Hajjâj et le frère de Nabih: 
Monabih ibn Al-Hajjâj. 

Ibn IshâJk dit: «Au premier tiers de la nuit, ils se regroupèrent 
devant la porte de sa chambre attendant qu'il sorte pour sauter 
sur lui. Le prophète (SI) avait l'habitude de dormir pendant la 
première partie de la nuit pour se réveiller à la moitié ou aux 
trois quarts de celle-ci et se rendre à la sainte mosquée où il se 
mettait à prier. Les malfaiteurs avaient la ferme conviction que 
leur sale complot réussirait. Ils étaient tellement confiants 
qu'Abou Jahl, dans sa vanité et son orgueil dit; s'adressant à ses 
compagnons encerclant la maison, avec moquerie et persiflage: 
"Mohammad prétend que si vous le suivez dans ce à quoi il vous 
appelle, vous serez les rois des arabes et des non-arabes, que 
vous serez ressuscites après votre mort pour jouir de paradis 
pareils à ceux d'ALOrdon. Sinon, selon lui, il vous égorgera 
après quoi vous serez ressuscites pour brûler dans un feu qu'on 
vous aura préparé". 

L'heure de la réalisation du complot était au delà de minuit 
au moment où le prophète (H) sortirait de chez lui. Les 

malfaiteurs veillèrent, dans l'attente de l'heure prévue. 
Cependant Allah déjoua leur complot, Lui qui détient le 
royaume des cieux et de la terre, Lui qui fait ce qu'il veut, qui 
protège et que rien ni personne ne protège. Il avait réalisé ce 
dont il avait parlé à son Messager (H): 

«Et rappelle-toi le moment où les. mécréants complotaient 
contre toi pour t' emprisonner, t' assassiner ou te bamir. Ils 
complotèrent mais Allah a fait échouer leur complot, et 
Allah est le meilleur en stratagèmes» (8:30). . 

227 



Le Messager d'Allah (S) quitte sa maison 

Malgré tous leurs préparatifs, les Kouraichites essuyèrent un 
échec lamentable dans la réalisation de leur complot. Cette nuit- 
là, le Messager d'Allah (S) dit à Ali ibn Abi Tâlib: «Dors dans 
mon lit! Enveloppe-toi dans mon manteau vert de Hadramawt. 
Dors-y. Ils ne te feront rien de mal». C'est dans ce manteau que 
dormait toujours le prophète (S). Ainsi Ali ibn Abi Tâlib dormit 
dans son lit, le remplaçant pour cette nuit-là. Le Messager 
d'Allah (S) sortit, traversa leurs rangs et prit une poignée de 
sable qu'il répandit sur leur tête. Allah leur avait voilé les yeux. 
Il dit: 

*- J, "t*l*f^ fis " .?'' * -* fi -^* » *f ."" f i'T^-''' Il 



«Nous mettrons une barrière devant eux et une barrière 
derrière eux. Nous les recouvrirons d'un voile et voilà 
qu'ils ne pourront rien voir» (36:9). 

K n'y eut aucun d'eux à la tête de qui il ne mit du sable avant 
d'aller chez Abi Bakr. Ensemble, et dans la nuit, ils sortirent par 
un soupirail dans la maison d' Abi Bakr et rejoignirent la grotte 
de Thawr, en direction du Yémen. 

Les assiégeants continuèrent à attendre l'heure de commettre 
leur forfait. Peu avant ce moment, ils se rendirent compte de leur 
échec et furent frappés de déception. Quelqu'un n'appartenant 
pas à leur milice les avait trouvés en train d'attendre devant la 
porte et leur dit: «Qu'est-ce que vous attendez?» Ils répondirent: 
«Mohammad». L'homme reprit: «Désolé! Vous l'avez raté. Par 
Allah! Il est passé devant vous et à répandu du sable sur vos 
têtes. Il s'en est allé vaquer à ses affaires». Ils dirent: «Par Allah! 
Nous ne l'avons pas vu». Cela dit, ils se dressèrent, faisant 
tomber le sable de leur tête. Toutefois, ils lorgnèrent par le trou 



228 



de la porte de la chambre, virent Ali et dirent: «Par Allah! voici 
Mohammad en train de dormir. Il s'est couvert de son manteau!» 
aussi, ne bougèrent-ils pas jusqu'au matin. 

Alors, Ali sortit du lit et leur tomba dans les bras. Les 
malfaiteurs l'interrogèrent au sujet du prophète (S) et il 
répondit: «Je ne sais rien de lui». 

De la maison à la grotte 

Le Messager d'Allah (S) quitta sa maison dans la nuit du 27 
Safar (deuxième mois) de l'an 14 de la prophétie (nuit du 12 au 
13 septembre 622 G.). 

Il se rendit chez son compagnon, Abou Bakr (*&), l'homme le 
plus sûr pour sa compagnie et pour ses biens. Ensemble ils 
quittèrent en passant par une arrière-porte et se dépêchèrent de 
sortir de la Mecque, avant le point de l'aube. Sachant que les 
Kouraichites trouveraient à force de chercher et que le chemin 
vers lequel les regards allaient d'abord s'orienter était le chemin 
principal de Médine allant vers le nord, le prophète (II) 
emprunta le chemin diamétralement opposé, à savoir, celui situé 
au sud de la Mecque et allant vers le Yémen. 

Il fit une distance d'environ neuf kilomètres sur ce chemin, 
atteignit une haute montagne connue sous le nom de montagne 
de Thawr. A ce niveau, le chemin était escarpé, pierreux et 
difficile à escalader. Alors le prophète (S) marcha pieds nus. 
Une autre version précise qu'il marchait sur le chemin sur la 
pointe des pieds pour ne pas laisser de traces et ainsi, marcha 
pieds nus. Quoi qu'il en fût, Abou Bakr le porta lorsqu'il eut 
atteint la montagne et fit des efforts jusqu'à une grotte sise au 
sommet de la montagne, grotte connue dans l'histoire sous le 
nom de «grotte de Thawr». 

Le prophète (iH) et Abou Bakr à l'intérieur de la grotte 

Une fois la grotte atteinte, Abou Bakr dit au prophète(iH): 
«Par Allah! Tu n'entreras qu'après que je l'aurai fait. S'il y a 

229 



quelque chose de dangereux, il m'emportera pour te laisser sain 
et sauf». Sur ces mots, il entra dans la grotte et la balaya. Il 
trouva un trou, dans l'une des parois, et aussitôt déchira son 
manteau pour le boucher. Toutefois il y avait encore deux autres 
trous: il les boucha avec ses pieds. Ensuite, il dit au Messager 
d'Allah (Si): «Entre!» 

Le prophète (S) entra, plaça sa tête sur une pierre et dormit. 
Abou Bakr fut blessé au pied par une pierre mais ne bougea pas 
de peur d'attirer l'attention de son compagnon. Il pleurait. Ses 
larmes tombèrent sur le visage du Messager d'Allah (S). Celui- 
ci dit: «Qu'as-tu donc, Aba Bakr?» Il répondit: «Je suis blessé». 
Le prophète (S) cracha sur la blessure et celle-ci disparut. 

Les deux compagnons se cachèrent dans la grotte pendant 
trois nuits: celles du vendredi, du samedi et du dimanche 
Abdoullah ibn Abi Bakr était avec eux. A ce sujet Aicha dit: 
"C'était un jeune intelligent et ingénieux". Il les quittait vers la 
fin de la nuit, à l'aube et, au matin, se retrouvait avec les 
Kouraichites, comme s'il avait passé la nuit à la Mecque. Il 
prenait connaissance de toutes les tractations et machinations et, 
la nuit, venait leur en apporter les nouvelles. Au dessus de la 
grotte, Amir ibn Fouhayra, l'esclave affranchi d'Abi Bakr 
gardait des moutons qu'il laissait, à un certain moment de la 
nuit, camper au dessus de la grotte. De la sorte, il leur fournissait 
du lait toute la nuit. A l'aube, il les quittait, poussant ses 
moutons au loin. Ainsi faisait-il dans chacune des trois nuits. 
Amir ibn Fouhayra suivait, avec ses moutons, les traces de 
Abdillah ibn Abi Bakr, après le départ de celui-ci pour la 
Mecque, en vue de les effacer. 

Quant aux Kouraichites, ils étaient fous de rage lorsqu'ils 
apprirent que le Messager d'Allah (H) s'était échappé au sortir 
de la nuit où l'on devait réaliser le complot. Leur première 
réaction fut de frapper Ali, de le traîner jusqu'à la Kaaba où ils 
l'enfermèrent pendant une heure, dans l'espoir d'obtenir de lui 
des informations au sujet du prophète (S) et d'Abi Bakr. 

230 



N'ayant rien tirer d'Ali, ils se rendirent chez AbiBakret 
frappèrent à la porte. Alors, Asmâ', la fille d'Abi Bakr sortit. Us 
lui dirent: «Où est ton père?». Elle répondit: "Par Allah !~je ne 
sais pas où il est". Abou Jahl l'ignoble et le pervers leva la main 
et lui asséna une gifle qui fit tomber sa boucle d'oreille. Les 
Kouraichites décidèrent ensuite, au cours d'une séance 
extraordinaire tenue avec urgence, de mettre en œuvre tous les 
moyens susceptibles de permettre la capture des deux hommes. 
Toutes les routes et les pistes partant de la Mecque furent mises 
sous la surveillance d'hommes armés jusqu'aux dents. De 
même, les Kouraichites offrirent une grosse prime de cent 
chamelles par fugitif, soit deux cents chamelles à quiconque les 
ramenaient morts ou vivants. Alors, les cavaliers, les fantassins 
et les pisteurs se mirent à chercher. Ils se disséminèrent dans les 
montagnes et les vallées, dans les vallons et sur les plateaux, 
mais en vain. Les poursuivants arrivèrent jusqu'à l'entrée de la 
grotte, cependant, Allah les fit échouer. Abou Bakr dont les 
propos ont été rapportés par Anas et ensuite par Al-Boukhari, 
dit: «J'étais avec le prophète (H) dans la grotte. Levant la tête, je 
vis les pieds des -poursuivants et aussitôt dis: «Ô Messager 
d'Allah (S): "Si l'un d'eux baissait les regards il nous 
percevrait». Le prophète (0) répondit: «Tais-toi, AbaBakr! 
Nous sommes deux et Allah nous complète en troisième». Une 
autre formulation donne: «que penses-tu, Ô AbaBakr de deux 
qu'Allah complète en troisième?». Alors qu'il ne restait entre les 
poursuivants et le prophète (S) que quelques minces pas à 
franchir, ceux-ci rebroussèrent chemin. C'était là un miracle 
qu'Allah dédia à son prophète (S). 

Sur la route de Médine 

Lorsque le feu de la recherche se fut éteint et qu'eurent cessé 
les investigations et les enquêtes, après l'effervescence des 
Kouraichites ayant abouti à une poursuite de trois jours sans 
aucun résultat, le Messager d'Allah (S) et son compagnon 
sortirent pour se rendre à Médine. Ils avaient déjà engagé à leur 

231 



service Abdallah ibn Ouraykit Al-Laythi, un guide habile et 
expérimenté. Celui-ci professait la même religion que les 
Kouraichites. Toutefois, ils lui firent confiance et lui remirent 
leurs deux chamelles, lui fixant rendez-vous trois jours après à la 
grotte de Thawr où il devait se présenter muni des deux bêtes. 
Dans la nuit du lundi premier jour de Rabia Al-Awwal de la 
première année de l'hégire (16 septembre 622 G.), Abdoullah 
ibn Ouraykit leur apporta les deux montures et alors, Abou Bakr 
dit au prophète (S): «Ô Messager d'Allah! prends l'une de ces 
deux montures». E rapprocha de lui la meilleure des deux, mais 
le prophète (H) dit: «Avec prix». 

Asma', la fille d' Abi Bakr (qu'Allah soit satisfait d'elle et de 
son père) vînt apporter leur vase. Toutefois, elle avait oublié d'y 
mettre l'anse par laquelle on l'accrochait. Lorsqu'après leur 
départ, allant accrocher le vase, elle se rendit compte que celui- 
ci n'avait pas d'accrochoir, elle coupa sa ceinture en deux 
morceaux, dont elle utilisa l'un comme accrochoir et l'autre 
comme collier. C'est pour cela qu'on l'appelait la «femme aux 
deux ceintures». 

Ensuite, le Messager d'Allah (H), Abou Bakr (40 et Amir 
ibn Fouhayra se prirent en route, en compagnie du guide 
Abdillah ibn Oraykit, le long de la côte. Ayant quitté la grotte, ce 
dernier tendit d'abord à aller vers le sud en direction du Yémen 
et ensuite alla vers l'ouest en direction de la côte. De la sorte, il 
parvint à un chemin que les gens n'avaient pas l'habitude 
d'emprunter, bifurqua vers le nord peu avant la côte de la mer 
rouge et recoupa une voie que presque personne n'utilisait. 

Ibn Ishâq a mentionné les endroits où passa le Messager 
d'Allah (S). A cet égard il dit: «Après être sorti avec eux, le 
guide passa par la partie inférieure de la Mecque et, ensuite, 
faisant son chemin le long de la côte, finit par recouper la route 
passant par Osfân. De là, il passa sous Amajj, continua pour 
recouper la route après avoir traversé un corridor. Poursuivant 
son chemin, il s'achemina vers Al-Khirâr, Thanyatoul-Mourra, 

232 



et Lakfâ. Il dépassa Madlajat Lakf, entra dans Madlajat Majâh, 
s'achemina vers Marjah Mahâj, entra dans Marjah Thil- 
Ghadwain et à l'intérieur de Thi Kichr, A partir de là, il se 
dirigea vers Al-Jadâjid, AI-Ajrad, alla vers Thi Salam partie de 
Batn Madlajat Taaahon, s'achemina vers Al-Abâbîd. Il dépassa 
ensuite Al-Fâja, descendit AL-Araj, alla vers Thaniyatoul-Aa'ir - 
du côté droit de Rakouba - descendit Batn Ri'i et arriva à Koubâ. 
Voici quelques aspects de ce qui arriva en route: 

1. Selon un rapport d'Al-Boukhari, Abou Bakr As-Siddik (<&) 
dit: «Nous avons voyagé toute la nuit, et aussi, le lendemain 
jusqu'à midi. La route était déserte. Personne d'autre n'y 
passait. Un long rocher nous surplombait masquant les rayons 
du soleil. Nous descendîmes donc à son ombre. Je nivelai de 
ma main une place où le Messager d'Allah (S) pouvait 
dormir, après quoi j'y étalai de la fourrure puis dis: «Dors! Ô 
Messager d'Allah! je vais nettoyer ce qui t'entoure». Après 
que celui-ci fut endormi, je sortis pour nettoyer les alentours. 
Soudain, mon regard se posa sur un berger qui, avec ses 
moutons, venait vers le rocher, pour en fait faire comme 
nous. Alors le lui dis: «A qui appartiens-tu, mon garçon?» Il 
répondit: «A un médinois ou un mecquois». Je repris: «Tes 
moutons ont-ils du lait?» Il répondit: «Oui» je dis: "Vas-tu 
donc traire"? «Il répondit: «Oui» et attrapa une brebis. Je lui 
dis: «Enlève le sable, les poils et les impuretés qui se trouvent 
sur les mamelles!» Il traya un peu de lait dans un récipient 
cubique. J'avais avec moi une gourde que je portais pour le 
prophète (il), gourde à laquelle il se désaltérait et faisait ses 
ablutions. Je retournai auprès du prophète (S) mais évitai de 
le réveiller. Lorsqu'il se fut réveillé, je refroidis le lait en y 
ajoutant de l'eau puis lui dit: «Bois! Messager d'Allah». 11 but 
à son aise et dit: «N'est-il pas l'heure de partir?» Je répondis: 
«Si!» Alors nous repartîmes. 

2. Abou Bakr (<ê>) avait l'habitude d'être à la disposition du 
Messager d'Allah (H). C'était un vieillard que l'on 

233 



connaissait et le prophète (S) un jeune que l'on ne 
connaissait pas. Ainsi, un homme le rencontra et lui dit: «Qui 
est cet homme avec toi?» Il répondit: «Cet homme me montre 
le chemin». L'autre, par méconnaissance pensait qu'il voulait 
dire le chemin terrestre, alors qu'il ne s'agissait que de la voie 
du bien. 

Sourakah ibn Mâlik rejoignit le prophète (S) et Aba Bakr. A 
cet égard, il dit: «Pendant que j'étais assis dans l'un des 
conseils de ma tribu, Banî Madlaj, un homme arriva et, nous 
surplombant puisque nous étions assis, dit: «Ô Sourakah, j'ai 
vu des silhouettes sur la côte. Je pense que c'est Mohammad 
et ses compagnons!». Jésus aussitôt que c'était eux, mais lui 
répondis: «Non; ce ne sont pas eux. Tu as plutôt vu tel et tel 
qui sont partis devant nous». Ensuite, je restai pendant une 
heure au conseil avant de me lever pour rentrer chez moi. Je 
dis à ma captive de me sortir mon cheval qui se trouvait 
derrière une butte de terre, sous sa garde. Je pris ma lance, 
sortis par l'arrière de la maison et, marchant, me mis à 
planifier mon voyage jusqu'au cheval que j'enfourchai. 
Celui-ci me transporta au point de m'emmener à proximité 
d'eux et ensuite trébuchant, me désarçonna. Me relevant, je 
me dépêchai de mettre la main sur mon carquois. J'en sortis 
ensuite mes baguettes que je consultai. Tomberais-je sur la 
bonne baguette ou sur la mauvaise? Ce fut celle que je 
détestais qui sortit. Alors, je remontai à cheval, désobéissant 
aux baguettes. Je m'approchai et m'approchai encore au point 
d'entendre le prophète (SI) réciter le Coran. A ce que je 
voyais, lui ne se retournait guère, mais Abou Bakr quant à lui 
se retournait très souvent. Par la suite, les pattes de mon 
cheval s'enlisèrent dans le sable jusqu'aux genoux et me 
voilà encore désarçonné. Je rabrouai l'animal et me relevai, 
mais c'est à peine si celui-ci avait sorti ses pattes. Lorsqu'il y 
fut parvenu, il en résulta un nuage de poussière montant vers 
le ciel comme de la fumée. Je consultai encore mes baguettes 



234 



et celle que je détestais sortit de nouveau. Alors, me 
détournant de tout cela, j'interpellai prudemment les gens que 
je poursuivais et les voilà qui s'arrêtèrent. Je me remis en 
scelle et ensuite pus les rejoindre. J'avais l'intime conviction 
lorsqu'on me retenait en prison pour m'empêcher de les 
suivre, que la cause du Messager d'Allah (S) triompherait. Je 
dis à celui-ci: «Ta tribu a mis ta tête à prix». Je les informai 
de ce que les gens leur voulaient et leur offris des provisions 
de route. Toutefois, ils ne m'informèrent ni ne me posèrent 
des questions. Le prophète (S) se contenta de dire: «Il vaut 
mieux que tu t'éloignes de nous». Je lui demandai de m'écrire 
des versets. Alors, il ordonna à Amir ibn Fouhayra de le faire 
et celui-ci le fit sur un morceau de peau de bête». Dans un 
certain rapport, Abou Bakr dit: «Nous. nous mîmes en route. 
Les gens nous cherchaient et personne d'autre que Sourâkah 
ibn Mâlik ibn Jaacham ne parvint à nous rattraper, monté sur 
son cheval. Alors, je dis: «Quelqu'un nous rattrape! 
Messager d'Allah!» Il dit: «Ne t'afflige pas car, Allah est 
avec nous» (le repentir:40). Souraqah s'en retourna. U trouva 
sur son chemin des gens qui cherchaient toujours et leur dit: 
«J'ai déjà fouillé les parages et vous informe qu'il n'y a rien». 
Ainsi, le jour il s'activait en la faveur des recherchés et la nuit 
servait de gardien à ceux-ci. 

Dans son voyage vers Médine le prophète (S) passa devant 
les deux tentes d'Oumm Maabad de la tribu de Khouzâma. 
C'était une femme obèse et robuste qui, restant dans la cour 
de sa tente, nourrissait et désaltérait les passants. Le prophète 
(S) et Abou Bakr l'interrogèrent: «Y a-t-il quelque chose 
chez toi?» Elle répondit: «Par Allah; s'il y avait quelque 
chose chez, les villages ne seraient pas plus pauvres». En fait, 
c'était une armée de pénurie. Le Messager d'Allah (H) 
regarda par la fente de la tente vit une brebis et dit: «Et cette 
brebis, Oumm Maabad?» Elle répondit: «C'est une brebis 
incapable de suivre les moutons». Le prophète (S) reprit: «A- 



235 



t-elle du lait». Elle répondit: «Elle est trop épuisée pour en 
avoir». Le Messager d'Allah (S) dit : «Me permettrais-tu de 
la traire?» Elle dit: «Oui! Ma foi! Vas-y si tu peux en tirer du 
lait». Le prophète (S) passa sa main sur les mamelles de la 
brebis, prononça le nom d'Allah, et pria. Alors, le lait 
s'achappa et coula. H demanda à la femme d'apporter un 
récipient pour recueillir le lait. Une fois apporté ce récipient, 
le prophète (H) s'engagea à la traire au point de voir le 
récipient surmonté d'écume. Il désaltéra Oumm Maabad qui 
alors but à son aise, suivie en cela par les compagnons et le 
prophète (S) lui même. 11 s'engagea à la traire une seconde 
fois au point de remplir le récipient qu'il laissa alors avec 
elle, avant de se remettre en route. Le mari d'Oumm Maabad, 
ne tarda pas à rentrer poussant devant lui des chèvres qui 
n'avaient plus que la peau sur les os. Lorsqu'il vit. le lait, il 
s'étonna et dit: «D'où te vient ceci? Ma foi! Il n'y avait pas 
de lait à la maison, que je sache!» Sa femme lui répondit: 
«C'est vrai, mais, par Allah! un homme est passé disant ceci 
et cela dans un état comme ceci et comme cela». L'homme 
reprit: «Par Allah! je pense que c'est le gars des Kouraichites, 
celui qu'ils cherchent. Décris-le moi, Oumm Maabad le lui 
décrit dans sa beauté physique et sa parole splendide qu'à 
force d'écouter l'auditeur avait l'impression de le voir en 
personne et de se trouver devant lui. Nous reviendrons sur ce 
point en abordant vers la fin, les traits caractéristiques du 
prophète (il). Alors Abou Maabad dit: «Par Allah! celui-là, 
c'est l'homme des Kouraichites, celui au regard duquel, ils 
disent ce qu'ils disent. J'ai déjà songé à l'accompagner mais 
sans aucun doute je le ferai à la première occasion». Du côté 
de la Mecque, une voix retentit, le matin, sans que personne 
n'arrivât à en connaître l'origine. Elle disait: 

"Qu 'Allah le Seigneur du Trône rétribue en bien 

deux compagnons descendus chez Oumm Maabad 

et qui furent bienfaisants à leur arrivée, comme à leur départ 



236 



heureux qui passa la soirée en compagnie de Mohammad. 

combien les Kousayites tirent profit de ce dont Allah vous détourne 

Leur œuvre et leur bienveillance sont sans prix , 

Banou Kaab n'ont plus à s'en faire 

Assuré est leur rôle dans l'ordre des croyants. 

Interrogez-donc votre sœur au sujet de la brebis. 

Si vous le faites, c'est la brebis-même, qui témoigna». 

Asmâ dit: «Nous ne savions pas vers où s'orientait le 
Messager d'Allah (S) lorsqu'un djinn arriva au dessous de la 
Mecque et récita ces vers. Les gens le suivaient écoutaient sa 
voix mais ne le voyaient pas. Ainsi continua-t-il jusqu'à sa 
sortie par le haut. Lorsque nous eûmes entendu sa parole nous 
sûmes que le prophète (S) s'orientait vers Médine. 

5. En route, le prophète (S) rencontra Bouraida ibn Al-Hasîb 
Al-Aslami entouré de près de 80 ménages qui embrassèrent 
l'Islam avec lui. D accomplit, avec eux derrière, la dernière 
prière du dermoer crépuscule (Al-Ichâ). Bouraida résida sur le 
terroir de sa tribu jusqu'après Ohod, moment où il rejoignit le 
prophète (Si). Abdoullah ibn Bouraida a rapporté que le 
Messager d'Allah (S) était toujours optimiste et non point 
pessimiste. Bouraida s'en allait à cheval encompagnie de 70 
cavaliers de son clan appartenant à Banî Sahm. Alors, il 
rencontra le prophète (S) qui lui dit: «A quel clan appartiens- 
tu?» D répondit: «Aslam». Le prophète (H) dit alors à Abi 
Bakr: «Nous sommes sauvés», et ensuite s'adressa encore à 
Bouraida: «A quelle dynastie appartiens-tu?» Celui-ci dit: «à 
Banî Sahm»; et le prophète de dire: «Ta flèche est sortie». 

6. Le Messager d'Allah (S) passa auprès d' Abi Aws Tamim ibn 
Hajar ou Abi Tamim Aws ibn Hajar Al-Aslami à Kahdâwât 
entre Al-Jouhfa et Harachi (dans AlAraj), alors que leur 
voyage avait été à un moment ralenti dans l'après-midi, lui et 
Abou Bakr étant montés sur un même chameau. Alors Aws 
fit monter le prophète (S) sur un étalon de chameau et, 
ensuite, envoya avec les deux compagnons un garçon à lui, 

237 



appelé Masaoud, auquel il parla en ces termes: «Fais les 
passer par là que tu sais être un chemin sûr et ne les quitte 
pas». Le garçon les fit passer par le chemin en question au 
point de les faire accéder à Médine. Ensuite, le Messager 
d'Allah (H) laissa Masaoud repartir chez son maître après 
l'avoir chargé de dire à celui-ci de marquer ses chameaux au 
cou comme c'était le cas avec les chevaux, à savoir deux 
anneaux séparés par un trait, car c'était là la marque de sa 
tribu. Lorsque les associateurs se présentèrent, le dimanche, 
Aws ordonna à son serviteur Masaoud ibn Hounaida de 
quitter Al-Araj et de se rendre à pied auprès du prophète (S) 
l'informer de leur présence. Ceci a été mentionné par Ibn 
Mâkoulâ rapportant les propos d'At-Tabari. Aws embrassa 
l'Islam après l'arrivée du Messager d'Allah (S) à Médine. II 
résidait à Al-Araj. 

7. En cours de route et à Batn Rîm, le prophète (ô) rencontra 
Az-Zoubair en compagnie des musulmans: des commerçants 
en provenance de la Syrie. Az-Zoubir donna alors au 
Messager d'Allah (S) et à Abi Bakr des vêtements blancs. 

La descente à Kouba 

Le lundi 8 du mois Rabia Awwal de l'an 14 de la prophétie - 
première année de l'Hégire (23 septembre 622 G.), le prophète 
(S) descendu à Koubâ. Orwa ibn Az-Zoubair dit: «Les 
musulmans de Médine' avaient appris que le Messager d'Allah 
(S) avait quitté la Mecque. Aussi, tous les malins se rendaient- 
ils sur la route où ils se mettaient à l'attendre jusqu'au moment 
où la chaleur de midi les renvoyait dans leurs demeures. Un jour, 
ils s'en retournèrent après avoir longuement attendu. Cependant, 
dès qu'ils eurent regagné leurs maisons, un juif qui était monté 
sur un blockhaus pour observer quelque chose, " aperçut, sans 
illusion le Messager d'Allah (H) et ses compagnons tous de 
blanc vêtus. Alors celui-ci ne put s'empêcher de crier du plus 
haut de sa voix: «Ô Arabes! voici votre grand père que vous 



238 



attendiez». Aussi, les musulmans sortirent-ils. Ils reçurent le 
Messager d'Allah (S) au delà de la route. 

Ibn Al-Kayyim dit: «J'entendis la clameur et les Allâhou 
Akbar chez Banî Amr ibn Awf: les musulmans, contents de son 
arrivée, criaient «Allâhou Akbar». Ils allèrent à sa rencontre, 
l'accueillirent, le saluèrent comme un prophète et F entourèrent 
tout en se mettant à graviter autour de lui qui, alors restait calme, 
faisant preuve de quiétude et de sérénité. Il lui fut révélé ce qui 
suit: «Alors ses alliés seront Allah, Jibril et les vertueux d'entre 
les croyants, et les anges sont par surcroît son soutien». (66:4). 
Amr ibn Az-Zoubair dit: «Alors ils reçurent le Messager d'Allah 
(S) qui, entouré par la foule, bifurqua vers la droite, au point de 
descendre chez Banî Amr ibn Awf et cela, un lundi, Abou Bakr 
se mettait à contenir la foule, alors que le Messager d'Allah (II) 
était assis, silencieux, salué par les médinois qui venaient 
d'arriver et qui ne l'avaient pas encore vu». Un autre document 
mentionne: «Les gens venaient saluer Abou Bakr jusqu'au 
moment où celui-ci, voyant que le prophète (S) avait chaud, lui 
donna de l'ombre à l'aide de son manteau. A ce moment, les 
gens reconnurent le Messager d'Allah (0)». Toute la ville de 
Médine était là pour l'accueil. C'était un jour solennel et 
l'histoire de cette ville n'en avait jamais connu de semblable. 
Les juifs constatèrent la véracité de l'annonce faite par le 
prophète Habkouk: «Allah vient de Taymân et le Saint des 
montagnes de Fâran». 

A Koubâ, le Messager d'Allah (S) descendit chez Kalthoum 
ibn Al-Hadm. D'autres disent au contraire qu'il descendit chez 
Saad ibn Khaythama, toutefois la première assertion est plus 
consistante. En fait, Ali ibn Abi Tâlib resta pendant trois jours à 
la Mecque, pour rendre aux gens ce qu'ils avaient confié au 
Messager d'Allah (II). Ensuite, émigrant à pied, il rejoignit les 
deux compagnons à Kouba et alors descendit chez Kalthoum ibn 
Al-Hadm. Le prophète (0) passa quatre jours à Koubâ: lundi, 
mardi, mercredi et jeudi. H fonda la mosquée de Koubâ et y pria, 

239 



la première mosquée fondée sur la crainte d'Allah après 
l'avènement de la prophétie. Le jeudi (le vendredi selon 
d'autres) il se mit en scelle sur l'ordre d'Allah, Abou Bakr 
montant en croupe. Il envoya auprès de Banî An-Najjâr - ses 
oncles maternels et ceux-ci se présentèrent munis de leurs épées. 
Il allait vers Médine lorsque la prière du vendredi le trouva chez 
Banî Sâlim ibn Awf. Alors, restant avec ceux-ci, il en dirigea la 
prière au sein de la mosquée située au fond de la vallée. La 
congrégation comptait 100 hommes. 

L'entrée à Médine 

Après la prière du vendredi, le prophète (S) entra à Médine. 
Depuis ce jour, la ville de Yathrib fut connue sous le nom de 
MadinatQur-rasoul (la ville du prophète) en abrégé: Médine. 
C'était un grand jour historique. Les maisons et les chemins 
vibraient de louanges et de vénération dédiées à Allah. Les filles 
de Médine chantaient le poème suivant, envahies de joie et de 
gaieté: 

"La pleine lune luit et nous éclaire à Médine. Il nous faut 
donc être reconnaissants, tant qu'on nous appelle à Allah. Ô 
Toi qu'on a envoyé auprès de nous! Tu apportes l'ordre 
auquel nous obéirons" 

Al-Ansâr (les partisans du prophète à Médine), même s'ils 
n'avaient pas de grandes richesses, souhaitaient tous voir le 
prophète (S) descendre chez eux. Jamais celui-ci ne passait dans 
une des maisons d' Al-Ansâr sans que le mors de sa monture ne 
fût saisi par des gens qui, alors, disaient: «Venez chez les plus 
nombreux, aux raisins et au régal». Le Messager d'Allah (S) 
leur disait: «Ôtez-vous de son chemin. Elle obéit à un ordre». La 
monture poursuivit sa marche jusqu'à l'endroit actuel de la 
mosquée du prophète; alors, elle s'agenouilla, mais ensuite se 
releva, marcha un peu, fit volte face, revint et s'agenouilla au 
premier endroit. Alors le Messager d'Allah (S) descendit chez 
Banî An-Najjâr mêmes; ses oncles à qui Allah avait bien voulu 

240 



accorder une telle chance. En effet, il plut au Très-Haut de les 
honorer en faisant descendre chez eux leur neveu. Les gens se 
mirent alors à s'adresser au prophète (S), lui demandant de 
descendre chez eux. Abou Ayoub Al-Ansâri se dépêcha de 
prendre ses bagages pour les emmener chez lui. Le Messager 
d'Allah (S) se mettait à dire: «L'homme est avec ses bagages». 
Asaad ibn Zourâra vint se saisir des rênes de sa monture qui, elle 
resta chez lui. Dans le rapport fait par Anas selon Al-Boukhâri, 
le prophète (S) dit: «Laquelle des maisons appartenant aux 
nôtres est plus proche?» Alors, Abou Ayoub dit: «La mienne, Ô 
Messager d'Allah (il) voici ma maison et ceci en est la porte. 
Allons-y on nous a préparé un repas. Levez vous avec la 
bénédiction d'Allah». Quelques jours après, le prophète (S) fut 
rejoint par sa femme Sawda, ses deux filles Fâtima et Oumm 
Koulthoum, Ousâma ibn Zayd et Oumm Ayman en compagnie 
de Abdillah ibn Abi Bakr qui conduisait la famille d'Abi Bakr 
dont on notait Aicha. Zaynab était restée chez Abil-As et ne put 
émigrer qu'après la bataille de Badr. Aicha dit: "Après que le 
prophète fût arrivé à Médine, Abou Bakr et Bilâl tombèrent 
malades. Alors, j'allai les voir et dis: «Père, comment vas-tu? 
Bilâl comment vas-tu?» Sous le coup de la fièvre, Abou Bakr 
disait toujours: 

«On souhaite à l'homme le bonjour dans sa famille 
alors que la mort lui est plus proche que ses chaussures» 

Guéri de sa fièvre, Bilâl disait: 

«Vais- je encore passer la nuit 

dans une certaine vallée avec autour de moi Idhar et Jalil. 
Retourner ai-je un jour aux eaux de Mijjâna ? 
Reverrai-je Châmah et Toufail»? 

J'allais voir le Messager d'Allah (S) et l'informai. Il dit: 
«Seigneur! Fais nous aimer Médine de la même façon que nous 
aimons la Mecque, voire plus. Restaure sa santé, bénis son 
accueil, chasses-en la fièvre et protège-là». 



241 



Ici, s'achèvent l'une des parties de la biographie du Messager 
d'Allah (S) et l'une des étapes de l'appel islamique, à savoir 
celle de la Mecque. 



La vie à Médine 

On peut répartir l'époque médinoise en 3 étapes: 

1. Une étape marquée par une provocation de perturbations et 
d'épreuves, une montagne d'obstacles au niveau interne, 
l'arrivée en masse des ennemis pour déstabiliser Médine de 
l'extérieur. Cette étape aboutit à la réconciliation d'Al- 
Houdaybiyya au mois de Thil-Kaada de l'an 4 de l'Hégire. 

2. L'étape de la trêve avec les dirigeants paganistes qui aboutit à 
la conquête de la Mecque, au mois de Ramadan de l'an 8 de 
l'Hégire. Cette étape est aussi celle de l'appel des rois à 
l'Islam. 

3. L'étape où les gens, en foule, entrèrent dans la religion 
d'Allah, celle où les tribus arrivèrent les unes après les autres 
à Médine. Une telle étape va jusqu'à la fin de la vie du 
prophète (H), au mois de Rabia Awwal de l'an 9 de l'Hégire. 



242 



PREMIERE ETAPE 

La situation qui prévalait à Médine 

Au moment de l'Hégire 

L'émigration ne signifiait pas seulement épreuves et 
tourments, mais aussi coopération pour l'édification d'une 
nouvelle société dans un pays en sécurité. A cette fin, obligation 
fut faite à tout musulman valide de contribuer à l'édification de 
cette nouvelle patrie, de déployer des efforts pour la fortifier et 
en assurer le bien-être. 

Il ne faisait aucun doute que le Messager d'Allah (S) 
occupait les fonctions d'imam, de général et de guide dans 
l'édification de cette société. Il gérait les affaires que, d'ailleurs, 
personne ne lui discutait. Les tribus avec lesquelles il se trouvait 
confronté à Médine se répartissaient en trois catégories de 
réalités totalement différentes. Chacune de ces catégories de 
tribus le confrontait à d'innombrables problèmes spécifiques. De 
telles catégories étaient: 1) Ses purs, précieux et dévoués 
compagnons (ê»), 2) les associateurs qui ne croyaient pas encore 
mais qui se réclamaient des vraies tribus de Médine, 3) les juifs 

A) Les problèmes auxquels il faisait face du côté de ses 
compagnons se ramenaient au fait que les conditions de vie à 
Médine étaient totalement différentes de celles dans 
lesquelles ceux-ci avaient vécu à la Mecque, où, bien qu'unis 
par le même langage et orientés vers le même but, ils vivaient 
dispersés dans diverses maisons, contraints, humiliés et 
pourchassés. Ils n'avaient aucun pouvoir. C'était plutôt à 
leurs ennemis au regard de la religion que le pouvoir revenait. 
Sous ce rapport, de tels musulmans étaient incapables 
d'édifier une nouvelle société islamique dotée de ce qu'il faut 
à toute société humaine du monde. C'est pourquoi, nous 
constatons que les sourates révélées à la Mecque se 



243 



contentent de détailler les principes islamiques, de développer 
une législation que tout individu pouvait pratiquer et 
d'exhorter à la bonté, au bien, à la générosité de caractère, à 
l'abstention des turpitudes et des bassesses. Quant à Médine, 
les musulmans y géraient leurs propres affaires et cela, dès le 
premier jour. Aucun associateur ne les contrôlait. Aussi, était- 
ce pour eux le moment de faire face aux problèmes de 
civilisation et de bien-être, de subsistance et d'économie, de 
politique et de gouvernement, de paix et de guerre. C'était 
aussi le moment d'apporter des correctifs sur les questions du 
licite et de l'illicite, du culte et de la moralité, ainsi de suite. Il 
était enfin temps de fonder une nouvelle société, une société 
islamique différente dans toutes ses dimensions de la société 
antéislamique, spécifique par rapport à toute autre société du 
monde et représentante de l'appel islamique pour lequel les 
musulmans avaient subi plusieurs formes de supplices et de 
tortures, dix années durant. Bien entendu, la création 
d'aucune société de ce type ne saurait se réaliser en un jour, 
un mois ou un an. Au contraire, il fallait beaucoup de temps 
au cours duquel, graduellement, serait complétées la 
législation et la codification mêlées d'instruction, de 
formation et d'éducation. Allah était la source, le garant de la 
législation et le Messager d'Allah (S) chargé de la mise en 
application, de l'orientation et de l'éducation des musulmans, 
conformément à cette législation: 

«C'est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre (les Arabes) 
un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les 
purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse» (62:2). 



244 



Les compagnons (èO offraient leurs cœurs au Très-Haut, 
tiraient leurs ornements de ses lois dont l'audition les 
réjouissait. «Quand ses versets leur sont récités cela fait 
augmenter leur foi» (8:2). La présentation en détail de toutes 
ces questions n'entre pas dans nos perspectives de recherche. 
Aussi, n'évoquerons-nous ces questions qu'en cas de besoin. 
Voilà l'essentiel de ce à quoi le prophète (S) était confronté 
du côté des musulmans et c'est à cela que tendaient - dans 
une large mesure - l'appel islamique et le message 
Mohammadien. Toutefois, il ne s'agissait pas là d'une chose 
imprévue car, il y avait tant d'autres questions nécessitant 
d'être traitées avec urgence. 

La collectivité des musulmans comprenait deux parties: a) 
une partie constituée de ceux qui étaient sur leur tenoir, dans 
leurs demeures et avec leurs biens, et dont les préoccupations 
étaient celles d'assurer la sécurité de leurs troupeaux. Ceux-là 
étaient Al-Ansâr entre qui régnaient une discorde invétérée et 
une hostilité chronique, depuis fort longtemps, b) une partie 
constituée des émigrés qui, eux, avaient tout perdu, tout laissé 
derrière pour sauver leurs vies en émigrant à Médine. Ils 
n'avaient ni abri ni travail grâce auquel ils pouvaient gagner 
leur vie, ni argent pour leurs dépenses. Le nombre de ces 
réfugiés, réduit au départ, s'accroissait de jour en jour car, en 
effet, l'ordre d'émigrer concernait tous ceux qui croyaient en 
Allah et en Son messager. Or, comme on le sait, Médine 
n'était pas d'une richesse . excessive. En conséquence son 
équilibre économique s'ébranla. En cette situation critique les 
forces hostiles à l'Islam effectuèrent une sorte de boycott 
économique entraînant une pénurie des produits importés et 
les circonstances s'aggravèrent. 

B)La seconde couche de population était constituée des 
associateurs se réclamant des tribus de Médine. Ceux-ci 
n'avaient aucun pouvoir sur les musulmans. Certains d'entre 
eux doutaient de leur cas et hésitaient à quitter la religion de 

245 



leurs ancêtres, mais, ne dissimulaient pas d'intentions 
d'hostilité et des machinations contre l'Islam et les 
musulmans. Ceux-ci, peu de temps après, embrassèrent 
l'Islam et consacrèrent à Allah une sincère dévotion. Il y avait 
dans, cette couche des gens dissimulant des intentions 
d'hostilité et d'agression contre le prophète (S) et les 
musulmans. Cependant, ils ne pouvaient pas les attaquer. Au 
contraire, ils étaient obligés de manifester de l'amour et de la 
pureté, parce que le moment ne s'y prêtait pas. A la tête de 
ceux-là se trouvait Abdoullah ibn Oubai dont Al-Aws et Al- 
Khazraj reconnurent tous l'autorité après la guerre de 
Bou'âth, alors qu'auparavant ils ne s'étaient mis d'accord sur 
l'autorité de personne. Us s'étaient entendus pour le 
considérer comme roi et, effectivement, il était sur le point de 
devenir le roi de Médine lorsque, tout à coup, le prophète (S) 
arriva. Alors les gens le laissèrent tomber pour aller vers lui. 
Il en vint à estimer que le Messager d'Allah (il) lui avait ravi 
son pouvoir et pour cela dissimulait une rive hostilité à son 
égard. Ainsi, voyant que les circonstances ne lui étaient pas 
favorables pour afficher son polythéisme et que le prophète 
(S) interdisait les utilités mondaines, il affecta d'accepter 
l'Islam après Badr tout en restant dans le fond, sur son 
impiété. Il ne trouvait jamais le moyen de piéger le prophète 
(S) et les musulmans sans l'utiliser. Les compagnons, les 
chefs privés des postes qu'ils auraient obtenus s'il avait été 
roi, l'aidaient et l'appuyaient dans la mise à exécution de ses 
plans et, peut-être, choisissaient-ils certains jeunes et certains 
nigauds comme valets parmi les musulmans, pour réaliser 
leurs desseins. 

C)La troisième couche de population était constituée des juifs 
qui, comme nous l'avons déjà vu, s'étaient alignés du côté du 
Hijaz, au temps de la persécution Assyrienne et romaine. 
Ceux-ci étaient en vérité des hébreux mais, après s'être retirés 
dans le Hijaz, ils s'étaient arabisés dans leur accoutrement, 



246 



leur parler et leur civilisation et même les noms de leurs 
tribus et de leurs individus étaient devenus arabes. Dans ce 
cadre, des liens matrimoniaux les unissaient aux arabes. 
Toutefois, ils avaient conservé un chauvinisme racial pour 
lequel ils ne s'étaient pas totalement intégrés aux arabes. Au 
contraire s'enorgueillissant, de leur nationalité israëlo-juive, 
ils méprisaient les arabes de la manière la plus forte, au point 
même de les appeler analphabètes pour dire que ceux-ci 
étaient des bêtes, des simples d'esprit et d'ignobles arriérés. 
Ils estimaient qu'ils leur était licite d'abuser des biens arabes, 
et d'en faire ce qu'ils voulaient «Ils dirent: ces (arabes) qui 
n'ont pas de Livre n'ont aucun chemin pour nous 
contraindre». (3:75). Ils n'avaient aucune volonté de répandre 
leur religion. Plutôt la majorité de leurs pratiques religieuses 
se ramenait au présage, à la magie, à la sorcellerie, à 
l'incantation et consorts. Avec cela, ils se prenaient pour des 
détenteurs de sciences, de mérite et de leadership spirituel. Ils 
passaient pour maîtres dans l'art de s'attirer des gains et des 
moyens de subsistance. Ils avaient le monopole du commerce 
des céréales, des dattes, du vin et des vêtements. A cet égard, 
ils importaient des vêtements, des céréales et du vin, 
exportaient des dattes; outre ces activités, ils avaient d'autres 
occupations. Ils tiraient énormément de profits des arabes de 
tout bord, mais ne se contentaient pas de cela. C'était aussi 
des usuriers prêtant de l'argent aux Cheikhs et aux seigneurs 
des arabes, de manière à leur permettre de s'attirer la louange 
des poètes et de se faire une réputation parmi les gens, à 
coups de dépenses sans utilité, nulles et non avenues. Ce 
faisant, ils hypothéquaient ensuite leurs terres, leurs cultures 
et leurs jardins, pour se les approprier quelques années plus 
tard. C'était des monteurs de cabales, des comploteurs, des 
arrogants et des corrupteurs, semant l'inimitié et la haine 
entre les tribus arabes voisines qu'ils incitaient les unes 
contre les autres, grâce à des machinations secrètes que 
celles-ci étaient loin de soupçonner. De telles tribus ne 

247 



cessaient donc de se livrer des guerres sanglantes et continues 
ravivées par les juifs qui, du reste, en attisaient les feux toutes 
les fois qu'ils constataient que ceux-ci frôlaient l'étouffement 
et l'extinction. Suite à de telles instigations, les juifs se 
mettaient à l'écart, observant, sereins, ce qui allait arriver à 
ces arabes. Ils faisaient aux belligérants d'énormes prêts 
usuraires pour les engager dans ces guerres et aussi de 
manière à les amener a ne point se retirer de celles-ci pour y 
avoir consacré des dépenses ahurissantes. Un tel travail, au 
demeurant, leur rapportait deux profits: d'une part il leur 
permettait de conserver leur entité juive, de s'investir dans 
l'usure qui leur rapportait énormément et de l'autre 
■ d'acquérir des richesses considérables. Il y avaitàMédine 
trois tribus juives de célébrité: 1) Banou Kaynoukâa qui 
étaient les alliés d'Al-Khazraj. Leurs demeures se trouvaient 
à l'intérieur de Médine, 2) Banou An-Nadir, 3) Banou 
Kouraidha. Ces deux dernières tribus étaient les alliées d'Al- 
Aws. Leurs demeures se trouvaient dans la banlieue de 
Médine. Il s'agissait là des tribus qui, depuis fort longtemps, 
alimentaient les guerres entre Al-Aws et Al-Khajraj. Elles 
avaient directement participé à la guerre de Bouaâth aux côtés 
' de leurs alliés respectifs. 

Naturellement, on ne pouvait espérer des juifs, comme 
réactions à l'Islam, que la haine et la rancœur, car, le 
Messager n'était pas de leur race au point d'échapper au 
chauvinisme dominant leurs réalités psychologiques. Il s'y 
ajoute que l'appel à l'Islam n'était qu'un appel à la vertu, 
unissant les cœurs, éteignant le feu de l'inimitié et de la 
haine, invitant les gens à s'attacher à l'honnêteté dans les 
affaires et à la consommation des biens licites. Tout cela 
voulait dire que les tribus arabes de Médine finiraient par se 
retrouver et qu'alors, nécessairement, elles échapperaient au 
contrôle des juifs. Ceux-ci échoueraient dans leurs activités 
commerciales, se verraient interdire les biens usuraires à la 



248 



base de leur opulence et de leur bien-être. Mieux, ces tribus 
allaient peut-être se réveiller pour prendre en compte leurs 
biens saisis par les usuriers juifs, et, en conséquence, 
récupérer leurs terres et leurs jardins qui leur avaient été 
retirés par ces pratiquants de l'usure. Les juifs s'attendaient à 
tout cela dès le moment où ils surent que l'appel islamique 
cherchait à s'installer à Médine. C'est pourquoi ils 
dissimulaient l'hostilité la plus intense à l'égard de l'Islam et 
du Messager d'Allah (S) et cela, depuis que celui-ci fit son 
entrée à Médine, même s'ils n'avaient pas pour l'instant, 
l'audace de ce manifester. 

Cela apparaît clairement dans ce qu'ibn Ishâk a rapporté de la 
mère des croyants, Safiya l^. <dil ^^j , ibn Ishâk dit: «On 
m'a raconté les propos de Safiya fille de Houyay ibn Akhtab 
exprimés en ces termes: «J'étais l'enfant préféré de mon père 
et de mon oncle paternel Abi Yâsir de sorte que jamais je ne 
les rencontrais en compagnie d'un de leurs enfants, sans 
qu'ils ne me prissent à l'exclusion de l'autre. Lorsque le 
Messager d'Allah (iH) fut arrivé à Médine et qu'il fut 
descendu à Koubâ chez Banî Amr ibn Awf, mon père, 
Houyay ibn Akhtab et mon oncle Abou Yâsir ibn Akhtab 
allèrent le voir le matin de bonne heure et ne s'en 
retournèrent qu'au coucher du soleil. Ils revinrent las, épuisés 
et titubant. J'entendis mon oncle Abou Yâsir dire à mon père 
Houyay ibn Akhtab: Est-ce lui-même? Mon père: Oui, par 
Allah! 

Mon oncle: Le connais-tu bien? 

Mon père: Oui. 

Mon oncle: Alors que sais-tu de lui. 

Mon père: Son inimitié a cessé par Allah! 

Un autre témoignage nous est apporté par ce qu' Al-Boukhâri 
a rapporté au sujet de la reconversion à l'Islam de Abdillah 

249 



ibn Salâm (•#), Celui-ci était un hébreu se réclamant des plus 
grands ulémas juifs. Dès qu'il eut appris l'arrivée du 
Messager d'Allah (0) à*-Médine, chez Banî An-Najjâr, il se 
dépêcha de venir le voir. Il lui posa des questions auxquelles, 
seul, un prophète pouvait répondre. Après l'audition des 
réponses apportées par celui-ci à ses questions, il crut en lui, 
séance tenante, et, ensuite, lui dit: «Les juifs constituent un 
peuple de calomnie et de diffamation. S'ils sont au courant de 
ma conversion avant que tu ne les interroges, ils viendront 
auprès de toi souiller ma réputation». Alors, le Messager 
Allah (SU) envoya appeler les juifs qui, ensuite, se 
présentèrent en même temps que Abdillah ibn Salâm. Il leur 
dit: «Lequel de vous est Abdoullah ibn Salâm?» Ils 
répondirent: «Le plus instruit parmi nous et le fils du plus 
instruit parmi nous; la crème parmi nous et le fils de la crème 
parmi nous». Une certaine formulation donne «notre seigneur 
et le fils de notre seigneur» et une autre «le meilleur parmi 
nous et le fils du meilleur parmi nous, le plus vertueux parmi 
nous et le fils du plus vertueux parmi nous».- Alors le 
Messager d'Allah (0)_ ajouta: «Que diriez-vous s'il 
embrassait l'Islam?» Ils répondirent: «Qu'Allah l'en préserve 
(deux ou trois fois)». Sortant de sa cachette Abdoullah ibn 
Salâm se dirigea vers eux et dit: «J'atteste qu'il n'y a de 
divinité qu'Allah et que Mohammad est Son messager». Les 
juifs, frustrés, dirent «le pire parmi nous et le fils du pire 
parmi nous» et se jetèrent sur lui. Celui-ci dit en substance: 
«Ô juifs! craignez Allah! Par Allah en dehors de qui il n'y a 
point de divinité, vous savez pertinemment qu'il est le 
Messager d'Allah et qu'il apporte la vérité». Ils lui dirent: 
«Tu mens». 

Il "s'agissait de la première expérience vécue par le Messager 
d'Allah (ft) au contact des juifs, dès le premier jour de son 
arrivée à Médine. Tout ceci concerne la situation interne. 



250 



Au plan externe, les plus irréductibles des ennemis de 1' Islam 
étaient les Kouraichites qui, au temps où les musulmans 
étaient encore à la Mecque, avaient mis en œuvre toutes 
formes de terrorisme, de menace, de tracasseries, de privation 
de nourriture et de boycott. Ils les avaient soumis aux 
supplices et aux malheurs, leur avaient déclaré une violente 
guerre psychologique accompagnée d'une propagande vaste 
et organisée. Ensuite, dès que les musulmans eurent émigré à 
Médine, ils confisquèrent leurs terres, leurs demeures et leurs 
biens, retinrent leurs femmes et leurs enfants. Mieux, ils 
emprisonnèrent et châtièrent ceux qu'ils savaient être sans 
défense. Non contents de cela, ils avaient comploté pour 
assassiner le réalisateur de l'appel et supprimer son message, 
ne ménageant aucun effort pour atteindre leurs objectifs. 
Ensuite, lorsque les musulmans se furent réfugiés à un endroit 
situé à 500 km de la Mecque, ils exercèrent le rôle politique 
que leur conférait leur positionnement parmi les arabes 
comme avant-garde des affaires mondaines, détenteurs du 
leadership religieux, occupants du Haram, voisine et gardiens 
du temple sacré d'Allah. Aussi, incitèrent-ils d'autres 
associateurs de la Péninsule contre les habitants de Médine au 
point que celle-ci vécut une sorte de boycott d'une certaine 
intensité car, ses produits importés s'amoindrirent, alors que 
le nombre de réfugiés augmentait de jour en jour. 

Assurément, il s'agissait là d'une situation de guerre entre ces 
agresseurs Mecquois et les musulmans dans leur nouvelle 
patrie. Ces derniers avaient le droit de confisquer les biens de 
tels agresseurs, de la même manière qu'ils avaient confisqué 
les leurs, de les soumettre aux supplices de la même manière 
qu'ils le firent, de dresser des obstacles sur leurs passages de 
la même manière qu'ils en posèrent sur le chemin des 
musulmans, de rendre la pareille à ces agresseurs de façon à 
ne jamais leur permettre d'exterminer les musulmans et aussi 
d'extirper les racines de leur civilisation. 



251 



Tels étaient les problèmes et les questions avec lesquels le 
Messager d'Allah (S) étaient confronté à son arrivée à 
Médine en tant que Messager, guide, imam et général. Le 
prophète (H) réagit à tout cela avec expertise et sagacité et 
traita chaque tribu, sur la base de ce qu'elle méritait comme 
compassion, clémence, violence ou châtiment - sans doute la 
clémence l'emportait sur la violence et le supplice - jusqu' au 
moment où l'Islam et les musulmans prirent le dessus en 
quelques années. Tout cela sera clairement exposé au lecteur 
dans les pages qui suivent. 

L'édification d'une nouvelle société 

Nous avons déjà vu que l'arrivée du Messager d'Allah (S) à 
Médine et sa descente chez Banî An-Najjâr eurent lieu le 
vendredi 12 du mois de Rabi' Awwal de l'an 1 de l'Hégire (27 
septembre 622 G.) et qu'a l'occasion, il descendit sur une terre 
située devant la maison d' Abi Ayoub et dit; «C'est ici que nous 
camperons s'il plaît à Allah». Nous avons vu aussi que, de là, il 
alla chez Abi Ayoub (4fe). 

La construction de la mosquée du prophète 

La première démarche que le prophète (S) accomplit, après 
cela, fut l'édification de la mosquée du prophète dont il 
ordonnera la construction à l'endroit où sa chamelle s'était 
agenouillée. Il acheta le terrain à deux garçons orphelins qui en 
étaient les propriétaires. Lui-même participa à la construction de 
cette mosquée. A cet égard, transportant des briques et des 
pierres, il disait; «Seigneur! Il n'y a d'autre vie que celle de 
l'Au-delà. Alors, pardonne aux Ansâr et aux émigrés» et aussi 
«Le Paradis comme récompense, il n'y a rien de tel. Seigneur! 
Ceci est meilleur et plus pur». Il s'agissait là de l'une des raisons 
pour lesquelles les compagnons redoublaient d'efforts dans la 
construction de la mosquée. D'ailleurs l'un d'entre eux chantait: 
«Si, les bras croisés, nous regardons le prophète travailler, ce 
serait un égarement de notre part». 

252 



11 y avait dans ce lieu des tombes d'assciateurs, des 
décombres, des palmiers dattiers et un autre type d'arbre. Le 
Messager d'Allah (S) donna l'ordre de déterrer les associateurs, 
de niveler les décombres, de couper tous les arbres, d'orienter la 
mosquée vers Jérusalem. Aussi sous son ordre, les deux pilastres 
de la mosquée furent faits de pierres, les murs bâtis à partir de 
briques et d'argiles, le toit réalisé avec des feuilles de palmier et 
les colonnes perpendiculaires avec des troncs d'arbres. On dalla 
le plancher et ouvrit trois portes. La mosquée mesurait, de la 
Kibla à l'autre bout, 100 coudées. Les autres côtés avaient la 
même dimension ou une dimension plus réduite. La fondation 
était basse et profonde de trois coudées. Le prophète (il) 
construisit des chambres à côté de la mosquée, des chambres en 
briques ayant une toiture recouverte de feuilles de palmier et de 
troncs d'arbre à l'intention de ses femmes. Une fois ces 
chambres construites, il quitta la maison d' Abi Ayoub pour y 
déménager. La mosquée n'était pas seulement un endroit où l'on 
accomplissait les prières; c'était aussi une université où les 
musulmans se rencontraient pour recevoir les enseignements et 
les orientations islamiques, un forum où se rencontraient et se 
pratiquaient dans l'harmonie et la concorde différentes tribus 
jadis opposées par les conflits et les guerres de l'époque 
antéislamique, une base pour la gestion, l'administration et la 
diffusion des affaires, un parlement pour la tenue des conseils 
consultatifs et exécutifs. Malgré tout cela, c'était une maison où 
habitaient bon nombre de pauvres appartenant aux émigrés et 
aux réfugiés qui n'avaient à Médine ni maison, ni argent, ni 
famille, ni enfants. Dès les premiers moments de l'hégire fut 
institué l'appel à la prière, cette mélodie supérieure qui, 5 fois 
par jour, retentit jusqu'à l'horizon et dont l'harmonie fait vibrer 
toutes les parties de l'univers. A cet égard, l'histoire du rêve de 
Abdillah ibn Zayd ibn Abd Rabbih est bien connue. L'ont 
rapportée Al-Boukhâri, At-Tirmithi, Abou Dâwud et ibn 
Khouzayma. 



253 



La fraternisation des musulmans 

Autant le prophète (H) construisit la mosquée et la conçut 
comme centre de regroupement et d'interpénétration pour les 
musulmans, autant il réalisa le plus beau travail de toute 
l'histoire, à savoir l'instauration de la fraternité entre les émigrés 
et Al-Ansâr. 

A ce sujet, ibn Al-Kayyim dit: «Ensuite, le Messager d'Allah 
(H) instaura la fraternité entre les Mouhâjirin (émigrés) et les 
Ansâr chez Anas ibn Mâlik. Ceux-ci, tous des hommes, étaient 
au nombre de 90 comprenant 45 émigrés et 45 Ansâr. Il instaura 
entre eux la fraternité en la fondant sur la consolidation et le 
réconfort, la transmission les uns aux autres des biens, par 
héritage sans tenir compte des liens de parenté et ceci fut de 
règle jusqu'à la bataille de Badr. Toutefois, lorsqu'ÂUah le Tout 
Puissant eut révélé la parole suivante: 



4 j£fj$ pt^ï ^^ * ^ J ' 



«Cependant, ceux qui sont liés par la parenté ont priorité 
les uns envers les autres» (8:75), 

l'héritage exclut les contrats de fraternité. Certains disent que 
c'est une seconde fraternité que le prophète (S) instaura entre - 
les émigrés et les Ansâr mais la première tendance est plus 
solide. Les Mouhâjirin, forts de la fraternité que leur apportaient 
l'Islam, la cohabitation et la convergence généalogique, 
n'avaient pas besoin d'un contrat de fraternité pour composer 
avec les Ansâr. Le sens de cette fraternité impliquait la refonte 
du chauvinisme et de l'esprit de clan antéislamique, la 
suppression des barrières constituées par la généalogie, la 
couleur de la peau et l'origine patriotique, de manière à ne 
fonder*-.!' allégeance et le désaveu que sur l'Islam. -Des sentiments 
d'affection, de réconfort et de convivialité se mêlaient à cette 
fraternité et remplissaient la nouvelle société des plus belles 

254 



illustrations. Al-Boukhâri a rapporté qu'après l'arrivée à 
Médine, le Messager d'Allah (J§0 instaura la fraternité entre 
Abdir-Rahmân et Saad ibn Ar-Rabia. Le second dit alors au 
premier: «Je suis le plus riche des Ansârs. Prends la moitié de 
mes biens. En outre, j'ai deux femmes. Observe-les et dis-moi 
celle qui te plaît le plus. Alors je la divorce et, à l'expiration de 
son délai de viduité, tu l'épouseras». Abdour-Rahmân dit: 
«Qu'Allah bénisse ta famille et tes biens. Où se trouve votre 
marché?» On lui indiqua le marché de Banî Kaynoukâa où alors, 
il se rendit et dont il ne revint que muni d'un mets et de beurre. 
Le lendemain il y repartit. Ensuite, un jour, il s'en retourna le 
teint pâle. Le prophète (H) lui dit: «Tu penses au mariage?» H 
répondit: «Je me suis marié». Le prophète (H) reprit: «Combien 
as-tu donné à la femme?» Il répondit: «Cinq dirhams». 

Selon ce qu'on a rapporté de lui, Abou Hourayra dit: «Les 
Ansâr dirent au prophète (S): «Répartis entre nous et nos frères 
la palmeraie». Celui-ci dit: «Non!» Ils reprirent, s' adressant aux 
Mouhâjirin: «Nous avons suffisamment de vivres. Nous vous 
ferons partager nos récoltes». Ceux-ci dirent: «Entendu, 
d'accord». 

Ceci montre la remarquable hospitalité des Ansâr à l'égard de 
leurs frères Mouhâjirin mais, aussi leur esprit de sacrifice, leur 
affection, leur amour et leur pureté. De la même manière il 
illustre l'appréciation judicieuse d'une telle générosité par les 
Mouhâjirin qui, du reste, ne l'exploitèrent que par* rapport à 
leurs stricts besoins de subsistance. Assurément, il s'agissait là 
d'une fraternité unique en son genre, d'une politique adroite et 
sage, d'une excellente solution apportée à la résolution de bon 
nombre de problèmes auxquels faisaient face les musulmans, 
problèmes évoqués dans les pages qui précèdent. 

Le pacte de l'alliance islamique 

De même le Messager d'Allah (S) instaura des rapports de 
fraternité entre les musulmans. De même il conclut un pacte 

255 



I 



grâce auquel il balaya toutes les rancœurs remontant à l'époque 
antéislamique et les dissensions tribales, ne laissant aucun 
domaine des traditions paganistes. Voici, en résumé les 
dispositions de ce pacte: 

«Ceci est un document provenant de Mohammad, le prophète 
((S), concernant les croyants et les musulmans se réclamant de 
Qouraich ou de Médine ainsi que ceux qui les ont suivis ou 
rejoints, ceux en compagnie de qui, ils luttèrent contre les 
difficultés: 

1. Les musulmans constituent une seule et même communauté 
dans la société des hommes. 

2. Les Mouhâjirin, en ce qui les concerne, se payent 
mutuellement le prix du sang qu'ils doivent du reste payer à 
qui de droit parmi les croyants de manière juste et équitable. 
Les contribules parmi les Ansâr, en ce qui les concerne, se 
payent mutuellement le prix du sang de la même manière ( 
qu'ils le faisaient auparavant et aussi payent ce prix à qui de ï 
droit parmi les croyants, avec justice et équité. 

3. Les croyants ne doivent pas laisser quelqu'un de tué parmi 
eux sans prix du sang ni rançon versé comme il se doit, 

4. Les croyants qui craignent doivent agir contre ceux d'entre 
eux qui commettent des actes de tyrannie, poussés en cela par , 
l'injustice, le péché, l'agressivité et la corruption dirigés vers 
des croyants. 

5. Ds doivent tous ensemble les attaquer, fusent-ils de leurs 
propres enfants». 

6. Un croyant ne doit pas en tuer un autre à cause d'un infidèle. 

7. Un croyant n'assiste pas un infidèle contre un croyant. 

8. La protection d'Allah est la même pour tous les croyants: elle 
n'en n'épargne aucun. 



256 



I 



9. Ceux des juifs qui nous rejoignent dans la foi doivent être 
secourus, assistés. Nous ne devons ni les offenser, ni nous 
liguer contre eux, 

10. Il y a une seule façon de faire la paix avec les croyants. 
Certains croyants ne sauraient conclure la paix à l'exclusion 
d'autres dans un combat au service d'Allah si ce n'est de 
manière unanime et consensuel. 

IL Les croyants doivent être solidaires les uns des autres dans 
les sacrifices qu'ils consentent au service d'Allah. 

12. Aucun associateur ne doit protéger un individu ou des biens 
se réclamant de Qouraich encore moins s'opposer aux 
croyants pour les défendre. 

13. Quiconque tue un croyant n'ayant commis aucun crime 
pouvant justifier qu'on le tue, doit subir le même sort à 
moins qu'il ne soit pardonné par les ayants droits de la 
victime. 

14. Tous les croyants sont liés par cette dernière clause à 
laquelle ils doivent tous se conformer. 

15. Un croyant ne doit assister, ni loger un innovateur. 
Quiconque le fait s'attirera la malédiction et la colère 
d'Allah, au jour de la résurrection. Il ne bénéficiera point 
d'intercession. 

16. Quelle que soit la nature de vos divergences, vous devez en 

référer à Allah le Tout-Puissant et à Mohammad (S). 

Impact des valeurs sociales 

Grâce à une telle sagesse et à une telle direction, le Messager 
d'Allah (S) jeta les bases d'une nouvelle société. Toutefois, il 
s'agissait là d'un phénomène résultant de la personnalité dont 
jouissaient ces illustrés adeptes, à force de tenir compagnie au 
prophète (S). Celui-ci veillait d'une part, à les instruire, à les 
éduquer, à purifier leurs âmes à les exhorter à la générosité de 

257 



caractère et d'autre part à les former à l'amour, à la fraternité, à 
la gloire, à l'honneur» à l'adoration et à l'obéissance. Un homme 
l'interrogea en ces termes: «Quelle est la meilleure façon de 
pratiquer l'Islam?» D répondit: 

«Offrir de la nourriture, saluer ceux qu'on connaît et ceux 
qu'on ne connaît pas». 

Abdoullah ibn Salâm dit: «A l'arrivée du prophète à Médine, 
je suis allé le voir. Alors, au vu de son visage, j'ai su que ce 
n'était pas celui d'un menteur. Ses tous premiers propos ont été: 
«Ô hommes! Répandez la paix, offrez à manger, cultivez la 
parenté et priez la nuit alors que les gens dorment. Si vous le 
faites, vous accéderez au paradis dans la paid». Le Messager 
d'Allah (S) disait aussi: 

• «N'entreront pas au paradis ceux qui maltraitent leurs 
voisins». 

• «Le musulman est celui dont la langue et la main ne nuisent 
pas aux autres musulmans». 

• «Aucun de vous ne croit vraiment s'il n'aime pas pour ses 
frères ce qu'il aime pour lui-même». 

• «Les croyants sont comme un seul homme qui, s'il se plaint 
des yeux ou de la tête, ressent le mal dans tout son corps». 

• «Les croyants sont comme un édifice dont les éléments se 
soutiennent et se consolident les uns les autres». 

• «Ne vous haïssez pas les uns les autres; ne vous enviez pas 
les uns les autres; ne vous tournez pas le dos les uns aux 
autres. Soyez des serviteurs d'Allah et frères en Dieu. Le 
musulman ne doit pas mettre en quarantaine l'un de ses frères 
pendant plus de trois jours». 

• «Le musulman est le frère de tout autre musulman. B ne doit 

ni l'offenser, ni le livrer à ses ennemis. 

258 



A 



• «Quiconque aide son frère à régler ses besoins, se verra aider 
par Allah à satisfaire à ses propres besoins. Quiconque 
dissipe le souci d'un musulman, verra dissiper ses propres 
soucis par Allah, au jour de la résurrection. Quiconque 
protège un musulman se verra protéger par Allah, au jour de 
la résurrection». 

• «Ayez pitié de ceux qui sont sur terre et Allah vous prendra 
en pitié». 

• «Le croyant n'est pas celui qui se régale alors que son voisin 
meurt de faim». 

• «Insulter un croyant est de l'impudicité et le combattre, 
infidélité». 

Lorsqu'il empruntait un chemin, le Messager d'Allah (S) en 
ôtait tout objet blessant, en guise de charité et considérait un tel 
geste comme une branche de la foi. 

Il exhortait les musulmans au déboursement, en mentionnant 
parmi les mérites, de cet acte, de quoi amener les cœurs à se 
bousculer pour s'y consacrer. 

H disait: 

• «La charité efface les péchés de la même façon que l'eau 
éteint le feu». 

• «Tout musulman qui en habille un autre en état de nudité se 
verra habiller par Allah au moyen de la verdure du paradis. 
Tout musulman qui on nourrit un autre sous l'effet de la faim, 
se verra nourrir par Allah au moyen des fruits du paradis. 
Tout musulman qui en désaltère un autre sous l'effet de la 
soif, se verra désaltérer par Allah au moyen du fin nectar 
soigneusement conservé». 

• «Prémunissez-vous contre l'Enfer, ne serait-ce qu'au moyen 
d'une brisure de datte offerte en aumône. Si celle-ci vous fait 
défaut, contentez-vous d'une parole aimable». 

259 



Parallèlement à tout cela, le prophète (S) exhortait à la 
continence et au refus de tendre la main, mentionnant les vertus 
de la patience et de la sobriété. 

Il considérait le fait de tendre la main comme une morsure, 
une égratignure ou une écorchure marquant le visage de 
l'intéressé, sauf si celui-ci y est contraint. 

De même, il les entretenait de ce que les pratiques cultuelles 
comportaient comme vertus, salaires et récompenses auprès 
d'Allah. Il les mettait en rapport étroit avec les révélations 
descendant du ciel et à cet égard, leur en récitait les contenus 
qu'ils récitaient aussi, pour leur part; pour les mettre au fait de 
leurs responsabilités au regard de la prédication et du message, 
outre leur devoir de compréhension et de discernement. 

Ainsi, il éleva leurs dispositions et leurs qualités innées, les 
dota des valeurs, des pouvoirs, et des idéaux les plus sublimes 
de manière à donner l'image de la perfection la plus élevée 
qu'eût connue l'histoire post-prophétique de l'humanité. 

Abdoullah ibn Masaoud (4è) dit: «Quiconque aspire à se 
conformer au bon usage, n'a qu'à se conformer aux 
comportements des disparus, car les vivants ne sont pas à l'abri 
des tentations: je veux dire les compagnons de Mohammad (S) 
qui étaient les meilleurs au sein de cette Oumma en fait de 
qualités de cœur, de profondeur de la science et de manque de 
maniérisme. Allah les avait choisis pour accompagner son 
prophète et installer sa religion. Donc, reconnaissez leurs 
mérites et suivez leurs traces, accrochez -vous autant que 
possible aux apports de leur caractère et de leur biographie, car, 
ils suivaient le chemin de la droiture». 

Il s'y ajoute que cet éminent Messager et guide jouissait de 
qualités intrinsèques et extrinsèques, de perfections, de dons, de 
gloires, de vertus, de beautés caractérielles et de mérites de 
comportements, propres à lui attirer les cœurs et l'adhésion des 
âmes. 

260 



Il n'émettait jamais un ordre sans que ses compagnons (4>) ne 
se dépêchassent d'obéir. Non plus, il n'apportait jamais de 
droiture ou d'orientation sans qu'ils ne rivalisassent de 
conformisme. 

De la sorte, le prophète (S) put édifier, à Médine, une 
nouvelle société: la société la plus belle et la plus noble qu'eut 
connue l'histoire. De la même manière, il réussit à apporter aux 
problèmes confrontant cette société des solutions efficaces, 
soulageant l'humanité alors envahie par les ténèbres de 
l'ignorance. 

Grâce à de telles dispositions d'un haut niveau qualitatif, se 
complétèrent les éléments de la nouvelle société qui, alors, 
affronta tous les courants manifestés dans le temps au point de 
les réorienter et de modifier le cours de l'histoire et celui de la 
vie quotidienne. 

Le pacte conclu avec les juifs 

Après avoir jeté les bases de la nouvelle société islamique et 
instauré l'unité cultuelle, politique et disciplinaire entre les 
musulmans, le Messager d'Allah (S) commença à organiser ses 
rapports avec les non-musulmans. Son objectif en cela était 
d'assurer la sécurité, la paix, le bonheur et le bien-être à toute 
l'humanité, tout en faisant de la région une seule et même entité. 
Dans ce cadre, il institua des règles inconnues du monde d'alors, 
un monde rempli de chauvisme et de fanatisme, d'aspirations 
individualistes et raciales. Les plus proches parmi les non- 
musulmans, vivant dans le voisinage de Médine, étaient comme 
nous l'avons déjà vu, les juifs. 

Ceux-ci, même s'ils dissimulaient leur hostilité envers les 
musulmans, n'avaient encore manifesté aucune forme de 
résistance ou d'adversité. Le Messager d'Allah (S) conclut donc 
avec eux un pacte dans lequel il prévoyait en leur faveur, des 
dispositions au sujet de recommandations et du bien, leur 
laissant dans ce même pacte, la liberté absolue de pratiquer leur 

261 



religion et de s'occuper de leurs biens loin de recourir à la 
politique d'exclusion, de confiscation et d'adversité. Les clauses 
les plus importantes de ce pacte sont les suivantes. 

Clauses du pacte 

1. Les juifs de Banî Awf constituent une communauté vivant 
avec les croyants. Aux juifs leur religion et aux musulmans la 
leur. A chacune des deux communautés ses seigneurs et ses 
individus. 

2. Aux juifs de s'occuper de leurs dépenses et aux musulmans 
de s'occuper des leurs. 

3. Juifs et musulmans doivent agir d'un commun accord contre 
quiconque s'attaque aux signataires du pacte. 

4. Il doit exister entre eux le bon conseil et avis ainsi que la 
bienfaisance en l'absence de toute scélératesse. 

5. Nul d'entre eux ne doit faire du mal à son allié. 

6. Tout allié offensé doit être secouru. 

7. Juifs et musulmans doivent parler le même language aussi 
longtemps qu'ils combattent ensemble. 

8. L'intérieur de Yathrib est inviolable en vertu de ce pacte. 

9. En cas de dissensions et de divergences susceptibles de 
mener à la perversion, les signataires du pacte s'en réfèrent à 
Allah le Tout Puissant et à Mohammad, Messager d'Allah 

10. H n'est pas question de protéger les Kouraichites et leurs 
partisans. 

11. Juifs et musulmans doivent se liguer pour repousser tout 
ennemi qui attaque Yathrib à l'improviste. Pour ce faire 
chaque partie agira en ce qui la concerne. 



262 



12. Ce pacte ne saurait servir à protéger les offenseurs et les 
malfaiteurs. 

Après la conclusion de ce pacte, Médine et sa banlieue 
devinrent un état harmonieux dont la capitale était Médine et le 
président, pour ainsi dire, le Messager d'Allah (S), un état où le 
pouvoir de décision et l'autorité dominante revenaient aux 
musulmans. Ce étant, Médine était devenue une véritable 
capitale de l'Islam. 

Dans la perspective d'élargir la zone de sécurité et de paix, le 
prophète (S) devait par la suite, suivant les circonstances, 
conclure des pactes similaires avec d'autres tribus. Nous ferons 
allusion à ces pactes dans les pages qui vont suivre. 



263 



LA LUTTE SANGLANTE 



Les provocations des Kouraichites à l'égard des musulmans 
après l'Hégire, ainsi que leur contact avec Abdillah ibn Oubai. 
Nous avons déjà vu les supplices et les malheurs auxquels les 
infidèles de la Mecque soumettaient les musulmans alors que 
ceux-ci étaient encore à la Mecque ainsi que leurs 
comportements au moment de l'hégire, agissements au regard 
desquels ils méritaient la séquestration et la mort. Toutefois, loin 
de revenir de leur égarement et de s'abstenir de leurs agressions, 
ils devinrent plus enragés parce que les musulmans - leur avaient 
échappé et avaient trouvé un refuge et un siège à Médine. En 
conséquence, ils écrirent à Abdillah ibn Oubai ibn Saloul, à 
l'époque associateur. 

Celui-ci, le chef des Ansâr avant l'hégire, avait déjà fait 
l'objet d'un choix consensuel et sur ce, allait devenir le roi de 
Médine, n'eût été l'émigration du prophète (S) et la foi qu'il 
insipirait aux gens. Ils écrirent donc à cet homme et à ses 
compagnons associateurs, leur disant avec fermeté: «Vous 
donnez refuge à notre homme et nous jurons sur Allah que nous 
le combattrons et le ferons sortir, et s'il le faut nous reviendrons 
vous combattre tant que vous êtes, au point de vous exterminer 
et de vous ravir vos femmes». 

Dès l'arrivée de cette lettre, Abdoullah ibn Oubai s'avisa 
d'obéir aux ordres de ses confrères associateurs de la Mecque lui 
qui gardait rancœur au prophète (S) considérant que celui-ci lui 
avait ravi son pouvoir. Abdour-Rahmân ibn Kaab dit: «Lorsque 
cette lettre fut parvenue à Abdillah ibn Oubai et à ceux qui lui 
tenaient compagnie parmi les adorateurs d'idoles, ils 
s'accordèrent sur la nécessité de tuer le Messager d'Allah (S). 
Mis au courant d'une telle décision, celui-ci les rencontra et leur 
dit: «La menace que les Kouraichites font peser sur vous a 

264 



atteint son point extrême. Cependant ceux-ci ne cherchent pas à 
vous nuire plus que vous ne cherchez vous-mêmes à vous attirer 
des ennemis. En effet, vous voulez combattre vos enfants et vos 
frères». 

Ayant entendu cela du prophète (S), Abdoullah ibn Oubai et 
ses acolytes se dispersèrent». Abdoullah ibn Oubai perdit alors 
sa volonté de combattre, ayant constaté de la défaillance ou de la 
droiture chez ses compagnons; mais, à ce qu'il semble, était 
toujours de mèche avec les Kouraichites, guettant la moindre 
occasion de semer la zizanie entre les musulmans et les 
associateurs. En cela, il impliquait les juifs, pour se faire aider 
dans sa tâche. Cependant, le prophète (S) réussisait toujours à 
étouffer le feu de leur perversité. 

La déclaration d'intentions d'interdire la sainte mosquée 

Saad ibn Mouâd était allé à la Mecque faire la Oumra. A 
l'occasion, il descendit chez Oumayya ibn Khalaf à qui il dit: 
«Cherche-moi une heure de non-affluence à laquelle je pourrais 
faire le tour du temple». Celui-ci sortit avec lui vers le milieu de 
la journée. Us rencontrèrent Abou Jahl qui dit: «Ô Aba Safwân! 
qui est-ce l'homme qui t'accompagne?» Oumayya répondit: 
«C'est Saad»? Alors Abou Jahl dit à l'hôte: «Je ne pense pas que 
tu puisses te promener à la Mecque en sécurité, alors que vous 
avez donné refuge au gosse, prétendant secourir et assister les 
émigrés. Par Allah, si tu n'étais pas en compagnie du père de 
Safwân, tu ne retournerais pas chez les tiens sain et sauf». 
Vociférant Saad, alors lui répondit: «Par Allah, si tu m'interdis 
la mosquée, je t'interdirai ce à quoi tu tiens le plus: ton passage 
à Médine». 

Les Kouraichites menacent les Mouhâjirin 

On eût, dit que les Kouraichites étaient déterminés à sévir 
plus qu'ils ne l'avaient déjà fait et qu'ils pensaient, eux-mêmes, 
monter en première ligne, pour supprimer les musulmans, 
notamment le prophète (S). H ne s'agissait pas là d'une 

265 



conjecture ou d'une imagination pure et simple. Le Messager 
d'Allah (S), parce qu'il savait pertinemment que les 
Kouraichites complotaient, disposés à faire le mal, passait ses 
nuits à veiller ou sous la protection des compagnons. 

Dans ses hadiths authentiques, Mouslim a rapporté de Aicha 
L^jfi. «dJI ur-^j les propos que voici: «A son arrivée à Médine, le 
Messager d'Allah (S) veilla toute une nuit, disant: «Si 
seulement un homme vertueux parmi mes compagnons me 
gardait cette nuit». Sur ces entrefaites, nous entendîmes un 
bruissement d'arme et il dit: «Qui est-ce?» Quelqu'un répondit: 
«Saad ibn Abi Wakkâs» .Le Messager d'Allah (Ô) lui dit: «Que 
cherches-tu?» L'homme répondit: «J'ai ressenti une certaine 
peur pour le Messager d'Allah (S) et ensuite décidé de venir le 
garder». Le prophète (S) pria pour lui et après quoi s'endormit. 

Une telle garde ne concernait pas certaines nuits à l'exclusion 
d'autres. Au contraire elle était permanente. Selon ce qu'on a 
rapporté d'elle, Aicha dit aussi: «Le Messager d'Allah (S) était 
gardé toutes les nuits, jusqu'au moment où Allah révéla: «C'est 
Allah qui te préserve des gens». Alors, il sortit la tête de la tente 
et dit: «Ô compagnons! éloignez- vous de moi car Allah le Tout 
Puissant me protège». 

Le danger ne menaçait pas seulement le Messager d'Allah 
(S) mais aussi tous les musulmans. A cet égard, Oubai ibn Kaab 
a rapporté que lorsque le prophète (S) et ses compagnons furent 
arrivés à Médine, les Ansâr les logèrent défiant par ce geste, tous 
les arabes. Aussi, restaient-ils armés jusqu'aux dents, la nuit 
comme le jour. 

L'autorisation de combattre 

Dans ces graves circonstances qui menaçaient l'existence des 
musulmans à Médine, circonstances dénotant que les 
Qouraichites ne reviendraient point de leur égarement et non 
plus, en aucun cas, ne cesseraient leur révolte, Allah le Très 



266 



Haut, autorisa par révélation, les musulmans à se battre, sans les 
obliger à cela. Il dit: 

/g. "1 , ,' <'/*'/<• >'\> A '>'<% ^ \' 'ï ' A , ' a Y 



«Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués de se 
défendre, parce que vraiment, ils sont lésés, et Allah est 
certes capable de leur secourir». (22:39.) 

Parallèlement à cela, il révéla des versets dans lesquels il 
précise aux musulmans qu'une telle autorisation ne visait qu'à 
écarter l'absurde et à instaurer les rituels imposés par Allah: 

«Ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, 
accomplissent la Salât, s'acquittent de la Zakât, ordonnent 
le convenable et interdisent le blâmable» (22:41). 

La vérité indiscutable est que cette autorisation a été donnée à 
Médine, après l'Hégire et non à la Mecque; toutefois nous ne 
pouvons pas en préciser la date exacte. 

L'autorisation de combattre fut donc donnée, mais, au vu des 
faits dont la seule source était la force et le soulèvement des 
Kouraichites, il était plus prudent pour les musulmans de 
s'assurer le contrôle de la route commerciale de ces 
Kouraichites, route allant de la Mecque à la Syrie. Aussi le 
prophète (S) choisit-il deux stratégies pour s'assurer un tel 
contrôle. 

1. Conclusion de pactes d'alliance ou de non agression avec les 
tribus avoisinant cette route commerciale ou celles qui 
résidaient entre celle-ci et Médine. Le prophète (S) signa un 



267 



traité avec Jouhayna avant le début de l'activité militaire. 
Ceux-ci habitaient non loin de Médine. Le Messager d'Allah 
(S) signa d'autres traités au cours de ses patrouilles 
militaires, comme nous le verrons ultérieurement. 

2. Envoi l'un après l'autre de convois sur cette route. 

Les expéditions dirigées par le prophète (Ghazwa) et celles 
dirigées par l'un de ses généraux (Sariyya) avant la bataille 
de Badr. 

En vue d'appliquer ces deux stratégies, les musulmans, dès 
après l'autorisation de combattre commencèrent des activités 
militaires effectuant des manœuvres militaires plus proches des 
patrouilles de reconnaissance car, l'objectif en était, comme 
nous l'avons déjà montré, de prendre connaissance des routes 
situées aux alentours de Médine ainsi que des chemins menant à 
la Mecque, de signer des traités de paix avec les tribus habitant 
non loin de ces routes, de faire sentir aux associateurs et aux 
juifs de Yathrib ainsi qu'aux arabes malveillants des environs, 
que les musulmans étaient les plus forts et qu'ils s'étaient 
débarrassés de leur faiblesse d'antan; d'avertir les Kouraichites 
contre les conséquences de leur étourderie au point de les faire 
revenir de leur égarement de plus en plus invétéré pour, peut- 
être, les mettre au fait de la gravité du danger qui pesait sur leur 
économie et leurs moyens de subsistance. Par ce biais, il 
s'agissait de les conduire à accepter la paix, à renoncer à leur 
volonté de combattre les musulmans dans la cour intérieure de 
leur maison, pour les détourner de la voie d'Allah et à cesser de 
châtier les impuissants parmi les musulmans restés à la Mecque, 
de manière à laisser les musulmans libres de communiquer le 
message d'Allah et de pratiquer leur religion dans toute la 
péninsule. 

Voici les circonstances de ces Sariyya et Ghazwa: 

1. l'expédition Sariyya de Sayf Al-Bahr . Elle eut lieu au mois 
de Ramadan de l'an 1 de l'Hégire, soit en 623 A.D.. Le 

268 



Messager d'Allah (il) commandita cette Sariyya à Hamza ibn 
Abdil-Mouttalib placé à la tête d'un convoi de 30 hommes 
constitué de Mouhajirin. L'objectif était d'intercepter la 
caravane des Kouraichites en provenance de la Syrie, caravane 
où il y avait Abou Jahl! accompagné de 300 hommes. La 
Sariyya atteignit Sayf Al-Bahr du côté d'A-Is. Les deux 
escadrons se rencontrèrent et se mirent en ordre de guerre. Alors 
Majdi ibn Amr Al-Jouhani, alors allié de l'un et de l'autre 
groupe, s'interposa entre eux et le combat n'eut pas lieu. Le 
drapeau remis à Hamza était le premier à être attaché par le 
Messager d'Allah (®). Il était blanc. Son porteur s'appelait 
Abou Marthad Kannâz ibn Housain Al-Ghanawi. 

2. L'expédition Sariyya de Râbigh. Elle eut lieu au mois de 
Chawwâl de l'an 1 de l'Hégire, soit en avril 623 A.D.. Le 
Messager d'Allah (S) y envoya Oubayda ibn Al-Hârith ibn Al- 
Mouttalib accompagné de 60 cavaliers Mouhajirin. Celui-ci 
rencontra Abou Soufyân accompagné de 200 cavaliers à 
l'intérieur de Râbigh. Les deux fractions se tirèrent des flèches, 
mais il n'y eut pas de combat. Au cours de cette Sariyya, deux 
hommes appartenant à l'armée mecquoise passèrent du côté des 
musulmans. Ces deux hommes étaient Al-Mikdâd ibn Amr Al- 
Bahrâni et Otba ibn Ghazwân Al-Mâzini. C'était deux 
musulmans sortis avec les infidèles, dans le dessein d'en profiter 
pour rejoindre les musulmans. Le drapeau remis à Oubayda était 
blanc. Quant à son porteur, il s'appelait Mistah ibn Athâtha ibn 
Al-Mouttalib ibn Abd Manâf. 

3. L'expédition Sariyya d'Al-Kharrâr. Elle eut lieu au mois 
de Thil-Kaada de l'an 1 de l'Hégire, soit en mai 623 A.D. Le 
Messager d'Allah (S) y envoya Saad ibn Abi Wakkâs 
accompagné de 20 hommes l'objectif étant d'intercepter la 
caravane des Kouraichites. Il lui recommanda de ne pas dépasser 
Al-Kharrâr. Les musulmans s'en allèrent à pied se cachant le 
jour et marchant la nuit au point d' arriver à Al-Kharrâr un jeudi 
matin. Toutefois ils trouvèrent que la caravane était passée la 

269 

I 



veille. Le drapeau remis à Saad (4é>) était blanc. Le porteur en 
était Al-Mikdâd ibn Amr. 

4. L'expédition Ghazwa d'AI-Abwâ (ou Waddân). Elle eut 
lieu au mois de Safar de l'an 2 de l'Hégire, soit en Août 623 
A.D. Le Messager d'Allah (il) sortit lui-même, après s'être fait 
remplacer à Médine par Saad ibn Oubâda, à la tête de 70 
hommes appartenant notamment aux Mouhâjirin, avec l'objectif 
d'intercepter une caravane des Kouraichites. Jusqu'à ce qu'il 
atteignît Waddân, il ne tomba dans aucun piège. Au cours de 
cette Ghazwa, il conclut un pacte d'alliance avec Amr ibn 
Makhchi Ad-Damiri qui était, en son temps, le seigneur de Banî 
Damra. Voici les dispositions du pacte: «Ceci est un document 
provenant de Mohammad, le Messager d'Allah et concernant les 
Banî Damorah. Ceux-ci sont en sécurité dans leurs personnes et 
dans leurs biens. Ils seront toujours secourus contre leurs 
ennemis, sauf s'il s'agit de combattre la religion d'Allah. En 
retour, ils devront répondre favorablement lorsque le Messager 
d'Allah (II) sollicite leur secours», fl s'agissait là de la première 
Ghazwa du prophète (S). Elle dura quinze nuits. Le drapeau 
était blanc, porté par Hamza ibn Abdil-Mouttallib. 

5. L'expédition Ghazwa de Bouwât. Elle eut lieu au mois 
Rabîa Awwal de l'an 2 de l'Hégire, soit en Septembre 623 A.D. 
Le Messager d'Allah (S) sortit, à la tête de 200 de ses 
compagnons pour intercepter une caravane des Kouraichites où 
se trouvaient Oumayya ibn Khalaf Al-Joumahi, 100 hommes 
parmi les Kouraichites et 2500 chameaux. Le prophète atteignit 
Bouwât du côté de Radwâ sans entraves. En sortant pour cette 
Ghazwa, il s'était fait remplacer à Médine par Saad ibn Mouâd. 
En l'occurrence, le drapeau était blanc, porté par Saad ibn Abi 
Wakkâs (4s>). 

6. L'expédition Ghazwa de Safwân. Elle eut lieu au mois 
Rabîa Awwal de l'an 2 de l'Hégire, soit en Septembre 623 A.D. 
Karz ibn Jâbir Al-Fihri, à la tête d'un petit groupe 
d'associateurs, avait attaqué les pâturages de Médine et ravi une 

270 



partie des troupeaux. Au vu de cette situation, le Messager 
d'Allah (S) sortit à la tête de 70 de ses compagnons, le 
poursuivit jusqu'à une vallée appelée Safwân, du côté de Badr 
mais ne réussit pas à rattraper Karz et ses acolytes. Aussi s'en 
retourna-t-il sans guerre. Cette Ghazwa porte le nom de 
première Ghazwa de Badr. Pour cette expédition, il se fit 
remplacer à Médine par Zayd ibn Hâritha. Le drapeau était 
blanc, porté par Ali ibn Abi Tâlib. 

7. L'expédition Ghazwa de Thil-Achira. Elle eut lieu aux 
mois Joumâdâl-Oulâ et Joumâdâl-Akhira de l'an 2 de l'Hégire 
soit en Novembre et Décembre 623 A.D. Le Messager d'Allah 
(S) sortit, à la tête de 150 hommes selon certains, 200 selon 
d'autres; toutefois, nul n'en a contesté la sortie. Les musulmans 
sortirent avec trente chameaux qu'ils enfourchaient à tour de 
rôle, pour intercepter une caravane des Kouraich se rendant en 
Syrie. Ils avaient appris que celle-ci avaient quitté la Mecque 
munie de l'avoir des Kouraichites. Cependant, à leur arrivée à 
Thil-Achira, cette caravane était déjà passée des jours 
auparavant. Il s'agissait là de la caravane qu'ils allaient revenir 
intercepter à son retour de la Syrie et dont l'interception allait 
provoquer la grande bataille de Badr. Selon ibn Ishâq, le 
prophète (S) sortit à la fin de Joumâdâl-Oulâ et s'en retourna au 
début de Joumâdâl-Akhira. C'est peut-être là la raison pour 
laquelle les biographes ne s'entendent pas sur le mois au cours 
duquel eut lieu cette Ghazwa. Au cours de celle-ci, le Messager 
d'Allah (S), signa un traité de paix avec Banî Madlaj dont les 
alliés étaient Banou Damorah. Il s'était fait remplacer à Médine 
par Abi Salma ibn Abdil-Asad Al-Makhzoumi. Le drapeau était 
blanc, porté par Hamza ibn Abdil-Mouttalib (**>). 

8. L'expédition Sariyya de Nakhla. Elle eut lieu au mois de 
Rajab de l'an 2 de l'Hégire, soit en Janvier 624 A.D. Le 
Messager d'Allah (S) y envoya Abdallah ibn Jahsh Al-Asadi 
qu'il fit accompagner de douze hommes choisis parmi les 
Mouhâjirin à raison d'un chameau pour deux. Il lui avait remis 

271 



une lettre qu'il ne lui ordonnait de lire que deux jours après son 
départ. Ainsi, Abdoullah s'en alla et, deux jours après, lit la 
lettre dont la teneur était la suivante: «Après avoir lu cette lettre, 
continue ton chemin et va descendre à Nakhla entre la Mecque 
et Tâif. Là, tu observeras la caravane des Kouraichites pour 
ensuite nous en informer». Au terme de la lecture Abdoullah dit: 
«Entendu, je le ferai». Il informa ses compagnons de la mission 
en leur précisant: «Je ne cherche pas à vous contraindre; que 
ceux d'entre vous qui désirent être des martyrs se lèvent et que 
ceux qui détestent mourir rebroussent chemin quant à moi, je me 
lève». Tout le monde se leva aussitôt pour effectuer la mission. 
Toutefois, en cours de route, Saad ibn Abi Wakkas et Otba ibn 
Ghazwân égarèrent le chameau qu'ils enfourchaient et 
s'attardèrent pour le chercher. Abdoullah ibn Jahsh lui, continua 
sa marche au point de descendre à Nakhla. Une caravane de 
Kouraichites passa, transportant des raisins secs, des peaux et 
des marchandises de commerce. S'y trouvaient Amr ibn Al- 
Hadrami, Oth mân et Nawfal (les deux fils de Abdillah ibn Al- 
Moughira), et Al-Hakam ibn Kaysân, l'esclave affranchi de 
Banil-Moughira. Les musulmans se concertèrent et dirent: 
«Nous sommes au dernier jour de Rajab, le mois sacré. En les 
combattant, nous violons le mois sacré or, si nous les laissons 
cette nuit, ils entrerons au Haram». Cela dit, ils s'entendirent sur 
la rencontre - aussitôt, l'un d'entre eux décocha une flèche sur 
Amr ibn Al-Hadrami et le tua. Oth tmân et Al-Hakam furent pris 
comme prisonniers. Nawfal s'échappa. Ils regagnèrent ensuite 
Médine avec la caravane et les prisonniers, après avoir isolé le 
cinquième des biens, une première dans l'Islam. C'était aussi la 
première fois qu'on tuait quelqu'un et capturait deux prisonniers 
dans l'Islam. Le Messager d'Allah (S) désapprouva ce qu'ils 
firent et dit: «Je ne vous ai pas ordonné de vous battre au cours 
du mois sacré». H mit un terme à la main mise sur la caravane et 
les prisonniers. Les associateurs profitèrent de l'occasion pour 
accuser les musulmans de se permettre les interdits imposés par 
Allah. A ce sujet, les commentaires allèrent bon train jusqu'au 

272 



moment où Allah trancha le débat par révélation, précisant que 
l'attitude des associateurs était plus grave et plus repréhensible 
que ce qu'avaient commis les musulmans: 

jS\ *S* <Ljy*>\ r\J-lj £j^\ -^*e--^\j *■** J ù <= ~ r ' J ^ J-nV-" 






_Uç 



«D'aucuns t'interrogeront sur le mois sacré pour savoir s'il 
est permis d'y combattre. Réponds: «Combattre en ce mois 
est assurément un sacrilège. Mais, c'en est un plus grave 
encore, devant Allah, d'éloigner les hommes de la voie 
d'Allah d'être impie envers Allah et Sa demeure sacrée et 
d'en chasser ignominieusement les occupants. Persécuter 
les croyants est plus grave que le fait de combattre les 
infidèles». (2:217) 

Cette révélation déclara que les propos mensongers inventés 
par les associateurs pour semer le doute dans l'esprit des 
combattants musulmans étaient nuls et non avenus car les choses 
sacrées ont toutes été violées par le fait de combattre l'Islam et 
de persécuter les musulmans. Ceux-ci ne résidaient-ils pas dans 
la ville sacrée lorsqu'on décidait de les dépouiller de leurs biens 
et de tuer leur prophète? Qu'est-ce qui, brusquement, avait 
rendu aux choses leur sacralite après qu'on les eût violées avec 
turpitude et vilenie? Assurément, la campagne de publicité des 
associateurs ne se fondait que sur l'effronterie et l'indécence. 
Après cela, le Messager d'Allah (El) libérales deux prisonniers 
et paya le prix du sang de l'homme tué à ses ayants-cause. 

Telles furent les Sariyyas et les Ghazwas avant Badr. Il n'y 
eut en aucune d'elles pillage de biens ou tuerie, sauf après ce 
que les associateurs avaient commis sous la conduite de Karz 
ibn Jâbir Al-Fihri. A cet égard, ceux-ci avaient ouvert les 

273 



hostilités, malgré leurs agissements antérieurs. Après être 
tombés sur la Sariyya de Abdillah ibn Jahsh, les associateurs 
eurent peur, confrontés, au danger réel, à ce qu'ils craignaient de 
rencontrer. Us surent que Médine était sur le qui-vive et à ce 
propos surveillait tous leurs mouvements commerciaux et que 
les musulmans étaient capables de couvrir plus de 500 kms pour 
aller tuer leurs hommes et en constituer prisonniers, saisir leurs 
biens et rentrer sains, saufs et chargés de butin. Ces associateurs 
sentirent donc que leur commerce vers la Syrie était en danger 
permanent. Toutefois, au lieu de revenir de leur égarement et de 
prendre le chemin de la bonté et de l'humilité, comme le firent 
Jouhayna et Banou Damora, ils devinrent plus rancuniers et 
envahis de colère. Leurs grands chefs et leurs braves s'en tinrent 
avec détermination aux menances qu'ils avaient faites 
d'exterminer les musulmans sur leur propre terrain et il s'agit là 
de la maladresse qui les amena à Badr. 

Quant aux musulmans, Allah à leur égard, avait rendu 
obligatoire le combat, après la bataille menée par la Sariyya de 
Abdillah ibn Jahsh, et cela, au mois de Chaabân de l'an 2 de 
l'Hégire. A ce sujet, le Très-Haut révéla des versets explicites 
exprimés en ces termes: 







&-J&& Jç3 Joe £&& % Jdll ot Âiî '*4b pj&J 



274 



«Combattez dans le chemin d'Allah ceux qui vous 
combattent, et, ne transgressez pas. Certes, Allah n'aime 
pas les transgresseurs. Et tuez-les, où que vous les 
rencontriez; et chassez-les d'où ils vous ont chassés: la 
sédition est pire que le meurtre. Abstenez-vous de les 
combattre aux abords de la mosquée sacrée, sauf à y être 
contraints par vos ennemis. S'ils vous livrent combat, il 
vous est permis de les tuer. Ce sera le juste lot des 
infidèles. S'ils arrêtent de vous combattre, Allah pourra les 
absoudre et leur faire miséricorde. Combattez-les sans 
arrêt jusqu'à ce que soit conjurée la persécution des 
croyants et que le culte d'Allah soit fermement assis. S'ils 
arrêtent le combat, il n'y aura point de représailles de votre 
part, hormis contre les injustes avérés». (2:190-1,93) 

Ensuite, Allah ne tarda pas à révéler des versets d'un autre 
genre, versets dans lesquels il apprenait aux musulmans 
comment se battre, les exhortant au combat dont d'ailleurs, il 
leur précisait certains des principes. 



,>» ss'.J/i >-f f?<' A' '\S. KS'x'.A l'Ai'", ^s Jf'. iii' >~' l*' 
p^A ^aSi 4111 #U4 JÏJ cUha \aJ\jj\ LiJ-\ *ra> £>- t\_Vâ Uj JUl li. 

Sr-iî £k op. $£ 2£\ ^So^iç ^Xj fc^ o 



«Lorsque vous affrontez en combat les impies, portez -leur 
des coups mortels au point d'anéantir leurs forces. Les 
captifs seront alors solidement enchaînés. Une fois la 
guerre terminée, vous pourrez les libérer gracieusement ou 

275 



les échanger contre rançon. Allah en décide ainsi. S'il le 
voulait, il se vengerait, lui-même contre eux, mais il tient à 
vous éprouver, vous opposant les uns aux autres. Ceux qui 
seront tués sur le chemin d'Allah, ceux-là ne verront pas 
périr leurs œuvres. Allah les guidera, rendra meilleur leur 
sort! Il leur donnera accès au paradis qu'il leur a décrit. 
Croyants! si vous soutenez la cause d' Allah, il vous 
soutiendra et raffermira vos pas» (47:4-7). 

Ensuite, Allah blâma ceux-qui, ayant appris la nouvelle au 
sujet de l'ordre de se battre, commencèrent à trembler, le cœur 
palpitant de frayeur: 



ctU^ ojj-^t o^j-—* frfjk <-2 ol-^i» cJj JUÛJi L^ Ji^j 



«Les croyants appellent de leurs vœux un chapitre 
prescrivant la lutte armée. Mais qu'une révélation explicite 
soit faite dans ce sens: "on verra ceux à la foi chancelante, 
lancer vers toi des regards éplorés, ceux d'un homme qui 
défaillirait devant la mort, le mieux pour eux". (47:20). 

L'acceptation de la lutte armée, l'engagement des gens à cet 
égard, ainsi que l'appel aux préparatifs de guerre, telles étaient 
les exigences de l'heure. N'importe quel général placé dans une 
situation similaire aurait, après analyse ° de la gravité des 
circonstances, ordonné à ses soldats de se préparer à toutes les 
éventualités, à plus forte raison le Seigneur exalté qui sait tout. 
Les circonstances en appelaient à des échaufourées sanglantes 
entre la vérité et le mensonge. La bataille qui eut lieu lors de la 
Sariyya de Abdillah ibn Jahsh était un coup dur porté au zèle et 
à l'impétuosité des associateurs, un coup qui les traumatisait et 
qui faisait l'impression de les rouler sur des braises. Les versets 

276 



au sujet de l'ordre de se battre impliquaient, par leur contenu, 
l'imminence de la lutte sanglante. Ils impliquaient aussi qu'en 
cette lutte les musulmans seraient secourus et que la victoire leur 
reviendrait. Regarde! comment Allah ordonne aux musulmans 
d'expulser les associateurs de là d'où ceux-ci les avaient 
expulsés, comment il leur enseigne les modalités par lesquelles 
l'armée triomphante traite les prisonniers et continue ses 
massacres jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de guerre. Tout ceci est 
une allusion à la victoire finale des musulmans; toutefois, le 
Très Haut voila une telle issue pour amener chaque musulman à 
consacrer tout son zèle à la défense de la voie d'Allah. 

Ces jours-là, au mois de Chaaban de l'an 2 de l'Hégire, soit 
en Février 624 A.D., Allah le Très Haut ordonna le transfert de 
la Kibla (axe d'orientation des prières) de Jérusalem à la Sainte 
Mosquée à la Mecque. En conséquence de ce fait, les faibles 
d'esprit et les hypocrites juifs qui s'étaient infiltrés dans les 
rangs des musulmans pour y semer la zizanie, se démarquèrent 
de ceux-ci et redevinrent ce qu'ils étaient. Parce biais, les rangs 
des musulmans se purifièrent de bon nombre de traîtres et de 
lâches. Le transfert de la Kibla était-il une agréable allusion à 
l'avènement d'un nouveau rôle qui ne prendrait fin qu'après 
l'occupation par les musulmans de cette Kibla? N'est-il pas 
étonnant qu'un peuple laisse sa Kibla entre les mains de ses 
ennemis? Si tel était le cas, ce peuple serait tôt ou tard appelé à 
la libérer, s'il se fondre sur la vérité. Avec ces ordres et ces 
indications, les musulmans devinrent plus actifs, plus passionnés 
de Jihâd dans la voie d'Allah, plus impatients de se mesurer à 
l'ennemi au cours d'une bataille décisive. 



277 



LA GRANDE BATAILLE DE BADR 

Première bataille cruciale de l'Islam 

La cause de la bataille 

Nous avons déjà vu, en rappelant l'expédition d'Al-Ashira, 
qu'une caravane appartenant à Kouraich avait échappé au 
prophète (S) dans son voyage la menant de la Mecque à la 
Syrie. A l'approche du retour de cette caravane, de la Syrie à la 
Mecque, le Messager d'Allah (S) envoya Talha ibn Abdillah et 
Saad ibn Zayd vers le nord s'enquérir de ses nouvelles. Les 
deux hommes arrivèrent à Hawrâ où ils restèrent jusqu'au 
passage d'Abi Soufyân avec la caravane avant de regagner 
Médine en vitesse informer le prophète (S). Certains disent que 
celui-ci fut informé alors qu'il était en route vers Badr. 

La caravane transportait d'énormes richesses appartenant aux 
gens de la Mecque. Elle comportait mille chameaux, chargés de 
biens dont la valeur s'estimait à 50 000 dinars au moins. Seuls 
40 hommes environ l'escortaient. En conséquence, c'était là 
pour les musulmans la grande occasion de porter aux gens de la 
Mecque un dur coup économique. A cette fin, le Messager 
d'Allah (II) s' adressant aux musulmans déclara: «Voici la 
caravane de Kouraich transportant leurs biens. Allez vers elle! 
Allah vous aidera peut-être à la capturer». N'obligeant personne 
à aller attaquer cette caravane, il laissa à chacun le soin de 
décider, conformément à son désir. En effet, il ne s'attendait pas 
à devoir, violemment, se heurter à Badr, à l'armée de la Mecque, 
au lieu de la caravane. Ceci expliquait que bon nombre de ses 
compagnons fussent restés à Médine, pensant que l'expédition 
ne dépasserait pas par son ampleur les Sariyyas précédentes. 
Compte tenu de tout cela, le prophète (S) ne reprocha à aucun 
de ses compagnons de n'avoir pas participé à l'expédition. 



278 



L'effectif de l'armée des musulmans et la réaprtition des 
commandements 

Le Messager d'Allah (H), au moment où il était prêt à sortir 
de Médine, avait avec lui 300 hommes et quelques: 313, 314 ou 
317 hommes comprenant 82, 83 ou 86 Mouhajirin, 61 de la tribu 
Al-Aws et 170 de celle d'Al-Khazraj. La sortie ne donna lieu ni 
à une grande manifestation ni à des préparatifs grandioses. Les 
expéditionnaires ne disposaient que d'un ou deux chevaux: un 
pour Az-Zoubair ibn Al-Awwâm et un pour Mikdâd ibn Al- 
Aswad Al-Kindi. Ils avaient 70 chameaux dont chacun était 
affecté à 2 ou 3 d'entre eux. Le Messager d'Allah (S) Ali et 
Marthad ibn abi Marthad Al-Ghanawi se partageaient le même 
chameau. En cette expédition, le prophète (S) délégua à 
Médine, pour le remplacer dans la direction des prières, ibn 
Oumm Maktoum. Au niveau de Rawâha, il chargea aussi Aba 
Loubâba ibn Abdil-Mounthir de ragagner Médine pour affaire. Il 
remit l'étendard de la direction générale à Mousab ibn Omair 
Al-Kourashi Al-Abdari, un étendard de couleur blanche et 
partagea son armée en deux escadrons: 

1. L' escadrons des Mouhajirin dont le drapeau fut confié à Ali 
ibn Abi Tâlib, drapeau appelé Ikâb. 

2. L'escadron des Ansâr dont il confia le drapeau à Saad ibn 
Mouâth. (Les deux drapeaux étaient de couleur noire). 

Il confia le commandement de droite à Az-Zoubair ibn Al- 
Awwâm et celui de gauche à Mikdâd ibn Amr, les deux seuls 
cavaliers de l'armée, l' arrière-garde à Kays ibn Abi Saasaa. Le 
commandement général lui revenait en sa qualité de chef 
suprême de l'armée. 

L'armée des musulmans se dirige vers Badr 

Le Messager d'Allah (S) marcha avec cette armée non 
entraînée et peu prête. Parti de Médine, il emprunta la route 
principale menant à la Mecque, continua jusqu'au puits de 



279 



Rawhâ à partir duquel il laissa la route de la Mecque sur sa 
gauche, bifurqua vers la droite en direction d'An-Nâziyya 
(voulant Badr) et poursuivit son chemin au point de traverser, 
dans le sens de la largeur, une vallée appelée Rahkân, entre An- 
Nâziyya et le détroit de As-Safrâ qu'il franchit de manière à se 
rapprocher de cette localité. Là, il envoya Basbas ibn Amr Al- 
Jouhani et Adî ibn Abi Az-Zaghbâ Al-Jouhani à Badr espionner 
la caravane. 

L'annonce de la nouvelle à la Mecque 

S 'agissant de la caravane, son responsable, Abou Soufyân 
avait pris toutes ses précautions. Il savait que la route menant à 
la Mecque était jamonnée d'embûches. A cet égard, il 
s'enquerait des nouvelles, interrogeait les voyageurs qu'il 
rencontrait. On ne tarda pas à lui dire que Mohammad (S) avait 
mobilisé ses compagnons pour attaquer la caravane, à lui révéler 
le danger. Sur ce, il engagea Damdam ibn Amr Al-Ghifâri qu'il 
envoya à la Mecque appeler les Kouraichites au secours, à venir 
en masse défendre leur caravane contre Mohammad et ses 
compagnons. Damdam s'en alla aussi rapidement qu'il le 
pouvait. A son arrivée à la Mecque, il se coupa le nez, retourna 
sa scelle, déchira sa chemise, puis, debout sur son chameau, cria 
du fond de la vallée: «Ô Kouraych! au secours! au secours! vos 
biens qui étaient avec Abi Soufyân ont été saisis par Mohammad 
et ses compagnons et je ne pense pas que vous arriverez à les 
récupérer. Au secours! Au secours!». 

Les Mecquois se préparent à la Ghazwa 

Ameutés par Damdam, les gens aussitôt, bandèrent leurs 
muscles disant: "Mohammad et ses compagnons pensent-ils 
donc que les choses se passeront comme avec la caravane d'ibn 
Al-Hadrami? Que non! Par Allah, les choses se passeront 
autrement!". Au sujet de l'expédition, un homme sur deux était 
soit partant soit représenté par quelqu'un d'autres: tout le monde 
la trouvait nécessaire. Il ne manquait, des notables qu'Abou 



280 



Lahab qui, du reste, s'était fait remplacer par un homme qui lui 
devait une dette. Les Kouraichites mobilisèrent les tribus aux 
alentours de la Mecque. Toutes les tribus Kouraichites furent 
dans le coup à l'exception de Banî 'Adi tous réfractaires à 
l'expédition. 

L'effectif de l'armée de la Mecque 

L'effectif de cette armée était, au départ d'environ 1 300 
hommes ayant à leur disposition 100 chevaux, 600 cuirasses et 
d'innombrables chameaux. Le commandant en chef d'une telle 
armée était Abou Jahl ibn Hichâm. Les responsables chargés de 
l'approvisionnement étaient au nombre de neuf, choisis parmi 
les notables de Kouraich. Ceux-ci tuaient neuf ou dix chameaux 
par jour. 

Le problème des tribus appartenant à Banî Bakr 

Une fois que l'armée fut prête au départ, les Kouraichites, se 
rappelant les animosités et la guerre qui les avaient opposés à 
Banî Bakr, craignirent que ceux-ci ne les attaquassent par 
derrière, au point de les mettre entre deux fronts. Un tel 
problème les tourmentait. Sur ces entrefaîtes, Iblis leur apparut 
sous la forme de Sourâkah ibn Mâlik ibn Jaacham Al-Madlaji, le 
seigneur de Banî Kinâna, et leur dit: «En tant que votre voisin, je 
ne laisserai pas Banî Kinâna vous attaquer par derrière». 

L'armée de la Mecque se met en route 

Les Kouraichites sortirent alors de leurs demeures, comme 
Allah le dit: «Arrogants, hypocrites, s'écartant de la voie 
d'Allah». Comme le note aussi le Messager d'Allah (S), ils 
arrivèrent avec leur excitation et leurs épées, défiant Allah et 
Son messager: «Ils partirent ainsi, fermement résolus à ne rien 
donner bien qu'ils en eussent les moyens», (la plume:25). De 
même, ils étaient furieux, fougueux, décidés à étrangler le 
prophète (H) et ses compagnons qui avaient osé s'attaquer à leur 
caravane. Us se déplacèrent avec une rapidité extrême vers le 



281 



nord, en direction de Badr, traversèrent la vallée Osfân Kadid et 
AI-Jouhfa. Là, ils reçurent un nouveau message d' Abi Soufyân, 
message exprimé en ces termes: «Vous n'êtes sortis que pour 
sauver votre caravane, vos hommes et vos biens, or Allah les a 
sauvés; donc, repartez!». 

L'échappée de la caravane 

On raconte qu' Abou Soufyân suivait la route principale sans 
cesser d'être prudent et sur ses gardes, multipliant ses actes de 
reconnaissance des lieux. Arrivé au puits de Bakr, il se mit à 
marcher en tête de sa caravane au point de tomber sur Majdi ibn 
Amr qu'il interrogea au sujet de l'armée de Médine. Celui-ci lui 
répondit: «Je n'ai vu personne du suspect. Toutefois, j'ai aperçu 
deux hommes montés qui, ayant ensuite fait s'agenouiller leur 
chameau du côté de cette colline, ont puisé de l'eau dans un 
récipient avant de repartir». Sur ces mots, Abou Soufyân se 
dépêcha d'aller à l'endroit où les hommes avaient fait halte. A 
son arrivée il ramassa quelques uns des crottins de leur chameau 
et les écrasant, y trouva des noyaux. Alors il dit: «Par Allah, il 
s'agit là du fourrage de Yathrib!» Puis retourna rapidement 
auprès de sa caravane à laquelle il fit changer de direction, 
l'orientant vers la côte-ouest, quittant la route principale passant 
par Badr du côté gauche. Ce faisant, il réussit à éviter à sa 
caravane de tomber entre les mains de l'armée de Médine. Après 
cela il envoya son message à l'armée de la Mecque, message que 
celle-ci reçut à Al-Jouhfa. 

L'armée de la Mecque songe à battre en retraite. Des 
dissidences s'y font jour 

Dès qu'elle eut reçu ce message, l'armée de la Mecque 
songea à battre en retraite. Cependant, Abou Jahl, le tyran de 
Kouraich, se dressa et, dans son orgueil et son arrogance, dit: 
«Par Allah! nous ne battrons en retraite qu'après être arrivés à 
Badr où nous séjournerons pendant trois jours faisant des 
sacrifices, nous gavant de nourriture, buvant du vin, écoutant la 

282 



voix des chanteuses, faisant apprendre aux arabes la nouvelle de 
notre marche et de notre regroupement, pour qu'ils nous 
redoutent, à jamais». Cependant, malgré tout le développement 
d'Abi Jahl, Al-Akhnas ibn Souraik préconisa le contraire. Les 
gens ne lui obéissant pas en tant qu'allié des Kouraichites et l'un 
des chefs de l'armée, il se retira avec BanîZahra dont aucun ne 
participa à la bataille de Badr. Banou Zahra; environ au nombre 
de 300, devaient ensuite se féliciter de la décision prise par leur 
chef Al-Akhnas ibn Souraik qui ne, cessait de connaître de leur 
part, obéissance et estime. Banou Hâchim aussi voulurent battre 
en retraite mais Abou Jahl fit pression sur eux et leur dit: «Votre 
faction ne nous quittera pas avant notre retour». Ainsi, l'armée 
de la Mecque continua sa marche avec un effectif de mille 
hommes après la défection de Banî Zahra. Se dirigeant vers 
Badr, elle poursuivit son chemin et vint camper non loin de là, 
derrière une colline située à la limite extrême dé la vallée de 
Badr. 

La situation critique de l'armée des musulmans 

Les agents de renseignements avaient déjà apporté au 
Messager d'Allah (H) qui, toujours en route, en était à la vallée 
de Dhafrân, des informations au sujet de la caravane et de 
l'armée. Celui-ci, après réflexion sur les informations 
disponibles, sut de manière bien certaine, qu'il n'y avait pas 
moyen d'éviter l'affrontement sanglant et qu'il fallait avec 
courage, bravoure, audace et témérité accepter le combat. Il ne 
fait aucun doute que s'il laissait l'armée de la Mecque semer le 
désordre dans la zone, ce serait permettre aux Kouraichites de 
consolider leur position militaire et d'étendre leur pouvoir 
politique mais aussi l'occasion d'affaiblir et de démoraliser les 
musulmans. Mieux, le mouvement islamique, peut-être, ne serait 
plus, après cela, qu'un corps sans âme. Tous ceux fâchés contre 
l'Islam ou qui lui gardaient rancune dans la zone en viendraient 
à rivaliser de perversité et d'audace à son égard. Ensuite, qui est- 
ce qui garantissait aux musulmans que l'armée de la Mecque ne 

283 



continuerait pas sa marche jusqu'à Médine, de manière à y 
porter le front et s'attaquer aux musulmans à domicile? Non! 
Tout recul de la part de l'armée de Médine entraînerait le pire 
effet sur les musulmans et leur réputation. 

Le conseil consultatif 

Compte tenu de ce grave et inopiné développement, le 
Messager d'Allah (S) tint un conseil militaire consultatif au 
sommet, conseil au cours duquel il fit allusion à la situation qui 
prévalait et échangea d'opinions avec toute son armée et ses 
généraux. 

Alors, certains musulmans commencèrent à trembler, le cœur 
palpitant de frayeur, à l'idée de devoir participer à la lutte 
sanglante: c'était ceux dont Allah dit 

«De même, c'est au nom de la vérité que ton Seigneur t'a 
fait sortir de ta demeure, malgré la répulsion d'une partie 
des musulmans. Us discutent avec toi au sujet de la vérité 
après que celle-ci fut clairement apparue, comme si on les 
poussait vers la mort et qu'ils la voyaient» (8:5,6). 

Du côté des généraux de l'armée, Abou Bakr As-Siddik, Omar 
ibn Al-Khattab se levèrent, prirent la parole et préconisèrent 
l'affrontement. 

Leur faisant suite, Al-Mikdâd ibn Amr se leva et dit: «Ô 
Messager d'Allah (S)! Fais ce qu'Allah te demande de faire, 
nous serons avec toi. Par Allah, nous ne te dirons point ce que 
les fils d'Israël avaient dit à Mousâ: «Va toi et ton Seigneur, 
battez-vous; nous, nous restons ici». Plutôt nous disons: «Va toi 

284 



et ton Seigneur combattez! Nous combattrons avec vous. Je jure 
sur celui Qui t'a envoyé en te munissant de la vérité, que si tu 
nous menais vers le coin le plus reculé de la terre, nous 
combattrions à tes côtés, au point de te permettre de l'attendre». 

Le Messager d'Allah (Ô) approuva sa position et ensuite le 
bénit. Ces trois généraux faisaient partie des Mouhâjirin, du 
reste minoritaires dans l'armée. Le Messager d'Allah (S) 
souhaitait connaître également l'avis des généraux Ansâr, dans 
la mesure où ceux-ci représentaient la majeure partie de l'armée, 
et que toute la bataille reposerait sur eux, mais aussi eu égard au 
fait que le document d' Al-Akaba ne leur faisait pas obligation de 
combattre hors de chez eux. Aussi, le prophète (II), après 
audition des trois généraux Mouhâjirin s'exprima-t-il en ces 
termes: «dites-moi ce qu'il faut faire, hommes!», Propos visant 
les Ansâr. 

Alors, Saad ibn Mouâth, général et porte-drapeau des Ansâr 
comprit l'allusion et dit: «Par Allah! On dirait que tu t'adresses à 
nous Messager d'Allah!» Celui-ci dit: «en effet» Saad reprit: 
«Nous avons cru en toi, t'avons considéré comme véridique et 
avons attesté que ce que tu apportes est la vérité. De surcroît, 
nous t'avons donné notre engagement à obéir à tous tes ordres. 
Donc, vas-y, Messager d'Allah! Fais ce que tu veux! Je jure sur 
celui Qui t'a envoyé en te munissant de la vérité que si tu 
traversais avec nous cette mer, nous te suivrions. Aucun d'entre 
nous ne serait en reste. Cela ne nous dit rien d'être confrontés à 
l'ennemi demain. Nous savons bien supporter la guerre et rester 
nous-mêmes dans le combat. Peut-être, Allah te montrera de 
notre côté un spectacle qui te plaira. Emmène-nous combattre 
avec la bénédiction d'Allah!» 

Un autre rapport établit que Saad ibn Mouâth dit au Messager 
d'Allah (S): «Peut-être crains-tu que les Ansâr ne se disent 
avoir le droit de refuser de te secourir ailleurs que chez eux, 
mais, parlant au nom de tous les Ansâr et répondant à leur place, 
je te dis de lever le camp et d'aller où tu veux! Fais la paix avec 

285 



qui tu veux ! Défis qui tu veux ! Prends de nos biens ce que tu 
veux pour nous en laisser ce que tu veux. Ce que tu nous as pris 
nous est plus cher que ce qui nous reste. Tes ordres sont au- 
dessus des nôtres. Par Allah si tu marchais en direction du coin 
le plus reculé de la terre nous te suivrions. Par Allah, si tu 
voulais traverser avec nous cette mer, nous te suivrions». 

Le Messager d'Allah (S) se réjouit de l'intervention de Saad 
et dit: «Marchez en vous réjouissant de la bonne nouvelle: Allah 
le Très Haut m'a promis l'un des deux groupes. Par Allah! C'est 
comme si, à présent, je regardais ces gens combattre. 

L'armée des musulmans continue sa marche 

Le Messager d'Allah (S) quitta Dhafrân, franchit un défilé 
appelé Al-Asâfir pour ensuite descendre vers un bourg du nom 
de Ad-Dayya, laissant Al-Hanân à droite une importante colline 
avant de camper près de Badr. 

Le Messager d'Allah (H) effectue des opérations de 
reconnaissance 

A ce dernier campement, le prophète (H) effectua lui-même 
les opérations de reconnaissance en compagnie d'Abu Bakr As- 
Siddik, son compagnon dans la grotte. Alors qu'ils circulaient 
autour du campement des Mecquois un vieillard arabe, leur 
apparut, vieux que le prophète (S) interrogea sur les 
Kouraichites, Mohammad et ses compagnons, et aussi sur les 
deux armées, pour en ajouter à la discrétion. Toutefois, le 
vieillard dit: «Je ne vous informerai pas avant que vous ne 
m'informiez à votre sujet». Le Messager d'Allah (S) lui dit: «Si 
tu nous informes, nous t'informerons». Le vieillard reprit: 
«Donnant, donnant?» Le prophète dit: «oui». Alors le vieillard 
dit: «On m'a appris que Mohammad et ses compagnons sont 
sortis tel jour et si l'information est juste, Mohammad est 
aujourd'hui à tel endroit (position de l'armée de Médine). On 
m'a également appris les Kouraichites sont sortis tel jour et, si 
l'information est juste, ils sont aujourd'hui à tel endroit (position 

286 



de l'armée de la Mecque)». Lorsqu'il eut fini d'informer, le 
vieillard demanda: «D'où venez-vous?» Et le prophète (S) de 
répondre: «Nous venons d'une eau» avant de s'éloigner de lui. 
Le vieillard resta bouche bée disant: «Que signifie «d'une eau»? 
Est-ce l'eau de l'Irak?» 

Obtention de l'essentiel des informations sur l'armée de la 
Mecque 

Ce jour-là, au soir, le Messager d'Allah (S) dépêcha, à 
nouveau, ses agents de renseignements, s'enquérir des nouvelles 
de l'ennemi. Cette mission fut menée par trois des généraux 
Ansâr. Ali ibn Abi Tâlib, Az-Zoubair ibn Al-Awwâm et Saad 
ibn Abi Wakkâs, accompagnés d'un groupe de compagnons, se 
rendirent au puits de Badr où ils trouvèrent deux garçons en train 
de puiser de l'eau pour l'armée de la Mecque. Alors ils les 
capturèrent et les apportèrent au prophète (S) qu'ils trouvèrent 
en train de prier. Aussi les gens les interrogèrent-ils pour les 
entendre dire: «Nous sommes les serveurs d'eau des 
Kouraichites. On nous avait envoyés puiser de l'eau». Les gens 
furent dégoûtés et, espérant que les deux garçons travaillaient 
pour Abi Soufyân - (désir permanent de s'emparer de la 
caravane), les bastonnèrent sévèrement au point de les 
contraindre à dire: «Nous travaillons pour Abi Soufyân». Sur ces 
mots on arrêta le supplice. Dès la fin de sa prière, le prophète 
(H) s'adressa en ces termes aux gens, comme pour leur faire des 
reproches: «S'ils disent la vérité vous les frappez et s'ils mentent 
vous les laissez, or, Par Allah, ils ont dit la vérité car, ils 
appartiennent aux Kouraichites». Sur ce, il dit aux deux garçons: 
«Informez-moi au sujet des Kouraichites» Ils dirent: «Us sont 
derrière cette colline-là, à l'autre bout». Le prophète reprit: 
«Quel est leur effectif?» Ils répondirent: «Ils sont nombreux» le 
prophète dit: «Quel est leur nombre exact?» Us répondirent: 
«Nous ne savons pas» Le prophète dit: «Combien de chameaux 
tuent-ils par jour?» Ils répondirent: «Tantôt neuf, tantôt dix». Le 
Messager d'Allah (S) en conclut alors que l'effectif de l'armée 

287 



de la Mecque s'estimait entre 900 et 1000 hommes. Ensuite, il 
réinterrogea les deux garçons en ces termes: «Quels notables de 
Kouraich s'y trouvent?» Us répondirent: «Otba et Chayda, les 
deux enfants de Rabîaa, Aboul-B oukhtouri ibn Hichâm, Hakim 
ibn Khouzâm, Nawfal ibn Khouwaylid, AL-Hârith ibnAmir, 
Touaayma ibn Adi, An-Nadr ibn Al-Hârith, Zomaa ibn Al- 
Aswad, Abou Jahl ibn Hichâm, Omayya ibn Khalaf et d'autres. 
Le Messager d'Allah (S) vint alors dire aux gens: «Voici que la 
Mecque vous jette des portions de son foie!» 

La tombée de la pluie 

Au cours de cette nuit, Allah le Tout Puissant fit descendre une 
seule pluie qui fut, à l'endroit des associateurs, une grande 
averse les empêchant d'avancer et, du côté des musulmans, une 
rosée par laquelle il les purifia, chassa d'eux les souillures de 
Satan, tassa la terre, consolida le sol, raffermit les pieds, aplanit 
les lieux et unit les cœurs. 

L'armée des musulmans devance celle de la Mecque et 
occupe tous les points stratégiques 

Le Messager d'Allah (S) se déplaça avec son armée pour 
devancer les associateurs aux eaux de Badr et les empêcher de 
s'en emparer. De nuit, il campa à l'endroit le plus proche de ces 
eaux. A ce point, Al-Houbâb ibn Al-Mounthir se dressa et en 
tant qu'expert militaire, dit: «Ô Messager d'Allah! Penses-tu que 
cet endroit est celui qu'Allah te désigne exactement de sorte que 
nous ne saurions ni avancer, ni reculer? Ou est-ce ton propre 
avis, ton plan de guerre, ton stratagème?» Le prophète (S) 
répondit: «C'est plutôt mon avis, mon plan de guerre, mon 
stratagème». Alors, Al-Houbâb reprit: «Ô Messager d'Allah! Cet 
endroit n'est pas stratégique. Dis aux gens de se lever et 
ensemble nous nous rapprocherons des eaux plus que ne l'ont 
fait les Kouraichites et là, nous camperons, puis, après avoir 
dévasté tout ce qu'il y a derrière, nous construirons un bassin 
que nous remplirons d'eau, avant de combattre les associateurs. 



288 






1 



Ainsi, nous boirons et eux ne boiront pas». Le Messager d'Allah 
(H) lui dit: «Exactement, tu viens d'apporter la solution!» 

Sur ces mots, il demanda à l'armée de se lever et de se 
rapprocher des eaux plus que ne l'avaient fait les ennemis. Au 
milieu de la nuit, les soldats construisirent le bassin et ensuite 
dévastèrent toutes les autres eaux. 

Le poste de commandement 

Après que les musulmans eussent campé tout près des eaux, 
Saad ibn Mouâth fit au Messager d'Allah (S) la proposition 
consistant à amener les musulmans à lui bâtir un poste de 
commandement pour parer à toutes les éventualités et en 
prévision de toute déroute. A cet égard il dit: «Ô prophète 
d'Allah (S)! N'allons-nous pas te construire un appentis, où tu 
resteras? Nous te préparerons une monture puis affronterons tes 
ennemis. Ainsi, si Allah nous appuie et nous donne la victoire, 
notre objectif est atteint. Si nous évoluons dans l'autre sens, tu 
enfourches ta monture et rejoindras nos hommes, derrière toi. Ô 
prophète d'Allah! Nous te ferons entourer des gens qui t'aiment 
autant que nous, sinon plus. S'ils te savent en danger ils se 
rapprocheront de toi pour te protéger grâce à Allah. Ils te diront 
ce qu'il faut faire et combattront pour te sauver». 

Sur ces mots, le Messager d'Allah (S) le loua et pria pour lui, 
après quoi, les musulmans construisirent l'apprentis sur une 
haute colline située au nord-est du champ de bataille et le 
surplombant. De même on sélectionna une équipe constituée de 
jeunes Ansâr et dirigée par Saad ibn Mouâth pour garder le 
Messager d'Allah (S) équipé positionnée aux alentours de son 
poste de commandement. 

Mobilisation et veillée d'armes de l'armée 

Le Messager d'Allah (H) mobilisa ensuite son armée et, se 
dirigeant vers le champ de bataille, se mettait à pointer son doigt 
en disant: «Voici la position de tel, demain s'il plaît à Allah et 



289 



voici la position de tel autre demain, s'il plaît à Allah. Une fois 
arrivé, il passa la nuit à prier sur un tronc d'arbre trouvé sur 
place. Ses compagnons eux, passèrent la nuit dans la sérénité, le 
repos et l'espoir de triompher, de voir, de leurs propres yeux, les 
signes favorables du secours de leur Seigneur, le lendemain 
matin 

f\' ■T'VTtf '* *f *[' \'.'->' >'•> '~'A '\'W\. > i^ i'S *i k 



«Et quand il vous enveloppe de sommeil comme d'une 
sécurité de sa part, et du ciel il fit descendre de l'eau sur 
vous afin de vous en purifier, d'écarter de vous la souillure 
du diable, de renforcer les cœurs et d'en raffermir vos pas» 
(8:11). 

Cette nuit-là était celle du vendredi 17 du mois de Ramadan 
de l'an 2 de l'Hégire. A noter que le départ du prophète (S) de 
Médine eut lieu le 8 ou le 12 du même mois. Quant aux 
Kouraichites, ils passèrent la nuit dans leur campement situé à 
l'autre extrémité. 

Au matin, ils réunirent leurs bataillons et dévalèrent la colline 
en direction de la vallée de Badr. Un groupe d'entre eux 
s'approcha du bassin du Messager d'Allah (S); mais celui-ci dit: 
«Laissez-les». Ce jour-là, tous ceux qui s'étaient désaltérés au 
bassin avaient été tués exception faite de Hakim ibn Khouzâm. 
Lui, on ne le tua pas. Il devait ensuite, embrasser l'Islam et être 
très dévoué. Ayant ainsi échappé à la mort, il en était venu, en 
jurant, à parler en ces termes: «Par Allah qui m'a sauvé la vie 
lors de la bataille de Badr!». Une fois en position, les 
Kouraichites envoyèrent Amir ibn Wahb Al-Joumahi prendre 
connaissance de l'effectif de l'armée de Médine. Alors, celui-ci, 

290 



à cheval, fit le tour du campement des musulmans et revint leur 
dire: «Us sont au nombre de 300 environ. Cependant, attendez! 
Je vais voir s'il y' en a qui se cachent». Sur ce, il s'avança loin 
dans la vallée mais ne vit rien. Alors, il s'en retourna et dit: «Je 
n'ai rien trouvé, mais, Kouraich, j'ai vu le destin chargé de 
malheur, les arroseurs de Yathrib transporter avec eux une mort 
latente: des gens imprenables et inéluctables aux épées fatales. 
Par Allah! Je ne pense pas que vous soyez en mesure d'en tuer 
un seul. A quoi bon vivre après qu'ils vous auront tout battus? 
Etudiez bien la situation». 

Sur ces mots, une autre opposition se fit jour contre Abou 
Jahl pour sa part déterminé à se battre, l'invitant à retourner avec 
l'armée à la Mecque de manière à éviter la bataille. Hakim ibn 
Khouzâm s'avança alors dans la foule puis, allant jusqu'à Otba 
ibn Rabîaa, dit: «Ô Abal-Walid! Tu es le doyen et le seigneur 
des Kouraichites qui tous obéissent à tes ordres. Veux-tu faire 
un bien dont on se souviendra jusqu'à la fin des temps?» Celui- 
ci dit: "Quoi Hakim"? Il reprit: «Tu retournes avec les gens de 
façon à t'occuper de l'affaire de ton allié Amr ibn Al-Hadrami, 
tué à la Sariyya de Nakhla». Otba dit: «C'est fait tu t'en es porté 
garant. En fait, c'est mon allié je dois en payer le prix du sang et 
réparer le préjudice subi par ses biens». Ensuite, Otba dit à 
Hakim ibn Khouzâm: «Va voir ibn Al-Handhaliyya (Abou Jahl) 
dont Al-Handhaliyya était la mère)! Je crains qu'il ne soit 
d'accord avec les gens». Cela dit, il se dressa et tint un discours 
en ces termes: «Ô Kouraich! Par Allah, vous ne gagnerez rien à 
vous mesurer à Mohammad et à ses compagnons. Par Allah, si 
vous le faites vous installerez la haine entre les gens et l'on verra 
quelqu'un tuer son propre oncle paternel, son propre oncle 
maternel ou un homme de son propre clan. Retournez donc à la 
Mecque et laissez Mohammad avec les autres arabes. Si ceux-ci 
le tuent votre objectif est atteint, car c'est cela que vous voulez, 
sinon, vous constaterez qu'ils n'ont pas pu faire de lui ce que 
vous vouliez». Hakim ibn Khouzâm alla voir Abou Jahl - qu'il 



291 



trouva en train de mettre au point sa cuirasse - et lui dit: «Ô 
Abal-Hakam! Otba m'a envoyé auprès de toi et m'a chargé de te 
dire ceci et cela». Celui-ci lui dit: «Par Allah, il a eu la trouille 
dès qu'il a aperçu Mohammad et ses compagnons! Que non! Je 
jure que nous ne nous retirerons qu'après qu'Allah nous aura 
départagé de Mohammad! Quant à Otba, il ne pense pas à ce 
qu'il dit, il a plutôt constaté que Mohammad et ses compagnons 
vont servir de pâture aux bêtes et que son fils est parmi eux 
(Abou Houthayfa ibn Otba qui avait depuis longtemps embrassé 
l'Islam et ensuite émigré à Médine). Voilà pourquoi il vous 
remplit de crainte et vous dissuade». 

Dès qu'il eut appris ce qu'avait dit Abou Jahl «il a la 
trouille», Otba dit: «Le pet de son cul saura qui de nous à la 
trouille, lui ou moi!» Abou Jahl accéléra le processus par crainte 
que l'opposition ne l'emportât. Suite à la discussion, il fit alors 
appeler 'Amir ibn Al-Hadrami (le frère de Amr ibn Al-Hadrami 
qui avait été tué à la Sariyya de Abdillah ibn Jahch) et lui dit: 
«voici ton allié (à savoir Otba). Il veut ramener les gens alors 
que je tenais à te venger sous tes yeux. Donc, lève-toi, 
revendique ton droit au sujet du meurtre de ton frère!» Amir se 
leva, découvrit son derrière en s 'écriant: «Ils ont tué mon frère, 
ils ont tué mon frère!» Les gens alors, s'enflammèrent et se 
rendirent compte de leur mauvaise appréciation des choses. Ce à 
quoi Otba les conviait échoua. Ainsi, l'imprudence l'emprunta 
sur la sagesse et l'opposition fut nulle et non avenue. 

Les deux armées s'aperçoivent l'une l'autre 

A l'apparition des Kouraichites, les deux armées face à face, 
s'apercevaient mutuellement. Alors, le Messager d'Allah (H) 
dit: «Seigneur! Voici les Kouraichites qui s'approchent avec leur 
mythomane et leur orgueil, eux qui te défient et traitent de 
menteur Ton messager. Envoie-nous le secours que tu m'as 
promis. Seigneur! Mets-les en déroute!». H poursuivit - 
apercevant parmi les associateurs Otba ibn Rabîaa monté sur un 
chameau tâché de rouge - «s'il y a un seul de ces gens qui soit 

292 



capable de bien, c'est le propriétaire du chameau rouge. Celui- 
là, quiconque le suit trouve le bon chemin». Sur ces mots, le 
Messager d'Allah (S) redressa les rangs des musulmans et, alors 
qu'il les redressait, une chose étrange se produisit. En effet, il 
tenait à la main une flèche au moyen de laquelle il indiquait le 
sens des alignements, mais Sawâd ibn Ghazya en sortant des 
rangs, se la fit planter au ventre. Alors le prophète (S) lui dit: 
«redresse-toi, Sawâd!» Celui-ci dit: «Ô Messager d'Allah, tu 
m'as fait mal, tu m'as blessé» découvrant son ventre. Le 
prophète (H) lui dit: «Redresse-toi» mais Sawâd l'embrassa et 
lui donna un baiser au ventre. Le Messager d'Allah (®), surpris, 
lui dit: «qu'est-ce qui te porte à faire ceci, Sawâd?» Celui-ci 
répondit: «Ô Messager d'Allah, tu vois bien que je vais mourir. 
Alors, j'ai voulu, en guise d'adieu, que ma peau touche la 
tienne». Le prophète (S) pria pour lui et le bénit. 

Après avoir redressé les rangs, le Messager d'Allah (S) 
ordonna à son armée de ne commencer à se battre que sur son 
ordre. Ensuite, il donna à ses hommes des directives 
particulières relatives aux arts martiaux disant: «S'ils se dirigent 
vers vous en masse, utilisez vos flèches et à égard, veillez à les 
économiser. Ne dégainez vos épées que lorsqu'ils vous auront 
enveloppés». Cela dit, il regagna son poste de commandement, 
en compagnie d'Abi Bakr notamment, sous la protection de 
Saad ibn Mouâth ainsi que du détachement de garde, en faction 
à l'entrée du poste. 

Du côté des associateurs, Abou Jahl ce jour-là, implora 
l'arbitrage d'Allah disant: «Seigneur! Il a rompu nos liens de 
parenté et nous a apporté ce que nous ne savons pas. Mets-le 
alors en déroute! Seigneur! Accorde ton secours aujourd'hui, à 
celui d'entre nous que tu aimes le plus et qui te satisfait le plus». 
A cet égard, Allah révéla: 



293 



f>^\»'^ s>< \ >', £ , ^ > '„s^".\î -*> 



ISjjry.j^l^^lj ù[j«^L^l^==*U- J^Jj^^A^-^ol, 



«Vous cherchez, impies, une sentence d'Allah. Le 
Seigneur s'est prononcé. Cessez toute hostilité: ce sera 
meilleur pour vous. Si vous reprenez la lutte, nous la 
reprendrons. Votre troupe, si nombreuse soit-elle, ne vous 
sera d'aucun secours. Allah est du parti des croyants» 
(8:19). 

Le début des affrontements 

Le premier à engager la lutte armée fut Al-Aswad ibn Abdil- 
Aswad Al-Makhzoumi, quelqu'un de méchant et de mauvais 
caractère. Celui-ci sortit du rang des associateurs en disant: «Je 
jure sur Allah que je boirai à leur bassin, sinon je le détruirai ou 
mourrai en chemin». Aussitôt qu'il fut sorti, Hamza ibn Abdil- 
Mouttalib alla à sa rencontre et, le frappa de son sabre, lui 
trancha la jambe au milieu avant même qu'il n'atteignît le 
bassin. Celui-ci tomba sur le dos, le sang giclant de son pied, en 
direction de ses compagnons. U se traîna ensuite jusqu'au bassin 
et voulut y plonger sa main droite mais Hamza lui asséna un 
autre coup qui l'y plongea pour de bon. 

La bataille 

Le meurtre d' Al-Aswad, le premier du genre à Badr, 
déclencha la bataille car, peu après, trois des meilleurs cavaliers 
de l'armée des Kouraichites appartenant à une même famille 
s'avancèrent, à savoir Otba, son frère Chayba (les deux fils de 
Rabîaa et Al-Walid ibn Otba. Lorsqu'il se furent détachés des 
rangs sollicitant le combat, trois jeunes médinois allèrent à leur 
rencontre: Awf, Mouâth (les deux fils d' Al-Hârith et de Afrâ) et 



294 



Abdillah ibn Rawâha. Alors les trois associateurs leur dirent: 
«qui êtes-vous?» Us répondirent: «Un groupe appartenant aux 
Ansâr». Les trois associateurs reprirent: «Nous voulons nos 
semblables en fait de noblesse. Nous n'avons donc pas besoin 
de vous. Nous cherchons plutôt nos cousins». Cela dit, leur 
crieur appela: «0 Mohammad envoie-nous nos égaux parmi 
notre peuple!» Alors, le prophète (S) dit: «Oubayda ibn Hârith 
debout! Hamza, debout! Ali, debout!» 

Lorsqu'ils se furent levés et approchés des associateurs, ceux- 
ci les interrogèrent: «Qui êtes-vous?» Ils déclinèrent leur 
identité. Les associateurs reprirent: «vous êtes de nobles 
émules». Alors, Oubayda, le plus âgé d'entre eux se mesura avec 
Otba ibn Rabîaa. Hamza se mesura avec Chayba et Ali avec Al- 
Walid. Hamza et Ali ne tardèrent pas à tuer leur ennemi. 
S 'agissant de Oubayda et de son adversaire, le combat était 
indécis: chacun portait des coups à l'autre. Par la suite, Ali et 
Hamza décochèrent des flèches sur Otba, le tuèrent puis 
emportèrent Oubayda qui lui, souffrait d'une déchirure au pied. 
Jusqu'à sa mort à As-Safrâ 4 ou 5 jours après la bataille de Badr, 
alors que les musulmans s'en retournaient à Médine, celui-ci 
perdit la parole. Ali avait l'habitude de jurer que le verset 
suivant avait été révélé dans ce sens 

«Voici deux clans adverses qui se disputaient au sujet de leur 
Seigneur» (22: 19). 

L'attaque généralisée 

La fin de ces corps à corps était un mauvais commencement 
pour les associateurs qui, ayant perdu d'emblée trois de leurs 
meilleurs cavaliers et dirigeants, se déchaînèrent et commre un 
seul homme, se mirent à décocher leurs flèches en direction des 
musulmans. Ceux-ci, après s'être montrés sincères à l'égard de 

295 



leur Seigneur qu'ils supplièrent, implorant Son secours et Sa 
protection, continuaient de recevoir, campés sur leurs postes, en 
position défensive, les attaques successives que leur livraient les 
associateurs à qui ils infligèrent d'énormes pertes à grands cris 
de "Ahad^had'' (Unique, Unique). 

Le Messager d'Allah (iH) supplie son Seigneur 

Quant au prophète (S), il ne cessait, depuis qu'il avait 
regagné son poste de commandement après avoir redressé les 
rangs, de supplier son Seigneur, Lui demandant de lui envoyer 
ce qu'H lui avait promis comme secours. Il disait: «Seigneur, 
réalise ta promesse à mon égard! Seigneur, je t'en prie. Que ta 
promesse se réalise!» Il ne cessa de répéter cela jusqu'au 
moment où la guerre, d'une violence inouïe, atteignit^ son 
paroxysme. A ce niveau il continua: 

«IjuÎ f jàl jJJ 

«Seigneur! Si cette troupe périt aujourd'hui, il n'y aura 
plus personne pour T'adorer. Seigneur! S'il Te plaît, nul 
ne T'adorera plus jamais». 

Il implora tellement que son manteau lui tomba des épaules pour 
ensuite être réajusté par Abi Bakr qui, alors, lui dit: «Ça suffit 
Messager d'Allah! Tu as assez insisté auprès de ton Seigneur!» 

Dans la suite, Allah révéla à ses anges: «Je suis avec vous, 
affermissez donc les croyants. Je vais jeter l'effroi dans les 
cœurs des mécréants» (8:12). 

Il révéla à Son messager: «Je vais vous aider d'un millier 
d'anges déferlant les uns à la suite des autres» (8:9): c'est-à-dire 
déferlant vers vous ou déferlant progressivement: né venant pas 
tous à la fois. 



296 



La descente des anges 

Pour une fois, le Messager d'Allah (S) somnola, puis, levant 
la tête dit: «Réjouis-toi, Aba Bakr! Voici Jibril au milieu de la 
poussière!» Dans un autre rapport fait par Muhammad ibn Ishâk, 
le prophète (S) dit 

t <OjJL *~s>'ji JUj Jb^T Jj 1?- IJla c4)I *j*oj Û\3\ ij$o U tj °j£j\1> 

«Réjouis-toi, Aba Bakr, Allah t'apporte son secours! Voici 
Jibril tenant les rênes de son cheval, au milieu de la 
poussière». 

Ensuite, sortant de son appentis, le Messager d'Allah (S) mit 
rapidement sa cuirasse et dit 






«Leur rassemblement sera bientôt mis en déroute et ils 
fuiront» (54:45). 

Cela dit, il prit une poignée de gravier, fit face aux Kouraichites 
et dit: «Que vos visages soient mutilés» Il leur jeta le gravier qui, 
n'épargnant aucun d'eux, pénétra dans leurs yeux, leurs narines 
et leurs bouches. Dans ce sens Allah révéla: «Ce n'est pas toi 
qui lançais; mais, c'est Allah qui lançait» (8:17). 

La contre attaque 

A ce niveau, le prophète (S) donna enfin à son armée l'ordre 
de contre-attaquer disant: «chargez!» Il les exhorta à la lutte en 
ces termes: «Par celui dont l'âme de Mohammad est entre les 
mains! Allah fera accéder au paradis quiconque d'entre vous 
aura combattu, aujourd'hui, dans la patience et l'endurance, 
chargeant et sans s'enfuir, jusqu'au moment où on le tue». A cet 
égard, il dit aussi, incitant ses hommes au combat: «Debout! 
Obtenez un paradis aussi large que les cieux et la terre!» Alors, 



297 



Al-Omair ibn Al-Hamân fit de sa bouche: «bakh-bakh». Le 
Messager d'Allah (®) lui dit: «Qu'est-ce qui te porte à faire 
«bah-bah»» Il répondit: «Rien, par Allah! Messager d'Allah 
(S) je souhaite seulement être au nombre de ses occupants. 
Alors le prophète (S) lui dit: «Tu fais partie de ceux-là» Sur ces 
mots, Al-Amir sortit des dattes de sa corne, se mit à en manger 
puis dit: «ce serait pour moi une longue vie que de trouver le 
temps de manger mes dattes-ci». Il jeta ensuite les dattes qui lui 
restaient et se mit à combattre jusqu'au moment où on le tua. 
Awf ibn Al-Hârith, le fils de Afrâ, interrogea aussi le prophète 
(S) en ces termes: «Qu'est-ce qui dans le serviteur, peut faire 
rire son Seigneur?» Le Messager d'Allah (H) lui répondit: «le 
fait de plonger et de se saisir de l'ennemi en état de nudité». Sur 
ces mots, Awf ôta l'armure qu'il portait et, après l'avoir jetée au 
loin, prit son épée et se mit à combattre jusqu'au moment où on 
le tua. Au moment où le Messager d'Allah (il) ordonnait la 
contre-attaque, l'ennemi avait perdu son zèle et ses attaques 
s'étaient relâchées. La sage stratégie adoptée avait beaucoup 
contribué à consolider et à raffermir la position des musulmans. 
Ceux-ci dont la force de frappe résidait dans les jeunes, avaient, 
dès leur réception de l'ordre de charger, lancé une attaque 
meurtrière dans laquelle ils fouillaient les rangs de l'ennemi et 
tranchaient des gorges. Us devinrent encore plus unis et 
déterminés à combattre lorsqu'ils^ virent le Messager d'Allah 
(S) sauter dans son armure et dire de manière franche et résolue: 
«Leur rassemblement sera bientôt mis en déroute et ils fuiront». 
Ainsi, les musulmans combattaient avec une violence inouïe, 
aidés en cela par les anges. A cet égard Ikrima, selon un rapport 
de ibn Saad dit: «Ce jour-là, on voyait des têtes et des mains 
tomber sans savoir qui les coupait. Poursuivant un associateur 
détalant devant lui il arrivait au musulman d'entendre des coups 
de cravache au dessus de sa tête. H entendait aussi le cavalier 
dire: «Avance!». Regardant l'associateur il le voyait s'allonger à 
terre, le nez mutilé, le visage déchiré à grands coups de 
cravache. Al-Ansâri vint rapporter la scène au Messager d'Allah 

298 



(S) qui dit: «C'est vrai, cela fait partie des trois renforts du 
ciel». Abu Dâwoud Al-Mâzini dit: «Je poursuivais un des 
associateurs pour le tuer lorsque, tout à coup, je vis tomber sa 
tête avant même que mon épée ne parvînt à le toucher. Je sus 
alors que quelqu'un d'autre l'avait tué. A un certain moment, un 
des combattants parmi les Ansâr se présenta avec Al-Abbâs ibn 
Abdil-Mouttalib comme prisonnier et ce dernier dit: «Par Allah! 
cet homme ne m'a pas constitué prisonnier. Celui qui m'a 
constitué prisonnier, est un homme au front dégarni, au visage 
des plus beaux monté sur un cheval noir et blanc. Je ne le revois 
pas dans la foule». Le combattant Ansarite précisa: «Je l'ai 
constitué prisonnier, Ô Messager d'Allah!» Celui-ci dit: «Tais- 
toi! Allah l'a soutenu en le mettant en rapport avec un ange 
généreux». 

Iblis se retire du champ de bataille 

Comme nous l'avons déjà vu, Iblis, ayant pris la forme de 
Sourâkah ibn Mâlik ibn Jaacham Al-Madlaji, avait intégré les 
associateurs qu'il suivait dans tous les sens. 

Toutefois, il battit en retraite, prenant ses jambes à son cou, 
lorsqu'il se fut rendu compte du châtiment que les anges 
infligeaient aux associateurs. Alors, Al-Hârith ibn Hichâm 
s'accrocha à lui de toutes ses forces, le prenant pour Sourâkah, 
mais son allié le repoussa d'un coup de poing à la poitrine qui le 
propulsa loin de lui, avant de partir en trombe. Les associateurs 
lui dirent: «Où vas-tu Sourâkah? N'avais-tu pas dit que tu étais 
notre voisin? Ne nous quitte pas!» H dit: «Je vois des choses que 
vous ne voyez pas. Moi, je crains Allah car, terrible est son 
châtiment». Sur ces mots, il s'enfuit au point d'aller se jeter en 
mer. 

L'écrasante défaite 

Les signes d'échec et de désordre se multiplièrent dans les 
rangs adverses, car les associateurs n'arrêtaient de s'écrouler et 
de s'éffrondre face, à la violence des attaques lancées par les 

299 



musulmans. La bataille touchait à sa fin. Les associateurs 
commençaient à se sauver en catastrophe suivis par les 
musulmans qui leur montaient au dos, les constituaient 
prisonniers ou les tuaient jusqu'à ce que prît forme la déroute. 

La résistance d'Abi Jahl 

Quant au grand tyran Abou Jahl, il essaya de résister lorsqu'il 
eut constaté la débandade au niveau des siens. U se mit à 
encourager son armée, lui disant sur un air de méchanceté et 
d'obstination: «Que la défection de Sourâkah ne vous pousse 
point à la déroute car celui-ci est de mèche avec Mohammad! Ne 
soyez pas horrifiés par la mort de Otba, dé Chayba et d' Al- 
Walid! On les a tout simplement brusqués. Je jure par Al-Lât et 
Al-Ozzâ que nous ne quitterons pas sans les ligoter je ne vous 
demande pas de les tuer par un, mais prenez-les en masse pour 
que nous leur fassions connaître les conséquences de leurs actes. 
Tout d'un coup, cependant, la réalité d'une telle arrogance lui 
apparut car, les rangs des associateurs ne tardèrent pas à se 
disloquer face aux attaques des musulmans. Certes, il avait 
encore avec lui un groupe d' associateurs F entourant d'une haie 
d'épées et d'une forêt de lances; toutefois, l'ouragan de l'attaque 
des musulmans dispersa une telle haie et anéantit une telle forêt. 
Alors, le tyran apparut. Les musulmans le virent voltiger sur le 
dos de son cheval tandis que la mort attendait de boire de son 
sang, l'opposant à deux jeunes médinois. 

La mort d'Abi Jahl 

Abdour-Rahmân ibn Awf dit: «Le jour de Badr j'étais au 
nombre des combattants. A un moment, faisant volte face, je me 
retrouvai, soudain, entre deux jeunes, l'un à ma droite, l'autre à 
ma gauche, comme s'ils allaient m'agresser. L'un d'entre eux à 
l'insu de l'autre me dit alors en secret: «Oncle, montre-moi Aba 
Jahl!» Je lui dis: «Neveu, que lui veux -tu?» Il répondit: «On m'a 
informé qu'il insultait le Messager d'Allah (S). Je jure sur celui 
qui détient mon âme qu'une fois que je le trouve, je ne le 

300 



quitterai pas avant qu'il ne me tue ou que je ne le tue». Alors 
que je m'émerveillais de tels propos, l'autre jeune homme me fit 
signe et me dit la même chose. Sur ces mots, je ne tarderai pas à 
braquer mes regards sur Abi Jahl que je voyais tournoyer entre 
les gens, pour ensuite dire aux deux jeunes: «Ne voyez-vous 
pas? Voici l'homme que vous cherchez!» Ils le chargèrent 
aussitôt avec leurs épées et le transpercèrent jusqu'à sa mort 
pour ensuite s'approcher du Messager d'Allah (S) qui, alors, 
leur demanda: «Lequel de vous l'a tué?» Chacun des deux 
jeunes se mit à dire: «c'est moi qui l'ai tué». Le prophète (®) 
leur dit: «avez- vous essuyé vos épées?» Ils répondirent: «Non!» 
Le Messager d'Allah (S) promena son regard sur les deux épées 
et dit: «vous l'avez tué tous les deux». Le prophète (il) décida 
par la suite que la dépouille irait à Mouâd ibn AmribnAl- 
Jamouh (l'autre s'étant fait tué au cours de la même bataille, à 
savoir Mouâd ibn Afrâ). 

Le premier, selon ce que nous en rapporte ibn Ishâq dit: 
«Alors qu' Abou Jahl était dans un fourré où le gardaient les 
associateurs munis d'épées et de lances, j'entendis ses gens dire: 
«Aboull-Hakam, on ne lui restera pas dévoué». Lorsque j'eus 
entendis cela, je me proposai de l'avoir et dès que j'en eus la 
possibilité, le changeai brusquement. Je lui donnai un coup 
d'épée qui lui trancha la moitié de la jambe que je vis alors voler 
en l'air. En retombant, le morceau par Allah, me rappelait un 
noyau au moment où il tombe du casse - noix. Son fils Ikrima 
me donna un coup d'épée à l'épaule et me trancha le bras de 
telle sorte que celui-ci restait suspendu à mon flanc, retenu par 
un morceau de peau. Je ne pouvais plus combattre avec lui, 
d'autant plus que j'avais combattu toute la journée. Je décidai de 
ramener le bras derrière moi. Ensuite, comme il me faisait mal, 
j'y posai mon pied et m'étirai au point de le voir se détacher. 
Peu après, Mouâd ibn Afrâ rencontra Aba Jahl! Qui avait perdu 
tout son zèle et lui donna un coup d'épée le clouant pour de bon 



301 



et le laissant moribond. Par la suite il combattit jusqu'au 
moment où il fut tué. 

Après la bataille, le Messager d'Allah (Ô) dit: «Qui est-ce qui 
va voir ce qu'on a fait à Abi Jahl? Les gens, alors, se 
dispersèrent pour aller à sa recherche. Lorsque Abdoullah ibn 
Masoud (-#) le retrouvait, l'associateur en était à l'agonie. Alors 
il lui posa le pied au cou et se saisit de sa barbe pour lui trancher 
la tête en l'interrogeant en ces termes: «Alors Allah t'a humilié, 
n'est-ce-pas, ennemi d'Allah»? L'associateur répondit: «En quoi 
m'a-t-il humilié? S'agit-il d'autre chose que de me tuer en 
martyr? de me faire tuer par un laboureur?». Sur ces mots il dit: 
«Informe-moi! A qui revient le pouvoir aujourd'hui?» 
Ibn Masoud lui répondit: «A Allah et à son Messager». 
L'associateur dit ensuite à son bourreau qui, déjà lui posait le 
pied au cou: «Tu as fait une ascension bien difficile, petit 
gardien de moutons!» En fait, Ibn Masoud faisait partie des 
gardiens de moutons de la Mecque. Après cette conversation, 
ibn Masoud lui trancha la tête qu'il apporta au Messager 
d'Allah (S) en lui disant: «Ô Messager d'Allah! Voici la tête de 
l'ennemi d'Allah, Abou Jahl!». 

Celui-ci dit: «Allah est Celui en dehors de qui il n'y a nulle 
divinité (répétant cela trois fois) Allah est très grand! Louange à 
Allah qui a accompli Sa promesse, secouru Son serviteur vaincu, 
seul les factions qui ont détalé sous nos yeux». Lorsque nous lui 
eûmes montré la tête il dit: «Voici le Pharaon de cette Oumma!». 

Quelques manifestations de beautés de la foi au cours de 
cette bataille 

Nous en avons déjà vu deux exemples avec Omair ibn Al- 
Hamam et Awf ibn Hârith ibn Afrâ. En fait, la bataille a conduit 
à de très beaux spectacles attestant d'une force de conviction et 
de détermination. Au cours de cette bataille, des pères et des fils 
aux principes opposés se sont expliqués par l'épée. De même 



302 



des dominés ont eu à affronter leurs dominateurs et de manière à 
apaiser leur colère. 

1. Selon Ibn Ishâk, rapportant les propos d'Ibn Abbâs, le 
prophète (S) dit à ses compagnons: «Je sais que certains 
hommes appartenant à Banî Hâchim ou d'autres, sont venus à 
Badr malgré eux. Ceux-là n'ont pas besoin d'être combattus. 
Ainsi, si vous rencontrez quelqu'un de Banî Hâchim, ne le 
tuez pas. Si vous rencontrez Aboul-B oukhtouri ibn Hichâm, 
ne le tuez pas. Si vous rencontrez Al-Abbâs ibn Abdil- 
Mouttalib, ne le tuez pas car il est venu contre son gré». 
Alors, Abou-Houthayfa ibn Otba dit: «Allons-nous tuer nos 
pères, nos fils, nos frères et les membres de notre clan sans 
tuer Al-Abbâs? Par Allah! Je le réduirai au silence avec cette 
épée». Lorsqu'il eut entendu cela, le prophète (S) dit à Omar 
ibn Al-Khattab: «Aba Hafs! Doit-on donner un coup d'épée 
au visage de l'oncle paternel du Messager d'Allah?» Celui-ci 
répondit: «Ô Messager d'Allah! Laisse-moi! Je lui trancherai 
le cou à l'épée si je le rencontre car par Allah, c'est un 
hypocrite. Abou-Houthayfa disait: «La parole que j'ai 
prononcée ce jour-là me travaille et mon péché à cet égard ne 
saurait être expié que par le martyr» ainsi fut-il tué en martyr 
lors de la bataille de Yamâma. 

2. Le prophète (S) interdisait de tuer Aboul-B oukhtouri car 
celui-ci était le moins hostile envers lui, au temps où il était à 
la Mecque. Il ne lui faisait aucun mal et non plus ne le 
soumettait à aucune chose répréhensible. D'ailleurs il était de 
ceux qui avaient contribué à la rupture du boycott de Banî 
Hichâm et des Banil-Mouttalib. En dépit de tout cela, Aboul- 
Boukhtouri fut tué. En effet, à un moment, Al-Moujathir ibn 
Ziyad Al-Balawi l'ayant rencontré au cours de la bataille en 
compagnie d'un de ses camarades aux cotés duquel il 
combattait, lui dit: «Abu-Boukhtouri, toi, le Messager 
d'Allah (H) nous a défendus de te tuer!». Il demanda: «avec 
mon camarade»? Al-Moujathir reprit: «Non! Par Allah, ton 

303 



camarade doit mourir!» Il dit: «Donc, par Allah! Nous 
mourrons tous les deux». Un combat s'engagea et Al- 
Mujathir fut obligé de le tuer. 

Abdour-Rahmân ibn Awf et Omayya ibn Khalaf avaient été 
des amis à la Mecque, à l'époque antéislamique. Le jour de 
Badr, Abdour-Rahmân, en compagnie de son fils, rencontra 
celui de Omayya. Alors, ils lui tinrent la main. Abdour- 
Rahmân portaient des armures qu'il avait usurpées. Lorsque 
Omayya le vit il lui dit: «veux-tu me capturer? Je suis 
meilleur que ces armures que tu portes. Je n'ai jamais vu un 
tel jour. N'avez-vous pas besoins de lait? (entendre par là: au 
cas où l'on me capture je donnerai comme rançon une 
chamelle capable de produire beaucoup de lait). Alors 
Abdour-Rahmân rejeta les armures prit le père et le fils par la 
main pour les emmener. A ce sujet il raconte: «Alors que 
j'étais entre lui et son fils, Omayya me dit: «quel est cet 
homme parmi vous ayant la plume d'autruche à la poitrine?» 
Je lui répondis: «Celui-là c'est Hamza ibn Abdil-Mouttalib». 
JJ reprit: «C'est celui-là qui nous a ruinés!» Je me mettai 
ensuite à les conduire lorsque Bilal apercevant Omayya, celui 
qui le torturait, dit: «Voici le chef des mécréants, Omayya ibn 
Khalaf! Ou il me tue, ou je le tue!» Je dis: «Bilâl, celui-ci est 
mon prisonnier». Il répéta: «Ou il me tue, ou je le tue». Sur 
ces mots, il cria du plus fort de sa voix, disant: «Ô partisans 
d'Allah! Voici le chef des mécréants, Omayya ibn Khalaf! Ou 
il me tue, ou je le tue». Les gens, alors, nous cernèrent de 
manière à nous donner l'impression d'être dans une sorte de 
carcan. Aussi le repoussai-je. Un homme, sans crier gare, 
trancha d'un coup d'épée la jambe du fils d'Omayya? Celui- 
ci, alors, poussa un cri tel que je n'en avais encore jamais 
entendu. Je lui dis: «Sauve-toi. Je ne peux te protéger, Par 
Allah, je ne te suis d'aucune utilité». Les gens se jetèrent sur 
lui et le déchiquetèrent avec leurs épées». De son vivant 
Abdour-Rahmân disait: «Pauvre Bilâl, qu'Allah l'agrée dans 



304 



Sa clémence: il m'a fait perdre mes armatures et mon 
prisonnier». 

Al-Boukhari rapporte dans son recueil de hadiths 
authentiques, que Abdour-Rahmân ibn Awf dit à Omayya: 
«Couche-toi» et lorsque celui-ci se fut couché, plongea sur lui 
pour le couvrir. Les gens néanmoins, le transpercèrent par 
leurs épées qu'ils lui enfoncèrent par le bas et de la sorte le 
tuèrent. Une des épées blessa au pied Abdour-Rahmân ibn 
Awf. 

4. Omar ibn Al-Khattâb (4*>) tua, ce jour-là, son propre oncle 
maternel: Al- As ibn Hichâm ibn Al-Moughira. 

5. Abou Bakr As-Siddik (4«) appela son fils Abdour-Rahmân 
qui était alors avec les associateurs, et lui dit: «Où sont mes 
biens, scélérat?» Celui-ci répondit: «Il n'en reste qu'une arme 
et un pur-sang, un inflexible prêt à tuer les vieillards égarés!» 

6°) Alors que les gens continuaient la capture des associateurs et 
que Saad ibn Mouâd, l'épée en bandoulière, faisait sa faction 
devant la porte de l'appentis, le Messager d'Allah (H) 
constata, de l'intérieur de cet appentis, que le visage de son 
garde de corps exprimait de la répulsion pour ce que les gens 
continuaient de faire. Aussi dit-il à Saad: «Par Allah! On 
dirait que tu détestes ce que font les gens». Celui-ci répondit: 
«En effet, Par Allah il s'agit de la première bataille 
commanditée par le Très Haut à rencontre des associateurs. 
A cet égard je préfère qu'on les massacre tous au lieu de les 
maintenir». 

7. Ce jour-là Okâcha ibn Mouhassan Al-Asdi vit son épée se 
casser. Alors, il se présenta au Messager d'Allah (H) qui lui 
donna un moignon pointu et lui dit: «Bats-toi avec ceci, 
Okâcha!». Il brandit le moignon dès qu'il l'eut reçu du 
prophète (®). L'objet devint entre ses mains, une épée en 
bonne et dur forme: longue, sèche et dotée d'une lame 
blanche. C'est avec cela qu'il combattit jusqu'à la victoire, 

305 



des musulmans. Une telle épée était appelée «Al-Awn» (le 
secours). Elle ne cessa ensuite d'être avec lui, au vu et au su 
de tous, jusqu'au jour où il fut tué au cours d'une guerre 
contre les apostats. 

8. A la fin de la bataille, Mousaab ibn Omair Al-Abdari 
rencontra son frère Aba Aziz ibn Omair qui avait participé à 
la guerre contre les musulmans. Celui-ci était accompagné 
d'un musulman médinois lui tenant la main. Alors Mosaab 
dit au musulman médinois: «Retiens-le avec tes deux mains 
car sa mère est riche; elle viendra peut-être te verser une 
rançon». Abou Aziz dit à son frère: «Est-ce cela l'expression 
de la parenté à mon égard»? Mosaab lui répondit: «Lui (le 
musulman médinois) est mon frère et toi, non». 

9. Lorsque fut donné l'ordre de jeter les cadavres des 
associateurs dans le fossé et qu'on eut traîné celui de Otba 
ibn Rabîaa vers ce fossé, le Messager d'Allah (S), observant 
le visage du fils du défunt, Abou Houthayfa, y lit l'amertume 
et le dépit. H dit alors à celui-ci: «Aba Houthayfa! peut-être 
es-tu quelque peu affecté par le sort de ton père»? H répondit: 
«Non, par Allah! Messager d'Allah! le sort de mon père ne 
me dit rien, mais je créditais mon père d'intelligence, de 
perspicacité et de mérites, pensant que cela le conduirait à 
l'Islam. Aussi, face au spectacle de sa mort, me suis-je vite 
rendu compte qu'il est mort dans l'impiété, nonobstant ce que 
j'attendais de lui. Voilà ce qui m'attriste». Le Messager 
d'Allah (II) fit des invocations en sa faveur et ensuite, le 
consola. 

Les tués de part et d'autre 

La bataille aboutit à une défaite écrasante infligée aux 
associateurs et à une victoire sans conteste au projet des 
musulmans. Cette bataille fit 14 martyrs du côté des musulmans: 
six mecquois et huit médinois. Quant aux associateurs, ils 
avaient subi de grosses pertes. Les musulmans tuèrent 70 et 

306 



capturèrent 70 parmi leurs dirigeants, leurs généraux et leurs 
héros. A la fin de la guerre, le Messager d'Allah (H) s'approcha 
des tués et dit: «Piètre clan que le vôtre à l'égard de votre 
prophète! Vous m'avez traité de menteur et les gens m'ont cru; 
vous m'avez abandonné et les gens m'ont secouru; vous m'avez 
fait sortir et les gens m'ont donné asile». Ensuite, il donna 
l'ordre de les jeter dans l'un des précipices de Badr. Selon Abou 
Talha, le Messager d'Allah (S) donna l'ordre de jeter 24 héros 
du côté des Kouraichites dans les creux de Badr. 

De surcroît, il passait trois nuits sur le champ de bataille 
après avoir triomphé d'un peuple. A sa troisième nuit, à Badr, il 
ordonna qu'on lui préparât sa monture et, après quoi, s'en alla, 
suivis de ses compagnons, au point de se retrouver à Saffat-ar- 
Rikâ où il se mit à appeler les morts par leurs noms et par ceux 
de leurs pères: «Ô tel fils de tel! Ô tel fils de tel! Réjouissez- 
vous d'avoir obéi à Allah et à Son messager? Nous, nous avons 
vu se réaliser ce que, notre Seigneur vous avait promis ! Avez- 
vous vu se réaliser ce que votre Seigneur vous avait promis?» 
Omar lit dit: «Ô Messager d'Allah! Comment peux-tu parler 
avec des corps sans âme?» Il répondit: «Je jure sur celui qui 
détient l'âme de Mohammad que vous n'êtes pas plus en mesure 
d'entendre ce que je dis». Dans un autre rapport la réponse est: 
«Vous n'entendez pas mieux qu'ils le font, seulement ils ne 
répondent pas». 

La Mecque reçoit la nouvelle de la déroute 

Les associateurs s'enfuirent de Badr dans le désordre et, se 
dispersant dans les vallées et sur les montagnes, mirent le cap 
sur la Mecque sans trop savoir comment y accéder sous 
l'emprise de la honte. Selon Ibn Ishâk, le premier à rapporter la 
nouvelle de la défaite des Kouraichites fut Al-Hayssimân ibn 
Abdillah Al-Khouzâi que les gens interrogèrent en ces termes: 
«Qu'as-tu laissé derrière?» Il répondit: «On a tué Otba ibn 
Rabîaa, Chayba ibn Rabîaa, Abal-Hakam ibn Hichâm, Omayya 
ibn Khalaf et d'autres». Lorsqu'il commença à énumérer les 

307 



notables des Kouraichites tué à Badr, Safwân ibn Omayya qui 
était assis dans la pièce dit: «Par Allah! pour s'assurer que ce 
type n'est pas fou, interrogez-le à mon sujet». Aussitôt les gens 
demandèrent à Hayssimân: «Et qu'a fait Safwân ibn Omayya?» 
H répondit: «Le voici assis dans la salle! Je jure que j'ai vu tuer 
son père et son frère». 

Abou Râfia, l'esclave affranchi du Messager d'Allah (II) dit: 
«J'étais un garçon appartenant à Al-Abbâs. L'Islam était entré 
chez nous, Al-Abbâs s'y reconvertit ainsi qu'Oumm Al-Fadl et 
moi-même. A l'époque Al-Abbâs dissimulait sa conversion. 
Abou Lahab n'avait pas été à Badr; toutefois, à la tombée de la 
nouvelle de la défaite des Kouraichites, Allah le musela et le 
couvrit de honte. Nous, nous en étions devenus forts et 
prestigieux. J'étais quelqu'un de faible fabriquant des flèches 
que je sculptais dans la tente du Zamzam où, assis, en 
compagnie d'Oumm Al-Fadl, je poursuivais mon travail, réjoui 
tout autant qu'elle par la nouvelle en question, lorsqu'Abou 
Lahab arriva, traînant les pieds d'amertume et s'assit à 
l'extrémité de la tente, le dos opposé au mien. Alors qu'il restait 
assis, les gens soudain, dirent: «Voici Abou Soufyan ibn Al- 
Hârith ibn Abdil-Mouttallib qui arrive». Abou Lahab dit à celui- 
ci: «Viens ici. Ma foi, tu apportes des nouvelles»! Abou Soufyan 
s'assit près de lui tandis que les gens le surplombaient. Abu 
Lahab lui dit: «Neveu, informe moi! De quelle façon se sont 
comportés les gens»? Il répondit: «L'affaire est simple, lorsque 
nous avons rencontré ces gens, nous nous sommes laissés faire; 
ils nous tuaient comme ils le voulaient et nous capturaient 
comme ils le voulaient mais ce n'est pas tout. Nous avons aussi 
rencontré des hommes blancs, montés sur des chevaux blancs et 
noirs, entre les cieux et la terre. Par Allah, ces hommes ne 
laissaient rien subsister. Rien ne leur résistait». Je levai 
l'extrémité de la tente avec ma main et ensuite dis: "Par Allah! Il 
s'agit là des anges. Abou Lahab leva sa main et me frappa 
violemment au visage. Je le chargeai mais il me souleva et me 



308 



jeta à terre; après quoi, il se coucha sur moi et se mit à me 
frapper: j'étais quelqu'un de faible. Oumm Al-Fadl alla vers un 
des piliers de la tente, s'en saisit et lui cassa la tête en disant: «Je 
lui ai ravi sa mine de chef. Il a plutôt l'air d'un vil esclave». Je 
jure que neuf nuits après, Allah lui colla un abcès (qu'à l'époque 
les Arabes considéraient comme mortel). C'est cet abcès qui le 
tua. Ses enfants le fuyaient. Pendant trois jours nul ne voulait 
s'approcher de lui personne n'essayait de l'enterrer. Finalement, 
par peur de commettre un sacrilège à force de le laisser 
s'exposer on creusa un trou, l'y poussa à l'aide d'un bâton puis 
de loin, lui lança des pierres au point de l'en couvrir 
complètement. 

Voilà de quelle façon les mecquois reçurent la nouvelle de la 
cuisante défaite infligée aux Kouraichites à la bataille de Badr. 
Ils furent si tristement marqués par cette déroute qu'ils 
s'interdirent de faire des lamentations funèbres sur les morts 
pour empêcher les musulmans de se réjouir de leurs malheurs. 
Une des choses curieuses à cet égard fut le cas d'Al-Aswad ibn 
Al-Mouttalib, un aveugle dont trois des fils avaient été tués à 
Badr. Celui-ci voulait pleurer ses fils mais ne pouvait violer 
l'interdit. Une nuit, ayant perçu la voix d'une femme qui se 
lamentait, il envoya son garçon en lui disant: «Va voir si l'on a 
autorisé les lamentations, si les Kouraichites pleurent leurs tués 
je pourrai peut-être pleurer Aba Hakima (son fils), je brûle 
d'impatience». L'enfant revint lui dire: «Ce n'est qu'une femme 
qui pleure pour un chameau qu'elle a perdu». Alors, Al-Aswad, 
ne pouvant plus se maîtriser, dit: 

«Pleure-t-elle d'avoir perdu un chameau au point d'en 
perdre le sommeil? Elle ne pleure pas son fils aîné tué. A 
Badr s'arrête la coutume des anciens. Sont restés à Badr 
Boni Hasîs, Makhzoum et le groupe d'Abil-Walid. Moi si 
je dois pleurer je pleurerai AMI et Hârith le lion des lions. 
Je pleurerai tous les martyrs sans toutefois les nommer 
tous. Quant à Abi Hakima, il reste sans égal. Régnent 

309 



après eux des gens qui, n'eût été la bataille de Badr, 
n'auraient jamais pu régner». 

La nouvelle de la victoire parvint à Médine 

Après la victoire, le Messager d'Allah (S) envoya deux 
émissaires à Médine pour y annoncer la nouvelle. H envoya 
Abdallah ibn Rawâha disséminer la nouvelle dans la partie 
supérieure de la ville et Zayd ibn Hâritha dans la partie 
inférieure. Les juifs et les hypocrites fomentaient des troubles à 
Médine en diffusant défausses nouvelles, allant même jusqu'à 
dire que le prophète (S) avait été tué. Apercevant Zayd ibn 
Haritha monté sur Al-Kaswâ (la chamelle du Messager d'Allah 
(S)), l'un des hypocrites dit: «On a tué Mohammad! Voici sa 
chamelle. Nous la reconnaissons; et, voici Zayd en déroute, 
paniqué, ne sachant quoi dire sous le poids de la terreur». A leur 
arrivée, les deux émissaires furent encerclés par les musulmans. 
La joie et la gaieté gagnèrent toute la ville bientôt secouée par 
des cris de «Là ilâha Ma Allah» (il n'y a de divinité qu'Allah) et 
de «Alâhou Akbar» (Allah est très grand). 

Les responsables des musulmans restés à Médine se rendirent 
à la route de Badr pour réserver au prophète (S) un accueil 
triomphal. 

Osâma ibn Zayd dit: «La nouvelle nous parvint à un moment 
où nous venions d'enterrer Roukayya, la fille du Messager 
d'Allah (S) qui était avec Othmân ibn Affan. Le prophète (S) 
nous avait laissés auprès d'elle, Oth mân et moi». 

Les divergences au sujet du butin 

Au terme de la bataille, le Messager d'Allah (S) resta à Badr 
trois jours durant mais, avant son départ, des divergences se 
firent jour au sein de l'armée à propos du butin. L'affaire 
s 'aggravant, le prophète (S) demanda à tout le monde de rendre 
ce qu'il avait pris. Peu après, Allah dicta, par révélation, la 
solution du problème. 



310 



Selon ce qu'on rapporte de lui, Obâda ibn As-Sâmit dit: 
«Nous nous rendîmes à Badr avec le Messager d'Allah (S)? 
Nous combatîmes les Kouraichites et les mîmes en déroute. 
Ensuite, alors qu'un groupe se jetait sur les traces de l'ennemi 
qu'il traquait et tuait, un deuxième rassemblait le butin et un 
troisième qui n'avait pas directement combattu, entourait le 
prophète (H) dont il assurait la protection. A la tombée de la 
nuit, les gens se mirent à polémiquer. Ceux qui avaient 
rassemblé le butin dirent: «Nous avons réuni le butin. Donc, 
nous ne le partagerons avec personne». Ceux qui étaient sur les 
traces de l'ennemi dirent: «Vous n'êtes pas plus méritants que 
nous. C'est parce que nous avons pourchassé et mis en déroute 
l'ennemi qu'il existe ce butin».CeUx qui assuraient la protection 
du Messager d'Allah (S) dirent: «Nous nous sommes occupés 
du prophète (S) dans le but de le soustraire à toute attaque 
éventuelle». 

A cet égard Allah révéla 



M >£ 



te 






«On t'interroge sur le butin, Réponds: «le butin revient à 
Allah et à son prophète. Craignez Allah! Que toujours la 
concorde règne parmi vous. Obéissez à Allah et à Son 
messager: ainsi l'exige votre qualité de croyants» (8:1). 

L'armée du prophète se dirige vers Médine 

A la fin de son séjour de trois jours à Badr, le Messager 
d'Allah (S) se dirigea vers Médine en compagnie de son armée, 
emportant avec lui les associateurs faits prisonniers ainsi que le 
butin laissé derrière par les Kouraichites et auquel il avait 
délégué Abdallah ibn Kaab. Lorsqu'il eut franchi le détroit d' As- 
Safrâ, il descendit sur une colline entre Al-Madîk et An- 



311 



Nâziyya. C'est là qu'il partagea le butin entre les musulmans, 
dans l'équité après en avoir pris le cinquième. A son arrivée à 
As-Safrâ, il donna l'ordre de tuer An-Nadr ibn Al-Hârith qui 
était le porte drapeau des associateurs le jour de Badr. C'était 
aussi l'un des plus grands malfaiteurs des Kouraichites, l'un des 
plus hostiles à l'Islam et des plus nuisibles au Messager d'Allah 
(S). La sentence fut mise à exécution par Ali ibn Abi Tâlib qui 
lui coupa la tête. 

A Irk Adh-Dhabya, il donna l'ordre de tuer Okba ibn Abi 
Mouait dont nous avons déjà vu les actes d'agression à l'égard 
du Messager d'Allah (S). C'est lui qui avait jeté des boyaux sur 
la tête du Messager d'Allah (S) alors que celui-ci faisait sa 
prière. C'est lui qui avait empoigné le manteau du Messager 
d'Allah (S) et qui allait le tuer n'eût été l'intervention d' Abi 
Bakr (■#>). Lorsque le prophète (S) eut donné l'ordre de le tuer, 
le pauvre dit: «Qui s'occupera des enfants, Mohammad?» Il 
répondit: «L'enfer». Okba fut tué par Asim ibn Thâbit Al- 
Ansâri. 

D'aucuns disent cependant que c'est Ali ibn Abi Tâlib qui le 
tua. L'exécution de ces deux tyrans était une nécessité imposée 
par la guerre. En effet, ceux-ci n'étaient pas des prisonniers 
comme les autres. Ils étaient aussi des criminels de guerre, au 
sens actuel du terme. 

Les vagues de félicitations 

A son arrivée à Ar-Rawbâ, le Messager d'Allah (S) rencontra 
les responsables musulmans venus le féliciter et l'accueillir, 
après avoir été mis au courant de la nouvelle de la victoire par 
les deux émissaires. Ce jour-là, Salama ibn Salâma dit aux gens: 
«Vous nous félicitez pourquoi? Par Allah! Nous n'avons 
rencontré que des vieillards complètement chauves». Le 
prophète (S) sourit et dit: «Cousin, ceux-là sont les notabilités». 
Osaid ibn Houdair dit: «Messager d'Allah! Louange à Allah qui 
t'a fait triompher et survivre! Je jure, Messager d'Allah qu'en 

312 



m' absentant de Badr, je ne pensais pas que tu allais rencontrer 
des ennemis. Je pensais plutôt qu'il ne s'agissait que de capturer 
une caravane. Si je savais que c'était des ennemis que tu allais 
rencontrer, je ne me serais point absenté». 

Le prophète (S) lui répondis: «Je te crois» et ensuite, 
victorieusement, fit son entrée à Médine, désormais redouté par 
l'ensemble de ses ennemis résidant dans la ville et aux alentours 
de celle-ci. Bon nombre de médinois embrassèrent alors l'Islam, 
y compris Abdoullah ibn Oubai et ses compagnons dont la 
conversion fut de pure forme. Les prisonniers arrivèrent à 
Médine un jour après. Le prophète (S) les repartit entre ses 
compagnons à qui il recommanda de les traiter avec égards. En 
application d'une telle recommandation, ceux-ci, tout en se 
nourrissant de dattes offraient du pain à leurs prisonniers. 

La question des prisonniers 

A son arrivée à Médine, le Messager d'Allah (S) consulta ses 
compagnons sur la question des prisonniers. Alors Abou Bakr 
dit: Ô Messager d'Allah! Ceux-ci sont des cousins, des 
contribules et des frères. Mon avis, c'est qu'on leur demande 
une rançon. Les rançons que nous aurons obtenues nous 
permettront ensuite de constituer une force contre les infidèles. 
Allah peut les guider sur la bonne voie et alors, ils nous seront 
un appui». 

Le prophète (H) se tourna vers Omar et lui dit: "Quel est ton 
avis, fils d'Al-Khattâb?» Celui-ci répondit: «Par Allah! je ne 
suis pas du même avis qu'Abi Bakr! plutôt, mon avis c'est que 
tu me livres un tel (un parent à Omar) pour que je lui coupe la 
gorge, que tu livres Ak il ibn Abi Tâlib à Ali qui lui tranchera la 
gorge et que tu permettes à Hamza de couper la gorge à son frère 
tel, de manière à ce que les ennemis d'Allah sachent que nous 
n'avons aucune indulgence à l'égard des associateurs dont ces 
prisonniers sont les héros, les dirigeants et les généraux». 



313 



Le Messager d'Allah (S) privilégia la proposition d'Abi Bakr 
et rançon fut demandée aux prisonniers. Rapportant lui-même 
cette histoire, Omar dit: « Le lendemain, j'allai voir le prophète 
(S) et Abi Bakr, que je trouvai tous en train de pleurer. Alors je 
dis: «Ô Messager d'Allah! Dis-moi ce qui vous fait pleurer, toi 
et ton compagnon? Ainsi, si je trouve que je dois pleurer, je 
pleurerai, sinon je ferai semblant de pleurer». Le prophète (S) 
dit: "Au lieu d'exiger des rançons à ceux-ci (les prisonniers) on 
vient de me montrer qu'il fallait plutôt les châtier; Allah avait en 
effet révélé: 

«Tant qu'il n'a pas réduit complètement les infidèles, il ne 
sied pas à un prophète de faire des prisonniers. Vous vous 
attachez trop, ce faisant, aux biens éphémères d'ici-bas 
quand Allah vous propose la vie éternelle. Allah est tout 
puissant et sage. N'eût été une prescription déjà décrétée 
par Allah, vous auriez expié par un immense tourment, ces 
rançons que vous avez reçues». (8:67,68). 

La prescription déjà décrétée par Allah correspond à la 
parole: «Une fois la guerre terminée, vous pourrez les libérer 
gracieusement ou les échanger contre rançon». (47:4). 

Une telle prescription prévoyait la demande de rançons et 
c'est pour cette raison qu'ils échappèrent au châtiment. Ils furent 
toutefois blâmés d'avoir fait des prisonniers avant d'avoir 
totalement maîtrisé les ennemis. A cet égard d'aucuns disent, au 
contraire, que c'est bien après que le verset fut révélé et que la 
prescription antérieurement décrétée par Allah concerne la 
reconnaissance des butins comme licites à l'endroit de cette 

314 



Oumâma, le pardon et la clémence pour les gens de Badr. 
Puisqu'on s'était fondé sur l'avis d'Abi Bakr, rançons furent 
reçues des prisonniers. H fallait pour se racheter 1000, 3000 ou 
4000 dirhams. 

A l'époque les gens de la Mecque savaient écrire, 
contrairement à ceux de Médine. Aussi, les Mecquois incapables 
de payer leur rançon devaient-ils, en compensation, instruire 
chacun dix jeunes médinois. Le Messager d'Allah (S) gracia 
plusieurs prisonniers qui furent libérés sans verser de rançon. De 
ceux-ci on notait: Al-Mouttalib ibn Hantab, Sayfi ibn Abi Rifâaa 
et Abou Azza Al-Joumahi qui sera tué par un prisonnier à Ohod, 
comme nous allons le voir. Il accorda la grâce à son gendre 
Abil-As à condition que celui-ci acceptât de quitter Zaynab. 
Cette derrière, pour payer sa rançon, avait envoyé de l'argent 
accompagné d'un collier qu'elle détenait chez Khadija collier 
que lui avait offert Aboul-As. En voyant le collier, le Messager 
d'Allah (II) éprouva énormément de pitié pour Zaynab et 
demanda à ses compagnons la permission de libérer Abil-As; et 
la permission lui fut accordée. H fixa à ce dernier la condition 
préalable de quitter Zaynab. La condition fut remplie et celle-ci 
putémigrer. 

Le Messager d'Allah (S) envoya Zayd ibn Haritha et un 
homme parmi les Ansâr en leur disant: «Soyez aux aguets! A 
son passage accompagnez-la». Les deux émissaires s'en allèrent 
et devaient un peu plus tard revenir avec elle. L'histoire de 
l'émigration de cette femme est à la fois longue et pénible. 

Il y avait parmi les prisonniers Souhayl ibn Amr qui, un très 
grand orateur, dit: «Ô Messager d'Allah, libéré Souhayl ibn Amr! 
Permet lui de retrouver la parole! Sa verve ne sera jamais plus 
contre toi en quelque endroit que ce soit». Toutefois, le Messager 
d'Allah (ft) refusa sa requête, se prémunissant contre de tels cas et 
contre le châtiment au jour de la résurrection. Saad ibn An-Noaman 
était allé faire la Oumra (le petit pèlerinage). Alors, Abou Soufyan, 
dont le fils Amr ibn Abi Soufyân était au nombre des prisonniers, le 

315 



retint comme prisonnier. Au vu de cette situation on lui envoya son 
fils après quoi il accepta de rendre à Saad sa liberté. 

Le Coran fait allusion à la bataille de Badr 

A propos de cette bataille, Allah révéla la sourate «le butin». 
Cette sourate est, pour ainsi dire, un commentaire fait par Allah au 
sujet de la bataille, commentaire très différent de celui que les rois 
et les généraux font habituellement après avoir remporté la victoire. 
Tout d'abord, Allah y attire l'attention des musulmans sur les failles 
et les exagérations dont ils étaient en partie responsables de manière 
à purifier leurs âmes et parfaire leur moralité. Ensuite il fait l'éloge 
de ce qu'une telle victoire comportait comme soutien, assistance et 
secours d'Allah, à l'insu des musulmans. Il rappela cela aux 
musulmans de façon à les amener à ne pas s'illusionner sur leur 
courage et leur bravoure, ce qui les porterait vers la vanité et 
l'orgueil. Mieux, il leur rappela cela, pour les amener à s'en 
remettre à Allah, à lui obéir et à obéir à Son messager (®). De 
surcroît, il leur précisa les nobles buts et objectifs que poursuivait le 
prophète (S) au cours de cette bataille redoutable et sanglante, 
portant à leur connaissance les objectifs moraux à la base des 
conquêtes et des batailles, Allah, dans la sourate, s'adresse aussi aux 
associateurs, aux hypocrites, aux juifs et aux prisonniers de guerre, 
leur consacrant, à cet égard, un sermon éloquent de nature à les 
amener à se soumettre à la vérité et à l'accepter en tant que telle. Il 
s'adressa ensuite aux musulmans, au sujet du butin, établissant à 
leur intention les principes et les normes devant régir une telle 
question. En matière de guerre et de paix, il leur fournit la 
législation' dont ils avaient le plus besoin, à cette étape de l'appel 
islamique, de manière à différencier leurs guerres de celles des gens 
de l'époque antéislamique, à assurer leur supériorité morale et 
éthique et à montrer au monde que l'Islam n'était pas une simple 
disposition théorique mais une religion instruisant ses adeptes dans 
la pratique, conformément aux bases et aux principes qu'elle 
définissait et mettait en œuvre. Enfin, dans cette sourate, Allah 
définit certaines des lois de l'état islamique, lois faisant la différence 

316 



entre les musulmans vivant à l'intérieur et les autres populations 
installées à l'extérieur de l'état. 

A l'an 2 de l'Hégire, Allah imposa l'obligation d'observer le 
jeune du mois de Ramadan ainsi que celle de s'acquiter de Zakat 
Al-Fitr (aumône légale extraite en fin de carême). De même il 
définit les quantités à extraire dans l'autre forme de Zakât. 
L'imposition de Zakât Al-Fitr et la précision des quantités à 
extraire au regard de l'autre forme de Zakât étaient destinées à 
ôter un certain nombre des fardeaux pesant sur une multitude de 
Mouhâjirin ou réfugiés sans ressources ni revenus. L'un des plus 
beaux cadres de réalisation de ces charités s'illustre parle fait 
que la toute première cérémonie religieuse fêtée par les 
musulmans fut celle du mois de Chawwâl de l'an 2 de l'Hégire, 
après la grande victoire qu'ils venaient d'obtenir à la bataille de 
Badr. Quelle belle fête que celle-ci amenée par Allah après avoir 
couronné ses serviteurs musulmans de victoire et de gloire! 
Quelle fut belle la prière effectuée par ceux-ci, après être sortis 
de leurs maisons scandant à haute voix les formules Là ilâla Ma 
lah (il n'y a de divinité qu'Allah), Alâhou Akbar (Allah est Très 
Grand) et Al-hamdou lilâh (Louange à Allah) le cœur rempli du 
désir d'obtenir la clémence et la satisfaction d'Allah qui venait 
de leur accorder ses bienfaits en leur assurant la victoire. 

C'est tout cela que le Très Haut leur rappela en ces termes: 

Cjjllù\ q*. ffejjj ^j-^ > > (£-*J'j &<>J& <j-"^ rtXiUfiicij 

«Souvenez-vous du temps où vous étiez peu nombreux sur 
terre, dénués de tout moyen, et redoutant à tout moment 
d'être exterminés. Allah vous donna alors un refuge; il 



317 



vous prêta son appui et pourvut au mieux à vos besoins. 
Souvenez-vous et soyez-en reconnaissants!» (8:26). 



318 



Les activités militaires entre Badr et Ohod 

La bataille de Badr fut la première lutte armée entre les 
musulmans et les associateurs. Ce fut une bataille rangée qui 
apporta aux musulmans une victoire décisive au su et au vu de 
tous les arabes. Ceux qui étaient les plus déçus par 
l'aboutissement d'une telle bataille, furent ceux-là mêmes qui, 
directement, y subirent de grosses pertes, à savoir les 
associateurs, et aussi ceux qui considéraient la puissance et la 
victoire acquises par les musulmans comme étant un coup dur 
porté à leur entité religieuse et économique, à savoir les juifs. 

En effet, depuis que les musulmans avaient remporté la 
victoire à la bataille de Badr, ces deux factions faisaient preuve 
de rancœur et de rage: 

«L'on peut voir que les pires ennemis des croyants sont les 
juifs et les associateurs» (5:82). 

A Médine des éléments .appartenant à l'une ou l'autre des 
deux factions s'étaient convertis à l'Islam lorsqu'ils virent qu'il 
ne leur restait, pour conserver leur puissance, que d'embrasser 
cette religion. Ceux-là étaient Abdoullah ibn Oubai et ses 
compagnons. Cette troisième faction n'était pas moins en colère 
que les deux premières. 

Il y avait là une quatrième faction, à savoir les bédouins 
errant autour de Médine: Ceux-ci ne s'intéressaient pas à la 
question d'infidélité et de fidélité, n'étant en fait que des gens 
enclins au vol et au pillage. Néanmoins cette victoire acquise par 
les musulmans les jetait dans l'inquiétude et l'émoi. En effet, il 
craignaient l'avènement à Médine d'un état fort de nature à les 
empêcher de gagner leur vie par le vol et le pillage. Aussi, 



319 



haïssaient-ils les musulmans dont ils devenaient ainsi les 
ennemis. Il ressort de tout cela que la victoire de Badr apporta 
aux musulmans force, puissance et dignité mais aussi à maints 
égards les exposa à la haine. Chacune des dites factions adopta 
la stratégie qu'elle considérait comme la plus apte à la mettre en 
mesure d'atteindre ses objectifs. Alors qu'une faction constituée 
de gens résidant à Médine et dans les localités environnantes, 
mettait en œuvre des complots et de secrètes machinations sous 
le couvert de l'Islam, une autre composée de juifs manifestait 
son hostilité, donnant libre cours à sa colère et à sa haine. 

La Mecque, elle, menaçait de frapper un grand coup, 
déclarant ouvertement son désir de vengeance et en état 
manifeste de mobilisation générale. A cet égard, elle eut 
d'ailleurs à faire connaître aux musulmans ses préparatifs en ces 
termes: «Il y aura nécessairement un autre jour plus honteux, au 
terme duquel on continuera pendant longtemps d'écouter la 
triste voix des pleureuses». 

Effectivement, les Mecquois menèrent une terrible expédition 
jusqu'aux murs de Médine, expédition connue dans l'histoire 
sous le nom de «Ghazwat Ohod» et qui eut un mauvais effet sur 
la réputation, le renom et la respectabilité des musulmans. 

L'expédition de Banî Salim à Al- Koudr 

La première information apportée au prophète (H) parles 
services de renseignements de Médine, après Badr fut que 
Banou Salim et Ban ou Ghatafan étaient en train de mobiliser 
leurs forces, pour attaquer Médine. Alors, le Messager d'Allah 
(S), à la tête de 200 cavaliers, les prit au dépourvu et ensuite les 
poursuivit jusque sur leur propre terroir situé dans un endroit 
appelé AL-Koudr. Banou Salim prirent la fuite laissant dans la 
vallée 500 chameaux dont s'empara l'armée de Médine et que le 
prophète (H) répartit après en avoir pris le cinquième, donnant à 
chaque homme deux chameaux. H affranchit un jeune homme du 



320 



nom de Yasâr, passa trois jours sur le terroir avant de regagner 
Médine. 

D'aucuns disent que cette expédition eut lieu au mois de 
Chawwal de l'an 2 de l'Hégire, sept jours après le retour de 
Badr, alors que d'autres la situent au milieu du mois Mouharram 
de l'an 3 de l'Hégire. A l'occasion d'une telle expédition le 
prophète (H) se fit remplacer à Médine par Sabâa ibn' Arfata. 
Pour certains le remplaçant fut ibn Oumm Maktoum. 

Complot pour l'assassinat du prophète (S) 

L'un des effets de la déroute des associateurs à la bataille de 
Badr fut la violence du déchaînement de la colère de ceux-ci. 
Telle une chaudière, la Mecque bouillonnait d'hostilité à l'égard 
du Messager d'Allah (S) au point même que deux de ses 
fractions fussent amenées à monter un complot pour, selon elles, 
supprimer l'origine des divergences et des dissensions ainsi que 
le motif de l'avilissement et de l'ignominie. Peu après Badr, 
Omair ibn Wahb Al-Joummhi, l'un des Satans de Kouraich et de 
ceux qui, toujours, maltraitaient le prophète (Si) et ses 
compagnons à la Mecque, lui dont le fils Wahb ibn Omair était 
retenu prisonnier, un jour, se trouva assis à .proximité de la 
pierre, en compagnie de Safwân ibn Omayya. Alors, rappelant le 
malheur des gens dans le ravin, il dit: «Par Allah! Il ne fait pas 
bon vivre après eux». Omair lui dit: «Par Allah, tu as raison! 
Moi, si je n'avais pas une dette que je n'arrive pas à payer et une 
famille dont je crains l'égarement après moi, j'enfourcherais 
mon cheval pour aller tuer Mohammad car, j'ai avant tout, une 
raison de le faire, dans la mesure où il garde mon fils comme 
prisonnier» Profitant de l'occasion, Safwan lui dit: «Je me 
charge de ta dette que je paierai à ta place. Ta famille sera la 
mienne et je la réconforterai aussi longtemps qu'elle sera là. 
Rien ne lui manquera que, moi, je possède». Omair lui dit: 
«Alors, sois discret, que l'affaire reste entre nous!» .Safwan lui 
dit: «Vas-y!». 



321 



Après une telle entente, Amir fit aiguiser son sabre et partit à 

Médine. A son arrivée, il se rendit à la mosquée; mais juste au 

moment où, à la porte de celle-ci, il faisait s'agenouiller sa 

monture, Omar ibn Al-Khattab, entouré d'un groupe de 

musulmans à qui il entretenait des faveurs d'Allah le jour de 

Badr, l'aperçut et dit: «Ce chien est l'ennemi d'Allah Amir. H ne 

vient que pour le mal». Sur ces mots, Omar alla voir le prophète 

(S) et lui dit: «Ô prophète d'Allah! Voici l'ennemi d'Allah, 

Omair. H est venu l'épée en bandoulière». Le prophète (S) lui 

dit: «Fais-le entrer». Alors Omair entra, la gaine de son sabre au 

travers de sa poitrine. Omar dit à un groupe de musulmans 

médinois: «Allez vous asseoir près du prophète et surveillez bien 

ce pervers! IL n'inspire aucune confiance». A la vue de Amir, le 

Messager d'Allah (S) dit à Omar qui déjà avait la main sur son 

épée: «Omar! fais le venir! Approche-toi, Omair!». Celui-ci 

s'approcha et dit: «Ayez une bonne matinée!». Le prophète (S) 

lui dit: «Allah nous a donné une salutation bien meilleure que la 

tienne, Amir, à savoir le Salâm (La paix), salutation propre aux 

gens du paradis». Ensuite, il ajouta: «Qu'est-ce qui t'amène, 

Omair!». Celui-ci répondit: «Je suis venu au sujet de ce 

prisonnier entre vos mains, je veux que vous le traitiez avec 

égards» Le prophète (S) dit: «Et le sabre que tu portes au 

niveau du cou?» Que vient-il faire là-dans»? Omair répondit: «Y 

vois-tu un inconvénient?» Le prophète (S) reprit: «Dis-moi la 

vérité! qu'est-ce qui t'amène?» Omair dit: «Je ne suis venu que 

pour cela». A ce niveau le Messager d'Allah (S) s'adressa à lui 

en ces termes: «Au contraire, l'affaire est ceci: un jour tu étais 

assis avec Safwan ibn Omayya près de la pierre. Vous vous êtes 

rappelés les Kouraichites jetés dans le ravin et ensuite tu as dit: 

«N'eût été ma dette et ma famille, j'irai tuer Mohammad.» Alors 

Safwan s'est chargé de ta dette et de ta famille, à la condition 

que tu me tue; mais Allah fait écran entre nous et tu n'atteindras 

pas ton objectif». Sur ces mots, Omair dit: «J'atteste que tu es le 

Messager d'Allah. Ô Messager d'Allah! Nous te démentions et 

traitions de faux ce que tu nous rapportais du ciel et ce qui t'était 

322 



révélé. Ce que tu viens de dire n'était connu que de Safwan et de 
moi. Je jure que tes informations ne proviennent que d'Allah. 
Louange à Allah qui m'a guidé vers l'Islam, et m'a fait 
entreprendre cette démarche». Après ce témoignage, il fit sa 
profession de foi. Le Prophète (S) dit à ses compagnons: 
«Instruisez votre frère de sa religion. Apprenez-lui le Coran et 
libérez son fils». 

Quant à Safwan, il se mettait déjà à dire: «Attendez-vous à 
une bataille dont vous auriez bientôt des nouvelles, dans 
quelques jours, une bataille qui vous fera oublier celle de Badr». 
Il ne cessait d'interroger les voyageurs au sujet de Amir, au 
point de tomber sur un voyageur qui lui fit savoir que Omair 
avait embrassé l'Islam. Ce étant, il jura de ne plus lui parler et de 
ne plus l'assister. Omair retourna à la Mecque où il continua de 
séjourner, appelant à l'Islam. Nombreux furent ceux qui 
devinrent musulmans ~grâce à lui. 

L'expédition Ghazwa de Kaynoukâa 

Nous avons présenté dans ce qui précède les clauses du pacte 
que le Messager d'Allah (S) avait conclu avec les juifs, pacte 
dont il tenait à faire appliquer toutes les dispositions. Du côté 
des musulmans, l'application était effective et menée à la lettre. 
Quant aux juifs dont l'histoire était remplie de lâchetés et de 
trahisons, ils ne tardèrent pas à retrouver leurs tendances 
naturelles et à reprendre la méthode des complots, des intrigues, 
des provocations, des incitations aux troubles et à l'agitation 
dans les rangs des musulmans. En voici des exemples. 

Exemples de complots ourdis par les juifs 

Selon ibn Ishak, Châs ibn Kays, un vieillard juif foncièrement 
infidèle rancunier et jaloux envers les musulmans, rencontra, un 
jour, un groupe de compagnons du Messager d'Allah (S) 
composé de Awsites et de Khazrajites réunis en conseil et 
s' entretenant de leurs affaires. Voyant alors que ceux-ci 
traitaient dans l'entente, la cohésion et l'unité au nom de leur 

323 



religion islamique, suite à l'hostilité qui sévissait entre eux à 
l'époque antéislamique, il entra en colère et s'exprima en ces 
termes. «Que les notables de Banîkîla se soient déjà réunis et 
retrouvés dans ce pays! Non! Par Allah! s'il en est ainsi nous 
n'aurons plus d'initiative!». Sur ces mots, il envoya un jeune juif 
qui lui tenait compagnie en lui disant: «Aborde-les, assieds- toi 
parmi eux et rappelle leur la bataille, de Bouâth ainsi que la 
situation antérieure. Récite-leur les poèmes par lesquels ils 
polémiquaient». Le jeune s'exécuta et aborda le groupe dans ce 
sens. Alors les gens se laissèrent aller à des tiraillements et à des 
conflits d'orgueil. Mieux, deux hommes représentant les deux 
tribus s'affrontèrent, polémiquant l'un avec l'autre. Ensuite l'un 
dit à l'autre: «Si vous voulez nous allons reprendre la guerre 
civile qui régnait entre nous». Les deux camps se fâchèrent et 
dirent: «Nous nous donnons rendez vous à midi! aux armes! 
aux armes». Ils se dirigèrent vers les armes et la guerre faillit 
éclater. 

Mis au courant de l'histoire, le Messager d'Allah (il), 
accompagné d'un groupe de Mouhajirin, se présenta aux Ansâr 
et leur parla en ces termes: «Ô Musulmans! Allah! Allah! Est-ce 
pour une affaire antéislamique que vous querellez alors que je 
suis parmi vous, après qu'Allah vous ait guidés vers l'Islam au 
moyen duquel il vous à honorés, séparés de l'époque 
antéislamique, sauvés de l'impiété, uni vos cœurs?». 

Cela dit, les gens surent qu'il s'agissait là d'une initiative de 
Satan, d'un complot de leur ennemi. Aussi pleurèrent-ils. Les 
Awsites et les Khazrajites s'embrassèrent et se donnèrent des 
accolades. Par la suite ils s'en allèrent en compagnie du prophète 
(S) dans la docilité et l'obéissance. Allah venait de les préserver 
du complot de son ennemi Châs ibn Kays. 

Voilà, un exemple des tractations menées par les juifs, 
essayant de susciter des troubles et des excitations parmi les 
musulmans, de subjuguer le processus de l'appel islamique. 
Dans ce sens, ils avaient divers plans les portant à diffuser de 

324 



fausses nouvelles, à croire le matin et à cesser de croire le soir 
même afin de semer le doute dans le cœur des faibles d'esprit. 
Ils coupaient les vivres à tous ceux qui, croyant à l'Islam, 
dépendaient d'eux financièrement. Si ceux-ci leur devaient de 
l'argent ils les acculaient au paiement mais, devaient-ils de 
l'argent à ceux-ci. Alors ils en abusaient refusant de le rendre. A 
cet égard ils disaient aux gens: «C'est lorsque vous étiez dans la 
religion de vos pères que nous vous devions de l'argent. A 
présent que vous en êtes sortis, nous ne vous devons rien». 

C'est ainsi qu'ils faisaient avant Badr malgré le pacte qu'ils 
avaient conclu avec le prophète (S). Au vu de tout cela, celui-ci 
et ses compagnons faisaient preuve de patience, dans le souci de 
veiller à leur droiture et de voir la sécurité et l'Islam s'installer 
dans la région. 

Banou KaynouKâa annulent le pacte 

Voyant qu'Allah avait résolument secouru les croyants à Badr 
et que ceux-ci jouissaient d'une force et d'une puissance 
suscitant le respect chez les populations habitant à proximité 
comme au loin, les juifs donnèrent libre cours à leur 
tempérament de colère, exprimant ouvertement leurs mauvaises 
intentions, leur hostilité et leur haine. Le pire de tous était Kaab 
ibn Al-Achraf dont nous aurons à reparler. De même, le pire des 
trois groupes représentés par les juifs était celui de Banî 
Kaynoukâa résidant à Médine même, dans un quartier portant 
leur nom. C'était une tribu de bijoutiers, de forgerons, d'artisans 
fabriquant des vases et des objets d'arts. En raison d'une telle 
profession ces juifs disposaient chacun d'un grand nombre 
d'outils de guerre. Ils étaient les plus courageux des juifs de 
Médine et les premiers à violer le pacte et à déshonorer leurs 
engagements. Le nombre de leurs combattants se chiffrait à 700. 
Dès qu'Allah fit triompher les musulmans à Badr, Banou 
Kaynoukâa multiplièrent leurs incitations, commettant des actes 
de sabotage, ridiculisant et maltraitant tous ceux qui 
fréquentaient leur marché parmi les musulmans. Ils s'en 

325 



prenaient même aux musulmanes. Lorsque leurs exactions et 
leurs oppressions se furent aggravées, le Messager d'Allah (SI) 
les réunit, les prévint et les appela à la droiture. Il les mit en 
garde contre les conséquences de la tyrannie et de l'agressivité. 
Toutefois, Banou Kaynoukâa devinrent plus méchants et 
orgueilleux. 

Abou Dâwoud et d'autres ont rapporté des propos d'Ibn 
Abbâs exprimés en ces termes: «Lorsque le Messager d'Allah 
(S) fut de retour à Médine, après sa victoire sur les Kouraichites 
à la bataille de Badr, il réunit tous les juifs au marché des Banu 
Kaynoukâa et leur parla en ces termes: «Ô juifs! embrassez 
l'Islam avant dé subir le même sort que les Kouraichites!» Us lui 
répondirent: «Mohammad! Ne t'illusionne pas d'avoir tué un 
groupe de Kouraichites; c'était des inexpérimentés en matière de 
bataille; si tu nous affrontais, tu saurais de quel bois nous nous 
chauffons. Tu saurais également que tu n'avais pas rencontré des 
gens de notre trempe. 

A ce sujet Allah révéla: 

<-*^i JuJj mj uOJ i <Ls b j^0^% (M-îJL^ t^=» ub-*-'j >" < 

«Dis aux mécréants: «Vous serez vaincus puis refoulés en 
masse vers la géhenne. Ce sera le plus terrible lit de 
repos». Ce fut pour vous un signe d'Allah quand les deux 
troupes se rencontrèrent. L'une combattait dans la voie 
d'Allah, l'autre était méchante. Aux yeux des impies, les 
croyants paraissaient le double de ce qu'ils étaient. Allah 



326 



accorde son appui à qui II veut. Quelle leçon à méditer 
pour des esprits clairvoyants» (3:12,13). 

La réponse faite à Banî Kaynoukâa était une manifeste 
déclaration de guerre; cependant le prophète (S) réprima sa 
colère. Patients et endurants, les musulmans se mirent à attendre 
ce que leur réservait l'avenir. 

Rapportant les propos de Abi Awn, ibn Hichâm a mentionné 
qu'une femme arabe s'était présentée au marché de Banî 
Kaynoukâa, où elle vendit une robe pour ensuite aller s'asseoir 
chez un bijoutier. On voulut à l'occasion découvrir son visage 
mais elle refusa. Alors le bijoutier se saisit d'une des extrémités 
de sa robe qu'il retroussa par derrière sans se faire remarquer si 
bien que celle-ci, en se levant, fit voir ses parties intimes et sous 
la risée de son entourage, se mit à crier. Au vu de cette situation, 
un musulman bondit sur le bijoutier juif et le tua mais les autres 
juifs par vengeance se jetèrent sur lui et le tuèrent. La famille du 
musulman tué cria alors au secours, appelant les musulmans 
contre les juifs; la confrontation avec Banî Kaynoukâa était 
désormais inévitable. 

Le siège, la reddition et le retrait 

Excédé par l'avènement, le Messager d'Allah (S) se fit 
remplacer à Médine par Abi Loubâba ibn Abdil-Mounthir. 

Ensuite, confiant le drapeau des musulmans à Hamzaibn 
Abdil-Mouttalib, il marcha avec les soldats d'Allah sur Banî 
Kaynoukâa qui, le voyant venir, se retranchèrent dans leurs 
forteresses, mais pour êtrey assiégés de la manière la plus dure. 
Cela se passait le samedi 14 ou 15 du mois de Chawwâl de l'an 
2 de l'Hégire. Le siège dura 15 jours allantjusqu'àlafin du 
mois Thil-Kaada. Allah jeta de la terreur dans le cœur des 
ennemis car c'est de cette façon qu'il procède toutes les fois 
qu'il veut humilier un peuple et le mettre en déroute. Aussi, les 
Banu Kaynoukâa se soumirent-ils à l'autorité du prophète (S) 
avec leurs biens, leurs femmes et leurs enfants. Celui-ci donna 

327 



l'ordre de leur lier les mains derrière le dos. Alors Abdoullah ibn 
Oubai ibn Saloul, dans son rôle d'hypocrite, insista auprès du 
prophète (S), lui demanda de leur accorder la grâce. H dit: 
«Mohammad! Sois bienveillant envers mes alliés!». Ne recevant 
pas de réponse, il répéta sa doléance mais le prophète (S) se 
détourna de lui. Alors il plongea sa main dans la poche de son 
armature; toutefois le Messager d'Allah (S) lui dit: «Lâche- 
moi», le visage marqué décolère «Malheur à toi! Lâche-moi!» 
L'hypocrite persista et dit: «Non! Par Allah! Je ne te lâcherai pas 
avant que tu ne fasses bonté à mes alliés (400 hommes sans 
cuirasses et 300 autres cuirassés) qui m'ont toujours protégé et 
que tu parques en une seule matinée. Je suis quelqu'un qui craint 
les difficultés. Le Messager d'Allah (S) traita avec égards cet 
hypocrite dont la soi-disant conversion à l'Islam ne devait durer 
qu'un mois environ. Il finit par lui remettre ses alliés,» demandant 
à ceux-ci de sortir de Médine et de ne plus s'en approcher. 

Ainsi, Banou Kaynoukâa sortirent et se dirigèrent vers la 
banlieue de la Syrie où ils restèrent, selon certains, au point de 
disparaître dans leur majorité. Le Messager d'Allah (S) se saisit 
de leurs biens dont il prit trois dirhams deux cuirasses, trois 
épées, trois lances et le quatrième du butin alors rassemblé par 
Mohammad ibn Maslama. 

L'expédition Ghazwa d'As-Sawîk 

Alors que Safwân ibn Omayya, les juifs et les hypocrites, 
montaient leurs complots et élaboraient leurs stratégies, Abou 
Soufyân, lui, réfléchissait à une démarche peu coûteuse et 
manifestement efficace qu'il mettrait en œuvre en toute urgence 
pour sauvegarder le renom de sa tribu et attirer l'attention sur sa 
puissance. Il avait juré de ne plus se laver la tête avant 
d'attaquer Mohammad. 

Pour faire honneur à son serment, il sortit en compagnie de 
200 cavaliers et vint camper avec eux en amont d'un conduit 
menant à une montagne connue sous le nom de Nayb, dans la 

328 



viscinité de Médine. Toutefois il n'osa pas ouvertement se 
lancer à l'attaque de la ville. Ce qu'il fit ressemblait plutôt à des 
actes de piraterie. En effet, il pénétra dans la banlieue de Médine 
sous le couvert de la nuit et alla demander à Houyay ibn Akhtab 
de le laisser entrer chez lui, mais celui-ci refusa sous le poids de 
la crainte. Alors il s'en alla chez Salâm ibn Machkam, alors 
seigneur et gardien du trésor de Banî An-Nadîr. Celui-ci le reçut, 
l'hébergea et lui offrit du vin mais aussi lui donna des nouvelles 
de la ville, dans la plus grande discrétion, après quoi, Abou 
Soufyân, toujours sous le voile de la nuit, alla retrouver ses 
compagnons dont il devait envoyer un groupe armé attaquer une 
partie de Médine appelé Al-Arid. Ceux-ci se rendirent sur le 
lieu, coupèrent et incendièrent les haies de palmiers qu'il y avait, 
tuèrent un des Ânsâr et son allié après les avoir surpris dans 
leurs champs et ensuite, fugitifs, s' en retournèrent à le Mecque. 
Mis au courant de la nouvelle, le Messager d'Allah (S) se lança 
à la poursuite d' Abi Soufyân et de ses compagnons mais ceux-ci 
s'enfuyaient avec une rapidité extrême, laissant tomber une 
bonne partie de leur provision de bouillie sucrée pour soulager 
leurs montures et réussir à s'échapper. Le Messager d'Allah (S) 
les poursuivit jusqu'à l'entrée d'Al-Koudr avant de s'en 
retourner. Les musulmans ramassèrent ce que les infidèles 
avaient laissé tomber de leur bouillie sucrée et appelèrent 
l'escarmouche, l'expédition Ghazwa d' As-Sawîk (de la bouillie 
sucrée) qui eut lieu dans le courant de Thil-Hijja (An 2 de 
l'Hégire) deux mois après la bataille de Badr. A l'occasion de 
cette Ghazwa. le prophète (S) se fit remplacer à Médine par Abi 
Loubâba ibn Abdil-Mounthir. 

L'expédition Ghazwa de Thi-Amr 

Ce fut la plus grande expédition militaire dirigée par le 
Messager d'Allah (S) avant la bataille de Ohod. Elle eut lieu au 
mois de Moharram de l'an 2 de l'Hégire. S'agissant de la cause 
de cette Ghazwa, les services de renseignement de Médine 
avaient rapporté au Messager d'Allah (S) qu'une immense 

329 



troupe constituée de Banî Thaalaba et de Banî Mouhârib 
projetait de s'attaquer aux extrémités de Médine. Alors, celui-ci 
mobilisa les musulmans et sortit à la tête de 450 combattants 
cavaliers et fantassins confondus. H se fit remplacer à Médine 
par Othm ân ibn Affân. En cours de route, l'armée musulmane 
captura un homme appelé Jabbâr se réclamant de Banî Thaalaba 
Celui-ci fut introduit auprès du Messager d'Allah (S) qui lui 
présenta l'Islam et obtint sa conversion. Le prophète (S) le 
confia alors à Bilâl. L'homme alors, guida les pas de l'armée 
musulmane vers le territoire des ennemis. Ceux-ci se 
dispersèrent sur les sommets des montagnes dès qu'ils apprirent 
l'arrivée de l'armée musulmans. Quant au prophète (S), il mena 
son armée jusqu'au lieu de ralliement des factions ennemis, à 
savoir un point d'eau connu sous le nom de Thi Amr. H passa 
dans ce lieu presque tout le mois de Safar de l'an 3 de l'Hégire 
pour faire sentir aux arabes la force des musulmans, leur inspirer 
à la fois le respect et la crainte, avant de regagner Médine. 

Le meurtre de Kaab ibn Al-Achraf 

Kaab ibn Al-Achraf faisait partie des juifs les plus hostiles à 
l'Islam et aux musulmans, de ceux qui maltraitaient le plus le 
Messager d'Allah (S) et appelaient ouvertement à la nécessité 
de le combattre. Il se réclamait de la tribu de Tay, elle-même 
faisant partie de Banî Nabhân. Sa mère se réclamait de Banî An- 
Nadîr. Kaab était riche, aisé, connu des arabes pour sa beauté et 
en outre un poète. Sa forteresse était située au sud-est de Médine 
à l'arrière plan de la demeure des Banu An-Nadir. Lorsque lui 
parvinrent les premières nouvelles de la victoire des musulmans 
et de la tuerie des héros de Kouraich à la bataille de Badr, il dit: 
«Est-ce vrai cela? Ceux-là sont les nobles et les rois des arabes! 
Par Allah! si c'est vrai que Mohammad les a tués l'intérieur de 
la terre est bien meilleur que son extérieur». Lorsqu'il eut 
confirmation des nouvelles qu'il avait reçues, l'ennemi d'Allah 
commença à satiriser les musulmans, à louer leurs ennemis, les 
montant contre eux. Non content de cela, il enfourcha son cheval 

330 



et alla trouver les Kouraichites. A l'occasion il descendit chez 
Al-Mouttalib ibn Abi Waddâh As-Sâhmi et se mit à chanter des 
poèmes dans lesquels il pleurait les associateurs tués, et jetés 
dans le ravin de manière à susciter l'irritation, et à rendre plus 
aiguë la haine ressentie à l'égard du prophète (S) et à appeler les 
Kouraichites à le combattre. A la Mecque, Abou Soufyân et les 
associateurs l'interrogèrent en ces termes: «Préfères-tu notre 
religion ou celle de Mohammad et de ses compagnons? Laquelle 
de ces deux religions détient la vérité?» H répondit: «votre 
religion est meilleure et plus droite que la leur». Dans ce cadre, 
Allah le Très Haut révéla: 

4-Lz 

«N'as-tu pas vu ceux qui ont reçu une partie de l'Ecriture 
s'obstiner à croire en la magie et aux idoles des infidèles, 
et dire, parlant des associateurs: «Ceux-ci suivent une 
voie plus sûre que celle des croyants!» (4:51). 

De retour à Médine, Kaab se mit à chanter la beauté des 
femmes des compagnons et à blesser grièvement leur pudeur par 
sa langue. Alors, le Messager d'Allah (H) dit: «Qui va s'occuper 
de Kaab Al-Achraf? Il offense Allah et son Messager!» H 
envoya au poète Mohammad ibn Maslama, Abbâd ibn Bichr, 
Abou Nâ'ila dont le vrai nom était Salkân ibn Salâma, frère de 
lait de Kaab, Al-Hârith ibn Aws et Abou Abs ibn Hibr. Le chef 
du commando était Mohammad ibn Maslama. 

Au sujet du meurtre de Kaab ibn Al-Achraf, les récits le 
rapportant précisent que lorsque le prophète (S) eut dit: «Qui va 
s'occuper de Kaab ibn Al-Achraf? Il offense Allah et Son 
messager», Mohammad ibn Maslama se dressa pour répondre: 

331 



«Moi! Messager d'Allah! veux-tu que je le tue?» Le prophète 
(S) lui répondit «Oui!» Mohammad ibn Maslama lui dit alors: 
«Autorise-moi à lui dire des mots avant de le tuer» Le prophète 
(S) l'y autorisa. 

Mohammad ibn Maslama alla ensuite trouver Kaab et lui dit: 
«Cet homme (le prophète) nous a demandé une contribution 
volontaire; il nous fatigue!» 

Kaab: Par Allah! Assonne-le pour de bon! 

Mohammad ibn Maslama: Nous le suivons déjà. Nous 
n'aimerions pas le quitter sans savoir à quoi aboutira son 
affaire? Nous voulons vous emprunter un ou deux charges de 
blé. 

Kaab: D'accord, donnez-moi un gage. 

Mohammad ibn Maslama: Que veux-tu? 

Kaab: Mettez en gage vos femmes. 

Mohammad ibn Maslama: Comment mettrions-nous en gage 
nos femmes aîors que tu es le plus beau des arabes? 

Kaab: Alors, mettez en gage vos enfants! 

Mohammad ibn Maslama: Comment mettre en gage nos 
enfants pour qu'on en vienne ensuite à les insulter en disant: 
«On les a mis en gage pour une ou deux charges de blé? Ça c'est 
une honte pour nous. Nous allons plutôt mettre en gage des 
armes. (Il lui fixa rendez-vous pour les lui apporter). 

Abou Nâ'ila fit la même chose que Mohammad ibn Maslama. 
Abordant Kaab, il passa un moment à échanger avec lui des 
poèmes et ensuite, lui dit: «Attention, ibn Al-Achraf ! Je suis 
venu avec un besoin que je veux t' exposer, mais soit discret à 
cet égard. Kaab lui dit: «Expose-le moi» Abou Nâ'ila reprit: «La 
venue de cet homme (le prophète) chez nous est un malheur. A 
cause de lui, les Arabes nous détestent, nous rejettent tous tant 
que nous sommes et nous traquent tant et si bien que nos 

332 



familles sont perdues et nous-mêmes éprouvés tout autant que 
les nôtres». 

Le dialogue qui s'ensuivit fut du même genre que celui tenu 
avec ibn Maslama. A un moment de ce dialogue Abou Nâ'ila 
dit: «J'ai des camarades du même avis que moi. Je voudrais te 
les amener pour que tu leur vendes des choses en leur faisant des 
facilités. Ainsi, Ibn Maslama et Abou Nâ'ila réussirent à orienter 
le dialogue vers ce qu'ils voulaient car, après un tel dialogue, 
Kaab ne refuserait pas de voir les armes et les compagnons. 

Au cours d'une nuit de clair de lune, la nuit du 14 du mois de 
Rabîa Awwal, an 3 de l'Hégire, le commando se regroupa chez 
le Messager d'Allah (S), celui-ci les raccompagna jusqu'à 
Bakîa Al-Gharkad, puis leur faisant face dit: «Partez au nom 
d'Allah. Seigneur! Aide-les, Assiste-les!» Sur ces mots il 
regagna son domicile où iFse mit à prier et à communiquer avec 
son Seigneur. 

Le commando se rendit à la forteresse de Kaab ibn Al- 
Achraf. A l'arrivée, Abou Nâ'ila l'appela. L'associateur se leva 
pour descendre; mais sa femme, qu'il venait d'épouser lui dit: 
«Où vas-tu à pareille heure? J'entends une voix dont semble 
dégoûter du sang», Kaab répondit: «Non! U ne s'agit que de mon 
frère Mohammad ibn Maslama et de mon frère de lait 
Abou Nâ'ila. Le noble doit répondre même si on l'appelle pour 
le poignarder». Il descendit vers le peloton en se parfumant, la 
tête haute. 

Auparavant, Abou Nâ'ila avait dit à ses camarades: «Dès 
qu'il arrive je lui prends et flaire les cheveux. Lorsque vous 
voyez que je le maîtrise par sa tête, frappez aussitôt». 

Après sa descente, Kaab s'entretint avec eux pendant une 
heure; puis Abou Nâ'ila dit: «Veux -tu, Ibn Al-Achraf nous 
accompagner jusqu'à la passe Al-Ajouz et t'entretenir avec nous 
le reste de la nuit?». Il répondit: «Si vous voulez». 



333 



Ainsi, ils s'en allèrent en marchant. En vous de route, Abou 
Nâ'ila dit: «Je n'ai jamais vu une nuit aussi douce et aussi 
embaumée que celle-ci!» Kaab tirant vanité de ce qu'il venait 
d'entendre dit: «Mon parfum est meilleur que ceux de toutes les 
femmes arabes». Abou Nâ'ila lui dit: «M'autorises-tu à flairer ta 
tête?» Kaab répondit: «Vas-y!» Alors Abou Nâ'ila plongea sa 
main dans ses cheveux pour ensuite en flairer l'odeur et faire 
flairer celle-ci à ses camarades. 

H marcha ensuite pendant une heure de temps et dit: «Je peux 
recommencer?» Kaab lui répondit: «Oui». JJ refit la même chose, 
de manière à rassurer son homme. 

Une heure après il redit: «Puis-je recommencer? Kaab lui dit: 
«Oui». Alors, il introduisit sa main dans ses cheveux et, lorsqu'il 
l'eut maîtrisé, dit: «A toi! Ennemi d'Allah!» Au même moment 
les sabres intervinrent mais en vain Mohammad ibn Maslama 
prit un poignard qu'il portait sous son vêtement et lé plongea 
dans son abdomen et ensuite le pressa avec effort au point 
d'atteindre son pubis. 

Kaab, l'ennemi d'Allah, tomba raide mort après avoir poussé 
un cri strident horrifiant et ameutant ses voisins. Le commando 
incendia tous les châteaux sans exception et ensuite s'en 
retourna. Cependant, Al-Hârith ibn Aws, touché par l'épée de 
l'un de ses camarades; souffrait d'une grave blessure. 

Arrivé à Harrat Al-Arid, le commando constata qu'il avait été 
laissé derrière. Aussi, s'arrêta-t-il un moment, pour lui permettre 
de suivre ses traces et ensuite, de le rejoindre. 

Al-Hârith fut transporté par ses camarades qui, arrivés à 
Bakîa Al-Gharkad firent retentir des cris d'Allâhou Akbar (Allah 
est très grand) Lorsqu'il les eut entendus, le Messager d'Allah 
(H) sut qu'ils avaient tué l'associateur et alors dit: "Allahou 
Akbar"». Recevant ensuite les gens, il dit: «Vos visages sont 
détendus». Ceux-ci dirent: «Ton visage aussi, Messager 
d'Allah!» Sur ce, ils jetèrent devant lui la tête de l'agresseur. 

334 



Alors le prophète (S) loua Allah, se félicitant du meurtre de 
Kaab. Après cela il cracha sur la blessure d' Al-Hârith qui guérit 
immédiatement. 

Mis au courant du meurtre de Kaab ibn Al-Achraf, les juifs 
furent frappés de panique, malgré leur entêtement. Ils surent que 
le Messager d'Allah (S) n'hésiterait pas à utiliser la force s'il 
constatait que le bon conseil n'était d'aucune utilité pour ceux 
qui menaçaient la sécurité, incitaient au désordre et violaient le 
pacte conclu. Loin de réagir au meurtre de leur malfaiteur, ces 
juifs gardèrent le calme, faisant semblant de respecter le pacte; 
de se résigner: les vipères se pressèrent de se dissimuler dans 
leurs trous. 

Ainsi, le Messager d'Allah (0) eut, pour un temps, les mains 
libres pour faire face aux dangers auxquels l'on s'attendait à 
l'extérieur de Médine dangers que les musulmans, soulagés de 
bon nombre de tracasseries qui existaient à l'intérieur de la ville 
pressentaient et flairaient d'un moment à un autre. 

L'expédition Ghazwa de Bahrân 

Ce fut une grande expédition forte de 300 combattants 
conduits par le Messager d'Allah (S), au mois Rabîal-Akhir de 
l'an 3 de l'Hégire. Elle se rendit à un endroit dénommé Bahrân, 
un minerai dans le Hijaz du côté d' Al-Fara où le prophète (S) 
passa deux mois (Rabîal-Akhir et Joumâdal-Oula) de l'an 3 de 
l'Hégire, avant de revenir à Médine. L'expédition, cependant, 
n'aboutit pas à un affrontement. 

L'expédition Sariyya de Zayd ibn Hâritha 

Ce fut la dernière et la plus réussie des expéditions effectuées 
par les musulmans avant la bataille d'Ohod. Elle eut lieu dans le 
courant du mois de Joumâdal-Akhira de l'an 3 de l'Hégire. En 
effet les Kouraichites qui vivaient depuis Badr en état de trouble 
et d'agitation se sentirent à l'étroit lorsqu'ils virent revenir l'été 
et partant le moment de leur voyage en Syrie. 



335 



Safwân ibn Omayya, celui qui, alors, avait été chargé par les 
Kouraichites d'aller s'occuper du commerce en Syrie dit: 
«Mohammad et ses compagnons ont enlaidi notre commerce. 
Comment allons-nous faire avec eux alors qu'ils sont toujours^ 
la côte? De plus, les habitants de cette côte leur sont favorables. 
Par où va-t-on passer? Or, si nous restons chez nous, sans faire 
le voyage nous dépenserons nos capitaux au point qu'il n'en 
reste rien. Notre vie à la Mecque ne dépend de rien d'autre que 
du commerce, qu'en été, nous allons effectuer en Syrie et celui 
qu'en hiver, nous allons effectuer en Abyssinie». 

La discussion s'installa pour l'approfondissement de ce 
problème et, Al-Aswad ibn Al-Mouttalib dit à Safwân: «Laisse 
le chemin passant par la côte et prends celui de l'Irak qui est un 
très long chemin traversant Najd pour aller vers la Syrie. Ainsi 
tu passes à l'est de Médine, à une grande distance de cette ville». 
Les Kouraichites ne savaient absolument rien de cette route. Al- 
Aswad ibn Al-Mouttalib suggéra à Safwân de choisir Fourat ibn 
Hayyân appartenant à la tribu de Banî Bakr ibn Wâ'il, en qualité 
de guide et d'éclaireur au, cours de ce voyage. Ainsi, la caravane 
de Kouraich démarra sous la conduite de Safwân ibn Omayya et 
empruntant la nouvelle route. Cependant, les nouvelles de cette 
caravane ainsi que de sa trajectoire parvinrent à Médine. En 
effet, Soûlait ibn An-Nouamân déjà converti à l'Islam s'était 
réuni dans un bistrot, avec Naîm ibn Masoud Al-Achjaî, alors 
resté associateur et, cela, avant l'interdiction du vin. Sous l'effet 
du vin Nâîm s'entretint dans le détail du problème de la 
caravane ainsi que de la route qu'elle allait prendre. Aussitôt 
après, Soûlait alla trouver le prophète (Ô) et lui rapporta toute 
l'histoire. 

Le Messager d'Allah (S) prépara un détachement de 100 
cavaliers dont il confia la direction à Zayd ibn Haritha Al-Kalbi. 
Celui-ci se précipita et, à l'aurore, prit*la caravane à l'improviste 
alors que celle-ci avait fait halte à un point d'eau dans le Najd 
appelé Kiradah. Alors il s'en empara complètement. Safwân et 

33# 



ses compagnons ne réagirent que par la fuite, sans aucune forme 
de résistance. Les musulmans capturèrent le guide de la 
caravane: Fourât ibn Hayyân. D'aucuns disent que deux autres 
hommes furent aussi capturés. 

Us emportèrent un gros butin constitué des récipients et du 
métal d'argent que transportait la caravane, butin estimé à 
100000. Le Messager d'Allah (S) partagea ce butin entre les 
réalisateurs de la Sariyya, après en avoir gardé le cinqième. 
Fourât ibn Hayyâan se convertit à l'Islam. 

H s'agissait là d'une catastrophe et d'une grande infortune 
venant s'ajouter aux malheurs déjà vécus par les Kouraichites à 
la bataille de Badr. Ceux-ci, envahis de tristesse et d'inquiétude 
n'avaient plus que deux voies à suivre: 

1 . Se débarrasser de leur arrogance et de leur orgueil et prendre 
le chemin de la compréhension et de la réconciliation avec les 
musulmans. 

2. Mener une guerre générale de nature à leur rendre leur gloire 
et leur puissance d'antan en leur permettant de supprimer la 
force des musulmans de manière à ce qu'il ne reste aucun 
pouvoir à ceux-ci. 

Cependant, la Mecque avait choisi de suivre la seconde voie 
car elle ne cessait d'insister sur son désir de vengeance, de se 
préparer et de se mobiliser pour rencontrer les musulmans, 
d'accroître leur détermination à attaquer ceux-ci surjeur propre 
sol. Ces préparatifs allaient les mener à la bataille d'Ohod. 



337 



L'EXPEDITION (GHAZWA) D'OHOD 

Préparatifs des Kouraichites pour une bataille de revanche 

Les mecquois s'emportaient de colère pour ce que les 
musulmans leur avaient fait subir à Badr: déroute, massacre de 
leurs héros et de leurs nobles, et brûlaient du désir d'assouvir 
leur vengeance. A ce point les Kouraichites avaient même 
interdit de pleurer les leurs tués à Badr et aussi de se précipiter 
de payer la rançon des prisonniers, de manière à empêcher les 
musulmans de se rendre compte de leur tristesse et de leur 
consternation. 

A la suite de Badr, les Kouraichites s'accordèrent donc à 
mener une guerre- à grande échelle contre les musulmans pour 
apaiser leur colère et assouvir leur soif de vengeance. A cette 
fin, ils se mirent à se préparer en conséquence. Les dirigeants de 
Kouraich les plus actifs et les plus engagés à mener cette bataille 
étaient Ikrama ibn Abi Jahl, Safwân ibn Omayya, Abou Soufyân 
ibn Harb et Abdoullah ibn Abi Rabîaa. 

A cet égard, la première mesure prise par eux fut de 
séquestrer la caravane qu' Abou Soufyân avait pu sauver et qui 
était à l'origine de la bataille de Badr. Ensuite, s'adressant à tous 
ceux qui possédaient des biens dans la caravane, ils dirent: «0 
Kouraich! Mohammad vous a eus et a tué les meilleurs de vous! 
Aidez-nous à le combattre en nous laissant ces biens. Peut-être 
parviendrons-nous à nous venger de lui». Tous ayant répondu 
favorablement, la caravane fut vendue. Il y avait au total 1000 
chameaux. Le prix de vente se montait à 5000 dinars. A cet 
égard, le Très Haut dit: 



«US 



,i \^ à" [>-&i >^yi j>m-. >j>-> N^jw' 4 y 



338 



«Les infidèles s'emploient de leurs biens à décourager la 
foi. Toute leur fortune y passera et ils s'en mordront les 
doigts de regret; puis viendra pour eux la défaite». (8:36). 



Par la suite, ils ouvrirent la porte du volontariat pour tous 
ceux qui voudraient contribuer à l'attaque des musulmans parmi 
les Abyssins, les Kinânites et les Touhâmites. A cet égard ils 
diversifièrent les formes d'exhortation et d'incitation. Safwân 
ibn Omayya encouragea même Abou Azza le poète capturé à 
Badr puis gracié et libéré par le Messager d'Allah (S) sans 
paiement de rançon mais avec engagement de sa part à ne plus 
agir contre l'Islam. Safwân encouragea donc ce poète à monter 
les tribus contre les musulmans, lui promettant des richesses à 
son retour de la guerre sinon de lui prendre en charge ses 
enfants. Alors, Abou Azza se mit à inciter les tribus par une 
verve de nature à susciter de la rancune. De même, on engagea 
un autre poète qui se trouvait être Mousâfi' ibn Abd Manâf, pour 
le même type de mission. Abou Soufyân était devenu le plus 
favorable à la coalition contre les musulmans après son retour de 
la Ghazwa As-Sawîq (Ghazwa de la bouillie sucrée) déçu mais 
sans rien dire à personne; il avait beaucoup perdu dans cette 
Ghazwa. 

La situation était d'autant plus traumatisante que les 
Kouraichites venaient de subir de grosses pertes affectant leur 
économie avec la Sariyya de Zayd ibn Haritha ce qui leur 
apportait une tristesse incommensurable en les mettant dans 
l'impatience de mener à terme leurs préparatifs pour faire face 
aux musulmans. 

L'effectif et le commandement de l'armée de Kouraich 

A la fin de l'année, la Mecque acheva ses préparatifs. Les 
associateurs y regroupèrent 3000 combattants où l'on retrouvait 
les Kouraichites, leurs alliés et les Abyssins. Les généraux de 
Kouraich décidèrent de se faire accompagner par les femmes, de 

339 



manière à enhardir les hommes. Ces femmes étaient au nombre 
de quinze. L'armée comptait comme montures 3000 chameaux, 
200 chevaux et comme équipements 700 cuirasses. Le 
commandement général était confié à Abi Soufyân ibn Harb, le 
commandement de la cavalerie à Khâlid ibn Al-Walid assisté 
par Ikrama ibn Abi Jahl et le drapeau à Banî Abdid-Dâr. 

Le départ de l'armée des Mecquois 

Après cette complète préparation, l'armée Mecquoise se mit 
en route, en direction de Médine. La colère et la longue soif de 
vengeance enflammaient les cœurs de haine, préfigurant 
l'amertume et la violence des combats. Les services de 
renseignements du prophète (S) sont au courant des 
déplacements de l'ennemi. Al-Abbâs ibn Abdil-Mouttalib 
surveillait les déplacements et les préparatifs militaires des 
Kouraichites. Dès le départ de l'armée, il se dépêcha d'envoyer 
au Messager d'Allah (S) un message lui apportant toutes les 
informations nécessaires. L'émissaire d' Al-Abbâs se pressa de 
délivrer le message. Pour ce faire, il se précipita tant et si bien 
qu'il parcourut la distance entre la Mecque et Médine; distance 
de 500 km, en l'espace de trois jours. H remit le message au 
prophète (S) qu'il trouva à l'intérieur de la mosquée de Koubâ, 
message lu à celui-ci par Oubay ibn Kaab. Ordonnant, ensuite au 
lecteur de garder »la discrétion, le Messager d'Allah (H) rentra 
vite, à Médine où il échangea d'idées avec les dirigeants 
Mouhajirin et Ansâr. 

Les musulmans se préparent à faire face au cajs d'urgence 

Médine fut dans un état d'effarouchement généralisé; ses 
hommes ne se séparaient plus de leurs armes, même en prière, 
pour parer à toute éventualité. Un commando constitué d'Amâr 
et comprenant Saad ibn Mouâth, Ousayd ibn Houdair et Saad 
ibn Obâda, assurait la garde du Messager d' AHah (S) et passait 
la nuit devant sa porte, les armes à la main. D'autres 
commandos postés aux entrées de Médine et aux chemins de 

340 



montagne étaient aussi sur le qui-vive, de peur d'être pris à 
l'improviste. Des patrouilles de musulmans allaient à la 
découverte des mouvements de l'ennemi, faisant des va-et- 
vients sut les routes susceptibles d'être empruntées par les 
associateurs pour attaquer les musulmans. 

L'armée Mecquoise aux murs de Médine 

L'armée de la Mecque poursuivit sa marche en cheminant le 
long de la route habituellement empruntée et située à l'ouest. 
Lorsqu'elle fut arrivée à Al-Abwâ, Hind, la femme d'Abi 
Soufyân, fit la proposition d'arracher la tombe de la mère du 
Messager d'Allah (S) mais les généraux de l'armée refusèrent 
sa proposition et avertirent contre les conséquences néfastes 
qu'ils ne manqueraient pas de connaître, s'ils se permettaient 
d'ouvrir la porte à de telles considérations. Par la suite, l'armée 
continua sa marche jusque près de Médine pour ensuite 
emprunter la vallée d'Al-Akik. Elle bifurqua vers la droite et, 
avançant un peu, descendit dans la montagne d'Ohod, en un lieu 
appelé Aynayn au cœur d'un marais découlant d'un canal à 
l'extrémité de la vallée située au nord de Médine, tout près 
d'Ohod. Elle y campa le vendredi six du mois de Chawwâl, an 3 
de l'Hégire. 

La définition du plan de défense par le conseil consultatif 

Les services de renseignements de Médine rapportèrent l'une 
après l'autre les nouvelles au sujet de l'armée de la Mecque, et 
ce jusqu'à la dernière relative au campement de celle-ci à Ohod. 
Alors, le Messager d'Allah (S) convoqua un conseil militaire 
consultatif au sommet destiné à un échange d'avis sur l'attitude 
à adopter. Il informa ses compagnons sur un rêve qu'il avait fait, 
leur parlant en ces termes: «J'ai rêvé de voir égorger un bœuf; de 
trouver une cassure sur le manche de mon épée et d'introduire 
mes deux mains dans une cuirasse invulnérable». Il interpréta la 
vache comme symbolisant quelques uns de ses compagnons qui 
seront tués à la bataille, la cassure de l'épée comme symbole du 

341 



péril d'un des membres de sa famille et la cuirasse comme 
symbolisant la ville de Médine. Ensuite, donnant son avis à ses 
compagnons, il leur suggéra de ne pas sortir de Médine mais au 
contraire de s'y retrancher en position de force. 

De la sorte, les associateurs, en restant sur leur campement, 
auront une mauvaise position. Par contre, s'ils accèdent à 
Médine, ils seront combattus par les musulmans les attendant 
dans les ruelles, au moment où les femmes les combattront du 
haut des toits. Abdoullah ibn Obai ibn Saloul, le chef des 
hypocrites accepta cet avis. H avait pris part au conseil en sa 
qualité d'un des dirigeants de la tribu de Khazraj. 
Vraisemblablement, son acceptation de l'avis ne s'expliquait pas 
par le fait que l'attitude dégagée lui paraissait pertinente, d'un 
point de vue militaire: celle-ci, au contraire, allait lui permettre 
de prêter le franc sans qu'on ne s'en rendit compte. Toutefois, 
Allah choisit de le déshonorer lui et ses compagnons et pour la 
première fois aux yeux des musulmans, d'arracher le masque qui 
dissimulait leur impiété et leur hypocrisie. Ainsi, les musulmans, 
en leurs moments difficiles, découvrirent les vipères qui 
s'étaient infiltrés dans leurs rangs. Le déshonneur tenait au fait 
qu'un groupe constitués de compagnons distingués n'ayant pas 
participé à la bataille de Badr en était venu à insister auprès du 
prophète (S), lui demandant de situer la bataille hors de la ville. 
Dans ce sens leur porte-parole s'exprima en ces termes: «O 
Messager d'Allah! Nous avons toujours souhaité l'avènement 
d'un tel jour pour lequel nous nous mettions à invoquer Allah et 
voilà que nos prières ont été exaucées. Alors, autorise-nous à 
aller au devant de nos ennemis pour les empêcher de nous 
prendre pour des poltrons et des lâches!» A la tête de ces 
enthousiastes se trouvait Hamza ibn Abdil-Mouttalib l'oncle 
paternel du Messager d'Allah (S) qui, alors, dit à son neveu: «Je 
jure par Celui qui t'a révélé le livre que je n'avalerai aucune 
nourriture avant de les combattre hors de Médine». Face à l'avis 
de ces enthousiasmes, le prophète (iH) retira sa proposition et 



342 



donna l'ordre de quitter Médine, à la rencontre de l'ennemi, sur 
un autre champ de bataille. 

Préparatifs et départ pour le champ de bataille de l'armée 
islamique 

Le prophète (S) dirigea la prière du vendredi de ses 
compagnons, prière suivie d'un sermon dans lequel il les exhorta 
à l'application et au goût de l'effort, les informant qu'ils 
remporteraient la victoire s'ils savaient être endurants. Il leur 
ordonna aussi de se préparer à rencontrer l'ennemi. Ses propos 
furent pour les gens, un facteur de motivation. H dirigea ensuite 
la prière du ' Asr qui réunit une foule nombreuse comprenant les 
gens des montagnes avant de rentrer chez lui en compagnie 
d' Abi Bakr et de Omar qui l'enturbannèrent et l'habillèrent. Le 
prophète (S) s'arma alors de pied en cap puis, après avoir enfilé 
deux cuirasses, l'une sur l'autre, se saisit de son épée et se 
dirigea vers la foule qui, elle, l'attendait. 

Auparavant, Saad ibn Mouâth et Ousaid ibn Houdair avaient 
dit aux gens:. «Voilà! Vous allez contraindre le Messager 
d'Allah (H) à sortir de la ville! Souscrivez donc à son avis». 
Ceux-ci au regret de leur acte, dirent à l'apparition du prophète 
(S): «Ô Messager d'Allah! Ce n'était pas notre dessein de te 
contredire. Agis à ta guise! Si tu veux rester à Médine, restes-y». 
Le prophète (S) dit: «B ne convient pas à un prophète déjà 
revêtu de sa cuirasse de s'en départir avant qu'Allah ne le 
départage de son ennemi». Cela dit, il divisa son armée en 3 
escadrons. 

1. L'escadron des Mouhâjirin dont il confia le drapeau à 
Mosaab ibn Omair Al-Abdari. 

2. L'escadron des Ansâr Awsites dont il confia le drapeau à 
Ousaid ibn Houdair. 

3. L'escadron des Ansâr Khazrajites dont il confia le drapeau à 
Al-Houbâb ibn Al-Mounthir. 



343 



L'armée se composait de 1000 combattants dotés de 100 
cuirasses et sans chevaux. Pour l'occasion, le prophète (S) se fit 
remplacer à Médine par Ibn Oumm Maktoum qu'il avait chargé 
de diriger la prière des musulmans non sortis de la ville. Dès que 
le signal du départ fut donné, l'armée se mit en route vers le 
nord. Les deux Saad passèrent devant le prophète (H), revêtus 
de leurs t cuirasses. 

Après Thanyatil-Wadâa, le Messager d'Allah (®) aperçut un 
bataillon qui, armé jusqu'aux dents, restait distinet de l'armée. 
Alors il interrogea les gens à son sujet et ceux-ci lui précisèrent 
qu'il s'agissait des juifs alliés d'Al-Khazraj désireux de 
contribuer à combattre les associateurs. Ensuite le prophète (S) 
demanda s'ils s'étaient convertis à l'Islam et les gens lui 
répondirent «Non». Sur ce il refusa de combattre des 
associateurs en se faisant aider par des infidèles. 

Passage en revue de l'armée 

Arrivé à un endroit appelé Ach-Chaykhân, le Messager 
d'Allah (H) passa en revue son armée et fit retourner à Médine 
ceux qui, selon lui, ne supporteraient pas le combat. Il y avait 
parmi ceux-ci Abdoullah ibn Omar ibn Al-Khattâb, Osâma ibn 
Zayd, Ousaid ibn Houdair, Zayd ibn Thâbit, Zayd ibn Arkam, 
Orabah ibn Aws, Amr ibn Hazm, Abou Saaï'd Al-Khoudari, 
Zayd ibn Haritha Al-Ansâri et Saad ibn Habba. On mentionne 
aussi parmi ceux-ci Al-Barâ ibn Azib, mais le hadith que celui- 
ci a rapporté d'après Al-Boukhari démontre qu'il a été témoin 
occulaire des combats. Le prophète (S) autorisa Râfia ibn 
Khadij et Samora ibn Joundoub à participer aux combats malgré 
leur jeune âge. En effet, Râfia ibn Khadij était habile au tir à 
l'arc ce qui en justifia la sélection. 

Frustré d'être laissé en reste Samora dit: «Je suis plus fort que 
lui, je peux le terrasser» Informé de cela, le prophète (S) donna 
aux deux jeunes l'ordre de lutter devant lui. Ceux-ci luttèrent et, 



344 



effectivement, Samoura terrassa son adversaire, décrochant ainsi 
sa qualification. La nuit passée entre Ohod et Médine. 

Le soir, en tombant, trouva les musulmans dans ce lieu. Le 
Messager d'Allah (S) dirigea la prière du Maghrib et plus tard 
celle du Icha pour rester à l'endroit et y passer la nuit. On choisit 
50 hommes chargés de monter la garde autour du camp de 
manière à le protéger. Ce détachement était placée sous le 
commandement de Mohammad ibn Maslama Al-Ansâri, le héro 
de la Sariyya de Kaab ibn Al-Achraf . La protection du prophète 
(Ô) était notamment assurée par Dhakwân ibn Abd Kays. 

La rébellion de Abdillah ibn Obai et de ses compagnons 

Au point de l'aube, le prophète (S) sortit vers Ach-Chawt où il 
accomplit la prière de l'aube. Désormais il était très proche de 
l'ennemi qu'il pouvait voir de la même manière que celui-ci 
l'apercevait. Là, Abdoullah ibn Oubai l'hypocrite se révolta et 
ensuite se retira emportant avec lui le tiers de l'effectif de l'armée 
de Médine (300 combattants) en disant: «Nous ne savons pas au 
nom de quoi nous allons nous faire tuer». Faisant semblant de 
protester par ce que le Messager d'Allah (S) avait rejeté son avis 
pour souscrire à celui des autres. Il ne fait pas de doute que la raison 
de cet isolement n'était pas l'explication fournie par l'hypocrite à 
savoir la non-prise en compte de son avis par le prophète (S) sinon, 
son arrivée jusque là, en compagnie de l'armée du prophète ne 
revêtait aucun sens. En fait, s'il s'agissait là de la vraie raison, 
l'hypocrite aurait dès le départ quitté les rangs de l'armée. L'objectif 
de cette rébellion, en ces moments délicats, était de semer le trouble 
et la zizanie dans les rangs des musulmans, au moment où ceux-ci 
voyaient et entendaient l'ennemi. H était question d'amener k 
majorité de l'armée à laisser tomber le prophète (S), de baisser le 
moral de ceux restant avec lui, alors que l'ennemi, lui, devenait plus 
courageux et résolus en regardant se dérouler le spectacle. Ce serait 
là, pensait-on, le moyen le plus rapide pour supprimer le prophète 
(H) et ses compagnons, de permettre à Abdillah ibn Oubai et à ses 
camarades de reprendre le pouvoir. 

345 



L'hypocrite était parvenu à réaliser tant soit peu de l'objectif 
qu'il poursuivait, car, deux groupes de combattants (Banou 
Hâritha appartenant à la tribu d' Al-Aws et Banou Salama, de la 
tribu d'Al-Khazraj) étaient sur le point de lâcher prise, mais 
Allah se fit leur soutien si bien qu'ils réarmèrent après une 
vague d'agitations qui les avait amenés à songer à se retirer et à 
battre en retraite. A leur sujet Allah dit: 

«Deux groupes de vos combattants étaient sur le point de 
lâcher prise, mais Allah se fit leur soutien. N'est-ce pas à 
Allah que doivent se confier les croyants?» (3: 122). 

Abdoullah ibn Haram, le père de Jâbir ibn Abdillah, essaya 
de rappeler à ces hypocrites (Abdoullah ibn Oubai et sa clique) 
leur devoir en un moment aussi délicat. A cet égard, les suivant, 
il les blâmait et les incitait à rebrousser chemin en leur disant: 
«Venez combattre dans la voie d'Allah ou repoussez l'ennemi 
en accroissant le nombre des musulmans aux yeux de celui-ci». 
Us répondirent: «Si nous étions sûrs que vous alliez livrer 
combat nous ne battrions pas en retraite». Sur ces mots, 
Abdoullah, ibn Harâm s'en retourna en disant: «Que le Seigneur 
vous éloigne, Ô ennemis d'Allah! Allah fera en sorte que Son 
prophète se passe de vous et n'ait pas à regretter votre absence». 

De tels hypocrites Allah dit: 

IjÔaI jl 4AS 1 J^> 4 i^ IjJUô p> J^j IjAâU ,jgj|l j&Jj f 

$* &^ï P=& fi *pz$i. ■&% p $ y s 



346 



«Et qu'il distingue les hypocrites. On avait dit à ceux-ci: 
"Venez combattre dans la voie d'Allah, ou repoussez 
l'ennemi en augmentant le nombre des musulmans aux 
yeux de celui-ci". Us dirent: "Bien sûr que nous vous 
suivrions, si nous étions sûrs qu'il y aurait une guerre". Es 
étaient, ce jour-là plus près de la mécréance que de la foi. 
Ils disaient de leurs bouches ce qui n'était pas dans leurs 
cœurs. Et Allah sait fort bien ce qu'ils cachaient». (3:167). 

Départ pour Ohod du reste de l'armée musulmane 

Après cette rébellion et ce retrait, le prophète (S) continua 
avec le reste de l'armée, soit 700 combattants, vers l'ennemi. Le 
camp des associateurs le séparait d'Ohod dans plusieurs 
directions, le Messager d'Allah (II) dit: «Qui va nous mener 
jusque près de ces gens, en empruntant un chemin ne passant pas 
par leur camp?». 

Abu Khaythama dit: «Moi! Messager d'Allah!». Le 
volontaire choisit un chemin court conduisant à Ohod, en 
passant par la demeure et les champs de Banî Hâritha, laissant 
l'armée des associateurs à l'Ouest. 

En empruntant ce chemin, l'armée musulmane passa par le 
jardin de Marbaa ibn Kaydhi, un hypocrite, aveugle qui, sentant 
passer l'armée, se mit à jeter du sable au visage des musulmans, 
disant: «Si tu es le Messager d'Allah, je ne t'autorise point à 
entrer dans mon jardin». Les gens prirent l'initiative de le tuer 
mais le prophète (S) dit: 



« 



Ô^sa3I ^JoSA i_JUiJi lS **'\ l-igi ajixJfb *y» 



«Non: Ne le tuez pas. Cet homme est aveugle par son cœur , 
et ses yeux». 

Cela, dit-il, continua d'avancer et plus loin descendit sur un des 
chemins du mont Ohod, à l'extrémité delà vallée. Là, il campa 
avec son armée faisant face à Médine, le dos tourné aux plateaux 



347 



du mont Ohod. Ainsi, l'armée de l'ennemi faisait écran entre les 
musulmans et Médine. 

Le plan de défense 

Dans cette position, le Messager d'Allah (S) prépara son 
armée et disposa les musulmans en ordre de combat. De surcroît 
il sélectionna les meilleurs archers de l'armée; 50 au total, et en 
confia le commandement à Abdillah ibn Jâbir, un bédouin 
appartenant aux musulmans de Médine. Ensuite il leur donna 
l'ordre de prendre position sur une montagne située sur le côté 
sud de la vallée Kanât; connue par la suite sous le nom de 
"Vallée des archers" au sud-est de la position occupée par les 
musulmans (à peu près à 150 mètres du camp de l'armée 
musulmane). 

L'objectif en était ce que le Messager d'Allah (S) confia à 
ces archers dont il dit au commandant en chef: «Repousse loin 
de nous les cavaliers par les flèches, pour empêcher les ennemis 
de nous surprendre par derrière. Quoiqu'il en soit, reste à ta 
place. Nous ne serons jamais devant toi». S 'adressant ensuite 
aux archers eux-mêmes, le prophète (®) dit: 

«Protégez nos dos! Si vous voyez qu'on nous tue, ne nous 
portez pas secours. Si vous voyez qu'on nous capture, ne 
vous en mêlez pas». 

Dans un autre hadith rapporté par Al-Boukhâri, ce que le 
prophète dit est ceci 

«Si vous voyez que l'oiseau nous enlève, ne bougez pas de 
votre place avant que je n'envoie auprès de vous et si vous 



348 



vous voyez mettre en déroute et écraser l'ennemi, ne 
bougez pas de votre place avant que je n'envoie auprès de 
vous». 

En positionnant cette élite dans la montagne avec de telles 
instructions militaires, le Messager d'Allah (II) venait de fermer 
la seule brèche par laquelle la cavalerie des associateurs pouvait 
s'infiltrer pour venir essayer d'envelopper et d'encercler les 
musulmans. Pour le reste de l'armée, le prophète (S) mit à l'aile 
droite Al-Mounthir ibn Amr et à l'aile gauche Az-Zoubair ibn 
Al-Awwâm appuyé par Al-Mikdâd ibn Al-Aswad. Ces deux 
derniers avaient pour tâche de contenir les attaques des cavaliers 
deKhâlidibnAl-Walid. 

H plaça ensuite à l' avant-garde des rangs un groupe d'élite 
constitué d'une multitude de musulmans affectés à l'infanterie et 
connus pour leur bravoure et leur intrépidité. 

Il s'agissait là d'une stratégie pertinente et très affinée propre 
à mettre en exergue le génie militaire du prophète (S) et aucun 
général, quelle que fût sa compétence, n'aurait pu en proposer de 
plus précise et de plus sage. En effet, le Messager d'Allah (S) 
avait occupé le meilleur poste sur le champ de bataille où il avait 
été cependant devancé par l'ennemi. Protégé par la montagne 
par derrière et à droite, il allait aussi, sous le feu des combats, 
trouver protection, par derrière et à gauche, grâce la fermeture de 
la seule brèche ouverte du côté de l'armée musulmane. 

Il avait choisi de camper dans un endroit élevé propre à lui 
assurer la sécurité si toutefois les musulmans étaient mis en 
déroute. Grâce à cette position, il n'en viendrait pas à prendre la- 
fuite au risque de tomber entre les mains de l'ennemi et de se 
faire capturer. Il pourrait également infliger des pertes cruelles à 
ses ennemis au moment même où ceux-ci songeraient à avancer 
sur son camp, cherchant à le prendre d'assaut. Pour ce faire, il 
avait obligé ses ennemis à se contenter d'occuper un endroit en 
contrebas, endroit à partir duquel il leur était très difficile de 



349 



profiter des avantages de leur victoire éventuelle, très difficile 
également d'échapper aux musulmans, si toutefois la victoire 
devait revenir à ceux-ci. De même, il compensa l'infériorité 
numérique en matière de combattants, par la mise en place d'un 
groupe d'élite choisi parmi ses compagnons les plus courageux 
et les plus braves. 

Voilà de quelle façon s'effectuèrent les préparatifs de l'armée 
du prophète (S) au matin du samedi 7 du mois de Chawwâl, an 
3 de l'Hégire. 

Le Messager d'Allah (H) exhorte l'armée à la bravoure 

Le Messager d'Allah (S) interdit aux gens de commencer à 
se battre avant de recevoir de sa part l'autorisation de le faire. 
Revêtu de deux cuirasses l'une sur l'autre, il encouragea ensuite 
ses compagnons, leur demandant de s'armer de patience et de 
combativité lors de la rencontre, de faire preuve de zèle, 
d'ardeur et d'intrépidité. H en arriva même à tirer une épée et à 
interpeller ses compagnons, leur parlant en ces termes: «Qui est- 
ce qui va prendre cette épée en veillant à lui faire droit?». Les 
gens, notamment Ali ibn Abi Tâlib, Az-Zoubair ibn Al-Awwâm 
et Omar ibn Al-Khattâb, se précipitèrent vers lui pour s'en saisir. 
A ce point, Abou Doujâna Sammâk ibn Karsha alla vers lui et 
dit: «Comment lui faire droit, Messager d'Allah». Le prophète 
(S) répondit: «En frappant l'ennemi au point qu'il s'incline». 
Abou Doujâna reprit: «Je lui ferai droit ô Messager d'Allah». 
Ainsi l'épée lui fut-elle remise. Abou Doujâna était quelqu'un 
de courageux et de fier sur les champs de bataille. H avait un 
bandeau rouge que les gens ne voyaient jamais à sa tête, sans 
savoir assurément qu'il allait livrer un combat à mort. Aussi se 
banda-t-il la tête après avoir pris l'épée, se mettant ensuite à 
faire le beau et à se pavaner entre les deux rangs. Alors, le 
Messager d'Allah (S) dit: «Cette démarche, Allah la déteste 
partout sauf dans des endroits pareils». 



350 



Préparatifs de l'armée mecquoise 

Pour ce qui est des associateurs, ils apprêtèrent leur armée 
selon un système de rangées. Le commandement général était 
confié à Abi S ouf y an Sakhr ibn Harb dont la place était au 
centre de l'armée. Us placèrent au flanc droit Khâlid ibn Al- 
Walid, à l'époque associateur et au flanc gauche Ikrama ibn Abi 
Jahl. Les fantassins étaient sous le commandement de Safwân 
ibn Omayya et les archers sous celui de Abdillah ibn Abi 
Rabîaa. Quant au drapeau, il était confié à un détachement 
constitué de Banî Abdid-Dâr du reste affectés à ce rôle depuis 
que Banou Abd Manâf avaient réparti les charges qu'ils avaient 
héritées de Kousay ibn Kilâb, comme nous l'avons déjà vu au 
début de ce livre. En conséquence de ce partage, nul ne pouvait 
se permettre de les concurrencer dans ce rôle qu'ils assumaient 
dans le strict respect de la tradition. Toutefois le commandant en 
chef, Abou Soufyân prit la précaution de leur rappeler ce qui 
arriva aux Kouraichites à la bataille de Badr, lorsque leur porte- 
drapeau à savoir . An-Nadr ibn Al-Hârith fut capturé par 
l'ennemi. 

Pour enflammer leur colère et les mettre sur leurs gardes, il 
leur dit: «Ô Banî Abdid-Dâr! A la bataille de Badr, vous avez 
pris en charge notre drapeau et le résultat, vous le savez. Les 
gens, voyez-vous, tiennent à leur drapeau et cessent de 
combattre si celui-ci n'existe plus. Alors, soit vous nous 
préservez notre drapeau, soit vous vous en désâisissez pour qu'il 
soit confié à d'autres». 

Ce disant, Abou Soufyân atteignit son objectif car Banou 
Abdid-Dâr, terriblement affectés par ses propos, se mirent, les 
uns aux autres à se faire des promesses, disant: «Que nous te 
remettions notre drapeau? Non! Tu verras demain à la rencontre 
quel comportement nous aurons». Plus tard, dans la bataille, ils 
devaient tenir ferme jusqu'au moment où ils furent massacrés 
jusqu'au dernier. 



351 



Tractations politiques de la part des Kouraichites 

Avant le déclenchement de la bataille, les Kouraichites 
essayèrent de semer la discorde et la zizanie dans les rangs des 
musulmans. En effet, Abou Soufyân avait envoyé dire aux 
Ansâr. «Laissez-nous avec notre cousin et nous vous 
épargnerons. Nous ne gagnerons rien à vous combattre!», mais 
quelles chances pouvait avoir une telle tentative devant une 
foi capable de soulever des montagnes. Aussi, les Anmr firent- 
ils à Abi Soufyân une réponse fort violente par laquelle ils lui 
firent entendre des propos insultants. 

A présent, l'heure de l'affrontement approchait. Les deux 
armées arrivèrent à proximité l'une de l'autre et à ce moment 
précis, les Kouraichites poursuivant toujours leur sale type 
d'objectif, firent une autre tentative. Cette fois, un espion et un 
traître surnommé Amir le crapuleux dont le vrai nom était Amr 
ibn Sayfi appelé Ar-Râhib (le moine) sortit des rangs et se 
dirigea vers eux. 

Un tel homme que le Messager d'Allah (®) avait surnommé 
"le crapuleux", était le chef d' Al-Aws à l'époque antéislamique. 
Cependant, à l'avènement de l'Islam, il se sentit à l'étroit. 
Déclarant ouvertement son inimitié au prophète (S), il finit par 
quitter Médine et alors se rendit chez les Kouraichites qu'il 
cherchait à soulever contre le Messager d'Allah (S) et à amener 
par incitation, à combattre celui-ci, tout en leur laissant croire 
que sa tribu en le voyant, lui obéirait et le suivrait. A cet égard, il 
fut le premier parmi les Abyssins et les serfs de la Mecque à 
aborder les musulmans. S'adressant à sa tribu, il l'interpella en 
ces termes: «Ô Aws! C'est moi Abou Amir». Ses contribules lui 
répondirent: «Qu'Allah te maudisse! Crapule!». H reprit: 
«Quelque chose a perverti ma tribu en mon absence». (Dès que 
les combats eurent commencé, il les combattit farouchement et 
fit pleuvoir sur eux des pierres). 



352 



I 



Ainsi, les Kouraichites échouèrent dans leur seconde tentative 
de disloquer les rangs des gens de la foi. De telles tentatives de 
leur part ne référaient à rien d'autre que la peur qu'ils 
éprouvaient à l'égard des musulmans, nonobstant la supériorité 
de leur force numérique. 

Efforts des femmes Kouraichites pour encourager leur 
armée 

Les femmes des Kouraichites, à leur tour, prirent part à la 
bataille conduites par Hind bint Otba et épouse d' Abi Soufyân. 
Dans ce cadre, elles circulaient entre les rangs et, battant des 
tambours, encourageaient les soldats, les exhortaient au combat 
aiguisaient la colère des héros incitaient à la férocité, et à la 
violence sous toutes ses formes. Tantôt, elles s'adressaient aux 
porte-drapeaux en ces termes: «0 Banî Abdid-Dâr! Ô arrière 
défense! Frappez de toutes vos forces». Tantôt elles exhortaient 
leur tribu à la bataille en chantant: 

«Si vous attaquez, nous vous prendrons dans nos bras et 
étalerons les coussins; mais si vous fuyez nous vous 
quitterons et vous perdrez notre amour». 

Le tout premier accrochage 

Les deux armées s'approchèrent l'une de l'autre et la bataille 
allait commencer. Le premier à déclencher la lutte armée fut le 
porte-drapeau des associateurs Talha ibn Abi Talha Al-Abdari. 
Celui-ci faisait partie des cavaliers Kouraichites les plus 
courageux. Les musulmans le surnommaient "Kabch Al-Katîba" 
(le bélier du bataillon). Sorti des rangs des Kouraichites, Talha, 
monté sur un chameau, s'avança à la recherche d'un combat. 
Alors les gens s'en méfièrent vu son courage extrême. Toutefois 
Az-Zoubair s'avança vers lui et, au lieu de lui laisser le temps de 
réagir, bondit sur lui comme un lion, au point de le rejoindre sur 
le chameau, puis, plongeant avec lui, le jeta à terre et aussitôt 
l'égorgea avec son épée. 



353 



Ayant observé tout le déroulement de cette lutte merveilleuse, 
le Messager d'Allah (S), suivi en cela par les musulmans dit: 
«Allâhou Akbarl Allâhou Akbarl». H fit l'éloge de Az-Zoubair et 
dit en ce qui le concerne: «Chaque prophète a un partisan et le 
mien est Az-Zoubair!» 

Focalisation de la bataille autour du drapeau et 
extermination des porte-drapeaux 

A la suite d'un tel duel, la bataille commença. La violence 
des affrontements était partout sur le champ de bataille et la lutte 
se focalisa autour du drapeau des associateurs. Banou Abdid-Dâr 
s'emparèrent de celui-ci après le meurtre de leur chef Talha ibn 
Abi Talha aussitôt remplacé par son frère Abou Chayba Oth mân 
ibn Abi Talha qui, pour sa part, se jeta sans la bataille en disant: 
«Le vrai devoir du porte-drapeau est de remonter la pente ou de 
périr». Alors, Hamza ibn Abdil-Mouttalib le chargea et lui 
asséna, au creux de l'omoplate, un coup qui lui amputa l'épaule 
et le bras, le disséqua jusqu'au nombril, laissant voir son 
poumon. Porta ensuite la drapeau Abou Saad ibn Abi Talha que 
Asim ibn Thâbit ibn Abil-Aklah tua aussitôt d'un coup de 
flèche. Le frère d' Abi Saad, Kilâb ibn Talha ibn Abi Talha fut 
ensuite le porte-drapeau; mais Az-Zoubair ibn Al-Awwam 
bondit sur lui, le combattit et le tua. Le drapeau passa ensuite 
entre les mains de son frère Al-Jallâs ibn Talha ibn Abi Talha à 
qui Talha ibn Obaydillah donna un coup de poignard et le tua. 
A ce sujet, d'aucuns disent au contraire, que c'est Asim ibn 
Thâbit ibn Abil-Aklah qui le tua d'un coup de flèche. 

Ces six tués appartenaient à une seule et même famille, celle 
d' Abi Talha Abdillah ibn Oth mân ibn Abdid-Dar, ils furent tous 
tués autour du drapeau des associateurs. Ceux de Banî Abdid- 
Dar ayant ensuite porté ce drapeau furent: Arta-ah ibn 
Shourahbîl (tué par Ali ibn Abi Tâlib selon certains, par Hamza 
ibn Abdil-Mouttalib, selon d'autres) Chouraih ibn Kâridh (tué 
par Kazmân, un hypocrite qui combattait aux côtés des 
musulmans non point par conviction mais par souci de 

354 



protection). Abou Zayd Amr ibn Abd Manâf Al-Abdari (tué 
aussi par Kazmân) et Le fils de Chourahbîl ibn Hâchim Al- 
Abdari (également tué par Kazmân). Ces dix faisaient partie de 
Abdid-Dâr, les porteurs attitrés du drapeau des associateurs. Us 
furent tués jusqu'au dernier. 

Après une telle extermination, il n'y avait plus personne pour 
porter le drapeau. Alors, un jeune Abyssin parmi les 
Kouraichites appelé Sawâb, s'en saisit et se mit à combattre au 
point qu'on lui amputât le bras. Ce étant, il se coucha sur le 
drapeau, mettant sa poitrine et son cou là-dessus, de manière à 
ne le perdre qu'après qu'on l'eût tué lui-même. A cet égard il 
disait: «Seigneur! Suis-je excusé?». Après qu'on eût tué ce 
jeune homme (Sawab), le drapeau tomba à terre et, alors y resta 
car il ne restait plus personne pour le porter. 

La bataille sur les autres fronts 

Alors que la bataille se focalisait autour du drapeau des 
associateurs, de rudes combats se déroulaient ailleurs sur le 
champ de bataille. Mus par la foi, les musulmans comparables à 
un ouragan déchaîné se ruaient sur l'ennemi, à grands cris de 
«Amit-Amit», tel était en effet leur slogan à la bataille d'Ohod. 

Abou Doujâna qui portait un bandeau rouge à la tête, se saisit 
de l'épée du Messager d'Allah (S) et, décidé à s'en servir de 
manière efficace, disparut dans la foule. Jamais il ne rencontrait 
un associateur sans le tuer. Les rangs d'ennemis s'écroulaient 
sur son passage. Az-Zoubair ibn Al -Awwâm dit: «Je ressentis 
de la gêne lorsque le Messager d'Allah (S), refusant de me 
donner l'épée, la remit à Abi Doujâna. Je me dis alors en moi- 
même: «Je suis le fils de Safiya sa tante paternelle et un 
descendant de Kouraich. De plus, je lui ai demandé cette épée 
bien avant Abou Doujâna à qui, pourtant, il l'a remise. Par 
Allah! Je vais observer ce que celui-ci peut bien faire». Suivant 
des yeux Abou Doujâna, je le vis alors sortir un bandeau rouge 
qu'il se passa autour de la tête. Les Ansâr s'écrièrent: «Abou 



355 



Doujana a sorti le bandeau de la mort». Aussitôt l'homme sortit 
et on pouvait l'entendre" dire: «Je suis l'homme avec qui le 
contrat a été passé, alors que nous étions en bas, sous les 
palmiers, contrat de ne jamais combattre à l' arrière-garde, de se 
battre avec à la main, l'épée d'Allah et de son Messager». Ainsi, 
Abou Doujana ne rencontrait aucun ennemi sans le tuer. 
Toutefois, il y avait parmi les associateurs un homme qui ne 
laissait aucune chance à ses adversaires. Comme les deux 
combattants s'approchaient l'un de l'autre, je demandai à Allah 
de les opposer et, mon voeu fut exhaucé. Ils échangèrent alors 
des coups. L'associateur envoya un coup qu'Abou Doujaja 
s'empressa de parer avec son bouclier pour ensuite s'agripper à 
son épée et lui asséner un violent coup qui le tua». Ensuite Abou 
Doujana, s'avança et se mit à massacrer au point d'aboutir à la 
dirigeante des femmes Kouraichites, sans savoir que c'était une 
femme. A cet égard, il dit: "Je vis quelqu'un égratigner les gens 
de la manière la plus dure; mais lorsque je brandis sur lui mon 
épée, il se mit à hurler. M' apercevant alors que c'était une 
femme, je m'abstins de la frapper, par honneur à l'égard de 
l'épée du Messager d'Allah (S). Cette femme était Hind bint 
Otba. A ce sujet Az-Zoubair ibn Al-Awwam dit: «J'ai vu Aba 
Doujana brandir l'épée au dessus dé la tête de Hind bint Otba et 
ensuite baisser l'épée. Alors, j'ai dit: «Allah et Son messager 
savent mieux que quiconque justifier l'événement». 

Pour ce qui est de Hamza ibn Abdil-Mouttalib, il combattait 
aussi farouchement qu'un lion déchaîné. Au cœur de l'armée des 
associateurs, il se jetait dans une aventure à nulle autre pareille. 
Les héros le fuyaient aussi promptement que des feuilles sous 
l'emprise de l'ouragan. Outre sa contribution à l'extermination 
des porte-drapeaux des associateurs, il massacra un bon nombre 
des autres héros de l'ennemi au point de faire partie des plus 
grands combattants non pas en se battant à l'instar des héros, à 
savoir face à face sur le champ de bataille, mais en agissant de la 



356 



manière dont on assassine les éminents, dans l'épaisseur des 
ténèbres. 

La mort du lion d'Allah Hamza ibn Abdil-Mouttalib 

Wahchi ibn Harb, le meurtrier de Hamza dit: «J'étais un 
jeune homme appartenant à Joubair ibn Moutaim dont l'oncle 
paternel Touaima ibn Idî, avait été tué à la bataille de Badr. 
Ainsi, lorsque les Kouraichites furent à Ohod, Joubair me dit: 
«Si tu tues Hamza, l'oncle de Mohammad pour venger le mien, 
je t'affranchis» . Sur ce, je sortis avec les gens. Comme Abyssin, 
je maniais la lance de la même manière qu'on savait le faire en 
Abyssinie. Jamais je n'avais encore raté ma cible. Dans la 
mêlée, je me mis à chercher Hamza avec soin et enfin l'aperçus 
au milieu de la foule avec sa stature de chameau, abattant ses 
ennemis de manière irrésistible. Alors, par Allah, je me mis aux 
aguets derrière un arbre ou une pierre pour le laisser 
s'approcher, mais Sabbâ' ibn Abdil-Ozza l'affronta avant moi. 
Le voyant en face de lui, Hamza lui dit: «Viens! fils de coupeuse 
des clitoris», (la mère de Sabbâ' circoncisait les femmes). Il lui 
asséna un coup d'une violence extrême. Alors, je secouai ma 
lance et après avoir bien visé, la lui jetai avec force. Celle-ci lui 
entra par l'abdomen, pour ressortir entre ses pieds. Hamza tituba 
vers moi, puis s'écroula. Je le laissai agoniser pour ensuite, à sa 
mort, retirer ma lance et regagner mon camp. Je n'avais rien 
d'autre à faire car il me suffisait de tuer Hamza pour être 
affranchi et effectivement je le fus à mon retour à la Mecque». 

Le contrôle de la situation 

Malgré cette perte cruelle affectant les musulmans à travers le 
meurtre de Hamza, le lion d'Allah et de Son messager, les 
musulmans restaient maîtres de toute la situation. Ce jour-là, 
Abou Bakr, Omar ibn Al-Khattâb, Ali ibn Abi Tâlib, Az- 
Zoubair ibn Al-Awwâm, Mosaab ibn Omair, Talha ibn 
Obaidillah, Abdoullah ibn Jahch, Saad ibn Mouâth, Saad ibn 



357 



Obâda, Saad ibn Ar-Rabîa, Anas ibn An-Nadr et bien d'autres 
ont mené une bataille faisant reculer les associateurs. 

Du giron de la femme au cliquetis des épées et des boucliers 

Ce jour-là, il y avait parmi les braves Handhala Al-Ghaçîl, à 
savoir Handhala ibn Abi Amir (le moine) que l'on appelait le 
crapuleux (voir ci-dessus). Handhala venait de se marier et sa 
femme avait rejoint son domicile conjugal. Lorsqu'il eut entendu 
les cris d'appel à la guerre il se dégagea de sa femme auprès de 
laquelle il était et, sans s'accorder un délai, fit son chemin vers 
la Jihâd. Lorsqu'au champ de bataille, il fit face aux ennemis, on 
le vit sillonner les rangs, au point de rencontrer le général des 
associateurs, Abou Soufyân Sakhr ibn Harb qu'il allait 
supprimer n'eût été la décision d'Allah de faire de lui un martyr. 
En effet, il empoigna Abou Soufyân, le souleva et le maîtrisa 
mais s' apercevant de cela, S addâd ibn Al- Aswad accourut et le 
tua d'un coup d'épée. 

Rôle des archers dans la bataille 

Le peloton des archers que le Messager d'Allah (il) avait 
positionné sur une montagne avaient reçu carte blanche pour 
orienter les combats au profit de l'armée musulmane. La 
cavalerie de la Mecque, sous la conduite de Khâlid ibn Al-Walid 
assisté d' Abi Amir le crapuleux avait attaqué par trois fois pour 
anéantir l'aile gauche de l'armée musulmane, trouver le moyen 
de charger par derrière, de semer le trouble et la panique dans 
leurs rangs et de leur infliger une défaite écrasante. Toutefois ces 
archers les arrosèrent tellement de flèches que toutes leurs trois 
attaques aboutirent à un échec. 

La déroute des associateurs 

Voilà l'atmosphère qui régnait sur le champ de bataille. 
L'armée musulmane, malgré sa petitesse, contrôlait toute la 
situation, tant et si bien que la détermination de l'élite des 
associateurs finit par s'affaiblir, leurs rangs commençant à se 



358 



disperser à droite, à gauche, en avant et en arrière. On eût dit que 
3000 associateurs faisaient face à 30000 musulmans au lieu de 
quelques centaines. En tout état de cause ces musulmans 
occupaient le plus haut niveau de courage et de certitude. Les 
Kouraichites déployèrent tous les efforts dont ils étaient 
capables en vue de repousser les attaques des musulmans mais 
toutes leurs tentatives aboutirent à un échec. Leur rythme se 
cassa et ils perdirent aussi bien leur ardeur que leur hargne. 
Mieux, aucun d'eux n'eut l'audace de s'approcher du drapeau 
traînant par terre à la suite du meurtre de Sawâd, pour le porter 
et s'offrir comme le point focal des combats. En conséquence de 
cela, ils commencèrent à battre en retraite, prenant leurs jambes 
à leurs cous, oubliant leurs perspectives de vengeance et de 
restauration de la puissance, de la gloire et de la respectabilité de 
leur armée. 

Ibn Ishak dit: «Ensuite Allah envoya son secours aux 
musulmans, réalisant de la sorte, la promesse qu'il leur avait 
faite. Ceux-ci harcelèrent les associateurs à coups d'épées au 
point de les balayer du camp; l'effectivité de la défaite était des 
lors indubitable. Abdoullah ibn Az-Zoubair, rapportant des 
propos qu'il tenait de son père dit: «Par Allah, je pouvais 
observer les jambes de Hind (la fille de Otba) et celles de ses 
compagnes, à un moment où celles-ci, retroussant leurs 
vêtements, s'enfuyaient sans qu'aucun mal ne leur fût fait 
etc.». 

Le hadith rapporté par Al-Barâ ibn Azib et sélectionné par 
Al-Boukhâri dans sa collection de Hadiths authentiques, 
mentionne: «Et lorsque nous les eûmes rencontrés, ils prirent la 
fuite. Je vis même les femmes s'agripper au sommet de la 
montagne, découvrant leurs jambes et laissant voir leurs 
bracelets de cheville». Les associateurs détalaient suivis par les 
musulmans qui leur arrachaient le butin. 



359 



L'erreur monumentale des archers 

Alors que la petite armée musulmane enregistrait, encore une 
fois, une victoire écrasante non moins belle que celle déjà 
acquise à la bataille de Badr une erreur monumentale imputable 
à la majorité du peloton des archers, fut commise et de la sorte 
conduisit au total revirement de la situation, et partant, à des 
pertes cruelles dans les rangs des musulmans. Cette erreur qui 
faillit même faire assassiner le prophète (S) porta beaucoup 
atteinte à la réputation et au respect dont jouissaient les 
musulmans après leur victoire à Badr. 

Nous avons déjà eu à exposer les instructions très précises 
que le Messager d'Allah (S) avait données à l'ensemble de ces 
archers, demandant à ceux-ci de rester à leur poste quelle que 
soit l'issue de la bataille. Toutefois, malgré de telles instructions, 
les archers à force d'observer les musulmans arracher le butin à 
l'ennemi finirent par céder à la tentation des biens terrestres et à 
se dire les uns aux autres: «Le butin! Le butin! Vos amis ont 
gagné! Qu'est-ce que vous attendez?». Quant à leur 
commandant en chef, Abdoullah ibn Joubair, il se mettait à leur 
rappeler les instructions du prophète (®) en disant: «Avez-vous 
oublié ce que le Messager d'Allah (il) vous a dit?». 

Toutefois la majorité de ses subalternes ne l' écoutait pas. 
Plutôt, celle-ci s'occupait à dire: «Par Allah! Allons rejoindre les 
gens pour prendre notre part du butin». Dans la suite, 40 de ces 
archers ou plus désertèrent leurs postes sur la montagne pour 
aller rejoindre les autres et "prendre part au rassemblement du 
butin. De la sorte, le flanc des musulmans était désormais 
dégarni. H n'y avait plus qu'Ibn Joubair et neuf de ses 
compagnons au plus. Ceux-ci restaient attachés à leurs postes, 
déterminés à y être jusqu'au moment où leur viendrait 
l'autorisation de quitter ou au contraire l'extermination. 



360 



Khâlid ibn Al-Wâlid monte un plan visant à l'encerclement 
de l'armée musulmane 

Khâlid ibn Al-Wâlid saisit une telle belle occasion et, faisant 
un rapide tête à queue, prit l'armée musulmane par derrière. Ce 
faisant, il ne tarda pas à exterminer Abdallah ibn Joubair et ses 
compagnons, avant de fondre sur les musulmans par derrière. 

Les cavaliers poussèrent un cri informant les associateurs en 
fuite que la situation avait changé. Alors ceux-ci rebroussèrent 
chemin et se jetèrent sur les musulmans. Une de leurs femmes, 
Omrah bint Alkama Al-Harithia se dépêcha de relever le 
drapeau des associateurs tombé à .terre. Ceux-ci entourèrent 
l'étendard et se mirent à s'appeler les uns les autres. Ensuite 
faisant bloc contre les musulmans, ils se déterminèrent à se 
battre, encerclant les musulmans par-devant et par derrière, 
occupant les deux moitiés du champ de bataille. 

Attitude héroïque du Messager d'Allah (S) à l'égard de 
l'encerclement 

Le prophète (S) était pendant ce temps au sein d'un petit 
commando composé de neuf de ses compagnons et situé à 
l' arrière-garde des musulmans. H était en train d'observer les 
musulmans combattre et poursuivre les associateurs, lorsqu'il fut 
totalement pris au dépourvu par les cavaliers de Khâlid. 

Alors deux solutions s'offrirent à lui: 

• Se dépêcher d'échapper en compagnie de ses neufs 
compagnons vers un endroit en sécurité, laissant son armée 
encerclée par l'ennemi évoluer vers son destin. 

• Prendre des risques et alors, appeler ses compagnons à se 
regrouper autour de lui pour constituer un front solide en 
compagnie duquel il ferait son chemin vers son armée 
encerclée sur les plateaux d'Ohod.C'est alors que se 
manifestèrent le génie et le courage à nuls autres pareils du 
prophète (H). 

361 



En effet, élevant la voix, il appela ses compagnons! 
«Serviteurs d'Allah!» sachant pertinemment que les associateurs 
l'entendraient bien avant les musulmans. Néanmoins, il les 
interpela et les appela en s' exposant aux risques que faisait 
courir la délicatesse du moment. Effectivement les associateurs, 
l'ayant reconnu, l'abordèrent avant même qu'il ne fût rejoint par 
les musulmams. 

La dispersion des musulmans au vu de la situation 

Quant aux musulmans, certains d'entre eux perdirent la 
raison dès qu'ils se virent encercler. Ne pensant plus qu'à eux- 
mêmes, ils prirent la tangente, quittèrent le champ de bataille, ne 
cherchant pas à comprendre ce qu'il y avait par derrière. Il y en 
avait parmi eux qui fuyaient vers Médine et finirent pas 
l'atteindre alors que d'autres se réfugiaient sur les sommets des 
montagnes. Certains fuyards revenaient se mêler aux 
associateurs à tel point que les deux troupes restèrent 
indistinctes l'une de l'autre. 

Alors régna la confusion et des musulmans s'entre-tuèrent. 
Selon un hadith ayant été rapporté par Al-Boukhâri, Aicha dit: 
«A la bataille d'Ohod, les associateurs furent mis en déroute de 
manière évidente, mais Iblis s'écria: "Eh! Serviteurs d'Allah! 
Faites attention par derrière». Alors ceux qui étaient devant 
revinrent se heurter à ceux qui étaient derrière. Houthayfa ouvrit 
les yeux et brusquement son regard se posa sur son père Al- 
Yaman. H dit Eh! Serviteurs d'Allah! Mon père! mon père. 
Cependant celui-ci fut coincé à mort. Houthayfa dit alors: 
«Qu'Allah vous pardonne». A ce propos, Orwa dit: «Par Allah! 
jusqu'à sa mort, Houthayfa avait la propension au bien». 

H y eut un grand désarroi dans les rangs de ces gens chez qui 
l'anarchie était générale et dont la plupart, égarés, ne savaient où 
donner de tête. Sur ces entrefaites, ils entendirent quelqu'un 
s'écrier: «On a tué Mohammad!» et ceci en leur faisant perdre ce 
qui leur restait comme raison, baissa leur moral ou faillit baisser 

362 



le moral de bon nombre d'entre d'eux. Certains, arrêtant de 
combattre, jetèrent leurs armes pour se rendre. D'autres 
pensèrent à prendre contact avec Abdillah ibn Obay, le chef des 
Hypocrites, pour se faire obtenir de la clémence auprès d' Abi 
Soufyan. Passant près de ceux-ci qui baissaient les bras, Anas 
ibn An-Nadir dit: «Qu'attendez-vous?» Ils répondirent: «On a 
tué le Messager d'Allah (S). Anas reprit: «A quoi bon vivre 
après lui: Debout! Allez mourir pour la même cause». A cela il 
ajouta: «Seigneur! je m'excuse auprès de Toi de ce qu'ont fait 
ces musulmans et dégage ma responsabilité de ce qu'ont fait ces 
associateurs». Cela dit, il avança et, rencontra Saad ibn 
Mouaâth, qui lui dit: «Où vas-tu, Aba Omar?». H lui répondit: « 
Au souffle du paradis, Saad. Je le ressens en moi-même». Sur 
ces mots, il s'en alla et combattit l'ennemi jusqu'au moment où 
on le tua. Au terme de la bataille personne ne sut qui il était 
jusqu'au moment où sa sœur le reconnut par ses bouts de 
doigts. Son corps comportait plus de 80 blessures faites à coups 
de lances, de sabres ou de flèches. Interpellant sa tribu,Thâbit 
ibn Ad-Dahdah dit: «Ô Ansâr\ Si toutefois Mohammad a été 
tué, sachez qu'Allah, lui, est Vivant et ne saurait mourir. Battez- 
vous pour défendre votre religion, car Allah vous donnera la 
victoire et vous portera secours». Sur ce, un groupe d' Ansâr se 
joignit à lui et, le suivant, alla combattre les cavaliers de Khalid. 
Il se mit ensuite à se battre jusqu'au moment où celui-ci le tua 
d'un coup de lance. Ses compagnons aussi furent tués. Passant 
près d'un musulman médinois baigné de sang, l'un des 
Mouhajirin lui dit: «Ô un tel! Sais-tu que Mohammad a été 
tué?». Le Médinois lui répondit: «S'il est vrai que Mohammad, 
est tué, il l'est aussi qu'il a communiqué son message. Alors, à 
présent, combattez pour votre religion». Grâce à un tel esprit de 
sacrifice et à un tel encouragement, les soldats musulmans 
retrouvèrent leur moral, leur droiture et leurs esprits. De la sorte 
ils renoncèrent à l'idée de reddition et de prise de contact avec 
Ibn Obai puis, reprenant leurs armes, attaquèrent les 
associateurs, essayant de se frayer un chemin vers le poste de 

363 



commandement. Us venaient d'apprendre que la nouvelle du 
meurtre du prophète (H) était fausse et forgée de toutes pièces; 
ceci les enhardit et les rendit tellement forts qu'ils purent 
échapper à l'encerclement, pour arriver à se regrouper dans un 
endroit difficile d'accès après une rude bataille et un combat 
acharné. 

Il y avait là un troisième groupe s 'occupant uniquement du 
Messager d'Allah (S) et qui avait accouru vers lui au début de 
l'encerclement. Les plus remarquables de ce groupe étaient 
Abou Bakr As-Siddik, Omar ibn Al-Khattâb. Ali ibn Abi Tâlib 
et d'autres (é>)- Ceux-ci étaient à l' avant-garde des combattants 
et aussi à celle des défenseurs, face au danger qui menaçait le 
prophète (S). 

Violence des combats autour du Messager d'Allah (S) 

Pendant que ces groupes, en train d'être encerclés, étaient 
entre le marteau et l'enclume des associateurs les combats 
faisaient rage autour du Messager d'Allah (S). Nous avons déjà 
mentionné qu'au moment où les associateurs commençaient le 
travail d'encerclement, seuls neuf hommes, au total, étaient 
avec le prophète (S). Nous avons vu aussi que lorsque celui-ci 
eut appelé les musulmans, disant: «Venez à moi! Je suis le 
Messager d'Allah», les associateurs, reconnaissant sa voix, 
foncèrent sur lui pour l'attaquer mobilisant toute leur force avant 
qu'aucun soldat de son armée ne pût revenir le rejoindre. Il y eut 
entre les associateurs et ces neuf compagnons du prophète (S) 
un combat sans merci au cours duquel se manifestèrent des 
formes rarissimes d'amour, de dévouement, de courage et 
bravoure du côté des musulmans. 

Rapportant des propos d'Anas ibn Malik, Mouslim 
mentionne que le Messager d'Allah (S) s'était isolé le jour 
d'Ohod, dans un groupe comportant sept Ansâr et deux 
Mouhajirin Kouraichites. Ainsi, accablé par les associateurs, il 
dit: «Qui est-ci qui va les repousser loin de nous et avoir le 

364 



paradis ou être mon compagnon au paradis?». Un des Ansâr 
s'avança et combattit jusqu'au moment où on le tua. Ensuite, les 
associateurs, continuant de l'accabler, il répéta: «Qui est-ce qui 
va les repousser loin de nous et avoir le paradis ou être notre 
compagnon au paradis?». Un autre élément parmi les Ansâr 
s'avança à son tour et se mit à se battre jusqu'au moment où on 
le tua. Le même scénario se répéta jusqu'au meurtre des sept 
Ansâr. Alors, le Messager d'Allah (S) dit à ses deux 
compagnons Kouraichites: «Nous n'avons pas été justes envers 
nos camarades». Le dernier de ces sept fut Omara ibn Yazid ibn 
As-Sakan qui combattît, jusqu'au moment où l'en empêchèrent 
ses blessures. 

Le moment le plus critique de la vie du Messager d'Allah (H) 

Après la chute d'ibn As-Sakan, le Messager d'Allah (S) 
n'était plus qu'avec les deux Kouraichites. Dans les deux 
recueils de Hadiths authentiques (As-Sahihân) des propos de 
Oth mân sont rapportés en ces termes: «A un certain moment, il 
ne restait avec le Messager d'Allah (S) que Obaydoullah et 
Saad (ibn Abi Wakkâs)». C'était le moment le plus critique de la 
vie du prophète (S). C'était aussi une belle occasion pour les 
associateurs qui, du reste ne tardèrent point à en profiter, axant 
la bataille sur le prophète (S) et motivant à sa suppression. 
Ainsi, Otba ibn Abi Wakkâs, jetant une pierre au Messager 
d'Allah (S), lui cassa la dent située entre l'incisive et la canine 
de droite de sa mâchoire inférieure et le blessa à la lèvre 
inférieure. Ensuite, Abdoullah ibn Chihab Az-Zouhri le blessa 
au front après quoi, un cavalier acharné du nom de Abdillah ibn 
Kami' a l'aborda et lui donna un violent coup à l'épaule, coup 
dont il devait se plaindre pendant plus d'un mois, mais qui 
n'avait pas pu déchirer les deux cuirasses qu'il portait. Ce même 
cavalier le gifla aussi, avec la même violence qu'au premier 
coup, au point d'enfoncer dans sa joue deux des crochets de son 
casque en fer; après cela il lui dit: «Prends ceci! c'est moi Ibn 
Kami'a!». Essuyant le sang de son visage, le Messager d'Allah 

365 



(H) lui dit: «Qu'Allah t'avilisse!». Un hadith authentique 
mentionne que le Messager d'Allah (S), la dent cassée et la tête 
blessée, se mit à essuyer le sang en disant: «Comment peuvent 
prospérer des gens qui blessent leur prophète au visage et lui 
cassent la dent alors qu'il ne fait que les appeler à Allah?». A cet 
égard, Allah le Tout Puissant révéla: 

«Il n'est pas en ton pouvoir de décider de leur sort, Allah 
Seul pourra à Son Gré les absoudre ou les châtier, en prix 
de leur iniquité» (3:128). 

Le rapport fait par At-Tabarani mentionne que le prophète 
(S) dit alors: «Qu'Allah ait une colère plus furieuse à l'encontre 
de ceux qui ensanglantent le visage de leur Messager»; cela dit, 
il resta un moment et reprit: 

«Allah! Pardonne à mon peuple car il ne sait pas ce qu'il 
fait». 

Dans le recueil de hadiths authentiques de Mouslim, on note: 
«Seigneur! Pardonne à mon peuple car il ne sait pas ce qu'il 
fait!». L'ouvrage "Ach-Chifa" du juge 'Iyad mentionne: 

«Seigneur! Guide mon peuple car il ne sait pas ce qu'il fait» 

Il ne faisait aucun doute que les associateurs visaient à mettre 
fin à la vie du Messager d'Allah (S) mais les deux Kouraichites 
(Saad ibn Abi Wakkâs et Talha ibn Obaydillah montrèrent une 
bravoure rarissime et se mirent à combattre avec un courage sans 
pareil, de manière à empêcher , n'étant pourtant que deux 
archers, les associateurs d'atteindre leur but. Se réclamant tous 
les deux des archers arabes les plus chevronnés, ils combattirent 



366 



tant et si bien que le commando des associateurs fut éloigné du 
prophète (S). Quant à Saad ibn Abi Wakkâs, le Messager 
d'Allah (®) fit sortir des flèches de son carquois et lui dit: «Tire! 
par mon père et ma mère». A ce niveau ce qui atteste de la 
compétence de Saad est que le prophète (S) n'avait jamais, pour 
un autre, fait mention de ses parents. S 'agissant de Talha ibn 
Obaydillah, An-Nasa' i nous en parle, rapportant de Jabir, 
l'histoire du rassemblement des associateurs autour du Messager 
d'Allah (S) alors que celui-ci n'était qu'avec un groupe 
d' Ansâr. Jabir dit: «Les associateurs atteignirent le Messager 
d'Allah (II) qui dit: «Qui va les repousser?». 

- «Moi» dit alors Talha». 

Ensuite il mentionne les Ansâr qui furent tués l'un après 
l'autre, tout comme en atteste l'histoire racontée par Muslim. 

Après le meurtre de tous les Ansâr, Talha s'avança et se battit 
comme il était onze hommes jusqu'au moment où un coup à la 
main lui amputa les doigts. Alors il dit: «Hassi» mais le 
prophète (H) lui dit: «Si tu avais dit Bismillah (au nom d'Allah) 
les anges t'auraient élevé aux yeux des gens». Dans Al-Iklil (la 
couronne) d' Al-Hakim, il est mentionné que Talha, à la bataille 
d'Ohod, blessa 39 ou 35 associateurs avant de se voir couper les 
doigts; l'index et le médium. Un hadith qu'Al-Boukhari a 
rapporté de Kays ibn Abi Hazim note: «Au jour d'Ohod, j'ai vu 
Talha qui, la main inerte, gardait le Messager d'Allah (S)». 

At-tirmithi et Ibn Maja ont pour leur part rapporté que le 
prophète, ce jour-là, dit au sujet de Talha: «Quiconque veut voir 
un martyr marcher sur terre, n'a qu'à observer Talha ibn 
Obaydillah». 

Abou Dawoud At-Tayâlisi a aussi rapporté des propos de 
Aicha exprimés en ces termes: «Toutes les fois qu'il se rappelait 
la bataille d'Ohod, Abou Bakr disant: Toute cette bataille fut à 
l'honneur de Talha». En fait au sujet dudit héros Abou Bakr dit: 



367 



«O Talha ibn Obaydillah! le paradis t'est acquis 

et élevée y sera ta place!». 

En ce moment délicat et cette situation critique, Allah par la 
voie de son mystère, fit descendre son secours. Dans les deux 
recueils de Hadiths authentiques des propos rapportés de Saad, 
s'expriment en ces termes: «Au jour d'Ohod j'ai vu le Messager 
d'Allah (S) avec deux hommes, combattant pour assurer sa 
défense. Ces hommes qui, vêtus de blanc, livraient une bataille 
acharnée, c'était la première fois que je les voyais et depuis, je 
ne les revois pas». Un des rapports de cet événement mentionne 
que les deux hommes étaient Jibril et Mika'il. 

Début du ralliement des compagnons autour du Messager 
d'Allah m 

Tout cela se passa en des moments extrêmement brefs et à 
une vitesse fulgurante. Les éléments d'élite sélectionnés parmi 
les compagnons du prophète (S) et qui, à l'avant garde, se 
battaient en première ligne, eurent à peine le temps d'observer 
l'évolution de la situation, ou d'entendre l'appel que leur lançait 
le Messager d'Allah (H) pour, au plus vite, rejoindre celui-ci et 
empêcher que l'irréparable ne fût commis sur sa personne. A 
leur arrivée cependant, le prophète (H) avait déjà reçu sa part de 
blessures et six des Ansâr avaient été tués, le septième rendu 
incapable par les blessures qu'il avait reçues. Saad et Talha, 
eux, livraient une bataille sans merci. Dès qu'ils l'eurent rejoint, 
ils constituèrent de leurs corps et de leurs armes un mur de 
protection et amplifièrent la violence des coups qu'ils portaient à 
l'ennemi pour en repousser les attaques. Le premier de ceux-là à 
venir rejoindre le prophète (S) fut son second dans la grotte; 
Abou Bakr As-S_iddik (4&). Dans son recueil de Hadiths 
authentique, Ibn Hibban cite Aicha en ces termes: «Abou Bakr 
As-S_iddik dit: «A la bataille d'Ohod, tout le monde s'écarta du 
prophète (S) et j'ai été le premier à aller le rejoindre. Alors, 
voyant devant moi quelqu'un qui combattait pour assurer sa 

368 



protection je lui dis: Sois Talha! Par mon père et ma mère, sois 
Talha! puisque j'ai raté ce que j'ai raté. Je me dis ensuite en 
moi-même: Qu'il me vienne quelqu'un de cher appartenant à ma 
tribu! cela dit, je ne tardai pas à être rejoint par Abi Obayda ibn 
Al-Jarrah qui, tel un oiseau volait vers moi. Dès qu'il fut arrivé 
il me poussa vers le prophète (S) en face de qui gisait Talha et 
qui fit allusion à celui-ci en ces termes. Prenez votre frère. JJ a 
été méritant. Le Messager d'Allah (S) venait de recevoir au 
visage un coup si violent que deux des crochets de son casque en 
fer lui étaient entrés dans la joue. Aussi m'approchai-je de lui 
pour les enlever. A ce niveau, Abou Obayda dit: Je t'en prie, 
Abou Bakr, laisse-moi faire! Il saisit l'un des crochets avec ses 
dents et, de peur de faire mal au Messager d'Allah (S), le tira 
petit à petit au point de la retirer. Toutefois il se cassa l'une des 
deux dents de devant de sa mâchoire supérieure. Je me levai 
alors pour retirer l'autre crochet, mais encore une fois Abou 
Obayda me dit: Je t'en prie Abou Bakr, laisse-moi faire! JJ se 
mit ensuite à la retirer, au point de l'enlever mais se cassa l'autre 
dent de devant de sa mâchoire supérieure. Le Messager d'Allah 
(II) dit: Prenez votre frère, il a été méritant. Nous allâmes vers 
Talha pour le traiter: celui-ci avait reçu une dizaine de 
blessures». (Ceci montre aussi dans quelle mesure Talha s'était 
fait distinguer par sa bravoure). 

Au cours des moments critiques, un groupe constitué de 
braves musulmans, s'était réuni autour du prophète (H) un tel 
groupe comprenait Abou Doujana, Mosaab ibn Omair, Ali ibn 
Abi Tâlib, Sahl ibn Hanif, malik ibn Sinan, le père d' Abi Saîd 
Al-Khoudri, Oumm Omara Nasiba bint Kaab la Maziniya, 
Katada ibn An-Nouaman, Omar ibn Al-Khattab, Hatib ibn Abi 
Baltaaa, Sahl ibn Hanif et Abou Talha. 

Accentuation de la pression exercée par les associateurs 

Les associateurs devenaient plus nombreux à chaque instant, 
leurs assauts s'intensifièrent et leur force de pression s'accentua 
contre les musulmans. Le Messager d'Allah (S) tomba même 

369 



dans l'un des trous creusé comme guet-apens par Abi Amir le 
crapuleux et s'érafla le genou. Ali le prit par la main. Talha ibn 
Obaydillah l'embrassa et le souleva. Nafia ibn Joubair dit avoir 
entendu un des Mouhajirin dire ceci: «J'ai été à la bataille 
d'Ohod. Ce jour là, j'ai vu le Messager d'Allah (H) au milieu de 
flèches pleuvant de tous côtés sans pour autant le toucher. J'ai 
aussi entendu Abdallah ibn Chihab Az-Zouhri dire: «Montrez- 
moi Mohammad; ou je le tue, ou il me tue. Alors qu'il le 
cherchait, le prophète (S) était seul et à ses côtés. Par la suite, 
Safwan le blâma à ce sujet, mais il lui dit: Par Allah! je ne l'ai 
pas vu. Je jure sur Allah qu'il nous est interdit Abdallah ibn 
Chihab Az-Zouhri dit aussi: «nous partîmes, au nombre de 
quatre chacun de nous avait pris l'engagement de le tuer mais en 
vain». 

Exemples d'exploits 

Les musulmans réalisèrent des exploits rarissimes et des 
sacrifices auxquels l'histoire n'avait jamais connu de pareils. 
Abou Talha s'offrait en mur de protection devant le Messager 
d'Allah (S), exposant sa poitrine pour le protéger des flèches de 
l'ennemi. 

Anas dit: «Au jour d'Ohod, les gens s'enfuirent loin du 
prophète (S) alors qu'Abou Talha, lui, le couvrait et le défendait 
au moyen d'un bouclier de cuir. Archer au tir puissant, celui-ci 
brisa, ce jour là, deux ou trois arcs. Quelqu'un passait souvent 
avec un carquois rempli de flèches qu'il déclarait tenir prêtes 
pour lui. Lorsque Talha décochait une flèche et que le prophète 
(H) se mettait à regarder d'en haut, promenant son regard sur les 
gens, il s'empressait de lui dire: «Ne regarde pas! une de leurs 
flèches risque de t' atteindre. Laisse-les me viser, moi, mais pas 
toi». Anas dit aussi, dans un rapport: «Dans la protection qu'il 
assurait au Messager d'Allah (S), Abou Talha n'avait qu'un 
seul bouclier, mais il savait tirer à l'arc. Toutes les fois qu'il 
tirait, le prophète (S) se mettait à regarder d'en haut pour voir à 
quel endroit allait atterrir la flèche». 

370 



Quant à Abou Doujana, il se tenait debout face au prophète 
(S) et, offrant son dos comme bouclier, recevait les flèches sans 
bouger. Hâtib ibn Abi Baltaa poursuivit Otba ibn Abi Wakkâs 
(à savoir celui qui avait cassé la dent du prophète (S)) et lui 
donna un coup d'épée lui tranchant la tête. Par la suite, il 
s'empara de son cheval et de son épée. Or, Saad ibn Abi Wakkâs 
brûlait du désir de tuer son frère (à savoir Otba ibn Abi 
Wakkâs). Toutefois, il n'y parvint pas car c'est Hâtib qui devait 
le tuer. Sahl ibn Hanif, lui, faisait partie des meilleurs archers. 
Faisant acte de reconnaissance du Messager d'Allah (11) il 
accepta de mourir pour la défense de sa cause, puis joua un rôle 
efficace contre les associateurs. 

Le Messager d'Allah (S) lui-même pratiquait le tire d'arc. A 
ce sujet Katâda ibn An-Nouaman, dit que le Messager d'Allah 
(S) un jour tira de son arc un coup de nature a en casser les deux 
bouts et qu'alors il prit l'arc et le garda avec lui. Ce jour-là, le 
même Katâda reçut un coup qui lui creuva l'un des yeux au 
point de le sortir de son orbite pour le laisser pendre sur sa joue; 
mais le Messager d'Allah (S) prit l'œil de sa main et le remit à 
sa place. L'œil remis s'avéra être meilleur que l'autre épargné. 

Abdour-Rahman ibn Awf combattit au point de se faire 
blesser à la bouche et à se faire briser les dents de devant. A 
l'occasion, il reçut 20 blessures ou plus dont certaines, l'ayant 
atteint au pied, l'emmenèrent à claudiquer. Malik ibn Sinan, le 
père d'Abi Saîd Al-Khoudri ôta le sang envahissant la joue du 
Messager d'Allah (S) en le suçant. Alors, celui lui dit: «Crache- 
le!» Il répondit: «Par Allah! je ne le cracherai jamais!». Cela dit: 
Il retourna combattre et le prophète (S) de dire: «Quiconque 
veut voir quelqu'un des gens du paradis n'a qu'à regarder cet 
homme». Malik ibn Sinan fut ensuite tué en martyr. 

Oumm Amara aussi participa à la bataille. A cet égard, elle 
intercepta Ibn Kami' a dans un groupe de musulmans, et celui-ci 
lui envoya un violent coup à l'épaule, coup lui laissant une 
blessure interne. A son tour, elle lui donna plusieurs coups 

371 



d'épée mais, Ibn Karai'a n'eut point à en souffrir parce qu'il 
portait deux cuirasses. Elle ne cessa de se battre au point de 
recevoir douze blessures de la part de celui-ci. Mosaab Ibn 
Omair se battit avec une très grande férocité, protégeant le 
prophète (H) contre les attaques d'Ibn Kami 'a et de ses 
compagnons. Le porte-drapeau, c'était lui. Se voyant, d'un coup 
d'épée, couper la main droite, il prit le drapeau par la main 
gauche et résista aux infidèles jusqu'au moment où ceux-ci lui 
tranchèrent aussi sa main gauche. Après cela, il se coucha, 
maintenant le drapeau sous sa poitrine et son cou jusqu'au 
moment où il fut tué par Ibn Kami 'a qui, du reste, le croyait être 
le Messager d'Allah ($1), de par sa ressemblance avec celui-ci. 
De retour chez les associateurs, Ibn Kami' a s'écria: 
«Mohammad a été tué!» 

Effet des rumeurs du meurtre du prophète (®) sur le 
déroulement des combats. 

Quelques minutes après le cri, lancée par Ibn Kami'a, la 
nouvelle au sujet du meurtre du prophète (S) se répandit chez 
les associateurs comme chez les musulmans. Ce fut le moment 
précis où faiblit la détermination de bon nombre des 
compagnons encerclés par l'ennemi; ceux qui n'étaient pas avec 
le Messager d'Allah (S). Ces compagnons, non seulement 
perdirent le moral, mais aussi se laissèrent aller au désarroi. 
Partout régnaient l'émoi, le désordre et l'anarchie. A noter 
toutefois qu'un tel cri contribua à réduire les attaques lancées 
par les associateurs qui en vinrent à penser avoir atteint leur 
objectif. Beaucoup d'entre eux s'occupèrent à mutiler les tués du 
côté des musulmans. 

Le Messager d'Allah (S) continue la lutte et sauve la situation 

Lorsque Mosaab fut tué, le Messager d'Allah (H) confia le 
drapeau à Ali ibn Abi Tâlib qui se battit comme un lion. Les 
autres compagnons qui se trouvaient dans les parages firent des 
exploits rarissimes, comme offenseurs et défenseurs. Dans ces 



372 



conditions, le Messager d'Allah (S) put se frayer un passage 
vers son armée encerclée qu'il rejoignit peu après. Il fut alors 
reconnu par Kaab ibn Malik (le premier à le reconnaître). Celui- 
ci du plus fort de sa voix appela: «Ô Musulmans! réjouissez- 
vous. Voici le Messager d'Allah (S)». Le prophète (S) lui fit 
signe de se taire, de manière à empêcher les associateurs de le 
localiser. Cependant un tel cri parvint aux musulmans qui 
rappliquèrent aussitôt vers le Messager d'Allah (S) autour 
duqueL devait ensuite se rallier quelque chose comme trois cents 
de ses compagnons. 

Au terme du ralliement, le Messager d'Allah (S) enclencha 
un retrait organisé en direction de la passe, se frayant un chemin 
entre les associateurs qui, alors, durcirent leurs attaques pour 
s'opposer au retrait; toutefois ils échouèrent devant le courage et 
la brayoure des lions de l'Islam. 

Othman ibn Abdillah ibn Al-Moughira, de la cavalerie des 
associateurs, s'avança vers le Messager d' Alrah (S) disant: «Ou 
tu me tues, ou je te tue». Le prophète (Ô) décida de l'affronter 
mais le cheval de l'ennemi trébucha et entra dans un trou. Alors, 
Al-Harith ibn As-Samma affronta l'associateur et lui donna à la 
jambe un coup propre à le mettre hors d'état de nuire. Après 
s'être acharné contre lui, il s'empara de son arme et alla 
rejoindre le Messager d'Allah (S). Abdoullah ibn Jâbir, un autre 
élément de la cavalerie de la Mecque, aborda Al-Harith ibn As- 
Samma et, lui donnant un coup à l'épaule, le blessa à tel point 
que celui-ci fut finalement transporté par les musulmans; mais 
Abou Doujana, le héros aventurier au bandeau rouge fondit sur 
lui et, d'un coup d'épée, lui fit sauter la tête. Au cours de cette 
rude bataille il arrivait aux musulmans de somnoler en vertu 
d'une sécurité leur venant d'Allah, comme le note le Coran. 
Abou Talha dit: «J'étais parmi ceux qui, à la bataille dîOhod, 
furent enveloppés de sommeil. A plusieurs reprises, l'épée me 
tomba de la main. J'eus maintes fois à la ramasser». 



373 



Grâce à une telle bravoure, le détachement en question, en 
retrait organisé, atteignit la passe dans la montagne et fraya pour 
le reste de l'armée un passage vers le point de sécurité où il 
devait venir le rejoindre. De la sorte, le génie de Khalid échoua 
devant celui du Messager d'Allah (II). 

Le meurtre d'Oubay ibn Kh alaf 

Ibn Ishak dit: «Après avoir abouti à la passe, le Messager 
d'Allah (S), fut rejoint par Oubay in Khalaf qui se mit à dire: 
«Où est Mohammad? où il me tue ou je le tue!». Les gens, alors, 
dirent: «0 Messager d'Allah! faut-il que quelqu'un parmi nous 
l'aborde?» Celui-ci dit: «Non, laissez-le». Lorsque l'associateur 
se fut approché, le Messager d'Alah (S) se saisit de la lance 
d' Al-Harith ibn As-Samma. Après avoir saisi cette lance, il se 
secoua de telle sorte que les gens, fugitifs, s'éparpillèrent à 
l'instar des poils d'un chameau qui s'ébroue. Faisant ensuite 
face à l'ennemi, il visa un espace de sa clavicule, entre la 
cuirasse et le casque en fer, puis le transperça à ce niveau, au 
point de le cueillir de son cheval. De retour chez les 
Kouraichites, Oubay ibn Khalaf qui avait reçu une petite 
égratignure au cou et dont le sang ne coulait même pas, dit: 
«Par Allah! Mohammad m'a tué». Les Kouraichites lui dirent: 
«Par Allah! tu as perdu la raison! Par Allah! rien ne t' arrive». Il 
reprit: «D m'avait dit à la Mecque: «C'est moi qui te tuerai». Par 
Allah! H m'aurait alors tué en crachant sur moi!». L'ennemi 
d'allah devait mourir à Sarf, alors que les Kouraichites 
repartaient à la Mecque. 

Les propos rapportés de Orwa par Abil-Aswad tout comme 
ceux que Saîd ibn Al-Mousayeb a rapportés de son père 
précisent qu'il mugissait comme un taureau disant: «Je jure sur 
celui qui détient mon âme que si ce qui m 'arrive arrivait aux 
habitants de Thil-Majaz, ils mourraient tous». 



374 



Talha, fait monter le Messager d'Allah (&) 

Au cours de son retrait vers la montagne, le Messager d'Allah 
(S) aborda un rocher qu'il se mit à gravir sans toutefois y 
parvenir, vu son âge avancé et les deux cuirasses qu'il portait 
mais aussi compte tenu de la grave blessure qu'il avait. Alors, 
assis au dessous de lui, Talha ibn Obaydillah, le souleva tant et 
si bien qu'il finit par y monter en disant: «L'accès au paradis est 
chose acquise à Talha». 

Dernière attaque des associateurs 

Après que le Messager d'Allah (H) se fût installé à son porte 
de commandement, dans la passe, les associateurs lancèrent une 
dernière attaque pour massacrer les musulmans. Ibn Ishak dit: 
«Alors que le Messager d'Allah (iH) était à la passe, un peloton 
de Kouraichites escalada la montagne sous la conduite d' Abi 
Soufyan et de Khalid ibn Al-Walid. Alors il dit: «Seigneur! il ne 
convient pas qu'ils soient au dessus de nous». A l'occasion, 
Omar ibn Al - Khattab flanqué d'un groupe constitué de 
Mouhajirin combattit de telle sorte que le peloton d' associateurs 
descendit de la montagne. 

Dans Magazil-Amawi, on note que lorsque les associateurs 
eurent escaladé la montagne, le Messager d'Allah (S) dit à 
Saad: «Repousse-les». Alors Saad dit: «Comment les repousser 
seul?» (répétant cela trois fois). Saad tira une flèche de son 
carquois et, la décochant à l'un des associateurs, le tua. 
L'intéressé raconta ensuite cette histoire en ces termes: «Je 
repris la flèche et en tua un deuxième et, ensuite, la repris encore 
pour en tuer un troisième, ainsi de suite jusqu'au point de les 
faire descendre de la montagne. Alors je médis «ça, c'est une 
flèche bénie» avant de la remettre dans mon carquois». Jusqu'à 
la fin de ses jours, Saad conserva cette même flèche qui passa, 
par la suite entre les mains de ses enfants. 



375 



Mutilation des martyrs 

Il s'agissait là de la dernière attaque lancée par les 
associateurs contre le prophète(S). Etant donné qu'ils ne 
savaient rien de lui, mais étaient presque certains de l'avoir tué, 
les associateurs regagnèrent leur base et se mirent à préparer leur 
retour à la Mecque. Certains d'entre eux, y compris les femmes, 
s'occupèrent à mutiler et à profaner les martyrs musulmans, 
coupant leurs oreilles, leurs nez et leurs sexes, mais aussi les- 
éventrant. Hind bint Otba éventra Hamza et ensuite lui sortit le 
foie qu'elle mâcha puis cracha, faute de pouvoir l'avaler. 
Utilisant, les oreilles et les nez coupés, elle se fit des colliers et 
des bracelets de cheville. 

Disposition des héros musulmans à combattre jusqu'à la fin 

En ce moment ultime eurent lieu deux batailles montrant à 
quel point les musulmans étaient prêts à se battre et à sacrifier 
leur vie dans la voie d'Allah. 

• Kaab ibn Malik dit: «J'étais au nombre des musulmans 
présents à Ohod. Lorsque j'aperçus les associateurs mutiler et 
profaner les martyrs des musulmans, je me levai puis 
traversai. Soudain quelqu'un parmi les associateurs, cuirassé, 
dépassa les musulmans en disant: «Les voici réunis comme 
des moutons égorgés». Un musulman cuirassé se mit tout à 
coup à l'attendre. Alors, me déplaçant, je vins jusque derrière 
celui-ci et me mis, de visu, à évaluer et à comparer le 
musulman et l'infidèle. Je trouvai alors que ce dernier était le 
meilleur compte tenu de son équipement et de son allure. 
J'attendis ensuite la rencontre. Dès le début de celle-ci, le 
musulman asséna à l'infidèle un violent coup l'atteignant aux 
hanches et le partageant en deux. Découvrant ensuite son 
visage, il s'exprima en ces termes: «Qu'en penses-tu Kaab? 
C'est moi Abou Doujana!». 

•Des femmes de croyants vinrent au champ de bataille à la fin 
des combats. A cet égard, Anas dit: «J'ai vu Aicha la fille 

376 



d'Abi Bakr et Oumm Salim. Elles avaient retroussé leurs 
vêtements jusqu'au niveau des chevilles dont j'apercevais les 
bracelets et avaient chargé leurs montures d'outrés qu'elles 
vinrent vider dans la bouche des gens, pour ensuite aller les 
remplir et revenir en vider le contenu dans la bouche des 
gens». Omar dit: «Oumm Soûlait, une des femmes des Anmr, 
nous apportait les outres lors de la bataille d'Ohod». 

Au nombre des femmes se trouvait Oumm Ayman: celle-ci, 
en voyant les musulmans sur le point d'accéder à Médine, 
commença à soulever le sable, le leur jetant au visage. Elle dit à 
l'un d'entre eux: «Voici la quenouille, prends-la et remets-moi 
ton épée». Par la suite, elle se dépêcha de se rendre sur le champ 
de bataille où son travail consista à désaltérer les blessés. A 
l'occasion, Hibban ibn Al-Araka lui donna un coup de flèche par 
lequel elle tomba à terre et par suite se découvrit. Vexé par la 
scène, le Messager d'Allah (S) remit à Saad ibn Abi Wakkâs 
une flèche sans pointe de fer et lui dit: «Tire-la lui!» Saad 
décocha la flèche qui atteignit le haut de la poitrine de Hibban. 
Celui-ci s'allongea à terre et, du coup, se découvrit. Observant la 
scène, le prophète (S) ria à en faire apparaître ses molaires, puis 
dit: «Saad souhaitait venger Oumm Ayman et Allah à exaucé 
son vœu». 

Après l'aboutissement du Messager d'Allah (S) à la passe 

Après que le Messager d'Allah (S) se fût installé sur sa base 
située à la passe, Ali ibn Talib muni d'une carapace de tortue, 
alla chercher de l'eau à Al-Mihras (dont d'aucuns disent être un 
rocher excavé de grande surface et d'autres un point d'eau 
localisé à Ohod), eau destinée au prophète (JH). 

Trouvant alors que l'eau avait une odeur, il s'abstint d'en 
boire et se contenta de laver le sang sur le visage du prophète 
(S). Tout en versant l'eau sur sa tête, il disait: «Qu'Allah ait une 
colère furieuse contre ceux qui ont ensanglanté le visage de leur 
prophète». Sahl dit: «Par Allah! Je connais celui qui lavait la 

377 



blessure du Messager d'Allah (S), celui qui versait l'eau et de 
quelle façon la blessure a été traitée. C'est sa fille Fatima qui la 
lavait alors qu'Ali ibn Abi Talib déversait l'eau. Voyant ensuite 
que l'eau ne faisant qu'accroître le sang, Fatima prit un morceau 
de natte de joncs tressés qu'elle brûla puis colla à la blessure de 
manière à arrêter le sang». Par la suite, Mohammad ibn Maslama 
apporta de l'eau potable dont but le prophète (S) qui, après 
quoi, le bénit. Ce jour-là, le Messager d'Allah (S) effectua la 
prière du Dhouhr tout en restant assis. Les musulmans derrière 
lui, effectuèrent la prière dans la même position. 

Sadicité d'Abi Soufyan et sa conversation avec Omar au 
terme de la bataille 

Lorsque les associateurs étaient sur le point de partir, Abou 
Soufyan, du haut de la montagne, appela et dit: «Mohammad 
est-il parmi vous?» On ne lui fit aucune réponse. Toutefois, il 
continua: «Ibn Abi Kouhafa est-il parmi-vous? On ne lui fit 
aucune réponse. Il poursuit: «Omar ibn Al-Khattab est-il parmi 
vous?» Toujours pas de réponse. Le prophète (S) avait interdit 
aux musulmans de répondre. L'infidèle n'interrogea qu'au sujet 
de ces trois parce qu'il savait, comme les siens qu'ils faisaient 
la force de l'Islam. En effet, il dit: «S 'agissant de ces trois ils 
vous suffisent». Sur ces mots, Omar ne pouvant s'empêcher de 
lui répondre, dit: «Ô ennemi d'Allah, ceux que tu viens de citer 
sont tous vivants. Allah a laissé subsister ce qui te déplaît». 
Abou Soufyan reprit: «Il y a eu en vous une profanation que je 
n'ai pas ordonnée mais qui ne me déplaît pas». Ensuite il 
poursuivit: «Houbal est le plus sublime!». Le prophète (®) dit: 
«Ne lui répondez-vous pas?». Les musulmans dirent: «Qu'allons 
- nous dire?» Le prophète (S) reprit: «Dites-lui qu'Allah est le 
plus Sublime et le plus Illustre». Abou Soufyan continua: «Nous 
avons Al-Ouzza et vous, vous n'avez pas de Ouzza». Le 
Messager d'Allah (Ô) dit: «Ne lui répondez -vous pas?». Les 
musulmans dirent: «Qu'allons- nous dire?» Il reprit: «Dites-lui: 
«Allah est notre Seigneur et vous, vous n'avez pas de 

378 



Seigneur». L'associateur précisa ensuite: «J'ai été comblé parce 
que ce qui s'est passé efface Badr; la guerre est une 
compétition». Omar répliqua: «Ce n'est pas pareil; nos tués sont 
au paradis et les vôtres à l'enfer». Par la suite Abou Soufyan dit: 
«Viens ici Omar!». Le Messager d'Allah (S) dit à Omar: «Vas- 
y! observe son cas!». Celui-ci alla rejoindre Abou Soufyan qui 
s'adressa à lui en ces termes: «Je t'en' prie Omar, dis-moi! 
Avons nous tué Mohammad?» Omar répondit: «Ma foi, non! Il 
est en train de t' écouter». L'associateur reprit: «Tu m'es plus 
véridique et plus aimable qu'Abi Kami 'a. 

Rendez-vous à Badr 

Ibn Ishak dit: «S'éloignant avec ses soldats, Abou Soufyan 
s'écria: «Je vous donne rendez-vous à Badr l'année prochaine». 
Le Messager d'Allah (S) dit alors à un de ses compagnons: 
«Dis: Oui, nous avons pris rendez-vous». 

Vérification de la situation des associateurs 

Le Messager d'Allah (S) envoya Ali ibn Abi Tâlib en lui 
disant: «Suis les traces de ces gens, observe ce qu'ils font et 
rends-toi compte de leurs objectifs! S'ils laissent les chevaux et 
enfourchent les chameaux, ils se dirigent vers la Mecque, mais 
s'ils enfourchent les chevaux et se mettent à conduire les 
chameaux, alors, ils vont vers Médine. Je jure par Celui qui 
détient mon âme que s'ils vont vers Médine, je les y rejoindrai 
et combattrai». Ali suivit leurs traces pour se rendre compte de 
ce qu'ils faisaient et les vit laisser les chevaux et enfourcher les 
chameaux pour donc se rendre à la Mecque. 

Inspection des tués et des blessés 

Après le départ des Kouraichites, les musulmans eurent le 
temps d'inspecter les tués et les blessés. A cet égard, Zayd ibn 
Thâbit dit: «Le Messager d'Allah (S) m'envoya, lors de la 
bataille d'Ohod, chercher Saad ibn Ar-Rabîa, en me disant: «Si 
tu le vois, transmets-lui mon salut et dit lui que le Messager 



379 



d'Allah (S) te demande comment tu te portes». Je me mis alors 
à circuler entre les tués et lorsque je le retrouvai, il était à 
l'agonie et avait reçu 70 blessures à la suite de coups de lances, 
d'épée et de flèches. Je lui dis: «Saad! Le Messager d'Allah (H) 
te souhaite le salut et demande de tes nouvelles». H dit: «Que le 
salut soit aussi sur lui! Dis-lui que je sens l'odeur du paradis et 
dis à mes contribules les Ansâr qu'ils n'auraient aucune excuse 
auprès d'Allah si, sous leur surveillance, il arrivait quelque 
chose au prophète (S)». Sur ces mots, il mourut. On trouva 
parmi les blessés Al-Ousayrim (Omar ibn Thâbit) à l'état 
d'agonie; quelqu'un à qui on avait déjà proposé l'Islam sans 
succès. Le voyant giser,. les gens dirent: «Voici Al-Ousayrim! 
Qu'est-ce qui l'amène ici? Nous nous étions détournés de lui 
puisqu'il refusait cette religion». Cela, dit ils, l'interrogèrent en 
ces termes: «Qu'est-ce qui t'amène à Ohod? l'éminence de ta 
tribu ou la croyance à l'Islam»? Il répondit: «C'est plutôt la 
croyance à l'Islam, j'ai cru en Allah et en Son messager et 
ensuite combattu du côté du prophète (S) au point d'être atteint 
par ce que vous voyez». Sur ces mots, il mourut. Les gens, par le 
suite, évoquèrent son cas auprès du Messager d'Allah (S) qui 
dit: «Il fait partie des gens du paradis». A cet égard, Abou 
Hourayra note: «Al-Ousayrim n'avait, jamais effectué de 
prière». 

Parmi les blessés, on retrouva aussi Kazman qui, s'étant battu 
comme un héros, avait, à lui seul tué sept ou huit associateurs. 
Retrouvé impotent, cloué par sa blessure, celui-ci fut transporté 
chez Banî Dhafar où les musulmans le réjouirent en lui 
apportant la bonne nouvelle. Il dit: «Je n'ai combattu que pour le 
mérite de ma tribu. N'eut été cela, je n'aurais pas combattu». 
Lorsque la douleur que lui apportaient ses blessures eut atteint 
son paroxysme, il se sacrifia en s'ouvrant la gorge. Le Messager 
d'Allah (S) disait toutes les fois qu'on lui rappelait Kazman: «Il 
est au nombre des gens de l'enfer». 



380 



Tel fut le sort de ceux qui combattirent dans la voie du 
patriotisme, dans une voie autre que celle faisant triompher la 
parole d'Allah, même s'ils avaient combattu sous la bannière de 
l'Islam, mieux dans l'armée du prophète (S) et de ses 
compagnons. A l'opposé de tout cela, il y avait parmi les tués 
un juif appartenant à Banî Thaalaba. De son vivant, celui-ci 
avait dit à ses contribules: «Juifs! Par Allah! Vous savez que 
vous avez le devoir de secourir Mohammad». Ils dirent: 
«Aujourd'hui, 'c'est le Sabt (le samedi)». H reprit: «Vous n'avez 
pas de Sabt». Sur ce, il prit son épée et son armure et leur dit: 
«Si je suis tué, ma fortune revient à Mohammad qui en fera ce 
qu'il veut». Ensuite, il alla combattre jusqu'à la mort. A son 
sujet le Messager d'Allah (0) dit: «Moukhairik est le meilleur 
des juifs». 

Regroupement et inhumation des martyrs 

Surplombant les martyrs, le Messager d'Allah (®) dit: «Je 
suis le témoin de ceux-ci. Il n'y a point de blessé dans la voie 
d'Allah qui ne sera au jour de la résurrection, ressuscité par 
Allah, la blessure ravivée, le teint la couleur de sang et le parfum. 
de misk". 

Certains parmi les compagnons avaient déjà transporté leurs 
martyrs à Médine, mais le prophète leur donna l'ordre de les 
ramener et de les ensevelir sur les lieux. Il donna l'ordre de ne 
pas leur faire de toilettage, de les enterrer tels qu'ils étaient à 
savoir avec leurs vêtements, après les avoir débarrassé de leurs 
armes et de leurs armures. Ainsi, on les faisait descendre dans 
les tombes par deux ou par trois, à raison d'un linceul pour 
deux. A chaque inhumation, le prophète (S) disait: «Lequel de 
ceux-ci maîtrisait le plus le Coran» et faisait précéder dans le 
tombe, l'homme qu'on parvenait à lui désigner. A l'occasion, il 
dit: «Je serai le témoin de ceux-ci, au jour de la résurrection». 

Abdoullah ibn Amr ibn Haram et Amr ibn Al-Jamouh 
partagèrent la même tombe, vu l'amitié qui les liait. On chercha 

381 



le cercueil de Handhala que l'on trouva quelque part, au dessus 
du sol, en train de sécréter de l'eau. Le Messager d'Allah (S) en 
expliquant le fait à ses compagnons, les informa que les anges 
étaient en tribu de le toiletter, ajoutant à cela: «Interrogez les 
siens sur son cas». On interrogea alors sa femme qui apporta la 
nouvelle. Du coup, Handhala fut surnommé «l'homme toiletté 
par les anges». 

Lorsque le Messager d'Allah (S) vit ce qu'on avait fait à 
Hamza et à son frère de lait, sa tristesse fut sans bornes. Sa tante 
paternelle Safiyya se présenta et voulut voir son frère Hamza, 
mais le Messager d'Allah (S) donna à Az-Zoubair, le fils de 
celle-ci, l'ordre de l'écarter de la scène. Alors Saffiyya dit: «Et 
pourquoi pas? J'ai appris qu'on a profané le cadavre de mon 
frère pour sa foi en Allah. Cela ne nous a pas plu, mais, à coup 
sûr, s'il plaît à Allah, je serai patiente et résignée». Ainsi, elle 
s'approcha de son frère et, après l'avoir observé, pria pour lui, 
prononça la formule de l'Istirja' (Nous somme à Allah et à Lui 
nour retournons) (<j>*»-lj <lJI LJjj «dJ Ljj) et demanda pour lui le 
pardon d'Allah; après quoi le Messager d'Allah (S) donna 
l'ordre d'enterrer Hamza dans la même tombe que Abdillah ibn 
Jahch qui était son neveu du côté maternel et aussi son frère de 
lait. Ibn Masaoud dit: «Nous n'avions jamais vu le Messager 
d'Allah (S) pleurer aussi amèrement qu'il le fit à l'inhumation 
de Hamza ibn Abdil-Mouttalib. Il l'orienta vers la Kaaba, assista 
à son enterrement, se lamenta et finit par sangloter. 

Le spectacle des martyrs était d'une horreur inouïe. Selon 
Khabbâb, le linceul qu'on avait trouvé pour Hamza n'était qu'un 
drap assez court qui, en lui couvrant la tête laissait alors voir ses 
pieds et en lui couvrant les pieds laissant sa tête découverte. On 
devait finalement étendre ce linceul sur sa tête et ensuite sur ses 
pieds, mettre de l'herbe sèche. Abdour-Rahman ibnAwfdit: 
«On avait tué Mosaab ibn Omair qui était meilleur que moi. 
Pour l'enterrer, on l'enveloppa dans un linceul qui, en lui 
recouvrant la tête, laissait découvrir ses pieds et, en lui 

382 



recouvrant les pieds, laissait découvrir sa tête». Des propos 
similaires ont aussi été rapportés de Khabbâb qui cependant 
ajoute: «Alors le prophète (S) nous dit: «Couvrez-en sa tête et 
mettez sur ses pieds de l'herbe sèche». 

Le Messager d'Allah (0) loue son Seigneur le Tout Puissant 
et l'invoque 

Selon ce qu'a rapporté l'imam Ahmad, le Messager d'Allah 
(S) dit, lors de la bataille d'Ohod, en voyant reculer les 
associateurs dit: 

(( <)^i3* Jj Ù* "J^ ^ ijj^t» 

«Mettez-vous en ordre! Je vais louer mon Seigneur le Tout 
Puissant». 

Aussitôt les gens s'alignèrent derrière lui et alors, il dit: 

UJ ,^kxi N j t C-jJlA ^*J J-^« Vj t cJlvsl £UJ épt* N j ; C~Xâ 

UJ Jmla Nj <.CjSsX> UJ éj^JL» 2j tCJLkpl UJ *JU zj iCa-« 

«dis jjj dULjaij dJbUj>-jj tiii^3^ ^ ^J-£ •^ a -^ J / f-é-^ ; ^5* 

"Seigneur! Toute la louange Te revient: Seigneur! Nul ne saurait 
restreindre ce que Tu étends, ni étendre ce que Tu restreins. Nul 
ne saurait guider celui que Tu égares, ni égarer celui que Tu 
guides. Nul ne saurait donner à celui que Tu prives, ni priver 
celui à qui Tu donnes. Nul ne saurais rapprocher ce que Tu 
éloignes, ni éloigner ce que Tu rapproches. Seigneur! Etends sur 
nous de Tes bénédictions, de Ta clémence, de Tes faveurs et des 
moyens de subsistance que Tu procures". 

i^JJl t^uil^Jl ^ UU«i-lj t JllÂaJIj 5^1Iilj ^aSO! £JI d^j 

383 



Ijïjl ^j JJ! 5yî53l Jjli LfUl t dljllpj iij^-j *-£~^ J^r'j ' ^-W* 

"Seigneur! Je Te demande le bien-être permanent, bien- 
être qui ne cesse ni ne se transforme. Seigneur! Je Te 
demande assistance au jour de l'étourderie et sécurité à 
celui de la peur. Seigneur! Je cherche refuge auprès de Toi 
contre le mal de ce que Tu nous a donné et celui de ce dont 
Tu nous as privé. Seigneur! Fais-nous chérir la foi et orne- 
en nos cœurs. Fais-nous détester l'impiété, la fornication 
et la désobéissance. Compte-nous au nombre des droits. 
Seigneur! Fais-nous mourir en musulmans et ressuscite- 
nous en musulmans. Fais-nous rejoindre les vertueux et 
non point les ignobles et ceux séduits par Satan. Seigneur! 
Combats les infidèles qui démentent Tes messagers et 
détournent de Ta voie. Rends-les abjects! châtie-les 
Seigneur! Combats les infidèles qui s'en prennent à Ton 
livre». 

Retour à Médine: Exemples d'affection et de dévouement 

Après avoir enterré les martyrs, loué, et imploré Allah, le 
Messager d'Allah (S) prit la route du retour vers Médine où les 
femmes croyantes et sincères, comme le firent d'ailleurs les 
croyants au cours de la bataille, lui apportèrent de belles 
illustrations d'affection et de dévouement. Il annonça à Hamna 
bint Jahch sortie à sa rencontre la mort de son frère Abdillah ibn 
Jahch mais celle-ci garda son calme, et sollicita à Allah le 
pardon du défunt. Il lui annonça ensuite la mort de son oncle 
maternel Hamza ibn Abdil-Mouttalib mais celle-ci, toujours 
calme, demanda à Allah de pardonner au défunt. Enfin, il lui 
annonça la mort de son époux Mosaab ibn Omair et là, Hamna 
cria, poussant des hurlements. Le Messager d'Allah (H) dit: "Le 
mari, chez sa femme, occupe une place exceptionnelle». Ensuite, 
il croisa une femme faisant partie de Banî Dinar, une femme 

384 



dont on avait tué le mari, le frère et le père à Ohod. Lorsqu'on 
lui eut annoncé la nouvelle, cette femme dit: «Qu'est-il arrivé 
au Messager d'Allah?». Les gens répondirent: «Rien II va bien Ô 
mère de tel! Grâce à Allah, il est comme tu voudrais qu'il soit». 
Elle reprit: «Montrez-le moi. Je veux le voir!». On le lui montra 
aussitôt. La femme s'adressa alors au prophète (S) et lui dit: 
«Comme tu es sain et sauf, tout autre malheur n'est que détail». 
La mère de Saad ibn Mouâd, apercevant le prophète (S) vint 
vers lui en courant, alors que Saad, lui tenait en main la bride de 
son cheval. La voyant venir, celui-ci dit: «Messager d'Allah! Ma 
mère!». S'arrêtant pour l'attendre la prophète (H) dit alors: 
«Qu'elle soit la bienvenue!» puis, lorsque la femme se fut 
rapprochée, lui annonça la mort de son fils. Amr ibn Mouaad; 
mais celle-ci dit: «Puisque je te vois sain et sauf, l'effet de ce 
malheur est fort peu important». Après cela, le Messager d'Allah 
(H) pria pour la famille des martyrs de la bataille d' Ohod puis 
dit: «Ô Mère de Saad! Réjouis-toi! Que les familles soient 
certaines que leurs martyrs se tiennent actuellement compagnie 
au paradis et qu'il sera fait intercession en leur faveur». Sur ces 
mots, la mère de Saad dit: «Nous sommes satisfaits, Ô Messager 
d'Allah! Qui donc va continuer à les pleurer après cela»? Elle 
ajouta: « Ô Messager d'Allah! Bénis ceux qu'ils ont laissé 
derrière». Alors, le prophète (S) dit: «Seigneur! chasse la 
tristesse de leurs cœurs,. dompte leur malheur! comble de faveurs 
fll ceux qu'il ont laissés derrière». 



i 



l 



Le Messager d'Allah (®) à Médine 

Au soir du samedi 7 du mois de Chawwal (an 3 de l'hégire), 
le Messager d'Allah (S) parvint à Médine. Arrivé chez lui, il 
remit son épée à sa fille Fatima et lui dit: «Lave le sang qui s'y 
trouve! ma fille. Par Allah! Elle a joué son rôle lors de la 
bataille». Ali ibn Tâlib lui aussi remit son épée à Fatima en lui 
disant: «Celle-ci aussi, lave le sang qui s'y trouve! Par Allah! 
Elle a joué son rôle lors de la bataille». Sur ce, le Messager 



385 



d'Allah (iH) dit: «Tu as joué ton rôle à la bataille, mais il en est 
aussi de même de Sahl ibn Hanif et d' Abi Doujana. 

Les tués du part et d'autre 

Dans la majorité des rapports, les auteurs s^accordent à dire 
qu'il y avait 70 tués du côté des musulmans: 65 parmi les Ansâr * 

(41 Khazrajites et 24 Awsites), un juif et 4 seulement parmi les 
Mouhajirin. 

S 'agissant des tués du côté des associateurs, Ibn Ishak a :# 

mentionné qu'ils sont au nombre de 22: toutefois, les 
statistiques, exactes obtenues, après l'étude approfondie de tous 
les détails de la bataille tels que mentionnés à la fois par les 
expéditionnaires et les biographes et faisant état des tués du côté | 

des associateurs, aux différentes phases de la guerre, donnent le 
chiffre 37 au lieu de 22. (Allah sait mieux que quiconque ce 
qu'il en est exactement). 

Etat d'urgence à Médine 

Les musulmans passèrent la nuit à Médine (la nuit du 
dimanche 8 au mois de Chawwal, an 3 de l'hégire) après être 
revenus de la bataille d'Ohod. Toutefois, en état d'alerte, 
nonobstant leur fatigue, ils passèrent la nuit à surveiller les 
chemins de montagne et les entrées de la ville et à garder leur 
commandant en chef, le Messager d'Allah (S), remplis qu'ils 
étaient de suspicions et de doutes. ' I 

L'expédition Ghazwa des Hamra Al-Asad ï 



Le Messager d'Allah (II) passa la nuit à réfléchir sur la 
situation. H craignait que les associateurs, en se rendant compte 
qu'ils n'avaient guère tiré profit de leur victoire sur le champ de 
bataille, n'eussent à regretter amèrement, et à revenir sur leurs 
pas et, alors, une deuxième fois attaquer Médine. Sur cette base 
il finit par prendre la résolution de se lancer à la poursuite de 
l'armée de la Mecque. 



386 



A cet égard, l'avis des expéditionnaires est que le prophète 
(S) appela les gens à la nécessité de poursuivre l'ennemi, et 
cela, le lendemain de la bataille d'Ohod au matin, c'est à dire le 
dimanche 8 du mois de Chawwal, an 3 de l'hégire. A l'occasion, 
il dit: «Ne partiront avec nous que ceux qui se sont battus à 
Ohod». Alors, Abdoullah ibn Oubay lui dit: «Je serai avec toi» et 
il répondit: «Non!». Les musulmans approuvèrent son option 
malgré les douleurs que leur causaient leurs blessures et leurs 
craintes accrues. Us dirent: «Nous obéirons à tous tes ordres». 
Jâbir ibn Abdillah lui demanda la permission en ces termes: «Ô 
Messager d'Allah! Je n'aimerais pas que tu partes sans que je ne 
sois à tes côtés. Je ne laisse derrière que mon père occupé à 
veiller sur ses filles. Accorde-moi alors la permission de venir 
avec toi». La permission lui fut alors accordée. Ensuite, le 
Messager d'Allah (S) et les musulmans se mirent en route. Leur 
marche les mena à Hamra Al-Asad situé, environ, à quinze 
kilomètres de Médine, lieu dans lequel ils campèrent. Là, 
Maabad ibn Abi Maabad Al-Khouzâî, se présenta au Messager 
d'Allah (S) et embrassa l'Islam. D'aucuns disent que celui-ci 
resta associateur, mais ce qui est sûr, c'est qu'il était conseillé 
du Messager d'Allah (S) compte tenu de l'alliance entre Banî 
Khouzâaa et Banî Hachim. Il dit: «Ô Mohammad! Par Allah, ce 
qui est arrivé à tes compagnons nous est pénible. Nous 
aimerions qu'Allah te préserve». Sur ce, le prophète (H) lui 
donna l'ordre de participer à la poursuite d' Abi Soufyan, mais 
l'homme le laissa tomber. 

La crainte que nourrissait le Messager d'Allah (S) au sujet 
d'une éventuelle résolution des associateurs à revenir à Médine 
s'avérait être justifiée. En effet, descendus à Ar-Rawha à 
environ 66 kilomètres de Médine, ceux-ci se mirent à se blâmer 
les uns les autres, se disant les uns aux autres: «Vous n'avez rien 
fait. Vous avez détruit leur force et leur zèle pour ensuite les 
laisser partir; or il reste parmi eux des têtes capables de 
regrouper des gens contre vous. Alors, Retournez! Allons les 



387 



exterminer». Il semble qu'un tel avis superficiel ait été donné 
par des gens ayant mal apprécié la force et le moral des deux 
armées. Pour cette raison, Safwan ibn Omayya, un dirigeant et 
un responsable s'y opposa et dit: «Ô Kouraich! Ne faites pas 
cela? Je crains qu'on ne réunisse contre vous ceux qui n'ont pas 
été à Ohod. Rentrez car de la sorte, la puissance est la vôtre, 
sinon, les choses se retourneront contre vous». Cependant, ce 
point de vue fut battu en brèche devant celui de l'écrasante 
majorité; puis, unanime, l'armée décida de se rendre à Médine. 
Avant le signal du départ. Abou Soufyan fut rejoint par Maabad 
ibn Abi Maabad Al-Khouzâî dont il ignorait la conversion à 
l'Islam. Alors il lui dit: «Qu'y a-t-il derrière toi, Maabad?» 
Celui-ci qui venait de subir une violente guerre psychologique, 
dit: «Mohammad! Il est sorti avec ses compagnons à votre 
recherche, avec une troupe dont je n'ai jamais vu de semblable, 
une troupe extrêmement impatiente de vous rencontrer. Il traîne 
avec lui tous ceux qui n'étaient pas présents à Ohod et tous 
regrettent amèrement d'avoir perdu la bataille. Leur aptitude à 
vous étrangler ne m'est à rien comparable». 

Abou Soufyan dit: «Malheur à toi! Qu'es-tu en train de 
dire?» Maabad répondit: «Par Allah, ce que je veux c'est que tu 
ailles observer le peloton de tête de l'armée, juste derrière ces 
collines». Abou Soufyan dit: «Par Allah, Nous sommes tous 
d'accord pour les attaquer et les exterminer». Maabad dit: «Ne le 
faites pas? Je vous le déconseille». Cela dit l'armée de la 
Mecque se découragea, frappée de craintes et de panique. Elle ne 
retrouva sa quiétude qu'en poursuivant son retrait devant la 
ramener à la Mecque. Néanmoins, Abou Soufyan mena une 
guerre de nerfs, une guerre psychologique contre l'armée des 
musulmans pour éventuellement dissuader celle-ci de continuer 
sa poursuite et effectivement réussit à atteindre son objectif. 
Croisant un groupe de cavaliers de la tribu d'Abil-Kays se 
rendant à Médine il dit: «Voulez vous, de ma part, communiquer 
un message à Mohammad? Je vous donne rendez-vous à Okadh 



388 



pour offrir des raisins secs à vos montures, si vous venez à la 
Mecque». Ceux-ci dirent: «Oui». Alors, Abou Soufyan reprit: 
«Communiquez à Mohammad que nous nous sommes réunis 
pour l'attaquer de manière à l'exterminer ainsi que ses 
compagnons». 

Les cavaliers rencontrèrent le Messager d'Allah (S) et ses 
compagnons à Hamra Al-Asad et leur communiquèrent les 
propos d'Abi Soufyan. A cet égard ils leur dirent: «les Mecquois 
se sont réunis pour vous attaquer; alors méfiez-vous d'eux». 
Cette parole, toutefois, accrut la foi des musulmans, comme le 
montre le Coran: 






«... Allah Seul nous protège. Il n'est pas de meilleur appui. Ils 
s'en revinrent comblés des bienfaits du Seigneur et de sa Grâce, 
n'ayant éprouvé aucun mal. Ils n'avaient en vue que l'agrément 
du Seigneur. Allah détient une grâce incommensurable». 

(3:173,174). 

Le Messager d'Allah (H) séjourna à Hamra Al-Asad, après son 
retour d'Ohod, le lundi 9, le mardi 10 et le mercredi 1 1 du mois 
de Chawwal (An 3 de l'hégire) avant de retourner à Médine. 
Juste avant son retour il mit la main sur Abou Azza Al-Joumahi 
celui des esclaves de Badr qu'il avait gracié en raison de sa 
pauvreté et de son abondante progéniture à condition de le voir 
s'abstenir de le dénigrer et de monter les gens contre lui. 
Toutefois, l'associateur lui fit faux bond et le trahit, continuant 
de mettre en œuvre sa poésie pour monter les gens contre lui et 

389 



les autres musulmans, au point même d'être au nombre de ceux 
qui le combattaient à Ohod. Ayant été pris par le Messager 
d'Allah (SI) il dit: «0 Mohammad! Accorde-moi la grâce, 
épargne-moi à cause de mes enfants. Je m'engage devant toi à ne 
point récidiver». Le prophète (S) lui dit: «Tu ne verras plus tes 
partenaires de la Mecque pour dire: «J'ai deux fois trompé 
Mohammad. Le croyant ne se fait pas piquer, par deux fois dons 
un même trou». Sur ces mots, il donna à Az-Zoubair ou à Asim 
ibn Thâbit l'ordre de le décapiter. De même, il condamna à mort 
un des espions de la Mecque, à savoir Mouaâwiya ibn Al- 
Moughira ibn Abil-As, le grand père de Abdil-Malik ibn 
Marwan du côté maternel. En effet, celui-ci, lorsque les 
associateurs se furent retirés d'Ohod, vint voir son cousin 
Oth mân ibn Affân (#:>) qui demanda en sa faveur la protection 
du Messager d'Allah (il). Celui-ci lui garantit la sécurité mais 
lui dit que s'il le prenait après 3 nuits, il le tuerait. Lorsque 
l'armée musulmane fut sortie de Médine Mouaâwiya resta 
pendant plus de 3 nuits dans la ville en train d'espionner pour le 
compte des Kouraichites. Aussitôt que l'armée fut de retour, 
l'associateur prit la fuite; mais le Messager d'Allah ($&) lança à 
ses trousses Zayd ibn Haritha et Ammar bin Yâsir qui le 
rattrapèrent et le tuèrent. Il ne fait aucun doute que l'expédition 
de Hamra Al-Asad n'est pas une expédition indépendante de la 
bataille d'Ohod dont elle est, à la vérité, la phase ultime. Voilà 
en définitive la bataille d'Ohod dans ses étapes et ses moindres 
détails. Les chercheurs ont longtemps essayé de répondre à la 
question de savoir si oui ou, non les musulmans avaient été mis 
en déroute. A cet égard, ce qui est sûr c'est que la supériorité 
militaire dans la deuxième phase de la guerre était du côté des 
associateurs qui, en fait, dominaient sur le champ de bataille, 
que les pertes en vies humaines étaient plus nombreuses et 
accablantes du côté des musulmans, qu'une partie de ceux-ci 
avait vraiment été mise en déroute et que les combats se 
déroulèrent en faveur de l'armée de la Mecque. Néanmoins 
certaines choses nous empêchent de parler de victoire et de 

390 



triomphe car il ne fait aucun doute que l'armée de la Mecque ne 
réussit pas à occuper la base des musulmans et qu'une 
proportion importante de l'armée de Médine n'eut point à 
prendre la fuite, quoiqu'il y eût une atmosphère de panique et 
d'anarchie. Au contraire de tels hommes combattirent 
courageusement au point de se regrouper autour du poste de 
commandement sans en arriver à être poursuivis par l'armée de 
la Mecque, sans qu'aucun des soldats de l'armée de Médine 
n'ait été capturé par les forces ennemies. E y a aussi que les 
associateurs n'obtinrent guère de butin du côté des musulmans, 
qu'ils ne prirent aucunement l'initiative de la troisième phase 
quoique l'armée des musulmans continuât d'être à sa base et 
qu'ils ne restèrent ni un jour ni deux jours, ni trois jours sur le 
champ de bataille, comme on le faisait à l'époque, après avoir 
remporté la victoire, se hâtant plutôt de quitter avant même le 
départ des musulmans, n'osant pas accéder à Médine pour 
capturer et piller, alors que cette ville, peu distante de leur base, 
restait ouverte et déserte. 

Tout cela nous confirme que le cas des Kouraichites ne 
dépasse pas le simple fait de trouver une occasion d'infliger des 
pertes sévères et cruelles aux musulmans tout en échouant dans 
la réalisation de l'objectif d'exterminer les soldats musulmans, 
après les avoir encerclés; il arrive assez souvent que des pertes 
de cette importance soit infligées à des conquérants. En 
conséquence, pour répondre à la question de savoir s'il s'agit là 
d'une victoire, la réponse est «non». Mieux, l'empressement 
d'Abi Soufyan à se retirer et abattre en retraite montre qu'il 
craignait que son armée ne fût en déroute s'il y avait une 
troisième phase dans la bataille. Cela devient plus évident si l'on 
prend en considération l'attitude d'Abi Soufyan à l'égard de 
l'expédition de Harnra Al-Asad. En définitive, l'expédition 
d'Ohod fut une guerre sans vainqueur au cours de laquelle, 
chacune des deux armées avait sa part de réussite et de perte. 
Chacune d'elle se retira des combats sans fuir le champ de 



391 



bataille, ni quitter sa base dans la perspective d'aller occuper 
celle de l'ennemi et c'est cela le sens même d'une guerre sans 
vainqueur. C'est à cela que réfère le verset: 

«Gardez-vous de faiblir dans la poursuite de vos ennemis ! 
Si vous souffrez, ils souffrent autant que vous. Mais vous 
attendez, du Seigneur ce qu'eux mêmes se sauraient 
espérer!» (4:104). 

En fait ce verset établit une similitude entre les deux camps en 
matière de souffrance, ce qui prouve que les deux situations 
étaient analogues et que chacune des deux armées s'en retourna 
invaincue. 

Allusions du Coran à la bataille 

Le Coran met en lumière les péripéties les plus importantes de 
la bataille d'Ohod et cela phase après phase, énonçant les raisons 
explicatives des pertes cruelles enregistrées, mettant en relief les 
faiblesses qui alors ne cessaient d'exister chez les gens de la foi 
par rapport à leur devoir dans une situation aussi décisive, par 
rapport également aux nobles et sublimes objectifs assignés à la 
Oumma islamique qui se distingue de toute autre dans la mesure 
où elle est la meilleure communauté des humains. 

De même, le Coran parle de l'attitude et de l'humiliation des 
hypocrites révélant à cet égard, l'hostilité de ceux-ci envers 
Allah et Son messager, tout en éliminant les doutes et les 
suspicions encombrant les musulmans à la foi chancelante, 
doutes et suspicions alimentés par les hypocrites et leurs frères 
les juifs, les faiseurs d'intrigues et de complots. Il fait aussi 
allusion aux principes et aux buts louables découlant de cette 
bataille. Au total, 60 versets de la sourate "la famille d'Imran" 

392 



Abdil-Mouttalib. Elle resta pendant un mois à Yathrib avant de 
prendre le chemin du retour. A mi-chemin elle fut frappée d'une 
maladie qui s'aggrava tellement qu'elle en mourut, à Abwâ, 
entre la Mecque et Médine. 

Mohammad à la charge de son grand père 

Abdoul-Mouttalib ramena Mohammad à la Mecque le cœur 
rempli d'affection et de sympathie pour son petit fils orphelin 
que venait d'atteindre un autre malheur, en plus du premier. Il 
lui vouait une compassion qu'il ne vouait à aucun de ses fils. Il 
ne le laissait jamais seul et le préférait à ceux-ci. Selon Ibn 
Hicham, on avait l'habitude de placer un matelas pour Abdil- 
Mouttalib à l'ombre de la Kaaba, matelas autour duquel 
s'installaient les fils de celui-ci jusqu'à l'arrivée de leur père. 
Aucun de tels fils n'osait s'asseoir sur le matelas par respect 

| 1 pour le vieux. Par contre, le messager d'Allah (S) qui était alors 

un garçon solide, venait s'y asseoir. Ses oncles voyant cela, 

| | avaient l'habitude de l'en écarter. S 'apercevant qu'on l' écartait 

Abdil-Mouttallib disait: «Laissez mon fils! Par Allah, il est 
important». Sur ces mots, il s'asseyait avec lui sur le matelas, lui 
massant le dos de sa main. Tout ce qu'il faisait le réjouissait. 

A 8 ans, 2 mois et dix jours, Mohammad (S) perdit son 
grand père Abdoul-Mouttalib à la Mecque. Toutefois, avant sa 
mort celui-ci l'avait confié à son oncle Abou Tâlib, frère 
germain de son père. 

Mohammad chez son oncle Abou Tâlib 

Abou Tâlib se chargea de la défense de son neveu de la 
manière la plus complète, le comptant parmi ses fils, le préférant 
même à ceux-ci, lui réservant un traitement de respect et de 
considération. Pendant plus de quarante ans, il l'affectionna et le 
soutint, assura sa protection, eut pour la défense de sa cause des 
amis et des ennemis. Cet aspect sera développé dans les pages 
qui vont suivre. 



86 



1 



jamais connue. Nous constatâmes cependant que nos brebis 
avaient beaucoup de lait alors qu' auparavant elles ne donnaient 
aucune goutte de lait. Aussi les sédentaires de notre peuple 
disaient-ils à leurs berges: «Allez faire paître les moutons là où 
fait paître le berger de la fille d' Abi Thouwayb». Leurs moutons 
étaient affamés et ne donnaient aucune goutte de lait alors que 
les miens étaient gras, producteurs de lait. Ainsi, Allah continua 
d'accroître nos faveurs et nos biens jusqu'au moment où 
Mohammad fut sevré à deux ans. L'enfant ne grandit pas delà 
même manière que les autres garçons, car, lorsqu'il atteignit ses 
deux ans, il était déjà assez solide. Alors, je le rendis à sa mère, 
bien disposée à le garder, du fait de la Baraka (bénédiction) 
qu'il nous apportait. Je dis à sa mère: «Si tu laissais mon fils 
avec moi jusqu'à ce qu'il devienne plus solide, cela le 
préserverait des épidémies de la Mecque». Celle-ci, aussitôt, 
nous autorisa à le ramener. Ainsi le prophète (S) resta chez Banî 
Saad jusqu'à l'âge de 4 ou 5 ans, âge auquel eut lieu la fente de 
sa poitrine. A cet égard, Mouslim rapporte de Anas que Jibril 
s'était présenté au Messager d'Allah (S) alors que celui-ci jouait 
avec les garçons. D le saisit, le terrassa et fendit son cœur duquel 
il sortit une sangsue et dit: «Voici la part que Satan a de toi». Il 
lava ensuite la sangsue dans une cuvette en or avec de l'eau de 
Zamzam, la banda et la remit à sa place. Les garçons se 
précipitèrent vers sa mère (sa nourrice) et dirent: «On a tué 
Mohammad». Les gens accoururent vers lui et le trouvèrent pâle. 
Anas dit avoir vu l'effet de l'opération sur sa poitrine. 

Retour de Mohammad chez sa mère 

Après l'événement de la fente, Halima eut tellement peur 
pour la vie de Mohammad qu'elle rendit celui-ci à sa mère. 
Alors, l'enfant resta chez sa mère jusqu'à l'âge de six ans. 

Commémorant le décès de son mari, Amina se proposa 
d' aller en visiter la tombe à Yathrib. Elle sortit de la Mecque 
pour un voyage long de 500 km, en compagnie de son enfant 
orphelin, Mohammad (S), de sa servante Oum Aymanetde 

85 



I 



avions aussi avec nous une chèvre qui, par Allah, ne donnait 
presque pas de lait. Nous n'avions pas dormi la veille à cause 
des cris de faim de l'enfant que nous avions avec nous; ce qu'il 
y avait dans mes seins ne lui suffisait pas, encore moins le lait de 
la chèvre. Toutefois, on espérait recevoir de la pluie et de la 
consolation. Je sortis donc sur mon ânesse qui était si faible et si 
maigre que les autres ânes la laissèrent derrière. Arrivées à la 
Mecque, nous nous mîmes à chercher des nourrissons, mais 
aucune de nous n'accepta de prendre le Messager d'Allah (H) 
dans la mesure où il était orphelin. En effet, nous nous 
attendions à des actes de bienfaisance de la part des pères. Un 
orphelin? Nous disions-nous. Que peuvent bien faire sa mère et 
son grand-père? Voilà sur quelle base nous le détestions. 
Chacune des femmes qui m'accompagnaient avait trouvé un 
nourrisson sauf moi. Au moment de repartir, je dis à mon mari: 
«Par Allah je déteste rentrer avec mes compagnes les mains 
vides. Par Allah il me faut retourner prendre cet orphelin». JJ 
répondit: «Comme tu veux. JJ se peut qu'Allah nous le bénisse». 
Ainsi, je partis prendre l'orphelin, faute de mieux et retournai à 
mes bagages. Je ne l'eus pas plutôt mis dans ma chambre que 
mes deux seins se gonflèrent de lait. Alors il assouvit sa soif et 
se mit à dormir, ce que son frère fit aussi après s'être rassasié, 
lui qui, auparavant, nous empêchait de dormir. Mon mari se leva 
et se rendit auprès de la chèvre qu'il trouva avec beaucoup de 
lait dont il saisit pour traire de quoi nous permettre de boire à 
notre aise. Cette nuit-là, nous dormîmes bien. Au matin mon 
mari dit: «Tu sais, Halima, par Allah tu as pris quelqu'un de 
béni». «Je l'espère», répondis-je. Ensuite nous sortîmes. Je 
montai alors sur mon ânesse, l'orphelin avec moi. Celle-ci était 
si active qu'elle dépassait tous les autres ânes. Etonnées mes 
compagnes dirent: «fille d'Abi Thouwayb, malheur à toi, 
doucement! N'est-ce pas là l' ânesse que tu avais en venant? «Je 
leur répondis: «Si, c'est la même». Alors elles reprirent. Par 
Allah, il y a donc quelque chose en elle. Nous arrivâmes chez 
nous, chez Banî Saad la plus infertile des terres que j'eusse 

î 84 

î 



1 






Elle l'allaita à un moment où elle allaitait son propre fils 
Masrouh. 

Cette femme avait déjà allaité Hamza Ibn Abdil-Mouttalib et 
ensuite Abou Salamah ibn Abdil-Asad Al-Makhzouni. 

Mohammad chez Banî Saad 

Les arabes sédentaires avaient coutume de chercher des 
nourrices pour leurs enfants pour éviter à ceux-ci les maladies de 
la métropole, les doter d'une forte constitution, développer leurs 
muscles et leur permettre de comprendre l'arabe dès le bas âge. 
Ainsi, Abdoul-Mouttalib chercha une nourrice pour le prophète 
(S) et lui choisit une femme appartenant à Banî Saad ibn Bakr, à 
savoir Halima fille d' Abi Thouwayb dont le mari était Al-Hârith 
ibn Abdil-Ozza connu par Abou Kabcha et appartenant à la 
même tribu. 

Les frères de lait du prophète (S) furent: Abdoullah ibn Al- 
Hârith, Anîsa bint Al-Hârith et Houthâfah ou Jouthâmah bint 
Al-Hârith plus connue sous le nom de Ach-Chayma'. 

Halima fut la nourrice du prophète (S) et d' Abi Soufyan ibn 
Al-Hârith ibn Abdil-Mouttalib cousin du Messager d'Allah (S). 
Son oncle Hamza ibn Abdil-Mouttalib était aussi en allaitement 
chez Banî Saad ibn Bakr. Sa nourrice allaita le prophète (S) un 
seul jour alors que celui-ci était chez Halima. C'est pourquoi 
Hamza et le prophète (S) sont aussi frères de lait dans deux 
sens: du côté de Thouwayba et de celui de Halima As-Saadiyya. 

Cette dernière découvrit de la Baraka (bénédiction) du 
prophète (S), de quoi la mener à l'étonnement et à la 
stupéfaction. Elle raconta tout cela en détail: 

Selon ibn Ishâq, Halima racontait qu'un jour elle sortit de sa 
bourgade avec son mari et un enfant en allaitement; en 
compagnie aussi de femmes appartenant à Banî Saad ibn Bakr, à 
la recherche de nourrissons. C'était, dit-elle, une année dure. Il 
ne nous restait rien. Je sortis sur mon ânesse blanche. Nous 

83 



LA NAISSANCE ET LES 40 ANS AVANT LA MISSION 
PROPHETIQUE 

La naissance 

Le guide des Messagers (H) naquit dans le carré de Banî 
Hachim à la Mecque au matin du lundi 9 Rabîa Al-Awwal, au 
début de l'année de l'épisode de l'éléphant, à la 40 ème année 
du règne de Kisra et de Anoucharwân, ce qui correspond au 20 
ou 22 avril 571 G., selon les estimations du grand expert 
Mohammad Soulayman Al-Mansourfouri et de l'astronome 
Mahmoud Bâcha. 

Selon ibn Saad, la mère du prophète (S) dit: «Lorsque je l'ai 
mis au monde, il est sorti de mon sexe une lumière qui illumina 
les palais de la Syrie». Ahmad, Ad-Dârimi et autres ont rapporté 
quelque chose de similaire. On a rapporté aussi qu'il y eut des 
signes de la mission prophétique à la naissance du prophète (il). 
En effet, 14 balcons s'écroulèrent au palais de Kisra. 

Le feu qu'adoraient les Rois Mages s'éteignit. Des églises 
s'écroulèrent autour du lac Sawa où elles plongèrent. Le rapport 
de ces signes est d'At-Tabari, d'Al-Bayhaki et d'autres. La 
chaîne de transmission n'est cependant pas fixe et nette. 

Après avoir accouché, Amina envoya auprès de Abdil- 
Mouttalib lui annoncer la naissance de son petit fils. Réjoui par 
la nouvelle, il arriva prit le nouveau né, l'amena dans la Kaaba, 
invoqua Allah et le remercia. Il lui choisit le nom de 
Mohammed, nom à l'époque inconnu des arabes. 

Il le circoncit à son septième jour, comme le faisaient les 
arabes. 

La première femme à allaiter Mohammad après sa mère fut 
Thouwayba la captive affranchie d' Abi Lahab. 



82 



Abdoul-Mouttalib choisit pour son fils Amina, la fille de 
Wahb ibn Abd Manâf ibn Zahra ibn Kilâb que l'on 
considérait à l'époque comme la meilleure des femmes 
Kouraichites en fait de généalogie et de rang social. Le père 
de Amina était le seigneur des Banî Zahra par sa généalogie 
et sa noblesse. Abdoullah épousa donc Amina avec laquelle il 
résida à la Mecque. Peu après ce mariage son père l'envoya à 
Médine cueillir des dattes et c'est en ce lieu qu'il trouva la 
mort. Certains disent au contraire qu'il était allé faire du 
commerce en Syrie en compagnie des Kouraichites mais fut 
obligé de descendre à Médine pour raison de santé et c'est là 
qu'il trouva la mort. Il fut enterré à Dar An-Nabigha Al-Ja'di. 
Sa mort intervint avant la naissance du prophète (S) 
conformément à l'avis de la plupart des historiens. Certains 
disent plutôt qu'il mourut 2 mois ou plus après la naissance 
de son fils. Dès que la nouvelle de sa mort fut annoncée à la 
Mecque, sa femme Amina fit son éloge fenêtre en ces termes: 
«Le descendant de Hachim a disparu, appelé par le Destin 
qui, cependant, ne laisse subsister aucun de sa trempe. Le soir 
où l'on se mettait à porter sa civière les siens se bousculaient, 
regrettant sa disparition. Voilà ce qu'ont fait le Destin et sa 
dure nécessite d'un homme qui, généreux, suscite 
énormément de consternation». Tout ce que Abdoullah laissa 
derrière fut: 5 chameaux, un troupeau de moutons, une 
servante abyssinienne du nom de Baraka ou Oum Ayman, 
nourrice du prophète (S). 



81 



aussi appelée Al-Baydâ, Barrah, Atikah, Safiya, Arwa, et 
Oumaima. 

Abdoullah: est le père du Messager d'Allah (H). Sa mère 
était Fâtima Bint Amr ibn Aïdh ibn Imran ibn Makhzoum ibn 
Y akdh ân ibn Mourra. Il était le plus beau des fils de Abdil- 
Mouttalib, le plus aimé de son père. C'était le fils à sacrifier. 
En effet, lorsque Abdoul-Mouttalib eut dix fils tous capables 
de le défendre, il les informa du vœu qu'il avait fait, à savoir 
d'en sacrifier un et tous acceptèrent. Alors il mit leurs noms 
dans la coupe sous le signe de Houbal et lorsqu'il eut tiré au 
sort, c'est le nom de Abdillah qui sortit. Il se saisit alors de 
celui-ci et, muni d'un couteau, se dirigea vers la Kaaba pour 
l'immoler. Toutefois les Kouraichites l'en empêchèrent, 
notamment ses oncles de Banî Makhzoum et son frère Abou 
Tâlib. Perplexe, Abdoul-Mouttalib dit: "Que faire donc de 
mon vœu"? On lui suggéra de consulter une devineresse, ce 
qu'il fut aussitôt. Celle-ci lui ordonna de tirer au sort entre 
Abdillah et 10 chameaux, lui disant aussi d'ajouter 10 autres 
chameaux si, toutefois sortait le nom de Abdillah, pour 
satisfaire son Seigneur. S'il sortait les 10 chameaux, il 
conviendrait alors de les immoler. Au retour Abdil-Mouttalib 
tira au sort entre Abdillah et 10 chameaux mais le sort choisit 
Abdillah. Alors, il se mit à accroître par dizaine le nombre de 
chameaux mais le nom de Abdillah ne cessait de sortir. Il 
continua jusqu'à 100 et le sort choisit les chameaux. Ainsi, il 
immola les 100 chameaux à la place de son fils et ensuite 
s'en détourna sans que personne ni aucune bête fauve ne 
voulût s'en servir. La diyya (rançon) était chez les 
Kouraichites et le reste des arabes de dix chameaux. Après 
cet événement, elle passa à cent, ce que l'islam, d'ailleurs 
approuva. Selon ce qu'on rapporte de lui, le prophète (H) dit: 

«Je suis issu de deux offrandes, c'est à dire Isma'il et 
Abdillah». 

80 



naissance du prophète (S): fin février ou début mars 571 G. 
Il s'agissait là d'un événement qu'Allah dédiait à son 
prophète et à son temple sacré. En effet, si nous considérons 
Jérusalem, nous constatons que les associateurs en 
contrôlèrent la Qiblah par deux fois, alors que sa population 
était musulmane, comme ce fut le cas avec Boukhtnasar en 
587 avant le Christ, puis les romains en 70 G. Cependant la 
Kaaba ne fut pas contrôlée par les chrétiens (musulmans à 
l'époque) quoique les gens qui s'en chargeaient fussent 
associateurs. Cette bataille se passa dans des conditions telles 
que la plupart des peuples civilisés de l'époque en furent 
informés. Les Abyssiniens, en relation étroite avec les 
romains étaient toujours sous la surveillance des persans qui, 
en fait, guettaient la moindre défaillance des romains et de 
leurs alliés. Voilà pourquoi les persans vinrent brusquement 
au Yémen après l'événement à la Kaaba. Ces deux empires 
(persan et romain) symbolisaient à l'époque le monde 
civilisé. Un tel événement attira l'attention du monde sur la 
grandeur du temple d'Allah et aussi sur le fait que ce temple 
était celui qu'Allah avait choisi de sacraliser. En 
conséquence, quiconque s'en approchait sous prétexte de 
prophétie justifierait le recours au même type de représailles. 
L'événement, au demeurant, contribua à révéler le secret du 
principe mis en œuvre par Allah pour aider les associateurs 
contre les gens de la foi d'une manière bien au dessus des 
justifications et des causes. Abdoul-Mouttalib avait dix fils.: 
Al-Hârith, Az-Zoubir, Abou Tâhb, Abdoullah, Hamza, Abou 
Lahab, Ghidâk, Makwam, Safar et Al-Abbas. Certains disent 
que les fils étaient au nombre de onze, ajoutant un fils du 
nom de Qatm. D'autres comptent treize, ajoutant Abdoul- 
Kaaba et Hajal. D'autres encore soutiennent que Abdoul- 
Kaaba n'est autre que Makwam et que Hajal c'est Ghidak. 
S'agissant de Kathm ils estiment qu'il n'était pas parmi les 
fils. Abdoul-Mouttalib avait aussi six filles: Oum Al-Hakîm 



79 



les arabes faisaient le pèlerinage de la Kaaba, avait bâti une 
grande église à San'a dans le désir d'y orienter le pèlerinage 
des arabes. Un homme appartenant à Banî Kinâna apprit la 
nouvelle et profita d'une nuit pour entrer dans l'église et en 
souilla la «Kiblah» à l'aide de matières fécales. Mis au 
courant de ce fait Abraha fut fou de rage; en conséquence de 
quoi il marcha en tête d'une armée gigantesque constituée de 
60000 hommes pour aller détruire la Kaaba. Pour ce faire, il 
se choisit le plus gros éléphant. L'armée comportait 9 ou 13 
éléphants. A l'entrée de la Mecque il prépara son armée à la 
charge et aussi son éléphant. Il ne restait plus qu'à entrer. 
Toutefois, lorsqu'il fut à la vallée Mouhassar entre 
Mouzdalifa et Mina l'éléphant s'agenouilla, refusant de se 
lever pour avancer vers la Kaaba. Et pourtant il trottait toutes 
les fois qu'on l'orientait vers le sud, le nord ou l'est. C'est 
lorsqu'on l'orientait vers la Kaaba qu'il refusait d'avancer et 
s'agenouillait. Cette situation prévalut jusqu'au moment où 
Allah envoyât sur eux des oiseaux par volées qui leur 
lançaient des pierres d'argile et les rendit semblables à une 
paille mâchée. Les oiseaux en question étaient comme les 
grappins et les aigrettes. Chacun d'entre eux avait trois 
pierres: une au bec et deux aux pattes. Comme de l'acide, ces 
pierres n'atteignaient aucun d'eux sans le tuer en 
déchiquetant ses membres. Les soldats sortirent en trombe, se 
heurtant les uns aux autres, s'écroulant en chemin et crevant à 
toutes les sources. Quant à Abraha, Allah le frappa d'une 
maladie lui ravissant tous ses doigts. En arrivant à San'a, il 
était comme un poussin. Sa poitrine se fendit laissant sortir 
son cœur et il périt. Pour ce qui est des Kouraichites ils 
s'étaient déjà dispersés pour se réfugier sur les branches et 
aux sommets des montagnes par crainte de la gale qui 
atteingna l'armée. Après que celle-ci fût décimée, ils 
regagnèrent leurs maisons sains et saufs. Cet événement eut 
lieu au mois de Mouharram; le premier mois de l'année 
musulmane, 15 ou 55 jours (selon la majorité) avant la 

78 



et retourna à Médine. Face à cette situation, Nawfal s'allia 
avec Banî Abd Chams ibn Abd Manâf mais ceux-ci lui 
dirent: «C'est notre fils tout autant que le vôtre. Personne 
plus que nous ne saurait avoir le devoir de lui porter 
assistance». (La mère de Abd Manâf faisait en effet partie des 
leurs). Ils entrèrent à Dar An-Nadwa, s'allièrent avec Banî 
Hachim contre Banî Abd Chams et Nawfal. Cette alliance fut 
à l'origine de la conquête de la Mecque que nous verrons 
ultérieurement. Pour les affaires de la Kaaba deux choses 
importantes sont à noter comme ayant marqué le passage de 
Abdil-Mouttalib: le creusage du puits de Zamzam et la 
bataille de l'éléphant. A propos de la première, on lui avait, 
dans un rêve, donné l'ordre de creuser le puits de Zamzam, 
après lui en avoir montré l'emplacement. Au réveil il le 
creusa et y trouva les affaires que les Jourhoumites y avaient 
enterrées au moment de partir, à savoir les épées, les 
cuirasses et les deux gazelles en or. A partir des épées il 
forgea une porte pour la Kaaba puis fit fondre les deux 
gazelles dont il obtint des plaques d'or qu'il fixa à la porte. Il 
institua le ravitaillement des pèlerins en eau de Zamzam. 
Aussitôt que le puits de Zamzam fut retrouvé, les 
Kouraichites eurent des démêlées avec Abdil-Mouttalib, 
demandant à être associés à l'affaire. Celui-ci dit: «Je refuse 
la charge m'est spécifique». Cependant les Kouraichites 
l'acculèrent au point de l'emmener en justice chez la 
prêtresse des Banî Saad, à l'extrémité de la Syrie. Alors qu'ils 
se rendaient chez celle-ci leur eau s'épuisa. Alors Allah fit 
descendre une pluie sur Abdil-Mouttalib et non sur ses 
adversaires qui, comprenant aussitôt que le monopole du 
Zamzam revenait à Abdil-Mouttalib, rebroussèrent chemin. 
Ce étant, Abdoul-Mouttalib fit le vœu que si Allah lui 
donnait dix fils capables de le défendre, il en sacrifierait un 
pour Lui à la Kaaba. S 'agissant de la seconde, elle se 
comprend à partir du fait que Abraha As-Sabâh l'Abyssinien, 
représentant général du Négus au Yémen, ayant constaté que 

77 



2. Abdoul-Mouttalib: Nous avons retenu de ce qui précède que 
le ravitaillement en eau et l'alimentation des pèlerins 
passèrent, après Hâchim, au frère de celui-ci Al-Mouttallib 
ibn Abd Manâf, un chef obéi et noble que les Kouraichites 
appelaient «Fayyâd» pour sa grande générosité. Lorsque 
Chayba (Abdoul-Mouttalib) eut sept ou huit ans, Al- 
Mouttalib entendit parler de lui et essaya d'aller le prendre. 
Dès qu'il le vit, les larmes lui vinrent aux yeux. Il le serra 
contre lui et voulut le faire monter sur son chameau et 
l'amener; mais l'enfant refusa de partir sans y être autorisé 
par sa mère. Celle-ci, consultée, ne donna pas son accord. Al- 
Mouttalib lui dit: "il ne s'agit que de l'emmener au royaume 
de son père". Sur ce, la femme accepta. Al-Mouttalib prit 
alors l'enfant en croupe. Le voyant passer, les gens dirent: 
«Voici l'esclave d' Al-Mouttalib». Celui-ci rectifia et dit que 
c'était le fils de Hâchim. Ainsi, Chayba grandit chez son 
oncle. A la mort de celui-ci, à Bardaman au Yémen, il fut 
investi à sa place. Alors, entièrement au service de son 
peuple, à l'instar de ses prédécesseurs, il jouissait d'un renom 
que rien encore n'égalait. Avec la mort d' Al-Mouttalib 
Nawfal bondit sur les biens de Abdil-Mouttalib et les arracha. 
Ce dernier proposa à un groupe de Kouraich de l'aider contre 
son oncle mais personne dans ce groupe ne voulait se mêler à 
l'affaire. Abdil-Mouttalib composa alors pour ses oncles 
maternels de Banî An-Najjâr des vers dans lesquels il leur 
demandait assistance. Son oncle maternel Abou Saad ibn 
Adiy regroupa 80 cavaliers avec lesquels il descendit à Abtoh 
à la Mecque. Abdoul-Mouttalib l'accueillit et voulut le 
conduire chez lui; mais l'oncle refusa et dit: «Par Allah je n'y 
serai qu'après avoir rencontré Nawfal». Ayant trouvé celui-ci 
assis à la Kaaba avec les sages de Kouraich, il lui dit: «Si tu 
ne rends pas à mon neveu ses biens, je te tuerai avec cette 
épée». Ce dernier dit: «Je les lui ai rendus et je prends à 
témoin les sages de Kouraich». Aussi Abou Saad se rendit-il 
chez son neveu. Il y séjourna pendant trois jours, fit sa Omra 

76 



(859) ibn Yard, ibn Mahlâîl ibn Kaynân ibn Anouchah ibn 
Chaith ibn Adam (8$). 

La famille prophétique 

La famille du prophète (S) est connue sous le nom 
de «famille Hâchimite» par référence à son grand père Hâchim 
ibn Abd Manâf. 

Rappelons un peu la situation de Hâchim et de sa postérité. 

1. Hâchim: Nous avons déjà vu que c'est Hâchim qui prit en 
charge le ravitaillement en eau et l'alimentation des pèlerins 
du côté de bani Abd Manâf lorsque ceux-ci et banou Abdid- 
Dâr eurent accepté le compromis de se partager les charges. 
Hâchim était un facilitateur d'une très grande noblesse. Il fut 
le premier à nourrir de pain les pèlerins de la Mecque. Son 
vrai nom était Amr. On ne l'appelait «Hâchim» que parce 
qu'en fait il «cassait» le pain pour les pèlerins de la Mecque. 
«Hachama» veut dire «casser». C'est lui qui, pour la première 
fois, institua les deux voyages des Kouraich: le voyage 
d'hiver et le voyage d'été. A cet égard un poète dit: «Amr qui 
casse le pain pour son peuple a institué à la Mecque deux 
voyages: l'un d'hiver et l'autre d'été». On rappelle qu'il allait 
faire son commerce en Syrie lorsqu'il s'arrêta à Médine où il 
se maria avec Salma la fille de Amr, l'un de Banî Adiy ibn 
An-Najjâvr. Il séjourna chez elle un certain temps et en la 
quittant pour aller en Syrie, celle-ci était déjà enceinte de 
Abdil-Mouttalib. Hâchim mourut à Ghazza en Palestine. Sa 
femme Salma accoucha de Abdil-Mouttalib en 497 G. et 
l'appela Chaiba, par référence aux cheveux blancs que celui- 
ci avait sur la tête. Elle se mit ensuite à l'éduquer chez son 
père à Yathrib, sans le concours de personne parmi la famille 
paternelle de l'enfant installée à la Mecque. Hâchim avait 
quatre fils: Asad, Abou Sayfi, Nadia et Abdoul-Mouttalib et 
cinq filles: Ach-Chifa, Khâlida, Daîfa, Roukayya et Jannah. 



75 



GENEALOGIE ET FAMILLE DU PROPHETE ($) 

La généalogie du prophète 

La généalogie du prophète (S) comprend trois parties: une 
première dont l'authenticité fait l'unanimité des biographes et 
des généalogistes, à savoir celle qui s'arrête à Adnân, une 
deuxième faisant l'objet de divergences à savoir celle allant de 
Adnân à Ibrahim (Wk) une troisième qui, sans doute, comporte 
des contrevérités à savoir celle allant de Ibrahim ($*§!) à Adam 
($S§\). Les chapitres qui précèdent nous ont déjà fourni un certain 
nombre d'éléments à cet égard. Voici à présent dans le détail les 
parties identifiées. 

Première partie: Mohammad ibn Abdillah, ibn Abdil- 
Mouttalib - appelé Chayba, ibn Hâchim - appelé Amr, ibn Abd 
Manâf appelé Al-Moughira, ibn Kousay appelé Zayd, ibn Kilâb, 
ibn Mourra, ibn Kaab, ibn Louay, ibn Ghâlib, ibn Fihr 
surnommé Kouraich et ancêtre de la tribu du même nom, ibn 
Iiyâs, ibn Moudar, ibn Nizâr, ibn Maad, ibn Adnân. 

Deuxième partie: Au delà de Adnan ibn Add ibn Houmaysia 
ibn Salâmân ibn Aws ibn Bouz ibn Kamwâl ibn Oubay ibn 
Awwâm ibn Nâchid ibn Hazzâ ibn Bildâs ibn Yadlâf ibn Tâbikh 
ibn Jâhim, ibn Nâhich, ibn Mâkhi, ibn Ayd, ibn Abkar ibn 
Oubaid ibn Ad-Daaâ ibn Hamdân ibn Sanbir ibn Yathribi ibn 
Yahzin ibn Yalhan ibn Araawi ibn Ayd ibn Dîchân ibn Aysar 
ibn Afnâd ibn Aihâm ibn Mouksar ibn Nâhith ibnZârihibn 
Samiy ibn Mazzî ibn Awdah ibn Arâm ibn Kaydâr ibn Ismâîl 
ibn Ibrahim (8ï§0- 

Troisième partie: Au delà d'Ibrahim ($43) ibn Târih appelé 
Azar ibn Nâhour, ibn Sâroua ou Sârough ibn Râou ibn Fâlikh 
ibn Abir ibn Sâlikh ibn Arfakhchad ibn Sâm ibn Nouh (mM) ibn 
Lâmik ibn Moutwachlikh ibn Akhnoukh que l'on dit être Idrîs 



74 



universel et diriger la communauté humaine à savoir 
l'humanité. 

En effet, il s'agit là de caractères précieux en soi, pouvant 
profiter à l'humanité après tant soit peu de redressement, même 
si certains d'entre eux mènent au mal et provoquent des 
événements douloureux. C'est un tel redressement que l'Iislam a 
effectué. 

Peut-être, ce que les gens de la Jahiliyya (période 
antéislamique) avaient de plus cher et de plus utile en matière de 
caractère, était-il après tout le respect des engagements, la 
noblesse de l'âme et la détermination. Ce dernier trait de 
caractère est du reste le seul moyen de réprimer le mal et la 
corruption pour instaurer un système fondé sur la justice et le 
bien. 

Les gens de la Jahiliyya avaient d'autres caractères outre ceux 
mentionnés dans les pages qui précèdent. Toutefois il ne s'agit 
pas ici de les étudier dans le détail. 



73 



C'est pourquoi, le Coran ne nie pas l'utilité du vin et du jeu 
de hasard mais se contente de dire: 



iti&cti&jz&iïï 



«Dans les deux, le péché est plus grand que l'utilité» (2:219). 

2. Le respect des engagements: L'engagement était chez eux 
une religion. Ils y tenaient et pouvaient même, à cet égard, 
tuer leurs enfants et détruire leurs propres maisons. Il suffit 
dans ce cadre de connaître l'histoire de Ghani', d'ibn 
Mas'oud As-Chaybani, d'ibn As-Soumaw-al ibn Idiya et de 
Hajib ibn Zarara At-Tamimi. 

3. La noblesse d'âme, le refus de subir l'humiliation et 
l'injustice: Il résultait de ces caractéristiques l'excès de 
courage et de jalousie, l'irascibilité. Ils ne s'entendaient dire 
aucun mot signifiant avilissement et bassesse sans recourir à 
l'épée, à la lance et à la guerre, prêts à sacrifier leur âme. 

4. La résolution ou la détermination: S'ils décidaient de faire 
quelque chose à des fins de gloire et d'orgueil, personne ne 
pouvait les en détourner. Ils y allaient jusqu'au bout. 

5. La bonté, la patience et la douceur: Ces qualités étaient 
pour eux des objets de fierté. Toutefois, elles n'existaient en 
eux que de manière assez rare, du fait de leur courage 
excessif, de la vélocité avec laquelle ils parvenaient à se 
battre. 

6. La simplicité et le nomadisme, la non-atteinte par les 
souillures et artifices de la société: Il résultait de tout cela la 
sincérité, l'honnêteté, l'aversion pour la tromperie et la 
lâcheté. Comme l'on peut le constater, ces précieuses 
références morales, malgré la position géographique de la 
Péninsule Arabe par rapport au reste du monde constituaient 
les raisons du choix des arabes pour porter le message 



72 



arrivait qu'un homme recevait un hôte dans l'intensité du 
froid et de la faim. N'ayant alors d'autres bien que sa 
chamelle qui était du reste sa vie et celle de sa famille, il se 
saisissait de l'animal, par générosité, et l' égorgeait pour cet 
hôte. 

Un autre signe de leur générosité était le fait qu'ils 
supportaient d'énormes prix du sang et de charges grâce 
auxquels ils se méfiaient de l'effusion du sang et aussi de 
faire perdre des vies humaines. Cela, ils en étaient fiers et 
s'en vantaient au regard d'autres chefs et d'autres seigneurs. 
Une des conséquences de leur générosité était la vanité qu'ils 
tiraient du fait de boire du vin. 

A cet égard, ils considéraient le vin non pas comme un titre 
de gloire mais comme un moyen parmi d'autres de générer de 
la générosité et de faciliter le gaspillage pour le compte de 
soi-même. C'est la raison pour laquelle ils appelaient 
«Karam» (générosité) l'arbuste produisant le raisin. Quant au 
vin ils l'appelaient «Bintoul-karam» (la fille de la générosité). 
Quiconque observe les recueils de poèmes provenant de 
l'époque antéisiamique verra consacrer au vin un chapitre de 
louanges et de glorification. 

Dans ce sens Antar ibn Chaddâd Al-Absi dit, dans son 
recueil: «J'ai bu du vin à midi même, pour des dinars bien 
lustrés et dans une bouteille jaune comparable à un philtre. 
Lorsque je bois, c'est mon argent que je dépense. Mon 
honneur reste intact car, en vérité rien ne l'affecte. La fin de 
mon ivresse ne me transforme pas en avare. Je reste tel que 
tu me connais avec ma grandeur et ma générosité». 

Une autre marque de leur générosité est qu'ils se livraient au 
jeu de hasard qu'ils considéraient comme moyen d'être 
généreux. En effet, ils utilisaient tout ou partie de leurs gains 
pour nourrir les pauvres. 



71 



Quant aux autorités, là plupart d'entre elles étaient occupées à 
s'enrichir sur le dos des sujets ou à faire la guerre aux ennemis. 

La situation économique 

Elle était dans le sillage de la situation sociale, comme l'on 
peut s'en rendre compte si l'on observe de plus près le mode de 
vie des arabes. En effet, le commerce était le plus grand moyen 
d'obtenir le nécessaire or, la tournée commerciale n'était 
possible et facile qu'en temps de paix et de sécurité, ce qu'on ne 
trouvait dans la Péninsule Arabe qu'à l'avènement des mois 
saints. C'est dans ces mois que se tenaient les célèbres marchés 
arabes: Okadh, Thoul-Majâz, Mijannah etc. 

Pour ce qui est de l'artisanat, le peuple y était plus arriéré que 
tout autre. 

La majorité de l'artisanat qu'il y avait chez les arabes: 
tissage, teinture etc. se retrouvait au Yémen, à Hira et en Syrie. 
A l'intérieur de la Péninsule il y' avait tant soit peu d'agriculture 
et d'élevage. Toutes les femmes arabes travaillaient au filage. 
Toutefois, les marchandises étaient la visée des guerres en 
conséquence de quoi la pauvreté, la faim et la nudité étaient 
générales dans la société. 

La morale 

Nous ne nions pas que les gens de l'époque antéislamique 
présentaient des petitesses, des ignominies et des comportements 
que refuse le bon sens. 

Toutefois, il y avait en eux des vertus qui ne manqueraient 
pas de mener à la surprise et à l'étonnement. 

De celles-ci on retient: 

1. La générosité: Les gens de l'époque antéislamique 
rivalisaient de générosité et se glorifiaient des performances 
qu'ils pouvaient réaliser dans ce sens. La moitié de leur 
poésie était consacrée à cela: louange d'autrui et de soi. Il 

70 



Le système social reposait sur le chauvinisme racial et les 
liens de sang. 

A cet égard, la devise était: 

«Assiste ton frère, qu'il soit offenseur ou offensé» 

loin de l'équilibrage apporté par l'islam à savoir que la manière 
d'assister l'offenseur est de le dissuader de l'injustice. Toutefois, 
la rivalité en matière de noblesse et de courage conduisait 
souvent à des guerres entre tribus de même souche, comme ce 
fut le cas entre les tribus Aws et Khazraj, entre Abs et 
Thoubyân, entre Bakr et Taghlib, etc.. 

Pour ce qui est des relations inter-tribales, elles étaient 
totalement désarticulées et propices à la guerre. Cependant, le 
respect et la crainte de certaines traditions et coutumes 
communes à la religion et aux superstitions contribuaient, peut- 
être, à en réduire la tension et aussi la sévérité. 

Parfois, l'assistance mutuelle, le serment et la subordination 
conduisaient au rassemblement de tribus différentes. 

Les mois saints leur étaient une clémence et une aide grâce 
auxquelles ils pouvaient vaquer à leurs affaires et obtenir leurs 
moyens de subsistance. 

Le maximum de ce qu'on peut dire à ce sujet est que la 
situation sociale était à un niveau abject de faiblesse et de cécité. 
L'ignorance sévissait parallèlement aux superstitions 
extrêmement répandues et fortes. Les gens menaient une vie de 
bestiaux. 

La femme se vendait et s'achetait, traitée dans certains cas, à 
un pied d'égalité avec les objets inanimes. Les relations 
communautaires n'avaient nulle consistance, si elles n'étaient 
détériorées. 



69 






«Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté. Nous 
vous nourrissons tout comme eux» (6:151). 

X' Ai* (i\< \** y ' ï\ * Y '*£" ''A E •"i > i" -> -«ïï 

«Et lorsqu'on annonce à l'un d'eux une fille, son visage 
s'assombrit et une rage profonde l'envahit. Il se cache des 
gens à cause du malheur qu'on lui a annoncé. Doit-il la 
garder malgré la honte ou l'enfouira t il dans la terre? 
Combien est mauvais leur jugement!» (16:58,59). 

«Ne tuez pas vos enfants par crainte de pauvreté, c'est nous 
qui attribuons leur substance tout comme à vous» (le Voyage 
nocturne: 31) «Et qu ' on demandera à la fillette enterrée vivante» 
(F obscurcissement: 8) . 

Il n'est cependant pas possible de considérer cette pratique 
comme faisant partie des tendances morales répandues. 

Les gens de l'époque antéislamique avaient un vif besoin 
d'enfants mâles pour se faire craindre de leurs ennemis. 

Quant aux liens entre l'homme et ses frères, ses cousins et 
son clan, ils étaient très solides. Les gens croyaient à l'esprit de 
clan. (Al-Asabiyya) pour lequel ils vivaient et à la défense duquel 
ils étaient prêts à mourir. La tribu fonctionnait aussi sur un esprit 
de groupe et ceci en accentuait la Asabiyya. 

68 



femmes, belles-filles sous votre tutelle et issues des 
femmes avec qui vous avez consommé le mariage - si le 
mariage n'a pas été consommé ceci n'est pas un péché de 
votre part, les femmes de vos fils nés de vos reins, de 
même que deux sœurs réunies-exception faite pour le 
passé. Car vraiment Allah est Pardonneur et 
Miséricordieux» (4:22,23). 

Le divorce dépendait de l'homme, en l'absence de toute 
réglementation. La pratique de la fornication avait libre cours 
dans tous les milieux. N'en échappaient que certains hommes et 
certaines femmes dont la grandeur les portait à refuser un 
comportement aussi abject. Les femmes qui se tenaient sur leurs 
gardes étaient mieux loties que les captives, car, celles-ci étaient 
la grande catastrophe. En outre il paraît que la plupart des gens 
de l'époque antéislamique n'éprouvaient aucune honte à se 
réclamer des fornicateurs. 

Abou Dawoud, rapportant les propos que Amr ibn Souayb 
avait tenu de son père et son père de son grand père dit: «Un 
homme se leva et dit: «Ô Messager d'Allah! Tel est mon fils: 
j'ai commis un adultère avec une captive à l'époque 
antéislamique». Le prophète (S) lui répondit: «Aucun procès 
dans l'islam. L'époque antéislamique est révolue. L'enfant est 
pour le lit et la pierre pour l'adultère». 

Le récit de la querelle entre Saad ibn Abi Wakkas et Abd ibn 
Zama au sujet du fils de la captive de Zamaa, à savoir Abdir- 
Rahman ibn Zamaa est bien connu. Les relations entre l'homme 
et ses enfants s'exprimaient sous diverses formes. Certains 
disaient: «Nos enfants ne sont rien d'autres que nos cœurs 
marchant sur terre». 

D'autres enterraient leurs filles, vives, par crainte de la honte 
et des dépenses: ils les tuaient par crainte de la pauvreté. Allah 
dit: 



67 



arabes des unions entre homme et femme conclues par la force 
des épées et des lances. Les vainqueurs aux guerres tribales 
emmenaient en captivité les femmes des vaincus et en 
jouissaient. Toutefois les enfants nés de telles unions étaient 
frappés de honte durant toute leur vie. 

On sait aussi qu'à l'époque antéislamique, les gens avaient un 
nombre illimité de femmes. Us épousaient deux sœurs à la fois, 
se mariaient avec les femmes que leurs pères avaient divorcées 
ou laissées derrière à leur mort. 

A cet égard, Allah dit: 



-* <"A' ï ',<*!? s' ' ^ -*-".'\' Jfr --"-1 -1î>^ > ^-V 

*-v ,-r^ ^ix> <ï^- -s" -iî-^ î-* ^< -t . i' * -*-!<" ^ 

p.&-s *a& ^l-i»- >-3 sJLj+i j^&>~s i_yjX_» ^ o« ù^t j*--*»-* 



«5&ii ù^^^^ic^'i 



«Et n'épousez pas les femmes que vos pères ont épousées, 
exception faite pour le passé. C'est une turpitude, une 
abomination, et quelle mauvaise conduite! vous sont 
interdites vos mères, filles, sœurs, tantes paternelles ou 
tantes maternelles, filles d'un frère ou fille d'une sœur, 
mères qui vous ont allaités, sœurs de lait, mères de vos 



66 



I 



1. Une forme analogue au mariage d'aujourd'hui: un homme 
demandait à un autre la main de sa fille et ensuite le mariage 
se réalisait. 

2. Une forme dans laquelle un homme disait à une femme après 
que celle-ci fût sortie de ses règles: «Va faire le commerce 
charnel avec un tel». Cette femme, l'homme ne s'en 
approchait ni n'avait de rapports avec elle que lorsqu'il 
devenait évident qu'elle avait été enceintée par l'homme avec 
qui elle avait fait le commerce charnel. Dès que la grossesse 
était réelle l'homme pouvait avoir un rapport, s'il le voulait, 
avec la femme. La pratique était destinée à obtenir un enfant 
noble. Cette forme de mariage était connue sous le nom de 
«mariage du commerce charnel». 

3. Une forme dans laquelle, un groupe d'hommes de moins de 
dix entrait chez une femme et celle-ci avait alors un rapport 
sexuel avec chaque homme. En cas de grossesse et ensuite 
d'accouchement, cette femme, des jours après, réunissait les 
hommes chez elle et leur parlait en ces termes: «Vous savez 
ce qui s'est passé grâce à vous. J'ai à présent accouché». 
Désignant ensuite l'un d'entre eux, elle lui disait: «C'est ton 
enfant ô toi, un tel». Ainsi elle nommait son enfant après 
l'homme qu'elle aimait et alors, à celui-là elle remettait 
l'enfant. 

4. Plusieurs hommes se réunissaient et entraient chez une 
femme qui n'en pouvait repousser aucun car celle-ci était une 
prostituée localisant sa demeure à l'aide de drapeaux qu'elle 
accrochait à sa porte à l'intention des visiteurs. En cas de 
grossesse puis d'accouchement de cette femme, les hommes 
se regroupaient chez elle et remettaient l'enfant à qui d'entre 
eux ils estimaient en être le père. 

Une fois envoyé, Mohammad (S) détruisit toutes ces formes 
antéislamiques de mariage, ne laissant prévaloir que le mariage 
tel que l'islam le conçoit aujourd'hui. Il y avait aussi chez les 

65 



leurs cœurs se ressemblaient; leurs croyances convergeaient; 
leurs traditions et leurs habitudes s'accordaient. 

Aspects de la société arabe antéislamique 

Après l'étude des conditions politiques et religieuses de la 
Péninsule, il nous reste à en aborder, brièvement, les conditions 
sociales, économiques et morales. 

La situation sociale 

Il y avait chez les arabes des milieux différents les uns des 
autres par leurs conditions. Chez les nobles, la relation entre 
l'individu et sa famille avait atteint un haut niveau de 
développement. 

Fortement marquée par la liberté et la franchise, elle était 
respectée et entretenue sans nul besoin d'un recours à l'épée et à 
l'effusion de sang. L'homme qui voulait se targuer aux yeux des 
arabes de son haut rang en matière de noblesse et de courage, ne 
passait pas la majeure partie de son temps à ne parler qu'aux 
femmes. Peut-être la femme pouvait-elle, lorsqu'elle le voulait 
bien regrouper les tribus pour la paix ou par contre pousser 
celles-ci à la dissension et à la guerre. En dépit de tout cela, 
l'homme était, sans conteste, considéré comme le chef de 
famille, le détenteur de l'autorité. 

La liaison entre homme et femme se faisait par 
l'intermédiaire d'un contrat de mariage sous la supervision des 
parents de la femme. Celle-ci n'avait pas le droit de désobéir à 
ses parents. 

Alors que ceci était la situation chez les nobles, on trouvait 
dans d'autres milieux certaines formes de promiscuité entre 
l'homme et la femme, promiscuité qu'on ne peut exprimer qu'en 
l'identifiant à la débauche, à la bouffonnerie, à la fornication et à 
la prostitution. Al-Boukhari et d'autres que lui ont rapporté de 
Aicha Lg ;r «dJI Ur ^j que le mariage à l'époque antéislamique 
s'effectuait sous quatre formes: 

64 



christianisme) il connut le déclin et une réduction considérable 
de son impact, même si l'on ne cessait de le retrouver chez les 
gens cohabitant avec les mazdéens ou vivant dans leur voisinage 
en Iraq ou sur les côtes du Golfe Arabe. 

La situation religieuse 

Telles étaient les religions des arabes à l'avènement de 
l'islam, religions qui, dans leur ensemble, connurent la 
décadence et la ruine. Les associationnistes qui prétendaient être 
dans la religion d'Ibrahim (3ï3) étaient loin de respecter les 
ordres et les interdits de la Chari'a de ce prophète, négligeant ce 
que celui-ci avait apporté en termes de noblesse de caractère. 
Nombreuses par conséquent, étaient leurs désobéissances. Avec 
le temps ils finirent par avoir les mêmes habitudes et traditions 
que les païens, et ceci influa énormément sur leur vie sociale, 
politique et religieuse. 

Quant aux juifs ils devinrent orgueilleux et enclins à la 
domination. Leurs chefs s'érigèrent en Seigneurs intraitables, 
maîtrisant totalement les gens et les maintenant dans l'arbitraire. 

Leur seule préoccupation était d'obtenir de la richesse et du 
pouvoir, même s'il fallait perdre la religion et voir se répandre 
l'athéisme, l'incrédulité et le laxisme dans l'application des 
enseignements qu'Allah leur avait réservés et ordonné à chacun 
d'eux de considérer comme sacrés. 

Les chrétiens, pour leur part, étaient redevenus des paganistes 
difficiles à comprendre, qui avaient, de manière étrange, 
confondu Dieu et l'homme. 

C'est pourquoi l'influence du christianisme sur les arabes qui 
le professaient n'était pas bien réelle: ses enseignements étaient 
loin du genre de vie des adeptes, genre dont ceux-ci ne 
pouvaient du reste se passer. 

Pour ce qui est du reste des religions des arabes la situation 
des adeptes restait comparable à celle des associationnistes: 

63 



concernent la bataille d'Ohod dont ils commencent avant tout 
par mentionner la première phase. «Souviens-toi bien de cette 
matinée où tu quittas les tiens pour aller placer les fidèles aux 
postes de combat». Ces versets se terminent par un commentaire 
exhaustif fait à propos des résultats et principes de la bataille: 

tjAjpèW JniJj^JjJI J^^IJJ 4iil6û L Jv 4^ù2 



«Allah ne saurait laisser les Croyants en l'état incertain où 
vous étiez sans distinguer les bons des pervers. Il ne 
saurait, non plus, vous dévoiler d'emblée l'inconnaissable. 
A cet effet, Allah élit qui II veut parmi ses prophètes. 
Croyez en Allah et en Ses messagers, et si vous croyez en 
Allah et le craignez, vous serez immensément bien 
rétribués». (3:179). 

Les principes et buts louables de cette expédition 

Ce sujet a été, de manière exhaustive, traité par Ibn Al- 
Kayim. Ibn Hajar, lui dit, rapportant le point de vue des 
Ulémas: «Le récit fait sur Ohod et sur le sort des musulmans 
renferme de grands avantages et principes divins dont les 
suivants: 

• Le fait de faire connaître aux musulmans les conséquences 
néfastes de la désobéissance, le malheur résultant de la 
violation des interdits comme c'est le cas des archers qui 
abandonnèrent la position où le Messager d'Allah (S) les 
avait placés en leur intimant l'ordre d'y rester vaille que 
vaille. 



393 



Les Messagers, d'habitude sont soumis aux épreuves mais 
l'issue finale leur appartient. Il s'agit là d'un principe 
extrêmement important car, en fait, s'ils triomphaient 
toujours, les croyants se verraient infiltrer par des non- 
croyants et l'on ne saurait distinguer le sincère du pervers. De 
même, s'ils perdaient toujours leur mission prophétique ne 
saurait être réalisée. Ainsi, le principe appelle la nécessité de 
combiner les deux démarches, de manière à distinguer le 
sincère du menteur. En effet, à l'époque, les hypocrites se 
cachaient dans les rangs des musulmans. Toutefois, lorsque le 
Coran eut apporté le récit, au moment même où ceux-ci 
faisaient semblant d'être sincères dans leurs actes et paroles, 
il n'y eut plus d'équivoque. Les musulmans, comprenant 
alors, qu'ils avaient des ennemis dans leurs maisons, se 
préparèrent en conséquence et se tinrent sur leurs gardes. 

Le fait de retarder le secours en certains lieux martyrise l'âme 
et en détruit la fierté, de sorte qu'en face des épreuves, les 
croyants endurent et font preuve de patience, alors que les 
hypocrites s'affligent et se font du mauvais sang. 

Allah a préparé pour ses serviteurs croyants des maisons au 
paradis, maisons que ceux-ci n'atteindrons pas par leurs 
œuvres mais par leurs capacités à supporter les épreuves. 

Le martyre fait partie des échelons les plus élevés dans la 
hiérarchie des saints mais Allah en étend l'avantage à tous les 
croyants. 

Allah, en voulant faire périr ses ennemis, les pousse à des 
actes devant les mener au péril: infidélité, injustice et tyrannie 
destinées à nuire à ses saints. Par ce biais, il efface les péchés 
des croyants et détruit les infidèles. 



394 



Les expéditions Sariyya entre Ohod etAl-Ahzâb 

La tragédie d'Ohod eut un effet néfaste sur la réputation des 
croyants. En effet, elle abaissa leur prestige et mit fin à la 
crainte, ressentie à leur égard. Les difficultés augmentèrent aux 
plans interne et externe et le danger était partout aux alentours 
de la ville. Les juifs, les bédouins et les hypocrites ne cachaient 
plus leur inimitié, chacun de leurs groupes s'évertuait, en ce qui 
le concerne, à faire mal aux croyants, mais aussi à réaliser son 
ambition à savoir celle de les supprimer par extermination. 

Moins de deux mois après Ohod Banou Asad se préparèrent à 
attaquer Médine. Ensuite, au mois de Safar de l'an 4 de l'hégire, 
les tribus appartenant à Adl et à Kâra, montèrent un guet-apens 
et tuèrent 10 des compagnons. Au cours du même mois, Banou 
Amir montant un piège du même genre, tuèrent 70 compagnons. 
Une telle bataille fut connue sous le nom de l'Evénement Bi'r 
Maaouna. Au cours de la même période, Banou An-Nadîr qui 
ne cessaient de déclarer ouvertement leur hostilité, dressèrent, au 
mois Rabîa Al-Awwal! de l'an 4 de l'hégire un piège destiné à 
l'assassinat du Messager d'Allah (S). Banou Ghatafan osèrent 
même songer à envahir Médine au mois de Joumada Al-Oula de 
l'an 4 de l'hégire. Du fait de la perte de leur prestige à la bataille 
d'Ohod, les musulmans donc pour l'instant, s'exposaient aux 
dangers. Toutefois, la sagesse Mohammadienne détourna tous 
ces courants, rétablit le respect perdu par les musulmans et aussi, 
dans ce cadre, la supériorité et la gloire. La toute première 
mesure prise à cet égard, par le prophète (S) fut la poursuite 
effectuée jusqu'à Hamra Al-Asad, poursuite grâce à laquelle 
l'armée musulmane redora tant soit peu de son blason et 
récupéra une portion de sa place au soleil. Par la suite, un certain 
nombre de manœuvres contribuèrent non seulement à rendre 
effectif le respect des musulmans mais aussi et surtout à 
accroître un tel respect. Sur ces bases, les pages qui suivent 



395 



aborderont quelques uns des affrontements entre Ohod et Al- 
Ahzâb. 

L'expédition Sariyya d'Abi Salama 

Les premiers à se dresser contre les musulmans après la 
défaite que ceux-ci avaient essuyée à Ohod furent Banou 
Khouzavma. Les services de renseignements de Médine, un jour 
rapportèrent que Talha et Salama, les deux enfants de 
Khouwaylid, suivis en cela par leur tribu et leurs alliés, 
appelaient Banî Asad ibn Khouzayma à guerroyer contre le 
prophète (H). 

Prévenus d'une telle attaque, celui-ci se dépêcha d'envoyer 
une expédition forte de 150 combattants, comprenant aussi bien 
des Mouhajirin que des Ansar. L'expédition était placée sous le 
commandement d'Abi Salama également porte-drapeau. Celui- 
ci alla surprendre Banî Asad ibn Khouzavma dans leurs propres 
demeures avant même qu'ils n'eussent le temps de lancer leur 
attaque. Ceux-ci se dispersèrent tant et si bien que les 
musulmans, sains et saufs, sans coup férir, ramenèrent à Médine 
un troupeau de chameaux et de moutons. Cette expédition eut 
lieu le premier du mois de Mouharram (An 4 de l'hégire). Dès 
son retour, Abou Salama commença à souffrir des blessures 
qu'ils avait reçues à Ohod et ne tarda pas à en mourir. 

La mission de 'Abdillah ibn Anîs 

Le 5 du même mois de Mouharram (an 4 de l'hégire) les 
services de renseignements de Médine rapportèrent que Khalid 
ibn Soufyan Al-Houthali était en train de mobiliser du monde 
pour se jeter sur les musulmans. Alors, le Messager d'Allah (il) 
envoya Abdallah ibn Anîs supprimer l'associateur. Abdoullah 
ibn Anîs s'absenta de Médine pour une période de 18 nuits, puis 
revint un samedi alors qu'il ne restait que 7 nuits du mois de 
Mouharram, avec la tête de Khalid qu'il jeta juste devant le 
Messager d'Allah (S). Celui-ci lui offrit un bâton et lui dit: 
«Cela sera un signe entre nous au jour de la résurrection». 

396 



Abdoullah ibn Anîs garda le bâton et, sur son lit de mort, 
recommanda que celui-ci fût introduit, dans son linceuil. 

La mission d'Ar-Rajia 

Au mois de Safar de la même année (An 4 de l'hégire) des 
gens faisant partie de Adl et de Kâra se présentèrent au 
Messager d'Allah ($1). Se réclamant de l'Islam, ils lui 
demandèrent d'envoyer avec eux des gens qui auraient pour 
tâche de les instruire de leur religion et de leur enseigner le 
Coran. Le prophète (S) envoya avec eux 6 hommes (selon ibn 
Ishâk) et 10 (si l'on se réfère au rapport d'Al-Boukhari). Le 
groupe fut placé sous le commandement de Marthad ibn Abi 
Marthad Al- Ghanawi (selon ibn Ishâk), sous celui de Asim ibn 
Thâbit le grand père de Asim ibn Omar ibn Al-Khattâb (selon 
Al-Boukhari). Les six hommes s'en allèrent donc avec Adl et 
Kâra. Arrivés à Ar-Rajia point d'eau de Houthayl situé du côté 
du Hijaz entre Râbigh et Jeddah, ceux-ci, lançant un cri, 
appelèrent contre eux une tribu de Houthayl appelée Banou 
Lihyan. Ces derniers les suivirent, recherchèrent leurs traces 
pour ensuite les rattraper et les encercler, alors qu'ils étaient à 
Fadfad. Ce étant, ils leur dirent: «Nous prenons l'engagement de 
ne tuer aucun de vous, si vous venez descendre chez nous». 

Asim en ce qui le concerne, déclina l'offre, les combattit avec 
ses compagnons; mais les Houthaylites tuèrent sept d'entre eux. 
Ainsi, il ne restait du groupe que Khoubaib, Zayd ibn Ad- 
Dathana et un autre homme qui, eux, acceptèrent l'offre. 
Toutefois, ils furent trahis par les Houthaylites qui les ligotèrent 
solidement. Le troisième homme, constatant que la trahison ne 
faisait que commencer, refusa de les suivre. Alors, les agresseurs 
le manièrent, puis finirent par le tuer, voyant qu'il persistait 
dans son refus. S'agissant de Khoubaib et de Zayd, ils allèrent 
les vendre à la Mecque dont ils avaient tué certains des chefs 
lors de la bataille de Badr. Khoubaib resta emprisonné. Ses 
maîtres prirent ensuite la décision de le tuer. Alors, ils le 
sortirent du Haram et s'en allèrent avec lui en direction d'At- 

397 



Tanaîm. Sur le point d'être crucifié, Khoubaib dit: «Laissez-moi 
faire deux prosternations». On le laissa faire ses prosternations 
au terme desquelles il dit: «Par Allah! J'aurais fait davantage si 
ce n'était pour vous empêcher de dire que je suis envahi de 
tristesse». A cela, il ajouta: 

«Seigneur! Evalue leur nombre et tue-les jusqu'au dernier» 

avant de réciter un poème exprimé en ces termes: "Les factions 
m'ont encerclé après avoir mobilisé leurs tribus et réuni tous les 
leurs. Ils ont entraîné avec eux leurs enfants et leurs femmes. 
Moi, on me met près d'un tronc d'arbre long et résistant. Je me 
plains auprès d'Allah de mon dépaysement et de mon chagrin; 
car ces factions ne se sont pas réunies contre moi au lieu même 
où j'habite. Seigneur! fais-moi supporter le supplice qu'a présent 
ils me veulent, après m' avoir déchiré le corps et soumis à la 
faim, après m' avoir fait choisir entre l'impiété et la mort. J'ai 
cherché à pleurer sans toutefois trouver de larmes. En fait je 
m'en fous si je suis tué en musulman car, en quelque lieu que ce 
soit je me retrouverai en Allah qui, s'il le veut réforme les 
articulations de tout membre lacéré. Alors Abou Soufyan lui dit: 
«Serais-tu content si nous faisions venir Mohammad pour lui 
trancher le cou en te laissant rejoindre les tiens»? Khoubaib 
répondit: «Non! Par Allah! Je ne serais pas content de rejoindre 
les miens alors que Mohammad est en danger là où il est». Sur 
ce, ils le crucifièrent et ensuite déléguèrent quelqu'un chargé 
d'en garder la dépouille mortelle. Alors, de passage Amr ibn 
Omayya Ad-Damori, mettant en oeuvre un stratagème, réussit à 
le transporter de nuit et à aller l'enterrer. L'exécuteur de la 
sentence était Otba ibn Al-Harith dont Khoubaib avait tué le 
père, Harith à la bataille de Badr. Les recueils de hadiths 
authentiques mentionnent que Khoubaib est l'initiateur des deux 
prosternations au moment de l'exécution. Ils notent aussi qu'on 
le vit manger des dattes en marchant, alors qu'il n'y avait point 



398 



de dattes à la Mecque. Quant à Zayd ibn Ad-Dathana, Safwan 
ibn Omayya le tua avec son père. 

Les Kouraichites envoyèrent chercher une partie du cadavre 
de Asim, (l'homme qui, à la bataille de Badr, avait tué l'un de 
leurs chefs) de manière à identifier celui-ci. .Alors, Allah le 
couvrit d'un nuage de guêpes qui le protégea de telle sorte que 
les émissaires de Kouraich ne purent rien prélever. En effet 
Asim avait promis à Allah qu'aucun associateur ne le toucherait 
et qu'il ne toucherait aucun associateur. Mis au courant de ce 
fait, Omar dit: «Allah garde Son serviteur croyant qui cesse de 
vivre tout comme il le gardait de son vivant». 

La tragédie de Bi'r Maaouna 

Au cours du même mois où eut lieu la tragédie d' Ar-Rajia, 
une autre plus atroce et plus abominable se produisit, à savoir 
celle appelée la bataille de Bi'r Maaouna dont le résumé est ceci: 
Abou Bara Amir ibn Malik, (appelé Moulaaib Al-Asinna), vint à 
Médine et se présenta au Messager d'Allah (S). Celui-ci 
l'appela alors à l'Islam mais ne put obtenir de lui ni acceptation 
ni refus. Abou Bara, plutôt, dit: «Ô Messager d'Allah! Si tu 
envoyais tes compagnons appeler les gens de Najd à l'Islam, tu 
verrais ceux-ci y entrer». Le prophète (S) dit: «Je crains que les 
gens de Najd ne sévissent contre eux». Abou Bara reprit: «Je 
suis un de leurs voisins». Ainsi, le Messager d'Allah (H) envoya 
avec lui 40 hommes, selon ibn Ishaq, et 70, si l'on en croit les 
recueils de hadiths authentiques qui, eux, détiennent le chiffre 
exact. Ces gens qui avaient pour chef Al-Mounthir ibn Amr de 
la tribu de Banî Sâida surnommé Al-Mouattak laymout, était un 
groupe de dirigeants, d'hommes éminents et de rècitateurs du 
Coran choisis parmi les meilleurs musulmans. Le jour, ils 
ramassaient du bois qu'ils échangeaient contre de la nourriture, 
et la nuit se mettaient à étudier le Coran et à prier jusqu'au jour 
où ils atteignirent Bi'r Maaouna, un terroir situé entre la 
résidence de Banî Amir et Harrat Banî Salim. Là, ils 
descendirent puis chargèrent Haram ibn Milhan le frère 

399 



d'Oumm Salim, de porter la lettre du Messager d'Allah (S) à 
l'ennemi d'Allah Amir ibn At-Toufail. Celui-ci ne lit même pas 
la lettre. Plutôt, il donna à un homme l'ordre d'en tuer le porteur 
en lui plantant une lance par derrière. Se voyant transpercé par la 
lance et aussi couvert de sang, Haram dit: «Allahu Akbar! (Allah 
est Très grand). Par le Seigneur de la Kaaba, j'ai réussi». 

Aussitôt après, l'ennemi d'Allah essaya de mobiliser Banî 
Amir pour combattre les autres musulmans, mais ceux-ci 
refusèrent en tant que voisins d'AbiBara. Alors il s'adressa à 
Banî Salim et eut une réponse favorable de la part de Asiyya, de 
Rail et de Thakwran. Ceux-ci vinrent encercler les compagnons 
du Messager d'Allah (H) et les tuèrent jusqu'au dernier, 
exception faite de Kaab ibn Zayd ibn An-Najjar qui, échappant, 
resta en vie jusqu'à la bataille d' Al -Khandak où il devait être 
tué. 

Amr ibn Omayya Ad-Damori et Al-Mounthir ibn Okba ibn 
Amir, du pâturage des musulmans, virent les oiseaux planer au 
dessus de l'endroit où se déroulait la bataille. Alors Al-Mounthir 
descendit puis combattit les associateurs jusqu'au moment où 
ceux-ci le tuèrent avec ses compagnons. Amr ibn Omayya Ad- 
Damori, lui, fut capturé mais, lorsqu'il fit connaître qu'il était de 
Moudar, Amir s'arracha les cheveux et ensuite, le sauva en le 
faisant remplacer par un esclave chez sa mère. Amr ibn Omayya 
Ad-Damori retourna chez le Messager d'Allah (S) et lui 
rapporta la tragédie au cours de laquelle avaient péri 70 de l'élite 
musulmane. L'événement rappelait la Bataille d'Ohod. 
Toutefois celle-ci était une guerre en bonne et due forme alors 
qu'en l'occurrence il s'agissait d'une abominable trahison. 

Alors qu'il était en route, Amr ibn Omayya, arrivé àAl- 
Karkara, en amont du canal, descendit sous un arbre où vinrent 
le rejoindre deux hommes faisant partie de Banî Kilab, deux 
hommes qu'il tua aussitôt qu'ils se furent endormis, pensant, en 
cela, avoir vengé ses camarades. Découvrant par la suite qu'ils 
étaient des alliés du prophète (S), il informa celui-ci de son acte 

400 



dès son retour à Médine. Alors le Messager d'Allah (S) lui 
annonça que le meurtre des deux hommes nécessitait de sa part 
le paiement d'une rançon et dans la suite s'occupa à collecter 
chez les musulmans et aussi chez leurs allies juifs, de quoi payer 
cette rançon; or cela devait être la cause de la Ghazwa de Banî 
An-Nadîr que nous allons d'ailleurs aborder. Le prophète (S) fut 
beaucoup affecté par la tragédie deBi'rMa'ounaet celle d'Ar- 
Rajia, deux événements qui eurent lieu en l'espace de quelques 
jours. Grandes furent sa tristesse et son inquiétude à son égard. Il 
alla même jusqu'à invoquer Allah contre les tribus à l'origine de 
la trahison et des meurtres. D'après Anas dont les propos sont 
rapportés dans le recueil de hadiths authentiques d'Al-Boukhari: 
«Le prophète (S) faisait des invocations à rencontre de ceux qui 
avaient tué ses compagnons à Bi'r Maaouna (trente fois le 
matin). A la prière de l'aube il faisait aussi des invocations 
contre Raal, Thakwân, Lihyân et Asiyya. Il disait: «Les 
Assiyyites ont désobéi à Allah et à Son messager». Allah le Très 
Haut fit descendre sur Son prophète des versets coraniques que 
nous nous mettions à réciter jusqu'au moment où ils furent 
abrogés et remplacés par «dis aux nôtres que nous avons 
rencontré notre Seigneur et qu'il est satisfait de nous tout 
comme nous sommes satisfaits, de lui. Alors le Messager 
d'Allah (S) s'arrêta de prier». 

La Ghazwa de Banî An-Nadîr 

Nous avons vu que les juifs s'enflammaient de colère contre 
l'Islam et les musulmans. Toutefois ils n'étaient pas des gens 
disposés à faire la guerre, restant plus enclins aux intrigues et 
aux complots. Ils manifestaient au grand jour leur hostilité et 
leur haine, utilisaient certaines ruses pour nuire aux musulmans 
sans avoir à se battre, malgré tout ce qu'il y avait entre eux et 
ces musulmans comme alliances et comme pactes. Nous avons 
également vu qu'après la bataille de Kaynoukâa et le meurtre de 
Kaab ibn Al-Achraf, ils eurent peur pour eux-mêmes et, alors, 
devenant humbles, gardèrent le silence. Cependant, après la 

401 



bataille d'Ohod, ils prirent leur courage à deux mains et se 
mirent à manifester leur hostilité et leur perfidie, commençant à 
aller secrètement prendre contact avec les hypocrites et les 
associateurs de la Mecque avec qui ils collaboraient au détriment 
des musulmans. Le prophète (il) se montra tellement patient 
qu'ils* devinrent plus audacieux après les tragédies d'Ar-Rajia et 
de Bi'r Maaouna allant même jusqu'à un complot visant à le 
supprimer. En effet un jour, le Messager d'Allah (S), en 
compagnie d'un groupe parmi ses compagnons, alla les voir 
pour leur demander d'apporter leur contribution à la rançon à 
verser, du fait du meurtre des deux hommes de la tribu des Kilab 
par Amr ibn Omayya Ad-Damori, contribution obligatoire en 
vertu du pacte d'alliance qu'il avait conclu avec eux. Toutefois 
les juifs répondirent: «Nous allons te l'apporter, Ô Abal-Kasim. 
Assieds-toi ici. Nous allons régler ton besoin». Le prophète (S) 
et ses compagnons s'installèrent à côté d'un mur de l'une de 
leurs maisons, s'attendant à la réalisation de la promesse ainsi 
faite. Le groupe comprenait Abou Bakr, Ali et Omar. Les juifs, 
en aparté, se concertèrent les uns avec les autres. Satan leur 
embellit leur perversité naturelle et voilà qu'ils se mirent à 
comploter, pour assassiner le prophète (S). Ils dirent: «Qui est- 
ce qui va prendre cette meule, monter, puis la lui jeter, pour lui 
casser la tête»? Le plus méchant d'entre eux Amr ibn Jahch dit: 
«Moi!» Salam ibn Machkam dit: «Ne le faites pas, car, Par 
Allah, on l'informera de vos intentions. Si vous le faites vous 
rompez le pacte que nous avons conclu avec lui». Malgré tout, 
les juifs prirent la résolution de mettre en exécution leur plan. 
Toutefois, Jibril, dépêché par le Maître des Mondes, vint 
informer le Messager d'Allah (S) de ce qu'ils avaient 
l'intention de faire. Celui-ci se leva aussitôt et se dirigea vers 
Médine. Ses compagnons le rattrapèrent et lui dirent: «Nous ne 
savions pas que tu t'étais levé». Alors le prophète (S) les 
informa de ce que les juifs voulaient faire et dans la suite ne 
tarda pas à envoyer Mohammad ibn Maslama auprès de Banî 
An-Nadîr leur dire de sa part: «Sortez de Médine. Nous n'y 

402 



cohabiterons plus. Je vous donne un délai de 10 jours au delà 
duquel, je trancherai le cou à quiconque d'entre vous me tombe 
sous la main». Voyant qu'ils ne pouvaient s'empêcher de sortir, 
les juifs prirent quelques jours pour préparer leur départ. 
Toutefois, le chef des hypocrites, Abdoullah Ibn Oubay, envoya 
auprès d'eux, leur disant: «Soyez fermes! Refusez! Ne sortez pas 
de vos demeures. J'ai 2000 hommes qui viendront veiller sur 
vous dans vos châteaux, prêts à se sacrifier pour vous». Ces 
propos, le Coran nous les rapporte en ces termes: 



<* s.. " 



\'JL> 



<^_£o /V z^J JjJûjê ù\j '-^Jl 



«. . . Si vous êtes expulsés, nous vous suivront dans l'exil. 
Nous n'obéirons à personne quand il s'agira de vous. Si 
vous êtes attaqués, nous serons à vos cotés» (59:1 1) 

à savoir «Banou Kouraidhah et leurs alliés de Ghatafan seront à 
vos côtés». Sur ce, les juifs regagnèrent confiance et alors se 
décidèrent de résister jusqu'au bout. Leur chef Houyay ibn 
Akhtab, comptant sur les propos du chef des hypocrites, envoya 
dire au Messager d'Allah (S): «Nous ne sortirons point de nos 
demeures. Fais ce que bon te semble!». 

Il ne faisait pas de doute que la situation était critique du côté 
des musulmans. En effet, s'ils se battaient avec leurs ennemis 
en cette période aussi critique de leur histoire, les conséquences 
seraient fâcheuses. Déjà, les arabes, fous de rage à leur égard, 
exterminaient leurs émissaires de manière abominable. 
S'ajoutait à cela que les juifs de Banî An-Nadîr détenaient une 
certaine force avec laquelle leur reddition était presque hors de 
question et dont la défiance exposerait à un certain nombre de 
désagréments. Toutefois, la situation qui prévalait après la 

403 



tragédie de Bi'r Maaouna et les autres tragédies antérieures 
accrut la sensibilité des musulmans à l'égard des assassinats et 
des trahisons que du reste ils commençaient à subir 
individuellement ou en groupe et desquels décuple leur soif de 
vengeance. 

Sous ce rapport, ils décidèrent de combattre Banî An-Nadîr à 
tout prix, après que ceux-ci eussent songé à assassiner le 
Messager d'Allah (S). Après avoir reçu la réponse de Houyay 
ibn Akhtab, celui-ci et ses compagnons dirent: «Allahou Akbarl 
Allahou Akbar». De là, le prophète (H) alla combattre ses 
ennemis. Pour ce faire, il se fit remplacer à Médine par Ibn 
Oumm Maktoum. Confiant ensuite le drapeau à Ali Ibn Abi 
Tâlib, il marcha jusqu'à leurs terres où il les assiégea. Banou 
An-Nadir se réfugièrent dans leurs châteaux du sommet desquels 
ils se mirent à jeter des flèches et des pierres, avantagés en cela, 
par leurs jardins et leurs palmiers que le prophète (H) fit ensuite 
couper et brûler. A cet égard, Hasan dit: «Il fut facile à l'élite de 
Banî Lou-ay de faire disparaître par un incendie les palmiers de 
Banî An-Nadir». Sur cette question, Allah révéla: 



«Quelques palmiers que vous ayez coupés ou laissés sur 
pied, cela s'est accompli avec la permission d'Allah». 
(59:5). 

Banou Kouraidhah isolèrent Banî An-Nadir qui furent également 
trahis par Abdillah ibn Oubay et ses alliés Banî Ghatafan. 
Personne n'essaya de leur apporter du secours. C'est pourquoi, 
Allah le Tout Puissant, en rapportant leur histoire, dit: 



)ltô^\%j^cp$JfycÂ&î£Zï 



404 



«Ne sont-ils pas les dignes émules de Satan qui vint 
insinuer à l'homme: "Renie ton Seigneur!" Mais, une fois 
que l'homme eut perdu la foi, le démon s'écria: "Je te 
désavoue hautement». (59:16). 

Le siège fut très court car il ne dura que 6 nuits (10 de l'avis de 
certains). Allah jeta de la terreur dans le cœur des assiégés qui, 
en débâcle, prêts à déposer les armes et à se rendre, envoyèrent 
dire au Messager d'Allah (H): «D'accord! nous allons sortir de 
Médine». Celui-ci leur imposa une condition selon laquelle ils 
pouvaient sortir avec leurs familles, emportant tout ce qu'ils 
pouvaient transporter à dos de chameaux, exception faite de 
leurs armes. Ils acceptèrent la condition, puis détruisirent leurs 
maisons de leurs propres mains pour s'en aller avec les portes et 
les fenêtres. Certains d'entre eux emportèrent même les piquets 
et les bois de charpente. Ils s'en allèrent, transportant leurs 
femmes et leurs enfants sur 700 chameaux. La plupart d'entre 
eux y compris leurs grands chefs comme Houyay ibn Akhtab et 
Salam ibn Abil-Hakik se dirigèrent vers Khaybar. 

Un groupe parmi eux, gagna la Syrie et seulement deux 
d'entre eux se convertirent à l'Islam à savoir Yamin ibn Amr et 
Abou Saad ibn Wahab à qui leurs biens furent rendus. Le 
Messager d'Allah (H) saisit les armes de Banî An-Nadir tout en 
mettant la main sur leurs terres, leurs demeures et leurs biens. Il 
trouva dans leur équipement 50 cuirasses, 50 casques en fer et 
340 épées. Les biens et les demeures de Banî An-Nadir 
revenaient au Messager d'Allah (il) qui en disposait comme il 
l'entendait sans les partager en cinq parties car Allah les lui 
réservait. Les musulmans n'en eurent ni chevaux ni étriers. Le 
prophète (H) en répartit notamment entre les premiers 
Mouhajirin, mais aussi en réserva une part à Abi Doujanaet à 
Sahl ibn Hanif (deux de ses compagnons Médinois) en raison de 
leur pauvreté. Il en usait par ailleurs pour couvrir les dépenses 
de sa famille au courant de l'année, faisant du reste des armes et 
des cuirasses un équipement utilisable dans la voie d'Allah. La 

405 



Ghazwa de Banî An-Nadir eut lieu au mois Rabîa Al-Awwal de 
l'an 4 de l'hégire (Août 625 G.)- Au cours de cette Ghazwa, 
Allah révéla la sourate «l'exode» en entier, sourate dans laquelle 
il décrit l'expulsion des juifs et l'abject comportement des 
hypocrites, fixe les lois régissant le butin, fait l'éloge des 
Mouhajirin et des Ansar, donne autorisation de couper et de 
brûler en terre ennemie pour répondre aux besoins et nécessités 
de la guerre, ce qui est tout différent d'une perversion de la terre, 
recommande aux croyants de s'attacher à la crainte d'Allah et de 
se préparer pour l'au-delà, pour terminer par sa propre louange 
et la mise en relief de ses noms et attributs. 

Au sujet de cette sourate, Ibn Abbâs disait: «C'est la sourate 
d' An-Nadîr». Voilà en résumé ce qu'ibn Ishaq et la plupart des 
biographes ont rapporté au sujet de cette expédition. Toutefois, 
Abou Dawoud, Abdour-Razzak et d'autres ont rapporté une 
autre raison à l'origine de cette expédition. Selon eux, au sortir 
de la bataille de Badr, les infidèles Kouraichites firent remettre 
aux juifs une lettre, leur disant: «Vous êtes des gens détenteurs 
d'armements et de forteresses. Vous devez donc, à coup sûr tuer 
notre gars. Sinon, nous vous ferons immanquablement ceci et 
cela. Rien ne nous empêchera d'abuser de vos femmes». Dès 
que cette lettre fut parvenue aux juifs, Banou An-Nadir, décidant 
tous de trahir, envoyèrent dire au Messager d'Allah (S): 
«Choisis 30 de tes compagnons et nous, nous choisirons 30 
hébreux. Ce faisant nous nous rencontrerons en tel lieu, juste à 
mi-chemin. Les nôtres alors t'écouteront et, s'ils parviennent à 
croire en toi nous tous croirons en toi». Ayant accepté la 
proposition, le prophète (S) sortit en compagnie de 30 de ses 
compagnons, allant à la rencontre des 30 hébreux choisis parmi 
les juifs. Lorsque les deux groupes eurent atteint un espace vide 
où chacun pouvait apercevoir l'autre, les juifs se dirent les uns 
aux autres: «Comment l'atteindre alors qu'il est au milieu de 30 
de ses compagnons qu'il faut tous tuer au préalable»? Cela dit, 
ils envoyèrent encore Une fois dire au Messager d'Allah (S): 



406 



(Comment pourrions-nous nous comprendre les uns les autres 
alors que nous sommes au nombre de 60? Choisis 3 de tes 
compagnons et de notre côté, nous t'enverrons 3 de nos ulémas. 
Ceux-ci alors t'écouterons. S'ils parviennent à croire en toi, 
nous en ferons tous de même. Le prophète (H) sortit en 
compagnie de 3 de ses compagnons mais, armés de poignards, 
les juifs voulurent le tuer. Alors, une femme avertie appartenant 
à Banî An-Nadir envoya de son frère (un des musulmans de 
Médine) l'informant que Banou An-Nadir voulaient lâchement 
assassiner le prophète (S). Celui-ci se précipita d'aller rejoindre 
le prophète (S) et de lui communiquer la nouvelle avant qu'il ne 
rencontrât les comploteurs. Ainsi le Messager d'Allah (S) fit-il 
demi-tour et ensuite, le lendemain matin, alla les assiéger avec 
son armée. A cet égard il leur dit: «Vous ne serez en sécurité à 
Médine qu'après avoir conclu un pacte avec moi». Toutefois, les 
juifs refusèrent la conclusion d'un tel pacte. Alors, le Messager 
d'Allah (S) passa la journée aies combattre en compagnie des 
musulmans. Le lendemain matin, il se détourna de Banî An- 
Nadir et s'attaqua à Banî Kouraidhah qui, après avoir accepté de 
conclure un pacte avec lui, cessèrent d'être combattus. Ensuite, 
retournant chez Banî An-Nadir, il les combattit avec son armée 
jusqu'au moment où ils acceptèrent de se retirer de Médine à la 
condition d'emmener tout ce qu'on pouvait transporter par 
chameau, exception faite de leurs armes. Sur ce, Banou An- 
Nadir s'en allèrent avec tout ce qui était transportable par 
chameau: bagages, portes, etc.. après avoir, saccagé leurs 
maisons et retiré des décombres les pièces de bois qui les 
intéressaient. Leur retrait constituait le premier exode des gens 
vers la Syrie. 

La deuxième expédition Ghazwa de Badr 

L'armée suivante, à l'heure du rendez-vous fixé avec les 
Kouraichites à la bataille d'Ohod, le Messager d'Allah (H) et 
ses compagnons se rendirent à Badr pour affronter Abou 



407 



Soufyan et ses hommes et reprendre la guerre, jusqu'à la victoire 
définitive du groupe le plus droit et le plus capable de résistance. 

Au mois de Chaaban de l'an 4 de l'hégire (janvier 626 G.), le 
Messager d'Allah (S) alla au lieu du rendez-vous avec 1500 
hommes dont 5 cavaliers. A l'occasion, il confia le drapeau à Ali 
ibn Abi Tâlib et se fit remplacer à Médine par Rawaha. Parvenu 
à Badr, il y resta pour attendre l'arrivée des associateurs. 

S'agissant d'Abi Soufyan, il était à la tête d'une armée de 
2000 hommes où l'on comptait 50 chevaux. Arrivé à MarrAz- 
Zahran, à une certaine distance de la Mecque, il descendit à 
Mijanna, un point d'eau dans les parages. En partant de la 
Mecque, il s'était montré réticent, pensant à l'issue de la guerre 
contre les musulmans. Les perspectives d'une telle guerre le 
'frappaient aussi bien de terreur que de crainte, si bien qu'en 
descendant à Marr Az-Zahran il perdit sa résolution et chercha 
une excuse lui permettant de battre en retraite. A ce propos il dit 
à ses hommes: «Ô Kouraich, il ne vous convient qu'une armée 
de fertilité où vous prenez soin de vos palmiers et buvez votre 
lait. Quant à cette année-ci, c'est pour vous une armée 
d'infertilité. En tous cas moi, je rebrousse chemin. Faites comme 
moi». Il semble que-la peur et la crainte s'étaient aussi emparées 
de l'armée tant et si bien que les gens rebroussèrent chemin sans 
la moindre protestation au sujet de la proposition, sans aucune 
forme d'insistance destinée à la poursuite de la marche au point 
de faire face à l'ennemi. 

Quant aux musulmans, ils passèrent huit jours à Badr, 
attendant l'ennemi. Ils en profitèrent pour vendre les 
marchandises qu'ils détenaient et réalisèrent un bénéfice de 200 
pour cent. Ensuite ils rentrèrent à Médine, forts, respectés et 
maîtres de la situation. Cette expédition fut connue sous le nom 
du "rendez-vous dé Badr" du "deuxième Badr" du "dernier 
Badr" ou du "petit Badr". 



408 



L'expédition Ghazwa de Doumatil- Jandal 

Le Messager d'Allah (S) revint de Badr. Là paix et la 
sécurité régnèrent dans la zone et l'état islamique retrouva sa 
stabilité. De la sorte, le prophète (S) trouva le temps de 
s'orienter vers les frontières extrêmes avec les arabes, pour 
s'assurer un contrôle plus effectif de la situation, reconnu aussi 
bien par les partisans que les ennemis. Après le " Petit Badr", il 
resta 6 mois à Médine au terme desquels il reçut la nouvelle 
selon laquelle les tribus basées autour de Doumatil-Jandal, tout 
près de la Syrie, faisaient du brigandage à ce niveau et 
détroussaient les passants. La nouvelle précisa aussi que ces 
tribus avaient mobilisé des masses pour s'attaquer à Médine. 
Ainsi, le Messager d'Allah (S) se fit remplacer à Médine par 
Sabba ibn Arfata Al-Ghifari. Ensuite, à la tête de 1000 hommes, 
il sortit de la ville et passa les 5 dernières nuits du mois de Rabîa 
Al-Awwal de l'an 4 de l'hégire à l'extérieur de celle-ci. En 
route, il se mit à marcher le jour et à se cacher la nuit au point de 
surprendre ses ennemis qui, étonnés d'être surpris, laissèrent 
tout tomber pour s'enfuir. Alors, le Messager d'Allah (S) 
attaqua leur bétail et aussi leurs bergers dont les uns furent tués 
et les autres en fuite. Quant à la population de Doumatil-Jandal 
sa situation n'était que celle du sauve-qui-peut, de telle sorte que 
les musulmans, en descendant sur leur place publique les 
trouvèrent tous partis. Le prophète (S) passades jours sur les 
lieux envoyant des Saraya (expéditions dirigées par ses 
compagnons). A cette fin, il partagea son armée en plusieurs 
détachements dont aucun ne fut en danger. Au terme de ces 
Saraya, il rentra à Médine. Au cours de cette expédition, il fit la 
paix avec Ouyayna ibn Hisn. Douma est une place située à 
l'entrée de la Syrie, à 5 nuits de marche de Damas, mais à 15 
nuits de marche de Médine. Grâce à de telles initiatives rapides 
et décisives et à de telles stratégies judicieuses et éprouvées, le 
prophète (S) put instaurer la sécurité, répandre l'Islam dans la 
région contrôler la situation, faire connaître aux musulmans de 



409 



meilleurs jours, réduire les difficultés internes et externes dont 
ceux-ci étaient finalement envahis de tous côtés. Les hypocrites 
s'étaient tus en état de soumission. Une tribu s'était exilée et les 
autres encore à Médine, faisaient semblant de respecter les droits 
de voisinage ainsi que les alliances et les pactes. De leur côté, 
les bédouins nomades faisaient montre de soumission et 
d'humilité. Les Kouraichites, venaient de décider de ne pas 
s'attaquer aux musulmans. En conséquence de tout cela, les 
compagnons trouvèrent le temps de répandre l'Islam et de 
communiquer le Message du maître des mondes. 



410 



belligérance. Ainsi, dirigeants et chefs juifs réussirent, à 
mobiliser les factions d'infidélité contre le prophète (S) et les 
musulmans. Suite à de telles alliances, Kouraich, Kinana et de 
leurs alliés parmi Touhama sortirent du Sud sous la conduite 
d' Abi Soufyan, avec une armée forte de 4000 hommes. Ils furent 
rejoints par Banî Az : Zahran. Les tribus de Banî Ghatafan vinrent 
les rejoindre, sortant de l'est. Es comprenaient: Banou Fazara 
dirigés par Ouyayna ibn Hisn, Banou Mourra conduits par Al- 
Harith ibn Awf et Banou Achjaa conduits par Misaar ibn 
Roukhaila. Banou Asad et bien d'autres furent aussi au nombre 
des partants. A une date fixée d'avance et d'un commun accord, 
toutes ces factions se mirent en route vers Médine. Des jours 
après, une armée gigantesque forte de 10000 combattants 
encercla Médine, une armée dont l'effectif était peut être 
supérieur au nombre de femmes, d'enfants, déjeunes hommes et 
de vieillards vivant à Médine. Si jamais les factions et leurs 
soldats étaient parvenus aux murs de Médine c'aurait été le plus 
grand danger sur la vie des musulmans et peut-être les ennemis 
auraient atteint leur objectif à savoir arriver à exterminer les 
musulmans. Cependant, sur le qui-vive, l'état-major de Médine 
ne cessait d'occuper tous les points sensibles et stratégiques, 
d'interroger la situation et d'apprécier les développements. 
L'armée des associateurs ne faisaient presque aucun mouvement 
que les services de renseignements de Médine ne vinrent aussitôt 
rapporter à l'état-major des musulmans, le prévenant du danger. 

Le Messager d'Allah (ft) se dépêcha de convoquer un conseil 
consultatif au sommet au cours duquel il aborda la stratégie de 
défense de Médine. Après des discussions entre les généraux et 
les membres du conseil (Ach-Choura), on se rangea du côté de 
la proposition avancée par le noble compagnon du prophète (S), 
Soulayman Al-Farisi (4&). Celui-ci dit: «Ô Messager d'Allah un 
jour, en terre persane, mous étions assiégés. Alors ce jour-là 
nous nous entourâmes d'une tranchée». Il s'agissait là d'une 
stratégie très efficace qu'à l'époque les arabes ne connaissaient 



412 



L'expédition Ghazwa contre Al-Ahzab (les coalisés) 



La paix et la sécurité régnaient à nouveau dans la région. La 
Péninsule arabe retrouva le calme après plus d'un an de guerre et 
de missions punitives. Toutefois, les juifs qui avaient connu 
toutes les formes d'humiliation et de bassesse, en conséquence 
de leur lâcheté, de leur trahison, de leurs complots et de leurs 
intrigues, ne revinrent point de leur égarement. Insoumis, ils ne 
tirèrent même pas les leçons de ce qui leur était arrivé à la suite 
de leurs trahisons et de leurs complots. Après leur exil, à 
Khaybar, ils se mirent aux aguets, attendant que la situation se 
retournât contre les musulmans dans les engagements miliaires 
opposant ceux-ci aux païens. Cependant au fil du temps les 
musulmans prirent le dessous au point d'étendre leur domination 
et de consolider leur pouvoir. Au vu de cette situation les juifs 
s'enflammèrent de rage, recommencèrent à comploter contre les 
musulmans et se mirent à s'équiper pour asséner à ceux-ci un 
coup destiné à les exterminer pour de bon. Toutefois, ne 
trouvant pas en eux-mêmes le courage nécessaire pour oser, 
directement, se mesurer aux musulmans, ils montèrent dans ce 
cadre un complot à la fois redoutable et odieux. A ce sujet, 20 
hommes comprenant des dirigeants juifs et des chefs se 
réclamant de Banî An-Nadir allèrent prendre contact avec les 
Kouraichites à la Mecque dans la perspective de les pousser à 
s'attaquer au Messager d'Allah (S), de conclure avec eux une 
alliance contre celui-ci, promettant de leur porter secours. Les 
Kouraichites leur réservèrent une réponse favorable car ils 
trouvaient là l'occasion d'asseoir leur réputation et de tenir leur 
parole, après avoir manqué le rendez-vous qu'on leur avait fixé à 
Badr. 

Au terme de cette entrevue, la délégation juive se rendit 
également chez Ghatafan auxquels elle lança le même appel à la 

411 



pas encore et que le Messager d'Allah (H) ne tarda pas à mettre 
en application. Pour ce faire, il chargea chaque groupe de 10 
personnes parmi les musulmans de creuuser jusqu'à une 
longueur de 40 coudées. Ainsi, les musulmans, très actifs au 
travail réalisèrent la tranchée, encouragés en cela, par le 
prophète (H) qui lui aussi contribua au creusage de cette 
tranchée. A cet égard, des propos de Sahl ibn Saad rapportés par 
Al-Boukhari précisent: «Nous étions avec le Messager d'Allah 
(H) dans la tranchée, évacuant le sable que nous transportions 
sur le dos, à mesure que les gens creusaient. Alors, le prophète 
(S) dit: «Seigneur! Il n'y a de vraie vie que celle de l'Au-delà. 
Pardonne donc aux Mouhajirin et aux Ansâr». En réponse à ses 
propos, les gens chantèrent: «Nous sommes ceux qui ont fait 
acte de reconnaissance de Mohammad et qui se sont engagés à 
ne jamais rater la Jihad». A cet égard, il a aussi été rapporté 
d'Al-Bara ibn Azib les propos que voici: «J'ai vu le Messager 
d'Allah (S) évacuer du sable de la tranchée au point de 
disparaître dans un nuage de poussière. C'était quelqu'un de 
chevelu. Je l'ai aussi entendu réciter un poème en «rajaz» 
composé par ibn Rawaha, alors qu'il évacuait le sable. Il disait: 
«Seigneur! N'eût été Toi, nous n'aurions trouvé le chemin de la 
droiture, observé l'aumône et prié. Alors, accorde-nous la paix 
intérieure et affermis nos pas lors de la rencontre. Certes les 
ennemis nous oppriment et veulent nous imposer la guerre". A 
la fin de ce poème, je l'ai entendu traîner la voix». 

Dans un autre rapport, le prophète (H) dit tout court: «Certes, 
les ennemis nous oppriment et veulent nous imposer la guerre». 
Tout en travaillant aussi activement, les musulmans étaient 
tenaillés par la faim, mais cela n'entama point leur 
détermination. Anas dit: «On apportait aux gens de la tranchée 
l'équivalent de deux poignées d'orge à partir desquelles on leur 
préparait une sauce repoussante, à l'odeur nauséabonde, qu'on 
leur servait. Quant à Abi Talha, il dit: «Nous nous sommes 
plaints de la faim auprès du Messager d'Allah (S)». 



413 



Dans ces circonstances, des signes de prophétie apparurent au 
moment même où l'on creusait la tranchée. Le prophète (JH) 
dont Jâbir ibn Abdillah constatait la faim intense égorgea une 
bête. Sa femme moulut un Saa (mesure de grains) et ensuite vint 
secrètement demander au Messager d'Allah (S) de venir en 
compagnie d'un groupe de ses compagnons manger du repas 
qu'elle avait préparé. Le prophète (S) se leva alors suivi des 
1000 personnes qui creusaient la tranchée et tout le monde 
mangea du repas, à sa faim. Néanmoins, il y avait toujours de la 
viande dans la marmite. La pâte aussi était inépuisable. La sœur 
de An-Nou'man ibn Bachir apporta à la tranchée une poignée de 
dattes destinée à son père et à son oncle maternel. A son passage 
près du prophète (S) celui-ci lui réclama les dattes qu'il dispersa 
sur un vêtement pour ensuite inviter ceux qui creusaient la 
tranchée à venir en manger. Les dattes se mirent à augmenter au 
point de déborder du vêtement, excédant largement le besoin des 
1 000 hommes. Encore plus étonnant que ces deux signes de 
prophétie fut ce qu'Al-Boukhari a rapporté de Jâbir, à savoir: 
«Alors que nous creusions la tranchée un bloc difficile à casser 
apparut. Les gens allèrent en informer le Messager d'Allah (S) 
en ces termes: «H y a dans la tranchée un bloc difficile à 
casser». Celui-ci dit: «Je vais voir moi-même». Cela dit, il se 
leva, puis, le ventre appuyé sur une pierre, prit le pic et en frappa 
le bloc qui s'effrita». Dans ce même ordre d'idées Al-Barâ dit: 
«Au moment de creuser la tranchée, nous noUs sommes heurtés 
à un rocher à l'épreuve de tout pic. Alors, nous sommes allés 
nous en plaindre auprès du Messager d'Allah (S). Celui-ci vint 
prit le pic et dit: «Au nom d'Allah» frappant ensuite 
énergiquement. A cela il ajouta: «Allahou Akbarl On m'a remis 
les clés de la Syrie. Par Allah! J'en aperçois actuellement les 
palais rouges. Il frappa une seconde fois et, cassant une partie du 
rocher, dit: «Allahou Akbar. On m'a offert la Perse et, par Allah, 
j'aperçois, à présent, le palais blanc des Madâ'in». JJ frappa 
ensuite une troisième fois disant «Au nom d'Allah». Cassant 
alors le reste du rocher, il ajouta: «Allahou Akbar\ On m 'a 

414 



offert les clés du Yémen. Par Allah! J'aperçois d'ici même les 
portes de San' a». 

Des propos analogues ont aussi été rapportés de Salmân Al- 
Farisi (4b) par ibn Ishâk. Etant donné que Médine était entourée 
de plateaux, de montagnes et de haies de palmiers, sauf en sa 
partie nord et que le Messager d'Allah (S) était sûr et certain 
que l'attaque de la ville par la grande armée des associateurs 
n'était possible que de ce côté, la tranchée fut creusée le long de 
cette partie nord. Les musulmans continuèrent à creuser la 
tranchée, travaillant toute la journée et rentrant chez eux le soir, 
jusqu'au moment où celle-ci atteignit les proportions requises, 
avant l'arrivée de la gigantesque armée des paganistes jusqu'aux 
murs de Médine. Par la suite, les Kouraichites, au nombre de 
4000 vinrent camper à Rouma le point de rencontre des torrents, 
entre Al-Jourf et Zoaaba. Ghatafan et leurs alliés de Najd, d'un 
effectif de 6000 hommes, vinrent camper à Tkanb Nokma, du 
côté d'Ohod. A cet égard le Coran note: 

«A la vue des ennemis ligués contre eux, les croyants 
dirent: "Voici que s'accomplit ce que nous ont promis 
Allah et Son messager. Allah et son prophète disaient la 
vérité". Et leur foi et leur soumission s'en trouvaient 
d'autant plus accrues». (33:22). 

S 'agissant des hypocrites et des faibles d'esprit, leur foi chancela 
à la vue d'une telle armée. «Les hypocrites et ceux de faible 
conviction murmuraient: Ce n'était donc que chimères ce 
qu'Allah et Son messager nous avaient promis». (33:12). 

Le Messager d'Allah (S) et 3000 parmi les musulmans se 
retranchèrent au mont Salaa où ils s'adossèrent, laissant la 



415 



tranchée entre eux et les infidèles. Leur slogan était: «Hâ, mîm, 
les infidèles ne recevront point de secours». 

A l'occasion, le prophète (S) se fit remplacer à Médine, par 
Ibn Oumm Maktoum, après avoir donné l'ordre de mettre les 
femmes et les enfants dans les blockhaus de Médine. 

Lorsque les associateurs voulurent attaquer les musulmans en 
prenant d'assaut Médine, ils constatèrent qu'une large tranchée 
existait devant eux, les séparant de la ville. Au vu de cette 
situation, ils en vinrent à décider d'assiéger les musulmans alors 
qu'ils ne s'y étaient pas préparés en partant de chez eux. En 
effet, une telle stratégie (celle des tranchées) comme ils eurent 
d'ailleurs à le dire, était un stratagème inconnu des arabes et par 
voie de conséquence, en deçà de leurs prévisions. Furibonds, ils 
se mirent donc à tournoyer autour de la tranchée à la recherche 
d'un point faible par où ils pouvaient s'infiltrer. 

Observant de près leurs tournées, les musulmans, eux, les 
arrosaient de flèches, pour leur faire perdre leur audace de 
s'approcher de la tranchée, de la prendre d'assaut et d'y 
provoquer un éboulement leur permettant de bâtir une voie pour 
la traversée. Quelques uns des cavaliers Kouraichites furent 
dégoûtés de rester aux abords de la tranchée, à attendre 
inutilement les conséquences du blocus, car un tel 
comportement ne leur ressemblait pas. Sous ce rapport, certains 
de ces cavaliers parmi lesquels se trouvaient Amr ibn Abd 
Wadd, Ikrama ibn Abi Jahl, Dirâr ibn Al-Khattâb et bien 
d'autres, se dirigèrent vers un endroit où la tranchée était étroite 
pour ensuite s'y engager. Leurs chevaux les introduisirent dans 
un marécage situé entre la tranchée et le mont Salaa. 

Alors, Ali ibn Abi Tâlib et dix autres musulmans vinrent 
fermer la~ brèche par laquelle ils venaient de faire passer leur 
chevaux. Ce étant, Amr, l'un des associateurs les plus courageux 
et les plus braves, appela au duel. On lui envoya Ali ibn Abi 
Tâlib qui, dès l'abord, lui adressa des propos propres à le meXtre 

416 



en colère. Alors il tua son propre cheval après en être descendu, 
se donna un coup au visage et fit face à son adversaire. Ils se 
mirent à se chercher, tournant l'un autour de l'autre; puis ce fut 
le corps à corps et Ali le tua (4&). Les autres, en débâche, 
franchirent la tranchée, fugitifs. 

La terreur fut si grande que Ikrama abandonna sa lance et 
Amr sur les lieux. Un beau jour, les associateurs tentèrent un 
coup de force pour, franchir la tranchée ou y créer un passage; 
toutefois les musulmans leur livrèrent un dur combat par lequel 
ils ■ se mirent à leur jeter tant de flèches que la tentative échoua. 
Ainsi occupés à combattre l'ennemi le Messager d'Allah (S) et 
les musulmans avaient raté un certain nombre de prières. A cet 
égard les propos de Jâbir rapportés dans les deux recueils de 
Hadiths authentiques s'expriment en ces termes: «A un certain 
moment de la bataille d'Al-Khandak (de la tranchée) Omar ibn 
Al-Khattâb, insultant les infidèles Kouraichites, vint dire: «Ô 
Messager d'Allah! J'ai presque prié au moment où le soleil allait 
se coucher». Alors, le prophète (S) lui dit: "Par Allah! Je n'ai 
pas prié". Ensuite, en compagnie du prophète (S) nous 
descendîmes à Bathân. Celui-ci fit ses ablutions et nous aussi. Il 
accomplit la prière du Asr après le coucher du soleil et, peu 
après, accomplit celle du Icha». Le Messager d'Allah (S) 
s'offusqua tellement d'avoir raté cette prière qu'il fit une 
invocation contre les associateurs. 

Selon AL-Boukhari, Ali ibn Abi Talib a rapporté une telle 
invocation en ces termes: «Qu'Allah remplisse de feu leurs 
maisons et leurs tombes de la même manière qu'ils nous ont 
divertis de la prière du milieu, jusqu'au coucher du soleil». La 
"Tradition" d'Ahmad et de^ Ach-Châfiai mentionne que le 
prophète (S) et ses compagnons ratèrent les prières du Dhouhr, 
du As r, du Maghrib et du Icha mais les compensèrent toutes. 
An-Nawawi dit pour sa part: «La synthèse à tirer de tous ces 
rapports est que la bataille d'Al-Khandak s'étendit sur des jours 
où se passèrent des événements tout à fait différents». Il en 

417 



résulte que la tentative menée par les associateurs pour franchir 
la tranchée ainsi que la lutte continue livrée par les musulmans 
s'étendirent sur des jours. Toutefois, les deux armées ne se 
livrèrent ni corps à corps, ni guerre sanglante, du fait que la 
tranchée les séparait l'une de l'autre. Plutôt, elles se contentèrent 
de rivaliser et de se tirer des flèches. Suite aux tirs à l'arc, ils y 
eut quelques victimes dans les deux armées: 6 du côté des 
musulmans et 10 de celui des associateurs. En outre, dans ce 
dernier groupe, un ou deux soldats furent tués à l'épée. Saad ibn 
Mouaâth (#>) reçut de la part de quelqu'un de Kouraich appelé 
Hibban ibn, Al-Araka, une flèche qui lui déchira la veine 
médiane. Alors, il invoqua Allah en ces termes: «Seigneur! Tu 
sais qu'il n'y a personne de plus déterminé que moi à les 
combattre (les Kouraichites) en tant que peuple ayant démenti et 
expulsé Ton messager. Seigneur! Je pensais que Tu avais mis fin 
à la guerre entre nous. S'il reste tant soit peu de la guerre contre 
les Kouraichites, laisse-moi vivre pour les combattre. Si tu as 
déjà mis fin à cette guerre, fais la de nouveau éclater et décrète 
en elle ma mort». A la fin de son invocation il dit: «Ne me tue 
pas avant que je ne voie Banî Kouraidhah». 

Alors que les musulmans faisaient face à ces atrocités sur le 
front, les vipères des intrigues et des complots se retournaient 
dans leurs terriers, désireuses de leur empoisonner le corps. Le 
chef des malfaiteurs de Banî An-Nadîr se rendit chez Banî 
Kouraidhah et se présenta à Kaab ibn Asad Al-Kouradhi, le 
seigneur et le responsable des pactes et alliances de Banî 
Kouraidhah. Celui-ci avait déjà conclu avec le prophète (S) un 
pacte d'alliance en vertu duquel il devait le secourir en cas de 
guerre. Ainsi, le chef des malfaiteurs de Banî An-Nadir, à savoir 
Houyay alla frapper à la porte de Kaab. Celui-ci refusant de lui 
ouvrir, il se mit alors à lui parler au point d'obtenir satisfaction. 
Ensuite, il lui dit: «Kaab! Je te rends visite au bon moment. Je 
viens au sujet des dirigeants et des seigneurs Kouraichites, te 
demandant de les rejoindre au confluent des torrents, à Rouma. 



418 



Je viens aussi au sujet des dirigeants et seigneurs Ghatafan, te 
demandant de les rejoindre à Thanb Noukma, du côté d'Ohod. 
J'ai conclu avec eux un pacte d'alliance grâce auquel ils ne 
quitteront point leur position avant que nous n'exterminions 
Mohammad et ses hommes». 

Kaab dit: « Par Allah! Tu me rends visite au mauvais 
moment, à un moment où dans le ciel ne subsistent que des 
nuages gris incapables de donner de la pluie, même s'il est vrai 
que le tonnerre gronde et que des éclairs se produisent. Malheur 
à toi, Houyay! Laisse-moi vivre ma situation! Je ne sais de 
Mohammad que sincérité et fidélité». 

Houyay ne cessa de manœuvrer Kaab jusqu'à ce que celui-ci 
acceptât de s'engager et de conclure avec lui une alliance en ces 
termes: «Si Kouraich et Ghatafan s'en retournent sans tuer 
Mohammad, je serai avec toi dons ton château, pour te soutenir 
jusqu'au bout». 

Ainsi, Kaab ibn Asad, rompant le pacte d'alliance qu'il avait 
conclu avec le prophète (S) se rangea du côté des associateurs 
pour combattre les musulmans. Effectivement, les juifs de Banî 
Kouraidhah effectuaient des actes de guerre. A ce sujet, ibn 
Ishâk dit: «Safiya bint Abdil-Mouttalib était en haut du château 
de Hassan ibn Thâbit. Ce dernier y était aussi avec les femmes et 
les enfants. A cet égard elle dit: «Un juif passa devant nous, en 
train de faire la ronde autour du château, à un moment où Banou 
Kouraidhah étaient sur le pied de guerre, après avoir rompu le 
pacte qu'ils avaient conclu avec le Messager d'Allah (H). Il n'y 
avait personne pour éventuellement nous défendre contre eux. 
Le Messager d'Allah (S) et les musulmans étaient au front 
qu'ils ne sauraient du reste quitter si nous étions en danger. 
Alors, je dis à Hassan: Ce juif, comme tu le vois, fais la ronde 
autour du château. Par Allah! Je crains qu'il ne montre aux juifs, 
derrière, que nous sommes sans protection or, le Messager 
d'Allah (S) et ses compagnons sont loin de nous. Ce étant, 
descends le tuer! Hassan répondit: Par Allah! tu sais bien que je 

419 



ne suis pas homme à faire cela. Alors, me ceignant les reins, je 
pris une tige, descendis du château, allai vers le juif et lui donnai 
un coup mortel. De retour au château, je dis à Hassan: Descends! 
Va le dépouiller! Si je ne le fais pas moi-même c'est qu'il s'agit 
d'un homme. Il dit: je n'ai pas besoin de le dépouiller. Un tel 
acte glorieux de la part de la tante paternelle du Messager 
d'Allah (S) contribua énormément à assurer la protection des 
enfants et des femmes laissés derrière par les musulmans. A ce 
qu'il semble, les juifs pensaient que les blockhaus et les 
forteresses étaient sous la défense de l'armée musulmane, alors 
qu'au contraire il n'y avait pas un seul soldat musulman. En 
conséquence ils n'osaient plus faire des patrouilles ou des 
rondes. Toutefois, aux associateurs paganistes, ils 
commencèrent à fournir du matériel militaire comme preuve 
concrète de leur soutien contre les musulmans, mais ceux-ci, par 
la suite récupérèrent 20 chameaux de ce matériel militaire. 

Lorsque la nouvelle parvint au front, Le Messager d'Allah 
(S) prit la décision d'enquêter sur l'affaire de manière à tirer au 
clair la situation de Kouraidhah et éventuellement à y consacrer 
les moyens militaires nécessaires. A cette fin, il envoya les deux 
Saad: Saad ibn Mouâth et Saad ibn Obâda, en compagnie de 
Abdillah ibn Rawâha et de Khawât ibn Joubair en leur disant: 
«Allez voir si la nouvelle que nous venons de recevoir au sujet 
de ces gens est vraie ou fausse. Si c'est vraie, faites en sorte que 
je le sache de manière très discrète. Ne démoralisez pas les gens. 
Si c'est faux, parlez à vois haute pour que les gens puissent 
vous entendre». Lorsque les émissaires se furent approchés de 
Kouraidhah, ils les trouvèrent dans le pire état de perversité. En 
effet, ceux-ci avaient déjà rendu manifeste leur hostilité, 
proférant des injures et des grossièretés à l'endroit du Messager 
d'Allah (S). A ce propos, ils disaient: «Qui est-ce le Messager 
d'Allah? Nous n'avons conclu avec Mohammad ni alliance, ni 
accord». Sur ce, les émissaires les quittèrent, puis, de retour au 
front, dirent au prophète (H): «Adl et Kâra!» c'est-à-dire que 



420 



Banou Kouraidah avaient commis le même acte de trahison que 
Ad l et Kâra lors de la mission d'Ar-Rajia. Malgré une telle 
tentative de cacher la vérité, les gens savaient tout, ce qui les 
conduisit à se représenter l'énormité du danger. Il s'agissait de la 
situation la plus critique pour les musulmans. En effet, rien 
n'empêchait Banu Kouraidhah de les poignarder dans le dos en 
s' attaquant lâchement à leurs enfants et à leurs femmes alors 
qu'ils avaient en face d'eux une armée gigantesque dont ils ne 
pouvaient se détourner. En fait, leurs enfants et leurs femmes 
étaient non loin de ces traîtres sans défense, ni protection, ce qui 
les mit dans la situation qu'Allah, le Très Haut, nous décrit en 
ces termes: 



«Vos yeux se convulsaient d'épouvante et, d'angoisse, 
vous aviez la gorge toute oppressée. Vous en veniez aux 
pires conjectures au sujet d'Allah. Les croyants se 
trouvèrent alors mis à l'épreuve et secoués d'une terrible 
secousse». (33:10,1 1). 

En proie à leur hypocrisie, certains allèrent jusqu'à dire: 
Mohammad nous avait promis les trésors de Kisra et de César 
or, aujourd'hui, aucun d'entre nous n'ose aller à la selle». 
D'autres, en compagnie des notabilités de leurs tribus dirent: 
«Nos maisons sont sans protection contre l'ennemi. Alors 
autorise-nous à partir, à regagner nos maisons situées hors de 
Médine. Même Banou Salama pensèrent à faire défection; et au 
sujet de ceux-ci Allah le Très Haut dit: 



421 



,; »"i \t • ' fa ' > ->ff \t- 






«Les hypocrites et ceux de faible conviction murmurèrent: 
Ce n'était donc que chimères ce qu'Allah et Son messager 
nous avaient promis. Certains mêmes d'entre eux 
clamaient: O gens de Yathrib! Ne demeurez pas en ces 
lieux! Retournez à vos foyers!. D'autres, enfin, 
demandaient au prophète la permission de se retirer, Nos 
maisons sont menacées, affirmaient-ils. Non, leurs 
demeures n'étaient pas menacées: ils voulaient seulement 
s'enfuir». (33:12,13). 

Quant au Messager d'Allah (S) il se voilà la face à l'aide de son 
vêtement à la nouvelle de la trahison de Banî Kouraidhah et, 
pour un long moment resta allongé sur le côté. Constatant 
ensuite que le malheur en était à son paroxysme, il se leva et dit: 
«Allahou Akbarl Réjouissez-vous, Ô musulmans de l'assistance 
et du secours d'Allah». Cela dit, il se mit à étudier la stratégie 
appropriée à la situation. En conséquence d'une telle stratégie il 
décida de dépêcher une garde à Médine dans la perspective de 
prévenir toute attaque à l' improviste contre les enfants et les 
femmes. Cependant l'entreprise appelait la nécessité d'une 
initiative décisive faisant flancher les coalisés. Pour atteindre cet 
objectif il voulut faire un compromis avec Ouyayna ibn Hisn et 
Al-Hârith ibn Awf, les deux chefs des Ghatafân en leur réservant 
le tiers des récoltes de Médine, et ceci, pour les amener à se 
retirer avec leur tribu, ce qui permettrait aux musulmans 
d'arriver rapidement à mettre en déroute les Kouraichites dont 
ils avaient plusieurs fois éprouvés aussi bien le courage que la 

422 



force. Tel était le sens du compromis. A ce sujet le Messager 
d'Allah (S) demanda aux deux Saad leur avis et, alors, ceux-ci 
dirent: «Ô Messager d'Allah! Si c'est Allah qui t'ordonne d'agir 
de la sorte nous, t'obéirons fidèlement; mais, si c'est une idée 
personnelle que tu désires nous soumettre, nous n'en avons point 
besoin. Nous pratiquions avec ces gens l'associationnisme et le 
culte des idoles. A l'époque, ils n'ambitionnaient de profiter de 
ces récoltes que dans les cas où ils en achetaient ou bénéficiaient 
de notre hospitalité. A présent qu'Allah nous comble des 
bienfaits de l'Islam, nous oriente dans ce sens et nous renforce 
grâce à toi, pour quoi devrions-nous leur offrir nos biens? Par 
Allah, Nous ne leur donnerons que des coups d'épée». Trouvant 
pertinent un tel avis, le prophète (.®) dit: «Ce n'était qu'une idée 
que j'avais conçue pour vous, voyant que les arabes se coalisent 
contre vous». Ensuite, Allah le Tout Puissant le Détenteur de la 
louange, apporta de ses mystères de quoi décourager l'ennemi au 
point de le sortir des combats et de mettre l'armée en déroute. 
Dans ce sens, quelqu'un de Banî Ghatafan appelé Naîmibn 
Masaoud ibn Amir Al-Achja-i (4&) vint voir le Messager d'Allah 
(S) et lui dit: «Ô Messager d'Allah, J'ai embrassé l'Islam mais 
ma tribu n'est pas au courant de ma conversation. Alors, je suis 
prêt à faire tout ce que tu veux». Celui-ci lui dit: «Comme tu 
n'es qu'un seul homme, écarte de nous tout danger qu'il te sera 
possible d'écarter, car la guerre n'est que ruse». Aussitôt, Naîm 
se rendit chez Banî Kouraidhah qui étaient des amis de sa tribu à 
l'époque anté-islamique et leur dit: «Vous connaissez mon 
affection "à^ votre égard, -notamment en raison des liens qui nous 
unissent». «C'est vrai» dirent-ils. U reprit: «Alors, sachez que les 
Kouraichites ne sont pas comme vous. Vous ce pays vous 
appartient car il y a vos biens, vos enfants et vos femmes. Vous 
ne sauriez en déménager pour aller vivre ailleurs. Quant à 
Kouraich et à Ghatafan, ils viennent combattre Mohammad et 
ses compagnons et vous les soutenez dans ce sens. Eux, leur 
pays, leurs biens et leurs femmes sont là-bas. S'ils ont une 
occasion, ils l'exploitent. Sinon, les voilà qui rejoignent leur 

423 



pays, vous laissant avec Mohammad qui alors se vengera de 
vous». Sur ces mots, Banou Kouraidhat dirent: «Mais que faire 
donc Naîm?» Celui-ci dit: «Ne combattez à leurs côtés que s'ils 
vous laissent des otages!». Ils dirent: «Voilà la conduite à tenir». 
Par la suite Naîm alla voir les Kouraichites et leur dit: «Vous 
connaissez l'affection que je vous porte et aussi ma disponibilité 
pour vous apporter le bon conseil». «Oui», dirent-ils. Alors il 
reprit: «Les juifs sont au regret d'avoir rompu le pacte qu'ils 
avaient conclu avec les musulmans et ont déjà écrit à 
Mohammad lui promettant de lui remettre des otages qu'ils 
auront obtenus de vous. Sur ce, je vous conseille de refuser s'ils 
viennent vous demander des otages». Il s'en alla ensuite chez les 
gens de Ghatafân pour leur dire la même chose. Dans la nuit du 
samedi (mois de Chawwal de l'an 5 de l'hégire) les Kouraichites 
envoyèrent dire aux juifs: «Nous ne sommes pas en randonnée 
c'est le moment d'agir. Venez! on va attaquer Mohammad». Les 
juifs leur firent transmettre un message pour leur dire: « 
Aujourd'hui c'est le Sabt (le samedi) or, vous savez ce qui arriva 
à nos prédécesseurs qui n'y s'étaient pas accordés le répit. Qui 
plus est, nous ne combattrons à vos côtés qu'après que vous 
nous ayez envoyé des otages». 

Après avoir reçu un tel message, les gens de 0_ouraich et de 
Ghatafân dirent: «Na'ïm, par Allah, tu as raison». A leur tour ils 
envoyèrent dire aux juifs: «Par Allah, nous ne vous enverrons 
personne. Joignez-vous tout simplement à nous pour l'attaque de 
Mohammad». Banu Kouraidah dirent: «Par Allah! Naîm a 
raison!». 

Grâce au stratagème, les deux factions lâchèrent pied. Leurs 
rangs se disloquèrent et les soldats départ et d'autre perdirent 
leur envie de combattre. Les musulmans, pendant ce temps, 
invoquaient Allah en ces termes: «Seigneur! Protège nos points 
vulnérables et assure nos splendeurs!» 

Le Messager d'Allah (0) fit une invocation contre les 
coalisés, disant: «Seigneur! Toi qui as révélé le livre! Toi dont la 

424 



comptabilité est si rapide! Mets en déroule les coalisés! 
Seigneur! Mets-les en fuite et ébranle-les!» 

Allah avait entendu la prière de Son messager ainsi que celle 
des musulmans. En effet, après avoir disloqué les rangs des 
associateurs et poussé les factions à lâcher prise, Allah leur 
envoya un vent qui fit s'envoler leurs tentes, renversant les 
marmites et ôtant les cordages, ne laissant rien subsister. Il 
envoya les anges les ébranler et aussi en marquer les cœurs de 
terreur et de crainte. Cette nuit-là, dans l'intensité du froid, le 
Messager d'Allah (S) envoya Houthayfa ibn Al-Yamân lui 
apporter de leurs nouvelles. Celui-ci les trouva dans la situation 
décrite, prêts à décamper, et revint en informer le Messager 
d'Allah (S) qui, le lendemain, matin constata qu'Allah avait 
repoussé ses ennemis en leur refusant toute victoire, détourné 
leur belligérance, réalisé sa promesse, soutenu ses soldats, 
secouru Son serviteur, et, à lui seul, mis en déroute les coalisés. 
Dans ces conditions le prophète (H) put rentrer à Médine. La 
Ghazwa d' Al-Khandak eut lieu, selon la plus plausible des deux 
versions, à l'an 5 de l'hégire. Les associateurs assiégèrent le 
prophète (S) et les musulmans pendant presque un mois. 

A cet égard, la synthèse des sources semble indiquer que le 
siège commença au mois de Chawwâl et s'acheva à Dhil-Kaada. 

D'après ibn Saad, le Messager d'Allah (S) quitta Al-Khandak 
un mercredi, sept jours avant la fin du mois de Dhil-Kaada. La 
bataille des coalisés (Al-Ahzâb) ne comporta pas de pertes. C'était 
plutôt une guerre de nerfs, une guerre psychologique. Les combats 
n'y firent pas rage. Toutefois, c'était l'une des batailles les plus 
décisives de l'histoire de l'Islam, bataille dont l'aboutissement à la 
défection des associateurs montrait qu'aucune des forces arabes ne 
pouvait venir à bout de la petite force implantée à Médine parce que 
les arabes ne sauraient mobiliser contre celle-ci une armée plus forte 
que celle des coalisés. Voilà la raison pour laquelle le Messager 
d'Allah (H) dit, après qu'Allah eût provoqué le retrait des coalisés: 
«A présent, c'est à nous d'attaquer, pas eux. Allons vers eux!». 



425 



L'expédition Ghazwa contre Banî Kouraidhah 



Le jour même du retour des musulmans à Médine, Jibril (S), 
à l'heure du Dhouhr, apparut au Messager d'Allah (S) qui était 
alors, en train de se laver chez Oumm Salma. Il lui dit: «As-tu 
déjà déposé les armes? Les anges, eux, n'ont pas encore déposé 
leurs armes. Tu n'es revenu maintenant que sur la demande des 
gens. Alors, Debout! va avec tes compagnons chez Banî 
Kouraidhah. Moi, je t'y devance pour ébranler leurs forteresses 
et jeter de la terreur dans leurs cœur». Sur ce, Jibril s'en alla 
dans un cortège d'autres anges. Le Messager d'Allah (S) 
ordonna à un crieur d'appeler les gens et de demander à tous 
ceux qui lui étaient obéissants d'accomplir le Asr chez Banî 
Kouraidhah. JJ se fit remplacer à Médine par Ibn Oumm 
Maktoum et confia le drapeau à Ali ibn Abi Tâlib. Le devançant 
chez Banî Kouraichah, celui-ci entendit, en s'approchant des 
forteresses, des propos malveillants proférés à l'adresse du 
Messager d'Allah (®). Celui-ci, ensuite, se mit en route, en 
compagnie des Mouhajirin et des Ansâr, pour aller descendre à 
proximité d'un des puits de Kouraidhah appelé Bi'r Ana. 
S 'empressant de lui obéir, les musulmans aussitôt se mirent en 
marche vers Kouraidhah. Comme l'heure d'accomplir la prière 
du As r les trouva en chemin, certains d'entre eux dirent: «Nous 
ne prierons que chez Banî Kouraidhah conformément à l'ordre 
reçu». Quelques uns de ceux-ci allèrent même jusqu'à effectuer 
la prière du 'Asr après celle du Icha. D'autres dirent: «Ce n'est 
pas ce qu'il attendait de nous. Il ne nous a ordonné d'effecteur la 
prière du As r chez Banî Kouraidhah que pour diligenter notre 
départ». Ceux-là prièrent donc en cours de route. Cependant, 
aucun des deux groupes ne devait faire l'objet de reproches de la 
part du prophète (II). Ainsi les soldats de l'armée musulmane, 
avançant par petits groupes, finirent par rejoindre le prophète 
(Si). Au nombre de 3000 et en possession de 30 chevaux, ils 

426 



descendirent chez Banî Kouraidhah auxquels ils imposèrent le 
siège. Au fort de ce siège, le chef de Kouraidhah, Kaab ibn Asad 
fit trois propositions aux musulmans: 

1. Soit que Banou Kouraidhah embrassent l'Islam et, de la 
même religion que Mohammad, se voient garantir de la 
sécurité pour eux-mêmes, pour leurs biens, leurs enfants et 
leurs femmes. A cet égard Kaab dit aux siens: Vous êtes à 
présent sûrs et certains que c'est un prophète messager et que 
c'est lui dont le nom est mentionné dans votre livre. 

2. Soit qu'ils tuent leurs enfants et leurs femmes de leurs 
propres mains pour ensuite, sabres au clair, se retourner sur le 
prophète (S) et de la sorte, le combattre au point 
d'exterminer les musulmans ou d'être tués jusqu'au dernier. 

3. Soit qu'ils attaquent le Messager d'Allah (S) et ses 
compagnons qu'ils assiègent le jour du Sabt (le samedi) dans 
la mesure où ils peuvent le combattre en ce jour. Les 
musulmans refusèrent de se prononcer sur l'une quelconque 
de ces trois propositions. Alors, Kaab ibn Asad, sous le poids 
de l'obsession et de la colère, dit: «Aucun d'entre vous n'a 
déjà passé une nuit dans la fermeté, depuis que sa mère l'a 
mis au monde». 

Après la réaction apportée à ces trois propositions, il ne 
restait à Banî Kouraidhah qu'à se soumettre à l'autorité du 
Messager d'Allah (H). Toutefois, souhaitant à cet égard prendre 
contact avec certains de leurs alliés musulmans, ils envoyèrent 
dire au Messager d'Allah (H): «Envoie nous Abou Loubâba. 
Nous voulons le consulter». Ce dernier était leur allié. Ses biens 
et ses enfants se trouvaient dans leur zone. Dès qu'il se fut 
présenté à eux, les hommes se levèrent, les femmes et les 
enfants se mettant à pleurer. Alors; il eut pitié d'eux. Banou 
Kouraidhah lui dirent: «Aba Loubâba, penses-tu que nous 
devons nous soumettre à l'autorité de Mohammad»? «Oui!», 
répondit-il, en montrant sa gorge de sa main pour leur signifier 

427 



qu'ils seraient égorgés. Comprenant aussitôt qu'il avait trahi, par 
cet acte, Allah et Son messager il alla son chemin, fuyant les 
musulmans. D ne revint pas au prophète (S). Plus tard, il devait 
se rendre à la mosquée du prophète à Médine où il s'attacha au 
cyprès jurant que nul autre que le Messager (H) ne viendrait le 
détacher et que jamais plus il n'irait chez Banî Kouraidhah. Mis 
au courant de cette nouvelle, le Messager d'Allah (S) pour qui 
Abou Loubâba avait tardé à réagir, dit: «S'il s'était présenté à 
moi, je lui aurais pardonné mais, étant donné qu'il a fait ce qu'il 
a fait, ce n'est pas moi qui le détacherai de l'arbre avant 
qu'Allah n'accepte son repentir». En dépit de la mimique d'Abi 
Loubsba, Banou Kouraidhah décidèrent de se soumettre à 
l'autorité du Messager d'Allah (S). Pourtant ces juifs auraient 
pu résister à un long siège, étant donné que d'une part ils 
disposaient de provisions en quantité suffisante, de puits et aussi 
de forteresses imprenables et que de l'autre, les musulmans 
étaient exposés, en rase campagne, au froid intense et à la faim 
auxquels venait s'ajouter à la fatigue qu'ils ressentaient pour 
avoir mené des actes de guerre bien avant la bataille contre les 
coalisés. 

Toutefois, la guerre avec Banî Kouraidhah était une guerre de 
nefs au cours de laquelle Allah jeta de la terreur dans le cœur des 
ennemis dont le moral atteignit son niveau le plus bas 
lorsqu' Ali ibn Abi Tâlib et Az-Zoubair ibn Al-«Awwâm se 
firent avancés et que le premier se fut vivement écrié: «Bataillon 
de la foi! Par Allah! je connaîtrai le même sort que Hamza, si je 
ne prends pas d'assaut leurs châteaux!» Alors, les juifs se 
dépêchèrent de se soumettre à l'autorité du Messager d'Allah 
(H). Celui-ci donna l'ordre d'arrêter les hommes, et aussi de 
leur lier les mains sous la supervision de Mohammad ibn 
Maslama Al-Ansari. Les enfants et les femmes étaient tenus à 
l'écart des hommes. Les Awsites allèrent voir le prophète (S) et 
lui dirent: «Ô Messager d'Allah! Tu as traité Banî Kaynoukâa, 
les alliés de nos frères Khazraj de la façon que tu sais; or, ceux- 



428 



ci sont nos propres alliés. Alors accorde-leur une faveur!» Le 
prophète (H) leur dit: «Seriez-vous satisfaits si quelqu'un des 
vôtres les jugeait»? «Oui», répondirent-ils. Il reprit: «Le 
jugement sera rendu par Saad ibn Mouâth», «ça nous va» 
ajoutèrent-ils. Le Messager d'Allah (S) envoya auprès de Saad 
ibn Mouâth qui se trouvait alors à Médine faute de pourvoir 
faire le déplacement en raison de la blessure qu'il avait reçue à 
la veine médiane lors de la bataille contre les coalisés. Celui-ci 
enfourcha un âne, pour rejoindre le Messager d'Allah (S). 

A son arrivée, les Awsites se mirent à lui dire, sollicitant son 
aide: «Saad! Traite bien tes alliés! Sois clément à leur égard! car 
le Messager d'Allah (H) t'a choisi pour que tu les traites avec 
égards». Saad resta silencieux, ne leur faisant aucune réponse. 
Toutefois, lorsqu'ils l'eurent acculé, il leur dit: «Il est temps que 
Saad ne fasse l'objet d'aucun blâme dans ses rapports avec 
Allah». Ayant entendu cela, certains d'entre eux retournèrent à 
Médine annoncer la mort de Kouraidhah ligotés. Aussitôt que 
Saad l'eut rejoint le prophète (S) dit à ses compagnons: 
«Debout! Allez accueillir votre patron». Alors, les gens allèrent 
vers lui, le firent descendre de son âne puis dirent: «0 Saad! ces 
gens s'en remettent à ton jugement». Saad dit: «Mon jugement 
serait-il valable pour ceux-ci»? «Oui», répondirent-ils. Il reprit: 
«Et aussi pour les musulmans»? «Oui», répondirent-ils. Enfin, 
tournant son visage du côté du Messager d'Allah (Ô), il ajouta 
avec vénération: «Valable aussi pour celui-ci»? Le prophète (H) 
lui répondit: «Oui, valable pour moi». Ainsi Saad dit: «Donc les 
hommes, je les condamne à mort, les enfants et les femmes 
seront emmenés en captivité et les biens partagés». Sur ce, le 
Messager d'Allah (H) dit: «Tu les as jugés conformément à la 
loi qu'Allah nous impose du haut des sept cieux». Le jugement 
rendu par Saad . était très juste et équitable car Banou 
Kouraidhah, outre la trahison abominable dont ils étaient 
coupables, avaient réuni, pour exterminer les musulmans, 1500 
épées, 2000 lances, 300 cuirasses et 500 boucliers dont les uns 



429 



étaient en fer et les autres en cuir. Tout ce matériel fut récupéré 
par les musulmans après le siège. Le Messager d'Allah (iH) 
donna l'ordre d'emprisonner Banî Kouraidhah chez Bint Al- 
Hârith une femme faisant partie de Banî An-Najjar et aussi de 
creuser des fossés au marché de Médine. De même il donna 
l'ordre d'emmener les juifs groupe après groupe pour les mettre 
dans les fossés et ensuite les décapiter. 

Banou Kouraidhah qui étaient encore en prison dirent à leur 
chef Kaab ibn Asad: «Que penses-tu qu'on nous fera»? Celui-ci 
répondit: «Ne raisonnez-vous donc pas? Ne voyez-vous pas que 
ceux qui viennent vous chercher sont toujours là et que ceux 
d'entre vous qui partent ne reviennent pas? Par Allah! Ce qu'on 
va vous faire c'est vous tuer». Ces juifs dont le nombre allait de 
600 à 700 furent tous décapités. 

Voilà de quelle façon s'effectua l'extermination des vipères 
de la lâcheté et de la trahison, ceux qui avaient rompu le pacte 
ratifié et aidé les coalisés à exterminer les musulmans à un 
moment ou la situation de ceux-ci était très critique. De tels 
actes de leur part les versaient dans le lot des plus grands 
criminels de guerre qu'il convient déjuger, de condamner à mort 
et d'exécuter. 

Au nombre des exécutés se trouvait le Satan de Banî An- 
Nadir et l'un des plus grands criminels de la guerre contre les 
coalisés, Houyay ibn Akhtab, le père de Safiya, la mère des 
croyants l^.ia aJJI ^^j . Celui-ci avait rejoint Banî Kouraidhah 
dans leur forteresse après la défection des Qouraichites et des 
Ghatafân, fidèle à l'engagement qu'il avait donné à Kaab ibn 
Asad lorsque ce dernier l'avait abordé pour le pousser à la 
lâcheté et à la trahison, lors de la bataille contre les coalisés. 
Lorsqu'on l'apportait il était revêtu d'une robe dont il avait, de 
tous côtés, coupé une proportion comparable à la longueur d'un 
doigt pour ne pas en être dépouillé. Il dit au Messager d'Allah 
(Si): «Par Allah, je ne me blâme point d'avoir été hostile à ton 
égard. Toutefois, quiconque lutte contre Allah se réserve la 

430 



défaite». Ensuite il dit aux gens: «Il n'y a aucun mal au sujet 
d'Allah: un livre, un destin et une épopée qu'il a décrétée pour 
les fils d'Israël». Sur ces mots, il s'assit et fut aussitôt décapité. 

Une seule des femmes de Kouraidhah fut exécutée pour avoir 
tué Khallâd ibn Souwayd en lui jetant une meule. 

Le Messager d'Allah (H) avait donné l'ordre de tuer ceux qui 
avaient procréé et de laisser en vie ceux qui n'avaient pas 
procréé. Aussi, épargna-t-on la vie de Atiyya Al-Kouradhi qui 
faisait partie de ceux qui n'avaient pas procrée? Celui-ci 
embrassa l'Islam puis fut au nombre des compagnons. 

On mit à la disposition de Tâlib ibn Kays, Az-Zoubair ibn 
Bâta qui lui était un allié. Furent aussi mis à sa disposition sa 
famille et ses biens. Alors Tâlib ibn Kays lui dit: «Le Messager 
d'Allah (0) t'a mis à ma disposition. H a aussi mis à ma 
disposition tes biens et ta famille mais cette dernière te revient». 
Déjà au courant du massacre de sa tribu, Az-Zoubair dit: 
«Thâbit! Je te demande, par les liens qui nous unissent, de me 
faire rejoindre mes chers contribules». Sur ce, Tâlib le décapita 
et le fit rejoindre ses chers parents juifs. H devait ensuite laisser 
en vie, parmi les enfants de Az-Zoubair ibn Bâta, Abdour- 
Rahmân ibn Az-Zoubair qui finit par embrasser l'Islam et faire 
partie des compagnons. 

On mit à la disposition d'Oumm Al-Mounthir Salmâ Bint 
Kays An-Najjâriya, Rifâaa ibn Samaw-a Al-Kuoradhi qu'elle 
laissa en vie. Celui-ci finit par embrasser l'Islam et être au 
nombre des compagnons. Cette nuit-là, un groupe parmi les 
Kouraidhites se convertit à l'Islam, bien avant la reddition. 
Aussi, épargna-t-on leur sang, leurs biens, leurs enfants et leurs 
femmes. La même nuit, Amr, quelqu'un non impliqué dans les 
actes de trahison de Kouraidhah à l'égard du prophète (S) sortit 
en plein air. Il fut alors aperçu par Mohammad ibn Maslama, le 
chef de la garde prophétique qui aussitôt le laissa passer 
lorsqu'il l'eut reconnu; mais celui-ci ne savait pas où aller. Le 

431 



Messager d'Allah (H) partagea les biens de Banî Kouraidhah 
après en avoir pris le cinquième. Il réserva 3 parts au cavalier (2 
à lui et une à son cheval), et 1 part pour le fantassin. Il envoya 
une partie des captifs à Najd sous la supervision de Saad ibn 
Zayd Al-Ansâri et ceux-ci furent troqués contre des chevaux et 
des armes. Le prophète (S) se choisit parmi les femmes 
Rayhâna Bint Amr ibn Khounâka. Ensuite il l' épousa et vécut 
avec elle jusqu'au moment de sa mort. C'est en tous cas ce qu'a 
dit Ibn Ishâk. Al-Kalbi, lui, soutient que le Messager d'Allah 
(S) épousa Rayhâna après l'avoir affranchie, à la sixième année 
de l'hégire, et que celle-ci décéda alors que le prophète (S) 
revenait de son pèlerinage d'adieu et fut enterrée à Al-Bakîa. 

Etant donné le sort réservé à Banî Kouraidhah, la prière du 
vertueux serviteur, Saad ibn Mouâth (4&) avait été exaucée, 
prière déjà évoquée lors de la bataille contre les coalisés. Le 
Messager d'Allah (H) avait dressé pour celui-ci une tente dans 
la mosquée de manière à le surveiller de près. Après le 
châtiment de Banî Kouraidhah, les blessures de Saad se 
rouvrirent. A ce sujet, Aicha dit: «Ses blessures se réouvrirent, et 
son sang dégoulina vers Banî Ghifâr (qui avaient aussi une tente 
dans la mosquée). Ceux-ci dirent: «0 vous autres dans cette 
tente qu'est ce qui nous vient ainsi de vous»? Saad tout 
ensanglanté succomba à ses blessures». 

Il a été rapporté de Jâbir, dans les deux recueils de hadiths 
authentiques la parole du prophète (H) exprimée en ces termes: 
«Le trône du clément s'est balancé du fait de la mort de Saad ibn 
Mouâth». Il s'y ajoute qu'At-Tîrmithi a trouvé authentique le 
hadith rapporté par Anas en ces termes: «Lorsqu'on eut porté le 
cercueil de Saad ibn Mouâth, les hypocrites dirent: «Quel léger 
cercueil!» Ensuite, le Messager d'Allah (S) dit «C'était les 
anges qui le transportaient». Un seul musulman fut tué lors du 
siège de Banî Kouraidhah à savoir Khallâd ibn Souwayd tué par 
une femme de la tribu de Kouraidhah qui lui avait jeté une 



432 



meule. Mourut aussi lors du siège Abou Sinân ibn Mouhassin, le 
frère de Okâcha. 

S 'agissant d'Abi Loubâba, il resta attaché pendant 6 nuits. Sa 
femme venait le détacher aux heures de prière pour lui permettre 
de prier et ensuite le rattachait à la tige. Dans la suite, 
l'acceptation de son repentir fut, par merveille, révélée au 
Messager d'Allah (S) alors que celui-ci était chez Oumm 
Salama. Debout à la porte de sa chambre, Oumm Salama dit 
alors: «Réjouis-toi, ô Aba Loubâba. Allah a accepté ton 
repentir». Sur ce, les gens se précipitèrent d'aller le détacher 
mais ce dernier refusa d'être libéré de ses liens par autre que le 
Messager d'Allah (S). Celui-ci le libéra, un jour, alors qu'il s'en 
allait faire sa prière du matin. 

L'expédition contre Banî Kouraidhah eut lieu au mois de 
Thil-Kaada de l'an 5 de l'hégire. Le siège pour sa part dura 25 
nuits. Allah révéla au sujet de cette expédition contre Banî 
Kouraidhah plusieurs de versets de la sourate «les coalisés», 
mentionnant dans ces versets les péripéties de la bataille, la 
situation des musulmans et des hypocrites, la défection des 
coalisés et enfin les conséquences de la trahison des gens du 
Livre. 



433 



Les activités militaires après l'expédition Ghazwa 
contre Banî Kouraidhah 

Le meurtre de Salâm ibn Abil-Houkaik 

Salâm ibn Abil-Houkaik, surnommé Abou Râfia faisait partie 
des plus grands criminels juifs, ceux qui avaient réuni les 
coalisés contre les musulmans et qui les avaient beaucoup 
assistés matériellement et financièrement. De surcroît, il 
maltraitait le Messager d'Allah (ji). Aussi, lorsque les 
musulmans eurent achevé de châtier Banî Kouraidhah, les 
Khazrajites demandèrent-ils au Messager d'Allah (£i) la 
permission de le tuer. Etant donné que le meurtre de Kaab ibn 
Al-Achraf avait été effectué par des hommes faisant partie des 
Awsites, les Khazrajites, à leur tour, désiraient obtenir le même 
mérite ce qui les amena à se précipiter de demander une telle 
permission. Le prophète (|§) leur accorda cette permission en 
leur interdisant de tuer les enfants et les femmes. Ainsi, les 
Khazrajites s'en allèrent avec un commando de 5 hommes 
faisant tous partie de Banî Salama, une fraction d'Al-Khazraj. Ds 
étaient sous le commandement de Abdillah ibn Atik. 

Après son départ, ce commando se dirigea vers Khaybar car 
c'est là que se trouvait le château d'Abi Râfia. Lorsqu'ils se 
furent approchés du château, au coucher du soleil, alors que les 
gens étaient partis, Abdoullah ibn Atik dit à ses compagnons 
"Asseyez-vous là! Je vais faire le doux avec le portier. Peut-être 
me laissera-t-il entrer". S 'approchant de la porte, Abdoullah ibn 
'Atik se voilà à l'aide de son vêtement comme pour faire son 
besoin. Comme les gens étaient déjà entrés, le portier l'interpella 
en ces termes: "Aba Râfia! Si tu veux entrer entre! Je veux 
fermer le porte". La suite nous est raconté par l'intéressé en ces 
termes: "J'entrai pour ensuite me cacher. Le portier ferma la 
porte après que les gens fussent entrés et par la suite en accrocha 
les clés sur un piquet. Alors, je me saisis de celles-ci et rouvris 



434 



la porte. Il y avait une causerie de nuit chez Abi Râfia mais je 
maintins mon objectif. Après le départ des animateurs de la 
causerie, je montai donc vers lui, refermant hermétiquement 
toute porte par laquelle je passais. Je me dis en moi-même: les 
gens me cherchaient, ils ne sauraient me rejoindre avant que je 
ne puisse commettre mon acte. Enfin, j'atteignis l'endroit même 
où il était. H se trouvait dans une maison sombre au milieu de sa 
famille. Ne sachant où il était dans cette maison je dis: Aba 
Râfia. H répondit quelque part: Qui est-ce? Me penchant alors 
du côté d'où la voix me parvenait, je fis, étonné, partir un coup 
d'épée qui, en fait, ne servit à rien. L'homme poussa un cri. 
Alors je sortis de la maison, restai un peu à côté ensuite rentrai 
lui dire: Qu'est-ce que c'est ce bruit, Aba Râfia? Il répondit: 
Malheur à moi! quelqu'un dans la maison vient de me donner un 
coup d'épée. Alors, je lui assénai un coup d'épée qui l'écharpa 
sans le tuer, pour ensuite lui planter au ventre la pointe de mon 
épée qui lui sortit par le dos. Par cet acte je compris que j ' avais 
réussi à la tuer. Je me mis donc à descendre, rouvrant les portes 
l'une après l'autre au point de poser les pieds sur la dernière 
marche de l'escalier que je confondis avec le sol. Ce faisant je 
roulai à terre dans la nuit de cl air de lune et ma jambe se cassa. 
Bandant celle-ci à l'aide d'un turban, je progressai jusqu'à la 
porte et m'assis en me disant: Je ne quitterai pas dans la nuit 
avant d'être certain de l'avoir tué. Au champ du coq, quelqu'un 
cria du haut du mur: «Je vous annonce le meurtre d' Abi Râfia, 
le commerçant des gens de Najd». Je rejoignis mes compagnons 
et leur dis: Sauvez-vous! Allah a tué Aba Râfia». Je me 
présentai par la suite au Messager d'Allah ($|) et lui racontai 
l'événement. Celui-ci, alors me dit: «Tends ta jambe», et 
lorsque j'eus tendu la jambe, il la massa de manière à la guérir 
complètement». 

Voilà le rapport fait par Al-Boukhari sur la question. 

Pour Ibn Ishâk tous les 5 Khazrajites abordèrent Ibn Râfia et 
participèrent à son meurtre. Toutefois, le coup d'épée fatal fut 

435 



donné par Abdillah Ibn Anîs. Le rapport établit aussi qu'après 
que le meurtre fût commis dans la nuit. Abdoullah Ibn Atik se 
cassa l'une de ses jambes, et fut transporté par ses camarades. 
Arrivés à une source, ceux-ci y plongèrent, tandis qu'autour 
d'eux, les juifs, exaspérés, mettaient le feu un peu partout. Ces 
mêmes juifs devaient ensuite, désespérés de leur chasse, 
retourner auprès de leur camarade. De la sorte, les 5 Khazrajites 
s'en revinrent, transportant Abdallah Ibn Atik jusque devant le 
Messager d'Allah (f|). 

Cette Sariyya fut envoyée au mois de Thil-Qaada ou à celui 
de Thil-Hijja de l'an 5 de l'hégire. Ayant fini de régler leurs 
comptes aux coalisés et à Kouraidhah, le Messager, d'Allah (H) 
commença à dépêcher des missions punitives contre les tribus et 
les arabes dont la soumission à la paix et à la sécurité n'était 
acquise que par la force des armes. 

La Sariyya de Mohammad ibn Maslama 

C'était la première du genre depuis la fin des confrontations 
avec les coalisés et Banî Kouraidhah. Constituée de 30 
cavaliers, elle se mit en route vers Al-Kartâ, du côté de Dariyya 
situé sur les terres vierges de Najd, (à 7nuits de marche de 
Médine). Elle quitta Médina dans la dixième nuit du mois de 
Moharran de l'an 6 de l'hégire pour aller attaquer Banî Bakr ibn 
Kilâb. Ceux-ci ayant alors pris la fuite, ils se chargèrent de butin 
et rentrèrent à Médine à la 29 e nuit de Moharram, ramenant avec 
eux Thoumâma ibn Athâl Al-Hanafi, le chef de Banî Hanifa. 
Celui-ci était sorti incognito pour assassiner le prophète (H) sous 
l'ordre des Musaylima le menteur. Toutefois, les musulmans le 
capturèrent et, une fois à Médine, l'attachèrent solidement à l'un 
des troncs d'arbre de la mosquée. Ensuite, le prophète (H) vint 
parler à l'homme en ces termes: «Comment vas-tu Thoumâma»? 
Celui-ci répondit: «Je vais bien, Mohammad! Si tu me tues, tu 
auras tué quelqu'un du même sang que toi, si tu me laisses en 
vie, je t'en serai reconnaissant. Si c'est de l'argent que tu veux, 
demandes-en et tu en auras abondamment». Le prophète (H) le 

436 



quitta pour ensuite revenir lui poser la même question et 
recevoir la même réponse. Passant devant lui une troisième fois, 
il dit (après lui avoir posé la même question et reçu la même 
réponse): «Libérez Thoumâma». Dès qu'il fut libéré, l'homme 
s'en alla sous un palmier proche de la mosquée, se baigna puis 
revint embrasser l'Islam. Par la suite il dit: «Par Allah! Aucun 
visage au monde ne m'était plus haïssable que le tien que je 
considère à présent comme le plus aimable de tous! Par Allah! 
Aucune religion au monde ne m'était plus haïssable que la 
tienne que je considère à présent comme la plus aimable de 
toutes! Tes cavaliers m'ont capturé alors que je voulais faire le 
petit pèlerinage (la Oumra). 

Sur ces mots, le Messager d'Allah (il) lui fit bon présage et 
ensuite lui ordonna d'aller effectuer la Oumra (le petit pèlerinage). 
Celui-ci s'en alla à la Mecque où les Kouraichites, lui dirent: «Tu 
es devenu Sabéen, Thoumâma». Alors, il répondit: Non! Par 
Allah ! Je me suis plutôt converti à la religion de Mohammad (il). 
Par Allah! désormais, aucun grain de froment ne vous parviendra 
de Yamâma, si ce n'est après autorisation du Messager d'Allah 
(H) Yamâma était à l'époque la source d'approvisionnement de la 
Mecque. Dès son arrivée à Yamâma, Thoumâma interdit tout 
transport de froment en direction de la Mecque. Eprouvés par le 
boycott, les Mecquois adressèrent une lettre au Messager d'Allah 
(il) lui demandant par les liens de parenté qui les unissaient à lui, 
d'écrire à Thoumâma pour faire cesser le blocus. Leur demande 
fut satisfaite. 

L'expédition Ghazwa contre Banî Lihyân 

Banou Lihyân étaient ceux qui, à Ar-Rajia, avaient trahi dix 
des compagnons du prophète (H) et provoqué leur exécution. A 
l'époque, le Messager d'Allah (H) voyant que leur demeure était 
située à l'intérieur du Hijâz, à la frontière de la Mecque et que 
des actes de vengeance ne cessaient d'être développés par les 
Kouraichites et les bédouins, à rencontre des musulmans, s'était 
abstenu de les poursuivre jusque sur leur terroir avoisinant celui 

437 



de ses plus grands ennemis. Cependant, après la défection, le 
découragement et la relative soumission des coalisés, c'était 
pour le Messager d'Allah (S) le moment de s'attaquer à Banî 
Lihyân pour venger ses compagnons assassinés à Ar-Rajia. 
Ainsi, se dirigea-t-il vers eux au mois de Rabia Al-Awwal ou de 
Joumâdâ Al-Oula de l'an 6 de l'hégire, à la tête de 200 de ses 
compagnons, se faisant remplacer à Médine par Ibn Oumm 
Maktoum. Au départ, il donna l'impression d'aller en Syrie. Par 
la suite il accéléra sa marche au point d'atteindre Batn Gharrân, 
une vallée située entre Amj et Osfân (là où l'on avait tué ses 
compagnons). Là, il se recueillit et pria pour le repos de l'âme 
des martyrs. Mis au courant de sa présence, Banî Lihyân, 
fugitifs, allèrent se réfugier sur les sommets des montagnes; nul 
d'entre eux n'a été capturé. Le Messager d'Allah (H) resta 
pendant deux jours sur leur terroir envoyant des Sariyyas mais 
celles-ci ne parvinrent pas à capturer les fugitifs. E poursuivit 
ensuite sa marche vers Osfan et envoya 10 cavaliers à 
l'extrémité d'Al-Ghamim pour se faire entendre des 
Kouraichites. Par la suite, il rentra à Médine, après 14 nuits 
d'absence. 

Continuation de l'envoi des missions et des Sariyyas 

Suite à ces événements, le Messager d'Allah (H) continua 
d'envoyer des missions et des Sariyyas. Le résumé de celles-ci 
se conçoit ainsi qu'il suit: 

1. La Sariyya de Okacha ibn Mouhassin à Al-Ghamr 

Elle eut lieu au mois de Rabia Al-Awwal ou de Rabia Al- 
Akhir de l'an 6 de l'hégire. A l'occasion, Okacha, accompagné 
de 40 hommes se rendit à Al-Ghamr, un point d'eau appartenant 
à Banî Asad. Les ennemis prirent la fuite laissant derrière eux 
200 chameaux dont s'emparèrent les musulmans. 

2) La Sariyya de Mohammad ibn Maslama à Thil-Koussa 



438 



Elle eut lieu dans le courant du mois de Rabia Al-Awwal ou 
de Rabia Al-Akhir de l'an 6 de l'hégire. Ibn Maslama sortit en 
compagnie de 10 hommes pour se rendre à Al-Kassa, lieu de 
résidence de Banî Thaalaba. A l'occasion, ceux-ci se mirent à 
l'affût et attendirent que les musulmans se furent endormis pour 
les tuer, à l'exception d' Ibn Maslama qui fut blessé mais quand 
même réussit à s'échapper. 

3. La Sariyya d'Abi Obayda ibn Al-Jarrah à Thil-Kassa 

Elle eut lieu dans le courant du mois de Rabia Al-Awwal de 
l'an 6 de l'Hégire. Abou Obayda fut envoyé par le Messager 
d'Allah (§g) suite au meurtre des compagnons de Mohammad 
ibn Maslama. Celui-ci sortit en compagnie de 40 hommes, en 
direction de l'endroit où les musulmans avaient été tués. Après 
toute une nuit de marche, ils surgirent au matin, chez Banî 
Thaalaba qui s'enfuirent dans les montagnes. Les musulmans 
capturèrent un seul homme parmi eux et s'en retournèrent avec 
du butin. 

4. La Sariyya de Zayd ibn Haritha à Al- Jamoum: 

Elle eut lieu dans le courant de Rabîa Al-Akhir de l'an 6 de 
l'hégire. Al- Jamoum était un point d'eau situé à Marr A- 
Dhahrân et appartenant à Banî Salim. Zayd sortit contre ceux-ci 
et put capturer une femme en provenance de Mazina connue 
sous le nom de Halima. Celle-ci montra à Zayd et à ses 
compagnons là où se cachaient Banî Salim et ce faisant leur 
permit de ramasser du butin et de capturer des prisonniers. 
Lorsqu'à son retour à Médine Zayd se fut présenté avec le butin, 
le prophète ($|) affranchit Halima et ensuite l'épousa. 

5. La Sariyya de Zayd ibn Haritha à Al-Is 

Elle eut lieu dans le courant de Joumada Al-Oula (an 6 de 
l'hégire). Zayd, à l'occasion, sortit avec 170 cavaliers et 
s'empara des biens de la caravane de Kouraich conduite par 
Aboul-As, le gendre du Messager d'Allah OU). Réussissant à 



439 



s'échapper, Aboul-As alla solliciter la protection de Zaynab , 
demandant à celle-ci d'intervenir, auprès de son père, le 
Messager d'Allah (M) pour se faire rendre par celui-ci les biens 
de la caravane. Zaynab intervint et le prophète (H) demanda aux 
gens de bien vouloir rendre les biens en question sans toutefois 
les y contraindre. Ainsi, tous les biens furent rendus, après quoi 
Aboul-As s'en retourna à la Mecque, rendit les biens à qui de 
droit embrassa l'Islam puis émigra. A son retour à Médine, le 
Messager d'Allah (M) lui rendit Zaynab, sur la base du premier 
contrat de mariage qui remontait à trois ans et demi, comme en 
attestent les dispositions du hadith authentique. Il la lui rendit 
sur la base du premier contrat de mariage parce que le verset 
interdisant les musulmans aux infidèles n'était pas encore 
révélé. Pour ce qui est du hadith dans lequel il est dit que 
Zaynab a été rendue à Abil-As conformément à un nouveau 
contrat de mariage ou après une période de 6 ans, il ne se fonde 
sur rien de juste, y compris sa chaîne de transmission. Ce qu'on 
constate de bizarre chez ceux qui s'accrochent à ce faible hadith 
est qu'ils soutiennent qu' Aboul-As s'est converti à l'Islam à la 
fin de l'an 8 juste avant la conquête de la Mecque pour ensuite 
se contredire, et dire que Zaynab est morte à la fin de l'an 8. 
Nous nous sommes déjà quelque peu étendus sur cette question, 
lors de notre commentaire de Boulou gh Al-Marâm. Mousa ibn 
Okba en est venu à dire que cet événement se produisit à l'an 7 
de l'hégire de la part d'Abi Basir et de ses compagnons; 
toutefois, une telle version ne recoupe ni le contenu du hadith 
authentique, ni celui de hadith faible. 

6. La Sariyya de Zayd à At-Tarf (ou At-Tark): 

Elle eut lieu dans le courant du mois Joumada Al-Akhira de 
l'an 6 de l'hégire. Zayd sortit en compagnie de 5 hommes et se 
rendit chez Banî Thaalaba. Ceux-ci prirent la fuite, craignant 
d'être attaqués par le Messager d'Allah (H). Les musulmans 
s'emparèrent alors d'un butin de 20 chameaux. Zayd et ses 
hommes s'absentèrent de Médine pendant 4 nuits. 



440 



7) La Sariyya de Zayd à Wâdi Al-Kouf a 

Elle eut lieu dans le courant du mois de Rajab de l'an 6 de 
l'hégire. A l'occasion, Zayd sortit en compagnie de 12 hommes 
et se rendit à Wâdi Al-Koura pour se rendre compte des 
déplacements de l'ennemi, si toutefois celui-ci s'y trouvait. Les 
habitants de Wadi Al-Koura attaquèrent les musulmans et 
tuèrent 9 d'entre eux. Les 3 autres comprenant Zayd ibn Haritha 
s'échappèrent. 

8. La Sariyya d'Al-Khabt 

On dit qu'elle eut lieu dans le courant du mois de Rajab de 
l'an 8 de l'hégire, mais le contexte de sa production montre 
plutôt quelle eut lieu avant Al-Houdaybiyya. A ce sujet, Jabir 
dit: «Le prophète (il) nous envoya avec 300 cavaliers. Sous le 
commandement d'Abi Obayda ibn Al-Jarrah, nous étions 
chargés d'observer une caravane appartenant à Kouraich. A 
l'occasion, une faim violente nous tenailla tant et si bien que 
nous fûmes obligés de nous nourrir de Khabt (fruits gaulés). 
Notre armée en fut amenée à être appelée «Armée d'Al Khabt». 
Ensuite, quelqu'un égorgea trois moutons, puis égorgea trois 
autres moutons, et encore trois autres moutons mais Abou 
Obayda lui interdit de continuer. Par la suite, la mer rejeta, à 
notre profit, un animal dénommé «cachalot» ' et dont nous 
mangeâmes pendant 15 jours. Nous en utilisâmes tellement la 
graisse comme pommade que nos corps s'en trouvèrent 
raffermis et bien portants. Abou Obayda prit une des côtes du 
cachalot et fit passer en dessous le plus grand des chameaux 
monté parle soldat le plus grand de l'armée, du point de vue de 
sa taille. Ensuite, munis d'une provision de la viande du cachalot 
coupée en tranches et séchées, nous rentrâmes à Médine où nous 
rapportâmes l'événement au Messager d'Allah (§§). Celui-ci dit: 
«C'est un moyen de subsistance qu'Allah vous a fait sortir de la 
mer! Avez-vous quelque chose de la viande de ce cachalot? Je 



441 



veux en manger! Nous lui fîmes alors parvenir une partie de la 
viande». 

A ce propos nous disons que le contexte des faits montre bien 
que la Sariyya en question a eu lieu avant Al-Houdaybiyya car 
les musulmans avaient cessé de s'attaquer aux caravanes de 
Kouraich, après la réconciliation d' Al-Houdaybiyya. 



442 



L'expédition Ghazwa contre banîl-Moustalak (ou 
Ghazwat Al-Mouraysîa) 

(Au cours du mois de Chaaban de l'an 5 ou 6 de l'hégire) 

Cette expédition, quoique restreinte d'un point de vue 
militaire, fut le théâtre d'événement à l'origine d'un certain 
nombre de perturbations et de troubles dans la société islamique. 
Du même coup elle aboutit au déshonneur des hypocrites et 
aussi à des législations d'appoint donnant à la société islamique 
une image particulière de noblesse, de dignité et de pureté 
spirituelle. Nous allons tout d'abord faire le récit, de la Ghazwa 
avant de faire état des dits événements. 

La Ghazwa eut lieu dans le courant du mois de Chaaban 
de l'an 5 de l'hégire si l'on en croit la majorité des biographes 
{khi As-Siyar), dans le courant du mois de Chaaban de l'an 6 de 
l'hégire (selon Ibn Ishak). Pour la cause, le prophète (0) un jour, 
fut informé que le chef de Banil-Moustalak Al-Hârith ibn Abi 
Dirar, avait mobilisé sa tribu et ses alliés parmi les arabes pour 
s'attaquer au Messager d'Allah (§g). Par réaction à la nouvelle il 
envoya Bourayda ibn Al-Hasîb enquêter à ce sujet. Celui-ci se 
rendit chez les ennemis, rencontra Al-Hârith ibn Abi Dirar à qui 
il eut à parler avant de revenir informer le Messager d'Allah (H) 
des résultats de l'enquête. Ayant reçu confirmation de la 
nouvelle, celui-ci mobilisa ses compagnons et aussitôt se mit en 
route, le 2 du mois de Chaaban. Un certain nombre d'hypocrites 
n'ayant jamais participé aux expéditions antérieures étaient au 
nombre des partants. Le Messager d'Allah (H) se fit remplacer à 
Médine par Zayd ibn Hâritha. Toutefois certains disent que le 
remplaçant fut Abou Tharr alors que d' autres avancent.le nom 
de Noumaila ibn Abdillah Al-Laythi. 

Al-Hârith ibn Abi Dirar avait recruté un espion chargé de lui 
apporter les nouvelles de l'armée des musulmans. Ceux-ci, 
cependant, capturèrent l'espion et le tuèrent. Mis au courant de 

443 



la marche du Messager d'Allah (if) et du meurtre de l'espion, 
Al-Hârith ibn Abi Dirar et ses compagnons eurent terriblement 
peur. Leurs partenaires arabes les quittèrent. Peu après, le 
prophète (Jg) parvint à Al-Mouraysia un point d'eau appartenant 
à la tribu et situé du côté de Kadîd, vers la côte. Dès leur arrivée, 
les musulmans s'apprêtèrent à combattre, mis en ordre par le 
Messager d'Allah (SI). Le drapeau des Mouhâjirînes fut confié à 
Abi Bakr As-Siddik et celui des Anâr, àSaadibn Oâda.. Les 
deux armées échangèrent des tirs de flèches pendant une heure. 
Ensuite le prophète (il) donna l'ordre de charger comme un seul 
homme, ce qui eut pour conséquence, la victoire des musulmans 
et la mise en déroute des associateurs dont plusieurs furent tués. 
Le prophète (SI) constitua prisonniers les enfants, et les femmes 
et put ramasser du butin. Il n'y eut qu'un seul tué du côté des 
musulmans celui-ci fut tué par quelqu'un des Ansar qui le 
prenait pour un ennemi, à en croire la version des 
expéditionnaires et des biographes. A cet égard, Ibn Ishâk dit: 
«Ce n'est que de la pure conjecture, car il n'y eut point de 
combats entre les deux armées. Tout ce qu'il y a c'est que les 
musulmans ont attaqué l'ennemi, au point d'eau, constituant 
prisonniers les enfants et les femmes et mettant la main sur les 
biens, comme le note si bien le hadîth authentique. «Le 
Messager d'Allah (ft) attaqua Banil-Moustalak qu'il trouva 
perplexes! (Il cita ensuite le hadîth)». Il y avait au nombre des 
prisonniers Jouwayriyya, la fille d' Al-Hârith, le chef de la tribu. 
Celle-ci tomba dans le lot de Thâbit ibn Kays qui lui fixa le 
montant de la rançon exigée pour sa mise en liberté. Alors le 
Messager d'Allah (M) paya pour elle la rançon et ensuite 
l'épousa. En raison de ce mariage, les musulmans affranchirent 
cent personnes ayant embrassé l'Islam parmi Banil-Moustalak, 
disant à cet égard: «Ce sont les beaux frères du Messager 
d'Allah (il)» Quant aux événements qui se sont produits au 
cours de cette Ghazwa, les facteurs principaux en étaient le chef 
des hypocrites (Abdoullah Ibn Oubay) et ses compagnons dont 



444 



nous allons tout d'abord exposer les agissements au sein de la 
société islamique. 

Rôle des hypocrites avant la Ghazwa de Banil-Moustalak 

Nous avons plusieurs fois mentionné que Abdoullah ibn 
Oubay nourrissait une haine viscérale contre l'Islam et les 
musulmans, surtout contre le Messager d'Allah (i§). En effet, 
Al-Aws et Al-Khazraj ayant tous reconnu l'autorité de celui-ci 
après leur conversion à l'Islam s 'étaient détournés d' Ibnj Oubay 
qui en vint à estimer que le prophète (ft) avait usurpé son 
pouvoir. L'associateur fit connaître sa haine dès le début de 
l'hégire avant sa soi-disant conversion à l'Islam. Un jour, avant 
cette soi disant conversion, le Messager d'Allah (fî) monté sur 
un âne pour aller visiter Saad ibn Obada, passa près d'un groupe 
de gens parmi lesquels se trouvait Abdoullah ibn Oubay. Alors 
ce dernier, se voilant le nez lui dit: «Ne nous couvre pas de 
poussière». Aussitôt le Messager d'Allah (fî) récita le Coran 
pour le groupe, mais l'associateur ajouta: «Reste chez toi! Ne 
nous obnubile point». Voilà quels étaient les comportements 
d'Ibn Oubay avant sa soi-disant conversion à l'Islam. Après une 
telleconversion faite après la bataille de Badr, l'homme était 
toujours un ennemi d'Allah, du Messager d'Allah et des 
croyants. Il ne pensait qu'à disperser la société islamique et à 
affaiblir l'autorité de l'Islam. A cette fin, ses alliés étaient les 
ennemis des musulmans. Intervenu dans l'affaire de Banî 
Kaynokâa comme nous l'avons déjà dit, il devait aussi, à Ohod, 
commettre un acte de trahison, chercher à diviser les musulmans 
et à introduire dans leurs rangs le désarroi et la confusion, 
comme nous l'avons déjà vu. 

L'une des subtilités de la ruse et de la duplicité de cet 
hypocrite à l'égard des musulmans, après sa soi-disant 
conversion à l'Islam, était de se lever pour dire, lors des prières 
du vendredi, au moment même où le Messager d'Allah (il) 
s'asseyait pour prononcer son sermon: «L'homme devant vous 
est le Messager d'Allah (S). C'est par lui qu'Allah vous honore 

445 



et vous renforce. Apportez lui aussi bien votre secours que votre 
assistance. Ecoutez-le et obéissez-lui». Sur ces mots, il 
s'asseyait. Alors le prophète (M) se levait pour faire entendre son 
sermon. Le cynisme de cet hypocrite le porta aussi, à l'occasion 
de la première prière du vendredi, après la bataille d'Ohod, à se 
lever, pour tenir les mêmes propos qu'auparavant, nonobstant ce 
qu'il avait commis comme perversion et comme trahison. Alors, 
le tirant par les vêtements, les musulmans lui dirent: «Assieds- 
toi ennemi d'Allah! Tu n'es point apte à cela, après tout le mal 
que tu as fait». Cela dit, l'hypocrite sortit, traversa les rangs des 
fidèles en disant: «Tout se passe comme si j'ai dit quelque chose 
de grave». Quelqu'un faisant partie des Ansar le croisa à la porte 
de la mosquée et lui dit: «Malheur à toi! Retourne demander 
pardon au Messager d'Allah (M)»- Il fit remarquer: «Par Allah! 
Je ne désire pas qu'il me pardonne». Abdoullah ibn Oubay était 
en contact avec Banî An -Nadir avec qui il complotait contre les 
musulmans, allant même jusqu'à leur dire: «Si vous êtes 
expulsés nous vous suivrons et si vous êtes combattus, nous 
serons à vos côtés». De même, lui et ses compagnons avaient 
commis, lors de la bataille contre les coalisés, ce qu'Allah nous 
raconte dans la sourate des coalisés, comme actes destinés à 
semer le trouble et la discorde, à jeter de la peur et de la crainte 
dans les cœurs des musulmans: Versets allant de «Les 
hypocrites et ceux de faibles conviction murmuraient: ce n'était 
donc que chimères ce qu'Allah et Son Messager nous avaient 
promis» à 



«Us s'imaginent toujours que les coalisés n'ont pas levé le 
siège. Mais, même si l'ennemi reparaissait maintenant, ces 

446 



faux croyants aimeraient plutôt, alors, se trouver dans le 
désert, parmi les nomades, quitte à demander de vos 
nouvelles. Fussent-ils d'ailleurs parmi vous, ils n'auraient 
que fort peu combattu». (33:20). 

Toutefois, tous les ennemis de l'Islam (juifs, hypocrites et 
associateurs), savaient pertinemment que la victoire de l'Islam 
n'était due, ni à une supériorité au plan matériel, ni aune 
multitude d'armes et de combattants. La cause en était plutôt les 
valeurs morales et les idéaux dont jouissait la société islamique 
et aussi l'attachement à l'Islam de tous ceux qui le professaient. 
Les ennemis savaient donc que la source de ce grand 
rayonnement était le Messager d'Allah (H) qui, de manière 
inimitable s'identifiait à de telles valeurs. 

Us savaient aussi, après 5 années de guerres, que la 
suppression de l'Islam et des musulmans s'avérait impossible, 
du point de vue militaire. Aussi, décidèrent-ils de se lancer dans 
une vaste campagne contre la morale et les traditions islamiques, 
de tenir pour première cible d'une telle campagne mensongère la 
personnalité du Messager d'Allah (fi). Etant donné que -les 
hypocrites constituaient la cinquième colonne dans les rangs des 
musulmans et qu'ils étaient originaires de Médine, il leur était 
possible de prendre contact avec ces musulmans et, à chaque 
instant, de heurter leurs sentiments. La campagne était 
orchestrée par ces hypocrites à la tête desquels se trouvait 
Abdoullah Ibn Oubay. 

Une. telle stratégie de leur part apparut au grand jour lorsque 
le Messager d'Allah (<i) épousa la mère des croyants Zaynab 
Bint Jahch après que l'eût divorcée Zayd ibn Hâritha. A 
l'époque, les arabes, considérant le fils adoptif, comme propre 
fils, tenaient pour inceste le mariage de tout homme avec l' ex- 
femme de son fils. Aussi, après le mariage du prophète $i) avec 
Zaynab, les hypocrites trouvèrent-ils, selon leurs prétentions, 
deux failles leur permettant de provoquer des troubles, des 
dissensions et des désordres contre le prophète (i§): 

447 



Première faille: La femme qu'il venait d'épouser (Zaynab) 
en était une cinquième, or le Coran n'autorise pas à dépasser 
quatre femmes. Comment un tel mariage pouvait-il donc être 
valable? 

Deuxième faille: Zaynab était la femme de son fils Zayd, 
puisque celui-ci avait été adopté par lui, en conséquence de quoi 
le mariage figurait un péché grave, selon la tradition des arabes. 
Tout cela les porta à intensifier la campagne, apportant dans ce 
cadre, différents contes et légendes. Ils disaient: «Mohammad a 
vu Zaynab et, soudain, ravi par sa beauté, tomba amoureux 
d'elle, la portant dans son cœur. Son fils Zayd s'en rendant 
compte, quitta la femme pour lui». Ils répandirent tellement ces 
différentes assertions mensongères que les livres de Tafsîr et de 
hadîth en ont jusqu'ici gardé les traces. Ces campagnes de 
dénigrement exercèrent un grand effet sur les musulmans de 
faible conviction tant et si bien que le Coran descendit sous la 
forme de versets évidents et propres à guérir les cœurs. 

Ce qui montre l'envergure de la campagne de dénigrements 
est qu'Allah ouvre la sourate des coalisés en ces termes: 

«Prophète! Sois pieux envers Allah! N'obéis ni aux 
mécréants ni aux hypocrites! Allah est Omniscient et 
Sage». (33:1). 

Voilà en bref, des indications de ce que firent les hypocrites 
avant l'expédition Ghazwa contre Banîl-Moustalak et que le 
prophète (M) supporta avec patience, souplesse et bonté. La 
plupart des musulmans se prémunirent contre de tels 
agissements ou les supportèrent avec patience car, ils avaient 
tant de fois subi l'affront des hypocrites, comme nous le précise 
le Coran. «Ne voient-ils pas que chaque année ils se trouvent 

448 



soumis à une telle ou deux épreuves, sans qu'ils songent pour 
autant à se convertir et à méditer la leçon? » (9: 126). 

Rôle des hypocrites dans l'expédition Ghazwa contre les 
Banîl-Moustalak 

En participant à l'expédition Ghazwa contre Banîl- 
Moustalak, les hypocrites illustrèrent la parole du Très-Haut 
exprimés en ces termes: 



«S'ils étaient d'ailleurs partis avec vous, ils n'auraient fait 
qu'accroître vos embarras et susciter le désordre dans vos 
rangs». (9:47). 

Compétissant pour le mal, les hypocrites provoquèrent de 
violentes perturbations dans les rangs des musulmans et aussi 
une abominable campagne de dénigrement contre le prophète 
(H). Nous allons sur ce point apporter quelques illustrations. 

1. Propos des hypocrites: «Si nous retournons à Médine 
les plus puissants en expulseront les plus faibles». 

Au terme de l'expédition, le Messager d'Allah ($g) séjourna à 
Al-Mouraysia et à un moment du séjour, les serveurs allèrent 
chercher de l'eau. Omar ibn Al-Khattab avait un serviteur du 
nom de Jahjâh Al-Ghifâri. Celui-ci, au point d'eau, se battit avec 
Sinân ibn Wabr Al-Jouhani et appela les Mouhajirin à son 
secours. Al-Jouhani, de son côté, appela les Ansârs à son 
secours. Alors, le Messager d'Allah ($§) dit: «Allez-vous vous 
quereller comme à l'époque pré-islamique en ma présence? 
Cessez cette querelle. Elle est pourrie». Mis au courant de cela, 
Abdoullah ibn Oubay Ibn Saloul, entouré d'un groupe de gens 
faisant partie de sa tribu et comprenant Zayd ibn Arkam, un 

449 



jeune garçon, dit: «Et pourtant ils se sont querellés avec nous, 
nous ont repoussés au point d'être plus nombreux que nous dans 
notre propre pays. Mais, par Allah si nous retournons à Médine, 
les plus puissants en expulseront les plus faibles». Cela dit, il se 
tourna vers son entourage disant: «Voilà ce que vous-mêmes, 
vous avez fait. Vous les avez laissés s'implanter dans votre pays 
et partager vos biens. Mais, par Allah si vous leurs coupiez les 
vivres, ils s'en iraient ailleurs». 

Zayd ibn Arkam alla rapporter de tels propos à son oncle 
paternel qui, à son tour, alla en informer le Messager d'Allah 
G£g) en présence de qui il y avait Omar ibn Al-Khattab. A cet 
égard, Omar dit: «Donne à Abbâd ibn Bichr l'ordre de le tuer». 
Le prophète (H) dit: «Que faire, Omar lorsque les gens diront 
que Mohammad tue ses compagnons? Non! Annonce plutôt le 
départ». Et cela à une heure où le Messager d'Allah (H) n'avait 
pas l'habitude de voyager. Toutefois les gens levèrent le camp. 
Après son départ, le prophète (H) rencontra Ousaid ibn Houdair 
qui, après l'avoir salué, lui dit: «Tu voyages de bonne heure 
n'est-ce pas?». H lui répondit: «N'es-tu pas au courant de ce qu'a 
dit votre homme? (Abdoullah ibn Oubay)? "Qu'a-t-il dit?" 
s'enquit Ousayd. H reprit: «ïï prétend que s'il retourne à Médine, 
les plus puissants en expulseront les plus faibles». Alors Ousayd 
dit: «C'est toi, le Messager d'Allah qui l'en expulseras si tu le 
veux. Par Allah! c'est lui le faible et c'est toi le puissant» 
Ensuite il ajouta: "Ô Messager d'Allah! Aie pitié de lui! Toi, 
c'est Allah qui nous t'envoie. Lui, il se comporte de la sorte 
avec ses hommes parce qu'il pense que tu lui as ravi son 
pouvoir». Ensuite, en compagnie de ses hommes, le prophète 
(H) se mit à marcher jusqu'au lendemain vers midi. Alors il fit 
halte et les gens, une fois à terre se mirent à dormir: son objectif 
en cela était de les détourner de toute discussion. Quant à Ibn 
Oubay, il se présenta au Messager d'Allah (f|) dès l'instant où il 
sut que Zayd ibn Arkam avait informé le prohète des propos 
qu'il avait tenus. Se mettant alors à jurer sur Allah, il dit: «Je ne 



450 



lui ai rien dit. Je ne lui ai pas parlé». Ceux présents parmi les 
Ansar dirent: «Messager d'Allah! Il se peut que le garçon ait été 
induit en erreur et qu'il ait mal compris ce que l'homme lui 
disait». Cela dit, le prophète (M) tint Ibn Oubay pour sincère. 
Racontant plus tard l'événement Zayd dit: «Rempli d'un chagrin 
que je n'avais jamais eu auparavant, je restai chez moi. Ensuite 
Allah révéla de «Lorsque les hypocrites viennent te voir» à «ce 
sont eux qui ont donné cette consigne aux Médinois: Que l'on 
coupe les vivres aux émigrés de l'entourage du prophète, on les 
fera ainsi disperser» et «les plus puissants en expulseront les 
plus faibles», (les hypocrites: 1-8). Sur ce le Messager d'Allah 
(cl) fit appeler Zayd et, après lui avoir lu les versets lui dit: 
«Allah a confirmé la véracité de tes paroles». Le fils de 
l'hypocrite, Abdoullah ibn Abdillah ibn Oubay était quelqu'un 
de vertueux, faisant partie des meilleurs compagnons. 
Désavouant alors son père il alla l'attendre à l'entrée de Médine, 
son sabre tiré au clair. A l'arrivée de celui-ci, il lui parla en ces 
termes: «Par Allah! Tu ne passeras que si le Messager d'Allah 
(H) t'y autorise car c'est le puissant et toi, tu es le faible». Le 
prophète (H) ayant ensuite autorisé l'hypocrite à entrer, le fils 
céda le passage. Abdoullah ibn Abdillah ibn Oubay avait déjà dit 
au Messager d'Allah (fg): «Si tu veux le tuer, donne-moi l'ordre 
de le faire. Par Allah! Je t'apporterai, ici, sa tête!» 

2. Le propos mensonger 

Au cours de cette expédition eut lieu l'histoire de la 
propagation du mensonge (Al-Ifk ) relatif à Aicha, qui à la suite 
d'un tirage au sort, avait été amenée à accompagner le Messager 
d'Allah (H) lors de l'expédition, car celui-ci avait l'habitude, 
toutes les fois qu'il sortait, de désigner par tirage au sort celle de 
ses femmes devant l'accompagner. En revenant d'une telle 
expédition, les musulmans en arrivèrent à camper quelque part, 
ce qui permit à Aicha d'aller régler un besoin. Ayant perdu un 
collier que sa sœur lui avait prêté, elle retourna le chercher à 
l'endroit où elle l'avait perdu. Au moment du départ, les gens 



451 



qui se chargeaient de porter son palanquin transportèrent celui-ci 
tout en la croyant à l'intérieur: ils ne firent pas attention à la 
légèreté du palanquin que, du reste, pouvait porter un ou deux 
d'entre-eux. Aicha s'en retourna et put retrouver le collier dans 
l'un des campements, où, ensuite, elle resta, seule, dans l'espoir 
que les gens constateraient son absence et viendraient la 
chercher. Toutefois, Allah aux mystères insondables^ lui qui 
dirige, à sa guise les affaires du haut de son trône, la poussa à un 
sommeil dont elle ne se réveilla qu'au bruit de la voix de Safwân 
ibn Al-Mouaattal!. Celui-ci dit: «Certes nous appartenons à 
Allah à qui nous retournerons! Qu'est-ce que je vois? la femme 
du Messager d'Allah (§g)?». Safwân avait été écarté de l'armée 
dans la mesure où il dormait trop. Dès qu'il vit Aicha, il la 
reconnut parce qu'il, la voyait souvent avant la révélation au 
sujet de l'obligation du port du voile. Alors il prononça la 
formule d'Istarjâ' «innâ lillâhi wa innâ ilayhi râjioune» (Certes, 
nous appartenons à Allah à Qui nous retournerons) et fit 
s'agenouiller sa monture près d'elle pour lui permettre de 
monter. Pas une seule fois il ne lui parla. Aicha n'entendit de lui 
que la formule d'Istarjâ'. Par la suite, Safwân la mena jusqu'à 
l'armée qui, elle, avait campé vers midi. Au vu de cela, les 
commentaires allèrent bon train. Alors Abdoullah ibn Oubay, le 
vicieux ennemi d'Allah trouva de quoi faire parler son 
hypocrisie et sa jalousie.- JQ se mit à fomenter et à diffuser un 
mensonge le rapprochant de ses compagnons. Parvenus à 
Médine les fomentateurs du mensonge s'étendirent sur le sujet. 
Le Messager d'Allah {%) fut d'abord silencieux, mais ensuite se 
décida à consulter ses compagnons sur l'absence de Aicha du 
fait que la révélation s'était longtemps arrêtée. Alors, Ali, de 
manière indirecte, lui suggéra de la quitter pour épouser une 
autre femme. Osâma et d'autres lui demandèrent de la garder, et 
de ne pas faire attention aux propos des ennemis. Après cela, le 
Messager d'Allah (H) monté sur le Mimbar (tribune) demanda à 
Allah de le préserver de Abdillah ibnJDubay. Sur ce, Ousayd ibn 
Houdair, le chef d'Al-Aws fit connaître son désir de tuer 

452 



l'hypocrite, mais Saad ibn Obâda, le chef d'Al-Khazraj, tribu 
dont se réclamait Ibn Oubay, s'opposa à cela, au nom de la 
solidarité tribale. Les deux chefs échangèrent des propos de 
nature à échauffer les deux tribus. A ce niveau, le prophète ($|) 
les calma et parvint à les réduire au silence. 

Quant à Aicha, elle fut malade pendant un mois après son 
retour. Elle ne savait absolument rien du mensonge qu'on 
propageait à son égard. Toutefois, elle constatait que le prophète 
(H) n'avait plus envers elle la tendresse qu'elle lui connaissait 
dans ses moments de souffrance. Lorsqu'elle eut récupéré ses 
forces, elle sortit, une nuit, en compagnie d'OumrnMousattah 
pour aller à la selle. Alors, celle-ci buttant sur sa robe, se mit à 
maudire son fils. Aicha, désapprouvant cela de sa part, lui 
raconta toute l'histoire. A son retour, Aicha obtint du Messager 
d'Allah (H) la permission de faire venir ses parents pour tirer la 
question au clair. Elle perdit son sommeil pendant une journée et 
deux nuits au cours desquelles on eût dit que ses pleurs allaient 
l'emporter. Sur ces entrefaites arriva le prophète (j§) qui, après 
avoir récité la formule de profession de foi dit: «A présent, 
Aicha, on m'a dit ceci et cela à ton sujet. Si tu es innocente, 
sache qu'Allah le prouvera. Par contre, si tu as commis un 
péché, demande pardon à Allah, et repens-toi devant lui car, U 
accepte le repentir de tout serviteur qui, après avoir commis un 
péché, s'en repent devant lui». Sur ces mots, Aicha sécha ses 
larmes et demanda à chacun de ses deux parents de répondre. 
Ensuite, constatant que ceux-ci ne savaient quoi répondre, elle 
s'exprima en ces termes: «Par Allah! Je sais que vous avez 
appris ce mensonge et que vous y avez cru. Or, à ce sujet, si je 
vous dis que je suis innocente et Allah sait que je le suis, vous 
ne me croirez pas. Par contre, en reconnaissant devant vous 
avoir fait une chose qu'en vérité je n'ai point faite - et Allah le 
sait bien, vous me croirez à coup sûr. Ceci étant, je ne puis par 
Allah vous répondre que par la parole de mon père Yousouf. 
«Mais je m'y résigne dignement. Allah m'aidera à supporter vos 



453 



assertions». (Yousouf: 18). Sur ces mots, elle alla se coucher. 
Ensuite, au moment opportun la révélation descendit. Alors, 
soulagé et riant, le prophète (H) vint, pour la première fois, 
s'adresser, à Aicha en ces termes: "Aicha! Allah t'a blanchie» 
Alors, la mère dit à sa fille: «Debout! va le rejoindre», mais 
celle-ci, fière de son innocence et confiante de l'amour du 
prophète (H) à son égard, dit: «Par Allah! je ne vais pas le 
rejoindre. C'est plutôt Allah que je loue». En effet, Allah avait 
révélé au sujet de la parole mensongère: «Certains d'entre vous, 
agissant de connivence, ont propagé un mensonge», (la 
lumière: 11 voir aussi les versets 12-21). Trois des fomentateurs 
du mensonge furent condamnés à la flagellation, à raison de 80 
coups chacun, à savoir, Mousattah ibn Athâtha, Hassan ibn 
Thâbit et Hamna bint Jahch. S 'agissant du pervers Abdillah ibn 
Oubay qui était pourtant le fomentateur principal du mensonge 
et le plus orgueilleux de tous, il ne reçut nulle punition, soit 
parce que la punition est une mesure de réduction de la peine des 
intéressés (or Allah lui avait promis le grand châtiment au jour 
de la résurrection), soit compte tenu du compromis grâce auquel 
ou s'était abstenu de le tuer. 

Ainsi, après un mois, le nuage du doute, du soupçon, de 
l'inquiétude et de l'agitation fut balayé du ciel de Médine. Le 
chef des hypocrites, Abdoullah ibn Oubay fut couvert d'une telle 
honte qu'il ne pouvait plus relever la tête. A cet égard, Ibn Ishâk 
dit: «Après cela, ses propres compagnons le blâmaient et le 
violentaient toutes les -fois qu'il en venait à fomenter un 
mensonge. Le Messager d'Allah (M) dit à Omar: «Vois-tu, à 
présent, Omar? Si je l'avais tué le jour où tu me poussais à le 
tuer, des gens se seraient soulevés Mais aujourd'hui si je 
donnais l'ordre de le tuer, ceux-ci le tueraient». Omar dit: «Je 
sais, par Allah! que l'affaire du Messager d'Allah (p) est 
beaucoup plus bénie que la mienne». 



454 



Les missions et les expéditions Saraya après la 
Ghazwa d'AI-Mouraysîa 



1. La Sariyya de Abdir-Rahman ibn Awf à Doumatil- 
Jandal résidence de Banî Kalb: Elle eut lieu au mois de 
Chaaban de l'an 6 de l'hégire. A l'occasion, le Messager d'Allah 
(sg) fit s'asseoir devant lui Abdir-Rahman ibn Awf qu'il 
enturbanna de sa propre main. Il lui fit ensuite d'importantes 
recommandations relatives aux arts martiaux et lui dit: «S'ils 
t'obéissent, épouse la fille de leur roi». Abdour-Rahman passa 
trois jours à Doumatil-Jandal, appelant à l'Islam. La tribu ayant 
embrassé l'Islam, il épousa Tamador bint Al-Asbagh (à savoir la 
mère d'Abi Salama) dont le père était le chef et le roi de Banî 
Kalb. 

2. La Sariyya de Ali ibn Abi Talib à Fadk chez Banî Saad 
ibn Bakr: Elle eut lieu au mois de Chaaban de l'an 6 de l'hégire 
parce que le Messager d'Allah (H) avait appris qu'il y avait à 
Fadk un groupe sur le point de traiter avec les juifs. Alors il 
dépêcha au dit endroit Ali ibn Abi Talib accompagné d'un 
détachement de 200 hommes. Marchant la nuit et se cachant le 
jour, celui-ci finit par capturer un de leurs espions qui, ensuite, 
reconnut que ceux-ci avaient envoyé à Khaybar proposer aux 
juifs leur assistance contre les dattes de la localité. L'espion 
indiqua le lieu du rassemblement de Banî Saad que Ali attaqua 
aussitôt, leur prenant 500 chameaux et 2000 moutons. Alors, 
Banou Saad dont le chef était Wabr ibn Alim s'enfuirent pour la 
circonstance. 

3. La Sariyya d'Abi Bakr As-Siddik ou de Zayd ibn 
Haritha en direction de Wadi AI-Koura: Elle eut lieu au mois 
de Ramadan de l'an 6 de l'hégire. En effet la tribu des Fizara 
voulait assassiner le Messager d'Allah (fg). Alors, celui-ci 
envoya Aba Bakr As-Siddik. A ce sujet, Salama ibn Al-Akwaa 

455 



dit: «Je sortis avec Abi Bakr. Après que nous eûmes accompli la 
prière du Spubh, il nous donna l'ordre d'attaquer. Alors nous 
allâmes jusqu'au point d'eau. Abou Bakr tua un certain nombre 
d'ennemis. Moi, je vis un groupe constitué de femmes et 
d'enfants. De peur que ce groupe ne me devançât à la montagne, 
je me dépêchai de le rejoindre, interjetant une flèche entre lui et 
la montagne. Au vu de la flèche, femmes et enfants s'arrêtèrent. 
Dans le groupe se trouvait une femme du nom d'Oumm Karfa. 
Celle-ci, vêtue d'un vêtement de cuir, était accompagnée de sa 
fille, l'une des plus belles filles arabes. Je conduisis le groupe 
auprès d' Abi Bakr qui, alors, me fit don de la fille, toutefois je 
ne trouvai point de vêtement pour celle-ci». 

Ensuite, le Messager d'Allah (S) lui demanda la fille 
d'Oumm Karfa qu'elle envoya à la Mecque pour obtenir la 
libération de prisonniers musulmans, enfermés en ce lieu. 
Oumm Karfa était une femme - Satan qui, essayant d'assassiner 
le Messager d'Allah (H) avait, à cette fin, équipé 30 cavaliers se 
réclamant de sa famille. Elle eut cependant la rétribution qu'elle 
méritait et ses 30 cavaliers furent tués. 

4. La Sariyya de Karz ibn Jâbir Al-Fihri en direction 
d'Al-Arniyin: Elle eut lieu au mois de Chawwal de l'an 6 de 
l'hégire. En effet, des gens faisant partie de Akl et de Orayna, 
s'étaient pour la forme, convertis à l'Islam. Implantés à Médine 
après leur soi disant conversion, ils se dirent par la suite ennuyés 
de devoir y vivre. Alors, le Messager d'Allah (M) les envoya aux 
pâturages avec un troupeau de chameaux, leur demandant d'en 
jouir. Le lendemain de leur arrivée aux pâturages, ceux-ci 
tuèrent le berger du prophète (H) et s'enfuirent avec les 
chameaux et retournèrent à leur impiété. Le Messager d'Allah 
(H) jeta à leurs trousses Karz Al-Fihri accompagné de 20 de ses 
compagnons et ensuite fit une invocation contre eux en ces 
termes: «Seigneur! Aveugle-les! qu'ils ne sachent où aller! que 
leur chemin soit plus étroit qu'un manche de couteau». Alors, 
Allah les aveugla au point qu'ils ne sussent où aller. Par la suite, 



456 



les rattrapant, on leur coupa les mains et les pieds, creva leurs 
yeux en rétribution de leurs actes de perversité pour, enfin, les 
abandonner du côté d' AI-Harra où ils moururent. 

L'histoire de ces gens a aussi été relatée dans un hadith 
authentique rapporté par Anas. 

Outre cette Sariyya, les biographes ont mentionné celle de 
Amr ibn Omayya Ad-Damori et de Salama ibn Abi Salama, 
Sariyya qui eut lieu au mois de Chawwal de l'an 6 de l'hégire. 
Amr se rendit à la Mecque pour assassiner Abi Soufyân parce 
que celui-ci avait envoyé des bédouins assassiner le prophète 
(Éï). Cependant les deux émissaires ne réussirent pas leur 
mission. A cet égard on note que 'Amr tua trois hommes en 
chemin. On raconte aussi que Amr, dans ce voyage, prit la 
dépouille mortelle de Khoubaib. Comme on le sait Khoubait) 
mourut en martyr quelques jours ou un mois après, Ar-Rajia. Or 
la bataille d'Ar-Rajia eut lieu au mois de Safar de l'an 4 de 
l'hégire. A ce niveau je me demande si les biographes n'ont pas 
confondu les deux voyages ou si les deux événements ne se sont 
pas passés au cours d'un même voyage à l'an 4 de l'hégire. 

L'éminent Al-Mansourfouri refuse de considérer cette 
Sariyya comme une Sariyya ayant abouti à la guerre ou à la 
bataille. Toutefois, Allah sait mieux que quiconque ce qu'il en 
est exactement. 

Telles sont les expéditions qui eurent lieu après la bataille 
contre les coalisés et Banî Kouraidhah. Aucune d'elle n'aboutit 
à. une guerre sanglante. Plutôt, elles prirent la forme de légères 
confrontations, de patrouilles de reconnaissance et de missions 
punitives dirigées contre les bédouins et les autres ennemis 
jusque là restés insoumis. 

A la lumière de ces circonstances, on peut bien se rendre 
compte que les réalités quotidiennes avaient commencé à 
évoluer depuis la bataille contre les coalisés et que les ennemis 
de l'Islam perdaient de plus en plus leur moral ainsi que leur 

457 



espoir de casser la force de l'Islam et de l'appel islamique. Une 
telle évolution cependant, devint plus évidente avec la 
réconciliation d'Al-Houdaybiyya car, l'armistice signé dans ce 
cadre, n'était rien d'autre que la reconnaissance de la force de 
l'Islam et aussi l'acceptation de la pérennisation de celle-ci à 
travers la péninsule arabe. 



458 



La Oumra d'Al-Houdaybiyya 
(au mois de Thil-Kaada de l'an 6 de l'Hégire) 



Cause de la Oumra d'Al-Houdaybiyya 

Etant donné que la situation avait beaucoup évolué dans la 
Péninsule Arabe en faveur des musulmans, les signes avant- 
coureurs préfigurant la grande conquête et le succès de l'appel 
islamique apparaissaient peu à peu. On commençait à 
reconnaître aux musulmans le droit de pratiquer leur culte à 
l'intérieur de la sainte mosquée après que les associateurs les en 
eussent écartés pendant 6 ans. De Médine, le Messager d'Allah 
(H) rêva d'accéder à la sainte mosquée avec ses compagnons, de 
prendre la clé de la Kaaba, de faire la circumambulation et la 
Oumra. Il vit aussi dans le même rêve certains de ses 
compagnons se raser la tête, d'autres raccourcir leurs cheveux. 
Au réveil il informa ses compagnons de ce qu'il avait vu. Ceux- 
ci furent contents et pensèrent, l'année même, pouvoir accéder à 
la Mecque. Le prophète (f|) leur fit part de son intention d'aller 
faire la Oumra et tous se préparèrent au voyage. 

La mobilisation des musulmans 

Les arabes et les populations rurales de la viscinite se 
mobilisèrent pour accompagner le Messager d'Allah (f|). 
Toutefois, bon nombre de bédouins traînèrent les pieds. Le 
prophète (M) se prépara et ensuite enfourcha sa chamelle Al- 
Kaswâ. D se fit remplacer à Médine par Ibn Oumm Maktoum ou 
Noumaila Al-Laythi. Il se mit en route le lundi premier jour du 
mois de Thil-Kaada de l'an 6 de l'hégire, accompagné de sa 
femme Oumm Salama et de 1400 hommes, (d'aucuns disent 
1500). Il n'avait pas ses armes de guerre. Les seules armes qu'il 
avait, étaient de courts sabres utilisés par les voyageurs. 



459 



Les musulmans se dirigent vers la Mecque 

Ainsi les musulmans partirent pour la Mecque. Arrivé à Thil- 
Houlaifa, le prophète OU) prépara ses sacrifices et se mit en état 
consécration (Ihrâm) de manière à rassurer les Kouraichites 
qu'il n'était pas venu faire la guerre. H envoya un espion faisant 
partie de Khouzâaa en le chargeant de le renseigner sur le 
comportement des Kouraichites. Un peu avant Osfân, celui-ci le 
rejoignit et lui dit: «Lorsque je quittais, les gens de Kaab ibn 
Lou-ay avaient déjà mobilisé les Ahâbich: Banou Al-Hârith ibn 
Abd Manât ibn kinâna, Banou Al-Moustalak, Banou Al-Hayâ 
Ibn Saad ibn Amr et Banou Al-Hawn ibn Khouzayma. 

Tous ceux-ci se sont mobilisés pour te combattre et 
t' empêcher de parvenir à la Kaaba». Consultant alors ses 
compagnons, le prophète (§g) dit: «Ne pensez-vous pas que nous 
devons capturer les enfants et les femmes de ceux qui leur 
prêtent secours? Ou bien voulez-vous que nous nous dirigeons 
vers la Kaaba, prêts à combattre quiconque cherche à nous en 
détourner»? Abou Bakr dit: «Allah et Son messager savent 
mieux que quiconque ce qu'il en est exactement. Nous ne 
sommes venus que pour effectuer la Oumra. Nous ne sommes 
pas là pour combattre qui que ce soit. Cependant nous 
combattrons quiconque s'interpose entre la Kaaba et nous». Sur 
ces mots, le prophète (H) dit: «Allons-y! Allons-y!» 

Tentative des Kouraichites de détourner les musulmans de la 
Kaaba 

Lorsqu'ils eurent appris que le prophète (0) était en route 
pour la Mecque, les Kouraichites tinrent un conseil consultatif 
au cours duquel ils décidèrent de mettre en œuvre tous les 
moyens pour empêcher les musulmans d'accéder à la Mecque. 
Après que le Messager d'Allah (§§) se fût détourné des Ahâbich, 
quelqu'un de Banî Kaab vint l'informer que les Kouraichites 
étaient descendus à Thi-Touwâ et que 200 cavaliers sous la 
conduite de Khâlid ibn Al-Walid étaient basés à Korâa Al- 



460 



Ghamim, sur la grande route menant à la Mecque. Khalid, 
essayant de barrer la route aux musulmans, mena ses cavaliers 
jusqu'au point de leur faire face. Les voyant accomplir la prière 
du Dhouhr, en faisant des génuflexions et des prosternations, il 
dit: «Us sont pris en dépourvu. Si nous les chargions, nous en 
tuerions un certain nombre». Cela dit, il décida d'attaquer les 
musulmans, alors que ceux-ci étaient en pleine prière mais Allah 
ayant révélé les lois de la prière en temps de peur, l'occasion fut 
ratée. 

Changement de route et tentative d'éviter le lutte sanglante 

Le Messager d'Allah ($$) prit un chemin difficile serpentant 
entre les passes. D bifurqua vers la droite et passa par Al-Hamch. 
Ensuite, empruntant la route vers Thaniyat Al-Mirâr, il descendit 
vers Al-Houdaybiyya, au bas de la Mecque, laissant à sa gauche 
la route principale menant au Haram en passant par At-Tanaim. 
Voyant par la suite que l'armée musulmane avait emprunté une 
trajectoire différente de la sienne, Khâlid se dépêcha d'aller 
avertir les Kouraichites. 

Quant au prophète (H), il continua^ sa marche jusqu'à 
Thaniyat Al-Mirâr où s'agenouilla sa monture. Alors les gens 
dirent: «Al-Kaswâ s'obstine. Elle refuse de partir». Le prophète 
(H) dit: «Elle ne s'obstine pas, ce n'est pas de son caractère de 
s'obstiner mais ce qui avait retenu l'éléphant la retient». A cela 
il ajouta: «Je jure par celui Qui détient mon âme que jamais ils 
ne me demanderont un plan destiné à la vénération des choses 
sacrées pour Allah sans que je ne leur en donne». Sur ces mots, 
il chassa sa monture qui bondit avec lui. Par la suite, il alla 
descendre à l'autre bout d' Al-Houdaybiyya, près d'un bassin 
presque sans eau que les gens ne tardèrent pas à quitter pour 
venir se plaindre de la soif auprès de lui. Alors, tirant une flèche 
de son carquois, il la fit mettre dans le bassin qui, par Allah, ne 
cessa de les ravitailler en eau jusqu'au moment de leur départ. 



461 



Badil s'interpose entre le Messager d'Allah ($i) et les 
Kouraichites. 

Après que le Messager d'Allah (^) eût retrouvé son calme, 
Badil ibn WaraKa Al-Khouzâai se présenta à lui accompagné 
d'un groupe de gens faisant partie des Khouzâaa, une tribu de 
Touhama dont le prophète (j$£) appréciait le bon conseil. Badil 
dit: «J'ai laissé Kaab ibn Lou-ay et ses hommes en campement 
près des eaux d' Al-Houdaybiyya en compagnie de leurs femmes 
et de leurs enfants. Us veulent combattre et te détourner de la 
Kaaba». Le Messager d'Allah (M) dit: «Nous, nous ne venons 
combattre personne. Nous venons faire la Oumra. Les 
Kouraichites ont été épuisés par la guerre qui leur a causé de 
lourdes pertes. S'ils veulent, je renonce à les combattre pourvu 
qu'ils cessent d'intervenir dans mes relations avec les gens. S'ils 
veulent, ils peuvent venir rejoindre - les gens dans la religion 
qu'ils professent. S'ils refusent tout cela et ne veulent que se 
battre, je jure par celui Qui détient mon âme que je les 
combattrai jusqu'au point d'y laisser ma vie ou de voir Allah 
sauver sa religion». Sur ce, Badil dit: «Je leur communiquerai 
tes propos» avant d'aller voir les Kouraichites auxquels il parla 
en ces termes: «Je viens de quitter l'homme que vous connaissez 
(Mohammad W), je l'ai entendu dire des choses que je suis prêts 
à vous rapporter si toutefois vous le souhaitez». Cependant leurs 
stupides dirent: «Nous n'avons point besoin que tu nous 
rapportes quelque chose de sa part». Alors, ceux plutôt pondérés 
dirent: «Raconte ce que tu as entendu». Ainsi, Badil dit ce qu'il 
avait entendu. Par la suite les Kouraichites envoyèrent Mikraz 
ibn Hafs auprès du Messager d'Allah (ji) qui, voyant venir 
l'émissaire, dit: «Voici un traître». A son arrivée, l'homme se 
présenta, entendit la même chose que Badil et ses compagnons 
pour ensuite s'en retourner informer les Kouraichites. 

Les émissaires des Kouraichites 

Par la suite quelqu'un de Banî Kinâna appelé Al-Houlais ibn 
' Alkama dit: «Laissez-moi aller le voir». Les gens lui dirent: «Vas- 

462 



des relations établies entre le prophète (H) et ses compagnons 
retourna dire aux Kouraichites: «J'ai rendu visite aux rois, à César, 
à Kisrâ et au Négus mais aucun d'eux, que je sache, n'est vénéré 
par son peuple autant que l'est Mohammad de la part de ses 
compagnons. Par Allah, ceux-ci recueillent même ses crachats et 
s'en frottent le visage et la peau. Mohammad leur donne-t-il un 
ordre? Voilà qu'ils se pressent d'obéir. Finit-il de faire ses 
ablutions? C'est alors une lutte serrée pour s'emparer du reste de 
l'eau. En lui parlant ils baissent la voix. Jamais ils ne le fixent du 
regard, de par le respect qu'ils lui doivent. Enfin, Mohammad vous 
a soumis un plan raisonnable, acceptez donc ce plan». 

C'est lui qui a écarté leurs mains de vous 

Ayant constaté un désir de réconciliation de la part de leurs 
dirigeants, les jeunes Kouraichites, irréfléchis et belliqueux, 
pensèrent à monter un plan destiné à empêcher la réconciliation. 
Us décidèrent de profiter de la nuit pour s'infiltrer dans le camp 
des musulmans et y commettre des actes de nature à allumer la 
guerre. Effectivement ils tentèrent de mettre en œuvre un tel 
plan car, 70 ou 80 d'entre eux attendirent la nuit pour descendre 
de la montagne d'At-Tanaim, essayant de s'infiltrer dans le 
camp des musulmans. Toutefois, ils furent tous arrêtés par 
Mohammad ibn Maslama le commandant en chef de la garde. 
Ensuite, de par son désir de réconciliation le Messager d'Allah 
(M) les libéra et les gracia. A cet égard, Allah dit: 

*1 — f -'/"^ r- >*" -^ '\' -Y ' "*' "X ^f At --* X. 

ùi a«j q* a^t jh^ t^c- jvj jjij »>sj^ *+>m uû <jji i y>j y 



«C'est lui qui, dans la vallée de la Mecque, a écarté leurs 
mains, de vous, de même qu'il a écarté vos mains d'eux 
après vous avoir fait triompher sur eux» (48:24). 



464 



y!» Lorsqu'il fut à deux doigts des musulmans, le Messager d'Allah 
(^) dit: «Voici un tel! Il fait partie d'une tribu qui magnifie les 
sacrifices. Qu'il voie donc les moutons à sacrifier. Les gens 
exposèrent les sacrifices puis, faisant face à Al-Houlais se mirent à 
scander la formule de la Talbiya. Au vu de cela, celui-ci dit: «Gloire 
à Allah le Transcendant. Il ne convient pas de détourner ceux-ci de 
la Kaaba». De retour chez ses compagnons il dit: «J'ai vu les 
sacrifices qu'ils veulent faire. Je ne pense pas qu'on doive les 
détourner de la Kaaba». Cela dit, il échangea avec les Kouraichites 
des propos qui finirent par le mettre en colère. Ensuite, Orwa ibn 
Masaoud At-Thakafi dit: «Cet homme vous a proposé un plan 
raisonnable. Alors acceptez! Laissez-moi aller le voir». «Vas-y», lui 
dirent les gens. Orwa se présenta au prophète ($É) qui lui répéta la 
même chose que ce qu'il avait dit à Badil. Alors il lui dit: 
«Mohammad, qu'est-ce que cela te ferais, si j'exterminais tes gens? 
As-tu jamais appris que quelqu'un parmi les arabes a détruit les 
siens antérieurement? Quant à l'autre alternative, j'y vois toute une 
vermine fuir en t' appelant au secours. Là, Abou bakr dit: «Va sucer 
le clitoris d' Al-Lât! Allons-nous fuir, nous?» «Qui est-ce celui-là?», 
demanda Orwa. Les gens lui répondirent: «Aba Bakr». H reprit: «Je 
jure par celui Qui détient mon âme que n'eût été ce que je te dois, je 
te répondrais». U se mit ensuite à parler au prophète (H), le tenant 
par la barbe au fur et à mesure qu'il parlait. Se tenant près du 
prophète (® Al-Moughira ibn Chouaba muni de son épée et de sa 
cuirasse, frappait Orwa à la main avec le fourreau de son épée, 
toutes les fois que celui-ci voulait se saisir de la barbe du Messager 
d'Allah (M). Ce faisant il lui disait: «Ote ta main de la barbe du 
Messager d'Allah (M)»- Qrwa leva la tête et dit: «Qui est-ce celui- 
là». Les gens répondirent: «Al-Moughira ibn Chouaba». H reprit: 
«Le traître! Ne nous avais-tu pas trahis? En effet, à l'époque 
antéislamique, Al-Moughira avait accompagné des gens qu'il avait 
fini par tuer pour s'emparer de leurs biens. Ensuite il embrassa 
l'Islam et le prophète (H) lui dit: «S 'agissant de l'Islam, je veux 
bien que tu l'embrasses, quant aux biens, cela ne me regarde pas». 
Al-Moughira était le neveu de Orwa. Ce dernier, après observation 

463 



dit, il appela ses compagnons à une prestation de serment de 
fidélité. Ceux-ci allèrent vers lui et lui firent le serment de ne 
jamais prendre le fuite. Un groupe lui fit le serment de mourir 
pour sa cause. Le premier à lui faire serment de fidélité fut Abou 
Sinân Al-Asadi. Salama ibn Al-Akwaa lui fit trois fois le 
serment de mourir pour sa cause: au début , au milieu et à la fin 
des prestations. Le prophète le retint de sa propre main et lui dit: 
«Celle-ci est d'Othmân». 

Au terme de la prestation de serment de fidélité, Oth mân se 
présenta et fit à son tour le serment. Un seul homme faisant 
partie des hypocrites et appelé Jadd ibn Kays fut réfractaire à la 
prestation d'un tel serment de fidélité. Le Messager d'Allah (H) 
reçut ce serment sous un arbre, alors que Omar lui tenait la main 
et que Maakal ibn Yasâr lui, tenait une branche d'arbre au 
dessus de lui. Telle est la satisfaisante prestation de serment de 
fidélité au sujet de laquelle Allah dit: 

«Allah était satisfait des croyants lorsqu'ils te juraient 
fidélité sous l'arbre». (48:18). 

Conclusion et esprit du pacte de réconciliation 

Parfaitement au courant du caractère critique de la situation, 
les Kouraichites, sans rien attendre, envoyèrent Souhayl ibn Amr 
conclure le pacte de réconciliation. A cet égard, ils lui dirent: 
«La réconciliation ne sera possible que si Mohammad et ses 
hommes, pour ce qui concerne cette année-ci, retournent sur 
leurs pas, sans accéder à la Mecque et cela, pour que les arabes 
ne puissent jamais dire qu'ils y sont entrés malgré nous». Ainsi, 
Souhayl ibn Amr se rendit chez le prophète (M)- Le voyant venir, 
celui-ci dit: «On vous facilite l'affaire. Ces gens veulent la 
réconciliation puisqu'ils envoient cet homme». Souhayl se 



466 



Othmân ibn Affan ambassadeur auprès des Kouraichites 

Le Messager d'Allah (H) voulut envoyer auprès des 
Kouraichites un ambassadeur dont la mission serait de rendre 
explicites l'attitude qui était la sienne et l'objectif de son 
voyage. A cette fin, il appela Omar ibn Al-Khattâb pour le 
choisir comme ambassadeur mais ce dernier s'excusa en disant: 
"Ô Messager d'Allah! Je n'ai à la Mecque personne parmi Banî 
Kaab pouvant se mettre en colère au cas où je serais maltraité". 
Alors le prophète ($|) envoya ' Oth mân ibn Affân dont le clan 
était à la Mecque. A cet égard, il lui dit: «Informe-les que nous 
ne sommes pas venus pour nous battre. Annonce-leur la grande 
victoire. Informe-les aussi qu'Allah le Tout Puissant fera 
triompher sa religion à la Mecque de manière à ce que personne 
n'y soit obligé de cacher sa foi». 

Oth mân se mit en route. Arrivé à Baldah, il rencontra les 
Kouraichites qui lui dirent: «Où vas-tu»? Il répondit: «Le 
Messager d'Allah (U) m'a chargé de dire ceci et cela». Us 
reprirent: «Nous avons entendu ton propos. Passe ton chemin». 
Ensuite Abban ibn Saaid ibn Al-As se lava, scella son cheval et 
y fit monter Oth mân qu'il prit en croupe et protégea jusqu'à la 
Mecque. Là, celui-ci, remit la lettre aux dirigeants des 
Kouraichites qui, après l'avoir écouté, lui offrirent la possibilité 
de faire le tour de la Kaaba. Toutefois il déclina l'offre, refusant 
d'effectuer la circumambulation avant le prophète (ɧ). 

Rumeurs au sujets du meurtre de Oth mân et satisfaisante 
prestation de serment de fidélité 

Les Kouraichites retinrent Oth mân parmi eux. Ce faisant, ils 
voulaient peut-être se consulter sur la situation en vigueur, 
accorder leurs violons et ensuite donner à Oth mân leur réponse à 
la lettre, mais, comme le rétention se prolongeait, les 
musulmans, finalement firent courir la rumeur que Oth mân avait 
été tué. Mis au courant de ces rumeurs, le Messager d'Allah (§|) 
dit: «Nous ne quitterons pas avant de combattre ces gens». Cela 



465 



non plus nous ne t'aurions pas combattu. Plutôt, écris 
«Mohammad ibn Abdillah» A ce niveau, le prophète (H) dit: 
«Je suis le Messager d'Allah, même si vous ne me croyez pas». 
Sur ces mots, il ordonna à Ali d'effacer: «Messager d'Allah et 
d'écrire «Mohammad ibn Abdillah», mais celui-ci refusa. Alors 
de sa propre main, il effaça: «Messager d'Allah». Ensuite le 
document fut rédigé jusqu'au bout. Après la conclusion du pacte 
de réconciliation, les Khouzâaites qui étaient les alliés des 
Hachimites depuis l'époque de Abdil-Mouttalib, comme nous 
l'avons vu au début du livre furent du côté du prophète ($|). H 
s'agissait là en conséquence d'une consolidation de l'ancienne 
alliance. Banou Bakr pour leur part, furent du côté des 
Kouraichites. 

L'extradition d'Abi Jandal 

Alors qu'on rédigeait le document, Abou Jandal ibn Souhayl, 
soudain, se représenta, trébuchant dans ses entraves. Venant du 
bas de la Mecque, il se jeta parmi les musulmans. Alors Souhayl 
dit: «Voilà pour commercer quelqu'un que tu dois nous rendre 
conformément au pacte de réconciliation». Le prophète (M) dit: 
«Nous n'avons pas encore fini de rédiger le document». Souhayl 
reprit: «Par Allah! si je ne le ramène pas, aucun compromis ne 
reste possible». Le prophète (|i) dit: «Permets-moi de le garder». 
«Ce n'est- pas à moi de te le permettre», répondit Souhayl. Le 
Messager d'Allah (H) dit: «Si, fais cela». «Ce n'est pas à moi de 
le faire», reprit Souhayl , qui aussitôt, frappa Aba Jandal au 
visage, le prit au collet et le traîna pour le ramener chez les 
associateurs. Abou Jandal lui, se mit à crier du plus fort de sa 
voix disant: "Ô vous autres musulmans! Va-t-on me ramener 
chez les associateurs qui me mettront au supplice à cause de ma 
religion". Le prophète (||) lui dit: «Du courage! Sois endurant! 
Allah t'ouvrira ainsi qu'à tous les faibles se trouvant dans ton 
cas une issue de consolation. Nous avons déjà conclu un pacte 
de réconciliation avec les Kouraichites, pacte par lequel nous 
nous sommes engagés les uns devant les autres, or il ne saurait 



468 



présenta ensuite et parla longuement, après quoi les clauses du 
pacte furent conçues ainsi qu'il suit: 

1. Le Messager d'Allah (H) devra repartir chez lui car il 
n'accédera pas à la Mecque au cours de la présente armée. 
Toutefois, l'année prochaine, il aura le droit d'y entrer en 
compagnie des autres musulmans, munis d'armes légères 
pour un séjour de trois nuits au cours duquel les Kouraichites 
ne leur feront aucune forme de difficulté. 

2. Les deux parties observeront un armistice de 10 ans au cours 
duquel les gens vivront en sécurité et en toute liberté. 

3. Quiconque veut se ranger du côté de Mohammad peut le faire 
sans entraves. Quiconque veut se ranger du côté des 
Kouraichites peut aussi le faire, sans entraves. Toute tribu qui 
adhère à l'une ou à l'autre des deux factions sera désormais 
considérée comme partie intégrante de celle-ci. Tout acte 
d'agression contre l'une quelconque des tribus sera considéré 
comme commis contre la faction d'appartenance de la tribu 
agressée. 

4. Quiconque passe du côté de Mohammad sans l'autorisation 
de ses parents (c'est-à-dire fugitif) devra être rendu à ceux-ci. 
Quiconque passe du côté des Kouraichites, fuyant 
Mohammad se verra accorder le droit d'asile au lieu d'être 
rendu à celui-ci. 

Après le conception de telles clauses, le Messager d'Allah 
(H) invita Ali à rédiger le document. A cet égard; il lui en dicta 
le commencement en ces termes: «Au nom d'Allah le Clément, 
le Miséricordieux». Toutefois Souhayl dit: «Pour ce qui est de 
«Clément» par Allah je n'y entends rien. Que veut-il dire? Ecris 
plutôt: «En ton nom, Seigneur». Le prophète (H) ordonna à Ali 
d'écrire cela et ensuite lui dicta: «Voici les clauses du pacte de 
réconciliation conclu par Mohammad, Le Messager d'Allah». 
Encore une fois, Souhayl dit: «Si nous avions su que tu étais le 
Messager d'Allah nous ne t'aurions pas détourné de la Kaaba et 

467 



l'extradition disait exactement: «Toutefois, tout homme qui te 
rejoint après nous avoir quitté, nous sera rendu, même s'il 
professe ta religion». Les femmes n'étaient donc pas directement 
concernées. A ce propos, Allah révéla: 



^j^Ulâ CSj>ù^a CJ^Jyiï «è=>*>r \*\ \j*\* cJÙJl l^tS f 



"Ô vous qui avez cru, quand les croyantes viennent à vous 
en émigrées, éprouvez-les» jusqu'à «et ne gardez pas des 
liens conjugaux avec les mécréantes» (60:10). 

Le Messager d'Allah {%) éprouvait les croyantes grâce au 
verset ci-après: 

«Quand les croyantes viennent te prêter serment de fidélité 
qu'elles m'associeront rien à Allah. . .» (60: 12). 

H disait à toute femme qui remplissait ces conditions: «J'ai reçu 
ton serment de fidélité», et par la suite, il ne la rendait pas aux 
associateurs. En vertu de cette loi, les musulmans divorcèrent 
leurs femmes non-croyantes. A l'occasion Omar divorça deux 
femmes non-croyantes dont l'une fut par la suite épousée par 
Mouâawiya et l'