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Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales Volume 1"



m $ 




A gift of 

Associated 

Medical Services Inc. 

and the 
Hannah Institute 

for the 
History of Medicine 



r~ 





\ 



DICTIOMA1RE ENCYCLOPEDIQUE 



DE S 



SCIENCES MEDICALES 



i .:?. IMP. SIMO.N RAtjoN ET COMI-., R JK 






DJiS 



SCIENCES MEDICALES 



COLIABORATEURS : MM. LES DOCTEURS 

ARCHAMBAULT, AXENFELD, BAILLARGER, BAILLON, BALBIANI, BALL, EARTH, DAZIN, BEAUGRAND, BECLAHD, 

BEHIER, VAN IIENF.PEN, BF.RGER, BERNEIM, BERTILLON, BERTIN, ERNEST BESNIER, BLAGUE, BLACI1EZ, BOINET, BOISSEAU, 

BORDIER, BOUCHACOURT, CH. BOUCHARD, BOUISSON, BOOLAND, BOUIEY (H.), BOUVIER, BOYER, BRASSAC, BROCA, 

BROCHIN, BRODARDEL, BROWN-SEQUARD, CALMEIL, CAMPANA, CARLET JG.), CERISE, C1IARCOT, CIIASSAIGNAC, 

CHAUVEAU, CHEREAU, COLIN (L.), CORN1L, COUI.1ER, COURTY, DALLY, DAMASCHINO, DAVAINE, DECI1A5IBRE (A.), DELENS, 

DELIOUX DE SAVIGNAC, DELPECH, DENONVILL1ERS, DEPAUL, D1DAY, DOLliEAU, DUGDET, DDPLAY (s.), DUTROULAU, 

ELY, FALRET (}.), FARABEDF, FEI .RAND, FOLL1N, FONSSAGH1VES, 
SALTIER-BOISSIERE, GAR1EL, GAVARRET, GERVAIS (P.), GILLETTE, GIRAUD-TEDLON, GOBLEY, GODELIEI1, G1\I-:E.MIII.I., 

GRISOLLE, GUBLER, GUESIOT, GDEBAIiD, GUILLARD, GUILLAtME, GUILLEMIN, GUYON (F.), 
HAMEL1N, 1IAYEM, HECHT, UENOCQUE, IbAMBERT, JACQUEMIER, KRISHABER, LABBE (LEON), LABBEE, LABORDE, 

LABOULBENE, LAGNEAU (G.), LANCEREAUX, LARCHER (o.), LAVERAN, LECLERC (L.), LEFORT (LEON), 

LEGOUEST, LEGHOS, LEGROUX, LEREBOULLEr, LE ROY DE MKRICOfRT, LETOURNEAU, LEVEN, LEVY (JHCHEL), 

LIEGEOls, L1ETARD, UNAS, LIOUVILLE, LITTRE. LUTZ, MAGITOT (E.) , MAGNAS, MALAGUTI, MARCIIAND, MAREY, MARTINS, 

MICHEL (DE NANCY), MILLARD, DANIEL MOLLIERE, MONOD, MONTANIER, MORACHE, MOREL (B. A.), NICAISE, 
OILIER, ONIMUS, ORFII.A (l.), PAJOT, PARCHAPPE, PARROT, PASTEUR, PAULET, PERRIJi (MAURICE), PETER (ill.), 

FLA3CUON, I OLAILLON, POTAIN, POZZI, REGNARD, REGNAULT, REYNAL, ROBIN (CH.), DE ROCIIAS, ROGER (H.), 
HOLI.ET, ROTOREAU, ROUGET, SA1NTE-CLAIRE DEVILLE (H.), SCHUTZENHERGEI1 (CU.), SCHUTZENBERGER (P.^, S3DILI.OT, 

SEE (MAHC), SERVIER, DE SEYNES, SOUBEIRAK (L.), E. SPILLJUNN, TARTIVEL, TERRIER, TESTELIN, 
TILLAUX (! .), TOURDEb, TRELAT (U.), TRIPIER (LEON), VALL1N, VELPEAU, VERNEUIL, VIDAL (EM.), 
VOILLEM1ER, VOLPIAN, WARLOMONT, \\ORMS (j.), WURTZ. 

DIREGTEUR : A. DECHAMBHE 



TOME PREMIER 

A ADE 



PARIS 



<9 
BIBLIOTHlQUES 




LIIRAR1ES 



J.)A^\rULJ (^ 

"/ty o< ^ 



G. MASSON 



P. ASSELIN 



LiBiiAiRE DE L ACADE.MIE DE MEDECINE LIBRAIRE DE LA FACULTE UE MEDECIM. 

PLACE DE L ECOLE-DE-MEDECINE 



MDCCCLXIV 



</ 

/ 



INTRODUCTION 



Si Ton a dit du bien des dictionnaires, on en a dit aussi beancoup de mal : non 
pas de tel outel dictionnaire envisage dans son mode de conception oud execution, 
dans ce qui en peut faire la quabte ou le defaut ; mais bien du dictionnaire consi- 
dere en soi, dans son principe, dans son but et dans ses resultats. En ce sens, les 
vocabulaires, glossaires, lexiques, qui ne sont pas seulement utiles, mais qui de- 
viennent rigoureusement indispensables a de certaines epoques de la vie sociale ou 
scientifique des peuples, ont seuls echappe a la mauvaise hnmeur des critiques. II 
n y a pas moins d un siecle et demi qu un correcteur en la chambre des comptes de 
Dijon, grand erndit et amateur de livres, associait dans ses maledictions loteries et 
dictionnaires, qui allaient se multipliant de compagnie, et y voyait une marque 
de gueuserie et d ignorance (Bern, de la Monnoye). Cette succession rapide de 
nouveaux dictionnaires a une epoque deja si eloignee avait fini par preoccuper a 
tel point les lettres, que nous ne savons quelle academic en fit 1 objet d une question 
de concours, demandant u si les dictionnaires se multiplient aujourd hui pour le 
progres ou pour la mine des lettres . II faut dire qu il s en publiait alors sur 
toutes matieres : sur la medecine et sur les cas de conscience, sur la botanique et 
sur les postes, sur la matiere medicale et sur les proverbes, sur la chaire et sur 
la table, sur la jurisprudence et sur 1 amour. La vogue etait telle que, pendant les 
dernieres guerres, celles qui marquerent les premieres annees du regne de 
Louis XV, on crea un Dictionnaire du temps, pour aider a comprendre les nou- 
velles donnees par les gazettes, ainsi que les mouvements des armees. Un ecrivain 
qui connaissait sans contredit les dictionnaires deja accumules il y a une centaine 
d annees, mais qui pouvait ne pas se conuaitre aussibien en dictionnaires, le pre- 



_j INTRODUCTION. 

sident Durey deNoinville, a 1 occasion de la question raise auconcours, ne se mon- 
trait pas tres-eloigne d appliquer aux auteurs de ce genre d ouvrages le mot de 
Scaliger sur les critiques, et de les representer comme les portefaix de la littera 
ture . II est vrai qu il unit par s adoucir un peu, et conclut eclectiquement que 
les dictionnaires sont bons pour inculquer des demi-connaissances aux paresseux 
et abreger la besogne des laborieux. C est deja quelque chose, et amrmer ce genre 
de service rendu par les compilations litteraires et scientifiques, c est reconnaitre 
qu elles atteignent leur but principal. Meme jugement a peu pres de la part d un 
lettre dont 1 opinion doit nous toucher, car il est un des premiers ancetres du 
journalisme : nous voulons parler de Meusnier de Querlon, qd dirigea pendant plus 
devingtans un recueil periodique : LES A.NSONCES ET AFIICHES. Dans ce recueil, 
et des le premier article, les dictionnaires en general sont passablement maltraites : 
L usage en est sans consequence pour le commun des lecteurs, mais dangereux 
pour les gens de lettres. C est peut-etre le contraire qu il eiit fallu dire ; les 
vrais gens de lettres et les vrais savants ne pouvant etre gates par un tableau 
inexact ou faible des choses de la litterature et de la science, tandis que le com 
mun des lecteurs peut y perdre le gout ou fausser le savoir. Mais le sens de 
1 arret n en comporte pas moins une condamnatioa des dictionnaires. Seulement 
1 auteur est oblige d en excepter deux ou trois d une utilitc reconnue . 

Ces citations, que nous pourrions multiplier, mais qui sont deja un assez meri- 
toire temoignage de notre impartialite, sont-elles de nature a troubler une entre- 
prise du genre de la notre? Loin de la. Par le cote ou elles laissent entrevoir 1 uti- 
lite et le genre d utilite des dictionnaires, naturellement elles ont de quoi nous 
satisfaire; par 1 autre cote, le cote de la critique et du blame, nous les trouvoas, 
dans 1 ensemble, equitables. Elles ne pouvaient guere He pas 1 etre, venant d es- 
prits aussi distingues : d un erudit hors ligne comme la Monnoye, ou d un cri 
tique eminent et sense comme Querlon. Le fait est qu il n est rien de plus incom- 
plet, de plus etrique, de plus superficiel ou de plus fastidieux que la grande majorite 
des compilations, petites et grosses, qui inondtrem la France dans la seconde 
moitie du seizieme siecle et la premiere partie du dix-septieme; mais il faut ajou- 
ter que les compilations scientitiques, prises en gros, ne suivirent pas le courant 
infeiieur de la petite litterature : beaucoup se maintiiirent a un niveau qui , a 
part une brievete excessive, n etait pas fort au-dessous du niveau de la science 
meme qu elles essayaient de resumer. 

Quoi qu il en soit, il y a, comme indice de 1 utilite des dictionnaires, et plus par- 
ticulierement de ceux qui ont trait a la categorie des sciences, quelque chose de 
plus fort que toutes les critiques : c est le fait meme auquel celles-ci s adressent ; 
c est la creation de recueils generaux, soit methodiques, soit alphabetiques, a des 
epoques determinees de 1 histoire, et leur filiation avec certains mouvements gene 
raux de 1 esprit huniain ou avec certains progres d une branche particuliere de con- 
naissances. On en peut citer immediatement quelques exemples decisifs. Y insistons 
pas sur 1 antiquite. Menon, disciple d Aristote, etait 1 auteur d une collection me 
dicate qui devait ressembler beaucoup a celle d Oribase ; c etait une sorte d abresje 



INTRODUCTION m 

encyclopedique, tire des uuteur? qui 1 avaieni, precede . Les neuf livres de 
Varron, intitules Rennn humanaimm et divinunun antiquiUite* , qui ne 
sont pas venus non plus jusqu a nous, differaient peu, apparenuueiit, d une en 
cyclopedie methodique, et Ton peut le dire en un sens de FHistoire naturelle de 
Pline. C etaient lades collections repondant sans doute a des moments brillants 
de la science contemporaine ; mais dans ce magnifique deploiement du genie grec 
et du genie remain qu attestent tous les documents de I histoire, on ne peut mesurer 
assez bien les periodes, constater les oscillations, et Ton n est pas d ailleurs assez 
instruit des pertes qui ont pu etre faites de monuments litteraires, pour etre en 
mesure de rattacher une production telle qu une encyclopedic aux ciiconstances 
de temps et de pays. C est au moyen age, et surtout a la Renaissance, que le lien 
devient manifesto. 

Au moyen age, 1 esprit scolasticpie, s appliquant a tout, se repandantsur tout, im- 
pregnant tout de ses subtilites philosophiques, remua par cela meme toutes les par 
ties de la science humalne et enfanta tin grand nombre de sommes (summx), etde 
miroirs (specula), qui etaient des sortes d encyclopedies. La plus celebre, apres la 
Somme de saint Thomas d Aquin, est celle de Vincent de Beauvais, doininicain, 
lecteur de saint Louis, instituteur de ses enfants, qui (sur les instructions du mo- 
narque, dit-on) entreprit de rediger un SPECULUM MAJUS divise en trois parties : 
1 Speculum naturale; 2 Speculum doctrinale; 3 Speculum historiale. Une 
partie morale, Speculum morale, a ete ajoutee , on ne sait par qui; mais le P. Echard 
a montre qu elle etait tiree de la Somme de saint Thomas. Cette encyclopedie, nous 
avouons ne 1 avoir pas lue, et Ton nous croira sur parole; elle passe pour abon- 
der en renseignements precieux, et un tel ouvrage au treizieme siecle, de cette eten- 
due de plan et d une notable valeur de fond, meritait bien d etre particulierement 
signale. 

A 1 epoque de la Renaissance, ou le progres fit, pour ainsi dire, irruption ; ou 
leslettres, les sciences, la medecine en particulier , au lieu de se former lentement 
par le travail du temps, arriverent toutes faites avec d imperissables monuments 
et se repandirent comme un flot sur 1 Occident tout entier ; les collections, biblio- 
theques, encyclopedies et dictionnaires ne pouvaient manquer de recevoir de cet 
immense mouvement une certaine impulsion. Deja meme, et ce fait est a noter, 
un des premiers usages de I imprimerie avait ete la reproduction de cette meme 
Encyclopedie de Vincent dont nous venons de parler. La premiere Bible avait paru 
a Mayence versl450; 1 Encyclopedie parut a Strasbourg, en 1475. Neanmoins 
il se passa un assez long temps avant qu on publiat de dictionnaires nouveaux, 
particulierement de dictionnaires scientifiques et medicaux. > T OUS n en connais- 
sons pas d anterieurs au commencement du seizieme siecle 1 . Cetle lenteur se com- 
prend amerveille : avant de collectionner les notions scientiiiques, il iallait etu 
les manuscrits depositaires de ces notions, et d ailleurs le premier mouvement de 

ISous prenons ici le mot dictionnaire dans son sens le plus comprehensif, comrae signi- 
fiant un recueil de mots avec explication ou description. >"ous verrons tout a 1 heui e les 
distinctions qu il convient de faire a cet e gard. 



iv INTRODUCTION. 

la Renaissance i ut surtout un mouvement litteraire. Mais ceci demande quelques 

explications, dont on comprendra dans un instant i a-propos. 

Quedurent faire et que firent les savants de 1 Occident quandils se virent en pre 
sence des ceiwres grecques et romaines ; que, par exemple, au faux Aristote qui 
avait regne au moyen age sous le nom d Averrhoes, ils eurent substitue 1 Aristote 
veritable ; et que plus tard ils se trouverent en presence des textes de Platon, d Hip- 
pocrate, des poetes et des historians? Ils se mirent a les dechiffrer, et puis, 
quand ils les eurent etudies, ils lescopierent d abord ou les imprimerent, suivant 
1 epoque, et en firent le sujet de leurs commentaires. Ce premier mouvement etait 
done forcement tout philologique. De plus, il devait se porter de preference sur la 
litlerature proprement dite, par ce premier motif que le nombre des litterateurs, 
dans 1 antiquite grecque comme dans 1 antiquite romaine, depassait enormement ce- 
lui des naturalistes et des medecins ; et par ce second motif que la poesie, i histoire, 
1 eloquence, la philosophic, parlent a une multitude d esprits que n enchantent 
pas les sciences pcoprement dites. Aussi voit-on celles-ci a peu pres frustrees du 
benefice immediat de la renaissance et ne participant fructueusement a la vie in- 
tellectuelle ambiante que vers les premiers temps du seizieme siecle, et par une 
sorte de chaleur communiquee plutot que par expansion spontanee. Meme alors Ja 
philologie domine encore de bant 1 observation, et le commentaire empiete lar- 
gement sur 1 experience. Aussi s en faut-il que 1 esprit medical ait inspire seul 1 e- 
lude de la medecine ancienne; et Ton en a, pour ainsi dire, un temoignage mate 
riel dans les exemplaires grecsde divers traites d Hippocrate, reunisadesceuvresde 
pure litterature, telles que les Fables d Esope. II est bien vrai que, a 1 epoque dont 
nousparlons, nombre de medecins s emparerent de la collection hippocratique pour 
la traduire, 1 annoter et la paraphraser. Mais I reuvre meme de ces disciples 
d Esculape est au fond peu scientifique, et la plupart jouentun role plusou moins 
important dans 1 ceuvre litteraire et erudite du temps. Le premier traducteur latin 
des ceuvres d Hippocrate, Calvo, ne fait, comme tel, qu obeir a une instruction 
papale et ne va pas au dela du texte. L interpretateur de Galien, Linacre, apu- 
b]ieAe& Rudiments degrammaire. On doit a Champier, a cote de son Symphonia 
Galeni cum Hippocrate, un Symphonia Platonis cum Aristotele, et des oeuvres 
litteraires., telles qu une histoire de 1 Egiise de Lyon, une histoire de Bayard. Un 
des plus anciens lexicograpbes de la medecine, Gorris, n a-t-il pas mis en vers 
latins les poesies de Nicandre ? Cornarius, avant de traduire Hippocrate et d occuper 
une chaire de medecine, n avait-il pas enseigne la grammaire grecque et explique 
publiquement poetes et prosateurs de 1 anLiquite? II en est de meme d Albano 
Torino. Cruser est docteur en droit ; Guido Guidi, professeur de philosophie, medecin 
et anatomiste. Si Brunfels, 1 auteur de rovopia<my.ov, est medecin et meme profes 
seur de medecine, il Test pour ainsi dire a posteriori ; au lieu d eludier pour 
prendre ses grades, il prend ses grades pour mettre a profit, au sortir d une vie 
aventureuse, la connaissance profonde qu il avait acquise des auteurs grecs et 
arabes. Guillaume Cop traduit une partie d Hippocrate et de Galien ; mais, par sa 
position aupres d un zelateur puissant du progres intellectuel, Francois I er , il est si 



INTRODUCTION. * 

etroitement lie a la phalange des grammairiens et des philosophes; il cultive le 
champ litteraire sur tantde points a la fois, qu on voit bien qu il ne recoil pas 1 im- 
pulsion par le cote scientifique. Et ainsi des antres, jusqu a la fin du seizieme siecle, 
ou les commentateurs, comme Duret, deviennent en meme temps des observateurs. 
Par centre, tout le monde suit la part prise a 1 erudition medicale par les savants 
etrangers a la medecine. II suffit de citer Joseph Scaliger, qui s est fait meme une 
querelle avec la Faculte pour ses notes sur la traduction du Traite des plaies par 
Vertuuien; et le grand Henri Estienne, qui, rencontrantHippocrate, Aretee, Erotien, 
dans la compagniedes prosateurs grecs, les traduit ou en extrait un dictionnaire de 
termes medicaux, sans la moindre preoccupation a 1 endroit de 1 art de guerir. 

Ce n est qu apres ce travail preliminaire de traduction ou de commentaires 
que 1 ceuvre de 1 antiquite grecque et latine put entrer avec fruit dans J enseigne- 
ment ; et Ton voit, a la fin du seizieme siecle, Henri IV substituer, dans 1 Universite, 
les auteurs originaux, Hippocrate, Galien, Aretee, etc., aux glossateurs, aux tra- 
ducteurs des Arabes, qui faisaient encore tous les frais de 1 education medicale. 
Mais cette installation officielle de la science authentique dans 1 enseignement 
laissa subsister ce phenomene si remarquable de 1 alliance etroite de la science 
et des lettres, qui dura long temps encore sans se relacher d une maniere sen 
sible, et qui aujourd hui, malheureusement sans doute, mais par des causes a 
peu pres inevitables; ne tarderait pas a se dissoudre entitlement sans les exigences 
posees par TUniversite au seuil des carrieres liberales. Voila d ou est sortie cette 
race de medecins, grands amisdu grec, ecrivant volontiers en latin (qui etait meme 
la langue scientifique) , et empruntant frequemment a cette langue la forme poe- 
tique, pour composer une epigraphe ou une preface, pour traduire quelquc poe te 
grec, pour chanter ses propres inspirations, ou enfm pour meltre en poeme ce qu il 
y avail de moins connu des muses antiques : par exemple, la syphilis. 

La predominance de 1 esprit philologique, tel esl done, au poinl de vue ou nous 
sommes places, le caractere immediut de la Renaissance. Peu a peu, pourtanl, les 
intelligences s emancipent ; on secoue le joug des textes; les disputes d aulorite 
deviennent plus rareset moins vives; on s accoulume a penser, a observer ; on rai- 
sonne centre Aristote, non sans peril pour sa liberte el meme pour ses jours. Les 
sciences naturelles prennent leur place a cote des sciences abstraites. L analomie 
fait de grands progres des le seizieme siecle, et les continue dans le dix-septieme, 
etrangement favorisee par I invention du microscope. Des amphitheatres de dissec 
tion sont ouverts, a Pise (1552), a Monlpellier (1556). Eustache publie ses Tables 
anatomiques. C est le temps de Vesale, de Fallope, de Fabrice d Acquapendente. 
La medecine a un Fernel, la chirurgie un Ambroise Pare. Harvey n esl pas loin, 
non plus que Bacon et Descartes. A partir surlout des commencements du dix- 
septieme siecle, le branle est donne partout, et une ardeur insatiable de savoir 
s unit a 1 independance de la pensee pour faire, sur la route du progres, les prodi- 
gieux pas qu on sail et qu il n est point de notre role de rappeler ici. 

Ce rapide coup d ceil explique parfaitement un fait dont on est frappc quand on 
parcourt la collection des dictionnaires relatifs aux sciences medicales. Le prcvnier 



T, INTRODUCTION. 

travail litteraire de la Renaissance a ete, venons-nous de dire, philologique, et il 
arrive precisement que les premiers dictionnaires de medecine ont pour objet 
1 explication des termes. Nous ne pouvons nous flatter, assurement, de connaitre 
tons les ouvrages consacres au classement regulier, methodique ou alphabetique 
des connaissances medicales ; mais nous en avons reuni 1 immense majonte, 
et nous croyons pouvoir dire que 1 impulsion de laquelle ils sont sortis s est tra- 
duile suivant 1 ordre de succession, qui marque ici 1 opportunite : 1 par la pu 
blication de dictionnaires de mots ou lexiques ; 2 par la publication de biblio 
theques, d encyclopedies et de dictionnaires de choses ou realia. Le mot rle 
bibliotheque a rec.u en litterature medicale une signification assez complexe ; on 
l a applique tantot a la reunion dans un meme corps d ouvrage de travaux appar- 
tenant a un certain nombre d auteurs differents (Manget) ; tantot a la mise en or- 
dre de matieres diverses ressortissant a une seule branche ou a plusieurs branches 
de la medecine, sans autre lien que celui de I enchainement naturel et plus ou 
moins logique des objets (bibliotheques chimiques, botaniques, etc.); tantot a une 
revue chronologique , soit analytique, soit critique, des travaux publics sur un ou 
plusieurs ordres de connaissances (bibliotheques de Lipenius, de Haller) ; tantot a 
une histoire de la medecine considered sous divers aspects, systemes et doctrines, 
critique, biographic, etc. (bibliotheque de Carrere). L usage de 1 ordre alphabetique 
n a pas toujours suffi pour ecarter la denomination de bibliotheque. Carrere et 
Manget, que nous venons de citer, en sont des exemples. L ouvrage du premier ( t 
alphabetique; le second adopte le meme systeme de classification pour la plupart de 
ses grandes divisions. Les Compendium, les Sylvse sont aussi des bibliotheques, de 
meme que les encyclopedies, mais avec un sens plus precis et mieux defini. Un 
ouvrage encyclopedique est proprement un expose alphabetique ou methodique de 
tout ce qui a trait a une seule science, a un seul art, ou a plusieurs sciences, a plu 
sieurs arts, ou a 1 universalite des connaissances humaines, et Ton a ainsi des ency 
clopedies speciales ou generales a divers degres. Quant aux dictionnaires propre 
ment dits, soit demots, soit de choses, ils supposent, conformement a 1 etymologie 
du mot, 1 ordre alphabetique, et il serait rationnel d y rattacher tout recueil 
distribue d apres ce principe de classification. Dans 1 usage, on appelle plus specia- 
lement lexiques et glossaires les dictionnaires consacres a 1 explication des termes, 
et simplement dictionnaires ceux qui traitent des choses. 

Cela dit, pour la clarte de notre expose, et aussi pour la gouverne de ceux qui 
n ont pas une certaine habitude des recherches bibliographiques, nous repetons 
que les dictionnaires sont d abord lexicographiques. II ne faut pas, certes, entendre 
par la que lexiques et dictionnaires se soient succede en deux groupes separes , 
mais seulement que le travail des premiers a ete plus precoce, plus rapide et plus 
productif que celui des seconds. Ainsi, avant 1679, date de la premiere edition 
du Lexicon de Blancard, pendant que les encyclopedies se publient en petit nom 
bre, en restant plus philosophiques que scientifiques ; pendant que plusieurs 
medecins executent d utiles compilations destinees a offrir un tableau abrege 
de la science et a faciliter les recherches bibliographiques ; pendant qu il ne 



INTRODUCTION. TO 

parait aucun dictionnaire que nous sachions, on peut deja compter une vingtaine 
de lexiques, pour la plupart recommandables, et quelques-uns resles celebres. 
De 1679 an milieu du dix-huitieme siecle, on compte a peu pres autant de die- 
tionnaires que de lexiques. Enfin, a partir de cette epoque, quand le joug de 
1 autorite est a peu pres secoue de toutes parts et que le genie de la recherche inde- 
pendante est partout en travail ; quand 1 activite de 1 esprit humain est puissam- 
ment tourne vers les sciences physiques; quand, enfm, le domaine entier des 
connaissances humaines est riche de materiaux eparpilles, qu il importe de grou 
per, on voitnaitre de nouvelles encyclopedies generates, denouvelles bibliotheques 
medicales, mais dans une proportion correlative aux difficultes de semblables 
enlreprises ; on voit surtout les dictionnaires prendre le pas sur les lexiques et les 
glossaires, sinon toujours par la qualite, du moins par le nombre. Depuis 1751, 
date du commencement de la grande Encyclopedic, jusqu a 1 epoque actuelle, la 
France est dotee d une dizaine d encyclopedies generates, dont plus de la moitie ne 
remonte guere qu a trente ans. Les bibliotheques se succedent egalement, en 
prenant chaque jour une valeur nouvelle ; elles deviennent surtout nombreuses 
dans le dix-huitieme siecle, epoque glorieuse pour la medecine, ou deja la science 
avait moissonne dans toutes les voies de 1 observation, et remue toutes les idees qui 
ont alimente, depuis, les disputes des livres et des academies. Dans la meme 
periode, on compte sans trop de peine une soixantaine de dictionnaires. Les dic 
tionnaires consacres tantot a une science auxiliaire, comme la physique ; tantot a des 
objets plus directs de la science medicale, comme 1 anatomie ; tantot enfin a une 
partie seulement de la pathologie, telle que le diagnostic et le pronostic, ou a une 
partie de 1 hygiene, comme les aliments, marchent de pair avec les dictionnaires 
generaux, qui embrassent, soit la pathologie interne tout entiere ou la chirurgie, 
soit ces deux sciences a la fois, soit 1 universalite des connaissances medicales. Un 
caractere assez significatif de bon nombre de ces ouvrages, et qui marque bien 
1 influence toute speciale qu exercait sur 1 esprit public la grande Encyclopedic de 
Diderot, c est que, a partir des premiers volumes de cette publication, on les voit 
afticher la prevention de donner des matieres scientifiques une exposition raison- 
nee. On sait que 1 Encyclopedie elle-meme etait un Dictionnaire raisonne des 
sciences, des arts et des metiers. Par exemple, de 1759 a 1773, nous rencon- 
trons un Dictionnaire raisonne universel des animaux, un Dictionnaire 
raisonne d anatomie et de physiologie, un Dictionnaire universel et raisonne de 
medecine, de chirurgie et de veterinaire, un Dictionnaire raisonne de matiere 
medicale. Et il suffirait d en chercher d autres pour en trouver. Quant aux lexi 
ques, ils sont, nous 1 avons dit, beaucoup moins nombreux. II ne faut pas s eton- 
ner si une partie d entre eux appartient a la periode ecoulee du dix-neuvieme 
siecle, malgre raffaiblissement de 1 esprit philologique. Pinel, a la fin du siecle 
dernier; Bichat, Laennec, Broussais, au commencement de celui-ci, soit par 
leurs decouvertes, soit par leurs doctrines, avaient change a la fois les mots 
et les choses de la medecine. II fallait nommer ce qui avait ete jusque-la 
ignore ; les progres de 1 anatomie pathologique amenaient dans un meme groupe 



TIII INTRODUCTION. 

d alterations des distinctions qu ii fallait specifier dans le langage. L.< pyretolo- 
gie, bouleversee, s etait chargee de denominations nouvelles, qui souvent vanaient 
dans un court espace de temps. Et par cela meme que le vocabulaire se rajeums- 
sait en certains points, il vieillissait en d autres, et des mots autrefois dominants 
se trouvaient maintenant relegues sur un plan inferieur ou meme tout a lait 
elimines. Quelquefois 1 esprit de methode, dont on se piquait alors, essayait de 
plier a ses rigueurs des nomenclatures que leur nature particuliere rend plutot 
trihutaires de 1 usage et de la commodite : temoin Cbaussier et Alibert. Ajoutons 
que certains recueilsoule lexique est, en quelque sorte, uni au dictionnaire, en ce 
sens qu ils ajoutenta 1 explication etymologique et a la synonymic une courte des 
cription des objets definis, deviennent plus frequents a mesure qu on se rapproche 
du temps actuel. 

Voila done, en bref, ce qu on pourrait appeler 1 histoire chronologique des dic- 
tionnaires et des lexiques medicaux ; mais ce rapide aperc.u demeurerait sterile si 
nous n examinions les ceuvres d un peu plus pres, pour en apprecier, selon les temps, 
1 esprit, le mode d execution, la valeur relative, et pour offrir aux travailleurs quel- 
ques indications susceptibles de guider et d abreger leurs recherches. 

CommenQons par les lexiques, dont nous parlerons plus brievement, parce qu ils 
ne rentrent pas aussi expressement que les dictionnaires dans notre sujet. 

Les plus anciens des lexiques nepeuvent, pour laplupart, etre utiles aujourd hui 
qu aux purs erudits. Une restauration litteraire n atteint pas d un seul coup sa ple 
nitude ; pour arriver a bien comprendre les vieux auteurs de la medecine, la signi 
fication precise des mots, il faut le temps d acquerir la notion objective des choses 
medicales. Cette notion manque d abord plus ou moins aux medecins eux-memes, 
et tout a fait aux lettres de profession. La philologie medicale va done se perfection- 
nant; la determination des vraies sources de beaucoup de manuscrits, la restitution 
et 1 epuration des textes, la suppression des interpolations, les traductions, les 
interpretations de sens, 1 explication des termes, prennent chaque jour plus de 
rigueur et de surete. Et c est cela precisement, c est ce degagement progressif de la 
langue medicale, qui peut donner a 1 etude un attraat pai ticulier. Un mot mainte 
nant des lexiques qui sont le plus souvent consultes ou men tent le plus de 1 etre. 

Brunfels offre une liste nombreuse de termes, les uns grecs, les autres latins, 
selon les auteurs d ou il les a tires, et en donne 1 explication ; c est un premier fonds, 
important par 1 etendue comme par la valeur intrinseque, et qui comprend 1 ana- 
tomie et la pathologic. Les Commentarii utriusque linguse. de J. Camerarius ne 
se rapportent qu aux parties du corps humain et a leurs usages ; mais une cir- 
constance particuliere les fait rechercher des savants : c est que les indications sur 
.esquelles ils s exercent sont tirees de sources non medicales. Camerarius avail 
traduit une foule d aute^rs de 1 antiquite grecque et latine ; histoire, eloquence, 
poesie lyrique, pastorales, fables, etc., il s etait baigne a toutes les sources revi- 
viiiees de la littt- a ire antique; il avail aussi commente 1 Ancien Testament. 
De la des donnees speciales, des moyens nouveaux de critique et d interpretation, 
qui aident notablement a la fixation de la langue. Les Definitiones medicx de 



INTRODUCTION. ix 

Gorris se distinguent surtout par le noml)re tres-considerable des mots expliques et 
commented. Si Ton veut consulter le Gorris original, il faut prendre 1 editiou de 
1554 oucelle de 1601 ; mais Gorris fils en a donne une en 1622, tres-augmentee, 
qui fait partie de la collection des ceuvres de son pere; c esfc dans ces Opera omnia 
que se trouve la traduction des poe mes de Nicandre sur la theriaque et 1 alexi- 
pharmaque. Dans toutes ces editions, on reproche aux Deftnitiones la confu 
sion dans les renvois aux auteurs, qui manquent a la fois d ordre logique et 
d ordre historique. Inutile de recommander le Thesaurus vocabulorum et le Dic- 
tionarium medicum d Henri Estienne. Le Dictionarium est joint d ordinaire a 
deux lexiques d flippocrate , celui d Erotien et celui deGalien. Le premier avail 
donue lieu a un incident singulier : les libraires 1 avaient inscrit sur leurs catalo 
gues six ans avant qu il eut paru, de sorte que les erudits du temps se faisaient 
hoimeur de le citer. Histoire digne d une autre date ! A cote done de ce lexique 
d Erotien qui parait pour la premiere fois, celui de Galien, deja connu, est revu et 
corrige ; et le tout est suivide I exposition des termes medicaux d apres Hippocrate, 
Aretee, Galien, Oribase, Aetius, Alexandre de Tralles, Paul d Egine, Actuarius et 
Celse. C est done la un guide precieux; mais on ne doit pas oublier qu il ne represente 
plus 1 etat actuel des textes, dont quelques-uns ont ete corriges et d autres ajoutes 
Jcpuis Estienne. II en est de meme de la Collection des mots d Erotien, par 
Eustachi : celui-ci fait, proportion gardee, pour Erotien ce qu Estienne avail fait 
pour Hippocrate ; il le fait egalement dans une mesure que les progres de la phi- 
lologie ont rendue insuffisante. Heureusementon pourra suppleer en partie a cette 
insuffisance, en consultant 1 edition de Franz (1780), qui a reuniles glossaires 
d Erotien et de Galien (avec celui d llcrodole), en les accompagnant d eclaircisse- 
inents. Franz ctait de la race des Camerarius; ses connaissances si etendues et 
si variees, principalement on histoire naturelle et en linguistique, le rendaient 
eminemment propre a untel travail. Etpour en finir toutde suite avec les auteurs 
qui doivent etre consideres comme les meilleurs guides dans Tetude des vocabulaires 
hippocratique et galenique, citons d abord YOEconomia de Foes, moins riche de 
mots, mais plus exact et mieux traite que les Deftnitiones de Gorris ; puis le 
Dejinitionum medicinalium liber de Baillou, qui n est pas un glossaire com- 
plet, mais une explication d un certain nombre de termes obscurs et sujets a 
contestations ; puis, pour la nomenclature et non pour rinterpretation , l A)>y- 
6vjro; ior.rpi-/.Qc, d Helwigh (Jean) ; le Medicinse syntaxis de Wecker, qui se rapporte 
aux mots grecs, latins et arabes; enfin, \ Exegesis nominum grxcorum et le Pa- 
leologia therapist d Hebenstreit, dans lesquels les explications des termes grecs, 
nosologiques et therapeutiques, sont en general appuyees de 1 examen des textes, 
avec des citations nombreuses. Ce sont des livres excellents en leur genre, et c est 
meme un reproche qu on adresse aux lexicographes posterieurs de n en avoir pas 
assez profile 1 . 

1 Signalons en passant, dans le cours du seizieme siecle et le commencement du dix-sep- 
tieme, quelques dictionnaires a 1 usage de ceux qui s interesseraient a 1 histoire des sciences 
occulles, et voudraient en bien connaitpe la langue : par exemple, les Onomastica de Toxite et 



x INTRODUCTION. 

Pres de cinquante ans avant Hebenstreit, Barthelemy Castelli avait fait paraitre 
son lexique. G estune sorte de date dans 1 histoire lexicologique de la medecine, 
parce que, pour la premiere fois, le glossaire a embrasse les temps anciens et les 
temps modernes. C est ce qui 1 a rendu populaire et en a fait conserver la trame avec 
le nom de 1 auteur, malgre de grands remaniements fails par d autres mains. Mais 
1 ceuvre primitive, en elle-meme, est loin de valoir sa reputation posthume. Elle a 
d abord pour fondement le lexique de Gorris ; puis, on lui reproche un depouillement 
des auteurs tres-superficiel, et 1 oubli presque total des sources du moyen age ; de 
sorte que, pour s initier a la langue medicale de cette epoque, il faut recourir aux 
Pandectes de Mathaeus Sylvaticus (Mathieu du Bois) et au Clavis sanationis de 
Simon de Genes (dont les Commentaires sur Serapion offrent aussi une ressource 
pour la connaissance des termes arabes) , on encore a ces dictionnaires de philosophic 
alchimiste dont nous parlons dans la note ci-contre. Du reste, Castelli a ete notable- 
ment ameliore, enmeme temps qu accru,dans les editions posterieures de Stupano, 
de Ravestein et de Bruno. Le Castelli-Bruno a eu lui-meme plusieurs editions, et 
c estcelle de 1746 qu il faut consulter comme etant la plus detaillee. On y trouve 
non-seulement les termes de medecine proprement dite, non-seulement ceux des 
sciences auxiliaries, mais une foule de mots qui touchent peu ou ne touchent 
pas du tout la medecine, comme pleias, plenilunium, ebron (paradis terrestre) , etc. , 
De plus, a la fin du volume, est une nomenclature hexaglotte-alphabetique, com- 
prenant la synonymic hebra ique, arabe, grecque, latine, franchise et italienne. 

De Castelli a Blancard, egalement fort consulte de nos jours, on ne trouve guere 
a recommander que le Lexicon de Fr. Miiller et celui de Callard de la Duquerie. 
INi 1 un ni 1 autre, le second surtout, n ont une grande valem exegetique : mais 
celui de Miiller annonce dix-huit mille explications tirees d auteurs anciens et 
recents ; le second n en contient que trois mille, parce qu on a elague du vocabu- 
laire tous les mots composes, derives et vulgaires. II reste done une sorte de jar din 
des ratines grecques des sciences medicales; jardin, nous 1 avons dit, d une va- 
leur mediocre et que nous signalonsneanmoins, a cause d une circonstance qui tout 
a la fois en explique la contexture et marque une ere dans 1 histoire des ecoles de 
France. Cette universite de Caen fondee plus de deux siecles auparavant par les 
Anglais sur un sol conquis, et conservee apres la delivrance, etait alors en pleine 
prosperite, particulierement 1 ecole medicale ; et c est pour 1 usage particulier des 
eleves de cette ecole que le lexique de Callard avait etc redige. 

Ce qui a ete dit tout ai heure de Castelli, il faut le repeter de Blancard. Le se 
cond a les memes defauts et presente les memes lacunes que le premier. A qui 
voudrait etudier philologiquement, et au point de vue de la definition rigoureuse 
des termes, les terrains du moyen age et de la Renaissance, Blancard ne serait 
d aucun secours ; et les editions qui se sont succede de 1679 a 1852, dont une est 
illustree d une preface de Stahl, ne reniedient guere a ce grave inconvenient. 

Pischart (1574) et le Dictionariiim de Dorn (1583), contenant 1 explication des termes de la 
philosophie (alchimie) et de ceux qu employait Paracelse. 



INTRODUCTION. n 

Les meilleures sont celles d Isenflamm et de Kiihn. L edition d Isenflamm a ete 
pendant plus de cinquante ans en possession de la faveur publique ; elle a ete la 
base de 1 edition donnee a. Leipzig par Kletten, qui y a joint divers supple 
ments. Anjourd hui, on consulte surtout celle de Kiihn, qui ne date que d une 
trentaine d annees, et dans laquelle les mots grecs et latins sont ecrits plus correc- 
tement et quelquefois aussi mieux expliques. Un ouvrage plus solide sous le rapport 
de 1 interpretation , et qui, sous le titre modeste d essai, cache une science tres- 
etendue,e$l \eTentamen lexici de Michel Albert (le meme qui a mis une preface 
au Lexicon de Behr). On le consulte toujours avec profit. L Onomatologia medico, 
completa d Onderka (preface de Haller) ; I Erkldrungen lateinischer Worter de 
Knackstedt, pour les mots latins seulement; le Catholicon, ou lexique polyglotte de 
Nemnich; quelques lexiques anglais (tels que le Medical Glossary deTurton), sont 
les principaux ouvrages auxquels on pourra recourir jusqu a celui de Kraus, qui a 
paru en 4 821. Le Krilisch-etym.-med. Lexicon s est substitue presque partout, 
dans le credit public, aux autres lexiques modernes. La par tie exegetique et cri 
tique en est generalement considered comme serieuse; on y souhaiterait seule 
ment une erudition un peu plus sure et plus riche. Posterieurement a Kraus, 
nous engagerions a consulter, parmi les nombreuses sources qui se sont encore 
produites, le Dictionnaire etymologique de Jourdan, Y Universal-term. -med. 
Lexicon de Grunberg, et le Pentaglott Dictionary de Palmer. 

Ajoutons, pour ce qui concerne les lexiques, que plusieurs d entre eux me- 
ritent une attention particuliere comme ayant trait a des points de vue restreints. 
Ainsi, de meme qu on a vu des repertoires consacres aux productions medicales 
d un pays, il y a des lexiques bornes a la philologie ou a un aspect de la philo- 
logie indigene. Tel est celui de Roth (G. Ch.) sur les mots et les termes donnes par 
les anciens Germains aux medecins et aux choses de 1 art. D autres sont relatifs 
seulement a la prosodie des mots employes en medecine. Certains lexiques com- 
plets sont termines par des prosodies semblables, avec indication des breves et des 
longues, notammentle Blancard-Isenflamm ; mais, de plus, il existe des lexiques 
speciaux sur la prononciation correcte des mots : Lb wenstein en a publie un en 
1828. D autres out pour objet une branche speciale de la medecine. Beaucoup de 
dictionnaires de botanique sont en meme temps lexicographiques, et il existe specia- 
Jement nombre A Index plantarum ou d Onomalologies botaniques. De meme pour 
1 anatomie, qui a aussi ses onomatologies, ses vocabulaires et ses synonymiques. 

Enfin, parmi les lexiques-dictionnaires, ceux de Col de Villards, Motherby, 
Lavoisien, Hooper, Brandeis; le Nouveau Dictionnaire de BECLARD, ORFILA, etc., 
le Dictionnaire des termes de BEGIN, SANSON, etc., le Dictionnaire de LITTRE et 
ROBIN, et celui de RAIGE-DELORME, sont particulierement recommandables. 

Abordons maintenant les dictionnaires, et constatons d abord qu im certain 
nombre d entre eux, centre les apparences du titre, s adressent souvent non aux 
medecins, mais au public. Quelques-uns s en expliquent meme avec une louable 
sincerite : II se trouve, est-il dit dans la preface du Dictionnaire medicinal du 
docteur J. T..., des seigneurs etdes dames de paroisse, des cures..., qui seraient 



XII INTRODUCTION. 

bicnaises de secourir les malades; je leur en donnelesmoyens.i) (5 edition, 1757.) 
Ce confrere emettait en meme temps im souhait que nous^avons vu renouveler de 
nos jours, celui de voir les medecins pensionnes par 1 Etat, a fin qu ils puissent 
s adonner, sans inquietude pour leur peine , a Y etude des maladies et de 
remedes . C etait unvceu consequent; les medecins etudieraient,et les dames et 
seigneurs pratiqueraient. Le Nouveau Dictionnaire universel et raisonne de me- 
decine, de chirwgie et de I art veterinaire, par une societe de medecins (1772), 
s adresse egalement a toutes les classes de citoyens, surtout aux habitants de la 
campagne , bien qu il comprenne 1 anatomie aussi bien que la medecine et la chi- 
rurgie. Tel est aussi, comme 1 indique le litre, le caractere de la Medecine domes- 
ttque de Buchan (traduct. frangaise, 1776), mais avec une allure scientifique qui 
la rend, au fond, estimable. Les ecclesiastiques, d ailleurs, n avaient pas attendu 
1 incitation du docteur J. T..., pour attester, en ce qui les concerne, 1 utilite des 
dictionnaires. A cote du grand Dictionnaire ceconomique de Chomel (il etait cure 
de la paroisse de Saint-Vincent de Lyon) , ouvrage ou la medecine figure assez lar- 
gement, serieux d ailleurs et profitable a plus d un titre, on peut ciler de petits 
livres plus speciaux, tels que le Dictionnaire botanique et pharmaceutique du 
benedictin Alexandre, ou encore \eRecueilalphabetiquedeprognosticsdangereux 
etmorlels du P. Silvestre. II est juste d ajouter que cet opuscule a une destination 
religieuse et s adresse aux recteurs ou autres ayant charge d ames . Le signe + 
signitle grand danger, et cet autre -f- -+-, peril evident. La roupie au nez d un 
pestifere rentre dans la seconde categoric. 

En second lieu, bon nombre de dictionnaires limites a une partie seulement de 
la science medicale, comme 1 anatomie, la physiologie, la botanique, emanent d au- 
teurs qui, n ayant pas sur la matiere une grande autorite, n ont pu viser a d autre 
merite que celui d une bonne execution. Tels sont, par exemple, le petit Diction 
naire anatomique de Peras,le Dictionnaire des diagnostics d Helian, ou celui des 
pronosticsdfit. D..., ou meme le Dictionnaire raisonne universel des animaux 
de D. L. C. D. B. (de la Chenaye des Bois). Mais d autres ont une valeur incontesta 
ble, decoulant de la competence plus particuliere des auteurs. Le nom de Macquer, 
par exemple, medecin distingue, chimiste habile, garantit 1 importance de son 
Dictionnaire de chimie, d autant plus qu il est ecrit en partie au point de vue de 
1 application medicale. On en doit direautant du Dicfzowwazre, souvent reedite, des 
droaues simples, de Lemery, membre de 1 Academie des sciences comme le prece 
dent; du Dictionnaire anatomique de Tarin, que sa collaboration si active a la 
grande Encyclopedic recommande serieusement ; du Dictionnaire raisonne d ana- 
tomie et de physiologie de Dufieu, ancien chirurgien en chef de 1 Hotel-Dieu de 
Lyon; du Dictionnaire de physique de Paulian, professeur renommede 1 institut des 
Jesuites ; du Dictionnaire raisonne danatomie d Hippolyte Cloquet, etc. II n etai 
pas, nous le repetons, dans la nature de ces oirvragcs de Jeter un grand eclat; 
mais quelques-uns, surtout avec les changements introduits dans les editions suc- 
cessives, peuveat encore etre consul tes avec fruit. 

Restent les dictionnaires, de diverse valeur, qui embrassent j soit la mede 



INTRODUCTION. xm 

cine ou la chirurgie, soit ces deux, branches a la fois ; soil enfin 1 ensemble cles 
connaissances medicates. Parmi ceux-ci, il n en est qu un Ires-petit nombre, il faut 
le reconnaitre, qui meritent de conserver encore quelque credit. Les premieres 
en date se presentent les volumineuses compilations de Manget. Voici la disposition 
adoptee par 1 auteur dans ceux de ces recueils qui sont astreints a 1 ordre alphabe- 
tique. Sous le mot Apoplexia, par exemple, dans le Bibliotheca medico-practica 
(1695), viennent se ranger un long extrait du traite de Bellini sur les maladies 
de la tete; cles passages empruntes a une dizaine d auteurs (Tozzi, Hartmann, 
Willis, etc.), et relatifs au traitement de la maladie; puis des Consultationes, ou 
observations detaillees tirees de nombreux ouvrages. Le mot Vulnus,d-Aii^ le Biblio 
theca chirurgica (1 721 ) , amene un extrait des ceuvres de Fabrice d Acquapendente. 
De sorte que ces bibliotheques sont pour ainsi dire des dictionnaires pour les- 
quels Manget s est choisi des collaborateurs parmi les morts, avec des articles tout 
fails. Tous les mots, d ailleurs, ne sont pas une occasion d emprunts semblables, et, 
meme quand ils le sont, Manget ne les en fait pas moins suivre le plus souvent 
d un article original, qui acheve d imprimer a 1 oeuvre le caractere de diction- 
naire. Memes remarques au sujet du Bibliotheca pharmaceutico-medica (1705). 
Du reste, cettc grande collection, toujours bonne a consulter pour celui qui vettt 
se faire une idee generale de la science medicate vers le commencement du siecle 
dernier, ou connaitre les opinions des medecins celebres sur un sujet donne, a 
pourtant, sous ce rapport, deux defauts : 1 un, inherent a la nature de 1 ouvrage, 
qui appelait, eomme nous 1 avons dit, des articles choisis plutot qu un tableau hij- 
torique, - - est d etre necessairement un guide insuffisant ; 1 autre est de porter 
trop visiblement le cachet du commerce si etroit que Manget nourrissait avec Irs 
medecins d ltalie, et de faire a la medecine de ce pays une part relativement trop 
grande, au detriment surtout de la France. Ce second defaut est visible dans la 
Bibliotheque medicate et la Bibliotheque chirurgicale, comme dans la Bibliotheque 
anatomique, ou il a ete signale par Portal. II serait peut-etre juste d en ajouter 
un troisieme, consistant dans un choix de materiaux ou ne brille pas tout le dis- 
ceruement desirable. On sait d ailleurs que Haller n estimait pas a un tres-haut 
prix I ffiuvre de Manget, et nous avons lu quelque part qu il reprochait nomme- 
ment a la Bibliotheque chirurgicale 1 anciennete des observations et la mauvaise 
execution des figures. 

Le premier ouvrage, apres celui-la, qui ait franchement, .a tous egards, le 
caractere scientilique, est le Medicinal Dictionary including Physic, Surgery, 
Anatomy, Chemistry, de Robert James (1745), traduit en 1746 sous la direction 
de Diderot. On a eu le droit de le dire dans I Avertissement, une telle publication 
sort de rang. Les opuscules analogues qui avaient alors paru ne peuvent pretendre 
a aucune comparaison, et 1 editeur a soin de rappeler le but d utilite domestique 
qu ils poursuivaient souvent, comme nous 1 avons dit, et qu ils atteignaient 
si mal, en suggerant plus de prejuges que de conseils samtaires, et en mettant 
1 arme dangereuse des remedes aux mains de 1 ignorance. Le dictionnaire de 
James ne cache pas son but, qu il atteint en grande par tie, celui d elever un mo- 



X1V INTRODUCTION- 

nument a la science positive, a la science d observation, et principalement a la me- 
decine appliquee, a la pratique. Toutes les grandes divisions, I anatomie, la chirur- 
gie, la pharmacie, etc. , y sont traitees avec de longs developpements ; et dans chaque 
dirision, tous les details importants out leur place dans le vocabulaire. C est amsi 
que chaque muscle est decrit en particulier. Quelquefois aussi des articles elendus 
sont consacres a des points de vue generaux qu un dictionnaire pourrait negliger sans 
cesser d etre complet : par exemple, une histoire generate de la chirurgie. Get ou- 
vrage est ecrit principalement sous 1 empire des doctrines mecaniciennes. L article 
Fibre, par exemple, est tire directement de Boerhaave. On sait, du reste, que 
1 ouvrage de James est compose, pour la plus grande partie, de passages empruntes 
a la litterature medicale; mais ces passages sont plus solidement relies que dans 
Manget, par le texte original, auquel 1 edition franchise a d ailleurs notablement 
ujoute. 

Vandermonde ne s avouait pas volon tiers 1 auteur du Dictionnaire portatif de 
sante; et le piquant est qu il avait ete charge, en sa qualite de censeur royal, 
d cxaminer ce livre anonyme. On nedit pas qu il en ait fait unmauvais rapport. Nous 
ne serons pas plus difficiles que lui ; entre les petits livres du meme genre qui se 
publiaient a cetteepoqueetqui frequemment se disaient portatifs, celui de Vander 
monde se distingue par 1 entente du sujet, un savoirde bon aloi et un certain talent 
a exprimer de la medecine pratique ce qu elle renferme de plus clair et de plus 
utile. Mais ces deux in-douze empruntent une importance notaltle de celui qu y a 
ajoute Pierre Sue (neveu du professeur de 1 Ecole de peinturo), et qui forme le 
tome III du Dictionnaire de sante. Ce troisieme tome, consacre a la cbirurgie, 
est tres-complet dans son genre et eut oi l ert un bon cadre, pour ie temps, a un 
ouvrage plus etendu. 

Cette derniere remarque s applique tres-bien a un autre dictionnaire de chirur 
gie : celui qui a ete redigeen comnmn par Levacher de la Feutrie, Moysant et de la 
Marcellerie. L anonymie qu il a longtemps gardee fait qu il n est pas meme men- 
tionne dans des biographies recommandables ; et il est certain que le mauvais renom 
jete sur 1 auteur principal par la facheuse histoire de ses plagiats orthopediques 
ne dispose pas beaucoup a se montrer bien curieux de ses ceuvres. On doit dire nean- 
moins que son dictionnaire, ou I anatomie, la physiologic, la medecine operatoire 
et la therapeutique sont associees dans la mesure necessaire a une exacte entente 
de la palhologie chirurgicale, est bien ordonne et a du etre, en son temps, d une 
certaine utilite. 

Nous passons sur le Dictionnaire chirurgical de Louis, dont Forigine suffit pour 
expliquer le contenu et la valeur, et aussi sur le Dictionnaire de chirurgie de 
Paul Frangois, que nous n avons pas lu. Nous n insistons pas davantage sur les 
mauvaises compilations de Buchoz, de cet infatigable ecrivain qui a, suivant le 
calcul d un biographe (Biographic Feller) , enfante, non pas de mechants vers douze 
fois douze cents, mais trois cents volumes de tout format, parmi lesquels deux dic- 
tionnaires qui, bien que consacres aux plantes et a la veterinaire, touchent neaa- 
moins en mille endroits a la medecine humaine. Eniin, si nous disons un mot du 



INTRODUCTION. * 

Dictionnaire des pronostics du docteur T. 1). . . , et du Dictionnaire des diagnostics 
d Helian, ce n est pas pour reveler des tresors de science clinique, mais unique- 
ment pour signaler, surtout dans le second deces opuscules, qui date de 1771, un 
genre de travail dont la pratique a bien des Ibis depuis senti le besoin. L enseigne- 
ment du diagnostic, dans les livres didactiques qui se propcsent ce but special, arrive 
presque toujouis a se confondre avec 1 enseignement de la pathologic. II nous est 
souvent venu dans 1 esprit qu un ouvrage sur le diagnostic qui prendrait les deran 
gements de la sante tels qu ils se presentent dans la clinique, c est-a-dire sous la 
forme de quelques symptomes predominants, comme la cephalalgie, la toux, 
I ffideme des extremites, et montrerait a reconstituer, un symptome etant donne, 
1 ensemble morbide auquel il appartient ; a distinguer, par exemple, la cephalalgie 
congestive de la cephalalgie nevropathique, les palpitations simples de celles qui 
dependent d une lesion cardiaque, le lumbago rhumatismal de celui qui precede 
d affections uterines, etc., rendrait un vrai service au praticien. Or, a une telle 
oauvre, la forme de dictionnaire convient mieux que toute autre. La tentative deja 
faite par M. Woillez est des plus utiles, mais ne repond pas entierement a notre 
pensee ; nous incorporerons, pour ainsi dire, un dictionnaire de diagnostic dans 
notre Encyclopedic, en consacrant des articles speciaux aux grandes expressions 
Ibnctionnelles des maladies. 

Un autre dictionnaire, special a de certains egards, mais ou un amateur de 
curiosites trouverait a glaner en-beaucoup de points du champ medical, est le Dic 
tionnaire des merveilles de la nature, de Sigaud de Lafond. II faut le consulter 
dans la troisieme edition (la premiere est de 1781 ; la seconde, qui est de 1785, 
est entierement semblable a la premiere). Get ouvrage, dont le titre indique unc 
matiere complexe, fait la plus grosse part a la medecine; seulement il ne s arrete 
qu aux fails rares et extraordinaires, qui sont trop souvent des faits ou controuves 
ou impossibles. Sigaud est un Eusebe Salverte aurebours;il croitanxprodiges qu il 
raconte. Ses recits n en sont parfois que plus interessants, parce que leur naivete 
rend mieux la resistance de 1 esprit de credulite aux progres deja si marques de la 
raison publique. G est la qu on trouvera des examples etranges de catalepsies, d abs- 
tinences prolongees, de cadavres conserves ; et celui qui voudrait ecrire sur les com 
bustions spontanees consulterait encore avec interest le chapitre des Incendies. 

A partir de cette epoque, 1 importance des dictionnaires s accroit rapidement. 
Nous appellerons I attention sur les principaux seulement. 

En 1807, Fr. J. V. Zimmermann congoit la pensee de faire servir la forme 
devenue populaire du Worterbuch a la rehabilitation des hautes etudes medi- 
cales. 11 public un Dictionnaire de philosophic medicale, ou plutot de medecine 
philosophique. Le London Medical Dictionary de Parr (1809), ou les di verses 
branches de la medecine sont traitees separement, a ete mis a profit pour la 
redaction des dictionnaires anglais postcrieurs, et n a pas perdu toute son 
utilite. Le grand dictionnaire qui 1 a suivi de plus pres, le Dictionnaire des 
sciences medicales en 60 volumes (entrepris en 1812), est trop connu pour que 
nous nous y arretions longtemps. II faut pourtant rappeler que cette collection, 



XTI INTRODUCTION. 

inspiree par des tendances qui avaient leurs representants directs dans le personnel 
meme de la redaction (Pinel, Alibert, etc.), a eu un malheur. L epoque de sa pu 
blication est precisement celJe ou la medecine recevait, de la main de Broussais, la 
forte secousse qui 1 a jetee, il est vrai, hors de ses voies legitimes, mais qui a fait, 
en dix ans, vieillir d un siecle la Nosographie phitosophique. Deja meme dans 
nombre d articles de ce dictionnaire ou tronait Pinel, et nous ne parlons pas des 
derniers, 1 influence de Broussais, qu on ne savait pas encore devoir aller si loin, 
se fait sentir manifestement. Ses travaux sur la gastrite, par exemple, sont vantes 
par Guersant (1816), en meme temps que Fournie et Vaidy, tout en ne s ecartant 
pas au fond de la methode de Pinel, attaquent en plus d un point sa classification 
des fievres (meme annee). Et quand, plus tard, on eut 1 idee de tailler dans ce 
vaste repertoire un Dictionnaire abrege, le broussaisisme s y installa tout a son aise 
dans des articles devenus anonymes. L envahissement est curieux a suivre dans ces 
memes articles Fievres et Gastrite : le premier, extremement reduit; le second, 
tres-allonge et complique d une douzaine de lormes de gastrite, depuis la gastro- 
arachnoidite, la gastro-cardite, jusqu a la gastro-urethrite. Aussi le Dictionnaire 
en 60 volumes etait-il devenu, peu d annees apres la publication du dernier vo 
lume (1822), une sorte de musee, mais un musee plein de richesses, ou Ton trouvc 
a s instruire sur toute question, et qui a notamment ce grand attrait de renfermer 
I 1 image la plus complete et la plus fidele de 1 epoque medicale. Quant au Diction 
naire abrege sorti de 1 ecole broussaisienne, ildevait en avoir la destinee, d autant 
plus qu il y etait reste plus soumis. Et n ayant pas, comme son aine, les avantages 
d un vaste plan, ou une large exposition des faits et des idees, mille aspects inte- 
ressants de la science medicale, pussent trouver place conjointement avec la doc 
trine ct faire a cette chose changeante un fond solide, il soutint encore moins son 
credit, malgre le talent incontestable de sa redaction. Des mentions particulieres 
doivent etre donnees encore au Realworterbuch d anatomie et de physiologie, de 
Pierer et Choulant (1816-29); au Lexicon medicum theorico-practicum d Hecker 
(1816), et au Dictionary of Practical Surgery de S. Cooper, publie en 1825. 

La chronologic nous amene au Dictionnaire de medecine (1822-28), auquel se 
rattache le nom de 1 un des directeurs du DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQDE. Ici on 
nous permettra de decliner tout jugement. Qu il nous suffise de dire que la pensee 
de ce dictionnaire a ete d abord de soustraire I oauvre aux envahissements de 1 esprit 
de systeme, puis de realiser le tableau, non pas seulement des parties constitutives 
et necessaires de la medecine, mais bien des sciences medicales dans toute leur 
generalite. A ce titre, il est, dans sa deuxieme edition surtout, 1 aine de notre 
Dictionnaire encyclopedique ; il lui prete son plan, son entente generale du sujet, 
et jusqu a des travaux prepares pour une troisieme edition. II importe, d ailleurs, 
de faire remarquer que c est le fond de ce dictionnaire, a peine modifie ou 
agrandi, qu on trouve dans plusieurs encyclopedies medicales etrangeres. Celle 
qui a eu pour directeurs Meissner et C. Chr. Schmidt (Encydopadie der med. 
Wissenschaften, etc. (1830-34) le reconnait formellement dans son titre meme. Du 
reste, nous entrons icidans 1 ere feconde des dictionnaires, et ce serait un long et 



INTRODUCTION. xvn 

p6nible travail d en apprecier, meme brievement. ou 1 esprit ou la valeur intrin- 
seque; a peine meme la convenance nous le permettrait-elle. Ce sontla, on pent le 
dire, des oeuvres contemporaines sur lesquelles chacun est maitre de se former une 
opinion. Aussi, pour ceux qui se sont succede dans ces annees si rapprochees, ren- 
verrons-nous simplement a la Bibliographie que nous avons eu soin de placer a 
la suite de cette introduction, en nous bornant a signaler parmi les plus impor- 
tants : le Dictionnaire de medecine et de chirurgie pratiques, le Dictionnaire de 
medecine de Copland, le Dictionnaire encyclopedique de Busch, Dieffenbach, etc., 
les trois Encyclopedias anglaises ftanatomie et physiologie, de medecine et de 
chirurgie, les Dictionnaires de chirurgie de Bernstein et de Rust, le Diction 
naire de chirurgie de W.ilther, Jseger et Radius, et le Compendium de medecine 
pratique. 

En parcourant cette longue serie, nous avons ete frappes de la grande propor 
tion des dictionnaires a larges cadres, c est-a-dire de ceux qui embrassent 1 univer- 
salite des connaissances medicales. On doit meme dire que cette proportion est 
sensiblement plus elevee qu il ne le paraitrait a la teneur des litres. Bon nombre 
de recueils dits medicinaux traitent, concurremment a\ec la medecine et la chi 
rurgie, de botanique, de matiere medicale, de chimie et de physique. Mais, a ne 
consulter meme que 1 etiquette, on est frappe, comme nous le disions, de la 
propension a 1 encyclopedisme qui se manifeste a toutes les epoques, et aussi de 
la satisfaction de plus en plus complete donnee a cebesoin, a mesure qu on se rap- 
proche du temps present. Ce dernier fait, nous le constatons des maintenant, mais 
sans nous y arreter, parce qu il se rattache a un ordre de considerations qui se 
presentera tout a 1 heure. 

Quant a la couleur doctrinale des dictionnaires, elle n est generalement pas aussi 
accusee qu on pourrait le presumer . Un tres-petit nombre seulement ont eu pour 
but determine et intentionnel le soutien d un systeme, ou seulement de vues dog- 
matiques generates. On a puvoir pourtant que la medecine philosophique avait eu 
son dictionnaire; etnous avons rappele la destination particuliere du Dictionnaire en 
60 volumes et celle du Dictionnaire abrege. Mais on comprend bien qu un recueil 
dont la tache est de representer la science du temps, laquelle emporte par elle- 
meme un jugement indirect de la science du passe, ne peut etre realise sans un 
reflet plus ou moins vif de 1 esprit scientifique, des idees dominantes, des croyances 
au milieu desquels il a ete concu ; et son dogme fut-il de n en avoir aucun, que 
ce pourrait etre encore une sorte de declaration de principe, et par la meme un 
trait de This toire medicale contemporaine. Aussi reconnait-on tour a tour Sylvius, 
Sydenham, Morgagni, Borelli, Boerhaave, Stahl, Fr. Hoffmann, Haller, Cullen, 
Stoll, dans les dictionnaires publics dela fin du dix-septieme siecle a la fin du dix- 
huitieme. II faut ajouter neanmoins que, pour la plupart des recueils, leur faiblesse 
les defend en quelque sorte d une atteinte un pen marquee des doctrines, qui 
n y entrent souvent qu a petites doses et confinement melangees, de maniere a ne 
plus garder de saveur propre. C est une constatation que 1 on fait aisement en 
parcourant un certain nombre des articles auxquels incombent plus particuliere- 



XVUI INTRODUCTION. 

merit les questions d ecoles ou qui les soulevent accessoirement. Une circonstance 
a noter sous ce rapport, c est que les erreurs et les prejuges qui ont leur racme 
dans un systeme ont, dans la suite des dictionnaires anterieurs a ce siecle, un reten- 
tissement plus prolonge que le regne du systeme lui-meme ; et la cause en esl 
dans 1 insuffisance habituelle des auteurs, qui ne s adressent souvent aux gens du 
monde ou aux personnes de la sodete que parce que leur esprit scientifique ne 
les eleve pas assez au-dessus de cette classe estimable. Pinel avail fait une obser 
vation semblable dans I Introduction a la premiere edition de sa Nosographie. Ce 
qu on peut dire de plus general, c est que de tous les systematiques, les chimiatres 
et les mecanicistes sont ceux qui ont laisse dans les dictionnaires rempremte la 
plus manifeste, jusqu a 1 epoque ou la place a ete fortement occupee par 1 esprit 
d observatiou et par ses conquetes en anatomie physiologique, d une part, et, de 
1 autre, en anatomie pathologique. 

La methode, enfm, est des plus defectueuses dans l immense majorite des diction 
naires, et il faut venir jusqu a une epoque bien voisine de nos jours pour aper- 
cevoir quelque rcgularite dans le classement des matieres et la distribution des ar 
ticles. La faute en revient encore, il est vrai, pour une bonne part, aux systemes 
qui bouleversaient si souvent la nosologie et, avec elle, la nomenclature. La noso- 
graphie d ailleurs n est pas subordonnee aux doctrines exclusivement ; elle peut 
prendre autre part le criterium des ressemblances et des dissemblances pathologi- 
ques, le principe de ses classes, de ses genres et de ses ordres ; elle peut le pren 
dre et elle 1 a pris surtout, pendant longtemps, dans le domaine des symptomes. 
Sept ou huit essais dans ce genre se sont succede de Sauvages a Selle, 1 espace 
d une vingtaine d annees. Avant Sauvages, la nosographie vivait du rudiment 
de classification de F. Plater, un peu ameliore par le temps, mais associe encore a 
1 ancienne methode topographique. Les anciens dictionnaires, preoccupes surtout 
d aligner des mots, en empruntent a tous les systemes, a toutes les methodes 
nosographiques, sans discernement de leur importance respective, sans limitation 
precise du sujet qui doit s y rapporter. Au lieu d un principe de division, on en a 
plusieurs qui se croisent et se heurtent en tout sens, et, au lieu d un plan harmo- 
nique, un pele-mele d articles disparates. Tantot le nom d un organe devient I oo 
casion d une dissertation sur tout ce qui se rapporte de pres ou de loin a cet organe, 
non-seulement en anatomie ou en pathologic, mais en hygiene ou en art culi- 
naire. Tantot, au contraire, c est un symptome qui devient le pretexte des consi 
derations les plus variees et les plus disparates. Le plan, en un mot, est tout 
arbitraire ; et ici encore, le progres n est venu serieusement qu avec celui de 1 a- 
natomie pathologique, qui donne a la tois, soit qu elle parle, soil qu elle se taise, 
les caracteres necessaires a la division des especes morbides et a leur classification 
nosograpbique. 



INTRODUCTION. 



II 



Que peut etre et que doit etre aujourd hui un dictionnaire de medecine com- 
plet ? Pour etre enmesure de repondre bien pertinemment a cette question, il 
importe de jeter un coup d ceil, non pas pvecisement suv 1 etat present de la me 
decine, mais plutot, pour employer une expression d outre-Rhin,sur son devenir; 
c est-a-dire d examiner brievement d ou elle vient et ou elle va. 

Partout ou Ton peut remonter a 1 origitie des sciences, si Ton fait abstraction de 
la periode hieratique, on truuve lesesprits occupes autant etplus des rapports sub- 
jectifs des choses reelles que de leur realite meme. Tous les produits empiriques 
de 1 observation, a peine acquis ou supposes tels, qu ils viennent du ciel ou de la 
ter; o, du monde exterieur ou du monde interieur, sont rapproches, meles, comme 
epi ouves les uns par les autres, au contact d une curiosite bardie et raisonneuse, 
po;:r en faire sortir des theories ou des systemes. Les objets de la connaissance ne 
sont pas classes : pbilosophie et science sont tout un. Le besoin de synthese se 
satisfait des qu il en possede les premiers et les plus grossiers moyens. Or, 1 homme 
etant naturellement, alors comme aujourd hui, le grand probleme, et la medecine 
etant de 1 homme, celle-ci entre immediatement dans le cercle de cette alliance. 
Des details seraient ici deplaces ; citons seulement, pour etre surement compris : 
Empedocle appliquant la doctrine des elements a la formation de 1 homme, procla- 
mant la generation spontanee, et expliquant les grandes fonctions par des actions 
physiques ; Anaxagore faisant sortir le corps humain de particules homo3omeres, et 
Democrite le construisant avoc des atomes. Aussi la biologic de cette epoque, si le 
mot n est pas trop premature, est-elle le plus souvent materialiste. Au moyen age 
et a la Renaissance, la fusion des sciences est moins complete, parce que celles-ci 
arrivent tout ebauchees; mais qu on jette les yeux vers 1 Espagne des dixieme, 
onzieme et douzieme siecles , ou \ers 1 Italie des quatorzieme et quinzierne, 
vers Cordoue ou vers Florence, les divers ordres de connaissances apparaissent en 
core dans un etat de correlation intime et, pour ainsi dire, de mixtion, dont le lien 
principal est la philosophic. Meme spectacle se presentera en France un peu plus 
tard. Partout une ardeur de savoir, une soif d explication, une audace de pensees 
se portant sur toutes choses a la fois, et d autant plus incapables de s etonner elles- 
memeset de s arreter, qu elles avaient pour instrument une subtilite infinie d idees 
et de dialectique. Ce que devint la medecine dans ce foyer deregle, on le sait trop. 
Ellesubit le joug, tantot des astres, tantot des elements, ici des humeurs, la des 



n INTRODUCTION. 

esprits. Elle reempruuta de nouveau a 1 antiquite tout ce qu elle en avait deja 
recu autrefois d hypotheses et de vues purement ideales pour les quintessence 
encore et les perdre dans les brouillards de la scolastique. On revit la plupart des 
vieux systemes grecs; on revit 1 hermetisme sous des traits nouveaux. C etait un 
premier effet d emancipation ; 1 exces est le defaut de toutes les sortes d emanci- 
pations brusques. Mais cela n empechait pas les sciences de se degager, quoique 
peniblement, du chaos; de se separer peu a peu les unes des autres et de s affirmer 
dans leur vie propre. On avait eu des encyclopedistes tout bardesde theologie, d al- 
chimie et d astrologie, comme Roger Bacon et Albeit le Grand; on en voit encore 
comme Paracelse ; mais deja 1 Italie, la France et d autres pays en possedent qui 
savent embrasser dans leur vaste intelligence, degager de tout symbolisme, detout 
prejuge, de toute entrave, et agrandir de leurs propres mains, par voie d observa- 
tion et d experience, le domaine entier des connaissances humaines, en y joignant 
nieme frequemment celni des arts; car c estune remarque souvent iaite, et qu on 
nous permettra derappeler incidemment, que, dans cette epoque ou le rayonnement 
des beaux-arts efface 1 eclat de tous les autres progres, ce sont les artistes, c est 
un Palizzi, un Leonard, et (pour ue pas oublier la France) un Pierre Valence, qui 
portent avec le plus de vigueur le fardeau entier du savoir humain. A cette pro- 
digieuse epoque, magnetisme terrestre, astronomie, chimie, physique, sciences 
naturelles, tout s avance de front avec une allure libre et bardie. Le genie a pris 
vraiment possession du monde des phenomenes. II s agit maintenant de savoii 
quelle direction vont subir ulterieurement les diverses branches du tronc commun, 
celles du moins qui touchent le plus directement a la medecine, et jusqu a quel 
point celle-ci saura garder, dans ces contacts multiplies, sa personnalite et son in 
dependence. 

La Chimie, dans ses rapports avec la medecine, a eu de tels ecarts, qu on ne 
saurait s etonner du discredit total ou elle a fini par tomber ; mais ce serait une 
surprise plus injustifiable encore que celle qui naitrait d une tentative quelconque 
d application des notions chimiques a 1 explication des phenomenes de la vie. 
L immense retentissement des theories chimiatriques, leur propagation rapide 
dans tous les pays, et souvent sous le patronage des esprits les plus ouverts et les 
plus sages, suffiraient pour attester qu elles repondaient a un ordre d idees legitime. 
Nous ne tenons pas assurement pour les ferments de Van Helmont, ni pour les 
acides et les alcalis de Sylvius, et nous ne voulons pas rechercher si rien de leurs 
theories ou de celles de leurs successeurs (par exemple en ce qui concerne la di 
gestion et la fluidification du sang par fermentation) n a ete confirme plus tard 
par la physiologic ; nous demandons uniquement qu on apprecie avec equite la 
portee de 1 insucces. Ce n est pas tout, pour bien juger de la valeur pratique d une 
idee, de la voir appliquer et de noter les resultats ; il faut encore s enquerir des 
conditions de 1 application elle-meme. La chimie du dix-septiemesiecle ne soumettait 
pas a ses theories les etres organises seulement ; elle y assujettissait aussi le monde 
inorganique. Reussissait-elle mieux dans cette autre partie de ses ceuvres? Quel- 
quefois oui, quelqueibis non. Avait-elle eu raison neanmoins & etsayer , menie 



INTRODUCTION. * 

quand elle echouait? Cent fois oui : 1 avenir 1 a bien prouve. Quand on reflechit 
maintenant que, impuissante a 1 egard de la nature brute, elle s attaquait a la 
nature organised, c est-a-dire a ce qu on peut imaginer de plus complexe et de 
plus delicat en fait de milieu chimique, on peut bien puiser dans cette considera 
tion un degre de dedain de plus pour les produits d essais aussi deraisonnables, 
niais nullement un argument centre 1 essai en soi. De fait, qu est-il arrive? Qu est- 
il arrive a mesure que la chimie est devenue une science exacte, et que la physio 
logic et la medecine, de leur cote, se sont montrees plus dignes de recevoir 1 appui 
de la methode experimental? 

Et d abord, a ce meme point de vue directde la biologie, la cbimiatrie, en tom- 
baut, n a pas abdique en termes absolus , et ceux-la memes qui 1 ont renversee, 
nous disotis les plus celebres, ou ont ete retenus par la force du penchant dans une 
nuance d humorisme qui frise de pres la chimiatrie, ou se sont jetes dans des ex 
plications aussi pen plausibles et aussi caduques que celles de leurs adversaires. 
Nous nommerons tout de suite Boerhaave et Fr. Hoffmann, que nous retrouve- 
rons tout a 1 heure ; oui, Hoffmann lui-meme, qui, dans sa position interme- 
diaire entre 1 intra-mecanicisme et 1 animisme, ne laisse pas que d avoir garde, 
en outre, quelques matieres fermentescibles et quelques dcretes. 

Ce qui est done uniquement en question, c est s il s agit de rameneraux memes 
lois la chimie minerale el la chimie organique ou plutot vivante, et de conclure 
de 1 une a 1 autre. On a commence par etablir entre elles comme une antipathic, 
repondant a un antagonisme entre les lorces du monde anime et celles du monde 
inanime. Les analyses de solides et de liquides animaux n allaient pas centre ce 
dogme, puisque les resultats obtenus provenaient d une decomposition, d une disso 
ciation d elements. Plus tard, la formation synthetique de composes appartenant 
au monde organique, d uree parWohler, d acide acetique par Kolbe, vinrent 
montrer qu on pouvaitdu moins realiser artificiellement certaines conditions expe- 
rimentales, dans lesqu elles des corps appartenant a la cbimie brute pussent etre 
combines hors de 1 organisme de maniere a former des composes del ordre organique. 
Quelques doutes s etaient eleves toutefois, non sur le fait, mais sur ses conse 
quences, en raison de la nature mal determinee de ces composes ; mais ils sont 
tombes devant les remarquables travaux de Berthelot. La formation, au moyen 
d elements mineraux, de carbures d hydrogene, composes binaires, puis d alcools, 
composes ternaires, tout a fait etrangers a la chimie minerale; puis la production, 
avec des alcools soumis a diverses combinaisons et tou jours par les affinites ordi- 
naires, d ethers, d essences identiques avec celles que fournissent les vegetaux (tels 
que Tail, la moutarde), du blanc de baleine, de la cire, etc., vinrent jeter dans 
cette grande question des elements nouveaux et considerables. Et comment tout 
cela a-t-il ete obtenu? Par des precedes chimiques tres-simples, mais dans lesquels 
on a realise des conditions, particulierement dedicates, destinees le plus souvent 
a affaiblir les reactions moleculaires, conditions de temps, de mouvement, de tem 
perature, d etat naissant, etc., en faisant intervenir des corps susceptibles de 
determiner le sens des attractions moleculaires. Veut-on des exemples, disions- 



mj INTRODUCTION. 

nous dans un article snr la meme question : 1 On met de 1 oxyde de carbone et 
de la potasse en presence dans un ballon contenant de 1 eau. Pendant environ 
quatre mois, a la temperature ordinaire, il ne s opere aucune combinaison. Au 
bout de ce temps, il s est forme de 1 acide formique : 1 oxyde de carbone 
combine avec les elements de 1 eau sous 1 influence, en quelque sorte directnce, 
de la potasse : condition de temps. 2 Le gaz olefiant et 1 eau sont sans affmite 
directed 1 etat libre. Mettez-les en presence de 1 acide sulfurique : rien encore; 
mais agitez vivement le melange, apres avoir ajoute du mercure metallique pour 
en operer la division, et le gaz va s unir aux elements de 1 eau pour former de 
1 alcool : condition de mouvement. 5 Si Ton met en contact de 1 acide stearique 
et de la glycerine, au bout d un an, a la temperature ordinaire, on trouve des 
traces de stearine ; a 100 degres, il s en fait une quantite notable en utie semame; 
a 200 degres, il s en forme une tres-grande quantite dans 1 espace de cinq a six 
heures : condition de temperature. 4 Enfin, cet acide formique deja obtenu 
par la combinaison de substances minerales, unissez-le a une base egalement mine- 
rale; end autres termes, prenez un formiate, decomposez-le par la chaleur, et la 
reaction a 1 etat naissant du carbone et de 1 hydrogene vous donnera divers car- 
bures d hydrogene, notamment le gaz olefiant, avec lequel nous venons de voir 
deja qu on peut faire de 1 alcool, et le propylene, avec lequel on peut faire 1 acide 
butyrique : condition d etat naissant. (Gazette hebdom., 1860, p. 405.) Ou ce 
mouvement s arrete-a-t-il? Qui peut le dire? On n est pas encore arrive a fabriquer 
le ligneux, les matieres sucrees et albumino ides ; mais ce progres, qui serait deci- 
sif, est dans les previsions, quoique encore eloignees, de la synthese. L impuis- 
sance actuelle n est pas 1 impossibilite, et elle est peut-etre du fait de Tanalyse 
plus que de celui de la synthese; nous voulons dire que la synthese a le droit de 
demander que, avant d etre tenue de fabriquer de la fibrine et de 1 albumine, 1 ana- 
lyse ait appris a mieux connaitre leur etat cbimique. En somme, la synthese a fait 
assez deja pour demontrer que 1 hypothese de 1 intervention, soit d une force parti- 
culiere, dite vitale, soit de qualites speciales de lamatiere vivante, pour expliquer 
les phenomenes chimiques qui se passent au sein de 1 organisme, est tout a fait 
gratuite, et que, tout au contraire, les af Gnites chimiques de la nature brute et 
celles de la nature animee sont identiques ; ou , si Ton veut se bonier a 1 expres- 
sion du fait, il faut reconnaitre au moins que la chimie, tout comme 1 organisme, 
fabrique des substances organiques avec des substances minerales. Nous parlons de 
chimie vivante et non d autre chose ; notre intention n est pas de toucher ici au 
noeud de la grave querelle qui divise la philosophic medicale, et nous dirons 
meme tout a 1 heure pourquoi; mais, amene a rappeler les services rendus par la 
chimie moderne a la medecine, nous devions nous arreter tout d abord sur le plug 
eminent de tous et le plus fecond. 

Mais, quoi qii il advienne des promesses de la synthese, 1 analyse n est pas a la 
retraite. Depuis le temps ou son role se bornait a fournir certaines drogues a la me 
decine, a retirer des plantes quelques principes, ou a analyser quelques liquide? 
de 1 economie ou des calculs vesicaux, que de services n a-t-elle pas rendus! 



INTRODUCTION. xxm 

Etquine sent qu elle est aujourd hui en situation d en rendre rapidement de plus 
nombreux et de plus profi tables ? Chaque science, dans son developpement general 
ou dans ses evolutions partielles, a son heure d epanouissement : le boutou gros- 
sit lentement ; il avance d un progres insensible vers la maturite, puis il s entr ou- 
vre, et la fleur s etale, annonc.ant le fruit. Ouvrez les traites decores du titre de 
Chimie orgamque, remontant seulement a la fin du dernier siecle ; ouvrez celui 
de Gmelin : c etait alors un precieux recueil qu on s est empresse de traduire 
en France, avec ornement de preface. Qu est-ce aujourd hui? Unc exposition de 
fails pouvant interesser, a cote des purs chimistes, le pliarmacien dans son officine, 
le praticien en fonction d ordonnance ou le contemplateur du cadavre, mais inca 
pable de vivifier la physiologie etla pathologic. Que manquait-il alors, et qu a-t-il 
manque encore plus tard, a 1 analyse chimique, pour devenir un instrument 
serieux de progres medical? 11 lui a manque de s appliquer en connaissance de 
cause a 1 organisme vivant, parce qu il manquait aux chimistes d etre mede- 
cins, comme aux medecins d etre chimisles. Or , voila 1 heureuse alliance 
que ce siecle-ei a realisee et resserre tous les jours ; la chimie du vif a rem- 
place la chimie du mort. Le moment est arrive ou il devient impossible, non pas 
sans doute et fort heureusement d apprendre la pathologie en ce qu elle a de 
tradilionnel et d etranger jusqu ici aux autres sciences, mais d embrasser la 
medecine dans toutes ses parties constitutives, sans etre nanti de fortes notions de 
chimie. Cette science accessoire, qu on se hatait jadis de deposer comme superflue 
apres les epreuves probatoires, elle est devenue partie integrante de la mede 
cine, y compris la medecine pratique. A ceux qui pourraient en douteriln yaurait 
qu ademander cequ ils pretendent savoir, sans son secours, de 1 hematologie mor- 
bide, de la glycogenie ou de certains troubles de la digestion. Elle est devenue aussi, 
la chimie, partie integrante de la physiologie. Faut-il rappeler les lumieres qu elle a 
repandues depuis vingt ans sur cette partie, naguere si obscure, dudomaine me 
dical ? Tout le monde en a ete frappe ; on est force d y croire maintenant comme au 
soleil; et s il y avait lieu d insister sur les faits de cet ordre, ce serait moins encore 
pour compter les conquetes deja realisees que pour montrer de loin celles qu on 
peut promettre sans crainte a 1 ardenr des experimentateurs. A cote de la chimie 
physiologique generale des etres organises et de, 1 homme en particulier , il y a, si 
Ton veut bien nous passer cette expression, les chimies physiologiques speciales, 
inherentes aux climats, aux sexes, aux temperaments, aux constitutions, aux ages, 
a mille circonstances de milieu, d alimentation, d habitudes sociales, d exercices 
physiques ou mtellectuels. Des physiologistes allemands sont alles loin dans cette 
voie, trop loin si Ton regarde aux deductions, ou extremes, ou prematurees, aux- 
quelles ils se sont laisse entrainer ; mais qu importe? La partie positive de leurs 
travaux, degagee, decantee du systeme, n en a pas moins laisse un depot conside 
rable et precieux qu on peut utiliserimmediatement. La therapeutique,enfin,n e3t- 
ce pas a la chimie, assistee cette fois de la physiologie, qu elle doit de voir clair 
dans 1 action d une foule de medicaments?... Mais c est un point surlequel nous 
insisterons tout a 1 heure. 



INTRODUCTION. 

La Physique est liee avec la medecine par une correlation moins constante peut- 
etre et moins intime que la chimie ; mais, par compensation, plus etroitement 
unie que la chimie a la science exacte par excellence, a la mathematique, et, dun 
autrecote, rencontrant dans 1 etre organise bon nombre de fails, d ordre physique, 
tres-accessibles a 1 observation, elle a pu de bonne heure preter a la biologie un 
secours efficace. Les travaux de Borelli sont contemporains de ceux de Sylvius ; 
il s en faut pourtant qu ils aient eu le meme sort. On sail ce qui est advenu des 
seconds ; les premiers offrent encore des notions parfaitement rigoureuses sur la 
mecanique animale,principalementsur Faction des muscles et sur les mouvements 
respiratoires, ainsi que des vues generates auxquelles il n a manque, pour devenir 
tout de suite fecondes, qu une anatomic plus avancee. Ou les iatromathematiciens 
se sont fourvoyes de pair avec les chimistes, c est quand ils ont essaye de iaire 
penetrer la physique, une physique inexperimentee, dans les fonctions les plus 
delicates et les plus obscures de 1 economie : les secretions, par exemple, ou la di 
gestion. Encore Fiatromecanicisme fut-il plus sage que sonvoisin; et certainement, 
reduit et amende comme il Fa ete par Boerhaave et par Fr. Hoffmann, il est 
devenu moins perilleux pour la medecine que ne Fa ete la chimiatrie entre les 
mains des successeurs de Sylvius. 

Gardons-nous encore ici de rendre la science solidaire des fautes des savants. 
Descartes fait du corps humain une mecanique, et les medecins s ingenicnt a 
expliquer les fonctions de Feconomie par des formules algebriques : erreur. Newton 
decouvre Fattraction, et Fattraction devient pour quelques-uns, en Angleterre, un 
principe d action organique : erreur. Galvani et Volta paraissent, et des theories 
s etablissent principal ement sur Felectricite des nerfs, sur celle des muscles, sur 
celle des liquides : erreur ; et il ne manquait pas de gens alors pour gourmander 
cette derniere materialisation des phenomenes de la vie. Aujourd hui, pourtant, y 
a-t-il rien de plus interessant, de plus instructif, et nous ajoutons, de plus vrai, 
que les etudes de mecanique animale, d electricite animale, de chaleur animale, 
d optique, etc., dont la science s est enrichie dans cesderniers temps. II est meme 
un point de vue, superieur et fecond, sous lequel les rapports du travail organique 
et du travail mecanique proprement dit peuvent etre constates et suivis, pour ainsi 
dire, jusqu aux sources de la vie, jusqu aux operations par lesquelles la vie se ma- 
mfeste dans ses caracteres les plus intimes, les plus speciaux, les plus autonomes 
en apparence, comme la contraction musculaire et la nutrition. Ce point de 
vue, ce principe, c est celui de Fequivalence des forces. Dans une machine 
qui produit de la force au moyen de la chaleur (la machine a vapeur, par exem- 
ple), a mesure que la force se produit pour etre depensee au dehors, une quanfcite 
correspondante de chaleur disparait, et il y a equivalence entre la quantit< de 
force depensee et la quantite de chaleur disparue. Ainsi, la force mecanique prove- 
nant de la quantite de chaleur necessaire pour clever d un degre centigrade un 
kilogramme d eau suffit pour elever d un metre un poids de 440 kilogrammes 
environ; et reciproquement, le poids de 440 kilogrammes, en tombant d un 
metre de hauteur, reproduit exactement par son choc la meme quantite de chaleur. 



INTRODUCTION. xxv 

Eh bien ! on retrouve cette meme equivalence dans 1 organisme. Pour une quautite 
determined de force depensee au dehors, il disparait dans le corps une quantite 
de chaleur telle, qu on trouve entre les deux quantites le meme rapport qu ex- 
prime 1 equivalent mecanique de la chaleur. L experience en a ete taite sur 1 homme 
par Him , et Beclard a constate recemment, dans les muscles qui se contractent 
en produisant un travail mecanique, une disparition de chaleur proportionnelle a 
la fdrce depensee. Dans un autre ordre de faits, on reconnait un autre mode d equi- 
valencedejaadmirablement saisi et exprime par Lavoisier : c est celui qui determine 
la condition d equilibre de la nutrition, et qui seresout dans une equation entre les 
matieres introduites dans 1 organisme et le produit des excretions et exhalations 
Et, d une maniere plus generate, il n est pas douteux que toutes les forces utilement 
employees de 1 economie, depuis la contraction du cosur jusqu a celle des pluspetites 
arteres, ou jusqu aux mouvements vermiculaires des intestins, ne soientles equiva 
lents mecaniques de forces dont 1 origine remonte aux phenomenes chimiques de la 
nutrition. Yoila peut-etre par ou la physique se trouve le plus etroitement enchainee 
a la physiologic, et consequemment a la patholo e. 

Est-ce que pour cela la medecine se laisse, comme autrefois,dompter et assi- 
miler, a 1 instar des nations conquises^ par ces puissances etrangeres : la phy 
sique et la chimie ? En aucune fa(;on, et c est le signe qu elle est sur le chemin 
d un progres solide et durable. En dehors de ses rapports avec les sciences 
auxiliaires, elle poursuit, dans ses voies propres, une ceuvre de perfectionnement 
toujours trop lente, mais que 1 experience du passe et le sentiment des difficultes 
donnent le droit de trouver rapide. C est ce que nous aliens montrer en termes 
succincts. 

L Arm to?me,armeedu microscope, asonde adegrandes profondeurslacomposition 
de 1 organisme, solides et liquides; elle a considerablement accru son bagage; elle 
a precise, par des caracteres entierement nouveaux, lanature des divers tissus ; elle 
a reconnu dans les muscles, les vaisseaux, les nerfs, les parenchymes, mille dis 
positions necessaires a leur conception exacte. Au lieu de s adresser seulement aux 
composes organiques, elle est allee, autant qu elle 1 a pu, jusqu aux elements. G est 
son caractere moderne ; et par la, loin de se borner a grossir d objets curieux son 
inventaire, sauf a laisser a une classe speciale de savants le soin d en expliquer le 
sens , elle n a cesse de les considerer et de les etudier comme instruments de 
fonctions; elle a constamment provoque la physiologic. On entend bien que nous 
n accusons pas 1 ancienne anatomie de ne s etre point preoccupee de 1 usage fonc- 
tionnel ; il nous parait seulement que, en penetrant davantage dans la composition 
eiementaire du corps ou dans les connexions des parties plus tenues, 1 anatomie 
de nos jours a souleve et presque resolu un probleme de physiologie toutes les fois 
qu elle a mis la main sur un objet nouveau ou sur une disposition nouvelle. Pour citer 
des exemples, il etait difficile que la seule decouverte de 1 epithelium vibratile 
n intervint pas duns 1 explication des fonctions des membranes muqueuses, on 
la decouverte des fibres ciliaires dans 1 interpretation du phenomene de 1 accommoda- 
tion. On sait que la constatation de divers ordres de cellules dans le cerveau a ete, 



XXTI INTRODUCTION. 

dans ces dernieres annees, appliquee a 1 analyse des fonctions ceiebrales, sans exclu 
sion des facultes intellectuelles. 

En meme temps qu elle s enfoncait avec tant de fruit dans 1 etude minutieuse 
des parties, 1 anatomie s elevait a des generalites fecondes dans deux directions 
principales que nous voulons seulement rappeler : I Organogenesie et I Anthropo- 
logie. Ces deux parties de la science medicale ont fortement avance leur synthese 
dans ces derniers temps : la premiere, par des travaux micrograpbiques, qui ont 
eu surtout 1 Allemagne pour theatre et que nous voudrions populariser en France, 
ou ils n ont guere penetre ; la seconde, par une savante mise en ceuvre de docu 
ments empruntes a presque tout rensemble des connaissances humaines, a 1 his- 
toire politique, sociale et religieuse des peuples, a la paleographie, a la linguis- 
tique, a la geographic, a la climatologie, etc.; vaste travail dont il est juste de 
rappoiter la premiere part a la Societe d anthropologie de Paris. 

La Physiologie a marcbe du meme pas que 1 anatomie ; elle a marche cote a 
cote avec elle, nous venons de le dire, lui apportant le controle de ses propres ve 
rifications, tantot tirant des caracteres exterieurs des faits anatomiques une induc 
tion relative a la fonction, tantot lui assignant, du droit de 1 experience, sa valeur 
fonctionnelle, en depit meme des apparences morpbologiques. Mais le role de la 
physiologie n est pas borne a 1 eclaircissement de theses anatomiques. Tout ce qui 
constitue la vie lui appartient. Aussi s en est-elle emparee avec un zele et unbonheur 
admirables. Aideedes sciences physiques, non plus pour en recevoir des explications 
mais pour lui en demander, non plus comme vassale, mais comme maitresse; ar- 
mee du microscope, forte du perfectionnement de la methode experimental, elle a 
installe, elle aussi, son laboratoire dans les replis les plus delicats du corps vivant. 
Ce n est plus une sorte de science contemplative, se reposant ( que 1 ombre de Ri- 
cherand nous le pardonne ! ), se reposant des rudes travaux du grand Haller par des 
convictions de sentiment, paisiblement delayees dans d agreables amplifications; ni 
le commentaire ideal de donnees fournies par la dissection, ni une simple etude du 
jeu des organes ou des systemes d organes. La physiologie moderne experimente 
plus qu elle ne raisonne ; elle conclut du vivant au vivant ; elle poursuit principale- 
ment 1 explication des fonctions primordiales, telles que la nutrition, 1 innerva- 
tion ou les secretions; elle cherche a decomposer les phenomenes les plus intimes 
de la vie comme 1 anatomie fait les elements organiques. Qu elle experimente sur 
un filet nerveux, ou sur un liquide normal, ou sur un poison, elle ne se croit quitte 
qu apres avoir determine pour chacun d eux, dans la complexite des phenomenes, 
1 action simple qui lui appartient et n appartient qu a lui, la cause appreciable de 
cette action et ses effets directs ou indirects. Elleemprunte a la pathologic des moyens 
de controle, mais plus volontiers elle cree la pathologic, elle produitdetoutes pieces 
les maladies qui doivent clonner la confirmation peremptoire de ses deductions. 
Une telle physiologie, si elle n est pas nouvelle dans la methode, Test au moins dans 
les applications. Elle devait avoir et elle a eu un grand retentissement en mede- 
cme pratique. II n y a qu a interroger le sang, lecoeur, lamoelle, le grand sympa- 
tlnque, les nerfs du mouvement et du sentiment, le foie, la rate, les glandes sali- 



INTRODUCTION. t 

vaires,le pancreas, etc. Quelquefois la contribution de la physiologic a lapathologie 
n a ete que second aire. Ce n est pas la physiologie qui a mis sur la voie de la 
maladie de Bright, ni de la maladie d Addison ; mais quand elle les a connues, 
elle s est trouvee en mesure d en debrouiller, au moins en partie, le sens patho- 
genique; et si, pour la maladie d Addison particulierement, ses explications tom- 
jbaient un jour, entrainees par la ruine de 1 espece morbide etle-meme, les fails qui 
leur servent de base ne seraient pas perdus ; ils feraient retour simpleraent au 
domaine physiologique. 

En beneficiant ainsi des acquisitions recentes de 1 anatomie et de la physiologie, 
la Pathologie eut ete entrainee par elles dans leurs propreserrements,alors meme 
que 1 evolution generate des sciences ne 1 y eut pas attiree. Le somatisme est reste 
son drapeau populaire ; mais comme 1 anatomie s etait avancee bien au dela des 
organesetjusqu aux parties elementaires, elleaussi est descendue dans une analyse 
rninutieuse et savante desphenomenes,s appliquant d abord a distinguer, a separer 
les uns des autres les elements morbides auparavant englobes dans des unites fac- 
tices, puis a les suivre dans leur genese successive, en prenant comme criterium, non 
plus seulement les caracteres generaux de 1 etat morbide, comme la scrofule ou le 
scorbut, encore moins quelque systeme d ecole, comme le vitalisme ou memo comme 
1 organicisme au sens doctrinal, mais bien ce qu il y ade concret,de saisissabledans 
les donnees positives des sciences medicales. Expliquons-nous. Un systeme de pa 
thologic est une vue de 1 esprit, vraie oufausse, mais placee au-dessus des faits mate 
rials ; c est une synthese. Or, unesynthese nelimite pas ou n oblige pas a limiter le 
champ d investigation. Elle marquera de son cachet les faitsdecouverts, voila tout. 
Nous ne disons pas qu il en soit ainsi toujours, et que 1 entrave d un systeme ne 
retienne pas 1 observateur dans de certaines directions; nous pretendons seulement 
que cela n esfc pas indispensable. Ceux qu anime 1 esprit de la pathologic moderne 
peuvent done chercher la cause d une maladie, de 1 ictere, si Ton veut, dans 1 al- 
leration d un element histologique du foie, au lieu de la rapporter, a 1 imitation 
d autres anatomo-pathologistes, a la phlegmasie ou au ramollissement du pareh- 
chyme, sans qu on soit en droit de placer les premiers sur la meme ligne que les 
seconds dans la phalange des organiciens, ni seulement de les rattacher a 1 orga- 
nicisme ; car celui-la meme qui aura le plus sacrifie a la physiologie pathologique 
pourra etre, au-dessus de cet horizon, un vitaliste, ou un animiste, ou meme n etre 
rien du tout. Voila pourquoi nous preferons, dans le cas present, le mot de soma 
tisme a celui d organicisme, sans y attacher plus d importance. 

Du reste, il ne faudrait pas croire que la pathologie moderne, parce qu elle va 
poursuivant la raison materielle des choses, s impose de la trouver ou d abdiquer, 
Au milieu d ecarts, d illusions inevitables, elle nourrit des esprits sages et fermes 
qui savent s en tenir a la correlation purement objective des phenomenes, en 
attendant mieux, et, par I etude analytique et le rapprochement de ces pheao- 
menes, de leur succession, de leurs expressions symptomatiques, de leur etio- 
logie, des effets therapeutiques , constituer des especes morbides qui echap- 
paient a 1 ancien cadre. Certes, rien n etait plus seduisant, par exemple, pour 



xxrra INTRODUCTION. 

lamededne physiologique, que cette singuliere )n de Pexophthalmie el 

des palpitations qui a tant occupe le monde medical : avec juste raison. qnelques 
medecins se sont enquis des dispositions anatomiques on de 1 etat hematologiqne 
qui pourrait en rendre compte: ils n y out pas parfaitement reussi : moi- !:: ; 
graphes, eux, n en sont pas moins parvenus a delimiter d ms la pathologic et a faire 
classer la cachexie exophthalmique. 

Nous voudrions, a cette occasion, siffmler un trait special de la pathol< . 
moderne, qui n a peut-etre pas ete assez remarque. Aussi fortement appliquee que 
nous 1 avons dit a la contemplation de la matiere organisee et en fonction, elle 
enleve neanmoins chaque jour quelque chose a 1 anatomie, en tant que base de 
classification. Et 1 effet est parlaitement naturel. En quittant les organes pour 
les elements, en decomposant par I ^n lyse des maladies complexes et les rame- 
nant a une etiologie positive, elle a, d une part, mmpu avec la vieille phie 

an tomique des no-o2T,iphes, et, d autre part, dec! apporte a la masse bon 

nombre d etats pathologiques. Pour ces etats, on nouveaux ou mieux sped -, 
ce qu il y avail de plus presse a faire , c etait de leuv donner un nom correlcitii 
a leurs caracteres individuels ; et ce qu il y avait de plus sense, c etait de tirer 
ce nom de la maniere d etre symptomatiqu e rien ] Je la theo- 

rie quand on ne la connaissait aucunement, ou a ne pas 1 imposer quand or. 
croyait la connaitre. De la sorte, cb.aque etat pot . bien d 

dans sa realite externe, devenait un theme qu( u pouvait approfondir > 

en compromettre la donnee. C t itot un fait, la presence 

1 uree dans le sang, I arret ou la migration d une concretion ne dans les 

vaisseaux, autour duquel il s ai grouper les notioi;- > a 1 intelfi- 

gence de son origine, de ses effets, des moyens de 1 ecarter ou de le neutral; - 
tantot un groupe de desordres fonctionnels ou syndrome, 1 ataxie des mouvements 
locomoteurs, la peau bronzee, dont il s agissait de determiner avec precision la 
cause anatomique et le traitement. La place des syndromes dans la nosolosie : 
parait devoir s agrandir beaucoup dans un avenir prochain, et c est pour cela que 
nous ecrivions, il n y a pas longtemps, que la medeche etait grosse d un ^ 
neologisme . Le nombre croissant des laits decoupes dans la pathol- _ [u il 
faut trouver a classer methodiquement, excite le dedain de quelques esprits; D 
un peu de reflexion ramenerait a plus d equite. A chaque j<:>ui si peine. Non, une 
science ainsi travaillee, ainsi remuee, reduite d un cote, g . lie de 1 autre, i. 
pas une science faite; mais c est une science qui se lait. 

La Chirurgie est dans le meme cas. Dans sa partie manuelle. dans sou diagnostic 
exterieur, elle est plus avancee, plus faite que la medecine; mais par cela nieme 
peut-etre elle se serait immobilisee plus tot, si elle n eut eprouve a sou tour 1 in 
fluence de la biologie moderne. Une de ses tendances, en effet, est de devenir plus 
medicale que par le passe. Elle s ingenie a reduire la part des operation s utes. 

Restaurer, conserver, telle est la devise qu elle s est donnee; elle Tins 
ses li\Tes et s y montre fidele dans la pratique : c est le probleme a 1 ordre du 
jour. P.estaurer, conserver, guerir, comment? Pal un e.i.pld [ .iticulier Jos iw 



INTRODUCTION. xxix 

tions physiologiques. La chirurgie de nos jours s empare des questions de. physio 
logic qui se relient a sa mission particuliere ; elle les etudie sur 1 homme ; elle en 
fait le sujet d experiences sur les animaux, et elle en deduit parfois de tres-belles 
applications au profit de 1 humanite. 11 suffira de rappeler le parti recent qu on a 
tire de la propriete osteogenique du perioste. 

L Histoire naturelle medicate a fait, dans ce temps-ci, des progres qui ont eu 
de tres-utiles applications a la science de 1 homme. On peutdire qu elle est encore 
aujourd hui presque tout entiere dans la botanique. Du moiiis en dehors de 
celle-ci, n olfre-t-elle a peu pres rien d iudispensable a connaitre au dela des 
reptiles venimeux , des insectes vesicants et de quelques autres invertebres utiles 
ou nuisibles a 1 homme: les parasites, les annelides, tels que les sangsues, et 
les helminthes. La pratique semble n avoir rien a gagner a une connaissance 
plus approfondie des appareils avec lesquels la plupart de ces animaux blessent 
1 homme ou s arment des moyens de lui nuire. Pourtant I helminthologie et 
1 etude de quelques anneles parasites (lesacariens, par exemple) font exception, en 
ce sens que nos devanciers ignoraient qu uue maladie fut produite par un animal 
determine, et que 1 animal fut soumis a des metamorphoses successives.Voila tout un 
chapitre nouveau d etiologie et d anatomie pathologique qui manquait a notre 
science et qu elle doit aux helminthologues contemporains. 

Dans ses rapports avec la medecine, 1 histoire naturelle des vegetaux se signale 
par une tendance a la simplification ; elle aspire a sortir du chaos de 1 ancienne 
droguerie. L experience avait attribue a beaucoup de plantes des proprietes multi 
ples tout a fait chimeriques, pendant qu on meconnaissait leurs proprietes reelles. 
On a senti le besoin de remonter aux depositaires directs de 1 action medicamen- 
teuse, aux principes reellement actifs des vegetaux ; d etudier leur disposition dans 
1 organisme de la plante, le siege precis qu ils occupent dans les tissus. C est assez 
dire que 1 etude medicale des plantes ne peut plus se faire aujourd hui que par 
1 anatomie microscopique (appelee simplement anatomie par les botanistes, qui 
donnent le nom d organographie a ce que les medecins nomment anatomie des 
criptive). Mais le microscope lui-meme est insuffisant. Ces principes actifs, ces 
corpuscules, ces concretions, souvent tres-divises dans les cavites naturelles des 
tissus, parfois isomorphes, ou bien sans coloration ni formes speciales, ne peuvent, 
dans certains cas, etre mis en evidence que par les reactifs. En un mot, 1 anatomie 
vegetale, appliquee a la medecine, doit etre en meme temps, notre epoque 1 a 
parfaitement compris, chimique et microscopique. Les resultats de ces etudes, on 
peut les faire toucher du doigt. A quoi bon, par exemple, cette immense liste 
de medicaments astringents dont s enorgueillissait 1 ancienne matiere medicale, 
tant de feuilles, de bois, de sues a embrouiller la memoire la mieux douee, quand 
il est avere qu ils n agissent que par le tannin, maintenant poursuivi et reconnu 
par le microscope et les reactifs dans la profondeur du tissu vegetal? Qu importe 
au medecin, qui ne cherche dans le quinquina qu un alcaloide febrifuge, tel que la 
quinine, que lui sertde connaitre, comme on le mi a appris, la coloration, 1 epaisseur, 
la consistance, ou tout autre caractere secondsire des couches corticales inactives, 



xxy INTRODUCTION. 

alors que le botaniste contemporain peut lui montrer que le principe clierclie reside 
dans telle couche seulement ; que, memedans cette couche, il n occupe qu un tissu 
special, le tissu cellulaire; et qu il suffit d examiner ce tissu pour savoir si 1 ecorce 
contient reellement le medicament en nature, si elle le contient a tout age, ou s il 
n y a pas une periode ou il commence a se produire en elle, et une autre ou il 
cesse de s y accumuler? II faut ajouter que cette recherche des principes actifs a 
porte un coup serieux a 1 ancien axiome : Plantx quss genere, natura conveniunt, 
etiam virtute conveniunt. On le sait mieux maintenant, pour que deux plantes 
aient les memes proprietes medicinales , il faut entre elles de plus etroites con 
nexions que leur simple reunion dans un meme groupe dit naturel. Par la aussi 
la botanique moderne a fait faire un grand pas a 1 etude des substitutions qui mar- 
chait en aveugle, sur la foi des anciennes caracteristiques generates des families. 

Enfin, n est-il pas juste de faire remarquer que c est au domaine de la botani 
que, cultivee a cet effet par des mains diverses, qu appartiennent ces belles obser 
vations micrographiques qui reduisent 1 etude de la fermentation a celle du 
developpement de quelques vegetaux cryptogames, et la connaissance de certaines 
maladies a celle d un parasite vegetal ? 

La Therapeutique, munie de la matiere medicate, avail aussi beaucoup a faire. 
Toutes les deviations systematiques de la pathologie, elle les avait, par une exten 
sion naturelle, subies a son tour. Elle avait ete cabalistique, alchimiste, soli- 
dienne, humorale, dichotomique, physiologique. Les medicaments avaient ete les 
auxiliaires des influences astrales, dont ils repetaient les rapports avec les diverses 
parties du corps ; ils avaient relache ou raffermi, excite ou calme la fibre orga- 
nique ; ils avaient incrasse ou incise les humeurs ; ils avaient eteint 1 ardeur des 
tissus enflammes. Dans ces vues synthetiques, qui avaient preside aux classifications, 
tout n etait pas imaginaire ; bien au contraire, la conception de 1 action mecliea- 
menteuse etait souvent conlbrme a une saine philosophic de la science. II est cer 
tain que telle substance exerce sur 1 organisme une action sthenique, et telle autre 
une action asthenique ; que celle-ci stimule et celle-la deprime ; qu une autre a la 
propriete de fluidifier le sang ou de le rendie plus plastique. De telles actions ne 
peuvent pas ne pas compter comme principes de classification. Mais, etudiees sous 
le jour trompeur des systemes, elles avaient regu des interpretations arbitrages , 
que le temps n a pas fait tomber sans difficulte, et qui sont devenues pour la the- 
rapeutique actuelle un sujet perpetuel de rectifications. De plus, en les donnant 
pour base generale aux classifications, on en a fait la source d hypotheses, deve 
nues necessaires pour rameneraune action generale nombre d actions particulieres 
qui lui echappaient formellement. Pour parler d une ecole celebre, celle d ltalie, 
les apercus eleves n y manquent pas. La distinction des agents therapeutiques 
qui agissent par assimilation et de ceux qui agissent par impression (reserve 
faite sur le sens de ce mot) est vraie. U est exact aussi que les medicaments 
exercent des actions electives sur les organes ou sur les systemes organiques ; et 
quand Giacomini poursuit 1 action d un remede dans le systeme vasculaire ou 
dans le systeme nerveux, il ne fait rien que de tres-raisonnable et de parfaitement 



INTRODUCTION. xx 

legitime. Mais concevez 1 obligation doctrinalede rattacher ces specialites d actions 
a la dichotomie des stimulants et des contro-stimulants, ou des hypersthenisants et 
des hyposthenisants, et bientot 1 action propre, 1 action specifique du medicament, 
ce qui le distingue essentiellement des autres, va s alterer, se fausser et finalement 
s evanouir; a plus forte raison, si Li dichotomie, au lieu d etre raisonnablement 
equilibree, penche trop d un cote, et aboutit presque a I uniteisme, comme chez 
Brown ou cbez Broussais. 

La encore, la science modernes est debamssee de ses langes. Sans aucunement 
sacrifier les actions medicamenteuses qui portent sur les puissances reactives de 
1 organisme, c est-a-dire sur ce qu il y a en lui de plus intime et de plus general ; 
sans negliger surtout leurs actions localisees (qu elle a meme etudiees avec une 
attention particuliere) ; mais aussi sans se soucier d attacher indissolublement un 
agent therapeutique a un seul mode d action, a un seul organe ou a un seul tissu, 
elle s est occupee avec arcleur de determiner purement et simplement les ei i ets 
saisissables de chaque substance, sauf a les interpreter ensuite. 

Pour bien reconnaitre ces effets, que fallait-il? Les observer d abord sur des orga- 
nismes sains; en d autres termes, etudier leur action physiologique. Ce premier 
soin appelait 1 intervention de la methods experimentale. Rechercher done experi- 
mentalement 1 action physiologique des medicaments, et surtout de leurs principes 
actifs, telle a ete 1 oeuvre feconde de ce temps-ci. Les animaux, le chien, le lapin, 
ont ete mis largement a contribution, mais 1 homme aussi ; car si la tache de la 
methode est des plus delicates etdes plus difficiles, c est son avantage pourtant de 
pouvoir etre accomplie en grande partie sans prejudice notable pour le sujet de 1 ex 
perience. Et cette etude comparee a meme ete la condition particulierement excel- 
lente de la recherche. Par la on a pu mieux saisir, pour chaque substance, ses condi 
tions d absorption, sa migration a travers 1 economic, les changements qu elle en 
eprouve, ses affmites avec tels ou tels organes, son action specifique, ses voieset 
nioyens d elimination, et parfois ses differences singulieres d action suivant les es- 
peces animales (atropine). Par un accroissement menage des doses, on a constate et 
le degre d intensite et les expressions variees de cette meme action physiologique ; 
puis on a passe a 1 action pathologique ou toxique. G est en subissant ces experiences 
complementaires des observations botaniques, que telles substances vegetales de fa 
milies differentes ont revele des actions analogues (digitaline et veratrine, qui toutes 
deux abaissent le pouls) ; d ailtres, appartenant non-seulement a la meme Jamille, 
mais a la meme plante, des actions differentes (les alcalo ides de 1 opium) . Plus encore 
dans une meme substance on a constate des actions distinctes, telles que 1 action 
soporifique et 1 action convulsivante de la morphine ou de la codeine. G est assez 
rappeler de tout recents travaux du celebre physiologiste qui anime de son souffle 
toute la science contemporaine, de Cl. Bernard. D autres fois, on adecouvert entre 
certains medicaments un antagonisme qui n eut pu aussi bien ressortir du seul 
usage medicinal : 1 antagonisme de 1 opium etdela belladone,et, sous un autre rap 
port, dela belladone et de la feve de Calabar. Enfm, deces effets physiologiques ou 
toxiques des medicaments on est alle, par une voie plus facile et plus sure, aux 



XXXH INTRODUCTION. 

effets therapeutiques. Ici, batons-nous de ie dire, une grande circonspection est 
necessaire. Tout se gate par Tabus; ce dont on abuse, d abord, et puis 1 esprit public, 
enclin a voir les choses par le mauvais cote. L etat morbide place 1 economic dans 
des conditions insolites dont la nature, 1 etendue, 1 influence, ne sont jamais entie- 
rement connues. L action physiologique d un medicament peut done ne pas s y de- 
ployer librement, avoir des expressions nouvelles et realiser des effets inattendus. Les 
eaux minerales pourraient servir d exernple, ellesdont 1 action physiologique n est 
pas deja tres-conforme a la composition chimique. De meme que la physiologic ne 
peut pretendre a regir entierement la pathologic, de meme I experimentation phy 
siologique des remedes ne saurait regir la therapeutique. La place reste libre a 
1 observation; si 1 empirisme et la physiologie sont d accord, tant mieux pour 1 un et 
pour 1 autre; s ils se contredisent, tant pis pour la physiologie, qui aura tous les 
torts devant lepraticien. Mais de tels disaccords, inherents a 1 imperfection de la 
science actuelle, sont de nature a stimuler le zele des intelligences avisees, plutot 
qu a les jeter dans le decoura ement. 

Nous passons rapidement sur deux aspects de la medecine qui ne refletent 
guere 1 esprit du temps que par I intermediaire de la physiologie et de la pa- 
thologie : V Hygiene et la Medecine leg ale. Envisagee comme un ensemble de 
lois et de regies , 1 hygieue, dit Michel Levy, est solidaire des theories qui se succe- 

dent dans la medecine L eclectisme convoque, autour de la medecine, toutes 

les methodes d investigation, tous les systemes, toutes les conceptions. Ainsi la phi 
losophic aboutit a la medecine et 1 entraine dans ses vicissitudes. L hygiene s en 
est ressentie, et, dans les traites speciaux dont elle a ete T objet depuis le com 
mencement de ce siecle, on demele 1 influence qu elle a recue de 1 idee systematique 
des auteurs. Mais, sur les pas de la medecine, 1 hygiene a secoue 1 oppression 
des theories, et, de concert avec elle, compagne assidue mais independante, elle 
progresse sous les seuls auspices de 1 experience et de 1 observation . Quant a la 
medecine legate, 1 impulsion la plus notable qu elle ait regue des autres sciences 
est celle qui lui est venue de la physiologie. Celle-ci 1 a servie doublement, et par 
le jour qu elle a repandu sur les fonctions et sur les proprietes organiques, et par 
ses etudes particulieres sur les substances toxiques. Determiner la mesure suivant 
laquelle les effets physiologiques d un poison pourront suppleer la revivification du 
poison lui-meme, dans une expertise judiciaire, est un des problemes les plus ira- 
portants et les plus delicats qui se soient poses de nos jours devant la medecine 
legale. 

11 est enfin une branche des sciences afferentes a la medecine qui a trop gagne en 
importance dans ces derniers temps pour qu elle n excite pas 1 interet de tout me- 
decin instruit. Nous voulons parler de la Geographie medicate. Dans 1 espace d un 
demi-siecle, il a paru sur ce sujet une quinzaine au moins d ouvrages ex professo. 
Un petit nombre, il est vrai, embrassent la matiere sous tous ses aspects : quelques- 
uns ne concernent que des contrees limitees. En outre, il a ete public des livres et 
brochures sur la topographic etla climatologie d une foule de localites. La masse de 
documents qu a reunis la statistique, autre science contemporaine, l es moyens 



INTRODUCTION. xxxm 

d information dont on dispose, les relations de peuple a peuple amenees par 1 im- 
mense developpement du commerce et facilities par le perfectionnement des voies 
de communication, des pays lointains explores avec toutes les ressources de la 
science moderne, de longues occupations militaires, la civilisation aux prises, dans 
plusiears parties du globe, avec des populations barbares ou degenerees ; combien 
de motifs pour expliquer et pour faire souhaiter encore plus le developpement de la 
geographic medicale ! 

Nulle part peut-etre le role social dumedecin n est plus manifests, ni plus grand. 
A la medecine de donner par 1 ethnologie une sanction solido aux appreciations de 
1 histoire sur la destinee des peuples que la migration ou la conquete transporte 
a de grandes distances, et sur 1 influence reciproque des races melangees. A elle 
d eclairer les gouvernements, par 1 etude de 1 action des climats, sur les entreprises 
d annexion et de colonisation lointaines ; de denoncer, dans les mouvements de la 
population et uis le chiffre proportionnel des naissances et des deces, des signes 
de decadence ou de prosperite, dont les economistes auront a chercher la cause 
quand 1 hygiene ne 1 aura pas trouvee. A elle de montrer 1 influence de 1 air et des 
lieux sur la constitution de l homme, sur ses fonctions organiques, sur son carac- 
tere, ses mceurs, son intelligence. A elle de signaler les endemies, leurs limites, 
leurs rapports avec les conditions geologiques et atmospheriques, on bien la dislii- 
bution geo:;rnphique des maladies appartenant a des climats differents, 1 influence 
qu elles resolvent de 1 altitude et des dispositions topographiques. A elle, enfin, dans 
le conseil et dans 1 action, consilioque manuque, les grandes entreprises d assai- 
nissement. Ce sont les grands cotes de sa tache. Mais combien de lumieres encore 
a repandre partiellemcnt, ou deja repandues, sur 1 etiologie, la pathologic, la the- 
rapeutiqne! C est particulierement du corps de sante mihtaire qu elles peuvent 
venir. On sail combien los medecins de 1 armee de lerre et de mer out eclaire, en 
Afrique, la question siimportantedesfievres, ou, dans les colonies, celle des mala 
dies des pays chauds. Nous parlions plus haut de nosologie; il n y en a pas de parfaite, 
personne n en doute ; mais il n y en a pas non plus et il ne pent y en avoir actuelle- 
mentde complete; et la grande difficulte git surtout dans la variabilite des formes 
morbides du nord au midi ou de Test al ouest. Transportez sous les tropiques, ou 
meme beaucoup moins loin, un de nos traites classiques les plus estimes, et il nc 
sera plus la representation ni entiere ni fidele de la pathologic. Et pourtant, au 
fond, la science des maladies est une; elle ne peut etre sure de ses vues generalos, 
de ses delimitations d especes, de ses classifications, qu autant qu elle aura reuni 
dans ses mains toutes les individual ites morbides, avec la notion exacte de leurs 
caracteres etiologiques, symptomatologiques, therapeutiques, comme le botaniste 
ne peut etablir ses classes, ses genres, ses families, que lorsqu il est en possession 
de tons les caracteres voulus par la methode naturelle. Encore la comparaison 
n est-elle pas rigoureuse. Les flores exotiques peuvent grossir indefiniment le 
bagage de la botanique sans modifier ses cadres, parce que ceux-ci reposent sur des 
donnees permanentes et universelles ; tandis que 1 enchainement complique des 
iaits morbides et leur instabilite rendraient necessaire d en posseder le tableau 

c 



INTRODUCTION. 

complet pour pouvoir leur donner une base de classemerit un peu sohde. La thera- 
peutique n y serait pas moins interessee que la pathogei,esie et la nosologie. De 
plus, dans ce qu elle a d empirique, on imagine aisement les enseignements qu elle 
peut donner, etudiee ainsi dans des climats differents ; tantot important d une 
contree dans une autre des moyens de traitement, tantot mnntrant, au contraire, 
des differences dans les resultats d un meme traitement applique dans des lieux 
differents. Etce dernier gonre d observation, il n est pas besoin, pour en etre frappe, 
de visiter des pays lointains ; chaque coin de terre a son climat, son hygiene, ses 
maladies et sa therapeutique. Nous ne parlons ici que de 1 homme; est-il besoin de 
faire remarquer que des considerations analogues seraient applicables aux flores et 
aux faunes, qui ne subissent pas moins generalement 1 influence des climats? 



Ill 



Eh bien, c est dans cet etat, expose trop longuement sans doute, eu egarda notre 
insuffisance, mais trop brievement, si Ton regarde a la grandeur du sujet, c est 
dans cet etat que notre ceuvre rencontre les sciences medieales. 

Elle les trouve engagees dans des voies neuves ; voies d experimentation et de 
penetrante analyse, ou elles semblent se precipiter chaque jour avec plus d ardeur, 
et d ou elles ont rapporte deja un bagage considerable de notions precieuses. Ces 
notions, sorties de 1 analyse, ont permis, par leur precision et leur caractere d evi- 
dence, de constituer nombre de syntheses partielles qui ont eclaire d un jour ma- 
gnifique certaines par ties, naguere profondement obscures, de la physiologic et deln 
pathologic (pour ne rappeler que ce qui nous touche le plus). Avec 1 accroissement 
des fails, 1 accroissement des term.es ; avec la revolution des choses, la revolution des 
mots. La langue medicale a subi un remaniement tel que, sur beaucoup de points, 
elle n est plus intelligible a ceux qui ont dormi une quinzaine d annees. Nous 
voyons, en second lieu, toutes les branches de la science medicale en correlation 
etroite, ou, pour emprunter a la philosophic un mot heureux, dans un etat force 
A. interdependence, en meme temps que chacune d elles se developpe dans une 
direction particuliere ; semblables a ces fleurs appelees diclines, qui viveut separees, 
mais qui, a de certains moments, se rapprochent pour se feconder. 

Or, les conquetes de la medecine moderue, cest Le rrtotif de I utilite d un nou- 
veau dictionnaire; la connexion de toutes les sciences medieales, cest le motif 
dun dictionnaire encyclopedique. 

Mais, en dehors des sciences proprement dites, 1 eucyclopedisme, pour justifier 
son nura, doit encore comprendre 1 histoire et la philosophic. - - L histoire gene- 



INTRODUCTION. xxxv 

rale, nous la donnerons au mot MEDECINE. Rien a en dire pour le moment. L histoire 
particuliere des objets divers de la medecine, soit concernant quelque objet com- 
plexe, comme la chimie, soit relative, sous le nom d historique, a un objet plus 
simple, comme une maladie, on la trouvera egalement aux mots appropries. Enfm, 
une biographie abregee des principaux medecins de 1 antiquite et des temps mo- 
dernes, ainsi qu une bibliographic placee a la suite de tous les articles qui la rendent 
utile, formeront comme le complement de la partie historique. - - La philosophie 
comprend deux choses : les methodes et les doctrines. La methodologie seratraitee 
dans ses rapports multiples avec la science medicale ; ce qui precede laisse assez 
presumer dans quel sens. Quant aux doctrines, nous le disons tout de suite, fran- 
chement et resolument, aucune d elles ne servira de drapeau au DICTIONNA.IRE 
ENCYCLOPEDIQUE. Notre raison est double. D abord, I impossibilite, qui pourrait dis 
penser cl autres explications. 11 n existe pas actuellement, du moans pres de nous, 
une seule doctrine medicale autour de laquelle on parvienne a reunir le nombrede 
collaborateurs suffisant pour V execution de 1 oeuvre. C est une mesure d estimation 
dont on pourrait encore rabattre de beaucoup, mais qui nous suffit. La confusion 
est dans le camp des vitalistes ; leurs adversaires n entendent pas tous l organicisme 
de la meme maniere, et les organo-vitalistes ne s accordent naturellement ni avec 
les uns ni avec les autres. Ensuite, nous sommes parfaitement convaincus qu une 
logornachie inveteree, pleine d illusions et de malentendus, entre pour une forte 
part clans lesdissidences, et que, sur beaucoup de points essentiels, il s agit moins, 
au fond, de savoir ce que sont les choses que de savoir comment on les appellera. 
La science de la medecine s est toujours trouvee mal a 1 aise dans le moule des sys- 
temes ; aujourd hui elle le fait eclater de toutes parts en le surchargeant coup sur 
coup d apports imprevus. On 1 accuse quelquefois de repandre autour d elle et en 
elle la confusion ; non, elle met le desordre seulement ou etait un ordre artificicl. 
En realite, elle prepare les elements d une conciliation. Non sans doute qu on 
doive attendre d elle d eteindre toute contestation sur les conditions fondamentales 
et primordiales de la vie ; mais elle ira si loin dans la connaissance des pheno- 
menes vitaux et de leurs rapports, qu elle rendra 1 objet de la contestation aussi 
inutile a 1 intelligence de la medecine theorique et de la medecine pratique que 
1 est 1 essence de I affinite a 1 intelligence des lois de la chimie et de 1 astronomie. 
Que restera-t-il en pature aux disputes? La raison de 1 unite organique, la nature 
du principe formateur et conservateur ; probleme qui tourmentera eternellemenl 
les philosophes, mais dont le medecin physiologiste, pathologiste et therapeutiste, 
apprendra ase passer. En attendant cette ere promise, il faut etre patient envers le 
temps ; car, dans une science indefiniment perfectible, comme la notre, ce n est 
pas seulement a la lueur des sieeles passes ni du temps present, mais aussi a la 
lueur des sieeles futurs qu on peut juger des limites du progres ; et 1 avenir, 
quoique visible a une foi prevoyante, ne peut etre que lointain. 

Nous n afficherons done pas de systeme ; pourtant les systemes appartiennent a 

histoire de la medecine. Nous manquerions a notre programme si nous ne leur 

laisions une part convenable dans le dictionnaire. II en sera consequemment traite 



INTRODUCTION. 

tant dins 1 histoire generate de la medecine que sous leurs nomsparticuliers; il sera 
parle de I empirisme, du methodisme, du pneumatisme, de I animisme, etc. On 
Vappliqiiera surtout a en bien exposer le sens et la filiation historique ; on les etu- 
diera dans un esprit critique, autant que possible uniforme ; seulement, nous le 
repetons, ce ne sera jamais comme declaration de principes du Dictionnaire et en 
solidarite avec 1 ensemble de la redaction : ce sera simplement sous la responsabilite 
personnelle des auteurs. 

Nous n aurons pas de systemes , mais nous essayerons d avoir mieux ; car nous 
avons hate d en venir a une explication sur un point de haute importance. Nous 
avons beaucoup parle de 1 esprit moderne de la science medicale; nous avons medit 
des doctrines ; croit-on que nous soyons pour cela disposes a faire table rase du 
passe? ADieune plaise! Non, par bonheur, 1 engouement theorique a ete moins 
fort que 1 observation, et la bibliotheque medicale est riche de documents imperis- 
sables. Loin de les condamner a 1 oubli, nous reprocberions plus volontiers a notre 
generation medicale de la trop negliger; les theories memes, quoiqueleur influence 
ait ete, en somme, pernicieuse, ont ete presque toujours des epees a deux tran- 
chants, ravageant d un cote, ouvrant de 1 autre des horizons nouveaux. Et pnis, a 
cote d elles, en depit d elles, la clinique a continue son ceuvre ; elle s est appli- 
quee a penetrer la caracteristique generate et speciale des maladies, leur etio- 
logie, leurs correlations, leur marche naturelle, et aussi (mais moins heureu- 
sement, quoi qu on en puisse dire), leur traitement. Nous acceptons et preconisons 
cette medecine traditionnelle ; pourquoi ? Parce qu elle constitue un empirisme 
superieur, car ce n est que cela au fond, qui offre des assises communes a 
toute construction scientifique, et qui peut immediatement constituer une 
medecine pratique. Si Ton veut des exemples, il n est pas besoin d attendre les 
inspirations de la physiologic pour tenir compte des caprices de la reaction organique 
contre les agents morbigenes ; pour accorder une haute valeur, en semeiologie 
comme en therapeutique, aux elements morbides; pour accepter que, faute d une 
cuilleree de sang attendue d un paquet hemorrhoidal , de graves accidents vont se 
produire du cote de 1 encephale, qui ne seraient pas prevenus par une copieuse 
saignee ; pour reconnaitre que la resistance de la gencive a la sortie d un os pres 
que imperceptible sera la cause d une diarrhee incoercible, de convulsions et de la 
mort. Et ainsi de suite. Tel est 1 ordredefaits que lemedecinle plus engage dans 
le mouvement ne devra jamais perdre de vue, mais aussi ou 1 ami le plus devoue 
des traditions nedevra pas voir la condamnationdu mouvement. Quand done cesse- 
ront-ils, Tun et 1 autre, de meconnaitre la double necessitede la science qu ils cul- 
tivent : celui-ci, de deposer un bagage precieux pour marcher plus vite, au risque 
de tomber ; celui-la, de ne pas marcher du tout, pour garder son bagage? 

II nous reste a faire connaitre brievement le plan du DICTIONNAIRE ENCYCLO- 

FEDIQDE. 

On a une idee, par ce qui precede, de toutes lesmatieres qui doivent figurer dans 
Touvrage : physique, chimie et histoire naturelle medicales ; anatomie et physio- 



INTRODUCTION. 

logie normales et anormales (monstruosites) ; anthropologie ; pathologie interne et 
pathologic externe, generale et speciale; obstetrique, matiere medicale et thera- 
peutique ; hygiene privce et publique ; statistique et geographic medicales, avec tout 
ce qui s y rapporte (geologic, meteorologie, cosmologie, paleonfologie) ; histoire 
de la medecine, systemes et doctrines; biographic et bibliographie medicales. 

Impossible d entrer ici, sous peine de longueurs f astidieuses, dans le detail des 
subdivisions que comporte chacune de ces branches dela science medicale, et qui 
ont du etre etudiees, neanmoins, pour I arrangement de notre vocabulaire. Pour 
qraelques-unes le sujet de V article se deduit d ordinaire naturellement du mot 
lui-meme. Pour les autres branches, 1 experience apprend bientot que la dispo 
sition de la matiere ne saurait etre assujettie a des regies invariables. On nous 
accorderi done de nous en tenir a des indications sommaires, qui permettront 
cependant de bien comprendre 1 economic du plan. 

Dans toutes les parties de la biologie, sans exception, il y a un cote general et 
un cote special, etsouvent chacun de ces cotes a plusieurs aspects. 

L histoire natnrelle peut etre envisagee en soi comme science des trois regnes 
dc la nature ; chaque regne, considere isolemcnt, est susceptible de considerations 
generates, et ce seront des sujets importants d articles que V animal, le vegetal, 
le mineral. La se trouveront les caracteres generaux, les classifications, etc. Puis, 
chaque classe a ses divisions et ses subdivisions, jusqu a la variete, lesquelles au- 
ront leur place aux mots appropries, mais autant seulement que la medecine y 
sera plusou moins interessee. Celui de qui la medecine part et a qui elle aboutit, 
Vhomme, pourra etre ainsi envisage sous une foule de rapports qui echapperaient 
a nn cadre moins large, et qui sont, a proprement parler, de 1 histoire naturelle : 
caracteres zoologiques, unite ou diversite, duree de 1 existence, influence des lieux 
et des temps, facultes mentales, sociabilite, etc. 

De meme, pour Yanatomie et la physiologie. Sous ces mots se rangeront les 
considerations relatives a 1 objet propre de chacune de ces sciences, a leur evolu 
tion historique, a leur role, a leurs grandes divisions, etc. Ensuite viendront, tou- 
jours avec Vindication du role physiologique, 1 anatomic generale, 1 anatomie 
topographique et 1 anatomie speciale. Toutes ces branches se competent Tune par 
1 autre et ne peuvent etre separees. Sans anatomie generale, une foule d obscurites 
restent sur la physiologie et la pathologie. L anatomie topographique pourrait suf- 
firepour les applications pratiques a la medecine et a la chirurgie, s il n etait im 
possible qu elle renfermat en meme temps les usages des parties contenues ; en 
d autres termes, si la medecine et la chirurgie pouvaient se passer de physiologie. 
Dire qu uu muscle ou qu un nerf occupe telle partie du corps et y suit telle direc 
tion, ce n est donner, ni sur ce muscle, ni sur le nerf, les notions suffisantes pour 
expliquer leur influence dans les maladies de la region. Aussi avons-nous pris le parti, 
apres mure reflexion, d accorder un mot a chaque objet de 1 anatomie, a chaque 
muscle, a chaque os, etc., mais pourtant avec certaines restrictions. Quand le 
muscle, par exemple, fait partie d un systeme anatomique bien delimite, comme le 
larynx ou 1 oei), nous en renvoyons la description a celle du systeme. S il s agit 



xxx vm 



dune artere, d un nerf, d un systeme continu enfin, il y aurait danger d un mor- 
cellement prejudiciable a decrire a part toutes les divisions arterielles, tous 
filets nerveux qui ont un nom en anatomie. Dans ce cas, nous avons adopte les 
divisions un peu generates, telles que artere brachiale, artere humerale, nerf 
sciatique, etc., en y rattachant les subdivisions ; mais nous n en avons pas moms, 
dans ce cas, inscrit le nom de la petite artere, du filet nerveux, avec renvoi au 

mot ou il en est parle. 

A I 1 anatomie serattachele developpement organique. Nous le suivons dans toutes 
les divisions de 1 anatomie elle-meme : developpement de I homme (embryogenie), 
developpement des regions, developpement des organes; le tout entrainant la pro 
duction des monstruosites, des anomalies, des difformites. De sorte qu un article 
complet d anatomie comprendra 1 anatomie normale, le developpement, 1 anatomie 
anormale et les usages physiologiques. 

La physiologie se trouvera ainsi traitee, en grande partie, concurremment avec 
1 anatomie. On aura connu la sensibilite et la motricite en meme temps que le sys 
teme nerveux , la digestion en meme temps que le tube digestif, la circulation en 
m^me temps que le coeur et les vaisseaux, etc. ; neanmoins, comme pour bien 
connaitreunefonction, il faut 1 avoir suivie dans 1 enchainement de ses differents 
actes, nous aurons des articles Digestion, Circulation, etc., etc., dans lesquels se 
resumera ce qu on aura dit en detail aux articles Estomac, Intestins, Foie, Pan 
creas , Cceur , Arleres, Veines, Capillaires, etc., etou prendront place toutes les 
considerations qui se rapportent a 1 ensemble de la fonction plutot qu a ses meca- 
nismes particuliers. En outre, lorsque dans un meme appareil organique, a fonc- 
tions complexes (1 appareil digestif, par exemple), une fonction se detachera nette- 
ment, de maniere a pouvoir, sans dommage, etre etudiee a part, on la reservera 
pour un article special. II en sera ainsi pour la deglutition, pour le vomissement. 
Tous ces articles, destines les uns a rapprocher, sur une fonction d ensemble, des 
notions disseminees, les autres a separer de 1 ensemble une fonction particuliere, 
sont d autant plus indispensables que rarement une fonction n exige, pour s accom- 
plir, que les puissances inherentes a 1 organe dont elle depend. La physiologie 
stride d un organe, et meme quelquefois de tous les organes, ne represente pas 
integralement certaines fonctions. L cesophage n est pas seul en jeu dans la 
deglutition, ni la partie inferieure du rectum et 1 anus dans la defecation. De meme, 
la pression des parois abdominales, les secousses determiners par la marche, ne sont 
pas sans action sur le cheminement des aliments dans le tube digestif, et la pression 
atmospberique joue un grand role dans la circulation. Enfin, il est des fonctions 
independantes, en totalite ou en partie, des appareils organiques proprement dits, 
\ absorption, V exhalation, la respiration (dans ses rapports avec Fhematose), etc. 
Ce seront la autant de sujets d articles speciaux. 

Lesobjetsdela pathologie sont relatifs, oua des desordres materiels appreciates 
de lorganisme, ou a des desordres fonctionnels ; et, dans chacune de ces deux 
categories, le desordre peut etre envisage, ou d une maniere generate, sans conside 
ration de siege, ou au contraire dans ses rapports avec les tissus ou avec les organes ; 



Pour ce qui concerne les alterations organiques, memes prmcipes de division 
que pour 1 anatomie normale. Nous avions un article sur les generalites de Yana- 
tomie; nous en aurons un sur les generalites de 1 anatomic pathologique. Nous 
avions etudie 1 anatomie de tissu ; nous rapporterons a chaque tissu toutes les 
maladies dont il peut etre le siege. Nous avions decrit 1 anatomie topographique; 
a 1 anatomie de chaque region sera jointe sa pathologic. Nous avions enfin 1 ana 
tomie speciale; elle sera egalement suivie, pour chaque organe, de I histoire 
des maladies dont cet organe peut etre affecte. Mais un meme etat pathologique 
peut porter sur plusieurs tissus, sur plusieurs regions, sur plusieurs organes. Alors 
cet etat sera etudie au nom qu il a recu en nosologie ; il sera etudie dans ses ca- 
racteres generaux, anatomiques, etiologiques, symptomatiques, etc. Citons auelaues 
examples. La melanose peut envahir plusieurs tissus sains ou deja alteres : nous 
aurons un article sur la melanose, et au mot Glandes ou a ceux de diverses tu- 
meurs sera decrit 1 etat melanique du tissu glandulaire, ou des tissus qui entrent 
dans la composition de ces tumeurs. On rencontre des adenite? dans plusieurs re 
gions : on decrira Yadenite en general, et aux mots COM, Aine, les adenites de ces 
regions. Enfin, le cancer se rencontre dans une foule A organes; il en sera traite, 
sous un point de vue general, au mot Cancer, et, sous un point de vue special, aux 
mots Foie, Rate, Estomac,etc. Telle est la regie. Neanmoins nous n avons pas cru 
devoir nous y astreindre rigoureusement ; et, quand une maladie a regu un nom 
(uelconque generalement accepte, nous la decrivons, bien qu elle ait un siege ana- 
iomique determine, non plus au nom de 1 organe, mais a celui dela maladie meme : 
ainsi, la gastrite, Yanthracose, la pneumonic. On ne saurait oublier que le but 
special et direct d un dictionnaire, oppose a celui des monographies, est de placer 
chaque chose sous son etiquette connue, pour faciliter la recherche. Toutes les fois 
done que cela a pu se faire, nous avons sacrifie a cet avantage la rigueur de la 
methode. 

Quant aux etats pathologiques constitues par des manifestations fonctionnelles, ils 
se pretent encore moins a une systematisation absolue. Ce sont ceux-la surtout 
qu il convient de ranger sous leurs noms speciaux. Pour quelques-uns d entre eux, 
ce principe de division doit etre le meme que pour les .etats caracterises par des 
alterations materielles ; c est-a-dire qu il faut leur consacrer un article general, 
et ensuite les etudier suivant un ordre anatomique (nevralgies) . D autres doivent 
figurer tout entiers sous un seul mot (liysterie, catalepsie, epilepsie). Quelque- 
fois, enfin, 1 etat morbide se rattache trop etroitement a des groupes fonctionnels 
plus etendus, pour qu on puisse les en separer ; mais, dans ce cas meme, nousne 
nous omtentons pas d un simple renvoi. Au mot qui designe 1 etat morbide, nous 
defmissons, nous caracterisons le mot et la chose, et c est alors seulement que 
nous renvoyons a un mot d une signification plus generale. Ainsi, Yadynamie, Yas- 
Ihenie, Yataxie, sont des etats palhologiques qu il importe, sans doute, de reunir 
dans une etude commune, etc est ce qui sera fait au mot Forces ; mais il aura ete 
parle brievement, a leurs noms respectifs, de 1 adynamie, de 1 astheme, de 1 ataxie 
et de quelques autres etats morbides du meme ordre. 



n INTRODUCTION. 

Ces considerations doivent suffire sans qu il soit besoin de les poursuivre dans 
toutes les parties constitutivcs du Dictionnaire ; et nous terminerons, sur ce sujet, 
par deux remarques applicables al ensemble denotre vocabulaire. Non-setilement 
tous les mots de la langue medicale qui ont quelque importance y figureront, mais 
presque tous seront 1 objet d un article, court ou long, qui en fera counaitre au 
moins la signification, sans necessite de recourir au renvoi, s il y en a un. En se 
cond lieu, que le sujet soit relatif aux sciences physiques, a 1 hygiene, a la patholo 
gic, toutes les fois qu il aura deux points de vue, un general et un special, il sera 
traite de 1 un et de I autre. De meme que le cancer aura ete eluclie dans sa gene- 
ralite et dans ses localisations, de meme nous etudierons, d un cote, les acides, 
Voptique, I acoustique, dans ce qu ils ont de general; de I autre, les acides parti 
culiers (en classant ceux-ci d apres leurs bases), ou les applications particulieres de 
1 optique et do 1 acoustique medicales, sous les mots Accommodation, Achroma- 
tisme, Vision, Acoumetre, etc, 

Nous n avons plus qu un mot a dire. L entreprise est considerable et ardue. Des 
difficultes particulieres sont inhercntes a la grande etendue et a la complication du 
cadre : la direction s attachera a les lever le plus promptement possible ; mais on 
lui permettra de ne jamais sacrifier la bonne execution a la celerite. Ce qu il faut 
avant tout, c est qu une oeuvre dece genre, une fois commencee, se montre digne 
de 1 epoque, digne du public, par sa valeur intrinseque et par 1 ordonnance de 
loutes ses parties. C est a quoi nous ne cesserons de veiller avec une attention 
propovt.ionuee a 1 importance du but el au sentiment de notre responsabilite. 

A- DECIIAMBRE. 



J r octohre 1864. 



HN i HUUlJ JTlON. 



BIBLIOGRAPHIE DES LEXIQUES ET DICTIONNAIRES MEDICAUX. 

Les distinctions que nous avons etablies, dans le cours de 1 Introduction, entre les 
Bibliotheques, les Lexiques et les Dictionnaires, ne sont pas, nous 1 avons dit, rigoureuse- 
ment suivies par les auteurs. Les Lexiques, toujours disposes alphabetiquement, sont quel- 
quefois en meme temps de petits Dictionnaires. Certaines Bibliotheques sont egalement 
alphabetiques, tandis que certains Dictionnaires sont methodiques. Mais c est surtout dans 
les Encyclope dies medicates , si nombreuses en Allemagrie sous les noms d Encyclopadie 
et de Cycltts, que cette confusion existe. Dans la liste qui va suivre, nous avons fait entrer 
seulement les recueils qui nous sont connus comme alphabetiques. Que si nous avons corn- 
mis, sous ce rapport peu important, des erreurs, faute d avoir pu consulter les ouvrages, 
nous croyons pouvoir assurer que ces erreurs sont tres-peu nombreuses. Nous nous sommes 
d ailleurs exposes volontairement a deux ou trois d entre elles, pour ne pas separer des 
ouvrages qui se completent muluellement. 

Nous partagerons notre liste en trois groupes, comprenant: 1 les Lexiques, 2 les 
Lexiqnes-Dictiomiaires , 3 les Dictionnaires. Nous sommes obliges, pour ne pas rendre 
cctte liste interminable, de nous attacherexclusivement a ceux qui sont relatifs a la medecine 
proprement dite, en negligeant ceux qui concernent exclusivement les sciences auxiliaires. 
Nous suivrons, pour chaque groupe, 1 ordre chronologique. 



1 LEXIQUES 1 . 

OVO//SWTIXOV medicinx.... ex optimis, probatissimis auctoribus, cum grxcis turn lalinis, 
opus recens, nuper mulla lectione OTHONIS BRUNFELSII, medicinx professoris, congest inn... 
Prsescriptis operi tabulis nominum anatomise et segritudinumtotius corporis huniani. Argen- 
torati, 1534, in-folio. (L exemplaire de la Bibliotheque imperiale renferme des remarques 
de SALADIN sur les poids medicaux.) 

CAMERARIUS (Joachim). Commentarii utriusque linguse de Theriacis et Mithridateis , etc. 
Nuremberg, 1534, in-8. Commentarii utriusque lingux in qutims diligens exquisitio 
nominum quibus partes corporis humani appellare solent. Basil., 1551. 

GORRIS (Jean). Definitionnm medicorum libri XXIV , litteris grxcis distincti. Paris, 1554, 
in-folio. (Corns le fils, medecin ordinaire de Louis XIIT, dansune edition des osuvres de 
son pere, publiee en 1622, a revise et augmente les Livres des definitions : J. Gorrsei opera, 
Deflnitionum med. libri XXJV a J. Gorrao filio locupletali et accessione magna adaucli. 
1 vol. grand in-folio. Latraduction des poe mes de Nicandre sur la theriaquese trouve dans 
cette edition.) 

ESTIENNE (Henri). Thesaurus vocabiilorum medicinal i urn. Parisiis, 1560, in-12. Dictiona- 
rium medicitm, vel expositiones vocum medicine/Hum ad verbum excerptss ex Hippocrate, 
Areteo, etc., cum latino, interpretation . 1564, 1 vol. in-12. (A ce lexiquesont joints le 
Glossaire hippocratique d Erotien et celui de Galien. Voir EUSTACHE et FRANZ.) 

EUSTACHE. Eroliani. . vocum qwse. apud Hippocratem sunt collectio, cum annotationibus . 
1566, in-4. 

MERCURIALI Varise lectiones, 1571. 1 vol. in-8. (Pas d ordre alpbabetique : Exegese philolo- 
gique et scienlifique, par articles se pares ) 

ToxiTEet PISCHART. Onomastica II : I" Philosophic, sijnonymum... 2 Th. Paracelsi... explicatio. 
Argentorati, 1574, in-8. 

FOES. GEconomia Hippocratis alpliabeti serie distincta... in qua dictionum apud Hippocratem 
omnium... usus explicatur, etc. Francfort, 1588; Geneve, 1662, in-folio. 

1 Nous avons cru devoir joindre ici deux ou trois ouvrages anciens qui, ne renfevmant pas une 
suite reguliere de mots sur un sujet determine, sont consacres a des commentaires lexicographiques 
sur une serie de questions medicales. 



XLr , 



CASTELLI (Barthelemy). Lexicon medicum grssco-latinum. Venise, 1607, in-8. Gel - 
ete revu, corrige et augments par Stupanus, Ravenstein et Bruno. Sous 
formes, il a eu plusieurs editions, avec quelques variations dansle titre. ^ jdiquo 
pour chaque ediieur, le titre d une bonne edition : 1- Lexicon medicum qrzco-lalmum 
compendiosissimum, a Castello inchontum, nunc vero.... opera et studio 
auctum, illustratum et perfectum. Basil, 1628. - 2- Lexicon medicum grxco-latnuma 
Earth. Castello Messanense inchoatum, nunc vero, in commodum pubhcum, opera et studio 
AND RAVENSTEIN..., terlia quidem sui parte aitctius et innumeris qulbus scatebat mendis 
expurgate ac per Return. Rotterdam, 1651. (Une premiere edition, beaucoup moins com- 
ple:e, avail ete donnee en 1644; d autres ont suivi en 1657, 1665, 1667, 1670, 1682.) - 
3 Castellusrenovatus, hoc est, lexicon medicum... a plurimis mendis et vitiosis atlegatw- 
nibus correctum et innumerabiliumpene vocabulorum accexsione amplificalum. Nuremberg, 
1682 Ce lexique de BRDNO a ete considerablement remanie par lui-meme d abord, puis 
par divers savants qui en ont donne des editions posthumes. La derniere est celle de 
Geneve (1746) : B Castelli Lexicon... ante a J. P. Brunone iteratoeditum; nunc denuo ab 
eodem et aids plurimis, novis accession! bus completatum et in multis correctum. In-4. 
Enfln, au Caslellus renovatus est joint une Nomenclature me dicale hexaglotte, de BRDXO, 
donnant, par ordre alphabetique, les mots latins, avec les synonymes arabes , he breux, 
grecs, frangais et italiens. 

HELWIGH. AtyaSvjTo? tarpcxo,-, hoc est, brevis totius medicinse hippocraticx in paucas tabellas 
reductse deimeatio. Nuremberg, 1631, in-folio. 

BAILLOU (G.). Deftnitionum medicinalium liber. Paris, 1639, in-4. 

NAUD^I (Gabr.) Qusesliones iatro-philologicse. Genevse, 1C47, in-8. 

MULLER (Fr.). Lexicon medico-galeno-clnmico-pharmaceuticnm , continens vocabulorum..., 
oclodedm millium explications, etc. Francof., 1661, in-folio. (Latin-allemand.) 

THEVENIN (Frangois) (OEuvres de}. Contenant un dictionnaire etymologique des mots grecs 
servant a la medecine. 1669. 

HANNEMANN (J. L.). Prodromus lexici medicinse, 1672. 1 vol. 

CALLARD DE LA DUCQUERIE. Lexicon medicum etymologicum, in quo ad tria etymologiamm 
milUamedicinsR, chirurgise, pharmacist, etc. 1673, 1 vol. in-18. Editions en 1692 etl693. 

BLANCARD (Etiennel . Lexicon medicum yrasco-latinum, in quo termini tolius artis medicinx. 
definhmtur vel circumscribuntur... grsecaz etiam voces ex origine sua deducuntur, etc.. 
Amstelodami, 1679, in-8. Voici les editions qu il importe le plus de connaitre : 1 En 
1690, avec synonymie beige, allemande, frangaise, anglaise. Lyon. --2 En 1718, avec 
preface de STAHL. 3 Vers 1740, revue par SCHULZE, qui a ecarte de cetle edition les 
interpretations franchises, beiges et anglaises. 4 En 1777, revue, corrigee et augmentee 
parlsEmAMM, 2 vol. in-8. 5 En 1832, avec corrections et augmentations, de C. Gott. KDHS. 

6 Enfin, une traduction allemande de KLETTEX, avec additions et une biographie des 
medecins les plus celebres. On a aussi d Etienne BLANCARD le lexique suivant : The 
Physical Dictionary, wherein the Terms of Anatomy, the Names of Diseases, Chirurgical 
Instruments and their Use are accurately described. (La sixieme edition, la seule que nous 
connaissions, est de 17 15.) 

WOYTS (Job. Jac.). Offenl lichen Lehres der Artzeney-Kunst in Konigsberg. Gazophylacim 
medico-physicum, etc. (Tre"sor d objets me dicaux et naturels, dans lequel tous les termes 
de medecine, toutes les maladies... sont explique s clairement, suivant I ordre alphabetique}. 
Leipzig, 1696. II a paru une treizieme edition, avec 1 essai d un Dictionnaire grec-Min- 
allemand, de HEBENSTREIT. 

HELLWIG (Christ. de). Neu eingerichtetes Lexicon pharmaceuticum. Francf. etLeipz., 1710, in-8. 

Neu eingencliteles Lexicon anatomico-chirurgicum. Leipz., 1715, in-8. 

BARTHOLOM^I lexicon medicum graeco-latinum. Leipzig, 1715, in-4. 

John QUINCY. Lexicon Physico-Medicum , or a New Dictionary, explaining the Difficult Termt 
used in the Several Branches of the Profession, etc. 1719. 

ALBERTI (Michaelis) Tentamen lexici observationum medicarumex variis auctoribus selectarnm. 
HalaeMadg.,1727, in-4. 

ROTHH (Got. Chr.) De nominibus et vocabulis quibus medicos eoriimque arlem adpellarunt 
veteres germani disquisitio. Helmstadii, 1735, in-12. 



(G). Novum locupletissimum manuale lexicon latino-germanicum et germanico-lc/ti- 
num. Halle, 1748, in-8. (Avec preface de GESNER.) 



liMUUUUGTIOiN. 



HEBENSTREIT (J. E.) E^y/)7i? ovo^aTwv TWV Tiepi irxQaiv. Exegesis nominum grsecorum quxmorbos 
definmnt. Leipzig, 1751, 1 vol. in-4. 

ONDEF,K\. Onomatologia anatomica et chirurgica, oder Erklarungen der anatomischen nnd 
chirurgisclien Benennungen. Ulm, 1755. Onomatologia medico, completa. Onomatologia 
medico-chirurgica. Onomatologia medico-practica. 

An Explanation of the Terms of Art in the Branches of Medicine, etc. Londres, 1769, in-8. 

ALLOUET. Ety mo graphic, ou veritable origine des mots d usage en anatomic et en chirurgie. 
Paris, 1776, in-12. 

FRANZ Erotiani, Galeni .et Herodoti glossaria, ex recensione H. Stephani grsece et latine. 
Lips., 1780, in-8. 

WECKER. Medicinse syntaxis ex grsecorum, latinorum et arabum scriptis collecta. Basilee, 1781. 

KNACKSTEDT. Erklarungen lateinischer Worter, welclie zur Zergliederungskunde, Physiologic, 
Pathologic, Wundarzneikundeund Geburtshulfe gehoren (Explication des mots latins, etc.}. 
Erfurt, 1784-85, 2vol. in-8. 

NEMXICH. Catholicon, oder allgemeinrs Polyglottenlexicon der Naturgeschichte, natwhisto- 
rischcn Terminologie, Anatomic, etc. (Catholicon ou Lexique polyglotte de I lnstoire natii- 
relle, etc.). Halle, 1795 a 1795, 4 vol. in-4. Lexicon nosologicum poly glotton, etc. llam- 
burgse, 1801, in-folio. 

TURTON. A Medical Glossary. Lond., 1797, in-4. 

SCHREGER. Synonymik der anatomischen Nomenclatur, 1803, in-8. 

HANIIV. Vocabulaire medical, ou Recueil et definition des termes. Paris, 1811, in-8. (Avec un 
diclionnaire biographique.) 

KRABS (Louis-Aug ) Krit.-etymolog.-med. Lexicon, oder Erklarungen des Ursprunys der 
besonders aus der griechischen Sprctche, in die Medicin nnd die damit zundchst ver- 
wandten Wissenschaften aufgenommjnen Kunstworter (Lexique critique, etijmologique et 
medical, ou explication des sources des mots techniques , surtout de ceux de la langue 
grecque, etc. (Premiere edition en 1821. Celleque nous annongons (la troisieme) a achev6 
de paraitre en 1844, 7 fasc. gr. in-8. 

LcEWENSTEiN. De prosodia medico, sine de recta verborum in medicina usiiatorum pronuntia- 
lione. Berolini, 1828. Die medicinische Prosodie, oder uber die richtige Aiisxprache der 
in der Medicin und P/iarmacie gebrdudilichen Ausdrucke, mil beson erer Riicksicht auf 
Etymologic (La prosodie medicate, ou la prononciation pure des expressions usitees en 
medecine et en pharmacie, avec consideration del Etymologic}. Berlin, 1858, gr. in-8. 

AUBOIN. Nouveau Dictionnaire portatifdes termes, etc. Paris, 1850, 2 vol. in-16. 

JOURDAN. Dictionnaire raisonne , etymologique, synonymique et polyglotte des termes usite s 
dans les sciences naturelles, etc. Paris, 183i, 2 vol. in-8. 

GRDNBERG. Universal-terminologisch-meilicinisches Lexicon, etc. Berlin, 1859, 4 vol. in-8. 
PALMER (Shirley). A Pentaglott Dictionary... in two Parts. Lond., 1845, in-8. 



2 LEXIQUES-DICTIONNAIRES, 

KULLAND (M.). Medicina practica recens et nova, etc. (ordre alphabetiq.). Argent., 156i, in-8. 
in-folio, avec figures (Le tome I", contenant les lettres A et B, a seul paru.) 

COL DE VILLARDS. Dictionnaire francais-latin des termes de me decine et de chirurgie, avec leur 
definition, leur division et leur etymologic . Paris, 1741, 1 vol. in-12. (Chaque mot est bum 
d une courte notice descriptive. Deuxieme edition en 1760.) 

PERAS. Dictionnaire anatomique latin-francais. Paris, 1755, in-12. 

JULLIOT. Dictionnaire interprete de matiere medicale et de ce qui y a rapport, etc. Paris, 1758, 
1 vol. in-12. (Explication des termes arabes, grecs et latins, etc.) 

LAVOISIEN. Dictionnaire portatifde me decine, d analomie, de chirurgie, de pharmacie, de chimie, 
d ltistoirenaturelle, de botanique et de physique. Paris, 1764, in-12. (Deuxieme edition 
en 2 vol. in-12.) 



XLIT INTRODUCTION. 

VoTntw.ANMMed. Dictionary, or General Repository of Physic containing ar, ^x 
of the Terms and a Description, etc. London, 1784. (Deuxieme edition, en 1 
avec Biographie me dicale.} 

HOOPER (R.). A Compendious Me*. Dictionary, etc. 1798, in-12. (Deuxieme edition, soi 
litre, en 1801, in-8. Plus lard, eel ouvrage changea de titre et pnt celuide ^^ 
cum,or Medical Dictionary. La septieme edition est de 1839, et forme un gros vol 

CAPURON. Nouveau Dictionnaire de medecine, de chirurgie, de physique, de chimie et d histoire 
naturelle... Vocabulaires grec et latin et synonymies relatives aux nomenclatures anciennes 
et nouvelles. Paris, 1800, in-8. (Voir ci-apres NYSTEV.) 

NJSTEN (P H ) et CAPUROX Nouveau Dictionnaire de medecine, de chirurgie, de chimie , etc., 
avec letymologie de chaque terme. Paris, 1810, in-8. Cette seconde edition du dictionnaire 
de CAPURCW est le point de depart des editions nombreuses qui se sont succede avec des 
remaniements si considerables, en gardant toujours le nom de NYSTEN. Ce nom est reste 
seul sur la troisieme edition (1814, in-8); la qualrieme a ete revue et augmentee par 
BRICHETEAU (1824, in-8); la cinquieme et les suivantes, par BRICHETEAU, HENRI et BRIAND. La 
dixieme, enfm, a ete entierement refondue et augmentee par MM. LITTRE et Ch. ROBIN, 
avec additions de la synonymic grecque, latine, anglaise, allemande, espagnole, italienne, 
et d un vocabulaire de ces diverses langues (1855, grand in-8). Elle porte le titre : Diction 
naire de medecine, de chirurgie, de p/tarmacie, des sciences accessoires et de I art ve"te ri- 
naire, tie P. If. NYSTEN...., edition revue et corrigee par E. LITTRE et Ch. ROBIN. II se 
prepare une douzieme edition. 

BRANDEIS (Heinr.). Medicinisches Worterbuch, enthaltend die etymologischen Erkldrungen der 
im Gebiete der Arzneikunde vorkommenden griechischen Worter. die pathognomisclien 
Zeichen der Krankheiten und biographischen Nachrichten von den bedeutendsten griechi 
schen und rb misclien Aerzten (Dictionnaire de medecine, contenant les explications e ty- 
mologiques des mots grecs de la medecine, les signes pathognomiqiies des maladies, et la 
biographic des principaux me decins grecs etromains}. Tubingue, 181S. 

Nouveau Dictionnaire de mddecine, chirurgie, pharmacie, physique, hisloire naturelle, etc., 
oil se trouve felymologiede tous les termes, etc., par BECLARD..., CIIOMEL..., URFILA. Paris, 
1^21-22, 2 vol. in-8. (Augmente d un premier supplement par lesauteurs, et d un second, 
en 1832, par TAVEKNIER.) 

CLOQUET (Hipp.). Dictionnaire raisonne" des termes d anatomic et de physiologic. Paris, 1823. 
(Forme le tome l er du Systeme anatomique de I Encyclopedic methodique.} 

Dictionnaire des termes de medecine, chirurgie, art ve"te rinaire, pharmacie, histoire naturelle, 
botanique, physique, chimie, etc., pin- BEGIN..., JOURDAN..., SANSON. Paris, 1823, in-8. 

LEVIE. Deutsch-lateinisches Worterbuch fur Medicin-Studirende nach Cehus, Plinius u. A. 
(Dictionnaire allemand-latin pour les ^tudiants en medecine, d apres Celse, Plineet autres}. 
Bonn, 1833, gr. in-12. (Preface de F. NASSE.) 

MENDOZA (don Manuel HURTADO DE). Vocabulario mcdico-quintjico, o Diccionario de medicina 
y cirujia. Madrid, 1840, in-4. 

HARRIS. Dictionary of Dental Surgery. Lond., 1841, 1 vol. grand in-8. Deuxieme edition 
en 1854. (La plupart des mots de la langue medico-chirurgicale se trouvent dans ce dic 
tionnaire, quelque special qu en soit 1 objet.) 

SIEBENHAAR. Terminolog . Worterbuch der med. Wissensch. (Dictionnaire terminologique des 
sciences medicates]. Leipz., 1841-42. 

KLENCKE. Lexikaliscli-therapeutisches Taschenworterbuch fur den Arzt am Krankenbette 
(Dictionnaire lexique-therapeutique de poc/ie du mc decinaulitdu malade}. Leipzig, 1846. 

CASTELLS (Jose). Diccionario de medicina, cirujia, farmacia , etc., sacada de las obras de 
NYSTEN-, BRICHETEAU, etc. Paris, 1854, 2 vol. in-18. (C est, comme 1 indique le titre, une 
compilation de dictionnaires franc,ais, avec addition de 800 mots et figures intercalees 
dans le texte.) 

Nouveau Dictionnaire lexicographique et descriptif des sciences medicates et vetennaires, 
MM. RAIGE-DELORME, H. BOULEY, CH. DAP.EMBEKG, J. MIGNON et CH. LAIIT. Paris 1863, 
vol. gr. in-8de 1500 pages (supplement compris). 



INTRODUCTION. 



5 DlCTIONNAIRES 1 . 

POJIET. Dictionnaire universel des drogues simples et composes. Paris, 1695, m-folio. 

MAXGET. Dans la Collection des bibliotheques de MANGET, celles qui sont disposes alphabdti- 
quement et ont le caractere de dictionnaires sont les suivantes : \" Bibliotheca medico- 
practica, 1695, 4 vol. in-folio. 2 Biblwtheca pharmaceutico-medica duobus tomis com- 
prehensa, 1703, 2 vol. in-folio. 3 Bibliotheca chimrgica, 1721, 4 vol. in-iolio. 
4 Bibliotheca scriptorum medicorum veterum et recenliorum, elc.. 1731, 4 vol. in-fblio. 
(Dictionnaire biographique, mais oii sont mentionnes , pour cliaque auteur, ses opinions, 
ses e er its, la part qu il a prise aux systemes, etc.) 

LEMERY. Dictionnaire des drogues simples, 1714, in-4. Editions en 1716, 1733. 

BEHR (G. II.). lexicon physico-medicum reale, etc. Argentorati, 1738, in-4. (Avec preface de 
Michel ALBERT.) 

JAMES. A Medicinal Dictionary, Physic, Surgery, Anatomy, Chemistry, Botany, etc. Lond., 1743, 

3 vol. in-folio. (A ete traduit en franqais par DIDEROT, Einous et TOUSSAINT; revu, corrige 
et augmente par Julien BUSSON, 1746, 6 vol. in-folio.) 

PLAKQUE (F.}.Bibliotheque.cMsie demededne, etc. (ordre alphabetique) . 1748-70 ; 10vol. in-4". 

TARIN. Dictionnaire anatomique, suivi d une bibliotlieque anatomique et physiohgique. Paris, 
1753, in-4. 

VANDERMONDE. Dictionnaire portatif de sante. (Le litre ajoute : par M. L..., ancieii medecin des 
armees du roi, et M. de B..., medecin des liopitaux; mais 1 ouvrage est de VANDERMONDE.) 
Paris, 1759, 2 vol. in-12. Editions : en 1760, 1761, 1 vol. in-8; 1771, 2 vol. in-8. 
C est a cette derniere edition que Pierre SUE, neveu du professeur d anatomie a 1 Acade- 
mie royale de peinture, a ajoute un troisieme volume consacre a la chirurgie. 

DUFIEU. Dictionnaire raisonne d anatomie et de physiologic. Paris, 1766, 2 vol. in-8. 

LEVACHER DE LA FEUTIUE (en collaboration avec MOYSANT et DE LA MAPCELLERIE). Dictionnaire de 
chirurgie, contenant la description anatomique des parties du corps humain, le me canisme 
des fonctions, le manuel des operations chirurgicales, etc. Paris, 1767, 2 vol. petit in-8. 

Dictionnaire despronostics, on I art de pre voir les bans et les mauvais evenemenls dans les 
maladies, par D. T. (DO TENNETAR), 1770; 1 vol. in-12, et Dictionnaire des symptomes oa 
filaments de se me iotique (par le m^me), 1777. 

HtLUN. Dictionnaire des diagnostics, ou I art de connaitre les maladies. Paris, 1771, in-12. 

Louis. Dictionnaire de chirurgie. Paris, 1772, 2 vol. iu-8. (C est la reunion des articles 
publics par Loois dans 1 Encyclopedic de DIDEROT.) 

Dictionnaire universel et raisonne" de me"decine, de chirurgie et de I art vdtdrinaire, 1772, 
6 vol. in-12. 

FRANgois (Paul). Dictionnaire de chirurgie, 1773, 2 vol. in-8. 

VICQ-D AZYR Vocabulaire d Anatomic. (Dans le Traite d anatomie etde physiologie, 1786.* 

DE LA BEYRIE et GOULIN. Dictionnaire rat/tonne" universel de matiere me dicale. Paris, 1775, 

4 vol. in-8. (II a paru plusieurs editions, dont celle de 1793 a 8 vol. in-8.) 

BOCIIAN (Guillaume). Domestic Medicine, or a Treatise on the Preventions and Cure of 
Diseases, etc. Edinb., 1772, in-8. (Ce Traite" de me decine domestique, ecrit par un medecin 
distingue, est tout scientifique. La vingt et unieme edition, donnee a Londres par Al. P. BUCHAN, 
est de 1813; in-8 de plus de 700 pages. Mais deja J. D. UCPLANIL avait traduit 1 ouvrage en 
franc.ais; sous le titre de Medecine domestique, ou Traite" complet des moyens de se conserver 
en sante, etc. Edimbourg et Paris, 1776, 5 vol. in-12. Le cinquieme volume seul est, en 
partie, alphabetique; il contient une liste et une explication des termes employe s dans le 
cours de 1 ouvrage et un etat alphabetique des drogues et des remedes.) 

SIGAUD DE LAFOND. Dictionnaire des merveilles de la nature, etc. Paris, 1781, 2 vol. in-8. 
Deuxieme edition en 1783, mais sans changements. (Ouvrage en grande partie medical.) 

1 De mtaie que pour les Lexiques, nous n indiquerons pas les Dictionnaires consacres aux sciences 
Complementaires ; mais nous donnerons les titres de quelques Dictionnaires plus ou moins impor- 
tants de matiere me dicale. En outre, il ne sera pas question ici de certains Dictionnaires medicaux 
trop insignifiants pour des medecins. 



XLVI INTRODUCTION. 

BERNSTEIN (J. G.). Neues chirurgisches Lexicon. Goths, 1783-84, 2 vol. in-8. Cinquieme 

edition, Leipzig, 1818-20, 5 vol. in-8. 
Encyclopedic me thodique, partie medicale, comprenant : 1 liygiene, la pathologic, la semeio- 

tique et la nosologie, la therapeutique..., la biographic medicale; par une societe de 

medecins; raise en ordre et publiee par VICQ-D AZYH, 1787. 
Med. Hancllexicon , worm alle Krankheiten nach ihren Kenuzeichen u. Heilungsmitteln vorge- 

Iragen werden (Lexique-manuel medical, dans lequel toutes les maladies sont ranges 

d apres leurs caracteres et leurs moyens de guerisori). Augsbourg, 1792, 2 vol. gr. in-8. 
LARA. A Dictionary of Surgery, Lond., 1796, in-12. 
ZIMHERMANN. Philosopn.-medicinisches Worterbuch zur Erleic htenmy deshbheren medicinischen 

Studiums (Dictionnaire de me decine philosophique pour faciliter I e tucle e leve e de la me"de- 

cine). Vienne, 1803. 

PARR (Earth.). The London Medical Dictionary, including under distinct Heads every Branch 
of Medicine, etc. Londres, 1809, 2 vol. in 4, avec nombreuses figures. 

Dictionnaire des sciences me dicales, par une societe de medecins et de chirurgiens : 
MM. ALARD, ALIBERT, BARBIEB..., VIREY. Paris, 1812-22; 60 vol., dont 2 vol. de table des 
matieres. A ce diciionnaire a etc ajoutee une Biographie medicale. Paris, 1820-25, 
vol. in-8. II a ete, de plus, cree un Journal comple"mentaire du Dictionnaire des sciences 
me dicales (1818-29, 35 vol.), qui a pris ensuite le nom de Journal compUmentaire des 
sciences medicales (1830-52, 9 vol. in-8). 

MARCHAND. Dictionnaire de me decine dogmatique. Paris. 1816, in-8. 

PIERER (G. F.) et CIJOCLANT (L.). Medicinisches Realworterbuch zum Uandgebrauch prak- 
tischer Aerzte und Wundarz-te und z-u belehrendem Naclnveis fur gebildete Personen 
aller Slande. A. u.d. T. Anatomisch-physiol. Realtvorterbuch, etc. (Dictionnaire medical 
a I usage des medecins praticiens et des chirurgiens, etc.; aussi sous le titre : Diction 
naire terminologique d anatomic et de physiologic, etc.). 1816-29, 8 vol. 

HECKER (A. Fr.). Lexicon medicum theorico-practicum reale, od. Allgem. Worterbuch der 
ges. theor. u.pract. Heilk.,etc. GotLa, 1816-30. 

Dictionnaire abre gedes sciences medicales, par une partie des collaborateurs du Dictionnaire 
en tO vol. Paris, 1821-26, 15 vol. in-8. 

COOPER (S.). Dictionary of Practical Surgery. Lond., 1825, gros in-8. 

Dictionnaire de me decine, par MM. ADELON, BECLARD, BIETT..., YILLERKE, sous la direction de 
M. RAIGE-DELORJIE. Paris, 1821-28, 21 vol. in-8. Deuxieme edition, sous le titre : Diction 
naire de me decine, ou Repertoire ge ne ral des sciences me dicales sons le rapport the orique 
et pratique, entierement refondue et considerablement augmentee. Paris, 1852-46, 
30 vol. in-8. 

COPLAND. Dictionary of Practical Medicine, comprising General Palnology, the Nature and 
Treatment of Diseases, Morbid Structures, and the Dis rders Especially Incidentally to 
Climates, Sex, and to the Different Epoch of Life. Commence vers 1850, 5 vol. en XXparties. 
(Traduction allemande, avec additions, par KALISCH.) 

Encyclopadtsches Worterbttch der medicinischen Wissenschaften, etc. (Dictionnaire encijclo- 
pe dique des sciences medicales}, redige par BUSCH, DIEFFE.NEACII, V. GRAEFE, HECKER.., OSAXX, 
1828 a 18i9 : 37 vol. in-8. 

Dictionnaire des drogues simples et compose es, par MM. CHEVALLIER, RICHARD et GCILLEMIH. 
1827-29, 5 vol. in-8. 

Dictionnaire de me decine et de chirurgie pratiques, par ANDRAL, BE GIN, BLANDIN...., SAKSOH. 
Paris, 1829-56, 15 vol. in-8. 

MERAT et DELENS. Dictionnaire universel de maliere medicale et de therapeutique ge ne rales, 
Paris, 1829-46, 7 vol. in-8. 

RUST. Theoret.-prakt. Handbuch der Chirurgie, mil Einschlnss der syphilitischen undAugen- 
Krankheiten; in alphabetischer Ordnung (Traite theor. et pratique de chirurgie, y compris 
les maladies des yeux et les maladies syphilitiques, d apres I ordre alphabe lique}. Berlin, 
18 vol. 



EncyckpMie der medicinischen Wissenschaften, nach dem Dictionnaire de medecine frei bear- 
oeitetund mit den nbthigen Zusaizen versehen (Encyclopedic des sciences medicales, re dig e 
aapres le Dictionnaire de medecine en 21 vol., avec additions], par Fr. L. MEISSNER et 
L.. Lhr SCHMIDT, avec la collaboration de plusieurs medecins allemands . Leipzig, 1850 a 1854. 



INTRODUCTION. TLVII 

Encyclopadie der gesammten medicmischen und chirurgtschen Praxis, mit Einschluss der 
Geburtshulfe, der Augenheilkunde und der Operativ-Chirurgie (Encyclopadie de la pratique 
generate, me dicale et chirnrgicale, y compris I accouchement, I op/ithalmiatrique et la, chi- 
rui fjie opc ratoire], redigee, avec la collaboration de plusieurs medecins et chirurgiens 
praticiens, par G. F. MOST. Leipzig, 1833, 1834, 2 -vol. gr. in-8. Supplement, Leipzig, 
1837, 5 lasc. 

Cyclopedia of Practical Medicin, by CARLSWELL, FORBES, TWEEDIE, TODD, etc. 1833-35, 4 vole 
Reproduction allemande, sous la direction de FRANKEL. Berlin, 1859-42. 

Cyclopxdia of Anatomy and Physiology, by TODD. Commencee en 1836, 5 vol. in-8. 

SACHS. Handworterbuch der praktischen Arzneimittellehre zum Gebrauch fur angehende Aerzte 
(Dictionnaire-manuel de la medecine pratique (t i usage des jeunes me decins). Konigsbcrg, 
1855 a 1839, 5 vol. gr. in-8. 

BLASIUS. Handworterb. der gesammten Chirurgie und Augenheilkunde, zum Gebr. fur ange 
hende Aerzte und Wunddrzte. In Verb, mit mehreren Aerzlen bearb. (Dictionnaire-manuel 
de chirurgie generate et d ophthalmiatrique, a I usage des me decins et des chirurgiens}. 
Berlin, 1856-1858, 4 vol. gr. in-8. 

Handworterbuch der gesammt. Chirurgie u. Augenheilkunde, herausgeg. von WALTHER, JJSGER 
und RADIUS (Dictionnaire-manuel de chirurgie et d ophthalmiatrique). Leipzig, 1856-40, 6vol. 
gr. in-8. 

Compendium de me decine pratique, ou Expose analytique et raisonne", par ordre alphabe tique, 
des travaux contenus dans les traites de pathologie interne, par MM. DE LA BERGE, MON- 
NERET et L. FLEURY. 1856-46, 8 vol. gr. in-8. 

WENZEL. Handlexicon Oder Encyclopadie der gesammten staatsiirztlichen Praxis, die gericht- 
liche Medicin, medicinische Gesetzgebung, Civil- und Mililai>--Medicinal-Polizei und die 
staatsarztliche Velerinarkunde umfassend (Lexique-manuel ou Encyclope die de medecine 
le gale, de me decine judiciaire etde police me dicale). Erlang., 1857-58, vol. I , fasc. l or et 2 
A-F1. (seule partie qui ait paru). 

SCHOLL. Med.-deutsch-latein. Taschenwortenbuch fur Med.-Studir. (Dictionnaire de me decine 
allemand-la tin) . Berlin. 1859. 

COSTELLO (William). The Cyclopaedia of Practical Surgery , including an Etymological and Cri 
tical Terminology. Description of Instruments and Apparatus, a Copious Bibliography, etc. 
Les douze premieres parties ont paru de 1837 a 1845; puis 1 ouvrage a etc longtemps 
suspendu ; il a ete complete en 1861 , et forme maintenant 4 volumes grand m-8 avec nom- 
breuses figures. 

Dictionnaire des etudes me dicales pratiques, par AMUSSAT, ANDRAL, M"" BOIVIN... VIDECOCQ. Paris, 
1834-59, 8 vol. 2 livraisons in-8, contenant seulement les quatre premieres lettres de 
1 alpliabet, ont paru. 

MOST (G. F.). Ausfuhrliche Encyclopadie der gesammten Staatsarzneihunde (Encyclope die de 
toute la me decine d Etat : me d. le gale, police me dicale}, avec la collaboration de plusieurs 
docteurs en droit, en philosophic, en medecine et en chirurgie. Leipzig, 1858-1840. (Avec 
le Handlexicon de Wenzel, qui vient d etre menlionne, on peut prendre une notion 
suffisanle de ce que les Allemands appellent la medecine d Etat.) 

Medicin.-chirurg.-therapeut. Worterbuch, oder Repertorium der vorzuglichen Kurarten, die in 
dem Zeilraume von 1750 bis 1858, mit Ruckblichen auf die dltere und iilteste Zeit, von 
den beriihmten Aerzten Deutsclilands, Englands, Frankreichs und Italiens angewendet und 
empfohlen warden sind (Dictionnaire de Iherapeutique me dico-chirurgical, ou Repertoire 
des meitleurs iraitements qui ont e te" employes et recommande s de 1750 a 1858, par les 
me decins ce lebres de I Allemagne, de I Angleterre, de la France et de I ltalie, etc., pre 
face deBAREz). Berlin, 1839, 3 vol. gr. in-8. 

Dictionnaire des dictionnaires de medecine francais et etr angers. Sous la direction du 
docteur FABRE. 1840-41, 8 vol. in-8. (II a paru en 1851 un Supplement en 1 volume, sous 
la direction de M. TARDIEU.) 

BOSCH et A. MOSER. Handbuch der Geburtskunde (Manuel de V accouchement). Berlin, 1840- 
1845, 4 vol. gr. in-8. 

SOHTHEIMER. Diclionnaire de matiere me dicale et alimentaire, traduit de Ibn Baithar, 1840, 
2 vol. (Mots arabes et latins, avec renvoi aux auteurs.) 

STRTCKER (Wilh.). Alphabet. Uebersicht all er fur Natur- und Heilkunde interessanten Orte- 
mit RiicksicM auf Litteratur und Personalitdten (Apercn alphabe tique de toutes les loca- 
lites inte ressantes au point devue de Vhistoire nalurelle et de la medecine, avec des 
considerations sur la literature et les personrwges). Berlin, 1841, 2 vol. in-18. 



XL7II , INTRO DUCT I <XN. 

MOST. Encyklopadisches Handworterbuch der praktischen Arzncimiltellehre, fur practise!* 
Aerzte. Wunddrzte und Apotheker (Dictionnaire-manuel encijdope dique de La n ec 
pratique, pour les me decins, chirurgiens et pharmaciens). Rostock et Schwei 

Handworterbuch der Physiologic mil Mcksicht auf physiolog. Pathologic, herausgegeben von 
Prof D Rud Wagner (Dictionnaire de physiologic, avec des considerations sur lapt 
logie physiologique , publie sous la direction du professeur docteur 
Brunswick, 184 2-53, 4 vol. in-8, avec figures. 

PAULUS. Taschenworterbitch der materia medica (Dictionnaire de poclie de la matiere mtti- 
cale) Stuttgart, 1842, premiere partie, A-H, in-16. 

MULLER (J. A.). Medic. -chirurg.-pharmaceut.- und natur-historisches Handworterbuch zur 
Verdcutschung der Fremdworter und Kunstausdrucke dieser Fdcher, etc. (Dictionnaire de 
medecine, de chirurgie, de pharmacie et d histoire naturelle, etc.). Vienne, 1843, 1 vol. 
gr. in-16. 

ERSCH (J. C.) et GRUBER (J. G.). Allgemeine Encyklopadie der Wissenschaften und Kunste 
in alphabet. Ordnung, von genannten Schriftstellern bearbeitet und herausgegeben (Ency 
clopedic ge ne rale des sciences et des arts}. Leipzig, 1843. 

SCHOEPFER (CARL). Medecin.-chirurg. Fremdworterbuch (Dictionnaire de medecine et de chi 
rurgie}. Nordhausen, 1844, 1 vol. in-8. 

TARDIEU. Dictionnaire d hygiene publique et de salubrite, ou Repertoire de toutes les questions 
relatives U la sante publique, considtrtes dans leurs rapports avec les subsistances, les 
e"pide mies, les professions, etc. Paris, 1852-54, et deuxieme edition, 4vol. in-8, 1863. 

Dictionnaire raisonne" des denominations chimiques et phannaceufiques, par MM CHEVAUIER, 
CH. LAJIY et ROBIQUET; premiere partie contenant les lettres A et B (A la lettre A tous les 
acides ont ete traites) . 1853, in-8. 

Medicin.-chirurg. Encyclopaclie, herausgegeben von Prosch und Ploss (Encyclopedic me dico- 
chiriirgicale}. Leipzig, 1854-1855, 3 vol. 

SIEGERT. Medic. -therap. Worterbuch und Eepert. d. vorz. Kurarten (Dictionnaire de the ra- 
peutique}. Berlin, 1856. 

CHEVALLIER (A.). Diciionnaire des alterations et falsifications des substances alimentaires, 
medicamenteuses et commer dales, avec Vindication des moyens de les reconnoitre. Troisieme 
edition, 1857, 2vol. in-8. 

POUJOL. Dictionnaire de medecine pratique et des sciences qui lui servent de fondement (forme 
le tome XVII de 1 ! Encyclopedic the ologique). 

BOYER. Dictionnaire de physiologie, 1861 (forme le tome LVIII de 1 Encyclopedic the olo 
gique} . 

WOILLEZ. Dictionnaire de diagnostic medical, 1861, 1 vol. in-8 . A. D. 

1 Les titres des Encyclopfdies iconographiques signalees dans I Introduction , et qui ne rentrent pas 
reelleroent dans la catfiyorie des Dictionnaires, soitt les suivants : 1 Ikonogr. Enc dop^Jie odcr 
tildliche Darstellung alter Geyenstande der ileil., C lir. u. Geburtsk., von BEURE.XD, 1839; 2 Encyel. der 
Aaat., od. I otlslamt. biidl. Darst. der ges. menschl. Anat., ron ROUTER, ISil. 






DICTIONNAIRE 



ENCYCLOPEDIQUE 



DEs 



SCIENCES MEDICALES 



AACHEN (Eaux minrales d ). Voy. AlX-LA-CHAPELLE. 



Nom vulgaire en hindoustani, d apres Roxburgh, du Terminaiia alata 
ROTH., plante indienne doat I ecorce est freqnemment employee dans le pays 
comme astringente et febrifuge. EHe a etc longuement etudiee par MM. Wight ct 
Arnott (Prodrom,, I, p. 514). La poudrc, melee a 1 huile de sesame, s applique 
sur les aphthes; le sue desfeuilles s injecte ^ansles oreilles centre 1 otite (Ainslie, 
Materia indica, II, 195). H. BAILLON. 

AARON ou AHRON, pretre d Alexandrie, florissait sous 1 empereur Heraclius 
(010-641 apres J. C.). II a ecrit en grec un ouvrage de medecine en trente livres, 
intitule : Kunasch ou Kunaschah (Pandectes). Vers la fin du septieme siecle, cet 
ouvrage a ete traduit en syriaque, puis en arabe ; il est cite par Mesue, Serapion, 
Rhazes, Haly Abbas, Constantin, et par d autres auteurs. Les Pandectes ne sont 
pas arrivees jusqu a nous , du moins il n en est fait mention dans aucun cata 
logue des bibliotheques d Europe. Aaron passe t jour avoir donne le premier la des 
cription de la petite verole et de la rougeole. Ch. DAREMBERG. 

AASKOlV (Urban Brnnn), medecin danois, ne a Copenhague en 174 2, et 

mort dans la meme villc le 2juin 1806. Attache auservice de sante des armees na- 

vales du Danemark, il prit part a 1 expedition dirigee centre Alger. La flotte, qui 

appareilla en 1770 et fut de retour en 1772, eut beaucoup a souffrir de fievres 

malignes, de la dysenteric et du scorbut. Aaskow en a publie 1 histoire medicalc 

jdans 1 ouvrage suivant : Diarii medici navalis in expeditione Algeriensi con< 

scripti;annus primus. Havniae, 1774, in-8, 147p. Les diverses series des Acta 

Soc. med Havniensis contiennent de ce medecin un grand nombre d observa- 

tionS de medecine pratique. RAIGE-DELORJJE. 

DICT. ENC. I. \ 



2 ABAISSE-LANGUES. 

ABACA. Plante textile designee en Europe, depuis son importation, sous le nom 
de Chanvre deManille. C estune especede Bananier, le Musa textilis, qm tour- 
nit cette matiere textile. La filasse se prepare en fendant en lameres les pe 
des feuilles ; on les lave ensuite soit a 1 eau pure, soil a 1 eau de chaux. 
lites hygieniques de cette substance, employee soit a Manille, soit en Europe, pom- 
la confection de certains vetements, tiennent a la solidite, al extensibihle, a la 
legerete et a 1 eclat des fibres de Y Abaca. 

JAUME SAiNi-HaA.BE, in Ann. de Fromont, III, 279. - SONNERAT Voy. aux Indes II ,109. 
_ COSSIGKY, Annal. colon., II, 407.-ALCAK (M.), Essaisur Vmd. des mat. textiles (\ 

ABAISSE-LANGUES. Instruments destines a deprimer la base de la langue 
pour faciliter 1 explorationdu pharynx et quelques operations qu on pratique dans 
I arriere-bouche. Us se composent le plus souvent d une plaque en bois, en metal, 
en ivoire, supported par un manche ; dans quelques-uns le manche est forme par 
une seconde plaque de dimensions moins grandes quo la premiere, articulee a cbar- 
niere de facon a se coucher sur elle et a reunir sous un petit volume deux abaisse- 
langues pour les enfants et les adultes. 

Afin d empecher le glissement de 1 instrument, on creuse ordinairement la face 
linguale de la plaque de sillons transversaux ; c est une mauvaise disposition, car 
si elle est d une utilite contestable, elle nait a la proprete de 1 instrument. 

L abaisse-langue a ete combine avec Youvre-bouche, afm de faciliter les opera 
tions pratiquees sur le pharynx ou le voile du palais ; nous citerons seulement 
quelques-uns de ces instruments. Celui de M. Chassaignac se compose d une plaque 
metallique sur laquelle est couche uu anneau, qui, se relevant au moyen d une 
pcdale, vient appuyer sur la voute palatine osseuse et em,peche 1 occlusion dela 
bouche. Celui de M. Mathieu prend son point d appui sur les arcades dentaires. II 
se compose de deux branches croisees, artieulees de facon a donner quatre tiges 
d inegale longueur. Les grandes branches portent deux plaques garnies de plorab 
et destinees a recevoir les arcades dentaires ; les petites branches, au moyen d une 
vis de pression, servent a ouvrir de force les grandes branches lorsqu elles sont 
introduites entre les dents et a les tenir ouvertes. 

MM. Lescarbaut et Gaffe ont imagine un abaisse-langue, sur le manche duquel 
se place une pince mobile, povtant a son extremite un bout de bougie, ce qui 
permet au medecin de garder la liberte d une de ses mains, et de faire facilement 
les explorations on les applications topiques qu il juge necessaires. 

L abaisse-langue est un instrument utile, mais il est loin d etre indispensable , 
le manche d une cuiller suffit danspresque tous les cas. 

On eprouve souvent chez les enfants une grande difficulte a 1 introduction de 
1 abaisse-langue et a son emploi. Sans recourir a la force, on arrive en general 
assez facilement a pratiquer 1 exploration de I arriere-bouche au moyen d un petit 
artifice. Si 1 enfant refuse absolument de desserrerles dents, onluipresseenlre les 
doigts de la main gauche 1 ouverture des narines. II est rare que la surprise, 
le besoin de respirer ne lui fassent pas entr ouvrir la bouche : on profile de ce 
moment pour introduire 1 abaisse-langue entre les dents, et Ton est maitre alors du 
sujet ; il suffit, en effet, de faire glisser la plaque jusqu au fond de la bouche, ce 
qu on pent faire bien que 1 instrument soit serre entre les dents, et de deprimer 
par un mouvement de bascule la base de la langue : le contact de 1 instrument 
determine sous 1 influence d une action reflexe un haut le corps qui force le ma- 
lade a ouvrir largenieiit la bouche. LE FORT. 



ABANO (EAUX MIN.) 3 

. Norn donne a certains muscles en raison de leur action. Cette 
denomination employee dans les classifications physiologiques est le plus souvcn 
remplacee par d autres noms se rapportant, non plus aux usages, niais a la lormti 
ou aux insertions des muscles. 

- de 1 aile du nez. Voy. MvRTIFORME. 

- de lapupille. Voy. DROIT INFERIEUR DE 1/ffiIL. 

de la commissure labiale. Voy. TfilANGULAIRE DES LEVRES. 

- de 1 epiglotte. Voy. THRO-EPIGLOTT1QUE. 

de la levre inferienre. Voy. CARRE DU MENTON. 

- de la machoire inferienre. Voy. DlGASTRIQUE. 

ABAMA. Norn cree par de Candolle (Fl. franc. , III, p. 171) pour \eNartheciiim 
ossifragum de Hudson, plante de la famille des Melanthacees ou Colchicacees, qui 
habite les lieux humides de 1 ouest et d une portion du centre de la France, ainsi 
que la Corse. Elle est consideree dans ces provinces comme un vulneraire tres- 
efficace ; c est 1 infusion de ses feuilles qui est employee. Le nom ft ossifragum lui 
vieiit de son usage nuisible et capable de ramollir les os. Cette plante a ete 1 objet 
de contes fabuleux (Simon Pauli, Quadripartilum, 532, Bartholin (T.) , de Herba 
ossifraga, in Misc. Acad. nat. curios, \ 670, p. 1 14 ; Gleditsch (J . G.) , Nouveaux 
eclaircissements concernaiit 1 ancienne histoire fabuleuse qui se trouve dans 
Simon Pauli, sur la plante de Norwege que Ton nomme Gramen ossifragum Nor- 
wegicum, traduit de 1 allemand, in Mem. de Berlin, 1781, p. 68). H. B 



(Eau.v mineraies d ) . Hyperthermales, chlorurees sodiques, sul- 
fatees calcaires, bitumineuses , carboniques et awtees. Abano est un bourg de 
la \ 7 enetie, a 8 kilom. de Padoue (chemin de fer de Paris et Milan a Padoue), au- 
tour duquel coulent des eaux mineraies deja connues des Remains sous le nom de 
Aqux Aponenses. Cette localite est a 15 metres seulement au-dessus du niveau de la 
m er Adriatique : temperature moyenne , 24 centigrade pendant les mois de la 
saison thermale, qui commence le l er juin et fmit le 50 septembre. 

Source. Une seule source existe a Abano, mais elle a tant de griffons qu ils ne 
peuventetre comptes. Elle est la plus abondante de 1 Europe, a\eccelles de Yiterbe 
et d Acque Albule. 

Emergeant sur un terrain reconvert de quelques herbes vertes ou jaunatres 
cuites pour ainsi dire par la chaleur du sol, cette source forme une riviere d eau 
minerale qui fait tourner un moulin, incrusle d une couche epaisse et luisante les 
objets qu on y depose, et forme, avec la terre glaisequ ony laisse rnacerer pendant 
trois ans, une boue tres-employee. 

Un lac d eau minerale alimenle toutes les maisons de bains d Abano. 11 estdmse 
en deux parties : 1 une, de 1 metre de profondeur ; 1 autre, de 10 centimetres seu- 
lement. Dans la premiere sont des jarres de terre cuite remplies d eau mine- 
rale, que la chaleur naturelle de la source sert a concentrer, et dont le residu est 
livre au commerce pour etremele a del eau ordinaire, et faire, a distance, de 1 eau 
d Abano. - - De la seconde partent des canaux de terre cuite, qui conduisent 1 eau 
aux maisons de bains. 

Claire, limpideet transparente, cette eau a une odeur bitumineuse sui generis, 
desagreable, rappelant un peu celle de Bourbon-Lancy ; sa temperature est conside 
rable, 7 6, 5 centigrade au moins, 80, 4 centigrade au plus. De nombreuses bulles 



4 ABANO (EAUX MIN.) 

se degagent de 1 eau, la font bouillonner et produisent des explosions. Elle rougit 
le papier de tournesol, surtout lorsqu il est expose au-dessus des bouillonnements 
de la source. Son poids specifique est de 1,02202. 
1,000 grammes de cette eau contiennent : 

Chlorure de sodium 3,87120 

magnesium 0,13140 

calcium 0,09760 

Sulfate de chaux 1,15240 

]odure de magnesium 0,02250 

Eromure de magnesium 0,01060 

Carbonate de chaux 0,40120 

magnesie 0,09840 

Acide silicique 0,37290 

JIatiere organique et silicate de fer 0,42880 

Perte. , 0,01150 



TOTAL DES MATIERES FIXES 6,59850 

c. CUBES. 

I Acide carbonique dissous 40 
Azote 59,50 
Vapeurs de naphte 00,40 
Oxygene 00,10 

TOTAL DES CAZ 100 

La bom d Abano est une pate peu cousistante et savonneuse composee de terre, 
d argile, de petits coquillages, de fibrilles vegetales et d une petite quantite de sable 
siliceux. Molle, elle a une couleur jaune cendree; seche, elle est grisatre; a peine 
tiree du reservoir, elle exhale une forte odeur de bitume ; lorsqu on la briile, elle 
laisse degager de 1 huile de naphte. Sa saveur est salee, mais surtout terreuse. 
Poids specifique, 1,4575. Temperature variant de 45,8 centigrade a 71 centi. 
grade. 1,000 grammes de cette boue contiennent : 



Carbonate de chaux. 



magnesie. 



protoxyde de fer. 
Chlorure de sodium 

calcium 

magnesium. , 



Sulfale de chaux 

Alumine 

Sable siliceux 

Matiere organique vegetale. 



239,500 



420,000 



510,500 

1000 

Sept etablissements de bains. Les deux premiers sont les principaux. 

A. Bagni d Orolojo (bains de 1 Horloger) . 19 cabinets, dont 2 avec bai 
gnoires doubles. -- TJn seul ajutage de douche fixe dans le mur, a 2 metres de 
hauteur. Dans chacun des cabinets, lit pour les applications de boues. Pas d e- 
tuves, pas de buvette speciale. -- Hopital thermal contenant 15 cabinets de bains 
d eau, sans douches ni bains de vapeur. 

B. Bagni Todeschini. 12 cabinets de bains d eau et 1 de bain de vapeur d eau 
minerale par encaissement. Hopital thermal, avec 2 cabinets de bains d eau, 
sans douches ni bains de vapeur. 

C. Bagni Cortesi. 4 cabinets de bains; pas de douches; lit dans les cabinets 
pour les applications de boues. 

D. Bagni del Molino (bains du Moulin). 2 cabinets de bains d eau. Boues. 

E. Eagni di due Torri (bains des deux Tours). 8 cabinets de bains d eau. 
Boues. 



ABANO (EAUX SUN.) 5 

F. Bngni diMoresini. 5 cabinets de bains d eau. Bones. 

G. Stabilimento nuovo (etablissement nouveau). 2 cabinets de bains d eau. 
Boues. 

A un kilometre dela source d Abano, emerge, dans la cour d un ancien couvent, 
aiMonrd hui hopital militaire, une source speciale dont 1 eau est beaucoup moins 
limpide, dont la reaction est neutre et dont la temperature est de 60, 1 centigrade. 
-Elle n a pas encore ete analysee. L bopital militaire renferme une piscine pour 
40 sous-officiers et soldats ; 8 cabinets de bains reserves aux officiers. - - Ni 
doucbes, ni bains de vapeur. 

Plusieurs sources, ayant de grandes analogies de temperature et de composi 
tion chimique avec celles d Abano, naissent aux alentours. Des etablissements impor- 
tanls ont ete batis aupres de quelques-unes ; les autres ne sont pas utilisees. Nous 
ne nous occuperons que des premieres. 

1 " Source et etablissement de San Pietro fllontagnoiie . - - 2 Sources : la 
Suddetta et la Lastra. Eaux aussi limpides que celles d Abano. -- Odeur moins 
marquee, gout fade; la Suddetta laisse deposer un sediment qui ressemble au 
sable rouge de 1 urine avec exces d acide urique; reaction franchement alcaline. 

La source Lastra est plus gazeuse, et moins cbaude. - - La temperature de la 
Suddetta est de 70, 2 centigrade; celle de la Lastra de 65 centigrade. - - Le 
poids specifique de la Suddetta est de 1,01601 ; de la Lastra, de d, 01600. 

Voici 1 analyse cbimique des deux sources. - - 1,000 grammes d eau donnent : 

SUDDETTA. LASTP.A. 

Chlorure de sodium 2,814 3,285 

calcium 0,090 0,099 

magnesium 0,585 0,505 

Sulfate de chaux 0,612 0,500 

Bicarbonate de chaux 0,219 0,303 

magnesie 0,067 ..... . 0,019 

Bromure et iodure de magnesie. . . . 0,038 0,035 

Acide silicique . 0,250 0,200 

Maticre orgauique avec traces de fer. . 0,102 0,045 

Perte 0,083 0,058 

TOTAL DES MATIERES FIXES. . . 4,840 4,850 

Boues renfermant les memes principes que celles d Abano. 

Etablissement debains. 14 cabinets de bains d eau, un seul pour les boues, 
cinq refroidissoirs. -- Conferves vertes, isolees, existant au bord des refroidissoirs 
surtout. On n en rencontre que dans les reservoirs ou 1 eau est tombee a moins de 
50 centigrade ; elles se produisent principalement lorsque 1 eau tbermale est melee 
a 1 eau froide ordinaire. 

2 Source et etablissement de Monte Groto. Source la plus abondante et 
formant le plus de depot, quoiqu elle soit d une limpidite parfaite; moins d odeur, 
reaction alcaline, 57 centigrade au bord du bassin. -- Conferves jaunes. Den- 
site : 1,01604. Dans 1,000 grammes d eau on a trouve : 

Chlorure de sodium 2,853 

calcium 0,092 

magnesium 0,205 

Sulfate de chaux 1,609 

Bicarbonate de chaux 0,525 

magnesie 0,071 

Bromure de magnesium 0,029 

Acide silicique 0,510 

Matiere organique avec traces de fcr 0,047 

Perte 0,121. 

.TOTAL DES MATIEIIES FIXES. . , . . . 5,840 



5 AB.\NO (EAUX MIN.) 

Memes principes chimiques dans les boues de cette source que dans celles d Abano 

II existe encore a Monte Groto une autre petite source captee, r ui 
pas utilisee, plus gazeuse que la precedente. - - Temperature, 74 centij 
Reaction alcaline. - - Aucun depot. Cela tient-il a I effervescence contu 
1 elevation de la temperature? Cette source n a pas ete analysee. 

Etablissement. 16 cabinets- de bains d eau, dans deux desquels t i appliquf 
les boues. 2 cabinets de bains de vapeur humide par encaissement. 

3 Sources et etablissements de Sant Klena Battaglia. Sources 
captees; etablissements confortables et les plus importants de tous. 

Une source sert aux bains, 1 autre a echauffer les boues. - Memes caracteres 
physiques et chimiques que precedemment, seulement 1 odeur bitummeu 
forte, la reaction legerement acide. - - La principale source a 66, 2 centigrade 
et une densite de 1 ,01319. 1 ,000 grammes ont donne : 

Chlorure de sodium. l? t 

calcium > 015 

magnesium 0,198 

Sulfate de chaux 0,550 

Bicarbonate de chaux 0.05J 

magnesie. . . 0,016 

protoxyde de fer traces 

Bromure et iodure de magnesium traces 

Acide silicique 0,08 

Maticre organique avec traces de fer 0,056 

Perte 04C 

TOTAL DES MITIERES FIXES 2,537 

La boue minerale de Sant Elena ne ressemble pas a celle des autres etablisse 
ments. Elle a a peu pres la couleur du chocolat; elle est moins consistante, plus 
savonneuse et plus douce au toucher. 

i,000 grammes renferment : 



Oxyde de fer 

Carbonate de chaux. . , 

magnesie. 
Chlorure de sodium. . 

magnesium 

calcium. . 



z;"7 O 

Sulfate de chaux 

Alumine 

Substance organique vegctale. 

Sable siliceux faibles traces. 

Eau. 330,000 



216,200 



1000 

Deux etablissements. Le grand ou 1 ancien , 1 etablissement du bourg ; le 
petit ou le nouveau. 

Etablissement du bourg. 30 baignoires dans 28 cabinets; ni bains de vapeur, 
ni douches. 

Etablissement nouveau. Le mieux tenu et le inieux installe. - - 10 beaux cabi 
nets, 8 baignoires, 2 bains de vapeur par encaissement, trop petits et trop sombres. 

4 Nous devons indiquer enfin deux autres sources pres desquelles ne se trou- 
vent pas d etablissements, mais qui n en sont pas moins importantes, car elles sont 
souvent employees en boisson; 1 une est la source San Daniele, 1 autre la Raine- 
riana o delj.a Costa. 

La source de San Daniele emerge d -une roche calcaire; son eau est claire, lim- 
pide, d une odeur franchement hepatique, d une saveur salee. Temperature, 
20 centigrade; poids specifique, 1 ,0400. 



ABANO (EAHI MIH.) 7 

L eau de Raineriana sort d un terrain tertiaire, d une savour et d une odeur 
plus sulfureuses que celles de San Daniele. Exposee a 1 air, elle devient laiteuse; 
elle perd sa saveur et son odeur apres avoir ete chauffee pendant quelques mi 
nutes. -- Temperature, 19, 5 centigrade; densite, 1,0011063. 

L analyse chimique a demontre que 1,000 grammes de 1 eau de ces sources 
contiennent : 

SAN DANIELS. HAINERIANA. 

Chlorure de sodium 2,2190 0,6600 

magnesium 0,2660 0,0360 

calcium 0,4200 0,0110 

Bromure et iodure de magnesium. traces 

Sulfate de soude O.OGOO 

magnesie 0,0520 

chaux 0,1970 0,0320 

Carbonate de chaui 0,2400 0,3115 

magnesie 0,1420 

protoxyde defer... . traces traces 

Silice 0,0200 0,0515 

Matiere organique 0,0020 traces 

Perte 0,0080 

TOTAL HES MATIERES FIXES. . 3,5600 1,1700 

j Acide carbonique. . . . 17,4 c. cubes. . . . 48, 5 c. cubei. 
az - | Hydrogene sulfure. . . . 5,4 .... 10,6 

TOTAL DBS CAZ. . . 22,8 * 59,1 

MODE D ADMINISTRATION ET DOSES. Le mode d administration des bains d eau 
et de vapeur est le meme a Abano que partout ailleurs, mais les boues minerales 
sont administrees d une facon particuliere. 

Les malades, au lieu d etre plonges dans une baignoire, ou la boue a ete delayee 
dans de 1 eau minerale, sont reconverts, sur le point de leur corps, siege habituel 
de leurs douleurs, d une couche d argile thermale de dix a douze centimetres 
d epaisseur. Cette application determine une impression de forte chaleur locale 
allant quelquefois jusqu a un commencement de brulure. - - Sensation d un poids 
enorme; tumefaction de la partie, rougeur, augmentation de nombre et d intensite 
des pulsations arterielles ; chaleur generale, moiteur, sueur qui devient profuse. - 
Dyspnee, lorsque la boue est appliquee sur le thorax, ou lorsqu on en couvre une 
partie du corps d une certaine etendue. - - Cephalalgie, tintements, bourdonne- 
ments d oreilles, eblouissements et quelquefois vertiges. - - Lorsque ces pheno- 
menes ne sont pas trop intenses, continuer le traitement. 

EMPLOI THERAPEUTIQUE. On pent dire que les eaux d Abano, de Montagnone, 
de Monte Groto et de Battaglia conviennent surtout dans la diathese rhumatismale, 
quels que soient ses manifestations et son siege ; que les articulations, les mus 
cles ou les visceres soient envahis ; que le rhumatisme prenne la forme de maladies 
cerebro-spinales, de nevralgies, de paralysies, d anestbesies, d analgesies ou d liy- 
peresthesies. Les applicationsvarient seulement suivant les cas particuliers; mais 
ce sonttoujours les bains d eau, de vapeur ou les cataplasmes de boues qui sont 
employes dans ces cas. Lorsque la maladie est limiteea une portion du corps, aux 
membres surtout, 1 administration du fango est presque constamment suivie de 
succes, ce qui justifie la vogue de cette methode therapeutique dans plusieurs eta- 
blissements d ltalie. 

Tous les medecins qui ont exerce a Abano, et specialement M. le docteur Fosca- 
rini, ont vante 1 efficacite des boues dans la goutte et le rhumatisme goutteux; 
elles degorgent et assouplissent les tissus peri-articulaires ; elles rendent bientot 
1 usage de mouvements assez etendus qui etaient devenus tout a fait impossibles. 



8 ABANO (EATJX MIK.) 

Les bnins de vapeur sont a peu pres exclusivement employes et avec un succes 
marque dans les dartres humides. Ce traitement a beaucoup moins d action sur 
les affections cutanees a forme seche. II existe cependant une exception en faveur 
de la miliaire, si frequente en Toscane et en Venetie. Cette naladie ne presente 
pas tout a fait la meme marche qu en France; elle revet souvent une forme 
chronique, avec ou sans intermittences, que les bains d Abano combattent heureu- 
scment et dansun temps en general assez court. 

Si nous signalons maintenant 1 efficacite puissante del eau, de la vapeur et des 
boues dans les contractures musculaires spasmodiques, dans la gene ou 1 impos- 
sibilite des mouvements consecutives a des plaies par armes de guerre, a des frac 
tures, a des luxations, a des entorses; dans les suites d empoisonnements metal- 
liques, et surtout dans les accidents scrofuleux et sypbilitiques secondaires et 
(ertiaires, nous aurons parcouru la serie des affections ou les eaux d Abano dosment 
les meilleurs resultats. 

Nous n avons pu preciser la superiorite d une source plutot que d une autre dans 
telle ou telle maladie ; car tous les medecins qui ont ecrit sur ces eaux ne signalent 
pas de proprietes devant faire preferer 1 usage de celle-ci ou de celle-la dans un 
e tat morbide determine. 

Les sources sulfureuses de San Daniele ou de Raineriana, a peu pres les seulcs 
employees en boisson, sont de puissants adjuvants a la cure tbermale des eaux 
d Abano proprement dites, contre les maladies de la peau et les affections sypliili- 
tiques,parexemple. 

Les eaux de ces deux sources, employees seules, ont une action puissante d;ms 
les affections catarrhales des membranes muqueuses, et specialement dans celles 
des voies aeriennes et uropoetiques. 

Les eaux et les boues d Abano sont contre-indiquees dans la pbtbisie pulmo- 
naire, dans les affections du cceur et des gros vaisseaux, dans les congestions et les 
hemorrbagies cerebrales ou pulmonaires imminentes, dans les paralysies consecu 
tives a 1 iipoplexie, dans les maladies dont la periode aiguen a pas encore complete- 
ment disparu. 

Uuree de la cure, 20 jours. 

On \\exporte 1 eau d aucune des sources d Abano. A. ROTURE.UI 

Cu CLAUDIANUS, Aponus. Carmen XLIX. Anno 400. \i\opp. ed. Gul. Pyrrho. Parisiis, 1677, 
in-4, p. 654. LAUR. PIGNORIUS, Aponum. Patav., 1625. J. FILIPPO TOMASINI, Isloria della B. V. 
di monle Ortone. Padova, 1644. NICOL. SCANAGATUS. De duobus remediis maxime illtis- 
tratis mercurio et Aponensibus thermis commentatio. Parisiis, 1725; Patav., 1745, in-4. 
DOM. VANDELLI, Dissertationes tres de Aponi thermis. Patav., 1758. ANT. PIMBIOLO DEGLI ENGEI, 
FREDDI, Osservazzioni fisico-mediche sopra il sale medicinale delle acque termali di Abanc. 
Pado\a, 1768. ANT. DONDI OROLOGIO, Prodomo della slor. nat. dei monli Euganei. Padova, 
1780. Ejusd. Saggio di osserv. fisiche fate alle terms dei monli Euganei. Padova, 1782. 
L. SAETTA, Saggio inst. delle proprietd delle acque term. diAbano. Pad., 1788. ALB.FOHTIS, 
Delia torba che trovasi a pie dei colli Euganei. Venezia, 1795. SALVATOR MANDRUZZATO,!^- 
tato dei b. di Abano, Part. prim. Pad., 1790; parte sec., 1793; ter., 1802. Del climate 
delVaria dei bagni di Abano. \WL. Prolusione pelsuo ingresso alia cattedra di pub. pro], 
alle terme di Abano. 1801. Mem. sull imprevista sboccalura di un cop. getto d acq. dalla 
collinetta di Montirone, e sullo z-olfo crist. et polv. trovat. intorno a quelle sorgenti. Venez , 
1814. Sull esistenza del rame in un sedimento ocraceo presso lefonte di S. Elena. Pad., 
1834. CAREUEI (co MARCO), Not. storico- fisiche. sui bagni di S. Elena. Venez., 1790. 
P. BELLATI, Discorso star. med. dei b. di Montortone. Pad., 1799. TOHMASOTOMMASONI, Le terme 
di Abano. Pad., 1800. Gius. MENECAZZI, Della efficada delle acque term, di S. Elena. Pad., 
- DA Rio (co NICOLO), Sulle Alglie viventi nelle terme Euganei, etc., in Bibl. ital., 
vol. VII, p. 4 14; vol. VIII, p. 108; 1817. ZACCARIA SARTORI, JYosiorei gen. delle terme di Abano 
Pad., 1817. POLLINI GIRO, Mem. epist.sulle alglie viventi nelle terme Euganei. ecc. in Bibl. 
ital., tomo VII; 1817. EU?EB. VALI.I, Esame med. delle acque di monle Ortone. in Esercitaz. 



ABATTOIRS. 9 

scient. e lett. di Venez., 1. 1. 1828. FR. BEGGUTO, Delle terme Euganee. Pad., 1833. -En. 
STEPH. ANDREJEWSKYI, De thermis aponensibits. Rerolini, 1831. F. FUMHNI, Azione delle acque 
efanghi min. termali del colli Euganei. Pad., 1841. GASP. MORGAMAHE, Sul progress, anda- 
mento sanitaria e med. delleterm. Bug. Pad., 1842. FR. KOSTL, Die Euganeen und Hire Mine- 
ralquellen-Gruppen. Wien, 1843. FR. RAGAz^lNI, Nuone ricerche fisico-chimiche ed analisi 
delle acque term. Euganee. 1844. GIACOMO FOSCARINI, Ibagni e fanghimin. termali Bug. de- 
vono ttsarsi freddi o caldi? Dubbio svolto nel. IMQ. Guida alle term. Eug. Pad., 1847. 
II est, en outre, particulierement question des Eaux d Abano dans les ouvrages generaux de 
Montagnana et de Savonarola, etc., et dans ceux qui traitent des Eaux du Padouan. A. R. 

ABANO (Pierre). VoiJ. PlETRO D ABANO. 

ABBATE ou ABBATI (Balde Angelo d ) etait de Gubio, dans 1 Ombrie. II 
vivaitvers la fin du seizieme siecle et eut dans son temps une grande celebrite. II 
exerga d abord sa profession dans sa ville natale, puis a Pesaro, ou il devint mc- 
decin du due d Urbin. On a de lui : deAdmirabili viperst natura et demirificis 
ejus facultalibus liber. Raguse, 1589 et 1591, in-4; Nuremberg, 1603, in-4; 
la Haye, 1660, in-12. Dans cet ouvrage, remarquable pour le temps, 1 auteur de- 
crit avcc detail les organes genitaux et les crochets del animal, dontle venm serait 
verse par des conduits soi tant des gencives. II croit que la chair de la vipere est 
alexitere et que c est d elle que la theriaque tire toutes ses vertus comme contre- 
poison. On a encore d Abbate : Opus prxclarum concertationum discnssarum 
de rebus, verbis et sententiis controversis , ex omnibus [ere scriptor ibus , 
libri XV. Pesaro, 1594, in-4; ouvrage dans lequel il s eleve centre certains pre- 
juges de son siecle. R. D. 

ABATTEMENT. VoiJ. FORCES (etdt des). 

ABATTOIRS. On appelle ainsi des etablissements publics dans lesquels on 
precede a 1 abatage et au depecement des animaux destines a la boucherie et a la 
preparation de quelques-unes de letirs issues. 

11 parait qu a Rome des corporations speciales devaient fournir de viandes les 
marches nommes macelta. Les bestiaux etaient tues et habilles dans des localites 
particulieres (laniense), mais il n est pas demontre qu il y eut des etablissemenls 
analogues a nos abattoirs. 

Les choses se passaient autrefois a Paris comme a Rome. II y avait la, et de 
temps immemorial, un certain nombre de families chargees du soin d acheter et 
de debiter les bestiaux. Ces families formaient une espece de societe n admettant 
avec elles aucun etranger, elisant un syndic et des chefs qui jugeaient en pre 
miere instance les conteslations survenues entre les membres de 1 association, etc 
Mais, au total, les tueries etaient disseminees dans la ville, et Ton peut voir dans 
Delamare (Traitede La police, t. Ill, p. 22 et suiv., 69 et suiv.), qui nous fournit 
les details ci-dessus, que les plaintes incessantcs des habitants tendaient a les rele- 
guer hors de la ville, au grand air, et, autantque possible, aupres des cours d eau. 
C est qu en effet ces tueries etaient tenues avec beaucoup de negligence ; il n etait 
pas rare de voir un bo3uf s en echapper et courir furieux par les rues ; les eaux 
sanguinolentes coulaient dans le ruisseau, des emanations fetides, provenant du 
nettoyage et de la preparation des issues, infectaient le voisinage. 

Pour remedier a ces inconvenients, le nomme Nicolas Rebuy proposa, en 1664, 
d etablir a ses frais, aux extremites des faubourgs Saint-Marcel, Saint-Germain, Saint- 
Honore et Samt-Martin, c est-a-dire aux quatre points cardinaux de Paris, des places 
pour le lotissage entre les bouchers, des bestiaux qu ils amenaient en troupes des 



10 ABATTOIRS. 

marches de Bourg-la-Reine, de Poissy et du Bourget. Rebuy proposait en outre de 
construire, proche de ces memes places, de gros bailments converts pour y faire, 
pa? les bouchers, les tueries de leurs bestiaux. Une certaine redevance, pour le 
lotissage et 1 abatage, a tant par tete, devait 1 indemniser de ses frais. Mais, mal 
gre des lettres patcntcs qui lui furent octroyees, malgre 1 enquete ordonnee par le 
parlement, les choses resterent dans le meme etat. C est vainement encore qu une 
trentaine dannees plus tard un traitant, nomme Chandore, renouvela la proposition 
de Rebuy, en offrant d y interesser le gouvernement , dont il aurait en quelque 
sorte ete le fermier. Cette fois 1 enquete eut lieu ; mais les bouchers, toujours 
unis. resisterent alors comme ils le firent plus tard, et, grace a leurs efforts, a 
leurs objections interessees, le projet de Chandore alia rejoindre celui de Rebuy. 

On sait la lutte au il fallut encore soutenir au commencement de ce siecle, 
quand il fut question des abattoirs; c est seulement en 1810 que le decret ordon- 
nant leur etablissement fut promulgue, et leur institution definitive n eut lieu 
qu en 1818. 

Si maintenant nous examinons les conditions hygieniques que doivent presenter 
ces etablissements, nous pourrons les ranger sous deux chefs : la situation gene- 
rale, Famenagement interieur. 

SITUATION. Les abattoirs doivent etre places hors des villes, on du moins a la 
circonferenre, d abord pour faciliter a 1 administration la perception des droits 
d octroi, pour eviter le passage des bestiaux au travers des rues, mais sur tout dans 
1 interet de la salubrite. En raison de certaines operations qui y sont annexees, 
telles que la cuisson des tripees et la fonte des suifs, ces etablissements exha- 
lent des odeurs tres-dSsagreables. II sera bon de les placer sur des hauteurs et de 
consulter, pour I emplacement qu ils doivent occuper, le degre de frequence des 
vents regnants. Une precaution utile serait d interposer, entre eux et la cite, une 
double rangee d arbres eleves, dont les racines absorberaient les liquides impre- 
gnes de matieres animales qui, malgre toutes les precautions, s infiltrent dans le 
sol, et dont le feuillage intercepterait les emanations fetides; mais la premiere 
preoccupation doit etre de les mettre a proximite d un cours d eau, ou d y faire 
arriver celle-ci en abondance. 

DISTRIBUTION INT^RIEURE. Les abattoirs, outre les pavilions affectes au logement 
des divers employes ou surveillants. comprennent des batiments pour recevoir les 
bestiaux, d autres pour 1 abatage, d autres encore pour la preparation des issues, 
la fonte des graisses, etc. 

1 Les locaux destines aux bestiaux et qui constituent les bouveries et berge- 
ries (dans beaucoup de villes on y joint les porcheries) n ont rien de particulier 
qui ne s applique aux constructions de ce genre ; ils seront done suffisamment spa- 
cieux. largement acres, paves en dalles ou en gres rejointoye, avec pente conve- 
nable. et munis de robinets permettant le lavage a grande eau, avec perte de 
celle-ci a 1 egout principal. 

2 Cases d abat ou echaudoirs. On appelle ainsi les divers compartiments des 
pavilions particuliers dans lesquels on procede a 1 abatage et au depouillement des 
animaux. Ces cases doivent etre tres-exactement dallees, presentant vers le milieu une 
auge pour recevoir le sang; les murs seront en pierre dure ou revetiis d un enduit 
hydroiuge, afm de pouvoir etre laves facilement. L amenagement interieur differe 
suivant i espece des animaux qu on y sacrifie. Pour les boeufs, il y a un systeme de 
treuils et de poulies qui permettent de les soulever et de les suspendre pour faci 
liter le depouillement et 1 habillage ; pour les moutons, des chevilles de fer, des 



ABATTOIRS. 11 

crochets ; pour les pores, un bruloir on echaudoir destine a 1 epilation. Les pavil 
ions qui renferment les cases d abat seront ajoures de baies donnant lieu a une 
aeration constante, et recouverts d une toiture dont les bords depassent les murs 
de plusieurs metres, ce qui y entretient une fraicheur indispensable a la conserva 
tion de la viande, et qui en eloigne les insectes, les mouches particulierement. 

A Paris, dont les abattoirs peuvent etre pris pour modeles, les pavilions d abat 
sont situes autour de cours dallees en talus avec pente et regard central ferme par 
une grille et par lequel s ecoulent les eaux provenant des cases d abat; des robinets, 
places a chaque extremite, facilitent les lavages a grande eau qu on y pratique in- 
cessamment. 

A ces batiments sont annexees de petites voiries ou coches, dans lesquelles on 
precede au nettoyage des intestins, a 1 extraction des matieres chimeuses qu ils ren 
ferment, et dont la prompte alteration donne lieu a un degagement d odeurs in- 
fectes. Cette partie doit encore etre pourvue de moyens de lavage dont les residus 
sont entraines a 1 egout principal a travers des regards grilles. 

3 Viennent ensuite les locaux oil I on prepare les issues destinees au commerce 
de la triperie. G est la qu on nettoye et qu on fait cuire les tripees de bceuf, les 
pieds de veau et de mouton, etc. , que Ton gratte et que Ton prepare les intes 
tins de pore, en un raot, que s accomplissent les diverses operations donnant lieu 
a des odeurs tres-desagreables, et que, par consequent, il est important de ne point 
laisser faire en ville chez les debitants. Ici encore les moyens de lavage doivent 
etre largement prepares et avec ecoulement facile. 

4 A Paris on exige que la fonte des graisses et des suifs ait lieu a 1 abattoir, 
c est-a-dire dans des localites bien disposees a cet effet, soumises a une surveillance 
exacte et presentant toutes les garanties de securite et de salubrite. On sail que la 
fonte des graisses, outre 1 odeur detestable qui 1 accompagne, offre de nombreuse;; 
chances d incendie. Pour obvier a ces inconvenients, il est defendu de meler aux 
suifs ou graisses aucune matiere etrangere, ni graisses de pore, ni graisses 
rertes, etc. ; les lumieres dont on se sert dans ces ateliers doivent etre renfermees 
dans des la nternes closes, munies d une toile metallique. On pourrait, pour de- 
truire 1 odeur, avoir recours a un systeme d appel imagine par M. Foucou, et qui 
fait passer les buees des chaudieres a travers un foyer ardent ou elles se consument. 

Ainsi que nous n avons cesse de le repeter dans le cours de cet article, il faut 
que 1 eau soit partout fournie avec prodigalite. Des puits, des conduites particu- 
lieres ou 1 eau est elevee par des machines, de vastes reservoirs convenablement 
construits sont ici d une indispensable necessite. Tel abattoir de Paris ne consomme 
pas moins de 90,000 litres d eau par jour. L eau qui doit servir a la cuisson des 
tripees et abats doit etre prealablement filtree. 

Les eaux provenant des lavages et des cuissons sont tres-promptement alterees ; 
il faut done qu elles disparaissent immediatement. Dans la plupart des abattoirs 
piles vont se perdre a un egout special dont le radier doit offrir une pente assez 
rapide pour qu elles soient promptement entrainees. Ces egouts, dont Parent-Du- 
chatelet a signale 1 infection extreme et les dangers, doivent etre nettoyes tres-fre- 
quemment. A Piouen, on a essaye un moyen d eviction, deja propose par Hericart de 
Tbury, qu il serait ton de voir adopter egalement dans beaucoup de localites. Ce 
moyen, s il etait generalise et etendu a tous les egouts, laisserait enfin aux fleuves 
la purete qui les rend si necessaires aux populations. Dans le systeme, dont il 
s agit, les eaux de lavage iraient s engloutir dans des puits artesiens, et se perdre 
au milieu des nappes profondes qui coulent entre les differentes couches de 1 ecorce 



i5 ABBECOURT (EAUX MIN.) 

du globe. D autres, enfin, voudraient utiliser au profit de 1 agriculture, les residus 
liquides, si riches en matieres fertilisantes, apres les avoir prealablement desin- 
fectes. (Voy. RURALE (Hygiene) et VILLES (Assainissement.) 

Relativement a Yetat sanitaire des bestiaux et a la salubrite des viand.es qu ils 
fournissent, la surveillance en est confiee a deux inspecteurs: 1 un, nommepar 1 au- 
torite et ordinairement etranger a toute notion de pathologic humaine ou comparee; 
1 autre, ordinairement un ancien boucher, nomme par les bouchers eux-memes et 
salarie par eux, evidemment pour defendre letirs interets. Or, s il est facile pour 
un homme instruit dans la science veterinaire de reconnaitre les maladies graves ou 
conlagieuses dont les animaux peuvent etre atteints, le charbon, par exemple, chez 
le bceuf, la ladrerie chez le pore, il n en est pas de meme pour les personnes dont 
nous venons de parler ; aussi, en cas de contestation entre les inspecteurs, est-il 
present d en referer a un veterinaire. Ne vaudrait-il pas mieux que la place d in- 
specteur de 1 abattoir ne put etre confiee qu a un homme deja pourvu de ce titre? 
Quant aux viandes elles-memes il est fort difficile, sinon completement impossible, 
de distinguer celles des animaux sains de celles des animaux malades.Reste, d ail- 
leurs, une autre question sur laquelle les hygienistes sont tres-partages : les 
viandes provenant d animaux atteints de maladies graves et contagieuses sont-elles 
dangereuses? Pour ceux qui les manient, cela ne saurait faire 1 objet d aucun 
doute, trop de fails sont la pour 1 attester ; mais en est-il de meme pour ceux qui 
les consomment apres les avoir soumises a une cuisson convenable ? C est la quc 
1 accord cesse d exister. Assuremcnt on cite des masses de faits d apres lesquels on 
voit que les chairs d animaux atteints des affections les plus graves, le charbon, 
par exemple, ont ete mangees impunement. Mais, d un autre cote, on cite des faits 
entierement opposes et dont il faut cependant tenir compte ; il est done bon, jus- 
qu a plus ample informe, de maintenir la defense faite par 1 autorite de debiter 
les viandes suspectes. Nous reviendrons d ailleurs sur ce sujet a 1 occasion des ali 
ments nuisibles ou toxiques. E. BEAUCHAND. 

PARENT-DUCHATELET, art. Abattoirs, in Diet, de I industrie manufact., t. I; 1855. GODRUEK, 
art. Abattoirs (construction), ibid., fig. GIRARDIN, Sur I tcoulement deseaux fournies paries 
abattoirs de la ville de Rouen, in Ann. d hyg. publ., I" ser., t. XXIV, p. 84 ; 1840. HAJIONT, 
Des abattoirs de la ville de Paris; letir organisation; fraudes, abut dans le commerce de la 
viande, etc., in I Union me d., oct. et nov. 1847. HUZARD, Sur les abattoirs gene raux de la 
ville de Paris et sur les viandes qui en proviennent (extr. du Rapp., etc.), in Ann. d hyg 
l"ser.,t. XXXIX, p. 551; 1848. WOLFF (C.), Ueber Schlachthduser , in Arch, der deutsch. 
med. Gesetzgeb., t. II, 11 1, 3 ; 1858. FEIT (A. C.), Ueber offentliclie SchlachtMuser undihre 
Vorziige vor Privatschlachtereien, besonders, etc., in Casper s Vierteljahrsschrift, t. XIV, 
p. 199 ; 1858. NICKLAS, Wichtigkeit der of/entlichen Schlachthduser, in Schmidt s Jahrb., 
t. CXIV, p. 146 ; 1862. g 

ABBECOURT (Eaux mineraies d ). Athermale, bicarbonatee ferrugineuse, 
sulfatee magnesienne. Departement de Seine-et-Oise, arrondissement de Ver 
sailles. 

1,000 grammes d eau ont donne, en 1816, a MM.Deslauriers et Cadet: 

Bicarbonate de chaus Q ^QQ 

fer 0,025 

Sulfate de raagnesie Q ^QQ 

Chlorure de magnesium 0100 

TOTAL DBS MATURES rises o,625~ 

I/ean de cette source, connue sous le nom d Abbaye du Val, est exclusivement 
mployee en boisson. Elle a 1 avantage d entretenir la liberte du ventre, malgre 



ABCfiS. 13 

son principe ferrngincux, en raison, sans doute, du sel magnesien qu elle rp,n- 
ferme. A. ROTUREAU. 

GOUTTARD, Trait^ des eaux mMrales d Abbecourt. Paris, 1716. DESLAWUEKS ct CADET, 
Analyse des eaux minerales d Abbecourt. Paris, 1816. A. U. 

ABCES. Abcessus, derive du latin abscedere, s ecarter, s eloigner. Le mot 
abces cxprime, suivant quelques auteurs, que le pus est separe des divers liquides 
du corps humain, et, suivant d autres, qu il ecarte les parties au milieu des- 
quelles on le trouve depose, ou bien encore qu il s echappe hors des parties qui 
I ont contenu. 

Quoi qu il en soit de cette interpretation, les chirurgiens entendent aujourd hui 
par abces toute collection de pus dans une poche circonscrite, quels qu cn soient 
le siege et 1 origine ; que le pus remplisse une cavite de nouvelle formation, creu- 
see soit dans le tissu cellulaire, soit dans un organe quelconque ; qu il soit depose 
dans une cavite naturelle, telle qu une articulation, le sinus maxillaire, la caisse 
du tympan, ou que, dans une cavite naturelle, comme celle d une veine, par 
exemple, il occupe un espace circonscrit par des adherences anormales. II n y a 
d exception qu a 1 egard des collections de pus libre dans les cavites des plevres ou 
du peritoine, qu on est convenu de distraire des abces et de decrire sous les noms 
d empyeme ou d epanchement purulent, parce qu elles se rapprochent alors par leui 
marche et par leurs accidents des autres epanchements formes dans les grandes 
cavites sereuses. 

La reunion du pus en foyer, en collection, suppose 1 existence et la formation 
de ce Jiquide. La generation du pus, nominee aussi pyogenie, est un phenomene 
de physiologic pathologique trop remarquable pour n avoir pas de tout ieuips attire 
1 attention des medecins : aussi a-t-il ete 1 objet de theories nombreuses et variees, 
qui seront exposees et examinees plus tard avec tout ce qui se rattache a la sup 
puration (Voyez I" article Pus) . Sans anticiper sur ce qui doit etre dit alors , 
j indiquerai seulement, en peu de mots, les idees qui regnent aujourd hui a cet 
egard et qu il est necessaire de connaitre pour 1 intelligence de ce qui va suivre. 

La presque totalite des pathologistes modernes s accorde a regarder la suppu 
ration comme le resultat d une inflammation, dont les causes, la marche, et 1 in- 
tensite, presentent de nombreuses varietes, et le pus comme le produit d une se 
cretion morbide, comparable aux secretions normales, dont le sang fournit les ma- 
teiiaux, et qui a pour agents les organes soumis a 1 inflammation : ceux-ci secre- 
tent le pus tout comme les glandes salrraires produisentla salive, les reins 1 urine, 
les mamelles le lait, etc., c est-a-dire que les parois de leurs vaisseaux capillaires, 
modifies par le fait de { inflammation, laissent transuder le serum du sang, blas- 
teme aux depens duquel se forme le pus ; et, de memeque la qualite des humeurs 
naturelles est modifiee par les impressions generales ou par des troubles inherents 
aux organes secreteurs, de meme aussi les qualites du pus varient selon le degre 
de rinflammation, sa nature, et 1 etat general du malade. 

Cette theorie, clairement etablie pour la premiere fois par Simpson, developpee 
par Morgan, puis par Verschuir, et surtout par son eleve et compatriote Brug- 
mans, parfaitement e.vposee et appreciee par leprofesseur P. Berard, permet seule 
de concevoir la production d un liquide toujours identique a lui-meme, dont on 
ne trouve aucune trace dans les liquides du corps humain avant le travail patho- 
logique qui lui donne naissancc, 1 effusion de ce liquide a la surface de la pcau, 
des sereuses et des nmqucuses non ulcerees, etc., etc. Elle rallie aujourd hui les 
suffrages et a fait oublier toutes les autres. 



J4 ABCES CHAUDS. 

II n est point de rnaladie chirurgicale qu on ait occasion d obser versus souvent 
que les abces : ils appartiennent aux deux sexes, attaquent tous les ages et toutes 
les conditions de regime ou de temperament, se montrent dans toutes les regions 
du corps, surviennent souvent comme complications ou comme termmaisons des 
autres maladies ; aussi leur etude est-elle de la plus grande importance, et leur 
exposition exige les developpements les plus etendus et les plus circonstancies. 

L ordre que je me propose de suivre est simple et facile a saisir. Apres avoir 
traits separement et successivement des quatre classes d abces admises par les au- 
teurs, c est-a-dire des abces chauds, froids,par congestion, et metastatiques, Jeter 
mineral par un cbapitre consacre a 1 etude des abces consideres sous le rapport de 

leur siege. 

I. Abces chands ou phiegmoncux. Les abces chauds doivent leur nom a 
un de leurs symptomes, qui est constant, c est-a-dire a la chaleur observee dans le 
lieu ou ils se forment. Ils out aussi ete appeles abces par fluxion, a cause de la 
congestion active ou fluxion qui precede leur developpement. Boyer les decrivait 
sous le titre d a bees phlegmoneux, titre qui rappelle 1 inflammation dont ils sont 
les suites immediales. Toutes ces denominations peuvent egalement convenir : elles 
expriment le caractere essentiel de ce genre d abces, qui est de naitre au milieu 
des phenomenes d une inflammation plus ou moins aigue. 

CAUSES DES ABCES CHAUDS. Ils out tous une origine commune, qui est 1 inflam- 
mation : or, celle-ci pent elle-meme etre amenee par des causes nombreuses, etse 
developper dans des conditions diverses. Tantot elle est primitive, et 1 abces, qui 
lui succede, peut etre considere comme une maladie idiopathique ; tantot ellesur- 
vient secondairement et al occasion de quelque affection locale ou generale, etalors 
1 abces qu elle entraine est, comme elle, secondaire ou consecutif. 

Les abces chauds idiopathiques surviennent souvent a 1 improviste, et sans que 
1 examen le plus attentif fasse decouvrir aucune cause a laquelle on puisse les rap- 
porter. On peut rapprocher d eux les abces qui succedent directement a quelque 
violence exterieure, telle que distension, choc, contusion, froissements ou 1 rotte- 
ments rudes oureiteres, toutes causes dont 1 action et 1 existence sont passageres, 
et qui disparaissent apres avoir produit leur elfet. De quelque facon qu ils se soient 
formes, ces abces ont cela de particulier qu ils sont independants de toute autre 
affection, et constituent la seule maladie presente , de sorte que les indications cu 
ratives se rapportent a eux seuls et se deduisent de leurs phenomenes actuels, c est* 
;Vdire de leur situation plus ou moins profonde, de leur volume, de leur anciennete, 
de la reaction plus ou moins violente qu ils ont excilee, etc., etc. Ainsi, unindividu 
regoit un coup de pierre ou un coup de baton , un abces se developpe dans le lieu 
irappe; la cause a disparu aussitot apres avoir produit son effet, F abces seul existe, 
a lui se rapportent toutes les indications. On sent combien il serait inutile d enu- 
merer les circonstances nombreuses et variees qui occasionnent cette sorte d abces ; 
il suffit d en avoir indique le caractere essentiel. 

Les abces chauds consecutifs ou secondaires different des precedents en ce 
qu ils coexistent avec une autre maladie, ou dependent d une cause qui n a pas dis- 
paru apres les avoir produits ; aussi presentent-ils toujours des indications com 
plexes, relatives taut a eux-memes qu aux circonstances a 1 occasion desquelles ils 
sont nes. 

Ces abces ne sont pas rares. Souvent ils surviennent, comme accidents ou comme 
complications, dans le cours d une maladie locale dont la marche est aigue et qui 
s accompagne d un certain degre d inflammation : ainsi, on les observe dans le 



ABCES CHATJDS. 15 

tissu cellulaire qui enveloppe une veine affectee de phlebite, dans le tissu spongieux 
de 1 urethre, dans le tissu cellulaire de la verge ou du perinee, chez les individus 
aflectes de blennorrhagie, dans celui qui entoure les muscles d un rhumatisant, 
dans les parois thoraciques d un individu qui a une pleuresie, sur le trajet d un 
membre fracture, au voisftiage d une plaie. Dans ce dernier cas, 1 etendue des le 
sions, la contusion ou la dilaceration des tissus, favorisent le developpement des 
abces, sans toutefois en etre les conditions indispensables : que de fois, en effet, 
des abces sont venus compliquer les plaies les plus regulieres et les plus nettes, 
faites par lechirurgien, pour operer une heinie. pour retrancher un sein, un testi- 
cule ou un membre, pour pratiquer la ligature d un vaisseau ! Parmi les abces nes 
ainsi sous 1 influence d une inflammation locale voisine, il en est qui soat si inti- 
mement lies a 1 affection primitive qu ils semblent faire partie de ses symptomes 
et jettent le plus grand jour pour son diagnostic ; aussi les auteurs les designent-iJs 
sous le nom & abces symptomatiques : tels sont les abces des gencives ou dc la 
base de la machoire causes par une odoutalgie ou par une cane dentaire, ceux qui 
se developpent autour d un os carie ou necrose, etc., etc. 

II semble, dans les exemples precedemment cites, que I lnflammation se trans- 
mette de la partie d abord malade au tissu cellulaire environnant. Leschoses ne se 
passent pastoujours ainsi, et Ton voit quelquefois une maladie dont la marche est 
chronique determiner autour d elle, par la seule influence de la pression qii elle 
exerce sur les tissus voisins, un mouvement inflammaioire qu elle nc partage pas 
et qui a pour consequence la formation du pus et sa reunion en foyer : ahisi s ex- 
pliquent ces abces qui surviennent spontanemeirf autour des goilres, dans les enve- 
loppes d une hernie ou d une hydrocele, et surtout ceux qui s etablissent entre la 
peau et une tumeur anevrysmale, dont ils preparent et accelerent la rupture. 

Les abces consecutifs ne paraissent pas toujours au voisinage de 1 affection qui 
leur a donne naissance : c est quelquefois loin du lieu primitivement lose qu ils 
se manifestent, soit que I irritation ait ete transmise par les vaisseaux lympathiques, 
soil qu on ne puisse pas saisir les traces de cette transmission; et ils occupent alors 
le plus souvent les ganglions superficiels places sur le trajet des vaisseaux et le 
tissu cellulaire qui lesenvironne. C est a euxqu il faut rapporter les abces de 1 ais- 
selle observes chez les anatomistes a la suite des piqures des doigts, les abces in- 
guinaux consecutifs a une ecorchure des orteils, ou les bubons aigus occasionnes 
par des chancres recents. Une circonstance tres-remarquable dans cette sorte d ab- 
ces, c est qu ils peuvent atteindre a des proportions considerables, au point de 
constituer une affection dangereuse, tandis que la lesion qui en est 1 origine reste 
peu grave. Une femme admise, a 1 hopital de la Charite, dans le service du profes- 
selir Roux, s etait blessee au pouce de la main gauche ; il y eut a peine de { inflam 
mation dans le lieu blesse, mais un abces volumineux et proiond se forma sous la 
couche superticielle des muscles del avant-bras. Un etudiant s etait pique un doigt 
de la main gauche en dissequant : a peine y eut-il une legere tluxion a ce doigt et a 
la main, mais il survint une inflammation des plus violences au pli du bras, et il 
se fit un abces considerable sous 1 aponevrose et le corps charnudu muscle biceps. 
II serait facile de multiplier les exemples de ce genre, car ii n est aucun praticien 
ijui n en ait plusieurs fois observe. 

Beaucoup d abces sont causes par des corps etrangers, soit sdlides, soit hquides, 
t^enus du dehors ou formes dans 1 interieur meme de notre corps. 

Les solides qui donnent le plus souvent lieu a la maladie qui nous occupe sont, 
d une part, les calculs salivaires, biliaires, et surtout urinaires. des vers lombrics, 



1Q ABCES GHAUDS. 

des debris de foetus echappes hors des voies naturelles, des esquilles, des seques- 

tres, etc., et, dune autre part, des balles, des eclats de mitraille, des fragments 

de boutons, des lambeaux de vetements, des epingles ou des aiguill 

plus ou moins grand nombre, des epis de ble, d orge ou d avoine, mtroduits dans 

les voies aeriennes. Tous ces corps determined par leur contact une inflammation 

plus ou moins vive et la secretion du pus, qui forme, en se rassemblant autour 

d eux un foyer circonscrit dont Us occupent le centre. C est souvent apres avoir 

seiourne longtemps dans le corps, et apres avoir parcouru un trajet plus ou moms 

long et complique au travers des parties vivantes, qu ils viennent enfin provoquer 

dansletissu sous-cutane 1 inflammation dont 1 abces est la consequence. 

Les occasions dans lesquelles un liquide est inlroduit dans I epaisseur meme de 
nostissus ne sont pas frequentes : cet accident arrive lorsqu en pratiquant 1 opera- 
tion de 1 hydrocele par injection, ouen appliquant lememe precede auxkystes des 
autres regions, on pousse par megarde la liqueur irritante dans le tissu cellulaire 
environnant. J ai ete temoin d un malheur du meme genre arrive dans une autre 
region, le rectum ayant ete perfore par la canule d une seringue mal dirigee et la 
matiere d un lavement poussee dans le tissu graisseux abondant du pourtour de 
1 anus. La penetration d un liquide etranger dans les areoles du tissu ceilulaire 
cause une irritation violente et rapide, bientot suivie d inflammation diffuse, de 
suppuration, et meme de mortification, de sorte que, si la quantite du liquide in- 
jecte est considerable, un vaste abces gangreneux ne tarde pas a s etablir. Des effets 
analogues resultent de 1 effusion de quelques-unes de nos humeurs hors de leurs 
voies naturelles : ainsi se forment les abces biliaires, salivaires, lacrymaux, cer 
tains abces laiteux, et surtout ces enormes depots urineux dont on ne provientles 
devastations que par de larges incisions destinees a donner issue au liquide irri 
tant. Le sang lui-memepeut, lorsqu il est infiltre ou epanche, contribuer a la for 
mation d un abces, nonpas en exercant, comme lesliquides dont nous avons parle 
jusqu ici, une action irritante sur les tissus environnants, mais plutot en subissant 
une decomposition, une sorte de fonte putride, et en se melant au pus fourni par 
les parties voisines enflammees. Ces divers abces sont connussous lesnoms d abces 
urineux, stercoraux, biliaires, salivaires, laiteux, sanguins, etc., etc. 

Les accidents suscites par les diverses especes de corps etrangers peuvent etre, 
comme on levoit, infmiment differents. Les liquides, qui s infiltrent et fusentau 
loin, sont plus dangereux que les solides, qui ne peuvent que se deplacer et chemi- 
ner lentement au milieu des tissus ; 1 urine et la bile, liquides tres-irritants, exci 
tent une inflammation plus violente que le sang. On comprend que ces abces 
presentent une indication principale, celle d attaquer la maladie ou la circonstance 
qui en est 1 occasion et qui les entretient. 

11 est un certain nombre d abces consecutifs qui se montrent pendant le cours ou 
au declin des maladies generales, tantot sans exercer d influence sur elles, tantot 
en ajoutant a leur gravite, d autres fois en produisant dans les symptomes de 1 af- 
i ection primitive une telle amelioration qu ils paraissent en etre la crise ou la ter- 
minaison : c est a ces derniers qu on a donne le nom d abces critiques . On a quel- 
quefois occasion d observer les abces de cette categorie dans les maladies eruptives, 
comme la variole ou la rougeole, surtout lorsqu elles ne parcourent pas rcgulierement 
et completement toutes leurs periodes. Les bubons des pestiferes, les parotides qui 
surviennent pendant la duree des fievres graves ou au moment ou celles-ci tendent 
vers la guerison, appartiennent au meme ordre. On peut en rapprocher les abces 
si nombreux que la nature produit avec une sorte de complaisance, chez les femmes/ 



ABCfiS CHAUDS. 17 

a la suite de 1 accouchement. Bien que la rnavche de ces depots purulents ne soit 
pas toujours reguliere ni franchement inflammatoire, cependant, comme ils sefor- 
ment ordinairement avec rapidite, comme Icur evolution se fait avec une certaine 
activite, comme Surtout ils presentent des indications peu differentes de celles qui 
sont fournies par les abces les plus aigus, je ne fais pas difficulte de les assimiler a 
ceux-ci. 

SIEGE DES ABCES CHAUDS. On les observe particulierement dans les regions pour- 
vues de tissu ce lulairegraisseux, sansdoute parceque ce tissu remplit ordinaire 
ment les inte. valles plus ou moins larges que laissent entre eux les organes, inter 
files dans lesquels le liquide, une fois secrete, se rassemble tacilement en 
collection : ainsi, ilsse voient a \9 face, vers Tangle de la machoire, au-dessus de 
laclavicule, dans 1 abselle, dam Je creux du jarret, a la paume de la main, a la 
plante du pied, dans 1 epaisseur des parois abdominales, surle trajet des membres, 
soit dans la couche qui double la peau, soit plus prolondement, au-dessous de 1 apo- 
nevrose d enveloppe et dans les espaces celluleux qui se trouvent entre les muscles, 
aux environs de 1 extremite inferieure du rectum, dans la masse graisseusc qui en- 
toure les mamelles, dans les ligaments larges. 

Plusieurs autres parties du corps, bien que moins exposees aux abces chauds, 
n en sont pas toutetbis exemptes : les teguments du crane, les glandes salivaires, 
et les ganglions lyrnphatiques superficiels en presentent quelquefois des exemples. 
Les reins et la prostate en sont aflectes chez les calculeux : ils siegent alors soit dans 
ces organes, soit dans le tissu cellulaire qui les environne, soit en meme temps 
dans le tissu cellulaire et dans les organes. J en ai plusieurs Ipis observe dans la 
couche lamelleuse qui separe le pharynx de la colonne vertebrate. Ils peuvent se 
former dans certaines gaines tendineuses, celles des doigts, par exemple, dans la 
tuniquc vaginale, dans les bourses nmqueusessous-cutanees, dans le saclacrymal, 
clans la caisse du tympan, dans 1 epaisseur meme de la peau ; la collection purulente 
qui souleve 1 epidcrme dans la variete cle panaris connue sous le nom de tourniole 
est un veritable abces chaud. On voit, en parcourant les recueils d observations, 
que le tissu cellulaire intermediaire aux differentes couches des organes creux, tels 
que la vessie, I cesophage, 1 estqmac, est quelqueibis le siege d une inflammation 
phlegmoneuse qui a pour consequence la iormation de foyers purulents plus ou 
moins volumineux. 

Quelques organes enfin presentent rarement ces abces : parmi cux, nous indi- 
querons 1 axe cerebro-rachidien, le ibie, les poumons, le pancreas, la rate. II est 
peut-etre sans exemple qu on ait observe un abces chaud developpe dans le tissu 
meme des muscles. Malgre 1 opinion de quelques chirurgiens qui admettent encore 
aujourd hui les abces aigus des os, nous douton: de 1 existence de ce genre cb 
lesion. 

II est facile de voir, d apres cet expose, que les abces chauds, pouvant envabir 
presque tons nos organes, sont places plus ou moins pres de la surface du corps, 
tantot immediatement sous la peau, tantot au-dessous d une aponevrose d enveloppe, i 
d autres fois dans I mterieur d une cavite viscerale ou autre, derricre des muscles 
6pais ou meme des os, comme le sternum, I omoplate, etc., etc. Or, cette vari&r 
dans la profondcur des abces chauds et dans la nature des tissus qui constituent 
leurs parois exerce une grande influence sur leur marchc, sur les accidents qu ils 
entrainent, sur leurs terminaisons ; elle en rend le diagnostic ou tres-facile ou tres- 
cpineux, et commande dans le traite.ment plusieurs modifications qui ne sont pas 
sans importance. 

DICT. EKC. I. 



18 ABCES CHAUDS. 

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DBS ABCES CHAUDS. Quelle que soil la region du corps 
qu ils occupent, les abces chauds presentent, depuis la secretion du pus jusqu a la 
guerison complete, une serie de changements dont 1 etude est indispensable a qm- 

i/i 
conque veut comprendre cette nialadie. 

Dans les inflammations franchement phlegmoneuses qui precedent le pli 
vent les abces chauds, la dissection montre le tissu cellulo-adipeux mfiltre 
matiere homogene, rougeatre, gelatiniforme, adherente, et comme combmee a la 
trame organique. Eh bien, c est au milieu de cette masse dense, mextensible, 
friable, que le pus va se former et se rassembler en collection. Au debut, il est a 
1 etat d infiltration ; pen a peu il se rassemble dans un certain nombre de petites 
cavites voisines les unes des autres, qui s agrandissent par la rupture des cloisons 
intermediaries, et fmissent par sereunir en uneseule. D apres Thomson, la duree 
de ce travail peut etre de douze a dix-huit heures ou se prolonger pendant quinze 
a vint jours; alors le pus est reuni en collection, 1 abces est forme. Dans cette 
periode, 1 examen anatomique des abces offre deux choses a considerer : le pus lui- 
memeet les parties au milieu desquelles il s est developpe. 

Le pus des abces chauds, lorsqu il est le resultat d une inflammation francheet mo- 
deree, se presente sous 1 apparence d un liquide blanc jaunalre, onctueux, opaque, 
homogene, de consistance cremeuse, sans odeur : on dit alors que c est du pus 
louable ou de bonne nature. Mais il faut savoir que 1 aspect et les qualites de ce li 
quide peuvent varier suivant la nature et le degre de 1 inflammation, suivant le 
lissu enflamme, enfin, suivant 1 etat gener.il du malade. Le pus est sereux et san- 
guinolent au debut ; il devient successivement plus epais; on le voit plus tarddimi- 
nuer de consistance et redevenir sereux. Lorsque l inflammation a suivi une marche 
tres-aigue, le pus est mele de flocons et degrumeaux, plus epais que le reste du 
liquide, et formes soit par de la fibrine concretee, soit par des globules agglome- 
res. La couleur du pus est aussi assez souvent alors altereepar une teinte roseeou 
entierement rouge, due a 1 exhalation sanguine qui s est faite a 1 interieur du foyer. 
La maladie parcourant avec rapidite sesdiverses periodes, le pus est promptement 
evacue, et ne peut, par consequent, subir les alterations notables qui sont les 
consequences du sejour prolonge de ce liquide au sein des parties vivantcs. Le 
pus fourni par les membranes du cerveau est jaunatre et poisseux ; celui du foie, 
souvent roussatre, brunatre, couleur de brique. J ai ouvert quelques abces des 
membres dont le pus, charge de graisse, ressemblait a du lait ou a du pldtre 
delnye. Le pus fourni par un individu faible ou debilite est clair, mal lie, tandis 
qu il a, chez un individu vigoureux et sain, 1 ensemble des caracteres quo Ton 
considere comme le typedu pusde bonne nature. 

Malgre ces dissemblances apparentes, le pus est un liquide toujours identique a 
lui-meme et constamment compose d une partie liquide, sereuse, et d une partie 
solide, constituee par des globules, d un volume superieur aceux du sang, depour- 
vusde matiere colorante, et d une forme caracteristique. Ses varietes d aspect, dans 
les circonstances qui viennent d etre mentionnees, n impliquent point de differences 
essentielles dans sa composition, car elles tiennent, d une part, a la proportion de 
ses globules, qui modifie seulement sa densite, et, d une autre part, a son adulte< 
ration par suite de son melange avec des debris organiques et avec diverses su!> 
stances solides, liquides ou gazeuses. 

Quant a la cavite qui renferme le pus, elle est plus ou moins efcndue, le plus 
souvent spherique, quelquelbis pyramidale, elliptique, aplatie ; ses parois presen 
tent une surface rouge, molle, tomenteuse, inegale dans le principe ; enfin, elle est 



ABCES CHAUDS. 19 

frequemmeut traversee dans diverses directions par des brides, qui s etendent d un 
des cotes du foyer a 1 autre et sont constitutes par des cordons vasculaires et ner- 
veux restes intacts au milieu du pus qui les environne de toute part. 

Quelques auteurs, parmi lesquels se distinguent Home et surtout Delpech, ont 
soutenu, contrairement a ce qui a ete dit au commencement de cet article, que le 
pus est secrete, non par les organes eux-memes, mais par une membrane de nou- 
velle formation, qui apparait toujours avant lui, et alaquelle ils ont, en raison des 
fonctions qu ils lui attribuent, donne le nom de membrane pyogenique. J avoue 
que, malgre 1 autorite de ces chirurgiens celebres, il m est impossible de croire a 
Insistence- d une telle membrane dans les abces phlegmoneux. On ne 1 y trouve 
certainement pas au debut : le pus est alors, ou infiltre dans les tissus qui en soat 
penetres comme des eponges, ou dissemine en petits foyers multiples, ou renni en 
collection au milieu de la lymphe plastique versee dans le tissu cellulaire, et cir- 
conscrit par 1 engorgement qui resulte de cette effusion. Ce n est que plus tard 
qu on trouve une apparence de membrane. Si Ton fait, dans les premiers temps, 
une coupe perpendiculaire sur un abces, on voit que ses parois, opaques, epaisses, 
d une texture homogene, se continuent insensiblement avec les organes voisins : cc 
qui les constitue alors, c est la lymphe plastique deposee dans les areoles du tissu 
cellulaire, par le faitde l inflammation phlegmoneuse, avant meme que la suppura 
tion n ait commence. Ainsi, la place que doit occuper le pus est circonscrite a 1 a- 
vance, et ce liquicte se trouve bien reellement enferme, aussitot apres sa production, 
dans une enveloppe vivante, de creation nouvelle ; mais cette eaveloppe n est qu une 
sorte d engorgement plastique, qui doit subir plus d un changement avant de consti- 
tuer une veritable membrane. 

Les transformations les plus remarquables qu on observe ulterieurement dans la 
poche qui contient le pus sont, d une part, 1 organisation des tissus qui la fbrment, 
et, d une autre part, 1 amincissement graduel de ses parois, qui perdent chaque 
jour de leur epaisseur et de leur durete, pendant que la collection purulente 
devient plus considerable. L organisation de la zone plastique qui environne le 
pus s accomplit suivant les lois generales qui seront exposees dans 1 article 
INFLAMMATION. Quant aux modifications relatives a 1 epaisseur et a la consistance 
des parois, elles ont exerce la sagacite des chirurgiens. On voit, en lisant les prix 
de 1 Academic de chirurgie, que David aUribuait la disparition graduelle de 1 en- 
gorgement peripherique des abces a Faction dissolvante dupus. Boyer etRicherand 
la rapportaient a 1 ecartement des parties, au refoulement et a la condensation des 
lamelles du tissu cellulaire. II nous parait plus probable que ce changement est du 
a 1 absorption qui s exerce sur une partiede la lymphe infiltree dans les tissus qui 
environnent la collection purulente. Quoi qu il en soit, la diminution progressive 
de 1 engorgement reduit la paroi de 1 abces a 1 epaisseur d une simple lame, dont 
1 organisation se perfectionne de plus en plus, qui acquiert de la souplesse, et fmit 
en fin, lorsque 1 abces tarde a s ouvrir, par constituer une veritable membrane qui 
contribue a la secretion du pus, et meiite alors seulement ie nom de membrane pyo 
genique. Ainsi, loin d etre 1 organe formateur du pus, cette membrane envelop- 
pante des abces, qu on ne trouve que dans leur periode la plus avancee, parait re- 
suller d un travail consecutif a la suppuration, travail auquel la presence du pus 
n est peut-etre pas etrangere. 

La lymphe plastique joue, comme on le voit, un grand role dans la circonscrip- 
tion des abces chauds : elle forme, aux diverses epoques de la maladie, une barriere 
impenetrable qui emprisonne le pus et 1 emjjeche de s infiltrer au loin dans le tissu 



20 ABCE.S C II A IDS. 

cellulaire environnaiit, mais on se tromperait si on pensuit qu il on AU toujours 
ainsi . Les phenomenes que nous venons de faire conuaitre s nt tontes les iois 

que 1 abces succede a un phlegmon circonscrit qui a ptreouru i .ulieremei, 
periodes et quand il se montre dans in 11 on le tissu eeilubne us I a: uud.uit 

et rassemble en masse, ni.-< :ue I inflammation a une man he extremement 

ide, la suppuration pent s emparer a la noyau ii - - mcnt et 

s etendre niOrno au dela, jusque dans les parties voisines. ijuand la mahn. - _ 
dans un endroit du corps ou le tissu ccllulairc est dis; s ot presente 

une texture lamelleuse, sur le dos du pied ou de h main, dans les gaines niuscn- 
laires, il n y a point, a proprement parler, de noyau d e .icnt, I inflammation 

est plus on moins diffuse, la matiere depose dans les tissus malades n a qu nne 
plastici te peu prononcee et presente des c qui la raj t plus de la 

serosite que de la lymphe plastique; au moment on le pus se forme, il est iniiltic 
dans les areoles du tissu cellulaire et tend kr on r.jj ] .- j lntOt ms- 

sembler dans une cavite cireonsu ite. C est dans ces circonstLinces que se ibrment a 
la Iois de petits abces da: s les points les plus vivement enflammes et des 1 
purulentes qui s etendent quelquefois bien loin du point de depart de I affectio! 
mode de suppuration a quelques rappor.s aver 1 n dillus, et n . 

proprement parler, un abces, mais il s en rapproche tellement et coexiste si sou- 
vent avec lui qu iletait impossible de le } -us silence. 

Apres avoir etuclie les abces chimds en eux-memes, voyons les changemo 
qu ils produisent autour d eux. Le tissu cellulaire environnant est iniillre de sero 
site quelquefois melan^ee avec du sang, ct de la ixsulte un cedeme dont leschi- 
rurgiens onttire parti pour etablir le diagnostic de la ma adie. Les membrane 
reuses qu avoisine un al ces se recouvrent d une con^hi de hmpbe plastique qui 
augmente leur epaisseur, et le tissu cellulaire qui les douMe pi end T, dement plr. 
densite,en sorteque la collection purulente se trouve bornee de c 
passage du pus de 1 abces dans la cavite tapissee par la sereuse devient a peu 
impossible. On trouve cependant quelques f,,its, l.ien rares a la verite, qui prouvent 
que cette communication f:\cheuse peut s etablir : on cite le fih de J. L. Petit, qui 
mourut, dit-on, d une pleui esie aigiie, par suite de 1 ouverture dans la p. 
d un abces des parois de la | oitrine. Fabrice de Hilden, de la Motte, Havaton. 
lisen, ont mentionne des faits semblables. 

On redoutait autrefois, pour les gros vaisseaux, le voisinage de la suppuration, 
et on craignait que les parois des arteres ne fussent ramollies et par la meme dis- 
posees .nix anovrysmes. Ces craintes etaient ibndees sur cette observation, que k- 
arieres perclent, lorsqu elles sont enflammees, une partie de leurs pr-. piictt. s; mai; 
les experiences de Beclard, confirmees par les observations ulterieurts. ont demon- 
tre que I inflammation ne se propage pas des parties voisines aux tuniques ?ite- 
rielles: fortiliees sansdoute par un depot de lymphe plastique, ellesdevienneat plus 
et ne perdent rien de leur resistance, lorsqu il y a autour d elles quelque 
foyer d inflammation. Les nerfs ne subissent d autre alteration quun peu d epais- 
sissement de leur enveloppe fibreuse. Les muscles, les aponevroses, les tend 
restent egalement etrangers au travail inflammatoire : quelquefois la Ivrnpbe con 
crete les isole de la collection purulente; d autres Iois, le pus est en contact imme- 
diat avec leur surface. Les os sont defendusp.ir l.ur perioste, qui s ep,issit et s infiltre 
i matiere plastique; aussi me jarait-il douteux qu ils soient j,:mjis denudes par 

- des progres d un abces aigu voisin, quoique apres tout la chose ne soil 
absolument impossible Dans les cos rares ou j ai trouve les os denudes ct baignes 



ABCflS CHAUDS. 21 

par le pus d un abces aigu, ce que j ai observe plusieurs fois pour la bnnche de i os 
mayillaire inferieur, il m a loujours pmi quo 1 inflammation avait debute par le 
perioste lui-meme et que la denudation de I os resultait de 1 epanchement de la ma- 
tiere purulente entre lui et sa membrane decollee. 

La collection purulente une fois formee, comment se comporte-t-elle ulterieure- 
ment? On 1 a vue quelquefois diminuer spontanement et disparaitre en quelques 
jours, sans doute par suite de 1 absorption plus ou moins complete du pus ou clu 
moins d une partie de sos elements ; mais c est la une terminaison exceptionnelle, 
et, dans la presque totalite des cas, la collection purulente tend a se deplacer et a 
earner la surface exterieure du corps. 

Le precede complexe par lequel s accomplit la migration du pus au milieu de tis 
sus etd organes,differents par leur resistance et leur texture, quelquefois separes 
par des cavites intermediaires, merite une attention speciale. II ne laut pas eroire 
qu il consiste dans un simple ecartement mecanique des parties quele pus traverse: 
le transport de la matiere purulente exige 1 intervention d une puissance qui nVst 
autre que 1 absorption, nominee progressive par Hunter et ulcerative par Thomson. 
Tous les tissus interposes entre 1 abces etles (eguments cedentplus ou moins facile- 
ment a ce travail organique d absorption ou d ulceration : nul autre n y est plus 
npte que la peau et le tissu cellulaire ; les muscles, les os, modifies proiondement 
dans leur nutrition, n opposent qu une resistance temporaire; les parties les plus 
refractaires sont les tendons, les ligaments, les aponevroses, qui ne cedent guere 
que par 1 eraillement de leurs fibres ou en laissant passer le pus par les ouvertures 
vasculaires et nerveuses dont elles sont percees. L absorption des tissus n estpas le 
seul travail que le pus suscite autour de lui ; il entraine aussi une inflammation 
nommee adhesive, parce que son resultat est la secretion et 1 organisation d une 
lymphe plastique qui colle les organes entre eux et permet au pus de passer de 1 un 
a 1 autre, du foie, par exemple,. au poumon, du rein dans le colon, sans qu il se 
fasse d epanchement dans la cavite sereuse. En outre, amesureque lepus s avance, 
les parties qu il laisse en arriere s epaississent et deviennent consistantes. Ainsi, 
tandis que le pus se fraye un chemin par le mouvement destructeur qu il excite au- 
devant de lui, la voie qu il laisse ouverte en arriere se trouve fermee par un travail 
de reparation. 

De la combinaison de ces diverses circonstances resultent les varietes que les 
abces presentent dans leur marche. La resistance des aponevroses a 1 absorption 
ulcerative, leur force, leur inextensibilite, lesrendent propres a servir de barrieres 
aux progres des collections purulentes, tandis que celles-ci cheminent plus facile- 
ment dans les intervalles remplis de tissu cellulaire; et c est la ce qui rend compte 
du trajet complique de certains abces, ainsi que du danger qui s attache a 1 etran- 
glement cause par ces toiles membraneuses, s il n est promptement reconnu et leve 
par le chirurgien. Sans doute 1 influence de ces conditions anatomiques se Jait 
lieaucoup moins sentir dans les abces chauds que dans ceux qui ont une marche 
chronique : telle est, dans les inflammations aigue s, 1 activite de 1 absorption ulce 
rative que les tissus fibreux eux-memes peuvent etreuses, periores par le pus dans 
un espace de temps tres-court, et laisser ce liquide arrived des parties profondes 
vers la surfacedi; corps. Qu onne croie pas, cependant, que les abces le plus fran- 
chement inflammatoires puissent se soustraire entierement aux influences indiquees; 
on se tromperait. Favorises par les lois de la pesanteur et par la laxite du tissu 
cellulaire, les abces pblegmoneux du cou se portent du cote de 1 aisselle ou vers le 
thorax ; brides par I apoiievrose d enveloppe, les abces profonds des membres s 6- 



22 ABCES CHAUDS. 

tendent en largeur, decollent les muscles quelquefois dans une grande etendue, et 
se propagent dans les gaines fibreuses,en foimant ces fusees purulentes dont nous 
avons deja eu occasion de parler. 

Hunter a judicieusement remarque la tendance du pus a se porter vers les mem 
branes tegumentaires, tendance qu il compare a la force inconnue qui dirige irre- 
sistiblement la plumule vers 1 atmosphere. Eh bien , cette tendance s explique 
naturellement par I impulsion interieure incessante qui resulte du jeu des organes, 
des contractions musculaires et des battements arteriels, impulsion qui repousse 
tout corps etranger engage dans 1 epaisseur de nos organes a la surface, c est-a-dire 
vers le point le moins resistant, vers celui ou se trouvent les tissus qui se 
pretent le mieux au travail de 1 absorption ulcerative. Dans les abces des membres, 
qui sont incontestablemerit les plus frequents, le pus s ouvre presque toujours pas 
sage du cote de la peau ; mais, dans les abces situes a la face, au cou, au tronc, le 
pus, se trouvant a distance a peu pres egale entre les membranes tegumentaires 
interne et externe, se dirige soit vers 1 une,. soil vers 1 autre, soit vers les deux en 
meme temps, suivant qu il y trouve plus de facilite ; c est aiusi que les abces des 
joues, du cou, de laparotide, de la fosse iliaque, s ouvrent tantot a la surface de la 
peau, tantot dans la bouche, le pharynx, la vessie, le rectum, tantot a la fois du 
2ote de la peau et de quelque cavite muqueuse. 

Quand le pus se dirige vers I exterieur, on peutsuivre de I oeil, sur les teguments, 
la marche du travail d ulceration, et voir 1 ouverture s agrandir pendant les pre 
miers jours malgre 1 evaluation du foyer. A mesureque celle-ci s accomplit, les pa- 
rois de 1 abces se degorgent, reviennent sur elles-memes et se rapprochent, de 
sorte que la cavite de 1 abces diminuegraduellement. S il est petit, ses cotes s ac- 
collent et adherent bien vite. S il est plus considerable, le recollement n est que 
partiel, la poche continue a suppurer et se couvre de granulations analogues airs, 
bourgeons charnus des plaies, granulations qui, en raison de leur force de retrac 
tion et de la propriete qu elles ont de contracter des adherences entre elles, amene- 
rorit progressivement la diminution de la cavite d abord, puis son occlusion defini 
tive. Plus tard enfin, 1 absorption, s exercant sur lekyste qui a contenu le pus, en 
lait disparaitre les debris, au point qu il se trouve converti en une ligne fibreuse a 
peine apparente. Tel est le dernier terme des transformations que subit ordinaire- 
ment un foyer purulent abandonne a lui-meme. J aurai, dans la suite de cet 
Tticle, a parler de certains cas dans lesquels ce travail est trouble, de telle sorte 
que, les parois du foyer continuant a suppurer, 1 abces se transforme en tistule. 

SYMPTOMES DES ABCES CHAUDS. Les abces ohauds succedent a une inflammation 
plus ou moins active, et s ani-oncent par une augmentation de chaleur, de tension 
et de tumefaction , des douleurs vives accompagnees d elancements et de pulsa 
tions, des frissons irreguliers, et quelquefois un mouvement febrile : tels sont les 
signes de la suppuration. A mesure qu elle s accomplit, la chaleur et la rougeur 
diminuent, les pulsations s affaiblissent, puis cessent entierement pour faire place 
a une douleur sourde, profonde, ou plutot a une sensation de pesanteur incom 
mode ; la tumeur, sans cesser d etre tendue, semble s assouplir, et devient comme 
elastique. En meme temps la fievre et tous les symptomes inflammatoires s apai- 
sent, soit graduellement, soit d une maniere subite, ce qui est moins ordinaire, et 
le malacle est exempt de souflrances. 

A ces phenomenes comm uns en succedent d autres, qui varient suivant le siege 
des abces. On peut, sous ce point de vue, les partager en superficiels, sous-apone- 
vrotiques, et sous-osseux. 



ABCES CIUUDS. 23 

Lcs abces situes sous la peau ou separes d elle par une couche peu. epaisse de 
parties molles se dessinent sous la forme d une tumeur de volume variable, dont 
le centre se ramollit et palit, tandis que les parties peripheriques conservent ordi- 
nairement une coloration rouge et une certaine consistance. Le ramollissement 
augmentant graduellement et s etendant vers la circonference, 1 engorgement fmit 
par etre limite a la base de 1 abces : la tumeur offre alors une mollessc generate, 
d autant plus uniforme qu elle est arrivee a uu etat de ramollissement plus par- 
fait, et, en pressant avec les doigts d une main sur un de ses cotes, tandis que 
1 autre main est appliquee du cote oppose, on percoit cette sensation particuliere 
qni est connue sous le nom de fluctuation. 

Les abces qui siegent sous une lorte aponevrose, comme ceux de la fosse tem- 
porale, du dos, du bassin, mais surtout ceux des membres, sont places tantot im- 
mediatement sous 1 aponevrose, tantot entre les masses musculaires, tantot entre 
les muscles et le perioste, ou entre le perioste lui-meme et 1 os. L inflammation 
qui les precede n est annoncee que par une douleur profonde, sans rougeur de la 
peau, avec un gonflement fort etendu et mal circonscrit de la partie, et la pre 
sence du pus ne se revele souvent que par 1 cedeme des parties molles exterieures 
et par une fluctuation obscure. Quelquefois, avant que 1 existence d un de ces 
abces soit devenue manifeste, le pus a fuse entre les muscles, qu il aisoles lesuns 
des autres et des os, a detache le perioste, ou s est fait jour dans quelque articu 
lation. C est la division des gaines aponevroliques communes en gaines secondaires 
qui determine le trajet du liquide : si les gaines sont fermees, comme celles des 
doigts, 1 accumulation du pus donne lieu a d atroces douleurs, jusqu au moment 
ou 1 eraillement de 1 eiweloppe fibreuse permet au pus de s echapper ; c est ainsi 
que se forment certains abces, a la fois sous-cutanes et sous-aponevrotiques, unis 
par un canal retreci qui traverse une eraillure ouun trou naturel de 1 aponevrose. 

II est des abces qui se developpent plus profondement encore, au-dessous des 
os ou autour des grandes cavites splanchniques , dans le tissu cellulaire sous- 
sereux. Le point le plus remarquable dans leur histoire, c est 1 etendue conside 
rable qu ils sont susceptibles d acquerir avant d apparaitre a 1 exterieur : ainsi, 
Ton voit a la suite de 1 operation de la taille, soit hypogastrique, soit perineale, 
le tissu cellulaire du bassin et de 1 abdomen envahi par une vaste infiltration 
purulente, qui ne se traduit a 1 exterieur par aucune tumeur ; ainsi, dans le me- 
diastin anterieur, se developpent des abces qui ne viennent que tardivement se 
montrer entre les cotes, vers 1 appendice xyphoide, ou a la partie inierieure du 
col ; ainsi, les abces situes au-dessous de 1 omoplate ne debordent qu a la longue 
quelqu un des points du pourtour de cet os. 

Quelques abces, enfm, se forment et s etablissent dans des cavites osseuses 
plus ou moins exactement closes : tels sont ceux de la cavite cranienne, de la 
caisse du tympan, des cellules mastoidiennes, des sinus frontaux et maxillaires : 
ils se distinguent par 1 obscurite et la gravite de leurs symptomes. 

DIAGNOSTIC DES ABCES CHAUDS. II repose sur 1 observation attentive des pheno- 
menes qui viennent d etre indiques. De tous ces phenomenes il n en est aucun 
dont 1 importance soit comparable a celle de la fluctuation : aussi insisterai-je sur 
ses principaux caracteres, sur la maniere de la percevoir, et sur les moyens d evi 
ter les erreurs d appreciation, autant de points qui out ete parfaitement traites 
dans 1 excellente these d Auguste Berard sur le diagnostic dans les maladies 
chirurgicales. 

On sail que la fluctuation est une sensation parliculiere que fait naitre le tou- 



24 ABCES CHAUDS. 

cher exerce d une certaiue facon sur les parties soumises a 1 observation du 
chirurgien. Le mot qui designe cette sensation, derive du latin fluctus, emporte 
Fidee d un flot, d une ondulation : or, comme on va le voir, il s en faut que cette 
idee soit exacte, et c est surtout dans le cas particulier des abces chauds qu elle 
manque d exactitude. Le phenomene dont il s agit repose sur la propriete qu ont 
les corps liquides d etre a peu pres incompressibles, et il differe essentiellement, 
suivant que les liquides et les parties qui les renferment se trouvent dans cer- 
taines conditions de terminees. Lorsque le liquide est tres-abondant et que les 
parois de la poche sont fort minces, comme dans 1 ascite, par exemple, si une 
main percute brusquement la paroi laterale du venire, elle communique aux mo 
lecules du liquide un choc, un ebranlement, qui se transmet a toute la masse, en 
determine 1 ondulation et va retentir sur le cote oppose, ou il est percu comme un 
flot qui viendrait frapper la main. Les abces, surtout les abces chauils, sont dans 
des conditions toutes difierentes ; aussi n est-il point possible d y determiner, 
comme on 1 a dit a tort, 1 ondulation du liquide. La tumeur ne doit pas etre per- 
cutee, mais pressee sur un de ses points par les doigts : le liquide, comprime dou- 
cement et ne pouvant s affaisser, reagit sur tous les autres points et tend a repous- 
ser les parois de la poche qui le renferme, de sorte que les doigts de 1 autre main, 
appliques sur un point quelconquede la tumeur, sont souleves. La sensation percue 
n est pas celle d un flot ; il semble plutot que les deux mains se renvoientun corps 
souple et arrondi qui passe a travers les tissus par lesquels elles sont separees. Ceci 
pose, il est evident qu il faut, pour bien percevoir la fluctuation, placer 1 indica- 
teur et le medius des deux mains sur deux points opposes de la tumeur et a une 
certaine distance les uns des autres, puis, presser avec une des mains, exercer 
par elle un deplacement actif de dehors en dedans, tandis que 1 autre, passive, 
recoit le mouvement qui lui est communique par la masse comprimee et que le 
chirurgien porte toute son attention sur la sensation perc.ue par cette main. Si Ton 
manque a ces preceptes, si Ton cherche a constater la presence du liquide par un 
choc brusque et rapide, on bien si, en meme temps qu une main exerce la pression, 
1 autre n est pas tenue immobile, mais est activement ecartee par le chirurgien, 
preoccupe de 1 idee que cette main doit etre soulevee au moment de la pres 
sion exercee par la premiere, 1 exploration est mal faite et expose a 1 erreur. II en 
serait de meme si les doigts de 1 observateur etaient trop rapproches, parce qu ils 
pourraient etre repousses lateralement par les parties intermediaries : toutefois, 
avec de 1 attention, le chirurgien evitera cette cause d erreur, car il s apercevra 
que 1 effort des parties comprimees s exerce, non sur la pulpe des doigts, mais sur 
leur partie laterale. 

II est important de remarquer que la fluctuation ne suffit pas a elle seule pour 
indiquer un abces : elle en est le signe principal, mais non pathognomonique, car 
on 1 obtient aussi dans d autres cas de collections liquides, et meme dans certaines 
tumeurs solides, telles que le lipome, le cancer encephaloide, etc. Elle n a done 
de valeur semeiotique, dans le diagnostic des abces, qu en tant qu elle succede aux 
symptomes dont j ai trace le tableau. 

Dans les abces superficiels, la fluctuation est generalement facile a sentir, le 
soulevement des parois de la poche etant plus manifests du cote de la peau qui 
resiste moins que les plans aponevrotiques sous-jacents, et les traits de la maladie 
sont si tranches qu il parait difficile de la meconnaitre ou de la confondre avec 
une autre ; cependant, dans ces cas memes, il est plus d une cause d erreur soit 
qu on trouve la fluctuation quoiqu il n existe pas de collection purulente, soit 



ABCfiS CHAUDS. 25 

qu on nela trouve pas quoiqu il y ait du pus. 1 La sensation de fluctuation peut 
naitre, quoiqu il n y ait pas de liquide rassemble en foyer, quand les parties 
offrent d ailleurs les autres conditions de la fluctuation: ainsi, toute tumeur sous- 
cutanee, environnee de tissus inextensibles, et formee par des parties fortement 
engorgees qui represented une masse totale a peu pres aussi incompressible 
que les liquides eux-memes rassembles en foyer, sera le siege d un deplacement 
alternatif, d ou resultera une sensation analogue a celle de la fluctuation. G est ce 
qui a lieu au dos de la main cedematiee, autour des articulations engorgees, a la 
face palmaire des doigts, aux membres, lorsqu on presse des saillies musculaires 
en plagant les doigts sur deux points opposes de la circonference : dans ce dernier 
cas, les parties molles ayant beaucoup plus de tendance a etre refoulees de cote 
que verticalement, la sensation disparait si les doigts sont places selon 1 axe verti 
cal du membre, et cette circonstance doit etre mise a profit dans 1 exploration des 
abces des membres. 2 Une autre cause d erreur du meme genre est celle qui 
resulte de 1 accroissement qui survient, par le fait de 1 inflammation, dans 1 exha- 
lation d un fluide naturel, qui sera resorbe au moment de la resolution de la ma- 
ladie, mais dont la fluctuation pourra jusque-la en imposer pour un abces : ainsi, 
1 orchite, le rhumatisme articulaire, donnent lieu a des epanchements dans la 
tunique vaginale ou dans les articulations, epanchements dont souvent la matiere 
est reprise et qu il faudrait se garder de conlbndre avec des abces. 3 On rencontre 
des abces sous-cutanes dans lesquels le pus, au lieu d etre reuni en collection bien 
circonscrite, s etale en nappe : la peau est alors mediocrement tendue, et ne pre- 
sente pas ce soulevement acumine et cette alteration de couleur qui sont des carac- 
ieres si precieux; la diffusion du liquide s oppose, d ailleurs, a ce que la fluctua 
tion soit reconnue. 4 Lorsqu un abces est tres-petit, les symptomes locaux, peu 
prononces, bornes quelquefois a un point rouge et douloureux, a peine tumefie, 
n entrainent qu une reaction inflammatoire tres-moderee ; les frissons irreguliers 
ne se montrent pas dans le cours de la maladie ; et la fluctuation, seul signe qui 
pourrait donner la certitude de 1 existence d une collection purulente, est tres-dif- 
ficile a percevoir, a cause de rexiguite du foyer : la douleur qu on fait eprouver 
en pressant le lieu malade est quelquefois alors 1 unique symptome qui puisse 
faire soupQonner la verite. 5 Entin, la fluctuation est encore Ires-obscure, et peut 
echapper au chirurgien, dans les abces qui occupent des parties tres-mobiles et dif- 
ciles a fixer, comme le sein, ou dans ceux qui, comme les abces de la marge de 
1 anus, ont des parois fort epaisses du cote de la peau, tandis qu ils reposent sur 
des tissus facilement depressibles. 

Quelques abces sous-muqueux, bien que superficiels, presentent des difficultes 
de diagnostic particulieres, parce qu ils occupent le fond d une cavite naturelle et 
ne peuvent etre atteints que par 1 extremite du doigt : tels sont ceux du pharynx 
et du vagin. 11 faut alors placer le bout du doigt explorateur sur la partie sail- 
lante de la tumeur, I enfoncer perpendiculairement et s arreter tout a coup : on 
sent alors un effort qui s exerce coritre le doigt et le repousse, effort resultant de 
ce que, la cavite de 1 abces etant diminuee par la pression du doigt, ses parois, dis- 
tendues, tendent a se relever en vertu de leur elasticite. 

Quand un abces phlegmoneux siege au-dessous d une aponevrose d enveloppe 
ou d une couche epaisse de muscles, le diagnostic est plus difficile ; car, si la cha- 
Jeur et les douleurs profondes indiquent une inflammation, la rougeur des tegu 
ments est peu marquee ou nulle ; le gonflement, etendu en largeur, se trouve 
par la mememal circonscrit et moins apparent ;et, d un autre cote, les symptomes 



26 ABCES CHAUDS. 

generaux, tels quedouleurs proibndes, frissons irrcguliers, ne iburnissent que des 
indications presque toujours vagues et quelquetbis fautives. J ai observe un cas 
d abces profond de la cuisse qui fut meconnu pendant plus de huit jours, les fris 
sons ayant ete pris pour ceux de la fievre intermittente. L empatement des parties 
molles exterieures devient alors un indice precieux,mais encore incertain. La fluc 
tuation elle-meme semble faire faute au chirurgien : elle devient tres-difficile a per- 
cevoir, parce que le liquide comprime s etend suivant la longueur du membre 
plutot que de dedans en dehors, sens dans lequel il est retenu par une lame 
fibreuse inextensible, et surmonte par une epaisseur de parties molles, augmented 
souvent par 1 infiltration du sang ou de la serosite. Dans ces cas si graves, ou le 
diagnostic est deja obscurci par la marche insidieuse de 1 inflammation qui a pre 
cede, il faut, pour constater la fluctuation, exercer sur la tumeur une forte [ires 
sion a 1 aide de la paume de la main ou de tous les doigts reunis : cetle pressiot 
forie et etendue repousse les liquides iniiltres dans le tissu cellulaire, condense 
les lames de ce tissu et Je rend aiusi plus apte a transmettre 1 effort des doigts au 
liquide et de celui-ci aux doigts ; elle deplace d ailleurs une plus grande quantite 
de liquides et rend leur action excentrique plus prononcee. 

On a vu, dans certains cas, une tumeur fiuctuante apparaitre brusquement sous 
la peau apres les symptomes graves et obscurs qui accompagnent une suppuration 
profonde. Ce pbenomene indique que le pus s est fait jour a travers 1 aponevrose, et 
le dia^no>tic est confirme si 1 ouverture de cette tumeur sous-cutanee donne issue 
a une quantile de pus ou disproportion avec son volume. 11 est malheureusement 
tres-rare que les choses se passent ainsi, et le diagnostic des abces profonds des 
membres reste presque toujours environne de difficultes qui en font un des cas les 
plus epineux de la pratique chirurgicale. 

Pour lever toute incertitude, Dupuytren avail 1 habitude de faiiv sur la tumeur 
une incision etendue et qui comprenait 1 aponevrose d enveloppe. S il existeen effet 
du pus, disait-il, il fera effort pour s ecbapper par 1 ouverture, et, dans les vingt- 
quatre heures, on trouvera 1 abces vide, ou bien une tumeur saillante et bombee 
qui occuperale fond de I incision et presentera une fluctuation extremementfacilea 
sentir ; si, au contraire, il n y a pas d abces, I incision aura produit un degorgement 
salutaire dans les parties enflammees. Je ne saurais partager entierement la con- 
fiance de Dupuytren dans 1 operation qu il propose, car j ai plus d une fois experi- 
mente par moi-meme qu il peut se passer plusieurs jours sans que le pus se dirige 
vers 1 ouverture faite a I aponevrose, quoique le liquide soit bien forme et reuni en 
collection. G est done une pratique incertaine, a laquelle je prefere la ponction explo- 
ratrice, qui joint a 1 avantage d etre moins douloureuse celui de juger la question 
de diagnostic d une maniere plus prompts et plus sure. 

On peut pratiquer cette ponction, soit avec un petit trocar t, soit avec un bistouri 
pointu, a lame tres-fine et tres-etroite. 

Lorsqu on emploie le trocart, apres 1 avoir enfonce a la profondeur qn on juge 
convenable, on enleve le poincon, et, s il s ecoule du pus par la canule, on est cer 
tain d avoir affaire a un abces ; s il n en sort pas, la canule est retiree lentement, et 
quelquefois on voit alors sortir ce liquide : c est que 1 instrument avail perce le 
foyer de part en part, et qu en le retirant on a ramene le bout de la canule au ni- 
veau de la collection purulente. S il ne coule point de pus par la canule, on con- 
clut qu il n existe pas d abces dans le lieu ou la ponction a ete faite ; mais cette 
conclusion n estpasrigoureuse, car il serait possible que la canule fut bouchee par 
du pus concret, unflocon de graisse, uu lambeau de tissu cellulaire, etc., etc. 



ABCES C1IAUDS. 57 

Lorsqu on se sert du bistouri, on le plonge dans la partie oil Ton soupconne la 
presence du pus, et on lui imprime de temps en temps un mouvement de rotation 
autour de son axe, pour permettre aiu liquides de s echapper sur les coles de la 
lame, entre elle et la plaie : s il ne sort que du sani: , on continue a enfoncer, puis 
on renouvelle la meme manoeuvre ; si c est du pus qui s echappe, 1 existence d un 
abces est certaine, et Ton pent a 1 instant meme, a 1 aidede 1 instrument qui al ait 
la ponction, pratiquer une large incision qui permette 1 evacuation de 1 abces. J em- 
ploie toujours de preference le bistouri pour plusieurs raisons : 1 la matiere puru- 
lente s ecoule sur ses cotes aussi tot qu il est arrive dans le lover, et, par consequent, 
on n est pas expose a 1 enfoncer inutilemeiit au dela de 1 alces ; 2 on pent, sans le 
retirer, pratiquer de suite les debridements necess-iires, ce qui evite de multiplier 
les operations; 5 les debridements etant operes avec un instrument tranchant qui 
est dt ja introduit dans 1 abces, on est certain qu ils sont fails dans la direction con- 
venable, et on ne risque pas de s egarer en cherchant a retrouver la voie de la 
premiere ponction. 

Les abces qui se deveioppent dans le tissu cellulaire sous-sereux, autour d une 
grande cavitesplanchnique, sont dans des conditions pen iavorables au diagnostic. 
L epaisseur des plans charnus et aponevrotiques qui les separent de la peau empeche 
ordinairement qu ils ne se portent a 1 exterieur, et le pus trouve plus de facility, 
soit a s etendre au-dessous de la membrane sereuse, soil a la soulever, soil a s ou- 
vrirdans que que cavite naturelle ou dans quelque viscerecreux ; aussi, peuvent-ils 
acquerir un grand developpement avant qu oa ait reconnu leur existence, et, dans 
certains cas, c est 1 expulsion de la matiere purulente par quelque voie naturelle 
qui, seule, donne la certitude d un depot dont on n avail pu jusque-la que soup- 
conner 1 existence. Nous en dirons autant des collections purulentes quise forment 
au voisinage ou dans !es parois memes de quelques organes; il n est qu im petit 
nombre de ces abces qui soient accessibles a nos moyens d exploration : parmi ces 
derniers, nous citerons les abces profonds du perinee et ceuxde la prostate, qu on 
pent reconnailre et quelquefois ouvrir, soit en introduisant ledoigtdans le rectum, 
soit en pratiquant le catheterisme. 

D;ins les abces situes au-dessous des os, la fluctuation ne peut elre sentie qu au- 
tant que la collection purulente deborde les os: dela, 1 importance de certaines 
pratiques, comme celle qui consiste, soit a refouier 1 omoplate contre les parois 
thoraciques, soit a faire tousserlemalide, pour repousser et faire refiner vers les 
teguments lepus d un abces dela fosse sous-scapulaire ou du mediastin. Ces sortes 
d abces ne s annoncanl souvenl par aucun phenomene local et sensible, on en 
est reduit aux signes rationnels, et la maladie n est quelquefois pas meme soup- 
connee; dans d autres cas, on n est avertide son existence qu au moment ou 1 eva- 
cuation du pus apprend en meme temps 1 ouverture de 1 abces dans quelqu un des 
\isceres. 

Les abces phlegmoneux peuvent-ils etre confondus avec quelque autre maladie ? 
Les anevrysmes en different tellement qu on concoit a peine la possibilite de la con 
fusion des cleux maladies. On compreiid rnieux que, 1 abces existant au-devant de 
1 anevrysme, comme cela a lieu dans unmode particulier d ouverture de 1 anevrysme 
a 1 exterieur, on ne fasse altention qu a 1 abces et que la lesion principale soit me- 
connue Cette erreur entrainerait de facheuses consequences : aussi, de^a-t-on tou 
jours. lorsqu on aura affaire a un abces situe sur le trajet d une artere, dans le 
jarret, dans 1 aisselle, interroger soigneusement le malude surlamarche de la ma 
ladie, explorer avec soin la tumeur en la deplaant, en la comprimant, etc., etc. 



28 ABC&S CHAUDS. 

Au reste, c est la un point de diagnostic dont 1 exposition sera mieux places a 1 ar- 
ticle ANEVRYSME. 

PBONOSTIC DBS ABCES CHAUDS. II He peut guere etre etabli d une maniere generate, 
parce qu il depend du siege de 1 abces, de ses rapports, de ses causes, de son eten- 
due, des circonstances individuelles. Sa gravite augmentera paries maladies qu il 
complique, le voisinage de parties a denuder, d organes importants a la vie dontil 
gene les fonctions ou dont il altere 1 organisation, par la disposition anatomique 
qui s oppose a la migration du pus vers 1 exterieur. En these generale, on pent dire 
que 1 abces constitue une affection iacheuse, puisque c est une secretion dont 1 or- 
ganisme est 1 agent et fournit les materiaux et dont le resultat est un liquide qui 
nuit par sa presence et doit etre elimine. Du reste, les consequences funestes qu il 
peut entrainer varient infiniment : tantot, c est seulement une cicatrice difforme, 
tantot uneouverture fistuleuse qui lui succede; quelquefois 1 abondance de la sup 
puration altere la sante generale ; dans les abces profonds des membres, les desor- 
dres peuvent etre portcs au point de necessiter 1 amputation , et i!s peuvent, 
ainsi que Jes abces des grandes cavites splanchniques, entrainer la mort des ma- 
lades apresde longues et cruelles souffrances. 

TBAITEMEKT DES ABCES CHAUDS. De ce que je viens de dire resulte que, si Ton 
excepte les cas ou la suppuration est critique, le chirurgien doit chercher a la prc-ve- 
nir. Ce point de therapeutique appartient d ailleurs plus specialement a rinflam- 
mation. Lorsque 1 abces est inevitable et que le pus commence a se former, si 1 in- 
flammalion marche avec rapidite, on emploie quelquefois les snignees capillaires; 
si elle marche lentement, les maturatil s, qu on fait preceder des emollients pour 
peu qu il y ait en meme temps d induration. 

Le pus reuni en foyer, que convient-il de faire? La resolution est un resultat ex- 
ceptionnel et si rare qu on a entierement renonce a 1 emploi des moyens regardes 
jadis comme propresa favoriser cette terminaison. L evacuation du foyer purulent 
et le recollement de ses parois, tel est done le seul but qu on se propose : mais, faut-il 
pratiquer aupus une issue artificielle, ou doit-on se borner a seconder par 1 appli- 
cation de topiques appropries la disposition naturelle de ce liquide a se porter ;iu de- 
hors? C est sans doute la consideration de la tendance qu ont tous les abces a s ouvrir 
a 1 exterieur qui a engage quelques praticiens, parmi lesquels je citerai Hildebrandt, 
professeur a Erlangen, S. Cooper, et M. Josse, d Amiens, a poser en principe qu on 
doit laisser s ouvrir tous les abces phlegmoneux ; mais cette tendance est si souvent 
contrariee par des obstacles difficiles a surmonter ou meme insurnionEables, 1 ou- 
verture spontanee se forme quelquefois si peniblement et les inconvenients qui 
resultent de cette tardive ouverture sont si manifestes, que je crois au contraire 
devoir etablir comme regie generale que tout abces phlegmoneux, accessible a nos 
moyens d exploration et reconnu, doit etre ouvert aussitot qu il est bien forme. Je 
suis loin de croire, avec Boyer, qu on doive laisser s ouvrir d eux-memes les abces 
du visage, du cou, de la mamelle, chez les femmes, pour prevenir la difformite : 
la cicatrice lineaire d une incision est beaucoup moins apparente que celle qui suc 
cede a 1 ouverture spontanee, et 1 ouverture artificielle a d ailleurs 1 avantage de pre 
venir le decollement des teguments, d amener une gnerison plus prompte, et d evi- 
ter aux malades quelques jours de souffrance. 

On attend ordinairement, pour pratiquer 1 ouverture d un abces, qu il ait atteint 
sa maturite, c est-a-dire que la collection purulente soit bien formee et que la base 
de la tumeur ait perdu sa durete et son epaisseur : mais cette regie generale souffre 
de nombreuses exceptions, car 1 abces doit etre ouvert prematurement quand la 



ABCflS CHAUDS. 20 

suppuration est profonde et etendue, quand elle siege au milieu de parties inexten- 
sibles et susceptibles de causer 1 etranglement des tissus enflammes, on quand elle 
affecte des regions abondamment pourvues de tissu cellulaire graisseux, de nerfs 
et de capillaires sanguins ; quand 1 abces avoisine un organe important, dont les 
fonctions, indispensables a la vie, sont entravees, ou qui peutetre denude ; quand 
on craint son ouverture dans une cavite importante, line articulation, le thorax, 
I abdomen; quand on pent redouter, a cause de la disposition des parties, que le 
pus fuse dans d autres regions, ou que les parois de 1 abces restent decollees et 
que 1 abces se transforme en fistule; quand la suppuration est occasionnee par Tin- 
filtration ou 1 epanchement d une substance irritante comme 1 urine, la bile, les 
matieres fecales. Combien d abces reunissent plusieurs de ces centre-indications! 
ainsi, les abces de 1 ceil, du testicule, des articulations, des games tendineuses, de 
la route du crane, de 1 orbite, ducol,du pharynx, de 1 aisselle, du mediastin, de 
la marge de 1 anus, le panaris, les abces sous-aponevrotiques des membres, ceux 
duperioste. Le voisinage d un tronc arteriel n indique pas 1 ouverture de 1 abces, 
comme on 1 avail pense, car on sait que, loin de s ulcerer, I arlere s epaissit p ir 
If fait de 1 inflammation. 

L ouverture des abces phlegmoneux pent etre faite a 1 aide du bistouri ou de la 
lancette. Les parties a diviser doivent etre soigneusement explorees, surtout si l ;ib- 
ces estsitue au voisinage d un gros vaisseau, car il est quelquefois arrive aux chi- 
rurgiens d ouvrir une artere importante. Si 1 abces est profond et qu on ait quel- 
ques raisons pour redouter le danger que j indique, ou si Ton craint d entrer 
dans quelque cavite, on penetrera successivement et couche par couche de dehors 
en dedans, en se guidant avec le doigt indicateur, qui explore les parties, et en de- 
chirant aveclasonde cannelee les couches les plus profondes. On pent memo, dans 
certains cas, s il s agit d un abces du foie, du rein, par exemple, inciser dans une 
certaine profondeur et laisser a 1 organisme le soin d achever 1 operation : c est 
dans ces occasions qu on a employe avec avantage la potasse caustique. Ces cas ex- 
ceptes, 1 incisiou est faite en un seul temps, afin de manager les souffrances du 
malade. Elle est faite de dehors en dedans ou de dedans en dehors : le second pro- 
cede est plus prompt et moins douloureux, parce que la peau est soulevee ettendue 
par I instrument, tandis que, suivant le premier, elle s affaisse au moment ou le pus 
s ecoule; on devra done le preferer. Une precaution importante dans cette incision 
consiste a incliner le bistouri, afin de ne pas aller, avec la pointe, blesser le fond 
de 1 abces et les parties sous-jacentes. 

Le siege, 1 etendue, la direction, le nombre des incisions, sont surbordonnes 
a cette idee principale, qu il faut ouvrir au pus une voie d ecoulement large et 
pcrmanente , en tenant compte cependant de quelques indications secondaires. 
Ainsi, 1 ouverture sera faite, autant que possible, a la partie la plus declive et eii 
meme temps sur le point ou les teguments sont le plus amincis, parce que Ton 
previendra de cette maniere 1 ulceration et le decollement de la peau, et que 
1 operation, pratiquee dans ces conditions, sera moins douloureuse. 

Si 1 abces est petit et superficiel, une simple ponction suffira, a moins que la 
peau n ait deja eprouve un certain amincissement, auquel cas on fera une incision 
etenck.e a toute la portion de la peau amincie; s il est superficiel et de mediocre vo 
lume, on ne donnera a Tincision qu une longueur d un a deux centimetres ; enfm. 
s il est profond ou volumineux, 1 incision devra etre plutot large qu etroite: mais. 
quels que soientle degre et 1 etendue de rammcissement de la peau, on sebornera 
a la division de cette membrane, et Ton attendra pour la retrancher, comrne le 



30 ABCKS CHAUDS. 

faisaient trop souvent les anciens chirurgiens, qu il soit demontre qu elle est inca 
pable de se recoller aux parties sous-jacentes. 

Lorsque 1 abces est sous les teguments, la regie est de fairela plaie dans lesens 
de 1 axe du corps ou de la longueur du membre, mais cette regie pent etre mo 
flifiee par les circonstances : ainsi, on incline plus ou moins 1 incision pour eviter 
la blessure de quelque partie importante, telle qu une veine ou un nerf suverfi- 
ciel, ou pour In rendre parallele aux plis de la peau, s ils sont tres-prononces dans 
la region ou on opere, comme cela a lieu, par exemple, dans les regions inguinales 
et axilbires. Ouand 1 abces est place sous les muscles, on conseille generalement 
de suivre, dans 1 incision, la direction des fibres musculaires. An reste, pas plus 
que le precedent, ce precepte n est absolu : dans les regions ou la direction des 
muscles croise celle des giv> tux, c estparallelemeuta ces derniers que 1 in 

cision doit etre faite, et les fibres musculaires sont coupees plus ou moins directe- 
ment en travers; quancl les muscles qui recouvrent un abces sont tres-epais et 
tres-forts, il faut encore les diviser trans versalemeni, car. si 1 incison e tait dirigee 
parallelement a ieurs fibres, la tendance continuelle qu elles ont a se rapprocher 
rcndrait . 1 ecoulement dupus tres-difficile. Cette derniere consideration ne doit pas 
etre oubliee dans le traitement des abces places derriere le grand pectoral on 
le grand fessier. 

Bien qu il soit, en general, preferable de ne faire qu une senle incision, la chose 
n est pas toujours possible. Les : bees tres-vastes sont soirvent pi - - on plrsieurs 
collections secondaires par des debris d aponevroses on de muscles, ou bien ils offrent 
plusieurs points declives, separespar un trajetplus ou moins ctroit et anfractueuv. 
11 est facile de prevoir qu une seule ouverture serait alors insufflsante ou dange- 
reuse, car, pour qu elle put etre utile, il faudrait la prolonger dans toute la lon 
gueur du foyer, ainsi que Delamotte en a donne le conseil, et Ton s exposerait ainsi 
aux dangers d une \iolenteinflammation ; pour peu que 1 abces fut profond, ondi- 
viserait des parties importantes; et enfin, apres la guerison, il resterait une cica 
trice tres-etendue, deprimee, dure, et qui geneiv.it les mouvements du membre. 
On eviteces divers inconvenients en pratiquant de prime abord plusieurs incisions 
dans le centre et aux extremites ou sur les parties lattrales de la collection puru- 
lente. D autres fois, le point de 1 abces le plus saillant et le plus mince, sur lequel 
a ete pratiquee la premiere ouverture, est en meme temps la partie la plus elevee: 
si, dans ce cas, on ne pent donner a la region une position qui facilite 1 ecoule 
ment dn pus, on est encore dans la necessite de pratiquer une seconde incision, une 
veritable contre-ouverture dans la partie la plus declive, oudu moins de dmser h 
levre inferieure de la premiere plaie perpendiculairement a sa direction, de ma- 
niere a obtenir une incision en T, dont la branehe moyenne s etende jusqu au point 
le plus declive de 1 abces. 

Auirefois, aussitcit qu on avait ouverfc un abces, on portait le doigt dans sa cavite, 
et Ton dechirait les brides qui la traversent. On a reconnu depuis que ces brulos 
ne sont autre chose que des vaissea-Mx et des nerfs isoli s par le travail de la sup[ai- 
ration, et, loin de les considerer comme des obstacles a la guerison, on pease 
qu elles peuvent favoriser le recoliement des parois : aussi, de nos jours, s abstient- 
on de cette pratique, et 1 introduction du doigt dans 1 abces n est faite que pour 
remplir quelque indication particuliere, telle que la rechercbe d un corps et ranger, 
Ja connaissance exacte des organes qui sont dans le voisiuage de 1 abces, de la di 
rection etdel etendue du trajet suivi p.ir le pus, de la denudation de telle ou telle 
partie. Souvent, dans le meme but, on emploie, au lieu du doigt, une soude de 



ABCES CHAUDS. 31 

femme ouuu simple stylet boutonne. Si i on avail reeoimu, avi moyeu de ectte ex 
ploration, une communication entie ime collection superficielle et unc collection 
plus profonde, on devrait dcbrider iargement, bien qu avec les precautions ivula- 
mees par les dispositions anatomiques des parties, le trajet par lequel les deux foyers 
sont unis. 

Apres 1 ouverture d un abces, le pus s ecoule au dehors par suite des contractions 
musculaires et de la reaction des parties voisines. Le ehirurgien ai 
cuation par des pressions douces et menagees. Ce serait faire souffrir au malade des 
douleurs inutiles quede s obstiner a exprimer jusqu aux dernieres gouttes de pus. 
D ailleurs, les parois de 1 abces, longtemps ecartees, ne recouvrant pas toute de suite 
toute leur elastieite et ne pouvant rester immediatement en contact dans tonics 
leurs parties, 1 air exteiieur prendrait la place du pus: or, il convient d i \ilcr 
cette introduction de 1 air, peut-etre trop redoutee paries chirurgiens, mais qui, 
bien certtdnement, ne peut offrir aucun avantage. 

La conduite a tenir dans le pansement des abces phlegmoneux jusqu a leur en- 
tiere guerison presente d assez nombreuses differences : je vais en tracer jci les 
regies les plus generates . 

Lorsque 1 abces est tres-petit et que la peau seule a etedivisi e, soit que I OUM i- 
ture ait eu lieu spontanement, soit qu elle ait etc faite par le chirurgien, on se con- 
lente de panser a plat; mais, des que I alice-a aequis un certain volume, il est rare 
que ses parois s agglutinent dans les vingt-qu itre heures qui suivent son ouvertui e. 
Le travail d adhesion marchant plus vile a la surface de la solution de continuite 
qui resulte de 1 incision, les bords de celles-ci tendent a se cicatriser et rv retenir 
dansle foyer le pus que ses parois contiuuent a secreter : de la, une tendance de 
1 abces a se reproduire. On previendra cette agglutination en porlaiit a (ravers les 
levies de 1 abces, jusque dans le foyer purulent, une meche de linge etroite et en- 
duite de cerat, que Ton renouvellera toutes les douzebcures et qiic 1 Ton supprimera 
definitivement au bout de troisou quatre jours. Ouelques chirm dispensent 

de 1 emploi des meches et se contentent de decoller les levro-- de la plair, lors des 
premiers pansements, en portant entre elles un stylet mousse ou une sonde canne- 
lee qu ils font penetrer jusqu au centre de la cavite. Cette pratique, suffisante pour 
les abces superticiels, ne vaut pas 1 emploi de la meche lorsque les parois du foyer 
sont tres-epaisses. 

La plaie et les parties voisines ayant ete bien abstergees, on recouvre 1 incisiou 
d un petit carre de linge fenetre enduit de cerat et d un plumasseau de charpie, 
maintenus par une ou plusieurs compresses et par une bande roulee. La par tie ma- 
lade est mise ensuite dans une position telle que le pus ait plus de ic inUmce a s e- 
couler au dehors qu a sejourner dans le fond de 1 abces. Les pansements suivants ne 
different pasdu premier. Dans les vastes abces des membres, il y a de 1 avant - 
exercer une pression uniforme au moyen d une bande rouleo, en ayant soin de lais- 
ser libre 1 ouverture, qu on couvre seulement d un cataplasms emollient jusqu a 
ce que rinflammation soit calmee. On n introduit plus aujourd hui ni charpio ni 
tente dans le foyer purulent; on a egalement renonce aux topiques multiplies que 
les anciens employaient, sous les noms de mondificatifs et de detersifs, dans la vuc 
de nettoyer la cavite. Persuades que le degorgement et la cicatrisation se font par 
les seules forces de 1 organisme, les chirurgiens de nos jours se bornent, taut qu il 
ne survient pas de complications, a des soins de proprete et aux pansements simples 
qui viennent d etre indiques et qu ils renouvellenl aussi souvent que le reclame 
1 abondance de la suppuration. 



32 ABCES CHAUDS. 

En fournissant une issue au pus, les chirurgiens plaoent 1 abces dans les conditions 
necessaires a sa guerison , mais celle-ci ne peut s achever completement que par 
1 intervention d un travail qui doit s operer dans les parois du foyer et en determi 
ner le recollement : or, ce travail et ses consequences, qui sont 1 oeuvre de la nature, 
peuvent etre retardes ou empeches par des obstacles de plusieurs sorte-, qu il im- 
porte de faire connaitre, aiin qu on sache dans 1 occasion comment les combattre. 

1 Un abces peut raster fistuleux, parce qu un corps etranger sejourne dai 
interieur, soil que le corps etranger preexiste a 1 abces et en ait ete la cause deter- 
minante, soit qu il ait etc introduit par 1 ouverture meme pratiquee pour donner 
issue aupus. Lorsque le chirurgien aura quelque raison de soupconner cette compli 
cation, il acquerra la certitude de la presence du corps etranger en sondant la 
plaie avec un stylet, et fera cesser les accidents en procednnt a son extraction. 

2 La peau est extremement amincie et decollee dans une etendue plus ou moms 
grande, par suite du sejour prolonge du pus, et la vitalite de cetie membrane est 
tellement al iaiblie que son recollement devient impossible et que la plaie faite pour 
vidtr 1 abces demeure iistuleuse. II faut, dans ce cas, etablir une compression bien 
faite, afm de provoquer 1 adhesion des parties entre elles. Si ce moyen echoue, on 
en vient a 1 excision de la peau decollee, que Ton pratique, soit avec des ciseaux, 
soit plu tot avec le bistouri porte obliquement sur les bords de la plaie, de maniere 
a les transibrmer en une sorte de talus etendu des teguments sains jusque vers Je 
ibnd de 1 abces. 

3 La guerison peut encore etre retardee, parce que la disposition analoniique 
des parties, leur mobilite continuelle, ou 1 amaigrissement du sujet et la ibnte du 
tissu cellulairegraisseux, s opposent a 1 accollement des parties du fovr. On peul 
recourir a plusieurs moyens pour guerir ces abces devenus tistulenx. Ainsi, qiiand 
c est I amaigrissement qui entretient 1 ecartement des parois, onenvoie le malade a 
la campagne, on donne une nourriture analeptique, et, par tons les moyens de 1 hy- 
gicne, on s efiorce de ramener 1 embonpoint. Boyer raconte que, dans un cas de ce 
genre, il obtint la guerison d un abces des parois du ventre en conseillant une 
grossesse pendant laquelle 1 uterus exerga une compression excentrique sur les pa 
rois de 1 abces. Des pansements bienfaits etune compression metbodique, exerce e a 
1 aide de compresses graduees et de bandes, sont ici d un grand secours. On s 
quelquefois bien trouve d avoir maintenu les parties dans uae immobilite prolongee : 
c est ainsi qu on est parvenu a guerir des abces de 1 aisselle en maintenant le bra> 
fixe contre les parois de la poitrine. 

4 Une derniere circonstance qui peut entraver la marche de la maladie locale 
vers la guerison et exercer en meme temps une influence lacheuse sur la sante ge 
nerate, c est la retention ou stagnation du pus dans la cavite de 1 abces ; or, cet 
accident peut tenir a plusieurs causes, dont les principals sont : 1 etroitesse de 
1 ouverture, 1 etendue du foyer, la situation de son fond declive par rapport a 
son entree, 1 existence de sinuosites et de culs-de-sac ou clapiers plus ou moins 
nombreux, plus ou moins etendus. On soupconne 1 existence de ces arriere-ca^ 
et le croupissement du pus quand on voit ce liquide sortir, a chaque pansement, 
avec plus d abondance que ne le comporte le volume apparent de 1 abces; on s en 
assure en ramenant le pus vers 1 ouverture, au moyen de pressions exercces sur 
les parties voisines ; on s instruit de la lorme, de la direction, de 1 etendue de Li 
cavite, en 1 explorant avec le doigt ou avec une sonde. Vindication evidente est de 
favoriser, par tous les moyens possibles, Tissue de la matiere purulente. 

11 suftit quelquefois de chanaer la position de la partie malade pour prevenir le 



ABCES C1UUDS. 55 

croupissement du pus : j ai vu moi-memeleprofesseurJ.Cloquetobtonirlaguerison 
d abces de 1 avant-bras, dont le fond remontait vers 1 articulation du coude, tandis 
que 1 ouverture etait plucee pres du poignet, en faisant tenir la main et 1 avant-bras 
pendants hors du lit. Toutes les fois done qu il sera possible de faire garder au 
malade une position telle que 1 ouverture de Tabces soil dirigee en bas, tandis que 
le reste de la cavite est plus ou moins eleve, on devra y avoir recours. Si la sta 
gnation du pus parait tenir a ce que 1 entree de 1 al ces est trop etroite, il faut Tagran- 
dir et lui donner Tetendue convenable a 1 aicle d un bistouri conduit sur une sonde 
cannelee. La compression expulsive faite sur letrajet exterieur du foyer est unmoyen 
tres-utile, maisqui exige,dans son emploi, beaucoup de piudenceet d attention . Le 
fond de 1 abces, lieu ou le pus s accumule, etant plus vaste et plus enfonce que le 
trajet qui conduit a son ouverture, il en resulte qu une compression exercee egale- 
ment sur toute la tumeur accollera les parois de 1 abces pres de 1 orifice et agira a 
peine sur le fond, c est-a-dire que, loin de favoriser Tissue du pus, elle le retien- 
dra, ce qui est 1 effet contraire a celui qu on se propose d obtenir. II laut que la 
compression pese sur le reservoir du pus, et s exerce a peine sur le chemin qui 
conduit ce liquide au dehors. Cette condition sera rempliepar une disposition, sage- 
ment ordonnee, de compresses graduees, qui pressent suitout sur les points ou sta- 
gnent les matieres. La compression ne convient pas dans les cas ou les parois de 
Tabces sont le siege d une vive sensibilite, et elle reclame toujours une grande per 
fection dans la maniere dont elle est appliquee, car, si elle est faite avec inexacti 
tude, elle peut occasionner des accidents inflammatoires. 

Dans les abces sinueux, on peut faciliter la sortie du pus en intioduisant et 
maintenant dans la cavite une sonde de gomme ekistique, ouverte a ses deux 
extremites. La canule conduit le pus au dehors par le canal dont elle est creu- 
see et parce qu elle redresse les sinuosites de 1 abces, en sorte que le pus s ecoule 
plus promptement et par un trajet direct. On se trouve bien aussi des injections 
faitcs avec une liqueur, emolliente d abord, puis legerement stimulante : outre 
qu ellesentrament les matieres, elles lavent les parois du foyer et y developpent une 
excitation salutaire. II est important de les pousser sans violence, et de placer le 
midude dans une position telle que le liquide injecte puisse ressortir par sa seule 
pesanteur : on evitera ainsi la distension do loureuse de la cavite, les deehirements 
dela poche qui contient le pus, et les infiltrations dans le tissu cellulaire voisin. 

Lorsqtie la stagnation dupus est due a la disposition anfractueuse du foyer puru 
lent et a I existence d un ou de plusieurs clapiers, un des meilleurs moyens auxquels 
on puisse recourir consiste en une ou plusieurs contre-ouvertures faites dans un lieu 
favorable a 1 ecoulement des liquides. Pour se gnider dans cette operation, on retient le 
pus dans sa cavite pendant vingt-quatre heures, puis Ton remarque les points qu il 
souleve et ceux dont la compression cause Tissue du liquide, et Ton incise sur eux 
de debors en dedans. On peut encore introduire par Touverture premiere le doigt 
indic;iteur, ou, s il ne suffit pas, une sonde cannelee, qu on fait penetrer aussi loin 
que possible, et dont la pointe, poussee contre les parties molles, sert a guider le 
bisto .ri. Les contre-ouvertures doivent etre assez gi andes pour que le pus sorte 
librement. Lorsqu il existe plusieurs clapiers, il devient necessaire de multiplier 
les incisions etd en faire une pour chaque clapier, a moins que la constitutionana- 
tomiquedes parties ne permette d en pratiquer une seule qui soit con munea tous. 
Quelquefois la disposition de la region empeche de donner aux contve-ouvertures 
la position ou Tetendue qu on aurait desire : c est alors qu on pouiTcdt, avec avan- 
tsge, employer un nioyen dont les anciens chirurgiens ont peut-etre abuse, mais 

DICT. E:\C. I. 3 



34 ABCES FROIDS. 

qui me semble de nature a etre reproduit dans ce cas particulier ; je veux parler 
du seton, mene d une des ouvertures a une autre en traversant la cavite qui ren- 
ferme le pus, ou, mieux encore, de ces sondes flexibles, en caoutchouc vulcanise, 
percees d ouvertures laterales, que Ton emploie beaucoup aujourd hui, et qui out 
1 avantage de permettre le lavage du foyer et d en operer avec facilite 1 epuise- 
ment par une sorte de drainage permanent. 

Les differents moyens qui viennent d etre indiques n ont pas une egaleefficacite, 
et ne conviennent pas precisement aux memes cas : on peut les employer seuls, en 
associer plusieurs, on essayer successivement de tous. Lorsque 1 abces n est point 
sinueux, la position, le debridement de 1 ouverture, et la compression, seuls ou en 
semble, suftisent ordinairement. S il est sinueux, on peut employer concurremment 
les canules de gomme elastique et la compression. Quand il y a des clapicrs nom- 
breux ou etendus, les contre-ouvertures conviennent particulierement ; la compres 
sion et les injections ne sont que des moyens accessoires. Enfin, il est des abces pro- 
fonds qui presentent des culs-de-sac inaccessibles a I lnstrument tranchant : ici 
encore les contre-ouvertures conviendraient, mais elles ne peuvent etre faites, et la 
compression elle-meme est quelquefois impossible ; c est dans ces cas qu on est 
force d avoir recours aux injections comme au moyen le plus efficace. 

En s appliquant au traitement local de la maladie, le chirurgien ne doit pas 
perdre de vue 1 etat general du malade ; cela est d autant plus important que la duree 
indefinie de certains abces tient quelquefois uniquement a 1 alteration proloiide 
de la sante generale et a un affaiblissement extreme qui rend 1 organisme inapte 
au travail de la cicatrisation. La guerison ne peut alors etre obtenue qu en prescri- 
vant au malade un regime fortifiant. Est-il besoin de dire qu un traitement special 
doit etre dirige centre la cause de 1 abces ou centre la maladie a laquelle il se rat- 
tache, Jorsqu il est symptomatique d une affection locale, generale, ou specin que ? 

II. Abces froids. Je decrirai sous ce nom les collections purulenles qui se 
forment lentement, sourdement, presque sans douleur, dans le tissu cellulaire, et 
dont le developpement n est pas lie a une maladie primitive dos os ou des articu 
lations. Cette definition, un peu differente de celle qui a ete donnee par la plupart 
des auteurs, a 1 avantage de circonscrire exactement le sujet et d en ecarter tout ce 
qui ne lui apparlient pas en propre : le siege des abces froids dans le tissu cellu 
laire les differencie des depots qui se forment dans les ganglions lymphatiques, de 
pots dus le plus souventaunramollissementdematiere tuberculeuse, et qui seront 
etudies plus convenablement dans 1 article consacre aux differentes especes d AoE- 
HITES ; et leur independance d une maladie primitive des os ou des articulations 
les distingue des abces symptomatiques, dont la description ne doit pas etre separee 
de celle des maladies qui leur ont donne naissance. 

Les abces froids different des precedents, c est-a-dire des abces chauds ou 
pblegmoneux, non-seulement par leur duree et la lenteur de leur marche, mais 
aussi, comme on va le voir bientot, par leurs causes, leurs caracteres anatomiques, 
et leur traitement. 

CAUSES DES ABCES FROIDS. Au lieu de dependre le plus souvent, comme les 
abces chauds, de causes locales et directes, ceux-ci se developpent ordinairement 
sous 1 influence de quelque cause interne et generale, dans la convalescence 
des maladies graves, sur des malheureux epuises par la fatigue, la misere et la 
salete, et loges ordinairement dans des lieux bas, humides, obscurs et mal aeres. 

On les voit quelquefois apparaitre a la suite d une contusion, d une pressioO 
forte, ou de fiottements prolonges : c est ainsi qu ils surviennent chez les jeunes 



ABCES FROIDS. 35 

solclats, au cou, au dos, a la partic anterieure de 1 epaule, a 1 avant-bras gauche, 
lieux du corps qui souiTrent la pression et les frottemenls du s-ic, ou ijui sont 
exposesaux chocs repeles du lusil. Peut-etre ces circoustances no iunt-elles, <:umme 
le pense Boyer,que des causes accidenteiles ou deterariuantes, qui n auraii ir point 
agi, ou qui auraient produit d autres effets, s il n avail pas existe chtz les sujets 
une disposition generate , qui est le veritable principe de la maladit : c e^t, du 
moius, ce qu on est assez dispose a croire, eu voyaut que les abces froias ne sur- 
viennent presque jamais que chez des iudividus d un temperament lymphatique, 
d un aspect chetif, et d une constitution faible ou debilitee. 

SIEGE DES ABCES FROIDS. Dememe que les abces chauds, ils peuvent semontrer 
partout, mais on les observe plus particulierement dans les regions bien fournies 
de tissu cellulo-adipeux. Rares a la tete, ils sont assez frequents an col, aux parois 
de la poitrine et de 1 abdomen, aux lombes, aux membres, et specialement a la 
par tie posteiieure de la cuisse. Ils siegent le plus souvent sons la peau ; quelque- 
fois, cependant, ils sont profondement silues dans le tissu cellulaire qui unit la 
plevre ou le peritoine aux parois tboraciques ou abdominales, entre les cotes et les 
muscles, dans les fosses iliaques, sous 1 aponevrose f ascia-lata. 

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES ABCES FROIDS. Le pus que renferment les abces 
froids est mal elabore, peu consistant, sereux, d un jaune verdatrc, semblable ; v i du 
petit-lait trouble, contenant en suspension quelques flocons de nature mal deter- 
minee, quelquefbis visqueux et tilant, ou mele d une certaine quantite de sang. II 
s altere et se putrefie promptement a 1 air et repand parfois une odeur nauseabonde. 

Les parois de ces abces, surtout lorsqu ils siegent sous la peau, sont ordinaire- 
mentsouples et molles, et leur cavite, bien limitee, sans cldsons ni brides, forme 
une sorte de kyste, tapisse par une couche membraniforme, douce au touclier, d3 
couleur rougeatre ou gnse, d un aspect veloute, qui 1 a fait comparer aux mem 
branes muqueuses, quoiqu elle en differe essentiellement parl absence deslollicu- 
les et des villosites. Lorsque 1 abces est ancien, la iausse membrane est appuyee sur 
une couche de tissu indure, d epaisseur variable, tantot de couleur blanche, tantut 
plus ou moins injecte et d aspect rose, et son union avec cette couche est tellement 
intime que j ai vainement essaye plusieurs fois de Ten separer et de 1 obtenir sous 
forme de membrane distincte : c est done une surface membraneuse qui repose sur 
un engorgement circonscrit plutot qu une veritable membrane. 

Quelle est son origine? On a long temps admis qu elle resulte de la condensation 
du tissu cellulaire voisin, dont les lames, distendues par le pus, s appliquent les 
unes sur les autres; telle est 1 opinion prolessee par Boyer. Cependant, deja avant 
cette epoque, lestravaux de Hunter et de Chaussier avaient appris quel est son ve 
ritable mode de dcveloppement. La membrane pyogenique des abces froids est un 
produit de secretion Iburni par les vaisseaux de la partie malade. On la rencontre, 
en effet, dans des regions ou 1 anatomic n a point encore fait reconnoitre de tissu 
cellulaire, et ou, par consequent, la condensation de ce tissu ne peut lui dormer 
naissance : c est ainsi qu on trouve, dans la substance cerebrale, des kystes bien 
formes, qui circonscrivent des epanchements sanguins ou purulents. Dans les re 
gions du corps riches en tissu cellulaire, on voit, a la verite, celui-ci refoule sur 
lesco tes de 1 abces, ainsi que les muscles, les aponevroses et les organes voisins ; 
mais toutes ces parties sont simplement deplacees et accolees a la membrane, qui a, 
quel que soil le lieu ou elle se developpe, 1 effusion et 1 organisation de la lymphe 
plastique po .ir seule origine. La couche solide qui la supporte alors est due aussi a 
1 infiltrai :1 n &< la lymphe plastique dans les tissus environnants. 



56 ABCfiS FROIDS. 

La membrane interne des abces chroniques,anciens, et volumineux, mente une 
attention particuliere. C est, comme 1 a dit Dupuytren, un organs nouveau qui 
prend rang dans 1 economie vivante, qui secrete, absorbe, est quelquefois doue 
d une sensibilite manifeste, et peut, dans certaines condi ions, etre influence par 
1 etot des principaux visceres, et reagir, a son tour, sur le reste de rorganisme. 
De toutes les proprietes de cette membrane, les plus remarquables sont 1 absorption 
et la secretion continuelles du pus contenu dans la cavite qu olle limite : de la re- 
suite le renouvellement incessant de ce liquide. Soit par suite de ce renouvellfr 
merit continue!, soit par toute autre cause, la matiere de l abce> peut sejourner 
au milieu de notre corps pendant des mois sans eprouver d alieration sensible, 
tandis qu elle subirait dans 1 espace de quelques jours une decomposition putride, 
si elle etait renfermee dans un vase inerte. II ne faut pas croire cependant que cette 
derniere proposition soit d une application absolue, et que tous les abces qui n ont 
pas ete ouverts soient a 1 ahri de 1 alteratiou du pus : Morgagni, Lnllemaud et P. Be- 
rard ont note la feticlite de certains abces du cerveau. Quand I exhalation et 1 ab 
sorption se font equilibre, la maladie demeure stalionnaire. Le plus ordinairement, 
les progres du mal annoncent la predominence de I exhalation. Dans quelques cas 
rares, la diminution ou la disparition de 1 abces sans accidents indique que le pus 
est repris par absorption. 

Les abces iroids sont toujours exactement circonscrits, et ne se compliquent pas 
de ces fusees pumlentes qu on observe dans les abces chauds. Dans lescas frequents 
ou 1 augmentation progressive de la collection purulente a lieu, la membrane n est 
point rompue, elle s agrandit en refoulant ce qui 1 environne ; de la vient qu on 
trouve autour du foyer, ainsi que je viens de le dire a 1 instant, le tissu cellulaire 
condense, les muscles, les vaisseaux, les nerfs, appliques les uns aux autres, sou- 
leves et aplatis. 

La tendance du pus a se porter vers les surfaces tegumentaires est beaucoup 
moins marquee dans les abces froids que dans les abces phlegmoneux. Le mouve- 
ment inflammatoire qu ils excitent autour d eux etantnul ou du moins tres-faible, 
ils sont soumis davantage aux lois physiques et suivent, pour arriver a la surface 
du corps, le chemin le plus facile et non le plus court : ainsi, quand la collection 
purulente est profonde, elle se fraye une voie a travers les parties qui lui ofirent le 
moins de resistance et fuse le long des aponevroses, en obeissant aux lois de la pe- 
santeur, jusqu a ce qu elle rencontre une de ces ouvertures naturelles que traver- 
sent les vaisseaux ou les nerfs ; alors se forme sous la peau une secoude poche, 
qui communique avec la premiere par une ouverture plus ou moins etroite. ju on 
ne s exagere pas cependant 1 inertie des abces froids , 1 absorption qui s exerce au 
tour d eux a une marche lente, mais continuelle, et son activite se reveille, sui- 
vant la r marque de Hunter, quaiii! la collection purulente a franchi les obstacles 
qui la separaient de la peau : on voit alors cette membrane rougir, s enflammer, 
et Ton peut suivre sur les teguments les progres d un travail d ulceration qui porte 
au dehors les substances etrangeres a 1 economie. 

Lorsque 1 abces est ouvert, soit spontanement, soit par la main du chirurgien, 
et qu il reste long-temps fistuleux, la membrane pyogenique, nudifiee par suite des 
conditions nomelles dans lesquelles elle se trouve, devient rouge, epaisse, granu- 
leuse, quelquefois fongueuse, et son organisation se rapproche de plus en plus de 
celle des membranes muqueuses ; le liquide qu elle secrete peut, a la longue, etre 
akere lui-meme et presenter des caracteres qui le rapprochent du mucus. 

SYMPTOMES DES ABCES FROIDS. Le nombre des abces froids est variable . le plu 



ABGES FROIDS. 37 

souvent il ii y en a qu un seul, mais il n est pas rare d en trouver plusieurs. Leur 
volume est en raison inverse de leur nombre : ainsi, lorsqu il y C-M ;i plusii ->urs, ils 
sont generalement petits, tandis que, dans le cas ou 1 abces est unique, il esl assez 
developpe et atteint quelquefois des proportions considerables, s etendant , par 
exemple, depnis 1 epaule jusqn au coude, occupant line fesse tout entiere ou touj 
un cote du thorax. 

Les abces froids sont ordinairement precedes par un engorgement plus ou moins 
etendu, a base circonscrite, immobile, sans chaleur, sans alteration de couleurde 
lapeau. Selon Boyer, il n y a pas eu pnalablement dt> douleur, soil proche, soit 
eloignee ; Thompson ne croit pas a une inertie aussi complct", it il est rare, en 
effet, qu un abces froid survienne sans qu on pui^si" Nii-ir qnelqiK S symptuin-s 
d inflammation, tels qu un peu de douleur et de chaleur local PS. Apre< 1111 l-nips 
variable, quelquefois fort long, la tumeur se ramollit du centre a la circonference ; 
les synrpt mes inflammatoires oV-viennent alors plus evident?, un certain d 
de chaleur se fait sentir, la peau prend une teinte rouge pale, quelquefois violacee, 
en meme temps qu elle s amincit, et lamatiere purulente s tchappe an dehors. L ou- 
verture, d abord tres-petite, ne tarde pas a s agrandir, par suite du travail d absorp- 
tion qui continue a s e\ercer sur la peau, dontl epaisseur se reduit de plus en plus. 

Telle est la marche la plus ordinaire, mais ron pas la marche constante, des 

abces froids. Ainsi, quand la collection est profonde, 1 empatement est moins bien 

circonscrit , la peau ne change point de couleur pendant que le ramollissement 

s opere, et, lorsque la tumeur devient sous-cutanee, elle est de suite fluctuante. 

Certains abces sous-cutanes se forment sans avoir ete precedes d; 1 douleur ni d en- 

gorgement du tissu cellulaire, desorte qu un jour, et par hazard, le malade ou le 

chirurgien s apercoit de la presence d une tumeur molle, fluctuante, indolente, 

sans changement de couleur a la peau. Quelquolbis, au milieu d un engorgement 

etendu a la presque totalite d un membre, s etablissent plusieurs foyers, et par 

suite plusieurs collections purulentes. Enfin, on voit, chez des sujets affaiblis par 

1 age, la misere, des exces, ou des maladies anterieures, s etablir une sorte de dia- 

these purulente, qui se manifeste par 1 apparition simultanee ou successive, en 

divers points du corps, de plusieurs abces qui n ont ete precedes d aucun symptome 

inflammatoire. Ces abces, decrits par Delpech sous le nom d abces sondains, s ac- 

croissentavec rapidite, fournissent beaucoup de matiere purulente, s accompagnent 

d une diarrhee al ondante et fetide et d une fievre a forme adynamique, et se termi- 

nent presque toujours par la mort des malades, qui succombent dans le marasme. 

Lorsqu un abces froid est bien forme, il peut se comporter de plusieurs ma- 
nieres : tantot il persiste pendant un temps indefini, c est-a-dire pendant des mois 
et des annees, sans troubler la sante des sujets, soil qu il conserve le meme vo 
lume, soit qu il augmente, soit qu il passe par des alternatives d augmentation et 
de diminution. Tantot, ce qui est plus rare, il disparait spontanement par suite de 
1 alteration et de la resorption du pus , et, alors, si la peau a subi un amincisse- 
ment et une alteration considerables, elle se recoil e aux parties profondes sans re- 
prendre jamai? son aspect naturel, de telle sorte qu il reste a la place qu occupait 
1 abces une depression qu on prendrait pour une cicatrice. Enfin, dans 1 immense 
majorite des cas, 1 abces s ouvre a 1 exterieur suivant le mode indique plus haut. 

Apres 1 ouverture de 1 abces, le pus continue a coder pendant un temps quel 
quefois fort long, meme dans le cas ou la collection purulente n a qu un volume 
mediocre , car il est assez rare que le recollement des parois s accomplisse aussi 
promptement que dans les abces chauds. Si le foyer est tres-etendu, on voit quel- 



58 ABCES FROTDS. 

quefois survenir, rers les trois ou quatre premiers jours, une douleur locale plus 
ou moins vive, accompagnee d accidents generaux, qui tiennent a 1 inflammation 
aigue des parois de 1 abces : c est une fievre analogue a la fievre traumatique, qui a, 
parfois, assez de violence pour compromettre la vie du malade, mais qui, le plus 
souvent, tombe d elle-meme ou disparait a 1 aide d un traitement antiphlogistique 
plus ou moins actif. Une fois la suppuration etablie, 1 abces, diminuant chaque jour 
de surface, marche peu a peu vers la guerison, et finit par arriver a la cicatrisation 
complete : ce sont les cas heureux. D autres fois, 1 ouverture reste fistuleuse, et, si 
la quantite de pus qui sejourne dans le foyer est un peu con>iderable, on voit sur 
venir tons les accidents de la fievre hectique. Dans les cas ou les malades insistent 
a ces accidents et fmissent par guerir, la cicatrice est souvent enfoncee, irregu- 
liere, et plus ou moins difibnne. 

DIAGNOSTIC DES ABCES FROIDS. Tout abces froid, quelque marche qu il ait suivie, 
se presente, lorsqu il est arrive a la periode de ramollissement, sous la forme d une 
tumeur molle, fluctuante, circonscrite, indolente, recouverte d une peau seche, 
farineuse, amincie, et qui ne rougit que dans le dernier degre de la maladie. Cette 
tumeur n est jamais surmontee d une pointe saillante, comme celie des abces phleg- 
moneux, et la fluctuation est toujours tres-evidente, parce que le pus a peu de con- 
sistance, que la peau est amincie, et que les teguments ne sont point infiltres de 
serosite ou de lymphe plastique. A tous ces caracteres et a la lenteur de leur mar 
che, on distinguera les abces froids des abces chauds. 

11 sera plus difficile d etablir le diagnostic differentiel entre les abces froids et les 
abces symptomatiques, car ces derniers ont une marche tres-lente et ressemblent 
1 ar leurs caracteres physiques aux abces froids, dont ils ne different que par la 
cause qui les entretient. I/inspection du malade, les circonstances antecedentes, 
les signes propres aux maladies des os, apprennent si 1 al ces froid est essentiel ou 
s il se lie a quelque affection concomitante. Dans cette circonstance, le diagnostic 
de 1 abces froid essentiel repose, comme on le voit, sur des signes negatifs. La cir 
constance d un engorgement qui a precede- distingue beaucoup d abces froids de 
ceux par congestion. Si la tumeur a ete fluctuante de prime abord, on reconnait 
1 abces par congestion a sa reductibilite plus ou moins complete et aux douleurs 
qui se sont montrees auparavant sur quelque point du squelette eloigne de la col 
lection purulente. Les abces scrofuleux, qui succedent a 1 engorgement et au ra 
mollissement des ganglions lymphatiques, sont caracterises par leur siege, par la 
sortie d une matiere granuleuse qui n est que du tubercule ramolli, et par la trans 
formation frequente de 1 ouverture en un ulcere scrofuleux. 

Des kystes ont ete pris pour des abces froids, et recipi oquement : cette erreur a 
peu d inconvenients, et est d ailleurs facile a eviter par la ponction exploratrice ; 
aussi n insisterai-je pas sur ce point. Des erreurs beaucoup plus graves et quelque- 
fois funestes pour le malade ont ete commises, soit qu on ait plonge le bistouri 
dans un anevrysme pris pour un abces froid, soit que, par suite de la meme me- 
prise, on ait incise un fongus articulaire, une tumeur encephaloide en voie de 
ramollissement, ainsi qu il en existe de nombreux exemples dans la science, soit 
qu on ait ouvert, comme 1 a vu J. Petit, la vesicule biliaire distendue et la 
vessie herniee, ou que Ton ait ponctionne, comme 1 a fait Boyer, un des ureter es 
dilate ; mais ce n est pas ici le lieu d indiquer les precautions au moyen desquellcs 
on evitera de commettre des fautes de ce genre : les details relatifs a ces questions 
de diagnostic seront mieux a leur place dans les articles consacres aux diverses 
maladies qui viennent d etre mentionnees. Je ne quitterai cependant pas ce sujet 



ABCES FROIPS. 39 

ans dire un mot des tumeurs encephalo ides, parce que 1 erreur est ici lics-fa- 
chcuse, qu elle a etc frequemment commisc, qu elle Test encore de nos jours, 
comme je 1 ai constate tout recemment, et que les moyens de 1 eviter ne sont pas 
generalement connus. Ce qui a trompe les praticiens dans ce cas, c est la grunde 
mollesse des tissus unie a beaucoup d elasticite. Pressee avec une seule main, cotte 
sorte de tumeur s affaisse a cause de sa mollesse ; elle se releve, en vertu de son 
elasticite, aussitot que cesse la compression : si on applique les deux mains et qnr 
Ton presse alternativement avec cbacune, le meme elfet se produit ; mais, connnc 
la repulsion d une main a lieu au moment oil 1 autre exerce une pression, col to 
repulsion est attribute a un liquide deplace par la main qui presse, tanclis qu elle 
est, en realite, I effet de 1 elasticite des tissus comprimes. L erreur sera reconnue 
en appreciant d abord, a 1 aide d une seule main, 1 elasticite ou la puissance de 
reaction propre a la tumeur ; si cnsuite on presse, quelque fortement qua ce soil, 
sui 1 la tumeur avec 1 autre main appliquee a quelque distance de la premiere, la 
sensation de soulevement eprouvee par celle-ci ne sera aucunement augmontce. 
Cette sensation d elasticite a d ailleurs quelque chose de particulicr que I habilude 
apprend a reconnaitre. Les tumeurs encephaloides ont en outre une marche par- 
ticuliere ; elles causent des douleurs lancinantes ; la peau devient adherente, bleua- 
tre, etc., etc. 

PRONOSTIC DES ABCES FROIDS. Les abces froids ont plus de gravite que les abces 
chauds, car, outre qu ils sont souvent dans la dependance d une alteration generate 
de 1 economie, leur guerison est plus tardive, a cause de 1 organisation plus avan- 
cce de la membrane pyogenique et de la solidite de leurs parois, qui ne peuvent 
revenir sur elles-memes, ni se cicatriser, sans avoir eprouve un changement de 
texture. Cette disposition favorise aussi 1 introduction de 1 air dans le foyer, la stag 
nation du pus, et le developpement des accidents de la fievre hectique ou de 1 in- 
fectionputride. Le danger varie d ailleurs beaucoup suivant le siege, le volume de 
la collection, 1 etat de la sante generale, etc. 

TRAITEMENT DES ABCES FUOIDS. II est general ou local. 

Le traitement general, d une tres-grande importance , surtout dans les cas 
d abces multiples, se compose des moyens propres a modifier la diathese sous 1 in- 
fluence de laquelle se sont formees les collections purulentes : les malades etant 
presque toujours lymphatiques, faibles ou debilites, c est le plus souvent a la me 
dication tonique qu il convient de recourir. 

Le traitement local varie suivant les circonstances. 

Lorsque les abces froids sont precedes ou accompagnes d engorgement, on con- 
seille 1 emploi des medicaments resolutifs ou fondants, telsque les frictions stimu- 
lantes avec des pommades ou des liniments dans lesquels entre l ammoniaque ou 
1 iode ; 1 administration des douches froides ou chaudes, simples, salines ou sulfu- 
reuses ; le massage prolonge ; 1 application sur la partie malade de ventouses seches, 
d un ou de plusieurs vesicatoires volants, de quelque substance emplastique, 
comme I emplatre de Vigo ou le sparadrap de diachylon. Quelques chirurgiens ont 
eu recours a des moxas places a la base de la tumeur ou meme a la cauterisation 
transcurrente, moyens douloureux et peu usites de nos jours. Sous Tinfluence de 
cette medication, et specialement des larges vesicatoires, on a vu quelquefois 1 en- 
gorgement se resoudre ; d aulres fois, et plus souvent, la tumeur se ramollit et 
1 abcesse prononce, resultat qu on peut considerer comme favorable, en ce sens que 
la marche de la maladie est acceleree. 

L abces une fois forme, il faut 1 ouvrir, afm de prevenir l amincissement et h 



40 ABCES FKOIDS. 

disorganisation de lapeau,d ou resulteraient des decollements, dcs 6stules, ou dcs 
ulceres dilficiles a gueiir etqui laisseraient apres eux des cicatrices difform 
indication est encore plus impei ieuse lorsque la collection est profonde, parce que, si 
on abandonnait les choses a elles-memes, le pus, n ayant pas la meme tendance a 
se porter a 1 exterieur que dans les cas d abces chauds, s accumulerait dans la poche, 
dc sorteque, celle-t ut incessamment, [ inflammation des parois du lover, 

au moment de son evacuation spontanee, deviendrait d autant plus dangereuse 
qu il aurait plus d etendue. Mais, si le chirurgien ouvre lui-meme les abces 1 roids, 

nolle epoqiii et de quelle maniere doit-il proceder a cette operation? Les motifs 
qui commandent de fa ire 1 ouverture des abces chauds aussitot que la suppuration 
est manileste n existent plus ici; la lenteur de la maladie est telle qu on n a axe- 
douter ni 1 extension rapide du lover, ni le delabrement des parties molles, ni les 
fusees purulentes, ni la denudation d organcs impoitants, etc., etc. Aussi pense-- 
je, avecBoyer, qu il n y a aucun avaiitage a agir promptem-nt, t.-t qu il vaut mieux, 
en general, attendre la fonte complete de 1 engorgement, a moins cependant que la 
region dans laqu< 1!< . djci S no pu sentc une disposition anatomique qui pu. 
plus tard, rendre difficiles le rapprochement et le recollement des surfaces suppu- 
rnntes. D un autre cute, 1 etat d atonie des parois de 1 aKi S est peu favorable au 
iil de la cicatrisation; il serait done a craindre que la guerison ne tardat ties- 
Inngtemps ou ne s accomplit jamais, si Ton se bornait a ouvrir au pus une voie 
Mulcment, et si Ton ne parvenait en meme temps a exciter dans les tissus ce 
niouvement inflammatoire qui i-st la condition sans laquelle ne peuvent s etablir 
les adherences. De la, des modifications importantes dans 1 operation par laquelle 
on ouvre les abces froids. 

L incision simple, qui est d un usage si general dans le traitement des akes 
pblegmoneux, est rarement employee pour ceux qui nous occupent en ce moment, 
et ne convient que quand ils sont tres-petits ou quand ils demandent a etre ouverts 
de bonne heure. 

Dans le plus grand nombre des cas, on se sert de la potasse caustique ou plutot 
de la poudre de Vienne, qui n est, comme on le sail, qu un melange a paitios 
egales de potasse et de chaux, et qui a l avant ii;r de pro Uiire en quelques minutes 
une eschare plus seche et mieux limitee. Le but qu n se propose en recourant aux 
substances caustiques, c est de provoquer une inflammation adhesive dans les parois 
du foyer, d en determiner plus promptement le ramollissement complet, d obtenir 
une ouverture plus large et qui ait moins de tendance a se fermer, ce qui menage 
au pus une sortk 1 plus facile et empeche 1 occlusion de la plaie avant que le recol 
lement des parois de 1 abees ait pu se faire. Quoique plusieurs de ces laisons puis- 
sent paraitre specieuses, il n en est pas moius demontre que Ton guerit mieux 
certains abces froids a 1 aide du caustique que par tout antre moyen. Le mode 
plication du caustique ne differe pas ici de ce qu il est clans le cas ou Ton eta- 
blit un cautere en un point quelconque du corps; seulement, on doit iaire en sorte 
d obtenir une eschare allongee et qui soit piopoi tionnee au volume de la turneur : 
en general, 1 etendue de cette eschare varie d un a deux centimetres. Ouelquos 
chirurgiens laisseni 1 eschare se detacher naturellement, mais ce precede entraine 
des lenteurs et peut conduire a la necessite de renouveler 1 application du caustique 
sur une surface deja enflammee, ce qui n est pas sans inconvenients ; aussi pie- 
fere je, des le lendemain ou le surlendemain de 1 application du caustique, c est- 
a-dire quand il s est ecoule un temps suffisant pour que I lnflammation soit bien 
developpee, plonger a travers 1 eschare un bistouri, qui est enfonce j usque dans le 



ABCES FROIOS. 41 

foyer de 1 abces, et avec leqnel je fais une incision proportionnee au volume de ce- 
lui-ci, incision qui est ordinairement exempte de douleur et sans effusion de sang. 
II n est permis de s ecarter de cette regie que si Takes est a la fois petit et super- 
ficiel; elle est d une application rigoureuse, pour peu qu il soil etendu et ancien. 
Apres 1 ouverture de 1 abces, les pansements sont simples : on facilite la chute des 
eschares par 1 application d un emplatre d onguent de la mere ou d un morceau 
do diachylon tioue dans son centre pour laisser sortir le pus. Une inflammation 
moderee s empare des parois de la poche purulente, qui des lors se trouve dans 
les conditions d un abces phlegmoneux ouvert et s oblitere par un procede sem- 
blable. Dans le cas ou le fond de 1 abces tarderait a se cicatriser, on pourrait avoir 
recoursauK injections irritantes, dont il sera paile plus loin, pour reveiller 1 inflam- 
mation languissante, et a la compression, pour hater le recollem nt des parois. De 
meme que la methode par incision, la methode par le caustique convient aux abces 
petits ou du moins d un volume mediocre, et point du tout aux grands. II faudi ait, 
en effet, faire des applications reiterees de caustique pour determiner une inflam 
mation capable de procurer la cicatrisation du foyer : de la, une grande perte de 
svibstance et des cicatrices mnltipliees. En outre, I inflammation de la surface eten- 
due d un vaste abces serait dangereuse, et 1 ouverture large faciliterait 1 acces de 
1 air dans le foyer, circonstance tres-favorable a 1 alteration du pus et au develop- 
pement des accidents qui accompagnent cetle alteration. Tout au plus pourrait-on, 
dans un abces de moyenne etendue, appliquer le caustique aux deux extremitcs 
du foyer, ce qui permettrait de chasser le pus par une compression methodique 
exercee sur les parties intermediates. 

Le cautere potentiel a remplace avec avantage, dans tous les cas ou Ton se pro 
pose de produire une eschare, le fer rouge auquel les anciens avaient si souvent 
recours; mais on a reproduitle conseil de penetrer j usque dans le foyer purulent 
avec un instrument etioit rougi a blanc, dans 1 intention de remplir d33 indications 
differentes de celles auxquelles on se propose de satisfaire par le caustique. Ainsi, 
M. A. Petit, de Lyon, a publie dans le Recueil des actes de la Societe de Lyon, en 
1798, le procede suivant, auquel il attribue de grands avantages : apres avoir en- 
fonce dans le foyer une aiguille rougie a blanc, qu il plonge et retire avec promp 
titude, il applique immediatement sur 1 ouverture une ou plusi irrs ventouses. II 
a ouvert, de cette facon , des abces assez grands pour etre oblige de mettiv sept 
ventouses successives. A peine 1 ouveiture faite et la ventous en plac: , on voit le 
pus s elancer dans sa cavite et continuer a couler tant que la pression atmosphe- 
riqueagit sur les parois de 1 abces : de cette facon on parvient, dit-il, a ravir le pus 
au foyer. Par cette methode, Petit se proposait de prevenir 1 acces de 1 air dans le 
Coyer; il 1 appliquait aussi aux abces phlegmoneux, qu il pretendait parfois guerir 
en trois jours. Quant aux abces froids, il reconnaissait qu ils ne guerissent pas par 
un 1 seule ponction, qu il faut y joindre la compression et quelquefois dt-s injections 
irritantes. Lorsque M. A. Petit publia son memoire, il y avait deja six ans qu il 
employait sa methode a 1 Hotel-Dieu de Lyon, et il en avait obtenu des succes. Je 
ne doute pas des succes annonces par Petit, mais je ne les attribue pas, comme lui, 
a 1 emploi du fer rouge ; je pense qu ils sont dus a ce que ce chirurgien pratiquait 
avec son aiguille des ponctions tres-etroites, ponctions dont Boyer a retire les plus 
grands avantages, ainsi que je le dirai bientot, et qui reussissent egalement, quel 
que soit I instrument avec loquel on les pratique. Faut-il done repousser entiere- 
rnent 1 emploi du cautere actuel, pour ouvrir les abces? n est peut-etre une cir 
constance dans laquelle ce moyen serait specialement applicable. Certains individus 



42 ABCES FROIDS. 

sont tellement epuises par la maladie qu ils ne pourraient supporter la perte d une 
quantite de sans, meme tres-petite, qui s ecoulerait par une incision ordinaire; 
1 instrument rougi a blanc n auiait-il pas dcs avantages reels chez ces malades, 
puisqu il cauterise Ics vaisseaux a mesure qu il les divise et produit une plaie pour 
ainsi dire seche, qui cependant suffit a I ecoulement continuel du pus? Le profes- 
seur Marjolin prisait fort cette methode, qui me parait, j en conviens volontiers, 
tres-rationnelle, mais qui doit trouver raiement son application. 

Les injections de liquides excitants, si iamilieres aux anciens chirurgiens, ont 
ete appliqnees a la cure des abces froids par plusieurs praticiens modernes, Dupuy- 
tren employait cette methode : apres avoir incise 1 abces, il poussait par 1 ou- 
vcrture une certaine quantite de vin chaud qu il laissait sejourner de cinq a da 
minutes ; pnis, il pansait avec des compresses trempees dans le vin. Quelquefois 
une scale injection suffisait pour exciter une inflammation vive ; d autres fois, la 
it-action etait faible, et alors Dupnytren rei ommencait 1 injection au bout de quatre 
a cinq j urs. J ai encore present a IVsprit le souvenir d un cas ou cette injection 
deteuniiiu autour d un abces froid, situe a la partie laterale du thorax, un phleg 
mon, qui so trrmina par suppuration. On a, de nos jours, substitue au vin la tein- 
ture d iode pure on etendue d eau, mais c est, au fond, le meme principe de trai- 
iriiif-ut. Otic methode, tout a i ait comparable a celle qu on emploie dans la cure 
de I hydrocele, convient surtout lorsque 1 abces est d un volume mediocre, etquand 
In membrane qui I 1 tapisse a pris, a cause de son anciennete, ujie consistance et 
mir (M -aiiisalinn qui la rapprochent des membranes muqueuses et qu il est neces- 
saire de modifier, si Ton veut obtenir le travail de la cicatrisation et 1 obliteration 

du foyer. 

Le precepte et 1 exemple de faire servir le seton a 1 ouverture des abces froids 
ont ete donnes par Benj. Bell vers la findu siecle dernier. A cet effet, il conseillede 
lairc passer a tiaveis la cavite de 1 abces une meche de fil, composee d un assez 
piaiid nombre de brins, laquelle, remplissant exactement ses ouvertures d entree 
et de sortie, ne permetau pus de s ecouler que lentement et par une sorte de fil 
tration : a mesure que le liquide s echappe, les parois du foyer reviennent sur 
elles-memes, et celui-ci se vide sans que 1 air puisse trouver acces dans son inte- 
i ieiir. Tons les deux jours, on retire un brin de til du seton, et on finit par 1 enlever 
eiitierement lorsqu il ne sort plus qu une petite quantite de pus. Une legere com 
pression est quelquefois necessaire pour achever la guerison. Appliquee au traite- 
ment des abces froids, cette methode, que Bell empioyait sans necessite pour les 
abces chauds, a 1 avantage de provoquer, a la face interne des parois du foyer, une 
inflammation plus vive, plus prompte et plus etendue que celle qui nait de la cau 
terisation. Sous ce rapport, le seton a plus de puissance que le caustique, et doit 
lui etre prelere, lorsque la collection purulente a un certain volume ou qu elle est 
tres-ancienne. 

Dans sa these inaugurate sur les abces froids , soutenue devant la Faculte 
de Paris en 1820, M. Bailleul a fait connaitre la methode employee par 
M. Flaubert, chirurgien de 1 Hotel-Dieu de Rouen, dans le but de remedier aux 
accidents determines par la stagnation du pus dans les abces froids dont 1 ou- 
verture est demeuree fistuleuse. Cette methode consiste a inciser 1 abces dans 
toute sa longueur et a diriger meme sur 1 incision principale plusieurs incisions 
transversales , de maniere a ne laisser aucun clapier, aucun sinus. On bourre 
ensuite le tout de charpie seche, apres avoir lie, s il y a lieu, les arteres ou- 
vertes. La compression suffit souvent pour arreter le sang qui provient des pe- 



ABCES FROIDS. 43 

tites nrteres. Les phenomenes ulterieurs el le mode d. pans m. iil >oul crux des 
prandes plaies. Bientot la membrane de 1 ahces change d aspect, se recouvre de 
bourgeons vasculaires de bonne nature, et secrete du pus bien lie. Si quelque partie 
de 1 abces ne pent ehx- incisee, a cause de I im^ortance des oi^aivs \oisins, il s y 
produit un chat _ favorable par continuite de tissu, et tout finit par se cica- 
triser dans un espace do temps assez court. Quelquefois, le fond se recouvre de 
granulations mollasses, qu il iaut reprim compression ou par des topiques ir 

ritants. On previent le renversement des lamb . aux par des pansements appropries. 
Bailleul termine sa these partrois observations d abees froids, traitesavec avantage 
par ce moyen. J ai vu Dupuytren en retiror L 1 mcme succes. Cependant cctte me- 
thode ne peut etre admise comme ^eiu Tale, car elle enlraine inevitablement de 
vastes cicatrices, et 1 inflammation traumatique qu ellc el rmine [" lit avoir des 
suites funestes; ce n est done qu apres avoir inutilement tente la guerison par les 
atitres moyens qu on devra se decider a y avoir recours. 

L excision de la paroi superficielle du foyer, conscillee par quelques praticiens, 
est une operation comparable, sous le rapport de ses resultats d de ses income- 
nients, a la methode de Flaubert, et qui a, de plus, le desavan! a. i* 1 determiner 
une cicatrice tres-etendue, due a la perte de substance subie par les tr-iiments. 
Aussi, ne doit-elle etre emjtloyee que dans les cas ou les tissus qui rccmivi mt l ;ibces 
sont assez alteres ponrfaire craindreque leur recollement ne soil impossible. 

La derniere methode dont il me reste a parler est celle des ponctions succes- 
sives, qui a ete recommandee par Boyer dans son Traite des nuiailics chirurgi- 
cales. Les avanlages qu il lui attribue sont de moderer a volonte recoulement de 
la matiere purulente, de donner aux parois de 1 abces le temps de revenir sur elles- 
memes, et de prevenir ainsi 1 entree de Fair, dont 1 impression est toujours tres- 
facheuse. Pour obtenir ce resultat, il faut employer un bistouri a lame tres-etroite, 
que Ton plonge a plat et tres-obliquement dans, la tumeur, apies avoir prealable- 
ment tire de cote la peau qui la recouvre : de cette lacon, lni-q!ir 1 peration est 
achevee, la peaurevenant a sa position naturelle, le parallelisme est detruit entre 
le point ou elle est perforee et 1 ouverture des parois d 1 .>l<ces, et il en resulte que, 
ni le pus nouvellement secrete, ni 1 air exterieur, ne peuvent traverser la plaie, dont 
la surface tres-oblique est bientot cicatrisee. II est important de faire 1 operation 
dans un point de la tumeur ou la peau ait conserve de 1 epaisseur et de la vie, a tin 
que la petite plaie n ait pas de tendance a s ulcerer. Le foyer se vide en vertu du 
retrait de ses parois, et non par acces de 1 air. La solution de continuite est ensuite 
bouchee avec un emplatre a^.dutinatif. Malgre ces precautions, il arrive quelque- 
fois, comme i a tres-bien indique A. Berard, que la petite plaie devient le siege 
d une inflammation suppurative, qui peut de la s etendre u la poche purulente 
tout entiere. C est pour eviter cet accident et les consequences lacheuses qu il en- 
traine que les chirurgiens de nos jours ont apporte dans la pratique de la ponction 
sous-cutanee diverges modifications, que j exposerai plus tard dans la partie de 
cet article consacree aux abces par congestion. La ponction ne determine pas de 
modification notable dans les parois de 1 abces : aussi, lorsque la surface interieure 
de ce dernier ne presente pas de disposition a 1 agglutination, et c est ce qui s ob- 
serve dans les abces froids, la secretion du pus continue et une collection nou- 
velle ne tarde pas a se former. On doit recourir alors, ordinairement au bout de 
liuit a dix jours, c\ de nouvelles ponctions ; apres chacune d elles, les parois de la 
poche reviennent sur elles-memes et perdent peu a peu de leur etendue : il ne iaut 
pas atteudre, du reste, que celle-ci ait repris le volume qu elle preseiitait a la 



44 ABCES PAR CONGESTION. 

ponction precedente pour en pratiquer une nouvelle. Lenombre des ponctions quil 
coiment de faire n est pas riuouivusement determine; Dover en a pratique jusqu a 
six, pour des abces volumineux qui ont bien gueri. Quand la cure est achevee, on 
trouve, long temps encore apres, une tumefaction mal circonscrite, et qui est due a 
la presence du kyste qui renfermait le pus et dont les parois ont acquis une epais- 
seur considerable. Boyer rapporte, a 1 appui de cette methode, deux observations 
qui en confirment lesavantages \Malad. chirurg., & edit., t. II, p. 79). 

La methode des ponctions successive* est peu douloureuse , ne determine point 
de reaction generate, et diminne graduellement la quantite du pus secrete, mais 
elle n a point par elle-meme, il faut en convenir, une tres-grande efficacite; toute- 
fois,en la combinantavec quelques-uns des moyens precedemment indiques,comme 
1 application du caustique, 1 inj. ction ou 1 incision, elle devient tres-utile dans le 
traitement des abces volumineux. Les ponctions ne forment alors que la premiere 
pai tie d un traitement complexe : le lover ayant etc vide plusieurs iois, et ses pa 
rois etant revenues progressivement sur elles-memes, sa cavite est retrecie, et il se 
trouve ramene aux conditions d un abces de volume ordinaire; on peut done, avec 
securite, recourir an caustique, aux incisions, etc., et terminer la cure par 1 em- 
ploi de ces moyens, dont 1 application ne pre-ente plus les memes dangers. Boyer 
attrilnie, en outre, a cette methode 1 avantage de convenir aux cas ou le diagnostic 
est douteux et ou 1 on est incertain de savoir s il s agit d un simple abces froid ou 
d un abces par congestion. 

Le traitement local des abces froids peut done se resumer en ces termes : s ils 
sont petits et recents, 1 incision suflit; s ils sont de mediocre etendue, la cauterisa 
tion convient, lorsqu ils ne sont pas trop anciens ; dans le cas contraire, il vantmiem. 
recourir au seton ou aux injections irritantes; s ils sont tres-volumineux, on doit 
essayer la methode des ponctions successives, qui peut reussir seule ou preparer 
les choses pour une des operations precedentes ; s ils ont resiste aux moyens qui 
viennent d etre enumeres, s il existe des accidents dus a la persistance d une ou 
plusieurs ouvertures fistuleuses, a l abondance, a la stagnation ou a la decomposi 
tion du pus c est le cas de recourir a la methode des grandes incisions, ijuant a 
1 excision de la paroi anterieure du foyer et a son ouverture avec une aiguille ou 
un stylet rougis a blanc, ce sont des operations exceptionnelles et qui ne sont que 
rarement applicables, dans des circonstances speciales quej ai pris soin d indiquer. 

III. Abces par congestion. On donne ce nom a des abces qui apparaissent plus 
ou moins loin du lieu ou s est forme le pus et ou existe la maladie qui a ete 1 occa- 
sion de la suppuration. Par leur origine, ce sont des abces symptomatiques, et, par 
leur marche, des abces froids. C est eux que Gerdy appelle migrateurs, par opposi 
tion a ceux qui se montrent tout pres de la lesion qui les a occasionnes et que, 
pour cette raison, il nomine sessiles. Sauf certains cas exceptionnels, tels que les 
abces qui succedent au pso itis ou a quelque maladie des visceres thoraciques ou 
abdominaux, 1 origine des abces par congestion est une alteration du tissu osseux, 
une necrose, une carie, simples ou tuberculeuses, qui affectent soit une grande ar 
ticulation, soit Fomoplate, la clavicule,ou 1 os coxal, soit 1 extiemite posterieure des 
cotes, soit surtout une ou plusieurs des pieces osseuses dont se compose la colonne 
vertebrale. 

L examen anatomique des parties qui sont le siege habituel de ces abces rend 
parfaitement compte de leur formation, de leur trajet et de leurs accidents. Une 
alteration quelconque du tissu osseux determine la suppuration; mais la proion- 
deur a laquelle se trouvent places les os, et surtout les aponevroses multipHees qui 



ABCES PAR CONGESTION. 45 

s y inserent, empechent ordinairement le pus de pointer directement a 1 exterieur : 
favorise par la position verticale du squelette, par la direction egalement verticals 
des muscles, des games aponevroliques, des paquets vasculaires et nerveux, il 
trouve plus de facilite a cheminer peii a peu dans les intervalles cellulaires, jusqu a 
ce qu il ait rencontre un point moins resistant ou il s accumule et se forme en col 
lection. Ainsi done, en resume : obstacle a la reunion du pus dans le lieu qui 1 a 
Iburni, facilite de transport dans un point declive, telles sont les conditions de la. 
formation d un abces par congestion. Ici se retrouve 1 application de ce principe 
general, que le pus, chasse du centre a la circonference, s echappe par les points 
les moins resistants et les plus disposes a 1 absorption ulcerative. 

Parmi les di verses sections qui composent le squelette, il n en est aucune qui 
presente a un degre plus eminent que le rachis la reunion des conditions qui vien- 
nent d etre exposees ; aussi cette region est-elle le point de depart le plus ordi 
naire des abces par congestion, et ceux qui en proviennent 1 emportent tellement 
en frequence sur tous les autres qu ils meritent d etre consideres comme les types 
de ce genre de maladie. Examinons-les done avec toute 1 attention dont ils sont 
digues. 

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQCES DES ABCES PAR CONGESTION. Lorsque, a 
la suite d une carie ou plus souvent d une affection tuberculeuse du corps des ver- 
tebres, une suppuration s est etablie, le pus, secrete avec lenteur, mais d une ma- 
niere continue, s insinue entre les os et les parties qui les environnent. Arrete en 
arriere par les apophyses transverses et par les lames fibreuses qui vont de 1 une a 
1 autre, bride en avant par le puissant ligament vertebral commun anterieur, il se 
loge sur les parties laterales, ou il rencontre moins de resistance, et se creuse la une 
poche, simple, s il s est porte d un seul cote, biloculaire et etranglee dans son mi 
lieu, s il s est porte a la fois a droite et a gauche. Les progres de la maladie et la 
secretion incessante du pus rendent bientot cette poche insuffisante, et, comme les 
tissus qui la limitent ne se pretent point a une distension plus considerable, il faut 
bien que le pus s echappe a travers les fibres ligamenteuses ecartees ou detruites. 
La tumeur nouvelle qu il forme alors pres de son lieu d origine pourrait a la rigueur 
s y developper sur place et sans changer sensiblement de p sition, c est meme ce 
qui arrive quelquefois, particulierement dans la region cervicale ; mais le plus sou- 
vent le pus, obeissant aux lois de la pesanteur, favorise par la laxite du tissu cel- 
lulaire pre vertebral, aide par les contractions musculaires, par les mouvements des 
organes thoraciques et abdominaux, ainsi que par les secousses qui resultent de la 
marche et de 1 exercice, glisse vers les parties inferieures, et vient, apres avoir 
suivi un trajet variable, se montrer, sous forme d abces, dans diverses regions du 
corps, qui different suivant L- point de depart de la fusee purulente. 

Si la maladie affecte la region lombaire, le pus, habituellement fourni par la 
partie laterale du corps des vertebres ou reloule sur le cote par la resistance du 
liga men t anterieur, rencontre le muscle grand psoas, s infiltre dans le tissu cellulaire 
qui unit ses differents faisceaux, les ecarte, et se fraye au milieu d eux une voie 
qui le conduit jusqu a la fosse iliaque interne. Place la entre le muscle iliaque et sa 
gaine aponevrotique, dansun tissu cellulaire tres-lache, et sur un plan qui cesse d etre 
vertical, il s arrete et sejourne, ainsi que 1 atteste relargissement qui s observe ordi- 
uairementen ce lieu; mais, la resistance du fascia iliacale forcant bientot a poursuivre 
sa route, 11 fi anchit 1 arcade femorale avec le tendon des muscles psoas et iliaque et 
arrive enfm au petit trochanter, dernier term: de son trajet, ou il forme par son 
accumulation un abces qui se monlre vers la partie superieure et interne de la cuisse. 



46 ABCE1S PAR CONGESTION. 

Ainsi setrouve etabliun foyer considerable, etendu de la region lombaire a la cuisse, 
limite en avant et sur les cotes par 1 aponevrose fascia iliaca, en arriere par lo mus 
cle carre des lombes, la fosse iliaque interne, la surface horizontale de 1 os iliaque, 
et la capsule de 1 articulation coxo-femorale. II arrive quelquetois, dans cette variete 
d abces, que le pus passe de la loge du psoas dans 1 articulation coxo-femorale par 
1 ouverture de communication qui existe souvent entre cette cavite et la bourse 
sereuse destinee au glissement du muscle. D autres lois il s echappe a travers le 
lascia iliaca distendu , puis perfore, souleve le peritoine parietal , s insinue entre 
cette membrane et les muscles du ventre, et vient lormer une collection appre 
ciable, a la partie inferieure de la paroi abdominale, dans le voisinage de 1 epine 
iliaque, collection qui peut, ainsi que je le ferai voir plus bas, se prolonger suivant 
diverses directions. 

Lorsque la suppuration a pour origine une affection des vertebres dorsales, le 
pus descend ordinairement dans le mediastin posterieur, se glisse entre les piliers 
du diaphragme, accompagne Taorte au-devant de la colonne vertebrale et arrive jus- 
qu a 1 excavation pelvienne, ou il s amasse entre le peritoine et le fascia iliaca, et 
forme une collection pm ulente, plus ou moins vaste, qui occupe la fosse iliaque ex- 
terne et se manifesto par des signes sensibles a la partie inferieure de 1 abdomen. 
Des prolongements partis de ce foyer central peuvent se porter dans des directions 
variees : tantot ils sedirigent en avant, le long des vaisseaux femoraux, et s enga- 
gent avec eux dans 1 anneau crural, ou s insinuent dans le canal inguinal avec le 
cordon testiculaiiv, et vont se montrer dans le scrotum, dans 1 aine, ou a la partie 
superieure et anterieure de la cuisse ; tantot ils suivent le plexus et le nerf scia- 
tiques, traversent 1 echancrure de ce nom, soulevent le grand fessier, font saillie 
au-dessous de son bord inferieur, et peuvent se propager en arriere jusqu au milieu 
et meme jusqu au bas dela cuisse ; d autres fois, ils plongentdans 1 excavation du 
bassin avec les vaisseaux hypogastriques, traversent 1 aponevrose perineale supe 
rieure et le muscle releveur de 1 anus, envahissent 1 espace ischio-rectal, et apparais- 
sent enfin dans la region perineale. Ce dernier cas est rare; il en est de meme du 
trajet par le canal inguinal. Ordinairement la collection ne s etend que dans un des 
sens que je viens d indiquer, mais on a vu deux abces iliaques se former a la fois 
ou un seul de cos abces tenir sous sa dependance plusieurs de ces prolongements. 

Telle est la marche la plus constante des abces par congestion pi ovenant des re 
gions lombaire et dorsale du rachis, mais il y a des exceptions qui meritent d etre 
signalees. Ainsi, d abord, le pus forme par les vertebres dorsales peut, commecelui 
qui a ete secrete dans la region lombaire, penetrer entre les faisceaux du psoas, 
par-dessous 1 arcade aponevrotique du diaphragme, et suivre le trajet de ce muscle, 
de meme que le pus ne dans la region lombaire peut, surtout lorsqu il provient de 
la partie anterieure des corps vertebraux, glisser le long du rachis avec les gros 
vaisseaux et se comporter comme s il avait eu la region dorsale pour point de de 
part. D un autre cote, tout ce qui a ete dit des abces fournis par la region dorsale 
s applique plus particulierement a ceux qui viennent de ses deux tiers inlerieurs : 
dans les affections des quatre a cinq vertebres superieures, on a vu le pus remonter 
le long du rachis, et se reunir en collection dans le creux sus-claviculaire, au-de 
vant des scalenes ; M. Bouvier a cite trois exemples de ce genre, dans 1 un des- 
quels il y avait en meme temps abces aux lombes et dans la region inguinale. Dans 
certains cas rares, le pus, au lieu dedescendre vers 1 abdomen, suit la direction des 
cotes et vient proeminer a la partie laterale du tronc ou meme a sa partie ante- 
rieure et jusque sur le cote du sternum. Ge trajet bizarre s explique par une dispo- 



ABCES PAR CONGESTION. 47 

sitiou anatomique peu connue quoique importante : c est 1 adherence intime que 
la plevre contracte avec chaque cote, tanclis qu elle est lachement unie aux muscles 
intercostaux, de sorte que chaque espace intercostal represente une sorte de gaine, 
etendue obliquement de la colonne vertebrale au sternum. On conceit encore que 
le pus puisse fuser dans le tissu cellulaire qiii enveloppe les nerfs et les vaisseaux 
intercostaux, glisser entre les deux plans musculaires, et se montrer plus ou moins 
loin en percant ou ecartant les fibres du muscle intercostal externe. Dansquelques 
cas encore, la direction du pus est determinee par les attaches du diaphragme. 

Les abces qui dependent d une affection des vertebres cervicales ont pour carac- 
tere a peu pres constant de ne pas s etendre au dela du point ou ils ont pris nais- 
sance et de venir se montrer derriere le pharynx, dont ils soulevent la paroi posd - 
rieure, etdans lequel on les a vus s ouvrir. Quelquefois cependant le pus, ne des 
dernieres vertebres cervicales, glisse entre les scalenes, le long du plexus brachial, 
et forme un abces par congestion, qui apparait, soit au-dessus de la clavicule, soit 
meme dans le creux axillaire. 

Quelle que soit celle des trois regions du rachis ou il ait pris origine, le pus 
peut, dans des cas beaucoup plus rares que les precedents, surtout lorsqu il pro- 
vient de la partie posterieure du corps des vertebres ou des masses apophy- 
saires, se frayer une voie en arriere, soit qu il ait parcouru d abord un certain trajet 
dans le canal rachidien, soit qu il ait passe, de suite ou apres avoir glisse au-devant 
du rachis, entre deux apophyses transverses, ou qu il se soit echappe par les trous 
de conjtigaison ou par les trous sacres, en suivant les branches posterieures des 
nerfs spinaux. Ainsi se forment des depots purulents qui fuseiit 1. lonu des museks 
vertebraux, presque toujoursen descendant, quelquefois en montant,s il iaut croire 
M. Bouvier, et qui constituent alors des abces par congestions saillants a la partie 
posterieure du tronc, dans les regions dorsale, lombaire, ou sacree. 

Les abces par congestion causes par une maladie des articulations scapiilo-hume- 
rale ou coxo-lemorale s observent assez frequemment : ils se propagent en s infil- 
trant dans le tissu cellulaire lache qui accompagne les vaisseaux ou dans celui qui 
separe les muscles de leur gaine fibreuse, et devknnent ordinairement apparents aux 
environs de 1 articulation inferieure, alaiartie interne du bras ou de la cuisse. 
Ceux qui proviennent du grand trochanter on de la crete iliaque se montrent dans 
des points variables de la fesse ou de la cuisse. Tulpius a vu mourir une jeune fille a 
la suite d un abces de la legion inguinale, resultant de la carie d une fausse 
cote. (Liv. Ill, obs. 28, p. 227.) II parle, a cette occasion, de fistules a 1 anus qui 
avaient pour origine une carie de 1 omoplate. Enfin, Qu> stiav (Traite dela Suppu 
ration, p. 178) a constate par 1 autopsie le trajet d un abces qui provenait d un des 
lobes du poumon etqui s etait fait jour vers les lombes, ou il proeminait, en fusant 
entre les piliers du diaphragme. 

En recapitulant ce qui vient d etre dit, on voit que, si Ton excepte la tete, 
1 avant-bras et la main, la jambe etle pied, les abces par congestion peuventse mon 
trer a peu pres partout. Les lieux ou on les observe le plus souvent sont : 1 la 
partie superieure et interne de la cuisse, au niveau de 1 attache du psoas ; 2 ia 
partie anterieure de la cuisse, sur le trajet des vaisseaux femoraux, 5 la region 
lessiere et la partie posterieure de la cuisse, dans la direction du grand nerf scia- 
tique ; 4 la paroi abdominale, dans le voisinage de l e| ine iliaque antero-superieure, 
ou au-dessus de 1 arcade crurale; 5 le perinee; 6 la partie posterieure du tronc. 
Est-il possible d indiquer une loi generale d apres laquelle les abces par con-es- 
tion chemineraient necessairement danstelle outelle direction plutotane dans telle 



48 ABCES PAR CONGESTION. 

ou telle autre? On a essayo de le faire : ainsi, M. Bourjot Saint-Hilaire a avance 
que le pus mat die habituellement le long des cordons nerveux ; quelques-ims ont 
jense qu il suit de preference le trajet dcs vaisseaux; d autres ont soutenu qu il 
s insinue entre les muscles et que sa voie lui est tracee d avance par les gaines 
aponevrotiques. 11 y a de la verite dans toutes ces opinions, mais aucune n est 
absolument exacte. La formule la plus generale et la plus pratique a laquelle on 
puisse arriver est celle-ci : le pus est entraine par son propre poids, et sa migration 
a lieu le long des os, des muscles, des tendons, des gaines aponevrotiques, cel- 
lulaires, vasculaires, ou nerveuscs, dans une direction -variable suivant les sujets et 
les accidents patbologiques, que Ton peut jusqu a un certain point prevoir, raais 
qu il serait impossible d indiquer a 1 avance d une maniere ccrtaine et rjgoureuse. 

Le foyer des abces par congestion presents une disposition generale assez constante. 
C est un trajet etroit et comme fistuleux, d une longueur variable depuis quelques 
centimetres jusqu a deux et trois decimetres, termine a ses deux extremites par des 
poches, dont 1 une, superieure et plus petite, confine a 1 organe ou a la partie du 
systeme osseux qui est afteree, ( out 1 autiv, inferieure et plus vaste, souleve les tegu 
ments : quelquefois ce trajet est interrompu par un ou plusieurs retrecissements ou 
par ds S renflements, del rmines sans doute par la resistance inegale des parties 
voisines; quelquefois il se divisr ct va iiboutir a deux tumeurs exlerieures. Lorsque 
la maladie est dt-ja an iennc ct que 1 ubces s est ouvert a 1 exterieur, on trouveque 
le foyer auquel correspond 1 origine de la fistule s es resserre; 1 ouverture exte- 
ricure ou extremite de decharge s est egalement rctrecie etarrondie, et se presente 
sous la forme d une fongosite rouge percee a son centre d un pertuis tres-delie et 
plus petit que le canal auquel il sert d orifice. 

Les parois de la poche sont formces par un tissu cellulaire, tres-mince et pen 
consistant dans les premiers temps, epais et dur plus tard, pouvant menie acque- 
rir une durete fibreuse ou cartilagineuse, lorsque la maladie a longtemps dure. 
L interieur du foyer est tapisse par une fausse membrane, blamhatre, molle et 
pulpeuse d abord, puis rouge et vasculaire, quand Tab es a ete omx-rt ; pouvant 
manquer par places, au niveau des aponevroses, des tendons et des ligaments, ainsi 
que je m en suis recemment assure dans plusieurs autopsies. La matierequi remplit 
la poche est tantot du pus liquide et sereux, tantot du pus bien lie, dans lequel 
nagent des grumeaux iibrineux, de la matiere tuberculeusc concrete ou reduite 
en bouillie, des sequestres ou de la poussiere osseuse, resultant soit de 1 altera 
tion pathologique des os, soit de leur usure mecanique. Dans les cas, assez rares, 
ou 1 on a pu examiner un abces par congestion en voie de guerison ou entiere- 
ment gueri, on a trouve, suivant la periode a laqu< lie etait parvenue la maladie, 
la cavite obliteree dans sa partie superieure, de telle sorte qu elle n avait plus 
aucune communication avec le foyer primitif du mal, ou revenue sur elle-meme, 
presque vide, contenunt seulement des debris de matiere tuberculeuse durcie et 
ressemblant a de 1 adipocire. Quelquefois meme il ne restait plus que des vestiges 
du trajet fistuleux, interrompu de distance en distance, ou completemcnt obliteie 
et remplace [ ar un cordon fibro-celluleux. 

SlMPldMES, MARCHE ET TERMINAISONS DES ABCES PAR CONGESTION. LeS ab.es 

par congestion sont precedes de douleurs fixes qui siegent plus ou moins loin du 
Jieu ou ils doivent se montrer, ordinairement sur quelque point du systeme osseux, 
et surtout sur le trajet de la colonne vertebrale. Ces douleurs, indices cle la maladie 
primitive, souvent confondues avec les effets d un simple rhumatisme, peuvent se 
i^ plusieurs semaines, plusieurs mois, quelquelbis deux ans et plus, avant 



ABCES PAR CONGESTION. 49 

quel abcfcs se manifesto. Celui-ci, apres un certain temps d existence a 1 etat latent, 
dans la profondeur des parties ou il echappait aux investigations, se rapproche 
pen a peu de la surface du corps, et finit par apparaitre a 1 exterieur, tantot avec 
lenteur et progressivement, tantot subitement et a 1 occasion d un effort, d nne 
chute, d un mouvement violent ou force. Quoiqu il en soit, on voit alors apparaitre 
dans 1 aine, au has de la lesse, a la partie superieure et interne de la cuisse, dans 
la region lombaire, en un mot dans quelqu un des points indiques plus haut 
comme siege habitue! de ces abces, une tumeur qui presente les caracteres sui- 
vants : elle est de prime abord fluctuante dans toute son etendue, molle, indolente, 
sans changement de couleur a lapeau; elle cede et disparait plus ou moins com- 
pletement sous une pression lente et continue, par suite du refoulement du pus 
dans la partie profonde et invisible du foyer, etse reforme aussitotque cesse la com 
pression. Dans certaines circonstances, que Ton comprend sans qu il soit necessaire 
de les rappeler, elle diminue lorsque le malade est couche, se remontre lorsqu il 
se leve, augments s il reste d bout ; la toux, le rire, les mouvements brusques, 
les efforts, tons les actes enfin qui retrecissent brusquement la cavite abdominale, 
lui communiquent une impulsion. 

On a vu parfois deux abces provenant de la meme source se montrer a 1 exte 
rieur, ensemble ou successivement, dans des regions differentes, voisines ou dis- 
tantes 1 une de 1 autre, d un meme cote ou des deux cotes du corps : il est possible 
alors qu ils soient entre eux sans communication ou qu ils ue communiquent que 
par un trajet etroit ou sinueux, de sorteque chacun ait une existence et une mar- 
che independantes ; d autres fois, la fluctuation est commune aux deux tumeurs, et 
la compression, qui affaisse 1 une, augmente 1 autre, ce qui indique que la matiere 
purulente passe facilement entre elles et qu elles communiquent assez largement 
pour ne former qu une seule poche a doable renflement. Les memes relations 
existent souvent entre un abces apparent a 1 exterieur et une collection profonde 
qu on sent plus dilficilement a 1 interieur, a travers la paroi abdominale, par 
exemple. 

Les abces par congestion sont remarquables par la lentour et la duree de leur 
accroissement, ainsi que par leur indolence, et c est en eux qu on trouve le plus 
nettement exprimes les caracteres des abces froids. 11 n est pas rare de les voir, apres 
avoir acquis des proportions considerables, au point de contenir un litre de liquide 
et davantage, rester stationnaires pendant des mois et des annees. II semble que leur 
foyer, recevant le pus tout forme sans en produire beaucoup par lui-meme et jouant 
ainsi le role de receptacle plutot que d organe secreteur, reste passif, depourvu de 
ce pouvoir que possedent les abces idiopathiques de s ulcerer et dc s ouvrir a 1 exte 
rieur. Cependant, au bout d un certain temps, et surtout lorsqu il s est rapproche 
des teguments, le kyste purulent devient le siege d une certaine activite ; la peau 
qui le recouvre se tend, rougit, s amincit, se perfore, et laisse echapper par 1 ou- 
verture, qui s agrandit un peu dans les jours suivants et demeure ordinairement 
fistuleuse, une quantite, plus considerable que ne 1 aurait fait supposer le volume 
de la tumeur, d un pus sereux, charge de flocons d appareuce caseeuse et parfois de 
parcelles osseuses. 

Tant que la poche purulente reste fermee, elle ne parait exercer aucune in 
fluence facheuse sur la sante et ne nuit que par Faction mecanique qu elle exerce 
surles parties voisines. Quelques malades sont a la verite faibles et valetudinaires 
lesfonctions digestives ont chez eux peu d activite, et ils sont tourmentes par des 
acces febriles irreguliers ; mais ces troubles sont-ils imputables a la collection puiu- 

. EMC. I. 4 



50 ABCES PAR CONGESTION. 

lente? n est-U pas plus probable qu ils serattachent a la maladie dont 1 abcesn est 
lui-meme qu un symptome? Quoi qu il en soit, les conditions changent apres que 
le pus s est fraye une voie a 1 exterieur, et les malades sont des lors exposes a di- 
yers accidents. Tantot on voit, dans les huit a dix jours qui suivent 1 ouvertuie, 
les teguments qui recouvrent la tumeur devenir chauds, tendus, sensibles au tou 
cher : la douleur se propager dans la direction du foyer, en meme temps que sur- 
viennent des frissons et de la fievre ; le pus perdre de sa consistance, les grandes 
fonctions se troubler, le malade s affaiblir, et, suivant les cas, succomber ou sereta- 
blir: ces accidents ont ete rapportes avec raison a rinflammation qui se developpe 
dans la vaste membrane de 1 abces, au moment oii sa maniere d etre est modifiee 
par 1 ouverture et 1 evacuation du foyer. Tantot, apres quelques semaines, un ou 
deux mois, de tranquillite, les qualites du pus s alterent, la fievre s allume, 
1 appetit se perd, des nausees et des vomissements surviennent, la langue se 
seche, le pouls devient petit, serre et frequent, la peau rude et terreuse ; une 
diarrhee colliquative s etablit, des eschares se forment dans la region sacree, 
les extremites inferieures s infiltrent, et le malade succomb-- dans 1 epuis ment et 
le marasme. Bien plus redoutables que ceux qui tiennent a rinflammation, ces 
derniers accidents sont dus a 1 alteration du pus par 1 action de 1 air, qui trouve 
pour s introduire dans le foyer une reunion de circonstances favorables : d une 
part, les mouvements respiratoires qui vident le foyer par saccades et en exercant 
sur lui une compression intermittente ; de 1 autre, 1 ouverture fistuleuse et toujours 
beante de 1 abces et la tendance permanente qu ont a rester ecartees des parois 
consistantes et prcsque cartilagineuses. Le pus, mis ainsi en contact avec 1 air, se 
decompose, comme I ont demontre les recherches de la chimie, avec une tacilite 
d autant plus grande qu il est en meme temps soustrait a la pression que les parois 
exerc,aient sur lui avant J ouverture, dans I interieur du foyer se forment des . 
fetides que la pression chasse avec la matiere purulente, et c est a 1 absorption de 
ces fluides deleteres, bieu plutot qu a celle du pus lui-meme, c est-a-dire a 1 infec- 
tion putride, qu il faut attribuer le developpement des symptomes adynamiques, si 
analogues a ceux des empoisonnements miasmatiques. A peine est-il b-soin de dire 
que les accidents dus a rinflammation ou a rinfection putride, bien que frequem- 
ment observes, sont heureusement loin d e tre constants, et qu ils peiwent, d un 
autre cote, dans certains cas, se succeder ou se confondre. 

Soit que ces complications aient manque, soit que le maiade y aitresiste, celui-ci 
reste avec son abces fistuleux, qui pent se terminer de diverses t acons, et la maladie 
passe al etat chronique. Leplus souvent, au moins chez 1 adulte, 1 abondance et la 
continuite de la suppuration amenent 1 epuisement, la fievre hectique se declare, 
et la mort survient, ordinairement dans le terme de trois a quatre mois. Quelque- 
fois la fistule persiste pendant des mois et des amiees, sans entrainer d autrescon* 
sequences que la faibksse et I aimigrissement : il n est pas rare alors de voir I on- 
fice se fermer et se rouvrir alternativement une ou plusieurs fois, ou bien la fistule 
se fermer defmitivement pour etre remplacee par une nouvelle ouverture. D autres 
fois, c est un second abces qui se forme lorsquele premier est tari ; ce sont des acci 
dents dus a la retention du pus, par suite de 1 obstruction du trajet fistuleux dans 
un point plus ou moins recule du kyste purulent, qui se montrent et ne se dissipeut 
qu au moment ou un ecoulement abondant de matiere temoigne que 1 obstacle est 
iorce. Enfin, dans certains cas, peu communs chez 1 adulte, beaucoup plus irequents 
chez 1 enfant, la suppuration diminue graduellement, et une cicatrisation definitive, 
suivie de guyrison, s etablit, soit de prime abord, soit apres une ou plusieurs 



ABCES PAR CONGESTION. 51 

reouvertures de la fistule : les faits rapportes par MM. Pain, Bailly, Rambaud, Mi 
chel, de Strasbourg, et autres, ne laissent aucun doute a cot egard. 

Rarement les abces par congestion s eloignent du type que je viens de presenter. 
Les exemples, rap; ortes par M. Berard, d abces de ce genre, dans lesquels la tu- 
meur, precedee dune inflammation du tissu cellulaire voisin, avait pris les carac- 
teres d un abces phlegmoneux, sont des fait importants a signaler, mais entitle 
ment exceptionnels. L ouverture de 1 abces dans quelqu un des organes interieurs, 
oesophage, poumon, intestins, rectum, vessie, etc., a ete quelquelois observee et 
s est manifestee par des phenomenes insolites : c est ainsi qu on a vu les malades 
rendre du pus par la bouche ou par 1 anus, expectorer des fragments osseux, etc. 
Dans un cas ou le pus avait passe de la gaine du psoas dans 1 articulation coxo-ie- 
morale, a travers 1 orilice de la bourse sereuse du muscle, le malade tut pris tout a 
coup de douleurs dans la handle et le genou, la marche devint impossible, et les 
accidents dela coxalgie suppuree s ajouterent a eeux de la maladie principale. 

Los abces par congestion sont-ils susceptibles de guerir spontanement , sans 
s ouvrir al exterieur, et par la resorption du pus? Ce resultat, dont la possibilile 
a d abord eie mise en doute, que Ton n a admis plus tard qu a titre de fait excep- 
tionnel, est pen commun a la verite, surtout chez I adulte, mais beaucoup moins 
rare pourtant qu on ne 1 avait pense jadis ; M. BOUVIIT, si competent en pareillc 
matiere, leregarde meme comme assez frequent chez les enfants. Cequi afaitcroire 
a la rarete du phenomene, c est que la plupart des abces profonds ne sont pas re 
connus, et que, parmi ceux qui apparaissent a la surface du corps, beaucoup sont 
prematurement ouverts qui auraient pu disparaitre si on les avait abandonnes a eux- 
mernes. La possibilite de la guerison spontanee des abces jar congestion est attes- 
tee pai 1 les faits qu ont publies David, de Rouen (1779), Abernethy (1795), Larrey 
(1817), Dupuytren, Nelaton, Houi man, Vilmot, etc., et par deux exemples que j ai 
moi-meme obsen-es. Quant aux cas empruntes a la clinique des enfants, ils sont 
bien plus nombreux : ils se multiplient sous mes yeux, m eci ivait tout recemment 
M. Bouvier, et il n est pas d annees que je n en constate plusieurs. Ce mode de gue 
rison est subordonne a la marche de 1 affection des os, et n est possible qu autaut 
que celle-ci cesse de faire des progres et de fouinir du pus. On 1 observe plus sou- 
vent dans les abces profonds que dans ceux qui, ayant vaincu les resistances, sont 
devenus en par tie sous-cutanes, bien que, dans ces dernieres conditions, la chose 
soit encore possible et ait ete vue plus d une Ibis. Lorsque la maladie marche vers 
cette terminaison, la tumeur diminue giaduellement, se reduit, seresserre en tons 
sens, etpeut finir par s effacer entierement, tandis que, d autres ibis, il reste a sa 
place un noyau plus ou moins dur et volumineux, forme par les debris de la poche 
et par des matieres concretees qui en obstruent la cavite. 

Dans quelques circonstances exceptionneUes, 1 abces, sans se guerir entierement, 
se transforme et change de caractere. C est ce qui arrive lorsque, la source du pus 
venant a se tarirpar suite de 1 amelioration de la maladie principale, le canal qui 
faisait communiquer la tumeur avec son point d origine cesse d etre entretenue par 
le passage du liquide, se retrecit peu a peu et finit par s obliterer, de telle sorte que 
le corps de la tumeur, separe du foyer qui 1 alimentait, se trouve transforme en une 
poche isolee, desormais comparable a un abces froid idiopathique. 

DIAGKOSTIC DES ABCE^ PAR CONGESTION. Le diagnostic des abces par congestion doit 
etre etabli daes les diverees periodes de la maladie, c est-a-dire : 1 lorsque 1 abces 
est encore cache dans la proibndeur de nos parties, 2lorsqu il est devenu apparent 
a 1 exterieur, 3 lorsqu il s est ouvertetque son ouverture est restee fistuleuse, 



52 ABCfiS PAR CONGESTION. 

1 Lorsque la collection purulente en voie deformation est encore contenue et 
cachee dans la cavite abdominale, il arrive souvent qu elle soil meconnue, non pas 
seulement pai ce que sa presence est difficile a constater, mais aussi et surtout parce 
qu on neglige de la rechcrcher. Toutes les fois done que le praticien sera appele 
pres d un malade affecte de douleuvs sur le trajet du rachis, de faiblesse dans les 
extremites inferieurt S, qu il ait soin d explorer attentivement, a 1 aide de la palpa 
tion et de 1 auscultation, les fosses iliaques et la region prevei tebrale : s il constate, 
dans ces points, 1 existence d une tumeur, il est bien probable qu il aura affaire a 
un abces par congestion ; si en meme temps la cuisse a de la tendance a rester fle- 
chie et ne peutetre ni completement etendue ni renversee en arriere, la chose est 
presque certainc. 

2 Lorsque deja la tumeur proemine a 1 exterieur, il est en general facile d en de 
terminer le caractere, la mollesse et la fluctuation ne laissant le plus souvent au- 
cun doute sur la presence d un liquide. II est bon toutefois de remarquer que la 
recherche de la fluctuation exige ici des precautions particulieres. Ce n est point 
avec 1 extremite des doigts et en des points plus ou moins rapproches qu il faut 
palper la tumeur, c est avec les deux mains, largement appliquees sur les parties et 
placees a une ci rtaine distance 1 une de 1 autre, la droite sur la cuisse, par exam 
ple, et la gauche sur la fosse iliaque : en effet, ces sortes d abces e ant ordinaire- 
ment volumineux, la pression sur deux points trop rapproches aurait pour resul tat 
de chasser le pus vers les parties profondes plutot que de renvoyer le liquide de 
1 une a 1 autre main. J ai vu deux fois I oubli de ces principes conduire a une erreur 
de diagnostic vraiment incroyable, c est-a-dire a meconnaitre un abces par congestion 
du volume d une tete d enfant. 

Quand on s est assure qu il s agit bien reellement d un abces, tout n est pas fini. 
Est-ce un simple abces froid? Est-ce un abces symptomatique et par congestion ? 
C est ce qu il faut savoir. L elemcnt principal du diagnostic est, dans ce cas, la dou- 
leur sur un des points du squelette d ou naissent ordinairement los abces de ce 
genre, sur le trajet du rachis ou d une cote, par exemple, au niveau d une ar 
ticulation, de 1 os iliaque, de 1 omoplate. Que cette douleur ait precede [ apparition 
de la tumeur ou qu elle existe encore au moment de 1 exploration, elle esi 1 indice 
dela maladie profonde qui a determine la formation de 1 abces, et sa valeur dia- 
gnostique s accroit encore si elle coincide avec quelque trouble fonctionnel ou quel- 
que defoimation, telle qu une gibbosite, une luxation spontanee, I affaiblisseinent 
des extremites inferieures. La douleur, avec ou sans deformation, s est-elle fait 
sentir a distance de 1 abces, il y a lieu de croire que celui-ci est par congestion ; est- 
elle tres-voisine de 1 abces, il est symptomatique, mais non migrateur ; si elle man 
que entierement, en conclura-t-on que 1 abces est idiopathique? On aurait tort de 
le laire, car r experience a prouve plus d une ibis que les affections des os et des ar 
ticulations peuvent arriver a un degre assez avance pour se compliquer d abces par 
congestion sans avoir fait eprouver au malade aucune douleur, ou du moins sans lui 
avoir fait eprouver des douleurs assez fortes pour qu il en ait garde le souvenir. 
Plusieurs faits de ce genre ont ete publics par MM. Pigne, Esteven^t, Laurence, 
Nelaton, et j auraimoi-meme occasion d en citer plus loinun exemple remarquable. 
Le diagnostic presente alors des difficultes reelles, mais non pas insurmontables. 
Les abces par congestion ont en effet des caracteres particuliers qui peuvent servir a 
les distinguer des simples abces froids : Us se montrent de preference dans cer- 
tams points prevus a 1 avance, ils atteignent un volume souvent considerable, ils se 
reduisent sous une pression lente, souvent aussi ils sont modifies par 1 attitudedes 



ABC r < PAR CONGESTION. 5S 

, la toux, le rire, les efforts. Ce sont la des donnees a 1 aide desquelles on 
arnvera presque toujours, meme dans les cas insolites ou 1 abces affecte la forni 3 
iniiammatoire, a poser un diagnostic, sinon tout a iait certain, du moins inlini- 
ment probable et aussi voisin que possible de la certitude. 

11 est peu de maladies qui puissent etre confondues avec celle-ci. Les auteurs 
rapportent cependant quelques exemples de meprises, dont quelques-uns, evidera- 
ment imputables a 1 ignorance ou a la legerete, doivent etre passes sous silence, 
tandis qu il en est d autres que je crois ntile de faire connaitie, soit a cause de la 
noloriete et du merite reel de ceux qui les ont commises, soit en raison de la sin- 
guliere combinaison de circoastances qui les a rendues presque inevit ibles. 

Boyer parle d un abces par congestion inguinal qui avail ete pi is pour un bu- 
bon. Unfait semblable, du a \Verlemeyer, est cite dans le journal de Grsefe. Ce n est 
passeulement pour les abces de la region inguinale que cette erreur lacheuse pour- 
rait etre commise : M. Bouvier a presque toujours vu, chez les enfanls, les abces 
qu il appelle cervicaux ascendants, c e>t-a-dire ceux qui, nes des premieres verte- 
I" es dorsales, sont venus se montrer dans la region sus-claviculaire, etre pris pour 
des abces sanglionnaires , et, en effet, ajoute-t-il, ils leur ressemblent beaucoup. 
Leur siege special, leur mollesse, 1 etendue de la fluctuation, 1 absence d inflamma- 
tion et d indurationlocalt:s,les douleurs et la deformation rachidirnnes, remettront 
.e chirurgien sur la voie. 

II parait bien difficile de confondre un anevi ysme avec un abces par congestion ; 
void cependant un exemple qui fait comprendre la possibilite de cetle meprise. 
L observation est empruntee a Pelletan (Clinique chirurgicale, t. I, p. 97). II 
s agit d un ancien militaire chez qui, a la suite de douleurs, se manifesterent a la 
Ibis une gibbosite dans la region lombaire et une tumeur mal circonscrite et fluc- 
tuante dans la fosse iliaque droite, le long du j soas. Le rapprochement de ces cir- 
constances faisait noire a un abces symptomatique d une cane vertebrale, et ce ne 
fut qu apres un examen prolonge durant quelques semaiues qu on decouvrit enfin 
d obscurs battements, qui ouvrirent les yeux sur la nature de la maladie : c etait 
une enorme tumeur anevrysmale, qui, rompue par sa partie posterieure, avait de- 
truit les corps de quatre vertebres. M. le professeur Neluton nous apprend, dans 
son Traite de pathologic chirurgicale (t. II, p. 88), qu il a observe, a 1 hopital Saint- 
Louis, un fait semblable, dont 1 histoire a ete recueillie par le docteur Legendre, 
alors interne de Biett. 

Dans certains cas, 1 elasticite propre au tissu encephaloide a pu faire croire a la 
fluctuation et, par suite, a un abces qui n existait pas : en void, comme preuve, 
un fait qui m a ete raconte par deux des chirurgiens celebres qui ont participe a 
1 erreur. Uno dame portait, dans la region lombaire, une tumeur, qui ful soumise 
a 1 examen des principaux chirurgiens de Paris et consideree comme un abces 
par congestion. II fut decide qu on en ferait la ponction, et Marjolin fut charge de 
1 operation. Ce ne fut pas du pus, mais bien du sang, qui s echappa par 1 ouver- 
ture. Plus tai d, la malade ayant succombe, 1 autopsie fit voir que ce qu on avail 
pris pour un abces symptomatique etait un cancer encephaloide de 1 os iliaque. 
J ai donne precedemment, a 1 occasion des abces froids et a propos de la maniere 
depercevoir la fluctuation, quelques conseils dont Tapplication pourra servir a ren- 
dre plus rares les erreur s de ce genre. 

line meprise plus fi equente et plus excusable est celle qui consiste a confondre 
1 abces par congestion avec une hernie crurale : plusieursmalades, di tie professeur 
A. Berard, se sontainsi presentes a moi, de la part de leur meclecin, pour obtenir 



54 ABCES PAR CONGESTION. 

un bandage herniaire. L erreur s explique par une certaine analogic dans les sym- 
ptomes : issue brusque de la tumeur, mollesse, impulsion par la toux et les efforts, 
reductibilite, quelquefois meme avec gargouillement dependant de la presence de 
gaz dans 1 abces. De 1 attention suffira cependant le plus souvent pour se garantir 
cl une somblable faute : 1 abces est fluctuant ; des douleurs rachidiennes, avec ou 
sans deformation, ont precede son apparition ; il se reproduit aussitot que cesse la 
compression et sans que le malade se leve et fasse aucun effort. Briot rapporte ce 
pendant, dans son Histoire de 1 etat et des progres de la chirurgie militaire, 
(p. 285), un cas rare et curieux dans lequel les symp tomes etaient tellement 
groupes qu on put prendre un abces par congestion pour une hernie etranglee. 
Un homme de cinquante ans fendait du bois, quand il lui survint tout a coup, 
a 1 aine droite , une tumeur renitente qui descendait dans les bourses suivant 
le trajet du cordon et utait accompagnee de tension de 1 abdomen, de consti 
pation opiniatre, et de vomissements. L operation fut pratiquee comme pour une 
hernie etranglee ; mais on trouva que la tumeur etait formee par du pus sereux 
contenu dans la tunique celluleuse du cordon : c etait un abces par congestion 
qui s etait glisse par le canal inguinal et qui entraina plus tard la mort du ma- 
lade. 

Je (erminerai cette revue par IMIO observation qui m est propreet qui renferme, 
comme on va le voir, plus d un enseignement. Dans le courant de 1 annee 1\ >7, 
sc presentait a 1 hopital Saint-Louis une femme, d une quarantaine d annees, por- 
lanf. a la p:irtie supiTicure et anterieure de la cuisse droite, immediatement an- 
di -sous du pli de 1 aine, une tumeur du volume du poing, dure, peu doulou- 
reuse par elle-mcme, mais determinant, par la compression qu elle cxercait sur 
les vaisseaux et sur les nerfs, de I cedeme, de 1 engourdissement, parfois des dou 
leurs sur le trajet du membre , et une gene considerable dans les mouvements 
et dans la marche. La sante etait d ailleurs assez bonne, et la malade affinruiit 
s etre toujours bien portee. Apres quelques hesitations sur la nature du mal, je 
m arretai a 1 idee qu il s agissait ou d une tumeur fibreuse ou d une tumeur fibro- 
plastique, et je pensai qu en raison des accidents qu elle determinait cette tumeur 
devait etre enlevee. L operation , assez delicate a cause du voisinage des vaisseaux. 
et nerfs cruraux, fut pratiquee, sous mes yeux et avec mon assistance, par M. le 
docteur Richard , qui etait alors attache a mon service. La dissection etait pres- 
queachevee, etla tumeur netenait plus que par sa partie superieure, lorsque nous 
nous apercumes qu elle se prolongeait du cote de 1 abdomen par un pedicule so- 
lide, du volume du petit doigt, qui s engageait au-dcssous de 1 arcade de Fallope, 
et qu il fallut couper pour terminer 1 operation : a ce moment s ecoula un peu 
de liquide sero-pnrulent. C est alors que je songeai a la possibilile d un abces 
par congestion, dont la nature aurait opere la guerison, mais en laissant des re- 
sidus solides qui avaient pu servir de base a une tumeur incessamment grossie 
par 1 accumulation de matiere plastique organisee sur place. Les renseigne- 
ments fournis par la malade, interrogee a plusieurs reprises et avec le plus grand 
soin, ne paraissaient pas justifier mon hypothese; elle affirmait n avoir point 
eprouve de douleurs sur le trajet du rachis et n avoir jamais etc forcee de gar- 
der le lit ou meme d interrompre complctement son travail, et, d un autre cote, 
la colonne vertebrale ne presentait aucune deformation; cependant, 1 infection 
purulente ayant occasionne la mort, 1 autopsie demon tra la justesse de nos pre 
visions, car il fut possible de suivre le foyer de 1 abces, presque completement 
tari et convert! en un cordon fibreux, jusqu a la partie anterieure des deux der- 



ABCES PAR CONGESTION. 

meres vertebres lombaires , creusees toutes deux d une excavation tubercnleuse 
cicatrisee et herissees de vegetations osseuses. Void done nn abces par conges 
tion qui se distingue par ces trois circonstances tout a fait remarquables : lqn il 
se developpe sans douleurs rachidiennes et donne a peine lieu a quelques trou 
bles fonctionnels ; 2 qu il guerit spontanement; 5 qu il laisse apres lui des ves 
tiges ayant pu servir de noyau a une tumeur, obscure dans ses manifestations et 
funeste dans ses consequences. 

5 Lorsqne 1 abces pai congestion se dccharge a 1 exterieur par une ouverture 
fistuleuse, il ne parait guere possible, avec un peu d attention, de prendre la 
maladie pour une fistule stercorale, quoique cette finite ait ete plus d une iois com 
mit; mais des doutes peuvent s elever relativement a 1 origine du pu* et aux 
conditions pathologiqnes qui entretiennent le trajet iistuleux. S agit-il d une carie, 
d une necrose, d une affection tuberculeuse ? La persistance de 1 ecoulement 
a-t-elle pour cause unique la disposition des parois du foyer qui en empe- 
che le recollement? Le diagnostic aura ici pour elements, outre la consideration 
des circonstances antecedentes on concomitantes , telles que les douleurs et les 
deformations sur un point du squelette plus ou moins eloigne de 1 orifice fistu- 
leux, la mavche de la maladie, 1 abondance de la suppuration, la nature du pus, 
la presence de parceiles osseuses necrosees, les injections polishes ; ,vec modera 
tion dans le foyer, le catheterisme, qui donnera une idee de la longueur du tra 
jet, et qui pourra faire decouvrir quelque alteration du tissu osseux. 

Pr,o> 0>Tic DES ABCES PAR CONGESTION. De tons les abces qui nous ont occupejus- 
qu a present les abces par congestion sont les plus graves, car, aux dangers qu ils 
entrainent comme abces froids doivent etre ajoutes ceux qui se rattachent a la 
maladie principale. Leur gravite varie d aill- iirs beaucoup suivant le siege et la 
nature de 1 affection dont ils sont les consequences : on conceit qu un abces qui 
depend de la necrose d un os accessible aux moyens chirurgieaux pourra guerir 
lacilement apres 1 elimination ou 1 extraction d un sequestre, tandis qu un abces 
symptomatique d une lesion de la colonne vertebrale, contre laquelle la chirurgie 
n a pas d action directe, sera souvent suivi du resultat le plus funeste. Ce serait pour- 
tant se faire une idee exageree de la gravite de ces derniers abces que de les con- 
siderer, ainsi que 1 ont fait quelques auteurs , comme necessairement mortels. 
J ai etabli plus haut qu on en voit un certain nombre guerir spontanement, soit 
avant 1 ouverture et par la resorption du liquide, soit apres 1 ouverture par 1 e- 
puisement de la suppuration et la cicatrisation du foyer; c est surtout chez les 
enfants que s observe cette heureuse terminaison. Lorsqu on vent etablir le pro- 
nostic d un de ces abces, il faut done prendre en consideration, en premiere li- 
gne 1 age des sujets, puis la nature de la lesion primitive, le siege, 1 etendue, la 
periode, 1 anciennete de 1 abces. Toutes choses egales d ailleurs, un abces depen 
dant de la forme enkystee de 1 affection tuberculeuse des vertebres a plus de 
chances de guerison que celui qui a pour cause la seconde forme, c est-a-dire 1 in- 
filtration tuberculeuse. Les abces volumineux de la fosse iliaque, de 1 aine, de la 
cuisse, de la region fessiere, sont les plus facheux, parce qu ils exposent plus que 
les autres a une inflammation vive et a une reaction intense, au moment de leur 
ouverture, et, plus tard, a 1 acces de 1 air dans le foyer, a la stagnation du pus, 
a la decomposition de ce liquide, et par suite a 1 infection putride. Ceux qui, 
comme les abces posterieurs, ont un volume moindre et s eloignent moins de leur 
point de depart sont dans de meilleures conditions. Enfin, il n en est pas de plus 
redoutables et qui menacent d accidents plus prochains que ceux dont la paroi su- 



56 ABCbS PAR CONGESTION. 

perficielle, rouge et distendue, est sur le point de s ulcerer, ou qui sont deja ou- 
verts et dont 1 ouverture est demeuree fistuleuse. 

TRAITEMENT DES ABCES PAR CONGESTION. Pour etre complet dans cette partie du 
sujet, je devrais exposer, en meme temps que les moyens curatifs diriges centre 
1 abces lui-meme, ceux par lesquels on s efforce de combattre la lesion qui est To- 
rigine de la suppuration; mais la nature de cet ouvrage nVoblige a m occuper 
uniquement des premiers et a renvoyer, pour les autres, a 1 article consacre au 

MAL VERTEBRAL OU MALADIE DE PoTT. 

Un des faits pathologiques les plus remarquables dans 1 histoire des abces par 
congestion , c est leur innocuite relative , tant qu ils restent fermes , opposee a 
1 extreme danger qui s attache a leur ouverture spontanee, et Ton ne s etonnera 
pas qu un fait de cette importance ait ete 1 objet des preoccupations des praticiens 
et qu ils y aient trouve Inspiration principale de leur therapeutique. Ne laisser 
jamais, en aucun cas, un abces par congestion s ouvrir lui-meme, tel est le prin- 
cipe universellement admis et adopte aujourd hui par tous les cbirurgiens. 

Ceci pose, a quel mode de traitement doit-on se rattacher? Faut-il pratiquer 
1 ouverture des abces? ne vaut-il pas mieux essayer d abord d en obtenir la reso 
lution? Des 1 annee 1798, Abernethy, dans un memoire remarquable sur les 
abces par congestion provenant de la region lombaire, s etait pose cette question 
et y avait repondu par 1 affirmative : sans meconnaitre 1 utilite de 1 ouverture 
artiiicielle et sa necessite dans certains cas determines, il regardait cette opera 
tion comme une ressource extreme et perilleuse, et proclamait qu en these gene- 
rale la premiere indication a remplir est de provoquer 1 absorption du pus. Ces 
idees, que le celebre cbirurgien d Angleterre appuyait sur Fobservation de plu- 
sieurs guerisons spontances, etaient a peu pres oubliees, du moins en France, 
lorsque, dans ces dernieres annees, elles furent remises au jour et developpees 
par M. Bouvier. La guerison spontanee des abces par congestion est, suivani 
notre collegue, bien plus frequente qu on ne le croit generalement : pourquoi 
done 1 art ne viendrait-il pas au secours de la nature pour aider a ce resultat et 
le rendre encore plus commun? S il existe des conditions qui favorisent la re- 
sorption spontanee du pus, et il en existe, 1 etude de ces conditions ne peut-elle 
pas conduire a des medications souvent assez efficaces pour produire les memes 
effets par 1 intervention de 1 art? Parti de ces donnees, M. Bouvier arrive a con- 
clure qu il y a deux methodes de traitement pour les abces par congestion, 1 une 
par absorption, 1 autre par evacuation ; que ces deux melhodes ne sont pas exclu- 
sives 1 une de 1 autre, qu il est quelquefois possible de les combiner ensemble et 
de les faire concourir au meme but; enfm, qu il est toujours sage, a moins de 
contre-indication formelle, d essayer 1 emploi de la premiere, qui est exempte de 
tout danger, avant de recourir a la seconde, dont on n en saurait dire autant. 

Pour obtenir la resolution des abces par congestion, 1 art doit agir de deux 
manieres : 1 en diminuant la production du pus ; 2 en activant sa resorption. 
Le moyen le plus efficace de satisfaire a la premiere indication, c est de guerir 
ou au moins d ameliorer 1 affection osseuse qui est 1 origine de la maladie, et je 
n ai point a m occuper ici de cette partie du traitement. Les moyens propres a 
remplir la seconde indication sont locaux ou generaux. Les moyens locaux con 
sistent dans la compression et 1 excitation des parois de 1 abces. MM. Clairat et 
Morpurgo doivent un beau succes a la compression; mais, comme on n y peut 
recourir que dans les cas ou il n y a pas a cramdre de refouler le liquide dans 
les parties profondes, c est une pratique qui trouve rarement son application. 



ABCES PAR CONGESTION. r-7 

L excitation des parois du foyer peut etre produitede bien des fiigons : Ahernethy 
recommandait 1 electricite ; Larrey faisait grand cas du moxa ; d autres ont vante 
les cauteres. M. Bouvier doune la preference aux revulsiis moins energiques, tels 
que la teinture d iode, la pommade epispastique, les emplaties ou les onguents 
stibies, etc., etc., parce qu il importe d eviter, autant que possible, une inflam 
mation trop vive et surtout une alteration profonde de la peau, qui pourrait 
avancer ou provoquer 1 ouverture spontanee de la tumeur ou donner lieu plus 
tard a de larges ulcerations. Les bains et les douches d eaux mineral^, -.ilines 
ou sulfureuses, 1 eau pure meme, appliquee suivant les precedes de I hydrothe- 
rapie, conviennent egalement. Parmi les moyens generaux se placent en premiere. 
ligne tous les agents hygieniques et pharmaceutiques capables de fortifier la con 
stitution du sujet et d imprimer plus d activite aux diverses lonctions organiques : 
ainsi, 1 habitation a la campagne ou sur le bord de la mer, 1 exposition au soleil 
pendant les heures moyennes du jour, tin regime tonique, 1 usage des viandes 
noires, grillees ou roties, de la biere ou meme du vin, les amers, 1 huile de 
foie de morue, les preparations de fer et de quinquina, etc. Viennent en-mite les 
medicaments qui, comme les purgatifs, les sudorifiques et les diuretiques, c\c\- 
tent la resorption par leur action derivative, ou ceux qui, sans augmeni r -riisj- 
blement les excretions, semblent, comme 1 iode, jouir de la pro^riete directe de 
provoquer 1 absorption. L indication de cet ordre de moyens est toutelois subor- 
donnee a 1 etat de la sante generale, car ils manqueraient leur efiet si, au lieu 
de modifier ^implement 1 equilibre des secretions, ils produisaient dans I o 
nisme une perturbation nuisible a 1 exercice regulier des fonctions. 

Bien que cette mefhode convienne plus particulierement chez les enfants ou 
Ir-v jeunes sujets, dans les cas ou la collection n a qu un petit volume, et qu elle 
presente alors bien plus de chances de succes, elle est cependant applicable aii-i 
chez les adult.es et dans les cas d abces assez volumineux et arrives deji sous les 
teguments, pourvu toutefois que ceux-ci soient sains et que la constitution n a it 
pas encore rec.u une atteinte trop profonde. Le temps est un element indispen 
sable au succes de cette methode therapeutique. II faut, dit M. Bouvier, des 
mois, quelquefois des annees, pour qu elle ait produil tous ses ei fets et que la 
collection purulente ait entierement dispam. Sans en continuer indeiiniment 
1 eniploi, on doit, ajoute-t-il, y persister tant que 1 abces ne menace pas de s ou- 
viir ou que quelque autre danger imminent ne fait pas de 1 evacuation du JUN 
une necessite absolue. N eut-elle que 1 avantage d entraver la marche du mal, 
c est deja un heureux resultat. Si,malgre cette medication, la maLdie continue a 
faire des progres, suivant qu ils seront plus ou moins prompts, on se decidera a 
pratiquer une ouverture plus ou moins prematuree; mais, en tout etat de chose, 
on ne devra jamais attendre que la peau soit alteree, car 1 ouverture s agrandi- 
rait de suite et subirait cette transformation fistule.use dont i ai deja signale les 
funestes consequences. 

L ouverture des abces par congestion est une operation intei essante, non-seule- 
ment par la difficulte d en etablir les indications et de fixer le moment ou elle 
doit etre pratiquee, point sur lequel je reviendrai plus tard, mais aussi par le 
nombre et la variete des precedes qui ont ete proposes pour 1 executer. Ainsi, 
Ton a successivement conseillelescaustiques, le cautereactuel, le seton, 1 incision. 
la ponction simple, la ponction oblique ou sous-cutanee, seule ou suivie de 1 aspi- 
ration du liquide, soit avec la ventouse, soit a 1 aide d une seringue, la ponc- 
tio suivie d une injection aqueuse ou d une injection iodeo. Je ne dirai ritn de 



58 ABCfiS PAR CONGESTION. 

1 ouverture par les caustiques, le cautere actuel ou le selon, precedes justement 
abandonnes, parce qu ils ont pour rcsultat, de meme que 1 ouverture spontanee, 
1 etablissement immediat d une fist.ule, et qu ils exposent, par consequent, aux 
memes accidents ; mais je donnerai sur les autres precedes tous les details 
necessaires. 

L ouverture par une large incision a ete preconisee surtout par Lisfrauc, qui 
appliquait en meme temps trente a quarante sangsues sur le trajet de 1 abces, 
dans le but de prevenir 1 inflammation de ses parois, inflammation a laquelle il 
attribuait a tort tonte la serie des accidents. Begin nous apprend, dans son me- 
moire sur 1 ouverture des collections abdominales (Journal hebdomadaire de 
mcdedne. Paris, 1850; t. I, p. 417], qu il ouvrit largement, sans se preoccuper 
de Faeces de 1 air dans le foyer, deux abces par congestion, et que cette pratique 
fut couronnee de succes. Enfin, ce mode operatoire e>t encore celui que preferent 
aujourd htii MM. Payan, d Aix, et Michel, de Strasbourg. Malgre Fautorite de ces 
noms, jr u luViic point a rqiousser, aver la plupart des chirurgiens modernes, le 
precede de 1 incision; j ai suivi la pratique de Lisfrauc, j ai assiste a plusieurs de 
ses operations, et n ai ricn vu dans ses resultats qui justiliat sa predilection pour 
cftlc opc ration : 1 application des sangsncs modere, a la verite, supprime meme 
quelquefois riiiinvinrni , les ,ni idcats inflammatoires des premiers jours, maiselle 
iic jieut rien conln- les ei fets, bien autrement redoutables, de 1 infection putride, 
et jieut-etre les favorise-t-elle en ouvrant acces a 1 air et en faisant subir une perte 
fie sang nuisible a des malades dont on ne saurait trop menager les forces. Tout 
au plus cette operation rouviendrait-elle pour des abies peu etendus et peu dis- 
lauts de 1 os malade, c est-a-dire pour des abces plulot s\ nipt omatiques que par 
congestion, et c est, en effct, a des cas de ce genre que Lisfranc aimait a 1 appliqiier; 
mais pour les abces par congestion bien prononces, elle me parait funeste, car je 
1 ai vue plus d une fois suivie d accidents graves, et meme d une promptemort, par 
suite de 1 affaissement rapide des malades. 

La ponction directe permet Faeces de 1 air dans le foyer et Tissue continuelle 
du pus, de sorte que la petite plaie, ne pouvant se reunir immediatement, s en- 
flamme et devient fistuleuse ; circonstance facheuse qui expose aux memes acci 
dents qu on voulait eviter. Aussi ce precede a-t-il ete abaiidonne pour la ponction 
oblique ou sous-cutanec, aujourd hui generalement adoptee. Cette operation a ete 
imaginee presque en meme ten)ps, en Angleterre, par Abernethy, et en France, 
par Boyer. Le precede du chirurgien anglais consists a eufoncer obliquement et a 
plat un bistouri etroit dans la paroi-de 1 abces, de maniere a piquer la peau etla 
membrane du kyste purulent en deux points assez di.stants Fun de Fautre : ainsi 
se trouve formee une double valvule, au moyen de laquelle le trajet de la petite 
plaie est maintenu ferme sous 1 influence des pressions exercees en sens inverse 
par la colonne atmospherique et par le liquide reste dans le foyer. C est ce qui a 
fait donner depuis longtemps, a 1 etranger, le nom de meihode valvulaire, val 
vular method, au mode d evacuation invente par Abernethy. On a vu, par les 
details que j ai donnes precedemment (p. 45) sur le precede de Boyer , comment 
cet illustre chirurgien est arrive au meme resultat par un artifice un peu different, 
c est-a-dire en tirant la peau de cote avant de faire la ponction et la lachant aussi- 
tot apres 1 evacuation du foyer, de sorte qu elle vient, en reprenant sa place, cou- 
vrir la piqure profonde. De ces deux procedes c est le dernier que je preiere en 
principe, parce que 1 intervalle des deux piqures est occupe, non plus par une 
plaie etroite et oblique, mais par une couche de tissu cellulaire intacte, qui n a 



ABCES PAR CONGESTION. 59 

souffert qu un peu de tiraillement et a, par consequent, beauooup moins de dis 
positions a suppurer. Malheureusement, ce precede n est pas toujours praticable, 
a cause de la ininceur et de 1 etat de tension des teguments qui recouvrent la 
partie accessible de la tumeur. Quoiqu il en soit, V experience a prouve que la 
premiere ouverture ainsi faite se cicatrise facilement et presque immediatement 
apres I ecoulement du pus, si bien que 1 abces n a etc ower t, comme le disait 
ingenieusement Abeniethy, que par une raison qui, au premier abord, semble 
paradoxale, c est-a-dire pour qu il reste ferine. 

L operation simple, peu douloureuse , n est ordinairement suivie ni de reaction 
generale, ni d accidents locaux. Un abces traite de cette maniere, dit Abernetliy, 
cst aussi exempt d inflammation que s U n avait pas ele ouvert. Mais, auboutd un 
temps plus ou moins long, le pus se reproduit et s accumule de nouveau dans le 
foyer, de telle sorle qu il est necessaire de revenir a la ponction autaut de ioisque 
1 exigela repletion de celui-ci, et de pratiquer par consequent plusieurs ponctions 
successives. Dans riutervalle de ces ponctions, il taut recourir a 1 emploi des 
moyens signales plus haut comme propres a determiner 1 absorption du liquide 
que le kyste peut encore contenir ou qui se reproduit dans son interieur. C est par 
cette metbode mixte qu Abernetliy a obtenu la guerison definitive d abces plusieurs 
fois vides par la ponction, et que divers praticiens de notre temps, parmi lesquels 
je puis me compter moi-mcme, sont arrives aux memes resultats. Malheureuse 
ment, ces fails ne sont pas lesplus nombreux : outre que, dans quelquescas rares, 
l.i ponction est suivie d accidents infbmmatoires, tres-souvent il arrive qu apres 
les quatre ou cinq premieres ponctions, la derniere ouverture ne se cicatrise pas, 
ou que, si die se cicatrise, 1 une de celles qui avaient ete faites auparavant se rou- 
vre d elle-meme; et, la fistule une fois etablie, le malade s affaiblit, s epuise de 
plus en plus et finit par ctrepris de la fievre hectiqur, a laquelle il succombe. 

La melhode des ponctions succr^ivr- a pour avantage d arreter les progres de 
1 abces, de limiter ses dimensions, depermettre au kyste de revenir sur lui-meme, 
de retarder le moment presque toujours funeste de 1 etablissement d une ouverture 
fi>tuleuse, de donner par consequent a la nature, seule ou secondee par 1 art, du 
temps pour operer la guerison de la maladie principale et la resorption de la ma- 
tiere purulente : ainsi se trouvent sauves quelques malades. Quant aux autres, et 
r est malheureusemei\t le plus grand nombre, ils succombent; mais du moins le 
traitement, qui n a pu leur conserver 1 existence , a-t-il servi a en reculer le 
terme. 

L ouverture des abces par congestion a etedepuis quelques annees 1 objet de plu 
sieurs modifications, portant, soit sur le mode d incision, soit sur le mode d cvacua- 
tion du foyer. C est ainsi qu en 1 854 (Gazette medicale, p. 548) M. le docteur Alliot, 
medecin aMontagny, conseillait d allonger le trajet intermediaire a la ponctio N . de 
la peau et a celle du kyste, en faisant la premiere a cinq centim tres de la tumeur 
et en glissant jusqu a celle-ci, a travers le tissu cellulaire, une sonde cannelee 
destinee a 1 ouvrir avec sa pointe; qu en 1841, M. J. Guerin proposait, sous le 
nom nouveau de ponction sous-cutanee , une operation analogue, dans iaquelle 
rinstrument perlorateur est un trocart aplati. Ces modifications, qui out pour but 
sans doute de prevenir plus surement 1 acces de 1 air, ne me paraissent pas tres- 
heureuses, et je leur prefere encore le procede de Boyer, toutes les fois que 1 etat 
des parties s y prete, parce qu en meme temps qu il est plus simple, il expose moins 
a 1 inflammation consecutive et a la suppuration du trajet. 

Je suis plus dispose a approuver les perfectionnements introduits dans la ma- 



fin ABCES PAR CONGESTION. 

niere d evacuer lepus. Deja Boyer avait, a IVxrmple de M. A. Petit, employe dans 
ce but la ventouse appliqueesur le point ponctionne, lorsque leprofesseur Pelietan 
proposa un instrument particulier, que fit bientot oublier 1 appareil instrumental 
de M. Jules Guerin. Ce praticien se sert : 1 d un trocart large et aplati, muni 
d un robinet, et 2 d une seringue qui peut se visser sur le trocart, lorsque le 
mandrin en a ete retire. Voici le detail du manuel operatoire : Le trocart ayant ete 
introduit dansle foyer, apres avoir parcourudans le tissu cellulaire sous-cutane un 
trajet de quelques centimetres, le mandrin est retire lentement jusqu a ce qu on 
apercoive une marque indiquant que le robinet est degage ; celui-ci est alors ferme, 
puis le maudriu retire eutierement, et 1 on visse sur la canule du trocart la se 
ringue, avec Jaquelle est faite Inspiration du pus, pendant qu un aide exerce une 
legere pression sur le foyer. Des que la seriugue est remplie, on la devisse, apres 
avoir toutefois ferme le robiuet, et on la vide p ur la replacer eusuite et faire une 
nouvelle aspiration. Le pioivdr a ete encore simplifies par sui e d un changement 
ajiporte dans le mecauisme de la seringue, qui a ete disposee par notre excellent 
fabricunt, M. Charriere, do maniere a pouvoir se remplir, se vider, et fonctionner 
continuellement, sans qu il soit besoin de la devisser et sans qu on ait a craindre 
1 acces de 1 air. Je le re-pete, j approuve ces modifications instrumenlales qui per- 
mettent de tirer le pus ot de vider le foyer plus completement, plus facilement et 
plus surement, et jeles estimepour de veritables pert ectioiinements, mais ilm est 
impossible de voir la aucun cliangement essentiel, aucuu de ces changements 
radicaux qui transforment une operation en en modifiant 1 esprit et la constituent 
a 1 etat de me: bode nouvelle. L operation de M. Jules Guerin est 1 operation 
d Abernethy et de Boyer, plus parfaite dans quelques-uns de ses points, plus de- 
fectueuse dans quelques autres ; aussi a-t-elle produit entre ses mains, etquoi qu il 
en ait seconde 1 emploi par uii traitement general bien dirige, des resultats qui 
ne different pas sensiblement de ceux qu avaient obtenus ces illustres chirargiens. 
Les choses en etaient ace point lorsque, en 1849, MM. Abeille et Boinet publie- 
rent leurs premiers travaux sur 1 application des injections iodees au traitemeut 
des abces par congestion, travaux quele dernier de ces praticiens poursuivit dcpuis 
avec perseverance, et dontil fit connaitre les resultats dans son Traite d iodothe- 
rapie. Voici comment precede M. Boinet. Le malade ayant ete couche, un trocart 
ordinaire est plonge dans la tumeur, avec la precaution de soulever la peau et de 
faire d abord parcourir a 1 instrument un trajet de trois a qnatre centimetres dans 
le tissu cellulaire sous-cutane ; a travers la canule du trocart s echappe le pus, 
dont on favorise la sortie par des pressions methodiques. Le foyer bieii vide, ce 
qui est quelquefois difficile a cause des grumeaux qui obstruent le passage, la 
seringue, prealablement charges, est adaptee a la canule, et Ton pousse dans la 
cavite leliquide, qui se compose de teinture d iode et d eau, melees a parties ega- 
les, avec addition de 2 grammes d iodure de potassium pour 100 grammes de 
teinture. A ce moment de 1 operation, il faut donner au sujet une position qui fa 
vorise 1 arrivee du liquide au fond du foyer et jusque sur les os malades, ce qui 
s obtient en elevant, par exemple, le bassin au moyen d un oreiller place sous le 
sacrum, lorsque 1 abces occupe la partie superieure de la cuisse et qu il a son ori- 
gine dans les vertebres lombaires ou dorsales. Laquantite de liquide injectee vaiie, 
suivant 1 etendue du foyer, entre 100 et 200 grammes, mais il n est pas ne\e- 
sairede remplir exactement la poche; ce qui importe, c est de laisser sejournerle 
liquide huit a dix minutes et d exercer pendant ce temps des pressions moderees 
sur la tumeur, afin de le deplacer, de le faire penetrer partout et de le mettre ea 



ABCES PAR CONGESTION. fll 

contact avec toute 1 etendue des parois du foyer, qui s en penetrent et s en imbi- 
bent. On fait alors sortir le liquide, et on ferme exactemeut la petite plaie aver 
une plaque de diachylon. II est inutile d insister sur 1 evacuation complete n 
pocbe, car le sejour defmitif d une certaine quantite d iode est sans inconvenients. 
II y a meme des praticiens qui regardent ce sejour comme ime circonstance favo 
rable, en ce sens que 1 iode est absorbe et exerce une influence utile sur toute la 
constitution. C etait 1 opinion de Bonnet, de Lyon, qui avail pour pratique con- 
stante d injecter 60 grammes de teinture d iode pur, qu il abandonnait ensuite 
completement dans lefcnvr. 

Quoi qu il en soil, 1 operation, ordinaivement pen douloureuse, est suivie d um- 
reaction inflammatoire locale et generate, donf rintensite, variable suivant les su- 
jets, est rarement considerable : M. Boinet cite mcme un malade cbez le-juei au- 
cun mouvement febrile ne se developpa et qui put se lever apres 1 operation et 
vaquer a ses affaires ; c est la. un fait exceptionnel. Au bout de quelqtie temps, 
dix a douze jours ordinairement, la tumeur se reproduit ct reprend le meme vo 
lume qu elle avait auparavant, non qu ellc contienne autant de pus, mais parce 
que les parois du foyer sont tumefiees et engorgees de m.iliere plastique. Des que 
la fluctuation est redevenue evidente, une seconde injection doit etre pi 
suivant les regies precedcmment indiquees. Aut.mt de Ibis la tuni-nr se remontiv, 
autant de fois il faut faire une injection nouvelle. Cinq ou six injections, pratiqi 
dans 1 espace de six semaines ou deux mois, out quelqueiois sufii pour obtenir la 
guerison; mais si, an bout de ce temps, elle n avait pas lieu, il ne landrail pas 
pour cela desesperer du succes : on doit, dit M. Boinet, perseverer dans 1 em- 
ploi des injections durant des mois, une annee, et plus, si la cbose est ne 
saire et si les forces du malade le permettent. A rnesure que les ponctions et les 
injections sont renouvelees, la quautite du pus diminue, ses qualites s ameliorent, 
la sensibilite des parois du foyer s emousse etleur susceptibilite aux influences sep- 
tiques paralt s affaiblir, de telle sorte que M. Boinet a ete conduit, par ces obser 
vations, a diminuer graduellement la quantite du liquide iuj cte en auameritant 
sa force, et a s abstenir, dans les dernieres ponctions, de toute precaution propre 
a prevenir 1 acces de 1 air. Le trait ment local doit d ailleurs etre seconde par un 
traitement general approprie a 1 elat du malade, par un regime tonique, parl em- 
ploi des amers, des ferrugineux, du quinquina, de 1 huile de loie morue, et Ton 
ne doit pas craindre de peimettre au malade autant d exercice qii il en peut faire. 

Les effets attribues par M. Boinet a la methode des injections ioclees sont 1 de 
produire dans les parois du foyer uue excitation salutaire, d cn modifier le mode 
inflammatoire, de maniere a substituer a la secretion d un pus mal clabore celle 
d un pus loual.le d aLord, puis de matiere plastique, d en determiner la gonile- 
ment, condition favorable a leur accollement, a la cicatrisation et a [ obliteration 
definitive de la poche ; 2 de prevenir les funestes consequences de 1 acces de 1 air 
et de 1 infection putride, par suite de 1 action de 1 iode, qui ressene et racoinit 
le> tissus, se combine avec eux, et les met dans limpossibilit d absorber les 
gaz deleteres, a supposer que la decomposition du pus n ait pas ete empecbee : 
5 enfin, d agir directement sur les os malades et d accelerer la guerisou de 1 af- 
lection principale, guerison sans laquelle on ne peut esperer celle de Takes. Ce 
sont Iti des avantages considerables et bien propres a faire prevaloir cette melhode, 
si leur realite etait demontree ; j ajoute que p rsonue plus que moi ne serai t heu- 
reux que cetle demonstration tut faite, car j ai precede de plus de dix ans M. Boi 
net dans 1 idee d appliquer au traitement des abces par congestion les injections 



62 ABCES PAR CONGESTION. 

poussees et meme conservees dans le foyer. Ces injections, dont je conseillais 
1 emploi des 1838, dans un article sur les abces (Diet, des et. med. pratiques, 
t. I, p. 31), auraient, disais-je alors, le triple but d empecher 1 entree de 1 air ou 
de le chasser, de laver et d exciter legerement les parois de 1 abces, de s opposer 
au degagement et a 1 absorption des gaz deleteres. Ce que je conseillais alors, 
M. Boinet 1 a execute ; ce que je me proposais comme un but a atteindre, M. Boi- 
net nous le presente comme un resultat realise. Je puis done le dire avec sincerite, 
personne ne pourrait plus que moi desirer qu il en fut ainsi, car le succes des in 
jections iodees ne serait apres tout que la realisation de mes previsions; mais les 
avantages que j esperais jadis des injections, et que M. Boinet leur attribue au- 
jourd hui, sont-ils bien demontres ? Est-il certain que les injections iodees empe- 
chent 1 infection putride? Est-il exact que 1 iode exerce une action puissante et en 
quelque sorte specifique sur les maladies du systeme osseux ? S il en etait ainsi, 
n aurait-on pas vu, depuis 1 usage des injections iodees, disparaitre les accidents 
d infection putride apres 1 ouverture des abces par congestion? N aurait-on pas ATI, 
depuis 1 emploi de 1 iode dans les pansements, la carie des os accessibles a la vue 
et au toucher guerir plus vite que par le passe et sans 1 intervention de la chirur- 
gie operaloire? A-t-on vu tout cela? Helas! non. J ai moi-meme employe bien des 
fois la teinture d iode dans le traitement des caries exterieures, et il ne m en a pas 
moins fallu, apres des semaines de pansements inutiles, revenir a l instrument 
trancliant et au fer rouge, qui emportent ou detruisent le mal, mais ne le guerissent 
pas; j ai plus d une fois aussi traite les abces par congestion par les injections 
iodees pratiquees suivant les prescriptions de M. Boinet, et j ai eu trop souvent le 
regret de voir, meme dans des cas assez favorables en apparence , 1 ouverture de- 
venir et rester fistuleuse apres quelques ponctions, 1 infection putride ou la fievre 
hectique survenir, et les malades succomber. Ce que j avais attendu des injections 
ne s e?t done pas realise. S ensuit-il que je condamne les injections iodees ? En 
aucune facon. Ce que je veux senlement, c est premunir les praticiens centre des 
esperances exagerees et prevenir de cruelles deceptions. L iode n est ni un speci 
fique ni un moyen infaillible et merveilleux ; c est un bon topique, qui agit avan- 
tageusement, comme excitant et comme antiseptique, mais qui ne 1 empoite peut- 
etre pas beaucoup, sous ce double rapport, sur quelques autres medicaments, tels 
que 1 eau chloruree ou creosotee, levin pur ou le vin aromatique, dont je voudrais 
qu on essayat 1 emploi. C est done moins a 1 iode lui-meme que je tiens qu a la 
methode des injections excitantes. Bien qu elle soit loin de guerir la totalite ou 
meme la majorite des abces au traitement desquels on 1 applique, cette me 
thode merite d etre conservee, et c est elle qui, combince avec les ponctions sue- 
cessives, me parail appelee a prendre la premiere place dans la therapeutique des 
abces par congestion qui ont resiste au traitement medical ou que les circonstances 
forcent d ouvrir. 

Un des points les plus delicats dans le traitement des abces par congestion 
est de savoir a quel moment on doit les ouvrir. Apres avoir longtemps professe 
I opmion qu il faut en differer 1 ouverture au ant que possible, c est-a-dire jus- 
qu au moment ou les teguments menacent de se perforer, Boyer avait reforme sa 
pratique a cet egard et en etait arrive a prescrire 1 ouverture des que la tumeur 
apparait a 1 exterieur et que la fluctuation y esl sensible. Chacune de ces 
doctrines a trouve des partisans, et les chirurgiens se sont partages en deux 
camps inegaux, le plus grand nombre se prononcant pour Touverture -tardive, 
et quelques-uns seulement pour ToriverUire piompte. Ce qui delcrmine la 



ABCES SOUS LE RAPPORT DU SIEGE. 63 

plupart des chirargiens a diflerer 1 operation, c est, d une part, la consideration 
des suites malheureuses qu elle a le plus babituellement et la crainte d avancer, 
en la pratiquant, la mort de malades qui eussent vecu plus longtemps si on 
n eut pas louche a leur abces , et, d une autre part, surtout chez les enfants, 
1 espoir d obtenir la guerison par 1 absorption du pus. Ce qui entraine les autres 
a agir, c est la reflexion que, pendant qu on attend, 1 abces grossit et Inflection 
osseuse s aggrave, de sorte qu au moment ou Ton se \erra force d operer, il ne 
restera plus que de faibles chances de succes, tandis qu en operant promptement, 
on eut trouve des conditions bien plus favorables, le foyer moins vaste, 1 aH ection 
osseuseplus recente et moins etendue, la sante moins alteree,et la constitution plus 
vigoureuse. Independamment de ces motifs generaux, il est des raisons parti- 
culieres tirees de 1 etat du malade, de la disposition et des rapports de la tumeur, 
de la marche de la maladie principale, qui peuvent modifier ou influencer les de 
terminations du chirurgien. Lorsqu un abces par congestion acquiert prompte 
ment un grand volume et qu il produit des accidents par la compression qu il 
exerce sur les parties \oisines, il est indique de l ou\rir pour faire cesser ces 
accidents, pour prevenir les decollements et la rupture de la poche, soit a 1 interieur, 
soit a 1 exterieur. C est le contraire qu on devra faire si 1 abces est recent, petit, ou 
de dimensions mediocres, si la sante ^enerales est soutenue, si 1 affection principale 
a de la tendance a s ameliorer, car on s exposerait, en operant, a changer ses heu- 
reuses dispositions, qui permettent d ;iilleurs d esperer la guerdon par resorption. 
Lorsque, apies son ouverture, spontanee ou artificielle, un abces par congestion 
s\st trim ibrme en un trajet fistukux, il reste a favoriscr 1 ecoulement du pus m 
moyen de la position, des injections, des sondes de gomme elastique, afm d eviter 
la stagnation et la decomposition de ce liquids ; : t plus tard, si, pur 1 amendement 
de la maladie principale, la source du pus vient a se tarir, le chirurgien devra 
chercher a favoriser 1 accollement de- parois du trajet et son obliteration par la 
compression et par des injections plus on moins stimulantes, destinees a modifier 
1 organisation et les proprietes de la fausse membrane qui les tapisse. C est en pa- 
reilles circonstances que les injections iodees, poussees pai 1 orifice fistuleux, 
ont une incontestable utilite. 

IV. Abces metastatiques. Cette denomination exprime Fopinion qu on 
se forme generalement aujourd hui sur le mode de production des abces dont il 
est ici question. Comme ils se produisenten general dans unepartie du corps eloi- 
gnee d une autre actuellement. en suppuration, comme ils surviennent brusque- 
ment et sans aucun signe local preliminaire, ne trouvant point dans le lieu memc 
qu ils occupent la raison suffisante de leur developpement, on en a conclu qu ils sont 
les consequences d une metastase ou d un transport de la matiere purulente. Ce 
transport suppose le passage et la presence du pus dans les voies circulatoires, 
c est-a-dire 1 infection purulente. Les abces metastatiques dependent en effet de 
cette terrible affection , dont on ne saurait separer leur histoire. Je dois done 
m borner a les mentionner ici, afin de ne pas laisser incomplet le cadre des 
abces, renvoyant d ailleurs leur exposition complete a 1 article INFECTION PURULEME 
ou PYOHEMIE. 

V. Des abces considered sons le rapport de lenr sige. L histoire des 
abces, consideres sous ce point de vue, offre un grand interet pratique et meri- 
terait de faire 1 objet d un traite special : aussi ne doit-on s attendi e a trouver 
que des indications generales dans un article de la nature de celui-ci. Les abces 
doiventetre etudies : 1 dans les tissus et dans les grands systemes, dont le grou- 



64 ABCES SOUS LE RAPPORT DU SIEGE. 

pemout constitue les organes et l^ regions; 2 dans les organes eux-memes; 
Ti 11 dans le> iv^ions. 

1 Dans ten tisms. La formation d un abces, c est-a-dire la reunion du pus 
eufoyer, exLe plu-ieurs Conditions qui sont inegalement reparties dans les divers 
tissus", quo la plupart presentent a des degres varies, et qui manquent entiere- 
ment dans quelques-uns. 

Les parties cornees, commo 1 epiderme, les cheveux, les ougles, sont privees 
de vaisseaux, et, par consequent, inaptes a tout travail d inflammation oil de 
suppuration. II en est de meme des dents et des cartilages diarthrodiaux. Le? 
cartilages sterno-costaux et ceux du larynx, quoique vasculaires et susceptibles 
de subir la iransformation osseuse, ne renlernient jamais de collection purulente. 
La densite du tissu iibreux et son peu de vascularite le preservent cgalement de 
ceite maladie. Bicn que quelques cliirurgiens admettent encore aujourd hui la 
po,sibi! devrloppe-s dans 1 ej.aisseur meme des os, je ne crois pas a 

I existen* enre de lr>ion, a moins qu on n appelle ainsi les collections de 

malic-re tubeiruli-iisi- lamollie, qu on trouve formees dans le tissu osseux, et 
dont la marcbe a etc si bien etudiee par le professeur Nelaton. Les abces trouves 
daiiN la cavite nu dullaire di - os longs, avec ou sans complication de necrose i..- 
teine, ceux qu on observe nu-l p !m^ entre la surface des os et le perioste appar- 
liriiueut moins an ti-su ossei x lui-uieine qu aux membranes oellulo-vasculaires 

(J\li ill dr|i lident. 

De tnu> les ii-sus, le cellulaire est celui qui ofire la reunion la plus complete 
des conditions necessaires a la Ibrmation des abces: d ime part, extreme vnseuJa- 
ritequi le dispose a I inflammation ; d une autre, texture molle, spongieuse, areo- 
laire, t avoralile a refi u-ioii de la lymphe plastique et au depot du pus. Aussi, ce 
li-si i sl-il le siege le plus ordinaire des abces. C est la qu ils se montrent avec 
une sorte de predilection, et sous les foimes les plus vaviees; tantot petits, li- 
mites etcommeenleimesdans les cellules sous-jacentesalapeau; tantot etenduset 
diffus dans la couche lamelleuse qui avoisine les nponevroses, dans celle qui 
double les membranes sereuses, ou dans les grands interstices intermusculaires; 
a) ondants, vastes et intarissables dans les masses adipeuses qui enveloppent cer 
tains oiganes, comme le rectum ou les reins; quelqueibis rapides dans leur 
mart he et accompagnes de reaction violente, d autres fois indolents et chro- 

hiljl 

La disposition membraneuse de la peau, des muqueuses et des sereuses, est 
manifestement defavorable a la collection du pus en foyer, mais ces trois grands 
systemes presentent a cet egard des differences essentielles. La peau, membrane 
forte et assez epaisse, pent etre partagee en deux couches superposees, Tune tre?- 
vasculaire, I autre epidermique ; de la, une classe de maladies qui lui est propre 
et qui est caracterisee par la deposition de produits divers entre la surface vi- 
vante et la couche inorganique : tantot c est de la serosite, tantot du sang, et 
quelquelbis du pus; il existe alors un veritable abces de la peau. Les muqueuse? 
et les sereuses, plus minces et d une texture plus homogene, ne se pretent point 
a ce genre d alteratiou : hydropisie, hemorrhagie, inflammation, toutes leure ma 
ladies, portent leurs produits a 1 exterieur; le pus, comme le sang et la serosite, 
est verse a la surface et forme la matiere d un epancbcment purulent dans une 
cavite se reuse ou muqueuse. Pour qu il y ait abces, c est-a-dire collection du puj 
en un foyer circonscrit, il iaut des circonstances favorables : cette maladie ne 
ueie que dans les cavites muqueuses qui communiquent au dehors par 



ABCfiS SOUS LE RAPPORT DU SIEGE. f,5 

des ouvertures ou par des conduits etroits, dont I obstruclion ou mcme 1 oblitera 
tion est facile; on 1 observe dans le sinus maxillaire, dans le sac lacrymal, dans 
la caisse du tympan, peut-etre aussi dans les sinus fiontaux, dans les cellules 
ethmoidales et mastoidiennes. Un fait remarquable, c cst que ces diverses po- 
cbes muqueuses sont toutes enfermees dans des caisses osscuses, dont la resis 
tance, s opposant a la marche du pus vers 1 exterieur, occasionne de violentes 
douleurs et quelquefois des accidents tres-gra\es. Dans les membranes sereuscs 
splanchniques, la circonscription du foyer est le resultat des adherences qui s eta- 
blissent autour de la matiere purulente : ainsi se forment les epanchements cir- 
conscrits ou abces des plevres, du peritoine et de I arachnoide. Les autres mem 
branes sereuses sont assez petitcs pour qu un epanchement dans Icur interieur 
les remplisse et se produise ton jours avec les caracteres d un abces ; la collection 
purulente a alors pour limites les parois memes de la cavite: a cette classe appar- 
tiennent les abces de la tunique vaginale, ceux des articulations et des gaines 
tendineuses, toujours si douloureux et accompagnes d accidents si redoutables. A 
cote de ces abces viennent ranger ceux des bourses sereuses sous-cutan 
ou musculaires, qui succedenY, soit a des epanchements sanguins, soit a des con 
tusions, soit a des pressions repetees. 

Lestrois grandes divisions du systeme vasculaire ne sont pas cgalement exposecs 
aux abces. Quoiqu il ne soit pas extremement rare de trouver une couclie de pus 
a la surface d une artere enflammee ou de decouvrir des grumeaux dans les cail- 
lots dont elle est obstruee, cependant on ne connait guere d exemple d un lover 
purulent etabli dans un tube arteriel. II est frequent, au contraire, a la suite 
d une pblebite, de ren.ontrerun ou plusieurs petits abces dans la cavite meme de 
la veine enflammee, qui est obliteree au-dessus e t au-dessous. Ce genre d abces 
ne doit pas elre confondu avec ceux qui siegent, ainsi que j ai eu occasion dc ] 
dire, clans le ti>su cellulaire qui entoure les veines ou les lympbatiques. A ce der 
nier ordrede vaisseauxse rattachent les ganglions, qui en sont coinme des appen 
dices : situes de distance en distance sur le trajet des vaisseaux lympbatiques, 
ils doivent a cette connexion et peut-etre a la nature de leurs fonclions, non 
moins qu au grand nombre des \aisseaux sanguins qui les penetrent, la facheuse 
prerogative d etre affectes d abces, qui suacdenl, suit a 1 absorption d un prin- 
cipe deleters general ou specifique, soit a une irritation eloignee qui s ist trans- 
misele long des vaisseaux lymphatiques. Ils sont, en outre, exposes a cette espece 
particuliere d abces qui succede a la degeneration tuberculeuse et qui affecte sur- 
tout ceux qui sont situes prolbndement. 

Les abces du tissu musculaire, s ils existent, sont du moins fort rares. Les 
abces metastatiques se creusent quelquefois dans les muscles une cavite, aux du- 
pens du tissu cbarnu lui-ireme : P. Berard croyait en avoir ouvert de semLbH s 
chez des individus qui se plaignaient d anciens rbumatismes ; mais c est a lort 
qu on a qualifie d abces des muscles ces collections purulentes volumineuses qa 
le rhumatisme aigu entraine a sa suite, car elles siegent dans le tissu cellulaire. 
Les abces des muscles psoas et iliaque se forment aussi aux depens du tissu cellu 
laire qui entoure ces muscles et s insinue entre leurs faisceaux. 

2 Dans les organes. II sera difficile d etablirquelque proposition generale i c- 
lativement aux abces des organes, si on ne partageait pas ceux-ci en plusieurs ca 
tegories. 

Les organes creux tapisses a l interieur par une membrane muqueuse. tels que 
le tube digestif, le larynx, la tracbee, sont ordinairement formes de plusieui? 

Did. EKC I. f. 



6<J ADCES SOUS LE RAPPORT DU SIEGE. 

t uniques de nature divov-e, que separent des couches de tissu cellulaire. C est 
dans ces couches inteimediaires que resident les abces ; tantotdansla touche sou- 
muqueuse, et alors ils font saillie dans la cavite de 1 organe et finissent pars y 
ouvrir; tantot, quoiquece cas soil plus rare, dans la couche sous-sereuse, et ils pro 
voquent dans le voisinage une inflammation adhesive qui colle les organes enlre 
eux ou avec les parois des civiU s, de maniere a permettre la migration et quel- 
quefois 1 heureuse evacuation de la matiere de I abees. Us out ete observes dan- 1 
pharynx, 1 oesophage, 1 estomac, 1 intestin, le larynx, la vessie, le vagin, sous la 
membrane muqueuse de la cloison des fosses nasal: s. Ils sont presque toujours 
phlegmoneux ; cependant le docteur Sestie a presente a la Societe anatomique un 
estomac qui contenait daus 1 epaisseur de ses parois plusieurs abces, sans trace 
d inflammation locale circonvoisine, qui avaient coincide avec un erysipele de la 
face, et qui ont ete considers comme des abces metastatiqnes. La gravile di. 
abces est relative a la forme et aux fonctions de 1 organe qu ils occupent : aiii-i, 
reux de I estomac sont moins dangereux que ceux de 1 oesophage, parce que lew 
saillie dans ce canal etroit intercepte le passage des aliments, et ceux del oesoph . 
sont eux-memes moins dangereux que ceux du larynx, parce que 1 ouverture de 
cos derniers dans les voies aeriennes peut suffoquer le malade. 

11 n est pas rare d observer des abces qui siegent dans les organes glanduleui. 
Ceux du foie succedent piesque toujours a une cause directe et ont souvent une 
mart-he chronique. On a doute de ceux du p, mais j en ai trouve une ob 

servation dans Tulpius (liv. IV, cap. xxxm, p. ."-28). Ceux des glandes salivaires, 
et surtout de la parotide, sont quelqueibis occasionnes par ies concretions calcu- 
leuses qui se torment dans les radicules de leurs conduits. (Fab. Hildan. cent. 3, 
obs. 79. Felix Plater, Obs. cliir., t. II, p. 59 bis.} On sail combien ceux deb 
mamelle sont frequents, surtout pendant la Jactation. Ceux dts reins out une 
cause specials dans la deposition des matieres lithiques de 1 urine, qui s arrctent 
dans les calices et les bassinets et excitent dans le tissu de 1 organe une inflamma 
tion suppurative. Ceux de la prostate sont dus a 1 introduction des sondes, a 1 ope- 
ration de la taille, etc., etc. On n a pas souvent 1 occasion d en observer da^ 1: 
testicule : si Ton en trouve des observations dans les anoieus, c est qu ils conibn- 
daient 1 ai fection tuberculeuse avec cettemaladie. 

Les organes dans la composition desquels domine le tissu vasculaire erectile 
sout aussi quelquelois le siege d abces, dont le caractere est d etre forme d un me 
lange de pus et de sang. Dans les cas rares ou ils occupent la rate, leurs symptomes 
sont tres-obscurs, et quelquefois ils s ouvrent soit dans I estomac, soit dans le - 
intestin. (Journal de Yandermo)tdc,t. LXXXII, p. 255; t. LXXXVIII, p. 560.) 
On en observe plus souvent dans la portion spongieuse de 1 urethre et dans le gland, 
pendant le cours d une blennorrhagie ou par suite de 1 usage des sondes. 

Les abces phlegmoneux du poumon succedent aux pneumonies lobulaires, et 
sont extremement rares : la vomique d Hippocrate et des anciens medecins i; 
pas autre chose que la caverne qui succede a la ibnte des tubercules. Ceux du 
coeur et de 1 uterus, organes lormes d un tissu musculaire dense et serre, se ren- 
contrent encore moins souvent. La substance propre du cerveau, du cen~elet et d 
la moelle, molle et penetree de nombreux vaisseaux, devient assez frequemmentle 
siege d abces, ordinairement chroniques. Enfin, ceux qui se developpent dansl oeil 
sont tres-dangereux, a cause de la resistance de la sclerotique comparee a la deli- 
catesse des humeurs et des membranes qu elle renferme. 

5 Dn ns les regions. L etude des abces dans toutesles regions du corps humain 



ABCES (HistoiRE). 67 

est indispensable an praticien, mais elle se lie trop intimement a 1 anatomie chi- 
rurgicale pour pouvoir en etre separee ; en effet, les varietes innombrables que 
presente cette maladie sous le rapport de sa marche, de sa duree, de ses suites, 
des dangers qu elle entraine, dependent surtout de la maniere dont sont groupes 
les tissus ou les organes, elements constitutiis de la region ou elle siege. Cliaque 
region est en quelque sorte un organe special qui a sa forme, ses limites, ses fonc- 
tions, sa structure particuliere ; sous le rapport pathologique, comme sous les 
rapports physiologique et anatomique, elle doit etre etudiee a part. II convient 
done de renvoyer cette partie de 1 histoire des abces aux articles ABDOMEN, AINE, 
AISSELLE, CRAKE, etc., etc. C. DEKONVILLIERS. 

Histoire et bibliographic des abces. L histoire et la bibliographie des Abces se 
lient necessairement a celles de I inflammation, du phlegmon et dels suppuration. Mais, si nous 
nous en tenons strictement au genre de tumeur indique sous ce nora, nous pourrons assez 
exactement fixer ce qui s y rapporte en propre dans 1 histoire et la litteralure de 1 art. 
L excellent article qu y aconsacre Dezeimeris dans le Dictionn. de me d., 2 edition, t. I, \S~j-, 
nous aidera beaucoup, et nous ne pourrons mieux faire souvent que de donner un extrait de 
ce travail, en y ajoutant le resultat de nos propres recherches et ce qu ont produit les quel- 
ques annees ecoulees depuis. 

Les abces constituent une maladie si commune, ou plutot un symptome si commun des 
maladies, qu ils ne pouvaient echapper a 1 observation des plus anciens auteurs. Aussi les 
voit-on signales, dans de nombreux passages des traites hippocratiques, sous les noms dc 
a.-rjc7Y]/j.x et cCTo rracrt;, quelquefois aussi sous celui de pu/x*. La premiere de ces denomina 
tions, qui designait a la fois, comme la derniere, toute espece de tumeurs, s appliquait sur 
tout aux tumeurs qui degenerent en pus, tandis que la seconde, representee assez bien par 
le mot de pot des vieux auteurs frangais, exprimait plus particulierement les collections de 
matieres morbifiques qui sont la suite d une depuration ou d une crise. Ce sont les abcOs 
critiques et ceux de quelques organes particuliers dont s occupa presque exclusivement Hip- 
pocrate. 11 ne faut pas, sans doute, comme 1 a dit Dezeimeris, cbercher dans Hippocrate une 
the orie sur la formation des abces (ce qui ne se verra guere que tout pres de nous), mais 
on trouve cbez lui des connaissances experimentales deja assez etendues sur la marche de 
ces affections et meme sur leur traitement. II signale tres-bien les symptomes generaux des 
abces, le frisson, la fievre, la douleur qui marquent leur formation et qui diminuent ou 
s effacent ensuite : Dolores et febres coniingunl inagis circapuris generationem, quam pure con- 
fecto (Aphor., sect. IT, n 41). Ubi suppiiralio fit horror et febres plerumque succecliint Epid., 
lib. VII). Le Pus louable est parfaitement caracterise par lui : Pus optimum, album, xqnale, 
et quam minime graveolens ; huic contrarium pessimum \Prxnot. 41. -Aphor., sect, vn, n44). 
11 etablit le precepte judicieux, qui a passe dans la pratique, de cbercber a dissoudre, a re- 
primer les engorgements qui peu\ent devenir des abces ; mais quund la suppuration ne peut 
etre evitee, de faire aboutir 1 abces au lieu le plus apparent, d obtenir une maturation uni- 
forme de toute la masse engorgee, de peur qu en se rompant prematurement, il ne sur- 
vienne une plaie difficile a guerir ; de ne 1 ouvrir enfin ou de ne la laisser s ouvrir avant 
cette maturation complete (de Medico, % 10). L ouverture des abces se faisait avec un fer 
rouge ou avec le scalpel. Hippocrate a signale les abces symptomatiques des affections arti- 
culaires de 1 epaule et de la hancbe (de Articulis, 12, 40). II y a beaucoup de vague et d ob- 
scurite dans ce qu il dit des abces de 1 aLdomen, des bypochondres (Prognost., 7. De 
morbis, lib. I, 17, etc.). L ne observation curieuse, cependant, est faite au sujet des abces 
du foie : Lorsque ces abces, ouverls par le feu ou le fer, laissent ecouler un pus blanc et 
pur, parce qu il est renferme dans une pocbe membraneuse, les malades guerissent; tandis 
que la mort survient quand le pus est semblable a du marc d huile (Aphor., sect, vn, n 45). 
Une observation analogue avait ete faite dans 1 aphorisme precedent, a 1 egard de 1 operation 
de 1 empyeme. Autre observation non moins remarquable au sujet des abces du rein : Lors 
que le rein est suppure, il s eleve aux environs de 1 epine une tumeur qu il faut ouvrir par 
une incision assez profonde pour parvenir au foyer du pus (de Internis affectionibus, 
cap 15 et 16). Avant de quitter Hippocrate nous devons dire un mot d une opinion ernise 
a son sujet par Dezeimeris. Ce savant auteur dit qu il resulte de passages des Prorrhetiques 
(liv. II, n 01 2 et 4), qu Hippocrate avait ecrit sur les abces un traite particulier qui ne serait 
pas parvenu jusqu a nous. Rien dans le texte indique ni dans la tradition ne justifie cette 
allegation. Dezeimeris aura sans doute ete trompe par quelques mots equivoques de la tra- 
duction latine de Cornario. 



68 AFCES 

Celse, resumant les travaux des e coles qui ont succede a Ilippocrate, donne une descrip- 
tion plus complete des abces (livr. V. 11, et livr. VII, 2) : il indique parfaitement leurs 
caracteres extei ieurs, leurs phenomenes generaux, les circonstances dans lesquelles ils se 
forment, la maniere de les trailer, les precedes divers qui conviennent pour en faire 1 ouver- 
ture. La tumeur, dit Celse, s accompagne de rougeur, de chaleur, et bientot apres de du- 
rete ; elle devient alors phis douloureuse et provoque la soif et 1 insomnie. Dans certains cas, 
cependant, 1 abces ne se revele par aucun de ces signes exterieurs, surtout quand la suppu 
ration est profonde; mais il y a de 1 alte ration, de 1 insomnie, eton ressent des elancements 
dans la partie malade. D (Trad, de Des Etangs, p. 160.) Lorsqu on n est pas parvenu a faire 
avorter I abces par les resolutifs, il faut en accelerer la suppuration, et en provoquer 
verture des qu il est venu a maturite. a On juge qu un ahces n est pas mur encore lorsqu on 
y ressent des battements violents, comme ceux des veines; qu il y a pesanteur, chaleur, 
tension, douleur, rougeur et durete, et, quand I abces est considerable, frisson et meme mou- 
\ement febrile persistant. Si la suppuration est situee trop profondement. au lieu de la 
stater par 1 etat des teguments, on la reconnait aux elancements internes. Des qu il y a remis 
sion dans les symptomes, que la peau sur ce point devient le siege d une demangeaison et 
prend une teinte presque livide ou blanchatre, c est que le pus est forme. (Ibid, p. 101. 
La fameuse membrane pyogenique des modernes est clairement signale e dans Celse : ...On 
trouve parfois des foyers de suppuration enveloppe s d une membrane ou tunique nerveuse 
(sorte de callosite produite, suivant Meges, par le se jour trop prolonge du pus)... Quelquefois 
la membrane existe avant la formation du pus. D (Ibid., p. 201.) 

L ouverture des abces est de la part de Celse 1 objet de remarques la plupart judicieuses, 
surtout pour le temps, ou 1 on n avait que des notions incompletes en anatomie: 

<t Si la suppuration s est etablie, il est rarement ne cessaire d en venir aux incisions, quand 
le foyer se trouve dans 1 aisselle ou la region inguinale. Cela n est pas indique non plus taut 
pour les abces mediocres, quel que soil le siege qu ils occupent, que pour ceux qui se de ve- 
loppent a la surface de la peau, ou meme dans les chairs superficielles. A moins que la fai- 
blesse du malade n oblige a se hater, il suffira de recourir aux cataplasmes pour determiner 
1 ouverture spontanee du foyer, et il peut se faire alors que les parties soustraitesa 1 action 
du fer portent a peine I empreinte d une cicatrice. Quand le mal est situe plus profonde ment. 
il importe d examiner si 1 endroit alffcte est nerveux ou non, par la raison que s il est de- 
pourvu de nerfs, il convient d ouvrir I abces avec le fer rouge, procede qui a 1 avantage de ne 
faire qu une petite plaie, laquelle resteplus longtemps ouverte a 1 evacuation du pus, et ne 
donne lieu plus tard qu a une cicatrice etroite. S il existe, au contraire, des nerfs dans le 
voisinage. il faut renoncer a 1 emploi du feu, dans la crainte d entrainer des convulsions ou 
1 affaiblissement du membre, et c est le cas de faire agir le scalpel. Pour les ahces autrement 
situes, on peut les ouvrir a demi ramollis. Mais, relativemenl a ceux qui se developpent au 
milieu d un tissu nerveux (fibreux), il y a necessite d attendre que, par 1 effet d une maturi ie 
complete, les teguments soient amincis, le pus tout a fait sous-jacent, et par consequent plus 
a portee de 1 instrument. Quelques abces veulentetre ouverts en ligne droite. Danslepanw 
(sorte de tumeur furonculeuse, ou bien d abces ganglionnaire , on est otlige d enlereren 
entier la peau qui recouvre le foyer, parce qu elle est singulierement amincie. II fauttoujours 
avoir pour precepte, en employant le scalpel, de faire let incisions aussi courtes et aussipeu 
nombreuses que possible, en se reglant toutefois, quant au nombre et a 1 etendue, sur leii- 
gence des cas. Lorsqu en effet les abces sont considerables, il y a lieu d ouvrir plus large- 
ment, et meme deux ou trois incisions sont quelquefois necessaires. On aura soin de pratiquer 
1 ouverture a la partie la plus de clive, pour empecher que du pus ne sejourne dans le foy 
n altere, en formant de nouveaux sinus, les parties voisines encore saines, etc. (Ibid.,f. - 

Les auteurs qui ont suivi Celse, si 1 on en excepte Coslius Aurelianus, n ont rien ajoute au 
tableau net et precis qu il a trace des abces. C est, du reste, un tout autre point de 1 uistoire 
des abces qu a traite Ccelius Aurelianus. Dans le remarquable chapitre x du livre V de; 
ladies chron. (de Vondcis, site internis collectionibus, quas Grxci iuL-ur-u.xrx vacant], il n e;t 
question que des e panchements purulents des visceres ou des cavite s splanchniques, de leurs 
signes ou des symptomes qui leur sont communs et de ceux qui sont propres a chacun d eui; 
de leur ouverture et des voies plus ou moins dangereuses par lesquelles le pus se frayeune 
issue; des phenomenes qui indiquent une terminaison favorable ou defavorable ; des mo 
propres a les prevenir et du traitement qui convient apres leur formation. Sans doute. tout 
n est pas exact, encore moins complet dans cette exposition des abces internes ; il s ytrouw 
plus d un trait hasarde ou de fantaisie ; mais on ne peut trop admirer ce que 1 observation pu- 
rement exterieure avait fait entrevoir dans un sujet ou manque 1 anatomie pathologique. - 
Aretee (livr. II, ch. 5, 6 et 9) donne aussi des details interessants sur les abces des organes 
splanchniques, particulierement sur ceux du rein enflamme par des calcuK 

Apres ces auteurs, surtout Hippocrate, Celse et Ccelius Aurelianus, ou plutot Soranus, 



ABCES iiisToiKLi. 69 



dont celui-ci n est que le traducteur, on ne trouve plus rien a apprcndre dans Galien, Ori- 
base, Alexandra, Paul d Egine, Actuarius. Galien, dans ses nombreux outrages ou il parle 
des abces (de lumoribus prxter naturam, cap. x; Mcth. medendi lib. XIV. cap. XH, etc.), ne 
se livre guere, sur la nature de ces affections formees par le sang, le phlegme, la bile, qu a 
de subfiles et imaginaires distinctions, qui feront presque toujours les frais des theories 
des auteurs futurs. Aetius a bien connu les abces des grandes levres et la tendance de 
quelques-uns a rester fistuleux (Tetr. IV, serm. iv, cap. 10). Le meme auleur rapporte 
aussi quelques fails curieux empruntes a Archigenes sur les abces de la region du foie 
(Tetr. Ill, serm. n, cap. 4), et surtout sur ceux de la mail ice (peri-uterins), dont il est 
traile fort au long (Tetr. IV, serm. iv, cap. 85) : on raontre ces abces s ouvrant dans le rectum 
et dans le vagin, quelquel ois dans 1 abdomen. 

Les Arabes, dit Dezeimeris, n ajoulerent rien aux connaissances de leurs pre decesseurs 
et firent un grand abus de la cauterisation par le feu. Toutefois il faut dire que Rhazes a 
observe les abces du teslicule, qu il a vu un abces du cerveau, el qu Albucasis est le premier 
qui ait vu un abces a I ombilic donner issue aux ossements d un fo?tus apres une grossesse 
extra-uterine. Quant aux chirurgiens occidentaux du moyen age, Roger de Parme, Lan- 
franc, Guill. de Salicet, Guy de Chauliac, Jean de \igo, etc., ils n ont rien dit sur les abces 
qui me rite d etre cile. 

Pendant le xvi e et le xvn e siecle , la doctrine des abces ne fit aucun progres. Les auteurs de 
cesepoques, suivent servilement Guy de Chauliac et les Arabes. Ambroise Pare ne s en dis 
tingue que par la futile description d instruments et de precedes plus ou moins ingenieux, 
propres a ouvrir les apostemes snppures a 1 insu des malades qui redoutent 1 operation. Sous 
ce nom d aposteme ou d abces, sont toujours confondus dans les descriptions ou plutot 
dans les dissertations theoriques tous les genres de tumeurs, et les abces proprement dits 
n y figurent que tres-accessoirement a propos du phlegmon suppure. II est parle d abces 
chauds (per efflux urn], d abces froids ou par congestion (per decubitum, per congestion , 
mais dans un autre sens que celui oii nous employons ces expressions. Pour les auleurs de 
ces temps, les abces chauds et froids s entendent des tumeurs engendrees sous 1 influence 
des humeurs chaudes, le sang et la bile, comme le phlegmon et 1 e rysipele, ou sous celle des 
humeurs froides, la pituite, 1 atrabile, comme 1 cedeme. le squirrhe, elc., qui se forment len- 
tement et sans chaleur. C est ce que fait Meibom, qui ecrivait sa dissertalion sur les abces ;> 
tin du xvn e siecle, aussi bien que Marc-Aurele Severin dans son fameux Traile ecrit an commen 
cement du meme siecle, et reproduit en 1721 par Mangel, dans sa Bibliotht que chimrgicale. 

Une reaction s opere enfln au svm e siecle, avec Dionis, Mauquest de Lamotte et J. L. Peiit, 
contre ces doctrines scolastiques. Le nom d abces ne s applique plus qu aux collections pu- 
rulenles, el la maladie est un peu plus etudiee en elle-meme. Les denominations d abces 
chauds et d abces froids s entendent alors seulement de ceux qui se forment rapidement, a la 
suite d une inflammation aigue, ou de ceux qui se forment lentement, sans inflammation 
vive ou apparente. Mais, si les observations et les donnees empiriques s accroissent, la vraie 
theorie des abces avance peu; leur mode de formation, leur origine diverse, sont mal 
connus. On ne parle plus autant des humeurs galeniques, mais c est pour prendre les theo 
ries mecaniques de Boerhaave. Jusque vers la fln du xvm e siecle, les principaux traites de chi- 
rurgie. ceux de Heister, de Plainer, de Kevin, de Callisen, etc., ne presentent qu une che- 
tive description des abces ; toute 1 attention se porte sur le mode de terminaison de ces tu 
meurs et sur les precedes d ouverture. 

Ce n esl que plus lard, et en quelque sorte pres de nous, apres les etudes sur la suppura 
tion d Eschenbach, de Grashuis, Dehaen, Morgan, Ev Home, et surtout de J. Hunter, apres les 
recherches d anatomie pathologique qui ont signale le commencement de notre siecle, 
que la doctrine des abces prit un rapide avancement, et que s eclaira leur pathogenie. 
J. Hunter croit d abord, avec Ev. Home, que la membrane vasculaire qui revet le plus 
souvent les parois des abces est 1 organe secreteur du pus. C est la meme membrane, decrite 
ensuite par Chaussier, Dupuytren, etc., que Delpech croyait avoir decouverte et que, renou- 
velant une erreur, il avait appelepyogtiiique. J. Hunter et S. Thompson apres lui, etudient 
avec soin le mecanisme de la progression et de 1 elimination du pus, qui tend a se porter a 
1 exterieur, a mesure que 1 abces s accroit. 

D autres points non moins importants de 1 histoire des abces etaient en meme temps eclai- 
res. Jusqu alors, abces froids, abces par congestion, etaient deux expressions parfaitement 
synonymes, et 1 on n avait pas distingue les collections purulenles qui tiennent a une alfec- 
tion chronique de la partie ou elles ont leur siege, des collections formees par la migration 
du pus secrete dans une partie eloignee. Quelques observations isolees avaient montre la 
source de ce dernier genre d abces, et David, en 1779, danslzDiss. stir les effets dn moii- 
vtmentet du repos dans les mal.chirurgicales, p. 95 etsuiv., les avail formellement signa- 
Ife. B. Bell, qui, en 1787, a tres-bien decrit les abces lombaires produits parlacarie ver- 
lebrale, est un des premiers qui aient plus particuliereraent attire 1 attention sur leur 



70 ABCES (BIBLIOGRAPIIIE). 

histoire. C est apres cetauteur et J. Abernethy, qui n avait pas tardeaecrire sur le roeme 
sujet, que dans 1 ecole de Desault on lit nettement cette distinction, et que le nom d ab- 
ces par congestion fut expressement reserve pour les designer. Les leQons et le traite de 
chirurgie de Boyer consacrerent la distinction et le nom des trois especes d abces. Enlin, un 
dernier genre d" abces, anterieurement confondu avec les abces froids, signale sous le nom 
de depots laiteux, A abces critiques, etc., fut reconnu et etudie dans ces derniers temps a 
partir del 8 20 , ce sont les abces metastatiques, ceux qui se development dans differentes 
parties du corps, sous 1 influence d une lesion suppurante locale. Mais ce genre d abces 
appartient a 1 bistoire de Finfection purulente (pyohe mie , et nous n avons qu a le men- 
tionner ici pour completer ce que nous avions a dire des abces. >"ous passons done a 1 indica- 
tiondes traites et dissertations dont les abces ont ete le sujet, en prevenant que les pre 
miers traites cites se rapportent plus a 1 histoire du nom qu a celle de la maladie. 

ABCES EN GENERAL 

MARIANO SANTO. Commf.ntaria in Avicennx textiim de apostematibus calidis, contusione et 

f/tlritionr. Roma?, 1526, in-i". 
SEVERIXO (Marc-Aurel.). DC abscessmtm recondita natura, libri VII. >"eapoli , 1631, in-4>. 

Edit, noviss. Lugd. Batav., 172i, 1729, in-4", lig. Ilyaeu plusieurs editions interme- 

diaires. 
LAMCERT (J. Ant.). Comm. sur le chap, general des apostt mes di< Guidon, a la fin des Com- 

mentaires on OEuires chirurgiques. Marseille, 1077, in-4. 
MEIBOSI (J. Henr.), De abscessmim internonim nalitra et curatione, edid. J. J. B. med. (lEuvre 

posthume). Dresdse et Lips., 1718, in-4. 

STUIL (J. Ern.). Diss. de abscessu et furonculo. Hah-, 1701, in-4. 

BOERHAAVE (Herm.) et SWIETEX (Ger. van). Abcessus, in Commentaria, etc., 1741, t. I, p.C92, 
SCIIULZE (J. Henr.), resp. GOLDBECK (Mart.). Diss. de abscessibus . Halae, 1742. in-4. 
QuEsifAY(Fr.). Traite de la suppuration. Taris. 1749, in- 12. 
BOEHMER (G. R.), Resp. MISCA (J. II. C. YV.). Disp. de damnis ex retardata abscessmim aperi- 

tione. Witteberg, 1765, in-4. 
(Anonyme) Maniere d oiarir et de traitcr les abces a porte e de la main du chirurgien, etc. 

Paris (Avignon), 1705, in-12. 
DAVID. Mem. sur les abces : Determiner la maniere de les ouvrir, et leur assigner nn traitement 

melhodique suivant les differentes parties du corps. In Prix de fAcad. roij. dechir., t. IV. 

p. 121. Separ. Paris, 1704, in-8. 
LESCHEVIN. Mem. sur cette question propose e par I Acad. roy. de cliir. : Determiner la maniere 

d oitvrir les abces, etc. Amsterdam, 1764, in-12. A la suite d un memoire sur les maladies 

de 1 oreille. 
TRECOURT. Mc moire sur les abces. In Mem. et observ. de chirurgie. Bouillon, 1769, in-12. 

P. -1-216. 

GEOFFF.oiet BOSQUILLOX Ergo in aperiendis abscessibus scalpelhtm prsestat ? Paris. 1772, in-4v 
BRAMBJLI.A (J. Alex.). Trattato chirurgico-pratico sopra il flemmone, o ilsuo esito. Milano. 17". 

in-4, 2 vol. 
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produit par des os malades, une proportion de sels terreux notablement plus forte que 

celui des abces idiopathiques (1/100 et meme 1/70). 
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Cette diss. est reproduite dans leBull. dethe r., t. LIII, p. 21, 110, 197. 

V. aussi, pour les abces par congestion, les articles CARIE, ARTICULATION, Os, RACIT.S (Pathol.). 

Comme complement de cette bibliographic, nous devons mentionner lesrecueils d obser- 
vation de Fabrice deHilden, Lamotte, J. L. Petit, Ledran, Flajani, etc., les principaux trails 
de chirurgie, particulierement celui de Boyer ; les divers dictionnaires de medecine et de 
chirurgie. Un grand nombre d observations isolees, quenousnepouvions citer, sont publiees 
dans le Bulletin de la Societe anatomique, et dans les divers journaux et recueils. Nous d> vons 
encore renvoyer, pour les abces propres aux differentes regions du corps, aux articles qui 
leur sont consacres. (ABDOMEN, BASSIN, ILIAQUE, LOMEES, PERINEE, etc.). RAIGE DELORJIE. 

ABDOMEN (de abdere, cacher). En latin, Venter, Venter imus, Alvus; en 
grec, ratrrvjp ; anglais, Belly; allemand, Unterleib, Bauch, Unterbaiich; italien, 



ABDOMEN (ANATOMIK). 



73 



addomiiie : c est la grande cavile splandmique qui forme la moitie inferieure du 
tronc et loge la plus grande parlie des organes digestifs et genito-urinaires. 

\. Anatomic et physiologic. Les limites de la cavite abdominale ne sont 
pas tellement bien fixees qu il n ait pu y avoir divergence sur 1 acception qu il 
fallait donner a ce mot abdomen. Blandin considerait comme n en fai^ant qu une 
seule les deux cavites pelvienne et abdominale, et il est certain qu en s appuyant 
exclusivement sur les donnees anatomiques et physiologiques, son opinion pourrait 
etre acceptee. En effet, aucune separation reelle n existe entre ces deux cavite-.; 
bien plus, certains organes contenus d abord dans le bassin peuvent momentane- 
ment passer dans 1 abdonien proprcment dit et en occuper la plus grande partie. 
Ainsi, 1 uterus, cache dans les profondeurs du bassin, remonte an temps de la ges 
tation dans 1 abdomen qu il envabit; ainsi, la \cssie dislendue par I lirine depa-r 
la cemture osseuse du bassia pour atteindre jusqu a 1 ombilic. Cependant les con 
siderations chirurgicales auxquelles se prete 1 histoire de la cavite abdominale pro- 
prement dite sont tellement dilferentes de celles qui appartienuent a 1 etude du 
bassin, qu il est utile d etudier separement chacune des deux parties qui, par Inn- 
reunion, constituent la grande cavite abdomino-pelvienne. 

L abdomen, ainsi entendu, a cependant encore des limites difficiles a |uec-iser, du 
moins a 1 exterieur. Les dernieres cotes qui limitent la cavile thoracique, consti 
tuent une parlie de la paroi qui circonscrit el protege la cavite abdominale ; elles 
font ainsi, d une maniere mediate, partie de la ceinture abdominale superieure; 
de sorte que, dans cette region, 1 abdomen est inclus et comme emboite dans la 
cavite thoracique qui le deborde sur les parties laterales et surtout en arriere. II 
resulte de cette disposition qu un instrument piquant, enfonce borizontalement 
tians les derniers espaces intercostaux, pourra blesser a la fois le poumon et les 
^-ceres abdominaux ; de la aussi la possibilite de grandes incertitude^ et d erreui-- 
daiis le diagnostic des plaies peuetrantes. 

La cavitj abdominale, au contraire, sedelimite tres-facilement. Enhaut, le dia- 
phragme la separe du thorax, et sa voute inclinee coniond insensiblement la pami 
superieure avec la posterieure ; celle-ci, osseuse au milieu, musculaire en dehors 
et sur les cotes de la colonne vertebrale, se continue, sans ligne de demarcation 
tranchee, avec les parois laterales et 1 anterieure. En lias, enun, si la limite est ar- 
tificielle et presque de convention, elle est assez bien marquee par le detroit supe- 
.rieur du bassin. 

L abdomen a une forme a peu pres ovoide. Si Tabus du corset chez la femme 
amene quelquefois une deformation considerable, il n en est pas moins vrai que, 
dans 1 etat normal, la forme generale est a peu pres la meme chez 1 homme et cbez 
laiemme, en tenant compte toutefois de la modification qu apporte cbez cette dn- 
niere 1 elargissement de la ceinture pelvienne. 

Les differences individuelles sont plus marquees et plus frequentes. Sans parler 
fl - changements pennanents qui survivent a une grossesse, a un ascite, a une dis 
tension pbysiologique oumorbide des parois, il existe dans la configuration generale 
de 1 abdomen des modifications de forme variant avec les individus, et variant aussi 
avec 1 age, 1 etat de maigreur ou d embonpoint. L un a le venire assez regulierement 
developpe et formant une saillie plus ou moins notable ; 1 autre, au contraire, a les 
pirois abdominales retractees et presentant une surface plane, quelquefois meme 
une excavation. Pour lesuns, la partie la plus saillante repond a 1 ombilic ; pour les 
autres, c cst la region sous-ombilicak qui est proemiuente; chez d autres encore, 



74 ABDOMEN (ANATOMTE). 

c est la. region sus-pubienne ; enfm, M. Malgaigne a signale une conformation qu i] 
appelle ventre a triple saillie et qu il regarde comme predisposant aux hernies. 
Dans cette derniere forme, la partie correspondant aux muscles droits proemine, 
puis vient une depression vers 1 insertion aponevrotique des muscles larges, et c est 
au niveau de la partie charnue de ces memes muscles qu existent les deux saillies 
late rales. 

L etude de 1 abdomen peut etre divisee sous deux cbefs principaux : 1 les parois 
abdominales ; 2 la cavite de 1 abdomen et les visceres qu elle renferme. Nous etu- 
dierons successivement ces deux parties du sujet en rattachant a chacune d elles 
les considerations physiologiques et chirurgicales qui lui appartiennent. 

PAROIS DE L ABDOMEN. Des parties tres-diverses entrent dans la composition 
des parois de 1 abdomen. Une tige osseuse resistante, constitute en haut par la partie 
infcrieure de la colonne dorsale, envoie sur les cotes ses prolongements costaux; 
plus bas, la colonne lombaire vient proteger efficacement en arriere les visceres 
que renferme 1 abdomen ; sur les cotes, des masses musculaires considerables, for- 
mees par le carre des lombes et les muscles si epais, si puissants de la region lom 
baire, viennent concourir au meme but : la protection. En avant, au contraire, les 
parois s amincissent : d abord, ce sont les corps charnus de trois muscles assez 
minces et aplatis ; puis ces plans musculaires sont remplaces par des aponevroses 
que vient renforcer, il est vrai, le muscle droit de 1 abdomen. Le but a remplirici 
etait la mobilite, et ce but a rte rempli d une maniere complete. 

La contraction seule du diaphragme suffit, en elfet, pour amener a chaque in 
spiration le soulevement de cette paroi, malgre la grande etendue qu elle presence a 
la pression atmospherique. Cette expansion de 1 abdomen dans Inspiration traduit 
assez exactement lasomme d action du muscle phrenique; aussi, dans sa paralysie, 
ce n est plus une expansion, mais un retrait de la paroi abdominale qu on observe a 
chaque inspiration. 

La dilatabilite des parois antero-laterales de 1 abdomen etait necessaire en raison 
des cbangements que la digestion amene periodiquement dans le volume des vis 
ceres ; elle etait necessaire pour permettre la libre expansion de 1 uterus gravide, 
et cette distension ne connait guere de limites ; car 1 abdomen acquiert quclquefois 
un enorme volume dans certains cas d ascite, de kyste de 1 ovaire, de tympanite,etc. 
Cependant, la resistance des parois peut etre vaincue, et des ruptures partielles, des 
eraillures peuvent se faire dans les aponevroses qui les constituent en grande par- 
tie ; de la des hernies, des eventrations, etc. 

La depressibilite de la paroi abdominale anterieure n est pas moins grande que 
son extensibility ; et, grace a la mobilite dont jouissent les visceres, on peut, en 
deprimant cette paroi, aller comprimer 1 aorte contre la colonne vertebrale. Par 
sa mobilite meme, cetle paroi echappe parfois a 1 action destructive des corps con- 
tondants, et 1 on a vu de gros projectiles, lances par la poudre a canon, broyer les 
visceres abdominaux, sans que la paroi abdominale oiirit aucune trace de contu 
sion ; particularity dont on ne s etait pas d abord rendu un compte exact, et qni 
explique les fables qui ont eu cours si longtemps sur 1 action destructive du vent du 
boulet. 

L etude de toutes les parties qui constituent les parois de 1 abdomen n appartieiit 
pas a notre sujet. La paroi posterieure, formee par la region lombaire, sera etudiee 
plus tard ; il en est de meme de la superieure ou diaphragmatique, et de 1 infe- 
rieure, constitute par le bassin ; la paroi antero-laterale seule doit nous occuper. 

La region antero-laterale proprement dite est limitee en haut par le rebord 



ABDOMEN (ANATOMIE). ^ 

inferienr d<?s cartilages costaux et de la derniere cote; en has, par le rebord os- 
seux du bassin, c est-a-dire par 1 epine du pubis, la crete iliaque et le ligament de 
Fallope ; en arriere, par le bord externe du grand oblique, ou mieux, par une 
ligne conventionnelle partant de la reunion des deux tiers anterieurs avec le tiers 
posterieur de la crete iliaque, et s elevant verticalement jusqu au bord inferieur de 

la cage thoracique. 

Ce large espace a ete artificiellement divise en regions secondaires, et cette divi 
sion ne s applique pas seulement aux parois, mais encore a la cavite abdominale 
elle-meme. Cette delimitation toute conventionnelle est tracee par deuxlignes ver- 
ticales, montant des epines iliaques anterieures et superieures vers le thorax, et 
par deux lignes borizontales passant : la superieure au niveau du bord inferieur 
des cotes, 1 inferieure au niveau de la crete iliaque. Ces lignes interceptent done 
neuf espaces ylus oumoins irreguliers qui ont recu lesnoms suivants. En haut : au 
milieu, 1 epigastre, i-l ya^o, ou region epigastrique, situee au-dessous de 1 ap- 
pendice xypho ide, dans 1 echancrure que laisse 1 ecartement des cotes ; sur les 
cotes, les hypochondres, u-6 ^dvfyo?, presque entitlement caches par le rebord iu- 
ferieurde la cage thoracique, recouvrant ainsi la rate a gauche, le foieadroite, ]<- 
protegeant assez efficacement contre les pressions et les chocs, mais pas assez toute- 
fois pour les soustraire a des ruptures dans les casde contusions violentes, ou a. des 
alterations de forme dans certains cas, ou ce rebord costal, continuellement re 
pousse en dedans par la pressiond un corset trop serre, vient imprimer fortement 
un sillon transversal sur la surface du foie. 

Dans la partie moyenne : 1 ombilic, presentant a peu pres vers son centre la ci 
catrice ombilicale ; sur les cotes, lesflancs, ou regions lombaires occupees en grainli- 
partie par les colons ascendant et descendant. 

Enfin, danslaparlie interieure : au milieu, 1 hypogastre, occupe par la partie in- 
ferieure des intestins greles, mais recouvrant parfois 1 uterus ou la vessie, lorsquo 
ces organes distendus, l un par la grossesseou 1 autre par 1 urine, viennent repous- 
ser les intestins de la situation qu ils occupent d ordinaire. Sur les cotes sont les 
regions ou les fosses iliaques protegeant le coecum a droite, la partie inferieure du 
colon et 1 S iliaque a gauche ; mais 1 etude de cette derniere region appartieu 
surtout acelle de la cavite pelvienne. 

Nous devons, maintenant, passer successivement en revue les parties qui entren 
dans la composition de la paroi abdominale anterieure en procedant des parties 
superficielles vers les parties profondes. 

La peau des parois abdominales est mince, assez mobile sur les parties sous- 
jacentes ; mais, au niveau de la cicatrice ombilicale, elle est fortement adhe- 
rente. Glabre chez la femme, excepte en bas vers le mont de Venus, elle est cbez 
1 homme recouverte de poils plus ou moins abondants suivant les sujets ; chez beau- 
coup d individus a systeme pileux tres-developpe, les poils recouvrent les regions 
bypogastrique et ombilicale et montent vers le centre de la region epiga-triquc 
jusqu a la poitrine. 

Chez les homines fortement muscles et peu charges d embonpoint, la peau trail it 
assez fidelement les saillies musculaires et surtout celle des muscles droits de 1 ab- 
domen, disposition souvent exageree par les statuaires. Une legere depression 
lineaire correspond a la ligne blanche, une depression plus marquee existe vers le 
bord externe des muscles droits. La cicatrice ombilicala, due a la retraction des ele 
ments du cordon, est plus ou moins enfoncee suivant les sujets ; elle se deplisse et 
se trouve metne parfois remplacfe par uiie saillie lorsque 1 abdomen est distendu 



7tl ABDOMEN (ANATOMIC). 

fortement par des liqnides on des gaz. On a voulu faire de ce deplissement un 
signediagnostiqueentrel asciteetleskystes de 1 ovaire, en 1 attribuant a la pressiojj 
directe du liquide ascitique; mais des faits assez nombreux prouvent qu il faut 
restreindre beaucoup I importunce dc cesympldme. La cicatrice ombilicale est par- 
fois aussi le siege d inflanmiation, lorsque des soins de proprete insuffisante y ont 
laisse accumuler des produits d excretion, ou lorsque des poussieres, de petits corps 
etrangers s y sont enfonces ety sejournent. Enfm, des hernies effacent, en la sou- 
levant, la cicatrice ombilicale. (Voyez OMBIUC, OMBILICALES (bernies.) 

L extensibilite de la peau de 1 abdomen est assez grande, mais elle ne cede aux 
distensions que lui imposent la grossesse et quelques affections abdominales qu en 
subissant une sorte de dissociation partielle de ses elements, laquellese tradiiitpr 
des eraillures, veri tables cicatrices interstitielles qui seraient des traces indelebiles 
et pathognomoniques d une grossesse anterieure, si une ascite, un kyste ovari- 
que, etc., ne pouvaient occasionner les memes phenomenes. 

La peau peut aussi etre distendue par 1 accumulation de la graissedans le tissu 
ccllulo-adi|eux sous-jacent. Si 1 amaigrissement succede a un embonpoint conside 
rable, I 1 absence de retraction suflisante force la peau a former desplis transversaux, 
quelquefois tres-epais et comme etages. 

L&couche soiis-cntant e varie d epaisscur suivant les sujets, car elle se charge 
(|iieli|iielois d une quantitS considerable de graisse; ellene varie pas moins suivant 
les regions. En haul, vers 1 ejtigastre, elle est assez mince, de me me qu au niveau 
de 1 ombilic; plus bas, elle s epaissit graduellement et devient souvent assez consi 
derable vers la partie inlerieure. Sur la ligne mediane, elle renferme des fibres de 
li^su cellulaire ([ui s entre-croisent entre elles et avec quelques fibres de la ligne 
blanche ; de la une cerlaine adherence de la peau sur la ligne mediane. Cette adhe 
rence a lieu encore plus en dehovs, au niveau de la rencontre des aponevroses des 
obliques et du grand droit de 1 abdomen. Vers le pubis, cette coucbe renferme ega- 
lement des fibres cellulaires qui descendent en s entre-croisant, sur la ligne medume 
vers le ligament suspenseur de la verge, sur les cotes vers le dartos, dont elles 
forment comme 1 origine. Malgre son epaisseur chez quelques sujets, on ne peut 
guere, sans artifice, distinguer dans la couche sous-cutanee plusieurs feuillets su 
perposes. 

Les aponevroses et les muscles grand droit et pyramidaux, grands et petits 
obliques, et enfin le transverse lorment la partie essentielle de la paroi abdomi- 
nale anterieure. En partie charnus, en partie aponevrotiques, ces muscles sont 
brides par des toiles fibreuses qui forment comme le squelette de la paroi et consti 
tuent des gaines que nous devons etudier tout d abord. 

Sur la ligne mediane, etendue de 1 appendice xypho ide au pubis, esiste la ligne 
blanche. Resultant de 1 entre-croisement des fibres aponevrotiques venues des deux 
parties laterales, la ligne blanche est pour quelques anatomistes une sorte de ligne 
mathematique formee par les intersections fibreuses ; pour les autres, c est tout 
1 espace compris entre les bords internes des muscles grand droit. Cette dernieie 
interpretation nous parait justifiee par la pathologic et par l : anatomie. En efiet, 
1 entre-croisement aponevrotique se fait sur une certaine etendue ; la distension des 
fibres qui la constituent lui donne dans certains cas d ascite, de grossesse, une 
largeur assez notable; enfin, au point de vue de la pratique des operations, telle 
que 1 ovariotomie, 1 hysterotomie, la ligne blanche est reellement 1 espace qui se- 
pare les muscles droits, la ou on ne rencontre, entre le peritoine et la peau, que 
des tissus fibreux peu epais. 



ADDOMF.N (ANATOMIE). 17 

Envisages de cette fa con, on comprend que la ligne blanche n a pas dans tous les 
points la meme etendue : 1 ecartement des muscles droits au-dessus de 1 ombilic 
augment e sa largeur, leur rapprochement vers le pubis la diminuc ; mais ses 
principales variations sont en rapport avec la grossesse on les maladies qui ame- 
nent une distension considerable de la paroi abdominale. Les muscles droits, 
comprimes d avant en arriere, s amincissent en s elargissant, et sont en meme 
temps refoules vers les parties laterales. L ecartement de lours bords internes pout 
aller jusqu a 8, 10, 15 centimetres, circonstance importante a noter, car elle per- 
met d ouvrir 1 abdomen en dehors de 1 ombilic sans rencontrer les muscles, i.ctte 
circonstance devient favorable en mettant davantage a 1 abri d uneeventration ; 
le muscle droit, venant recouvrir plustardla cicatrice profonde, yiendrala soutrinr 
et renforcer la paroi aiYaiblie par 1 operation. Mais 1 ecartemcnt des muscles, 1 clar- 
gissement de la ligne blanche, dont les fibres sont tiraillees, allongees et amin< i 
1 afiaiblissement de la paroi, quand elle ne se trouve plus formee que par 1 acco- 
lement des deux feuillets de la gaiue musculaire, expliquent comment, dans < 
tains cas, il peut se lormer a ce niveau des eventrations paribis considerables. 

De 1 intersection fibreuse- qui constitue le raphe median partent deux feuillets 
aponevrotiqnes, dont 1 un passe en avant, 1 autro en arriere du muscle grand droit 
abdominal pour aller se recomposer et s unir au dehors du muscle dont ils con 
stituent lagaine. Chacune des lames qui la Ibrment peut etredivisce en deux feuil 
lets : en avant, 1 aponevrose du grand oblique et le feuillet superficiel du petit 
oblique; en arriere, le feuillet profond du petit oblique et 1 aponevrose du tran-- 
verse. Apres qu elles se sont reunies en une sorte de ligne blanche lat T.dr. lr- 
lames aponevrotiques se separent de nouveau ; le feuillet du grand oblique continue 
son trajet et recoit 1 insertiondes fibres charnues ; le feuillet de transverse, situc le 
plus profondement, rejoint de meme le muscle auquel il apj \a licnt ; quant aux 
deux feuillets du petit oblique places entre les deux precedents, ils se mini^sent eL 
vont donner insertion aux fibres musculaires. II resulte de cette disposition que le 
muscle grand droit de 1 abdomen est immediatement embrasse par les deux lamelles 
aponevrotiques du petit oblique, dont 1 urie passe en avant, s accolant a 1 apoiiL- 
vrosedu grand oblique, et 1 autre passe en arriere, accollee a 1 aponevrose du trans 
verse. Cependant la gaine du muscle droit n est pas complete, ou du moins n a 
pas partoutla meme epaisseur, car dans le quart inferieur, le feuillet posterieur s a- 
mincit considerablement, manque meme d apres quelques anatomistes, de sorte 
que le muscle est a ce niveau en contact plus ou moins direct avec le fascia sous- 
peritoneal. 

Le muscle grand droit de 1 abdomen s etend dela partie inferieuredu sternum et 
des cotes au pubis sur lequel il s insere. Aplati, comme rubane, il presente, de dis 
tance en distance, des intersections fibreuses transversales, adherentes a la gaine 
aponevrotique, et qui ont ete le sujet de nombreuses theories. Sans entrer dans la 
discussion d opinions que nous nesaurions accepter, nous croyons devoir nous bor- 
ner a exposer brievement quel est le but que nous croyons pouvoir assigner a cette 
disposition particuliere. 

Si nous supposons le muscle grand droit de 1 abdomen forme par des faisceaux 
de fibres s etendant sans interruption du sternum au pubis, il arrivera qu au mo 
ment des contractions parfois si energiques de ce muscle, le gonflement des fibres 
musculaires vei s leur partie moyenne et en un seul venire de contraction amenera 
la formation d une tumefaction tres-notable, limitee a un point peu etendu ; de la 
une compression tres-forte sur une portion restreinte des visceres abdominau x. Les 



78 ABDOMEN 

intersections fibreuses, sans affaiblir la force du muscle droit, le transforment en 
quatre ou cinq muscles places boat a bout, lesquels, se raccourcissant en formant 
quatre ou cinq venires de contraction, divisent la compression et repartissent la 

-sion en diminuant ses inconvenients. 

Endehors des muscles droits, nous trouvons superposes les grand etpetit obliques 
et le transverse de 1 abdoinen. La direction des Jibres charnues qui cornposeir 
muscles est tres-differente ; ainsi, Umdis que celles du grand oblique sont diri. 
de haut en bas et d arriere en avant, celles du petit oblique sont dirigees dans un 
sens tout a fait oppose, et celles du transverse sont horizontals. II en resulte que 
dans leur contraction la traction operee par ces muscles sur les parties qui limitent 
la paroi de 1 abdomen se repartit dans tons les sens, et que leur action commune, 
en tendant a redresser la courbe qu ils torment, a pour eflet principal et a peu pres 
unique le retrecissement de la cavite abdominale et la compression des vise 

Les muscles obliques et transverses presentent, au point de vue de 1 anatomie 
chirurgicale. dans leurs aponevroses et dans leur corps charnu quelques particula- 
ritcsqu il importe d etudier. 

L aponevrose du urn- ><1 oblique ne forme pas une lame continue : a la par- 

tie inierieure et int pii la constituent se separent et s ecartent pour 

alliT former les piliers interne et externe de 1 anneau inguinal. L oritice qui se 
trouve ainsi forme est trian_ul lin 1 . et il ne saurait en etre autrement, ; in?qu il c>t 
constitue par 1 ecartement de fibres presque rectili- lais il u-t ivtreci dai 

partie superieure par de?- iibre> surajoutees appelees parWinslow fibres collaterals, 
parM. Velpeau, fibres en sautoir, t_-t par Thompson, futria pectineo-oblique. Qae 
ces fibre- viennent de 1 aponevrose du cote oppose ou qu elles partent de laligne 
blanche, il n en resulte pas moins qu elles viennent voiler la partie >up Jrieure de 
1 ouverture inguinale, la retrecirenla convertissant en un orifice quadrilatere pom 
aller ensuite se perdre, en contournant la face infeiieure du pilier externe, lesunes 
dans le ligament de Fallope, le^ autres dans le ligament de Gimbernat. 

Les fibres aponevrotiques du muscle grand oblique s entre-croisent, avons-nous 
(lit, en formant la ligne blanche, et se placent sur unplan posterieur aux Li - 
propres du muscle du cote oppose. Les plus inierieures vont, celles du cote gauche 
par exemple, s inserer sur la crete du pubis du cote droit , font saillie vers 1 an.le 
inferieur et interne de 1 anneau inguinal droit, en arriere de son pilier interne, et 
viennent y constituer ce qu on a appele le ligament de Colles (Voijez I.NGUDAL 
di. 

La partie infeiieure de 1 aponevrose du grand oblique se contourne pour aller 
> attacher au pubis en formant en dedans et profondement le ligament de Gimber 
nat 1 1 oyez Cniral (Canal) en dehors et dans 1 intervalle compris entre l epine pu- 
1 ii.Tine etla crete iliaque, le ligament de Fallope \Yoije~- AI>T). Pourceux qui re- 
gardent comme ligament les fibres tendues entre deux os et comme aponevi 
d insertion seulement les fibres aboutissant par une de leurs extremites a des fai-- 
ceaux musculaires, le ligament de Fallope ne serait pas forme diiectement par le 
bord iuferieur de 1 aponevrose du grand oblique, mais par des fibres propres sur 
lesquelles viendraient se perdre celles de 1 oblique externe de 1 abdonien. 

Tandis que 1 insertion fixe des principaux faisceaux charnus du grand oblique se 
fait sur les cotes, celle du petit oblique se fait au contraire sur la crete iliaque, d ou 
les fibres se portent en rayonnant dans une direction opposee a celle que suivent 
les fibres du muscle qui le recouvre. Les fibres les plus inferieures ne naissent pas 
de la crete iliaque, rnais de 1 arcade crurale elle-meme ; elles se portent oblique- 



ABDOMEN (\N.\TOMIE). 79 

merit en bas et en dedans et se diviscnt en trois faisceaux : Ic plus supei iciir s ni- 



sere 



presque directemeut sur la ligne blanche ; I inferieur, passant dciriei x- 1 an 
neau, va s inserer directement au pubis ; les moyennes sortent a travers 1 anneau 
pour constituer le crenwsler. Le bord inferieur du petit oblique, assez epais et 
charnu, ne descend pas en dedans jusqu au contact de 1 arcade de Fallope; uni au 
bord inferieur du transverse, il vient en quelque sorte former la paroi MII ( ri.. inv rlu 
canal ou trajet inguinal, et repond directement au cordon spermatique qui passe au- 
dessous de lui . 

Le faisceau moyen, avant de s inserer au pubis, sort, avons-nous dit, de 1 anneau 
pour aller s enrouler en torme d anse autour du cordon testiculaire et constituer le 
cremaster. Telle n est pas cependant 1 opinion de tous les anatomistes, uu -rand 
nombre admettent que le cremaster est forme de fibres musculaires propres, divi- 
sees en trois faisceaux inseres par une extremite au testicule encore renterme d;m- 
1 abdomen, et, par 1 autre extremite, s attachant au pubis pour les deux laismmx 
extremes et au fond du scrotum pour le faisceau moyen. Ces fibres, par leur retrac 
tion, seraient 1 agent particulier qui opere et dirige la descente du testicule et con- 
stitueraient le gubernaculum testis. La discussion de ces opinions sera mieux 
placee ailleurs. (Voy. TESTICI LE.I 

Le transverse, le plus proiond des trois muscles des parois abdominales, semble, 
par ses fibres costales, continue! le diaphragme. Etendu comme unesangle conti." - 
tile dans une direction transversale, il comprime tres-efficacemeat les viscno. en 
meme temps qu en attirant en dedans les cotes, il agit efficacement dans I expiration 
cxageree, dans 1 effort, la defecation. 

Ajoutons aux muscles de la paroi anterieure de 1 abdomen un petit faisceau muscu- 
laire, le pyramidal, inconstant dans son existence, s mserant par sa base au pubis 
dans rintervalle qui separe 1 epine de la symphyse, par son extremite a la li. 
blanche, dont il peut etre considere comme le muscle tenseur. 

Les muscles et les aponevroses qui constituent la paroi abdominale antero-laterale 
.ne sont pas directement en rapport avec la sereuse peritoneale ; ils en sont Departs 
par deux couches qui out, en anatomic chirurgicale, une importance notable. L une 
est le fascia transrersalis, 1 autre la couche cellulo-graisseuse profonde. 

Versla partie inferieure de 1 abdomen, le tissu cellulaire sous-peritoneal se con 
dense en une membrane, dont 1 epaisseur et la resistance varient suivant les snjet?, 
maisqui est presque toujours assez dense pour meriter le nom d aponevrose. C > -t 
le fascia trcnuicrsalis demontre, en 1806, par Hesselbach et A. Cooper, deerit 
depuis par 31.M. i. Cloquet, Lawrence et Thomp-Mju, ft que plusieurs anatomistes 
considerent comme le feuillet posterieur delagaine celluleuse du muscle trans 
verse. Les fibres qui le constituent sont horizontales et verticales. Les premieres se 
perdenten dehors dansle fascia iliaca, et en dedans s inserent sur le bord externe 
du tendon du muscle droit de 1 abdomen ; les secondes, plus rares, accompagnent 
f/& ce tendon. En se relevant en dedans et en haut pour s accoler au grand droit, les 
fibres du fascia transversalis circonscrivent en bas et en dedans 1 orifice inteiieur 
du canal inguinal enformant un rebord falciforme, sur lequel reposent les elements 
jWp du cordon avant de s engager dans le canal inguinal. Suivant MM. Cruveilhier et See, 
ce rebord n est point libre, il est le point de depart d un prolongement infundibuli- 
forme qui accompagne le cordon dans son trajet a travers le canal inguinal, en 
allant former 1 enveloppe fibreuse immediate sur laquelle s epanouit le cremaster. 
Dans sa partie inferieure, le fascia transversalis s insere sur 1 arcade crurale, et il 
se continue ou semble se continue! avec Faponevrose du grand oblique, formant 
: 



80 ABDOMEN (AHATOMIE). 

ainsi une gouttiere, paroi inferieure du trajet inguinal, sur laquelle repose le cordon 
spermatique. 

Entre le peritoine et le fascia transversalis se trouve une couche celluto-adipeuse 
qui pent quelquefois se charger de graisse en quantile notable. Les pelotons adipeux 
faisant effort au travers des eraillures aponevrotiques, viennent faire saillie sous la 
peau et constituer des hernies graisseuses qui ont quelquefois donne lieu, par leur 
presence, a des erreurs de diagnostic, surtout quand elles avaient suivi le trajet du 
canal inguinal. 

Dos vaisseaux arteriels et veinenx, dont 1 etude est tres-importante, sont ren- 
formes dans 1 epaisseur de la paroi abdominale anterieure. L artere tegumenteuse 
abdominale se detache de la femorale immediatement au-dessous del arcade crurale, 
se recourbe en avant, traverse la paroi anterieure du canal crural, donne un ra- 
meau aux ganglions inguinaux, se place dans 1 epaisseur du fascia transversaliscl 
s epuise en ramuscules tres-tenus dans levoisinage del ombilic. 

Les veines tegumenteuses sont beaucoup plus importautes ; elles se jettent dans 
la veine saphene interne au moment ou celle-ci penetre dans 1 orifice inferieur du 
canal crural. Lorsqu une tumeur abdominale ou pelvienne vient comprimer la veine 
iliaque, ou que, par toute autre cause, agissant sur cette veine ou sur la veine cave 
inferieure, la circulation veineuse intra-abdominale se trouve genee, les branchesde 
la tegumenteuse se dilatent, viennent se dessiner fortement sous la peau del abdo 
men et lormer, dans certains cas, un element precieux de diagnostic. Les anasto 
moses deleurs radicules avec les origines des veines superficielles de la region tho- 
racique leur ont permis de jouer quelquefois un role plus important encore. Dans 
certains cas d obl iteration de la veine cave inferieure, on a vu les branches radicales 
de la tegumenteuse enormement dilatees permettre au sang veineux du membre 
correspondant de revenir par une circulation retrograde et par 1 intermediaire dc 
1 axillaire dans la veine cave superieure, et de la dans le creur droit. 

L artere epigastrique nait de la partie inferieure et interne de 1 iliaque exteme. 
Elle marche d abord tran-sversalement en dedans, et, parvenue au-des<ous du cordon 
.spermatique avec lequel elle affecte des rapports importants (Voyez-hiyE), monte 
obliquement en haut et en dedans, placee d abord entre le fasciatransversaUsd 
le peritoine ; puis elle chemine dans 1 epaisseur du grand droit en donnant des 
rameaux perforants qui traversent ce muscle pour s anastomoser avec des branches 
de la tegumenteuse. Pres de son origine, 1 artere fournit trois petits rameaux : 
i la funiculaire , qui penetre dans le canal inguinal etaccompagnejusqu au testi- 
cule le cordon spermatique ; 2 un petit ramusculequi se porte transversalementen 
dedans et s anastomose derriere le pubis avec celui du cote oppose ; 5 une branche 
inferieure ou descendante anastomosee avec 1 obturatrice et tres-importante; car, 
dans quelques cas, elle devient elle-meme 1 origine de 1 obturatrice. Les rameaux 
terminaux de 1 epigastrique s anastomosent avec ceux de 1 artere mammaire in 
terne, c est la plus grande anastomose du corps humain, et elle etait connue des 
anciens anatomistes. Elle acquiert parfois, dit-on, une grande importance; car 
dans les cas ou 1 artere sous-claviere avail ete liee, elle concourait a rappoi ter le sang 
arteriel dans 1 extremite peripberique de 1 artere obliteree, etablissant ainsi une 
communication directe entre les branches superieures de 1 aorte et 1 artere iliaque 
externe. Ce fait serait, il est vrai, en rapport avec les lois qui reglent le retablis- 
sement de la circulation arterielle par des anastomoses ; mais jusqu a present les 
dix. operations de ligature de la sous-claviere en dedans de 1 origine de la mam 
maire interne ont 6te suivies de mort dans un temps assez court, pour qu ou no 



ABDOMEN (ANATOMIE). 
puisse faire que des hypotheses sur le role de 1 anastomose de 1 epigastrique et de 

la mamraaire. 

L artere epigastrique est raremeutle siege d anomalies. Quclquefois elle nait par 
un tronc commun avcc 1 obturatrice ; Lauth et M. Velpeau ont observe deux c.as 
dans lesquels 1 artere etait double : 1 une passait en dedans, 1 autre au dehors de la 
fossette inguinale interne. 

Les veines epigastriques en general, au nombre dedeux, accorapagnent 1 artcre 
dans son trajet et viennent s ouvrir separement ou par un seul tronc dans la veine 
iliaque externe. 

L artere circonflexe iliaque nait de 1 iliaque externe, marche parallelement a 
1 arcade crurale et a lacrete iliaque, traverse les muscles petit oblique et transverse 
et s epuise dans les muscles de la region. 

Les nerfs viennent des derniers nerfs intercostaux, d autres du plexus lombaire : 
ce sont les branches abdomino-genitales inierieure et superieure, dont les filets 
deviennent de plus en plus superliciels a mesure qu ils s approchent de la ligne 
blanche, et la branchegenito-crurale. 

Les lymphati([ues se rendent, ceux de la parlie inierieure, dans les ganglions 
iliaques et lombaires ; ceux de la partie supeileure de la paroi abclominale se 
rendent dans les ganglions axillairfe. 

La face profbnde ou abdominale de la paroi anlerieure de 1 abdomen est tapissee 
par le peritoine. Beaucoup moins vascuhure que le feuillet visceral, ce leuillet pa 
rietal est aussi bcaucoup moins sujeta s enflammer, et cette condition anatomique 
explique le pen de gravite relative des plaies penetrantes, meme larges, de 1 abdo 
men sans blessure de 1 intestin, et les succes de 1 ovariotomie (Voy. PERITOINE, 
OVAIUOTOMIE, etc.). Le peritoine ne couvre pas cependant toute la paroi ante- 
rieure de 1 abdomen ; aux environs du pubis, il s ecarte et se porte en arriere sur 
le sommet de la vessie, laissant ainsi a decouvert un espaceplus ou moins etendu, 
suivant 1 etat de repletion du reservoir urinaire, espace dans lequel on pent, dans 
lataille sous-pubienne, arrivera la vessie sans ouvrir la caviteperitoneale. 

Envisagee par sa face profonde et peritoneale, et d arriere en avant, la paroi ab 
dominale anterieure nous presents des saillies lineaires, des depressions qu il nous 
J aut examiner. Au centre, I ombilic, sur la constitution duquel nous ne devons pas 
nous arreter (Voy. OMUILIC) ; au-dessus, un cordon h breux se portant en haut et 
a droite vers le Lord anterieur du foie, c est la veine ombilicale obliteree. 

Dans la region sous-ombilicale, cache d abord par le fascia iimbiiicalis, et peu 
saillant du reste, se voit un cordon fibreux assez mince, qui descend verticalement 
sur la ligne mediane pour atteindre le sommet de la vessie, c est 1 ouraque. En de 
hors, se trouvent deux autres cordons plus saillants, partant egalement de 1 ombi- 
lic, mais s ecartant a droite et a gauche pour allei 1 gagner les parties laterales de la 
vessie, soulevant legerement le peritoine parietal jusqu au pubis et formant avcc 
1 ouraque, et de chaque cote, un petit triangle a base inferieure ; ce sont les ar- 
teres ombilicales obliterees. Plus en dehors encore se trouve une troisieme saillie 
lineaire, moins apparente toutefois chez la plupart des sujets et formee par 1 artere 
epigastrique. 

Entre ces diverses saillies existent deux depressions, deux fossettes, qui ont recu 
le nom de fossettes inguinales interne et externe. 

La fossette inguinale externe repond a 1 ouverture interieure ou profonde du canal 
inguinal; c est par la que s engage le cordon spermatique, et le peritoine presente 
a ce niveau une sorte de cicatrice a 1 endroit qu a traverse le testicule pour sortir 

DI-T. E.NC. I. Q 



82 ABDOMEN (ANATOMIE). 

de 1 abdomen. Les hernies qui se font a ce niveau suivent le trajet inguinal et mar- 
chent obliquement dans 1 epaisseur de la paroi abdominale ; aussi leur a-t-on donne 
le nom de hernies inguinales obliques ou externes. Au dedans de leur collet se 
trouve placee 1 artere epigastrique. 

La fossette inguinale interne est limitee par 1 artere epigastrique en dehors, par 
1 ouraque en dedans ; elle repond a 1 anneau exterieur ou superficiel du canal in 
guinal. Les hernies qui s engagent a ce niveau traversent directement d arriere en 
avant la paroi abdominale; dela le nom de hernies inguinales directes. Gelles-ciont 
1 artere epigastrique placee en dehors de leur collet. 

Mais quelques anatomistes ont divise la fossette inguinale interne en deux fossettes 
secondaires : 1 une comprise entre 1 ouraque et 1 artere ombilicale, c est h fossette 
vesico-inguinale ou vesico-pubienne ; 1 autre, situee entre les arteres epigastrique 
et ombilicale, c est la fossette inguinale interne. Cette distinction n a aucune impor 
tance chirurgicale, car ce qu il importe, c est de savoir que dans les hernies qui 
se font divectement a travers la paroi et au niveau de 1 anneau exterieur, 1 artere 
epigastrique est placee sur le cote externe du sac, tandis qu il est peu important de 
savoir si 1 artere ombilicale obliteree est en dedans ou en dehors 

CAVITE DE L ABDOMEN. Un grand nombre d anatomistes se refusent a accepter 
1 expression de cavite abdominale, en faisant remarquer qu il ne saurait exister de 
cavite, la ou il n existe aucun espace vide. Sans entrer dans une discussion que 
nous regardons comme purement logomachique, nous pouvons considerer 1 abdo- 
men comme formant une vaste cavite, logeant les organes principaux de la diges 
tion, de la reproduction, de la secretion urinaire ; cette cavite bien circonscrite en 
haut, en arriere, en avant, se confond en bas avec celle du bassin. Les denomina 
tions conventionnelles qu on applique a la paroi antero-laterale s appliquent egale- 
ment a la cavite abdominale ; les limites, les noms sont les memes, et nous aurou< 
en haut la region epigastrique, en bas la region hypogastrique, separee de li 
premiere par la region ombilicale. Chacune d elles se decompose aussi en trois re 
gions secondaires : les hypochondres, les flancs, les fosses iliaques. 

La face profonde des parois abdominales est tapissee de toutes parts par le feuillet 
parietal du peritoine, et Ton pent dire que cette membrane sereuse est la veritable 
limite de la cavite abdominale. Cependant tous les organes ne sont pas contenus 
dans la cavite peritoneale ; de la une distinction entre eux suivant qu ils sont ou lie 
sont pas enveloppes par la membrane sereuse. 

Si Ton voulait user d un langage rigoureux, on pourrait dire qu aucun organi 1 
n est contenu dans la cavite du peritoine, tous sont situes au dehors de lui; 
mais plus ou moins enveloppes, plus ou moins pediculises, ils viennent iaire une 
saillie plus ou moins forte vers le centre de la cavite sereuse. Pour bien comprendre 
ces differences, on peut supposer, par une vue de 1 esprit, le peritoine comme ibr- 
mant une vessie, une poche distendue par un fluicle ; quelques organes, venantsim- 
plement s appuyer sur cette poche sans la deprimer, se couvrent du peritoine sur 
une de leurs faces seulement; ils sont absolument extra-peritoneaux, tels sontle:> 
reins. D autres depriment legerement la membrane, la refoulent vers le centre de 
la cavite et s en recouvrent sur leurs faces anterieures et laterales, leur face poste- 
rieure restant decouverte, telle est la particularite qu offrent les colons ascendant et 
descendant, la vessie, 1 utenis. D autres s enfoncent si loin vers le centre de la ca 
vite, qu ils depriment en doigt de gant le peritoine qui, derriere eux, arrive au 
contact et leur forme une sorte de mesentere, c est ce qui arrive pour 1 intestin, 
qui se trouve ainsi contenu ou plutot flottant dans la cavite peritoneale. C est ce 






ABDOMEN (ANATOMIE). 

dernier caractere, 1 enveloppenicut a peu pres completpar le pentome, 1)111 a lait 
donuev aquelques visceres, le foie, la rate, I estomac, 1 iiitotin ! nom 
ritoneaux. Nous n avons pas a nous occuper ici de 1 liistoire si importante cle cette 
membrane sereuse (Voy. PERITOINE) . 

Le peritoine et les vaisseaux qui rampent dans son ecavtement sont pour beaucoup 
de visceres abdomtnaux leur seul moyen de fixite. IA laxite du peritoine expl. 
done facilement a quels degres de deplacement peuvent etre soumis les visceres ; 
ainsil ona vule coecum, le colon transverse et meme I estomac entrer dans la tor- 
mationde hernies inguinales. 

La fixite absolue des organes abdominaux eut ete du reste absolument 
tible avec leurs fonctions. Cette mobilite des organes augni< iil, In crane vers Ir 
bassin, et il en est de meme de leur disposition symetrique d l ;l 

ligne mediane. Au crane, le cerveau symetrique dans ses deux lobes est solidemenl 
fixe par des replis multiples qui soutiennent chacune de ses parties; li> mouve- 
ments de locomotion qu il subit a chaque pulsation de 1 hexagone arteriel, les va 
riations de volume, suivant que 1 inspiration ou 1 cxpiratkm retienneut plus ou 
moins dans son tissu une quantite variable de sang veineux, tous ces chaogements 
sont peu considerables, et, soutenu deja par les replis fibreux de la dure-mere, le 
cerveau Test encore par le liquide cephalo-rachidien. 

Dans le thorax, les poumons, deja quelque peu asymetriques, puisque le nombre 
de leurs lobes varie a droite et a gauche, devaient etre mol iles, puisqu ils devaient 
a chaque instant subir dans 1 expiration et dans 1 inspiration des changements con 
siderables dans lenr capacite et leur volume ; maisle coeur devait etre immobilise, 
dans la partie du moins qui emet et recoit les gros vaisseaux, et en meme temps 
ses rapports avec le poumon devaient etre conserves d unemaniere fixeet invariable. 
Aussi, depuis la fourchette du sternum jusqu au centre diaphragmatique, leperi- 
carde et ses prolongements fibreux fixent-ils, d une maniere presque invariable, 1 1 
base du coeur et le bile du poumon, et si le diaphragme accomplit par ses parties 
laterales des mouvements etendus, le centre diapbragmatiqae conserve beaucoup 
plus qn on ne 1 a dit une immobilite presque absolue. Les poumons se dilaten! 
resserrent, leur face inferieure s elargit quand le diaphragme s abaisse, leur face 
externe glisse sur les cotes qni s elevent, leur sonimet se gonfle et deborde la clavi- 
cule ; maisleur face interne est a peu pres immobile, du moms au niveau du bile, 
et Ton pent dire que si 1 organe a un mouvement d ampliation et de retrait, il nc 
jouit pas du mouvement de locomotion. 

Examinons la cavite abdominale d un animal recemment tue, tout change. L a- 
symetrie est absolue : non-seulement, a 1 exception des reins, les org.mes sont im 
pairs, de plus ils ne sont pas symetriques en eux-memes, et la fixite a fait place a 
la mobilite la plus etendue. Le foie reste a peu pres dans sa situation normale ; 
mais I estomac se distend else vide, releve ou abaisse son bord anterieur et ses 
faces, qui en meme temps glissent les unes sur les autres par un mouvemont presque 

-ulier, lequel pousse les aliments du cardiaversle pyloreen les ame .iant succes- 
sivement sur tous les points du viscere. L intestin grele se raccourcit, s allonge, 
se gonfle, se retrecit comme un reptile en mouvement, et fait progress:!", par ses 
contractions vermiculaires, le chyme, dont il expulse le residu, apres en avoir ab- 
sorbe tous les materiaux nutritifs ; le mouvement de locomotion domine. Moins 
completement enveloppes par le peritoine, les colons ascendant et descendant, le 
coecum sont moins mobiles, mais 1 S iliaque se deplace incessamment, et les re- 
cherches modernes ont prouve que les reins eux-memes n ont pas une fixite si par- 



84 ABDOMEN (AHATOMIE). 

faite qu on ne les voie souvent se deplacer pour occuper tous Jes points de la paroi 
abdominals postero-laterale. 

Malgre cette mobilite des visceres abdominaux, il n est pas moins important de 
savoir, avcc autant de precision qu il est possible, la situation qu ils occnpent dans 
lacavite abdominale. 

La region epigastrique renferme au-dessous du diaphragms le lobe gauche et 
une partie du lobe droit du foie; au-dessous de cet organe, la partie cardiaquede 
1 oesophage, 1 estomac, le commencement du duodenum, le trepied coeliaque, la 
veine cave inferieure, 1 aorte, le pancreas. L hypochondre droit cst entierement oc- 
cupc par le foie ; 1 hypochondre gauche loge le grand cul-de-sac de 1 estomac et la 
rate, qui lui est rehee par les vaisseaux courts. 

I.i I oie est assez solidement fixe par les replis nombreux quelui fournit le pen- 
tome. La sereuse, apres avoir tapisse la face inferieure du diapbragme, accole les 
( .MIX fenillcts qui arrivaient au diaphragme, l un de la paroi anterieure, 1 autre de 
la paroi posterieure de 1 abdomen ; ces deux feuillets, adosses et reunis, gagncnt, 
sous le nom de ligaments coronaircs, le bord posterieur de 1 organe hepatique. 
l i i is ils se separent pour recouvrir, l un la partie inferieure de ce bord posterieur 
et la face inferieure du i oie ; 1 autre la face superienre, le bord anterieur et la face 
inferieme du meme organe; arrm s au bile, ils s unissent de nouveau encompre- 
naiil cntre euxles vaisseaux biliaires, porte, hepatiques, et, sous lenom d epiploon 
gastro-hepatique, ga.unent la petite courbure de I csiomac. La, ils se separent 
1 11 mv, tapissent Tun la face superieure, 1 autre la face inferieure de ce viscere, 
ct, arrives a sa grande courbure, ils se rejoignent, s unissent encore, descendant 
accoles jusqu a I ombilic et meme jusqu au bassin, se replient sur eux-memes, 
s .ulossent deux a deux pour former les quatre feuillets du grand epiploon, re- 
\iennent au colon transverse, qu ils atteigncnt par le bord antmeur de sa circon- 
lercnce, le rccouvrent, torment son mesentere et vont, sons le nom de meso-colon 
transverse, rejoindre la colonne vertebrale. En ce point, une nouvelle separation 
a lieu, et le feuillet le plus superieur, logeant la colonne vertebrate, va rejoindre 
le ligament coronaire dont nous 1 avons suppose parti, lapissant en arriere 1 ar- 
riere-cavite des epiploons ; 1 autre, descendant jusqu au bassin, fournit ce vaste 
repli qui, sous le nom de mesentere, rattache a la colonne veiiebrale le paquet 
intestinal. 

Quoique attache parses ligaments corona ires ec suspenseiirs, le foie est sujeta des 
deplacements qui sont dus plutot a un developpement irregulier de 1 organe qu a 
line veritable migration. Que la pression un peu forte et presque constante d un 
corset trop serre vienne deprimer le rebord inferieur de 1 hypochondre, le foie se 
marque d un sillon, prend une position presque verticale, et, chert-bant ailleurs 
1 espace qui lui est refuse, descend jnsqu : a la crete iliaque. Qu une maladie aug- 
mente son volume, qu un epanchement pleuretique le refoule avec le diaphragme, 
le loie debordera les cotes, et la palpation, aidee dela percussion, fournira aume- 
decin des signes diagnostiques importants. La vesicule du fiel depasse son bord an 
terieur, et ses rapports avec les cartilages de la neuvieme et de la dixieme cote ne 
devrontpas etre oublies. 

L estomac, quireleve son bord anterieur a njesure qu il se dilate, occupera,sui- 
vant son etatde repletion, une place plus ou moins grande. 

La rate, occupant 1 hypochondre gauche, peu fixee au diaphragme, suivant 1 esto 
mac dans tous ses mouvements, varie a chaque instant de volume, lequel, a 1 etat 
patbologique, peut devenir des plus considerables. 



ABDOMEN (ANATOMIE). 85 

Le duodenum, mobile avec 1 estomac dans sa premiere portion, un pen mobile, 
avec 1 intestin dans sa troisieme, est fixe dans sa portion moyenne, la on il recoil 
d organes a situation fixe les canaux biliaires etpancreatiques. 

Une artere unique, ma is composee de trois divisions importuntes, le trepied coe- 
liaque, nourrit par ses branches- coronaire stomachique, hepatique et splenique, 
par scs rameaux duodenuix, pancreatiques, epiplo iques, les visceres que renferme 
la region superieure de 1 abdomen. 

La region ombilicale est apres 1 ablation de la paroi abdominale completement 
voilee par un repli peritoneal, le grand epiploon. Sa situation, superficielle an-di- 
vaiit des visceres, explique comment les hernies ombilicales et celles de la li^in- 
blanche renlerment presque tonjours une certaine quant ite d epiploon dans leur in- 
lerieur. Quoique existant dans tonte son etendue snr la ligne mediane, 1 epiploon, 
attache a la grande courbure de 1 estomac, est place pins a gauche qu a droite ; ce 
qui explique 1 opinion peut-etre insui fisamment justified des chirurgiens, qui, a 
1 exemple de Aruaud etde Mac-Farlane, affirmentque I epiplocele est plus frequent 
a gauche qu a droite. Presque tonte la region est occupee par les interim- ^irlr- : 
mais nous trouvons sur les cotes, vers les flancs, le colon ascendant a droite, le co 
lon descendant a gauche. 

Incompletement enveloppe par le peritoine qui ne tapisse que la moitie ou les 
deux tiers auterieurs de sa circouference, le colon se trouve en arriere directemenl 
en rapport, en hant avec les reins, en bas avec les muscles qui constituent la paroi 
posterieure de 1 abdomen ; mais il est separe de 1 aponevrose du transverse et du 
carre lombaire par une couche de tissu adipeux. La possibilite d arriver ainsi sur 
le colon lombaire gauche, sans ouvrir le peritoine, a amene Callisen a proposer de 
pratiquer a cet endroit 1 operation de 1 anns artiliciel, dans les cas d imperforation 
de 1 anus ou du rectum, ou d obstacle siegeant dans cette derniere partie de 1 intestin 
Les visceres les plus importants se trouveut dans cette partie de 1 al ilmiii ii qu en- 
cadre le colon, mais la plupart sont situes au-dessous du peritoine et en dehors de 
la cavite qu il limite. 

Le pancreas, horizontalement etendu au-devant de la colonne vertebrale, tapisse 
sur sa face anterieure par le peritoine, atteignant par sa petite extremite, queue du 
pancreas, la face interne de la rate, repondant, par son extremite arrondie ou tete, 
a la seconde partie du duodenum, se trouve rattache etroitement a cette portion 
de 1 intestin par le conduit pancreatique; celui-ci, accole an canal choledoque, va 
s onvrir dans 1 ampoule de Water et verserdans 1 intestin le liquide qui doit emul- 
sionner les graisses et les rendre absorbables. L artere spleuique longe le bord su- 
perieur du pancreas et y creuse une gouttiere, quelquefois un canal incomplet; 
la troisieme portion du duodenum longe son bord inferieur,dontelle se trouve sepa- 
ree au milieu par 1 artere mesenterique superieure. 

Sur les parties laterales de la region et en dehors du peritoine, sont les reins, 
les plus variables des visceres dans leur nombre et leur configuration exterieure ; 
regardes longtcmps comme les plus fixes dans leur situation analomique, mais que 
des recherches toutes recentes ont montre, au contraire, tres-sujets a des deplace- 
ments, a des migrations qu il faut bien connaitre si Ton ne veut pas tomber dans 
des erreurs de diagnostic. 

Les reins se trouvent entoures d une atmosphere graisseuse qui pent etre le siege 
d inflammation snppurative, de la la formation d abces, de phlegmons perinephre- 
tiques et la situation du rein en dehors du peritoine a pemiis qnelquelois de don- 
ner issue a la suppuration en pratiquant une ponction a travers les muscles de 



* A 1} L> VJ -U 1^ .^ I A * A 1 ( > M 1 t ) . 

la region lombaire ; c est egalement sur ces rapport- anatomiques qu on s est ap- 
I Onr conseiller de donner issue aux calculs iviiaux par I operation de la ne- 
phrotomie ; mais la dilficulte meme du diagnostic est le premier et lo plus _rand 
obstacle a la pratique de cette operation. 

Au-dessus du rein se trouvent deux organes sur les usages desquels on est loin 
d etre fixe, ce sont les capsules sunvnales, auvquelleson a voulu faire jouer unrole 
considerable dans la maladie d Addison en mettant sous leur dependance la secre 
tion du pigmentum. 

Plus profondement, sur le cote gauche de la colonne vertebrale, 1 aorte entre 
1 abdomen au niveau de la deuxieme 1 end vei nt pour 

se divi-iT nitre la quatrieme et la ciuquieme vertehre de cell on iliaques 

primitives. Dans ce trojet assez court, elle donne les diaphragmatiques inferie 
le tronc coeliaque, la mesenterique superieure, los eopsnl !r< - moyenoes, li 
nales, les spermatiques ou ! - nvariijUf-;. la nn> -iikViipie inlorieure et 1 

e qui continue -a direction. Entre les points d oriiane des deux mesenteri- 
ques, I aorte n estplus -i [ aree dela paroi abdominale anterieureque par le paquet 

-final; an^-i |i! iit-mi ar/ lacileinenl la coinprimer centre la colonne vi 
dans le cas d hemorrhaj . ant Mir le ba-in on dans le- . - ; ^ il ren- 

li iiiiL .Onamemeoseeii i : i iture, etl exemplenonpl nienthardi. 

inai- trineraiivd A. a trouve quatre imitateurs, MM. .lanics d Exeter, .Mui - 

iii rip di_- I miiM . Montr iitii a Saint-Thomas 

df I. inn! tes, mi i aivil trouble i : circulation parait incompalible i 

la vie ; cependant, si le mahde de Jami it quo ~> heures, celui de Murray / 

i il A. Cooper 40 < tii i". on a lieu d admirer le role si remar- 

icv anastomoses en voyant i operee de Monteirosurvivrejusqu audmemejaar 
et mouriv alors, non j ar la gan^n -nf de toute la partie inlt rieure du tronc, muis 
j ar riiL inorrbagie produite par la section de 1 artere, ulceree par le ill qui 1 etreignait. 

A droite, l aorl. .-t c itoyee par la veiin j cave interieure qui, dans plnsieurs 
communique librement avec elle par suite de la formation d un anevrysrne arttrio- 
veineux. 

Autour des branches arterielles, le grand sympathique, mele aux filets venusdes 
nerfs rachidiens, phrenique, grand et petit splanchniques, en voie-aux divers organes 
lenr sensibilite et leur excitabilite par les plexus si nombreux, emanant des gan 
glions solaire et semi-lunaire. 

LI region hypogastrique est pour le chirurnien une des plus importantes. Al etat 
ordinaire, elle ne loge que la partie infei ieure du paq)iet intestinal ; mais 1 uterus, 
charge du produit de la conception, developpe par une tumeur, delbrn^e par un 
corps fibreux, vient y faire une saillie plus ou moins notable. (Vest la et sur les 
parties laterales, aux environs de la ligne blanche, que le bistouri omrira la.. - 
ment la cavite ahdominale pour en retirer. par I opuration cesarienne, un fetus 
emprisonne par unbassin trop etroit ; c est par la que rovariotomie permettra d ex- 
tirper nn kyste ovarique qn aucun aulre moven ne ponrrait guerir: c est la enfin 
que le palper aldominal s exercera pour nous faire connaitre 1 existence de tu- 
meurs uterines, le developpement physiologique ou pathologique de futerus. 

La vessie distendue par 1 urine vient del order le pubis et faire saillie dans la re 
gion hypogastrique. Refoulant le peritoine qui passe directement de la paroi abdo 
minale sur son sommet, ellepresente a 1 actiou des instruments sa lace anterieure 
que Ton peut atteindre sans ouvrir la cavite peritoneale, dans la taille hypogas- 
trique, la ponction dela vessie (Voij. ces mots). 



ABDOMEN (ANATOMIE). ^ 

Profondement, les arteres iliaques primitives clescendent obliquement en basct 
en dehorspour se diviser, auniveau du detroit supeiieur, en iliaiiue extrrne et en 
hyposastrique. La laxitedu peritoinequi lesrecouvre perraet de refoulerla si-reuse 
et d arriversur cesvaisseaux pour y porter une ligature sans ouvrir la cavite perito- 
neale. Les arteres iliaques primitives contractent ace niveau Svec les veines corres- 
pondantes des rapports importants a connaitre. Laveine iliaque primitive gauche, 
pour se porter a droite verssa congenere et former avec elle la veine cave inferieure, 
croise obliquement 1 artere iliaque droite; aussi a-t-on pu rencontrer une fois au 
moins chez un malade, presente par M. Dumenil en 185" a la Societe de chiruigie, 
mi anevrysme arteiuM eineux traumatique, etabli entre 1 artere iliaque primitive 
droite et la veine iliaque primitive gauche. Les fosses iliaques, dont !<> p.mu-. doi- 
vent etre etudiees avec le bassin, protegentdes organes dont 1 etude nppartient a 
celle des visceres abdominaux. A droite, nous trouvons le ccecum, a gauche, le com 
mencement de 1 S iliaque. 

Le coecum, intermediaire au gros instestin et a 1 intestin grele, muni de sa valvule 
ileo-coecale, d un petit prolongement tubule, I appendice coscal ou vermilbrme, est 
tan tot fixe a la paroi par le peritoine; tantot,ilest muni d une sorte demesi ntere. 
Get te disposition explique comment onapu trouver le coecum, non-seulement d;uK 
les hernies du cote correspondant, mais encore dans celles du cote gauche. L ai>iMi- 
dice ccecal peut loger dans son interieur des petits corps etrangers refractaires a la 
digestion, des vers intestinaux meme, et leur presence developpant une inflamma 
tion qui trouve dans 1 atmosphere celluleuse, au milieu de laquelle est plonge le 
ccecum, un terrain favorable a sa propagation, determine la formation de phlegmons 
etde collections purulentes. 

L S iliaque, chez 1 adulte, commence dans la fosse iliaque gauche et ne depasse 
pas en general ces limites. 11 n en est pas de meme chez lejeune enfant, et les vavie- 
tes de position ont donne lieu a des discussions importantes au point de vue chirur- 
-ii.al. En effet, dans les cas d imperforations de I anus etdu rectum, lorsqu on vent 
creer un anus artificiel par la methode de Littre, il imporle de savoir a quel niveau 
lechirurgienpourra rencontrer 1 S iliaque. 11 y a quelques annees, M. Huguier avanca 
cette proposition, que 1 S iliaque chezle foetus a termese dirigeait transversalement 
d abord vers la fosse iliaqne droite, et que c etait de ce cote qu il fallait pratiquer 
1 incision. L annee derniere, 1 opiniou de M. Huguier fut vivement discutee a la So 
ciete de chirurgie et combattue par M. Giraldes ; un excellent travail de M. Bourcart, 
travail base sur cent cinquante autopsies, montra depuis que, si Ton rencontre dans 
un quart des cas 1 S iliaque a droite, sa situation normale est a gauche 

VICES DE CONFORMATION. Les parois abdominales, formant d abord une sorte de 
gouttiere excentrique a la gouttiere intestinale, convergent de bas en haut et latera- 
lementvers 1 ombilic, aufur et a mesure que la separation se fait entre la vesicule 
ombilicale et 1 intestin. A un certain moment de la vie intra-uterine la partie 
moyenne de 1 intestin iaisait saillie au travers de 1 ombilic. Cette disposition tran- 
sitoire peut rester permanente ; la paroi abdominale ne se developpe pas complete- 
ment, de la des vices de conformation que nous devons rapidement passer en revue. 
Ces malformations peuvent atteindre les parois ou les visceres de 1 abdomen. 

La paroi abdominale anterieure et la paroi thoracique peuvent faire simultane- 
ment defaut ; la paroi abdominale seule pent manquer. Dans ce dernier cas meme, 
on peut observer des vanetes tres-differentes. La paroi manque dans tonte son 
epaisseur ou seulement dans auelc;ues-uns des elements qui la constituent. 



88 ABDOMEN (AHATOMIE). 

Si la paroi fait absolument defaut dans une etendue plus ou moins considerable, 
les visceres sont exposees a decouvert et en contact direct avec 1 air atmospherique. 
Fried a vu sur un nouveau-ne les visceres, du duodenum au rectum, pendant a Yc.\- 
terieur au travers d une ouverture, au niveau de laquelle la peau paraissait s etre 
reflechie vers la cavite abdominale. 

L anomalie etaitplus considerable encore dansle cas de M. Howell, carle foie, le 
pancreas, la rate, 1 estomac, toutle tube intestinal pendaient au dehors. Enfin,chez 
un foetus monstrueux observe par Mery, il n y avail aucun vestige des muscles ab- 
dominaux et de la portion parietale du peritoine. 

L absence complete des parois dans nne eleudue considerable constitue 1 even- 
tration; 1 absence partielle, Pexomphale ou hernie ombilicale congenitale. Il.ms ce 
dernier cas, une expansion du cordon vient reconvriv ordinairement 1 intestin her 
nie. Cette heruiepeut etre si peu considerable, qu elle pent echapper a un praticien 
non prevenu ou inatteutif, et on a vu quelquefois 1 anse intestinale comprise dans 
la ligature posee sur le cordon du nouve.ui-ne. 

On croyait qu uiif partir de IV paisseur do la paroi abdominale peut manquer, 
et le peritoine constituer alors en ce point la paroi abdominale. Escbenbach et 
Rui.-h, cili s |ur Sandtfort, ont diVrit di- ces Anomalies I sur la partie sous- 

(imliilicale de 1 abdomen. Petit a donne la description (Hist, de I Academie des 
sciences. 171l>, p. 89) d un III-IIK ilil loriue, dent le ventre elait depourvu de 
iini-cles et de peau, du raitiLiiv xypbo iilc ;m puliis, et d une region lombaire ;i 
1 ,-iiitre; le pnilnini l nnn;iil -ml !;i p.n-oi abdoni M ile. incite opinion ne semble pas 
p iivoir s accorder avec les notions plus exactes d embryologie que nous possedons 
aujourd hui, le peritoine et la peau de la paroi i;l dominale se developpant air; 
depens du meme leuillet. 

La paroi anterieure de 1 abdomen peut manquer -ciileaieiit dans la iV-ioii sous- 
ombilicale, c est ce qui e\i-te ihnn 1 exstrophie de la ves^ie (Voy. ce mot). 

La paroi superieure ou diaphragmatique est loin d etre exempte d anomalies. Le 
diaphragme peut manquer en partie et permettre aiusi un contact innnedia s etablir 
entre les poumons et les viscrn-s alidominaux, 1 uisant alors hernie clans la cavile 
tboracique. Morgagni a cite plusieurs exemplesde cetteanomalie; dans une observa 
tion empruntee a Stehelin, le poumon gauclie n etait compose que d un seul lobe, et 
il etait trois Ibis plus petit que celui du cote oppose. Cbez un jeune bomme disseipe 
par Riviere, le poumon droit manquait completement. L ouverture de communica 
tion est le plus souvent simple; elle parait plus frequente a gauche qu a droite; 
quelquefois, cependant, on 1 a vue double. Les deux sereuses tboracique et 
abdominale se continuent directement 1 une avec 1 autre. 

L eslomac est 1 organe qui se trouve le plus souvent deplace; la rate, le colon, le 
pancreas, 1 intestin grele, le foie ont pu etre egalenient rencontres dans la cavite 
thoracique. Malgre sa gravite, cette anomalie n est pas incompatible avec la vie, et 
elle a ete quelquefois constatee a 1 autopsie de gens assez avances en age, et cbez 
lesquels rien n en avail fait soupconner 1 existence pendant la vie. Ce sont des jeunes 
gens qu ont observes Riviere, Clauder, Bu tbolin. Morgagni, Graves, Stokes oat 
trouve cette anomalie chezdes adultes. 

Les visceres abdominaux, sans faire issue au debors de la cavite qui normale- 
ment les renferme, sont sujets a des deplacements, les uns congenitaux, d autres 
accidentels. 

Un seul rein peut exister, tres-rarement alors il occupe sa situation ordinaire ;Ie 
plus souvent il existe au-devant de la colonne verlebrale et sur la ligne mediane, 



ABDOMEN (DEVELOPPEMENT). 

transversalemenl dirige, presentant en has son hile, il donne naissance a un seul 
urelhere ou a un double conduit excreleur ; c esl en quelque sorte unc fusion des 
deux organes. Les migrations du rein sont, avons-nous dit, assez frequemment ob- 
servees (Voy. REIN). 

La rate a etc rencontree dans la partie inferieure du venire. Berard a vu le duo 
denum flottanl et raltache a lacolonne vertebrale par unmesentere. Le colon trans 
verse est tres-variable dans ses situations, 1 estomac, le Ibie, sous I influence de 
pressions continues, changent considerablement de forme et de direction (Voy. ces 
mots) . 

Enfin, les visceres peuvent etre completement transposes, le fbie se trouvant a 
gauche, la rale a droite ainsi que le grand cul-de-sac de 1 estomac; il y a en memc 
temps transposition complete ou partielle des autres visceres, el meme de ceux que 
renferniele thorax; mais nous neferonsquecileregalemenl cette remarquable ano- 
malie qui fera le sujet d un article special (Voy. ECTOPIE). L. LEFORT. 

DEVELOPPEMENT DE L ABDOMEN. Les cavites visccrales anterieuresdel adulte sont 
originairement confondues en une seule grande cavite, appelee cavite vent rale par 
les embryologistes. C est la formation de cette cavite etde ses deux pnroi- sncn-ssives, 
la premiere Iransitoire, la deuxieme permanente, que je vais rapidement decrire 
ici. Le sujet paraitra plus ctendu qu il n est indique par le litre, la cavite ventrale 
ayant une hauteur egale a celle de toutle tube digestif, sauf le pharynx ; mais il nous 
est impossible de proceder autrement, d autant plus que le developpement du dia- 
phrugme, Tune des limites de I abclomen chez 1 adulte, est encore a decouvrir. 

Nous aurions \oulu commencev par exposer en entier la formation des capuchons 
embryonnaires et de leurs gaines primitives et secondaires : la formation d 
puchons est pour nous le premier temps de la formation de la cavite ventrale. Nous 
allons rappeler ce qu il est indispensable d en connaitre sous forme de deux propo 
sitions sommaires, renvoyant pour les details a l f article EMBRYOLOGI.E : 

1 La production des capuchons et de leurs gaines pvimithi s so vt-sume par 1 ex- 
pression tres-heureuse, quoique iuexai te au sens \itter&\,d etranglement embryon- 
naire; elle nous fait comprendre qu un sillon, de jilus en plus protond, delimite 
une ouverture ombihcale el lend a separer la vcsicule blastodermique en deux par 
lies distinctes, 1 une embryonnaire, 1 autre extra-embryonnaire ; 

2 L etranglement debute sur la circonference du disque par lequel l embr\on 
esl represente a 1 origine ; il amenc graduellement ce disque a circonscrire une 
cavite ellipsoidale allongee, el a revelir une iorme analogue a celle du tronc chez 
1 adulte. 

La cavite formee de la sorte est simplement celle de 1 intestin ; mais en la pre- 
nant pour point de depart dans noire description de la cavite ventrale, ce que 
nous dirons se comprendra sans peine, et, de plus, nous nous conformerons a la 
marche suivie par la nature. 

Les deux cavites et le capuchon cephalique apparaissentpresque en meme temps, 
et s accroissent pour ainsi dire en commun ; la rapidite de leurs progres se mesure 
au retrecissemenl relatif de Fombilic. Or, a mesure que la paroi anterieure des 
capuchons se forme el s agrandit, leur leuillel moyen se dedouble en deux feuillets 
paralleles entre eux et a celui dont ils derivent. II en resulte un sinus, silue entre 
les deux feuillels nouveaux, dont la base est au pourtour de 1 ombilic, el dont le 
sommet se dirige vers la couche des formations axiles et s en rapproche plus ou 
moins suivant les regions. 11 est place devant k cavite intestinale, cl tend a la con- 



90 ABDOMEN (DEVELOPPEMENT). 

tourner sur ses parties laterales et posteiieures ; nous n avons qu a nous souvenir 
de la presence du mesentere chez 1 adulte, pour prejuger qu il n y arrive jamais 
d une maniere complete ; en tout cas, nous voyons des a present qu il est, a n en 
pas douter, 1 ebauche de la grande cavile ventrale, 

II y avail d abord trois feuillets embryonnaires ; il en a quatre apres le dedou- 
blement du feuillet moyen : deux en dehors, pourlaparoi ventrale primitive ; deux 
en dedans, pour les tuniques primitives de 1 intestin. La formation du sinus a done 
pour resullat de separer d un cote la paroi du venire, de 1 av.tre la paroi de I m- 
testin ; avant lui elles etaient confondues ensemble. 

Nous connaissons des a present le point de vue general de notre sujet, et nous 
pouvons en approlbndir les fails les plus importants ; commencons par le dedou 
blement du feuillel moyen. 

Lr dedoublement commence sur le bord ombilical, et de la il se propage a la fois 
dans les capuchons et dans leurs gaines primitives ; dans celles-ci, il amene la se 
paration de ramuios et de la vesicule ombili ale, de meme que dans ceux-la il 
avail separe la paroi ventrale de 1 intestin. Pour completer 1 analogie, remarquons 
MI passant que 1 amnios et la vesicule ombilicale possedenl cliacun deux tuniques, 
lesquellcs s rntitmr.rnt saus interru[ition, par 1 ombilic, avec les tuniques deb 
paroi ventrale primitive et de 1 intestin. Comme le capuchon cephalique est de tous 
le premier ; s inrmcr, c est aussi par le boul superieur ou cephalique de 1 ouver- 
liuv ombilicale que debute le dedoublement ; de la il se propage, comme nous 
venous dele dire, aux parties voisines, intrinseques et extrinseques de 1 embryon, 
determinant la formation d une cavite qui demeure quelque temps isoleo, qu il Jaut 
considcrer comme la premiere ebauche de la grande cavite ventrale, et que Remak 
a nommee cavite cervicale. 

D autres cavites semblables se formeronl plus lard dans les bords lateiv.uxde I em- 
bryon et finiront par s ouvrir en baut dans la cavile cervicale, el en bas 1 une dans 
1 autre ; 1 esquisse de la cavite ventrale sera des lors acbevee ; mais avant de nous 
occuper de cette deuxieme periode du dedoublement du feuillel moyen, il importe 
d etudier les limiles el les parois de la cavite cervicale, qui reclame notre attention 
a cause de 1 independance premiere de sa formation, et aussi parce qu elle ne tai de 
pas a conlenir le coeur. 

Si nous considerons la cavile cervicale d avant en ai-riere (fig. 1), nous voyons 
qu elle recouvre seulement la moitie inlerieure de la cavite intestinale superieure, 
situee derriere elle. Cc rapporl est permanent ; en d autres lermes, lapaitie la plus 
elevee de la lame cephalique, nommee aussi lame phaiyjngee (sc/z, fig. 1), ne 
subil jamais de dedoublemenl. Consideree sur une coupe transversale, la ca\ite 
offre des dimensions qui peuvenl d abord surpiendie (fig. 2). Pour juger exacte- 
mcnt des choses, ii faut tenir compte de 1 etat tres-jncomplet ici des capuchons ce- 
phaliques lateraux : leurs bords ombilicaux se sont a peine rappi oches de la ligne 
mediane anterieure, el a ce niveau les parlies embryonnaires el exlra-emhryon- 
naires sonl presque sur le prolongement les uues des autres ; il faul un pen d at- 
tention pour distinguer le bord de separation (ks, fig. 2). Ce bord, indicateur de 
1 ombilic acluel, remonte en echarpe le long des parois lalerale et anterieure du ca 
puchon cephalique, et va se reunir, en haul en avant, avec celui du cote oppose 
(ks , fig. ]). Eniin, sur les parties laterales, la portion embryonnaire de la cavite 
cervicale alfecte la forme d un sinus, dont la base elargie repose sur la vesicule 
ombilicale, el dont le sommet tres-aigu s enionce jusqu a mi-profondeur de la ca- 
v itc intestinale; la portion extra -mbryonnai>re 3 situee en dehors, est configuree 










ABDOMEN (DEVELOPPEMEM;. 

presque de la meme maniere. Remarquons tout de suite que la cavite cervicale 
s etendant par les coles jusque dans les feuillets lateraux, les cavites qui doivent 
se former dans ces derniers, viendront forcement, par 
suite de ce rapport et de leur accroissement, se mettre 
en communication avec elle. 

Pour terminer ce qui a trait a la cavite cervicale, exa- 
minons rapidement ses parois ; nous savons deja qu elles 
sont composees partout d un double feuillet. L intestin 
ifuj. I et L j) forme la portion movenne de la paroi poste- 
rieure ; de ses deux tuniques, 1 interne senomme le feuil 
let glandulaire intestinal ; 1 externe (df, /if/. 2), feuillet 
fibreux intestinal. Dans le reste de son etendue, celle 
paroi nous oifre la membrane ventrale primitive et ses 
gaincs amm otiques (ks, fig. "2)-. -a-lte membrane est fov- 
mee, ici comme partout ailleurs, du feuillet corne en de- 
liors, du feuillet cutane primitif en dedans ; seulement 
ce dernier pr nd dans cette region le nom de feuillet 
cervical. La ravite est actuellement fermee en avant par la vesicule ombilicale, 
prolongement de 1 intestin; en bant, par la paioi ventrale et la gaine amniu- 
liijtie superieure. 

Achevons maintenant 1 expose du dedoublement du i eiiillet moyen, en I eduliaiit 
d une maniere rapide sur les Lords lateraux et inferieurs de lYmliryon. Le plitno- 
niene s annonce par 1 apparition des veines 
omphalo-mesenteriques ; elles viennent oc- 
cuper dans le feuillet moyen juste 1 epaisseur 
de sa moitie interne de dedoublement, de 
celle qui devient le feuillet fibreux intestinal; 
et comme pour aniver au cceur elles doivent 
penetrer dans la cavite cervicale, elles prepa- 
rent 1 aboutissement des deux cavites qui vont 
se former dans celle qui existe deja. Desl ap- 
parition de ces vaisseaux, il seproduit dans chaque feuillet lateral, actuellement fort 

FIG. 1. Coupe schematique suivant le plan median antero-posterieur d un embryon de pou- 
let parvenu au commencement du deuxiemejour de 1 incubation. Elle contienttouto la por 
tion cephalique jusqu au dela de 1 enlree de la Fovea cardiaca. kk Gaine cephalique su 
perieure allant se continuer avec les feuillets germinateurs. sh Cavite pharyngienne. 
sch Lame cephalique pharyngee. h Feuillet corne (feuillet serene de Pander . ks Gaine 
amniotique superieure, commengant a se separer du repli cephalique. hh Cavite cervicale, 
partie la premiere formee de la cavite ventrale. hk Paroi anterieure de la cavite cervicale, 
en continuation avec 1 intestin, representant la vesicule ombilicale. vd Cavite intestinale 
superieure (cesophage, estomac et partie superieure du duodenum) . h Renflement de la 
tunique externe de 1 intestin superieur, premiere ebauche du cceur. d Feuillet glandulaire 
intestinal (fewllet muqueiix de Pander . ch Corde dorsale. a Premiere vesicule . 
brale (cerveau ante rieur de Borer;. b Deuxieme vesicule cerebrale (ceneau moyen deSaer], 

m Parois du systeme nerveux primitif. 

FIG. 2. Coupe transversale d un embryon de poulet, parvenu a la trentieme heure de 1 in 
cubation, menee parle cceur et la vesicule auditive, d apres Remak. -up Lame vertebrale pri 
mitive. pa L une des deux aortes primitives. elf Feuillet fibreux intestinal. hp Lame 
cervicale ; les deux resultant du dedoublement du feuillet moyen. ks Gaine amniotique. 
x Son point de rencontre avec la paroi anterieure dela cavite cervicale. kl Feuillets ger 
minateurs. vd Cavite intestinale superieure. h Cceur deja pourvu d une double cavite 
d une cloison et d une sorte de mesentere qui 1 attache a 1 intestin, d oii il tire son ori^iiie! 

hh Cavite" cervicale tres-agrandie a droite, oii s est porte le cceur. 




92 AT- MKN DKVEI.OPPEME 

it, une petite fente longitudinale, ou un raiud ties-grele, d abord ferme a ses 
extremity superieure et inierieurt : naux out i ecu de Remak le nom I 

juste de cavites pleuro-peritont LUIS leur acaoiss incut rapide ils atteignent 

bientot, de leurs extremites superieures, les - - is de la cavite cervicale 

et communiquent avec elle ; i/u meme temps leurs extremites inferieures 
dent v ienne de 1 embiyon, la coutournent. puis, marchant a 

rencontre n eip; par s ou\rir Tune dans 1 autre. Les cartes 

peritoneales s ag ss ss : si s ;1 ; sal;elless i 1 -nt. sous 
forme de fentes etroites, dans les gaines prim s- iliques jusqu a la li- 

mite rxhri, uillet moyen ; ces gaines .venial- - -. comme 

e iniiiili\e superieure, en gaines amnioti - sicule ombilicale. 

pliann- -pperau 

(I d. nt ; pareille chos < uillets lateraux : leur bord in- 

retienl leuillet moyen de lVii;].yon : 

)a lame er. II est curieus ile savoir que Wolff connaissait deja 

les I aits rr!;itil> b inatiou - / matione in- 

li^tinwnm, dans ^ <>ri C -mmcutarii Acad. scicnt. IV-tiup. ! " \!i. p 

: - IlliiVt ils tOl: - I lllbli. 

M lr 1 1 in it iM.- . . e del in- 

i..-oiriitaiit i!"S oMibilii.s i ;.ienl 

dire s - - - 

t le | mill ombilical superieui . I : il sul! t de s nter qn- 

i 

primitive et la g:iine amniotiqu - ont avec rapidite, pou. oir qu il 

prut (lesrrnijre d."V;mt le coeur et se r.- T du point - le 1 om- 

bilic intestinal. I>e Icm chons lateraux, au lur it j mes leur 

developpement, rapprocberont lem- - . _ hi. h.n. 1 intdune 
rieure ; ils contrilnieiont a recoaM ir le co:-ar i rer de la vesicule ombili- 

- :r laquelle il repose mainteu int. L " \ .itine ombiU Icira do..cde 

haut m 1 ;i> et d un tote a 1 autre ; un eli et analogue sera pioduit de ) as en haul 
par 1 agrandissement du capuchon inlcrieur. 

La derniere partie de notre tache est de montrer comment la paroi ventrole pri 
mitive se liaiisloime en paioi veiitial" peimanente. Telle que nous venous de 1 en- 
A i- iger, e lie est com} letr pour rulendne, mais in.omplete }.onr le nombi\ 

- dont elle - omnient va-t-elle acquerir ce qui lui manque 

vaisseaux, ses muscles, ses os . - . ses neifset son revetement seieuxV 
qu il nous reste a dire. Ce [dint de 1 embryologie, aussi interessant que i 

[lie entieiement du aux travaux de Ratlike. 

Les vaisseaux s ajoutent d abord a la paroi veutrale primitive (Membrana 
tiiens inferior de Ratlike). Us se torment dans son leuillet externe, ou feuillet 
^itane primitit , et y constituent un leseau decouveit par Ratlike <Entw. der 
\ tier. p. 57 . 11 communique d un i c les aoites primitives et les veiiies 

cardinales, de 1 autre avec les veines ombilicales naissantes. Ces veines sont les 
precurseurs de la transformation que nous etudions mainten;.nt : la zone qu elles 
occupent dans la membrane ventrale primitive est toujours c:!;- qui va etre en- 
value par les productions qui lui impriir.ent son caractere de permanence. 

Apres les vaisseaux, tout ce qui vient s ajouter a la membrana reunien* derive 
d une source commune, des masses vertebrates primitives ; }e vais dire en peu 
de mots ce qu elles sont 



ABDOMEN (DEVELOPPEMENT). 93 

Pendant que les feuillets lati-raux sc dcdoublent, les lames vertebrales, situe>s 
entreeux et la corde dorsale, se segmentent en un certain nombre d articles, qui 
sontles masses vertebrales primitives. Presentement elles out revetu la ionne de 
petits prismes droits, a trois faces laterales, a deux bases horizontales. En les e\a- 
minant avec attention, on decouvre qu une fente verticals detache piesque comple- 
tement le tiers posterieur des deux, tiers anterieurs ; ceux-ci sont decomposes a leur 
tour en deux prismes superposes, au moyen d un plan de segmentation interim 1 
diaire aux deux bases et parallele avec elles. Chaqne masse vertebrale iburnit done 
trois segments : le posterieur se nomme lame musculaire, parce que les muscles de 
la paroi ventrale et del epine dorsale en dement ; 1 antero-superieur se translorme 
en nerl spinal avec ses deux racines et son ganglion ; 1 antero-infeiieur represente 
une vertebre, et deplus une cote dans la region thoracique. 

Voyons comment ces diverses productions s etendent dans la paroi ventrale pn- 
mitive, ou plus exactement, penetrent dans 1 epaisseur de son 1 ein llet interne, du 
leuillet cutane primitii . Celui-ci, d apres Remak, se 
prepare d avance alesrecevoir; si on 1 examine sui 
une coupe transversale, ou,cequi revientau meme, 
sur le bord d un pli, on le voit forme de deux cou 
ches continues entre elles, mais separees par une 
strie resultant d une refraction spcciale de la lu- 
111 K- re. Or, cette strie est le trace du chemin que 
cloivent suivre les prolongemenls des masses vertc 
brales. II va se passer ici un phenomene qui n 
est coimu, le dcdoublement d un leuillet embryon- 
naire ; mais les deux lames qui en proviennent, 
nous voyons deja par la position de la strie qu elles 
sont d epaisseur fort inegale ; la raison en est sim 
ple, 1 interne est la sereuse pleuro-peritoneale (p, 
/if/. o),l externe est le derme (leuillet cutane per- 
manent) . 

Les bords internes, restes indivis, des leuillets lateraux (lames mesenteriques de 
Baer), commencent par se souder avec les masses vertebrales primitives au moyen 
d un pout qui passe en arriere des conduits excreteurs des corps de Wolff; par sa 
situation et son epaisseur, il semble un piolongement du leuillet cutane perma 
nent et des segments anterieurs des masses vertebrales. Cela iait, la lame muscu 
laire se prolonge a travers lui jusqu au leuillet cutane primitil ; la, elle suit dans 
son extension progressive versla lignemediane anterieurela strie dont nous avons 
parle. Les nerls spinauxqui croissent en dedans et en avant de la lame musculaire 

FIG. 5. Coupe transversale, par la region ombilicale, d un embryon de poulet au cinquierae 
jour de 1 incubation. d apres Remak. mp Lame dorsale ou musculaire. am Moelle epi- 
niere. up Lame formee par 1 accolement des elements nerveux et musculaires penctrant 
dans la paroi ventrale primitive, qu ils transforment en paroi ventrale permanente. 
hp Feuillet cutane proprement dit. p Peritoine. bh Les deux feuillets de la membrane 
ventrale primitive (membrana reuniens inferior de Rathke). a Amnios; ses deux ieuillets 
sont le prolongement des precedents. ov Membrana reuniens superior de Ratbke. 
vc Yeines cardinales de Ratlike. un Corps de Wolff. kg Glande genitale (ovaire ou testi- 
cule). m Mesentere. f//"Tunique fibreuse intestinale ; elle n a pas encore de vaisseaux. 
d Tunique glandtilaire intestinale. - dh Portion peripherique ou prolongee de la tunique 
fibreuse intestinale; elle est pourvue de vaisseaux, et iorme la tunique externe ou vasculaire 
encore incomplete, de la vesicule ombilicale. dr Tunique interne de la vesicule ombilicale 
ou prolongement de la tunique glandulaire intestinale. 




!li ABDOMEN (PHYSIOLOGIES 

se iliri-ml vers sa face interne ; en 1 atteignant, leurs extremites libres se soudent 
avec clle et ne cessent do la suivre dans ses progres incessants. A la region thora- 
cique, le segment vertebral antero-inferieur emet un prolongement qui devient 
bi . iitoi cartilaginous et represente une cote ; elleest parallels au nerf spinal etlonge 
son bord inierieur; elle se conduit exactement comme Ini par rapport a In lame 
ninsculaire. Ces trois productions, musculaire, nerveuse et cartilagineuse, reunies 
par leurs extremites libres, constituent une .lame unique (up, fig. 3); a mesure 
qu elle penetre dans la membrane ventrale primitive, en s avancant vers 1 ombilic, 
celle-ci est transformee en paroi ventrale permanente ; en eflei , elle possede alors, 
de dehors en dedans, les couches si-iivantes : lle feuillet corne ou epiderme; 
2 Ic feuillet cutane secondaire ou derme, et des vaisseaux ; 5 la lame musculaire, 
repi esentant les muscles du tronc ; 4 les cotes , les nerfs spinaux et leurs prolon- 
gements; 5 enfin la sereuse pleuro-peritoneale. 

Le processus s achevc en bant par la formation et la soudure des deux moitio* 
laterales du sternum, en bas par la formation et la juxtaposition des muscles droits 
de I abdomen. La transfoimation dc la membrane ventrale primitive en paroi ven 
trale definitive n est pas to \jours complete a 1 epoque de lanaissance, surtout a la 
region ombilicale ; les exomphales de peu de gravite n ont pas d autre etioln.. 
Dans ces cas, les visceres sont simplement reconverts par les deux ieuillets dc la 
nii iiihriimi rt iuiii iix (bit, fig. 3),feuilletstenus, transparents, analogues a 1 amnios, 
qui en est la continuation. C est un point que les anatomo-pathologistes out 1 i a- 
bitude dc haiter d une maniere peu cxacte, faute de recourir aux ounces dei em- 
bryologic ; je ne crois pas devoir manquer 1 occasion d en faire pour la prerrr 
fois la remarque. 



COKSIDERATIONS PHYSIOLOGIQUES SUR I/ABDOMEN. - MoUVEMEMS GOEHAUX. i\OUS 

avons a etudier le role des parois abdominales : 1 au point de vue de la protection 
qu clles accordent aux visceres qu clles recouvrent ; 2 au point de vue des mou- 
vements dont elles sont le siege; 5 au point de vue de 1 influence que ces mouve- 
ments exercent sur les parties contenues dans I abdomen. 

Par parois abdominales, le physiologiste doit com prendre non-seulement la ceinture 
musculaire qui unit le bord superieur dubassin a la cage thoracique, mais encoreles 
deux diaphrjgmes cbarnus qui separent, 1 un la cavite abdominale du cceur etdu 
poumon, 1 aulre la mcme cavite du plancher perineal. Si, en eflet, le diaphragms 
proprement dit, le muscle releveurde I anus et les muscles de la partie anterieure et 
laterale de I abdomen se contractent jsolement dans un certain nombre de cas, 
tres-souvent ils interviennent ensemble pour favoriser 1 accomplissement de fonc- 
tions extrcmement importantes, et agissent en realite commc un seul et meme 
muscle a attribution speciale. 

Contenant dans son interieur des organes creux dont le volume varie suivant 
mille circonstances qni dependent du travail digestif, contenant des reservoirs es- 
sentiellement dilatables, pour recevoir les materiaux liquides ou solides qui doi- 
vent etre expulses de 1 economie, recelant cbez la femme une cavite qui, distendue 
parun produit de conception, doit fatalement empieter sur le terrain concede aux 
autres visceres ; enfin permettant [ ampliation de la cage thoracique pour les be- 
soins de 1 hematose, la cavite abdominale ne pouvait conserver une capacite inva 
riable pour 1 execution de tous ces actes. De la, la necessite de parois molles, sou- 
pies, ext.nsibles, elastiques et peu epaisses ; de la aussi, peut-etre, une protection 
accordee a son contenu moins efficace que celle que nous trouvons ,\ la poitrinc 



ABDOMEN (PHYSIOLOGIE). 95 

pour lecffiuv etle poumon, a la tete pour 1 encephale. Quoi qu il en soit, il semble 
que la nature, ccdant a une sorte de necessite, ait pris soin d attenu.-i- cetti 
lection en donnant a cetle faible epaisseur des parties qui Hmitcnt renivinle abdo- 
minale une texture particuliere destinee a augmenter leur resistance. Cell, te: lure 
consiste, pour les muscles obliques et transverses, dans une superposition cle eou- 
ches Jont les fibres sont inversement placees, si on envisage ces cou 1 une par 
rapport a 1 autre; et pour 1 ar/onevrose, dans un entre-croisement de faisceaux cel- 
lulairt s tellement serres et inextricables.que Ton pent dire, apresWinslowtouteiois, 
que cette aponevrose ressemble a uue toile artistement tissee, qu elle reunit p,n 
consequent toutes Ics conditions de resistance qu elle pouvait posseder. Remarquons 
encore que les parties les plus impoitantes renfermees dans 1 abdomen, on celles 
qui, en raison cle leur faible cohesion, eussent resiste le moins ctucacemcnt aux 
chocs du dehors, sont leplus surement abrites. Ainsi, I aorte et la veine cave repo- 
sent proiondement sur la colonne vertebrale, et les troncs que ces vaisseaux volu- 
mineux fournissent deviennent de plus en plus gieles au fur et a mesurc qu il- 
gagnent des parties plus superficielles : ainsi le Ibie et la rate, relegues sous 1 
dernieres cotes, participent a la protection que la cage osseuse accorde aux visci 
qu elle contient ; ainsi lepsoas,lecarredeslombes, la masse sacro-lombaire ;<U (n\l 
le rein, etle pubis la vessie. De telle sorte que les organes les plusexposes aux vio 
lences exterieures sont precisement les intestins qui, touj ours distendus par il.- 
gaz, peuvent, endiminuant de volume, amortir les pressions venues de Texti iimr 
et eviter ainsi leurs effets funestes. Ajoutons que chez Ics auimaux, la position 
meme du ventre, dans la station quadrupede, limite 1 etenclue des parties accc -Bi 
bles aux chocs, etque 1 intelligence procure a 1 liomme le choix de ses vclcm. 
pour s abriter et les moyens de parer, par les mouvements rapides et surs ck ses un m- 
bres, aux coups qui pourraient lui etre nuisi; 

Les muscles de la ceinture abdominale impriment au tronc certaines positiu/i> ; 
ce sont eux qui flechissent le tronc directement en avant (giand droit, nu>> 
obliques reunis) ou flechissent le tronc lateralement sans lui imprimer avcun mnr,- 
vement dc rotation (muscle grand oblique et petit oblique du meme cote), ou font 
executer au tronc un mouvement de rotation de gauche a droite (grand oblique 
droit et petit oblique gauche) ou lui font executer un mouvcment cle rotation <!e 
droite a gauche (grand oblique gaucbe et petit oblique droit). Lesmu-i -Ir-; sicro- 
lombaires servent plus specialement a la station. 

Ces memes muscles interviennent dans les mouvements d expiration. Touteiois, 
il faut remarquer qu ils n entrent en jeu d une facon veritablement active que d.ms 
les expirations brusques et rapides ou dans les expirations complexes, comme 
celles qui se rapportent au cri, au chant, a la voix, a la toux. Dans 1 expiration 
ordinaire, 1 elasticite des parois abdominales, 1 elasticite des cartilages cosLnix, 
celle des ligaments costo-vertebraux, la pesanteur, sont probablement les sanies 
forces qui soient mises en jeu. Dans 1 expiration brusque et rapide, ou dans 1 expi 
ration complexe, les muscles grand oblique, petit oblique-et grand droit surtout, 
entrent en action, et leur contraction alterne avec celle du diaphragme. Mai> il 
est un grand nombre de circonstances ou tous les muscles abdominaux agissent 
simultanement, soit dans le but de maintenir fixe et immobile la cage thoracique, 
soit dans le but d evacuer les divers reservoirs contenus dans la cavite ventrale, 
ainsi qu il arrive dans la defecation, la miction et Taccoucbement. 

C est ici, dit Berard (Diet, de med., 2 e edit., t. I), que le transverse 1 em- 
porte sur les autres muscles aldominaux : il represente une sorte de sanle con- 



96 ABDOMEN (PHYSIOLOGIE). 

tractile dont 1 action n est pas bornee a la partie molle des parois abdominales, car 
elle s etend a la base de la poitrine, qui est for Lenient resserree par ce muscle. Si 
on se rappelle que la circonference du diaphragme est presque partout unie an 
transverse, que le premier de ces muscles occupe non-seulement la paroi supe- 
rieure, maisune grande partie de la paroi posterieure du ventre, que le duuxieme 
remplit en avant toute Ja \aste echancrure intermediaire a la poitrine et au bassiii, 
on pourra par la pensee reduire le ventre a une vaste poche contractile dont le 
resserrement procurera 1 evacuation de poclies plus petites renfermees dans Ja 
grande. La contraction du diaphragme pousse les visceres en avant et en has, mais 
la premiere de ces actions etant detruite par les muscles abdominaux qui relbu- 
lent les visceres en orriere, 1 effort aboutit vers le perinee; c est la aussi que sont 
les reservoirs qui doivent etre evacues. Ces mouvements sont sounns a li 
volontc; ilsn y sont soustraits que dans Jes c.is exceptionnels; quand, parexemple, 
sous rinllucnce d une sensation ink-me, la contraction des muscles organiques 
cntraine la synergic des musrles de i i |un>i abdominale, ainsi qu il semble arrivei 
dans le vomissement et clans les drrniers temps de 1 expulsion du foetus (roy.Ac- 
COUCIIEMEM, EFFOHT, VOMISSEMENT). 

Les mouvements de la paroi abdominale consistant, a 1 etat normal, dans une 
seric de contractions et de relachements, doivent evidemment reagir sur la circu- 
lalion des in.ilhTrs -a/euses solide.- mi liquides contenues dans les canaux que 
renlerme 1 al (lumen. |.< > -a/ em|M ixmiies dans 1 intestin doivent, sous 1 influence 
de cctte compression, se declarer dar.s un sens ou dans un autre; mais ce depla- 
ceinent, au point dc uie du role qu ils out a remplir, a une import nice beaucoup 
moiudre que celle qui 1 essort de la pression qu ils subissent. Berard a Lien fail 
iv-sorlir ce role dans les lignes suivantes, auxquelles nous n avons rien y ajouter 
ni a retrancher : Les parties contenues dans Pabdomeii y sont soumises a une 
pression continuelle qui facilite plusieurs des actes qui s accomplissent dans cette 
ca\ite. II est curieux de comparer, sous ce rapport, la poitrine et 1 abdomen. Dans 
la poitrine, il y a tendance a la formation du vide , bien loin qu il y ait du trop- 
plein; le poumon n est pas comprime par les parois thoraciques, car il est dans 
un etat d extension lorcee, et c est la pression atmospherique, agissant a 1 inte- 
rieur sur ses tuyaux aeriens et ses vcsicules, qui le maintient applique a la iace 
interne des cotes, dont on le voit s eloigner en olieissant a son elasticitc aussitot 
qu on ouvre Ja poitrine. Dans le ventre, au contraire, les visceres c-prouvent de la 
part de leur enveloppe elastique et contractile une pression energique qui modere 
[ expansion des fluides aeriforrnes accidentellement developpes dans le tube di. 
tif. Si le ventre est onvert sur le vivant ou le cadavre meme, 1 air ne s y precipi- 
tera pas comme dans la poitrine; il y aura plutot expulsion des visceres co .itenus; 
et si ces derniers renfermaient des gaz, on les voit se dilater outre mesure, biea 
qu il aient penetre dans un milieu dont la temperature est plus bassc que celle dc 
la caviti qu ils ont abandonnee. Ces considerations pourraient expliquer plusieurs 
particularites relatives aux plaies penetrantes de la poilrine, du ventre, aux hc- 
monhagies et aux epanchements traumatiques dans ces deux cavites. La e!iilL - 
rence dans le mecanisme du thorax et de 1 abdomen en a entraine dans le mode 
d introduction des substances sur lesquelles les poumons et les visceres digesliU 
doivent exercer leur action elaboratrice.L air entre dans le poumon par aspiration 
lorsque la poitrine se dilate ; la cause de son entree est dans les parois de la poi 
trine; il traverse ces tuyaux a parois constamment ecartees. L aliment et les bois- 
sons, au contraire, sontpousses par un canal musculaire a parois contigues ct qui 



ABDOMEN (PHTSIOLOGIE). OT 

doivent rester contractdes pour empecher la regurgitation de substances introduites 
dans la premiere dilatation du tube digestif. Aussi rencontre-t-on partout des 
fibres cbarnues faisant office de sphincter aux orifices des reservoirs situes dans le 
ventre ou pres de ces orifices; et si ces faisceaux musculaires sont paralyses, il 
suftit de la pression abdominale pour operer 1 evacuation involontaire et presque 
continue de ces reservoirs. C est ce qui se voit a la vessie, au rectum, et meme a 
1 estomac, quand I oesophage est paralyse. 

II est probable que les mouvements des parois abdominales ne sont pas sans 
action sur la circulation des matieres alimentaires dans 1 intestin grele, des ma- 
tieres fecales dans le coecum et le colon, et des liquides qui s echappent dps or- 
ganes glandulaires ; mais il est difficile de taire la part de 1 influence de ces mou 
vements et des mouvements peristalliqucs uu antiperistaltiques. 

Le role des contractions abdominales sur la circulation du sang ou de la lymphe 
est un fait aujourd hui acquis. Ces liquides, animes d un mouvement continu, 
subissent a chaque instant, de la part des muscles du ventre, une pression qui 
tend a accelerer leur marcbe dans la direction qui leur est imprimee par la force 
cardiaque ou autre, et cette pression devient ainsi une cause adjuvante a la circu 
lation arterielle veineuse et lymphatique. (Voy. ARTERE, LYMPHATIQUE, VEINE.) 

G est dans Fabdomen que s executent la chymification, la secretion urinaire, 
spermatique, la fecondation et le developpement du fioetus. (Voy. DIGESTION, FOIE, 
GENERATION, PANCREAS, SPERUE.) 

LlEGEOIS. 

Abdomen en general. -- GLISSON (Fr.). Tractatus de ventriculo et intestinis, cui prx- 
mittitur de part/bus continentibus in genere, et in specie de Us abdominis. London, 1G77, 
in-{, et dans Opp. LDDWIG (Chr. Gottl.). De situ viscerum in infltno venire progr. Lips. 
1755, in-4, fig. PORTAL (Ant.). Observation sur la situation des visceres du bas-ventre 
chez les en/ants, et sur le deplacement qu ils eprouvent dans un age plus avancc. In Mdm. 
de VAcad. des so. de Paris, 1772, p. 575. Le meme. 0*5. sur la situation du / oie, etc. 
Ibid 1773, p. 587. LODWIG (Chr. Fr.). Icones cavitatum thoracis et abdominis a tergo 
opertarum. Lips., 1789, in-fol. LODER. Tabulse anatomiae. Yinar, 1194, in-iol. tab. 58-6i. 
SANDIFORT (G.). Tabulss anat. situm viscerum thoracis et abdommalium ab utroque latere 
et a posteriori depingentes. Lugd. Batav. 1804, in-fol. -- MONRO (Alex.). Engravings of the 

Thoracic and Abdominal Viscera, and the Canals connected with them. Edinb., 1814, in-4. 

ENGEL. Einige Bemerkungen uber Lageverhdltnisse der Baucheingeweide im gesunden ZM- 
stande. In Wien. med. Wjchenschr. 1857, n 09 30, 32, 55, 35, 39, 41. 

Muscles. WINSLOW (i. B.). Quelques remarques sur le muscle grand dorsal et sur ceux 
du bas-ventre. In Mtin. de VAcad. des sc. de Paris, 1726, in-4, p. 175. WEISS (J. Nic.). Resp. 
Fr. Andr. RINDERUS. Exercitalio de usu musculorum Abdominis. Altort, 1733, in-4. SCHULZE 
(3. Henr.). Resp. 3. PLEEN. De mechanismo musculorum abdommalium. Halaa, 1736, in-4. 
BERTIN (Ex. Jos.). Mem. sur I insertion et les mouvements des muscles droits du bas-ventre. 
In Mem. de VAcad. des sc. de Paris, 1756, p. 375. CHARDENOM. Usage des Enervations des 
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(R. B.). Obs. sur les muscles droits du bas-ventre. In Me m. de I Acad. des sc. de Paris, 1790, 
p. 259. GROHNERT (J. Carl.). Pras. BURDACH. Diss. sistens observationes morphologicns de 
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Action of the Becti Muscles of the Abdomen. On the Bands in the Recti Muscles In The 
Land. Med. Gazette, 1839, p. 415, 559, 718, 719. 

Aponevroses. POOPAKT. Penste sur les deux ligaments nomme s smpenseurs de t Ab 
domen. In Acad. des sc. de Paris, 1705. Hist., p. 51. CLOQUET (Jul.). Aponevroses et 
Muscles de I Abdomen. In Recherches anat. sur les hernies de V Abdomen. These, Paris, 
1817, in-4. Le meme. Recherches stir les causes et I anatomic des hernies abdominales. 
Th. de concours. Paris, 1819, in-i. BRESCHET (G.). Consider, anat. et pathol. sur la hernie 
fe morale. Th. de concours. Paris, 1819, in-4. GIRARD. Considerations sur les aponivroses 
abdominales, servant d introduction a I histoire des hernies dans les Monodactyles. In Archives 
gen. de med. 1823, t. Ill, p. 67. GODMAN (J). Anat. Investigations compreheiulmg a Descri- 



DICT. ENC. I. 



7 



98 ABDOMEN (PATH. MEDICALE). 

ption of various Fasciae of Human Body, etc. Philacl., 1824, in-8. PAILLARD (Alex. L. M.}. 
Diss. sur le Fascia superficial . These. Paris, 1826, in-4; et Traits des Aponevroses, etc. 
Ibid., 1827, in-8. VELPEAU (Alfr. A. L. M.). In Anat. chir. 2 edit., 1833, t. I et II. - 
THOMPSON (Alex.), Ouvrage cotnplet sur I anatomic dubas-ventre et sur les hernies, livr. I, II 
et III, 1838 (Extr. du Journ. des Connaiss. mc dico-chir .}; et Etudes anat. et mc dico-chir 
sur le bas-ventre. 1838, gr. in-fol., 2 pi. Voy. aussi les Traites sur les hernies d Hessel- 
bach, de Camper, Richter, Gimbernat, Scarpa, Ast. Cooper, etc., ou sont decrits les apone 
vroses abdominales, et les art. AINE et OMBIUC. 

Vaisseaux. HESSELBACH (Ad. Kasp.). Ueber den Ursprung und Verlauf der Unterbauch- 
decken-Schlayader una aer Uuftbemloch-bciitagaaer (Arteres epigastrique et obturatrice). 
Bamberg, 1819, in-4, fig. NICOLAI (J. H. A.). Disquisitiones circa quorumdam animaltum 
vcnas abdominales prtecipue renales. Berol., 1823, in-8 

Anomalies. SCHACHER. De morbts a situ intestinorum jir xternaturalis. Lips., 1721, in-4, 
p. 45, TROSCHEL. De morbis ex alieno situ partium abdominis. Francf., 17oi, in-4, 10, et 
in Bailer. Coll. disp. med. t. IV, n 118, p. 145. LUDWIG (Chr. Gottl.). De situ pi. el er- 
naturalis viscerum inftmi ventris. Lips., 1759, in-i. Le meme. De causis prxternaturalix 
viscer urn abdominal ium situs. Ibid., 1759, in-4. FRIED (G. A.). DC Fwtibus intestinis plane 
nudis extra abdomen propendenlibus nalis. Argent., 1760, in-4. Et dans Sandifort, Thes. 
Diss., 1. 1, p. 311. METZGER (J. Dan.). De translocatione viscerum, Progr. Kcenigsb., 1779, 
et in Vermischte Schriften. Ibid., 1782, t. II, p. 206. - FLEISCHMANX (Gdi r.). De vitiis 
wngenitis circa thoracem et abdomen. Erlangen, 1811 in-4, fig. 

Voy., en outre, les divers Traites d anatoraie chirurgicale et medicale de Velpeau, Mal- 
gaigne, Richet, de Maclise, Sibson, etc., et les art. ABDOMEN de P. A. Beclard et P. H. Be- 
rard, dans le Diet, de med. 2 e edit., t. I, 1832; de R. B. Todd, dans Cyclopxd. of Anat. 
and Physiology, t. I, 1836. 

II. Pathologic medicate. -- I. CflUP D ffilL SDR LES MALADIES DE L ABDOMEN EN 

GENERAL. Une foule d affections tres- differ entes les unes des autres peuvent 
occuper 1 abdomen, et quand on essaye de les etudier dans leur ensemble, on est 
beaucoup plus frappe de leurs dissemblances que de leurs analogies. Non-seulement 
on rencontre dans les parois et les visceres du venire les etats morbides les plus 
disparates quant a leur nature, mais la notion elle-memedu siege anatomique perd 
ici une grande partie de son importance relative. Sur quoi se fonde, en effet, cette 
notion? Ce n estpas sur 1 anatomie physiologique, qui permettrait de grouper utile- 
ment dansun apercu general les cliverses maladies d un meme organe ou d un meme 
appareil d organes (maladies de 1 appareil digestif, de 1 appareil genito-uri- 
naires, etc.);ce n est pas non plus sur 1 anatomie histologique, qui nous montrerait 
les tissus ou les elements de meme ordre egaux. en des conditions pathologiques 
similaires (maladies des membranes muqueuses, des membranes sereuses, des 
glandes, etc.). Dans 1 espece, toutsemblese reduire a unedonnee d anatomie topo- 
graphique ou chirurgicale. G est cette anatomic, la plus artificielle de toutes, qui, 
d apres ses convenances particulieres et en vue des applications pratiques qu elle 
poursuit, trace sur le corps les limites presque arbitrages d une region, et im 
pose a cel\e-ci le nom d abdomen. Les elements les plus heterogenes se trouvent 
la confondus : parois douees elles-memes d une structure complexe, visceres affec- 
tes a des fonctions distinctes ; et si 1 union de toutes ces parties interesse le mede- 
cin, leur profonde disparite lui importe encore davantage. Supposons que le siege 
abdominal d une affection lui soit connu, evidemment il n en pourra deduire 
encore aucune presomption a 1 egard des causes ou de la marche ulterieure des 
accidents , c est a peine meme, semble-t-il, si une localisation aussi vague et aussi 
comprehensive pourra entrer comme element d appreciation dans le jugement qu i) 
portera sur la gravite des phenomenes morbides, ou sur 1 opportunite du traite- 
ment qu ils reclament. 

Et toutefois il y aurait exageration et meme erreur a croire qu au point de vue 



09 
ABDOMEN (PATH. MEDICALS). 

de la pathologie rationnelle cctte notion du siege abdominal des maladies fnt abso- 
lument denuee de valeur et qu on put la negliger sans inconvenient. 
pas il faut bien le reconnaitre, d apres une convention pure et par un siropK 
fice de methode que les anatomistes ont fixe les homes de la region vei le. L 
physiologic, elle aussi, apercoit autre cbose dans cette region qu um 
tioii toute mecanique de couches superficielles et profondes : elle y voit 
table federation d orsanes dont la connexite se revele par une multitu 
synergiques et solidaires. Ces memes synergies, cette meme solidarite 
nuent, en s exagerant et en se compliquant de mille manieres, dans 1 etc 
die, et 1 occasion ne manque pas au pathologiste de les constater quand elle 
viennent a se traduire en sympathies morbides, en deuteropathies. Telle t 
la multiplicity et 1 importance de ce genre de fails, qu ils marqucu 
d uniformite les symptomes d un grand nombre d affections ahdommales ;^ qu< 
diagnostic, reduit a comparer des nuances, y trouve une cause frequented hesi 
et d erreur; que la therapeutique, a cote de quelques indications generates, y r 
centre surtout de communes difficultes qui reduisent 1 etendue de son c 
d action et la variete de ses ressources. 

II y a des lors un certain interet a examiner ces mutuelles reactions des orgai 
abdominaux; a rechercher les conditions qui les favorisent ou les detenrnnent ; 
a montrer quelles applications on en peut faire aux etudes cliniques. C est a eel 
expose que nous consacrerons les developpements qui vont suivre. 

Mais avant tout, il faut etablir une separation bien nette entre les affections pane- 
tales et les affections viscerales de 1 abdomen. Ce partage dichotomique (car il ne 
s agit pas la d une classification) est suftisamment Justine en pratique par 1 ine- 
gale difficulte qu on eprouve en general a reconnaitre soit les etats i: 
parois, soit ceux des organes profonds ; par le danger fort inegal ausbi des uns ou 
des autres; par la diversite des medications qu on y oppose. Mais en dehors de 
ces motifs, il en est d autres encore, d un ordre purement scientifique, qu il 
importe de signaler. Entre les parois et les visceres, les differences d aptitudes 
morbides ne sont pas moindres que celles d organisation et des fonctions. D une 
part, nous trouvons une couche presque partout la meme: muscles etaponevroses, 
teguments et tissu cellulaire ; d autre part, c est la portion sous-diaphragmatique 
du tube digestif avec ses annexes, et une partie de 1 appareil genito-urinaire ; - 
deux circulations presque independantes : la circulation de la vcine cave pour les 
parois , celle de la veine porte pour la plupart des visceres ; - - deux sources 
d innervation : cerebro-spinale et ganglionnaire. A ces contrastes anatomo-phy- 
siologiques correspondent des oppositions pathologiques tout aussi tranchees. 
II est des affections viscerales auxquelles les parois echappent forcement, et vice 
versa ; et un meme etat moi bide se modifie profonclement, suivant qu il occupe 
les parois ou les organes splancbniques : que Ton compare, par cxemple, les 
nevralgies exterieures avec les visceralgies, les inflammations cutanees avec les ente- 
rites, etc. Souvent les affections superficielles ou profondes sont dues a des cai 
toutes differentes; leurs effets locaux et geneiaux sont autres; autre est leur phy- 
sionomie gene rale. Sans doute, dans certains cas,ellesempruntent bi: i n des simi 
litudes a une etiologie identique ; sans doute il faut tenir compte de 1 extension 
ou de la simultaneity des lesions viscerales et parietales, de 1 echange d influences 
pathogeniques qui s opere incessamment de la surface vers la profondeur, et de la 
profondeur vers la surface; cependant la division indiquee tout a 1 heure merite 
d etre conservee comme fondee et utile. La pathologie ne peut que confirmer, et 



100 ABDOMEN (PATH. MEDICALE). 

elle confirme en effet de tout point, avec les memes reserves et les memes restric 
tions, ce que 1 etude de 1 etat normal nous apprend au sujet de ces deux couches 
organiques, parietale et viscerale, contigues mais dissemblables, profondement 
distinctes quoique intimement unies. 

Nous aurons peu de choses a dire des etats morbides des parois ; ils sont en 
grande partie du domaine de la chirurgie, et a ce litre il en sera question dans 
1 article suivant ; leurs relations avec les maladies viscerales nous iburniront d ail- 
leurs plus d une occasion de les mentionner. 

Fixons d abord toute notre attention sur les affections des visceres. Ce que 1 ex- 
perience de tous les jours nous enseigne de plus general a leur sujet, c est que 
souvent elles se rapprochent assez par leurs symptomes pour faire naitre des 
doutes sur leur veritable siege ; c est qu elles se communiquent volontiers d un 
organe a un autre, et se compliquent frequemment des memes affections secon- 
daires. De tous ces faits, la cause derniere est sans doute dans la maladie elle-meme; 
mais leur premiere raison d etre, la condition, si Ton veut, de leur possibility ne 
saurait etre cherchee aillcurs que dans les dispositions anatomo-physiologiques pro- 
pres a la region abdominale. Or celle-ci offre plusieurs particularity importantes, 
parmi lesquelles nous devons surtout faire remarquer : ll existence d une mem 
brane sereuse ; 2 d une double membrane muqueuse ; 5 les connexions vascu- 
laires, et 4 les connexions nerveuses des organes abdominaux. Chacun de 
ces points exige un examen particulier. 

1 Membrane sereuse. L enveloppe fournie par le peritoine a la plupart des 
visceres du ventre etablit entre eux une premiere unite d organisation a laquelle 
correspond une premiere serie de communautes pathologiques : 1 analogie de leur 
surface implique 1 analogie de leurs affections superficielles, que celles-ci d ailleurs 
surviennent d emblee ou qu elles ne fassent que s ajouter a une alteration pro- 
fonde. En d autres termes, parmi les organes que le peritoine revet , il n en est 
aucun dont 1 alteration ne puisse avoir 1 enveloppe sereuse pour siege primitif ou 
secondaire, ou tout au moins ne puisse se compliquer d une lesion de cette mem 
brane, principalement d une lesion inflammatoire. De la plusieurs consequences 
facile a prevoir. 

Telles sont, en premier lieu, les soudures plus ou moins etendues des organes 
entre eux et avec la paroi : le peritoine, agent du glissement de ces parties, etant 
tres-dispose aux inflammations exsudatives qui rendent ce glissement difficile ou 
impossible, il s ensuit la production d adherences, si intimes parfois, que les 
rapports de contigu ite des visceres se changent en rapports de continuite, y com- 
pris meme celle des vaisseaux, et que le voisinage normal aboutit a une confu 
sion morbide. -- A leur tour, ces adherences, qui suppriment la cavite peritoneale 
et tiennent les organes rapproches, rendent possibles les perforations sans epanche- 
ment du contenu visceral et les communications accidentelles entre organes qui se 
touchent (entre la vesicule biliaire, par exemple, et le colon) . 

Autre consequence frequents de 1 affection peritoneale commune : 1 epanche- 
mentsereux ou sero-purulent dans la cavite del abdomen. 

Au point de vue symptomatologique, il faut noter la douleur peritoneale, qui 
ajoute a la douleur viscerale pour endoubler 1 intensite, et quelquefois apparaitla 
premiere ou meme est la seule qui se manifesto, comme il arrive quand 1 organe 
malade est peu sensible par lui-meme ou que la maladie est peu douloureuse. Qui 
ne sail que dans certaines affections du foie, de 1 uterus, des ovaires, la souf- 
france resulte surtout, sinon uniquement, de la peritonite concomitantft? Quine 



ABDOMEN (PATH. M^DICAIB). . \(\\ 

connait ces ulceres de 1 intestin, dont les progres demeurent longtemps indolents 
et qui tout a coup se revelent par une douleur aigue, lorsque leui 1 fond a creusS 
jusqu a la tunique sereuse? 

Par cela meme que les etats morbides du peritoine (inflammation aigue ou chro- 
nique avec ou sans epanchement, tuberculisation, developpement de noyaux can- 
cereux, etc.), peuvent accompagner des alterations nees dans la profondeur des 
organes, on voit se poser a chaque instant dans 1 etude des affections peri- 
toneales cette double question, souvent embarrassante pour le clinicien : la mem 
brane sereuse a-t-elle ete atteinte primitivement ou secondairement? Si c est secon- 
dairement, dans quel viscere decouvrira-t-on le point de depart, quelquefois bien 
obscur, de cette affection adventice qui seule ou a peu pres frappe 1 attention? 
Probleme difficile, et dont cependant la solution est indispensable si Ton veut 
saisir dans sa realite 1 evolution morbide tout entiere, si Ton veut fixer le pronostic 
et faire sortirle traitement des menues indications foumies par les seuls sym- 
ptomes. 

Pour se faire une juste idee de 1 importance du peritoine dans les maladies 
abdominales, il suffit de comparer les affections des parties recouvertes par cette 
membrane et de celles qui sont situees hors de sa cavite. Dans ces dernieres, les 
disorganisations les plus graves peuvent s accomplir sans que survienne, par \oie 
de propagation oude perforation, cette complication de peritonitequi s ajoute a tant 
d autres maladies de 1 abdomen. II n y aura consequemment alors ni adherences, 
ni douleur vive, ni epanchement dans la cavite sereuse, etc. , et 1 absence d un 
epiphenomene deviendra de la sorte un signe negatif commun aux affections des 
organes extra-peritoineaux (reins, colon, etc.). Elle deviendra en meme temps 
un commun benefice, eu egard au pronostic de ces affections, et 1 on salt que les chi- 
rurgiens s efforcent d en profiler dans les operations de nephrotomie, d anus contre 
nature, de taille sus-pubienne. II est vrai que cet avantage est centre-balance par 
le danger des infiltrations dans le tissu cellulaire parietal et par 1 absence de 
ces soudures des feuillets sereux qui empechent les liquides epanches de se re- 
pandre au loin ou qui leur permettent d arnver sans inconvenient dans quelque 
cavite voisine. 

Ge que nous venons de dire des organes peut aussi s appliquer aux parois. 
Celles-ci, dans une notable partie de leur etendue ont leur face profonde tapissee 
de peritoine, et la elles participent dans une certaine mesure aux maladies visce- 
rales ; ailleurs la sereuse s en eloigne, et dans les memes points leurs affections 
s affranchissent de cette dependance. C est ainsi que la p^ritonite des visceres et 
celle de la paroi anterieure ou laterale de 1 abdomen ne font qu un en quelque 
sorte, au point que chercher a les distinguer Tune de 1 autre devient aussi oiseux 
que de tenter de faire le diagnostic de la pleuresie costale ou pulmonaire ; c est 
ainsi encore qu entre cette partie des parois et les visceres qui 1 avoisinent il se 
forme assez souvent des adherences, et qu a la faveur de eelles-ci, les perforations 
delavesicule biliaire, des intestins, d un abces ou d un kyste hepatique, peuvent 
livrer un passage inoftensif a des liquides dont 1 epanchement clans 1 abdomen 
causerait infailliblement la mort ; enfin les affections inflammatoires ou autres 
des parois peuvent donner lieu, tout comme celles des visceres, a une inflamma 
tion, a une perforation du peritoine, a un epanchement mortel (heureusement, 
la resistance des plans aponevrotiques previent souvent ces accidents). Rien de 
semblable pour la paroi posterieure du ventre ou pour la face celluleuse des or 
ganes : quelque graves que soient en elles-memes les alterations de ces parties, au 



102 ABDOMEN (PATH. MDICALE). 

moins 1 affection de la membrane sereuse ne compte-t-elle qu eiceptionnellement 
au nombre des risques qu elles font courir au malade. 

On voit d apres ce qui precede que le peritoine remplit bien le double office 
pathologique indique plus haut : sa presence explique comment, dans un grand 
nombre de maladies diverses, on peut rencontrer les memes complications, se 
manifestant par un ensemble de symptomes analogues ; elle rend compte egalement 
de 1 extension des etats morbides, soit d un viscere a un autre, soit des visceres 
aux parois de 1 abdomen. La peritonite secondaire, tel est le grand danger de 
plusieurs affections abdominales ; telle est aussi la chance heureuse qu on trouve 
dans quelques-unes. Si le plus souvent elle accroit, ou meme si elle constitue a 
elle seule toute la gravite du mal (peritonite par perforation , effusion du con- 
tenu visceral, epanchements purulents), d autres fois elle la diminue sensiblement 
(adherences prevenant les epanchements, permettant des perforations inoffensives 
ou salutaires); et suivant qu elle presente 1 une ou 1 autre tendance, le medecin 
devra s attacher a la combattre ou a la favoriser, si meme il ne tente pas de la 
provoquer artificiellement. 

2 Membranes muqueuses. Les organes abdominaux, ceux qui font partie de 
1 appareil digestif comme ceux qui appartiennent a 1 appareil genito-urinaire, pre- 
sentent presque tous un revetement interieur muqueux. Aussi les catarrhes, les 
flux, les congestions, les hemorrhagies dites par exhalation, en un mot , les mala 
dies des membranes muqueuses, concourent-elles pour une bonne part a constituer 
la pathologie de 1 abdomen, et en sont-elles I element predominant. Aux deux 
membranes, digestive et genito-urinaire, correspondent deux series d etats morbides 
separes, et cependant analogues comme leur support organique lui-meme. De 
plus, on decouvre aussi entre les deux surfaces internes un certain rapport fonc- 
tionnel, un consensus qui se traduit par leur action ou simultanee ou alter 
native dans les maladies : 1 une et 1 autre surface peut devenir une voie d eli- 
mination pour les produits que I economie rejette de son sein. Ce fait, inde- 
pendant des interpretations qu en ont donnees la medecine . humorale et la 
doctrine des crises, est par lui-meme de la plus haute importance, et 1 experimen- 
tation toxicologique moderne 1 a confirme par des preuves indeniables; mieux 
etudie, il est destine a jeter une clarte nouvelle sur la signification et le meca- 
nisme des secretions morbides qui jouent un si grand role dans 1 histoire des ma 
ladies gene rales, virulentes ou non; et Ton entrevoit des a present combien une 
pareille etude pourra ajouter a nos connaissances sur les actes de 1 organisme qui 
president a la guerison spontanee ou artiticielle des maladies. Cela dit, nous ferons 
observer qu il est des cas ou les secretions du canal digestif et la secretion urinaire, 
pour ne parler que de leurs changements de quantite, subissent en meme temps 
une modification pathologique semblable, en plus ou en moins; qu ailleurs, on voit 
une hypersecretion s etablir tantot par 1 une de ces voies, tantot par 1 autre, en 
vertu d une sorte d equivalence qui a fait dire a Bordeu : les crises sous-diaphragma- 
tiques se font indifferemment par les divers organes du ventre. Mais en d autres 
conditions, chacune des deux surfaces organiques exerce une action elective propre, 
et il semble alors que le flux gastro-intestinal et le flux urinaire, loin de s associer, 
se contre-balancent et s excluent reciproquement, comme si chacun d eux repre- 
sentait une fonction pathologique speciale. Aussi, pour le noter en passant, rien 
de plus decevant que les tentatives de l empirisme pour chasser les matieres 
peccantes, en suscitant a la fois et au hasard des diarrhees et des diureses critiques. 

Les voies digestives et les voies urinaires sont le commencement et la fin dn 



A.BDOMEN (PA.TH. MEDICALR). 103 

grand appareil de la nutrition : par les unes , les materiaux venus du dehors 
penetrent dans 1 organisme ; par les autres, leurs residus desassimiles s en echap- 
pent. Leur pathologie se ressent de ces attributions physiologiques differentes, 
et la muqueuse alimentaire qui a pour usage d absorber encore plus que de 
secreter, on qui ne secrete guere que pour 1 absorption, nous offre, au point de 
vue de la pathogenic, un interet tout special : elle est, avec la membrane des 
voies aeriennes, la principale porte d entree des substances dissoutes qui peuvent 
devenir morbifiques. La surface interne des voies urinaires est, physiologique- 
ment, comme 1 envers des deux precedentes ; a elle aussi sont devolus plus par- 
ticulierement les actes pathologiques par lesquels s eliminent les materiaux nui- 
sibles importes dans 1 organisme ou engendres en lui ; actes auxquels d ailleurs la 
muqueuse gastro-intestinale s associe dans sa portion terminale ou egestive. 

Or, dela grande etendue de la muqueuse gastro-intestinale, de sa structure com- 
pliquee, de ses fonctions incessamment actives, de la multiplicite de ses contacts 
avec les substances venues du dehors ; enfin, de la dependance directe ou les 
organes digestifs sont places a 1 egard de plusieurs autres appareils, decoulent des 
nombreux faits pathologiques que nous allons indiquer brievement. 

a. Insistons d abord sur la frequence absolue des affections qui occupent la 
muqueuse gastro-intestinale. Tout n etait pas chimerique dans la medecine brous- 
saisienne, et aujourd hui que justice a ete iaite des exagerations du systeme, ilfaut 
bien reconnaitre ce qu il y avail de vrai et d utile a affirmer la frequence, pour ne 
pas dire la banalite, des etats morbides primitifs ou secondaires des voies digestives. 
Une grave perturbation de 1 economie manque rarement d y faire sentir son 
influence; et trop souvent une atteinte portee a ces organes, source premiere 
de la nutrition, annonce et prepare 1 invasion des maladies les phis differentes, 
ou persiste apres leur terminaison. Ue la des indications therapeutiques preven 
tives ou complementaires qui meritent toute 1 attention du medecin. Est-il besoin 
de rappeler que la plupart des affections gastro-intestinales out pour siege anato- 
mique la membrane muqueuse, ou tout au moins debutent par elle? On peut se 
representer le canal alimentaire, dans sa partie abdominale, comme un double 
cylindi e, sereux au dehors, muqueux au dedans ; cylindre renfle ou resserre d espace 
en espace, et dont les parois ont par endroits la tenuite des membranes ou 1 epais- 
seur des parenchymes. Autant les lesions qui commencent par la surface exterieure 
sont rares relativement, autant sont communes celles qui s attaquent a la surface 
interne: inflammation, ramollissement, gangrene, ulceres, tubercules, cancers; et 
cette inegalite s explique aisement par la richesse du lacis vasculaire que la 
muqueuse renferme, par la multitude de ses glandes, par son conflit avec des 
agents irritants, etc. L intestin, c est la membrane muqueuse; proposition non 
moins vraie en medecine qu en anatomie et en physiologic . En effet, les etats 
pathologiques des fibres musculaires, des vaisseaux, du peritoine, etc., ne sont le 
plus souvent que les accessoires des alterations dont la membrane fondamentale 
est elle-meme frappee, et qui ont modifie son action absorbante ou secretante, sa 

utrition ou sa sensibilite. 

b. Relativement a 1 etendue de cette membrane, on sait qu en outre du reve- 
tement interieur du canal alimentaire proprement dit, il faut tenir compte des 
innombrables diverticules glandulaires qui s en detachent et qui le prolongent 
au loin. C est sur cette vaste surface, partout continue et partout semblable a 
elle-meme, que va se deployer Taction des causes morbifiques. Estomac, intestin 
grele, gros intestin, ces trois segments d un meme appareil, etant donnee une 



ABDOMEN (PATH. MEDICALI). 

influence pathogenique determinee, externe ou interne, diathesique ou acci- 
dentelle, en ressentiront les effets de la meme maniere, et 1 affection consecutive 
a cette impression y sera simultanee, ou s etendra rapidement de Tun a 1 autre, ou 
encore se repetera dans chacun d eux avec une remarquable analogic d alterations 
et de symptomes. S il nous fallait citer des exemples, nous rappellerions les mala 
dies inflammatoires de 1 estomac et celles de 1 intestin ne different en rien quant 
a leur etiologie ; certaines hemorrhagies se faisant en quelque sorte indifferem- 
ment parl unou 1 autre de ces organes; certains flux occupant toute la membrane 
muqueuse du tube digestif a la fois ; la gastrite s accompagnant frequemment 
d entente, 1 enterite de colite, etc. Et les memes faits, nous les retrouverions dans 
les maladies des organes parenchymateux annexes. C est une affection primi 
tive de la membrane muqueuse qui est le point de depart habituel de leurs alte 
rations : combien de congestions hepatiques, d hepatites, d abces du foie sont la 
consequence d une affection des voies biliaires, et parmi ces affections elles- 
memes, combien ont leur origine dans la muqueuse intestinale. De la meme fac,on 
on voit dans 1 appareil genito-urinaire, l inflammation du parenchyme renal com- 
pliquer celle du bassinet, qui elle-meme procede d une phlegmasie de la vessie ou 
de 1 urethre; 1 orchite n estle plus souvent qu une etape, la derniere,que rinflam- 
mation du col vesical atteint dans sa migration. 

II est bien vrai que dans les organes parenchymateux de 1 abdomen on rencontre 
aussi des alterations intrinseques, auxquelles la membrane muqueuse prolonged 
ou directe du tube digestif ou des voies genito-urinaires est totalemcnt etran- 
gere. C est que dans ces organes les elements surajoutes a la membrane interne 
acquierent un haul degre de developpemeut et vivent, physiologiquement et 
pathologiquement, d une vie propre et emancipee. II y a d ailleurs une distinction 
a etablir, et elle est capitale au point de vue qui nous occupe, entre les visceres 
qui recoivent un prolongement de la muqueuse et ceux qui en sont depourvus. 
Dans ces derniers, 1 independance, 1 autonomie pathologique est a peu pres com 
plete; elle n est que partielle dans les autres, qui restent, malgre tout, tributaires 
des affections muqueuses. A cet egard, la difference est grande entre les maladies 
de la rate et celles du foie, entre les maladies des capsules surrenales et celles des 
reins, et meme entre les maladies du testicule et celles de son analogue chez la 
femme : 1 ovaire. 

c. Tres-riche en vaisseaux sanguins, la membrane muqueuse digestive est par 
cela meme disposee aux fluxions inflammatoires et aux hemorrhagies capillaires 
spontanees. Le degre de frequence de la gastrorrhagie ou de 1 enterorrhagie la 
place bien avant la muqueuse des voies urinaires, I hematurie etant relativement 
assez rare, et lui fait prendre rang immediatement apres la membrane interne de 
1 appareil respiratoire, siege de 1 epistaxis et de l hemoptysie, ou apres celle de 
1 uterus, ou s accomplit une hemorrhagie physiologique. 

En revanche, la surface muqueuse des organes abdominauxne jouit, en general, 
que d une faible sensibilite, et la douleur est 1 un des signes les moins fideles 
de ses alterations, meme les plus profondes. On aurait tort neanmoins de pretendre 
que dans telle partie de ces organes les maladies fussent toujours et forcement 
indolentes ; rien de plus contraire aux faits : la meme ou Ton ne constate a 1 etat 
normal aucun vestige de sensibilite consciente, mais seulement une impressionna- 
bilite muette, se traduisant par des actions reflexes, la douleur existe en puis 
sance et peut naitre d un moment a 1 autre : la maladie exalte la sensibilite 
organique jusqu a la sensibilite animale, pour parlerla langue de Bichat; c est-a- 



ABDOMEN (PATH. M*DICALK). 105 

% 

dire que 1 impression sensitive, par sa vivacite meme, peut forcer la barriere gan- 
glionnaire qui protege 1 acces du systeme cerebro-spinal. Les nerfs du grand 
sympalhique sont sensibles, et ils peuvent devenir extremement douloureux ; de 
clarer que les affections de 1 intestin grele sont indolentes, tandis que celles de 
1 estomac ou du gros intestin ne le sont pas, est aussi peu conforme a 1 obser- 
vation qu il est peu rationnel d expliquer cette pretendue difference par les 
filets cerebro - spinaux (pneumogastrique pour 1 estomac, nerfs sacres pour le 
gros intestin) meles aui filets ganglionnaires. Ce qui est vrai, c est que le de- 
gre et le mode de sensibilite de la membrane digestive et genito-urinaire diffe 
rent notablement suivant les points affectes , qu ils varient egalement suivant 
1 acuite ou la chronicite, suivant 1 espece et la nature de 1 etat morbide qui s y 
developpe. L un des exemples les plus demonstratifs de ces differences nous 
est fourni par la vesicule biliaire comparee aui canaui cystique et choledoque : 
degros calculs sejournent impunement dans la vesicule; mais que les canaux 
soient obstrues ou seulement irrites, on verra survenir ces douleurs violentes qui 
ont rec.u le nom de coliques hepatiques. La vesicule n est pourtant pas denuee de 
sensibilite, et ce qui le prouve, c est que sa distension rapide etplus encore son in 
flammation provoquent de vives souffrances. - - Du reste, les changements que 
la sensibilite eprouve dans les maladies abdominales formant une partie essen- 
tielle de la semeiologie, nous nous reservons d y consacrer plus loin d assez longs 
developpements. 

d. Une couche de fibres musculaires double presque partout la membrano 
muqueuse digestive et genito-urinaire; elle en forme comme lederme contract^, 
et grace a cette intime union, les etats morbides spasm odiques ou paralytiques du 
muscle sont ici le plus souvent (mais non toujours) consecutifs aux modifications 
qui se passent dans la membrane. Celle-ci a-t-elle subi 1 action de quelque stimu 
lant inusite , on observe trois sortes d effets , parfois isoles , mais frequemment 
reunis : 1 exaltation de la sensibilite, dont il a deja ete question ; 1 accroissement 
des secretions, sur lequel nous reviendrons , et, enfin, la contraction reflexe des 
iibres musculaires. Et inversement, la cessation ou le manque de stimulation de la 
surface gastro-intestinale ou genito-urinaire se traduira : par le defaut de sensibilite ; 
par des secretions insutfisantes, par des contractions musculaires faibles ounulles. 
Si bien que le clinicien , a qui cet enchainement habituel d actions physiolo- 
giques est connu , remonte sans effort de 1 une a 1 autre , comme d un effet 
a sa cause procbaine : 1 exageration du mouvement peristaltique, uni a 1 hyperse- 
cretion (diarrhee) et a la douleur (colique) lui fait d emblee soupconner un etat 
morbide de la membrane muqueuse intestinale (entente, dysenterie, etc.); -- le 
tenesme vesical coincidant avec des urines troublees par 1 hypersecretion des 
glandules muqueuses, et avec des sensations douloureuses directes ou irradiees 
a 1 hypogastre, au perinee, au gland, conduit au diagnostic de la pierre ; les con 
tractions expultrices sont, avec la douleur et la leucorrhee, le signe des corps 
libreuxen contact avec la membrane muqueuse de 1 uterus, etc. Dans les conditions 
opposees, n est-ce pas a une excitation insuffisante de la muqueuse digestive que 
ronrattache presque touj our sle defaut des secretions propres a lubrifier cette mem 
brane, et aussi la distension atonique des fibres intestinales, en un mot 1 ensemble 
des phenomenes qu on observe dans la constipation? N est-ce pas aux stimulants 
de la membrane muqueuse que Ton a recours pour combattre cette action insuffi 
sante des glandes et cette inertie des fibres contractiles? 

La nutrition elle-meme de ces fibres se modifie souvent par le fait d une lesion 



106 ABDOMEN (PATH. MEDICALE). 

qui occupe la membrane adiacente : elles s hypertrophient au contact de cettemem. 
brane malade, comme s hypertrophient le muscle cardiaque dans 1 endocardite, ou 
les muscles bronchiques dans le catarrhe pulmonaire ; et cela sans qu on puisse 
toujours attribuer leur nutrition plus active a la frequence augmentee des contrac 
tions musculaires ou a leur plus grande energie requise pour franchir quelque 
obstacle. 

e. Passons a 1 element glandulaire des organes abdominaux. II y occupe une si 
"rande place, ses fonctions sont tellement importantes, ses affections si nombreuses, 
que nous renoncons a trailer incidemment un pareil sujet ; il nous suffira de 
le sinaler a 1 a Mention du lecteur. C est surtout par les glandes que se ressem- 
blent les membranes muqueuses , et ce sont aussi les changements morbides 
des secretions glandulaires qui forment le principal trait d union entre les ma 
ladies del appareil digestif et celles de 1 appareil genito-urinaire. Leur parallele, 
a ce point de vue, donne lieu a plus d un rapprochement interessant, lorsque 
de part et d autre on etudie dans le:irs causes, dans Jeurs signes et dans leurs 
consequences immediates ou eloignees : les hypersecretions (flux diarrheique, bi- 
lieux ou urin lire) ; le defaut de secretion (suppression de la bile ou de 1 urine); 
1 alteration des liquides secretes (par la presence de I albiimine, de diverses 
substances toxiques, etc.). Mais un semblable expose nous entrainerait trop 
loin, et ierait clouMi cinploi avec les articles qui seront consacres dans cet ou- 
vrage aux maladies des voies digestives et genito-urinaires. 

f. Quant aux excretions, elles subissent dans les deux appareils des changements 
semblables. On les voit angmenter quand les matieres excrementitielles sont en 
exces,oulorsqu un etat spismodique des reservoirs contractiles etde leurs muscles 
satellites, precipite etmultiplie les efforts d expulsion; d ou b necessite dedistin- 
guer entre la surabondance reelle des excretions et leur repetition a trop court 
intervalle : entre la polyurie et la miction frequente, entre le flux intestinal et les 
epreintesde la dysenteric, etc. Les contractions expultrices peuvent d ailleurs s exa- 
gerer sous 1 influence de causes variees : 1 irritation des centres nerveux, 1 hype r- 
esthesie des surfaces muqueuses, 1 acrete des liquides evacues, y donnent lieu ; 
la paralysie des sphincters favorise egalement Tissue des matieres excretees ou plutot 
s oppose a leur accumulation. Par contre, les excretions diminuent ou se suppri- 
ment quand le contenu des reservoirs musculeux est en trop minime qu;mtite pour 
eveiller des contractions reflexes ; quand ces reservoirs sont frappes de paralysie a 
la suite d une lesion du systeme nerveux central ou peripherique, ou par le fait 
d un certain degre d insensibilite de leur membrane interne; enfin, quand des 
obstacles de diverses especes (corps etrangers, retrecissements, indurations, con 
traction des sphincters) les empechent de se vider convenablement. Ici le defaut 
veritable d excretion dpit etre distingue avec soindes faits ou la fonction ne manque 
que laute de materiaux sur lesquels elle puisse s exercer : on ne conclura done pas 
de la non-evacuation de 1 urine a sa retention, car il se peut que le rein n en ait pas 
secrete ; ni de la suppression des selles a un arret des feces, car l intestin est vide 
peut-etre ; ni de I amenorrhee a la distension de la matrice par le sang, car 1 he- 
morrhagie menstruelle peut avoir fait deiaut, etc. - - Toute retention veritable, 
quelle qu en soit la cause, s accompagne de deux series de phenomenes ; les uns, 
negatifs, traduisent le rejet insuffisant ou nul de la matiere excrementitielle ; les 
autres, positifs, derivent de son accumulation interieure. Les premiers se consUtent 
facilement par 1 interrogation et 1 examen direct; quelquefbis cependant on ne peut 
les apprecier que par leurs consequences, telles que la decoloration des garde-robes 



\BDOMEN (PATH. VEDK..U.I). 

pour la retention de la bile, ou la diarrhee graisseuse pour celle du sue pancreati- 
que. Au surplus, toutes les retentions sont loin d etre completes : les evacuations 
alvines peuvent continuer malgre la presence d un ileus ou d un etranglement 
herniaire, et porter sur ce que renferme le bout inferieur de 1 intestin ; les piei res 
stercorales sont parfois creusees de gouttieres ou de canaux qui permettent la 
sortie d une certaine quantite de matieres lecales ; quand un calcul obstrue les 
voies biliaires, la bile peut couler entre les angles de la concretion et les parois 
du choledoque, ou bien, si le canal cystique est ierme, elle arrive dans le duode 
num par le canal hepatique reste permeable; qu une pierre Louche Tun des ure- 
teres, 1 urine n en sera pas moins excretee, en raison de la liberte du rein 
et de 1 uretere du cote oppose, et ainsi de suite. Un certain degre de retention 
n est meme pas incompatible avec une notable exageration de 1 acte excretoire : la 
diarrhee apparente des dysenteriques, c est-a-dire 1 evacuation repetee de mucus 
et de sang, n empeche pas cbez eux 1 existence de la constipation; les malades 
en proie a tons les accidents de la retention d urine , eprouvent et satisfont d in- 
stant en instant le besoin d uriner, etc. Plus encore : la retention d un produit 
excrementitiel peut coincider avec une hypersecretion de ce meme produit : temoin 
1 urine abondante que 1 activite supplemental de 1 un des reins fait affluer dans la 
vessie quand un calcul, engage dans 1 uretere, Ierme la sortie de 1 aiure rein; 
iemoin les flotsde bile vomis dans plus d un cas de colique hepatique calculeuse. - 
Une deuxieme serie de phenomenes, ceux-la positiis, se rattache a 1 accumulation 
du produit non excrete. Sous ce chet se rangent : les douleurs occasionnees par la 
presence de ce produit dans les organes ou il est retenu ; les autres signes physi 
ques ou fonctionnels, par lesquels se revelent la distension des voies f la 
surcharge des glandes, la dilatation paralytique des unes, et I hyperemie ou la phi 
masie des autres, avec issue variable : rupture, gangrene, ulceration; -- les acci 
dents dus a la resorption des matieres retenues : ictere pour 1 appareil hepatique; 
urernie pour les organes urinaires ; etat cachectique attribue non sain iprlque 
vraisemblance au sejour trop prolonge des matieres dans 1 intestin; -- enfin, en 
considerant le contenu lui-meme : 1 epaississement ou la precipitation des matieres 
concrescibles (sang, bile, urine, bouillie fecale), d ou nait a son tour une nouvelle 
suite de phenomenes morbides. 

3 Connexions vasculaires des organes abdominaux. Nous n insisterons pas 
sur le nombre considerable d arteres qui se distribuent a ces organes, sur le rap 
prochement ou la confusion de leurs origines a 1 aorte ; nous ne ferons egalement 
que signaler en passant la richesse de leurs reseaux lymphatiques et chylileres, 
ainsi que la grande quantite de ganglions qui y correspondent et qui se reunissent 
en une masse coherente au-devant de la colonne lombaire ; il nous suflira de faire 
remarquer combien, conformement a ce que 1 anatomie et les fonctions du systeme 
absorbant peuvent faire prevoir, la nutrition est rapidement atteinte dans les mala 
dies abdominales, et avec quelle energie particuliere. Mais, au sujet du systeme 
veineux abdominal, nous croyons devoir entrer dans des details plus circonstancies. 

La multiplicite des veines del abdomen est un premier point qui frappe 1 atten- 
tion. Cette multiplicite est, d une part, en raison directe de 1 activite del 
tion , et de 1 autre, proportionnee a la difficulte avec laquelle le sang noir par- 
vient des capillaires jusqu au coeur gauche. Les obstacles abondent necessairement 
dans un systeme de canaux ovi le liquidese meut centre les lois de la pesanteur, ou 
la tension varie a chaque instant, grace a la mobilite des organes, a la pression qu ils 
subissent et qu ils transmettent, a la consistance sans cesse changeante de lew 



ABDOMEN (PATH. MEDICALE). 

contenu solide, liquide ou gazeux, qui tantot s accroit par ingestion, ou s accu- 
mule par retention, tantot est verse d une portion du conduit dans une autre, ou 
brusquement rejete au dehors, etc. Si Ton aioute a cela que le systeme veineux 
de 1 abdomen est double (veine cave, veine porte) el qu une pareille disposition 
tend a embarrasser encore davantage le cours du sang, on ne sera pas surpris de 
voir une stase veineuse se developper irequemment dans 1 abdomen, et Ton com- 
prendra 1 importance que certains auteurs attachent a cette stase decrite par eux 
sous le nom de plethore abdominale ou d etat hemorrhoidaire. 

En ecartant toute hypothese pour s en tenir aux seuls cas ou une gene de la 
circulation veineuse abdominale existe d une maniere bien manifeste, on trouve 
encore un grand interet a connaitre 1 ensemble des phenomenes qui precedent ou 
qui accompagnent un pareil etat morbide. Malheureusement , en nous plaint 
meme au point de vue restreint de la mecanique pathologique, nous trouverons peu 
de renseignements complets et precis sur cette question. 

On sait que toutcs les veines de 1 abdomen, veines parietales ou viscerales, ont 
pour aboutissant commun la veine cave inierieure, dite abdominale, avec cette 
particularite que parmi les affluents de cette veine, les uns se jettent directement 
dans leur reservoir defmitif, par une suite de canaux convergents, de plus en 
plus voluminetix, tandis que les autres versent prealablement le sang dans une 
sorte de grande collaterale, la veine porte. Cette collaterale, deja si remarquable 
par le nombre de ses racines, 1 est encore davantage par la disposition de ses 
branches : elle se ramifie , en eft et , a la maniere des arteres, elms 1 epaisseur 
du ioie, et le sang qu elle charrie n arrive dans la veine cave qu a travers Jes 
mailles du reseau capillaire hepatique. Hors du loie, la veine porte communique 
a peine avec le systeme des veines generates par quelques voies anaslomotiques 
etroites, que 1 anatomic normale est presque en droitde negliger, mais dontl ana- 
tomie morbide iait ressortir toute 1 importance. 

Ainsi, de ix systemes veineux : celui du tronc principal, et celui de la grande 
veine collaterale (veine porte); - - larges communications des veines entre elles, 
soit dans 1 un, soil dans 1 autre systeme; anastomoses rares et etroites d un 
systeme a 1 autre, saul celles qui traversent Je parenchyme hepatique. II en resulte 
qu un obstacle au cours du sang siegeant dans la veine porte ou ses afferent 
pourra persister indefmiment, sans retarder en aucune lac,on la circulation lie la 
veine cave ; que s il est place sur le trajet de la veine cave au-dessous du (oie, 
il demeurera sans influence sur la circulation de la veine porte ; qu enfin s il est 
situe au-dessus du foie , il entravera du meme coup 1 une et 1 autre circula 
tion. Lesions hepatiques donnant lieu a I engorgement de la rate eta 1 ascite sans 
produire d cedeme des membres inferieurs ; tumeurs pelviennes accompagnees 
de cet oedeme, sans ascite ; maladies du coeur determinant successiv^i^^nt 
1 infiltration des jambes, 1 epanchement abdominal, I hyperemie des viscfcwsdu 
ventre, etc., voila autant d exemples a 1 appui de ces propositions. 

Maintenant, quelle que soit en elle-meme la cause qui gene la circulation en re- 
tour, et sur quelque point du systeme veineux qu elle agisse, elle aura pour pre 
miere et inevitable consequence la dilatation des veines situees endeca de 1 obstacle, 
et a son tour cette hyperemie veineuse, propagee de proche en proche jusqu aux 
capillaires, donnera lieu, si elle est brusque, a des hemorrhagies ; si elle est lecte, 
a des hydropisies. Mais cette hyperemie pourra etreevitee, elle pourra diminuefvSl 
meme cesser entierement, avec les etats morbides qu elle a enlraines a sa suite: 
1 si la veine obliteree ou comprimee redevient permeable ; 2 sans que 



ABDOMEN (PATH. MKDICALI). 109 

meabilite du vaisseau se retablijse, s il arrive que les anastomoses se dilatent sui- 
fisamment pour y suppleer. Toutes ces circonstances, nous les rencontrons dans 
les malabies de 1 abdomen comme dans celles des autres regions ; seuleraent ici 
le developpement des voies collaterales, en raison de la complication du systems 
veineux ventral, presente un iuteret tout particulier. 

a. Soit d abord une compression ou une obliteration de la veinecave inferieure, 
au-dessous dufoie; lesang, nepouvant arriver dans 1 oreillette droite parle chemin 
direct, y entrera par un detour : il distendra les veines sous-cutanees abdominales 
etthoraciques d une part, et del autre la veine azygos et ses branches, pour atteindre 
de la sorte la veine cave superieure et le cceur! - S agit-il de 1 obstruction de 
1 une des branches de la veine porte , un reseau d anastomoses elargies permettra 
au sang de tourner 1 obstacle, et reliera ce qui est situe en dega du point obstrue 
avec ce qui est au dela. 

b. Mais il existe d autres faits moins simples. Ce sont ceux ou le trouble de la 
circulation intra-abdominale est localise de telle fagon ou tellement etendu, que ses 
effets ne sauraient rester limites au seul systeme de la veine porte, et que forcement 
ils le depassent pour se laire sentir jusque dans le systeme de la veine cave. Tel 
est precisement le cas d un grand nombre d alterations viscerales de 1 abdomen 
qui, genant le cours du sang, amenent la dilatation des rares anastomoses interme- 
diaires a la veine porte et aux veines generales. Sur quels vaisseaux porte cette 
dilatation? Dans quelle direction le sang se meut-il dans les canaux anastomotiques? 
Ces questions ont ete peu approfondies, non pas certes faute d occasions pour les 
etudier, mais parce que les cliniciens n abordent pas volontiers les investigations labo- 
rieuses que reclame un pareil examen. On se contente presque toujours de noter xur 
le vivant : soit une dilatation des veines hemorrhoi dales inferieures, soil, et plus 
souvent , une dilatation des veines superiicielles du tronc , surtout des tegu- 
menteuses abdominales que Ton voit communiquer par un reseau avec les thora- 
ciques ou les mammaires internes. Mais cette constatation suffit a peine pour faire 
connaitre les anastomoses les plus super ficielles, et 1 autopsie est absolument indis 
pensable si Ton veut prendre une idee de 1 ensemble des voies derivatives qui 
sont ici mises en jeu. Cela est vrai surtout pour les faits de compression ou d o- 
bliteration de la veine porte, dont nous allons nous occuper. Mais d abord, il faut 
classer ces faits en deux categories distinctes : 

I er CAs: Obliteration dela veine porte avant son entree dans le foie. Dans ce cas, 
qui estle moins frequent (phlebitede la veine porte, thrombose de causes diverses, 
tumeurs cancereuses ou autres exergant une compression sur le vaisseau) , les choses 
se passent comme il suit : toutes les branches veineuses afferentes sont de proche 
en proche distendues, y compris les branches anastomotiques situees aux deux extre- 
mites du tube digestif et qui concourent a former d une part le cercle veineux 
oesophagien, de 1 autre le cercle veineux rectal, double chemin par ou le sang de la 
veine porte, ne pouvant traverser le toie, arrive dans le systeme des veines generales 
et dans 1 oreillette droite en eludant cet obstacle. 

a. Le cercle veineux oesophagien se compose principalement des anastomoses 
normales qui rattachent les veines cesophagiennes inferieures, branches de la veine 
coronaire stomachique gauche, et par consequent de la veine porte, aux autres 
veines ffisophagiennes qui appartiennent au systeme des veines caves (les unes 
aboutissant aux diaphragmatiques inferieures qui se jettent dans la veine cave ab- 
dominale, les autres aux diaphragmatiques superieures qui, directement ou indi- 
rectement, se jettent dans la veine cave thoracique) . D autres anastomoses encore: 



110 ABDOMEN (PATH. MEDICALE). 

entreles renales et quelques branches des coronaires stomachiques et epiplo iques; 
entre la phrenique inferieure et une veine des vasa breviora ; entre 1 azygos et la 
veine splenique, s ajoutent a ce groupe de vaisseaux communiqnants. 

b. Quant au cercle veineux rectal, il est constitueessentiellement paries branches 
de I hypogastrique (hemorrho idales inferieure et moyenne, honteuse interne, etc.) 
qui s abouchent avec les branches de la mesenterique inferieure, 1 une des origines 
de la veine porte ; la mesenterique inferieure s anastomose elle-meme assez souveut 
ivec la veine renale gauche. 

c, Ce n est pas tout : un certain, nombre de veines Tenant de 1 intestin, ayant con- 
sequemment meme origine que les affluents de la veine porte, se jettent dans la 
veine cave inferieure ou dans 1 une de ses brandies (renale ou spennatique); on 
rencontre snrtout cette disposition dans les parties de 1 intestin qui tonchent au.x 
par minales : clans le duodenum, le colon descendant, le rectum; !e r& 

\. inenx sous-peritoneal fournit quelques-unes de ces veines mixtes. 

( par toutes ces voies anastomotiques elargies que le sang arrete dans la 
veine porte arrive dans les veines caves et dans le coeur. Au debut, il y a tendance 
a 1 anemie < surcharge de la veine porte et des 

rales; plus tard, si les reseaux intermediaires aux deux system: 
dilatent assez pour loger cet excedant, 1 equilibre rompu peut se trouver retabli et 
la stase veineuse disparaitre; a la verile ce resultat se realise bien rarement. 
Abordons maintenanl s de la deuxieme categorie. 

II C CAS (beaucoup plus commun) : L obstacleau cours du sang est situe dans le 
foie lit/- o esl pins x. iilement le tronc de la veine porte qni est fhppe, 

ce sont encore les branches eflerentes et les capillaires qui y iont suite; la dilatation 
des voies anastomotiques portera des lors : 1 sur les vaisseaux que nousavons 
intliques, cai^pour ce qui concerne la veine porte elle-meme, ia circulation no 
trouvepas in n: . dans ce deuxieme cas que dans le premier; W 2sur d au 
v u-seaux encore dont jusqu a present nous n avons pu observer la dilatation, 
puisque 1 obstacleetait situe par bypothese en de^d du point ouces vaisseaux operent 
leur jonction avec la veine porte hepatique. 

On doit la decouverte de cette categorie de vaisseaux a M. Sappey qui les a. decrits 
souslenom de veine porte accessoire. (Mem. sur un point d anat. path, relatif 
a Ihutoire de la cirrhose. In Mini, de I Acad. de mcd., 1859, t. XXIII, 
p. 269.) Ce sont des veines tres-petites, mais susceptibles d acqnerir accidentelle- 
ment un notable volume. Placees dans 1 epaisseur du ligament suspenseur du foie, 
elles iorment deux groupes : le premier se compose de veinules qui naissent de 
la paroi abdominale et dudiaphragme, dans toute Fetendue des insertions du li 
ment suspenseur, et qui, fr^quemment anastomosees entre elles, se jettent dans le 
foie dans toute 1 etendue des insertions hepaliques du meme ligament; la, elle- 
distribuent directement aux lobules, a la maniere de la veine porte, et commu- 
niquent avec les rameaux superficiels de celle-ci, ainsi qu avec les veines diaph. 
matiques. Les veinules du deuxieme groupe proviennent de la partie sus-omhilicale 
de la paroi et se rendent toutes dans la faux de la veine ombilicale ; elles gagnent 
avec elle le bord tram-bant du foie et sa face inferieure, ou elles cbeminent dans 
le sillon longitudinal inferieur jusque au sinus de la veine porte. Anastomosees a 
leur origine avec les veines parietales (mammaires internes, ej.jgastriques, tt 
menteuses), a leur terminaison elles s abouchent, comme les veinules du prei. 
groupe, avec les branches superficielles de la veine porte; mais de ph;s on re- 
marque, parini celles de ces veinules qui suivent le cordon oblitere de la veine 



.\ niu Hi I- > (PATH. MEDICALB). i11 

ombilicale, unrameau plus volumineux que les autresetqui constarnment s ouvrc 
dans le sinus de la veine porte (c est ce rameau fortement dilate que plusieurs 
auteurs ont considere comme etant la veine ombilicale du foetus restee ou rede- 
venue permeable, opinion qui no saurait plus etre admise aujourd hui) . 

Dans les cas d alteration du tissu hepatique et notamment dans la cirrhose, on 
voit ces deux groupes de veinules s elargir pour loger le sang qui ne peut se repandre 
dans le rameaux efierents de la veine porte et dans les capillaires du foie. La co- 
lonne liquide qui arrive par le tronc de la veine porte, eprouvant une resistance 
inaccoutumee de la part du p.uvm.-hvme cirrhose, tend a retluer vers les capillai- 
res, et les premiers orifices d ecoulement qui s oi irent a elle sont ceux du syslrme 
de veinules decrit tout a 1 heure; le sang s y engage, en effet, ou, te qui rei 
au meme, en sort avec peine; il distend ces veines ; il distend aussi pen a peu 
celles qui communiquent avec ces premieres voies derivatives : les epi,^ islriques, 
mammaires internes, tegumenteuses, diaphragmatiques, etc. , etc. ; de sorte que fina- 
leoient tous les vaisseaux que nous avons deja notes comme suppleant a la circula 
tion entravee du tronc de la veine porte, sont ici de proche en prochemis en requi 
sition ; seulement, et c est la ce qu il ne faut pas perdre de vue, leur in <:e a 
eu pour preliminaire oblige le developpement d un autre reseau veineux plus pro- 
fond, celui des veines portes accessoires. 

Nous devons ajouter qu en dehors des veines normales, les organes abdominaux 
peuvent contracter entre euxdes connexions vasculairesnouvellespar les vaisseaux 
des neo-membranes peritoneales, et que ces vaisseaux etaMi-eiit aussi, dans cer 
tains cas, des communications entre les veines viscerales (veine porte) et paritM 
(veine cave) . 

De plus longs details sur ces voies circulatoires derivatives seront mieux p! 
dans 1 histoire de la CIRRHOSE (voyez ce mot), ou devra etre eluiliiV jarticuli- 
ment la direction des courants veineux collateraux. Nous nous bornons a i 
cette remarque generale que la creation de ces courants est loin d atteinclreordi- 
nairementle but vers lequel elle tend et dont quelques auteurs ont i ait honneur a 
1 intelligence de la nature medicatrice : la reparation du desordre n est ici qu un 
hasard beureux de ce desordre meme, et si 1 on peut citer quelques exemples d un 
retablissement complet de la circulation, le plus souvent la distension des veines 
a pour seul effet, dans le systeme de la veine porte, Ityperemie des visceres 
et d autres alterations consecutives, et, quant au systeme des veines generates, 
la stase du sang dans les membres inferieurs, dans la paroi thoraco-abdominale, et, 
ce qui est plus facheux, dans les reins et clans les centres nerveux, avec tous les acci 
dents qui resultent de 1 engorgement passil et de I cedeme de ces organes. 

4 Connexions nerveuses des organes abdominaux. Les visceres abdomi 
naux regoivent pour la plupart, avec les arteres qui s y rendent, un nombre pro- 
digieuxde filets nerveux du grand sympathique, et, entre f ous ces visceres, le [ Icius 
solaire et les plexus plus petits qui s y rattachent creent une unite anatomique qui 
est comme la representation materielle de leur fonctionnement harmomque a 1 etat 
de sante, de la subordination et de 1 enchainement de leurs affections morbides. 

a. Un mot d abord sur les actes memes de 1 innervation dans les organes ab 
dominaux. Ces actes sont de deux ordres : 1 Sensitifs, consistant (ainsi que 
cela a ete dit plus haut ) en impressions obscures et inconscientes qui donnent 
lieu a la contraction reflexe des fibres musculaires; ou en sensations propre- 
ment dites et en douleurs speciales dont le paragraphe suivant montrera toute 
la valeur en semeiologie ; 2 Actes moteursjesuus, succedant a une excitation des 



ABDOMEN (PATH. MEDICALB). 

nerfs sensitiis, les autres spontanes ou plutot inde pendants d une stimulation 
prealable de la sensibilite, mais soustraits dans les deux cas a 1 influence de la vo- 
lonte. 3 11 est d autres actes appeles tour a tour vitaux, organiques, vegeta- 
tifs, trophiques, et qui, provisoirement du moins, reclament une mention particu- 
liere. La circulation, les secretions, I absorption, la calorification, la nutrition 
releventincontestablementde 1 action nerveuse; cependant on ne sauraitlesconside- 
rer, au meme titre que les sensations et les mouvements, comme des effets 
directs et simples de 1 innervalion. De recentes recherches, en mettant en 
lumiere 1 influence des nerfs ganglionnaires sur la contractilite des vaisseaui, 
d autres encore, en demontrant combien 1 excitation ou la paralysie des nerfs sen- 
sitifs modifie le travail des glandes, ont eu pour resultat de mieux preciser le role 
de rinnervation dans les divers actes de la vie vegetative. Elles conduisent a 
penserque les fonctions vegetatives elles-memes, en tant du moins qu elles depen 
dent du systeme sanguin (et Ton sail combien cette dependance est etroite) peu- 
vent se reduire a ces deux actes elementaires que nous retrouvons aussi par 
1 analyse des fonctions de relation, savoir : 1 impression sensitive et la contraction 
musculaire. On arrive ainsi a comprendre la connexite babituelle qni s observe 
entre les actes morbides sensitifs ou moteurs et les modifications des fonctions 
circulatoire, secretoire, cnlorifique. Rien de plus frequent, pour choisir nos exem- 
ples dans les maladies abdominales, que de voir un etat morbide de 1 astomac 
accompagne de douleurs et de vomissements, dormer lieu en meme temps a une 
surabondance de sues acides, c est-a-dire de rencontrer la gastrodynie, le spasme 
stomacal, le pyrosis, reunis comme symptomes concomitants, ou isole s comme 
sjgnes equivalents dune meme affection; 1 association de la douleur enteralgique 
et de 1 hypersecretion intestinale, de 1 hepatalgie et du flux biliaire, etc. (nous 
avons (lt ;ja eu 1 occasion de citer d autres fails du meme genre), demontre jour- 
nellement la part de 1 action nerveuse dans les affections de la vie vegetative. 

b. Deux particularity s, presque contradictoires, caracterisent k systeme ner 
veux abdominal : d une part, son isolement apparent; de 1 autre, ses relations con- 
tiniK lles avec le centre cerebro-rachidien. Beaucoup de maladies viscerales de 
raljiloinm sont lalentes : exemptes de douleur, sans retentissement sympathique 
dans le reste de i economie, elles passent inaperc,ues ou se consument tout entie, 
dans la sphere nerveuse intra-abdominale. D autres ibis, en raison des liens 
nombreux qui unissent les nerfs du venire, on voit ecjater une reaction des 
organes de 1 abdomen sur le centre cerebro-spinal ou de celui-ci sur ceux-la; 
reaction qui existe a I &at normal, mais silencieuse a force d etre harmonique et 
continue, et que la maladie a le privilege de rendre apparente eny introduisant le 
trouble et la discontinuite. Parmi les impressions que le systeme nerveux vegetatif 
transmet au systeme nerveux de la vie de relation, les unes sont brusques, vio- 
lentes, telles que les vertiges, les cephalees, les convulsions epileptiques oule 
delire occasionnes par les vers intestinaux (sans que, chose bien digne de remarque, 
les helmintb.es provoquent tou jours dans rintestin des pbeuomenes locaux note 
bles). Ailleurs c est une suite d impressions sourdes qui sernblent agir graduelle- 
ment, par une sorte d accumulation, comme lorsqu une affection des viscerei 
abdominaux determine dans les facultes intellectueUes et atlectives une modifi 
cation plus ou moins profonde, depuis le suuple abattement jusqu a k plussombw 
melancolie (n est-ce pas la ce qui a entraine Bichat a dire que les organes du 
ventre sont le siege des passions tristes?). Des faits non moins nombieui 
attestent 1 action qui s exerce en sens inverse, du systeme nerveux de la vie de 



ABDOMEN (PATH. MEDICALE). 115 

relation sur les nerfs ganglionnaires. A cet egard aussi il faut distinguer I im- 
pression vive et rapide, telle qu elle se montre dans la meningite, ou des vo- 
toissements bilieux, une constipation opiniatre, la retraction tonique des parois 
ventrales marchent de pair avec les signes directs de I lrritation encephalique-, 
ou encore telle que nous la voyons apparaitre dans les cas de forte commotion 
morale suivie de diarrhee, de flux bilieux, de vomissements , de tympanite, 
etc.; et d un autre cote, 1 action lente et graduelle, celle-ci tres-evidente, par 
exemple, dans 1 hypocondrie, meme 1 hypocondrie a point de depart manifest - 
ment cerebral : les desordres digestifs si varies, les sensations sans nombre a loca 
lisation abdominale, la frequence de I hyperemie passive du foieet de la rate, qui 
s observent dans cette nevrose, ne sont bien souvent que le contre-coup de 1 af- 
fection encephalique. 

Par Fintermediaire de cette action des centres nerveux s expliquent egalemenl 
les faits nombreux ou les organes du ventre reagissent les uns sur les autres, et 
ceux, non moins frequents, ou ils s affectent consecutivement a un etat morbide 
qui siege plus ou moins loin de la cavite abdominale. 

c. D apres une loi bien connue de la synergic nerveuse, toute impression regue par 
un lilet sensitif, quand elle parvient aux centres et qu elle ne s y arrete pas, tend 
ase transmeltre de preference aux filets nerveux les plus voisins; c est ainsi que 
semble s opercr la diffusion des douleurs, phenomene des plus marques dans 
les douleurs abdominales qui envahissent d ordinaire de larges surfaces et dont la 
rapide extension rappelle jusqu a un certain point celle du mouvement peristallique. 
C est sans doute aussi parce que les nerfs intercostaux et lombaires out leurs 
origines centrales tres-rapprochees de celles des nerfs visceraux que Ton voit les 
douleurs des parois escorter h souffrance des organes profonds. Ouoi qu il en soil 
de 1 interpretation, le fait existe, et, par exemple, dans la colique saturnine il y a 
un melange tel de douleurs visceralgiques et parietales que tour a tour le siege 
de 1 affection a ete place dans les nerfs exteiieurs par les uns et par les autres dans 
les nerfs ganglionnaires. 

d. La synergie motrice donne lieu a des effets analogues : commence en un point, 
le mouvement peristaltique va se propageant au loin et quelquefois a toute 1 etendue 
du muscle intestinal ; les contractions vermiculaires de 1 intestin provoquent celles 
de lavessie, etc. Voila pour 1 extension d un viscere a un autre. Vuut-on des exemples 
d actions musculaires associees des visceres et des parois? Les douleurs de I enfan- 
tement nous en fournissent le type physiologique, et nous en retiouvons les ana 
logues dans le vomissement, dans le tenesme, etc. Et de meme aussi 1 etat oppose 
au spasme, la paralysie, frappe volontiers a la fois les reservoirs contractiles et 
les muscles qui aident a leurs contractions : la flaccidite de la paroi abdominale 
accompagne habituellement la paralysie de lavessie, 1 inertie uterine, la distension 

; tympanitique de 1 intestin. 

e. II y a, enfin, entre les visceres et les parois, un echange d actions reflexes ou 
sensitivo-motrices bien remarquable, qui intervient frequemment dans les al 

tions abdominales et dont la medecine pratique a su tirer parti depuis long temps. 

Les muscles droits sont contractures dans les affections douloureuses de I estomac 
.; - et du foie; I irritation de la peau de 1 abdomen ou 1 aspersion avec de 1 eau froide 

reveille les mouvements de 1 intestin et de 1 uterus; les topiques excitants ou cat- 
si mants sontjournellement employes avec succes pour combattre les etats morbides 
rJ des visceres. Cependant les narcotiques, les vesicatoires, les sangsues, applique s loco 
{ - dolenti, c est-a-dire sur la peau de la region qui correspond a 1 organe inulude, 
mci. ENC. I. 



414 ABDOMEN 

seraient un non-sens therapeutique, si leur usage n etait fonde que sur les donnees 
d une anatomie descri[ live grossiere. L anatomie qui apprend a connaitre les con 
nexions des nerfs et la physiologic qui signale leuis synergies possibles (synergies 
des nerfs sensitifs, musculaires et vaso-moteurs de la surface et de la profondeur 
de 1 abdomen) permettent de saisir jusqu a un certain point le mods d action de 
ces diverses pratiques et viennent ajouter leur sanction tardive a celle d une expe 
rience passeeen tradition. 

A ces considerations de physiologic pathologique se borne ce que nous voulions 
dire sur 1 ensemble des maladies de 1 abdomen. Essayer de presenter d autres gene- 
ralites sur leur etiologie, leur pronostic ou leur traitement, serait tenter tine syn- 
these a peu pres impossible, en raison de la variete des elements qu il faudrait 
v faire entrer. Ce qui a ete dit suffira du moins a prouver que les diverses ai 
tions abdominales peuvent offrir assez d analogie dans leurs manifestations phy 
siques et fonctionnelles pour qne, a ce point de vue, il y ait utilite a les comparer 
entre elles, a faire ressortir les difficultes de leur semeiologie et a montrer comment 
leur diagnostic peut etre etabli. C est cette tache que nous allons maintenant 
aborder. 

II. SEMEIOLOGIE G^NERALE ET DIAGNOSTIC DBS MALADIES ABDOMINALES. La 
semeiologie abdominale puise ses elements a deux sources egalement impor- 
tantes : 1 les signes physiques que 1 on constate par divers precedes d expl oration 
propres a faire connaitre les changements operes dans les conditions materiellesles 
plus appreciates des organes : position, volume, forme, consistance, etc.; 2 U les 
signes fonctionnels, c est-a-dire les troubles des fonctions abdominales se manifes- 
tant soil par les sensations du malade, soil par les changements que subissentles 
diverses excretions, soit enfin par les troubles secondaires qui surviennent dans les 
fonctions etrangeresa 1 abdomen. 

Ces deux categories de signes constituent egalement toute la semeiologie dan? 
les affections des centres nerveux et de la poitrine. Seulement les trois cavites 
cranienne, thoracique et abdominale offrent de telles differences dans la constitu 
tion des parois et des organes, dans la nature et le mecanisme des fonctions, qu il 
en resulte pour les moyens de diagnostic de profondes et radicales dissemblances. 
Les parois epaisses et resistantes de la cavite encephalo-racbidienne s opposaut a 
la palpation des organes contenus, la densite sensiblement uniforme de ces or 
ganes ne se pretant pas a la percussion, le silence absolu dans lequel s accomplis- 
sent leurs fonctions ne laissant aucune prise serieuse a 1 auscultation, il en resulte 
que le role des signes physiques est icipresque entierement supprime, et c est aus 
signes fonctionnels a peu pres seuls que se reduit la semeiologie des affections 
cerebro-spinales. Pour la poitrine, grace a des parois moins resistantes, la palpation 
apprecie, nonl etat des organes, mais quelques-uns des mouvements qui s y passent: 
la percussion y peut etablir les limites des organes par leur sonorite diflerente et de 
terminer les changements qui surviennent dans la densite de leur tissu ; les mou 
vements regulierement rhythmiques a 1 aide desquels s accomplissent les fonctions 
cardiaque et pulmonaire, et les bruits qui en resu.tent fournissent par 1 ausculta- 
tion cette merveilleuse serie de signes qui ont porte si loin la precision dn diagnos 
tic. D ailleurs les organes sont peu nombreux, les fonctions bien distinctes, assez 
simples dans leur mode d accomplissement, assez bienconnues quant a leur influenue 
sur le restede 1 organisme. 

Si dans 1 abdomen, ou il n y a pas de mouvements rhythmiques pro-ores, pas 



ABDOMEN (SEMIOLOGIB). 

de bruits normaux reguliers, 1 auscultation, sauf le cas de grossesse, ne fournit 
guere de donnees utiles ; en revanche, des organesd une sonorite tres-inegale, sous 
une paroi mince et peu resistante, s y pretent pour la plupart tres-bien a la per 
cussion, qui en precise assez facilement la forme, les dimensions et les rapports. 
Mais le peu de fixite de beaucoup de ces organes et les changements que leur 
volume peut eprouver sans sortir de 1 etat pbysiologique attenuent sensiblement 
la valeur de ces donnees. D ailleurs, la percussion ne peut rien apprendre de bien 
profitable et de bien exact sur les changements de densite que subl>sent les organes 
abdominaux a 1 etat de maladie : carles unssont, a 1 etat normal, deja trop denses 
et trop compacts, les autres renferment des quantites de gaz trop valuables. 

Une autre source de difficultes qui n existe au meme degre ni pour la semeio- 
logie des affections thoraciques, nipour celle des maladies encephalo-rachidiennes, 
c est la multiplicity des organes, la complexite des fonctions, et I insuffisance de nos 
connaissances physiologiques . Puis, ce sont encore les perturbations sympathiques 
que ces organes subissent ou transmettent avec une extreme facilite, et dont on a 
des examples vulgaires dans les vomissements de la meningite, la diarrheedes im 
pressions morales, les vertiges de 1 etat gastrique. 

A cote de ces motifs d embarras pour le diagnostic, I abdomen offre en com 
pensation 1 avantage d une paroi souple et d ordinaire facilement depressible, a 
travers laquelle la palpation s exerce aisement de facon a renseigner sur le volume, 
la forme, les rapports, la sensibilite des parties. Puis pour les organes qui avoisinent 
les orifices naturels, la palpation, se faisant toucher ou catheterisme, et devenue par 
la plus precise et plus immediate, rend encore d immenses services au diagnostic. 

I/importance et la complexite des signes fonctionnels d une part, de 1 autre la 
preeminence de la palpation et de la percussion sur tous les autres modes d explo- 
ration physique, voila done ce qui caracterise surtout la semeiologie abdominale. 

II s en faut d ailleurs que 1 etat physique ou fonctionnel puisse etre apprecie 
avec une facilite egale dans tous les organes du ventre. Tandis que quelques-uns 
d entre eux, comme 1 intestm, le rectum, 1 uterus, s offrent en quelque sorte d eux- 
memes a 1 exploration, d autres y sont en partie soustraits, comme le foie, la rate ; 
ne s y pretent qu avec peine, comme les reins ; ou y echappent entierement, comme 
les capsules surrenales. Tel, le foie, entre autres, par sa position habituellement 
assez fixe, rend les deformations ou deplacements facil?s a constater; tel autre par 
sa mobilite se derobe souvent en partie comme la rate ou 1 estomac, aux investiga 
tions les plus attentives. Des organes a fonctions obscures et silencieuses, comme les 
capsules surrenales, peuvent s alterer profondement avant de dormer signe de leur 
souffrance, ce qui n 1 arrive guere pour les organes a fonctions actives et manifestes 
comme 1 estomac, 1 intestin. Enfin il est essentiel,- lorsqu on veut apprecie r la 
valeur des signes fonctionnels, de considerer si 1 organe en cause est simple ou 
double, car dans ce dernier cas il peut etre assez completement supplee par son 
congenere demeure sain, pour que ses plus graves lesions n entrainent aucun 
derangement notable dans la fonction. 

Une derniere remarque qu il nefaut jamais negliger, c est que bien des change 
ments dans l e"tat fonctionnel ou meme physique des organes abdominaux peuvent 
n etre que le retentissement d une muladie eloignee ou d une affection generale. 
Ainsi, les abces par congestion de la colonne dorsale viennent quelquefois former 
tumeur dans le ventre, les epanchements pleuretiques abondants refoulent le foie 
vers la cavite abdominale, la pleuresie diaphragmatique y supprime les mouvements 
respiratoires ; ainsi encore par des Hen* sympathiques, ia constipation, la retraction 



116 ABDOMEN (SEMEIOLOGIE). 

du venire se lient a la meningite; les vomissements a plusieurs affections cere- 
brales; la dvspepsie, la diarrhee, 1 ictere, a des troubles nerveux ; les derangements 
menstruels et le catarrhe uterina des affections generales ou diathesiques. 

Sans insister davantage sur ces considerations, nous passerons maintenant a 1 a- 
nalyse des divers elements de la semeiologie abdominale, et nous commencerons 
par les signes physiques qui semblent se preter le mieux a des indications generales 
et qui les reclament davantage. En clinique, il est bon d adopter 1 ordre inverse 
etdese renseigner leplus completement possible sur les troubles fonctionnels avant 
de commencer 1 exploration du ventre. Cette exploration, pour etre complete et 
fournir des donnees precises sur 1 etat de chaque oraane, exige des soins minu- 
tieux et de longues recherches et serait impi aticable on pen fructueuse, si elk 
n etait eclairee d avance par la connaissance de Tetat fonctionnel. 

A. Signes physiques. Us sont fouruis par 1 inspeetion, la mensuration, la pal 
pation, la percussion et 1 auscultation. Etudions-les dans cet ordre. 

Signes fournis par I inspection (chan/jements de volume, et de forme du. 
rentre, aspect de la peau). En raison de la nature de ses parois qui s.- Lnssent 

i lenient distendre et se retractent aisement, le ventre eprouve a 1 etat de maladie 
I menie a 1 etat physiologique de frequents changements de forme et de volume 
appreciates a la simple vue, et les indications diagnostiques qu on en tire, pour 
etie un peu vagues, n etisont par moiiis precieuses en raison de la laeilite rueme 
avec laquelle on les obtient. II snliit que le malade soit eouche sur le dos, le:- 
muscles maintenus dans la resolution; que 1 abdomen soit debarrasse de tout lieii 
constricteur et a nu, ou recouvert seulement d un vetement mince et souplequi 
s y applique parfaitement. Le volume et surtout la forme pouvant se modifier d.ms 
la station verticale, il est quelquefois utile de pratiquer un examen compai atif dans 
Tune et Tautre situation. 

a. Changements de volume. Le volume relatif du ventre n est pas lemerae a 
tousles ages. Plus consideral.ile chez les jeunes ent ants, il s exagere aussi generale- 
ment dans la vieillesse, surtout chez les femmes qui out ete meres. La cour- 
bure variable de la portion lombaire du rachis peut d ailleurs occasionner une 
ampliation apparente dont il faut savoir tenir compte. Ces reserves fakes, 1 aug- 
mentation de volume du ventre peut se rattacher a des etats \ hvsiologiques et pa- 
thologiques tres-divers qui se reduisent a ceux-ci : accumulation de iraisse dans 
la paroi abdominale, 1 epiploon, los mesenteies; de gaz dans la cavite gastro-intes- 
tinale ; de liquide dans la cavite du peritoine ; dans les organes creux, de leur 
contenu normal ; hvpertrophie des visueres parenchyma teux ; tumeurs. 

1 La surcharge graisseuse de la paroi abdominule et des replis peritoneaux, 
resultat habituel de 1 obesite, n est pas toujours en rapport exact avec 1 embonpoint 
general, et predomine parfois assez dans 1 abdomen pour prendre 1 aspect dun 
etat pathologique. Les cavaliers sont sujets a cette sorte d inlirmite; onl observe 
quelquefois comme consequence de troubles amenorrheiques simulant la :. 
sesse. 

2 L "accumulation de gaz dans 1 estomac et les intestins, qui, a un certain point 
d exageration, prend le nom de tympanite ou de meteorisme, se lie a la dyspepsie. 
aux etats nerveux hypochondriaques, a 1 hysterie ou elle apparait et cesse avec une 
etrange rapidite. C est elle qui souvent produit des le premier mois de la gestation 
une saillie du ventre oii 1 uterus n entre pour rien, et qui doit disparaitre au second 
mois pour etre remplace 1 par un leger affaissement ; elle encore qui cause la dis 
tension de 1 abdomen dans la tievre typhoide, dans la peritomte et dans toutes les 



ABDOMEN (SEMEIOLOGIE). 

formes du volvulus. Dans ces diverses affections, quand elle devient extreme, c est un 
signe pronostic d une haute gravite. 

3 Le liquide peritoneal pent s accumuler en grande qunntitdi et distendre de- 
mesurement le ventre, ainsi qu il arrive souvent dans 1 ascite; dans la peritonite, 
ou il s en epanche aussi, la dilatation de 1 intestin par les gaz a souvent beaucoup 
plus de partque laserosite peritoneale au developpement tympanique de 1 abdomen. 

4 Les organes creux que leur contenu peut distendre assez pour qu il en resulte 
un accroissement notable du ventre sont : 1 uterus, la vessie, les bassinets et les 
ureteres, 1 intestin, 1 estomac. Le volume de 1 uterus gravide commence a tume- 
fier sensiblement le ventre dans le courant du quatrieme mois. Le degre d am- 
pleur du bassin, le plus ou moins de preeminence de 1 uterus vers la paroi abdomi- 
nale rendent assez variable aussi 1 aspect du ventre aux differentes epoques de la 
grossesse; telle femme a huit mois semble a peine grosse de plus de cinq, et il ne 
faut pas toujours se fier a cet aspect exterieur pour determiner 1 epoque a laquelle 
est arrivee une grossesse. D ailleurs 1 abondance exageree du liquide amnioticpe, 
ouhydrometrie, peut introduire une nouvelle cause d erreur dans cette appreciation. 
L imperforation de 1 hymen, 1 obliteration du col uterin, occasionnent quelquefois 
la distension du ventre par suite de 1 accumulation du sang ou des mucosites dans 
la cavite utero-vaginale. Bien plus souvent la vessie gonflee par 1 urine simule de 
volumineuses tumeurs. II en est de meme des calices et bassinets dans la 
maladie appelee hydronephrose. Les matieres fecales, surtout chez les vieillards, 
quelquefois aussi cbez les hysteriques, ou encore dans les retrecissements de la par- 
tie inferieure de 1 intestin, peuvent former desamas considerables; mais le volume 
parfois enorme que prend le ventre dans ces circonstances tient moins d ordinaire 
i la quantite des matieres fecales qu a celle des gaz qui s y ajoutent. 

5 Les organes dont 1 hypertropliie ou du moins raugmentation de volume peut 
accroitre les dimensions du ventre sont le foie, la rate, exceptionnellement les 
ganglions lymphatiques, et cette hypertrophie peut porter tres-loin la distension, 
outre que le plus souvent un epanchement ascitique s y ajoute. 

6 Parmi les tumeurs susceptibles de produire une ampliation generale de 1 ab 
domen on peut citerles cancers du foie, des reins, duperitoine; tres-accessoirement 
les tumeurs fibreuses de 1 uterus. Les kystes hepatiques n augmentent pas toujours 
le volume du ventre proportionnellement au leur, parce que se developpant parfois 
du cote du diapbragme, ils peuvent refouler ce muscle et s elever tres-baut dans 
la poitrine sans abaisser sensiblement le foie. De toutes ces tumeurs celles qui 
prennent babituellement les plus grandes dimensions et tendent le plus la paroi 
sont assurement les kystes de 1 ovaire, surtout les kystes sereux ; les kystes parie- 
taux, d ailleurs infmiment plusrares, n atteignent pas lesmemes dimensions. 

On voit que les conditions auxquelles peut se rattacher la tumefaction du ventre 
sont extremement nombreuses et ce signe est utile surtout en ce qu il met sur la 
voie de recherches ulterieures. Son absence complete permet d exclure un certain 
nombre d affections, comme la peritonite generalisee, la fievre typhoide a une cer- 
taine periode, et le volvulus, quand 1 obstacle ne siege pas sur un point tres-eleve 
de 1 intestin. 

Les conditions dans lesquelles on voit le ventre diminuer de volume, s affaisser, 
seretracter sont en petit nombre. Cela arrive dans les maladies chroniques qu ac- 
compagne un extreme amaigrissement, et le ventre ne fait alors que participer a 
1 amaigrissement general. Dans la colique de plomb, dans la coliquenerveuse des pays 
chauds on observe une retraction veritable, un aplatissement du ventre pousse si loin 



118 ABDOMEN ISEMEIOLOGIB). 

quela paroi abdominale anterieure semble collee au rachis. Le,ventre se creuse aussi 
dans les periodes ultimes de la meningite ; 1 apparition tardive de ce symptome, 
qui n est d ailleurs pas constant, attenue fort, il est vrai, son importance clinique; 
mais lorsqu a une periode avancee de la maladie, la question de la fievre typhoide 
pent encore se poser 1 etat du venire, si different dans les deux affect inns, suffit 
par Ibis a la resoudre. Dans les coliques saturnines et nerveuses, la retraction du 
ventre n est pas non plus un phenomene absoliunent constant, il se peut memequ a 
sa place on observe du ballonnement. 

b. Changements de forme. Les modifications que snbit la forme du ventre 
sont la source d un bon nombre d indications pour le diagnostic. 

Le ventre est uniformement et regulierement developpe dans 1 ascite, la tympa- 
nite, la grossesse au debut, 1 obesiti-. Chez les individus ages cependant, quand 
1 obesite abdominale attaint de fortes proportions, le ventre perd sa configuration 
reguliere, s affaisse vers le bas et pend en forme de besace. Dans 1 anasarque, ou 
I infiltration des parois determine 1 exces de volume, le ventre s aplatit, s etale, et 
sur ses cotes on trouve deux bourrelets cedemateux saillants. 

Le soulevement isole tie la region epigastrique est du le plus souvent a la pneu- 
matose de 1 estomac frequence cbez les hysteriques, les hypochondriaques, I - 
dvspeptiques; plus rarement a la dilatation de ce viscere avec ou sans retreci 
ment du pylore, ou a une accumulation de matieres fecales dans le colon trans 
u encore au foie atteint d bypertropbie, de cancer, d hydatides et debordant 
vers 1 epigastre. C est dans la legion ombilicale que le fond de 1 uterus proe- 
mine a j artir du sixieme mois, c est encore vers cette region que tendent ; 
porter les kystesde 1 ovaire dans la periode moyenne de leur developpement, quand 
ilcj i ils ont abandonne la region des fosses iliaques, mais ne remplissentpas encore 
la cavite abdominale. Le ventre prend ainsi, surtout dans la grossesse, une forme 
conique, assez caracteristique L hypogastre peut etre souleve pai la vessie disteu- 
due, par 1 uterus vers le cinquieme mois de la grossesse, par des corps libreux 
uterins volumineux et multiplies , par certains kystes ovariques anormalement si- 
tues, par les collections de la peritonite pelvienne. La saillie de I hypochondre 
droit appartient a 1 hypertropbie du foie, a la peritonite perihepatique ; la vous- 
sure de I hypochondre gauche a la rate ; mais, plus mobile que le foie,cet organe 
atteint rarement un grand volume sans se deplacer et envahir les regions inferieures 
(1 I abdomen. Un soulevement du flanc gauche contrastant avec un aflaissement 
du flanc droit se rencontre dans les cas de longue in vagi nation du colon ascendant 
dans le colon descendant. La fosse iliaque gauche est le siege habituel des 
tumeurs stercorales, la droite, celui des phlegmons perityphliques. 

Outre ces larges deformations par soulevement ou aiiaissement de toute une 
region, on observe encore a la surface du ventre des deformations moins etendues; 
hernies ombilicales et dela ligne blanche, eventrations, bosselures par incarceration 
degaz ou de matiere dans des anses intestinales isolees. Une depression de 1 ombi- 
lic se produit au debut de la grossesse ; une saillie progressive toutes les fois que 
le ventre est distendu fortement et d une fac^on permanente ; cett : saillie est assez 
constante au septieme mois de la gestation, pour qu en son absence on puisse con- 
siderer la grossesse comme inadmissible. 

c. Aspect de la surface tegumentaire. La plupart deschangements de coloration 
et autres modifications superficielles qui surviennent a la peau du ventre n appar- 
tiennent pas specialement aux maladies de cette region. Les taches meme de la 
fievre typhoide, qu on y cherche d ordinaire, existent egalement sur le thorax et 



ABDOMEN 

les membres, mais se distinguent mieux sur la surface large et unie de 1 abdomen. 
Iln enest pas ainsi des vergettures ou eraillures dela peau, qui se produisent 
principalement dans les regions inierieures du ventre toutes les fois que les tegu 
ments ont ete soumis a une distension forte et prolonged ; les rencontre-t-on en 
1 absence de toute distension actuelle, on peut presque aftirmer une grossesse ante- 
rieure ; car de toutes les causes capables de produire unsemblableeffet, la grossesse 
est la plus commune et celle surtout qui disparait le plus facilement. 

Le developpement anormal des veines superficielles, par lesquelles se derive la 
circulation profonde empechee, devient le temoignage exterieur des compressions 
ou des obliterations de la veine cave, ou d un obstacle au cours du sang de la veine 
porte, soil en dehors du foie, soil dans le foie lui-meme. Dans ce cas, do larges 
reseaux veineux anastomotiques sillonnent, duhautenbas,le ventre, pour unir, par 
des voies detournees, les veines des membres inferieurs a celles de la paroi thora- 
cique, ou pour mettre les unes et les autres en communication avec le tronc de la 
veine porte par les rameaux dilates qui parcourent le sillon du foie. Quant aux 
petites dilatations partielles et comme variqueuses des veinules cutanees qui mar- 
brent souvent la peau de 1 abdomen, pourvu qu elle ait ete fortement distendue et 
amincie, elles n ont pas la meme valeur, et il importe de ne pas les conibndre 
avec les veri tables signes des entraves de la circulation profonde. 

Signes fournis par la mensuration. La mensuration a 1 aide d un cordon me- 
trique peut etre utile pour suivre avec precision les progres croissants ou decrois- 
sants de 1 ampliation abdominale. Les regies d apres lesquelles on la pratique, 
sont les memes qu en toute autre region, les resultats plus difliciles a interpreter, 
enraison du volume variable de 1 abdomen. 

Signes fournis par la palpation. Le palper du ventre peut fournir des notions 
sur la temperature de la peau, sur certaines inegalites de surface sur le degre de 
tension des parois, la coasistance des parties profondes, les limites des organes, 
les mouvements qui se passent dans la cavite abdominale, les froissements qui se 
\.roduisent entre les surfaces sereuses depolies, la collision des corps solides. 

a. L abdomen, constamment enferme par les vetements ou les couvertures, sous- 
trait par la aux causes accidentelles de refroidissement qui atteignent les mem- 
lires et la partie superieure du tronc, est, un endroit assez favorable, surtout clicz 
!i> enfants, pour constater 1 elevation de la temperaturje du corps. Quand on se 
s>.Tt du thermonietre, on prefere avec raisonTaisselle, ou Tinstrument, partout en 
contact avec la peau, se met plus exactement et plus vite en equilibre de tempe 
rature; mais pour la constatation rapide qui se fait avec la main, la surface de 
1 abdomen vaut mieux : la main s y applique plus commodement et { evaporation 
de lasueur n y produit pas comme dans 1 aisselle un refroidissement rapide. 

b. Ouelques sudamina dissemines sur le ventre echappent facilement a la vue ; 
on les reconnait sans peine en frolant legerement la peau avec la pulpe des doigts ; 
precede applicable, du reste, a toutes les petites saillies ou depressions. 

c. Quant a la palpation des parties profondes, elle exige une serie de piv cuu- 
tions methodiques fort attentivement suivies, sans lesquelles on n arrive a aucun 
resultat satisl aisant et digne de confiance. Le malade doit etre etendu dans le 
decubitus dorsal, la tete appuyee sur un oreiller ; les cuisses seront legerement fle- 
chies soutenues par un coussin, ou chez quelques sujets, contrairement au precepte 
traditionnel, placees dans 1 extension ; la respiration se fera largement et lentement, 
en evitant toute espece d effort. Les deux mains de 1 explorateur, a une tempera 
ture aiissi voisine que possible de celle de la peaudu malade, seront posces a pkt, 



120 ABDOMEN 

pressant doucement d abord, puis avec une force progressivement croissante, des 
efforts trop brusques pouvant provoquer une contraction spasmodique des parois 
abdominales. Une Ibis le ventre habituS au contact et a la pression de la main, 
la palpation meme profonde pourra etre ensuite pratiquee d ordinaire sans diffi- 
culte serieuse. 

De la sorte on appreciera, en premier lieu, la tension des parois et la durete 
generale du ventre, consequences de la sensibilite desorganes abdominaux etdela 
contraction toniquedes muscles, ou subordonnees a la rapidite avec laquelle aug- 
mentele volume des parties contenues. Apresquoi on pourra juger dela consistance 
des organes profonds. Une tension elastique ge nerale se rencontrcra avec la tympa- 
nite, 1 ascite, les kystes sereux de grand volume; une sorte d empatement dans 
la peritonite chronique avec adherences nombreuses. Une renitence locale plus 
ou moins exactement limitee dessmera les kystes a paroi tendue, le globe uterin 
de la grossesse, la vessie dans la retention d urinc, certaines peritonites circon- 
scrites; une durete plus ferme et moins elastique fera reconnaitre les tumeurs 
diverses, les organes hypertrophies, les peritonites partielles avec plus de fausses 
membranes que d epancbement. Une consistance pateuse speciale, analogue a celle 
dela glaise qui conserve 1 impression des doigts distinguera les tumeurs stercorales 
qui en imposent si facilement pour des affections organiques. 

d. Enfm, avec la palpation bien dirigee, on pourra limiter assez exactement 
les parties accessibles des organes hypertrophies et des tumeurs. Rien de plus 
facile quand organes ou tumeurs se trouvent en contact immediat avec la paroi 
abdominale; mais s il y a interposition d une couche de liquide ascitiqueou d anses 
intestinales remplies de gaz, on aura difficilement la sensation nette du contact 
des parties profondes ; pour y parvenir, il sera bon de pratiquer avec 1 extremite 
des doigts une depression un peu brusque , et derriere une par tie qui cede ai- 
s6ment on rencontrera alors une resistance subite indiquant la presence d un 
corps plus solide. 

Quand on veut saisir avec exactitude les limites d une organe hypertrophie ou 
d une tumeur, la tension et 1 epaisseur des parois ou 1 interposition d anses intesti 
nales s y opposent parfois : dans ce cas. le precede le meilleur parait etre d exercer 
a partir du centre de la tumeur et en s en eloignant toujours, des pressions suc- 
cessives et egales avec les extremites des doigts reunis ; la resistance, venant a 
manquer subitement, avertit qn on a atteint la limite chercbee. La meme ma- 
nceuvre peut se pratiquer en partant des environs de la tumeur pour en atteindre le 
bord . Ce dernier proce de mrite la preference s il s agit d une tumeur peu volu- 
mineuse ou d un organe dont une petite partie seulement est accessible, ainsi que 
cela a lieu pour le foie ddbordant les cotes. 

e. La main appliquee sur le ventre, enledeprimant plus ou moins, percoit facile 
ment quelques-uns des mouvements qui s y passent : mouvements de 1 intestin, 
mouvements passifs ou actifs du foetus, battements des arteres ou des tumeurs 
anevrysmales. Les caracteres de ces mouvements se trouveront decrits ailleurs ; 
il suffit de rappeler au point de vue de la semeiologie, que les mouvements in- 
testinaux, pris pour ceux d un foetus absent en ont impose plus d une fois aux 
femmes qui se croyaient enceintes et aux medecins eux-memes. 

f. Au niveau de points occupes par des fausses membranes peritoneales, surtout 
quand celles-ci recouvrent des parties resistantes comme une tumeur ou un organe 
hypertrophie, on gprouve quelquefois une sensation de frottement, de froissement, 
ou une sorte de craquement assez analogue a celni de la neige pressee entre les 



ABDOMEN (sgMSioLOGiB). 121 



doigts, ou encore a la sensation que donne une partie emphysemateuse ou uu mor- 
ceau de cuir neuf plie dans la main. 

g. Quand la vesicule biliaire rempliede calculs se trouve en contact avec la paroi 
abdominale, il se peut aussi qu on sente tres-distinctement le choc reciproque, la 
collision des calculs. Mais il faut etre prevenu que cette collision peut-ctre simulee 
par les froissements de la peritonite chronique avec depots pseudo-membraneux ; 
et comme ces froissements se percoivent assez souvent au bord anterieur du foie 
atteint de cancer ou de kystes hydatiques, on conceit que la confusion puisse etre 
facilement commise. Des corps Strangers durs introduits dans le tube digestif, 
noyaux, cailloux, pieces de monnaie, ont donne lieu a des sensations analogues de 
collision. 

Le palper abdominal, insuffisant ou inapplicable pour les organes pelviens, a 
pour auxiliaires le toucher rectal ou vaginal et le catheterisme qui competent et 
precisent les donnees fournies par ce moyen d exploration. 

Signes fournis par la percussion. Relativement a son importance dans le dia 
gnostic des maladies abdominales, la percussion prend place a cote de la palpation. 
Par elle on peut constater trois choses entierement distinctes ayant chacune sa 
signification speciale : la sensation de flot donnee par les grandes collections de 
liquide, kystes sereux ou ascite; le fremissement hydatique; les modes et degres 
divers de sonorite. 

La sensation de flot s obtient en percutant legerement d une main un des points 
du ventre occupes par le liquide, tandis que 1 autre main recoil du cote opposr Li 
sensation de flot transmise. Comme des anses intestinales en contact avec la paroi 
peuvent gener la transmission du mouvement de flot, on le pergoit quelquefois 
mieux en placant les deux mains a une petite distance 1 une de 1 autre. Cette sen 
sation est de la plus grande nettete quand la paroi abdominale n a pas une trop 
grande epaisseur, mais 1 obesite, rcedeme, la quantite tres-minime dn liquide la 
rendent quelquefois fort obscure. Pour distinguer le flot de 1 ascite du tremblote- 
ment de rcedeme, on conseille de faire deprimer la peau par un aide avec le 
bord cubital de la main sur un point intermediaire a 1 endroit ou Ton irappe et a 
celui ou Ton pergoit le flot. La fausse fluctuation de rcedeme disparait aJors, le flot 
de 1 ascite persiste en s attenuant tout au plus. 

a. En percutant un kyste a hydatides, la main eprouve une sensation speciale : 
le fremissement hydatique, du a certaines conditions de fluidite du contenu et de 
tension moderee de la poche. Ce phenomene est un moyen precieux de diagnostic 
pour les kystes de la paroi abdominale et pour ceux de la glande hepatique qui se 
trouvent au contact de cette paroi. Inutile d ajouter qu un grand nombre de kystes 
du foie sont, par la position qu ils occupent, soustraits pour longtemps ou pour tou- 
jours a ce mode d exploration. 

b. La sonorite generale du ventre, ou plutot de la portion de 1 abdomen occupee 
parl intestin, presente des nuances et variations d intensite qui dependent pour la 
plus grande part de la quantite de gaz contenue dans le tube digestit : elle est in- 
fluencee aussi par la tension plus ou moins forte des parois, laquelle, au dela d une 
certaine limite, etouffe le son et le diminue sensiblement. II y a lades nuances qui 
dependent de 1 ampleur et de la distension variables des cavites gastrique et intes- 
tinale ou des gaz sont enfermes, comme aussi de la proportion des liquides et des 
gaz qui s y trouvent a la fois contenus. 

A 1 etat normal, une matite d une etendue et d une intensite assez exactement et 
assez regulierement determinees correspond a chacun des organes parenchymateux, 



ABDOMEN (SEM^IOLOGIE). 

lbit ,rate et rein. Trouve-t-on de la matite en dehors de ces limites, elleindique : le 
de placement oul hyper trophiede ces organes ; des matieres fecales accumulees dans 
1 intestin ; des adherences multipliers reunissant les anses intestinales en une masse 
compacte, comme il arrive dans la peritonite chronique; des tumeurs kystiques ou 
autres ; un epanchement peritoneal. La percussion ne se borne pas a faire con 
naitre la presence de ces diverses masses solides ou liquides, elle permet encore 
d ea determiner, souvent avec une grande precision, les dimensions et la forme. 
Pour 1 ascite et les autres epanchements libres dans la cavite peritoneale, elle sert 
en outre a constater un signe d une tres-haute valeur, c est la mobilite du liquide 
et la constante horizontalite de son niveau superieur, quelle que soit la position 
prise par le malade. 

Dans les recherches ainsi faites pour limiter par la percussion les organes abdo- 
minaux, il est une cause d erreur centre laquelle il faut se tenir en garde; c est 
que des anses intestinales s insinuent quelquefois entre les visceres et la paroi, re- 
duisant ou deformant la matite reelle : on voit ainsi le colon s introduire entre 
le foie et la paroi abdominale, 1 intestin grele en avant de 1 uterus pendant la gros- 
sesse. Mais avec quelque soin on parvient, a eloigner les anses intestinales, ou a 
constater par une percussion profonde la matite masquee par leur presence. 

Signes fournis par I auscultation. L auscultation, avons-nous dit, a peu de 
services a rendre a la semeiologie abdominale ; mais quoique reduite a un role 
secondaire, elle y tient cependant une certaine place. 

A 1 etat normal, les functions du ventre s accomplissent dans un silence a peu 
pres complet. Quelques legers borborygmes intestinaux, les battements de 1 aorte 
qu on trouve en deprimant la paroi abdominale avec le sthetoscope au-devant du 
rachis, le retentissement des claquements cardiaques se propageant quelquefois 
loin de la region epigastrique, sont les seuls bruits qu on y puisse saisir. Dans 1 etat 
de grossesse, il s y ajoute le souffle uterin, des bruits de choc et de frottement re- 
sultat des mou Yemenis de 1 enfant, enfm les bruits du cosur foetal signe certain de 
la grossesse. 

Quant aux bruits morbides ils ont leur siege dans le peritoine, dans la cavite 
gastro-inlestinale ou dans les vaisseaux. Les bruits de frottement que determinent 
dans les cas de perilonite, et a peu pres exclusivement de peritonite luberculeuse, 
les mouvements respiratoires de 1 abdomen sont rares et ont une valeur trop acces- 
soire pour meriter plus qu une simple mention. - - Les borborygmes, exageration 
des bruits normaux de 1 intestin, attestent seulement la presence de gaz et de 
liquides agites par les contractions intestinales ; aussi les entend-on, dans un 
nombre infmi d etats morbides divers se rapportant soit aux dyspepsies soit aux 
obstacles qui entravent le cours des matieres intestinales. - - Le bruit de fluctuation 
stomacale a parfois une intensite telle, qu il pourrait en imposer a des observateurs 
inattentifs pour le bruit de I hydropneumothorax. Ayant pour condition physique la 
presence dans 1 estomac dilate d une grande quantite de liquide et de gaz, il se 
rencontre dans le cas d etroitesse du pylore et dans certaines formes de dyspepsie. 
: Le gargouillement qu on produit surtout au niveau des flancs et des fosses ilia- 
ques, par des pressions alternatives et un peu brusques avec les mains placees 
Tune pres del autre, n indique rien autre chose qu une accumulation de gaz et de 
liquides dans le colon ; aussi le trouve-t-on presque toujours avec la diarrhee ; mais, 
s il se limite a la fosse iliaque droite et y persiste, il prend une certaine valeur 
comme signe de la fievre typhoide, ou il fait bien rarement defaut. - - Le bruit ar- 
teiiel normal s exagere dans les palpitations aortiques, il s exagere aussi quand il 



ABDOMEN (SKMEIOLOGIE). 123 

existe un anevrysme rempli de caillots ou une tumeur reposant sur 1 aorte ventrale 
et soulevee par elle. II se transiorme en souffle intermittent par le fait d un retre- 
cissement de 1 aorte ou sous 1 iafluence des etats anemiques. II devient souffle 
continu dans lecas d anevrysme arterioso-veineux. 

A 1 epigustre, on entend quelquefois, dans la cirrhose, un bruit de souffle doux, 
continu, qui parait sieger dans les veines dilatees de la paroi dont les communi 
cations avec les veines du ligament suspenseur du foie servent a suppleer la circu 
lation empechce de la veine porte. Ce signe n est ni constant ni meme frequent, 
et ne se rencontre que dans la cirrhose avancee. 11 aurait cependant une certaine 
utilite pour le diagnostic des cas ou cette maladie existerait sans epanchen.ent ou 
avec un epanchement mediocre. 

B. Signes fonclionnels. Tous les symptomes, par lesquels se mrmifestent les 
maladies abdominales, peuvent se diviser en troubles des fonctions abdominales : 
signes fonctionnels primitifs, et en troubles des fonctions etrangeres a 1 abdomen : 
signes fonctionnels secondaries. 

1 Signes fonctionnels pi imitifs. Ce sont les cbangements que subissent la 
circulation, la calorification, la motilite, la sensibilite, les secretions et les excre 
tions. 

a. Les changements qui surviennent dans la circulation abdominale ne se de- 
celent qne par le developpement des vaisseaux sous-cutanes, par les battements 
aortiques, par la tumefaction des vaisseaux hemorrhoidaux inferieurs et par leurs 
consequences plus ou moins eloignees. Us fournissent done peu de signes directs. 
11 a ete question deja des dilatations veineuses superficielles ; on trouvera ailleurs 
1 histoire des baltements aorliques; quant a la dilatation des vaisseaux bemorrboi- 
daux, il n est pas besoin d insister beaucoup sur 1 importance qu elle a souvent 
comme signe de la plethore veinevise intra-abdominale ; mais il importe de rappeler 
que les hemonho ides pouvant sieger au-dessus des sphincters, quelquefois meme 
tres-haut dans 1 intestin, et ne point apparaitre a 1 exterieur, le toucher devient alors 
indispensable pour renseigner convenablement sur leur existence et le degre de 
leur developpement. 

b. La chaleur du ventre, dans les maladies febriles abdominales, n indique guere 
autre chose que 1 elevation generale de la temperature. Toutefcis, il y a des cir- 
constances ou son elevation relative, qui n excede jamais celle du creux axillaire, 
parait liee a 1 existenced unephlegmasie locale. C est cequia lieu dans certains cas 
de peritonite chronique, de dysenteric, d enterite, de metrite, de cystite a forme 
subaigue; cas dans lesquels la chaleur febrile generale faisant defaut, 1 accroisse- 
ment de chaleur locale est facile a apprecier. II va sans dire qu un phlegmon des 
parois abdominales eleve la temperature de la peau, et que ce signe peut avoir de 
1 importauce dans le diagnostic differentiel de ces tumeurs, comme dans celui des 
hernies ou enflammees on simplement engouees. 

c. Des signes importants se tirent du degre de tonicite des parois abdominales, 
de leurs mouvements et de certains mouvements du tube digestif. Ainsi 1 immobi- 
lite absolue de l a])domen pendant 1 inspiration revel e la contracture du diaphragme ; 
jn affaissement du ventre pendant 1 inspiration et un soulevement pendant 1 exp i- 
ration, c est-a-dire a contre-temps, caracterise 1 inertie de cette cloison musculaire; 
c est ce qu on voit notamment dans certaines paralysies saturnines, dans 1 atrophie 
musculaire generalisee, dans la peritonite perihepatique, dans la pleuresie dia- 
pbragmatique, etc. Les contractions peuvent manquer dans une moitie seulement 
du diaphragme, et les mouvements respiratoires n etant modifies que de ce cole, 



124 ABDOMEN (S^M^IOLOGIE). 

on peut voir, en appliquant une main sur chacun des hypochondres, les deux mains 
animees de mouvemcnts inverses. Le hoquet, sorte de convulsion du diaphragme, 
est un accident frequent chez les sujets nerveux et les femmes hysteriques ; il se 
rencontre aussi dans la peritonite, dans la pleuresie diaphragmatique, dans les cas 
graves d occlusion intestinale, de tympanite, de cystite aigue et quelqueiois avec la 
colique saturnine. 

Le vomissemenl, mouvement anormal auquel participent lesparois abdominales, 
1 cstomac et 1 cesophage, est si frequent dans les maladies abdominales et se ren 
contre danstant d affections thoraciques, cerebrales et generates, que son existence 
seule est presque sans valeur pour Ic diagnostic. Sans parler du vomissemcnt lie a 
la grossesse, les affections abdominales ou on le rencontre le plus souvent sont, 
parmi les aigues : la peritonite, 1 etranglement berniaire, puis les inflammations 
de la vessie, des reins, celles du foie et de la rate, la gastrite aigue toxique, 1 em- 
barras gastrique et 1 indigestion ; parmi les affections chroniques : le cancer etl ulcere 
simple del estomae, ladyspepsie. Dans tons ces cas, la frequence des vomissements, 
leur rapport avec 1 alimentation, leurs relations avec les autres phenomenes d ela 
maladic contribuent, non moins que la nature des substances vomies, a etablir le 
diagnostic. 

La contracture des spbincters anal, vesical, vaginal, est un accident lie parfoisa 
quelque etat nerveux, mais le plus souvent symptomatique d accidents inflamma- 
toires subaigus ou chroniques de la vessie, de 1 uterus, du rectum; quelquelois 
aussi bors de toute proportion avec 1 accident local tres-peu important qui en est 
1 orjgine, comme on le voit pour la fissure a 1 anus et certaines contractures du 
sphincter vaginal. 

Ce que Ton pent dire sur les modifications appreciates des mouvements de 
1 intestin lui-meme a ete indique plus haul. Inutile d y revenir. 

d. La sensibilit? obtuse on presque nulle a 1 etat normal dans la plupart des vis- 
ceres abdominaux, subit, sous rinfiuence des maladies, de nombreux changements 
qui se rapportent aux trois chefs suivants : anesthesie, hyperesthesie et perversion 
de la sensibilite. 

L anesthesie et 1 analgesie envahissent la paroi abdomin.de au meme titre et 
dans les memes circonstances que le reste de la surface cutauee. Symptomes de 
lesions des centres nerveux ou d une nevrose generate, elles ne se rattachent 
jamais que d une facon tout a fait indirecte aux affections abdominales, comme a 
la dyspepsie, par exemple. L hypi resthesie se manifeste de deux facons : 1 spon- 
tanement ; 2 sous 1 influence de la pression. Elle peut occuper isolement ou a la 
fois la paroi abdominale et les organes profonds ; distinction tres-importante mais 
qui offre souvent d assez grandes difficultes. Une douleur spontanee qui siege clans 
la paroi abdominale pent y marquer le debut d un phlegmon, soil primitif, soit, comme 
il arrive plus souvent, consecutif a une phlegmasie profonde ( abces de la fosse 
iliaque, peritonite pelvienne, abces vermineux, perforation de 1 intestin par un corps 
etranger, etc.). Bien des douleurs parietales sont localisees dans les plans muscu- 
laires. II en est ainsi du rhumatisms abdominal, du lumbago, del epigastralgie hyste- 
rique, de la colique saturnine meme, si Ton encroit la facilite avec laquelle la faradi 
sation cutanee la fait cesser, puis aussi des douleurs qui accompagnent les hemor- 
rhagies dans la gaine des muscles droits, et qu on voit survenir chez quelqnes 
malades atteints de scorbut, de fievre typboi de, d infection purulente. - - Plus 
souvent encore il existe de veritables nevralgies plus ou moins exactement dessi- 
nees et occupant ou lesnerfs intercostaux inferieurs ou le plexus lombo-abdominal. 



ABDOMEN 

Les moyens a 1 aide desquels on peut distinguer toutes ces varietes de la dou- 
leur n ont ici rien de special. Mais il convient de signaler la place importante que 
tiennent dans la semeiologie les douleurs a forme nevralgique, a cause de leur re 
lation frequente avec des affections viscerales rachidiennes, thoraciques ou abdo- 
minales : la douleur en ceinture des maladies de la moelle, le point epigastiique 
des pleuresies qui siegent ou niveau du diaphragme, la nevralgie intx-rcostaie des 
affections dyspeptiques, le point dorsal de 1 ulcere simple de i estomac, la ne- 
vralgie lombo-abdominale des alfections ovariennes et uterines, signalent souvent a 
1 attention des etats morbides qui sans cela, peut-etre, demeureraient latents. 

Les douleurs viscerales de 1 abdomen se presentent sous deux modes differents. 
Le plus souvent vagues, mal defmies, malaise plutot que douleur dans les mala 
dies inflammatoires ; elles prennent quelquefois et surtout dans les affections 
nevralgiques un caractere de sensation profonde, tormineuse, enervante, avec 
repitsou exacerbations, caracteres auxquels les malades ne setrompent point. La 
souffrance predomine d ordinaire vers 1 organe qui en est le point de depart, mais 
elle est souvent vague, mal circonscrite et designe moins surement 1 organe affecte 
que ne le font les irradiations bien connues dont elle est accompagnee. Ainsi les 
douleurs de 1 epaule droite appartiennent a la colique hepatique et aux maladies ,ln 
foie, les irradiations se dirigeant du dos vers 1 epigastre, gagnant le cou et les bras 
indiquent plutot une affection de I estomac ; celles qui s etendent vers 1 aine et le 
testii ule, une affection des reins ou des ureteres, celles qui suivent la distribution 
du plexus lombo-abdominal et particulierement le nerf crural, une maladie uterine 
ou ovarique. 

L intensite des douleurs sans etre toujours en rapport avec la gravite de 1 etat 
morbide, a cependant parfuis quelque chose de caracteristique ; il est des maladies 
ou elle est constamment faible, sauf le cas de complication; d autres ou elle est 
toujours vive. Ainsi, a part la gastrite toxique, souvent extremement douloureuse, 
et la dysenteric, qu accompagne un tenesme intolerable, les affections pblegmasi- 
ques ou catarrhales des visceres, quand elles ne sont pas indolentes, ne donnent 
guere lieu qu a des douleurs moderees et sourdes. On soufire generalement peu 
avecl hepatite, la nephrite, la metrite, 1 enterite simple ou tuberculeuse ; des abces 
se forment dans le loie sans donner lieu a aucune sensation bien penible ; la dou 
leur spontanee n existe pour ainsi dire pas dans la lievre typhoide, et quand il en 
survient, il faut supposer une complication peritoneale ou autre. La peritonite est 
en elfet parmi les alfections phlegmasiques abdominales la maladie douloureuse 
par excellence, dans sa forme aigue et generalised. Parlielle et subaigue ou chroni- 
que, elle peut ne pas eveiller beaucoup de sensibilite, ce qui la fait assez souvent 
meconnaitre. Les douleurs de nature nevralgique, celles de meme forme que pro- 
voquela presence d un calcul dans les voies urinaires ou biliaires, sont aunombre 
des plus violentes et susceptibles de mettre le malade dans un etat grave par le fait 
seul de leur intensite. Et neanmoins il arrive, exceptionnellement il est vrai, que 
des calculs sejournent dans lescanaux cystiqueet choledoque, dans 1 uretere, dans 
la vessie, sans provoquer de souffrance notable ; en sorte que 1 absence de douleurs 
n autorise pas absolument a nier la presence des concretions dans ces points. 

Le caractere de la douleur ne laisse pas que d avoir aussi son importance. Dans 
les hyperemies simples du foie, de 1 uterus, de la rate, du systeme veineux porte, 
c est en une sensation de pesanteur, de tiraillement, de distension; tormineuse 
dans la colique intestinaie, elle consiste en contractions penibles et revenant par acces 
dans la colique uterine; en un besoin imperieui et convulsif d evacuation dans le 



126 ABDOMEN (SMEIOLOGIE). 

tenesme rectal ou vesical, de sensibilite exquise, persistante, superficielle dans la 
peritonite ; en une souffrance continue avec e" lancement dans les phlegmons pa- 
rietaux. 

Dans les affections gastro-intestinales, on peut encore tirer parti des circonstances 
qui provoquent la douleur, et de ses rapports avec 1 ingestion des aliments, c est 
ainsi que son accroissement ou sa diminution sous 1 influence du regime, sert a 
distinguer 1 ulcere simple du cancer, que la periode precise de la digestion a laquelle 
correspond le retour des symptomes penibles indique s il s agit d une affection 
gastrique ou intestinale. II en est de meme dans les affections uterines, pour les 
rapports qu on pent reconnaitre entre les sensations douloureuses observees par 
les malades et les epoques menstruelles. 

La sensibilite a la pression peut aider a determiner le siege superficiel ou 
profond de la lesion, a preciser quel est 1 organe lese, a apprecier, mieux que 
d apres le dire du malade, 1 intensite de la tlouleur, enfm a la rendre manifeste 
la ou spontanement il n en existe pas d appreciable. C est ce dont on a un cxemple 
dans la tievre typho ide, ou les malades ne se plaignent presque jamais du vontre 
bien que la pression decele presque constamment un certain degre de sensi 
bilite douloureuse au niveau de la fosse iliaque droite. - - Pour cette explora 
tion il convient de pratiquer le palper non plus avec le plat de la main, mais 
avec I extremite* des doigts reunis ou meme avec un seul doigt, afin de limiter 
mieux la pression. On sait qu en comprimant le ventre par une large surface on 
soulage parfois des douleurs qui s exagerent quand on presse du bout des doigts, et 
ce fait, commun dans les enteralgies, est utile au diagnostic. La douleur de la 
peritonite s accroit toujours par la pression, a tel point que certains malades ne 
peuvent supporter lepoids duplus leger vetement. - - Une des difficultes de cette 
exploration consiste a distinguer avec certitude la douleur superficielle cutanee, 
celle des plans musculaires et celle des organes profonds. On y parvient a 1 aide 
de pressions graduees : 1 hyperesthesie cutanee se reveille par un simple fro- 
lement ou un leger pincemeut de la peau ; 1 hyperesthesie musculaire, par une 
sorte de grattement pratique doucement au niveau des masses charnues : 1 hyperes- 
thesie profonde par des pressions de plus en plus energiques. 

Les sensations speciales qui se lient aux fonctions du ventre, telles que la iaira, 
la soif, les besoins d excretion, peuvent s eteindre ou s exasperer jusqu a la douleur 
sous 1 influence des maladies de celte region; mais de telles perturbations se ren- 
contrent dans des etats morbides si nombreux, qu elles ne sont que d un faible 
secours pour le diagnostic difterentiel. Quand ces sensations demeurent a 1 etat 
normal, on peut generalement exclure toule idee d une affection serieuse dans 
les appareils auxquels elles se rapportent; toutefois il ne faudrait pas mettre une 
confiance trop aveugle dans les inductions tirees de ce signe favorable, car il est 
des cas ou des lesions a forme chronique occupent les organes le plus directement en 
cause et y atteignent un developpement considerable sans avoir porte aucune 
atteinte aux sensations dont il s agit. 

e. Les signes fournis paries secretions et excretions normales ou anormales, 
sont nombreux et d une tres-haute importance. 11 suffira de les indiquer ici, en 
renvoyant pour leur etude plus detainee a la pathologic de chaque organe en par- 
ticulier. 

Le vomissement est un signe d une telle banalite, qu il n a par lui-meme que 
peu de valeur semeiologique. On le voit lie aux affections cerebrales, aux mala 
dies generales telles que les fievres eruptives, a des affections de poitrine, comrae 



ABDOMEN (SEMEIOLOGIE). 127 

la pneumonic bilieuse, la toux des phtisiques, etc. II est cependant plus frequent 
dans les affections abdominales, ou on le rencontre de preference dans les mala 
dies de 1 estomac : gastrite toxique, embarras gastrique, ramollissement de la 
muqueuse, ulcere simple, cancer; et parmi les affections intestinales dans celles 
surtout qui entravent le cours des matieres. Le vomissement est plus rare dans 
la fievre typhoide et la dysenteric;; les maladies du foie, de 1 uterus, celles des 
reins surtout en sont assez souvent accompagnees ; la peritonite aigue le provoque 
toujours. 

De 1 examen des matieres vomies on deduit des donnees plus significatives. Les 
vomissements se composent habituellement, dans la gastrite, de matieres mu- 
queuses; la bile y apparait en abondance dans les etats dits bilieux, dans la poly- 
cholie, dans la peritonite; leur nature fecalo ide est le signe de 1 ileus si Ton reserve 
quelquescas douteux d hysterie. Le sang, les matieres noires supposent quelque 
rupture vasculaire, quelque lesion de la muqueuse stomacale, surtout le cancer ou 
1 ulcere simple ; quelquefois les vomissements entrainent au dehors des lombrics 
aussibien que des calculs biliaires. 

L inspection des matieres fecales iournit un certain nombre de notions egale- 
ment importantes. Elle fait constater la constipation ou ladiarrhee, ctats quiselient 
a une foule de troubles fonctionnels, tantot essentiels ou sympalhiques, tantot lies a 
une affection materielleou dynamique de 1 estomac, de 1 intestin ou des glandes an 
nexes. La nature plus ou moins sereuse des garde-robes indi que le mode dc secre 
tion de 1 intestin; par 1 abondance ou 1 absence de la bile dans les evacuations, on re- 
connait sa secretion exageree ou polycholie d une part, et de 1 autre sa suppression 
ou sa retention; la presence de matieres non digerees, caracterise la lienterie ; la 
presence d helminthes, de parties d" elminthes ou de leurs osufs est un signe 
pathognomonique aussi bien que celle des calculs biliaires. - - Du sang rendu a 
1 etat rouge ou de melena implique des ulcerations ou une exhalation hemorrhagi- 
que dans 1 estomac ou 1 intestin, ou enfin 1 ouverture d un foyer voisin dans la 
cavite de ces organes ; et la couleur du sang pent faire presumer a quelle bau- 
teur le point malade est situe dans 1 intestin. Quand du pus estevacue, il provient 
toujours de 1 ouverture d un abces. 

L etude des urines comprend des signes de deux ordres. Par les changements 
quesubit leur composition normale, elle indique jusqu a quel point son! modifies 
les phenomenes generaux de composition et de decomposition d ou derivent la 
plupart des materiaux de 1 urine ; et d autre part a la presence d elements anor- 
maux qui s y ajoutent, comme le sang, le pus, les cylindres fibrineux, la des* 
quamation epitheliale, on reconnait les lesions des organes qui composent 1 isp- 
pareil urinaire. Les signes de la premiere categorie ont dans les affections 
abdominales la meme valeur que dans les autres maladies, etant partout 1 une des 
manifestations de 1 etat general dont il faut toujours tenir si grand compte; de 
plus ils sont quelquefois lies tres-directement a l affeclion de 1 un des visceres 
abdominaux. Ainsi la suppression des urines est un signe de 1 ileus portant stir un 
point tres-eleve de 1 intestin; ainsi leur coloration annonce quelquefois, des avant 
1 apparition de 1 ictere cutane, les maladies de 1 appareil hepatique et devoile cer- 
tuins etats bilieux douteux par ailleurs. D une facon un peu moins directe, la 
presence de 1 oxalate de chaux dans les urines semble caracteriser certaines formes 
de dyspepsie. L albuminurie parait devoir se ranger tantot dans 1 une, tantot 
flans 1 autre des deux categories precedentes, c est-a-dire qu elle peut etre le 
signe d une lesion grave du rein, ou 1 un des phenomenes d une affection generaie ; 



128 ABDOMEN (SEMEIOLOGIE). 

elle se lie quelquefois tres-directement a une maladie d un organe abdominal autre 
que le rein lui-raeme, a la cirrhose du foie, a la phlebite porte a des troubles 
ci\ speptiques ; enfin on la rencontre aussi dans la grossesse. 

Memes distinctions a etablir quant a 1 etiologie des ecoulements qui se font par 
les organes genito-urinaires. La leucorrhee, le catarrhe vesical, voir meme ure- 
tliral, dependent, en maintes circonstances d une affection generale plutot que 
a une maladie de la muqueuse. Cela est vrai plus souvent encore pour les troubles 
de la menstruation, qui ne sont pas moins frequents dans la chlorose et 1 hysterie 
que dans les maladies de Puteriis ou des ovaires. 

2 Signes foarnis par les modifications secondaries de l"organisme. Lorsque 
a la suite de troubles Craves et persistants dans les tbnctioas des organes abdorai- 
naux,le reste de 1 organisme s altere, il pent en resulter une serie de manifestations 
plus on moins caracteri>liques qui deviennent indirectuinciit dessignes de 1 affec- 
tion primitive et font ainsi accessoirement partie de la semeiologie abdominale. 

a. G est a ce litre que 1 ictere survient clans des maladies du foie et des voie ? 
hiliaires, ou dans celles du voisinage qui entravent L excretion de la bile. Comme 
il s en faut qu il les aecompagne toutes ni qu il ait toujours le meme degre ou la 
meme persistance, ses divers caracteres d intensite, de duree, d intermittence, 
sont d un grand secours pour le diagnostic differenteil de ces maladies. Les seules 
lesions avec lesquelles 1 ictere ne manque guere sont ks obliterations des voies 
biliaires et 1 atropbie jaune aigue. Dans les autres cas, son intensite n est pas 
toujours proportionnelle a 1 etendue de 1 alteration ; il en est, comme la cirrhose, 
1 etat graisseux et 1 etat cireux, avec lesquels on ne 1 observe jamais a moins de 
complication. 

La leucocythemie, coincidant hobituePement avec une hypertrophie sple- 
niqne, est encore un signe detourne d une lesion abdominale. La pigmentation 
bronzee de la peau, quand elle est bien caracterisee, annonce une alteration d > 
capsules surrenales. La malignite et les bemorrhagies, jointes a i ietere, signa- 
lent, souvent au moins, 1 atrophie aigue du foie. Les phenomenes typboides tic-s- 
prononces accompagnent 1 ulceration des plaques intestinales dans la dothinenterie, 
et indiqueraient meme, suivant 1 opinion de quelques auteurs, la resorption de 
matieres septiques par les surAices ulcerees. L anasarque est, dans un grand 
nombredecas, le signe d une lesion des reins; 1 uremie, celui d un trouble 
profond de la secretion urinaire. 

D une fagon moins directe, 1 amaigrissement, la consomption, accusent quelque 
fois seules une lesion chronique latente de I un des visceres abdominaux, du foie 
ou de 1 estomac, par exemple; comme aussi ce sont les symptomes d une chloro- 
anemie ties-intense et inexpliquee qui conduiseut parfois a decouvrir une affection 
grave et jusque-la meconnue de 1 uterus. 

b. Dans les faits qui precedent, les signes observes attestent [ influence directe 
des fonctions abdominales sur la constitution du sang ; dans ceux qui vont suivre, 
c est le systeme nerveux qui sert d intermediaire, et c est dans son domaine que 
les perturbations secondaires se manifestent. On connait I influence profondemeat 
depressive qu exercent stir 1 etat mental certaines afiections clu oniques du ventre, 
et en particulier les dyspepsies, la gastralgie, la plethore abdominale, les hemor- 
rhoides, beaucoup d affections hepatiques; ainsi dans le groupe de svmptomes de- 
signe sous le nom d hypochoudrie, on trouve une tristesse, melee d accablement, 
avec tendance a la nosomanie, souvent jointe a une souffrance des hypocliondres 
ou plus generalement de 1 abdomeu. 



ABDOMEN (IUMEURS). 120 

Les forces musculaires flechissent rapideraent sous 1 influence des affections abdo 
minales a marche lente; il faut en tenir compte pour le pronostic, car il en requite 
uue I aifaiblissement est ici moins grave que lorsqu il s agit d autres affections et 
notamment de celle de la poitrine. 

C est encore aux troubles fonctionnels sympathiques que se rapporte 1 exage- 
ration ou la suppression de la sueur quand la secheresse de la peau n est pas la 
consequence directe d une diarrbeeou d une, diurese assez abondantes pour onlever 
aux glandes sudoripares les materiaux de leur secretion. - - Peut-etre le pheno 
mena, assez mal interpretejusqu ici, du prurit qui accompagne certaines affections 
du foie est-il aussi du meme ordre; il est bon, en tout cas, de savoir que telle peut 
etre sa veritable origine, car son apparition native en fait quelquefois un signe pre- 
monitoire de 1 ictere. Quant aux frequenteset nombreusesmodificationsqu offre 
1 etatde la bouche et de la langue, 1 influence des voies digestives semble -\ reve 
ler plus directement en raison de la communaute de fonction ou de la continuite 
detissu. On sait que la salivation, lorsqu elle ne tient pas a une stomatite ou a 
une intoxication, se rapporte le plus souvent a un etat dyspep ique ou semble liee 
a un derangement dans les fonctions du pancreas. Suns retomber dans les exa- 
gerations on les semeiologistes sesont laissesplus d une ibis entrainer relativement 
a 1 importance des signes tires de 1 examen de la langue, on peut tenir pour cer 
tain qu il y -d des notions tres-utiles a en deduire, si on sait tenir compte des in 
fluences multiples qui contribuent a ces changements d aspect. La nature et la 
coloration des enduits, si pen satisfaisante et toute illogique que soit 1 interpre- 
tation theorique qu on en donne, iournissent neanmoins des indications de traite- 
ment tout enipiri rues a la verite, mais dont I litilitu se trouve chaque jour con 
firmee par la pratique. 

On a cherche souvent a decouvrir dans les modifications de la face et du pouls 
des signes capables d indiquer le siege des maladies, et c est ainsi qu on a decrit un 
facies abdominal, un pouls abdominal. Mais les caracteres qu on leur a a 
exacts pour quelques-unes des affections de 1 abdomen, sont loin de 1 etre dans tonics, 
fj ailleurs que sert d indiquer d une facon sommaire le siege d une maladie clans 
la cavite abdominale? Cela dispense si peu de rechercher tous les ;mtres elements 
du diagnostic, qu on ne peut certes pas accorder aujourd hui beaucoup d impor- 
tance a ces indices soi-disant patbognomoniques. 11 est Lien vrai que 1 etat mental 
dont il etait question tout a 1 heure imprime a la physionomie un aspect particu- 
lier, que dans les affections tres-douloureuses du vent re les traits se contractent, 
que dans la pcritonite ils se grippent promptement. Mais la valeur attribuee autrefois 
;i ces signes, au point de vue de la localisation des maladies, date d une epoque de 
penurie semeiologique dont nous commencons a etre loin. Ce qu on a a chercher 
sur la physionomie du malade dans les affections abdominales comme dans la plu- 
part des autres, c est avant tout le degre d impression que Toiganisme et le systeme 
nerveux,enparticulier, paraissent ressentiret la resistance qu ils semblent capables 
d opposer a 1 action de la maladie. 

III. DES TUMEURS ABDO.MIJNALES. Les differents modes d exploration dont les 
resultats viennent d etre analyses conduisent assez souvent dans le cours des ma 
ladies abdominales a reconnaitre la presence d une tumeur. C est la un signe 
physique complexe dont 1 etude merite une attention particuliere. Disons d abord 
en quoi il consiste; nous examinerons ensuite les varietes qu il presentesuivantles 
cas, afin de mieux apprecier le parti qu on en peut tirer pour le diagnostic. 

DICT. ENC. I. y 



ABDOMEN (TUMEURS). 

Sans pretendre donner ici une definition des tumeurs en general, nous dirous 
qu on a coutume d adniettre 1 existence d une tumeur de 1 abdomen toutes les 
fois qu on trouve dans cette region une augmentation de consistance, partielle 
ou generate, appreciable au palper. On ne fait entrer dans cette caracteristique 
ni 1 idee d un accroissement de volume des organes, ni 1 idee de saillie ou de de 
formation , parce que ni 1 une ni 1 autre n y sont absolument necessaires : il existe, 
en effet, des tumeurs abdominales profondes sans aucune preeminence exterieureou 
meme interieure, et il est convenu que le gonflement du ventre, par suite d une 
accumulation de gaz ou de liquides, prend plutot le nom de tumefaction ou d intu- 
mescence que celui de tumeur ; et cela, non parce qu il porte sur la totalite de 
1 abdomen, car il est tel cas de tumeur sarcomateuse ou kystique ou la region est 
egalement envahie en entier, mais parce que 1 augmentation de consistance iait 
defaut dans un cas et qu elleest evidente dans 1 autre. II est d ailleurs bienentendu 
que la tumelaction et la tumeur peuvent se trouver reunies chez le meme malade : 
soil une induration du foie et une ascite; et ce qui prouve combien la distinction 
dont il s agit est con forme aux idees et au langage des cliniciens, c est qu en pa- 
iville circonstance, aprcs avoir vu la tumelaction, on cherche a s assurer par le 
palper s il existe ou non une tumeur. 

Mais si la palpation est le moyen par excellence dans les recherches de ce genre, 
cen est pas a dire qu il ne faille faire intervenir aussil inspection, la mensuration, 
la percussion, 1 auscullation : on n aura pas trop de tous ces modes d exploration 
reunis, meme en y ajoutant, comme on doit toujours le laire, 1 examen del etat 
1 onctionncl general ou local et les commemoratifs, pour arriver a un diagnostic pre 
cis et complet. En fait de tumeurs abdominales, 1 erreur est iacile a commettre, 
et I observation la plus alt titive n en garantit pas toujours. C est ce qui nous en 
gage a consacrer un paragraphe special a ce seul point de semeiologie. 

A. En premier lieu, 1 absence bien constatee d une tumeur abdominale est un 
signe negatil qui pese d un grand poids dans plus d un cas douteux : on sait, par 
exemple, que 1 ulcere chronique de 1 estomac se distingue principalement, sur le 
vivant, du cancer decet organe par 1 absence d une tumeur epigastrique. N oublions 
pas cependant la difficulte extreme qu on eprouve a atteindre les tumeurs pro- 
Ibndement situees ; d ou il resulte qu avant de nier absolument qu il en existe 
une, il faut un examen plusieurs iois repete. Rappelons aussi qu une tumeur ab 
dominale peut accidentellement se rencontrer dans des maladies qui en sont 
d babitude exemptes : ainsi, dans le cas que nous venous de citer, 1 bypertropliie 
de la region pylorique peut ajouter un trait de plus, et qu on croit decisif, a la 
trompeuse ressemblance des deux maladies. D une autre part, suivant la judicieuse 
remarquede M. Andral, certaines affections, notamment parmi celles du Ibie, qui 
d ordinaire se revelent a I examen par une tumeur abdominale, peuvent aussi par- 
coin ir toutes leurs phases, sans qu a aucun moment de leur evolution on constate 
1 existence de ce signe. 

B. Maintenant, lorsqu a 1 aide de 1 ensemble des pbenomenes deja enumeres 
(saillie du ventre, etkcement de 1 ombilic, circulation veineuse collaterale, reni- 
tence, matite, etc., etc.), le medecin a constate la presence d une tumeur abdo 
minale, avant d en conclure a un etat morbide, le plus souvent grave, il importe 
qu il ne se laisse pas abuser par un etat pbysiologique susceptible d en simuler les 
apparences. Lapensee d une grossesse doit constamment etre presents a I esprit 
quand on examine une femme afiectee de tumeur abdominale ; c est un precepte 
rigoureux dont il ne faut jamais se departir, quelque invraisemblable que paraisse 



ABDOMEN ruMHURs. 151 



la gestation, quelque delegation que la malade oppose aux questions faites en ce 
sens, quelque certain qu on croie etre d avoir affaire a une maladie bien dt finie. 
Jamais on n insistera assez sur l importance de cette premiere et indispensable 
constatation : faute de s y livrer, le medecin risque de commettre des meprises 
ridicules et des erreurs funestes. La tumeur abdominale physiologique sera decrite 
idlleurs (FOZ/.GROSSESSE); il suffit, quant a present, de 1 avoir signalee comme Fun 
ies principaux ecueils du diagnostic dans les maladies du ventiv. 

C. Etant donnee une tumeur abdominale, il s agit de determiner exactement : 
1 ses caracteres actuels; 2 son mode de developpement dans le passe ; o les 
symptomes locaux et generaux qui 1 accompagnent. Les fails compris sous ces trois 
chefs fournissent, au sujet de la nature et du siege de la maladie, les renseignements 
suivants : 

1 Caracteres actuels de la tumeur. a. Nombre. Onne trouve, le plus sou- 
rent, qu une tumeur unique ; mais lorsqu il en existe plusieurs, cette multiplicity 
clevient un signe de preemption soil en faveur d une maladie locale qui se repete 
avec des caracteres identiques, comme les kystes hydatiques ou sereux, soil en 
faveur d une affection diathesique a manifestations di^seminees , comme les tu- 
bercules et sin tout les cancers. L engorgement des ganglions lymphatiques donne 
lieu assez souvent a la formation de tumeurs secondaires au voisinage de la masse 
morbid principale. On doit ranger au nombre des exceptions les fails ou le h,v 
reunit sur le meme sujet plusieurs tumeurs de composition differente ; 1 erreur 
la plus commune, et si naturelle qu on 1 evite malaisement, consiste en pareil cas a 
negliger leurs differences, pour leur attribuer a toutesune meme origine. 

b. Relativement a leur situation,\es tumeurs abdominales sont les unes superfi- 
cielles, les autres profondes ; elles correspondent a des regions diiferentes des pa- 
rois qu il est important de bien preciser. Nous appellerons superficiellesles tumeurs 
des parois, et profondes celles des visceres, non sans faire remarquer que par snito 
d une illusion du toucher on se trompe frequemment sur la place qu elles oceu- 
pent : souvent on croit sentir presque immediatement sous la peau les indu 
rations du loie ou de la rate, les phlegmons iliaques, la renitence des pelvi-peri- 
tonites ; et, reciproquement, les abces ou les kystes sanguins des muscles droits 
en ont plus d une fois impose pour une affection organique profonde. Glissement 
plus ou moins facile des teguments, isolement ou adherence de la paroi dans sa to- 
talite, presence ou absence d un relief plus accuse de la tumeur pendant le dur- 
cissement contractile des muscles ; c est a 1 aide de tous ces signes qu on arrivera, 
dans les cas difficiles, a sortir d embarras. 

Pour determiner la partie de la paroi abdominale a laquefle une tumeur cor 
respond, Bright recommande de se servir d un dessin cliche reproduisant le trace 
des trois zones epigastrique, ombilicale et hypogastrique de 1 abdomen avec leurs 
subdivisions, et de marquer sur ce dessin la place de la tumeur ou des tumeurs 
mises en observation. Qu on adopte ou non ce precede, il faut s enqueiir avec 
le plus grand soin de la situation des tumeurs et du sens dans lequel s opere leur 
accroissement ; ce renseignement eclaire toujours le diagnostic, et quelquefois suf 
fit pour 1 etablir. On sait, par exemple, combien est caractei istique la tumeur du 
phlegmon iliaque au-dessus du ligament deFallope; celle de la vesicule biliaire 
distenclue, au-dessous du rebord costal droit ; celle des indurations spleniques ou 
hepatiques depassant les hypochondres ; celle des fongus ou cancers du rein sur les 
cotes de l ombilic, etc. Cependant, la mobilite de certains organes (mobilite natu 
relle de 1 intestin, mobilite accidentelle des reins flottants) pcut faire varier d un 



132 ABDOMEN (TUMEURS). 

moment a 1 autre la situation d une tumeur abdominale : dans les cas d accumula- 
tion de feces on trouve parlbis le colon transverse a 1 hypogastre, et 1 estomac can- 
cereux a pu etre senti pres de-la fosse iliaque. 

| c. La connnissance des rapports que la tumeur affecte avec les parties voisines 
est indispensable pour completer les notions acquises sur sa situation. Trouve-t-on 

> au-devant dc la tumeur la majeure partie du tube digestif, c cst qu elle precede 
de la face anterieure de la colonne lombaire, auquel cas 1 hypothese d une affection 
renale ou d un engorgement des ganglions lymphatiques ou du pancreas (tumeurs 
retro-peri toneales) ncquiert un haut degre de probabilite. Le paquet intestinal est-il 
repousse vers 1 un ou I autre cote du ventre, on placera avec quelque vraisemhlance 
le point de depart de la lesion dans 1 un des organes du bassin ou des hypocliondres; 
c estainsi que la situation laterale des intestins differencie a premiere vue 1 hy- 
dropisie enkystee dc 1 ovaire de 1 epanchement peritoneal : dans celui-ci, ils sur- 
nagcnt a la surface du liquide et viennent se grouper vers la partie superieure du 
ventre. Une induration diliuse avec refoulementde tout 1 intestin centre la colonne 
vertebrale appartient a une forme particuliere de peritonite chronique. 

d . Rien de plus variable que le volume des tumeurs abdominales ; il peut cepen- 
dant fournir quclques indices, surtont dans ses variations extremes. Les tres-petites 
tumours permetlent facilement de reconnaitre avec quels organes elles sont en rap 
port ; seulement, il faut etre averti qu on apprecie assez mal leur volume reel, et 
que 1 autopsie en iait souvent decouvrir beaucoup plus que n en avait fait prevoir 1 ob- 
servalion sur le vivant. Quant aux tumeurs enormes, elles n appartiennent qu a un 
nombre restreintde maladies : ce sont presque toujours des masses fibreuses, kystiques 
ou cancereuses, et le diagnostic, limite a la distinction de ces especes morbides, se 
precise de lui-meme quand on rapproche le signe fourni par le volume de la masse 
des autres signes physiques et fonctionnels. En dehors meme de ces tumeurs mons- 
trueuses, on en rencontre dont les dimensions paraissent tout d abord inconci- 
liables avec leur localisation dans tels organes du ventre : quand les pretendus 
phlegmons peri-uterins envahissent presque toute la capacite abdominale, il est 
peu plausible, a priori, de les attribuer au gonflement d une mince couchecellu- 
leuse entourant la matrice ; et il est en eflet prouve qu ils sont dus a une peritonite 
adhesive: ici 1 erreur de diagnostic se conlond, comme on voit, avec une erreurde 
doctrine. 

e. Parmi les formes les plus caracteristiques, il convient de noter particuliere- 
ment : les tumeurs en plaque, propres aux alterations de 1 epiploon et surtout 
au cancer de ce repli sereux (bien que cette forme soit loin d etre constante) ; les 
kystes, plus ou moins spheriques, les masses irregulieres du cancer, et surtout les 
larges godets du cancer hepatique ; les empatements mal circonscrits de la peritonite 
tuberculeuse ; lasaillie pyriforme de lavessie distendue par I urine; les indurations 
du foie ou de la rate reproduisant a peu pres le contour de ces organes, delorme, 
mais encore reconnaissable. 11 peut arriver cependant que 1 alteration iasse dispa- 
raitre tout vestige de la configuration normale; ce qui est plus curieux, c est que 
pariois un tissu accidentel imite grossierement la forme de 1 un des organes abdo- 
minaux. Bright cite un laitde ce genre (Malignant Disease of the Peritoneum re 
sembling Hepatic Tumour). 

f. II est des tumeurs lisses et d autres bosselees ; cet etat de leur surface compte 
parmi les meilleurs caracteres differentiels des kystes et des cancers ; mais on 
aurait tort de 1 accepter sans reserve , car les grandes masses cancereuses sont 
assez souvent unies, parfaitement regulieres, et d un autre cote les kystes ou 



ABDOMEN (TUMEURS). 135 

les fibromes multiples procluisent sur 1 ovaire, le foie ou 1 uterus de nombreuses 
inegalites. C est egalement la presence d une tumeur noueuse et bosselee qui 
fait prendre pour des squirrhes de simples retentions de matieres dans le 
colon. 

g Au point de vue de leur consistance (ou de leur contemi), on divise les tu- 
meurs abdominales en solides, liquides et gazeuses. Si la tension elastique de ces 
dernieres, jointe a leur sonorite, permet facilement de les reconnaitre, il est moins 
aise, quoi qu en disentles livres, d etablir une difference entre les sensations extre- 
mement voisines que donnent a la main les masses solides ou les collections liquides : 
pour pen que 1 alteration siege proibndement, on ne decouvre rien qu une certaine 
durete, et ce serait une illusion de compter sur la fluctuation pour sortir du doute. 
On a egalement beaucoup de peine a apprecier, a travers la paroi abdominale, 
1 inegale resistance des noyaux cancereux, ramollis a leur centre et fermes a leur 
peripherie. Cependant une main exercee parvient a saisir quelques-unes de ces 
nuances. Ge qu on distingue le mieux, c est la durete des concretions retenues 
dans la vesicule du fiel, la consistance ligneuse du tissu fibreux ou squirrheux, 
la consistance patcuse des masses stercorales qui cedent et se deferment sous la 
prcssion des doigts. - - Quant aux tumeurs liquides, la sensation de choc ou de 
Hot qu elles font percevoir n est pas toujours egalement franche, et, avec de 
I liabitude, on arrive a se faire, d apres son plus ou moins de nettete, une idee 
do la viscosite ou de la fluidite de leur contcnu. 11 a ete question deja du 
fremissement propre aux hydatides, des pulsations qui agitent les anevrysmes, etc. 

h. La sonorite ou la matite des tumeurs, les phenomenes d auscultation percus a 
lour niveau, aident bien souvent a etablir le diagnostic jmaisle degre d importance 
de ces signes a ete apprecie plus haut, et ici deux courtes remarques seulement 
peuvent trouver place : c est que 1 intensite des bruits cardiaques ou aortiques 
transmis a travers une tumeur des hypochondres, ajoute une probabilite de plus 
en f aveur de sa composition solide; et que le frottement peritoneal, ou plutot la 
peritonite dont il est 1 indice, s observe de preference a la surface des tumeurs 
inflammatoires (engorgements pblegmasiques, abces), des tumeurs accidentelle- 
ment enflammees, ou tout au moins des tumeurs tres-vasculaires. 

i. La plupart des tumeurs aldominales conservent invar iablement leurs carac- 
teres ou ne font que s accroitre par degres ; mais il en est quelqucs-unes dont les 
variations ou les alternatives eveillent 1 attention de 1 observateur et le mettent en 
garde centre certaines erreurs. Bien des fois le deplacement ou la disparition rapide 
d un pretendu cancer ou d un pretendu kyste est A 7 enue demontrer qu il s agissait 
simplement de matieres ou de gaz emprisonncs dans une portion d intestin, d une 
accumulation d urine dans la vessie, etc..Quand on peut connaitre les phenomenes 
qui ont accompagne ces sortes de changements inattendus, ou les causes qui les 
ont provoques, aucun doute ne peut plus subsister sur leur veritable signification. 
En dehorsde ces tumeurs, qui meriteraient d etre comprises sous le nom de tumeurs 
par retention, il en est d autres encore susceptibles de diminucr de volume en un 
court espaee de temps ; telles sont surtout les engorgements dus a une hype- 
remie des organes (appareil spleno-be[iatique, uterus) : on les voit quelquefois se 
reduire en peu de jours aux deux tiers ou a la moitie de leur volume, etcette re 
duction, qui tantot s opere spontanement, tantot succede a une intervention thera- 
pi utique : saignee locale, douches, quinine, etc., vient dissiper les apprehensions 
qu avaient tait naitre la durete de la tumeur, salongue persistance, les symptomes 
inquietants dont elle etait accompagnee. Toutefois, de semblables modifications ne 



i i i M 

prouventpar toujourset sans replk[u> la nature purement congestive delaraaladie: 
rhyperemie peut n etre que surajoutee a d autres alterations plus graves, et, par 
exemple, il n est pas rare qu une application de sanssues a Farms lasso prompte- 
ment degonfler un foie rempli d hydatides, en dissipant une congestion sanguine 
concomitante. 

- Mode de developpement. II ne suffit pas de lien connaitre les caracteres 
actuals des tumeurs abdominales pour se faire une just ? idee de leur composition 
et de leur siege anatomique; souvent il est utV.^siire que le medecin ait as- 
siste a leur debut et a leur progres, on que le malade lui en fasse le recit detaille 
(chose assez pen commune dans des affections qui peuvent etre obscures, peu dou- 
loiuvuses et dont IVxistence meme n est quelquefois soupconnee qu a la derniere 
periode de leur evolution). Trois questions surtout demandent, a cet egard, a 
etre elucidees. 

a. Dans quelle region de 1 abdomen la lesion a-i- 11 t te apercue tout d abord? 

-ant exacteiiMit (" point de depart, on court moins de risque d attribuer 

a la rate une tunirur du petit lobedu foie qui ferait >aillie dans 1 hypochondre gauche; 

I uterus ou au peritoine, une tumeur ovarique, nee des parties laterales de 

1 abdomen etqui occuperait prinripal in ut la ligne mediane, etc., etc. A delaut de 

i laments precis, on pourra s aider de cette notion generalement vraie : que 

I - portions Is plus ar de la tumeur, ks plus rapprochees par consequent 

-<>n lieu d origine, sont aussi celles qui offrent au palper une resistance et un 

relirl plus accu-es, mieux ciiconscrits et une plus intime adherence a\ec la paroi 

abdominale. 

b. Dans quelle di: erlion s est opere 1 accroissement successif de la tumeur? Nous 
serious tente de classer, a ce point de vue, les tumeurs abdominales en descen- 
duntes : ce sont principalement celles de 1 appareil spleno-hepatique ; en ascen- 
dantes : cesont celles dela region pelvienne, formees par les organes genito-urinaires 
ou y adherant; et en moyennes, qui s etalent sur place sans tendance bien mar 
quee a s elever vers 1 epigastre ni a plon^t-r V..TS le bassin : tumeurs de 1 intestin 

o, de 1 epiploon, du peritoine, tumeurs retro-peritoneales, renales. Cette clas 
sification n a rien de rigoureux, et Ton trouverait sans peine des faits qui 1 in- 
firment; telle qu eUe est, elle peut cependant rendre service, en limitant lesre- 
cherches a un petit nombre d inconnues. 

c . A quelle epoque remonte le debut de la lesion? Quoiqu on puisse citer des faits 
ou deskystcs se sont developpes enquelques jours, a la maniere des maladies aigue s, 
ou des encepbaloidesout aflecte une marche galopante ; que, d un autre cote, on pos 
sible des exemples encore plus exceptionnels de tumeurs stercorales ayant persists 
pc-ndant un grand nombre d annees ; neanmoins c est un des elements les plus pre- 
cieux du diagnostic que la connaissance de la date ancienne ou recente, de 1 evolution 
iapido ou lente des tumeurs abdominales. S est-on assure qu en peu de temps elles 
out acquis un volume considerable , on sera presque autorise a rejeter la pensee 
d uiii alleration de tissu et a admettre 1 une des lesions suivantes : 1 une hype- 
remie ou phlegmasie; 2 une hemorrhagie ; ou enfin 5 une retention (de ieces, de 
gaz, d urine, de bile ; 1 accumulation ou 1 epanchement dusang menstruel participe 
a la fois aux caracteres des hemorrhagies et des retentions) . Se trouve-t-on en 
presence d une tumeur deja ancienne dont les dimensions ont peu augmente, sont 
restees stationnaires ou meme se sont un peu reduites depuis le debut jusqu au 
moment actuel, ce sera un argument de plus a 1 appui de 1 une des hypotheses 
indiquees tout a 1 heure, ou un motif pour croire a quelque tissu inofiensii , tel 



ABDOMEN (TUMEURS). 135 

que le tissu fibreux ou des pseudo-membranes organisees; mais on considerera, 
en tout cas, comme peu vraisemblable 1 existencc d un pioduit diathesique a marche 
envnhissanle. - - Parmi ces produits eux-memcs, le squirrhe paraitra plus pro 
bable, si les progres du mal sont lents; 1 encephaloide, s ils sont rapides et s ils 
s operent par poussees successives, signalees cbaque iois par un grand accroisse- 
ment de la tumeur on par I apparition de tumeurs nouvelles. 

3Sympt6mes locaux et generaux. Ou un examen attentifde toutes lesfonctions 
soit necessaire pour completer toutes ces donnees, c est sur quoi il parait su- 
perflu d insister; d autant que les resultats de cet examen se trouvent consignes 
dans les paragraphes precedents : en efiet, au point de vue des troubles ionctionnels 
qu ellessuscitcnt, les tumeurs abdominales ne sont pas seulement des corps resis- 
tants percus a 1 aide du palper.; ce sont des produits ou des causes de maladie, ce 
sont des maladies. Entreprendre 1 etude de leur symptomatologie, serait vouloir 
recommencer 1 histoire des afiections de 1 abdomen en general. Notre but a ete 
seuloment de donner un apercu des difficultes nombreuses que presente le dia 
gnostic de ces tumeurs, et des moyens dont le clinicien dispose pour mettre un 
terme a d inevitables latonnements ; et c est aux articles CIRRHOSE, ESTOMAC, FOIE, 
INTESTIN, PANCREAS, PERITOIJNE, OVAIRE, UTERUS, etc., que le lecteur devra cher- 
cher le complement de ces indications generales. 

AXENFELD ET POTAIN. 

MORGAGM (J. B.). Demorbis Ventris. In De sed. et cans, morbor. 1762. Lib. III. Epist. 28- 
48. PEMUEKTON (Chr. Rob.). A Practical Treatise on Various Diseases of the Abdominal 
Viscera. London, 1806, 1807, in-8. Ibid. 5 6 edit. Trad, en allem. sur cette 3 e edit. Bre 
men, 1817, in-8. ANDHAL (G). Maladies de I Abdomen. In Clinique medicate. Paris, 1826, 
in-8, t. IV; 2" edit. Ibid., 1830. t. Ill et IV; 4 edit. Ibid., 18J9, t. I etll. DE LARROQUE. 
De qnelques maladies abdominales qui simulent, provoquent ou entretiennent des maladies 
de Poitrine. Paris, 1831, in-8. MOKKHEAD \G.). Ubs. andCases illustrative of the Pathol gy 
o/ the Abdominal Viscerain some Forms of Indian Disease. In Edinb Mcd., and Snrg. Journ., 
1852, t. XXXVII, p. 508. Le meme. On the Pathology of s<>me of the Diseases of the 
Abdominal Viscera. In Calcuta s Transactions. 1834, t. VII, p. 19. HESOCH (Ed.). Klinik 
der Unterleibs-Krankheiten. Berlin, 1851, in-8. 2 vol., 2 s edit. Ibid., 1855-58, m-8,J3 vol. 
HABERSHON (^S. 0.). Pathological and Practical Observations on Diseases of the Abdomen, 
comprising those of the Stomach, and other Parts of the Alimentary Canal, OEsophagus, 
Ccecum, Intestines, and Peritoneum. London, 1857, in-8. 2 e edit., 1862, in-8. 

DOUBLE (F. J.). Considerations se me iologiques sur les signes de duits de V examen de la 
region abdominale. In Journ. gene r. de mcd., 1810, t. XXXVII et XXXVill; et Semtfiotique 
de 1 auteur. DEVERGIE (JI. G. A). Essai sur ^exploration de I Abdomen a I aide de la 
we el du toucher, envisagee sons le rapport du diagnostic des maladies qui sont du res- 
sort de la pathologie interne. These. Paris, 1825, in-4, n 37. ABERLE (Matth.). Beitrag 
zur Diagnostik der organischen Krankheiten des Unterleibes. In Med., chir. Zeitnng, 1826. 
4 r Bd, p. 253. Reflexions de 1 auteur a propos d un fait de deplacement du rein qui a donne 
lieu a une erreur facheuse de diagnostic. PIORR* (P. A.). De I Abdomen consid. re" 
sous le rapport de la percussion mediate. In Traitt de la percussion mediate, etc., 1828, 
in-8, p. 144. Le meme. Exploration de I Abdomen par la percussion mediate. In Pro- 
ctde ope ratoire a siiivre dans f exploration des organes, etc., 1835, in-8, p. 132. Voy. 
aussi Traite de diagnostic, 1840, t. II, ch. in. BRIGHT (Richard). On the Functions oj 
the Abdomen and some of the Diagnostic Marks of its Diseases. Gulstonian Lectures. In 
The London Med. Gazette, 1833, t. XII. Passim. GRIFFIN- (W.) On the Diagnosis of 
Abdominal Inflammations. In Dublin Journ. of Med. Sciences, 1841, t. XIX, p. 179. - 
WILLIAMS \C. J. B.). On the Physical Examination of the Abdomen in Health and Disease. 
In London Journ. of Medicine, 1851, t. II, p. 1,97, 193 BALLARD Edw.). The Physical Dia- 
gn<sis of the Diseases of Abdomen. London, 1852, in-12. SIEEERT (A). Diagnostik der 
Krankheiten desUnterleibes. Erlangen, 1855, in-8. -- HABERSHON (S. 0.). Malposition of the 
Abdominal < iscera, in Relation to the Causes and Diagnosis of Disease.ln Guy s Hospital 
Reports, 1859, III" ser., t. V. Voy., en outre, les divers traites de semeiologie, entre autres 
celui de Rostan, Traite de diagnostic. 1826, in-8, t. I, p. 171, 204, 205.491 ; et t. II, p. 424 



ABDOMEN (PULSATIONS). 

SEYMOUR iEd. J.). Cases of Tumours in the Abdomen f romDiseases of the Stnmach. In Lond. 
Med. Chir. Transact. 1828, t. XIV, p. 222. BRIGHT (Richard). Observations on Abdominal 
Tumours and Intumescence. In Guy s Hospital Reports, 1840, t. X, etc. ROVET (L. E,). 
Considerations sur qtielques tumeurs abdominales. Th6se Paris, 1861, in-4. OPPOLZER. 
Ueber Unterleibsgeschwulste mil besonderer Rucksicht auf deren Dtagnostik. In Wiener 
medicin. Wochenschrift. 1862, N 08 1, 2, 4, 5, 16, 18. R. D. 

POLSATIONS ABDOMINALES. Des hattements insolites, incommodes ou penibles 
plutot que douloureux, percus sur le trajet de 1 aorte abdominale ou de ses bran 
ches, quelquefois appreciables a la vue et au toucher, tel est le phenomene mor- 
bide designe sous le nom de pulsations epigastriques, palpitations coeliaqnes, 
battements nerveux de t aorte, etc. On le rencontre habituellement chez des indi- 
vidus jeunes, anemiques, impressionnables ou deja tourmentes par des nevro- 
pathies (hypochondrie, hyslerie, etat nerveux). II apparail, augmente ou cesse par 
intervalles, au gre d une foule de circonstances; mais ses retours ou ses exacerba 
tions se lient principalement a quelque trouble des fonctions digestives, tels que 
la constipation ou la pneumatose intestinale, aux periodes menstruelles, aux emo 
tions vives, aux preoccupations de 1 esprit. Ces particularites memes permettront 
d ecarter la supposil ion d une tumeur pulsatile ou d une tumeur soulevee par le 
choc de 1 aorte, et assureront ainsi le diagnostic d une simple nevrose vasculaire. 
On remarquera, an bcsoin, I absence detout elargissement de 1 artere, quelle que 
soil la force de 1 impulsion ; cette impulsion se propageanl au loin, ou passant 
d lin point a un autre,on encore se faisant sentir en plusieurs endroits a la foisjoin 
d etre iixee dans une region precise ; au lieu de bruits rapeux et prolonged, tout au 
plus un souffle court et leger : autant de fails incompatibles avec 1 existence d un 
anevrysme. Les pulsations abdominales fatiguent les malades, leur inspirent des 
craintes chimeriques, troublent parfbis leur sommeil. Quoique generalement pas- 
sageres, elles peuvent se renouveler pendant des semaineset des mois entiers; nean- 
moins elles ne constituent jamais une affection grave. Leseul traitement qu elles 
reclament consiste dans 1 emploi des calmants (bains, antispasmodiques divers, re- 
pos, regime doux) et plus encore d un ensemble de moyens propres a combattre 
1 etat general de faiblesse irritable : les toniques et les reconstituants y tiennent le 
premier rang. 

On peut observer des palpitations arterielles dans bien des points de 1 economie; 
celles des arteres ventrales ne doivent sans doute le privilege d une frequence et 
d une intensite exceptionnelle qu aux rapports multiplies entre ces vaisseaux 
et les plexus volumineux du grand sympatbique qui les accompc ignent. L exage- 
ration de la diastole arterielle, resultat immediat d une sorte de paralysie ou d a- 
tonie des tuniques vasculaires, indique un dei aut local d energie vaso-motrice. 
Preuve, entre beaucoup d autres, a 1 appui de cette verite longtemps me- 
connue : que la contraction cardiaque ne regit pas seule la dilatation des 
arteres, et que dans celles-ci la tension change quelquefois, independamment de 
toute perturbation dans 1 acte de 1 organe central. Les influences qui determinent 
ces cbangements sont tantot faciles a constater, comme celle de 1 encephalite sur le 
battement des carotides; du rhumatisme, du phlegmon ou du panaris, sur le batte- 
ment des arteres des membres ou des doigts ; de la peritonite ou de 1 enterite sur 
les pulsations de 1 aorte (Stokes) ; d autres Ibis se sont des causes insaisissables en elles- 
memes, comme dans les fails qui font 1 objet de cet article. Mais leur action n en 
est pas moins evidente; et si la physiologic pathologique ne nous expliquait pas cette 
independance relative du coeur et des arteres, 1 observation clinique suffirait du 



ABDOMEN (CONTUSIONS). 137 

moins pour nous la faire constater; puisqu elle nous montre, a 1 etat d isolement 
possible et meme assez frequent, les palpitations du coeur et celles des arteres 
c est-a-dire 1 accroissement des systoles de Tun et les diastoles en exces des 
autres. AXENFELD. 

J. A. ALBERS. Ueber Pulsationen im Unterleibe, Bremen et Leipzig, 1803, in-8. ALLAN 
BORIVS. Observations on some Diseases of the Heart and Preternatural Pulsation in the Em- 
gastric Region. Edinburgh, 1809, in-8. - HEINE (S.). Depulsatione abdominali. Berol., 1826 
in-8. W. STOKES. Diagnosis of Anevrism. In Dublin Journal of Med. Science. 1835. l r serie 
t. V. HOHNBAUH (Carl). Ueber die Pulsation in der Oberbauchgegend als begleit. Symptom de r 
Indigestion. Hildburgshausen, 1836, in-8. MACAIUO et SANDRAS. Pulsations abdominales 
idiopathiques. Inl Unionme d. 1852, p. 81. R p 

III. Pathologic chirurglcaie. Nous ne pouvons examiner ici toutes les 
maladies chirurgicales de 1 abdomen ; il en est, en effet, qui devront se ranger 
naturellement sous un titre particulier, ainsi : les hernies, les occlusions intesti- 
nales, les tumeurs diverges qui se developpent dans la cavite abdominale, ou les 
maladies qui out pour siege une region bien distincte, telles que les affections de 
1 ombilic ou les abces des fosses iliaques. C est done aux mots AINE, HEHNIES, 
ILEUS, OMBILIC, etc., que le lecteur trouvera leur histoire. 

II est, au contraire, un certain nombre de maladies chirurgicales de 1 abdomen 
qui nesauraient etre etudiees qu a cette place. Ainsi les lesions physiques qui peu- 
veut indistinctement interesser les differentes parties constituantes de 1 abdomen, 
les complications qui en sont la suite, les lesions vitales telles que les inflamma 
tions et abces des parois de 1 abdomen, enfm, parmi les lesions organiques, cer- 
taines tumeurs des parois de 1 abdomen et les corps etrangers libres dans sa ca 
vite. 

Nous traiterons successivement des maladies suivantes : 1 des contusions de 
1 abdomen; 2 des plaies ; 3 des ruptures des parois; 4 des epanchements trau- 
matiques; 5 de la peritonite traumatique; 6 des phlegmons et abces des parois 
abdominales; 7 des tumeurs enkystees des parois abdominales; 8 des tumeurs 
graisseuses de ces memes parois ; 9 des corps etrangers libres dans la cavite abdo 
minale. 

I. CONTUSIONS DE L ABDOMEN. La contusion peut etre limitee aux parois de 
1 abdomen ou atteindre les organes contenus dans sa cavite. Dans le premier cas, 
la contusion est dite simple; on la dit, au contraire, compliquee lorsqu un ou 
plusieurs visceres sont atteints. 

II est, en effet, necessaire de distinguer, dans la description, les contusions des 
parois de celles des organes contenus dans la cavite. Mais il ne faut pas perdre de 
vue qu il sera souvent difficile, en pratique, de bien se rendre compte des limites 
d action de la force contondante. II faudra etre d autant plus reserve dans son ap 
preciation que la souplesse des parois abdominales fait qu elles echappent, aver 
grande facilite, aux pressions exercees sur leur surface. Les cas de contusions 

. 

e *clu$ivement limitees aux parois, ont d ailleurs ete beaucoup moins souvent ob 
serves que Jes cas de contusions etendues aux organes contenus dans 1 abdomen. 

A. Contusions limitees aux parois de I abdomen. Anatomie et physiologie 
pttthologiques. Nous ne tiendrons pas compte des contusions assez legeres pour ne 
pi oduire qu un epnnchement sanguin insigmfiant dans le tissu cellulaire sous- 
cutane; elles n offrent, dans cette region, rien qui merite d etre signale. 

On admet que des epanchements sanguins peuvent se produire dans les feuillets 



ABDOMEN (CONTUSIONS). 

du fascia supevficialis, dans les couches fibreuses et musculnires, enfin dans le 
tissu cellulaire sous-peritoneal. 

Les dernieres, que M. Velpeau deelarait, en lS~-2 (Diet, de med. 2 edit., 
t. l er , p. 179), n avoir pus ete suffisamment etudiees, n ont pas etc, que nous 
sachions, rolijet de recherches nouvelles depuis cette epoque. 

> T ous n avons pas rencontre d* observations qui leur tussent relatives. II est diffi 
cile, d ailleurs, de comprendre qu elles puissent exister sans lesion phis ou moins 
prononcee des couches sus-jacentes, c est-a-dire des couches musculo-aponevro- 
tiques. Ces epanchements peuvent etre considerables; c est ce que fait voir une 
observation de Pelletan (Pellet.n, Clin. chir., t. II, p. 117. Paris, I8ln< consi 
gnee dans sa Cliniqne chirurgicale. Dans ce cas, I epanchement saneuin, qui 
semblait avoir son foyer principal dans la region lombaire droite au-dessous du 
rein, avail ete assez considerable pendant la vie pour faire croire a un epanche- 
menl intra-peritoneal. A I autopsie faite vingt-huit jours apres 1 accident, on con- 
stata que 1 epanchement s.inguin, reduit a quelques caillots noirs Adherents u 
u ccllnlaire et a une ecchymose teignant en noir ce meme tissu cellulaire. s e- 
i.n t !, [! lulu il iis le tis^u cellulaire du bas>in au-devant du quart interieur de la 
colonne vertedrale, entre les deux lames du mesentere, dans le tissu cellulairequi 
jnint le peritoine a la vessie, pms communiquait, en se portant a s niche, suns 
que 1 auteur nus dise )< r i|u.>llr> voie,avec une ecchymose situee a la lace externe 
de la nVion ili.ique di oite, s etendant a la rt?gion lombaire et jusqu aux parois de 
la poifrine. La tres-prande laxitt du tissu i/ellulaire, situe sous le peritoine qui 
! pnoi pn-terieure de 1 abdomen, rend aisement compte de la possibilite 
d une semblable diffusion. 

L ep.mchement, c\ui siege sous le peritoine qui tapisse la paroi anterieure. 
rait d autant plus evident qu on s eloignerait dav;mtage de 1 ombilic ou de la ligne 
blanche dans ses deux tiers moyens II ne serait d ailleurs pas limite lateralement 
par le contour du bassin et pourrait, par consequent, gagner le tissu eel hi 
sous-peritoneal de la paroi posterieure de 1 abdomen. C est ce que M. Velpeau a 
constate chez trois sujets morts de violences externes. La presence de vaisseaui 
assez nombreux dans la couche celluleuse sous-cutanee, le plan re.-istant que peu 
vent offrir les muscles abdominaux conti it comprendre la possibilite d e- 
panchements de sang dans la couche sous-cutanee. 

>"ous avons deja dit queceux qui se font dans la couche irraisseuse n ont aucime 

mportance; ils sont peu etendus. Ceu\ qui se font dans les feuillets du 1 isoia su- 

perficialis peuvent etre plus abondants, surtout en arriere ou le plan mus ii . 

est plus nt. On peut, en ce point, observer des collections sanguines plus ou 

n.oins volumineuses, plus ou moins regulierement limitees. En avant, le sang 

nche tend a s etendre avec la rapidite la plus grande. C est a 1 hypogastre, 
aux flancs, dans les regions iliaques, que les ecchymoses se montrent le plus 
souvent. 

La couche musculo-aponevrotique peut aussi, avons-nons dit, etre le sie_e de 
contusions. Cela se comprend tres-ln^n, si 1 on suppose que les muscles insistent 
a la pression exercee sur la surface de 1 abdomen, ou si Ton se rappelle qu ils ap- 
puient sur un plan resistant comme a la region lombaire. 

us trouvons dans Morgagni (De Sed. et causis, Epist. XLIX, 6) un exem- 
ple bien tranche de contusion de la couche musculaire de b ] aroi abdomi- 
nale limitee a cette seule couche. Ce fait est d autant plus interessant, que la 
femme qui en fait le sujet mourut de peritonite. Un coup de baton avjit ete appli- 



ABDOMEN (CONTUSIONS). 139 

que sur la paroi abdominale anterieure, et 1 autopsie fit voir que les muscles de 
1 abdomen etaient contus sans qu il y eut trace de contusion aux teguments ou 
dans 1 interieur de la cavite" abdominale. 

II y a plusieurs exemples de ruptures des muscles de 1 abdomen survenues sous 
1 influence du cboc d un corps contondant. Nous en ferons 1 hisloire dans un pa- 
ragraphe special ou nous les rapprocberons de celles qui surviennent sous 1 in 
fluence d efibrts; qu il nous suffise d iiuliquer ici que la dechirure peut porter sur 
un ou plusieurs muscles, qu elle peut meme ne laisser intact que le seul tegu 
ment externe et qu elle s accompagne d epanchements sanguins plus ou moins 
aboadants, interposes entre les fibres dechirees. 

Symptomes, diagnostic, marche et terminaisons. Les symptomes sont physi 
ques ou fonctionnels. Les symptomes physiques se deduisent de ce que nous venons 
d exposer; si nous laissons de cote, en effet, les epanchements sous-peritoneaux qui 
echappent a la vue, les traces de 1 action du corps contoudant a 1 exterieur, puis 
1 apparitiona travers la peau des teintes de 1 ecchymose nous aurontbientoteclaire. 
11 faut y joindre les phenomenes qui accompagnent les ruptures musculaires sur 
iesqucls nous reviendrons. 

Les symptomes fonctionnels qui pourront, dans les cas les plus simples, ne se 
traduire que par la douleur resultant necessairement de 1 action du corps conton 
dant, par la difticulte des mouvements ou des ionctions qui reclament le concours 
des muscles de la paroi abdominale, pourront s elever, dans quelques cas, a un 
plus haul degre de gravite. C est ainsi que la douleur pourra etre assez intense 
pour que le plus leger attouchement ne puisse etre supports, le ventre tendu me- 
teorise, entin que tous les symptomes d une peritonite aigue pourront s etablir. 

Gertes de pareils phenomenes peuvent donner le droit de supposer que la contu 
sion n est pas limitee aux parois de 1 abdomen, que les visceres out ete plus ou 
moins contus; mais, d une part, il y a des faits ou de semblables phenomenes ont 
rapidement disparu sous 1 influence de moyens simples ; il en est d autres ou la pe- 
rilonite ayant suivi son cours, la mort est survenuesans qu a 1 autopsie Ton trouvat 
de traces de contusions des visceres abdominaux. A 1 appui du premier de ces faits, 
jerenverrai a une observation de Larrey (Larrey, Cliniq. chir., t. II, p. 475) : le 
blesse reprenait son service de campagne le cinquieme jour; et, comme preuve du 
deuxieme, je citerai le fait suivant, extrait des Archives de medecine (Arch. gen. 
demedec., l re serie, t. XXVII, p. 254) : Un enfant de 12 ans a le ventre violem- 
ment heurte par un timon de voiture, peritonite, mort huit jours apres. A 1 au- 
topsie, la peau ne presente pas de trace de contusions, mais les muscles sont 
infiltres de sang noir, toutes les lesions d une peritonite suraigue, aucun des 
visceres abdominaux ne portait de trace de dechirure. 

II sera done presque toujours difficile de poser un diagnostic precis et d en de- 
duire, d une maniere assuree, la marche de la maladie. L on devra tenir grand 
compte des signes fonctionnels, et, pour peu que la douleur soit prononcee et la 
tension du ventre portee un peu loin, il faudra craindre ou une contusion des vis 
ceres abdominaux, ou tout au moins le retentissement au sein de la cavite abdo- 

j 

minale du choc subi par ses parois. Alors meme que les phenomenes morbides 
restent limites aux parois abdominales, il ne faut pas oublier qu elles ont ete plu 
sieurs fbis le point de depart de phlegmons et d abces. Plusieurs signes permettront, 
au contraire, d etablir qu il y a dechirure des muscles ; nous aurons a y revenir. 
Traitement. Si la contusion limitee aux parois est reellement simple, il suffira 
de mettre en usa^e les emollients et les resolutifs. Les cataplasmes, les applications 



140 ABDOMEN (CONTUSIONS). 

de linges imbibes d eau ou de liquides tels que 1 eau blanche ou 1 alcool camphre, 
le repos, suffiront pour assurer la guerison. Au cas ou des phenomenes inflamma- 
toires auraient tendance a s etablir soit dans 1 epaisseur de la paroi abdominale, 
soit au sein de la cavite, il faut recourir aux antiphlogistiques, et, dans ce dernier 
cas, avec toute 1 energie que pourra autoriser 1 etat du sujet. 

B. Contusions etendues aux visceres contenus dans la cavite de I abdomen. 
Nous n avons pas insiste a dessein sur les causes et le mecanisme des contusions 
de I abdomen en parlant des contusions limitees aux parois ; il est maintenant in 
dispensable d examiner ces deux points de la question. 

Causes et mecanisme. Nous n avons pas 1 intention de passer en revue tous les 
corps contondants qui ont pu agir sur la paroi abdominale ; rappelons seulement 
qu ils peuvent 1 atteindre avec plus ou moins de violence et dans une direction pa- 
rallele, oblique, ou plus ou moins perpend iculaire. 

Des corps mus avec une grande force peuvent, dans le premier cas, n interesser 
que les parois ; meme benelice pout echoir au blesse lorsque cette region est obli- 
quemcnt f rappee, et il pent meme en etre ainsi si le corps contondant agit perpen- 
diculairement a la surface. Mais deux conditions sont alors necessaires. II faut que 
la force motrice ou le poids du corps contondant soient peu considerables, ou bien 
que les muscles, en se contractant, opposent une resistance suffisante. Dans re 
cas, si le corps ronloiulant a frappe avec force, ils sont souvent rompns, et sa puis 
sance peut elre epuisec ; maisdejanous avons vu qu il n en est pas toujours ainsi; 
dans d autres circonstances, la paroi abdominale surprise ne resiste pas, et tout 
1 el fort porte sur les visceres abdominaux ; c est le cas le plus ordinaire. Leur mo- 
bilile, leur situation profonde, semblent mettre quelques-uns d entre eux al abri; 
mais il en est de fives et de friables, comme le foie et la rate, les plus mobiles 
peuvent etre presses entre le corps contondant et la paroi posterieure de I abdo 
men, et les plus profonds etre atteints, ainsi que nous le verrons tout a 1 heure. 
Les lesions des visceres abdominaux , sans lesions de la paroi abdominale , 
doivent done souvent se presenter a 1 observation, c est ce que demontrent les 
tails. 

Anatomie et physiologie pathologique. Tous les visceres contenus dans la 
cavite abdominale ont pu etre atteints. 

Le foie est celui dont la dechirure a etc le plus souvent observee a la suite des 
contusions des parois abdominales. L etendue de sa surface, sa fixite, la friabilite 
de son tissu propre, rendent suffisamment compte de cette facheuse predisposition. 
On sait combien il est frequent de rencontrer sur le cadavre des dechirures du 
foie a la suite des grands traumatismes, et quel parti Richerand avail era pouvoir 
tirer de la frequente coincidence des lesions du crane et des dechirures du foie 
dans les chutes d un lieu eleve, pour expliquer la production des abces du foie a 
la suite des plaies de tete. Les experiences institutes par ce chirurgien demontrent 
aussi que ces dechirures peuvent etre aisement produites sur le cadavre. (Riche 
rand, Nos. chir.i i. IV, p. 244 et suiv.) 

La lecture des nombreuses observations consignees dans les livres de chirurgie 
demontrent que ces dechirures, ordinairement multiples, plus etendues que pro- 
fondes, siegent le plus souvent sur la face convexe de 1 organe. Cependant elles 
peuvent etre observees a la face inferieure, et Ton a pu discuter alors si elles 
avaient ete produites par contre-coup. (Obs. de Penasse, These de Paris, 1851; 
Richerand, Nos. chir., t. IV, p. 244; Societe anatomique, t. XXIII, p. 195.) 
Les observateurs ont note dans ces cas des dechirures a la face convexe et a la 



ABDOMEN (CONTUSIONS), 141 

face concave parfaitement independantes les unes des autres. L on a pu egalement 
rencontrer au centre de 1 organe un noyau sanguin, loge dans une dechirure coin- 
cidant avec d autres dechirures superficielles, mais sans aucune communication 
avec ces dernieres. (Desnos., Soc. anat., t. XXVIII, p. 260.) La multiplicity des 
lesions temoigne, de la maniere la plus certaine, de la facheuse predisposition 
qu a I organehepatiquea subir des dechirures, predisposition qui, d apres quelques 
1 aits, poitrrait etre augmentee par certains elats pathologiques de ce viscere. C est 
ainsi que dans deux cas de Forget, cites par M. Velpeau, 1 hypertrophie semble 
avoir joue le role de cause predisposante. 

A cote de la multiplicite des lesions nous desirons mettre en regard leur peu de 
profondeur dans bon nombre de cas, ce qui fait comprendre comment elles ne sont 
pas toutes suivies d epanchement de sang dansl abdomen. Dans des cas ou leur pro 
fondeur a ete mesuree nous voyons qu elle atteignait seulement 0,04 ou meme 
moinsalors qu elles mesuraient 0,14 et 0,16 de longueur. 

Dans d autres cir con stances, au contraire, le foie a ete reduit en une sorte de 
pulpe (Boucher. Soc. anat., XXVI, p. 600), et Ton a meme vu une portion de 1 or 
gane completement detar.heede la masse. Morgagni (Epist. LVI, 16) a \u chez un 
enfant de trois ans sur 1 abdomen duquel etait passee la roue d un chariot, une 
portion clu foie du poids de 3 grammes entierement separee. 

II est assez difficile d apprecier quelle est la violence necessaire pour produirela 
dechirure du foie, mais il semble bien ressortir des faits, que ce n est que sous 
[ influence de violences assez considerables que se produisent en general ces lesions. 
Dansun cas cite par M. Broca(J3w//. soc. anat., tome XXV11I, p. 15), unedechirure 
observee chez un levrier, avail succede a un simple coup de fouet ; mais ce cas 
peut etre considere comme exceptionnel. 

La vesicule du fiel peut aussi etre rompue sous 1 influence des chocs exterieurs. 
L etatde plenitude ou de vacuite de ce reservoir, la presence decalculs dans saca- 
vite influent manifestement sur la probabilite d un semblable accident. 

La rupture des canaux biliaires par une violence exterieure est beaucoup plus 
rare. Campaignac (Des plaies des voies biliaires. In Journ. hebd., 1829, tome II, 
p. 204) rapporte un cas de rupture de la branche gauche du canal hepatique par 
la pression d une roue de voiture sur 1 abdomen. La rupture etait longitudiuale 
a bords inegaux et capable de recevoir le bout du petit doigt. Le malade expira, 
dix-huit jours apres 1 accident, des suites d une peritonite generale. 

Les observations de rupture de la vesicule sont assez nombreuses. Breschet, dans 
le Dictionnaire des sciences medicales (art. Dechirure), M. Velpeau, dans le dic- 
tionnaire en 30 volumes (art. Contusions de 1 abdomen), enont rassemble plusieurs 
exemples. Ces observations sont empruntees a Salmuth, Hoffmann, Bonet, Berlin, 
Portal, Alibert, elc. Les ruptures spontanees plus frequemment observees ne doivent 
pas nous occuper ici. Dans le cas de Salmuth (Lieutaud, Hist. anat. , Lib. I , Obs. 9 1 0) la 
vesicule biliairene contenait pas de corps etranger. II s agissait d un enfant de douze 
ansquirecut dans 1 hypochondre droil une violenle contusion ; aussitot il se plaignit 
de douleur dans cette region, le foie s engorgea et le malade mourut quatre jours 
apres son accident. Tous les visceres de 1 abdomen furent trouves colores par la bile, 
le foie etait dur, prive de sang et la vesicule biliaire dechir6e. Bien que peu complets 
ces details suffisent a mettre en lumiere le fait principal, 1 epanchement de bile 
dans la cavite de 1 abdomen que 1 on retrouve note dans les autres observations, 
Dans le fait d Hoffmann, cite par Lieutaud ( Hist, anat., lib. I, obs. 911), 
et dans un fait emprunte aux Epheme rides des curieux de la nature 



ABDOMEN (CONTUSIONS). 

(Dec. 11, ann. IX), la vesicule biliaire contenant des calculs, avail ele dechiree 
a la suite d un coup de baton dans le premier cas et d un coup de poing dans le 
deuxieme. 

Les dechirures de la rate sont moins communes que celles du foie, on sail ce- 
pendant que cet organe peut se rompre a la suite de coups porles sur le ventre. La 
contusion simple sans dechirure a ete egalement observee, mais les fails cpnsignes 
dans les auteurs el dans les recueils onl principalemenl Irait aux dechirures. 

Morgagni (Epist. LIV, 15) en a cile un grand nombre d observations em- 
jrunlees a Tulpius, a Fontanus, a Grassius, a Braygraius, a Heister, a Bohn et 
; plusieurs aulres auleurs. Breschel, dans 1 arlicle que nous avons deja cite, M. Vel- 
peau en ont egalemenl reuni plusieurs exemples. 11 esl facile d en renconlrer dans 
les recueils modernes, nous citerons en particulier les bulletins de la Societe anato- 
mique (tome XII, p. 325; tome XXVII, p. 312 ; tome XV, p. 306). 

Des coups de baton, des coups de poing, un coup de pied de cheval, le passage 
d une roue de voiture, des cbutes d un lieu eleve, telles sont les causes le plus ordi- 
nairemenl signalees. II n est pas Ires-rare de voir notees a la fois la dechirure du 
foie et celle de la rate, mais il est plus ordinaire encore de voir cet organe echapper 
aux violences exlericures alors que le foie en a subi les effets. Le moindre volume de 
la rate, sa mobilite, sa position, compensent en effet ce qu offre de delavorable a 
point de vue de la possibilite de la rupture, la friabilite de son tissu ; aussi 1 aug- 
mentation morbidede son volume quelqueiois si considerable, constitue-t-il une pre 
disposition incontestable a sa rupture, car elle esl d autant plus exposee a Faction des 
causes contondantes M. Pigne a rapporte, dans les bulletins de la Societe anatomi- 
que, un i ait tres-probant a cet egard. Un jeune homme bien constitue avail ete 
attaint d une fievre intermittente et gueri depuis huit jours sous 1 influence del ad- 
ministration du sulfale de quinine, il faisail une course a cheval. Sa monture fut 
effrayee etdans un brusque mouvement 1 abdomen du cavalier vint porter sur le 
pommeau de la selle ; une syncope fut la suite immediate de cet accident et la mort 
suivit peu d instants apres. A 1 autopsie on trouva la rate tres-volumineuse, pre- 
sentanl une rupture qui avail donne lieu a un epanchement de sang dans 1 abdomen. 
Deux autres faits consignes dans le meme recueil ont trait a des individus dontla rate 
etait dans des conditions normales de volume, mais chez lesquels le rein gauche 
avail ete dechire en meme temps que la rate. Ces faits ne semblent pas isoles, car 
sur deux cas de dechirures du rein rapporte par Morgagni (Epist. LIV), le pre 
mier emprunte a Laubius est encore un exemple de dechirure simultanee de la 
rate et du rein gauche. 

Les re/wspeuvent, en effet, elre conlus ou dechires sous 1 influence des confusions 
violentes des parois abdominales. Bien que leur lesion soil beaucoup plus rare que 
celle des organes donl nous venons de parler, nous avons du rapprocher leur his- 
toire de celle des dechirures de la rate. 

Nous devons, en effet, insister sur la coincidence des lesions du rein gauche et 
cle la rate, le praticien ne saurail la perdre de vue. Les dechirures de ce dernier 
organe par suile de I hemorrhagie abondanle, souvent foudroyante, qu elles entrai- 
nenl el qui se traduit par un vaste epanchemenl dans la cavile abdominale, sont 
beaucoup plus graves que celles du rein ; I hemorrhagie accompagne aussi ces der- 
nieres. mais la siluation de 1 organe en dehors du periloine, la moindre vascularite 
de son lissu atlenuenl la gravile de ces lesions. 

G esl a la suile de chules d un lieu eleve que Ton a eu surtout occasion de ren- 
contrer la dechirure du rein; un seul de ces organes est en general alleint. Un coup 



ABDOMEN (CONTUSIONS). 145 

de baton, comme dans le fait de Mauchart, a cependant suffi pour determiner une 
dechirure promptement mortelle. 

La contusion simple de 1 organe a 6te observee, nous la trouvons notee dans une 
observation consignee par M. Bergeron dans les Bulletins de la Societe anatomique 
(tome XV HI, p. 186), mais dans ce cas ou des lesions multiples determinerent 
la mort, plusieurs abces developpes dans le parenchyme du rein furent la con 
sequence de la contusion de son tissu. Des dechirures etendues ont ete notees 
dans le cas de Laubius, elles pouvaient recevoir deux doigts; dans un cas de M. Bay- 
naud (Bull, de la Soc. anal., tome XV, p. 106), le rein etait divisaen cinq ou six 
fragments. 

Nous noteronsque dans une observation de M. Marc See (Bull, de la Soc. anat., 
tome XXVII, p. 112), une notable quantite de sang fut trouvee dans la vessie ce 
pendant saine. Bien que 1 uretere n ait pas ete examine, il est a supposer que le sang 
contenu dans la vessie a\ait ete fourni par la dechirure du rein ; nous n avons pas 
trouve de renseignements sur ce fait dans les autres observations que nous avons 
consul tees. 

Le tube digestif n echappe pas a 1 action des corps contondants, et presque toutes 
ses parties ont pu etre atteintes sans que les parois de la cavite abdominale aient 
ete inteiessees. Ces lesions, a juger par le nombre d observations publiees, peuvent 
etre considerees comme Irequentes. 

La contusion simple a ete observee, mais c est encore aux dechirures que se rap- 
portent presque tous les faits publics. 

D apres M. Jobert de Lamballe (Mai. chir. du canal intest., tome I, p. 50/, 
il est peu de cadavres qui n aient ofl ert a 1 autopsie, lorsqueles parois abdominales 
nvaient ete contuses, des ecchvmoses plus ou moins elcndues de 1 iiilrstin. Le sang 
peut etre infiltre sous la sereuse ou s y trouver accumule en foyer; il peut aussi se 
rencontrer entre lamuqueuse et la musculeuse ; maisle plus ordinairement il serait 
infiltre dans 1 epaisseur des tuniques de 1 intestin. Une observation consignee dans 
la Clinique de Pelletan (tome II, p. 104) est un bel exemple d epanchement 
sanguin sous-peritoneal ; il existait a la fois sous le peritoine parietal et sous le pe- 
ritoine visceral. 

Les dechirures sont plus ou moins completes, uniques ou multiples. Les tuniques 
de 1 intestin peuvent etre incompletement divisees, les bords de la solution de con- 
tinuite tres-contus, ou dans d autres circonstances oflrir une section tres-nette. La 
solution de continuite peut non-seulement atteindre 1 intestin, mais 1 epiploon et le 
mesentere ; c est ainsi que 1 intestin a ete rencontre completement divise et son 
attache mesenterique inLeressee dans la dechirure. 

Ces dechirures peuvent etre produites par des corps contondants tres-divers : 
des coups de pied portes par I homme, des coups de pied de cheval, le choc d un 
pa\e lance sur 1 abdomen, le passage d une roue de voiture, une chute sur le 
ventre, etc. Mais il ne faut pas perdre de vue I influence exercee par Tetat de pleni 
tude des visceres ; elle favorise en effet la rupture et la rend encore plus dangereuse 
par suite de 1 epanchement des matieres alimentaires dans le peritoine. 

Nous avons dit que toutes les parties du tube digestif pouvaient etre rompues. 
Des observations de rupture de 1 estomac ont ete donnees par Morgagni(Ep s. LIV, 
art. 15), Lieutaud (Hist. anat. med., tome I, p. 55), Andry (Hist, dela Soc. roy. 
demed., 1776), Portal (Anat. med., tomeV, p.202),Sandifort (Obs. anat. path., 
livre VI), Bosques (Journal de Sedillot, tome LXV), Dupuytren (Cliniq. chir., 
tome IV, p. 421), etc.; ces fails ont deja ete signales dans les articles de Breschet et 



144 f ABDOMEN (CONTUSIONS). 

de Percy (Diet, en 60 vol., art. Dechirures et Crevasses), etdans celui de M. VeN 
peau. Le caecum etail dechire dans un cas rapporte par M. Speer (Dubl. Hosp. Re 
ports,, tome IV, p. 359), le colon ascendant dans un cas de M. de Mormeau (Gaz. 
meet., 1852, p. 788), le duodenum dans une observation de Hoguerus rapportee 
par Morgagni. Enfin, 1 intestin grele qui, par sa mobilite, semblerait devoir ecbap- 
per a 1 action des corps contondants a ete au contraire le plus souvent atteint et 
dans presque tous les points de son etendue, et meme dans plusieurs a la fois. 
(Baraduc, Bull. soc. anat., tome XIII, p. 509.) 

La vessie pent etre rompue sous 1 influence de causes analogues a celles dont 
nous venons de constater les effets Dans un bon travail sur ce sujet, M. Houel (des 
plaies et des rupt. de la vessie, these d agregat, 1857) a reuni 57 observations 
de ruptures traumatiques de cet organe. Le siege de la rupture se repartissait de la 
maniere suivante : quinze existaient a la face posterieure et communiquaient avec 
le peritoine; douze a la face anterieure sans rupture du peritoine; trois ruptures 
existaient sur les parties laterales, deux sans communication avec le peritoine, une 
avec communication ; deux au sommet de la vessie, un cas de rupture double sie- 
geant, 1 une a la face anterieure, 1 autre a la face posterieure; enfin deux observa 
tions de rupture sans indication de siege, nun s avec communication avec le peritoine. 
Ce qu il est important de noter, c est la possibilite de non -communication avecle 
peritoine plus specialenicnt devolue aux ruptures de la paroi anterieure, dont le 
nombre, d apres les chil fres de M Houel, semble en proportion a peu pres egale a 
celui des ruptures de la paroi posterieure. 

Ce que nous ne devons pas omettre de meutionner encore, c est que, dans tous 
ces cas, la vessie etait pleine ou distendue ; il est facile de comprendre comment 
les rapports qu affecte la vessie avec 1 abdomen et la paroi posterieure du bassin 
dans son etat de plenitude et la distension qui peut en resulter peuvent favoriser 
s.i rupture traumatique. 

L uterus, distendu par le produit de la conception, a pu egalement etre dechire 
sous 1 influence d une contusion violente, mais Ton sait que c est sous 1 influence 
des contractions provoquees par 1 accoucbement ou a 1 occasion des manoeuvres 
qu il necessite que la dechirure de cet organe est surtout observee, 

Knfm, la veins cave, I aorte abdominale, le pancreas ont pu etre atteiats a 
travers les parois abdominales demeurees intactes. On a deja cite comme exemples 
de rupture de la veine cave les cas de Graaf, de Breschet, de Richerand (Voy. Vel- 
peau, loc. cit.) ; j y ajouterai un cas semblable communique a la Societe anato- 
mique par M. Bourgougnon. (Bullet, de la Soc. anat., t. XIII, p. 507.) 

M. Legouest a vu I aorte abdominale divisee par un coup de pied de cheval chez 
un marechal ferrant, qui regut une ruade dans le ventre a la hauteur de I ombilic; 
un e[)anchement rapidement mortel avait eu lieu par une plaie transversale longue 
de six millimetres, et situee a trois travers de doigt au-dessus de Tangle sacro- 
vertebral, sur le cote gaucbe duvaisseau. (Legouest, Chintrgie d armee, p. 512.) 

M. Devergie a rapporte un cas de rupture du pancreas a la suite du passage 
d une roue de voiture. (Meet. to/.,2 e edit., t. II, p. 27.) 

II nous suffit d indiquer de semblabes faits sans y insister. Nous devrions, au 
contraire, etudier actuellement les symptomes, la marche, la terminaison, le dia 
gnostic, le pronostic et le traitement des lesions viscerales que nous venons d envi- 
sager sous le point de vue anatomo-pathologique, si Ton ne devait trouver dans les 
articles suivants, et au nom de ces difierents organes, les complements necessaires 
a cet article general. F. G. 



ABDOMEN (PLAIES). 145 

II. PLA.IES DE L ABDOMEN. La cavite abdominale, limitee en haut par le dia- 
phragme et en bas par un plan represents a peu pres par celui du detroit superieur, 
peut etre blesse e dans ses parois ou dans les organes importants qu elle renferme. 
De la des lesions en general graves et dont le traitement souleve les plus impor- 
fantes questions de pratique chirurgicale. 

On trouve dans les livres les plus anciens de chirurgie des exemples remarqua- 
bles de plaies de I abdomen tres-etendues et suivics de guerison. Mais les chirur- 
giens qui ont ecrit aux dix-septieme et dix-lmitieine siccles nous out surtout laisse 
dans leurs recueils d observations un grand nombre de fails tres-interessants pour 
1 histoire de ce genre de blessures. C est qu ils ecrivaient, comme de la Motto, par 
exemple, aux plus beaux lemps de la fureur des duels, qu;ind Louis XIV, par une 
ordonnance celebre (1679), condamnait a mort tous ceux qui se sentient remlusMir 
le terrain pour s y battre. Aujourd hui, on observe plus rarement ce genre d<> bles- 
sures, et c est dans les annales de la chirurgie milituirequ onen trouve maintenant 
le plus d exemples. 

Nous diviserons en deux sections 1 histoire des plaies de I abdomen, et nous etu- 
dierons tour a tour : A. les plaies des parois abdominalcs ou plaies non penetrantes; 
B. les plaies de la cavite abdominale ou penetrantes. Ces dernieres seront subdivisees 
a leur tour en 1, plaies penetrantes simples, ct 2, plaies penetrantes compliquees 
de quelque lesion viscerale. 

A. Plaies des parois abdominales ou non penetrantes. Les parois abdomi- 
nalespeuvent etre blessees par des instruments piquants,tranchants ou contondants. 

a. Les piqilres des parois abdominales sont en general des lesions sans gravite, 
qui ne s accompagnent d aucun phenomene immediat inquietant ; quelquefois 
cependant, civ- blessures occasionnent cbez des individus tres-impressionnables des 
troubles nerveux varies, commc des spasmes, un relroidissement general du corps, 
des spcopes, accidents qui peuvent alors en imposer pour des desordres plus graves. 

Un instrument qui pique les parois abdominales ne traverse le plus souvent que 
le tissu cellulaire et les muscles ; il ne blesse que rarement les arteres qui rampent 
dans les parois comme la sous- cutanee abdominale, 1 epigastrique oudes branches de 
la maminaire interne; mais quand cela arrive, il en resulte soit un ecoulement de 
sang an dehors, soit une infiltration sanguine entre les couches cellulaires et mus- 
culaires du ventre. 

Dans les cas rares, ou, apres une simple piqure des parois, Ton a vu se deve- 
lopper quelque phlegmon sous-cutane ou pro fond, 1 accident s : est annonce par une 
tension limitee a un point du ventre, par de la douleur a la pression, de la gene 
dans les mouvements et une fievre plus ou moins vive. 

Lespiqures des parois du ventre sont le plus souvent tres-peu etendues; cependant 

les instruments piquants peuvent glisser sous la peau, suivant une longueur asscz 

considerable; tel ust le cas publie par Galbrunner (Arch, demedec. P e serie, t. XIX, 

p. i!4), Le corps vulnerant, apres avoir longe les parois abdominales, s etait etendu 

audelaet avail parcouru les couches sous-cutanees du thorax. Voicile fait : Un homme 

tie 27 ans se laissa tomber du haut d un cerisier sur un echalas long de 4 pieds et 

tlemi, et fut empale par cette tige piquante. L echalas, penetrant a la partie interne 

de lacuisse droite a un pouce du perinee, s etait dirige de la en dehors et en haut; 

il passait par la region inguinale et s arretait a la deuxieme cole. De 1 aine a la cote, 

le corps etranger etait situe sous la peau. L extraction en fut difficile, mais le blesse 

guerit. 

DICT. EMC. I. 10 



ABDOMEN (PLAIBS). 

On ne doit jamais chercher a s assurer si une piqure des parois abdominales est 
penetrante ou non, et c est la un precepte si bien etabli qu il n est plus utile uu- 
jourd hui de recommander aux chirurgiens de ne pas introduire dans les plaies 
du ventre par instruments piquants, soit des stylets, soil d autres sondes explo- 
ratrices. Le traitement de ces plaies est des plus simples; il faut appliquer sur 
la piqure quelque agglutinatif, comme un morceau de sparadrap gomme ou de dia 
chylon, soutenu par une compresse, et immobiliser le plus possible la partie a 
1 aide d un bandage de corps. En meme temps, on recommandera au blesse le re- 
pos dans le decubitus horizontal pendant quelque sjours. 

S il se formait dans les parois abdominales quelque epanchement sanguin, on 
chercherait a en provoquer 1 absorption par une compression douce et par le repos. 
Le phlegmon traumatique circonscrit des parois devrait etre traite d abord par les 
cataplasmes emollients et les bains jusqu au moment ou Ton ferait au pus, reuni 
en foyer, une ouverture. Mais si le phlegmon prenait de suite les caracteres d une 
phlegmasie diffuse, il faudrait le limiter promptement par des incisions multiples 
et etendues. 

b. Les instruments tranchants peuvent faire dans les parois abdominales des so 
lutions de continuite d etendue, de longueur et de profondeur tres- variables. II im- 
poi te de constater surtout si la plaie comprend la peau seule ou avec la peau les 
couches musculaires sous-jacentes. Dans le premier cas, les levres de la plaie sont 
peu ecartees 1 unede 1 autre, tandisque dans le second, 1 ecartement peut etre con 
siderable si la solution de continuite est perpendiculaire a la direction des fibres 
musculaires. Ainsi une plaie transversale, comprenant les muscles droits, a ses 
levres ecartees, tandis qu une plaie longitudinale au meme point, peut ne pre 
senter aucun ecartement. Sur les cotes du ventre, la direction en sens divers des 
lihres des muscles oblique et transverse explique pourquoi il y a toujours la un 
certain ecartement. 

Ces plaies doivent, plus souvent que les precedentes, donner lieu a des hemor- 
rhagies par quelques-unes des arteres qui ram pent dans les parois du ventre. 

Quaud la peau seule est interessee, on peut se borner a reunir la plaie par des 
agglutinatifs soutenus par une compression legere, en meme temps qu on conseille 
au blesse de garder le repos dans la position horizontale ; mais si la plaie comprend 
aussi les muscles, le repos et les agglutinatifs ne suffiront plus, et Ton devra em 
ployer la suture. Les nombreuses operations d ovariotomie faites dans ces demieres 
annees ont vulgarise la suture dans les plaies abdominales penetr antes, etnous con- 
seillons, dans le cas simple de plaie des parois, d" employer aussi, soit les sutures me- 
talliques dans lesquelles on lord les fils, soit la suture enchevillee qui agit energi- 
quement sur les parties profondes. En tout cas, il est utile d obtenir une reunion 
immediate avec une cicatrice le moins etendue possible, afm que la paroi abdomi- 
nale, ne perdant pas de solidite, ne devienne point le siege d une hernie ventrale. 
Mais Ton sait que la reunion immediate compte de nombreux insucces, et que la 
suppuration vient souvent prendre la place de 1 adhesion plastique. Des lors, si, 
apres 1 application des agglutinatifs ou des sutures, la partie blessee devient tendue, 
chaude et douloureuse, il ne faut pas hesiter a enlever de suite les moyens de 
reunion et a laisser suppurer la plaie, qu on recouvrira de larges cataplasmes emol 
lients. Quand cette plaie sera devenue granuleuse, on cherchera a obtenir une reu 
nion secondaire par les moyens mdiques. 

c. Les corps contondams peuvent atteindre les parois abdominales dans deux con 
ditions differentes, lorsque celles-ci sont dans le relachement ou quand elles sonl 



ABDOMEN (PLAIES). 147 

tendues par quelque contraction musculaire. II est facile de comprendre que Ja 
meme violence pourra produire des resultats differents, suivant que le ventre sera 
tendu ou relache ; car dans le premier cas la resistance sera plus considerable que 
dans le second. Un des premiers resultats de 1 action d un corps contondant faisant 
plaie, c est, avec la solution de continuite plus ou moins machee, un epanchement 
sanguin en nappe ou en foyer circonscrit. Les ecchymoses sous-cutanees sont sans 
gravite; mais il n en est pas toujours de meme des accumulations de sang qui 
peuvent devenir 1 origine de phlegmons plus ou moins etendus. Les infiltrations 
sanguines ne conservent pas d habitude la place qu elles occupant primitivemenl; 
entre les couches cellulo-musculeuses du ventre. Ainsi, le sang infiltre entre les 
couches sous-cutanees ou musculaires des parois anterieures de 1 abdomen, a quel 
que tendance a se porter sur les cotes du ventre, surtout lorsquele blesse garde le 
decubitus dorsal. C est ainsi qu on voit une ecchymose ombilicale gagner peu a peu 
les flancs. Quand le sang est repandu dans le tissu cellulaire sous-peritoneal, il peut 
s infiltrer de tous cotes et gagner les profondeurs du petit bassin. On le voit sou- 
vent s accumuler dans la region de la fosse iliaque ou bien dans la region lombaire. 

Les plus vastes epanchements sanguins des plaies contuses peuvent se resorber 
peu a peu sans laisser de trace, et cet heureux resultat est souvmt la consequence 
du repos et de quelques applications froides. Mais si Ton voit I epanchement san 
guin devenir le siege d un travail phlegmasique, on ne doit pas hesiter a ouvrir 
largement la poche sanguine, a la vider de ses caillots et a laisser la guerison se 
faire par la formation de bourgeons charnus. Notons ici que les plaies contuses des 
parois de 1 abdomen peuvent etre accompagnees d ecrasement des visceres paren- 
chymateux, de dechirures de 1 intestin et cela sans que la plaie contuse soil pene 
trante. 

d. Les projectiles lances par la poudre produisent dans les parois abdominales des 
plaies contuses fort variables par leur trajet, leur profondeur et leurs desordres 
secondaires. Ces plaies n ont quelquefois qu un orifice et se terminenten cul-de-sac 
a une distance plus ou moins grande de 1 entree du projectile, qui peut rester 
dans la plaie ou en sortir soit par son propre poids, soil parce qu il a deprime 
avec lui un morceau des vetements qui 1 a ramene au dehors. Dans d autres cas, 
Ton constate un orifice d entree et un orifice de sortie, et ces deux ouvertures sont 
parfois si bien situees en face 1 une de 1 aulre, qu on peut, au premier abord, croire 
a 1 existence d une plaie penetrante. 

Ces projectiles peuvent, sans entrer dans la cavite abdominale, blesser les or- 
ganes que le peritoine ne recouvre qu incompletement, tels que les reins, le coecum, 
le colon ascendant et le colon descendant. Ce genre de plaies intestinales est extve- 
mement rare ; mais on observe plus souvent dans ces blessures non penetrantes de 
1 abdomen des lesions du rein et du racbis. On peut reconnaitre la plaie du rein 
d abord a I hematurie qui en est la consequence premiere, et plus tard a une fistule 
urinaire. La blessure du rachis s accompagnera de troubles paralytiques plus ou 
moins prononces du cote des m^mbres inferieurs. 

Un exemple tres-remarquable de plaie non penetrante de 1 abdomen par 
arme a feu, est rapporte par Larrey (Clin. cliir. t. II, p. 560), car dans ce cas 
le projectile arriva jusque sur le peritoine, et heureusement ne 1 ouvrit pas. 
C etait sur un jeune homme de 22 ans, qui fut blesse devant Mayence par un 
boulet de canon qui atteignit le bas-ventre. La blessure existait au cote gauche 
de 1 abdomen, dont la paroi etait dechiree jusqu au peritoine exclusivement dans 
1 etendue de 6 a 7 pouces. On pouvait distinguer a travers la lamelle peritoneale 



ABDOMEN (PLAIES). 

les circon volutions intestinales distendues pardesgaz. La crete de 1 os des lies 
etait fracturee. Larrey agrandit Tangle inferieur de la plaie, retrancha toutes 
les parties decliirees. lia les arteres ouvertes, enleva plusieurs esquilles, enfin fit 
un pansement simple. Le blesse prit une assez forte dose de laudanum qui calma 
les premiers accidents, et au bout d un mois la plaie etait guerie, 

Les plaies par armes a feu non penetrantes guerissent en general assez facile- 
ment. On doit s assurer que le projectile n est pas reste dans la plaie, ce qui arrive 
assez souvent lorsqu il n y a qu une seule ouverture. II est assez facile de constater 
la presence d une balle en palpant doucement avec le doigt la paroi abdominale. 
On sent, en general, assez bien le projectile qu on doit extraire directement par 
une incision. On reconnait moins bien 1 existence de fragments de bourre ou de 
vetements ; mais si on les soupgonne et si Ton ne peut pas relirer directement par 
1 orifice d entree ces corps etrangers, on doit debrider largement la plaie pour les 
extraire. En tout cas, cette plaie doit etre traitee d abord par les emollients, etplus 
tard on fait un pansement simple soutenu par une compression legere lorsque 
la suppuration est tout a fait etablie. 

B. Plaies penetrantes. Nous eludierons tour a tour : 1 les plaies penetrantes 
simples; 2 les plaies penetrantes compliquees de lesions viscerales. 

1 Plaies penetrantes simples. Malgaigne (Anat. chirurg. 2 e edit., 1857, 
t. II, p. 325) a me 1 1 existence de plaies penetrantes simples sans lesion des vis- 
ceres; et, quand on songe a la repletion complete du venire par les organes qu il 
renferme, on est assez dispose a penser que ces plaies sont moins frequentes qu on 
ne 1 a dit. Les fails de guerison sont, a cet egard, peu probants, car Ton sait que 
des piqures de 1 epiploon, de 1 intestin meme, peuvent etre suivies de guerison. 
Mais d autres fails et des experiences sur le cadavre, etablissent que la cavite abdo 
minale peut etre ouverte sans qu il y ait de lesion viscerale, le corps vulnerant 
glissant entre les organes abdominaux. La surface lisse des intestins, la grande 
mobilite de ces organes, expliquent bien d ailleurs qu un instrument puisse glisser 
a travers toutes les anses intestinales sans en leser aucune, 

II est plus facile de defmir la plaie penetrante de 1 abdomen que d en affirmer 
1 existence dans un cas donne. En effet, Ton est quelquefois dans les plus grands 
doutes sur la certitude de celte penetration, et le chirurgien ne doit faire aucune 
tentative pour s assurer completement de la realite du fait. 

Autrefois, on mesurait approximativement la profondeur de la plaie a 1 aide de 
sondes explora trices, et Ton cberchait par tous les moyens possibles, meme par des 
injections, a constater si cette plaie etait ou non penetrante . Mais ces explorations 
qui ne donnaient pas toujours des resultats decisifs pouvaient nuire en rendant pe 
netrantes des plaies qui ne 1 etaient pas encore, en detachant des adherences en 
voie de formation ou des caillots sanguins qui bouchaient momentanement 1 orifice 
de communication avec le deb or s. Quant aux injections dont quelques chirurgiens 
se sont servis, elles sont encore moins justifiables que les explorations, et peuvent 
donner lieu a de redoutables accidents 

Dans certains cas ou Ton explore avec le doigt une plaie qu on croit penetrante, 
la pulpe de 1 indicateur trouve une surface lisse comme celle d une sereuse : il 
semble au chirurgien qu il ait le doigt dans le peritoine, mais c est la face interne de 
1 enveloppe du muscle droit qui a ete prise pour la sereuse peritoneale. II y a la 
une cause d erreur qu il ne faut pas oublier. 

Mais il y a des cas ou 1 mcertitude ne saurait etre permise : la plaie est large, 



ABDOMEN (PLAIES). 140 

1 oeil plonge dans la cavite abdominale, un viscere fait hernie au dehors, ou bien, 
enfin, il s ecoulepar la plaie des matieres stercorales, de la bileou de 1 urine. Tous 
les signes dits rationnels des plaies de 1 abdomen, auxquels leschirurgiens du der 
nier siecle attachaient encore une grande importance, tels que la paleur syncopale 
du visage au moment de la blessure, les nausees ou les vomissements avec du ho- 
quet, la concentration et la faiblesse du pouls, le refroidissement des extremites, 
n apportent pas la preuve absolue de la penetration, car on peut les observer dans 
des plaies non penetrantes chez des individus irritables que la blessure a profonde- 
ment effrayes. Cependant, on doit tenir un certain compte de cette faiblesse du 
ponls et de ces vomissements, parce qu il n y a guere d accidents, dit de la Motte, 
qui soient de plus mauvais augure (t. If, p. 97). 

Pour chercher a bien apprecier la profondeur de la plaie, on se (era presen 
ter 1 instrument qui a produit la blessure; on verra jusqu ou il est tache de 
sang et s il ne portepas sur lui la trace de quelques matieres stercorales. Le couteau 
qui frappa Henri III etait long d un pied et ensanglante de plus de quatre travels de 
doigt, ce qui fit de suite songer a une plaie penetrante. Enfin, on devra s assurer 
s il n existe pas soit une ouverture, soil de la tumefaction et dela douleur au point 
directement oppose a celui par lequel 1 instrument a penetre. 

Les instruments piquants penetrent facilement dans la cavite abdominale, et, 
quand aucun viscere n est blesse, la plaie penetrante n a pas beaucoup de gravite. 
On cite meme a cet egard quelques fails extraordinaires. Ainsi, 1 on a vu un instru 
ment piquant traverser de part en part la cavite abdominale et la guerison arriver, 
parce qu aucun viscere n avait, dit-on, ete lese. Ainsi Bessens (Annales de la So- 
ciele de medecine d Anvers, Janvier 1845) a observe un embrochement par une 
tige de fer qui, ayant penetre au cote gauche du dos, sortit a droite de 1 omljilic 
sans blesser aucun intestin ni produire aucun accident. Le malade fut gueri au bout 
d un mois. Despres montra a la clinique de Berard, a la Pitie (Journ. de med. et 
de chir. prat., 1845, t. XIV, p. 421), un jeune garcon qui etait tombe d un ceri- 
sier de 5 metres de baut sur un echalas aiguise des deux bouts. Le corps pointu en 
fer de lance, penetra a 4 centimetres des apopbyses epineuses et a 6 de 1 omoplate 
gauche. II traversa la cavite abdominale de part eu part et sortit a 4 centimetres 
au-dessus du pubis et rentra dans la partie superieure de la cuisse droite, ou il 
s arreta. Des ouvriers passant par 1 endroit ou 1 accident etait arrive, retirerent 
1 cpieu, et le malade guerit de ce grave accident. 

Les plaies penetrantes par instrument piquant n ont de gravite que par la lesion 
de quelques-uns des visceres contenus dans la cavite abdominale ; si la piqiire 
est simple, elle guerit aussi bien que celle produite par le trocart dans les ponctions 
de 1 ascite. 

Quand on est appele a traiter ces piqures penetrantes de la cavite abdominale, 
on ignore le plus souvent, immediatement apres la blessure, s il y a ou non quel- 
que lesion viscerale concomitante ; mais cela ne doit rien changer au traitement. 
On fermera la plaie a 1 aide de quelque agglutinatif, on immobilisera le ventre, on 
administrera 1 opium afin de ralentir et memed arreter le mouvement intestinal, et 
on fera garder au malade un repos absolu dansle decubitus horizontal. Si quelque 
complication phlegmasique se manifestait, il faudrait avoir recours au traitement 
antiphlogistique, qui est indique dans la peritonite traumatique. 

Les plaies penetrantes de 1 abdomen n ont pas toujours lieu du cote de la peau. 
La cavite abdominale peut etre ouverte du cote des cavites muqueuses. Une jeune 
fille (Journal de medecine et de chir urgie pratique, 1834, t. V, p. 105) se his- 



ISO ABDOMEN (PLAIEB). 

si nl, glisser de dessus une meule de foin, rencontra un crochet de bois pointu et 
recourbeen forme d hamecon. Ce crochet, arc-boutant sur le sol, penetra dans le 
vagin, le dechira ainsi que le peritoine, et arriva a une grande profondeur. Les pre 
mieres manoeuvres pour 1 extraire resterent sans succes, on dut d abord se debar- 
rasser d une grande partie de la tige de bois, qui etait assez longue pour depasser 
les pieds et on la brula ; plus tard, on reussit a e.xtraire ce qui restait de ce crochet, 
en le dirigeant suivant le plus grand diametre du bassin, et la malade guerit en 
trente jours. 

Les instruments tranchants ouvrent quelquefois tres-largement la cavite abdo- 
minale, mais, meme dans le cas ou 1 ouverture est etroite, les visceres peuventfaire 
liernie, et c est la une des consequences inimediates les plus importantes desplaies 
du ventre. Les intestins, surtout lorsqu ils ne sont pas leses, c est-a-dire quand ils 
n ont rien perdu de leur distension normale, ont la plus grande tendance a s echap- 
pi i 1 du ventre. A cote de cette complication il en faut placer une autre, c est 1 c- 
panchementde sang qui peut remplir la cavite peritoneale, et seraetudie plus loin. 

On peut rapprocher des plaies penetrantes par instruments tranchants celles qui 
sont produites par des coups de cornes d animaux. En elfet, la paroi abdominale est 
souvent alors assez nettement blessee pour qu on puisse comparer la lesion a une 
coupure. On a remarque que dans ce genre de lesion toute la paroi de 1 abdomen 
est en general dechiree, que les visceres sont rarement interesses, et que, commu- 
nement, la gueYison en est la consequence. 

a. Hernie de I intestin, de I estomac, etc. Une grande quantite d intestins peut 
sortir a travers une plaie abdominale. 11 serait facile de rassembler beaucoup de 
cas ou le ventre a ete ouvert soit par des instruments tranchants, soit par des coups 
de corne d animaux, et ou une tres-grande partie de la masse intestinale est sortie 
au dehors. Paribis ces intestins sortis du ventre etaient, au moment ou le chirur- 
gien les observait, couverts de sang, de sable, de terre ou bien desseches par une 
longue exposition a 1 air. II n est pas d exemple de ce genre de plaie plus re 
in arquable que celui qui a ete communique par Patry a 1 Academic de medecine 
(seance du 16 juin 1865, rapport de Sappey), cas dans lequel I estomac, 1 intestin 
et une partie de la rate etaient sortis hors du ventre a travers une large ouverture 
laite par un coup de corne de taureau. On put ainsi etudier le mecanisme phy- 
siologique du vomissement sur cet estomac sorti hors du ventre. 

Dans ces vastes plaies des parois abdominales, les intestins sortent facilementde 
la cavite abdominale et y rentrent de meme. Tel n est point le cas de la hernie in- 
Irstinale qui se fait a travers des plaies etroites du ventre. L intestin peut alors 
s etrangler, et Ton reconnait tout d abord cet etranglement a la tension et a la livi- 
dite des parois intestinales. 

L estomac peut aussi faire hernie a travers une plaie abdominale; et, en 
general, le colon transverse raccompagne. Lepine (Bulletin de I Academie de 
medecine, decembre 1 845) a rapporte un cas de ce genre sur un paysan qui 
recut dans le ventre plusieurs coups de corne de bceuf. Le colon et 1 epi- 
ploon faisaient hernie avec I estomac a travers une plaie de 6 pouces de lon 
gueur. La reduction du colon n eut pas lieu sans peine, mais celle de I estomac, 
distendu par des gaz, fut retardee ; car a peine avait-on reduit une partie de I es 
tomac, que des contractions spasmodiques la faisaient de nouveau sortir. Enfin, on 
finit par reduire ce viscere, et au bout de 21 jours la guerison fut complete. 

Quand une masse considerable d intestins sort par la plaie abdominale, il faut 
d abord examiner 1 etat de ces intestins, s assurer qu ils ne sont pas perfores, et, 



ABDOMEN (PIAIES). 151 

avant de les rentier dans le ventre, les nettoyer des matieres etrangeres et du sang 
qui les recouvrent souvent. Si les intestins sont desseches, on peut les humecter 
doucement avant de les reduire. De la Motte (t. II, p. 229) raconte qu un soldat, dont 
les intestins etaient sortis par une grande plaie de hallebarde au-dessus de la crete 
de 1 os des iles, vint s adresser a une dame charitable qui fit chauffer du lait doux 
dans lequel elle trempa un linge en double, qu elle appliqua sur ces intestins, qui 
Etaient sees et arides comme du parchemin. Ce pauvre homme etait venu d une 
grande lieue, au mois de juillet et dans la plus grande chaleur du jour. Ces intes 
tins etant ramollis, elle les lit rentrer et recousit la plaie, qui guerit. On devrait 
se comporter de meme dans un cas analogue, et apres avoir lave a 1 eau ticde les in 
testins, apres avoir debarrasse le peritoine du sang qui s y trouverait, rounir la 
plaie soit par la suture enchevillee, soit par une suture metallique a points passes et 
a cheis tordus. Je donne la preference a ce dernier mode de suture. Les ills 
metalliques, d une application facile, ne sont pas un foyer d extension inflam- 
m.itoire, et peuvent etre laisses dans ces plaies du ventre un temps assez consi 
derable. 

Quand la plaie est etroite et qu il ne se fait pas un va-et-vient facile des intestins 
hernies, il faut d abord essayer de reduire 1 organe sorti du ventre. On com- 
mencera par donner au blesse une position qui facilite la rentree de I intestin 
hernie. Ainsi on le mettra dans le decubitus dorsal en flechissant ses cuisses sur 
le Iwssin et en lui conseillant de ne faire aucun effort de la paroi abdomin;ile. 
Chez quelques blesses d un temperament sanguin, on se trouve bien de pratiquer 
une petite saignee avant de faire le taxis, et, en tout cas, on peut admiiiistrer du 
chloroforme pour relacher les muscles de 1 abdomen et rendre la reduction plus 
laeile. On exerce alors une pression douce a 1 aide du doigt applique sur 1 anse intes- 
tinale en meme temps qu on soutient de 1 autre main le pedicule de la hernie. C est 
ainsi qu on agit dans 1 operation de la hernie etranglee. On arrive assez souvent a re 
duire 1 intestin, mais, dans quelques cas, on se trouve en face d un veritable etran- 
glement dont on doit essayer de reconnaitre la cause. L intestin, parfois, ne peut pas 
rentrer parce que 1 anse intestinale est distendue par des gaz. Cette cause 
denon- reduction de 1 intestin hernie n est pas aussi commune qu on le suppose, et 
elle peut etre surmontee soit par des pressions douces et continues, soit en attirant 
au dehors une certaine partie de 1 intestin dans laquelle les gaz se repandent. On a 
conseille aussi dans ce cas de faire a 1 intestin de petites ponctions a 1 aide d une 
aiguille cylindrique qui ecarterait plus qu elle ne dechirerait les fibres intestinales. 
Mais ce conseil, donne par quelques chirurgiens anciens, ne doit point etre suivi, 
car ces ponctions, lorsqu elles sont tres-etroites, ne laissent rien echapper des gaz 
que 1 intestin renferme,et, quand elles sont plus grosses, elles peuvent donner lieu 
aquelqueepanchement stercoral ou autre qui amene une peritonite des pi us graves. 
Du reste, cette methode, severement condamnee par Travers (On Injuries of the 
Intestines, p. 174-176), est aujourd hui abandonnee. 

C est a un debridement methodique qu on doit avoir recours dans ce cas, apres 
van* essaye, toutefois, d un taxis direct. On commence par endormir le malade a 
I aitie du chloroforme, et, lorsqu on a obtenu le relachement musculaire, on essaye 
dVbord Je taxis; puis, si la reduction ne peut pas etre obtenuede suite, on cherche 
a giisser, soil directement, soit par 1 intermediate d une sonde cannelee, un bistouri 
dfoit brtutonne ou un bistouri a debridement herniaire entre 1 intestin hernie et la 
l 4roi dn venire. L instrumentayant penetreau dela du rebord peritoneal, on faitun 
on dfliiii j^bridements sur les levres de la plaie, et le plus souvent on arrive a reduire 



152 ABDOMEN (PLAIES)- 

facilement les parties. Le bistouri peut etre porte a peu pres dans toutes les direc 
tions. Mais,quand on devra pratiquer ce dcbridement du cote du ligament suspen- 
seur du foie, on se rappellera que la veine ombilicale est quelquefois permeable et 
peut donner lieu, lorsqu elle est blessee, a un epanchement sanguin considerable. 
Fabrice de Hilden (Cent. 1, Obs. 53) vit perir sur-le-cbamp un jeunebomme qui 
avail recu dans le ventre un coup de poignard. Cette arme avail penetre entre les 
fausses cotes et 1 ombilic. A 1 ouverture du corps, on trouva une grande quantite 
de sang qui s etait ecoule par la veine ombilicale, coupee en travers et restee per 
meable. 

Lorsque 1 intestin est reduit, on reunit la plaie, comme nous 1 avons dit prece- 
demment,eton administre 1 opium. Dans 1 application de cette suture, il faut avoir 
soin de comprendre le peritoine, cars il n etait pas fixe aux autres couches des pa- 
rois abdominales, il se retracterait, et les intestins qui ont de la tendance a sortir 
du ventre pourraient decoller le feuillet peritoneal et venir seloger enavant delui. 
Assurer la solidite de cette suture, c est en meme temps premunir le malade centre 
la possibilite d une hernie ventrale par affaiblissement de la cicatrice. 

Si Ton ne pouvait pas reduirc 1 intestin hernie a travers une plaie du ventre, il 
nc I audrait pas desespe"rer de voir guerir le malade. Le D r Bodin (Journal de me- 
decineetde chirurgie pratiques, 1854, t. V, p. 104) arapporte une observation 
tres-instructive a cet egard. Une lemme tomba de dessus un murier apres avoir pris 
un repas copieux; elle rencontra dans sa chute un echalas qui lui divisa les parois 
abdominales au mveau de la region hypogastrique, immediatement au-dessus de la 
fosse iliaque gauche ; de la resulla une enorme hernie intestinale qu on ne put pas re- 
duire, meme en debridant la plaie. La malade, qui avait beaucoup souffert, refusa 
loute intervention chirurgicale, et les intestins resterent au dehors da ventre. On 
eut soin de les couvrir de fomentations emollientes. Au bout d un mois de souffrance 
et apres des accidents assez graves de peritonite et un abces des parois abdomi 
nales, on vit la portion d intestin qui faisait saillie au dehors se reduire d elle- 
meme et la malade guerir. 

b. Au lieu de 1 intestin, c est parfois Yepiploon qui fait hernie a travers la plaie 
du ventre. Cette toile cellulo-graisseuse a une grande tendance a s ecbapper au 
dehors, et Ton pretend que, plus etenduedu cote gauche que du cote droit, elle 
sort plus facilement a gauche qu a droite. On ne confondra pas ces hernies epi- 
ploiques avec les vesicules graisseuses qui s echappent quelquefois par 1 ouver- 
ture des teguments et proviennent d un tissu cellulo-graisseux sous-cutane tres- 
abondant. 

La masse epiploi que peut etre libre dans la plaie abdominale ou etranglee 
entre ses levres ; elle a conserve son aspect ou est tumefiee et meme gangrenee. 
La conduite a tenir par le chirurgien varie dans ces differents cas. Si 1 epiploon 
peut etre reduit facilement, il ne faut pas hesiter a le repousser immediatement 
dans le ventre et a reunir ensuite la plaie abdominale; mais, si Ton eprouve a re 
duire 1 epiploon, normal d ailleurs, des difficultes trop grandes, faut-il le laisser dans 
la plaie ou avoir recours a un debridement leger? 

La solution a donner a cette question divise encore les chirurgiens, et un 
discussion soutenue devant la Societe de chirurgie, en 1850 (Bulletin, t. I v 
p. 617), temoigne de ces dissidences. Boyer (Traite des maladies chirurgicales, 
t. VII, p. 456) voulait qu on laissat 1 epiploon au dehors s il etail altere, mais qu on 
le reduisit s il etait intact, et cette opinion a servi de regie pratique dans la ma- 
jorite des cas jusqu au moment ou H. Larrey (Mtmoires de I Academie de mede- 



ABDOMEN (PLATES.) 153 

cine, 1. XI, p. 665, 1845) et Robert (Bulletin de laSociete dv chirurgie, t. I", 
p. 620) se sont eleves centre cette doctrine. H. Larrey a recueilli un cas d epiplocele 
traumatique ou il laissa au dehors de la plaie la partie herniee de 1 epiploon, et, au 
bout d un certain temps, cet epiplocele rentra peu a peu dans la cavite abdo- 
minale sans determiner d accidents. Robert laissa, comme H. Larrey, 1 epiploon 
en dehors chez un jeune homme qui, apres un coup de couteau au cote gauche du 
ventre, avail un epiplocele traumatique. Le malade guerit; toutefois, Robert fut 
oblige d exciser 1 epiploon hernie, parce que cette masse epiploi que, devenue rou- 
geatre, dure, adherente aux bords de la plaie, ne rentrait pas dans la cavite abdo- 
minale. Peu a peu, la partie de 1 epiploon excisee au niveau des teguments s est 
affaissee et est rentree dans le ventre. 

Ces deux faitsde H. Larrey et de Robert montrent bien les metamorphoses que 
subit en general un epiploon sorti a travers une ouverture traumatique. Ainsi, 
quand on abandonne un lambeau d epiploon dans une plaie abdominale, il ne 
tarde pas a contracter des adherences avec les levres de la solution de continuite ef 
a se tumefier. Puis, apres avoir conserve pendant quelque temps un volume plus 
considerable et etre devenu rouge et tendu, il diminue pen a peu, se retracte et 
finit par disparaitre. Quelquefois cependant cette regression s arrete, et 1 epiploon 
reste dans la plaie sous la forme d un tubercule rougeatre, saignaut et douloureux, 
qu on est oblige, soit d exciser, soit de cauteriser pour en obtenir la disparition 
complete. 

Hippocrate (Aphor. 48, livr. VI) a dit que si 1 epiploon est sorti, il doit se gan- 
grener. Celte proposition est, comme nous venons de le voir, loin d etre absolu- 
mentexacte; cependant 1 epiploon, engage dans une plaie abdominale, peut s e- 
trangler tout a fait et se gangrener. On ne devra pas songer, dans ce dernier cas, 
a reduire 1 epiploon ; mais s il survenait quelque peritonite et qu on crut devoir at- 
tribuer cet accident a la retention de 1 epiploon au dehors, devrait-on, apres avoir 
place une ligature au-dessus du point gangrene, exciser la partie sphacelee, et, 
toutehemorrhagiecessant, reduire dans le ventre Tepiploon, qu on auraitdail- 
leurs soin de maintenir au voisinage de la plaie? 

Cette question conduit naturellement a parler de 1 indication de la ligature des 
epiploceles traumatiques. On a longtemps discute sur la valeur de la ligature dans 
le traitement des epiploceles en general, et il est bon d ajouter qu on a souvent en 
vue dans cette discussion les epiploceles herniaires. En effet, c est d un certain 
nombre d observations de ce dernier genre qu est rempli le memoire si souvent cite 
de Pipelet sur la ligature de 1 epiploon (Memoires de I Academic de chirurgie, 
edit. in4, t. Ill, p. 394). Quoi qu il en soit, cette ligature, pratiquee par Galien 
et vantee par Paul d Egine, a ete appliquee a un epiploon normal ou a un epiploon 
enflamme et gangrene. 

Personne ne songe plus aujourd hui a faire une ligature autour d un epiploon 
sorti a travers une plaie abdominale, mais normal d ailleurs. La formation arti- 
ficielle d une gangrene limitee, la possibilite d exciser 1 epiploon, puis de le re 
duire dans 1 abdomen sans crainte de rhemorrhagie, ne sont point, dans le cas 
donne, des avantages superieurs aux inconvenients qu on reconnait a la ligature. 
Ea effet la gangrene n est point la condition necessaire de la hernie traumatique 
de 1 epiploon, et il n est pas utile de songer d abord a limiter cette gangrene pro- 
blematique. D autre part, 1 excision de 1 epiploon n est pas une lesion insignifiante. 
Pipelet fit sur des animaux des experiences peu favorables a 1 emploi de la liga 
ture ; il raconte que les chiens auxquels il pratiquait la ligature de 1 epfploon 



154 ABDOMEN (PLATES). 

avant de 1 exciser et de le reduirc, manifestaient des signes d une assez vive sensi- 
bilite lorsqu on serrait le fil constricteur, que pendant deux ou trois jours ils 
avaient un air souffrant, restaient sans marcher ni manger et meme vomissaient, 
tandis que les animaux auxquels on laissait 1 epiploon hors de la plaie, ou bien 
auxquels on le reduisait apres 1 avoir froisse, ne peidaient ni leur agilite ni leur 
appetit. 

La ligature appliquee sur ces animaux tombait vers le septieme ou le huitieme 
jour, tandis que les epiploons laisses dehors sans ligature se detachaient par por 
tions jusqu a la chute complete, qui n avait lieu qu au bout de quinze a dix-huit 
jours; mais cette rapidite plus grande dans la chute de 1 epiploon etait bien com- 
pcnsee par les resultats de 1 autopsie. Chez les chiens auxquels on n avait point 
fait la ligature on ne trouvait qu une adherence simple, sans durete de 1 ep 
iploon au niveau de la plaie , tandis que dans les cas ou la ligature avait ete 
l; itc on trouvait, outre 1 adherence, une sorte de corps calleux, dur, au-dessus du 
point ou la ligature avait ete placee, et au centre de ce corps un abces bien carac- 
terise. 

On a rarement a la verite pratique 1 excision d un epiploon normal, et les expe 
riences sur les animaux comme les faits observes sur riiomme sont confraires 
a cetle pratique. 

Si I epiploon etait enflamme, gangrene, laudrait-il avoir recours a la ligature? 
L application de la ligature dans cecas parait avoir donne des resultats encore moins 
favorables que dans le cas precedent. Peut-etre n a-t-onpas fait usage ici d une liga 
ture tres-serree? Si Ton croyait devoir employer ce moyen, il laud rait exercer une 
constriction Ires-forte sur 1 epiploon, de facou a interrompre immediatement la vie 
au-dessous du point lie ; mais la cauterisation a 1 aide d un caustique coagulant 
romme lechlorure de zinc nous parait ici preferable a tous ces moyens. 

En resume, il y a dans ces epiploceles traumatiques un cas assez delicat de pra 
tique chirurgicale, et le conseil de laisser dans une plaie du ventre un epiploon 
sain qu on ne peut pas reduire par un taxis ordinaire, ne doit point etre absolu; 
car nous pensons qu un petit debridement de la plaie pour faciliter une reduction 
de 1 epiploon fait courir au malade moins de chances facheusesquel abandon dans 
cette plaie d une masse epiploique qui peut suppurer, se mortifier, persister dans 
ces mauvaises conditions pendant un temps souvent assez long ; et, lorsque la ci 
catrisation sera achevee, constituer une bride resistante, douloureuse, qui empeche 
le malade de se redresser convenablement. 

c. Hermes du foie et de la rate. Enfin d autres visceres peuvent, sans etre 
leses, faire hernie dans une plaie du ventre, et Ton a recueilli bien des cas ou le foie 
et la rate sont ainsi sortis d une plaie abdominale. Lefaitsuivant, rapporte par John 
Macpherson (Lond. Med. Gaz., Janvier 1846), peut donner une bonne idee de re 
genre de lesion. Un homme de 60 a 70 ans avait recu dans le ventre un coup de 
lance, a 5 pouces au-dessus de 1 ombilic et a 2 pouces en dehors et a droite. A tra- 
vers cette plaie s echappait une portion triangulaire du loie, qui avait le volume 
et la forme des 4 doigts reunis. La plaie elle-meme, qui n avait pas plus de 1 ponce 
de diametre, etait completement fermee par le loie qui etait sorti par la plaie des 
qu on avait retire la lance. Le blesse racontait qu il avait perdu une grande quantite 
de sang ; cependant le foie ne paraissait pas avoir ete blesse. Le chirurgien ne put 
pas reduire le foie hernie sans debrider la plaie, et il le laissa a 1 exterieur. Mais, 
pour eviter au malade d attendre la mortification de cette partie, il se decida a 
1 exciser apres avoir place une ligature autour de la base de la tumeur. Malgre 



ABDOMEN (PLAIES). 155 

cela, deux arteres donnerent du sang et on dut les Her. Apres un ou deux jours 
d un etat assez grave, les symptomes s amenderenl, les ligatures lomberent au 
bout de neuf jours avec une petite portion du foie qu elles etreignaient. La 
plaie presentait des bourgeons charnus et marchait vers la guerison. Trois semaines 
apres le malade etait completement gueri sans avoir jama is perdu de bile par la 
blessure. 

La conduite de ce chirurgien ne devrait etre imitee qu au cas ou Ton serait dans 
1 impossibilite de reduire le foie. Ajoutons cependant que ces excisions limifees du 
foie et de la rate sont moins graves qu on ne le suppose en general, et on peut, a 
ce propos, rapprocher du cas de Macpherson un ens public par Opitz. (Richter 5 
chirurg. Bibliothek, Bd. XI, s. 476, 1 79 1 ) . Ce chirurgien rapporte qu une jeune fille 
tomba sur une bouteillequi se cassa etfit au-dessus de 1 ombilic adroite une bles 
sure semi-lunaire, Un medecin quivit la plaie le lendemain matin apercut au de- 
liors d elle un morceau rougeatrc, gros comme un oeuf d oie, de tissu bepalique. La 
malade avail alors des acces convulsifs et une forte fievre. On ne fit d abord aucnn 
traitement ; mais, trois jours apres 1 accident, on porta une ligature autour de la 
partie herniee, et on en excisa environ 3 pouces. La base de cette hernie rentra 
dans le ventre, et lesfils a ligature sortirent de la pl.iie. Les fils se d eta cherent vers 
laquatrieme semaine, et a la cinquieme cette plaie ( l.iil guerie. 

La rate qui flolte ;iussi dans la cavite du ventre peut fa ire bernie a travers une 
plaie abdominale; et c est dans un cas analogue qu ellc fnt enleveo par Bertbet 
(Comptes rendus de i Academic de medecine. Seance du 9 juillet 1844). Ce 
medecin fut appele pour voir un individu qui, buit jours avant, avail recu, au mi 
lieu d une rixe, un coup de couteau dans leflanc gauche. II existaitla une tumeur 
considerable formee par la rate qui exhalait une forte odeur de putrefaction. Ber 
thet 1 excisa, et, apres des pansements metbodiques, le malade gueri t et vecut tieize 
ans et demi. Au liout de ce temps, ce blesse, dont les digestions se faisaient 
bien, mourut de pneumonie, et, a 1 autopsie, on ne trouva qu une tres-faible partie 
de la rate, grosse comme une aveline, appliquee sur les parois exterieures de 1 es- 
tomac. 

Piaies penetrantes par armes d feu. Les projectiles qui penetrent dans la 
cavite abdominale font presque toujours de graves lesions dans les visceres que 
cotte cavite renferme. Mais sans tenir compte maintenant des blessures de ces 
organes, blessures dont il va etre question bientot, on ne doit point oublier de 
mentionner ici quelques particular ites propres a ce genre de plaies. 

Tantot les projectiles penetrent dans la cavite abdominale et la contournent pour 
sortirdansun point souvent eloigne de leur entree, tantot ilsla traversent de part 
en part sans paraitre leser aucun organe important, enfin ils font quelquefois a la 
paroidu ventre une ouverture plus ou moins etendue. II est possible d imaginer et de 
comprendre toutes les varietes de ces blessures, dont le mecanisme est souvent tres- 
difficile a saisir. Ces varietes de lesions traumatiques peuvent tenir a 1 obliquite 
plus ou moins grande, sous laquelle arrive le projectile, a 1 etat de tension ou de 
relachement de la paroi abdominale au moment de 1 accident, elc., etc. Le projec 
tile peut traverser 1 abdomen de part en part ou bien rester dans la cavite abdo 
minale. 

Si le corps etranger estsorti del abdomen, et si rien n annonce une lesion visce- 
rale importante, il faut trailer 1 accident par le repos, la diete, 1 emploi de 1 opium 
pendant quelques jours et de larges emissions sanguines a la moindre manifesta 
tion phlegmasique. Quand la balle et restee dans la cavite abdominale, il ne faut 



156 ABDOMEN (PLAIES). 

pas essayer, par de longues et profondes explorations, d extraire ce projectile plus ou 
moins profondement engage dans le venire, tout au plus doit-on se borner a explo 
rer doucement 1 entree de la plaie. Leconseil donne par certains chirurgiens et re- 
pete sans critique dans quelques traites recents de chirurgie, de faire a la region 
inguinale une incision pour y trouver la balle ou pour lui faciliter sa sortie de c 
cote, est absolument sans valeur clinique. 

II peut arriver qu une bnlle ayant penetre dans 1 abdomen soil expulsee par les 
selles. On peut supposer que si elle n a pas penetre directement dans 1 intestin, 
elle s est peu a peu fait un passage a travers la paroi intestinale jusque dans la ca- 
vitede 1 intestin. Ravaton rapporle (Traite des playes , page 290) qu un homme 
recut, le 5 mai 1 744, dans 1 abdomen, un coup de pistolet dont la cbarge fit cinq 
plaies, et, le 21, ce blesse rendit par le fondement un lingotde plomb du volume 
du petit doigt sur I pouce et demi de longueur. 

II faut done trailer comme les autres plaies celles ou le corps etranger n est pas 
accessible au chirurgien ; mais si, par quelque point, on peut 1 atteindre, il faut faire 
lous ses efforts pour 1 extraire. 

2 Plaies compliquees de lesions viscerales. Nous avons suppose jusqu alors 
que les plaies penetrantes de 1 abdomen claient simples, et qu aucun viscere n e- 
i;iit lese. Nous aliens maintenant etudier les plaies penetrantes compliquees de 
blessures des intestins, del estomnc, du foie, etc., etc. 

a. Plaies de 1 intestin. Deloules les lesions viscerales qui complique: ! lesplaies 
de l abdomen, celles de 1 intestin grele sont les plus frequentes. La longue etendue 
de eel intestin explique pourquoi ce viscere est surtout lese. Le colon transverse 
peut aussi etre atteint facilement par les corps vulnerants, mais les autres parties 
du gros intestin sont moins souvent blessees. On sait, d autre part, que lecoecum, 
It. colon ascendant et le colon descendant ne sont reconverts par le peritoine que 
dans une certaine etendue de leur surface, et Ton conceit, des lors, que des in 
struments vulnerants puissent penetrer dans ces parties dutube digestif sans ouvrir 
la sereuse peritoneale ; mais c est la un mode de lesion assez rare. 

II faut etablir de suite que les plaies des differents visceres de l abdomen n ont 
pas de signes rationnels, comme 1 ont cru d anciens chirurgiens ; et, tant qu on n a 
pas sous les yeux 1 organe lese ou les produils secretoii es ou autres conlenus dans 
cet organe, on en est reduit le plus souvent a une grande incertitude sur le siege 
de la blessure. 

Ainsi, pour revenir aux blessures intestinales, il est souvent tres-difficile, quand 
la plaie abdominale est etroite, de dire si un intestin est lese ou non; la difiiculte 
est d autant plus grande que les accidents ordinairement consecutifs a la piqure de 
1 intestin ne se montrent pas ou n arrivent que tres-tardivement. Ainsi, dans un cas 
observe par de la Motte (t. II, p. 116), le blesse alia tres-bien jusqu au cmquienie 
jour, ou le cbirurgien trouva le pouls un peu plus emu, le venire tendu et doulou 
reux, avec quelques nausees auxquelles succeda le vomissement le lendemain, et 
le malade mourut le huitieme jour. On trouva 1 ileon perce en trois endroits, mais 
de plaies si pelites, qu a peine pouvait-on les apercevoir, sans qu il yeutaucune 
matiere epancbee dans le bas-ventre. 

On a cru trouver des signes assez certains de plaies intestinales dans un epan- 
chement sanguin abondant, dans la presence du sang au milieu des matieres vo- 
mies ou rendues par les selles, enfin dans une tympanite due au passage des gaz 
de la cavite inlestinale dans l abdomen. Jobert de Lamballe a particulierement 
insiste sur ce dernier point. Mais aucun de ces signes n entraine avec lui une cer- 



ABDOMEN (PLAIES). 15" 

titude absolue. En effet, des lesions des parois abdominales peuvent donner lieu a 
un epanchement sanguin considerable ; le sang qui se trouve dans les matieres vo- 
mies ou expulsees par 1 anus peut provenir de 1 estomac et non des intestins ; enfin 
la tympanite peut manquer absolument dans une plaie intestinale, ou etre assez 
pen marquee pour n avoir aucune signification. On ne peut affirmer 1 existence 
d une plaie de I inteslin que si des matieres intestinales sont sorties par la plaie 
etroite du ventre, ou si Ton en trouve des traces sur les instruments vulnerants. 
Aussi doit-on, apres 1 accident, se faire montrer I instrument qui a produit la 
lesion. 

Les plaies intestinales sont toujours graves ; cependant elles peuvent guerir, 
meme lorsqu elles sont assez etendues, et nous allons brievemcnt expliquer com 
ment les choses se passent dans ce cas. De plus amples details seront donnes, a cet 
egard, a 1 article IKTESTIN, car nous n avons pas 1 intention de faire ici complete- 
ment 1 histoire des plaies intestinales. 

Si 1 intestin est fmement pique, les fibres musculaires sont ecartees les unes des 
autres, aucun epanchement ne se fait dans la cavite du ventre, et la guerison a 
lieu par un exsudat qui bouche la surface de la plaie. Quand il e-dste une pl.uc 
plus etendue par instrument tranchant, une solution de continuitede 2 millimetres 
environ, les fibres musculaires s ecartent un peu les unes des autres, mais 1 ouver- 
ture qui en resulte pent etre fermee par un bourrelet muqneux qui s oppose a 
1 epanchement de matieres fecales et laisse le temps a un exsudat de se former et 
a des adherences de s etablir entre le peritoine visceral et la paroi interne de 1 ab- 
clomen. Si la section est plus considerable, soit trans versalement, soit longitudina- 
lement, la plaie n est plus bouchee par le bourrelet muqueux en question, et les 
matieres fecales s ecoulent soit au debors, si 1 intestin est hernie, soit, au cas con- 
traire, en dedans du ventre. Enfin, quand 1 intestin a etc completement coupe en 
tracers, les deux bouts s ecartent 1 un de 1 auliv, la surface de section se rdtrecit 
circulairement, et larnuqueusc se renverse en un bourrelet rougeatre, fronce a son 
centre, d ou sortent par saccades les matieres fecales. On ne peut pas toujours 
distinguer, dans ce cas, ce qni appartient au bout superieur de ce qui tient au 
bout inferieur. 

11 ne faut pas absolument desesperer de voir guerir un individu atteint d une 
plaie transversale, etendue et meme complete de 1 intestin lorsqu elle est abandonnee 
ft elle-meme. Cela peut arriver quand cet inteslin hernie verse au dehors son con- 
tenu et que des adherences s etablissent entre cet organe et la paroi du ventre. De 
plus on verra, a propos des plaies defintestin, que deux anses intestinales divisees 
peuvent s aboucher 1 une dans 1 autre, et cela donner lieu a une communication 
non interrompue. D autres fois 1 intestin communique avec la vessie ; mais, heureu- 
sement, 1 accident le plus commun est 1 anus contre nature. 

Les lesions intestinales, qui compliquent assez souveut les plaies de Tabdomen, 
rendent tres-difficile le traitement de ces plaies et font nailre des indications the- 
rapeutiques nombreuses. Si 1 intestin, simplement pique, restedans la cavite abdo- 
minale, il faut conseiller au malade un repos complet, une cliete absolue et le sou- 
mettre pendant quelques jours a 1 emploi continu de 1 opium, defagon aarreter le 
mouvement intestinal. On combattra la soif par quelques boissons glacees, prises 
en tres-petite quantite. 

Si 1 intestin est le siege d une plaie qui comprend une etendue plus ou moins 
considerable deson calibre, on se comportera difieremment, suivant que cet. organe 
sera situe au dehors ou renferme encore dans la cavite abdominale. Dans le pre- 



158 ABDOMEN (PLAIES). 

mier cas, la plaie intestinale est facile a atteindre ; on ne constate pas d epanche- 
mentde matieres dans le ventre,et les indications sontassez simples. 

Trois modes de traitement sont ici en presence : 

1 On a conseille, pour eviter 1 epanchement de matieres fecales au dedans, 
d etablir simplement un anus con tre nature, dorrt on cherchera plus tard a obtenir 
la guerison. C est la une methode de traitement qui, dans beaucoup de cas, a con 
serve la vie au malade ; mais les perfectionnements apportes aivjourd hui a I em- 
ploi des sutures intestinales en restreignent de plus en plus 1 emploi. 

2 Un bon nombre de chirurgiens conseillent de reunir d abord la plaie intesti 
nale, mais de la maintenir au voisinage de la plaie abdominale reunie aussi plus 
ou moins completement. Ce maintien de la plaie de 1 intestin pres de la plaie 
du ventre peut etre obtenu en passant un des fils qui ont servi a la suture in 
testinale a travers la plaie abdominale, ou bien, conime Scarpa le conseillait, en 
glissant un lil derriere 1 anse intestinale, a travers le mesentere. Ce mode de trai 
tement oflre de tres-grandes garanties centre les consequences toujours graves d un 
epanchement ulterieur dans le peritoine, mais disons de suite qu il est un obstacle 
a une prompte reunion de la plaie abdominale, car le fil qui la traverse empeche 
les bords de se souder completement. 

5 Les travaux entrepris depuis une trentaine d annees sur les sutures intesti 
nales ont donne a quelques chirurgiens une grande confiance dans la reunion im 
mediate des plaies de 1 intestin, et de la vient le conseil de reunir exactement la 
plaie intestinale, de couperras les tils des sutures, qu on abandonne librement dans 
le ventre, etenfin de clore la plaie de 1 abdomen. On admet ici que les fils de ces 
sutures perdues, entoures d une lymphe plastique, n ont aucune tendance a se faire 
jour dans la cavite peritoneale, mais tombent dans la cavite de 1 intestin, qui les 
expulse naturellement audebors. La suture, danslaquelleon adosse les deux feuil- 
lets sereux de la plaie intestinale, repond le mieux, a ces indications; du mom 
primilivement, car Reybard a demontre (Bulletin de VAcademie de medecine, 
seance du 1 er juillet 1862,) que les adherences dessereuses adossees disparaissent 
et que les bords libres de la plaie intestinale, qui faisaient plus ou moins saillie 
dans la cavite de 1 intestin, se relevent et finissent toujours par se reunir directe- 
ment. 

Nous traiterons a 1 article INTESTIN cette question avec de plus grands develop- 
pements; disons seulement ici que la suture, suivant le precede Gely, produit le 
mieux cet affrontement si desire des sereuses, et que, jusqu a plus ample contir- 
mation des nouvelles assertions de Reybard, c est a elle qu il faut avoir recours. 

Nousvenonsde voir le cas simple d un intestin blesse et sorti au dehors ; mais 
si 1 intestin est reste dans le venire et qu il se soit fait la quelque epanchement, 
comment doit-on agir? II faut attirer 1 intestin au dehors, nettoyer le peritoine des 
matieres qui peuvent s y etre epanchees en y injectant doucement de 1 eau tiede, 
eniin reunir 1 intestin comme nous 1 avons dit ci-dessus. 

L epanchement intestinal est ici 1 accident le plus redoutable, car il entraine 
presque fatalemerit une peritonite mortelle. Cependant on a vu des epanchements 
de matieres intestinales s enkyster, donner lieu a un phlegmon circonscrit, et la 
guerison se faire heureusement. 

Nous avons jusqu alors suppose une plaie qui ne comprend pas tout le calibre de 
1 intestin ; doit-on desesperer absolument des cas ou les intestins sont tout a fait 
coupes en travers? Certainement non. II y a la de plus grandes difficultes opera- 
toires, mais le salut du malade est encore dans une reunion tres-exacte del intestin, 



ABDOMEN (PLAIES). 159 

qu on doit alors essayer de maintenir au voisinage de la plaie abdominale pour 
pouvoir etablirde suite un anus centre nature si la suture ne reussit point. 

La guerison de ces plaies transversales completes de 1 intestin est un fait qui en 
gage a conseiller d exciser une portion d intestin, si cette portion etait contuse et 
prete a tomber en gangrene. On agirait ensuite comme dans le cas de la reunion 
d un intestin coupe completement en travers. 

b. Plaies de I estomac. L estomac est quelquefois blesse dans les plaies de 1 ab- 
domen. On peut, par le siege, la profondeur et la direction de la blessure, soup- 
gouner la nature de la lesion, mais on ne peut pas avoir a cet egard de certitude 
absolue. En effet, si la plaie est etroite et oblique, I instrument peut s etre dirige 
vers un point situe en dehors des limites de I estomac, etd autre part, ces limites 
de I estomac varient beaucoup, suivant que 1 organe est vide ou rempli d ali- 
ments. Onne peut avoir de certitude absolue, dans les casde plaies etroites, que par 
1 expulsion d aliments ou de boissons par la plaie. Les vomissements d aliments 
meles de sang donnent une assez grande presomption a cet egard ; cependant on 
peut les voir survenir apres une forte contusion sur la region epignstrique. 

La syncope, le refroidissement des extremites, un etat d angoisse extreme, sont 
des signes qui ont ete observes dans beaucoup de plaies abdominales, sans qu on 
puisse etablir qu ils soient caracterisliques des plaies de I estomac. Remarquons, tou- 
tefois, que la mort n est pas rare a la suite des plaies de 1 eslomac, soit par de tres- 
aijondantes hemorrhagies, soit par une sorte d action reflexe qui amcne une syn 
cope mortelle. On ne doit pas oublier ici que I estomac est entoure d un riche 
reseau arteriel tres-abondamment gorge de sang au moment de la digestion. Les 
plaies du cardia s accompagnent, en general, de lesions de 1 artere coronaire gauche, 
celles du pylore de blessuresde 1 artere hepatique, et celles de la grande com bure 
de plaies des vaisseaux courts. On peut s expliquer peut-etre par la lesion des ra- 
meaux du pneumo-gastrique quelques-uns des troubles nerveux qui accompagnent 
les plaies de I estomac. 

Nous n avons parle ici que des lesions de 1 estomac a travers des plaies etroite.- 
del abdomen; car dans bien des cas ou la solution de continuite du ventre esl 
large, il ne peut y avoir aucun doute sur 1 organe lese. Le traitement d une plaie 
etroite de I estomac commande, par-dessus tout, le repos, une abstinence absolue, 
1 emploi de 1 opium. Si le malade vomissait du sang, on devrait employer la glace 
intus et extra. Ainsi 1 on appliquerait sur la region blessee une vessie pleine d eau 
glacee, en meme temps qu on ferait avaler au malade de tres-petits fragments de 
glace : 1 opium serait administre en lavements jusqu au point d amener un calme 
parfait de I estomac. 

Si I estomac, atteint d une plaie nette, faisait hernie a travers la plaie du ventre, 
on devrait pratiquer une suture a 1 organe lese, qu on reduirait et fixerait par un 
fil au voisinage de la plaie exterieure. Mais, au cas de plaie contuse, mieux vau- 
drait reunir la plaie stomacale a la plaie abdominale et attendre que la guerison se 
fit par une fistule stomacale. Enfin, si Ton avait 1 assurance que I estomac blesse 
est retenu dans le ventre, on ne devrait pas hesiter a agrandir la plaie abdominale 
pour pratiquer la suture de I estomac, sans laquelle se produirait un epancbement 
toujours fatal. L epanchement des aliments ou des boissons dans le peritoine est 
1 accident le plus grave des plaies stomacales. En effet, la plaie de I estomac peu 
se cicatriser et le malade mourir, toutefois, des suites de repanchement abdo 
minal. Dorsey rapportequ il vit un homme dont I estomac fut blesse apres avoir 
bu du porter. A la dissection, on trouva la plaie de I estomac completement 



160 ABDOMEN (PLAIES). 

gufirie, et le malade mourut le quatrieme jour d une inflammation peritoneale. 
(Dorsey, Elem. of Surgery, 1818, vol. I, p. 94.) 

L estomac a etc quelquefois blesse par des armes a feu, et cependant la mortn a 
pas eu lieu. Une fistule plus ou moins large de 1 estomac a pu etre la conse 
quence de ces blessures, et, a cet egard, il n est pas de cas plus celebre que 
celui de ce Canadien qui a servi aux belles experiences de Beaumont sur la 
digestion. 

c. Plaies du foie. Le foie, organe volumineux, est encore assez frequemment 
atteint dans les plaies de Tabdomen , car sa position fixe dans le ventre ne lui per- 
mct pasde fuir devantl instrument piquant ou tranchant. 

Quand la plaie abdominale est etroite, les difficultes du diagnostic sont aussi 
grandes que pour les plaies de 1 estomac ou des intestins. On ne pent fonder de 
serieuses presomptions que sur le siege de la plaie, sur sa profondeur et sur 1 he- 
morrhagie plus ou moins abondante qui en resulte. Leslimites dufoie dans 1 hypo- 
chondre droit sont connues; quanta sa distance de la surface cutanee, elle varie sui- 
vant 1 epaisseur de la couche cellulcuse sous-cutanee ; le foie est separe de la peau 
par une epaisseur qui varie de 2 a 3 centimetres. On examinera done 1 instru- 
ment qui a produit la blessure et a quelle profondeur il a pcnctre. Enfin, une 
hemorrhagie tres-abondante peut, dans certains cas, faire supposer 1 existence 
d une plaie du foie, mais rien n est absolument certain a cet egard. 

On a donne quelques autres signes des plaies du foie, mais beaucoup d entre 
eux, et en particulier ceux qu indique Boyer, sont sans valeur absolue. Cependant 
une vive douleur dans 1 epaule, 1 apparition d un ictere avec coloration foncee des 
urines et decoloration des matieres fecales sont des signes sensibles dont on devra 
tenir grandement compte. 

Dans beaucoup de cas, la plaie abdominale est assez large pour lever toute 
incertitude, et Ton voit a nu le foie blesse. 

Les individus atteints d une plaie au foie peuvent succomber a une grave he 
morrhagie, a une peritonite intense ou bien a la formation d un abces au centre 
du parenchyme hepatique. Mais Texistence d une plaie du foie ne doit pas faire 
porter un pronostic absolument fatal ; quelquefois meme, les choses se passent 
dons ce cas d une facon tres-simple. Parroisse (Opuscules de chirurgie, p. 236) 
cite un fait de plaie du foie sur un militaire qui, clans un duel, avait reguun coup 
de sabre dans la region hepatique, entre la cote flottante et la derniere fausse cote 
du cote droit. La plaie transversals des teguments avait 7 a 8 pouces de longueur, 
celle du foie 2 pouces d etendue et 6 lignes de profondeur ; elle occupait son grand 
bord. tranchant a la partie moyenne et inforieure. II y cut des accidents graves, 
mais le malade guerit en trente jours, avec un pansemeat simple sans points de 
suture. La guerison des plaies du foie a ete assez souvent constatee a 1 autopsie. 
Ainsi Ton a tronve surle cadavre d individus, autrefois atteints de plaies abdomi- 
nales, dea adherences du foie a la face peritoneale du ventre et des cicatrices, traces 
d anciennes solutions decontinuitedu foie.Dupuytren a cite dans sa clinique, plu- 
sieurs cas de ce genre. Cependant, il faut avoir soin de ne pas prendre pour 
des cicatrices traumatiques des depressions cicatricielles dues a la resorptiou de 
certaines gommes syphilitiques du foie. Enfin 1 on a vu guerir une plaie du foie, 
produite par la main du chirurgien, dans un cas cite par Fabrice de Hilden 
(Cent. 2, Obs. 54) et dans le cas de Macpherson que nous avons cite plus haut. 

Si la plaie du foie s accompagne d une hemorrhagie abondante, il faut chercher 
& arreter 1 ecoulement sanguin par 1 application des refrigerants en permanence. 



ABDOMEN (PLAIES). i64 

Les antiphlogistiques et le repos absolu doivent etre presents, mais la plaie du foie 
nefaitnaitreaucune indication speciale dans le traitement des plaies du ventre. 

Les plaies d armes a feu du foie sont presque constamment mortelles ; cepen- 
dant on a vu quelqties cas de guerison. Ces plaies saignent abondamment d abord, 
et si le malade resiste aux premiers accidents, il peut succomber plus tard soit 
a la peritonite, soit a des abces du parenchyme hepatique. On trouve la tous les 
genres de plaies par armes a feu, depuis la plaie penetrante a une seule ouverture 
jusqu a la lesion la plus compliquee, la ou 1 organs est traverse completement par 
le projectile, .qui entraine souvent avec lui des fragments d etoffe, d os, etc. 

Quand le malade resiste aux accidents immediats comme 1 hemorrhagie, on doit 
examiner la plaie pour en extraire soit la balle, soit des fragments osseux, et la 
panser en maintenant des refrigerants sur la region blessde. Si la balle ne peut 
pas etre extraite, elle chemine quelquefois dans 1 epaisseur du tissu hepatique, et 
peut, a cause du decubitus dorsal, se faire jour du cote des lombes. 

Un traitement antiphlogistique, un regime tres-severe, et le repos absolu au lit 
ferment les trois principales indications du traitement des plaies du foie par armes 
a feu. 

d. Plaies des voies biliaires. La vesicule biliaire et les canaux biliaires peuvent 
etreatteints par les corps vulnerants, quoique leur petitesse rende leur lesion assez 
rare, et il resulte de la un epanchement de bile qui entraine presque toujours une 
peritonite mortelle. Toutefois ce n est pas ainsi quo paraissent avoir succombe 
quelques malades. Aussi trouve-t-on dansle tome Hides Edinburgh Medic. Essays 
uncas dans lequel le blessesurvecut une semaine a cet accident. L abdomen devint 
tres-tendu avant la mort ; mais il n y eut point de fievre, et le pouls fut na- 
turel jusqu au dernier jour, ou il prit un caractere intermittent. A 1 autopsie, il 
n est pas fait mention de peritonite; mais on trouva les intestins disk-mliis, la vsi- 
cule biliaire completement vide et beaucoup de bile extra vasee dans 1 abdomen. 

Toutes les plaies de la vesicule biliaire ne sont pas mortelles. Ainsi Parroisse 
(loco cit., p. 254) rapporte qu il a vu aux mains d un chirurgien une balle de ca 
libre renfermee dans une vesicule du fiel. Le militaire qui etait le sujet de cette 
observation avail regu un coup de leu a la partie interne et un peu laterale de la 
region bypochondriaque droite. 11 guerit de cette plaie, et deux ans apres vint 
moimr a 1 hopital d une fluxion de poitrine. A 1 autopsie, on trouva la balle dans 
la vesicule biliaire, sur laquelle d ailleurs on ne decouvrait pas de cicatrice. Des 
experiences de Horing (Diss, sistens experim. de mutationibus quas materiss in 
cavum peritonei ingestse subeunt, Tubingue, 1817.) et de Emmert (Meckel s 
Arc/iiD, vol. IV, cah. iv.), entreprises sur des animaux, etablissent aussi que les 
epanchements de bile ne sont pas toujours mortels. 

11 y a dans ces cas tous les signes des plaies penetrantes ; mais on ne peut etre 
certain de la nature de la lesion que par I epanchement de bile au dehors. La tym- 
panite, dont on a fait a tort un signe de la blessure des voies biliaires, est loin 
d avoir cette signification. 

Quoi qu il en soit, le pronostic des plaies de la vesicule est des plus graves. La 
mort survint au quatrieme jour dans un cas de Lesueur (Dissertation sur les rup 
tures et les perforations de la vesicule biliaire, Paris, 1824), au septieme dans 
un fait de Stewarts (Philos, Transactions, n 414, p. 341), et enfin au dix-hui- 
tieme dans un autre de Campaignac (Journal hebdomadaire, 1829, t. II), ou le 
conduit hepatique etait dechire en longueur au voisinage du lobe de Spiegel. 

Le traitement est des plus difficiles. On devrait essayer, si la plaie de h vesicule 
met. EMC. 1. 11 



ABDOMEN (PLAIES). 

n etait pas tres-etendue, de la comprendre dans une ligature qu on aurait soin de 
lixer a la plaie abrlominale. Mais on chercherait a reunir par des points de suture la 
plaie de la vesicule a la paroi abdominale, si Ton ne pouvait pas la fermer par un fil 
noue autour d elle. 

Quant aux consequences de 1 epanchement de bile dans le ventre, il ne faudrait 
gnere songer a y remedier par la paracentese abdominale. Sabatier (Mededne 
opera t. edit, de 1832, tome II, p. 159), qui rapporte un cas ou Ton evacua par le 
trocart la bile de la cavite abdominale, assure qu il n en resulta aucun avantage 
pour le malade, qui mourut peu d heures apres cette operation, le troisieme jour 
apres 1 accident. 

e. Plaies de la rate. La rate est quelquefois atteinte directement par les corps 
vulnerants ; mais ses blessures sont plus rares que celles du foie, et cela a cause de 
la petitessede 1 organe et de sa situation profonde. Les dechirures traumatiques de 
la rate par contusion sont au contraire assez frequentes. Dans sa longue pratique, 
Larrey n a observe que trois cas de blessures de la rate par armes blanches. 

La position, la direction et la profondeur de la plaie peuvent seules faire songer a 
une plaie de la rate. Un ecoulement sanguin abondant rend plus probable la lesion 
de cet organe; mais il n y a point de signes caracteristiques de cette blessure. 

Quand la plaie abdominale est large, on peut quelquefois sentir avec le doigt la 
rate blessee. Dans quelques cas, ce viscere lese et meme reduit en bouillie etait 
sorti hors du ventre ; tel etait 1 etat des choses dans le cas de Patry que nous avons 
cit6 plus haul. La rate, fortement contusiounee, fut excisee en grande parlie. 

Si la rate blessee dans une petite etendue donne lieu a un abondant ecoulement 
s;mguin, il taut chercher a empecher la perte de sang par les refrigerants et ne 
reunir la plaie qu apres s etre assure qu il n y a plus a craindre un epanchement 
dans le ventre. Mais si la rate etait trop desorganisee, on passerait un fil solide autour 
dc la partie blessee qu on exciscrait, et Ton maiutiendrait lemoignon de cette plaie 
au voisinage de la plaie abdominale reunie le mieux possible. 

f. Plaies des reins. Les reins, dans les plaiesde 1 abdomen, peuventetre blesses 
sans que le peritoine soit ouvert ; mais ils le sont aussi avec une ouverture de cette 
cavite sereuse. Si la plaie porte seulement sur la substance corticale, il s ecoule du 
s;mgpar la plaie exterieure; mais il n y a guere d urine sanguinolente, ce que Ton 
voit, au contraire, lorsque la substance tubuleuse ou les calices sont atteints. Le 
blesse accuse, dans les blessures des reins, non-seulement une douleur qui de la 
region renale s etend a tout le reste du ventre, mais aussi une douleur vive dans 
letesticule, quiparfoisse retracte notablement. 

L ouverture du peritoine ou 1 integrite de la poche sereuse sont deux conditions 
qui changent tout a fait la gravit6 de ces sortes de plaies. Dans le premier cas, il 
peut se faire dans le sac peritoneal un epanchement sanguin ou un epanchement 
d urine tou jours mortel. Dans le second, le sang se repand autour de la blessure, dans 
le tissu cellulaire sous-peritoneal, et la peut se resorber ou bien subir les metamor 
phoses qu eprouvent les epanchements sanguins. 

Si Ton soupconne que le rein a pu etre blesse, il ne faut pas chercher a obtenii 
une reunion immediate de la plaie. Mieux vaut laisser un libre cours aux malieres, 
^t surtouta 1 urine si elle a quelque tendance a s echapper del orgaiie lese. On sur- 
veillera en meme temps 1 etat de la miction, car le sang tombe dans la vessie peut 
s y prendre en caillots qui exigeront Temploi de la sonde et des injections vesicales. 
Un pansement simple, des antiphlogistiques et un regime tres-severe sont indiqufc 
dans ce cas. 



ABDOMEN (RUPTURES). ifiS 

g. Plaies des gros vaisseaux de I abdomen. De fortes contusions du veutrc 
out quelquefois cause des d6chirures des gros troncs vasculaires de cette cavite. Ces 
vaisseaux peuvent aussi etre leses par des instruments piquants ou tranchants, et la 
mort est le resultat assez prompt de cette blessure. Si la veine cave est seulc pi- 
({ ce, la vie peut durer un temps plus on moins long, mais la mort est des plus 
promptes quand 1 aoi te a ete lesee. Deux fails rapporles par de la Motte mettent bien 
en lumiere ces differences. Le premier est de plus un petit tableau d obligations 
professionuelles assez interessant a etudier. Au mois de mars 1713 Ton me vint 
chercher, dit ce cbirurgien (t. II, p. 120), pour aller en diligence voir un particulier 
qui venait d etre blesse. Je le trouvai avec un coup d epee a quatredoigtsau-dessous 
du nombril et directement au milieu de la ligne blanche qui donnait du sang en 
quanlite.J envoyai prier MM. Desrosiers freres pour convenir ensemble de cequ il y 
avail a faire a un mal aussi pressant, ne doulant pas que le tout ne penetrat jusqu aux 
gros vaisseaux, dont, selon toute apparence, il y avail eu quelqu un d ouvert, auquel 
il elait impossible d apporter de remede, non plus qu a la plaie, parce que si je la 
fermais, lacapacitedu ventrese remplirait; et, d un autrecote, si je ne la fermais 
pas, personne n en connaissant la consequence que nous, je ferais crier lout le monde 
centre moi : cela m obligeait, dans cette facbeuseconjoncture et centre notre senti 
ment, de panser cette plaie, puisqu il n en serait ni plus ni moins a 1 egard du 
blesse, qui etait dans un danger evident de la vie sans esperance de retour ; ce que 
j executai de 1 avis et du consentement de ces messieurs. Apres quoi je lui fis rece- 
voir los sacrements. Je tirai la tente quelques heures ensuite; il sortit du sang en 
quantite, sans quo le venire, qui soul frait une lension considerable, parut diminuer, 
ce que je continual de faire jusqu au troisieme jour, ou il mourut. Je trouvai, a 
I ouverture du corps, que la veine cave avait ete percee comme par une saignee 
seulement, ce qui ne pouvait avoir ete fait que par la petite pointe de 1 epee, qui 
avait traverse tant d autres parties sans nous etre apercus qu elle en eut blesse au- 
cune. 

Le meme chirurgien rapporte un aulre cas (t. II, p. 152), ou la morl fut plus 
rapide. Un homme de distinction avait recit un coup d epee au ventre en la partie 
moyenne et inferieure de la region epigastrique. La mort fut des plus promptes, 
sans qu ilsorlit une seule goutle de sang par la plaie. Mais le venire en elait autant 
plein qu il en pouvait contenir, etanl dur el tendu a Fexces. A I ouverture du bas- 
ventre, on trouva qu aucun intestin n avait ete ouvert dans le progres de ce coup, 
mais bien les deux gros vaisseaux, qui sonl 1 aorte et la veine cave. La plaie etait 
si grande qu elle avait en un instant rempli de sang tout le ventre. 

La vessie, lorsqu elle est developpee par 1 urine, et 1 uterus, lorsqu il est dis- 
tendu par le produil de la conceplion, viennenl prendre place dans la cavile abdo- 
minale proprement dile et peuvent elre blesses assez facilement. Mais nous ren- 
voyons pour ces sortes de lesions aux articles VESSIE et UTERDS. E. FOLLIN. 

III. RUPTURES DBS PAROIS DE L ABDOMEN. Nous ne nous occupons ici que des 
ruptures des parois du ventre et, en particulier, des ruptures musculaires, la rup 
ture spontanee des visceres contenus dans I abdomen devant elre eludiee, pour cha- 
cun d eux en parliculier au nom de 1 organe. 

Les ruptures miisculaires peuvent etre dues a des violences exterieures, ainsi 
que nous avons deja eu 1 occasion de 1 indiquer; mais elles peuvent aussi procedcr 
de causes internes, c est-a-dire de la contraction musculaire, ou, si Ton veut, etre 
sponlanees. 



i64 ABDOMEN (RUPTURES). 

Les ruptures musculaires a 1 abdomen sont rares ; celles de cause externe ont 6t6 
moins frequemment observees que les ruptures de cause interne. Nous n avons rien 
a indiquerde particulier eu egard a la nature etaumode d action des corps conton- 
dants qui les ont produites ; il nous suffit de rappeler qu il semble indispensable 
que le muscle frappe soil entreen contraction au moment meme de 1 application de 
la force vulnerante, pour comprendre comment il en a subi les effets. 

Nous trouvons dans les ouvrages de Desault et de Larrey des exemples de 
ces ruptures. Dans 1 observation consignee par Plaignaud dans le Journal de 
Desault (vol. I er , p. 377;, il s agit d un enfant de neuf ans qui tomba du pre 
mier etage sur le pave; 1 enfant mourut peu d instants apres la chute. Le pe- 
ritoine et la portion charnue des muscles grand et petit obliques et transverse 
etaient decbires.en travers, dans une elendue de 3 pouces; de sorte que les in- 
testins, seulement retenus par la peau, la soulevaient et formaient une tumeur 
brunatre allongee, dont le plus grand diametre etait de 3 pouces. Cette tumeur 
etait aisement reductible et se reproduisait avec la meme facilite. Les visceres con- 
tenus dans 1 abdomen 6 taient sains ; il n y avail que tres-peu de sang epanche ; des 
lesions du crane expliquaient la mort. 

Dans la premiere observation de Larrey (Clinique chirurgicale , t. II, 
p. 479), c est encore une tumeur situee, a trois travers de doigt de 1 ombilic, 
du cole droit, et de la grosseur du poing, qui attira surtout 1 attention. La tu 
meur, tres-facilement reductible, disparaissait des que le malade etait coucbe sur 
le dos. l.c niahidc av;iit ete atteint par un boulet a la fin de sa course, et, d apres 
Larrey, c est le muscle droit et ses enveloppes aponevroliques qui avaient ete de- 
chires. Ce cassetermina par la guerison. 

Dans une seconde observation du meme auleur(/fo d.,p. 485), la guerison putetre 
obtenue egalement : la rupture siegeaitau-dessus del os coxal ; elle etait due a un 
coup de pied de cheval, et s etait produite au niveau meme du point frappe. Lo 
sujet de cette observation dut porter un bandage pour prevenir une hernie veiitrale. 

Parmi les ruptures de cause interne ou spontanees, les plus frequentes s obser- 
vent a la paroi posterieure. Nous ne nous y arreterons cependant pas longtemps, car 
elles consistent surtout dans la rupture, sous 1 influence d un effort, de quelques 
fibres des muscles de la region lombaire; c est ce que Ton a designe sous le nomde 
tour de reins. Mais la rupture peut etre plus etendue et ne plus se traduire seule 
ment par de Ja douleur, mais aussi par du gonflement. C est ce qui a ete observe 
dans un fait rapporte par Richerand. (Nos. chir., t. IV, p. 350.) 

Le muscle psoas peut aussi se rompre partiellement ; cela a ete maintes fois 
observe penclmt 1 accouchement, mais aussi en dehors de cette circonstance. 
(Yoy. Richer; nd, loc. cit., p. 522.) La tendance toute particuliere a la suppuration 
dans les cas de cette espece et le siege particulier de la rupture nous engagent a 
en renvoyer 1 l.istoire au chapitre des abces de la fosse iliaque, 

A la paroi anterieure, les ruptures ont surtout affecte le muscle grand droit. 
M. Velpeau indique comme cause predisposantea cette dechirure les fievres graves. 
Get auteur cite un cas de rupture du grand droit de 1 abdomen, qu il a eu 1 occa- 
sion d observer chez un militaire atteint de fievre typhoide. Pour cet eminent chi- 
rurgierv la fragilite des organes, dans la periode avancee des fiewes graves, rend 
aisement compte de la possibilite de ces decbirures. Mais elles peuvent survenir 
dans les conditions ordinaires de la sante. 

On les a signalees d.ins les efforts de raccouchement, et on pourrait encore in- 
voquer ici une certaine influence piedisposante; mi! is on les a vues se produire dans 



ABDOMEN (RUPTURES). 165 

toute autre condition. Pendant le co it (Vidal), pendant les efforts du vomissement 

(Boyer), pendant un exercice gymnaslique (Legouest), a la suite d une torsion du 
tronc (Jarjavay), a 1 occasion d un effort violent. pour prevenir une chute en avant 

(Riclierand), Lefait de M. Jarjavay (Anat. c/m\, t. II, p. 467) fait seul exception. 
La rupture portait, selon toute apparence, sur 1 aponevrose du grand oblique a un 
travers de doigt au-dessus du canal inguinal ; dans tous les autres cas, il s agissait 
del un des muscles grands droitsde Fabdomen. 

Un seul muscle ordinairement est dechire; cependant Richerand semble admettre 
que cbez son malade les deux muscles droits etaient dechires a leur partie supe- 
rieure. 

Dans le cas de M. Legouest et dans celni de Boyer, la dechirure, bien quo pro- 
duite par une cause differente, portait sur le muscle droit anterieur du cote gauche 
etdans sa portion sous-ombilicale. Boyer put faire 1 autopsie : le muscle droit du 
cote gauche etait rompu en travers dans toute son epaissenr, entre celle de ses in 
tersections tendineuses qui correspond au niveau de 1 ombilic et celle qui setrouve 
au-dessous. Les deux bords de la rupture etaient distants 1 un de 1 autre d environ 
un pouce; il y avait un peu de sang epanche entre eux. (Boyer, Traits des mal. 
cliir.,t. II, p. 86.) 

Dans lecas de M. Legouest, 1 epanchement de sang etait beaucoup plus conside 
rable, car on observait une tumeur mobile avec lesparois, n augmentant pas par la 
tonx, epaisse, doulonreuse, trcs-hien limiteepar la gaine du muscle droit, commen- 
c.ant a 0,05 du pubis etmesurant en ce point deux centimetres et demi de hrpour, 
et se terminant vers 1 ombilic ou elle acquerait cinq centimetres de large. L -iuteur 
suppose, avec raison, que quelques-uncs des branches de division do I epigastrique 
avaientete rornpues avec le muscle, et c est la un fait tres-interessant et particulier 
a la rupture du muscle droit de 1 abdomen que la possibilite d une dechirure arte"- 
rielle compliquant la rupture de sa moitie infeneure. (Legouest, Gaz. des ho/>., 
1860, p. 301.) 

Symptdmes, marche, terminaisons. Le symptomepathognomonique, c est 1 ecar- 
tement des parties du muscle qui a subi la dechirure ; il a etc facile a constater dans 
la plupart des observations. Les teguments sont deprimesau niveau de la dechirure 
si un epanchement sanguin comble le vide resultant de leur dechirure ; le toucher 
lefaitaisementreconnaitre. Get ecar lenient a eupour consequence immediate, dans 
quelques cas, la formation d une hernie ventrale; mais, il faut bien le remarquer, 
il s agissait de ruptures, suite de contusions, et dans le cas de Desault, ou 1 autopsie 
fut pratiquee, on constata que le peritoine avait ete dechire dans la nieme etendue 
que les muscles, la peau seule faisait barriere a 1 intestin. Dans les cas de rupture 
par suite de contractions, non-seulement la hernie ventrale n a pas ete primitive- 
ment observee, mais les maladesde Pelletan etde M. Legouest guerirent sans her- 
oie consecutive. 

Comme symptomes physiques, nous noterons encore 1 ecchymose, ordinairement 
sensible au niveau meme de la rupture, et, plus tard, rempatement qui succede 
au travail de reparation qui s accomplit dans le foyer de la dechirure. Nous ne pou- 
vons oublier non plus la tumefaction diie a 1 epanchement sanguin, si remarquable 
lorsqu elle atteint les dimensions tout a 1 heure signalees. 

Les symptomes fonctionnels sont differents, selon qu il s agit de rupture trauma- 
tique ou de rupture spontanee. Dans les deux cas la douleur est vive, et, par suite, 
les mouvements ^enes ou empeches. La douleur a meme ceci de particulier que, 
comme dans to .te rupture musculaire, elle est a peu pres aussi vive dans les rup- 



166 ABDOMKN (RUPTURES). 

tures de peu d etendue que dans celles qui comprennent toute 1 epaisseur d un 
muscle. Instantanement produite et poussee du premier coup a son maximum, elle 
ne s apaise que leutement et s exaspere sous 1 influence des mouvements ou des 
pressions exercees au niveau du point lese. A cela se bornent a peu pres les pheno 
menes fonctionnels provoques par la rupture spontanee, mais il se joint dans la 
rupture traumatique tous ceux; qui peuvent resulter de la commotion ou meme des 
lesions des organes contenus dans la cavite abdominale. Le ventre est tendu, dou 
loureux, la pression est a peine supportee sur toute son e tendu e, la respiration 
anxieuse, le pouls petit, serre, souvent accelere. 11 est bien difficile, ainsi que nous 
avons deja eu occasion de le faire remarquer, de faire la part des lesions qui ont pu 
atteindre les visceres de 1 abdomen ; c est la marche de la maladie qui seule peut 
( rlairer le praticien. 

Lorsque ces visceres n ont pas ete gravement contusionnes, les symptomes gene- 
raux ne tardent pas a s amender, et bientot disparaissent pour ne laisser subsister 
que les phenomenes proprcs a la rupture musculaire. En ce qui louche la marche 
et les terminaisons, nous n insisterons ici que sur la persistance de la hernie ven- 
trale immediatement formee, et sur la predisposition non douteuse creee par cet 
accident, a la production ulterieure d une de ces hernies, alors meme que, primi- 
tivement, elle ne s est pas montree. 

Diagnostic. Lorsque, apres un effort violent, une douleur vive et fixe est accu- 
see par le malade clans le corps charnu ou meme dans les parties aponevrotiques 
des parois abdominales, ou dcvni, meme en 1 absence de tumefaction ou d ecchy- 
mose, admettre la rupture de quclques fibres musculaires ou aponevrotiques. La 
persistance de la douleur et 1 apparition ulterieure de 1 ecchymose confirmeront 
cette appreciation. La hernie ventrale sera aisemeut reconnue a la tres-grande faci- 
lite de sa reduction, et ne saurait etre confondue avec la tumeur non reducible et 
lieea la paroi abdominale que forme un epanchement sanguin. L apparition imme 
diate de phenomenes generaux graves, leur persistance ou leur aggravation devront 
faire supposer que la dechirure n est pas limitee aux parois de 1 abdomen, et il s a- 
gira alors d etablir a quelle lesion particuliere on peut avoir affaire. C est ce que 
permettra de faire 1 analyse raisonnee des symptomes propres a la blessure des dif- 
lierents organes contenus dans la cavite abdominale. 

Lepronostic, toujours facheux, puisque la resistance de la paroi abdominale est 
compromise au niveau de la dechirure, est plus grave pour les ruptures trauma- 
tiijues que pour celles qui succedent a un effort. 

Ti nitemeitt. A moins de reaction prononcee dans le foyer de la dechirure, la 
position, rimmobilite, 1 emploi de reiolutifs suffiront pour assurer la guerison des 
dechirures qui succedent a un effort. 11 sera, au contraire, indispensable de recourir, 
dans les dechirures traumatiques, a un traitement antiphlogistique local ou general 
pour peu que des phenomenes inflammatoires se manifestent du cote de la cavite 
abdominale. Une fois ces accidents conjures, il faudra recourir egalement au repos 
et a la position pour assurer la cicatrisation des deux portions du muscle dechire 
dans les meilleures conditions possibles. 

Dans tous les cas, il sera prudent de faire ulterieurement porter au malade un 
bandage qui sera destine, ou bien a contenir la hernie, si elle s est primitivement 
produite, ouasoutenir la paroi abdominale, sile malade n en a pis ete affecte. 

Nous ne terminerons pas cet article sans citer les cas de rup, ure isolee de In 
peau,sous Finfluence des efforts de parturition ou de tout autre g nre d efforts, et 
surtout les ruptures completes de la paroi abdominale qui s opereiu, de dedans eo 



ABDOMEN (fiPANCHEMENts). Ifi? 

dehors, dans les cas d ascite ou pendant 1 accouchement. Nous reuvoyons pour ces 
cas curieux aux indications suivantes : Med. Comment., t. XC; Recueil des cu- 
rieuxde la nature, D. 3, art. 9 et 10, 1701-1705; Journal de Sedillot,LW, 
p. 153; Comment, de Leipzig, t. VLII, p. 72, et au mot ASCITE. F. G. 

IV. DBS EPANCHEMENTS TRACMATiQUES DANS L ABDOMEN. Des epanchements dans 
1 abdomen sont la consequence des diverses lesions que nous venous de passer en 
revue. II est necessaire de les etudier a cette place pour completer 1 histoire de 
ces dernieres. 

Ces epanchements peuvent succeder aux contusions, aux ruptures, aux plaies 
proprement dites ; ils peuvent etre fournis par les differents reservoirs contenus 
dans la cavite abdominale, par la lesion des vaisseaux, ou meme par suite de la 
secretion morbide de la sereuse peritoneale. Leur nature est done essentiellement 
variable, et nous devrons etudier chacun d eux en particulier ; mais il faut, avant 
tout, poser a leur sujet quelques generalites. 

Les parois qui limitent la cavite de 1 abdomen sont, dans 1 etat normal, intime- 
ment appliqnees sur les visceres qu elles protegent et qu elles contiennent. Rien de 
mieux demontrc que Tantagonisme du contenant et du contenu, de la paroi con 
tractile et des visceres : ceux-ci semblent, dans leur incessante variation de volume, 
hitter perpetuellement contre la resistance de la paroi. Get antagonisme se montre, 
par exemple, toutes les fois qu une ouverture sufiisante peut permettre Tissue d un 
viscere : une hernie traumatique se produit presque infailliblement, et, le plus 
ordinairement,l intestin ou 1 epiploon se presentent dans la plaie. Cependant, grace 
a 1 extensibility de la paroi anterieure, grace au refoulement facile des organes 
mobiles et de 1 intestin en particulier, cette cavite, qui semble deja tvop remplie 
a 1 etat normal, donnefacilement acces aux epanchements les plus considerables. 

II y a dans ces faits une contradiction qui n a cependant pas arretc 1 auteur d un 
memoire restc celebre et ceux qui, a sa suite, ont adopte toutes ses conclusions. 
Petit le ills a, en eflet, professe devant 1 Academie de chirurgie que, grace a lapres- 
sion uniforme et reciproque des parois et des visceres de 1 abdomen, 1 epanche- 
ment, quelleque fiit sa source, artere, veine ou viscere, se faisait d abord diffidle- 
ment, et, ensuite, que, circonscrit dans le lieu de son origine, il n y formait qu un 
foyer unique. (Essai sur les epanchements.) 

II n est pas surprenant que les faits aient fourni a 1 auteur lui-meme les demen 
tis les plus formels; mais toute contradiction lui semblait levee, et un nouvel ap 
point apporte a sa theorie, quand il avangait que l epanchement diffus qu il rencon- 
trait sur le cadavre ne s etait partout repandu qu apres la mort, 1 action reciproque 
des parois et des visceres cessant avec la vie. Toutes les autopsies ne donnent cepen 
dant pas tort a Petit; certains epancbements peuvent etre circonscrits, et certaines 
proprietes de 1 enveloppe peritoneale de la paroi et des visceres, les feuillets epi- 
ploiques flottant dans 1 abdomen, preparent et assurent a certains epancbements 
intra-abdominaux une limitation, un enkystement salutaire. Ces conditions, 
bien mises en lumiere par la chirurgie de notre siecle, reposent en grande 
partie sur la facilite avec laquelle s agglutinent, puis secretent les surfaces se- 
reuses ; elles ont ete etudiees avec la pbysiologie pathologique des plaies de 1 ab 
domen. 

Mais si le fait invoque par Petit, si les pbenomenes que nous venons d indiquer 
peuvent avoir une influence reelle qui permette de comprendre que des epanchements. 
puissent rester limites au voisinage de leur source et dans un point relativementpeu 



ABDOMEN (EPANCHEMENTS). 

etendu de la cavite periloneale, il ne faut pas perdre de vue que la nature du liquidc 
epanche, les conditions dans lesquelles il est verse, influent au premier chef pour 
permettre ou empecher cette limitation si desirable ; et que, contre les conditions 
;uixquellesnous laisons allusion, les proprietes defensives devolues a la cavite ahdo- 
minale sontle plussouveut illusoires. Nous devrons done tenircompte de la quantite 
du liquide epanche et de sa nature, si nous voulons nous rendre compte des fails 
multiples que nous offre la clinique ; ne pas oublier qu un liquide abondamnient 
verse oheit aux lois de la pesanteur, deplace et refoule les visceres qui souvenl le 
surnagent, lorsque leur pesanteur specifique est moins considerable et leur mobi- 
lite sullisante; qu im liqnide spontanement coagulable comme le sang, lentement 
ct peu abondamnient verse, pourra, dans quelques cas former foyer a peu de dis 
tance du vaisseau lese et rester limite ; qu un liquide tel que les matieres fecales, 
1 urine et la bile, dont la reaction sur le peritoine est tres-violente, ne pourra pro- 
voquerune secretion utilement adhesive que s il est verse en tres-minime quantite, 
Minis qu il arrivera a produire le plus souvent, sous 1 influence d uneviolente irrita 
tion, des secretions qui ajoutcront leurs proiiuits a ceuxqui deja constituent la ma- 
line primitive de 1 epanchement. 

Chacun deces fails trouve sa justification dans 1 etude de la pathologic generale 
de 1 abdomen et dans celle des fails particuliers que nous abordons actuellement. 

Nous diviserons les epanchements de cause traumatique en epanchements pri 
mitifs et en epanchements consecutifs. 

Les epanchements primitifs comprennent : les epanchements de sang, les epan 
chements de matieres gazeuses et liquides contenues dans les difierents reservoirs 
loges dans 1 abclomen ou dans des cavites accidentelles (Abces, Kystes). 

Les epanchements consecutifs, ceux qui sont dus a la secretion morbide provo- 
i|itee par la presence des matieres nuisibles primitivement versees, ou par le fait de 
( inflammation provoquee par le traumatisme (Serosite, Pus). 

Les epanchements peuvent sieger dans le peritoine ou en debors de sa cavite, 
Miais les premiers seulsdoivent etre eiudies dans eel article general; 1 bistoire p.ir- 
ticuliere de ceux qui dependent de lesions d organes situes en dehors du peritoine 
seront plus utilement etudies avec la pathologic de ces organes. 

A. Epanchements primitifs. \ Epanchements de sang. Causes. Les plaies 
des vaisseaux arteriels meme foil delies, comme les divisions des mesenteriques, les 
plaies des veines, les plaies des visceres et en particulier celles de la rate et du foie, 
telles sont les sources babituelles de 1 epanchemenl de sang dans I abdomen. 11 
n est pas inutile de rappeler que le vaisseau lose peut apparlenir aux parois a!:do- 
miiiales, les blessures de fepigastrique, par exemple, ont souvent etc la cause 
d epanchements de sang dans I abdomen ; mais pour que I epanchement puisse se 
I aire, il faut, d une part, que la plaie soil penetrante, et, d autre part, que le like 
ecoulement ne soil pas assure au dehors par une disposition particuliere. 

Anatomic et physiologic patJwlogique.Le sang epanche dans le peritoine semble 
se comporter comme dans le tissu cellulaire, c est-a-dire se coaguler, puis se resor- 
ber quand il ne subil pas, sous 1 influence de I inflammation, quelque transforma 
tion facheuse. Gependant, la comme dans les aulres cavites seieuses el dans le 
tissu cellulaire lui-meme, les epanchements se comportent irregulierement. 11 est 
des cas ou la coagulation est retardee sans qu il soil bien possible d en apprecier 
la raison ; toujours est-il qu il reste acquis que le sang verse dans le sac sereux peri 
toneal semble soumis aux memes conditions qui regissent sa coagulation lorsqu il 
s epanche dans les tissus. 



ABDOMEN (F.PANCHEMENTS). 169 

Son absorption est egalement demontree : Pelletau (Ciin. chir., t. 11, p. 102 
10S et 112) a rapporte trois cas d epanchement de sang dans le peritoine ou la 
realite de I absorption ne pent guere etre mise en doute. L un datait seulement de 
quinze jours et provenait d une rupture du foie, dans le second la contusion remon- 
tuit a sept mois, dans le troisieme le blesse avait survccu \ingt-deux ans. Dans le 
premier cas, il avait quatre a cinq oncesde sang coagule, dissemine, adherent, par 
dessiccation, aux endroits ouilyen avait le moins. Chose remarquable, ces caillots 
desseches furent retrouves dans les deux autres autopsies. Si 1 absorption est assu- 
ree, elle semble du moins lente et imparfaite, et Ton est d autant plus dispose a 
1 admettre pour la cavite peritoneale qu il en est ainsi dans les autres sereuses. 
On se rend compte de cette difficult de 1 absorption par 1 ohstacle absolu qu ap- 
porte a la transsudation au dehors la membrane sereuse, comme on le voit dans un 
fait remarquable indique par Chaussier (tiecueil de Mem. de med. legate, p. 440) 
ct comme 1 a demontre Malgaigne (Anat. chir., 2 e edit., p. 515). 

Nous n avons rien de particulier a noter relativement aux phenomenes qui signa- 
lent les modifications du caillot sous 1 influence de 1 inflammation. Imliquons seule 
ment la tolerance du peritoine pour le sang epanche dont temoignent un grand 
nombre de faits, et en particulier la premiere observation de Pelletan quc nous 
ritions tout a 1 heure. L epanchement n avait occasionne aucune irritation, et le pe 
ritoine ne presentait aucune trace d inflammation. 

Quelles sont maintenant les conditions particulieres qui influent sur la disposition 
et les rapports qu affectent dans 1 abdomen les epanchements sanguins ? 

]1 est tout d abord facile de mettre horsde cause les epanchements dont la source 
estabonctante; ces epanchements sont essentiellement difl us, et, s il est vrai qu il 
restesouventune continuite etablie entre le point d ou le sang s echappe etceux ou 
ilsercpand, les ramifications de 1 epanchement qui partent de cette espece detronc 
gagnent les parties les plus declives et dans dee directions trop variables pour qu il 
soit utile de cbercher a s en rendre compte. 

Les epancbements pen abondants sont d ailleurs les seuls quiinteressent le chirur- 
gienau point de vue special, ou Petit le fils a place la question. 11 est tout d abord 
incontestable quel epanchement peuts etre collecte dans un point tres-eloigne de sa 
source. Un garde mobile se precipite par une fenetre et meurt le quatriemc jour. On 
trouve un epanchement de 200 a 250 grammes au-devant de la vessie. La source de 
cet epanchement etait dans le foie qui presentait deux dechirures a la partie supe- 
rieure de son grand lo\je (Bulletin de la Soc. anat., t. XXIli, p. 195). 11 est non 
moins etabli que lorsq\i un epanchement circonscrit est rencontre dans 1 abdomen, 
on trouve en meme temps d autres foyers secondaires irregulierement dissemiiu s. 
Dans le fait de Pelletan tout a 1 heure invoque, nous lisons : A 1 ouverture du corps, 
nous trouvames un epanchement sanguin qui avait lieu generalement, mais qui 
couvrait particulier ement la region du ccecnm et la portion droite du colon. Les 
faits nombreux consignes par M. Velpeau dans son remarquable article (Diction//., 
de med., 2 e edit., t. I, p. 190) temoignent tons dans le meme sens, qu il s agisse 
des experiences par lui pratiquees sur des chiens, du resultat de ses autopsies ou 
des faits empruntes aux auteurs, et parmi ces derniers il faut noter ceux de Petit 
hii-meme. 

De tels faits suffisent pour renverser la theorie formulee par Petit; mais s il n est 
pas demontrable qu une collection sanguine se forme la meme ou le sang est verse 
et s y maintienne grace au soutien des parois et des visceres, il ne ressort pas 
moins de 1 etude des faits que lorsqu un ecoulement peu considerable de sang se 



ABDOMEN (EPANCIIEMENTS). 

fait dans 1 abdomen, le sang epanche tend a se reunir, non en un foyer unique, 
mais en un foyer principal, et que ce foyer est souvent a peu de distance de la 
source qui 1 a fourni. 

Ola tcndrait a donner gain de cause a la theorie subsidiairement proposes par 
Garengeot (Mem. sur les epanchements) s il ne se fut agi pour ce chirurgien de 
prevoir d a] ires la structure et 1 arrangement des parties ou se collectait le sang 
epanche, beaucoup plutot que de prouver, que la collection ne se faisait pas la ou 
Petit pretendait la circonscrire. Pour Garengeot, la pression reciproque conduisait 
les matieres epanchees la ou les parois de 1 abdomen olfraient le moins de resis 
tance ; il ne restuit plus qu a determiner ces points : c est ce qu il chercha a faire ; 
mais, quoique plus pres de la verite, il n arrivera pas a une demonstration moins 
inattaquable que celle de Ptlit, 

C est en definitive, ainsi que coaclut M. Velpeau, dans le bassin, ou vers 
les cotes du venire, que le sang epanche se colleclionne ; s il n obeit pas d une 
maniere absolue aux lois de la pesanteur, on volt qn il est bien pres de les subir. 
C est dour dans la moitii inferieure de 1 abdonien, vers les fosses iliaques ou dans 
le petit hassin, que la collection principale devra etre le plus souvent recherchee, 
et lorsqu il 1 aura reconnue, le cbirurgien restera prevenu qu au niveau de la plaie 
et dans (Irs points divers de 1 abdomen, des epanchements moindres peuvent exis- 
ter. 11 ne devra jamais oublier, d ailleurs, que des sieges insolites ont pu etre ob 
serves; qu un epanchement a pu sc loger sous la face inferieure du foie, dans 
1 arriere-cavite des epiploons, etc. 

Nous avons du trailer cetle question avec quelque detail, beaucoup moins en 
vue de son importance pratique, beaucoup amoindrie par la conduile snivie par les 
chirurgiens modernes, qu en raison de la faveur dont a joui la doctrine de Petit et 
des refutations remarquablcs qui deja lui ont ete adressees. II nous reste encore a 
nous renseigner sur quelques points de 1 histoire de I epanchement circonscrit. 

L epanchement sanguin circonscrit peut etre contenu, soil entre la paroi abdo- 
rninale et les visceres , comme il arrive vers les flancs ou les fosses iliaques, et 
meme a 1 hypogastre et a la region ombilicale lorsqu il est considerable; I epiplooii 
peut, dans d autres circonstances, s interposer entre les parois de 1 abdomcn et le 
foyer sanguin; eniln, si 1 epanchement est profondement situe dans le pelit bassin, 
pai exemple, les visceres Je separent de la main de 1 explorat.eur. II est plus facile 
de prevoir que de decrire les arrangements que peuvent aflecter entre eux la masse 
sanguine et les visceres; nous n y insisterons pas. 

La coagulation d une part, les parois ct les visceres de 1 abdomen d autre part, 
tels sont done les elements provisoires de la circonscription de I epanchement de 
sang. II est a presumer qu une limitation deiinitive, un enkystement, n est pas le 
lait babituel ; telle est du moins 1 impression que nous ont fournie les fails. 

Deux phenomenes principanx, avons-nous dit, peuvent en effet se produire dans 
la cavite peritoncale au contact d un corps etranger : 1 agglutination simple des sur 
faces sereuses sans inflammation ou 1 agglutination par secretion pseudo-membra- 
neuse, toujours inflammatoire. C est dans ce dernier cas seulement que 1 enkyste- 
ment peut se produire par la fausse membrane qui se produit aux limites de 
1 epanchement. 

L absorption peut egalement s exercer sur le caillot seulement contenu entre les 
visceres agglutincs ou sur celui qu enveloppe une fausse membrane. Rappelons 
qu elle est lente dans tous les cas, sans pouvoir etablir cependant autrement que 
par analogic sa lenteur plus grande encore dans le cas d enkystement. 



ABDOMEN (fiPAKCHEMENTS). 

Des modifications pathologiques dues a 1 inflammation peuvent etre imprimees 
dans les deux cas a 1 epanchement de sang. La couche interne du kyste, de meme 
que le peritoine, peuvent, sous 1 influence d une inflammation plus vive, secreter 
des liquides non coagulables qui se melangent au caillot, lequel s aUerelui-meme, 
etledisposer a subir une serie de transformations facheuses que nous n avons pas a 
decrire ici, mais qui aboutissent latalement a rendre impossible son absorption et a 
necessiter son evacuation artificielle a 1 exterieur. 

La nature a quelquefois fait les frais de 1 expulsion au dehors ; 1 epanchement 
communique alors par ulceration avec 1 intestin on un des visceres creux contenus 
dans 1 abdomen. M. Fourcada, cite par M. Velpeau, a rapporte un fait tres-remar- 
quable d evacuation d un epanchement sanguin a travors I estomac. 

Symptomes et Diagnostic. Les symptomes sont primitifs ; ce sont ceux de 1 he- 
morrhagie, auxquels il faut ajouter ceux que produit, mecaniquement pour ainsi 
dire, 1 epanchement de sang qui ecarte les visceres abdominaux, les refoule et les 
comprime ; ils sont consecutifs ; ce sont ceux que determine le sejour anormal du 
corps etrangcr dans la cavite peritoneale. 

Nous n insisterons pas sur les phenomenes de I hemorrhagie (voy. ce mot) : la 
paleur, la faiblesse du pouls, les syncopes sont les principaux. Nous devons cepen- 
dant mcttre en garde contre les symptomes d un ecoulement sanguin lentement 
produit. Nous ;ivons etc temoin d un cas de ce genre, ou 1 epanchement ne fut re- 
connu qu a 1 autoj sie; il s agissait dela bles ure d une des ramifications terminates 
de 1 artere m&enterique par un coup de baionnette. 

A la petifesse du pouls, a la paleur, a 1 alteration des traits, il se joint en effet. 
un ballonnement, un etat douloureux du ventre, qui est du, plus encore, a la cause 
productrice de repanchement qu a 1 epanchement lui-meme ; il s y joint des envies 
de vomir, d uriner, un sentiment de pesanteur sur le ibndement ou dans 1 hypo- 
gastre, de I etouffement. On comprend que lorsque les phenomenes de 1 hemorrhagie 
ne sont pas tres-prononces, lorsqu elle se fait lentement ou lorsqu elle est peu abon- 
dante, elle puisse etre meconnue. II ne peut, au contraire, y avoir aucune incertitude 
lorsqu a ces phenomenes generaux de 1 ecoulement de sang que nous venons de 
rappeler, se joignent ceux qui sont dus a son irruption dans la cavite peritoneale, 
et la percussion methodique de I 1 abdomen vient bientot d ailleurs demontrer la 
realite de 1 epanchement, et plus tard aider a en limiter le siege. L emploi de ce 
precieux moyen d investigation rend bien vaines les deductions a priori que Petit 
et Garengeot, et d autres chirurgiens a leur suite, ont cherche a lirer de la marche 
de 1 epanchement de sang dans 1 abdomen. 

Les symptomes consecutifs apparaissent seulement apres un certain nombre de 
jours. Lorsque 1 hemorrhagie s est suspendue, que le sang verse a pris sa place dans 
la cavite peritoneale, les symptomes du de"but disparaissent, il y a dans 1 etat du ma- 
lade un calme relatif quelquefois parfait. II est sou ven t assez grand pour que celui-ci 
se croie hors de cause et reclame, comme celui de Petit, une Iibert6 qui lui devient 
funeste. (Petit, loc. cit., 1" memoire, p. 24.) Dans ce cas, il nous semble evident 
que le malade succombe a une hemorrhagie secondaire. 

Mais ce n est pas en cela que consistent en general les accidents consecutifs. La 
tolerance de la membrane peritoneale cesse, le travail de resorption s arrete, et il s y 
substitue un travail morbide qui peut aboutir a la decomposition du caillot. Les ac 
cidents que provoque ce nouvel etat de choses apparaissent en general du huitiema 
au douzieme jour; quelquefois, mais plus rarement, le troisieme ou le quatrierne. 
Ge sont les phenomenes generaux qui se montrent d abord : le malade est pris de 



172 ABDOMEN (EPANCHEMENTS). 

frissons, de fievre, souvent, avec exacerbation le soir, les frissons se rSpetent sou- 
vent a intervallesirreguliers, et des sueurs souvent abondantes leur succedent. Des 
phenomenes locaux ne tardent pas a etre percus : la douleur se reveille, elle est plus 
ou moins etendue, mais a souvent son maximum en un point ou la matiteavait fait 
reconnaitre la masse principale de 1 epanchement. La matite ne tarde pas d ailleurs 
a etendre ses limites, la tension de la region augmente, la tumefaction se prononce, 
les parois s cedematient et la fluctuation fmit par s etablir. Si Ton ajoute a ce ta 
bleau les phenomenes sympathiques dus au voisinage de certains organes en contact 
avec I epanchement, et plus tard, 1 apparition de la diarrhee, 1 exasperation des 
phenomenes generaux, 1 on aura une idee de I ensemble des phenomenes qui an- 
nqncent et accompagnent la fonte purulente ou putride de la masse sanguine 
epancb.ee. 

Marche. Terminaisons. Pronostic. II n est pas possible d indiquer la duree de 
la marche de la maladie lorsque la resorption des caillots sanguias se poursuit sans 
trouble. 11 est dil licile d indiquer quels sont les cas qui permettent d esperer ces 
heureuses lenninaisons, mais ceux ou 1 epanchement est peu considerable mettent 
t videmmeiit le malade dans les meilleures conditions. Lorsque les phenomenes in- 
flammatoires se montrent, ils peuvent ne determiner qu une production plastique, 
ft la terminaison heureuse n est pas compromise ; mais lorsque la transformation 
du sang epanche a eu lieu, la terminaison lunette ne peut etre conjuree quepar 
I evacuation du foyer. Elle 1 a ete dans un certain nombre de cas, et ces fails doi- 
vent d autant alleger le pronostic, toujours serieux cependant, meme dans les cas 
d epanchement peu considerable, et toujours grave pour peu que les proportions 
de 1 epanchement soient notables. 

Traitement. Nous n insisterons pas sur la conduite a tenir dans les premiers 
moments qui suivent la blessure (Voy. la section relative auxPLAiEs DE L ABDOHEN); 
nous n avons a nous occuper que de 1 epauchement. 

Tous les moyens propres a moderer I hemorrhagie doivent etre mis en osuvre, 
ct en premiere ligne l immobilite absolue, la fermeture de la plaie exterieure, Tap- 
plication des refrigerants. Lorsque la source de I epanchement est tarie, le chirur- 
gien devra avoir en vue : 1 de favoriser la resorption du sang epanche; 2de 
s opposer a 1 apparition des phenomenes inflammatoires qui pourraient entraver la 
resorption et provoquer la transformation du caillot ; 5 de donner dans certains cas 
issue au sang epanche. 

L application des resolutifs, et en particulier des cataplasmes froids ou legere- 
ment tiedes, remplira la premiere indication. Larrey, M. Fourcade, M. Velpeau ont 
preconise 1 application des ventouses scarifiees. Ce moyen pourra, en effet, agir 
commeresolutifet comme preventif de rinflammation ; mais rien ne saurait dis 
penser le praticien d exiger de son malade le repos, rimmobilite la plus complete ; 
c est 1 assurer autant que possible centre les chances de 1 inflammation ou contre 
le retour de 1 hemorrhagie. L alimentation devra etre permise ; elle sera legere, 
quoique reparatrice, et de nature a laisser peu de residu, car 1 intestin doit aussi 
etre immobilise; on y parviendra a 1 aide de preparations opiacees. 

G est par l intelligent et le perseverant emploi de ces moyens que sera remplie 
la seconde indication. 

Quant a la troisieme, elle a ete reduite par la pratique des chirurgiens modernes 
a ses veritables limites. On voulait avant tout, au siecle dernier, donner issue au 
hquide epanche ; de la la grande preoccupation de son siege. On veut avant tout, 
aujourd hui, assurer sa resorption. Ce n est done que lorsque la tumeur, manifeste- 



ABDUMEJN (EPAJNCHEMEHTS). 173 

mentlimitee, augmente par la secretion de produits inflammatoires, se transforms et 
reagit sur 1 economie tout entiere, que se pose 1 indication de 1 evacuation de la 
matiere epanchee au dehors. 

Nous devons nous limiter et ne pas rapporter les faits heureux d ouverture spon- 
tanee, et ceux rion moiris probants d ouverture artificielle. Nous renvoyons done 
aux sources indiquees dansle corps de cet article ou a sa suite. Mais nousposons, 
avec les chirurgiensmodernes, le precepte de 1 incision du foyer, et nous donnons 
sans hesitation la preference a la large ouverture. M. Velpeau a heureusement reagi 
a cet egard sur la pratique, alors qu une crainte exageree de 1 aeces de 1 air 
conduisait les chirurgiens a faire une etroite ponction (Pelletan) ou une ouverture 
oblique quoique plus large (Larrey). Les observations de la chirurgie moderne sur 
le mode preferable d evacuation des foyers putrides ont amene a preferer , 
danstous les cas, une tres-large ouverture. II reste a choisir le moyen de dierese 
et le point ou 1 ouverture doit etre pratiquee. Quand on peut esperer avoir affaire 
a un foyer bien limite par des adherences, le bistouri devra etre employe ; on 
pourra, dans le cas coiitraire, recourir aux caustiques appliques d apres la mcthode 
de Recamier (Voy. FOIE (kystes hydatiques du). Quant au lieu d election pour 
1 ouverture, il est beaucoup plutot determine par le point le plus ramolli et le plus 
aminci du I oyer que par la neeessite d une ouverture dcclive. On sail, en effet, avec 
quelle facilite se vident les collections contenues dans 1 abdomen, et qu il n est pas 
sans interet de menager autant que possible la resistance de sa par tie sous-om- 
bilicale. 

2 U Epanchements de bile. Les plaies, les ruptures, les ulcer ations de la vesicule 
ou des canaux biliaires sont leg causes de 1 epanchement de bile dans 1 abdomen. 

Nous avoris vu a 1 article COINTUSIOINS DE L ABDOMEIN que la vesicule ou les con 
duits biliaires pouvaient etre roinpus sans que la paroi abdominale iut lesee; nous 
renvoyons a 1 article PLAIES DE L ABDOMEN et a 1* article BILIAIRES (Voies) pour tout 
ce qui est relatif aux plaies et aux autres lesions de la vesicule ou des canaux bi 
liaires pouvant entrainer 1 epanchement de bile. 

Anatomie et physiologie pathologiques . La position elevee des voies biliaires, 
lafluidite du liquide qu elles secretent, et en dernier lieu la continuite de cette se 
cretion, font que dans les cas de plaies ou de ruptures, la bile est immediatement 
repandue sur une grande partie de la masse intestinale. L epanchement est un peu 
moins rapide dans les cas ou 1 ouverture des voies biliaires succede a une lesion 
spontanee. Les autopsies ont demontre ces faits, et il est facile de conclureau dan 
ger considerable que fait courir aux malades un sembable accident, quandon met 
en regard 1 action irritante bien connue du fluide biliaire. Aussi constate-t-on les 
caracteres d une perilonite gfineralisee qui , dans certains cas, s est accompagnee 
d une abondante secretion de serosite. 

Symplomes. Mar die. Terminaisons. Unedouleur vive succede instantanement 
al epanchementdebile dans leperitoine ; elle a d abord son siege dans 1 hypochondre 
droit, mais s irradie avec la rapidite la plus grande dans tous les points de la cavitfe 
abdominale. L abdomen, d abord retracte, ne tarde pas a se tendre, 1 anxiete est 
plus grande encore que dans la peritonite ordinaire, mais tous les phenomenes de 
1 inflammation peritoneale la plus intense sont bientot etablis et ropidement suivis 
d -ane terminaison funeste. On a remarque, d apres M. Velpeau, qu elle n etait pas 
toujours generalisee, mais son intensite n en est pas moins considerable. La mort 
survient la plupart du temps du troisieme au septieme jour ; cependant, dans le cas 
de M. Campaignac, que nous avons cite en parlant de la rupture des voies biliaires, 



ABDOMEN (EPANCHEMENTS). 

le malade ne mourut que le dix-huitieme jour. La gu6rison a pu neanmoins etre 
observee, mais a peine en a-t-on compte deux exemples rapportes par M. Litlre dans 
1 article Biliaires (Voies),du Dictionn.de Med. 2 e edit. Ces cas appartiennenta Frank 
et a M. Fryer. Ce qu il y a de remarquable dans le dernier, c est la tres-grande quan 
tite de serosite secretee et retiree par la ponction . Si Ton rapproche ce fait heureux 
de 1 experience d Herlin (Exper. sur I ouverture de la vesicule du fiel, etc. In 
Journal demed., t. XXVII, p. 463.), qui, apres avoir ouvert la vesicule biliaire 
chez un chat, et en avoir fait tomber le contenu dans 1 abdomen, y pratiqua des 
injections d eau tiede pour etendre la bile et en affaiblir 1 action, vit 1 animal 
guerir en moins de quinze jours, sans autre accident qu un vomissement qui dura 
peu, on est tente de penser que cette abondante secretion de serosite a ete pour quel- 
que chose dans la gui rison si exceptionnelle du malade de Fryer. 

Traitement. La gravitd exceptionnelle de 1 epanchement de bile, encore accrue 
par le passage sans cesse renouvele d une nouvelle quantite de liquide biliaire dans 
I abdomen, a conduit Merlin et Campaignac a proposer d aller chercher la vesicule 
ct de tarir la source de 1 epanchement en liant le col de la vesicule ou en fermant 
siniplement la plaie par laquelle il est fourni. 

Herlin veut non-seulement que le col de la vesicule soit lie, mais que le corps 
de la vesicule soit excis ; il a, ainsi que Campaignac, appuye sa proposition 
d experiences sur les animaux; ces experiences ont ete suivies de succes. La certi 
tude de la mort prochaine et fatale justifie bien des hardiesses chirurgicales ; nous 
ne voudrions pas deconseiller une sembable operation, s il n etaita craindre que la 
quantite de bile deja versee alors que le chirurgien se mettrait en devoir de tarir 
la source de 1 epanchement, ne dut suftire et au dela pour amener a peu pres ine- 
vitablement les accidents que son operation aurait pour but de prevenir. 

3 Eptnchements d urine. Lesplaies, les ruptures spontanees ou traumatiques 
sont les causes qui amenent 1 epanchement d urine dans le peritoine. Nous renvoyons 
a ce que nous avons dit des ruptures traumatiques, a 1 article PLAIE DE L ABDOME.N 
et a 1 article VESSIE, pour 1 etude des plaies et ruptures spontanees. Citons, a 
1 exemple de M. Velpeau, lecasde Piccolomini, comme un exemple de lesion de 
1 urethre ayant determine un epanchement d urine dans le peritoine. 

Anatomie et physiologie pathologiques. Ce sont les plaies de la paroi posterieure 
qui amenent en general 1 epanchement intra-peritoneal ; 1 urine et une certaine 
quantite de sang s accumulent dans le petit bassin, determinant des phenomenes 
milammatoires qui bientot s irradient. Mais, vu sa position declive, 1 epanchement 
peut tendre a s isoler et a s enkyster ; il est douteux cependant que cet enkystement ait 
jamais ete accompli, la violence de I inflammation peritoneale etant poussee trop 
loin pour etre utilement adhesive. Le plus souvent, d ailleurs, il s etablit une ties- 
abondante secretion de serosite qui est limpide comme dans la peritonite simple. 

Symptomes. Marche. Terminaisons. L abdomen devient bientot tres-sensible, 
surtout dans la region hypogastrique, et plus particulierement quand onappuie au- 
dessus du pubis. Le pouls est petit, frequent, la peau froide ; il y a des nausees et 
des vomissements. Le malade se livre a de douloureux efforts pour uriner, mais il 
n expulse que de tres-petites quantites d urine melee de sang. Le catheterisme ne 
ramene non plus qu un peu de liquide teint de sang. La terminaison ordinaire est 
la mort, qui arrive dutroisiemeaudoiiziemejour. M. Laugier (Diet. deMed. en 50 vol., 
art. Vessie) considere avec raison cette terminaison comme la regie. M. Houel (loc. 
cit., p. 50) donne cependant deux cas de guerison, dont 1 un est incontestable. 
Nous pouvons en joindre un troisieme (Gaz. hebd., 1 862, p. 286.) . Mais cos excep- 



ABDOMEN (EPANCHEMENTS). 175 

tions adoucissent a peinela regie a peu pres fatalequi ressort de 1 ensemble des fails. 
Traitement. C est celte gravite meme qui a inspire dans deux cas la pensee 
d evacuer 1 urine cpanchee dans le peritoine. Dans les deux cas il y cut guerison ; 
nous y faisions allusion tout a 1 heure. Le premier appartient a M. Syme (the Lan 
cet, 1848, vol. I, p. 289), le deuxicme a M. Walter, de Pittsburg (Gaz. hebd., 
loc. cit. et Philadelphia Medical and Surgical Reporter and San Francisco 
Medical Press, fevrier 1862). Dans les deux cas, le chirurgien ouvrit I abdomen 
et 1 urine put etre expulsee; M. Walter eut le soin de porter une eponge dans le 
peritoine et de le bien nettoyer. La plaie de I abdomen fut suturce, mais la plaie 
de la vessie,deja reunie, livreea elle-meme. M. Velpeau avail deja conseille d a- 
grandir la plaie lorsqu il en existe une, d y placer une meche ou une canule, et, 
lorsque Ton est conduit a faire la paracentese dans le cas de secretion pcritoneale 
abondante, de 1 airc a travers la canule du trocart des injections d eau ticde. La 
gravite incontestee des epanchements d urine et le benefice eventuel que Ton peut 
obtenir en debarrassanl le pcritoine de 1 urine epanchee nous semblent justiiler la 
conduite du chirurgien anglais et du chirurgien americain ; 1 opportunite d une 
semblable operation devra etre, en pareilcas, inurement pesce par le praticien. II 
est utile d ojouter que le malade du doctcur Walter pril pendant les deux premiers 
jours un grain d opium chaque heure, et toutes les deux heures, le troisieme et le 
quatrieme. 

L usage de la sonde a demeure a ete conseille par quelques auteurs ; il a ete 
rejete par M. Laugier. Nous ne voyons cependant pas d inconvenient a son usage si 
elle est bien flexible et si Ton a soin de 1 empecher de s engorger. 

4 Epanchements dematieres aliment/tires, stercorales et gazeuses. La realitc 
des epanchements de lymphe a etc avec juste raison conteslee par M. Velpeau mal- 
gre les observations contenues dans les auleurs. Des causes trop nombreuses don- 
nent au contraire a tous les chirurgiens 1 occasion d ctudier I ^panchement dans le 
peritoine des matieres habituellcment contenues dans le tube digestif. Nous rappel- 
lerons seulement comme les principales les dechirures, les plaies, les perforations 
spontanees, et nous renverrons aux articles ou il est traite decessujets importants. 
Ce qui a ete dit a propos des plaies nous permettra de n indiquer que les fails 
principaux relatifs a I mteressante question de 1 anatomie et de la physiologic p.i tholo- 
giques. L etat de vacuite ou de plenitude de 1 iiitestin, la forme et 1 etendue de la 
plaie, la formation d adherences ou 1 interposition de feuillets epiplo iques jouenl, 
au point de vue des epanchements de cette nature, un role capital. Nous avons seu 
lement a rappeler ici que s ils sont ordinairement diffus par suite de la tres-violente 
inflammatiiilii qu ils determinent, ils provoquent en general d abondantes secretions 
pseudo-membraneuses, de telle sorte qu ils peuvent, dans certaines circonstances, 
rester circonscrits. C est ce que Ton observe, par exemple, a la suite de certaines 
perforations des plaies, de quelques hernies. L epanchement gazeux les accompagne 
dans certains cas, il n offre rien de particulier a considerer ; mais nous devons rap 
peler que M. Jobert a fail de 1 epanchement gazeux abondant un signe palhogno- 
monique des ruptures intestinales. 

N< us n avons rien a dire, eu egard a la marche et aux symptomes, qui n ait deja 
ete dit dans les articles precedents, et Ton trouvera tout ce qui est relatif au trai- 
temenl, soil a 1 article PLAIES DE L ABDOMEN, soil a propos de 1 etude des accidents 
herniaires. 

5 L epanchement de pus peut etre primitif, c esl-a-dire que le pus peut etre 
erse en nature dans le peritoiue a la suite de la rupture de quelque abces du voi- 



ABDOMEN (PERITONITE TRAUMATIQUE). 

sinage. Les exemples en sont trop multiplies pour qu il soil necessaire d en citer 
a cette place, 

Des tumeurs conteuant des liquides de diverses natures peuvent aussi se vider 
dans le peritoine, ainsi les kystes de 1 ovaire, ceux du foie, etc. Nous ne citons ici 
ces faits que pour memoire; ils sont inevitablement 1 occasion de peritonites ana 
logues a celles que provoquent les liquides irritants verses dans la cavite peritoneale. 

B. Epanchements consecutifs. Cesont des epanchements sereux ou purulents; 
ilscompliquentsouvent, ainsi que nous 1 avonsvu, les epanchements primitifsque 
nous avons etudies. Us sont le fait de la peritonite. Les epanchements sereux peu 
vent en particulier succeder aux epanchements de sang et donner lieu a une sorte 
d hydro-hematocele traumatique qui revet tous les caracteres de 1 ascite. On trouve 
daiis la clinique de Larrey deux observations de ce genre. F. Guvow. 

V. PERITONITE TRAUMATIQUE. Les inflammations chirurgicales de 1 abdomen, que 
nous aliens maintenant etudier, comprennent celles des parois et celles de la cavite. 
Celles des parois devront surtout nous occuper ; nous les etudierons dans 1 article 
suivantsous le litre de PHLEGMONS ET ABCES DES PAROIS DE L*AbDOMEN. Mais 1 inflam 
mation du peritoine complique trop habituellement le traumatisme de 1 abdomen 
pour que nous n ayons pas cru devoir rappeler en quelques mots les phenomenes 
principaux qu elle offre a considerer. Nous n avons pas, on le voit, [ intention de 
faire 1 histoire de la peritonite, que Ton trouvera a ce mot. 

La peritonite traumatique peut etre circonscrite ou diffuse. La peritonite cir- 
conscrite est plus ou moins limitee; on pourrait presque, vu 1 importance de ce 
fait, la distingueren deux varietes : circonscrite. limitee, circonscrite plus etendue. 

La peritouite circonsciiLe et limitee est presque toujours curative et peut, dans 
maintes circonstances, etre provoquee dans un but therapeutique. Localisee autour 
des levres d une plaie, elle en assure 1 adhesion, determinee soil par 1 acupunc 
ture (methode de Trousseau) , soit par 1 application des caustiques (methode de Re- 
camier), soil par 1 application de 1 enterotome (methode deDupuytren), elle assure, 
en provoquant des adherences protectrices, contre les epanchements qui pourraient 
se faire dans la cavite peritoneale. 

La peritonite, ainsi localisee, se produit et marche sans reaction generale, avec une 
tres-faible reaction locale et reste a I etat plastique. Les adherences ou adhesions 
qu elle determine persistent indefmiment ; les adherences sont cependant suscep- 
tibles de modifications, telles qu allongement, amincissement, sous 1 influence des 
mouvements des visceres abdominaux. Ces adherences peuvent d ailleurs naitre 
spontanement ; mais leur production, heureusement utilisee dans les cas auxquels 
nousfaisons allusion, peut devenir la source d accidents engenant lejeu regulier 
des organes, ou en offrant a 1 intestin un agent d etranglement, ainsi que nous le 
verrons a 1 arlicle ETRANGLEMENT INTERNE ou ILEUS. 

C est grace a cette legere peritonite traumatique que s etablit souvent 1 inoscu- 
lation temporaire ou definitive de deux organes revetus de peritoine, ou de 1 intestin 
hlesse et de la paroi abdominale divisee, et c est ainsi que 1 on peut expliquer la 
formation frequentedes fistules a 1 abdomen. Nous retrouverons a leur place 1 his- 
toire importante de ces diverses especes de fistules. 

La peritonite circonscrite, lorsqu elle est plus etendue, peut plus aisementfranchir 
les limites de 1 etat plastique; c est elle qui enkyste, par exemple, les epancbe- 
ments sanguins circonscrits, ou d autres produits solides ou liquides anormaleraent 
contenusdans la cavite peritoneale. Lorsqu elle reste a I etat plastique, elle consli- 



ABDOMEN (PHLKGMONS ET ABCES). 177 

tue encore, dans la majeure partie des cas, un bendfice considerable qui souvent pre 
pare la guerison. Elle peut s accompagner de quelques phenomenes locaux et gene- 
raux qu il est urgent de maintenir dans les limites d une inflammation moderee. 
C est dans ces cas que peuvent s etablir ces inflammations subaigues qui provo- 
queut la secretion plus ou moins abondante de serosite qui, selon les cas, sera 
contenue dans une poche limitee par de fausses membranes ou dans la cavite peri- 
toneale. Enh n, la peritonite traumatique est souvent diffuse. Dans ce cas, rien ne 
la distingue de la peritonite generalisee, a laquelle nous renvoyons. F. G. 

VI. PHLEGMONS ET ABCES DES PABOIS ABDOMINALES. Les divisions etablies en 
It te de cet article nous conduisent a ne nous occuper, dans ce paragraphe, que 
des phlegmons et abces des parois antero-laterales de 1 abdomen. Ceux des parois 
posterieures, auxquels se rattachent principalement le psoitis et les abces des fosses 
iliaques, seront etudies, on doit se le rappeler, au mot (LIAQUE. 

Les inflammations et les suppurations du tissu cellulaire sous-cutane et de la 
peau n empruntent rien de special a la region. Nous ne decrirons que celles qui 
se developpent dans 1 epaisseur de la couche musculaire ou dans le tissu cellulaire 
sous-peritoneal. 

Cette variete des phlegmons et abces de la paroi abdominale anteYieure peut 
etre designee sous le nom de profonde, par opposition aux phlegmasies superfi- 
cielles que nous passons sous silence. II est d ailleurs difficile en pratique de 
bien distinguer toujours si le point de depart du phlegmon prolond est dans la 
couche musculaire ou dans la couche sous-peri toneale, de telle sorte que la dis 
tinction etablie en principe par les auteurs n est pas toujours maintenue dans la 
description. 

Les phlegmons et abces de la paroi abdominale anterieure ont ete beaucoup 
moins etudies que ceux de la paroi poster ieure. Les phlegmons et abces de la 
paroi abdominale anterieure sont d ailleurs rarement observes, ils sont beaucoup 
moins frequents que ceux de la paroi posterieure. 

Les causes qui leur donnent naissance sont variables. Sous un premier chef, nous 
trouvons des causes externes, telles que des contusions plus ou moins violentes, des 
plaies, des frictions irritantes. Mais le plus ordinairement, c est une allection 
ayant son siege dans la cavite abdominale, qui joue le role sinon de cause effi- 
ciente, au moins de cause predisposante. Ainsi, Dance avail deja note 1 influence 
des purgatifs drastiques ; M. Bernutz, dans un memoire que nous aurons 1 occa- 
sion de citer, insiste sur 1 influence des affections intestinales, et de celles dont 
1 influence retentit principalement dans la cavite abdominale. L etat puerperal a 
ete indique, et plusieurs des observations que nous avons consultees avaient ete 
prises sur des sujets recemment atteints ou encore sous le coup de la fievre ty- 
pho ide. Des lesions plus graves du tube digestif, des perforations, par exemple, 
ont ete aussi 1 occasion d abces de la paroi anterieure de 1 abdomen. Enfin il nous 
a semble que les tumeurs intra-abdominales etaient assez souvent 1 occasion d in- 
flammations phlegmoneuses des parois abdominales. La presence des masses can- 
ccreuses de 1 epiploon est notee dans plusieurs observations ; on sait que ces pro 
ductions ne sont pas rares chez les vieillards ; nous avons eu 1 occasion d observer, 
a la Salpetriere, deux vastes abces sous-peritoneaux evidemment determines par la 
presence de masses cancereuses developpees au contact de la paroi anterieure. La 
guerison de 1 abces i ut d ailleurs obtenue dans les deux cas. Les corps etrangers 
contenus dans lesorganes abdoniiuaux peuvent en etre rapproches, ainsi les calcuis 

Did. ENC. 1 12 



178 ABDOMEN (PHLEGMONS ET 

de la vesicule biliaire, les calculs du rein, voire meme les vers lombrics. Les phleg 
mons de la paroi anterieure de 1 abdomen peuvent encore naitre a la suite de lesions 
eloignees; ainsi, de phlegmons du ligament large, d abces peri-nephretiques, etc. 
Enfin, la cause est souvent difficile a apprecier ; Ton a accuse alors les refroidis- 
sements ou toute autre cause, sur la valeur desquelles il est bien difficile de se 
prononcer. 

Le siege des phlegmons et abces de la paroi antero-laterale de 1 abdomen est 
variable et ses differentes zones ou regions peuvent etre indifferemment atteii 
Cependant, la region ombilicale et la region hypogastrique semblent etre celles ou 
ils se developpent le plus volon tiers. Une assez grande etendue de la paroi est or- 
dinairement envahie ; il est cependant ordinaire de voir ces phlegmons et abces 
relativement circonscrits ; dans quelques cas, cependant, la diffusion s opere et la 
paroi abdominale, sillonnee de fusees purulentes, peut etre envahie dans une tres- 
grande partie de son etendue. 

Symptomes, marche, terminaisons. Au debut, les phlegmons de la paroi 
abdominale anterieure sont accompagnes de phenomenes generaux et locaux dont 
1 intensite a frappe tous les observateurs. 

Un malaise tres-pro nonce, leplus souvent memeun frisson intense, sont le pre 
mier signal de ces phlegmasies. La fievre s allume, et bientot la douleur qui se 
manifesto vers un des points de 1 abdomen attire vers cette region 1 attention du 
chirurgien. La douleur est vive, elle augmente considerablement dans 1 inspira- 
tion, la toux, le redressement du tronc et le moindre effort. Le malade, pour se 
soulager, prend des positions bizarres. L intensite de la manifestation douloureuse 
est non-seulement un caractere habituel dans ces phlegmasies ; mais ce qui sem- 
ble leur appartenir encore, ce sont les irradiations souvent etendues de la douleur. 
Elle s eteud, en effet, avecrapidite et se generalise, non-seulernent dans toute 
1 etendue des parois, mais quelquefois aussi dans toute la cavite abdominale. II 
est cependant des cas ou la douleur reste localisee, et il nous semble bien resulter 
des fails que, dans la plupart des cas, la localisation aexiste au debut, etqu alors 
meme que la douleur a pris toute 1 extension dont nous parlions tout a 1 heure, il y a 
toujours un point ou la pression et les mouvements la reveillent plus surement, et 
d ou partent comme d un centre ces douloureuses irradiations. 

Cette grande intensite de la douleur a non-seulement ete constatee par les pa- 
thologistes, mais a provoque des explications que nous ne ferons que reproduce 
sans les discuter. II nous semble rationnel, en efiet, d accepter que la resistance 
qu opposent au developpement de la tumeur pblegmoneuse les diiferents plans 
musculaires et aponevrotiques qui les separent de la peau, la presence des filets 
nerveux qui perforentla paroi abdominale pour aller s epanouiralapeau, puissent 
aider a se rendre compte de la vivacite des phenomenes douloureux provoques 
par 1 etat phlegmoneux des parois de 1 abdomen. Le voisinoge de la grande se- 
reuse peritoneale peut aussi , a notre avis, etre invoquee, meme en 1 absence de 
propagation de rinflammation. 

Quoi qu il en soit, la tumefaction va se montrer. Elle doit etre recherchee avec 
le plus grand soin ; mais ici plusieurs conditions existent qui peuvent rendre la 
recherche difficile ; 1 intensite de la douleur, la tension et la retraction des parois 
de 1 abdomen, enfin leur epaisseur. Si le phlegmon nait dans le tissu cellulaire 
sous-peritoneal, il a plus de tendance, nous le verrons, ase developper du cote de 
la cavite abdominale qu a 1 interieur ; aussi se pasre-t-il plusieurs jours avant que 
le retentissement iuilainmatoire ait suffisamment agi sur les couches sus-jaceutes, 



f 



ABDOMEN (PHLEGMONS ET ABCES). 179 

pour que la tumefaction devienne evidente. Elle se manifeste alors par des carac- 
teres bien connus, parmi lesquels nous rappellerons surtout I oedeme et la rougeur. 
Mais alors meme la tumeur est en general peu elevee au-dessus de la peau, et la 
fluctuation, lorsque la suppuration est etablie, peu apparente et circonscrite. Ainsi, 
dans leur premiere periode, les tumeurs phlegmoneuses de la paroi abdominale 
anterieure sont difficiles a bien reconnaitre, a bien apprecier; nous avons insiste 
pour que, si le praticien croit pouvoir soupc,onner pareille affection, il ne neglige 
aucune des recherches, aucun des signes qui peuvent lui permettre d en constater 
1 existence. Sans doute, dans les cas ou l inflammation profonde de la paroi abdo 
minale s etablira apres un traumatisme ou primitivement dans la couche muscu- 
leuse, les difficultes que nous signalons serontmoindres, mais les phlegmons spon- 
tanes et primitivement sous-peiitoneaux semblent incontestablement etre les plus 
frequemment observes. 

Des phenomenes sympathiques se joignent d ailleurs a ceux que nous venons 
d etudier. Des le principe, le malade est fatigue par des nausees opiniatres, elles 
sont le prelude de vomissements bilieux simples ou de matieres ingerees. D apres 
M. Bernutz, ces vomissements manquent rarement de se produire ; peu nombreux 
en general, ils peuvent cependant devenir si frequents que la moindre gorgee de 
liquide suffise pour les rappeler. Ils sont de courte durce, quelle que soit leur fre 
quence, et cessent au bout de peude jours pour ne plus se reproduire. Au debut, 
existent aussi d assez vives coliques et une constipation assez opiniatre, qui cedent 
egalement au bout de quelques jours. 

Les symptomes que nous etudions appartiennent en effet a 1 etat phlegmoneux ; 
un amendement notable succede aux phenomenes purement inflammatoires du 
debut, alors meme que va se produire une collection purulente. Nous n avons ici 
rien de particulier a ajouter a ce qui a ete dit a 1 article ABCES ; nous remarque- 
rons seulement qu a ce moment 1 exploration est rendue plus facile par la diminu 
tion de la douleur et 1 accroissement de la tumefaction. 

La suppuration peut ne pas se produire, et si la resolution doit etre obtenue, les 
symptomes generaux et locaux s amendent jusqu a la guerison sans revetir de 
nouveaux caracteres. La resolution frariche est certainement exceptionnelle, mais ne 
paraitpas impossible. Chez un malade observe dans le service deM. Velpeau (Gaz. 
me d., 1833, p. 702. Compte renduclinique),et quifut traite d un phlegmon de la 
paroi abdominale termine par la suppuration, il y avait eu, une annee auparavant, 
une tumefaction phlegmoneuse de la meme region, terminee par resolution. 
M. Bernutz declare, au contraire, ne pas avoir observe la resolution, et Ton pour- 
rait soupgonner qu elle a peut-etre ete incomplete dans le cas que nous citons, si 
un laps de temps aussi long ne s etait ecoule. 

11 n y a pas de desaccord, d ailleurs, parmi les auteurs pour admettre la termi- 
naison par induration. L observation premiere du memoire de M. Bernutz en offre 
un exemple. Dans ces cas, la resolution n est que secondaire; elle peu se faire at- 
tendre plusieurs mois, et le malade est sous le coup d une nouvelle poussee inflam- 
matoire aigue tant qu elle n est pas parfaite. La connaissance de ces faits est 
importante au point de vue pratique, et autorisera a user largement, au debut, des 
antiphlogistiques pour peu que la constitution du sujet le permette. 

Nous n insisterons pas, a propos de la suppuration, sur les phenomenes locaux 
et generaux qui 1 accompagnent ; mais il est plusieurs particularites relatives a ce 
mode de terminaison qui doivent attirer notre attention . 

La collection purulente se developpe surtout vers l abdomen, et la fluctuation 



180 ABDOMEN (PHLEGMONS ET ABCS). 

meme, a une pSriode avancee, reste obscure et circonscrite. Aussi, lors de 1 ouveiv 
lure du foyer, sera-t-on surpris de la quantite relativement considerable de pus 
evacue. On a meme pu se demander, dans certains cas, si Ton avail affaire a un 
abces parietal ou a une collection purulente intra-abflominale. (Journal de chirur- 
pie de Malgaigne, t. Ill, p. 252; De laMotte, Traite de chir., 1. 1, p. 205. 
52 e Ob.) 

On se rendra aisemenf, compte de ces particularity en se rappelant que lorsque 
le pus envabit le tissu cellulaire sous-p6ritoneal, il peut le decoller dans une grande 
ctendue, le relbuler vers la cavite abdominale et se creer ainsi un vaste foyer. 
Une semblable tendance devrait faire craindre 1 ouverture presque iatale de 1 ab- 
ces dans la cavite de 1 abdomen ; il n en est rien cependant. Le plus ordinai- 
rement le peritoine resiste, double qu il est d adherences rapidement formees et 
soutenu par les visceres intra-abdominaux. Boyer, Dance ont insiste avec raison 
sur cette explication, et M. Vclpeau attribue la plus grande part a la pression que 
les intestins exercent constamment sur les parois du foyer. 

Le peritoine ne resiste pas toujours cependant ; la collection purulente peut, 
sans leperforer, s etendre et devenir diffuse ; elle peut aussi s ouvrir dans la cavite 
de 1 abdomen. 

Les exemples de diffusion considerable sont assez rares. La paroi abdominale 
tout entiere a pu etre envabie (Fabrice de Hilden, centurie I re , obs. 54). Dans ce 
cus, 1 ouverture fut spontanee et se fit a I exteriuur, etla gucrison eut lieumalgre 
une facheuse temporisation. La diffusion peut etre plus considerable encore : chez 
une femme morte quelque temps apres I accouchement, un abces, rempli d un 
pus epais, jaune verdatre, etait situe entre le peritoine en avriere, les ligaments 
des muscles transverses, et le muscle droit du cote gaucbe en avant ; il s etendait 
depuis la deuxieme intersection superieure de ce muscle jusqu a 1 os pubis. Plus 
etendu au niveau de 1 ombilic, il se portait transversalement dans 1 epaisseur des 
muscles transverses jusqu au rein gauche, ou il presentait deux sinus : 1 un, plus 
court, mais plus large, ne depassaitpasles vaisseaux emulgents ; 1 autre, au contraire, 
periorant les muscles longs du dos et sacro-lombaires, remontait jusqu a la dou- 
zieme vertebre dorsale, qui etait le point le plus eleve de la collection purulente. 
Celle-ci, dans la region anterieure interposee au peritoine et au muscle droit du cote 
gauche, avail en descendant detruit 1 insertion de ce muscle a 1 os sacre; puis, pas 
sant au-dessous de 1 obturateur externe, se portait dans 1 epaisseur des muscles cru- 
raux pour arriver jusqu au cote interne du genou. La le pus, s introduisant sous la 
peau par un pertuis du iascia lata, venait former une collection qui s etendait en 
avant jusqu au-dessous du genou. (H. H. etGeorg. Lud. Notnagel, in Disput. medic. 
deHaller, t. Ill, p. 516.) 

Ces abces , veritables phlegmons diffus, ne s observent guere que chez les nou- 
velles accouchees. Un fait important, observe chez un artilleur de vingt ans, par 
le docteur Petithan, prouve que 1 bomme n en est pas exempt; les desordres 
etaient aussi etendus que dans le lait precedent (Archiv. beiges demed. milit., 
oct. J859, et Ga%. hebd., 1860, p. 188). Au milieu dc tons ces desordres, 1 ab- 
sence a peu pres complete de peritonite est notee par 1 auteur. 

Bien que de semblables faits fassent exception, des fusees purulentes conside 
rables peuvent, on le voit, se produire, soil que le pus chemine sous le peritoine, 
soil qu il chemine a travers les plans musculaires que souvent il desorganise, et a 
travers lesquels il passe sans suivre unemarchedeterminee. 

Lorsque 1 ouverture se fait vers la cavite de 1 abdomen, le pus peut tomber duns 



ABDOMEN (PHLEGMONS ET ABO*;S). 

le peritoine ou dans undes visceres creux contenus dans 1 abdomen. L ouveriui o 
dans 1 intestin parait etre tres-rare. Dans un cas du a Tre court, un abces de la re 
gion ombilicale s ouvrit dans 1 intestin ; il y eut une fistule stercorale qui guerit 
rapidement (M&m. de chir., obs. XIV, p. 151 .) L ouverture dans la vessiea etc plus 
souvent observee. 

Dans son Anatomic chirurgicale (2 e edit., t. H, p. 57), M. Velpeau en cite 
deux cas par lui observes. II s agissait d abces developpes dans la region hypogas- 
trique. M. Sainz-Blasquez a cite un cas analogue; la malade guerit; il s agissait 
egalemant d un abces de 1 hypogastrc (Gaz. med., 1848, p. 55). Les abces de 
1 hypogastre peuvcnt egalement se faire jour dans la cavite abdominale a travers 
une perforation du peritoine. Dans un travail destine a reproduire les idees de 
Retzius sur 1 anatomie de la region hypogastrique, M. C. Paul donne trois obser 
vations d abces developpes dans cette region, termines par 1 ouverture dans le 
peritoine. (Bulletin dela Soc. ami., 1862, 2- ser.,t. VII, p. 318.) 

La perforation du peritoine a d ailleurs ete maintes fois observee dans d autres 
regions ; nous ne citerons comme fait particulier que la VIII 6 observation du me- 
moire de M. Bernutz. Malgre 1 ouverture spontanee dans la cavite de 1 abdomen, 
la guerison fut cependant obtenue. 

L ouverture a travers la peau est la plus heureuse des terminaisons spontane es ; 
elle a ete plusieurs fois observee, et presque toujours 1 ouverture s est faite au ni- 
veaude 1 ombilic. Le decollement etendu du peritoine, ou les fusses dans les cou 
ches musculaiies, la possibilite de 1 ouverture dans 1 abdomen, ne permettent ce 
pendant pas aucbirurgien d attendre cette terminaison. 

L etendue du loyer constitue d ailleurs une veritable complication. L evacuation 
du pus, bien que favorisee par la pression des visceres abdominaux, se fait tou- 
jours incompletement lorsque 1 abces est volumineux, et sur tout lorsqu il est an- 
iructueux. Tous les pbenomenes de la resorption putride peuvent alors se montrer, 
et des decollements plus ou moins ctendus longtemps persister. Plusieurs mois se 
passent, dans bien des circonstances, avant que la cicatrisation soil definitivement 
obtenue. Un trajet fistuleux pent meme persister, et cbacun sait. que Boyer crut 
devoir conseiller une grossesse pour amener le recoil em ent definitif d un trajet fis 
tuleux semblable. La compression, exercee de dedans en dehors, provoqua le re- 
collement definitif des parois du foyer. 

L etendue du loyer et la quantite du pus ne sont pas les seules particularites 
que les pathologistes aient eu a consigner. Certaines de ces collections offrent, au 
moment ou elles sont ouvertes, une fetidite remarquable. Cette fetidite, souvent 
analogue a celle des matieres fecales, peut revetir d autres caracteres, tels que 
1 odeur alliacee, aigre, etc. Quoi qu il en soit, il a ete parfaitement etabli par Dance 
et M. Velpeau (Voy. Dance, Diet, en 30 vol., t. I", p. 215; Archiv. gen. de 
med., t. XXX, p. 146; Lemons din. de Velpeau, t. Ill, p. 379; Gaz. med., 
1835, p. 702), que la fetidite etaitdue au voisinage de la cavite de 1 abdomen, et 
qu il ne lallait en aucune fac,on 1 attribuer a une communication accidentelle 
avec 1 intestin. II faut d autant mieux etre edifie sur ce fait, que la disposi 
tion du foyer permet facilement Tentree de Fair atmospberique, et que, sous 
1 infiuence des manoeuvres exercees pour evacuer le foyer, 1 air expulse a tra 
vers 1 ouverture pourrait laisser croire a la presence de gaz venus du tube 
digestif. 

Diagnostic. Les reactions vives, les phenomenes sympatlnques que determinent 
les phlegmons de 1 abdomen a leur debut, la lenteur avec laquelle se developpent 



182 ABDOMEN (PHLEGMONS ET ABcfes). 

vers 1 exterieur les caracteres propres du phlegmon et de 1 abces lorsque 1 inflam- 
mation a primitivement son siege dans le tissu cellulaire sous-peritoneal, peuvent 
rendre le diagnostic fort embarrassant. 

M. Brichcteau nous a laisse 1 histoire d un cas de phlegmon de la paroi abdo- 

minale, que Marjolin et lui considererent jusqu au dernier moment comme line 

peritonite (Arch. gen. de med., 3 e ser., t. VI, p. 455). C est en effet avec les 

inflammations de 1 intestin ou du peritoine que peuvent etre confondus les phleg- 

mons de la paroi anterieure de 1 abdomen. 

Neanmoins, il est des signes propres a 1 enterite et a la peritonite qui peuvent 
mettre sur la voie ; ainsi, dans 1 enterite, les coliques si violentes, accompagnees 
de distension de 1 intestin se dessinanfc a travers la paroi, et bientotles evacuations 
particulieres qu elle entraine. Dans la peritonite, en dehors meme de 1 examen 
local qui offre des differences, telles que le ballonnement du ventre au lieu de sa 
retraction, la diffusion plus grande de la douleur, 1 etat general si particulierement 
grave doit surtout empecher la confusion. 

Lorsque la tumefaction se prononce, 1 erreur n est plus possible, etl on n eprouve 
en general aucun embarras a la distinguer d autres tumefactions douloureuses de 
I abJomen. Ainsi, des hernies irreductibles, graisseuses ou epiploiques, enflammees, 
pourraient, surtout dans la region ombilicale, etre confondues avec un phlegmon 
de la paroi abdominale. Mais la forme de la tumeur hermaire, un certain degre 
de mobilite des teguments, permettent bientot de voir qu elles ne font pas corps 
avec la paroi de 1 abdomen comme le gateau phlegmoneux, qui succede a son in- 
llammation. Les symptomes generaux graves n apparaissent d ailleurs que secon- 
dairement dans les hernies dont nous parlons, c est primitivement qu on les ob 
serve dans les phlegmons, ils decroissent ensuite. Des collections bien limiteesdans 
la region hypogastrique ont pu simuler la vessiedistendue, le catheterisme a bien 
tot leve toute possibilite d erreur. Enfm, lorsque la collection est considerable, on 
est reste dans le doute, et Ton s est demande si le pus avait ete secrete dans la 
cavite abdominale ou dans 1 epaisseur de ses parois. Cctte erreur n est possible, on 
le concoit, que dans les cas bien exceptionnels d extreme distension de la paroi 
de 1 abdomen. Elle est favorisee par 1 exploratiou avec la sonde, qui se perd a une 
profondeur considerable dans le foyer. Cependant la marche de la maladie, 1 in- 
duration peripherique faisant corps avec la paroi abdominale, la position reci- 
proque des intestins et du liquide, toujours difierents quand le liquide est libre 
dans la cavite de 1 abdomen ou quand il est enkyste, devront aider a resoudre la 
question. 

Pronostic. Les accidents primitifs et consecutifs, alors meme que leur marche 
est naturelle, les decollements etendus, la possibilite de 1 ouverture dans le peri 
toine ou dans les visceres, la difficulte du diagnostic, rendent toujours grave le 
pronostic des abces de la paroi anterieure de 1 abdomen. 

Traitement. L incertitude meme du diagnostic dans la premiere periode doit 
engager a employer un traitement antiphlogistique rigoureux, a moins de contre- 
indications speciales. Les sangsues, les cataplasmes simples ou laudanises, les onc- 
tions mercurielles simples ou belladonees seront largement employees. La con 
stipation devra etre combattue ; le calomel nous semble particulierement indique 
et devra etre administre a doses fractionnees, jusqu a ce qu un effet purgatif et 
antiphlogistique ait ete obtenu. On emploiera contre les vomissements les boissons 
gazeuses, la glace, etc. Le repos abolu et la diete seront presents. 

Lorsque apparait I empatement de la paroi abdominale, a moins que les pheno- 



ABDOMEN (TUJJEURS ENKYSTEES). i83 

menes generaux qui annoncent la suppuration ne soient manifestes, tout espoir 
d arriver a entraver la formation du pus ne peut etre perdu. L application de lar- 
ges vesicatoires, selon la methode de M. Velpeau, remplira un double but. Elle 
amenera, si faire se peut, la resolution, ou activera la formation du pus si la ter- 
minaison par suppuration ne peut etre evitee. Dans cette periode, des aliments, des 
toniqnes doivent deja etre prescrits. 

Enfm, des que la suppuration est prevue, la recherche de la fluctuation devra 
devenir la principale preoccupation du chirurgien. II importe, en effet, d ouvrir des 
qu on la percoit, car, alors deja, 1 abcesest volumineux. Si une plaie existait ante- 
rieurement, on n attendrait meme pas, pour debrider, que la suppuration fut eta- 
Hie ; c est dans la periode phlegmoneuse que le bistouri agrandirait et rdgulari- 
serait la plaie. L ouverture doit etre pratiquee longitndinalement, sur le point le 
plus fluctuant; elle doit etre aussi peu etendueque possible, afin de menager la 
resistance de la paroi abdominale. A moins que la collection ne soit considerable, 
une ouverture assez etroite est suffisante pour assurer le complet e coulnnent. 
Elle doit etre soigneusement entretenue, les tubes flexibles, et en particulier ceux 
que M. Chassaignac designe sous le nom de drains, seront utilises avec avantage. 
Des injections detersives sont souvent utiles ; elles seront faites a travers ces tubes. 
Des contre-ouvertures peuvent etre rendues necessaires ; le chirurgien sera tou- 
jours guide par les indications particulieres resultant de la stagnation du pus ou 
de 1 existence des fusees purulentes. 

Le manuel operatoire est tres-simple : lorsque la fluctuation est manifesto, on 
peut hardiment ouvrir par ponction. Lorsque 1 cedeme seul guide le chirurgien 
vers la collection purulente, il est plus prudent d agir en divisant les tissus couche 
parcouche. 

Des pansements metbodiques , la compression des injections modificatrices, 
telles que les injections d eau iodee ou de teinture d iode, pourront devenir 
necessaires pour achever le recollement. Pendant toute la periode qui s etend de 
1 evacuation du foyer a la cicatrisation, le malade devra etre largement alimentfi 
et soumis aux preparations toniques. F. GUYON. 

VII. TUMEURS ENKYSTEES DES PAROis DE L ABDOMEN. Certaines tumeurs enkystees 
peuvent egalement se developper dans les parois abdominales et dans d autres re 
gions ; elles ne donnent done lieu a aucune indication spt ciale. Ainsi les kystes 
sebaces, ou des tumeurs accidentellement enkystees, telles que des collections de 
sang ou de pus. II existe, au contraire, une variete de kystes, dont les observateurs 
ont fait une maladie a part qui emprunte a la region toute sa physionomie; on 1 a 
decrite sous le nom d hydropisie enkysteedu peritoine. Ce sont les seules tumeurs 
enkystees que nous ayons a etudier dans cet article. 

On donne le nom d hydropisie enkystee du peritoine a une collection sereuse 
qui se foime entre le peritoine et les muscles abdominaux et peut devenir 
enorme. Nous empruntons cette definition a Boy er; elle exprime, en effet, 1 opinion 
que se sont faite de cette maladie les auteurs qui en ont traite. 

C est dans la paroi anterieure que Ton a presque exclusivement observe 1 hy- 
dropisie enkysteedu peritoine. Une observation remarquable, publiee par M. Bor- 
net (Bullet, de la Soc. anat. , 19 e annee, p. 283), demontre cependant que sous le 
peritoine de la paroi posterieure peuvent se former des collections de meme 
espece. 

Morgagni (De Sed. et causis morbor. Epist. XXXVIII.) a le premie* 1 decrit cette 



184 ABDOMEN (TUMEITRS ENKYSTEES). 

singuliere affection, deja connue cependant sous le nom meme qui lui a ete" con 
serve. Get auteur nous apprend, en effet, que des 1 annee 1651, Tulpius la de- 
signe sous le nom nouveau d hydropisie du peritoine. Morgagni n accorde cepen 
dant pas la priorite a TuJpius, mais a Acholzius, qui proceda, en 1581, a !a 
dissection d une femme hydropique, chez laquelle I epanchement fut rencontre, 
non dans la cavite abdominale, mais entre le peritoine et les teguments. La 
description de Morgagni a depuis servi de texte aux articles ecrits sur ce sujet ; 
Boyer, en particulier, y consacre dans son ouvrage un long chapitre. Le celebre 
chirurgien ne donne cependant aucun fait nouveau, et 1 observation moderne 
est restee tellement pauvre a ce sujet, que la realite de cette affection a ete mise 
en doute. II n en est pas meme fait mention dans 1 ouvrage classique deM. le pro 
fesseur Nelaton. 

Nous avons cru cependant devoir resumer ici les descriptions principal es faites 
depuis Morgagni. Bien que nous pensions que les observations actuellement exis- 
tantes suffisent a baser une conviction et a faire admettre 1 existence de 1 hy- 
dropisie enkystee du peritoine, nous devons tout d abord reconnaitre que ce sujet 
appelle de nouvelles recherches. 

Anatomie pathologique. C est dans le tissu cellulaire sous-peritoneal que 
semble devoir etre place le siege le plus ordinaire de la collection liquide. A de- 
faut d observation bien concluante pour la paroi anterieure, nous citerons le seul 
cas a nous connu d hydropisie enkystee de la paroi posterieure. La maniere dont 
1 aulopsie fut conduite ne peut laisser de doutes. Superieurement, la tumeur sou- 
levait le foie et la region epigastrique ; inferieurement, elle etait en rapport avec 
la partie inferieure du colon ascendant et la masse intestinale refoulee en bas. A 
droite, elle envabissait le flanc droit, mais s arretait a gauche au niveau de la co- 
lonne vertebrale et du muscle psoas. En arriere, elle etait en rapport immediat 
avec les muscles de la paroi abdominale posterieure, et en avant recouverte dans 
toute son etendue par le peritoine. Le kyste contenait une grande quantite de se- 
rosite; sa cavite formaitdeux loges inegales, mais communiqnant largement, 1 une 
inferieure, 1 autre superieure. Les parois, beaucoup plus epaisses en arriere qu en 
avant, attestaient un travail inflammatoire recent. Le kyste, pris a 1 ouverture du 
ventre pour un kyste du rein, ne communiquait ni avec le rein ni avec le bassinet 
et 1 uretere. 

Nous ne trouvons pas, a beaucoup pres, de details aussi precis dans les observa 
tions anciennes ; mais la question de siege a cependant ete etudiee, et si les uns 
ont, en effet, indique comme siege le tissu cellulaire sous-peritoneal, d autres ont 
voulu que la collection liquide se fut formee dans 1 epaisseur des parois de 1 ab- 
domen ; d autres, enfin, dans 1 epaisseur meme du peritoine. A proprement parler, 
la denomination d hydropisie enkystee du peritoine ne conviendrait qu a ces der- 
niers cas; mais elle a ete etendue a toutes les collections liquides enkystces des parois 
del abdomen. Rien n empeche d admettre que des collections liquides puissent s e- 
tablir dans 1 epaisseur meme des parois de 1 abdomen, et 1 anatomie pathologique 
rend egalement compte des pretendus dedoublements des sereuses invoquespour 
expliquer la presence de collections liquides semblant formees dans leur epais- 
seur ; mais la maniere dont sont relates lesfaitsa 1 appui dans la question qui nous 
occupe ne permettent pas de verifier la valeur de leur interpretation. Dans les 
bulletins de la Societe anatomique, nous trouvons, sous le litre d Hydropisie en- 
kystee du peritoine (Bullet. Soc. anat., 27 e annee, p. 20), un cas de kyste 
mtra-abdominal qui nous semble devoir etre distingue de 1 affection que nous 



ABDOMEN (TUMEURS ENKYSTES). 185 

Studious. Un kyste sereux tres-volumineux occupait 1 hypogastre, et, libre de toute 
connexion avec les organes de 1 abdomen, etait seulement accole a une pavtie du 
colon et de 1 S iliaque et au peritoine parietal, dont il pouvait facilement etre 
decolle. Les details de 1 observation ne sont pas suffisants pour ne pas permettre 
de penser que ce kyste s etait developpe dans lYpiploon. Quoi qu il en soit, 
1 adberence d un kyste evidemment intra-abdominal, avec la paroi, ne nous parait 
pas sufiire pour permettre de le ranger au nombre de ces collections dont le carac- 
tere pathognomonique est, en definitive : de faire corps avec la paroi abdomi- 
nale et d etre complement separees de la cavite du ventre par le peritoine 
parietal. G est a ce caractere, en ei fet, que ces collections dites enkystees du 
peritoine empruntent toute leur physionomie anatomique et clinique. 

Le volume que peuvent acquerir les bydropisies enkystees du peritoine est con 
siderable. Elles peuvent envahir toute 1 etendue de la paroi abdominale, etre uni 
ques ou multiples. 

II est rare que le liquide conlenu soit franchement sereux ; souvent il est trou 
ble, visqueux, et en quelque sorte gelatineux ; le plus ordinairement, selon Boyer, 
ilestepais, brunatre ou noiratre, sanguinolent ou puriforme, semblable a de la 
gelee, a de la lie de vin, etc. ; quelquefois il est sans odeur, d autres ibis il en 
exhale une tres-felide. Dans I observation de M. Cbantourelle (Archiv. gen. de 
med., l re serie, t. XXVII, p. 212) le liquide ctait inodore, transparent, limpide 
et d une belle couleur citron; il s cn ecoula environ deux livres. Dans I observa 
tion de Mediavia, rapportee par Morgagni, il s ecbappa une grande quantite d eau 
(elide que le peritoine separait du ventre. Dans Foliservalion d Acbolzius, le li 
quide etait tres-abondant, trouble, semblable a de 1 eau de lessive. 

II nous resterait a etudier les parois du kysle; mais il ne semble pas, sauf dans 
des kystes particuliers que nous signalerons tout a 1 heure, que ces collections fus- 
seat contenues dans une poche bien distincte. Cesont les muscles en avant, le peri 
toine en arviere, qui limiteraient I epanchement. Le kyste etant ouvert, dit Boyer, 
et le liquide qu il contient etant ccoule, oncroirait, au premier coup d ceil, que la 
cavite que 1 on aperQoit est celle du bas-ventre ; mais comme aucun des vi sec-res que 
cette cavite renferme ne se montre a decouvert, on est bientot convaincu du 
cotitraire. Pour penetrer dans le ventre, il laulfendrele fond du kyste, c est-a-dire 
le peritoine ; on arrive alors veritablement dans la cavite abdominale, qui est con- 
siderablement retrecie. Les visceres peuvent etre, en ei fet, rofoules ou comprimes. 
Dans I observation deja citee de M. Bornet, la veine cave etait aplatie dans plu- 
sieurs centimetres de son etendue. 

Dans la cavite abdominale ou faisant corps avec le peritoine, on a plusieurs fois 
rencontre des tumeurs secondaires, soit solides comme dans I observation de Chan- 
tourelle et dans 1 un des faits rapportes par Morgagni ; soit liquides, mais a parois fort 
epaisses, comme dans le fait de Mediavia. Quel est le role qu il faut attribuer aces 
lesions concomit antes? II est vraiment difticile de le determiner d apres les faits 
connus; mais ces lesions nous engagent encore a reserver a d aulres ol servaleurs 
le soin d elucider les points obscurs de 1 histoirede 1 afiection que nous decrivons. 

Dans la plupart des-cas, on a trouve les muscles abdominaux amincis, disten- 
dus et altercs dans leur structure ; ils servaient en avant de paroi a la pocbe, de la 
meme facon que le peritoine en arriere. Enfin, une observation de Degner (Act. 
nov. curios, naturse, t. V, obs. 2) ne peut laisser de doute sur le developpement 
de kystes hydatiques dans la paroi abdominale. Ne connaissant que ce seul fait, nous 
le rapprocbons de ceux que nous venons d etudier. 



186 ABDOMEN (TUMEURS ENKYSTEES). 

Une boulangere, agee de cinquante et quelques annees, grasse, bien portante, 
mere de plusieurs enfants, avail senti, douze ans auparavant, dans 1 aine droite, 
une tumeur a peine grosse comme un pois et a peine douloureuse. Au bout de 
deux ans, la tumeur avail acquis, par des progres insensibles, la grosseur d un 
ceuf de poule. A cette epoque, Degner jugea a propos de n y rien faire. La malade 
supportait la gene et la douleur causees par cette tumeur avec patience et se li- 
vrait aux soins de son menage. La tumeur acquit cependant un tel volume qu elle 
avail deux Iravers de main en longueur et trois en epaisseur ; bientot elle couvrit 
les organes genitaux et la partie superieure des cuisses et genait la malade pour 
marcher, s asseoir ou rester deboul. Vers la fin de la douzieme annee, la partie 
inferieure de la tumeur s enflamma, s ouvrit et laissa echapper une enorme quan- 
l.itr d un liquide dair. Apres la sortie de ce liquide, une membrane blanche pen- 
dait par la plaie. Apres un examen attentif, Degner ayant reconnu que ce n etait 
pas une anse intestinale, saisit cette membrane et, s apercevant qu elle suivait la 
main, il 1 attira, ct vit avec surprise que c etait un sac membraneux de 1 epais- 
seur du petit doigt, semblable a une vessie de bauf, et n ayant d ouverture qu a 
1 endroit de la rupture. La cavite qu occupait le kyste aurait facilement loge la 
tete d un homme ; cependant les parois de cette large excavation revinrent sur 
elles-memes et la malade guerit. 

Etiologie. Cette affection a ete presque exclusivement rencontree chez la 
femme ; deux observations seulement ont ete faites sur 1 homme. On a cherche la 
raison de cette predisposition dans les pressions et les distensions que subit la paroi 
abdominale chez la femme. Morgagni accuse le corset et insiste pour demontrer 
la valeur de son opinion. Cependant, c est surtout de trente a cinquante ans que 
cette affection a ete rencontree, alors que les exces du corset sont en general fort 
eloignes ; mais c est aussi chez des femmes ayant eu beaucoup d enfants. Cette 
cause paraitrait done plus reelle; cependant il faut ajouter que Ton a vu attemtes 
des femmes qui n avaient pas eu d enfants, et meme des jeunes filles. Souvent des 
coups ont precede ledeveloppement de ces tumeurs; mais bien qu une hematocele 
puisse, ou le congoit, en etre le point de depart, cette circonstance n a ete notee, 
comme il arrive si habituellement, qu a titre d etiologie banale, 

Symptomes, marche, terminaisons. L hydropisie enkystee du peritoine com 
mence, dans un point quelconque de 1 abdomen, par une tumeur, une sorte d en 
gorgement circonscrit, elastique, sans changement de couleur a la peau, peu dou 
loureux, faisant corps avec la paroi abdominale. Cette tumeur augmente lente- 
ment et va gagnant de proche en proche; elle met souvent plusieurs annees pour 
acquerir un volume considerable, mais pent alors envahir tout ou partie dela paroi 
abdominale. La marche de 1 affection peut cependant etre plusaigue; 1 observation 
de M. Bornet semble bien prouver que la partie superieure et la plus considerable 
de la tumeur avail pris, dans les vingt derniers jours de la vie de la malade, un 
accroissement Ires-rapide. 

A mesure que s accroit la lumeur, la flucluatioa devienl plus manifesto, mais 
elle peut resler partielle et etre assez longtemps obscure. La deformation du venire 
augmente, et de meme que dans 1 ascite , 1 ombilic devient protuberant, ce qui 
excile 1 etonnement de Morgagni. 

Jusqu a ce moment les malades ont conserve leur sante; quelques femmes 
croient elre enceinles ; trompees par le ballottement du liquide, elles croient sentir 
remuer. Mais lorsque s etablissent les phenomenes de compression sur les visceres 
de 1 abdomen, des troubles generaux surviennent par suite de la compression des 



ATJlBOMEN (TDMBURS ENKYST&ES). 187 

visceres eux-memes et de la gene apporlee a la circulation abdomiiuile. L ascite, 
I ffideme des membres inferieurs, des troubles digestifs, des vomissements, et au 
milieu de tout cet ebranlement, de la fievre, viennent aggraver 1 etat des malades 
et preparer la terrainaison par la mort. Elle peut arriver par suite de 1 epuisement 
des malades ou de 1 inflammation du kyste, qui vient s ajouter a toutes ces graves 
complications. La mort peut aussi survenir a la suite de 1 ouverture de la collec 
tion liquide dans 1 abdomen. Cette rupture, observee par Tulpius, 1 a ete egale- 
raenl par Tavernier, clont Ledran (06s. de chinirg., n 45, t. II, p. 78; in-12) a 
rapporte 1 observation. Chantourelle 1 a vue survenir comme Ledran, apres 1 ou- 
verture du kyste, sous 1 influence de la vive inflammation determinee par 1 opera- 
tion. 

Diagnostic. Le diagnostic sera facile dans la periode moyenne de 1 evolution de 
ces tumeurs, alorsque deja on peut percevoir nettement la iluctuation, circonsciire 
latumeur, la mouvoir transversalement, engager les doigts par derriere; en un 
mot, la bien isoler des visceres abdominaux et bien etablir ses relations avec la 
paroi abdominale. Une reserve doit etre cependant faite pourcellesde la paroi pos- 
terieure; dans le seul cas connu, le diagnostic ne put etre fait ; il est aise de com- 
prendre combien 1 erreur peut etre facile en pareil cas. Au debut, et lorsque la 
tumeur a pris un grand accroissement, de grandes difficultes de diagnostic peu- 
vent au contraire se presenter. 

Au debut, en effet, la tumeur n est pas encore caracterisee, la fluctuation est 
difficile a reconnaitre, un diagnostic par exclusion pourrait tout au plus etre 
porte, mais il sera plus sage de s en remettre a 1 observation ulterieure pour se 
prononcer. 

Plus tard, il s agit de distinguer 1 hydropisie enkystee du peritoine de 1 ascite et 
des tumeurs enkystees intra-peritoneales, des kystes de 1 ovaire en particulier. Le 
commemoratif peut etre ici de la plus grande utilite . On sail que le liquide de 1 ascite 
libre dans la e.vite de 1 abdomen la remplit en s accumulant d abord clans les points 
les plus declives ; que toujours 1 intestin flotte a sa surface et ie surnage, et qu il 
est rare que sa sonorite ne le revele, lorsque Ton percute au-dessus de la ligne 
de matite de 1 epanchement. Pour 1 hydropisie enkystee , on sera renseigne 
dans un sens absolument contraire : 1 apparition d une tumeur dans un point 
quelconque, son developpement par envahissement peripherique de la paroi pour- 
raient suffire pour la differencier. Les commemoratifs font d aillenrs constater, 
contrairement a ce qui arrive dans 1 ascite, la lenteur du developpement, la con 
servation de la bonne sante. Enfin, si Ton n a pas ete a meme d etre renseigne ou 
de suivre le developpement de la tumeur, on peut tirer parti des signes suivants : 
la forme du ventre plus etalee, porte plus en dehors que dans 1 ascite; la possi- 
bilite de sentir a la peripherie une limite qui ne peut se retrouver dans 1 ascite, 
la matite uniforms dans 1 hydropisie enkystee, et 1 existence encore possible de 
regions sonores au-dessus de la ligne de matite, meme dans 1 ascite tres-avancee ; 
tels sont les signes differentiels que Ton peut invoquer ; mais la difficulte pourra 
etre d autant plus grande qu avec le developpement exagere du kyste surviennent, 
on le sait, des symptomes generaux. D apres M. Chassaignac (Des Turn, enkyst. de 
1 abdomen. p. 63), Recamier a conseille de faire fortement deprimer par un 
aide, avec le bord cubital des deux mains, la ligne mediane du ventre, et de 
chercher la fluctuation d un cote a 1 autre. Elle se produirait s il s agit d une 
ascfie, elle ne serait pas percue s il s agissaitd un kyste. 

Le commemoratif peut etre utilise pour distinguer 1 hydropisie enkystee du pe- 



*88 ABDOMEN (TUMEURS ENKYSTEES). 

ritoine des kystes de 1 ovaire, mais il faut en distraire ce qui a trait a h lenteur 
du developpement, a la conservation de la sante. 

La difliculte pourrait done etre tres-grande si Ton avait affaire a un kyste de 
1 ovaire distendant toute la cavite abdominale, et sur le developpement duquel on 
n eut ancun renseignement. Cepondant, nous ne connaissons pas d erreur de dia 
gnostic, si ce n est peut-etre la suivante. Chez une temme de soixante-huit ans, 
M. Coulson pratique la ponction d une tumeur prise pour un kyste de 1 ovaire. La 
blessure ne guerit pas; saillie rouge mamelonnev du volume d une couronne 
(crown piece); sept mois apres, douleur au niveau de la plaie, issue de matieres 
fecales; mort un mois plus tard. A 1 autopsie, on trouve dans la paroi abdominale 
un kyste capable de contenir une grosse orange, et situe a 1 ouverture interne de 
de la ponction abdominale. II etait double d une membrane molle et soutenue exte- 
riourement par un tissu dense. Une portion de 1 ileon adherait au kyste, s etait ul- 
ceree et ouverte dans sa cavite. 

T);uis 1 ovaire droit etait un kyste du volume d un petit osuf, le gaucbe etait sain. 
L auteur suppose qu une tumeur s esfc developpee dans la paroi abdominale sous 
1 influence de la piqure du trocart ; malgre le peu de details fournis par 1 obser- 
vation, n est-il pas permis de supposer qu il s agissait d une tumeur enkjstee des 
parois de 1 abdomen? 

Dans tous les cas, la ponction pourrait, en dernier ressort, eclairer le chirur- 
gim et lui iaireaisementreconnaitre le siege de la collection qu il aurait evacuee. 

Pronostic. Le pronostic des tumeurs enkyslees du peritoine ne pourrait etre 
favorable qu autant que la maladie reconnue a temps pourrait etre utilement 
traitee. Dans les observations connues, malgre quelques terminaisons favorables, 
des accidents graves, et meme la mort, ont suivi 1 ouverture spontanee ou arti- 
ficielle de ces collections. Abandonnees a elles-memes ou operees tardivement, les 
hydropisies enkystees du peritoine constituent done une affection grave. L incerti- 
tude du diagnostic et 1 impossibilite de prevoir, dans bien des cas, s il existe dans 
1 abdomen d autres tumeurs, ajoutenta la gravite et aux reserves du pronostic. 

Traitement. La ponction simple , 1 ouverture avec le bistouri ou les causti- 
qvies, 1 emploi de la canule a demeure et les injections detersives ont ete conseil- 
les. Ce sont done, sauf 1 incision, les moyens habituellement mis en usage centre 
les kystes de 1 abdomen qui ont ete proposes. La ponction simple suivie d injection 
iodee n a pas ete mise en usage ; c est cependant a cette methode qu il semblerait 
convenabJe de recourir si lapoche n ctait pas tres-etendue. Dans lecas de Ledran, 
la ponction simple put etre employee a plusieurs reprises et soulageait momenta- 
in ment le malade sans provoquer d accidents v Elle fut suivie des accidents les plus 
graves dans le cas de Chantourelle, mais 1 opcration fut tardivement faite et dans 
les plus mauvaises conditions. La ponction simple ne peut d ailleurs etre utilisee 
qu a titre de palliatif. Boyer conseille de preference 1 ouverture avec les causti- 
ques, il conseille d appliquer la potasse caustique au sommet de la tumeur et 
de renouveler la cauterisation a la chute de 1 eschare jusqu a ce que 1 on ait pe- 
netre dans le kyste. Ge precede, analogue a celui que Recamier devait proposer 
pour les kystes du foie, nous parait, en effet, preferable aux ponctions suivies 
d injection, et meme a la canule a demeure, toutes les fois que le kyste est 
volumineux. L ecoulement du liquide sera favorise avec le plus grand soin, et de 
frequents lavages pratiques avecl eau iodee ou tout autre liquide approprie. F.G. 

YIII TUMEURS GRAISSEUSES DES PAHOIS DB L ABDOMEN. Trois varietes de tumeurs 



ABDOMEN (CORPS ETRANGERS). 189 

peuvent etre decrites sous ce titre : ce sont les lipomes, les hernies graisseuses et 
la surcharge graisseuse des parois abdominales. 

Les lipomes, qui peuvent se developper dans les parois de 1 abdomen, comrne 
dans toute autre region, ne presentent rien de particulier a signaler. Nous reriver- 
rons done au mot LIPOME, ou 1 histoire generate de cette espece de tumeur sera 
faite. Cependant nous signalerohs ici un cas fort curieux de lipome sous-peritoneal 
observe parM. Broca, et presentepar ce chirurgien a la Societe anatomique (Bullet. 
1850, t. 25, p. 157). Cette tumeur fut trouvee chez un \ieillard qui rnourut 
apres des vomissements opiniatres et qui n allait a la selle qu avco difficulte. 
Elle occupait la losse iliaque gauche, remplissait la moitie inferieure de 1 abdomen 
etrefoulait enhaut les anses intestinales. Cette tumeur, manilestement developpee 
dans le tissu cellulaire sous-peritoneal, etait recouverte, dans les 4/5 e au moins 
de son elendue, par le peritoine et par \ S iliaque deployee. Elle offrait tous les 
caracteres du lipome. Nous ne connaissons pas d autre exemple de tumeurs grais 
seuses ainsi developpees sous le peritoine, mais ce fait meritait de fixer 1 attention. 

Les hernies graisseuses sont, au contraire, assez frequentes et men tent d etre 
etudiees dans tous leurs details. C est au mot HERNIE que cette etude trouvera 
natnrellement sa place. 

Quant a la surcharge graisseuse des parois de 1 abdomen , elle constitue une 
dii lbrmite qu il ne faut pas confondre avec la surcharge generate des sujets obeses 
iii avec 1 eventration. Nous avons, pour noire part, plusieurs Ibis eu 1 occasion de 
1 observer a la consultation deshernieux, au Bureau central. Elle siege dans le tissu 
cellulaire sous-cutane de la moitie inferieure de 1 abdomen, et elle peut prendre 
un assez grand developpement pour que la peau de rabdomen en trainee retombe 
sur les cuisses. On la distingue aisement de 1 eventration par la presence du plan 
resistant etcomplet fourni par les muscles abdominaux. II est facile defaire glisser 
surce plan toute la masse graisseuse. II en etait ainsi chez une femme de soixante- 
huit ans dont nous avons conserve 1 observation. Cette femme etait d un moyen 
embonpoint, et avait eu douze enl ants. La peau de 1 abdomen etait fortcment 
eraillee; la malade declarait n etre pas gcnee par cette infirmile, qui datait deja 
de dix-huit anuces. Cette femme se presentait a la consultation pour une hernie 
orabilicale de moyen volume. Nous lui conseillames de porter, independamment 
de son bandage ombilical, une ceinture en coutil. F. G. 

IX. CORPS STRANGERS DE L ABDOMEN. On trouve quelquefois dans la cavite abdomi- 
nale des corps arrondis, fibroides, tout a fait libres ou encore attaches par quelque 
pedicule mince a la sereuse peritoneale. Ces corps, qui ressemblent aux corps 
etrangers des articulations, seront ctudies plus tard, et ce n est pas d eux dont il 
doit etre question dans cet article. Nous voulons seulement parler ici des corps 
etrangers venusdu dehorsa la suite de quelque traumatisme. 

Les plaies de 1 abdomen sont parfois compliquees de la presence de ces corps 
etrangers, qui peuvent rester dans les parois du ventre, ou bien penetrer soit dans 
la cavite abdominale, soit clans les intestins. Quel que soit leur siege, ils sont sou- 
vent la cause d une inflammation plus ou moins vive qui a pour consequences 
une suppuration abondante et meme la gangrene. Cette suppuration peut, dans 
les cas les plusfavorables, entrainer les corps etrangers au dehors, comme nous en 
citerons plus loin un exemple , mais quelquefois le corps etranger reste soit dans 
les parois, soit dans la cavite abdominale sans causer de suppuration ;ilse forme la 
une sorte de d exsudat plastique qui 1 entouie. Cet exsudat, lorsque le corps 



190 ABDOMEN (CORPS ETRANGERS). 

etranger a perfore les intestins, est meme parfois assez compacts pour empe- 
cher les matieres intestinales de s epancher dans le ventre. Un fait rapporte par 
Erichsen (Medico-Chirurgical Transactions, vol. XXXIX, p. 15) est a cet egard 
des plus instructifs. Une femme de vingt-huit ans, surprise par quelqu un qui en- 
trait dans sa chambre au moment ou elle s inti oduisait dans le vagin un pinceau 
en bois de cedre, s assit pour dissimuler 1 acte auquel elle se livrait, ct latige de 
bois fut poussee brusquement a travers la paroi posterieure du vagin dans la cavite 
peritoneale. Les intestins furent sans doute perfores la dans deux de leurs anses, 
comme le demonlra plus tard 1 autopsie ; malgre cela, il ne se fit aucun epanche- 
ment dans le ventre. Un exsudat plastique agglutina les anses intestinales les unes 
centre les autres autour du corps etranger qui les perforait et etait situe dans une 
position telle qu une de ses extremites repondait a la concavite du sacrum, et que 
1 autre, dirigee en haut et en avant, etait pergue a travers la paroi abdominale, 
entre 1 ombilic et le ligament de Poupart, presque sous la peau. 

Cet enkystement longtenaps prolonge des corps elrangers ne s observe pas tou- 
jours ; on les voit parfois, au moment de la blessure, penetrer directement dans la 
cavite de 1 intestin, ou bien perforer peu a pen les parois intestinales, et etre ex- 
pulses au debors par les garde-robes. Nous avons cite, a 1 article PLAIES DE L ABDO- 
MEN, un fail emprunle a Ravaton (Traite des playes, p. 290), pour servir a 
prouver cc mode d expulsion des corps etrangers introduits dans la cavite abdomi 
nale. Un homme recut, le 5 mai 1744, un coup de pistolet qui fit dans le ventre 
cinq plaies, dont 1 une dans 1 hypochondre, et le 21 il rendait par 1 anus un lingot 
de plomb du volume du petit doigt et long d un pouce et demi. Deja Fabrice de 
Hilden (Centuria\, obs. 74, et non 174, comme 1 ecrivent la plupart des auteurs 
qui ont copie Boyer) avail cite le fait d un jeune homme qui, dans une rixe, recut 
au cote anterieur gauche du ventre un coupde poignard, et qui, un an plus tard, 
apres que la plaie eut traverse bien des accidents, rendit par les garde-robes un 
morceau, long de trois pouces, de la lame du poignard. Fabrice a represente, par 
une figure, la forme de ce corps etranger. On a quelque peine a comprendre le 
passage a travers les intestins de corps aussi aigus. Cependant, au fait de Fabrice 
on peut ajouter celui d Alex. Benedictus, qui rapporte qu un soldat rejeta par 
1 anus, au bout de deux mois, le fer d une fleche dont il avail eu le dos perce. 

Dans un cas cite par Hennen (Military Surgery, p. 408), la principale sout- 
france du blesse, qui avail recu a Waterloo, le soir du 18 juin, un coup de fusil 
dans le ventre, etait un effort incessant pour aller a la garde-robe. La balle avail 
penetre dans 1 abdomen un peu au-dessous de 1 oinbilic, et au sixieme jour apres 
1 accident, elle passa dansle rectum, enveloppee de mucus. Dix semaines apres sa 
blessure, cet homme rendit encore par les garde-robes des morceaux de vetements. 
Une petite ouverture fistuleuse resta pendant un temps assez court au niveau de 
la plaie, et lorsque celle-ci fut toul a fail close, on conslala encore une legere 
saillie herniaire de la cicatrice. 

II est assez facile de conslaler la presence des corps elrangers qui onl penetre 
seulement dans les parois abdominales. On peut les decouvrir soil en palpant ces 
parois au niveau et autour de la plaie, soil en explorant le canal de cette plaie a 
1 aide du doigt ou d une sonde metallique monsse. On sent alors un corps plus ou 
moins dur, en un lieu ou la pression developpe quelque douleur. 

Si le corps etranger est place a 1 interieur de la cavite abdominale, qu il ait 
ou non penelre dans 1 inleslin, les explorations deviennent plus difficiles, el celles 
qu on entreprend avec les sondes metalliques n ont le plus souvenl aucun resultat. 



ABDOMEN (CORPS STRANGERS). 

De plus, ces tentatives faites avec ces sondes en metal peuvent amener des accidents 
facheux. Dans le cas d Erichsen, que nous avons cite plus haut, 1 exploration de 
1 abdomen avec la main a contribue a donner des notions assez nettes sur 1 exis- 
tence et la position du corps etranger. Ainsi, en passant la main sur 1 abdomen, 
on sent ait superficiellement la presence d un corps dur, qu on pouvait faire mou- 
voir vers le pubis et repousser en arriere de fagon qu il disparut, puis qui reprenait 
plus tard sa place. L exploration dela vessie par une sonden appvenaitpasgrand - 
chose, mais en poussant le doigt assez avant dans la cavite vaginale, a droite du col 
uterin, on pouvait sentir lateralement et a travel s les parois vagiuales le pinceau 
qui se dirigcait d avant en aniere. Le toucher rectal laisait decouvrir a peu pres 
les memes choses. L extremite posterieure du corps etranger etait logee dans le 
creux du sacrum, mais on ne pouvait guere 1 atteindre parle doigt. 

II i aut, dans le diagnostic de cet accident, tenir compte aussi de la forme et 
de la longueur probable du corps etranger, de la fagon dont il a penetre dans 1 ab 
domen et des accidents auxquels il a donne immediatement lieu. 

Quand un coup de feu a ete tire dans le ventre et qu on n observe qu une seule 
ouverture, on est en droit de conclure que le corps etranger est reste soit dans les 
parois, soit dans la cavite de 1 abdomen. Mais s il existe deux ouvertures, on ne 
peut pas affirmer que tous les corps etrangers sont sortis an debors ; en effet, une 
arme est charges quelquefois de plusieurs balles, dont les unes peuvent avoir 
franchi 1 enceinte de 1 abdomen, et les autres etre restees soit dans le ventre, soit 
dans les parois. Boyer rapporte (Traite des maladies chirurgicales, t. VII, p. 408, 
edit. 4831) qu un jeune hommese tira dans le ventre uncoup d espingole chargOe 
de cinq balles. Les cinq balles firent a la paroi du ventre une ouverture irregu- 
liere tres-grande ; deux de ces balles sortirent par la partie gauche de la region 
lombaire, a environ deux pouces de distance 1 une de 1 autre, mais les trois auties 
furent trouvees a 1 aulopsie dans 1 epaisseur de la paroi posterieure de 1 abdomen. 
Le blesse avait vecu douze heures apres le moment de sa blessure. 

La presence de corps etrangers dans une plaie penetrante de 1 abdomen est un acci 
dent des plus graves et souvent mortel. On n a guere recueilli qu a titre exceptionnel 
lescasrares ou ces corps ont pu sortir heureusement de la blessure. Un faitpublie par 
Frebault (Journal general de medecine, 1847, t. LX, p. 187) merite d etre cite a 
cause de sa rarete. Un jeune armurier regut a la parlie moyeime de la region iliaque 
droite un coup de feu d un fusil qui renfermait un th e-bourre maladroitement laisse 
dans le canon de 1 arme. Ce tive-bourre penetra dans la plaie, qui etait oblique de bas 
enhautetde dehors en dedans. Des tentatives furent inutilement faites pour decou 
vrir le corps eti anger, et le blesse resta accable par une douleur vive dans la re 
gion abdominale. On fit unpansement simple et une forte saignee. Dans la nuit, le 
malade eprouva des vomissemenfs frequents de matieres bilieuses, verdatres, qui 
s ecoulerent par la plaie. Deux jours apres 1 accident, le 8 an matin, le calme 
se retablit; cette amelioration se continua le lendemain, mais il sortit alors 
une grande quantite de matieres fecales liquides par la plaie. Le 1 1 , il y eut une 
augmentation subite de la fievre, une plus grande sensibilite du ventre, des co- 
liques vives et repetees. Enfm, le 12, on apergut an fond de la plaie un corps 
dur, noir, que Ton put extraire avec precaution. C etait le tive-bourre, enveloppe 
de linge. Des le soir mcme il y eut une amelioration ; le cours des matieres se re 
tablit par 1 anus, et le trente-cinquieme jour la plaie etait cicatrisee. 

Mais il ne faut pas esperer ioujours un resultat aussi favorable, et Fexpectation 
ne doit point etre la regie dans les cas ou Ton peut parvenir n trouver un corps 



ABDOMEN (CORPS IBANGERS). 

Stranger dans une plaie du ventre. II faut alors essayer de 1 extraire, car le sejour 
piolonge de ce corps dans la cavite abdominale peut entrainer des accidents Ires- 
graves, tels que des acces souvent repetes de peritonite, des adherences entre les 
anses intestinales, et enfin la mort. L extraction immediate doit done etre dans la 
pensee du chirurgien. Scaruffi a rapporte, un fait remarquable qui prouve 1 uti- 
lile de 1 intervention immediate (Gazetta Toscana, delle sci. med. fisiche, 
juin { 844) . Une femme de vingt-quatre ans, grosse de cinq mois, tomba d un arbre 
sur un pieu qui se trouvait dans le voisinage. Ce pieu penetra dans 1 aine gau 
che, et durant les tentatives faites pour 1 extraire il se rompit de facon a laisser dans 
la plaie un assez long morceau. Le chirurgien Banoni , quinze heures apres cet 
accident, trouva la maladeavec un visage pale, le corps refroidi, le pouls petit, des 
nausees, des vomissements et de la retention d urine. De la plaie a la paroi poste- 
rieure de la hanche, on ne pouvait guere atteindre le fragment brise ; au con- 
tiaire, on sentait aux environs de la region lombaire gauche, vers le bord externe 
du carre des lombes, un gonflement dur, unpeu mobile qu on pouvait suivrejus- 
que vers 1 epine iliaque anlerieure et superieure. De la il paraissait se perdre dans 
la cavite du petit bassin. On lit une incision dans la region lombaire sur le point 
indure; apres avoir divise la peau, les couches musculaires et le peritoine, onarriva 
sur le fragment du pieu ; on le souleva pour 1 eloigner des cotes, et a 1 aide de 
true-ties on 1 attira au dehors; il etait noueux, long de 8 pouces 1/2 et epais de 
3 a 4. Le doigt, introduit alors dans la plaie, sentit 1 uterus a nu. On reunit par 
la suture la plaie de 1 incision, et par un emplatre agglutinatif celle de la cuisse; 
mais, au bout de six heures, cut lieu un avortement. Un erysipele se developpa 
ensuite sur les bords de la plaie et la guerison mit trois mois a s achever. La 
distance entre la plaie de la cuisse et celle des lombes etait de 17 pouces 2 lignes. 
C est la uncas d extraction presque immediate. Erichsen eut 1 occasion de pro- 
ceder a une extraction bien plus tardive, huit mois apres 1 accident, dans le cas doni 
j ai dejaparle plus haul. Apres s fitre assure que lepinceau enboisqui avaitpene- 
tre par le vagin de la malade traversait la cavite abdominale ; que vers sa partie 
moyenne il etait fixe par quelque tissu qu il traversait ; enfin que le point sensible 
au toucher superficiel de 1 abdomen etait engage dans la pavoi anterieure, ce 
chirurgien sc decida a proceder a 1 extraction. Voici comment il s y prit : la ma- 
lade fut anesthesiee ; on evacua 1 urine de la vessie et on vida le rectum ; puis un 
aide, introduisant le doigt dans cet intestin, poussa 1 extremite posterieure du 
pinceau en haut et en avant, de facon a faire saillir sa pointe le plus possible. Une 
incision fut pratiquee a travers les differentes couches de la paroi anterieure de 
1 abdomen jusqu a ce qu on eut atteint le fascia transversalis, dans lequel la 
pointe de plomb noirci du pinceau etait fixee, en faisant saillie. Erichsen agran- 
dit 1 ouverture du fascia, repoussa les tissus en arriere, mit a nu assez du pin 
ceau pour le saisir et 1 attirer au dehors a 1 aide d une pince a sequestre. Ce pin 
ceau, qui avait 5 pouces 1/2 de longueur, exhalait une odeur de matieres fecales 
qui le tachaient en deux endroits. Cependant, ni gaz, ni matieres intestinales ne 
s echapperent par la plaie, qu on reunit par deux points de suture et des aggluti- 
natifs. Le lendemain, une vive attaque de perilonite se manifesta, et le quatrieme 
jour apres 1 operation la malade mourut. A 1 autopsie, on trouva dans le periloine 
des gaz et quelques onces d une serosite trouble, coloree en noir, renfermant 
des exsudats plastiques; a moitie chemin entre rombilic et le pubis, a droite de 
la ligne mediane, on apercut un amas de petits intestins agglutines ensemble et 
iormant uue tumeur composee de plusieurs anses intestinales. En essayant de 



ABDOMEN. 195 

(es separer, quelques matieres fecales liquides et des gaz s echapperent au de- 
hors. On trouva deux anscs intestinales perforees chacuae en deux endroits; 
dans une de ces anses, ces perforations etaient exactement opposees 1 une a 1 au- 
tre et elles repondaient au calibre du pinceau. La vessie, 1 uterus et le rectum 
etaient sains, mais a 1 examen du vagin on trouva une cicatrice deprimee dans le 
cul-de-sac superieur et posterieur au cote de 1 uterus; c etait par la qu uvait sans 
doute penetre le pinceau. 

L histoire des corps etrangers de 1 abdonien ne peut pas etre faile avec un 
grand nombre d observations, car cette grave complication des plaies du vcntre 
n est pas commune. Nous avons rappole ici les cas les plus remarquables de ce 
genre d accident, ea insistant particulierement sur ceux qui repomlenl a quelque 
indication partieuliere et portent avec eux un utile enseignement clinique. 

K. FOLLIIV. 

Contusions, Ruptures : MORGAGNI (L B.). De vulneribits et ictibus Ventris, Linnboriiin et 
Artintm. In De sed. et cans. morb. Epist. L1V, 1702. PEN-ASSE (M. Th.). Sur les contusions de 
t Abdomen. These. Paris, 1851, in-i, n II. POLAND (Alfr.). .4 Collection of Set fn/l G/.sr* 
of Contusions Abe/omen, accompanied with Injury to the Stomach and Intestines. In Guu x 
Hospital Reports, 1858, 5 e ser., t. IV. -- I oy. des observ. isolees de contusion rl rupture 
des parois de I Abdomen : MORGAGXI. De Sed. et cans, morb, Epist. XL1X, u 0. Epist. LIV, 
n r 15, 10. BUYER. Tra/te des malad. chirurg. 3 e edit., t. XI, p. 86. RICHEBAND. Nosoyr. 
chirurrj. 2 edit., t. IV, p. 244 et 530. L\RREY. Cliii. chirurg., t. II, p. 475, 479, 483. 
koouEST. Chirurg. d arme e, p 512. -- Bullet, de la Sue. mint., t. XII, p. 235; XV, ion ct 
"%; XXIH, 193; XXVII, 115 et 312 ; XXVIII, 15 et 200. Gazette des Jwpitanx. 18GO,p.301; 
1801, p. 500. 

Plaies : LITTRE (Alexis). Observations sur des plaies du venire. In Mem. del Acad. des sc. 
de Pra,1705,p. 52. BERTHAND (Cl. G.). De Abdominis vulneribus, Posit, annt. etchir. Paris, 
1151. in-4. BAUUELOCQUE (L Louis). Rapport sur nne observation de plaie uux porois de 
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gi n. deme"d., an IX, t. XVII, p. 61. RICHERAND (Anth.) . Obs. sur lol^cnntc du diagnostic 
dans les plaies pe"ne trantes de r Abdomen. In Journ. de mid., ch : r. ii /,1/fjriii., p,ir Corvi- 
savt, etc., 1805, t. II, p, 352; et Mem. de la Soc. me d- d emulatton, an V, p, 443. - TOM- 
cEURiN. 3.}. Plaies du, Bas-veittre. These. Paris, 180(1, in-4, n -ROUPAUD (D. P.). Utit/tr 
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der penetrirenden Baucliwunden. In Deutsche Klinik, 1857, n" 1 . JOUET. Ptaies pene- 
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(Henley). Cases Illustrative of the Beneficial Effects of the Dpi >m Treatment in Injuries and 
Operations interesting the Intestines and Peritoneum. IK Dublin Hasp. Gazette. 1857, t. IV, 
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legal. ^ Annales d hijgiene et de me decine legate, 1858, 2 ser., t. X, p. 123.- Voij., en 
outre, les divers traitcs sur les plaies: Un grand nombre de fails particuliers se trouveut 
dans les divers recueils, particulierement dans les Act es des curieux de la nature, fans les 
Mem. de I Ac.roy. de chirurgie, tousles Commentaries de Leipzig, etc., etc. 

Epanchements : LEVACHEB (F. G.). De effusione intra Abdomen vulneratis partibus contenti$ e 
Theses anat. chir. Paris, 1760, in-4. PETIT, ills Essai sur les Epanchements, eten particu- 
liersur les cpanchements de sang. I re partie : Des epanchements dans le Bas-ventre. In Mem. 
deVAcad. roy. dechir., 1743-53, in-4, 1 1, p. 237; t II, p. 92. GAHEKGEOT (R. J. Croissant de) . 
S tr le meme sujet (Epanchements du Bas-ventre). Ibid., 1753, t. II, p. 115. PELLET A:; (Ph.J.). 
Mem. sur les epanchements de sung. In Clm. chir., 1810, t. II, p. 98. DESOER (Ch. J.). Swr 

DICT. ENC. I. ^ 



ABDUCTEURS. 

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n 210. BLAKDIN (Ph. Fred.). Diversse in Abdomen liquidorum efftisiones. Thesis ad aggr. 
Paris, 1827, in-4. FOURCADE (Leon). Etude din,, anatom. et evperimentaledel epanchement 
desang dans f Abdomen, par cause externe. These. Paris, 1829, in-4, n 250. JOBERT(A. J.). 
Des collections de sang et de pus dans V Abdomen. These de concours. Paris, 1836, in-4. 

PETOE(F. Ch.). Diss. sur lapMtonitetraumatique. Theses de Montpellier, 1823, in-4, n 58. 
SEWARD, Death from a Blow on the Abdomen (peritonite suraigue). InTransact. oftheMed. 
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coups depied de cheval, sans lesions apparentes des parois abdominales. In Mem. de we d., 
de chir. et de pharm. milit., juillet 1860. 

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musculorum Abdominis plane singulari. Halse, 1711, in-4; et in Haller, Disput. med pract., 
\. Ill, p. 513. FURSTENAU (J. Herm.). De abcessuum musculorum Abdominis et vicinarum 
partium, tseta tristiaque exempla. Rinteln, 1742, in-4. TRECOURT. Des abces dans le tissu 
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1769, in-12, p. 140. MICHAEL (Noel). Prses. BOBDENAVE (Touss.). Diss. de abcessu Abdominis 
et effusione ab erosione vermium. Theses anat. chir. Paris, 1774, in-4. BOURIENNE. Sur les 
abces qui ontleur sUge dans I inter slice des muscles du Bas-Ventre.lu Jonrn. de med. chi- 
rura., etc., 1775, t. XLIII, p. 64. DANCE (S. B.). Me m. sur I odeitr fe tide et stercorale que 
pre"sentent certains abces de veloppe s dans laparoi abdominale. In Arch. gen. de med., 1832, 
t. XXX, p. 152. BIUCHETEAU (J.). Des abces dans le tissu ceUulaire peritoneal. In Arch. gen. 
de med., 1839, 3 ser., t. VI, p. 435. CERNUTZ (G.). Des phlegmons de la paroi anterieure 
del Abdomen. In Arch. gdn. de med., 1850, 4 ser., t. XXIII, p. 129, 290. HADERSHON(S. 0.). 
Two Cases of Suppuration in the Abdominal Parietes. In Med. Times and Gazette, 1856, 1. 1, 
p. 486. 

Tumeurs enkystees : LEDRAN (H. Fr.). Tumeur entre le pe ritoine et les muscles de I Abdo 
men. In Observ. de chir., 1731, t. II, p. 78. MORGAGNI (J. B.). De hi/drope ascite... et de aliis 
quossaccatos vocitant. In De sedibus et caus. morbor., 1762. Epist. XXXVIII, n46. Dans celte 
letlre se trouvent indiquees ou reproduites les observations anterieures d hydropisie enkyslee 
du peritoine. CBANTODRELLE. De I hydropisie enkyste"e des parois de I Abdomen. In Arch. 
gen. de me"d., 1831, t. XXVII, p. 218. CHASSAIGNAC (E.). Des hi/dropisies enkystees de I Ab 
domen. These de concours. Paris, 1851, in-4. BOYER. Traite des mal. chir., t. VII, p. 519. 
- Bull, de la Soc. anat., t. XIX, p. 283; et XXVII, p. 20. 

Hernies graisseuses : LCDWIG (Chr. Fr.). Hist or ia path, singularis cutis tiirpitudinis. Lips., 
1795 inf. FARDEAU. Sur trots hernies graisaeuses dans le mime sujet. In Journ. gen de 
me"d., 1803, t. XVIII, p. 268. DESCHAMPS. Reflexions sur cette observation. Ibid., p. 270. 

DEVILLE. Corps Grangers libres du pfritoine. In Bull, de la Soc. anat., p. 120, 1852. 

R. L. 

ABDCCTEUR. Nom donne aux muscles qui produisent le mouvement A ab- 
duction, et specialement a quelques-uns de ces muscles. 

Abdnctenr da petit orteil. Etendu du calcaneum a la premiere phalange du 
petit orteil, ce muscle nait de 1 apophyse calcaneenne externe et du cote externe 
de 1 apophyse calcaneenne interne, et va s inserer a la partie externe de la premiere 
phalange du petit orteil. -- Action : Abducteur et flechisseur du petit orteil. 

Abducteor obllqne da gros orteil. Situe dans le creux que forment les 
quatre derniers metatarsiens, ce muscle nait du cuboide avec le court tlechisseur 
du gros orteil, de la gaine tendineuse du long peronier lateral et des extremites 
posterieures des troisieme, quatrieme et cinquieme metatarsiens, et va s inserer a 
1 os sesamo ide externe de 1 articulation metatarso-phalangienne du gros orteil. 
Anime par le plantaire externe. Action : 11 flechit le gros orteil et le porte en 
abduction. 

Abdocteor transverse do gros orteil. Etendu transversalement a la partie 
anterieure et infeiieure des metatarsiens, il nait au-dessous de la tete du cinquierae 



ABEILLE. 19F, 

metatarsicn et va s insererau cote externe de 1 extremite posterieure de la premiere 
phalange du gros orteil. Anime par le plantaire externe. - - Action : II rapproche 
les uns des autres les metatarsiens et attire en dehors le gros orteil. 

Abductenr iu ponce (LONG) . Le plus considerable des muscles de la couche 
posterieure et profonde de l avanl-bras ; s insere au cubitus au-dessous du court su- 
pinateur, au ligament interosseux, au radius et, d autre part, a I extremite supe- 
rieure du premier metacarpien. Anime par le nerf radial. - - Action : 11 porte le 
premier metacarpien en dehors et en avant. 

Abdnctenr du ponce (COURT). Le plus superficiel des muscles de I eminence 
thenar, nait du scaphoide etdu ligament anterieur annulaire du carpe. Anime par 
le nerf median. - - Action: II porte le pouce en avant et en dedans ; il of done. 
opposant, adducteur et non abducteur, comme 1 indiquerait a tort le nom qui lui a 
ete donne. L. L. 

ABDUCTION (de abducere, ecarter). On donne, en anatomic et en physiolo 
gic, ce nom au mouvement par lequel une partie est eloignee de l a\c da corps ou 
seulement de la ligne centrale d action d une region du corps. 



(Apix\ Insecte de 1 ordre des Hymenopteres, de la famille des Anto- 
phils (Mellites, Dumeril). On en connait en Europe trois especes, clout une est 
plus specialement elevee en France, VApis mellifica, L., brun noiratre, couvertc 
d un duvet roussatre, plus abondant sur le corselet, avec quelqu. s andcs de poils 
cendres sur leventre, ayant les ailes hyalines, mais a nervures foncees, les anlcmirs 
filiformes moins longues que la teie et le corselet minis ; YApis liijitstica, Spin., 
qui s en distingue par les deux premiers anneaux de 1 abdomen rougeatres ; IVl^/.v 
fasciata, Latr., dont 1 ecnsson est rougeatre, et les deux premiers ;mnr;iM\ dc 
1 abdomen fauves. 

Les abeilles vivent en societe.: extremement nombreuses, on essaims formes sou- 
vent de quarante mille individvis, asavoir, unefemelle oureine, quatre cents a deux 
mille males, et le reste ouvrieres, femelles a ovaires avortes ou mulcts. Les in;i!c> 
ou faux bourdons, plus gros, plus vclus, ont la langue tres-courte, ainsi qiu- 
mandibules, qui sont cachees par les poils de la face, le corselet asscz large et 
tres-poilu en dessous, et 1 abdomen obtus, reconrbe en dessous et non arme d aiguil- 
lon.La femelle, plus grosse que les males et un pen allongee, a 1 abdomen enorme 
et arrondi a 1 extremite, qui est muni d un aiguillon ; la langue et les mandibules 
sont plus developpees que chez les males, les ailes sont courtes. Les ouvrieres on 
mulets ressemblent beaucoup aux femelles, dont elles se distinguent par leur vo 
lume moindre, leur langue et leurs mandibules beaucoup plus longues ; elles ont 
le trorit moins velu, 1 abdomen court, conique, un peu aplati et muni d un aiguil 
lon. Mais ce qui les distingue surtout ce sont leurs membres, et surtout la paire 
posterieure, qui oiirent un elargissement creuse en gonttiere du premier article du 
tarse (piece carree] et garni a sa partie interne de rangees transversales, de poils 
roides (brasses) ; la jambe dilatee forme une palette triangulaire, a surface externe 
concave, et bordee de longs poils recourbes (corbeille). Les mulets, qui se sevvent 
de cet appareil pour recolter le pollen et la poussiere glauque des plantes, sont 
charges aussi du soin des oeufs et des larves, et sont dits alors nourrices. 

Une particularity tres-curieuse que les abeilles presentent, de meme que quel- 
ques insectes, crustaces et mojlusques, est la faculte de pouvoir pondre des oeufs 



ABEILLE. 

feconds, sans qu il y ait en d accouplement. Mais dans ce cas, comme Dzierzon 1 a 
pose en principe, 1 ceuf, qui n a pas ete feconde et qui se developpe, produit inva- 
riablement un male. Ces faits, dont les analogues ont ete aussi constates dans le 
regne vegetal, ont ete nics par quelques auteurs ; mais depuis les belles experiences 
de MM. Siebold, Leuckart et Filippi, la realite de la parthenogenese est admise 
sans conteste. 

Quand les Abeilles ont choisi une ruche, on voit revenir des ouvrieres avec les 
pattes pleines d une matiere de nature resineuse qu elles ont entassee dans les 
creux des pattes et des tarses, et dont, au retour, d autres abeilles les debarras- 
sent avec le secours des mandibules. Cette matiere, qui sert a boucher toutes les 
fentes et a recouvrir tous les corps etrangers, meme vivants, qui peuvent se ren- 
contrer dans la ruche, est la propolis, odorante, brune ou rougeatre plus oumoins 
foncee. Ensuite les abeilles recueillent dela cire pour construire leurs alveoles, ou 
pour mieux dire ses elements, qn elles empruntent aux vegetaux et qu elles modi- 
fient ou translbrment (quelques auteurs admettent cependant qu elles fabriquent 
la cire de toutes pieces). Le pollen et les autres matieres vegelales que les ouvrieres 
ont rapportes a la ruche sont avales par quelques-unes d entre elles, qui, au bout 
de quelque temps, les degorgent sous forme d une matiere ductile etmolle, qui est 
deposee dans des aires cirieres placees sur les parties lateiales de 1 abdomen et qui 
sert a former les cellules. Celles-ci sont formees de lamelles superposees, et leur 
reunion constitue ce que Ton nomme les gateaux, dont 1 ensemble fiuit par rem- 
plir la ruche, de telle sorte qu il n existe entre les gateaux formes de cellules verti- 
cales que 1 espace necessaire pour que deux abeilles puissent passer dos a dos. 11 y 
a trois sortes de cellules dans une ruche : les unes, au nombre de trois a quatre 
(Reaumur en a cependant trouve jusqu a quarante), tres-grandes, ayant jusqu a 
trois centimetres, conico-cylindriques et commeguillochees, qui sont destinees aux 
larves des femelles; d autres, destinees aux males, hexagonales, disposees de telle 
sorte que la base d une cellule devientune portion de la base des cellules voisiues; 
et d autres enfin, destinees aux mulets, et a renfermer les approvisionnements de 
1 essaim, plus petites que celles des males, mais ayant egalement la forme hexa- 
gonale. 

L abeille femelle est fecondee vers le commencement de 1 ete, hors de la ruche, 
par un male, qui souvent appartient a une ruche voisine,et elle rentre en portant a 
Vextremite de 1 abdomen les organes genitaux arraches du faux bourdon. Quelque 
temps apres, quand la fecondation est bien evidente, tous les males et leurs larves 
non encore developpeesentierement, sont extermines par les ouvrieres. La femelle, 
quelques jours apres sa fecondation, depose successivement dans chaque cellule 
un oeuf oblong, un pen arque, attenue vers le bout qui se colle a la paroi de 1 al- 
veole, et legerement transparent : ces osufs donneront plus tard des femelles ou 
des ouvrieres; quant aux males, il parait demontre que les oeufs qui doivent les 
prodnire sont pondus par la femelle avant 1 accouplement et meme qu elle peut, 
en quelque sorte, empecher 1 action du fluide seminal et pondre ainsi a volonte 
des faux bourdons. Les larves eclosent au quatrieme ou cinquieme jour et se pre- 
sentent sous la forme d un ver, roule sur lui-meme, que les ouvrieres nourrissent 
avec une sorte de bouillie claire et blanche. Apres cinq a six jours la lane se file 
une coque membraneuse, et alors les abeilles obturent 1 oriiice de 1 alveole au 
moyen d une calotte hemispherique de cire; huit jours apres, la jeune abeille sort 
de sa cellule, et se pose tout humide sur le bord du gateau, qu elle abandonne 
bientot pour aller cooperer a I oeuvre commune. Les oeufs et les larves, qui doiven* 



ABKILLE. 197 

dormer des femelles, sont 1 ohjel d atlentions toutes speciales des ouvrieres, qui 
preparent pour les larves une nourriturc plus abondante et particuliere, qui de 
termine le developpement des organes genitaux; car les mulcts, qui se sont trouves 
au voismage des loges royales, et qui ont pu manger un peu de cette nourriture, 
sont plus gros qu a 1 ordinaire et peuvent pondre quelques oeufs, qui nc donnent 
que des males s ils se developpent ; et d autre part on sait que, si la reine ou les 
larves des reines viennent a perir, les abeilles ouvrieres agrandissent quelques 
alveoles de neutres et nourrissent avec la nourriture destinee a developper leur sexe 
des larves qui primitivement ne devaient pas avoir d ovaires developpes. Aus- 
sitot que les eclosions out eu lieu, les ouvrieres nettoient les alveoles qui out contenu 
des males oudes mulcts pour qu elles puissent recevoir un nouvel ceuf; quant aux 
alveoles des femelles, ellessont detruites et ne ser vent jam ais a deux educations. 

Une ruche ne renlerme jamais qu une seule femelle; la premiere qui eclot se 
hate d allcr donncr la mort a tontes les nymphes qui pourraient lui donner des 
soeurs, entre lesquelles il surgirait des combats opiniatres. La vieille reine cherche 
aussi a tuer sa rivale; mais des abeilles ouvrieres s interposcnt pour la deleudre, et 
au bout de quelque temps elle quitte la ruche avec un bon nombre de mulels et 
va former un autre essaim. 

Pendant 1 hiver les abeilles restent engourdies dans leur ruche, et ne preunent 
que peu de nourriture, consistant dansle miel renferme dans leurs rayons. Ce 
miel a ete forme du nectar des fleurs et des sues sucres des vegetaux que les 
abeilles ont leches, avales, et qu elles deposent dans leurs alveoles apres les avoir mo 
difies dans leur estomac. Leur appareil buccal, parfailement organise pour recueil- 
lir les elements dumiel, consiste en uneltniijiirtte, mal a propos nominee trompe, 
allongee, etroite, obtuse, couverte de stries transversales et de poils diriges de sa 
base an sommet; elle est portee par un Aedicule <-<nir(, tronque en avant, atU mu 
enarriere, puis brusquement et considi rablement dilate; de la partic attenuee 
naissent deux paraglosses ou oreilles ti es-courtes, presque lanceolees, obtnses et 
legerement velues; en urrirre des paraglosses sont deux palpes lain aux plus longs 
qu eux, mais plus courts que la languette, diriges d arriere en avant et de dedans 
en dehors, tubules et formes d articles incgaux ; plus en arriere encore sont deux 
mdchoires lanceolees, subulees, et offrant une sorte de uervuremediane, L ouver- 
ture buccale, situee a la partie superieure de la base de la languette, est fermee 
parun petit lobe charnu que Reaumur nommait langiLe, elle communique imme- 
diatementavecuncesophage delie etlaisse exsuder une gouttelettedemielquandon 
comprime le corps de 1 insecte. 

Le miel que, dans certaines circonstances , les abeilles peuvent fabriquer de 
toutes pieces, a des qualites diflerentes qui varient avec la nature des plantes sur 
lesquelles ses elements ont ete recueillis, et conserve encore en partie les qualites 
physiques qu il avait daus la fleur : c est ainsi que Commerson a trouve que les 
abeilles de 1 ile Bourbon donnent un miel qui a le parfum des fleurs de \ Acacia 
heterophylla, que Biot et de Candolle ont remarque, le premier aux iles Baleares, 
le second dans les environs de Narbonne, que le romarin seul domiait au miel de 
ces deux pays ses qualites superieures. Le miel du mont llymelte doit son gout 
exquis aux labiees qui couvrent cette montagne; celui de la Provence a la lavande, 
et ceux de Valence et de l ile de Cuba a la ileur de 1 oranger. G est aussi par 1 in- 
fluence d une flore plus riche et plus parfumee dans les pays chauds que Ton 
peut expliquer 1 assertion de Cardan (De varietate rernm, Cap. XXV) quele miel 
des pays chauds est meilleur que celui des pays froids. Mais si certaines plantes 






198 ABEILLE. 

permettent ainsi aux abeilles de r6colter un miel plus exquis, phis parfume, il en 
est d autres qui peuvent lui communiquer des proprietes moins parlaites, lui don- 
ner meme des vertus deleteres , et les exemples sont nombreux qui viennent 3 
1 appui de notre assertion. Olivier de Serres a reconnu que les fleurs de 1 or.me, du 
genet, de 1 euphorbe et du buis donnent de mauvais miel; et depuis, La Billardiere 
et Seringe out explique des empoisonnements par le miel en prouvant qu il avail 
ete recueilli dans un cas sur le Cocculus suberosus, dans le second sur des Aconitum 
lycothonum et napellus. Ces faits nous semblent suffisants pour piouver 1 influence 
(\e la vegetation sur la qualite du miel, et a peine est-il besoin de signaler les dif 
ferences observers dans les Pyrenees-Oriental es, suivant que la recolte est flute apres 
la floraison des labiees, ou d autres plantes moins aromatiques. C estcertainementala 
difference de la flore que les miels du commerce doivent leurs qualites differentes. 
En effet, le miel dit de Narbonne, blanc et tres-parfume, est recolte sur des plantes 
tres-aromatiques telles que lavande, romarin, etc. ; le miel du Gatinais, moins par- 
fume, moins blanc, est recolte sur les bruyeres et les safrans ; le miel de Bretague, 
plus ou moins rouge, doit son gout et son odeur particuliere au sarrasin, sur le- 
[uel les abeilles le butinent. 

On extrait une partie du miel des alveoles en le laissant couler sans aucun 
effort : c est le meilleur, dit miel vierge. En pressant legerement les gateaux on 
obtient un miel moins parfait, qui, de meme que le precedent, est liquide d abord, 
inais ne tarde pas a prendre de la consistance. Le miel plus commun s obtient en 
exposant a la vapeur d eau les rayons deja epuises et en exprimant : aussi contient- 
il toujours une notable proportion de cire. 

Les abeilies femelles et ouvrieres portent a 1 extremite de 1 abdomen un appareil 
venimeux compose de glandes qui secretent le venin et d un aiguillon dentele qui 
1 inocule, et que 1 animal peut faire saillir en divers sens hors de 1 abdomen, ou qu il 
rentre a volonte. Les glandes venenipares, au nombre de deux, sont des tubes 
simples, flexueux, un peu renfles a leur extremite, se terminant par un petit cana) 
qui devient unique par la reunion des deux canaux des glandes, et qui, apres avoir 
offert plusieurs sinuosites, deboucbe dans un renflement oblong, fusiforme, ou 
reservoir du venin; a 1 autre extremite du reservoir, dont les parois minces sont 
contractiles, s ouvre un canal excreteur qui se rend a la base de 1 aiguillon. Celui- 
ci offre une base, un etui et un dard. La base est formee de plusieurs pieces 
(8 d apres Swammerdam et Audouin, 6 d apres Reaumur, 9 d apres Dumeril) 
unies par des membranes resistantes et formant une sorte d enveloppe, adhe- 
rant par son exterieur au dernier segment de 1 abdomen, et en rapport par sa face 
interne avec 1 etui de 1 aiguillon. Quatre muscles speciaux, deux pro tracteurs 
et deux retracteurs mettent cet appareil en mouvement. Onremarque, en outre, 
deux corps allonges, blanchatres, membraneux, creuses en gouttiere, qui for- 
ment a 1 etui une sorte de fourreau, destine, suivant Reaumur, a garantir les 
parties molles de 1 abdomen du contact de 1 etui, et vice versa. L etui est une tige 
cornee avec un renflement a la base et diminuant progressivement jusqu au som- 
met, qui est assez aigu ; cet etui, qui est un cylindre, non lerme de toutes parts, 
offre une gouttiere qui sert de fourreau au dard. Le dard est compose de deux 
stylets longs et delies, adosses 1 un a 1 autre au moyen de leur face interne qui est 
plane et creusee d un legcr sillon ; les deux stylets, tres-aigus et dont le sommet 
est garni de petiles dents dirigees vers la base, se separent pres du talon, ou ils 
s articulent aux pieces de la base ; ils sont accompagnes vers leur partie inf erieure 
par 1 etui qui se bifurque. Lorsque 1 insecte doit faire usage de son arme, il le tait 



ABEILLE. 199 

saillir liors de son abdomen, il contracte les iibres charnues de la base, et iutroduit 
I etuidans le corps qu il rencontre et fournit un point d appui a la base. Les mus 
cles de cede partie font avancer sur leur coulisse les stylets, qui s enfortcent alors 
et y adherent d une maniere si intime a cause de leurs barbelures, et quelquefois 
1 aiguillon tout entier s arracbe du corps de 1 animal. Le venin, qui est inlroduit 
dans la plaie, coule du reservoir par le conduit forme par la gouttiere de la face 
interne des stylets, et cause les accidents consecutifs de la piqure. C est un corps 
clout la nature n est pas encore bien connue; onsait seulement qu a 1 air il se coa- 
gule promptement, a une saveur styptique, et qu il ne rougit ni ne verdit les cou- 
leurs bleues vegetales (Audouin) . Ses effets physiologiques sont beaucoup mieux 
connus. 

Au moment, en effet, ou la piqure vient d etre faite, une douleur aigue se fait 
ressentir, puis le point lese se tumelie ; il y a un peu de frisson, quelquefois meme 
un peu de lievre, chez les jeunes enfants, par exemple. Le plus ordinairement, 
ces symptomes s apaisent promptement et, vingt-quatre heures apres 1 accident, il 
n en reste plus trace. Les jhenomenes, qui sont en general plus marques quand 
1 aiguillon est reste dans la plaie, prennent quelquefois un degre de violence re- 
marquable, en raison probablement de quelque idiosyncrasie particuliere du pa 
tient : c est ainsi que Zangolini (Journ. dapicuUure, 1857, 1. 1, p. 159)rapporte 
( observation d un homme qui, a la suite de trois a quatre piqures a la main, sc 
plaignitimmediatement de troubles de la vision, de faiblesses, de sueurs et de ce- 
phalalgie tves-aigue : une eruption, comparable a cellequ auraientdetermin6e des 
orties, sedeveloppa sur le membre. Uneheure apres, sans autre traitement qu une 
tisane tartarisee, tout 1 ensemble des symptomes avail disparu. Si, en general, la 
piqure des abeillesest peu grave dans ses consequences, il peut arriver quelquefois 
que la mort s ensuive, quand un certain nombre de piqures ont ete i aites. Plu- 
sieurs fails de ce genre ont ete rapportes par Amoreux, Dell;\ Rocca et plus recem- 
mentG. G. Casares (El siglo medico, 2 decembre i860). 

D apresles experiences rapportees par le docteur Philouze, qui a etudie 1 action du 
venin des abeilles sur les animaux, oelui-ci agirait a la maniere d un ferment et 
determinerait la production de gaz dans le cosur droit. Avant la mort, il y aurait 
des convulsions, paralysie des membres, irregularite et ralentissement des mou- 
vemonts du coeur, et la mort arriverait avec tous les symptomes de 1 asphyxie. 
(Gazette hebdom., t. VIII, p. 82.) 

Le traitement consecutif a la piqure de 1 abeille consiste tout d abord dans 1 ex 
traction de 1 aiguillon si celui-ci est reste dans la plaie, en prenant bien garde de 
ne pas comprimer la vesicule : il vaut mieux 1 extirper avec une epingle ou le 
couper avec des ciseaux que de chercher a 1 arracher avec les doigts ; car on pour- 
rait, par leur compression, faciliter 1 introduction du venin. La meilleure applica 
tion que Ton puissefaire est de 1 eau fraiche ou un peu acidulee, ou une onction 
avec un melange d ammoniaque et d huile d olive. Quant a 1 emploi des causti- 
ques, qui a ete propose, il paraitoffrir plus inconvenients que d avantages, et de 
termine presque toujours une douleur plus forte que la piqure elle-meme. Les 
narcotiques ou anesthesiques locaux ont ete employes quelquefois avec avantage 
chez des malades qui offraient des accidents ncrveux particuliers, mais le plus or 
dinairement la piqure de 1 abeille n exige pas un veritable traitement. 

D r J. LEOJV SOUBRIRAN. 

G. BuTLtRi. Monarchia fseminina sive apum historia. Londres, 1673, 1 vol. in-12. Traitd 
des mouches a miel. 1697, 1 vol. in-12. Traite des abeilles. 1720, 1 vol. in-15. REAUUUB. 



200 ABELMOSCH. 

Mdmoires pour servir it I Mstoiredes insectes. 1734, 1742, Paris, 6 vol. in-4. DRLLA ROCCA. 
Traite" complet sur les abeilles. Paris, 1790, 3 vol. in-8. - KIUBY, Monograpliia apum anglise. 
"Ypswich, 1802, 1 vol. in-8. HUBER. Observations sur les abeilles. Geneve. 2 vol. in-8. 
HUBEB. Nouvelles observations stir les abeilles. Geneve, 1814, 2 vol. in-8. BIEXAYME. Mi- 
moire sur les Abeilles. Metz, 1803, in-12. TREVIRANUS. Preparation de la cire par les abeil 
les. In Bull, cle Fe russuc, Sc. natur., lome XVI, p. Ill, 1829). RENDU. Traite" sur les abeilles. 
Paris, 1838, in-12. C. PAILIIASSON. Considerations sur I abeille el lesproduits qu elle fourni 
a la pl/armacie. These de pharm., Paris, 1841. in-4. ,T. J. YIUEY. Observations d hisloire 
naturelle sur les diverges sortes de miel et de cire provenant des diverses especes d abeilles 
In Journ. pharm. et chim., 18i2,2 e serie, tome III, p. 278. DE BEAUVOYS. Guide de I agri- 
culteiir. Paris, 1847, 1 vol in-12 A. STAU. Rapport sur 1 industric abcillere des Pyre nees- 
Orientales. Soc. agr. sclent, et litt. des Pi/re"ne es-0nentales, 1858, tome XI, p. 351. 
J.L. SOUBEIRAN. Sur les abeilles et stir le miel. In Ann. de la SocWU linntenne de Maine-et- 
Loire, 1861, torn. IV. BIRIE (G.\. Symptoms of Poisoning from Eating Common Honey. In 
Dublin Medical Press., 1862, p. 59 -PHU.OUZE. Du venin des abeilles. In Annales de la 
Socie"te I nnici iiiicile Maine-et-Loire, 1860, t. IV. F. C. Sidle punlure delle Api e di altri 
inset ti. In Gazetta medico italiana, Sarde, 1861, XII, 306. L S. 

\i:i II 1 1" (Sclplon). Ne a Riez, en Provence, dans la premiere moitie du dix- 
seplieme siecle, mort a Paris le 9 decembre 1697. II servit longtemps comme 
chirurgien militaire dans le regiment de Picardie. On a de lui plusieurs petits ou 
trages dans lesquels, se ressoovenant qu il et.vit freve de G. Abeille, poeteetmem- 
bre del Academic franchise, il a cru devoir intercaler quelques fragments poetiques 
tourncs avec une certaine facilite. Voici la lisle de ces ouvrages : 

Nouvelle histoire des os, selon les anciens et les modernes, eririchie de vers. Paris, 1685, 
iu-12. 166 pages. Anatomic de la lente et de ses parties. Paris, 1689, in-12, 180 pag;. 
LeChapitre singnlier, tirade Guidon. Paris, 1695, in-12. Le par fait Chirurgien d arme e. 
Paris. 1696, in-12, 60 pages. Traite 1 des playes d arquebusade. Paris, 1695, in-12, 57 pag 
Ces quatre derniers traites ont ete reunis en un seul volume de 224 pages, avec les dates 
ju-e citges. E. B. 

ABEL (Jacob-Fr^d.). Ne a Vayhingen, dans le Wurtemberg, le 9 mai 1751. 
Professeur de philosophic des 1772 a Stuttgard, puis (1790) a Tubingue ; en 1793, 
directeur des gymnases et ecoles du Wurtemberg, etc. Nous ignorons 1 epoque desa 
mort. A surtout ecritsur la philosophic etla physiologic generale. On a de lui : 

Sammlung und Erklariing merkunirdiger Erscheinungen am dem menschl. Leben. Thl. 1. 
Frankfurt u. Leipzig, 1784. Thl. 2, 3. Stuttgard, 1787, 1790, in-8, etc. Einleitung in die 
Seelenlelire. Stuttgard, 1781, in-8. Ueber die Quellen der menschl. Vorstellungen. Stutt 
gard, 1786, in-8. Dissert, de phasnomenis sympathise, in corpore animaliconspicuis. Stutt- 
gardije, 1789, in-4. Philosophische Unlersuchungen iiber die Verbindung der Menschen mil 
hohern Geistern. Stuttgard, 1791, in-8". Differents memoiresdans le Journal de Psycho- 
logie de Schmidt, et divers Perils de philosophic et de theologie. E. B. 

ABELASIE. Nom tire du mot egyptien Abelasis. On appelle ainsi a Alexan- 
drie de petits tubercules charnus et oleagineux employes comme alimentaires et 
analeptiques. Us passent pour augmenter la secretion du laitchezles nourrices. On 
los croit produit par une espece AeSouchet (Voy. cemot), probablement le Souchet 
comestible (Cyperus escitlentus, L.). H. BN. 



ABELMOLUCD. Noms orientaux de plusieurs Euphorbia- 
cees a semences purgatives et drastiques, suivant Prosper Alpi i. L espece deMau- 
ritanie est probablement le Ricincommun (Voy. ce mot). 

P. ALPINO. Hist. Mgypti naturalis, t. I, p. 181. MERAT et DE LENS. Nat. med., 1. 1, p. i. 

H. B. 

ABELMOSCH (Abelmoschus) . Medicus a donne ce nom a quelques especes du 
genre Hibiscus, dont le calice allonge se fend ordinairement lors de 1 anthese. et 



ABERCROMBIE. 201 

prcnd alors 1 apparence d une spathe membraneuse qui se d6tache definitivement 
par sa base. Ce genre a une certaine importance au point de vue medical, parce 
que, parmi les especes qu on y a rapportees, on trouve 1 Ambrette et le Gombo. 
Mais les caracteres sur lesquels est fonde le genre Abelmoschus sont sans valeur ; 
ilsne sont pas d ailleurs constants dans toutes les especes qu ony a reunies. Celles- 
ci doivent done rentrer toutes dans le genre Ketmie (Voy. ce mot). H. BN. 

ABEIVGUEFIT, ecrit par qnelques-uns Abhengnefit, Albengnefit et Ebngnefit, 
en arabe Ebn Wafed-al-Lachnir. Medecin arabe qui vivait dans le onzieme siecle, 
a Tolede, et fut ministre du prince de la contree. II y a de lui, dans sa langue, plu- 
sieurs ecrits, dont un,qui contient des vues assez judicieuses sur I experimentation 
en therapeutique, a 6te traduit en latin par Gerard de Cremone, sous le titre : Liber 
de medicamentis simplicibus, ou De virtutibus medicinarum et ciborum, et 
public a la suite des oeuvres de Mesue et avec le Tacuin sanitatis et I Alkindus. 
Argentor., 1531, in-fol. R. D. 

ABERCROmBIE (John), ne a Aberdeen, en Ecosse, le 10 octobre 1781. Ses 
classes terminees, il fit ses etudes medicales a Edimbourg, ct obtint le doctoral en 
1803. 11 alia, ensuite, passer une annee a Londres, suivitles cours de clinique de 
1 hopital Saint-Georges, et revint se fixer a Edimbourg, ou il fut aggrege au col 
lege des chirurgiens (1805). Nomme bicntot au dispensaire royal, 1 ardeur qu il 
dcploya a visitor les pauvres malades et a recueillir toutes les observations, lui 
altiraSme nombreuse clientele. Abercrombie ne montra pas moins de zele pour 
1 instruction des eleves qui lui etaient confies. II avait organise en leur faveur un 
systeme cornplet d etudes pratiques ; dirigeant les commencants dans leurs travaux, 
dans le choix de leurs lectures ; guidant ceux qui etaient plus avances dans 1 exa- 
men des malades qu ils avaient a visiter et a trailer ; leur faisant rediger en detail 
1 liistoire des cas qu ils avaient sous les yeux ; se mettant, enfin, a leur disposition 
dans les circonstances graves ou seulement embarrassantes. Methode analogue a 
cette polyclinique. dont les etudiants allemands tirent tant d avantages. La masse 
considerable de fails qu il colligea ainsi, l empressement qu il avait mis, dans les 
cas de terminaison fatale, a obtcnir et a pratiquer les autopsies, lui fournirent un 
ensemble de documents dont il ne songoa a faire profiler le public qu apres les 
avoir longuement compares et medites. Ennemi des productions prematurees, c est 
seulement a partir de 181 6 qu il fit paraitre, dans les jourriaux d Edimbourg, une 
suite de notes et dememoires sur divers sujets de patbologie. Quelques-nns de ces 
memoires, relatifs aux maladies des centres nerveux et des voies digestives, 
n etaient, en quelque sorte, que les ebauches d importantes monograpbies qui ont 
rendu sa reputation europeenne. Plus tard, son infatigable activite se porta sur 
des sujets plus ardus de philosopbie, de morale et de religion, vers lesquels 1 en- 
trainait une piete sincere. A part quelques accidents apoplectiipies, eprouves en 
1841, Abercrombie avait toujours joui d une excellente sante, lorsque dans la 
matinee du 14 novembre 1844, il succomba, en quelques minutes, a une dechirure 
partielle de-la face postcrieure du ventricule gauche, avec rupture d une veinecoro- 
naire. Abercrombie estle type du parfait praticienetdel observateur exact. Nous 
avons vu sur quels litres cette appreciation est forulee. Ajoutons que, possesseur 
d une grande fortune, il en fit constamment 1 usage le plus noble et le plus gene- 
reux. Voici la liste de ses ecrils : 
Dissert, inaugurate. De fatnitate alpina, Edinb., 24juinl803, in-8. 



205 ABERNETHY. 

Notes et memoires : Case ofCynanche Laryngea. In Edinb. Med. and Surg. Journ.,t.\U, 
p. 205, 1816. On Tobacco Injection inDysuria. Ibid., p. 578. Observations on Diseases 
of the Spinal Marrow. Ibid., t. XIV, p. 42, 1818. Observations on certain Dropsical Affec 
tions which are successfully treated by Blood-letting. Ibid., p. 163. Observations on Chro 
nic Inflammation of the Brain and its Membranes. Part. I. Ibid. , p. 205. -- Researches 
on the Pathology of the Brain. Part. II. On Apoplexy. Ibid., p. 553 Researches, etc. 
Part. III. On Paralysis. Ibid., t. XV, p. 1, 1819. Cases of Senere Dyspnsea of Children, 
connected, etc. Ibid., p. 259. Researches, etc. Part. IV. On the Organic Diseases of the 
Brain. Ibid., p. 479. Researches on the Pathology of the Intestinal Canal. Part. I, II, III, 
Ibid., p. 1, 162, 507, 331. Outlines of an Inquiry on the Pathology of Consumption Di 
seases. Ibid., t. XVII, p. 29, 1821. Obs. on Ischuria renalis. Ibid., p. 210. Contribution 
to the I alhologij of the Stomach, the Pancreas, and the Spleen. Ibid., t. XXI, p. 1, 243, 1823, 
et XXII, p. 1824. Contributions to the Pathology of the Heart. In Transact, of the Med. 
Chir. Soc. of Edinb., 1824, p. 1. On the Nature and Origin of Tubercular Diseases. Ibid., 
p. 683. 

Ouvrages particuliers : Pathological and Practical Researches on Diseases of the Brain and 
Spinal Chord. Edinb., 1828, in-8", 2 e edit, enlarged. Ibid., 1829. 3" edit. Edinb. and Lond., 
1834, pet. in-8. Trad. fr. par Gendrin, avec noles. Paris, 1832, in-8. 2 e edit., Paris, 1835, 
in-8. Pathological and Practical Researches on Diseases of the Stomach, the IntestineCa- 
nal, the Liver, and other Viscera of the Abdomen. Edinb., 1828, in-8. 2 e edit., ibid., 1830, 
in-8. 3 edit., 1837, in-8. Inquiries concerning the Intellectual Power and the Investi- 
UuLions of the Tritl h. Edinb., 1830, in-8. - - The Philosophy of the Moral Feeling. Edinb. 
1833, in-8. Suggestions on the Malignant Cholera. Ibid., 1833, etc. E. BEAUGRAND. 

ABERCROMBY (David), n6 on Ecosse vers 1621, mort en 1695. Pratiquala 
medrriiir a Loudivs; s est particulierement occupe des maladies syphilitiques. II 
:i i crit plusicurs ouvragcs dans lesquels dominent des hypotheses empruntees a 
1 ancien dogmatisme. On a de lui : 

Tuta ac cflicax luis venerex ssepe absque mercuric ac semper absque salivatione mercuriali 
curandaemethodus. Londini, 1684, in-8. 2 edit. Ibid., 1687, in-8. Trad. fr. Paris, 1090, 
in-8. De variatione et varietate pulsus observationes; accessit ejiisdem auctoris nova me- 
<//rii/;i , Itun speculative, tumpraclicx Clavis. Londini, 1685, in-8. La Clains a ete reimprimee 
u Paris en 1740, in-12, Opuscula medica ac modus curandi bubones venereos, et tutior sali- 
vationismethodus. Londini, 1687, in-8, et Paris, 1688, in-12. Fur academicus, siveaca.de- 
mia i.rnamentis spoliata a furibus, qui in Parnasso coram Apolline sistuntur, etc. Amstelodami, 
1689, in-12. Ibid., 1701, in-12. E. BEAUGRAND. - 

ABERNETDY (John), celebre physiologiste et chirurgien anglais, ne a Derby, 
en Irlande, en 1763, mort le 20 avril 1831, a Enfield, pres de Londres. Venu fort 
jeune a. Londres, il y fit d excellentes etudes et entra, conime etudiant, a I hopital 
Saint- Barthelemy, ou il ent pour premier maitre sir Ch. Blicke, ce qui nel empe- 
cha pas de suivre les lecons de 1 illustre J. Hunter. A peine age de 22 ans, il fut 
nomme chirurgien assistant dans ce meme hopital Saint-Bar thelemy, ou il devait 
parcourir sa brillante carriere. Son enseignement, d abord peu suivi, ne tarda cepen- 
dant pas a attirer un nombreux concours d eleves; rien n egalait, dit-on, 1 eclat et 
la lucidite de sa parole. Au talent du proiesseur se joignait 1 habilete du chirur 
gien, mais malgre ses grandes qualites d operateur, Abernethy repugnait a 1 eraploi 
de 1 instrument tranchant ; il pensait avec Boerhaave, auquel il emprunte cette 
pcnsee conime epigraphe de ses Surgical Work s, que le chirurgien veritable ne se 
decele pas uniquement par ladexterite de la main. Pour lui, une foule d affections 
locales peuvent guerirpar un traitement general, et, regardant les maladies gastro- 
intestinales comme le point de depart de la plupart des desordres de I economie, 
il fit jouer a la diete et au regime un grand role dans sa therapeutique. Cependant 
Abernethy peut etre place au premier rang de ces hardis chirurgiens anglais qui, 
depuis la fin du siecle dernier, ont reporte si loin les limites de 1 art operatoire. 



ABNORMITfi. 203 

II est le premier (1796) qui, dans un cas d anevrysme de 1 artere crurale, ait pra 
tique la ligature de 1 artere iliaque externe, operation dont Sue, le jeune, avail 
theoriquement indique la possibilite vingt ans auparavant. Abernethy ne s est pas 
borne a 1 enseignement et a la pratique de 1 art, il a publie sur divers points de 
physiologic, mais surtout de chirurgie, un assez grand nombre de travaux dont 
nous citerons les piincipaux. Ils n ont malheureusement pas ete trarluits en 
francais. 

Malgre sa causticite et quelques excentricites dont ses ennemis ont cherche a 
tirer parti centre lui, Abernethy possedait de grandes qualites privees qui lui 
avaient valu des amities nombreuses et devouees. On a de lui : 

Surgical and Physiological Essays : On the Lumbar-Abscess; On the Composition and Analy 
sis of Animal Matter. On the Nature of the Matter perspired and absorbed bij the Skin, etc. 
(5 part.). London, 1793-97, in-8. Surgical Observations containing a Classification ofl/t- 
mours, with Cases to illustrate the History of each Species; an Account of Diseases which stri 
kingly resemble the Venereal Disease, etc. London, 1804-18015, in-8. Surgical Works ; on 
the Constitutional Origin and Trec/tment of Local Diseases; Aneurism, etc. (reproduction de 
memoires deja publies). London, 1811, 2vol. in-8; plusieurs editions. Introductory lec 
tures, Exhibiting some of M. Hunter Opinions respecting Life and Diseases, delivered, etc. 
London, 1815, etc. Physiological Lectures exhibiting General Wiews ofM. Hunter, Physio 
logy and Researches in Comparative Anatomy. London, 1817, in-8. The Hunter ian Oration 
delivered. Febr. 14, 1819. London, 1819, in-i. Reflexions on Gall and Spurzheim s Sys 
tem of Physiogitonuniti and Phrenology. London, 1821, in-8. Lectures on Anatomy, Surgery 
and Pathology, including Observations on Local Diseases. London, 1828, in-8. Lectures on 
the theory and Practice of Surgery. London, 1830, in-8. La bibliotheque du College royal 
des chirurgiens de Londres possede en manuscrit quelques-uns de ses cours rediges par ses 
eleves, et, de plus, par lui-meme : Surgical Lectures, 4 vol. in-4. ms. E. BEAUGRAND. 

ABIES. Norn latin du genre Sapin (Voy. ce mot), d ou est venu le nom 
A Abietinees, impose a une section de la famille des Coniferes (Voy. ce mot). 

H. BN. 

ABILDGAARD (Pierre-Chr6tlen) . Ne a Copenbague, dans la premiere moi- 
tie du dix-huitieme siecle, mort en 1808. Apres avoir fait ses etudes medicales 
dans son pays, il vint suivre en France les cours de 1 Ecole veterinaire de Lyon. 
De retour dans sa patrie, il contribua puissamment a la fondation d une ecole 
semblable a Copenhague, et il en fut nomme directeur. II a publie beaucoup 
d opuscules dans les Memoires de laSociete d histoire nalurelle de Copenhague, 
quelques memoires ecrits en danois, et 1 ouvrage suivant : Historia brevis reyii 
instituti Havniensis. Copenbague, 1788. E. B. 

ABOIERON. Voy. AVENZOA.R. 

ABLUTION (du latin ablutio), action de laver, synonyme de lotion. Ce der 
nier mot est a peu pres exclusivement employe en medecine, et Ton reserve le mot 
ablution pour designer une ceremonie religieuse tres-anciennement usitee cbez les 
peuples de 1 Orient et des regions tropicales (Hindous, Juifs, Musulmans). Ces 
ablutions, generates ou partielles, sont pratiquees dans certaines circonstances de- 
terminees, avant la priere, a la suite d actes reputes impurs, etc. II y a tout lieu 
de croire que cette mesure a ete edictee par les legislateurs religieux pour forcer a 
la }>\ oprete des peuples qui y sont peu enclins, sous un climat ou elle est indis 
pensable. E. B. 

Voy. AliOUALiB. 



2IH ABRICOT. 

ABOALI. Voy. AVICENNE. 

ABORTIF. Medicament regarde com me propre a provoqner Yavortement. 
Voy. ce mot. 



. L un des noms vulgaires, en Abyssinie, de YAlbizzia an- 

helminthica (Voy. ce mot). 

ABRASIN. Norn sous lequel Krempfer designe, dans ses Ameenitates exotica, 
une plante du Japon, dont la graine fournit par expression une grande quantite 
d huile acre et irrilanlc, comnie celle de la plupart des Euphorbiacees. VAbrasin 
apparlient en el fet a cette lamille; c esf, I Elxococca cordata d A . de Jussieu (Dryan- 
dra cordata,T\iG). H. BN. 

ABRASION (Abmsio, de ab etradere, racier, clesunir en raclant). On desi 
gn ait par ce mot, inusite anjourd hui, du moins dans cetle acception, 1 ulceration 
des membranes, dont la destruction s opere par detachement de petits fragments. 
On 1 appliquait plus particulierement a 1 ulceration de la membrane muqueuse de 
1 iatestin. L expression abrasio intestinalis est employee dans plosieurs auteurs 
pour e\pi inier cdtc, inflammation qui donne HQU a des dejections alvines melees 
dr portions membraniformes, semblables a des lavures de chair. 

On designait encore par abrasion 1 irritation violente produite par les drastiques. 
Yirq-d Azyr attribue encore une autre acception a ce mot. II designait par la les 
lids produits sur les parties du corps par 1 action des forces interieures pour 
operer la resorption des molecules dont les organes sont formes. 

Le mot abrasion n est plus guere employe que dans le langage chirurgical et 
dans le sens d extraction par le raclage. L abrasion de la cornee, mentionnee par 
Saint-Yves, remise en honneurpar M. Malgaigne en 1845, est une operation qui con- 
siste a enlever avec le bistouri les lames les plus superfieielles de la cornee atteinte 
de tachcs lorsque ces taches ont ete rebelles a tous les autres traitements. L abra 
sion des granulations uterines se fait par un veritable raclage de la muqueuse ma- 
lade. M. Magitot a donne aussi le nom ^ abrasion a 1 action d enlever les depots de 
tartre accumules sur les dents. L. L. F. 

ABRICOT, ABRICOTIER. Tournefort a etabli dans ses Instilutiones rei her 
baria (599) un genre particulier, sous le nom d Armenia ca, pour 1 arbre qui 
produit les abricots vulgaires, et que Linne avail considere comme une espece du 
genre Prunier, sous le nom de Prunus armeniaca. La plupart des botanistes ac- 
tuels s accordent a ne considerer Y Armeniaca que comme un sous-genre, ou 
section du genre Prunier (Voy. ce mot). L Abricotier differe du prototype gene- 
rique par ses feuilles larges et cordiformes a la base, a limbe pendant a 1 extre- 
mite d un petiole allonge ; par ses fleurs completement blanches seulement a 
1 interieur de leur corolle, tandis que le dos des petales est plus ou moins teinte en 
rose fonce ; enfin, en ce que ses fruits, dits Abricots, sontapeu pres sessiles, recon 
verts d un epiderme finement veloule, a endocarpe ou noyau lisse, egalement 
epais dans presquetoute son etendue, et pourvu de deux bords, dont un obtus et 
1 autre parcouru par trois aretes saillantes. Le mesocarpe, charnu, jaune, sucre et 
aromatique, mange frais ou a 1 etat de conserve molle, a ete considere comme 
depuratif. Les graines renferment un gros embryon dont les proprietes sont les 



ABRUS. 205 

memes que celles des Amandes ameres (Voy. ce mot), auxguelles elles sont sou- 
vent melees dans le commerce. 

Les principales varietes comestibles de 1 Abricotier vulgaire sont : YA. Alberge, 
I A. de Hollande, I A. angoumois, \ A.-Peche ou de Nancy, et \ A. de Briancon 
(Prunus brigantiaca). Celui-ci croit a 1 etat sauvage dans le Uauphine, et, sui- 
vant Allioni, pres de Montferrat, en Piemont. Ses graines fournissent une huile 
douce dite Huile de marmotte; les tourteaux, qui peuvent etre dangereux par 
1 acide cyanhydrique qu ils renferment, d apres M. Guibourt, sont propres a en- 
graisser le betail. 

Du tronc de tous ces Abricotiers s ecoule, soil spontanement, soit a la suite de 
plaies ou d incisions, une gomme rougeatre analogue a celle qui se trouve sur 
toutes les especes du genre Pmnus, et qu on a voulu substituer a la gomme 
arabique. 

Le nom d Abricotier est donne, dans les pays chauds, a quelques arbres bien 
(lii lerents denotre Abricotier vulgaire. Aux: Antilles, on appelle Abricolier xitu- 
vage le Mammea americana de Linne, plante de la famille des Clusiacees, doat 
le fruit est une grosse baie arrondie atteignant jusqu a une demi-pied de din- 
metre. Sous une enveloppe exterieure coriace, le pericarpe devient charuu, d un 
beaujaune, sucre et aromatique. Au centre sont les graines dures et aplaties, 
ayant, comme la surface du fruit, une saveur amere et resineuse. II est probable 
que toutes ces parties contiennent un principe astringent qui, dans Fecorce de la 
tige, se presente sous forme d une gomme-resine qui tue rapidement les puces- 
chiques introduces sous la peau. Lunan rapporte que les indigenes, qui \ont 
piecls nus, s en enduisent la region plautaire pour en durcir la peau. Bouillie avec 
dujusde citron, cette ecorce devient un vermifuge et un insecticide energique. 
L EflM des Creoles se prepare en distillant les fleurs ; le jus du fruit sert a fabri- 
quer une boisson fermentee. 

A Cayenne,! A bricot sauvage est le fruit du Couroupita guianensis,ou Boulet- 
de-canon, arbre de la famille des Myrtacees. Sa pulpe est comestible et sert a 
fabriquer une espece de vin. H. BAILLON. 

ABROTAIVOf. ABROTO1VE. Noms anciens et vulgaires de 1 Aurone, de la 
Santoliae et des diverses autres especes d ARMoisE (Voy. ce mot) employees en 
medecine. H.BN. 



. Genre de plantes de la famille des Legumineuses, constituant parmi 
les Papilionacees une sous-tribu distincte ties Phaseolees, celle des Abrinees, qui 
est caracterisee, suivant MM. Wight et Arnott, par un androcee reduit a neuf eta- 
mines monadelphes. Les auteurs actuels en admettent plusieurs especes, mais on 
n en a longtemps connu qu une seule, YAbrus precatorius de Linne, qui etait 
primitivement le Glycine Abrus du meme botaniste. C est la Liane a reglisse des 
Creoles, et sa racine est exactement employee aux memes usages en medecine que 
chez nous celle du Glycyrrhiza. C est pour cet usage que la plante, originaire 
des Indes orientales, est frequemment cultive e en Amerique et en Afrique. 
Prosper Alpin nous apprend que les Egyptiens emploient comme comestible ses 
graines ovo ides, lisses, d un rouge tres-vif, tachees pres de leur sommet d un 
point noir presque circulaire ; on les connait thez nous sous le nom de pois d Ame 
rique, et 1 on en fait parfoisdes colliers et des chapelets. G est probablement par 
suite d une erreur qu Herman et, d apres lui, P. Browne, ont considere ces 



206 ABSINTHE. 

graines comme toxiques et dormant la mort a Ires-petite dose. On vend souvent 
ces graines sur les marches dans 1 Inde ; elles sont appelees Retti ou Rutti en 
hindostani, Gunja ractica ou Krishnala en Sanscrit, Goontch en bengali. Sui- 
vant Rheede, on considere dans le Malabar les feuilles comme tres-efficaces centre 
les angines et la toux ; on en fait une decoction, apres les avoir pilees avec du 
sucre. Les graines servent a preparer la boisson nominee vatti. H. BAILLON. 

ABSAC (Eanx min^rales d ). Voy. AVAILS. 

ABSINTHE. I. BOTANIQUE. On emploie en medecine sous ce nom (Absin 
thium de a priv. et tj/iv&os, douceur) quatre especes du genre ARMOISE (Artemi 
sia), qui ^o nt : 

1 La Grande Absinthe, ou Aluine (Artemisia Absinthium L.). 

2 La Petite Absinthe, ou Absinthe pontique (Artemisia pontica L.). 

3 L Absinthe maritime (Artemisia maritima L.). 

4 L Absinthe glaciale (Artemisia glacialis L.), qui est une espece de Genipi 
(Voy. ce mot). 

On a encore donne le nom d Absinthes aux Artemisia rupestris, arborescens, 
laxa, austriaca, qui sans doute out les memes proprietes que les precedentes, 
etal ^4. Moxa oil Herbe d Moxas des Chinois. Tournefort (Inttitut., 500) et, 
apres lui Goertner (Fruct., II, 573) ont considere comme type d un genre distinct 
nomine Absinthium, la Grande Absinthe, ou Artemisia Absinthium de Linne. Ce 
genre ne serait caracterise que par les poils dont le receptacle du capitule floral 
est garni. Mais on s accorde de nos jours a considerer ce caractere comme insuffi- 
sant pour separer les Absinthium des autres especes du genre ARMOISE (Voy. ce 
mot) . Toutefois, pour ne point separer de ce qui est relatif a la pharrmcologie et 
a la therapeutique des Absinthes, la description proprement dite de ces plantes, 
nous donnerons ici les caracteres de celles qui appartiennent a la section Absin 
thium du genre Artemisia. 

1. La Grande Absinthe est une plante herbacee, vivace. De sa souche ramifiee 
superieurement et portant de nombreuses racines greles et cylindriques, s elevent 
des branches herbacees, dressees, un peu rameuses, surtout en haut. Ces branches 
qui s elevent environ a un pied de hauteur, sont couvertes de feuilles alternes.Les 
inferieures sont tripinnatifides ; les moyennes bipinnatifides, et vers le haut des 
rameaux, les feuilles ne sont plus que simplement pinnatifides oumeme entieres, 
bracteiformes, allongees, obtuses. Dans celles qui sont decoupees, les segments sunt 
etroits, lanceoles, obtus au sommet. Toute la surface de la plante est chargee 
d un duvet blanchatre, cendre, qui lui donne une teinte generale grisatre. Les 
inflorescences sont des capitules, comme dans les plantes de la famille des Synan- 
therees ou Composees, a laquelle appartient 1 Absinthe. Ces capitules sont reunis 
vers 1 extremite des rameaux en petits epis axillaires, nombreux, d une couleur 
vert-jaunatre, et dont 1 ensemble constitue une sorte de panicule a forme pyrami- 
dale tres-allongee , 

Les capitules de 1 Absinthe ont la forme convexe ; ils portent a leur base un 
assez grand nombre debractees inegales, imbriquees, vertes et nues, constituant 
1 involucre. Leur extremite devient tardivement un peu scarieuse et seche. Le 
reste du receptacle est charge de poils fins et dresses dans 1 intei valle des fleurs 
qui ne sont pas tres-nombreuses, se rapprochent les unes des autres pour former 
une petite masse globuleuse, et sont un peu plus courtes vers la circonference 



ABSINTHE. -207 

qu au centre du capitule. Les fleurs de la peripherie soat femelles et ceitas du 
centre sont hermaphrodites. Mais il faut bien observer qu il y a entre les unes et ies 
autres des fleurs qui servent de transition et qui portent des etamines, a antheres, 
il est vrai, le plus souvent steriles et aplaties. Dans les fleurs hermaphrodites, 
1 ovaire est infere, et il est surmonte d unecorolle tubuleuse a cinq dents valvaires, 
sans apparence de calice en dehors de cette corolle. Les etamines, au.nombre decinq, 
alternes avec les lobes de la corolle, sont inserees sur elle et libres par leurs filets qui 
sont tres-greles ; mais elles sontunies par les bords de leurs antheres biloculaires, 
introrses et dehiscentes par deux fentes longitudinales. Le connectif se prolonge 
au-dessus des loges, en une lame plate et triangulaire. Le style est cylindrique, 
grele et dresse. Superieurement, il se partage en deux lobes stigmatiferes qui sont 
peu profonds, elargis, tronques a leur extremite. Dans les fleurs de la circonterence, 
outre que les etamines sont, comme nous 1 avons dit, ou nulles, ou rudimentaires, 
les lobes stigmatiferes du style sont plus allonges et plus greles ; les corolles phis 
courtes et plus etroites vers leur sommet. Mais dans toutes les fleuis il y a uu 
ovule anatrope et dresse du fond de 1 ovaire. Toutes peuvent done clonner nais- 
sance a un akene qui est obovale, nu et couronne d une cicatrice de la corolle. 

La Grande Absinthe a etc appelee par Lamarck (Flore franc., 45) Absinthium 
vulgare, et par A. Richard, A. ofjicinale, alors qu elle a eli- nmsideirr commr Ir 
prototype d un genre distinct. Reintegree dans le genre Armoise, ou Linne 1 avait 
placee et dont elle ne doit pas etre separee, elle doit porter le nom A Artcniixin. 
Absinthium L. C est une plante commune dans certaines regions de 1 Europe et 
de 1 Afrique septentrionale ; on la trouvc chez nous dans les lieux pierre\ix, 
incultes, sur le bord deschemins, ou elle fleurit depuis le milieu jusqu a la iiu de 
1 ete. Toutes ses parties exhident une odeur forle, tres-aromatique, penetrante, 
nondesagreable. Leur gout est tres-amer et aromatique. Cependantil y a di.-s pieds 
consideres comme appartenant a une variete particuliere, dont le gout et 1 odeur 
sont presque nuls ; ce qui ne depend peut-etre que du sol ou croit la plante, 
L Absinthe est nommee vulgairement Aluine dans quelques parties de la Fiance. 
En Allemagne et en Angleterre elle s appelle nussil Ilerbe-aux-vers. 

LTOE. Sp. plant., 1188. SMITH. Engl. Flor., Ill, 408. DE CANDOLLE. Prodrom., VI, 1 25. 
Fl. fr., IV, 189. MERAT et DE LENS, Dict.de mat. mdd., I, 447. Guicuunr. Drog., 
simpl., ed , 4, III, 42. A. RICHARD. EUm., ed. 4, III, 74. -- GRENIER et GODRO.N. Fl, fr., It, 
126. LINDLEY, Flor. med., 464. 

II. L Absinthe pontiqueoM Petite Absinthe (Artemisia pontica L.) a les fleurs 
organisees de meme que 1 espece precedente, et groupees en capitules petits et 
inclines, reunis sur les ramifications superieures de la plante, surmontant un 
pedoncule grele, penche et portant une ou plusieurs petites bractees alternes. Celles 
de 1 involucre sont, en dehors surtout, blanchatres, membraneuses, etroites, 
lineaires, aigues au sommet. 

G est une plante vivace, originaire des regions australes et orientales de 1 Eu- 
rope; elle croit abondamment dans les lieux incultes de 1 Italie, la Grece, la 
Hongrie, la Romanic. Ses tiges sont hautes d un demi-metre environ, epaissies et 
sous-ligneuses a leur base, dressees, nombreuses, cylindriques, rameuses ; a leuilles 
alternes, fort petites, tres-divisees en lobes inegaux, etroits, lineaires, portant des 
poils tres-fins et tres-rares a la face superieure, tres-abondants et presses a la lace 
inferieure, qui est cotonneus.e. Toutes les parties de la plante out une odeur et 
une saveur analogues a cellesdela Grande Absinthe, moins prononcees cependant. 



ABSINTHE. 

C est a Tournefort qu on doit I introduction de cette plante qu il trouva aux envi 
rons de Sinope. De son temps deja on cultivait dans les jardins, sous le nom 
de Petite Absinthe, une plante qui n etait pas celle indiquee par Galien. De nos 
jours encore plusieurs especes sont cultivees etlivrees au commerce avec iameme 
denomination ; mais elles sont bien distinctes. Ce sont les Artemisia galtica W., 
aragonensis Lamk., cxrulescens L., etc. 

TOURNEFORT, Voyage, III, 51. ~ MEKAT et DE LENS, Mat. me d., I, 451. -- GUIBOURT, Drag., 
simp., Ill, 41 

III. L Absinthe maritime (Artemisia maritima L. Absinthium seriphium 
belyicum, G. BAUII.) a ete considered par Besser comme le type d une section 
particuliere du genre Armoise, section appelee Seriphidium et caracterisee par 
des lobes stigmatiques trcs-elargis et discoides au sommet, ainsi que par 1 inser- 
tion ties-oblique de la corolle sur le bord du receptacle. MM. Grenier et Godron 
peusent meme que cette section est assez bien caracterisee pour prendre le rang 
de genre. Les capitulcs sont epars le long des ramcaux, simulant de petites 
grappes; le tout ivmii en une panicule lache et leuillee dont les rameaux arques 
s etalent et se reflechissent a leur sommet. Les bractees sont tantdt egales et 
tantot plus longues que les capitules, entieresou divisees a leur base. Les bractees 
de 1 involucre sont inegales et concaves; les plus interieures sont oblongues, a 
larges borcls scaiieux ; les exterieures out ces Lords tres-etroits, sont ovales, 
obtuses et chargees d un duvet tomcnteux. II n y a dans chaque capitule que cinq 
ou six ileurs a corolle glabre et obconique, a antheres surmontces d un prolonge- 
ment subule du connectif. Les fruits sont des akencs Lrunatres, couronnes d un 
disque en anneau tres-oblique, comme 1 insertion du perianthe. C est une plante 
\ivace qui croit spontanement en Angletene, en Dancmark, en Suede et en 
France sur tout le littoral occidental. De sa souchc rameuse cnibnie sous le sable 
s elevent des branches steriles, formant une toufie basse, et des branches floriferes 
droites, rameuses, elancees, chargees de feuilles cotonneuses sur leurs denx 
laces, bipinnatisequees, a segments lineaires et obtus. Celles du has de la plante 
et des branches steriles, ont un petiole largemenl dilate et demi-embrassant par sa 
base. Plus haul les petioles sont auricules, et, pres des inflorescences, tres-com ts 
ou mils. Toutes ces parties repandent une odeur assez agreable qu on a compaiee 
a celle de la Gitronelle ou de la Meiisse. Sa saveur est amere, mais beaucoup 
moins que celle de la Grande Absinthe, dont on la distingue par 1 etroitesse des 
lobes de ses feuilles. Le duvet abondant dont elle est chargee la differencie egale- 
ment de 1 Absinthe pontique. 

Aux Antilles on donne le nom A Absinthe butarde, A. de Montague, a plu 
sieurs Com posees, principalement au Parthenium hysterophorus, suivanl Poupee- 
Desportes et A. L. de Jussieu. 

BAUHIN. Pinet., 159. LINNE. Sp. pi., 1186. LAMARCK. Diet., [, 268. GUIBOURT. Drogue* 
simpl., HI, 59. GRKNIER et GODRON, Fl. fr., Ill, 155. 

g II. PHARMACOLOGIE. La grande absinthe est la seule espece oflicinale; les au- 
tres ne doivent etre employees que sur prescription speciale du medecin. II y a, 
avons-nous dit, deux grandes absinthes : 1 une a capitules plus grands est dite(/m- 
diflora, et 1 autre inodore et presque insipide (insipida), toutes les deux sont 
d orighie orientale et peu connues. La grande absinthe est cultivee dans les jardins 
pom les besoins de la medecine ; on la recolte au moment de la floraison ; on la 



ABSINTHE. 209 

dispose en petits paquets peu serrSs que Ton attache en guirlandes que Ton fait 
sei her au grenier ou au sechoir ; d autres fois on la coupe par fragments de 5 3t 
6 centimetres de longueur. 

D apres Braconnot, les pvincipes actifs de 1 absinthe resident dans une huile 
essentielle verte^ tres-abondante, qui, rectifiee plusieurs fois, est isomere avec le 
camphre du Japon= (C-Il 16 2 );cllebputa 204, et sa densite" a +24 est 0,973 
(Leblanc),et dans deux principes extractifs amers, un azote et 1 autre resineux. 
Cette plante renierme en outre une notable quantite de sels de potasse et d acides 
organiques; par sa calcination a 1 air et liixiviation de ses cendres, on obtenait au- 
trefois un carbonate de potasse qui e"tait employe sous le nom de set essentiel 
d absinthe, et qui est aujourd hui tout a fait inusite; le principe amer de 1 ab- 
sinthe, ou absintheine (Luck) est tres-imparfaitement connu. Quand a 1 acide 
absintheique que Ton a cm exister dans cette plante combine avec la potasse, 
personne n en a demontre 1 existence; le principe amer resiniforme de Bra 
connot est a pcine soluble dans 1 eau froide, mais il se dissout dans 1 eau chaude 
et dans 1 alcool, d ou 1 eau le piecipite. Le principe amer azot6 est soluble dans 
1 eau froide et peu soluble dans 1 alcool ; 1 infusion aqucuse d absinthe contientces 
deux principes : 1 un parce qu il est soluble dans ce liqmde, 1 autre parce que, 
quoique insoluble, il se dissout a la faveur des autres elements. Ces principes 
amers ont ele etudies par M. Caventou et par M. Luck. 

La composition chimique de 1 absinthe nous condpit a diviser en trois.groupes 
les preparations pharmaceutiques dont cette plante est la base : le premier com- 
prendra les preparations dans lesquelles on trouvera tout a la fois le principe volatil 
stimulant et les principes amers toniques ; le second sera compose des medica 
ments qui ne renferment que les principes fixes amers que Ton a reconnus jouir 
de propiietes simplement toniques; et dans le troisieme nous trouverons les prin 
cipes volatils seulement, auquels on attribue avec raison des proprietes stimulantes 
et vermifuges. 

1 Preparations d absinthe qui renferment les principes amers et I huile es- 
tentielle. Especes aromatiques ou vulneraires. Prenez sauge, thym, serpolet, 
bysope, menthe aquatique, origan commun, absinthe, de chaque 52 grammes. 
Melez exactement. Employez en decoction, et plutot en infusion, a la dose de 40 a 
60 grammes pour un litre d eau. 

Especes ameres. Feuilles seches de germandree ou de petit chene, sommites 
de petite centauree, absinthe, de chaque 52 grammes. En infusion, aux memes 
doses que les precedentes. 

Especes anthelminthiques. Feuilies et fleurs de tanaisie, d absinthe, capitules 
decamomille romaine, de chaque 52 grammes. Melez et employez comme ies pre 
cedentes. 

La poudre d absinthe n est pas employee. 

Tisane d absinthe. Sommites seches d absinthe 4 a 8 grammes, eau bouillante 
un litre, faire infuser une heure, et passez. Cette preparation est tres-amere. Elle 
renferme tous les principes de la plante; obtenue par decoction, I huile essentielle 
seiait dissipee et on obtiendrait une tisane simplement amere; il vaudrait mieux 
alors avoir recours a un principe amer isole, comme la gentiane ou la petite cen- 

tauree, etc. 

Sirop d absinthe. Sommites de grande absinthe 1, eau bouillante 8, sucre 15. 
On lait une infusion d absinthe, on passe et on filtre au papier lave ; on ajoute pour 
100 grammes de liqueur 190 grammes de sucre et on fait fondre au bain-marie 

DICT. ENC. I. ^ 



210 ABSINTHE. 

ferine. Ce sirop est tres-charge de principes actifs ; il est peu employe". Les enfanfs 
le prennent de preference a toule autre prepai ation, a la dose de 40 a 60 grammes; 
il sert a edulcorer des tisanes ; on 1 emploie quelquefois comme excipienl pour les 
electuaires febrifuges, pour les pilules, etc. 20 grammes ou une cuilleree a bouche 
de sirop correspondent a peu pres a \ gramme d absinthe. 

Vin d absinthe. Feuilles seches d absinthe 1, vin blanc genereux 30, alcool a 
86C. On coupe 1 absinthe par fragments, on les met dans un flacon eton y verse 
1 alcool ; apres 24 heures de contact et d agitation reiteree on ajoute le vin ; on 
fait macerer deux jours et on filtre. 30 grammes de vin represented 1 gramme 
d absinthe. 

Le Codex actuel ne dit pas ce que Fon. doit entendre par vin genereux. La nou- 
velle officine sera plus explicite ; elle adoptera probablement le chiffre de 1 pour 1 00 
d alcool qui devront etre contenus dans les vins destines a prepare! les vins medi- 
cinaux. 

Teinture alcoolique d absinthe. Sommites seches d absinthe 1 , alcool a 56 C. 5. 
Operez comme pour le vin, passez, exprimez et filtrez. Le Codex prepare cette tein- 
ture dans les proportions de i de plantes pour 4 d alcool ; mais il est probable que le 
chiffre 1 sur 5 sera adopte ; il est generalement suivi. 

Quintessence d absinthe. Sommites de grtinde et de petite absinthe, de chaque2, 
girofles concasse s 1, sucre 1, alcool 56 520. Coupez les plantes par fragments 
contuses; introduisez-les avec le girofle dans un flacon, versez 1 alcool, faites ma 
cerer huit jours, passez, expi imez, filtrez, ajoutez le sucre. C est un remede populaire 
amer, stomachique. Elle contient moins d absinthe que la teinture, mais le giroile 
qu elle renferme concourt a augmenter ses proprietes stomachiques et stimulantes. 

Huile d absinthe. Sommites seches d absinthe 1, huile d olives 8, coupez 1 ab 
sinthe et faites digerer au bain-marie, passez avec expression et filtrez. Cette huile 
est peu employee ; on la conseillait autrefois comme vermifuge en frictions sur le 
ventre a la dose de 50 a 60 grammes ; la couleur verte qu elle presente est due a 
la chlorophylle, qui ne concourt en rien a ses proprietes ; elle se decolore a ia 
lumiere. 

2 Preparations d absinthe qui ne renferment que les principes fixes. L extrait 
d absinthe s obtient en reduisant les sommites seches d absinthe en poudre fine ; 
on 1 humecte avecmoitie de son poids d eau; apres deux heures de contact, on place 
dans un appareil a deplacement; on lessive avec de 1 eau 1 roide et on fait evaporer 
en consistance d extrait. Une partie d extrait represente 4 parties de plante seche. 
D apres 1 observation de Cullen et de Geoffrey, les feuilles d absinthe sont plus ac 
tives que les tiges, et les inflorescences sont la partie qu il faut preferer. L extrait 
d absinthe sert souvent d excipient pour les pilules febrifuges. 

3 Preparations d absinthe qui ne renferment que le principe volatil. L eau 
distillee d absinthe s obtient en distillant les sommites fraiches coupees avec dc 
1 eau ; on retire en eau distillee le double du poids de la plante employee ; on en 
fait peu usage ; on la fait entrer dans dos potions vermifuges a la dose de 60 a 
100 grammes. En remplacant dans cette distillation 1 eau par 1 alcool, on obtien- 
drait un alcoolat d absinthe qui a ete employe quelquefois et qui jouit de la sin- 
guliere propriete de masquer la saveur amere particuliere du quinquina ; de sorte 
qu avec cet alcoolat , de Fextrait de quinquina jaune et du sucre associes d apres 
les indications du medecin, on obtiendrait une sorte d elixir febrifuge tres-agrea- 
ble, et que Ton pourrait confondre avec une liqueur de table. 

Essence d absinthe. Cette essence s obtient par distillation. Nous avoiw 



ABSINTHE. 2i1 

deja fait connaitre ses principals proprietes ; elle est tres-acre ; lorsqu on veut 
1 administrer a 1 interieur, il ne faut pas depasser la dose de six gouttes ; on la 
divise dans les potions a 1 aide d un peu de sucre, ou bien on la donne en pi 
lules; a I exterieur, on la prescrit quelquefois en liniment associee avec des 
huiles fixes. 

Nous ferons remarquer que la liqueur d absinthe preparee en Suissc, dans le 
I)oubs, dans le Jura, etc., n est pas faite en general avec 1 absinthe, mais bien avec 
les Genipis, A. rupeslris et autres. (Voij. GENIPI.) 0. REVEIL. 

111. THERAI EUTIQUE. Les proprietes organoleptiques immedialement appreciable* 
de 1 absinthe, sa fragrance vive, sa saveur amere et aromatique, ont du attirer 1 at- 
tention sur cette plante des que les hommes se sont avises de chercber dans les 
produits du regne vegetal des remedes contre leurs maladies. Aussi la voit-on em 
ployee en medecinedes 1 antiquite. Galien la regardait comme un puissant tonique, 
etjusqu a nos jours les medecins se sont accordes a lui reconnaitre une action a la 
foisstimulantectfortifiantesurl economie, a 1 exceplion toutefoisdes therapeutistes 
de lecole italienne, qui, avec Giacomini, en ont fait un hypostheuisant. II fan!, 
coniesser cependant que, si la reputation de 1 absinllie est loujours !a nienie, si ses 
vertus n ont pas cesse d etre celebrdcs dans les traites dc malieic medicalc, la ge- 
neralite des praliciens parail. 1 avoii 1 quelque pen ouhlicc. II y a ;"i cd. onNi, injuste 
sous quelques rapports, plusieurs inolifs, dont les principal! x sont sansdoute, d unc 
part 1 exageration des louanges dont cette plante a ete Tobjet, et d autre part la 
possession d aulrcs medicaments qu on s est accoulnme a regardcr, a\cc plus on 
moins de raison, comme repondant plus svYrement ou bien d unt 1 ni;uiinv plus 
commode aux indications pour lesquelles 1 absintbe etait autrefois consacn c. 

Parmi les effets de 1 absinthe, le plus sensible, le premier a se mauili 
sans contredit la stimulation de 1 estomac, d ou resultc 1 augmentation de Tap- 
petit et 1 activite plus grancle du travail digestif. Aussi son usage dans ce but est 
devenu vulgaire, et ses preparations, int usi n, vin, teinture ou ex trait, sont pres- 
crites avec avantage auxpersonnes chez lesquelles les fonctionsgastriquessontlcntr , 
laliorieuses et s accompagnent de flatulence, que cette atonie du ventricule soit 
d ailleurs constitutionnelle et primitive, oubien, ce qui est beaucoup plus commun, 
qu elle soit secondaire et consecutive, comme dans les convalescences des maladies 
aigues ou dans le cours des maladies chroniques. Seulement, en raison des pro- 
priefes stimulantes du medicament, il importe de ne 1 administrer qu a dose mo- 
deree et de s assurer que 1 estomac n est le siege d aucune irritabilite, et bien 
moins encore d aucun etat pblegmasique. 

On sait que 1 absinthe a ete conseillee par le grand Haller dans les affections 
goutteuses ; c etait aussi et surtout pour obeir a la meme indication, celle de re- 
medier a 1 atonie du tube digestif et a I asthenie generate qui accompagnent sou- 
vent ces affections dans la forme chronique. Avait-elle, serait-elle susceptible 
d avoir quelque utilite dans ces sortes de cas par les sels alcalins dont 1 analyse a 
fait constater 1 existence dans ses cendres ? Etait -ce en vertu de ces memes 
sels, qu elle aurait pu guerir des affections calculeuses rebelles, entre les mains 
du celebre Linnee? Ce qui ne saurait paraitre douteux, c est que c est precisement 
a la presence de ces sels que 1 absinthe doit les proprietes diuretiques qui lui ont 
ete reconnues, proprietes au moyen desquelles s explique, an moins en partie, 
I efficacite attribute a cetle plante par Mattbiole, Veslingius, Willis, Heister, pour 
guerir certaines hydropisies et principalement 1 anasarque. 



212 ABSINTHE. 

Mais si Ton considere que le medicament qui nousoccupe ne pouvait guere ame- 
ner la guerison des hydropisies liees aux maladies organiques du coeur, des gros 
vaisseaux, du foie,etc.; que c etait specialement dans la forme oedeme,anasarque, 
qu elle reussissait, c est-a-dire, a n en pas douter, dans ces hydropisies du tissu 
cellulaire qui sont la consequence d une -violation de la erase du sang, d une hy- 
droemie symptomatique de la chlorose ou de la cachexie suite des fievres inter- 
mittentes, etc., on pourra se rendre compte aussi de 1 efficacite attribute a 1 ab- 
sinthe dans ces sortes de cas par la consideration de son action toniqueetstimulante. 
Ne parait-il pas visible, en effet, que c est surtout en stimulant les fonctions diges 
tives et nutritives, en contribuarit ainsi a rendre au liquide sanguin ses qualites 
necessaires, que 1 absinthe a pu guerir ces maladies? Cette explication, qui nous 
semble d autant plus s imposer que souvent on associait et Ton associe encore les 
ferrugineux aux preparations d absinthe, s applique tout aussi surement a 1 ame- 
norrbee, a la leucorrhee, et aussi a la scropfule. 

Nous venous de citer 1 anasarque consecutive aux fievres intermittentes parmi les 
conditions organopatbiques justiciables de I absinthe. Ces fievres elles-memes ont 
ete traitees avec succes au moyen de 1 extrait de cette plante, a la dose quotidienne 
de 2 a 4 grammes. Nous savons que Pinel a la Salpp-triere, Alibert a Saint-Louis, 
Chaumeton, Lupis, de Trente, et avant eux Ferrein, se sont beaucoup loues de ce 
medicament dans le traitement des fievres d acces. De notre temps, les auteurs de 
1 ouvrage de therapeutique le plus autorise, MM. Trousseau et Pidoux, ont egale- 
ment constate cette vertu, et conseillent aux praticiens de s en souvenir dans les 
cas ou 1 administration du quinquina leur serait intcrdite pour quelque cause que 
ce fut. C est ce qu a fait le sagace auteur du Traite des plantes medicinales indi 
genes, M. Cazin, qui declare avoir souvent employe 1 absinthe avec succes dans 
les marais du Calaisis, contre les fievres intermittentes, quand 1 etat des voies 
digestives le permettait, et 1 avoir vue reussir apres un long usage des preparations 
de quinquina, dans les cas surtout de recidive avec symptomes cacbectiques. 

Enfin, il est une autre propriete qu on ne saurait meconnaitre a 1 absinthe, c est 
d etre un des meilleurs anthelmintiques indigenes que nous possedions, et qui n a 
contre lui que d etre d une administration assez difficile chez les enfants, a cause 
desa saveur forte et desagreable. On a prescrit sa poudre, son extrait, son huile 
essentielle, contre les ascarides lombricoides ; les memes preparations, et surtout 
la poudre melangee avec du miel, sous forme de suppositoire (Cazin), contre les 
oxyures vermiculaires ; Hufeland a recommande la teinture d absinthe comme le 
moyen le plus prompt et le meilleur quand le taania donne lieu a des accidents 
graves. 

En resume, 1 absinthe est un bon medicament qui agit comme stimulant sur 
1 estomac et comme tonique nevrosthenique sur I ensemble de 1 organisme. Elle 
pourra done etre prescrite avantageusement a ce double titre dans les cas recla- 
mant cette double action ; mais dans la part a faire a son influence, il est bon de 
tenir compte des vehiculcs, vin, alcool, qui servent souvent a 1 introduire dans 
1 economie ,et des autres agents relevant de 1 hygiene, dont on invoque concurrem- 
ment le secours, regime, exercice, changement d air, etc. 

Des proprietes toxiques, narcotiques, ont ete attributes a 1 absinthe par divers 
auteurs, par Lindenstolpe et son commentateur Stenzelius, par Cartheuser, par 
Cuilen, mais avec beaucoup de reserve, et de notre temps par MM. Trousseau et 
Pidoux, par M. Cazin, enfin par M. Marce qui, dans une note recemment communi- 
quee a TAcad. des sciences, a fait connaitre les resultats tres-interessants d ex^- 



ABSORB A NTS. 215 

riences entreprises par lui sur les animaux a 1 aide del essence d absinthe. Geserait 
J ce principe, d apres quelques-uns, que seraient dus les accidents qu on voit se 
produire chez les personnes qui abusent de la liqueur connue dans le commerce 
sous le nom d absinthe suisse ; cette question sera examinee a 1 article ALCOOLISME. 
Mais en attendant, nous devons dire que les jugements sont tres-differents sur ce 
point ; car tandis qu une opinion tres-generale, exprimec ci-dessus dans la partie 
pharmacologique, regarde 1 absintbe officinale comme ne figurant meme pas parmi 
les nombreuses plantes qui entrent dans la composition de cette liqueur : celle-ci, 
aucontraire, d apres ies recherches de M. Marce, contiendrait jusqu a 20 grammes 
d essence par 100 litres d alcool, et ce serait a la presence de cette essence qu il 
faudrait attribuer les nuances symptomatiques qui, suivant ses observations, sepa- 
reraient 1 intoxication alcoolique simple de 1 intoxication a 1 aide dela liqueur d ab 
sinthe. Quoi qu il en soit, il convient de remarquer, avec Barbier, d Amiens, que 
si la plante qui nous occupe renferme un principe vireux et narcotique, 1 aclion 
de ce principe ne se fait pas sentir aux doses auxquelles on ordonne les composes 
d absinthe comme moyens therapeutiques. 

Quant aux autres especes qui ont ete on qui poumient elre employees en 
medecine, il nous suliiia de les mentionner. Cc s-ont : la petite absinthe, on 
A.pontique, dont les proprietes sont plus faibles : et 1 Absinthe maritime; celle-ci 
est un pen moins amere que 1 absinthe ofiicinale et s emploie aux memes doses et 
dans les memes cii Constances ; c est surtout comme anthelmintique que son usage 
est populaire(4 gr. pour 100 gr. d eau en decoction, administree a jeun plusicurs 
jours de suite) . M. Cazin dit 1 avoir vu reussir dans tous les cas ou 1 absinthe commune 
est indiquee, mais surtout dans les affections scrofuleuses en 1 associant au varech 
vesiculeux ; peut-etre, de ces deux agents, le dernier est-il le plus actif dans ces 
affections, en raison de 1 iode qu il contient. DEBOUT. 

ROCAKD (C.). De plantis Absinthii tractatus. Venetiis, 1589, in-4. BACH;H (1.). De plantis 
Absinthii nomen habenlibus. Montisb Mgardi, 1 tU"), in 8. Ibid. 1599, in-5. Les admirables 
propriftez del Absynthe. 1 aris, 1620, in-8. FERR (J. Mich.). Hiera picra, seude Absintliio 
analecta. Lipsire, , 1667, in-8. LUPIS. Osservazioni ed experience sopra la virtu anti- 
febbrile dell estratto amarissimo d assenzio del Sign. Demetrio* Leonardi. InAnnaliuni- 
vers.di medicina. 1828, t. XLVI, p. 35. Extr. dans Journ. des Progrcs des sc. et instil. me~- 
dicales. 1828, t. XV, p. 109. MARTIN Stan. . De I Absinthe maritime et de ses proprietes 
vermifuges. In Bullet, gen. de the rap., 1841, t. XXI, p. 113. MARCE (L. V.). Sur faction 
toxique de I essence d Absinthe. In Comptes rendus des seances de I Acad. des sciences. 1864, 
t. LVIII, p. 628. R. D. 

ABSORB ANTS. Les absorbants sont destines a soustraire 1 economie au con 
tact des agents nuisibles, soit liquides, soit gazeux, en dissimulant ceux-ci dans 
lems porosites, ou bienen neutralisant leurs proprietes chimiques. Dela une divi 
sion naturelle des absorbants en absorbants physiques et chimiques, selon qu ils 
agissent \ ar intussusception ou par combinaison ; la premiere classe repondarit aux 
mbibants, et la seconde aux antacides des anciennes matieres medicales 

Absorbants mecaniques . Tous les corps creuses dans leur masse d interstices cana- 
licules ou lacuneux sont capables d attirer et de retenir dans leur interieur des li 
quides et des gaz. Le charbon et 1 eponge de platine offrent des exemples re 
mirquables de cette maniere d agir. Ce phenomene, qui n est qu une modification 
de la capillarite, se retrouve egalement dans les substances formees de fibrilles ou 
de particules artificiellement agregees, telles que les filasses etles poussieres orga- 
niques ou minerales. C est parce que les vetements, surtout ceux qui sont drapes 
et epais, possedent, comme les objets de literie, cette propriete absorbante pour les 



214 ABSORBANTS. 

substances volatiles on gazeuses, qu ils jouissent du triste privilege de transmettre 
si bien lesprincipes des maladies contagieuses ou infectieuses. Mais pour que cette 
action s exerce dans sa plenitude, il faut que les espaces laisses entre les molecules 
integrantes d une masse ou entre les parcelles solides accidentellement groupees 
soient, autant que possible, prealablement debarrasses de toute matiere fluide 
absorbable. Du charbon qui s est impregne deja de gaz ammoniac ou carbonique 
est necessairement moins avide de ces substances gazeuses, etsa puissance d absor- 
ption diminuerait a mesure qu approcherait davantagele degre de la saturation. De 
cette consideration decoule une remarque qui interesse la pratique. Pour obtenir 
le maximum d effet absorbant de la poudre de charbon, il convient non-seule- 
ment de la choisir recemment preparee, mais encore de ne 1 ingerer qu a 1 etat 
sec, emprisonnee par exemple dans une enveloppe de pain azyme. La meme re- 
commajidation peut etre faite a 1 occasion des autres poudres alisorbantes. 

D ailleurs, 1 energiede 1 absorption depend encore de deux autres circonstances , 
savoir : d une part, la nature du gaz, et d autre part celle du corps absorbant. 

En therapeutique, on peut subdiviser les absorbants mecaniques en ceux qui 
servent a absorber des liquides et ceux qui condensent les gaz. La charpie, 1 ama- 
dou, la toile d araignee, le son, la sciure de bois et la poussiere de bois pourri, 
1 amidon, se trouvent dans la premiere categoric. On y joint peut-etre a tort les 
poudres de lycopode et de colophane, qui se comportent differemment. 

Dans la seconde se placent le charbon, la croute de pain en partie carbonisee, 
et la mie de pain elle-meme. Le meilleur moyen de debarrasser instantanement 
1 entree des voies respiratoires de 1 action irritante des vapeurs d huile essentielle 
de moutarde, quand on a par megarde pris une trop forte dose de ce condiment, 
consiste a apjirocher des narines un moroeau de pain frais. Beaucoup de sujets 
affectes de dyspepsie flatulente et de pyrosis ont, par leur propre observation, de- 
couvert les bons effets de 1 ingestion de croutes de pain sec, grossierement machees 
et tres-peu insalivees. 

Toutefois, les divers absorbants mecaniques peuvent remplir a la fois les deux 
usages indiques. C est ainsi que le charbon a trouve son emploi, dans les pause- 
meats chirurgicaux pour s impregner du pus fetide ou ichoreux. On fabrique de- 
puis quelque temps, pour cet usage, des sachets de gaze remplis d ouate melee a de 
la pousMcre de charbon. Certaines substances non utilisees a titre d absorbants 
mecaniques peuvent neanmoins jouer ce role; telles sont les poudres administrees 
pour neutraliser les acides, dont nous allons maintenant nous occuper. 

Absorbants chimiques. A ne s en tenir qu a la definition, cette classe d absor 
bants comprendrait la plus grande partie des contre-poisons, et meme les desin- 
fectants. Mais, en therapeutique, 1 usage n accorde pas un sens aussi etendu au 
mot absorbant , parce qu on n entend combattre par les absorbants que les 
substances nuisibles spontanement developpees dans 1 organisme. Dans cette ac- 
ception restreinte, tout agent capable de neutraliser les qualites soit alcalines, 
soit acides, devrait etre repute absorbant chimique. Cependant, lorscpi on parcourt 
la liste des medicaments minis dans la classe a laquelle nous accordons cette 
denomination, on s apercoit qu elle ne renfeime que des substances susceptibles 
de jouer le role de base, c est-a-dire des antacides. G est que la mise en liberte des 
alcalis, dans 1 organisme humain, est aussi rare que la formation des acides est 
frequente. S iletaitdemontre, unjour, que des bases telles que I ammoniaque pus- 
sent apparaitre en exces dans! economic et causer quelques dommages a la sante, 
les acides meriteraient aussitot de prendre place parmi les absorbants chimiques, 



ABSORBANTS. 215 

Cette classe , telle qu elle est actuellement constitute , comprend des oxydes et 
des carbonates alcalins,des oxydes et des sous-sels des metaux appartenant a d au- 
tres sections et meme despoudres metalliques. Voici 1 enumeration des principaux 
absorbants chimiques : 

Ammoniaque, sous-carbonate d ammoniaque, base de la preparation designee 
par Van Helmont sous les noms A offa ou daulec. 

Potasse, soude et leurs differents carbonates, eaux de Vichy, de Soulzmatt et 
autres eaux alcalines ; savons a base de soude ou de potasse ; borax ou sous-borate 
de soude. 

Chaux et carbonates calcaires ; sous-phosphates de la meme base ; eau dechaux, 
craie; ecailles d huitres; nacre de perles; corail ; concretions dites yeux d ecrevis- 
ses; coquilles d ceuJs ; terre d os. 

Magnesie et son sous-carbonate ; alumine et terres argileuses et bolaires. 

Oxyde et carbonate de zinc, tuthie ou cadmie ; sous-nitrate de bismuth ; sous- 
acetate de plomb. 

A cette liste on peat joindre les oxydes et carbonates ferrique et ferreux, ainsi 
que le fer metallique. Le fer reduit par I hydrogene parait surtout meriter cette 
place ; cepeudant son usage est pai iois suivi d eructations ayant 1 odeur d hydro- 
gene sulfure. Boerhaave proposait d ajouter aux autres absorbants, outre le fer, les 
poudres d etain et meme de plomb a 1 etat metallique. 

Medication pa? les absorbants. L emploi des absorbants mecaniques ne se prete a 
aucune consideration generale de quelque valeur. Nous nous contenterons de dire 
que si la char|)ie doit etre generalement preferee a la ouate pour les plaies enflammces 
ou irritables, le coton pent avoir son avantage lorsqu il s agit de solutions de con- 
tinuite anciennes et inertes. En second lieu , que la fecule, soil du ble, soit de 
toute autre provenance, doit etre rejetee de 1 usage toutes les fois qu il existe une 
secretion abondante, comme dans 1 intertrigo des enfants, a cause de la transfor 
mation acide qu elle subit malgrc tous les soins de proprete. C est de la poudre de 
lycopode ou le pollen des coniferes qu il convient d employer en pareil cas ; ou 
plutot, vu le prix eleve de cette substance, nous conseillons de lui substituer soit 
la poussiere de bois pourri, soit un melange intime de lecule et de poudre de co- 
lophane, la resine s opposant alors a 1 imbibition des granules d amidon et a leur 
fermentation ulterieure. 

Les regies concernant 1 usage des aborbants chimiques ont plus d importance. 
Quand 1 indicalion se presente de neutraliser un acide, le choix du moyen n est 
pas indifferent. Pour chaque cas particulier il existe, pour ainsi dire, un seul 
antacide convenable. Le medecin, avant de se decider, doit prevoirles combinaisons 
etcalculer les effets speciaux des composes qui vont prendre naissance. Veut-il 
obtenir du meme coup 1 absorption de 1 acide acetique, par exemple, et 1 action 
stimulanle diffuse, . il aura recours a 1 ammoniaque, dont 1 acetate possede les 
qualites d un excitant general. A-t-il a trailer une dyspepsie acescente chez un 
anemique ou chez un chlorotique, il choisira le fer et ses combinaisons avec 
1 oxygene, afm de produire ce double elfet de saturer 1 acide et de restaurer les 
globules par un mecanisme quelconque. 

S agit-il d un sujet habituellement constipe, il emploiera la magnesie. S il re- 
doute, au conlraire, 1 action purgative, il prescrira de preference 1 eau de chain 
dans du lait, ou les diverses poudres calcaires enumerees a sa suite ; la meilleure 
preparation etant ici celle qu on se procure le plus aisement. La precieuse poudre 
de perles ne 1 emporte pas sur la craie vulgaire, et en 1 ordoimant au fils d un roi 



216 ABSORBANTS. 

d Angleterre, les me decins ont commis un acte d inutile prodigalite. Ceux de 
Charles VI meritent le meme reprocbe pour avoir associe les perles a diverses 
pierres precieuses dans le fameux electuaire compose pour Isabeau de Baviere. 
Mais le plus souvent il vaudra mieux recourir aux sels ou bien a 1 eau de Vichy, 
attendu que la soude est 1 alcali le plus repandu dans 1 organisme: que les sels 
sodiques sont un element indispensable du sang, et, partant, ceux dont 1 economic 
lolere le plus facilement des doses elevees. 

Les absorbants ne constituent d ordinaire que des moyens palliatifs. En neutra- 
lisant les acides engendres ou introduits dans les premieres voies ils suppriment 
une complication de 1 affection principale, ils ne guerissent pas celle-ci, du moins 
directement. Aussi devra-t-on rechercher et attaquer la cause de la formation des 
acides pour arriver plus rapidement et plus surement a la curation du mal. Les 
indications propres a guider dans cette recherche se trouveront dans 1 bistoire de 
Yacescence en general. 

L emploi abusil ou mal calcule des absorbants peut doimer lieu a des inconve- 
nients qu il est bon de signaler. D abord, en continuant la medication au dela du 
terme impose par la resistance des accidents, on s expose a tomber dans Fexces 
contraire a celui qu il fallait combattre. Ensuite, en foi Qant les doses, on tail que 
la majeure partie de la substance reste inalteree ; et, si 1 agent est insoluble, il 
donnera naissance a des incrustations de la muqueuse, ou meme a des caiculs in- 
testinaux. La magnusie frequemment ingeree comme antacide, ou bien a litre de 
laxatif, a plus d une lois ete retrouvee dans le tube digestif en concretions volu- 
mineuses 1 ormantde veritables bezoards. Les cas de ce genre ont ete vus, surtout 
en Angleterre, et aussi par Fred. Hoflmann chez les enfants ; mais chacun peut 
observer des laits analogues dans sa pratique. 11 n est pas rare, en effet, que des 
grumeaux blancs d une substance terreuse soient rejetes avec les matieres tecaies 
par des personnes qui, ayant pris quelques jours de suite et sans succes du sous- 
carbonate de magnesie, ont eu recours en dernier lieu a un purgatif plus efficace. 
Cette particularile revele 1 absence des acides dans les premieres voies et la ne- 
eessite d administrer la magnesie concurremment avec des boissons acidules pour 
en assurer 1 action. 

Historique. La medication par les absorbants a suivi la fortune de la doctrine 
iatro-chimique, qui faisait de racrimonie acide la condition prochaine de la plu- 
part des maladies. Apres avoir occupe le premier rang dans la pratique de 1 art, 
elle serait tombee dans le plus complet abandon si quelques agents de cette me 
dication n avaient trouve leur emploi dans un autre but. Des aujourd hui les ab 
sorbants sont empiriquement conseilles dans une foule de circonstances ou 1 aci- 
dite, constatee ou meconnue, constitue un element morbide important, et ces 
medicaments reprendront sans aucun doute le rang qui leur appartient dans la 
matiere medicale, aussitot que les medecins seront fixes sur la frequence et la ge 
neralisation du phenomene de 1 acescence dans 1 etat pathologique. A. GUBLER. 

BORNMAHN (J. C.). Diss. de natura et differentiis anlacidorum per experimenta demonstrate. 
Lugd. Batav., 1701, in-4, pp. 60. ALBERTJ (Mich.), Resp J. P. BRUCH. Diss. de absorbenthnn 
Militate etdamnisin praiimedica. Halae, 1722, in-4. ROSEN (Me.)- Diss. de medicamen- 
tis absorbentibus, eorumque perverso usu. Upsal., 1739, in-4. TRALLES (Balth. Lud.). Vi- 
rium, quse, terreis remediis gratis hactenus adscripts sunt, examen rigorius... Prsemiit. : 
Diss. de frequenti fatuorum remediorum in praxi quotidiana usu, ejusque causis potioribus. 
Vrnstilav. et Lips., 1740, in-4, pp.483. BBEYNE (F. R. S.). Of an Immoderate and Fata, 
Use of Crabs Eyes and other Earthy Absorbents producing Calculi in the Stomach and 
Kidneys. In Philos. Transact., 1740. Abrigded., t VIII, p 452. BERGEN (Car. Aug. A.). 



ABSORPTION. 217 

Resp. LTOECI. Diss. dc abusu el inefficacio terreorum. Francof., 1743, in-4. REGA (Henr. 
Jos.)- Diss. qua demonstratiir sangninem humanum nullo vitio vitiari, ace. Appendix qua 
inquiritur, an in primis viis contineatur acidum, et remedia antacida consideranlur. Lo- 
vanii, 1744, in-8. HAMUEBGEK (G. Erh.). Resp BIERMANN. Diss. de modo agendi medicamen- 
toruni terreorum. lense, 1769, in-4 - - RICKMANN (Chr.). Resp. REI&H. Diss. de usti et almsu 
medicam. terreorum absorbentium. lense, 1779, in-4. HENRY (Thorn.). Experiments and Obs. 
InMed. andPhilos. Commentaries, 1793, 1. 1, 2 edit., p. 277. FODKCUOY. Del actianchimique 
des medicaments ref us dans lex premieres votes. Inl Arldeconnaitre etd employer tes medicam., 
1785, 1. 1, p. 327 ; et art. Absorbants, in Encycl. meih. P. Med., 1. 1. MISSA. Sur I usage 
malentendu des Tes(ace"es dansles maladies aigues des enfants. In Recueil period, d obs. de 
ine d., etc., (aneien Journal de med.), 1775, t. II, p. 368, R. D. 

ABSORBANTS (vaisseaux) Voy. LYMPHATIQUES. 

ABSORPTION. Lat. Absorptio (de absorbeo); allem. Einsaugung. L ab- 
sorption est le premier terme de 1 echange incessant etabli entre les corps orga 
nises et les milieux qui les environnent, et 1 une des conditions fondamentales 
du mouvement vital. L absorption s opere sur toutes les matieres liquides ou ga- 
zeuses placees au contact des surfaces vivantes. 

Pour penetrer du dehors dans les voies de 1 absorption, les substances solides 
dont se nourrit 1 animal doivent etre dissoutes et metamorphosees ; elles sont recues 
aceteffet dans une cavite qu ils portent en eux, la cavite digestive. Dans les vege- 
taux, au contraire, 1 air ou baigne les feuilles, le sol ou plongent les racines, ol frent 
tout prepares a la plante les aliments dont elle se nourrit. L absorption est done 
mi acte physiologique plus general que la digestion. Dans les plantes et dans les 
protozoaires, c est par elle que debute la serie des phenomenes de la nutrition, 
serie dont les secretions et les exhalations represented les derniers termes. 

Dans les animaux inferieurs 1 absorption s opere de proche en proche, et les 
substances du dehors penetrent au sein de leurs tissus par un mecanisme analogue 
aceluiqui preside a 1 absorption dans un grand nombre de vegetaux. Dans les 
animaux pourvus de vaisseaux (tous les vertebres, et un tres-grand nombre d in- 
vertebres ont des vaisseaux), 1 absorption se presente sous un aspect nouveau. La 
substance qui traverse 1 enveloppe tegumentaire exterieure ou intei ieure rencontre 
des vaisseaux, c est-a-dire des courants vasculaires qui portent en peu d instants la 
substance absorbee dans des points plus ou moins eloignes de ceux ou elle a d a- 
bord penetre et generalised rapidement ses effets. Ce second temps de 1 absorption 
a chez les animaux, on le concoit aisement, une importance telle, que 1 imbibition 
qui le prepare n est \eritablement qu accessoire. 

Chez 1 homme et chez les animaux superieurs une substance est done definiti- 
vement absorbee quand, placee au contact d une partie vivante, elle a passe, soit 
dans les vaisseaux sanguins, soit dans les vaisseaux lymphatiques. Que la substance, 
soit deposee sur les surfaces tegumentaires externes ou sur les surlaces tegunieii- 
taires internes, ou qu elle soit introduite dans 1 intimite des tissus, le passage de 
1 exterieur a 1 interieur des vaisseaux constitue 1 essence meme de 1 absorption. 

Les parois des vaisseaux sanguins de petit volume, celles des vaisseaux capil- 
laires (lesquelles ont souvent moins d un millieme de millimetre de diametre), 
constituent des especes de filtres tres-disposes a se laisser traveiser par les liquides, 
les substances dissoutes et les gaz. 11 en est de meme des vaisseaux lymphatiques. 
Comme, d une autre part, le systeme lymphatique verse dans la masse du sang le 
Hquide qui circule dans son interieur, il en resulte que le sang est le rendez-vous 
commun de toutes les substances absorbees. 

L absorption s opere dans toutes les parties vasculaires. L absorption la mieux 
connue, celle qui a ete le plus etudiee est celle qui s exerce a la surface de la mem- 



218 ABSORPTION. 

brane muqneuse du tube digestif; mais 1 enveloppe tegumentaire externe, la mem 
brane muqucuse des voies aeriennes, celles des voies urinaires, les reservoirs 
des glandes, leurs canaux excreteurs, les cavites closes, telles que les membranes 
sereuses splanchniques, les capsules synoviales des articulations, les bourses syno- 
viales des tendons, sont aussi le siege de 1 absorption. II s opere aussi dans I mti- 
mite des tissus une absorption interstitielle ou de nutrition par laquelle la ma- 
tiere vivante, qui a rempli son role biologique ou qui doit le terminer sur d autres 
points, rentre dans la masse du sang. C est par absorption que certains organes 
disparaissent quand ils out rempli leur ionction transitoire : tels sont les corps 
de Wolf et le thymus. C est par absorption que les cavites medullaires des os se 
forment au sein du cartilage dans lequel 1 ossification s opere. C est encore par 
absorption que ces cavites augmentent par les progres de 1 age. 

En dehors de 1 etat physiologique, 1 absorption pent s operer sur les liquides anor- 
malement epanches, soil dans les cavites sereuses (plevres, pericarde, peritoine), 
soit au sein meme des organes. Les tissus hypertrophies, les produits anormaux, les 
tumeurs de diverse nature, peuvent aussi etre ramenes a leurs justes proportions, 
diminuer, ou disparaitre sous 1 influence de 1 absorption. On donne souvent a 1 ab 
sorption pathologique le nom de resorption. 

VOIES DE L ABSORPTION, Veines et lympliatiques. Lorsque Aselli eut decouvert 
les vaisseaux lympliatiques de 1 intestin, lorsque Pecquet, Rudbeck et leurs sue- 
cesseurs eurent demontre 1 existence des lymphatiques dans la plupart des tissus et 
<l< s organes, on supposa que ces vaisseaux etaient les veritables vaisseaux de 1 ab 
sorption; on crut meme qu ils en etaient les voies uniques, et on leur donna le 
nom de vaisseaux absorbants. Onpeut affirmer aujourd hui que cette denomination 
ne leur convient point exclusivement. II est bien demontre de nos jours que les vais 
seaux sanguins (le systeme capillaire et les petites veines en particulier) par- 
tagent avec les lymphatiques la propriete d absorber et de conduire dans la masse 
du sang les substances liquides ou dissoutes. 

Ce point de physiologic a donne lieu a un nombre considerable de recherches, et 
il est permis de dire qu il en est peu d aussi bien etabli. 

Des 1809 Magendie fit connaitre des experiences qui montraient clairement le 
role des veines dans les phenomenes de 1 absorption. Frappe de la promptitude 
relative avec laquelle un poison place sous la peau de la patte d un animal 
determinait les phenomenes de I empoisonnement, il imagine une experience de 
monstrative qui a ete souvent repetee depuis. Apres avoir ouvert 1 abdomen d un 
animal et attire au dehors une anse d intestin, il applique sur cette anse intesti- 
nale deux ligatures a dix ou vingt centimetres de distance 1 une de 1 autre, puis il 
isole ce fragment intestinal de maniere qu il ne communique plus avec I animal 
que par une artere et une veine: tout le reste est occupe. II inlroHuit alors dans 
1 anse ainsi isolee une dissolution toxique, et il constate que les phenomenes de 
l empoisonnement se manifestent au bout de quelques minutes. Dans d autres ex 
periences, il detache le membre posterieur d un animal, de telle maniere que ce 
membre ne tient plus au reste du corps que par une artere et une veine ; puis il 
introduit le poison sous la peau du membre, et les phenomenes d empoisonnement 
se manifestent. Applique-t-il une ligature sur la veine du membre ainsi prepare, 
l empoisonnement n a plus lieu ; mais les pheaomenes toxiques apparaissent lorsque 
la ligature est enlevee. On pouvait encore objecter que des vaisseaux lymphatiques 
etaient restes accoles aux tuniques des vaisseaux sanguins. Magendie coupe alors 
1 artere et la veine par lesquels le membre tient a 1 animal, et il retablit la conti- 



ABSORPTION. 219 

nuite du courant sanguin en li mt a distance les bouts des vaisseaux sur des aju 
tages metalliques. Lorsque 1 experience a ete convenablement faite et que la circu 
lation est retablie, rien n est change dans les resultats; 1 absorption s exerce 
encore sur les substances deposees au sein de la patte en experience. 

Presque a la meme epoque que Magendie en France, Everard Home, en Angle- 
terre, demontrait egalement que les veines sontdes voiesd absorption. II retrouvait 
dans I m-ine les traces d une infusion de rhubarbe qu il avail introduite dans 1 es- 
toraac d un animal apres avoir prealablement pratique sur lui la ligature du canal 
thoracique. 

Les preuves de 1 absorption par les veines ne laissentrien a desirer. II n est pas 
necessaire d insister sur cette demonstration, ni de rappeler un grand nombre 
d autres experiences qui toutes conduisent aux memes conclusions. S il y a dans 
la demonstration experimentale quelque difficulte, c est plutot lorsqu il s agit de 
mettre en evidence le pouvoir absorbant des vaisseaux lymphatiques. Cette dii ii- 
culte a frappe de bonne heure les experimentateurs. Aussi, lorsquc le role des 
veines dans 1 absorption eut ete experimentaiement etabli, on pensa pendant quel 
que temps que les vaisseaux sanguins etaient la voie principale, sinon unique, 
par laquelle les substances absorbees penetraient dans le torrent circulatoire. On 
ne laissait guere aux lymphatiques que le soin de s emparer dans 1 intestin du 
produit de la digestion pour le verser dans le sang par le canal thoracique. Des 
experimentateurs avaient en vain cherche dans le canal thoracique les matieres co- 
lorantes (indigo, orcanelte, cochenille) injectees dans le peri toine on dans 1 intestin. 
D autres, tels que Westrumb et Mayer, et, plus recemment, M. Chalin, y avaient 
recherche sans plus de succes des sels de plomb et de fer, 1 andc ;irst iiieux et 
1 emetique. On semblait oublier qu Emmert (en 1815), apres avoir lie 1 aorte ab- 
dominale sur des animaux, el port6 ensuite diverses suli>l;imr> dans une plaic l.iilc 
aux pieds, avait, au bout d un certain temps, retrouve quelques-unes de ces sub 
stances, en parliculier le ferro-cyanure de potassium, dans le sang, et meme dims 
1 urine; que Mayer (1817), ayant injecte une dissolution de ferro-cyanure de po 
tassium dans la trachee, avait pu constater la presence de cette substance dans le 
canal thoracique ; on oubliait trop aussi que des epreuves negatives, meme nom- 
breuses, sont loin d avoir la meme valeur qu une seule epreuve positive, et qu un 
fait de cette nature, une fois bien constate, les tentatives infructueuses ne prouvent 
qu une chose, a savoir, 1 imperfection des methodes d investigation. 

D autres experiences demonstratives n ont pas tarde d ailleurs a se produire. 
Fodera, dans ses recherches experimentales sur 1 absorption et 1 exhalation (1824), 
;i\; ut injecte une infusion de noix de galle dans la cavite des plevres sur de jeunes 
lapins, et en meme temps une dissolution de sulfate de fer dans la cavite perito- 
neale retrouvait au bout d un certain temps, dans le canal thoracique, \m precipite 
noir resultant de la reaction des deux substances. La meme experience ayant ete 
in tiquee a 1 aide d une dissolution de ferro-cyanure de potassium injectee dans la 
plevre, et d une dissolution d un sel de fer injectee dans le peritoine, Fodera trouva 
le liquide contenu dans le canal thoracique colore par le bleu de Prusse (produit 
par la reaction du sel de fer absorbe sur le ferro-cyanure de potassium egalement 
absorbe). Le liquide contenu dans les ganglions mesenteriques etait aussi colore en 
bleu. Tiedmann et Gmelin, dans leurs recherches classiques sur la digestion (tra- 
duction francaise, 1827) avaient vu aussi, sur des animaux auxquels ils avaient 
pratique la ligature du canal choledoque dans le but d examiner le role de la bile, 
avaient vu, dis-je, que les lymphatiques qui circulent dans le voisinage du foie ren- 



220 ABSORPTION. 

fermaient un liquide teint par les matieres colorantes de la bile, resorbees au sein 
de 1 organe secreteur, et ils avaient pu suivre cette matiere colorante jusque dans 
le canal thoracique. MM. Lawrence et Coutes (Philadelphie, 1823) avaient retrouve 
dans le canal tboracique le lerro-cyanure de potassium injecte dans le tube digestif 
de plusieurs chats, et des faits de meme nature ont etc constates par d autres 
oljservateurs, entre autres par Lebkuchner, Seiler, Kay, et plus recemment 
par MM. Claude Bernard, Scbroeder van der Kolk et Colin. Les experiences de M. Co 
lin meritent une mention toute particuliere. Elles ont porte sur desanimaux aux- 
quels FexpLTimentateur avail etabli par avance une fistule au canal thoracique, 
operation que M. Colin a tentee le premier et qu il pratique avec une grande habi- 
lete. On pouvait de la sorte apprecier le temps que met la substance a penetrer dans 
le canal tboracique par la voie des lympbatiques. A 1 aidede ce mode experimental, 
on saisissait, en quelque sorte au passage, des substances qui, recherchees trop tot 
ou trop tard par les autres experimentateurs, pouvaient n etre pas encore parvenues 
dans le canal tboracique, ou en avoir deja disparu. M. Colin a reconnu ainsi 
dans le liquide du canal thoracique de 1 iodure de potassium qui avait etc 
introduit dans le tube digestil d un mouton; et il a constate la presence du ferro- 
cyanure de potassium dans la lymphe qui s ecoulait d une fistule pratiquee au 
tronc lymphatique cervical droit, sur un chevalauquel il avait introduit du ferro- 
cyanure de potassium dans le tissu conjonctif sous-cutane de la tele. Iiappelons 
cm -ore que MM. Bischol i , Ludwig et Budge, dans des experiences analogues a 
ccllesde Emmert, ont vu sur des animaux auxquels ils avaient pratique la ligature 
de 1 aorte, ont vu, dis-je, la strychnine introduite dans le membre posterieur en- 
trainer le tetanos et la mort de l animal. 

11 ne faut pas oublier que dans toutes les experiences dont nous parlons, les 
experimentateurs ontcherche seulement a constater la presence dans les voies lym- 
phatiques de la substance mise en usage ; le liquide employe est loin de s engager 
en totalite dans les vaisseaux lymphatiques. Ce n est qu une partie, et tres-proba- 
blement la plus faible partie qui suit cette voie. Les experiences comparatives de 
Mayer ont montre qu une substance introduite dans le tube digestif ou dans les 
poumons se montre plus rapidement dans le sang que dans la lymphe, et Wes- 
tiumb a aussi observe que si Ton retrouve aisument les substances absorbees dans 
les veines ou tout au moins dans la masse du sang, elles echappent tres-souvent a 
1 experimentateur qui les recherche dans 1 arbre lympbatique. 

Absorption par la muqueuse intestinale. Le produit liquide de la digestion 
est absorbe dans le tube digestif. La digestion ayant pour but de metamorphoser 
1 alimentpour le rendre absorbable, et ces metamorphoses, dont le resultat est un 
produit liquide, ne s accomplissant que d une maniere successive, et dans divers 
departements du tube digestif, il s ensuit que 1 absorption ne s opere pas egalement 
dans toutes les parties de ce conduit. Dans la bouche et dans 1 cesopbage, ou les 
aliments ne sejournent qu un temps tres-court, 1 absorption ne peut guere s operer 
que sur des quantites insignifiantes de liquides et de matieres solubles. Dans 1 esto- 
mac, ou la masse alimentaire, du moins en partie, sejourne quelques heures, 
1 absorption devrait faire penetrer une grande quantite de liquide dans la masse du 
sang. Mais d une part les transformations digestives demandent un assez long 
temps pour etre completes; d une autre part la membrane muqueuse de 1 estomac 
est recouverte d un epiderme et constitute par des elements moins facilement per- 
meables que la tunique muqueuse de 1 intestin qui lui fait suite. Ajoutons que 
lorsque des liquides penetrent dans 1 estomac des carnivores ou de 1 homme a jeun, 



ABSORPTION. 221 

ils franchissent le pylore sans s arreter dans Testomac, et gagnent ainsi en peu de 
minutes 1 intestin grele plus Javorablement dispose a 1 absorption. La constitution 
de la membrane muqueuse stomacale et de 1 epithelium qui la recouvre varie 
beaucoupdans les animaux. L estomac du cheval est remarquable sous ce rapport : 
il absorbe tres-peu et tres-lentement (Bouley, Colin, Sperino). Chez le cbien, le 
chat, le pore et le lapin 1 estomac, quoique absorbant moins que 1 intestin grele, 
absorbe beaucoup plus rapidement que cbez le cheval. II est probable que chez 
1 homme les choses se passent a pcu pres comme chez les carnivores et le pore. 

L intestin grele est le veritable lieu d election de 1 absorption digestive. Remar- 
quons que c est seulement dans 1 intestin grele qu on rencontre les petits organes 
si admirablement disposes pour 1 absorption : nous voulons parler des villosites. 
Les villosites ont ete avec raison comparees aux racines des vegetaux : ce sont, en 
effet, des appendices mous, pldngeant au milieu de la masse digestive, renfermant 
dans leur interieur un faisceau de vaisseaux (sanguins et lymphatiques) qui les 
remplit presque entierement et qui n est separe des liquides a absorber que par 
une couche de substance qui n a que quelques centiemes de millimetre de dia- 
metre. 

Les materiaux absorbes de la digestion penetrent dans le sein de la villosite par 
un mecanisme sur lequel nous reviendrons plus loin, et gagnent la masse du sang 
par la voie des veines et par la voie des vaisseaux lymphatiques, qui, en ce point 
special, portent le nom de vaisseaux chyliferes. 

II suflit d ouvrir un animal en pleine digestion, deux a quatre heures apres lui 
avoir fait prendre un repas copieux, pour voir se dessiner au travers du mesentere 
une foule de tractus blanc qui ne sont autres que les vaisseaux chyliferes gonfles d un 
liquide emulsil blanc. Le canal thoracique est aussi rempli d un liquide analogue. 
Lorsque, au contraire, on ouvre un animal completement a jeun, on ne trouve dans 
le canal thoracique, et aussi dans les lymphatiques ou chyliferes de 1 intestin, qu un 
liquide transparent tres-legerement jaunatre et tout a fait semblable a celui qui 
circule dans les autres divisions de 1 arbre lymphatique. Au moment de la diges 
tion, 1 absorption fait done penetrer quelque chose dans les lymphatiques de 1 in 
testin ; c est a ce quelque chose qu ils doivent leur apparence lactee et qu on 
donne le nom de chyle. (Voy. article CHYLE.) 

Ouvrons encore un chien en pleine digestion et examinons le sang qui revient 
dans 1 intestin par les branches de la veine porte. Ce sang, sensiblement analogue 
par la couleur au sang veineux general, ne nous apprendra rien si nous nous bor- 
nons a 1 examiner dans ses caracteres physiques ; mais si nous en pratiquons 1 ana 
lyse chimique, nous trouverons que sa composition n est plus la meme que celle du 
sang qui circule dans les autres parties du systeme veineux. Certains principes 
peuvent etre augmented dans leur proportion normale (albumine) , certains autres 
diminues (globules); certains elements a peine appreciates dans le sang veineux 
general y sont contenus en assez forte proportion (glycose) ; si I 1 animal a bu 
abondamment, on trouve encore que la proportion normale de 1 eau est tres- 
augmentee, etc. Ces divers points, que nous avons autrefois etablis pa