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A gift of
Associated
Medical Services Inc.
and the
Hannah Institute
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History of Medicine
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DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
DE S
SCIENCES MEDICALES
PAIUS. - IMP. SIHON RA ? O.N ET COMr., B-JE D ERFDBTH, \.
DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
DES
SCIENCES MEDICALES
COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS
ARCHAMBADLT, AXENFELD, BAILI.ARGER, BAILI.ON, BAIEIANI, BALL, EARTH, DAZIN, BEAUGRAND, BECLARD,
BEHIER, VAN BENEDEN, BERGER, BERNEIM, BERT1LLON, BERTIN, ERNEST BESNIER, BLAGUE, ULACHEZ, BOINET, BOISSEAU,
BORDIER, BOUCKACOl RT, CH. BOUCHARD, BOUISSON, BOBLAJiD, BOULEY (([.), BOUVIER, BOYER, BRASSAC, BROCA,
BROCH1N, BROUARDEL, BROWN-SEQUARD, CALMEIL, CAMPANA, CAP.LET <G.), CERISE, CIIARCOT, CIUSSAIGNAC,
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ELY, FALRET (j.)> FARABEUF, FEKRAND, KOLLIN, FONSSAGRTVES, GALTIER BOISMKIIE, r.AIUEL, GAVARIIET, GERVAIS (P.),
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GUII.LAtME, ei/IHEJIIN, GUYON (F.), 1IAVEM, HEC1IT, HENOCQUE, ISAMBERT, JACQUEJIIER, KRISHAUER, LABIiE (LEOX),
LABBEE, LABOULBENE, LAGSEAU (G.), LANCEREAUX, LARCIIER (o.), LAVERAN, LECI.ERC (L.), LEFOIIT (LEON),
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OLLIER, ONIMUS, ORFILA (L.), PAJOT, PARCIIAPPE, PARROT, PASTEUR, PAULET, PERRIN (MAURICE), PETER (ll.)i
PLANCHOM, POLAILLON, 1 OTAIN, PO7.ZI, I1EGKARD, REGIVAULT, REYiVAL, RODIN (CH.), IIE ROCHAj, ROGEIi (H.),
ROLLET, ROTUREAU, ROUGET, SAINTE-CLAIRE DEVILLE (H.), SCHUTZENBERGER (CH.), SCHUTZENBERGER (p.), S3DILLOT.
SEE (MARC), JERVIER, DE SEYNES, SOUBEIRAN (i,.), E. SPILLM\NN, TARTIVEL, TERRIER, TESTELIN,
TILLAUX (P.), TOUBDES, THELAT (D.), TKIPIER (LEON), TALLIN, VELPEAU, VEBNEUIL, VIBAL (EM.), VILI.EJ IN,
VOILLEMIER, VOLPIAN, WARLOMONT, WORMS (}.), WURTZ.
DIREGTEUR : A. DEGHAMRRE
TOME TREIZIEME
GAS CEP
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PARIS
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LIBRAIHE DE LA FACULTE DE MEDECINE LIBRAIRE DE L ACADESIIE DE MEDEC1NE
PLACE DE L ECOLE-DE-MEDECINE
MDCCCLXXIV
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DICTIONNAIRE
ENCYCLOPEDIQUE
SCIENCES MEDICALE
CASOAR (de Cassuwaris, ncm d oiseau en langue malaise), genre d oiseanx
echassiers brevipennes, de grandc taille, etqu on essaye d acclimater pour en faire
des animaux de boucherie pouvant servir a 1 alimentation.
Les caracteres de ce genre sont : un bee court, droit, comprime, arrondi vers
le bout, carene en dessus, portant a la base un casque ossenx ; mandibule infe-
rieure niolle, flexible, anguleuse a son extremite ; fosses nasales prolongees dans
toute la longueur du bee, avec les nariues petites, situees a la partie laterals dc hi
pointe et couvertes d une membrane mediane. Gou et joues nus ; deux fanons pen
dant a la base du cou. Pattes robustes, tarses nus, reticules, termines par trois
doigts diriges en avant, armes d ongles inegaux, 1 ongle interne tiois fois plus
grand que les autres. Ailes impropres au vol, portant cinq baguettes arrondies,
pointues et sans barbes ; pas de rectrices.
Le CASOAR A CASQUE (Casuarius galeatus Vieill. - - Struthio Emeu Latham)
semble remplacer 1 Autruche dans les iles de 1 archipel Indien. C est un oiseau de
forme bizarre, d un metre et demi de bauteur, a corps tres-massif. Le casque sur-
moiilant la tete est forme par une saillie de 1 os frontal et reconvert d une mem
brane cornee, a couches concentriques ; la tete et le haul du cou ont a peine quel -
ques poils ; la couleur de la peau est d un violet ardoise sous la gorge, blanche sur
les cotes, et d un rouge vif derriere le cou ; les caroncules mi-partie rouges et
bleues. Le clevant du sternum est sans plumes, avec une callosile sur laquelle
repose I ammal couche. Les plumes du corps sont laches et depourvues de bar-
bules, semblables a des soies ou a des crins flexibles et tombants ; leur couleur est
d un brim noir luisant. L aile n a que 9 centimetres de long et porte cinq tuyaux
de plume, noirs, iistuleux, sans bnrbes, dont le plus long a 50 centimetres de
longueur. L ceil est petit, entoure de poils noirs ; 1 iris est d un jaune clair.
Le Gasoar se plait dans la profondeur des forets. LesHollandais 1 ont apporte de
Java en Europe en 1597. Clusiusl appela me oufimeu, et Boutius Cassoware,
dont on a fait Gasoar.
Les moeurs du Casoar sont farouches; il se sert de ses pieds pour envoyer des
ruades; sa demarche est saccadee, mais il court fort bicn. A 1 etat sauvage, il se
D1CT ESC XIII. 1
9 CASPER.
nounit de fruits., d ceufs, de petits animaux ; en captivite, il est omnivore : les ra-
cines potageres, les fruits, le pain, les debris de cuisine, lui conviennent parfaite-
ment, mais il faut I approvisionner de liquide, car il boitde 4 a 5 litres d eau par
jour.
Vivant en couples solitaires, le male, a 1 epoque de la pariade, est recloutable
par sa fureur ; la femelle pond dans le sable trois ou quatre oaufs cendres, ver-
datres vers le gros bout et parsemes de taches plus foncees. Ces oeufs sont
moins gros, plus allonges et out la coque plus miuce que ceux de 1 Autruche. La
cbaleur du soleil sulfit pendant le jour, la mere ne couve que pendant la nuit. En
domesticite, 1 incubation est de vingt-huit a trente jours. Les jeunes sont depour-
vus de casque, couverts d un duvet varie de roux clair et de blanc gnsatre. Le
doigt du milieu est chez eux legerement fraiige.
Le CASOAR DE LA NOUVELLE-HOLLANDE (Casuarius Novce-IIollandice LATHAM) ap-
partienta un autre genre (genre Dromicerus de Vieillot),plus rapproche de 1 Au-
truche.
La cbair du Casoar a casque n est pas de fort bon gout, mais elle est tres-abon-
dante; celle des jeunes est, dit-on, meilleure; aussi, la domestication de ces oi-
seaux n est-elle pas a dedaigner (Voy. OISEAUX et VIANDES). A. LABOULBENE.
CASPER (JOH.-LUDWIG) ; ne le 11 mars 1796 a Berlin, se fit recevoir docteur
a Halle, en 1820. Apres un voyage scientifique en France et en Angleterre, il
revinl a Berlin, ou il se livra al enseignement d abord comme privat docent (1823)
puis comme professeur extraordinaire (1825), et enfin (1839), comme professeur
en titre.
Apres avoir, pendant les premieres annees, donne concurremment des lecons
de medecine legale et de psdiatrie, ilse consacra entierement & la premiere de ces
branches pendant les vingt dernieres annees de son professorat. On peut le regar-
der comme le fondateur d une sorte de clinique medico-legale, dont 1 absence sefait
bienvivement regretter cliez nous ; il expliquuitases eleves les questions pendantes
devant les tribunaux, examinait sous leursyeux les cadavres que la justice soumet-
tait a son expertise, discutait devant eux toutes les difficultes qui se presentaient,
en resumait les elements, et, d apres une mesure adoptee sur ses inslances, c est
immediatement, seance tenante, qu ildictait le rapport qui devait elre soumis aux
juges. Get institut medico-legal cree en 1850, et dont il futle directeur, attirait
non-seuJement les eludianls en medecine et en droit, mais encore beaucoup de
jeunes docleurs et de legistes. Des qu un cas medico-legal se presentait , les eleves,
prevenus a 1 aide de cartes, comme on le fait pour les cours particuliers d accou-
chement, arrivaient a temps pour assister aux expertises et aux debats qu elles
pouvaient soulever. L autorite de Casper dans toutes les questions judiciaires
etait immense, et son avis etait souvent invoque par divers tribunaux de 1 Alle-
magne.
Mais Casper ne s etait pas exclusivemeat borne a cet ordre de rechercbes, il a
porte une savante et judicieuse analyse sur plusieurs questions d hygiene publique.
C est ainsi que, appuye sur la statistique, il a etudie la mortalite dans differentes
classes sociales, et qu il a dresse le bilan, assez triste, il faut bien le dire, de la duree
de la vie chez les medecins [voij. MEDECINS (Hygiene)]. On lui doit de curieux re-
sullats sur rinfluence des constitutions atmospheriques et, chiffres en main, il a
demontre que I humidite est plus favorable a la sante que la secheresse. A 1 aide
de la meme metliode,il a examine 1 influence des dil lerentes heures dujour sur
GASSE. 3
le nombre des naissances et des deces, il a egalement constate le degre de fre
quence des hernies suivant les differentes contrees, etc.
Get homme eminent fut enleve subitement, le 24 fevrier 1864, a la science,
qui lui doit tant de > - ues uouvelles, et a ses amis.
Dans la liste de ses nombreuses publications, nous laisserons forcement de cote
les simples notes ou articles de journaux, pour nous arreter seulement aux ou-
vrages pvoprement dits et brochures de quelque importance.
I. De phlegmatia alba dolente. Hals, 1820, gr. in-8. II. Bescheidene Zweifel gegen
die neue Hellselierin, in Carlsruke, mit, etc. Leipzig, 1818, iu-8. III. Charakteristik der
franzosischcn Medicin, mit vergleichenden Hinblicken auf die Englische. Leipzig:, 1822,in-8.
IV. Ueber die Verletzungen des Riickenmarks in Hinsicht aufihr Let halilatsver halt niss
(Rust s Magasin), et Berlin, 1823, in-8. V. De vi atque efjicacitate insitionis variolce vac-
cince in nwrtalitate civ him Berolinensium hucusquc demonstrata. Ibid., lX L jt, in-4. -
VL Beitrage zur medicinischen Statistik und Staalsarzneikunde . Ibid., 1825, in-8. -
VII. Blicke auf die Fortschritte der K. preussischen Medicinal-Verfassung. Ibid., 1827, in-8.
VIII. Gegen cine ungenanntcn Schriftuberdiepreuss. nied. Verfassung . Ibid. , 1829, in-8 .
IX. Die Beliandlung der asiatischen Cholera, durcli Anwendung der Kiilte, p/iysiolo-
cjisch, etc. Ibid., 1832, in-8. X. Die wahrscheinliche Lebensdduer des Mensclien in den
verschiedenen burgoiichen und geselligen Verhaltnissen, nach, etc. Ibid., 1855, in-8. -
XI. Commentationis de tempestatis vi ad valetiidinem particula prima. Ibid., 18il, in-4.
XII. Der Enlwurf des neuen Stra gesetzbuchs fur die prcuss. Staaten, vom arMichcn
Standpunkt erldutert. Ibid., 1843. in-8. XIII. Denkwiirdigkeiten zur medicinischen Sta
tistik und Staatsarzncikunde . (Influence des changements de temps; recherches sur la
strangulation; geographic des hernies; mortality dans 1 armee prussienne; influence des
differentes heurrs du jour sur les naissances et les deces, etc.) Ibid., 1846, in-8.
XIV .Gerichtliche Leic/ienoffmmgen.lbid., 1853, in-8. XV. Morder Physioghomien. Stitdien
aufderprakt isclienPsychologie, nach, etc. (Vierteljahrsschr, fur gerichtl. undof/entl. Hied.}
Ibid., 185i, in-8. XVI. Praktisches Handbuch der genchtlichen Medicin nach eigenen
Erfahrungen bearbeitet. Ibid., 1856, in-8. 2 \ol., all. in-4"; 2= edit., ibid , 1858; 1858
3 e edit., ibid., 1860; 4 e ibid., 186i, et trad. fr. par G. Bailliere, sous ce litre: Traite pra
tique de medecine legale. Paris, 1862, in-8, 2 vol. all. de 10 pi. col. XVII. Klin/xcltr-
Novellen zur gerichtlichen Medicin, nacli, etc. Berlin, 18ti3, in-8. Casper a, en oulrr,
collabore avec Rust, an Kritisches Repertorium (1823-1 83 o) ; il a foiule et dirige seul :
le Wochenschri/i fur gexammte Heilk. 1833-52. 1 vol. par an; le VierteljaJirsschrift /Tti
gcrichtliche und offenlliche Medicin (exclusivement consacre a la medecine legale et a 1 liy-
giene publique). 1852-64. 2 vol. et 4 cahiers par an. Ce journal est continue par le docteur
Liman. E. BGD.
CASSAM (FR.-RoDR.). Naquit en 1567, a Concelbo de Saofins, dans la pro
vince de Beira, en Portugal. De meme que beaucoup de medecins du seizieme et
du dix-septieme siecle, il s etait livre avec ardeur a 1 etude de 1 histoire et des
mathematiques. II professa pendant tres-longtemps la medecine a 1 universite de
Coimbre ou il mourut dans le courant du mois de juin 1666, ayant ainsi vecu
pres d un siecle. II a laisse un petit traite d hygiene centre 1 usage du tabae,
question alors a la mode comme elle Test encore aujourd hui. Voici le titre de ce
travail.
Invectiva contra o tabaco, em que se mostrava com fondamentos solidos ser pecon/ia fina
e peste encuberta. Lisboa, 1663. E. BGD.
CASSE (Cassia T.). I. Botauique. Genre de plantes, de la famille des
Legumineuses, sous-(amille des Ccesalpiniees, qui a donne son nom a une tribu
ou serie spcciale (des Cassiees). Les Gasses ont les lleurs hermaphrodites et irre-
gulieres, avec un receptacle court, plan, ou un peu convexe ou concave ce qui
fait que 1 insertion y est completemenl hypogynique ou, plus rarement, legere-
ment perigynique. Le calice est a cinq se[ales, ordinaiiement iuegaux et d autant
plus pelits qu ils sont plus exterieurs, disposes dans le bouton en prefloraison
4 . CASSE.
quinconciale. La fleur etant resupinee, le so pale \ est anterieur, tanclis que les
sepales 2 et 5 sont posterieurs, ct les sepales 5 et 4, lak raux. La corolle est
polypetale, et ses cinq folioles, altcrnes avec celles du calice, sont on inegales, on
presque egales entre elles. C est la poslerieure qui represenle le petale qu on
nomine vexillaire dans la plupart des Legumineuses, et il est enveloppe lui-meme
par les deux petales lateraux que recouvrent a leur tour les deux anterieurs. La
prefloraison est done ici cc qu elle est dans la plupart des Papilionacees, el la co
rolle, agencee suivant un plan de symetrie antero-poslerieure (lequel passerait par
le milieu du petale vexillaire). Nous avons fait voir, au contraire (in Adansonia IX,
212), que le plan de symetrie du calice est oblique et coupe celui de la corolle sui
vant un angle egal a un dixieme de quatre angles droils. Le plan de symetrie est le
meme pour la corolle que pour 1 androcee. Ce dernier est forme de deux verticilles
d etamines superposees, cinq aux sepales et cinq aux petales. Generalement, trois
seulement des cinq premieres sont fertiles ; ce sont les trois anterieures, repondant
aux sepales anterieurs auxquels elles sont superposees, et les plus grandes de toutes.
Le plus souvent aussi, il n y a que quatre des etamines oppositipetales qui soient
steriles ; ce sont les anterieures, plus petitesen general que les etamines fertile s
alternipet,iles. Quant aux etamines poslerieures de chaque verticille, deux des
alternipetales, et une seule des oppositipetales, la vexillaire, elles sont generale-
nient steriles, petites, representees par une sorte de moignon ou de palette mem-
braneuse. Dans les etamines fertiles, il y a un filet libre d autant plus long, plus
arque, que Petamine est plus rapprochee du cote anterieur de la fleur, et une
anthere basifixe, biloculaire, niais formee au debut et pendant une periode va
riable de quatre logettes longitudinales, terminee superieurement par une sorte
de bee et s ouvrant a ce niveau par deux fentes courtes, souvent decrites par des
pores, obliques et convergentes au sommet ou elles se confondent,de facon a sepa-
rer du reste de 1 an there un court panneau triangulaire de dehiscence. Le gynecee
est celui d une Legumineuse en general, avec un ovaire que supporte un pied plus
ou moins allonge, et qui contient des ovules horizontaux ou descendants, en nom-
bre indefini, biseries, anatropes, avec le micropyle ramene lateralement en
dehors de leur point d attache. Le style est renfle ou attenue vers son extremite
stigmatifere. Le fruit est egalement, comme dans le plus grand nombre des plantes
de cette famille, une sorte de gousse ; niais la plupart de ses caracteres sont varia
bles d une espece a 1 autre : forme, taille, consistance du pericarpe, dehiscence
ou inclehiscence de celui-ci ; et ces traits server) t a distinguer les sections ou sous-
genres du groupe Cassia. Son endocarpe se prolonge interieurement, dansl inter-
valle de deux graines voisines, en une fausse cloison transversale ; de fagon que le
fruit comporle definitivement autant de logeltes, superposees et monospermes,
qu il y a de graines dans son interieur. Divers phenomenes se produisent, suivant
les especes, lors de la formation de ces fausses cloisons. Quand le fruit est une
gousse membraneuse et aplalie, avec les deux valves appliquees 1 une centre
1 autre par leur surface interne, il y a seulement, dans 1 inteivalle de deux
graines, une legere saillie de la face interne de Fendocarpe qui, sous forms
de ride transveisale, rejoint une ride semblable, emanee en face de 1 autre
valve; elles arrivent toutes les deux au contact, sans adherence, et elles for-
ment de la sorte une i ausse cloison interseminale, pen piononcee. Dans les
especes a fruit dehiscent, mais a forme cylindro ide, non-seulement les deux
saillies du pericai pe existent en face 1 une de 1 autre, mais encore elles sont
doubles, attendu qa elles sont produites par une depression de toute 1 epais-
CASSE. 5
seur de 1 endocarpe, c est-a-dire une sorte d etranglement transversal. Dans ce
cas, 1 endocarpe est din 1 , ligncux , hicn distinct des couches plus exlerieures
et charnues du pericarpe ; et Ton pent dire alors que la nature de celui-ci est
drnpacee. Mais alors encore, chaqiie demi-cloison, ainsi formee d un double
feuillet, arrive an contact de 1 autre demi-cloison, par 1 arete de son angle
diedre, et sans aucune adherence. Quand la dehiscence de la gousse s opere, par
deux fentes longitudinales, les deux demi-cloisons u ont qu a s eloigner 1 une de
1 autre. Dans les gousses cylindriques et indehiscentes, comma celles des Gasses
proprement dites, la C. iistnleuse on la petite Casse, par exemple, il y a d abord
entre deu.x graines une cloison circnlaire complete, ligneuse, quoique mince, et
d une seule piece; mais snr son milieu se voit, avec quelque attention, une sorle
de raphe diametral qui semble indiquerla soudure (ou quelque chose d analogue),
de deux demi-cloisons laterales qui se seraient rejointes sur la ligne mediane. Eu
meme temps, les deux surfaces de ce diaphragme sont enduites d une coucbe plus
ou moins epaisse, plusoumoins molle, suivant les especes et suivant 1 age, d une
pulpequiest precisement la porlion utilisee en medecine. Cette pulpe manque tota-
lement dans certains Cassia, et presque totalement dans certains autres. Mais dans
ceux-ci, il pent arriver qu en delioi s de 1 endocarpe, dans la couclie qui represente le
mesocarpe, ily ait une couclie pulpeuse, sapide, comestible, plnsou moins epaisse,
et dont 1 origine est, dans cecas, la meme que dans les Tamarins. Ce phenomene
arrive surtout dans ces especes a endocarpe etrangle dont il eta it question tout a
1 heure. Les graines des Cassia sont de forme variable, souvent comprimees, pai -
foispolyedriques, irequemment ovales ou elliptiques. Leurs teguments, resistants
en general, sont multiples. En debors, se tronve souvent une coucbe pulpeuse,
mince, qui se gonfle dans I ean. L enveloppe plusdure qui fait suite estparcourue
d un cote par le raphe ; la graine est done anatrope. En dedans d une antre mem
brane tres-mince, se trouve I albumen, cbarnu ou plus ou moins corne, parl ois
trcs-dur, d une organisation cellnlaire variable, avec un lissu qui presente plu-
sieurs des particularites deja signalees dans la graine de cei taines Csesalpitiiees,
notammentpar M. Payen (in Ann. sc. nat., 5 e ser., vi, 221). An centre, se Irouve
I embryon, blanchatre, jaune ou vert, avec une courte radicule repondant au mi-
cropyle, et deux cotyledons, plans ou courbes, legerement sinueux, souvent obo-
vales, a base tri ou quinquenerve, prolongee en deux auricules courtes qui s appli-
quent souvent autour de la radicule de facon a former autour d elle comme un etui
plus ou moins complet.
II y a plus de deux cents especes de Casses (on en a bien decrit le double), et
elles croissent loutes dans les regions les plus chaudes des deux mondes; arbres,
arbustes ou herbes, a feuilles alternes, composees-paripennee?, ou sans limbe,
avec un petiole dilate en phyllode, des stipules variant considerablement comme
forme et comme dimensions, des petioles souvent charges de glaiules cupulees ou
peltees.Les fleurs, souvent grandes et belles, ordinairement blanches ou jaunes,
peuvent etre axillaires, solilaires et en petit nombre; plus ordinairement, elles
sont reunies en grappes axillaires ou terminales, simples ou ramin ees, dont 1 axe
est charge de bractees alternes, ayant cbacune dans 1 aisselle une fleur resupinee
axillaire, et souvent aussi deux bracteoles laterales.
II a fallu partager en sous-genres ou sections, un genre aussi richeen especes ; on
1 a fait, en general, d apres les variations de structure qui s obscrvent dans les
fleurs et dans les fruits. Ainsi les plus connues en medecine et aussi les plus utiles
des especes du genre Cassia sont celles auxquelles nous devons les principals sorles
6 CASSE.
employees de Series. (Voy. ce mot.) Elles appartiennent a la section Senna
(G^RTN.) du genre Cassia. Toutes ont des fleurs a etamines inegales, dont sept
ordinairement sont fertiles, les anterieures etant les plus grandes. Leur gousse est
souvent mince, membraneuse ; elle s ouvre a sa maturite, mais generalement
d une facon incomplete, et leursgraines sont ou polyedriques, ou aplaties dans un
sens ou dans 1 autre. Ces Senna devront naturellement etre etudies d une facon
toute speciale a 1 article SEKE ; nous n y insisterons done pas ici. Mais nous devons
etabhr pour le moment qu au point de vue purement botanique, le groupe Senna
du genre Cassia pent etre divise, comme il 1 a etc en effet par les auteurs les plus
recents, en trois fractions :
Les Prososperma (VOGEL), dont le fruit etroit, cylindroide, renfermedesgraines
allongees, polyedriques;
Les Chamcesenna (DC.), dont le fruit est bivalve, aplati, merabraneux, souvent
nomine a tort, pour cette raison, c est-a-dire a cause de sonapparence foliforme,
un follicule (voy. ce mot), quoiqu il represent une veritable gousse, dehiscente
par les deux bords, et renferme des graines comprimees parallelement an plan des
valves ;
Les Chamcefistiila (DC.), dont la gousse, egalement incompletement on diffi-
cilement dehiscente, renferme des graines aplaties horizontalcment.
Si Ton examine, au contraire, le Cassia Absusel les especes voisines, formant
une section qui a recu les noms de Absus (Vo&.) et de Baseophylhim (DC.), on
voit que ces especes ont aussi une gousse aplatie, bivalve, et des graines aplaties
parallelement aux valves et obliques; mais que, dans la fleur, toutes les etamines
sont fertiles.
Dans les Psilorhegma. (Vo&.), la gousse est comprimee, aplatie et dehiscente en
deux valves, et les graines sont transversales. Mais toutes les etamines, qnoi-
que inegales entre elles, sont fertiles.
II en est de meme, quantaux etamines, dansles fleurs des sections Absus et Cha-
mcecrista. Les premiers ont un fruit aplati et bivalve; mais leurs graines, souvent
obliques, sont comprimees parallelement aux valves, comme dans les Chamcesenna.
Les Chamcecrista ont un fruit dehiscent, bivalve, com prime, le plus souvent atte-
nue a ses deux extremites; mais, de plus, leurs fleurs, axillaires ou laterales-
solitaires ou en tres-petit nombre, ont des sepales attenues au sommet, et non
obtus ou arrondis.
Dans la pratique medicale, le nbm de Casse est le plus souvent reserve aux Cane-
ficiers, c est-a-dire aux especes de la section Cathartocarprts (PERS.) ou Eactyri-
lobium (W.), dont on a propose de faire un genre particulier (voy. Cathartocar-
pus), a cause de Forganisation qu y prrsentent les fruits, cylindnques ou a peu
pres, souvent tres-al!onges, a paroi epaisse, souvent ligneuse, indehiscente, avec
deux sutures longitudinales opposees (I nne dorsale, et 1 autre ventrale), plus ou
moins bien prononcees, et une cavite separee en un grand nombre de logettes
superposees, par des Amsses cloisons transversales, en forme de diaphragmes com-
plets, souvent epais, resistants. Cliaque logette, figurant un cylindre surbaisse,
contient une graine comprimee de baut en has, a contour ovale ou circulaire,
souvent nummuliforme. Quant a la fleur, elle a des sepales arrondis, concaves,
des petales souvent tres-developpes, et des etamines toutes fertiles, mais tres-ine-
gales, les trois anterieures etant souvent beaucoup plus longues que toutes les
autres et sortant de la fleur sous forme de longs arcs qui depassent de beaucoup
la corolle. Dans cette section des veritables Gasses, il faut d abord signaler trois
CASSE. 7
especes, les plus iisitees de toutes ; ce sont : la Casseen batons, la petite Casse, et
la C. du Brosil.
1. CASSE EN BATONS ou Ganeficier officinal, des boutiques ou en silique (Cassia
fistula alexandrinaftAVH., Pinax, 409. - - TOURNEF., Instil., 619, t. 392 E. -
C.mgraDoDOENS, Pemptad., 787. C. Fistula L., Spec., 540. GARTNER, De
fruct.,Il,t. 147, fig. \. [)G,Prodr., II, 490, n. l$. GmB.,Drog.simpl.,
e d. 4, /J7,545,/i9. 545. ROSENTH., Synops. pi. diaphor., 1035. H. BAILLON,
Histoire des plantes, //, 127, /?</. 105-105; 158. -- Bactyr ilium Fistula W.,
. .ffwi. &m>/. , 499. -- Cathartocarpus Fistula PERS., Enchirid., I, 459.
., F/. wed., 262. Cette belle espece, ordinaire, croit-on, d Ethiopie, ;ic-
tuellement introduite ou cultivee dans tous les pays cliauds des deux mondes, est
un arbre elegant, haut de 5 a 10 metres. Les feuilles pennees, longues de
12 a 18 ponces, out de quatre a huit paires de folioles, opposees ou a pen
pres, toutes, ou les inferieures seulement, largement ovales, les superieures souvent
oblongues, entieres, generalement obtuses ou emarginees, lisses, sur les deux
faces (longues de 2 a 6 pouces, sur un et demi a 3 pouces de large). Les petio
les sont arrondis, sans glandes. Les lleurs sont dispersees en longues grappes
simples, pendantes, longues de 1 a 2 pieds, avec des pedicelles longs, glabres,
flexibles. Les sepales, ovales ou ovales-arrondis, glabres, sont pen inegaux. Les
petales, d une belle couleur jaune, sont inegaux. Des dix etamines, les trois infe
rieures ont des filets beaucoup plus longs que les autres, tres-arques, avec des
antheres oblongues, deliiscentes par deux lentes courtes. Les autres antheres, bien
plus courtes, oblongues, s ouvrent a leur sommet par des sortes de pores. L ovaire
stipite est surmonte d un style arque, lisse, a sommet stigmatilere. Le fruit, qui est
la Casse ordinaire des boutiques, a la forme d un cylindre attenue ou arrondi
aux deux bouts, long del 5 a 50 centimetres, large de 2 ou 3, glabre, d un
brun noiratre, courtcment stipite, a surface extcrieure lisse, parcouruo dans
toute sa longueur par deux sutures opposees, I une legerement saillante, 1 autre
legerement creusee en gouttiere. Sa paroi est ligneuse, epaisse de 1 ou 2 mil
limetres, resistante, blanchatre en dedans. Elle est partagee en logettes cylin-
driques, hautes d un demi a un centimetre, par des diaphragmes circulaires,
minces, ligneux, blancliatres, avec un raphe diametral un peu plus forice, eteudu
d une des sutures a 1 autre. Chacune des faces du diapbragme est couverte d une
couche, d autant plus epaisse et plus molle que la gousse est plus fraiclie, d une
pulpe, portion employee comme medicament, noiratre, douce, sucree, acidule,
moins abondante en general vers le centre du diapbragme que vers les bords, et
qui, an contact de 1 eau, se gonfle en une gelee plus ou moins consistante. Dans
chaque logette, se voit une graine trans\ersale, orbiculaire ou elliptique, rou-
geatre ou plus ou moins grisatre en dehors, mobile dans la logette, quand la
pulpe est dessecbee, ce qui rend la gousse sonnante; glabre et lisse ou polie, a
teguments durs, parcourus d un cote par un raphe longitudinal brunatre, avec
un albumen dur, de consistence cornee quand il est sec, enveloppant un embryon
jannatre ou verdatre, presque aussi long que la graine, a cotyledons charnus, ine-
galement obovales, souvent em argines an sommet, garnis a la base de deux sortes
d auricules qui embrassent la radicule, courte et claviforme ou fusiforme, obtuse
au sommet. Les cotyledons sont nettement nerves, et leurs nervures sont digitoes a
la base. A la maturite, on se borne a cueillir ces gousses qu on expedie au plus vite
en Europe, en evitant les causes de moisissure et celles qui umeneraient trop vite le
dessecbemeut de la pulpe. Autrefois, ces fruits nous venaient surtout du Levant ; au-
8 CASSE.
jourd liui onles tire prescjue ea totalite de I Ameriqne tropicale, et 1 on nercmarune
vt ntablement aucune difference entre les procluits de Tun et de 1 autre continent,
2. PETITE CASSE D AMEHIQUE. Cette casse, parfois employee en Europe, a tous
les caracteres exterieuisde la precedente, avec des dimensions moindrcs, sur-
tout en largeur; car elle n a gnere dans ce sens, que 12 a 15 millimetres,
tandis qu elle atteint quelquefois un demi-metre de longueur. Plus ordinairement,
elle n a que de 20 a 30 centimetres. Le pericarpe est plus mince, plus aminci
en pointe a ses deux extremites, d un brun souveut moins fonce et plus gri-
satre a 1 exterieur, avec une pulpe plus fauve, d un gout Sucre et en memo
temps plus astringent et plus acerbe. On a longtemps ignore la veri
table source de ce medicament; mais recemment, M. D. Hanbury (in Trans.
Linn. Soc,, XXIV, 167 ; in Pharmac. Journ., ser. 2, V, 548) a demon tre que
e etait le fruit du Cassia moschalaH. B. K., Nov. gen. et Spec, plant, cequinoct.,
VI, 558. DC, Prafr.11,489, n. 5; espece dela Nouvelle-Grenade,observee d abord
par Humboldt dans les forets voisines de Mompox, pres du Rio Magdelena, et qui
est caracterisee par des feuilles a folioles oblongues, arrondies an sommet, recou-
vertes sur les deux laces d un duvet mou, au nombre de 14 a 18 paires, et un
petiole depourvu de glandes.
5. CASSE DU BRESIL. L arbre magnifique qui produit ce medicament est le C.
brasiliana LAMK (Diet, encycl., I, 649. --DC., Prodr., loc. cit., n. 1. -
GUIB., loc. cit.,e d. 6, III, 575. ROSENTH.,S?/W., 10 56. H. BN, Hist, des pi. ,
II, 159. C. Fistula brasiliana BAUII., Pinaz, 403. - - TOUBNEF., lastit., 614,
t. 592 D. C. -- Fistula brasiliana flore incarnato BREYN., Cent., I,. 58. C.
Siliqua brasiliana puryatrix compressa LOB., Ph. Rond., 41. C. grandisL.
FIL., Suppl., 250. -- C. mollis VAHL, Symbol, bot. Ill, 55. JACQ., Fragm.
t. 85, fig. 2). Cette espece croit non-seulement au Bresil, mais a la Guyane,
au Venezuela, en Colombie, au Nicaragua, aux Antilles, etc. Elle est caracterisee
par des feuilles a folioles nombreuses (de 10 a 20 paires), ovules-oblongues, syme-
Iriques a la base, sub-mu cronees au sommet, legerement pubescentes en dessus,
lieiissees en dessous d un duvet mou, tomenleuses dans leur jeune age, avec un
petiole depourvu de glandes, des grappes de fleurs plus courtes que les feuilles.
La fruit qui est aussi recherche pour sa pulpe purgative, a saveur amere, quel-
que peu nausecuse et desagreable, est une grande et grosse gousse, recourbee en
sabre, plus ou moins comprimee, longue de 50 a 80 centimetres, large de 4 a 8
centimetres d une suture a 1 autre. Son pericarpe, epais, dur, ligneux, est exte-
rieurement brunatre, rugueux, marque de fortes nervures plus ou moins obliques
et ramifiees, qui s etendent d une suture longitudinale a 1 aulre. L uue de celles-
ci esl simple, proeminente ; 1 autre, double, avec un sillon vertical dans le milieu
de toute sa longueur. Les cloisons sont nombreuses, rapprochees, transversales ou
plus moins obliques ; et cbaque logette renferme une graine, organisee cotnme
cellos du C. Fistula.
On indique aussi quelques especes voisines comme ayant des proprietes purga
tives analogues ; elles ne sont guere employees que dans leur propre pays ; ce
sont, notamment, le Cassia javanica, L. (Spec., 542 (part.). --DC., Prodr.,
loc. cit., n. 8. C. Fistula sijtvestris RUMPII., Herb, amboin., II, t. 22.
C. Bacillus GJEKTN., De fruct., 1, 518), le C. bacillaris L. FIL. (Suppl., 251 .
DC., Prodr., n. 15. Catharlocarpus Bacillus LiNf L., in Bot. Reg., t. 881), le
C marginata ROXB. (Cat. HorL calc., 51 (nee W.). -- C. javanica HASSK.,
>iec L.), le C. timorensis DC., etc , etc.
CASSE. 9
En dehors des cspeces de cette section, beaucoup d autres serveut a divers
usages medicanx, mais aussi dans leur pays natal. Dans 1 Asie tropicale, le C. So-
phera L. (Spec., 542. -- DC., Prodr., n. 31. - - MER et DELEJXS, Diet. Mat.
med., II, 130. ROSEMTH., Syn., 1058. -- H. BH, Hist, des pi., II, 160) sert
au traitement des fievres, des dartres. C est une espece astringente. A Maurice,
ses graines s emploient pour la teinture, sous le noni de graines de Gassier. L J
C. ylauca LAMK (Diet, encycl., I, 647. -- DC., Prodr., n. 67. -- C. surattensis
BURM., Fl. ind., 97), autre espece asiatique, se prescrit contrela goutte, la fievrt 1 ,
le diabete, etc. (MER. et DELENS, Diet. Mat. med., II, 129). Le C. auriculata L.
(Spec., 542. DC., Prodr., n. 79. AIMSLIE, Mat. medic, ind., I, 162; II,
32) sert au traitement du diabete, de lachlorose, des ophthalmies. Le C. occiden-
talisl. (Spec., 539.-- MER. et DEL., Diet. Mat. med., II, 130. -- LINDL., Fl.
med., 201), donne la racine de Fe dcyose du Bresil, remede excellent centre Ja
strangurie, 1 erysipele des jambes, etc. Le Dartrier, on C. Hirpetica L. (Spec., 54 1 .
Senna alata ROXB.), remarquable par lesquatre ailes longitudinales que porte
sa gousse; et dont deux repondent aux suture?, jouil, en effet, d une grande repu
tation comme antiherpetique dans tous les pays cliauds. Le C. Absus L. (Spec.,
537. MER. et DEL., Diet., II, 127), espece africaine, autrefois celebre, produitlcs
graines de Chichim ou Tchechum, semences astringentes, employees sur les bords
du Nil dans le traitement des ophthalmies. Le C. Akakahs ROYLE donnerait aussi
des graines de Chichim. Les Cassia employes en medecine, sont si nombreux
qu outre ceux que nous avons enumeres, on en compte encore une vingtaine d es-
peces pour [ indication desquelles nous ne pouvons que renvoyer aux ouvrages spe-
ciaux, notamment a la partie relative aux usages deces plantes, dans noire Histoire
desplantes (tome III, p. 158-161). H. BN.
TOURNF.FORT, lust. Bei herb., 619, t. 592.- LINNK, Gen., n. 514, GJSRTN., De fruct., II,
513, t. 146, 147. COLLADON, Monogr. des Casses. Munlpell., 1816, in-4, cum icon. VOGEL,
Syn. gen. Cassise, in Linncea, XI, 051. ENKL., Gen. plant., n. 6781. BENTH. et J. HOOK.,
Gen. plant., 571, 1005. H. BAILLON, Hisloire des plantes, II, 122, 158, fig. 92105.
II. Emploi medical. Purgatif exotique fourni par la pulpe des gousscs
de la casse officinale (cassia fistula, L.). On connait de ce medicament des sortes
dilferentes, designees suivant leur provenance geographique, sous les noms de
casse d Egyple, du Levant, des Antilles, etc. La pulpe de la casse, melee aux
graines, est contenue dans des loges interceptees par les cloisons liorizontales de
la gousse. Pour 1 obtenir pure, on la fait passer par expression a travers un tamis
de crin, et on la conserve pour l u?age medical dans des vases bien i ermes, autant
que possible pleins, et lenus au sec pour eviter la fermentation et le passage a
1 aigre. On a constate, en effet, que la casse alteree de cette fac,on produisait des
llatuosites et des coliqnes.
La casse est un bon purgatif dont 1 effet est sur et se produit d ordinaire sans
trouble. II jouait jadis un role considerable dans la medecine ; le compte de M. Fleu-
rant en fait 1 oi ; mais il est bien dechu aujourd hui. La casse etait le pnrgatif des
enfants,.et des gens irritables et debilites en meme temps. Le philosophe de Fer-
ney, qui en avail besoin a ce double litre, en faisait un usage tres-habituel, et oa
connait le vers de Delille a ce propos :
La casse prolongea les vieux jours de Voltaire.
Ou n y a plus guere recours maintenant, et il y a certainement des medecins
de notre generation qui ne 1 ont jamais prescrite. Nous avons plus de drastiques
10 CASSERIO.
que de laxatifs d ime action biea sure, et il y aurait lieu, sans doute, de rendre a
la casse une pnrtie de son ancienne vogue.
On 1 associait tres-souvent a d autres medicaments, a la manne surtout. Le
melange de ces deux substances donne un tres-bon laxatif.
La marmelade de Tronchin etait un electuaire fort en vogue au dix-huitiemc
siecle, et qui se donnait dans les affections catarrhales, lorsque 1 indicatiou de
purger se presentait. Get electuaire se composait de casse, de manne en larnies,
d huile d amandes douces et de sirop de capillaire a des doses egales de 60 gram
mes. On le prenait par cuilleree a cafe, d beure en heure, jusqu a effet purgatif.
La confection Hamech etait une de ces drogues complexes comme les affec-
tionnaient les medecins du vieux temps ; elle ne contenait pas moins de vingt-six
substances, dontbeaucoup etaient d action insignifiante ou discordanle. La manne,
la casse, le tamarin, la scammonee, la rhubarbe en etaient les elements purgatifs.
Elle se donnait a la dose de 30 grammes.
Le lenitif (voy. LENITIF) etait une confection dans laquelle entraient, avec la
casse, le sene, la mercuriale, le tamarin, etc. Le catbolicum etait un melange
assez analogue. Us sont inusites aujourd hui.
La pulpe de casse brute ou en noyaux n est pas employee. On se sert de la casse
mondee, ou extrait de casse, a la dose de 15 a 45 grammes chez l adulte.
FONSSAGRIVES.
CASSEAUX. On appelle ainsi des cylindres de bois, divises, suivant leur
longueur, en deux unites egales, et qui servent a exercer une compression iorte
et soutenue. Cbaque demi-cylindre est quelquefois creuse d une rainure pour re-
cevoir un caustique.
Les casseaux sont surtout employes en medecine veterinaire, particulierement
pour le cristallin. D.
CASSEBOHM (JEAN-FREDERIC). Ne a Halle, au commencement du dix-bui-
tieme siecle. II professa 1 anatomic d abord dans sa ville natale (1758), puis a
Berlin ; c est la qu il mourutle 7 fevrier 1745. II se recommande particulierement
parses etudes anatomiques patientes ctsoignees. On cite surtout, avec juste raison,
ses travaux sur l oreille,et qui ont ete publics avec ce titre :
I. Tractatus quatuor anatomici de aure hiimana, tribm figurarum tabulis illustrati.
Halre Magdeburgicfe, 1754, in-4". IF. Tractatus qitintus anatomicus de aure human a, cui
accedet tractatus sextus anatomicus de aure monstris humani. Cum tribus figurarum tabulis
et indice tarn, horum duorum quam quatuor priorum tractatuum, ante annum de aure hu-
mana edilorum. Halse Magdcburgicffi, 1754. Le tout en 1 vol. in-4. III. De differentia
foetus et adulti analomica. Halle, 1740, in-8. IV. Met/wdus secandi et contcmplandi cor-
poris humani musculos. Halle, 1739, in-8. V. Methodus secandi viscera. Halle, 1740. in-8
A. C.
CASSERIO (JULES). NeaPlaisance (Italie) en 1545, mort a Padoueen 1616.
Casserio ou Casserius, est une des gloires de 1 anatomie et il appartient a cette
pleiade d anatomistes qui illustra le seizieme siecle, les Vcsale, les Colombus, les
Fabrice, les Ingrassias, les Yarole, etc., etc. Comme tons ces maitres, Casserio se
livra a d incessantes dissections et, rompant avec ranatomie de Galien qui etait
celle des ecoles, il ne demanda qn a la nature seule les secrets dela nature. Tons
ses travaux, toutes ses descriptions sont faits le scalpel a la main, et c est ainsi
qu il prepare les materiaux de ces plancbes magnifiques, presque aussi belles que
celles qui ornent 1 ouvrage de Vesale, et qui sont 1 oeuvre de trois artistes de merite,
GASSIUS. H
Joseph-Charles Meuser, Edmond Piculatti et Francois Vallerio. Malheureusement,
les descriptions anatomiques laissent a desirer et ne peuvent pas etre comparees
aux ma<mifiques planches qu elles acqompagnent. II falhit a Casserius pour arriver
a de semblables resultats un rare merite et un admirable courage. Ne dans la plus
humble des positions, il se fit le domestique de Fabrice d Aquapendente. La, sans
doute travail lant, cherchant a s instruire, il fut remarque par son maitre qui
le mit au nombre de ses eleves. II se distingua bientot entre ceux-ci et fut
charge de la preparation des pieces anatomiques qui servaient aux demonstrations
de Fabrice; et lorsque, fatigue par son grand age, celui-ci songca a quitter sa
chaire, c est a Casserius que le senat de Venise la confia en 1609. II 1 occupa sept
aiis, maisiln enfut jamaisle vrai titulaire, car il mouruta peine age de soixante
ans, avant Fabrice d Aquapendente. Les travaux les pl,us originaux de Casserius sont
ceux qu il a entrepris sur les organes de la parole et de 1 oui e, et c est lui qui a
decouvertlemwsc/e externe du marteau. On lui altribue a tort ladecouverte d un
muscle du bras, cottnu sous le nom de perfore de Casserius; Fallope 1 avait vu
avant lui. On a de Casserius :
I. De vocis auditmque organis historia anatomica, tractatibus duobus explicata, ac vfirii.t
iconibux cere excusis illustrata. Ferrare, 1600, in-fol. Venise, lt>07, in-fol. II. Penta--
stheseion, hoc esl de guinqtie sensibus liber orrjanontin fabricam, actioncm et usum conli-
nens Venise, 1609, in-fol. Franclbrt, 1610, 1612, 1622, in-fol. 111. Tabula anatomica;
LXXVIII, cum supplemento XX tabularwn Dan. Buci elii, qui et omnium cxplicaliones edi-
clit.\ enise, 1027, in-fol. Francfort, 1652, 1650, 1707, in-4. IV. Tabula; de formato fcetu.
Amsterdam, 1645, in-fol. II. MR.
CASSIE. Nom vulgaire desfleurs de 1 Acacia (Vachellia) Farnesiana (voy.
ACACIA).
CASSIME. On a designe sous ce nom un grand nombre de plantes qui appar-
tenaient a des genres differents, surtout aux Elceodendron. II n y a qu un Gas-
sine veritable, Celastracee du Cap, a fleurs pentameres et a fruits drupaces ; c est
le C. Maurocenia L., dont le bois est tres-elastique, sert aux luthiers et aux
ebenistes, et dont le fruit peu charnu est comestible , mais des plus mediocres.
Les C. medicinaux sont le C. Peragua WILL., qui est Yllex vomitoria AIT. (voy.
Houx), et le C. Peragua L. (nee MILL.), qui est I llex paraguaiensis A. S. H.
(voy. Hoox et MATE). II. BN.
L., Gen., n. 371. HARV. et SOND., Fl. capens., I, 465. MER. et DEL., Diet. Mat. med.,
II, 131. ROSEMH., Syn. pi. cliaphor., 795.
(CHIMIE). Caventou a donne ce nom a un principe amer extrait
du Cassia fistula, soluble dans 1 eau et dans 1 alcool.
ASSIS. Nom vulgaire du Ribes nigrum (Voy. GROSEILLER).
II y a tres-probablement deux medecins grecs qui portent ce
nom : Tun, cile par Celse, puis par Andromaque, d aprcs Galien, par Scribonius
Largus; plus tard par Aetius; 1 autre, appele iatrosophiste, et auquel on atlribue
des Problemes medic aux ; quant a Cassius Felix, nous en parlerons tout a
1 heure. Celse (I, Procem., p. H, de mon ed. ; Leipzig, 1859) dit de Cassius
que c etait un medecin tres-ingenieux, et qu il vivait de sou temps (inyeniosis-
simus sceculi nostri medicus quern nuper vidimus) ; il le loue plus que de
raison peut-etre d avoir reconnu, chez un homme ivre, que la fievre et la soil
12 CASSIUS.
extreme dependaient de la trop grande quanlite de via ingeree, et d eri avoir
conclu qu il fallait lui administrer de 1 eau froide en abondance pour bnser la
force du vin. Le meme Celse (v, 25, 12 ; et iv, 21) rapporte aussi la composition
d un medicament que Cassius se glorifiail d avoir invente contre les douleiyrs du
gros intestin. On appelait ce medicament Colice Cassii, et on 1 employait aussi
bien a 1 interieur qu a 1 exterieur. Andromaque (votj. Galien, Sec. locos, rx, 4,
ed. de Kiihn, t. XIII, p. 276 et 286) donne trois formules des x&Awai de Cassius;
elles ne different pas notablement de celle qui se trouve dans Celse. Soranus
(Coelius Aurel., Chronic. IV, vn, p. 550) indique, sous le nom de Cassius, un
medicament colique, dans lequel entrait le gingembre, et qu il appelle, a cause
de cela, Diagenyibereos ; d ou Ton voit qu il differait de ceux qui sont decvits par
Celse et Andromaque, car le gingembre n y figure pas. Scribunius Largus (De
compos, med., comp. 120) reproduit a pen pres la formule de Celse; mais il
ajoute ce reuseignement, qu il tenait la formule exade de 1 esclave meme de Cas
sius, esclave nomme Alimete, et qui avait la charge de preparer le medicament
pour Tibere. Un tel renseignement est d autant pins precieux, qu il Concorde avec
celui de Celse snr 1 epoque ou vivait Cassius. D un autre cote, il confirme 1 opinioii
deceux qui, avec juste raison, suivant moi, pensent que Celse ecrivait dans les
premieres anuees du premier siecle. Le meme Scribonius cite encore (comp. 176)
un antidote de Cassius contre toute espece de poison, de morsure ou de blessuie
vt neneuse.
Les bistoriens et les biogvaphes meutionnent a peine ce Cassius, le seul, ce-
pendant, sur lequel nous ayons quelque chose de certain; on le confond generale-
ment (Daniel Le Clerc, entre autres, et par de mauvais arguments) avec Cassius
Tiatrosophiste, ou meme avec Cassius Felix. Gessner, au contraire, estd avis qii on
doit distinguer ces trois auteurs. Cassius 1 iatrosophiste n est connu que par un
recueil deproblemes (Qucestiones medicce et naturales), publiees en grec. Paris,
1541 ; Lugd. Batav., 1595; Berolini, 1841, dans la Collection de Ideler (Physici
medici et graeci minores) ; en grec et en latin, Tiguri, 1562 ; Lipsias, 1553; en
latin, 1541 ; et souvent avec les Problemes d Aristote. Ces Problemes sont au
nombre de quatre-vingt-quatre ; et quoique les reponses soient souvent empruntees
a la doctrine humorale, il n en est pas moins vrai, cornme 1 a remarque Daniel Le
Clerc, que Cassius se conforme volontiers aux opinions d Asclepiade, soit qu il le
cite, soit qu il tire tacitement ses demonstrations du systeme de ce medecin. Les
Herophileens, les meiliodiques et Andreas de Caryste, sont egalement mentionnes
dans les Problemes. On ne saurait assignor une epoque certaine a la redaction de
cet ouvrage; on pent croiie neanmoins, soit d apres le style, soit d apres la nature
des questions et dcs reponses qui y sont faites, soit enfin d apres les auteurs cites,
que ce Cassius appartenait encore aux bons temps, et que ce n est pas un byzan-
lin, comme quelques-uns 1 ont pense. Comme nulle part il ne parle de Galien, il
estpermis de supposer qu il vivait soit avant ce medecin, soit de son temps.
Void 1 enonce de quelques-uns des Problemes : Pourquoi les ulceres rondssont-
ils plus difliciles a guerir que les autres? Pourquoi les extremites et les parties
creuses sont-elles plus que les autres exposees aux ulceres rongeants? Pourquoi
les bydropiques sont-, Is si alteres, quoique les iiquides suraLondent en eux?
Pourquoi, dans les (ilaies de tete assez prolondes pour que les membranes soient
atteintes, les blesses sont-ils pris de convulsion et meurent, quoique la plaie
marche regulierement vers la cicatrisation? Pourquoi la chaleur du charbon, et
non ccllc du bois, porte-t-elle a la tete? Pourquoi les pterygions sont-ils frequents
chez ceux qui travaillent au bord de lamer? Pourquoi dans les combats les bles
ses lombent-ils du cole ou ils sont alteints? Pourquoi les monstres sont-ils idiols?
Pourquoi la terre blanche est-elle moins feconde que la noire? 1 ourquoi chez Jes
indiviclus mordus pnr un chien enrage observe- t-on 1 horreur de 1 cau, la retrac
tion des parties genitales, les convulsions et le delire?
D apres Labbe (Biblioth. mcmuscriptor .) ]e Codex regius 1125 contiendrait
une traduction latine des Problemes de Cassius, qu il identifie avec Cassius Felix;
mais ce Codex regius 1125 n esl aulre que le manuscrit qui porle aujourd hui
leh6H4. Ce manuscrit, quej ai copie entierement, ne renferme pas les Pro
blemes de Cassius 1 iatrosophiste, mais le Traite" de me decine, la Practica, de
Cassius Felix, traile inedit, et qui existe egalement, mais mutile dans un ma
nuscrit de la bibliolheque de 1 universite de Cambridge, on personne n avait soup-
conne sou existence, pas plus, du reste, qu on n avait songe a verifier 1 assertion
du P. Labbe et a examiner le manuscrit de Paris.
Cassius Felix, originaire d Espagne, appartient a cette riombreuse serie de mede-
cins neo-latins, qui debute a la fin du cinquieme siecle. apres J.-C. Son livre a ete
ecrit, sous les consuls Ardebius et Asclepius, vers 474 ; il appartenait a la secte
logique, c est-a-dire, a la secte dogmatique ou encore galenique. Le (exte que nous
posscdons n est pas une traduction directe et litterale d un texte grec original,
comnie semblerait le faire croire le titre qui est place en tele du manuscrit, car
1 auleur nous avertit lui-meme, dans une couite preface qu il a tiree, en 1 abre-
geant, etmise en latin, la doctrine des auteurs grecs touchant les maladies a capite
ad calcem. Ce traite comprend environ cent chapitres ; il a joui d une grande
autorile an moyen age ; on en rencontre des traces dans divers auteurs, mais plus
specialement dans Simon de Genes (1270-1503), en sa Clavis sanationis, et dans
Mattha3us Silvaticus (vers 1317), en ses Pandectce medicinal. II se trouvait aussi
parmi les livres qui composaient la bibliotheque de Furnival. II est evident que
les nombreuses citations de Simon se rapporlent an texte que j ai copie, puisque
yy ai rencontre toutes ces citations. Quant a celles de Matthaeus, elles sont tirees
d un livre de Matiere me dicale, sur lequel je n ai pas encore pu mettre la main.
On voit, d apres les Pandectes, qu il etait, malgre la persistance de mes recher-
ches, question, dans ce livre, de la description des substances medicamenteuses,
et, en parttculier, des plantes, de leurs proprietes essentielles, de leurs vertus me-
dicales, de leur provenance. II est a souhaiter, a en juger par les extraits qu en
fournit Matthaeus, qu on puisse decouvrir ce traite dans queique bibliotheque.
Simon, dans son prologue, dit que la Practica de Cassius etait divisee en deux
livres, mais je n ai pas vu cette division dans les manuscrits; peut-etre le second
livre etait-il precisement le traite de matiere medicale ou Antidotaire, auqui l
Mattha3us a fait des emprunts. CH.
CASSIL S (ANDRE). Lorsqu on verse de 1 hydrochlorate de proloxyde d etaiu
dans une dissolution d hydrochlorure d or, on obticnt en precipite une pouiire
d un beau violet qui porte encore aujourd hui le nom de pourpre de Cassius, en
1 honneur du medecin alcliimiste qui 1 a decouverte. Ce medecin est Andre Gas-
sins, qui vivait dans la seconde moitie du dix-se[)tieme siecle, et qui, natif de
Schleswig, exerca a Hambourg. On ne sait pas 1 epcque de sa mort. On peut assurer
seulement que son frere, Chretien Cassius, fut chancelier de 1 eveque de Lubeck
et qu il mourut le 6 octobre 1676. Andre, qu on assure encore avoir invenle { es
sence de bezoard, medicament bizarre prepare avec des concretions Lrouvees dans
1 intestin de plusieurs animaux et si preconise autrefois comme le plus puissant
preservalif de la peste, a laisse les deux ouvrages suivants, ranges parrni les
simples cnriosites bibliographiques :
I. De triumviratu intestmali cum suis effervescentm. GroningEe, 1668, in-4. - H. Ds
extremo illo et perfcctissimo natures opificio, ac principe terrenorum sidere, auro, de ad-
miranda ejus natura, yeneratione, affectionibus , effectis, atque ad operaliones artis habi-
tudine, cogitata. nobilioribm experimentis illustrata. Hambourg, 1865, ia-8. A. C.
CASSIKS (POURPRE DE). Voy. OR.
CASSONNADE. Voy. SUCRE.
CASSUtJOlJLS (EAU MINERALS DE), athermale, bicarbonatee ferrugineuse
faible, carbonique /brte,dans le departementdel Aveyron, dans 1 arrondissement
d Espalion, emergent plusieurs sources d une composition chimiime a peu pres la
meme. line seule, dont le debit est plus important que celui de toutes les autres
et dont 1 eau claire et limpide, quoiqu elle laisse deposer sur les parois.de son
bassin une couche epaisse de rouille, a ete analysee par M. Ossian Henry qui a
trouve dans 1,000 grammes les principes suivants :
Bicarbonate de protoxycle de for 0,086
chaux et magnesie 0,050
Crenate de fer traces
Ghlorure de sodium 0,060
Se) do potasse traces
Sulfate de chaux, silice, alumine. 0,074
Manganese, principe arsenical (dans le depot) traces
TOTAL DES MATIERES FIXES 0,"250
Acide carbonique libre . . i /3 du volur
Azote traces.
La composition elementaire de 1 eau de la source principale de Cassuejouls
montre qu elle est plus chargee de principes bicarbonates et crenates ferrUgineux
que la plupart des sources connues ; aussi son gout chalybe est-il tres-prononce
et indique-t-il qu elle est martiale au premier chef. Elle est aussi tres-gazeuse et
des builes nombreuses la traversent sans cesse. Ses effets physio! ogiques et thera-
peutiques sont ceux de la classe des eaux a laquelle elle appartient, c est-a-dire,
qu elle est tonique, excitante et remarquablement analeptique. Elle est employee,
en boisson seulement, par les habitants du pays etprincipalemeut par ceux qu une
anemic profonde ou vine chlorose confirmee forcent d avoir recours a une medica
tion reconstituaule.
La dure e de la cure est de 20 jours a un mois.
On n exporte pas encore 1 eau ferrugineuse carbonique de Cassuejouls. A. R.
CASSLi lUM. Voy. ANACARDE, ANACARDIER.
CASSYTIIA. Genre de plantes, de la famille des Lauracees, qui a donne son
nom a une tribu des Cassythees, elevee par maint auteur au rang de famille dis-
tincte. Les Gassytha ont, il est vrai, tout a fait la fleur d une Lauracee, avec trois
sepales, trois pelales alternes et douze etamines a antheres valvicides, disposees sur
quatre verticilles. Mais leur port est tout a fait different; car ce sont de petites her-
bes parasites dont les tiges, greles et cylindriques, souvent filiformes, s attachent aux
plantes voisines, comme celles des Guscutes, dont elles ont tout a fait la physiono-
mie. Les fleurs lemelles ou hermaphrodites des Gassytha (car elles sont polygames)
ont un receptacle en forme de coupe qui grandit et s epaissit autour du fruit, au-
CASTELJALOUX (EAU. MIKERALE DE). 15
tour duquel il forme une indusie cbarnue et bacciforme. Le fruit lui-mcme et la
graine sont constvuits comme dans les Lauracees-Cryptocaryees. Les Cassytha ha-
bitent toutes les regions tropicales du globe. An Senegal, on emploie comme me
dicament le C. filiformis. D apres les Transactions philosophiques abregees (I,
187), on prend un petit gobelet, matin et soir, d un medicament prepare avec
cette plantebroyee avec du beurre, contre les fortes ardeurs d urine et la gonor-
rhee. En Gochinchine, les Cassytha sont egalement recherches comme depuratifs
etantiveneriens. H. BN.
L, Gen., n. 505. G.ERTN., De fruct., II, 135, t. 122. ENDI.., Gen., n. 2067. MER. et
DEL., Diet. Mat. med., II, 152. LISDL., Vcgct. Kingd., 538, fig. 367. I IOSENTII., Sijn.
plant, diaphor.,%31, 449. II. BAILLON, Hist, des plantes, II, 444, fig. 264-268; 483, n. 48.
CASTANEA. Voy. CHATAIGNIER.
CASTEL (Louis). Ne dans le departement du Lot vers 1770, il fit ses etudes
medicales a Paris, ou il prit le doctoral en 1803, et fidele aux anciens usages,
dont il devait si pieusement conserver la tradition, il soutint sa these en latin.
Apres avoir occupe les fonctions de chirurgien principal aux armees, il revint se
fixer a Paris, et se livra a la pratique et a des travaux d erudition et de philo
sophic medicale. Son attitude a 1 Academie de medecine, ou il eta it entre en
1825, etait celle d un docteur regent de la \ieille Faculte qui, tout imhu des
doctrines des siecles passes, se serait trouve, nouvel Epimenide, jett , apres un
long sommeil, au milieu du mouvement de renovation accompli de nos jours.
Appuye sur une physiologie purement speculative, il opposaitune invincible resis
tance aux idees modernes. La methode experimentale avail surtout le don d exciter
sa verve sarcastique, et de provoquer de sa part des appels incessants au genie des
anciens, les seuls guides qu il voulut reconnaitre. Gastel savait, du reste, conser
ver dans toules les discussions, un ton de courtoisie parfaite, aiguisee seulement
par quelques pointes ironiques. Ce savant, a la physionomie si originale, mourut
a Paris le 15 septembre 1852, a 1 age de quatre-vingt-deux ans, un mois apres
avoir subi 1 operation de la lithotritie.
Ses idees, ses principes ont ete exposes et developpes dans les ouvrages ou arti
cles suivants, les principaux qu il ait publics :
I. Analyse critique ct impartiale de la nosographie philosophigue de Ph. Pinel. Paris,
an VII, in-8". II. De ast/imate. Th. de Paris, 1805, n 210, in-8. III. Quelques re
flexions sur le typhus. In Journ. gen. de med. t. XLIX, p. 571; 18. IV. Excmple de
manie depcndanie d une affection chronigue des poumons. Ibid., t. LVI, p. 5i ; 18. V. De
I action du cerveau et de quelques experiences sur le principe de la vie et des fausses conse
quences qui en ont ete deduites . In Journ. complementaire des sciences medicales, t. I,-
p. 195; 1818. VI. Refutation de la doctrine medicale de M. le docteur Broussais. Paris,
1824, in-S. VII. De la contagion dans les affections febriles. Paris, 1829, m-S". VIII.
Considerations sur i irritabilite et la contractilite. Paris, 1858, in-8. IX. Les bases p/tij-
siologiques de la medecine. \ par lie contenant la refutation de la doctrine de C/i. Bell et
I explication, etc. Paris, 1842, in-8. 2 e edit., sous ce litre : Expose des atlributs du systeme
nerveux; refutation de la doctrine de Ch. Bell et explication des phenomenes de la para-
lysie. Paris, 1845, in-8. Nomfcreux Rapports et discours dans les bulletins de 1 Academie
de medecine. E. Ben.
CAST ELJALOUX (EAU MiNERALE DE) , athermale, bicarbonatee et crenatee
ferruyineuse, carbonique moyenne, dans le departement de Lot-et-Garonne, dans
1 arrondissement et a 28 kilometres de Nerac, est un chef-lieu de canton peuple
de 1,800 habitants, ou emerge une source nommee source Levadou dont 1 eau
alimeate un petit etablissement. Cette eau est claire et limpide, elle laisse depo-
16 CASTfcLLAMAl.^ ^i uinui.i IKAUX MINERALES DE).
ser, au contact de 1 air, un precipite ocrace qui revet les parois internes de son
bassin de captage qu il faut souvent nettoyer, si Ton veut conserver la transpa
rence de 1 eau. Elle n a d autre odenr que celle de son principe ferrugineux et de
son gaz dont les bulles assez nombrenses et assez grosses la traversent avant de
venir s epanouir a sa surface ; elles se fixent en perles brillantes sur les parois des
vases qui la contiennent. Son gout est franchement cbalybe, elle lougit au pre
mier moment les preparations de tournesol qui ne tardent pas a revenir a leur
conleur natnrelle. Sa temperature est de 12, 8 centigrade; sa densite n est pas
connue. M. Ossian Henry a trouve dans \ ,000 grammes de 1 eau de la source
Levadou les principes qui snivent :
Bicarbonate de chaux 0,450
et crenale de tcr. 0,048
manganese 0,005
Sulfates de soudc et de cliaux traces
Chlorure de sodium
magnesium 0,023
calcium
Silicates de soude et de chaux 0,011
Silice 0,080
TOTAL DES MATIEHES FIXES 0,619
Gaz aeide carbonique libre quantite indeterminee.
Malgre les quatre baignoires de 1 etablissement mineral de Casteljaloux, les
eanx de la source Levadou sont presque exclusivement employees en boisson par
les chlorotiques et les anemiques de la contree. A. R.
CASTELL. (P.) Pbysiologiste allemand qui vivait au milieu du dix-buitieme
siecle et qui ne nous est guere con mi que par la mention que fait de lui le grand
Mailer, son maitre. Dans sa dissertation inaugurate, Castell reproduit les nom-
breuses experiences a 1 aide desquelles Haller a demontre 1 insensibilite des parries
fihreuses : il a etudie le mode de cicatrisation des tendons, etc. Voici le titre de
cette dissertation soutenue a Goettingue en 1 755 : Experimenta quibits constitit,
varias corporis humani paries sentiendi facultate carer e. Ce travail a ete reim-
prinie dans la Collect, des Th. de chir. de Haller, t. V et dans le t. II du Recueil
sur I irritabilite, elc, Lausanne, 1760, in-12. E. BCD.
CASTELL&MARE DI TABIA (EA.UX MINERALES DE), protothermales , chlont*
re es sodiques fortes ou Ucarbonatees fermyineuses faibles, ou sulfure es faibtes,
carboniques faibles. En Italie, dans le royaume et a 25 kilometres de Naples,
(Marseille, Naples d ou un cbemin de fer conduit en 57 minutes.) I! faut 20 mi
nutes a pied pour se rendre de la gare a I etablissement de Gastellamare, on tra
verse toute la ville en longeant le bord de la mer qui constitue la pai tie orien-
tale du golfe de Naples. Gastellamare di Stabia est une sous-prefecture peuplee
de 25,000 habitants, situee a 2 metres seulement au-dessus du niveau de la mer,
batie au pied des Apennins Campaniens qn on designe sous le nom de Monte
Aureo, aux limites de la vallee bordee par le Vesuve. La montagne s incline a
droite en suivant les sinuosites de la cote de sa base a sa cime, elle est recouvei to
d arbres verts parmi lesquels dominent les Grangers et les citronniers, et elle
protege completement la ville des vents du sud-ouest. La temperature moyennc
des rnoisde la saison minerale qui commence le l er juin et finit le l er septembre,
est de 28", 8 centigrade. Toutesles sources emergent a la partie occidentale de la
ville, elles &ont au nombre de quatorze et se divisent en trois gronpes dont le
CASTELLAMAKE 1)1 SlAblA (EAUX MINERALES DE). 17
premier est exterieur, le deuxieme dans la ville et le troisieme dans 1 interieur cle
I etablissement de bains.
A. Le groupe exterieur se compose de deux sources qui se nomment solfurea
del Mnraglione (sulfuree du grand mur) et solfurea nnova del Muraglione.
A 100 metres de I etablissement, sur un plan un peu inferieur a la roule de Vico,
en face du mur de la chaussee de Pozzano, a etc construite la maisonnette qui
abrite les griffons de ces deux sources. Leur eau est opaline, d une odeur sulfu-
reuse, cello de la source solfurea a un gout plus hepatique et surtout plus sale,
celle de la solfurea nuova contient une plus grande quantite de floconsd un blanc
grisatre produits par de la baregine et des fleurs de soufre. Des bulles gazeusos
assez grosses viunnent de temps en temps s epanouir a la surface des deux bassins
et surtout au centre decelui de la solfurea nuova. La reaction de 1 eau des deux
sources est faiblement alcaline ; la temperature de la source solfurea est de
18 centigrade et celle de la solfurea nuova de 19, 2 centigrade. La premiere a
unedensitede l,006et la seconde de 1,0186. Nous donnons apres la description
de 1 acqua ferrata del Pozzillo, celle de 1 analyse de toutes les sources de Castella-
mare di Stabiu dont la composition est connue.
B. Les sources de Yinte rieur de la ville sont au nombre de trois qui se distin-
guent ainsi : I acqua ferrata di Magliano, Yacqua acidola o acelosella (eau aci-
dule ou acidulee) dite aussi eau de Plineel Yacqua rossa (eau rouge). La pre
miere est ainsi appelee du nom de 1 ancien proprietaire de la maison sous laquelle
est son origine ; elle emerge dans un bassin ou elle se mele a de 1 eau douce ordi
naire. Son captage defectueux est d autant plus regrettable, que les personnes
assez nombreuses qui la boivent sont forcees d enfaire usage, alorsqu elle a perdu
une partie de ses vertus par son melange avec une eau non mineralisee. Gette eau
a les memes caracteres que ceux de la source ferrata del Pozillo. Nous renvoyons
done a ce que nous allons dire de 1 eau de celte source. L analyse chimique de
1 eau di Magliano n a jamais ete faite. L acqua acidola, souvent nominee eau, de
Pline a cause de 1 inscription qui est sur la porte du petit pavilion qui abrite ses
deux griffons. Cette eau est d une limpidite parfaite, incolore, inodore, sa saveur
estpiquante et agreable, quoiqu elle ne semble coutcnir qu une petite quantite de
gaz ; sa reaction est tres-legerement acide. On ne peut guere renseigner sur sa
temperature exacte, car elle est si pcu garantie des influences exterieures que le
tbermometre indique un degre variable suivant le temps et la saison. Sa densile
est de 1,0014212. Son analyse est au tableau qui suit I acqua del Pozzillo. Le griffon
de Yacqua rossa est rec.u dans un bassin dont 1 inlei ieur est incruste de rouille,
ainsi que lefond du ruisseau qui la conduit a la mer ; c est ce qui lui a fait donner
le nom (Yeau rouge. Gette eau, dont on ne connait pas la composition exacte,
semble avoir les memes caracteres physiques et chimiques que les eaux de Ma-
gliano et del Pozzillo ; elle a seulement une efficacite therapeutique plus marquee.
Les sources inte rieures ou exterieures de la ville sont exclusivement employees
en boisson ; I acqua rossa seule est usitee en lotions sur les yeux des malades qui
souffrent d opbthalmies aigue s ou chroniques, pour la guerison desquelles elle a
une grande reputation.
C. Les griffons de I etablissement mineral sontau nombre de neuf qui s appel-
lent : 1 et 2 le acque Medie; 3 Yacqua della Spaccatetla ; 4 Yacqua della
Groticella ; 5 U Yac(jua solfurea ferrata ; 6 I acqua solforosa ; 1 Yacqua
degli Emorroidi; 8 I acqua f errata del Pozillo ; 9 Yacqua ferrata nuova.
1 et 2 Acque medie. Ges deux sources ont leurs griffons y ii metres 1 un de
D1CT. ENC. X11I. 2
18 CASTELLAMARE Dl STAB1A (EAUX MINERALES DE ).
1 autre, a droile du portique de 1 etablissement. Le captage cle cliacun de ces filets
est parfaitement distinct, et les qualites physiques et chimiques de leurs eaux
n etant pas completement les memes, il est necessaire de les decrire isolement.
L acqua media prima sort de has en haul d un rocher volcanique ; elle coule dans
un ruisseau a la surface duquel nagent des corpuscules d un blanc gnsalre, le
mur qui limite le cours de cette source et les cailloux qu elle baigne" sont recon
verts d un enduit blanchatre compose de soutre et de baregine. Cette eau est
claire dans un verre, son odeur est Jegerement sulfu reuse, sa saveur a la fois he-
patique etsalee. Elle ne semblc point etre gazeuseet pourtant des bulles viennent
de temps en temps s epanouir avec bruit a la surface de son bassin et meme du
ruisseau qui Femporte. Sa reaction est alcaline, sa temperature de 15", 1 centi
grade, celle de 1 air etant de 17 centigrade. La densite des deux sources est de
1,004622. L analyse chimique de 1 acqua media prima se trouve au tableau de
la page 20.
L aqua media seconda sort de la meme roche. Les parois et 1 aire de son bassin
sont moins colores par la baregine et par le soufre, mais a mesure que son eau
s eloigne du griffon, des filaments blancs grisatres de 2 a 5 centimetres de lon
gueur s attachent a la pierre, leur extremite libre nage dans 1 eau. Plus loin
encore, des parcelles distinctes se deposent au fond du ruisseau, elles sont con
stitutes par du soufre pur. L acqua media seconda n a point les corpuscules blan-
ehatres qui recouvrent la surface de 1 acqua media prima, mais elle entraine plus
de flocons de baregine. L eau de la source media seconda a les memes caracteres
que ceux de la source precedente, seulement son gout est moins sale et plus
agreable, sa digestion parait plus facile. Des bulles gazeuses la traversent aussi par
intervalles et viennent s epanouir avec bruit a la surface du bassin et du ruisseau
qui le continue. Sa reaction est alcaline et sa temperature de 15 centigrade. Son
eau n a point ete analysee.
Les eaux des deux sources Medie sont surtout employees a 1 interieur, ce sont
elles qui commencent le ruisseau ou les eaux de toutes les sources de Castella-
mare sont recues avant d etre conduites aux salles de bains de 1 etablissement, ou
elles arrivent completement melangees.
3 Acqua della Spaccatella. Son griffon sort de la meme roche un peu plus
au midi, que les sources Medie, et au voisinage des sources degli Emorroidi. La
conleur du sable et du gravier de son bassin n est pas la meme que celle de la
source des hemorrhoides avec laquelle elle se mele. Elle est tres-limpide, elle ne
laissesurnager aucune parcelle de baregine, aucune bulle gazeuse nese distingue a
la source, ni dans le verre ou 1 on puise son eau. Son odeur et sa saveur sont a
peine sulfureuses et moins salees que celles des sources Medie. Sa temperature au
griffon est de 14" 7 centigrade, mais il est ties-dilficile d indiquer la chaleur exacte
des eaux de Castellamare, car leur captage est si peu distinct qu elles sont toutes
plus ou moins melees entre elles. On n a point cherche sa composition elementaire.
4 Acqua delta Groticella. Elle emerge de la meme roche et a \ metre plus
has que la source precedente, Le sable et le gravier qui forment le fond de son bassin
sont colores en gris blanchatre par la glairine et par le soufre dont elle charrie
beaucoup de flocons, ils sont noirsdans les points ou le courant n ex ste pas. Son
eau se mele a celle de la source Spaccatella et de la sorgente degli Emorroidi ;
elle est tout a fait distincte de celle de toutes les autres sources. Sa temperature
est de 16 centigrade et sa reaction est alcaline. Sa densite et son analvse
J
ne sont point connues. On croit qu elles se rapprochent beaucoup de celles de
CASTRLLAMARE DI STABIA (EAUX MINEKALES DE). 19
1 eau du griffon de 1 est de la source del Muraglione, car 1 eau de ces deux
sources a a peu pres les memes effets physiologiques et therapeutiques.
5 Acqua solfurea-ferrata. Son eau se mele avec cclle des deux sources
Medie des bassins desquelles elle est separee par une pierre trop basse et mal
scellee. II est tres-difficile de dire alors quels sont ses caracteres physiques et
chimiques. Quoiqu il en soit, sa surface est recouverte de flocons debaregine qui out
emprisonne dans leurs mailles une certaine quantite de soufre sublime; elle est
onctueuse au toucher ; des bullcs gazeuses plus grosses et plus abondantes la tra-
versent assez souvent. Elle ri est pas completement limpide lorsqu on la recueille
dans unverre, des corpuscules opaques sont suspendus et alterent sa transpa
rence. Son gout n est pas le meme que celui des sources Medie, quoique ces
sources soient presque melees ; il est a la fois beaucoup plus hepatique et plus
chlorure, mais nullement ferrugineux. Sa reaction est alcaline et sa temperature
est de 16 centigrade. Sa densite est de 1,004.622 ; son analyse chimique est an
tableau qui suit la description de la source del Pozzillo.
6 Acqua solfurosa. Son griffon est a 5 metres de celui de la source prece-
dente. Les sables et les pierres du fond de son bassin sont teints en rouge lilas.,
probablement par les principes ferrugineux et manganesiens qu elle tient en dis
solution. D autres corpuscules, d un blanc nacre rappelant des cristaux de cam-
phre, semblent a 1 oeil des matieres solides ; on s apergoit quand on les
louche qu ils sont composes debaregine dont ils out 1 oncluosite. Cette substance
blanche est assez lourde pour ne pas surnnger ; pour ne pas etre en suspension
dans J eau, elle occiipe la partie inferieure de 1 aire de la fontaine. D autres flocons
de baregine grisatre alterent la transparence de 1 acqua solfurosa. Elle n a pas
d odeur ; sa saveur n est aucunement ferrugineuse, mais elle est un peu sull u-
reuse; sa reaction est alcaline et sa temperature de 15, 1 centigrade. Elle ne
parait contenir aucune bulle gazeuse. L acqua solfurosa n a point etc completement
analyses, les essais tentes en 1 857 par un chimiste dislingue, M. Tommaso sant Elia,
lui ont appiis que cette eau renferme des principes de la meme nature, mais en
proportion unpeu moinilre que les autres sources de Castellamare cli Stabia.
7" Acqua degli Emorroidi (eau des Hemorrhoides). Elle sort du meme rocher a
2 metres plus bas que la precedente. Le fond de son bassin distinct, quoiqu il com
munique avec celui de 1 eau sulfureuse, a un aspect a peu pres pareil a celui de
1 acqua solfurosa, seulement les crislau.v de la baregine sont plus gros et plus
blancs ; la substance violacee, qui ressemble beaucoup a une conferve particu-
liere, est un peu moins abondante que dans. 1 eau sulfureuse. Celte eau ne dif-
fere de 1 acqua solfurosa que par sa temperature qui est de 16 centigrade, elle
n a point e le analysee.
8 Acqua ferrata del Pozzillo (eau ferrugineuse du Petit puits). Elle emerge
sous une grotle taillee dans la roche. Le sable de 1 aire de son bassin est noir et
quelquefois teintedejaune, de 1 ocre rougeatre parfaitement reconnaissable tapisse
le lit du ruisseau surlout a 3 metres du griffon. Des bulles gazeuses formant cha-
pelet viennent, a intervalles assez rapproches, s epanouir a la surface de 1 eau.
Elle ne se dislingue des autres sources que par sa saveur piquante et ferru<nneuse
sa reaction est legerement acide et sa temperature de 15,1 centigrade. Sa densite
est de 1,004,977. I/analyse chimique de 1 eau des sources de 1 acqua solfurea,
de 1 acqua acidola, de 1 acqua media prima, de 1 acqua solfurea-ferrata, de 1 ac
qua ferrata del Pozzillo, a ete i aite en 1855 par MM. les professeurs Sementini,
Vulpes et Gassola qui ont trouve dans 1000 grammes les principes suivauts :
20
CA.STELLAMA.RE DI STADIA (EAUX MINERALES DE).
ACQIJA
SOLFUF.EA
5,8507
calcium
0,8277
magnesium
0,4248
Bicarbonate de souje
0,8246
magnesie
0,3125
I ll.UIX
0,3906
fer
Sulfate de soude.
0,6250
magnesie
0,2604
Acide silicique combine aux oxydes de
calcium, de magnesium et de fer. .
0,2777
Bromure, iodure,
sulfures de calcium,
faibles.
de magnesium.
Oxyde de fer, de
manganese, alumine
traces.
et maliere organique
ACQUA
ACIDOLA
0,4029
0,1463
0,1408
0,0160
0,2190
0,2010
0,1-200
0,0500
traces.
ACQUA
MEDIA
PIUMA
2,5207
1,0502
0,5416
0,2697
0,1562
0,9375
0,5255
0,1628
traces.
ACQDA
ACiJUA
FEIIRATA
iOLFUr.EA
PEL
PER II ATA
POZZILLO
4,1015
1 ,5350
0,5545
0,5505
o ,5770
0.6320
0,1025
0,2100
0,2090
0,1100
0,0015
0,0180
0,5050
0,3200
0,1045
0,4455
traces.
0, (JO
faibles.
I races.
Gaz.
Acide carbonique libre ....
litre
0,128
0,019
Oxygene
0,001
traces.
TOTAL UES MATIEUES FIXES .. . 9,7940 1,5960 -5,7642 5,9555 3,8410
gramme litre gramme gramme
0,15160 0,066 0,10200 0,7200
... 0,00080 . . .
,000j() 0,004 0,00090 0,0010
0,00560 0,001 0,00065 0,0015
0,13610 0,071 0,10435 0,7-2:5
TOTAL DBS GAZ.
0,148
9 Acqua ferrata Nuova. (Eau ferr 1 jmeuse nouvelle). Son eau est trouble et
noiratre ; aussi n est-elle jamais employee en boisson. Sa temperature est de
15, 1 centigrade; sa densite est de 1,004088. Son analyse chimiquc setrouve a la
page 98 de la Tempia delle Acque miner alidi Castellamare di Stabia de
M. le docteur Scialpi, mais nous croyons inutile de 1 indiquer, puisque cette eau
ne sert plus a rien aujourd liui.
Etublissement mineral. Les eaux de toutes les sources de Castellamare sont
venues dans un ruisscau a ciel ouvert, ou elles se melent avant d arriver aux diver-
ses parties de la maison de bains, au fond de la cour de laquelle elles emergent.
L etablissement se compose de deux pavilions conteuant chacun trente et une
baignoires dans trenle et un cabinets. Le pavilion de gauche a au rez-de-chaussee,
treizesalles de bains sans vestiaires, trop sombres, elles ne sont eclairees que par
un oail-de-boeuf, elles sont trop petiles. Deux robinets alimentent les baignoires,
1 nn verse 1 eau a la temperature des sources, 1 autre I eauartificiellemfentchauiTee.
Aucun des cabinets n a d appareils. de douches. Le pavilion de droite est occupe
par six compai timents ayant exactement la meme installation que les treize dont
il vient d etre question. II contient en outre douze salles ou se donnent deshains
d eau douce ordinaire. II est regrettable qu on n ait pas utilise, a I etablissement de
Castellamare, le voisinage de la mer qui n est qu a 50 metres, et que Ton n ait
pas encore pense a donner des bains et des douches d eau de mer chauffee, qui
out pourtant lenrs indications dans certaines maladies.
MoDED"A.DMiixisTRA.TioiN ET DOSES. Les eaux des sources de I etablissement de
Castellamare s administrent en boisson et en bains ; mais 1 usage interne doit elre
place en premiere ligne, car c est lui qui fait le fond de la medication de cette
station minerale. Les deux sources Medie et 1 Acqua ferrata del Pozzillo ont un
captage qui laisse beaucoup a desirer sans doute, mais leurs eaux sont cependant
assez pures a leur griffon pour qu il soil possible de donner quelques renseigne-
ments sur leurs verlus physiologiques et therapeuliques. Les memcs rcmarques
CASTELLAMARE DI STADIA (EAOX MINERALES DE). 21
sont applicable* aux sources del Muraglione et di Magliano : les bassins de toutes
les autres sont dansdes conditions telles, que, se melant imtnediatement aux eaux
de leursvoisines, on peut elmlicr 1 action ilu melange, mais il est impossible de
preciser 1 efficacite relative de chacune d elles. Lc acque Medie et 1 acqua del
Pozzillo sont d ailleurs le plus souvent employees par les holes accidentels de
Castellamare. Ce sont elles qui out le plus contribue a la reputation de cette
station minerale. Lei rs eaux out line action favorable incontestee dans les etats
pathologiqnes que nous allons indiquer : il est regrettable que la commune de
Castellamare di Stabia, qui est proprietaire des sources et les fait exploiter, se
montre si peu jalouse de leur donner un captage et un amenagement convenables.
Les eaux de I etablissement de Muraglione se prennent a la dose de trois ou
quatre verres, le matin a jeun et a un quart d heure d intervalle. Celles de 1 acqua
Acetosella sc boivent le matin, et une ou deux heures avant le diner ; on les coupe
aussi de vin pendant les repas. L usage de 1 eau de cette source est conseille en
qnantite aussi elevee que les malades peuvent le supporter. La duree des bains
d eau minerale varie d une demi-beure a une heure. Les bains d eau ordinaire sont
presents a ceux qui sont trop excites par le traitement hydro-mineral et les bains
de mer froids sont conseilles toutes les Ibis qu il est indique de venir en aide u
1 application interne de la medication chloruree.
EMPLOI THEBAi EUTiQUE. La composition cbimique des eaux de Castellamare di
Stabia renseigne a peu pres completement sur leurs efiets pbysiologiques et sur
leur action therapeutique. En effet, les eaux des sources Medie, qui sout prises pour
lypes de ce que nous allons dire des eaux chlorurees sulfureuses de Castellamare,
constipent a petites doses et, sous ce rapport, elles ne font point exception aux
eifets des eaux chlorurees fortes. Elles purgent lorsqu elles sont administrees en
quantites un peu considerables. Dans 1 un comme dans 1 autre cas 1 appelit
augmente, la digestion se fait mieux et plus vite. Ces eaux tonifient et reconstifuent
quoiqu elles prodnisent deux ou trois selles liquides tons les matins. Tout ce que
nous venous de dire rapproche ces eaux des chlorurees fortes, mais elles ont deux
proprietes que n ont pascegroupe ou qu il possede a unmoindredegre; nous vou-
lons parler de leur effet diuretique et surtont de leur stimulation sur le systeme
nerveux ; en cela les eaux delle acque Medie agissent comme les bicarbonatees
sodiques et calciques et comme les sulfurees et les sulfureuses. Les bains ont aussi
souvent une action marquee sur les urines dont ils augmentent no tablemen t lu
quantite ; ils determinent plus frequemment encore 1 excitation. II est necessaire
d avoir recours a la balneation dans 1 eau douce pour ne pas etre force d attenuer
ou de suspendrele traitement. Les bains avec les eaux de 1 etablissement de Cas
tellamare augmentent la transpiration et la sensibilite de la. peau. Aussi comme a
triage (voy. ce mot) le tegument externe peut etre affecte de picotements, de
demangeaisons, d erythemes, de papules, de vesicules et meme quelquefois de
furoncles. Les demangeaisons se montrent surtout au debut de la cure, tandis que
les manifestations eruptives surviennent d habitude du quinzieme au vingtieme
jour, et sont une preuve de saturation minerale. La poussee est un phenomene
assez rareet qui n est pas regarde comme un signe favorable a la guerison. Les
eaux des sources Medie et Solfurosa a 1 interieur et en bains activent notablement
1 ecoulement menstruel chez les femmes et le flux hemorrhoidal des deux sexes.
Presque toutes les eaux minerales produisent ces resultats ; mais eel effet est plus
marque a Castellamare et doit etre pris en consideration dans plusieurs affections
ou il est indique de rappeler ou de favoriser l ecoulement des regies ou des
22 CA.STELLAMARE DI STABIA. (EAUX MINERALES DE).
hemorrhoides. I/nction curative des eaux chlorurees, bicarbonatees, sulfureuses
de Gastellamare di Stabia peut etre parfaitement expliquee par les proprietes chi-
miques de leurs parties constituantes principales. Aussi, nous aliens voir que leurs
effets therapeutiques tierment ou a leurs elements chlorures, bicarbonates, sul-
fures, ou enfrn, a la presence de ces trois substances reunies.
Les vertus therapeutiques delle acque Medie ont ele etudiees par MM. les pro-
fesseurs Sementini, Vulpes et Cassola, qui iureiit charges en 1855 de rechercher
les principes constituants de ces eaux, et par M. le docteur Sciapli, qui a publie en
1862 les resultats de sa pratique et comme medecin en chef de 1 hopital militaire
et comme directeur de I etablissement thermal. M. le docteur Chevalley de Piivaz
dita la p"ge 68 de sa tradu<;tion du travail de MM. Sementi, Vulpes et Cassola,
Naples 1854: L acqua Media ressemble en grande partie a 1 eau naturelle de
Sedlitz, ce qui fait qu elle jonit eminemment des proprietes catbartiques et diure-
tiques propres a cette eau. La premiere de ces vertus la rend precieuse dans les cas
d accumulation du sang dans les intestins, le foie et la rate, c est pourquoi elle
est precieuse dans les obstructions de ces visceres , les glandes du mesentere,
dans 1 inflammation clironique du foie, dans 1 ictere et dans 1 existence de calculs
biliaires. Elle est tres-utile pour provoquer 1 ecoulement du sang des veines
hemonho idales et, par consequent, pour degorger laveine porte appeleesi energi-
quement par Staid porta malorum. On 1 a employee quelquefois centre 1 amenor-
rhee, particulierement chez les femmes tres-grasses. Comme elle augmente 1 exha-
lation de la membrane muqueuse de 1 intestin, elle peut etre mise a profit pour
etablir une revulsion dans Je cas d exbalation sereuse du peritoine; c est par cette
raison, autant que par la vertu diuretique dont elle est douee qu elle est tres-
avantageuse dans le cas d hydropisieascite. La meme action irritante qu elle deploie
sur 1 intestin la rend tres-precieuse dans les ophthalmies. Le sang pouvant etre
depure par les veines internes suivant Galien, cette eau est utile dans certaines
affections dartrenses, et principalement dans celles qui proviennent des troubles
dans la digestion. Elle est nonmoins avantageuse centre la polysarcie, quelle que
soit sa cause. Son action diuretique est mise egalement a profit dans les affections
calculeuses de 1 appareil urinaire. .
M. le docteur Scialpi compare les eaux des deux sources Medie a celles des
sources de 1 hopital et de la Grande-Grille de Vichy ; il a-ttiibue 1 action evacuante
des eaux de Castellamare aux bicarbonates qu elles contiennent, et il explique par
la presence de ces sels Taction des eaux sur la quantite et la qualite de 1 urine.
C est par leurs sullates que ces sources purgent, sent temperantes et rafraichis-
santes. II tire enfin la consequence que ces eaux combattent utilement la consti
pation en ramenant lea fonclions intestinales a leur etat normal. Lorsque 1 inertie
de 1 intestin occasionne seule 1 impossibilite de 1 exoneration, il conseille I emploi
d une cure mixte qui consiste a prescrire le matin 1 usage interne de 1 eau Media
et au commencement du repas et a petite dose, 1 eau del Pozzillo ou di Magliano,
qui reveillent les contractions peristaltiques da tube digestif. Les maladies, sui
vant M. Scialpi, ou 1 acqua Media agit favorablement comme diuretique, tempo
rante et rafraichissante, sont : la gravelle, parce qu elle empechela formation des
concretions unnaires, et il compare 1 efficacite de cette eau, a celles de Vichy, de
Bussang, de Luxeuil; la goutte, les coliques nephretiques, 1 arthrite chronique, la
dyspepsie, les hydropisies, qui ne reconnaissent pour cause ni une maladie orga-
nique du cceur ni une tumeur comprimant les vaisseaux, mais un etat d anemie,
un lymphalisme exagore ou un appauvrissement du sang consecutif a 1 existence
CASTELLAMARE DI STABIA (EAUX MINERALES DE). 23
d nne fievre intermittente deja ancienne. La plethore abdominale, les coliques
hepatiques, les congestions du foie et de la rate, les troubles dans la qualite ou
dans la secretion de la bile, sont aussi de la sphere d action des eaux de Castella-
mare et priticipalement des sources Medie et Ferrate , lorsque la constitution des
malades exige un traitement tonique et reconstituant. Les engorgements des gan-
"lions mesenteriques, I amenorrhee, la dysmenoirhee et les hemorrhagies, rem-
plagant les regies, 1 hemoptysie, 1 hematemese, etc., supplementaires, rentrent
aussi dans les indications des eaux de Castellamare di Stabia. Les catarrhes vesi-
caux et uterins, la congestion et les engorgements de la matrice, les eruptions
cutanees apyretiques qui se manifestent sous forme de miliaire ou de furoncles
reconnaissant pour cause im derangement de 1 estomac ou 1 habitation dans un cli-
mat plus chaud, sont enfui, suivant M. le docteur Scialpi, traites avec succes par
les eaux de 1 etablissement de Castellamare. Ce confrere ajoute que les eaux de
Castellamare, et principalement eel les des sources Medie, ressemblent pour leurs
effets a celles de 1 bopital et de la Grande-Grille de Vichy, que celles delle acque
Ferrate sont comparables a celles de Bussyng et de Luxeuil. Cette assimilation
est tres-eloignee en ce qui concerne 1 analyse de ces eaux, puisque celles de Vichy
contiennent 4 a 5 grammes par litre de bicarbonate desoude, landis que le acque
Medie nerenferment que 75 centigrammes dece sel; si Ton se rappelle la tempe-
Mtureet la composition elementaire des eaux de Luxeuil et de Bussang (voy. ces
mots), on est egalement frappe des differences de ces eaux avec celles de la Sor-
gente Ferrata del Pozzilloetdi Magliano, par exemple. Ces rapprochements ne sont
done pas possibles.
Les eaux de Castellamare se divisent en deux groupes : les eaux chlorurees sulfu-
reuses delle Medie et del Muraglione ferment le premier ; les eaux bicarbonatces
sodiques et (crrugineuses carbouiques del Po/.zillo constituent le second. Les pre
mieres conviennent aux manifestations scrofuleuses et cutanees, a un etat de con
stipation habituel, a certains troubles des voies aeriennes et digestives, a la ple-
thore abdominale , aux hemonhoides et a certaines maladies uterines. Les
deuxiemes sont ntilement conseillees centre les accidents morbides sous la depen-
clance de 1 anemic ou de la chlorose, centre les affections calculeuses de 1 un des
points des voies urinaires, centre la gravelle etles troubles qui marchent a sa suite.
C est done le lymphatisme et la scrofule qu il faut placer en premiere ligne de la
specialisation des eaux Medie ; il en est de meme de certaiues affections cutanees.
C est en efl et, contre les resultats produits par une constitution ou les liquides
blancs predominent et contre les engorgements ganglionnaires scrofnleux que les
eaux des sources Medie en boisson, aidees de bains avec 1 eau del Confluente, ou
mieux avecl eau de mer, reussissentle mieux. Lorsque les malades presen tent des
manifestations cutanees scrofuleuses, I emploi des eaux chlorurees sulfureuses des
sources Medie est parfaitement indique. Dans la scrofule des membranes muqueuses
1 application de ces eaux doit etre utile encore, car un traitement par les eaux a la
fois chlorurees et sulfureuses est celui qui produit les meilleurs effets. Dans les
catarrhes du conduit auditif, dans les ophthalmies, dans les coryzas, dans les leu-
corrhees scrofuleuses, les eaux des sources Medie et Solfurose ont une action favo
rable et cependant moins sure que dans les engorgements ganglionnaires et dans
les scrofulides. Les eaux Medie et del Muraglione sont avantageusement prescrites
dans les constipations opiniatres occasionnees par un vice de la secretion de la
membrane muqueuse ou par un defaut de la contraction peristaltique de 1 intes-
tin. II faut alors conseiller aux malades de boire trois ou quatre verres d eau cha-
2i CASTELLAMARE DI STABIA (EAUX MINERALES DE).
que matin a jeun, il est bien rare que les selles ne se fassent pas avec une
regularite complete qui se conserve la plupart du temps apres que les malades
ont termine leur cure et habitue leur tube digestif a une exoneration journaliere.
Les eaux chlorurees suifureuses des sources Medie et del Muraglione, en boisson
surtout, paraissent convenir encore a ceux qui souffrent d un catarrhe chronique
du larynx et des bronches. Elles agissent alors en favorisant 1 expectoration, eten
diminuant peu a peu la secretion anormale du mucus et du pus. Les memesremar-
ques s appliquent aux affections catarrhales des voies uro-poietiques, a celles de la
vessie surtout. Les dyspepsie s, occasionnees par la disparition d un exantheme on
produites par 1 inertie de 1 estomac ou de Fintestin, se trouvent bien en general de
1 action de 1 acqua Media prise a Finterieur et a dose progressivement croissante. .
On doit ne pas oublier cependant de conseiller aux malades les bains temperes pris
a Fetablissement. Ce sont les eaux du menie groupe en boisson qui conviennent
dans la plethore obdominale et dans les hemorrhoules qui ne sont pas assez ou
qui sont trop fluentcs. Elles agissent aiors comme minoratives et comme toniques;
elles purgent, et loin d affaiblir , elles remontent les forces en donnant au sang
une plasticite plus grande. Les eaux des memes sources, en injections, ontplusieurs
fois donne des resultats satisfaisants dans les engorgements de Futerus , dans les
granulations et dans les excoriations du col de cet organe; ilest certain que si Ton
trouvait a Castellamare di Stabia une installation convenable de doucbes de toute
forme, les resultats seraient meilleurs encore et repondraient mieux aux exigences
des maladies des femmes.
Le deuxieme groupe se compose des eaux bicarbonatees, ferrugineuses, sulfatees
et carboniques, qui comprennent surtout les eaux del Pozzillo, di Magliano et
della Acetosella. G est aupres de lui qu il faut envoyer ceux qui, par suite d un
traitement antipblogistique trop energique, ont ete amenes a un etat complet d a-
nemie ; ceux qui ont ete epuises par une maladie longue ou grave ; les jeunes
gens et partieulierement les jeuues filles en proie a une chlorose confirmee. On
trouve souvent en Italie, et surtout dans le royaume de Naples, des personnes qui
se font saigner dix, vingt fois par annee, et souvent davantage. 11 est facile de
comprendre Fanemie apres un pareil traitement, et le medecin est heureux d avoir
a sa portee des eaux chlorurees, ferrugineuses et carboniques, a opposer aux trou
bles qui surviennent souvent a la suite de pareilles habitudes. Les eaux del Pozzillo,
di Magliano et Acetosella, sont vantees dans la goutte et la grave lie, dans la dia-
these urique entin. Nous avons vu que les eaux des sources Medie et del Muraglione
donnent aussi de bons resultats ; mais les eaux bicarbonatees ferrugineuses doivent
etre preferees, et elles s administrent a hautes doses, non-seulement le matin a
jeun, avant les repas et le coucher, mais pendant le temps que les baigneurs sont
a table. Elles ont unavantage precieux sur les eaux ferrugineuses ordinaires qui
consiste, a cause de la proportion notable des sulfates neutres qu elles tiennenten
dissolution, a ne pas fermer le ventre de personnes deja constipees. Nous omettons
avec intention de parler des eaux chlorurees suifureuses de Castellamare dans
les affections rhumatismales et nevralgiques, quoiqu elles aient un certain degre
d efficacite, surtout lorsque les malades ne peuvent que gagner a Fingestion d eaux.
chlorurees sullure uses et bicarbonatees alcalines. Nous n avons rien dit non plus
de Faction de ces eaux dans les syphilides plus frequentes a Naples que presque
partout, par:e que dans ce pays le medecin a rarement besoin des eaux minerales
pour deceler une maladie que son experience lui a appris a soupconner d emblee
cliez lous ceux qui le con^ultent.
CASTELLI (LES). 25
Les eaux de Castellamare di Stabia sont surtout contre-indique es dans les ma
ladies organiques du coeur et des gros vaisseaux, dans la disposition aux conges
tions, aux hemorrhngies actives ou aux tubercules pulmonaires.
La dure e de la cure varie ent.re quinze et trente jours.
On nexporte 1 eau d aucune source de Castellamare di Stabia.
A. ROTUREAU.
E. PLINE. Storia natur., lib. XXXI. COLUMELLA. De re rustled, lib. X.
MILANTE. De Stabiis, t. I., p. 20. DE MAIO. Trat. delle Acque acidole di Castellamare di
Stabia. 1754. ANDRIA. Trat. dclle Acque mincrali. Part. II", 1783. SEMENTINI, YULPES,
E CASSOLA. Anal, et facol. dell Acq. Min. de Castellamare, 1833. CHEVALLEY DE \\I\\-L
{}. -E.). Analyse et propriefe s medicinalex des eaux mincralesde Castellamare. Naples, 1854,
80 pages, in-12 c . FRANCESCO (Giudice). Falla virtii terapcutica dclle Acque miner ail di
Castellamare administrate solto forma di bagni. FILIATRE. Sebazio, Giornale delle science
mediche, vol. XLIII, vas. 260. Agost, 1852, p. 77. SCIALPC (Cataldo). Terapia delle Acqitc
minerali di Castellamare di Slabia. Castellamare, 1862, in-8% 192 pages. A. R.
CASTELLI (LES).
Castelli (BARTHELEMY). Medecin dn seizieme siecle, ne a Messine, ou il fut
professeur de 1 Universite. Un seul livreafait la reputation de cemedecin, il est vrai
que ce livre est en meme temps une idee excellente eL pratique. Castelli, le
premier, a eu Ja pensee de faire un dictionnaire universe! des termcs de medecine.
II etait impossible qu un pareil travail ne contint pas des lacunes et des erreurs ;
malgre cela il fut accueilli avec une sorte d enthousiasme par les medecins de
1 epoque, et reimprime un tres-grand nombre de fois avec corrections et additions.
II porte pour tilre : Lexicon medicum grceco-latinum ; Venise, 1607, in-8.
Parmi les diverses editions du Lexicon successivement mises au jour par divers
auteurs, on doit signaler celles de Jacques Pancrace Bruno, dout la meilleure et la
plus complete est celle de Geneve, 1746, in-4. On a encore de Castelfi :
. I. Totius artis medicce, methodo divisd, compendium et synopsis. Messine, 15^7, in- t", tres-
nombreuses editions. II. Miscellaneorum partem primam Tractatus, etc., ibid., Io99,
in-4. H. ilu.
li (PIERRE). Ne a Messine a la fin du seizieme siecle, mort dans la meme
villeen 1657. Apres avoir exerce longtemps la medecine a Rome, Castelli se retira
a Messine, sa patrie, ou il 1 ut nomme directeur du jardin botanique. II aimait
beaucoup a ecrire et la lisle de ses ouvrages est forf longue ; possedaut une vaste
erudition, et connaissant a fond les sujets dont il s etait occupe, il a pu reformer
beaucoup d erreurs qui avaient cours de son temps, et sans avoir fait faire de
grands prog res a la science, il a merite la reputation dont il jouissait parmi ses
contemporains.
I. Chalcantinum dodecaporion, sive duodecim dubitationes de usu old vilrioli. Rome,
1619, in-4. II. Delia duraiione degli medicamenli tanto semplici, quanta compositi, per
cognoscerc qual si voglia medicamento o semplice, o composite. Ibid., 1021, iii-i. -
111. Epistolce de Itelleboro. Ibid., 1622, in-4. IV. Theatrum Flora? in quo ex toto orbe se
lecti flares profcruntur. Pains, 1622, in-fol. V. Arte delli speciali. Home, 1622. in-4.
VI. Epistolce medicinales. Ibid., 1626, in-4. VII. De abusu vencesectionis. Ibid., 1628,
in_8. VIII. Discorso delle difference Ira gli simphci. freschi i secchi, con il modo di sic-
carli. Ibid., 1629, in-4. IX. Annotazioni so[>ra I anlidotario romano. Ibid., 162 : .i, in-4.
Messine, 1657, in-fol. X. De visitatione cegrorum pro discipulis ad praxim instruendis.
Ibid., 1030, in-12. XI. Incendio del monte Vesuvio. Ibid., 1652, in-4. XII. Discorso
delVelcltuario rosalo diMesue nel quale si raggiona delta rosa e de.lla scammonia. Ibid.,
1635, in-4. Xlil. Emetic a , in quibus de vomitoriis et vomitu. Ibid., 1654, in-fol.
XIV. Trip us Delphicus. Naples, 1035, in-4. XV. Relatio de qualitatibus frumenti cujus-
dam Mcssanam delati. Ibid., 1637, in-4. XVI. De optima medico. Ibid., 1637, in-4.
26 CASTERA-VERDUZAN (EAUX MINER\LES DE).
XVII. Gliry&opus, cujus nomina, essentia, usus, facili methodo traduntur.^ Messine, 16o8.
in-4. XVIII. De hycend odoriferd zibelhum gignente exstasis. Ibid., 1638, m-4.
fort, 1668, in-12. XIX. Memoiiale per lo speciale romano. Messine, 1678, m-fol.
XX. Opobalsanmm triumphans. Rome et Venise, 1640, in-4". XXI. Opobalsamum exami-
natum, dcfcn&um, judicatum, absolutwn et laudatum. Naples et Venise, 1640, in-4.
XXII. HortusMessanensis. Messine, 1640, in-4". XXIII. Catalogus plantar um Mtnearum,
Dans la premiere Centime des Lettres de Thomas Bartholin. XXIV. De abusu circa die-
rum criticorum enumerationem. Messine, 1642, in-8. XXV. In Hippocralis Aphorismorum
librum jyrimum critica doctrina per puncta et qucestiones. Ibid., 1640, iu-12. Ibid. 1648,
in-4. XXVI. Prceservatio corporum sanorum ab imminente lue ex aeris intemperie anni
1648. Ibid., 1648, in-4. XXVII. De smilace asperti, botanico-physica sententia. Ibid.,
1652, in-4. XXVIII. Responsio chijmice de effervescentia et mutatione colorum in mixtione
liquorum chymicorum. Ibid. 1654, in-4. XXIX. Descriptio rariorum plantarum qua in
horto Farnesi.ano continentur. Rome, 1625, in-fol. H. MR.
CASTERA-VERDCZAN (EAUX MINERALS DE), athermciles ou hypothermales,
sulfure es calciques faibles ou ferruyineuses faibles, sulfureuses ou carboniques
faibles, dans le departement du Gers, dans 1 arrondissement de Condom, a 2 kilo
metres d Auch, est un joli bourg de 1,064 habitants, nouvellement bati, dans ua
riant et fertile vallon, auquel aboutisscnt des routes plantees de grands et beaux
arbres. Le vieux Casleia est sur le plateau qui domine au sud-est la grande route,
la riviere et la plaine ; c est 1 excursion la plus mpprochee ou les baigneurs vont
visitor les mines de 1 antique chateau ou demeuraient les templiers. Castera-Ver-
duzan, a 120 metres au-dessus du niveau de la mer, est une station freqnentee
par pres de 1,500 baigneurs cbaque annee ; ils peuvent y rester du l er juin au
15 octobre; son climat est tempere, et son air vif et pur. Trois sources emergent
a Castera, mais deux seulement sont utilisees; elles se nomment la Grande-Fon
taine et la Petite-Fontaine. Elles sont connues depuis les temps les plus recules ;
leurs griffons sortent d un terrain argileux appartenant a la coucbe tertiaire. Le
debitde la source de la Grande-Fontaine est de 153,900 litres en vingt-quatre beures;
celui de la Petite-Fontaine est de 105,100 litres pendant la meme periode. Les
caracteres physiques et chimiques de 1 eau de la source de la Grande-Fontaine sont
ceux des eaux sulfureuses; ceux de la Petite-Fontaine indiquent de suite une eau
ferrugineuse. L eau de la Grande-Fontaine est claire, limpide et incolore; son
odeur et sa saveur sont franchement hepatiques ; sa temperature est de !L5 ,5 cen
tigrade, sa densite est de 1,002. L eau de la Petite-Fontaine est egalement claire,
transparente et limpide, quoiqu ellelaisse deposer dans sonbassin, et surtoutdans
ses conduits, un sediment rougeatre qui doit sa couleur au sesquioxyde de t er
hydrate qu elle renferme. Elle n a aucune odeur, son gout est manifestement fer-
rugineux ; sa temperature est de 23, 2 centigrade ; sa densite est de 1,004. Des
bulles gazeuses traversent les eaux des deux sources ; celles de la Grande-Fontaine
sont plus nombreuses, mais celles de la source de la Petite-Fontaine sont plus
grosses et mettent un temps un peu plus long avant de s epanouir a la surface de I eau.
M. le ptofesseur Filhol a fait I analyse chinn que des eaux des sources de Castera-
Verduzan ; il a trouve, en 1850, dans 1,000 grammes les principes suivants :
I ETITE-
FOMAINE FONTAINE
Sulfure de calcium .......... 0,00056 .....
Sulfate de soude ....... .... 0,10700 ..... 0,1030
potasse .......... tnices ..... traces
chaux ........... 0,51650 ..... 0,7260
magneto ......... 0,24100 ..... 0,1260
arbonate de chaux ......... 0,23000 ..... 0,1 liO
A reporter . . . 1,09506 1,1010
CASTILLO. 27
Report. . . . 1,09506 1,1010
Carbonate de magnesie 0,20000. ... . , 0,1420
soude traces
fer 0,0270
manganese traces
Chlorurede sodium 0,03090. .... 0,0300
traces
Oxyde de fer
0,00150. ,
0-01300.
... J>
. . . . 0,0170
Ammoniaque
0,00180.
. . . . 0,0020
, . . . traces
Matiere organique
0,01800.
. . . . 0,0120
TOTAL DES M.VTIERES FIXES . . . 1,30028 1,5560
j Acide sulfhydrique 0,00020 gramme gramme
I carbonique 0,0340
Gaz - ) Oxygene 0,0036
[ Azote 0,0034
TOTAL DES GAZ 0,00026 gramme 0,0410 gramme
L etablissement actuel, reconstruit en 1820, est entoure d nne promenade planlre
de beaux tilleuls, et compose de trente cabinets de bains et d une salle de douches.
EMPLOI THERAPEUTIQUE. Les eanx de la Grande et de la Petite-Fontaine sont
employees en boisson, en bains et en douches. On est oblige d elever artificielle-
ment leur temperature pour les rendre convenables a 1 usage exterieur. Les eaux
de la premiere des deux sources de Castera-Yerduzan sont habiluellement prescrites
a la dose d un a trois verres pris le matin a jeun, a une demi-beured intervalle;
celles de la Petite-Fontaine s ordonnent en quan tiles plus considerables, cjuatre a
six verres p;ir exemple ; le medecin recommande souvent aux malades d en boire
aussi aux repas melees avec leur vin. L eau de la Grande-Fontaine excite les fonc-
tions de la peau et des membranes muqueuses qui tapissent les voies aeriennes et
digestives. En boisson et a faible dose, elle agitcomme les eaux chlorurees fortes,
c est-a-dire qu elle constipe, tandis qn elle est laxative si elle est ingeree en propor
tion assez considerable. La Petile-Fontaine a les effets physiologiqnes des eaux fer-
rugineuses; elletonifie et reconstitue apres un usage meme assez peu prolonge.
Les eaux sulfureuses de la source de la Grande-Fontaine de Castera-Verduzan
sont prescrites en boisson, en tmns et quelquefois en douches, dans les aflections
cutanees, catarrhales et dyspeptiques. Les eaux ferruginenses de la source de la
Petite-Fontaine, en boisson surtout, conviennent aux convalescents, auxanemiques
et aux chlorotiques, chez lesquels les globules sanguins doivent etre augmentes et
ramenes a leur coloration normale.
La dure e de la cure est d un mois en general.
On n exports pas Teau des sources de Castera-Verduzan. A. ROTCREAU.
BIBLIOGRA.PHIE. RMJLIN. Traite analyliquc des eaux minerales. Paris, 1774. MATET.
Notice inedite sur les eaux de Castera-Verduzan (Gers), 1859. JOANNE (Ad.) et LE PILF.UR
(A.). Les bains d Europe, guide descriptif et medical. Paris, 1860, in-12, p. 269-270.
A. R.
CASTILLO (JUAN). Chirurgien espagnol du dix-septieme siecle, ne a
Sigiienza, ou il fut recn bachelier es-arts, puis il se rendit a l universite d Alcala,
pour etudier la chirurgie; c est la qu il prit le grade de licencie. Revenu a
Sigiienza, il oblint la place de chirurgien de I bopital Saint-Mathieu et exerca la
chirurgie avec beaucoup de distinction. On a de lui :
Tractatus quo contincntur summe necessaria tarn de anatomia quam de vulneribiis ct
ulceribus, tarn ingcnere quam in particulari, etc. Madrid, 1083, in-fol. E. BCD.
28 CASTOIl.
CASTINE. On donne ce nom a une substance barique cristallisable, amere,
soluble dans 1 alcool, dans 1 ether et dans les acides, qui se trouve dans 1 Agnus-
castus (voy. GATTILIER).
CASTOR. Genre de mammiferes rongeurs, clavicules, tres-remarquable par
ses caracteres zoologiques, ses moeurs, et la substance speciale dite Castoreum,
qu il fournit a la matiere medicale.
Le Castor se distingue de tous les autres rongeurs par les pieds posterieurs pal-
mes, une queue aplatie horizontalement en forme de large spatule ecailleuse. Cinq
doigts a cbaque pied, le doigt median etant le plus long de tous. Deux incisives
Ires-fortes, point de canines; molaires a couronne plate et presentant des circon-
volutions de 1 email etdes echancrures sur les cotes ; ces echancrures, au nombre
de troisau cole externe, opposees a une seule au cote interne, sur la machoire su-
perieure au contraire, au nombre de trois en dedans et une seule en dehors,
sur la machoire inferieure; bords alveolaires non paralleles, s ecartantpo>terieure-
ment au maxillaire superieur et se rapprochant, au contraire, en arriere, sur le
maxillaire inferieur. La formule dentaire est la suivante : 20 dents ; incisives | ;
molaires |^| .
Le genre Castor nerenferme qu une seule espece : le CASTOR DU CANADA (Castor
fiber LINN.), long de 65 a 70 centimetres, sans compter la queue, et de 9 a 12
decimetres depuis le nmseau jusqu au bout de la queue. Ce rongeur a une forma
ramassee; les pattes anlerieures sont courtes; les posterieures longues et palmees.
La couleur est d un roux marron foncc, loujours plus claire endessous ; les poils sont
de deux especes, les plus longs sont luisants, assez grossiers, et recouvrent ua duvet
tres-fin, tres-serre, impermeable a 1 eau et d un gris argente. Le pelage est tres-epais
sur le corps, rare sur la tete. La levre superieure est fenclue a sa partie anterieure,
les dents incisives sont tres-fortes, de couleur oiangee en deh ors, blanches en
dedans. L ceil est tres-pelit; 1 oreille, egalement petite et elliptique, peut s appli-
quer centre la tete et empecher 1 eau d entrer dans le conduit auditif quand I ani-
mal plonge sous 1 eau. Les femelles portent quatre mois et mettent bas sur la fin
de 1 biver deux ou trois jeunes; elles out quatre mamelles.
Les orifices genital et urinaire s ouvrent dans un cloaque dont 1 orifice est
place sous la queue. De chaque cote de ce cloaque se trouvent deux paires de
glandes ; les superieures secretentune bumeur sebacee, onctueuse et odorante, qui
est le Castoreum (voy. ce mot) ; les ouvertures speciales de ces glandes ont lieu
dans le canal preputial ; les glandes inferieures, dont les ouvertures se trouvent
pres de 1 anus, sont des glandes anales, et leur secretion n a pas de rappoit avec
le Casloreum. Les glandes du castoreum orit la forme de poches oblongues, pyri-
lormes, s ouvrant dans le fourreau preputial par deux iarges orifices; elles ont de
8 a 13 centimetres de longueur cbez le male adulte ; elles sont moins developpees
cbez les femelles. La surface externe de la glande est inegale, 1 inteiieu.re forme
dos replis membraneux.
Le Castor est presque exclusivement aquatique. Dans les endroits ou il vit en
libeite complete et sans etie tourmente, c est-a-dire dans les contrees septentrio-
nales du nouveau monde, le Canada, la Siberie, etc., ce rongeur deploie une
admirable instinct pour construire sa demeure ; il est sociable, et, aide de ses
pareils, il accomplit des prodiges d industiie. Reunis au nombre de deux ou trois
cents, les Castors choisissenl. au mois de juinou de juillet, un endroit favorable,
un cours d rau dont ils puissent rendre le niviau fixe au moyen d une digue. Un
CASTORfJUM (PHARMACOLOGIE)-. 29
gros orb re est choisi pour soutien principal ; sa grosseur egale ou surpasse celle
du corps d un homrae ; des Castors le coupent avec leurs incisives a uu pied
au-dessus du sol et le font tomber dans la riviere et bien en travers. Une fois
abattu, 1 arbre esl ebrauche soigneusement, de fa<jon a ce qu il constitue un bar-
rao-e portant egalement par tout. D autres Castors vont a la recherche de pieux,
qu ils faconnent avec des arbres souvent gros comme la cuisse ; ils les trainent en-
suite dans la riviere, en dirigent le flottage, et, arrives a pied d oeuvre, ces pieux
sont dresses perpencliculaires centre 1 arbre principal formant barrage, pendant
qiie des Castors, plongeant au fond de 1 eau, creusent des trous ou s enfbnceront
cespilotis. Bientotune vraie barriere est construite, car des branches flexibles sont
enlrelacees aux pieux verticaux ; alors, avec de la terre choisie avec soin, les in-
dustrieux rongeurs maconnent les vides. Les pattes gachent la terre ; la queue,
garnie de squames formees de poils agglutines et comparables a un ongle, ou aux
ecailles des Pangolins, sert de truelle. Plusieurs rangs de pilotis sont places les
mis devant les autres, et 1 ensemble de la digue forme un barrage legerement
arque vers le courant ayantde 10 a 12 pieds d epaisseur, de 8 a 10 pieds de haul,
sur quelquefois pres de 100 pieds de longueur totale et transversale.
Les Castors modifient leurs travaux, suivant les localites. S ils peuvent trouver
un lac a niveau constant, ilsn etablissentpas les travaux relativement gigantesques
de barrage, et precedent sans precautions prealables a la fondation de leurs ca-
banesouhuttes. Ces dernieres sont sur pilotis plein, de forme ronde, ayant depuis
4 jusqu a 8 et 10 pieds de diametre, suivant le noinbre des habitants. Les murs
ont 2 pieds d epaisseur, et sont converts pur le huut d une espece de dome. L ha-
bitation a deux etages, dont 1 inferieur ou magasin de vivres renferme les ecorces,
les branches, etc., formant la provision; une ouverture s ouvre sur 1 etang, et 1 a-
nimal peut, en plongeant, echapper au danger ; 1 etage snperieur est lu demeure
proprement dite, et elle est toujours dans un etat remarquable de proprete.
Le Castor eleve en domesticite est un animal fort peu intelligent et ne develop-
pant plus son habilele de constructeur. II y a plus, ceux de ces animaux qu on
trouble dans leurs travaux et dont on detruit les habitations devienneut terriers ;
d architectes si habiles, ils passent a 1 etat de simples fouisseurs, ils se contentent
d un long terrier prenant jour sur la berge d un fleuve ou d un courant d eau. 11
estmeme rare aujourd hui de rencontrer des peuplades de Castors ailleurs qu a I o-
rient des Etats-Unis et au Canada. Les Castors qu on trouve encore en France, dans
le Rhone et le Garden, ceux des bords du Danube, ne constituent pas une espece
distincte, niaissont des animaux terriers. La designation frangaise et vulgaire de
ces rongeurs etait Bievre, et peut-etre la riviere de ce nom, qui sejette duns la
Seine pres de Paris, avait-elle des Castors sur ses rives et leur doit-elle son nom.
La fourrure du Castor est tres-estimee, I mdustrie humaine 1 a employee pour
la preparation de feutres impermeables et de divers tissus. La fourrure est surlout
recherchee pendant 1 hiver et avant la mue. La pharmacie emploie le Castoreinn
qui provient, ainsi qu il a deju ete dit, des glundes speciales du Castor taut male
quefemelle (voy. MA.UMIFEKES et CASTOREUM). A. LA.KOULBEINE.
CASTOR^UM. I. Pharmacologie. En France et en Angleterre, pour
1 emploi medical, on donnela preference au castoreum du Canada. Ce castoreum
a ete analyse par Bouillon-Lagrange, par Brundes, John Pfaff et Woechler. 11
renferme de 1 huile volatile, de lu castorine, de la cliolesterine, dela resiue, do
I acide benzoique, de 1 albuirane, delamatiere grasse, du mucus, du carbonak
50 AS 1UKEUM (PIIAP.MACOLOGIE).
d ammoniaque, des sels de soude et de potusse, tels que urates, benzoates, sulfates.
La castorine, qui en est le principe le plus interessant, a ete decouverte par
Brandes. Elle est sous la forme de longs prismes diaphaneset fascicules. Son odeur
est la meme que celle du castoreum. Elle est insoluble dans 1 eau et dans 1 alcool
froid, soluble dans 1 alcool bouillant et les huiles volatiles. Elle n est ni acide, ni
alcaline. Pour 1 obtenir, ontraite le castoreum par 1 alcool bouillant ; la castorine se
depose a la longue ; on la purifie par un lavage a 1 alcool froid. La castorine presenle
cela de remarquable que sa composition est identique a celle de 1 acide pbenique.
Quelques auteurs attribuent la propriete therapeutique du castoreum surtout a
la castorine, d autres perisent qu elle serait plutot due a 1 huile volatile. II est
plus probable que la castorine, 1 huile volatile et la resine contribuent toutes les
trois aux proprietes de cette substance.
Le castoreum entre dans la composition de plusieurs medicaments, de la the-
riaque, des pilules de Fuller, des pilules de Cynoglosse, etc. II forme aussi la base
de plusieurs preparations pbarmaceuliques. Celles qui sont le plus employees, sont
la poudre et la teititure alcoolique.
Poudre de castoreum. Castoreum du Canada sec ; on dechire la poche du
castoreum, oneim jettel enveloppe exterieure, et autant que possible les membranes
interieures ; on fait secher dans une etuve moderement chauffee, on pulverise par
trituration dans un mortier de fer, et on passe au tamis de soie. (Codex). Dose:
de 1 a 2 grammes, soit sous forme de poudre, soit plutot sous celle de pilules.
Eau dislillee de castoreum. Castoreum pulverise 100; Eau, Q. S. On distille
pour retirer liuit parties du produit. Ce medicament est tres-peu employe.
Teinture alcoolique ou alcool de castoreum. Castoreum pulverise, 1 000 ; alcool
a 80, 100. On fait macerer pendant dix jours ; on passe avec expression et on filtre.
(Codex}. Cette teintureest d une couleur foncee, d une forte odeur de castoreum,
elle marque 70. Elle laisse 1/7 de son poids de produit par I evaporatiou.
Cette teinture, qnand elle est introduite dans une potion, doit d abord etre
melee avec le sirop parce que la matieregrasse et la resine se separeraient de 1 eau
sousformede grumeaux. Pour les lavements, on se sert de jaunes d oeufs, pourevi-
ter cette separation.
Dose : 2 a 10 grammes.
Teinture ethe re e ou fitherole de castoreum. Castoreum pulverise 10 ; ether
sulfnrique alcoolise a 0,76 100. On met les deux substances dans un flacona
1 emeri ; on fait macerer pendant dix jours, en ayant soin d agiter le vase de temps
en temps ; on filtre ensuite dans un entonnoir convert, et on conserve pour
1 usage. (Codex) Dose : 10 a 50 gouites.
Sirop de castoreum. Eau distillee de valeriane et de laurier-cerise, de chaque
100 grammes ;sucre 20 grammes. On prepare un sirop en vase closet on verse chaud
sur 10 grammes de castoreum divise. On .aisse digerer en vase clos, et on passe; 50
grammes de ce sirop represented la partie soluble de 50 centigrammes de casto.
reum.
Poudre antispasmodique au castoreum. Castoreum 5 grammes ; canelle 1
gramme ; sucre JO grammes ; melez et divisez en 20 paquets. Dose : toutes les
henres.
Potion antispasmodique au castoreum. Teinture de castoreum 5 grammes ; in
fusion de melisse 150 grammes : sirop de sucre 40 grammes. On mele le sirop et
la teiniure, et on ajoutc peu a peu, enagitantcontinuellement I lnfusion de melisse.
T. GOBLEY.
CASTOREUM (EMPLOI MEDICAL). .",
8 II. Emploi medical. Lc casloreum cst un de ces medicaments a passe
o-lorieux, inaisdont le present est mediocre et 1 avenir incertain. La therapeutique,
c est visible, s en detache de plus en plus; et, se contenlant des apparences, clle le
contend volontiers, dans ses indications, avec 1 asa-foetida et avec le muse, et ellc
donne la preference a ces derniers. On se sert done aujourd hui tres-peu du cas
toreum, et ce quasi-abandon contraste avec 1 usage abusif qu oii en faisait autrefois.
Le pretexte de cette decheance du castoreum est la nature equivoque de son
action plijsiologique. Mais, ainsi qu on 1 a fait remarquer avec raison, si 1 action
physiologique d une substance est un indice de son degre d utilite therapeutique,
il ne faut pas cependant conclure d une inertie apparente dans 1 etat de sante, a
line inutilite necessaire dans 1 etaCt de maladie. Les experiences d Alexander
en 1768 et celles constitutes plus recemment par Joerg sur lui-meme et sur ses
eleves ne prouvent rien, ainsi que 1 ont demontre MM. Trousseau et Pidoux : 1 cxi-
gu ite ridicule des doses enleve, en effet, toute valeur aux resultats negatii s qu ils
invoqnent. C est ainsi qu Alexander n ayant employe que de 1 a 2 grammes de
cette substance, affirme, et cela se conceit sans peine, n avoir observe d autre acci
dent que des eructations desagreables. Quant a Joerg, un malaise leger a la region
epigastrique, et une odeur d amertume survivant aux repas et cessant par le
sommeil dela nuit, sont les seuls fails qu il ait notes et qu il ait attribue a 1 indi-
gestibilite du medicament (Pcreira, t. II, part, n, p. 2272).
S agit-il d apprecier sa valeur therapeutique, les uns rencherissant surl enthou-
siasme de Kransoldt, Ettmiiller, Tilemann, le proclament un des medicaments
les plus utiles; les autres en font une superiluile therapeutique et dont on pour-
rait parfaiteraent se passer. Pour citer un exemple de la liberalile avec laquelle
les premiers out dote le castoreum, je rapporterai, en 1 abregeant, la phrase dans
laquelle Aston enumere les proprietes de cette substance : antiacide, deter geanl,
diaphoretiqne, carminatif, cephalique, nerveux,alexipharmaque (Aston, Lec
tures on the Materia Medica, 1770, vol. II, p. 520). On comprendque toule la
pathologic devenait tributaire de ces caracterisations aussi vagues que comprehen-
sives. Aujourd hui, que nous ne nous fionsplusau renom des medicaments, et
que nous cherchons avec une rigueur louable a circonscrire leur emploi dans le
cercle des applications veritablement serieuses, nous ne saurions croire a tant de
services. Quand oti vient attribuer a une meme substance une efficacite merveil-
leuse contre la sciatique, la rage, le scorbut, le lethargus, le typhus, 1 hysterie,
les tintements d oreille, 1 epilepsie, les battements de coeur, etc., on laisse une
mauvaise impression de la yrande vertu de cet orvietan, et pour etre loue au
dela de la mesuie, un medicament fmit par etre abandonee plus qu il ne convient.
Le castoreum estun antispasmodique, c est dire qu il a pu etre employe avec
unsemblant de raison et de succes dans tous les troubles des fonctions nerveuses,
qu ils soient idiopathiques ou symptomatiques (dans toules les maladies par conse
quent). II y a a demontrer : 1 qu il a la propriete antispasmodique generale ;
2 qu elle se specialise en lui par des adaptations plus particulieres a telle ou telle
forme de spasmes ou de maladies nerveuses.
L odeur seule du castoreum permet, a la faveur de cette loi tfes-generale qui
lie le caractere odorant au caractere antispasmodique, d etablir que ses propriMes,
sous ce rapport, sont tres-reelles. J ai insiste sur cette relation dans un memoire
special, et je n ai pas a y revenir ici. (Memoire sur la constitution du groupe
des stupe fiants diffusibles , et sur la ne cessite d y faire entrej- toutes les sub
stances dites antispasmodiques, in Arch. gen. de med., 1857, t. IX, 5 e serie,
52 CAbiimauJi IEMPLOI MEDICAL;.
p. 399, 556, 691. )Le castoreum est done, a la rigueur, passible de toutes les appli
cations auxquelles conviennent lecamphre, la valerians, 1 asa-foetida, le muse, etc.
Cette formule nous dispense d entrer dans une enumeration fastidieuse, et nous
n avons qu a indiquer les maladies nerveuses dans lesquelles ily a lieu de choisirle
castoreum plutot qu uu autre de ses congeneres.
MM. Trousseau et Pidoux (Traite de tlie rap. et de mat. me cl., 7 e edit., Paris,
1862, t. II, p. 256) ramenent les indications particulieres du eastoreumaux deux
chefs suivants : 1 amenorrhee douloureuse et tympanitique, 2 coliques ner
veuses. G est surtout, disent-ils, dans 1 amenorrhee s aecompagnant de gonfle-
raent douloureux et tympanique du ventre que le castoreum est utile. II s agit ties
cas ou 1 uterus congestionue ne laisse echapper que quelques gouttes de sang avec
douleur, avec une espece de te nesme ute rin. Notre experience a cet egard est
confirmative de 1 experience de nos devanciers, qui n out jamais loue le casto
reum dans 1 amenorrhee sans en constatcr 1 espece. G est ainsi que Dioscoride dit :
II provoque les fleurs aux femmes et est bon centre la colique et les tranchees,
ce que sanctionne de sa proitre experience son savant commenlateur Matthiole
Nous pourrions iuvoquer bien d autres temoignages. Les coliques auxquelles il
parait convenir sont surtout celles qu on uomme nerveuses et qui sembleut avoir
leur siege dans 1 intestin grele. Elles s accompagnentde paleur, desueursfroides,
de resolution subite des forces, comme une cause qui irait droit au foyer de la
vie. Ces coliques sont sans evacuations, arrivent subitement apres des emotions
vives, le refroidissement de la region abdominale ou des pieds, comme lorsqu un
individu a ete expose longtemps a une pluie froide, elle constitue une des especes
de la passion iliaque, de la colique appelee par quelques auteurs de miserere.
Cette double indication clinique a un caractere plausible, et on peut essayerlc
castoreum dans ce cas. II convient alors de 1 employer sous forme de lavements
(c est peut-etre la seule des formes posologiques qui devrait etre conservee). L action
antispasmodique du castoreum explique egalement 1 utilite qui lui a ete atlribuee
dans les cas de coliques hepatiques. 11 n esl pas besoin d insister davantage.
Ge medicament joue dans le Nord un role considerable dans la pratique des
sages-femmes et des matrones. On 1 administre dans le but de faciliter le travail,
de combattre les tranchees qui succedent a la depletion uterine, et de regulariser
les lochies. II y a sans doute de 1 exageration dans les eloges qu on lui accorde
sous tons les rapports ; mais la separation faite, il reste positivement quelque
chose de fonde relalivement a 1 action particuliere du castoreum sur les fonctions
uterines.
Quant a la classe, variee a 1 infmi, des spasmes essentiels ou sympathiques,
des troubles hysteriques, de 1 ataxie, des nevroses convulsives, etc., des analogies
out conduit a leur cpposer le castoreum, et des sucees de basard out fait sa for
tune dans ces cas. G est un antispasmodique comme un autVe : e est tout ce qu oa
en peut dire. Nous avons trop le respect de nos lecteurs pour les fatiguer de cette
indigeste enumeration qui se reproduit, du reste, invariablement a propos de
chaque medicament de ce groupe.
Le castoreum peut se donner sous forme de poudre, en pilules de 20 centi
grammes a 2 grammes.
La teinture alcoolique s emploie en potions, a la dose de 2 grammes, et en la
vements a la dose de 4 grammes. On 1 associe quelquefois a d autres teintures, i
celled aloes oud asa-foetidaou denoix vomique. Alexander a preconise un melange
a portions egales de teinture de uoix vomique et de teinture de castoreum centre
CASTRATION. 53
ladysmenorrhee; on le prend a la dose de 50 gouttes par jour (Bull, de tlie r.,
t. XLIX, p. 557).
On a prepare aussi un sirop de castoreum. M. Lebrou a donne une formule de
ce genre dans laquelle le castoreum est associe a 1 eau distillee de.valeriane et a
1 eau de laurier-cerise.
Le castoreum, et cela se concoit, entre dans uu bon nombre de ces medica
ments composes en lesquels se complaisait le genie polypharmaque des anciens ;
tels la theriaque, le mithridate, formule due a 1 infortune roi du Pont et de Bi-
thynie, et qui se composait modestement de quarante-six substances (belle ma-
tiere pour experimenter!), le philonium, invente par Pbilon de Tarse, et qui
deyait ses proprietes actives a Topium: la masse de cynoglosse qui est dans le
meme cas, etc. FO;NSSAGRIVES. .
CASTORINE. Matiere grasse qui appartient au castoreum. Peu soluble dans
I alcoolifroid ; soluble da ns Tether et les builes essentielles chaudes : soluble aussi
sans alteration dans T acide sulfurique etendu et bouillant, dans 1 acide acetique
cristallisable et les acalis caustiques. On i obtieut de plusieurs manieres, nolam-
ment en dissolvant le castoreum dans six parties d alcool cbaud, laissant icfroidir
la liqueur; qui depose les graisses, puis faisant evaporer 1 eau mere. II reste la
castorine cristallisee, qu on purifie par des cristallisations successives.
II resulte, des observations de Valencienne, que la castorine n a qu une part
tres-faible ou nulle dans les proprietes medicales du castoreum.
Chirurgie. Operation qui >nsiste a supprimer, par abla
tion ou par atrophie, 1 un des testicules ou ces deux organes, dans le but de remplir
une indication tberapeutique. Nous elaguons par cette definition tous les cas dans
lesquels la suppression des glandes seminales peut tenir a d autres motifs et ap-
partenir.au. domaine de la medecine legale; de la physiologie, etc. (voy. EUNU-
CHISME); Le.mot castration est indifferemment applique, en medecine veterinaire,
a;l ablation du testicule ou de 1 ovaire: En 1 chirurgie, 1 ablation de cc dernier or-
gane introduite dans la pratique^ est connu sous le nom d ovariotomie (voy. ce
Diverses lesions organiques et notamment le cancer ou sarcocele, les cystosar-
comes, les angiomes, les desordres locaux qui peuvent succeder a des actions phy
siques, ;sont les .causes ordinaires qui mettent le chirurgien dans la necessite de
sacrifier, le testicule. Nous ne saurions entrer actuellement dans, les: details que
peuvent comporter ces lesions, et nous devons nous borner ici a 1 etude operatoire
de la castration, en renvoyant le lecteur pour; les notions preparatoires ou com-
plementaires aux articles speciaux dans lesquels ces lesions sont exposees (voy. TES
TICULE, pathologic.)
Toutes les fois que pour guerir les lesions dont un organe est affecte, on est
oblige de supprimer cet organe lui-meme, on ne peut meconnaitre. que le but eleve
de.la therapeuliijue n est pas completement atteint et que le rnoyen repute cura-
teur n est qu un expedient provisoire dansja serie du progres, etfque 1 art n ac-
cepte qu a defaut de ressonrces meilleures. On en est malheureusement a cette
lacheuse extremite pour le traitement de plusieurs lesions didymiques et notam
ment du sarcocele. L ablation du testicule affecte constitue le seul moyen pour
garantir la vie de 1 individu ; moyen bien imparfait, car, au point de vue meme
de la conservation de 1 existence, il est assimilable au pis aller des amputations,
DICT. ENC. XIII. 3
34 CASTRATION.
ne donne pas toutes les gnrantics centre la reproduction dela maladie, et, par le
sacrilice qu il impose, il amoindrit necessairement les sources de la vie de 1 espece.
On coinprend par cela meme que les chirurgiens qui out compte celle-ci pour
quelque chose et qui n ont pas suivi le deplorable exemple des partisans de Ja
castration legerement et abusivement apjpliquee, aient essaye divers mo yens de la
rendre inutile et se soient efforces d obtenir par d auties artifices la resolution du
testicule envahi.
Mais ces efforts si louables et qu il ue faut pas desesperer de voir missir (car qui
pourrait affirmer que le mode de guerison du cancer ne sera pas un jour trouve)
n ont abouti, jusqu a present, qu a des resultats steriles. Le lecteur n attend
pas, sans doute, que nous fassions passer sous ses yeux, a 1 occasion du sarcoeele, la
serie de tous les moyens preconises contre le cancer en general, ni meme contre
le cancer du testicule en particulier. Quel espoir fonder sur les vertus resolutives
de I arrete-bceuf (Ononis spinosa) que Matlhiole et Scultet ont celebre comme
propre a guerir le sarcoeele ! et si nous franchissons la serie des essais tentes dc-
puis le botaniste italien et le praticien d Ulm pour arriver aux medicaments qu on
a votilu accrediter de nos jours, quelles ressources meilleures trouvons-nous dans
la conicine et dans 1 iodure de potassium, de sodium ou de mercure, voire meme
dans 1 iodure d ammonium et I iodure d arsenic? les sangsues, I electricite, les
inoculations ne realisent pas plus de merveilles. Sacbons reconnaitre que la mede-
cine interne et 1 hygiene nous laissent absolument desarmes contre le cancer du
testicule, ouque, du moins, il nefaut y recourir que comme a des moyens d epreuve
pour savoir si Ton a reeilement a faire a un cancer ou a une maladie qui Ini res-
semble.
Le cas etant bien etabli, la chirurgie seule peut rendre quelques services, et ces
services sont fort limites, malgre la facon radicale dont on precede au traitement,
car, sur un bon nombre d operes, i ablation du testicule n est qu un moyen tempo-
raire de- guerison et une operation palliative. Quelque imparfaite que soit cede
therapeutique extreme dans ses moyens et restreinte dans ses effets, elle n en
merite pas moins unexamen attentif et elie a etc 1 objet d unefoule d essais ou de
fravaux dont on pourra se faire une idee en lisant 1 indigeste chapitre que Spren-
gel (Histoire de la Mcdecine, t. IX, p. 209 et suiv.) lui a consacre et par lequel
ii termine son ouvrage. Nous n avons pas I intention d etre complet au point de vue
liistorique, nous serons meme brei sous le rapport descriptifpour ne pas retomber
dans les descriptions invariablement stereotypees des ouvrages de medecine ope-
ratoire. Nous nous bornerons a examiner les points qui presentent un interet
pratique ou ceux qui, dans le dedale des opinions, n ont pu etre convoiiablSment
degages des embarras du doute on de la contradiction.
Une remarque qui doit etre faite des le debut meme de la question, c est que le
moyen chirurgical applique chez 1 homme au traitement du sarcoeele tend de plus
en plus a se restreindre dans le champ therapeutique de cette grave maladie et
meme dans ses applications speciales par rapport a ce dernier but. La reserve des
chirurgiens modernes, et particulierement de ceux de 1 ecole franchise, fait con-
traste avec la tendance qu avaient les chirurgiens d une autre epoque ou d autres
contrees, a appliquer la castration pour des affections variees du testicule. Pott et
ses imitateurs, au moins jusqu a S. Cooper, trailaient sans fac,on ce point de deonto-
logie cliii-urgicale et conseillaient la castration pour des maladies qui, evidemmnit,
ne la reclameiit pas. Mais nous croyons qu aujourd hui pen de chirnrgiens, meme
de 1 autre cote du detroit, pratiqueraient la castration d une maniere aussi abu-
CAS1RAT1UJN. 35
sive. Les tendances conservatrices de la chirurgic actuelle meritent surlout d etre
opposees auxidees irrationnelles on barbares qui faisaientde la castration complete
un usage a peine avouable. L idee de [ operation n est pas meme entree dans la
pratique par 1 art de guerir. D origine orientale, et eclose dans les sources impures
de ladebauche ou de la jalousie, elle a servi a creer 1 ignoble condition de 1 eunu-
chisme et il n y a pas bien longtemps encore le sensualisme raJfine des Italieas
imposait cetle degradation a de jeunes enlants dont on voulait modifier la voix
dans rinteret de 1 art musical. La force de la civilisation a heureusement detruit
cet abus en le faisaut rentrer parrni les crimes, et \ 7 elutti, dont on entretenait le
public il y a quelques annees, sera sans doute le dernier des sopranistes. La the-
rapeiUique, il est vrai, n est pas non plus exempte de reproches dans 1 emploi
qu elle a fait de la castration. Qu il nous sul lise de rappeler qu on n a pas craint de
1 employer pour la guerison de la lepre, de 1 elephantiasis, qu on 1 a aussi mise
en usage pour des maladies nerveuses, telles que 1 epilepsie, diverses formes d alie-
nation mentale, diverses nevra! ies; qu en chirurgie 1 ignorance 1 avait appliquee
an traitement des hernies, et Ton s expliquera que le souvenir de ces abus doive
produire aujourd hui une reaction qui a pour eltet de limiter 1 emploi de la castra
tion a des cas tres-peu nombreux et ou son application n a pas meme 1 inconve-
nient de supprimer directement les fonctions sexuelles. En et fet, Fart ne la met
en usage, au nioins dans le traitement du sarcocele, que pour un seul testicule. Or,
si Ton fait attention que 1 organe que Ton siicrifie est deja supprime de fait dans
ses fonctions et meme dans ses conditions anatomiques par 1 envahisseinent can-
cereux, on verra que la chirurgie ne porte en realite aucune atteinte particuliere
a la faculte de reproduction, et, par consequent, obeit a des indications physiolo-
giques dont le mepris est aujourd hui relegue datis la medecine veterinaire ou
il sejustifie par des raisons economiques proiilables a la societe.
Le probleme therapeutique souleve par les lesions graves du testicule, est plus
simple qu on ne 1 a pretendu d apres des idees tbeoiiques aujourd hui inacceji-
tables. II se reduit au meilleur mode de suppression de cet oigane, c est-a -dire
au mode le plus siir et le plus prompt, soit dans son execution, soil dans ses eft els
consecutifs.
II est un mode d atrophie artificielle de 1 organe seminal designe par les vete-
rinaires sous le nom de ligature a testicules converts. Cette operation consiste a
lier ie cordon sans toucher a 1 organe lui-meme et a .1 atrophier ainsi en Fisolaut
de toute communication vasculaire avec le reste de 1 organisiue et en empechant
ses fonctions. Nul doute qu on ne reussisse par cet ai tiike ou par tout aulre mode
de compression du cordon a atteiudre le but de la castration physiologique. Mais
des moyens de cette nature ne sauraient produire la castration therapeutique,
c est-a-dire la suppression de la maladie dans 1 organe affecte, a moins que son
isolement aitificiei par la ligature du cordon n ait pour consequence la gangrene
et par consequent 1 elimination ulterieure des tissus morbides. Aussi ne saurait-on
considerer comme une idee heureuse celle que Maunoir, de Geneve, emit au
commencement de ce siecle pour la guerison du sarcocele et qui consistait a faire
la ligature de 1 artere spermatique. Outre que la presence de 1 artere deferentielle
qui provient de Tepigastrique pourrait rendre insuffisante la ligature du premier
vaisseau, il n est nullement demontre que ce genre d operation puisse atrophier
un testicule cancereux. En fait, le cancer ne s atrophie point, il se ramollit,
s ulcereou se gangrene; niais, si Ton larit les sources de nutrition, il ne subit pas
cet amoindrissement graduel dans sa masse, qui constitue la veritable atrophie.
36 CASTRATION.
Aussi peut-on considerer conmie le fruit d une illusion 1 esperance que le chirur-
gien genevois avail concue de guerir aitisi le sarcocele. Nous ne connaissons du
moins aucun exemple qui prouvc que le vrai cancer a pu etrc gueri de ceite mu-
niere, et les cas favorables ne coucernent que des tumeurs erecliles regardees par
erreur comme des encepbaloides. A plus forte raison ne doit-on accorder aucnn
credit au precede de Morgan qui proposait, pour guerir le sarcocele, de couper
settlement le canal deferent. Ce procede tie serait pas meme suffisant pour la castra
tion physiologique ; applique a la castration therapeutique, il est si peu justifiable
que des critiques, qui ne se piqueut pas de courtoisie envers le chirurgien anglais,
1 ont qualifie d absurde. II serait temps du moius qu ou n eti parlal plus dans les
traites de medecine operaloire et, sans doute, nous aurions bien fait de donner a
ce sujet 1 exemple du silence.
L ablation du testicule malade a 1 aide des instruments de dierese esl le seul
moyen de triompher du cancer de cet organs ; mais, pour etre 1 unique ressource
de 1 art, la castration n est pas indiquee dans toutes les circonstances, et savoir
s abstenir est certainement plus dii Jicile et non moins important que savoir ope-
rer, car, dans les cas ovdinaires, au moins, 1 operation est d une execution facile
et la chose majeure consiste en ce que 1 operation soil utile au malade; or, on
peut etre certain que ce but d utilite ne sera pas atteint dans quelques cas, notam-
ment, lorsque les limites naturelles de 1 organe testiculaire sont t rancbies par le
produit morliide qui constitue la substance du sarcocele, lorsque, par exemple, le
cordon participe a la (li -nu rescencc dans sa portion intra-abdominale. II est vrai
qu alors c est au cbirurgien a apprecier jusqu ou peut aller la hardiesse temperee
par la notion serieuse des limites de 1 arl. Ledran a pu, dans un cas bien connu,
poursuivre la lesion au dela meme du canal inguinal incise dans toute sa longueur
ct lier les elements du cordon releves jusqu au niveau de la crete de 1 os des
iles. Nous avons nous-meme, dans un cas dontnous avons fait la relation, porte
I instrument jusque dans la fosse iliaque apres avoir souleve le peritoine; mais, a
part quelques exemples analogues de 1 heureuse issue de 1 operation poursuivie
jusqu a cette elevation dans la cavile abdominale, on peut dire que ces sortes
d operations brillanles par le resultat immediat ne sont pas beureuses par les
suites, en sorte qu il est rationnel de nepas les tenter ou d y mettrela plnsgrande
reserve. D une maniere generale, il faut regarder 1 engorgement cancereux du
cordon des vaisseaux spermatiques comme une contre-indication a 1 operalion
de la castration. Le motif d abstention est aussi Ires-grand, lorsque, en meme temps
qu il y a sarcocele, il existe un engorgement cancereux des glandes inguinales ;
la presence de tumeurs ganglionnaires clans cette region indique deja le progres
de la maladie didymique et prouve que la production morbide s est elendue jus-
qu aux enveloppes dont les lymphatiques vont se rendre dans les ganglions indi-
ques. Dans ces cas, on peut. sans doute coaipleter 1 operation par 1 ablation des
ganglions afiectes, mais les resultats en sont tres-chanceux par la probabilite
d une extension morbide de meme nature dans les ganglions intra-abdominaux.
La contre-indication de 1 operation devient absolue si cette participation
cancereuse des masses ganglionnaires de 1 abdomen, iliaques, lombaires ou pre-
vertebrales est un fait etabli par le diagnostic. Non-seulement 1 operation ne
raissit pas, mais elle precipite le terme funeste en imprimant un essor nouveau
au developpement des productions cancereuses profondes, qui pullulentalors avec
une incroyable rapidite et peuvent atteindre des dimensions vraimcnt extraordi-
naires. Nous avons vu perir aiusi un malade opere par Lallemand, ct a 1 autopsie
CASTRATION. 57
diiquel le mesenlere hit trouvc occupe par une masse cancereuse superieure nn
volume d nne tele d aclulte. La meme contre-indication existe a un degre analogue,
si, en 1 absence d engorgement intra-abdcminal apparent, le s\ijet presente une
dyscrasie cancereuse poussec an plus haut degre. Dans ce cas, le teint chloro-
anemique, 1 amaigrissement , la fievre hectique et les divers indices sympto-
matiques de la ruine de 1 organisme, annoncent que cette destruction ne serait
pas arretee par F ablation du sarcocele.
L absence de ces centre-indications rendant 1 operation a la fois possible et ra-
tionnelle, faut-il proportionner la perte de substance a 1 etendue de la lesion? II
est des organes qui, partiellement envahis par le cancer, peuvent etre attaques
d une maniere avantageuse uniquement dans la portion aflectee, le reste de 1 or-
gane etant susceptible de conservation. Le penis, 1 nterus, et, pour rentrer dans
des analogies plus marquees, quelques organes glandnlaires, notaminent la mn-
melle, sont dans ce cas. Mais le testicule doit etre retranche en totalite alors
memequ une seule de ses parties est atleinte. A quoi servirait de conserver 1 epi-
didyme, si on enlevait le corps du testicule, et reciproquement quel, avantage
trotiverail-on a respecter ce dernier s il etait separe de 1 epiclidyme, qui est le point
ou aboutissent les canaux vecteurs du fluidc seminal ? sans reserver aucun avan
tage pliysiologiquc, et sans attcindre auctui resultat digne de consideration an
point de vue de 1 aspect exterieur de la region, on s exposerait a des chances tres-
grandes de reproduction cancereuse a cause des rapports intimes des differentes
parties du testicule et de la probabilile d une participation commune a la maladic.
On comprend, que dans la mamelle, organe volumineux et compose de lobes
distincls, donnant lieu a des conduits excretenrs indepcndants, on puisse faire des
ablations partielles de 1 organe ; ces operations peuvent, en effet, respecter a la fois
la forme et les fonctions de ces glandes, mais la plus simple notion de 1 anatomie
du testicule suffit pour demontrer qu ici une semblable prevention, puerile an point
de vue morphologique , serait absolument sans effioacite au point de vne
fonctionnel. ;
L ablation de 1 orgaue devant etre totale, comment convient-il de 1 executer?
Avant lout, quelques preparations locales sont necessaires. La region doit etre
rasee, les instruments propres a Toperation, bistouris droit ct convexe, ciseaux,
pinces, ligatures, eponges, aiguilles etfilsa suture, pieces de pansement, doivent
etre prealablement disposes en ordre convenable. Le malade doit etre conche
horizontalement sur une table de hauteur commode pour le chirurgien, et celui-ci
doit etre place a sa droite, quel que soil 1 organe a retrancher. II est bien entendu que
les preparations generates n auront pas etoe negligees et que toutos les complica
tions, dequelque nature qu elles puissent etre, auront ete combattues dans la me-
suredu pouvoir de 1 art. Enfin, une derniere precaution prealablequi, dans ce cas,
acquiert une importance speciale, doit consister dans Temploi de la methode
anesthcsique. A. moins d une contre-indication generale tiree de 1 etat du sujet et
particulierement de 1 etat des fonctions respiratoire, circulatoire ou nerveuse, le
sommeil anesthesique est ici de rigueur. II epargne au malade les douleurs inhe-
rentes a la section et au detachemeut de la peau, douleurs assez vives a cause de
la division des nombreux filets nerveux de la region scrotale ; mais surtout il
affranchit 1 opere des douleurs a la fois aigues et a caractere particulier que deter
mine la ligature du cordon, et dont on a fait un argument contre la ligature en
masse de cette partie. Bisons par avance qu a ce point de vue la methode aneslhe-
sique resout 1 objection et simplifie cette partie de 1 operation.
38 CASTRATION.
Tout etant prepare et le chirurgien etant assiste d aides instruits, par quel
precede cloit-il retrancher 1 organe malade? G est etablir d ores et deja qu on pent
agir de diflerentes manic-res. II en est une fort expeditive, mais dans laquelle la
simplicite et 1 imperfection marchent de front et qui ne meiite guere de prendre
rang dans les methodes chimrgicales, c est le retranchement direct et sans plus
de precaution de 1 organe et des teguments qui 1 enveloppent, corame pourrait le
faire accidentellement un coup de sabre bien applique. II est cependant des chirur-
giens qui se sont fails les patrons de ce mode operatoire en y mettant quelque fac,on,
bien entendu. Zeller, Kern et Rima ont voulu successivement attacher leur nom
an procede. Voici le produit de cette elucnbration germanique : la peau est forle-
ment tendue sur le testicule et ramenee derriere 1 organe et, derriere le cordon
que le chirurgien souleve autant que possible, un aide agit sur le testicule sain
pour 1 attirer de son cote, pendant qu im autre aide agit sur le testicule ma-
lade pour 1 attirer en avant. Le chirurgien enfonce son bistouri derriere !e testi
cule et le cordon a travers le pli de la pean qu il tient entre ses doigts et taille
un lumbeau inferieur qui cbmprend a la fois le testicule et les teguments ; il re-
tourne ensuite son bistouri et, agissant de bas en haut, il coupe le cordon et le
reste de la peau. Ce mode elait surtout preconise par Rima. Zeller tenait a etre
plus expeditif ; il faisait relever la verge et le cote sain du scrotum par un aide, et,
saisissant lui-meme le teslicule malade, il 1 amputait d un seul trait avec un bis
touri ordinaire. Si Ton doit Ten croire, ajoute Sprengel, son procede fut couron::6
du pins brillant succes. Mais son compatriote Rudtorfferne fut pas si enthousiaste,
et il fit remarqiier de la maniere la plus vehemente a Zeller que cette maniere
d operer ne tenait aucun compte de la necessite de conserver une portion utile du
scrotum, qu on agissait au hasard dans la section du cordon, que celui-ci pouvait
troo facilement echapper au chirurgien, que malgre les precautions prises, 1
cloison du dartos etait toujours menacee, que la plaie etait necessairement irregu-
liere. II est evident que ce procede ne se propose qu un but, allervite; mais
d une maniere generale, il est la negation de 1 art. Tout le monde peut 1 employer,
aussi c est celui que met en usage une main ciiminelle ou vengeresse dans cer
tains attentats. Abelard avait ete mutile d apres ce mode. G est aussi le mode
auqnel recourent ceux qui, sous 1 empire d une exaltation mystique, portent le
suicide dans la vie de 1 espece. Origene n avait pas procede autrement. Nous avons
connu quelques alienes aussi habiles dans cette operation que les chirurgiens alle-
mands.
Arrivons a une operation pins serieuse, a celle que 1 exptrience a consacree, et
cherchons a apprecier la valeur des modifications ou precedes dont elle a ete 1 ob-
jet dans 1 execution de ses divers temps.
[/operation du sarcocele comprend trois temps : 1 isolement de la tumeur, la
section du cordon, le pansement.
Isolement de la tumeur. Enveloppee par la peau, le tissu cellulaire, la couche
darto itle et le cremaster, la tumeur pent ctre entierement libre sous ces enve-
loppesouleur adherer dans une etendue plus ou moins considerable. Dans le pre
mier cas, qui est le plus ordinaire, le degagement de la tumeur se fait tres-1 aa-
lement par la section de la peau ct des couches sous-cutanees, lorsque la tumeur
est d un volume mediocre. Si la tumeur est d un volume considerable, sa dissec
tion est necessairement plus longue et il pent etre utile de reduire prealablement
ce volume exagi re. Cette reduction est possible dans le cas assez frequent d hydro-
sarcocele; line ponction prealable evacue le liqnide contenu dans la tuniqne vagi
CASTRATION. 39
nale, diminue la supcrficie generale cle la tumeur, resHtue la laxite naturelle de,s
tissus sous-cutanes, et facilite Tenucleation du teslicule. Cette ponction pi-ea
table aunautre avantage, celui de donner au diagnostic sa confirmation supreme
au moment meme de 1 operation, et d arreter an besoin la main du chirurgien, si
un exanien insuffisant ou des dispositions insolites lui avaient suggere une deci
sion dompromettante pour Ic malade. Dans les cas douteux il n y a aiicun incon
venient a faire des 1 abord cette exploration diagnostique, en ayant le soin de
dinner la ponction dans le sens de 1 incision principals, de mamere que, lorsqu on
fait celle-ci, on comprenne clans son trace la petite solution de continuite qui a
servi de contre-epreuve au diagnostic.
Quant a 1 incision elle-meme, elle doit etre faite sur la partie anterieure de la
tumeur et parallelement a sou grand diametre vertical ou oblique. Un bistouri
convexe altaque la peau prealablement tendue entre le pouce et 1 indicateur, et
execute une section nelte et rapide, depuis le bord superieur de 1 anneau inguinal
jusque vers la partie la plus declive du scrotum. Le prolongernent superieur de
rincision a pour but de faciliter la recherche, 1 isolement, la section et la liga
ture des elements du cordon ; son prolongernent inferieur, qu il ne faut pas crain-
dre de pousser jusqu en arriere, tend a faire eviter un cul-de-sac ou pourraient,
apres 1 ablation du testicule, s accumuler le sang, la scrosile sanguinolente ou le
pus, si 1 inflammation s emparait de la surface traumatiqne. Quelques cbirur-
giens pratiquent 1 incision initiate de Topeiation en agissant comme dans la her-
nie etranglee, c est-a-dire en faisant un pli transversal a la peau, dont une extre-
mite est soutenue par un aide et qu on attaque a sa partie moyenne ; mais cette
precaution qui se juslifie dans la herniotomie par la necessite d inciser couche
par couche et de menager les parties subj;icentes, n a pas iri le meme avantage,
et elle a I incqnvenient de n etre pas assez grande, lorsque le pli cutane est rela-
che, et d obliger le chirurgien a prolonger les angles superieur et inferieur de la
division cutauee, ce qui, en realite, complique la manceuvre.
Lorsque la tumeur est tres-volumineuse, ou lorsque la peu alteree ou adhe-
rente a la partie anterieure du sarcocele doit etre sacrifice en meme temps que
1 organe seminal, on substitue a 1 incision simple deux incisions derni-elliptiques,
se regardant par leur concavite et dont les extremites supei ieure et inferieure doi-
vent s etendre aussi loin que dans le cas precedent. Beja connue de Paul d Egine,
mais recommandee surtout par Sharp et Lafaye, cette modification est parl aite-
meut indiquee dans le cas que nous venous de signaler, et elle assure sulfisam-
ment la formation d une cicatrice lineaire, car 1 affrontement des levres do la plaie,
apres Textraction du testicule, permet 1 effacement de la courbe et ramene les
bords de la plaie a la direction longitudinale.
Le point choisi pour pratiquer 1 incision cutanee semblait trop naturel pour
devoir faire 1 objet d objections fondees. Toutefois un chirurgien militaire du
commencement de ce siecle, Aumont, a prefere deplacer cette incision et la repor
ter sur la face posterieure de la tumeur, dans le but d eviter la stagnation des
liquides dont la position declive de la plaie favorise reellement Tissue, et pour
epargner au malade le desagrement d une cicatrice visible. L incision retro-scro-
tale n a guere trouve que Roux pour iraitateur, mais il patait que ce chirurgien
n eut pas a se louer de 1 avoir adoptee. On comprend en eflet, de prime abord, que
1 idee de cachor la cicatrice n est pas importante, que 1 intention de favoriser
Tissue des liquides est aussi bien remplie par le prolongement infeneur de Tm-
cision ordinaire que par sa translation totale en arriere, et que, dans tons les cas,
40 CASTRATION.
ces avnntagcs minimcs sont trop cherement nchetes par la difficult que ce mode
operatoire introduit dans la manoeuvre, ainsi que par la moindre securit
qui concerne 1 action chirurgicale a exercer sur le cordon. Pour atteindre un hut
analogue, Jobert (de Lamballe) a prelere 1 incision latero-scrotale qui, dans le
decubitusdu malade, favorise aussi bien que la precedente 1 elimination des hqiu-
des dont le sejour pourrait faire obstacle a la reunion immediate, et qui Invest
evidemment superieure, par la possibilite qu elle donne de bien apprecier I etat
des parties et de mettre le cordon bien a decouvert. Ce precede, que son auteur
adecritsous le nom d incision en coquille, et qui n est en realite qu une sortc
d amputation a lambeaux appliquee a 1 extirpation du testicule, s execute en de-
coiivrant cet organe par une incision demi-circnlaire a convexite externe et inie-
rieure. Le bistouri tenu comme une plume a ecrire entame la peau au niveau du
canal inguinal, il est conduit de haul en bus, le long du cote externe et antc-
rieur.de, -la tumeur jusqu a sa base ou il se recourbe pour regagner le cote
interne et remontc vers I anneau, de maniere a couper une*sorte de valve tegu-
mentaire anterieure dont le sonlevemcnt ct la dissection mettant 1 organe parfai-
tement a nu. facilitent le reste de 1 operation. Apres 1 extirpation du sarcocele,la
valve cutanee antt rieure retombe sur la posterieure a laquelle elle s adapte nette-
fnent. On pourrait, en suivant. 1 idee de Jobert, proceder plus expeditivernent,
en taillant par transfixion le Uvmbeau tegnmcntaire anterieur. Ce procede,. que
nous avons essay e, nous a tres-bien reussi, mais il n a pas d avantages notables
dans une region on Ton peut facilement redonter la mortification des lambeaux, el
il cesse d etre applicable dans les cas on la peau est iilteree ou adlierente. En
somme, 1 incision antero-scrotale est cello qui, se distinguant par la celerite et la
simplicite de 1 execution, doit etre preleree.
C est par 1 espece de boutonniere que represente cette incision que le testicule
doit etre extrait. GeneValement il soffit de soulever la peau a droite et a gauche
et de couper a grands traits les adherences celluleuses assez laches qui unissent
les teguments a la tumeur pour isoler celle-ci. Dupuytren qui ne dedaignait de
raltacher a son nom aucun detail de pratique chirurgicale, pour si humble qu il
iut, a fait decrire par les editeurs de Sabatier un procede d enucleation qu il
s attribue, et qui consiste a attirer la peau du scrotum en arriere, a couper les
adherences a mesure que leur tension le permet et a faire sortir ainsi le testicule
par une sprte d enucleation. Ce mode d execulion se presente si naturellement
qu on peut dire qu il appartient a tout le monde, au moius pour les cas ou la
tumeur etant petite, mobile et le tissu cellulaire lache, une simple pressioii pos-
tei ieure suifit a degager le testicule a la favour de quelques coups de bistouri ou
mcme en dechirant avec les doigts le tissu cellulaire. Maisil cesse d etre applicable
aux cas ou la tumeur est tres-volumineuse et lorsque les teguments sont disten-
dus. 11 est alors necessaire de saisir ceux-ci avec les doigts ou avec despinceset de
les dissequer convenablement. 11 n est pas indifferent, clans ce cas, de laisser a h
face interne de la peau une bonne conche du tissu sous-jacent afin de reserver des
conditions convenables de nutrition, et de ne pas s exposer a la facile destruction
des tissus trop amincis, s il se manifesto une inflammation locale. La gangrene
menace alors les teguments et peut les detruire avec une deplorable facilite. II
n importe pas moins de ne pas aller trop loin du cote du testicule et de ne pas
detacher au profit de 1 epaisseur tegumentaire les tissus membraneux suspects
qui cement le testicule. La tunique vaginale marque ordinairement la limite
d action du bistouri. Pendant 1 execution de ce temps operatoire, un aide doit
CASTRATION. 41
facililer 1 action dn chirurgien en tentlaut convenablcment la peau et en soutc-
nant le teslicule qui ne laisse pas de gener un peu par la mobilite qu il acqniert
vers la fin de son isolement. L operateur doit mettre une attention particuliere a
le bien detacher en arriere, en surte que son pedicule represente par le cordon
soil libre, et il fait soutenir la tunieur par un aide. De s vaisseaux assez nombreux,
provenant surtout des arteres honteuses externes on des rameaux les plus ante-
rieurs des vaisseaux du perinee, sont necessairement divises pendant la dissection
de la tumeur. II convient de ne pas clifferer leur ligature jusqu a la fin de 1 opera-
tion et nous pouvons meme ajouter qu il est ntile de les Her an fur et a mesure
qn on les coupe, atin d eviter qu ils n echappent par leur retraction a 1 application
ulterieure d une ligature et pour conjurer nne hemon hagie tardive qui contra-
rierait necessairement la reunion immediate. Des nerl s assez nombreux sont
anssi coupes pendant la periode dc [ operation que nous venous de decrire; aussi,
avantl emploi de la methode anesthesique, recommandait-on une grande celerite
d execution pour epargner an malade des douleurs plus vives dans cette region
que dans beaucoup d autres. Anjourd hui ce precepte est moins rigourcux ; quel-
ques instants de plus ou de moins pendant le sommeil anestbesique ne modifient
pas sensiblement les effets de 1 operation, et il est bon que; dans certains cas sur
tout, la celerite de 1 execution ne soil pas aux dene/is, de la securite. Cette atten
tion est particulierement utile lor^que la tumeur etant yolumineuse et les tegu
ments tres-amincis, on s expose, en allant vite, a faire desboutonnieres acciden-
telles au scrotum, aussi est-il necessaire, pour: les eviter, de diriger toujours la
pointe du bistouri vers le testicule et, par consequent, d incliner diversementl in-
strument suivant les faces de 1 organe que Ton isole. La meme recbihmandation a
plus de prix encore pour eviter d interesser la cloison du darlos. Cette lesion
pourrait atteindre 1 artere de la cloison en donnant lieu a une assez forte
hemorrhagie, et exposerait, en outre, le testicule sain a etre ble?se. Enfin, il e>t
tres-important de procecler avec lenteur et menagement lorsque la tumeur adhere
a la verge; la blessure du corps caverneux et surtout celle de I urethre/seraieht la
source d accidents serieux que le chirurgien a le devoir de prevenir.
Section du cordon. La tumeur ayant ete pediculisee par son depouillement,
n adbere plus a 1 organisme que par nne portion tres-etroite qui est le. cordon. II
ne reste plus qn a en operer la section. Reserver eel le-ci pour le dernier temps
parait la maniere la plus logiquc de proceder/puisqu on est parfaitement cer
tain d executer aiiisi Jes premiers temps a labri des effets qui peuvent suivre
la section des elements anatomiques les plus! importants. II est cependant des
chirurgiens qui, prenant en, consideration le role meme de ces elements anato
miques, qui sont pour le. testicule la condition de sa vie locale, ont propose de
commencer par couper le cordon et meme. de reduire 1 operation a cette seule
section. Pouteau, dans un cas qui indiquait la castration, se contenta de mettre a
decouvert le cordon par une incision limitee et de le couper purement et simple-
ment en arretanl 1 hemorrbagie par la compression au-dessus du point incise. Des
le lendemain la tumeur fletrieavait perdu uni sixiemede son volume; une eschare
se fit aux teguments du scrotum et le testicule ayant ete, elimine par. cette breche,
la guerison fut complete 1 . ,Ce resul tat ayant encourage le chirurgien a renouveler
le meme precede dansun cas analogue, il nes en suivit point le meme succes; une
suppuration de mauvaise nature se prolongea apres Tissue du testicule gangrene
et la mort en fut la consequence, Pouteau renonca a son procede et les chirurgiens
n ont pas ete tentes de le reprendre, bien que le moyen ne soit pas absolument
42 CASTRATION.
repousse dans 1 art veterinaire. Concluons que la saine pratique chirurgicale veut
qu on termine par la section du cordon.
Celle-ci doit etre faite avec 1 instrument tranchant. On a renonce aux ciseaux
droits, a I aide desquels Bell avait espere un froissement hemostatique, uinsi
qu aux ciseaux a branches concaves sur leurs hords tranchants que Roux avait
preconises comme propres a assujettir le cordon pendant la section. Le chirurgien
n a pas besoin de changer d instrument, et le bistouri ordinaire qui a servi au
premier temps de 1 operation n est pas moins effieace pour trancher le cordon. II
est indifferent de Vattaquer d avant en arriere ou d arriere en avant; questions
insignifiantes qu on est etonne de voir serieusement posees, et il est a peine ne-
cessaire de dire qu il vaut mieux le couper perpendicukdrement a son axe que
dans une direction oblique et en bee de flute, comme 1 avait propose Leblanc.
Mais il est quelques points de pratique chirurgicale plus interessants et au sujet
desquels 1 opinion mom-ante des opeialeurs a fait eclore une kyrielle de precedes
minuscules. Quelque grande que soit la division des opinions dans ce petit sujet,
comme il pent en resulter de 1 indecision pour le praticien, il est utile de 1 exa-
miner et de motiver une conduite.
On sait qne le cordon se compose d elements ti es-differents : des arteres d inegal
volume dont Tune surtout, la spermatique, peut etre une source d hemorrhagie,
des veines nombreuses, souvent anastomosees et qui peuvent s enflammer, des
nerfs provenant du plexus lombaire, et dont la lesion peut etre la source d acci-
dents nerveux ; un canal excreteur, le canal deferent qui est la partie la pins re-
sistante du cordon et dont on constate la frequente participation morbide a 1 alte-
ration testiculaire, sont autant d elements exigeant une attention speciale. On sait
que ces elements reunis par un tissu connectif traverse par des lymphatiques, sont
enveloppes par des fascias celluleux, fibreux ou musculaires, auxquels s adjoignent
des prolongements.sereux, et que le tout est susceptible d un certain degre de re
traction; or ces diflerentes circonstances exercent une influence sur la section du
cordon et imposent des precautions a prendre pour que les suites naturelles ne se
transformed pas en accidents et en complications.
Les accidents qu il s agit surtout de prevenir sont les hemorrhagies, le tetanos
et le phlegmon du cordon.
Le premier accident a assurement quelque importance, mais on ne saurait dou-
ter que celle-ci n ait etc exageree. L hemorrhagie apies 1 operation du sarcocele a
ete, pour quelques chirurgiens, une soite de fantome comme 1 hemorrhagie a la
suite de 1 operation de la hernie. En fait, les accidents sont rares et lorsqu ils sur-
viennent, surtout apres la section du cordon, ils n oht pas une gravite absolue.
Bien qu il y ait trois arteres dans 1 epaisseur du cordon, la spermatique, la defe-
rentielle et la cremasterique , ces deux derniers vaisseaux sont trop exigns pour
devenir la source d une hemorrhagie serieuse; la spermatique elle-meme ne
donne pas toujours abondamment, et cela est si vrai que, dans beaucoup de cas, on
a pu se dispenser de la ligature et se contenter soit du froissement que Ledran
duclarait sulfisant, de la torsion ou du renversement du bout flottant du cordon
dont se contentait Runge, enfin de la compression qui etait le mode habituel
ciuquel avaient recours J. L. Petit et Pouteau. II y a, il est vrai, telles circon
stances dans lesquelles ces moyens sont cornpletement insnffisants. L aitere sper-
malique peut etre hypertrophiee precisement a cause de 1 existence du sarcocele
qui, representant une masse plus volumineuse a nourrir, entraine le developpe-
nient des vaisseaux qui s y rendent ou qui en par tent, comme on 1 obierve du reste
CASTRATION. 43
d une maniere generate autour des lesions organiques ancienncs. Si la section e-st
faite tres-haut et que 1 artere echappe a la compression ou a la ligature, elle pent
occasionner vine perte de sang iuquietante. Cette artere est d aiileurs sujelte a se
retracter, ce qu on s explique par sa grando longueur et par 1 absence de branches
collaterales, lesquelles liraitent la retraction longitudinale des vaisseaux en les
fixant ciins leiir trajet. L ensemble du cordon lui-meme est, qnoi qu on en ait dit,
tres-dispose a se retracfer, et cette ascension dans la ravite abdominale est d au-
tant plus grande que 1 entrainement hors de cette cavite a etc provo pie a un plus
haul degre par le poids du testicnle. En presence de ces possibilites, il est evident
que le chirnrgien doit prevoir I hemorrhagie, se comporter conime si elle devait
t-tre grave et aviser aux moyens hemostatiques les plus efficaces.
La ligature tient incontestablement le premier rang. Mais comment convient-il
de 1 appliquer? Pour amoindrir autant que possible la confusion qui a regne sin
ce point, nous distinguerons la ligature du cordon a ( occasion de [ operation du
sarcocele d apres les considerations snivantes.
Moment de la constriction. Quelques chirurgiens timores prennent leurs
precautions centre la retraction du cordon ou une hemorrhagie mal arietee,
et placent des ligatures d attente dont i application est plus ou moins tanlivo,
suivant le moment ou I accident se developpe. Cette precaution avail paru bonne
a Birch ; mais il en est des ligatures d attente a placer sur le cordon des vaisseaux
spermatiques, comnie de celles qu on placait sur divers points de la hauteur d un
tronc arteriel dans le traitemejit des anevrysmes ; c est une pratique qui a fait son
temps et dont 1 inanite, pour ne pas dire plus, est parfaitement reconnue.
Degre de la constriction. On a quelque peine a croire que les opinions aient
ete divergentes sur ce point. Toutefois, Sprengel et Velpeau n ont pas dedaigne
de redire que Cheselden serrait mediocrement le fil, ce qui, dans un mouvement
inopine du malade, 1 exposait a glisser ; qu Arnaud ne 1 etreignait que tres-piu
afin de n occasionner ni gonflement, ni etranglement dans le trajet du cordon ;
enfin que Schlichting regardait la ligature conime une superfluite. Le bon sens
aurait sans doute sui!i pour fixer la pratique sxir ce point, et pour etablir qu il faut
serrer assez fort afin que le lien arrete d abord le sang et divise plus tard le point
ou il est applique. Franco, excellent juge dans la matiere, avail opere dans ce sen.-,
et son exemple fait regie. La science neanmoius continue a se charger d opinions
nouvelles, mais elle ne perdrait rien a ce qu on oubliat les preceptes de Theden
et de Flajani qui trouvaient convenable d interposer une compresse entre le cor
don et la ligature. PeDetan n a pas mieux servi la cause de 1 operation en voulont
qu on interposal une plaque de plomb ; Gauthier n a pas su davanlage 1 aire imiler
sa prudence, en recommandant d etreiudre le fil par degres, et nous doutons fort
que les chirurgiens modernes qui preconisent la ligature metallique changent, snr
la question qui nous occupe, la coutume etablie.
Hauteur du point d application. Ici encore nous trouvons autant de diver
gences dans les preceptes des chirurgiens qu il y a de points sur la longueur du
cordon ou Ton peut placer une ligature. Purmann veut que le lien soit place aussi
pres que possible del anneau. Barbette et Bertrandi recommandent, au contraire,
de le serrer tres-bas immediatement au-dessus de 1 epididyme, tanclis que d autres
chirurgiens, dont Ilenel s est fait I organe, le posent sur une partie intermediaire.
Mais qui ne voit que ces preceptes ne sauraierit etre absolus, etquela conduite du
chirurgien est absolument suboidomiee a 1 e tut dans lequel se trouve ie cordon ?
Le precept e d iienel est sans doute le plus geiieralement applicable; mais il est
U CASTRATION.
descns ou, non-seulement il faut lier au nivean cle 1 anneau, mais depasser cette
limite ct remontev jusqu a 1 orifice superieur du canal inguinal. Telles circon-
stances exceptionnelles exigent meme qu on remontc jusque dans la fosse iliaque
ou la cavite de 1 abdomen. Lorsqu il existe, par exemple, un sarcocele ilio-inguinal,
soit que le testicule ne soil pas descendu an delii de 1 anneau, soil que, apres avoir
accompli sa migration, il ait remonte par vine circonstance accidentelle, comme 1 a
observe Rossi, de Turin ; on bien, lorsque le sarcocele interesse le cordon avec ou
sans participation du testicule occupant dans le scrotum sa place normale, il y a
obligation de dissequer la tumenr beaucoupplus bant quede coutume et, par con
sequent, d etreindre le cordon a une hauteur beaucoup plus grande qu a 1 orcli-
naire. Velpeau a. donne sur ce point d excellents preceptes et les a mis en pra
tique dans trois cas differents. I/operation se distingue necessairement de celle
que nous avons decrite plus haut : nu lieu d arreter 1 incision cutanee au niveau
de 1 anneau inguinal, il laut 1 etendre jusqu a la saillie superieure de la lunieur,
i endre le canal inguinal, pa rallelement au cordon, soulever le peritoine avec len-
teur et precaution afin d eviter son ouvcrture, accident arrive a Nnegele, eviter les
vaisseaux epigastriqnes et iliaques, enfin lier en masse les elements du cordon en
se servant an besoin, comme 1 a fait Rossi, d une aiguille courbe et mousse pour
mieux les alteindre, et avec I aUenlion de faire la constriction au-dessus du point
altere. Si cetle certitude n etait pas acquise d avance, il vandrait mieux ne pas
faire une operation deja chanceuse par elle-meme, et dont les resultats seraient
infailliblement facheux si, par 1 eradication du ma| au dela de ses limites, on ne
prenait ses precautions con t re 1 avenir.
Quantite de tissus a etreindre. Gette question est surtout digne d attention
dans 1 operation du sarcocele, et la seule pour laquelle on s explique la difference
des precedes, bien qu elle ait perdu, par les preuves experimentales de la pratique,
1 incertitude dont elle elait 1 objet, et qu ou ait aujourd hui les elements d une
conduite uniforme. Faisons remarquer d abord que le cordon n oflre pas toujours
le meme volume, que ses enveloppes cellulo-fibreuses peuventetre plus ou moins
hyperlrophiees et que, dans ce cas, une incision prealable pent isoler les couclics
exterieures et restreinclre, par cela meme, la masse des tissus a serrer. Ilestd ail-
leurs utile, lorsque le cordon est mis a decouvert, de rechercber s il ne contient
pas quelque element surajoute ; s il n y a, par exemple, ni sac herniaire, ni [n o-
longement intestinal, circonstance que nous avons rencontree, auquel cas il
faut necessairement faire un isolement prealable et une reduction de la hernie.
S il existe dans le rneme point un oBileme, un kysle, une production graissense, la
conduite du chirurgien se modifie necessairement d apres le caraclere de cesdispo-
sitions anormales qui peuvent du reste avoir pour eifet de dissocier les elements
du cordon, de les etaler comme Scarpa en avail deja fait la remarque, et, par suite,
de permettre d agir isolement sur tel ou tel d eutre eux. Mais si, comme dans les
circonstances ordinaires, on rencontre un cordon arrondi, mediocrement volumi-
neux et dont les elements soient assez coherents pour qu on ne puisse, au milieu
d eux, retronver surement les. vaisseaux a lier, comment convient-il de proceder,
soit pour la section du cordon, soit pour la ligature, soit enfin pour 1 ordre d em-
p!oi de ces deux temps de ^operation? On pent agir de trois manieres et pratiquer
la section graduelle et la ligature isolee des arteres du cordon, la ligature en masse
avec section consecutive, la ligature en masse avec isolement du canal deferent et
section ultime.
Boyei , Dupuytren, Delpech, preferaient la ligature iwlce des vaisseaux au fur
CASTRATION. 45
eta mcsure de leur division. En adoptant cctte methode, on tend le cordon sur
le doigt indicateur de la main droite, et on coupe successivement, avec le bistouri
porte en travers, chacnne des parties qui se prcseute, en ayant le soin de saisir
chaque vaisseau avec des pinces ou avec le lenaculum de Bromfield et de le lier
isolement. On place ainsi deux ou trois ligatures sur le trajct du cordon, et nous
avons vu notre ancien collegue Serre qui avail adopte cette maniere d operer
et qui, plus que tout autre chirurgien, prenait ses precautions coiitre les hemor-
rhagies, multiplier les ligatures au point de laire supposer que les veines elles-
mcmes n echappaient pas au zele hemostatique du chirurgien. Alors, quel motif
reel de preference ce moyen presente-t-il sur la ligature en masse? Reduit a de
justes limites, le precede de la ligature isolee des vaisseaux est rationnel sans
doule, ma is il est peu expeditif, et il a 1 inconvenient de multiplier la presence de
fils agissant comme corps etrangers a 1 angle superieur de la plaie. Bichat, et a
son exemple Gh. Bell et Roux, avaient introduit une modification qui consisle a
couper d un seul trail tons les elements du cordon, sauf le canal deferent, a lier
les vaisseaux, sans craindre la retraction du cordon encore contenu par la resistance
du canal deferent, et a terminer par la section de celui-ci.
La ligature en masse est un precede tres-ancien et plus simple que le prece
dent. Deja connu de Celse et de Paul d Egine, ce precede etait adopte dans le
siecle dernier par Morand en France, p ar Schmucker et Mursinna en Allemagne,
et il comptft un grand nombre de partisans de nos jours. 11 consiste, comme son
nora 1 indique, a etreindre la totalite du cordon dans une anse de fil qu on doit
choisir assez resistant et qn il i aut nouer assez fortement; si le malade est ploiige
dans le sommeil anesthesique, il ne donne aucnne manifestation de douleur, s il
est reveille ou imparfailement endormi la constriction esl d abord tres-penible et
donne lieu a une sensation de douleur et d accablement, parfois a des phenomenes
nerveuxet a des vomissetnents. Localement on remarque, au moment de la con
striction, un gonflement considerable des veines spermatiques. On coupe le cordon
a un demi-centimetre an-dessous de la ligature ; le bout se retire a une prolbn-
deur plus ou moins grande dans 1 interienr du canal inguinal, mais on le retient
facilement par le chef principal de la ligature qui doit etre ramene vers Tangle
superieur de la plaie. Les phenomenes douloureux et spasmodiques ne tardent pas
a se dissiper; quelques heures apres 1 operation tout est rent re dans 1 ordre, et ce
resultat est d autant plus surement obtenu, que la constriction a ele plus forte.
Apres 1 action hemostatique qui est sure, commence 1 action ulccrative. Celle-ci
estachevee vers le sixieme ou le seplieme jour. Apres ce delai, le fil tombe de lui-
meme ou cede a une legere traction. Tel est le tableau de ce qui se passe le plus
ordinairement, et on peut en conclure que la ligature en masse du cordon n est
pas une pratique bien dangereuse ; neanmoins ses adversaries 1 ont chargee de
graves reproches.
Siebold la proscrivait sans aucune reserve parce qu elle n engendre, dit-il,
qu accidents et malheurs. Theden lui reprochait aussi de produire des complica
tions nerveuses et notamment 1 epilepsie. Ces imputations sont cvidemment exa-
gerees. Un plus grand nombre de chiriirgiens 1 ont accusee de donner lieu a des
phlegmons inguinaux ou a des phenomenes tetaniques. *
L ihflammation du cordon est assez rare, mais elle pent, chez les sujets predis
poses, se manifester a 1 occasion de 1 operation du sarcocele, soit en revetant la
forme diffuse, soit en se limitant dans certains elements du cordon et donnant
lieu, par exemple, a la phlebite ingninale. Arnaud et Garangeot redoutaient sur-
46 CASTRATION.
tout le gontlement inflammatoire du cordon et, dans la prevision qn il pouvaiten
resulter un etranji lenient secondaire par 1 inextensibilite de 1 annenu et du canal
inguinal, ils conseillaient, a litre de debridernent pruventii, 1 incision de ces parties.
Mais bien qu ils aient trouve plus lard un imitateur dans Plainer, leur pratique
n a pu se generalise! en raison du caractere tres-exceptionnel de cette complica
tion. S il survient de .i inflammation et si celle-ci arrive a la suppuration, les pro-
duits sont elimines par 1 ouverture superieure de la plaie au niveau de 1 anneau
inguinal, et la cicatiisation n eprouve qu un peu de retard. Parfois on remarque,
dans ces cas, un bourgeon cbarnu volumineux qni semble adherer a 1 extremite du
cordon apres la cbute de la ligature, et qui exige qu on le reprime par des cauteri
sations on qu on le detruise par une excision. Ce n est que dans des circonstances
malbeureuses, plutot imputables a la disposition du sujet qu au precede operaloire,
qu on voit I inflammation se propager jusqu au peritoine ou prendre le caractere
diflus et envabir le tissu cellulaire de la fosse iliaque. Nous avons vu aussi, dans un
cas que nous avons relate dans un memoire special sur cette complication
(Memoire sur la phlebite inguinale, in Tribut a la chirurgie, t. 11), 1 inflam-
mation envabir les veines du coidon a la suite de la castration ; niais, dans ce
cas, il existait un varicocele en meme temps qu un cancer didymique, et il est a
presumer que le volume exagere des veines avail lavorise le developpement de la
phlebite inguinale, laquelle n est qu une s*uite bien exceptionnelle de la ligature
du cordon et qui d ailleurs, dans le cas cite, n empecba pas une terminaison
favorable.
Les chirurgiens qui ont fait le proces a la ligature en masse lui on! surtout
impute le developpement du tetanos. Siebold entre autres, sou adversaire le plus
declare, se fonde, pour la rejeter, sur le danger d embrasser dans la meme etreinte
le canal deferent et les neri s du cordon qui sont, comme on le sail, les til Is du
plexus renal et le rameau da nerf genito-crural. Nul doute que cette constriction
ne puisse etre la source d accidents spasinodiques convnlsifs ou de toute autre
nature; mais la pos-ibilite est loin d equivaloir au fait, et le tetanos est encore
moins a redouler que. 1 hemorrbagie dont on a fait un epouvantail. Bon nombre
de chirurgiens n ont pas eu 1 occasion de 1 observer dans le cours d une longue pra
tique. Sur cent cas analyses jar Velpeau, cet accident ne s est pas moutre une
seule fois, bien que la ligature en masse eut ete praliquee. Je n ai jamais eu a
noter cet accident dans la pratique de Delpecb, de Lallemand et de Serre et ma
propre experience ne m a jamais fourni 1 occasion de 1 observer. Je n ai a signaler
du moins qu un cas oil Faction reflexe, provoquee par I operation, se limita a une
contraction tetanique des parois abdominales et ne ceda que le dixieaie jour, a
1 emploi d une medication sedative, alors que la ligature etait deja tombee depuis
quelque temps. Le tetanos pent d ailleurs, dans ces cas, recounaitre d autres
causes que la ligature en masse, puisque M. Gouronne, de Rouen, 1 a observe dans
un cas ou Ton avait pratique la ligature iso ee des vaisseaux du cordon. La
crainte chimerique de cette complication, qui n est pas plus liee a la castration
qu a la plupart des operations majeures, ne saurait done faire meconnaitre au chi-
rurgien les avantages de la ligature en masse du cordon, sous le rapport de la
celerite de 1 operatidh et de la parfaite securite au point de vue de 1 bemostasie.
Au reste rien n empccbe, tout en conservant ces deruiers avantages, de sim-
plifier la ligature eu masse en exceptant le canal deferent de la constriction. Cette
simplification, a laquelle A. Pave et Heister avaient prepare, en conseillant de
passer un ill double a travers le cordon et d en lier isolement les deux moities,
CASTRATION 47
a ele surtout adoptee par Ravatori qui s est borne a lier la moitie du cordon ou
soul contenus les vaisseaux. Poll, et a son exemple beaucoup de chirurgiens, ont
adopte la raeme maniere d agir a laquelle nous nous rallions entierement. II suffit
done, lorsque le cordon est mis a decouvert et avant de detacher completement la
Umieur, de separer avecles doigts le canal deferent du restedu cordon, d engager
ua stylet aiguille entre ce canal et les vaisseaux, et de lier en masse ces dormers.
L operation se termine par la section totale du cordon a un demi-centimetre au-
des.-.ous du point de constriction, nous ne pouvons que conseiller ce moyen qui
pare a toutes les difficultes; et qui assure des resultats assez heureux pour epar-
ener aux chirurgiens de nouveaux essais de medecihe operatoire.
11 s est rencontre toutefois, me ; ; e a une epoque rapprochee de nous et a J ori-
"ine des tentatives de reaction contre 1 instrument tranchant, des operateurs qui
pretextant 1 importance des hemorrhagies, la frequence des accidents inflamnia-
toires; que sais-je? toules sortes de complications attachees a 1 une des operations
majeures qui averement reussissent le mieux, out redoute d attaquer les parties
molles du scrotum et surtout le cordon avec 1 instrument tranchant, et ont proscrit
cet affreux bistouri charge par ses delracteurs de toutes les iniquites d Isr;u ; l.
Mayor de Lausanne a, le premier, donne I exemple et a lento de liiin. 1 reculer la
science en proposant son mode lent de ligature en masse pour la ire loinber sous
son etreinte et a 1 etat de gangrene : scrotum, testicule et cordon. Quel progres !
1 auteur du traite de la ligature extemporanee, M. Maisonneuve a toutefois le soin
de nous dire que la castration chez 1 homme se pratiquant liabituellenient sur un
seul teslicule, 1 operation exige des dissections dedicates pour lesquelles 1 iustru-
uitnt tranchauL est de beaucoup preferable a la ligature. Nous nous en tenons a
cette declaration. Mayor ainsi juge par M. Maisonneuve est bicn juge. Les par
tisans de la cauterisation n ont pas ose 1 appliquer au retranchement total du tes
ticule, mais un chirurgien de Lyon a cru qu on ne pouvait mieux prevenir les
accidents facheux qui resultent de la ligature du cordon, qu en 1 etreignant et le
cauterisant a la fois avec une pim.-e chargee de pate au chlorure de zinc et solide-
iiient fixee. Si tel etait le dernier mot de la science, Albucasis, dont le moyen
destructeur valait bien le chlorure de zinc, serait le heros de nos jours. Nous nous
etonnons que de pareils lauriers aient tente un chirurgien aussi eminent que
M. Ghassaignac, que, dans son enthousiasme pour l e"crasement lineaire, il 1 ait
serietisement propose pour 1 amputation du testicule, et qu il 1 ait envisage comme
une des applications les plus heuieuses de sa methode. L ingenieux chirurgien
de Lariboisiere a imagine deux precedes pour enlever le testicule par 1 ecrasement
lineaire. Nous doutons que le meilleur d entre eux recoive dans la pratique l ac-
cueil que son auteur a su preparer a d autres innovations. Restons fideles a 1 in
strument tranchant qui, mam e avec prudence et habilete, est 1 arnie vraiment
salutaire du chirurgien.
Pansemenl. Apres 1 operation du sarcocele, il n y a que la reunion immediate
qui soit raUonnellement ind .quee ; elle est le complement oblige de la dierese
ordinaire et remplit preci?ement, d une maniere consecutive, le but d empecher la
suppuration ou d en eloigner les chances, but qu on s efforoe d atteindre d une
maniere preventive par la dierese imparfaiti> executee au moyen de la ligature,
de la cauterisation et de 1 ecrasement. La reunion immediate qui rend tant de
services dans la therapeutique chirurgicde, n a pas eu la bonne fortune de con-
querir tous les suffrages dans ses applications a 1 operation de la castration. Mais
plus nous avons examine les molife de son exclusion, raoins nous les avons trouves
48 CASTRATION.
valables, et il nous parait surprenant que ceux meme qui, pour eviter la suppu
ration, recherchent les moyens les plus excentriques, donnent un dementi a leurs
propres idees.en excitant la phiie resultant de la castration, en la bourrant de
charpie et en provoquant de parti pris la cicatrisation par seconds intention.
II ne saurait etre indifferent, pour les operes, d arriver au terme de leur gueri
son avec plus ou moins de promptitude et de douleur ; or, sous ce double rapport,
nous nous croyons en.droit d al firmer, d apres les cas nombreux ou nous avons
pratique cette operation, que la guerison est,tres-abregee par la reunion imme
diate. Lisez Sabatier et Boyer^les deux , classiques dont 1 influence dure encore
sur cette question, et vous verrez que la plaie livree a la suppuration demande
geneialement pour sa guerison environ .trente-six^irquarante jours. Or il est
experimental que, en empldyant la reunion immediate apres la castration, on abrege
la duree du temps necessaire a, la guerison; de.la, luoitie ou des troi.s quarts du
temps exige par la cicatrisation par granulation, ; et v que, w souyent, il suffit de quel-
ques jours pour que le malade soit entierement gueri. : Si, la reunion immediate
echoue, on retombe dans les conditions qu on elablit, de prime abord lorsqu on
provoque la suppuration, et les conditions ne spnt pas plus, mauvaises apres une
tentative de reunion non reussie, que, lorsqu on a directement suscite la suppu
ration. La que^ion se reduit alors a savoir s ll y a des motifs particuliers de non-
succes ou de danger pour, la reunion immediate employee apres la castration, et si
les objections qu on lui a adressees reposent sur une base serieuse. ,
, On se refuse a employer ce mode de reunion a ;la suite de la. castration a cause
de 1 enroulement des bords de la plaie, qui a pour , resultat d opposer, Tune a
1 autre les faces epidermiques deces bords. Nul doute que lorsqu ily a exces d en-
vcloppe tegumentaire, et a cause des plans organiques .contractiles interposes
enlre le scrotum et la peau, celle-ci ne.tende a se retourner en dedans ctaeluiier
ainsi raffrontement ; mais on convicndra que cet effet n estni constant ni insur-
montable. Nous^ie 1 avons observe qu une Ibis a la. suite des operations que nous
avons pratiquees,.et encore 1 opposition des surfaces impropres a la cicatrisation
fut-elle partielle et put-elle etre ramenee apres quelques pansements a la condi
tion nonnale. N est-il pas d ailleurs facile d affronter exactement la peau,enrap-
prochant les points de suture entrecoupee, et en appliquant avec soin des bande-
lettes agglutinativcSj ou du collodion ? L adberence etablie entre la peau et les
lanieres agglutinatives doit suffire seule pour cmpecber 1 enroulement. 11 est, en
outre, un moyen tres-efficace de remedier a rinconvenient dont nous, parlous,
c est 1 emploi des serres fines. On peut en disposer un.aussi grand nombre qu on
le juge convenable, soit entre les points de suture auxquels elles servent d auxi-
liaire, soit en les employant seules et en excluant la suture. L action des serres
fines est ici tres-opportune, leur pression limitee est rendue efficace par la faible
epaisseur et la laxite des teguments des plaies scrotales, et Ton peut dire que c est
un des cas les plus favorables a 1 emploi de ces petits compresseurs dont Vidala
dote la syntbese chirurgicale. ,.
D autres out objecte contre la reunion immediate, dans ce cas, la frequence des
h emorrhagies, d autant plus a craindre au fond de la plaie scrotale que les vaisseaux
nc sont passoutenus par la resistance des lissus, et que le pansement n etant pas
compressif ne saurait, par cela meme, etre hemostatique, d ou il resulle que le sail" 1
s infiltre dans le tissu cellulaire lache du scrotum ou dans 1 excavation laisses par
la soustraclion du testicule. Ces remarques ne s elevent pas a la bauteur d un
argument. Rien n empecberait, si 1 on^redoulait 1 insuffisance ou 1 oubli des li^a-
CASTRATION. 49
tures necessaires, d attendre la inaction qui a lieu quelques heures apres 1 opera-
tion, pour mieux parcr a 1 eventualite de 1 hemorrhagie, et de ne proceder a la
reunion qu apres la cessation de tbule iucerlitude a cet egard. Mais la precaution
de bien lier les vaisseaux du scrotum au moment ou on les divise et la ligature du
cordon ne donnent-elles pas deja toute garantie? Et faut-il, sous le vain pretexte
d eviter un accident facile a prevenir, exposer les opercs aux interminables suites
et aux accidents de la reunion secondaire?
On a reproche, surtout aux precedes de reunion immediate apres la castration,
de nVir qu a la partie exterieure de la plaie et de laisser en arriere de la ligne
de reunion un sinus cerne par une enveloppe lache et extensible, au fond cluquel
s accumulent les suintements seroso-sanguins ou purulenls. Les parties profondes
ne peuvent alors adherer et il semblerait, en realite, que la reunion immediate est
alors plus nuisible qu utile, puisqu elle sert a clore le foyer. Cctte objection,
comme la plupart de celles qu on a presentees, n offrirait d importance qu autant
qu il y aurait impossibilite de prevenir 1 accident signale ; mais on ne saurait en
iaire un crimen artis quand le resultat depend duchirurgicn lui-meme qui a oublie
ou neglige les precautions qui doivent 1 empecher. Parmi ces precautions, signalons
d abord le soin d enlever un exces de peau lorsque la tumeur est volumineuse. 11 faut
nlors se comporter comme si la peau etait adherente et prelerer 1 excision elliptique a
la boutonniere longitudinale. Oneviteainsi I exees tegumentaire, et les parois scro-
tales restantes au lieu d etre flasques, plissees et sujettes a distension sont rame-
neesades proportions convenables. Un autre moyen d eviter 1 inconvenient signale
c est de suivre rigoureusement le precepte de prolonger la section de la peau aussi
bas que possible et de ne pas laisser de cul-de-sac inferieur. Si la precaution a ete
bien prise, alors meme qu on emploie la reunion immediate par suture, 1 espace
compris entre le dernier point et Tangle inferieur de la plaie represents une sorte
de contre-ouverture preventive par laquelle le sang et les humidites scrotales trou vent
une issue. La suture a points superposes que nous avons proposee et dont nous
avons essaye ailleurs de faire apprecier les avantages, donne enfin dans ce cas le
moyen d eviter 1 accumulation des liquides dans 1 excavation centrale du scrotum,
en ajoutant la reunion immediate profonde a la reunion immediate superficielle.
Ce moyen consiste a affronter les parois internes de la pocbe scrotale non plus seu-
lement par les pressions toujours irregulieres et souvent infideles qu exercent les
pieces ordinaires de pansement, mais par un contact permanent et capable de re-
sister a 1 effort des liquides. La fixite du contact est assuree par une serie de points
repartis sur la surface saignante du scrotum. Pour atteindre ce but, apres avoir fait
la suture ordinaire des bords de la plaie, il convient de traverser le scrolum a.
une certaine distance des bords de celle-ci, a 2 ou 3 centimetres par exemple, a
Taide d une aiguille armee d un fil et d agir sur cette partie de maniere a produire
un affrontement profond. Tantot je me suis contente de faire dans cette partie du
scrotum, eten evitant la cloison du dartos, la suture a points passes; tantot j ai dis-
tribue sur divers points de la pocbe scrotale, trois ou quatre points de suture en
percant d abord le scrotum de droite a gauche pour ramener ensuite le fil en sens
oppose et serrer moderement les chei s. Dans d autres cas, j ai employe la suture
enchevillee de maniere a obtenir, dans une certaine etendue, une pression pi olonde
parallele a la plaie exterieure. La pression exercee avec les fils doit toujours etre
moderee, afin de laisser quelque latitude au gonflement naturel et d eviter 1 etran-
"lement des tissus. Ce nouveau mode de pansement, que nous voudrions voir se
generaliser, mais qui s applique mieux au scrotum que dans tout autre point, nous a
DICT. ENC. XIII. 4
50 CASTRATION.
reussi dans tous les cas ou nous 1 avons mis en usage a la clinique de Montpellier.
Les detracteurs de la reunion immediate apres la castration, reprochent en fin a
ce mode de pansement d echouer par le fait de la disposition naturelledes parties
a contracter rinflammation suppurative et a etre envahies par des erysipeles ou
meme a tomber en mortification, disposition qui s accroit par 1 influence des corps
etrangers represented par les fils qui servent a la suture de la plaie on a la ligature
des vaisseaux. Nous admettons que la peau delicate du scrotum, surtout si on n a
pas suffisamment menage sa doublure cellulo-fibreuse pendant la dissection, peut
etre privee de ses vaisseaux nourriciers et ceder plus facilement qu ailleurs a
1 aclion destructive d une forte inflammation, mais il nous parait que cette possi-
bilite n est pas moins inherente au pansement d apres lequel on se contente de
la reunion secondaire, ou rinflammation est inevitable, qu a celui dans lequel
on tend a obtenir la reunion immediate, ou rinflammation n est pas necessaire.
En vue de ce dernier but, qu ou eloigne avec un soin particulier d une region
mal disposee, les causes d une inilammation ruineuse. Pour cela, n abusez point
de la suture, completez son action par son auxiliaire, les serres fines ; adoplez, si
vous le jugez convenable, les sutures metalliques dont on vante aujourd hui 1 in-
nocuite et pour lesquelles l organisme montre, dit-on, plus de tolerance ; eloi^nez
par des soins generaux, les causes internes de 1 inflamnialion; moderez localement
le mouvement fluxionnaire par des applications refrigerantes, et les accidents dont
on fait une objection a la reunion immediate, sans les eviter quand on se com-
porte differ em mei it, seront amoindris dans une proportion qui confirmera la supe-
riorite des moyens que nous preconisons. Dans des cas de cette nature, nous re-
commandons, en oulre, \ issue directe des fds a ligature a travers la peau que
nous avons proposee comme un nouveau moyen d assurer la reunion immediate.
Au lieu de ramener ces fils isolement vers les bords de la. plaie ou de les reunir
en faisceau pour les faire sorlir par 1 un des angles, ce qui dans les deux cas laisse
dans la plaie un ou plusieurs corps etrangers, d autant plus susceptibles de provo-
quer rinflammation qu ils y parcourent un plus long trajet, on peut les eliminer
directement a travers la peau dans le point le plus voisin du lieu de leur applica
tion. Apres avoir coupe Tun deg chefs pres du no3ud, on arme une aiguille avec le
chef restant et on econduit le fil avec cette aiguille a travers une petite perforation
cutanee. De cette f;icon et sans que I hemostasie en souffre, aucun corps etranger
ne reste dans la plaie du scrotum, le fil qui y representait un seton y est renv
place par un noeud imperceptible, et, au moment ou celui-ci doit se detacher, on
le degage facilement par une traction exercee sur le chef devenu exterieur. En
procedant ainsi rien ne s oppose a la reunion immediate, on atteint le but qui
incombe aux previsions du chirurgien et 1 opere peut beneficier de tons les avan-
tages attaches a ce moyen.
Nous avons eu plusieurs fois 1 occjsion, dans notre enseignement et dans notfe
pratique, de constater la superiorite de la reunion immediate comme propre a
assurer le succes rapide de 1 operation du sarcocele ; mais nous sommes autorise
a insister sur la demonstration de cette verite pratique, en voyant combien son
adoption generate souffre de difficultes ou de retards, soit dans les hopitaux dela
capilale, soit ailleurs. Le temps qui s est ecoule depuis 1 i poque ou nous avons
specinlement traite cette question (De lopportunite de la reunion immediate a
la suite de I operation de la castration. In Gazette medicale de Montpellier,
1854), n a fait que confirmer les principes que nous avons defendus, et aujour
d hui avec quelques motifs de plus qu alors, nous nous croyoiis autorise a for-
CASTRO (LES DE) 51
muler les preceptes suivants : pendant [ operation ne respecter que la quantite
de peau necessaire et prolonger 1 incision tres-bas; lier avec beaucoup de soin
tons les vaisseaux, et, immediatement apres leur section, faire la ligature en
masse de la partie vasculaire du cordon de maniere a n avoir qu un seul fil au
moignon de celui-ci; ramener tous les fils a ligature au debors de la plaie en per-
cant directement la peau au moyen d une aiguille qui entraine le lien de maniere
a ce que le noe.ud reste seul dans la plaie ; reunir immediatement les bords de la
plaie par des points de suture entrecoupee, dans 1 intervalle desquels on peut pla
cer en outre des serres fines; faire la reunion immediate profonde a 1 aide d un
second plan de suture place a quelques centimetres au dela du premier ; suppri-
mer tout autre appareil de pansement et prescrire des applications froides sur le
scrotum. BOUISSON.
CASTRIUS (JACOBUS). Haller le designe sous le notti de Castro, et Morejon
et Chinchilla en out fait un medecin espagnol. Suivant Vinder-Linden, il etait
d Hazebrouck, et, dans son bistoire de la medecine beige, Broeckx coniirme cette
origine. Au total, il pratiquait au commencement du seizieme siecle, et on lui
doit une des plus anciennes descriptions que Ton possede de la suette miliaire,
alors pen connue. Voici le titre de cet ouvrage : De siidore epidemiali quern
anglicum vocant. Antuerpise, 1529, in-8. E. BCD.
CASTRO (LES DE). Un grand nombre de medecins et de personnages cele-
bres, en dehors de notre science, ont porte ce nom et paraissent originaires du
Portugal ; quelques-uns d entre eux appartenaient a la religion juive. Pour
ne parler que des medecins, plusieurs ont joui d une grande reputation dans les
difierentes contrees de 1 Europe ou ils ont pratique. Comme cette multitude d in-
dividus porteurs du meme nom, et parfois du meme prenom, a jete une certaine
confusion dans lenr histoire, nous partagerons, pour plus de clarte, les de Castro
en quatre branches, suivant qu ils ont pratique dans la Peninsule, a Hambourg, en
Italie et en Angleterre.
1 Espagne et Portugal.
Ce sont assurement les moins distingues: nous les passerons rapidement en
revue, nous arretant seulement a ceux qui ont publie des ouvrages d une certaine
importance. Ainsi, nous nous bornerons a citer un Alvaro (et non Alberto) de
CASTRO, qui vivait au commencement du seizieme siecle, dans la province de
Tolede, et dont un ouvrage sur 1 histoire naturelle, date de 1526, est reste ma.
nuscrit. Un Juan de CASTRO, ne a Buyalance, et apothicaire a Cordoue, dans la
premiere moitie du dix-septieme siecle, qui a ecrit sur 1 usage medical du tabac
(Historia de las virtudes y propiedades del tabaco, y de los modos, etc. Cor
doba, 1620, in-8). Un Andres-Antonio de CASTRO, ne a Ouren, en Portugal, et
medecin du due de Bragance; tres-attache au galenisme ; on lui doit 1 ouvrage
suivant: De febrium curat ione lib. Ill, quibus accedunt, etc. Villaviciosa, 1656$
in-fol. Un Izcbag-Orobio de CASTRO, juif portugais, qui professa la metaplrysique
et la medei ine a Salamani|ue, puis a Seville, au milieu du dix-seplieme siecle ;
persecute pour sa religion et jete dans les prisons du saint-office, il fut enfin re-
lache et alia se fixer a Amsterdam, ou il mouriit, en 1687. Nous ne devons pas
non plus une bien longue notice a Pedro-Osorio de CASTRO, ne a Seville, et qui
devint premier proi esseur de medecine dans cette universite, a la fin du dix-
septieme siecle, Seduit par les brillants cotes de 1 ecole spagirique, il s y etait
52 CASTRO (LES DE).
d abord attache ; mais le peu de succes qu il obtint des remedes chimiques, cette
circonstance que, dans les cas graves, les adeptes les plus habiles de la medecine
spagirique faisaient usage de medicaments empruntes a 1 eeole galenique (saignee,
purgatifs, etc.), le firent rentrer dans cette derniere. Voici le titre du seul ouvrage
qu il ait publie : Vindicta de la verdad d exdmenes de la razon, es respuerta a
unpapel, etc. Sevilla, 1700, in-4. Morejoo a vu de lui, a lu bibliolheque Colom-
bine de Seville, nn manuscrit intitule : Disertacion phisico-medico y moral
sobre la necessitad que hay en Sevilla de los banos de su rio.
Enfin nous devons dire encore quelques mots de Nazario-Fernandez de CASTRO,
qui pratiqua, a la fin du siecle dernier et au commencement de celui-ci, dans
differentes localites du midi de 1 Espagne. II etait defmitivement fixe a Gadix, lors
de la grave epidemic de fievre jaune qui desola cetle ville en 1800, et que, con-
trairement a 1 opinion du plus grand nombre de ses confreres, il attribua a I im-
porlation par mer. Quatre ans plus tard, a 1 occasion d une autre epidemie de
fievres putrides qui regna egalement a Cadix (1804), il remplit les fonctions
d inspecteur d un des quartiers de cette ville. Voici les titres des deux ouvrages
qu il a laisses :
I. Lialogos crUlcos interlocutorios filosdficos tdorico-medico practices de medico-practi-
cante, etc., sobre el agua frigido-termal vulgarmente llamada de Hardales. Malaga, 1785,
in-i. II. Manifesto del in forme dado a la suprema junta de sanidad de Madrid, etc.
Cadiz, 1810, in-4.
Pour Juan-Rodrigo Nunez de CASTRO, voy. NUIVEZ.
Et pour Jose-Ignatio Carvallo Nunez de CASTRO, voy. CARVALLO.
2 Hambourg.
Castro (RoDRico DE). Etait Portugais, ne a Lisbonne, vers 1546, et juif de
religion. C est lui qui est generalement designe sous le nom de Rodericus a Castro
ou Roderic a Castro pour le distinguer de 1 autre Rodrigue, son compatriole
et son conternporain (voy. plus bas). Roderic etudia la medecine a Seville, sous
Andres Valcarcel, et prit le double grade de docteur en medecine et en chirurgie.
Antonio, dans sa bibliotheque espagnole moderne, dit ne pas connaitre les raisons
qui, vers 1596, le firent emigrer a Hambourg ; peut-etre la religion qu il proi es-
sait ne fut-elle pas etrangere a cette determination. Quoi qu il en soil, Roderic se
fixa dans cette ville, ou sa reputation devint bientot tres-grande et, comme on le
voit par les ecrils qu il nous a laisses, tres-jusLement merilee. II mourut a Ham
bourg, le 20 Janvier 1627, age de plus de quatre-vingts ans.
Son Medicus polilicus est, a la fois, un traite de philosophic et de deonlologie
medicales. Repoussant les sectes des empiriques, des methodiques et des chi-
miatres, il se declare partisan de la doctrine rationnelle et experimentale ; il definit
ainsi la medecine : Ars cum ratione et experientia faciendce conservandceque
sanitatis. II insiste avec beaucoup de details sur les connaissances que doit pos-
seder le medecin, ainsi que sur la question, alors tres-controversee, de savoir si
1 astrologie doit etre une de ces connaissances. Elablissant la une judicieuse dis
tinction entre rastronomie et 1 astrologie, il montre qne la premiere qui s occupe
de 1 etude des pbenomenes physiques de la nature, de la salubrite de 1 air, des
conditions atmospheriques, etc., peut etre tres-ulile au medecin, (andis que 1 au-
tre, science fausse et imaginaire, avec sa prevention a la divination des evenements
futurs, doit etre rejetee. Roderic developpe tres-longuement les qualites que doit
possederle medecin; son role et son altitude aupresdes malades,et dans 1 Etat, etc.
CASTRO (LES DE). 53
C est un veritable code cle (lignite et de moralite professionnelles qui s applique a
tous les temps, et fait le plus grand lionneur aux sentiments de celui qui 1 a ecrit.
C est particulierement duns le traite des maladies des femmes que Roderic, lout
en sacritiant parfois a la supeistitieuse credulite de son epoque, montre les qua-
liles de methode et 1 esprit pratique qui le distinguent. Apres avoir donne 1 ana-
tomie et la physiologic des organes piopres a la femme, il etudie leurs maladies
d abord dans ce qu elles out de general et de commun, puis celles qui sont parti-
culieres aux veuves ou aux vierges ; ensuite, celles des organes speciaux de la ge
neration. 11 termine par les maladies puerperales et celles des nourrices. Quand,
chez une femme enceinte onjuge le foetus mort deja depuis quelque temps, et alors
que les moyens expulsifs out echoue, Roderic conseille 1 avortement provoque et
donne les moyens dele mettre a execution (p. 459).
Voici la liste de ses ecrits :
I. De unhersa muliebriitm morborum medicina, novo et ante line a nemine tentato online,
opus alsolutissimimi,. studiosis omnibus ittilc, etc. Colon. Agrip. 1599, in-4 et Hamburg!,
1603, 1610, 1628 et 1662, in-4". II. De officiis medico-politicis sive de medico politico.
Hamburg!, 1614, in-4, plus. ( dit. III. De natura ct causis pestis guce anno 1596, Ham-
burgensem urbem afflixit. Hamb. 1596 et 1597, in-4.
Castro (BENEDICTUS DE). Etait fds du precedent et naquit a Hambourg, en
1597; il y embrassa, dit-on, le christianisme, en 1617. Sans avoir la haute re
putation de son pere, il etait assez bien pose dans la science, pour que Christine
de Suede 1 ait pris aupres d elle comme medecin. II mourut a Hambourg, le 7 Jan
vier 1684, laissant les ouvrages suivants qui sont tres-rares et probablement peu
regrettables :
I. Epistola encomiastica in honorem D. Abr. Zacuti. Hamburg!, 1629, in-4. II. Fla-
yclium calumniantium. Ibid., 1631, in-8. (Nic. Antonio dans sabibl. esp. donne cet ouvrage
sous le litre : Natado da calumnia. Antuerpire, 1619). III. Monomachia, sive certamen
medicuni quo verus in febre sinocha putrida cum curis inflammatione medendi usus per
vence sectionem in brachio demonstratur, etc. Ibid., 1647, in-4.
5 Italic.
Castro (EsTEBAN-RoDRiGO DE). Coimu sous le nom latinise Castrensis ou sous
celui de Rodriguez de Castro. II etait, comme 1 autre Rodrigo, d origine portu-
gaise, ne egalement a Lisbonne, quelques annees plus tard, vers 1550. II se fit
recevoir docteur a Pise et professa avec un grand eclat la medecine a 1 ecole de
cette ville, jusqu en 1627, epoque de sa mort. Rodriguez jouissait d une tres-haute
reputation, ce qui ne laissa pas que de lui attirer quelques calomnies dont le ven-
gerent ses contemporains, parmi lesquels il faut placer plusieurs grands person-
nages. C est ce que Ton voit dans la preface de ses commentaires sur Hippocrate.
Le celebre Zacutns, son compatriote, avail pour lui la plus haute estime et 1 appe-
lait le pheiux de la medecine. Ses ecrits, qui sont assez nombreux, decelent en lui
un homme tres-erudit et doue d un esprit judicieux. II montre particulierement
ces qualites dans son livre Quce ex quibus, qui a pour objet de montrer comment
les maladies peuvent succeder les unes aux autres, question bien importanleet as
sez peu etudiee meme de nos jours. Halle qui a edite un ouvrage de Lorry sur le
meme sujet, convientque ce dernier avail eu d abord seulement 1 intention defaire
reimprimerle pelit livre de Rodriguez eny ajoulant des notes. Au lolal, Rodriguez
distingue soigneusement la me taptose, qui est le changement d une maladie en
une autre, de Ye pigenese, qui est la complication d une maladie par une autre.
Bien qu il se defende d avoir recours aux causes occultes el inconnues, et qu il s at-
54 CASTRO (LES DE).
tache surtout a montrer comment les | lienomenes morbides vienncnt a se succe"-
der, il n est pas sans avoir recours a 1 hypolhese surtout quand il s jgit de la
metastase, une des formes de In metaptose. Etablissant le mecanisme de cette suc
cession des maladies, il reconnuit quatre modes : 1 propter mciniam, nam vicincc
paries facile vicinarum vicia contrahunt ; 2 propter generis conformitatem,
ut quando nervosum genus cum nervoso, arteriosum cum arterioso consentit ;
5 per sympathiam ; 4 propter operis familiaritatem (quomodo consentiunt
mammae, cum utero). Ces distinctions sont tres-remarquables et denotent un es
prit aussi pratique que judicieux.
Ges memes qualites s observent dans plusieurs de ses autres ecrits. N oublions
pas que Rodriguez etait poeteases heures, etqu apres sa mort, son fils Francisco
a fait paraitre des poesies de lui, en espagnol et en portugais, qui ont obtenu les
suffrages de ses compatriotes.
La liste de ses ecrits est assez considerable ; nous la donnons ici, d apres Morejon.
I. De meteoris microscomi. Lib. V. Veneliis, 1621, in-fol.; ibid., 1627, in-fol. II. De
complexu morborum tractatus. Florentise, 162i, in-8. III. Quce ex qidbus; optiscultrm
sive de mutatione aliorum morborum in alias. Ibid. , 1627, in-12 ; Francof. , 1017, in-12.
IV. Philomelia. Ibid., 1628, in-8. V. De asitia tractatus. Ibid., 1630, in-8. VI. De scro
lactis. Ibid., 1631, in-8. VII. Comment, in Hippocratis coi libellum de alimento, opus
in quatuor sectiones divisum, etc. Iliid., 1635-59. (La derniere partie a ele publiee par son
fils.) VIH. Postliuma varietas (publiee par son fils). Ibid., 1639, in-8. IX. Castigaliones
exegetica- </u/h/ix variorum dogmalum veritas elucidatur. Ibid., 1640. in-fol. X. Dissertat
medicce. Ibid., 1642, in-8 ; et Venetiis, 1650, in-4. -- XI. Ratio consultations, an post
variolas purgations corpus egeat. Florent., 16i2, in-4. XII. Medicce consultations.
Ibid , 1644, in-4. - - XIII. Varies exercitationes medicce et expositions in cegrolos Hippo
cratis. Venet., 1653, in-4"; ibid., 1656, in-4". XIV. Pythagoras. Lugduni, 1651, in-i.
XV. Syntaxis seu prcedictionum medicarum, et Triplex elucubralio : 1 de chirurgicis
admimstrationibus; 2" depoturefrigerato; 3 de animalibus microcosmi. Lugd., Ib61, in-4.
Castro (EZECHIEL DE). Medecin juif, dit-on, qui parait avoir pratique a Ve-
rone, \-ers le milieu du dix-septieme siecle. Au total il exercait dans les etats de
Venise, car 1 un de ses ouvrages (Ignis lamb ens) est date de Verone et declie a ua
procuraleur de Saint-Marc. Etait-il parent du precedent? on ne peut que le sup-
poser. Ce livre, Ignis lambens, dans lequel il parle, a grands frais d erudition,
d une maladie qui serait caracterisee par des flammes lechanth surface de la peau,
est rempli de fables et d bistoires merveilleuses. Voici le titre des deux ouvraes
que nous possedons de lui :
I. Ignis lambens, historia medica, prolmio physica, etc. Yeronte, 1642, in-12. II. Am-
phitheatrum medicum, in quo morbi omnes quibus imposita sunt nomina ab animalibus
raro spectaculo debellanlur. Ibid., 1640, in-8.
Castro (PEDRO DE) dit 1 Espagnol. Morejon et Chinchilla pretendent qu il
ait de Biscaye et qu il pratiqua dans son pays. Nous pensons avec Ilaller qu il a
vecu et pratique a Verone comme le precedent et vers le meme temps. Le fait est
que Pedro, auteur des ouvrages ci-dessous indiques, s intitule, dans le plus ancien
(Febris maligna), medecin de Bayonne ; mais ce livre est date de Verone et dedie
a ses disciples de cette ville, ou il dit pratiquer la medecine. Dans son Imber
aureus, il prend le titre de membre du college des medecinsde Verone, etc., etc.
Renzi (t. IV, p. 461) croit que ce Pedro de Castro est different de 1 Lpag nol
rien ne le prouve. Suivant Jourdan, il serait mort a Venise le 14 septembre j & 66o
laissant les ouvrages suivants :
I. Febris maligna punticularis aphorismis delineata. Pa via, 1650, in-12. plus, edit
II Imber aureus seu chilias aphorismorum ex libris epidemicis Hippocratis, etc. Verona
CASUARINA. 55
1652, in-12. HI. Bibliotheca medici eruditi. Padua, 165i, in-12; Bergamo, 1742, in-8.
IV. Pcslis neapolitana, romana et yenuensis annorum 1636 et 1657, fideli narratione, etc.
Verona, 1657, in-12.
4 Angleterre.
Castro (JACOBUS DE). La biographic medicale mentionne deux Jacques de
Castro, 1 unqui aurait pratique en Angleterre, 1 autre, auteur d uu traite suiTiuo-
culation, a Hambourg. C est une erreur, les deux n en font qu un, car 1 auteur
du Demethodo inoculationis, reimprime a Leyde, sur la seconde edition, par un
certain Leduc, declare expressement avoir ecrit en anglais sa premiere edition
pour 1 utilite des babitants de ce pays ; il cite incessamment les auteurs anglais,
les experiences faites a Londres, enfin il est designe par Leduc, sous la qualite de
Medicus Londonensis. II etait d ailleurs d origine portugaise; sa vie nous est
inconnue, on dit qu il mourut a Londres, en 1762, age de soixante-dix ans.
On a de lui :
I. Demethodo inoculationis. 2 e e dit. Lugd. Batav. 1^22. In-8. II. Concerning diamonds
found in Brazil. In Philosoph. Transact., t. XXXVII, p. 199, n 421 ; 1753. III. Malcria
medica physico-histonca meckanica, regno mineral, etc. Loud., 1758, in-4. IV. De uso
e abnso flas min/ias agoas in Inglaterra. Ibid., 1756, in-8. E. BGD.
Tournefort. On donne ce nom a un curieux genre de plantes,
qu on faisait aulrefois entrer dans la famille des Coniferes, et dont de Mirbel a fait,
avec juste raison, sousle uom de Casuarinees, une famille speciale, qu on a rappro-
chee des Myricees. Ce sont des arbres ou des arbrisseaux dont les rameaux rap-
pellent les Preles ou les Epliedra. Ces rameaux, le plus souvent noueux, sont
quelquefois gre les, presque capillaires, et simulent les feuilles, qui n existent, dans
ces plantes, qu a 1 etat de petites ecailles entourant les nodosites des rameaux.
Les llenrs sont unisexuees. Les deux sexes sont parfois places sur le meme pied,
parfois distincts sur des individus squires. Les males sont groupes en epi. Elles
se composent d une sorte de perianthe a 3 ou 4 bracteoles, dont les deux laterales
sont, en general, elargies et conniventes par le haul, et d une seule etamine,
d abord tres-courte, qui s allonge ensuite de maniere a ecarter les bracteoles con
niventes, ou meme a les rompre pres de leur base.
Les fleurs femelles forment des capitules au sommet des rameaux. Elles sont
placees a 1 aisselle d une bractee et munies cbacune de deux bracteoles, qui, d a
bord ouvertes, se ferment sur le jeune fruit, pour se rouvrir de nouveau a la ma-
turite. L ovaire uniloculaire contient deux ovules collateranx, semi-anatropes,
places du meme cote d un gros placenta qui, au moins dans quelques especes,
laisse de 1 autre cote un espace vide, sorte de loge a air. La graine solitaire par
avortement contient, sous un testa membraneui presque transparent, un embryon
sans albumen a grands cotyledons oblongs et comprimes.
Les Casuarina sont peu employes en medecine. Le Casuarina equisetifolia L.
Casuarina littorea (de Rumphius) est le seul qui presente a cet egard quelque inte-
ret. C est un arbre qui pent devenir d une grande taille, et qui est remarquable
par des rameaux capillaires, groupes de 60 a 80 ensemble a 1 extremite des petites
branches, de maniere a figurer une sorte de queue de cbeval de 12 a 18 pouces de
long, son ecorce cendreeou noiratre a la surface, rougeatre en dedans, est astrin-
gente de meme que lesuc, qui decoule accidentellemet;t des parties tendres de 1 e-
corce, et qui, d abord incolore, rougit rapidement a 1 air. On a employe ces diverses
parties contre les diarrhees. D apres Rumphius, la decoction de 1 ecorce servirait
en lotions comme reconfortante dans le cas de tremblements des membres. Getau-
56 CATAIRE.
teur ajoute que les habitants de Macassar calment les coliques avec la decoction
des feuilles, et les cephalalgies avec des sortes de cataplasmes faits avec les fruits
tritures dans 1 eau.
On cite aussi le Casuarina muricata des hides, comme un medicament nervin
ettonique. PLANCHON.
RUJIPHIUS. Amboincnse herbarium, III, 86, tab. 56. AINSLIE. Matcria medico, indica, II,
443. DE MIKBEL. Annales du Museum, XVI, 451. - - ENDLICHER. Genera plantarum,
n 1858. LE MAOUT et DECAISNE. Atlas de bot unique, 532. BORNET, in LE MAOUT et DE-
CAISNE, loc. cit. Pi-
CAT (LE), Voy. LEGAT.
CATAIRE (FREMISSEMENT). (Du mot Catus, bas-latin.) Laennec a designs
ainsi un phenomene tactile et acoustique, constitue par des vibrations, repetees a
de courts intervalles ou meme continues, qui donnea la main une sensation ana
logue a celle qu on eprouve en caressant un chat, et a I oreille un bruissement de
tonalite variable.
Le fre missement cataire n est, selon nous, que 1 exageration du fremissement
vibratoire percu par le doigt, dans divers etals pathologiques, soit sur les vaisseaux
du cou, chcz les chlorotiques, par exemple, soit sur les arteres principals dans
les cas d insuffisance des valvules aortiques ; on se contents ordinairenient de dire
qu il y a du fremissement, quand le phenomene est peu intense ; quand il est tres-
marque, et surtout lorsqu il siege a la region precordiale, on est convenu d ajouter
(avec Laennec) le mot cataire. Peut-etre serait-il preferable, pour la clarte et !;\
regularite des denominations, d employer toujours le terme fremissement, lequel
serait dit vasculaire ou cardiaque, suivant la difference de siege, de meme que
Ton appelle hydatique cette espece de tremblotement, de doux fremissement ver-
miculaire que donnent parfois a la main les hydatides.
Sans doute Corvisart avait signale, avant Laennec, que dans les cas de retre-
cissement des orifices cardiaques, d endurcissement, d ossificatiori des valvules,
les battements du cceur presentent a la main appliquee sur la region precordiale
des ondulations, des bruissements , des fre missements dont il est impossible
(disait-il) de depeindre les varietes. Mais, comme on peut en juger d apres les
termes memes dont se sert le traducteur et commentateur d Auenbrugger, c est a
Laennec qu est due la description du phenomene tactile et acoustique, ainsi que la
denomination qui le caracterise ; et, quant aux rapports de ce signe physique avec
. les bruits anomaux des orifices cardiaques, on eoncoit qu ils ne pouvaient etre
indiques avec precision que par 1 inventeur de 1 auscultation.
La designation proposee par Laennec a passe dans le langage medical et y est
restee comme tous les autres termes de la science stethoscopique dont il est le
crealeur. Les nosographes anglais, dans leurs ouvrages sur les maladies du cosur,
ou se sont servi de I expression frangaise fremissement cataire, ou 1 ont tra-
duite litteralement par le mot identique de thrill : d ou vient done que certains
pathologistes francais, ayant a parler de ce fremissement, ont imports dans leurs
ecrits ce meme mot thrill (oublieux et du traite de 1 auscultation mediate et de leur
propre langue), comme si la decouverte et rappellatiou du phenomene n appaite-
tiaient pas a Laennec et etaient de provenance anglaise.
Caracteres. Le fremissement cataire varie d intensite et de siege, et ces diffe
rences tiennent aux divers degres des alterations materielles qui en sont une des
causes productrices, et au siege anatomique de ces alterations. Tantot (dans la.
CATAIRE. 57
region du coeur principalemcnl) il est bref, et, an moment de la systole carcliaque,
donne a la paume de la main qni embrasse cette region, la sensation d une espece
de gratternent intermittent ; tan tot il es( tres-prolonge et semble coincider avec Ja
duree presque enliere d une revolution cardiaque. Tantot il parait superficiel, el
tantot profond. Tantot leger, il vibre et fremit doucement sous le doigt et il est
circonscrit a un point du thorax correspondant d ordinaire au sommet du cceur ;
tantot il est etendu a toute la region, et il est en meme temps d une remarquable
inlensite : generalement alors on sent aussi une impulsion energique de 1 organe.
Pen marque, il coincide, a 1 auscultation, avec des souffles donx qui se produisont
aux orifices du coeur ; fort, avec des bruits anomaux intenses (souffle rude, bruit
de rape, de scie, etc.).
C est grace a la coincidence de ces bruits anomaux qu on peut le distinguer du
frottement pe ricardique, lequel communique a la main, quand il est tres-rude,
la sensation de mouvements vibratoires : dans certains cas ou il y aurait endo-peri-
cardite, les vibrations tactiles d origine difierente se confondraient en un meme
fremissement cataire, de meme que se confondent en un seul bruit, unique en
apparence, les phenomenes acoustiques intra et extra-cardiaques.
Siege et conditions pathoge niques. Le fremissement cat.ure est constate quel-
quefois sur le trajet des vaisseaux arteriels rapproches de la superficie (crosse de
1 aorte, arteres du cou et des membres, et surtout quand ces derniers vaisseaux
sont comprimes) : il se proikiit sous le doigt de I observateur, soil quand la face
interne des canaux vasculaires a perdu son poli par suite d erosions, de depots et
plaques calcaires (endarte rite) , soit lorsqn il y a dilatation partielle et surtout snc-
ciforme de 1 artere, et que la colonne sanguine se brise sur les bords de I ouvrr-
turc, soit enfin quand il existe une communication accidentelle entre une artere
el une veine (varice anevrysmale) : c est dans cette derniere lesion que le fremis
sement .cataire offre son maximum d intensite et de propagation ; alors aussi il est
pour ainsi dire continu au lieu de se montrer intermittent et systolique.
Le fremissement est plus souvent et plus manil estement percu a la region du
coeur, soit par la ptilpe des doigts (indicateur et medius) appliques sur un espace
intercostal, soit par la paume de la main qui recouvre toute la region ; il est pro-
duit pareillement en ces points par le choc violent du sang qui traverse le coeur
(d ordinaire hypertrophie) difficilement, avec force et rapidite; il se forme en
meme temps un bruit anomal, alors que les orifices cardiaques etant retrecis et
rugueux (deformations, aspe rite s, indurations des valvules), les courants san-
gums viennent se briser centre les obstacles en faisant vibrer les parois du cceur et,
dans des cas extremes, jusqu a la paroi anterieure du thorax.
On le voit, le mecanisme de production est ici parfaitement semblable a celui de
la formation des souffles, avec cette difference que les mouvements vibratoires
devront, dans le premier cas, etre plus forts que dans le second ; plus les contrac
tions du cceur seront energiques, plus le seront aussi les vibrations ; et de la I in-
tensite proportionnelle de tous ces pbenomenes par le fait de palpitations plus ou
moins violentes.
Signification patholoyique . Enoncer les conditions anatomiques de la produc
tion du fremissement cataire, c est indiquer les diverses lesions qu il revele : de la
constatation du fremissement a la region precordiale (c est celui que Laennec avait
surtout en vne), on peut conclure a pen pres certainement a [ existence d une
lesion organique des orifices du coeur.
En outre, 1 intensite du jihenomene marquera le degre et generalement aussi
58 CATAIRE.
1 anciennete de cette lesion (degenerescence ossiforme des valvules, retrecissement
exces^if, etc.). Les donnees semiotiqucs fournies par h consideration du siege
maximum des bruits anomaux duns les at lections cardiaques, sont pareillement
applicables an frernissernent, et celui-ci indiquera plus specialement V alteration
de rorifice auriculo-ventriculaire ou celle de { orifice arteriel, suivant qu il sera
pergii plus distinctement a gauche, vers la pointe du cceur, ou plus a droite, vers
la base. L experience apprend que ces lesions sont infiniment plus frequentes
dans le coeur gauche que dans le cceur droit. D apres Gorvisart, le fremissement
cataire serait toujours le signe d une alteration de la valvule bicuspide : c est ]a,
selon nous, une proposition par trop exclusive; et s il est positif qu au niveau de
cette valvule le fremissement est plus frequent et plus fort, il n est pas moins vrai
que celui-ci est egalement percu dans certaines lesions anciennes et profondes de
1 orifice aortique.
Ajoutons que dans des cas de cyanose ou Ton pouvait supposer une communi
cation des deux coeurs par inocclusion de la paroi interventriculaire, nous avons
constate un fremissement cataire assez intense, surtout lorsqu il y avait hypertro-
phie cardiaque consecutive, fremissement qui siegeait dans une grande etendue
de la region precordiale, et qui avait son maximum a la partie moyenne et droite
de cette region.
Si, chez les enfants atteints d alterations organiques des orifices cardiaques, on
ne constate le plus souvent qu un fremissement peu prononce, c est que les jeuncs
sujets ne vivent pas d assez longues annees pour que les exsudats deposes sur les
valvules se transforment en matieres dures, cartilaginiformes ou calcaires. Ces
lesions chroniques sont, chez eux, aussi rares qu elles sont frequentes dans 1 age
avance.
Le fremissement cataire peut-il etre inorganique, c est-a-dire dependre de la
simple collision des molecules sanguines, alors que le sang qui traverse les ouver-
tures du coaur est altere dans sa composition, comme il Test dans la chlorose ou
dans 1 anemie consecutive a de grandes hemorrhagies? En d autres termes, peut-il
se rencontrer sans lesion physique des orifices, et alors indiquer seulement une
alteration du sang ? Le cas ri est pas impossible, mais il ne se presente que par
grande exception ; et il en est exactement du fremissement cataire comme des
bruits anomaux du coeur, lesquels, lorsqu ils sont constitutes par des souffles rudes
ou musicaux, ne sont presque jamais inorganiques, et, au contraire, revelent a
peu pres certainement des lesions materielles des orifices.
Un frtrnissement cataire vrai (et plus fort que le fremissement vibratoire, ver-
miculaire, constate sur le trajet des carotides, des sous-clavieres ou sur les vai-
seaux du cou) peut encore annoncer 1 existence d un ane vrysme de I aorte; etle
phenomene aura son maximum d intensile si cet anevrysme communique soil avec
1 artere pulmonaire, soit avec le ventricule droit, comme Stokes en a rapporte
deux exemples.
II va sans dire que pour apprecier justement la signification pathogenique du
fremissement, il fauclra s appuyer en meme temps sur les resultats des autres
modes d exploration physique, et, en particulier, sur la comparaison des donnees
analogues fournies par 1 auscultation. BARTH et Henri ROGER.
CATAIRE. La Gataire, ou Herbe aux chats, Menthe de chat, ainsi nommee
parce que son odeur attire vivement ces animaux, appartient au genre Nepeta. La
G. oflicinale est le N. Cataria L. (Spec., 797). C est une herbe a racine vivace,
CATALEPSIE. 59
qui croit en France, dnns les lieux incultes, sur les bords des chcmins, etc., et
qui a les caracteres generaux des Lal iees. Sa ratine est vivace. Si tige, herbacee,
tetragone, cst dressee, rameuse, pubescente, haute dun demi-metre environ. Ses
feuilles opposees sont cordiformes, plus on moins aigues au sommet, crenelees on
subilentees pubescentes, blanchalres en dessous. Ses fleurs soul bl.mches ou lege-
rement tachees de rose, de pourpie ; elles ferment a I exlremile des rameaux des
faux-epis de cymes ou glomerules opposes. Elles ont un calice en cornet, strie , a
cinq dents un pen inegales, etalees, aignes ou acuminees. Le corolle bilabiee a un
tube elroitet un limbe fort inegal. La levre supeiieure est bilobee. L inlerieure a
deux lobes lateraux, a pen pres semblables a ceux de la levre superieure, et un
lobe median tres-developpe, fbrmaiit unesorte de labelle arrondi, concave, partage
snr ses bords en 6 a 10 dents profondes. Les etamines tetradyriames sont rappro-
chees du cote de la levre supeiieure; elles la depassent un pen par leurs antheres
a loges independantes, a cunnectil purpurin fonce. Le style est partage a son
somniet en deux courtes brandies coniques, stigmatiferes, et le fruit est un tetra-
cliaine entoure du calice persistant. Toute la plante a une odeur aromatique, mais
peu agreable ; une saveur legerement cliande, aromatique, un peu amere. Mcencli
a nomme cette plante Calaria vulgaris. Stimulante, comme les autres Labiees, la
Cataire est, aujourd hui, presque completement inusitee. H. BN.
GUIB., Drag, siinpl., ed. 6, II, 408. RICH. (A.), Elem., ed. 4, II, W, r ). LINDL., Fl.
ie rf.,492. ROSENTH , Syn.pl. diaphor., 415.
CATALEPSIE. La catalepsie a ete, dans tous les temps, et est encore presen-
tementune sorted enigme pour les pathologistes : elle est, an moins, unprobleme
dont la solution appartient toujours a 1 avenir, malgrelesimmenses progres accom-
plis dans la difficile et obscure etude des phenomenes nerveux.
Ce que nous disons la est si peu exagere, qu on en est encore a se demander si
1 etat cataleptique merite d etre admis, a litre d affection speciale, dans le cadre
nosologique, ou s il doit etre considere simplement comme un symptome de maladie.
Malgre 1 autorite de Ch. Lasegue et de J. Falret, qui inclinent vers cette derniere
opinion, nous admettrons, avec la majorite des auteurs modernes, que la catalepsie
est une maladie speciale, mais qu elle se rencontre aussi comme element symp-
tomatique dans beaucoup d affections nerveuses, notamment dans Thysterie, le
somnambulisme et J extase.
L incertitucle, la confusion, je dirai presque I incoherence, qui regnent dans les
idees sur cet interessaut sujet, se trahissent, comme on va le voir, par une syno-
nymie exuberante et par une rare vnriete de definitions.
SYNONYMIE. Ne pouvant approfondir la maniere d etre de la maladie, penetrer
sa nature intime, les medecins anciens la caracterisaient par des nomsexpressifs,
indiquant le signe exterieur qui les avail leplusfrappes. Hippocrate, Diocles, Plii-
lippe de Ccsaree, Aretee, Galien, Aetius lui donnent la denomination de -/.aro^o;,
X-KTO^, saisissement, aywvia, sans voix ; Proxagoras la nomme xcopaTu5>j, et An-
tigene avu^t, deux mots qui expriment egalement 1 absence de la parole.
L expression de xara^vi^is paruit avoir ete employee pour la premiere fois par
Asclepiade de Bilhynie (100 ansav. J. C.); elle a ete consacree d une maniere
definitive par Ca3lius Aurelianus.
Les medecins latins se sont servis de termes correspondants : catochus, detentio,
oppressio, apprehensio, prehensio, morbus mirabilis, catalepsis.
Les medecins du moyen age emploient generalement ces memes denominations.
60 CATALEPSIE.
Bernard de Gordon appelle la catalepsie conyelatio ; Mangoldt, vigilans sopor,
Block, catalepsis epileptica.
Les auteurs modernes lui assignent aussi des denominations diverses : apoplexie
cataleptique (Cullen), catalepsie hysteriqiie(Peielin),hyste rie cataleptique (Lieu-
taud, Georget).
Le nom de catalepsies definitivement prevalu. II a pour synonymes: en ilalieu,
catalessia ; en espagnol, catalepsia, catoca; en anglais, catalepsy, trance; en
allemand, staarsucht, halbstarre; en beige, zing vany, ledenstyviny ; en sue-
dois, styfsjuka, stelhet; en danois, stivsot.
Catalepsie, xaTdV/j^i;, derive de -/.aTa/ap.6vciv, comprehendere, saisir. Cette
etymologic rappelle 1 especede saisissement qui s envpare desmalades, au moment
de la crise, et les frappe d immobilite. Le mot fait image et merite d etre con
serve, parce qu il ne prejuge en rien la nature, jusqu a present inconnue, de la
maladie.
HISTORIQUE. Hippocrale ne parait pas avoir neltement distingue la catalepsie
de 1 extase, dela lethargic et des autres affections voisines. D apres Cabins Aurelia-
nns, Proxagoras (341 ans av. J. C.) aurait connn et decrit les signes de la cata
lepsie; mais ce serait Ghrysippe de Soli (279-206 av. J. C.) qui le premier 1 aurait
considered commeunc maladie speciale etdistincte. Toujours au dired Aurelianus,
Asclepiade de Bitliynie, 1 auteur du mot xaT),y)i|/t?, avail ecrit un long chapitii;
stir cette maladie dans son traite des fievres periodiques, et Niceratus, son disciple,
en avail fait le sujet d une monographie. Aretee parle de la catalepsie, d une nia-
niere incidente, a propos de 1 hysterie. Archigenes et Philippe de Cesaree onl
public sin 1 la catalepsie des ouvi ages qui ne sont pas arrives jusqu a nous.
C est a Galien qu appartient le merite d avoir formule d une rnaniere nette les
principaux caracteres de la catalepsie; c est aussi dans ses oeuvres qu onlrouve la
premiere observation connue, qui soil accompagnee de quelques circonstances
detaillees.
Aetins a ecrit sur cette maladie un chapitre tout entier ; il nous a transmis, en
outre, la relation d un cas interessant sous plus d un rapport. Paul d Egine n a
laisse qu une simple esquisse de la catalepsie.
Caslius Aurelianus a consacre a la description generate de la catalepsie quatre
cliapitres,qtii constituent sans con tredille document le plusprecieux de 1 anliquite
sur celle interessante affection.
Les medecins arabes u ont eu qu une connaissance confuse de la catalepsie.
Rbases en parle avec une extreme concision, et Avicenne la confond avec la
lethargic.
Bernard de Gordon, qni resume les opinions des medecins du moyen age sur la
Catalepsie, designe, par une fa usse analogic, cette nevrose sous le nom deconyelatio.
Beaucoup de crises cataleptiques observees a cette epoque out etc attributes par
les demonographes a la possession diaLolique.
Parmi les medecins du seizieme et du dix-septieme siecle qui ont ecrit sur la ca
talepsie, il couvient de citer: Fernel, Rondelet, Eraste, Mangoldt, Schilling, Gloo-
tack, Elock, Fehr, Wepfer, Felix Plater, Tulpius, Henri van Heers, Diemerbroeck,
Fortis, TheophileBonet, Henricus Regius, Frederic Hoffmann, Sylvius (de le Boe).
Malheureusement la plupartdes observations rapporteespar ces auteurs sont obscur-
cies par Jes descriptions systematiques et les aberrations theoriques les plus etranges.
Dans le dix-huitieme siecle 1 histoire de la catalepsie compte de nombreux et
d eminents interpretes : Dionis (1709-1710), Deidior, professeur a Montjiellier
61
(171 1-1712), Vallisneri, La Mettrie, Levacher, Winslow, Sauvages, Boerhaave, Viale
fils, enfin Petetin, dont la brochure parue a Lyon en 1787 et 1 ouvrage posthume
public par sa famille en 1808, font encore autorite dans la science.
Les documents les plus importants sur la catalepsie appartiennent a notre epoque.
Nous citerons, en particulier, les theses de Baude, cle Laurent, de Rieder, de De-
breyne, de Gauvain, de Favrot, de Bousquet, de Pan de Saint-Martin et de Chaume;
les articles de Franck, de Tissot, de Dubois (d Amiens), de Georget et Calmeil, de
Jolly, de Monneret et Fleury, de Sandras, de Cerise, de Marce, de Lasegue,
d Axeufeld, de J. Falret, de Mesnet, de Motet; nous devons surtout une mention
speciale aux excellentes monographies de Bourdin et de Puel. Ce qui distingue
1 ensemble de ces travaux conlemporains, c est le choix et la richesse des fails, une
observation plus i igoureuse, une critique plus severe, une analyse plus scrnpu-
leuse et plus delicate, une interpretation scientifique des phenomenes morbides
substitute aux etranges commentaires des theories anciennes.
DEFINITION. 11 est dificile de definir nettement et avec precision la catalepsie,
tant elle revet de formes diverses, tant elle presentede frequentes complications!
Chacuna donnea la maladie pour caractere essentiel et patliognomoniijuele symp-
tome qui avait le plus attire son attention, celui-ci la perte de la parole, celui-la
1 abolition des Sens, unautre la suspension des mouvementsvolontaires, etc. Autant
d auteurs, autant de definitions.
Ceux qui ne considerent pas 1 etat calaleptique simplement comme un symplome,
ou comme une desmille manifestations de 1 hysterie, mais qui regardent la cata
lepsie comme une maladie veritable, la classent, a juste litre, parmi les nevroses.
Les definitions qu ils en donnent sont a peu pres equivalentes et s accordent sur
les points principaux. Elles peuvent, en derniere analyse, se reduire a la formule
suivante : la catalepsie est une affection nerveuse, intermittente, apyretique, ca-
racterisee par des acces de duree variable, pendant lesquels il y a presque tou-
jours suspension de 1 entendement ct de la sensibilite, et toujours interruption
des mouvements volontaires, avec tension generate ou partielle du systeme mus-
culaire, et aptitude des muscles de la vie animate a recevoir et a garder les divers
degres de contraction que leur imprime une main etrangere. Ainsi la catalepsie
franche, vraie, porte avec elle la marque meme des nevroses, I apyrexie et 1 inter-
mittence. Elle est conslituee, danssa plus haute expression, par une sorte de coma,
d insensibilite absolue, d etat lethargiquc, qui aunulc les fonctions de relation sans
porter atteinte aux. fonctions dela vie vegetative; par I impossibilite ou estle ma-
lade de changer volontairement d attitude, et pai la propriete qu ont les muscles
du tronc et des membres de prendre et de conserver passivement les directions et
les positions diverses qu on leur communique. Celte passivite de la motilite vo-
lontaire est regardee par beaucoup d observateurs comme pathognomonique,
comme un signe special et propre a la catalepsie.
DIVISION. A 1 exemple des meilleurs auteurs contemporains, nous distingue-
rons deux formes de catalepsie : 1 La catalepsie idiopathique on simple; 2 la
catalepsie symptomatiqne ou compliquee.
Chacune de ces deux formes peut etre complete ou incomplete, ye nerale ou par
tielle.
SVMPTOMATOLOGIE. La catalepsie offre une succession de symptomes, dont
1 ensemble constitue un acces. Quelquefois cet acces est unique et represente la
maladie tout entiere; mais, en general, il y a plusienrs acces separes les uns des
autres par des intervalles plus ou moins prolonges. .
62 jv
Nous etudierons successivement : 1 la catalepsie complete, \raie, franche,
idiopathique ; 2 la catalepsie incomplete ; 5 la catalepsie symptomatique, secon-
daire, compliquee, accessoire; 4 la catalepsie epidemique ; 5 la catalepsie artifi-
cielle on provoquee.
I. CATALEPSIE COMPLETE, VRAIE, FRANCHE, IDIOPATHIQUE. G est dans cette forme,
qu on pourrait appeler catalepsie-type, qu on voit se produire 1 acces dans toute sa
plenitude ou le grand mal cataleptiqiie. De sorte que decrire 1 acces complet,
c est decrire la catalepsie meme.
Description de I attaque cataleptique . L invasiou de 1 acces est ordinairemeiit
brusque, instantanee, sans symplomes precurseurs ; quelquefois elle est lente,
graduelle et annonceepar certains signes avant-coureurs.
Les prodromes presentent les nuances les plus variees et les formes les plus
et ranges. Geux qu on observe le plus frequemment sont : la cepbalalgie, des ver-
tiges, des douleurs epigastriques, un sentiment de constriction a la gorge, des
palpitations, des baillements, des soupirs, un abattement general, nne exaltation
de la sensibilite, des troubles de la vue, des elancements dans les membres, des
spasmes musculaires, des crampes, desfourmilleinents, des convulsions passageres
et rapides, une sensation de froid ou de chaleur dans differentes regions du corps,
etc.
Quelques auteurs ont range, a tort, parmi les prodromes de I attaque, les
troubles intellectuels, les hallucinations, la loquacite, I incoberence du langage,
1 exaltation de rentendement, 1 oppression epigastrique suivie d oBsopbagisme etde
resserrement spasmodique de la gorge. A nos yeux, ce ne sont pas la de simples
phenomenes piecurseurs, mais plutot des symptomes appartenant a la catalepsie
compliquee d bysterie ou d alienation mentale.
L attaque subite eclate quelquefois sans cause visible, mais elle survient assez
souvent sous le coup d une vive emotion morale; elle saisit 1 individu au milieu
de ses occupations babituelles. Une fille de cinqans, citeepar Tissot, ayant eteun
jour vivement choquee de ce que sa sceur avail enleve pendant le repas un morceau
cboisi dont elle avait elle-meme envie, devint raide tout a coup. La main qu elle
avail etendue vers le plat, avec sa cuiller, demeura dans cet etat durant une
heure. Un militaire, dont parle Henry Francois, s etant pris de querelle avec uu
de ses camarades, saisit une bouteille pour le frapper ; mais au meme instant
son bras resta raide et immobile, I oeil ouvert, le regard .furieux, le corps sans
mouvement. Febr rapporte le cas d un magislrat qui, injurie au milieu de son
requisitoire, demeura muet, la bouche beante, les yeux ouverts et menacants, le
poing tendu vers son insulteur.
Parfois 1 explosion de 1 acces est tellement soudaine que le malade inlerrompt
sa conversation au milieu d une pbrase, au milieu d un mot, s arrete court dans sa
marche ou dans un mouvement commence, les membres dans une attitude inache-
vee, le pied en 1 air, !a main dirigeevers unobjet qu elle n a pas eu le temps d at-
teindre. On a \u des bommes pris de catalepsie en saluant, en jouant au cartes,
en montant une echelle, en gravissant un escalier, en tenant un marteau pret a
frapper. Lafaillecite 1 exemple de deux cordeliers qui furent atteintsde calalepsie,
pendant la messe, au moment de 1 elevation. Le corps, immobile et raide comme
une statue, conserve la position dans laquelle 1 acces est venu le surprendre et le
saUir. Les anciens out exprime cette ngidite par des locutions pittoresques :
Stipitis ou trunci instar, mortui ritu \acens. Les yeux sont Lirgement ouverts, le
regard est lixe. La pbysionomie exprime le sentiment, douleur, colere ou frayeur,
65
qu avuit le malade au moment de la crise. La motilite volontaire est suspendue;
mais les muscles oleissent encore aux mouvements qu on leur imprime, et les
membres se laissent etendre et flechir dbcilement comme une cire molle. On
peut les assujettir, ainsi que le tronc, aux directions les pins incommodes, aux
attitudes les plus compliquees, aux contoi sions les plus peuibles, clever ou abais-
ser les bras, etendre ou flechir les jambes et les cuisses, tourner la tete a droite ou
a gauche, ecarter ou rapproclier les machoires, incliner le corps dans tous les sens,
lui donner la forme d un V ou le faire tenir en equilibre sur les ischions : ces
attitudes persistent jusqu a la fin de la crise, sans amener de sensation de lassi
tude, sans produire.ni fatigue ni relachement musculaire. Veut-on faire changer
le cataleptique de place, il faut le pousser, et il glisse tout d une piece comme
une masse inerte. II derneure completement etranger aux personnes et aux objets
qui 1 entourent. Les facutes mentales et toutes les manifestations de 1 entendement
et de la pensee, tous les modes de la sensibilite, le tact, la vue, 1 oui e, 1 odorat et
le gout, sont interrompus et comme paralyses. Le malade ne parle plus, n entend
plus, ne voit plus, ne sent plus. On peut le pincer, le piquer, le bruler, le tour-
menter de mille facons, il se montre entierement insensible a toutes les excitations
du dehors. Toutes les fonctions de la vie de relation paraissent momentancment
ibolies.
Cependant le poumon respire d une maniere a pen pres normale, qnoiqu un peu
lente ; le cceur bat ; le ponls conserve son rhythme habituel ; quelquefois il se ra-
lentit, sans rien perdre de sa force ni de son amplitude. Selon toute probabilite,
les fonctions digestives s accomplissent aussi avec leur regularite ordinaire.
En general, 1 acces se termine brnsquement, comme il a commence. Les mus
cles perdent tout a coup leur rigidite, et les membres retombent dans la position
qu ils affectent quand 1 appareil musculaire est en etat de relachement ; le cata*
leptique revient prom p lenient a lui ; le regard s anime, la physionomie retrouve
vite son expression habituelle, et I intelligence, 1 exercice de ses facultes. Alorsle
malade continue une phrase interrompue ou acheve un mouvement suspendu au
moment de 1 altaque.
D autres fois, la fin de la crise s annonce par des baillements, des soupirs, des
aspirations prol ondes. Le malade semble sortir d un long sommeil ; il ressent un
peu d engourdissement et de lourdeur de tete, un sentiment de courbature et de
fatigue extreme, nne certaine confusion dans les idees et un leger embarras dans
la parole. Mais peu a peu, il reprend ses sens etil se livre a ses habitudes ordi-
naires, sans que 1 esprit ou les organes conservent aucune trace de la perturbation
qu ils ont eprouvee.
Un des traits les plus caracteristiques de Faeces cataleptique complet, c est que
le malade revenu a lui-meme n a nulle conscience de son etat et ne garde aucun
souvenir de ce qui s est passe pendant la crise.
L attaque de catalepsie franche a generalement une duree assez courte, et qui
varie depnis une ou deux minutes jusqu a un quart d heure, une demi-heure,
une heure, deux lieures, trois henres, six heures, un jour au plus. Les acces de
catalepsie symplomatique ou compliquee ont, au conlraire, une duree beaucoup
plus longue; el c est a cette variete qu apparliennent les nombreux exempts de
crises qui ont dure deux jours, trois jours, six jours, quinze joursj trois semaineSj
un mois, deux mois, quatre et meme six mois.
L intervalle qui separe les acces peut etre de quelques minutes ou meme de
quelques secondes, d un quart d heure, d une demi-heure, d une ou de plusieurs
64 , .....* ~ ^ * ~.~.
heures, d un ou de plusieurs jours, d une ou plusieurs semaiues, d un ou plu-
sieurs mois.
L attaque cataleptique est simple ou composee. Elle est simple lorsqu elle com
mence, persiste et disparait apres avoir parcouru sa duree d un seul trait, sans
repos, sans intermittence. Elle est composee, au contraire, lorsqu elle est formee
d une serie brisee de crises courtes et rapprochees, variables en nombre et en lon
gueur, se succedant avec plus ou moins de regularite, puis disparaissant tout a fait
jusqu a ce qu une nouvelle serie se monti e. Dans les cas de ce genie, les acces pro-
prement dits durent. une ou deux minutes, tandis que la somme des acces, c est-a-
dire 1 altaque dure souvent plusieurs heures.
Tel est le tableau le plus fidele et le plus acheve de I attaque complete, de celle
qui constitue le grand mal cataleptique. Mais, dans la catalepsie, comme dans
1 epilepsie, il y a des acces incomplets, qu on pourrait appeler aussi, par aualogie,
le petit mal cataleptique.
II. DE LA CATALEPSIE INCOMPLETE. La catalepsie incomplete est tres-rarement,
pour ne pas dire jamais, simple, Tranche, primitive, idiopathique ; elle est, dans
la tres-grande majorite des cas, secondaire, symptomatique ou compliquee, asso-
ciee notamment a 1 hysterie, a 1 extase ou au somnambulisme. C est la uneremar-
que preliminaire importante, et qu il convient de ne pas oublier.
Si 1 on etudie comparativement les acces ties-varies, Ires-divers, de la catalepsie
incomplete, on reconnait qu ils peuvent etre ramenes a deux formes principles.
Les uns consistent en des crises partielles, dans lesquelles on ne retrouve pas la
serie entiere des phenomenes cataleptiques tels que nous venons de les dt crire;
les autres se traduisent par des attaques fnistes, selon 1 expression de Trousseau,
dans lesquelles on retrouve tous les symptomes de la catalepsie, mais diversement
modifies ou attenues.
Nous allons signaler les modifications les plus frequentes que subissent, dans la
catalepsie incomplete , les trois grands ordres de phenomenes pathologiques de la
motilite, de la sensibilite et de 1 intelligence.
Dans la catalepsie, meme incomplete, on rencontre toujours ce symptome es-
sentiel, ce caractere pathognomonique, ce trouble de la motilite, consistant dans
la rigidite des muscles de la vie animale, la passivite des mouvements et 1 aptitude
des membres a garder les attitudes qu on leur impose.
Settlement, ce phenomene morbide, au lieu d etre general et absolu, comme
dans la catalepsie complete, n est que partiel et relalif dans certaines varietes de
la catalepsie incomplete. Ainsi, la roideur cataleptique frappe parfois une moitie
du corps seulement, elle est unilaterale; d autres fois elle s empare d une portion
plus restreinte encore de 1 individu : elle n occupe que les bras ou les jambes, ou
meme un seul de ses membres. C est, a proprement parler, le petit mal catalep-
tique.
Chez beaucoup de catalepliques, les muscles dela face conservent leur mobilite,
particulierement les muscles des levres et des paupieres. Palpebrant ceqrotan-
tes, a dit Cselius Aurelianus, qui, en signalant le premier ce phenomene, a eu le
tort de le generaliser trop et de 1 inscrire parmi les symptomes habituels de la ca
talepsie. Certains malades jouissent seulement de laliberte deleurs mains.
Viale, Sarlandiere et Favrot ont cite des fails ou les mouvements des membres
dtaient alternativement suspendus et retabhs. Van Swieten a observe une femme
chez laquelle la rigidite des paupieres etait insurmontable. Lordat, Calvi Barlli
ont vu les yeux convulses dans diverses directions.
CATALEPSIE. 65
Dans quelques cas de catalepsie incomplete, les membres ne restent pas imme-
diatement dans la position ou on les place ; il iaut, pour obtenir ce resultat, les
soutenir pendant quelques secondes. Dans d autres circonstances, la raideur ne
se maintient pas pendant toute la duree de Faeces, et Ton voit le membre, au
bout d un temps assez court, reprendre son attitude norm ale.
Dans 1 acces cataleptique complet, les fonctions sensoriales paraissent suspen-
dues, comme les fonctions motrices. Ge n est que dans des cas tres-rares qu on a
constate la persistance de la sensibilite. Mais ce qui est une exception pour la
catalepsie tranche et bien caracterisee devieut, en quclque sorte, une regie dans
la catalepsie incomplete. Ici 1 impression sensoriale est le plus souvent evidente,
puisque le malade conserve encore quelques moyens obscurs de manifestation.
Plater parle d un cataleptique qui se rcmuait des qu on le toucl;ait et qui,
pourtant, ne se souvenait de rien a son reveil. Chez mademoiselle Nivon, dont
Bourdin racoate longuement 1 histoire, la sensibilite gencrale persistait pendant
1 acces, comme en etat de veille. D autres malades se montrent sensibles au cha-
touillement, a la piqure, a la brulure, a 1 excitation galvamque, a 1 application
d un sinapisme. Chez les hystero-cataleptiques, la sensibilite tactile est tantot
exageree, tantot emoussee ou eteinte ; d autres fois, on constate de 1 hyperestbesie
sur certaines parties du corps, et de 1 anesthesie et memo de 1 analgesie sur d au
tres parties. Une hyperesthesie generalisee existait cbcz la rnalade qui fait 1 objet
du memoire de Pinel. Chez les sujets observes par La^egue, la sensibilite ou I in-
sensibilite etaient tantot reparties d une maniere egale et symetrique, tantot dis-
tribuees d une maniere irreguliere et capricieuse.
Certains cataleptiques conservent 1 integrite de la vision pendant leurs acces, et
declarent avoir vu et reconnu les personnes qui etaient autour d eux. Caelius
Aurelianus rapporte des experiences faites sur un cataleptique, et dans lesquelles
il a pu diriger a son gre le globe oculaire du malade. Isaac Parrish a public 1 his-
toire curieuse d un jeuue homme qui clignait les paupieres quand on plagait une
lumiere devant ses yeux. Chez mademoiselle Nivon, les paupieres se contractaient
aussi lorsqu on approchait le doigt du globe de I osil. La malade de Mesnet voyait
les personnes placees devant elle, mais saus les reconnaitre.
Dans quelques circonstances, le sens de 1 ouie est conserve chez les catalepti
ques. Clius Aurelianus cite 1 exemple de malades qui, pendant leurs acces,
temoignaient par leurs larmes et par 1 expression de leur physionomie a la fois le
desir et I impossibilite de repondre aux questions qu on leur adressait. Tulpius
parle d un cataleptique qui resta raide et immobile jusqu a ce qu on eut crie a ses
oreilles qu on lui accorderait ce qu il desirait. Schilling mentionne un cas ana
logue. Une damede Vesoul, dont Lev acher et Attalm ont raconte 1 observation, en-
tendait, pendant ses acces, et reconnaissait les personnes a la voix. Jlademoiselle
Nivon percevait distinctement les bruits et les paroles. Un des calaleptiques de
Bourdin, Arthur D..., entendait aussi, car il executait les oidies qu on lui don-
nait. La malade de Mesnet repondait aux questions qu on lui adressait et enten
dait a distance les moindres bruits. Celle de Puel eprouvait, au plus leger bruit,
une sorte de secoutse semblable a celle que produirait une decharge electrique.
D apres Ca;lius Aurelianus, le sens de 1 odorat persisterait chez la plupart des
cataleptiques. u Si I odeur est agreable, dit-il, les malades font des etTorts d inspi-
ration pour en jouir ; mais si elle est fetide, ils cherchent a 1 eviter. Chez Helene
Renault, citee par de la Meltrie, les sensations olfactives etaient tres-intenses et
comme hyperesthesiques ; 1 odorat de Bousch, le malude de Sarlandiere , etait
DICT. ENC. Xllt. 5
06 CATALEPS1E.
affecte par 1 ammoniaque et la poudre d ellebore. Mademoiselle Nivou etait tres-
sensible a repression des odeurs. Fuel a constate egalement chez madame D...
la persistarice et la delicatesse da sens olfactif. Mesnet a fait la meme reraarque
sur madame X...
Les malacles dont il vient d etre question avaient conserve 1 integrite du gout,
comme celle de 1 odorat. Elles admettaient les saveurs agreables et douces, et re-
poussaienl les substances acres, ameres et fortes.
Nous avons dit que, dans la catalepsie franche et complete, 1 exercice de I m-
telligence est entitlement suspendu. Dans la catalepsie incomplete, les fonctions
intellectuelles, comme les fonctions sensitives, sont simplement modifiees on
eraoussees. Ainsi, quelques cataleptiqnes conservent un souvenir confus de ce qui
s est passe pendant leur acces. D autres donnent des marques non equivoques de
discernement en versant des larmes, lorsqu on leur parle et qu ils sentent 1 impos-
sibilite de repondre. Cailius Aurelianus, Bourdin, Fuel, citent 1 exemple de ma-
lades qui obeissaient aux ordres qu on leur donnait verbalement. Enfin, un certain
nombre de calaleptiques, cites par diiferents auteurs, declarent que, pendant
leurs acces, ils auraient voulu agir, parler, remuer les membres, etc.; mais qu ils
ne le pouvaient pas. Mademoiselle Amelie X..., dont 1 observation a ete recueillie
par Favrot, rcpondait par des signes de lete aux questions qu on lui adressait ;
apres ses acces , elle rendait compte de ses sensations, et elle disait : 11 m etait
impossible de bouger; on auiait approche de moi un fer rouge que je n aurais pu
m eloigner. Selon la juste remarquc de Fuel, cc n est done pas. la volonte qui
fait delaut aux catalepliques de cette espece. G est 1 agent destine a executer le
mouvement qui n obeit pas : quanta la volition, elle est intacte.
111. DE LA CATALEPSIE SYMPTOJIATIQUE, SECONDAIRE, MIXTE, COMPLIQtlEE, ACCES-
SOIRE. Ges diverses qualifications conviennent, comme on va le voir, a la variete
de catalepsie qu il nous reste a decrire.
Dans ce groupe, le mal cataleptique n est pas isole et ne constitue pas le seul
element pathologique ; il est associe soit a une autre affection nerveuse, telle que
1 hysteric, 1 extase, le somnambulisme, le tetanos, la manie, 1 hypochondrie, la
lypemanie ; soit meme a une maladie d une nature toute differente, lelle que la
pneumonie, la lievre typhoide, la meningite, le rhumatisme, la fievre intermit-
tente, etc.
Le role de la catalepsie, dans ses rapports avec.ces divers etats morbides, est
tres-variable. En effet, tanlot elle domine la scene patbologique ; elle en est le
pbenomene principal et preponderant ; dans ce cas, elle merile la denomination
de catalepsie comptiquee. Tantot elle marche de pair avec les autres syndromes
nerveux, ne presentant ni plus ni moins d impoi tance qu eux ; on peut lui donner
alors le nom de catalepsie mixte. Dans d auties cas, les manifeslutions catalep-
tiqnes sont dominees par d autres troubles morbides et n interviennent qn a litre
d epiphenomenes duns le cours d une autre maladie; c est la catalepsie symptoma-
tique on secondaire. Enfin, elle est dite accessoire lorsqu elle n a qu une liaison
tres-eloignee avecl etat patbologique principal, et qu elle ne se montre que comme
un accident fortuit et sous une forme tres-utlenuee.
Hystero-catalepsie. L liysteric est, sans contredit, la nevrose avec laquelle la
catalepsie affecte les relations les plus frequentes et les atfinites les plus etroiles.
Cette parenle entre les deux affections est meme tellement directe que beaucoup
de patbologistes, Lieutaud en tete, les considerent comme un seul et ineme etyt
morbide. Sans aller aussi loin, nous reconnaissons volontiers que 1 bysterie et la
CATALEPSIE. 67
catalepsie precedent d une commune origine, et peuvent iigurer dans la famille
desnevroses, comnie deux soeurs jumelles.
Un tres-grand nombre d observations temoignentde cette liaison intime desdeux
nevroses. Sur sept cas de catalepsie que coatient 1 ouvrage de Petetin, quatre sont
compliques d hysterie. Cette complicalion est non pas 1 exception mais la regie
pour le sexe feminin; si bien que Lasegue a cru pouvoir poser comme une loi
absolue que la catalepsie ne survient que chez les femmes en pleine evolution
hysterique.
Dans I hyslero-calalepsie, qu on a encore appelee hysteric catalepti forme, les
phenomenes cataleptiques se combinent aVec les desordres hysteriques de diffe-
rentes manieres. Quelquelbis 1 attaque generate debute par des mouvements desoi-
donnes, par des convulsions cloniques, appartenant a 1 hysterie et remplaces im-
mediatement par le spasme tonique, I immobilite absolue de la catalepsie. Plus
rarement la crise commence par la rigidite cataleptique et se termine par les
troubles hysteriques. Dans les deux cas, on a une sorte d acces regulier a double
periode : 1 une d hysterie, 1 autre de catalepsie, et reciproquement. Mais assez
souvent, 1 evolulion des symptomes ne se presente pas avec cette regularite, et les
deux genres de phenomenes, au lieu d allerner, se melent, se confondent et se
succedent sans ordre regulier.
On comprendrait mal, ou du moins d une maniere incomplete, la nature des
relations qui unissenl la catalepsie et 1 hysterie, si Ton croyait que leurs rapports
se bornent a une simple association de symptomes. Ce qui caracterise mieux encore
et plus particulierement ces rapports c est I influence qu exercent les deux affec
tions 1 une sur 1 autre, et les modifications que cette action reciproque imprime a
leur pbysionomie respective. II sullit de lire une seule observation d hystero-
catalepsie pour etre trappe immediatement des changements que 1 element hyste-
rique apporte dans les phenomenes cataleptiques. Ces changements apparaissent
de la maniere la plus frappante chez lamalade de Puel. La contraction musculaire
avait lieu, chez cette cataleptique, successivement etnon simultanement dans les
di verses regions du corps; les muscles du cou se contractaient les premiers, les
muscles des paupieres les derniers, et c est alors seulement que la malade perdait
connaissance. Lorsque la perte de connaissance venait a cesser, les muscles consei-
vaient encore leur raideur pendant assez longtemps. Cette independance des trou
bles musculaires et des symptomes intellectuels, extraordinaire dans la catalepsie,
pouvait se reproduire artificiellement, dans le cours de 1 acces, au gre de 1 obser-
vateur. Pour faire cesser le spasme musculaire, soit dans unmembrea la fois, soit
dans les muscles les uns apres les autres, il suffisait de pratiquer sur ce membre ou
sur ces muscles de simples frictions manuelles longtemps continuees. En touchant
les paupieres de la malade, on arrivait non-seulement a lui faire ouvnr les yeu\,
mais encore a lui faire recouvrer la connaissance, alors meme que le systeme
musculaire tout entier continuait a rester dans 1 etat cataleptique. De sorte que la
malade assistait ainsi a sa propre attaque de catalepsie. Chez la meme personne,
la sensibilite generale et speciale, loin d etre suspendue, etait tellement exaltee
que le plus leger contact et le moindre bruit exterieur causaient de vives douleurs,
augmentaient la tension musculaire, provoquaient des grincements de dents, des
cris etoufies et mme quelques mouvements de deplacement.
Lasegue, qui a apporte tant de patience et tant de sagacite dans 1 etude analy-
tique de Thysterie et de la catalepsie, a fait, sur les hystero-cataleptiques, des
experiences cliniques inleressantes, et qui tendent a jeter un jour nouveau sur cet
68 CATALEPSIE.
etat pathologique si complete et si obscur. II est parvenu a pvoduire, chez cles hys
teriques calmes, somnolentes, demi-torpides, reagissant peu, predisposees par
temperament a la catalepsie, des acces cataleptiques artificiels presentant les ca-
racteres speciaux de la catalepsie spontanee. Pour obtenir ce resultat, on ferme
simplement les yeux de la malade, en appliquant la main sur ses paupieres. Elle
eprouve aussitot une sensation d engonrdissement toute particuliere. Peu a peu
elle se meut et elle parle avec une paresse croissante ; puis elle cesse de re-
pondre et elle s endort d un sommeil profond, identique au sommeil nature],
avec cette difference que le sujet reste plus insensible aux bruits du dehors. Chez
cerlaines hysteriques, on reussit toujours a determimer la torpeur complete ;
chez certaines autres on n arrive qu a la somnolence; chez d autres, enfin, on ne
depasse pas un engourdissement qui cesse des qu on leur rend la vue... Lorsque
la torpeur a atteint ses proportions extremes, la malade est hors d etat d executer
aucun mouvement volontaire. La sensibilite est aneantie dans certains points ; elle
est simplement emoussee dans d autres... Les masses musculaires off rent a la
pression une resistance qu elles ne presentent pas durant le sommeil. Quandon
prend un des membres et qu on essaye de le ployer au niveau d une articulation,
la jointure est demi-rigide, et elle garde, fixe, immobile, la position ou on 1 a
placee. On peut varier les situations a volonte, et donner au membre les attitudes
les moins tolerables.
La rigidite musculaire varie quant au degre. Elle n est pas en relation positive
avec 1 anesthesie cutanee ; mais elle est presqne toujours proportionnelle a la pro-
fondeur de la lethargie et au volume des muscles destines au mouvement de la
jointure. Elle est generale ou partielle, complete ou incomplete, passagere ou du
rable. Dans quelques cas rares, une seule moitie du corps est affectee.
La crise est d une dure e variable. Elle cesse des que la malade reprencl le sens
de la vue. Celle-ci se reveille d elle-meme a la longue, ou brusquement a la
suite d une vive commotion, de 1 aspersion d eau froide sur la figure. Les muscles
perdent leur rigidite et les membres reprennent leur position naturelle. Une fois
rentrees en possession d elles-memes, les hystero-cataleptiques n accusent aucun
sentiment de fatigue. Elles sortent, sans transition, de leur sommeil, et repren
nent aussitot 1 exercice de leur intelligence et de leur volonte. Elles savent qu elles
viennent de dormir; mais elles n ont aucune conscience de ce qui s est passe
durant leur sommeil, et n ont qu une notion confuse du temps qui s est ecoule.
Toutes les hysteriques d un temperament nerveux, indolent, qui subissent 1 iti-
fluence stupefiante de la privation momentanee de la vue, ne sont pas pour cela
affectees de la rigidite caracteristique des membres. Un petit nombre n a de la
catalepsie que 1 anesthesie generale, la somnolence, 1 etat comaleux.
Ces investigations cliniques ont conduit Lasegue a ajouter a la serie des troubles
nerveux de 1 hysteiie, deja connus et generalement admis, une nouvelle variete
de perturbations de la motilite volontaire, consistant dans la persistance de la ten
sion rnusculaire, et dans 1 absence de la sensibilite a la fatigue, c est-a-dire dans
cet etat cataleptique partiel et passager que nous venous de decrire et qui peut
etre reproduit artificiellement par la simple occlusion des yeux chez certains
sujets predisposes. Nous verrons bientot que 1 hyslerie n est pas la seule affection
du systeme nerveux dans laquelle Lasegue est parvenu a pi ovoquer ces anomalies
dumouvemeut.
Catalepsie extatique. 11 est assez frequent de rencontrer 1 extase et la cata
lepsie associees chez le meme sujet ; et alors on observe encore entre les deux
CATALEPS1E. 69
nevroses Unites les varietes tie combina isons que nous avons signalees a propos tic
1 hystero-catalepsie. Tantot c est la catalepsie qui constitue 1 affection predomi-
nante; tantot, au contraire, c est 1 extase. Dans certains cas, 1 attaque catalep-
tique precede la crise extatique, d antres fois elle la suit. Le plus souvent, les
manifestations des deux ne vroses se succedent sans interruption et se conibndent
de maniere a ne former qu un acces unique.
Unefemme, citee par Fred. Hoffmann, etait prise de catalepsie extatique chaque
fois qu elle entendait un psaume ou quelque passage qui retracait vivement
1 amour du Christ. D apres Rondelet, un pretre remain etait saisi d un acces sem-
blable chaque fois qu en lisant 1 evangile de la Passion il arrivait au mot consum-
matum est. Jolly a vn une dame pieuse qui tombait dans le meme etat pendant
la niesse au moment de 1 elevation. Sagar parle d un capucin extatique qui, pen
dant ses crises, ne parlait point, restait a genoux, immobile, la main droite elevee
en 1 air, Jes yeux ouverfs et diriges vers le ciel. Ce fait se rapproche de celui du
cordelier de Toulouse, raconte par La Faille. Favrot rapporte aussi 1 histoire
d unejeune fillede vingt-cinq ans, sujettea des crises de catalepsie extatique.
Catalepsie avec somnambulisms. Un des cas les plus remarquables et les
plus curieux de catalepsie cornpliquee de somnambulisme a ete observe a Mont-
pellier en 1737, par Sauvages, sur une jeune fille de vingt ans. L acces complet
se composait de trois temps : le premier temps caracterise par des troubles cata-
leptiques ; le second temps, par des phenomenes de somnambulisme ; le troisieme,
par une nouvelle attaque de catalepsie. Voici le recit abrege d une de ces crises
qui, a lui seul, vaut une description. Le 5 avril, a dix heures du matin, Sanvages
trouva la malade au lit ; 1 atlaque de catalepsie venait de la prendre ; au bout de
six minutes environ, elle bailla, se leva sur son scant et se mil a parler avec une
vivaciteetun espritqu on nelui voyaitjamaishors decetetat... Elleetaitendormie...
Un coup de main applique brusquement sur son visage, le doigtporte rapidement
coutre 1 oeil, une bougie allumee et approchee assez pres de ces organes pour
bruler les cils, un grand cri pousse tout a coup pies de son oreille, les vapeurs
d ammoniaque et la poudre de tabac introduites dans le nez, le chatouillement
des narines et du globe oculaire avec la barbe d une plume, les piqures d epingle,
les contorsions des doigts, tons ces moyens furent nuls,et la malade ne donna pas
la moindre marque de sentiment. Peu de temps apres, elle se mil a marcher, lit un
tour dans la chambre, evitant les meubles qui s y trouvaient ; puis elle retourna
dans son lit, sans tatonner, se couvrit et redevint cataleptique. Ensuite elle sortit
comme d un profoad sommeil, ne sachant rien de ce qu elle avait fait ou dit dans
cet etat.
Dans ce fait interessant, les phenomenes de la catalepsie et les symptomes du
somnambulisme sont lies les uns anx autres et se succedent dans un ordre regu-
lier, de maniere a former un seul acces. Dans d autres cas, les attaques catalepti-
ques et les manifestations du somnambulisme sont distinctes, independantes les
unes des autres, separees souvent par de longs intervalles. Les troubles nerveux
out presente cette physionomie chez une malade agee de vingt-deux ans, observes
par Bourclin a 1 hopital de la Gharite dans le service de Fouquier.
Catalepsie avec te tanos. Ces deux etais, quise rapprochent tant 1 unde 1 autre
par la nature des troubles musculaires, se rencontre nt quelquefois chez le meme
sujet,etalorsle tetanos vient compliquer la catalepsie. Le cas le plus remarquable
de cette complication est celui de Jean Soladier, qui presenta simultanement un
etat cataleptique des bras et un spasme tetanique des membres inferieurs. D ail-
70 GATALEPSIE.
ieurs, il est a remarquer que, dans la catalepsie, il y a presque toujours du tris-
mus, c est-a-dire line contraction tetanique de la machoire inferieure.
Catalepsie avec e pilepsie. La coincidence de ces deux nevroses parait elrc
assez rare. Gnisard (de Montpellier) en a rapporte ua exemple. C etait une jeune
fille de vingt ans, dont les attaques d epilepsie etaient suivies de phenomenes cata-
leptiques bien caracterises. On trouve dans la these de Favrot 1 observation d une
fille de vingt-trois ans, Virginie Therese, qui avait des crises alternatives d hyste-
rie, d epilepsie et de catalepsie.
Catalepsie avec cJiore e. Un cas fort curieux de 1 association de ces deux ne
vroses est rapporte dans la meme dissertation. La nialade, nommee Rosalie, agee
de quarante ans, fat d abord atteinte de catalepsie, puis de choree. Chose digne
de remarque ! la choree et la catalepsie alternaient d une maniere reguliere, de
sorte que la malade etait choreique le jour et cataleptique la nuit, pendant son
sommeil.
Calalepsie avec contracture permanente. Fuel a observe, a 1 hopital de la
Charite, une cataleptique qui avait des contractures des pieds et des mains, pen
dant et apres ses acces.
La catalepsie s observe assez frequemment dans la plupart des formes de 1 alie-
nation mentale et dans le cours de certaines affections certbrales, soil qu elle
marque le debut des troubles du systeme nerveux, soit qu elle survienne secondai-
rement, a litre d epiphenomene ou de complication.
Catalepsie avec delire. II n est pas rare de voir les acces de calalepsie pre
cedes ou snivis d un delire nerveux ou aigu, plus ou moins violent, qu il ne faut
pas confondre avec la manie. Le premier acces d Elis;ibelh Delavigne fut precede,
pendant trois jours, d un delire intense et de reveries extraordinaires, dans les-
quelles elle se croyait poursuivie par des voleurs, des betes feroces, etc. La malade
de Fuel etait prise, a la suite de ses attaques, d une sorte de delire qni survenait
surtout lorsqu on voulait faire cesser trop tot 1 etat cataleptique.
Calalepsie avec me lancolie, catalepsis melancolica (Ballonius, Nicolas Pison).
La melancolie est, de toutes les varietes de la folie, celle aveclnquellela catalepsie
se trouve associee le plus souvent. Boerhaave a connu un homme fort melanco-
lique auquel il arrivait fiequemment de rester immobile, sans voix, insensible
a toutes les excitations du dehors. Bousch, dont Sailandiere a rapporte longue-
ment 1 observation, etait a la fois cataleptique et melancolique ; il etait taciturne,
recherchait 1 isolement etne mangeait que lorsqu il se trouvait seul. lltomba pen
a peu dans un etat de demence profonde. M.ulemoiselle Nivon et;iit d un caractere
trisle et melancolique ; mais la melancolie parait s elre developpee, chez cette ma
lade, plusieurs annees apres la manifestation de la catalepsie. Dans la fameuse
observation de Skoda, recu eillie a 1 hopital de Vienne, en 1852, la melancolie pir-
ceda 1 apparition des acces cataleptiques. II s agit d une jeuue fille de seize ans,
qui s accusait de fautes qu elle n avait pas commises, ne prenait aucune nourri-
tnre, n adressait la parole a personne, ne repondait a aucune question, restait
immobile pendant des heures entieres, et etait sujette a de frequentes attaques de
catalepsie. Un fait analogue est raconte avec de Jongs details dans la these dc
Chaume ; mais nous ne le mentionnerons ici que pour memoire, nous reservant
d y revenirplus loin, a 1 occas ion desdelires complexes auxquels se lietres-souvent
la catalepsie.
Catalepsie avec manie. La catalepsie accompagne quelquefois la manie, soit
aigue, soit chronique. La dame de Vesoul, dont 1 observation nous a ete transmise
CATALEPSIE. 71
par Attalin et Levacher, se mit a parler avec volubilite de ses affaires et de son
proces, apres sa premiere crise de catalepsie. Apres le second acces, elle montra
une exaltation extraordinaire ; et, plus tard, elle fut prise de delire maniaque avec.
divagation complete, se livrant a toutes sortes d extravagances, poussant des hur
lements afiVeux et presentant tous les signes d une frenesie violente, dont la
catalepsie n avait ete que le prelude. Bourdin parle d une demoiselle apparte-
nant a une famille distinguee, qui eut de 1 agitation maniaque et des hallucina
tions, suivies d attaques cataleptiques qui durerent au moins une annee. Le meme
auteur cite le cas d un jeune liomme de vingt-deux ans dont le premier acces de
catalepsie survint au milieu d un acces de manie, tandis que les autres crises cata
leptiques se manifesterent pendant les periodes de calme.
Catalepsie avecmonomanie. La catalepsie est une complication assez frequente
de la monomanie. Georget et Calmeil ont doane des soins a un jeune monoma-
-niaque cataleptique, qui conservait une immobilite parfaite pendant qu on 1 ali-
mentait avec une sonde oefophagienne. Les memes auteurs citent encore 1 exemple
d un pharmacien atteint de delire partiel et qni, cbaque jour, soit en marchant,
soil en s babillant, soit en prenant ses repas, devenait tout a coup immobile et res-
tail, pendant des heures entieres, dans des postures tres-fatigantes.
Catalepsie avec hypochondria. L association de ces deux nevroses est peu
commune. Une des rares observations qni en existent dans la science appartient a
Hildeschemius. II s agit d un homme c!e naissance illustre, hypochondriaque depuis
plusieurs aunees, et qui tomba en catalepsie apres avoir eprouve une douleur vio
lente ;*i la partie posterieure de la tete.
Catalepsie avec demence et idiotisme. Bourdin affirme en avoir observe plu
sieurs exemples, mais il n en cite aucun.
Marx parle aussi d un homme qui, apres avoir ete longtemps cataleptique,
devint maniaque et tomba ensuite dans la demence.
Assez souvent la catalepsie, au lieu de s accompagner d une seule des nevroses
on des vesanies que nous venons de mentionner, se trouve associee avec plusieurs
d entre elles simnltanement. La rnalade de Dionis, Elisabeth Delvigne, etait
atteinte a la fois de monomanie religieuse, d hallucihalions, d extuse et de catalep
sie; il parait meme qne ses acces se terminaient quelquefois par un letanos. La
dame de Vesoul offrait des symptomes de melancolie, de catalepsie et d extase.
Une malade de Bourdin, madame G..., fut alfectee tour a tour de monomanie
religieuse, d extase et de catalepsie. La jeune iille observee par le meme auteur a
1 hopital de la Charite, dans le service de Fouquier, etait a la foishysterique, cata
leptique et somnambule. La malade dont Fuel a raconte avec tant de soin la
curieuse bistoire ent une longne serie de phenomenes d hysterie, d attaques de
catalepsie et d acces de somnambulisme. Leonie S..., dont 1 observation fait le
principal olvjet de la tbese de Chaume, presenta tout ensemble des symptomes
d hysterie, de delire maniaque, de melancolie, d extase et de catalepsie. Mais le
cas.le pins remarquable de catalepsie compliquce est celui de madame X..., rap-
porte par Mesnet dans les Archives ge ne rales de medecine (fevrier i860). La
maladie debuta par de nombreux et violents acces d hysterie simple; puis survin-
rentdes acces de catalepsie, qui s entremelerentaux convulsions hysteriqn % s. Plus
tard, des phenomenes de somnambulisme et d exlase vinrent s ajouter aux autres
troubles de I innervation. Pendant la veille, cette malade etait dans nn etat habi-
tuel de depression melancoliqne, qu interrompaient frequemment les crises ner-
veuses. Durant ses acces de somnambulisme, elle etait en proie a un delire violent,
72 CATALEPSIE.
a des hallucinations terrifiantes et a d irresistibles impulsions suicides. C est ainsi
qu on voyait sur UN meme sujet 1 hysterie, la catalepsie, 1 extasc, le somnambu-
lisme se succeder tour a tour et se meler 1 une a 1 autre, avec une frequence inso-
lite et une intensite inouie !
Comme nous le verrons plus loin, ce melange extraordinaire, ce cumul des ne-
vroses cerebrates s est rencontre au plus haul degre dans les grandes convulsions
epidemiques du moyen age, du seizieme, du dix-septieme et du dix-huitieme siecle.
Catalepsie avec de mence aigue, stupidite , et d autres affections ce rebrales
-non determinees. Nous avons rappele plus haut les observations et les expe
riences de Lasegue sur les hystero-cataleptiques. L eminent professeur avail cru
d abord que la catalepsie, spontanee ou survenant dans les conditions d une expe
rimentation clinique, devait etre exclusivement rattachee a 1 hysterie. Mais, deux
cas qui se presenterent, presque en meme temps, a son observation, ne tarderent
pas a le convaincre que 1 etat cataleptique peut se manifester encore dans la phi-
part des nevroses, et dans diverses affections cerebrales. Chez un malade, dont
1 aspect hebele, 1 air insouciant et distrait, la paresse musculaire, la lenteur des
perceptions tactiles, trabissaient une demence commenc,ante, 1 application des
mains sur les yeux determinait des pbenomenes cataleptiformes. Des que la vision
etait ainsi suspendue, les membres demi-rigides conservaient indefiniment la
posture ou il plaisait de les placer, et les attitudes les plus fatigantes etaient
maintenues sans effort. Quand le malade rouvrait les yeux, il laissait seulement
retomber ses membres, et il lui etait impossible de garder une posture. La meme
experience aboutit a des resultats plus complets encore cbez un autre malade at-
teint, comme le precedent, d un certain degre de demence. Ici, sous I infiuenct!
de 1 occlusion des yeux, la catalepsie musculaire s elevait a ses proportions extre
mes, la rigidite etait absolue, et, toutes les articulations, lorsqu on essayait de les
ployer, donnaient la sensation caracteristique d un baton de cire ramollie. La
troisieme experience a ete faite sur un jeune homme affecte d une maladie cere-
brale mal determinee, avec une hyperesthesie tres-notable de tout le cote gauche
et une anesthesie profonde du cote droit. Des qu on appliquait la main sur ses
yeux le malade s endormait, et les membres du cote anesthesie devenaient comple-
tement cataleptiques.
Ne pourrait-on pas rapprocher de ces faits de catalepsie provoquee, les deux
observations de catalepsie spontanee rapportees par Deidier, dans les Me moires de
Trevo-ux? Dans 1 une il s agit d un jeune homme de 15 a 16 ans d un tempe
rament melancolique et naturellement stupide, qui fut attaque d une afi ection
comateuse, a laquelle succeda une privation totale de sentiment. On le croyait
apoplectique ; mais en lui levant les membres on s apercut qu il etait veritable-
ment cataleptique, avec flexibilite dans les muscles. Dans 1 autre cas, il est
question d un homme de 55 a 60 ans, Guillaumc Bousquet, de Cauvisson, qui
etait tombe dans un tel etat de prostration qu il ne donnait aucun signe de senii-
ment. Tous ses membres etaient souples ; on le croyait aussi apoplectique, comme
le precedent; mais en lui levant les bras, les jambes et les cuisses on fut surpris
de les voir rester constamment dans la situation ou on les mettait.
Catalepsie avec diverses maladies aigues. Rostnn a vu, a la Salpetriere, une
fille cataleptique atteinte de pneumonic. Taupin a observe la catalepsie en meme
temps qu une fievre typhoide cbez une fille de 14 ans. Landry araconte 1 observa
tion d une femme de 28 ans qui, au milieu des symptomes ordinaires d uu
rhumatisme articulaire aigu, fut atteinte de plusieurs acces de catalepsie.
CATALEPSIE. 73
Catalepsie avec fievre inter mittente. Plnsieuvs autenrs, notamment Bocr-
liaave, Dionis, Podoneus, Desbois de Bocliefort, Bourdin, ont cite des exemples
dc catalepsie survcnuo pendant le cours on a la suite de fievres inlermitterites. Le
fait dc Dionis presentc meme cette particularite significative que la fievre inter-
niittentc ct Ja catalepsie Curent gueries en meme temps par le quinquina, [/asso
ciation des acces catalcptiques avec les acces de fievre n a rien que de Ircs-naturel
aux yeux de ceux qui, a 1 instar de Bourdin, regardent la fievre intermittente
comme une nevrose.
Catalepsie avec vers intestinaux. Les faits de catalepsie co incidant avec la
presence de vers intestinaux ne sont pas rares.Van Sweiten raconte qu une lemmc,
occupeca faire rotir des chataignes, fut saisie tout a coup d une vraie calalepsie.
Elle vomit en sa presence deux vers vivants, et continua ensuite sa friture sans se
souvenir qu elle avait ete interrompue. Pinel a vu une fille de 9 ans sujette aux
affections vermineuses et cataleptique. Une fille de 7 a 8 ans, observee par Bene-
detti, cut un acces de catalepsie qui dura sept jours, et qui cessa instantanement
apres [ administration d un lavement purgatif a la suite duquel elle reudit qua-
rante-deux vers. Georget ne croit pas a la catalepsie vermineuse. 11 cst probable,
dit-il, que lorsque la catalepsie existe en meme temps que ia presence des helmin-
thes dans 1 intestin, elle est independents de 1 action de ceux-ci, et due a une
autre espece d influence.
IV. CATALEPSIE EPIDEMIQUE. La catalepsie, comme la plupart des nevroses
convulsives, peut devenir contagieuse par imitation, lorsqu elle eclate dans un
milieu favorable a sa propagation, dans une reunion de sujets impressionnables et
prediposes par la double influence d un temperament nerveux et de certaines con
ditions hygieniquos et morales.
C est dans de pareilles circonstances que se sont produites les grandes epide-
mies convulsives du moyen age, du seizieme, du dix-septieme et du dix-lmitieme
siecle, dont il nous reste a parler, et qui nous montrent, dans leur expression Ja
plus complete, la plus saisissante, on pourrait dire la plus terrible, le spectacle
et le melange de toutes les nevroses et de toutes les vesanies.
Pendant trois annees, de i550 a 1555, les nonnes du convent d Uvertet, dans
le comte de Hoorn, furent atteintes des accidents nerveux les plus etronges. Tour-
mentees par des hallucinations incessantes et par des spasmes convnlsils d une
extreme violence, elles tombaient subitement a la rcnversc, privces de I usage de
la parole, et demeuraient etendues sur le sol comme morles, bras et jambes
renverses... Une epidemic semblable sevit pendant dix ans sur les religienses du
monastere de Sainte-Brigitte. Leurs attaques eclataient souvent, an milieu des
offices, dans le chceur, ou elles tombaient a la renverse dans le plus grand desor-
dre. En 1610, les lilies de Sainte-Ursule d Aix presenterent au plus bant degre
les symptomes complexes de 1 hysteric, de la demonopathie et de la catalepsie.
Ces symptomes se manifesterent avec une intensite parlicnliere sur Madeleine
Mandol, 1 hero ine du drame de Gaufridi, ainsi qn il resulte du recit de I iiiqiii-
siteur Michaelis : Or, il arriva sur le soir, quand on avait coutume de faire
venir Magdeleine a la Sainte-Baume, pour 1 exorciser, qu on la trouva toute raide
comme line statue de marbre et toute endormie, et qu il la fallust porler a qualre
dans J eglise, ou elle fut fort longtemps surle marchepied du maitre-autel Lc
2 avril, Belzebuth assoupit Magdeleine et la rendit immobile comme une colonue
d airain. Le 4 de fevrier, les assistants qui 1 avaient veillee toute la nuit ont temoi-
gne qu elle etait immobile ct comme assoupie, ne pouvant dire un seul mot.
74 CATALEPSIE.
Parmi les troubles nerveux si complexes qui se manifesterent de 1652 a 1659
dans le couvent des nrsulines dc Loudim, il est aise de reconnaitre les sjmptomes
de la catalepsie. On lit, en effet, clans 1 ouvrage de la Menarday, un des temoins
les plus veridiques et un des historiens les plus competeuts du drame d Urbain
Granclier : Un aulre jour elles se distinguaient par leur souplesse,.. Dans leurs
assoupissements, elles devenaient souples et maniables comrae une lamede plomb,
en sorte qu on leur pliait le corps en tous sens, en devant, en arriere, sur les
coles jusqu a ce que la tele touchat par terre ; et elles restaient dans la pose ou on
les kiissait jusqu a ce qu on changeat leurs attitudes.*) Le meme auteur, racontant
1 exorcisme de la prieure, madame de Sazilli, dit que le pere Elisee lui fit une
telle extension de jambes en travers qu elle toucliait dn perinee contre terre ; et,
pendant qu elle etait dans cette posture, il lui fit tenir le tronc du corps droitet
joindre les mains. L exorcisle provoquait, sans le savoir, un acces de catalepsie.
Les memes phenomenes se retrouvent dans la nevrose epidemique des .religieusos
du monastere de Sainte-Elisabeth de Louviers. Snivant le recit de Bosroger, la
plupart de ces religieuses, demeuraient immobile?, pendant une heure, dans les
positions les plus etranges et les postures les plus insolites. L une d elles s est
tronvee bieri souvent toute pliee en an; parfait, la tete contre les pieds jnsque sur
la bouche, et le venire eleve en arcade... Une autre restait, le corps en 1 air, les
deux bras etendus et courbes en arriere, la tete toute renversee sur le dos jusqu aux
reins, les pieds et les jambes rejetees tout de meme en arriere et proche de la
tete, sans que les genoux, ni les cuisses, ni le ventre, ni 1 estomac, ni aucune
partie du corps touchassent le sol, sinon le flanc gauche... Une troisieme de-
meura, quelque espace de temps, appuyee seulement sur le talon droit, le corps
violemment replie en arriere, la tete contre les talons, a deux doigts proche de
terre, les bras raidement etendus de toute leur force, le pied gauche en 1 air. ..
Les memes phenomenes ont ete observes en 1662, dans un des cloitres dela ville
d Auxonne, par cinq docteurs enmedecine, Leroy, Cornet, Aunat, Morel et Gran-
din. Versl675, une epidemie hystero-cataleptique, dont Kniper nous a transrais
les symptomes, survint dans 1 hospice des Orphelins de Hooin. Quelques-uns de ces
malades devenaient aussi raides qu une barre, tellement qu en les prenant seu
lement par la tete et par les pieds, on pouvait les porter ou Ton voulait sans qu ils
se remuassent, ce qui durait plusieurs beures tout de suite. Les anabaplistes
(1686) ont offert de nombreux exemples d extase calaleptique. On les voyait sou-
vent tomber a terre suliitement, y demenrer cjuelque temps conune morts, sans
qu on apercut aticun signe de respiration, raides, insensibles et comme plonges
dans la plus profonde letliargie. Peu d annees apres, les memes pbenomenes
d hysterie, d extase et de catalepsie se prpduisirent sous 1 influence du i anatisme
religieux, parmi les trembleurs des Cevennes et les prophetes calvinistes du Dau-
pliine et du Vivarais. AH nombre des phenomenes morbides si extraordinaires
dont, le cimetiere de Saint-Medard et le tombeau du diacre Paris furent le theatre,
de 1731 a 1740, figur.dt encore la catalepsie, que les spectateurs deces crises et
les ecrivains du temps designent sous le nom d etat, de mart. Voici .en quels
termes cet elat de mort est decrit par Carre de Montgeron : Quelques con-
vulsionnaires sont restes deux, ou meme trois jours de suite, les yeux ouverts,
sansaucun mouvement, ayant le visage tres-pale, tout le corps insensible, immo
bile et raide comme celni d un mort... Marguerite du Saint-Sacrement deveriait
rigide comme un cadavre... Madeleine de Pazzi tombait par terre, et v dcmeurait
jusqu a cinq on six heures dans une especc de letliargie. >
CATALEPSIE. 75
V. CA.TA.LEFSIE ARTIFICIELI.E ou PROVOQUEE. CATALEPSIE HYPNOTIQUE. La ca-
talepsie offre, avec le sonnambulisme, celte ressemblance et cette particular! te,
qu elle peut etre provoquee artificiellement et par des moyens d une extreme sim-
plicite. Nous ne croyons pas cependant que 1 epreuve puisse reussir sur tons les
sujets indistinctement. Pour mieux eu assurer le succes, il i aut agir de preference
sur des personnes predisposees, impressionuables, d un temperament nerveux,
sur des hysteriques principalement.
Nous avoas deja dit avec quelle facilite La segue avail fait naitre 1 etat catalepti-
que, d une maniere artificielle, par la simple occlusion des yeux, chez certaines
hysteriques et chez des malades atleints defections cerebrates obscures, mal dc-
terniinees, mais offrant quelque analogie avec la stupeur mekuicolique ou la de-
mence aigue.
C est en agissant aussi sur le sens de la vue, mais par un precede different, que
James Braid (de Manchester) provoqua ces etranges phenomenes nerveux connus
sous le nom d hypnotisme, et parmi lesquels figure le plus souvent la catalepsie.
Lorsqu on place, au-devant do la ligne mediane du visage, un pen au-dessus des
yeux et a quelques polices de distance, un objet brillant sur lequel les regards
sont diriges et fixes d une maniere continue, on voit, an bout de Irois a quatre
minutes, les pupilles se contracter, puis se dilator ; les paupieres oscillent rapide-
ment, puis s abaissent, et bientot le sujet est endormi. Alors se manifestent deux
symptomes a pen pres constants : la catalepsie et 1 anesthesie.
Les membres souleves par 1 expeririientateur conservent, pendant un temps assez
long, les positions qu on leur doune. D apres Braid et Azam, 1 etat eataleplique ne
s etablit pas d emblee chez certains sujets ; il faut alors les prier, si du moins ils
entendent, de faire un petit effort pour garder la position donnee, et Ton voit cet
effort devenir en quelque sorte constant, et la catalepsie du membre eleve se pro-
duire. II arrive souvent que 1 etat cataleptique ne peut etre obtenu que dans les
membres superieurs. Si, pendant la periode cataleptique, 1 operateur place un doigt
sur la main du sujet, 1 autre doigt sur la face ou la tete, il se produit dans tout le
corps du patient un fremissemetit douloureux en tout sernblable a une vive com
motion electriqtie. Ce fait curieux a ete constate plusieurs fois par Braid, par Car
penter et par Azam. Les memes observateurs ont signale une autre particularilo
plus surprenante encore, et qui semble tenir beaucoup plus du merveilleux que de
la realite. Ils aftirment que lorsqu un sujet, en etat de catalepsie hypnotique, est
place dans une attitude donnee, exprimant 1 orgueil, 1 humilile, lacolere, aussitot
ses idees sont porlees vers ces sentiments, et son visage 1 exprime fortement,
ainsi que ses paroles. On peut egalcment suggerer, an moyen de 1 attitude, 1 iclee
d une action determinee : ainsi 1 idee de grimper, de sauter, de coaibattre, de
lever un 1 ardeau, de tirer a soi, vient immedialement au patient, si ses membres
sont places dans la position correspondante a chacnn de ces actes.
La catalepsie hypnolique s accompagne le plus souvent d anesthesie et meme
d analgesie. On peut pincer fortement, piquer, chatouiller le patient, sans que h
moindre trace de susceptibilite apparaisse, sans meme que les excitations exltJ-
rieures modifient en rien Tetat cataleptique. Azam, Follin et Broca, et d autres
chirurgiens, ont mis a profit 1 analgesie hypnotique pour pratiqner des operations
chirurgicales sans douleur et, en quelque sorte, a 1 insu des operes.
Pour faire ccsser brusquement les symptomes de la catalepsie provoquee, il
snffit de praliquer des frictions sur les paupieres ou de diriger sur le front un cou
rantd air froid et intense. Azam a reconuu maintes fois qu en sou If! ant sur un
76 CATALEPSIE.
seul cell ou en le frictionnant, on fait cesser immcdialcment 1 c tat cataleplique de
la nioilie correspondante du corps, tandis que cet elat persiste dans la moitie
opposee.
Comme dans la catalepsie spontanee, les sujets revenus a eux-memes ne con-
servent aucun souvenir de ce qni s est passe durant la crise.
11 va sans dire qu on peut, au moyeu des pratiques du braidisme, provoquer
aisement des acces artificiels chez les sujets atteints de catalepsie spontanee. De
nombreuses experiences de ce genre ont ete faites par Pau de Saint-Martin sur
une jeune cataleptique, observee a 1 hopital de Strasbourg en 1868.
Pouzin a rapporte 1 histoire d une hysterique qui etait prise d un acces de cata
lepsie toutes les fois qu elle se regardait fixement dans un miroir.
On parvient encore a produire la catalepsie hypnotique chez les personnes im-
pressionnables et nerveuses, en les regardant de pres, les yeux fixes dans leurs
youx, ou en operant devant elles des passes dites magnetiques. Un chirurgien da
Calcutta, James Esdaille, avait recours a ce precede pour Jeter ses operes dans
1 insensibilite cataleptique.
Ainsi s expliquent la plupart de ces phenomenes convulsifs que la credulite
populaire a longtemps attribues a des causes surnaturelles, a des influences divines
ou demoniaques. La catalepsie provoquee, bypnolique, joue certainement un role
considerable dans les histoires merveilleuses du cbarme, de la fascination, des
talismans, de 1 exorcisme, des miroirs magiques, de la baguette divinatoire et du
fluide mesmerien. Les pretcndus demoniaques qui tombaient comme frappesde
mort sous le regard obstine de 1 exorciste, les patients groupes dans la salledes
crises autonr du baquet de Mesmcr, les monies du mont Atlios qui se jettent dans
de longues extases en se regardant fixement 1 ombilic, les fakirs de 1 Inde qui, en
contemplant I extremite de leur nez, prennent ces poses extraordinaires et cette
immobilite prolongee qui leur attirent le respect et Tail miration de la multitude,
les marabouts qui se procurent le sommeil sacre en fixant la lame brillante d un
poignard, nous offrent les exemples les plus remarquables de la catalepsie arti-
ficielle.
De quelques phenomenes extraordinaires observes chez les cataleptiques.
Les fails que nous allons signaler se rencontrent rarement, pour ne pas dire janiais,
dans la catalepsie simple et francbe. Us se mpntrent le plus souvent dans la cat;-
lepsie compliqueed bysterie, de sonnambulisme ou d extase, et ils nous paraissenl
alors devoir se rattacher bien plus a ces trois dernieres ne vroses qu a la premiere.
Les pbenomenes de ce genre les plus etranges et les plus surprenants ont ete rn-
contes par Petetin dans ses memoires sur la catalepsie et dans son ouvrage sur
I electricite animale. On y trouve des exemples de vision operee sans le secours
des yeu\, ct de nombreuses experiences lendant a etablir que, chez certains cata
leptiques, le siege de toules les impressions peut se transporter et se concentrer,
pour ainsi dire, a 1 epigastre et au bout des doigts. Petetin cite, en effet, des
observations de malades dont les sens elaient inaccessibles a toute sorte d exci-
tatious, et qni cntendaient lorsqu on leur parlait pres du creux de 1 estomac, dif-
linguaient la forme et la couleur des objets poses stir cette region, percevaient
1 odeur et la saveur des substances solides ou liquides qu on y placait. Bien plus,
deux de ces cataleptiques possedaient la facnlte de voir a travers les corps opaques,
de discerner les objets les mienx caches et memo de lire des lettres soigneusement
enfermees dans un colfret. Elles jouissaient anssi de la vne a distance, prevoyaient
les evenernents futurs, dissertaient avec une grande justesse sur des points fort
CATALEPSIE. 77
obscurs de melaphysique et de physiologic, penetraient les plus secretes pensees
des assistants et executaient ce qu on avail 1 intention de leur commander.
A cote de ces fails lellement exlraordinaires qne la raison se refuserdit a y
croire, s ils n etaient attestes par plusieurs medecins digues do foi, on pent grouper
tous les phenomenes non moins etonnants ct prodigieux, individuels ou collectifs,
d exaltalion nerveux, d inspiratioa et d enthousiasrne prophetiques, de transports
ct d improvisations mystiques, qui composent toute 1 histoire du supeinaturalisrae,
depuis les temps recule s des oracles et des sibylles, jusqu a 1 epoque plus rappro-
chee et contemporaine des convulsionnaires de Saint-Medard, des magnetises, des
spirites et des mediums. Seulement, nous ne saurions trop repeter que ces giaiidcs
perturbations du systeme nerveux nous semblent bien moins imputables a la cata
lepsie qu aux autres nevroses coucomitantes, 1 hysteric, 1 extase el le somnam-
hulisme.
De I etat mental des cataleptiques. Nous avons deja vu que, pendant les
acces, 1 exercice des fonctions intellecluelles est totalemenl suspendu ou singulie-
rement atteiuie. En parcourant les observations publiees jusqu a ce jour, on
acquiert la certitude qu en dehors des attaques, un petit nombre de cataleptiques
est absolument sain d esprit. Un examen severe decele, chez la tres-grande majo-
ritedeces malades, des anomalies, des imperfections ou des troubles, a des degres
Ires-divers, dans leur etat mental. Sur ce point, la catalepsie ne differerait pas des
autres grandes nevroses convulsives, Tepilepsie, 1 hysterie, la choree, le somnam-
bulisme, qui s accompagnent presque toujours d une perturbation legere ou grave
des lacultes intellectuelles et affectives.
En effet, dans certains cas de catalepsie, les desordres psychiques peuvent
atteindre le plus haul degre et prendre toutes les proportions d une veritable ma-
ladie men tale. On voit alois s associer a I etat cataleptique les formes diverses de
la folie, les hallucinations, la manie, la monomanie, la melancolie, la stupidite, )a
demence, ainsi que nous en avons signale precedemment des examples.
Dans d autres cas, plus frequents, les troubles de 1 intelligence et du sentiment
sont a peine saisissables et consistent dans de simples nuances. Chez les uns, les
facultes intellectuelles sont restreintes et susceptibles de peu de developpement ;
chez les aulres, elles sont mal equilibrees et presentent des insuffisances ou des
lacunes. Beaucoup de cataleptiques ou de sujets predisposes a la catalepsie se font
remarquer par la faiblesse de leur esprit, I irregularite de leur caractere, la mo-
bilite deleur humeur ; d autres, par leur mollesse, leur apathie, leur insouciance.
Geux qui sont a la fois hysteriques et cataleptiques presentent generalement les
attributs psychiques qui accompagnent d habitude 1 hysterie : ils sont nerveux,
impressionnables, susceptibles, capricieux, impatients, irascibles, passant avec une
extreme vivacite, et souvent sans motif, d uu sentiment a un sentiment conlraire,
de la joie a la tristesse, des fires aux pleurs, de 1 exaltation a 1 abattement, dc
1 amour a la haine, de 1 amitie a 1 indifference. 11s sont sujets a 1 insomnie, aux
spasmes, aux douleurs nevralgiques, aux palpitations, aux maux de tete. Leur
imagination est en proie a des idees extravagantes, a des gouts bizarres et qucl-
quefois a des desirs fougueux, a des impulsions irresistibles qui les portent a
commettre des actes excentriques ou reprehensibles.
Ges diverses anomalies, ces modifications morbides de I enteiidement et de la
sensibilite, forment, le plus souvent, le preliule de I hystero-catalepsie et en revelent .
pour ainsi dire, la predisposition. D autres fois, elles se montrent et ne deviennent
manilestes qu apres 1 apparition des acces convulsifs. Dans tous les cas, elles em-
78 CATALEPSIE.
pruntent comme un nouvel aliment et un surcroit d activite a la frequence et a
1 intensite des attaques. Gelles-ci, en eftet, en se multipliant, augmentent la per
turbation du systeme nerveux et aggravent les desordres psychiques. De sorte
qu il n est pas rare de voir la catalepsie, quand elleest violenteet prolongee, cou-
duire par degres a la folie confirmee.
De le tat des functions organiques chez les cataleptiques. Pour completer la
symptomatologie de la catalepsie, il nous reste a parler des modifications (rue celte
nevrose npporte aux fonctions organiques.
Respiration. Les muscles respirateurs sont epargnes par la catalepsie. La res
piration continue done a s executer pendant 1 acces, tantot d une maniere regu-
liere et snivant lerhylhme normal, tantot avec des variations dans le noinbre et la
force des mouvements d irispiration et d expiration. Chez quelques calaleptiques,
en effet, la respiration a etc trouvee plus rapide et plus profonde ; chez d autres,
au contraire, plus calme et plus lente qu a 1 etat physiologique. Elle est tellement
faible, cbez certains cataleptiques, qu on ne peut distinguer ni I haleine, ni li;
murmure vesieulaire, ni les mouvements alternatifs d elevation et d abaissement
des parois tboraciques et des teguments de 1 abdomen. On croirait alors que cette
fbnctiou est suspendue ou eteinte. C est un des symptomes de la niort apparente.
Circulation. Le cceur, comme les muscles respirateurs, est a abri des
alteintes deLi catalepsie. Les acces les plus violents n interrompent jamais ses pul
sations, mais ils les modifient quelquefois. Rarement le cceur ctle pouls conservent
leur rbylbme normal. Cbez la plupart des catalepliques, le pouls est si petit et si
failile qu on en sent a peine les battements. Quelques auteurs out attache une
telle importance a ce phenomena, qu ils Font admis dans leur definition de la ca
talepsie. Le pouls descend rarement au-dessous de 50 pulsations. Neanriioins, chez
quelques malades, il est plus frequent et plus fort, pendant la crise, qne dans
Tetat habituel. Ce fait a ete constate par Delatour sur la fille Gourdin, et par
Pirn de Saint-Martin sur la calaleptique de Strasbourg. Chez cette derniere malade,
le pouls s elevait a 68, 70, 72, 74 et meme 80.
Les anciens avaient signale la rougeur de la face pendant les acces de cata
lepsie ; on observe quelquefois, en effet, ce symptdme, mais il n est pas constant.
Chez beaucoup de cataleptiques, on remarque, au contraire, la decoloration des
teguments et particulierement une extreme paleur de visage.
Temperature. Dans la plupart des observations de catalepsie, on note le re-
froidissement des extremites pendant les acces. Suivant Fuel, la temperature du
corps ne parait pas modifies chez les cataleptiqnes. Bourdin dit qu elle pent etre
atteinte, suspendue ou mieux dimimiee, jamais exaltee. Pau de Saint-Martin, qui
a fait de ce symptdme une etude specials sur sa malade, a constate, pendant
1 acces, une augmentation de 1, 2, 5 dixiemes de degre.
Digestion. La deglutition est le plus souvent impossible a cause du trismus
des machoires et de la contraction spasmodique des muscles du pharynx, qui con
stituent le cas le plus general. Pourtant, Benedetti, Chanl fard ct Puel sont pat 1 -
venus a faire boire des catalepliques pendant leur crise. Fernel^ Forestus et Bour
din ont vu des malades qui mangeaient facilement et meme avec avidite.
Personne ne met en douteque la digestion des aliments et des boissons continue
a s operer durant les acces cataleptiques. Settlement tout j)orte a croirs que cette
fonction complexe est singulierement ralentie, surtout si 1 acces est de longue
duree. Dans ce denu er cas aussi, les phenomenes d absorption et de nutrition
s operent avec une extreme lenteur ; les secretions et les excretions sont amoindries
CATALEPSIE. 79
et meme suspendues. Le malade de \ 7 iale, Claude Chaudeson, n eut aucune eva
cuation natureJle pendant 25 jours.
La sensation de la faim et de la soif est comme aneantie chez les cataleptiques.
Le malade de Sarlandiere a ete nourri pendant plusieurs niois avec de la panade et
du vin ; le postilion de Lunel ne prit que deux fois du bouillon dans 1 espace d un
mois ; Christine Wallery est restee une fois plus de trente jours sans prendre an-
cune espece d aliment liquide ou solkle.
Ces longues abstinences, chez les cataleptiques, trouvent une explication natu-
relle et plausible dans 1 ahsence de tout mouvement, dans 1 inertie des fonctions
nutritives et dans la suppression des secretions et des excretions. Les longs acces
de catalepsie placent les malades dans les niemes conditions que les animaux
hivernants, quirestent immobiles, engourdis, sans boire ni rmnger, pendant toute
une saison.
MARCHE DE LA CATALEPSIE. Lorsque la catalepsie est constitute par un acces
unique, sa marcbe n offre rien de particulier, la nialadie tout entiere ct;int repre-
sentee par la crise. Mais c est la un cas assez rare. Le plus souvent il y a deux on
plusieurs atlaques separees par des intervalles d une longueur variable. D ou il
resulte que la catalepsie suit toujours une marche intermittente. C est a tort qu on
a cite 1 observation de Sarlandiere comme un exemple de catalepsie continue.
Bousch est reste, il est vrai, pendant six mois plonge dans un etat d immobilitc
somnolente ; mais ce qui formait, chez lui, le fonds de la maladie, c etait d aboi d
la stnpeur melancolique, puis la demence aigue. Quant a la catalepsie, elle etait
secondaire et se maniiestait par acces, comme cbez les autres malades.
Le retour des acces est le plus souvent irregulier, et ordinairement subordonne
a 1 irregularite meme des causes occasionnelles qui le provoquent. Dans ce cas, les
attaques peuvent se montrer d une maniere fortuite, inattendue, a toutes les
heures du jour et a toutes les epoques de Tannee.
D aulres fois, l interraittence des acces est soumise a une regularite parfaite.
Cette periodicite offre, d ailleurs, de tres-nombreuses varietes. En general, elle
affecte letype quotidien. Les malades sont pris, tousles jours, d altaques qui coni-
mencent et finissent a des heures determinees et toujours les memes. Les uns
n ont qu une crise, soit le matin, soit le soir ; les autres out deux crises, survenant
aux niemes heures, au commencement et a la fin de la journee.
On observe plus rarement les autres types de la periodicite. Ainsi on a vu
quelques cataleptiques dont les acces reparaissaient regulierement tous les deux
jours, tous les trois jours, tous les quatre jours, toutes les semaines ou seulement
tous les mois.
Nous ne reviendrons pas sur le nombre, la duree et 1 intervalle des acces, dont
nous avons parle plus haul (p. 65).
DUREE. La duree totale de la catalepsie est extremement variable; pas plus
qu aux autres nevroses, on ne saurait lui assigner dc limites precises. Tout ce
qu il est pei mis de dire, c est que cette duree est correlative de la multiphcite des
acces ; aussi courte que possible quand elle ne se compose que d un seul acces, la
catalepsie peut persisler des semaines, des annees, et meme ne cesser qu avec
la vie.
Le nombre des acces est generalement proportionnel a la duree totale de la
maladie. Cette regie ne souflre d exception que pour les cas ou des acces tres-
rapproches se manifestent dans un court espace de temps. La fille Delvigne eut,
en peu de mois, trente acces ; Helene Renault en eut vingt, et la fille Gourdin^
80 LA
soixante, en deux mois. Lu malade de Baron eut environ sept cent quarante acces
en deux aus ; la malade de Fuel en eut douze cents, depuis le mois d octobre
1852 jusqu au mois defevrier 1855.
TERMINAISOK. La catalepsie Tranche se terminele plus souventpar la guerison.
Cette heureuse terminaison se montre surtout lorsque la catalepsie est simple,
idiopathique, depourvue de toute complication ; lorsqu elle estsurvenued unenia-
niere accidentelle, sous le coup d une cause fortuite, chez un sujet indemne de
toute predisposition hereditaire ou de toute perturbation prealable du systeme
nerveux.
Tantot la guerison survient spontanement et sans etre annoncee ou secoudee
par quelque phenomene critique. Tantot elle semble etre aidee ou provoquee par
le retablissement ou 1 exageration d un mouvement fonctionnel. Ainsi, il n est pas
rare de voir 1 eruption menslruelle ou le retour des regies supprimees amener,
chez les femmes, la cessation de 1 etat cataleplique. Aetius et Rondelet out cite des
cas de catalepsie guerie par une epislaxis.
Suivant beaucoup d auteurs, la catalepsie peut disparaitre en se transformant
en une autre nevrose ou en une vesanie. Cette transformation est revoquee en
donte par Fuel; elle est admise par llollerius, Pison, Tissot, Georget, Elock, Pinel
et Bourdin. Ces observateurs citent des faits dans lesquels la catalepsie aurait ete
remplacee par 1 hysterie, 1 epilepsie, le delire, la manie, les convulsions, le som-
nanibulisme, la melaucolie. II est rare, d ailleurs, que cette transformation s opere
d emblee. Le plus souvent la catalepsie, avant de ceder sa place a une autre al fec-
tion, se mele, se confond ou alterne avec elle, et ce n est qu apres cette succession
de formes morbides qu elle s efface definitivement.
Boerhaave et Felir enseignent que la calalepsie peut se terminer par la rnort.
Bourdin le nie formellement ; Fuel ne 1 admeL qu avec les plus grandes reserves.
Le magistral clout parle Fehr, (jni mourut a la suite d un acces cataleptique, a pu
succomber a une hemorrhagie cerebrale, a une attaque d apoplexie. Dans tousles
a utres cas cites comme examples de catalepsie mortelle, il y a eu complication
evidente d autres maladies beaucoup plus graves, qui ont ete probablement les
causes reelles de la mort.
DIAGNOSTIC. Le signe pathognomonique, le criterium a 1 aide duquel on dis-
tinguera loujours la catalepsie de tons les etats morbides analogues est tire de la
passivite du mouvement. On le reconnaitra, dit Fuel, a 1 experience suivante :
Prenez avec votre main, soit le bras, soil la jambe du sujet soupQonne catalepti
que ; deplacez ce membre, soutenez-le pendant quelques Jsecondes, et ensuite
abandonnez-le a lui-meme. S il reste dans la position ou vous 1 avez mis, et si le
malade ne peut en rien modifier cette situation, vous pouvez atfirmer que la cata
lepsie existe.
Les affections avec lesquelles on peut confondre la catalepsie sont : 1 extase, le
letanos, 1 hysterie, 1 apoplexie, le. coma, la lelhargie, la syncope, la congelation,
la raideur cadaverique.
Extase. L invasion de 1 acces differe complelement dans les deux nevroses.
Le cataleptique, en general, perd brusquement 1 usage des sens et de I intelli-
gence, et reste immobile dans la position ou la crise le saisit. L extatique s jsole
peu a pen du monde exterieur, conserve la liberte de ses mouvements et les modi-
lie conformement aux idees quiToccupent ; les membres ne possedent pas PaptHude
a garder les positions qu on leur imprime. Son regard inspire, sa physionomie
rayonnante et contemplative contrastent avec le visage froid, immobile, lacial du
CATALEPSIE. 81
cataleptique. Dans 1 extaso, le malade conserve uue notion vague et confuse do
son etat physique ; clans la catalepsie, le patient a perdu jusqu a la conscience de
sa situalion, il ne sait meme pas vouloir.
Tetanos. La contraction irresistible et permanente des muscles, la rigidile
invincible des membres, la douleur excessive qui I accompagne, 1 iinpuissance du
malade a changer les attitudes que le spasme lui impose, 1 etat d integrite de
toutesles fonctions cerebrales, 1 origine le plussouvent traumatiquedela maladie,
sont autant de signes frappanls qui separent le tetanos de la catalepsie.
Hysteric. L livsterie se distingue de la catalepsie par les spasmes passagers,
les etouffemeiits, la sensation de boule hysterique, la mobilite nerveuse, les con
vulsions cloniques, rapidcs, etendues, les cris qui ressemblent quelquefois au
hurlement des animaux, les accidents proteiformes, la suspension incomplete de
1 intelligence et des sens.
La contracture hysierique, avec son etat comateux et sa rigidite musculaire,
pourrait, au premier abord, donncrquelquepriseal incertitude. Mais, dansce cas,
a 1 oppose de ceiju on observe dans 1 etat cataleptique, la raideur est veritablement
tetanique, et les membres deplaces reviennent immediatement a leur position pri
mitive ; de plus cette rigidite est presque toujours interrompue de temps en temps
par des soubresauts dans les tendons, ou des grincements de dents ou meme des
niouvements convulsifs varies.
Dans quelqnes cas incer tains, le doute disparaitrait bientot si onpouvait remon-
ter aux commemoratifs, si on apprenait que la malade est sujette aux attaques de
nerfs, qu elle a eprouve des affections morales vives ou prolbndes, qu elle a ete
tourmentee par des chagrins d amour, des revers de fortune, etc., qu elle est vive,
mobile, difficile q vivre, indomptable, legere, etourdie, sensible al exces, pleurant
ou riant souvent sans cause, etc. Avec de tels renseignements, on pourrait
diagnostiquer une hysterie.
Apoplexie. Coma. Cams. Le thargie. Dans ces diverses affections le systeme
musculaire se trouve dans un etat complet de resolution ou de relachement. Les
membres souleves et abandonees a eux-memes retombent comme des corps iner-
tes, au lieu de conserve! , comme dans la catalepsie, la position qu on leur donne.
En outre, dans la lethargie, les niouvements de la respiration sont a peine sensi-
bles, et le pouls est si faible que le doigt peut a peine le percevoir.
Syncope. La cessation momentanee des contractions du co3ur, 1 absence du
pouls, la suspension des fonctions respiratoires et cerebrales, la paleur extreme
des teguments, le relachement musculaire, la possibilite de faire cesser ces acci
dents en plac,an t le malade dans le decubitus horizontal et la tele basse, ne per-
mettent guere de confondre la syncope avec la catalepsie.
Congelation. Les phenomenes exterieurs de la congelation presentent une ap-
parence de similitude avec ce qui se passe dans la catalepsie : les muscles sont
frappes de stupeur et d inertie, et les membres peuvent garder leur position. Mais
cette rigidite toute mecanique, resultant de la solidification du sang ct des hu-
meurs, peut etre facilement vaincue par un simple mouvement de flexion, qui
rompt les cristaux de glace. Le membre, perdant ainsi son support et son equili-
bre, retombe et obeit aux lois dela pesanteur. De plus, on constate chez 1 homme
^aisi par le froid un abaissement de tempei ature qui n existe pas chez le catalep
tique. Enfin le premier conserve long temps rinlegrile de rintelligence et la con
science de sa position, tandis que, chez le second, 1 exercice des facultes est sus-
pendu des le debut.
DICT. ENC. XIII- 6
82 CATALEPS1E.
Rigidite cadaverique et mort re elle. II parait avere que des cataleptiques
ont ete pris quelquefois pour morts, et enterres vivants. La catalepsie peut done
figurer parmi les formes de la mort apparentu. Toutefois, nous cro^ons que si une
errenraussi regrettable a pu etre commise pur des personnes inex|>erimenlees, et
a une ejioque ou les signes de la mort reelle etabnt mal ou impaiTaitement comms,
il est in possible anjourd bui qu un observatcur tant soil peu eclaire et attentif
tombe dans une meprise si grossiere et si fatale. D abord la confusion nous parait
inadmissible lorsqne la mort est le resultat d nne maladie grave et bien determine^
lorsqu elle est preccdee et annoncee par une longue et douloureuse agonie. Ce
n est done que dans les cas de mort rapide ou subite qu il peut y avoir place au
do nte.
L immobilite generate et la raideur muscul.iire sont les deux caracteres qui
rapprochent, en apparence, la mort de la catalepsie. Nousdisons en apparence,
car cette ressemblance n a rien de reel. L immobilite cadaverique est absolue,
permanente, definitive; tandis que I immobilile cataleptique est relative, tempo-
raire, momentanee, modifiable au gre des assistants.
Quanta larigidite musculaire, elle est ti es-differente dans les deux cas. Sin le
cadavre elle ne se manifests que deux, trois, quatre et quelquefois meme six
heures apres la mort; cbez le catalepti(|ue, elle se montre instantanement, desle
debut de I attaque. La rigidite cadaverique une fois surmontee ne peut renaitrc;
un fuible effort suffit pour la vaincre, et le membie, abandonne a. son propre
poids, retombe et ne peut pas conserver les positions diverges qu on lui communi
que. Chez le cataleptique, au contraire, on peut prendre un membre, lesoumeltre
a tous ses mouvements naturels et normaux, les repeter a plnsienrs reprises
exercer tour a tour la flexion et 1 extension, et recommencer taut que dure 1 acces;
dans tous les cas, le membre garde 1 attitude quelconque qui lui est imposee.
D autres signes non equivoques distinguent encore la mort reelle de la catalep
sie. Ces signes sont : 1 absence du pouls, le silence ab-olu du ccetir, la cessation
des mouvements respiratoires et du mm mure vesiculaire, 1 affaissement des globes
oculaires, et la perte de transparence des cornees, entin, dans une periode plus
avancee, les premiers indices de la decomposition putride.
Catalepsie simule e. Pour completer ce qui concerne le diagnostic, il convient
de dire qtielques mots de la simulation de la catalepsie.
Suivant la judicieuse remai que de Marce, cbez les alienes, 1 etat cataleptique
peut etre simide par un effort energique de volonte. Des hallucines, des melanco-
liques en etat de slupeur, conservent quelquefois pendant un temps fort long les
attitudes qu on leur donne ; mais bientot les me;nbres Iremblent, oscillent et rc-
tombent ; puis les malades avonent, soit au moment meme, soil pins tard, qu ils
ont agi sous 1 influenced une idee delirante ou d une hallucination de 1 ouie, d un
ordre, par exemple , transmis par une voix invisible, et qu ils n ont maintenu cetle
atlilude qu a 1 aide d un effort musculaire tres-energique et meme douloureux.
Mais il est un autre genre de simulation de la catalepsie ; c est celle qui est pra-
tiqnee quelquelbis par des personnes saines d esprit, dans un but on dans un in-
teret tres-divers. Ici 1 imitation devient plus penible et la fraude plus facile a de-
couvrir. Car, quelque effort que fasse le snjet, quelque energique que soit s
volonte, ses membres sont impuissants a rester longti nips dans les situations
ou on les place. La fatigue ne tarde pas a amener le relachement mnsculaire et
a trahir la supercberie. Enfm, comment parvenir a simnler ces antres symiilomes
de la calalepsie vraie, 1 anesthesie et 1 analgesie? Nous croyons qu on trouvei ait
CATALEPSIE. 83
biea peu de pseudo-cataleptiques disposes a endurer patiemment, sans bouger et
sans crier, les pincements, les piqures, les chatouillements, les biulures et toutes
les antres epreuves auxquelles les francs cataleptiques resistent sans sourciller.
PRONOSTIC. L acces cutaleptique n est pas grave par lui-meme ; quelque intense
qu il soit, il finit ordinairement par guerir, a moins qu une complication im-
prevue, telle qu une hemorrhagie cerebrale, n amene la mort.
Bien que la catalepsie se termine le plus souvent par le retour a la sante, elle
n en est pas moins une affection serieuse, car elle est generalement Tindice d une
idiosyncrasie nerveuse portee au plus haut degre, et 1 expression initiale d un
principe morbide dont le developpement est trop souvent necessaire et fatal.
La catalepsie aggrave toujours le pronostic des etats morbides auxquels elle
se surajoute. Associee a la fievre typboide , aux affections comaleuses, elle
annonce une mort prochaine. Elle entrave la marche et le traiternent de 1 liysterie ;
elle imprime la marque de I incufabilite aux maladies mentales, a la manie, a ia
melancolie, a 1 bypocbondrie.
11 est permis d augurer iavorablement de la catalepsie, si elle est simple, fran-
che, denuee de toute complication ; si elle est survenue par une cause acciden-
telle; si le malade est jeune; s il a eu un seul acces, ou si le nombre des acces
est peu considerable, s ils sont de courte duree, et surtont s ils sont irreguliers.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. Les recliercbes cadaveriques n ont rien appris de
certain sur la nature des lesions qui correspondent a la catalepsie. Dans les rares
autopsies qui out ete faites, on a signale : une serosite roussatre dans la partie
posterieure du cerveau etdes concretions sanguines dans le sinus longitudinal su-
perieur (Hollerius) ; la turgescence des arteres et des veines cerebrales (Aetius et
Boerhaave) ; le ramollissement de la base du cerveau (Henricus Heers) ; une sorte
de developpement hypertropbique des glandes de [ acchioni (Deidier) ; une injec
tion et un epaississement de la pie-mere ; une augmentation de vascularisalion et
de consistance de la substance cerebrale (Geoiget et Galmtil). Suivant Bourdin,
de toutes les alterations anatomiques de la catalepsie , la plus frequente serait
une augmentation de serosite ou une hydropisie du cerveau. On trouverait cette
serosite tantot epanchee dans les ventricules, tantot infiltree dans le tissu propre
1 de 1 encephale, le plus souvent repandue a la partie posterieure et inferieure du
cerveau, ou dans le cervelet.
Les investigations les plus minutieuses ne purent faire decouvrir aucune alte
ration appreciable chez une cataleptique morte a la Salpetriere, dans le service de
Rostan.
Tous les auteurs sont unanimes a reconnaitre que les lesions signalees jusqu a
present a 1 autopsie des cataleptiques sont insuffisantes pour expliquer les symp-
tomes observes pendant la vie, et que, tant que des observations plus completes
ne seront pas acquises a la science, il conviendra d attribuer la catalepsie a une
lesion purement dynamique du systeme cerebro-spinal.
ETIOLOGIE. Les causes de la catalepsie, conime celle des autres nevroses, sont
lort incertaines et fort obscures. Tout ce qui a ete dit a ce sujet est base sur un si
petit nombre de 1 aits, qu on ne peut 1 admettre meme qu a titre de conjectures ou
de renseignements. Quoi qu il en soit, nous examinerons tour a tour les diverges
influences qui out ete mentionnees par lesauteurscomme causes soilpredisposantes,
soit determinantes de la catalejisie.
Games predisposantes. Au premier rang, on doit placer 1 heredite. Son in
fluence n cst pas aussi manifesto dans la catalepsie que dans 1 bystcrie et dans
84 CATALEPSIE.
1 epilepsie ; neanmoins elle est incontestable, temoin les deux soeurs cataleptiques
dont parle Sauvages, etles deux freres jumeaux du college de Poligny, dont 1 ob-
servation a ete rapportee par Millardet.
Lessaisons sont sans influence sur la catalepsie.
Cette nevrose est rare chez les enfants et plus rare encore chez les vieillards.
Elle est assez commune de 10 a 20 ans ; elle a son maximum de frequence de
50 a 50 ans.
La catalepsie passe pour etre plus frequente chez les femmes que chez les
homines. C est un point a verifier; car les statistiques fournissent a 1 egard du
sexe des resultats cotitradictoires. Sur les 150 observations analysees par Fuel, le
sexe est indique 148 fois, et le resume general donne 68 homines et 80 femmes.
Mais sur 21 observations qui appartiennent au seizieme siecle ou aux epoques an-
terieures, il y a 15 hommes et 6 femmes seulement ; a la fin du dix-septieme
siecle, sur 43 cas, il y a 29 hommes et 14 femmes ; a la fin du dix-huitieme
siecle, sur 88 cas, il y a 50 hommes et 38 femmes. La meme predominance des
hommes sur les femmes se maintient pendant la periode actuelle jusqu en 1841 ;
c est seulement a partir de 1841 que le sexe feminin predomine a son tour.
Nous croyohs que Fuel aurait trouve le nombre des femmes preponderant avant
et depuis le seizieme siecle, s il avait lenu compte des grandes epidemies convul-
sives dont nous avons parle precedemment, et qui eclataient plus particulierement
dans les monasteres de femmes.
Le temperament nerveux est celui de tous qui constitue la predisposition la
plus favorable au developpement de la catalepsie.
On trouve parmi les cataleptiques des gens de professions diverges. Cependaut
les religieux, lesetudiants etles militaires sont ccux qui paraissent avoir fourni a
la catalepsie le plus riche contingent. Exemple : k S deux cordeliers de Toulouse,
le pretre de Curtius, le frere capucin observe par Henricus Heers, le R. P. abbe de
Raymond Fortis, le pretre des environs de Rhodez, cite par Deidier, le cure
Frottin de Postel de Franciere, le religieux de Saint-Francois qui fut enterre
vivant, enfin toute la phalange des hystero-cataleptiques d Uvertet, de Sainte-
Brigitte, de Loudun, de Louviers et d Auxonne.
Parmi les etudiants, nous citerons le condisciple de Galien, le candidat en me-
decine de Plater, le candidat en droit de Ronet, celui de P. Frank, les etudianls
cites par Fehr et Paullinus, enfin les deux eleves de Poligny.
Gliez la plupart de ces sujets, les auteurs ont signale des exces de travaux iu-
tellectuels. De sorte que ce serait moins la profession d etudiant que le labour
exagere, qui serait, dans 1 espece, la cause predisposante de la catalepsie : ce que
Plater a traduit par catalepsis ex nimia intentione.
Dans la categorie des militaires ou marins cataleptiques, on peut citer : Jean
Soladier, d Agon (Deidier) ; Sjoestroem, rnatelot suedois (Hiortzsberg) ; le fusilier
de la 39 e demi-brigade (Joseph Henry) ; le fusilier de la 105^ demi-brigade (Tail-
lard-Duplessis) ; enfin Joseph Rousch (Sarlandiere).
Les affections morales, les passions tristes et concentrees, la haine, la jalousie,
rexallation religieuse, la depression melancolique, 1 amour malheureux, les revers
de fortune, les chagrins domestiques figurent comme causes predisposantes dans
presque toutes les observations de catalepsie.
Causes determinantes . Les memes influences morales peuvent agir a la ma-
niere de causes excitantes ou provocatrices de 1 acces cataleptique. Ainsi, on a vu
des personnes frappees subitement de catalepsie, a la suite d impressions vives,
CATALEPSIE. 85
demotions fortes, sous \e coup de la surprise, de la frayeur, d une douleur vio-
lente, d un mallieur imprevu.
Nous avons dit que plnsieurs auteurs, notamment van Swieten, Benedetti et
Pinel, out signale des acces cataleptiques produits par la presence des vers dans
!es voies digestives.
Dodonaeus et Plater client des exemples de catalepsie occasioiines par des exces
de table.
Chez la malade de Puel, les acces survenaient apres le repas, et suvtout le soir
apres diner ; et ces acces etaient meme avances ou retardes selon qu on faisait
varier 1 heure des repas. Seulement, dans ce cas, ce n est pas a [ intemperance
qu on doit attribuer 1 apparition de la crise, mais a la susceptibilite extreme d un
estomac atteint de gastralgie depuis pins de vingt ans.
II est avere que la foudre prodnit quelquefois des effets cataleptiques fort cu-
rieux. Vieussens raconte 1 histoire de deux homines frappes de la foudre et dont
les membres restaient raides, el dans la position ou on les placait, de sorte qu ils
auraient ressemble parfaitement a des cataleptiques s ils n avaient ete prives en-
tierement de la respiration et du pouls. Tout le monde connait cette observation,
emprunteea Cardan, de huit moissonneurs qui, ayant ete foudroyes pendant qu ils
prenaient leur repas sous un arbre, conserverent tons 1 attitude qu ils avaient au
moment de la mort. Puel fait mention, d apres Gosse et Moquiu-Tendon, de deux
domestiques frappes de catalepsie, le meme jour, a la meme beure, aux deux
extremites de la ville de Geneve, pendant un orage, au moment ou venait d eclater
un violent coup de tonnerre.
[1 est permis de se demander, dans ce dernier cas, si 1 acces cataleptique a ete
cause par la foudre ou par la peur. Quant aux faits de Vieussens et de Cardan, ils
semblent etablir avec evidence que 1 electricite atmospherique pent donner lieu
sur 1 homme a des phenomenes semblables a ceux de la catalepsie.
TRAITEMENT. Ainsi que toutes les nevroses convulsives, la catalepsie comporte
deux sortes d indications therapeutiques : I une qui s adresse a 1 acces, 1 autre a la
maladie elle-meme.
Traitement de 1 acces. Le traitement de 1 acces est le plus urgent, .celui qui
s impose le plus imperieusement au medeciu en presence d un cataleptique.
Nous ne citerons que pour memoire les emissions sanguines, notamment la
saignee du pied et celle de 1 artere temporale, conseillees et souvent pratiquees,
sans resnltat, par les anciens auteurs.
On a cherche, avec plus de raison, a stimuler 1 action des sens et a provoquer
le reveil, en placant sous le nez du patient de Tether, des eaux spiritueuses, de
1 acide acetique, de 1 ammoniaque, des sels volatils,les sternutatoires les plus ener-
giques ; en chatouillant les levres, les narines, les paupieres ; en poussant des ci is
aigus aux oreilles des malades ; en leur appliqiunt des sinapismes ou en les
piquant dans differentes regions du corps ; on a meme eu recours aux precedes
harbares de 1 arrachement des polls el de 1 ustion. On a vu quelquetois, mais bien
rarement, les acces de catalepsie se dissiper sous 1 influence de ces moyens.
Bourdin a employe avec succes 1 aspersion de la face, pratiquee avec un verre a
moititi rempli d eau et lance avec force.
Le mode de traitement le plus ancien, et aussi un des plus efficaces qui aient ete
usites contre 1 acces cataleptique, est, sans contredit, celui des frictions, des-
tinees a combattre la rigidite musculaire. Clirysippe, Ca?lius Aurelianus, Hoff
mann, les pratiquaient avec des liniments aromatiques on antispasmocliques. Pue 1
86 CATALEPSIE.
a demontre par une longue suite d experiences 1 efficacite des frictions seches faites
avec la main snr le trajet des muscles contractes. Eu operant sur les membres ou
sur le tronc delamalade des frictions longitudinalesde haut en has et dans la direc
tion des fibres muscnlaires, il obtenait, a son gre, le relachement partiel ou general
de la main, de 1 avant-bras, du bras, du pied, de la jambe, de la cuisse ou clu
corps tout entier. En touchant legerement les panpieres, il rendait instantanement
a la patiente 1 intelligence et le sentiment. C est aussi par la friction ou par 1 in-
sufflalion des paupieres qu on fait cesser immediatement la catalepsie bypnotique.
L eleclricite, essayee pour la premiere fois, en 1785, par Gomus, sur Christine
Wallery, parut diminuer le nombre et la duree des acces. Petelin affirme avoir
fait cesser des crises de catalepsie a Taide de 1 elincelle electrique. Pau de Saint-
Martin interrompait, a volonte, les acces de sa malade, en appliquanl les rhcopliores
d une pile de Grsefe sur deux points opposes du crane, soit an front et a la nuque,
soit sur les bosses parietales. II faisait cesser rapbonie, en placant les rheophores,
1 un au niveau des nerfs larynges, 1 autre au-dessus de 1 epiglotte.
Le meme observateur a essaye, sur la meme malade, les inhalations de chloro-
forme. Ge moyen a reussi pendant quelque temps ; mais plus tard il est devenu
impuissant.
Le magnetisme animal a echoue completement sur la cataleptique du service de
Fouquier, a la Charite, bien que les passes aient ete pratiquees par le prince des
magnetiseurs, le baron Dupotet !
En resume, les aspersions d eau froide sur le visage, les frictions seches ou me
dicamenteuses sur les muscles, les inhalations de chloroforme et les conrants
galvaniques, sont les meilleurs moyens a diriger contre 1 acces cataleptique.
Traitement de la maladie. II ne suffit pas de triompher des acces, il faut
encore et surtout s appliquer a combattre, duns 1 intervalle des attaques, 1 etat
morbide, dont elles ne sont que 1 element et la manifestation. Malheureusetnent
on n a pas plus trouve le remede curatif de la catalepsie, qu on n a decouvert sa
cause intime.
Nous retrouvons encore ici la saignee, preconisee anciennement par Galien,
Aretee, Aetius, plus pres de nous par Schilling, Boerhaave, Sauvages, Postel
de Franciere, Petetin, et de nos jours par Georget et Bouillaud. Gette medi
cation, basee sur une idee fausse, a savoir que la catalepsie est due a une hype-
remie cerebrale, est repoussee, avec raison, comme methode generale, par Cloo-
tack, Elock, Tissot, Bourdin et Puel. Ces auleurs n admettent 1 emploi des emis
sions sanguines que lorsqu il y a une indication fovmelle de remedier a un etat
congestifou de suppleer a une hemorrhagie habituelle supprimee (nienstrnation,
hemorrhoi des, epistaxis). Encore doit-on se bonier, dans ce cas, a des applications
locales de sangsues ou de ventouses scarifiees.
Les purgatifs et les emetiques ne doivent etre employes egalement que pour
satisfaire a certaines indications speciales, ou pour combattre des complications
survenues du cote des organes digestifs.
Les anthelminlhiques sont naturellement indiques lorsqu on soupconne que la
catalepsie est occasionnee ou entretenue par la presence de vers dans les intestins.
Les emmenagogues conviennent aux femmes cataleptiques dont le flux men-
struel est suspendu par une autre cause que la grossesse.
Le sulfate de quinine est utile dans la catalepsie a forme periodique ; il peut
prevenir le retour des acces et confribuer a la guerison.
Les antispasmodiques et les calmants ne doivent pas etre negliges, malore leur
CATALEPSIE. 87
insuffisance. Ge sont d excellents adjuvants, qui concourent, en emoussant 1 ere-
thysme nerveux, a diminuer la frequence rles crises eta en abreger la duree. Fuel
a obtenu tie hons eflets de I usage prolouge de la bellado. ie. Les bromures de sodium
et de potassium ont ete adminislres, sans avantages, par Pau de Saint-Martin.
Nous ne croyons pas qu on ait encore eu I occasion d e\perimenter le chloral.
Les bains froids et meme glaces etaient presents par Petetin. Georget conseille
les bains a 22 on 24 degres. Bourdin preconise aussi I usage des bains frais et leur
attribue une action sedative puissante sur le systeme nerveux.
Les moyens liydrotherapiques possedent une influence plus energique que les
bains. Ils reussissenl dans quelques cas. Combines avec les toniques et les ferrugi-
neux, ils ont assure la guerison de la malade de Pu ! ; ils doivent former la base
dela medication chez les sujets anemiques et affaiblis.
L electricile a ete employee par Petetin dans le traitement general de la cata-
lepsie. Get auteur a fait nne etude speciale de cet agent therapeutique, et 1 a expe
riment sous diverses formes. II conseille de commencer par des commotions
electriques de force variee et proporllonnees a 1 energie du malade, autant qu aux
effets obtemis; puis de faire succeder aux commotions le bain electrique, au
milieu duquel on laisse le malade jusqu a ce qu il s cveille et sorte de son acces.
Deja, avant Petetin, Comus, ainsi que nous 1 avons dit plus haul, avail traits et
gueri par i electricite une calalepsie qui avait resiste aux medications les plus
variees. Pau de Saint-Martin a eu recours a ce moyen, qui ne lui a procure que
des resultats temporaires.
Le meme medeciu, a bout de ressources, a eu 1 idee d essayer de trailer sa cata-
leptique pur 1 hypnotisme, associe aux frictions manuelles seches, suivant le pro-
cede de Puel. L hypnolisme provoquait, chezcette malade, des acces en tout sem-
blables a ceux de la catalepsie spontanee ; de sorte que, pen a peu, les symptomes
cataleptiques vrais firent place aux phenomenes catalepliques artificiels, et la cata
lepsie spontanee disp;irut devant lacatalep^ie provoquee. C est une belle application
de la metliode substitutive, et uue justification de ce precepte therapeutique vive-
ment conteste : Similia similibus curantur. II va sans dire que 1 essai, jusqu a
present isole, de Pau de Saint-Martin, demanderait a recevoir Tepreuve de nou-
velles experiences.
Traitement moral. La catalepsie etant occasionnee souvenl par des causes
morales ou s accoinpagnaut pres^ue toujours d un certain degre de tristesse et de
depression meluncolique, reclame, surtout dans ces circoustances, 1 intervention
d un traitement moral. II faut, avant toute chose, souslraire les malades a 1 in-
fluence des conditions et des milieux capables de provoquer ou d entretenir leurs
acces. Une femme insultce par un puysan etait alteinte de calalepsie chaqne fois
qu elle rencontrait cet homme. On lui fit quitter le pays, et des qu elle ne vit plus
celui qu elle haissaif, les acces diminnerent peu a peu el finirent par disparaitre.
Un jeune homme, s etant vu refuser la main d une jeune fille qu il aimait passion-
nement, devint cataleptique. II ne taida pas a guerir, en ;ipprenant que sa de-
mande avait ele agreee. Le traitement moral consiste done dans reloigiiemeut de
Unites les causes propres a produire une agitation morale trop violrnte. On doit
aussi recommander aux malades d eviter loute discussion soutenue, toute querelle,
toute impression vive ; de s abslenir de tous les travaux d esprit qui exigent une
trop ^rande tension des facullcs iulellecluelles; de secreer une vie calme el tran-
quille, des occupations faciles, des distractions agreables et douces, a 1 abri de tons
les exces et de toules les inlemperances.
88 CATALEPSIE.
PHYSIOLOGTE ET PATHOLOGIE COMPARERS. On observe, chez certains animaux,
un etat pathologique qui n est pas sans analogie avec la catalepsie.
Lochnera publie, vers la fin du dix-septieme siecle, dans les fiphemerides des
curieux de la nature, une observation de chien cataleptique.
Les clievaux sont sujets a une malarlie, appelee, a cause de ses symptomes,
immobilite on cheval immobile. Tout a coup 1 animal s arrete et tlemeure immo
bile ; son epine se flechit, ses membres se raidissent et deviennent inflexibles ;
1 action de marcher est impossible ; le cheval est comme frappe de stnpeur. Si
Ton essaye de le tirer de cet elat par des coups et des traitements rigoureux, il
s emporte, s anime avec rage, se defend et s abat pour retomber de nouveau dans
son accablement. On ne dit point si les membres conservent, comme chez I homme
calaleptique, les positions qu on leur donne.
On pent, par les precedes de 1 hypnotisme, determiner la catalepsie artificielle
chez certains volatiles, comme chez I homme. Les oiseaux de basse cour, les
ponies, les coqs et les dindons, paraissent plus particulierement sensibles a celtc
influence stupefiante. II suffit, pour les rendre cataleptiques, de tracer, avec de
1 encre ou avec de la craie, une ligne noire on blanche sur le bee on sur le pro-
longement de la crete. Cette experience, decrite par le P. Kircher, en 1646,
n est guere executes maintenant que par les bateleurs sur les places publiques.
II y a dans le regne vegetal une plante a laquelle on a donne le surnom de
cataleptique ; c est le dracocephale de Virginie. Lorsqn on deplace ses fleurs, en
les poussant horizontalement a droite ou a gauche, on les voit s arreter en cbemiu
et roster fixes et immobiles, si on cesse de les pousser.
THEORIES. La recherche des causes essentielles et de la nature intime de la
catalepsie a donne naissance aux explications les phis etranges et aux hypotheses
les plus hasardees. Schilling, Sennert, Plater et Sylvius 1 attribuaient a la conge
lation ou a la coagulation des esprits animaux ; Hoffmann, a un arret du fluide
vital resultant de la contraction des fibriles nervenses ; Deidier, a nn relachement
des fibres de l emporium ; Baron, a la surabondance d une matiere crasse et vis-
queuse capable de lier et d embarrasser les esprits animaux. Ces theories n etaient
pas seulement extravagantes ; elles avaient encore le tort beaucoup plus grave
d etre dangereuses, comme le prouve ce qui faillit advenir, en 1709, a Elisabeth
Delvigne : Quelqnes medecms persuades qu il y avait dans la tele des humeurs
qui, offusquant les nerfs, les privaient de leuv action, proposerent le trepan afin
de procurer une issue aux serosites qui causaient cette maladie. Mais, par bon-
heur pour la malade, la nature sage et industrieuse Ten debarrassa elle-meme,
sans aucun seconrs liumain, an moyen d un debordement de serosite par la bouche,
parle nez et paries yeux, qni dura pendant trois jours sans discontinue! 1 .
Avec Petetin commence la serie des interpretations scieniifiques. Suivant cc
medecin, la catalepsie serait due a une sorte de spasme ou d ccethysme de la sub
stance cerebrale, a un engorgement des vaisseaux sanguins, et a une compression
de la partie du cerveau qui est le siege de 1 intelligence, et de I origine des nerl s
moteurs et des nerfs sensoriaux. Cette opinion a etc adoptee par Georget.
Jolly attribue la catalepsie a une surcliage du systeme nerveux et a une sura
bondance d activite vitale. Mais, comme le fait remarquer judicieusement Bourdin,
si cette surabondance semble revelee par les symptomes musculaires, elle ne s ac-
corde guere avec la suspension des (bnctions intellectuelles et sensitives.
Latheoriela plus recente est celle de Pau de Saint-Martin, d apres laquelle Lv
catalepsie, essentielle de sa nature, ne serait qu une modification plus ou inoins
CATALEPSIE (BIBLIOGRAPHIE). 89
passagere ct comme une exageration du sommeil physiologique. C est la bion
moins une explication qu une comparaison, qu exclue, d ailleurs, l etat different
du systeme musculaire, lequel est en resolution dans le sommeil, tandis qu il
est rigide et cireux dans la catalepsie.
Nous nous bornons a exposer ces theories sans les discuter, laissant a chacun
le soin d en apprecier la valeur. Tout ce que nous pouvons en dire c est qu elles
nous paraissent insuffisantes pour cxpliquer le mecanisme de la catalepsie, et
qu il faut attendre de 1 avenir et du progres de la physiologic des explications plus
rationnelles, plus completes et plus satisfaisantes. A, LINAS.
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jnrdins, et qu on a nomme C. syringcefolia SIMS (C. cordifolia DUHAM.). Ce genre
diliere avant tout des Bignonia vrais, en ce ()ue sa cloison, aulieu d etre parallele
aux valves du fruit, leur est contraire (perpendiculaire). Depuis longtenips les
fleurs des Catalpa sont vantees en Amerique dans le traitement des astlimes et
des bronchites chioniques catarrliales.
Le C. longissima SIMS est le Bignonia Quercits de Lamarck, arbre des Indes
occidentals, dont 1 ecorce, les bourgeons, les feuilles sont usites comme amers,
toniques. A la dose de deux gros, 1 ecorce est, dit-on, un bon remede comme
febrifuge ; elle est riche en tannin et s emploie dans 1 industrie, sous le nom de
Chene noir d Amerique. H. BN.
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102. ROSENTH., Syn. pi. diaphor., 488.
CATALYSE. On sait que 1 oxygene et 1 hydrogene peuvent rester indefini-
ment en presence 1 unde Tautre, dans les conditions ordinaires de temperature et
de pression sans se combiner.
Les choses ne se pas^ent pas ainsi lorsqu on introduitdans le melange gazeux du
platine tres-divise, comme par exemple de la mousse de platine. Dans ce cas, la
CATALYSE. 91
combinaison a lieu meme a froid. La chaleur produite par 1 union des gaz
echauffe pen a peu le platine au contact diiquel elle s opere. L elevation de la tem
perature pent meme etre suffisante pour que le metal soil porle au rouge, et en-
flamme le melange gazeux, de telle sorte que la combinaibon, commencee lente-
tement sous 1 influence du contact du platine, se termine brusquement de la meme
maniere que si on avait approche un corps en combustion. l .
La propriete remarquable du platine, dans cette circonstance, a paru meiiter une
designation speciale. Nous avons, dit Berzelius, donne a la cause decespheno-
menes le nom de force catalytique, tire de xTa>iJw, je detruis. Les mots ca-
talytie, catalyse, phenomenes catalytiques, action de presence, de contact;
employes quelquefois par les chimistes sont tons synonymes, ou derives des uns
des autres.
La creation d un mot nouveau pour designer un fait remarquable inconnu jus-
que-la etait necessaire. Berzelius, en introduisant le moi catalyse dans la science,
n a voulu que donner un nom au ptienomene decrit plus haul, et a qnelques
autres groupes par analogie antour de lui, et non les expli<|uer. Bien au contraire,
la force calalytique selon lui ne s explique pas a 1 epoque ou il ecrit. Je tiailerai
de plusieurs cas remarquables ou cette force occulte est exercee non-seulement
par des corps qui restent sans eprouver dechungements, mais aussi par d autres
qui sont alteres ou delimits (Berzelius, Traitede chimie, Paris 1846, tome I,
page 111). Ge sont evidemment ces derniers casque Berzelius avait en vue enfai-
sant deriverle mot qu il creait du verbe grec qui signilie detruire.
L actioii du platine sur le melange de gaz hydrogene et oxygene peut servir de
type pourdefmir ncttement dans ( esprit ce que Ton entend par action de contact.
Les combinaisons qui s operent sous 1 influence de cette force presentant deux par-
ticularites remarquables. La premiere est quo le corps catalyseur ne fait pas partie
du compose dont it determine la formation. On le retrouve intact a la fin de 1 ex-
perience, qui peut se repeter de nouveau, de telle sorte qu il peut servir indefmi-
ment. C est la une exception remarquable a ce qui se passe ordinairement clans les
autres reactions chimiques. La deuxieme est que, sous I iufluence du corps cataly
seur, telle coml)inaison,qni, dans les circonstiinces ordinaires, exige pour se former
dans les laboi atoires une temperature tres-elevee, peut s operer a froid, et meme au-
dessous de 0. On voit de suite quelle analogie remarquable entre ces phenomenes
etceux qui se passent dans 1 organisme animal ou toutes les actions chimi(|ues se
resument en une oxydationdes aliments que le cbimiste ne pent realiser qu a une
temperature elevee, etque I economie opere a la temperature du corps de 1 animal.
Cette analogie est tellement frappante que tous les physiologistes out pense que
c etait la 1 orce catalytique qui resolvait ce probleme d une si haute imporbnce.
Getle maniere tie voir s esttrouvee corroboree par le fait de la decouverte de nom-
breux corps doues de propriet.es catalytiques. Non-seulement le platine, mais tous
lesmetaux de sa serie jouissent, bien qu a un moindre degrade celte propriete. En-
fin, en etudiant plus a fond ces phenomenes, on s est apergn qu unnombre consi
derable de corps simples ou composes, mineraux ou organiques produisaient les
memes effets, avec plus ou moins d energie. Parmi ces derniers, se trouve la
1 D apres Faraday, 1 hydrogene, prepare par la voieseche, ne jouitpas de la propriete de
se combiner a 1 oxygene, sous 1 influence de la mousse de platine. J ai essaye, mais en vain,
de repeler cette experience. L hydrogene, prepare au moyen de la vapeur d eau et de la
tournure de fer, portee au rouge dans un canon de fusil, a rougi la mousse de platine,
comme 1 hydrogene prepare par la voie humide.
9-2 CATALYSE.
fibrine dont les proprietes catalytiques sont tres-marquees, ce qui corrobore Topi-
nion citee plus baut des physiologistes.
Qtiel que soit le corps catalyseur que Ton considere, son action est d autant
plus i apide, qu il est plus poreux. Le phenomene se passant a la surface du corps
catalyseur, on concoitqu en augmentautcelle-ci, 1 action devienne plus energique.
C est pour cette raison que les corps tres-poreux, comme la pierre ponce, le char-
bon de bois, la mousse de platine, etc., sont surtout employes par les chimistes
qui veulent etudier cette force et utiliser seseil ets. Mais il ne fauclrait pas conclure
de la que la porosite soit une condition sine qua non de la manifestation de cette
force. Elle existe aussi bien pour les corps non poreux, seulement ses effets sont
moins rapides, et peuvent passer plus facilement inapercus. II est facile par exem-
ple, de demontrerle fait pour le platine. Si on porte nu rouge une capsule de ce
metal a 1 aide d un bee a gaz de Bunsen, et si on supprime 1 arrivee du gaz, on
peut, lorsque la capsule est presque refroidie, la fa ire rougir de nouveau en faisant
arriver le gaz ; et la maintenir en cet etat indefiniment, sans que le gaz bride
avec flamme. L experience du fil de platine reslant rouge dans une atmosphere
tonnante confirme le meme fait, utilise par Davy dans la lampe des mineurs.
Malheureusement, le nom cree par Berzelius a quelquefois ete applique la
ou 1 intervenlion de la force de contact n etait pas evidente. Bon nombre de
faits, dont 1 explication n etait pas claireont ete ranges parmi les phenomenes cata
lytiques. Tellos sont les reactions qui se passent entre la diastase et I amidon; la
pepsine et 1 albumine ete. Cet abus de langage est ceitainement facheux. Le mot
catalyse doit etre reserve pour designer les phenomenes analogues a celui qui a
servi de type; c est-a-dire la combinaison a froid de 1 oxygene et de 1 hydrogene
sous 1 influencedu platine.
II est impossible, a cause de leur nombre considerable, de citer tonles les reac
tions rangees a tort ou a raison parmi les phenomenes catalytiques. Les plus re-
marquables sont les suivantes.
1 Action de la levure sur le sucre. Le dedoublement du sucre en alcool, acide
. carbonique et autres produits sous I influence du ferment a ete a tort range parmi
les phenomenes catalytiques. Le champignon de Ja biere dedouble ou detnut plus
ou moins ses aliments comme un grand nombre <T autres etres organises. La produc
tion de Puree et de 1 acide urique aux depens des matieres albuminoides chez les
animaux est un phenomene du meme ordre que rien ne rattache jusqu a present u
la cataljse.
2 La transformation de 1 alcool en ether et en eau sous I influence de 1 acide
sulfuriquc, qui pa rait ne pas prendre part a la reaction, a ete parfaitement expliqueo
par les trava.ux de iM. Deville sur la dissociation. Que Ton melange de 1 alcool etde
1 acide sulfurique dans un vase clos, et tout d abord de Tacide sulfov.inique se for-
mera. Celui-ci se decomposera aussitot en partie, et la proportion d acide sulfovi-
nique decomposee en ether, en acide sulfurique et eau est une consequence de
la tension de dissociation du nouveau corps forme. La decomposition ainsi com-
mencee s arrete de suite tons I influence meme des corps qui prennent naissance
par suite de cette decomposition. Mais si on vient a soustraire 1 un de ces corps au
fur et a mesure qu il se forme, la cause qui limitait la dissociation disparaissant,
celle-ci continue. Dans le cas special qui nous occupe, 1 acide sulfurique devenu
libre se combine a une nouvelle quantite d alcool, et Tether est cbasse par la cha-
leur. II n y a, en definitive, dans ce fait, que 1 application de 1 une des lois de Ber-
thollet.
CATALYSE. 93
3" L eau oxygenee, mise en contact avecl oxyded argent, presenteunplienomene
plus etrange que les precedents ; les deux corps mis en presence se detruisent mu-
tuellement, il se forme de 1 eau et de 1 argent metallique, tandis que 1 oxygene se
degage. Cette reaction, sidifierente de celles qu on observe ordinairement, a ete
expliquee par Schoeubein d une maniere satisi aisante. Selon cechimiste, les corps
simples peuvent se combiner a eux-memes ; uinsi par exemple, le soufre qni
existedans 1 acide sulfureux et qui se rend aupole negatif quand on decompose cet
acide par la pile, n a pas lesmemes proprietes que le soufre de 1 acide sullhydrique,
qui, dans les memes conditions, se rendau pole positil . Ces deux soufres, 1 un elec-
tro-positif, 1 autre electro-negatif peuvent se combiner ensemble, et former un
compose qui laisse sa trace dans les phenomenes calorifiqnes qui se produisent
lorsqu il se forme on se detrnit. Les corps reputes simples par les chimistes sont
tous dans ce cas. Ceci pose, la decomposition de 1 oxyde d argent et de 1 eau oxyge
nee s explique facilement, si on admet que 1 oxygene du premier est electro-negatif,
celui du second de ces corps etant positif. La reaction n est plus q une double
decomposition representee par 1 equation suivante :
H.O. 0. -+- Ag.6. == H.O. -+- Ag. -4- 0.0,
et dont les produits sont Teau, 1 argent metallique, et 1 oxyde d oxgyene, ou oxy-
gene ordinaire, dans lequel les chimistes, avant ces beaux travaux, etaient loin de
soupconner une combinaison chimique. On concoit de suite qu il puisse seproduire
par buile de cette decomposition des deux corps mis en presence uu certain dega-
gement de chalenr. II suflit pour ctla que la chaleur absorbee par la decomposi
tion de 1 eau oxygenee et de 1 oxyde, soit moindre que cellequi sedegage par suile
de la formation dn compose 0.0.. Cette maniere de voir a explique aussi facile
ment comment une combinaison cbimique peut s accompagner d absorption de ca-
lorique, cequi est absolument inadmissible, selon la tbeorie mecanique de la cbaleur,
En realite, toute combinaison chimique degage de la chaleur en se formant : niais
la ou les anciens chimistes ne voyaient qu une combinaison, nous voyons aujour-
d hui, en outre, la decomposition qui s opereausein des corps simples mis en jen.
Le ealorimetre ne recueille que la somrae algebrique de ces quantites, laquelle
somme peut etre nulle ou negative. Tel est le cas des abides chlorique, chlo-
reux, etc., etc.
A cote de la reaction si remarquable que nous venons d analyser, \iennent se
ranger d autres reactions singulieres, expliquees et souvent prevues par Schoen-
bein. En voici qnelques-unes :
L eau oxygenee agitee avecde 1 oxygene for tement ozonise par le phosphore (on
sait cependant combien est grande la puissance d oxydation de cet ozone) se de-
soxyde. II se forme de Teau et de 1 oxygene ordinaire. La reaction est la suivante :
H.O. 0. +0 = H.O. +0.0.
On observe la meme reaction en faisant reagir 1 ozone sur le peroxyde de baryum.
11 se forme de 1 oxygene ordinaire, de Teau et de la baryte. Le peroxyde deBa-
ryum decompose 1 oxyde d argent. Le premier est rednit a 1 etat de baryte le second
a Vetal d argent metallique. Ces exemples seraient faciles a multiplier. Leur theoiie
repose sur un fait que Berzelius repoussait completement : la combinaison cbimi
que d uu corps avec lui-meme : or ce phenomene si difficile a admettre, d apres les .
anciennes idees sur 1 affinite, a ete realise directement par M. Pasteur pour 1 acide
tartrique. Quand on melange une solution d acide larlriquo droit, avec une solu-
94 CATAJNAiNCE.
tion d acide gauche, il se Ibrme un abondant precipite d acide inaclif avec dec/a-
gement de chaleur. Cette belle experience vient a 1 appui des idees emises plus
haut.
Ces quelques exemples suffiront pour montrer comment la science parvient, avec
1 aide du temps, a donner des explications tres-rliverses de fails inexpliques d abord, 1
et ranges sous le meme nom ; toutefois 1 oeuvre est loin d etre corn pie lenient ache-
vee. L explication d un grand nombre de reactions appelees catalytiques fait encore
defaut. Telle est la decomposition del acide oxalique en presence de la glycerine.
L action du plutine divisequi sert de point de depart et de type a tous ces pheno-
menes, est loin d etre elucidee elle-meme. La theorie ingenieuse de Schoenbein
n expl que pas pourquoi le noir de platine determine la combinaison de 1 hydro-
gene avec 1 oxygene. II est probable que Faction physique de ce noir de platine sur
les gaz intervient flans la reaction dont elle est peut-etre la cause. La mousse tie
plaline peut absorber jusqu a 250 fois son volume de gaz. C est la un pheno-
mene physique du a la force de contact ; on e,4 bien d accord pour ne point voir
dans cette absorption un effet de Laffinite. Or, en pesant un morceaude mousse de
platine dans 1 air, puis dans 1 eau apri S avoir boiu-he ses pores, on peut calculer
la capacite de 1 espace \ide que representent ces pores, et qui est a peu pres un
quart du volume total. Si, par consequent, on considere un centimetre cube de
mousse de platine, susceptible d absorber 250 centimetres cube de gaz et de con
denser ce dernier dans un espace de un quart de centimetre cube, il en resulte
que la force de contact a la pui-sance necessaire pour maintenir les gaz juxta-poses
au platine a I enorrne pres>ion de mille atmospheres. Ber^elius pense qu il faut
beaucoup rabaltre de ce chiffre, cepenclant je ne vois pas comment ce raisonnement
pourrait etre attaque. 11 est probable, au coiilraire, que la pression indiquee par
le calcul est trop faible, par la raisoii que la mousse de platine renferme un grand
nombre de cavites qui sont beaucoup trop grandes pour concourir a 1 effet de con
densation, et qui figurent neanmoins dans la mensuration citee plus haut. Or s il
est demontre que dans les conditions ordinaires de temperature et de pression,
I hydrogene et 1 oxygene sont sans action 1 un sur 1 autre, nul ne saurait dire si
sous 1 influence d nne semblable pression, la combinaison ne s opereiait pas im-
mediatement. C est probablement la meme propriete quiexplique la decomposition
de 1 eau oxygenee par le meme melal. Le deuxieme equivalent d oxygene tend a se
degager de la combinaison avec une force qui n est autre que sa tension de disso
ciation; or cette dissociation se trouve activee ici par la force qui condense a la
surface du platine le gaz, des qu il s est forme : ce qui esl une condition favorable
a la continuite de la dissociation. Le gaz ainsi condense se diffuse ensuite dans
1 atmosphere, et 1 action continue jusqu a decomposition complete. 11 n est pas
inutile de remarquer pour appuyer cette manierede voir que les corps les plus aptes
a operer ainsi ces decompositions ou ces combinaisons, sont precisement ceux qui
jouissent au plus haut degre de la faculte de condenser les gaz. P. COUUER.
CATANANCE. Sous le nom de Catanance (xaTavayxyj), Dioscoride a designe
deux plantes, qu il estassez difficile de reconnaitre, d apres sa description incom
plete. L une d elles porte sept a huit fruits, conlenant une semenpe semblable q
oellede I Ervum et qui, a la maturite, se recourbent de maniere a ressembler a
un ongle d oisean. Sprengel croit y reconnaitre I Ornithopus compressus, landis que
Rauwolfla rapportait au Plantago Lac/opus. La seconde espece, a fruit semblable
a un petit pois chiche de couleur rouge, perce de nombreux petits pertuis serait,
CATANEO. 95
d apres Sprengel, Y Astray at us puyniformis. L une et 1 autre plante servaient, dit
Dioscoride, a composer des philtres excitants, quelesThessaliennes avaient la repu
tation de niettre en usage.
DIOSIORIDE. Materia medica, lib. IV, cap. cxxix. SPRENGEL. Historia rei herbarice, I,
183-184. RAUVVOLF. Miner., 54-60. PL.
CATANA\cnE. Genre de composees, de la tribu des chicoracees, etabli par
Tournefort, et qui presente comnie carocteres saillants : un involucre forme d un
grand nombre de braclees ee:ailleuses, argentees, imbriqu^es sur plusieurs rangs ;
un receptacle herisse de tongues soies ; des akenes turbines, tronques an sommet,
surmontes d une aigrette aussi longue qu eux, composec de 5 a 7 ecailles lanceo-
lees, terminees par un e soie.
La seule espece qu on puisse citer comme ayant eu quelque interet medical est
Catananche ccerulea, jolie plunte de la region meridionale, clont les fleurs blenes
sor.t d un tres-bel effet. Lemery 1 indique comme aperitive, aslringente ct vulne-
raiie; niais en ajoutant qu on ne s en sert guere en medecine. Elle estaujourd hui
tout a fait inusitee.
LEMERY. Dictionnaire des drogues simples, edit. 1759, p. 206. TOURNEFORT. Institut. rei
herb., 271. LINNE. Gener., 290. -- CASSINI, Diet, scienc. nat , VII, 265. ENDLIUIKU.
2976. DE CAXDOLLE. Prodromus, VII, 83. GRENIER et GODHON. Flore de France, II, 285.
PL.
CATANEO (JACQUES). Medecin de Genes, vivait vers la fin du quinzietne
siecle. l/on n a pas de details sur sa vie. Cela est facheux; car Cataneo a laisse
sur le morbus yallicus un des ouvrages les plus curitux, les mieux pensc s et les
mieux rediges. Get ouvrage porte ce titre sur 1 imprime qu en a fait Aloysius Lui-
sinus, dans sa collection des auteurs qui out ecrit sur les maladies veneriennes
(Venetiis, 1566, in-lbl., t. I, p. 123-148) :
De morbo gallico tractatits, egregii Artium et medicines docloris, Jacobi Catanei de Lacu*
marcino Genuensis.
Ce petit opuscule, que nous signnlons a rattcntion des erudits, est un chef-
d oeuvre. On y trouve rarement les divagations qui caracterisent les ouvrages de
celte epnque. On sent bien, en le lisant, qu on a affaire a un homme sur de son
sujet, fidele a 1 observation, et qui n a guere decrit que ce qu il a vu. En digne
Italien qu il elait, il rend la France responsible de 1 epidemie qui ravageait son
pays, et il fait remoiHer 1 affeetion a 1 annee 1494, epoque de 1 expedition de
Naples par Charles VIII. Oui, s ecrie-t-il, cette maladie n avait jarnais ete vue
avant cette annee 1494, ni cliez nous ni ailleurs. Les sigues qu il en donne pour-
raient encore servir aujourd hui a la symptornatologie : 11 survient sur tout le
corps, mais particulierement a la face, une quantite innombrable de pustules et
d ulceres repandant une grande fetidite ; elles atteignent tout le monde, hommes,
femmes, et enfants; les douleurs sont horribles, surlout la nuit: les membres,
les articulations deviennent le siege de nodosites dures comme des pierres. L affec-
tion est conlagieuse; elle n epargne ni le sexe ni aucune region. Qu une personne
saine ait des relations avec une personne infectee, si apres le co it ellLi ressent de
1 ardeur dans la verge, elle peut se dire atteinte de la maladie. Si, an bout de
deux ou trois jours, 1 ardeur n a pas cesse, si la verge e?t ulcei-ee, le poi>on est
deja fixe dans le raembre viril, et il y a tout a supposer qu il se repandra par tout
le corps. Lorsque les pustules se sont etendues sur tout le corps, et particuliere-
96 LATAPLASMti.
ment a la face, lorsque les douleurs rhumatismales ont apparn, que la gorge el le
palais ont ete ulceres, que les douleurs envahissent pendant la nuit les malades,
on peut declarer que le mal est arrive a son plus haul point; car telle est la pro-
priete de cette affection. Beaucoup de malheureux perdent la luette par suite do
1 ulceration de la bouche et de la gorge. Cataneo n eut pas ete de son siecle s il
n eut recherche 1 origine de la maladie dans la colere des dieux exasperes de voii 1
taut d iniquites s accomplir sur cette terre maudite. Mais apres avoir accompli ce
devoir d un croyant, il exprime des idees bien nioins aventurees, et, pour lui, le
morbus yallicus est contygieux, et la plupart du temps il se contracte par le
coit soit avec un homme infecte, soitavec une femmeinfectee. Et dicamus quod
talis morbus contayiosus est, et utplurimum per coitum cum infecta, vel cum
infecto contrahitur. Le membre viril ou la vulve sont d abbrd infectes, et le mal
se propage ensuite par tout le corps.
Enfin Cataneo preconise particulierement les preparations mercurielles, etre-
commande une pommade de sa facon dont il donne la formule :
Axonge ............... Une livre.
Graisse de viperes .......... 5 onces.
Huile de lauricr ........... 5 onces.
Argent vif eteint (Merciire) ...... 4 onces et deraic.
Lilluu^e il ;iv!j,ent .......... 2 onces.
Litharge d or ............ 2 onces.
Mastic ................ 1 once et demie.
II a foi particulierement dans les frictions faites avec ce melange, et illes pie-
fere aux fumigations (suffitio) de cinabre et de mercure recommandees par d au-
tres medecins.
Enfin, pour notre medecin, le morbus gallicus est du a 1 infection universelle
du sang par un virus menstruel : Morbus gallicus est passio oriens ab univer-
sali infectione in massa sanguined a viro menstruali dependente. A. C.
CATAPHORA. Sorte d assoupissement. (Voy. CAROS).
CATAPLASME, de y.ara, super, et itlfaau, j applique, Tun des topiques
magistraux de la classe des epi themes, consistant en une sorte de pate molle et
humide, qui tient le milieu entre 1 onguent et 1 emplatre. Le cataplasme est un
des topiques les plususuels et le plus aneiennement employes. II faudrait remonter
jusqu aux temps bibliques pour en retrouver les premieres traces. Hippocrateem-
ployait deja un grand nombre de decoctions de plantes ou de pulpes de fruits sous
forme.de cataplasmes. II traitait particulierement les plaies et les ulceres a Faille de
cataplasmes de bouillon-blanc, cle irefles, de polium. Parmi d autres indications
speciales enoiicees dans la collection des ceuvres hippocratiques, on trouve 1 emploi
de diverses sortes de cataplasmes pour les plaies du front, du sourcil et de 1 ceil,
pour les contusions du nez, pour les tumeurs douloureuses, pour les souflrance s
hysteriques, pour les cas oule mal est empire par le chaud ou par le froid. A cote
de ces indications, on trouve quelques centre-indications relatives aux plaie? de
tete, a 1 exception de celles enumerees plus haut ; aux fractures de 1 oreille, aux
luxations avec issue des os, etc. On y voit, enfin, maintes formules et compositions
diverses, notammeut le cataplasme de graine de lin cuite avec de 1 eau et de 1 hviile,
le cataplasme de farine d orge et de vmaigre, de pate de farine de iroment, de
mousse marine, de feuilles d olivier, de ronce, de lierre et de grenadier ; les cata
plasmes resolutifs, maturatifs, astringents, refrigerants, echanffants, etc.
CATAPLASME. 07
Les medecins de la secte empirique, qui reconnaissaient autant de remedes speci-
fiques qu il y avail de maladies speciales, out considerablement mulliplie la compo
sition de ce genre d epitheme.
Celse, le premier, decrivant les medicaments externes avec ordre, distingue les
divers topiques, dont le cataplasme fait partie, en cicatrisants ou consolidants,
astringents, maturatifs, detersifs, repercussifs, etc. Galien multiplie les formules
dc Celse, et les medecins grecs du Bas-Empire, les Arabes et arabistes, rencheris-
santa leur tour sur la polypharmacie de Galien, transmettent a travers les siecles,
jusqu a nos jours, ces monstrueuses formules fondees sur cette croyance, que les
remedes ont d autant plus d efficacite qu ils contiennent un plus grand nombre de
substances diverses. Enfm, les doctrines chimiques de Sylvius, elles-memes, ont eu
aussi, a leur tour, leur retentissement sur cette partie de la therapeutique en
ajoutant encore de nouvelles formules a celles des galenistes et des arabistes.
II faut arriver jusqu a 1 Academic royale de chirurgie pour voir se manifester un
commencement de reaction contre cette polypharmacie. Dans un memoire remar-
quable sur 1 usage de la chaleur actuelle dans le traitement des ulceres, Faure
s eleve energiquement contre 1 abus que Ton avail fail j usque-la des lopiques et en
appelle a la simplicite des moyens, faisant remarquer avec beaucoup de raison,au
sujet des proprietes alternativement resolutives ou suppuratives que Ton attri-
buait aux memes agents, que I experience ayant montre que la suppuration succede
souvent a 1 inflammation; on a cru devoir altribuer ce phenomene a 1 efiet des topi
ques, lorsque la nature seule a produit ce changemenl. Deja, a cetle epoque,
plusieurs praticiens ne se servaient plus uniquement que du cataplasme anodiri
e mica panis dans le commencement, le progres et la terminaison des tumeurs
suppurables. C etait le prelude de la simplification de toute la therapeutique dont
nous devions voir toutes les exagerations a la suite des reformes medicales de
Brown et de Broussais, qui, n admettant que deux modes morbides, 1 irritalion
et 1 atonie, ne reconnaissaient a tous les agents medicamenteux que deux pro
prietes, la sedation et 1 excitalion. On voit que, si les anciens avaienl multiplie a
1 exces les formules medicamenteuses et montre une credulite presque puerile a
1 endroit de leurs pretendues proprietes specifiques, la reaction etait allee trop
loin. Et, comme on sail rarement s arreter dans la voie des reformes et des reac
tions, avec le relour des idees de specificite, nous avons vu reparaitre de nos jours
loute laserie des topiques et des calaplasmes specifiques. C est ainsi que, dans des
formulaires encore en usage, on ne trouve pas mo ins de quarante especes de ca-
taplasmes a proprietes speciales et de soixanle-dix formules, en y comprenanl les
varietes et les analogues. A cote des cataplasmes adoucissants, anodins, calmants,
astringents, excitants, irritatils et antiseptiques, qui repondent aujourd hui aux
indications les plus communes de 1 emploi de ce genre de topiques, on trouve les
cataplasmes anticancereux, antigoutteux, antiarthritiques, anthelmintiques, anti
hysteriques, antiophthalmiques, antipleureliques, antispasmodiques, et jusqu a
des cataplasmes vomitifs et purgatifs.
En renoncant a ces appellations ridicules et aux idees surannees qu elles rap-
pellent, evitons cependant de tomber dans celte aulre exageration nee des doc
trines dichotomiques et qui tendrait a priver la therapeutique d un ensemble d a-
gents susceptibles, par les modifications memes qu on peut introduire dans leur
composition, d imprimer aux tissus sur lesquels on les applique, souvent meme
aux parties sous-jacentes, et, dans quelques circonstances plus rares, a 1 economie
elle-meme toute entiere, des modifications favorables tendant a la guerison.
DICT. ENC. XIII. 7
98
tnj. u n. u in JD
Nous aurons done, avant d exposer ici les principals applications pratiques de
ce genre de topiques et d enumerer les services que Ton en pent obtenir, a cher-
cher en quoi consistent les modifications organiques que ces agents sont suscep-
tibles de produire, selon leur composition etla maniere de les appliquer.
Mais rappelons d abord quelques-unes des notions elementaires de pharmacolo-
gie concernant 1 objet qui nous occupe.
Composition et preparation des cataplasmes. Les cataplasmes sont composes
soit de pulpes, de poudres ou de farines diluees dans une certaine quantite de
Jiquide. 11 en est que Ton fait a froid. Ce sont ceux que Ton compose avec des
substances qui perdraient leurs proprietes par la chaleur, telles, par exemple, que
la farine de moutarde qui sert a faire les sinapismes ou les cataplasmes sinapises,
ou bien ceux que Ton foil avec certaines pulpes de plantes, on avec des parties de
plantes fraiches; les pulpes fraiches conservant, en effet, tous leurs principes,
tandis que la chaleur en dissipe plusieurs et de ceux-la meme que Ton se propose
plus particulierement d utiliser.
Les cataplasmes fails a chaud ou cuils sont d un usage beaucoup pluscommun.
Us sont faits generalement avec des farines, qui sont d autant meilleures pour cet
usage qu elles conservent plus longtemps 1 eau qu elles out absorbee. La farine de
linest a cet egard la meilleure et la plus usitee. Le liquide relenu par la viscosile
de la pate forme a la surface de la peau un bain continue!, et 1 effet duremedeest
d autant plus efficace que cet etat d humidite se conserve plus longtemps.
Pour preparer ces cataplasmes, on delaye la farine dans de 1 eau froide, de ma
niere a former une pate un peu claire et bien homogene, et Ton fait cuire en
remnant constamment, de maniere a faciliter la combinaison du mucilage avec
1 eau, en meme temps que 1 agitation conserve 1 bomogeneite de la pate et I em-
peche de se former en grumeaux ou de bruler au fond du vase. M. Cbassaignac est
d avis que la farine de lin doit etre purement et simplement delayee dans 1 eau
bouillante, la farine cuite se prenant en grumeaux, en croutes plus ou moins
solides, qui nuisent a Faction du topique. Mais, avec la precaution indiquee de
remuer le melange pendant tout le temps de la coction, on evitecet inconvenient.
Lorsque Ton fait un cataplasme avec des plantes odorantes, il est preferable de
les employer en poudre, ces matieres perdant beaucoup moins de leurs principes
aromatiques par la pulverisation que par la cbaleur. Soubeiran donne le conseil
de se servir d une decoction tres-chargee de la plante, de maniere a reunir ainsi
dans le cataplasme tous les principes actifs qu elle renferme. Dans le cas oil Ton
jugerait necessaire de les chauffer, on ferait digerer le melange au bain-marie.
La pate d un cataplasme ne sert dans quelques circonstances que d excipient
aquelque corps plus actif, soit a des poudres, des sels, des huiles, ou de veliicule
a des onguents, des teintures alcooliques, du savon. Toutes ces matieres deman-
dent, suivant leur nature particuliere, a etre incorporees aux cataplasmes d une
maniere diffcrente. Les substances energiques qui perdraient par Taction du feu
une partie de leur vertu sont incorporees au cataplasme froid ; lels sont le camphre,
le safran, 1 acetate de plomb, la cigue, etc. Tantot on mele ces matieres a la
masse, tantot on se contente d en recouvrir la surface. Le savon, les extraits doivent
etre dissous dans une petite quantite d eau. Pour incorporer les onguents, on les
delaye d abord dans un peu d huile; le melange s en fait plus exactement, et ils
restent unis plus intimement au cataplasme.
Le succes qu ont eu dans ces deriuers temps les preparations de moutarde en
feuilles, dont il sera question ailleurs, a donne 1 idee d une preparation analogue
UAlAFLASMfi. 99
destinee a remplacer la farine de lin dans la confection des cataplasmes. Cette pre
paration, designee sous le nom de Toile-cataplasine-Hamilton, n est autre chose
qu une sorle de sparadrap mucilagineux, obteuu en appliquant, sur des bandes de
toile a mailles peu serrees, plusieurs couches de mucilage de grains de lin et de
racine de guimauve. Pour faire usage de cetle toile, on la trenipe pendant une
minute environ dans 1 eau chande, on 1 applique et on la recouvre d une feuille
mince de gutta-percha, dont les bords doivent depasser ceux du cataplasme d un a
deux travers de doigt. La gutta-percha est employee ici dans le double but de
maintenir le topique humide et de le conserver plus longtemps chaud.
On a fait, avec raison, a cetle preparation, le reproche de se dessecher et de se
refroidir incomparablement plus vile que le cataplasme ordinaire, malgre la pre
caution prise pour retarder ce double effet. Sous ce double rapport, la toile Hamil
ton ne remplacer a jamais 1 anlique cataplasme, surtout dans les cas ou Ton aura
speciiilement en vue d entretenir une chaleur humide ; mais elle pourra lui etre
utilement substitute lorsqu il s agira , au contraire, d entretenir sur les parties
une temperature inferieure a celle du corps, ainsi que dans les cas ou le poids d un
cataplasme ordinaire serait difiicilement supporte.
Mode d action des cataplasmes. Les cataplasmes agissent de plusieurs ma-
nieres : par leur humidite, par leur temperature et par les proprietes speciales des
substances dont ils sont composes.
Par leur humidite, ils agissent a la maniere d un bain local.
Les cataplasmes, abstraction fuite de 1 action des substances qui entrant dans
leur. composition, ou en les supposant composes de substances inertes ou a peu pres
inertes, agissent par leur temperature.
Frpid, c est-a-dire d une temperature tres-sensiblement inferieure a celle du
corps, le cataplasme produit d abord une sensation variable suivant 1 etat do la
partie sur laquelle on 1 applique, desagreable et meme penible si cette partie est
dans des conditions de temperature normales, agreable au contraire si elle est le
siege d une chaleur excessive et d une cuisson vive. II agit alors comme calmant,
comme sedatif de la chaleur en meme temps que comme legerement astringent es
repercussif.
Tiede ou chaud, c est-a-dire a peu pres en equilibre avec la chaleur normale du
corps, il agit alors en relachant les tissus et en ramollissant Fepiderme. Si a cette
condition de la temperature se joint la qualile lenitive de la substance dont il est
forme, le cataplasme est alors essentiellement emollient.
Tres-chaudet depassant sensiblement la temperature normale du corps, il devient
un excitant local, un agent de congestion, il provoque un appel fluxionnaire dans
la region; il agit alors, en quelque sorte, a la maniere d un bain de vapeur local;
il en resulte souvent, sur les parties qui en sont recouvertes, surtout si son sejour
a etc un peu prolongs, une eruption de petits boutons acumines, suppurant a
leur sommet.
Les cataplasmes agissent-ils par voie d absorption, en confiant a 1 action absor-
bante de la peau les agents qui sont deposes a leur surface? Quoique tres-contestee
dans ces derniers temps, 1 absorption par la surface cutanee nous parait incontes
table et 1 action qu excercent certains cataplasmes composes est precisement un
des arguments- qui la demontrent d une maniere peremptoire et beaucoup plus
surement que 1 action du bain, en ce que les objections qui ont etc failes a. son
sujet ne sout point applicables au cataplasme. En effet, s il est vrai, ainsi que 1 ont
etabli les nombreuses experiences qui out ete faites pour eclairer ce point de
100
ti A 1 A f Li . I O HI Ij
physiologic, que la peau n admetle les matieres tenues en dissolution clans 1 eau
qu avec une extreme lenteur et dans de tres-faibles proportions ; s il est vrai qu j|
y ait a tenir compte, dans 1 appreciation de ces quantiles minimes de substances
absorbees,dece quia pu s introduire par les surfaces muqueuses des orifices natu-
rels (anus, vagin, muqueuse du gland, etc.), ou par 1 absorption pulmonaire, ce
qui est antant a defalquer de la somme de substances introduites dans 1 economie
il n est pas moins demontre que lorsque 1 immersion du corps dans 1 eau est pro-
longee au dela de la duree moyenne d un bain ordinaire, et assez longtemps pour
que 1 epiderme soit porte a un degre suffisant de ramollissement, 1 absorption se
fait alors avec une activite incoinparablement plus grande. Or c est la justement
1 une des conditions qui se trouvent reahsees par le cataplasms dont 1 application
est presque toujours prolongee pendant plusieurs heures et souvent repetee pen
dant plusieurs jours de suite. Aussi pourrait-on affirmer, au nom seul de la phv-
siologie, 1 absorption par la peau des substances actives et solubles que contiennent
les cataplasmes, si la pratique journaliere ne nous en fournissait d irrevocables
temoignages.
Les conditions d absorption ou de non-absorption des agents qui entrent dans la
composition des cataplasmes out cte tres-bien formulees par M. liebert. (Art.CATA-
PLASME du Nouveau Dictionnaire de medecine et de chirurgie pratiques.} 11
est extremement important, dit cet auteur, de tenir compte de la grande difference
d absorption qui existe entre la peau munie de son epiderme et celle qui en est
plus ou moins depourvue. Et lorsque 1 application du topique doit avoir lieu sur la
peau non denudee, il ne faut pas oublier non plus ce qui a ete dit precedemment,
que les solutions aqueuses ne passent point ou du moins ne passent qu avec une
tres-grande difficulte a travers 1 epiderme, lorsque celui-ci est parfaitement intact
et que la substance dissoute est incapable de 1 alterer ; mais que 1 epiderme se
laisse, au contraire, facilement penetrer par les solutions medicamenteuses, qui
ont pour vehicule une substance susceptible de le depouiller de la matiere sebacee
qui I impregne, tels que 1 alcool, les ethers, le chloroforme, les huiles fixes, les
essences, 1 axonge, les savons alcalins, etc.
II y a done, comine on le voit, a tenir compte dans 1 appreciation des effets the-
rapeutiques des cataplasmes, de leur action locale sur les points d application et
de leur action generate sur l economie par voie d absorption. Nous aurons, pour des
motifs analogues, a considerer separement les cataplasmes simples et les cata
plasmes medicamenteux proprement dits ou composes ; nous distinguerons enfm
les applications chirurgicales et les applications medicales.
Applications chirurgicales. Cataplasme simple, dit emollient. Le cataplasme
simple dont le type est le cataplasme fait avec la farine de graine de lin, estun des
agents les plus naturels de la medication locale ou par pansement; aussi est-il
d un tres- frequent usage en chirurgie, dans tous les cas ou il y a lieu d opposer
une action sedative a 1 irritation douloureuse dont les tissus traumatiquement en-
flammes sont habituellement le siege. On a reproche aux chirurgiens francais d a-
buser de ce topique, qui a ete, il faut bien le dire, a une certaine epoque 1 olijet
d un veritable engouement ; temoin le temps ou un praticien de Paris affirmait
avoir gueri plus de cent cancers du sein a 1 aide des sangsues et des cataplasmes.
Quelques chirurgiens anglais ont pousse la prevention a cet egard jusqu a qualifier
les cataplasmes de poison de la chirurgie, mettant ainsi a leur charge la plus
grande partic des griefs dont la chirurgie franchise se serait rendue passible a
CATAPLASME. 101
leurs yeux. Ici remede efficace contre les maladies les plus graves, la poison. Le
calaplasme ne meritait cependant
Ni cet exces d honneur, ni cette indignite.
Sans doute on a pu enabuser quelquefois, etcet abus a pu etre nuisible, lorsque,
par exemple, sans ancune utilite reelle on persistait a maintenir des surfaces sai-
<mantes dans un etat continuel de maceration, qui ne pouvait que faciliter la re-
sorption des produits de suppuration et de decomposition qui y etaient deposes;
ou lorsque par un sejour trop prolonge on s exposait a voir survenir sous 1 in-
fluence de la fermentation une irritation erythemateuse ou meme un veritable
erysipele du pourtour de la plaie. Mais nous ne pensons pas qu on puisse citer de
nos jours beaucoup d exemples d une pareille imperitie ou d une aussi blanmble
negligence. D un autre cote, le chirurgien qui se flatterait aujourd bui d avoir
obtenu par la seule application de cataplasmes la resolution d une tumeur cance-
reuse, aurait pen de chances de se faire ecouter. Restons done dans les sages
limites de I experience et constatons, sanscrainte d etre desavoue par la generalite
des praticiens, que loutes les fois que les bords ou les environs d une plaie sont
euflammes, qu il s agit de calmer la douleur que provoque cette inflammation,
de diminuer la tension des parties, de favoriser la perspiration locale, on trouve
un excellent topique dans les cataplasmes emollients ; a defaut du temoignage
des chirurgiens on aurait celui des malades qui en eprouvent generalement, duns
ces circonstances, un tel soulagement, que si Ton vient pour un motif quelconque
a en interrompre 1 usage, ils manquent rarement de le reclamer avec instance.
Mais specifions da\antage, en prenant quelques exemples, les indications et les
centre-indications des cataplasmes. Soit, par exemple, les plaies par armes a feu.
Velpeau, qui donnait toujours a son enseignement une portee essentiellement
pratique, ne dedaigna pas , a une epoque ou la question du pansement des plaies
par armes a feu avaittout le triste interet de 1 actualite (apres les evenements de
juin 1848), de consacrer une lecon entiere a 1 usage des cataplasmes. Les
refrigerants etaient alors en grande faveur. Aussi la pratique des chirurgiens des
hopitaux se partageait-elle entre les cataplasmes, la charpie ceratee et les topiques
froids ou 1 irrigation froide continue. Une premiere remarque que fit Velpeau a ce
sujet, c est que pausees avec les cataplasmes, la charpie oules refrigerants, les bles-
sures n offraient pas de differences notables dans leur marche et dans leurs accidents.
Gependant, il ne pouvait etre absolument indifferent de recourir dans tous les
cas a 1 un ou a 1 autre de ces rnoyens exclusivement. Voici la balance des avantiges
et des inconvenients que I eminent professeur etablit ace sujet. L effet incon
testable de 1 eau froide est de diminuer la rougeur, rinflammation de la peau et
meme la douleur, chez certains individus. On croit alors, pendant les premiers
jours, a une amelioration notable, mais dans les parties profondes le travail phleg-
masique se fait sans etre visible ; la suppuration devient quelquefois moins abon-
dante, mais elle est moins phlegmoneuse et moins bien liee. Quand arrive le
douzieme oule quinzieme jour, on s apergoit que la surface de la plaie ne prend
pas un bon aspect, et n a plus une aussi bonne physionomie qu on le croyait d a-
bord. Gependant, si on pent les employer de bonne heure, lorsqu il existe une
inflammation, baaucoup de cbaleur ou une vive rougeur, il faut le faire. Ils sont
encore avantageux quand il fait tres-chaud, alors ils sont agreables pourlemalade
etfont quelquebien. Mais, en biver, quand les malades redoutent lefroid et pre-
ferentla chaleur, ils offrent plus d inconvenients que d avantagfts.
102 CATAPLASMS.
Quant aux cataplasmes, ils offrent, comme les autres topiques, des avantagcs
etdes inconvenients. Pour 1 hiver, ils me paraissent incontestablement mcilleurs,
parce que c est un excellent moyen de tenir la parlie malade duns I lmmidite ct
dans un degre de chalcur eonvenable. En resume, Velpeau concluaitendonnant,
d une maniere generale, la preference aux cataplasmes qui conviennent, suivant
lui, a ces blessures, depuis le commencement jusqu a la troisieme periode.
L un des reproches que Ton a justement fails aux cataplasmes, dans ce cas, c est
de produire un boursouflement grisatre des surfaces ulcerees, une sorte d etat cede-
mateux des plaies. Mais cet elat n empeche pas, en general, le travail de cicatri
sation ; il est me 4 me remarquable, ainsi que Velpeau en a fait 1 observation, qu unc
infinite de plaies et d ulceres se cicatrisent mieux et plus vite par 1 emploi des cata
plasmes de grains de lin que par lout autre Irailement.
M. Legouest, dans son ouvrage sur la Clrirurgie d armee, se montre aussi favo
rable a 1 emploi des cataplasmes dans le traitement des plaies d armes a feu, mais
avec plus de reserve toutelbis, et en insistantun peu plus sur les centre-indications,
Les cataplasmes, dil-il, comme lous les moyens antiphlogistiques doivent etre
employes avec reserve sur lessujets eprouves par delongues fatigues el paries pri-
valions ; ils peuvenl devenir plus nuisibles qu utiles; c est surloul dans les cas
d iiiflammation tranche qu ils conviennent... Ouand une phlogose intense envaliit
les parties profondes et les menace d etranglement, les cataplasmes ne font, dans
la majorite des cas, qu ajouter a la congestion... Dans les cas oil, apres une inflam-
mation qui n apas marche francliement vers la resolution, les parlies restentindu-
rees, empatees et sujetles a s enfhmmer de nouveau sous 1 influence de la cause la
pluslegere, el ou cespoussees inflammaloires imparfaites donnenl naissance a des
abces subaigus profondemenl situes, et renfermant un pus sanieux et mal elabore,
les anliphlogisliques n ont aucune aclion sur cet etat, et 1 application prolonged
des cataplasmes ne ferait qu augmenter le mal, en provoquant 1 inerlie des tissus
qui Pinfiltrent de liquides. Les fomentations aromatiques, joiutes a une legere com
pression, sont preferables dans ces circonstances. G esl particulierement dans les
plaies contuses par armes a feu avec tumefaction peripherique, que M. Legouest
donne la preference aux calaplasmes emollients sur les moyens d union ordinaires.
Les cataplasmes sont assez frequemment usites dans les lesions des annexes de
1 ceil. Ouelques oculistes conseillent journellemenl conlre les pblegmasies furon-
culaires ou pblegmoneuses des paupieres, ou apres 1 ouvertnre des abces du sac
lacrymal, 1 application de cataplasmes prepares aveclafecule de pomme de terre,
la poudre de racine de guimauve, la farine de riz, celle de graine de lin, elc. Les
cataplasmes prepares avec une decoclion concenlree de graine de lin ou de racine
de guimauve, amalgamee avec une quantite suffisante de son, a la fois legers et
doux a la peau, ont, en outre, 1 avantage de conserver longlemps leur cbalenr.
Les oculisles ilaliens font plus particulierement usage des cataplasmes de leuilles
de mauve ; en Allemagne, on se sert plutot des caloplasmes de mie de pain et de
lait.
A la suite de 1 application de la pate de Canquoin, dans les tumeurs et les fis-
tules lacrymales, Deval preconisait particulierement les calaplasmes emollients
froids, comme tres-propres a prevenir et a modiirer les accidents inllammatoires.
Parmi les affections du globe oculaire qui peuvent reclamer Tusage des cata
plasmes, nous signalerons seulement quelques opbthalmiesavec ere.thisme, sentiment
de tension el de chaleur ; les douleurs vives pioduites par Tirilis ont souvent
ete calmees par des cataplasmes laudanises tiedes, ou par des cataplasmes prepa-
CATAPLASME. 103
res avecim melange de farine de graine de lin, de poudre de feuilles de cigue et
de poudre de feuilles dejusqiiiame, ou bien encore avec les feuilles delaurier-cerise.
Ro nietta prescrivait, dans ce cas, les cataplasmes de mie de pain et delaitarroses
d une solution de sel de nitre. Les cataplasmes de cerfeuil sont vulgairement em
ployes en Belgique dans les ophthalmies. Deval, dans son Traite theorique et
pratique des maladies des yeux, rapporte 1 histoire d une petite lille de 10 ans,
affectee d une ophthalmic intense, avec secretion muqucuse abondante.phlyclenes
sur le cercle sclero-keratique, photophobie, larmoiement, le tout accompagne
d une sensation de chaleur bnilante et de douleurs lancinantes \ives dans i organe.
Get etat grave, apres un traitement energique par les derivatifs et les mercuriaux
restesans effet, ceda complement a 1 emploi de cataplasmes de cerfeuil mainte-
nus constamment sur les paupieres. Cememe medecin a consigne, dans un travail
publie dans le tome XIII desAnnales d oculistique, lesresultatssatisfaisants qu ila
obtenus par 1 usage de ce moyen.
Ilest bon, a cotede ces indications utiles, de ne pas laisser ignorer les centre-
indications formelles de 1 usage des cataplasmes dans les ophthalmo-blennorrhees
aigues. 11s out, dansce cas, le grave inconvenient d angmenter la laxite et la tu
mefaction de la conjonctive et de rendre plus faciles et plus imminentes la rupture
de la cornee et la perte del oeil. 11 n en est plus de meme dans les cas ou la vision
est perdue, comme a la suite d un phlegmon oculaire ou d une operation de cataracte
malheureuse ; on peut alors recourir avec avantage aux cataplasmes, soit qu il
s agisse de calmer les douleurs provoquees par une inflammation generate de tous
les tissus du globe oculaire ou de hater la fonte purulente de I ceil.
Les docteurs Hiibsch et Cotho ont frequernment applique dans les hopitaux de
Constantinople, contre quelques keratites et surtout contre 1 iritis, un topique
qu ils designent sous le nom de cataplasme mercuriel. Ge moyen consiste a se
munir d une compresse de linge, disposee de telle sorte, que, ployee en deux, elle
ait les dimensions des paupieres superieureet inferieure reunies. Sur la face in
terne de Vim des doubles, on etale unecoucheepaissed onguent napolitain;laface
externe du meme doubleestmise en rapport avecles voiles palpebraux. Ilconvient,
au prealable, de proceder a 1 occlusion des paupieres avec une bandeletle de taffetas
d Angleterre ; c est sur celle-ci qu on applique le cataplasme mercuriel, qui est
maintenu en place avec une bande. Tous les matins, on change 1 epitheme ; il
reste ainsi vingt-quatre heures sur I ceil, parfois pendant huitoudix jours. Onajoute
un peu d extrait gommeux d opiurn a la pommade mercurielle, en cas de douleur
vive.
Le docteur Rigler, inspecteur en chef des hopitaux de Constantinople, a im-
porte ce rnoyen de Vienne, ou il 1 avait vu mettre en pratique.
Les cataplasmes sont quelquefois employes dans le traitement des maladies du
vagin, du col de 1 uterus et du rectum. On en doit, croyons-nous, la premiere idee
a Recamier. Cutte pratique a ete adoptee depuis par un assez grand nombre de
medecins, notamment par Cayol, Melier, Amussat, MM. Guillon, Cruveilhier, No-
nat, etc. Nous avons eu nous-meme Toccasion d y recourir dans plusieurs circon-
stances avec quelque avantage. Des les premieres applications qui en oiitctel aites,
en presence de la double difficulte d introduire directement ce genre de topique
jusque sur le col et <le 1 y maintenir, on a scnti la necessile de recourir a un |,ro-
cede special. M. Ponillen, bandagiste, a subvenu a cette necessite a 1 aide d une
simple modification de la seringue ordinaire, consistant en une augmentation du
calibre de la canule, laquelle, en meme temps, a ete courbee a angle droit sur
104 CATAPLASME.
le corps de 1 instrnment. La seringue est chargee de la substance du cataplasms,
farine de lin, i arine de riz ou fecule, ou pulpe deracine de guimauve ; la nialade,
couchee sur le dos, fait elle-meme 1 injection ; il suffit pour maintenir le cata-
plasme en place ou d une simple garniture ordinaire, ou de 1 introduction d ime
eponge fine, conique, traversee d un petit ruban de fil que 1 on fixe avec une
epingle au has du corset ou a une ceinture, et qui sert ensuite, a 1 aide d une le-
gere traction, a 1 extraction de 1 eponge. Lorsqu on veut retirer le cataplasme, une
injection d eau tiede ou d une decoction emolliente quelconque suffit pour entrai-
ner la matiere du cataplasme. Pour 1 introduction des cataplasmes pulpeux qui
peuvent presenter quelquefois plus de difficultes, M. Pouillen a imagine une se
ringue a laquelleil a donne le nom de seringue speculum. Le corps de la seringue
est cylindrique,exactement comme le speculum, qu elle pent remplacerdanstoutes
les circon stances. Pour se servir de 1 instrument on 1 emplit de la pulpe prepares,
on le graisse a 1 exterieur et on 1 introduit dans le vagin comme un speculum or
dinaire. Cela fait, on pousse doucement le piston en meme temps que Ton retire
avec lenteur vers soi le corps de la seringue ; le piston chasse devant lui un cylin-
dre de pulpe qui, au moment ou 1 operation est termineeet le corps de la seringue
retire, se trouve depose dans le vagin ; pour le conserver ou pour renlever,ous y
prend de la manierequi a ete indiquee plus haul.
Voici en quels termes Cayol, dans son Traite des maladies cance reuses, ap-
precie les el fets des cataplasmes vaginaux, qu il considere comme une ressource
tres-utile dans le traitemeat de certains engorgements phlegmasiques du col de
1 uterus. Cette medication si simple et si bienfaisante, dit-il, est cependantune
des dernieres dont on se soit a vise. Je n en avais jamais entendu parler, lorsque,
en 1824, M. le docteur Guillon vint me faire part, a la clinique, des bons effets
qu il en avail obtenus depuis quelque temps, en me proposant de repeter ses ex
periences sur quelques maladesde mes salles. J accueillis avec empressement sa
proposition ; et, depuis cette e poque, je n ai eu qu a me feliciter de 1 emploi des
cataplasmes vaginaux, dont j ai fait un usage assez frequent, soit a 1 hopital, soit
dans ma pratique particuliere. Ces cataplasmes, ajoutait Cayol, par leur action
beaucoup plus durable, remplacent avantageusement les injections et les lave
ments.
Quant aux cataplasmes introduits dans le rectum, ils n agissent pas seulementsur
la membrane muqueuse de cet intestin,mais ils peuvent encore devenir tres-utiles
pour calmer les irritations de 1 uterus et de ses annexes, ainsi quecellesdelaves-
sie, de la prostate, des cordons spermatiques et des vesicules seminales (voy.
Comptes rendus des travaux de la Socie te de medecine pratique, en 1827et
1828. Broch. in-8, Paris, 1829).
M. Cruveilhier recommande quelquefois aussi 1 emploi des cataplasmes, sons le
nom de sachets emollients, dans le traitement des inflammations aigues du col de
1 uterus. Ce sont de petits sacs allonges, en mousseline fine, que 1 on remplit dc
farine de lin delayee dans 1 eau bouillante. La grandeur du sac est en rapport
avec la largeur presumee du vagin, et la farine de lin delayee doit etre encore assez
consistante pour que ce sachet, enduit d huile d olive ou d amandes douces, puisse
penetrer dansle vagin. Becquerel, a 1 exemple de son maitre, a eu recours a 1 u-
sage de ces sachets qu il introduisait au moyen d un speculum ordinaire, mais il
avail fini par y renoncer a peu pres complelement, a cause, dit-il, de 1 ennui qu il
cause aux femmes. II les conseille eependant, un peu plus loin, dans sou Traite
clinique des maladies de f uterus, pour le traitement de la metrite chronique.
CATAPLASME. 105
Eofin, si nous ouvrons les deux ouvrages les plus recents sur les maladies de
1 uterus, nous voyons d un cote M. Nonat qui recomraande 1 usage des cataplasmes
intra-vaginaux dans le traitement de 1 engorgement du col uterin, et de 1 autre
M. le professeur Courty qui parait tenir cette pratique en mediocre estime. <i En
definitive, dit notre collaborateur, quelque efficacite qu on puisse justement attri-
buer, dans de certaines limites, a ces applications lopiques, j y trouve plus d in-
coirvenients que d avantages, a cause de 1 irritation que la presence continue et
pvolongee d un corps solide, d un tampon, comme d un pessaire, dans la cavite
vaginale, ne manque pasde produire sur la membrane muqueuse. II n en admet
1 usage, ainsi que celui des poudres et des sachets pulverulents, que dans des cas
exceptionnels. Nous prenons acte de cette concession, dispose que nous serions,
pour notre part, a reculer un peu, peut-etre, la limite de ces cas exceptionnels.
A cotedc 1 utilite et des avantages des cataplasmes emollients, dont nous venons
de citer quelques exemples, il faut signaler aussi leurs inconvenients et meme
leurs dangers possibles. On trouve dans la Revue medico-chirurgicale , de juin
1848, quelques exemples d effets facheux produits a la suite d applications intem-
pestives de cataplasmes pour des engorgements glandulaires et des tumeurs du
sein. Bien qu il n ail point ete fait mention, dans ces faits, de la temperature de
ces cataplasmes, ce quieut pu eclairer beaucoup sur la cause des accidents produils,
toujours est-il que ces faits prouvent que les cataplasmes ne sauraient convenir
egalement dans tous les cas de tumeurs et d engorgements douloureux du sein.
Le D r Tanchou, qui s etait beaucoup occnpe des maladies cancereuses et des tu
meurs du sein, avail ete amene par son observation a considerer les cataplasmes
emollients comme formellement contre-indiques dans toutes les tumeurs du sein,
autresquecellesqui proviennentde coups, de chutes, etqui ne sont pas franchement
inflatnmatoires. 11s lui ont paru meme pouvoir servir, dans certains cas, de pierre
de louche, toutes les fois qu on a quelque raison de soupconner une degenerescence
cancereuse ou qu on croira avoir affaire a une tnmeur de mauvaise nature. Les
cataplasmes, dans ce cas, calment d abord les douleurs et les malades s en trou-
vent satisfaites ; mais bientol ils delerminent un engorgement presque passif ; la
partie malade devient marbree et parfois livide ; des douleurs d une nature nou-
velle se font sentir, s etendant a 1 epaule et jusqu au bras : les malades, d elles-
memes, par une sorte d instinct, s empressent de les supprimer, ou bien la tumeur
s abcede, s ulcere ; les bords de la plaie se decollent, et 1 on ne tardepas a aperce-
voir au fond 1 aspecl blafard particulier aux chairs cancereuses.
Nous n avons guere parle jusqu ici que du cataplasme le plus generalement in-
dique, sans contredit, dans la pratique chirurgicale, le cataplasme classique a la
farinede lin, dit emollient, bien qu ainsi qu on vientde le voir il puisse tres-bien,
sans changer de composition, changer de propriete suivant la temperature, qui
pent le faire passer presque graduellement par toute la gamme des moditications,
depuis la sedation jusqu a 1 excitation et a utie irritation meme assez prononcee ;
et,il faut bien le dire aussi, un peu suivant 1 elat des parties sur lesquelles on
1 applique, son action etant le plus souvent relative aux conditions organiques do
ces parties. Mais la pratique chirurgicale ne se borne pas a cette seule serie de mo
difications. Veut-elle rendre 1 action des cataplasmes plus calmante, elle 1 addi-
tionne de laudanum, ou elle fait confectionner le melange avec une decoction dc
tctes de pavots ou de feuilles dc jusquiame , de belladone, de morelle ou de stra-
moine. Veut-elle le rendre resolutif, au lieu de le confectionner avec la farine de
lin, elle le iait avec dclafecule, dc la pulpe de pomme de terre, de la mie de pain
106 CATAPLASME.
ou de la farine d orge torrefiee, additionnee de fleurs de sureau, de houblon ou de
levure de biere, et elle 1 arrose avec de 1 eau blanche et de l eau-de-vie campbree,
ou de 1 eau salee, ou elle le saupoudre de SL-! ammoniac, de poudre de bryone,
etc. Les cataplasmes acetiques, composes d un melange de sou et de vinaigre fort,
peuvent remplir la meme indication. Veut-elle le rendre astringent, elle le sau
poudre de tannin, d alun, de noix de galles, de ratanhia, d ecorce de chene oude
tormentille. Elle le rend toniqne ou anliseptique en le recouvrant d une couche dc
quinquina, de charbon, de camphre ou en 1 arrosant avec du vin aromatique, etc.;
excitant en 1 arrosant d ammoniaque, d alcool. La chirurgie a quelquefois recoups
aussi a 1 emploi de cataplasmes medicamenteux destines a agir, en partie au moim,
parvoie d absorption, ou tout au moms par propagation de leurs effets a des par
ties plus ou moins profondement situees, comme par exemple lorsqu elle a re-
cours aux cataplasmes de jusquiame ou aux cataplasmes belladones pour preparer
ou faciliter la reduction des henries etranglees.
Des regies et des bonnes conditions d application des cataplasmes. Voici en
quels termes Yelpeau, dans le Traite de medecine operatoire, ibrmule les regies
relatives a 1 emploi et a 1 application des cataplasmes dans les maladies chirurgi-
cales :
Les cataplasmes doivent etre appliques cliauds, c est-a-dire a une temperature de
25 a 50 Reaumur ; au-dessous de ce degre ils sont frais on froicls et se transformed
en repercussifs ou en resolulifs; au-dessus ils deviennent excitants ou rubefiants.
Les cataplasmes simples doivent etre renouveles toutes les douze heures au
moins et mis en couches asse/ epaisses pour rester humides pendant ce laps de
temps. Renouveles plus rarement, ils pourraient se dessecher et irriter les parlies
a la maniere des corps durs et irreguliers.
Convient-il mieux de les appliquer a nu ou entre deux linges ? II y a eu, a une
certaine epoque, une sovte d antagonisme a cet egard entre les chirurgiens de deux
hopilaux de Paris, qui vmployaient d une maniere exclusive Tune ou 1 autre me-
thode. II nous serait difficile de dire aujourd hui dequel cote etait Favantage, si
tant est qu il y eut a vantage de part ou d autre. Velpeau aimait mieux les cata
plasmes a nu, qui avaient, suivantlui, 1 avantage de ceder plus aisement une partie
de leur^au aux tissus malades, d y maintenir une temperature egale, de se mou-
ler plus aisement sur les inegalites et les plis de la peau, de maniere a faire ea
quelque sorte corps avec elle. Toutefois il faisait exception pour les cal^plasmes
fails avec des plantes etpour les cataplasmes speciaux ou medicamenteux, qui, en
raison du mode d action qu on en attend, demandent a etre renouveles plus sou-
vent. G est ainsi, dit-il, qu on doit changer trois, quatre ou cinq fois par jour les
calaplasmes opiaees, ceux qui sont faits avec des pulpes de fruits ou de racines, les
cataplasmes herbaces, etc.
M. Chassaignac est d avis, au contraire, que 1 application des cataplasmes a nu
a des inconvements qui doivent les faire bannir de la pratique, entre autres celui
de glisser, de fuser et de salir les linges et les objets de literie. II est d ailleursdes
regions du corps ou ce mode d application serait a peu pres impossible. L applica-
tion entre deux linges lui parait, a tous egards preferable, soit qu on le recouvre
d un linge de toile tres-fme ou bien de gaze ou de mousseline claire. Une ibis en
place, il le recouvre d un taffetas gomme, qui a le double avantage, suiv.mt lui,
de maintenir avec uniformite la temperature et riiumidite du cataplasme.
Quand on fait usage du taffetas gomme, dit M. Chassaignac, on a tres-vite re-
connu que ce qu il y a de mieux a i aire, c est : 1 de placer toujours la substance
CATAPLASMS. 107
du cataplasme entre deux linges ; 2 de ne renouveler les applications que deux,
trois fois an plus, dans les vingt-quatre heures. On a ainsi realise toutes les con
ditions de souplesse, d humidite et d utuformite de clialeur qui sent les qualites
essentielles du cataplasme.
Nous venous de pailer de la chaleur et de son uniformite, comrae de 1 une des
qualites du cataplasme. II s agit ici de distinguer et de bien specifier le but qu on
se propose et 1 effet que Ton attend de 1 application d un cataplasme. Sans doute,
dans le plus grand nombre des cas de chirurgie qui reclament 1 usage des cata
plasmes, 1 eflet qu on se propose d obtenir entraine en elTet la necessite d une
douce clialeur humide, halitueuse. Mais encore faut-il que cette chaleur ne depasse
pas sensiblement la temperature normale du corps , sous peine de devenir exci-
tante, de sedative qu elle devrait etre, et il est meme des circonstances ou la cha
leur ne ferait qu accroitre inopportunement 1 exces ou 1 insuffisance de tonicite des
tissus. Dans un travail insere dans le Bulletin de The rapeutique (annee \ 845) ,
Reveille-Parise s elevait contre l usage banal, pour ne pas dire 1 abus que Ton fai-
sait alors des cataplasmes cbauds dans une foule de cas ou uue temperature elevee
est directement contraire a 1 indication qui sepresente. Que se propose-t-on dans
cccas?dit Reveille-l arise ; de tenir le plus longtemps possible la partie malade dans
un etat de douce chaleur, de la plonger dans une sorte de bain de vapeur, afin
d amollir , de detendre les tissus enflammes, de diminuer la sensibilite doulou-
reuse qui a lieu dans ce cas , et d arreter ou de moderer le mouvement fluxion-
naire, effet de la cause morbifique, et principe a son tour d une foule d accidents.
Or on va directement contre ce but par le soin que Ton prend d appliquer les ca
taplasmes a un degre de temperature qui les rend presque toujours excitants, et
de les maintenir a cette temperature en les recouvrant de flanelle ou de taffetas
gomme, etc. Reveille-Parise vent, et ce precepte est assurement tres-sage, qu on
essaye pour ainsi dire les rapports de la temperature du cataplasme avec la sensi
bilite individuelle et qu on etablissenne gradation rationnelle. Ainsi il ne veut pas
que le cataplasme soit tout a fait froid, mais a une temperature assez basse pour
soustraire aux parties enflammees leur exces de calorique et pour resserrer les tis
sus, pour determiner dans les petits vaisseaux une constriction qui ne leur permette
pas de se gorger completement du sang que 1 irritation y appelle, en un mot pour
ralentir la circulation locale, engourdir la sensibilite et diminuer 1 irritation elle-
meme. Si, a cette temperature, les cataplasmes etaient peniblement supportes, ce
qui peutarriver chez les sujets doues d une grande susceplibilite, il propose den y
arriver que graduellement, et au besoin d y ajouter 1 action des medicaments nar-
cotiques. Jobert (de Lamballe) preconisait egalement dans le traitement des plaies
avec plilogose intense, tendant a envahir les parties profondes et avec menace d e-
tranglement, les cataplasmes froids, renouveles a mesure qu ils s echaufient. II
leur donnait la preference sur les autres moyens refrigerants et particuliere-
ment les irrigations. II est certain qu on peut, suivant les circonstances et le but
que Ton se propose plus particulierement d atteindre, tirer un grand parti des di
vers degres de temperature des cataplasmes et de leur graduation.
De V usage des cataplasmes enme decine. Nous avons dit, en eommencant,
qu il y avait a considerer dans les cataplasmes 1 aclion locale sur les sur laces d ap-
plication, une action de voisinage par une sorte d imbibition et d irradiation, et
enfin 1 action generate sur 1 economie par suite de 1 absorption de 1 un oudequel-
ques-uns de leurs elements. Ainsi un cataplasme emollient, pour prendrerexem-
ple le plus simple, exerce une action sedative non-seulement sur la peau qu il
108 GATAPLASHE.
recouvre, mais encore sur les tissus sous-jacenls et meme sur les visceres enflam-
mes situes a une plus grande profondeur. C est ainsi qu on obtient journellement
de tres-bons effets des applications de cataplasmes sur I abdomen dans les cas de
phlegmasiesdessereusesoudesrauqueusesintestinales, dangles inflammations aigues
ou chroniques de 1 uterus, de la vessie, etc. Aussi a-t-on,detout temps, en recours
a cette medication topique dans le traitement des affections viscerales internes de
nature inflammatoire. Stoll preferait les cataplasmes aux sinapismes et aux vesi-
catoires dans le traitement de lapleuresie et de la peripneumonie ; il les preconi-
sait egalement dans 1 hepatite. Broussais, avant la conception de sa doctrine de
1 irritation, faisait deja un grand usage des cataplasmes emollients. II rapporte, dans
son Traite des phlegmasies chroniques, avoir gueri un catarrhe qui, pendant
trente-sept jours, avait resiste a cinq ou six vesicatoires places en differents en-
droits, par un large cataplasme applique sur le devant de la poitrine. Le soulage-
ment fut si prompt, dit-il, qu il surpassa son attenle. 11 declare preferer,en gene
ral, le cataplasme au vesicatoire, chez les sujets nerveux et sanguins en meme temps.
Will. Stokes preconise 1 usage des cataplasmes comme etant applicables d une
fac.on toute particuliere dans la pericardite rhnmatismale seche. II applique les
sangsues d abord et puis les cataplasmes sur la region precordiale, exactement
comme il le fait dans le traitement du rhumatisme articulaire (Traite des malad.
du cceur, etc.).
La doctrine de la localisation des maladies et de 1 irritation devant bieutot pre-
valoir, pour une certaine periode de temps, la medication topique antiphlogistique
devait naturellement prendre un grand developpement ; c est, en efl et, ce qui ne
tarda pas a arriver, et 1 usage des cataplasmes dans le traitement des maladies
internes, que Barthez reprochait a ses contemporoins de negliger, fut bientot
propage jusqu a 1 abus. C est la, sans doute, ce qui a pu justifier jusqu a un cer
tain point les reproches que les medecins et les chirurgiens anglais faisaient a
notre pratique. On a deja vu plus baut ce qu il faut penser de ces reproches pour
la pratique chirurgicalc. Pour ce qui concerne la pratique medicale, 1 abus dont
on a pu se plaindre justement a cette epoque n existant plus depuis deja long-
temps aujourd hui, nous ne pensons pas qu il y ait lieu de nous y arreter.
Cataplasmes composes. Nous avons indique, a propos des applications chirur-
gicales, quelques-unes des nombreuses modifications dont est susceptible la compo
sition des cataplasmes, pour les adapter aux fins qu on s en propose. Les cataplasmes
composes sont aussi ulilcment employes en medecine. Au premier rang des cata
plasmes composes oumedicamenteux, a proprement parler, souvent indiques dans
la pratique medicale, nous phcerons les cataplasmes anodins, opiacesou laudanises
si souvent usites, et avec tine efficacite presque constante, dans presque tons les
cas ou une pblegmasie d un des organes situes plus ou moins a proximite de la
peau est accompagnee de douleurs vives, dependant de 1 etat congestif ou inflam-
maloire; a plus forte raison, lorsque ces douleurs out le caractere nevralgiquc.
C est ainsi, par exemplc,que les catuplasmes laudanises sont journellement pres
ents avec avantape dans les cas de metrite aigue ou chronique, accompagnee de
douleurs, et dans les cas d hysteralgie, que les douleurs uterines soient sympto-
matiques ou essentielles. On prescrit dans le meme but le cataplasme calmant du
Codex fait avec des capsules de pavot blanc, des feuilles. seches de jusquiame; ou
le cataplasme fait avec la decoction de pavot et les poudres de jusquiame, decigue,
de belladone et dc morellc.
Trousseau prescrivait dans certaines artbrites rhumatismales, dans le double
CATAPLASME. 109
but de combattre les douleurs et d exciter la resolution, 1 application du cataplasme
siiivant :
On faitbouillir dans de l eau-de-vie camphreela quantite de pain necessairepour
faire le cataplasme, puis, quand le cataplasme ainsi forme est assez epais, on 1 etend
ct on le recouvre d une couche dc camphre (10 grammes environ pour les cata-
plasraes ordinaires) ; enfm on arrose le cataplasme, saupoudre de camphre, d une
solution d extrait de belladone (10 grammes egalement). Ce cataplasme peut res-
ler applique pendant cinq ou six jours, apres lesquels on le renouvelle. En gene
ral, des la premiere nuit la douleur diminue notablement. L influence sedative du
cataplasme est telle, qu apres quelques jours la douleur a quelquefois complete-
ment disparu. La resolution est egalement hatee, mais beaucoup moins rapidement.
On connait trop, pour qu il soil necessaire de les rappeler, les nombreuses appli
cations des pommades mercurielles en frictions et en onctions. Le cataplasme
chaud, recouvrant une surface du corps ointe d onguent mercuriel, ou recouvert
lui-meme d une couclie plus ou moins e"paisse de cet onguent, en facilite incontes-
tablement 1 absorption, et partant les effets medicateurs ulterieurs. On a fait un
frequent usage de ces applications il y a quelques annees, malheureusement sans
avantages bien demontres, dans le traitement des peritonites, ou metro-peritonites
puerperales.
II serait superflu de reproduire ici toutes les formules imaginees dans le but de
confier au cataplasme, comme vehicule, des agents therapeutiques plus ou moins
actifs, destines a agir apres absorption. Outre que beaucoup d entre elles sont
tombees dans un legitime oubli d ou nous aurions mauvaise grace a les faire sortir,
on comprendra que ce moyen, en somme, n est qu accessoire, en tant qu agent
d introduction des medicaments dans 1 economie, la plupart des substances actives
destinees a Tabsorption, a moins de contre-indications speciales, pouvantetrecon-
fiees beaucoup plus surement soit aux membranes muquenses, soitau derme de-
iiude, soit meme aux tissus sous-dermiques. 11 n y aurait, a moins de conditions
exceptionnelles,nous le repetons, qu un mediocre intcretarecourirauxepithemes,
cataplasmes, emplatres ou pommades, pour atteindre ce but therapeutique. L u-
sage des cat;iplasmes,en particulier, doit etre reserve principalement pour les cas,
nombreux d ailleurs, ou Ton se propose d agir sur la peau elle-meme, sur le sys-
teme vasculaire et nerveux dont elleestsiabondammentpourvueetsur les organes
sous-jacents, sans renoncer completement, toutefois, a les utiliser, a 1 occasion,
comme moyens d absorption.
Voici quelques-unes des principales formules de cataplasmes medicamenteux
destines a agir, soit localement sur les points d application, soit generalement par
voie d absorption.
CATAPLASME CALMANT OU ANODIN
2ataplasme emollient (commun) 250 grammes.
Laudanum de Sydenham . . . 2
IDEM (FORMULE DO CODEX)
Capsules de pavol blanc 25 grammes.
Feuilles seches de jusquiame. 50
Pouclre emolliente 100
Eau 600
Couper les capsules de pavots et les feuilles de jusquiame ; faire bouillir pen-
HC CATAPLASMS.
dant quelques instants dans 1 eau ; passer avec expression ; delayer la farine dans
le produit de la decoction et faire cuire en consistance de cataplasme.
CATAPLASMS MBCOTIQUE (PORMULE DU D1CTIONN. DE THERAPECT., MED. BT CHIR., BOUCHUT
ET DESl RES)
Poudrede feuilles de jusquiame.
de ciaue
de belladone.
aa 20 grammes
de morelle
Farine de lin
Decoction de pavot Q. S.
CATAPLASME D AMANDES AMERES (REVEIL)
Poudre de tourteau d amandes ameres Q. V.
Eau tiede Q- V.
Delayer le tourteau dans 1 eau, de maniere a en faire une pate molle que Ton
placera entre deux linges fins ou de la mousseline.
On applique ce cataplasme sur le front centre les cephalalgies, la migraine, sur
les points douloureux dans les nevralgies, etc.
CATAPLASME RUBEFIANT (TROUSSEAU)
Orge ou avoine legerement torrefiee et pulverisee. , 120 grammes
Vinaigre 30
Blancs d ceufs n 3.
Eau Q. S.
Melez a froid de maniere a faire une espece de pate que Ton etend sur de la
toile, et que Ton saupoudre avec :
Poivre pulverise 30 grammes.
CATAPLASME MATURATIF (DU CODEXJ
Poudre emolliente 100 grammes.
Eau Q. S.
Onguent basilicum 32
On mele 1 onguent basilicum a la pate pendant qu elle est encore chaude.
CATAPLASME SUPPURATIF
Cataplasme emollient (commun) 500 grammes.
Ajoutez :
Pulpe d oignons de lis preparee a chaud 60 grammes.
Onguent de la mere 50
Prealablement delaye dans 1 huile Q. S.
,
Meier le tout exactement.
CATAPLASME RESOLUT1F
Cataplasme emollient 125 grammes.
Sel ammoniac 2
Extrait de Saturne 50
IDEM AU VINAIGRE
Mie de pnin 60 grammes.
Solution de chlorure de sodium 15
Vinaigre. ; . t Q. S.
Faire bouillir. Appliquer a froid.
ACTRE (GAMEERINI)
Faire bouillir pendant une demi-heure, dans un vase ferm6, un melange desofl
et de vinaigre fort. Etendre le melange sur unlinge, comme pour les cataplasmes
ordinaires.
CATAPLASME. ill
CATAPLASMS TONIQUE ET ANTISEPTIQUE
Catapiasme de farine de lin SflO grammes.
Poudre de quinquina . , 125
AUTRE (DE REUSS)
Cataplasme de farine d orge 500 grammes.
Quinquina 40
Camphre pulverise 5
Eau 40
Meier.
CATAPLASMS ASTRINGENT
Sulfate de fer . 15 grammes.
Alun 13
Vinaigre 60
Bol Wane 30
Eau 300
Mie de pain , . Q. S.
CATAPLASME D1T ANTHKLM1MTHIQUE
41oes 2 grammes.
Encens 2
Asa-fcetida 2
Gomme-gutte 2
Absinthe 90
Tanaisie 90
Huile de lin Q. S.
CATAPLASME iNTIARTHRITIQUE (TROUSSEAU)
Faire bouillir q. v. de mie de pain dans 1 eau, de maniere a faire un cataplasme ;
ajouter 100 grammes d alcool camphre. Meier et elendre sur un linge. Mettre
a la surface la mixture suivante :
Extrait d opium , 5 grammes.
de belladone . 10
Ether 10
Recouvrir le cataplasme de taffetas cire ou de llanelle, et le maintenir en place
* pendant plusieurs jours.
CATAPLASME ANTI-OPHTHALMlQVE
Safran 2 grammes,
Jaunes d oeufs n 3
Mie de pain , . . 0. S.
Appliquer entre deux linges sur i ceil utteint d ophthalmie. On peut encore
mettre en usage le cataplasme alumineux ainsi compose :
Alun pulverise, 4 grammes, et blancs d oeufs, n 2.
CATAPLASME VINEtfX (DE PAYAf)
Mie de pain Q. S.
Yin rouge Q. S.
Centre la pourriture d hopital et les ulceres sanieux.
CATAPLASME AU GUANO (HORNEfi)
Guano et terre a potier aa Q. S.
F. s. a. un cataplasme, pour applitjuer sur les tumeurs indolentes des articu
lations.
CATAPLASME DE CIGUfi
Pulpes de carottes cuites en bouillie 500 grammes.
a"? Poudre de cigue 30
..I., d opium > 0|50
Employe centre les cancers superiiciels*
CATAPUCE.
CATAPLASME DIURETIQCE
Pulpe de scille 100 grammes.
Nitrate de potasse 10
Meier ; appliquer sur le ventre.
AUTRE (BROWN)
Faire un cataplasme avec pulpe de feuilles de digitale. Appliquer sur la region
vesicale.
CATAPLASME CONTRE L lSCHURIE
Oignons blancs baches . . . : n6
Feuilles de parietaires fraichcs 50 grammes.
Decoction de ratine de guimauve Q. S,
Recouvrir le pubis.
CATAPLASMES EN VESSIE (CH. DE CHANGE)
Dans les panaris, les phlegmons de la main, du poignet ou du pied, on place le
topique mou ou liquide dans une vessie de pore largement ouverte, et on attache
le pourtour de 1 ouverture sur le membre ; 1 evaporation se faisant a peine, la
matiere ne se desseche pas, on la rechauffe a volonte en immergeant la vessie
dans 1 eau chaude.
Voici quelques formules extraites de la Pharmacopee de la Grande-Bretagne (les
poids traduits en grammes sont exprimes en nombres ronds).
CATAPLASME AU CHARBON
Charbon vegetal 15 grammes.
Pain 60
Farine de lin 45
Eau bouillante 290
Faites digerer quelques minutes, pres du feu, le pain dans I eau, ajoutez peua
peu 3a farine de lin ; melangez a ce cataplasme la moitie de la poudre de charbon,
dont on repand le reste a la surface.
CATAPLASME DE CIGUE
Feuilles de cigue 30 grammes.
Farine de lin 90
Eau 290
CATAPLASME DE LEVURE
Levure de biere 200 grammes.
Farine de ble 420
Eautiede 180
Melez la levure a I eau et delayez la farine dans le melange ; placez la masse
pres du feu, jusqu a ce que le cataplasme se gonfle.
CATAPLASME DE CHLORE
Solution d hyperchlorite de soude (chlorure d oxyde
de sodium) 60 grammes.
Farine de lin. 120
Eau bouillanle 240
Melez la farine a I eau et ajoutez le chlorure.
n
JJROCHIiX.
CATAPUCE. Voy. EUPHORBE. L E. Epurge (Euphorbia Lathyris L.) est
assez souvent appelee Grande-Gatapuce. H. BN.
CATARACTE. 115
CATARACTE. Synonymic : -^auxwfxa, Hippocrate ; vrro/upia J> wd^o-i;
vypov, Galien; suffusio, Celse ; gutta opaca; aqua; aqua descendens in oculo,
vel cataracta, traducteurs latino-barbares des oeuvres d Albucasis et autres Ara-
bistes; Calicjo lentis, Cullen ; der graue Staar, AHemands.
Definition. On doit entendre par cataracte toute opacite, spontanee on
traumatique, des parties normalement situees entre la pupille et le corps vitro. Ces
parties sont : la lentille cristalline et sa capsule. Quand 1 opacite siege dans le
cristallin, ou lorsqu elle est situee dans 1 epaisseur de la capsule on a la face
interne de celle-ci, on dit que la cataracte est male. Elle est dite fausse, quand
1 opacite resulte de produits epanches ou deposes sur la face externe de cette
meme capsule.
I. CATARACTE VRAIE ou CATARACTE LENTICULAIRE. DIVISION. Beaucoup d au-
teurs divisent la cataracte vraie en cataracte lenticulaire et cataracte capsulaire,
selon que 1 opacite occupe le cristallin lui-meme ou son enveloppe. Cette division
doit etre abandonnee. La capsule, en elfet, n est pas susceptible de perdre sa
transparence, si ce n est par le depot de produits morbides a 1 interieur de sa
cavite ou a sa face externe. Dans le premier cas, 1 opacite de la capsule ne fait
qu acconipaguer celle de la lentille (cataracte lenticulaire, cataracle vraie) ; dans
le second, elle appartienta la categoric des cataractes fausses (cataracta spuria).
Par le mot cataracte, nous designerons done toujours la cataracte lenticulaire.
La cataracte est le resultat , tantot de 1 induration du cristallin , tantot du
ramollissement de ce meme organe ; d ou les cataractes dures, d une part, les
cataractes molles et liquides, de 1 autre.
1. Cataracte dure. La cataracte dure estle partage exclusif des personncs
ayant depasse I age de quarante ans. Le cristallin y est diminue de volume; ie
centre, ou noyau, en est plus fonce que la circonference. Jamais il n est blanc;
ordinairement, il est d un jaune brun. Sa face anterieure est aplatie, et 1 espace
qui la separe de la pupille, agrandi, ce qu on reconnait a 1 ombre portee sur lui
par 1 iris, au moyen de 1 eclairage lateral. Parfois meme, 1 iris est attire en arriere
en forme d entonnoir, ce qui indique que la diminution de volume du systeme
cristallinien est tres-prononcee. Le noyau est d autant plus dur que la coloration
en est plus foncee et le volume plus petit.
Le cristallin peut accuser, surtout chez les vieillards, une couleur brun fonce,
sans etre pour cela opacifie : ce caractere ne suffit done pas au diagnostic de la
cataracte, et il importe de se tenir en garde centre cette cai se d erreur.
Quelquefois la cataracte, au lieu d ofi rir une couleuv brune, est verte ou bien
noire. La cataracte verte n offre de particulier que sa coloration, qui semble n etre
qu un haut degre de la couleur normale jaune orange du cristallin des vieillards.
La cataracte noire parait due a 1 infiltration de la matiere colorante du sang dans
lesysteme cristallinien. Naguere encore, on la considerait comme etant d un dia
gnostic difficile ; depuis la decouverte des nouveaux moyens d exploration, elle
n a plus a revendiquer, a cet egard, de mention speciale.
Le developpement des cataractes dures est toujours assez lent.
Une variete de la cataracte dure est constituee par un etat dans lequel le cris
tallin a pris la durete de la pierre ou 1 aspect du platre. De la, les cataractes pier-
reuses eipldtreuses, qui s accompagnent habituellement de Tatrophie du globe.
2. Cataracte molle. Dans cette espece de la cataracte lenticulaire, le cristal
lin a augmente de volume; 1 opacite a ordinairement commence par les couches
DICT, EMC. XIII. 8
corticales, sous la forme d une ou de plusieurs stries, pour de la gagner le centre
de la lentille. Quand ces stries n occupent que la face anterieure du cristallin, on
a la cataracte corticale anterieure; on 1 appelle cataracte corticale posterieure,
quand c est la couche posterieure du cristallin qui est interessee. Avec le temps,
les couches, divisees en lambeaux triangulaires, se confondent entre elles, et
prennent peu a peu une teinte uniforme; la couleur ordinaire est le blanc bleua-
tre laiteux, quelquefois un peu grisatre. Quand le ramollissement n est pas encore
complet, la cataracte parait nacree et brillante.
Les cataractes molles, par leur volume, refoulent 1 iris en avant, et ne permettent
pas a la pupille de porter son ombre sur elles, comme il arrive dans les cataractes
dures ; la chambre anterieure est completement effacee par ce contact, qui, quel
quefois, quand le cristallin est tres-developpe, donne lieu a une mydriase perma-
nente. Le bord de 1 iris, habituellement noir, se detache sur le fond nacre de ces
sortes de cataractes.
La cataracte molle appartient a tous les ages ; on la rencontre che? le vieillard
comme chez le nouveau-ne. Cependant, elle ne frappe, dans I immense majorite
des cas, que des sujets n ayant pas atteint l age de 40 ans. Elle se developpe, en
general, beaucoup plus rapidement que la cat.iracte dure, quelquefois presque su-
bitement, surtout quand elle se produit sous 1 influence d une maladie generate,
telle que le diabete. Le ramollissement, qui peut idler jusqu a une complete lique
faction (cataracte liquids), commence le plus sou vent par 1 opacification de quel-
ques fibres cristalliniennes superficielles, qui se manifestent sous 1 aspect de
figures repr&entant la direction de ces fibres, et divisant la cataracte en un cer
tain nombre de triangles a base peripherique et a sommet central. A mesure que
le ramollissement augmente, ces dessins disparaissent; les divisions fondees sur
eux (cataractes strie es, e toile es, fenetre es, barrees, de hiscentes, a trois bran
ches, disse mine es, pointille es, etc.) sont sans grande importance pratique.
Dans les premieres (cataractes striees, etoilees, fenetrees, barrees, dehiscentes,
a trois brancbes), les stries, toujours regulieres au debut, se brisent de bonne
beure et prennent, a la face anterieure ou posterieure du cristallin, des formes
diverses. Des lignes opaques, convergeant vers le centre du cristallin, partagent ce
corps en morceaux triangulaires qui finissent par se dissoudre. Dans les secondes
(cataractes disseminees ou pointillees), on ne voit aucune strie a la surface du cris
tallin, dans 1 epaisseur duquel des poinls blancs tres-petits apparaissent sans ordre
et sur tous les plans du noyau et des couches corticales. La marche en esttres-lente.
La cataiacte diabe tique, les cataractes traumatiques et les cataractes conge-
nitales appartiennent a la classe des cataractes molles.
Cataracte diabe tique (voy. CAUSES). Elle se developpe avec rapidite, surtout
vers la fin de la vie des malades atteints de diabete, est un indice serieux de la
gravile de cetle derniere, et comporte des indications therapeutiques particulieres.
Cataracte traumatique. Elle est loujours molle et le resultat ordinaire, si-
non oblige, de la decbirure de la capsule du cristallin : si celui-ci se trouve,
par ce fait, au contact de I humeur aqueuse, il s en impregne, se gonfle plus ou
moms notablement, et se trouble. La cataracte traumatique est le plus souvent
accompagnee de desordres des membranes formant la coque oculaire, de Lies-
sures de 1 iris, et quelquefois de la presence de corps etrangers siegeant soit
dans la lentille, soit en d autres points de 1 organe. II est rare qu elle se presente
a la facon des cataractes spontanees, ou la capsule a conserve toute son inte-
g. ite : ici, la capsule anterieure est lisse et intacte ; la, on la voit souvent en-
i Ji.
115
nt.
i
ek
.
tr ouverte, et la plaie dont elle est le siege donner issue a des fragments du cris-
tallin, ressemblant a des grumeaux d amidoncuit; parfois, la chambre anterieure
est occupee par quelques-uns de ces fragments, qui, lorsqu ils se sont complete-
ment separes de la lentille, viennent tomber entre la cornee et 1 iris, et tourmen-
ter ces parties. L iris, comprime soit par de tels fragments, soit par le systeme
cristalliiiien gonfle dans son entier, est souvent altere, decolore; la pupille est
fran^ee, contracted et adherente a la capsule, ou largement dilatee et, dans
chacun de ces cas, irreguliere. Des symptomes de cyclite, de choroidite, ou d un
etat glaucomateux, accompagnent frequemment la cataracte traumatique soit
des le debut, soit plus tard. Toutes ces circonstances sont de la plus haute im
portance au point de vue du pronostic et a celui du traitement a instituer, soit
pour la conservation de 1 oeil frappe, soit pour la preservation de son congenere,
menace d irritation sympathique (voy. CAUSES).
Cataracte congc nitale. Elle n ofi re rien de particulier, est presque toujours
exempte de complications, et, le plus souvent, complete des la naissance ; elle a ordi-
nairement une couleur blanc bleuatre, semblable a celle de 1 amidon prepare, sans
stries opaques ni tranches tiiangulaires, ni rien de jaune ou de blanc mat. Tout le
cristallin a la merae teinte et la meme densite, aussi bien au centre qu a la surface,
et n est pas plus volumineux qu a 1 etat sain ; la pupille y est mobile; I enfant re
cherche la clarte du jour, et peut suivre des yeux la flamme d une bougie qu on
promene devanteux. Quand elle est incomplete des 1 abord, il est rare qu elle se
developpe par la suite.
On distingue, dans la cataracte congenitale, deux varietes ou le cristallin n est
opaque que dans certaines de ses parties : ce sont les cataractes dites stratifie es
ou zonulaires, et les cataractes pointillees.
a. Cataracte strati fie e ou zonulaire.
tale, ou le ramollissement partiel n occupe qu une zone, ordinairement reguliere,
du cristallin, et situee au centre de ce dernier. Vue de face, cette zone parait
circulaire; de profil, au contraire, la zone opaque affecte la forme d un triangle,
\ bords courbes et a angles arrondis, entoure de la peripherie transparente du
G est une variete de la cataracte congeni-
Pig. i.
crisfallin, et ayant, a son centre, un noyau de substance egalement transparente
de la lemille. Les parties transparentes et les parlies opaques sont done disposers
de la sorte, en procedant d avant en arriere : 1 une couche transparente, 2 une
couche opaque, 3 un noyau transparent (enloure de toutes parts de couches
ramollies), 4 une zone opaque, 5 une partie, la partie posterieure du cristallin,
transparente (fig. 1, A).
Independamment de ces opacites, il peut s en rencontrer d autres dans des cou-
116
ches plus peripheriques ; roais il est tres-rare qu une seconde couche entierement
troublee entoure la premiere, separee d elle par une par tie Iransparente
(fig. 1, G). Plus souvent, ce sont des opacites dans 1 axe du cristallin, qui com-
pliqueut cette espece de 1 cataracte (fig. 1, B). Quelquefois le volume du cristallin
diniinue, le diametre antero-posterieur ainsi que le diametre transversal sont rao
courcis, principalement dans les cas exceptionnels oil le centre transparent du
cristallin a disparu, transformant ainsi en un disque la zone opaque qui 1 entou-
rait (fig. 1, D) (Liebreich).
Quand la pupille est a son degre normal de dilatation, elle encadre habituelle-
inent toute 1 opacite, de facon que la vision se trouve aussi completement entra-
vee que si la cataracte occupait tout le cristallin. Si, au contraire, la pupille est
largement dilatee, les parties peripheriques de la lentille qui ont echappe au
ramollissement sont mises a decouvert; la lumiere penetre alors, a travers ces par
ties, jusqu au fond de 1 oeil, et la vision s effectue avec plus ou moins de neltete.
Cette variete de la cataracte molle est interessante a connaitre, parce qu elle
reclame des precedes operatoires particuliers.
b. Cataractes pointille es. Gomme leur nom 1 indique, les opacites y sont
disseminees sous forme de points, ordinairement si petits, que le hasard seul les
fait apercevoir, tant ils genent peu la vision. Elles sont habituellement plus nom-
breuses versl equateur, et parfois forment, aux poles anterieuret posterieur, une
figure triangulaire composee de lignes courtes, se renconlrant au centre sous des
angles de 120. Fortement eclaires, les points opaques paraissent d une couleur
bleuatre, et ont 1 aspect de petites gouttes rondesou ovales, quand on les examine
a un fort grossissement.
3. Cataracte demi-molle ou mixte. Ainsi que 1 indique son nom, cette ca
taracte est la combinaison de la cataracte molle et de la cataracte dure ; les
couches externes ou corticales en sont molles et le noyau dui 1 ; c est celle que
Ton rencontre le plus frequemment chez les sujets d un age avance. Elle demande
a etre examinee avec soin, au point de vue operatoire a lui appliquer. On cora-
prend, en effet, que, plus le noyau est volumineux, plus grande doit etre la plaie
destinee a y donner issue, le noyau n etant guere susceptible d etre morcele, les
parties corticales, au contraire, pouvant etre enlevees apres coup. Les parties
molles et les parties dilres sepresentent, dans cette variete, qui est la plus frequente,
sous le meme aspect que lorsque chacune d elles constitue isolement 1 opacite.
4. Cataracte liquide. G est le plus haut degre du ramollissement du cris
tallin. Les cataractes liquides sont volumineuses et offrent une opacite generale,
dont la couleur blanc sale prend une teinte d autant plus jaune que la liquefac
tion est plus avancee. La marche en est tres-lente. Quand le cristallin est comple
tement liquefie et que la capsule ri est plus qu un kyste renfermant du liquide,
la cataracte est dite cystique. Les cataractes dites purulentes et fetides rentrent
dans cette \ariete.
TABLEAU DE LA CATARACTE LENTICULA1RE.
Cataracte leuliculaire ou vraie.
Dure .
Molle .
Demi-molle..
Verte.
Noire.
Pierreuse ou platreuse.
Striee, etoilee, duhiscente, etc.
Diabetique.
Traumatique.
Concenitale.
Purulentes.
Liquide. .. Cy.tique.-jS-
GATARACTE. 117
CAUSES. 1. La cataracts spontane e se montre a tons les ages, pendant la vie
foetale comme dans la vieillesse et dans les periodes intermediaires a ces limites
extremes de 1 existence. Declarer qu elle se produit sous I lnfluence d un vice de
la nutrition chez les adultes et surtout chez les vieillards, et que, pour le nouveau-
ne, elle est le resullat d un arret de developpement, c est dire pen de chose. La
v erite est que la cause de la cataracte spontanee nous echappe; et, quand un
malade nous requiert de la lui dire, nous nous bornons a lui repondre que la
cataracte Vient, comrne vienneut les cheveux gris, et il se retire satistait.
L dge avance est une predisposition a la cataracte spontanee; jusqu a quarante
ans cette predisposition est pen prononcee,mais elles accentuedavantagea mesnre
qu on avance vers I extreme vieillesse.
Sur 500 malades atteints de cataracte, traites par Favini (Gvafe s und Wal-
ther s Journ. der Chir. und Augenheilk., vol. XIV, p. 545; Berlin, 1820),
268 appartenaient au sexe masculin, 252 au sexe feminin. Sous le rapport de
1 age, ils se partageaient de la maniere snivante :
De i a 10 ans 14
11 a 20 ans 16
21 a 30 ans 18
31 a 40 ans 18
41 a 50 ans 51
51 a 60 ans 102
60 a 70 ans 172
71 ans et au deli 109
II en resulte que la predisposition a la cataracte est peu marquee jusqu a 40 ans,
mais qu elle s accroit beaucoup a partir de cette periode de 1 existence.
L he re dite est une cause de cataracte qu on ne saurait contester : tantot la ca
taracte atteint des individns a 1 age ou lenrs parents eux-memes en ont ete affliges;
tantot plusieurs enfants d une meme famille naissent cataractes ou le deviennent
plus tard, sans que leurs ascendants 1 aient ete eux-memes; ils apportent avec
eux, ou la maladiedeja confirmee, ou la disposition a en etre affectes plus tard.
Les professions ou les habitudes entramant avec elles des congestions fre-
quentes du sang vers les yeux, 1 exposition a un feu ardent (cuisiniers, forge-
rons, etc.), le travail sur de petits objets fortement eclaires (horlogers, compo-
siteurs d imprimerie), Tabus des liqueurs alcooliques, etc., constituent.-elles des
dispositions a la cataracte? Beaucoup d auteurs 1 ont dit, d autres 1 ontrepete:
mais rien n est moins demontre, ni plus improbable. D ailleurs, ces congestions
1 vers les yeux et le cerveau, et les causes susceptibles de les entretenir, sont, en
general, incompatibles avec un etat de sante parfaite, et la plupart des cataractes
1 se portent bien. Ge qui a pu donner le change a cet egard, c est 1 aptitude des
)jl: vieillards a subir divers troubles de la vision, et surtout des atrophies papillaires,
qui, cachees derriere des cristallins opacifies, sont cause d une regrettable con
fusion. 11 ne faut pas considerer comme causes productrices de simples coinci
dences.
De Wecker, qui a consacre un chapitre important de son excellent ouvrage a
t 1 etude des causes procbaines qui donnent lieu aux troubles de la nutrition du
cristallin dans la cataracte, resume comme suit ses idees a cet egard (Traite des
mal. des yeux, 2 e ed., t. II, p. 119) :
En resume, les troubles de transparence du cristallin qui sont domines par
une alteration du systeme sanguin, et ceux qui resultent d une metamorphose
regressive, reconnaissent pour cause immediate principale nne diminution de la
118 CATARACTE.
proportion d eau contenue normalement dans les elements cristalliniens. Sous
cette influence, ces deraierssedesagregent, puis se modifient bientot au point de
perdre leur structure. Les changements inilammatoires, localises principalement
dans la cristalloide anterieure et dans les premieres couches sous-jacentes, out
pour caractere principal une augmentation du nombre des elements cellulaires;
mais les nouveaux elements, en general peu durables, se desagregent, deviennent,
sous 1 action des courants endo-exosmotiques, le siege de differents depots, et ce
phenomene engendre alors des actions chimiques qui modiiient profondement la
constitution du cristallin. Dans le premier cas, nous voyons done les alterations
chimiques qui s associent toujours a la production d une cataracte, etre deter-
minees par une simple soustraction d eau, et, au contraire, dans Ja seconde serie
de fails, succeder a des phenomenes organiques, c est-a-dire a la proliferation des
cellules du cristallin. On reconnait ici combien 1 etude des maladies du cristallin
est complexe, puisque toute alteration de cet organe peut porter a la fois sur sa
constitution chimique, sa structure anatomique, sa transparence et sa refringence.
On n a pas ete sans s apercevoir que les maladies des membranes profondes
de 1 oeil, principalement celles de la choro ide et du corps ciliaire, entrainent faci-
lement des troubles dans la transparence du cristallin. Parmi ces troubles, nous
signalerons, en premier lieu, ceux qui occupent les parties corticales voisines du
pole posterieur du cristallin. Us se presentent sousl aspect d une plaque arrondie,
a contour precis, ou, plus souvent, sous la figure d une etoile munie de rayons
d une longueur variable, mais qui n atteignent pas Tequateur du cristallin. Ces
alterations si frequentes dans la choro idite atrophique (retinite pigmentaire) et
dans la sclero-choroidite, se developpent presque toujours avec une lenteur extreme
et portent communement les caracteres des opacites por defaut de nutrition. On
doit ranger dans le meme groupe lescalaractes corticales demi-molles et les cata-
ractes capsulo-lenticulaires, qui s observent consecutivementa une occlusion com
plete du champ pupillaire ou a 1 existence d une synechie posterieure totale, re
sultant d une irido-choro idite. La coexistence d une opacite semblable du cristallin
et d une adherence complete du bord pupillaire de 1 iris avec la capsule de cet
organe, adherence qui modifie si notablement la pression et la circulation intra-
oculaires, indique quelle influence un pareil trouble de nutrition peut exercer
sur la production de cette forme de cataracte.
De nouvelles recherches anatomo-pathologiquesreussiront, sans contredit, ii
eclairer davantage Tetiologie de bien des opacites cristalliniennes, en permettant
de mieux localiser encore leur origine premiere dans un trouble circulatoire du
tractus uveal. On ue saurait cependant se refuser a admettre que la constitution
primitive des divers elements du cristallin puisse avoir une influence marquee
sur la production des troubles de transparence dont il devient le siege. Ainsi, si
Ton voit, dans certaines families, des cataractes se developper a une epoque dela
vie assez umforme, s;ms qu on en trouve la raison ni dans 1 etat, ni dans la nutri
tion, ni dans 1 organisation des membranes de 1 ceil, on est bien en droit de
songer que les elements du cristallin sont tels et disposes de telle sorte, que, lors-
qu ils ont atteint 1 epoque des modifications seniles normales, ils deviennent im-
propres a accomplir les fonctions nutritives d ou leur transparence depend. Cette
opinion nous parait d autant plus legitime que, dans ces memes families, on voit
assez souvent des cataractes congenitales (cataractes stratifiees ou zonulaires).
La cataracte est evidemment plus commune chez les sujets diabetiques que
chez les bien porlants. Quelle est la cause immediate de cette predilection? Con-
CATARACTE.
siderant que, dans le diabete, la quantite d eau contenue dans le sang ayant dimi-
nue, la nature doit chercher a suppleer a ce defa ut, en allant chercher dans
d uutres organes 1 eau que le tube digestif ne fournit plus en quantite suffisante,
on a dit que le cristallin, prive de ses principes aqueux, par celte resorption
supplementaire, en devenait opaque. G est une explication, a laquelle de Graefe
a repondu par celte observation, que les cristallins opaques des diabeliques ne
renferment pas de vacuoles, et ne recouvrent pas dans 1 eau leuv transparence.
Les autres explications de ce meme fait ne sont pas plus satisfaisantes (action
directe de 1 huraeur aqueuse saturee de sucre sur la trame du cristallin, fer
mentation de ce meme liquide, etc.), mais le fait n en est pas moins reel.
La cataracte diabe tique parail susceptible de se modifier, selon les modifica
tions que subit 1 etat general des malades, ce qui n a pas lieu pour les cataractes
des autres categories. Elle se manifesto presque toujours pen dant les dernieres
periodes du diabete, dont elle aggrave ainsi le pronostic. G est une des varietes
de la cataracte motle; le developpement en est, eu general, rapide, au point
qu elle est parfois complete en quelques semaines. Ordinairement, 1 opacite s y
manifeste sous forme de stries, occupant de preference la face poslerieure du
cristallin, allant de la peripherie au centre, et envahissant rapidement la lentille
entiere.
2. L&cataracte traumatique est la consequence habituelle, sinon constante, de
violences exterieures, dans lesquelles la capsule du cristallin a etc interessee. Du
moment ou une ouverture, pratiquee a cettederniere, met la lentille au contact de
rtuimeur aqueuse, son tissu s en infiltre, se ramollit et s opacifie. Des fragments
de capsule fulminante, la pointe d une alene de cordonnier, des aiguilles, des
dents de fourchette, sont les agents les plus ordinaires de ces desordres.
Suffit-il que le cristallin soit blesse pour qu il devienne opaque, ou 1 action de
1 humeur aqueuse sur sa substance doit-elle y concourir? Cette derniere supposi
tion est la plus vraisemblable, en presence de ce fait, d une incontestable au-
thenticite, d un cristallin ayant conserve toute sa transparence, bien qu il eut
ete traverse d une aiguille de part en part. Sans d,oute, la blessure de la capsule,
trop etroite, n 1 avail pas permis I entree de I humeur aqueuse.
Si I ouverture faite a la capsule est petite, quelques fibres du cristallin viennent
s y engager, y faire hernie et s y opacifier. Si elles tardent a se resorber et que la
capsule ait eu le temps de se cicatriser avant qu elles I aient quittee, le resultat de
la lesion peut se localiser, et I opacite se borner a I etendue de la cicatrice capsu-
laire qui se produit. Si, au contraire, comme il arrive chez les enfants surtout, la
resorption des fibres engagees s effectue rapidement, et qu ainsi, la plaie de la
capsule cessant d etre occupee par ce bouchon momentane, I humeur aqueuse
continue a penetrer dans le cristallin et a I impregner, de nouvelles parties ra-
mollies de la lentille peuvent se faire issue, comme avaient fait les precedentes,
et finir par entrainer su ccessivement toute la lentille ; mais, le plus souvent, sur
tout chez les sujets d un age moins tendre, rimpregnation de la lentille faite, tout
le cristallin devient opaque et, emprisonnee dans sa capsule dont la plaie s est ci-
catrisee, la cataracte est definitivement installee.
Quand I ouverture de la capsule est large et qu elle reste beante, la cataracte
determinee par la lesion traumatique pent guerir spontanement, non pas avec res
titution de I etat primitif, mais a la fac;on des guerisons par I operation, c est-a-
dire que I opacite disparait avec le cristallin lui-meme, qni est resorbe sur place par
I action de I humeur aqueuse avec laquelle il s est trouve en contact. Cela arrive
120 CATARACTE.
surtout chez les jeunes sujets. Mais si la plaie de la capsule s ohlitere avant que
cette resorption soit complete, celle-ci s arrete, et il se forme une cicatrice capsu-
laire d un blanc crayeux.
Des fragments du cristallin ramolli peuvent venir se placer dans la chambre
antt rieure, entre 1 iris et la cornee. Si ces fragments sont bien toleres, ils
sont repris plus tard par 1 absorption. Mais s ils ne se resorbent que lente-
ment, et que leur presence determine de 1 irritation de ces deux membranes,
il importe de veiller de pres, pour parer aux accidents imminents, soit par
les antiphlogistiques et les alterants, soit par les mydriatiques, riridectomie et
1 extraction.
Les cataractes traumatiques peuvent s accompagner de la presence de corps
etrangers, ainsi qu il arrive souvent des fragments de capsule fulminanle. Ces
corps etrangers sont appreciates a la vue ou s y derobent ; dans ce dernier cas,
ils sont susceptibles de s enkyster dans le cristallin et de s y retrouver apres
1 extraction, ou bien de devenir apparents apres que celui-ci a etc resorbe : on
les voit alors dans la chambre anterieure ou il sont venus tomber, et d ou il im
porte de les extraire.
II est certaines autres lesions traumatiques du cristallin, dans lesquelles celui-
ci semble n avoir pas ete directement offense, et qui peuvent neanmoins donner
lieu a 1 opacite de la lentille, sans que les tuniques externes de 1 oeil aient ete
dechirees. C est que la cause traumatique a fait eclater la capsule du cristallin,
sans que la solution de continuite puisse s apercevoir, et que la substance de la
lentille se trouve ainsi dans les memes conditions que lorsqu il y a eu plaie pene-
trante. L ebranlement moleculaire, subi par le systeme cristallinien, peut-il en
troubler la nutrition et, par suite, la transparence, sans que la capsule ait ete
ouverte? Le fait est conteste. Quoi qu il en soit, on voit souvent la cataracte sur-
venir a la suite de chocs, au moyen de corps mousses et volumineux, de coups
de poing, d un coup de bouchon de bouteille a vin de Champagne, etc., sans
que la capsule cristallinienne semble avoir ete offensee.
La constatation de ce fait p est pas sans importance ; elle pourra dimimier,
meme dans une assez large mesure, la proportion des cataractes presumees
spontanees, affectant des personnes qui ne sont pas encore sous 1 empire des
outrages de la seiiilite. On comprend combien, au point de vue du pronostic, en
ce qui concerne 1 avemr du second ceil, il importe que le fait de la spontaneite
ou son absence soit exactement determine.
On a cite un cas de cataracte produite par la fotidre. II s agit d un homme qui
se trouvait en faction sur les remparts de Perpignan. Un orage violent venait de
s elever, lorsque, tout a coup, il se vit entoure d un globe de flamme et recnt une
legere commotion generale qui 1 etourdit un peu. Environ une heure apres, quand
on vint le relever, il constata qu il distinguait mal la lumiere, de 1 oeil droit. Sa
vue se perdit peu a peu, et lorsque, deux mois apres, il entra a I liopital, on le
trouva atteint de cataracte de ce cote (Servais, Annales d oculistique, d864,
t. LII, p. 185).
DIAGNOSTIC DE LA CATARACTE. a. Symptomes snbjectifs. Chez les cata
ractes, le cristallin, cessant d etre transparent, vient oppose) 1 , a la transmission
des rayons lumineux jusqu au fond de 1 ceil, un obstacle materiel proportionne
a 1 etendue et a 1 intensite de 1 opacite, dont il est devenu le siege. Des lors,
les objets exterieurs ne sont pins nettement percus, mais apparaissent comme
CATARACTE. 121
a travers une gaze, un brouillard plus ou moins epais. Ce symplome est sen
sible surtout dans la vision directe, moins dans la vision laterale, et c est le
premier que les malades accusent. Us declarent d ordinaire que ce trouble de la
vision a commence insensiblement, et qu il va augmentant cbaque jour. Quel-
quefois, cependant, ils alfirment que leur vue s est perdue rapidement, voire
meme du jour au lendemain. Chez ceux-15, a moins de cause traumatique, on
pent etre certain que la maladie existait depuis longtemps a leur insu, et qu uue
circonstance fortuite en a, ou bien precipite le developpement, ou bien revele
1 existence jusque-la ignoree, ainsi qu il arrive frequemment dans les differentes
cecites monoculaires. Au debut, la flamme d unc bougie apparait quelquefois
avec sa forme ordinaire, mais elle est plus souvent comme entonree d un globe,
d un halo lumineux; d aulres fois, le malade voit les objets multiples, bien qu il
ne regard e que d un seul 03il; s il regarde la June, il en apergoit plusieurs. Les
objets eloignes cessent d etre apercus, faute par eux d envoyer jusqu a la re tine
tme suffisante quanlite de rayons, clont une bonne partie se trouve intercepted,
ou par le fait d une myopie factice, causee par une plus forte refraction des
rayons lumineux a travers un cristallin devenu plus dense, et partant d un pou-
voir refractif plus eleve. Cette meme cause, quand elle existe, et c est le cas des
cataractes dures, donne 1 explication dc ce fait, que des sujets, jusque-la pres-
bytes, recuperent la faculte de voir tres-distinctement de.petits objets, de lire et
d ecrire sans lunettes, faculte dont ils etaient depuis longtemps prives. Ce develop
pement d une myopie accidentelle, chez les vieillards surtout, etablit une forte
presomption de la formation d une cataracte. Le plus souvent, les sujets catarac
tes, et principalement les vieillards a cataracte dure, et dont le noyau, surtout,
est opacifie, declarent qn ils voient mieux a un demi-jour qu a une lumiere in
tense, le dos plutot que la face tourne a la fenetre. Ils penetrent dans le cabinet
du medecin, la tete inclinee en has, la main placee en abat-jour sur le front; ils
cberchent ainsi a metlre 1 iris a 1 abri de 1 action d une lumiere vive, afln que la
pupille, se dilatant, mette a decouvert des parties excentriques, restees transpa-
rentes, du cristallin. Cette attitude est caracteristique, en ce qu elle differencie
les cataractes des sujets atteints d affections amaurotiques, qu une moindre per-
ceptivite des membranes profoncles a la lumiere sollicite a preferer le grand jour ;
ceux-la portent la tete haute, renversee en arriere, et rechercbent la vive
elarte.
Quelques cataractes, les vieillards surtout, se plaignent de voir des corps opa-
qnes : mouches, araignees, filaments, etc., voltiger dans 1 air. Ces symptomes,
ordinairement fugitifs, n appartiennent pas a la cataracte, mais a un etat de con
gestion choroidienne ou retinienne qui pent 1 accompagner, et se manifestent a la
suite des causes ordinaires de congestion vers la tete (ecarts de regime, efforts
violents, etc.), pour dispar;itre quand ces causes ont cesse d exister. On doit en
tenir grand compte pour le pronostic, qu ils rendent plus serieux, et pour le trai-
tement preparatoire ou consecutif a 1 operation. 11 ne faut pas confondre ces
mouches volantes avec les corps opaques que certains cataractes accusent des le
debut, et qui suivent les mouvements de 1 ceil pour se montrer toujours a la
meme place ; ceux-la sont le resultat d une opacite localisee, et appartiennent a la
maladie principale.
b. Symptomes objectifs. En dehors de 1 attitude speciale que tiennent les
sujets que la cataracte a prives de la vue, risn dans Taspect du globe de 1 ffiil,
c est-a-dire de scs membranes evterieures, ii indique la lesion profonde dont il est le
122 CATARACTE.
siege. La cataracte, en effet, se presente le plus souvent chez des personnes jouis-
sant de la meilleure sante, et ne s accompagne, dans 1 etat de simplicity, d au-
cune vascnlarisation anormale des tissus constituant la coque oculaire. II faut
examiner la pupille avec soin pour se rendre compte des symplomes accuses par
les inalades. Parfois meme, cet examen, pratique au debut, ne fonrnit-il que des
eclaircissements ou insuffisants, ou susceptibles de donnt r des doutes a 1 investi-
gateur meme le plus habile. Ainsi, rien de plus commun que de voir diagnosti-
quer des cataractes confirmees, chez des vieillards dont les cristallins ont conserve
toute leur transparence, mais ont un noyau plus consistent, et qui parait jaunalre
par transparence, grisatre par reflexion. Ce reflet grisatre, snrtout dans I etat de
petite dilatation des pupilles, est parfois si prononcc, qu il prete parfaitement a
1 illusion. L examen de la pupille, largement dilutee par 1 atropine, demande done
a etre fait avec le plus grand soin, si 1 on veut se mettre a 1 abri d erreurs, qui,
dans 1 espece, ne seraient point parcloimees. II doit etre pratique a 1 aide de
Teclairage lateral et de Tophthalmoscope.
1 . Examen a I eclairage lateral. II se pratique dans une chambre obscure,
an moyen d une lampe et de deux loupes : la lampe est placee sur une table, a
cote, un peu en avant, et a la hauteur de 1 ceil a observer, et la Inmiere en est
concentree sur ce dernier, au moyen d une lentille convexe de 1 pouce 1/2 a
2 ponces de foyer. Gette concentration donne lieu a un cone lumineux, dont la
pointe est conduite sur les points particulierement en observation. Quand on veut
embrasser d un coup d oeil tout le champ de la pupille, il suflit de rapprucher la
lentille de la lumiere, tandis qu on se tient en face du malade; si, au contraire,
on desire examiner des parties situees derriere 1 iris, il faut se placer entre la
lumiere et 1 ceil examine. Pour agrandir 1 image, on se sert d une seconde loupe,
tenue de Tautre main, ou d un ophLhalmo-microscope, c est 1 examen direct. Si
Ton vent le faire complet, on doit, au prealable, dilater la pupille, ce qui est de
tonte necessite dans les cas donteux.
Quand la cataracte est complete, tout le champ de la pupille est occupe par
vine opacite situee immediatement derriere elle, tantot jaune, tantot giise, blan
che ou nacree, tantot enfm d un vert brillant, d un gris ardoise, ou dn noir le
plus fonce. Dans les cas de cataracte incomplete, 1 opacite est constitute par des
stries qui, partant de la circonference, se dirigent vers le centre du cristallin; ou
par des plaques, tantot unies, tantot pointillees, de couleurs diverses ou de teinte
uniforme, jaune, grise ou nacree, que I eclairage lateral permet de reconnaitre
avec la plus parfaite nettete.
L eclairtige lateral ne sert pas seulement a deceler 1 existence de la cataracte,
il est d un grand secours encore pour faire reconnaitre le degre de sa maturite et
celui de sa consistance. On dit qu une cataracte est mure, lorsque tout le con-
tenu de la capsule cristallinienne est opacifie. Or il suffit de concentrer la lumiere
sur la face anterieure du cristallin, pour constater si 1 opacite va jusqu a la cap
sule, ou si des parties, dites corticales, en sont restees transparentes. Quant a la
consistance de la cataracte, elle s etablit par le meme moyen, en dirigeant le
cone lumineux de telle facon, que, venant tout a fait de cote, la pointe en soil
dirigee vers le pole posterieur du cristailin, en n en eclairant qu une par tie de la
surface anterieure. Le cone lumineux, renvoye par la capsule posterieure, devaut
des lors, pour revenir a 1 oeil de 1 observateur, traverser le noyau de la cataracte,
en accuse avec une grande ntitde toutes les dimensions, circonstance utile a
connailre pour fixer le choix du precede operatoire a mettre en usage, puisqu elle
CATARACTE. 123
indique la grandeur a donner a 1 incision que ce noyau est appele a francbir. Ce
moyen de diagnostic permettrait, a la rigueur, de se passer de tons les autres; il
pent etre cependant avantageusement controle par les suivants :
2. Examen a I ophthalmoscope. On salt que la lumiere projetee dans 1 oeil
par un miroir y est recue par la retine, qui la renvoie suivant la direction de son
entree; si done 1 ceil de I observateur est place sur le trajet de ces rayons refle-
chis, ainsi que cela a lieu dans I examen ophthalmoscopique, 1 image du fond de
1 oeil vient s offrir a lui, si aiicun obstacle n est situc entre la reline et le monde
exterieur. Si, au contraire, quelque opacite, comme celle de la cataracte, occupe
la pupille, ces rayons, s ils out pu aniver jusqn au fond de 1 ceil (cataracte in
complete), rencontrent, a leurretour, ces parties opaques, dont la presence est
ainsi revelee par des tacbes ou des stries, dont 1 aspect, gris ou noiratre, vient
trancber sur le fond, uniformement rouge, qui leur sert d ecran. Gelte constata-
tion se fait a 1 image droite; pour qu clle soit complete, il i aut que le miroir
envoie la lumiere qu il reflecbit, d une distance de 8 a 10 ponces, sur 1 ceil
tournede 20 en dedans. Si Ton vent, en me me temps, juger de 1 elat du fond
del oeil, il suffit de faire I examen a I image renversee, en iuterposant une lentille
Je 2 ponces 1/2 a 5 pouces, tenue, au-devant de 1 oeil observe, a unc distance un
pen plus grande que celle de sou foyer. La facilite plus ou moitis grande avec
Liquelle la lumiere penetre jusqu a la i-etine, donne la mesure de 1 intensite de
1 opacile, et, partant, du trouble de la vision qui doit en resulter. Si ce trouble
est hors de proportion avec 1 epaisseur de 1 obstacle, on peut, clu nieme coup, en
conclure a quelque complication du cote des membranes profondes. Si Ton veut
localiser avec assurance le siege precis des opacites, juger avec exactitude du
plan dans lequel elles sont situees, il faut se servir de 1 opbtbalmoscope binocu-
laire de Giraud-Teulon, instrument ingenieux qui trouve ici 1 une de ses plus
interessantes applications. Pour que I examen soit complet, la pupille doit elre
largement dilatee.
3. Examen catoptrique. Bpreuve des trois images. Lorsque, dans une
chambre privee de lumiere, on promene devant un ceil pbysiologique une bougie
allumee, on voit se former dans cet ceil une triple image de la ilamme de cette
bougie ; la premiere et la troisieme sont produites, 1 une par la coruee, 1 autre
par la capsule anterieure du cristallin ; elles sont droites toutes deux, et se meu-
ventdans le sens des mouvements qu on imprime a la bougie, renvoyees qu elles
sont par des surfaces convexes. La troisieme image est produite par la capsule
posterieure, agissant a la fagon d uu miroir concave; elle est renversee, vient se
placer entre les deuxprecedentes, et, dans les mouvements imprimes a la Ilamme,
se meut en sens contraire de ces mouvements. C est elle qui, dans I examen ca
toptrique, doit etre 1 objet de toute 1 attentiou : les deux images droites, en eliet,
sont toujours apercevables ; la troisieme, au contrail e, disparait quand le cristal
lin opacifie empeche le passage de la lumiere jusqu a la face anterieure de la cap
sule posterieure.
L epreuve des trois images, appelee experience de Sanson-Purkinje, avait une
grande valeur avant 1 invention de l opbtbalmoscope et les applications de 1 eclai-
rage lateral; aujourd hui elle est completement delaissee comme moyen de dia
gnostic de la cataracte. II est telles circon stances, heanmoins, ou elle peut encore
avoir son utilite : dans les cas d opacite complete du corps vitre, comme il arrive a
la suite de certaines hembrrhagies de ce corps, 1 ophthalmoscope n eclaire pas la
pupille, et 1 eel a i rage lateral peut egalement laisser des doutes. La production de
124 CATARAGTE.
1 image renversee, troisieme image, indiquera, dans ces cas, que le cristallinn est
pas 1 organe interesse.
Pour faire d une facon bien complete 1 examen de s trois images, il est bon de
dilater la pupille par la belladone.
4. Examen de I iris. En general, la pupille des cataractes jouit d une con-
tractilite pari aite. Ce n estque dans les cas de complications qu elle est dilatee ou
contracted outre mesure, et cette circonslance est d une grande importance pour
le pronostic, de meme que lorsqu elle n obeit que faiblement aux mydriatifmes et
aux myotiques.
L examen de la pupille offre encore un certain interet au point de vue du dia
gnostic du volume de la cataracte. Quand on place obliquement, pres d une fe-
netre, un sujet atteint de cataracte peu volumineuse, on apercoit derriere I iris
1 ombre portee sur elle par la pupille. Cette ombre ne se manifeste pas quand le
systeme cristallinien, tres-developpe, vient s appliquer contre la face posterieure
de I iris.
Dans les cas de calaracte molle tres-volumineuse, le systeme cristallinien, venant
presser contre la face posterieure de I iris, determine une dilatation de la pupille
qui peut faire croire a un etat amaurotique ou glaucomateux, dont elle n estmal-
heureusement trop souvent que 1 indice ou du moins le prelude. Gette mydriase
est done, au demeurant, un symptome de mauvais augure.
COMPLICATIONS DE LA CATARACTE. On vient de voir que le diagnostic de la ca
taracte est facile et ne comporte pas d erreurs pour les examinateurs attentifs.
Mais tout n est pas dit lorsque 1 opacite cristallinienne a ete constatee ; il faut savoir
encore si cette opacite constitue toute la maladie, et cette constatation estsurtout
indispensable au moment de prendre une determination relative a I operation des-
tinee a en avoir raison, afin que, 1 operation terminee, on ne se trouve pas en
presence d alterations propres a en neutraliser les resultats, et qu il aurait fallu
prevoir.
II importe done de savoir si le degre de vision reste aux malades est en rapport
avec celui de 1 opacite. Quand la cataracte est incomplete, 1 eclairage lateral donne
a cet egard, ainsi que nous 1 avons dit, des indications suffisantes. Quand elle est
complete, on sait qu un cataracte peut en general suivre, dans une chambre
obscure, la flamme d une lampe promenee a une distance de 3 a 4 metres dans
toutes les directions ; il voit encore 1 ombre de la main qu on interpose entre son
oail et une fenetre, et la direction des mouvements qu on y imprime.
Quand ces conditions font defaut, on doit se tenir en garde ; cependant, avant
de coriclure a des complications contre-indicatrices de 1 operation, il faut encore
recourir a la recherche des phosphenes, dont 1 existence plus ou moins complete
donnera, de la sensibilite de la retine, une mesure que la perception de la lumiere
objective refuse dans les cas de cataractes exceptionnellement epaisses et opaques.
Si les phosphenes sont accuses nettement et dans toutes les directions, on peutetre
certain que la retine n a pas perdu son impressionnabilite ; s ils font absolument
defaut, ce qui coincide alors avec une absence complete de la perception de la lu
miere objective, c est que cette sensibilite est eteinte, soil dans toute 1 etenduede
la surface de la retine, soit dans certaines regions limitees, ou 1 on peut des lors
soupconner 1 existence d alterations graves, et specialement de decollements reti-
niens. L operation est des lors contre-indiquee.
Independamment des alterations des membranes profondes, dont Texistence si-
CATARACTS. 125
non la nature peut etre revelee par la retinoscopie phosphenienne, et qui sont :
les affections amaurotiques par cause centrale, les maladies de la papille optique
et celles de la retine et de la choroide, etc., les cataractes peuvent offrir d autres
complications susceptibles d etre recommes par differents moyens; les principales
d entre elles sont : 1 iritis et 1 irido-chroidite chroniques, le synchisis ou ramol-
lissement du corps vitre, qui se caracterise par le tremblotement de 1 iris, et le
glaucome. Or ces affections ont une symptomatologie speciale a laquelle on aura
a recouiir dans ces occasions.
II est inutile d ajouter que, dans les cas ou les sujets en exploration ne sont
atteints que de cataracte incomplete, I ophthalmoscopie viendra en aide a la
recherche des complications. Nous avons 1 habitude, et nous conseillons a tous les
praticiens de la prendre comme nous, s ils ne 1 ont, de tenir registre exact de
1 etat de tous les yeux cataractes qui sont soumis a leur examen au debut de la
maladie, afin d etre fixe sur la conduite a tenir quand arrivera le moment de
1 operation.
i
AMATOMIE PATHOLOGIQCE. Le systeme cristallinien, dans lequel se passent les
phenomenes qui donnent lieu a la cataracte est un corps lenticulaire (lentille
bi-convexe), compose d un contenant (capsule cristallinienne) , et d un contain
(cristallin proprement dit). II est situe derriere 1 iris, entre 1 humeur aqueusf, ou
plonge sa face anterieure, et le corps vitre, qui lui offre une depression ou sa face
poslerieure vient se loger, et est delicatement fixee par des adherences en general
extremement tenues.
La capsule du cristallin est un sac sans ouverture, forme d une membrane
anhyste, parfaitement diaphane, qu on divise fictivement en deux parties, 1 une
anterieure (capsule anterieure), 1 autre posterieure (capsule posterieure).
Le cristallin, al etat normal, constitue une masse solide et transparente, molle
etpulpeuse dans ses parties les plus superficielles, plus ferme, plus dense et plus
glutineuse vers sa partie centrale, qu on designe sous le nom de noyau, sans que
ce dernier se distingue, par aucune ligne de demarcation, des autres parties,
dout la densite va insensiblement en diminuant du centre a la circonference.
Au point de vue de 1 anatomie pathologique de la cataracte, nous considererons,
dans le systeme cristallinien, deux parties : 1 une, externe, constitute par la face
anterieure de la capsule anterieure du cristallin ; 1 autre, interne, qui comprend
la leutille et la face interne de la capsule cristallinierine. Les opacites qui affectent
la premiere de ces deux regions donnent lieu a la cataracte fausse ou capsu-
laire ; celles qui ont pour siege la seconde, constituent la calaracte vraie ou
lenticulaire. C est de cette derniere que nous avons a nous occuper ici.
La partie intra-capsulaire du systeme cristallinien se compose, en allant de la
circonference au centre : 1 de la couche A epithelium de la capsule du cristallin,
qui tapisse la face interne ou cristalline de la moitie anterieure seulement de la
capsule, oil elle s etale sous une couche unique ; 2 de la couche des corpuscules
de Moryagni ; 3 de celle des corpuscules et des fibres embryonnaires ; 4 de la
couche des bulbes et des fibres bulbaires ; 5 de celle des fibres nuclee.es; 6 de la
couche des fibres rubanne es ; et 7 de celle des fibres dentele es (Testelin,
in MACKENZIE, traduction de Warlomont et Testelin, t. I[, p. 541). L epaisseur
de ces couches est variable, les premieres n etant appreciables qu au microscope,
tandisque les deux dernieres constituent, 1 une, la plus grande partie dela couche
corticale (fibres rubannees), 1 autre, la totalite du noyau (fibres dentelees).
126 \ji\. i a.na.u i >*,
Tous ces elements constitutifs du systeme cristallinien sont susceptibles de
perdrela transparence parlaite dont ils jouissent a 1 etat physiologique, et d entrer,
chacun pour sa part , dans la production de Talteration pathologique connue sous
le nom de cataracte. Nous passerons en revue les alterations que subissent ces
parties, dans les cataractesdites niolles, demi-molles et dures, c est-a-dire dans
99 pour 100 des cataractes qui se presentent, apres avoir d abord examine lacata-
racte au point de vue des modifications subies par le cristaliin dans son aspect en
masse, quant a sa coloration et a sa consistance.
Coloration. La premiere modification appreciable que subisse le cristaliin en
voie de cataracte, est 1 alteration de sa couleur : les couches corticales (fibres ruban-
nees) prennent une teinte gris blanchatre, toujours la meme, quelle que soit la
coulour du noyau ; celui-ci (fibres dentelees) devient tout au moins d un jaune
ambre, teinte qui passe successivement a la couleur acajou clair, puis a celle de
1 acajou fonce. Ceci n est pas invariable ; une cataracte ancienne pent avoir un
noyau peu fonce en couleur, et vice versa, mais c est rare. En general, le noyau
est d autant plus brun que la cataracte est plus ancienne et le malade plus avance
en age. Rarement la coloration en est prononcee, quand la maladie date de moins
d une annee. Presque toujours, 1 alteration debute par les coucbes corticales, prin-
cipalement par celles qui avoisinent 1 equateur de la lentille, pour de la en gagner
les parties centrales et, en fin de compte, le noyau. Ce n est pas a dire, pour cela,
que les cataractes corticales soient toujours peripheriques au debut ; les cataractes
disseminees et les cataractes stratifie es font exception a celte regie. On pent dire,
d une facon a peu pres cerlaine, que jamais la cataracte ne debute par le noyau.
Les cataractes corticales finissent d ordinaire par devenir nucleaires, mais on n a
jamais vu une cataracte absolument bornee au noyau ; toujours les coucbes corti
cales y participent dans une certaine mesure. Le noyau, au contraire, peut avoir
conserve sa coloration absolument normale, alors que les couches corticales qui
1 entourent out completement perdu la leur.
Les opacites corticales sont rarement generalisees et diffuses au debut; le plus
souvent, elles se presentent sous forme de stries ou taches, dont la distribution
variee a donne naissance aux cataractes strie es, e toilees, a trois branches, nacre es,
fenetre es, dehiscentes , disseminees, pointille es, etc. Pins tard, quand elles sont
completees, et quelquefbis au debut (cataractes congenitales), elles revetent un
aspect giisbleuatre uniforme ou pommele.
Consistance. Les changements de couleur qui s observent dans les diverses
couches du cristaliin correspondent invariablement avec des changements dans la
consistance de ces memes couches. Quand la cataracte oflre une teinte blanc
bleuatre pommele, la couche corticale est peu consistante; elle forme alors une
pulpe blanchatre, semblable a de 1 amidon peu cuit, qui tanlot constitue toute la
masse lenticulaire (cataracte molle), tantot ne fait qu entourer un noyau plus ou
moins dur (cataracte demi-molle), qui 1 abandonne volontiers derriere lui, au
moment ou il Iranchit la pupille ou la plaie keratique, dans 1 extraclion, ou dont
on la separe facilement en pressant le crislallin entre les doigts. Dans les cas de
cataracte striee, etoilee, etc., la couche corticale, au lieu d etre molle^ visqueuse
et facile a ecraser, comme a 1 elat normal, est devenue plus seche ; au lieu de se
reduire en pulpe, elle se laisse facilement fragmenter et separer par petites
ecailles, de sorte que, s il est permis de s exprimer ainsi, elle est devenue plus durej
plus consistante et neanmoins beaucoup plus fragile.
Quant au noyau; il est loujours plus dur et plus resistant qu a 1 etat normal;
GATARACTE. 127
malgre cette durete, ou peut-etre a cause d elle, le noyau se laisse beancoup plus
facilement separer en feuillets qu a 1 etat normal. En general, ce noyau est d au-
tant plus dur que la cataracte est plus ancienne et le sujet plus avance en age ;
d ou le precepte de n employer, pour en operer les vieillards, que 1 extraction
totale. Un noyau dur est rare avant 1 age de 40 ans.
Histologie. 1 Conche e pitheliale. Les cellules prennent un aspect pointille et
qrenu, qm les fait ressembler a des cellules dont le liquide interne aurait etc
coagule par un precede quelconque ; il est du, en effet, a la coagulation du liquide
de 1 interieur des cellules, mais aussi a I infiltration de celles-ci par de petites
ovamiles de graisse, ainsi que le demontre 1 action de I cther. Les cellules malades
sont exclusivement bornces aux points de la capsule qui se trouvent en regard dc
1 opacite. L aclherence des cellules a la capsule n est point diminuee. Parfois elle a
augmente entre elles et le cristallin, de facon a contribuer a la retention de la len-
tille, qui refuse alors de quitter 1 oeil, dans 1 operation de 1 extraction, bien que la
cornee et la capsule soient largement ouvertes.
Les cellules augmentent aussi considerablement de volume, de fagon a devenir
dedeux a trois fois plus grandes, tandis que le noyau, lui, diminue, au contraire,
et tend a disparaitre : mais cette alteration, qui s observe chez tous les cataractes,
ne leur est point exclusive, car elle se remarque aussi dans des cristallins de vieil
lards non cataractes.
Immediateinent au-dessous de la couche epitheliale, entre elle et la coucbe des
cellules de Morgagni, on trouve une coucbe grenue qui enveloppe tout le cris
tallin ; elle est d un gris jaunatre, et formee par 1 accumulation de granules, dont
le volume varie de O mm ,0009 a O mm ,0024. Us ne siegent dans aucun des elements
connus du cristallin, mais formeut, comme nous 1 avons dit, une couche continue,
etendue a toute la surface de la lenlille. Elle est constitute en grande partie par
de la graisse, car, lorsqu on la traite par de Tether, elle se dissout et met a nu la
couche des corpuscules de Morgagni alteres ; il se forme des goutteletles de graisse
liquide, des cristaux aciculaires, qui sont probablement de la stearine ; en fin, des
granules isoles, egalement insolubles dans la potasse caustique et 1 acide acetique.
D autres fois, au lieu de rester isoles, ils sont reunis par petites masses de O mui ,09
a O mm ,05, ayant quelquefois une forme arrondie, ce qui leur donne une ressem-
blance eloignee avec les globules inflammatoires ; mais leplus sonvent leur forme
est tres-irreguliere. II est rare qu on puisse voir ces granules sur des cristallins
extraitspar 1 operation : ordinairement la continuite de la couche dont ils se com-
posent est rompue, au moment ou la lentille franchit la pupille ou la plaie de la
cornee.
2 Corpuscules de Morgagni. Ils ont toujours subi une alteration dans la cata
racte ; au lieu de former une couche continue, ils se presentent constamment plus
ou moins dissocies, et il est rare d en trouver qui soient completement intacts ;
presque toujours j quand ils ne sout pas del ormes, la coloration en est au moins
Foit changee ; elle est devenue jaunatre, ne Jaissant passer qu incompletement la
lumiere, ou la refractant fortement, de sorte qu ils ressemhlent a de grosses goultes
d hiiile; Mais, de plus, le volume de ces corps est le plus souvent augmente jus-
qu a acquerir O mm ,057. Ils changent aussi de forme, s allongent, deviennent irre-
gulierement ovalaires, ou meme affectent une disposition plus irregulieie encore,
et leur dnveloppe laissd apefcevoir un double contour. Quaud on parvient a les
ecraser, orl voit qu ils ont a leur interieuf une silbstauce grenue, qui n est evi-
demment que le liquide albumineux qu ils renferment a 1 etat normal^ et qui se
128 liA l AKAlilli.
trouve coagule par 1* action morbide inconnne qui preside a la formation de Ja
cataracte. On voit, la [tlupart du temps, flotter, parmi les corpuscules de Morgagni
alteres, des gouttelettes de graisse plus ou moins volumineuses et parfaiteraent
reconnaissables.
3 Corpuscules et fibres embryonnaires. Les corpuscules prennent la teinte
jaunatre, ce qui les rend moins transparents et plus apercevables en une couche
distincte ; il en est de meme des fibres embryonnaires, qui, a peine visibles sur
un cristallin sain qui n a subi aucune preparation, deviennent ici extremement
marquees.
4 Bulbes et fibres bulbaires. Us semblent disparaitre et il est rare qu on
enretrouve des debris reconnaissables duns les cristallins cataractes. Peut-etre, vu
1 extreme tenuite de la couche dont ils se composent, est-elle plutot detruite par
les manoeuvres operatoires que par le travail pathologique.
5 Fibres nucle e es. L alteration principale qu elles subissent pour la plupart,
et c est Charles Robin qui 1 a, le premier, signalee, consiste dans la disparition
des noyaux. Le meme auteur a, de plus, reconnu qu elles se retrecissent de facon
qu apres avoir ete les plus larges de celles qui composent le cristallin, elles en
deviennent les plus etroites, et forment des faisceaux ressemblant a ceux formes
par les fibres du tissu fibrillaire ou cellulaire. Elles presentent une opacite gene-
rale grisatre, legerement grenue, tres-evidemment due a la coagulation de leur
liquide interne. Outre ces granules, si petits qu on ne peut les mesurer, 1 inte-
rieur des fibres en contient d autres, dont le volume variede O mm ,0009a O mm ,0005;
les uns offrent tous les caractcres de la graisse, ils disparaissent sous 1 action de
Tether ; les autres ne sont detruits ni par ce reactif, ni par la potasse caustique,
ni par les acides.
Ces fibres presentent encore une autre alteration; on les voit se fondre ensemble
par leurs bords, et finir par constituer des plaques plus ou moins etendues et irre-
gulieres, sur lesquelles on ne distingue plus de traces, in du noyau, ni de la
forme des fibres. Elles ressemblent assez ainsi a des cristaux de cholesterine
deformes, mais on les en distingue en ce que la potasse caustique ne les dissout
pas.
6 Fibres rubanne es. Elles subissent les memes alterations que les fibres
nucleees : opacite generale grisatre, aspect grenn et transformation des fibres,
reunies, par leurs bords, en plaques plus ou moins irregulieres.
7 Fibres dentelees. Elles constituent a elles seules, ainsi que nous 1 avons
dit, tout le noyau cristallinien. Dans la cataracte, elles offrent une opacite generale
qui, au lieu d etre grisatre, comme celles des fibres nucleees et rubannees, qui
forment les couches corticales, est d un jaune plus ou moins fonce, suivant la
teinte a laquelle le noyau est parvenu. Cette opacite est rarement egale partout ;
le plus souvent elle est notablement plus prononcee vers les parties superficielles,
et va en diminuant a mesure qu on se rapproche du centre du noyau. Elle est due
a la coagulation du liquide interne ; ce liquide, en se coagulant, semble avoir pris
du retrait et s etre ecarte des parois de la fibre, pour se masser au centre du
canal dont chacune d elles parait fournie. Cette masse coagulee offre success! ve-
mcnt des parties plus larges et d autres plus retrecies ; 1 espace qui existe entre
eile et la paroi interne de la fibre, demeure en general plus transparent que le
reste, tandis que 1 extreme bord de la fibre est accuse par une ligne bien noire, ce
qui permet de reconnaitre les dentelures beaucoup plus facilement qu a 1 elat nor
mal. Ces fibres of! rent comme une sorte de double contour d un contenu contracte
CATARACTE. 129
sur lui-meme, et presentant dcs alternatives de dilatation et de resserrement, mais
ces particularites sont vagues et comme dessinees a 1 estompe.
Les fibres dentelees peuvent etre encore, comme les aulres, infiltrees de gra
nules, dont les uns, graisseux, se dissolvent dans Tether, tanclis que les autres
insistent a tous les reactifs. Une partie de ces granules sont bien evidemment con-
tenus dans les fibres ; d autres constituent de petites plaques grenues, opaques,
qui paraissent disseminees entre les differentes couches de fibres. L opacite, gri-
satre a la circonference du cristallin cataracte, est jaunatre plus profondement, la
ou elle correspond au noyau, et va en diminuant de la superficie au centre, qui
quelquefois meme a conserve sa transparence normale. Outre cette opacite gene-
rale, due a la coagulation du liquide interne et au depot de granules graisseux
et autres, on apergoitdes opacites partielles, constitutes, les unes par des taches
grisatres irregulieres, plus foncees au centre, et dont la teinte s efl ace graduelle-
ment, les autres formees de lignes irregulieres, ponctuees, ressemblant a de la
poussiere qui, d abord tenue en suspension dans un liquide, s en serait precipitee
parlerepos. A un plus fort grossissement, on reconnait que les lignes ponctuees
sont produites par les extremites des fibres cristallines, qui ont ete coupees a des
niveaux differents et laissent voir la matiere opaque qu elles contiennent; leurs
dentelures sont aussi tres-apparentes ; elles ressemblent alors en miniature a des
stalactites suspendues a une voute.
En resume, voici les conclusions qu on peut tirer de ce qui precede (Testelin,
loc. cit., p. 549), en ce qui concerne les quatre-vingt dix-neuf centiemes descata-
ractes qui se rencontrent, et qui sont comprises sous les noms de cataractes
molles, demi-molles et dures :
1 La maladie debute toujours par la superficie du cristallin, tres-probablement
par la couche des cellules epitheliales, et commence au niveau de la circonference
de la lentille, tantot par la face anterieure, tantot par la posterieure, le plus sou-
vent peut-etre par les deux faces.
Aucune autopsie soignee ue demontre que la cataracte des vieillards puisse
debuter par le noyau, les couches superficielles de la lentille restarit d abord
intactes.
2 Elle est caracterisee, a la simple inspection, a Tosil nu et au toucher, par un
changement notable dans la transparence, qui est plus ou moins completement
perdue ; dans la coloration, qui devient gris blancbatre pour la couche corticale,
d un jaune brun, qui passe par toutes les nuances, depuis la couleur de 1 ambre
jusqu a celle de 1 acajou fence, pour le noyau ; dans la consistance : de glutineuse
qu elle est a 1 etat normal, la substance corticale devient seche et cassante, moins
facile a reduire en pulpe, excepte cependantdansla variete molle, et a une grande
tendance a se separer du noyau, sous la forme d une croute de 1 millimetre a
1 millimetre \ /2 ; quant au noyau, la durete en est beaucoup augmentee et nean-
moins les conches s en separent aussi par ecailles, et se laissent reduire en frag
ments plus facilement qu a l 6tat normal.
5 Le microscope fait voir que 1 opacite est surtout due : a. a la coagulation du
fluide albumineux contenu dans les divers elements du crislallin ; b. a un depot de
matieres grasses, qui se presenteat sous la forme de gouttelettes plus ou moins volu-
rnineuses, de cristaux de cholestcrine ou de granules solubles dans Tether ; c. a la
presence de petits granules insensibles a Taction de tous les reactifs employes
d ordinaire. Ges deux elements forment d abord une couche continue a la surface
du cristallin, immediatement au-dessous de la couche epitheliale; ils se rencon-
DICT. ENC. XIII. 9
130 (JATAKACTb.
trerit, deplus, disperses a 1 interieur de tous les elements constilutifs de la Jen-
tille. Ceux-ci paraissent n avoir eprouve que peu ou pas de deformation, a part les
corpuscules de Morgagni et les fibres nucleees.
4 Les alterations subies par le oristallin, et surtoutpar les couches superficielles
ou resident les elements de formation, sont trop compliquees et d une nature trop
facheuse, pour que Ton puisse esperer les modifier avantageusement au moyen
d un traitement medical.
Telles sont les modifications que subit le cristallin, dans 1 immense majorite des
cataractes dites molles, demi-molles et dures. II en est d autres, la cataracte
liquide ou de Morgagni, par exemple, la cataracte dite pierreuse et la cata
racte noire, ou les alterations different de celles que nous venons de passer en
revue.
Dans la cataracte de Morgagni, on trouve dans la capsule un liquide opalin,
demi-transparent, ou d un blanc laiteux plus ou moins opaque, dans lequel flotte
une portion plus ou moins volumineuse du cristallin, ayant conserve sa consis-
tance normale ou devenue plus dure, ou plus molle. Ce noyau est generalement
jaunatre, de teinte cornee, moins transparent qu a 1 etat normal et rarement blan-
chatre, opaque ou a peu pres.
Quant au liquide, il offre la constitution suivante (Ch. Robin) :
1 II se compose d un fluide tenant en suspension un nombre considerable de
fines granulations grisatres, d un diametre a peine commensurable, et douees d un
mouvement brownien plus ou moins vif .
2 Ce liquide tient en outre en suspension un nombre considerable de petites
gouttes ou granulations pales, a contour net, refractant peu la lumiere, et larges
de 1 a 5 milliemes de millimetre. Leur faible pouvoir refringent, leur solubilite
dans I ammoniaque, comme celle dont il est question ci-dessous, portent a croire
que les unes et les autres sont de meme espece et ne different que par leur volume.
Ces gouttelettes sont souvent si abondantes, qu elles se touchent par places dans
le champ du microscope.
5 On y remarque, en outre, une proportion de gouttes parfaifement spheriques,
d une homogeneiteparfaite, a bords extremement pales et tres-reguliers, refractant
faiblement la lumiere, et offrant une legere teinte rosee, quelquefois a peine
prononcee.
4 Toutes les fois que la surface du cristallin flottant dans le liquide est elle-
meme ramollie, presque diffluente, et plus ou moins opaque, on trouve, en outre,
dans ce liquide : a. soit des gouttes plus foncees, a contours sinueux, a stries con-
centriques; b. soit des corpuscules solides homogenes ; c. soit des corps granu-
leux speciaux.
Ces trois elements sont considered par Ch. Robin comme des productions raor-
oicles de nouvelle formation, et n existant plus dans le crislallin normal ; ils se
rencontrent aussi dans les autres especes de cataractes.
5 Quelquefois, mais rarement, on trouve des cristaux de cholesterine en sus
pension dans le liquide de la cataracte morgagnienne.
L anatomie pathologique, sans rien indiquer de positif sur la cause de cette
alteration de la couche superficielle du cristallin, fait connaitre au moins d uae
maniere exacte quelle est la partie de la lentille qui estle siege de cette alteration,
et demontre qu elle consiste en une liquefaction et une reduction en gouttelettes
de la substance des cellules et des tubes a noyau de la couche molle superficielle
(le I organe.
CATARACTE. 131
Dans la cataracte traitmatique et la cataracte pierreuse, caracterisees toutcs
deux par la presence d une grande quantite desels calcaires, ceux-ci se deposent a
la face interne de la capsule sous des formes variees, apres que le cristallin, que
la lesion capsulaire a mis au contact de 1 huraeur aqueuse, s y est ramolli et a ete
resorbe. Ce sont, en general, des amas de corpuscules jaunatres, a centre clair et a
contour noir net, se dissolvant sans effervescence dans 1 acide chlorhydrique et ne
laissant qu un residu grenu. Quelquefois la consistance du cristallin est a peine
alteree ; dans d autres cas, il presente une couche plus ou moins epaisse ayant la
consistance dure et la fragilite d une coquille d ceuf ; au centre, ce qui reste du
cristallin a tantot la consistance de platre mouille, tantot une durete tout a fait
pierreuse ; on ne peut le couper, il faut le briser ou 1 ecraser. Si Ton en porte alors
un fragment sons le microscope, on n apercoit qu une masse opaque, qui se dis-
sout avec effervescence dans les acides et ne laisse, le plus souvent, qu un residu
a peine appreciable. D autres fois cependant, la trame distincte du cristallin et ses
fibres dentelees s y font encore reconnaitre. Ces cristallins ne se trouvent jamais
que dans des yeux profondement desorganises, et ne peuvent etre consideres comme
constituant des cataractes simples. Us ont ete souvent pris pour des cataractes
osseuses, mais celles-ci en different essentiellement et sont tres-rares, tandis
que les pierreuses le sont fort peu.
La cataracte noire est excessivement rare. Ch. Robin n en a pu examiner qu un
seul cas. Testelin en a vu un egalement. Leurs descriptions different essentielle
ment 1 une de 1 autre. On peut done considerer 1 anatomie pathologique de cette
cataracte comme. etant encore a faire.
MARCHE. DDREE. TERMINAISON. On ne peut rien dire de precis relativement
la marche que suivra telle cataracte determinee. Tout ce qu on sait, c est que la
cataracte dure (cataracte senile, spontanee) arrive a maturite avec plus de lenteur
que la cataracte molle. Pour 1 une comme pour 1 autre, neanmoins, on est expose
a des surprises contre lesquelles il importe de se tenir en garde : telle cataracte,
depuis longtemps stationnaire, peut se completer en quelques jours ; telle autre, a
marche jusque-la rapide, devenir stationnaire sous 1 inlluence de causes qu il est
absolument impossible d apprecier. D une facon generale, il faut done etre extre-
mement reserve, dans les reponses a faire aux malades, qui demandent a etre fixes
sur le temps qui les separe encore dn moment ou ils auront a profiler des bene
fices de 1 operation.
Voici cependant, a ce sujet, quelques donnees utiles a connaitre : la cataracte
dure, commengant par le centre du cristallin, marche tres-lentement ; ce n est que
lorsque des stries se manifestent en meme temps dans la substance corticale,
qu on lui voit faire des progres relativement sensibles ; pour les unes comme pour
les autres, c est par annees qu il faut compter la distance qui separe le debut de
la maturite, sauf les incidents imprevus qui peuvent venir donner un coup de fouet
a la maladie. Quand la cataracte est molle, au contraire, que des stries nombreu-
ses traversent le cristallin et en ont presque atteint le centre, on peut augurer que
quelques mois suffiront pour la faire arriver a maturite. II y a neanmoins des
exceptions a cette regie. Ainsi Ton voit tels cataractes, chez lesquels le cristallin,
atteint de nombreux points de ramollissement, semble destine a devenir comple-
tement opaque en peu de temps, conserver, sans qu on puisse s en expliquer le
motif, une bonne vision pendant des annees entieres; d autres, par contre, deve
nir aveugles en quelques jours, bien qu ils ne presentassent que des noyaux durs.
132 UAi AKAU1E.
destines a priori a une evolution lente, ou menie a un etat entierement statioii-
naire.
La duree de 1 evolution complete de la cataracte, du debut a la maturite, est
done indeterminee ; elle est de quelques jours si la catavacte est traumatique, de
quelques mois a plusieurs annees si elle est spontanee. Quant a la terminaison,
on peut dire qu elle est toujours fatale, en cc sens qu une opacite cristullinienne
qui s es t spontanement developpee, ne retrocede jamais ; ainsi, un cat iracte pent
etre certain de devenir aveugle, s il vit assez pour que ses cataractes aient le
temps d arriver a maturite.
La cataracte confirmee peut subir des metamorphoses diverses : tantot on voit
les couches corticales ramollies se reduire a une couclie tres-mince, comme rata-
tinee, n ayant plus aucun de leurs caracteres primitifs, et comme appliquee an
noyau ; tantot le cristallin se penetre d une couche orgaiiique dans laquelle viennent
se former, soit des cellules analogues a celles des os, cataracte osseuse, soil des
depots calcaires, d un blanc opaque, crayeux ou jaunatre, cataracte crayeuse.Ces
deux formes se presentent presque exclusivement dans des yeux atteints de com
plications, surtout d irido-choro idite.
PRO.NOSTIC. II est grave, en ce sens que la cataracte, abandonnee a elle-meme,
ne guerit jamais. II Test moins, si 1 on considere la proportion notable de gueri-
sons que procure 1 operation bieu pratiquee. On peut dire, en effet, que quatre
vingt-dix pour cent, an moins, des cataractes, recouvrent une vision plus ou moins
parfaite a la suite de 1 operation faite dans de bonnes conditions. En general, le
mot de cataracte effraye beaucoup de monde, parce que celui d operation
est attache a sa guerison. Toutes les fois cependant qu on decouvre une opacite
cristallinienne, chez un vieillard qui declare avoir perdu insensiblement la vue
dejtuis plusieurs mois, on peut sincerement Ten feliciter; car c est de toutes les
affections entrainant une cecite plus ou moins complete, celle dont la curabilite
est le mieux etablie. Nous ne manquons jamais de tenir ce langage, et nous con-
seillons de ne point s en ecarter.
On se gardera cependant de I aire a ses futurs operes des promesses trop posi
tives. On pourra bien leur dire que, neuf fois sur dix, Toperation reussit a rendi e
la vue ; mais on ne leur promettra pas le retour a une vision parfaite ; cette
promesse engage trop la responsabilite du chirurgien, et menage aux operes des
mecomptes qui seront portes a sa charge. Au moment de mettre le couteau dans
1 oeil, un praticieu experimente se rappellera les complications possibles du cas,
celles de 1 operation, et les accidents de toutes sortes qui peuvent I accompagner
ou en etre la suite. Une certaine reserve lui est done imposee, et son propre in-
teret la lui conseille.
Ge serait ici le lieu de donner les statistiques des resultats de 1 operation, pro-
clames par les chirurgiens en renom. A quoi bon? Si une habilete manuelle ex-
ceptionnelle est necessaire pour realiser la moyenne des succes accuses, ne sait-on
pas qu elle n est pas le partage de tous, et que la publication de semblables listes
n est qu une reclame mal deguisee ou la sincerite fait trop souvent defaut? Et
puis, ne devrait-on pas s entendre, au prealable, sur le sens a donner au mot
succes, quand il s agit d operation de la cataracte? Pour 1 uii, c est la resti
tution d un suffisant degre de \isiou pour se conduire, reconnaitre les gens et les
gros objets; pour 1 autre, c est la faculte de lire de gros caracteres; pour tel autre
encore, plus exigeant, c est le retour a une vision parfaite. Autant de sujets, autant
CATARACTE. 155
d elements diff emits d appreciation. Au resume, pour etre pratique, disons que
1 operation de la cataracte rend la vue a neuf malades sur dix, et contentous-nous
de cette estimation globale, qui est la vraie, si Ton y fait entrer la masse totale des
operes d un pays tout entier, sans tenir compte de la main qui a tenu le couteau.
THERAPEUTIQUE. Lorsque le systeme cristallinien, prive de sa transparence,
fait obstacle au passage des rayons lumineux, et les empeche de parvenir jusqu aux
elements retiniens, qui doivent en transmettre 1 impression au cerveau, 1 indica-
tion est de debarrasser la pupille de 1 opacite qui est situee derriere elle. Pour
avriver a ce resultat, divers moyens sont en presence : restituer a la lentille sa
transparence perdue, ecarter le cristallin en entier, do facon qu il n occupe plus
aucune pai lie du champ pupillaire ; le broyer on le faire resoudre sur place ;
1 extraire completement de 1 oeil, ou enfin, quand 1 opacite se borne aux parties
centrales, creer une ouverture pupillaire nouvelle, qui permette aux rayons lumi-
ueux de traverser les parties restees transparentes de la lentille. Le premier de
ces moyens est du domaine de la medecme, et constitue le traitement medical
de la cataracte ; les autres en constituent le traitement chirurgical.
I. TRAITEMENT MEDICAL DE LA CATARACTE. Depuis les temps les plus recules
jusqu a nos jours, la guerison de la cataracte sans operation a ete 1 objectifde
bien des opbthalmologistes ; mais la decouverte de cette pierre philosophale de
1 oculistique est encore a faire. II y acependanta distinguer : quand 1 opacite cris-
tallinienne a ete le resultat d une cause accidentelle ou traumalique, le traitement
medical pent la faire disparaitre ou 1 arreter dans son developpement ; il en est
de meme qnand I inflammation est le point de depart de cette opacite. Dans ce der
nier cas, un traitement mercuriel et antiphlogistique pent produirede bonseffets.
Dansle premier, on y adjoindra utilement 1 emploi de revulsifs a la nuque, a la
tempe et autour de 1 orbite, et principalement les vesications ammoniacales. Sous
( influence de cette medication, les alterations de la couche epitheliale intra-cap-
sulaire peuvent se dissiper, et, dans les cas assez frequents ou elles constituent
loute la maladie, ne plus laisser aucun desordre apres elles. Peut-etre aussi cer-
taines calaractes, existant chez des sujets atteints defections diatbesiques, du dia-
bete par exemple, sont-elles suscepiibles de se modifier avantageusement en meme
temps que se modifie 1 etat general, sous la depeiulance desquelles elles se trouvent;
mais ces amt liorations ou ces guerisons ne sont pas encore bien etablies.
Les cataractes spontanees, soil congenitales, soit acquises par les progres de
lage, out jusqu ici dejoue et dejoueront sans doute eternellement tous les efforts
de la medecine. II suffit, pour se faire cette conviction, de considerer U alteration
profonde qu ont subie les elements cristalliniens dans les opacites de cette nature.
La destruction des fibres du cristallin, la transformation de leur enveloppe en
plaques vitreuses, le ratatinement de ces memes fibres dans les cataractes seniles,
sont autant de modifications organiques qui delient toute action medicatrice. Au-
tant vaudrait pretendre restituer a une peau ridee le veioute du premier age,
li;ur teinte juvenile a des cheveux blanchis par le temps.
Malgre cela, beaucoupd auteurs ont pretendu et pretendent encore guerir la ca
taracte sans operation. Gondret, Pugliati, et d autres, ont affirme qu on pouvait faire
disparaitre les opacites lenticulaires par 1 emploi soutenu des vesications ammonia
cales appliquees a la tempe; mais les fails authentiques de ces guerLsons font abso-
lument defaut. On a vu parfois, il est vrai, des cataractes recouvrer, apres ces
applications, un certain degre de vision, mais jamais par le fait du relour du cri-
134 CATARACTE.
stallin a sa transparence physiologique ; le traitement avait fait disparaitre cer>
taines complications, ne tenant que de loin a Taffection principale, telles que con.
gestions choro idiemie ou retinienne, et rien de plus.
Aujourd hui encore, on volt Ja medecine industrielle revenir a ces promesses
t-rompeuses, que condamne la science, et appeler a elle de nouvelles dupes. Qu y
faire? laisser aller a elle ce troupeau naif qui ne demande qu a etre trompe, et faire
autour de ses indignes reclames le silence du mepris. Aussi nous bornerons-nous
a dormer ici, sans y rien ajouter, les conclusions qu a prises a ce sujet le Con-
gres d ophthalmotoaie de Bruxelles, en 1857, apres un debat contradictoire,
pendant lequel pas un seul membre n a exprime 1 opinion que Ton put, par un
nioyen quelconque, guerir les cataractes spontanees sans le concours del inter-
vention chirurgicale. Ces conclusions sont les suivantes, le temps n y a rien fait
changer, et nous nous y rallions completement :
1 . Si, par le mot cataracte, on entend 1 opacite spontanee (ou survenue sous
1 influence de causes dont 1 action est jusqu a present restee inconnue) ; qui se pro-
duit plus ou moins rapidement dans la substance de la lentille cristalline, on peut
repondre sans hesiter : Non, il n existe dans les annales de la science aucun fait
autbentique, propre a demontrer qu une cataracte ait jamais retrograde ousesoit
jamais arretee dans sa marche, sous 1 influence d un traitement medical quel
conque.
2. Si Ton applique la denomination de cataracte aux opacites du cristallin qui
sont la suite de lesions traiunatiques , il existe des faits demontrant qu un traite
ment antiphlogistique institue avec energie, est parvenu a avreter le developpe-
ment de ces opacites, a en empecher la trop grande extension, ou meme a les faire
diminuer lorsqu elles existaient deja.
3. Si enfin Ton etend le mot de cataracte aux opacites de la capsule qui, dans
1 immense majorite des cas, pour ne pas dire dans tous, ne sont que des depots
consecutifs a une inflammation de 1 iris on de la membrane de 1 humeur aqueuse,
1 experience a demontre que Ton peut souvent obtenir la disparition de 1 opacite
par 1 emploid un traitement propre a ces dernieres affections (Compte rendu du
Congres d ophthalmologie de Bruxelles, 1857, p. 174).
II. TRAITEMENT CHIRURGICA.L DE LA. CA.TARACTE. Considerations generates,
1 . Toutes les fois qu il s agit de proceder a une operation de cataracte, on doit, au
prealable, s assurer qu il n existe chez le malade aucune condition susceptible cl en
contrarier Tissue. L age le plus avance n est pas une centre-indication, pas plus
que 1 age le plus lendre, si 1 etat general de la sante est favorable. Au conlnure,
un etat debile de la constitution, suite de maladies anterieures ou actuelles, doit
rendre reserve sur le pronostic de 1 operation, s il n en fait pas ajourner 1 execu-
tion. Quand il existe des complications du cote des voies lacrymales, des panpieres,
ou des membranes externes de 1 oeil, il faut d abord les ecarter. II importe surtout
de s assurer, avant toutes choses, de 1 integrite des membranes profondes, de
crainte que 1 operation, faite avecun succes chirurgical complet d aillcurs, nesoit
d aucune utilite au point de vue de la restitution de la vision.
Quelque epaisse que soit 1 opacite d une cataracte simple, elle ne Test jamais
assez pour empecher que des rayons d une lumiere suffisamment intense, diriges vers
la pupille, ne peneirent jusqu a la retine et n y accusent leur action, si cette mem
brane est saine. Ainsi un cataracte, conduit dans un appartement, voitd ou viennent
la lumiere exterieure, le jour, ou les foyers de lumiere artificielle, la nuit. Lorsqu on
interpose la main entre cette lumiere et 1 oeil, 1 ombre est plus ou moins percue,
CATA11ACTE. 135
selou le degre de 1 opacite. S il u en esl point ainsi, si le malade n accuse pas net-
tement la presence de la ilamme d une bougie, a la distance de 3 a 4 metres,
c est qu il y a complication du cote des parties profbndes affectees a la perception
visuelle, et danger d insucces pour 1 operation.
On doit, apres avoir fait cette premiere epreuve, si elle est heureuse, s assurer
de la forme et de 1 etendue du champ visuel. Pour cela, le malade etant place
dans un lieu obscur et regardant droit do.vant lui, on promene la flamme d une
bougie devant 1 ceil a examiner, et a la distance de 25 a 30 centimetres. Quand
cette flamme est percue dans toutes les directions, c est qu il n y -a pas de lacune
dans la perceptivite retinienne ; il en est autrement si, dans certaines positions de
lalumiere, celle-ci cesse d etre pergue. Quand cette insensibilite relative se mani-
feste de haut en bas, il y a lieu de soupgonner ua decollement de la retine ; une
affection du nerf optique est plus probable, si le deftut s exprirae sur une des
moities laterales du champ de vision. Lorsqu il y a complication de glauoome, c est
d ordinaire du cote nasal que la defectuosite se manifeste; du cote temporal, au
coiitraire, quand c est d une amaurose cerebrale que provient 1 obstacle. Dans tous
ces cas, 1 operation est contre-indiquee, si ces complications ne peuvent etre
ecartees. En ce qui concerne 1 etat glaucomateux qui, en dehors du retrecisse-
ment du champ visuel, se reconnait a la durete du globe, a une vascularisation
speciale, a la dilatation pupillaire, a 1 anesthesie de la cornee, etc., s il n estqu in-
complet, on pratiquera une iridectomie prealable, etl on ne la fera suivre d une ope
ration de cataracte, que lorsqu on aura remarque une diminution de la pression
intra-oculaire, resultat ordinaire d une section irienne methodiquement pratiquee.
Si un seal oeil est cataracte, 1 exanien ophthalmoscopique de 1 autre pourra etre
d un grand secours. II y aura, en effet, de fortes presomptions centre le premier,
si le second est reconnu le siege d une de ces affections profondes qui, d ordinaire,
existent des deux cotes a la fois, telles qu une atrophie papillaire, un staphylome
posterieur, un etat glaucomateux, une alteration de la choro ide ou du corps vi-
tre, etc. II y a a retirer de cet examen des indications qui, pour n etre souvent
qu a 1 etat de presomption, n en sont pas moins precieuses. Une pupille nette et
facilement dilatable est un bon indice du succes eventuel de Toperation ; une pu
pille immobile, au contraire, est de mauvais augure et doit faire redouter une
iritis consecutive.
Quand la perception quantitative de la lumiere et la mobilite pupillaire n existent
qu a un faible degre, il importe d interroger les phosphenes, et, si ceux-ci se
taisent, de s abstenir de toute operation.
2. Faut-il attendre, pour operer, que les deux yeux soient perdus, ou doit-on
operer Tceil dans lequel la vision est eteinte, bien que 1 autre jouisse encore d un
degre de vision ulile? La solution de cette question appartient au patient plus
qu au chirurgien. En termes generaux, les cas dans lesquels 1 oeil relativement bon
se perd pur ophthalmic sympathique, a la suite d une operation malheureuse de ca
taracte, sont tellement rares, qu il est permis de n en point tenir compteici. Le pa
tient aura done voix au chapitre. Si c est un rentier, dont 1 existence materielle est
independante de 1 exercice de sa vue, il pourra, sans trop d inconvenients, at
tendre, pour se faire operer, que ses deux yeux soient perdus. Si c est un individu,
au contraire, qui a besoin de son travail pour vivre, et si I oail relativement bon
qui lui reste ne lui permet plus de s y livrer, on pourra lui conseiller de faire
operer 1 oeil perdu, sans 1 obliger a attendre, souvent pendant des annees entieres,
dans une demi-cecite, que toute vision utile soit eteinte des deux cotes. En tout
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cas, on fera bien de laisser au malade le choix du moment decisif, apres lui avoir
franchement expose les chances bonnes et mauvaises de 1 operation.
Ceci s applique aux cas ou les deux yeux sont cataractes, mais a un degre diffe
rent, ainsi qu il arrive d ordinaire. Mais si un seul ceil est perdu et qu aucune vel-
leite d opacite ne se manifests dans 1 autre, quelle conduite faut-il tenir? II n y a
point ici peril en la demeure, et le chirurgien serait mal venu a trop presser pour
1 operation. II devra cependant la conseiller, en s appuyant sur les considerations
suivantes : lla restitution du second ceil, rendant au sujet son cbamp de vision
binoculaire, le met dans de meilleures conditions pour eviter les accidents, chocs,
rencontres, etc., auxquels les borgnes sont exposes; 2 bien que 1 ceil opere avec
succes ait une porteede vision differenle decelle de 1