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A gift of
Associated
Medical Services Inc.
and the
Hannah Institute
for the
History of Medicine
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I
DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
DES
SCIENCES MEDICALES
PARIS. - TYl OGRAPHIE IAHURE
Rue dc Fleurus, 9
DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE AID.
r>F,s
SCIENCES MEDICALES
COLLABOIUTEtms : MM. LES DOCTEUBS
AllClliMHAVLT, AXENFELD, BAIL\.ARr,EH, BAILLOS, BALBIANI, BALL, EARTH, BAZ1N, BEAUGRAND, BECLAHD..
BEH1ER, VAN BEXEDEN, BEKGER, BERNHEIM, BERTILLON, BER.TIN, ERNEST BESNIER, BUCHE, BLACHEZ, BOINET, BOISSEA<J ,
BOBD1ER, BOUCIIACOURT, CH. BOUCHARD, BOUIbbON, BOULANO (P. ), BOULEY (H.). BOUVIER, BOYER, BRAS-AC, BROCA ,
BROCIIIN, BROUABDEL, BROWN-SEQUARD, CALME1L, CAMI ANA, CAIILET (a.), CERISE, CIIARCOT, CIIASSAlGNAC,
CHAUVEAC, CIIEREAU, COLIN (L.), CORNIL, COULIER, COURTY, DALLY, DAVAINE, DECHAMUIlE (A.), DELE.VS,
DELIOUX DE SAVIGNAC, DELPECH, DEHOSVILLIEBS, DEPAUL, D1DAY, DOLBEAU, DUGUET, DUPLAY(i. , DUTROULAU,
ELY, FALRET (J.), FARABEUF, FERIIAND, FOLLIU, FONSSAGRIVES,
SALTIER-BOISSIERE, GARIEL, GAVARRET, GERVAIS (p.), GILLETTE, GIIIAUD-TEULON, GOBLEV, GODEI.1ER, GREENBILL,
GRISOLLE, GUBI.ER, GUEMOT, GUERARD, GUII.LA11D, GU1LLAUME, GIIILLEM1N, GUYON (F.),
BAUN (L.), UAMELIN, IIAYEM, IIECIIT, IIENOCQUE, IbAMBERT, JACOUEM1EII, KRISIIAIIER, LABBE (LEON), LABBEE, LABORDE,
LAUOULBENE, LACASbAGNE, LAGNEAU (G.), LANCEREAUX, LARCIIER (0.), LAVERAN, LAYET, LECLERC (L,), LEFOUT (LEOK)
LEGOUEbT, LLUI.O-, LEGKOUX, LEREBOULI.ET, LE ROY DE MER1COURT, LETOURNEAU, LEVE.N, LEVY (II1CIIEL),
LIEGEOIS, LIETARD, L1NAS, LIOUVILLE, LITTRE, LUTZ, MAGII OT (E.), MAGNAN, MALAGUTI, MARCIIAND, WAREY, MARTIN,
MICHEL (DE ,\A.Mj\), MILLARD, DANIEL UOLL1ERE, MO.NOD, 1IONTAMER, MORAC1IE, MOREL (II. A.), MCAISE,
OLLIER, OMMUS, OIIFILA (l.i, PAJOT, PAIICHAPI E, PARROT, PASTEUR, PAULET, PERRIN (MAURICE), PETER (M.),
PLANCHON, POLAILLON, POTA1.X, POZZI, I1EGKARD, REGNAL LT, REYNAL, ROBIN (CH.), DE I10CIIAS, ROGER (ll.),
ROLLET, ROTUREAU, ROUGET, SA1NTE-CLA1RE DEV1LLE Jll,), SC11UTZENBERGER (CH.), SC11UTZENBEHGER (P.)r SED1LLOT,
SEE (MARC), SEHV1ER, DE SEVNES, SOUBEIRAN (L.), E. SP1LLMANN, TABTIVEL, TERRIER, TEbTELIK,
TILLAUX P.), TOURDES, TRELAT (U.), TR1PIER (LEON), VALLIN, VELPEAU, VERNEUIL, VIDAL (ESI.), V1LLESUN,
VOILLEMIER, VULPIAN, \VARLOMOM, WORMS (j.), WUHTZ.
D1RECTEUP, : A. DECIIAMBRE
PREMIERE
TOME SEPTIEME
AST AZZ
IWLlOTHkjUES
PARIS
P. ASSELIN
G. MASSON
LIUHAIBE HE LA FACULTY DE MEDECINE DBItAIHE HE L ACADEMIE DE MKDECIXE
PLACE DE L ECOLE-DE-MEDECINE
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7
DICTIONNAIRE
ENCYCLOPEDIQUE
DBS
SCIENCES MEDICALES
(Astragalus L.). Genre de plantcs, du groupe des Logumi-
neuses.- Papilionacees, qui a donneson nom a une sous-tribu des AxlnttjiilSi s, de
la grande tribu des Galegfos de M. Bentham. Ses caracteres sont les suivnnls. I.e
calice, gamosepaleet tubuleux, y est parlage superieurement en cinij dents <\u;ilrs
ou presque egales. Les petales sont ordinairement pourvus d un onglet allonge.
L etendard est ovale, oblong on panduriforme, dresse. Les ailes sont oblongues.
La carene, a peu pres egale aux ailes, est obtuse, presque droite. Les etamines
sont diadelphes, 1 etamine axillaire etant seule lil)re. Toutes les anthcrcs sont
semblables de forme. Le gynecee est Jbrme d un ovaiie pluriovule, sessile ou sti-
pite, surraonte d un style filiforme, droit ou incurve, glabre, a stigmate terminal
peu developpe. Le fruit est une gousse tres-souvent purtagee en deux comparli-
ments plus ou moins complels par une fausse cloison longitudinale qui part de la
paroi dorsale et qui s avancea la rencontre du placenta, eiitre les deux rangeesde
graines. Celles-ci sont ordinairement reniformes, sans excroissance arillaire, et
portees par des funieules greles. Les Astragales croissent en abondance dans
1 ancien monde, principalement en Orient et dansl Asie centralc. Toutes les autres
parties du globe en produisent plusieurs especes ; mais elles y sont relativement
en petit nombre. Ce sont des herbes, des sous-arbrisseaux ou de pctits arbrisseaux
trapus, tres-rameux, inermes ou charges d un grand nombre de piquants formes
par les petioles persistants et indures. Les feuilles sont composecs, ou digitees,
1-3-ibliolees, ou, bien plus souvent, imparipennees, sans stipelles. Lesstipules sont
lalerales et libres, ou unies dans une etendue variable au petiole, ou encore con-
nees deux a deux par leur bord interne et formant par leur usiion une lame
unique oppositifoliee. Les fleurs sont ordinairemeut di^posees en cpis ou en grappas,
plus ravement ombellees ou solitaires. Elles naissent a 1 aisselle des feuilles ou
sur les cotes de la tige. Chacune d elles occupe 1 aisselle d une bractee souvent
membraneuse et est accompagnee de petites bracteoles laterales, parfois peu de-
veloppeesou memenulles. Les especes rlont nous devons nous occuper ici sont prin
cipalement celles qui produisent de la Gomme adragante (voy. ce mot), ou quel-
que substance analogue. Ce sont les suivantes.
I. Astragalus verus OLIV. (Voyag, dans I Emp. ottom., t. Ill, p. 44. D. G.,
Prodr., II, 296, n 114). Cette espece appartient a uneserie particuliere du genre
D1CT. KNC. VII. 1
J ASTRAGALE (BOTANIQUE).
Astragale, celle que de Candolle appelle Tragacanthacei, et qui renferme toutes
les especes a stipules adnees aux petioles, ceux-ci devenant durs et epineux a 1 age
adulle. C est un petit arbuste trapu et rameux, qui croit en Armenie, dans la
Perse septentrionale et dansl Asie Mineure. Ses feuilles, composees-pennees, out
de seize a dix-huit folioles lineaires, hispicles. Ses stipules, primitivemeatsoyeuses-
villeuses, devieiment a peu pres glabres a 1 age adulte. Ses fleurs sont reunies en
petits epis, aunombre de deux a six. Leur caliceest tomenteux, a dents obluses.
De Candolle (Astrag., n 85) avail d abord fait de cette espece une variete j3.,
hispidula de YA. gummifer. C est de cette espece qu Olivier affirme que \ient la
veritable Gomme adragante. M. de Marlius lui attribue celle qui est en plaques.
Nous avous vu, dans les ricbes collections du rausee de Kew, des lungueltes et des
lamelles de Gomme adragante sortir de 1 interieur du bois et par les fissures de
1 ecorce de cette plante.
II. A. gummifer LABILL., Journ. Phys. (1790), 46, tab. D. C., Prodr.,
rr 143. Cette espece, ti apue et rameuse comme la precedente a laquelle elle res-
semble beaucoup, a ete observee sur le Liban par Labillardiere, pendant le voyage
qu il fit en Syrie. C est un petit arbuste haut d un demi-metre environ, presque
dresse, lisse, a branches epaisses et laineuses. Ses i euilles ont un petiole rigide,
pointu, lisse. Leurs stipules sont lisses, ovales, un peu aigues. Leurs fleurs, reunies
en epis au nombre de trois a cinq, sont sessiles, axillaires et naissent tout autour
de 1 axe. Leur calice est cylindrique, tres-laineux, a dents egales, aigues. Leur
corolle, un peu plus longue que le calice, est de couleur jamiatre. L etendard est
un peu plus long que les ailes, qui sont stipitees et auriculees a la base de leui
limbe. La carene est plus courte que les ailes. La gousse est enflee, termirieu p;ir
une pointe recourbee, laineuse. Cette espece produit, d apres M. Guibourt, la
gomme qu il appelle Pseudo-Adragante. Labillardiere avait remarque que celte
gomme jaunatre u etait pas en eflet la veritable Gomme adragante du commerce.
HI. A. creticus LAMK, Diet., I, 521. D. C. Prodr., n" 156. Espece observee
en Crete, principalement sur le mont Ida. Theophraste (cap. I, lib. 9) connaissait,
a ce qu il parait, cette plante que Tourneibrt a indiquee, dans son Corollarium
(29), sous le nom de Tragacanthacreticaincana, {lore par vo, lineis purpureis
striuto (An Poterium alterum dentius ramificatum P. Alp., Exol., 50?)
C est un petit arbuste a feuilles spinescentes, composees-pennees, avec 10-16 fo
lioles oblongues, aigues, laineuses. Leurs fleurs sont sessiles, rapprocliees en upis,
avec un calice a lobes barbus-plumeux, setaces, un peu plus longs que la corolle.
Celle-ci est striee de couleur pourpree. Sibthorp a retrouve cette espece en lonie.
On assure qu elle produit une petite quantite de Gomme adragante. M. Th. de
Mai tius pense qu elle fournit celle qui est vermiculee et qui vient de Moree.
11 est probable qu un assez grand nombre d autres especes d Astragales appar-
tenant a cette section, donnentaussi une substance analogue. Lindley attribue cette
propriete a son A. strobiliferus. L A. aristatus \V. VILL. serait aussi dansce cas,
d apres Sieber et Sibthorp (Prodr., II, 90). I A. Tragacantha L. (Spec., 1075)
passait aussi autrefois pour en produire. Mais YA. Massiliensis LAMK (Diet., II,
320), qui est la meme plante, n en fournit pas, suivant de Candolle.
Quelques autres especes du genre Astragalus ont ete employees en medecine :
1. L A. glycyphyllos 1. ou Fausse-Heglisse, Reglisse bdtarde ou sauvage,
Chasse-vaches, espece indigene, a ete vantee par Huller contre les retentions d u-
rine, et par Gilibert contre les coliques, la strangurie, les dartres, etc.
5. L A. exscapusL., espece alpine, quelquefois employee contre la goutte ct
ASTRAGALE (BOTANIQUE). 5
le rhumatisnie, a ete surtout preconisee centre les accidents consecutifs de Ja
syphilis par Winterln, Quarin, Endl er, Wegerich, Tietz, Chricton el Girtanner,
Cuynat, etc. Cetle foi n est pas generalement partagee. Neanmoins, les deux
observations de Cuynat sont dignes d attention en ce quo la niuladie (syphilides,
ulcerations de la gorge, vegetations fongueuses) avait resiste a 1 einploi du mercure.
La guerison a eu lieu en 20 et 50 jours. La racine d astragale avait ete donnee en
decoction saturee a la dose de 150 a 400 grammes par jour, avec des inter
ruptions plus ou moins frequentes, suivant la susceptibilite de 1 estoraac. Cetle
medication avait produit du prurit et des sueurs abondautes, coniormement a ce
qu a ecrit Jourdan.
La dose ordinaire de la racine d astragale en decoction est de 30 a 45 grammes
par litre d eau. On prepare aussi un sirop d astragale dont la dose habituelle est
de 100 grammes environ p;ir jour.
3. L A. Ammodytes L. a, d apres Pallas (voy., Ill, 159) toutes les proprietes de
la Reglisse.
4. liA. trayacanthoides W., sert aux Kalmouks a couperla fievre iuterniit-
tente.
5. L A. bceticus L. est, dit-on, le meilleur succedane connu du cafe ; on em-
ploie ses graines torrefiees. 11. BN.
L, Gen. plant., n. 892. G.EKTN., Fruct., t. 154. D. C., Astragalog., Paris (1802), 22,
ic. ; Prodrom., II, 281. ENDL., Gen., n. 6575. MEH. et DEL., Itkt., I, 79, 477 ; VII, 70
A. Rita., Elim., ed. 4, II. 291 ; Diet, de med. (en 50 \ol.), IV, 286. GUIB., Drag, simpl^
dd. 4, III, 414. PEREIRA. Elem. mat. med., ed. 4. II, II, 519. ~- LINDLEY, Flor. med., 247!
BENTU. et HOOK., Gen., I, 506, n. 133. BNDFER. De aslragalo exs. Goetlin^a-, 1189.
WEGERICH, De aslr. exc. radice. Erfordize, 1789. TIETZ. De virt. astr. cxc. Francof., 1790.
CUYNAT. Travaux de la Societe de Dijon, 1837. II. BN.
(du grec asTpofya^o; ; talus, eu latin; Sprnngbein, Kncechelbein,
en allemand). I. Anatomic. Os court du pied, le plus volumineux apres le cal-
caneum, et Ibrmant avec celui-ci la premiere raugee du tarse.
Situe a la partie superieure du pied, au-dessous du tibia, en dedans de 1 extre-
mite interieure du per one, 1 astragale repose sur le calcaneum, et louche en avant
au scuplioide.
II a uue portion posterieure ou trochleenne t et une anterieure ou tete de I as*
tragale.
1 LA portion trochleennet irregulierementcuboide.a. Sa face superieure ou
tibiale, articulaire et encroutee de cartilage, est quadrilatere et represente une
portion de la surface d une poulie fortemeut convexe dans le sens antero-poste-
rieur. Elle presente, dans le sens tranversal, deux plans qui se reunissent a angle
de maiiiere a produire une depression antero-posterieure, gorge de la poulie, plus
rapprochee du bord interne que du bord externe. Ces deux bords mousses 1 uu
et 1 autre, et se continuant avec les faces lalerales, n ont point la nicnie direction ;
le premier est antero-posterieur; le second, plus eleve, est dirige obliquement en
arriere et en dedans. II s ensuit que la surface trochleenne devient de moins en
moius large a mesure qu on approche de son bord posterieur, dont 1 etendue est
d un tiers inferieure a celle du bord anterieur. Ce dernier est transversal, landis
que le premier est oblique en arriere et en dedans. En avant du bord anterieur se
trouve une surface deprimee,rugueuse, et percee de nombreux orifices vasculaires,
qui fait partie du col supportant la tete de 1 astragale.
b. La {ace inferieure ou calcaneenne de la portion trochleenne de 1 astragale
4 ASTKAGALE (AMATOMIE).
est limitee en avant par une rainure profonde (rainure astragalienne) qui se dirige
obliquement d arriere en avant etde dedans en dehors,et perforce d orifices liviant
passage a des vaisseaux, en devenant a la fois plus large et plus profonde. Derriere
cette rainure est une surface articulaire beaucoup plus etendue dans le sens trans
versal que dans le sens antero-posterieur, fortement excavee dans la direction de
son grand diametre, parallels a la rainure astragalienne. Cette surface, quiregarde
en arriere et en bas, s articnle avec le calcaneum.
c. La face interne presents, en avant et en haul, une facette articulaire semi
lunaire, qui s articule avec la malleole interne. Celte facette, dont le bord supe-
rieur convexe se confond avec le bord interne de la surface trochleenne, se termine,
en avant, par une extremite renflee bien au dela du bord anterieur de cette sur
face, tandis qu en arriere elle u atteint point le bord posterieur de cette dernierc, et
se termine en pointe. Elle regarde obliquement en dedans et un peu en haut; cette
obliquite est surtout marquee en avant. Au-dessous de son bord concave est une
surface deprimee, rugueuse et perforce qui donne insertion au ligament lateral
interne de 1 articulation tibio-tarsienne.
d. La face externe, articulaire dans presque toute son etendue, est en rapport
avec la malleole peroniere. Cetle facette articulaire est verticale dans sa portion
superieure, legerement oblique en baut dans sa portion inferieure. Elle est concave
de haut en bas, plane en avant et en arriere ; sa forme est celle d un triangle, dont
!a base, terminee en haut, est convexe et se confond avec tout le bord externe de la
surface trochleenne, dont le bord anterieur donne insertion au ligament peroneo-
astragalien anterieur, et dont le bord posterieur n est separe du bord de la face
externe que par une bande etroite et moyenne sur laquelle s insere le ligament
peroneo-astragalien posterieur.
e. La face posterieure a tres-peu d etendue et n est representee que p,ir une
coulisse obliquement dirigee en bas et en dedans, et sur laquelle glisse le long ten
don du long flechisseur du gros orteil.
f. La face anterieure n est libre que dans une tres-petite etendue en dehors,
oii elle forme la paroi posterieure de 1 excavation astragalo-calcaneenne; partout
ailleurs elle se continue avec la tete de 1 astragale.
2 La tete de 1 astragale represente un segment de spheroide supporte par une
portion retrecie qu on appelle col, et applique centre la face anterieure et infe
rieure de la trochlee. La surface convexe et articulaire de cette tete, tres-allongde
dans une direction oblique en bas et en dedans, s etend beaucoup plus vers les
faces inlerieure et interne que vers les faces superieure et externe; elle est en
rapport avec la face concave du scaphoide, la facette articulaire que supporte la
petite apophyse du calcaneum et le ligament astragalo-calcaneo-inferieur. La por
tion de cette surface qui repond au scaphoide est regulierement convexe; celle
qui s applique centre le calcaneum est aplatie et separee du reste par une arete
saillante; quelquefois une limite semblable, mais plus mousse, circonscrit la facette
qui repond au ligament calcaneo-scaphoidien,
Le col de 1 astragale, implante sur les laces anterieure et inferieure de la tro
chlee, obliquement dirige en avaut et en dedans, est deprime en forme de gout-
tiere rugueuse, a insertion ligamenteuse; sa portion inferieure constitue la rainure
aslragalienne, si profonde en dehors.
L astragale se developpe par un seul point d ossification, qui apparait du cin-
quieme au sixieme mois de la vie Ibetale.
Pour les usages de 1 astragale, voyez 1 article PIED (Artiailaiions du).
ASTRAfTALE (ANATOMIE). 5
II. Pathologic. Lcs maladies chinirgicales cle 1 astragale sont assez nom-
breuses, mais beaucoup d entreelles ne demandent pas une description detaillee,
et 1 on doit, pour leur histoire, renvoyer aux chapitres generaux de chirurgie.
FRACTURES. Les fractures de 1 astragale peuvcnt etre observees, mais la plu-
part du temps elles existent en meme temps que d autres delabrements considerables
de la region a laquclle cet os apparlient, anssi voyons-nous tons nos auteurs classi-
quesne pas consacrer une ligne a 1 histoire particuliere des fractures de cet os. Les
ouvrages de Vidal, de M. Nelaton, sont muets a cet cgard, et clans la these de
M. Jarjavay (Des fractures articulaires) , Ton ne rencontre aucun detail sur ce
sujet. Malgaigne seul consacre qnelques ligncs de son ouvrage a 1 histoire des
fractures de 1 astragale. Dans la plupart des cas, lorsqne 1 astragale est le siege d une
fracture, il existe en meme temps des lesions de meme nature sur les os environ-
nants, et c est a peine si la fracture de cet os pent etre considered comme le fait
principal. Une luxation concomitanle, uneplaie del articulation, sont le plus souvent
les phenomenes qni attirent alors plus particulierement 1 attention du chi-
rurgien.
Ces fractures sont toujours le resultat d une chute de haut sur les pieds. Dans
iin certain nombre de cas, on a vu 1 astragale parfaitement sain et intact, alors
que tous les autres os du pied etaient ecrases, dans d autres cas, au contraire,
cette portion du squelette 6tait seule fracturee, et paraissait avoir seule supporlu
tout le poids du corps.
La direction de la fracture est des plus variables ; elle peut etre dirigee d avant
en arriere (Tavignot), on d un cote a 1 autre en suivant une ligne transversale re-
guliere. (Malgaigne.) Quelquefois il existe des traits de fracture multiples. (Lons-
dale.) Dans tous les cas, 1 autopsie seule permet generalement de preciser le dia
gnostic. Enfin, des fractures de 1 astragale existent en meme temps que les
luxations de cet os, et dans ce cas, la description de ces lesions se rattache a
cellc des luxations de 1 astragale. Cependant nous voulons signaler ici les cas de
fractures horizontals ou legerement obliques dans lesquels 1 os est divise en deux
segments, I un superieur fixe aux os du pied, 1 aulre inlerieur solidement attache
an calcaiieum. Si la violence n est pas cpuiseu par la rupture de 1 os, le deplace-
ment (deplacement que M. Broca appelle sous-trochleeri), du fragment inlerieur
s effectue sans beaucoup de difficultes, et il on resulte la deformation du pied et
les complications que Ton observe dans la luxation sous-astragali enne. Quelque
fois la fracture siege au niveau de la reunion du corps avec le col de 1 os et la tete
reste duns sa position normale, le corps seul subissant un deplacement.
li ostdite, la carie, la necrose, peuvent avoir pour siege 1 astragale, mais alors
ces dernieres lesions ne presentent rien de special, et leur histoire se rattache
principalement a celle des tumeurs blanches de 1 ai ticulation tibio-tarsienne ou des
articulations medio-tarsiennes.
LUXATIONS DE L ASTRAGALE. Le point le plus important de 1 histoire chirurgicale
de 1 astragale, celui qui, sans contredit, a le plus attire 1 attention des chirurgiens,
se rapporteaux luxations decet os. Des travaux nombreux ont ete entrepris sur ce
sujet, mais pendant longtemps la plus grande obscurite a regne dans cette ques
tion. C# n est qu a notre epoque qu une distinction precise a ete etablie entre les
diverses especes de deplacements de cet os. Le signal fut donne en 1855 par
M. Nelaton ; ce chirurgien, alors interne a 1 Hotel-Dieu, presenta a la Societe ana-
tomique, une piece importante, qui provenait du service de M. Roux. Dans ce
fait, le deplacement sous-astragahen etait parfaitement caracterise, et M. Nelaton
ASTRAGALE (PAHIOLOGIE).
donna a cette lesion le nom de luxation incomplete de I astragale pour la dis-
tinguer de la luxation proprement dite.
Arnott, Macdonnell, Hancock, publierent plus tard des observations Ires-com
pletes dece deplacement, 1 observation de Macdonnell, qni avail pour sujet le pro-
iesseur Carmichael (de Dublin), eut surtout un grand retentissement.
Mais jusque-la, des observations isolees avaient seules ete publiees. En 1847,
dans son Traite de pathologic, M. Nelaton consacraun paragraphe a la descrip
tion de cette lesion sous le titre de Luxation\partie1le de I astragale. Mais il faut
arriver au memoire de M. Broca (Me moires de la Societe de cMrurgie, 4855)
pour voir la question nettement posee et resolue.
Enfin, en 1855, Malgaigne, dans son Traite des luxations, consacra un long
chapitre a 1 etude de ces lesions. Depuis cette epoque, plusieurs observations in-
teressantes et susceptibles de resoudre des points en litige, ont ete publiees.
Longtemps on a donne le nom de luxation de I astragale aux luxations de 1 arti-
culation tibio-tarsienne. Aujourd hui, ce nom ne s applique qu aux emplacements
desautres articulations astragaliennes. Mais, dans cette region, il pent se produire
des deplacements fort nombreux, fort varies, fort complexes, qui tous etaient en-
globes sous le nom de luxation de 1 astragale. Par exemple, I astragale restant en
place par rapport a la mortaise tibio-peroniere, lout le reste du pied se deplace.
Voila, certes, un deplacement bien different de celui qui existe lorsque cet os a
perdu tous ses rapports avec les os environnants, et cependant il etait confondu
avec les autres deplacements, et c est dans ces dernieres anne.es seulement qu il
en a ele nettement isole. C est a M. Broca qne revient 1 honneur d avoir bien jus-
tifie 1 existence d une classe de luxations dites sous-astragaliennes , dans les-
quelles I astragale evidemment peut el.re considere comme n etant pas luxe, puis-
qu il a conserve ses rapports avec les os de la jambe. Dansce cas, M. Broca attribue
la luxation au calcaneum et au scapboide qui se seraient deplaces sur I astragale,
et justifie ainsi la denomination de luxation sous-astragalienne.
Malgaigne, tout en conservant ce nom, repousse au point de vue pratique 1 in-
terpretation de M. Broca ; il dit : C est I astragale qui quitte sa eavite, c est
I astragale qui fait saillie, c est I astragale qui decbire les teguments et se fait jour
au travers. II considere done ces luxations, comme les vraies et pures luxations
de 1 astraoale, et il les denomme selon le sens dans lequel se porte cet os. Ajou-
tons immediatement qu entre M. Broca et Malgaigne, la distance n est pas aussi
grande qu elle le parait, au premier abord; tout subsiste dans les descriptions, il
n y a de change que les denominations (en avant au lieu d en arriere, etc.)
Dans son memoire, M. Broca a analyse avec le plus grand soin toutes les obser
vations d apres lesquelles on avait admis 1 existence de plusieurs especes de depla
cements ayant pour siege les articulations peri-astragaliennes , ainsi, la luxation
du calcaneum, la luxation medio-tarsienne totale, la luxation du scaplioide
seul. Apres une discussion rigoureuse de lous les faits connus, M. Broca con-
clut que ces divers deplacements doivent etre rejetes du cadre de la chirurgie;
sans vouloir nier, cependant, que des faits de ce genre puissent arriver un jour a
etre observes et demontres.
Mais, comment des hommes tels qne Pare, J. L. Petit, Boyer, A. Cooper, Roux,
ont-ils pu generalise! une pareille erreur, et admettre comme frequentes, au ni-
Keau du cou-de-pied trois especes de luxations qui, cependant n existeraient pas.
C est, pense M. Broca, qu alors les luxations sous-astragaliennes n etaient pas con-
nues; et cependant un grand nombre de ces luxations etaieut observees. Si des
ASTRAGALE (PATHOLOGIE). 7
desordres considerables les accompagnaient, s il existait une plnie, si les surfaces
osseuses etaient saillantes a travers IPS teguments, on les confondait alors avec les
\eritables luxations de 1 astragale. Mais souvent les luxations sous-astragaliennes
ne s accompagnent d aucune plaie, et quelquefois le deplacement des os, et la de
formation sont pen considerables ; dans ces cas, ou Ton ne peut confondre la lesion
avec la luxation ordinaire de 1 astragale, ces chirurgiens, prives des lumieres de
1 analomiepatliologique, s etaient efforces de rattacher le deplacement a 1 une des
articulations qui avoisinent 1 astragale.
Si cette interpretation est exacte pour les fails publics par nos devanciers, il
n en est pas moins vrai que, des aujourd hui, la sage reserve dans laquelle a su se
tenir M. Broca, a recu sa justification, car depuis la publication de son memoire,
M. Chassaignac est venu presenter a la Societe de chirurgie (16 mai 1860), une
observation non douteuse de luxation de 1 articulation astragalo-scaphoidienne,
el en 1865, M. Louis Thomas (de Tours), (Tours, 1867, brochure in-8) a re-
cueilli dans le service de M. le professeur Denonvilliers une observation de luxa
tion medio-tarsienne totale (deplacement du scophoide et dn cuboide, snr 1 as
tragale et le calcaneum, ceux-ci ayant conserve entre enx leurs rapports normanx)
Ibrt complete ; dans ce cas, 1 examen anatomique des parties lesees n a pas laisse
le moindre doute sur la nature de la lesion .
En resume, dans la region du cou-de-pied, il existe quatre especes de luxations :
1 Luxations tibio-tarsiennes (dont nousn avons pas a nousoccuper ici);
2 Luxations sous-astragaliennes (1 astragale conservant ses rapports avec les
os dela jambe). Cette espece de luxations bien indiquee par M. Nelaton, a surtout
ete mise en lumiere par les travauxde M. Broca;
3 Luxations medio-tarsienne K (la rangee posterieure du tarse conservant ses
rapports avec le pied) Males on partielles;
4" Luxations de 1 astragale proprement dites. Dans ce cas, 1 astragale est ex-
pulse completement de la cage qu il occupe, sans que les autres os du pied per-
dent leurs rapports reciproques, c est la la luxation double de Boyer et de Mal-
gaigne, que Ton a quelquefois encore designee sous le nom de luxation complete.
Ces diverses especes de luxations peuvent etre simples ou comi>liquees, et leur
gravite dans ces deux cas est fort dilferente. Les luxations compliquees meritent
d etre etudiees dans un chapitre a part, chapitre dans lequi 1 on peut reu iir ce qui
a trait anx luxations sous-astragaliennes et aux luxations doubles, par<;e que les
indications sont getieralement les memes.
LUXATIONS SOUS-ASTRAGALIENNES. La luxation sous-astragalienne peut s effectuer
dans tvois directions principals, en dedans, en deliors et en arriere. (Broca.)
Dans la luxation en dedans, le calcaneum et le scaphoide se portent en dedans
de 1 astragale ; 1 inverse a lieu dans la luxation en dehors ; enlin, dans la luxation
en arriere, la face inferieure de 1 astragale repose sur la face dorsale de la deuxieme
rangee du tarse.
La luxation en arriere n est etablie jusqu a ce jour que par une seule observa
tion bien authentique, celle de Macdonnell, relative au professeur Carmichael (de
Dublin). Dans ce cas, le pied etait en abduction, 1 axe du pied devie d environ
50 degres ; le bord externe legerement releve, la plante regardant en dehors ; le
talon allonge, et le tendon d Achille beaueoup plus eloigne du tibia qu a 1 etat
normal. En palpant la region du talon, on ne trouvait aucune saillie en avant du
tendon d Achille. Les malleoles etaient parfaitement limitees ; en avant d elles,
surle dos du pied, on apercrvait une saillie arrondie constitute par la tete de 1 as-
8 ASTRAGALE (PATHOLOGIE).
tragale et situee au-dessns du scaphoide et des cuneiformes. En mesurant la dis
tance qui separe les malleoles des orleils, on constatait un raccourcissement de
\ poucc.
Des tentatives de reduction lurent d abord inutiles ; on appliqua des moulfles
sans succes ; tout a coup comme on tirait sur les poulies, Carmichael fit uu effort
convulsif ; les chirurgiens effrayes, lucherent prise; et quel ne fut pas leur eton-
nement eu constalant que la reduction avail eulieu! 11 ne survint aucun accident
grave, etquaranlc jours apres le malade etait gueri.
Cette espece de luxation se distingue de la luxation du pied en arriere : 1 Par
la presence, sur le dos du pied et en avantdes os de la jambe, d une saillie arroiidie
forniec par la tete de 1 astragale ; 2 par 1 absence de la tumeur que conslitue la
poulie astragalieime en arriere des os de la jambe, lorsque le pied est deplace en
tolalile. (Broca.)
Les luxations laterales de 1 articulation sous-astragalienne sont beaucoup moins
rares que les precedentes.
Ces luxations n ont ete decrites en connaissance de cause que par un petit
nombrc d auteurs, maisplusieurs observations de luxations de 1 aslragale, publiecs
avec de grands details, appartiennent aux luxations sous-astragaliennes, et dans
son memoire (185o, Memoires de la Societe de chirurgie), M. Broca a pu rennir
dix-neuf fails de luxation sous-astragalienne laterale. Le deplacement avail eulieu
treize Ibis en dehors et six fois en dedans.
Les causes de ccs luxations sont tantot directes et tantdt indirectes ; dans les cas
oii la cause est iadirecte, M. Broca pense quo la luxation sous-astragalienne en
dedans, se pioduit surtout dans I adduction forciie, tandis que I abduction
forcee est la cause la plus ordinaire de la luxation en dehors.
Dans ces cas, le premier ligament rompu est le ligament sous-astragalien ; le
plus souvent il esl deehire en lotalite, quelquefois les fibres exlernes restenl in-
tacles. Les capsules synoviales sous-aslragaliennes sont plus ou moins complete-
ment dechirees. Le ligament astragalo-scaphoidien est constamment rompu, de
maniere a laisser passer la tete de 1 astragale. Les faisceaux fibreux qui unissent
de cliaque cote les malleoles au calcaneum sont egalement dechires, quelquefois
tons les deux ; dans certains cas, 1 un d eux seulemenl est divise.
Lorsque le deplacement lateral a eu lieu, si la violence exterieure continue a
agir, il peut en resuller que le calcaneum entraine avec lui le reste du pied en
arriere, et alors le deplacement n a pas lieu directement en dehors ou en dedans,
mais en meme temps un peu en arriere. La tete de 1 astragale chevauche alors sur
les os du tarse.
Le deplacement sous-astragalien lateral presente deux degres. Dans le premier,
1 astragale repose encore en partie sur le calcaneum, et le pied ne peut subir au-
cnnc ascension directe; dans le second, les os s abandonnent completement, el le
calcaneum entrainaiit avec lui le reste du pied, vient se placer sur 1 un des cotes
des os de la jambe.
Ces fails sont rares, mais deux exemples relatifs a la luxation sous-astragalienne
en dehors en out ete publies avec grand detail par Dufaurest et par Gerdy.
Dans la plupart des fails de luxation sous-ustragalienne, reuuis par M. Broca
dans son memoire, il e.xistait une plaie. Le fait de MM. Roux et Nclaton, ceux
d Hancock ct d Erichseii font suuls exception, nous reviendrons plus loin sur cette
complication et sur ses consequences.
Les norabreux (endwis qui cntourent 1 articulatioii sous-astragalienne peuvent
ASTRAGALE (PATHOIOGIE). 9
Sire refonles et decliires dans la luxation. Les vaisseaux peuvent etre tirailles; dans
la luxation en cleliors, les vaisseaux tibiaux posterieurs sont quelquefois les<s.
(Observations d Adam, Dufaurest et Miclion.) Dans la luxation en dedans, la tibiale
anterieure peut etre rompuc. (Observation dejuday.)
Des fractures peuvent encore compliquer les luxations sous-astragaliennes ;
quelquefois il existe seulement des felures ou des arrachements du calcaneum. La
fraclure dn perone semble etre une complication propre a la luxation laterale
externe. Entin 1 astragale lui-meme pent etre fracture, et d apres Dubrueil (these
inaugurale), qui a relate dans son travail des observations ineditcs qni lui ont iHr
communiquees par MM. Foucher et Jarjavay, dans la tres-grande majorite des
luxations do 1 astragale (notons ici qu il ne fait pas une distinction assez rigou-
reuseentre les fails qui se rattachent aux luxations sous-astragaliennes, oubien an
contraire aux luxations proprement dites), compliquees de fracture de cet os, la
solution de continuite separe la tete du corps, et le plus souvent la tete reste dans
sa position normale, le fragment posterieur subissant seul des deplaccments varic s.
Nous aliens maintenant indiquer, d apres M. Broca, qui a analyse avec un soin
rigoureux toutes les observations publiees jusqu a lui, quels sont les signes des
luxations sous-astragaliennes laterales.
1 Signes de la luxation sous-astragalienne en deliors. Abduction pins ou
moins marquee du pied ; celui-ci prend quelquefois une direction tout a fait trans-
versale. Bord externe du pied eleve, le bord interne reposant sur le sol. S il y a une
plaie, elle existe sur le bord interne du pied et laisse sortir la tete de 1 astragale.
Le tendon du jambier posterieur est refoule ou dechire, 1 artere tibiale posterieure
est tendue ou rompue.
Au deuxieme degre le membre est raccourci, le pied chevauche sur la jambe ;
le calcaneum repose sur la face externe du perone; enfin le tibia, le perone et
1 astragale unis ensemble, font a 1 exterieur une saillie de 2 a 5 pouces. (Broca.)
2 Signes de la luxation sous-astragalienne en dedans. Adduction plus ou
moins marquee du pied; dont le bord interne est plus eleve qu a 1 etat normal.
S il existe une plaie, elle est situee sur le cote externe du pied. Les tendons de
1 extenseur commun sont refoules ; 1 artere tibiale anterieure est distendue ou de-
cliiree.
Dans ces deux especes de luxations, la tete de 1 astragale a conserve scs rap
ports normaux avec les deux malleoles, sauf le cas, ou une fracture ayant porte
sur le col de cet os, la tete de celui-ci a suivi le scapho ide dans son displacement.
Enfin, comme consequence de 1 integrite de 1 articulation tibio-tarsienne, on ob
serve les mouvements de flexion et d extensiondu cou-de-pied, qui sont abolis dans
les luxations tibio-tarsiennes et dans les luxations lotales de 1 astragale.
Jusqu a notre epoque, on a rarement diagnoslique la luxation sous-astraga
lienne, qui elait surtout confondue avec la luxation proprement dite de 1 aslra-
gale. La constatation des deux derniers signes que nous veuons d indiquer, ne de-
vrait plus laisser de doule aujourd hui dans 1 c-sprit des chirurgiens.
Les luxations laterales du pied, les luxations du scapho ide seul ou les luxations
medio-tarsiennes, les fractures sous-trochleennes de 1 astragale, pourraient aussi,
dans quelques cas, dormer le change relativement a 1 existence d une luxation
sous as tragalienne .
Le pronostic des luxations sous-astragaliennes varie beauccup suivant qu elles
sont simples ou compliquees de plaie. Sur cinq cas de luxation sans plaie, reunis
par M. Broca, quatre fois la reduction eut lieu; resultat favorable si on le
10 ASTRAGALE (PATHOLOCIE)
compare a celui obtenu dans les cas de luxations avec plaie et de luxations totales
de 1 astragale.
Lorsque la luxation est compliquee de plaie, le pronostic est beauconpplus grave
sur dix-sept cas (Bvoca), la reduction n a etc possible que cinq fois.
Lorsqu il n y a pas de plaie, il faut tenter la reduction le plus tot possible, en ap-
pliquantles forces extensives a la fois sur le dos du pied et sur la saillie du talon,
et en agissant snivant une direction parallele a 1 axe de la jambe. La contre-exten-
sion sera faite sur la jambe, prealablement flechie sur la cuisse, et la coaptation
pratiquee avec avantage a 1 aide du precede du genou. Dans quelques cas, il
laudra de bonne beure se decider a faire usage des poulies. Lorsque la reduction
est impossible, que faire? Faut-il avoir recours, aux debridements, a la teno-
tomie, etc.? Nous examinerons plus tard cette question, apres avoir etudie les luxa
tions totales de 1 astragale.
Luxations medio-tarsiennes. Elles peuvent etre totales ou partielles. Comme
nous 1 avons deja indique, M. Broca, dans son memoire de 1852 (Societe de chi-
rurgie, Memoires, 1855), apres avoir analyse tontes les observations publiees jus-
qu a lui, admit que dans 1 etat dela science a ce moment, cesespeces de luxations
ne pouvaient etre admises, et ce chirurgien en appela a 1 observation ulterieure
des faits. Depuis cette epoque, deux observations dues 1 une a M. Thomas, de
Tours (1865), (Memoires de la Societe medicaled Indre-et-Loire, 1867), 1 autre
a M. Chassaiguac (Gazette des hdpitaux, 1860), sont venues nous demontrer
1 existence de la luxation medio-tarsienne totale, et dela luxation du scaphoideseul.
Deja Mulgaigne (1855), contrairement a 1 opinion de M. Broca, tout en recon-
naissant I insuffisance relative des observations de J. L. Petit et d A. Cooper, ad-
mettait d apres ces observateurs 1 existence de la luxation medio-tarsienne. L ob-
servation recueillie par M. Thomas, pendant son internal dans le service de
M. Denonvilliers, parait propre a dissiper tous les doutes a ce sujet. Au moment
de 1 entree du malade a 1 hopital, il existait un gonflement considerable, et
M. Thomas avail diagnostique une fracture du col de 1 astragale. Des accidents
d erysipele emporterent rapidement le malade, et la dissection du pied permit de
constater les dispositions suivantes. L articulation tibio-tarsienne et { articulation
calcaneo-astragalienne etaient intactes. Les ligaments anterieurs de 1 articulation
medio-tarsienne etaient dechires ; la tete de 1 astragale et la surface cubo idienne du
calcaneum formaient, au-dessus de la seconde rangee des os du tarse, une saillie
anormale tres-prononcee. Ces os n etaient plus en rapport avec les surfaces arti-
culaires correspondantes du scapboide et du cuboi de, et etaient directement recou-
verts par les tendons des muscles extenseurs et jambier anterienr et les faisceaux
du muscle pedieux. Le scapho ide avait ete fracture d avant en arriere, son frag
ment externe faisant une saillie a la face plantaire. L astragale reposait sur la face
superieure de cette portion du scapho ide. Le cubo ide se trouvait encore en contact
avec la surface articulaire du calcaneum, mais seulement dans la moitie inferieure
de celle-ci.
Pour permettre un pareil deplacement, outre les ligaments superieurs de 1 arti-
culalion medio-tarsienne, le ligament en f avait ete rompu a ses insertions poste-
rieures, et les insertions du ligament calcaneo-scaphoi dien interne arrachees en
partie. Seul le ligament calcaneo-cuboidien inferieur avait resiste au trauma tisme.
(Thomas.)
Enfin, nous 1 avons deja dit, M. Chassaignac, en 1860, a publie une observation
non douteuse dfi luxation de 1 articulation astragalo-scapho idienne (luxation medio-
ASTRAGALE (PATHOLOGIE). 11
tarsierme pnrtielle). Un homme se jette d un cinquieme Stage ; les deux pieds dans
lenr porlion tarsienne supporterent toute la violence du choc. Le pied gauchfi pre-
sentait une luxation de 1 astragale avec fracture multiple de 1 os. Le pied droit
presentaitune veritable luxation sous-scaphoid iennede 1 astragale. Apres disseclion
on observa un displacement en masse du scapho ide qui, suivi des deux premiers
cuneilbrmes et des deux premiers metatarsiens, avail, passe au-dessus de la tele de
1 astragale et reposait par le bord inferieur de sa face articulaire, sur le collet de
1 astragale. La tele de 1 astragale avail dechire completcmenl le ligament calcanco-
scaphoidien et s etait enclavee dans une situation tout a fait fixe, a la pl;ice de ce
ligament entre le calcaneum et le scapho ide.
Les fails dontje viensdedonnerl analyse n enlevent rienalaveritede la proposi
tion soutenue par M. Broca en 1852, lorsqu il disait que les observations publiees
jusqu a cette cpoque sousle titrede luxation mcdio-tarsienne, de luxation de
1 astragale sur le scapho ide ne repondaient pas a ce que ce titre indiquait. Mais
depuis ce moment, des observations satislaisantes ont ete recueillies, ce qui a
justifie la prudence de ce chirurgien, qui n avait nullement voulu engager 1 aveiiir.
Luxations doubles de 1 astragale. Elles sont plus communes que les luxa
tions sous-astragaliennes. Elles offrent une foule de varietes suivant le degre de
deplacement, puis suivant que 1 astragale s est luxe directement ou en se relour-
nant sur I un de ses axes ou sur 1 autre.
Les divisions que 1 on peut etablir parmi ces luxations sont les suivantes :
Luxations en avant,
Luxations en dedans,
Luxations en dehors,
Luxations en arriere,
Luxations par rotation sur place,
Luxations par renversement.
Luxations en avant. Eiles peuvent se faire directement en avant, ou en
avant el en dehors, ou en avant et en dedans.
A. La luxation directe en avant est rare. Une extension violente du pied pa-
rait en etre la cause productrice. Les symptomes ont ete a peine decrits ; le plus
evident est la saillie de 1 astragale appuyant sur le scapho ide et les cuneiformes.
B. La luxation en avant et en dehors parait assez commune ; le plus ordinaire*
ment elle s accompagne de la rupture des teguments. Les symptomes que 1 on
observe dans ce cas sont les suivants : le pied est dans une forte adduction, la
plante regardant presque directement en dedans, la pointe portee en dedans, le
bord interne creuse et raccourci. Le tibia repose sur le calcaneum et semble comme
enfonce dans les chairs. Le perone fait en dehors une saillie notable. Enfin a tra-
vers les teguments souleves, on peut reconnaitre en avant et en dehors, la tete ct
la poulie articulaire de 1 astragale.
Lorsqu il y a plaie des teguments ; celle-ci siege habituellement a la partie
anterieure et externe de la malleole peroniere.
G. Luxations en avant et en dedans. Elle offre a peu pres les signes de la
luxation oblique simple ; mais 1 astragale s est portc dans ce cas en avant du tibia.
Generalement, la tete astragalienne se fait jour a l exlerieiir.
Luxations en dedans. Elles sont assez communes. Elles paraissent se pro-
duire principalement a la suite d une chute d un lieu eleve, le pied etant porte
dans la torsion en dehors. Dans quekjues cas, un choc violent sur la region vient
joindre ses eil ets a ceux resultant de la chute.
15 ASTRAGALE (PATHOLOGIE).
Les symptomes observes a la suite de cette lesion out etc les suivants : le pied
est porte tres en dehors. Sous les malleoles externes existe un vide enorme ,
Eu dedans, la malleole interne fait une saillie, au-dessous de laquelle on trouvt
une aulre saillie constitute par la poulie astragalienne.
II n y a pas d exemple qu un pareil deplacement ait persiste, sans amener la
mortification de la peau.
Luxations en dehors. Elles sont beaucoup plus rares que les luxations en dedans.
Dans les observations publiees, on voit iudiques les signes suivants : un renver-
sement de 1 astragale qui presente sa poulie en debors ; une saillie de la malleole
externe, et au-dessous une autre saillie formee par 1 astragale.
Luxations en arriere. Elles sont presque aussi rares que les precedentes.
Malgaigne en signale trois varietes : 1 en arriere directement ; 2 en arriere et
en dehors ; 3 en arriere et en dedans.
Luxations en arriere directement. Sur cinq cas, quatre fois la peau etait
intacte. Lorsque ce deplacement existe, le pied n a subi aucune deviation, mais il
parait un peu raccourci en avant. La depression existant normalement entre le
tibia et le tendon d Acbille a disparu, et est remplacee par une saillie considerable
due a la presence de 1 astragale. En avant du tibia, on trouve une depression qui
indique la luite de 1 os.
Luxations en arriere et en dehors. Dans le seul cas observe par Turner,
Tastragale faisait saillie derriere la malleole externe, a travel s une pluie et pre-
sentait sa poulie en debors.
Luxations en arriere et en dedans. Une observation publiee en 1839,
dans la Lancette anglaise, est la seule connue jusqu a ce jour. Dans ce cas on
constata la presence d une tumeur osseuse entre le tendon d Acliille et la malleole
interne, tandis que, au-dessous et en avant de la malleole externe, existait une
depression a mettre le doigt. (Malgaigne.)
Luxations par rotation sur place. Les observations dans lesquelles on voit line
luxation double de 1 astragale s accompagner d un certain degrade rotation de 1 os
sont assez nombreuses. Mais ici nous voulons parler des cas dans lesquels 1 astragale
execute sur place un niouvenitnt de rotation d un quart de cercle et meme plus.
Laumonier, Thierry, MM. Denonvilliers, Foucher, ont public des fails de ce
genre. Avec les elements que nous possedons, 1 histoire de ces luxations est tres-
difficile a tracer. Cependant on a pu I aire remarquer que dans tousles cas publies,
la luxation a tou jours eu lieu du cote interne, et que 1 astragale n a jamais ete
reconnu qu a travers une plaie ou par suite de la dissection des parties lesees.
Luxations par renversement. Dans quelques cas de luxation double, 1 astra
gale est renverse sur sa face externe ou interne, mais en meme temps il est chasse
de sa place; dans les faits de luxation par renversement, le renversement de 1 os
s opere dans 1 articulalion meme, de telle sorte que 1 astragale demeure enclave
entre le tibia et le calcaneum.
Boyer parait avoir le premier signale cette lesion ; et Dupuytren, a lui seul, a
pu 1 observer trois iois.
Ce renversement peut etre complet ou incomplet. Chose remarquable, le tibia
et le perone ont, dans tous ces cas, conserve leurs rapports, et 1 on n a jamais note
de fracture, ni de dechirure des teguments.
Dans presque toules les observations, Ton a cru etre en presence d une luxation
incomplete de 1 astragale en avant, en dedans ou en dehors. Malgaigne se de-
mande si une etude plus approfondie de la deformation ne permetlrait pas de
ASTRAGALE (PATHOLOGIE). 15
fixer le diagnostic. II pense qu un diagnostic rigoureux conduirait le chirurgien
s abstenir de toiile manoeuvre de reduction.
Si des matKEUvres inlempestives ne sont pas employees, il n y a generalemcnt
pas de danger pour la vie, mais les fonctions du membre pcuvent etre tout a fait
compromises. Six mois apres la production d une luxation dece genre, Dupuytren,
fit avec sueces, chezunejcune iille, 1 extraction de 1 astragale ; cette jeune malade
Stait dans 1 impossiljilile la plus absolue de se servir de son membre.
Luxations compliquees. La principale complication des luxations de 1 aslra-
gale est la rupture des teguments, mais cette rupture des teguments pent elre
primitive, consecutive, et des indications diflcrentes surgissent dans ces deux
cas.
Des tendons peuvent etre rompus, des nerfs, des vaisseaux dechires ; enfin, il
existe asscz souvent des fractures articulaires, qui donncnt a la lesion une gravite
plus grande.
La presence ou 1 absence de plaie dans le cas de luxation de 1 astragale, aug-
mente ou diminue singulierement la gravite de la lesion, et doit elre prise en
grande consideration, lorsqu il s agit de determiner le clioix des moyens therapeu-
tiqucs que le chirurgien doit mettre en usage.
Dans le courant de cet article, apres la description de cliacune des varietes de
luxations sous-astragaliennes, ou de luxations doubles de 1 astragale, nous avons
tres-peu insiste sur la question du traitement ; nous avons prefere exposer en mi
seul pnragrnplie 1 ensemble des indications qui peuvent se presenter a la suite de
la production de ces lesions.
Qiiedoit-on fuire dans les cas de luxation sans plaie?
Dans les cas de luxation sous-astragalienne, nous 1 avons deja dit, il faul
essayer de reduire. Tous les chirurgiens sont d accord sur ce point. Mais quand
il s agit d une luxation complete, suivanl M. Nelaton (Pathologie chirurgicale,
t. II, p. 485), dans la plupart des cas la reduction ne doit pas etre tentee, et
la theorie indique formellement 1 exlirpation de 1 astragale.
L experience est venue infirmer cette opinion. Sur 78 fails de luxation complete
sans plaie, reunis par Broca, 19 ibis la reduction a pu elre obtcnue. Sur 12 Tails
de luxation complete, reunis par M. Dubrueil, posterieurement au travail de
ll. Broca, 5 fois la reduction a eu lieu. Enfin, j ai moi-meme, 1 annee derniere,
observe (Bulletin de la Societe de medecine du JA e arrondissement, 1866) un
cas de luxation complete de 1 astragale, cas clans lequel la reduction a pu etre
obtenue assez facilement, le malade elant soumis a la cblorolbnnisation.
En somme, sur 91 cas, 1 on a pu reduire 25 fois. La proportion est assez favo
rable, pour que les chirurgiens tentent tout d abord d obtenir un resultat qui met
le malade a 1 abri de tout danger.
Maislorsque la reduction, malgre loutes les tentatives.n est pas possible, quefaire?
L amputation de la jambe a ele preconisee par M. Chassaignac, mais les Jails
oites par lui ne justificnt guere cette opinion ; puisque 5 amputations imme-
diates pratiquees dans ces circonstances ont ete suivies 5 fois de la mort ; tandis
p entre les mains de ce meme chirurgien, 1 extraction a ete suivie de la guerisou
1 fois sur 2 cas.
Dans les cas de luxation sans plaie, I amputalion ne doit pas etre mise dans la
balance.
Les debridements de V articulation ont 6le conseilles. Mis en pratique par De-
sault etNannla, I arthrotomie a donne 2 sueces sur 2 cas ; ces deux fails ne suili-
14 ASTRAGALE (I-ATIIOLOGIK)
sent pas pour entramer la conviction, et cette operation parait devoir etre rejetee,
parce que cette pretendue etroitesse de 1 ouverture capsulaire a laquelle on veut
remedier n est nullement prouvee, et parce qu elle donne (orcement aaissance a
uuo plaie penelrante de 1 articulation.
Dans certains cas ou il est evident que des tendons etranglent 1 os deplace, on
peut pratiquer la section de ces tendons, et sur 4 cas de tenotomie pratiquee
dans ces circonstances, reunis par Broca, 2 ibis la reduction a pu elre obtenue.
Si Ton se borne a Y expectation, qu arrivera-t-il ? Dans un certain nonibre de
cas, si la peau n est pas trop fortement distendue, si les liens iibreux qui unissent
1 astragale aux parties environnantes ne sont pas trop completement declares,
si cet os n est pas fracture, il peut rester dans sa nouvelle situation sans arneuer
([ inflammation suffisante pour entramer son elimination.
Malgaigne, dans son Traite des luxations, p. 1033, a cite un cas de luxation
sous-astragalienne, appartenant a Thierry, et qui lui fut communique par Broca ;
a propos de ce fait il s exprime ainsi : 11 n y eut pas d accident, et a la loiigue la
marche s effectua sans douleur, ni claudication.
Ce meme auteur cite trois fails de luxations completes en avant, sans plaie, que
Ton n a pas pu reduire, et qui n ont ete suivies ni de suppuration, ni de necrose.
Deux de ces faits appartiennent a Guthrie, le troisieme a Malgaigne. Dans un cas
appartenant a Dupuytren, la reduction fut impossible ; une eschare superficielle se
monlra, et cependant 1 articulation ne fut pas mise en communication avec 1 exte-
rieur, et deux mois apres 1 accident, le malade put se servir de son membre. Phi-
lipps, Foucher, Malgaigne, etc., ont publie des faits dans lesquelsd autresvarietcsde
luxations, non reduites, n avaient donne lieu consecutivement a aucune compli
cation.
En somme, il est facile de fournir pour chaque espece de luxation quelques cas
de guerison sans reduction.
Mais qu arrive-t-il, loisque la peau se mortitie, lorsque 1 articulation suppure?
Dans ce cas, la necrose de 1 os deplace arrive presque fatalement, et la ressourcea
mettre en usage est \ extraction de 1 astragale. Sur 25 cas d extraction consecu
tive, pour des luxations irreductibles, reunis par M. Broca, 24 Ibis la guerison a
ete obtenue ; une fois 1 amputation de la jambe a du etre pratiquee, 1 extraction
de 1 os ayant ete faite quelques jours auparavant, et le malade a gueri. A ces faits,
M. Dubrueil a reuni 5 autres cas, dus a MM. Heyfelder, Foucher et Jarjavay ;
5 fois la guerison eut lieu. Dans 3 de ces faits, il y avait complication de
fracture au niveau du col de 1 astragale, et 1 ex traction n a porle que sur le frag
ment posterieur.
Dans les cas de luxation avec plaie, quelle doit etre la conduite du chirurgien?
Sur 80 cas de luxation avec plaie, reunis par M. Broca, la reduction a etc
obtenue 14 fois ; sur ces 14 malades, 9 out gueri sans accidents ; 2 ont gueri apres
1 extraction consecutive de 1 astragale ; 8 sont morts.
La reduction a ete impossible cbez 68 blesses ; 2 sont morts promptement sans
avoir ete soumis a une operation ; 5 ont ete ampules immediatement, et sur ces
5 ampules, 2 ont gueri.
57 blesses ont ete soumis a 1 operation de 1 extraction immediate ; 41 fois la
guerison a eu lieu ; 16 fois la mort est survenue.
1 fois la tete de 1 astragale s est necrosee et le malade a gueri.
2 fois la resection consecutive de la tete a ete faite, et dans ces deux cas la gue
rison a eu lieu.
ASTRAGALE (BIBUOTHEQUE). 15
1 fois on a observe la cicatrisation de la plaie sur la saillie osseuse denudee et
non reduite. Le malade a gueri.
En resume, sur 80 cas, il y a eu 56 gueiisons et 24 morts.
M. Dubrueil a ajoute 7 nouveaux cas a cette statistique. Dans 1 ww, la reduction a
eu lieu et la guerison a ete complete. Dans les autres 1 extraction a etc praliquue,
k fois les malades ont gueri ; 2 d entre eux out succombe ; chez 1 un de ces der-
niers, 1 extraction immediate avait ete pratiquee, et plus tard on avail du am-
puterla jambe au lieu d election.
En additioimant les fails de M. Broca, et ceux reunis par M. Dubrueil, nous
arrivons a un total de 87 cas de luxation avec plaie ; 61 fois on a obtenu la
guerison, et 26 fois les malades ont succombe.
Les chiffres que nous venous d indiquer montrent que [ extirpation a pour elle
une majorite de succes incontestable, et quoique dans un certain nombre de cas
elle ait ete suivie de mort, elle parait devoir etre aujourd hui consideree conunu
la pratique a laquelle il faut se rattacher.
(Test 1 extraction consecutive que 1 on devra pratiquer, excepte dans k s c;ts
ou 1 astragale ne tient plus aux parties voisines que par quelques liens Ires-faibles.
Quant a 1 amputation, elle ne doit etre regardue que comnic un moyen ullime
auquel, dans quelques circonstances particulieres, le chirurgien pourra avoir ve-
cours. LEON LABUI:.
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18 ASTRINGENTS.
ASTR&NTIE. Voy. EpiPACTis et HELLEBORE NOIR.
(MEDICAMENTS), MEDICATION ASTRINGENTS (astringens, de as-
tringere, resserrer) .
1 Medicaments astringents. On designa primitivemenl sous le nom A as-
trinqents, des medicaments doues de la propriete de froncer, de condenser, de
resserrer les tissus vivants, en developpant leur contraction fibrillaire. C etait ainsi
1 aclion de ces medicaments sur les solides que Ton avail particulierement en vue.
Les soliclistes ne devaient pas envisager la question an dela; aussi, 1 un des plus
celebres d entre eux, Cullen, definissail-il les astringents: des substances qui,
etant appliquees sur le corps humain, produisent une contraction et une con
densation des solides mous, et en aiigmentent en consequence la densite et la
force de cohesion. (Cullen, Traite de matiere medicate, I. II, p. 3, trad, de
Bosquillon. )
Cependant, il y avail lieu de tenir compte de 1 action des astringents sur les
fluides organiques, et bien avant Cullen d autres y avaient songe. En effet, quel-
ques auteurs, frappes des clivers modes de 1 astringence, ou des conditions dirfe-
rcntes dans lesquelles elle s excrcait, avaient divise les medicaments susceptibles
de la produire en plusietirs classes, savoir : 1 les astringents condensants ou
pycnotiqnes (de irv/vd;, epais), lesquels resserrent et condensent les fibres rela-
chees, et agissenl par consequent sur les solides; 2 les astringents absorbants,
qui rapproclieut les fibres en enlevant les bumeurs aqueuses, qui en entreliennent
1 ecartement, et dont 1 action porte ainsi tant sur les solides que sur les liquides ;
3 les astringents emphractiques (sy.ypaxrtxd?, de epypxtru, j obstrue), ou in-
visquants, qui font cesser les differents flux d humeurs en enduisant les parois
des vaisseaux par ou elles coulent, d une matiere visqueuse qui bouche en partie
leur ouverture ; ceux-ci, on le voit, tres-voisins des incrassants, ogissent pai licu-
lierementsur les liquides; 4 les astringents stegnotiques (UTSVVMTIXO;, tie orcyvriw
je resserre : ce mot n est done vraiment que le synonyme d astringent) , ou res-
serrants, qui resserrent et bouchent specialement les extremites des petits vais
seaux et arretent ainsi 1 ecoulement des liquides qu ils contiennent ; quant a cette
classe, elle etait une superfetation, carles substances qu elle pretendait reunir out
le meme mode d action et sontidentiquement les memes que celles dcla premiere
classe. (Voy. L art de connaUreet d employer les medicaments dans les maladies
quiattaquent le corps humain, par Fourcroy, Paris, 1785.)
Loin de nous la pensee de fah e revivre des distinctions tombees dans 1 oubli ;
mais nous avons voulu montrer qu il existait dans la physiologie tberapeutique
des anciens, desidees souvent plus sensees, plus ralionnelles ct plus procbcs de la
verite que celles admises et patronnees par la doctrine solidiste qui, sous diverses
formes, s est infiltree clans les esprits, depuis la fin du dix-huilieme siecle jus-
qu aux annees voisines de celles ou nous vivons.
Le fait est que les astringents les mienx caracterises, les plus nets dans leur
action, les plus purs, impressionnent a la ibis les solides et les liquides; et meaie,
si de ces deux parts de noire organisme, 1 une est plus vivement influencee que
1 autre par les substances astringentes, c est vraisemblablement la derniere, les
modifications que subissent en pareil cas les liquides organiques paraissanl pre-
ceder les modifications de tissus, et qui plus est, I ashiction de ceux-ci n etant
tres-souvent que lu consequence de la modification epiouvee par les liquides qui
les baigueiit ou qui les parcourent. C est ce qui sera bientot mis en evidence
ASTRINGENTS. 17
quand nous etudierons les phenomenes de Yastringence? ou de 1 asLriction carac-
teristique determinee par Ics astringents.
Mais tons les auteurs ne se sont pas arretes aux effets primUifs et locaux des
agents que nous etudions, pour poser les limites de la medication astringente.
Du moment qu un medicament etait regarde comme susceptible d arreter une
evacuation pathologique, sanguine ou humorale, il etait, clans un ordre d idees
attachees plus specialement aux effets secondaires, considers et accepte comme
astringent. Ainsi, les amers et les toniques passaient pour tels ; des delaynnts, des
mucilagineux, de simples emollients, etaient reputes au meme litre, la cessation
de certains flux ayant concorde avec leur emploi. II y avait evidemment la un
abus d interpretation. De ce qu un flux anormal, ou memefranchement morbide,
se modere ou se supprime sous 1 influence d un medicament donne, il n enresulle
pas necessairement que ce medicament opere par astringence; une diarrhce ato-
nique, par exemple, peut guerir par 1 emploi des toniques amers, une diarrhee
catarrhale par le sous-azolate de bismuth, une diarrhee inflammatoire par les
emollients ou par les antiphlogistiques ; ces divers medicaments peuvent etre
appropries aux etats pathogeniques qui entretiennent diverses formes de diarrhee,
mais ni 1 un ni 1 autre n a impressionne les tissus comme 1 eutfait un astringent,
et le resultat curatif n implique pas 1 identite d action de tous les agents medica-
mentenx susceptibles de I amener.
L action physiologique et therapeutique des astringents reside dans la propriete
qu ont certaines substances de coercer, de coaguler 1 albumine, et, par extension,
les principes albuminoides qui existent dans nos humeurs et dans nos tissus. Les
astringents les mieux caracterises, les moins contestables, sont done de veritables
agents physico-chimiques, susceptibles d influencer et les liquides et les solides
organiques, epaississant ou meme coagulant les premiers, 1 rongant et resser rant les
seconds, par la condensation des principes albuminoides repandus dans les uns et
dans les autres.
A cette propriete physico-chimique, qui est la propriete essentielle des astrin
gents, peuvent s adjoindre deux autres proprietes : 1 celle d exciter la contrac-
tilite organique et de contribuer par suite au resserrement des tissus et au rap
prochement de leurs fibres ; 2 cello d irriter la sensibiiite organique, d accelerer
la circulation locale et de favoriser la disparition des stases intra-vasculaires ou
des produits cpanches. Sous ce rapport, plusieurs des medicaments astringents se
rapprochent done des excitants, des stimulants locaux, ou se comportent comme
ces medicaments qu on appelait autrefois des desobstruants.
Parmi les agents de la medication astringente, il n en est qu un seul qui ne
coagule pas 1 albumine : c est le froid. Celui-ci, tout en laissant constamment
1 albumine fluide, n en est pas moins un excellent astringent. Mais 1 astriction
qu il determine ne s exerce que sur les solides ; il s adresse exclusivemcnt a la
contractilite et a la sensibiiite des tissus ; nous en avons la demonstration, dans
son action sur la peau, par le phenomene local connu sous le nom de chair dc,
poule, caracterise par 1 erection des papilles cutanees et la rigidite du derme dans
leurs intervalles.
Done, sauf le froid et les divers precedes usites pour 1 appliquer aux parties,
eau froide, glace, neige, melanges refrigerants, tous les agents astringents soul
susceptibles de coaguler 1 albumine ; toutefois, pour que le but de la medication
qu ils desservent ne soit pas depasse, il faut que la condensation des principes
albiiminoiJcs nc s effectue que dans des limites telles, que le rctour de ces prin-
DICT. ENC. VII. 2
18 ASTRINGENTS.
cipes a 1 etat normal reste possible ; sinon le caractere du medicament astringent
s efface et fait place a 1 une des proprietes causliques, laquclle coerce 1 albumine
et la transforme au poinl de la rendre desovmais impropre a toute fonctiou vitale,
en 1 amalgamant, pour ainsi dire, dans une eschare que la nature ou 1 art doivent
eliminer. En consequence, il existe une difference fondarnentale entre 1 action
astringente et 1 action caustique, quoique le meme agent soit souvent appele a
produire 1 une et 1 autre ; la dose, le mode et le lieu d application differencient
ici, comme dans bien des cas, les effets physiologiques et therapeutiques.
Gela pose, les medicaments astringents, moins uombreux en realite qu on ne
croyait autrefois (voy. la serie enorme des astringents admis par Ferrein, dans son
Traite dematiere medicale, Paris, 1770, t. II, p. 570 etseg.), nous sont iournis :
1 dans le regne inorganique, par quelques acides (et non par tous, comme on
le dit abusivement), savoir : le sulfurique, 1 azotique et le chlorhydrique ; par
plusieurs sels, notammentceuxde plomb, de zinc, de cadmium, d aluminium, de
fer, de cuivre, de mercure, d argent. Les sels de ces bases, meme a 1 etat neutre,
coagulcnt l albumine et sont astringents ; ils le sont generalement davantage lors-
qu ils sont acides : mais il faut cesser de repeter, avec certains pharmacologistes,
que les astringents mineraux sont des sels avec exces & acide; il suffit de penser
aux aci-tates neutre et tribasique de plomb, les plus communement employes, pour
sentir combien une telle enoncialion est erronee ; 2 dans le regne organique,
par le tannin, ou acide tannique, le seul acide organique qui coagule l albumine,
et par toutes les substances vegetales qui renlerment du tannin ; il est inutile
d ajouter : et de 1 acide gallique, lequel n est qu un derive de 1 acide tannique, et
coexiste dans certains vegetaux, ou se forme dans les operations pharmaceutiques
ou autres dontils sont 1 objet; cet acide gallique, d ailleurs, ne coagule pas l albu
mine. Avec un seul acide comme principe astringent dans le regne organique,
le nombre des substances astringentes n y est pas moins tres-considerable, parce
que le tannin pur ou des tannins plus ou moins modifies preexistent dans une
foule de vegetaux. Les substances vegetales tanniferes astringentes les plususitees,
sont : les racines de ratanbia, de bistorte, de tormentille, de fraisier, d arbousier,
la noix de galle, les glands de chene, les ecorces de chene, de monesia, de quin
quina rouge, le brou de noix, 1 ecorce de grenade, les feuilles de busserole, les
feuilles et les fleurs des rosiers, les coings, le cacbou, le kino, le sang-dragon,
L acide acelique et les differents vinaigres ont ete a tort englobes dans les astrin
gents, dont ils n ont reellement ni les proprietes chimiques, ni les proprietes
physiologiques ; ce sont, a vrai dire, des fluidifiants et des detersifs. L acide ace-
tique concentre peut seul produire un certain degre de condensation de 1 aibu-
mine ; mais etant etendu comme doivent 1 elre tous les acides pour les besoins de
la medication astringente, s il opere comme agent de resolution, c est par desa-
gregation des produits epanches ou stagnants, par une sorte de dissolution, par
fluidification, et non par astringence. De meme, le borate de soude, ainsi du reste
que tous les sels alcalins, est un detersif, un resolutif par fluidification ou par
dissolution, et c est egalement a tort qu il a etementionne par quelques pbavma-
cologistes parmi les medicaments astringents.
Ainsi, point de confusion possible entre les resolutifs fluidifiants et les astrin
gents coagulants. Nous avons vu la classe des medicaments astringents confmer a
celle des stimulants et meme a celle des caustiques. Plusieurs auteurs ont rap-
procbe les astringents des toniques, ou meme les ont reunis dans la meme classe ;
Barbier a commis cette confusion, et c est avec regret que nos la voyons jusqu a
ASTRINGENTS. 19
nn certain point reproduce par MM. Trousseau et Pidoux. Les toniques et les
astringents constituent deux classes de medicaments essentiellcnient dislincts.
Les proprietes cbimiques des uns et des autres sont loin d etre les memes ; leurs
proprietes physiologiques et therapeutiques sont egalement differentes. Sous ces
deux derniers rapports, les toniques iniluencent les fonctions nutritives et im-
priment aux organes plus ou moins d aptitude a les accomplir; s ils agissent sur
la contractilite, ce n est que medialernent et apres avoir favorablement modifie
les actes de nutrition. Us ont surtout sur la composition des fluides organiques,
sur le sang en particulier, un mode d action qui n appartiont en rien aux
astringents. Tout ce que 1 on peut dire, c est que parmi ces derniers il en est qui,
a cote de leur principe d action specifique, recelent d autres principes susceptibles
d agir a 1 instar des toniques ; telles sont les substances qui, avec du tannin, con-
tiennent des principes amers ou d une nature analogue, destines a agir sur 1 assi-
milation en lui rendant sa regularite et sa vigueur ; tels sont encore les sels
solubles a base de fer. Ges substances complexes, plus encore dans leur portee
theiapeutique que dans leur constitution cliiniique, merileraient seules le nom de
toniques astringents. Mais quant aux acides mineraux, anx sels de plomb,de zinc,
d aluminium, quant au tannin lui-meme, surtout lorsque par des proa des spe-
ciaux nous ne cherchous a obtenir de ces substances que des plieiiomenes d us-
triction, laissons-leur ce simple nom d astringents, d autant mieux que leur ap
plication a I orgamsme, quoi que Ton disc et quoi que Ton fasse, n equivaudra
jamais a celle des medicaments designes a tort ou a raison sous le nom de toni
ques, et acceptes comme tels dans la pratique medicale.
Eu terminant ces considerations sur les agents de la medication astringents,
il n est pas sans interet d en rapprocher 1 akool et 1 electricite.
L alcool, on le sail, coagule energiquement 1 albumine ; en consequence, dans
ses effets physiologiques et therapeutiques, il faut tenir compte de cette propriete..
Si a celle-ci on ajoute la propriete stimulante que 1 ulcool possede a un baut
degre, on se trouve fonde a le placer a cote des astringents excitants ou stimu
lants, et a lui attribuer une action analogue a la leur lorsque 1 on s en sert comme
topique sur la peau, sur les muqueuses ou sur les plaies.
Quant a 1 electricite, ses moyens d application au corps vivant sont trop spe-
ciaux et repondent a des indications trop particulieres pour qu on n en constitue
pas une medication a part ; mais du moins qu il me soit permis de rappeler,
comme point de contact avec les astringents, que 1 electricite ou le fluide electri-
que coagule aussi 1 albunn ne, et que Ton a essaye de tirer parti de celte pro
priete dans le traitement des tumeurs anevrysmales. Une occasion recente m a
mis a meme de constater 1 energie de 1 actiou coagulante de 1 electricite sur les
fluides organiqnes. Un coup de foudre a frappe le tronc d un arbre, un orme, a
quelques pas de moi ; une bande d ecorce, sur une longueur de deux metres en
viron, a vole en eclats; or les fragments de celte ecorce, recueillis immediate-
went, se sonttrouves recouverts et penetres d une matiere gelatiniforme, visqueuse,
transparente, que j ai du coasiderer comme le resultat de la coagulation par la
foudre des elements albuminoides de la seve vegetale.
Mentionnons ici que les especes astringentes du Codex sont formulees de la
maniere suivanle : epicarpe de grenade, racines de bistorte, racine de tormen-
lille, aa parties egales; incisez et melez.
II, MEDICATION ASTRIHGENTE. A i exterieur , les agents de cette medication soul
20 ASTRINGENTS.
plus usites, plus efficaces, plus aisement appreciates dans leurs effets physiologi-
ques et therapeutiques.
Condenser, resserrer les tissus, et par suite exprimer d une facon en quelque
sorte mecanique le sang qui engorge les petits vaisseaux on les epancbements
sanguins pour faire rentrer ceux-ci dans 1 absorption interstilielle, n est pas 1 uni-
que mode d action des astringents ; nous avous vu que ces medicaments out encore
la propriele d exciter la contractilite et la sensibilite. II n y a guere que les sels
solubles de plomb et le tannin qui se bornent ordinairement a con trader les
tissus ; aussi sont-ils les plus doux des astringents. Les aulres medicaments de
cette classe, en outre de 1 astriction qu ils determinent, irritent plus ou moins
les parties sur lesquellcs on les applique ; ainsi agissent, par exemple, les sulfates
de cuivre et de zinc, les azotates de mercure et d argent. Or cette irritation, dans
bleu des cas, loin d etre un inconvenient, est, a la condition d etre moderee, un
veritable avantage. En effet, la propriele astrictive ne suffit pas toujours, surtout
dans les cas de suffusion chronique, a produire la resolution; lapropriete irritanle
venant en aide, la contractilite des capillaires se reveille, active la circulation du
sang stagnant dans les engorgements inflammatoires, ou favorise la resorption des
humeurs extravasees, bien mieux que ne 1 aurait pu faire la pression mecanique
exercee par 1 astriction pure. Celle-ci du reste doit etre bien rare comme elfet
unique de la medication astringente, dont il est difficile de comprendre les resul-
tats sans admettre un certain degre d excitation vasculaire locale, sinon primitive,
du moins secondaire.
La reaction vitale, qui succede a 1 effet physico-chimique des astringents, est la
plupart du temps evidenle lorsque Ton a fait usage des astringents irritants. Alors
les surfaces sur lesquelles on les a appliques, peau ou muqueuses exterienres,
plaies superficielles, s animent, s injectent, rougissent, et il faut meme quelque-
fois reprimer 1 exces d irritation produite ; c est ce qui a lieu, par exemple, a la
suite des applications exterieures de solutions de sulfate de cuivre ou d azotate
d argent. Mais il n en est pas ainsi, quoi qu on en ait dit, pour tous les astringents.
Les solutions de tannin ou de substances tanniferes, celles d acetate de plomb et
meme de sulfate de zinc, apposees sur la surface cutanee, ne provoquent la plupart
du temps aucune reaction appreciable, et operent ainsi de veritables delitescences
sans aucun autre pbenomen?. ultedeur. On peut aussi constater le meme resultat
apros 1 emploi externe du sulfate de fer et de 1 alun.
Si Ton veut faire agir les acides mineraux ou les sels metaliiques, surtout les
sels autres que ceux de plomb, comme topiques astringents, il est bien entendu
que Ton n en usera qu en solutions tres-diluees ; plus Ton concentre les solutions,
et plus Ton serapproche de 1 action caustique propre a la plnpart de ces substances
employees pures ou presque pures. Mais avant d en arriver la, on peut obtenir
le summum de 1 aclion astrictive, ce que Ton a continue d appeler Y action styp-
tique.
Les medicaments styptiques ne sont pas autre chose que d energiques astiiu-
gcnts, confinant aux caustiques coagulants ; on realise les premiers a 1 aide de
solutions moyennement etendues de 1 un des acides sulfurique, chlorbydrique,
azotique, ou de perchlorure defer, de sulfate de cuivre, d azotateacidedemeraire
ou d azotate d argent.
On peut dire, d une maniere generale, que les topiques astringents se recom-
mandent dans toutes les circonstances on Ton veut obtenir, pour des lesions su
perficielles, unc resolution prompted cnmnleto, pour les c coulemcnts d lmmeuis
ASTRINGENTS. 24
auxquels elles donnent lieu, unc suppression immediate on tout au moins pro-
chaine. Leur portee ne va pas (oujours jusque-la ; ils ne procurent souvent qu un
demi-succes ou meme qu un resullat nul, ce qui pent alors etre attribue a 1 in-
suffisance de leur action, a la gravite, a la profondeur dc la lesion. De plus, ilsne
font pnrfois que pallicr !es mariii estations exterieures d un mal dont le caraclere
diathesiqne echappe a loin- action et se reproduit sous d autres formes ou suv
d autres points. Enfin, ils cxposcraient a des repercussions, si on les faisait in-
tempestivement intervenir au milieu d actes morbides, dont la brusque suspension
est susceptible de faire naitre des tendances falales. En consequence, nous voyons
les topiques astringents parfaitement indiques contre 1 erytlieme, et centre 1 ery-
sipele lui-meme, a la condition de combattre en meme temps les symptomes
generaux qui s y rapporteraient ; contre les contusions et les divers resultats des
violences exterieures, en tant qu elles ne donnent lieu qu a des extravasations
supeificielles. Mais pour peu que ces violences produisent des desordres a une
certaine distance des surfaces, que les epanchements siegent dans la profondeur
destissus, les astringents deviennent insulfisants, et ne peuvenl plus etre invoques
qu a litre de pallialils et d adjuvants, comme, par exemple, dans les cas d entorses
et de fractures. De memo, si ces medicaments sulfiscnt contre de simples hypere-
mies de la peau ou des muqueuses, ils eehouent lorsque 1 inflammation phlegmo-
rieuse cnvaliit les couches celluleuses sous-jacentes. On ne doit encore en attendre
qu une repression temporaire d accidents locaux, en les opposant aux diverses
manifestations exterieures de 1 herpetisme. Quant aux exanthemes febriles et
vimlents, il faudrait etre depourvu de tous sens medical pour s imaginer qu ils
pussent se preter a une cure serieuse, basee sur des topiques astringents, qui de-
viendraient meme alors d autant plus funestes que Ton aurait realise 1 effet local
reclame de leur emploi. II en est de meme de tout flux critique d un caraclere
favorable, d un ecoulement pbysiologique, tel que les menstrues, de tout emonc-
toire ancien, naturel ou artificiel, qu il serait insense de vouloir tarir brusque-
ment par les astringents.
Dans le traiternent des plaies, on peut mettre a profit Faction speciale des as
tringents ; le leger coagulum qu ils forment a la surface des plaies, semble devenir
en pareil cas le point de depart d un travail de cicatrisation ; cependant que Ton
ne compte pas trop sur cet effet comme resultat defmitif; sur les plaies d une
cei taiue importance, les solutions astringentes ne font generalement que moderer
la suppuration, tonifier les bourgeons charnuset les disposer a ressentir 1 inlluence
d autres moyens plus favorables au developpement du tissu cicatriciel. Bien mieux
que les plaies suppurantes, les plaies saignantes s accommodent du contact des as
tringents ; Faction physico-chimique de ceux-ci s accomplit alors dans toute sa
plenitude, en contractant les capillaires et en obstruant leurs ouvertures d ou
provient Tecoulement sanguin ; mais encore faut-il que 1 hemorrhagie soit super-
ficielle, pas trop abondante, et fournie par de tres-petits vaisseaux; car les topiques
astringents ne sont que des hemostatiques faibles ; et pour agir avec une certaine
force, si 1 hemorrhagie a quelque activite, il est indispensable de recourir aux
substances les plus astrictives, et meme de les doser de facon a en obtenir un effet
styptique ; tels sont en premiere ligne les acides mineraux coagulants et le per-
chlorure de fer.
On se trouve bien encore de 1 emploi des astringents dans les cas de relache-
mentdes membranes muqueuses accessibles aux moyens topiques, contre les pro
lapsus du vaght e* du rectum par exemple ; on peut aussi les utiliser conti e les
22 ASTRINGENTS.
engorgements cedemateux et variqueux. Dans ces divers cas, ce sont surtout les
substances tanniferes, et notamment le ratanhia et 1 ecorce de chene, qui procu-
rentles resultats les plus satisfaisants.
A 1 interieur, les medicaments astringents ont moms de puissance, et leur
mode d action, lorsqu on ne se paye pas de mots, ne se prete pas autant a des
interpretations rationnelles.
Et d abord, remarquons que plusieurs des substances auxquelles nousavons du
reconnaitreractiontopiqueasliingente,produisent, loisqu onles depose dans 1 esto-
mac, des efiets tout dilferents deceux de la medication astringente. Alors, le sulfate
de zinc et le sulfate de cuivre agissent comme emetiques; 1 azotate d argent agit
comme modificateur de 1 action nerveuse, et qui plus est, apres certain mode d em-
ploi, comme purgatif. Voila trois medicaments a rayer dc la liste des astringents in
ternes. En voiri d autres qui, pour une partie de leurs effets dynamiques, peuvent
rester dans les astringents, mais qui pour une autre partie en different : 1 acetate
de plomb, les acides mineraux, les sels de fer, 1 alun, pris a 1 interieur, sont plus
on moins susceptibles de diminuer des secretions normales, de reprimer, de sus-
pendre meme des flux patbologiques. Mais 1 acetate de plomb a par-dessus tout,
sur le systeme nerveux, une action specifique que tout le monde connait. Les
acides sulfurique, chlorhydrique, azotique, apres des effets astringents momen-
tanes, amenent la diurese et un etat de debilitation extreme si Ton insiste sur
leur emploi. L action primitivement astringente et resserrante du perchlorure et
du persulfate de fer, est bientot suivie de 1 action tonique, corroborante, commune
a tous les composes de fer ; mais de plus, si Ton force la dose des deux sels precites,
on en fait des substances toxiques. L alun aussi se comporte a 1 instar des astrin
gents, a doses model-ties; mais en insistant sur 1 administration de ce sel, on
obtient des effets purgatifs ; une dose moyenne arrete la diarrbee, des doses plus
fortes et continues provoquent les evacuations alvines dans les coliques seches.
La consequence de ces faits, c est qu il iaut user d un grand discernement pour
apprecier les efiets dynamiques des astringents, choisir ceux qui convieunent pour
1 emploi interne, et les manier en toute securite.
Pris a 1 interieur, ils ont aussi leur action topique ; mais elle ne peut s exercer
que sur 1 estomac s ils sont administres par la boucbe, ou que sur le gros intestiu
s ils sont administres par le rectum. En effet, les medicaments astringents, les
seuls qui meritent cette designation, sont tous solubles ; il n y en a pas d inso-
lubles : ceux que Ton a designes comme tels ont ete pris par erreur dans les ab-
sorbants ou les obturants. Les vrais astringents, ingeres en dissolution, et deposes,
soil sur la muqueuse de 1 estomac, soit sur celle du gros intestin, exercent done
d abord sur ces muqueuses une action topique, qui doit etre analogue a celle que
nous les voyons produire sur les surfaces exterieures ; et meme sur les muqueuses
internes, cette action est naturellement plus vive que sur la peau ; aussi les astrin
gents causent-ils parfois des pincements, des crampes d estomac, ou des coliques
s ils ont penetre par 1 extremite intestinale. Adminislres a 1 etat solide, et cela ne
peut se faire que par 1 estomac, Faction topique astrictive se produit encore, mais,
on le conceit, elle doit etre plus vive que dans le cas de dissolution prealable du
medicament ; celui-ci se dissout ulterieurement dans les bumeurs gastriques.
Qu arrive-t-il alors dans les deux cas? ou la substance astringente, dissoute, est
absorbee sur place, dans 1 estomac; ou bien, elle reagirait sur les elements albu-
minoi des des humeurs gastriques, formerait dans ces humeurs un coagulum, un
veritable precipite, et passerait sous ce nouvel elat dans le tube intestinal. Mais
ASTRINGENTS. 25
il n est pas probable que les cboses so passent de cette seconde maniere, car 1 as-
tringent serait devenu inerte topiquement, tandis que les fails therapeutiques
nous demontrent que 1 acetate de plonib, 1 alun, le tannin, etc., ingeres par la
\oie gastrique, triomphent de flux morbides qui ont leur cause, leur point de
depart sur uu endroit eloigne de 1 intestin. Bicu mieux, les astringents precites eL
d autres encore, tels que 1 eau de Rabel, 1 extrait de ratanhia, administres centre
des hemorrhagies qui ont leur origine ailleurs que dans les organes digestifs, de-
vcloppent toute leur puissance hemostatique ; il n y a done point en pareil cas
d action locale a supposer, et evidemment 1 astringent hemostatique n a opere
qu apres absorption. Les medicaments astringents confies a 1 eslomac y restent done
dissous, se dissolvent, ou s ils entrent momcntanement dansquelque coagulum, se
redissolvent, ce qui n a rien d etonnant quand on connait la puissance de dissolu-
lutiou des humeuvs gastriques ; c est la qu ils doivent etre absorbes, et alors com
mence vraiment la medication interne ; or, sur les operations intimes de celle-ci,
il faut, dans 1 etat actuel de la science, avouer notre ignorance a peu pres com
plete.
On ne saurait trop s &onner de 1 assurance avec laquelle les pharmacologistes
avancent que les astringents, passes dans les secondes voies, agissent en augmen-
tant la plasticite et la coagulabilile clu sang, et qu ainsi s expliquent tons leurs
effets ulterieurs, notamment la suspension des hemorrhagies. 11 est positif quesi
dans du serum de sang on verse quelques gouttes d une solution astringente, on
produit un coagulum ; mais celui-ci se redissout sous 1 influence d un exces plus
ou moins considerable de serum. On comprend parf aitement qu une solution
astringente, plus concenlree que celles qu on donne a 1 interieur, produise un effet
coagulant sur une plaie, sur un point limite de la peau ; mais on ne peut plus
admettre que cet effet coagulant se produise, lorsqu une dose minime d un astrin
gent quelconque se trouve en presence de la masse du sang circulant dans 1 orga-
nisme. En outre, la physiologic ne permet pas de concevoir une perturbation aussi
grave que la coagulation, mSme legere, des elements albuminoides du sang, sans
1 apparition de troubles excessifs dans les grandes fonctions, et cela n a jamais lieu
lorsqu on administre les substances astringentes a doses therapeutiques. 11 ne faut
point tirer un argument de ce qui se produit dans une tumeur anevrysmale ou
Ton coagule 1 albumine par le perchlorure de fer ou 1 electricite ; on n agit alors
que sur un espace circonscrit et dans une quantite de sang relativement petite ;
la coagulation du sang, mais du sang inclus dans la tumeur seulement, s effectue.
Or, c est meme la le double inconvenient, le double danger de ce mode de traite-
ment des anevrysmes ; ou 1 effet coagulant s etend au-dela de la tumeur et menace
la grande circulation d embolies, ou le sang qui traverse incessamment la tumeur
use et redissout le coagulum et annule le resultat attendu de 1* operation. Le pas
sage des substances astringentes dans le sang, meme du chlorure de fer, a dose
therapeutique, je le repete, ne peut pas et ne doit pas determiner rien qui res-
semble a la coagulation. L action physico-chimique pure de ces substances sur le
sang, n explique done pas d une maniere satisfaisante les resultats qui succedent
a leur absorption ; le sang n est pas et ne peut pas etre assez epaissi pour rendre
compte de la diminution de quelques secretions, de la suspension des hemorrha
gies ou de certains flux morbides. Ce qui prouve au reste combien 1 augmentation
de coagulabilite du sang peut rester etrangere a 1 hemostase, c est que le plus
energiquedes hemostatiques internes, 1 ergot de seigle, n exerce aucune influence
sur I* augmentation de plasticite du sung ; car c est une des recentes erreurs glis-
24 ASTRINGENTS.
sees en therapeutique d avoir classe 1 ergot de seigle dans les coagulants. Ce der
nier medicament quc, en consequence, je n ai pas du citer parmi les astringents,
pannt agir specialemenl sur les nerfs vaso-moteurs, exciter par suite les contrac
tions des parois vasculaires, et suspendre 1 hemorrhagie par la diminution du
calibre des vaisseaux, allant jusqu a 1 occlusion sur les points ou leur continuite
est rompue. Les astringents hemostatiques operent peut-etre d unefacon analogue,
en agis&ant plutot sur le tissu vascutoire que sur le liquide contenu et circulant.
Parmi les agents de la medication astringente, ceux qui, prescrits a 1 interieur,
reussissent le mieux centre les hemorrhagies, sont : la limonade sulfurique, pre-
parce soil avec 1 acide hydrate, soit avec 1 acide alcoolise on eau de Rabel; le
perchlorure de fer, 1 alun et le ratanln a. D autres astringents cependant coagulent
tout anssi bien le sang, et n en sont pas moins tres-interieivrs a ceux qui \iennent
d rlre cites comme hemostatiques : nouvelle preuve que celte derniere qualite
est due, au moins en grande partie, a autre chose qu a la propriete d augmenter la
plaslicite du sang.
La secretion de la sueur peut etre plus ou moins infhiencee par les medicaments
astringents ; mais parmi ceux-ci il en est dont 1 action est particulierement sen
sible : ce sont 1 acetate de plomb et le tannin. Sans que Ton puisse encore expli-
quer cette electivite d action, il est positif que ces deux medicaments moderent
ou suppriment inioux que tons les autirs astringents les sueurs morbides ; aussi
les met-on souvent a profit chez les phthisiques.
On a pretendu que les astringents provoquaient ordinairement la diurese par
suite de la diminution de 1 exhalation cutanee. On a vante particulierement Jes
proprietes diuretiques des racines de fraisier, de tormentille, de quintefeuille,
toules assez riches en tannin. Mais en admeltant que ces proprietes n aient pas ete
exagerees, sont-elles dues au tannin, ou a d autres pnncipes non astringents?
Les feuilles de busserole, iiva ursi, dont 1 action diuretique semble moins contes-
table, contiennent aussi du tannin ; mais c est probablement par d autres prin-
cipes qu elles agissent sur la secretion urinaire. II m a paru que 1 elfet diuretique
est produit plutot par les substances astringentes, qui ont sur les exces de la fonc-
tion sudoripare beaucoup moins d action que le plomb et le tannin, et notamment
par les acides mineraux et 1 alun ; mais ces dernieres substances agissent comme
diuretiques, les unes en tant qu acides, 1 autre en tant que sel alcalin.
Les secretions inteslinales sont sans contredit au nombre de celles quisubissent
le mieux 1 influence des medicaments astringents ; aussi ces medicaments ont-ils
ete de tout temps invoques dans le traitement de ces flux, de nature si diverse,
emis par le tube digestif. Ici meme on a souvent peche par abus et sacrifie a la
medecine du symptome, en opposant au plus vite le pouvoir coercilif des astringents
aux deperditions humorales operees par la muqueuse de 1 intestin. Qu il nous
suffise de constater la propriele reelle dont jouissent les medicaments que nous
etudions, de reprimer les flux intestinaux ; il reste aux cliniciens sages et expe-
rimentes a apprecier les circonstances ou il convient d intervenii pour arreter ces
flux, et celles ou il y a lieu de les respecter momentanement. Le phenomene
diarrhee, on le sail, est un de ceux auxquels on doit parfois laisser un certain
cours tout en le moderant ; d autres fois, il est bon de modifier la nature des flux
intestinaux avant de songer a les supprimer. La medication astringente est done,
dans bien des cas, une puissance a tenir en reserve, pour n y recourir que bisque
1 indication determine [definitivement son ppportunite. -C est ainsi, par exernple,
que dans la uothinenterie et dans la dysenteric, cette indication, absente au debut,
ASTRINGENTS. 25
tie se prdsente que dans la derniere periode, lorsque la diarrhee menace de pro-
longer la inaladie et de conduirc a la cbronicite ; aussi 1 etat chronique des lesions
des \oies digestives reclame-t-il bien plus frequemment les astringents que I etat
aigu.
11 en est de 1 hemorrhagie comme de la diarrhee. Ce n est pas sans raison que les
medecins du dernier siecle se sontsouvent preoccupes de Tabus et des dangers des
astringents, inlerapestivement administres centre ces deux sortes de flux, si va
riables Tun et 1 autre dans leurs causes, leurs modes de production, leurs conse
quences. Si Ton peut et si Ton doit nieme a 1 occasiou faire arme des astringents
centre 1 heraorrhagie, comme, par exemple, lorsqu elle debilite sans aucun profit
le suiet, et surtout lorsque par son abondance ou sa persistance, elle met la vie en
peril, il fant savoir s abstenir en presence d hemorrhagies moderees qui degorgent
une partie congestionnee, qui derivent un raplus menac.ant pour quelquc organe
important, ou bien encore qui se presentent avec 1 apparcnced une crise favorable.
Neanmoins, ne nous dissimulons pas que les indications en pareils cas peuvent
etre difficiles a saisir, tant on est enclin a s inquieter de toute perte de sang ino-
pinee et ami opposer un prompt obstacle. Mais ce n est pas le lieu de discuter ces
indications, dont 1 exainen trouvera mieux sa place a 1 article HEMOKRHAGIE en
general, et a ceux ou il sera question deshemorrhagies speciales.
Ce qui nous montrc combien 1 action dynamique des medicaments astringents
peut s etendre au dela de leur premier point de contact, c est 1 aclion incontes
table qu ils exercent sur des organes eloignes. Ainsi, on voit, sous 1 influence de
ces medicaments administres par 1 estomac, les secretions pathologiques des bron-
ches et des voies genilo-urinaires se ralentir ou meme se larir completement.
Le ratanbia et le tannin, par exemple, reussissent parfois d une maniere remar-
quable contre la bronchorrhee ; les memes substances, et de plus, le cachou, les
sels solubles de fer, contribuent aussi fort souvent a la guerisou des ecoulements
muqueux ou puriformes, si opiniatres dans leur clironicite, de la muqueuse
genito-urinaire.
Quoi qu il en soil, et sans contester leur portee dynamique, disons en fmissant
que les astringents sont surtout des medicaments topiques, qu ils n agissent jumais
mieux qu a leur point d application directe a 1 organisme, tanclis que leurs effets
indirects sont toujours plus ou moins contingenls. La medication astringente est
done aussi une medication qui convient surtout a 1 exterieur ; la elle se dirige et
se comprend mieux ; que si 1 on est appele cependant a 1 instituer a 1 interieur,
elle deviendra plus efficace, loisque, a 1 emploi interne des agents dont elle dis
pose, on pourra joindre le concours des moyens externcs ou tout au moins topi
ques. Ainsi, la diarrhee qui resiste a 1 absorption stomacale des remedes astrin
gents, cede a 1 introduction des memes principes par la voie rectale, a 1 application
immediate du remede astringent sur le siege de la lesion ; ainsi encore, des
ecoulements blennorrbagiques ou leucorrbeiques qui ressentent faiblement 1 in-
fluence des astringents absorbes par les voies digestives, se tarissent enfm, quand
les muqueuses qui les secretaient sont soumises a 1 energie topique des memes
substances. Interessanls a tous les titres, les astringents rendent done encore plus
de services a la tberapeutique externc qu a 1 interne.
Les applications hygieniques des astringents sont a peu pres nulles. Cependant
on pourrait user de quelques-uns d entre eux pour tonifier les parties exlerieures
frappees de faiblesse ou disposees aux engorgements passifs ; ici les substances
Uumiferes seraient particuliercment indiquees. Ainsi, j ai souvent conseille avec
26 ASTROLOGIE.
avantage, a des vieillards, des bains de jambes avec la decoction de tan, pour
rammer la tonicite des membres inferieurs, prevenir les infiltrations sereuses, et
iiiriiH- la gangrene senile cliez les sujetsqui en paraissaient menaces. J ai vu encore
1 usage frequent d une solution de tannin convenir aux visages couperoses, ct
eventuellement a ceux qui sont tachetes de ces ephelides vulgairement connues
sous le nom de taches de rousseur. Quant a 1 acetate de plomb, il doit etre, dans
les cas semblables, banni de 1 emploi hygienique avec les cosmetiques funestes
qui en contiennent. Enfm, s il est permis de tout dire, signalons 1 usage fait, et
depuis longtemps, par certaines 1 emmes, de substances astringentes, telles que
1 alun, 1 ecorce de grenade, la noix de galle, duns le but de retrecir les \oies
sexuelles. Le precede, en outre de son immoralite, parait avoir eu souvent des
mconvenients pour 1 integrite physiologique des organes ; et comme le dit Macquart,
qui en fait mention dans 1 Encyclopedic, il ne vaut pas la peine que les i emmes
se donnent en 1 employant pour complaire aux hommes.
J. DELIOUX DE SAVIGHAC.
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indigenes. In Mem. de I Acad. de Dijon. PAUTREER. Considerations generates stir 1 usage
respectif des astringents et de ropium dans les liemorrliagies chroniqites. These de Montpel-
Uer, an IX (1801). BARILLEAU. Abus des astringents. These de Paris, 1815. D. DE S.
L aslrologie, ou genethliologie, est presque aussi ancienne
que le nxmde, puisque Suidas en attribue la decouverte a lacchis I Egyptien, d au-
tres auteurs au roi Nechepsos, et que, au milieu des deserts et des ruines, dans le
tombeau de Rhamses V, Letronne a trouve des tables evidemment astrologiques.
Pousse par un immense orgueil, aussi bien que par une espece d entbousiasme,
d admiration et de terreur secrete que fait naitre I aspect du ciel, on i ut, de toute
eteruite, porte naturellement a regarder la voute azuree comme le livre des destins.
On chercha a y lire 1 avcnir, soit en calculant le mouvement et les aspects des
astres, soit en observant les phenomenes qui s y passent. La sante, la maladie, les
temperaments, les inclinations, la mort des hommes, le sort des empires depen-
dirent de I aspect et de la position des astres a 1 heure de leur naissance. Les jours
furent divises en heureux et en malheureux. Des calendriers, charges de reler le
destin des mortels, furent rediges avec soin et repandus a profusion. L art de
guerir fut presque completement asservi a cette bizarre folie, qui a dure tant de
siecles, qui a eu quelques etapes de calme et de protestation, mais qui s est ravivee
plus que jamais aux seizieme et dix-septieme siecles ; qui astreignit la science
bippocratique au controle du ciel et fit des astres des juges suprcmes sur la question
de savoir s il etait necessaire de poser des sangsues, de pratiquer une saignee,
d administrer un purgatit , un vomitif. Aberration immense, qui a penetre partout,
an parlement, a la cour, chez le peuple, chez les bourgeois, donnant le jour a une
foule de livres plus excentriques les uns que les autres, provoquant les medita-
I ions des hommes les plus illustres, de savants de 1 Universite, de celebres mede-
ASTROLOG1E. 27
cins qui depensaient une sommc enorme de talent a discuter I inflnonce des astres
sur les actions dcs hommes, sur la production des maladies, sur la therapeutique.
Delire extraordinaire qui a envoye ses ramifications jusque dans nos Facultesdeme-
decine, qui a impose aux ecoles de Paris la qualification bizarre de Facultas saln-
berrima medidnse et astrologiss, etqui etait assez incurable en 1437 pour que le
recteur de 1 Universite de Paris fit nommer une commission de savants ayant pour
mission de donner un avis sur une controverse relative aux conjonctions et aux
oppositions de la lune et du soleil, aux elections de certains jours et de cerlaines
nuits pour la saignee et les purgatifs. La question fut chaudement debattue entre
deux celebres medecins de la Faculte de Paris, Roland 1 Ecrivain et Laurent Music
(Bibl. imp., fonds latin, 7443).
Je n ai pas la prevention de faire ici 1 histoire complete de 1 astrologie, ni d en-
trer dans les details dont cette pseudo-science est herissee. D ailleurs, je ne veux
1 envisager que dans ses rapports avec 1 art de guerir.
Voici done la theorie sur laquelle a repose celte desopilante extravagance, qni a
fait le tour dumonde etqui, si roncherchaitbien.trouveraitencore aujourd liuides
proselytes.
II faut d abord savoir que 1 univers s appclle megacosme, ou grand monde, et
I homme microcosme, ou petit monde. L bomme etant considere comme une
miniature de 1 univers, toutes les parlies du megaco^me ont leurs analogues dans
le microcosme. D apres les principes de la baute cabale et de la science des
nombres, qui imaginerent une division ternaire de 1 univers, les astrolognes ima-
ginerent une division lernaire de I homme. Le monde intellectuel correspond dans
1 univers a Dieu, et dans 1 bomme au cerveau.
Le monde celeste correspond dans 1 univers aux cieux, aux etoiles, aux anges
dans I homme au cceur.
Le monde elementaire correspond dans 1 univers aux elements, aux animaux,
aux plantes, aux metaux, aux pierres precieuses, et dans I homme aux fluides et
aux sens.
D apres les principes d astrologie reproduits et defendus par Tycho-Brahe, au
commencement du dix-septieme siecle, les sept ressorts principaux de 1 univers,
qui etaient les sept planetes ou etoiles erratiques, savoir : le Soleil, la Lune, Ju
piter, Venus, Saturne, MarsetMercure, correspondent aux sept parties principales
du corps humain, savoir : le cojur, le cerveau, le foie, les reins, la rate, le liel et
le poumon, et chacune de ces planetes a un caractere particulier et une grande
influence sur chaque partie correspondante du corps humain. De plus, il y a encore
une action astrale sur I homme resultant des douze signes du zodiaque ou
maisons du soleil.
Sans compter que 1 Egyptien Hermes cut la bonne fortune de remarquer que les
sept trous qui se trouvent places a la tete demeurent sous 1 influence des sept pla
netes.
Done, les planetes et les douze signes du zodiaque sont places dans 1 espace pom-
nous, exclusivement pour nous; ils y ont des occupations importantes a notre
egard ; ils sont constamment attentifs a nous envoyer des influences pour nous
tourmenter ou pour nous faire plaisir. IN ous n avons aucun membre que ces corps
celestes ne gouvernent comme il leur plait ; il semble que nous ayons a cbaque
partie de notre corps des fils attaches que ces astres tirent ou lacbent a leur 1 an-
taisie, selon ie repos ou le mouvement qu ils veulent nous donner.
Le Soleil gouverne la tete, la Lune le bra droit, Venus le bras gauche, Jupiter
28 ASTROLOGIE.
1 estomac, Mars les parties genitales, Mercure le pied droit, Saturne le pied gauche.
A la ceinture du zodiaque le Belier gouverne la tete, le Taureau le cou, lesGemeaux
les bras et les epaules, 1 Ecrevisse la poitrine et le coeur, le Lion 1 orifice de
1 estomac, la "Vierge le ventre, la Balance les reins et les fesses, le Scorpion les
parties honteuses, le Sagittaire les cuisses, le Capricorne les genoux, le Verseau
les jambes, les Poissons les pieds.
Les cometes tiennent aussi sous leur dependance les pauvres mortels d ici-bas,
et agissent dilTeremment, suivant les rapports qu elles ont avec telle ou telle
eloile, avec tel ou tel signe du zodiaque, ou meme suivant la forme qu elles expri-
ment : si une comete ressemble a une flute, les musiciens n ont qu a se bien tenir,
car c est a eux qu elle en veut ; si elle est dans le Scorpion, qui preside aux par-
tics honteuses, les impudiques ont tout a craindre ; si sa situation est telle qu clle
fasse avec les etoiles un triangle ou un carre, c est aux sciences et a 1 esprit qu elle
s adresse. Lorsque la Lune est dans le signe du Taureau, donnez-vous bien garde
de prendre medecine, parce que, dit un aslrologue, comme cet animal est un de
ceux qui ruminent, il tirera votre medecine du fond de votre estomac pour vous
la faire rejeter jusqu a la derniere goutte : vous la rendrez par le haut au lieu de
la rendre par le bas. Si vous cueillez de la chicoree a 1 heure de Mars, elle sera
bien meilleure pour guerir les inflammations du foie que si elle etait cueillie dans
un autre temps. Pourquoi!... C est bien simple... Parce que c est Jupiter qui
enflamme le foie, que Mars est Tennerm irreconciliable de Jupiter, et que vous
servant d une chicoree que Mars protege, Jupiter aura beau faire, il n empechera
pas le remede d agir.
Chaquc signe du zodiaque occupe une place qu on appelle maison celeste, ou
maison du sol.eil. Ces douze maisons du soleil coupent ainsi le zodiaque en douze
parties. Cliaque maison occupe 30 degres, puisque le cercle en a 560. Les astro-
logues representeut les maisous par de simples numeros dans une figure ronde ou
carree, appelee \ ungle oriental, en argot astrologique. C est la maison de la vie,
parce que ceux qui naissent quand cette constellation domine peuvent vivre lon-
temps.
La seconde maison est celle du Taureau, qu on appelle la porte inferieure.
C est la maison des richesses et des moyens de fortune.
Latroisieme maison est celle des Gemeaux, appelee la demeure des freres. C est
la maison des heritages et des bonnes successions.
La quatvieme maison est celle de 1 Ecrevisse. On 1 appelle le fond du del, [ an
gle de la terre, la demeure des parents. C est la maison des tresors et des biens
patrimoniaux.
La cinquieme maison est celle du Lion, dite la demeure des enfants. C est la
maison des legs et des dons.
La sixieme maison est celle de la Vierge. On 1 appelle Vatnour de Marie. C est
la maison des chagrins, des revers et des maladies.
La septieme maison est celle de la Balance, qu on appelle \ angle occidental.
C est la maison des manages et des noces.
La huitieme maison est celle du Scorpion, appelee la porte supdrieure. C est la
maison de 1 effroi, des craintes, de la mort.
La neuvieme maison est celle du Sagittaire, appelee Yamour du soleil. C est la
maison de la piete, de la religion, des voyages et de la philosophic.
La dixieme maison est celle du Capricorne, dite le milieu du del. C est la
maison des charges, des dignites et des couronnes.
ASTROLOG1E. 29
La onzieme maison est cellc du Verseau, qn on appellel amour de Jupiter.
C esl la raaison des amis, des biens, de la fortune.
La douzieme maison est cellc des Poissons, qu on appelle V amour de Saturne.
C est la plus mauvaise de loutes et la plus funeste. C esl la maison des empoison-
nements, des meurtres, de 1 humeur noire, de la mort violente.
Les figures que les astrologues mettent en usage pour former leurs jugemenls,
leurs pronostics, pour etablir le traiteraent a suivredans les maladies, sont innom
brables, et il y en a presque autant que de ces reveurs, plus bizarres les unes que
les autres, et qui sont destinees a representer : 1 intelligence de Jupiter, les demon"
de Jupiter, 1 intelligence de Mars, les demons de Mars, du Soleil, de Venus, de la
Lune, les caracteres de ces planeies joour lesquelles on a forme un langage, un
alphabet particuliers.
La plus frequentede ces figures etait le carre astrologique, dont on ne connait
pas 1 inventeur, maisqui se retrouve dans presque tous les venerables bouquinsqui
traitent dela divination et des horoscopes, et surtout dans Gerard de Cremone, qui
vivait auseiziemesiecle, et qui parail 1 avoir employee de preference a toute autre.
II y avail aussi le fameux astrolabe, instrument dont on se servait pour observer
les astres et baser la-dessus les mesures cliniques. II est souvent scmblable a une
sphere armillaire. L aslrologue iustruit du jour, de 1 heure, du moment ou est ne
celui qui le consulte ou pour qui on le consulte, met les choses a la place qu elles
occupaient alors et dresse son theme suivant la position des planetes et des constel
lations.
Parmiles nombreuses divisions ffle 1 aslrologie : Foneiromaucie, la uecromancie,
I anthropomancie, 1 aeromancie, la pyromancie, 1 hydromancie, la xylomancie, la
chironiancie, etc., il en est nue, la derniere, qui a eu surtout denombreux prose
lytes, que Ton \oit encore pratiquer de nos jours, et sur laquelle des savants illus-
trcs ont base toute une tbeorie. Pour eux, la main, consideree isolement, est un
autre microcosme ; ils estiment que les lineaments conviennent a tout le reste de
la structure du corps, qu ils sont accommodes aux membres principaux; en un
mot, que la nature a repete en petit sur cette etroite surface les grandes operations
qu elle execute dans 1 espace ou elle fait mouvoir les planetes. Des le premier coup
d oeil, Fastrologue devine la complexion et le temperament dc la personne, il la
range parnii les choleriques ou les sanguins, les melancoliques ou les bilicux, les
flegmatiques ou les lymphatiques, suivant les contours de la main, suivant sa fer-
rnete, suivant sa proportion avec le reste du corps.
N est-on pas stupeiie, en lisant de telles monstruosites, de voir 1 astrologie regner
en maitresse pendant tant de siecles, tenir sa place dans 1 opinion d illustres pin-
losophes, de savants medecms, resister aux Ibudres de 1 Eglise et ne pas tenir
compte des coleres du Vatican!
Les chretiens, en ei fet, ont coiistamment combattu 1 astrologic; ils 1 ont com*
battue, non pas pour elle-meme, mais par-dessus tout a cause du fond falaliste qui
est 1 apanage de sciences d observation, lesquelles conduisent a altribuer le gou-
vernement de 1 univers a des lois immuables determinees par 1 experience. Peu
importe que ce flit la predominance de tel ou lei astro, ou celui de la bile ou du
sang, de 1 irritabilite nerveuse ou dc la lymplie qui produisit le caractere vindi-
catif, ambilieux, colere, apatliiquc, la consequence elait identique : c est que nous
n elions pas lels par suite d un choix libre, mais par une determination lorcee de
notre constellation ou pur 1 action de I un de ces globes immcnses qui loulent
dans 1 espace.
JO ASTROLOGIE.
Mais si a la cour de Catherine de Medicis il y eut une foule d astrologues et que
chaque dame du palais en eut un auquel elle donnait le nom de baron ; si un
astrologue fut mis secretement dans la chambre d Anne d Autriche au moment oii
cette priucesse donnait le jour a Louis XIV ; si Richelieu avait de nomhreuses
conferences avec des devins; si la Faculte de medccine de Paris erigea en dogmes
les absurdes theories de 1 astrologie, il y a, dans 1 histoire de cette prodigieuse
folie humaine, des anecdotes tres-veridiques qui prouvent que, meme parmi les
gens dn monde, il s en trouva qui tournerent spirituellement en ridicule les devins
et les astrophiles. Temoin le fait suivant, par lequel nous terminerons cette notice.
Une dame fit venir un dc ces homines et le prja d employer 1 adresse de son
art pour deviner ce qui lui fuisait peine dans 1 esprit. L astrologue dressa la figure
de son horoscope et fit un long discours sur chaque maison celeste, sur les diffe-
rentes positions des planetes et des signes du zodiaque, et sur leur pouvoir, leurs
vertus et leurs proprietes. Le detail de tout ce verbiage etant fini, la dame lui
donne une piece de quinze sous. L astrologue, qui ne manquait pas d esprit non
plus que de fourberie, voyant qu elle lui donnait si peu de chose, consults encore
la figure genethliaque, puis, apres 1 avoir consideree avec beaucoup d attentiou, il
lui dit :
- Ah! madame, je viens de decouvrir dans votre horoscope quelque chose qui
vous regarde et qui me parait tres-vrai : c est que j y ai vu que vous n etiez point
du tout riche.
Elle lui repondit simplement :
Vous avez rencontre tres-juste; cela est vrai, je ne suis point riche.
II ne se tint pas pour battu, car il voulait encore tirer quelque piece.
Madame, ajouta-t-il d un ton de suffisance devinatrice, n avez-vous rien
perdu?
J ai perdu, lui dit-elle, 1 argent que je vous ai donne. A. CHEREAU.
BIBLIOGRAPHIE. Cette bibliographic formerait plusieurs volumes. Nous devons nous con-
tenter de donner les references suivantes qui ne se rapportent guere qu a des livres d astro-
logie appliquee a 1 art de guerir. AI.BANO (Pierre d ). Hippocratis Co i de medicorum
astrologia, libellum in latinum translation. Mantuse, 1475, in-i. AGRII-PA ^Corneille). De
occulta philosophia. Lugd., in-8. ALC^US. Astrologix nova metlwdus. Rhedonis, 1654,
in-fol. AHPSING (Jeanj. Disserlalio ialro-mathematica de medicinx el astronomix prxslantia,
deque ulriiisque indixsulobili conjugio disseritur, etc. Rostocbii, 1602, in-4 ; 1C18, in-4;
16 29, in-8. ANDRIOSA (Andre). Miroir oil est traite de la iraie astrologie. 1635, in-8.
AHGOLI (Andre). Epliemerides ccelestium molimm, etc. Palav., 1649, in-4", 5 vol. Pandosion
splixricum, 1655, iu-4 . De diebus criticis, Pad., 1644, 2 vol. in-4, etc., elc. Du HEME.
Astrolalii quo primi mobilis motus deprehenduntur canones, in-4 gothique de 30 feuilles.
fig. en bois, vers 1490. ARNAULD DE YILLEXEUVE. Opera omnia. Basil., 1585, in-fol. Boa-
DELON (Laurent). Les imaginations extravagantes de M. Ouffle. 1753, in-8". BODEIUUS
(Thomas). De ralione et usu die rum criticorum opus, etc. Paris, 1555, in-4. BRI-HESES
(Pierre). Grand almanac/iperpe tuel. Bruges, 1550, in-4". CAMERARH:S (Joachim). Astrologia
ex Hephesione, aliisque antiquis. Korirab., 1532, in-4. CHESNEL (A. de). Diclionnaire des
superstitions, elc. Coll. Migne, 1856, in-8, art. Astrologie. COHIUITIUS (George). Artificinm
de applicatione astrologix ad medicinam, etc. Argentorati, 1551, iu-S. COLLIN DE I LANCT,
Diclionnaire infernal. Coll. Migne, 1846, in-8, 2 vol., art. Astrologie. DORN , Gerhard).
Compendium astronomic magnx Theoplirasti Paracelsi, de naturalium et supernatiiraliitm
arcanorum mysteriorum, Dei, quoque magnalium ad artes et scientias adept as et consequcndi
optima consider atione. Francoi.4584, in-8" (et une foule d autres ouvrages du meme genre).
ESCHHIO (Jean). Summa astrologix jiididalis. Venet, 1489, in-fol. ETZLEK (Augus(e).
Introductorimn iatro-malhematiciim. Halee-Saxonum, 1622, in-8". DP MEME. Isagoge plii/sico-
magico-medica, etc. Argentinse, 1631. in-8. FLUDD (Robert). Drognoslicum arithmelicum;
drorjnosticuin supercoeleste : drognosticum meteoroloijicum (dans 1 ouvrage de cet auteur
intitule: Integrum morborum mysterium. Francof., 11131, in-fol. FONTANDS (Jacques). De
astrologia medica liber. Lugd., 1620, in-8 GALLUCE (Jean-Paul). De temponbus ad
ASTRUC. 54
medeiidum accomodatis (dans 1 ouvragc de Jean Hasfurt, cite plus bas). GANIVET (Jean).
Amiens medicontm, etc. Francof., 1614, in-12; Lugd., 1596, in-4". GAURICBS (Lucas). Super
diebus criticis axiomata, etc. Romre, 1546, in-fol. GERARD DE CREMONE. Geomantix aslro-
nomicx libellus. Dans les Opera omnia de Cor. Agrippa. Lugd., in-8, t I, p. 689. GEUSS
Wolf). Methodus curandomm morborum malhematica, etc. Berolini, 1674, in-8. Gniiiy-
PECKIUS (Jos.). Pronosticus seu judicium ex conjunctions salurni et Jovis. Vienna?, 1496, in-4
Du MEME. Speculum naturalis et proplieticx visionis. Nuremb., 1508, in-4. HAFFURT
(Jean). Nova medicinx melhodus curandi morbos ex mathematics, desumpta, etc. Hag-ante,
1535, in-4. HEDRTENGN. L incertitude et tromperie des astrologiies judiciaires avec la
eondamnation de lew art. Paris, 1619, in- 8. INDAGINE (J.). Proposition astrologique et
pronostication naturelle. Paris, 1545, in-8. JEAN D ESPAGNE. Epitome totius astrolog/x judi-
dalis. Norimb., 1548, in-4. JUNCTINCS (F.). Speculum astrologix. Lugd., 1585, 2 \ol. in-fol.
JUVELLINA (Bernardin-Cristin de). Instiluliones medicx... quibus accesserunt... astrologus
ad medicinam per linens, etc. Tramontinum, 1676, in-4. KOLNER (Jean). Tractatus ialro-
mathemalicus ex thematis cceli, ad horam decubitus, morbi alicujus naturam, mutalionem,
crisin, eventum, etc., per conjecturas astrologicas in genere et in specie prxnotiones.
Gryphil., 1618, in-8. LEMNIBS (Levinus). Libri ires, quorum primus de astrologia. lense,
1587, in-8. MAGIN (Jean-Antoine). De astrologica ratione ac usu dierum criticorum, seu
decretoriorum, ac prxterea, de cognoscendis et medendis morbis ex corporum coelcslium
cognitione, etc. Venet., 1607, in-4 ; Francof., 1608, in-4. MAGMN. Regimen sanitatis, etc-
Lugd., 1517, in-4. MEVSSONNIER. Aphorismes d astrologie, tire s de PloUmee, Kermis,
Cardan, Mimfcedus. Lyon, 1657, in-12. MIRALD (Antoine). Harmonia calestium corporum
et humanonim, dialogis imdecim aslronomice et medice elaborala et demonslrata. Fr:mcof.,
1589, in-12; 1592, in-12 ; 1613, in-12. MOLI.AN. Cartel aux judiciaires et ce lesteitrs nslro-
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JIussTER. (SSbastien). Organum Uranicum. Basil., 1536, in-4*. OBICIDS (Hippolyte).
latro-aslronomicam, varies tractatus medicos et aslronomicos ad rectum medendi iisum per
necessaries complectens, etc. Vicentise, 1618, in-i". PARACELSE. Opera mcdico-chymica, etc.
Francof., 1605, in-4 (Explicatio totius astronomix, t. XI, p. 1 ; Practica scientiam diriita-
tionis, t. XI, p. 26; Archidoxis magicx, liber primus, t. XI, p. 154). PEDCER. De prxcipuis
divinalionum generibus, etc. Francof., 1595, in-8. PHILOIHEUS (Augustus). De augitris, libri
duo. Nee non de diebus criticis, liber units. Hie accesserunt Vranise divinatricis quoad astro-
logix generalia, libri duo. Marpurgi, 1614, in-4. PISANUS (Octave). Astrologia. Antuerp.,
1015, in-fol PORTA (Jean-Baptistej. Delia celeste flsionomia liber VI. Lugd. Bat., 1616,
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Hamb., 1590, in-fol. RIIF (Gallier-llermann). latro-matnematicx hoc est medicationis
accomodalx ad aslrologicam rationem, Enchiridion. Argentorati, 1540, in-12. ROTER DE
LA BLINIERE. Traite des influences celestes et terrestres. Avrancbes, 1671, in-8". SALMATIUS
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SCEPPER (Corneille). Adversus falsos quorundam astrologorum auguraiuries asaertio. Colon. -
Agrippas, 1547, in-4. SCHOLL (Jacques). Astrologix ad medicinam appiicatio brevis, etc.
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aucloribus, per quern cognilis ex motu siderum mutationibus anni, uno intuitn de ft/luris hide
morbis, unusquisque facile predicere poterit. \iennae, 1551, in-8. SCHVLANDEU (Corneille).
Medicina astrologica, etc. Antuerp., 1575, in-4; 1577, in-8. SEXTUS L EMPIRIQUE. GEitvres.
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T?euv, etc. Norimb., 1503, in-8; Argentor., 1543, in-8. TAISNIER (Jean). Opus matlte-
maticum, etc. Colonise Agripp., 1583, in-fol. THEW (Abdias). Astrologia medico, quatuor
dispntationibus comprehetua. Altdorffii, 1669, in-4. VILLON (Antoine de). L usage des
ephemerides, etc. Paris, 1624, 2 vol. in-8". A. c.
ASTRtiC (Jean). Le 26 septembre 1743, une grande ceremonie se passait
dans les antiques ecoles de medecine de la rue de la Bucheiie. On procedait a 1 agre-
gation, a la coaptation, comme on disait alors, d un medecin issu de rUniversite
de Montpellier, qui, quelques jours auparavant, avait brigue cet honneur. Tous les
^locteurs regents, ornes de la longue robe a grandes manches, du bonnet carre, du
rabat et de 1 epitoge d ecarlate a 1 epaule, etaient la sur leurs banes, dans celte
grande salle des etudes dans laquelle la lumicre fillrant douccment a travers
des vitraux a peintures religieuses, eclairait les portraits des anciens membics
do la docte compagnie : Ellain, Marescot, lin^ort, Riol.ni i ls, Claude l ".i-
51 ASTRUC.
rault, Pierre Pijart, Fernel, Francois Guemiut, Martin Akakia, Pierre Legier,
Fagon, Bourdelot, Jean Hamon. Le doyen, Col de Vilars, occupait le siege de la
presidence; an-dessous de lui, et sur les cotes, les bacheliers; plus has encore des
banes pour les ecoliers.
Le recipiendaire se presenta done devant le savant areopage, raais revetu des
insigucs du doctoral, robe et bonnet carre, et apres avoir d abord decline ses
nom, surnoms, patrie et religion, il formula en latin sa demande d admission, re-
pondit a uue question de medecine qui lui fut proposee par le docteur le plus
ancien, et lut ajourne a quatre jours pour repondre sur la theorie et la pratique.
Le 50 septembre, il revenait s asseoir a la meme place, toujours en robe, pour
repondre aux questions que lui adressaient sur la tlieorie de la medecine les deux
plus anciens docteurs regents, Raymond Finot et Procope Couteaux, le premier
sur le mecanisme de la respiration, le second Quisnam potiis salubrior?
Le 2 octobre, les docteurs regents Finot et Baron I interrogeaient sur la pra
tique.
Enfin, le 3 octobre, il soutenait pendant quatre heures (de 8 heures du matin
a midi), sa these d agregation ou de coaptation : An sympathia partium a certa
nervorum positura in interne sensorio ? et il joutait si savamment avec les maitres
Bergier, Baron, Viellard, Ferrein, Bellot, Chomel, Mery, de Lepine, Michel Pro-
cope, que la docte assemblee le proclamait d une voix unanime docteur regent eu
la Faculte de medecine de Paris.
On vit alors le grand appariteur s approcher du nouvel elu, lui faire un reve-
rencieux salut, et dire a haute voix : Domine doctorando, anlequam incipias,
habes tria jummenta : i quod observabis jura, statuta, leges, et laudabiles
consuetudines hujus ordinis; 2 quod comparebis in crastinum D. LUCK in missa
pro defunctis doctoribus; 5 quod tolis viribus conlendes adversus medicos illi-
citepracticantes, nulli parcando, cujuscumque ordinis aut conditionis fuerit,
Visistajurare?
Un Juro! bicn accentue sortit de la bouche du recipiendaire. Le president, se
tournant de son cote, lui rappelait en peu de mots les devoirs du medecin; il
prcnait un bonnet carre, travail avec, le signede la croix, et le mettait ensuite sur
la tete du candidat; puis, des deux doigts de sa main, il lui donnait sur la tele
un coup leger (in signum manumissionis) et finissait par 1 embrasser en qualite
de confrere.
Enfin, au lieu d epices, telles que muscade, gingembre, poivre, canelle, qu on
avail autrefois 1 habitude de donner, le nouveau docteur invitait ses argumen-
tateurs, ainsi que plusieurs chanoines de 1 eglise de Paris, a un joyeux festin dont
le menu ne laissa rien a desirer, puisque ce furent ces derniers qui euient charge
dedeguster les vins et les mets avant que les convives fussent reunis. (Reg. man.
de la Fac., t. XX, p. 716, 761-762.)
G etait la premiere fois que la noble Faculte de medecine de Paris, au lieu
d exiger d un medecin provincial qui voulait s agreger a elle les phases longues et
tres-compliquees du baccalaureat, de la licence, des Iheses quodlibelaire, carcli-
nale, paslillaire, de la vesperie, elc., donnail ainsi, en quelques jours, entree dans
son sein au docieur de Montpellier.
C est que ce medecin se nommait Jean Astruc, celebre depuis longtemps deja
par ses ecrits, professeur au College de France, capitoul de Toulouse, rornement
de .son siecle.
Ce grand homme, ce travaill^u 1 emerite, ce penseur profond, etait ne a Sauve
ASTRUC. 33
petit village occupant aujourd hui le departement rlu Card, ancuf lieuesdeNlmes,
etpatrie de notre Florian, le 19 mars 1084. Son perc utait un pasteur protestant
qui aima mieux abjurer a 1 epoque de 1 edit de Nantes que de s expalrier. Le jeune
Astvuc, apres avoir termine ses premieres etudes dans la maisou paternelle, alia
faire sa philosophic a Montpellier, ou il fut rec.u maitre es arts en 1700, bachelier
en medecine en 1702, liccncie le 12 octobre de la meme annee, et enfin docteur
le 15 Janvier 1703. G etait assez 1 habitude a cette epoqne queles docteurs nouvel-
lement eclos ne se crussent pas aptes encore a se lancer dans la pratique et conti-
nuassent leurs etudes, soil en meditant les ouvrages des grands maitres de tous
les ages, soit en suivant les hopitaux, soil en visitant les universites etrangeres.
Astrnc, qui ne pouvait se contenter d une place secondaire dans la profession, et
qui aspirait a une juste renommee, ne manqua pas de suivre cette sage et Iruc-
tueuse coutume. Durant trois annees consecutives, il se livra auv travaux les plus
assidus, orna son esprit par la lecture des meilleurs livres de philosophie, d liis-
toire, de litterature et de medecine, publia sur la fermentation une brochure qui
fit beaucoup de bruit, et il ne fallut rien moins quo la priere de Chirac pour le
decider a occuper par interim la chaire que ce dernier posscdait dans 1 ecole de
Montpellier. C etait en 1 annce 1706. Cinq ans apres, nous le voyons emporter par
le concours une chain. 1 vacante a Toulouse. En 1716, il etait nonime professeur a
Monlpellier a la place de Jacques Chastelain, et tint cette place jusqu au 26 Janvier
1728, epoque ou il fut nonime medecin ordinaire du due d Orleans. En 1720, le
roi lui expediait uu brevet de pension de 800 livres; en 1721, il etait nonime
inspedeur general des eaux minerales du Languedoc. En 1729, Auguste II, roi de
Pologne, 1 appelait aupres de lui pour etre son premier medecin, charge que
1 eminent professeur, iatigue de la vie des cours, n occupa que quelques niois. En
1750, la ville de Toulouse le rangeait parmi les capitouls, tandis qu en nii me
temps Louis XV le nommait son conseiller et son medecin. L annee suivante, il
lemplacait Geoffrey au College de Fiance.
Tous ces litres, et les nombreux et importants ouvrages qu Astruc publia pendant
ces diverses annees, justifient bien, on en conviendra, la condescendance de la
Faculte de medecine de Paris, luquclle, tout en faisant une guerre sans merci
aux medecins issus d universites provinciales , trouva un grand honneur a s ad-
joindre un homnie d une tellc valeur et n hesita pas a enlreindre a son profit ses
statuts.
Astruc justifia, meme au dela, les previsions de 1 ecole de Paris. Pendant
vingt-trois ans il fut comme un meteore qui 1 illumina d une lumiere eclatante.
Les cours qu il fit en 1745 aux sages-femmes, les theses qu il fit soutenir et qu il
presida, les nombreux et savants memoires qu il ecrivit pour defcndre les droits de
la compagnie, son zele infatigable a assister aux iv.oindves actes, aux moindres
assemblees de la Faculte, son devouement envers les malades pauvres qui se pres.
saient en foule, tous les samedis, dans les salles de consultation de la rue de la
Bucherie, son amenite, la richesse de ses argumentations, la clarte, la profondeur
de ses lecons, 1 eloquence qu il y deployait, sa modestie qui lui faisait fair la
renommee qui proclamait de tons cotes ses louanges , et par-dessus tout cela, le
nombre presquc incroyable d ouvrages, de dissertations qu il mit au jour jusqu a
la derniere heure, sur toutes especes de sujets : physiologic, pathologic, maladies
desfemmes, metaphysique, histoive naturelle, theologie, etc., doivent ranger ce
medecin parmi les gloires de notre profession.
Neanmoins, il faut reconnaitre que, doue d une memoire exccllente, d une
mci. UNC VII. 5
54 ASYSTOLIE.
patience a toute epreuve et d une sante assez robuste pour lire tons les livres qui
lui tombaient sous la main, Astruc n a pas toujours chercbe a se faire un systeme
quelconqne pour enchainer et coordonner ses idees acquises, et qu il s est lait un
pen 1 apotre des doctrines nouvelles : defendant les principes du cartesianisme,
cedant a 1 eloquence entrainante de Malebranche, resistant mollement aux raison-
nements froids et severes de Locke, sacrifiant les considerations generales a une
multitude de fails isoles, hesitant souvent entre les diverses theories recues en
medecine.
G est au milieu de 1 exercice constant des vertus, et pour ainsi dire la plume a
la main, que la mort 1 a cnleve, le 5 mai 1766, age de quatre-vingt-cleux ans
deux mois et seize jours. Son corps fut inhume a Saint-Germain-l Auxerrois.
Astruc avail epouse Jeanne Chaunel, fille d une tves-noble famille de sa province.
De son mariage il cut deux enfunts, un fils et une fille. Cette derniere, mariee a
Silhouette, ministre d Elat et controleur general des finances, mourut un an avant
son pere, et la fin prematuree de cette jeune femme hata sans doute les jours du
noble vieillard. Son fils, sur lequel s etait concentiee loule sa tendresse, mourut,
peu d annees apres lui, president honoraire de la cour des aides de Paris et maitre
des requetcs ovdinaires de 1 IIotel du roi.
Ouvrages d Astruc :
I. De causa mottts fermenlativi. Monsp., 702, in-4. II. Eesponsio critica unimadversio-
nibus F- n. Vieussens, in tractalum de causa motus ferment alivi. Monsp.. 1702, in-4
III. Mdmoire sur les pet riftcat ions de Boutonnet, petit village pres de Moiitpellier. Montp.,
1708, in-8. IV. De la digestion des animaux, pour demonlrer qu elle se fait par un
levain. Paris. 1710, in-8". V. Dissertatio physico-medica de motu musculari. Monsp., 1710,
in-12. VI. Memoire sur la cause de la digestion des aliments. Montp., 1711, in-4; Paris,
1711, 111-8. VII. Traite de la cause de la digestion, oil Von refute de nouveau le systeme
de la tritiiration et du broyement, et oil I onprouve que les aliments sont dige re s etconvertis
en chyle par une veritable fermentation. Toulouse, 1714, in-8. VIII. EpistolK Joaimis
As/rue, quibus respondetur epistolari dissertationi Thomse. Boeri, de concoclione. Tolosae,
1715, in-8. IX. Quxstio an fistulis ani chirurgica dissectione? Monsp., 1718, in-12.
X. Dissertatio medica de hydrophobia. 119. XI. Dissertatio de sensatione. Monsp., 1720,
in-8. XII. Quxstio medica de naturali et prxternaturali jtidicio, etc. Monsp., 120.
XIII. Dissertation sur la peste de Provence. Lyon, 1720, m-8; Montp., 1722, in-S". Trad, en
latin par J. J. Scheuchzer. Zurich, 1721, in-4. XIV. Dissertation sur I origine des maladies
e"pide miques, particuhcrement de la peste. 1722. in-8. XV. Dissertatio de phuntasia et
imaginalione. Monsp , 1725. XVI. Dissertation sur la contagion de la peste, oit I onprouve
que cette maladie est veriiablement contagieuse, et oil I on re"pond aux, difficitlte s qti on
oppose contre ce sentiment. Toulouse, 1724, in-8. XVII. Conjectures sur lesme moires origi-
uaux dont il parait que Moijse s est servi pour composer le litre de la Genise, etc., Bruxelles,
1735, in-12. XVIII. De morbis venereis, librisex. Paris, 1756, in-4; 1740, in-4, 2 vol
Basil., 1758, in-4. Trad, en anglais, 1757, in-8 ; en francais, 1740, 3 vol. in-12 nombr!
edit, en 5 et 4vol. (Louis). XIX. Memoire pour servir d Ihistoire naturelle du Languedoc.
Paris, 1757, in-4. Fig. XX. Cinq lettrespour de fendre la Faculte de medecine de Paris
centre les chirurgiens. 1756, 1737, 1758, toutes in-4. XXI. Dissertation sur t immor-
talite, iimmate rialite et la Hberte de lame. Paris, 1755, in-4. XXII. Donnees sur
I inoculation de la petite ve role, etc. Paris, 1756, in-12. XXIII. Traitd des tumeurs et
pour servir a I histoire de la Faculte de Moiitpellier. Paris, 1767, in-4. Ouvrage posthumc,
public par Lorry, et enricbi du portrait de 1 auteur. A. CIIEREAU.
ASYSTOLiE. Ce terme a ete employe par Beau, pour qualifier un etat palho
logique grave, qui prend sa source dans un alfaiblissement de la systole du cceur.
SYNPOTHES. Les malades atteints d asystolie, out la face lurgide et violaceu,
les paupieres bouffies, et le cou tumeiie, Les veines superficielles et
ASYSTOLIE. 35
celles du cou et de la partie superieure dn thorax, font une saillie qiri ne s efface
pas au moment de 1 inspiration, et 1 on pent y voir de veiitables battements.
Le pouls radial, toujours petit, est souvent irregulier et meme intermittent. La
region precordiale est mate dans une grancle etendue, surtout vers la droite, et le
cceur est abaisse. Ses battements, qn il n est pas rare de percevoir a 1 epigastre,
et ses bruits, sont at faiblis et desordonnes. Souvent on entend entre les Iroisieme
et cinquieme cotes, au niveau du bord gauche du sternum, un murmure du
premiertemps, doux, retentissant pen dans le voisinage, else propageant de bas en
haul, et de gauche a droite. D aulres ibis il existe a la region precordiale, mais
vers la gauche, un souffle rude, qui, s il a lieu au premiertemps, se confond avec
le bruit precedent et le masque.
Les patients ressentent peu de palpitations, mais 1 epigastre, la region du co3ur,
celle du sternum, et souvent le cote gauche du thorax tout entier, sont le siege
d une sensation constrictive tres-penible. D autres Ibis, c est une douleur lanci-
nante, qui se propage dans le dos et meme jusque dans le membre superieur
correspondant. II y a des vertiges, des etourdissements, dcs troubles de la vue,
de 1 ouie, et meme un veritable delire. L exploration de la poitrine revele 1 oxis-
tence d un cedeme congestif du poumon, et souvent aussi les signes d une bronchite
chronique avec emphyseme. L augmentation de volume et la tension de la partie
superieure de 1 abdomen et des hypochondres, la douleur qui s y developpe par la
pression et les mouvements, sout des indices certains de la congestion del appareil
spleno-hepatique.
Habituellement, les parties declives du tronc et les membres abdominaux sont
infiltres. Plus rarement on constate del anasarque, et des collections sereuses dans
les plevres et le peritoine. Les urines rares, denses et d un rouge fonce, devien-
ncnt troubles en se refroidissant. Quelquelbis elles contiennent une certaine pro*
portion d albumine.
Tel estle tableau de 1 asystolie confirmee, mais comme le fait remarquer Beau,
on ne doit pas s altendre a trouver tous ces symptomes egalement accentues chez
tous les sujets, et ce n est en general qu apres une serie d attaques, d abord
courtes etlegeres, puis longues et graves, que lemal prend la physionomie carac-
terisque que nous avons essaye de retracer.
Chaque acces, surtout lorsque 1 affection est avancee, presente un certain nom-
bre de paroxysmes, pendant lesquels tous les accidents acquierent une nouvelle
intensile. La dyspnee augmente, et, avec elle, la teinte cyanosee de la face et des
cxtremites, la voix est alteree, le cceur bat tumultneusement, et Ton ne distingue
plus aucun bruit normal ou anormal ; le pouls devient fdiforme et par moments
imperceptible, les phenomenes douloureux s exasperent, 1 agitation est a son
comble et la suffocation imminente. Une emotion morale, un mouvement intem-
pestif, quelquefois l ingestion d un aliment ou d une boisson, provoquent cet orage,
qui peut aussi eclater sans cause appreciable.
Au debut de la maladie, et lorsque 1 attaque n a pas ete de longtie duree;
sous 1 influence du repos et d une therapeutique appropriee , il peut se faire
que les accidents disparaissent completement , et que les malades repren-
nent leurs occupations habituelles; mais des intermissions aussi franches, sont
rares et de courte duree ; la dyspnee devient habituelle, les congestions visceiales
pCTmaneutes,la cyanose fait des progres, et les acces de suffocation se multiplient.
La mort , alors imminente , peut survenir brusquement par syncope , par
une complication cerebrale ou pulmynaire, mais, en general, elle arrive lente-
56 ASYSTOL1E.
li.ent. ilieii n esl plus triste quo le spectacle de cette aspbyxie, rien n est plus
cruel que le supplice du patient, qui a chaque effort inspiratoire, sent augmenter
la puissance qui 1 etreint et le tcrrasse. Assis sur son lit ou dans un fauteuil, il
cherche a immobiliser ses membres superieurs. Ses yeux, noyes paries larmes,
sortent de leurs orbites , la face est bouffie et violette, les levies pendantes et
comme inevtes, sont agitees a cliaque expiration. Les pieds, les jambes, les cuisses,
le scrotum ou les grandes letres, demesurement distendus par la serosite qui les
infiltre, semblent devoir cclater a cliaque instant. Souvent la peau est couverte
d uue sueur froide et visqueusc. Le pouls est insensible, des mucosiles gargouil-
lent dans les voies superieures de la respiration, et ne permettcnt pas d ausculter
le coeur. La voix est brisee, le nialade pent a peine se plaindre, et dans cette cruelle
angoise il souhaitc la mort comme un supreme secours.
ANATOMIE PATIIOLGIQUE. Quelrouve-t-on arautopsiedesindividusquiontsue-
combe de la sorte ? Deux ordres de lesions. Les lines constantes, rarement isolees.
que nous appellerons asystoliques, parce qu elle? se developpent daais le coursmeme
derasyslolie,etengendrcntles phenomenes qui la caracterisent; les autres variables,
suivant raffection qui a determine 1 insuffisance de la systole cardiaque.
Parnii les premieres, il faut d abord signaler les congestions et les heniorrha-
gies parenchymateuses. Dans les poumons, 1 engouement est d ordinaire tres-
elendu, surtout en arriere et dans les lobes inferieurs. Lorsqu on incise les parties
iiUerees de la sorte, elles laissent echapper, comme le ferait une eponge, une
grande quantite de sirosite sanguiuolente. Sur d autres points, ou 1 inl arctus san-
guin est bcaucoup plus prononce, le parencliyme est converti en un tissu homo-
gene, noiratre, semblable a un caillot retracte. Ailleurs, ce sont de veritable^
foyers apoplectiques. L injectioii du 1 oie el des iutestins est, en general, tres-
marquee. Nolons encore celle des reins et du cerveau, les epancbements sereux
du tissu cellulaire et les grandes cavites. Mais, de toutes ces alterations, celles
du coeur sont, sans contredit, les plus interessantes. L organe distendu par
une quantite considerable de sang, occupe dans le thorax un espace dont bien
souvent , et malgre une exploration attentive , on avait ignore les grandes
dimensions durant la vie. Les cavites droites et notamment 1 oreillette, sont rem-
plies par un liquide noiratre, semi-fluide, ou pris en une masse semblable a de la
gelee degroseillesmalcuite.D autres caillots, plus fermes, plus resistants, en partie
librineux, prennent racine dans les aniractuosites des oreillettes etdes ventricules,
se groupent en un tronc dans 1 aorte, et 1 artere pulmonaire, pour se ramifier de
nouveau dans les subdivisions de ces vaisseaux. Lesparois du caw droit ont subi un
certain degre d hypertropbie, ses cavites sont dilatees, et 1 oriiice auriculo-ven-
triculaire a pris des dimensions telles, qu il ne peut plus etre oblilere par la valvulc
triglochine.
Les lesions du deuxieme ordre qui, d ailleurs, peuvent manquer, affectent sur
tout le cceur et le poumon. Tantot il s agit d une pericardite ancienne, qui o
laisse a sa suite des adherences entre les deux feuillets de la sereuse. D autres
fois, on trouve les orifices retrecis, les valvules insuffisanles, indurees, fibreuses,
calcaires, 1 atrophie ou 1 hypertropbie du tissu musculaire, sa degenerescence grais-
seuse ou son induration. Pour ce qui est des alterations pulmonaires, comme elles
trouveront naturellement leur place dans le chapitre suivant, nous ne croyons
pas devoir les indiquer ici.
ETIOLOGIE. L age predispose singulierement a 1 asystolie, et, en debors de lonlo
condition morbide proprement dite, on peut dire, qac relativement au jeune
ASYSTOLIE. 57
liomme et a I enfant, tout vieillard cst, sinon asystolique, du mnins sous le coup
d une asystolie, qui n atlcnd pour eclater qu une cause provocatrice. Nosorganes,
dit Corvisart, pouvent s attenuer par cela meme qu ils agi^sent. Or, quel cst le
viscere dont la continuity d action soil comparable a celle du coeur? II n y en a
pas. Pour so convaincre clc cette vi rite, il suffit d examiner comparativement le
coeur d un eni aiit et celui d uu vieillard. Tandis que le premier est conique, ferme,
resistant, que son muscle est vigoureux et d unc belle couleur rouge, que les
faisceaux presentent de nettes stries transversales, le second est aplati, flasque,
charge de graisse, et se rapproche de cette forme en besace si accentuee dans cer
tains cffiurs malades. Ses vaisseaux sont dilates, variqucux, atheromateux, cal-
caires. Son tissu a pris une coloration jaunatre, et ses faisceaux moins nettement
stries renferment de nombreuses granulations proteiques et graisseuses. Tout en
un mot, maique la vigueur et promct une puissante contraction dans le co3ur jeune ;
tout au contraire, dans le cceur \ieux, annonce 1 usure et la fatigue.
Parmi les causes les plus frequentes de 1 asystolie, il faut placer les alfections or-
ganiques du cceur precedemment enumerees, et surtout cclles de la fibre charnue et
des valvules. Viennent ensuite certaines maladies du poumon, dont 1 importance
etiologique avait etc entrevue par Willis, Senac, Grimaud et Corvisart. Au
nombre des obstacles qui deviennent causes des anevrysmes passifs du coeur,
dit ce dernier auteur, je place presquc toutes les affections tant aigues que
chroniques du poumon. Un rhume neglige, au dire de Laennec, peut etre Ja
cause originelle des maladies du cceur les plus graves. Beau et M. Gendrin ont
insiste sur ce point d etiologie ; plus recemment, M. X. Gouraud en a fait le sujet
d une interessante monographie, et nous avons nous-meme fait connaitre quel-
ques exemples remarquables d asystolic pulmonaire.
Quelles sont les affections des organes respiratoires qui provoquent d ordinaire
les troubles asystoliques? Willis et Senac avaient dit que lorsque le poumon est
hepatise, il en resulte une accumulation de sang dans le coeur droit qui se dilate.
Grimaud avait observe la dilatation du cceur chez des individus atteints
d inflammations du poumon. Corvisart rapporte 1 observ.ition d un cocher de
soixante-trois ans, qui mourut avec tous les signes de 1 asystolie, et chez lequel
on trouva un anevryrsme passif considerable du cceur droit. Sept mois avant son
entree a I hopitaJ, il avait contracte une peripneumonie, suivie immediatement
des premiers signes de 1 affection cardiaque, et qui, suivant 1 auteur que nous
citons, en aurait ete la cause. Mais on pourrait contester cette conclusion, attendu
qu il cxistait en meme temps un retrecissement aortique. A notre avis, 1 inflam-
mation chronique du poumon peut engendrer 1 asystolie, mais la pneumonic aigue
franche n a pas le meme retentissement sur le cosur, et en cela, nous sommes
bien loin d interpreter dans le meme sens que M. Gouraud, deux cas qu il em-
prunte,Tun a la quarante et unieme legon de Graves, 1 autre au Traitd de la pneu-
monie de M. Grisolle. Chez les deux malades, atteints de pneumonie aigue, il y
avait des pulsations dans les jugulaires et partant, dit M. Gouraud, enrayement
circulatoire dans lescavites droites, c est-a-dire, asystolie. Or, rien dans 1 histoire
de ces individus, ne prouve 1 existence de cette complication, et meme, chez celui
de Graves, le cceur avait une grande puissance; d ailleurs, ne sait-on pas que le
pouls veineux de la jugulaire externe existe dans un grand nombre d etats bien
differents de celui que nous etudions.
Entre toutes les alfections pulmonaires, il n en est aucune (jui agisse d une ma-
niere plus facbeuse sur le cceur,|que la bronchite chronique avec empliyseme,
38 ASYSTOL1E.
quand elle existe depuis longtemps, chez un sujet age et affaibh. Portal avail
remarque la dilatation des cavites droites du coeur, chez ceux qui meurent phthi-
siques, mais celte assertion n a pas etc confirmee par les recherches ulterieures;
et celles si consciencieuses de Bizot, ont appris que, dans ces cas, il y avail une
diminution appreciable de la capacite des cavites cardiaqnes. Une seule (bis nous
avons vu 1 asystolie marquer le dernier acte de la consomption pulmonaire chez
une femme agee, qui ne portait aucune autre lesion ayant pu retentir sur le
coeur. D ailleurs ce qui precede s applique seulement a la forme chronique de la
phthisie ; il est possible, en effet, que les choses se passent autrement, quand le
mal a une marcherapide, et nous avons vu succomber aux progrcs d une asyslolie
Ircs-caracterisee , un homme de soixanlc-quatre ans, atteint de phthisie aigue. A
1 autopsie, on trouva, des deux cotes, les plevres adherentes et les poumons
infiltres, dans toute leur etendue, de granulations fines, analogues aux cor-
puscules de Malpighi hypertrophies, qui, par leur presence, avaient determine
une congestion oedeinatcuse et une I riabihte considerable du parenchyme.
Les adherences generates des feuillets pleuraux, observees chez ce malade, et
que 1 autopsie nous a revclees chez d autres asystoliques, meritent une mention
speciale, et nous semblent devoir etre rapprochees de celles du pericarde, Signa-
Ions encore, pour clore la liste de cet ordre de causes, la cirrhose du poumon,
dont nous avons rapporte un exemple (Gaz. hebd., 18 mars 1864).
Un exercice violent ct inusite, un effort musculaire brusque et considerable,
une course prolongee, sont, chez des individus predisposes, le point de depart de
troubles asystoliques. Les causes morales peuvent agir de la meme maniere. Pour
niontrer 1 iufluence de celles qui exercent surtout une action depressive, Beau a
rapporte 1 observation suivante : Un Iiomme d une cinquantaine d annees
eprouve une emotion vive, determinee par la peur d etre ecrase; a 1 instant meme
il ressenl une douleur sourde, profonde, dans la region du coeur, et, a partir de ce
moment, il se plaint de palpitations et de dyspnee. Je le vois au bout de deux mois,
il a la face bouffie, les levres un peu violettes, les veines jugulaires sont gonflees;
le pouls est petit, irregulier, inegal ; les bruits du cffiur normaux, sont irreguliers,
inegaux d intensite ; il y a une matite considerable a la region precordiale ; la
dyspnee est continue et s exaspere considerablement au moindre mouvement ; les
symptomes vont en augmentant, et le malade succombe au bout de trois semaines,
A 1 autopsie on trouve un coeur tres-augmente de volume ; les quatre cavites sont
dilatees et hypertrophiees, mais neanmoins le ventricule gauche parait plus ample
que le droit ; il n y a ni retrecissement ni insuffisance aux orifices.
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. Le mode suivant lequel prenneiit naissance et
s enchainent les phenomenes dont Tensemble constitue 1 asystolie, n esl pas le
meme dans !es ditferentes circonstances que nous venous d enumerer. Voyous
d abord ce qui se passe pour les alterations valvulaires qui conduisent presque
fatalement a cette terminaison, quoiqu elle se fasse attendre quelquelbis da
longues annees. La desorganisation des valvules, dit Stokes, peut se faire
d une maniere lente et silencieuse. Rien n appelle 1 attention du malade, et les
annees s ecoulent, pendant lesquelles le patient accomplit une vie pleine d activite
et d agitation. Je connais, ajoute-t-il, un gentleman avance en age, ayant un
soulfle mitral intense depuis quatre ans, et qui, ecuyer intrepide et temeraire,
ne manque jamais une journee de chasse. Stokes explique ces fails, en disant
que les souffrances dependent plus de 1 etat vital que de 1 etat physique des
organes. Pendant la periode des maladies du cceur, a laquelle fait allusion le
ASVSTOLIE. 59
medecinde Dublin, il y a equilibre entrc cc qu il appellc 1 etat vital et Fetat phy
sique ; mais des que cet equilibre est rompii, la porte est ouverte a 1 asystolie ;
voyons comment elle s introduit, et, pour fixer les idees, supposons qu il s agisse
d une insuffisance de la valvule mitrale. A chaque systole du ventricule, son
contenu, an lieu de passer integralement dans I aorte, reflue en partie dans
1 oreillelte, ou il empeche le libre alllux du sang qu y deversent les veines. La
circulation est done enrayee dans le poumon, et le sang du ventricule droit, trou-
vant de la resistance a 1 orificc de Farterc pulmonaire, reagit contre ses parois et
les oblige a une action plus encrgique. 11 en resulte un certain degre d hyperlro-
. phie, qui pendant longtemps compense 1 obstacle ; mais celui-ci venant a aug-
menter par les progres de la lesion mitrale, le sang s accumule dans le ventricule
droit, et le dilate, ainsi que I orifice auriculo-vcntriculaire, dont Fanneau, peu
resistant, se laisse elargir. De plus, a chaque systole, sous I influence de la
pression considerable que subissent les parois, 1 externe est repoussee en dehors,
etant la plus faible, et entraine, dans ce mouvemcnt excentrique, les valves
et les cordages de la tricuspide, auxquels elle four-nit des attaches. Deux causes
conspirent done simultanement et dans le meme point, a rendre insuffisante
cette valvule. Eh bien ! c est cette occlusion impari aite de I orifice, qui, en
permettant au sang ventriculaire de refluer duns Foreillette et les veines qui s y
abouchcnt, devient la cause de tous les phenomenes asystoliques. Signalons
d abord ce murmure anormal, doux ct peu retentissant, perc.u au bord gauche
du sternum. II est le premier signe de 1 asystolie, il nous avertit que la maladie
du coeur est entree dans une phase nouvelle, aussi, croyons-nous devoir
le qualifier d asijstoliqae. Au debut, il se confond avec le souffle mitral, mais il
peut lui survivre, car ce dernier s attenuant peu a peu, finit quelquefois par
s eteindre, lorsque, par 1 enrayement excessif de la circulation pulmonaire, le
cceur gauche ne recoit plus qu une faible quantite de sang. Notons encore le
battement veineux isochrone au pouls radial, qui resulte du reflux du sang,
jusque dans la jugulaire externe, au moment de la systole du ventricule; la
stase veineuse, consequence de cette depletion incomplete de Foreillette, qni em
peche les veines caves de se vider, d ou la saillie des jugulaires externes, la teinte
cyanosee de la lace et des extremites, les congestions viscerales, et enfin les
extravasations sereuses, dont Lower, le premier, a demontre le mecanisme.
Un autre resultat de Finsuffisance valvulaire, esi la stagnation du sang dans
les parois cardiaques. En effet, par suite de la distension excessive de Foreillette
droite, F orifice de la veine coronaire se trouve elargi, et la valvule de Thebesius
devient msulfisante, de telle sorte que, suivant la remarque deja ancienne de
Lancisi, d une part, la veine cardiaque ne peut pas deverser librement son con
tenu, dans 1 oreillette, et, d un autre cote, a chaque systole auriculaire, elle regoit
une certaine quantite de sang veineux. 11 en resulte que la circulation est beau-
coup plus enrayee dans le cceur que dans les autres organes. Telle est la maniere
dont on peut se rendre compte des desordres fonctionnels et des lesions anato-
miques qui caracterisent 1 asystolie consecutive a 1 insuffisance mitrale.
S il s agit d un retrecissement de I orifice de Faorte, Fapparition des troubles
asystoliques sera beaucoup phis tardive, comme le demontre 1 etude clinique,
(Test que, dans ce cas, Foreillette gauche n etant pas encombree, la circulation du
poumon se fait librement et n oppose aucune resistance au ventricule droit. Mais,
par suite de la dilatation du venlricule qui se manifeste plus ou moins rapidement,
la valvule mitrale peut devenir insulfisanle, et alois lout se passe comme dans le
40 ASYSTOLIE.
cas precedent II sufiit, d aulres fois, d une complication pulmonaire, pour faire
eclilcr les accidents. Duns d aulres cas ils se developpent, surtoul cliez les sujets
V r disposes, par le fait meme des progresde 1 age. Remarquons en effet avec Stokes,
que le relrecissement uoi tique, lorsqu il est considerable, entraine une arteriali-
sation incomplete des differents lissus, et notamment du muscle cardiaque. 11 en
resulte des troubles dans la nutrition des fibres musculaires, qui subissent, du
moir,s partiellemcnt,. la transformation granuleuse. Des que 1 alteration atteint un
certain degre dans le ventricule droit, il se laisse dilater, et alors tout se passe
comme ila cte dit plus haul.
L insiiffisancedesvalvulessigmoidesderaorte.neprovoquepasrasystolie, amoins
qu elle ne soil compliquce, ce qui d ailleurs est frequent, d une autre lesion
cardiaque.
Dans le cas de steatose des fibres musculaires, qu elle soit primitive et isolee,
ou secondaire et liee a un etat morbide plus general, on peut encore dire avec
Beau, que 1 obstacle git aux orifices, alors meme qu ils ont leurs dimensions nor-
niales ; car 1 abaissement de la puissance musculaire equivaut a une augmentation
de resistance, et comme le ventricule droit est originairement le plus faible, c est
lui qui se laisse dilater le premier.
Lorsque 1 asystolie se developpe consecutivement a une affection pulmonaire,
rien n est plus simple que de se rendre compte du processus morbide. Supposous,
ce qui est le cas le plus frequent , qu il s agisse d une bronclute clno.
niquc avec emphyseme. La tumefaction et les produits inflammatoires de la mu
queuse, opposent un obstacle considerable a 1 entree de 1 air dans ses voies natu.
relies. 11 en resulte une diminution notable de 1 appel du sang du ventricule druit
pendant 1 inspiration. De plus, 1 atrophie et la destruction des alveoles qui carac-
Icrisent I eniphyseine, cniaisant disparaitreun grand nombre de capillaires, dimi-
nuent le champ circulatoire dans le poumon. Un double obstacle s oppose done a
1 entree du sang dans cet organe. De la, la resistance et 1 elargissement que subit
le ventricule droit au moment de la systole, et nous savons quelles consequences
entraine un semblable accident.
Dans les asystolies pulmonaires, c est done le ventricule droil qui est le plus en
gage, ct quelquefois le seul engage. On comprend que, le plus souvent, il s hypcr-
trophieense dilatant. L augmenlation de sa masse musculaire etait tres-accnntuee,
dans le cas de cirrhose du poumon que nous avons observe, et nous croyons qu il
taut en cliercber la cause, dans 1 age peu avance de la malade(oO ans), dont
le coeur etait encore vigoureux et capable d une reaction energique au debut dumal,
11 existait en meme temps chez cette femme une atrophie du ventricule gauche.
II est probable que si cette lesion etait recherchee, on la noterait dans un grand
nombre d asy^tolics du meme ordre, car 1 obstacle pulmonaire s opposant a 1 alllux
du sang dans le coeur gauche, celui-ci n a plusadeployer qu une partie de sonan-
cii iine energie et ne tarde pas a subir une diminution de sa masse contractile.
Les elforts musculaires brusques et disproportionnes a la lorce de 1 individu.
une course forcee, une emotion morale vive, provoquent 1 asystolie a titre de causes
determinanles ; elles font eclater les accidents qui la constituent, che/ des indivi-
dus prepares des longtemps a les subir, par une alteration lente du centre circula
toire. En effet, c est habituellement chez des vieillards, ou chez des individus dont
le coeur porte le cachet d une senilite precoce ou d une degenerescence graisseuse,
que Ion voit ces causes exercer leur action. Que se passe-t-il alors? Le cceur tout
entier est-il atleint, ou bien une de ses parties seulement subit-elle rinflnnicc clio-
ASYSTOLIE. 41
logique?G est la une question a laquelle il nous purait impossible de repondre pour
le present. Le coeur droit est frappe, cela est suffisamment prouve par le pouls vei-
neux etTenrayement circulatoire, indices certains d une dilatation de ses cavites.
Mais nous ne savons riende precis sur les modifications que subit le cote gauche.
Comment le choc cerebral qui constitue 1 impression morale est-il transmis au coeur?
Sans nous prononcer la-dessus, nous rappellerons que dans ses experiences sur les
animaux , M. Claude Bernard , en galvanisant les bouts infmeurs des nerfs
vagues, arretait le coeur en diastole.
Un coup d ffiil retrospectif, sur ce qui vient d etre dit du processus morbide
des affections cardiaques et pulmonaires, aboutissanta 1 asystolie, nous fait aper-
cevoir aisement, entre quelques differences, des points de contact nombreux. Dans
1 un et 1 avjtre cas, durant une periode, dont il est difficile d ailleurs de preciser
la duree, la maladie conserve sa forme et sa physionomie originelles, 1 organe pri-
mitivement atteint etant seul engage, et sans effort, on la reconnait a ses trails
caracteristiques. On ne peut imaginer, en effet, qu il y ait matiere a confusion,
entre un catarrbe chronique des bronches et une insuffisance mitrale. Mais des que
le cceur droit entre en cause, des qu il est frappe d impuissance et qu apparaisscnt
les premiers symptomes de 1 asystolie, ces deux affections tendent a prendre la
meme allure ; car, d un cote, la maladie des voies respiratoires s est compliquee de
troubles cardiaques, et, d autre part, celle du cceur gauche, par la stase sanguine
qu elle determine necessairement dans les vaisseaux du poumon, ne tarde pas a
laire naitre, dans son parenchyme, des extravasations sero-sanguines et, ala surface
desbrouches, un veritable flux catarrhal. II en resulte, dans la pratique, degrandes
difiicultes, car il est bien rare que Ton ait assiste au debut du mal et aux transfor
mations successives dont 1 asystolie a ete le dernier terme.
DIAGNOSTIC. 11 est toujours facile de reconnaitre 1 asystolie. Ses traits si accen-
tues etqui, de prime abord,frappent 1 observateur, ne permettent pasde la laisser
passer inaperc.ue on de la confondre avec un autre etat morbide. Toutefois, nous
devons signaler un cas ou Ton pourrait, momentanement du moins, prendre le
change. On sait que 1 asthme invetere conduit, dans un certain nombre de cas, a
1 asystolie. Or, ce n est la, en quelque sorte, que le mode continu d un etat, qui,
dans les premiers temps de la maladie, se manifeste sous la forme paroxystique.
En efi et, toute attaque d asthme, pour peu qu elle soit intense, determine, par
1 extreme embarras qui existe du cote du poumon, un enrayement dans la circu
lation du cceur droit. Celui-ci se dilate, la tricuspide devient insuffisante, et il
a est pas rare de voir une pulsation dans la jugulaire externe. La turgescence de
la face, la cyanose des extremites, les congestions viscerales, se montreut dans ce
cas, mais sans hydropisie. La duree de ces accidents est d ailleurs essentiellement
ephemere, car ils commencent et finissent avec 1 acces de dyspnee dont ils sont une
consequence. Par la, on saisit aisement la difference qui existe entre cette asystolie
paroxystique, aigue, si Ton peut ainsi dire, et celle qui merite verilablement la
qualification de chronique, parce qu elle va chaque jour s aggravant, et n a d aulre
terme que celui qu elle met a la vie.
S il est aise de reconnaitre 1 asystolie, on aura souvent de la pe%e a determiner
sa cause. Pour le comprendre, il sulfit de se reporter a ce que nous avons dit des
phases -, par lesquelles passent les affections du poumon et du cceur gauche, a mesure
qu elles vieillissent. Les renseignements fournis par le malade sur 1 existence d un
etat palhologique ancien des organes respiratoires, ayant precede les hydropisies ;
1 absence d un bruit anormal du coeur, se produisant soit a Tori/ice mitral, soit a
42 ASYSTOLIE,
1 origine de 1 aorte, devront hire penser que la cause premiere des accidents, git
dans le poumon. Au contraire, si ce dernier organe est pen affecte, tandis qu il
existe au coeur un bruit rude du premier ou du deuxieme temps, si le patient
accuse une ou plusieurs atteinles de rhumatisme, on pourra affirmer qu une
lesion organique du coeur gauche, a etc 1 origine de 1 enrayement circulatoire.
Penetrer plus avant dans le diagnostic, poser des regies plus precises, nous
semble peu pratique, et nous craindrions en le faisant, de causer des deceptions
frequentes, a ceux qui voudraient les appliquer au lit du malade.
PRONOSTIC. L asystolie menace toujours, et quelquefois tres-prochainement, la
viedecelui qui en est frappe. Une seule exception doitetre faite pour ces atteintes
passageres, qui, dans la premiere peiiode de 1 asthme, accompagnent les paroxys-
mes. Dans tous les cas, il faut tenir compte de 1 age du malade, de celui de la
maladie, et des circonstances au milieu desquelles elle s est developpee. Toutes les
autres conditions restant les memes, la vieillesse constitue un element facheux
pour le pronostic. Les asystolies par cause morale sont les plus dangereuses, puis
viennent celles d origine pulmonaire. Au point de vue de la gravite, les cardia.
ques proprement dites, u occupent que la troisieme place. N oublions pas cependant,
que d ordinaire, les maladies organiques du ccBur ne deviennent menacantes, que
lorsque apparaissent les phenomcnes asystoliques. Cette remurque, sur laquelle
Beau a si justement insiste, n a pasechappe a Stokes. Si le diagnostic des affec
tions valvulaircs, dit-il, depend de 1 existence dc certains signes physiques, et de
leur interpretation, le pronostic et le traitement sout fondes sur 1 etat ou se trouve
le tissu musculaire du coeur. Tant que resiste le muscle cardiaque, pas d asys-
tolie, le jour ou il cede, elle se montre, et, apres un certain norabre d intermis-
sions, s etablit d uiie maniere definitive.
TRAITEMENT. Tout d abord, le malade sera mis au repos le plus absolu, et on
eloignera de lui, autant que possible, les causes d agitation physique et morale.
On lui fera prendre a doses moderees un vin genereux, des aliments faciles a
digerer et reparateurs sous un petit volume. Bieu souvent, si le mal n est ni tres-
ancien, ni tres-avance, et s il s agit d un iudividu necessiteux, soumis d ordinaire a
des privations et a un travail excessil, on verra le calme renaitre sous la seule
influence de ces prescriptions de I hygiene. Quant aux moyens therapeutiques pro
prement dits, ils doivent avoir pour but de rammer le coeur, et de le debarrasser
du sang qui 1 opprime en communiquant a ses muscles la puissance qui leur
manque. 11 en est un qui, a premiere vue, semble remplir cette indication, c est la
saignee generale, dont 1 usage en ce cas a etc longtemps classique. Et de fait,
on peut obtenir par cette depletion, un mieux quelquefois instantane. Mais la ra-
pidite du resultat est precisement ce que nous reprochons a cette pratique, par la
tentation qu elle donne d avoir frequemment recours a elle. Pour la juger saine-
ment, il faut voir si ce benefice precaire et passager peut etre mis en paraliele avec
les dangers, soit actuels, soit consecutifs auxquels on expose le patient. Nou ! re-
pondons-nous sans hesiter. Car en phlebolomisant 1 asystolique, nous 1 exposons
immediatement a une syncope qui tire une gravite exceplionnelle de 1 etat du
cQ3ur, et, dans la suite, a un affaiblissement inevitable. En supposant done qu il
se manifesto une amelioration, elle sera de courte duree et laissera le malade
dans un etat plus facheux qu avanc 1 operation.
Pour dcgager le coeur, il n est pas indispensable de jeter le sang hors de Tor-
ganisme, il suffit de changer son cours. Parmi les divers moyens aptcs a remplir
cette indication, il n ea est pas de plus sur que les veiitouses seclies, que Ton
ATAVISME. 45
applique en grand nombre et a diverses reprises, sur les parois dn thorax. Les
frictions seches et stimulantes, les rubefiants appliques sur les regions non infil
trees, agissentde meme. II est un medicament dout 1 action surle cceurest incon
testable, qu il agisse d ailleurs, en qualite de tonique on de sedatif, cela importo
peu, 1 experience journaliere demontrant qu il est un des agents les plus elficaces
que Ton puisse employer contre 1 asystolie : c est la digitale pourpree. La poudre
(5 a 10 centigr.) et 1 infusion de ses feuilles seches (15 a 30 centigr.) sont de
bonnes preparations; on emploiera aussi les teintures alcoolique ou etheree, sur-
tout celle derniere (1 a 4gr.), lesextrails aqueux (10 a 40 centigr.) ou alcoolique
(5 a 30 centigr.), et la digitaline (de 1 a5milIigr.).Lesdiureliques et notamment
les preparations de scille, les laxatifs, et, dans quelques cas, les purgatifsdrastiques
doivent etre conseilles, surtout dans les casou les epanchements sereux deviennent
excessifs. J. PARROT.
BIBUOGRAPHIE . BEAU. Traite" d auscultation. Paris, 1856, p. 318. PARROT (J.). Etude sur
un bruit cardiaque symptomatique de 1 asystolie. In Arch. gen. de med., 1865, t. I, p. 385.
GODRAUD (Xavier). De t influence pathoge nique des maladies pulmonaires sur le cceur droit,
Thte de Paris, 1865 n 71. J. P.
ATAt lSME (ad et avus, aieul, Littrc). Mot cree par le botaniste Duchesne
pour designer Tun des precedes de I heredite ; 1 atavisme peut etre considere
comme une forme mediate, directe ou collaterals, de ia propriete des etres vivants
de reproduire dans le temps une succession d individus semblables a leurs pa
rents ; ce phenomene a pour condition premiere la variation, car, si les etres
vivants n ofiraient dans leur type aucune variation, I lieredite serait necessaire-
ment et toujours immediate, et 1 atavisme se confondrait avec elle. Mais les
formes typiques se modifient : dans quelque mesure et pour quelque cause que ce
soit, elles peuvent transmettre ces modifications a leurs descendants. Cette trans
mission s opere, ou des la premiere generation ou dans les generations subse-
quentes; dans le premier cas, il y a heredite immediate, dans le second cas, heredite
mediate ou atavisme. A son tour 1 atavisme peut se montrer dans une descen
dance directe ou dans une descendance collaterale : dela une troisieme subdivision :
atavisme direct, atavisme indirect. M. P. Lucas, dans son remarquable Traite
de I heredite, a adopte une termiriologie qui est peut-etre moins logique. II
admet quatre formes d heredite : directe, indirecte, de retour et ([ influence.
L atavisme tel que nous le comprenons, reunit I herediie indirecte et I hereelite
de retour de cet auteur. 11 est evident, en effet, que ce sont la deux formes mediates
d heredite. Meme aux yeux de M. Lucas, ce qui domino dans cette notion, c est
qu une ressemblance est transmise par Yintermediaire, ou d un aieul direct ou
d un collateral. Restreindre 1 atavisme a 1 aieul direct, c est retrecir lu question au
point de ne pouvoir comprendre dans sa sphere les phenomenes les plus importants
qu elle contienne, c est-a-dire ceux. qui font remonter 1 atavisme a une generation
tellement reculee, que toute qualification de parente est illusoire.
Baudement concevait 1 atavisme comrne une force distincte et antagoniste
de 1 heredite. 11 supposait ces deux forces aux prises pour determiner le tjpe
d un produit vivant, et selon que 1 un des deux 1 emportait, ce produit tenait de
ses parents immediats ou de la masse des ancetres anterieurs. Mais il faut repousser,
avec A. Sansou , ce pretendu antagonisme, et considerer 1 atavisme comme un cas
particulier de I lieredite. Limiler I lieredite aux parents immediats, et designer du
nom d atavisme tout heritage d une provenance anlerieure, c est evidemment
depouiller le premier de ces lermes de sa veritable portee.
4i ATAVISME.
L heredite est done un terme generique dont 1 atavisme est une modalite. Mais
cette question sera plus amplement etudiee au mot HEREDITE.
Cela dit, nous pouvons definir 1 atavisme, la reapparition dans un individn
on dans un groupe d individus de caracteres anatomo-physiologiques, positifs on
negatifs, que n offraient point lenrs parents immediats, mais qn avaient offerts
lenrs ancetres directs on coll ater aux.
Les caracteres transmis par 1 atavisme sont de tous les ordres, normaux, patho-
logiques, teratologiques, iiitellectuels et moraux. 11s s observent dans les deux
regnes, chez les animaux domestiques et chez 1 homme.
Longtemps des fails se rattachant a cette propriete, mais isoles, ont ete contestes
on meconnus. Mais leur nombre maintenant considerable eleve 1 atavisme au ran"-
O
des causes les plus importantes dans la production des anomalies, et peut-etie
aussi, inversement, dans leur disparition. La theorie qui rattacherait principale-
ment 1 atavisme a la reapparition d un type inferieur, disparu dans 1 evolution
progressive des etres, est jusqu a ce jour tout hypothetique; car les faits positifs
ne se rapportent pas seulcmcnt a des etats de developpement, mais a des caracteres
appartenant a 1 adulte et constants.
11 y a lieu, neanmoins, de rappeler ici les vues ingenieuses de Serres, de Bisboff,
dc Meckel et de Virey, qui ont ete reprises de nos jours, avec des modifications
profondes, par Darwin, par Lyell etpar Vogt. Virey pensait que la plupart des mon-
strnosites ne sont que des infra-formations des formes arretees en chemin, qui
n ontpu attemdre le type normal de la classe a laquelle apparlient 1 animal, soil
que cette imperfection ait lieu en totalite, soit seulement pour quelques appareils
d organes. En sorte que, d apres la notion du developpement embryogenique
successif, on pent considerer les anomalies de 1 organisation comme des traces
d une organisation atavique. Vogt n hesite pas a considerer les cas de microce-
plialie humaine comme un phenomene d atavisme, qui rappelle 1 une des phases
du developpement de 1 homme dans un passe dont la date est incalculable, et il a
fait des applications nombreuses de cette theorie, aux caracteres accidenlels chez
des especes vivantes, et normaux chez les especes iossiles. 11 faut rapprocber de
celte theorie le fait de 1 apparition frequemment constatee chez le cheval, espece
isolee dans la nature et pour laquelle on avail cree 1 ordre des solipedes, de veri-
tables doigts lateraux qui permettent de rattacher geologiquement ce solipede, a
1 hipparion, espece de cheval fossile de 1 epoque miocene, qui possede trois doigts.
La polydactylie du cheval est done un phenomene atavique; selon Gaudry, les os
sesamo ides accidentels de la meme espece sont des os du carpe permanent de 1 liip-
parion; par la, 1 ordre isole des solipedes se rattache a celui des pachydermes. Les
dents incisives observees accidentellement a la machoire superieure des jeunes
ruminants seraient pareillement des faits d atavisme, puisque les premiers rumi
nants connus a 1 epoque geologique moderne ont des incisives aux deux maxil-
laires. Le bec-de-lievre humain, avec division de la machoire, n est-il pas au meme
litre un fait d atavisme, et ne rappelle-t-il pas Tos inter-maxillaire si developpe
cliez les autres mammiferes?
: Darwin presents comme ataviques> tous les organes rudimentaires inutiles a un
animal ; il les compare aux lettres d un mot conservees dans 1 ecrilure, mais
iperdues dans la prononciation, et qui servent de guide dans la recherche de son
etymologic. A cet ordre de comparaison, il faut peut-etre rattacher les pheno-
menes etudies sous le nom de metamorphoses regiessives : il semble parfois,
dans le developpement des animaux, qu il se produit une tendance vers un etat
ATAVISMS <5
superieur, lequel ne so realise point, et dont les manifestations ebauchees dispa-
raissent; ainsi, selon P. Fischer, 1 embryon dc 1 lmitre represcnte un animal
beaucoup plus parfait que I huitre adulte ; il possede un appareil locomotcur qui
Jui permet de nager avec rapidite, il est muni d yeux et d oreilles, qui Ini man-
quent des qu il est fixe. 11 semble done ici qu nn atavisme incoanu prenne le
dessus a un moment donne de la vie de ce mollusque. Lcs memes observations
ont etc faites au sujet d un grand nombre d animaux, et notammcnt du taret.
Toutefois, le caractere atavique de tels fails est tres-contestable. II Test beaucoup
moins dans les phenomenes de generation alternante, decouvcrts par Chamisso,
sur les bipbores. Ces molluscoides marins offrent deux modes d existence tres-dif.
ferents, et des caracteres tellement separes qu on les prcnait pour deux groupes dis.
tincts ; ils vivent en chaines ou solitaires. Or, Cbamisso reconnut qu une mere
solitaire met au monde des individus reunis en colonies, et que ceux-ci n engendrent
qne des individus solitaires. 11 suit de la, dit M. de Quatrefages, qu un bipliore ne
ressemble jamais ni a sa mere ni a ses Ills, mais toujours a son aieul et a sespelils-
fils. Les fails de cet ordre sont maintenant extremement nombreux, et seront
exposes au mot GENERATION. Rappelons seulemenl ici la transformation de certains
polypes (strobilia) en acalepbes, et de certains acalephes en polypes, etparl inter-
mediaire d une generation. Mais quelquefois un grand nombre de generations s ccou-
lent avant que le type primitif reparaisse ; tel est lecasdespucerons^jui, enlredcux
elats bisexues, fournissent jusqu a quinze generations de femelles non ailees, qui se
reproduisent par bourgeons ; enfin, nous rappellerons pour memoire les transfor
mations des trematodes monostomes et distomes en cercaires, qui subissent des
metamorpboses doat le terme est le retour a 1 etat sexue. II ne s agit point ici de
metamorpboses analogues a celles des batraciens et des insectes, dont les etats
sont transitoires. Les cercaires, de meme que les pucerons neutres, sont des indi.
vidus dont le developpement est tolalement realise. Toutefois le caractere bypotbe-
tique de cette vue d ensemble ne doit pas etre dissinmle. II faut la considerer
conime une tentative pour relier entre eux une foule de pbenomenes qui, jusqu a
present, semblent constituer des exceptions. Or les exceptions sont toujours provi-
soires, et telles sont les generations alter nantes.
En sorte que, dans les grands pbenomenes que nous presentent les evolutions
organiques dans 1 espace et dans le temps, deux tendances se produisent, dont la
resultaote determine une forme pcrpetuellement transitoire : 1 une est une ten
dance a la variabilite, determinee non-seulement par les inlluences de milieu,
mais encore par une propriete spontanee a laquelle M Lucas a donne le nom
A inueite ; 1 autre dont I atavisme est une expression, est la tendance a la perpe-
tuite des formes passees, Yattraction vers le type de 1 espece, selon 1 expression
de M. Vilmorin, et le retour vers un type determine en cas d ecarts. Si les varia
tions spontanees sont utiles a 1 individu, elles assurent sa superiorite sur ses sem-
blables, et se confirmeiit par la SELECTION naturelle (voy. ce mot), et par la
selection artificielle si elles sont utiles a 1 homnie. L atavisme lutle constamment,
dil A. Sanson, lultera perpetuellement centre toute formation de races nouvellcs.
Mais il nous faut descendre de ces considerations generates et citcr quclqucs lails;
1 espace nous manquera pour les developper dans un ordre methodique, car, ainsi
qu on 1 a vu, presque tons les fails de la biologie penvent en vecevoir quelquc
lumioie nouvelle. Ce sera la a ce point de vue, sans nul doute, 1 ceuvre d un temps
procbnin. Bornons-nous u emprunter quelques fails au regne vegetal (M. lepro-
46 ATAVISM.
fesseur Baillon a bien voulu, sur ce regne, nous donner une note que nous inserons
textuellement ci-apres), au regne animal et a 1 homme.
Dans le regne vegetal, dit M. Baillon, Yatavisme, defini comme il vient de
1 etre, ne saurait etre considere comme une exception ou un accident. D apres les
observations les plus recen les et les plus dignes de foi, notammentcellesdeNaiulin,
le retour aux caracleres presentes par les parents, est 1 etat normal et force, pour
toute plante qui s est ecartee, a quelque titre que ce soit, de la purete du type spe-
cifique primitif. Les hybrides, metis, etc., proprement dits, et les races de fleurs
fruits, legumes, etc., doivent toujours revenir, au bout d un temps variable, au
caractere complet de la souche dont ils sont issus. Lorsque, par exemple, il s agit
de fecondations crois6es, les produits plus ou moins fertiles ou feconds peuvent
retourner a leur pere ou a leur mere des la premiere generation. Dans un semis
de graines obtenues par croisement entre especes voisines, on retrouvera done sou-
vent, des la premiere generation, des fleurs pareilles, ou a la fleur pistillee, ou a
la fleur qui a fourui le pollen pour le croisement. G est ce qui explique comment
taut de plantes annuelles d ornement, telles que pavots, bleuets, petunias, giroflees,
stramoines, etc., presentent ca et la, sur tout un pied, ou sur une portion seule-
ment de ce meme pied, des fleurs qui n onl pas les caracteres ornementaux recher-
ches par le commerce, mais bien tous les traits du pere ou de la mere dont elles
sont issues, et dont la culture journaliere ne fait aucun cas. Si 1 atavisme ne s ob-
tient pas ainsi la premiere annee chez les hybrides ou autres produits de cioise
ment, on peut al firmer qu il apparaitra la seconde, ou la troisieme, ou la qua-
trieme annee, ct, en tout cas, avant uu temps en general peu considerable. On
n aura plus, au bout de ce temps, sous les yeux, que le pere, ou la mere, ou 1 un
et 1 autre; et c est la un des plus forts arguments invoques par les partisans de la
perpetuite de 1 espece vegetale.
H Lorsqu il s agit des varietes obtenues autrement que parle croisement, ou des
races qu on tente, comme on dit en horticulture, de fixer (expression beaucoup
trop significative eu egard au peu de ressources que 1 homme possede pour arrivcr
d une maniere absolue a ce but), comme il s agit ici de types devies obtenus par
accident ou par variations amenees de longue main, ou par une selection lente, per-
severante, le retour au type primitif pur, c est-a-dire 1 atavisme partiel ou com-
plet, tel que 1 entend la definition donnee, ce retour est ordiuaire\nent bien plus
lent a se produire ; mais il se produit aussi tot oil, tard. Le resultat artificiel
obtenu par un long travail ne se detruit pas en un jour, comme celui qui s est pro
duit de meme en un instant, dans 1 espace de temps necessaire a la fecondation
croisee. Un arbre fruitier d une variete rechercliee pour ses qualites, prive de cul
ture et se reproduisant par ses graines, retournera vraisemblablement toujoiu s^j
dans une periode suffisante de generations successives, au type sauvage primitif.
Les races de fleurs et de legumes presenteront aussi le meme atavisme qui arrivera
a etre complet au bout d un temps ordinairement tres-long, et qui sera sensible-
ment proportionnel au temps que la selection aura demande pour arriver a pro
duire la variation. 11 est bien entendu qu il ne s agit ici que de la reproduction par
graines, qui seule constitue une serie d iudividus successifs, car la multaplicatiou
par bourgeons, marcottes, boutures, ne represente que des fractions d un indiudu
unique, et il n y a souvent aucune raison pour que, dans ce cas, la plante presente
la moindre modification dans ses caracteres. A ses differents degres, d ailleurs,
c est-a-dire aux differentes epoques de la vie d une generation de vegetaux ou il
: li|>.ir;iit, Yatavisme [icut toujours etre spontane; mais il est toujours favorise par
ATAVISME. 47
la selection et. par les conditions de milieux dans lesquelles on place Jes individus
devies.
Chez les animaux domcsliques, 1 atavisme joue un role considerable dans toutes
les races qui out etc formees par les eleveurs. D apres A. Sanson, 1 atavisme
prime 1 hereditc immediate au point que s il fallail opter entre deux reproduc-
teurs dont 1 un offrirait, avec des qualites moins parfaites, une longue suite d aieux
celebres par leurs meiites speciaux, tandis que 1 autre ne presenterait que sa per
fection individuelle, nul doute qu il n y cut lieu de preferer le premier dans la plu-
part des cas. C est le plus freqnemment sur la robe que s exerce 1 atavisme, et
rien n est plus ordinaire que de voir les femelles primipares aussi bien que les
autres, donner naissance a des individus d une robe differente de la leur. Selon
de Quatrefages, c est en vain qu on tue chaque annee, dans les troupeaux a laine
noire de 1 Andalousie, tout agneau qui porte la moindre trace de laine blanche;
chaque annee il nait encore quelques individus qui ont la teinte proscrite. Les vers
a soie de race blanche produisent un certain nombre de cocons jaunes, bien qu on
epure ceux-la avec soin depuis plus d un siecle. Darwin a cite un nombre conside
rable de laits du meme ordre : d apres lui, toutes les races du pigeon proviennent
du biset (Colombo, livia), qui est bleu ardoise avec le croupion d uu blanc pur. On
en obtient par la selection, en prolitant de toutes les variations accicleutelles, des
pigeons parfaitemcnt blancs on noirs, rouges, bruns, bigarres, etc. Eh bien, dans les
croisements successifs, les caracteresdu biset, c est-a-dire la coloration bleu ardoise
du corps, le croupion blanc, les banes noires sur les ailes et sur la queue, reparais-
sent sensibleraent dans des races que Ton croyait fixees. Ce fait se produit surtout
quand on allie des races tres-dilierentes. II semble qne la lutte entraine la neu
tralisation des caracteres dus a ces deviations contraires des types. (De Quatre
fages.) Des observations du meme ordre, faites sur les diilerentes espcces du genre
cheval, ont conduit 1 illustre naturaliste a le rattacher a <i un animal raye comme
un zebre, le parent commun du zebre ou couagga, de 1 ane, de 1 hemione etde nos
diverses races de chevaux domestiques ; c est par la qu il explique 1 apparition
accidentelle sur les jambes de 1 ane, du cheval et de 1 hemione de raies transversales,
deraies dorsales sur les chevaux, et de raies scapulaires sur ITiemione. Pour ce qui
est du squelette, A. Sanson a cite des faits nombreux a 1 appui du re tour a 1 une
des souches-meres, dans les races chevalines, bovines, ovines et porcines, a la
suite d un melissage plus ou moins prolong e entre sujels issus de croisement.
Dans le genre humain, on est souvent 1 rappe de Finegalite de ressemblance
des enfants aux parents immediats, et il arrive dans les families qui possedent des
portraits genealogiques, toute rcssumblance ayant cesse pendant plusieurs gcii>
rations, que Ton retrouve tout d un coup la reproduction exacte des traits de 1 un
des ancetres. Des faits de cet ordre, un peu vagues, ont leur garantie dans des cas
analogues, releves chez les races croisees et colorees : Martin de Moussy a observe
des families chez lesquelles, au bout de plusieurs generations il y atouteuneserie
d enfants, portant beaucoup plus que leur pere et leur mere les signes d un nie-
lange africain, remontant au moins a une cinquieme generation anteneure. 11 cite
encore une dame dont le pere etait quarteron, et dont la mere offraitdes traces de
sang americain indigene ; mariee a un Anglais de race pure, elle eut dix-neuf en-
iants, qui tons ol fraient des traces non equivoques de ce seizieme de sang
africain. Par centre, deux sreurs de cette dame, mariees egalement a des Euro-
peens, en rent des enfants qui ne portaient aucunc trace du melange palcrnul.
(Ijulletins de la Societe d anthropologie, 1865, p. 288.) 11 est extrememcnt pr-
48 ATAVISME.
liable, dans un tel cas, que les traces reparaitront dans la suite des generations. On
a cite un grand nornbre de faits, ou des epoux dont les parents etaient roux d lin
cote on de 1 autre, mais qui eux-memes ne 1 etaient pas, avaient donne naissance
a des enfants a cheveux roux. Ceux qui supposent, avec M. de Quatrefages, que
certains types d hommes primitifs etaient roux, peuvent considerer comme ata-
viques tous ces cas d erythrisme. Les memes phenomenes se presentent souventdans
des families a cheveux noirs ou Ton a conserve le souvenir d un croisement avec
une race blonde (Broca). Au Mexique, des individus blonds et a cheveux frises,
apparaissent ca et la isolement an sein de populations indigenes relativement
pures ou la chevelure est toujours lisse et foncee. Azara dit que quand on voit un
peu de barbe chez les Abipones les plus purs, on peut etre certain qu il y a eu
un croisement europeen a une epoque reculee.
L hereclilealternante des anomalies est constatee par I. Geoffrey Saint-Hilaire : la
polydactylie, le bec-de-lievre, la gibbosite, out offert a Maupertuis, a Ana (cite par
Burdai-h), a Meckel, des cas du meme genre. J ai constate a 1 lnstitution des
sourds et rmiets de Paris, sur 124 c;is congeniaux examines, 5 cas ou la surdite
provenait des a ieux, et je ne doute pas qu il n y en eut eu un plus grand nombre
si I heredite etait mentionnee avec plus de soin. Venette et Puybonnieux ont cite
des faits analogues, Lucas cite des faits d atavisme nombreux, pour les infirmites
oculaires. Plinc rapporte que dans la famille des Lepicle, trois personnes naquirent
1 ceil convert d une membrane, vice de conformation qui dans la suite sauta tou
jours une generation (liv. VII, ch. xn).
Quant a I lieredile alternante des dispositions mentales, cliacun en peut trouver,
dans le monde ou se conservent des traditions de famille, de nombreux exemples,
La celebre lady Estlier Stanhope a fait elle-meme remarquer avec complaisance
qu eile effrait, au physique et au moral, les plus grandes analogies avec son grand-
pere. Enlin, la plupart des medecins ont eu sous les yeux quelques exemples de
diatheses qui sautaient une ou plusieurs generations. Le professeur G. See a ob
serve sept cas de diathe^e scrofuleuse qui provenait des grands parents et avaient
laisse les parents indemnes. Cerise a note les memes fails pour les nevroses; et un
grand nombre de praticiens pour la goutte et la tuberculose pulmonaire.
Sans nul doute, tous les faits que nous avons cites meritent d etre continues par
d autres faits rigoureusement observes. Mais on ne doit pas oublier que la ques
tion de 1 atavisme, envisagee sous son jour physiologique, est toute nouvelle ; celle
del heredite en general, sur laquelle on a tant ecrit d opuscules, compte a peine
deux ou tiois trailes speciaux, parmi lesquels celui de P. Lucas tient le premier
rang, et ce n est pas sans etonnement que nous avons constate que, dans lestraites
de physiologic les plus justement classiques, il est a peine fait mention de celte
nuissante propriete. Bien plus, le mot HEREDITE ne figure dans aucun des diction-
naires consacres aux sciences medicales. En sorte que Ton peut considerer la
question de 1 atavisme comme presque entitlement nenve. L avenir assignera a
ce pbenomene vital un role considerable dans les causes qui determinentla stabilite
des races que les influences des milieux geologiqucs, atmospheriques et sociaux,
les croisements ct la selection progressive tendent constamment a modifier. Voij.
CROISEMENT, HEIIEDITE, SELECTIOK. E. DALLY.
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Bulletins de In Societe d anthropologie, t. H, VI et VII
ASARUM. Voy. ASARET.
ATAXBE (de privatif et T?I;, ordre). Toute irregularite dans les manifes
tations de 1 crganisme vivant, c est-a-dirc tout derangement dans 1 ordre suivant
lequel ces manifestations out coutume de sc produire, constitue un etat morbide.
On pcut done dire rigoureusement que 1 ataxie est toujours du domaine de la pa-
tholo n ie; neanmoins, au sens ancien, ce mot s appliquait a des series de pbeno-
menes assez distincts : d une part, aux irregularites survenues dans 1 accomplisse
mentd unelonction normale, lelle, par exemple, que la menstruation (ataxia men-
suum), les battements du pouls (Galien) ; d autre part, a la marcbe insolitc d une
maladie on a 1 apparition, au cours tie cetle maladie, de phenomcnes qui ne s y rat-
tachentpas d ordinaire, comme dans les cas de fievre intermittent sans type regie
ou de deplacement des jours critiques, ou d une pneumonic, d un rlmmatisme
accompagnes de delire, de soubresauts des tendons, d inegalite du pouls, dc quel-
que symptome enfin decclant une perturbation des fonctions nerveuses. Aujour-
d bui, c cst a cetle derniere categoric de phenomenes moibidcs qu on reserve ge-
neralement le nom d ata^iqucs, surtout depuis que Pincl a donne commc ca-
racleres de son sixieme ordre dc fievrcs (fievrcs ataxiques), des alternalivcs
d excitation et d affaiblissement, a\ecdes anomalies nerveuses. n Cette interpreta
tion peut etre acceplce, a la condition, bien entendu, qu il y ait anomalie; en
d autres termes, que les troubles nevvcux, ne soient pas en correlation pbysiolo-
gique, du moins saisissablc, avec 1 affection dont elles formeut le cortege sympto-
matiqueou, pbysiologie a part, ne comptent pas au nonibre dc ses caractercs cli-
niques habituels. II est clair qu on n appellera ataxique, ni une encepbalite s accusunt
par du delire ou des convulsions, ni une fievre larvee caracterisee par unedouleur
nevralgique ou par la cepbalee, ni meme 1 hypocondrie, 1 hyslerie, la manie, aulre-
fois atlribuees, il est vrai, a 1 ataxie des esprits (ataxia spirituum), mais dans
Icsquelles, la mobilite des manifestations symptomatiques etant le proprc du mal,
1 anomalie consisterait, pourainsi dire, dans ledefautd ataxie. Aussi, pour donne
son nom a 1 incoordination des mouvements musculaires, 1 ataxie a-t-elle ete un
peu detournee de son sens primitif.
Mais si 1 ataxie a pour un de ses traits les plus significatifs le desordre des fonc-
tious nerveuses, nous n admcttons pas qu elle n ait que celui-la. Si Ton ne veut
pas la reconnaitre, non sans raison, dans I accomplissement irregulier d tm acte
normal de 1 economic, comme la menstruation ou la respiration, il faut la voir dans
toutes les maladies a marcbe dereglee, a symptomes insolites, avec discordance
et defaut dc proportion entre les lesions appreciables et les demonstrations sympto-
maliques, douees en mcme temps d une gravite parliculiere. Ataxie entraine ma-
ligm te, les deux mots sont synonymies pour Pinel, et ce sont de vraies fievres ou
plutot de vrais symptomes ataxiques, que ces manifestations morbides connues
jadis sous les noms de Tritxophyas, Asodes, Epialos, que Baglivi decrit au cha-
pitre des fievres maliynes (De praxi medica, c. ix), et qui ne sont que de dange-
reuses varietes de fievres remittentes. A cct egard, nous ne saurions partager
la maniere de voir de Georget qui recluit les caracteres de 1 ataxie a des pheno
menes sensoriaux musculaires, intellectuels et moraux (Diet, en 50 vol., article
ATAXIE). Pinel lui-meme, nialgre la definition geuerale quo nous avons rappelee,
quand il en vient a 1 histoire detaillee de la iievre ataxique, loue fort Debaen de ne
DICT. E.NC. VII. 4
50 ATAXIE MUSCULAIRE.
cornprendre dans les maladies malignes que celles qui sont accompagnees de
symptomes insolites, plus graves, plus nombreux, par comparaison avec d autres
maladies qui parcourent a 1 ordinaire leurs di verses periodes.
Paries memes raisons, il est impossible de donner uue description methodique
de 1 ataxie. On 1 a essaye en plusieurs ouvrages, mais on n est jamais arrive qu a un
tableau incomplet ou de fantaisie. L ataxie n est pas une maladie, n existe pas en
sot, et il est aussi singulier de vouloir en donner le sigiialemeut que de s attacher
a decrire son contraire, la regularite, 1 ordre, la taxie dans les maladies. Quant
au compte qu on en doit tenir en therapeutique, il n est pas plus aise a deter
miner. Sans doute, il y aura souvent lieu de recourir aux antispamodiques, aux
calmants, aux revulsifs; mais combien d indicalions diflurentes peuvent se presen
ter ! Telle fievre scarlatine commence a tourner , si Ton peut le dire, a 1 ataxie, qui
reprendra son developpement regulier sous 1 inlluence d une sudation provoquee.
Telle fievre intermittente troublee danssa periotlicite et dansses stades, rebelle en
cetetat aux snliperiodiques, redeviendra Tranche et aisement curable par 1 emploi
de moyens propres, les uns i relever les forces de 1 organisme, les autres a augmeiiter
1 intensi te des acces, comme nous 1 avons fait nous-meme dansquelques cas avecpleine
reussite (Gaz. hebd., 1856, p. 522). La, comme ailleurs.le therapeutique vit d in-
dications, et toutes les indications tirees del existence de 1 ataxie nesauraient etreni
resumees, ni merne prevuus. (Voy. ATAXIQUE (fievre). A. DECHAMBRE.
Ataxie musculaire (Sijnonymes : ATAXIE DU MOUVEMENT, ATAXIE LOCOMO
TIVE). Semiologie. Le professeur Bouillaud emprunta le premier a 1 ancienne
nomenclature pyretologique le terme d ataxie pour 1 appliquer a un etat morbide
de la motilite, caracterise par le desordre ou 1 incoordination des mouvements vo-
lontaires. Cephenomene, egalement different de la paralysie (adynamie du mouve-
meut) et de la convulsion (delire du mouvement), merite au nieme titre qu elles
une place distincte en semiologie. Tous les mouvements desordonnes et mal
adaptes a leur but ne sont toutefois pas pour cela seul ataxiques. On ne saurait
donner ce nom a la carpbologie des fievres ni a la jactitation des etats deliranls,
manifestations secondaries d un trouble intellectuel. L ugitation choreique, les
divers tremblements, la crampe des ecrivains ne le meritent pas davanlage; car ie
desordre du mouvement qu on y observe resulte principalement de secousses con-
vulsives qui entravent le mouvement intentionnel en le deviant de sa direction
primitive; et ces secousses n attendent pas toujours pour se produire 1 occasiun
d un mouvement suscite par la volonte, ou se prolongent bien au dela, en d.pit
des efforts que fait le malade pour les arreter.
Le veritable mouvement ataxique presente les particularites suivantes : il est
volontaire, en ce sens que sans 1 impulsion de la volonte il ne se pioduinut pas,
et que les muscles rentraut dans le repos, il s arrete de lui-meme; il est normal
quant a 1 incitation qui le provoque ; il 1 est encore par 1 eneigie avec laquelle jl
s execute; le defaut d ordre et d barmonie dans les details en fait seul un pheno
mene morbide (pseudo-paralysie).
I. CAUSES DE L ATAXIE MUSCULAIRE. Ce phenomene, indice d une innervation
defectueuse, se rencontre dans des circonstances variees qui peuvent etre groupees
sous les trois chefs suivants : 1 lesions des centres nerveux; 2 maladies gene-
rales toxiques ou non toxiques; 3 nevroses.
1 De Yataxie symptomatique des diverges lesions des centres nerveux. Nous
remarquerons d abord qu une exucte proportion est loin d exister toujouis entfe
A lAXlE AUJSGULAlKJi. 51
1 etendue et la protbndeur de ces lesions, d une part, et, de 1 autre, 1 intensite de
1 incoordonation molrice qui les accompogne. Celle-ci peut etre portee a un liaut
degre, alors que les centres ncrveux n oiTrent que des alterations legeres ou a
peine appreciates. Nous 1 erons observer en second iieu que si les lesions de 1 appa-
reil cerebro-spinal sont de nature a donner lieu a des phenomenes convulsifs ou
paralytiques en meme temps qu a des phenomenes ataxiques, ces derniers passent
ibrcenient inapenjus. Examinons maintenant les maladies encephaliques et spinales
dont 1 ataxie peut etre le symptome.
G est, parmi les affections cerebrales, en premier lieu la pai alysie generate.
Tous les alienistes out note chez les paralytiques une demarche incerlaine, un
peu chaucelante et souvent coupee de faux pas , une parole arretee de temps en
temps par des hesitations singulieres dans le mouvement de la langue ou des
levres, des syllabes qui s echappent indislinctes ou qui manquent au milieu des
mots, et cela dans une periode ou les malades n ont encore rien perdu de leur
force. Acet ensemble de signes on reconnait non la paralysie motrice reelie, inais
1 ataxie. Celle-ci peut, duns le cours de la makidie qui nous occupe, se monlrer
sous un aspect qui la rapproche davantage de 1 alaxie lice aux affections medul-
laires; dans ce cas elle y apparait quelquefois seule au debut, ou bien elles as-
socie d emblee aux symptomes oi diuaircs de la paralysie generale, ou cnfiu ne
s y joint que tardivement (Baillarger, Gaz. deshopitaux, 1861). Y a-t-il alors
complication des deux maladies? Ou ne serait-il pas plus exact d admettre une ex
tension des alterations anatomiques? On ne sail encore rien de bien exact a cet egard.
Dans les afl eclions cerebelleuses, les mouvemenls volontaires sont souvent et
diversement troubles : quelquefois 1 ataxie est la seulc alteration qu ils presentent,
Mais la frequence des cas de ee genre est, il faut le reconnaitre, bien inle-
rieure a ce que certaines theories physiologiques t eraient prevoir. En outre, I iu-
tensitedes symptomes atuxiijues est loin d etre en rapport direct avec 1 etendue de
la lesion cerebelleuse. Du resle 1 ataxie peut affecter dans les maladies du cervelet
plusieurs formes distincles. Tantot elle consiste en impulsions insolites; les ma-
lades, comme pousses par une force etrangere a leur volonte, sesentant entraines
en avant, en arriere ou de cote, mais toujours dans le meme sens. Tantot on
observe une demarche chancelante avec balancement de tout le corps, comparable
a celle d un homme pris de vin (ebriete cerebelleuse, de Duchenne). Ou bien, on
voit se produire le spectacle etrange d un malnde qui, doue d une grande force
musculaire, n est pas plulot debout qu il s afl aisse comme une masse inerte,
ou, apres s etre tenu sans peine dans la station verticale, sent tout a coup ses
jambes se derober et tombe. Enfm, dans une quatrieme et derniere variete, s ob-
servent des mouvements irreguliers, convulsivement precipites ou conlraires a
ceux que la volonte commande ; mouvements le plui souvent limites aux membres
Milerieurs, et envahissant quelquefois aussi les membres superieurs. Dans ces der
niers fails peut-etre y a-t-il lesion simultouee d autres centres nerveux, notu.ni-
aient de la moelle?
Quant a 1 incoordination qui accompagne les lesions de la moelle epiniere et
qu on peut prendre pour type dans 1 etude de ces phenomenes, il en sera ample-
ment question dans un autre article. (Voy. ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE.)
2 De 1 ataxie dans diverses maladies generates.
L ataxiea ete observes dans le cours de la syphilis, et les medecins qui Font vue
ceder a un traitement specifique en meme temps que s amendaient les autres acci
dents de la maladie, etaient fondes a la considerer comme 1 ufl des effets de 1 etat
52 ATAXIE JIUSCliLAIKE.
constitutionnel ; mais par rjuel lien elle s y rattache, et si c est en raison d un siege
particulicr des lesions sypbilitiques, c est cequele manque d autopsies nepermetpas
tie decider. La maladie connue en Norwege sous le nom de Spedalskhed et qui
est identique avec I elephantiasis des Grecs, presente quelqucfois dans sa forme
anestbete une insensibilite profonde et generalisee a laquelle s ajoute 1 ataxie
musculaire; 1 anatomie pathologique fait voir, dans la meme affection, une degene-
rescence speciale des nerfs sensitifs, qui peut se propager jusqu aux racines ner-
veuses et aux cordons posterieurs de la moelle. - - Dans la pellagre on a depuis
longtemps remarque un certain defaut d equilibre des muscles moteurs
(Hameau), le brusque affaissement du corps ou encore des impulsions locomotrices
irresistibles, ct ilcst a nolcr que cbez une pellagreuse du service de M. Baillarger,
BI. Boucbard a pu constatcr une sclerose avec depots amyloides dans les cordons
mediillaircs posterieurs. En fin 1 espece de p.iralysie qui survient a la suite des
angiiirs diphtheriques parait, danscertains cas, n etre autro chose que de 1 ataxie;
clle debulc par des fourmillements dans les extremites, puis les malades ont peine
a se tenir debout, ils marcbent mal et, les yeux formes, ne peuvent avancer d un
pas; la mydriase avec emblyopie ct le strabisme achevent parfois d efablirl analogie
cntre les accidents pseudo-paralytiques et la maladie decrite par M. Ducbenne.
Passons maintenant aux maladies gcnerales resultat d un einpoisonnement, et
d abord a 1 alcoolisme. L intoxication aigue, 1 ivresse, offre une image si complete
et si bicn connue dc 1 ataxie musculaire, que les nosograpbes s en servent constam-
ment commc point de comparaison quand ils out a dccrire 1 incoordination motrice
ct plus specialement celle des affections cerebelleuses. Le meme empoisonnement,
en se repetant, Unit par conslituer 1 alcoolisme chronique, cause si puissante de
troubles infinimcnt varies de 1 innervation, et, entre autres,de 1 ataxie locomotrice
progressive ; seulement ici J alcoolisme n agit que mediatement en favorisant la pro
duction dans la moelle epiniere de lesions dont 1 ataxie est le symptome direct.
Parmi les autres agents toxiques nous ne trouvons guere que i atropine, dont Fin-
gestion assidue donne lieu a la maladresse des mains, a une titubation comparable
u cello de 1 ivresse, a une extreme difficulte de la station verticale et a un trouble
general des mouvements analogue a celui de la paralysie generale (Michea., Des
effets physiol. de I atropine. In Gaz. des hop., 1861); puis les composes satur-
iiins , comme il resulterait d une observation de M. Tessier (De 1 ataxie muscu
laire, Paris, 1862). Les faits de cette espece sont insolites, et Ton peut dire, en
these generale, que par-mi les effets des poisons nevro-nwsculaires. 1 ataxie est une
des manifestations les moins communes.
5 De 1 ataxie dans les neuroses. Ici encore, contrairement a ce qu on
serai t tcnte d admettre a priori, 1 ataxie est loin d etre frequente. C est a peinc si
1 on peut citer quelques exemples d hysterie ou ce phenomene ait ete constate.
Le plus souvent, ce qu on y rencontre, c est 1 etat morbide si etrange que M. Dn-
chcnne appelle perte de V aptitude motrice independantedelavue. Les malades
qui en sont atteintes, a part un peu de maladresse resultant de la perle des sen
sations tactiles, executent a merveille tous les mouvements volontaires quand elles
peuvent les suivre des yeux ; mais que la vue cesse de les guider, aussitot e .le--
denennent incapables d exercer un mouvement quelconque. Mentionnor.s encore
ici, fauted un classement plus rationnel, les phenomenes ataxiques qui peuvent c
rattacher, a litre de phenomene sympathique ou reflexe, a la presence d heimin-
tbes, et cesser avec 1 expulsion des entozoaires. M. Topinard a reuni trois faits de
ce genre (De 1 ataxie locomotrice. Paris, 1864, p. 53)
s
A TAX IK MUSCULAIRE. 55
II. ANALYSE DU SYMPTOME ATAXIG JIUSCULMRE, son mdcanisme. On pent dis-
tinguer qualrc formes as.scz nettement definies, do 1 ataxie musculaire quatre
modes differents suivant Icsque .sse prod nit le desordre dc la musculation, formes
qui, Lien entcndu, ne s exelucnl pas 1 une I aulre : 1 1 ataxie resultant du
\ertigeou des impulsions inyolontaires ; 2 la vacillation sans vertige; 3 1 a
taxie resultant de I anesthesie; 4" 1 alaxie spasrnodique ou choreiforrae.
1 Ataxie resultant du vertige et des impulsions involontaires. Chez
les vertiginous cc sont presque toujours des mouvements involontaires et mal
ordonncs qui troublcnt 1 equilibre. Tantot mouvements inconscients qui entrainent
le corps dansle sens mSme du vertige, en vertu, sans doute, de cette influence
specials de la vuc, demontree par M. Chevreul dans une experience devenuc
celebrc. D autres fois reaction instinctive et serni-volontaire centre la sensation
d entrainemcnt que donne le vertige ; reaction intempcstive, et qui provoque
a son tour des displacements en sens contraire, ou la surprise jette la precipitation
et le desordre.
Les impulsions involontaires et irresistibles semblent etre un pbcnomene au
moins fort analogue. Elles ne s accompagnent pas toujours d une sensation dis-
lincte dc vertige; mais, comme une force interieure et mysteiicuse, ellcs poussent
invinciblement le malade en avant, en arriere ou de cote, le font tourner sur
lui-meme ou 1 obligent a des mouvemenls de tete etranges et sans but. Pendant
ce temps, les contractions rnusculaires peuvent n avoir, rien d ataxique en elles-
memes, et les mouvements d ensemble se coordonner de leur cote regulierement.
L illusion qui domine la volonte produit seule un desordre extreme, veritable delire
du mouvement, suivant 1 expression de M. Bouillaud.
2 Vacillation sans vertige. Cette espece de titubation ou de marche oscil-
lante se voit surtout dans Tebriete et dans les affections cerebelleuses. Elle tient,
dit-on, a ceque les malades perdent le sens dela verticale. Analyses de plus pres
elle parait resulter de la dil ficulte qu ils ont a reconnaitre dans quel sens leur
equilibre est menace, de la lenteur avec laquelle la sensation leur en arrive, ou
de la paresse musculaire qui retarde 1 effort necessaire pour prevenir le danger.
L equilibre, dans la station et la marche, est toujours instable, et, pour le
rompre, il suffit cl un faible deplacement du centre de gravite. Aussi les muscles
des membres inierieurs doivent-ils toujours etre prets a empecber ce deplacement
des qu il menace de se produire. Avec le moindre retard, 1 effort necessaire
s accroit dans des proportions telles que presque aussitot il devient impossible.
Des lors il faut, pour eviter la chute, que la base de sustentation se deplace
par un mouvement rapide du pied, dans la direction ou le corps semble entraine.
Aussi, de deplacement en deplacement, 1 ataxique vacillant oscille sans cesse snr
un membre et sur 1 autre, projetant au loin ses jambes et allongcant son pas pour
eviter une chute a tout moment imminente. Comme si, insoucieux de 1 equilibre,
il attendait toujours que les choses soient au pire pour songer a y porter remede.
5 Ataxie resultant de I anesthesie. Ici les rnalades capables d executer, dans
certaines conditions, des mouvements parfaitement reguliers, commettent a toute
minute de singulieres gaucheries ; laissent tomber ou brisent les objets qu elles
tiennent eutre les mains ; achevent maladroitement ce qu elles ont bien commence ;
font en marchant des faux pas ou des glissades inattendues. C est que la sensibility
manquant a ces malades, leurs mouvements n ont plus d autre guide que la vue.
Taut qu elles apercoivent celui de leurs membres qu elles mettent en mouvement,
elles le diligent avec precision vers 1 objet qu il doit atteindre. Mais sitot que la
54 ATAXIE MUSpLAIRK,
vue cesse d intervenir, le mouvement regulier se change en contortions impuis-
santes. La vue tient en ce cas le role de la sensibilite eutanee absente, tellement
qu elle peut etrea son tour supplt ee, comme I amontre M. Lasegue, par la sensibilite
persistante d un point de la peau non anesthesie avcc lequel la main insensible
est mise et contact. Or, pour remplir convenablement sa fonction directrice, 1 ceil
doit suivre avec une attention soutenuele mouvement qui s operc, sons peine dele
voir s interrompre ou se devier. Mais 1 insouciance habiluelle des hysteriques leur
rend cette surveillance incessante parliculiercment diflicile, et, a la moindre
distraction, 1 objet tenu dans la main s echappe et se brise, le pied perdu de vue
s arrete ou glisse de travers. En general, 1 anesthesie limitee a la peau apporte
peu de trouble dans le mouvement; aux doigts elle rend la main maladroite,
incapable de saisir de tres-petits objets; a la plante des pieds elle exagere I ampli.
tude des oscillations du tronc pendant la marche (Eigenbrodt) ; riendeplus. II en
est autrement lorsque 1 anesthesie occupe les masses musculaires, et c est alors
que se montre 1 ataxie veritable.
4 Ataxie spasmodique ou choreiforme. Le mode particulier de desordre
du mouvement que nous designons amsi, est cclui que Ton observe dans la ma-
ladio di crite par M. Duchenne (de Boulogne), sous le nom d ataxie locomotrice
progressive. 11 differe tres-notablement des modes d ataxie que nous venons
d etudier. On n y constate ni vertige, ni ancune impulsion involontaire distincte.
Au lieu de I especc d indifference pour I equilibre, de ces mouvements ondulants et
soiiples que nous avons vus caracteriser notre seconde forme, une incessante terreur
de la chute contracte les muscles, roidit les articulations, precipite etenchaine les
mouvements. Ce tableau ne differe pas moins de 1 ataxie des anesthesiques si bicii
corrigee par la vue, en general proportiorinelle au degre de 1 anestliesie, enfin
faite d hesitation et de maladresse, mais non de brusquerie et de saccades.
Si nous cherchons maintenant a analyser les elements de ce desordre, nous v
retrouvons la plupart de ceux que nous avons vus deja dans les autres formes : la
difficulte d equilihration, 1 irregularite des mouvements, la necessite d une inter
vention constanle de la vue pour remedier a leurs defectuosites, enfin 1 anestliesie
a un degre variable ; de plus nous remarquons une sortede brusquerie spasmodique
dans les mouvements, que nous n avionspas rencontre u prccedcmment, et peut-
etre certaines modifications dans 1 aptitude aux mouvements reflexes,
a. Difficulte d equilibration. Au repos et dans la station, de continued efforts
pour maintenir 1 equilibre et des contractions energiques dans les membres infe*
rieurs ne parviennent pas ou parviennent a peine a assurer la stabilite, faute d une
continuite et d une regularite suffisantes. Pendant la marche lepas se raccourcit
et se hate, le pied se projetle convulsivement le talon vient i rapper bruyaiii-
ment le sol ; et c est encore dans la dilficulte de maintenir 1 equilibre que
reside la cause principale de cette allure particuliere. Car, pour que la progression
s execute regulierement, il faut, pendant 1 oscillalion operee tour a tour par
chacun des deux membres inferieurs, que le membre sur lequel repose le poids
du corps maintienne solidement 1 equilibre. Or 1 ataxique, s y trouvant mal habile,
abrege mstinctivement la duree du pas en laisant intervenir precipitamraent 1 action
musculaire dans un temps de la marche ou d ordinaire elle agit a peine. En outre,
les efforts irreguliers qui se passent dans le membre appuye sur le sol retentissent,
dans celui qui oscille,en secousses d apparence convulsive. Wais elles ne sont autre
chose que des mouvements associes ; et la preuve , c est qu il suffit d eviter au
i:i:.ladc lout effort d equilibration pour voir ces srcousses disparaitre entieremeut
ATAXIE MUSCULAIRE. 55
oudiimoins entres-grandepartie. De la sorte on s explique pourquoi cbez les
ataxiquesl etat semi-convulsif s exagere si prodigieusement des qu ils sont de-
bout, et comment un mouvement qu ils peuvent, aulit, faire assez regulierement,
te change alors en contractions desordonnees.
b. L irregularite et la direction vicieuse des raouvements paraissent dependre
de deux causes : des secousses ou saccades semi-convnlsives qui surviennent
pendant les mouvements volontaires et en alterent la direction ; des contractions
inhales et inegalement rapides des differents muscles ou groupes de mus
cles qui doivent participer au mouvement (muscles synergiques, muscles anta-
gonistes).
c. I/influence correctrjce de la vue n est pas ici a beaucoup pres aussi efficace
que dans la forme precedente. Avec son aide le malade dirige un pen mieux, mais
ne rectifie pas completement ses mouvements ; sans elle il se meut plus mal,
mais il continue toujours de se mouvoir. C est que 1 anesthesie n est jamais absolue
et que, d autre part, il y a dans cetle forme d ataxie un element sur lequel la vue
n a pas directement prise, 1 elenient spasinodiquc. Du reste la vue pent contri-
buer a 1 equilibre de la station lors meme qu elle ne se dirige pas vers les membres
inferieurs. II suffit qu elle donne au malade, par le mouvement apparent des ob-
jets qui renvironnent, la conscience precise et immediate de ses propres oscilla
tions, pour 1 aider a y porter remede. Les dilficultes de la marcbc etant surtout
des difficultes d equilibration, on comprend que 1 intervention de la vue y aitune
importance egale. (Pour Faction de la lumiere ou de 1 obscurite, voy. p. 61 .)
d. L aneslbesie parait n avoir pas ici non plus la meme importance que dans
1 ataxie des hysteriques, elant inconstante, variable quant a son degre, et sans
rapport avec 1 intcnsite des desordres du mouvement. Mais les modes de la sensi-
bilite sontsi divers et si independants les uns des autres, que ce disaccord apparent
se reduit peut-etre a notre ignorance relativement au mode d insensibilite qui
importe reellement. (Voy., sur la sensation d activite musculaire, les rechercbes
de M. Jaccoud).
e. L 1 element caracteristique dans cette forme de 1 ataxie, element qui cependant
ecbappe a nos interpretations, c est la brusquerie semi-convulsive des contrac
tions musculaires. Quelques medecins ont pense que certaine modification de
1 aptitude aux mouvements reflexes devait y avoir part, mais cette opinion souleve
deux objections : 1 On ignore, dans la plupart des cas, 1 etat de cette aptitude
cbez les ataxiques; les uns 1 y trouvant diminuee, d autres toujours exageree,
2 les fails que Ton donne pour preuve d une tendance a 1 exageration de ces
mouvements peuvent recevoir d autres interpretations ; notamment les saccades
de la marche dont il a ete question et les soulevements des tendons sur le dos dn
pied sous 1 influence du contact d un sol froid, soulevements qui disparaissent
de meme, des que Ton supprime pour le malade toute difficulte d equilibration en
lui fournissant un point d appui.
III. RAPPORT DE L ATAXIE MUSCULAIRE AVEC LES LESIONS DD SYSTEME NERVEUX. On
a pu se convaincre, par ce qui precede, que 1 ataxie musculaire ne suppose pas neces-
sairement la lesion d un point du systems nerveux qui aurait pour fonctior
fpeciale de coordonner les mouvements. Preuve: 1 ataxie que 1 anestbesic
determine. Neanmoins on trouve des exemples de localisation assez precise
dans la titub;ition des affections cerebelleuses, dans les impulsions involontaires
qui accompagnent certaines lesions de la protuberance ou des pedoricules cerebel-
leux moyens, dans 1 ataxie a forme spasmodique qui est en rapport habituel avec
5G ATAXIti .M IISC li LA I UF,.
ies alterations des copious postericurs de la moelle. Toutes ces localisations n o;it
pas unc vuleiir i galc an point de vue semiologique ; ct, par exemple, celle qui
eoncerne, les impulsions iuvolontaivcs laissera quelque incertitude a 1 esprit, si 1 on
songe que M. Vuljiiaii a pu comptcr dans I encepbale onze points difiercnls on Ies
lesions determinent des phenomenes du meme genre (Vulpian, Lefons sur la
Phtjsiol. du sijsl. nerv . Paris, 1866, p. 585).
Quant a leur mecanisme intime, ces perturbations speciales de Tactivite ner-
veuse participent a 1 obscurite dont s entoure la fonction physiologique. A peine
sait-on, par cxcmplc, si les inouvcmcnts gyratoires provoques par Ies lesions de
certaines parties de 1 islhmc, rcsultcnt d une sensation vertigineuse, d une paresie
limitcc, ouau, contraire, d une exageration particlle de 1 excitation motrice. On
a tcnle do pousser plus loin Interpretation du symplome, en ce qui concerne
1 ataxic locomotricc, sans y reussir jusqu ici completement. De toutes Ies theories
a 1 aide desquelles on s est efforcc de lui donner une interpretation satisfaisante, la
pins complete est cellequeM. Jaccouda exposee dans son Traite de la paraple~
ijieet de I ataxie. Orcelle-la meme soulevc encore de tres-nombreuses difficultes.
I.es troubles alaxiinies attendent done encore pour leur interpretation definitive
ilcs notions physi ologiques plus completes quecelles dont nous disposons actuelle-
nicnt. Remarquonscependant, quo la participation des divers changements de la sen-
sihilite conscienle ou inconsciente a ces troubles du mouvement est le fait des
niaintenant le mieuxacquis pourcette interpretation; celui que 1 anatomie, la phy
siologic experimentale et l obsei vation,clinique concourent a etablir de la fagon la
plus positive. C. POTAIN.
BIDUOGRAPKIE. HEsocH. Die Muskelbewegungeiider Menschen und der Hausthiere. Berlin,
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JANSEN. Progr. Locom. Atax. following Ang . Diphth. InBrit. and for. med. chir. Rev., Jan. 1806.
Voir pour complement de la bibliographic celle de 1 article suivant. C. P.
LOCO9IOTRICE PROGRESSIVE. Sous ce nom, propose par
M. Duchenne (de Boulogne), on designe une maladie chronique des centres ner-
veux, principalement caracterisee : 1 an point de vue des symptomes par Tin-
coordination, sans paralysie, des mouvements volontaires, par une anestb.esie
cutanee et musculaire a peu pres constante, des douleurs speciales, la paralysie
des nerfs moteurs oculaires; et 2 anatomiquement, par des alterations particu-
ieres qui occupent surtout Ies cordons posterieurs de la moelle et les racines
posterieures des nerfs rachidiens.
ATAMR LOCOMOTRICE PROGRESSIVE. 57
Suivant que les autcurs out fi\c leur attention sur les caracteres anatomiques
on symplomatologiques de cette maladie, ils lui out impose des noms diflerents.
Les unsront appelee paralysiespinale progressive, asijnergie ouataxie locomo-
trice, etc. ; les autres, atrophieoa degenerescence grise des cordons posterieurs
de la moeMe, myelophthisie, myeliie, etc. Romberg 1 a decrite sous le nom de
tabes dorsal.
Des desordres fonctionnels a part; une evolution soumise a un type assez fixe 4
le rapport regulicv qui rattache les symptomes a des alterations de texture elles-
memes d une uniformite remarqualjle ; e en est assez pour imprimer a co
groupe de fails morbides une physionomic distincte, originate, et pour 1 airo classer
I ataxielocomotrice progressive parmi les cspeces cliniques les mieux etablies.
La description qui va suivre est destinee a justifier cette proposition.
A. Symptomes de I ataxie locomotrice progressive. On peut les diviser en
symptomesjsjjmfltix, et en symptomes crdniens, suivant qu ils s expriraent plus ou
moins directement 1 etat pathologique de la moelle et des nerfs rachidicns, on bicn
1 affection des nerfs cephaliques. Les premiers pourraient egalement recevoir le
nom de symptomes essentiels, les seconds de symptomes accessoires; les uns
consistent en troubles de la motiliic et de la sensibilite du tronc et des membres;
les autres se passent dans les muscles oculaircs et les organes des sens.
1 Sijmptomes spincmx ou essentiels (Troubles de la sensibility et de la
motilite).
a. Dans quelques cas, rares a la \erite, on constate dans un point du ra-
cliis une douleur que la pression exagere ; mais presque jamais les malades ne
1 accnsent spontanement. Ce dont ils se plaignent beaucoup plus souvent, c est un
sentiment de constriction penible qu ils comparent a une ceinture nouee autour
de la poitrine ou de rabdomcn, ou qui etreindrait par moments la moitie du tronc ;
qnelques-uns se senteat conime emprisonnes dans une cuirasse ou dans un ve-
tement elastique trop serre. D autres, et c cst le plus grand nombre, eprouvent
dans la sensibilite des membres inferieurs des modifications extremement frap-
pantes, et qui se rapportcnt aux deux chefs de 1 hyperesthesie et de I anesthesie.
L exaltation de la sensibilite, moins constante que 1 etat oppose dont il sera
question plus loin, se traduit par des doulcurs particuliercs, tres-vives, quelquefois
atroces (douleurs fulgurantes), semblables a celle que produirait une vrille en-
foncee dans les tissus, un coup de marteau, une decliarge electrique, la pression
d unetau, etc. Ces douleurs, tantot rapides comme 1 eclair, tantot plus persistantes
et se prolongeant pendant quelques secondes ou quelques minutes, ont pour
siege de predilection les membres inferieurs, et s y font sentir dans un point peu
elendu (quelques centimetres), au niveau duquel la peau supporte impatiemment
meme le plus leger contact, comme dans la dermalgie. El les reviennent en genem!
par paroxysmes, persistent pendant plusieurs minutes ou plusieurs heures, et ca-
rement dans le cours d une meme crise elles abandonnent la region qu elles ont
envaliic, pour se porter ailleurs , leur arrivee soudaine surprencl le malade et lui
arrache des cris. De plus, a ces elancements subits s ajoute quelquefois une sonf-
france continue qui, pendant la duree de 1 acces, se repand sur de plus grandos
surfaces, gagnant le tronc, la tete, etc. Soumises dans leurs relours et leurs exa
cerbations aux variations atmospberiques, devenant souvent plus fortes vers le soir
ou pendant la nuit, les douleurs fulgurantes des ataxiques en imposent facilement
pour des douleurs rhumatismales.
Parmi les symplomes les moins inconstants et les plus precoces de la maladie
tig ATAXIE LOCOMOTR1CE PROGRESSIVE.
figure 1 anestMsie des extremites : Anesthesie cutanee avec toutes ses variets,
Jcpuis la simple obtusion des impressions douloureuses (analgesic), jusqu a Tab-
sence complete du tact, ou meme, ce qui est moins frequent, jusqu a 1 ubolition
des sensations de cliaud et de froiil ; Anesthesie musculaire, les masses charnues
devenant insensibles au pincement profond et supportant sans douleur de crampe
le passage d un fort courant electrique. Quelquefois le malade est incapable
d apprecier la position occupee par ses membres, 1 etat de flexion ou d extension
qu on imprime a ses jointures (Anesthesie articulaire). Presque toujours il ac
cuse en meme temps un engourdissement, des fourmillements, ou bien des sen.
sations bizarres de gonflement, d epaississement, de distension.-- L anesthesie
debute par la plunte des pieds et la paume des mains, volontiers par le petit doigt
et 1 annulaire, et s etend de la a la jambe et a 1 avant-bras, a la cuisse et au bras.
Legere, elle entraine un simple retard entre les impressions tactiles ou douloureuses
provoquees par 1 observateur et la perception accusee par le malade ; profonde, ellc
delimit tonte nption de contact avec le sol ou avec le lit, et, a un degre encore plus
avance, va jiis(|n A 1 inconscience de 1 altitude, a moins que le malade ne recon-
naisse celle-ci a 1 aide de la vue.
L affaiblissement ou la perturbation de la sensibilite genitals marche de pair
avec ces symplomes : anaphrodisie avec defaut d ereclion, ou erection prolongee
sans ejaculation ; ce sont la des formes d impuissance frequenteschezlesataxiqueset
qui souvcnt signalent [ invasion de lenr maladie-
b. Mai-; r f.st la motilite qui fournit les symptomes les plus caracteristiques.
Au debut, le malade pent encore marcher, courir, sauter, executer a volonte
tel mouvement qu on lui ordonne de faire; mais deja il a peine a suivre une ligne
droile; il s arrete malaisement une fois qu il a pris son elan, et risque de tomber
quand on 1 oblige a tonrner sur lui-meme pour revenir sur ses pas; plus tard son
allure devient titubante, manque d assurance et de fermete; il festonne legerement
comme un homme ivre. On le voit, ecartant les jambes pour se donner une plus
large base de sustentation, frapper fortement et hativement le sol avec la plante
des pieds, comme s il craignait de le manquer (de la le nom de pietineurs,
(Stampfer) qu on donne vulgairement aux ataxiquesen Allemagne). Un moment
arrive ou il ne peut guere se tenir debout sans etre soutenu par des aides, ou il
projette lollement les jambes a droite et a gauche, a la fac.on des choreiques qui
se perdent en mouvements ebauches avant d atteindre le but qu ils se sont pose.
Gette incoherence des mouvements semble s accroitre en raison meme des efforts
que fait le malade pour la corriger. A une periode plus avancee encore, il ne peut
plus se lever, ni meme se tenir assis dans une chaise.
Une particularite importante, c est que chez 1 ataxique la difficulte de la station,
de 1 equilibration, et, a plus forte raison, de la progression, est singulierement aug-
mentee quand il ferme les yeux. ou se trouve plonge dans 1 obscurite (et trop
souvent, comme il sera dit plus loin, Tamaurose realise cette facheuse condition),
ou encore quand il marche areculons. Place debout, les pieds joints, lespaupieres
closes, il se met aussitot a osciller, puis penche et menace de tomber. Dans les
X)uloirs oulesescaliersmal eclairesil fait des chutes frequentes. Quand la cecitesur-
tisnt, la station assise devient elle-meme difficile, le malade s affaisse, glisse du
siege sur le parquet et tombe apres avoir fait de vains efforts pour se maintenir.
Des phenomenes analogues peuvent se remarquer dans les membres superieurs :
difficulte d abord, ensuite impossibilite de se servir des doigts pour tout mouve
ment complexe et qui exige de la precision : pour faire un travail manuel, saisir un
ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE 58
objet delie, ecrire, manger; augmentation du desordre en proportion de 1 energie
avec laquelle la voloute intervient poor le reprimer.
Beaucoup plus rarement ce de?ordre s etend aux muscles de la face ou a ceux
qui servent a l;i plionation on a 1 articulution des mots.
Chose remarquable : alors meme qu a force d etre desharmonique, la motili .f
semble annulee, on voit chez ces malades pcrsister une vigueur musculaire sur-
prenante et exclusive de toule paralysie leelle. C est ce dont il est facile de se
convaincre en leur voyant soulever des poids, vaincre des resistances conside
rables, et mieux encore en mesurant, a 1 aide d un dynanometre, la force avec
laquelle ils executent la flexion des doigts, ou celle de la jamhe sur la cuisse, etc.
La puissance individuelle de chaque muscle (sauf le cas d atrophie par inaction
prolongee des fibres charnues), semaintient presque intacte, et quand tout mouve-
ment d ensemble est devenu impossible, le malade fait encore aisement dans
son lit les mouvcments simples de flexion ou d ex tension desjambes, etc.
Ce n est pas que les veritables paralysies manquent toujours et jusqu a la fin
chez les ataxiques : la paraplegie pent envaliir les jambes; 1 excretion des feces et
de I lirine pent etre empechee par 1 incontractilite du rectum ou de la vessie, on
devenir involontaire par suite de la faiblesse des sphincters correspondents; ce-
pendant Ja manifestation precoce de ces derniers symptomes atteste pin tot 1 insen-
sibilite des membranes muqueuses au contact des produits excrementitids.
2 Symptomes crdniens ou accesaoires (Paralysies des nerfs encephaliques).
Les fonctions cerebrales proprement dites ne sont nullement troublees : les ma-
lades conservent toute leur intelligence ; ils out meme une sorte d insouciance
qui surprend au milieu d un etat si grave. En revanche, les nerfs craniens sont
frequemment affectes, et surtout il est commun d observer, qnelquefois meme des
le debut, une paralysie de la troisieme et de la sixieme paires, principalement de
la sixieme, qui entraine a sa suite le strabisme ct la vision double (diplopie). Ces
phenomenes peuvent n etre que passagers et disparaitre pendant que les autres
accidents poursuivent leur marche progressive. L un des effets de la paralysie du
moteur oculaire commun, est la dilatation de la pupille de 1 eeil correspondant, dj-
lalalion d autant plus frappante qu une extreme etroitesse des ouvertures pupil-
laires se remarque ordinairement, chez les ataxiques, par suite de 1 inaction des
fibres radices de Tiris. On observe souvent aussi une amblyopie ou une amaurose
complete, liee a fatrophie de la papille et du nerf optique, soil d un seul cote,
soil plus rarement des deux cotes a la fois ou successivement. Eufin, on cite
quelques cas de paralysie de la face, et quelques autres de surdite.
Rien on presque rien a noter quant aux fonctions organiques. L appareil diges-
tif, a 1 exception des vomissements qui surviennent par acces chez certains malades
etdela constipation deja mentionnee, continue afonctionner normalement. La nutri!
tion generale se maintient assez bien; celle des muscles eux-memes ne s altere
qu a Ja Jongue, et c est seulement dans une periode ullime qu on la voit aboutir
a une sorte d atrophie generale et unil orme. La menstruation est souvent snpprimee
Marche, duree, terminaisons. Eu egard a la marche des accidents, M. Du-
clienne admet trois periodes :
Dans une premiere periode apparaitraient : 1 les paralysies oculo-motrices;
2 ramaurose; 5 les douleurs fulgurantes ; c est en quelque sorlele stade prodro-
mique de 1 affection, stade qui peut se prolonger pendant plusieurs mois et meme
plusieurs annees, sans que d autres symptomes s y ajoutent. La di uxieme periode
serait signalee par 1 anesthesie et par Fincoordination motrice, envabis^ant d .i-
CO ATAXIE LOCOMOTR1CE PROGRESSIVE.
Lord les membres inferieurs, plus tard les membres superieurs. La Iroisieme pe-
node ou periode terminale, s accuse par 1 aggravation de tons les symptomes ;
c est alors que les malheureux ataxiques, aveugles, condamnes a I immobilite ab-
solue, ue pouvant releair leurs ieces et leurs urines, finissent par succomber avec
des eschares au sacrum, ou par 1 effet de quelque maladie intercurrente.
Telle est, en effet, frequemment la succession des phenomenes. Mais bien d au-
tres combinaisons peuvent se rencontrer : les symptomes eculaires, souveat pre-
coces, sont quelquefois tardifs ou absents; les douleurs fulgurautes et 1 aneslhOsie
peuvent faire defaut; de plus, 1 intensite des symptomes varie considerablement
d un cas a 1 autre. De la les nombreuses formes de la maladie admises par quel-
ques auteurs, et dont la valcur scmble fort contestable (forme oculaire, forme
douloureuse, forme fmsle, etc.). Nous en dirons autant des trois formes basi.
laire, cervicale, lombaire, fondues sur le mode de debut de 1 ataxie.
La duree est generalement longue : dix, vingt ans et davantage, pendant les-
quels des ameliorations et des aggravations alternent souvent, et disparaissent
mcme certains phenomenes, tels que 1 amblyopie et les paralysies oculo-motrices;
mais la tendance a 1 aggravation prevaut, et ne justifie que trop 1 epithete
de progressive donnee a la maladie. La guerison complete est exlremement rare.
L ataxie pcut se compliquer d atrophie graisseuse des muscles, de paralysies
partielles, de paralysie generate, de contractures, etc.; ou plutot la lesion anato-
mique qui lui est propre peut provoquer ces manifestations lorsqu elle franchitses
limitcs liabituelles ou change de caractere.
Etiologie. Fort obscure comme celle des autres maladies des centres nervcux
Ce qu on sait de plus positif a cet egard, c est que 1 ataxie est beaucoup pins Ire-
quente chez l homme que chez la femme; qu elle debute rarement avail t trente
ans et apres soixante; qu aucune constitution, aucun temperament n en j re
serve, ni ne predispose a la contracter; qu elle se montre parfois chez plusieurs
personnes de la memo famille, et de preference dans les families ou suvissent
d autres affeclions du systeme nerveux; que, parmi les m;iladies diathesiques aux.
quelles elle pcut etre rattachee, le rhumatisme parait joucr le role le plus impor
tant : tout au moins 1 impression repetee du froid humide se trouve-t-elle fre
quemment notee dans les commemoratifs, ainsi que diverses manifestations ante-
rienres d une disposition arthritique. L influence de la syphilis est douteusc.
Quant a Tabus des plaisirs sexuels, on le considerait autrefois comme la cause
par excellence des maladies spinales, et pour les anciens le nom de tabes dorsal
rappelait inevitablement 1 idee d onanisme, de debaucbe ou de spermatorrhee.
II y avait la une exageration evidenle, bien qu a vrai dire les exces veiicriens
comme tout ce qui surexcite et epuise le systeme nerveux (abus des alcooliques
exercice immodere, veilles, fatigues de toutes sortes), occupent une place ini-
portante dans cette etiologie. Parmi les causes determinantes, il est inleressant de
noter les chutes sur la colonne vertebrale. Des symptomes ataxiques on t etc vus
dans le cours de la pellagre; ils paraissent alors etre lies a une lesion medullaire
que cettc derniere affection enlraine apres elle. Nous n y insisterons pas ; nous
ne dirons rien non plus des pretendues especes diphtheritiquc, rachitiqua, can-
cereuse, paludeenne, hysterique, etc., designations au moins inutiles, imagiiiees
pour les cas ou la maladie spinale s observe a la suite d une autre maladie, sans
lien de causalite avec elle.
Anatomie palhologique. A part quelques exceptions lort rares et jusqu ici iuex-
pliquees, des lesions anatomiques se rencontrent constamment dans les centres ner-
ATAXlli LOCOMOTlUCfc 1 ltOUKESSlVE. Cl
veux des ataxiques. Avec une untformite relative des plus siugulieres, ccs lesions
occupent en general la region dorso-lombaire de la moelle, surtout a sa partie infe-
rieure,beaucoup plus rarement la region cervicale. De ce point de depart, elles s e-
tendent ea bas aux filaments de la queue de clieval , superieurement jusqn a 1 ence-
phale, frappant presque loujours symetriquement Ics dcuxmoitiesde la moelle, et
se limitant d abord aux seuls cordons poslerieurs, on 5 ces cordons et aux parties qui
y touchent, savoir : aux racines posterieures des nerfs rachidicns, et a la sub
stance grise avoisinante (conies posterieures} ; 1 envahissement des faisceaux late-
raux et anterieurs cst accidentel et n a lieu qne tardivement. En cffet, an lieu dc
gagner sur place, de proche en proche et dans le sens de 1 epaisseur de la moelle, les
alterations dont il s agit semblent s attacher aux faisceaux et racines posterieurs;
elles tendent a s y propager longitudinalement, marcbant de bas en haul vers 1 ence-
pbale, et diminuant par degres a mesure qu elles s eloignent de leur siege primilif.
L uniformite est moindre quant au mode particulierde ces alterations, envisagees
dans ce qu ellesont de plus apparent. Tantot les parties malades se presentent avec tin
aspect et une coloration qui out pu faire croire a une production anormale de sub
stance grise de la moelle ; tantot c est un etat gelatineux et translucide qu on ren
contre ; la consistance du tissu nerveux, le plus souvent diminuec(ramollisscmcnl),
est quelquefois accrue (sclerose); la moelle sensiblement reduitc de volume
dans la plupart des cas, pavait, dansquelques-uns, elargie dans lesens transversal.
Rarement on trouveles racines posterieures saines, etles lesions <|ii on y constate
(diminution de volume, etat gelatineux , transformation celluleuse, etc.) sont
dans un rapport constant avec celles des faisceaux, leur maximum correspondant
aux points les plus corapromis de la moelle , leur minimum aux regions les
nioins alterees. Quant aux nerfs qui font suite a ces memes racines, ils nc pre
sentent aucun changement appreciable dans la partie extra-rachidienne dc leur
trajet (ce qui, pour le dire en passant, doit faire rejcter 1 idec d unc lesion qui cn-
vahirait le svsteme nerveux de la peripherie vers les centres.)
Ajoutons que les nieninges spinales n echappent pas toujours a 1 alteration : des
epanchements dans le tissu cellulaire sous-araclmoiclien, 1 adherencc plus ou nioins
etendue des feuillets sereux , 1 epaississement de la dure-mere , une injection
vasculaire de cette membrane et de la pie-mere , se voient frequemment an
niveau des portions malades de la moelle. Quant a 1 enccpliale, le ccrvelct est
prcsquc toujours intact, tout au plus offre-t-il une legere injection sanguine : mais
on note,soit des alterations analogues a celles des cordons spinaux (quoique moins
prononcees) , soit des simples byperemies, dans le bulbe, la protuberance, les tu-
bercules quadrijumeaux, les bandelettes et les nerfs optiques et, exceptionnclle-
nient, dans d autres nerfs craniens.
Reste a determiner la nature de ces modifications morbides prises dans leur
ensemble. L examen microscopique , confirmant les donnees fournies par la
simple inspection, demontre qu il s agit ici d une destruction des elements ner
veux, d une veritable atroplne.
a. Dans la substance blanche des cordons posterieurs, devenue grise ou jsu-
uatre, ontrouve les tubes nerveux clair-semes, pales, greles, variqucnx, reduils
parfois a leur seule gaine ou presentant un contenu granuleux ; quelques-tms con-
servent encore leur cylinder axis. La substance hyaline ou nevroglie, sorte
de gangue ou ces tubes sont implantes, a perdu son bomogeneite pour pren-
dre un aspect fibvillaire ; on y aperc.oit, avec des granulations aniorpb.es en
grands quantite, un certain nombre de noyaux allonges et quelques cellules
62 ATAX1E LOCOMOTRICE 1 KOGKESSIVE.
plusrares (peut-etre les noyaux appartiennent-ils, du moins pour la plupart, aux
games nerveuses) . Des corpusuules amyloi dess y renconlrent egalement enquantite
variable. Les vaisseaux ont pris uu developpement marque : plus apparents, plus
larges, plus nombreux qu a 1 etat normal, ils ont des parois epaisses, composees
deplusieurs couches, au milieu desquellts abondent les granulations graisseuses.
b. Dans les comes posterieures de la substance arise, memes alterations, mai
moins accusees : injection du reseau capillaire, d ou la leinte rougealre de cette
substance; quand on y observe line coloration plus foncee, noiratre, elle estdue
a la presence de nombreux granules pigmentaires, vestiges, selou toute probabilite,
de petits epanchements sanguins. Comme dans la substance blancbe, on voil ici
des tubes nerveux diversement alteres, 8t, de plus, des cellules nerveuses delbr-
mees, granulo-graisseuses, en voie de destruction.
c. Les lesions qui ont pour siege les racines posterieures des nerfs ravbk!i"ii-,
certaines portions de I encephale, ou les nerfs craniens, nc different pas seusiblement
de cellos qui viennent d etre iudiquees.
En resume, le caiaclere atrophique de ces alterations est evident. II en est autre-
ment de 1 origine ct de 1 e^pece de cette alropbie, points diseutables dont il sera
traite plus loin. Des a present, et en replant an soul point de vue de 1 anatomie
pathologique, nous ferons remartjuer ijue les aspects divers des lesions racbidiemics,
constates a Tceil uu on an microscope, parafesent resultcr de la combinaison, en
proportions variables, de deux elements iiiorliiue< : I liypeiemie ct i altei atioii
pnipre. de la substance nerveuse. La predominance ou 1 isolement de 1 un ou
1 aulre de ces elements, place cette alteration plus pres ou plus loin, Uuitot des
pblegmasies chroniques, et tantot des atrophies simples et primitives.
Physiologie pathologique. Dans ce paragraphe, apres tine courte analyse des
sjmjiu imes envisages dans leurs connexiuns intrinseques, nous essayerons d Otab.ir
le rapport des syinptomes avec les lesions auxquelles ils correspondent ; puis ces le
sions, nous nous efforcerons d en determiner le caructere, ce qui nous coiiduira
en delinilive a discuter la nature de la maladie elle-meme et la place qu il coimeiit
de lui assigner en nosologie.
A. Analyse des sijinplomes. Les phenomenes fonctionnels par lesquels se ca-
racterise 1 ataxie locomotrice progressive, malgre des variations assez etendues,
peuvent etre reduits en un tableau general que voici :
MOTILITE. Phenomene principal : I incoordination, ou plus simplement ce
trouble particulier des fonclions locomotrices qui consiste dans 1 inhabilete a accom-
plir les actes musculaires complexes, tels qu en exigent la station, la progression,
1 equilibration, et, comme contraste : iaculte persistante d executer les mouve-
nients simples de flexion ou d extension des membres ; pseudo-paralysie et conser
vation de la vigueur musculaire.
Phenomenes accessories : d une part, les paralysies vraies, permanentes uu
transitoires, des muscles de 1 oeil, de la vessie, du rectum, etc.; d autre part, ks
secousses coiivulsives, les contractures qu on rencontre quelquefois.
SEHSIBILITE. Symptomes hijperesthetiques : douleurs fu gnraules ; sensations
rfes constrictions du tronc, fourmillemeuts, etc.; parfois, au debut, exageration du
n_ Kiiu genesique.
Symptomes anesthe tiques : insensibilite de la peau, des muscles, des articula
tions, etc. ; anesthesie sensorielle : amaurose, surdite ; anestbesie geflitale
(impuissance).
Revenons sur ces dilierentes categories de symptomes, et, en premier lieu, sui le
ATAXIE LOCOMOTH1CE PROGRESSIVE. 63
phenomene de Vincordination (ataxie) d ou la maladie tire le nom qu elle porte
aiijourd hui.
Cc nom et les synonymes : asynergie, deshannonie, disent assez qu il s agit
d une irregular] te de 1 innervation motrice et non d une paralysie veritable. La
puissance musculaire subsiste, ainsi que 1 atteste le dynanometre, aiasi que le
prouvela possibilite d execuler des mouvements simples; ce qui est perdu, c est
la faculte d employer habilement cette puissance, de la faire servir a 1 accomplisse-
ment des mouvements d ensemble. Mais uue analyse plus approfondie, fondee sur
la physiologie des mouvements normaux, serait necessaire pour determiner tous
les elements qni concourent a ce resultat pathologique. Les fails suivanls y out
certainement une grande part :
a. Le defaut d action des muscles antagonistes. M. Duchenne a justement
fait ressorlir 1 importance de ce fait, essentiel a connaitre en dynamique animate,
a savoir que pour 1 execution d un mouvement donne, il faut qu a chaque. con
traction d un muscle ou d un groupe musculaire, un relachement graduel s o-
pere dans le muscle ou le groupe musculaire antagonists. Que 1 equilibre vieiinc
a etre rompu entre ces deux ordres d agenls, les uns actii s, les autres passiis,
du mouvement, et 1 ataxie en sera la consequence.
b. A ce defaut d equilibre outre les muscles antagonistes, s ajoute le de fit lit
d accord dans I action des muscles synergiques : en effet, panni les i ai^cMiix
charnus qui s associent pour la production d uu meme mouvement, les uns pcu-
vent, aun moment donne, avoir cpuise lour contraction, tandis que les autres sont
encore en contraction energitrue,et cela, en raison de 1 excitation incgale qui leur
arrive des centres moteurs.
c. II faut avoir egard aussi a la raise en jeu involontaire de certains groupes
de muscles, qui, intervenant mal a propos pendant 1 accomplissement d uu mou
vement intentionnel, entravent ce mouvement et le rendent irregulier, de.>har-
monique, comme dans la choree.
d. Enfin, dans 1 ataxie, il semble que 1 innervation motrice, et partant la con
traction musculaire qu elle tient sous sa dependance , ait perdu de sa continuity
et s opere par saccades, exageiant ainsi les inLervalles a peine sensibles qui y
existent normalement, au point de les transformer en veritables lacunes.
Tels paraissent etre les principaux elements de 1 ataxie dans la maladie qni nous
occupe. Mais il faut encore determiner la condition physiologique qui, dans les
centres nerveux alteres, cree et entretient ces elements de perturbation. A cet
egard, deux opinions se sont produites : 1 unc ou Ton regarde les troubles cle la
sensibilite comme la cause piocbaine de ccux du mouvement; 1 autre oil 1 on ad-
met que 1 incoordination est un fait primitif, 1 expression directe d une lesion lo-
calisee d une facon particuliere. Examinons successivement ces deux manieres de
voir, et d abord exposons-les avec impavtialite avant d essayer de les juger.
1 L ataxie serait la consequence de Vanesthesie. Physiologistes etpathologistos
sont d accord pour reconnaitre que la nettete des perceptions fournies par les nerl s
de la peau ou des muscles, que [ appreciation exacte de 1 attitude imprimee aux
membres, importent a 1 execution reguliere et barmonique des mouvements. Et
dans une maladie qui, comme 1 ataxie, compte 1 aneslhesie au nombre de ses
symptomes ordinaires, il est naturel de se demander si le desodre des mouvements
n est pas une simple consequence des modifications morbides subies par la seusi-
bilite. Comment voudrait-on, dit le professeur Longet (Anat. et physiol. du
tyst. nerveux, t. I, p. 526), qu un homme ou uu animal qui a perdu la sensation
,1 AT A \ IK LOCOMOTIUCE PROGRESS; VE.
des nionvements executes par scs membres, qui ne peut plus juger de leur alti
tude, de leurs rapports avec les objets extcricurs, qui ne sait meme pas s ils exis
tent, qui enfin ne sent plus, avec ses membres, le sol sur lequel il pose, put
marcher regulierement, conserver son equilibre, ct faire agir ceux-ci avec leur
mergie, leur promptitude et leur harmonie premiere? Or, tons les genres
d ancsthesie enumeres dans ce remarquable passage, nous les renconlrons chez
les ataxiques.
Us presentent Vanesthesie cutanee avec ses divers modes (bien souvent me-
connue dans ses degres legers), et se plaignent de ne pas percevoir nctlement la
resistance du plancher, de sentir comme un corps mou place cnlre le sol et leurs
pieds; de plus, on observe chez cux la pcrte dela sensibilite musculairc (sens
musculaire, sentiment d activite musculaire), sensibilite niee a tort, et dont
( importance, comme regularisalrice des mouvements, peut se passer de demons
tration. (A ecus qui en conlestent la realite, il suffira d opposer 1 exernple du
larynx, dont les muscles donnent au ehanteur, avec une etonnante precision, la
mesure de la tension que leurs contractions variables impriment aux levres
dc la glolle (Jaccoiul) ; 1 ceil nous offre un autre exemple non moins probant :
les muscles moteurs de cet organe nous permeltent d apprecier avec une
rigueur mathematique 1 effort necessaire pour voir distinctement deux points
plus ou moins distants d une meme image retinienne, ct ce sont eux qui nous
renseignent sur les dimensions en long et en travers des objets ; une dispo
sition anatomique remarquable semble expliquer I extreme finesse de ces sen
sations musculaircs, c est la presence dans chaeun des muscles moteurs de 1 oeil
d un filet sensitif volumineux emane de trijumau. (Szokalski.) Dans lesautres par
ties du corps, le sentiment musculaire, pom elre plus approximatifet pour exiger
une education plus speciale, n en existe pas moins : il nous iburnit sur les resistances
a vaincre, soit dans les objets exterieurs, soil dans nos propres organcs, des don-
nces que les autres modes de sensibilite n ont plusqu a completer. Du reste, c est
dans un autre article (voy. MUSCLES) qu il y aura lieu d insister plus longuement
sur cette question de physiologic). Pour nous, il nous suffira de noler ces trois
points, savoir : que la sensibilite musculaire existe ; qu elle est necessaire a 1 Jn-
tegrite des harmonies motrices ; qu elle est souvent lesee a un haul degre dans la
maladie que nous decrivons.
Outre 1 anesthesie cutanee ct musculaire, d autres encore peuvent elre notees :
M. Duchenne insiste particulierement sur celle des articulations : on peut, dans
certains cas d ataxie, flechir ou ctendre les jointures, placer les membres dans
les positions les plus variees, sans que les malades s en apercoivent. Ceserait
ce mode special d anesthesie qui expliquerait I inconscience de 1 attitude observee
chez quelques sujels, qui, a moins de voir leurs membres, ne savent ou ni com
ment ils sont situees, et les cberchent dans leur lit.
Mais la sensibilite des jointures est -elle bien la source unique des perceptions qui
nous font juger de la presence de nos organes, et de leur situation dans 1 espace?
1 absence des notions acquises par cette voie est-elle bien la seule cause des erreurs
que certains ataxiques commettent relalivement a la position de leurs membres ?
Cela parait peu probable. Tous les tissus vivants jouissent a des degres divers d une
sensibilile plus ou moins latente (elite commune ou profonde, cce,neslhesie),(\v& les
alterations morbides mettent plus ibrtement en relief, mais qui, meme obscure
comme elle Test normalement, suffit a nous suggerer la sensation continue de la
presence de nos organes. La sensibilite articulaire , etudiee par M. Duchenne, n cst
ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE. 65
qu une fraction de celle-la, de meme que les sensibilites osseuse, fibreiise, cellu-
laire, etc., en lesquelles on pourrait encore la subdiviser. Toutes, ellcs contribuent,
avec les impressions cutanees et musculaires, a assurer 1 execution harraonique
cles acles locomoteurs requis par la station, la progression, 1 equilibration, etc.,
et cela a un double litre : en nous informant de 1 existeuce des parties a mouvoir
et de la position qn elles occupent; en nous fournissant les sensations demi-
conscientes auxquelles s alimentent les mouvements demi-volonlaires (ou reflexes)
dont la part est si grande dans tons ces actes presque avtormtiques. Les percep
tions fournies par le sentiment commun ou profond pcuvent eprouverdans les ma
ladies deux modes d alteration opposes : elles peuvent s nigriser jusqu a devcnir
douloureuses, ou s afl aiblir jnsqu a 1 obtusion anesthe^qi e, et ce dernier cas est
frequent cliez les ataxiques; or une ancsthesie profonde e\ generale, parfaitcment
conlbrme d ailleurs aux graves lesions anatomiques que nous avons decrites, ne
saurait evidemment exister sans obscurcir cbez ces malades la conscience de
rullitude et sans enlrainer un trouble considerable de la coordination motiice.
Voyons maintenant jusqu a qnel point toutes ces anestbesies, meme en les suppo-
sant reunies, peuvent rendrc compte de 1 incoordination des mouvements, et quelle
est la valeur comparative do cbacunes d elles.
Que 1 anesthesie cutanee ne suffise pas a expliquer le phenomene, c est cc qni
c4 prouve par des experiences physiologiques irrecusable*, et aussi par 1 observa-
tion clinique : bien souvent la peau est absolument insensible sans que par cela les
mouvements cessent de s accomplir avec regularite et harmonie. Les remarques
inteiessantes dont 1 anesthesie de la planle du pied a etc 1 objet ne sauraient pre-
valoir contre un fait pareil ; d ailieurs elles n elablissent pas positivement que la
pcrte du tact eutraine celle de la coordination, mais sculement qu elle y appo*le
une certaine perturbation. II y a plus : I insensibilite de la peau est-elle constante
chcz les ataxiqucs? Plusieurs medecins affirment n en avoir saisi aucun trace, nial-
gre de minutieuses investigations, et, si facile qu il soil de commettre une erreur
a cet egard, leur temoignage ne saurait etre recuse. Ainsi, d une part, 1 anestbesie
cutanee peut manquer (bien que le fait soit rare); et d un autre cote, quand bien
meme elle existerait toujours, on ne saurait y voir la cause de 1 incoordination
motiice. Pour 1 anesthesie musculaire, on arrive aux memes conclusions, en
considerant qu elle aussi peut faire defaut dans I ataxie, et qu a elle seule, elle
n eatraine pas forcement le defaut de coordination des mouvements; 1 exemple des
bysteriques atteintes d insensibilite musculaire sans ataxie, semble a cet egard
Iburnir un argument peremptoire. Impossible egalemeut de faire intervenir ici
1 anestbesie articulaire, puisque les ataxiques cbez lesquels on la rencontre, sout
en minorite, et que ce symptome n apparait generalement qu a une periods
avaneee de la maladie. Serait-ce done 1 anesthesie des parties qui restent, apres
defalcation des teguments, des muscles et des articulations, serait-ce 1 anestbesie
profonde qu il faudrait accuser? A ceux ([ui out avauce cette opinion, on oppose
des faits d ataxie ou Tintegrite absolue de lous les modes de sensibilite aurait ete
formeliement constatee.
C est ainsi que, d objection en olijection, on en est venu a denier aux troubles
sensitifsune part quelconque dans le mecanisme de I ataxie, et qu on parait s etre
attache definitivement a la deuxieme opinion, dont il nous reste a faire 1 expose.
2 L ataxie ser ait primitive, c est-a-dire 1 expression directe d une lesion des
centres nerveux. Cette interpretation se fonde a la ibis snr tons les faits que la
tl fiorie adverse ne peut expliquer, et sur un ensemble de pieuves e mpruntees a
DICT. EIXC. VII. 5
66 ATAXIE LOCOMOTR1CE PROGRESSIVE.
1 experimentation physiologique. L opinion qui, iiaguere, considerait les faisceaux
medullaires comme la continuation pure et simple des racines nerveusi s, est
aujourd huiabandonnee avec juste raison: si les racines poslerieuressont restees en
possession de leurs fonctions, comme conductrices des impressions sensitives, il
n en est pas de meme des faisceaux poste rieurs ; et, bien que les attributions de
ces faisceaux ne soient pas encore complelcment elucidces, on s accorde cependant
a reconnaitre que ces faisceaux et la substance grise attenante exereent sur les
mouvemeiHs une influence directe. En efi et, il est constant qu une lesion profonde
de ces parties, differente en cela de la simple section, entraine a sa suite un
trouble de la coordination motrice. C est tout ce qu il est permis d avancer ; du
moins nous semble-t-il que vouloir aller au dela, cbercher, par exemple, dans la
marche des fibres nerveuses et dans leurs rapports avec les groiipes de cellules
medullaires, Implication de cette influence, c est entrer dans le domaine de 1 hy-
pothese, et tenter d asscoir la pathologic elle-meme sur une base bien fragile.
Mainlenant, admcttons comme demontres et cette influence des cordons poste-
rieurs et dela substance grise sur 1 harmonie des mouvemenls, et consequemment
aussi le rapport necessaire qui lie 1 incoordination a la desorganisation deces ele
ments, s ensuivra-t-il qu on doive negliger, comme etant de nulle signification, la
part que 1 anesthesie prend a ce meme resultat? Ce serait uue erreur, erreur com
parable a celle de ce physiologiste qui, ayant reussi a faire vomir un cbien apres lui
avoir enleve 1 estomac et 1 avoir remplace par une vessie, en conclut que 1 estomac
n est pour rien dans 1 acte du vomissement ! Erreur aussi grande que celle qui con-
(luiraitanierl utilite des muscles abdominaux dans la parturition, sous pretexte que
1 accoucbenient peut encore s accomplir cbez une paraplegique malgre la paralysie
do ces muscles! L incoordination pent, a la riijueur, avoir lieu meme sans aucun
(rouble antecedent ou concomitant de la sensibilile, soil ; mais cela exclu(,-il la par
ticipation habituelle des troubles sensitifs a 1 incoordination motrice? Nullement.
Voici, d ailleurs des faits considerables : La section experimental des racines pos-
terieures, sans paralyser la motilite , y introduit une extreme perturbation
(Cl. Bernard) : comment la desorganisation pathologique des memes racines dans
1 ataxie serait-elle chose indifferente ? La compression desnerfs, dusciatique par
exernple, comme il arrive a la suite de la station assise prolongee, determine, avec
1 engourdissementde la sensibilite, un desordre musculaire tres-analogue a 1 ataxie.
Chez les ataxiques, 1 anestbesie precede, en general , de beaucoup 1 incooidi-
nation des mouvements. -- Aucune maladie des centres nerveux ne presenle ce
symptome avec une frequence plus grande que 1 ataxie, ni a un dcgre aussi mar
que. Bien souvent, ne 1 oublions pas, les mabides anestbesies alllrment 1 in-
tegrale persistance de letir seusibilite, soil parce que 1 anestliesie legere echappe
a leur attention, soit qu ils s y habituent peu a peu, soit enfin par suite d une de
ces illusions semi-volontaires qui les portent a 1 optimisme ou a la dissimulation.
Le seul exemple qu on cite d aneslhesie profonde de la peau et des muscles,
sans trouble notable de la locomotion, est celui de 1 hysterie, maladie enigma-
tique, d une observation particulierement difficile et incertaine, et qui abonde en
contradictions patbologiques, peut-etre plus apparentes que reelles. Mieux van.
ilrait, ce semble, renverser les termes de la question, et se demander comment,
avec une insensibilite tres-prononcee, les bystenques couservent encore le pouvoir
de coordonner leurs mouvements \olontaires? Ces malades fournissent trop d ex-
ceptions a trop de regies etablies, pour que 1 une de ces exceptions, en particulier,
puisse acquerir la valeur d une objection decisive. Outre la peau et les muscles,
ATAXIE LOCOMOTIUCE PROGRESSIVE. 67
tousles autrcs tissussont quelquefois clicz les ataxiques lc siege d unc insensibilite
generale (anesthesie profondc) qui, en supprimant pour les centres moteurs ra-
chidiens une source d incitation reflexe, porte inevitablement atteintc a leur fonc-
tionnemcnt regulier. Or, il n est pus impossible que par suite dc la repartition
caprieieuse des lesions spinales, ccs parties profondes soient ancsthesiees tandis
que les teguments et les muscles restent liors de cause. Dans ces cas encore, et
ils sont souvent meconnus, un trouble sensitif aura precede le desordre du mou-
Dira-t-nn que la part de la sensibilite dans la locomotion se borne a controler les
mouvemenls quand ils sont accomplis, et non a en regulariser I 1 execution et 1 en-
chainement? De qnel droit, si 1 enregistrement d une premiere contraction mus-
culaire qui finit est justement necessaire pour y faire succcder une deuxieme con
traction, a celle-ci une troisieme et ainsi de suite? Comment d ailleurs concilier le
role efface qu on ntlribue a la sensibilite, avcc ce fait experimental : que la sec
tion des ratines posti rieures, conducteurs exclusifs de la sensibilite, a pour
consequence immediate la desharmonie des mouvements?
Pourconclure, rien de surprenant a ce que par elle-mme\me, lesion morbidc
qui dctruit 1 agencement dclicat des fibres et des cellules nerveuses dans les cen
tres d innervation spinale, rende les mouvements inbabiles, inegaux, leur fasse
manquer ou depasser le but que la volonte se pose, qu elle desassocie les mouve
ments synergiques, et y mele, comme autant d clcments discordants, des contrac
tions antagonistes deplacees, etc. Mais loin de nier que 1 interruption des courants
sensitifs puisse contiilmer puissamment a ce resultat, il faut reconnoitre que les
fails cliniques autorisent une tout autre appreciation, et que la physiologic expc-
rimentale egalement temoigne dans un tout autre sens.
Nous renoncons d ailleurs a saisir la cause prochaine de 1 ataxie ; cette cause
nous ecbappe et nous echappera aussi longlcmps que la structure et les fonctions
des centres nerveux ne seront pas defmitivementeclairees par une anutomie et une
pbysiologie completes. Contentons-nous de repousser comme ne faisant que para-
pbraser les fails memes qu elles ont la pvetenlion d expliquer, toutes les hyiio-
theses qui attribueut l incoordi nation a I abolition d un p retendu principe coor-
dinateur des mouvements, d une faculte psychique de coordination, d une
science instinctive des combiKaisons musculaires, etc. Le moindre inconvenient
de ce langage metapbysique e::t de supprimer les problemes en laissant croire
qu on en tient la solution.
Plusieurs autres particularites de la symptomatologie exigeraient encore des ex
plications. Telle est notamment 1 influence de I obscurite qni, cbez les nlaxiqucs,
augmenle les mouvements desovd 1 nnes el determine la clmle du corps. Serait-ce,
comme on 1 a suppose, que 1 impression de la lumiere sur la retine exerce une ac
tion favorable pur le systeme neiveux, et attenue la perturbation dont il est le
siege ?,Cela paraitra douteux, si Ton considere que, meme les yeux ouverts, cer
tains malades risquent de tomber quand ils ne tiennent pas leurs regards fixes
sur les membres infcrienrs, comme, par exemple, lorsqu ils essayent de marcher 3
reculons. Serait-ce plutot que, pareil a 1 aveugle qui rcmplace la vision par le tou
cher, 1 ataxique appclle la vue a son aide pour suppleer a la sensibilile qui lui
manque? Mais alors les oscillations et la chute du corps dans 1 obscurite no de-
vraient se rencontrer qu avec une anestbesie tres-marquee, et ii est d observation
que Jes memes phenomenes se produisent qu;md 1 anesthesie eft fn-ble ou meme
68 ATAXIE LOCOS10TRICE PROGRESSIVE.
mille. La question subsiste done tout entiere ; sans prelcndre ia trancher, nous
(1 irons seulement qu il y a dans 1 incertittidc de 1 ataxique qui ferme les yeux,
quelque cliose de moral, et que la craiule de tomber, faute de pouvoir s orienter
au milieu des objets environnants, semble etre pour beaucoup dans 1 affaissement
du corps qui arrive au bout de ses oscillations.
Quant aux sensations douloureuses (douleurs fulgurantes ou autres), dont les
alaxiques se plaigueut, dues a une alteration spinale, elles se font sentir aux ex-
tremites des nerls dont cetle alteration interesse les filaments radiculaires, et cela
en vertu d uue loi de physiologic qu il suffit de rappeler. Nous n y insisterons pas
davantage, non plus quc sur quelques autres syniptomes, tels que 1 incontinence
vesicale ou rectale, symptomes qu on serait tente de considerer conime reellement
paralytiques, si les malades n avaient soin eux-memes de faire remarquer que le
passage de 1 urine ou des matieres se fait sans qu ils en aient la sensation, ce qui
doit plutot faire niettre ces syniptomes sur le compte d uue anesthesie vesico-
urethrale ou recto -auale.
Placons maintenant en regard les unes des autres les alterations fonction-
iiclles et les alterations organiques, et voyons si uue parfaite concordance peut
etre tlablie, dans 1 ataxie loconiotnce, entre les syniptomes et les lesions. La
tache cst facile, si Ton s en tient aux fails principaux. Les deux elements : hyper-
t liiie et atrophie spinale, sriublriil eliv ivpieseiiles dans la symptomatologie, 1 un
par les douleurs fulgurantes, la douleur rachidienne (plus rare), les fourmille-
inruls, 1 engourdissement, et, dans la sphere de la motilile, par les secousses cho-
ivilbnncs on conviil>i\(-> (|u on observe quelquefois, etc.; 1 autre, 1 atropliie des
faisceaux et racines postcrieilrs ainsi que di s comes posterieures de la substance
grise, par lesauesthesiessuperficiellesouprofondes, cutanees ou minjueiises.etpar
1 incoordination des actes musculaires (locomotion et musculation). L extensiou
pii>siMu do la Icsiitn aux faisceaux antero-lateraux de la moelle justifie Jes sym
ptomes de contracture on de paralysie veritable qui peuvent accidentellenieiit
s ajouter aux precedents ; la propagation ascendante de 1 atrophie explique
reiivahissement successif des membres inferieurs et superieurs ; 1 intlnence res-
sentie par les nerfs ganglionnaires, veritable dependance du centre spinal, rend
compte des phenomenes morbiiles qui se passeut dans les visceres et de cenx que
Ton remarque dans I osil : a 1 etroitesse des pupilles, resullat de la paralysie du
muscle dilatateur de cette ouverture, se joint quelquefois la vascularite de la con-
jonctive et i echaulfement du globe oculaire, symptomes analogues a ceux que fait
naitre la section du ganglion cervical superieur, et qui cedent momentanement a
1 eleclrisation de I oail, conime ils disparaissent dans les experiences physiologiques
par la gal vanisa lion du bout superieur du grand sympathique. Pendant les crises
douloureuses, la pupille se dilate egalement. (Duchenne.) Enfin le retentissement
ou la repetition des lesions dans 1 encephale amene les troubles fonctionnels qui
s observent du cote de la tete. Relativement a ces deruiers, ils semblent resulter,
au debut, d une simple action sympathique s exergant de la moelle sur le cerveau
(ou plus exactemeut de la region cilio-spinale de la moelle sur le nerf optique
et les nerfs musculaires de I osil), action dans laquelle le grand sympathique reni-
plit 1 office d intermediaire. Plus tard, 1 atrophie des diverses parties de 1 ence
phale et des nerfs craniens eux-memes succede a celle de la moelle, par un mecaaisme
analogue sans doute a celui qui a donne lieu aux simples troubles fonctionnels
c u debut, mais ces troubles perdeiit alors leur mobilite premiere, en raison des
alterations auatomiques qui leur servent desormais de substratum permanent.
ATAX1E LOCOMOTRICE PROGRESSIVE. 69
Sur le mecanisme suivant lequel s operent dans les centres nerveux tous ces
changements morbides, on possedebien peude donnees positives. Peut-etre ce meca
nisme n est-il pas identique dans tous les cas ; c est ce que donneraient a penscr
les aspects divers sous lesquels se presentent les alterations de la moelle et
des meninges spinales; mais on est ici forcement reduit aux conjectures, les
premieres phases de la maladie se derobant au controle de I analomie patbolo-
giqtie, et les dernieres n offrant qu une lesion accomplie, la fin cl nne evolution pa-
tbologique ; or ce serait les degres intermediaires qu on aurait le plus d interet a
connaitre. En prenant en consideration et en controlant les unes par les autrcs
toutes les notions que 1 etude de la maladie pent nous livrer (etiologie, symptomes,
alterations anatomiques), on arrive ii se convaincre que 1 atropbie des fibres et dos
cellules nerveuses n est presque jamais un fait isole ; qu elle inarcbe de pair, si elle
n en est pas precedee, avec une hyperplasie du tissu conjonctif, dont le developpc-
meut, joint a 1 elargissement et a 1 hypertrophie des capillaires, comprime et
etouife la substance nerveuse, et tend a substituer de plus en pins des elements
inertes aux elements agissants. Sans doute, ce travail n est pas de ceux qu on
nomme franchement inflammatoires ; cependant on ne saurait meconnaitre IPS
ressemblances qu il offre avec certaines plilegmasies lentes, progressives, suivics
de sclei ose et d atropbie, comme la cirrbose du foie, par exemple, veritable
hepatite cbronique interstitielle, caracterisee, elle aussi, par la disparition de
1 element esseutiel (la granulation bepatique) sous le developpement excess!
d un element banal (tissu conjonctif). L assimilation des lesions spinales dont il
s agit aux myelites chroniques se justifie suffisamment par la vasculante de la
pic-mere et de la dure-inere racbidicnne, par 1 adherence partielle des feuillets
aracbnoidiens, par 1 hyperemie du tissu nerveux lui-meme et la quantite notable
de noyaux que Ton y rencontre. D aulres fois, en 1 absence acttielle de ces divers in
dices, il est perrnis desupposer sans invraisemblance qu ils out existe, quelques-
unsdu moins,dans le passe, pour nc. laisser subsisterapres eux quelesseuls carac-
teres de 1 atrophie. Enlin il faut admellre que celle-ci est primitive dans certains
cas, qu elle peut se produire protopathiquement, a la suite d une sorte d epuise-
ment fonclionnel, ce que diverses particulariles de 1 etiologie (exces veneriens,
fatigues) rendent quelquefois assez plausible. .
Contentons-nous de mentionner 1 hypothese suivant laquelle les lesions des gan
glions sympathiques seraient le point de depart de la maladie. Les quelques fails
ou Ton a trouve ces organes alteres prouvent simplement que 1 atropliie spinale
peut se propager accidentellement jusqu a eux; d autre part, tout attesle que
dans 1 ataxie locomolrice progressive, c est la moelle elle-meme qui est 1 organc
primitivement et principalement interesse, et rien ne prouve que la nutrition des
luisceaux medullaires soit sous la clependance des ncrfs ganglioanaires.
Quoi qu il en soit, et quelque ditticulte qu il y ait de classer nosologiquement
1 ataxie locomotrice, ce qui est constant, c est qu elle doit etre releguee loin des
maladies sine materia ou nevroses. Les efforts les plus ingeuieux pour 1 y faire
renlivr ecbouent devaut 1 enormite des lesions anatomiques dont cette affection
est accompagnee : fussent-elles cohsecutives, elles suffiraient pour faire cetle
pretendue nevrose difierente de toutes les autres ou pour faire changer la definition
meme de cet ordre de maladies. Eu vain alleguerait-on uu tres-petit nombre d au
topsies ayant donue des rcsultats negatifs. Ce sont la des faits exceptionnels dont
il convient d ajourner 1 interpretation ; n a-t-on pas eu la sagesse de faire ainsi pour
certains cas d apoplexie ceiubralc elite nerveuse, dont I obscui ite n a porte aucune
70 ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE.
atteinte a ce que 1 histoire de 1 hemorrhagie cerebrale ou du ramollissenient ren-
fermait d enseignemeuts cluiis et positifs?
Le diagnostic de 1 ataxie se fait aisement quand on trou\e reunis ou qu on
voit apparaitre successivemeut : 1 les phenomenes oculaires (strabisme, diplopie,
faiblesse amaurotique de la vue) ; 2 les douleurs fulgurantes et 1 anesthesie;
- 3 1 incoordination des mouvements avec conservation de la force musculaire.
Mais 1 embarras commence quand 1 afl ection est moitis completement caruclerisee,
soil parce qu elle ne fait que debuter, soil que, assez avancee deja, elle manque
d nne partie de ses symptomes habituels ou se complique de quelque phenomena
inaccoulume.
Ainsi, les symptomes oculaires se montrent-ils seuls, comme cela arrive quel-
quefois a la premiere periode de la maludie, on ne pout rien conclure de leur pre
sence : ils doivent faire craindre 1 imasion de 1 ataxie, sui tout quand on ne pent
les raltacher a aucune autre cause apparenle, mais ils ne sauraient la faire reeon-
nailra. De nieme, les douleurs, sous quelque forme qu elles se presentent,
sont souvent confondues avec celles du rhumatisme : eneffet, ellesen out le siege,
la mobilite, les variations sous 1 influence des changementsatmospheriques. Cepen-
dant, et quand menie elles seraient isolees, il deviendia probable qu elles se lient
a 1 ataxie, k>r>que , fulgurantes el terebranles, elles se manifestent par acces,
qu elles reviennent a de courts inlervalles pendant des beures enlieres, qu apres
avoir sevi dans une region circonscrite, elles 1 abandonnent pour se repeler ail-
lijurs avec les memes caracteres. A plus forte raison, leur signification cessera-t-elle
d etre douteuse, si elles sent accompagnees de diplopie et de troubles de la vue.
Quant au desordre special du mouvemeiit, pour pen qu il soil nettement accuse,
il sul fit au diagnostic , meme en 1 absence des autres symptomes qui d ordinaire
tralli^sent 1 ataxie commengante ; mais c est a la condition qu on saura distinguer
ce desordre de tous ceux qui s en rapproclirnt, notamment : de la faiblesse paraly-
tique des meinbres ; de certains mouvements cboreiques ; des Irembieinenls,
et enfin de la perturbation apportee dans la marcbe et la station par 1 aneslhe-
sie et par 1 etat vertigineux. La meprise est en general facile a eviter.
La paralysie reelle, que nous supposerons incomplete (autrementla comparaison
deviendrait superfine), se revele: par le pen d energie des mouvement simples; par
la molle resistance que les diflerents segments des membres opposent aux elicits
qu on fait pour les flechir ou les etendre ; par ce fait que les legers mouvements
qui peuvent encore etre executes au lit, tout en manquant de force, gaident
copendant leur regularite; par cet autre fait que 1 intervention de la vue est im-
puissante aaltenuer le desordre de la locomotion; enfin par une demarche enliere-
nient diflerente de celle qui s observe cbez les alaxiques : les pieds du paraple-
gique quittenta peine le sol; ils glissent en s y appuyant de toute la largcur de
leur face plantaire, ou laissent trainer leur pointe qui s accrocbe aux obstacles, et
dans les deux cas avanceut lentement, paresseusement; les pieds de 1 ataxique
s enlevent comme ceux d un danseur, semblent mus par des ressoits, se pro-
jettent follement au dela du but, et apres avoir oscille a droile et a gauche, re
ombent lourdement du talon.
On reconnaitra les mouvements choreiques a leur irregularite extreme, a leur
variations frequenles, a leur habituelle predominance dans 1 un des cotes du coros;
le plus ordinairement, d ailleurs, ces secousses convulsives surviennent en dehors
de toute volition, dans 1 etat de repos le plus complet, tandis que dans Talaxie
ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE. 71
sucun desordre n apparait, si ce n est pendant 1 accomplissement des mouvemenls
volontaires complexes. A la verite, quelques ataxiques, quand ils se tiennentdeliout,
presenlent dans les muscles de> jambes des contractions soudaines, comme spasnio-
diques; rnais ce n est la, selon toute apparence , que le resullat d un effort mal
combine pour maintenir 1 equilibre pendant la station.
Comme 1 agitation choreique, le tremblement persiste en 1 absence des mouve-
ments intenlionnels, ce qui joint a ses signes propres, sutfisammentconnus, le dis-
tin<Hie essentiellement de 1 ataxie. Quelquefois une intervention energique de la
volonte le modere ; autre caractere differentiel.
La perturbation de la mo ti lite produite par la seule anesthesie musculaire dis-
pavait a pen pres entitlement quand les malades peuvent voir leuis mouvements;
il n en est pas de meme de 1 ataxie : ici elle augmente par 1 occlusion des yeux on
dans 1 obscuiite, et devient moindre par 1 intervention de la vue, mais elle persiste
cependant toujours a un degre notable.
Dans 1 etat vertiginous, ily a essentiellement une sensation de rotation ou d on-
dulation toute speciale qui fait defaut dans 1 ataxie ; et ponrce qui est du desordre
dela marche, il consiste en de larges balancements du corps, d avant en ar.riere ou
d un cote a 1 autre, entrainant les membres inferieurs des mouvements irregu-
liers, dansle but de ressaisir 1 equilibre menace, mais sans projection des janibes
et sans secousses.
Apres le diagnostic du symptome ^coordination, abordons celui de la maladie
dans son ensemble, et voyons aquels signes on la reconnait dans les cas donteux.
Ce sont surtout les aflections cei ebelleuses, la paralysie generale, la paraplegic com-
mengante, certains symptomes hysteriques, la paraljsie suite de diphtherie ou d in-
toxications diverses, qui pourraient ici donncr le c-liange an clinicien.
Les maladies du cervelet, etant accompagnees qnelquefois de defaut d equilibra-
t,ion, d amblyopie, de paralyses oculo-motrices,avec strabismeetdiplopie, ont avec
1 a axie une analogic qui peut aller jusqu a une apparente identite. Mais il sera
facile de se convaincre qne, dans un cas, I incoordmalion resulte d un etat ver
tigineux (ebriete cercbellense, de Duchenne) (|iii manque dans 1 autre. Si chex
queli[iies ataxiques la diplopie devient accidentellement une cause de vertige pen
dant la marche, il suflira de lermer I oail strabicjue pour laire evanouir ce phenomena ,
ce qui n a pas lieu dans le vertige lie aux maladies cei ebelleuses. Celles-ci, d ailleurs
reveleront leur veritable siege par la cephalalgie souvent occipilale qui les accom-
pagne, par les symptomes de congestion cerebrale qni surviennent dans kur cours,
par la contraction des muscles de la nuque, avec irradiations douloureusesdans les
membres superieurs ; les vomissements s y montrent plus souvent ; les troubles
de la vue y ont une plus grande persistance et une marche plus progressive que
dans 1 ataxie.
11 y a presque toujours de i incoordination musculaire dans la paralysie gene-
rale commencanle ; mais cette incoordination se manifeste surtout par 1 embarras
de la parole, le tremblement des levres, une certaine maladresse dans k S mouve
ments des mains, une legere litubation; bientot, si ce a est meme des le debut,
I inleUigence s altere. II a y a de veritable difficulte que si 1 ataxie et la paralysie
generale se tiouvent associees; mais dans les cas de cette espece, qui ne sont pa;
lot t rares, il s agira moins de diller^ncier deux maladies que de faire par une
analyse exact; la part de chacune d elles.
La ressemblance est plus grande entre 1 ataxie et I affection, encore assez ma!
connue, tp on d^signe sous le nom de paralysie ascendante ; en efi et les sym-
72 ATAXIE LOCOMOTR1CE PROGRESSIVE.
ptomes cerebra ax, delire et demence, font defaut, et ce qu on y observe d oidi-
naire, c est un trouble de la motilite qui rend successivement la marcbe embar-
rassee et les mains malhabiles. Cependant on evitera 1 erreur si Ton etudie de plus
pres ccs symptomes, qui consistent en un affaiblissement musculaire veritable; si
Ton constate que la faiblcsse est parfois limitee a certains groupes de muscles, que
ceux-ci perdent leur contractilite electrique et finissent par s atrophier ; que les
levres etla lungue participcnt au desordre, ce qui amene un embarras de la parole
etranger a la symptomatologie de 1 ataxie. Les douleurs, contrairement a ce qui
s observe dans cette derniere maladie, se font senlir avec une grande intensite
duns toute I etendue tie la region rachidienue, et en revanche epargnent les
rnembres inferieurs. Enfiu, sauf complication, les troubles de la vue manquent.
IS ous ne dirons rien de la paraplegic incomplete due a une alteration des fais-
ceaux spinaux anleiieurs. Si le diagnostic du symplome, tel qu il a ete trace plus
liaut, ne sutiisait pas pour iaire eviler loute confusion entre une perte reelle i!e
la motrieite avec affaiblissement de la contractilite elcctrique, et le defaut de
coordination motrice, 1 absence des douleurs fulgur antes, la rarete des troubles
visuels, etc., feraient cesscr toute hesitation.
Dans certains cas de syphilis, des lesions etendnes a une partie de la moelle d
de la base du crane, peuvent determiner la laiblesse des membres inferieurs, de
vives douleurs simulant colics de 1 ataxie, et en meiue temps 1 amaurose et la
jiar.iUsio des moleurs oculaircs avec ses consequences. Mais en pareil cas il y a,
pour les neifs dont les fonctioiis sont compromises, des signes de compression
mieiiv deliinili s; l e\olution de la maladie est moins regulierement progressive;
on constate dans Its niilm dciils les traces d une syphilis assez ancienne poury
lionver la ruisoa d etre des jiliuiiomenes observes. Autre chose est 1 ataxie veri
table dont on pent raltaclier le developpement a uae infection syphilitique; en
ce cas, la maladie etant reconnue, il s agit simplement d en determiner la cause.
Parmi les troubles varies des mouvements auxquels 1 hysterie pent donner
lieu, il en est qui affectent avec 1 ataxie locomotrice une ressemblance d au-
tant plus grande et plus trompeuse que 1 enei gie musculaire n y eprouve pas
de reel dechet; mais le plus souvent, commele desordre dela locomotion n estalors
qu une consequence de 1 anesthesie, 1 influence regulatrice de la vue sur le mou-
vement fournit un moyen diagnostic sufh sant. Chez quelques hysteriques ,
une incitabilite reflexe exageree fait que le contact du sol provoque dans les
muscles des membres inferieurs des reactions disproportionnees, et imprime a la
marche quelque chose de saccade et de spasmodique. Dans les deux cas, onre-
marquera que le desordre disparait lorsque la malade est couchee et qu ellepeut
suivre des yeux les mouvements qu elle execute ; on uotera aussi 1 absence de
douleurs i ulgurantes, le mode d invasion et de succession des symptomes, 1 exis-
tence anterieure ou simultanee d autres manifestations hysteriques, etc., etc.
Dans la paralysie consecutive a la diphtheric, 1 amaurose, quelquefois le stra-
bisme, serencontrent reunisa un desordre dela locomotion qui participede 1 ataxie
plus que de 1 affaiblissement musculaire paralytique ; cet ensemble morbide est
quelijuefois precede de fort loin par les accidents diphtheriques, et cenx-ci
peuvent avoir eu par eux-memes assez peu de gravite pour qu il soil difficile
de saisir un rapport entre les deux series de phenomenes primitifs et consecutifs.
On trouvera toutefois des indices importants dans I agedes maladcs, dans le debut
presque constant de la paralysie par le voile du palais, dans sou developpement
rapide, dans I apparition a peu pres simultanee de 1 amaurose et du dtsordre de
ATAXJE LOCOMOTR1CE PROGRESSIVE. 73
la locomotion, dans les fourmillements qui remplacent les douleurs fulgurants,
enfm dans 1 influence generalement favorable d uiie medication tonique.
L intoxication par le sulfure de carbone, donnant lieu a la faiblesse des jambes,
a 1 amaui ose, a 1 impuissancepourra siniuler une alaxie locomotrice au debut; mais il
y aura alors, outre la diminution effective de la vigueur musculaire, une perte de
memoire, des insomnies , de la cephalalgie, des vertiges, qui aideront a remonter
sans peine a 1 empoisonnement professional dont il s agit; ajoutez a cela le treni-
blottement des muscles ; ajoutez encore la piedominence de la paralysie dans les
extenseurs des doigts et les supinaleurs.
Nous venous de passrr en revue les principales affections qui peuvent etre
prises par 1 ataxie, et d enumerer leurs caracteres differentiels. Quelques patholo-
gistes out cru pouvoir etablir plus expeditivement le diagnostic sur un seul signe
considere comme decisif : I oscillation et la chute du corps quand le ma lade se tient
debout, en fermant les yeux. Ge phenomene a une importance incontestable, et
J on fera bien de le recbercher avec soindans les cas liligieux. Mais outre qu il
peut par exception faire defaut dans 1 ataxie vraie, on le rencontre aussi dans la
plupart des alfections accompagnees de verlige, et comme Ions les signes reputes
pathognomoniques, il n acquiert toute sa vak iir que par 1 appui qu il reyoit de
1 ensemble dos manifestations pathologiques dont il est escorte.
Le pronostic est tres-grave, vu I extreme rarete d nne guerison complete et la
difficulte d obtenir meme une amelioration durable. Romberg exagere a peine en
disaut que tout malade al fccte de tabes dors.vl est perdu sans ressource. II y a bien,
dans le cours de 1 ataxie, des alternatives d aggravation et d amendement ; mais
les progres du mal, pour etre irreguliers, n en sont pas moiris constants, et en
general on ecboue dans toutcs les tcuilalivcs que Ton fait pour les enrayer. Bien
souvent aussi on fait honneur au traitement de la disparition des symptomes
mobiles, tels que I amblyopie, le strabisme, 1 impuissance , qui n implique en
aucune fagon la cessation des symplomes fixes, tels quel incoortlination, etc. L incu-
rabilite de 1 ataxie dans la plupart des cas n est certcs pas pour le medecin un motif
d abstention systematique : ne voit-on pas la plHbisie glierir quelquefois? mais elle
doit au moms faire abandonner les moyens qne { experience a juges et condamnes
comme inutiles. De ce nombre sont: les emissions sanguines generales et locales,
qui conviennent bien rarement et seulement quand des signes evidents d byperemie
spinale invitent a y recouiir, et surtout les revulsifs cruels, seton, moxa, cauteres,
dont le dos des infortunes ataxiques est presque toujours crible en pure perte.
Les indications therapeuliques que semble siiggerer 1 etude de la maladie sont
multiples. Combattre les causes qui 1 ont produite (exemple : 1 iodure de potas
sium donne a litre d antisyphilitique) ; modifier les desordres anatomiques exis-
tants (ventouses, vesicatoires, etc., sur la region racbidienne) ; calmer les sym
ptomes qui reve]eMt un exces d innervation motrice ou sensitive (belladone, cyanure
de potassium), et centre ceux de 1 ordre oppose employer les stimulants (ergot de
seigle, strychnine, electricite). Malheureusement uii traitement institue d apres
ces donnees en apparence rationnelles, est bien loin en general de tenir les pro-
messes dela theorie , les causes etant ignorees ou leur action perimee, les lesions
atrophiques demeurant inaccessibles a 1 influence de nos medications, les sym
ptomes se montrant rebelles aux antispasmodiques comme aux excitants qui s atta-
quent a la seule surface de la maladie. Nous preierons, en consequence, nous
borner a indiquer, parmi les agents sans nombre qui out ete es&ayes contre 1 ataxie,
ceux auxquels une observalion serieuse a recomni quelques avantages. Ce sont :
74 ATAX1E LOCOMOTRICE PROGRESSIVE (BIBLIOGRAPHIC).
1 hydrotherapie, les hains suliureux, le nitrate d argent dout les indications, le
mode d emploi et les inconvenienls out ele trop completement exposes dans un
autre article pour qu il y ait lieu d y revenir (voy. ARGENT), enfin, les counmls
constants de la pile diriges sur les centres nerveu\, moyen prone par Remak, et qui
meriti iait d etre essaye sur une plus grancle echelle. Ghacune de ces medications,
fiui, d ailleurs, ne s excluent en aucune facon, et qu on peut mettre en usage a la
fois ou successivement, se presente avec un contingent desucces digne d attenlion :
quelques guerisons (par les bains sullureux , (Oulmont) ; par 1 hydrolherapie,
(Bourguignon) ; par le courant constant (Remak) , par le nitrate d argent (Eu-
lenberg), et des ameliorations nombrenses. Or, dans une. affection aussi grave,
c est rendre anx maladcs un signale service que de modercr au moins ce que les
s)iii|iloini s out ilc penilile ou de douloureux.
Nous rappelerons, pour tei miner, un precepte d hygiene que malades et medecins
negligent souvcnt, c est la iKvcssite du repos, sinon absolu, du moins rclalif:
fatiguur la moelle d un alaxique par la marche n est pas moins irralionnel que de
I atigner le cerveau apoplectique par des calculs compliques, ou 1 ceil menace d a-
maurose par la lecture. Ou oulilie que I ataxique est en definitive une vaiietr
de paraplegiqtie, etdeceque 1 exercice lui est possible, on conclultrop facilemcnt
qu il pent impunement s y livrer sans mesure. A. AXEHFELD.
BIDLIOGHAPIIIE. HOUN (G.). Dissert, de tale dorsnali. Berolini, 1827, in-8. Hum (Ph.).
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Puruli/se without Loss of Sensation, etc. In Met. C/tir. Transact., 2 livr., t. XXVI, p. 1;
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WEISS. De Morborum medullx spinalis symptomalibus. Berolini, 1848. in-8 ROMBERG
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phie des cordons posle rieursde la moelle e piniere,eic. In Union med., 2" serie, t. XIII, p. 261;
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motrice progressive, etc. In Union med., 2" serie. t. XIV, p. 54; 1802. -- DUGUET. Note sur
un cas d ataxie locomotrice progressive, etc. In Union med., 2 ser., t. XVI, p. 97; 1802.
ISNARD. Obs. d ataxie locomotrice, etc. Ibid. ( serie d article). CHARCOT et VULPIAN. Note
sur nn cas d alrophie des cordons posle rieurs de la moelle e piniere, etc. In Gaz. hebd., 1802,
p. 247, 277. DES MEMES. Deux nonvelles observations <! ataxie locomotrice. In Compl. rend,
de la Soc. de biol. , 5" ser. , t. I V, p . 1 55, 1801. DES MEMES. Sur I emploi du nitrate d argent
dans I ataxie locomotrice progressive. In Bull, de tlif rap., t. LXI1, 18G2. CAUHE (M.). De
I ataxie locomotrice progressive. Th. de Paris, 1802, n 131. Du MEME. De la de ge ne-
rescence grine des faisceaux poste rieurs de la moelle, etc. In Gaz. med. de Lyoti, 1864,
p. 5C4, 490. Du MEME. Des rapprots de I atuxie locomotrice, etc. In Gaz. des hopit., 1805,
p .|7g. DU MEME. Nouuellcs recherches sur I ataxie locomotrice progressive, etc. 1 aris,
1805, in-8, tig. (Tres-riche bibliographic). SAM-LY (C ). Ataxie locomotrice progressive.
Lesions qni I accompagnent. In Compl. rend, de la Soc. de biol. 5 ser., t. IV, p. 88 ; 1802 -
DUJARDIN-BEAUMETZ (G.I De I ataxie locomolrice. Th. de Paris. 1802, 11 32. MAIIBOTTE. Obs.
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sur une alteration des cupilluires de la moelle. In Compt. rtnd. de la Soc. de biol., 5 e seY.,
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le nitrate d argent. Ibid., p. 259. -- BOUUILI.ON (A.). Ataxie locomotrice progres
sive. In Gaz. des Iwpit., 1805, p. 554. - - Deux nouveaux cas d ataxie locomotrice
traite s avec succes par le nitrate d argent. In Bullet, del/wrap., t. LXIV, p. 82; 1803.
EISENMANN. Die Bewegnngs-Alaxie. \\ien, 18(;3, in-8. LEYDEN (E.). Die graue Degeneration
des liiuterenRiicke/imarkf-Slrdnge. Berlin, 1803, in-8", pi. DONNEZAN (P.). Ataxie musculaire
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Ztschr. f. Pft/ch., t. XX, 1805. FIUXDUEICU (II.). Uiber degenerative Atrophie der spi-
nalen Hintertxlranae. In Yirchuw s Arch., t. XXVI, p. 591, 435 et XXVII, p. 1; 1805.
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n 40. EDWAUDS (\V. T. A.) De I anatoinie patho/ogique et du trailement de I ataxie, etc.
Th. de Paris, 1805, n 100. MATHEUS (Fr.). De I ataxie, elc., consider^ surtout an point
devvedu trailement. Th. de Paris, 1805, n 147. CDKML (V.). Alaxie locomolrice, etc. In
Compt. rend, de la Soc. debiol.,5 a serie, t. V, p. 215; 1803. TROUSSEAU. Alaxie locomo
trice progressive. In din. med. de I llolel-Dieu. Paris. 2 edit.., 1865, t. II, p. 505, et legons
cliniqucs sur ce sujet dans divers journuux. Du MEME. De la valetir des dif/erentcs
methides de trailement de I ataxie locomolrice progressive. In Gaz. des hopit.. 1863, p. 157.
Du MEME Art. Ataxie locomolrice, In f\ouv. Diet, de med. prat. AXE.NFELD (A.). Des
lesions alrophiques de la moelle c ptniere. In Arch. gen. de me d., 6 e ser., t. II, p. 210,
453; 1805. Voy. aussi Path. mid. de liequin, t. IV, p. 672; Paris, 11-63, in-8. RINDFLEISCH.
Hislologuches Detail zu der graueii Degeneration von Geliirn und Huckenmark. in Virchow s
Arch.,t. XXVI, p. 474, pi.; 1863. DELMAS (P.). Six obs. d ataxie locomotrice. In Journ de
mid. de Bordeaux, mars 1^05. DOUTET (V. A.). De I ataxie du mouvement. Th. de Strasb.,
1805, 11 855. ToriNARD (P.). De. I ataxie locomotrice, etc. Paris, 1865, in-8" RADCLIFT
(C. B.) On progress. Locom. Ataxy, in the Lancet lf<65, t. II, p. li>5. JACKSON (J. II.) The
Form of Amaurosis occurring in Locomotor Ataxy. \\iMed. Times 18t6, t. II, p. 22i. D,.-_
IAMAHUE (G.). Des troubles yastriques dans I ataxie, etc. Th. de Paris, 1806, n 250.
JACKSON (11.). A Case of Progressive Locomotor Alaxij. In the Lancet, -U6C,t. I. p. 345. REITH.
(Arch.). Locomotive Ataxy. Treatment by I(dine of Potassium. In Med. Times, 1806, t. I,
p. 65. GALLOWAY. Id., ibid., p. 15. Du MEME. The Form of Amaurosis complicating Loco-
motor Ataxy (Influence du tal.ac). In Med. Times, 1800, t. II, p. 221. CYAN ^E.). Die Lehre
von der Tubes dorsiialis, etc. Berlin, 1807, in-8.
Voir d ailleuvs la bibliogiaphie du mot ATAXIE HUSCILAIBE, et les traites, memoires, etc.,
relatiis aux maladies nervcusos, et aux maladies de la moelle piniere. E. BCD.
ATELIERS.
ATAXIQUE (Fievre). Nous avons dit al article ATAXIE ceque Pinelentendait
d une maniere generale par fievre ataxique. 11 lui donncponr caractere essentiel,
dans sa classification, 1 existence d anomalies nerveuses , et pour symptomesprin-
cipaux ceux qu Hippocrate attribue aux fievres malignes dans les Prxnotiones : sen
timent de froid, rigiditc du trone, de 1 epine, du cou, des membres; sueurs
partielles et legeres, terrenr, abatement, stupeur, delire, voix aigue, gesticula
tions, etc. Neanmoins si Ton veutbien consultcrle paragraphe consacrea [ Histoire
generale des fievres ataxiques, on verra qu il range au nombre des caracteres de
ces fievres d autres symptomes qne des symptomes nervenx ; notamment certaines
irregularites dans la rapidite de la marclie de la maladie, et plus specialement
dans le type des maladies periodiques.
Pinel admettait six genres de fievres ataxiques : la fievre ataxique continue, la
fievre cerebrale, la fievre lente nerveuse, la fievre alaxique continue compliquee,
(inflammatoire, bilieuse, muqueuse, adynamique), la iievre jaune et la fievre
ataxique remittente ou intermitlente. A. D.
(de are^Y]?, incomplet). Norn donne, dans la classification de Mala-
rarne, aux monstruosites caracterisees par le defaut de qnelque membre. L atelie
ri poiid a 1 eclroinelie dans la classification d Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire (voy.
ECTUOMELIENS). S. D.
1 1 I:B ni its On nppdli ;iinsi des locaux pins ou moins vastes dans lesquels
les onvrieis sont leunis en nombre egalement plus ou moins considerable pour
accomplir certains travanx en commun. Les causes d insalubrite different neces-
saiivment selon les dimensions du local, mais surtout selon le genre de travail
qne Ton y exerce, et la nature des subslances (fiii sont mises en ceuvre. Ces dille-
renles causes d insalubrite ne peiivent elre etudiees qu a 1 occasion de chacune des
professions particulieres qui entrainent le travail dans les ateliers, c est ceque
nous avons fait par exemple pour les aiguiseurs ; oubien a 1 occasion des substances
plus ou moins dangereuses que Ton emploie dans 1 industrie, c est encore ce quo
nous avons fait aux mots ALLUMETTES, ANILINE, ARSENIC.
Cependant nous devons passer rapidement en revue les principales circon-
stances qui peuvent rendre les ateliers nuisibles a la saute desouvriers qm vont In
exercer leur profession. II va sans dire que les localiles closes sont bien moins
salubres que les localites ouvertes, aussi, parlerons-nous surtout des premieres :
1 C est d abord une etendue insuffisantc pour le nombre des personnes qui s y
Irouvent renfermees ; on observe alors les inconvenients de lair confine. On compmiil
qu ils so font pins fortement sentir pendant 1 biver que pendant 1 ete, en raison du
1 occlusioii des lenetres pendant la mauvaise saison. 2" D antres fois c est une clia-
leur tropgrande prodnite par des foyers ardents, des fourneaux,etc., comme cbez
les boul.ingers, les fondeurs, les forgerons, les verriers, dans une foule d u;ines I
produits chimiques, etc. Dans ces cas, il y a bien souvent a redouter les coinant;
d air froid, les brusques alternatives de temperature. 5 Ailleurs, c est une bnmidiU
indispensable au genre de travail, par exemple pour les tisserands. 4 Dans tin tres-
grand nombre d ateliers, les inconvenients resultent d emanations ga/euses plus on
moins desagreables ou meme deleteres (preparation et emjiloi de subslances cbi
miques, derocbage, etc.). 5 J Des dangers moins immediats, mais peut-etre plus
graves encore, se presentent dans les localites ou se degagent des poussieres
ab^ndantos, cellos siirtontqui sonl de nalnrc mctallique. 6 En/ln, dans le< alc licr-s
;i
A THEME. 77
ou des machines sont en mouvement, les curriers sont souvent viclimes de ccs
puissances aveugles, accidents auxquels, il fautle dire, ils donnentlieu trop souvent
p;ir leurs imprudences et leur mepris du danger. Des eclats de meules, de pierres.de
ler, etc. , pen vent encore les blesser dans 1 exercice de leur profession. Nous le repe-
Ums.cesparticularilessiditferentes lesunes des autres, appartiennent a autantd ar-
ticles separes. (Yoyez en outre ETABLISSEMEHTS INSALUBRES, Classification.)
E. BCD.
ATELOMYELIE (de TS>>JS, inoomplet, etp.vs),o?, moellc). Monstruosite carac-
terisee par 1 absence totale ou partielle de la moelle epiniere. L atelomyelie se
rencontre a differents degres dans le spina bifida, la pseudencephalie, la derence-
phalie, 1 anencephalie, 1 acephalie (voy. ces mots). S. D.
ATELOKACHIDBE (de aTs),r>, incomplet, et /Sa^e;, epine dorsale). Monstruo
site caracterisee par le developpement plus ou moins incomplet tie la colonne verte-
brale. L ateloracliidie s observe a differents degres dans le spina bifida, la pseudeu-
ccphalie, la derencepbalie, 1 anencephalie, 1 acephalie (voy. ces mots). S. D.
(Athamanta L). Genre de planles, de la famille des Ombelli-
feres, doat les caracteres generaux sont ceux de cette famille, el dont les traits
purticuliers sont : des petales oboves, onguicules, emargines ou entiers ; un fruit
oblong, attenue au sommet, faiblement comprime sur les cotes, ou a coupe trans-
versale presijue circulaire ; des mericarpes a bords contigus et a cotes egales ou a
pcu pies, fililbrmes ; des vallecules a deux ou tiois bandelettes et un carpophore
bipartite. Loureiro (Flora cochinchinensis, 222) decrit un ,4. chinensis, cullive
dans 1 Asie orientals pour ses fruits diureliques, resolutifs, emmenagogues, em
ployes centre les maladies uterines. Mais peut-etre s agit-il ici d une plante d un
tout aulre genre. Ce qui est certain, c est que lous les Athamanta europeens em
ployes par les medeems, sont maintenant relegues dans des genres differents.
Ainsi :
VA. Cervaria L., ou Persil de montagne, est un PEUCEDAN (voy. ce mot).
L A. cretensis L., ou, suivant Gajrtner, le Libanotis des ancicns, est devenu
pour Tausch le type du genre PETROCAUVI (voy. cc mot).
L A. Libanotis L., est un LIBANOTIS (voy. ce mot).
L A. Meum L., est le Meum athamanticum de Jacquin (voy. MECM).
L A. oreosdinum L., ou Persil de cerf, est un. PEUCEDAN (voy. ce mot).
H. BH.
KocB,Umbellif., 106, t. 49, 50. D. C., Prodrom., [IV, 154 (ex part.}. ENDL., Gen.,
n. 4440. GREN. et GODR., Fl. fr., I, 704. II. UN.
ATDANASIE. Voy. DlOTIS.
ATHAPSIE. Voy. TURBITH.
( A0)jvaw;), medecin celebre, qui fut le fondateur de la secte des
Pneumatiques. II etait ne en Cilicie : a Attalie suivant Galien, ou a Tarse, selon
Caelius Aurelianus. On ignore 1 annee exacte de sa naissance et celle de sa mort;
mais comme Agathinus etait un de ses disciples, on pent conjecturer qu il
18 ATIIEKOME.
vccut au premier siccle apres Jesus-Christ. II 1 ut le nnitre d un cm lam Tlieodo-
rus, ct il exerca a Rome avec grand succes; mais ricu de sa vie privee. nc nous
est connu. II parait qu il a ecrit un ouvrage Ires-long; cor le vingt-rjuatrieme
livre est mentionne par Galien, le vingt neuvieme par Oribase. 11 ne nous reste de
ce travail que des fragments conserves par Orihase. I! y a a la Bihliotheque im-
periale de Paris un manuscrit grec du seizieme siecle contenaut un traite Sur les
urines attribue a un Athenee, mais qui n est certaincment pas le menie que le
fondaleur de la secte dcs pneumatiques. W. A. GREENHILL.
ATfflF.it. Voy. ROSE.
Le mot atherqme, si Ton s en tenait a I etymologie
on aQaaa), s appliquerait a ton to tumour formee par une masse pultacee. Mais on
ne donne cette denomination qu ii deux lesions, tout diflerentes, du reste, I mit
de I autre : 1 A des kystes dermo ides ouscbaces developpes soit a la surface de la
peau, particulierement frequents au cuir chevelu et aux bourses, soit, ce qui est
rare, an plancherdela bouche on ils constituent une variete de la grenouillelte
(voy. ce mot) ; 2 h la degenercsceuce graisseusc simple de la membrane interne
des artercs et a 1 endarteritechronique terminee par la formation de foyers pultaces
dans la coucliela plus profonde de la membrane inlcrne. Nous cxaminerons succes-
sivement 1 opportunite de cellu. appellation rl. sa signillcatioji analomique dans ces
deux cas.
i Les atheromes cutanfa sont dc petitcs tumcurs variant du volume d un petit
pois a niii irrisi 1 , saillantes a la surface de la peau qu clles soulevent, spheriques,
ouoblongues on un pen aplaties : on voit souvent un point noir a leur centre
qui est 1 orifice du folliculc pileux ou elles se sont developpees. Lorsqu on les in
cise, elles se presentent comme un kyste remplipar une substance pulpeuse, seba-
cee, conteuaiit plus ou moins dc graisse liquide. A un examenplus attentif, on re-
connaitquela peau les recouvre, sans y adherer autreraent que par lapartie cenfrale
de la petite tumeur, ou passe 1 orifice du follicule pileiix. La peau ipii les recouvre
presenle la sa structure normale. La paroi du kyste est constitute par mie mem
brane extremement mince de tissu coujonrlif parcouru par des vaisseaux. Celle-ci
est recouverte a sa face interne par une couclie d epiderme compacte formee de
cellules pavimenteuses engrenees. Ces deux couches constituent la paroi du petit
kyste qui est rempli par des lamclles agglomerees d epiderme corne, ou plus ou
moins imbibe de liquide. On y tronveaussi en proportion variable des cellules se-
bacees, remplies degouttelettes de graisse, des gouttelettes buileuses libres et dcs
cristaux de cholesterine qui se laissent facilement reconnaitre, meme a I oail nn, ;\
leur aspect brillant. Souvent on rencontre, dans cctte masse pulpeuse, dcs poils
fbllets, ce qui s explique facilement, car les follicules pileux. contiennent souvent
plusieurs racines de poils. Dans certains cas, il existe en outre des carbonates dc
chaux et de magnesie, et lecontenuet la paroi du kyste peuvent subir une sortede
Gratification.
Telle est la description que tous les anatomo-patbologistes s accordenta donnera
1 atberome ; voyons maintenant quel est son mode de developpement. Robin (Dic-
tionnairede Nysten, 12 e edition; 1865, p. 119) avance que le kyste de la tumeur
est forme par une glaude sebacee dilatee ; Virchow (Pathologic des tumeur s, t. I,
p. 229, traduction fraucaise de Aronssohu), sans meconnaitre le role quo jouent
quelquelbis les glandes sebacees dans la formation du kyste ct dans la secretion de
ATHEROSPEKME. 70
son contenu, doiuie le follicule pileux comme ctant la cavile ou sc fait loujours,
danslesgros atberomesraccumulation de 1 epiderme. Lasurfacedu kyste, en el fct,
:\ absolumcnt la structure du corps muqucux et les cellules epidermiques quiy sonteu
(outinuelle formation s accumulent dans la cavitedu kyste. Si lesglandes sebacces
qui *ienneiit s y ouvrir versent en grancle quantite leurs produits de secretion, le
contenu prend 1 aspect plus liquide du rniel et on appelle ces tumeurs meliceris.
Les glandes sebacees qui viennent primitivement s ouvrir dans le Jollicule dilute
sont souvent atrophiees par compression lorsque la tumeur est anciehne.
D opres leur modeetleur lieu de developpement, les atberomes ont exactement
la meme origine que les tumeurs plus ou moins grosses appelees crinons, ou come-
dons, ou tonnes, ou grains de mil, ou akrochordons, ou meliceris, ou loupes.
Cesdifl erentes denominations n pondont simpleinent a une difference de volnm,
de siege et de predominance de telle ou telle substance dans I interieur du kyste.
Ainsi dans les crinons, comedons ou tannes, la petite tumeur presente a son centre
un point noir et on i ait sortir par la pression comme un petit ver (vermicelle)
compose d une accumulation de cellules epidermiques. Dans le grain de mil, la pe
tite saillie blancbatre, qui s observe surlout dans les points ou la peau est tres-line
et riche en glaudes sebacees, a la face et aux paupieres, siege au fond d un follicule
de poil follet, et 1 orifice estraremcnt visible. Entre ces petites tumeurs et un atlic-
rome, il n y a de cliUerence que celle du volume, de meme qu entre un alhcrome
et une loupe enornie du cuir cbevelu.
La presence do I acarus des follicules dans ces diverses tumeurs est un fait qui
n a pas plus d importance que 1 existence de cet animal dans les follicules normaux.
Les modifications que subissent les atheromes cutanes sous I mfluence des plaies,
des contusions, des inflammations qui en sont la suite, aussi bien que leur mode
de traitement [iar 1 evidenient simple, 1 nblation du kysle et la cauterisation, sont
les memesqui serontdeveloppeesa propos des loupes du cuir chevelu.
2 Le mot athe rome applique a la degeneresccnce graisseuse simple et superfi-
cielle de la membrane interne des arteres n a pas sa raison d etre, ainsi que le fait
remarquerVircbow, dans szPathologie cellulaire, parce qu il n yarien la qui res-
semble a une masse pnllacee : il n en est pas de meme lorsqu on trouve des foyers
ramollis dans la profondeur de la membrane interne des arteres. Ces foyers qui con-
tiennent des corps granuleux, des globules de graisse et de la cholesterine ont etc
decrits apropos de 1 endarterite, aussi nous n y reviendrons pas. V. CORNIL.
E. VAN SWIETEN. Commentarii in Boerhavii Aph.,i. I, p. 3, Lugd. Batav. 1742.
in-4. CRUVEILHER. Essai surl anal. path. , 1. 1, p. 327. Paris, 1810, et TraMd anat. path, gdn.,
t. Ill, p. 546. LEBERT. Physiologic patliot., t. II, p. 49. I aris.lS tS. B^RENSPHUNG. Beitrar/e
zur Anat. u. Path, der menschl. Haul., p. 85. Leipzig, 1848. SIMOS (Gust.). Die tlautkiank-
heiten, p. 268, 551. Berlin, 1851. PORTA. DeiTumorlfollicolari sebacei. Milano, 1850.
1 iomx. Diet, de Nysten, 12 edition, 180 j. Art. Alh rome. FIEHSTER. Uandbucli der path.
/l/iaf,.speciel. Theile, p. 1010. 1S03. ViRtuow. Pathologic des tumeurs, traductiou frangaise
de Aronssohn, onzieme leQon, 1807.
(Atherosperma) . Genre de plantes, etabli en 1806, par
Labillardiere, et qui a donnne son nom au groupe des Atberospermees, considerees
par certains aiiteurs comme furmantune famille particuliere, mais rangees par beau-
coup d autres parmi lesMonimiees, dont elles ont la plupart des caracleres el dont
elles ne se distinguent que par des antberes valvicides, un ovule ascendant, des
fruits sees surmontes d un style plumeux, et un embryon albumine. Les Athero-
sperma ont les fleurs bermapbrodites ou unisexuees. Leur receptacle est un sac dont
80 ATLAS (ANATOMIE DESCRIPTIVE).
les Lords portent un periantbe forme d un nombrc variable defoliolcs disposees sur
deux rangs; il y en a souvent Imit. Les etamines inserees plus has, sur la paroi
interne de la coupe receptaculaire, sont formees d un filet biglanduleux a sa base,
et d une anlbere Liloculaire, extrorse, dehiscente par deux panneaux qui se rele-
vciit. Leur nombre est indefini. Dans la fleur femelle, les organes males sont
representes par des languettes steriles, et le fond du receptacle supporte de nom-
breux ovaires, contenant chacun un ovule dresse a micropyle tourne en bas et en
debors, et surmontes d un style villeux. Cbaqne fruit deviat un nucule a grains
albuminee, couronnee de ce style persistant en forme d aigrette plumeuse; ils sont
tons renlermes dans le receptacle floral devenu sec. Les Atherosperma sont des
irbustes ou des arbres de 1 Australia et des regions voisines. Leuis feuilles sont
opposees ; leurs flcurs, axillaires et accompagnees de deux bractees opposees ibrmant
involucre.
La premiere espece connne du genre, estl A. moschatum LABILL., plante aus-
Iralienne et de Van-Diemen, tres-artwatique, dont toutes les parties ont une sa-
veur cbaudc, piquante, une odeur campbree assez agreable. L ecorcc possede ces
proprietds a un haul dcgre; elle se presente sous forme d une lame mince (epaisse
seulement de 2 a 9 millimetres), fragile, glabre en dedans, oil elle offreune leinte
bnine uniforme, blanchatre dans toute son epaisseur, d un gris blanchatre, et ru-
guetise en dehors. Son odeur tient a la fois de celles du camphre, de la badiane,
de la muscadeetde 1 ccorce dc Winter. Sa saveurestala fois aromatique et aniere,
poivree et campbree. On concoit que ses proprietes doivent etre energiques. Une
I m Ic decoction constitue un tonique et un antiscorbutique puissint. L infiuion
li .^eiv do rclto ecorce, soit verte, soit dessechee, est employee par les colons anstra-
licns commc le tbe, suit pure, soit avec du lait. Sous cetle forme, c est, dit
M. Backbonse, un aperitif assez efticace.
L A. Sassafras A. CUNN., que les Auslraliensappellentvulgairement Sassafras,
i;oni qui indiqne ses proprietes, est devenu pour Endlicber le type d un genre
I ailiculier, sous le uoin de Doryphora. H. Bx.
LAciLtAnniERF, fiovx Hollan lix plantar, specim., II, 74, t. 224. ENDL. Gen., n. 2020,
Suppl. IV, 11, aO. LINIIL., Veg. Kiiigd , 3 iO, fig. CCVII. TULASXE, Mon. Monim., 418,
t. 04. \\.ur., Ann hot. Sust., 117.
ATKINS (Jean). Cbirurgien anglais, ne a Plaistow, dans le comte d Essex,
dans la premiere moitie du dix-lmitieme siecle. Sa passion pour les voyages le
[ oussa a servir la marine de son pays (1 705). II partit en 1741 sur le vaisseau de
guerre le Swallow, destine a croiser, de concert avec le Weimouth, centre les
[lirates qui infestaient les cjles d Afrique. Ges deux batiments, apres avoir rempli
leur destination, allerent au Bresil, a la Jamaique, et revinrent en Angleterre
dans 1 annee 1723. Atkins occupa alors ses loisirs a ecrire ce qu il avail vu, a
publier le fruit de ses observations, et il a laisse au public les deux ouvrages
snivanls :
I. A Voyage toGuinea, Brazil, and West-Indies, etc. Loud., 1737, in-8. 2 e . edit. II. The
Navy Surgeon, or Practical System of Surgery, with a Dissertation on Cold, OK Hot Mineral
Springs, and Physical Observations on tlie Coast of Guinea. Lond., 1734, in-8; Ibid. 17 W,
in-8; Ibid. 1758, in-8". A. C.
ATLAS. L on designe sous ce nom mytbologique la premiere verlebre cer-
ATLAS (A NATOMIE DESCRIPTIVE). 81
\icale, parce qu elle supporte immediatement la tete ; de meme quo d apres la fable
Atlas soulenait la sphere celeste.
I. Anatomic descriptive. La premiere vertebre differe essenlieiiement de
toutes les autres. G est un vaste anneau que cii conscrivent deux arcs osseux clont
1 un est anterieur et 1 autre posterieur, et deux masses osseuses d uu volume assez
considerable, qui en raisou de ce volume et de leur situation, sont decrites sous le
nora de masses laterales.
L arc anterieur est aplati d arriere en avant et legerement courbe ; il est peu
etenduetne mesure guerequeO m ,02de longueur ; la hauteur est environ de O m ,01
son epaisseur de O m ,007. Ge qui contribue a lui donner son epaisseur, c est la
presence, sursa face anterieure, d un tuberculc toujours assez en relief, pourqu on
puissele sentir a travers la paroi posterieure dti pharynx, a la partie superieure
duquel repond la face anterieure de 1 arc anterieur de 1 atlas. La face posterieure
de cet arc repond a 1 axis ; on y remarquc une assez large facctte ovalaire tres-
legerement concave destinee a s ai ticuler avec 1 apophyse odontokle de la seconde
vertebre.
L arc posterieur beaucoup plus etendu est forme par une lame osseuse assez
mince aplatie d avant en arriere et fortement recourbee. 11 mesure environ O m ,05 de
longueur, a peine uu centimetre de hauteur, et un demi-centimetre d epaisseur.
La face anterienre de 1 arc posterieur repond an canal vertebral, la face posterieure
aux parties molles de la region posterieure et superieure du cou. Des inegalites,
quelquefois un tubercule median se voient sur cette face posterieure, mais jamais
on n y rencontre d apophyse epineuse ; cette portion de 1 atlas ne saurait done etre
sentie a travers les parties molles. - - Le bord superieur et le bord infericur sont
creuses d echancrures a Jeur point de jonction avec les masses laterales. Ces echan-
crures plus profondes sur le bord superieur sont quelquefois converties en trou
par une languette osseuse.
Les masses laterales interposees entre les deux arcs qu elles reunissent, sont
obliquement dirigees d avant en arriere et de dedans en dehors. Elles mesurent
environ O m ,02 de longueur etO m ,015 d epaisseur. Les masses laterales sont artieu-
laires par leurs faces superieure et inferieure. Les facettes articulaires supcrieures
sont destinees a se mouler exactement sur les condyles de 1 occipital; elles sont
concaves, iuclineeseu dedans, elliptiques, dirigees obliquement d avant en arriere
et de dedans en dehors ; elles sont prolongees en arriere par un plateau osseux qui
surmonte I ecbancrure superieure de 1 arc posterieur. Les faceltes articulaires infe-
rieures repomlent a celles de Taxis, elles sont circulates, planes, et regardent en
has et un peu en dedans.
Au-dessous des facettes articulaires superieures et en dedans, se remarque une
large depression inegale ct rugueuse, qui donne attache au ligament tiansverse ou
annulaire. Gette depression repond a la partie moyenne des masses laterales.
En dehors, elles offrent a considerer des apo^byses transversesties-volumineuses,
triangulaires, a un seul tuberculc, qui donne insertion aux principaux muscles
rotateurs de la tete, percees d un trou a leur base, comme celles de toutes les
autres vertebres cervicales mais non creusees en gouttiere. De la reunion de ce trou
et de 1 echancrure superieure de 1 arc transverse resulte un canal inflexe, vertical
il abord, puis horizontal, qui conduit 1 artere vertebrale dans 1 interieur du crane.
Le trou de la premiere vertebre est tres-considerable ; nous lui avons trouve
jusqu a O m ,055 dediametreantero-posterieur etO m ,052dediametre transversal. II
est divise eu deux portions inegales par le ligament transverse ou annulaire. Dans
D1CT. ENC. VII. 6
82 ATLAS (A.NATOMIE DESCRIPTIVE).
la partie posterieure qui equivaut a un peu plus du tiers du diametre antero-poste-
rieur, est logee 1 apophyse odonfoide de 1 axis. Les deux tiers anterieurs du dia
metre antero-posterieur et toute la largeur du diametre transverse sont done reser
ves a la partie superieure de la moelle ; il est presque inutile de remarquer que
dans cet espace, les dimensions transversales 1 emportent de beaucoup sur les
dimensions d avant en arriere, d ou la possibilite de deplacements lateraux ou de
luxations incompletes de la premiere vertebre sur la seconde, sans compression
notable de la moelle.
B. Articulations de I atlas. L atlas est surtout une verlebre articulaire, sa
forme et en particulier la disposition de ses masses laterales le demontrent. Par
I intermediaire de la premiere vertebre, la tele est done rattachee a la colonne
vertcbrale. Mais la premiere vertebre ne concourt pas senle a former le systeme
d articulations complexes qui devaient a la fois relier solidement la tete a la tige
rachidienne, et lui asstii er les mouvements etendus qu elle execute. x\insi que 1 a
fait observer avec raison M. Cruveilhier, 1 articulatioa de 1 occipital avec 1 atlas
presente a considerer trois articulations : 1 I articulation occipito-atloidienne;
2 i articulation atloido-axo idienne; 3 I articulation occipito-axoidienne.
1 Articulation occipito-atloidienne. L atlas s tinit a tout le pourtouv du trou
occipital, auquel sa forme lui permet de s adapter exactement.
L articulation proprement dite se fait par rintermediaire des deux facettes arti-
culaires superieures qui correspondent aux condyles de Voccipital. Ceux-ci,
comme les masses laterales de 1 atlas, sont situes tres-pres de la partie anterieure
du trou occipital; neanmoins, ils sont plus eloignes de 1 extremite anterieure du
diametre occipito-menlonnier que de la posterieure. En d autres termes, 1 articu-
lation de 1 occipital et de 1 atlas repond a la reunion du tiers posterieur avec les
deux tiers anterieurs du levier horizontal represente par la tete reposant a angle
droit sur la colonne vertebrate. II en resulte qu en 1 absence de la contraction
musculaire, la tete a une tendance manifesto a se porter en avant ; c est ce qui
arrive, par exemple, aux individus surpris par le sommeil dans la position assise.
La difference de longueur des bras du levier, resultant de ce que 1 articulation
occipito-atloidienne ne partage pas h tige occipito-mentonniere en deux parties
(. gales, permet de bien se rendre compte de la position habituellement flechie de
la t4te du fetus avant le debut du travail, et du mecanisme de la flexion complete,
lorsque le travail de 1 accouchement a lieu.
Les condyles de 1 occipital presentent a considerer deux surfaces convexes,
oblongues, regardant en bas et en dehors, obliquement diriges, comme les masses
laterales de 1 atlas, d avant en arriere et de dedans en dehors.
L une et 1 autre surface articulaire sont revetues de cartilage. Reunies, elks
ferment une double articulation condylienne.
Les ligaments qui les unissent sont constitues : a. Par une lame fibreuse ante
rieure qui descend de la partie anterieure du trou occipital au bord superieur de
I arcanterieur; ce ligament est compose de plusieurs couches de fibres et renforce
sur la ligne mediane par un cordon fibreux anterieur qui descend de 1 apophyse
basilaire pour se rendre au tubercule anterieur de 1 atlas. b. Par une lame
fibreuse posterieure plus etendue, plus mince et plus lache, non renforcee sur la
ligne mediane. c. Par une capsule fibreuse peri-condylienne. d. Enfiu, par deux
ligaments mtrmseques, ligaments occipito-atloidiens lateraux qui, de I eiiiineiice
jugulaire de 1 occipital, se portent a la basede 1 apophyse transverse de 1 atlas.
2 Articulation atloido-axoidienne . Les surfaces articulaires du cotfe de
ATLAS (ANATOMIE DESCRIPTIVE). g5
1 atlas nous sont connues, ce sont les facettes interieures de ses masses articulaires.
11 est necessaire pour 1 etude dc celte articulation et dc 1 occipito-axoidieune de
donncr, des a present, la description de 1 axis.
Axis. L axis, seconde verlebre cervicale, doit son nom a 1 apophyse cylindrique
qui surmonte son corps; autonr de ce pivot cylindrique tourne la Lete. La forme
de Taxis differe completement de celle de 1 atlas et se rapproche de celle des
autres vertebres cervical es.
Le corps de 1 axis of-fre en avant une crete triangulaire a base inferieure, verti-
cale, assez saillante, qui separe deux enfoncements lateraux destines a 1 insertion
des muscles.
Cette crete osseuse ne peut etre sentie nettement a travers les parties molles,
meme a sa partie superieure, elle est beaucoup moins en saillie quo le tubercule
de 1 atlas dont nous avons parle. La lace posterieure repoml au canal vertebral. La
face inlerieure rappelle par sa configuration celle des autres vertebres cervicales.
De la face superieure s eleve 1 apophyse odontoide qui en occupe toute Petendue.
L apophyse odontoide mesure pres de O m ,02 en bauteur, la base tin pen etranglee
lateralement, pres de O m ,01 dans son diamelre Iransversal, et O m ,012 dans son dia-
metre antero-posterieur ; le sommet est rugueux et legerement rcnlle, aussi la por
tion inferieure de 1 odontoide porte-t-il le nom de col. La fare anlerieure offre une
facette articulaire etendue qui repond a 1 atlas; la face posterieure, une facetle
moins accusee qui repond au ligament transverse ou annulaire.
Le trou a la forme de coaur de carte a jouer, forme commune aux vertebres cer
vicales, mais il offre de plus grandes dimensions antero-posleiieures, que 1 on peut
evaluerdeO m ,012aO B1 ,020."
Les lames laterales sont Ires-fortes et n offrent d echancrure a leur base que
sur leur boid inferieur.
L apophyse epineuse offre un developpement propoiliomiel a celui des lames.
Longue el forte, terminee par un double tubercule destine a recevoir 1 insertion de
muscles puissants, elle depasse de pres de O m ,02 Tare posterieur de 1 atlas. Elle
peut facilement etre reconnue a travers les parties molles de la nuque; elle est
aussi bors rang par rapport aux autres vertebres cervicales, la septieme ou proe-
minente seule la depasse.
Les apophyses transverses sont petites, triangulaires, a un seul tubercule, deje-
tees en bas, percees a leur base d un canal inflexe, qui, avec celui que nous avons
decrit sur 1 atlas, determine le trajet si complique de la vertebrale a son entree
dans le crane.
Les facettes articulaires et les masses qui les soutiennent sont placees sur les
cotes du corps. Les inferieures, tres-obliques de haul en bas et d en avant en
arriere, sont analogues a celles des autres cervicales. Les superieures, tres-etendues,
sont a peu pies egales aux facettes correspondantes de 1 atlas . Elles offrent, ainsi
que 1 a remarque Malgaigne, une convexite dans le sens antero-posterieur, tandis
que celles-la sont planes. Leur grande etendue merite surtout d etre remarquee,
elle equivaut a peu pres a O m ,01 dans les deux principaux diametres ; ces articula
tions sont d ailleurs le centre de tous les mouvements de rotation de la tete.
Les ligaments qui constituent les moyens d union de V articulation altoido-axoi-
dienne, sont nombreux. L axis, en effet, repond a 1 atlas, non-seulement par son
corps, son arc et ses facettes articulaires, mais elle olfre encore une articulation
intrinseque dont les surfaces articulaires sont representees par 1 odontoide et 1 arc
anlerieur de 1 atlas.
84 ATLAS (AMATOMIE I>ESCKIFTIVE).
Le ligament atloido-axoidieu anterieur ceint J arc anterieur de Tatlas et la
face anterieure du corps de Taxis. II descend du tubercule de 1 atlas et du bord
inferieur de son arc anterieur au-devant de la base de 1 apophyse odontoule et du
corps de Taxis. II est epais, compose de plusieurs couches, etrepresente la partie
la plus elevee du grand surtout ligamenteux anterieur.
Lzligament atloido-axoidien posteneur remplit Tespace comprisentre Tarcde
Tatlas et de Taxis. Plus mince, lache et peu resistante, cette lame fibreuse differe
des ligaments jaunes qui reunissent les lames des autres vertebres.
Une capsule fibreuse unit les facettes articulaires de Tatlas et de Taxis. Ce
manchon fibreux forme de fibres verticales qui s inserent a tout le pourtour des
surfaces arliculaires, est solide et resistant surtout en dchors. Elle est cepend;mt
assez lacbe pour s accommoder aux mouvements etendus de ces articulations. La
synoviale qui la double est extremement lache, deborde les surfaces articulaires,
surtout en avant, et, selonM. Cruveilhier, communique presque toujours avec 1 ar-
ticulation du ligament transverse ou demi-annulaire avec Tapophyse odonto ide.
L articulation des apophyses articulaires de Tatlas et de Taxis constitue une
double arlhrodie.
Les ligaments qui unissent 1 apophyse odonto ide a Tatlas sont de deux ordres.
Les uns unissent directemcnt Tapopbyse odonto ide a Tatlas, les autres completentla
cavite articulaire en forme d anneau, dans laquelle se meat Todouto ide.
Les ligaments qui unissent directement I atlas et lodontoide, s inserent au
pourlour des petites facettes arliculaires que Ton remarque au niveau de la face
interne des masses laterales de Tallas, et des faces Jaterales de Todontoide. Ces
petites arthrodies sont pourvues d une synoviale propre.
Le ligament transverse ou demi-annulaire complete la cavite articulaire del o-
donto ide. II separe en deux cbambresJ anneau de 1 atlas ; lachambre anterieureest
articulaire, la posterieure, encore tres-etendue et la plus large, est destinee au pas
sage de la moelle epiniere. La chambre articulaire est limitee en avant par la face
posterieure de Tare anterieur de Tatlas, lateralement par ses masses laterales et
en arriere par le ligament demi-annulaire ; elle est done osteo-fibreuse. Le ligament
demi-annulaire prend insertion dans la depression profonde et rugueuse si^nalee
a la face interne des masses laterales de Tallas, il passe done derriere Todontoide
qu il embrasse exactement a la maniere d un demi-anneau. La circonference infe-
rieure de ce demi-anneau est moins large que la superieure et s emboite dans le
sillon de la base de Todontoide. Ce ligament est fibro-cartilagineux et elastique,
c est en avant, dans sa surface articulaire, qu est accumuleTelementcarlilagineiix.
Oe son bord superieur et de son bord inferieur partent deux faisceaux de renforce-
ment qui vont se fixer a T occipital en baut et sur la face anterieure du corps dc
Taxis. De la, le nom de ligament cruciforme que quelques auteurs ont donne au
ligament demi annulaire. La synoviale de cette articulation est tres-develonpec et
communique quelquefois avec les synoviales voisines.
L articulation de Tatlas avec 1 axis est unetroclioide -rpe/co (je tourne).
3 Articulation occipito-axoidienne. De> ligaments tre--forts s etendenl de
Toccipital au corps de Taxis, et a son apopbyse odonto ide ; ce sont encore des liga
ments de renforcement destines a compleler la solidite de Tarticulation atloido-
axoidienne sans nuire a ses mouvements.
Les ligaments qui s etendent de I occipital au corps de I axis sont distingues
en moyens et lateraux. C est en definitive un groupe de fibies ties-lortes, formant
des faisceaux tres-resistants, dont les uns sont verticaux et les autres transverse.-.
ATLAS (PHYSIOLOGIE). 85
*
Tons se fusionnent en arriere du ligament demi-annulaire, a la face posterieure
duquel ils adherent intimcment. Les vei ticaux represented la pnrtie la plus elevee
du grand surtout ligamenteux posterieur, ils recouvrent et donblent les expan
sions verticales proftmdes du ligament annulaire, deja decrites. Les transversaux
sent etendus des parties laterales de la gouttiere basilaire a la face posterieure du
ligament transverse et du corps de 1 axis.
Les ligaments qui setendent de V occipital a Vapophyse odonto ide sont ana
logues dans leur disposition a ceux que nous venous de decrire, les insertions
senles different. Elles se font au sommet renfle et rugueux de rodontoi de que les
fibres ligamenteuses embrassent de toutes parts et fixent a 1 occipital en rayonnant
en baut a la partie anterieure du trou occipital, lateralement a deux petites ios-
settes creasees en dedans des condyles.
II. Pbysiologle. Les mouvements qui se passent entre i occipital et 1 atlas
et entre la premiere et la seconde vertebre, assurent, par leur combinaison avec
ceux de la colonne cervicale, le jeu facile, regulier, etendu de la tete au sommet
delatige racbidienne.
Ces inouvements out pour agents actifs la plupart des muscles du cou, mais nous
devons signaler sans les decrire, les groupes mnsculaires s|>ecialement affectes aux
raouvements importants des deux premieres verlebres.
Ces muscles, designes sous les noms de dioits et obliques de la tete, constituent
vm appareil compose de buit paires de muscles, qui vont de I occipital 5 1 allas, de
1 occipital a 1 axis et de 1 atlas a 1 axis. Leur action commune ou isolee merite d etre
etudiee, mais on ne saurait le faire avec fruit qu en donnant de cliacun de ces
muscles une description que Ton trouvera aux mots : droits de la tete, obliques de
la tete. Nous devons uctuellement envisager dans leur ensemble 1 etude des mou
vements des articulations de la tete avec les deux premieres vertebres et de ces verte-
bres entre elles.
Ges mouvements, grace aux articulations complexes que nous venons d etudier,
sont nombreux et nous ajouterons que grace a 1 etendue des surfaces articulaires,
a la laxite de certains ligaments et des synovudes qui les doublent, ils sont etendus.
Cela est vrai, du moins, pour les principaux mouvements qui comprennent : la
flexion et 1 extension et la rotation. L on pent aussi decrire des mouvements de
flexion laterale et le mouvement de circumduction qui n est que la resultante de
la combinaison des divers mouvements dont jouitune articulation.
Les mouvements de lateralite sont fort bornes, car ils ne depassent guere un
angle de 5 entre I occipital et 1 atlas et n existent pas entre 1 axis et 1 atlas.
Les mouvements de flexion et d extension existent au contraire entre 1 atlas et
I occipital, et entre 1 atlas et 1 axis. Nous dirons avec Malgaigne, dont nous avons eu
deja 1 occasion d etudier les opinions (Lecons d orthopedie, p. 274), que loin d etre
excessivement bornes, ainsi que le veulent Ollivier (d Angers) et les freres
Weber, ces mouvements mesurent : la flexion 21 et 1 extension 20. Lorsque
Ton renverse la tete en arriere, 1 arc poslerieur de 1 atlas peut en effet arri-
ver jusqu au contact de I occipital, tandis que dans la flexion il s en ecartede
18 millimetres, on pourraity placer le doigt. Chez les quadrupedes on arrive aise-
ment lorsque la tete est ilechie a glisser un couteau a travers cet espece et a sec-
tionner la moelle, il en est de meme cbez rhomme. Dans 1 extension au contraire
le rapprochement de 1 arc de 1 atlas et de I occipital et 1 apophyse epineuse de 1 axis,
la prolegent admirablement. Ces mouvements se produisent dans les articulations
86 ATLAS (ANATOMIE CHIRURGICALE).
condyliennes de 1 occipital et dc 1 atlas, qui jouissent encore de mouvements tres-
bornes d inclinaison laterale et de rotation.
Enlre 1 atlas et Taxis les mouvements de flexion et d extension se passent dans
les articulations arthrodiales comprises entres leurs facettes arliculaires. Ces
mouvements egalent a tres-peu pres ceux de 1 occipital sur 1 atlas. La flexion laisse
done encore le canal medullaire sans defense contre la penetration d un instrument
tranchant.
C est surtout aux mouvements de rotation que se pretent les deux arthrodies
atlo-axoidiennes. La rotation est le plus grand mouvement que puisse executer la
tete. Elle se passe aussi entre 1 atlas et Taxis, mais ici intervient une autre articu
lation, c est la trocboi de formee par 1 apophyse odonto ide roulant dans 1 anneau
osteo-fibreux de 1 atlas. D apres Malgsigne, les grands mouvements de rotation de
la tete n embrassent pas moins de 70 J . L atlas et 1 occipital roulent autourd uu
axe median, Tapophyse odonto ide, et le mouvement est necessairement trans-
mis aux articulations laterales. II en resulte que dans Textreme rotation de la tete
a gauche, la masse droite de 1 atlas deborde fortement Taxis du cote dn pharynx,
la masse gauche reculant en arriere et reciproquement. Aussi lorsque Texploration
pharyngienne permet de constater ces saillies ne faudrait-il pas plus croire a un
defacement iii(lli]uant une luxation, que Ton n a le droit d y songer lorsque Ton
constate Tecartement normal de Tatlas et de Taxis qui accompagne la flexion.
Les mouvements de latcralite sont encore tres-bornes entre 1 atlas et Taxis ;
mais on comprcnd qu ils nc sauraient avoir lieu sans que Tune des masses latera
les de Tallas soil pressee entre Taxis et T occipital, c est ce qui arrive evidemment
a la masse laterale correspondant au cote de Tinclinaison, Dans Tetat normal Ta-
pophysi: odonto ide et la disposition des surfaces articulaires s opposcnt a tout mou-
vement qui depasse 3 ou 4 degres, mais Ton comprend que dans un cas patliologi-
que s accompagnant de ramollissement des os et de destruction de Todontoide, Ta
tlas, presse entre 1 occipital et Taxis, puisse s echapper lateralement.
Nous n avons rien a dire au point de vue descriplif du mouvement de circum-
duction, mais nous ne terminerons pas sans rappeller qu il imports surtout de se
bien rendre compte de la complexite et de Tetendue des mouvements qu exe cute
la lute sur la tige rachidienne; au point de vue chirurgical cela est indispensable
pour comprendre les deviations qui accoinpagnent habituellement les affections de?
vertebres supeiieures.
III. Anatomle chlrurgicale. Quelques renseignements anatomiques sont
encore necessaires avant d aborder T etude de la pathologic des deux premieres ver-
tebi es. Leur importance est assez grande pour justifier la description d nne region
sous-occipitale ; nous Temprunterons en partie a la nuque ou region cervicale
posterieure, dont la limite inferieure est, on le sait, une Jigne tiree de Tapopliyse
epineuse de la septieme cervicale a Tattache claviculaire du trapeze.
1 Limi(es. La region sous-occipitale aurait pour limites : en arriere, la ligne
courbe de Toccipital ; en bas, une ligne horizontal tiree au niveau de Tapophyse
epineuse de Taxis. Cette ligne prolongee lateralement jusqu au sommet de Tangle
du maxillaire inferieur marque la limite inferieure de la region sur les cotes, tandis
qu elle se trouve superieurement dans la prolongation de la ligne courbe occipitale
qui passe au niveau de la base des apophyses mastoides.
En indiquant ces limites laterales, nous avons surtout pour but de preciser
quelle est la situation relative de Tatlas et de Taxis. 11 ne saurait entrer dans notre
ATLAS (ANATOMIC CUIRUKGICAI.K). 87
esprit, que toutes les parlies si importantes comprises dans Tangle ch consent par la
branche de la machoire et le pharynx, doivent faire par tie de la region sous-occi-
pitale; mais il nous a paru necessaire d etablir leurs connexions avec cette region.
En avant la region sous-occipitale, represented par 1 arc anterieur de 1 atlas et la
face anterienre du corps de Taxis, repond a la paroi posterieure du pharynx a tra-
vers lequel elle peut etre exploree ; elle est limitee en haut par la face inferieure
de Tapophyse basilaire, en bas elle se continue insensiblement avec la colonne
vertebrale. Nous avons pu nous assurer que lorsque la tete repose a angle droit
sur la colonne vertebrate, une ligne horizontal menee de la base des incisives au
pharynx aboutit au niveau du bord inferieur de Taxis. Si la tete est renversee en
arriere et la machoii e fermee, ce niveau descend jusqu au bord inferieur de la ma
choire. Ce sont done bien les corps des deux premieres vertebres qui peuvent etre
explores par la bouclie, mais le corps de Taxis est beaucoup plus bas qu on ne
serait tout d abord tente de le croire; nous aurons a revenir sur diverses particu-
larites relatives a Timportante exploration de cette paroi anterieure de la region
sous-occipitale.
2 Forme anterieure et superposition des plans. La bosse occipitale forme un
relief souvent Ires-accuse chez quelques sujets. Immediatement au-dessous Ton re-
marque la fossette sous-occipitale quis efface dans Textension, mais qui est toujours
marquee, lorsque la tele est droite et s exagere lorsqu elle est fle chie en arriere; sa pro-
fondeur est en effet determinee par le relief des bords internes des muscles splenius.
C est eu plongeant le doigt a la partie inferieure de cette fossette que Ton sent Ta
pophyse epineuse de Taxis. De meme que la bosse occipitale, cette apophyse est
exactement sur la ligne mediane.
La peau, en grande parlie recouverte par les cheveux, est epaisse et intime-
ment unie a Taponevrose par un tissu cellulaire dense et feutre.
Le tissu graisseux sous-cutane est peu abondant excepte chez quelques sujets.
L aponevrose, peu importante, recouvre immediatement les insertions des trape
zes a la ligne courbe occipitale. Elle adhere, ainsi que les bords internes de ces
muscles, a la ligne blanche cervicale posterieure. Lateralement se voit Tinsertion
mastoidienne et occipitale du muscle sterno-cleido mastoidien.
Dans une seconde couche musculaire, nous trouvons les splenius de la tete, en
arriere dans Tecarlement de leurs bords du lissu cellulaire graisseux, et le
ligament cervical posterieur ; lateralement les insertions du splenius du cou et de
Tangulaire de Tomoplate.
Dans une troisieme couche le grand complexes, le petit complexus et laterale
ment le digastrique et les insertions des muscles Aliens, et plus profondement les
constricteurs du pharynx.
Eniin un qualrieme et dernier plan do muscle, appartenant exclusivement a la
region sous-occipitale ; ce sont les grand et petit droits posterieurs, les grands et
les petits obliques constituant un triangle dans Taire duquel se voit Tapophyse
transverse de Taxis, Tartere vertebrale et le nerf sous-occipital.
En avant la paroi poslerieuie du pharynx separee des verlebres par un tissu
cellulaire lamelleux et tache qui permet les glissements faciles du pharynx sur
la colonne vertebrale. Ce tissu cellulaire communique lateralement avec celui qui
separe les differentes insertions et couches musculaires que nous venons d enume-
rer. Au-dessous un plan musculaire conetitue par trois muscles pairs : le grand
droit anterieur, le petit droit anterieur de la tete et le long du cou qui sont cou
ches au-devant de la colonne cervicale.
WS ATLAS (ANATOMIE CIIIRURGICALE).
r>" Vaisseaux et nerfs. L artere occipitale, 1 artere vertebrale, 1 artere carotida
interne, 1 artere carotide externe se rencontrent dans cette region.
L artere occipitale, branche posterieure de la carotide externe dont elle emnne
au meme niveau qne la faciale ctlalinguale est assez volumineuse. D abord ti-es-pro-
londe, clle s engage sous lesplenius entre 1 apophyse niastoide et 1 apophyse trans
verse de 1 atlas ; elle se reflechit a angle droit, contourne le splenius et se degage au
niveau du bord posterieur du sterno-mastoidien en foraiant deux branches, l une
verticale et 1 autre hoiizontale, celle-ci suit la ligne courbe occipitale, toules deux
sontdestinees aux teguments craniensou elle s epuisent, elle n ofi re plus sur la ligne
mediane que des ramifications san^ importance.
L artere vertebrale est profondement situee, mais elle fait partie integrants de
la region. C cst au niveau de Taxis qu elle sort du canal que lui fournissent les
apophyses transverses cervicales. Elle change alors de direction pour s accommoder
au canal inflexe que lui presentent 1 axis et 1 allas, decrit deux courbuies, l une
verticale et 1 autre horizon tale, traverse ensuite la dure-mere entre 1 arc posterieur
de 1 atlas et 1 occipital pour entrer dans le crane. Cette artere est done laterale-
ment silmV, mais elle empiele sur la partie posterieure de la region par sa courbe
hoi izontale que Ton voit dans le triangle forme par les grands et petits droits pos-
terieurs, par les grands et petits obliques.
Les arteres carotides sont essentiellement Iat6rales. L externe se dirige vers le
col du condyle maxillaire ;i interne en avant de la colonne vertebrale, le long des
part us lute-rales du pharynx, pour gagner le trou decline anterieur.
La veine jugnlaire interne, les nombreux plexus qui entourent les vertelres
doivciit surtout etre signales.
Les nerfs qui appartiennent a cette region sont designes sous la denomina-
. tion de : nerfs sous-occipitaux, et distingues en branche posterieure du premier
et du deuxieme nerf cervical. La premiere sort du canal vertebral entre 1 occi-
[iital el 1 atlas, en dedans et au-dessous de 1 artere vertebrale, se portedirectement
en ai riere et se distribue aux muscles droits et obliques posterieurs de la tete.
Elle envoie un rameau anastomotique a la branche posterieure du deuxieme nerf
cervical. Celle-ci, sort du rachis entre 1 arc posterieur de 1 atlas et la lame
correspondante de 1 axis, sur le meme plau vertical que la premiere. Toutes les
deux sont done beaucoup plus rapprochees de la ligne mediane que les branches
cervicales suivantes, qui s echappent lateralement par les trous de conjugaison.
Toutes les deux out d abord un trajet intra-rachidien. La seconde assez volumineuse
pour etre souvent appelee grand nerf sous-occipital, est a la fois musculaire et
cutanee. Ses rameaux cutanes iort abondants emergent de chaque cote de la bosse
occipitale et s epanouissent dans les teguments de la partie poslerieure du crane.
Les rapports de la moelle epiniere avec les deux premieres vertebres, meritent
encore d etre precises. Ce n est pas la partie superieure de la moelle, c e<t-a-dire
le bulberachidien, qui reponcl aux deux premieres vertebres, car il est couehe sue
la face superieure de la gouttiere basilaire et son collet repond au trou occipital.
Toutefois, au-dessus de 1 epine de 1 axis, toute compression ou destruction de la
moelle entrainera a 1 instant une asphyxie mortelle par cessation d action du dia-
phragme et des intercostaux. La lesion siegerait, en e(fet, au niveau ou au-dessus
des racines du nerf phrenique.
4 Considerations speciales. La region sous-occipitale est efflcacement prote
gee contre les lesions directes, mais elle est cependant accessible en avant a
travers In rnvite buccale, en arriere a travers les parties molles de la nuque ft
ATLAS (PATHOLOGIE). 89
1 intervalle des lames vertebrates lorsque la tele est flechie; elle est au contraire
admirablcment protegee, lorsque la tete se flechit et se renverse en arrierc. Des
instruments piquants et tranchants ne peuvent aisement atteindre la moelle que
lorsque la flexion en avant est un peu exageree.
La paroi antericure ou pharyngiennc est accessible a 1 exploration digitale qui est
facile, au moins chez 1 adulte. C est un point sur lequel a beaucoup insisle Malgai-
gne apropos des fractures et des luxations traumatiques ou pathologiques. L etude
des polypes naso-pharyngiens a conduitaussia d importantes observations relatives a
1 exploration chirurgicale de cette region. M. Nelaton a depuis plusieurs annees ap-
pelle 1 attention sur ce sujet et nous trouvons dans un tres-bon travail deM. Kobin-
Masse (These inaugurate sur le traitement des polypes naso-pharyngiens, 18Gi)
des recherches fort precises, qui resument l enseignement de M. Nelaton et les
travaux de 1 anteur.
Le point de repere le plusprecieux est celui qui est fourni par le luberculean-
terirar del atlas. II est tres-facile de le reconnaitre en introduisant le doigt dans In
gorge, mais il faut etre prevenu qu il est situe un peu au-dessus du bord libre du
voile du palais. La partie de la colonne vertebrale qui correspond au bord inlerieur
du voile du palais est, en elfet, la base de 1 apopbyse odontoide de Taxis. De telle
sorte que Ton pent dire que ce que Von wit lorsque 1 on regarde aufond de la
boucbe, c est le corps de Taxis reconvert par la paroi posterieure da pharynx, ce
que I on sent, c est le tubercule de la face anterieure de Tatlas. Au-dessus de ce
tubercule, Ton arrive presque immediatement sur Tapophyse basilaire de Toccipital,
au~dessous on explore Taxis, et a droile et a gauche les masses laterales de ces ver-
tebres. Or, il ne faut pas oublier, ainsi que Ta remarque Malgaigne, que ces deux
masses laterales de Tatlas glissentalternativement en avant et en arriere des surfa
ces articidaires de Taxis, de telle sorte que dans Textrcme rotation de la tete a gau
che, par exemple, la masse droite deborde foi tement Taxis du cote du pharynx, la
masse gauche recnlanten arriere ct reciproquement.
La position relative de Tapophyse basilaire et la premiere vertebre a ete aussi etu-
diee avec soin par M. Nelaton. Les nombreuses experiences de M. Robin-Masse ont
confirme les fails suivants : L apophyse basilaire ne fait avec la colonne vertebrale
qu un angle a peine marque, qui s efiace complelement lorsque le sujet renverse la
tete en arriere, position obligee quand on examine cette region. Le niveau de la
voute palatine est plus eleve que celui du bord superieur de Tatlas, ce que Ton de-
monlre en conduisant une lignequi, partant entre les deux incisives moyennes et
superieures, touche le bord posterieur de la voiite palatine ; cette ligne tombe lou-
jours au-dessus du bord superieur de Tatlas. Ainsi, 1 importance du tubercule de
Tatlas ne saurait done etre contestee, et c est par sa recherche qu il convient de
commencer toute exploration de la partie antericure de la region sous-occipitale.
C est encore vers ce point de la region que nous etudions que tend a venir se
collector la suppuration souvent produite par les affections chroniques des premie
res verfcebres ; mais nous ne saurions insister plus longtemps sans empieter sur la
partie palhologique de cette article.
IV. Pathologic. A. PLAIES. Les plaies de la region sous-occipitale sont
surtout interessantes, parce que le corps vulnerant peut atteindre la partie supe-
rieure de la moelle ou interesser un vaisseau arteriel important, tel que Tartere
occipitale, Tartere vertebrale, la carotide interne. Nous n avons pas a insister ici
sur Thistnire paiiiculiere de ces lesions, qui sera iaite avec celledes parties qu elles
90 ATLAS (TATHOLOGIE).
attejguent, mais nous devons Dependant fournir quelques renseigneiii- iits sur le
mecanisme de leur production et sur leurs caracteres generaux.
Les plaies de cette region doiveat etre absolument distinguees selon qu elles
atteignent son plan posterieur ou son plan anterieur.
Les plaies de la partie posleiieure de la region sous-occipitale sont sans gravite,
lorsqu elles n atteigiient que les parties molles et ne les divisent pas dans une gratide
etendue. Les experiences de M. Longet (Physiologie, t. II, p. 535) ont appris
que, chez les animaux, la section de toutes les parties molles de la nuque entraine
la perte immediate de toute faculte de station et de locomotion regulieres. Cela
parait avoir pour cause, d apres ce pliysiologiste, la compression et le tiraillement,
au niveau et au-dessusde 1 atlas, des portions de 1 axe cerebro-spinal auxquelles sont
lies les pedoncules cerebelleux. D apres Schiff, il faudrait 1 expliquer par la com
pression de 1 extremite cepbalique de 1 artere verlebrale, par suite dc la flexion
angulaire de la tete sur 1 atlas. Quoiqu il en soil, il est a presumer que semblables
accidents se produiraieut chez 1 bomme si une telle lesion etait possible; mais il est
bien difiicile de comprendre que les conditions creees par les experimentateurs
puissent etre accidentellement re;ilisees. Aussi, M. Legouest (Traite de chirurgie
d armee, p. 407) n a-t-il rien vu de semblable, bien qu il ait observe en Algerie
quelques plaies transversales tres-profondes de la region posterieure du cou, resul
tant de teutatives de decollation faites par des Arabes sur des militaires tombes
momentanement eutre leurs mains.
Ces plaies pourraient etre qualifiees non penetrantes. Un certain nombre de
plaies penetrantes, entrainant des lesions de la moelle, ont ete observers au niveau
des deux premieres vertebres, 1 anatomie nous a deja demontre le mecanisme de
cette penetration. Tous lesauteurs ont cite le cas celebre de J. L. Petit.
Le lils unique d un ouvrier, age de 6 a 7 ans, eulra dans la boutique d un
voisin, qui, en badinant avec cet enfant, 1 enleva de terre en lui passant la main
sous le menton et 1 autre sur le derriere de la tete. A peine 1 enfant eut-il perdu
terre, qu il s agita vivement, se disloqua la tete et mourut aussitot. Le pere arrive
a 1 instant et, transport de colere, lance a son voisin un marteau de sellier qu il
tenait a la main, et lui enfonce la partie tranchante de ce marteau dans la fosselte
du cou. En coupant tons les muscles, il penetra 1 espace qui se trouve eutre la pre
miere et la deuxieme vertebre cervicale, et lui coupa la moelle de 1 epine, ce qui
le fit perir a 1 heure meme. Ainsi, ajoute J. L. Petit, ces deux morts arriverent
d une lagon presque semblable.
L instrument vulnerant etait a la fois piquant et tranchant ; il en etait de meme
dans 1 observation de ce tambour de la garde Rationale, dont M. Longet a rapporte
1 bistoire dans son Anatomie du systeme nerveux del homme etdes animaux. Le
blesse etait en rixeavec 1 un de ses camarades ivre ; celui-ci nepouvant 1 atteindre,
lui langa son sabre a une assez grande distance, et, au moment ou, voulant s en-
fuir, il preseutait le dos, la pointe de 1 instrument atteignit la partie superieure et
posterieure du cou. Le blesse sentit ses jambes ployer sous lui et tomba, L analyse
de cette importante observation demontre que la moelle avait ete lesee et a meme
permis a M. Longet d etablir quel etait le siege precis et 1 etendue de la lesion. Ce
que nous devons noter avec grand soin ici, c est que le malade guerit. II n en est
pas de meme dans un cas public par M. Lacbaux (de Marseille) (Gaz. des hop.,
p. 4; 1857). Le blesse succomba le quatrieme jour, la moitie gauclie de la moelle
etait completement divisee.
Les instruments piquants eux-memes peuvent determiner les plus graves bles-
ATLAS (PATHOLOGIE). 3
Dans sa these snr les 16sions traumatiques de la moelle epiniere (p. 11),
M. le profcsscur Laugier rappellc que Marjoiin citait, dans ses cours, des exemples
d 1 infanticide produits par [ introduction d une longue epingle entre 1 atlas et
1 axis.
Les instruments contondanls, lorsque leur action ne s epuise pas dans les par
ties molles, peuvent produire des plaies compliquees de fractures, dont nous nous
occuperons tout a 1 heure ; c est aussi dans ces cas que la vertebrale peut surtout
etre lesee. Les coups de feu de la par tie poslerieure du cou, dit M. Legouest, sont
habituellement assez douloureux, en raison de la texture serree des tissus, et des
mouvemenls qu il est difficile d cviter dans cette region.
En avant, ce n est qu a travers le squelette de la face ou entraversant la Louche
que des lesions peuvent etre produites. Celles qui atteignent les parois posterieures
du pharynx peuvent devenir 1 occasion d une blessure de la carotide interne, si
elles sont obliquement dirigees en dehors. Alors meme qu elles atteignent la partie
mediane, une hemorrahagie assez abondante peut etre observee. C est ce qui a ete
plusieurs fois indique a la suite de 1 ouverture des abces retro-pharyngiens. La
vascularite, toujours tres-marquee, de la parlie superieure du pharynx, est ulors
exageree. L on ne peut ici comprendre les plaies penetrantes sans lesions du sque
lette, c est ce qui arrive par exemple dans certains suicides ; nous ne devons pas
encore nous occuper deces fails, doat 1 histoire appartienta celle des fractures com
pliquees.
Le diagnostic de la lesion osseuse a pu d ailleurs quelquefois echapper ; mais
d une maniere generale, ce sont les symptomes d une lesion medullaire, quelque
fois meme 1 ecoulement du liquide cephalo-rachidien, qui permettrontd etablirs il
y a plaie penetranle. C est ce que Ton observait dans le cas communique par
Jobert (de Lamballe) a 1 Academic des sciences, le 11 juin 1859.
Pronostic. S il y a doute sur la penetration, le prouostic devra etre tres-
reserve ; il sera toujours grave si la penetration est manifesto et surtout si la
moelle est atteinte. Cependant des blessures partielles, meme a cette hauteur, ont
ete suivies de gnerison, nous en avons donne un exemple. Nous aurons d ailleurs
1 occasion de montrer que la compression de la moelle est plus grave que sa bles
sure.
Traitement. 11 est une regie de traitement que le chirurgien devra, dans tons
les cas, avoir presente a 1 esprit, et qu il est, a notre avis, toujours oblige de suivre.
Cette regie domine d ailleurs la therapeutique de toutes les lesions de la partie
supurieure du cou. La tete doit etre soutenue et immobilisee dans une bonne posi
tion. Elle doit par consequent etre liomontalement maintenue et de maniere a ce
que le menton regarde directement en avant. Qu il y ait ou non penetration, Vin
dication est formelle. On sait que la position doit etre preferee aux sutures dans les
plaies du cou ; si les lesions des parties molles sont etendues, la tendance naturelle
de la tete a se porter en avant ecarterait les levres de la plaie et peut-etre produirait
un tiraillement sur la moelle. Dans tous les cas, la position est le meilleur moyen
d attenuer la douleur, tout en favorisant la cicatrisation. Nous decrirons plus tard
les moyens de pansernent et les appareils propres a remplir 1 indication de I immo-
bilite dans une bonne position. 11 convient evidemment d y joindre, en cas de pene
tration, un traitement autiphlogistique en raison de la complication toujours pos
sible d une myelite.
B. ENTORSE. Les resultats fournis par rexperimentation ne semblent pas de
nature a faire admettre la realite de I entorse vertebro-cranienne. Bonnet (de Lyon)
92 ATLAS (PATHOLOGIE).
qui a donne dans son livre (Traite desmal. desart., t. II, p. 455 etsuiv.) This-
toire de 1 entorse de la colonne vcrtebrale, basee sur 1 observation clinique et 1 ex
perimentation, conclut de toutes ses experiences sur les mouvements forces du
cou, que 1 articulation atloido-axo idienne offre unesolidite superieure a celle des
vertebres moyennes et inferieures de la region cervicale. Ce qui se demontre, c est
que dans tous les moiivements forces simples et meme dans les mouvements forces
composes, tels que ceux resultant de la combinaison de la rotation ou de la flexion
avec la traction longitudinale, lesdesordres produits eurent lieu, non pas auniveau
des \ertebres superieures, mais a la partie moyenne et infei ieure de la region cer
vicale. Ces experiences sont d accord avec les donnees physiologiques fournies par
les (Veres Weber, et prouvent une fois de plus la complexite et la connexite des mou
vements permis a la tete, par la mobilile de la partie superieure et de la partie
inferieure de la colonne cervicale. Faut-il conclure que les entorses du cou, dont la
realite et 1 importance ne sont contestees par personne, ne peuvent sieger dans les
articulations superieures du racbis ? Cela pourrait rigoureusement etre deduit des
experimentations et des observations , car celles que rapportent les auteurs ne
prouvent pas sans repliqne que le siege de 1 entorse permit de 1 attribuer a la dis
tension des ligaments oudes muscles de la region vertebro-cranienne; mais teln est
pas le sentiment des auteurs. M. Denuce, dans son recent article (Nouv. diet.,
t. Ill, p. 810), admet 1 existence d une entorse superieure dela region cervicale,
et en trace rapidement la description.
Pour nous, la constatation du siege precis des points douloureux devrait surtout
etre pris en consideration pour etablir le diagnostic differentiel des entorses verte-
bro-craniennes. Aussi serions-nous disposes a eonsiderer comme une entorse de ce
genre le cas presente par M. Broca a la Societe de chirurgie, sous le titrede:
Fracture probable de I axis (Bulletin dela Soc. dechir., p. 512 ; 1866). Le
nialade avail eu la tete fortement et violemment renversee en arriere dans une
cbute. II n avait jamais presente de symptomes resultant de la compression de la
moelle. En arriere, sur les parties laterales de I axis, Ton avait pu conslaler deux
points douloureux, et enavant, par le toucher pharyngien, une saillie inegale qui,
lorsque la Societe de chirurgie examina le malade, existait encore, mais etait dejji
moins inegale. Les mouvements de rotation de la tete, longtemps difficiles, etaient
encore tres-limites.
Dans le traitement, Ton devra, lorsqu il y aura doute, se conduire comme le fit
M. Broca, c est -a-dh e pratiquer 1 immobilisation prolongee dans une bonne posi
tion. II ne faut cepenclant pas oublier que de tres-bons elfets out etc obtenus de
1 emploi des emissions sanguines locales, du massage et des mouvements deja prati
ques par Ponteau, dans le cas rapporle dans ses Melanges (t. II, p. 459) etpreco-
nises par Bonnet (de Lyon) dans son Traite de therapeutique des maladies arti-
culaires. Mais il est a peinebesoinde le repeter, il faut avant de lesmettre enoeuvre
avoir ecarte toute presomption de fracture.
C. FRACTURES. Les fractures des deux premieres vertebres ont ete bien rarement
observees, surtout a 1 etat simple. Elles sont le plus habituellement compliquees de
plaies ou de luxations ; celle-ci peut d ailleurs etre primitive ou consecutive. Dans
son livre, Malgaigne ne les etudie pas a part, c est a propos des luxations qu il
donne 1 histoire des fractures. Cependant, tous les auteurs n ont pas suivi cet exem-
ple, et 1 etude isolee des fractures ne nous a pas paru sans utilite.
Causes et mecanisme. Les fractures de 1 atlas et de I axis peuvent etre dues a
des causes diiecteset a des causes indiiectes.
ATLAS (PATIIOLOGIE). 1 3
Les fractures par cause directe peuvent ne pas etre compliquees de plaies, c est
le cas le nioins ordinaire ; lorsqu elles sont compliquees de plaics, elles succedent
en general aun coup de feu.
Les fractures par cause directe non compliquees de plaies etaient, par
centre, accompagnees de luxations dons les deux seuls cas que nous connaissions.
Les cas cites par Malgaigne apparliennent a A. Cooper, qui avail cite de memoire,
d apres Cline, et a M. Coste (de Bordeaux) dontl observation est beaucoup plus im-
portante.
Dans le premier cas, un enfant de trois ans avait fait une chute violente qui avail
porte sur le cou. L atlas etait fracture en travers, et I apophyse odontoide telle-
ment mobile que 1 instinct avait appris a lY iifant la necessile de soutenir la tete
dans tous ses mouvements. Dans le casde M. Coste, un jeune garcon de 15 ans fut
battu, jete a terre, et recut des coups sur la uuque. A 1 autopsie, on tiouva 1 atlas
luxe en avant, mais lecondyle droit bien plus que le gauche, de telle sorte que la
facettearticulairedroite avait completement quitte celle de Taxis, tandisque la facette
gauche en recouvrait encore la moilie anterieure. En meme tempsj allas avait bascule
en avant , de manier e a former un angle renti ant avec le reste de la colonne , et sa facette
articulaire droite etait en rapport avec la fossette droitede la face anterieure de
Taxis, ou Ton trouvait du tissu fibreux et du cartilage d incrustation, preu\e sans
replique de Tanciennete de la luxation. L apophyse odontoide fracLuree a sa base
el entrainee en avant avec Tollas etait deveuue presque horizontale; elle s etait
d ailleurs reunie par un cal osseux avec le corps de Taxis. L arc posterieurde Tatlas
etait rapproche du corps de Taxis a ue laisser entre eux qu une fente Iran svei sale,
large de 5 millimetres a gauche, de 2 seulement a droite, par ou Ton peut juger de
ia compression subie par la moelle, surtout dans sa moitie droite.
Les fractures par cause directe avec complication de plaies paraitraient un
peu moins rares. Les auteurs qui ont ecrit sur ce sujet en citent six exemple?. La
baile peut penetrer a travers la paroi anterieure de la region en traversant la cavile
buccale ou les os de la face, ou bien atteindre plus directement les deux premieres
vertebres en se frayant une route a (ravers les parties molles de la nnque.
Dansle premier cas il s agit souvent d un suicide. M.Richet (Luxat. tranm. du
racliis; 1851, p. 38) a cite Texemple d un jeune homme de 22 ans qui se lira un
coup de pistolet dans la bouche. L odontoide etait brisee a sa base, il y eut le
dix-septieme jour un deplacemeut consecutif qui enlraina la mort. M. Denuce
(loco, cit.) a rapporte un exemple analogue. La balle avait traverse le voile du
palais, elle etait incrustee dans le corps de I axis. La fracture etait incomplete,
le malade mourut dans la quatrieme semaiue sans deplacement. II succomba a une
inflammation diffuse du tissu cellulaire retro-pharyngien qui avait gagne lu me-
diastin posterieur. Wynperse a donne la description d une piece anatomique duns
laquelle Yapophyse odontoide etait soudee a un cal epais qui reunissait les deux
moities de I arc anterieur de I atlas et qui renfermait une balle. Enfin dans
une observation due a M. Gaucher (These de doctoral, Paris, 1856) la balle avait
traverse les os de la face pour arriver aux deux premieres vertebres; Touverture
d entree siegeaitau niveau de la joue gauche. II y avait fracture comminutive de
la masse laterale gauche de 1 atlas et separation de I odonMde a sa base. Le
malade mourut neul mois apres a la suite d une inflammation du foyer de la frac
ture, qui determma un abcesel sans doute un deplacement secondaire. Cettehypo-
these, considereecomme probable par M. Denuce, nous parait aussi la plus admis
sible.
jU ATLAS (PATHOLOGIC).
II est assez curieux de constater que dans tous ces cas la mort rf a sum la
blessure qu apres un assez long intervalle. La compression de lamoelle fut au con-
traire immediate et la mort plus rapide, dans les deux cas cites de plaie compliquee
de fracture de la paroi posteriettre de la region. Dans 1 observation de Duverney
(Mai. des os, t. I, p. 244) le coup de feu fut recu dans la partie superieure et
posterieure du cou, la mort survint au bout de quatre jours et Ton constata que
I apophyse transverse de I axis etait fracturee et enfoncee. La moelle etait com-
primee. La balle de 1 assassin Booth qui a tue le president Lincoln apenetre aussi
par la partie superieure et posterieure du cou et brise I axis. La mort survint tres-
rapidement.
Les fractures par cause indirecte sont aussi des lesions fort rares ; dans les
trois cas connus elles etaient compliquees de luxation. Dans ses experiences Bonnet
n a pu parvenir a determiner la fracture des premieres vertebres qu en combinant
la suspension et la flexion forcee de la tete. Sur quatre experiences, il y en eut trois
ou Ton constata la rupture des muscles profonds et la fracture partielle des apo-
physes transverses de I axis. Dans un seul cas Taxis fut atleinte d une fracture
double, qui isolait le corps de 1 os et 1 apopliyse odontoide, des deux masses
laterales.
Les observations cliniques ont fourni des lesions assez differentes de celles-ci.
Duns 1 observation de Paletta (Exercitationes pathol., p 234)ils agit d unro-
bustc portefaix, dans la vigueur de Tage, qui tomba sons le poids d nn fardeau
trop lourd pour ses epaules. L apophyse odontoide etait fracturee a sa base, tons
les ligaments sains. Le malade mourut subitement le sixieme jour.
Dans 1 observation de Benj. Philips, une fracture de I atlas en travers etait
combinee avec une fracture de i apophyse odontoide, ce qui avait permis une
luxation complete dn corps de 1 atlas en avant. Le sujet n eprouva aucun accident
de paralysie et succomba onze mois apres 1 accident a une anasarque avec hydro-
thorax; il n avait conserve deson accident qu une roideur du cou qui lui empecliait
de tourner la tete. La cause de sa fracture avait ete une chute du haut d une
meule de foin la tete la premiere, de telle sorte que Tocciput avait heurtelesol.
Enfin, dans 1 observation de Mclchiori (Gaz. medic. Stati Sardi, n os 9, 10;
1850) , on rencontrait aussi une fracture de 1 atlas et de I apophyse odontoide. L apo
physe odontoide etait fracturee a sa base, et I arc poster ieurde I atlas fracture
des deux cotes pres des apophyses transverses. Le sujet etait une femme de
G2 ans qui en descendant d une echelle, tomba en avant d une hauteur de plus
d un metre, de telle sorte que le front heurta le sol, les pieds restant appuyes
centre 1 echelle. 11 y avait en outre de nombreuses ruptures ligamenteuses, et luxa
tion de la seconde vertebre sur la premiere.
Aux causes indirectes, nous pourrions joindre 1 action musculaire, puisque
A. Cooper cite le ess d une personnesyphilitique, chez laquelle I apophyse odontoide
fut pour ainsi dire spontanement brisee. Mais 1 eminent chirurgien n avait pas
observe lui-meme ce fait, et les details de la narration sont trop insuffisants pour
permettre de tenir grand compte de ce fait.
Siege. L apophyse odontoide est de beaucoup le siege le plus habituel des frac
tures des vertebres sous-occipitales. Sur douze cas nous la voyons brisee seule
quatre fois, en meme temps que 1 atlas cinq fois ; une seule fois le corps de I axis
est atteint, deux fois ses lames transverses. Le siege de ces fractures est jusqu a ur.
certain point en rapport avec leur cause. 11 n existe pas de fractures du corps de
Taxis par cause indirecte; dans le seul cas cite, il s agit de la balle d un suicide
ATLAS (PATIIUI.OUIE). Jft
ayant pcnctre par hi bouclie. Lcs fractures des lames posterieures tie la seconde
vertebre sont egalement dues a des coups de feu tires par derriere. L odontoide est
au contraire fracturee par cause indirecte, mais n echappe pas aux causes di-
rectes. L atlas pent egalement se briser sous 1 influence de ces deux mecanismes,
mais, chose assez importante, la fracture de la premiere vertebre a toujours etecom-
pliquee de celle de 1 apophyse odontoide.
Complications. On peut dire que les complications sont ici la regie. Ellessont
primitives ou consecutives. Ce sont les plaies, les dechirures ligamenteuses, les
blessures des arteres vertebrales, les deplacements des fragments par enfoncement,
enfin le deplacement des vertebres par rapport 1 une a 1 autre ou meme de la tete
par rapport a 1 atlas. Nous n etudierons ces deplacements dans leur nature que dans
le paragraphe suivant, en nous occupant des luxations; mais nousdevons des a pre
sent rcmarquer que ces deplacements sont som ent consecutifs, ou tout an moins
qu ils ne se completent qu a la longue. Ainsi, lorsque Ton jette les yeux sur les
observations, on voit que les deplacements ne sont survenus ou ne se sont com
pletes qu apres six jurs, dix-sept jours, quatremois, uneannee meme. Au nombre
des complications consecutives, il faut noter encore les abces qui peuvent se former
dans le foyer de la fracture et gagner les parties molles de la region posterieure ou
le tissu cellulaire retro-pharyngien.
Symptomes, marche, terminaison. II est bien difficile d assigner aux frac
tures des deux premieres vertebres des symptomes qui leur soient propres; ce sont
en realite les symptomes des complications qui seuls donnent une physionomie
accusee a la lesion. Ainsi, avant qu un deplacement se produise, le malade n accuse
pas autre chose que de la douleur et I immobilite de la tete. A moins de deplace
ment on ne saurait constater de saillie ou d enfoncement du cote du pharynx ou de
la partie supeiieuredelanuque. De semblables desordres ne peuvent en effet exister
sans qu il y ait deplacement assez etendu. II en est de meme de cette sorte de mo-
bilite anormale de la tete signalee dans quelques observations et de son deplace
ment exagere dans un sens ou dans un autre. Mais sans nous occuper encore des
symptomes qui caracterisent les deplacements, nous devons insister sur leur impor
tance, car elle domine toute 1 histoire des fractures que nous etudions. Le depla
cement se produit souvent d une facon incomplete dans le debut; mais alors meme
que riennel indique, que le blesse n accuse que de la douleur, I impossibilite de
remuer la tete, le besoin de la soutenir avec les mains dans tons ses mouvements,
il ne faut pas oublier que le deplacement a toujours tendance a se produire ou a se
completer. La pesanteur qui tend a entrainer la tete surtout en avant dans la posi
tion verticale, les pressions auxquelles 1 expose 1 oreiller pendant le decubitus, la
contraction musculaire elle-meme, qui cependant cherche a lutter con trele depla
cement en immobilisant la tete, lefavorisent le plus souvent. Les symptomes qui
dependent de la compression de la moelle etant en general en raison directe des
deplacements, peuvent, commeceux-ci,etre immediatement observes, ou ne s etablir
que lentement. Souvent ils sont inopinement survenus a une epoque plus ou moins
eloignee de 1 accident, et, selon le degre de leur intensite, la mort en est la const>
quence plus ou moins rapide. II est des blesses qui out succombe sans phenomenes
medullaires. Ainsi le blesse de Benj Philips ne succomba que onze mois apres 1 acci-
dent a une anasarque avec hydrothorax, sans presenter aucun phenomene de com
pression. Mait tout permet de croire que ce malade fut atteint d une inflammation
notable dans la region fracturee, car il eut de la gene dans la deglutition.de 1 alle-
ration dans la voix, une tumeur plwryngienne. Les jihenomenes inflaminatoirts
Oii ATLAS (PATIIOLOGIE).
furent plus prononces chez le blesse observe par M. Denuce, et c est bien a eux
qu il faut rapporter la mort. Chez le blesse dont M. Gaucher a donne 1 histoire, les
phenomenes inflammatoires fnrent la cause determinante du deplacement qui en-
traina subitement la mort, unc dixaine de mois apres 1 accident. De\an t les phe
nomenes indammatoires primitifs ou consecutifs la crainte du deplacement devra
done etre la preoccupation principale du chirurgien, qui en tireral une des indica
tions capitales du traitement. II est au contraire desmalades qui guerissent. L ob-
servation de Wynperse en est un bel exemple. Dans le cas de M. Coste, 1 apophyse
odontoide, quoique deplacee, etait reunie par un cal osseux avec le corps de Taxis.
Pronostic. Devant de semblables cas, le pronostic peut ne pas etre loujours
considere comme defavorable et il est permis de compter sur les ressources d un
traitement bien dirige. Mais il ne faut pas onblier que meme conser.utivement, a
long intervalle quelquefois, sont survenus des accidents graves, qui out enleve le
malade. Dans les premieres periodes, les raisons qui rendent le pronostic grave sont
trop evidenlcs pour qu il soil besoin d insister. La mort ad ailleurs ete la regie dans
les cas publics, mais il faut reconnaitre que rimmobilisationde, la tete avail ete ne
gligee dans la plupart.
Diagnostic. Les ilifficultes d un diagnostic exact sont tres-grandes, JorsqueJa
fracture n est pas accompagnec de deplacement et qu il n y a pas de symptome me-
dullaire. Nous le repetons, I inmiobilite de la tete, la crainte de tout mouvement,
la doulriii provoquec par la pression au niveau des vertebres superieures, consti
tuent lesseuls signes qui puisscnt faire soupc.onner une fracture, sans deplacement.
Or ces signes sont loin d etre pathognomoniques. Mais lorsqn ils se joignent au
commemoratif et que Ton apprend qu une chute, qu un coup, qu une violence
quekonque a porte sur la region, ou a brusquement exagere les mouvements de la
tete, its doivent etre pris en grande consideration. S ils ne permettent pas d affir-
mer la fracture, au moins posent-ils au chirurgien une indication formelle, c est
d agir comme s il y avait une lesion osseuse. Les deplacements exageies de la tete,
la presence de saillies osseuses ou d enfoncements, les phenomenes medullaires in-
diquent au contraire d uue facon certaine la lesion des vertebres; mais ces signes
sont en general 1 indice d un deplacement. Dans les cas de fracture avec plaie
produites par une arme a feu, la compression de la moelle peut etre produite,ainsi
que nous 1 avons dit, non plus par une luxation, mais par 1 enfoncement d un frag
ment.
Traitement. [/indication qui dominele traitement dans tous les cas, c est rim-
mobilisation de la tete. Lorsque la fracture est seulement soupgonnee, 1 immoljili-
sation est de rigueur etdoit etre assez longtemps maintenue pour que toute crainte
de deplacement consecutif ait disparue. L immobilisation est nou moins obligee
lorsqu il y a deplacement primitif ou consecutif avec ou sans phenomene medul-
laire. Mais ici se pose la question du redressement de la tele ou de la reduction
du deplauement. Nous ne pourrons examiner cette question qu apres avoir etudie
les luxations ; c est alors aussi que nous indiquerons les moyens dont ie chirurgien
dispose pour iromobiliser la tete ou pour la redresser,
D. LUXATIONS. Les luxations se distinguent en traumatiques et en patholo-
liques. Celles-ci succedent toujours a la tumeur blanche occipitale et seront etudiees
plus loin.
Causes et mecanisme. Les luxations traumatiques, dont Malgaigne a donne
le premier 1 liistoire dogmatique, sont rares. Ainsi que les fractures qu elles com-
uliquent souvent, elles succedent aux causes directes ou indirectes que noiis avons
ATLAS (PATHOLOGIE). 97
e*numerees plus haul. Deja nous avons eu 1 occasiou d iudiquer les resultals ncga-
tifs des experiences nombreuses tenlees par Bonnet (de Lyon). Orfila et Malgaigne
n obtinrent pas davantage la luxation de I atlas sur Taxis deja contestee par Duver-
ney chez les pendus. Mais Ton salt que les affirmations de J. L. Petit et 1 opinion
de Louis qui attribuait la luxation non pas a la pendaison simple, mais a une cer-
taine manoeuvre executee par le bourreau avaient donne une grande notoriete a
1 opinion qui admetlait la luxation de I atlas sur 1 axis, comme 1 un des resultats de
la pendaison.
Orfila rapporte un fait important de subluxation atloido-axoidienue , ob-
servee par 11. Ansiaux (de Liege), chez une fcmme de 25 ansqui venaitde se pen-
dre. On trouva du sang epanche entre les deux premieres vertebres, dont 1 ecarte-
ment en arriere etait tres-remarquable ; les ligaments posterieurs etaient rompus,
ie transverse un peu remonte et tres-distendu, les ligaments odontoidiens inlacts.
Gefait, rapprocbede ceux de Dumeril et de 1 experience concluante de M. Bardinet,
cites aussi par Malgaigne, est de nature a laire penser que, dans des circonstances
exceptionnelles, la pendaison pourrait determiner 1 ecartement force de 1 atlas et
del axis et par cela meme la dechirure des ligaments et la luxation.
Les cbocs directs, les mouvements forces en avant, quelquelbis aussi les mouve-
ments lorces en arriere out ete surtout indiques dans les observations modernes. Un
cas rapporte par Gh. Bell (Expose du syst. anat. des nerfs, trad, franc., p. 140)
prouverait meme que la contraction musculaire pent determiner une luxation. Un
homme qui voulait faire remonter \me brouette de la rue sur le Irolloir avail deju
fait plusieurs eflorts intructueux ; entin, ayant recule sa brouette, il poussa de nou-
veau et reussit ; mais la roue 1 entraina en avant, il tomba et resta sansmouvement.
On 1 apporta a 1 bopital de Middlesex, qui etait tout pres, il etait mort. L apophyse
odontoide etait sortie du ligament transverse et avail ecrase le moelle allongee.
Varietes. Les luxations traumaliques sont completes ou incomplctes. lielles-ci
peuvent facilement se completer, surtout lorsqu elles sont accompagnees de fracture.
Mais a 1 etat simple il a souveut suffi d un effort ou d une manoeuvre intempostive
pour transformer en luxation complete et i apidement mortelle une simple subluxa-
ion. Lorsque je pratiquais la cliirurgie a 1 hopital de la Cbarite de Paris, dit Petit-
Piadel, on y amena un enfant qui avait le col de travers, iramediatement apres un
coup que lui avait portoun ecolier sur le derriere de la tele, pour lui faire voir, a
ce qu il disait, comment on tuait les lapins dans son pays. On if avait fait depuis
trois jours aucune tentative pour redresser la tt3te, et Tenfant du reste se portait
assez bien. On chercba a remedier a cette difformite sans trop en comiaitrc la cause,
mais 1 enfaiit mourut a la premiere tentative. Curieux de comiaitre la cause d une
mort aussi inopinee, on ouvrit le cadavre, et Ton trouva une rupture complete des
ligaments odonto-occi pita ux et du transversal, mais celle-ci parutplusrecente.
(Encydop. method., art. Col.)
Especes. Malgaigne, en tenantcompte des faitsconnus, adecrit : 1 des luxations
occipito-atloidiennes ; 2 des luxations de I atlas sur 1 axis qui peuvent etre divi-
sees : a, en luxations anterieures; b, en luxations posterieures.
Luxations occipito-atloidiennes. Le deplacement s ei lectue enlre 1 occipital et
I atlas. Les trois fails de Lassus, de Paletta et de M. Bouisson cites par Malgaigne
sont les seuls connus. Get auteur conclut dc 1 examende ees Irois fails que la luxa
tion n a jamais ele vue complete, ce qui est exact, meme pour le cas de M. Bouis
son, ou Ton observait, au lieu d un simple ecarlcmuat des surfaces articulaires
comme dans les deux premiers cas, uiie projection en avant de la masse LLorale
uici. K.NC, V1L 2
98 ATLAS (PATHOLOGIE).
droite de 1 atlas qui avail porle sa facette articulaire droite en avant du condyle de
1 oceipital.
Dans ces trois cas il y cut une violence considerable, 1 artere et la veine verte
brate droiles etaienl rompues dans le cas deLassus, la mort arrivale quatriemejour
dans le cas de Paletta, elle fut immediate dans les deux autres.
Luxations de I atlas sur Vaxis. Celles-ci, quoique rares, lesont moins que les
precedentes ; ce sont les luxations en avant qui ont ete surtout observers, car deux
cas seulement represenlenl le contingent d observations relatives aux luxations en
arriere.
a. Luxations en avant. L effort du aux causes plushaut indiquees, porte evi-
demment sur 1 apophyse odontoide et les ligaments qui la maintieunent. Ceux-ci
peuvent ceder sans que 1 apophyse soit brisee, mais la luxation est souvent
complexe par suite de la fracture de 1 odontoide qui se fait generalemenl a sa
base.
Les dechirures ligameateuses sont plus ou moins etendues, de telle sorte que le
deplacemenl peut tout d abord etre incomplet, comme dans le cas plus haut cite de
1 enfant auquel son camarade administra uncoup sur le derriere de la tele. Cepen-
dant, les observations demontrent que la mort est generalement immediate. Lors-
qu en effet 1 apophyse odontoide a pu passer au-dessous du ligament transverse
rompu ou non, elle bascule directement en arriere et son sommet arrive presque
au contact de 1 arc posterieur de 1 atlas. La pression exercee sur la moelle est alors
si brusque que la mort estinstantanee. Lorsqu il y a fracture au contraire, les liga
ments ont resiste et maintiennent encore 1 odontoide qui est certainement 1 agent
le plus dangereux de compression pour la moelle. Aussi, dans le cas de Paletta
voyons-nous le blesse vivre six jours, dix-sept dans le cas de M. Richet, quatremois
et demi dans le cas de M. Coste (de Bordeaux), etc. Nous n insistons pas d ailleurs
sur ces cas, dont nous avons deja parle a propos des fractures. Les lesions bien
differentes et la marche egalement dissemblable de la maladie justifient, nous le
croyons, le classcment deces fails dans les fractures compliqu6es de luxation.
b. Luxations en arriere. Nous avons dit que deux fails seulemenl elaient si-
gnalesparlesauteurs. Le premier, qui apparlienl aMelchiori, est encore un casde
fracture compliquee de luxation ; nous 1 avons deja cite, il fut suivi d autopsie ; le
deuxienie esl du a Erlich (Journal complementaire, t. XXXVI, p. 56). Nous le
transcrivons en 1 einpruntant a Malguigne ; ce fait esl d uutant plus interessaut
que la guerisonfuloblenue.
Un jeune homme de 16 ans montait un escalier, porlanl un sac de fariue surl e-
paule ; il lomba a la renverse d une hauleur de quatre marches ; le sac qu il s ef-
ibrc,ail de retenir roula rapidement sur la tete et sur ia face, et tomba par terre a
sa droile, avanl que lui-meme fut etendu sur le sol. On le Irouva a moitie debout,
les genoux appuyes sur le sac, la poilrine penchee en avanl, la tele renversee en ar*
riere et a droite et reposaut sur 1 omoplale de ce cote, mais ayanl lellement perdu
desa solidite, que son propre poids la faisait jouer de lous les cotes. Enfin, a la
partie anterieure du cou, ducote gauclie, on voyait une saillie qu on jugea formfe
par 1 axis. Du reste, perte de cotmaissance, pouls presque insensible el tous les
accidents de la paralysie generale. Erlich fit maintenir les epaules par un aide, un
aulre aide ful charge d exercer 1 extension sur la lete, tandis que lechirurgien, appli-
quanl le plal des deux mains sur 1 occipul el en meme lemps sur 1 ullas saillant en
arriere, pressail des deux pouces sur la saillie formee par 1 axis. Apres quelques
essaisinlruclneiix hi reduction se lit avec un bruit sensible iioii; (ous Ics assistants.
ATLAS (PATIIOLOUIK). 99
La tete reprit sa soliditesur le tronc, et les bras commencerent a se niouvoir. On
maintintla tete fixee a 1 aide d un bandage, la guerison marcha rapidement, et il
neresta d autre trace d unesi grave lesion, qu une tension genante a la nuque dans
les mouvements generaux brusques de la tete.
Symptdmes et diagnostic. Les luxations accompagnees dedeplacement notaMe,
qu elles soient ou non accompagnees de fracture off rent certainement descaracteres
qui permeltent de les reconnaitre. Mais nous insistons sur la necessite d un depla-
mentqui setraduise par autre chose qu une attitude vicieuse de la tete et du cou.
Nous ne saurions accorder a ces attitudes aucun caractere pathognomonique. Aiusi
quenous l a\ons dit pour les fractures ; I attitude jointe a la douleur, a 1 immobi-
lite, dans quelque cas a unemobiliteenquelque sorte anormale a une assezgrande
valeur pour obliger a admettre la presomption d une lesion osseuse (fracture ou
luxation) mais pas assez pour 1 etablir.
G est done, ainsi que 1 a bien indique Malgaigne, a 1 examen des saillies osseuses
et des depressions correspoudantes qu il faudra recourir. Nous nc saurions mieux
faire quo de repeter, avec { eminent chirurgieu : si un examen minutieux amene a
sentir une depression insolite en arriere entre 1 atlas et 1 axis, avec saillie soil en
arriere, soil sur le cote de 1 apopbyse epineuse de 1 axis meme; si la douleur sie-
geaitbien dans la region de ces deux vertebres et non plus bas ; si surtout la solu
tion de la tete etait empechee; enfin, si en portant le doigt dans le pharynx, on
trouvaitl atlas fortement preeminent ; la reunion de tons ces signes donnerait au
diagnostic une probabilite voisiue de la certitude; et meme la coincidence de plu-
sieurs d entre euxentrainerait une presomption suffisanle pour justifier le traite-
ment. Quant au diagnostic dilferentiel des luxations avec ou sans fracture il est a
peu pres impossible.
Cette derniere proposition ne nous parait pas entierement justifiee, car c est sur
tout aux luxations avec fractures qu appartiennent les deplacements consecutifs
sur lesquels nous insistons encore, car ils nous paraissent constituer 1 un des
points les plus importants de 1 histoire du traumatisme des deux premieres ver
tebres.
Pronostic. II est beaucoup plus grave que celui des fractures, tout depend ce-
pendant du degre de compression de la moelle et nous allons voir que des manoeu
vres sagement conduites ont pu lever cette compression. II n est pas douteux non
plus qu elle ne puisse etre prevenue lorsqu elle ne s etablit pas primitivement,
ainsi qu il arrive surtout dans les cas de luxation succedant a des fractures.
Traitement. Ce que nous venons de rappeler nous amene a poser une pre
miere indication : 1 immobilite absolue et aucune manoeuvre chirurgicale, meme
avecun deplacement, lorsqu il n y apasde symptomes medullaires. II vaut mienx,
dans un cas semblable, conserve!* une mauvaise attitude que de s exposer a un dr-
placement que la plus prudente habilete ne saurait pas toujours prevenir.
En presence d un displacement grave compromettant prochainement 1 existence,
les indications sont toutes contraires. La reduction doit etre tentee* Le cas
d Evlidi, que nous avons cite a dessein, indique bien la conduite qu il faudrait
tenir.
Un cas de Malgaigne pere, cite dans 1 ouvrage de son fils, est encore un encourage
ment a cette pratique, qu une observation heureuse de M. Maisouneuve est encore
venue appuyer.
La reduction fut obtenue dans ces cas par I extension, la centre-extension et la
pression sur les suillies osseuses. En face d une lesion recente et prochainement
100 ATLAS (I-ATHOLOGIE).
menacante, les chirurgiens out agi comme pour la reduction des luxations trauma-
tiques.
S il s agissait au contrail ed ime compression legere 011 bien encore d un deplace-
ment consecutif lentement elabli, 1 usage de 1 extensiou graduelle nous paraitrait
plus favorable. M. Denuce donne a 1 appui dece precepte une observation de Bern-
huber. Le chirurgien maintint la tete a 1 aide d une sorte de potence disposee au-
dessus du lit a laquelle se reliait un systeme de bandes. A ces moyens detectueux il
faudrait preferer 1 usage des colliers ou des minerves dont nous aurons bientot a
parler. Les displacements auxquels nous faisons allusion se rapprochent d ailleurs
par plus d un cote des luxations patbologiques auxquelles sont destines ces appa-
reils.
K. MALADIES DES ARTICULATIONS SOUS-OCCIPITALES. Les articulations des deux pre
mieres verlebrcs peuvent devenir spontanement malades et presenter des affections
analogues a celles des articulations des autres regions.
Dans un premier groupc, dans un premier degre pour d autres autems, se pla-
cent les inflammations de ces articulations. Les arthrites sous-occipitales ont, il
est vrai, une deplorable tendance a passer a 1 elat chronique, et successivement se
prodnisent a leur occasion toutes les lesions qui constituent la tumour blanche.
Cepemlant, il est des cas ou la guerison est obtenue, le traitement de 1 arthrite ofire
des indications particulieres Aussi, a 1 exemplc de plusieurs auteurs et en parti-
culior tie MM. Tessier et Bonnet (deLyon), deM. Bouvier,de Malgaigne, deM. De
nuce, indiquerons-nous a part cequi doit etre rapporte a 1 arthrite dans les mala
dies des articulations sous-occipitales. Dans ces cas, la maladie debute par la
synovialeet y epuise son action. Ce sont a proprenient parler des synovites.
1. Artltrite. Elles peuvent atteindre les diverses articulation sous-occipitales et
paraisscnt surtout menacer les articulations des masses laterales de 1 atlas. 11 n est
pas douteuxque 1 inflammation ne puisse atteindre plusieurs de ces articulations il
la Ibis; les lesions articulaires, mieux etudiees dans les arthrites chroniques, sont
en effet souvent diffuses.
Causes. La cause la plus generalement invoquee est un refroidissement, quel-
quefois une violence directe ou indirecte, c est-a-dire un mouvement exagere.
L enfance constitue une veritable predisposition ; mais ce qui domine de hunt
1 etiologie, c est 1 etat general du sujet, c est dans la notion bien exacte de cet etat
qu il faut puiser les renseignements qui permettront de pronostiquer une termi-
luuson favorable de l inflammation ou de craindre son passage a 1 etat chronique.
M. Bouvier (Lecons sur les maladies de Vappareil locomoteur, p. 90) distingue
quatre formes dans 1 ai tbrite sous-occipitale. C est au point de vue du trailement
surtout que cet auteur insiste sur 1 importance de ses distinctions.
La premiere forme serait la forme inflammatoire franche ; elle est rare, on peut
1 "observer surtout sur des sujets jeunes, vigoureux, sanguins.
La seconde est la forme rhumatismale, dont M. Bouvier parait surtout juger la
nature par les moyens du traitement.
La troisieme forme, forme nerveuse, offre ce caractere particular qu il y a peu
de douleurs a la pression et dans les mouvements, soit acliis, soit communi
ques, mais des souffrances spontanees, vives, ressenties souvent pendant le som-
meil.
Quatriemement entin, la forme scrofuleuse, qui domine toutes les aulres pai
,-. frequence, au moins dans les bopitaux d enfauts, qui conduit le plus souvent a
la tumeur blanche propiement dite, mais qui, caracterisce an^lomiquement pa. 1
ATLAS (PATHOLOGIE). 101
I etat fongueux de In synoviale, pent encore gut rir, ?ansqueles elements fihreiix,
carlilagincuxou ossouv de 1 articulation soient atteints.
Symptomes. La douleur, les modifications dans les attitudes et les mouve-
nients constituent les symptomes principaux. La douleur survient brusquement,
elle a son siege a la partie superieure du cou, est surtout reveillee par les mouve-
ments imprimes a. la tetc ou par la pressiou directe exercee au niveau des deux
premieres vertebres, en paiiieulior dans la fossette sous-occipitale, souvcnt aussi
paries mouvernents de deglutition. La doulenr pent etre uni-laterale, ou surtout
prononcce d un cote, ce qui permet alors dc penser que la synovite predomine de
cecote ou y est localisee. Ladouleur qui a generalement commence d une maniere
sourde, devient bientot vive, prive les malades de repos, leur arrache des cris. Elle
pent avoir des irradiations qui correspondent exactement au trajet des nerfs sous-
occipitaux et en particulier de la second o bvancbe sous-occipitale au grand nerf
musculo-cutane sous-occipital. Le trajet intra-vertebral de ces branches nerveuses
explique bien ces manifestations douloureusesqui, independamment de leur siege,
ont pour caractere de reparaitre sans provocation et souvent par acces. Lorsque
ce genre dephenomenes douloureux domine et qu il ne s y joint que pen ou pas
de tlonleurs a la pression, 1 on a la forme nevralgique, decrite par Ollmer, dep
1826.
Les mouvements spontanes sont en general abolis ; on pent imprimer des mou-
veraents, mais ils sont fort douloureux. L attitude varie, mais elle est moclitlee des
le debut. De meme que dans les affections articulaires, la modification instinctive
dc 1 attitnde a pour but de diminer la douleur en immobilisant, souvent dans line
mauvaise position, les surfaces articulaires. M. Bouvier (loc. cit.,^. 80) rapporte
trois observations de synovites. Les attitudes observees sont : inclmaisons a gam he
sans rotation, avec douleur a gauche, rotation presque pure a droiteavec pen d in-
clinaison a gauche et douleur du meme cote ; inclinaison de la letea gauche avec
forte rotation a droite, sans localisation biendetermineedela douleur. La premiere
observation est surtout interessante, la maladie succeda immediatement a un
refroidissement, et 1 enfant iiit simultanement atteint d arthrite sous-occipitale et
de choree. L enfant guerit d ailleurs et peut etre compte comme un exemple
curieux de la connexion entre le rhumatisme et la choree, si bien mise en Inmiere
par le professeur G. See.
Les recklives ne sont pas rares; apresunc premiere amelioration ouune gnerison
3ii apparence complete, le mal peut reparaitre; on a d autant plus a craindre alors
le passage de 1 arthrite a I etat chronique avec toutes ces facheuses consequences.
C est en effet, surtout, en tenant compte de 1 apparition recente de la maladie,
du bon etat de sante de 1 enfant que Ton peut a la fois etablir un diagnostic et un
pronostic. Nous aurons 1 occasion clans 1 article suivant de reveuir sur plusieurs
points du diagnostic, nous disons seulement a propos du pronostic qu il doit etre
reserve, car 1 enfance, meme vigouieuse, est malheureusement predisposee aux
affections articulaires complexes.
Traitement. Ainsi que nous le disions tout a 1 heure, c est au point de vue du
traitement surtout queM. Bouvier a distingue quatre formes dans la synovite. Pour
la forme iuflammatoire, conviennent : ies applications de sangsues, de ventotises
scarifiees, les bains, lescataplasmes. Pour la torme rhumatismale : la sudation, le
traitement hydrotherapique, les vesicatoires, les emollients, les resolutifs. Pour la
forme nerveuse: les calmants, les antispasmodiques, les revulsil s doux; avec
M. Duchenue (de Boulogne), M, Bouvier cons^ille 1 olectrisation lonalisee, Le? pre-
102 ATLAS (PATHOLOGIE).
parations ferrugineuses et iodurees, les revulsifs locaux sont les moyens a opposer
a la forme scrofuleuse. Enfm, dans la convalescence, c est-a-direlorsque les pbeno-
mcnes douloureux n existent pi us on sont tres-attenues, M. Bouvier avec Mauchard,
Recarmer, Martin, Bonnet, reconnait les avantages des manipulations methodiques,
des mouvements prudemment pratiques en sens inverse de la deviation. L ensemble
de ces moyens de traitement a donne des succes ; il est bon de chercher, en les
mettant en osuvre, a quelle forme on a affaire, mais il sera souvent bien difficile de
categoriser ainsi les cas et la therapeutique qui leur convient. Ainsi, le traitement
general reserve specialement a la forme scrofuleuse sera sans doute de mise dans
tous les cas, meme dans la forme aigue. Un enfant vigoureux est bientot anemie
par la douleur et en particulier par le rhumatisme.
Nous ne saurions trop insister non plus sur la necessite d immobiliser et de sou-
tenir la tete meme dans cette forme relativement simple des affections articulaires
sous-occipitales.
2 Tumeurs blanches. Cette denomination a prevalu, elle est en effet bien
preferable a celles qui avaient etc tout d abord proposees. La luxation spontanee
n est qu un effet, une complication des lesions des os et des ligaments; le nom de
carie sous-occipitale est encore moins acceptable; celui d arthralgie est trop exclusif
et le nom de spondylarthrocace a le tovt de ne pas elre usuel.
Ce n est que dans notre siecle, presque a noire epoque, que cette maladie, ce-
pendant si terrible par ses consequences si souvent et quelquefois si rapidement
iunesles, a ete bien etudiee. Shupke, en 1816, dans sa dissertation inaugurale, en
trac.a le premier 1 hisloire et reunit les fails cpars dans la science. Ces observalions
etaient cependant anciennes et nombreuses ; Ilippocrate, Galien, yEtius, en avaient
consigne des exemples dar.s leurs ouvrages; et, au siecle dernier, Haller, Mauchard,
J. P. Frank, Reil, Richter, Berlin, Duver, Ney, Sabatier, Sandifort, fournissaient
de nouveaux elements pour 1 bistoire de cetle maladie. Sbupke n avait fait que
mettre a profit les legons de son maitre, le professeur Rust, qui put d autant mieux
decrire la maladie dans son Traite d arthrokakologie, qu il en avail observe treize
exemples. En 1829, Aug. Berard publia sa these inaugurale sur les luxations spon-
tanees de 1 atlas sur 1 axis et de 1 occipital sur 1 atlas. Ce travail important, deja
pn cude des observations consignees par Ollivier (d Angers) dans son Traite des
maladies de la moelle epiniere (1827), fut bientot suivi d observations et de
reflexions consignees par le meme auteur dans ses Archives (1850). Depuis, des
arliclfs nombreux, des observations interessautes et completes ont enrichi la science.
Nous donnerons a la Bibliographic 1 indication des piincipaux. II convient de citer
des a present la tbese inaugurale de M. Tessier (de Lyon), 1841.
Anatomic et physiologic pathologique. On admet generalement que les articu
lations atlo ido-axoidiennes sont le plus frequemment atteintes. M. Denuce conclut
de 1 examen des pieces nombreuses ou la guerison, effectuee par ankylose, a ete
eludiee , que 1 artbrite atlo-occipitale est plus commune que 1 arthrite atlo-
axoidienne. II ajoute, il est vrai, que le plus ordinairement ces deux: articulations
sont atteinles a la fois, que souvent 1 affection s etend aux articulations cervicales,
mais que, danscesdeux clernierscas, c eslsurtoutdansrarticulalionatlo-axoidienne
que se produisent les deplacements conseculifs. Ces renseignements sont interes-
sants, mais ils prouvent surtout, que la guerison est plus souvent obtenue lorsque
Ton a affaire a une arthrite atlo-occipitale, ce qui est biend accord d ailleurs avec
la plus grande frequence des deplacements dans 1 articulation atlo-axoi dienne, que
nous savons plre la plus mobile.
A I/I AS (PATHOLOCIE). 10~>
Rust a conclu d une maniere tres-formelle de 1 examen de cesl aits, queles alte
rations du cote gauche sont beaucoup plus frequentes que celles du cole droit;
d apres MM. Bouvier et Malgaigne , les fails sur lesquels on a base cette frequence re
lative ne sont pas encore suffisants pour qu on puisse la regarder comme bien etablie.
Envisagees au point de vue de leur nature, les lesions qui caracterisent les tu-
meurs blanches sous-occipitales, n offrent rien de particulier ; les difterents etats
pathologiques qu offrent les osdes ligaments, les cartilages ne different pas deceux
que Ton rencontre dans les tumeurs blanches des autres regions. Ge qu il importe
de specifier, ce sont lesdesordres particuliei s qu entrainent des lesions qui outpour
effetde compromettre la solidite des articulations qu elles atteignent, de modifier
la forme et les rapports des surfaces articulaires, de preparer leur deplacement. et
de reagir sur les parlies voisines, soit par des lesions de \oisinages, soit par les de-
placements auxquels nous faisions allusion.
Les deplacements essentiellement pathologiques, qui sont la consequence des
tumeurs blanches cervicales, peuvent, comme toutes les luxations de cette espece,
etre observers a 1 etat de luxations fausses ou pseudo-luxations et a 1 etat de luxa
tion vraie, complete. On sait en effet que les destructions des os, les changements
de forme des surfaces articulaires peuvent simulcr un changement de rapport, qu a
J exemple de Malgaigne, on doit designer sous le nom significatif de pseudo-
luxation.
La pseudo-luxation est le plus souvent en rapport avec la deviation qui souvent
la determine, 1 entretient et 1 aggrave. L utilite pratique de cette distinction a sur-
tontprofondement modifie 1 histoire de la coxalgie. Dans la region sous-occipitale,
elle n offre pas un aussi grand interet, mais apres les changements de forme des
surfaces articulaires sous 1 influencc de 1 exageration de 1 atlilude, surtout dans
certaines positions vicieuses de la tete, la luxation vraie se prepare et bientot s ef-
fectue. C est alors que la compression de la moelle, si elle est subile et quelque peu
complete, entraine rapidement la mort.
Malgaigne est 1 auteur qui, en categorisant les fails counus de deplacements pa
thologiques, les a ramenes a certains types dont nous avons resume le tableau dans
les Lecons d orthopedie de ce professeur (p. 277 ; 1862).
L occipital se luxe raremenl sur 1 atlas, et, d apivs les observations, Ton peut
conclure qu il n y a pas de luxations laterales; la luxation en arriere semblerait
itre la phis commune, et apres elles viendraient les luxations obliques, soit en
avant, soit en arriere, c est-a-dire les deplacements dans lesquels 1 occipital, en se
portant en avant ou en arriere, avait en meme temps devie a droite ou a gauche,
leplus souvent a droite.
Les luxations de 1 atlas sur 1 axis sont plus communes, et taudis que 1 occipital
sc luxe de preference en arriere de 1 atlns, I atlas se luxt presque exdusivement en
avant de I axis.
Les luxations eh avant offrent d ailleurstrois varietes distinctes :
1 La subluxation par indinaison, dans laquelle les ligaments transverse et
odonto idiens ramollis , venant a se rompre dans un mouvement brusque de la
tete, 1 atlas s incline sur 1 axis, dont 1 apophyse odonto ide tend a aller arc-bouter
contre sa lame posterieure; la compression de la moelle est alors instantanement
portee aun tres-haut degre et la mort immediate.
2 La luxation bilaterale oil par glissement. Elle s opere leatement par de
gre ; comme par une sorte d instinct, les malades retiennent 1 occiput en arriere,
empechent la bascule de 1 atlas, et 1 apophyse odonto ide serapproche de lafacepos-
KH ATLAS (PATHOLOGIC).
terieure de cetos; mais sans se placer en travers du canal racliidioncommodaiisle
cas precedent.
o Les luxations uniiaterales, qui paraissent plus communes que les autres.
Elles tendent a imprimer a 1 os un mouvement de rotation, et par consequent a
aboutira un defacement lateral dont nesont pas exemptes les luxations bi-laterales,
qui, bien quetoujours essentiellement en avant, peuvent cependant devier un peu
d un cote ou de 1 autre. L apophyse odontoide ne menace pas alors aussi directe-
ment la moelie; elle tend cependant a rencontrer 1 arc posterieur de 1 atlas, mais
sur les parties laterales du canal rachidien.
II faut du reste reinarquer, avcc Malgaigne, que le mouvement de 1 atlas sur
Taxis quicstici mis en jeu, ne s effectue pascomme dans Tetat normal. Ce n est
plus Taxis, mais bien Tarticulation restee saine qui est le centre du mouvement,
d ou il resultedeux choses: premierement que cetto luxation ne peut pas s execu-
ti i sans que tout un cote de Tatlassoit povte en meme temps enavant; deuxieme-
ment que le mouvement est essentiellement borne ; en effet, la rotation de la tele
H arrive meme pas alors au degre de rotation permis par la rotation naturelle.
Les luxations doubles de I occipitalet de I atlas a la fois ne doiventetre nien-
tionnees que pour memoire. Dans ces deplacements, sous Tinfluence du ramollisse-
ment des ligaments, des destructions partielles de ses masses laterales, Tatlas, a la
Ibis jivesse par T occipital et par Taxis, s ecliappe del un et de Tautre,comme le i ait
un noyau serre enlre les doigts, et deborde Tune et Tautre vertebre d une etendue
plus ou moins considerable sur un meme cote.
Dans les deplacements, comme dans les positions vicieuses, nous retrouvons
done cette tendance principale de la tete a se porter en avant et a se devier laterale-
ment; si elle se porte en arriere, c est par Tel f et de deplacements rares, ou sous
Tiufluence de positions iustinctives que le glissement en avant, chaque jour plus
imminent, tend a laire prendre aux malades.
Le deplacement, en effet, nest souvent pas loin de la position vicieuse; il ne
faut pour le produire qu une retraction plus forte des muscles, un mouvement de
la tete abandonnee a elle-meme ou perdant subitement son equilibre, comme dans
la bascule subitede 1 atlas en avant de Taxis; plus souvent, peut-etre, Tinfluence
lente et prolongee du poids de la tete dans une position vicieuse, ou de la pression
des corps exterieurs. Nous reviendrons sur ces fails importants.
Lesions de voisinage. Ces lesions peuvent etre reparties dans les parties molles
antc rieures aux vertebres, ou se montrer du cote du canal rachidien. L inflanima-
tion, en general suppurative, est la lesion que Ton observe.
Dans les parties molles exterieures aux vertebres, des abccs peuvent se former.
Ce sont habituellement des abces par congestion dont la source doit etre rapportee
a la lesion osseuse etdont le foyer principal vient se former dans les parties molles ;
ce sont aussi de veritables abces de voisinage resultat de Tirritation des tissus clus
a Talteration articulaire, mais dont le foyer est independent des lesions des verle-
bres. Les collections purulentes peuvent se montrer a la nuque, mais le plus sou-
vent elles se developpent au-devant de la colonne veitebrale dans le, tissu cellulaire
retro-pbaryngien. Lorsqu ils onteteouverts,des fistules ossifluentes leur succedent,
et leur ouvertureexterne se rencontre sur les parties laterales de la region.
Le pus peut aussi s epancher dans le canal vertebral, fuser entre la dure-mereet
les os, ou perforer les membranes de la moelie etenvahir la cavite arachnoidienne.
Dans une observation remarquable, communiquee a la societe anatomique par
M. Wannebroucq (1859), on trouva dans le quatrieme ventricule, une collection
ATLAS (PATIIOLOCUE). <( ;>
purulento ;\vec ramollissement de la substance encephalique circonvoisine. Cclte
collection communic^ait avecun autrefoyer siegeant an niveau de Patlas comme le
demontrait 1 evacuation et 1 affaissement de la lumeur siegeant a la partie poste-
rieure du con, petulant que le pus s ecoulait clu quatrieme ventricule. C est la une
lesion des plus rares encore represented par ce fait unique, la propagation de Pin-
flammation articulaire a la moelle et de la myelite rachidienne a Pencephale est
pins frequehiment observee. Des apoplexies cle la moelle ont etc observees, et, par
suite cle Pulceration des arteres vertebrales, des epanchements de sang ont pu enva-
hir le canal medullaire (Rust).
La moelle epiniere est doncmenacee de plusieurs imnieres dans cette especc de
mal vertebral. Eile pent etre deformee, tassee sur elle-meme, lorsqu il y a eu des
truction osseuse etendue sans deplacement. Elle peut au contraire n etre ni deTor-
mee ni comprimce, la largeur du canal rachidien.luipermettant en quelque sorte
de s echapper ; nous nous sommes attache tout a 1 heure a montrer quels etaiont
les deplacements qui la menacaient le plus.
Reparation. Malgrela multiplicite et Pintensite possibles de ces desordres, la
guerison est cependant observee. On en comprend aisement le mecanisme lorsque
les lesions osseuses soul superficielles, que la synovite surtout domine, avec des al
terations osseuses plus avaiicees, plus p ofondes, la guerison n" est cependant pas
impossible. Tons les musees possedent des pieces pathologiques demontranl la pos-
sibilite de la soiidure definitive des vertebres malades ; la guerison ne saurait, en
effet, etre obtenue alors que par ankylose. Deja, dans son important travail,
M. Tessier avaitpu reunir vingt-six cas bien authentiques demontrant cette lieu~
reuse terminaison.
Etiologie. C est evidemment 1 influence des causes generales, c est-a-dire pre-
disposantes qui domine 1 etiologie. II n est pas douteux que celte maladie ne soil
beaucoup pluscommune dans le jeune age que plus tard. On en observe cependant
quelques cas chez les adolescents et merne chez 1 adulte, mais ces fails sontrares.il
est encore bien plus exceptionnel d en rencontrer chez les vieillards; de Graefe en
a cependant observe un exemple.
L influence du lymphatisme de la scrofule est non moins evidente; celle de la
syphilis est moins demontree. Dans une observation citee par M. Tessier, il y eut,
il est vrai, alteration des trois premieres vertebres et de leurs articulations, mais
cette alteration etait secondaire. Eile avail succede a des ulcerations profondes dela
paroi posterieure du pharynx. On salt d ailleurs que les alterations syphilitiques
des articulations sont fort rares.
Parmi les causes accidentelles, 1 influence des refroidissements est surtout a
noter; dans beaucoup d observations leur action ne parait pas niable. On a aussiin-
voque, comme dans toutes les affections articulaires, les violences exterieures, les
mouvements forces. L importance de ces causes est incontestable pour beaucoup de
iointures ; celles qui nous occupent peuvent ecbapper, nouslesavons, aux violences
exterieures par leur position prolonde et aux mouvements forces, grace a la mobs-
lite de la colonne cervicale.
Symptomes, marche, terminaisons. Depuis Sbupke et Rust, Pon a decrit
trois periodes lorsque Ton a retrace Thistoire symptomatique du mal vertebral su-
perieur. Cette division utile pour 1 etiide ne repond pas toujours a la realite des
fails, c estce que Aug. Rerardavait fait observer avec raison.
La premiere periotle des auteurs repond a la serie de symplomes que nous avons
dit appartenir a I arthrite sous-occipj f ale.
100 ATLAS (PAIHOLOGIE).
La deuxieme periode serait caracterisee par 1 exageration des symptomes de la
premiere eten particulier du phenomene douleur, 1 apparition des deformations de
la partie supeiieure du cou, la fixite phis grandc des attitudes vicieuses et cepen-
dant aussi, ce sentiment que Ton rapporte a la notion de defaut de solidite, mais
quipeut egalement elre attribue a lacraintede la douleur reveilleeparlemoindre
displacement, etquiporte le malade a n executer aucun mouvement sans soutenir
satetea deux mains, sans la porter pour ainsi dire.
La troisieme periode est caracterisee par la destruction des ligaments, 1 erosion
plus prononcee des surfaces osseuses qui se traduit par des ci aquements dans les
mouvements imprimes, la formation d abces. C est aussi dans cette periode qu ap-
paraissent surtout les phenomenes mt dullaireset que s etablissent les phenomenes
generaux. Souvent, d ailleurs, des maladies concomitantes telles que la phthisie
out a cet egard pris le pas sur 1 affection osseuse.
Lorsqne laterminaison doit etre heureuse, 1 amendement des principaux symp
tomes et, en particulier, du phenomene douleur sont observes. Laterminaison falale,
de beaucoup la plus commune, s annonce au contraire par 1 aggravaliondes pheno
nienes generaux ou des phenomenes medullaires, quelquefois au contraire, ceux-ci
viennent brusqueinent enlever le malade. La duree de cette affection est en general
assez longue, il est rare qu elle se lermine en moinsd une annee. Ce n estqu excep-
tionnellement qu on voit la mort arriver dans les premieres semaines ou dans les
premiers niois.
Nouscroyons utiled etudier isolement chacun des principaux symptomes.
Douleur. Nous n avons que peu de chose a ajouter a ce que nous avons dit de
ce plienomene important. Sourdo au debut, augmentant graduellement, elledevient
de plus en plus intense avec les progres de 1 affection osseuse. Le repos et limiuc-
Ijilite la calment souvent d une manic-re complete. Nous avons deja dit que des le
debut elle peut etre excitee par la deglutition qui souvent, meme en 1 absence
d abces, devient tres-douloureuse ; aussi, cette atfection fut-elle pendant longtemps
rangee dans les angines. La douleur est surtout reveillee par les mouvements et
par les pressions exercees dans la fossette sous-occipitale ou sur 1 epine de
1 avis, cesont la des caracteres dont il importe de tenir grand compte pour le dia
gnostic.
Deviations. La deviation se montre de bonne heure et peut tout aussi bien
coincide! avec la synovite qu avec la tumeur blanche sous-occipitale. L action mus-
culaire en est la cause essentielle. Les attitudes vicieuses sont variables, on peut ob
server un veritable torticolis, c est-a-dire une inclinaison laterale avec rotation, la
tete est sou vent inclineeen arriere, les muscles luttant instinctivement contre Tin-
clinaison anterienre si dangereuse et qui peut cependant se prodnire malgre tout.
Alors meme que les ligaments sont ramollis, I immobilite existe et les mouvemenls
nesauraient etre produits que si la contraction musculaire est surprise ou si on
1 abolit momentanement. La contraction muscnlaire est done la sauvegarde du ma
lade, mais elle est anssi Fagent qui determine les positions vicieuses. Le sens dans
lequel s incline la tete n est pas, en effet, en rapport avec la lesion. Nous croyons
encore etre dans le vrai, en disant encore anjourd i hui, que Telement deviation est a
peu pres indifferent au point de vue du diagnostic du deplacement et de ses va-
rietes, de tellesorte que sans 1 analyse chirurgicale des causes qui out pul ameiier,
le traitement de la deviation ne saurait etre base sur une indication precise. Que la
lete soit inclinee en avant, en arriere, ou de cote, cela peut resulter tout siiuple-
nient d une position vicieuse sans deplacement articulaiie; et les displacements, a
ATLAS (PATHOLOGIC). 107
moins d etre pousses tres-loin, influent vraiment tres-peu sur ces sorlesd atlilude.
Mnlgaigne a cite line observalion de Meyrieu oul occipital etait deplace en avant et
a droite etlatetemclineea gauclie. Get auteur a cependant signale, pour la luxation
bilaterale, la propulsion de la tete en avant associee au renversement en arriere;
dans les luxations unilaterales, la tete s incline du rote de la luxation en meme
temps qu elle subit un mouvement de rotation qui porte la face du cote oppose;
mais le meme effet se produit dans 1 arlhrite.
Deformation. La deformation pent etre due a la deviation elle-meme, a des
fongosites, a des ganglions lymphatiques engorges, a des abces, a des saillies
osseuses.
Elle se voit particulierement a la nuque qui est plus large que dans 1 etat nor
mal, et peut meme presenter des saillies. Le toucher y fait reconnaitre un engor
gement profond ordinairement sans fluctuation. G est en effet a Tepaississement des
tissus, a des fongosites que Ton a le plus souvent affaire. La fluctuation peut, au
conlraire, etre percue lorsqu il y a collection purulente ; elles ont d ailleurs tendance
a venir faire saillie en arriere, dans la fossetle sous-occipitale ou lat&ralement, il est
alors facile de les diagnostiquer. La deformation, due a des collections purulentes,
peut, ainsi que nous 1 avons dit, se montrer au niveau de la paroi anterieure, par
suite de ( accumulation du pus derriere le pharynx. La tumenr fluctuante ainsi
formee peut etre vue et touchee. Mais cette exploration est souvent fort diflicile
.chez les enfants. Lorsque la tumeur est peu vclumineuse, les phenomenes meca-
niques qu elle produit sont encore peu intenses, mais si elle se developpe, la de
glutition des liquides puis des solides devient de plus en plus penible, la respira
tion est genee et peut faire defaut. la machoire se meut avec grande difficulte, elle
est repoussee en avant ainsi que la langue qui recoil 1 impression des arcades den-
taires, peut s ulcerer, pend horsde la bouche. L etude de ces symptomes est fort
importante, car elle conduit a une indication precise d evacuation du foyer qui pro
cure aiix malades un veritable soulagement.
Les deformations produitespar les saillies osseuses ont surtout attire 1 attention,
ce sont elles, en effet, qui permettent le mieux de juger de la realite du deplace-
ment, et quelquefois meme de sa nature et de son etendue. Ces saillies peuvent
etre recherchees par le toucher pharyngien ou par 1 examen de la paroi posterieure
de la region.
Le toucher par le pharynx, nous 1 avons dit plusieurs fois, n est pas toujours
praticable chez les enfants. Les donnees qu il fournit ne peuvent etre utilisees que
pour reconnaitre les luxations bilaterales et uni-laterales en avant, Ton constate,
soit la saillie directe du corps de 1 atlas ou seulement la saillie de 1 une de ses
masses laterales.
En arriere, la protuberance occipitale, 1 apophyse epineuse de Taxis et meme,
dans certains cas, les apophyses transverses de cette vertebre peuvent etre cxplo-
rees. Ilfaut rechercher les rapports de 1 apophyse epineuse de Taxis avec la protu
berance occipitale ; elles se trouveront sur la meme ligne verticale ou a peu pres
dans la luxation bilaterale, peut-elre aussi un peu rapprochees, et Tapophyse de
Taxis sera rendue plus saillante par la propulsion de Tatlas en avant. Dans la
luxation unilaterale, la saillie de celte apophyse s ecartera fortement a gauche ou a
droite de la protuberance occipitale, et toujours du cote que regardera le men ton.
11 faut dune a la fois tenir compte de la saillie de cette apophyse et de ses rapporls
avec la protuberance occipitale.
Phenomenes medullaires. Le developpement de la paralysie ne peut toujours
JOS ATLAS (PATIIOLOGIE;.
prouver qu il y a deplae/>ment. En effet, une alteration de In moelle la produit
sans luxation, et des deplacements considerables mais lenfement operes ne pro-
duisent pas de paralysie. Les phenomenes medullaires surviennent quelquefois de
tres-bonne hetire; dans une observation de M. Tessier, an bout de six semaines,
1 enfantsouffraitde donleurs dans les membres inferieurs, puis dans le dos et dans
le cou, mais la paralysie succccla a 1 inrlinaison de la tete en avant qni ne se pro-
duisit que versle huitieme mois. La cause de la deviation exageree n est pas indi-
quee ici, mais il est necessaire de se bien rendre compte du danger de toute com
pression lente ou brusque, surfout lorsqu elle peut determiner 1 inclinaison de la
tete en avant. G : est pour cela que 1 action des oreillers a ete accusee avec raison
par tous les auteurs. La paralysie est en general double comme clans toutes les pa-
ralysies medullaires, cependant, M. Cruveilliier a cite le casd une vieille femmerle
la Salpetriere, chez laquelle, une luxation incomplete de 1 atlas avec inclinaison
lalerale de la tete avail determine une hemiplegie.
Diagnostic. Le diagnostic doit s appliquer a la solution de plusieurs questions.
Existe-l-il une affection articulaire sons-occipitale? A quelle espece de mal verte
bral a-t-on affaire? Quel est le siege et la nature ties lesions ? Y a-t-il un deplace-
ment? Existe-t-il des abces? Quel est 1 etat general du sujetT
La discussion de toutes ces questions nous entrainerait trop loin, les elements
ijiii peuvent aider a lesresoudre viennent d etre exposes.
Nons devons cependant ajonter id quelques indications relatives au diagnostic
dil liTcnliel, c est-a-dire a la solution de la premiere question. Les affections dou-
Iniiicuses du cou, phlegmons, abces, angines, pourraient induire en erreur. Mais
Je siege de ladouleur et la marcbe de la maladie devront bientot faire sortir d em-
barras. 11 est moins facile de distinguer si la deviation que Ton observe a 1 etat
chronique, alors que Je mal vertebral est gueri,est due a une retraction musculaire
mi a une lesion osseuse. Un homme d nne grande competence, M. Bouvier, a rap-
poi le, dans ses lecons, un cas d erreur de diagnostic par lui commise, qui est bien
de nature a faire apprecier les difficultes qu il peut y avoir pour apprecier la cause
de la deviation. L etude du commemoratif, 1 examen scrupuleux de la partie supe-
rieure du cou, et en particulier les rapports de 1 apophyse epineuse de 1 axis et de
la protuberance occipitale, enfm 1 attitude elle-meme de la tete, peuvent guider Je
diagnostic. Mais c est surtout a la recberche des traces de 1 afl ection osseuse que
doit s attacber le chirnrgien. L affection articulaire sous-occipilale devraassez faci-
Icment etre diagnostiquee lorsque la maladie est en evolution, il est des cas ou le
diagnostic est fait de lui-meme, par exemple, lorsqu il y a deformation de la pnrtie
superieure du cou, abces on fistules, et meme lorsqu il y a douleur permanente et
deja ancienne avec attitude forcee du cou. Dans les cas ou des fislules existent, la
notion de la maladie osseuse est si bien acquise, qu il nous semble inutile d explorcr
avec le stylet. Cette exploration pourrait en effet conduire sur la moelle. Si une
raison particuliere engageait a la faire, elle ne devrait etre tentee qu avec les plus
grandes precautions.
Le pronostic de la tumeur blancbe sous-occipitale est toujours grave. Rien nc
peut assurer en effet que Ton pourra sans accident arriver a Tankylose. Neanmoins,
avec des conditions favorables, le chirurgien pourra, en se conformant strictemenl
aux indications dutraitement favoriser la reparation osseuse qui prepare la guerison.
Traitement. Avec une simple arthrite,rindicationderirnmobilisation dans une
bonne position nous a paru devoir etre posee d une maniere absolue. 11 faut en
effet ramener la ete a sa direction normale et 1 y maintenir. DPS mnyens simples
ATLAS I ATiiCLouiE. 1U9
pourront souvent sufiire. Malgaigne employait, et recommande une cravate de
carton qui appuie a la ibis sous la machoire, sous 1 occipital et sur les epaules. Ce
carton convenablement matelasse de ouule est maintcnu avec uue bande. M. Broca
a employe avec succes la gutta-percha ; on peut avec cette substance obtenir un
moule tres-exact qui peut etre pris sur un autre raalade de meme taille. En fen-
dant 1 appareil en arriere et en le lac.ant connne le fit M. Broca, on peut aisenient
I adapter.U faut exiger que le lit presente un plan uui et assez resistant, defendre
les oreillers, et faire coucher le malade sur le dos. On pourrait au besom passer une
planche sous le matelas.
Chez un sujet non scrofuleux, on peut esperer que la guerison d une aiihrile
simple sera oblenue settlement au prix d une roideur articulaire. On a d ailleurs
la ressource de la combattre a 1 aide de mouvemeiits prudemment administres, et
combines de manierea rendre le jeu deces arliculations complexes. Les mouve-
mentspeuvent etre dans ces cas, communiques sans appareils etdes que la doulem
est eteinte. Nous ne revenons pas sur ce qui a ete dit plus haut des autres moyens
a mettre en ceuvre pour le traitcment local el le traitement general.
Quand les lesions articulaires sont plus graves, qu il y a lieu de craindre le
deplacement ou qu il existe, 1 emploi des appareils est indispensable, et leur
usage remonte assez haut.
La premiere indication, d apres Malgaigne, se trouve dans les Gommentaires de
van Swieten, sur Boerhaave, a propos de 1 angine. Van Swieten dit que les ver-
tebres sont ordinairement ramenees en place a 1 aide d un lacs qui embrasse le
menton et 1 occiput, et auquel on suspend tous les jours les enfants atleints de
pareille lesion. Sic enim, ajoute-t-il, pondere corporis in rectum diducitur spina
etfeliciter snipe curantur. Ollivier (d Angers) a donne, dans les Archives (1850),
1 observation d un jeune malade, chez lequel il yavait deviation laterale tres-pro-
noncee et quelques symplomes de paralysie. Boyer, Dubois el Dupuytren, consul-
tes en meme temps que lui, prescrivirent un appareil pour favoriser progressive-
ment le redressement de la tete.
Mais 1 indication resta a 1 etat speculatif ; car, non-seulement Ollivier ne nous a
pas donne la description de 1 appareil, mais encore le raalade se refusa a le porter ;
il guerit neanmoins avec sa deviation laterale.
A, Berard, sans connaitre ces antecedents, avail pose les indications du traite
ment ; il etablit,le premier (1829), la necessity d innnobiliser la tete a 1 aide de
machines pour prevenir toute deviation, mais proscrivit loule tentative de redres
sement, se fondant avec Shupke sur le danger et 1 imprudence de manoeuvres qui,
en achevant de rompre les ligaments deja en partie detruits, pourraient amener la
compression brusque de la nioelle epiniere.
Faut-il revenir sur cette opinion? M. Tessier (de Lyon) a cite une observation
heureuse de reduction chez un eniant de 15 ans et demi, qui avait des symplomes
de paralysie manifesto. Malgaigaea rapporte cette observation duns son Traite des
luxations et dans les Lecons d orthopedie. Ce fait est encore unique ; il a parusuf*
fisant a 1 eminent professeur, |ioiir lui faire ajouter, dans des cas bien determines,
1 indication du redressement a celle du soulien et de 1 immobilisation de la tete ;
c est aussi 1 opinion de Bonnet. L obseivation de M. Tessier a ete critiquee par
M. Bouvier, et, dans ses Lemons (p. 95), ce chirurgien si experimente conclut en
avouant qu il serait peu dispose a tenter quelques reductions. Cette grave question
est done encore reservee, puisqu elle divise 1 opinion des cliiiurgiens les plus com-
ticlents et que, d ailleurs, nous en sornmes encore reduils a cette seule observation.
110 ATLAS (PATIIOLOGIE).
Sans doute, la paralysie indique les tentative^ de reduction, mais il faut avant tout
quela realite du deplacement soit bien etablie. Dans les cas ouil n y a pas de phe-
nomenes medullaires, les preceptes deShupkeet de A. Berard demeurent tout
entiers.
Les appareils qn il convient d" employer pour maintenir le cou, peuvent d ailleurs
permettre de le redresser graduellement, tel est le collier generalement employe
dans les hopitauxde Paris etqui consiste en deux plaques metalliques sulfisamment
rembourrees ; Tune appuie sur le menton et la nuque, 1 autre sur les epaules ;
ces deux pieces sont reunies par quatre tiges metalliques que Ton pent allonger et
raccourcir a 1 aide de vis. Les appareils speciaux connus sous le nom de Minerves,
que Ton emploiepour letraitement du torticolis, pourraient etre utilises. Bonnet
en a donne la description et la figure dans son Traite de therapeutique des mala*
dies articulaires (p. 820). Elles ont ete egalement decrites dans les Lecons A or-
thopedie(f. 504). Bonnet propose encore, commeappareilextemporane,un grillage
en fil defer recuit, que Ton pourrait mouler autourdu cou ; mais nouslerepetons,
lorsque les lesions articulaires sont etendues, un appareil est necessaire. Des colliers
en cuir monies, et renforce de tiges miaces en aciev, conviennent aussi et remplis-
sent Ibrt bien les indications.
Deja nous avons dit que des precautions speciales devaient etre prises pour le
coucher. C est le casderappeler le beau succes obtenu par M. Alliotchez unjeune
enfant, deja atteint d un abces par congestion et d une demi-paralysie. Le petit
malade fut place dans le decubitus dorsal, sur un lit solide et plan, la tele bien
assujetlieetait maintenue par des montants lateraux. La grande gouttiere de Bon
net pourrait aussi <Hre d un grand secours pour faire coucher les petits malades, il
serait d ailleurs facile, a 1 aide de montants ou de touteautredispositionl ort simple,
de fixer la tete a la gouttiere.
Le traitcmenl topique doit aussi attirer toute I attention. M. Bouvier s est eleve
contre les cauterisations energiques au 1 er rouge, que Prust employait si liberale-
ment, et de metne que dans le mal de Pott, cet babile praticien proscrit les cau-
teres. Des revulsifs, des cauterisations superficielles, successivement employes de
maniere a produireune irritation legere, mais continue, sont surtout recommandes
par M. Bouvier. Les vesicatoires, la teinture d iode, la pommade stibiee,les caute
risations poncluees peuvent parfaitement remplirces indications.
Le traitement general doit recourir a tons les modificateurs hygieniques et me-
dicamenleux recommandes contre la scrofule, et ces moyens doivent etre mis en
oeuvre avec perseverance et etre continues alors meme que la guerison aurait ele
obtenue.
Le traitement de la convalescence doit etre fort reserve. Des massages et des
frictions, quelques manipulations fort douces, remedieront a la roideur de la co-
lonne cervicale, mais on n oubliera pas que 1 ankylose osseuse est le mode de gue
rison des lesions articulaires graves.
Dans le traitement des complications, 1 ouverture des abces doit surtout etre
i objet de quelques preceptes. Les abces qui se montrent a 1 exlerieur, ne doivent
etreouverts que tardivement et peuvent etre evacues parponction simple, a moins
d indication parlicutiere. Mais ies abces retro-pharyngiens doivent etre ouverts de
bonne heure, car toute negligence, a cet egard, peut eiilrainerles accidentsles plus
graves, et Ton a vu maintes fois la mort du malade rapidement survenir sous 1 in-
fluence de raccroissement de la collection retro-pharyngicnne ; les malades mieurent
asphyxies. F. Guvor*.
ATMOSl HERE ill
A.TLE. Voy. MAWNE, TAMARIX.
ATLODYME (de T^K; , atlas , nom de la premiere vertebre cervicale , et
SiSvpos, double). Nom cree par Isid. Geoffroy Saint- Hilaire pour designer un des
genres de la famille des monstres doubles monosomiens. Les Atlodymes presen-
tent avec un seul corps, deux tetes separees, contigues 1 une a 1 autre par leun;
portions posterieure et laterale, et laissant entre elles un intervalle dans lequel est
logee 1 extremite superieure du rachis. II y a done necessairement deux atlas ou
pour le moins un double atlas, d ou le nom donue a ce genre (voy. MONOSOMIENS).
S. D.
ATLOIDO-AXOIDIENIME (ARTICULATION). Voy. ATLAS.
ATLOIDO-OCCIPITAL (MUSCLE). Voy. DROIT POSTERIECR.
ATLO1UO-OCCIP1TALE (ARTICULATION). Voy. ATLAS.
ATMA-GOOPTA. Voy. MucuNA.
ATMBATRIE (dear^t;, vapeur, et Ixvpsix, medecine). Le nom d atmiatne res-
piratoire a ete donne par Martin Solon a la metliode therapeutique qui consisle a
diriger des vapeurs ou des gaz medicamenteux sur la nmqueuse respiraloire. Le
meme mot s applique avec une egale justesse a 1 application des vapeurs et des
gaz sur la surface cutanee. Quelques personnes emploient de preference, mais a
tort, le mot atmidiatrie (ai-pi;, a-rpic?o;). A 7 oy. INHALATIONS et BAINS.
ATMOSPHERE. L atmosphere est cette masse gazeuse, transparente, de com
position tres-complexe qui forme autour de la terre une enveloppe dont 1 epais-
seur ne depasse pas douze lieues, d apres les calculs de M. Biot Ibndes sur la loi
de decroissement des temperatures avec la hauteur trouvee par Gay-Lussac dans
son ascension aerostatique. Les phenomenes de refraction ustronomique et d eclaire-
ment de 1 atmosphere pendant les heures du crepuscule assigiient a celte epais-
seur une valeur minimum de quinze a vingt lieues. Les observations A etoiles
filantes, petits corps qui s echauft ent au point de devenir incandescents lorsque,
dans leur mouvement de rotation autour du soleil, ils traversent les couches
superieures de notre atmosphere, conduisent a des estimations beaucoup plus
considerables; elles portent a admettre que la hauteur de la masse gazeuse, assez
rapidement croissante d ailleurs des poles a 1 equateur, est de soixante-dix a quatre-
vingt lieues au-dessus du niveau des mers. Les elements qui entrent normale-
ment dans la constitution de 1 atmosphere sont : 1 oxygene, 1 azote, 1 acide carbo-
nique, rammoniaque, 1 iode, quelques traces d hydrogene carbone, et une quantite
tres-variable de vapeur d eau. Contrairement a 1 opinion du docteur Piout, ces
divers principes gazeux n ont contracte entre eux aucune combinaison ; ils sont a
1 etat de simple melange et completement independanls les uns des autres. _ De
meme que 1 eau, de la mer contient toutes les substances solubles du globe, on
doit necessairement retrouver dans 1 atmosphere lous les principes gazeux ou vola-
tils qui existent, ou qui sc produisent, soit dans les grands phenomenes geolo-
giques ou meteorologiques, soit dans les actions qui s accomplissent pendant la vie
ou apres la mort des etres organises; fort inegalement reparties dans 1 espace,
quelques-unes de ces substunces.tellesqueles miasmes, leseffluvcspaludecns, e!c.,
Ha ATMOSPHERE,
exerceut uue iuiluence tres-nuisible sur 1 homme et les aniniaux. On trouve
encore dans 1 atmosphere, a 1 etat de simple suspension, des myriades de cor-
puscules solides de nature et d origine tres-diverses, invisibles dans les conditions
ordinaires, mais qui se revelent a nos yeux quand un rayon de soleil penetre dans
une chambre obscure ou seulement peu eclairee ; ce sont des poussieres inorga-
niques, des debris de vegetaux que les vents enlevent de la surface du sol et
transported dans toutes les directions ; ce sont aussi des animaux microscopiques,
desgraines de plantes, des grains de pollen, des germes d infusoires, si bienetudies
par M. Pasteur, dissemines par les courants d air et transposes quelquefois a
d immenses distances.
Entre I almospliere et les etres organises les echanges sont incessants ; a toutes
les pcriodes de leur developpement, les vegetaux et les animaux empruntent a la
masse gazeuse ambiaute des materiaux necessaires a 1 exercice de leurs fonclions.
Chacun des principes constituants de 1 air atmospherique intervient pour sa part
dans I accomplissement des phenomenes de la vie ; on peut dire sans exageration
que le developpement complet, et meme 1 existence des etres organises, sont subor-
donnes aux conditions creees autour d eux par 1 ocean gazeux qui les enveloppe de
toutes parts.
Les animaux empruntent au milieu ambiant une quantite d oxygene variable
avec les saisons, les climats, et aussi 1 espece animale consideree. Get oxygeiie,
absorbe par les suri aces respiratoires, est introduit dans les humeurs animales,
circule avecelles else combine avec leurs materiaux organiques ternaires etquater-
naires. Ces diverses combustions produisent la chaleur necessaire au maiutieii de
la temperature propre des animaux, et Iburnissent, comme resullats definitifs, des
matieres azotees desormais impropres a la nutrition et eliminees par les divers
emonctoires de 1 economie, de 1 eau et de 1 acide carbonique qui s echappe au-
debors par les surfaces respiraloires en meme temps qu il est rcmplace par une
nouvelle dose d oxygene. L oxygene joue aussi un role important dans le deve
loppement du vegetal. Pendant toute la duree de la germination, la graine respire
comme un animal ; elle emprunte a 1 air de 1 oxygene et lui rend de 1 acide car
bonique. Lorsque la vegetation commence, le mode de respiration de la plante
change; 1 oxygene perd de son importance relativement a la nutrition generale,
mais il joue un role considerable dans la fonction de la reproduction. La fleur, en
eli et, par toutes ses parties colorees, puise dans 1 air ambiant de 1 oxygene qui se
combine avec 1 hydrogene et le carbone des materiaux de la seve et pioduit de la
clialeur, de 1 eau et de 1 acide carbonique rendu a 1 atmosphere par exhalation.
Ajoutons que, dans 1 obscurite, les parties verles des vegetaux, surtout les jeuiies
pousses, absorbent aussi 1 oxygene, brulent leur carbone et exhalent de 1 acide
carbonique; les fonctions clu vegetal sont alors tres-peu actives, mais elles me-
ritent d etre signalees. Ainsi, sans oxygene, 1 animal ne peut plus respirer, la
plante lie peut ni geimer, ni se reproduire : la vie est impossible a la surface de
notre planete.
Depourvu de toute propriete stimulante, 1 azote, si abondaut dans 1 atmosphere,
ne parait pas participer directement a 1 entretien des plienomenes de la vie et ne
joue probablement dans 1 atmosphere, au point de vue qui nous occupe, que le
role d une matiere destinee a tenir dans uii etat coin enable de division et de disse
mination les principes actifs auxquels il se trouve melange. Les recbercbes de
Dulong et dc- M.Regnault piouvent que, places dans des conditions physiologiijues
uoiniales, les animaux, loin d emprunter de 1 azote au milieu ambiant, exhalent
ATMOSPHERE. 115
une faible proportion d azote par les surfaces respiratoires. Ajoutons que d ailleurs
tous les anirnaux excretent constamment une proportion plus considerable d azote
sous forme d un e, d acide urique, etc. Les belles experiences de M. Boussin-
gault out prouve que les plantes peuvent emprunter a 1 air ambiant une partie de
1 azote qui entre dans leur composition; elles oat montre en meme temps que cet
azote n est pas absorbe a 1 etat libre, mais est fourni par 1 ammoniaque repandue
normalement dans 1 atmosphere.
L acide carbonique est en realite pour les vegetaux ce que 1 oxygene est pour
lesanimaux; ce gaz joue, a ce titre, un role d une importance immense dans les
phenomenes de la vie a la surface du globe. La disparition de cet element de notre
atmosphere entrainerait, comme consequence immediate et directe, la cessation
de toute vegetation. Or, comme en definitive les vegetaux sont le grand reservoir
de matiere alimentaire pour les animaux, la cessation de la vegetation serait bientot
suivie de la disparition de toutes les especes animates.
Amsi que nous 1 avons dit precedemment, un des principaux resultats de la
respiration des animaux est la production et 1 exhalation d une quantite conside
rable d acide carbonique. Dans ces derniercs annees, M. Morren a etabli qne les
animaux microscopiques de couleur vcrte et rouge qui apparaissent a la surface des
eaux stagnantes echappent a cette loi generule. II resulte eu effet de ses recherches
que, sous 1 influence de la radiation solaire, ces infusoires absorbent 1 acide car
bonique de 1 air, le decomposent, fixent le carbone et exhalent de roxygene. II
en est de meme de ces autres infusoires qui existent dans 1 eau de la mer, tellement
nombreux dans certains parages, que 1 eau en est vivement coloree. Mais c est
dans les plienomenes de la vie vegelale que 1 acide carbonique de 1 air prend toute
son importance. Sous I infliience de la radiation solaire, les parties vertes des
vegetiwx absorbent incessamment 1 acide carbonique, le decomposent, s assimilent
le carbone et rendent 1 oxygene au milieu ambiant. L atmosphere est done, sinon
1 unique, du moins la principale source du carbone qui eutre pour une si lorte
proportion dans la composition de la tige des plantes et du tronc des arbres dc
nos forets. G est uue atmosphere tres-chargee d acide carbonique qui a fourni les
materiaux de cette vegetation antediluvienne, si belle et si riche, clout les debris ont
suffi pour produire les immenses depots de houille enlbuis dans le sein de la terre.
L azote entre pour une certaine proportion dans la composition des tissus des
vegetaux ; les experiences les mieux institutes prouvent que, pour etre assimile
par les plantes, 1 azote doit leur etre presente sous forme d ammoniaque ou de sels
ammoniacaux. Sans doute, les engrais et autres matiercs organiques en decompo
sition dans le sein de la terre sont pour les vegetaux une source abondante d am
moniaque; mais, cornme nous 1 avons deja dit plus haut, M. Boussingault a de-
montre que les plantes puisent dans I atmosphere nne partie de 1 azote indispen
sable a leur nutrition. Cette derniere consideration met en evidence le role et
1 importance de la faible proportion d ammoniaque clout les recherches les plus
recentes ont constate la presence normale clans 1 air atmospherique,
L atmosphere contient normalement quelques traces d hydrogene carbone, qui
parait n avoir aucune espece d importauce au point de vue des phenomenes de la
vie. Trop peu abondant pour etre nuisible, ce gaz ne fournit ni aux vegetaux, ni
aux animaux aucun des materiaux necessaires a leur nutrition.
La presence d une certaine quantite de vapcur d eau dans 1 atmosphere est
indispensable a 1 existence des etres organises a la surface de la terre. Dans un air
completemeut depouille de \apeuv d eau, les plantes et les animaux ne tarderaient
Did. 12XC. Yil. &
1U ATMOSPHERE.
pas a se decoder et a perir. Far centre, un air constaiinnent suture d humidile
inodifierait considerablcment les exhalations uqueuses et excrcerait une Ires-
iacheiise iiiikience sur les etres vivanls. D ailleurs, au milieu des continents, loin
des mers, des grands lacs et des grandes rivieres, n est-ce pas la vapeur d eau
repandue dans 1 almosphere, ici precipitee sous forme de pluie, la dispersee en
rosees abondantes, ailleurs absorbee direclement, qui t ournit aux vegetaux un des
elements principaux de leur constitution? L acide carLonique et la vapeur d eau
repandus dans 1 atmospliere sent les deux principles sources ou les vegetaux
puisent constamment les materiaux de leur nutrition.
COMPOSITION DE L AIR ATMOSPHEIUQUE. L air est essentiellement constitue par
un melange d oxygene et d azote. Abstraction faite de 1 acide carbonique, del am-
moniaque, de 1 b.ydrogene carbone, de la vapeur d eau et de quelques vapeurs
accidentellcs, on peut admettre, d apixs les analyses les plus recentes et les mieux
laites, qu a Paris 100 parties d air, en volume, contiennent moyennement 20,8
d oxygene et 79,2 d azote, etque 100 parties d air, enpoids, renferment 25 d oxy
gene et 77 d azote. En raison de 1 exccssive vuriabilile des conditions atmosphe-
riques et des causes si nombreuses qui tendent a modilier la proportion d oxygene,
il est diflicile d admettre que la composition de 1 air n eprouve pas, dans un mijniu
lieu, des modifications durables ou passives, etreste constante dans les diverges
legions du globe. Les resullals suivanU, cniprunlcs aux observations les plus
( vidcs, diinnei onl une idee des limitei dans lesqnelles peut warier la proportion
d oxygene.
1 Quant itc- d <i.c//ii/ n> cunlcini ilitit.t 1UOOO parties d air enpoids. La pro-
poition moyenne d oxygene est de 229U,8 a Gioningen, d apres M. Verver, et de
-298 a Geneve, d apres ii. Man gnac. A Paris, d apres les douze analyses d air
Lilies par MM. Dumas et Boussingault, la proportion d oxygene a varie entre 2289,3
<l 2,105), et s eleve moyennement a 2501,2. A Bruxelles, dans quatorze ana
lyses d air faites par M. Stas, la proportion d oxygene a varie entre 2504 et25ii.
. E n 1841, un systeme d experiences fut institue pour comparer la composition
de 1 air a Paris, a Berne et au somniet du Faulliorn, les memes jours et aux memes
heures. L air etait recueilli au sommet du Faulliorn par MM. Martins et Bravais,
les analyses etaient laites a Paris par MM. Dumas et Boussingault, a Berne par
M. Brunuer. Sur le Faulhorn la proportion d oxygene varia entre 2285 et 2510 et
s eleva moyennement a 2297; a Paris la proportion d oxygene oscilla entre 2500
et 2507 et fut moyennement de 2304 ; a Berne la proportion d oxygene varia
enire 2289 et 2300 et fut moyennement de 2295. En 1841 et 1842, M. Lewy
a ctudie la composition de 1 air sur la mer du Nord et en Suede. Dans cinq ana
lyses pratiquees en novembre et decembre 1841, la proportion d oxygene a varie
a Copenbague entre 2298 et 2504 et s est elevee moyennement a 2501,6. En
fevrier 1842, par une forte brise venaiit de la mer, a Elseneur, la proportion
d oxygene a ete trouvee de 2505,7. En aoiit 1841, dans quatre analyses de 1 air
recueilli sur la mer du Nord, la proportion d oxygene a varie entre 2258 et 226i
et n a ete moyennement que de 2260 ; taudis que, en mai 1842, dans cinq analyses
de 1 air recueilli sur cette meme mer du Nord, la proportion d oxygene a varie
entre 2304 et 2525 et s est elevee moyennement a 2511 ,6. M. Lewy a analyse
sept echantillons d air recueilli en novembre 1842 a la Guadeloupe par M. C. De-
ville; la proportion d oxygene a varie entre 2268 et 2314 et a ete moyennement
de 2297.
2 Quantity d oxygene conlenu dans 10000 volumes d air. En 1854,
ATMOSPHERE. 115
M. Brunner a public les rcsultats de qualorzc analyses d air rccucilli au sommct
du Faulliorn; la proportion d oxygene a varie entre 2076 et 2111 et s est elevee
moyennement a 2091,6. Le meme observateur a publie les rcsultats de sept
analyses d air recueilli a Berne; la proportion d oxygene a \arie entre 2075 et
2086,7 et a ete moyennement de 2082, 1 . D apres les observations de M. Doyere,
a Paris la proportion d oxygene aurait vurie entre 2050 et 2120. -- D apres
MM. Hoeghens et Berigny, dans la journee du 15 Janvier 1848, la proportion
d oxygene anrait varie a Versailles entre 2089,8 et 2099,8 et la moyenne aurait
ete 2095,6.
Les recherches de MM. Dumas et Boussingault avaient donnc pour la proportion
moyenne de 1 oxygene a Paris 2080,5. En septembre 1847, M. Lewy trouva que
cette moyenne etait de 2102,4 ; dans le mois de novembre de la meme annee, le
meme observateur trouva qu au Havre la proportion moyenne de 1 oxygene etait
2089,5. L analyse de 1 air pris, en decembre 1847, sur 1 Atlantique et sur la
mer des Antilles a fourni a M. Lewy des resultats interessants. La proportion
moyenne d oxygene a ete 2105,7 dans les onze prises d air executees pendant le
trajet,2101,4 dans 1 air recueilli la nuit, et s est elevee a 2106,9 pendant le jour.
Dans le meme travail, M. Lewy a publie les resultats fort interessants de ses
recherches sur la composition de 1 air de la Nouvelle-Grenade. De Santa Marta,
sur les bords de la mer, jusqu a Monserrate, a 5195 metres d altitude, il a fait
hint prises d air a des hauteurs differentes : la proportion d oxygene a varie entre
2100 a Honda, a une altitude de 242 metres, et2105,6a.fl/0ip0a;,par 58 metres
d altitude; la proportion moyennc a etc 2102,5. Sur cette meme route Ac Sana
Marta a Monserrate, la proportion d oxygene a eprouve trois depressions extreme-
ment remarquables : elle est tombee, a Ambaiema, par une altitude de 282 metres,
a 2057,1 ; a Esperanza, par une altitude de 596 metres, a 2058,1 ; et enfin, a
Santa Anna, par une altitude de 596 metres, a 2057 ; cette diminution dc la
proportion d oxygene a coincide avec une augmentation considerable de la propor
tion d acide carbonique. Enfin, M. Lewy a etudie la composition de 1 air a
Bogota, par 2645 metres d altitude. Du 7 mars au l r septembre, la proportion
de 1 oxygene s est maintenue sensiblement constante et a ete moyennement dc
2101,8; du 2 au 7 septembre, en meme temps que 1 acide carbonique augmentait
d une maniere tres-considerable, la proportion moyenne de 1 oxygene s est elevee a
2105,9; enfin, du 10 septembre au 50 octobre, la quantite d acide carbonique
est redevenue normale et la proportion moyenne de 1 oxygene s est abaissee a
2105,7. Nous reviendrons plus bas sur les resultats importants des analyses de
M. Lewy, a propos de la determination de la proportion de 1 acide carbonique de
1 air atmospherique.
M. V. Regnault a publie un travail tres-importantet tres-considerable sur la com
position de 1 air. Ses echantillons, recueillis dans diverses contrees du globe et
analyses dans le laboratoire du College de France, ont fourni les resultats sui-
vants. A Paris et aux environs, en 1847 et 1848, la proportion d oxygene a
varie entre 2091,5 et 2099,9 et s est elevee moyennement a 2095,2. A Mont-
pellier, du l er fevrier au 15 avril 1848, minimum 2092,9, maximum 2096,8,
moyenne 2095,1. A Lyon, du l er fevrier au 15 mars 1848, minimum 2091,8,
maximum 2096, 6,moyenne 2095,8. EnNormandie, a Saint-Martin-aux-Arbres,
Ie29 fevrier 1848, la proportion d oxygene etait 2095,2. A Berlin, du l er fe
vrier 1848 au l er juillet 1849, minimum 2090,5, maximum 2099,8, moyenne
2095,7, A Madrid, du 15 fevrier au 1" octobre 1848, minimum 2091,6,
;16 ATMOSPHERE.
maximum 2098,2, moyenne 2095,6. A 1 observatoire de Geneve, du l er fevrier
1848 au l er levrier 1849, minimum 2090,5, maximum 2099,5, moyenne 2094,9.
Surle mont Saleve, du 15 Janvier au l er avril 1848, minimum 2092,8, maxi
mum 2096,0, moyenne 2094,5. La proportion d oxygene etait de 2096,5 au
Montaiivert (vallee de Chamounix) Je 6 septembre 1848, et de 2095,5 au mont
Buet (Savoie) vers la fin de septembre 1848. Dans la rade de Toulon, du 4 mai
au 50 jnin 1851, minimum 2085,4, maximum 2098,2, moyenne 2094,4. Ea
mer, entre Toulon et Alger, du 4 mai au 9 juin 1851, minimum 2092,7, maxi
mum 2097, moyenne 2095,5. Dans le port d Algev, le 8 juin 1851 , la propor
tion d oxygene s etait abaissee a 2040, 7. En mer, entre Liverpool et la Yera-
Cruz, du 1" avril au 7 mai 1848, minimum 2091,9, maximum 2096,5, moyenne
2094,5. Dans la rcpublicme de 1 Equateur, la proportion d oxygene etait de
2096, le 5 aout 1848, au village de Guallabamba, et de 2096,8, le 15 mai 1849,
au sommet du Pichincha, qui surpassa le mont Blanc en hauteur au-dessus du
niveau de la mer. Dix ecbantillons d air recueillis du 5 juillet 1848 au 19 mars
1850 a bord de la corvette I Oise, ont donne : minimum 2038,8 le 8 mars 1845,
sur le Gange, pros de Calcutta, au moment d une invasion du cholera, maximum
2097,5, moyenne 2080,7. L analyse de 1 air recueilli a bord de la fregate
I Algerie, du 15 mars au 22 juin 1852, entre 90 45 de latitude nord et 55 de
latiluJc sud, a donnc : minimum 2093,5, maximum 2101,5, moyenne 2096,6.
E-nfin, 1 analyse de dix-scpt prises d air effectuees par le capitaine James Ross,
du 1" juin 1848 au 15 aout 1849, entre 65 10 et 75 52 de latitude nord, a
donne: minimum 2086, maximum 2094, moyenne 2091.
En resume, les resultats de toutes ces analyses nous montrent que:
1 Sur 10000 parties d air, en poids, la proportion d oxygene a varie entre 2258 et
2314, difference 56. Le minimum a ete constate par M . Lewy dans 1 air recueilli
par lui en aout 1851 sur la mer du Nord ; le maximum a ete constate a la fois par
M. Stas, a Bruxelles, et par M. Lewy dans un echanlillon d air recueilli a la
Guadeloupe.
2 Sur 10000 parties d air, en volume, le proportion d oxygene a varie entre
2058,8 et 2120, difference 81 , 2. Le minimum a ele fourni par de 1 air recueilli
en mars 1849, sur le Gauge ; a ce sujet nous ferons remarquer que dans le port
d Alger, la proportion d oxygene est tombee a 2040,7 en juin 1 851 , et qu en fevrier
1849, dans le golfe du Bengale, elle s est abaissee a 2055,6. Le maximum a ete
constate a Paris par M. Doyere, en 1848 ; ajoutons, enfm, qu a Bogota, dans les
analyses de M. Lewy la proportion d oxygene s est elevee a 2105,9.
II resulte de ces nombreuses analyses, que la composition de 1 air atmospberique
ne peut pas etre consideree comme constants, et que, sous 1 influence de causes,
les unes generales, les autres locales, la proportion de 1 oxygene pent varier flans
des limitesassez etendues. Parmi les causes locales de modification de la composition
de 1 air, nous devons signaler ici celle qui a ele ctudice avec sojn parM. Morren.
Dans un beau travail sur la composition des gaz dissous par les eaux stagnates et
dans 1 eau de la mer, il a demonlre que, sous 1 influence de la radiation solaire,
1 air pris a la surface des flaques d eau recouvertes d une vegetation abondante,
peut contenir jusqu a 2567 volumes d oxygene sur 10000 volumes d air. Celte
enorme augmentation dela proportion d oxygene est evidemment due a la decompo
sition de 1 acide carbonique par les vegetaux. D autre part, M. Morren nousaappris
que l.es animalcules decouleur verte ou rouge qui apparaissent a la surface des mers
et des eaux douces stagnantes respirent comme les vegetaux ; on comprend des
ATMOSPHERE. 117
lors comment ( accumulation do ces iufusoircs dans uti lieu determine", peut con-
tribuer a augmenter directement la proportion d oxygene de 1 air atmospherique.
D autre part, les analyses d air execulecspar M. Moyle dans les mines du duche
de Cornouailles, et p;\r M. Felix. Leblanc duns les mines d Huelgoat, prouvent que
sons certaines influences locales, la proportion d oxygene peut subir une diminu
tion extremement remarquable, sans que la production d un exces d acide carbo-
niquepuisserendrecomptedecephenomeue. M. Moyle a vu la proportion d oxygene
s abaisser a 1455, et M. Leblanc 1 a vue tomber a 9GO sur 10000 volumes d air.
M. Leblanc altribue cette alteration de 1 air a 1 absorption continue de 1 oxygene
par les pyrites, dont il a lui-meme constate la presence en tres-grande quantile
clans les rocbes des parois des mines d Huelgoat.
En quelque lieu qu il soit recueilli, dans les plaines ou sur les montagnes, sur
les continents ou sur les mers, dans les campagnes ou dans les villes, 1 air almo-
spherique contient toujours unequantite notable d acide earbonique ; sous rinfluence
de causes, soit locales, soit generates, la proportion de ce gaz varie dans des li-
mites parfois tres-etendues. Dans tous les resullats empruntes aux observations les
plus autorisees, 1 acide earbonique est mesure au volume et rapporte a 10000 vo
lumes d air. Thenard, a qui Ton doit les premieres bonnes analyses d air dans cette
direction, avait fixe a 4 la proportion moyenne d acide earbonique aux environs de
Paris, loin des habitations; a Groningen, M. Verver a trouve comme resultats de
90 jours d obscrvation : proportion moyenne d acide earbonique 4,2, minimum 5,5,
maximum, 5,1.
Theodore de Saussure a public en 1850 une etude tres-etendue et tres-impor-
tantedelacompositionde 1 air delaSuisse. Danslaplainede Chambeisy, a 5 kilo
metres de Geneve et a 250 metres du lac, 104 observations lui out fourni les re
sultats suivants : Proportion moyenne d acide earbonique 4,15, minimum 5,15,
maximum 5,74. 36 observations comparatives et simultanees out donne pour
moyenne de la proportion d acide earbonique 4,60 a Chambeisy, et4,59 sur le lac
de Geneve. 32 observations comparatives et simultanes out donne pour la propor
tion d acide earbonique, 4,37 a Chambeisy et4,68 a Geneve. 104 observations
comparatives faites le jour ct la nuit a Chambeisy, ont donne pour la proportion
d acide earbonique, 3,98 pendant le jour, 4, 52 pendant la nuit. Enfin, des 24
observations comparatives et simultanees faites dans la plaine de Chambeisy et a di-
verses hauteurs sur les flancs du Saleve et des montagnes calcaires du Jura,
Theodore de Saussure a conclu que la proportion d acide earbonique est plus con
siderable sur les montagnes que dans la plaine ; cette difference est pour lui le re-
sultat de 1 action decomposante d une vegetation plus abondante.
M. Boussingault a etudie avec beaucoup de soin la composition de 1 air de
Paris; scs recherches comprennent 142 jours d observatious reparhs dans les mois
de Janvier, aout, septembre, octobre, novembre, decembre 1840, et dans les mois
de mars, mai et juillet 1841 ; la proportion d acide carbouique a varie entre 2,2 et
6,7, et a etc moyenncment de5,97. Conformement aux resultats obtenus par de
Saussure, M. Boussingault a constate qu a Paris, la proportion moyenne est 3,9
pendant le jourets eleve 4,2 pendant la unit ; eu presence des nombreuses anomalies
que presentent les observations partielles, il pense qu avant d admettre , comme
fait general, 1 augmentation nocturne de la proportion d acide carhonique, il con-
vicut d attendre des observations plus variees, plus etendues.
Theodore de Saussure avait avance que 1 air des villes contient plus d acide
taibouique que 1 air des campagnes. M. Boussingault a analyst deux prises d air
118 ATMOSPHERE.
effectuees simultanement a Paris ct a Saint-Cloud; il a trouve 4,15 d acide car-
bonique a Saint-Cloud et 4,14 a Paris. En 1844, M. Boussingault a fait avec
M. Le\vy trois series d observations entre le 29 septembre et le 10 octobre. Dans
chacune de ces series on a opere a Paris, au College de France, et a Andilly pres
Montmorency. Ces experiences ont donne pour resultats les moyennes suivantes:
proportiond acidecarbonique a Paris 3,172, a Andilly 2,989. Ajoutons enfm que
19 analyses d air pris a la campagne, en Alsace, pendant les mois d octobre, no-
vembrc, decembre 18S9, de fevrier et mars 1840, par une saison rigoureuse, ont
donne a M. Boussingault les resultats suivants : proportion moyenne d acide carbo-
nique o,G9, minimum 2,57, maximum 4,94 . Ces resultats rapprocbes de ceux de
de Saussure, tendent done a demontrer que 1 air des grandcs villes conticnt un peu
plus d acide carbonique que 1 air des campagnes. Ce fait pouvait etre prevu, mais
des differences comprises entre 18 et 32 sur 1000000 de volumes d air atmosphe-
rique, doivcnt etonner au premier abord les medecins habitues a se preoccuper,
avec juste raison, de 1 insalubrite des habitations ou existent beaucoup d animaux
et des foyers de combustion, alors que la ventilation n est pas tres-exactement
rlablie. Ccla tient a ce que les phenomenes qui se passent en plein air et sur de
grandes superficies de terrain, ne sont nullcment comparables a ceux que nous
observons dans des espaces clos et de peu d etendue. Pour fixer nos idees a ce
sujet, analysons avec soin un exemple particulier. II resulte d une estimation
approximative de M. Boussingault, que la respiration de I homme et des animaux
ct les foyers de combustion destines au cbauffage et a 1 eclairage produisent a Paris,
en 24 beures, 2 944 641 metres cubes d acide carbonique. Sans doute, si, parun
moyen quclconque, cette masse de produits carbures pouvait etre retenue dans 1 en-
ceinte de Paris , 1 air ne tarderait pas a en etre assez profondement vide pour
devenir absolument irrespirable. Mais, en supposant meme que ce gaz fut forme
instantanement et uniformement repandu dans une couclie de 20 metres de bau-
teur au-dessus du sol de cette grande ville , qui ne compte pas moins de
54 396 800 metres carres de surface dans 1 interieur des anciens murs d en-
ceinte, 1 air de Paris serait encore tres-respirable et ne contiendrait que 43 d a
cide carbonique sur 10000 volumes. Qu on fasse maintenant agir la lorce de diffu
sion du gaz, et les courants d air qui balayent, dans tous les sens, les rues de
la capitale; qu on reflecbisse surtout a ce fait que 1 acide carbonique se forme
peu a peu dans 1 espace de 24 heures, et que la majeure partie de cet agent
s echappe dans les regions superieures de 1 atmosphere par les tuyaux de ehemi-
nee, et Ton concevra facilement comment 1 air peut ne pas etre vicie sensible-
ment, malgre la persistance de ces causes locales d absorption d oxygene et de pro
duction d acide carbonique. Cet exemple est eminemment propre a nous montrer
comment, malgre toute la puissance des hommes reunis en societe, leurs moyens
d action et leurs travaux sont negligeables en face de la grandeur et de 1 etendue
des pbenomenes naturels qui s accomplissent autour d eux.
Le travail important deja cite de M. Lewy nous permet de comparer la composi
tion de 1 air de la France, de la Nouvelle-Grenade et de 1 ocean Atlantique ct de la
mer des Antilles. A Paris, par un beau temps, trois analyses d air recueilli le 6 sep
tembre 1847, pres du Jardin desPlantes, ont donne: proportion moyenne d acide,
carbonique 5,14, d oxygene2101,36. Au Havre, trois analyses d air recueilli sur
le grand quai, le 22 septembre 1847, a la suite d une tres-forte pluie, ont donne:
proportion moyenne d acide carbonique 3,59, d oxygene 2088,78.
Du l er auol decembre 1847, entre le Havre et le port de Santa JIarta delaNou-
ATMOSPHERE. H9
vclle-Grenade, M. Lewy a execute en mer onze prises d air, et a obtcnu les resul-
tats suivants : proportion moyenne d acide carbonique 4,63, d oxygene 2102,75.
Pendant la nuit, la proportion moyenne d acide carbonique est tombee a 3,46, et
celle d oxygene a 2097,41; pendant le jour, la proportion moyenne d acide carbo
nique s cst elevee a 5,50, et celle d oxygene, a 2105,80. Contrairement aux resul-
tats obtenus par de Saussure a Geneve, et par M. Boussingault a Paris, sur 1 Atlan-
tique ct sur la mor dcs Antilles, la proportion d acide carbonique est clone plus
abondante le jour quo la unit. Si d ailleurs on rapproche ces deux fails, que dans
les experiences de M. Lewy la proportion d oxygene a augmcnte en meme temps
que celle d acide carbonique, et. que 1 air dissous dans 1 eau de mer contient tou-
jours proportionnellement plus -d acidc carbonique et d oxygene que Fair atmo-
spberique, il parait-tres-natnrel d attribuer cos differences de composition de 1 air
atmpspherique a un degagement de gaz , resultat necessaire de I echauffement dcs
eaux de la mer pendant le jour.
Le travail de M. Lewy sur la composition de 1 air dans la Nouvelle-Grenade, a
fourni des resultats fort interessants. De Santa Marta sur les bords de la mer,
jusqu a Monserrate, a 3195 metres d altitude, il a fait buit prises d air a diverses
hauteurs; la proportion moyenne a ete 4,02 pour 1 acide carbouiquc, 2101,43
pour 1 oxygene; 1 acide carbonique a varie entre 5,07 et5,21, Foxy-gene entre
2098,99 et 2104,94. Sur ce meme trajet de Santa Marta a Monserrate, M. Lewy
a constate une alteration remarquable de la composition de Fair atmospherique:
a Ambalema, par 282 metres d altitude, la proportion d acide carbonique a ete
11,205, ct celle d oxygene, 2054,83; a Santa-Anna, par 998 metres d altitude,
I aircontenaitl2,33 d acide carbonique et 2054,48 d oxygene ; enfin, aEsporanza,
par 596 metres d altitude, la proportion d acide carbonique s est elevee a 24, 47, et
celle d oxygene est tombee a 2055,07. Dans ces trois localites, en meme temps que
la proportion d acide carbonique s est elevee d unemaniere si remarquable, la pro
portion d oxygene a eprouve une depression de meme ordre. D apres les observa
tion de M. Lewy, celte alteration locale de 1 air atmospherique s expliquerait par
ce fait qn au moment ou ces trois dernieres prises out ete executees , on se livrait,
aux environs de Ambalema, de Santa Anna et de Esperanza, a de grands travaux
de defrichemsnt ; jusqu a de tres-grandes distances, le terrain etait reconvert de
grands amas de bois sec en combustion.
La composition de 1 air a Bogota a presente a M. Lewy des variations d un tres-
haut interet. Du 7 mai au l er septembre 1848, la proportion moyenne a ete
4,59 pour 1 acide carbonique, 2100,86 pour 1 oxygene ; et les variations ont ete
tres-faibles. Dn l er au 9 septembre suivant, la proportion moyenne a ete 19,79
pour 1 acide carbonique, et 21 01 ,82 pour 1 oxygene; dans la jonrnee du 5 sep-
fembre, pendant qne la proportion d acide carbonique s elevait au cbiffre enorme de
49,04, celle d oxygene augmentait jusqu a 2103,20. Le 10 septembre 1 air
reprit sa composition normale ; les analyses faites les jours suivants donnent,
sans oscillations notables : proportion moyenne, 4,68 pour 1 acide carbonique,
2102,75 pour 1 oxygene. L alteration de 1 air constatee par M. Lewy, du l er au
9 septembre, est remarquable ence que la proportion d acide carbonique s est con-
siderablement elevee en meme temps que la proportion d oxygene restait normale et
meme augmentait ; cette perturbation passagere ne peut done pas etre expliquee
par cette circonstance qu elle a coincide avec I epoque des defrichements ct des
grandes combustions de bois en plein air. Ce pbenomene accuse nettement 1 in-
tervention de causes plus gencrales, plus puissantes et de nature differente.
120 ATMOSPHERE.
De ses observation* duns les environs de Geneve, de Saussure avail conclu que la
proportion d acide carboniqne est plus faible a la suite des grandes pluies.
L exactitude de ce fait a etc verifiee par M. Levvy sur le plateau de Bogota. II re-
suite de ses analyses que, par un ciel couvert, pendant la saison des pluies, la pro
portion moyenne etait 5,82 pour 1 acide carbonique, et 2099,54 pour 1 oxygene;
tandis que par un ciel decouvert, pendant la belle saison, la proportion moyenne
elait 4,57 pour 1 acide carbonique, et 2102,19 pour 1 oxygene. Les recherches de
M. Levvy ctablissenl done que les pluies prolongees depouillent a la fois 1 aird une
pavtie de son acide carbonique et de son oxygene.
Les causes generates, assez puissantes pour modifier notablement a la longue
la composition de 1 atmospbere, se divisent en deux groupes bien distincts, dont
les actions sont de sens inverses. D un cote, des torrents d acide carbonique s e-
cbappent des boucbes des volcans, tandis que 1 air cede sou oxygene aux foyers de
combustion et aux animaux qui lui rendent de 1 acide carbonique en echange ;
mais, d un autre cote, pendant toute la duree de leur developpement et sous 1 in-
fluence de la radiation solaire, les vegefaux absorbent 1 acide carbonique de 1 air,
le decomposent, en retiennent le carbone et en laissent echapper 1 oxygene. L ob-
servation pouvaitseule nous faire connailreleresultat final deces actions incessaiites
et antagonistes. Or, les nombreuses analyses dont nous avons presente le resume,
nous montrentque si les proportions des trois principes fondamentaux de 1 atmo-
spliere (oxygene, azote, acide carbonique) ne sont pas rigoureusement constantes,
dies n eprouvent que des oscillations comprises dans des limites extremement res-
treintes. Le developpement et la distribution des etres organises sont done arrives
a un etat tel.que 1 action comburante des animaux conlre-balance Faction reductrice
des vegetaux; par suite de la simultaneite de ces deux activites, la matieie est
entrainee dans un toiirbillon q>>i Ja i ait passer du milieu ambiant au vegetal ou
elle s organise, du vegetal a 1 animal qui la mineralise de nouveau pour la rendre
en meme quantite au monde ambiant, et de cette circulation resulte 1 equilibre
mobile danslequcl se maintient la composition de I atmosphere.
Les travaux de Liebig out demontre la presence de 1 azotate d ammoniaque
dans 1 eau de pluie d orage. La formation de ce sel s explique facilement par 1 ac-
tion des grandes etincelles electriques sur 1 air charge d bumidite. Sur le tnijet de
1 cJclair 1 eau est decomposee, son oxygene forme de 1 acide azotique, et son hydrogene
de l ammoniaque avec 1 azote de I air. La precipitation de ce sel amnioniacal rend
parfaitement compte de 1 influence favorable des pluies d orage sur la vegetation.
M. Fresenius , agissant sur de Ires-grands volumes d air, a demontre 1 existence
normalederammoniaquedansratmospbere; il resulte de ses analyses que i 000 000
de parties d air, en poids , rentermeut moyennement 0,153 d ammoniaque. En
tenant compte de I imniensite de la masse gazeuse de 1 atinospliere , on comprend
sans peine que rammoni;ique, malgre 1 exiguite de celte proportion, existe dans
1 air en quantite assez considerable pour iburnir tout 1 azote que les planlcs lui
empruntent. D ailleurs, la proportion de l ammoniaque est variable : la nuit, 1 air
en contient 0, 169, tandis que le jour il n en fournit que 0,098. Cela tient a ce
que le matin la rosee qui se depose doit entrainer avec elle une certaine quantite
d ammoniaque en dissolution. Par la memeraison, la proportion d ammoniaque est
plus faible dans 1 air, a la suite des grandes pluies.
Des eaux stagnanles s ecbappent contmueliement un gaz du a la decomposition
des matieres organiques enibuies clans les vases, et qui a recu le nom de gaz des
mantis. Gertaines mines de houillc fournissent le memepjtz; c est lui qni domic
ATMOSPHERE. 121
lieu aux feux naturals qui apparaisseut en Italie sur les pentes septentrionales des
Apennins etqui se montrent dans un tres-grand iiombre d autres lieux. Ce gazdes
marais est un hydrogene carbone ; on en trouve quelques traces dans 1 air atmo-
snherique ou il ne joue aucun role.
Les experiences de M. Chatin demontrent que normalement 1 air contient une
tres-faible proportion d iode ; comme ce corps (qu il soit dans 1 air a 1 etat libre ou
combine, ce qu on ne salt pas encore) est soluble dans 1 eau, il ne faut pas s eton-
ner qu il se tronve en plus forle quantite dans les eaux pluviales. On n est pas
encore fixe sur 1 origine de 1 iode atmospherique qui provient probablement des
eaux de la mer. Dans la grande question du developpement du goitre et du creti-
nisme, la repartition de 1 iode dans I atmosphere, quelle i aible d ailleursqu en soit
la proportion, doitetre prise en tres-serieuse consideration.
L atmosphere contienl enfin d une maniere constante et comme partieessentielle
de sa composition, une quantite de vapeur d eau variable avec la temperature, les
saisons, les diverses heures du jour et de la nuit, la latitude, 1 altitude, la situation
maritime ou continentale des lieux, les conditions meteorologiques et la direction
des vents. Nous nous contenterons d exposer plus loin les lois de la distribution de
rimmidite dans 1 atmospliere ; une etude complete del etat hygrometriquede 1 air,
de ses causes, de ses el fcts, des moyens de le mesurer, sera faite aux articles :
CLIMATS, HYGROMETKIE, HYGROMETRES, SAISONS.
Apres avoir etudie en particulier chacun des elements qui , par leur melange,
constituent 1 air atmospherique, nous devons appeler 1 attention des medecins sur
une alteration particuliere de 1 air due a 1 apparition d un principe tres-deletere, et
qui n entre pas normalement dans sa composition. Ce gaz est 1 hydrogene sulfure,
dont M. Daniell a dumontre 1 exislence d une maniere incontestable, dans un bon tra
vail execute sur 1 ean des rivieres de la cole occidental d Afrique; en meme temps
il a parfuitement induuie les circonstances de sa production. Get liabile. observateur
a demonlre qu a 1 embouchure des grands fleuves, le melange des eaux douces et
des eaux salees est accompagne de la production d une quantite considerable d liy-
drogene sulfure. Ce gaz est d abord tenu en dissolution dans les eaux ou sa pre-
s^ice est facile a constater, et ces eaux, a leur tour, le cedent a 1 atmosphere.
L acide sulfhydrique produit dans ces circonstances est le resultat de la reaction
exercee par les matieres organiques en decomposition sur les sull ates que les eaux
tiennent en dissolution. Quand on se rappelle que un quince centieme d bydro-
gene sulfure mele a 1 air, agit d une maniere toxique sur les petits animaux, il est
permis de se demander sil insalubritedes localites placees dansle voisinage des em-
boucbures des grands fleuves ne reconnait pas pour une de ses causes principals
la presence, dans 1 atmosphere, d une tres-faible proportion de ce gaz deletere.
Deja, en 1839, dans un travail sur 1 insalubrite de 1 air dans les Maremmes,
Savi signalait 1 hydrogene sulfure comme jouant unrole dans le developpement de
la malaria. En 1845, M. Lewy a constate la presence de 1 acide sulfhydrique
dans les eaux de la mer aux environs de Caen. Dix litres d eau de mer out fourni
nioyennement : 5,10 centimetres cubes d hydrogene sulfure quand 1 eau etait di-
rectement puiseedansla mer; 3,36, quand 1 eau etait puisee dans des flaques ne
renfermant ni vegetaux ni animaux; 4,1 0, quand 1 eau etait puisee dans des flaques
renfermant des algues vertcs et brnnes, et 55,6, qusnd 1 eau etait puisee dans des
flaques reniermant des moules. Ces resultats confirmentl opinion emise par Daniell,
sur 1 origine de 1 hydrogene sulfure. De son cote, M. Chevreul a constate que
les eaux du bassin de Paris, le sol et les puits de cette capitale sont infectes par la
122 ATMOSPHERE,
presence d une ccrtaine proportion d hydrogenc sulfnre, produit dela reaction dcs
maticres organiques en decomposition sur le sulfate de chaux. A cote de ces
fails, nous devons f rappeler les excellentes observations consignees par Montialcon,
dans son Histoire des marais, pour prouver qu a la suite des irruptions des eaux
salees de la mcr dans les marais d eau douce, les effluves paludeens prennent un
degre insolite d activite. Tonics les fois que, par une cause quclconqne,un melange
semblable avait lieu, les contrees environnantes etaient ravagees par des epide-
mies de fievres graves qui disparaissaient des que la separation des eaux salees et
des eaux donees etait effectuee. No devait-il pas se produire la d une maniere
passagere des phenomenes analogues a ceux que Daniell a etudies a 1 embouchurc
des grands flenves? Malgre toute la reserve que commande un sujetaussi grave,
il est impossible de ne pas tenir grand compte de cette production d hydrogene
sulfure, quand ils agit de rechercher les causes del insalubritedecertaines localites.
Dans le voisinagc des etangs, des marais et des eaux stagnantes, 1 airest surtout
vicic par dcs miasmcs el. di s emanations palustres etudies avec beaucoup de soin
an point de vue des circonstances qui favorisent leur developpement et leur diffu
sion, mais que jusqif ici on a vainemcnt tente d isoler. Les rechercbes entrcprises
dans ccs derniers temps sur la nature et le role des poussieres organiques en sus-
|ii nsion duns I al Unisphere eclairent d un jour inattendii ce beau probleme d etio-
loi;ie et d hygiene pulp|i(|iic d<mt la solution doit etre demandee aux precedes d a-
nalysc donl, M. I aslnii 1 a enrichi la science. Nous devons ici nous bonier a ces indi
cations m lirrales ct sommaires; I ulude de cette importante question sera reprise
plus lard aver. Ions les details coin-enables (voy. MARAIS).
Les memes influences qni n imprimentauxproportionsdesprincipesconstituants
de I atmosphere que des oscillations sans importance au point de vue biologique,
pouvent modifier profondement la composition de 1 air quand elles s exercent sur
une etendue limitee, clans dcs enceintes closes, sur des masses plus on moins con
siderables A air confine. -- Dans les habitations particulieres et dans les lieux clos
destines a de grandes reunions d hommes, les causes de viciation de 1 air sont de
plusieurs ordres : d une part, les foyers de combustion, les appareils d eclairagc
ot la respiration de 1 homme lui-meme consommentcontinuellement deroxygene et
produisent de 1 acide carbonique; d autre part, les exhalations pulmonaires ei,
cutanees deversent incessamment dans 1 air ambiant de la vapeur d eau et des
emanations animates qui, par Jeur accumulation, peuvent exercer une influence
faclieuse sur 1 econoniie.
Des recberches que nous avons faites en 1 842, avec M. le professeur Andral , il
resulte que 1 exhalation pulmonaire fournit, par heure, 9 litres d acide carbonique
die/ 1 enfantde huit ans, 12 litres chez la femme adulte et 20 litres cbez 1 homme
adnll.e ; d ailleurs, tout 1 oxygene de cet acide carbonique esfcnecessairementemprunte
a 1 air inspire. Les foyers de combustion etles appareils d eclairage ne fonctionnent
eux-memes qu aux depens de 1 oxygene de Fair ambiant, et exhalent incessam-
mentdes masses d acide carbonique en rapport avec leur degre d activite. Ces con
siderations snffisent pour montrer que, dans les habitations particulieres, i! y a de
puissantes causes d ylteration du milieu respirable, dont 1 cl fet ne tarde pas a s-
I aire stntir quand les precautions ne sont pas prises pour assurer le renouvelle-
ment de 1 air; d une part, la proportion d oxygene va sans cesse en diminuant
tandis que la quantite d acide carbonique augmente. Deja, en i782, Lavoisier,
dans une tres-belle etude de la composition de 1 air dans les sallcs d liopital etdans
les salles de spectacle, avait demontre que tout espace limite ou les hommes aoat
ATMOSPHERE, 125
reunis contient moins d oxygene et plus d acide carbonique qu a 1 etat normal,
Dans ces dernieres annees, 1 ctude de 1 alteration de 1 air contine a ete reprise avec
beaucoup de soin, On consultera avec un grand profit les travaux de M. Peclet et
de M. Felix Leblanc. Les rechcrches de M. F. Leblanc demontrent que, dans une
enceinte limitee, I liomme eprouve une sensation prononcee de malaise quand 1 air
contient de 7 a 8 milliemes d acide carbonique en volume. Les foyers de combus
tion peuvent fournir un gaz bien plus dangereux que 1 acide carbonique, c est
1 oxyde de carbone, dont il fautevitcr avec grand soin la dissemination dans 1 air
des licux habites. II resulte, en efl et, des experiences de M. F. Leblanc, que do 1 air
contenant environ i pour 100 d oxyde de carbone, constilue une atmosphere
promptement mortelle.
Quelle que soit lour importance, la production des gaz carbones n est pas la
seule cause de Tinsalubrite des espaces limites et babites. L bomme, en effct,
exhale par le poumon et par la peau une quantite considerable de vapeur d eau ; le
milieu ambianttend ainsi vers un etat de saturation dont 1 influence sur les fonc-
tions cutanees et pulmonaires est incontestable. En outre, MM. Peckt, Dumas et
F. Leblanc ont constate que 1 aiv enleve par la ventilation am sallcs tie spectacle, aux
ecoles primaires, aux salles d lmpital, a la Chambre des deputes, etc., etc., exhale
une odeur fetide, odcur qui, d ailleurs, quciqnc a uu moindre degn , (juelles quo
soient les precautions de proprete, existe le matin dans toutes les salles d hopital
ct memo dans les cbambrcs a couchcr les micux tenues. L experience demontre
encore que 1 eau obtenue par la condensation des vapeurs dans un lieu habite se
putrefie rapidement quand on 1 abandonne a elle-meme. Ces faits indiquent que du
corps de I liomme et des animaux s echappent des emanations animates, des prin-
cipes miasraatiques-de nature inconnue qui, a la longue, peuvent vicier 1 air et
causer des accidents graves. C est ainsi que nous avons vu mourir des animaux
dans une atmosphere non renouvelee, bien que nous eussioiis soin d absorber
1 acide carbonique a mesure qu il se formait, et de restituer 1 oxygene a mesure
qu il etait consomme. Pour plus de details sur cette importante question des alte
rations de 1 air confine, voir les articles : A.SPHYXIE, CHAUFFAGE, ECLAIRAGE, HABI
TATIONS, HOPITAL, PRISONS, VENTILATION, etc.
COULEUR DE L AIR. Quelque grande qu elle soit, la transparence de 1 air n est
pas parfaite; chacuue des molecules de ce gaz reflechit une partie des rayons solaires
qui le traversent. Cette reflexion ne s exerce pas avec une egale intensite sur les rayons
de toute nuance, elle porte surlout sur la lumiere bleue. L air, en efl et, commu
nique aux objets eloignes une teinte bleuatre d autant plus prononcee que la
masse gazeuse interposee a une epaisseur plus considerable et plus de densite. C est
encore la couleur propre de 1 air qui forme 1 azur celeste, cette voute bleue qui
parait nous environner de toutes parts et dont 1 eclat diminue graduellement avec
la densite de 1 air. A mesure qu on s eleve dans 1 atmosphere, sur les hautes mon-
tagnes, le ciel est d un bleu de plus en plus fonce, qui passe au noir aux altitudes
tres-elevees qu on peut atteindre dans les voyages aerostatiques ; clans ce dernier
cas, 1 ceilne reccvant plus ime quantite appreciable de lumiere reflechie, le disquc
du soleil est nettement circonscrit et en meme temps la voute celeste est parsemee
d etoiles brillantes commepar une nuit sereine. Cette diffusion de la lumiere bleue
rend compte de la teinte orangee que prend le soleil a son lever comme a son cou-
cher, alors que ses rayons, avant de nous arriver, doivent faire un plus long trajet
dans 1 atmosphere.
Si 1 air n existait pas ou s il elait d une transparence parfaite, il n y aurait
124 ATMOSPHERE.
d eclaircs, a la surface de la terre, que les points directement atteints par la radia
tion solaire ; les ombres portees par les objets opaques seraient completement
noires; les rayons refiechis par la terre iraient se perdre dans 1 espace ; 1 obscurite
la plus complete regnerait partout ou ne penetreraient pas les rayons solaires
directs ou reflechis par les objets terrestres. En realite, c est la lumiere diffuses
dans toutes les directions par les molecules des elements constituants de 1 air et
par les poussieres de toute nature suspendues en si grande quantite dans 1 at-
mosphere qui penetre partout, rend visibles les objets places en dehors du trajet
de la radiation solaire, et fait que la surface de la terre est eclairee quelque temps
avant le lever et apres le coucber du soleil.
TEMPERATURE DE L ATMOSPHERE. La chaleur joue un role preponderant dans la
production de la plupart des phenomenes dont 1 atmosphereestle siege; elleexerce
aussi une tres-grande influence sur le developpement des etres organises a la sur
face du globe. Dans ses imporlantes recherches, M. Boussingault a etudie la culture
d une memecereale dans des localites a temperatures moyermes tres-differentes; ila
compte le nombre de jours qu il faut a un grain d orge pour germer et fournir une
lige chargee d un epi mur. II a ainsi oblenu les resultats suivants :
jouns. TEMPERATURE MOYENNE. PP.ODUIT.
Santa-F6 de Bogota 12 2 14,7 1 793
Alsace 92 19,0 1 748
Egypte 00 21,0 1890
Le nombre de jours necessaire a 1 orge pour passer del etat degraine ensemencee
acelui de fruit mur varie done en raison inverse de la temperature moyennedu
lieu ou il est cultive; le produit du nombre de jours, par la temperature moyenne,
est, en effet, sensiblement constant. Dans quelque circonstance qu on 1 observe,
la meme plantedoit done toujours recevoir \emdme quantite de chaleur pour par-
courir le cycle complet do son developpement; notons, en oulre, que, pour que le
fruit de la plante arrive a maturite complete, il faut que, a un moment donne, la
temperature ambiante atteigne un certain degre variable avec 1 espece vegetale;
et comme, en definitive, ce sont les vegetaux qui, directement ou indirectement,
fournissent la matiere alimentaire aux annnaux, nous pouvons dire sans exagera-
tion que la distribution de la cbaleur a la surface du globe e>t la condition fonda-
mentale du developpement des etres organises, que la temperature de 1 atmosphere
esl 1 element le plus essentiel des climats.
Pour determiner les lois de la variation de la temperature dans le cours de la
journee, des associations d observateurs et meme quelques observateurs isoles se
sont astreints a noter les indications thermometriques d heure en heure, la nuit et
lejour. Ainsi ont precede Giminello a Padone, Gatterer a Gotttingue, les officiers
d artillcrie du fort Leitb, pies d Edimbourg. D aulres out borne leurs observations
aux beines de la journee; ainsi, pendant plusieurs annees, a Halle, Koemtz a note
les indications thermometriques d heure en heure, pendant plusieurs annees, depuis
C heures du matin jusqu a 10 beures du soir, dtduisant les indications de la nuit
aumoyen de formules d interpolation. Actuellement, en France, des observations
de meme nature, de trois heures en trois heures, sont entreprises dans les ecole
normak s primaires, et dans plusieurs de ces etablissements les series sont prolon-
gees pendant la nuit. Mais ce mode d experimentation, des-penibleet tres-assu-
jettissant, nepeut evidemment pas etre generalise, aussi fait-on souvent usage d ap-
pareils enregistreurs automatiques qui donnent, avec une annroximation suifi
sante, la marche quotidienne du thermometre.
ATMOSPHERE. 125
Pour determiner la moyenne quotidienne, on a souvent propose 1 cle prendre la
demi-somme du maximum et du minimum des indications thermometriques de
la journee. Le resultat fourni par cette methode s ecarte notablement de la vraie
moyenne, meme quand on emploie le thermometrographe, qui, cependant, donne
le vrai maximum et le vrai minimum. I/experience a demontre que la moyenne
de quatre observations faites a des heures convenablement cboisies, differe tres-
peu de la moyenne reelle. A 1 Observatoire de Paris, ces observations se font a
9 heures du matin, a midi, a 3 heures et a 9 heures du soir. Kcemtz recommandc
4 heures et 1 heures du matin, 2 heures et 10 heures du soir ; il dit aussi que la
moyenne de trois observations faites a 6 heures du matin, a 2 heures et a
10 heures du soir, donne de bons resultats. Pour faciliter la tache des observateurs,
Schouw conseille la moyenne de trois lectures faites a 7 heures du matin, a midi
eta 10 heures du soir.
Lorsque le soleil est au-dessus de 1 horizon, il agit sur la terre et sur les couches
inferieures de 1 atmosphere avec d autant plus d intensite qu il est plus ropproche
du meridien. Une partie de cette chaleur se communique, par conductibilite, aux
couches profondes du sol, 1 autre se perd, par rayonnement, vers 1 atmosphere et
les espaces celestes. Depuis le lever du soleil jusqu a son passage au meridicn, et
quelques heures meme apres ce passage, la terre s echauffe, parcequ elle recoit de
1 astre plus de chaleur qu elle n en perd par le rayonnement. Le moment arrive
ou le soleil est assez rapproche de 1 horizon pour que son action ne compenseplus
celle du rayonnement ; a partir de ce moment, la terre et les couches inferieures
de 1 atmosphere se refroidissent jusqu au moment ou le soleil se montre de nouveau
sur Tliorizon.
D iiccord avec ces considerations, 1 observation demontre que 1 inslant du
minimum de la temperature quotidienne varie avec les saisons et a lieu environ
une demi-heure avant le lever du soleil. Quant au maximum, ou 1 observe vers
2 heures de 1 apres-midi, un peu plus tard en etc, un peu plus tot en hiver.
L action du soleil variant suivant les memcs lois sur tous les points du globe,
on est autorise a en conclure que, dans tous les pays, les heures du maximum
et du minimum de temperature sont les memes. Nous devons ajouter cependant
que dans les climats chauds et sur les bords de la mer, en raison de la brise
qui vers le milieu de la journee souffle de la mer, le maximum se deplace, se
rapproche de midi et meme a lieu souvent un peu avant midi. L observation de-
moiitre que, sur les bords de la Baltique, le maximum eprouve un displacement de
meme sens, et se rapproche beaucoup du passage du soleil au meridien, sans
jamais le preceder. Un phenomene du meme genre s observe sur le sommet des
hautesmontagnes; 1 inslant le plus chaud de la journee arrive une demi-heure
ou trois quarts A heure apres le moment de la culmination du soleil.
De la position du minimum et du maximum, il resulte que deux fois par jour,
avant et apres le passage du soleil au meridien, le degre du thermometre cor
respond a la temperature moyenne quotidienne; ces heures de la temperature
moyenne comme celles du maximum varient avec les saisons. Dans le passage de
1 ete a 1 hiver, les moyennes se rapprochent de midi et s en eloignent dans le
passage de 1 hiver a 1 ete. La moyenne du matin a lieu vers 10 heures en Janvier
et vers 8 heures en juillet ; la moyenne du soir s observe vers 8 heures en Janvier
et vers 9 heures en juillet.
On determine les temperatures annuelles d un lieu en prenant les moyennes
de toutcs les temperatures quoiidiennes de chaque mois en particulier.
126 ATMOSPHERE
^temperature annnelle estlamoyenuedes temperatures moyennes des 1 2 mois.
Elle varie peu d une annee a 1 autre, peut etre deduite de F observation d nn petit
nombre d annees, etse rapproche d autant plus dela vraie temperature annuelleque
la serie d observations embrasse uu nombre d annees plus considerable. La
temperature moyenne de Paris, deduite d une scrie d observations de 55 aniiees,
est de 10, 8.
Inlimement liees aux variations de Fintensite de Faction solaire, les variations de
la temperature annuelle suivent des lois tres-regulieres et les memes pour tons
les lieux de la terre. L okervation demontre que le minimum de la tempe
rature annuelle a lieu dans la derniere quinzaine de jauvier et le maximum dans
la derniere quinzaine de juillet; deux fois par an, dans les dernieres quinzaines
d avril et d octobre, Fiiidication thermomctrique se rapproche beaucoup de la
temperature moyenne de Fannee. Comme pour les temperatures quotidiennes et
pour les memes raisons, il y a done discordance entre les extremes de la tempe
rature annuelle et les gr.mdes epoques astronomiques. En ete, en effet, la terre
perd, par le rayonncment nocturne, une partie de la chaleur que le solcil lui
envoie pendant lejour, et cette perte varie suivant la duree de la nuit. Ainsi,
quoique Faction du soKil s allaiblisse a parlir du solstice d ete, la temperature
de la terre et des regions ini eneiircs de 1 atmosphere continue a augmenter j usque
vcrsla tin de juillet, qioque a laqiielle il y a a peu pres cquilibie enlre la chaleur
recue el la chaleur perdue. A mcsiire que le soleil se retire de noire hemisphere
et s aluivr >ur l liori/on, la longueur des nuils aiigmenle rapidement et la lejiij:t>
rature diiniuue. Gel abaisM inent serait encore plus considerable, si les couches
superficielles de la lei re ne restituaient jias a Fair une parlie de la chaleur qu ellcs
out absorbe en ete. La diminution de la temperature continue quelque temps
a pres le solstice d hiver, jusque vcrsle 15 Janvier, epoque ou Faction solaire centre-
balance de nouveau la pcrte du rayonnement nocturne.
Parmi les circonstances qui influent sur la temperature annuelle, ou tempe
rature moyenne, d un lieu determine, la latitude et Faltitude occupent certaine-
ment les premieres places et, a ce titre, meritent de fixer specialement noire
attention.
L etude comparative de la temperature de divers lieux situes sur le meme me-
ridien ct sensiblement a la meme hauteur au-dessus du niveau de la mer, de
montre que la temperature annuelle s abaisse a mesure que la distance a Fequa-
teur auginente ou que la latitude s eleve. Ainsi, tandis qu a Fequateur la
temperature moyenne est de 27 a 28; a Tenerifle, par 28 28 de latitude, clle
n est plus que de 21, 9 ; a Nice, par 45 42 de latitude, elle tombe a 15, 6; a
Paris, par 48 50 de latitude, elle est de 10,8 ; a Saint-Petersbourg, par 59 56
de latilude, elle est de 5,5 ; au cap Nord, par 71 iO de latitude, elle n est
plus qucde 0,1.
La question ne pouvant pas etre resolue directement, heaucoup d hypotheses
out ete faites sur les temperatures du pole nord de la terre. Arago pense qu on
peut conclure a une tenqierature de 52 dans le cas ou la terre ferme s eten-
drait jusqu au pole, et a 18" dans le cas ou le pole serait environne d eau.
Koemlz considere ces estimations comme trop basses. II fait observer que les
voyages les plus recents indiquent que les mers s eteudent jusqu au pole; les ob
servations faites sur les cotes occidentales de 1 Amerique, sur les cotes orieii-
lales de FAsie et sur les cotes occidentales de FEurope s accordent pour rendre
ties-probable une temperature moyenne de 8 au pole nord de notre plunete,
ATMOSPHERE. 12?
On se rend faeilement compte de ces resnllats eu se rappelant que, toutcs
choses egales d ailleurs, 1 action calorifique du soleil depend de sa hauteur au-
dessus dc 1 horizon, et qu un meme faisceau do radiation solaire cede d autant
moins de cliuieur an sol qu il vieut frapper, que sa direction est plus oblique pur
rapport a la surface de la terre.
La temperature la plus elevee observee a 1 ombre est de 47,4 a Esne dans la
haute Egypte; la temperature la plus basse, de 56,7, a ete constatee par le
capilaine Back, dans 1 Amerique du Nord. La difference est de 104, 1. Ce resultat
est important; il nous montre combien est considerable la difference des tempe
ratures extremes que I homme a pu supporter. A Paris le maximum de tem
perature s est eleve a 38, 4, le 8 juillet 1793, ztle minimum est loiube a. 23, 5,
Ie26decembre 1778.
L altitude exerce aussi une grande influence sur la temperature moyenne d un
lieu; toutes les observations s accordent pour demontrer que, d une manic-re
generale, la temperature s abaisse a mesure qu on s eleve dans I atmosphere.
[/explication de ces fails est simple et facile. D une part, 1 air et la vapour
d eau s echauffent directement en absorbant une faible partie de la chaleur lu-
miueusc rayonnee par le soleil ; cette absorption et 1 echauffement qui en est la
suite augmentent avec la densile du milieu traverse et par consequent acquierent
leur maximum dans les couches iufcrieures de 1 atmosphere. D autre pail,
ces memes couches inferieures s echauffent directement au contact du sol, s ele-
vent par le fait de la diminution de densite ct, dans ce mouvement ascendant,
perdent uue partie de leur chaleur en se dilalant sous de moindres pressions.
Ajoutons enfin qu en rjison de leurs proprieles dialhermanes, les couches infe-
tieures de l ;iir elsurlont la vapeur d eau qu dles renferment absorbent la chaleur
obscure rayonnee par la terre vers les espaces celestes.
Parmi les observations faites pour etudier les lois du decroissement de la tempe
rature a mesure qu on s elove dans 1 atmosphere, celles qui out etc recueillies dans
les voyages aerostatiques meritent une attention toute particuliere ; elles sont evi-
deramen.t independantes d influences locales, telles que rechaulfement du sol, les
courants ascendants et descendants, etc., elc. Nous empruntons a M. Bravaisle
tableau suivant dans lequel il a reuni les resultats obtenus :
Gay-Lussae
Sacharoff.
OBSERVATIONS.
LisiiiES DE L ALTITUDE.
m. m.
entre ct .",. o
5,800 et 5,700
5,700 et 0,900
et 2,600
et 5,SOO
et 3,100
et 2,800
2,80!) et 4,800
4,800 et 5,450
DECROISSEMENT
DE 1 POUR :
m.
188,5
183,8
101,2
224,0
185,0
189,0
135,0
201 ,0
255,0
Greeham et
Zeune et Ju
Clayton (2 s
Beaufroy
nguis. ........
Le decroissement de la temperature est de sa nature excessivement variable;
les observations sont done trop peu nombreuses pour qu il soil permis d en
deduire des lois generates. Elles indiquent cependant que ce decroissement, d abord
assez rapide pros de la surface de la terre, va se ralentissant jusqu a une certaine
hauteur, vers 5000 ou 4000 metres, et qu a partir de cette hauteur il s accelere
de plus en plus ii mesure qu on s eleve dans 1 atmosphere.
Dans ses importantes etudes, M. HumLoldt a tiouve dans i Ameiique uu
128 ATMOSPHERE.
Sud, un decroissement de 1 pour 191 metres sur les flancs des montagnes et pour
243 m ,5 sur les plateaux; il a trouve un decroissement de 1 pour 177 metres dans
I lnde meridionale et pour 226 m ,6 dans le nord de 1 Indoustan; ce meme de
croissement de 1 s observe pour 247 metres en Siberie, pour 222 B1 ,2 aux Etats-Unis
et suivant M. Boussingault pour 195 metres sur les flancs des montagnes de
1 Amerique du Sud. Ces resultats indiquent que la rapidite du decroissement
de la temperature est moindre sur les plateaux que sur les montagnes, et diminue
a mesure qu on s eloigne de 1 equateur.
Vers les regions equaloriales, en raison de la faible variation de la temperature
moyenne dans les diverses saisons, le decroissement de la temperature reste a peu
pres le meme toute 1 annee. II n en est pas ainsi dans les zones temperees et dans
les regions polaires; le decroissement yest toujours plusrapide enete qu en liiver.
M. Martins a trouve sur le mont Ventoux, montagne escarpee de la Provence, un
decroissement de l"pour 188 metres en hiver, pour 129 metres en ete et pour 144
metres en moyenne. Les observations de Carpentier, a Geneve et sur le Saint-
Bernard, ont donne un decroissement de 1 pour 202 m ,12 annuellement, pour
270", 53 en Janvier, et pour 176 m ,19 enjuin. Dans 1 ltalie septentrionale et
dans I Allemagne meridionale le decroissement de 1 s observe pour 172 m ,68
annuellement, pour 257 m ,27 en Janvier, et pour 12o m ,58 en aout.
11 resulte de cette inegalite du decroissement de la temperature que la difference
entre la moyenne de 1 liivcr et de 1 ete est d autant moindre qu on s eleve plus
haul dans les montagnes. Dans les plaines de la Suisse, par une altitude de
400 metres environ, la difference de temperature entre 1 biver et 1 ete est de i9;
sur le Saint-Got hard, par 2091 metres d altitnde, elle n est que de -14, 9; surle
Saint-Bernard, par 2475 metres d altitude, elle s abaisse a 13,5. De Saussure, a
qui Ton doit cette importante remarque, pensait que les differences de tempe
rature entre les saisons devaient disparaitre a une hauteur de 12000 a 15000
metres.
Dans nos regions temperees, la rapidite du decroissement de la temperature
varie notablement avcc les heures de la jotirnee ; elle augmente et diminue
en meme temps que la temperature du milieu ambiant. De dix-sept jours
d observations comparatives faites a Geneve, a Chamounix et sur le col du Geant,
de Saussure a conclu a un decroissement de 1 pour 159 m ,14 a 2 heures de
I apres-midi, pour 209 m ,9i a 4 heures du matin, et pour 164 m ,G9 moyenne-
mcnt. Kffimtz en comparant les observations faites simultanement a B;ile,
a Berne, a Geneve, a Zurich et sur le Rigi a trouve un decroissement de 1 pour
121 m ,81 a 5 heures du soir,pour 186 m ,55 a 5 heures du matin, et pour 149 ", 10
moyennement. M. Bravais a deduit d observations comparatives faites a Milan,
Geneve, Zurich et sur le sommet du Faulhorn que le decroissement de 1 s ob
serve : pour 159 metres vers 4 heures du soir, pour 200 metres vers 3 heures du
matin et pour 170 metres moyennement. Ces observations font connaitre avec
un degre suffisant d exactitude les lois de la variation de la temperature estivcile
avec 1 allitude ; la science n est pas aussi avancee pour la marche de la temjie-
r&iureliibernale. Les observations faites en hiver sont peu nombreuses, et sur les
haiites montagnes 1 etat thermometrique de 1 atmosphere est beaucoup phi?
variable qu en e(e.
Dans les regions polaires, la variation de la temperature avec la hauteur est
influencee d une maniere tres-remarquable par les saisons. En 1858, pendant
le nwis d aont, M. Bravais a constate qu au Spitzberg, par 77 50 de latitude,
AT -
h temperature s abaisse a mesure qu on s eieve dans 1 atmosphere : de-
croissement est de 1 pour 172 metres, resultat quicoincid
zones temperees. En hirer, au contraire, a Bosefcop, par 69 58 de lalituc
temperature s est montree croissante jusque vers 100 meti- lion; a j
de cette limite, la temperature decroH a mesure que la hauteur augm ;
lentement d abord et puis de plus en plus rite. Ces resultals ob ri de
cerfe-Tolants et de ballons capiifs, sent conGrmes par les observations i
IT? ; .nunets et les flancs des montagnes dans la meme expedition.
Ihms nos regions temperees, pendant . y.reui.
biver, on observe des renversemenb semblables de temperature ; le thermometre
s*eleve plus haul sur la niontogne que dans k plaine. Pendant 1 bive.
a 1859, M. Fonrnet a recueilli des exemples remarquables c
temperature ; a Geneve, le thermometredescendit c
. ; , tandis que, dans les journees correspoadantes, le minimum de temperature
In; de 1S.8 et 19,4 an grand Saint-Bernard; pendant que le thermometre
marqoalt 7,28 a Lyon, il etait a 6 meme !
H. Bravais pere consttla que, sons la latitude d . . le maximum de froid Tut :
de 20* a 125 metres de hauteur, de 17 a 900 r . _
metres. L* existence deconlre-couraul:- emperature relalivement el
pendant que les regions inferieures de 1 -)nt balayees par
froids, est one des principales causes de ces anomalies de la distribution de la cha-
lenr accidentelles et exceptionnelles dans DOS climats tempt: :pu rep:
tent, en hiver, 1 etat normal des parties les plus bore ntinent
La distribution de la temperature, pendant la nvit, dans les reg
de 1 atmosphere a ete etudiee par Pictet et Marcet a Geneve, pai
parWeDs, par MM. Bravais et Lottin a Bossekop en Laponie, par 31. le
Martins a Montpelh er. Les resultats obtenus par ces dive; -
regions si differenles sont d accord ; les lois qm en decoulent doivent etre con^ide-
rees comme geoerales et se reproduisant les mem N -
nous contenterons de rapporter ici les pn:
M Martins.
Pendant les Units sereines : ujours accroissement de la tern . hire de
1 air avec la hauteur, dans la couche inferieure de i atmosphere ; la lia
accroissement, variable suivant les lieux et les salsons . atpellier ha:
lenient soperienre a 50 metres. L accroissement n est pas uniforme : plus rapide
dans le voisinage du sol, il est en moyenne de 1 pour 15 metres entrc
50 metres de hauteur.
Par un ciel couvert, le decroissement diurne ; ?rsist pendani l.\ n ;; , : i
Faccroissement nocturne est tres-faible, de lpour 46 metres en moyenne. Par im
del serein, raccr.bsement est beaucoup plus rapide, de 1 pou.
moyenne. Un vent fort tend a egaliser la temper; irieure ou
I accroissement nocturne se manikesle.
Le rayonnement teircslre est k vraie cause de at nocturne c
temperature. Pendant le jonr, !a terre eehauflee par le soleil echauffe a so
Fair par contact ; elle le refroidit la nuit, en
Ges uts rendent compte de k congelation - "-iui darir
de Jeur preservation sor les eminences, apres ies nuits froides et sereiaes de i
ondnprintemps.
De cette etude de k disti ibufion de k chaleur, il resulte evidenunent que i
WCT. ESC. VO.
ATMOSPHEliE.
tude et la latitude exercent une influence de meme nature sur la temperature
moyeune. Pour mettre ce fait en evidence, il nous suffira de rapporter 1 exeinple
suivant :
LATITUDE. ALTITUDE. TLMPERATDRE.
Saint-Petersbourg 59 56 O m 3,5
Metairie d Antisana 1 4000 3,5
Dans les regions equator iales,il suffit done de s elever a des hauteurs croissantes
au-dessusdu niveau de la mer, pour observer les memes variations de temperature
que Ton constate en s avancant vers le pole sur un meme meridien. Les resultats
suivants out ete obtenus dans la region des Cordilleres, entre le ll e degre de lati
tude boreale, et le 5 e degre de latitude australe.
ALTITUDE. TEMPERATURE.
Cumana 27,05
Anserna-Nueva 1050 25, 70
Latacunga 2861 15,50
Cuinbal 3219 10,07
Antisana 4070 5, 40
Neiges perpiHuelles 4500 1,60
Ghicicrs d Antis na 5460 1,70
Ceci nous mene a conclure que, sous toutes les latitudes, on peut arriver a la
region des neiges p rpetuelles ; seulement on devra s elever d autant plus haul dans
I atmosphere, qa on sera plus pres de 1 equateur. Le tableau suivant de la hauteur
des neiges perpetuelles a diverses latitudes, met ce fait en dehors de toute contes
tation.
LATITUDE. ALTITUDE.
Purace 2", 15 470>
Mexique 16 4509
Pyrenees 45 2708
Ounalaska 53 1070
On voit que, d une maniere generate, la limite des neiges eternelles s abaisse
de 1 equateur vers le pole. On peut considerer notre globe terrestre comme enve-
loppe par une couche de temperature moyenne telle que 1 eau s y trouverait tou-
jours a 1 etat de glace ; cette couche placee a environ 5000 metres de hauteur sous
rcquateur, s abaisse graduellement a mesure qu on s avance vers le pole, et, vers
le 70 e degre de latitude, vient se confondre a\ec la surface du sol de notre pla-
nete. Ce n est done pas sans raison qu on a compare la terre a deux montagnes
equatoriales renversees sur leurs axes et adossees par leurs bases ; en efiet, en mar-
chant de 1 equateur an pole, ou en s elevant sur les flancs d une montagne placee
sur la ligne, nous voyons qu on rencontre necessairement les memes variations de
temperature.
L etude des lois de la distribution des vegetaux nous conduit aux memes conse
quences. Au pied d une moiitagne equatoriale, on est dans la region des palraiers;
en gravissant les llancs de cette monlagne, on passe a la region des oliviers, puis
a la region des vignes j plus haul encore on entre dans la region des cereales,
puis viennent successivement la region des bouleaux et celle des rhododendrons;
au-clessus on ne rencontre plus que quelques mousses eparses, et la vie vegetale
s eteint enfin sous les neiges eternelles qui recouvrent le sommet de la montagne.
Le voyageur qui, parti de 1 equateur, se dirige vers le pole, traverse successivement
les memes regions de vegetaux, et parvenu aux zones glaciules, voit disparage
tout vestige de vegetation.
ATMOSPHERE. 131
L atmosphere absorbe une partie de la chaleur que le soleil envoie a la terre
cette absorption est exercee par 1 air lui-meme et surlout par la vapeur d cau qu il
contient. Par consequent, le laisceau solaire ([iii tombesurun soinmet elevede mon-
tagne, par cela seul qu il traverse des couches atmospheriques moius epaisses
moins denses et moius chargees de vapeur d eau, doit necessairement etre |ilus
chaud que celui qui descend jusqu aux plaines siluees au niveau de la mer. Les
resultats des recherches de de Saussure sont coaformes aux indications de cette
deduction, dont 1 exactitude a ete mise hors de doute par les observations de
MM. Bravais et Marlins; des experiences comparatives failes avec le pyrheliomelre
a lentille de M. Pouillet, leur ont permis d etablir, en effet, qu en aout, moyenne-
ment et aux memes heures, la chaleur due a la radiation solaire etait de 1,20 sur
le grand plateau du mont Blanc et de 0,98 a Chamounix. Les rayons solaires
etaient done plus chauds au sommet de la montagne que dans la vallee; pour une
difference de niveau de 2890 metres, 1 accroissement moyen de 1 intensile calori-
tique de la radiation solaire etait de 0,22.
Un autre genre de considerations conduit aux memes conclusions. Les recherches
meteorologiques s accordent toutes pour demon trer que, si dans les plaines la tem
perature moyenne de 1 air est presque toujours superieure a celle de la surface du
sol, sur les hauls sommets au contraire, dans loutes les saisons de 1 annee et sons
toutes les latitudes, pendant le jour, la temperature du sol 1 cmporte sur celle de
1 air. Le decroissement de la temperature avec la hauteur esl done, pendant le
jour, beaucoup moins rapide pour la surface du sol que pour 1 air. Continuant, clans
les Pyrenees, les observalions faites avecM. Bravais dans les Alpes, M. Martins a
etudie comparalivement la temperature du sol au sommet du pic du Midi et dans
la vallee aux environs de Bagnere. Ses observations, d accorcl avec les resuHuls deju
connus, eiablissent que, pendant le jour, le sol s echauffe presque autant sur le
sommet de la montagne que dans la plaine.
Si, pendant le jour, 1 air s echauffe moins sur la montagne que dans la plaine,
le fait est facile a expliquer. D une part, en raison de sa moindre densile et de la
plus faible quantile de vapeur qu elle conlient, une couche d air doit absorber une
proportion a" autant plus faible de li chaleur solaire et de la chaleur rayonnee par
la terre, qu elle apparlient a une region plus elevee de 1 almosphere. D autrepart,
il faut considerer que 1 air s echaulle surtout par le contacl et le rayonnement du
sol prealablement echauffe. Or, dans la plaine, en raison dc 1 etendue- de la surface
de contact, la chaleur cedee par le sol a 1 air est considerable, tandis que sur uu
sommet isole de montagne, la surface de contact est trop faible pour que la chaleur
cedee puisse modifier considerablement la temperature de la masse gazeuse am-
bianle. Une autre cause s oppose encore au rechauffement de 1 air sur un sommet
eleve; c esl le renouvellement des couches d air beaucoup plus facile el beaucoup
plus rapide que dans les vallees el les plaines, surtout par les temps de calme.
Les experiences sur le rayonnement nocturne montrent que : 1 ce rayonnement
esl beaucoup plus forl sur les monlagnes que dans les plaines; 2 le rapport de
ces rayounemenls croil plus rapidement que la hauteur, dans les regions supe-
rieures de I atmosphere. En efl et, pour une meme difference de niveau constants
de2110 metres, le rayonnementn aiigmeute que d uu tiers entre 520 et 2680 metres
d altilude, tandis qu il devient double entre 1050 et 5930 metres d altitude.
Tandis que, pendant le jour, le sol du sommel de la montagne se rechauffe
beaucoup plus ibr lenient et a constamment une temperalure plus elevee que 1 air
ambianl, le rayonnement nocturne du sol 1 emporte sur celui de 1 air. 11 r
i;> ATMOSPHERE.
do co i ail ([lie, pendant la nuit, la temperature du sol du sommet de la montagne
.s ahiissc constammcnl au-dessous de celle de 1 air. Les experiences faites sur le
Faiilborn, en aout et en octobrc, montrent que le refroidissement nocturne du so]
i sl Double de celui de 1 air. Le refroidissement considerable epiouve par le soi
pendant la nuit prouve indirectement 1 intensite de son rechauffement pendant le
jour ; il faiit en cfl et que la chaleur absorbee par le sol pendant le jour soil tres-
considerable pour compenser la perte nocturne et clever la temperature moyenne du
sol au-dessus de cello de 1 air. II n y a pas lieu dcs etonner d ailleurs qu au sommet
isolc d une montagne le refroidissement nocturne du sol soit plus intense que dans
la plaine ; landis que le somniet de la montagne est plonge dans une masse d air
I iv.-: ousidiTaMe. sans n.-sse en niouvement, et rayonne non-seulement vers le zenith,
nuns aiissi lalcralement dans toutcsles orientations, le sol de la plaine n est en con-
laci qu au c la couclie inierieiirc de 1 atmosphere et ne rayonne que dans une direc
tion determinee. Ajoutons enfin quo 1 air des regions supeiieures, en raison de sa
moindiv dmsilt d do la laihle quautile de vapeur d eau qu il contient, livre plus
facilement passage a la chaleur rayonnee par la terre. Pendant la nuit et pendant !e
jour, quand le soleil ne I eclain pas, tout contribueau refroidissement du sol dusom-
111 I des hautes nioiiia^ui s, et ce refroidissement n est compensequeparl echauffe-
"" "I rchlif plus rc.nsidi rable que lui communique la radiation direcle du soleil.
Sur les hanlos iiKiiila^ncs In pression etant moindre que dans les vallees et les
plaines, I evaporation, ionics rlmses egales d ailleurs, doit necessairementy etre
r is activi , rniiiiiK , du rosle, de Saussure en a fourni la preuve experimentale.
C esl a crllc activite do 1 evaporation qu il faut attribuer un phenomene tres-rare
dans les plaines, frequent dans lesliautes regionset designepar Peltier par la deno
mination de fumage des montagnes. Ce phenomene est constitue par des masses
de brumes blanches ou grisatros qui, dans les temps ou la terre est humide, s e-
chappent des fluics des montagnes et s elevent dans 1 atmosphere, (antot pour s j
dissoudre, tantot pour y ibrmer de vorilables nuages. Nous devons ajouter que, sur
les hauls sommets, 1 air acquiert quelquefois un degre de secheresse Ires-rare
dans les plaines et qui facilite singulierement 1 evaporation. II est evident qu une
evaporation ;MI.VM ,u ti\c doit puissamment contribuer au refroidissement du sol et
de 1 air des sommets des hautes montagnes.
Diicarla, de Saussure, Koemtz, MM. Peltier, Bravais, Martins, out signale ces
brumes qui, dans los matinees des belles journees, remplissent los vallees; bientot
on les voit se metlre on mouvement et s elever le long des flancs des montagnes,
enti ainees par les courants d air ascendants qui s etablissent au moment ou le soleil
tVliatifl e la plaine et les parois des montagnes. II nous suffira d ajouter quo 1 air
de la plaine, dans ce niouvement ascensionnel, passe dans des regions ou la pres-
s !nii (st moindre, so dilate et necessaircment se refroidit. Nous aurons ainsi pass^
en io\ no, sinuii toulcs, du moins les principals causes qui eiitrent en jeu pour
maiutenir une temperature si basse sur les sommets des montagnes, malgre toule
1 mtensite calorifique des rayons solaires qui les oclairent.
TEMPERATURE DES EAUX. L etude do la distribution de la temperature dans i s
lacs profonds d eau douce montre, conformement aux indications de la tlico;:. 1 ,
qu apartir d une certaine distance au-dessous do la surface, les couches d eau so
maintiennent i la temperature constante de 4, qui correspond au maximum dc
densite du liquido. En oto, la surface du lac s echauffe sous riniluence de la
radiation solaire, el la tcmperalure decroit avec la profondeur jusqu a la couclie
de temperature cons! ante. En liver, au contrairc, la temperature augment avcc
ATMOSPHERE. 153
la profondeur, depuis la surface refroirlie jusqu a la region ou la temperature se
maintient a . II en ivsulte quc, dans les lacs profonds, la temperature Ju fond
est invariable ct se maintie