Ml
9
A girt of
Associated
Medical Services Inc.
and the
Hannah Institute
for the
History of Medicine
s
T
DICTIONNAIRE ENGYGLOPEDIQUE
DhS
SCIENCES MEDICALES
r.-.r.is. IMP. SIMON IIACON F.T COMP., K JE D ERFCRTII, 1
DES
SCIENCES MEDICALES
COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS
ARCIIAMBAULT, AXENFELD, BAILLARGEH, BAILI.ON, BALBIANI, BALL, EARTH, BAZIN, BEAUGRAND, BECLARD,
B2HIER, VANBENEDEN, BERGER.BERNEIM, BERTILLON, BERTIN, ERNEST BESNIER, BLAGUE, BLACIIEZ, B01NET, BOISSEAU
BORDIER, BOUCHACOURT, CU. BOUCHARD, BOUISSON, BOULAND, BOULEY (ll.), BOUVIER, BOYER, BRASSAC, BROCA,
BROCIIIN, BROUARDEL, BROWN-SEQUARD, CALMEIL, CAMPANA, CAIILET (G.), CERISE, CHABCOT, CHASSAIGNAC,
CHAOVEAU .CHGREAU, COLIN (L.), CORNIL, COUI.IER, COURTY, DALLY, DAMASCHIKO, DAVAINE, DECI1AMBRE (A.), DELENS
DELIOUX DE SAVIGNAC, DELPECH, DENONV1LLIERS, DEPAUL, DIDAY, DOLREAU, DUGUET, DUPLAY (s.), DUTROUI.AU,
ELY, FALRET ().}, FARABEUF, FERRAND, FOLLIN, FONSSAGRIVES,
GAITIER BOISSIERE. GARIEL, GAVARRET, GERVAIS (p.), GILLETTE, G1RAUD-TEULON, GOBLEY, GODELIER, CREENIIM.!.,
GRISOLLE, CURLER, GUEN10T, GUERAKD, GUILLARD, GUILLAUME, GUILLEMIN, GUYON (F.),
HAJIELIN, HAVEN, HECIIT, HENOCQUE, ISAMBERT, JACQUEMIER, KRISHARER, IABRE (LEON), LABUEE, LABORDE,
LABOULBENE, LAGNEAU (G.), LANCEREAUX, LARCHER (o.), LAVERAN, LECLEHC (L.), LEFORT (LEON),
LEGODEST, LEGROS, LEGROUX, LEilEBOBLLET, LE ROY DE MERICOURT, LETOURNEAU, LEVEN, LEVY (MICHEL),
LIEGEOIS, LIETARD, UNAS, LIOUVILLE, LITTRE, LUTZ, MAGITOT <E.), MAGNAN, MALAGUTI, MARCHAND, MAREY, MARTINS,
MICHEL (DE NANCY), MILLARD, DANIEL MOLLIEKE, IIONOD, MONTANIER, MORACHE, MOREL (B. A.), NICAISE,
OLLIER, ONIHUS, ORFILA (L.), PAJOT, PARCHAPPE, PARROT, PASTEUR, PAULET, PERRIN (MAURICE), PETER (B.),
PLANCBON, POLAILLON, POTAIN, POZZI, REGNARD, REGNAULT, REYNAL, ROBIN (CH.), DE ROCIIAS, ROGER (B.),
ROLLET, ROTUREAO, ROUGET, SAINTE-CLAIRE DEVILLE (H.), SCHUTZENBERGER (CH.), SCHUTZENBEBGER (p.), SEDILLOT,
SEE (MARC), SERVIER, DE SEYNES, SOUBEIBAN (L.), E. SPILLMINN, TARTIVEL, TERRIER, TESTELIN,
TILLADX (P.), TODRDES, TRELAT (u.), TRIPIER (LEON), VALL1N, VELPEAU, VERNEUIL, VIDAL (EM.), VILLEMIN,
VOILLEMIER, VOLPIAN, WARLOMONT, WORMS (}.), WURTZ.
DIREGTEUR : A. DECHAMBRE
PREMIERE SER1E
TOME QUINZIEME
CHA CHE
ILIOTH|QUES
LJWAWES
PARIS
G. MASSON
L1BRAIRE DE L ACADEM1E DE MEDECINE
P. ASSELIN
L1BRAIIIE DE LA FACULTE DE MEDECINE
PLACE DE L ECOLE-DE-MEDECINE
MDCCCLXXIV
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,
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I for
V* Ji
3
DICTIONNAIRE
ENCYCLOPEDIQUE
DBS
SCIENCES MEDICALES
CIIALEIIR ANIMALE. Les animaux sont soumis aux lois gencrales dcs
echanges de chaleur entre corps voisins, soil au contact ou par conductibilite,
soit a distance ou par voie de rayonnement. Gependant, tant qu ils vivent, quelque
place qu ils occupent dans 1 echelle zoologique, ils jouissent de la faculte remar-
quable de ne se mettre necessairement en equilibre de temperature ni avec les
corps inorganiqnes, ni avec les autres etres yivants, places dans leur voisinage, ni
merae avec le milieu gazeux on liquide qui les enveloppe de toutes parts.
Dans les conditions normales de leur developpement et de leur existence, ils out
tons et conservent une temperature superieure a celle du milieu ambiant ; 1 ob
servation la plus vulgaire le demontre pour les oiseaux et les mammiferes. II est
necessaire de recourir a des precedes d investigation plus delicats, et surtout cle se
garantir avec soin de 1 action refrigerante de { evaporation, pour verifier 1 exacli-
tude de cette proposition dans le reste du regne animal; mais le fait n en est pas
raoins general et aujourd hui incontestable. Lorsque, exceptionnellement, le tber-
mometre s eleve aux environs de 45 degres ou depasse ce point de 1 echelle, les
animaux resistent a 1 echauffement et se maintiennent au-dessous de la tempera
ture exteiieure, pourvu toutefois que 1 influence ne soit ni assez intense, ni assez
prolongee pour compromettre definitivement leur existence.
I. Temperature des animaux. Les recherches entreprises dans le but de de
terminer la temperature des animaux sont tres-nombreuses; malheureusement les
resultats n en sont pas tres-comparables, parce qu ils n ont ete obtenus ni d:\us
des conditions identiques, ni avec des instruments d egale seusibilite. Ainsi, pour
les animaux superi eurs, les uns ont choisi la bouclte, pour lieu d observation,
d autres Yaisselle, d autres le rectum ; et, comme la chaleur est loin d etre uni-
formement repartie dans le corps des animaux, deja cette circonstance jette du
vogue et de 1 incertitude sur la valeur relative des delerminationsde temperature
t ourmes par les divers aiiteurs. Marline, J. Hunler, J. Davy, Newport et la plupart
des observateurs ont employe, dans leurs recherches, le thermornetre a mercure;
DICT. E\C. \Y. 1
2 CHALEUR ANIMALE.
MM. Becquerel et Dutrochet se sont servis d airjuiUes thermo-electriques. Nous
verrons plus tard que, pour certames determinations de temperature locale chez
les animaux superieurs, et aussi pour .ipprecier 1 etat thermique de beaucoup d ani-
maux inferieurs, les appareils thermo-electriques peuvent seuls donner desresultats
acceptables. II ne faudrait pourtant pas exagerer les inconvenients de ce manque
d homogeneite dans les instruments et les precedes d observation. En analysant
avec soin les fails particuliers, en tenant compte des circonstances au milieu des-
quelles ils ont ete recueillis, en ne rapprochant qu avec reserve les materiaux
fournis par les divers observateurs, il nous sera toujours possible d eviter 1 erreur
et d asseoir nos conclusions sur des bases incontestables.
A. Temperature des animaux superieurs. L etude comparative de la tem
perature des animaux et de celle du milieu, air ou eau, dans lequel ils vivent, les
a fait partager en deux groupes tres-naturels. Le premier comprend les mammileres
et les oiseaux, pour lesquels a ete longtemps et exclusivement reservee la denomi
nation (Yanimaux a sang chaud, parce qu on les considerait, a tort, comme les
seuls etres vivants doues d une temperature propre. Dans le second groupe rentrent
tous lesautres animaux, encore generalement connussousle nomimpropre d ani-
maux a sang froid. Chez ces derniers, la production de cbaleur est assez Mble
pour avoir ete mise en doutepar quelques pbysiologistes. Longtemps, eneffet, on
a pu croire quj leur temperature se confond avec celle du milieu ambiaiit et la
suit exactement dans toutes ses variations. Des faits nombreux, fournis par des
nioyens d observation plus exacts, ont fait justice de celte erreur.
Oiseaux. De tous les etres organises, les oiseaux sont ceux dont la temperature
est le plus elevee. Ce fait, universellement reconnu, a ete mis hors de toule con
testation par les travaux de Marline, de J. Hunter, de J. Davy, deM. Despretz, de
MM. Prevost et Dumas, etc., etc. II resulte des recherches de ces observateurs
qu a 1 age adulte, et sous 1 influence d une alimentation suffisante, la temperature
des oiseaux ne s abaisse pas normalement au-dessous de 59,44 de^res, et ne s e-
leve pas au-dessus de 45,90 degres.
Mammiferes. Quoique places a un degre superieur de 1 echelle animale, les
mammiferes ont une temperature sensiblement moins elevee que celle des oiseaux.
Les resultats nombreux, dont la science s est successivement enrichie, permettent
d etabhr que la temperature des animaux appartenant a cette premiere classe des
vertebres oscille normalement entre 35,50 et 40,50 degres, atteignant ainsi, par
sa liiiiite superieure, la limite inferieure de la temperature des oiseaux. Malgrc
leur presence conlinuelle dans 1 eau, les Ce tace s ne font pas exception a cette
regie. II n en est pas de memedes Mammiferes hibernants; quoique leur organi
sation leur assigue une place tres-elevee dans 1 eclielle zoologique, ces derniers
mammiferes, par le phenomene de la calorification, se conibndeut presque com-
pletement avec les animaux des classes infeiieures.
Entre les limites precedemment etabliei,la temperature des mammiferes et des
oiseaux varie suivant lu Lmille, le genre, 1 espece auxquelsappartient ranini;il ;
on ne la trouve pas non plus parfaitement identique cbez les divers sujets d une
meme espece. Le climat, lasaisoii, les diverses heures du jour et de la nuit, et les
diverges autres conditions pbysiologiques n exercent qu une faible influence sur
la temperature geneiale de ces auimaux, mais impriment de notables modifica
tions a la temperature locale des diverses parties de leur corps. Les tableaux sui-
vants, dont nous avons emprunte les elements aux pnncipaux observateurs qui se
CHALIiUR ANIMALE. 5
sont occupes de recherches de ce genre, ea meme temps qn ils serveflt de justifica
tion a nos propositions generates, doiment unejuste idee de 1 etendue et del im-
portauce de ces variations individuelles.
TEMPERATURE DBS OISEAUX.
DESIGNATION
DE L ANJMAL.
TEMPERATURE
DE L ANIMAL.
LIEU
DE L OBSEKVATION.
NOM
DE L OUSEHVATEUK.
Chat-huaut
40 (JO
Petrel ....
AO ifl
; j
40 80
i A
id.
41 10
id.
Die commune
4,1 70
id
id.
Choucas
42 10
id
id.
42 10
ia.
irl
id.
42 10
;j
id.
42 00
nl.
42 50
;j
id.
Poule commune
42 50
irl
id.
42 70
iH
id.
4-2 80
id.
Pigeon commun libre
43 00
iH
id.
43 30
* iH
id.
J3 TO.
;j
id.
42 ^0
iff
id.
43 30
iH
id.
i 1 ^ Q(l
;j
id.
43 90
rl
id.
Canard commun
43 90
jl
id.
u on
;j
id.
Poule
41 50
Prevost et Dumas.
Pigeon
42 00
iH
id.
Canard
42 50
id
id.
Poules
de 39 i4 a iO 00
iH
id.
Coos. .
de 59 44 a 40 00
id
J. Hunter.
41 80
id
id.
jn pn
iH
Delaroche.
42 50
iH
id.
Trois moineaux francs bien couverts de
Vl OS
; j
id.
Quatre chats-huants volant bien
Deux corneillescommensant a manger seule>
Chouette adulte
40 ,91
41 ,17
I7
id.
id.
i A
Desprelz.
id.
id.
Tiercelet adulte <
41 47
\A
id.
L\ R7
id.
41 96
id
id.
Bruant adulte
42 88
id
42 Ql
iH
Trois pigeons
42 98
id
id.
Quelques petits oiseaux
44 03
de39 44 a 42 22
4 .
Marline.
TEMPERATURE DES MAMMIFERES.
DESIGNATION
DE L ANIMAL.
TEMPERATURE
DE L ANIMAL.
LIEU
DE L OBSREVATION.
ISOM
DE l/OBSERVATEl K.
Tigre
^o 9ft
37 50
iH
. Davy.
^8 SO
i"H
Lievre commun.
37 80
iH
iH
58 50
iH
l a
CHALEUR ANIMALE.
DESIGNATION
EE L* ANIMAL,
TEMPERATURE
DE L ANIMAL.
l.IEU
DE L OBSERVATION.
NOM
DE LOESERVATEL n.
38% 50
38 ,80
38 ,90
38 ,90
39 ,00
39 ,60
59 ,40
59 ,40
39 ,50
39 ,70
de57",30a40,00
de 59 .50 a 40 ,00
de 40 ,00 a 40 .50
40 ,00
55 ,SO
56 ,80
37 ,40
58 ,00
58 ,00
58 ,00
58 ,50
59 ,20
55 ,76
59 ,48
59 ,78
57 ,50
57 ,50
36 ,95
37 ,78
38 ,40
59 ,00
59 ,00
39 ,00
39 ,60
39 ,60
39 ,70
40 ,00
40 ,00
40 ,00
37 ,80
35 ,6-2
38 ,89
40 ,00
Rectum,
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
Vagin.
Rectum,
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
dans le foie.
plaie du coil,
a la peau.
dans le ventre.
J. Daw.
id. "
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
revest et Dumas.
id.
id.
id.
id.
id.
Id.
id.
Despretz.
id.
id.
J. Hunter.
id.
id.
id.
Delaroche.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
J.Davy.
Broussonnet.
Marline,
id.
I h
Chat
M
Dans un travail tres-remarquable sur la temperature des oiseaux palmipedes,
M. le professeur Ch. Martins a voulu determiner la temperature moyenne d une
espece animate et les limites entre lesquelles elle peut varier. 11 s est servi d un
thermometre construit par M. Walferdin, assez sensible pour donner directement
un cenlieme de degre. I/instrument etait introduit par 1 anus, de maniere que le
reservoir se trouvat place a peu pres au centre du corps de l animal. M. -Martins
a pris ainsi, en hiver et en ete, la temperature de 85 Canards domestiques des
deux sexes, vivant dans les conditions les plus diverses, dans le nord et le midide
la France.
La temperature moyenne de 1 espece est de . . . 42,lls
La temperature moyenne des males est de. . . . 41 ,962
La temperature moyenne des femelles est de. . . 42 ,273
Les limites externes des temperatures observes sont :
CHALEUR ANIMALE. 5
Pour Ics males 40 ,97 42 , 17
Difference 1 ,50
Pour les femelles .... 40 ,90 43 ,45
Difference 2 ,55
Ces resultats montrent que, dans 1 espece canard, la temperature des femelles
est sensiblement plus elevee et aussi plus variable suivant les sujets, que celle
des males.
La temperature moyenne de sept Eiders, sans distinction de sexe, dans des con
ditions telles que Fair ambiant a varie entre 1,7 au-dessous et 17 au-dessus de
zero, s est elevee a 42, 79.
Les temperatures observees ont varie :
Pour I Eider, entre 42MO et 43,22
Difference l a ,12
La temperature moyenne de 1 Oie domestique adulte, conclue de cinqunnte oh-
servations portant sur des sujets de sexes diflerents, s est elevee a 41,477.
Les temperatures observees ont varie :
Pour 1 Oie, entre 40",82 et 42",02
Difference 1,20
Ce Iravailde M. Martins montre combieu ilserait a desirer que les temperatures
des pi incipales especes animales fussent etablies par des moyennes, deduites ellrs-
memes d un nombre considerable d observations comparables. Les resultats prece
dents montrent, en effet, que les differences entre la temperature d un sujet isole
et la temperature moyenne de 1 espece a laquelle il appartient peuvent depasser
un degre du thermometre centigrade.
Temperature de I homme. La determination de la temperature de 1 homme
a beaucoup preoccupe les observateurs. Boerhaave est certainement reste au-dessous
de la verite, en la disant comprise entre 55, 33 et 34,44; Martine donna nne
bonne indication, en la fixant entre 56, 11 et 36,67..Plus tard, J. Hunter an-
nonga qu un homme bien portant a, dans le rectum, une temperature 36,95, et
enfin, dans ses lecons de chirurgie, il dit : La temperature normale du corps
liumain est d environ 37, 22. MM. Prevost et Dumas nous paraissent avoir
adopte un nombre trop eleve, en indiquant 39 pour la temperature de I homme.
Les resultats de M. Despretz et de J. Davy nous semblent de nature a fixer la science
a ce sujet. La moyenne des dix-sept observations de M. Despretz sur I homme
adulte entre 18 et 68 ans donne 37, 09 pour valeur de cette temperature. La
moyenne de quarante-cinq observations, faites par J. Davy dans des conditions de
temperature exterieure qui ont varie entre 15,5 et 27, 8, donne 37, 30 pour la
temperature de I homme, prise a la racine de la langue.
Nous avons deja dit combien il serait desirable que les divers observateurs se
fussent accordes pour choisir uue meme region du corps comme siege de leurs re-
cherches thermoroetriques ; les resultats seraient incontestablement plus compa
rables. Tout courant d air, passant sur une surface humide, est une cause d eva-
poration ou de refrigeration. Lorsque done le thermometre est place dans la
bouche, il- faut de toute necessite que, sous peine de s exposer a de graves erreurs,
la respiration sefasse exclusivement par les narines; notre experience personnelle
nous a appris que cette condition indispensable est tres-difficile a realiser. L anus
n exposepas aux memes erreurs, mais la difficulte de 1 operation, et la resistance
invincible opposee par certains sujets a une semblable manceuvre, ne permettent
6 CIIALEUR ANIMALE.
pas de generaliser ce mode d observation. La main embrasse cien le reservoir du
thermometre, maiselleesttrop influenced paries variations du milieu ambiant pour
que ses indications puissent etre prises pour la traduction dela veritable tempera
ture du corps. L aisselle nous a loujours paru,etnous paraitencorele lieu que 1 on
doit choisir pour determiner la temperature du tronc. L e reservoir du thermometre
s applique bien detoutes parts contre la peau, quand on asoin, ce qui est toujours
facile, de tenir le bras rapproche du thorax ; la lecture se fait facilement sur place
ct sansqu il soit besoin dederanger 1 instrument. Cette region estassez bienabrifo
centre les variations exterieures pour que les resultats obtenus representent exac-
tement la temperature du corps ; enfin, 1 observation n entrainant apres elle ni
i atigue, ni repugnance, peut etre prolongee assez longtemps pour que 1 equilibie
s etablisse entre le thermometre et la peau. Malgre les differences signalees dans
le precede operatoire suivi, en consultant les resultats de nos recherches person-
nelles et en Jes rapprochant deceux des autresobservateurs, nous croyons etre dans
la veriteen disanl. que, dans 1 etat physiologique, la temperature de I liomme adulte,
prise sous 1 aisselle, oscille, dans nos climats temperes, entre 36, 50 et 37, 50.
Les observations de W. Edwards et J. Davy montrent que 1 ctat thermique du
milieu ambiant exerce sur la temperature des nouveau-nes, des tres-jeunes en-
fants et des vieillards, une influence beaucoup plus considerable que sur celle des
adultes. Aux deux extremites de la vie, 1 homme ne resiste qu incompletement
aux causes exterieures de refroidissement ; la puissance de calorification est evidem-
ment moindre qu a l age adulte, alors qu il est dans la plenitude de son develop-
pement. Quand les tres-jeunes enfants et les vieillards restent, sans protection suf-
lisante, exposes a 1 action d une atmosphere refroiilie, leur temperature s abnisse
a un dcgre auquel ne tombe jamais celle d un adulte bien constitue. Toutes choses
egales d ailleurs, le refroidissement constate du corps est d autant plus considerable
que le sujet en observation est plus rapproche du moment de sa naissance ou est
deja parvenu a un age plus avance. Cetle circoustance, dont les experimentateurs
n ont pas toujours assez tenu compte, fournit 1 explication des grandes divergences
i|iii existent entre les resultats obtenus par les divers observateurs qui out cherche
a determiner la temperature moyenne de 1 homme aux divers ages de son existence.
Tout concourt a demontrer que, dans un lieu a temperature douce , quand ils
sont protege par de bons vetements, les enfants, les vieillards et les adultes se
maintiennent sensiblement a la meme temperature.
Invariabilite de la temperature des animaux superieurs. Le trait caracte-
ristique des mammifereset des oiseaux est d avoir une temperature sensiblement
independante des variations de celle du milieu ambiant. II ne faudrait pourtant
pas exagerer la resistance opposee par ces animaux aux influences exterieures.
Independamment des refroidissements si frequemment observes aux extremites des
mernbres, il est bien prouve aujourd hui que la temperature du tronc est legere-
ment modifiee par le passage des climats froids aux climats chauds, ou de la
saison froide a la saison chaude. Ainsi nous trouvons dans un memoire de
J. Davy que :
Le 4 avril 1816, a midi, par une latitude Sud de 23 44 , le thermometre a
1 airlibre marquant 26, 7, la temperature de six matelots bien portants, ages de
20 a 28 ans, prise sous la langue, varia entre 37, 5 et 38, 3; la moyenne fut de
37,7.
Le 5 mai 1816, a midi, par une latitude Sud de 35 22 , le thermometre a
CHALEUR ANIMALE. 7
fnir lihre marquant 15,5, la temperature des memes hommes, prise de la meme
maniere, varia entre 36,6 et 57,1 ; la moyenne ne s eleva qu a 56,8.
Pourun abaissement de 11, 2 de la temperature exterieure, la temperature
moyenne des matelots s etait done abaissee de 0,90.
W. Edwards a constate dfs fails du meme genre sur les animaux. La tempera
ture moyenne des moineaux soumis a ses experiences etait moyennement :
Enfevrierde 40 ,80
En avril de 42 ,00
En juillet de 43 ,77
La variation de temperature de ces oiseaux s est elevee a 2, 97 l .
Ces oscillations, surtout les dernieres, ne sont sans doute pas negligeables ;
mais, quand on les compare a 1 etendue des variations survenues dans 1 etat tlier-
mique du milieu ambiant, elles ne sont pas assez considerables pour jetcr des
doules sur 1 exactitude des resultats generaux precedemment exposes. La force do
resistance des animaux superieurs aux causes exterieures de refroidissement est
suffisamment prouvee par la lecture des voyages vers les regions polaires, pendant
lesquels Tliomme a pu vivre dans une atmosphere a 70 au-dessous de zero sans
eprouver de changements notables dans sa temperature. Pour fixer les idees a cc
sujet, nous rapportons ici les resultats obtenus par le capitaine Parry et par le ca-
pitaine Back dans leurs voyages vers le pole Nord. Le premier a vu un Renard
conserver une temperature superieure de 76, 7 a celle du milieu ambiant; le se
cond a constate qu un Lagopede des saules 1 emportait de 79,1 sur la tempera
ture de 1 atmosphere. Ces 1 aits paraitront sans doute suffisants pour nous autori-
ser a considerer les mammiferes et les oiseaux comme des animaux a temperature
physiologiquement constante.
RESULTATS FOURNIS PAR LE CAPITAINE PARRY
DESIGNATION
DE t ANIMAL.
TEMPERATURE
DE L ANIMAL.
TEMPERATERE
DE L ATMOSPHERE.
DIFFERENCE.
41 ,5
25 ,6
67 ,1
38 5
20 ,6
59 1
_ .
37 ,8
19 4
37 ,2
58 5
29 ,5
68 9
37 6
26 ,2
65 ,8
56 ,6
25 ,5
59 ,9
37 ,6
23 ,3
60 9
40 2
50 ,5
70 7
58 3
29 4
67 7
Renard
57 8
26 ,2
64
41 1
35 ,6
76 ,7
39 4
52 8
72 2
59 4
52 8
72 ,2
38 9
51 7
70 6
38 ,5
35 ,6
73 ,9
Loup
40 ,5
52 ,8
73 ,3
1 En presence d une difference de cet ordre on ne saurait trop regretter que W. Edwards
n ait pas indique le degre de la temperature exterieure au moment meme de chacune des
trois observations.
CHALEUR ANIMALE.
RESULTATS FOURNIS PAR LE CAPITAINE BACK.
DESIGNATION
DE L ANIMAL.
TEMPERATURE
DE i, ANIMAL.
TEMI ERATUKE
DE L ATMOSPHERE.
DIFFERENCE.
Gelinole noire d Amerique (male). . .
A1 9
Gelinote d Amerique (male)
4"
-1 K ft
42 g
V
42 <5
Q A
.
42 8
42 4
1 ,1
1Q 7
43 3
7Q Q
43 3
Repartition de la temperature chez les animaux superieurs. Les divers re
gions du corps d un meme animal n ont pas toutes la meme temperature. Dans
ses recherclies, Martine a trouve a la peau un degre de moins que dans les vis-
ceres interieurs, et dans ceux-ci un degre de moins que dans le sang. Sur un
chien, J. Hunter a trouve 38",06 dans le rectum, 38, 20 dans le tissu du foie,
38,33 dans 1 estomac et dans les cavites droites du cceur. Le meme observateur,
ayant explore 1 urethre a di verses profondeurs, trouva 33, 53 dans ce canal a un
pouce de 1 extremite du gland, 33,89 a deux pouces, 34,44 a quatre pouces,
56, 11 an niveau du bulbe. Par une temperature exterieure de 17, 78, J. Hunter
constata, sur un loir bien portant, que le thermometre montait a 23, 33 dans le
milieu de 1 abdomen, a 27,67 pres du diaphragme, a 37,50 presdu foie; la tem
perature de 1 air ambiant etait de 17,8. Sur un cheval tue par la section de la
moelle epiniere, Carlisle tronva 36,1 1 dans la vessie, 36,67 dans le colon, 38,55
dans 1 estomac, 39,44 dans la rate. G est surtout J. Davy qu i a public de no m-
breux et importants resultats sur la repartition de la temperature dans les diverges
regions du corps d un meme animal. Sur cinq agneaux, ou moment de la mort
il a trouve moyennement 40,45 dans le rectum, 40,67 dans le veutriciile droit
du cosur, 41,22 dans le ventriciile gauche. Sur quatre agneaux recemment tues,
la temperature, du cerveau s eleva moyennement a 40",53 et celle du rectum -1
40", 91. Nous devons au meme auteur le tableau suivant de la repartition de la
temperature dans les diverses regions du corps d un agneau qu on venait de sa-
crifier :
Surl os du tarse 32,22
Sur 1 os du metatarse 36 ,11
Sur 1 articulation du genou 58 ,89
Vers le haul de la cuisse ......... 59 ,44
Sur la hanche 40 ,00
Au milieu de la matiere cere brale .... 40 ,00
Dans le rectum 40 ,56
Dans le sang de la reine jugnlaire 40 ,84
Vers la base du foie 41 ,11
Dans le ventricule droit du ctKur .... 41 ,11
Dans le parenchyme du foie 41 ,39
Dans le parenchyme du poumon 41 ,39
Dans le sang de la carotide 41 ,67
Dans le ventricule gauche du co3ur. ... 41 ,67
Les temperatures locales superficielles rapportees dans le tableau precedent out
etc pnses en plocant le reservoir du thermometre sous la pcau au moyen d uue
incision. La meme precaution n a pas pu etre observee dans les recherclies sui-
CHALEUR ANIMALE.
vantes qin portent snr lliomme vivant; cependant, bien qu elles aient moins de
valeur que les precedentes, nous croyons devoir les mentionner :
Sons la plante du pied. . . . 32 ,22
Enlre la inalK ole interne el 1 insertion du
tendon d Achille, sur 1 artere 33 ,89
Sur le milieu du tibia
Sur le milieu du mollet 5,-> ,89
Sur 1 artere poplitce au pli du genou . . 55 ,00
34 ,44
32 ,78
35 ,84
55 ,00
34 ,U
Sur la sixieme cote droite 33 ,89
Sous 1 aisselle, ou Von applique la surface
entiere du reservoir du thermomelre. 36 ,67
Sur la femorale an milieu de la cuisse .
Sur le milieu du muscle droit
Sur les gros vaisseaux de la hanche . .
1/4 de pouce au-dessous du nombril . .
Sur la sixieme c6te gauche, sur le coeur
La temperature relativement tres-elevee de 1 aisselle tient evidemment a ce que
le thermometre s est trouve, la seulement, convenablement place pour uue bonne
observation, parce que la totalite du reservoir etait en contact avec les parties vi-
vantes. Ce resultat prouve que, pour constater la temperature des parties super-
ficielles, le thermometre ordinaire a reservoir spherique ou cylindnque ne pent
rendre que tres-peu de services.
Des tableaux et des resultats qui precedent on peut conclure ce qui suit:
temperature va croissant a mesure que de la peau on penetre dans I interieur de
1 animal et que Ton s avance des cxtremites libres des membres vers leurs ratines ;
2 les parties contenues dans le crane ont une temperature inferieure a celle des
visceres du bassin; o la temperature du tronc va croissant de ses deux extremites
vers le diaphragme; 4 le maximum de temperature est dans le ventricule gauche
rlu cceur.
Depuis Boerhaave, les physiologistes les plus recommandables ont admis que la
temperature du sang arteriel est superieure a celle du sang veineux. J. Davy a
iburni sur ce sujet des documents d une haute importance; il a constate que la
temperature du sang de la carotide 1 emporte moyennement de 0,67 sur celle
du sang de la jugulaire chez cinq agneaux, de 0,62 chez trois brebis, de 0,66
chez deux boeufs. Ces experiences ont ete pratiquees sur des animaux vivants; de
tres-petits thermometres etaient introduits dans les vaisseaux. Ce mode operatoire
n est pas a 1 abri de toute objection; il peut en resulter un trouble notable dans la
circulation. J. Davy dit avoir constate, sur des agneaux morts d hemorrhagie, que
les cavites gauches du cosur out une temperature superieure a celle des cavites
droites.
M. Becquerel a employe des aiguilles thermo-electriques pour etudier la repar
tition de la temperature dans le corps des animaux. Apres avoir verifie 1 exacti-
tudedes resultats obtenus par J. Davy, il a applique tres-heureusement cette me-
thode d exploration tres-delicate et irreprochable a des questions dont le thermo
metre a mercure ou a alcool n aurait jamais pu fournir une solution satisfaisante.
Les aiguilles thermo-electriques, en effet, peuvent etre glissees dans les interstices
des tissus sans les desorganiser ni les dechirer, et poussees dans les vaisseaux san-
guins sans occasionner aucun trouble dans la circulation.
Supposons qu il s agisse de mesurer la temperature des masses musculaires du
bras. M. Becquerel commence (fig. 1) par traverser le corps des muscles de cette
region avec une aiguille thermo-electrique a soudure mediane; il place dans la
bouche la soudure de 1 autre aiguille. Ces deux aiguilles, raises en communica-
10
CHALEUR ANIMALE.
tion avec le galvanometre par leurs extremites cuivre, sont reliees Tune a 1 autre
par lenrs extremites fer, a 1 aide d nn fil du meme metal. Le sujet en experience
respire par le nez; un tres-petit thermometre place sous la langue indique la
temperature de la bouche et mon-
tre qu elle se maintient constante
pendant toute la duree de 1 obser
vation. Le sens de la deviation de
1 aiguille du galvanometre indique
de quel cote existe Vexces de tem
perature ; une table de reduction
construite a 1 avance sert a estimer
la valeur de cet exces en degres
centesimaux.
Quand il s agit de comparer la
temperature de deux parties du
corps, comme, par exemple, d un
Fig. i. muscle et du tissu cellnlaire qui
1 entoure, chacune de ces parties
est transpercee avec une des deux aiguilles qu on met ensuite en communication
entre elles et avec le galvanometre; 1 operation se termine comme precedem-
ment par 1 observation de la deviation et sa transformation en degres centesimaux
Les faits dont ces rechercbes de M. Becquerel ont enrichi la science sont tres-
importants ; nous consignons ici les principales conclusions de son travail.
\ Le sang, soit arteriel, soit veineux, est d autffnt^lus chaud qu on Yexamine
plus pres du cceur. Ainsi, dans la carotide, la temperature du sang est de 15
au-dessus de celle du sang de 1 artere crurale; la temperature du sang de la ve ine
jugulaire 1 emporte de 0,30 sur celle du sang de la veine crurale.
2 La temperature du sang arteriel est toujours notablement supe rieure a celle
du sang veineux quand 1 experience porte sur des points correspondants de vais-
seaux collateraux. Ainsi, a 1 origine de 1 aorte, la temperature du sang 1 emporte
de 0,84 sur celle du sang de la veine cave supe rieure, au point ou ce dernier
vaisseau s ouvre dans 1 oreillette droite ; la temperature du sang de 1 artere crurale
estrooyennement superieure de 0,98 a celle du sang de la veine crurale.
3 La temperature des muscles 1 emporte considerablement sur celle dutissu
cellulaire qui leur sert d enveloppe. M. Becquerel a constate directement ce fait
sur 1 homme et sur les animaux. Ainsi, chez I homme, la moyenne de quatre
experiences donne au.biceps brachial une temperature superieure de 1,57 a celle
du tissu cellulaire adjacent; sur un chien, la temperature d un muscle de la cuisse
au repos a ete trouvee superieure de 1,40 a celle du tissu cellulaire ambiant.
La question de la repartition de la temperature dans le sang arteriel et dans le
sang veineux des diverses regions de 1 economie a ete reprise dans ces derniers
temps par M. Claude Bernard. Nous n avons pas a entrer ici dans les details des
precedes experimentaux adoptes par 1 eiiiinent physiologiste. II a fait usage tantot
des thermometres metastatiques a mercure de M. Wallerdin, tantot des & thermo-
metres a mercure construits par M. Fastre. Le reservoir de 1 instrument avail de
4 a 5 millimetres de diametre et de 2 a 5 centimetres de long. Le volume de ce
reservoir ne genait pas la circulation dans les vaisseaux ou on le placait, et ses
parois tres-minces donnaient au thermometre une grande sensibilite. Chaque de-
gre centesimal de 1 echelle etait divise en cinq parties egales; on pouvait done sans
CIIALEUR ANJMALE.
difficulte lire direct**** un dixieme do dcgre. Toutcs les precautions taient
nriscs pour rendre les observations irreprochables.
P Tc Bernard a etudie avec le plus grand soin ks variations qu eprouve la tem-
pera^du "ng pendant le passage de ce liquide a travers 1 appareil d.gestif et a
1 appareil pulmonaire. ,
dfcerff. Les resultats fournis par 1 etnde des variations de tempe-
sang^pendant que ce liquide traverse 1 appareil digestif sout reams dans
les trois tableaux suivants. .
Le premier tableau donne les resultats de la comparaison de la temperature du
sang avant et apres 1 appareil d.gestif, c est-a-dire dans Yaorte ventrale e
tableau donne la temperature comparative du sang avanl et apres
1 intestin c est-a-dire dans Yaorte ventrale et dans la veine porte.
Le troisieme tableau donne la temperature comparative du sang avant et apr,
le foie c est-a-dire dans la veine porte et dans les veines hepatiques.
Le premier tableau rnontre qua la sortie de Tappareil digestif, apres avc
parcouru les capillaires de 1 inteslin et du foie, le sang est constamment plus
chaud qua son entree. L etat de jeune et 1 etat de digestion ne paraissent pas
exercer une grande influence sur ce phenomene ; souvent 1 accroisi
temperature est plus fort cbez les animaux a jeun.
Le deuxieme tableau montre que generalement la temperature du sang
dans les capillaires de 1 intestin. Cependant, dans quelques observations, a 1
perature reste stationnaire ou mime sabaisse. Ces particularites
par ce fait que la muqueuse intestinale est en realite une surface exteneure
laquelle peuvent se rencontrer, par suite de 1 ingestion des aliments, des subs
venues du debors, capables de produire un refroidissement qui se corm
au sang des capillaires.
I" TABLEAU.
TEMPERATURE DD SANG COMPARKE DANS I/AORTE VENTRALE
ET DANS LES VEINES HEPATIQUES.
(Avant et apres 1 appareil digestif).
1
AORTE
VEINES
DIFFERENCES.
OBSERVATIONS.
VENTRALE.
HEPATIQDES.
1" cliien.
2
40 ,3
40 ,3
39 ,4
40 ,6
40 ,9
59 ,6
-t- 0,5
-+- ,6
-t- ,2
a jeun.
en digestion,
a jeun deux jours.
5"
4e
59 ,6
59 ,9
-f- ,3
en digestion.
Ka
59 ,4
39 ,6
H- ,2
digestion, affaibli.
~
60
38 ,6
58 ,9
+ ,3
en digestion.
7 a
41 ,0
41 ,6
-t- ,6
fin digestion, vigoureux.
-
8"
40 ,0
40 ,2
-+- ,2
debut digestion.
9
39 ,5
40 ,0
-H 0,5
40 ,0
40 ,7
-t- ,7
a jeun, vigoureux.
1 1o
41 ,0
41 ,6
H- ,6
digestion, vigoureux.
11
59 ,0
59 ,6
-t- ,6
a jeun, alcool.
13"
37 ,6
58 ,4
-t- ,8
a jeun 4 jours, ether.
Uo
58 ,7
39 ,6
-t- ,9
digestion, vigoureux.
15
58 ,4
39 ,4
-4- 1 ,0
petite taille.
57 ,5
58 ,2
+ 0,7
affaibli.
17
37 ,1
58 ,7
-t- 1 ,6
affaibli.
IS-
38 ,7
38 ,9
-H ,2
a jeun, vigoureux.
CHALEUR AN1MALE.
II e TABLEAU. TEMPERATURE COMPARES DU SANG DANS I/AORTE VEMTRALE
ET DANS LA VEINE PORTE.
(Avant et apres 1 intestin.)
AORTE
VEINE PORTE.
DIFFERENCES.
OBSERVATIONS.
VENTRALE.
1" cliien. . . ,
39 ,6
59, 8
+ 0,2
digestion.
2 ....
40 ,3
40 ,7
-+- ,4
digestion.
5 ....
59 ,4
59 ,5
-H ,1
a jeun.
5 . .
6" ....
7 - . . . .
8 -. ...
59 ,5
40 ,9
40 ,3
58 ,6
39 ,9
59 ,7
40 ,6
40 ,2
58 ,6
59 ,5
+ 0,2
- ,3
,1
,0
,4
digestion,
digestion,
digestion, a bu.
digestion,
debut de digestion.
9 ....
10
11 --....
12
39 ,4
40 ,0
59 ,0
59 ,3
40 ,2
59 ,4
- ,1
-+- ,2
+ ,4
a jeun, 2 jours,
a jeun.
a jeun.
37 ,6
58 ,0
-i- ,4
a jeun.
15 - . . ; .
58 ,7
39 ,2
-t- ,5
fin de digestion.
14 ....
37 ,5
37 ,8
-i- ,3
a
15 --....
58 ,7
38 ,8
-H ,1
a jeun.
Ill 6 TABLEAU. TEMPERATURE DU SANG COMPAREE DANS LA VEINE PORTE
ET DANS LES VEINES HEPATIQUES.
(Avant et apres le foie.)
VEINE PORTE.
VEISES
HEPATIQUES.
DIFFERENCES.
OBSERVATIONS.
1 cliicn. . .
2 a
40 ,2
40 ,6
-+- 0,4
a jeun.
....
41 ,3
41 ,5
-i- ,2
a jeun.
4 e
40 ,6
40 ,9
-H ,3
en digestion.
....
40 ,7
40 ,9
-+- ,2
a jeun.
J ....
59 ,4
39 ,6
-H ,2
a jeun.
6 --....
59 ,8
59 ,9
-H ,1
digestion, affaibli.
* ....
59 ,5
39 ,6
-t- ,1
a jeun.
8 --....
38 ,6
58 ,9
-4- ,3
digestion, affaibli.
10
11 ....
59 ,5
59 ,6
40 ,2
40 ,2
59 ,8
40 ,7
-H ,7
-t- ,2
-f- ,5
digestion,
digestion,
a jeun.
12 ....
13 ... .
59 ,7
59 ,4
41 ,3
39 ,6
-+- 1 ,6
-H ,2
digestion, vigoureux.
a jeun, 4 jours.
15 . . . .
37 ,8
39 ,3
38 ,4
59 ,8
-t- ,6
-(- ,5
a jeun, 4 jours,
digestion, feculents.
16 ....
39 ,6
59 ,7
-i- ,1
digestion.
17 . .
18 --....
55 ,0
37 ,8
55 ,2
38 ,2
-4- ,2
-t- ,4
mort, respirat. artilicielle.
19 --....
38 ,8
38 ,9
-t- ,1
a jeun.
Le troisieme tableau montre que le sang s echauffe constamment dans les ca-
pillaires du foie et que cet accroissement de temperature est relativement tres-
ibrt.
En resume, les resultats de toutes ces experiences etablissent que :
L appareil digestif fait eprouver au sang un re chauffement constant, de telle
sorte que, dans cet appareil, le sang veineux est plus chaud que le sang aileriel.
CIIALEUn ANIMALE.
) Lc <an qui sort de I appareil digestif par les vcines lit-patiques est unc
source constante de calorification pour le sang qui va au coeur par la veme cave
inferieure. Nulle part, dans le systeme circulatoire, le sang n est aussi chaud que
flans les veines hepatiques.
50 parmi les organes qui concourent au rechauffement du sang dans 1 appareil
digestif, le foie occupe le premier rang. Get organe doit etre considere
des foyers principaux de la chaleur animate.
Dans one autre serie d experiences, M. C. Bernard avail deja demontre que le
san - se rechauffe en traversant les capillaires du rein: le sang de la veme renale
esllonstamment plus chaud que le sang de 1 artere renale.
Appareil pulmonaire. Pour apprecier les modifications qu eprouve I
rature du sang pendant le passage de ce liquide a travers 1 appareil pulmonaire,
M C Bernard a compare la temperature du sang vemeux du venlricule droit du
cosur a celle du sang arteriel du ventricule gauche. Les resultats de ces expe
riences donnent evidemment la temperature du sang avant son entree dans le
poumon et apres sa sortie de ce viscere. Deja, en 1852, M. Malgaigne avail de-
duit de ses experiences que, contrairemeut a une opinion generalemeiil adoptee,
le sang du ventricule droit eslplus chaud que celui du ventricule gauche. tA-xa.-
titude? longtemps contestee de cette proposition, est etablie d une maniere defi-
nitive par les resultats des nouvelles experiences de M. G. Bernard. Nous nous
ontenterons de reproduire dans le tableau suiyant les resultats fournis par les
enervations faites avec les thermometres construits par M. Fastre.
TEMPERATURE DU SANG COMPARES DANS LE CffiUR GAUCHE ET DANS LE CIEUK DROIT.
CffiUR DH01T.
CCEUR GAUCHE.
DIFFERENCES.
OBSERVATION S.
1" chn. . . .
38 ,2
58 ,0
0,2
debut de digestion, affaibli.
39 ,5
39 ,3
,2
u jeuti.
2 chie ....
39 ,2
59 ,1
- ,1
a jeun.
I 38 ,8
58 ,6
,2
a jeun, lemp. amb. 2S.
a-ctaw . . .\ 58 |7
58 ,5
,2
a jeun, temp. arab. 28.
( 58 ,8
38 ,6
- ,2
a jeun, vigoureux.
4- chien . . .{ 39)2
59 ,1
,1
le Icndemain, pleine digest.
S chien . .
38 ,9
58 ,7
- ,2
a jeuu, viyoiuvux.
6 chien . . .
38 ,9
39 ,1
58 ,8
59 ,2
,1
- ,2
digestion, vigoureux.
le lendemain, fin digestion.
Les expe ences sur le mouton ont fourni des resultats du meme ordre et tout
aussi cons tats.
En resum ces faits etablissent qne ;
1 Le pass^e du sang dans les capillaires pulmonaires est une cause de re-
froidissemenyour ce liquide ;
2 On ne put pas considerer le poumon comme un foyer de chaleur animalc ;
3 La translation du sang veineux en sang arteriel, chez 1 animal vivant,
ne coincide pas vec une augmentation de chaleur dans ce liquide, mais au con-
traire avec un aaissement de temperature.
Nous devons rus contenter ici de ce simple expose des resultats fournis par
1 etude de la repetition de la temperature dans les diverses regions de 1 econo-
mie; plus tard, ius les repreudrons et nous les discuterons. Nous moulrerons
14 CHALEUR ANIMALE]
alors que tous ces faits, loin d etre en contradiction avec la doctrine qui place dans
les phenomenes physico-chimiques de la respiration la veritable source de la
chaleur animate, sont au contraire, dans leur ensemble, une demonstration com
plete a posteriori de la verite de cette theorie.
B. Temperature des animaux infe rieurs. Sous cette denomination d ani-
maux infe rieurs, nous comprenons les deux dernieres classes des vertebres et
tous les invertebres. Quoique tres-differents par leur organisation, ces animaux se
rapprochent par ce fait que leur temperature ne se montre pas, comme celle des
oiseaux et des mammiferes, sensiblement constante et independante des influences
exterieures, mais est sujette a des oscillations considerables qui traduisent les
variations de 1 etat thermique du milieu (air ou eau) dans lequel ils vivent; i[ ne
s agit done pas de determiner d une maniere absolue la temperature de ces ani
maux, mais de- chercher dans quel sens et de combien leur etat thermique dif-
fere, dans un moment donne, de celui des corps environnants. Cette recbercbe
presente souventdegrandes difficultes; il nousparait necessaire de passer d abord
en revue les precedes thermometriques employes; cette etude nous servira a de
terminer le degre de confiance que meritent les resultats obtenus par les divers
observateurs.
En general, c est le thermometre a mercure qui a ete employe. Lorsque 1 ani-
mal est assez volumineux poirr pouvoir introduire 1 instrument dans les cavite
interieures, soit par une ouverture naturelle, soit au moyen d une incision, c
precede donne de tres-bons resultats. Encore, dans ce cas, s expose-t-on a mecd-
naitre completement la production de chaleur dont 1 animal est le siege, s la
boule du thermometre est trop rapprochee des teguments et si 1 experienc* se
fait en plein air. La peau de ces animaux, en effet, surtout de ceux qui on ete
retires de 1 eau, est le siege d une evaporation qui, quelquefois, entraine ur de-
perdition de chaleur assez considerable pour que leur temperature lombe a-des-
sous de celle de Tair.Celane vent pas dire que Tarn mal ne produit pas de I cha
leur, mais seulement qu il n en fournit pas assez pour compenser 1 actio relri-
gerante de 1 evaporation. G est surtout cette cause d erreur qu il faut s aUcher a
combattre, et dont il faut tenir compte toutes les fois qu elle n est pas;cartee,
sous peine de meconnaitre la vraie signification des faits.
Pour les animaux de petit volume, les observateurs ont souvent emptye un ar
tifice particulier, qui consiste a en renfermer un certain nombre dans ii vase de
verre de faible capacite, de maniere qu ils soient accumules autour d reservoir
d un petit thermometre. Gette pratique a 1 avantage d empecher la detfdition de
chaleur et le refroidissement qui en est la consequence necessaire. Quid il s agit
deprouver simplement que 1 animal produit de la chaleur, ce procede it suffisant,
car il est bien certain que la temperature de 1 interieur du vase neJeut s elever
au-dessus dela temperature exterieure qu autantque 1 animal est !i-meme une
source de chaleur. Mais, comme moyen de mesurer exactement ^temperature
propre des animaux, ce procede est lautif. L air contenu dans lease, en effet,
s echauffe au contact de 1 aiiimal, celui-ci s echauffe a son touromme cela lui
arrive toutes les fois que la temperature s eleve autour de lui ; da< cette reaction
reciproque de Tamma! sur 1 air et de 1 air sur 1 animal, ce der/er s eleve a un
degre qu il n aurait pas atteint si le milieu ambiant avait conserv sa temperature
initiale. En comparant alors le thermometre interieur au thermmetre exterieur,
on s expose a attribuer a 1 animal une temperature propre betcoup plus elevee
CHALEUR ANIMALE. 15
qiiecelle qu il possecle reellement. Toutefois, nous le repetons, si ce moyen nc
iournit pas une mesure exacte tie 1 intensite du phenomene, il n en est pus inoins
excellent pour vider la question de savoir si Tamma! produit ou non de la elia-
leur.
Newport, dans ses recherches sur la temperature des insectes, a employe un
autre precede. L animal, saisi avec unepince, etait applique et maintenu co litre le
reservoir du thermometre. En agissant ainsi, cet habile observateur pensait se
mettre completement a 1 aliri des perturbations causees par la chaleur commu-
niquee paries mains, soil au thermometre, soit a 1 animal lui-meme. 11 est dou-
teux qu avec quelque soin qu il ait opere, il soit parvenu a eviler completement
cette cause d erreur. D ailleurs, 1 animal, snisi avec une pince, s agite, frotte le
verre de I instrument avec ses pattes, et les divers articles de son corps les uns
centre les autres. La collision de toutes ces parties dures doit necessairement de-
velopper de la chaleur et influer sur la marche du thermometre. Pour se mettre a
1 ubri du rayonnement exterieur et de 1 evaporation, Newport avait la precaution
d envelopper 1 insecte et le reservoir du thermometre avec une piece tie lame ;
cette pratique est bonne sans doute, mais elle a Tinconvenient decreer autour des
afiimanx une masse d air confine de tres-peu d etendue qui, en s echauffant,
peut, comme dans le cas de leur accumulation dans un vase i ermc, rcagir sur
leur temperature propre.
Quand il s agit de mesurer la temperature d un animal isole, d aussi faibles
dimensions qu un insecte, I emploi du thermometre, quelques precautions que
Ton premie d ailleurs, presente un tres-grand inconvenient. Bien qu on puisse
choisir un instrument a tres-petit reservoir, la masse du verre et du mercnre
qu il contient ne peut jamais etre negligeable par rapport a celle de l animal.
Celui-ci est done refroidi par le contact du thermometre qui, pour se mettre en
equilibre de temperature, lui emprunte une portion sensible de sa chaleur propre.
Cet inconvenient doit etre evite avec d autant plus de soin que, pour les animaux
inferieurs, il s agit de constater des differences de temperature ordinairement
tres-faibles et que, chez eux, toute perte de chaleur se repare avec une excessive
lenteur. Toutes ces causes d erreur reunies, font que le thermometre a mercure
ne doit etre employe qu avec une certaine reserve pour 1 exploration de la tempe-
ture des animaux inferieurs et qu on doit completement renoncer a s en servir
quand 1 observation portesur un animal de tres-faibles dimensions.
Les appareils thermo-electriques, par leur sensibilite, la rapidite de leurs indi
cations et leur faible volume qni permet de les introduire sans inconvenients dans
les corps des plus petits animaux, sont destines a
rendre de tres-grands services a la physiologic expe-
rimentale. Us ont ete employes sous leurs deux for
mes principals ; mais ce sont surtout les aiguilles
therrao-electriques dont 1 usage devrait etre gene- J
ralise.
En 1851, Nobili et Melloni appliquerent leur pile
thermo-electrique a 1 etude de la temperature des
insectes ; a cet effet, ils fermerent les deux appendices
prismaliques de 1 enveloppe de la pile avec deux miroirs spheriques de cuivre poll
A,A (fry. 2); de cette fatjon, tout rayonnement exterieur elait supprime et, les
deux faces de la pile etant dans les memes conditions, Taiguille du galvanometre
. Si tout etant aiusi dispose, on place un insecte au foyer principal
IP CI1AUUH ANIJIALE.
de 1 un des petits miroirs reflechissants, toute la chaleur rayonnec par son corps?
est renvoyee vers la face correspondante de la pile, et si 1 animal a une tempera
ture superieure a celle de 1 atmosphere, la deviation de 1 aiguille du galvanometre
1 indique. Ce precede empeche 1 evaporalion et le rayonnementexterieur; il indique
si 1 insecteest ou non une source de chaleur. Mais ici, comme sous la piece de
laine de Newport, la masse d air confine est beaucoup trop limitee, sa tempera
ture peut s elever sensiblement et reagir sur celle de 1 animal. D ailleurs, on n a
ainsi que la chaleur emise par le rayonnement, et les resultats ne sont pas compa-
rables a ceux que 1 on obtiendrait par le contact de 1 instrument et du corps de
1 insecte.
M. Becquerel a applique les aiguilles thermo-metriques a la recherche de la
temperature des animaux inferieurs : il prend deux boites de carton recouvertes
de papier metallique en dedans et en dehors, afm d augmenter leur pouvoir re-
flechissant. Ges boites sont percees de trous qui permettent 1 introduction des
aiguilles. L aiguille libre etant deposee dans 1 une des boites ouvertes, 1 autre est
introduite dans le corps de 1 animal en experience, prealablement loge dans la
seconde boite ; il place alors en meme temps les deux couvercles et il etablit les
communications entre les deux aiguilles comme a 1 ordinaire ; avant de faire com-
muniquer les aiguilles avec le galvanometre, il laisse ecouler environ dix minutes
pour leurdonner le temps de perdre toule la chaleur qui aurait pu leur etre com-
muniquee par la main. De cette fagon, 1 une des soudures se maintient a la tem
perature de 1 air de la boite vide, qui est la meme que celle de 1 air exterieur,
tandis que 1 autre soudure prend la temperature de I aiiimal. La deviation de i ai-
guille du galvanometre indique de quel cote est 1 exces de temperature et la va-
leur de cet exces en degres centesimaux.
Dans ces experiences, 1 animal est bieiv mis a 1 abri du refroidissement cause
par 1 evaporation, mais il est place dans un espace trop limite; il peut, par la cha-
leur qu il degage, elever la temperature de 1 air de la boite et la sienue propre.
Tout porte done a penser que 1 air de la boite qui contient 1 animal n est pas a la
meme temperature que 1 air de la boite vide. Cependant, pour que les resultats de
1 observation soient concluants, ces deux masses d air confine doivent, de toute
necessite, etre maintenues a la meme temperature, sans quoi le courant electrique
produit ne proviendi ait pas um quement de la difference qui existe entre la tempe
rature de 1 animal et celle de 1 air qui 1 entoure. Dans des experiences ou les diffe
rences a constater ne depassent pas souvent une fraction de degre centesimal, ces
causes d erreur, quelque faibles qu elles paraisseut, ne sauraient etre negligees.
Pour toutes ces raisous, le precede de M. Becquerel nous paiait meriter moins de
confiance que celui de M. Dutrochet.
Ge dernier experimeutateur a d abord rejete, avec raison, 1 emploi des aiguilles
a soudure medicine jiarce que, dans beaucoup de cas, il y a inconvenient a trans-
percer d outre en outre le corps des animaux. 11 leur a substitue les aiguilles a
soudure angulo-terminale qui n ont besoin que d etre legeiement enfoncees par
leur pointe dans les parties vivantes, et peuvent toujours etre plongees a la meme
profondeur, a cinq millimetres par exemple, comme 1 a constamment fait M. Du
trochet pour iciidie les experiences rigoureusement comparabk-s.
Pour proceder a une observation, M. Dutrochet se procurait deux animaux de
meme espece etde meme grosseur. L un d enx, au moment de I experience, etait
tue par I immersion dans de 1 eau a 50 ", puis plonge duns de 1 eau a la tempera
ture amijiante pour le refroidir. L animal vivant et 1 animal uiorl eluieut utluuhes
CHALEUR ANIMALB. 17
(fiq. 5), chacun a une tige de bois sec, d,d, et ces supports etaient implantes dans
le sable fin dont etait rempli un pot a fleurs aa; le vase ulait reconvert d une
plaque de platre bb, percee en son centre d une ouverture moindre que cello du
pot. Les aiguilles a soudure angulo-terminale etaient alors enfoncees a cinq mil
limetres de profondeur, Tune dans le corps de ( animal vivant, 1 autve clans le
corps de I animal mort, et dans des points symetri-
quement places. Avant d etablir les communications
des aiguilles et du galvanometre, il attendait un
temps suffisant pour que la chaleur communiquee par
lamaineutdisparu. De cette maniere, rayonnement,
action de 1 air exterieur, tout etait egalise de part et
d autre ; la difference de temperature des deux sou-
dures ne pouvait provenir que de ce que 1 un des
deux animaux etait mort et 1 autre vivant. Mais,
rien ne prouve que 1 evaporation soil la meme chez
un animal vivant que chez un animal de meme espece
et de meme volume recemment mort; tout porte
a penser, au contraire, que le phenomene est plus
intense d un cote que de 1 autre. Pour eliminer cette
cause d erreur, M. Dutrochet humectait le sable du
pot a fleurs et recouvrait les deux animaux d une clo
che de verre; les filsde communication M,N passaient
entre la cloche et la plaque de platre bb. D ailleurs, il rendait tout courant d air
impossible en accumulant du sable autour des jonctions de la cloche de verre, de
la plaque de platre et du pot a fleurs. L air de la cloche etant ainsi promptement
sature d humidite, toute evaporation devenait impossible; la difference de tem
perature des deux soudures ne pouvait done tenir qu a ce que 1 une plongeaitdans
le corps d un animal vivant, 1 autre dans le corps d un animal mort, et c est pre-
cisement cette influence qu il s agissait d apprecier.
Toutes les fois qu il est possible de se procurer deux animaux de meme espece
et de meme volume, il vaut mieux operer comme nous venous de le dire ; cepen-
dant cette condition n est pas indispensable pour une bonne observation. Sous-la
cloche, en effet, le corps de I animal mort sert seulement a maintenir la soudure
en equilibre de temperature avec 1 air environnant, en la mettant a 1 abri de tout
rayonnement exterieur. Or, il est evident que cet office serait aussi bien rempli
par un petit rouleau creux de papier sec dans lequel on cnfoncerait la soudure de
1 aiguille. M. Dutrochet a sou vent employe ce dernier moyen pour rcmplacer le
corps de I animal mort, et les resultats out ete les memes dans les deux cas. II
faut, dans ces recherches, avoir soin de se servir d animaux tues au moment
del experience ; s ils etaient morts depuis un certain temps, leurs corps devien-
draient le siege de phenomenes de putrefaction qui degageraient de la chaleur,
altereraient 1 exactitude et pourraient meme changer le signe dcs^ resultats ob-
tenus.
Le precede de M. Dutrochet, quand il est pratique avec toutes les precautions
convenables, est certainement le plus parfait de tons coux qui out ete employes
pour prendre la temperature des animaux inferieurs de tres-petite taille.
Reptiles. La temperature des reptiles a ete 1 objet de recherches tres-nom-
breuses; nous avons reuni, dans un tableau general, les principaux resultats four-
uis par les observaleurs :
tlCT. F.lNG. XV. 2
18
CHALEUK ANIMALE.
TEMPERATURE DES REPTILES
DESIGNATION DE L ANIMAL.
I roteus anguinus ............... fie 2, 65
Emys Europea ................. 1 ,56
Cherson Gneca ................. 1"
Matrix Levis. . .- ....... ........ 0,2l
Natrix torquatus ................ ,32
Anguis fragilis ................ ,47
LacerU agilis ................. 1 ,25
Lacerla viridis ................. 4 ,00
Grenouille ................... ,32
.................. ,50
Crapaud .................... ,50
Lezard .................... ,75
Orvet ..................... ,87
Couleuvre ................... ,75
Couleuvre d Esculape .............. 3*
Boa ...................... 2
Tortue ................... 1
Anguis fragilis .................
Laccrta agilis .................
Lacerta rnaculala .............. . . 2
Proteus anguinus ............... 1
Vipere ..................... 5
Grenouille ................... 2
Crapaud .................... 2
Lacerta agilis .................
Crapaud accoucheur ..............
Grenouille ...................
Torlue .................... 2
Grenouille ................... 1
Tortue de 1 Ascension .............. 2
Tortue g^ometrique ..............
.............. 3
Igname .................... 1
Couleuvre verte ................ 3
Serpent brun . ................ 1
Plusieurs couleuvres .............. 3
Grenouille ................... 4
Torlue terrestre ................ 2
Grenouill* ................... 2
EXCES
DE LA TEMPERATURE
DE L ANIMAL
SDR
CELLE DU MILIEU AMBIANT.
a 5, 67
a 3 ,54
,00
a 6,55
a 5 ,74
a 2 ,40
a 8 ,12
a 7 ,34
a 2 ,44
a ,75
a ,75
a 1 ,2S
a \ ,00
a 1 ,55
,10
,50
,22
,50
,75
,25
,25
,56
,80
,80
,21
,12
,04
,88
,50
,90
,90
,90
,22
,90
,10
,90
,44
,78
,70
DE L OBSERVATEUB.
Czermak.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
Becquerel.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
Walbaum.
Berthold.
id.
Rudolph!.
id.
J. Hunter.
id.
id.
Dutrochet,
id.
id.
Tiedemann.
Prevost et Dumas.
J. Davy.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
Carlisle.
Marline.
id.
Suivant le genre de vie habituelle de I animal, la temperature de son corps a ete
comparee a celle de 1 air ou de 1 eau. Les resultats du tableau precedent demon-
trent que les reptiles ne meritent pas la denomination d animaux a sang froid,
raais qu ils produisent une certaine quantite de chaleur appreciable aux instru
ments de physique, quoique tres-inierieure a celle des animaux superieurs. Du
reste, la temperature propre des reptiles, c est a-dire 1 exces de la temperature de
leur corps sur celle du milieu ambiant, est tres-variable en raison des espees ani-
males observees, et aussi des circonstances exterieures ; elle peut prendre toutes
les valeurs comprises entre les deux extremes 0,(M (grenouille) et 8,l!2 (Lacerta
agilis) .
Poissons. Ce que nous avons dit des reptiles s appliqueaux poissons ; il suffit
de parcourir le tableau suivant, empruute aux divers observateurs, pour etre
frappe de la similitude des resultals.
CHALEUR ANIMALE.
TEMPERATURE DBS POISSONS.
DESIGNATION DE L ANIMAL.
EXCES
DE LA TEMPERATURE
DE L ANIMAL.
SUR
CELLE DH MILIEU AMBIANT.
NOM
DE L OBSERVATEUR.
3, 88
Krafft
1 ,94
J Hunter
,93
Petits poissons
de 0,6"2 a 0,93
id.
0,93
id
5 ,00
86
,71
id
,50
1 "0
J Davy
Traits
1 10
id
20
id
AMette
55
Truite
55
id
Grondin gris
,6.-J
La temperature propre des poissons, tres-variable selon les especes, a oscille
en Ire 0,20 (poisson volant) et 3, 88 (brochet). Nous devons signaler ici, d une
maniere speciale, deux fails tres-importants observes par J. Davy. Sur une Bouite
pechee dans lesmers tropicalez, J. Davy a constate que li temperature des masses
muscnlaires de 1 auimal 1 emportait de dix degres sur celle de 1 eau de la mer qui
etait elle-meme a 27, 20. Plus tard, il fit pecher, dans la mer de Marmara, plu-
sieurs Pelamides, espece de poisson migrateur. L air etait a 21, 67, la surface de
la mer a 20 et le courant sous-marin, ou nageaient ces poissons, a 16, 67. Dans
1 abdomen de la pelamide, le thermometre monta a 22, 78, et, dans les masses
musculaircs, a 23, 89. En comparant la temperature de ces poissons a celle du
courant sous-marin dans lequel ils vivaient, nous trouvons que leur temperature
propre etait de 6, 11 dans 1 abdomen, et de 7,2 Sdans les muscles du dos. Ces
deux iaits ont une grande importance ; ils mettent hors de toute contestation la
production de chaleur chez les poissons et prouvent en meme temps que, chez
eux, les masses musculaires jouissent, comme chez les mammiferes et les oiseaux,
d une temperature superieure a celle des autres parties du corps.
Articules et annelides. Swammerdam, sans fournir aucune evaluation ther-
mometrique, dit que, meme en hiver, la temperature des ruches d abeilles estfort
elevee au-dessus de celle de 1 atmosphere. Reaumur, en hiver, par une tempera
ture exterieure de 3, 75, a vu le thermometre s elever a + 12, 5 dans 1 inte-
rieur d une ruche d abeilles. J. Hunter a constate des faits du meme genre. New
port, par un froid exterieur de 8,05, constata que I inlerieur d une ruche etait
a 1,1 ; les abeilles, ayant ete, reveillees et excitees, s agiterent, etla tempera
ture monta a 21, 11 . L air exterieur etant a + 1,39, le meme observateur trouva
la temperature a 38, 89 dans une ruche dont les abeilles etaient agitees. D apres
les recherches de Newport, c est en mai et en juin que les ruches d abeilles, a 1 etat
de reposcomplet, acquierent le maximum de temperature propre. II avucete^ces
de temperature s elever a 15,56, dans un nid de gupes ; a 5,55, dans un nid
de bombus lapidarius; a 8, 33, dansun nidde bombus sylvarum, eta 12, dans
20
CHALKUR AINIMALE.
unc fourmilicre de formica herculanea, dans laquellc i-es insectes etaient trcs-
agites. Evidemment ces elevations de temperature si considerables de ruches
d abeilles, de nids de guepes et de fourmilieres, resultent, en grande par tie, de
1 accuraulation d un grand nombre d etres vivants dans un espace tres-hmite.
Ces fails ne peuvent done pas servir a donner une mesure cxacte de la tempera
ture propre de ces animaux, mais ils n en demontrent pas raoins, d nne maniere
incontestable, la faculte dont ils jouissent de produire de la chaleur ; sous ce der
nier rapport, leur importance est tres-grande dans la question qui nous occupe.
Nobili et Melloni ont cherche a determiner la temperature propre des msectes
TEMPERATURE DES ART1CUIES ET DES ANNEL1DES.
DESIGNATION DE L ANIMAL.
Sphinx convolvuli
Carabus Horlensis
Scarabee
Ver luisant
Blatta orientalis
Grillon
Guepc
Scarabee ,25
Blatte
Larve d Oryctes
Chenille de ver a sole * >^"
Larve de sphinx atropos
Bombus terreslris
Hanneton
Melolontha solstitialis
Lucanus cervus ,88
Caralius monilis ,05
Blaps morlisaga
Coccinella septempunctata
Melloe proscarabieus ,85
Staphylinus olens ,55
Staphylinus crythropterus ,27*
Gryllus viridissimus ,94
Bombus lapidarius - ls
Bombus Hortorum ,25
Xilocopa violacea ,25
Hanneton ,25
Meolontha solstitialis
Lucanus cervus ,22
Carabus monilis ,18
Blaps mortisaga ,12
Carabus auratus ,18
Cetonia aurata ,25
Chrysomela tenebricosa ,54
Scarabajus vernalis de 0,12 a 0",18
Grillus viridissimus ,31 a ,34
Gryllus verrucivorus ,40
Gryllus grillo-talpa ,16
Gryllus campestris ,40
Sphinx stellatarum ,29
Sphinx atropos ,58
Sangsues ,56 a ,85
Verb de terre 1 ,11 a 1 ,39
Maja squinado (sous 1 eau) ,30
Maja squinado (dans 1 air) ,. ,60
Maja squinado (portant des oeufs) ,90
Squillla mantis (mourant) ,10
EXCES
DE LA TEMPERATURE
RE L ANIMAL
SUR
CELLE DU MILIEU AMBIAHT.
NOM
DE L OB^ERVATEUR.
Haussmann.
id.
i. Davy,
ill.
id.
id.
id.
Berthold.
Becquerel.
id.
id.
id.
Newport.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
Dutrochet.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
i. Hunter.
id.
Valentin.
id.
id.
id.
CHALEUU AiNIMALB.
21
a 1 aidedel appareil Ihermo-electrique dont nous avons donne plus haut une des
cription sommaire. Us n ont relate, dans leurs memoires, aucun des resultats par-
ticuiiers de leurs observations ; ils se sont contentes de dire : Nous avons opere
sur plus de quarante especes indigenes, prises dans toutes les classes et dans tous
les etatsde metamorphose ou se trouvent successivement ces animaux... tous les
ecarts de 1 aiguille Jurent positifs, c est-a-clire dans le sens du calorique de I in-
secte ; il riy cut pas d exception a cet e gard. Une affirmation aussi positive,
dans la bouche de deux physiciens aussi consciencieux et d une habilete aussi
eprouvee, ne peut laisser subsister aucun doute sur la realite de 1 existence d une
temperature propre chez les insectes.
Dans son grand travail sur la temperature des insectes, Newport a constate que
la temperature propre est plus elevee chez les insectes volants et, parmi eux,
chez les abeilles et les sphinx, que chez tous les autres articules. Le tableau ci-
contre suffit pour demontrer que tous les articules et tous les annelides places dans
des conditions normales ont, pendant leur vie, une temperature superieure u
celle du milieu qui les environne.
Nous devons ajouter un mot. M. V. Regnault, dont 1 autorite est si grande en
pareille matiere, a vu un thermometre, mninteuu au milieu d un grand nombre de
hannetons renfermes dans un sac a claire-voie, s elever de 2 au-dessus de la tem
perature de 1 air ambiant. Parmi les fails du tableau precedent empruntes a Va
lentin, nous devons iaire remarquer celui d une Maja spinado port ant des cent s.
Nous nous demanderons avec cet habile physiologiste, si 1 elevation de la tempera
ture propre, dans ce cas, ne traduit pas une influence particuhere de 1 etat phy-
siologique de 1 animal sur la t aculte de produire de la chaleur.
Mollusques. Les observations bien faites ne manquent pas nou plus pour de
montrer que les mollusques, dans les conditions habituelles de leur existence et de
leur developpement, produisent de la chaleur. Le tableau suivant contient les
fails que nous avons pu trouver dans les meilleurs recueils.
TEMPERATURE DES MOLLUSQUES.
DESIGNATION DE L ANIMAL.
EXCES
DE LA TEMPERATURE
DE L ANIMAL
SCR CELLE DU
MILIEU AMBIANT.
LIEU
DE L OBSERVATION.
NOM
DE L OBSERVATEUR.
Limaces dans un tube
0",25
5 ,15
de 2",22 a 3-.90
,90
1 ,11
,90
,20
,60
,60
,50
,10
,30
,80
oavite du manteau.
id.
id.
surface de la peau.
id.
entre le manteau et
le corps,
cavite respiraloire.
cavite anale.
Spallansani.
J. Hunter,
id.
Becquerel.
Marline.
Valentin,
id.
id.
id.
id.
iJ.
id.
id.
Limaces dans un verre
Escargot
Aphysia leporina (dans 1 air)
Zoophijles. En 1839, Valentin a public un travail tres-etendu sur la tempera
ture propre des zoophytes. Nous donnons, dans le tableau suivant, les resultats
22
22 CHALEDR ^NIMALE.
de ses importantes recherclies. La temperature des animaux et compnree M celle
de 1 eau de la mer.
TEMPERATURE DES ZOOPHYTES.
DESIGNATION DE L ANIMAL.
EXCES
DE LA TEMPERATURE
DE L ANIMAL
SDR CELLE DU
MILIEU AMBIANT.
LIEU
DE L OBSEHVATION.
NOM
DE L OBbERVATEUII.
20
cavite anale.
Valentin.
,20
id.
id.
(dans 1 air) ....
50
cavite buccale.
id.
60
surface extcrieure.
id.
(sous 1 eau)
,50
id.
id.
Ophiufa lacertosa
,30
id.
id.
,60
entre les pieHs.
id.
,40
surf, pres labouche.
id.
,40
ouverture anale.
id.
,50
pres la bouche,
id.
,50
ouverture anales.
id.
Pclagia denticulata
9 ,75
cavite de I estomac.
id.
,"20
id.
ids
- (sujets lihresdans la mer).
- (sujets tres-vifs) ....
,20
,50
,40
1 ,00
,25
id.
id.
lid.
surface exlerieure.
peau exterieure.
id.
id.
id.
id.
id.
,20
ventricule.
id.
,50
id.
id.
,30
cavite de 1 estomac,
id.
,20
Id.
id.
,30
ouverture anale.
id.
0, 50
id.
id.
Partant de ce fait que 1 immersion dans. 1 eau suppiime toute evaporation,
M. Dutrochet a cru devoir revoquer en doutequelques observations dans lesquellus
Valentin a trouve que certains mollusques et certains zoophytes ont, dans I air,
une temperature propre, superieure a celle dont ils jouissaient sous 1 eau. Ce re-
sultat ne nous parait nullemeht de nature a diminuer la contiance que meritent
les experiences (Tun physiologists aussi distingue; cnr, d une part, au contact, le
pouvoir refroidissant de 1 eau estbeaucoup plus grand que celuide 1 air, et, d autre
part, ilest tout naturel que, sous 1 influence directe de 1 air, la production decha-
leur soil activee chez ces animaux, en meme temps que 1 activite des phenomenes
pliysico-chimiques dont elle depend.
II resulte aussi des experiences eutreprises par M. Martins sur quarante-huit
Oursins peches dans les mers du Nord, que la temperature de ces animaux estsen-
siblement superieure a celle de 1 eau dans laquelle ils vivent.
Valentin resume ainsi qu il suit ses recherches personnelles sur les animaux
infei ieurs. Moyennement la temperature propre est :
Chez les polypes 0,2l
Chez les meduses . . ,27
Chez les echinodermes ,40
Chez les mollusques ,46
Chez les ceplialopodes ,57
Cliez les crustaces ,60
Ces observations de Valentin demontrent done que la temperature propre des
animaux, et, par suite, leur faculte de produire de la chaleur, est d aulant plus
CIIALL UR ANIMALE. 25
considerable que leur organisation est plus parfaite et qu ils occnpent nno place
plus elevee dans 1 ecbelle zoologique.
Fails exceptionnels. Nous n avons donne place, dans nos tableaux, qu aux
observations dont les resultats traduisent nettement un exces de temperature en
faveur deTanimal. Cependant les recueils deja cites renferment des laits bien con
states qui nous montrenl les animaux infer ieurs en equilibre de temperature avec
les corps enviionnants et meme a une temperature plus basse que celle du milieu
ambiant. Les travaux de M. Dutrochet fburnissent tous les elements necessaires
pour discuter ces faits exceptionnels et determiner leur veritable signification,
pour decouvrir les causes perturbatrices qui sonl, venues masquer, d une maniere
plus ou moins tranchee, la source de chaleur dont 1 action n est jamais complele-
raent snspendue chez les animaux vivants.
Dans ses rechercbes sur les animaux inferieurs, cet habile experimentateur a sou-
vent opere enpleinair. Alors une des deuxsoudures etait enfonceedans le corps de
1 animal, 1 autre etait enveloppee dans un rouleau de papier sec pour la mcttre a
1 abri du rayonnement exterieur. La soudure placee dans le papier se mettait en
equilibre de temperature avec 1 air ambiant et la premiere avec le corps de 1 animal.
Souvent, alors, le corps de 1 animal s est trouve plus froid que 1 air, mais ton-
jours il a suffi de recouvrir 1 appareil d une cloche remplie d airsahtre d humidiie
pour que le phenomene fut renverse et que la soudure, enfbncee dans le corps de
1 animal, accusat une temperature supe rieure a celle de 1 air. A la surface libre
des animaux places dans un milieu gazeux, il y a done une evaporation continuelle
qui tend a abaisser leur temperature au-dessous de celle des corps voisins. Pour
etre autorise a affirmer qu un animal vivant ne produit pas de chaleur, il faudrait
d abord supprimer cette influence perturbatrice, operer dans un air sature et
prouver que, dans ces conditions, sa temperature se maintient e gale ou inferieure
a celle du milieu ambiant; or, c estcequi n a jamais ele observe; les experiences
bieninslituees dans ce but ont toujours donne un resultat contraire.
Les animaux observes dans 1 eau sont, il est vrai, a 1 abri de toute evaporation,
mais ils sont exposes a une cause de refroidissement qui peut aussi les main-
tenir a la meme temperature que le liquide dans lequel ils sont plonges, bien qu ils
produisent reellement de la chaleur. La couche d eau en contact avec leur corps
ne peut pas s ecbauffer sans devenir moins dense, se deplacer et etre remplacee
par une nouvelle couche qui, a son tour, emprunte de la chaleur a 1 animal et
cede la place a une troisieme ; il s etablit ainsi, autour de 1 animal, un vrai courant
ascendant de liquide qui lui soustrait peu a peu la chaleur qu il produit. On com-
prend ainsi comment les animaux inferieurs, dont la puissance de calorification est
tres-faible, peuvent etre maintenus a une temperature sensiblement egale a celle
de 1 eau dans laquelle ils vivent.
Conclusions. En resume, d une part le rayonnement et 1 evaporation, d anlre
part les courants continuellement renouveles au sein des masses gazeuses ou
liquides dans lesquelles ils sont immerges, enlevent aux animaux une partie ou la
totalite de la chaleur qu ils produisent, tendent a maintenir leur temperature au
niveau de celle du milieu ambiant et meme a la faire tomber au-dessous. Ainsi,
en tenant compte de 1 influence incontestable des circonstances exterieures, tout
s explique sans effort, et les nombreuses observations, dont la science s est succes-
sivement enrichie, demontrent que la production de chaleur est un fait general et
sans exception dans 1 animalite.
21 CIIALKUR ANIMALE.
Pui-qne, dans 1 etat de vie, depuis 1 homme jusqu nu dernier des zoophyte,
tout animal produit de la chalenr, ilserait temps defairedisparailreces expressions
d animaux a sang chaud et d animaux a sang froid qui tendent a etablir que la
faculte de produire de la chaleur est 1 apanage exclusif des mammiferes et des
oiseaux, a perpetuer dans la science des idees iausses et en contradiction avec les
donnees de la pliysiologie experimentale. Sans doute, il y a bien loin de ce Lago-
pede et de ce Kenard, observes par le capitaine Back et par le capitaine Parry,
dont la temperature surpassait celle du milieu ambiant de 79, 50, pour le pre
mier, et de 76, 70, pour le second, a cette Grenouille dont la temperature propre
ne depassait pas 0,04; mais, quelque enorme que soit la difference d intensite, le
plienomene de la production de chaleur existe chezles batrachiens, commechezles
mammiferes et chez les oiseaux.
Pour traduire la faculte, dont jouissen*. tous les animaux superieurs, de main-
tenir leur temperature sensiblement constante au milieu des conditions exlerieures
les plus diverses, nous avons propose de designer les oiseaux et les mammiferes
sous la denomination d animaux a temperature constante. Ladenominationd am -
maux a temperature variable pourrait etre appliquee aux reptiles, aux poissons et
a tous les invertebres ; elle aurait le double avantage de faire disparaitre 1 expres-
sionlautive d animaux a sang froid, et de rappeler le faitde 1 influence profonde
exercee par 1 etat thermique du milieu ambiant sur la temperature absolue de
tous ces animaux iriferieurs.
En etudiant les animaux dans les conditions les plus favorables a leur develop-
pement, nous avons vu leur temperature propre s abaisser a mesnre que leur or
ganisation est moms avancee et que leurs fonctions sont moins developpees. Les
animaux inferieurs sont si profondement influences par 1 etat physique du
milieu qui les environne, que leur mode d existence depend completement des
conditions exlerieures. Dans la belle saison, ils sont vifs, agiles, jouissent de la
plenitude de la vie; aux approches de 1 hiver, ils commencent a Janguir, et, si le
froid augmente autour d eux, ils tombent dans un etat d engourdissement tel que
tous les actes de la vie semblent momentanement suspendus. La production de
la chaleur devient alorstres-faible, et, sans s abaisser au-dessous decelle descorp,
environnants, leur temperature s en rapproche d autant plus que leur torpeur est
plus prononcee. Souspeinedes e\poser a des erreurs graves, il est done necessaire,
quand on veut etudier la temperature propre de ces animaux, d operer dans des
circonstances telles que leurs fonctions soient dans la plenitude de leur exercice.
C est generalement quand le milieu ambiant se maintient entre \ 2 et 25 que les
observations donnent des resultats satiafaisants.
II. Sources de la chaleur animals. Trop evidente chez les animaux supe
rieurs, pour avoir jamais etc meconnue, la production de chaleur a toujours
occupe une grande place dans 1 histoire de l homme sain et de 1 homme malade.
Aussi, des la plus haute antiquite, les physiologistes et les medecins de toutes les
ecoles out tente d en decouvrir les causes, de faire rentrer les phenomenes de la
calorification dans le cercle de leurs explications. Successivement adoptees avec
enthousiasme et renversees sans retour, ces diverses theories n ont plus pour nous
qu un interet purement historique. Gependant, avant d aborder [ exposition des
laits dont la science s est enrichie -dans ces derniers temps, avant de montrer com
ment une etude mieux faite etplus approfondie du rolejoue par les forces pliysico-
chimiques dans les phenomenes de la vie, a permis de remonter aux veritables
CHALEUR AM MALE 25
sources de la chaleur produite par.les animaux, il nous parait utile dejeterun coup
d oeil sur les principals doctrines de la calorification : ce nous sera une occasion
de combatlrc des opinions erronees dont on trouve encore des traces dans les
traites de physiologic, et de discuter des experiences mal faites sur lesquelles cer
tains esprits cherchent de temps en temps a s appuyer pour repousser la verite.
Opinions des anciens. Pour les anciens, la chalenr animale etait la mani
festation d une force speciale, independante des agents exterieurs, et tenant sous
sa domination toules les fonctions de 1 economie. Indiquee deja dans les cents
de la collection hippocratique, cette interpretation des faits fut adoptee par Aris-
lote et Galien sous la denomination dela chaleur innee; elle regna sans conteste
dans 1 ecole aussi longtemps que I autorite du philosophe de Slagyre et du mede-
cin de Pergame. Sans chercher, du reste, a se rend re compte dc son mode de
production, les partisans de cette doctrine n hesitaient pas a placer dans le ccenr
le siege du degagement de cette chaleur. Les uns aflirmaient, avec Aristote, que
le sang s echauffe dans le ventricule droil; les autres soutenaient, avec Galien,
que la chaleur est produite dans le ventricule gauche. Aussi satisfaits de cette hy-
pothese gratuite que d une verite incontestablement demontrec, ils ne cherche-
rent janiais a penetrer le mecanisme du phenomene. Uncle demum is in corde
calor nasceretur, veleres unice securi, qucerere super sederunt, dit Haller.
Quelques auteurs pousserent meme 1 oubli de toute notion de physiologie jus-
qu a affirmer que, chez 1 animal vivant , la temperature du coeur est assez
elevee pour causer une sensation p enible a la main qui le toucherait impru-
demment.
Vivement attaquees, tour a tour abandonnees et reprises, profondement modi-
fiees dans les details, ces hypotheses n ont janiais completement disparu de la
science et se sont propagees jusqu a nos jours. J. Hunter, qui s est beaucoup oc-
cupe de la temperature des elres organises et dont les travaux out si puissamment
contribue aux progres de la physiologie, a etc moins heurenx dans ses specula
tions sur les origines de la chaleur animale. Apres avoir combatlu 1 idee de rappor-
ter la production de la chaleur aux mouvenients du sang et a 1 influx nerveux, il
ajoute : 11 est tres-probable que la production de chaleur defend de quelque.
autie principe, d un principe si intimement lie a la vie, qu il peut agir et agit en
ei ii t independamment de la circulation, de la sensation et de la volition, et qu il
esl la force qui conserve et regie inter ieurement la machine. Hunter ne s est
pas anete la; il a voulu determiner le siege precis de cette force productrice de
la chaleur. Bien que, dit-il, d apres ce qui a generalement ete avance sur ce
sujet, on soil porte a supposer que chaque partie est douee de celte faculte, je
suis porte a croire qn il existe une source principale de chaleur qui, d ailleurs, n a
pas son siege dans le sang lui-meme, car ce liquide n est affecte par la chalenr
animale que parce qu il a sa source aupres de la source de cette derniere; il est
probable que ce principe reside dans I estomac. Enfin, tout en reconnaissant
que 1 evaporation du liquide a la surface du corps des animaux est capable de les
refroidir, Hunter ne veut pas considerer cette cause physique comme suffisante
pour resister aux influences exterieures; il dote les forces vitales de la faculte
de detruire une certaine quantite de chaleur. Ces diverses citations de Hunter
uc tervent (in a demontrer 1 impuissauce radicale de ses doctrines pour rendre
compte du grand phenomene qui preoccupait si yivement les physiologistes, et
dont lui-meme avait fait un des sujets de predilection de ses recherches.
2(3 CHALELR A KIM ALE.
Pour Barthcz et sou ecole, la clialeur animale est le resultat des frottemcnls ot.
des agitations des parties solides et des liquides de 1 economie determines, entrc-
lenus par I action des forces du principe vital; si la temperature des animaux
superieurs reste coustante au milieu des variations incessantes des conditions
thermiques ambiantes, c est que chez eux le principe vital sait modifier son acli-
vite et les agitations des fibres solides, de maniere a proportionner la production
de chaleur a 1 intensile de causes exterieures de refroidissement. Mais cela ne suf-
fit pas pour tout expliquer; Barthez ne recule devant aucune liypothese pour sai:-
vegarder 1 autocratie du principe vital. Les mouvements qui, dit-il, produisent
la clialeur vitale, ne se continuent point un certain temps avec la mcme force
dans les solides et les iluides, sans faire monter leur echauffement au dela du
terme qui est marque a la chaleur naturelle de chaque animal. C est pourquoi,
lorsque le progres de cet echauffement va depasser considerablement ce terme, il
est arrete par le refroidissement que cause la respiration renouvele e. On pent
done regarder 1 air respire comme etant en quelque sorte le re gulateur de la cha
leur trop forte qui serait produite d ailleurs par le principe vital.
Ge n est pas tout encore. Si la temperature des anim.iux vivanls est, dans cer
tains cas, inferieure a celle dp milieu ambiant, c est que le principe vital peut
soustraire leurs corps aux lois dela communication et de la conduction de la cha
leur. Lorsquc, dit-il, 1 homme doitrester moins chaud que 1 air exterieur et les
corps environnants, il ne suffit pas que la force generalrice de la chaleur vitale
soil diminuee, ou meme entierement arretee, mais il faut encore une autre cause
existante dans le corps de cet homme, qui Vempeche de recevoir la communica
tion de la chaleur exterieure comme la recoivent les corps environnants qui
sont inanime s. Gette cause interieure ne peut etre quune action particuliere
du principe de- la vie dans le corps humain, qui en fixe toutes les parties avec
un tel effort quelles sont moins susceptibles du mouvement de chaleur qui
pourrait lui etre communique du dehors. Le principe vital ne se borne point
alors a arreter tous les mouvements des solides et des fluides, par lesquels il pour-
rait exciter la clialeur animale; mais il contracts les fibres avec la plus grand e
violence, pour resister a la dilatation que tend a y produire la chaleur de 1 air et
des corps exterieurs. Comment, apres avoir ecrit le beau discours preliminaire
des Nouveaux elements de la science de 1 homme, Barthez a-t-il pu se laisser
entrainer dans de telles erreurs? C est qu infidele aux Regies fondamentales de
la vraie me tliode de philosopher qu il avait developpees avec tant de superiorite,
place en dehors de la voie experimental, cet esprit eminent n ecoutait plus que
les inspirations de son imagination.
A une epoque plus rapprochee de nous, alors que les connaissances elaient
assez avancees pour ne laisser aucun doute sur 1 inanite de semblables doctrines,
deux habiles observateurs, Brodie et M. Chossat, ont fait de vains efiorts pour
localiser, le premier dans le systeme nerveux de la vie de relation, le second dans
le grand sympathique, le principe producteur de la chaleur animale.
Pour supprimer I action du cerveau, Brodie employait deux precedes : tantoL
il de capitait les animaux apres avoir prevenu 1 hemorrhagie par la ligature des
vaisseaux du con; tantot il les tuait par 1 inoculation d un poison tel que le woo-
rara ou 1 huile essentielle d amandes ameres. De ses experiences comparatives sur
ces animaux dont Y act ion cerebrals est, dit-il, supprim.ee ou e teinte, Brodie
tirait les conclusions suivantes :
1 Les animaux decapites ou empoisonne s se refroidissent plus vile quand leur
CHALEUR ANIMALE. 27
respiration est artificiellemcnt cnlretenue par 1 insnfflation que quand on les
abandonne a eux-memes.
2o Chez ces animaux decapites ou empoisonnes et insuffles, les quantity
cide carbonique exhale et, par suite, les phenomenes ehimiques
restent les memes que chez les animaux intact*.
5 Du moment ou { action -cerebrate est supprimee par la decollation ou par
I intoxication, la respiration, au lieu de produire de la chaleur, ne contribue
qua refroidir 1 animal.
Toute les experiences de Brodie ont etc faites sur des mammiferes.
nit d animaux aussi haul places dans 1 echelle zoologique, d animaux chez lesqueh
toules les parties sont liees par des rapports dune si intime solidarite, chez les-
quels les vies partielles des divers organes sont si complement fondues dans la
vie generate de 1 individu, personne aujourd hui n oserait soutenir qu une fonc-
lion quelcpnque jouit de son integrite quand la decollation a ete pratiquee. On
so demande avec etonnement comment un homme de la valeur de Brodie a pu
meconnaitre les conditions d existence des animaux superieurs au point d adinH.-
trc qu une pareille mutilation n a d autre effet que de supprimer faction du
cerveau.
Legallois ne tarda pas amettre en pluinu lumiere 1 inexactitude des deux propo-
sitions foiidamentales du travail de Brodie. II prouva, par des experiences incon-
lestables : 1 que les animaux decapites se rel roidissent moins vite quand on les
insuffle que quand on les abandonne a eux-memes; 2 que 1 animal intact, ct
respirant naturellernent consomme, en un temps donne, beaucoup plus d oxy-
gene que quand on le soumet a 1 insulflation apres avoir pratique la decollation.
Du reste, Brodie se montra tres-reserve dans la conclusion generale tiree de
ses observations. Ces tails, dil-il, paraissenl concourir a prouver que la tempe
rature des animaux a sang chaud depend beaucoup de 1 influence du systeme ner-
veux. Mais, quelle est la nature du rapport qui existe entre la cause et 1 effet? le
cerveau est-il directement on indirectement necessaire a la production de la cha
leur? Ce sont la des questions auxquelles on ne peut repondre qu hypothetique-
ment.
Cette prudente reserve de Brodie n a pas ete imitee par les physiologistes, qui
veulent a tout prix placer la vie tout entiere en dehors de faction des forces phy-
sico-chimiques. De longues et consciencieuses recherches, M. Chossat a tire cette
conclusion que le grand sympathique est le veritable agent de la calorification
cbez les animaux. Mais, de ce que, apres avoir coupe le cerveau en travers en
avant du pont de Varole, apres avoir supprime I action nerveuse par une com
motion cerebra le assez violente pour entrainer la mort, apres avoir coupe les deux
pneumo-gastriques, apres avoir sectionne la moelle epiniere a diverses hauteurs,
apres avoir pratique 1 excision du grand sympathique au-dessusdu plexus solaire,
apres avoir pratique la ligature de I aorte au-dessous du diaphragme, on a vu
les animaux soumis a de semblables mutilations se refroidir et mourir, bien
qu on eut pris la precaution de les insuffler quand la respiration devenait impos
sible, on n est certes pas en droit d affirmer que ces animaux sont marts de froid.
Dans les experiences de M. Ghossat, le refroidissement est evidemment la suite
et non la cause de la mort.
Pour que le sang parcoure toutes les phases de ses transformations successives,
il ne sufilt pas que ce hquide aille du coeur aux capillaires generaux et revienne
des capillaires au coeur, il faut que les parties qu il traverse jouissent de la pie-
CHALEUR ANIMALE.
nitade do la vie; celte condition suppose que ces parties elles-memes continuent
a rester ;m mees par 1 action encore mal definie, mais incontestable, du systeme
nerveux. D;ms la production de la clialeur, le systeme nerveux joue clone un iole
incontestable comme, d ailleurs, dans tous les uctes de 1 economie ; mais evidem-
mentson influence ne saurait elre directs. I/integrite du systeme nerveux cst
indispensable a 1 accomplissement normal de toutes les fonctions ; mais ni la cha
leur in les materialist des secretions ne penvent etre considered comme des pro-
duits directs de 1 activite de ce systeme.
Lesvaisseaux snnguins sont munis de fibres musculaires dont le developpe-
ment est d autant plus prononce que Ton se rapproclie davantage de la partie pc-
ripherique de 1 arbre arteriel et veineux du reseau capillaire. Ces fibres contractilcs
sont ammes par des nerfs dits vaso-moteurs fournis a la lois par les ganglions du
grand sympatliique, par la moelle epiniere et par la moelle allongee. Par 1 inler-
rnediaire de ces tuniques musculaires, les nerfs vaso-moteurs commandent le ca
libre des vaisseaux et, par suite, la quantite de sang qui, dans un temps domic,
alllue vers chaque partie de 1 economie. Cette fonction des vaso-moteurs fburiiit
1 explication simple et naturelle de ces variations de la temperature locale qui,
dans ces derniers temps, ont attire 1 attention et exerce la sagacite des physiolo-
gistes. A la section des vaso-moteurs doivent necessairernent corresponds, et cor
respondent en realite, la paralysie des tuniques musculaires, la dilatation djs
vaisseaux, un plus grand afflux du sang, une elevation de la temperature locale.
Toute excitation des vaso-moteurs est suivie, au contraire, de la contraction des
tuniques musculaires, de la diminution du calibre des vaisseaux, d un moiiulro
afflux du sang, d un abaissement de temperature locale.
Opinions des chimidtres. Au treiziemesiecle, une revolution profondes opera
dans les sciences ; 1 esprit de libre examen penetra dans les ecoles, qui secouereut
enfin le joug, jusque-la inconteste, des doctrines d Aristote et de Galien. On cessa
de jurer sur la parole du maitre, le galenisme exclusif tomba et avec lui la theorie
de la chaleur innee. Les physiologistes etudierent de plus pres les rapports des
etres vivants avec le monde exterieur; frappes du degagement de chaleur dont
s accompaguent les combinaisons des corps, ils s efforcerent de demontrer que la
clialeur animale est produit.e par les reactions chimiques accomplies dans les pro-
fondeurs de 1 economie. Van Helmont invoqua le melange opere, dans le cceur, du
sonfre et du sel volatil du sang ; Francois Sylvius parut perfectionner cette theorie
en rapportant la calorification a I effervescence nee an contact du chyle et de la
lymphe. Ces idees furent adoptees avec enthousiasme par les medecins et pro-
fessees par les plus grands esprits de I epoque. Sans doute, les chimiatres se hate-
rent trop d introduire dans la physiologic et la pathologie les notions incompletes
et erronees d une chimie encore a 1 etat embryonnaire; ils s exposerent ainsL a
remplacer des hypotheses anciennes par des hypotheses nouvelles et par cela meme
plus dangereuses; ils n etaient pas en possession des bases d un edifice durable et
compromirent 1 avenir de leur ceuvre. Cependant, si Ion veut tenir compte de In
smgularite du langage de cette epoque et des mirages d une science qui ne faisait
que de naitre, on ne tarde pas a reconnaitre que 1 idee etait grande et vraie, que
cette nouvelle impulsion imprimee a la science etait heureuse et feconde en beaux
resultats. Tout en restant la meme au fond, cette doctrine de van Helmont el de
Sylvius se modifia, s epura graduellement, prit sous la plume de Stevenson et de
flamberger une forme tres-remarquaMo. Le premier considerait la clialeur ani-
CIIALEUR AIN IMALE. 29
male comme le resultat des transformations incessantes des elements et des
humenrs de 1 economie; le second assimilait les reactions dont le sang est le siege
aux phenomenes de combustion sponlanee des amas de fumiers et de matiures
vegetales.
Quand on veut se fa ire une juste idee des immen?es progres qu avait foils la
tbeorie de la chaleur animale dans les dernieres annees du regnedes chimiatres,il
faut consulter les travaux de Jean Mayow publics en 1704. Enlevc a la science a
I ibe de trente-quatre ans, au moment ou il poursuivait ses recherches avec ardeur,
J. Mayow commence par etablir que 1 air fournit un des elements constituants dc
[ esprit de nitre (acide azotique). Pour lui, cet element, emprunte a 1 air etqu il
appelle esprit nitro-ae rien, est 1 agent de toute combustion et de tonte fermenta
tion; c est lui qui transforme en rouille la poudre de fer exposee a 1 action de 1 air
humide; c est encore lui qui, s unissant a 1 antimoine calcine, modific les pro-
prietes et augmente le poids du metal. J. Mayow s occupe ensuite de la respira
tion ; il montre que, dans le poumon, 1 air cede au sang une parlie de son es/irit
nitro-ae rien; cet element se combine avec les parties sulfureuses (combustibles)
du sang, transforme le sang veineux noirdtre en sang arteriel rutilant, determine
une fermentation dans le torrent circulatoire, et finalement produit la chaleur
necessaire au maintien de la temperature des animaux. Prive de son esprit nitro-
ae rien, 1 air de 1 expiration est par cela meme impropre a entretenir la vie dus
animaux. A chaque page de son ouvrage, il reproduit cette idee, que, sans esprit
nitro-ae rien, la vie n est pas possible a la surface du globe. Cet esprit nilro-
ae rien, qu il n a jamais isole, mais dont la raison lui demontre 1 existence, il
I appellesuccessivement : spiritus vitalis; instrumentum vitce; elixir vitcesumme
necessarium.Le but reel de la respiration est de rendre cet esprit nitro-ae rien au
sang que les veines rapportent au cosur ; si le systeme veineux versait dans le cosur
du sang arteriel, c est-a-dire du sang riche en esprit nitro-ae rien, h respiration
serait inutile. Et hoc, ajoute-t-il, inde confirmari videtur, quod dum sanguis
arteriosus ex uno cane in alterum, noto jam experimento, transmittitur, cam s in
quern sanguis transfertur, quamquam antea anhelus et intense respirans, san
guine tamen arterioso intus recepto, vix omnino respirare videtur.
Convaincu que cet element de 1 air, cet esprit nitro-ae rien, est indispensable
au developpement comme a 1 entretien de la vie de 1 animal, J. Mayow u hesite
pas a affirmer que le foetus respire dans le sein de sa mere. Apres avoir longtemps
cherche la voiepar laquelle peut s operer cette respiration, il declare que les vais-
seaux ombilicaux et le placenta sont un veritable appareil respiratoire. His prae-
missis, ajoute-t-il, statuimus sanguinem embryi per arterias ombilicales ad placen-
tam delatum, non tantum succum nutritium, sed una cum eodem particularum
nitro-cerearum portiunculam commeatu suo ad foelum admovere : plane ut san
guis infantuli per circulationem suam in vasis ombilicalibus factam, eodem modo
acidem in vasis pulmonalibus, particulis nitro-cereis impregnari videatur. Proinde
utplacentam non amplius jecur, sed potius pulmonem utermum, nuncupan-
dam esse arbitror.
A 1 epoque ou J. Mayow executait ses travaux, la balance n inlervenait encore
que bien rarement et exceptionnellement dans les recherches des chimistes, les
precedes d investigation etaient toujours incomplets etsouvent vicieux. Sans autre
guide que leur genie, les esprits eminents de 1 ecole chimiatrique out souvent en-
trevu, devine la verite ; mais en realite ils n ont rien demontre d une maniere
decisive. Ces passages, dans lesquels ils ont consigne les fruits de lours medila-
50 CHALEUR ANl.VALE.
tions et que nous aimons a tirer de Toubli 011 ils sont tombes, nous apparaissent
dansleurs ecrits comme des assertions sans preuves a 1 appui, ou deduites d expli
cations et de theories inadmissibles. Si ces eclairs de genie sont insuffisants pour-
constituer une science, ils mettent du moins en lumiere la fecondite de la voie ou-
verte aux physiologistes par les travaux de 1 ecole cbimiatrique.
Opinions des iatro-mecaniciens. Les esprits ne tarderent pas a se detourner
de la consideration des hunieurs de 1 economie pour attribuer plus d importauce
a 1 action des solides; le sceptre de la medecinepassa des mains des chiririatres aux
mains des iatro-mecaniciens. Aux exagerations de la chimie succederent de vaines
apparences de calcul et des hypotheses mecaniques : tout phenomene en physio-
logie et en pathologic reconnut pour point de depart et pour cause determinate
les proprieles mecaniques des liquides et des solides. La theorie de la calorification
n echappa pas a cette reaction ; la production de chaleur fut considered comme le
resultat du frottement du sang centre les parois des vaisseaux et surtout des capil-
laires. Hales nous a donne, dans son Hemostatique, une exposition complete de
ce sysleme, melange singulier de principes non verifies par 1 experience, de con-
naissances profondes de la composition du sang, de vues a priori avancees comme
faits constates, de consequences d autant plus erronees qu elles sont plus logique-
ment deduites d observations mal faites ou mal interpretees.
La cause de la production de cbaleur est le frottement. Le siege principal de
son degagement est le poumon, parce que la vitesse du sang y est phis conside
rable que partout ailleurs. L agent qui produit la chaleur est le globule, parce
que, etant rouge, il est tres-sulfureux, tres-apte a recevoir et retenir la chaleur,
et puree que, etant ferme, compacte, elastique, il est plus susceptible que les autres
materiaux du sang de s echauffer par le frottement.
La transformation du sang noir en sang rouge dans les capillaires pulmonaires
est due au frottement et a la chaleur qui en resulte. A 1 appui de cette opinion,
Hales cite la rutilance qu acquiert le sang fortement agite dans un vase de verre,
et rapporte naturellement cet effet a la collision des globules entre eux et contre
les parois resistantes. Quant a 1 air exterieur, son passage a travers la cavite thora-
cique, dans les mouvements alternatifs d inspiration et d expiration, ne sert qu a
rafraichir lesang. Sans cela, la temperature de ce liquide s eleverait assez haut
pour pousser toutes les humeurs a la putrefaction.
L intensite dc la chaleur developpee depend a la fois de la vitesse de la circula
tion, dunombre des globules du sang, de 1 etroitesse des vaisseaux, de 1 etat de
rigidite et de tension des parois des canaux sanguins. Avec ces principes, tout
s explique sans difficulte.
Les animaux superieurs sont plus chauds que les inferieurs, parce que leur
sang est plus riche en globules. Les personnes de constitution robuste et vigou-
reuse doivent leur exces de force et de temperature a la plus grande tension des
parois des vaisseaux. Si, a la suite des grandes hemorrhagies, la temperature
baisse, c est quele sang, devenu plus sereux, est moins susceptible de s echauffer
par le frottement. Les violents exercices du corps elevent la temperature, en acce
lerant la circulation, et en rendant les frottements pins considerables.
Dans la fievre, le sang devient si grassier et si gluant qu il passe difficilement
a travers les capillaires. II en resulte une stase dans les arteres, un ralentissement
de la circulation, une diminution des frottements ; de la vient le refroidissement
et le jrisson du debut. Mais le sang, incessamment pousse par le coeur, traverse
CHALEUR ANIMALS. SI
ies t,,pillaires ; I obstacle estf urmonte, la circulation s accelcre, les frotlements
devienuent d autant plus considerables et le degagement de chaleur est d autant
plus intense que lamatiere grossiere et morbifique est plus abondante. C est par
un mecanisme semblable que la resorption des matieres grossieres d une collection
purulente determine un acces de fievre caracterise par un frisson initial.
Telle est la doctrine que les iatro-raecaniciens introduisirent en physiologie,
qui fut professee par de grands esprits, qui seduisit Haller lui-meme au point de
lui arracher cet aveu, non douteux, d acquiescement : Hactenus certe maxime
probabile videtur, utique motu sanguinem incalescere, etsi noiulum constat, quare
magis quara aqua, et quare non super cerium gradum incalescere possit. En
comparant ces explications a la maniere dont Stevenson et Hamberger avaient carac
terise les reactions des materiaux du sang dont ils fuisaient dependre la calorifica
tion, et surtout aux remarquables travaux de J. Mayow sur le mettle sujet, on
demeure convaincu que la physiologie fit un pas retrograde le jour ou les tendances
des chimiatres furent remplacees par les explications sans portee et sans avenir des
medecins mathematiciens et mecaniciens.
Cet envahissement de considerations empruntees aux mathematiques et a la
mecanique souleva, parmiles physiologistes, une reaction a laquelle s associerent
des savants etrangers aux sciences biologiques. Revoke par cette manie de de-
mander a ralgebrel explication des phenomenes de la vie, qui poussait des hommes
d un grand merite a chercher leur point de depart dans de vaines hypotheses,
alors que 1 experience leur faisait defaut, d Alembert denonca avec vivacite, clans
le iliscours preliminaire de \ Encyclopedic, 1 inanite de ces tentatives, d autant
plus dangereuses qu elles cachaient le vide de la pensee premiere et 1 erreur de la
conclusion sous une apparence trompeuse de profondeur et de precision.
On a voulu, dit-il, reduire en calcnl jusqu a 1 art de guerir, et le corps 1m-
main, cette machine si compliquee, a ete traite par nos medecins algebristes
comme la machine la plus simple et la plus facile a decomposer. C est une chose
singuliere de voir ces auteurs resoudre d un trait de plume des problemes d hy-
draulique et de statique capablesd arreter toute leur vie les plus grands geometres.
Pour nous, plus sages ou plus timides, contenlons-nous d envisager la plupart dc
ces calculs et de ces suppositions vagues comme des jeux d esprit auxqucls la naturo
n est pas obligee de se soumettre.
Doctrine de la combustion respiratoire. Cependant un grand fait domine
toule cette histoire de la calorification. Les animaux sont tons pourvus d appareils
qui permettent a 1 air de penetrer dans 1 interieur de leur corps et de se meler a
leurs humeurs. Les experiences de Boyle demontrerent qu aucun animal ne pent
vivre dans le vide, que par consequent 1 action de 1 air est necessaire a 1 entretien
de la vie. J. Mayow, Hales, Boyle, Verrati et beaucoup d autres physiologistes,
leurs contemporains, netarderent pas a demontrer qu une bougie s eleint et qu un
animal meurt quand on les laisse trop long temps dans une masse d air confine, et
que, dans le second comme dans le premier cas, une cerlaine proportion de gaz
disparait. On discuta beaucoup sur la question de savoir si 1 air penetrait dans le
sang en nature, ous il lui cedait seulement quelque principe; on chercha aussi ^
decouvrir la vraie :ause de la mort des animaux dans 1 air confine. Nous avons
dejii fait connaitre les idees remarquables emises par J. Mayow sur les rapports de
1 air inspire et du sang. Boyle decouvrit que 1 air dans lequel des animaux ont
sejourne contient de 1 air fixe (acide carbonique). Les iatro-mecaniciens ne man-
r >2 CUALEUR ANH1ALK.
qumnt pas d cxpliqucr a leur maniere le role de I aitinlroclin tdans lesang. Pour
eux, il agissait par son e lasticite; il tenait les globules a distance, conservait la
fluidile, le mouvement intestinal, la chalenr du sang, et s opposait a la coagulation
de ce liquide; la mortdcs animaux dans 1 air confine dependaitsurtout de la dimi
nution de cette e lasticite de 1 air. Us invoquerent aussi 1 elevation de la tempe
rature et rhumidile de 1 air confine pour expliquer la mort des animaux maintenus
en vase clos. Ces raisons ne parurent pas suffisantes a Haller, qui, apres avoir ex
pose ces diverses opinions, ajoule tres-judicieusement : Quare aut conjungere
vires deslructi elateris et nosciorum vaporum oportet, aut omnino aliam causam,
nondum satis notam, cita? mortis expectare.
Cigua, de Turin, pultlia deux Memoires sur la respiration, et demon tra par de
Ires-bonnes experiences quelacouleur rouge du sang arleriel est due a 1 action de
1 air; il repeta toutes les experiences de Hales, de Boyle et de Verrati, et prouva
apres eux que :
1 Les bougies s eteignent et les animaux meurent dans 1 air confine;
2 L air vicie, soil par une flamme, soil par la respiration d un animal, est im-
propre a entretenir la combustion et suflbque les animaux qui le respirent ;
5 La duree de la vie des animaux ainsi enfermes est en raison directe du vo
lume de 1 air et en raison inverse du nombre des animaux ; les memes lois regis-
sent la duree de la flamme d une bougie dans 1 air confine.
11 admet que 1 air introduit dans le sang par le chyle sert par son elasticite
aux phenomenes de la vie, et s ecliappe ensuite par le poumon cmportant avec
lui des exhalaisons toxiques. La respiration n etait a ses yeux qu un moyen
d exhalation et de rafraichissement, il rapporte a deux causes la mort des ani
maux dans 1 air confine :
1 La cessation de la transpiration, empechee par les vapeurs dont 1 air est
charge et comme sature ;
2 L irritation que les vapeurs infectees determinent dans les branches et le
poumon qui alors se contractent et refusent de ceder a 1 air qui doit les dilater.
Priestley , qui a jete de si grandes lumieres sur 1 histoire des gaz, fit, des
avant 1772, d importantes recherches sur la respiration des animaux. II prouva
que 1 air fixe (acide carbonique), 1 air commun qui a servi a transformer en
chaux (oxydes) les metaux, 1 air vicie par la combustion d une bougie, par la fer
mentation, par la putrefaction, par la combustion du charbon, fontperir les ani
maux aussi bien que 1 air commun, altere par leur respiration. II fit voir en outre
que 1 air commun vicie par la combustion d une bougie, par la fermentation, par
la putrefaction, par la combustion du charbon et par la respiration, contient de
1 air fixe (acide carbonique) et que, pour lui enlever ses proprietes deleteres et le
rendre respirable, il suffit de le tenir quelque temps en contact avec une plante
en pleine vegetation.
Plus tard, Priestley decouvrit 1 oxygene qu il zppelaairdephlogistique. II mon-
tra que ce gaz n est pas nuisible aux animaux et qu a volume egal, il entretient
leur respiration plus longtemps que 1 air commun; il fit voir qne cet air dephlo-
gistique (oxygene) .dans lequel out ete maintenus des animaux contient de 1 air
fixe (acide carbonique) et ue peut plus servir a leur respiration.
Plus tard encore, Priestley demontra, par des experiences tres-bien instituees
et tres-concluantes, que 1 air commun et 1 air dephlogislique (oxygene) jouissent
seuls de la propriete de rendre au sang veiueux la couleur rutilante du sang ar-
teriel, et que cetle action s exerce meme a travers une membrane organique
C11ALEUR ANIMALE. 55
humide, tandis que du sang rutilant arteriel prend la couleur noirdtre du sang
veineux qu and 011 le mel en contact avec de 1>air P hlo 8 stic l ue (azote), de 1 air in
flammable (hydrogene) on de 1 air fixe (acide carbonique).
Apres avoir lu ces belles observations, on s attend a voir Priestley donner un
dernier coup de pinceau an tableau et enoncer netlement la veritable theorie de
la respiration ; mais, egare par les fausses doctrines de son temps, il meconnul
la verite et caracterisa ainsi cette grande fonction doiit il avail si bien saisi les prill-
cipaux phenomenes.
La respiration est un procede phloyistique . Puisque toute la masse du sang
passe par le poumon et que la seulement il perd sa couleur noire pour devenir
vermeil, il lui parait evident que le principal usage du sang est d absorber, dans
le cours de la circulation, le phloyistique dont le systeme abonde, et de s en de-
Larrasser ensuite en le communiquant a 1 air avec lequel il se trouve en contact
medial dans le poumon. Le sang veineux est noir parce qu il est sature de phlo
yistique; le sang arteriel est rouye parce qu il est debarrasse de ce phloyistique.
Au moment ou il s echappe des voies respiraloires, 1 air est beaucoup plus pltlu-
gistique qu avanl d y entrer. L usage des poumons est done de decharger le corps
de 1 animal dn phlogistique qui s etait introduit dans le systeme par les aliments
et s y etait pour ainsi dire use; 1 air inspire faisant, dans cetle occasion, 1 office
d un menstrue. II serait difficile de trouver dans la science un exemple plus ecla-
tant de la fatale influence que de fausses doctrines regnantes peuvent exercer sur
un homme de genie, m eme quand il Git parvenu a s entonrer de faits imporlants
et bien observes.
Anterieuremenfr aux travaux de Priestley, Black avail deja fait une tres-belle
etude de 1 acide carbonique, de ses combinaisons avec les terres alcalines, descir-
conslances diverses an milieu desquelles il pent prendre naissance. En 1757, apres
avoir constate que ce gaz est irrespirable, il s exprima ainsi : Je me convainquis
que le changement produit dans Vair salubre par 1 acte de la respiration provenait
specialemenl, si ce nest uniquement, d une conversion d une parlie de eel air en
air fixe ; car je trouvai qu en souiflant, au moyen d un tube, dans de 1 eau de
chaux ou dans une solution d alcali caustique, je faisais precipiter h chaux ou
perdre a 1 alcali sa causticile. 11 esl generalement admis que Black a considerc la
production de 1 acide carbonique dans la respiration comme la vraie source de la
chaleur animale. Mais ce fait n est etabli par aucun document authentique ; d autre
part, Black lui-meme, dans ses lecons de chimie, publiees en 1805, parle des
opinions de Crawford sur la llieorie de la chaleur animale, el ne fail aucune es-
pece d allusion a ses proprcs idees sur cette question de physiologic generale.
Nous sommes done aulorise a penser qu anterieuremenl aux travaux de Lavoisier,
Black n uvait pas emis des idees precises sur les origines de la chaleur produite
par les animaux.
Les experiences et les observations que nous venons de passer rapidement en
revue avaient appele les esprits dans une uouvelle direction ; la science s etail
enrichie de faits nouveaux, bien conslales el d une haute importance, le terrain
elait prepare pour une grande decouverte en physiologic. G est en France que ce
progres allait etre accompli ; il etait reserve a 1 homme qui venait de renverser
la theorie surannee du phlogistique, de poser les bases inebranlables de la tbeorie
de la respiration et de la calorification de cette meme main qui tracait encarac-
tcics inelfacables, I immortelle monographie de 1 oxygene.
MCT. ENC. XV. 5
54 CHALEUR ANIMALE.
En rneme temps qu il creait line science nouvelle, la cbimie, Lavoisier tourna
ses vues versla physiologic. II commenca par verifier 1 exactitude des observations
de ses devanciers sur les alterations qne subit 1 air atmospherique pendant la res
piration, mais la ne s arreterent pas ses recherches. Des 1777, il precisa la
nature de ces alterations et ramena les phenomenes chimiques de la respiration a
une combuslion de carbone. Je me trouve, dit-il, conduit a deux consequences
cgalement probables et entre lesquelles 1 experience ne m a pas mis encore en
etat de prononcer. II arrive de deux clioses 1 une, par 1 effet de la respiration : on
la portion d air eminemment respirable (oxygene), contenue dans 1 air atmosphe
rique, est convertie en acide cra yeux (acide carbonique) en passant par le poumou
on bien il se fait un echange dans ce viscere? d une part, 1 air eminemment respi
rable est absorbe, et, d autre part, lepoumon restitue a la place unepartie d acide
crayeux nerilbrme presque e gale en volume. La formation de 1 acide carboniqui:
pendant la respiration est done un fait irrevocablement demontre ; mais le lieu
precis ou s effectue cette combustion reste indetermine. Est-ce dans le poumon
lui-meme, au moment ou il entre en rapports mediats vers le sang, que 1 oxygene
s unit au carbone? Cette combinaison s effectue-t-elle dans les profondeurs de
Teconomie et le poumon n est-il le siege que d un simple echange de gaz entro
1 air almosplieiique et lesang veineux? Lavoisier ne se prononce pas; des le debut
de ses recherches, il pose, avec une bien remarquable nettete, ce probleme dont
la solution a souleve tant de discussions parmi les physiologistes.
Cette meme annee 1777 (la date est importante), Lavoisier enricliit la science
d une nouvelle decouverte : il montra que la combustion du carbone effectuee pen
dant la respiration est la veritable source de la chaleur produite par les animau.v.
,1 ai full voir, dit-il, que 1 air pur (oxygene), apres etre entre dans le poumon, m
sortait en partiesous 1 etat d air fixe (acide carbonique). L air pur, en passant par
le poumon, eprouve done une decomposition 1 analogue a celle qui a lieu dans la
combustion du charbon, or, dans la combustion du charbon, il y a engagement i!c
la matiere du feu, done ildoit y avoir egalement degagement de la matiere du leu
dans le poumou dans 1 intervalle de 1 inspiration a 1 expiration, et c est cette ma
tiere du feu sans doute qui, se distribuant avec le sang dans toute 1 economie ani
male, y entretient une chaleur constante de 52 1/2 degres environ au thermometre
de M. de Reaumur. Cette idee paraitra peut-etre hasardee au premier coup d ceil ;
mais avant de la rejeter ou de la condamner, je prie de considerer qu elle est ap-
puyee sur deux fails constants et incontestables, savoir, sur la decomposition de
1 air dans le poumon et sur le degagement de la matiere du feu, qui accompagne
toute disparition d air pur, c est-a-dire lout passage de 1 air pur a 1 etat d air fixe.
Mais ce qui confirme encore que la chaleur des animaux tient a la decomposition
de l!air dans le poumon, c est qu il n y a d animaux chauds que ceux qui respirent
habituellement, et que cette chaleur est d autant plus grande que la respiration
est plus frequente, c est-a-dire qu il y a une relation constante entre la chaleur de
1 animal et la quantite d air entree ou au moius convertie en air fixe dans les pou-
mons. i) Dans ce passage, ou il indique si netlement et avec tant d autorite la
soi irce veritable de la chaleur animale, Lavoisier s exprime comme s il admettait
a Pour bien comprendre la signification de ce passage et de beaucoup d ecvits de cette
epoque, il est necessaire de se rappeler les idees admises alors sur la constitution du gaz.
1, oxygene libre, par exemple, etait compose d un fluide, base de 1 oxygene, uni a la mat/ere
du feu ou calorique. Lorsque 1 action de 1 oxygene sur le charbon donnait naissance a de
1 acide carbonique, on admettait alors que 1 oxygene se decomposait; sa base se combinait
avec le charbon et la matiere du feu, devenue librc, determinait un degagement de chaleur.
CHALEUR ANIMALE. 35
definitivement que la combustion du carbone s effectue directement dans le pou-
mou ; nous reti ouverons le meme langage clans les memoires suivants. II ne serait
pourtiuit pas juste d en conclure que, pour lui, la question du siege de cette com
bustion hit resolue. En realite, et nous en Iburnirons plus tard la preuve, le pro-
bleme du siege de eette combustion restait toujours indetermine dans son esprit ;
en attendant que ses doutes fussent dissipes, il avail adopte le langage le phis
simple pour caracteriser le phenomene.
Dans son grand travail sur la chaleur, communique a 1 Academie des sciences en
juin 1785, Lavoisier reprit 1 etude des sources de la chaleur animale, il commenca par
determiner exactement la quantite d acide carbonique exhale et par suite, la quan
tite de charbon brule dans un temps donne. Des experiences nombreuses et bien
institutes lui permirent d etablir, que en dix heures, le cochon d Inde brule
3 gr ,335 de carbone. D apres ses experiences anterieures sur la chaleur de combus
tion, la quantite de chaleur degagce par la conversion de ces 3 gr ,533 de carbone
acide carboinque etait sut fisante pour fondre 326 gr ,75 de glace, a la tempera
ture de zero. Ayant ainsi mesure la quantite de chaleur, produite par la com
bustion du carbone operee pendant la respiration, il chercha a prouver que cette
source de chaleur est suffisante pour maintenir l animal a une temperature con-
stante, inalgre les pertes mcessantes dues au rayonnement, an contact du milieu
ambiant et a I cvaporition.
A cet efl ct, il placa un cochon d Inde dans un calorimetre d& glace perce de
trous qui permettaient d entretenir uiiconrant d air pur autour de l animal. L ex-
perience dura dix heures, le poids de la glace fondue fut de 402 gl ,27 ; la chaleur
necessaire a la iusion de cette glace avait etc evidemment fournie tout enliere par
l animal. Lavoisier (ait observer, avec beaucoup de raison, qu un cochon d Inde,
maintenu immobile, pendant dix heures, dans une enceinte a -zero a du ne pas
conserver exactement la temperature qu il avait au moment de son introduction
dans 1 appareil, qu il s est necessairement refroidi au moinspar les extre mite s et
que, par suite, la glace fondue represente un pen plus que la chaleur renouvele e
par l animal pendant 1 operation. En outre, toutes les humeurs exhalees par 1 ani-
mal se sont refroidies a zero, elles ont ainsi contribue a fondre la glace et leur
poids s est ajoute a celui de 1 eau provenant de la fusion. Pour cette double raison,
Lavoisier pense que le poids de 402s r ,27 est trop fort et qu il faut le diminuer
d au moins 61 gr ,19 pour faire disparaitre les causes d erreur precedemment signa-
lees et urriver a 1 estimation de la quantite de chaleur renouvele e par l animal. En
consequence, il fixe a 3416^08 la glace qui aurait ete fondue, si la repartition de
la temperature du cochon d Inde etait restee le meme pendant toute la duree de
1 experience et si Ton avait pu eliminer 1 effet produit par la condensation de ses
diverses exhalations. En rapprochant ce resultat de celui qu il avait precedemment
obtenu, Lavoisier fut conduit a cette conclusion :
1 Un cochon d Inde brule, en dix heures, par la respiration 3 sr ,535 de carbone
suffisants pour fondre 326s r ,75 de glace a zero.
2 Un cochon d Inde cede, en dix heures, au milieu ambiant, une quantite
de chaleur sufiisante pour fondre 341s r ,08 de glace a zero.
Le rapport entre la quantite de chaleur produite par la combustion respira-
toire du carbone etcelle qne, dans le meme espace de temps, l animal cede au
milieu ambiant est done:
M-096
341, 08 ~ U yt
56 C1IALEUI1 ANIilALE.
Dans cette remarquable experience, la clialeur due a la combustion du carbone
pendant la respiration represente les 96 centiemes de la clialeur que perd 1 animal
par le rayonnemenl, 1 evaporation et le contact des gaz an milieu desquelsil vit.
La compensation est presque complete 1 ; cependant Lavoisier fait observer que la
clialeur perdue a ete mesuree dans une enceinte a zero, tandis que 1 activite res-
piratoire a ete determiuee a la temperature de 14 ou 15 degres. Nul doule,
ajoute-t-il, que la quantite d acide carbonique exhale n eut ete plus considerable
si la cloche qui servait a 1 evaluer avail ete mainlenue a la temperature de la glace
fondante, comme le calorimetre employe pour apprecier la quantite de clialeur
perdue. Lavoisier n etait done pas pleinement satisl ait de ses recherches, il ne
les considerait que comme un premier pas fait dans cette voie qu il avait si glorieu-
sement ouverte, et qu il se proposait de parcourir. Convaincu que la combustion du
carbone des materiaux organiques du sang est la veritable source dj la clialeur
animale, il resuma, dans la proposition suivante, les resultals de ses recherches:
Lorsqu un animal est dans un etat permanent et tranquille, lorsqu il peut
vivre pendant un temps considerable, sans souffrir, dans le milieu quil enviromie ;
en general, lorsque les circonstances dans lesquelles il se trouve, n allereiit point
sensihlement son sang et ses humeurs, de sorte qu apies plusieurs heures, le
sysleme animal n eprouve point de variations sensibles ; la conservation de la
clialeur animale est due, au mains engrande partie, a la clialeur que produit la
combinaison de 1 air pur (oxygene) respire par les animaux avec la base (carbone)
de J air fixe que le sang lui fournit.
Gepeiidant Lavoisier n abandonna pas 1 etude de la respiration. Deja, dans son
Memoire de 1783, il avait vu que 1 acide carbonique exhale ne represente pas
exactement la totalite de 1 oxygene absorbe dans le poumon ; il se produisail
done pendant la respiration un autre phenomene dont il ne s etait pas encore
rendu compte, que personne ue soupconnait , dont il signala 1 existence et
determina la nature dans son beau Memoire de fevrier 1785 : Sur les alterations
qui arrivent a lair dans plusieurs circonstances oil se trouvent les hommes
re unis en socie te. II analysa 1 air des salles d hppital et des salles de spectacle, et
demontra que, dans tout espace limite ou des hommes sont reunis, 1 air subit
une double alteration : une diminution de la proportion d oxygene et une augmen
tation de la proportion d acide carbonique. Mais il lit aussi des experiences sur des
cochons d Inde enfermes dans des cloches de verre remplies, tantot d oxygene
pur. tantot d air atmospherique. De ses analyses, il conclut que: pour 100 parties
d oxygene absorbe, 81 parties seulement sont expirees par 1 animal sous forme
d acide carbonique et 19 parties ne se retrouvent pas dans les produits gazeux de
I expiration.
1 L interpretation des resultats de cette experience de Lavoisier a 1 aide des donnees ac-
tuelles de la science conduit a une compensation bien plus approcliec et sensiblement abso-
lue de la clialeur produite et de la chaleur perdue par 1 animal.
Nous savons que MM. Favre el Silbermaini ont fixe a 8080 la chaleur de combustion du
carbone ; d autre part, les experiences de MM. de la Provostaye et Desains portent a 79 la
liauteur de iusion de la glace. Noustrouvons ainsi :
En dix heures, un cochon d Inde a brule 5 r , 335 de emrbone, et par suite produit 26 J30,()4
unites de chaleur ;
Dans le meme temps, il a fourni toute la chaleur necessaii e pour fondre 541e r ,08 de glace,
par suite, ila perdu 26945,52 unites de clialeur.
A moins de 15 calories pres, la compensation est done complete entre la chaleur produite
et la clialeur perdue duns un temps donne.
CIIALEUK ANIMALE. 57
u II est done evident, ajoute-t-il, qu independamment de la portion d air vital
qui a e te convertie en air fixe, une portion de celui qui est entre ilans le pou-
raon n en est pas ressortie dans 1 etat elastique, et il en resultc qu il se passe de
deux choses 1 une, pendant 1 aete de la respiration : ou qu une portion de 1 air
vital s unit avec le sang, ou bien qu elle se combine avec une portion d air inflam
mable (hydrogene) pour former de I eau, je discuterai dans un aulre Memoire,
les motifs qn on pent alleguer en faveur de cbacune de ces opinions. Mais, en suppo-
snnt, comme il y a lieu de le croire, que la derniere soil preferable, il est .MM"
de determiner la quantite d eau qui se forme par la respiration et la quantite
d air inflammable qui est extraite du poumon.
Dans ce Memoire, 1 action de 1 atmosphere sur le sang des animaux est caractt-
risee par trois effets principaux : la diminution du volume de 1 air, la formation
d air fixe et d eau, le degagement de matiere charbonneuse et d un peu d air
inflammable.
Ainsi, des 1785, Lavoisier avail ramene les phenomenes physico-chimiqnes
dc la respiration a une double combustion, et determine les proportions dans
lesqnelles 1 oxygene inspire se partage entre le carbone et 1 hydrogene des male-
rianx organiques du sang pour produire de 1 acide carbonique, de I eau et de la
chaleur.
Mais c est surtout dans le Memoire communique, en 1789, a 1 Academie des
sciences, que Lavoisier a developpe 1 ensemble de ses idees sur la respiration et la
production de la chaleur animale. En absorbant 1 acide carbonique avec de la
potasse a mesure qu il etait exhale et en remplacant 1 oxygene a mesure qu il
etait absorbe, il parvint a faire vivre des animaux en vase clos, tantot au milieu
d une masse d air normalement constitute, tantot dans des atmospheres artificiel-
lement formees. De ces experiences comparatives, il conclut que :
1 Pendant la respiration, il n y a ni exhalaison, ni absorption d azote ;
2 Dans 1 oxygene pur, les phenomenes de la respiration sont les memes qne
dans 1 air atmospherique ;
3 La proportion d azote peut etre notablement augmentee sans que les pheno
menes de la respiration soientalteres. Dans le cas precedent, comme danscelni-ri,
la proportion d oxygene absorbe reste, a quelques differences pres, la meme quc
dans 1 air atmospherique ;
4 Dans une atmosphere artificielle composee d oxygene et d hydrogene, dans
les memes proportions en volume que 1 oxygene et 1 azote de 1 air, les animaux
peuvent vivre longtemps sans souflrir. Us ne commencent a donner des signcs dc
malaise qu au bout de/im ta ffe heures desejour. D ailleurs, 1 hydrogene n eprouve
aucune diminution et ne joue pas de role actif dans la respiration.
II fit anssi, avec Seguin, des experiences sur la respiration de 1 homme et
demontra que :
1 Conformement a ce qu il avait deja constate dans le Memoire de 1785,
1 abaissement dela temperature exterieure determine une plus forte consommaticn
d oxygene ;
2 La quantite d oxygene absorbe est plus forte pendant la digestion qu avant
le repas ;
3 Le mouvement, 1 exercice, le travail mauuel augmentent la quantite
d oxygene absorbe.
Comme consequence de ces resul tats, le Memoire de 1789 contient d admira-
bles considerations sur les rapports qui doivent exister entre 1 alimentation, le
38 CIIALEUR ANIMALE.
climat et le genre de vie ; sur l alimentatio;i surabondante ou insutfisante consi-
deree comme cause de la maladie ; sur le regime a suivre clans les maladies
aigues. C es pages, non nioins remarquables par la noble simplicile et 1 elevation
du style que par la grandeur de la pensee, semblent ecrites d hier tant ellcs
expriment avec force et nettete ses idees qui, apres soixante ans.de lutteset dc
travaux, out enfin prevalu en physiologic et en hygiene. Embrassant dans un memo
coup d ceil 1 ensemble de 1 economie animale, Lavoisier resume ainsi les fails
acquis et ses previsions physiologiques :
La respiration n est qu une combustion lente de carbone et d hydrogene, qui
est semblable en tout a celle qui s opere dans une lampe ou dans une bougie allu-
mee; et, sous ce point devue, les animaux qui respirent sout de veritables corps
combustibles qui brulent et seconsument.
Dans la respiration, comme dans la combustion, c est I air de 1 almosphere
qui fournit I oxygene et le calorique ; mais, comme dans la respiration, c est la
substance meme de 1 animal, c est le sang qui fournit le combustible ; si les ani
maux ne reparaient pas habituellement par les aliments ce qu ils perdent par la
respiration, 1 huile manquerait bientot a la lampe, et 1 animal perirait comme une
lampe s eteint, lorsqu elle manque de nourriture.
Les preuves de cette identite d effet entre la respiration et la combustion, se
deduisent immediatement de 1 experience. En effet, I air qui a servi a la respira
tion ne contient plus, a la sortie du poumon, la meme quantite d oxygene; il
contient non-seulement du gaz acide carbonique, mais encore beaucoup plus d eau
qu il n en contenait avant 1 inspiration. Or, comme I air vital ne peut se converth
en acide carbonique que par une addition de carbone ; qu il ne peut se convertir
en eau que par une addition d hydrogene ; que cette double consommation nepent
s operer sans que I air vital perde une partie de son calorique specifique ; il en
resulte que Teffet de la respiration est d extraire du sang une portion de carbone
et d hydrcgene, el d y deposer a la plate une portion de son calorique specifique
qui, pendant la circulation, se distribue avec le sang dans toutes les parties de
1 economie animale, et y entretient cette temperature a peu pres constante que Ton
observe dans tous les animaux qui respivent.
En rapprochant ces reflexions des resultats qui les ont precedees, on voit que
la machine animale est principalement gouvernee par trois regulateurs principaux :
la respiration, qui consomme de 1 hydrogeue et du carbone, etqui, fournit du calo
rique ; la transpiration qui augmente ou diminue suivant qu il est neeessaire
d emporter plus ou moins de calorique; enfin la digestion, qui rend au sang ce
qu il perd par la respiration et. la transpiration.
Plus tard, Lavoisier constata que, meme chez les mammiferes, le poumon n est
pas la seule surface respiratoire ; il decouvrit la respiration cutanee et embrassa
ainsi, dans leur ensemble et dans toute leur etendue, les rapports de 1 etre vivant
avec 1 atmosphere.
Parvenu a ce haut degrede generalisation, Lavoisier ne conservait aucun doute
sur la realite de ses decouvertes, ni sur la valeur et 1 exactitude de ses conclusions ;
mais il considerait son ceuvre comme provisoire en beaucoup de points et comme
devant subir des modifications dans quelques-uns de ses details. La combustion
directe dans le poumon lui paraissait seulement plus probable que les autres
imnieres de eomprendre 1 action de 1 oxygene sur le sang, c est pour cela qu il
\ z\z\lprovisoirement adoptee dans son langage. II conservait qudques doutes sur
1 origine d une partie de 1 acide earbonique exhale dans 1 expiration ; il se clenian-
CIIALEUR ANIMALE. 39
dait si une partie tie cet acido carbonique n est pas formee dans fe tube intes(,in;il
pendantla digestion et la, absorbeeet introduce dans le torrent circulatoire avec Ic
chvle pour etre ensuite eliminee par lespoumons. Les experiences que nousavons
deia entreprises, dit-il, sur la digestion et la transpiration, eclairciront probablc-
blementcesdoutes.Ellesleveront, nous 1 esperons du moins, les incertitudes qui
nous restent sur ce siijet. Peut-etre alors serons-nous oblige d apporter quelques
cbangements a la doctrine que nous avons presentee dans ce Memoire. Ges modi
fications des premieres pensees ne coutent rien a ceux qui ne cherchent la vente
que pour elle-meme, etsans autre desir que de la rencontrer. 11 reprit ce sujet
dansun Memoire sur la transpiration des animaux.
Si le gaz acide carbonique, dit-il, qui se degage pendantl expiration, etait en
paiiie un produit de la digestion, il faudrait attribuer a une autre cause laconsom-
mationde 1 air vital qui s opere dans 1 acte de la respiration ; il faudrait supposer
qn il se forme plus d eau, soit dans le poumon, soil pendant la circulation, ou il
faudrait admettre quune partie de lair vital e tant absorbe e dans le poumon
se fixe, pendant la circulation, avec quelques parties de noire systeme. II
resulte de cette reflexion que le probleme est indetermine et susceptible de
plusieurs solutions. Mais ce n est pas le moment de discnter cette question tres-
quneuse que de nouvelles experiences eclairciront, nous nous en tiendrons pro-
visoirement a la solution qui nous parait la plus probable.
Frappe de ce double mouvement centripete qui verse incessamment dans le
torrent circulatoire les aliments digeres et absorbes par la surface intestinale et
1 oxygene de 1 air introduit dans la cavite thoracique, Lavoisier se demanda ce
que deviennent ces matieres raises en presence clans les vaisseaux de la circulation
sanguine. Procedant a cette recherche avec toute la rigueur de 1 analyse cbimique,
il demontra que 1 oxygene introduit par les voies respiratoires attaque les substan
ces organiques fournies par la digestion, les brule, se combine avec leur carbone
etleur hydrogene pour former de 1 acide carbonique et de 1 eau. II montra que
cette combustion lente des materiaux organiques du sang est une source incessante
de chaleur suffisante pour maintenir la temperature des animaux ; il fournit la
veritable solution du double probleme de la respiration et de la calorification
depuis si longtemps agite dans la science. Dans cette grande question de physiolo-
gie generale, son esprit resta indecis sur un seul point, sur le siege de cette dou
ble combustion respiratoire. Sans doute, il penchait vers 1 idee d une combustion
directe dans le poumon; rnais il n a jamais presente cette idee que comme proba-
Ik. Dans son dernier Memoire de 1790, comme dans le premier travail de \ 111,
il en appelle a de nouvelles experiences pour eclaircir ses dout.es.
Dans ses etudes de physiologic, Lavoisier n avait pas seulemont arrete sou
attention sur cette question de la cbaleur animale; ses vues etaient plus vastes et
plus hautes. DP. bonne heure, il avail compris toute 1 etendue et toute Timportance
des rapports du regne organique et du regne mineral. Ses idees a ce sujet sont
consignees dans le programme d unprix propose pour 1794, par TAcademiedes
sciences.
Les vegetaux, dit-il, puisent dans 1 air qui les environne, dans 1 eau, et en
general dans le regne mineral les materiaux necessaires a leur organisation.
Les animaux se nourrissent de vegetaux oud autres animaux, qui onteteeux-
memes nourris de vegetaux ; en sorte que les materiaux dont ils sont formes sont
toujours, en dernier resultat, tires de 1 air etdu regne mineral.
Par quels precedes la nature opere-t-elle cette circulation cntre les trois
40 CIIALEUR ANIMALE.
regues? Comment parvienl-elle a former des substances fermentescibles, combus
tibles 1 etpntrescibles nvec des materiaux qni n ont aucune de ces proprietes?
La cause et le mode de ces pbenomenes ont ete jusqu a present enveloppes
d un voile presqne impenetrable. On entrevoit cependant que puisque les putrefac
tions et les combustions soul les moyens que la nature emploie pour rendre au
regne mineral les materiaux qu elle en a tires pour former des vegetaux et desani-
maux, la vegetation et 1 animalisation doivent etre des operations inverses de la
combustion et de la putrefaction.
C estdans toutel etenduedu canal intestinal ques opere le premier degre d a-
nimalisation, ou la conversion des matieres vegelales en matieres animales. Les
aliments rccoivent une premiere alteration dans la bouche par lair melange avec
la salive; ils en recoivent une seconde dans 1 estomac par leur melange avec le sue
gastrique; ils en recoivent une troisieme par leur melange avec labile et le sue pan-
creatique. Gonvertie en chyle, une partie passe dans le sang, pour reparer les perles
qui s operent continuellementparla respiration et la transpiration ; enfin, la nature
rejette sous forme d excrements tous les materiaux dont elle n a pu faire emploi.
Une circonstance remarquable, c est que les animaux qui sont dans 1 etat de saute,
et qui ont pris toute leur croissance, reviennent constamment, cbaque jour, a la
fin de la digestion, au meme poids qu ils avaient la veille dans des circonstances
Femblables ; en sorte qu une somme de matiere egale a celle qui est recue dans le
canal intestinal se consume et se depense soit par la transpiration, soit par la res
piration, soit enfin par les differentes excretions.
En meme temps qu elle inspire 1 admirafion la plus profonde po ir le genie de
Lavoisier, la lecture de ces pages eloquentes nous montre cornbien il est regret
table qu entraines par 1 autorite de Bichat, les pbysiologistes i rancais se soient si
longtemps ecartes de la voie feconde si largement ouverte devant eux par 1 immor-
tel createur de la cbimie.
A peu pres en meme temps que Lavoisier, le docteur Crawford publia les resul-
tats de ses recbercbes sur les causes de la chaleur animale. Les Anglais n ont pas
hesite a attribuer a leur compatriote tous le merite de la decouverte. Les physio-
logistes i rancais, sans se donner la peine d examiner serieusement la question, so
sont contentes de repeter ces assertions gratuites et ont eux-memes contribue ales
propager ; tout au plus ont-ils insinue a la decliarge de Lavoisier que, preoccup^ du
meme sujet, il avait pu arriver aux memes conclusions generales sans avoir con-
naissance des travaux deCrawford. Cependant !es pieces dn proces sont dudomaiue
public, elles sont imprimees, tout le monde peut les consulter; leur signification
est tenement claire, que 1 on a peine a comprendre comment une question de prio
ri te a pu etre soulevee a ce sujet.
La premiere publication de Crawford est de 1779. Eleve a 1 ecole de Priestley,
il ne fait que reproduce la theorie de son maitre sur les causes de la cbaleuraui-
male. Dans les capillaires generaux, le sang absorbe du phlogistiqne et cedede la
chaleur ; dans le poumon, le sang veineux cede a 1 air inspire le phlogist ique dont
il est sature et devient sang arleriel ; 1 air fixe expire nest que de 1 air commun
um au phlogistique cede par le sang veineux. En 1782, Crawford developpa cette
1 II est tres -remarquable que les substances minerales combustibles se trouvent le plus
souvent brulees, ou au moins engagees dans des combinaisons ou elles sont peu combus
tibles, et que les vegetaux les sejmrent et se les approprient pour former leurs matieres in-
iiainmables (cette note si remarqnable est aussi de Lavoisier).
C1IALEUR ANIMALE. 41
meme doctrine dans un Memoire communique a la Societe royale de Londres. La
voisier qui, en 1777, c est-a-dire deux ans avant la premiere publication de Craw
ford, avail si nettement pose la combinaison de 1 oxygene avec le carbone des
materiaiix organiques du sang comme source de la chalenr animale, connaissait
tres-bien les opinions du physiologiste anglais ; il en parle dans son Memoire de
1783, maisil n avait rien a Ini emprunter pour completer ses belles etudes des
phenomenes physico-chimiques de la respiration.
En 1788, Crawford publia une seconde edition considcrablement augmented de
ses reclierches. Oblige de renoncer auphlogistiqtie, il admit la presence dans le
sang d un hydrogens carbone et adopta cette hypothese toute gratuite pour base
de sa nouvelle theorie.
Dans les capillaires generaux, d apres cette nouvelle theorie, le sang arteriel se
salure A hydrogene carbone et devient veineux ; dans le ponmon, 1 oxygene de
1 air attaque cet hydrogens carbone, produit de 1 eau, dc 1 acide carboniquc et de
lachaleur; le sang veineux debarrasse de son hydrogene carbone, rcpasse a 1 etat
desang arteriel. Rappelons-nousquedes 1785,trois ans avant la publication de la
seconde edition de Crawford, Lavoisier avail demontre la formation de 1 eau en
meme temps que cellede 1 acide carboniquedans 1 acte de la respiration, et nolle -
ment etabli la combinaison de 1 oxygene absorbe avec 1 hydrogene et le carbone des
materiaux organiques du sang. Les deux grands phenomenes qui servent de base a
la theorie de la chaleur animale, la combustion du carbone et la combustion de
1 hydrogene des materiaux du sang, ont done etc Studies, demontres, mesures
par Lavoisier anle rieurement aux publications de Crawford. Le physiologiste
anglais n a rien a revendiquer des ide es fondamentales dsveloppees par le chi-
miste francais.
Les beaux travaux de Lavoisier sur la respiration et les sources de la cltaleur
animale preoccupaient beaucoup lemonde savant. Des essais, des hypotheses et des
recherches serieuses surgissaient de toutes parts. Lagrange fit observer que, si la
c. mbustion du carbone et de 1 hydrogene s operait directement dans le poumon,
la temperature de cet organe s eleverait assez haul pour entrainer de graves lesions
de texture. II conclut de la que, dans les poumons, il se passe un simple echange
de gaz entre I atmosphere qui cede son oxygene et le sang veineux qui laisse echap-
per 1 acide carboniqne ; 1 oxygene absorbe est entraine dans le torrent circulatoire,
reagit ensuite sur les materiaux du sang dans les capillaires generaux, produit de
1 eau et de 1 acide carbonique. Cette interpretation des phenomenes rendait compte
d une maniere satisfaisante du double changement de couleur quele sangeprouve
dans les poumons et dans les capillaires generaux, en meme temps qu elle expli-
quait tres-simplement et tres-logiquement la repartition de la chaleur dans les
parties les plus eloignees du centre, sans recourir a aucune hypothese. 11 etait re
serve a Spallanzani de fournir la demonstration experimentale de la justesse de cette
vue de Lagrange.
Les Memoires de 1 illustre physiologiste italien font mention d une belle expe
rience qui tranche definitivement cette question bien souvent soulevee par Lavoi
sier et dont Lagrange avait pressenti la veritable solution. 11 placa des limacons
dans des tubes de verre purges d oxygene et qui ne contenaient que de Yazote on
de Vhydrogene. Bien que ces animaux nepussentplusintroduirede 1 oxygene dans
leiirsorganes i espiratoires, ils continuerent a exhaler de Yacide carbonique, comme
le jirouva 1 analyse des gaz accumules dans les tubes, falacide carbonique exhale
42 CHALEUR ANIMALE.
preexistait done tout forme dans le sang veineux et n etait pas le produil d mie
reaction directe de 1 oxygene au moment de son absorption.
En 1824, W. Edwards reprit cette experience fondamentalede Spallanzani. Dans
une cloche pieine d hydrogene et renversee sur une cuve a mercure, il iutroduisit
une grenonille plaeee sur un flotteurde liege. L animal, avant son introduction
sous la cloche, avail ete comprime sous le mercure, de maniere a chasser tons
les gaz conlenus dans ses poumons. La grenouille respira longtemps avec ampleur
et regularite, puis, les mouvements respiratoires se ralentirent et s arreterent
completement un peu avant la fin de 1 experience, qui dura huit heures trente
minutes. L animal n etait pas mort , retire et expose a 1 air, il revint pen a peu
a son etat habituel. W. Edwards analysa les gaz de la cloche; il constata que
la grenouille avait expire un volume d acide carbonique superieur a celui de
son corps, Les resultats furent les memes avec d autres reptiles, des poissons et
des mollusques. L experience fut tentee sur un jeune chat de trois a quatre
jours ; dans un espace clos rempli d hydrogene, cet dnimal exhala un volume
d acide carbonique deux fois et demie aussi considerable que la capacite de ses
poumons.
Ces experiences interessantes, executees avec toute la rigueur desirable, deter-
minent d une maniere definitive le veritable siege de la double combustion respi-
ratoire. C estdans les capillaires generaux, au moment de la conversion du sang
artenel en sang veineux, que 1 oxygene absorbe dans le poumon attaque les mate"
riaux organiques du sang, brule leur carbone et leur hydrogene.
Du moment que les phenomenes respiratoires localises dans le poumon se redui-
sentaunjmr et simple echange de gaz, il doit necessairement exister des gaz
tibres a 1 etat de dissolution dans le sang arteriel et dans le sang veineux. Les opi
nions les plus contradictoires avaient ete emises ace sujet,lorsque Stevens et Hoff
mann retirerent de 1 acide carbonique du sang veineux en le recevant au sortir de
la veine et en 1 agitant dans un flacon plein d hydrogene. Mais c est surtout Magnus
qui, en 1857, a eclairci ce point de la science. 11 a successivement etudie, sur un
meme animal, le sang arteriel et le sang veineux par un precede operatoire qui
rend impossible toute action chimique capable de determiner, pendant 1 expe-
nence,de nouvelles combinaisons des materiaux du sang. Les travaux de M.i<nius
et les nombreuses recherches publiees depuis sur ce sujet sont exposes, analyses,
discutes aux articles SANG et RESPIRATION ; nous devons nous contenter ici dVrap-
porter les conclusions suivantes a titre de simple confirmation des principes fon-
damentaux de la theorie de la chaleur animale :
1 Le sang, soil arteriel, soit veineux, contient des gaz libres a 1 etat de simple
dissolution. Ces gaz, consideres dans leur nature, sont les memes dans les deux
sangs; ce sont 1 oxygene, 1 acide carbonique et 1 azote ;
2 Le rapport de 1 oxygene a 1 acide carbonique est toujours plus considerable
dans le sang arteriel que dans le sang veineux.
L Academie des sciences de Paris ayant propose la determination des sources de
la chaleur animale pour sujet de prix, deux travaux importants furent presentes
Le premier est un memoire de Dulong, communique a 1 Academie dans la seance
du 2 decembre 1822, et publie seulement apres sa mort, en 1843 ; le second est
un Memoire de M. Despretz, couronne dans la seance du 2 Janvier 1823 et public
en 1824. Ce deux physiciens accepterent 1 un et 1 autre le probleme de la calorifi
cation tel que Lavoisier 1 avait pose; ils admirent que :
CttALETJR ANIMALE.
\ L oxyene absorbe se combine tout enticr avec les elements combustibles dii
,-m" et se partage en deux parties, dont 1 une s unit au carbone pour faire de
cide 8 carbonique, 1 autre a 1 hydrogene pour faire de 1 eau ;
oo Tou t 1 acide carbonique exhale est du a la corabinaison de 1 oxygene
avec le carbone des materiaux organiques du sang ;
30 pour determiner la proportion d oxygene employe a faire de 1 can, il
mesurer la quantite totale d oxygene absorbe et d en retrancher 1 oxygene co.itenu
dans 1 acide carbonique exhale par l f animal dans le meme temps.
En outre, dans le calcul de la quantite de chaleur produite par les phenomenes
uhvsico-chimiques de la respiration, ils admirent implicitement, avec Lavoisier,
Le h chaleur degagee par la combustion de 1 hydrogene et du carbone est la
merne dans le cas ou ces corps sont prealablement engages dans des
one quand ils sont brutes a 1 etat libre.
Le probleme etant ramene a cet etat de simplicite, la determination
qui revient a la respiration dans la production de la chaleur animate devient fa
cile D un cote, on mesure la quantite de chaleur perdue par 1 animal dans un
temps donne; dun autrecote, on apprecie la chaleur produite en dedmsant de la
quantite d oxygene absorbe et de 1 analyse des gaz expires les proportions de ,
bone et d hydrogene transformes en eau et en acide carbonique, et en multipliant
le poids de chacun de ces corps absorbed par sa chaleur de combustion.
cniW fait Lavoisier, c est ce que firent, a leur tour, Dulong et M. Desprets
deux physiciens n ont introduit dans la mcthode experimental de leur illustro
predecesseur qu un perfectionnement qui, d ailleurs, est considerable. Lavoisier
avait determine la quantite d oxygene absorbe et la chaleur perdue par deuxexpe-
riences distinctes et separees. executees sur le meme animal ; Dulong etM. Despretz
ont mesure ces deux elements du probleme simultanement et par une meme ex-
rience pour chaque espece animale soumise a leur observation.
Dulong et M. Despretz employment le meme appareil experimental dans lean
rechercbes. L animal etait enferme dans une boite metallique immergee dans
calorimetre a eau qui permettait de determiner la quantite de chaleur perdue pen
dant 1 experience. La boite dans laquelle etait place lanimal communiquait avec
deux gazometre a eau. L un de ces gazometres etait rempli d air et fourmssait un
courant continue de gaz destine a entretenir la respiration del animal, 1 autre etait
plein d eau et servait a recueillir les produits gazeux de 1 expiratiori.
Le calorimetre (fig. 4) se compose de deux enceintes concentriques. La premiere
et la plus interieure BB , destinee a contenir 1 animal, est une boite de fer-blanc tres-
raince, munie d un couvercle dont les rebords s engagent dans deux rainures G,i
implies de mercure pour iutercepter toute communication. Gette boite BB com
munique a 1 exterieur par deux colonnes creuses de fer-blanc D,D , dont 1 une D
s ouvre directement dans 1 interieur de la boite, tandis que 1 autre s abouche avec
1 extremite E d un serpentin SS place a la partie inferieure de la boite et faisant
corps avec elle, ce serpentin, d ailleurs, par son extremite E, s ouvre directement
dans 1 interieur de cette meme boite. L anirnal, prealablement place dans une cage
tres-legere d osier, est enferme dans la boite inlerieure BB .
La seconde enceinte AA du calorimetre est un vase de fer-blanc a parois tres-
minces., dans la cavite duquel est placee la boite BB qui contient 1 animal. Ces
deux enceintes sont maintenues a distance par des supports tres-legers ; 1 espace
qui les separe est rempli d eau de maniere que la boite BB en soil completement
recouverte. A travers le couvercle 00 de 1 enceinte exterieure AA , on introduit
44 CHALEUR A Mi; ALE.
ilcs thermomctres Q, Q ct des agitatcurs a, b, destines a mesurer chnque instant
l.i temperature de 1 eau et a maintenir son egale repartition.
Le poids de 1 eau contenu dans le calorimetre est connu ; on lui ajoute le poids
los diverses pieces metalliques de 1 appareil, de la cage d osier, du verre et du
mercure des thermometres
transformed en eau ; on mul-
tiplie la somme par la varia
tion de temperature eprouvee
par le liquide pendant 1 expe-
rience ; ce produit represcnte
la quantite de chaleur ab-
sorbe e par le calorimetre on
ce de e par 1 animal dans 1 es-
pace de temps qu a dure 1 ob-
servation.
Pour entretenir Ja respira
tion de 1 animal el reciieillir
les gaz expires, la colonne [)
est raise en communication
avec le gazometre plein d air,
et la colonne D avec le gazo
metre plein d eau. Le jen des
deux gazometres determine et
entretient, autour de 1 ani
mal, un courant continu d air
incessamment renouvele, qui
pmt etre accelere ou ralenti a volonte. A la sortie du premier gazometre, 1 air pur
s engage dans la cavite de la colonne D ; de la il passe, suivant la direction des
fleches, dans la boite BB , sert a la respiration de 1 animal, emporteavec lui tous
les procluits gazeux de la respiration et s engage dans 1 ouverture E du serpenlin.
Le melange gazeux parcourt le serpentin tout entier, se met en equilibre de
temperature avec 1 eau du calorimetre, s echappe par la colonne D et parvient
ainsi au second gazometre ou il remplace un egal volume d eau qui s echappe au
dehors.
^ De cette maniere, 1 animal vit dans un courant continu d air et la respiration
s execute normalement. D ailleurs, les gaz eirculant dans des espaces hermetique-
ment clos, rien ne peut etre perdu ; enfin toute la chaleur enlevee a ranimal soil
par le rayonnement, soil par le contact des gaz, est absorbee par 1 eau du calori
metre, puisque cesgaz sont eux-memes refroidis dansle serpentin SS. Opendant,
1 air sort du serpentin a une temperature plus elevee a la fin qu au debut de
I experience, il y avait done a craindre qu une partie de la chaleur cedee par ra
nimal fut ainsi soustraite au calorimetre ; on parait a cette cause d erreur en refroi-
dissant 1 eau du calorimetre, au commencement de 1 observation, au-dessous de la
temperature exterieure, d un nombre de degres egal a celui dont elle devait la
depasser a la fin. On se metlait ainsi a I abri des effets du rayonnement et de 1 in-
fluence exercee par la circulation du gaz qui s echappait a des temperatures crois-
sanies comme celle de 1 eau elle-meme.
Les deux gazometres exactement jauges ctaient munis de manometres et de
thermometres ; on pouvait ainsi determiner exactement le volume reel des caz
CHALEUil ANIMALE. 45
nu ils conlenaient ai. commencement et a Ja fmde chaque observation. Unc a..a-
Le preliminaire avail fait connailre la composUiou do 1 air fourin a "animal pour
entretenir la respiration ; une seconde analyse, pratiquee a la tin dc 1 exper.uiice,
donnait la composition des gaz expires recueillis dans le second gazometre.
ceUc maniere on detei minait directement :
1 La chaleur cedee par 1 animal au calorimetre dans un temps donne ;
2 La quantit6 totale de 1 oxygene absorbe par 1 animal dans le rneme temps;
30 La quantite d acide carbonique exhale par 1 animal dans le meme temps.
D apres les principes adoplespar les experim. .Uateurs, dune part la totahte de
1 acide carbonique exhale etait formee aux depens de 1 oxygene absorbe, d auti
part 1 exces de 1 oxygene absorbe sur 1 oxygene de 1 acide carbonique exhale avail
du s uuir a I hydrogene pour iaire de 1 eau. Ces donnees experimentales elaient
done sufBsantes pour determiner les quantites de carbone et d hydrogene briiles
par 1 animal pendant la duree de 1 observatiou.
Enfin, la quantite de chaleur developpee par la respiration de 1 ammal, pen
dant la duree de chaque experience, etait represcntee par la somme des produils
du poids du carbone et de 1 hydrogene brules par leurs chaleurs de combustion
respectives.
Cependant, les produits gazeux de 1 expiration contenant de 1 acide carb<
il y avail a craindre qu une partie de ce gaz fut absorbee par 1 eau du gazomelre
dcstinee a le recevoir et perdu pour 1 analyse. Dans le but d attenuer les effets
de cette cause d erreur, on avail soin de placer dans ce gazometre un flotleur
circulaire de liege qui separait les gaz du liquide et s opposait ainsi a 1 ab-
sorption.
En acceptant pour exacles les determinations de carbone et d hydrogene brule
lelles que Dulong et M. Despretz les onl donnees dans leurs Memoires, el en cal-
culant la chaleur produile au moyen des chaleurs dc combustion de MM. Fabre et
Silbermau, on arrive a des conclusions qui ue s eloignent pas beaucoup de celles
de Lavoisier.
Le Memoire de Dulong contient seize experiences faites sur de petits mammi-
fereset sur des oiseaux. En i-epresentant par 100 la quantile de chaleur perdue
par 1 animal, nous trouvons que la quantite de chaleur produile, dans le memo
temps, par la respiration, esl representee moyennemenl par 90,6.
Le Memoire de M. Desprct/ contient aussi seize experiences t ailes sur de pe-
lits mammiieies et sur des oiseaux. En representant par 100 la quanlite de cha
leur perdue par 1 animal, nous trouvons que la quantite de chaleur produite,
dans le meme temps, par la respiration, est representee moyennement par 92,5.
En recueillant sur 1 eau les produits gazeux de 1 expiration, Dulong etM. Des
pretz ont necessairement perdu un peu decide carbonique exhale, et puisque
dans leurprocede tout 1 oxygene absorbe qui ne se retrouve pas dans 1 acide car
bonique recueilli, est considere comme ayant servi. a faire de 1 eau, ils ont dueva-
Incr trop haul la cjuanlile d hydrogene brule. Gette cause d erreur lend a elever
la quantite de chaleur produite au-dessus de sa valeur reelle. D un aulre cote,
ils n ont pas tenu comple du refroidissement necessairement eprouve par 1 animal
pendant 1 experieuce; ils n ont pas defalque la chaleur cedee au calorimetre par
la condensation de la vapeur d eau expiree; ils ont done evalue trop haul la cha
leur qu auraitreeliement perdue 1 animal dans des conditions normales ou sa tem
perature se serait maintenue constante.
Dans les experiences de D along, la respiration s est generalemenl accompaguee
* 6 CHALEUR ANIMALE.
de 1 exhalation d une proportion variable d azote : ime seule fois , chez un chat
de trois mois, il y eut absorption de ce gaz ; une seule ibis, chez un chat dc
quatre mois, 1 azote ne fut ni absorbe, ni exhale. I/exhalation de 1 azote e.,l
un fait constant dans les experiences de M. Desprelz. Cesderniersresultatsne
laissent aucun doute sur le role joue par 1 azote dans la respiration; mais les
nombres qni represented les pertes de ce gaz sont certainement trop eleves. En
effet, les aliments consommes ne contiandraient pas assez d azote pour compenser
la perte, si la quantite de ce gaz, eliminee par les voies respiratoires, etait aussi
considerable que ces deux physiciens 1 ont avance. Liebig a fait observer que,
meme en negligeant 1 azote elimine par les diverses excretions, une exhalation
pulmonaire aussi intense suffirait pour chasser, en quelques jours, de 1 economic
plus d azote que n en contient le corps entier de Tanimal. II y a done eu erreur
dans la determination de la quantite d azote exhale; les proportions des di
vers gaz expires ayant etc appreciees par une seule analyse, cette erreur a du
necessairement s etendre aux quantites d oxygene absorbe et d acide carbonique
exhale.
Ces imperfections desappareils et ces incertitudes des analyses jointes aux hypo
theses generates, aujourd hui inadmissibles, qui servent de bases a la methode
experimental adoptee et suivie par Dulong et par M. Despretz, font que les re-
sultats de leurs recherches sur les sources de la chaleur animale ne doivent
etre acceptes qu avec une tres-grande reserve.
Reprenant 1 idee, dt-ja emise et realisee par Lavoisier, de faire vivre un animal
en vase- clos, en absorbant 1 acide carbonique par la potasse a mesure qu il est
exhale, et enrendant 1 oxygene a mesure qu il disparait, M. V. Regnault a fait, en
collaboration avec M. J. Reiset, une etude des produits gazeux de la respiration. Non
moms remarquable par son etendue que par 1 importance des resultats dont il a
enfichi la science, ce beau Memoire de physiologic generale se distingue de tous
les travaux entrepris sur le meme sujet, par cedegre de haute precision que Ton
t toujours sur de retrouver dans les recherches de cet eminent physicien. M. V.
Regnault a successivement experimente sur des mammiferes, des oiseaux des
reptiles, des insectes a 1 etat adulteet a fetat de larves,enfin sur des vers de Jarre.
Le probleme qu il s est pose et qu il a parfaitement resolu est celui-ci : Dans un
espace limite, de capacite connue, clos de maniere que rien nepuisse s en echap-
per et dont la temperature ne varie pas, maintenir constante la composition de rail-
confine, de telle facon qu un animal puisse y vivre pendant plusieurs heures et
meme pendant plusieurs jours.
Nous devons nous conteuterde decrire ici 1 appareil employe pour les animaux
supeneurs; celui qui a servi a analyser les produits gazeux de la respiration chez
les ammaux mfeneurs est fonde sur les memes principes. L appareil se compose
de trois parties essentielles :
1 Espace dans lequell animal est enferme (fig. 5elQ)^ Cet espace se compose
d une cloche de verre tubulee A d environ 45 litres de capacite, mastiquee par sa
par tie inferieure sur un disque de fonte DD muni de deux rainures ; a son centre, ce
isque presente une ouverture circulate ab assez grande pour laisser passer. 1 ani-
1 La figure 6 represente, en coupe verticale, les details du disque de fonte DD sur l
sont mastiques la cloche A el le manchon de BB DD , en meme temps que "ouvertm e
vers laquelle I ammal est introduit et le moyen de la fermer LermSquement
CHALEUR AN1MALE. 47
mal; pendant 1 experience, celte onverture est maintemie hermetiquement fermee
avec un obturatcur de fonte boulonne ef. L aniinal repose sur un petit plancher a
claire-voie forme d une plaque de tole mn percee de plusieurs trous el couverte de
petiles tringles de bois. Ge plancher, plus petit que 1 ouverture ab, est maintenu
par irois loquets s,s ,s". Toutes ces pieces metalliques, de fonte et de tole, sont
Fis 5.
peintes au minium pour eviter leur oxydation et 1 absorption d oxygene qui en se-
rait la consequence.
La cloche A est enveloppee d un manchon de verre BB DD , mastique dans la se-
conde rainure du disque de fonte. Ce manchon est
rempli d eau que Ton maintient a une temperature
constante.
La tubulure superieure de la cloohe A porte une
raonture metallique traversee par plusieurs petites
tubulures. La premiere, f, communique avec un
manometre a mercure abc qui donne, a chaque in
stant, la tension du gaz interieur. La seconde, r, sert a 1 introduction de 1 oxygene
necessaire a la respiration. La troisieme, _/, et la quatrieme, /, font communi-
quer 1 interieur de la cloche A avec le condenseur de 1 acide carbonique. En outre,
sur la troisieme tubulure, /, est embranche un tube, gr , que Ton pent, a volonte,
tenir ferme ou mettre en communication avec un appareil mariometrique a mer
cure r"dd , qui permet, a un moment quelconquede 1 experience, de puiser dans
la cloche A un volume determine d air pour le soumettre a 1 analyse.
2 Condenseur de I acide carbonique (fig. 5). Get organe important se corn-
pose de deux pipettes C,G a deux tubulures, de 5 litres de capacite, qui commu-
48 CLULEUR AN1MALE.
niquent entre ellcs par Icurs tubulures inferieures au moyen d un long tube q(f
de caoutcliouc vulcanise reconvert de toile exlerieurement ; les tubulures supe-
ricuics portent des montures metalliques m,m qui communiqueiit avec lestubu-
huesj,/ de la clocbe A par I intermediaire de longs tubes de caoutcliouc vulcanise.
On met dans les pipettes G,C environ 5 litres d I une dissolution de potasse caus-
tique dont le poids et la composition sont rigoureusement connus.
Ces pipettes sont posees sur deux cadres metalliques, mobiles dans le sens ver
tical, accroches par des chaines aux extremites du balancier K d une petite ma-
cbine mise elle-metne en mouvement par un poids de 200 kilogrammes. Les
pipettes recoivent ainsi, pendant la duree de cbaque experience, un mouvement
vertical d oscillation, en vertu duquel la dissolution de potasse passe alleniative-
ment de C en G et de C en G a travers le tube de caoutcliouc qq . Cbacune de ces
pipettes, pendant son mouvement d ascension, se vide de liquide et aspire une por
tion de 1 air de la cloche A, qui vient se depouiller de son acide carbonique au
contact de la dissolution potassique qui mouille sesparois; pendant le mouvement
de descente, au contraire, chacune d elles se remplit de liquide, et le gaz qu elle
contenait, debarrasse de son acide carbonique, est refoule dans la cloche. D ai!-
leurs, la pipette C prend 1 air dans la partie superieure de la cloche A, et la pipette
C dans la region inlerieure par le lube//. II en resulte que, pendant loute la du
ree de 1 experience, le jeu alternatif des pipettes determine, non-seulement 1 ab-
sorption de 1 acide carbonique a mesure qu il est produit par la respiration de
1 auimal, mais encore une agitation continuelle de 1 air de la cloche A, qui tend a
lui conserver une composition uniforme dans toute son etendue.
3 Appareil a oxygene (fig. 5). L appareil destine a fournir I oxygene neces-
saire a 1 entretien de la respiration consiste en trois grosses pipettes N,N N". La
tubulure superieure de chaque pipette porte une monturemetalliquea deuxpetites
tubulures niunies de robinets r,r . L une de ces petites tubulures, par le tube rr ,
sert a remplir la pipette d oxygene; 1 autre, par le tube rv, s aboucbe avec un
petit flacon laveur M rempli a moitie d une dissolution de potasse, et communique,
par cet intermediaire, avec 1 interieur de la cloche A.
Les tubulures iiiferieures des pipettes sont garnies d une monture mclallique a
deux branches. L une de ces branches est verticale; elle porte un robinetR etsert
a faiie ecouler le liquide de la pipette quand on veut la remplir d oxygene, L autre
branche R Pi est horizontale; elle se termine par une tubulure verticale dans laquelle
est mastique un long tube de verre kk : c est par ce tube que Ton introcluit le li
quide destine a chasser le gaz de la pipette a oxygene pour le faire passer dans la
cloche A, a travers le llacon laveur M.
Gliaque pipette a oxygene porte deux reperes o et o , 1 un sur la tubulure supe
rieure, 1 autre sur la tubulure inlerieure. Le volume compris entre ces deux reperes
est determine par plusieurs jaugeages. Quand on remplit une pipette d oxygene, on
a soin delaisser toujours du liquide dans la tubulure inferieure jusqu en o ; quand
on fait passer 1 oxvgene qu elle contienl dans la cloche A, pour fournir a la respira
tion de 1 animal, on a soin que le liquide qui vient prendre la place du gaz ne s eleve
pas au-dessus du repere o. De cette maniere on connait exactement la quantite
d oxygene fournie par chaque pipette. En effet, la capacite comprise entre les re
peres 0,0 est connue, on a soin de mesurer la tension inlerieure au moment ou le
u^e est rempli de gaz, ct la temperature est fournie par le thermometre T appli
que centre ses parois. Chacune des trois pipettes N,1N ,N" est successivement mise
en communication avec le ballon laveur M et maintenue dans sa position jusqu a
CHALEUR ANIMALE. 49
cequelellquidequi vient remplacer 1 oxygene qu elle fournit a la respiration de
1 animal ait atteint le niveau o.
Leliquide employe a reraplir les pipettes N, N .N", soil avant 1 introduction de
1 oxygene, soil pour chasser ce gaz, est une dissolution concentree de chlorure de
calcium qui n exerce qu une action dissolvante tres-faible sur 1 oxygene pur et sur
1 air atmospherique.
Chaque experience a ete continuee par M. V. Regnault jusqu a ce que 1 animal
eut consomme de 65 a 150 litres d oxygene. Les chiens consommaient cettequan-
tile en douze ou vingt heures; les lapins, poules et autres animanx restaient dans
1 appareil deux, trois et meme quatre jours. Quand 1 animal devait rester plus de
quinze heures dans 1 appareil, on mettait dans la cloche sa ration liabiluelle de
nourriture. Les urines de 1 animal s ecoulaient dans 1 espace compris entre le
petit plancher mn et 1 obturateur metallique ef (fig. 6).
Quand on veut faire une experience, on verse la quantite convenable de dissolu
tion potassique dans les pipettes C,G , que Ton pose sur leurs cadres metalliqtieset
que Ton met en communication avec la cloche A. .Puis on rapproche la grosse
pipette N remplie d oxygene, et par le tube vertical kk r on la met en communica
tion avec le tube de plomb k y du reservoir PQ P Q rempli d une dissolution de
chlorure de calcium dont le niveau xx est maintenu sensiblement constant par le
jeu des ballons 0,0 , 0", egalement remplis de chlorure de calcium.
Cela fait, on introduit 1 animal dans la cloche A, et, s il y a lieu, les aliments
qui doivent servir a sa nourriture, et Ton met en place 1 obturateur ef, mais sans
former hermetiquement. A 1 aide d une forte machine pneumatique communi-
quant avec la tubulure r, on determine, a traversla cloche, un courant d air ra-
pide pour empecher le gaz interieur d etre vicie par la respiration avant le com
mencement de 1 experience. Pendant ce temps, on donne a 1 eau du manchon
BB DD la temperature convenable, que 1 on peut rendre stationnaire pendant
toute la duree de 1 observation, mais qui, dans tous les cas, doit etre, a la fin, ra-
menee exactement au meme degre qu au debut.
Cela fait, on serre fortement les ecrous de 1 obturateur inferieur ef, on detache
la machine pneumatique, on note la hauteur du barometre et le degre du ther-
mometre T, qui donnent la tension et la temperature de 1 air dont la cloche A est
remplie; on fait communiquer la pipette aoxygene Navec le flacon laveur M,et Ton
met 1 appareil a potasse en mouvement.
A partir de ce moment, la grosse pipette N remplie d oxygene, la cloche A et les
deux pipettes a potasse C,G forment une seule cavite hermetiquemeut close dans
laquelle 1 animal respire, c est-a-dire consomme de 1 oxygene et exhale de 1 acide
carbonique. Get acide carbonique produit est incessamment absorbe par la disso
lution potassique des pipettes G,G , et la tension diminue dans la cloche A. Mais
1 oxygene de la pipette N, chasse par le liquide qui descend du reservoir superieur
PQ P Q , passe a travers le liquide du flacon laveur M, vient remplacer celui qui a
disparu dans la cloche A et rnaintient constantes la tension et la composition de
1 air autour de 1 animal. Le passage des bulles de gaz a travers le flacon laveur M
peimet de juger exactement la maniere dont s execute la respiration de 1 animal.
Quand 1 oxygene de la pipette N est epuise, on remplace cette premiere pipette
par la seconde pipette N , et celle-ci par la troisieme pipette N".
Quand on veut terminer 1 operation, on ramene la temperature de 1 eau du
manchon et la tension du gaz contenu dans la cloche A a etre les memes qu au
debut,; on fuit une prise d eau dans la cloche au raoyen de 1 appareil dd , et Ton
DICT. ENC.. XV. 4
50 CHALEUR AN1MALE.
analyse cet air. De cette maniere, on connait la temperature, la tension et la com
position de 1 air contenu dans la cloche A au debut et a la fin de 1 experience. On
connait, en outre, la quantite d oxygene qui, des pipettes N,N ,N", est passe dans
la cloche A. L analyse du liquide potassique continue dans les pipettes G,C , fait
connaitre la quantite d acide carbonique exhale par 1 animal pendant 1 expe-
rience.
On pese 1 animal et les aliments avant de les intro duire dans la cloche A ; par
suite, on connait leur volume, puisqu on admet, ce qui est sensiblement vrai, que
leur densite moyenne est la meme que celle de 1 eau. En retranchant ce volume
de celui que represente la.capacite de la cloche A, du manometre et du conden-
seur, on determine exactement les quantites d air, c est-a-dire d oxygene, d azote
et d acide carbonique que contenaitl appareil au moment ou 1 experience a com
mence. On pese de nouveau 1 animal et le reste des aliments a la fin de 1 operation,
et puisque la composition de 1 air interieur est connue, on peut mesurer les quan
tites d oxygene, d azote et d acide carbonique quiremplissentl appareil au moment
meme ou [ experience est terminee.
De cette maniere on possede tous les elements necessaires pour determiner ri-
goureusement :
1 La quantite d oxygene consomme par 1 animal pendant la duree de 1 expe
rience ;
2 La quantite d acide carbonique exhale par 1 animal dans le meme temps ;
5 On peut aussi savoir si la quantite d azote est restee la meme ou a varie, et,
par consequent, connaitre le rolejoue par ce gaz dans raccomplissement des phe-
nomenes de la respiration.
Les animaux vivant douze a vingt heures et quelquefois plusieurs jours dans un
espace hermetiquement ferme, M, V. Regnault a recueilli, non-seulement les gaz
exhales par 1 appareil respiratoire, mais encore ceux qui sont expulses par la peau
et par le tube digestif. II devenait done necessaire d apprecier la part qui revient
a chacune de ces surfaces d elimination dans les produils obtenus, et de determi
ner si, du corps de 1 animal ou de ses excrements, il ne se degage pas des substances
gazeuses de nature a exercer une influence facheuse sur 1 economie.
M. V. Regnault a demontre que, dans le cours de ses experiences, il ne s est
forme que des traces a peine appreciates de gaz sulfures et d ammoniaque. Ces
produit, en trop faible quantite pour exercer une influence nuisible sur les ani
maux, n existaient pas a 1 etat de liberte dans 1 atmosphere de 1 appareil; ils etaient
dissous dans les liquides alcalins employes pour absorber 1 acide carbonique exhale
et dans 1 eau qui ruisselait sur la face interne des parois de la cloche A. Sous ce
rapport done, les conditions d existence des animaux en observation doivent etre
considerees comme normales.
Les experiences sur les mammiferes et les oiseaux ont fourni, dans le plus
grand nombre des cas, une exhalation soit d hydrogene, soil d un melange d hy-
drogene et d hydrogene proto-carbone. La presence de ces gaz n etant pas constante,
et leur quantite etant extremement variable, on ne peut pas les considerer comme
un produit de la respiration. Les recherches des physiologistes ont demontre depuis
longtemps I existence de 1 hydrogene a Tetat de liberte dans le tube digestif des
animaux recemment mis a mort, et tout le monde sail avec quelle facilite 1 hydro
gene proto-carbone prend naissance au milieu des matieres vegetales et animales
envoie de decomposition. D ailleurs,l exactitude de cette interpretation est demon-
tree par un accident arrive pendant la trente-cinquieme experience : il s agit d un
CHALEUR ANIMALE. 51
chien qui, pendant son sejour dans la cloche, eprouva des vomissements frequent*;
dans ce cas, on constata un degagement d environ deux litres d hydrogene pur.
Apres avoir rendu corapte de ce fait interessant, M. V. Regnault ajoute : II est
tres-probable que, pendant la digestion, les matieres alimentaires degagent dans
1 estomac de 1 hydrogene pur, mais que la plus grande partie de ce gaz se brule
de nouveau sous 1 intluence des matieres en fermentation, et qu il n en sort du
corps de 1 animal que de tres-petites quantites .
Dans une serie d experiences, il a separe les produits gazeux elimines par les
voies respiratoires, des gaz fournis par la peau et par le tube digestif. II a prouve
que, chez les mammiferes et les oiseaux, 1 acide carbonique elimine par la
peau et par le canal intestinal ne s eleve moyennement qu aux huit milliemes
de celui que fournit 1 animal tout entier. Quand il s agit d animaux appartenant a
ces deux classes, on peut done, sans erreur sensible, considerer la totalite de 1 a
cide carbonique obtenu comme exhale par les voies respiratoires.
Cette conclusion ne doit pas etre etendue aux animaux inferieurs ; chez eux,
la surface cutanee parait jouer un tres-grand role dans les phenomenes de la res
piration. II resulte des operations de M. V. Regnault que, chez les grenouilles,
suHOO parties d oxygene, enlevees a 1 airambiant, 65 peuvent penetrer par la
peau et 35 seulement par les poumons ; ces fails sont en accord parfait avec les
resultats des experiences de Spallanzani et de W. Edwards sur le meme sujet.
M. V. Regnault a maintenu des animaux dans des atmospheres artificielles
tres-riches en oxygene. Rien que, dans ces experiences, la proportion d oxygene
aitete portee depuis 37 jusqu a 96 pour 100, les animaux n ont paru eprouver
aucuu malaise. Les produits de 1 expiration et la quantite d oxygene consomme
sont restes sensiblement les memes que dans 1 air ordinaire ; ce fait confirme
1 exactitude des resultats des recherches de Lavoisier sur le meme sujet.
^ M. V. Regnault a remplace la majeure partie de 1 azote de 1 air par de 1 hydro
gene ; il a fait vivre des animaux dans des atmospheres renfermant les proportions
normales d oxygene et de 53 a 76 pour 100 d hydrogene. Les phenomenes de la
respiration sont restes les memes que dans 1 air atmospherique ; seulement la
quantite d oxygene absorbe a augmente notablement. Ge dernier resultat ne doit
pas surprendre; 1 animal plonge dans 1 hydrogene dont le pmivoir refroidissant
t beaucoup plus considerable que celui de 1 azote, doit necessairement perdre
plus de chaleur et, par suite, consommer plus d oxygene pour conserver sa tem
perature propre.
Independamment de ces resultats pleins d interet,- le travail de M. V. Regnault
iournitles notions les plus precieuses etles plus precises sur les phenomenes fon-
damentaux de la fonction respiratoire.
1 Tous les animaux absorbent de Toxygene qui brule les materiaux organiques
du sang. La quantite d oxygene absorbe, rapportee a l unite du poids de 1 animal,
vane avec la classe et 1 espece zoologique et, pour le-meme animal, avec les con
ditions physiologiques, suivantdes lois determinees.
!Tous les animaux exhalent de 1 acide carbonique ; sauf quelques cas excep-
tionnels tres-rares et tres-importants, le poids de 1 oxygene contenu dans 1 acide
carbonique exhale est plus faible que celui de 1 oxygene absorbe. -- Le travail de
I. V. Regnault a eclaire d une vive lumiere ce point important de 1 histoire de la
respiration. II resulte de ses experiences que, moyennement, le rapport de 1 oxy
gene contenu dans 1 acide carbonique exhale a 1 oxygene total absorbe est repre-
sente par les nombres suivants :
CHALEUR ANIMALE.
Chez le lapin. { fraiches ....... ," """" n <W7
nouvri avec du pain et de 1 avome . .
nourri avec des carottes et autres plantes
fraiches
nouvri avec du pain et de 1 avoine .
( nourri avec du pain et des eaux grasses.
Chez le chien. nourri avec de la viande crue. .
nourri avec de la graisse de moulon.. . . ",|>;J
( nourrie avec des graines >
Chez la poule. nourrie avec du pain.
nourrie avec de la viande "
Chez les petits oiseaux, a leur alimentation ordinaire. . . . 0,753
Chez la grenouille ^- 2
Chez le lezard QSQ8
Chez le hanneton H -KI
Chez le ver a soie a des epoques diverses du developpement. 0,751
Chez le ver de terre
L oxv-ene absorbe etant,tout entier, finalementelimme sous forme d acicle car-
Doniqueet d eau, la proportion de ce gaz qui ne se combine point avec le carbone
s umt a 1 hydrogene 1 des materiaux organiques clu sang; de sorte que la somrae
des quantites d oxygene combines avec le carbone et 1 hydrogene represent
touiourslatotalitede 1 oxygene absorbe par les surfaces respiratoires.
precedent nous montre que, pour une meme quantite d oxygene empruntee a 1 air
atmospherique, la portion qui s unit au carbone peut varier des 997 aux 677 miZ-
liemesde son poids total; la portion de ce gaz, employeea bruler 1 hydrogene, peut
done varier des 3 aux 325 milliemes de Voxygene absorbe. Ce resultat est tort im
portant, car un kilogramme d oxygene ne dotme que 3050 calories en se combinant
avec le carbone, tandis qn il en fournit 4308 en s unissant a 1 hydrogene ; pour
une meme quantite d oxygene absorbe, 1 animal produira done d autant plus de
chaleur qu nne plus forte proportion de ce gaz sera employee a faire dc IVau. Ce
tableau montre, d ailleurs, que de toutes les influences qui peuvent faire varier hi
repartition de 1 oxygene absorbe entre le carbone et 1 hydrogene du sang, celle dc
1 alimentation est, sans contredit, la plus importante. En effet, dans les prodmts
des combustions respiratoires, la proportion de 1 eau a 1 acide carbonique diminue
a mesurejquele regime devient plus exclusivement vegetal, augmente, au conlraire,
a mesure que la predominance des aliments empruntes au regne animal est plus
prononce.Ce fait concorde parfaitement avec la composition alimentaire des ma-
tieres combustibles introduces dans le sang par la digestion dans ces diverses
circonstances.
3 Dans Tetat de sante et soumis a leur regime habituel, les mammiferes et
les oiseaux exhalent constammentdel Mole. [/exhalation de ce gaz est tres-faible;
le poids de 1 azote elimine par cette voie, d ailleurs tres-variable d un animal a
1 La combinaison d une partie de 1 oxygene absorbe avec le carbone du sang n a jamais
(Hi- mife en doule par personne; il n en est pas de meme de la production de 1 eau dans l : acte
de la respiration. En attendant une demonstration directe de ce fait, 1 observation suivante,
due a M. Sacc, nous parait suffisante pour lever tous les doules a cet egard. Ce savant a
prouve que les marmottes, pendant leur sommeil hibernal, continuent a respirer et eprou-
vent une legcre augmentation de poids tant que Vengourdissement est assez pro fond pour
qu elles n expulsent pas leurs urines. D un autre cote, M . V . Regnault a trouve que les marmottes
engourdics absorbent un poids d oxygene a, pen pres double du poids de 1 acide carbonique
exhale. Comme, pendant leur sommeil, ces animaux etaient conserves dans des lieux abritiis
et que leur temperature etait tres-basse, ils devaient necessairement perdre tres-peu d eau
par 1 exhalation pulmonaire et cutanee. L exces d oxygene absorbe est done la cause reellc
de leur augmentation dc poids. Mais, du moment oil 1 anima.l ezpulse les urines, il se trouec
peser mains qu au debut fie Vengourdissement. Ces fails rapprociies nous paraissent deraon-
trer, d une manierc peremptoire, que la portion d oxygene absorbe qui ne se retrouve pas
dans 1 acide carbonique exhale s est combine avec 1 hydrogene du sang pour iaire de 1 eau.
C1IALEUR ANIMALE. 53
1 aulre et clicz le meme animal, est ordinairement moindre quc ?m centieme dc
l oxy n ene absorbe ; il est toujours reste au-dessous de deux centtemes, excepte
dans une experience portant sur un verdier ou il s est eleve exceptionnellement a
quatre centiemes. Chez les reptiles et chez les insectes, les experiences ont
donne, tantot une faible exhalation, tantot une faible absorption d azote; mais
M. V. Regnault fait observer que, chez ces animaux, les phenomenes de la respi
ration ont trop pen d intensite pour que les determinations numeriques puissent
s executer avec une grande precision et pour qu il soit possible de repondre absolu-
ment de leur exactitude.
Nous arretons la les emprunts fails an Memoire de M. V. Regnault; une
analyse complete de ce beau travail sera mieux placee a 1 article RESPIRATION.
Les observateurs qui, depuis Lavoisier, ont cherche a penetrer la nature des
phenomenes physico-chimiques de la respiration, ont pese et analyse directs -
ment les gaz absorbes et exhales par un animal place dans des conditions determi-
nees. Gette methode, a laquelle nous reserverons la denomination de methode di~
recte, a rendu de grands services : elle a permis de prouver que, loind emprunterde
1 azote a 1 atmosphere, 1 animal maintenu dans des conditions physiologiques en
exhale constamment une certaine quantite ; de determiner exactement le poidsde
I oxygeneconsomme dans un temps donne; de demontrer que 1 oxygene consomme
se partage en deux parts, dont 1 une se combine certainement avec le carbone et
Yaniretres-probablement avec I hydrogenedes materiaux organiquesdu sang, et que
cette double combustion s opere au moment oii le sang arleriel, emportant avec lui
1 oxygene absorbe, traverse la trame des capillaives generaux. Mais il faut bien le
reconnaitre, cette methode ne peutpas donner la demonstration^lirecte de la com
bustion de 1 hydrogene, parce que, dans la masse d eau qui s echappe par toutes
les voies d elimination, elle ne fournit aucun moyen de distinguer surement 1 eau
qui provient de 1 aclion de 1 oxygene absorbe sur les materiaux de 1 economie, de
celle qui a ete introduite toute formee par les aliments solides et les boissons, ni
de celle qui resulte de la combinaison de 1 oxygene et d une portion de 1 hydrogene
rendus libres par la destruction et la transformation des materiaux organiques dn
sang. G est par voiede defalcation et parce qu ils ne retrouvaient pas dans Vacide
carbonique exhale tout 1 oxygene absorbe, que les observateurs ont ete conduits a
admettre qu une portion de cet oxygeneest employee a fairede 1 eau. Cette maniere
de determiner la quantite d hydrogene brule ne repose que sur une hypothese.
Dulong, M. Depretz et tons les observateurs qui 1 ont employee ont necessaire-
ment suppose que tetfl acide carbonique exhale provient de la combinaison d une
portion de 1 oxygene absorbe avec le carbone du sang. Des le debut de ses recher-
ches, Lavoisier avail senti et signale la faiblesse radicale de cette hypothese dont
rien n est venu depuis justifier 1 exactitude. La science, au contraire, s esl enri-
chie dans ces derniers temps de quelques faits precieux, inconteslables, qui de-
monlrenl qu une portion de eel acide carbonique exhale pent provenir et provient
enrealite Aims certains cas, d une autre source que de la combinaison du carbone
du sang avec 1 oxygene absorbe paries surfaces respiratoires. La methode directe
reste done impuissante pour nous apprendre, avec certitude, dans quelles pro
portions s opere le partage de 1 oxygene absorbe entre le carbone et 1 hydrogene
des muteriaux combustibles de 1 ecouomie. Depuis 1859, les progres incessants
de la chimie organique ont permis d aborder 1 etude des phenomenes physico-chi
miques de la respiration, a 1 aide d un autre precede d observation qui, tenant
54 CIIALEUR ANIMALE.
compfe de tout, a fait disparaitre ce qu i] y avait d hypothetique dans les deduc
tions tirees de 1 analyse des gaz inspires et expires. Cette nouvelle methode que
nous distinguerons de la precedente en lui reservant la denomination do methode
indirecte, nous permettra de penetrer plus prolbndement dans les phenomenes de
1 economie et de determiner, dans chaque cas particulier, pour quelle part 1 oxy-
gene absorbe contribue a la formation des divers produits elimines par les surfaces
respiratoires.
Cette methode a ete introduite dans la science par M. Boussingault, qui 1 adeve-
loppeeetpratiquee dans deuxMemoires importants. Dans 1 un, le precede a ete appli
que a une vaclie laitiereet a un clieval; dans 1 autreaune tourtere.lle. Liebig,dans
son traite de chimie organique appliquee a la physiologic animate, M. Barral,
dans son Memoirs sur la statique chimique du corps humain et dans la statique
chimique des animaux, ont adopte la marche suivie par M. Boussingault. Voici
d abord les principes tres-simples et incontestables sur lesquels ce savant, dont les
travaux occupent une si grande place dans la physiologie generale, a etaye sa me
tbode:
Un animal adulte, pris dans un etat normal de nutrition et de sante, est sou-
mise a la ration d entretien. Les materiaux fournis par les aliments entrent, se
fixent dans 1 organisme, en se modifiant, pour remplacer ce qui est journellement
elimine par le jeu des fonctions. Mais 1 animal neperdni ne gagne en poids ; une
somme equivalente en nature et en poids a la matiere elementaire des aliments
consommes doit done necessairement se retrouver en totalite dans les dejections,
\essecretions, les produits des organes respiratowes etde lapeau.
Chez un animal jeune, en train de se developper, ou chez un animal a I en-
grais, les choses doivent se passer autrement ; il y a necessairement, dans 1 un et
1 autre de deux ces cas, plus de m&lieK& introduites par I alimentation quedema-
tieres e limine es, puisque 1 animal augmente de poids et de volume.
La metbode de M. Boussingault peut-etre resumee ainsi : Tenir compte de tout
ce que 1 animal introduit sous forme solide ou liquide dans le tube digestif, de
toutcequ il expulseau dehors en excrements solides et liquides, puis retrancher
la seconde quantite de la premiere. Le reste represente necessairement, en nature
et en poids, ce que 1 animal a perdu paries organes respiratoires et par 1 exbala-
tion cutanee.
L exactitude du procede suppose necessairement deux choses :
1 L animal doit etre soumis a la ration d entretien; son poids ne doit point
varier pendant toute la duree de 1 observation. Pour cela, on a soin de tenir 1 a-
nimal a un regime determine pendant un mois ou six semaines, avant de le sou-
mettre aux experiences definitives, et Ton a soin de le peser de temps en temps
afm de constater que son poids est stationnaire, que I alinientation est suffisante et
convenable.
2 L animal ne doit fixer aucun des elements de 1 atmosphere. II est evident
que 1 air ne lui fournit pas de carbone et que I oxygene absorbe est finalement eli
mine en totalite sous forme d eau et d acide carbonique. - - Quant a 1 azote, les
experiences de Dnlong et de M. Despretz, etles resultats bienplns probants obtemis
par M. V. Regnault, demontrent indubitablementque tout animal, maintenu dans
des conditions pbysiologiques, au lieu d emprunter de 1 azole a Tatmospbere,
exhale au contraire une partie de celui que lui fournit la digestion.
L experience de M. Boussingault sur une tourterelle a la ration d entretien et
nonrrie avec du millet et del eau a discretion, fournit une bien remarquable veri-
CHALEUR ANIMALE. 55
fication de 1* exactitude de cette methode inclirecte convenablement appliqufie.
Pour le carbone brule et elimine sous forme. d acide carbonique par le poumon
et par la peau, nous avous deux moyens de conlrole.
1 M. Boussingault avail prealablement determine directement la quantiU :
d acide carbonique exhale par cette merne tourterelle en la faisant vivredans une
cloche, au milieu d un courant d air continu. L analyse des gaz de 1 expirationlui
avail montre que, en tenanl compte des heures de veille et de sommeil, celle
tourterelle eliminait moyennement, sous forme d acide carbonique :
Par le poumon et par la peau... O gr ,209 de carbone par heure.
La methode indirecte a montre que cet animal eliminait moyennement, sous
forme d acide carbonique :
Par le poumon et par la peau... Os r ,211 de carbone par heure.
II n est pas possible de demander une concordance plus parfaite et plus ab-
solue.
2 Les recherches si exactes de M. V. Regnault montrent que huit poules du
poids moyen de 1414e r ,231, nourries exclusivement avec des graines, onl elimine
sous forme d acide carbonique :
Par le poumon et par la peau... O gr ,386 de carbone par kilogramme et par
heure.
Tandis que cinq petits oiseaux du poids moyen de 25 gr ,620 et nourris egalc-
ment avec des graines, out elimine sous forme d acide carbonique:
Par le poumon et par la peau, 3e r ,188 de carbone par kilogramme et par
heure.
La tourterelle, du poids de 186 gr ,585, se place par son poids com me par son
volume entre les poules et les petits oiseaux; elle doit necessairement eliminer,
par les merries voies et sous la meme forme, une quantite de carbone interme-
diaire aux deux resultats precedents. La methode indirecte montre que cetle tour
terelle eliminait, sous forme d acide carbonique :
Par le poumon et par la peau, ls r ,432 de carbone par kilogramme et par
heure.
La done, encore, la concordance est complete, et nous pouvons admettre les re
sultats fournis par la methode indirecte, pour I elimination du carbone par le pou
mon et par la peau, comme parfaitement exacts.
Pour ce qui concerne ( exhalation de 1 azote, le travail de M. V. Regnault four-
nit encore une bien precieuse verification de 1 exactitude des resultats fournis par
la methode indirecte. II resulte, en effet, des recherches de M. V. Regnault, que
le rapport du poids de 1 azote exhale au poids du carbone elimine par le poumon
et par la peau a ete moyennement :
Chez les huit poules 0.0216S
Chez les cinq petits oiseaux 0,04044
Chez la tourterelle, intermediate par le poids et le volume aux poules et aux
petits oiseaux, le rapport de 1 azote au carbone doit necessairement etre compris
entre ces deux resultats. La methode indirecte donne, en effet, pour valeur de ce
rapport :
ffi= 0,05134.
Ces deux importantes verifications sont de nature a mettre hors de toute con
testation 1 exactitude des principes sur lesquels repose la methode indirecte pro-
56 CHALEUR ANIMALE.
posee et pratiquee par M. Boussingault ; nous pouvons maintenant exposer toutes
les consequences qui decoulent des resultats fournis par son experience sur la tour-
terelle.
Dans la somme des elements des matieres organiques detruites dans 1 economic
qui ont du s echapper par les surfaces respiratoires, la proportion d oxygene est
trop faible pour transformer en eau tout I hydrogene elimine par cette voie; cet
exces d hydrogene a done etc brule par de 1 oxygene emprunte a I atmosphere.
Ainsi, sans hypothese aucune, la methode indirecte montre qu une portion de
1 oxygene absorbe s unit a I hydrogene du sang et fournit la proportion exacte de
cet hydrogene brule et transforme en eau dans 1 acte de la respiration. Quant au
carbone elimine par le poumon et par la peau, il s est evidemment combine avec
le reste de 1 oxygene absorbe par 1 animal. La methode indirecte permet done de
mesurer exactement la quantite d oxygene emprunte par 1 animal a 1 atmosphere,
et de determiner dans quelles proportions cet oxygene absorbe s est partage entre
le carbone et I hydrogene du sang.
La tourterelle sur laquelle a experimente M. Boussingault absorbait en 24 heures
14^,515 d oxygene, dout 13s r ,523 se combinaient avec le carbone et 0^,992 avec
I hydrogene des materiaux organiques du sang.
L experience montre en outre que cette tourterelle exhalait, en 24 heures, par
le poumon et par la peau, 5s%242 d eau provenant de la combinaison de 0* r ,582
d hydrogene et de 4e r ,660 d oxygene fournis par les materiaux organiques du
sang; cette eau pent etre consideree comme pre existant toute forme e dans ces
materiaux organiques. Independamment done de tout 1 oxygene emprunte a I at
mosphere, 1 animal elimine par le poumon et par la peau une portion de
1 oxygene des materiaux organiques de son sang. L oxygene provenant de cette
derniere source etait, dans le cas de la tourterelle, tout entier elimine sous forme
d eau ; nous verrons plus tard qu il n en est pas toujours ainsi.
11 resulte encore de cette experience que la tourterelle absorbe 3 r ,2414 d oxy
gene par kilogramme et par heure. Or, d apres les recherches de M. V. Regnault,
ce resultat est intermediate a ceux que les poules et les petits oiseaux out
fournis. La consornmation de 1 oxygene par kilogramme et par heure a ete, en
effet, de le r ,148 chez les poules et s est eleve a lls r ,472 chez les petits oiseaux.
Ajoutons enfin que le rapport du poids de 1 oxygene employe a bruler le carboue
au poids total de 1 oxygene absorbe est, chez la tourterelle, egal a 0,931, nombre
identique a la valeur (0,927) de ce rapport fourni par les experiences de M. V. Re
gnault sur les poules nourries au grain.
Get exemple et ces verifications sulfisent pour montrer quel haut degre d exac-
titude on peut atteindre dans Tanalyse des phenomenes physico-chimiques de la
respiration par 1 emploi de la methode indirecte proposee par M. Boussingault.
Phenomenes physico-chimiques de la respiration. Au point ou nous sommes
parvenu de cette exposition, il nous est permis de specifier les actes au milieu
desquels la chaleur est produite par les animaux et de poser, dans toute son eten-
due, le probleme de la calorification.
Pendant que, par les diverses voies d excretion, 1 animal rejette au dehors les
materiaux qui ne doivent plus faire partie de son sanget de ses organes, la diges
tion verse incessamment dans le torrent circulatoire deux especes de principes
organiques. Les uns ne contiennent pas d azote; ce sont des matieres ternaires :
les sucres, les corps gras, les alcools, etc. Les autres sont quaternaires et azo-
CHALEUR AN1MALE. 57
tees; clans ce groupe rentrent toutesles matieres dites albuminoides fonrmes par
lacliair des anhnaux et aussi par les aliments empruntes au regne vegetal.
Les matieres ternaires ne servent pas a la reparation de la fibre organique. Les
sucres et les alcools ne font en realite que traverser I economie, on ne les ren
contre dans la composition d aucun tissu, ils ne s accumulent nulle part et ne se
retrouvent en nature dans aucune excretion : sauf la proportion indeterminee
d alcool qui s echappe en vapeur par les voies respiratoires, ils sont done detruits
en totalite dans le torrent circulatoire. Bien que les graisses soient abondantes
dans I economie, cependant, chez un animal parvenu a un developpement complet
et soumis a une alimentation suftisante, malgre la quantite considerable de ma
tieres grasses versees dans le sang par la digestion, la proportion des graisses
contenues normalement dans les organes n augmente ni ne diminue. Dans 1 etat
physiologique, les matieres grasses fournies par la digestion ne sont done pas uti-
lisees pour la nutrition ; sauf les faibles traces de ces substances que Ton retrouve
dans les excretions, les corps gras i ournis par les aliments sont done aussi com-
pletement detruits. Chez les animaux soumis a une alimentation insuffisante, une
partie des graisses de leurs tissus disparait, est detruite; tandis que, chez les ani
maux a 1 engrais on qui passent d un regime insuffisant a une alimentation abon-
dante, une partie des matieres grasses fournies par la digestion s accumule dans
les organes et contribue a 1 augmenter leur poids; une accumulation semblable a
lieu chez les jeunes sujets en train de se developper.
L animal complement developpe et soumis a la ration d entretien, 1 animal
maintenu a un regime tel que son poids n augmente ni ne diminue, detruit com
pletement dans le torrent circulatoire, ramene a Ve tat mineral et expulse au de-
hors, sous cette forme ultime, les principes immediats ternaires que la digestion
fournit a son sang. L agent de cette destruction est 1 oxygene emprunte a 1 at-
mosphere; les produits ultimes de 1 action de cet ox; gene sur les principes ter
naires du sang sont 1 acide carbonique et 1 eau ; le resultat incontestable de cette
combustion lente est une production de chaleur. II est probable, il esl meme cer
tain que, sons I influence de 1 oxygene, ces matieres ternaires ne sont pas direc-
tement transformers en acide carbonique et en eau, qu avant de revetir ces formes
definitives qui les rendent au monde mineral, elles p3ssent par des etats inter
mediaries qui ne sont que des resultats de plus en plus avances d oxydation. Mais,
quel que soit le nombre de ces formes intermediaries que revet la matiere ternaire
du sang pour arriver a cet etat definitif de substance minerale oxygenee, nous sa-
vons que la quantite de chaleur developpee restela meme que si 1 action de I oxy
gene avait ete assez intense pour la transformer d emblee en acide carbonique et
en eau.
Les matieres azotees, neutres, ou albuminoides , des aliments sont modifiers
par le travail de la digestion, rendues assimilables, absorbees, versees dans le tor
rent circulatoire ; elles servent a former 1 albumine et la fibrine du sang, a repa-
rer la fibre mnscuiaire et les divers tissus de I economie; ce sont les matieres ali-
mentaires reellement plastiques, seules aptes a rem placer les portions de nos
organes que le mouvement de denutrition rejette au dehors quand elles sont deve-
nues impropres a 1 exercice des fonctions de reconomie. Ges derniers elements
organiques, de meme composition chimique que les principes azotes de la diges
tion destines a les remplacer, ne sauraient etre elimmes sous la forme qu ils out
au moment ou ils se separent des tissus. Ils eprouvent, au contact de 1 oxygene
du sang, une veritable combustion, perdent une partie de leur cai bone et de leur
58 CHALEUR ANIMALE.
hydrogene qui sont expulses sous forme d acide carboniqiie et d eau ; ains! rame-
nes, par une serie de transformations successives , a des formes plus simples, ils
constituent finalement les produits azotes des secretions. Quoique toujours tres-
faible, 1 exhalation constante d azote observee chez les animaux places dans des
conditions normales d alimentation, indique qu une certainc proportion de ces
materiaux quaternaires, separes de nos organes par la denutrition, est complete-
ment brulee dans le torrent circulatoire et transformee en acide carboniqiie, eau
et azote qui devient libre. Le resultat de ces combustions completes et incom-
pletes des principes immediats azotes de 1 economie est la production d une cer-
taine quantite de chaleur qui s ajoute a celle que fournit 1 oxydation simultanee
des matieres ternaires fournies par la digestion.
Sur les surfaces respiratoires, 1 air, riche en oxygene, et le sang veinenx, charge
d acide carbonique libre, sont mis en presence, separes seulement par une mem
brane humide d une extreme tenuite. La diffusion des gaz, aideeparl endosmose,
produit un double mouvement en vertu duquel les gaz libres se repartissent de
facona exister,dansl atmosphere et dansle liquide sanguin, en proportions deter-
minees et reglees par leur solubilite respective. L acide carbonique en exces dans
le sang veineux doit done etre exhale et chasse au dehors, tandis que 1 oxygene
est absorbs et dissous dans le sang. Ainsi les lois de la physique interviennent
incontestablement pour favoriser 1 oxygenation du sang au moment de son con
tact medial avec 1 air atmospherique, et la transformation du sang veineux noi-
ralre, charge d acide carbonique, impropre a entretenir le jeu des fonctions, en
sang arteriel rntilant, riche en oxygene, prepare pour distribuer a 1 economie
les materiaux et les agents de la nutrition. Cependant cette absorption de 1 oxygenc
par les surfaces respiratoires n est pas un fait pureraent physique ; tout demontre
que les forces chimiques jouent un role important dans cette fixation de 1 oxy
gene. En effet, si cette absorption etait une simple dissolution physique, la pres-
sion exterieure restant la meme, la quantite d oxygene absorbe devrait croitre en
raison directe de la proportion de ce gaz dans 1 air respire par 1 animal ; or les
experiences de M. V. Regnault, d accord avec celles de Lavoisier, ont demontre
que la consommation de 1 oxygene reste independante de sa proportion dans les
atmospheres artificielles creees autour des animaux. En second lieu, la composi
tion de 1 air restant la meme, la quantite ponderale de 1 oxygene dissous physi-
quement dans un liquide varie proportionnellement a la pression exterieure. Dans
1 hypotliese ou le phenomene s accomplirait uniquement en vertu des forces phy
siques, la masse d oxygene absorbe par les habitants des villes situees sur les hauls
plateaux du Nouveau-Monde se reduirait necessairement cT des proportions tres-
minimes: les animaux qui habitent la metairie d Antisana, sous une pression
barometrique de 45 centimetres, n absorberaient plus qu un poids inferieur aux
deux tiers de celui qu ils consomment au niveau de la mer. Une pareille varia
tion dans une fonction de cette importance entrainerait certainement, dans leur
mode d existence, des modifications profondes qui n auraient pas echappe aux
observateurs. Si 1 oxygenation du sang dans les cavites pulmonaires etait un fait
purement physique, chez les oiseaux de haut vol qui passent si rapidement de la
surface de la terre aux regions les plus elevees de I atmosphere, la consommation
d oxygene eprouverait des variations trop subites et trop etendues pour ne pas
compromettre serieusement la vie de ces animaux. Les fails reveles par 1 etude
comparative de la solubilite de 1 oxygene dans 1 eau et dans le liquide sanguin
s accordent avec les considerations precedentes pour montrer que les lois phi/si-
C1IALEUR ANIMALE. 59
queii ne jouent pas le role principal dans la penetration de I oxyp ne dans Ic
sang, a travers les surfaces respiratoires.
Tout porte a penser que 1 absorption de 1 oxygene dans le poumon est, pour la
majeure partie du moins, le resultat d une action chimique, et que ce gaz se
combine directement avec les materiaux du sang. Cette corabinaison fort instable
ne sert, pour ainsi dire, qu a fixer une plus forte proportion d oxygeue que ne le
ferait une simple dissolution physique, et n empeche pas cet agent d exercer
plus tard une action plus profonde sur les materiaux du sang. Les travaux dc
M. Dumas permettent d affirmer que le globule du sang est 1 element sur lequel
s opere cette fixation de 1 oxygene de 1 air dans 1 appareil respiratoire. C est en
s appropriant ce gaz que les globules s arterialisent, passent du violet au rouge, se
conservent dans leur integrite.
Ainsi fixe sur les globules, 1 oxygene traverse avec eux les cavites du cosur,
chemine dans les grosses arteres et parvient aux capillaires generaux. La, lesanp;
est soumis a une pression assez forte pour le faire passer, malgre sa viscosite, a
travers des vaisseaux d une excessive tenuite; cette pression fa vorise puissamment
les actions chimiques, alors s operent les transformations, dedoublements, com
bustions completes et incompletes, necessaires a la nutrition et a 1 elimination
des matieres impropres a 1 entretien des fonctions; les globules cedent leur oxy-
gene, perdent leur couleur rutilante, et reprennent la teinte violacee qu ils ont
dans le sang veineux. Des produits destines a etre expulses de I economie, il se
fait deux parts : 1 une s echappe par les surfaces respiratoires et contient de
1 azote libre, de 1 acide carbonique et de 1 eau ; 1 autre, dliminee par les reins et
les autres voies d excretion, contient aussi de 1 azote, du carbone, de 1 oxygene et
de 1 hydrogene, mais engages dans des combinaisons moins simples et associes
de maniere a constituer les produits organiques, immediats, ternaires et quater-
naires, fournis par les secretions a la masse excre mentitielle.
Chez un animal completement developpe et a la ration d entretien, la somme
des elements expulses par la masse excre mentitielle et par les surfaces respira
toires doit necessairement representer la somme des elements des matieres ali-
mentaires ingerees plus Voxyyene absorbe . Les analyses comparatives des ah
mentset des excrements pris et rendus par 1 animal, nous permettent d etablir les
principes suivants :
1 La masse excrementitielle ne contient pas toutloxygene introduit dans 1 eco-
noinie par les aliments ; elle ne renferme non plus qu wne partie du car bone, de
Yhydrogene et de I azote introduits par cette voie ;
2 En general, le rapport de 1 oxygene a 1 hydrogene est plus faible dans la
masse excrementitielle que dans la masse alimentaire.
En raison de 1 intime solidarite qui existe entre la composition des aliments
d une part, et d autre part celle des excrements et des exhalations, nous devons
necessairement conclure des deux propositions precedentes que :
\ Les surfaces respiratoires eliminent sous forme de vapeur d eau et d acide
carbonique la totalile de 1 oxygene qu elles out absorbe ;
2 Les surfaces respiratoires eliminent en outre une partie du carbone, de 1 hy-
drogene, de 1 azote et de 1 oxygene introduits dans I economie par les aliments ;
3 Dans la somme des elements fournis aux exhalations respiratoires par les
materiaux organiques du sang, le rapport de 1 oxygene a 1 hydrogene est genera-
lenient plus considerable que dans la masse alimentaire ingeree.
Cette derniere proposition n est que 1 expression des resultats obtenus par
M GHALEUR ANIMALE.
MM. Boussinganlt et Barral dans leurs experiences sur des animaux dontl alimen-
tation, nclie on matieres amylacees, contenait tres-peu de matieres grasses. Dans
ce cas, la predominance constants de roxvgene dans la sorame des elements
f
lournis aux voies respiratoires par les materiaux organiques du sang, tient sans
doute 3 la transformation d une certaine quantite de sucre en corps gras. Les
belles recberches de MM. Dumas et Milne Edwards sur 1 origine de la cire des
abeilles out demontre la realite de cette transformation, qui ne pent se faire
sans la raise en liberte d une proportion considerable de 1 oxygene de la matiere
sucree. A 1 appui de cette interpretation, nous pouvons invoquer les resullats de
I experience tentee par M. Boussingault sur une tourterelle soumise a la ration
d entretien. Get oiseau etait nourri avec du maisqui, al etatsec, contient 8,557
pour 100 de matiere grasse. II est infiniment probable et meme certain qu en
raison de la richesse de son alimentation en principe gras, cette tourterelle bru-
lait directement le sucre fourni par la digestion et ne le iransformait pas en
graisse. Chez elle done, contrairement a ce qui a ete constate pour les autres
animaux, le rapport de loxygene a I hydrogene a duse maintenir plus faible,
dans les elements des materiaux du sang elimines paries voies respiratoires, quc
dans les aliments; ce qui, en eflet, a ete experimentalement veritie par M. Bous
singault. Par une consequence necessaire, les materiaux organiques expulses par
les voies excrementitielles etaient, chez cette tourterelle, plus oiyge nes que k s
aliments consommes.
Si nous fixons exclusivement notre attention surlesquatre corps simples (azoic,
oxygene, hydrogene, carbone) fournis par les materiaux organiques du sang et
qui, libres ou combines deux a deux, sechappent par les voies respiratoires,
toutes les experiences s accordent pour demontrer que :
1 L azote s echappe en totalite sous forme de corps simple, de gaz libre. 0,i
n a jamais signale aucun compose azote dans les produits gazeux de rexhalatioii
pulmonaire ou cutanee ;
2 I hydrogene et le carbone se combinant avec \ oxygene fourni par les
male riaux du sang, et la totalite de I oxygene absorbs, sont transformes en e;m
et en acide carbonique et elimines sous ces deux formes ultimes Mais pour quelle
part 1 oxygene emprunte a I air absorbs, entre-t-il dans la production de celte
eau et de cet acide carbonique?
Le rapport de 1 oxygene a I hydrogene est, en general, plus considerable dans
la somme des elements fournis aux voies respiratoires par les materiaux du sang
que dans la masse alimentaire. Mais, quel que soil le regime adopte, cette masse
alimentaire contient toujours moins d oxygene qu il n en faut pour bruler tout son
hydrogene; il en resulte que dans V immense majoritedes cas, 1 oxygene fourni
par le sang a la respiration n est pas en quantiie suffisante pour transformer en eau
tout I hydrogene elimine par cette voie. En general, done une portion plus ou moins
considerable, de Voxygene absorbs se combine avec de I hydrogene. Neanmoins,
chez les animaux qui se nourrissent de substances vegetales tres-riches enoxvgene,
on comprend a priori que la proportion de cet element fourni par le sang a la
respiration puisse etre assez et meme trap considerable pour bruler la totalite de
1 hydrogene elimine par cette voie. Ce dernier cas se trouve realise dans les trois
experiences tentees par M. Barral sur les moutons. Chez ces animaux, en elTet, le
sang a fourni moyennement, en vingl-quatre heures, aux voies respiratoires
17 grammes d oxygene de plus qu il n eii fullait pour bruler tout riiydrogene
par cette vote. Eviderament cet exces d oxygene a du se coniLiuer avec le
CHALEUR ANIMALE. 01
carbone du sang et s echapper au cleliors sous forme d acidc carboniiiuc. I/aciih;
carbonique produit dans 1 economie et elimine par les voies respiratoires pent
done provenir de deux sources, dont une est independante de 1 oxygene absorbe.
La premiere, la plus importante par sa Constance et son abondance, est la com-
binaison dune portion on de la totalite de 1 oxygene absorbe avec le carbone
des matieres organiques transformers on completement detruites dans 1 economie.
Laseconde, tres-eventuelle, maisdontla possibilite est demontree, est la com-
binaison du carbone avec un exces d oxygene introduit dans le sang par les malic-
res alimenlaires et fourni a la respiration.
Ces considerations rendent compte d un fait tres-remarquable, et sans cela
inexplicable, signale par M. V. Regnault. Dans Irois de ses experiences, les ani-
maux exhalerent une quantite tellement considerable d acide carbonique que ce
gaz contenait, a lui seul, un poids d oxygene superieur a celui de 1 oxygene
absorbe. Les faits de ce genre sont rares sans doute, mais ils montrent toute la
superiorite de la methode indirecte sur la methode directe, dans la recherche dc
la solution de quelques-uns des nombreux problemes souleves par la question des
phenomemes physico-chimiques de la respiration.
Nous poiwons maintenant resumer en peu de mots cette analyse des pbenome-
nesde la respiration, et caracteriser les principals phases du role que 1 oxygene
absorbe joue dans 1 economie.
Aux diverses surfaces respiratoires, poumon, peau, brancbies, etc., le sang
veineux sature d acide carbonique laisse, par un simple jeu des forces physiques,
echapper ce gaz mele a une tres-faible proportion d azote libre. En meme temps,
sous 1 empire de forces physiques et chimiques, une portion determinee de 1 oxy
gene ambiant penetredans lesang, se fixe sur les globules et les artenalise, Laionc-
tioude ces surfaces est done, d une part, 1 elimination d une laible quantite d azote
et surtout de 1 acide carbonique, produit impropre al entretien de la vie ; d antre
part, 1 introduction dans 1 economie d une certaine proportion d oxygene, agent
de toutes les transformations que doivent subir les materiaux extraits des aliments
iugeres et verses incessamment dans le torrenl circulatoire par le travail de la
digestion.
Transporte avec les globules dans les capillaires generaux, 1 oxygene absorbe agit,
par des combustions lentes et successives, sur les matieres ternaires et quaternaires
fournies par le travail de la digestion, et sur les materiaux organiques incessam
ment separes des tissus par le travail de denutrition. De ces reactions, accompagnees
dans certaines circonstances de veritables dedoublements, resultent la generation,
aux depens de 1 albumine, des elements constitulifs des divers organes, la forma
tion d une certaine quantite de graisse, et la production des substances qui sont
les derniers termes des transformations des elements organiques et organises de
1 economie avant d etre definitivement expulsesau dehors. De ces matieres elimi-
nees par les divers emonctoires du corps des animaux, les unes sont incomplete-
mentbrulees, quelques-unes meme restent quaternaires, azolees, comme 1 urec,
1 acide urique, et s echappent par le rein, par le foie, etc. ; les autres sont comple
tement mineralisees (I azote, 1 acide carbonique et 1 eau) et eliminees par les
voies respiratoires. Ges produits des combustions completes et incompletes des
materiaux organiques du sang sont destines a eliminer de I azote, du carbone et
de 1 hydrogene. Toutes ces combustions effecluees dans la trame des capillaires
generaux s accompagnent necessairement d un deyayement de chaleur.
62 CI1ALEUR ANIMALE.
Role de I evaporation. Par toutes les surfaces en contact avec 1 air, 1 animal
peril de 1 eau dont une partie au moins passe a 1 etat de vapeur. Or, dans quel-
que eirconstance qu elle s effectue, la vaporisation d un liquide s accompagne
necessairement de la consommation d une quantite determinee de chaleur qui de
sensible devient latente ; les recherches de M. V. Regnanlt montrent qua la tem
perature moycnne de Paris, la quantite de chaleur qu il faut fournir a 1 eau pour
la transformer en vapeur, sans que son etat thermique change, s eleve a 599 calo
ries par kilogramme d eau vaporisee. Cette chaleur, 1 eau 1 emprunte evidemment
aux surfaces qu elle baigne, 1 evaporation est done pour 1 animal une cause inces-
sante de deperdition de chaleur, de refroidissement.
Dans le poumon, le sang laisse s echapper de 1 azote et de 1 acide carbonique
sous forme gazeuse, et emprunte a 1 air un volume a peu pres equivalent d oxv-
gene; cet echange de gaz ne peut agir en aucune facon sur la temperature du
sang. I! est vrai que I oxygene absorbe se combine sur place avec les globules d u
sang ; mais cette combinaison est tellement faible, tellement instable, que la cha
leur ainsi produite ne doit pas depasser des proportions sensiblement negli^eables
Dans les capillaires pulmonaires, au contraire, le sang est expose a deuxpuissan-
tes causes de refrigeration. Dune part, Fair au moment ou il penetre dans les
bronches, a toujours une temperature plus basse que les gaz expires ; la circulation
gazeuse des voies respiratoires est done deja, pour le sang qui les traverse une
source de deperdition de chaleur. D autrepart, la surface de la muqueuse pulmo-
naire est le siege d une evaporation considerable ; et toute evaporation s accompagne
d une consommation de chaleur. Les phenomenes respiratoires accomplis locali
ses dans .le poumon, sont done, pour le sang des animaux, une source incessante
de refrigeration dont il est facile d apprecier 1 intensite.
En effet, chez un homme normalement constitue, le volume d une expiration
est represente par un demi-litre de gaz a la temperature de 38 degres A raisou
de 16 inspiration par minute, 1 homme expire done, par heure, 480 litres de az
a la temperature de 38 degres. L air est inspire, dans nos climats, a la tempera
ture moyenne de 10,8 ; il emprunte done a I economie et emporte au dehors la
quantite de chaleur suffisante pour elever sa temperature de 27" 2 En tenant
compte du coefficient de dilatation et de la chaleur specifique de 1 air, il est facile
de calculer que les gaz expulses par 1 expiration enlevent ainsi, au sang des capil-
laires pulmonaires, 3,52 unites de chaleur * par heure.
Mais 1 air mtroduit dans la cavite pulmonaire dans 1 espace d une heure etait a
,8 et a moitie sature de vapeur d eau; il ne contenait done, au moment de
son introduction, q ue 2- ,562 de vapeur d eau. II est expire a la temperature do
38 degres et complement sature ; il emporte done avec lui 21=- 985 de vapeur
can en resulte que, chez cet homme, 1 evaporation pulmonaire produit, eu
une heure, 19^,623 de vapeur d eau a la temperature de 38 degres L* vapeur
I eau ainsi formee emporte au dehors une quantite totale de chaleur egale a
unites de chaleur, necessairement empruntee au sang des capillaires pul
monaires et definitivement perdue pour reconomie.
I l" r S r e ; ! a / CT ^ ^ Ch " leUr CCasionnde ^ ^ Par le rechauffem.it
1 air mtroduit dans la cavite thoracique et par 1 evaporation pulmonaire s eleve,
* Nous devons rappeler ici que nous prenons toujours, poul- unite de
et suffisante
CHALEUR ANIMALE. 05
dans les conditions de temperature moyenne de nos climats, a 15,65 unites dc
chaleur par heiire.
Celte action reirigerante, dont 1 energie diminue evidemment a mesure que la
temperature ambiante s eleve, est saus doute tres-limitee et ne peut preter a
1 animal qu un tres-faible secours pour temperer les effets d une atmosphere trop
chaude ; mais elle est suffisante pour rendre compte des resultats des experiences
de MM. Malgaigue et G. Bernard. Ges observateurs out, en effet, etabli (p. 15)
que le sang se refroidit pendant son trajet a travers les capillaires pulmonaires,
que sa temperature est sensiblement plus e levee dans le cceur droit que dans le
cceur gauche.
Le refroidissement produit par l e vaporation est bien plus intense a la surface
cutaneeparlaquelle Tanimal elimine, sous forme de sueur, une quantite conside
rable d eau. La peau est en contact direct avec 1 atmosphere ; la masse d air qui
ait surelle ne luiest pas mesuree comme au poumon. L evaporation qui s effectuc
a sa surface n a en realite d autre limite que la quantite de 1 eau qui la traverse ,
cette evaporation, d ailleurs, est d autant plus rapide et determine un refroidisse
ment d autant plus considerable que 1 air ambiant est plus sec, plus agite et plus
chaud, que la pression exterieure est plus faible.
D experiences deja anciennes et qui auraient besoin d etre reprises, Lavoisier et
Sequin ont conclu que, dans les conditions de temperature moyenne de nos cli
mats, 1 hommeperd, en vinyt-quatreheures, par cette voie, un kilogramme de va-
peur d eau. Cette vapeur se forme a la temperature de 37 degres de la surface de la
peau, elle emprunte done a 1 economic, et emporte avec elle 26 unites de chaleur
par heure. La perte de chaleur eprouvee par cette voie augmente rapidement a
mesure que la temperature s eleve ; 1 experience demontre que cette action refrige-
rante suffit pour fournir aux animaux les moyens de maintenir leur etat thermique
au-dessous de la temperature des saisons et des climats les plus chauds.
Longtemps les physiologistes ont professe que la vie etait possible seulemenl
dans des conditions de temperature exterieure ne depassant pas 55 ou 40 degres,
c est-a-dire dans un milieu dont 1 etat thermique se maintenait au-dessous ou tout
an plus au niveau de la temperature normals, des animaux superieurs. Obser-
vatio docet, disait Boerhaave, nullum animal quod pulmones habet posse in acre
vivere cujuseadem esttemperies cum suo sanguine. Ajoutons, d ailleurs, que les
resultats d experiences sur les chiens entreprises a la demande de ce grand homme
et mal executees par Prevoost et Fahrenheit, n avaient pas peu contribue a lui
faire adopter cette erreur. Quoi qu il en soil, cette opinion, delendue par Boerhaave
et Sanctorius, etait tellement accredited du temps de Haller que ce grand physio-
logiste crut devoir consacrer sept pages de son ouvrage a la refuter. Apres avoir
mis a contribution tous les tresors de son immense erudition pour combattre cette
erreur, il conclut en cestermes: Ex his ergo omnibus comparatis couficitur,
sanguinem quidem ex recepta opinione pluramque atmosphera calidiorem esse, in
qua vivitur : sed etiam in eo aere vivi posse, qui supra summum sanguinis calorem
sedecim gradibus calescat et ultra. Ainsi que le dit Haller, la condition d exis-
tence normale pour les animaux est d avoir une temperature superieure a celle du
milieu ambiant. Mais, pour demeurer convaincu que dans certains climats et dans
certaines saisons, dans quelques circonstances exceptionnelles, le corps de 1 ani
mal est et se maintient a un degre de 1 echelle thermometrique infe rieur a
celui qu atteignent le sol sur lequel il repose et I atmosphere qui 1 environne, il
suffit de se rappeler que, dans nos campagnes, pendant les plus fortes chaleurs des
64 CHALEUR AN1MALE.
niois de juillet et d aout, cntre dix heures du matin et quatre heures de 1 apres-
midi, desouvriers, libremcnt exposes a 1 action des rayons solaires, coupent le ble
et battent 1 epi sur 1 aire.
Malgre 1 eloquente protestation de Haller, malgre les observations recueillies par
Linning a Gharlestown, en 1748, par Adanson, de 1749 a 1753, pendant son
voyage au Senegal, par Henri Ellis en Georgie, en 1758, et qui toutes prouvaient
que | t i temperature exterieure peut s elever de plusieurs degres au-dessus de celle
de 1 homme sans qu il en resulte d accidents facheux ; malgre les experiences dans
lesquelles Duntze avait soumis des chiens a 1 action d etuves chauffees a 42, 24,
opinion de Boerhaave continuait a prevaloir, lorsque Tillet communiqua a 1 Aca-
demie des sciences de Paris les resultats de ses recherclies sur les degres extraor-
dinaires de chaleur auxquels les hommes et les animaux peuvent re sister.
En 1760, dans un voyage fait en Angoumois avec Duhamel, il avait observe
que trois jeunes lilies, attaehees au service du four banal de Larocbefoucault, pou-
vaient rester cinq et meme dix minutes dans 1 interieur de ce four, quoiqu il fut
encore assez chaud pour cuire de la viande et des pommes. II resulte des mesures
thermometriques rapportees dans cc Memoire, que, la louche du four e tant ou-
verte, ces filles supportaient sans accidents, pendant dix minutes, une tempera
ture de 152 degres centesimaux et, pendant cinq minutes, une temperature supe-
rieure de quelques degres a la precedente. Tillet donna dans son Memoire la
description d experiences faiths par lui sur ce sujet, en 1763, et portant sur des
chiens, des chats, des oiseaux, des lapins places dans un four chauffe sans que
leur vie fut compromise. Un lapin avait pu sejourner dix-sept minutes, et meme
une demi-heure, dans une enceinte chauffee a 72 degres; un bruant et un poulet
avaient pu supporter, de quatre a dix minutes, 1 action d une temperature de
79 degres.
A ces faits interessants observes par Tillet, vinrent bientot s ajouter les expe
riences tentees sur le meme sujet, en 1775, par Fordyce, Blagden, Banks, Sorlan-
der et Dobson. L idee de ces experiences parait avoir ete suggeree a Blagden, par
1 opinion qu il avait entendu professer a Gullen sur une pre tendue faculte de
produire du froid dontseraient doues certains animaux.
Dans des chambres chauffees a la fois par des tuyaux de poele et par de 1 cau
bouillante, Fordyce supportasuccessivement, pendant dix minutes, une temperature
de 43,35 ; pendant vingt minutes, une temperature de 48,88 ; enfm, pendant
quinze minules, une temperature qui s eleva graduellement de 48,33 a 54",44.
Dans tous ces cas, un thermometre place sous la langue ne marqua que 57, 78.
Dans une seconde serie d experiences, faites cette fois dans de lair sec, Banks,
Blagden, Fordyce et Sorlander supporterent une temperature de 92, 22. Banks,
seul, soutin t sept minutes Faction d une temperature de 99, 44 ; le thermometre
ne s eleva qu a 36, 67 dans la bouche de Banks.
Dans une etuve seche, Blagden put supporter, huit minutes, une temperature
de 127,77, et puis, pendant douze minutes, une temperature de 110 degres.
Enfm Dobson, experimentant dans 1 etuve de 1 hopital de Liverpool, entra avec
d autres personnes dans une enceinte chauffee a 106,66. Le chirurgien Park sup-
porta dix minutes une temperature de 94< ,44 ; un porteur de 1 hopital resta vingt
minutes dans 1 etuve a 98,88 ; un jeune homme sejourna dix minutes dans cette
meme etuve a 106,44. La temperature, mesuree sous la langue chez ces trois per
sonnes, se maintint : chez la premiere a 37,50, chez la seconde a 38 61 chez
la troisieme a 58,89.
CHALEUR ANIMALE. 65
La iaculle dont jouissent les animaux de supporter Faction d une temperature
tres- super ieure a celle de leur sang est done incontestable ; la seule question qui
puisse nous preoccuper est celle dela cause reelle dela resistance energique et pro-
longee qu ils opposent aux causes exterieures d echauffement. Lefait et la cause de
cette resistance etaient connus de Franklin, etont ete nettementindiquesparlui, des
1758, danssa seconde lettre au docteur Linning surle rafraichissement par 1 evapo
ration. II explique, par les effets del evaporation : lPourquoi, etant dans une cluim-
bre, enjuin 1750, le corps couvertde sueur, vetu seulement d une chemise et d un
calecondetoile, sa temperature resta constamment infe rieure a cellede 1 air qui, a
1 ombre, etait de 57, 78 ; 2 pourquoi les moissonneurs dela Pensylvanie, travail-
lant exposes a 1 action directe des rayons d un soleil vif et ardent, ne sont pas
incommodes par cette chuleur tant qu ils continuent a suer, tandis qu ils suc-
combent rapidement si la sueur s arrete, et pourquoi ils boivent abondamment
une liqueur forniee d un melange d eau et de rhum dans le but d entretenir leur
sueur ; 5 1 usage, tres-anciennement repandu parmi les marins, d elever au-
dessus de leur tete un doigt mouille de salive pour savoir de quel cote il serefroidit
le plus, et en conclure la direction du vent ; 4 la resistance opposee par les jeunes
pousses d arbres a 1 action echauffante du soleil ; 5 1 emploi de 1 eventail comme
moyen de se rafmicliir ; 6 enfin, 1 emploi de compresses imbibees d esprit-de-vin
de preference aux linges trempes d eau qui s evapore mains facilement, pour
rafraichir les parties frappees d une inflammation douloureuse. On voit que du
premier coup, Franklin avait parfailement analyse toutes les circonstanccs du phe-
nomene ; qu il avait accumule les preuves pour mettre en evidence les liens etroits
qui rattachent, au fait tout physique de 1 evaporation, la resistance si remarquable
opposee par les etres vivants aux causes exterieures d echauffement.
Bien que les ceuvres de Franklin fussent deja parvenues a leur quatrieme edi
tion a 1 epoque ou ils commencerent leurs experiences, les physiologistes anglais
n adopterent pas son explication si simple, si completement satisfuisante, si evi-
demment juste. Cependant Blagden avait remarque sur lui-memeque, dans 1 etuve
d air sec a 110 degres, il avait eprouve un ma/aise tres-marquequis etait promp-
tement dissipe a la suite d une sueur abondante; il avait vu aussi, dans une etuve
a 115,35, un morceau de viande fraiche se dessecher rapidement. Enfin, dans
cette meme etuve, a 113, 55, il avait place deux vases pleins d eau; dans 1 un
1 eau etait directement en contact avec 1 air par sa surface, dans 1 autre 1 eau etait
recouverte d une couche d huile. Or, tandis que 1 eau du premier vase ne depassa
pas 60 degres, celle du second, presence contre les effets del evaporation, entra
en ebullition. II reconnait bien que ces faits demontrent I action refriye rante de
1 evaporation, mais il s empresse d ajouter : Gette influence doit coritribuer, sans
doute, a conserver de la fruicheur au corps vivant dans les hautes temperatures,
mais ce doit etre, pour ainsi dire, en gros, et cette compensation n est point a la
mesuredes besoins de 1 animal pour maintenjr, dans des circonstances tres-variees
une temperature fixe et uniforme. II y a done une autre provision preparee par
la nature, en rapport plus immediat avec la force vitale, et qui est probablement
son moyen principal pour la conservation de 1 equilibre admirable de temperaluie
qu on observe dans 1 individu vivant ; ce moyen deploie sans doute plus d energie
a mesure que 1 evaporation estmoindre, et vice versa. Cette explication de Blag-
den n est que la reproduction de la pensee developpee par Cullen dans ses legons
a 1 Universite d Edimbourg. Nous avons deja signale precedemment (page 25) une
U1CT. EKC. XV.
66 CHALEUR ANIMALE.
opinion de ce genre soutenue par Hunter, qui, lui aussi, considerait 1 evaporation
comme insuffisante.
Malgre 1 autorite des savants anglais, leur maniere d interpreter les phenomenes
par eux observes ne fut pas bien accueillie.
En 1776, Changeux analysa, avec beaucoup de lucidite, leurs observations, pro-
testa contre les deductions qu ils en avaient tirees, fit voir que hpuissance resis
tible ou destructive de la chaleur, dont ils avaient douejes animaux n avait rieu
de reel, et conclut en ces termes : L interieur du corps est rafraichi par la res
piration, et 1 exterieur par Y evaporation de 1 humeur fournie par la transpira
tion, jusqu a ce que, les humeurs desse che es et les forces abattues, le corps suc-
combe.
Dans nne serie d experiences tres-curieuses sur le pouvoir quont les animaux,
dans certains cas, de produire du froid, Crawford dit avoir remarque que chez
les cliiens exposes a une haute temperature, le sang veineux conserve la couleur
dusang arte riel, landis que cbez les memes animaux places dans un milieu froid,
le sang veineux prend une couleur plus brune qua I e tat normal. Admettant,
d ailleurs, 1 opinion de Prietsley qui rapportait le changement de couleur du sang
dans les cnpillaires a la combinaison de ce liquideavec le phlogistique, i\ en con
clut que I" attract ion du sang pour le phlogistique est en raison inverse de la tem
perature exte rieure. II reconnait, d ailleurs, I importance du refroidissement
cause par 1 evaporation ; il admet, en definitive, que les variations survenues dans
la quantite d eau evaporee et dans 1 attraction du sang pour le phlogistique sont les
deux moyens a 1 aide desquels les animaux superieurs maintiennent leur tempe
rature invariable dans tontes les saisons et dans tons les climats. A la place de ces
mots : attraction du sang par le phlogistique, mettons ceux-ci : action de I oxy-
genesur les mate riaux combustibles dusang, el la doctrine de Crawford estpar-
failement exacte. La subslilulion parait tres-simple; elle avail deja ete faite par
Lavoisier, a 1 epoque ou Crawford ecrivit son Memoire ; mais, il ne faut pas s y
Iromper; cette substitution est une oeuvre de genie; c est la verite mise en place
de rhypotbese et de 1 erreur. Sous ce remplacement de mots se cacbe unprogres
immense dans les doctrines scienlifiques. Le jour ou Lavoisier opera cette revolu
tion est la date glorieuse du commencement de la chimie moderne. Dans la seconde
edition de son Traite de la chaleur animale, Crawford se contenta de remplacer
\& phlogistique par Yhydrogene carbone. Pour lui, deux causes concourent apro-
teger 1 animal contre Faction d un milieu a temperature trop elevee : 1 L evapo-
ration est augmentee, ce qui refroidit le corps a la surface ; 2 le sang, en traver-
santles capillaires generaux, absorbe moins d hydrogene carbone, passe moins
completement a 1 etat veineux, cede, par consequent, moins de chaleur aux organes
qu il traverse ; et I animal se trouve ainsi refroidi dans ses parties centrales. Cette
seconde partie de 1 explication de Crawford est une reproduction malheureuse de
son hypothese inadmissible sur 1 originede la chaleur animate.
Dans sa these inaugurale de 1797, G, de la Rive parle aussi de la resistance
qu opposent les animaux a 1 action des milieux a haute temperature. En homme
profondement verse dans la connaissance des sciences physiques, il combat les ex
plications des experimentateurs anglais, et n hesite pas ;\ rapporter ce pbenomene
an refroidissement cause par 1 evaporation.
En 1806, Delaroche et Berger publierent leurs experiences sur les effets quune
forte chaleur produit sur I economic, etc., etc. Les fails publics par ces deux ha-
biles observateurs, rapproches de ceux de Blagden et de Fordyce el des expe-
CHALEUR ANIMALE. 67
riences posterieures de W. Edwards, nous serviront a montrer que I evaporation
estla vraie cause de la resistance opposee par les animaux superieurs aux tempe
ratures elevees.
Dans I airsec, Berger a pu supporter, pendant sept minutes, une temperature
de 109,48 ; nous avons deja vu que Blagden etait reste huit minutes dans une
etuve seche a 127, 77, et que la h lle, observee par Tillct dans 1 Angoumois, res-
tait dix minutes dans un four a 52 degres.
Dans I airsature, la resistance est moins forte. Delaroche ne put supporter que
dix minutes etdemie unbain devapeur dont la temperature s eleva graduellement
dc57",50a 51, 25 ; Berger ne put rester que douze minutes dans une etuve sa-
turee dont la temperature varia de 41, 25 a 55, 75. Nous avons vu que, dans .les
experiences de Fordyce, la temperature de 1 air fortement charge de vapeur d eau
n avait pas ete portee au-dessus de 54,44. Acerbi, il est vrai, rapporte, dans son
voyage au Cap-Nord, que les paysans finlandais peuvent supporter, pendant une
demi-heure, un bain de vapeur de 70 ou 75 degres; mais, dans cettc derniere
observation, il faut evidemment tenir compte de 1 habitude des longtemps con-
tractee de s exposer a 1 action de conditions aussi excessives.
Dans lean liquide, la resistance est encore moindre. Lemonier a observe sur
lui-meme 1 effetdes bains chauds de Bareges ; il supportait sans inconvenients les
bains a 57, 78, et les continuait une demi-heure sans eprouver de malaise. Avant
voulu essayer 1 eau d une source a 44, 44, au bout de six minutes 1 eau ruisselait
detous les points de son visage, tout son corps etait rouge et b onfle ; au boutde
sept minutes, il eprouvait une grande agitation, son pouls etait Ires-frequent, et
toutes les arteres battaientavec force ; au bout dehuit minutes, de violents etour-
dissements le forcaient a sortir du bain.
Ainsi, tres-considerable dans 1 air sec, tres-faible dans 1 air charge de beaucoup
de vapeur d eau, la resistance de 1 homme aux temperatures elevees est sensible-
ment nulle dans 1 eau liquide. Pour interpreter ces resultals, il faut tenir compte
de deux circonstances.
En premier lieu, a egalite de temperature, laquantite de chaleur cedee et, par
suite, 1 impression produite par un corps chaud au contact direct, varie suivant
la nature du corps lui-meme et depend de la mobilite de ses molecules, de sa con-
ductibilite et de sa chaleur specifique. D une part, les gaz sees sont plus mau-
vais conducteurs que les liquides; d autre part, a poids eganx, la chaleur speci
fique de 1 eau etant 1, cellede la vapeur d eau est 0,475 et celle de 1 air n est que
0,2375 ; il n est done pas etonnant que le pouvoir recbauffant d un bain d eau
soil beaucoup plus considerable quecelui d un bain de vapeur, et ce dernier plus
grand que celui d un bain d air sec. Les memes circonstances font comprendre
pourquoi le froid humide fait perdre au corps de 1 homme une plus grande
quantite de chaleur, produit une impression plus vive, est plus difficilement
supporte que le froid sec.
En second lieu, par des mesures tres-exactes, Delaroche et Berger out constate
que la perle occasionnee par la transpiration dans une etuve seche augmente pro-
portionnellement a la temperature de 1 air. Cette perte est c ertainement plus
considerable encore dans unbain devapeur et dans un bain liquide a temperature
elevee que dans 1 air sec. Lemonier, en effet, perdit 76s%20, en une minute, par
la transpiration, dans un bain liquide a 44,44, tandis que Berger ne perdit que
olMl, en une minute, dans une etuve seche a 109,48. Mais, dans le bain
liquide et dans le bain de vapeur, 1 eau fournie par la transpiration s echappe en
C8 CHALEUR ANIMALE.
nature et conserve forcemeat sou etat liqmde ; dans 1 etuve seche, au contraire, la
presque totalite de cette eau passe a 1 etat de vapeur et.produit ua rel
considerable a la surface de la peau.
Concluons done que, toutes choses egales d ailleurs, la resistance ,
a rechauflement, dans les divers milieux a temperature elevee qui 1
accidentellement et passagerement, est en raison inverse de laquantite
que le milieu peut lui ceder dans un temps donne et en raison directe de la quan-
titede vapeur qui, dans le meme temps, peut se former a la surluc,
de la inuqueuse respiratoire.
Dans toutes ces experiences faites sur 1 homme, la circulation a ete tres-
acceleree. Fordyce, dans un bain d air humide a 54,44, constata que son pou s
battait 159 pulsations par minute. Dans les trois experiences de Dobson le pouls
monta; dans la premiere, de 65 a 120 pulsations ; dans la seconde, de u , a 164;
dans la troisieme, de 80 a 224, par minute. Dans une etuve seche s
pouls de Blagden s eleva a 144 pulsations par minute. Delaroche etBerger out tail
sur eux-memes des observations du meme genre. L acceleration des movements
respiratoires et le sentiment d oppression ont ete observes dune mamere moms
constante ; en general, c est seulement vers la fin de 1 experience que les sujets ont
eprouve de la gene et de 1 angoisse, dans les etuves seches les plus fortemcnt
cliauffees.
Dans les recherches des physiologistes anglais, le tbermometre place sur lalan-
gue ne s est pas eleve au-dessus de 38,89 ; la temperature normale de 1 homme
n a done eprouve que de bien le-eres modifications. Les variations ont ete plus
considerables dans les experiences de Delaroche et Berger : un thermometre place
dans labouche- monta de 5 deg.es, pendant uu sejour de huit minutes que tit Dela
roche dans une etuve seche a 80 degres ; en seize minutes, un thermometre place
dans la bouche de Berger monta de 4,25, dans une etuve seche a 87,50. L exac-
titude de ces mesures est conlestable a cause des courants d air chaud qui ont pu
s etablir a travers la bouche des experimentateurs. II n en est pas de meme des
suivantes ; en dix-sept minutes, dans un bain de vapeur dontla temperature vana
de 37,50 a 48,75, un thermometre place dans la bouche de Delaroche monta
de 3, 12. Berger tenta une experience semblable sur lui-meme; en quinze mi
nutes la colonne mercurielle s eleva de 1,87 dans un bain de vapeur dont la tem
perature etait de 40 degres au debut et de 41,25 a la fin. Dans ces deux dernieres
observations, la tete fut mainlenue constamment hors de 1 enceinte echauffee ; la
marche du thermometre accusait done evidemment une elevation de la tempera
ture generate.
Quelle que soit done 1 energiede la resistance de 1 homme a 1 echauffement dans
les milieux a temperature elevee, son economic est prpfondement troublee par
cette lutte, ses fonctions sont alterees ; il y aurait danger reel a le maintemr trop
longtemps dans des conditions semblables a celles qui out etc realisees dans ces
experiences. Tout demontre que son organisation lui fournit bien plus de res-
sources pour se defendre, longtemps et avec succes, contre des temperatures exte-
rieures tres-hasses que pour supporter I influenced une atmosphere dont la temiie-
rature depasse d un grand nombre de degres celle de son propre corps.
Ge que nous avons dit de 1 homme s applique exactement a tous les animaux
supeneurs. Nous avons vu plus haut que Tillet avait fait des experiences sur des
rnammiferes et des oiseaux. Blagden tit entrer une chieune dans une etuve seche
dont la temperature varia entre 110 et 115,53; au bout de dix minutes, elle
CHALEUR ANIMALE. 69
conimenr-a a haleter et a lirer la langue ; ellc rendit beaucoup de salive qui ne
presentait nullement Yodeur fe tide sur laquelle Boerhaave a tant insiste; 1 expe-
rience fut continues trente minutes. La chienne sorlit fie 1 etuve tres-gaie, ne pre-
sentaaucun symptome tie malaise; sa temperature e tait inferienre a 45 deijrcx.
Delaroche et Berger out aussi experiments sur des manimiferes et des oiseaux. Us
ont constate que, dans une etuve seche, 1 energie et la duree de leur resistance
sent en raison directe du volume de leur corps. A cause de la faible conductibilite
des tissus vivants pour la cbaleur, 1 influencede 1 air chaud se communique moins
vite aux centres organiques chez les grands animaux que chez les petits ; les pre
miers, d ailleurs, en raison meme deleur volume plus considerable, doiventplus
longtemps suffire au besoin d une transpiration exageree ; il est done tout simple
que leur resistance seprolouge plus longtemps.
Dans les experiences contmuees jusqu ala mort des animaux, la temperature de
1 etude a variede 50 degres a 95, 75. Tous ces nnimaux, malgre les differences
d espece et de famille, ont presente ce trait commun qu au moment de la mort, leur
corps etait seulementde 6, 25 a 7,18 au-dessus de sa temperature initiale. II est
done demontre que, dans 1 etat physiologique, la temperature propred un marami-
fereet d un oiseaunepeut pas depasser son etat normal de6a7 degrees centigrades,
sans que sa vie soit serieusement mise en danger. Du reste, Delaroche et Berger
ont prouve que, pour t aire perirun animal, il n est pas necessaire de porter tres-
haut la temperature ambiante ; il resulte de leurs experiences que 1 influence pro-
longe e de lair sec a 50 degres suffit pour atteindre ce but. Ge dernier fait est
parfaitement d accord avec les phenomenes pbysiologiques observes dans les etuves
seches.L am maJ etantprived eau,h transpiration exageree 1 epnise pen a peu ;
bienque la temperature ne soit pas tres-elevee autour de lui, il succombe parce que,
fautede liquide la sueur et 1 evaporation nesont plus assez abondantes pour lutter
centre les influences exterieures. Franklin avait deja observe que, dans des cir-
constances analogues, les moissonneurs de la Pensylvanie ne resistent a 1 action
directe des rayons solaires qu en buvant des quantites onormes d eau additionnee
d un peu de rhum.
L influence des temperatures elevees a ete aussi etudiee sur les animaux infe-
rieurs. Les faits abondent pour demontrer que des grenouilles exposees en ete a
Faction de la cbaleur solaire se mainliennent au-dessus de la temperature am
biante. Delaroche et Berger ont fait mourir des grenouilles dans des etuves se-
ches ; ils ont remarque qu elles resistent mieux et plus longtemps que des mam-
miferes et des oiseaux de meme volume, circonstance qui s explique tres-bien par
1 abondance relative de 1 eau dont sont imbibes les tissus de ces divers animaux.
Mais nous devons signaler ce fait important, qu au moment de leur mort, la
temperature des grenouilles placees dans des etuves seches n a pas depasse 41 de
gres. Les limites extremes que la temperature de I animal ne peut pas depasser
sans danger, sont done sensiblement les memes pour les grenouilles que pour les
mammiferes et les oiseaux.
Delaroche et Berger, pour ne laisser aucun doute sur le role joue par 1 evapo
ration dans ces circonslances diverses, ont fait deux experiences de la plus haute
importance :
1 Dans une etuve seche dont la temperature varia de 52, 50 a 61, 25, ilspla-
cerent des e ponges mouille es, un alcarraza plein d eau et une grenouille vi-
minte. Au debut de 1 experience, la temperature dela grenouille etait de 21,25,
celle de \alcarraza et des eponges avait ete artificiellement elevee a 38 et 41 de-
70 CHALEUR ANIMALE.
res ; au bout d un quart d heure, le vase, les eponges et la grenouiile se trouve-
rent en e quilibre et resterent a 37, 18 pendant les deux beures que dura 1 obser
vation. Le vase et les eponges perdirent a peu pres 5 degres, la grenouiile, au
contraire, en gagna 16, pour atteindre, les uns-etles autres, la temperature com
patible avec celle de 1 etuve et la vitesse de 1 evaporation, et se maintenir invaria-
blement a 15 ou 20 degres au-dessous del etat ihermique de 1 air ambiant.
2 Dans une seconde experience, ils placerent dans une etuve seche un lupin
vivant et un alcarraza plein d eau , tons les deux a la meme temperature, 1 en-
ceinte varia de 60, 5 a 87, 5; 1 observation fut continuee jusqu a la mort du la-
pin. La diminution de poids montra que 1 evaporation avait etc sensiblement la
meme pour le lapin et pour 1 alcarraza, a la fin de 1 experience, le lapin n avait que
2,5 de plus que le vase poreux. Cette legere difference pouvait etre prevue; en
effet, les combustions respiratoires avaient du continuer chez 1 animal, memeapres
sa mort, et maintenir sa temperature un peu superieure a celle de 1 alcarraza.
C est done a une cause toute physique, a 1 evaporation des liquides de la
transpiration, que tous les animaux doivent la faculte de se maintenir au-dessous
de la temperature du milieu ambiant quand elle depasse accidentellement 40 ou
45 degres. Cette perte incessante de chaleur par le fait de 1 evaporation est inevi
table ; dans des conditions exceptionnelles de la temperature exterieure, c est la
seule arme dont puisse disposer I animal pour se delendre centre J actioa du mi
lieu ambiant qui ne tarderait pas a compromettre definitivement son existence. Tout
demontre, en et fet, qu aux environs de 45 degres centigrades, il existe, pour les
animaux de toute classe, un point critique, une limite superieure que la tem
perature de leur corps ne peut atteindre, meme momentanement, sans que leur
vie soit serieusement menacee.
Conclusion. Toute la theorie de la chaleur animale est done restee conlenue
dans les termes de la tormule si nettement enoncee par Lavoisier des \ 789 1
La machine animale est principalement gouvernee par trois regulateurs prin-
cipaux : la respiration, qui consomme de 1 hydrogene et du carbone et qui fournit
du calorique ; la transpiration, qui augmente ou diminue suivant qu il est neces-
saire d emporter plus ou moins de calorique ; enfin, la digestion, qui rend ausang
ce qu il perd par la respiration et la transpiration.
Si, comme consequence des progres de la science, les precedes d investigation se
sont perfectionnes et les donnees premieres indispensables a la solution du pro-
bleme sont mieux connues, la grande vue physiologiquede Lavoisier n en est pas
moins restee debout tout entiere. Empruntant une expression employee par M. Du-
rnas dans une autre circonstance, nous dirons : Lavoisier est intact, impene
trable, son armure d acier n est pas entamee. II nous suffirait en effet de suivre
I animal dans lesdiverses phases de la vie physiologique, pour montrer que 1 in-
tensite de la double combustion respiratoire et de 1 evaporation se modifie, partout
et toujours, dans le sens indique par la difference a maintenir entre la temperature
propre et celle du milieu ambiant, cette derniere etude, qui sera mieux placee
aux articles TEMPERATURE, CLIMATS, nous fournirait les arguments les plus pro-
bants en faveur de la doctrine qui place, dans les phenomenes physico-chimiques
de la respiration, la veritable source de la chaleur animale.
Application de la theorie me canique de la chaleur a I etude des phenomenes
physico-chimiques de la respiration. Les reactions chimiques si nombreuses
CHALEUR ANIMALE. 71
et si diverses dont s accompagne la nutrition fournissent evidemment la totahte
cle la chaleur developpee par les animaux. Nous savons, en outre, que I action dp
1 oxygene emprunte a I atmosphere sur les materiaux organiques du sang iiboutil
a une double combustion, a une formation d acide carboniqne et d ean. Mais est-il
possible, dans 1 etat actuel de la science, de calculer exactement la quantite de
cbaleur degagee par les phenomenes physico-chimiques de la respiration ?
L eau et 1 acide carbonique produits dans la trame des capillaires generaux et
exhales par les surfaces respiratoires peuvent provenir de deux sources. - L une
est la combinaison de 1 oxygene des materiaux organiques du sang avec leur hy-
dro"-ene et leur carbone ; 1 autre est la combinaison de 1 hydrogene et du car-
bone deces memes materiaux avec Voxygene absorbs. --L eau qui provient de la
premiere de ces deux sources peut etre considered comme pre existante dans 1 e-
conomie ; on peut admetlre qu elle n est pas produite, mais seulement misc en
liberte dans 1 acte de la respiration, que son apparition ne s accompagne ni d un
n-ain ni d une perte de chaleur. On peut en dire autant de 1 acide carbonique
qui, dans certaines circonstances, provient de la combinaison de 1 oxygene et du
carbone du sang. Get acide, il est vrai, ne peut pas etre considere comme preexis-
tant, il est reellement produit par une veritable combustion ; mais, comme 1 oxy-
"ene qu il renferme ne devient libre qu a la condition d etre emprunte a un corps
ramene lui-meme ami moindre degre d oxydation, on doit admettie que la cha
leur consommee par cette segregation chimique preamble et necessaire a la mise
en liberte de 1 oxygenc, compense la chaleur degagee par la formation ulteneure
de cet acide carbonique. La combinaison de 1 oxygene absorbs par les surfaces
respiratoires avec les elements combustibles des materiaux organiques du sang
est done la seule dont il y ait a tenir compte comme source de chaleur.
La methods directe, employee par Lavoisier, Dulong, M. Despretz, M. V. Re-
gnault, permet de determiner exactement deux elements importants : la quantite
d oxygene emprunte au milieu ambiant et la quantite d acide carbonique exhale.
D autre part, la methode indirecte, proposes et pratiquee par M. Boussingault,
fait connaitre les elements du sang elimines par les voies respiratoires et les pro
portions de ces elements. Ges deux methodes ne se contrarient pas ; elles se
controlent mutuellement, se competent. Des resultats fournis par leur emploi
simultane, il est done possible de deduire avec certitude la quantite d oxygene
empruntee au milieu ambiant et les proportions dans lesquelles cetoxygeue absorbe
s est partage entrs le carbone et 1 hydrogene des materiaux organiques du sang.
Quells que soit leur importance, ces determinations ne sauraient suffire pour cai-
culer la chaleur produite par 1 animal.
Lavoisier determinait la quantite de chaleur developpee dans 1 acte de la ie:pi
ration en multipliant le poids du carbone et le poids de 1 hydrogene brules par la
chaleur de combustion de chacun de ces corps a 1 etat libre et en faisant la somme
des deux produits ; ainsi out precede Dulong et M. Despretz, ainsi on precede en
core. Ce calcul repose sur 1 hypothese inadmissible que, dans les combustions
respiratoires, le carbone et 1 hydrogene, pour se transformer en acide carbonique
eten eau, degagent la meme quantite de chaleur que quand ils sont brules a 1 etat
libre. Mais, dans la trame des caprllaires generanx, Faction de 1 oxygene absorbe
porte sur des matieres ternaires et quaternaines ; les premieres sont completement
niineralisees; les secondes, ramenees seulement a une composition plus simple, ne
sont qu incompletement brulees. Or, nous savons que la chaleur fourme par la
combustion d un compose n est pas egale a la somme des quantites de chaleur
72 CHALEUR ANIMALE.
jegagees par 1 oxydation de chacun deses elements supposes libres. Par cela seul,
qu an moment oil ils sent brules, le carbone et 1 hydrogene sont engages dans une
combmaison quelconque, leur chaleur de combustion est modifiee , 1 experience
seule pourrait indiquer le sens et 1 in tensile de celte modification pour chacun des
corps composes dont ils font partie.
Pour arriver a la determination exacte de la quantite de chaleur produite par
les animaux, il y aiirait done a resoudre les questions suivantes. Connaitre la
quantite et la nature de chacune des substances ternaires completement brulees
et la chaleur de combustion de chacune d elles; connaitre la quantite et la na
ture de chacune des substances quaternaires attaquees, le degre de combustion
incomplete realisee et la chaleur de combustion de chacune d elles. Dans 1 etat
actuel de la science, les elements indispensables a la solution de ce probleme font
completement defaut. - Les determinations de la quantite de chaleur deve-
loppee par les animaux faites par les divers observateurs qui ont aborde cette
belle question de physiologic peuvenl etre considerees comme des evaluations plus
on moins approximatives, mais ne sauraient prendre rang dans la science a litre
de solutions definitives.
Les idees introduites dans la science par la theorie mecaniquede la chaleur, ont
donne a cette question des combustions respiratoires une extension et une impor
tance considerables, ont ouvert anx observateurs un vaste champ de recherclies.
Depuisle haul jusqu aubas de 1 echelle, loul animal se deplace a chaque instant
a la surface du sol, ici pour pourvoir a ses besoins, se procurer de la nourriture ou
faire des provisions ; la pour chercher a se construire ou se creuser un abri ; ailleurs,
pour poursuivre, atteindre, terrasser une proie ou pour se derober aux etreintesd un
ennemi. - Malgre toules les pertes de chaleur occasionnees par I evaporation, le
rayonnement et le contact du milieu ambiant, 1 animal maintient sa temperature
propre: cette production continuelle de chaleur est aussi un travail. Ajout.ons
enfin que 1 entretien de la circulation du sing el des mouvements respiratoires
exigeun travail mecanique dont 1 activite depend d une foule de conditions, les unes
exterieures, les autres inherenles a la constitution. Tout ce travail exigeune
depense considerable de force. Nous avons deja etabli que la chaleur necessaire au
maintien de la temperature propre de 1 animal est fournie par 1 action de 1 oxysene
absorbe sur les materiaux organiques du sang ; il est natiirel de se demander si
la force depensee par le systeme musculaire provient de la meme source.
Nous devons a M. Longet une etude Ires-interessante des rapports de I energie
du muscle et de la circulation sanguine. D apres les experiences de Swammerdam
et de Stenon sur les chiens,. on savait que les mouvements volontaires des mem-
bres posterieurs sont abolis a la suite de la ligature de 1 aorte abdominale etrepa-
raissent, avec leur energie primitive, des que lecours du sang arteriel est retabli.
M. Longet s est pose une question bien differente ; il s est propose de determiner
si un muscle prive de sang arteriel conserve encore hpropriete de se contracter
quand on le soumet a une excitation directe. De ses nombreuses experiences sur les
animaux il rcsulte que loute trace d excitabilite disparait deux heures apres que le
muscle a cesse derecevoir du sang arteriel, etqu il snffitde permettre denouveau
I afflux dece sang arteriel pour que, en quelques minutes, le muscle recouvrela
propriete de se contracter sous 1 influence d une excitation directe ou indirecte.
- Mais le sang arteriel contient : d une part, les materiaux de reparation prepares
par la digeslion ; d autre parl, tout 1 oxygene cede dans le poumon par l"atmo-
CHALEUR ANIMALE. 73
sphere. Ce liquide cst en realite 1 agent de toute nutrition. Deson cote, M. Bec-
querel a demontre que la temperature d un muscle s abaisse sensiblement quand
on comprime son artere nourriciere. - Nous sommes done autorise a affirmer
que la solidarity la plus etroite existe entre la contractilite et les phenomenes
de combustion qui s accomplissent dans la trame des vaisseaux capillaires des
muscles.
Dans les muscles, commedanstouslesorganestttous lestissus, les materiaux or-
ganiques du sang sont incessamment attaques par 1 oxygene ; briiles, soumis a une
serie de combustions successives qui simplifient graduellement leur composition,
ramenes aux formes definitives sous lesquelles ils sont entraines par la circulation
veineuse, ces materiaux sont rejetes au dehors par le poumon, la peau et les divers
emonctoires de 1 economie.
Toutes les observations s accordent, d ailleurs, pour demontrer que 1 activite de
ces combustions internes augmente pendant la contraction du muscle, il resulte,
en effet, de nombreuses experiences tentees dans cette direction que les muscles
en contraction absorbent plusd oxygene et exbalent plus d acide carbonique queles
muscles en repos. Dans un premier bocal de verre bien exactement ferme,
M. Matteucci, placaitcinq grenouilles prepares a la Galvani : dans uu second bocal de
memes dimensions, il renfermait cinq grenouilles parfaitement semblables et sen-
Llablement preparees dont les muscles etaient mis en contraction an moyen d un
appareil d indication. Au bout de sept a huit minutes, il retirait rapidement les
deux groupes de grenouilles et analysait 1 air des bocaux. Constammcntil trouvait
une quanlite d acide carbonique plus considerable dans le second bocal ou les gre
nouilles s etaient contractees, que dans le premier ou elles avaieutete main ten ues
immobiles. : L etude comparative de la composition du sang veineux et du sang
arteriel des masses tnusculaires fournit une nouvelle preuve de celte plus graude
activite des combustions pendant la contraction ; le sang veineux contient 6,75
pour 100 d acide carbonique de plus que le sang arteriel quand le muscle est re-
lache, et 10,79 pour 100 de plus quand le muscle est contracte.
Al etat de repos et aussi pendant l exercicemodere,ces combustions internes et
le travail d elimination de leurs produits sont regies de telle maniere que le mus
cle conserve sa composition normale et toutes ses proprietes physiologiques ; la
reaction du sue musculaire est, dans les deux cas, constamment neutre ou alca-
line. Iln en est plus de memo quand le muscle est soumis a un travail excessif
de contraction. Les combustions internes s exagerent, 1 elimination n est plus
assez active pour enlrainer tous les produits de decomposition ; bientot I acide
ladique existe en trop grande proportion dans i organe et en altere la composi
tion ; la reaction chimifjue du sue musculaire devient manifestement acide. Bien
que le sang arteriel continue a apporter des materiaux de nutrition et de 1 oxy
gene, les combustions ne s operent plus que difficilement et incotnpletement dans
le tis-u musculaire engorge par des produits de decomposition ; la contractilite ne
tarde pas a s affaiblir, et la force musculaire eprouve une depression connue sons
le nom de fatigue.
II resulte, en effet, des observations de Proust que la proportion d acide car
bonique augmente dans 1 air expire quand 1 auimal se livre a un exercice mo-
dere, tandis que, pendant la fatigue qui succedea un exercice violent, la propor
tion d acide carbonique diminue. Un repos suffisamment prolonge pour
permettre au travail d elimination de dtlbarrasser les tissus de cet exces de pro
duits de decomposition, rend au sue musculaire sa reaction neutre ou alcaline,
U CHALEUR ANIMALE
fait disparaitre la fatiyite et restitue a la contractilite loute son energie. Les
experiences tentees sur les animaux prouvent jusqu a 1 evidence que la fatigue
musculaire n est pas le resultat de Yusuredeh fibre contractile qui aurait besoin
d etre repare e par 1 assimilation de nouveaux materiaux, mais qu elle accuse une
accumulation de produits qu il suf fit d eliminer, en maintenant I afflux d oxy-
gene, pour rendre aux combustions internes toute leur activite primitive et aux
muscles toute leur energie. D aifleurs quand on tient compte de la faible duree
du repos necessaire pour dissiper cette fatigue, on demenre convaincu que si,
dans un si court espace de temps, I elimination des produits de decomposition
peut s effecluer, il n y a certainement pas place pour une reparation appreciable de
la fibre musculaire. Une analyse plus complete et plus approfondie des pheno-
menes accomplis dans la trame de tissus permetd affirmer que 1 acidification du
sue musculaire est la veritable cause de la fatigue. Contentons-nous de rappeler, a
1 appui de cette proposition, la belle et curieuse experience par laquelle M. Ranke
a monlre que, pour produire tous les eflets de la fatigue, il suffit d iujecter de
Yacide lactique dans le tissu musculaire.
L exactitude de cette explication de 1 affaiblissement de la puissance mecanique
des muscles se trouve demontree par les resultats d un travail dans lequel
M. H. Kronecker a etudie la double influence du repos et de la circulation d un
liquide oxygenc sur le retablissement de la force d un muscle fatigue ou epuise
par des contractions provoquees et repetees a des intervalles tres-rapproches. II a
opere sur des grenouilles dont il separait le train posterieur en conservant 1 aorte
abdominale et la peau du ventre ; un liquide injecte par 1 aorte circulait dans les
muscles des membres posterieurs et s echappait par une veine de la peau du
ventre. Tout etant ainsi dispose et toule circulation e tant tnterrompue, il fati-
guait les muscles par une serie de secousses electriques d induction jusqu a ceque
1 energie de leurs contractions fut considerablement affaiblie.
i Lorsqu on n etablit aucune circulation de liquide dans les muscles de la gre^
nouille, le repos ne suffit pas pour rendre a ux contractions leur energie; le repos
seul n exerce done pas d action reparatrice.
2 Les muscles ainsi fatigues restent encore affaiblis lorsque, pendant le repos,
on fait passer a travers leur systeme vasculaire des liquides qui, tels que des so
lutions de sel marin ou de phosphate de soude, ne peuvent pas leur fournir de
1 oxygene. Pour rendre leur energie aux muscles fatigues, il ne suffit done pas
non plus de debarrasser leur systeme capillaire des produits de combustion qui
1 engorgeaient, meme alors qu on les a laisses reposer.
3 Meme sans repos intermediaire, il suffit de faire passer a travers le systeme
vasculaire des muscles fatigues un liquide oxygene (du sang arteriel ou du perman
ganate de potasse) pour que les contractions deviennent plus intenses. Un repos
de cinq a six minutes, pendant qu on maintient la circulation du liquide oxyye ne,
suffit pour rendre a ces muscles toute leur energie de contraction primitive.
Ce dernier fait prouve indubitablement que la fatigue n est pas le resultat
d une usure de la fibre musculaire; le permanganate de potasse ne peut, en effet,
fournir les elements organiques qu exigerait la reconstitulion de cette fibre
alteree. L action reparatrice du permanganate de potasse prouve que, pour iaire
disparaitre la fatigue, pour rendre aux contractions toute leur energie, il suffit
de debarrasser le reseau capillaire des produits de combustion dont il est en^or^e
et de fournir en meme temps au muscle, 1 oxygene necessaire pour que de nou-
velles combustions puissent s effectuer dans la trame de ses tissus.
CHALEUR ANIMALE. 75
II vesulte des experiences de M. H. Kronccker que, sur les muscles de gre-
nouille, le permanganate de potasse a une action reparatrice aussi grande que le
sail" oxygene. II n en est pas de meme quand on opere sur des chiens; le perman-
o-anate de potasse a aussi une action reparatrice sur les muscles de cliien, mais
cette action n est ni aussi constante ni aussi considerable que celle du ^ang
oxygene.
Quand 1 ammal est au repos, les combustions internes se reglent de mamere a
satisfaire aux besoins de la calorification ; si Ton tient compte de la chaleur enle-
vee a 1 organisme par le rayonnement, 1 evaporation et le contact du milieu am-
biant, il est facile de s assurer que 1 action chimique accomplie dans les capillaires
"eneraux est tout entiere utilisee pour produire de la chaleur sensible. En est-il
de meme quand le systeme musculaire entre en contraction et produit un tra
vail exterieur ? Dans ce dernier cas, la chaleur sensible degagee represente-t-elle
la totalite des combustions effectuees?
A 1 etat sauvage, les animaux sont toujours en mouvement, et, sauf des cas ex-
ceptionnels dont il serait facile de fournir rexplication, leur chair est tres-pauvre
enmatieres grasses. L observation detous les jours enseigne que, pourem/rais-
ser les animaux domestiques, il faut de toute necessite les tenir au repos, et que,
pour leur faire perdre leur embonpoint, il suffit de les remettre au travail. -
Tous ces fails prouvent que, pendant le travail, 1 animal consomme, detruit les
matieres grasses de son sang ou deposees dans ses tissus; ils s accordent avec les
resultats des experiences directes pour prouver qu un exercice, meme tres-mo-
dere, s accompagne invariablement d une augmentation de 1 activite de la fonc-
tion respiratoire. D apres Lavoisier, un bomme qui, au repos, consommait
24 litres d oxygene par heure, en absorbait 63 quand il travaillait a soulever un
fardeau. Nous devons a M. Lassaigne une observation du meme genre sur un
cheval; au repos, cet animal expirait 342 grammes d acide carbonique par heure ;
apres quinze minutes de course, il en exhalait 746 grammes par les voies respi-
ratoires. M. Boussingault a etudie 1 influence des etats de veille et de sommeil
sur 1 activite de la fonction respiratoire. Ses recherches etablissent qu une tourte-
relle e veillee, jouissant de toute son activite, brulait 255 milligrammes de car-
bone par heure, tandis que le meme animal endormi n en consommait que
162 milligrammes. M. Scharling, de son cote, a constate que les quantites de
c^vbone successivement brulees par un meme homme endormi et eveille sont dans
le rapport de 1 a 1,257. --Les resultats de toutes ces recherches s accordent
done avec ce que nous a deja appris 1 etude directe des phenomenes accomplis
dans rinterieur des muscles pour etablir que les combustions internes sont d au-
tant plus actives, que les efforts musculaires accomplis par 1 animal sont eux-
memes plus intenses.
Sans doute, pendant sa contraction, le muscle eprouve certainement une ele
vation de temperature; ce fait a ete nettement etabli par MM Breschet et Becque-
vel, et surtout par M. Helmholtz. Sans doute encore, indubitablement, l animal
qui accomplit un travail, 1 hommequi s agite vivement,qui fatigue et. souleve des
iarcleaux, se couvrent de sueur et s echauffent. Mais, dans tous les cas, 1 exces de
clialeur sensible developpee est-il proportionnel a 1 exces des combustions effec
tuees dans les profondeurs de 1 economie ? Telle est la question qui se pose ; des
experiances deja anciennes nous permettent d y repondre ne gativement.
Jolm Davy a demontre que, pendant le travail, la temperature des parties cen-
trales s eleve a peine d undegre; un exercice, meme -violent, a pour principal et
76 CHALEUR ANIMALE.
presque unique effet de regulariser la distribulion de la chnleur dans les diverses
parties de 1 economie, en communiquant aux extremites une temperature sensi-
blement egale a celle du tronc. En cas pareil, il est vrai, la sueur est tres-
abondante ; mais evidemment, malgre la deperdition de cbaleur occasionnee par
1 evaporation des liquides qui pleuvent a la surface de la peau, 1 accroissement
d activite des combustions internes pendant le travail est hors de proportion avec
les elevations de temperature constatees. Lavoisier fait une remarque de meme
nature lorsque, a la suite de 1 observation de cet liomme chez lequel la consom-
mation de 1 oxygene s elevait, pendant le travail, de 24 a 65 litres par heure, il
ajoule : La temperature du sang demeure assez constamment la meme. du
moins a quelques fractions de degre pres. On ne saurait trop admirer la justess-e
et la profondeur de cette remarque de Lavoisier.
La contraction musculaire, en conservant la meme energie et en s accompagnant
tie combustions internes de meme intensite, peut s effectuer dans trois conditions
diflerentes. Dans un premier cas, le muscle contracte soutient un poids donne
a une hauteur determinee; le muscle est tendu en contraction statique, mais il
n effectue aucun travail. -- Dans un second cas, le meme poids est souleve a une
hauteur determinee, arrive sans vitessea I extremite de sa course ascensionnelle;
le muscle est en contraction dynamique eteffectue un travail positif egal au pro-
duit du poids evalne en kilogrammes par la hauteur de course evaluee en metres.
- Enfin, dans un troisieme cas, le poids descend de la meme hauteur, toujours
soutenu par le muscle contracte qui annule, a chaque instant, la vitesse commu-
niquee par la pesanteur ; le muscle est encore en contraction dynamique, mais il
accomplit un travail ne gatifde meme valeur que le travail positif du cas prece
dent, puisqu il detruit finalement la force vive qu aurait acquise le poids en tom-
bant librement de la meme hauteur.
Dans une serie d experiences tres-interessante, M. J. Beclard a trouve que, con
stamment et dans quelque circonstance que la contraction s effectue, la tempera
ture du muscle s eleve. Mais 1 elevation de la temperature, pendant la contraction
statique, esl plus forte que pendant la coutraclion dynamique avec soulevement
du poids ou travail positif, et plus faible que pendant la contraction dynamique
avec travail ne gatif. L exactitude de ces resultats est confirmee par une se-
conde serie d experiences dans laquelle M. J. Beclard, a constate que si le muscle
effectue alternativement un travail positif et un travail negatifde meme valeur,
c est-a-dire si alternativement il souleve un poids et soutient ce poids pendant qu il
descend de la meme hauteur sous linfluence de la pesanteur, 1 elevation de tem
perature est la meme que pendant la contraction statique.
Si nous nous placons au point de vue de la theorie mecanique de la chaleur, la
signification de ces faits est claire et evideute. Quand le muscle en contraction
statique est tendu sans travail effectue, la reaction chimique interne est tout en-
tiere representee par la chaleur sensible degagee. Pendant la contraction di/na-
mique avec soulevement de poids, 1 elevation de temperature du muscle n accuse
pas toute la chaleur developpee par les combustions internes; la portion de la cha
leur qui disparait est I equivalent du travail mecanique effectue. Enfin si,
pendant qu il soutient le poids dans sa chute, le muscle acquiert une temperature
superieure a celle que les reactions chimiques internes peuvent luicommuniquer,
c est qu il fixe a son profit une quantite de chaleur equivalente a la force vive
detruite du poids qu il arrete dans sa course descendante.
Mais, dans quelque condition que s effectue la contraction, la fibre musculaire
CIIALEUR ANIMALE. 77
est le siege d un travail moleculaire qui consomme une partie de la chaleur deve-
loppee par les combustions effectives dans le reseau capillaire du muscle en ac
tion. En rapportant toutes les variations de temperature des masses musculaires a
1 intensiteetau seiisdu travail exterieur eftectue, M. J. Beclard a suppose impli-
citement que les combustions internes et le travail moleculaire de la fibre muscu-
laire conservent la meme valeur dans les trois cas de contraction qu il a conside-
res. L hypothese est plausible, sans doute, mais il serait necessaire de verifier son
exactitude avant d admettre definitivement la legitimite de 1 interpretation prece-
dente des resultats fournis par ses experiences.
En operant directement sur des muscles de grenouille denudes et dont la tern-
peiature etait mesuree par un element thermo-electrique, M . Heidenhain a obtenu
des resultats conformes aux indications des experiences de M. J. Beclard; mais
ses mesures monlrent que la question est beaucoup plus complexe qu on ne 1 avait
cru d abord. Le muscle etait excite par des decharges electriques lancees dans le
nerf quil anime.
Si le muscle excite est tendu par un poids, et si un obstacle convenablement
dispose 1 empeche de se raccourcir, on observe une elevation de temperature va
riable avec le poids tenseur. Gelte elevation de temperature croit avec le poids,
mais seulement jusqu a une certaine limite, a partir de laquelle elle decroit, le
poids continuant a augmenter. La fatigue du muscle amene done des phenomenes
ditlerentsde ceux qui correspondent a 1 etat normal; ces resultats sont d accord
avec les observations de Prout sur les variations de 1 exhalation d acide carbonique
determinees par un exercice modere et par la fatigue qui succede a un exercice
violent.
Si Ton permet au muscle tendu par un poids de se raccourcir sous 1 influence
des excitations electriques, on observe un raccourcissement permanent. Les quan-
tites de chaleur degagees par le muscle qui se contracte augmentent en meme
temps que le poids tenseur, si Ton s arrange de maniere que 1 etendue du soule-
vement de ce poids variable reste toujours le meme. Mais ici encore on constate
une limite a partir de laquelle 1 exces de chaleur degagee s affaiblit, comme dans
1 experience precedente de 1 excitation sans raccourcissement.
Toutefois, si 1 on compare deux experiences consecutives dans 1 une desquelles
le raccourcissement du muscle est empeche, taudis que dans le deuxieme le
muscle se raccourcit, on observe, toutes choses egales d ailleurs, que la quantite
de chaleur degagee est toujours moindre dans le deuxieme cas que dans le pre
mier; une consommalion de chaleur correspond done toujours a un travail exte
rieur posififeffectue.
Nous savons qu a 1 etat de repos, le sue musculaire est neulre et alcalin, et que
sa reaction devient acide sous 1 influence d excitations repetees. Ce changementde
reaction est dfi a la presence de 1 acide lactique qui est un des premiers produils
de la combustion dont s accornpagne la contraction musculaire. M. Heidenhain a
pris cette acidite du muscle pour mesure de 1 intensite des actions chimiques. 11 a
montre ainsi que 1 activite de 1 action chimique est plus grande dans un muscle
en contraction que dans un muscle au repos, et que, pour chaque cas, elle aug-
mente dans le meme rapport que la temperature.
Les resultats de ces experiences sont en parfait accord avec une observation fort
interessante de M. le docteur Peter. Chez une petite fille atteinte de convulsions
liees a la tuberculisalion des meninges, il y avail alternativement contraction et
paralysie du mouvtuueiU d un meme cote du corps. Quand le bras gauche etait
78 CHALEUR AN1MALE.
convulse, la temperature y etait de un a quatre degres plus e leve e qu au bras
droit ; quand la contraction cessait et qiie le bras gauche etait paralyse du mou-
vement, la temperature y etait au contrairc de un demi-deqre a un degre et demi
plus basse qu au bras droit. Plusieurs observateurs out signde des elevations de
temperature considerables dans les nevroses avec convulsions toniques et surtout
dans le telanos. Nous nous contenterons de rappeler ici ces fails tres-interessants ;
11 i f ^
is pnenomenes constates dans ces cas patbologiques sont tres-complexes : leur
interpretation complete serait tres-difficile dans 1 etat actuel de la science; de nou-
velles recherches sont necessaires pour mettre nettement en lumiere le role de la
contraction musculaire au milieu des influences tres-nombreuses qui, dans les
affections de ce genre, peuvent modifier la temperature des malades.
Les recherches de M. Him sur Je meme sujet sont anterieures a celles de M. J.
Beclard et de M. Heidenhain. L habile ingenieur de Colmai a mesure a la fois la
quantite d oxygene consomme, la chaleur sensible degagee et le travail produit
par un homme dans un temps donne. Quand un homfne monte un escalier ou
une rampe, son systeme musculaire accomplit un travail mecanique positif egal
au produit du poids de son corps par la hauteur verticale de 1 ascension. Quand,
au contraire, cet homme descend une rampe on un escalier, la contraction mus
culaire est employee a chaque instant a conlre-balancer la vitesse que lui commu
nique la pesanteur, accomplit en realite un travail ne gatif, puisque finalement
elle detruit, par resistances successives, la force vive que la pesanteur aurait com-
muniquee a son corps s il etait tombe verticalement de toute la hauteur dc la
descente effectuee. Apres avoir mesure la quantite de chaleur sensible que produil
chaque gramme d oxygene absorbe par un homme au repos, M. Him a execute
des determinations du meme genre sur le meme homme, tantot pendant le travail
d ascension, tantot pendant le travail de descente. La quantite d oxygene con
somme augmente, les combustions internes sont plus actives, la quantite de cha
leur sensible degagee devient plus considerable, pendant que 1 homme monte;
mais chaque gramme d oxygene absorbe developpe une moins grande quantite de
chaleur sensible ^que pendant le repos. 11 disparait done, pendant 1 ascension, une
certaine quantite de chaleur qui se transforme en travail mecanique. La quantite
d oxygene consomme, 1 activite des combustions internes et la quantite de chaleur
sensible degagee augmentent aussi pendant la descente; mais les mesures calori-
metriques indiquent que, dans ce cas, la chaleur sensible degagee dans le corps
de 1 homme est supe rieure a celle que pent produire 1 oxygene absorbe. La force
vive detruite pendant la descente s est done transformed en chaleur sensible, a
contribue, pour sa part, a 1 elevation de temperature constatee.
Bien qu ils ne puissent pas etre acceptes comme la mesure exacte des pheno
menes accomplis, les resultats de toutes ces experiences s accordent pour montrer
que, dans le systeme musculaire d un animal qui effectue un travail positif (sou-
levement de poids, traction d un fardeau, etc.), tout se passe comme dans une
machine a feu ordinaire. Pendant que le muscle travaille, la chaleur produite
par les combustions internes devenues plus actives sc partage en deux portions
complementaires : 1 une apparait comme chaleur sensible et regie la temperature
de la masse musculaire; 1 autre disparait en tant que chaleur sensible et, par
I intermediaire de la contractilite musculaire, se transforme en travail meca
nique. Le muscle est un moteur anime qui, comme la machine a vapenr, utilise
la cha eur pour produire du travail ; dans 1 un comme dans 1 autre cas, il y a ne-
CIIALEUR ANIMALE. 79
cessairement equivalence entre la chaleur disparue, consommee, et le travail exte-
rieur produit.
En realite, dans quelques conditions que le phenomena s effectue, a une con
traction musculaire d intensite determinee correspond une combustion interne et
une production de chaleur d intensite egalement determinee; c est aussi une por
tion determinee de cette chaleur produite qui disparait comme agent thermique,
est consommee par le travail inte rieur dont s accompagne la contraction, est
transformee en contractilite. Si le muscle contracts exerce une simple pression
ou une pure traction, sans deplacement de poids, sans travail exterieur effec
tue, toute cette chaleur consommee par le travail inte rieur dont s accompagne la
contraction, ou transformee en contractilite, reparait a 1 etat de chaleur sensible
quand le muscle se reldche. Si, au contraire, le muscle souleve un poids, pro
duit un travail exterieur, une quantite de chaleur equivalente a ce travail exte
rieur effectue est a jamais perdue comme chaleur sensible. Oue le muscle opere
une simple pression ou souleve un poids, la depense supportee par 1 organisme
pour faire face aux combustions internes reste done la meme; il n y a de diffe
rence que dans la maniere dont cette depense est utilisee. Dans le premier cas, la
combustion interne est tout entiere representee par de la chaleur sensible; dans
le second cas, cette combustion a pour equivalent la chaleur sensible degagee et
le travail exterieur effectue. Mais, dans 1 uii comme clans 1 autre cas, la mani
festation exterieure purement calorifique, ou a la fois calorifique et mecanique,
est I equivalent du travail chimique inte rieur de combustion.
Au point de vue mecanique, la contractilite joue dans le muscle le meme role
que la tension de la vapour dans la locomobile ; elles sont 1 une et 1 autre de vrais
agents de transformation de la chaleur en force mecanique, en travail. De la de-
coule naturellement, f;italement, 1 ordre de succession des phenomenes accomplis
dans les masses musculaires, L action productricc de la chose transformee etant
necessairement anterieure a 1 intervention de 1 agent de transformation, la com
bustion des materiaux organiques du sang precede necessairement la mise en jeu
cle la contractilite. L action chimique s effectue la premiere et produit de la cha
leur; puis la contractilite entre en jeu, la fibre musculaire absorbe, consomme
une portion de cette chaleur: enfin, suivant qu il produit une simple pression ou
\msoulevement de poids, le muscle rend au monde exterieur, sous forme de cha
leur sensible ou de travail mecanique, toute celte chaleur qu au debut il a em-
pruntee au foyer de combustion pour entrer en action. Comme la force elastique
de la vapeur, Tactivite propre du muscle prend done en realite son origine dans
une simple combustion, dans Faction de 1 oxygene sur les materiaux organiques
du sang. La contractilite est necessairement une activite de meme ordre que 1 af-
fmite chimique d ou elle derive et le degagement de chaleur ou le travail meca
nique auquel elle aboutit ; ce qn elle a de special elle 1 emprunte a la specialite
de nature, de composition et de texture de fibre musculaire qui lui sert de sup
port. La contractilite musculaire nous apparait en definitive comme une modalite
dijnamique soumise aux memes lois que toutes les autres, rattachee, par le prin-
cipe de la transformation equivalente, aux grands agents du monde exterieur.
Nous pouvons rnaintenant nous expliquer sur le role joue dans la production de
la chaleur animale par les nombreux frottements dont 1 economie est le siege. Les
surfaces articulaires Irottent les unes contre les autres, les tendons des muscles
irotlent contre leurs gaines, les intestins et les canaux excreteurs sont traverses
par des liquides qui frotlent contre leurs parois, etc. Tous ces frottements dega-
80 CHALECR ANIMALE.
gent de la clialeur; mais ces frottements detruisent des mouvements communi
ques par des tuniques ou des masses musculaires ; la chaleur procluite par ces
frottements est I equivalent du travail musculaire correspondant, et ce travail
musculaire est lui-meme V equivalent de la chaleur empruntee par les muscles
aux combustions internes. La chaleur, rendue sensible sur les surfaces du frotle-
ment, a done aussi son origine dans la combustion des materiaux organiques du
sang. Prenons pour exemple les frottements du sang contre les parois des vais-
seaux auquels les iatro-mecaniciens ont fait jouer un si grand role. Le sang che-
mme dans les vaisseaux sous 1 influence de rimpulsion que lui communiquent les
contractions du coaur. Mais la force de contraction du coeur, comme celle de tous
les muscles, derive de la chaleur developpee par les combustions effectuees dans ses
capillaires; cette force est tout entiere employee a communiquer de la vitesse au
sang ; les frottements, en de truisant cette vitesse, ne font done que rendre a 1 eco-
nomie, sous forme sensible, la chaleur absorbee, transformed en force motrice
par les fibres contractiles du coeur. Dans la theorie de la chaleur animale, il n y u
done pas a se preoccuper des frottements dont 1 economie est le siege; tout doit
etre rapporte a 1 aclion de 1 oxygene sur les materiaux organiques du sang.
Nous pouvons maintenant completer les vues de Lavoisier, embrasser dans leur
ensemble les rapports des pbenomenes physico-chimiques de la respiration avec
les manifestations de chaleur et de mouvement necessaires a 1 entretien de la vie
des animaux.
Lorsque 1 animal est a 1 etat de repos, la chaleur produite par la combustion
interne se partage en deux portions : 1 une, la plus considerable, reste a 1 etat de
chaleur sensible, 1 autre disparait momentanement, est utilisee pour produire les
contractions musculaires necessaires a 1 entretien de la circulation, de la respira
tion et au jeu de toutes les fonctions, mais est fmalement restituee a 1 economie
sous^forme de chaleur sensible. Dans ce cas done, la lotalite de la chaleur deve
loppee par les combustions internes est employee a maintenir la temperature propre
des animaux au milieu de toutes les variations survenues dans 1 etat thermique
du milieu ambiant.
Lorsque l - animal execute un travail exterieur, quelle qu en soil la nature,
Tactivite des combustions interieures augmente. Une portion de la chaleur ainsi
produite est detruite comme agent thermique, n exerce aucune influence sur la
temperature de 1 animal. Cette quantite de chaleur translormee en force motrice
est 1 equivalent du travail exterieur effectue.
En resume, 1 animal qui brule dans ses capillaires generaux les materiaux or
ganiques de son sang, ne fait que transformer en energie acluelle [ enerqie poten-
tiele des substances dont il se nourrit. Gette enerqie acludle est une force que
selon les circonstances, il utilise sous forme de chaleur sensible pour resister aux
causes exleneures de refroidissement, ou sous forme de contraction musculaire
pour ellectuer un travail exterieur.
Avant de quitter ce sujet nous devons fixer noire attention sur deux questions
importantes : Quel est le coefficient economique de la machine humaine ? Quels
sont les materiaux organiques de 1 economie dont la combuslion (ournit la chaleur
convertible en force mecanique ?
Coefficient economique de la machine humaine. Dans les experiences de
M. Him les hommes se livraient a un exercice analogue a I asceiision d une mon-
tagne; )ls iKOiitaient sur une roue tournante dont les echelons fuyaieiit iucessam-
CIIALEUR ANIBIALB. 81
ment sous leurs pieds. De tous les sujets soumis a son observation, celui qui a
donne les meilleurs resullats dynamiques a produit en une heure 55000 unites
de travail. Avaiit 1 experience, cet liomme, an repos, expirait, par heure, une
quantite d acide carbonique contenant 50 grammes d oxygene, son pouls elait a
80 pulsations par minute, le nombre de ses inspirations etait de 18 par minute,
le volume d air inspire et expire etait de 700 litres par heure. Apres une heure
d ascension sur la roue, pendant laquelle cet homme avail produit 55000 unites
de travail, le pouls etait a 140 pulsations et la respiration a 50 inspirations par mi
nute. Pendant 1 experience, 1 amplitude des mouvements des parois thoraciqucs
avail double, car le volume d air inspire et expire s etait eleve a 2500 litres par
heure; enfin, pendant cette heure d ascension, eel homme avail expire une quan
tite d acide carbonique contenant 152 grammes d oxygene. Les experiences de
M. V. Regnaull monlrenl que, chez les chiens, donl 1 alimentalion est mixte et
analogue a celle de 1 homme, sur 100 parties d oxygene absorbe, 95 se combinent
avec le carbone et 7 avec 1 hydrogene des materiaux organiques du sang. Nous
sommes done autorise a admeltre que :
1 Get homme, au repos, absorbait en realile par heure 52,5 grammes d oxy
gene, donl 50 se combinaient avec le carbone et 2,5 avec 1 hydrogene des mate
riaux du sang. Get homme, au repos, produisail done par heure 100 unites de
chaleur tout entieres employees a maintenir sa temperature propre.
2 Cet homme, pendant 1 ascension, absorbait en realite par heure 142 grammes
d oxygene, dont 152 se combinaient avec le carbone et 10 avec 1 hydrogene des
materiaux du sang. Cet homme, pendanl 1 ascension, produisail done par heure
445 unites de chaleur, 545 unites de chaleur de plus qu a 1 etal de repos.
De ces 545 unites de chaleur produites en exces pendant 1 ascension, 78 seu-
lemenl sonl utilise es pour le travail exte rieur effectue, car pendanl une heure
d ascension, eel homme ne produit que 55000 unites de travail. Que deviennent
les 265 unites de chaleur qui restent disponibles et ne se retrouvenl pas dans Je
travail utile accompli? Pendant 1 ascension, les contractions musculaires impri-
menl a la tele, aux bras, au Ironc, des balancements ; ces deplacements des
diverses parties du corps consomment necessairement une portion notable de cba-
leur, dilficile a apprecier, mais completement perdue pour le travail utile. En
second lieu, pendant 1 ascension, la circulation s est acceleree, les mouvernents
des parois thoraciques sont devenus plus frequents et plus amples, des frottemenls
se sont produils sur les surfaces articulaires ; ces exagerations des fonctiotis et ces
fiotternents representenl un travail mte rieur qui consomme aussi de la chaleur.
Gette derniere quantite de chaleur est evidemment perdue pour le travail utile;
elle est finalement rendue a 1 economie sous forme de chaleur sensible qui : d une
part, serla produire une elevation de temperature du corps; d autre part, est
emporlee au dehors par le rayonnement, par le contact de 1 air avec la peau et la
muqueuse des voies respiratoires, par 1 evaporation cutanee et pulmonaire consi-
derablement augmentee pendant le travail d ascension.
Le coefficienl economique d une machine a feu est le rapport de la quantite de
chaleur transforme e en travail utile a la quantile totale de chaleur produile.
Dans 1 experience de M. Him, 1 homme, pendanl une heure d ascension, a degage
445 unites de chuleur, et a produit, en travail utile, Ye quivalent de 78 unites de
chaleur. Le coefficienl economique du systeme musculaire de 1 homme employe
comme moteur est done sensiblemcnl de dix-huit centiemes. Gelle estimation
s accorde avec celle de M. Helmholtz ; les recherches de ce physiologiste tendent,
DICT. EHC XV. C
82 CIIALHUR ANIMALE.
eu efj et, a etablir que 1 liomnie pent uliliser, en travail exterieur, un cinquieme
de la chaleur totale produite par les combustions internes.
Les belles experiences de M. Him ont demontre que, malgre leur volume et
lenr poids si considerable, les machines a vapeur les plus perfectionnees n utilisent
qne les douze cenliemes de la chaleur comrnuniquee a la chaudiere. Consideic
comme moteur, le systeme musculaire de 1 homme a done une tres-grande supe-
riorite sur les appareils les mieux construits qu il ait ete donne a rindustrie et a
la science de realiser. Dans certains muscles considered isolement, cette superio-
rite est encore bien plus prononcee. En tenant compte de la pression du sang
dans les arteres, M. Helmhollz a trouve qu en une heure, le coeur s eleverait a
6070 metres, s il employait a s elever lui-meme toute 1 energie avec laquelle il
presse le sang. Or les locomotives les plus puissantes, celles, par exemple, qui
servent a gravir les fortes pentes du Tyrol, ne peuvent elever leur propre poids,
en une heure, que de 825 metres ; elles n ont done, comme moleurs, que le
huitieme de la puissance d un appareil musculaire tel que le cceur. Le corps des
animaux, dit M. Helmholtz, differe d une machine a vapeur, non point par le
precede qui donne naissance a la chaleur et au travail, mais bien par la maniere
d approprier cette force a son but special. Ainsi se trouvent pleinement justifiees
les remarquables paroles par le?quelles M. Dumas terminait, le 20 aout 1841, sa
belle lecon sur la statique chimique des etres organises. Apres avoir compare la
puissance des moteur animes a celle de la machine a vapeur, il ajoutait :
Nos ingenieurs ont done encore beaucoup a faire, et pourtant ces nombres
sont bien de nature a prouver qu il y a communaute de principes entre la machine
vivaute etl autre ; car si Ton tient compte de toutes les pertes inevitables dans les
machines a feu et si soigneusement evitees dans la machine humaine, I identite
de principe est e vidente aux yeux.
Tons les hommes ne fournissent pas des resultats dynamiques aussi satisfai-
sants que le sujet observe par M. Him ; il ne faudrait pas se hater d admettre non
plus que dix-huit ou vinyt centiemes soient la limite superieure que puisse attein-
dre le coefficient economique de la machine humaine. L habitude, en effet, peut
smgulierement ameliorer le rendement de 1 appareil musculaire employe comme
moteur. Occupe d un travail qu un long exercice lui a rendu familier, 1 homme
sail ne conlracter que les muscles dont le concours est necessaire et dans la me-
sure indispensable a raccomplissement de sa tache; il reduit au minimum le tra
vail interieur exige par la mise en jeu de la contractilite musculaire, evite toute
perte de force, produit alors beaucoup plus et avec beaucoup moins de fatigue,
utilise enfin une plus grande proportion de la force disponible que lorsqu il entre-
prend un labeur tout a fait nouveau. Contentons-nous de citer le coureur de pro
fession comme un des plus beaux exemples de 1 influence de 1 habitude sur le bon
emploi de la force musculaire. C est un fait general, dit M. Helmholtz, que les
mouvements compliques qui exigent le concours d un grand nombre de muscle?,
se font avec beaucoup moins d efforts quand 1 exercice nous a perfectionnes dans
leur execution. Qu on se rappelle la violence des efforts auxquels se livrent un
nageur ou un palineur inexperimentes, et 1 aisance que mettent dans ces exercices
les personnes qui en ont une grande habitude.
Nature des matieres organiques dont la combustion fournit la chaleur con
vertible en force motrice. Les substances alimentaires preparees par le travati
de la digestion et versees dans le torrent circulatoire sont de deux ordres : les
CHALEUH ANUIALE. 83
unes, comme les sucres et les graisses, sont uniquement cornposees de carbone,
d hydrogene et d oxygene ; les autres, connues sous la denomination de matieres
albuminoides, sont plus complexes, contiennent les trois elements precedents aux-
quels s ajoute un quatrieme principe, 1 azote ; ces albuminoides forment la base de
tous les tissus de 1 economie. Toutes sont attaquees dans les capillaires generaux;
les premieres, les matieres ternaires ou non azotees, sont completement brulees
et ramenees a 1 etat d acide carbonique et d eau ; les secondes, les matieres qua-
ternaires ou albuminoides, n eprouvent qu une combustion incomplete, fournis-
sent aussi de 1 acide carbonique et de 1 eau, et de plus un residu elimine par les
divers emonctoires, dans lequel se retrouve tout 1 azote qui entre dans leur com
position. La cbimie est assess avancee aujourd hui pour que de la quantite de ma-
tiere azotee expulsee par les diverges secretions, on puisse deduire avec certitude
la quantite (en poids) de substance albumino ide incompletement brulee dans la
trame des capillaires generaux, il est done toujours possible de determiner pour
quelle part les albuminoides entrent dans le travail chimique accompli dans les
profondeurs de 1 economie. On comprend facilement des lors comment on a pu
s assurer que la quantite de matiere azotee brulee varie avec le regime adopte et
augmente a mesure que les aliments consommes sont eux-memes plus riches en
substances albuminoides.
Quelque perfectionnee que soit son organisation, quelque elevee que soit sa
place dans 1 echelle zoologique, 1 animal puise, dans la chaleur produite par les
combustions internes, toute la force dont il dispose ; il peut, selon ses besoins,
employer cette force sous deux formes. Utilisee directement sous forme de chaleur
sensible, cette force lui sert a lutter centre les causes exterieures de refroidisse-
ment , transformee, elle lui fournit toute la puissance mecanique developpee par
son systeme musculaire. Entraines par la haute et puissante autorite de Liebig,
beaucoup de physiologistes out professe, jusqu a ces derniers temps, que la force
utilisee comme chaleur sensible et la puissance mecanique de la fibre muscu
laire n ont pas la meme origine. Pour eux, la combustion des matieres grasses et
sucrees du sang fournirait exclusivement la chaleur destinee a entretenir la tem
perature de 1 animal, tandis que 1 action de 1 oxygene sur la fibre musculaire
pourrait seule fournir la chaleur convertible en force motrice. Cette tbeorie de
1 origine de la puissance musculaire, si elle etait vraie, nous ferait assister a ce
spectacle singulier d un moteur anime, d un muscle, qui puiserait le principe de
son energie dans la destruction graduelle et incessante de sa propre substance.
La doctrine de Liebig ne fut pas admise sans contestation ; elle fut combattue
des son origine par de serieux adversaires. J.-R. Mayer fit d abord observer que
1 agent de toute combustion, 1 oxygene emprunte a I atmosphere, est mele au sans
dans les vaisseaux et ne peut que tres-difficilement atteindre la fibre musculaire;
il montra, en outre, que la combustion de toute la masse musculaire d un homme
fournirait a peine la quantile de chaleur consommee par la puissance musculaire
developpee en quatre-vingts jours de travail. Solidement appuye sur ces conside^
rations physiologiquee. il resuma ainsi qu il suit ses idees sur 1 origine de la puis
sance musculaire.
le foyer dans lequel la combustion se produit est 1 interieur des vaisseaux
sanguins ; le sang, un liquide brularit lentement, est 1 huile de la flamme de la
vie. De meme qu une feuille d arbre transforme un effet mecanique donne, la
tumiere, en une autre force, la difference chimique (raffiuite) ; de meme aussi
81 CHALEUR AN1MALE.
le muscle produit un travail mecanique aux de pens de la difference chimique
consomme e dans les capillaires. La cbaleur ne peut pas plus remplacer les rayons
du soleil pour la plante qiie I operation chimique pour 1 animal ; tout mouvemenl
chez un animal est accompagne d absorption d oxygene et de production d acide
carbonique et d eau; tout muscle aupres duquel I oxijgene ne penetre pas cesse
d accomplir ses fonclions... Un muscle est seulement un appareil au moyen Ju-
quel la transformation des forces s effectue, mais ce nest pas la substance par le
changement chimique de laquelle 1 effet mecanique se produit.
Gette doctrine de Mayer est en accord complet avec ce que nous avons deja dit
de la fatigue musculaire, qui n est pas le resultat de I usure de la fibre contrac
tile, mais est la suite d une simple accumulation de produits de decomposition
dans le tissu du muscle ; son exactitude est pleinement demontree par une expe
rience tres-remarquable faite en Suisse, dans les derniers jours du mois d aout
i 865, par MM. Pick et Wislicenus.
Partis des bords du lac de Brientz dans la journee du 30 aoiit, ces deux habiles
pbysiologistes sont monies a pied sur le sommet du Faulhorn, en suivant un sen-
tier tres-rapide commenc.ant a Iseltwald; 1 ascension dura cinq heures et demie.
Y compris ses vetements et son baton de voyage, M. Pick pesait 66 kilogrammes,
et M. Wislicenus 76 kilogrammes. La hauteur verticale du sommet du Faulhorn,
au-dessus du lac de Brientz, est de 1956 metres. En multipliant la hauteur d as-
cension par le poids de chacun des observateurs, nous trouvons que, dans cette
ascension, le travail exte rieur utile est egal a 129096 unites pour M. Fick, et a
148056 unites pour M. Wislicenus. Ges nombres ne represented que le travail
de deplacement du centre de gravite des corps de ces deux observateurs suivanl la
verticale, mais ils sont loin d exprimer la totalite du travail mecanique effectuc
par leur systeme musculaire pendant 1 ascension. Dans cette evaluation on neglige,
en effet, le deplacement horizontal du centre de gravite egal a la distance du pied
de la montagne a la projection de son sommet sur le plan de niveau du lac de
Brientz; on ne tient aucun compte des mouvements incessanls de balancement de
la lete, des bras et du tronc, ni des contractions des muscles necessaires pour
maintenir les diverses parties du corps dans des limites tres-etroites d oscillatiou
autour de leurs positions d equilibre. Les sentiers des montagnes, meme les plus
escarpes, presentent des surfaces de niveau et aussi des descentes ; pour traverser
ces espaces, les muscles des membres inferieurs accomplissent un travail meca
nique dont il n est pas tenu compte dans le calcul precedent et dont une portion
se transforme defmitivement en chaleur sensible.
Si Ton voulait evaluer la totalite du travail accompli par le systeme musculaire,
il faudrait en outre mesurer la force mecanique depensee par le coeur, le dia-
hragme et les muscles des parois thoraciques pour entretenir la circulation et la
respiration pendant les cinq heures et demie d ascension. M. Fick faisait 25 inspi
rations par minute, et son pouls etait a 120 pulsations par minute; M. Wislice
nus ne parait pas avoir observe 1 etat de sa circulation et de sa respiration, mais il
est evident que ces deux fonctions s accomplissaient chez lui dans des conditions
d acceleration peu differentes de celles de son compagnon de voyage. Malheureuse-
ment les donnees experimentales manquent pour apprecier avec quelque exacti
tude la force mecanique depensee par le coeur et par les muscles respiratoires dans
ces conditions d acceleration de la circulation et de la respiration. Gette force est
evidemment perdue tout entiere pour le travail exterieur; utilisee pour assurer le
Jen de cos deux fonctions, consommee par un travail interieur, clle est transfer-
CIIALEUR ANIMALE. 85
mee finalement en chaleur sensible qui contribue a elever la temperature du
corps ..
En presence de ces considerations, ilestpermis d affirmer que les 1 J9096 uni
tes et les 148056 unites qui expriment le travail utile d ascension verticale ac
compli par M. Pick et par M. Wislicenus, ne representent pas plus de la moitie
de la force mecanique depensee par le systeme musculaire de cliacun de ces deux
observateurs pendant leur excursion sur les flancs du Faulhorn.
La veille de 1 ascension (29 aout), a midi, MM. Pick et Wislicenus adopterent
un regime alimentaire exempt de toute matiere azotee et le continuerent jnsqu an
30 dans la soiree. Pendant ces trente-rix heures, ils se nourrirent exclusivement
de gateaux d amidon frits dans de la graisse, de the sucre, de biere et de vin.
Grace a cette precaution, la digestion ne fournissant plus au sang que des (races
completement negligeables de substances azotees, il est permis d admettre que
toule 1 uree expulsee par les urines pendant la journee du 50 aout, etait fournie
par les materiaux detaches des organes par le mouvement de denutrition. Mais
tous les produits de cette combustion effectuee pendant 1 ascension n avaient pas
pu etre elimines par les urines au moment ou les deux observateurs arriverent sur
le sommet de la montagne; une partie de ces produits etait retenue dans 1 econo-
mie et n a etc expulsee que plus tard. MM. Pick et Wislicenus ont admis que la
combustion des tissus effectuee pendant 1 ascension a prodnit i uree expulsee par
les urines pendant les cinq heures et demie de marche et pendant les six heures
de reposqui ont suivi leur arrivee au terme de leur excursion. En procedant ainsi,
ils ont certainement exagere la quantite de matiere azotee brulee pendant qu ils
gravissaient les pentes escarpees du Faulhorn. De 1 analyse des quantites d urine
recueillies, ils ont conclu que, pendant les cinq heures et demie d ascension :
M. Pick a brule 37,17 grammes de matiere azotee dessechee;
M. Wislicenus a brule 37 grammes de matiere azotee dessechee.
Dans un travail tres-important sur la chaleur de combustion des matieres orga-
niques, M. Frankland a demontre qu im kilogramme de substance musculaire
dessechee, purifiee par Tether et ramenee par combustion a 1 etat d wre e, fournit
4568 unites de chaleur. II resulte de cette donnee que, pendant leur ascension
sur le sommet du Faulhorn :
M. Pick a brule 57,17 grammes de matiere azotee seche qui, ramenes a 1 etat
d uree par les combustions internes, ont fourni 162,36 unites de chaleur dont 1 e-
quivalent mecanique est 69005 unites de travail disponibles, et qu en meme temps
il a produit 129096 unites de travail utile;
M. Wislicenus a brule 37 grammes de matiere azotee seche qui, ramenes a
1 etat d uree par les combustions internes, ont fourni 161,62 unites de chaleur
dont 1 equivalent mecanique est 68689 unites de travail disponibles, et qu en
meme temps il a produit 148565 unites de travail utile.
Admettons, pour un instant, que toute la substance azotee brulee ait ete fournie
par les muscles contractes, et que toute la chaleur developpee par cette combus
tion ait ete transformee en travail. Le rapprochement des nombres precedents nous
1 M. Pick evalue a 0,64 unites le travail accompli par le cceur dans une systole ordinaire ;
d apres les observations de Donders, le travail correspondant a une inspiration ordinaire,
sera it de 0,63 unites. En partant de ces donnees, I entretien de la circulation et de la respira
tion pendant les 5 heures et demie d ascension aurait exige une depense de force equivalant a
31141,5 unites de travail. Mais il est evident que des systoles aussi energiques et des inspi
rations aussi profondes, ont exige de la part du cceur et des muscles respiratoires,
de force beaucoup plus considerable.
86 CHALEOR ANIJ1ALE.
montre que, meme dans ce cas, la combustion des masses musculaires ne repre
sent^ que les cinquante-trois centiemes du travail mecanique utile produit par
M. Fick et les quarante-six centiemes du travail mecanique utile produit par
M. Wislicenus pendant cette ascension sur le sommet du Faulhorn.
Mais, ne 1 oublions pas, en ajoutant aux urines rendues pendant 1 ascension le
produit de la secretion urinaire recueilli pendant les six heures de repos qui ont
suivi leur arrivee sur le sommet de la montagne, MM. Fick et Wislicenus ont cci--
tamement cote trop haul la quantite de matiere azotee brulee pendant que leurs
muscles etaient en activite. D autre part, dans 1 evaluation du travail musculuire
accompli pendant 1 ascension, nous n avons tenu compte que du travail utile rea
lise, du deplacement vertical du centre de gravite des deux observateurs; nous
avons completement laisse de cote tout le travail mecanique consomme par les-
frottements, par les contractions du coeur et des muscles des parois thoraciques
necessaires a 1 entretien de la circulation et de la respiration ; nous n avons rien
dit de la chaleur sensible employee a clever la temperature du corps et emportee
sous forme de chaleur latente par 1 evaporation. Nous avons done raisonne dans
1 hypothese la plus favorable a la theorie defendue par Liebig, et, malgre toutes
ces concessions, les resultats de la remarquable experience de MM. Fick et Wisli
cenus nous conduisent irresistiblement a cette conclusion :
La combustion des matieres albuminoides n a pu fournir moyennement qu en-
viron la moilie de la force mecanique necessaire pour effectuer le travail exte-
rieur utile produit par les deux physiologistes pendant leur excursion sur le
Faulhorn.
Les recherches de M. Him et de M. Helmholtz demontrent que le coefficient eco-
nomique de la machine humaine, fonctionnant dans de bonnes conditions, est an
plus un cinquieme. Appliquant cette consideration aux donnees experimental
de [ observation de MM. Fick et Wislicenus, adoptant pour exactes leurs determi
nations relatives aux quantites de chaleur produites par la combustion des ma
tieres azotees et au travail utile effectue pendant leur excursion, nous arrivons a
la conclusion suivante :
La combustion des matieres albuminoides n a pu fournir moyennement qu en-
viron un dixieme de la chaleur que les combustions internes ont du degager pen
dant 1 ascension de ces deux physiologistes sur les flancs du Faulhorn.
A cote de ces fails importants, nous devons citer les interessantes observations
du docteur M. C. Verloren sur la nourriture des insectes. II a remarque qu a le-
poque ou ils accomplissent peu de travail musculaire, beaucoup d insectes se
nourrissent principalement de matieres albuminoides et qu au contraire, leur
alimentation se compose presque exclusivement de matieres ternaires non azotees
a 1 epoque ou leur systeme musculaire travaille le plus activement. II cite les
abeilles et Jes papillons comme exemples d insectes se nourrissant de substances
tres-pauvres en azote et accomplissant des travaux musculaires tres-conside-
rables.
Les resultats de cette longue discussion nous autorisent done a considerer
comme inadmissible et purement hypothetique, la theorie de 1 origine de la force
musculaire professee par Liebig. Le pouvoir musculaire ne provient pas exclusive
ment de la transformation de la ehaleur developpee par la combustion incomplete
des substances alimentaires albuminoides prealablement assimilees et converges
en fibres contractites. II reste meme demontre que la chaleur produite par la
combustion des materiaux azotes du sang est loin de representer, en chaleur, 1 e-
CHALEUR ANIMALE. 87
quivalent cle la totalite de la force mecanique developpee par le systeme muscu-
laire.
Mais il ne faudrait pas tomber dans une exageration inverse et croire que les
substances ternaires non azotees sent seules respiratoires, peuvent seules fournir la
clialeur convertible en travail musculaire. L acide carbonique exhale par les voies
respiratoires provient, sans doute, en majeure partie, de 1 oxydation des materiaux
ternaires du sang, mais une proportion notable de ce gaz est certainement four-
nie par les materiaux albuminoides de 1 economie dont la combustion incomplete
est attestee par les produits azotes des excretions et des secretions.
I/experience a d ailleurs demontre depuis longtemps que les proportions de
matieres ternaires et quaternaires brulees dans 1 economie dependent de la nature
du reime alimentaire adopte. Les conditions d exercice et de travail restant les
memes, il -suffit d augmenter la proportion des matieres albuminoides consom-
mees comme aliments, pour rendre les excretions et les secretions plus riches en
produits azotes. D autre part, lorsque le regime alimentaire restant le meme, la
consommation d oxygene s cxagere sous rinfluence d une plus grande activite
musculaire, 1 exces de combustion porte presque exclusivement sur les matieres
ternaires ; on doit reconnaitre pourtant que, dans ce cas, 1 oxydation des mate
riaux albuminoides augmente dans une proportion faible, mais appreciable.
La chaleur transformee en force mecanique par 1 intermediaire de la contrac
tion musculaire provient done d une double origine : 1 oxydation des materiaux
ternaires et la combustion incomplete des elements quaternaires de 1 economie.
Sans doute la majeure partie de cette chaleur transformee est, dans tous les cas,
fournie par 1 oxydation des matieres ternaires, mais la part qui revient aux sub
stances albuminoides varie avec la nature du regime alimentaire adopte. L expe-
rience de tous les jours le demontre d une maniere incontestable : quelles que
soient leur nature et leur composition, les matieres alimentaires fournies par le
regne organique sont to utes .combustibles ; il sufh t que, moditiees, preparees par
la digestion, elles se melent au sang pour qu elles soient ulterieurement attaquees
par 1 oxygene emprunte au milieu ambiant par les surfaces respiratoires. En rea-
lite, les substances alimentaires albuminoides remplissent un double role dans 1 eco
nomie; une fois introduites dans le torrent circulatoire, elles se partagent en deux
portions: 1 une est assimilee et sert au renouvellement des tissus; 1 autre est brulee
en meme temps que les materiaux ternaires du sang et les produits de la desassi-
milation. Ges combustions internes incessantes sont, pour 1 animal, la source de
forces disponibles qui lui fournit a la fois, la chaleur sensible necessaire au main-
tien de sa temperature, et la chaleur transformee en puissance musculaire.
Dans ces dernieres annees,la question de la combustion des matieres albumi
noides a ete etudiee avec beaucoup de soins. Des observateurs d un tres-grand
merite ont constate que chez les animaux surmene s, 1 urine ne contient pas une
plus forte proportion d uree qu a 1 etat normal ; ils en ont conclu que 1 exercice
musculaire n exerce aucune influence sur 1 activite de 1 oxydation des substances
quaternaires de 1 economie. Une semblable interpretation des fails observes nous
parait au moins prematuree, sinon completement inadmissible. On apris pour
signe unique de 1 oxydation des matieres quaternaires, la presence de 1 uree dans
les produits de la secretion renale. Les experiences de M. V. Regnault ont definiti-
vementetabli qu a 1 etat de repos, tous les animaux exhalent une faible proportion
d azote provenant de la combustion complete d une certaine quantite de matieres
albuminoides. N est-il pas probable que, duns le cas d un exercice musculaire exa-
CHALEUR AN1JIALE.
gere, la proportion des matieres quatcrnaires completement hrulees et ramenees a
1 etatd acidecarbonique, d eau et d azote libre est augmented? On comprendalors
comment, chez les animanxsurmenes, la quantile absolne d uree excretee ponrrait
ne pas augmenter et meme diminuer, bien que, chez eux, la quantitede matieres
quaternaires brulees fut plus considerable. Cette queslion doit done etre soumise
a de nouvelles etudes ; pour la resoudre completement, il devient necessaire de
tenir compte a la fois des prodnits de combustion incomplete fournie par les excre
tions et del azote exhale a 1 etat gazeux paries voies respiratoires.
Nous croyons devoir reproduire ici les principaux resultats des recherches dc
M. Frankland sur les quantites de chaleur et de force mecanique fournies par lu
combustion des matieres alimentaires azotees et non azotees.
ENERGIE EFFECTIVE DEVELOPPEE (EN CHALEUR ET EN FORCE MtCANIQUE) PAP. UN KILOGRAMME
DE DIFFERENTES MATIERES ALIMENTAIRES ERULEES DANS L oXYGENE.
NOM
DES SDBSTANCES ALIMENTAIRES.
UNITES DE CHALETJR.
KtLtJCR*
UMTES 1
-
ETAT
NATDIIEL.
MMETKES
IE FORCE.
EAD
poim CE.NT.
ETAT
NATUREL.
SEC.
SEC.
Pomme de terre
1013
4004
3941
3936
3813
3912
537
454
3348
6873
7264
9107
9069
2231
4439
1567
1314
1980
1789
904
671
2383
3423
662
5752
39 7
57 6
3984
5315
4514
4545
6064
45^20
4896
6521
6460
5093
430525
1701700
1674925
1672800
16-20525
166-2600
228225
184450
1422900
2921025
3087200
3870475
5854325
9i8l75
1895075
665975
558450
841500
760525
384200
285175
1012775
1454775
281350
1594600
X
1685975
1604800
M
1695200
2258025
1918430
1845775
2577200
1921000
2070800
2686425
2745500
2164525
75,0
})
)t
86,0
88,5
))
)>
44,0
70,5
70,9
54,4
70,5
80,0
86,5
62,5
47,0
87,0
Farine
Farine de riz
Carotte
Choux
Beurre
Huile de foie de morue. . . .
Gras de boeuf
Pain (mie)
Pain (croute)
Boeuf (maigre)
.lanilion (maigre)
Maquereau
Merlan
Blanc d oeuf
(Euf dur
Jaune d teuf
Lait
Les donnees contenues dans ce tableau sont d une haute importance au double
point de vue de 1 hygiene et de la physiologie generale. Elles montrent, en effet,
qu a poids egal et a Yetat naturel, les matieres alimentaires grasses fournissent h
Teconomie plus de chaleur et de force disponible que les matieres sucrees ou
amylacees, et ces dernieres plus que les viandes de boeuf, de veau, de pore et de
poisson.
Seduits par les theories de Liebig, generalement convaincus que la puissance
musculaire provient tout entiere de la chaleur developpee par la combustion des
matieres albumino ides prealablement assimilees et converties en fibres contrac-
tiles, les hygienistes out fait effort pour modifier profondement le regime alimen-
CI1ALEUR AMMALE.
taire des populations ouvrieres ; il fallait a tout prix fonrnir a 1 economie le;
elements necessaires a la reparation des pertes incessantes occasionnees par la
contraction musculaire, chercher a accroitre ou <lu moins a maintenir laquantile
de force disponible de cbaqne ouvrier. Les consequences de la theorie de Liebig
etaient evidentes, le seul moyen d atteindre ce hut etait de faire predominer de
plus en plus les matieres azotees, les w andes, dansle regime alimentaire. Ce n est
pas ici le lieud abordercette grande question d hygiene publique ; les exernples nc
nous manqueraient pas pour montrer que, dans les pays ou, comme en France, les
populations ouvrieres consomment une trop forte proportion de matieres alimen-
taires empruntees au regne vegetal, cette reforme du regime alimentaire, contenue
dans de justes limites, produit d excellents resultats.
Ce n est pas seulement de nos jours qne les inconvenients de la privation de la
viande out ete signales. Les facbeux resultats d nne alimentation exclusivement
veetale sont tres-nettement indiques dans le passage suivant de Haller qui, pour
raison de sante, avaitcru devoir se condamner ace regime : in universum tamen
sunt sua incommoda victu vegetabili. Saape tentavi, obpodagram; ob bilem pn-
trescibilem, quae fuciebat, ut carnes non ferrem absque agrypnig. Semper send
debilitatum universum corpus, ad venereminertius, --Dansses remarqua-
bles lettres sur les substances alimeutaires, M. Isidore Geoffroy-Saiut-IIilaire a
montre qu en portant atteinte a son activile physique, le regime trop exclusive
ment vegetal enerve 1 energie morale, affaiblit les facultes superieures de
I homme. Que de grands faits dans la vie des nations, dit-il, auquel les histo-
riens assignent des causes diverses et complexes, et dont le secret est au foyer
des families ! Voyez I lrland* ! voyez 1 Inde ! L Angleterre regnerait-elle paisible-
ment sur uu peuple en detresse, si la pomrne de terre, presque seule, n aidait
celui-ci a prolonger sa lamentable agonie? Et par dela les mers, cent quaranle
millions d lndous obeiraient-ils a quelques milliers d Anglais, s ilsse nourrissaient
comme eux? Les Brahmes, comme autrefois Pythagore, avaient voulu adoucir les
moeurs ; ils y out reussi, mais en enervant les itommes.
Lesbons effets de la presence d une certaine proportion de maliere azotee dans
les aliments consommes n est done pas contestable et, d ailleurs, 1 observation est
ici parfaitement d accord avecles indications dc la theorie. Lestissu? des vegetaux,
comme ceux desanimaux, contiennent a la fois des matieres organiques ternaires,
nonazotees, et des substances quaternaires, albuminoides ; seulement les ma
tieres sucrees, grasses et amylacees predominent dans les premiers, et les sub
stances azotees dans les seconds. Quel que soit le regime alimentaire adopte,
vegetal, animal ou mixte, les produits prepares par la digestion sont done au I ond
de meme nature ; une seule chose varie, la quantite absolue et relative de ma
tieres albuminoides introduite dans le torrent circulatoire. Enfin 1 observation nous
apprend qu a chaque instant, les parties constituantes azotees des organes, usees,
ramenees a un etat de simplification qui les rend impropres a 1 entretion des
Ibnctions, sont rejetees au dehors ; nons.savons, d autre part, que pour faire face
a ce travail moleculaire incessant de denutrition, 1 animal ne dispose que des ma
tieres alimentaires azotees qui peuvent, seules, servir au developpement et au re-
nouvellement de ses tissus.
Bieu que les matieres alimentaires les plus riches en azote soient en realiie les
plus nourrissantes , 1 hygieniste doit se garder avec soin de conseiller 1 usage ex-
clusif des matieres albuminoides; il ne doit jamais oublier que, dans tout leur
regime alimentaire, les matieres ternaires sout necessairement associees, dans des
00 CHALEUR ANIMALE.
proportions convenables, aux substances albuminoides. La science nous apprend
a^nous tenir en garde centre toutes ces exagerations ; en parfait accord avec les
resultats de 1 observation, elle nous dit : II faut aux populations ouvrieres
un regime alimentaire mixte, contenant : d une part, assez de matieres ter-
naires pour fournir, en chaleur de combustion, toute la force disponible consom-
mee par les pertes de chaleur et par le travail exterieur; d autre part, la
proportion de materiaux exigee par 1 entretien d un systeme musculaire puissam-
ment developpe.
M. Joule est le premier qui ait fait intervenir les principes de la theorie meca-
nique de la chaleur dans 1 explication des phenomenes de la vie. Des 1845, dans
une note de son memoires sur Jes machines magneto-electriques, il attribuait a la
combustion des materiaux organiques du sang non-seulement la production de la
chaleur animale, mais encore la production de la puissance mecanique des ani-
maux. Chaleur et force motrice, tout decoule pour lui des combustions internes ;
chez 1 animal au repos ces combustions neproduisent finalement que dela chaleur
sensible; chez 1 aftiima! en mouvement elles produiserit a la tbisde la chaleur sen
sible et de la force motrice. Dans une conversation avec M. J. Davy, dit-il, j ai
appris que ce savanl avait pense autrefois qu une partie de la chaleur animale
etait due au frottement du sang centre les veines et les arteres ; mais qu ayant
trouve une idee semblable dans le physiologiste Haller, il avait cesse de s en oc-
cuper. 11 esthors de doute quece frottement produitde la chaleur, mais on doit
regarder la force mecanique absorbee par le frottement comme produite par la
combinaison de 1 oxygene et du sang, de telle facon que la chaleur totale da sys
teme peut toujours etre rapportee a des actions chimiques. Mais si 1 animal etait
occupe a faire mouvoir une machine ou a gravir une montagne, je pense quen
proportion de I effort musculaire de pense, il y aurait diminution de la chaleur
developpee dans le systeme par une quantite donnee d action chimique.
En 1845, J. B. Mayer developpa ces idees avec beaucoup de clarte et de gran
deur dans son beau memoire sur le mouvement. organique dans ses rapports avec
la nutrition. Repoussant 1 idee, defendue par Liebig, d une force speciale dominant
et reglant tous les phenomenes de 1 economie, J. B.Mayer n admet que 1 interven-
tion dei action du systeme nerveux et de 1 affmite chimique. Pour transformer
dit-il, la force chimique en mecanique, les animaux sont pourvus d organes spe-
ciaux, qui manquent aux plantes, ce sont les muscles. L activite d un muscle
depend de deux elements :
1 L influence d un nerf moteur comme condition ;
2 La transformation de matiere ou la nutrition (les combustions internes)
comme origine du travail.
Tout 1 orgariisme dans son ensemble doit etre considere sous deux points de
vue : le cole psychiqne et le cote physique. II en est de meme de chaque organe :
le muscle est soumis a 1 influence nerveuse, et il depend de 1 acte chimique. L in
fluence intellectuelle, sans laquelle le navire ne se mettrait pas en marche ou se
briserait sur le premier ecueil, ne suftit ni pour virer ni pour avancer ; le mou
vement a aussi besoin d une force physique, le charbon, sans laquelle le vaisseau
resterait inerte, quelle que fut la volonte dn pilote.
A partir de cette importante publication, la doctrine de la transformation des
forces a defmitivement pris place dans la science physiologique, et son importance
y devient tous les jours plus considerable.
CIIALEUR ANIMALE. 91
Longtemps avant ces publications tie Joule et de Mayer, deux homines do genie,
dont les travaux tiennent une grande place dans 1 histoire de la respiration, se
sont montres preoccupes de cette question de 1 origine de la puissance musculaire.
Dans son beau memoirede 1789, apres avoir mesureTinfluencedumouvementet
de 1 exercice sur la consommation d oxygene, apres avoir constate que 1 exageration
des combustions observee pendant le travail ne s accompagneque d une elevation
sensiblement negligeable de temperature, Lavoisier se livre a des reflexions qui
montrent quel role immense il assignait aux combustions respiratoires dans les
phenomenes de la vie.
Ce genre d observation, dit-il, conduit a comparer desemplois de forces entre
lesquelles il semblerait n exister aucun rapport. On peut connaitre, par exemple,
a combien de livres en poids repondent les efforts d un homme qui recite un dis-
cours, d un musicien qui joue d un instrument, on pourrait meme evaluer ce qu il
y a de mecanique dans le travail du pbilosophe qui reflechit, de 1 homme de lettres
qui ecrit, du musicien qui compose. Ces effets, considered comme purement
nioraux, ont quelque chose de physique et de materiel qui permet sous ce rap
port, de les comparer avec ceux que fait 1 homme de peine. Ce n est done pas
sans quelque justesse que la langue francaise a confondu, sous la denomination
commune de travail, les efforts de Fesprit comme ceux du corps, le travail du
cabinet et le Iravail du mereenaire.
Nous avons deja vu comment, dans lesdernieres annees du dix-seplieme siecle,
J. Mayow avait su tleduire de ses travaux sur la composition du sel de nitre, une
theorie complete de la respiration et de la calorification ; pour lui, la respiration
avait pour but de separer un des elements de 1 air, Yesprit nitro-ae rien, de 1 in-
troduire dans 1 economie, de le meler au sang ; la chaleur animale etait le resultat
de la fermentation determined par 1 action reciproque de cet esprit nifro-ae rien
et des parties sulfureuses (combustibles) du sang. J. Mayow ne s arreta pas la
dans son analyse des phenomenes physiologiques. La contraction musculaire attira
foilement son attention. Dans son traite De motu-musculari, il demontra 1 ina-
nite des explicationsdonnees parses predecesseurs ;ilprecisabeaucoupmieux qu on
ne 1 avait fait avant lui le mecanisme de 1 action du muscle et s arreta definiti vement
a celte idee que la contraction est le resultat de la reaction reciproque de parti-
culesde nature diffe rente raises en presence dans 1 interieur du muscle lui-meme.
Analysant avec une surete et une sagacite remarquables les phenomenes de la
circulation, il commence par etablir que lesysteme musculaire recoit plusdesang
arteriel que les autres parties de 1 economie, et que cet afflux continu de sang,
toujours plus abondant que ne 1 exige la nutrition, augmente pendant les mouvc-
ments violents du corps ; de ce premier fait d observation bien etabli, il n hesite
pas a conclure que le sang arteriel apporte au muscle un des elements necessaires
a la raise en jeu de la contractilite. A 1 appui de cette proposition, il inxoque la
belle experience par laquelle Stenon avait montre qu il suffit de lier 1 artere nour-
riciere d un muscle pour faire cesser les contractions volontaires. Pour lui, le
sang arteriel est riche en particules matrices dont la chair musculaire s empare ;
ces particules matrices, fixees dans les muscles, sont consommees et incessam-
mcnt renouvelees par 1 afflux continu du sang arteriel. II se hate de faire observer
que tout animal engraisse lorsquil est tenu au repos, et maigrit lorsqu il tra-
vaille. De ce rapprochement, J. Mayow conclut que les particules matrices, cedees
an muscle par le sang arteriel, sont des substances sulfureuses (combustibles) de
la nature dela graisse. La consomrmtion de ces particules matrices, de ces ele-
02 C11ALEUR ANIMALE.
mcnts siilfureux (combustibles) tin sang angniente clone a mesure quo les con
tractions muscutaires sont elles-memes plus souvent repetees, plus intenses et
plus prolongees ; de la resulte la necessite reconnue de proportionner la matiere
alimentaire fournie aux animaux au travail qu on leur impose; car, ajoute t-il,
cruoris massa ab alimentis quotidie renovatur.
Mais la contraction musculaire ne depend passeulementdesparft cw/es matrices
cedees pur le sang arteriel ; le muscle ne peut entrer en action qu ala condition de
rester soumis a 1 influence des esprits animaux, car la section ou la simple ligatuiv
d un nerf suffit pour rendre impossibles les contractions volontaires du muscle dans
lequel il se dislribue. J. Mayow cherche alors a penetrer la nature de ces esprits .
animaux distributes a 1 economie tout entiere par les ramifications du systemc ner-
veux ; il fait effort pour donner une signification precise a cette expression vague
adoptee par les physiologistes de son temps ; il n hesite pas a affirmer que ces es
prits animaux ne sont autre chose que des particules de cet esprit nitro-ae rien,
agent reconnu de toute fermentation, de toute combustion. Dans les poumons,
1 air cede au sang son esprit nitro-ae rien; le cerveau fixe, emmagasine les par
ticules d esprit nitro-ae rien du sang que lui apportent les arteres, et, par I iiUef-
mediaire desnerfs, les distribue a I economie sous le nom d esprits animaux. -
La contraction du muscle est le resultat du conflit des particutes matrices, sulfu-
reuses (combuslibles) et des esprits animaux (particules d esprit nitro-aerien) que
lui apportent, d une part, les arteres et, d autre part, les ramifications nerveuses.
Si la respiration s accelere pendant le travail, c est que 1 air doit fournir au
sang une plus forte proportion d esprit nitro-ae rien pour renouveler les esprits
animaux a mesure qu ils sont depense s. Si 1 animal qui travaille a besoin de
prendre une nourriture plus abondante, c est que la contraction musculaire en-
traine necessairement une consommation plus considerable de particules matrices,
sulfureuses (combustibles) du sang.
La lecture attentive des travaux de J. Mayow nous autorise, en definitive, a don
ner les propositions suivantes cornme resume exact de ses doctrines physiolo-
giques.
Le sang fournit les materiaux de toute nutrition ; les elements constitutifs du
sang sont sans cesse renouveles par les matieres alimentaires modifiees, preparees,
absorbees dans les voies digestives.
Dans les poumons, fair cede au sang un de ses elements, 1 agent de toute fer
mentation et de toute combustion, V esprit nitro-ae rien , au moment ou s opere
ce melange, le sang change de couleur, de noiratre devient rutilant, de veineux
devient arteriel.
A quelque periode de son developpement qu on le prenne, 1 animal nepeutcon-
tinuer a vivre qu a la condition de respirer ; le foetus du poulet respire dans 1 fleuf,
le foetus du mammifere respire dans la cavite uterine.
Le placenta est 1 organe de la respiration du fcetus; c est un poumon ute rin.
La chaleur animate est le produit direct de la fermentation du sang determines
par le conflit de Yesprit nitro-ae rien et des elements sulfureux (combustibles)
du sang arteriel.
La contraction musculaire est le resultat du conflit dans 1 mterieur du muscle
des elements sulfureux (combustibles) du sang arteriel et des particules d esprit
nitro-ae rien distributes par les ramifications nerveuses aux masses musculaires
sous la denomination iTesprils animaux.
Ainsi done J. Mayow rapporte les trois grandes manifestations dynamiques des
CIIALEUR ANIMALE. 95
animaux (la production de chaleur, la coutractilite des muscles, 1 action du sys-
teme nerveux) a 1 actiou reciproque de \ esprit nitto-ae rien de I air et des matieres
sulfureuses (combustibles) du sang, c est-a-dire a ce que nous appelons aujourd liui
\ a f finite chimique. II rejelte toute intervention d une force speciale, imlepen-
dante, occulte, dans I accomplissement des phenomenes de la vie; sa pensee est
nettement traduite dans la phrase suivante de sou traite De moLu musculari.
Quoad artificium autem machinaj animalis, illud in eo consistit, quod paries
corporis tanta concinnitate formentur, ut a causis vulgaribus effectus plane stu-
pendi in eadem producantur.
11 ne faut pas s attendre a trouver dans les publications de J.Mayow les preuves
experimentales, irrecusables de la verite de ces belles propositions de physiologic
genei-ale; ajoutons meme qu il serait injuste de les exiger delui. La science, a son
epoque, n etait pas assez avSncee pour lui permettre d asseoir ses doctrines sur de
telles bases. Un siecle devait s ecouler avantque Lavoisier vint constituer lachimie
a 1 etat de vraie science et douner aux physiologistes les moyens de determiner
avec exactitude le role joue par les actions chimiques dans le travail de la nutri
tion. Sans donte, les obscurites de langage, les hypotheses gratuites, les expli
cations inadmissibles, erronees fourmillent dans les divers cents de J. Mayow; le
jeune et grand chimiste anglais ne peut done pas revendiquer le titre de fonda-
teur qu on a voulu lui decerner. Mais le fond de sa doctrine physiologiqueest vrai;
on ne saurait lui contester, dans la science, le rang de veritable pre curseur. On ne
peut s empecher d admirer tout cequ illuia fallu de rectitude dejugement, de puis
sance d inluition et de genie pour, avec le peu de materiaux dont il disposait, pe-
netrer si avant dans 1 analyse des phenomenes de la vie 1 . J. GAVAKRET.
DE VINARIO (RAYMOND). Une des reputations medicules du qua-
torzieme siecle, dont la nationalite a donne lieu a quelques debats. Etait-il
Francois, etait-il ltalien?Suivant Astruc, qui lui consacre un long article (Hist, de
laFac. de me d. de Montp., p. 195-203), il etait de Vinas, petit village du dio
cese de Beziers, ou peut-etre du Vivarais et alors il faudrait lire Vivario au lieu
deVinario. Henschel reproduit les assertions d Astrnc (Janus, 2 me serie, t. II,
p. 403). Malacarne, de son cote (Deli opere de medici,etc., p. 36, Torino, 178G,
in4), pense que Chalin etait deVinai, localite celebre par ses bains medicamen-
teux dans la vallee de Stnra d ou les surnoms de Vinario on Vinadio. Renzi, dans
sonhistoire de la medecine en Italic (t. II, 85), et Bonino, dans sa biographie me-
dicale piemontaise, out naturellement adopte 1 opinion de Malacarne.
Quel est done ce personnage? Suivant quelques auteurs, il fut medecin et cha-
pelain de trois papes a Avignon, et Marini croit qu il fut medecin de Clement VII
(1342-1352), le confondant ainsi avec un Raynald de Vivario, qui a aussi ecrit
sur la peste; etait-ce le meme?... Au total Chalin de Vinario ne nous est connii
que par un traite sur les terribles pestes du quatorzieme siecle, dans lequel il de-
crit celles de 1548, 1361, 1373 et 1382. Outre 1 influence siderale, idee clas-
sique de 1 epoque, il donne encore pour causes les exhalaisons pulrides, la peur,
la contagion; il a remarque que les persoimes vivant dans la misere, la.malpro-
.prete, la debauche succombaient en bien plus grand nombre; a la fin de son
livre, il examine les maladies qui peuvent s unir a la peste et la compliquer. En-
1 Get article est exclusivement consacre a 1 histoire de la chaleur animale dans I etal phij-
siologique. L etude de la chaleur animale dans I dtnt pathologique est faite a 1 article THER-
MOMETRIE.
9i CHALONNES (EAU JIIKERALE I.E).
fin chose digne de remarque, il fait voir que ces quatre pestes allerenl toujours
en decroissai.t d intensite, soil du commencement a la fin d une meme epideniie
soil d une epidemic a 1 autre. Sa credulite, qu on ] u i a reprochee, est celle de sori
temps; ainsi I lnstoire qu il rapporte d une bague en topaze, que lui avail envoyee
e pape, et a 1 aide de laquelle il guerissait les morsures de serpent et les piqures
de scorpion, prouve on sa superstition, ou bien une basse flatterie, qtioique d un
autre cote il ne menage guere les courtisans du pontife. Ge livre de la peste, ecrit
i latin barbare, a ete deterre par le celebre Dalechamp qui le rait en meilleur
latin et le publia avec un ouvrage de. lui sur le meme sujet :
De peste Libri III, in quibus etiam c ontinetur Eaymundi Chalin de Vinario de ueste in
latinam hnguam conversus. Lugd., 1552, in-12. E BG "
CHALLES (EAU MINERALS DE). Voy. AIX-LES-BAINS.
(LIONEL) . Ne en Ecosse dans la premiere moitie du dix-buitieme
siecle, se fit recevoir docteur a Edimbourg, pu i s il alia pratiquer la medecine dans
la Caroline du Sud, qui appartenatt alors a 1 Angleterre, et se fixa a Charles -Town
On lui doit un certain nombre de publications et de memoires relatifs surtout aux
malad.es particulieres, qu il observait dans le climat et la contree, ou il avail
etabh sa residence.
On a de lui :
,
Caullet de Veaumorel, in Ree. choisi des meM . obs,lic E . ^f fr " P31
CHAOIETOIV. Voy. CHAUMETTE.
CHALMOPTERES. Voy. LfiPlDOPTERES.
(EAU MINERALE DE). Cette source est tres-c
AE DE. ee source est tres-connue dans le pays
sous le nom de FONTA.NE SAINTE-MAUR.LLE. Dans le departement de Maine-et-Loir
dans 1 arrondisseraent d Angers, emerge la source de Chalonnes, dont 1 eau claire
et limp de laisse deposer sur les parois de son bassin de captage et du ruisse-iu a
la re^t une couche notable de rouille; elle n a aucune odfur, et I " 1
sensiblement ferrugineux; sa temperature est de 12,8 centigrade. MM Meniere
t Godefroy ont trouve, dans 1,000 grammes, les principes suivants :
icarbonate de chaux ......... Q 043
magnesie ......... 0^038
fer ........... 0,012
man sanese ........ ,030
Bulfate de chaux ........... Q Q^
alumine .......... \\ 0,055
Chlorure de calcium ........ o o67
magnesium ....... [ \ 0) o75
TL, ... ............ U.UlO
Matiere orgamque ............ 033
TOTAL BBS MATIERES FIXES ...... \ 50^
Si lesauteurs de cetle analyse avaient indique les quantites de sels de s,
de potasse, on pourrait comparer cetle eau a une eau potable ordinaire No
disons un mot 1C i que paroe que les habitants des campagnes voisines 1 emp oien
ssez souvent pour se guenr de certains troubles de leurs organes digest.ls e I
ieurs maladies ou la fanblesse est le symptome predominant. A R
CHALVET. 95
CIMLUMEAIJ. Le ihalumeau, de date tres-ancienne, n a etc applique aux
determinations chimiques que dans le dernier siecle, et c est aux cbimistes suedois
qu on est redevable de ce progres. II consiste essentiellement en un tube par le-
quel on fail arriver sur une flamme, soil par insufflation avec la bouchej soil an
moyen de soufflets ad hoc, de 1 air atmospherique ou du gaz d eclairage, on de
1 oxygene niele d hydrogene. La condition essentielle de la construction du chalu-
meau est que la flamme ne puisse retrograder. Pour cela, le tube qui recoit un
melange de gaz d eclairage et d air (chalumeau Schloesing) doit avoir 1 centi
metre 1/2 de diametre, et celui que traverse un melange d hydrogene et d oxi-
gene ne doit avoir que 1 millimetre. Les gaz destines a se meler dans le tube sont
renfermes dans des reservoirs separes.
Le chalumeau ne peut rendre que de faibles services a 1 analyse quantitative;
mais ii en a rendu et il en rend tous les jours de tres-grands a 1 analyse qua
litative. D.
CHALUSSET (EAU MINERALS DE). Voy. BROMONT.
CHAI.VKT (PIERRE). Jeune medecin qui donnait les plus brillantes esperan-
ces et qu une mort prematuree enleva a la science. II etait ne a Conberlines dans
leCantal, le 3 decembre 1850. II avail commence un peu lard ses etudes qu il
acheva assez rapidemment et s adonna immediatement a la medecine et surtout a
la chimie qu il poursuivit dans si s applications a la palhologie. Denue des res-
sources necessaires a ce genre de recberches, il avail transforme sa chambre en
laboratoire et cree pour son usage une foule d appareils aussi simples qu inge-
nieux. Chalvet avait ainsi rassemble parties par parties les materiaux d un traite
de cbimie medicale, dont il n a laisse que les notes. Mais les divers travaux qu il
a publie sur les miasmes nosocomiaux, sur les disinfectants, travail couronne par
1 Academie de medecine, sur les alterations des humeurs par les malieres elites
extractives (dechets de la nutrition des tissus, solubles dans 1 alcool absolu, saui
I uree), etc., donnaient la mesure de ce qu on pouvait attendre de lui. Dans son
memoire sur les matieres extractives, entre autres resultats dignes de fixer 1 atten-
tion et de provoquer de nouvelles recherches, il avait, etabli que, pendant les at-
taques dites A ure mie, I uree diminue parallelement dans le sang et dans 1 urine
sansjamais descendre jusqu aux limites inferieures de 1 etat physiologique. Tandis
que les dechets organiques retenus dans le sang, par le defaut d activite des divers
emonctoires, deviennent la cause reelle des accidents attribues a I uree. C est qu cn
effet dans 1 albuminurie, les combustions organiques sont, suivant lui, tellemenl
ralenties, qu il se fait toujours moins d uree qu a 1 etat normal, en dehors, cela
s entend, de toute complication.
Chalvet nomme interne a la finde 1858, recu docteur en 1863, conquit, a son
premier concours la place d agrege, en 1869, el, quelques mois apres, celle de
medecin du bureau central. Mais bientot ses travaux excessifs, activerent la marche
d une phthisie tuberculeuse qui 1 enleva le 9 decembre 1871.
II a laisse les memoires suivants :
I. Recherches sur la coloration bleue et verte, qu on observe au voisinage des plaies et
qu on a souvent con fondue avec la veritable coloration bleue des auteurs. In Bull, de la Soc.
anat., 2 e serie, t. V, p. 225; i860. II. A propos de la discussion sur I hygiene des
iaux. In Gas. des h6p., 1862, p. 66, 81, 101, 127. III. Des disinfectants et de leurs appli
cations a la therapeutique et a I hygiene (cour. par 1 Acad. de med. en 1863). In Mem. de
.
I Acad. de med., t. X.XVI, p. 473 ; 1863, in-4". IV. Considerations sur I influence de
giene dans lapathogenie et le traitement des plaies. Th. de PariSj 1803. V. Note sur les
06 C11AM.EGE1KON.
alterations dcs humeitrs par lea matieres ditcs extractives. In Bull, de la Soc. de bint.,
4 serie, t. IV, p. 149; 1867. VF. P/iysiologie ct pathologic de V inflammation. Th.
- Ml. DCS moyi-ns pratiques d obvier a la mortalile des enfant*. In Ga;. des
t 1870. E. BCD.
Ce nom, qui signifie litteralement petit sureau, est applique
a I Hyeble (Sambuccus Ebulus L.) (voy. SUREAU).
Le prefixe Chamae, qui veut dire has, couche a terre, est place devant uii
grand nombrede noms de plantes, pour iiidiquer des especes qui ressemblenta
ces plantes, niais qui sont plus petites qu elles. Nous signalerons, dans les arti
cles suivants, celles qui peuvent plus ou moins interesser la medecine.
DIOSCORIDE. Mat. medic., lib. IV, cap. 149. C. BAUHIN. Pinax T/teatri Botanici. SPBEN-
GEL. Hisl. Rei herbaria, 192. p L-
< ii tia I it u, IMS. Nom donne a la Gesse tube reuse (Lathyrus tuberosns
L., dont la racine renflee a ete nominee Gland. Rumphius a applique Je mot a unc
variete de I Arachide. p L .
< EI i >i t it 1 1 ns G est le fraisier, dont le fruit rappelle celui de la Ronce,
/Saro? des Grecs. On 1 a aussi applique a une variete clu Framboisier. PL.
4 la \ N s issa s Nom donne par divers auteurs au Lierre terrestre (Gle-
choma hederacea L.). On 1 a aussi applique a la Bugle, de la meme famille des
Labiees (Ajitga reptans L.). Quant a la plante a fleurs ameres, designee sous cc
nom par Dioscoride et Galien, et qu ils disent employee contre les douleurs scia-
tiques et la jaunisse, elle a ete rapportee par certains auteurs et, entre autres, par
Sprengel (Hist. Rei herb., p. 181), a YAntirhinum A?arina L.
DIOSCORIDE. Materia medica, lib. IV, cap. 121. p L
CHAM.CLEMA. Nom altribue par quelques auteurs au Lierre terrestre
(Glechoma hederacea L.)
< IIA>I r< vi AKissi s ou petit Cypres. Ce nom designe 1 espece de Santoline
la plus repandue (Santolina Chamcecyparissus L.). p L .
< ii \ n.+:i.i iii\i-:. Petit Daphne ou Petit Laurier. Ce nom a et6 applique a
di verses especes : 1 au Daphne Laureola L. ou Laureate. C est d apres Ch. Bau-
hin, a cette espece qu il faut rapporter le Chamcedaphnede Matthiole ; 2 au Daphne
Mezereon L. ; c est le Chamcedaphne de Lobel ; 5 a quelques especes de Fra^on
(Ruscus).
DIOSCORIDE. Mat. medic., lib. IV. cap. cxxxxix. - C. BACHW. Pinax Theatn Botanici. -
SPRENGEL. Hist. Rei herbaria, 192. p
< II \M i BHCIS ou Petit Chene. Ce nom a ete egalement applique a un certain
nombre d especes. Celle qu on designe le plus habituellement ainsi est !a German-
dree Petit Chene (Teucrium Chamcedrys L.) (voy. GEKMANDREE), de la famille dcs
Labiees.
Une autre espece est le Veronica Chamcedrys, de la famille des Scrophularinee;
(voy. VEROMQUE). Enfm on applique plus rarement cette designation au Dnjus
octopetala L., de la famille des Rosacees. p.
CH %>i Lt-Elitov. Nom grec du Tussilage (Tussilayo Farfara L.).
CHAM/ERITHOS. 97
CHAM/EHEAGIN IJS. Norn donne parfois au Myrica Gale L. (voy. MYRICA).
CHAM ELEA on Petit Olivier. Nom donne a une plante basse commune dans le
Midi, le Cneorum Tricoccum L. PL.
CHAMELEON. Ce nom etait donne par les ancieus a deux Carduacees a
feuilles de Scolymus, Tune acaule, 1 autre caulescente, toutes deux remarquables
par leurs proprietes medicinales et toxiques. On nommait la premiere Chamceleon
blanc, 1 a litre Chamceleon noir.
Les auteurs out assez longtemps varie sur la vraie synonymic de ces especes.
Ciusius et Lemery et, avec eux, la plupart des savants ont longtemps regarde le
Chamceleon blanc comme le Carlin acaulis L. et le Chamceleon noir comme
la voriete caulescente de cette meme espece. Mais Belon a bien etabli, ainsi que
1 amontre recemnient M. Lefranc, que le vrai Chamceleon blanc est le Carlina
gummifera Lesson, et le Chamceleon noir le Cardopatium corymbosum DC.
(voy. CARLIME).
THE OPHRASTE. -- Histor. Plant,, lib. IX, cap. XH. DIOSCORIDE. Mat. med., lib. Ill, cap. x
etxi. LEFRANC. Sur les plantes conmtes des Grecs sous les noms de Chamteleon blanc et
de Cliamceleon noir. In Bull. Soc. Botanique de France, t. XIV, 48. PL.
CHAM ELEUCE. Nom donne par Dioscoride a une plante employee contre
les douleurs de rein. On a ainsi nomme le Caltha palustris L., de la famille des
Renonculacees et le Petasites offtcinalis Moench., de la famille des Composees.
PL.
C HA M/ENELUill ou Pslite Pomme. Ge nom a ete donne a diverses especes du
genre Anthemis. Ainsi I Anthemis Cotula L. ou Maroute a ete appelee Chamce-
melum fetidum ; la Camomille Romaine (Anthemis nobilis) Chamcemelum nobile
ou romanum. On a de meme designe sous le nom de Chamcemelum vulgare, la
Camomille commune (Matricaria Chamomilla L.).
t HIM KMORJJS. Nom d une petite ronce herbacee (Rubus Chamcemorus L.)
donton mange les fruits dans le Nord (voy. RONCE). PL.
Pline attribue ce nom au Ruscus aculeatus ou Fraaou
(voy. FRAGOK). Dalechamps donne le meme nom a une variete du Polygala ordinaire
(Poly gala vulgaris L.). p L
<JHAM.E!l r fi>iA. Nom donne a une espece d Euphorbe, que les anciens nom-
maient Apios et dont Linne a fait [ Euphorbia Apios (voy. EUPHORBE).
PL.
CHAM.3EPITYS ou petit Pin. Ce nom a ete donne a une espece du genre
Bugle (Ajuga). C est VAjuga Chamcepitys Schreb. (voy. BUGLE). Une autre espece
de ce genre, Ylvette (Ajuga Iva L.) a porte dans les offkines les noms de Cha-
tncepitys monspsliaca et de Chamcepitys moschata. PL.
t UAIW Eaumo* Nom donne a deux especes de la famille des Caryophyllees
qui repondent au Struthium des anciens et donnent toutes deux de la saponine.
Ce sont: le Gypsophila Struthium L., qui est le Struthium de Dioscoride, et le
Saponaria offtcinalis 1., qui csl le Struthium de Fuchsius. PL.
WCT. cur.. XV. 7
98 CIIAMP.ERLAYNE.
Nora donne par Tournefort a deux especes de ia
famille des Ericacees-Rliododendrees ; I Agalea pontica L. et le Rhododendron
ponticum.
TOURNEFORT. (Voyage, I, 511 et III, 70). PL.
Genre de la famille des Palmiers, que nous decrirons a I ar-
ticle des Palmistes (voy. PALMISTES). PL.
. Norn donne a ^Euphorbia Chamcesyce L.
CHAMAL1ERES (EAU MINERALE DE). Voy. ROYAT.
CHAitlltERET (JEAN-BAPTISTE-JOSEPH-ANNE-CESAR TYRBAS DE), 116611 1779 a
Chamberet, pres de Limoges, d une Ires-ancienne famille de ce pays. Consent en
1 an VII, il fut bientot reforme a cause de la faiblesse de sa constitution. Sa famille
depuis assez longtemps deja, avail ete ruinee, il avail perdu ses parents et de 1 he
ritage de sa mere il ne lui restait qu une somme de 2,500 francs ; c est avec ces
maigres ressources qu il entreprit avec ardeur 1 eiude de la medecine a Paris.
G est la qu il eut pour condisciples lesdeux freresGay-Lussac, Pariset, Villeneuve
LeSauvage, qui resterent ses amis. Recu docteur en 1808, il fut commission^
1 annee suivante,d abord pour 1 Italie, puis pour 1 Espagne, ou les miseres affreu-
ses, endurees par nos soldats, lui donnerent maintes fois 1 occasion de deployer
son courage et son humanite. Rentre en France, a pied, en 1813, il fut d abord
attache a un hopital militaire; mais bientot il reprit du service dans 1 armee
active, assista au desastre de Waterloo, et apres le licenciement de Tannee de la
Loire, il revint a Paris et se livra a des travaux de litterature medicale ; il passa
ensuite comme professeur de physiologie et d bygiene a 1 hopital militaire d in-
struction de Lille. En 1831, Chamberet accepta la mission d aller etudier en Po-
logne le cholera qui faisait irruption en Europe ; enfin, quelques annees apres
(1839), il entrait au Val-de-Grace comme medecin en chef. Chamberet prit sa re-
traite en 1843, et depuis lors il vecut dans le repos, cultivant eucore avec amour
les lettres qui avaient fait 1 occupation de sa vie entiere. Ge savant et honnete
medecin s eteignit au milieu de sa famille et de ses amis, dans le mois de sep
tembre 1870, a 1 age de 91 ans.
On a de lui :
I. Dissertation sur une maladie de la peau disignee sous le nom de prurigo. These de
Pans, 1808, n 68. II. Obs. sur un abces entre V uterus ct le rectum ouvert sponlanement
dans cet intestin. In Journ. de Leroux et Corvisart, t. XVII, p. 6- 1809 III Obs sur un
anevrysme du cceur. Ibid., t. XX, p. 5; 1810. - IV. A collabore au grand Dictionn aire des
sciences medicales, auquel il a fourni 24 articles, parmi lesquels nous citerons : Galenisme
Maladie. Paralysie et Paraplegic, Revolution, Syncope. - V. Une serie d articles sur les con
stitutions meteorologiques et medicales (avec VILLENEDVE). In Journ de I eroux Corvi
sart, etc 1814 1815 1816 etc. - VI. Plusieurs articles dans V Encyclopedic meihodique,
dans le Journal complementaire <les sciences medicales, etc. VII Rapport sur le cholera
morbus de Pologne (ayec . TBACHEZ] . Pads, 1832, in-8. - VIII. La Flora meddle (avec CHAU-
METON- et PO,R BJ . Pans, 1841-46, m-8, 7 vol. avec 400 pi., fig. peintes par madame PANCKOUCKE
et J. TORP.N.
(GuiLLAUMe), ne en 1619, morten 1689. On suit foil peu
de choses sur ce personnage, qui exerga la medecine a Sliaftesbury et se trouva
tres-activement mele aux guerres civiles de son temps; il avail embrasse la cause
royule. II futegalement un poete d un certain meiite; mais tout cela, parait-il, ne
le meaa guere a la fortune.
CHAMBERLAYNE. 99
CH&MBERLAYNE (PIERRE) . On a fort peu de renseignements sur ce medecin,
qui vivait dans la premiere moitie du dix-septieme siecle. II etudia en An^leterre
se fit recevoir docteur a Padoue et revint se fixer a Oxford. Nous n avons pu nous
procurer les litres exacls des deux ouvrages qu il a publics en anglais et qui peu-
vent se traduire ainsi : Le Medecin des pauvres, ou Le Samaritain ; Apologie
des bains artificiels. jj JJ R
ou mieux CHAMBERLEN (LES). G est a cette famille
d accoucheurs anglais que 1 on doit 1 invention du forceps. Gelte decouverte leur a
ete contested, et, par suite de 1 ignorance dans laquelle, on est reste longleraps
sur la veritable forme de 1 instrumenl qu ils employaient, divers auleurs vemis
apres eux en ont ete consideres comme les veritables auteurs. Mais depuis 1815
toute discussion est devenue impossible, comme nous allons le voir.
Les biographes ont donne des delails fort etranges sur les Chamberlen. Le pere
etait chirurgien-accoucheur, ainsi que ses Irois fils, et c est a Hugnes, 1 un des
trois, que 1 on attribue, sans preuve aucune, la fameuse invention. On le fait
mitre en 1664 et son premier ouvrage porte le millesime de 1665 ; onle fait venir
a Paris en 1670, et il aurait eu alors six ans, ce qui est bien jeune pour un ac
coucheur ! Hugues, qui parail avoir ete le plus capable et le plus iiistruit de la
famille, vint, en effet, a Paris en 1670, pour vendre au gouvernement le secret
de sou instrument, dont il demandait la somme enorme, pour le temps, de
10,000 ecus. Mauriceau nous a raconte et 1 histoire de ce voyage, et les preten
tious exagerees du chirurgien anglais, et la deconvenue qu il eprouva dans le seul
essai qu il ait fait de son instrument sur uae femme atteinte d une deformation
Ires-considerable du bassin. Mauriceau avail declare 1 extraction du foetus impos
sible, et Chamberlen echoua comme on 1 avait predit. II alia voir ensuite 1 illustre
accoucheur Parisien, qui lui donna son livre pour le traduire en anglais. A son
retour a Londres Hugues traduisit, en effet, le traite d accouchements de Mauri
ceau, et, dans la preface, on trouve ce passage relatif a la fameuse decouverte-
Mon pere, mes freres et moi, seuls en Europe, par la grace de Dieu et notre
Industrie, avons trouve et pratique le moyen de delivrer toutes les femmes, alors
que la tete, par suite d une disposition particuliere, ne peut passer, et cela sans
inconvenient pour elles ni pour leurs enfants. Par suite de circonstances di-
versemenl racontees, ce meme Hugues etant alle en Hollande, trafiqua de son
secret avec le celebre Roonhuyseu, et quelques personnes croient meme qu il ne
lui fit connaitre que le levier. Quoi qu il en soit, sans empieter sur ce qui sera dit
1 occasion du forceps et de son historique nous devons raconter, en quelques
mots, comment au commencement de ce siecle, on a acquis la connaissaiice du
secret de celte famille.
L un des trois freres, Pierre Chamberlen, avail achete, en 1683 la terre de
Woodham, pres de Walden, dans le comte d Essex, el qui resla en sa possession
jusqu aux environs de 1715. A cette epoque elle passa en d autres mains. Un siecle
apres, en 1815, le possesseur de cette propriete, trouva dans une cachetic mena-
sous le plancher, une collection de vieilles medailles, de bijoux de lettres
adressees par P. Chamberlen a divers membres de sa famille et enfin pl usieurs in
struments obstelricaux. Ces derniers ayant ete donnes a M. Carwardin, celui-ci en
it genereusement present a la Societe medico-chirurgicale de Londres. D apres
lormede ces divers instruments on peut suivre les progres et les modifications
successives apportes par les Chamberlen a leur invention. C est d abord un
100 CIIAMBON (EAU MIMERALE DE).
simple levier fenetre, puis vienneut deux branches unies par un pivot qui est
rive ; dans une troisieme forme le pivot est libre et peut etre rec.u dans une ouver-
ture correspondante de 1 autre branche; enfin dans une quatrieme forme, qui
semble etre le point de perfection auquel le forceps soit arrive entre les mains des
inventeurs, un cordon passant par deux trous serre et fixe 1 instrument quand il
est en place. Telle est sans contestation possible 1 invenlion des Cbamberlen.
A ce que nous venons de dire se borne a peu pres tout ce que Ton sail de cer
tain sur celte famille, on sait aussi, et Mauriceau le constate, qu ils acquirent une
fortune tres-consiclerable par la pratique de leur art et I emploi de leur secret.
On a de Hugues Chamberlen :
I. Practice of Midwifery. Lend., 1665, in-8. II. Translation of Mauriceau s Midwifery.
Ibid., 1683, in-8, 8" ed., ibid., 1775. E. BCD.
CHAMBOX (EAUX MINERALES DE). Dans le departement du Puy-de-D6me, dans
I arrondissement d Ambert, dans la commune de Chambon, emergent cinq sources
qui ont regu les noms de source de la Pique, de source d au-dessus de Vouas
siere, de source de la Garde, des deux sources de Chaudefour, et de source
chaude du Ravin.
1 Source de la Pique. La source de la Pique a son griffon au bord d un petit
ruisseau qui coule au-dessous du hameau de Vouassiere; son eau, claire, limpido
et transparente, sort des interstices d un rocher, sur lequel elle laisse un depot
ferrugineux. Son gout est agreable; des bulles gazeuses, en grand nombre, la
traversent et viennent s epanouir au-dessus du verre qui la contient ou s attacher
a sesparoisinterieures. Elle n apas d odeur; sa temperature estde 12 centigrade.
1,000 grammes de cette eau, analysee par M. Nivet, professeur a 1 Ecole secon-
daire de medecine de Clermont-Ferrand, ont fourni les principes suivants
Bicarbonate de chaux 0,5892
soude 0,5709
magnesie 0,1820
lei quant, niiiume.
Chlorure de sodium 0,0500
Sulfate de soude ............ traces.
Silice 0,0600
Perte 0,0663
TOTAL DES MATIERES FIXES 1,5184
2 Source d au-dessus de Vouassiere. Cette source emerge sur la rive droite
du ruisseau, au pied d un escarpement granitique. Son eau, un peu* moins ga-
zeuse que celle de la source de la Pique, a a peu pres les memes caracteres phy
siques que cette derniere. Elle n a jamais ete chimiquement examinee.
3 Fontaine de la Garde. La source qui alimente cette fontaine emerge a une
assez petite distance de la route qui conduit au Mont-Bore, au milieu de prairies
ou elle se mele a des suintements d eau ordinaire. II est difficile, dans ces condi
tions, de pouvoir rendre compte de ses proprietes physiques et chimiques. Ce qu on
sait le mieux, c est que le degagement tres-abondant d un gaz qu un examen
sommaire a decouvert etre de 1 acide carbonique, a lieu au point ou elle sort de
terre.
4 Sources de Chaudefour. Les deux petites fontaines de Chaudefour, ali-
mentees par les deux sources de ce nom qui sortent entre le terrain primitif et le
trachyte, ont une eau purlaitement limpide, quoiqu elle laisse deposer aussi une
couche notable de ronille. Des bulles de gaz la traversent sans cesse, et conlri-
CHAMBON.
bnent a rendre agreable cette eau .lont la saveur est pourtant manifestement
ferni"ineuse. L eau des sources de Chaudefour n a jamais ete analysee.
5 Source chaude du Ravin. Snr le Lord droit du meme ru.ssenu et a
50 metres de distance en suivant son cours, au milieu dune excavation naturelle,
emei-e une source dont 1 eau est couverte par les crues du ruisseau a la suite
des pluies de 1 hiver ou des orages. L aspect de cette eau fumante, son gout, s
caracteres physiques et chimiques, et sa temperature, la rapprochent beaucoup de
celle des sources du Mont-Dore (voy. MONT-DORE}. Les habitants de la con tree en
font usage a 1 interieur, dans les maladies qui sont le plus ordmairemer
gnees a la station du Mont-Dore.
EMPLOI THERAPEUTIQUE. Des six sources de Ghambon, une seule, eel
Pique, est surtout employee. La description sommaire "que nous venous de faire
de son captage et de son amenagement indique qu aucun etablissement n exis
aupres d elle, etque son eau est exclusivement administree en boissou. Les pei
sonnes affectees de chlorose, d anemie, ou des troubles causes par ces deux etats
palhologiques, trouvent aupres de la source de la Pique, dont elles ingerent d
cinq a dix verres tous les matins, une amelioration ou une guerison qu il faul
attribuer aux principes ferruginenx dissous dans cetle eau minerale fortemei
carbonique.
Le defaut du captage de la source hyperthermale du Ravin n a ,]usqu
permis d utiliser son eau en bains ou en douches. Son action efficace a Imlerieur
dans les maladies stomacales et surtout bronchiques, ou les eaux du Mont-Dore
sont indiquees, fait esperer qu un jour un petit etablissement thermal utiliser
eaux chaudes de la source du Ravin de Chambon.
Duree de la cure, soumise au caprice des buveurs.
On n exports pas les eaux athermales ou hyperthermales et fortement carbo-
niques de Chambon. A. ROTUREAU.
BIBLIOGBAPHIE. - L E coQ (H.). Le Mont-Dore et ses environs. Chambon, Clermont-Ferrand 1
1855, ln-8. NIVET (V.). Dictionnaire des eaux minerales du departement du Puy-a
Ddm e. Clermont-Ferrand, 1846, in-8.
(JOSEPH), ne a Grignan, en 1647. Personnage singulier, coureur
d aventures, quelque peu charlatan, Ires-habile medecin d ailleurs et fort savant
bomme, doue de mille qnalites remarquables, Joseph Chambon meriterait d etre
assez longuement etudie; nous sommes oblige icidenous borner aux traits prmci-
paux de son existence fort agitee. II fut regu docteur a la Faculte d Avignon, et
vint ensuite se fixer a Marseille. II y cut une querelle, grave sans doute, mais dont
aucun biographe ne donne le detail, qui le forc,a a s expatrier. II visita I ltahe,
1 Allemagiie, puis la Pologne, ou ses talents le designerent, comme medecin, au
choix du roi Jean Sobiesky. II le quitta bientot, et se rendit en Hollande pour y
etudier les doctrines de Paracelse et de van Helmont. II acquit, des lors, cette repu
tation de medecin hermetique que lui donne 1 abbe Lenglet du Fresnoy, et qui le
preceda ou le suivit en France ou il revint bientot. Fagon le recut avec unegrande
distinction, se fit son protecteur etvoulutle faire agreger a la Faculte de^mede-
cine. Toujours fort severe sur ce chapitre, plus severe encore a ce moment a cause
de divers proces qu elle avait a soutenir, la Faculte refusa 1 agregation, et Gham
bon dut se faire recevoir bachelier et licencie. Mais, avant de lui donner le bonnet
de docteur, la Faculte voulut lui faire promettre de ne point delivrer de remedes
parliculiers, ou, comme nous dirions aujourd hui, de remedes secrets. En veritable
2 CII. UIBOJN DE MONTAUX.
eleve de Paracelse, Chambon possedait nne foule de recettes toutes plus merveil-
leuses les unes que les autres ; il refusa de se soumettre an desir de la Faculte,
s engageant seulement a ne delivrer personnellement aucun des remedes qui se
tiouvaient chez les-apothicaires. La Faculte tint bon de son cote, refusa le bonnet
de docteur, et il fallut un arret du Parlement qui permit au protege de Fagon
d^exercer la medecine avec le simple titre de licencie. II acquit bien vile unegrandc
reputation et une clientele tres-lucrative. Mais un seigneur napolitain ayant ete
mis a la Bastille, Chambon fut designe pour lui donner des soins; et voila que, non
content de lui rendre la sante, il veut encore lui rendre la liberte. II redige un
memoire, et le fait presenter a Louis XIV; malheureusement ce memoire attaque
le due de Savoye et 1 enfant gatee du roi, la duchesse de Bourgogne; si bien que,
sur la demande de celle-ci et un peu grace a 1 influence de cette bonne madame de
Maintenon, notre medecin est condamne a la Bastille, ou il reste deux annees. 11
en sortit pauvre, decourage, sans clientele, et se retira en Provence, ou, sur la
recommendation du comte de Grignan, il fut nomme medecin des galeres a Mar
seille. En 1705, il donna des soins a la fille de madame de Sevigne, madame de
Grignan, qui mourut rapidement de la petite verole. Cette mort, dit-on, affecta
beaucoup Chambon, ou peut-etre compromit-elle sa position; toujours est -il qu il
quitta Marseille et se retira a Grignan, aupres d un de ses freres, doyen du chapitre
de cette ville. On ne sait pas 1 epoque precise de sa mort; tous ses bioraphes
s accordent a dire qu il vivait encors en 1752, epoque ou il aurait eu, par conse
quent, 85 ans. Ses ouvrages sont autant ceux d un physicien que d un medecin; ils
sont assez singuliers et ne manquent pas de quelque merite. En voici les litres :
I. Principes de physique, rapportes a la medecine pratique. Paris 1711 in 12
. Trente des metmtr et des mineraux et des remedes qu on en pent tirer Ibid 1714
Suite des principes de physique rapportes a la medecine. Ibid 1714-1716
01 " H. MR.
BE MONTAUX (NICOLAS), ne a Breuvannes (Haute-Marne) en
1748, mort a Paris en 1826. Apres avoir termine ses etudes a Paris, Chambon
alia se fixer a Langres, ou il exerca la medecine pendant quelques annees En
1780, il revmt a Paris, s agregea a la Faculte de medecine et fut nomme medecin
dela Salpetnere. C etait un homme instruit, tres-repandu et justemcntconsidere
Aussi, en 1792, Pelion ayant refuse la mairie de Paris, Chambon fut-il nommi
maire a une grande majorite. D un caractere modere, penchant beaucoup plus
ote de la Gironde que de la Montagne et nullement ambitieux, il n accepta
qu a regret ces perilleuses fonctions. Ce fut lui qui, le 11 decembre 1792 fut
charge de sigmfier a Louis XVI 1 arret de la Convention qui le mandait a sa barre
c est dans sa voiture que le roi fut conduit de la prison du Temple a la salle de
la Convention. Chambon cessa d etre maire de Paris le 13 fevrier 1793 il ne fut
jamais depute a la Convention. Dans son Histoire dela Revolution,^. Thiers
confond le maire Chambon avec Chambon, ancien tresorier de France depute de
la Lozere, et qui fut tueen 1793. Nous avons cru utile de relever cette erreur
Apres avoir quitte la mairie, le medecin Chambon rentra complement dan. la
vie pnvee et repnt 1 exercice de son art, qu il a exerce jusqu a sa mort. Comme
beaucoup de ceux qui avaient joue un role pendant la grande revolution il fut
attaque sous la Bestauration et n eut pas de peine a se defendre et a se diiulper
Chambon prend, dans quelques-uns de ses ouvrages, le titre de premier medecin
des arme es; nous n avons pas pu savoir jusqu ici d ou lui venait ce titre- dans
tous les cas, il ne parait jamais avoir rempli les fonctions qu il comporte.
CHAMBRE CLAIRE. 103
On n de lui :
I. Traiie cle I Anthrax ou de la pustule maligne. Neuchatel, 1781, in-12. -- II. Maladies
dcs [emmes en couches et a la suite des couches. Paris, 1784, in-12, 2 vol. III. Mala
dies des fdles, pour servir de suite aux maladies des / "emmes. Ibid., 1785, in-12, 2 vol. -
IV. Des maladies de la grossesse. Ibid., 1785, in-12, 2 vol. -- V. Maladies, des filles, des
femmes et de la grossesse, et maladies chroniques a la suite des couches, 2 edition, avec
correct, et addit. d articles qui n ont pas paru dans dans les pr6cedentes. Ibid. 1799, in-8,
jj vol. VI. Des moyens de rendre les hdpitaux utiles a I instruction. Ibid., 1787, in-12.
VII. Traite de la fievre maligne simple et des fievres compliquees de malignite. Ibid.,
1787, in-12, 4 vol. - VIII. Observations clinicce, curationes morborum, et phenomena
ipsorum in cadaveribus observata, referentes. Ibid.. 1789, in-4. IX. Maladies des en-
fants. Ibid., 1798, in-8, 2 vol. X. Eecherches sur le croup. Ibid., 1806. -- XI. Traite
de I education des moutons. Ibid., 1810. in -8, 2 vol. XII. Lettre a M. C., sur les calom-
nies repandues centre moi, comme maire de Paris, et renouvelees de ce temps. Ibid., 1814,
j n go _ XIII. Comparaison des effets de la vaccine avec ceux de la petite-ierole inoculee
par lamethode des incisions. Ibid., 1821, in-8. H. MR.
CHAM5BRE (Dfi LA). Voy. CUREAU.
CHAIHBRE CLAIRE ou CAMERA LUC1DA. Get appareil invente par
Wollaston, en 1807, permet de preudre des vues de paysage, de monuments ou
de dessiner fidelement des objets observes au microscope.
Le principe decet appareil consiste a fairearrivcr a 1 ceil, suivant des directions
paralleles, des rayons emanes directement de la feuille de papier sur luquelle on
veut reproduire 1 image et des rayons emanes de 1 objet a reproduire et qui, en
realite, parviennent dans une autre direction, ou qui, s ils arrivent parallelement
aux rayons directs, sont a nne trop grande distance de ceux-ci pour pouvoir
penetrer avec eux dans 1 oeil, a travers la pupille.
S ll s agit de dessiner un paysage vivement eclaire", on peut se contenter de
placer entre la feuille de papier et 1 oeil une lame de verre a faces paralleles incli-
nee a 45 sur 1 horizontale et dirigee vers la partie que Ton veut reproduire. On
pourra voir, directement a travers la lame, le papier et la pointe du crayon, et Ton
verra, par reflexion, 1 image du paysage qui semblera etre horizontale et placee
au-dessous de la lame de verre. En interposant une lentille convenable sur le
trajet des rayons emanes du paysage avant qu ils ne rencontrent la lame de verre,
1 irnage pourra sembler a la meme distance que celle a laquelle se trouve le
papier, et Ton en pourra suivre les contours avec le crayon : sans cette precaution,
1 ceil ne pouvant s accommoder a la fois pour les deux distances, il ne serait que
difficilement possible de reproduire 1 image obtenue.
On concoit que cette disposition presente divers inconvenients, au premier rang
desquelsilfaut placer la faible intensite de 1 image vue par reflexion, meme avecun
eclairage assez fort. Le meme inconvenient ne se presente pas si Ton fait usage,
au lieu de la lame de verre, d un prisme rectangle isocele dont une face est
placee verticalement en face de 1 objet a reproduire que nous supposons envoyer
des rayons horizontaux ; ces rayons se reflechissent totalement sur la face hypo
tenuse sur laquelle ils arrivent en faisant un angle de 45, superieur a Tangle
limite, et sortent du prisme verticalement sans subir de deviation a leur passage
a travers la face horizontale. On pourra recevoir ces rayons qui donneront une
image assez vive ; si Ton a place I osil au-dessus de 1 arete du prisme, tandis que
ces rayons penetreront par une moitie de la pupille, des rayons emanes du papier
surlequel on doit dessiner arriveront directement a 1 oeil a travers 1 autre moitie.
On verra done a la fois sur le papier 1 image et la pointe d crayon, et Ton pourra
CHAMBRE NOIRE.
smvre les contours des objets ; il va sans dire que, comme dans le cas prcmleut
il aura fallu obvier a la difference des distances ; d autre part, il importe qu il n J
ait pas une trop grande difference d intensite Inmineuse duns les deux faisceaux
rayons qui arrivent a I ceil. On arrive a peu pres a 1 egalite en interposant sur
le trajet du faisceau le plus eclairant des verres teintes en bleu.
En realite, dans la chambre claire de Wollaslon, le prisme employe est a ba<e
quadrangulaire ; la face hypotenuse du prisme que nous venons d etudier est
remplacee par deux faces faisant entre elles un angle de 135,. cbacune d elles
etantinclinee de 67 | snr la face adjacente. La theorie est tout a fait semblable
le que nous avons donnee, si ce nest qu il y a deux reflexions totales une sur
cnacune de ces nouvelles faces, et que, par suite, 1 image est redressee.
Des modifications diverges out etc apportees a la disposition de la chambre claire
suivant les usages auxquels on la destinait. Nous citeronsentre aulres la chambre
claire d Amici dans laquelle les rayons subissent deux reflexions successes- 1-,
premiere se prodmt sur un miroir metallique qui les renvoie sur une lame ck
verre a faces paralleles sur laquelle ils se reflechissent de nouveau, mais alors oar
reflexion totale. Pour avoir une lame dont les faces soient bien paralleles Amiri
employa t un prisme d un petit angle qu ,1 coupait perpendiculaireme nt au
areles et dont il superposaitles deux moities.
La chambre claire est d un usage frequent pour obtenir la reproduction de,
objets observes au microscope ; on peut employer avantageusemerit dans cecas
la chambre claire de Nachet dans laquelle les rayons venant du papier, sub ss
deux reflexions totales sur les deux faces opposees d un prisme ! base paralleT
gramme, tandis que les rayons venant de 1 objet arrivent en ligne droite a I ttil
en traversal une lame de verre a faces paralleles, lame obtenue en accolant su,
1 une des faces du prisme precedent, un autre petit prisme dirige dans le sens
oppose mais ayantle raeme angle.
Pour tout ce qui regarde le mode demploi de la chambre claire dans les ofcer-
vations microscopiques, nous renvoyons au mot MICROSCOPE. C.-M. G.^
KOIWS ou CHAMBRE OBSCURE. Get appareil est destine 4
recueillir sur un ec.an 1 image reelle d objets eclaires que 1 on desire reproduire
en general par le dessin ou la photographie. Son invention est aLbuee i
J.-B. Porta (Magie naturelle, 1560).
La cbambre obscure reduite a sa forme la plus simple consiste en une chambre
hermet quement fermee (fig. 1) dans 1 un des volets de laquelle on a perce une
tres-petite ouverture Les obj^ls eclaires. sUues en face de cette ouverture se trou-
!1" 3 1 S SUr ri PP S e U SUr Un ^ Cran; ils sont mis en Perapectiye
1 Vvn.t f "H ?, " S maiS renVerS& Le Prillci ^ e SUt " lec l ud est ^
1 exph a hon de cette expenence est celui de la propagation de la lumiere en ligne
droite: de chacun des points lumineux qui constituent 1 objet que Ion veut
reproduire part, entre autres, un rayon qui va passer par I ouverture que nous
avons mdiquee et va eclairer sur la paroi opposee un point s.tue en ligne droilo
avec le point lumineux et I ouverture. Tous les rayons ainsi consid^res se croi^ent
a cette ouver ( ure etc est cet entre-croisement qui produit le renversement de
1 image. On peut dire encore que les rayons emanes d un corps lumineux et
passant par 1 ouverture constituent un cone dont la seconde nappe formee par
les prolongemen s des rayons qui constituent la premiere, se trouve dans la
chambre obscure; en conpant ce cone par un plan, on a une imoge luminense
CIIAMBRIi NOIRE.
105
semblable a celle que Ton aurait obtenue en coupant la premiere nappe par un
plan parallele, c est-a-dire semblable a la perspective du corps lumineux.
II est facile de voir quo, dans la production de ces images, les grandeurs lineaires
de 1 image et del objet sont proportionnelles aux distances de jl orifice a laparoi
sur laquelle se fait 1 image et a 1 objet.
Pour que 1 image reeile formee sur la paroi soit visible, ilimporle que les rayoin
recus par cette paroi soient diffuses dans toutes les directions avec une intensile
Fig. 1.
suflisante; il faut done que celte paroi soit autant que possible blanche, et quo
sans etre rugueuse, elle ne soit pas une sur face polie. Mais il faut en oulre quo
1 intensite des rayons qui vienneiitfrapperla paroi ou se produit 1 image soit assez
considerable. Cette derniere condition est incompatible avec une ouverturo
tres-petite par laquelle penetrent les rayons ; on est done conduit a augmenter les
dimensions de cette ouverture, et taut qu elle n est pas tres-yrande les images
formees sont assez nettes. Pour expliquer ce fait, Maurolycus (De lumine et umbra,
1573) faisait remaiquer que de cliaque point de 1 objet partun cone de rayon
ayautpour base 1 orifice par lequel c.es rayons penetrent dans la cbambre obscure.
Chacun de ces cones est coupe par la paroi opposee suivant une figure lumi-
neuse semblable a cet orifice, de telle sorte que si 1 orifice est un cercle ou un
triangle, a chaque point de 1 objet correspondant sur 1 ecran un cercle ou un
triangle eclaire; la superposition de ces figures eclairees donnera une image par
di] fusion de 1 objet, image qul pourra etre suffisamment nette si ces cercleson
ces triangles de diffusion sont assez petits.
On ne pourrait cependant augmenter notablement les dimensions de 1 orifice
sans que 1 irnage ne devienne tres-confuse. On arrive a obtenir une nettete suffi-
sante en meme temps qu une clarte assez grande en plagant une lentille conver-
gente dans 1 ouverture. En donnant a cette lentille un grand diametre, on peut
recueillir un grand nombre de rayons lumineux, d une part; et comme, apeu.
pres, toutse passede meme que si les divers rayons concouraient au centre optique
de la lentille, on evite les cercles de diffusion. Gette lentille a rec,u le nom
A objectif.
L emploi de la lentille n est pas cependant sans presenter aussi quelques incon-
venients ; il y a lien de se preoccuper des aberrations de sphericite que 1 on corrige
a 1 aidedediapbragmes eten employant des lentilles d une faible amplitude, et des
106 CHAMBRE NOIRE.
aberrations de refrangibilite qne 1 onevitepar remploidelentillcsacbromatiqnes.
Mais, en outre, on congoit que 1 image d un objet produite par une lentille
se produit a une distance de cette derniere, conjuguee de la distance derobjeta la
lentille, de telle sorte que pour un objet donne, 1 ecran devra se trouver a une
distance determined de 1 objectif. Si done on a des objets a diverses distances, il
sera impossible d obtenir en meme temps une image nettede chacun d eux ; c est
la un inconvenient auquel on ne peut remedier. Remarqnons toutefois que lorsque
les objets sont situes a une certaine distance de 1 objectif, les rayons qui arrivent
vers celui-ci peuvent etre regardes comme sensiblement paralleles, et, a partir de
cetle distance, les images vont toutes se former sur le plan focal principal l et
sont nettes pour toutes les distances plus considerables.
Dans 1 experience que nous avons citee, si la paroi ou se forme 1 image est
translucide, si c est une lame de verre depoli, uneieuille de papier huile, 1 image
reelle formee sur cet ecran est visible de 1 exterieur, a la condition que 1 intensite
de la lumiere ambiante ne s oppose pas a ce que cette image puisse etre percue:
elle est fort nette si, a 1 exterieur, 1 observateur se trouve dans une obscurite a
peu pres complete.
On conceit que lorsque 1 image reelle est produite sur la paroi, on peut
en suivre les contours avec un crayon et faire le dessin de 1 objet. On se sert
quelquefois, a la campagne, de la chambre obscure pour reproduire un paysage.
Dans ce cas, Tappareil consiste en une tente faite d etoffe opaque et dans
laquelle se trouve placee, horizonlalement, une planchette sur laquelle on lend
un papier. Au sommet de la tente est une ouverture dans laquelle est enchassee
1 objectif au-dessus duquel est un miroir ou un prisme a reflexion iotale, qui fait
tomber sur la lentille les rayons dans une direction convenable, en meme
temps que, par suite de la reflexion, les images sont redressees ; la distance de la
planchette a 1 objectif doit etre egale a la longueur focale de cette lentille et peut
varier dans de certaines limites.
Dans quelques cas, on emploie un prisme a reflexion totale dont la face d inci-
dence et celle d emergence sont taillees suivant des surfaces spheriques de maniere
a eviter 1 emploi d une lentille.
Le plus souvent I observateur se trouve en dehors de la chambre obscure dont la
paroi opposee a 1 objectif est formee par un verre depoli; c est lecas des appareils
specialement employes pour la photographic. L objectif est en general compose de
deux lentilles achromatisees dont on peut faire varier les distances ; 1 une de ces
lentilles pouvant etre mue a 1 aide d un pignon et d une cremaillere, on peut ainsi
faire varier la distance focale du systeme dioptrique. L ecran en verre depoli fait
partie d une sorte de tiroir glissant dans la partie anterieure de la boite qui
forme la chambre obscure et peut ainsi se placer a distance convenable de
1 objectif; quelquefois cet ecran est relie a la partie anterieure par des parois
a soufflet qui permettent de plus grandes variations de distance. Pour observer
rimage il faut se placer derriere 1 ecran, et se placer la tete sous une etoffeepaisse
qui empeche la lumiere directe exterieure de masquer 1 image vue par transpa-
1 La formule des lentilles convergentes
donne / = ; si done on a i=Ky, il vient l =%; c est-a-dire que la distance de 1 image
au plan focal principal est K fois plus petite que la distance focale, si la distance de 1 objet au foyer
est K ibis plus grande que cette distance focale,
CHAMEAUX, 107
rence ; on faitalors mouvoir soil les leutilles, soit 1 ecran jusqu a ce que 1 image soiL
nette. L appareil esi alors mis au point, et Ton pent remplacer 1 ecran par une
plaque sensible sur laquelle se dessinera photographiquement 1 image que 1 on
avait observee sur 1 ecran.
Dans certains cas, un rairoir incline a 45 sur 1 horizontale est place sur le
trajet des rayons lumineux, avant que ceux-ci aient rencontre 1 ecran. Ces rayons
sont alors rejetes verticalement vers le haut, et 1 image se produit sur un ecran
horizontal place, par rapport au rairoir, dans la position symetrique de celle
qu auraitoccupee 1 ecran vertical. L image etant ainsihorizontale, peut se retracer
facilement par le dessin, surtout par ce fait que la reflexion 1 a redressee.
C.-M. G.
CHAMBRES DE L EIL. On appelle chambre anterieure 1 espace compris
entre la cornee, d une part, et d autre part, la face anterieure de 1 iris et la partie
du cristallin qui correspond a 1 ouverture pupillaire. Elle contient I humeur
aqueuse. On a appelejusqu a ces derniers temps chambre poster ieure un pretendu
espace limite en avant par la face posterieure de 1 iris et en arriere par la face
anterieure du cristallin. Maintenant qu il est avere, que le cristallin et 1 iris sont
en contact, on reserve le nom de chambre posterieure a un petit espace triangu-
laire situe vers le bord dn cristallin et compris entre la face posterieure de 1 iris,
la partie anterieure des proces ciliaires et la zone de Zinn.
(L). Medecin francais, qui vivait dans la seconde moitie du dix-
septieme siecle. II a public un :
I. Traite du scorbut. Londres, 1683, in-12, dans lequel il preconise le lait comme le remede
le plus efficace centre cette maladie. A. D.
t IIAMEAI x. Le chameau de Bactriane ou chameau a deux bosses (Camelus
bactrianus) espece principalement repandue en Asie, et le dromadaire ou chameau
a une bosse (C. dromedarius) qui est actuellement employe dans une grande
partie de 1 Afrique, constituent un genre de mammiferes ruminants, avoisinant
celui des Lamas, animaux americains ; reunis a ces derniers, ils forment la famille
des Camelides.
Les chameaux (g. Camelus) et les Lamas (g. Auchenia), manquent de comes ;
ils ont constamment une paire d incisives et une paire de canines a la machoire
superieure ; leurs canines inferieures, sont ecartees des incisives, ce qui n a pas
lieu chez les autres ruminants, et une partie de leur panse presente des especes
de loges ou godets, auxquels on a donne le nom de reservoirs a eau ; leurs me-
tacarpiens principaux sont soudes en canon, mais sans que la synostsse descende
tout a fait jusqu aux poulies digitiferes; leur scapho ide des pieds de derriere
n est pas sonde au cubo ide, el, ils ont les quatre extremites phalangigrades, ce qui
signifie qu au lieu d appuyer sur le sol par 1 extremite de leurs phalanges ongueales
seulement ils le font par les trois pbalanges de chacun de leurs doigts ; quand au
nombre des doigts, il est de deux seulement pour chaquepied, et les doigts existant
repondent aux troisieme et quatrieme des animaux quinquedigites ; il n y a au-
cune trace des autres, nieme chez les fetus.
Les camelides sont des mammiferes de grande taille, surtout les chameaux, et
ils sont a la fois intelligents et doux ; aussi I homme a-t-il trouve parmi eux des
auxiliaires tres-utiles.
Les chameaux sont particulierement caracterises par leur tete elargie dans la
1 08 CHAMEAUX.
region interoculaire ; leur levre superieure est fendue, leurs narines n ont pas de
nindo ; lenr cou est long el recourbe ; leur dos est surmonte d une ou de deux
bosses grai.^cuses et leurs.dents molaires, au nombre de six a la machoire supe-
i ieure, et de cinq a 1 inlerieure, sont appropriees au regime herbivore. Us out des
callosites a la poilrine, aux coudes et aux poigiiets ainsi qu a la rotule et au talon
et c esc sur ces callosites qu ils reposent. Leurs mamelles sont au nombre de quatre.
Quoique les chameaux adultes n aient qu une seule paire d incisives supe-
neures, on trouve chez les jeunes animaux de ce genre une seconde paire de
dents de meme sorte et une troisieme chez leur fetus, ainsi que j ai eu 1 occasion
de le constater. Ces deuxieme et troisieme paires d incisives n existent que pour
la premiere dentition.
Compares aux autres ruminants, les chameaux ont quelque chose d elrange,
mais Ton se rend, bien compte de la singularite apparente de leurs caracteres, si
on etudie certaines especes fossiles egalement herbivores, qui les relient aux por-
cins, tandis qu ils constituent eux-memes la liaison de ces especes e teintes avec
es ruminants pourvus de cornes. Ces animaux actuellement aneantis, oat ete
particulierement enfouis dans les depots tertiaires de 1 Amerique septentrion.ile.
Les dimensions des chameaux depassent celles des lamas, et ces ruminants sont
a cause de leur force, ainsi que de la docilite de leur caractere des animaux d une
grande utilite pour rhomme. Leur poil, leur lait, leur chair, et jusqu a leur
fiente, qui sert d engrais et Iburnit le sel ammoniaque, les rendent egalement
precieux.
Ce sont surtout les mahometans, qui se servent des chameaux, et ils les ont con
duits avec eux sur tous les points ou s est etendue leur puissance. Les peuples de
1 extreme Orient en tirent aussi un parti avantageux et 1 on emploie des chameaux,
dromadaire ou chameaux de Bactriane, depuis la Senegambie jusqu en Chine. C est
principalement dans les contrees arides, telles que les immenses deserts de 1 Afri-
que ou les steppes de 1 Asie que ces animaux offrent un avantage marque sur les
chevaux et les boeufs, cequi tient a leur sobnete, a la facilite avec laquelle ils sup-
portent la soif, ainsi qu a la possibilite dont ils jouissent de marcher longtemps et
sans fatigues, au milieu des sables. L appareil gaufre de leur panse leur permet de
se passer de boire, et Ton assure qu a 1 occasion les Arabes, voyageant en cara-
vanes, ne se font pas scrupule, lorsque les liquides leur manquent complement,
d eventrerdes chameaux, pour se procurer 1 eau accumulee dans la portion dela
panse de ces animaux a laqu elle on a donne le nom de cinquieme estomac. La
privation d aliments agit neanmoins sur les chameaux en les emaciant, pour ainsi
dire, mais 1 eau leur rend presque instantanement 1 apparence de sante dont ils
jouissaient au depart ; aussi lorsque ces animaux arrivent aupres de quelque foil-
taine, boivent-ils une quantite enorme de liquide, qui, en penetrant leurs tissus,
leur rend 1 embonpoint qu ils avaient perdu et opere en tres-peu de temps une
telle transformation dans leur apparence exterieure, qu on a parfois de la peine a
reconnailre ceux qu on avait pour monture quelques instants auparavant et a les
distinguer des autres.
Le rut modifie momentanement le caractere des chameaux. Les males devien-
nent rebelles ; une sueur grasse s ecoule de leur occiput; leurs llancs suintent
egalement, et ils ont un gonflement particulier de la gorge, qui ajofite a ce que leur
apparence offre en elle-meme de bizarre.
Ces ruminants ne figurent guere dans 1 Europe centrale et occidentale qu a litre
de curiosites ; on a cependant essaye, mais sans succes, de les acclimater sur cer-
CHAMOIS. 109
points pour les y employer; ils n ont pas davantage reussi en Amerique et
en Australia; mais on a recours a eux dans plusieurs pays de 1 Europe onentale,
linsi cme daris une grande partie de 1 Asie et de 1 Afrique.
Comme nous 1 avons deja fait remarquer, le charaeau a deux bosses est prmci-
nalementune espece asiatique. On le suppose originaire de la Bactnane (pays actucl
des Usbecks) d ou lui vient le nom de Camehis bactrianus ; le dromadaire est
I contraiiv plus repandu en Afrique ou 1 on en distingue deux races, 1 une sur-
tont employee pour le transport des fardeaux, I autre qui sert de monture. Gette
derniere recoil plus particulierement le nom de Mehari. Le mot dromadaire rap-
pelle d ailleurs que le chameau a une bosse est un animal de course.
Si repandu que le dromadaire soit de nos jours sur le continent africam, il a une
oriine etrangere a celte partie du moride; c est un animal d Arabie, et il n a
eteconnu des figyptiens que par suite de leurs relations avec les Hebreux. Encore
n a-t-il pas des cette epoque prospere sur les bords du Nil. En effet il ne figure
pas sur les monuments de 1 ancienne Egypte, et Desmoulins qui a fait heaucoup de
rechercbes a cet egard, croit qu il ne se trouvait pas encore dans la meme contree
lors de la domination grecque; cependant Galien, qui vivait au deuxieme siecle,
nous apprend que des chars atteles de dromadaires etaient en usage de son t
a Alexandrie.
G est avec les Arabes et conduit par eux, que le dromadaire esl
Afrique et ce sout eux qui 1 ont repandu sur une etendue si considerable du
meme continent. II est en eflet certain, que les Garthaginois ne le possedaient pas,
et 1 Algerie ne le rec.ut qu apres 1 epoque de Belisaire.
Les Romains combattirent pour la premiere fois des cavaliers monte
chameaux dans la guerre centre Mithridate.
Les animaux, dont nous veuons de nous occuper, sont remarquables, par pli
sieurs particularites anatomiques imporUnles. Gelles que fournit le squeletle re
sident dans la conformation du crane, dans la forme des vertebres, du cou dont les
trous destines a 1 artere vertebrale, ont une disposition speciale. Leur sternum
est notablement elargi a sa parlie posterieure, ce qui repond a la callosite propre a
cette partie du thorax et leurs membres different a plus.eurs egards de ceux des
autres ruminants. On trouvera la description du squelette du chameau dans le
cliapitre que de Blainville a consacre au genre Camelus dans son Osteograpbie.
Les especes de Camelides intermediaires aux chameaux et aux Lamas que Ton
Irouve iossiles dans les depots tertiaires de 1 Amerique septentrionale formaient
plusieurs genres a part, dont la diagnose est donnee dans 1 ouvrage de M. Leidy
sur le Nebraska. Au contraire on a observe dans 1 Asie, parmi les animaux etemts
de la foune miocene des monts Himalayas, des camelides du genre des chameaux
proprement dits; ils ont ete signales pour la premiere fois par MM. Baker et Du-
rand. Quant a 1 indication de semblables animaux, parmi les tossiles de 1 Europe,
qui a ete donnee par plusieurs paleonlogistes, elle ne s est pas confirmee.
P. GERV.
CHAMILLE. Synonyme de CAMOMILLE (voy. ce mot).
< si %MOIS Sorte de ruminant de la famille des Antilopes, qui est, avec le
s-u-a de Tartarie, la seule espece de cette famille qui vive actuellement en Europe
Cet animal est repandu dans les Pyrenees et dans les Alpes, mais on 1
aussi en Orient, sur un petit nombre de points. II acquierl une tailU .oyei
110 CHAMO.m ( EAU MORALE DE) .
un pen plus de i metre en longueur, et 90 centimetres environ de hauteur au
devant; c estl ^^e rupicapra des auteurs. II se distingue princ ipa-
it par la forme et la position de ses cornes, qui sont mediocres, lisses sur la
plus grande partie de leur surface, faiblement annelees a la. base, rapprochees
lei autre, droites d abord, puis recourbees en arriere vers lapointe, ou elles
termment en hamecon. Ces cornes existent chez la femelle aussi bien o
chez le male.
^ Le chamois est regarde par les naturalistes actuels comme constituant un genre
a part, auquel on a conserve le nom de Rupicapra. II a le pelage ronx brun & lave
e jauMtre, est plus clair en ete et plus fonce en hiver, a la gorge et le de ssous
du corps pales, et porte une bande noiratre au-dessus des yeux. Ses formes sont
elegantes, et, quoi qu on en ait dit, il ne ressernble que tres-peu aux bouque-
tms ou aux chevres, a la tribu desquels il est merne etranger ; encore moins se
lele-t-ilaces ammaux, comme le supposaitBuffon, qui, voulant expliquer 1 omine
des chevres, admettait que le bouquetin serait le male dans la race originaire de
ces ruminants et le chamois la femelle. Cette opinion, qui, toute S ingulie ? re qu elle
est, reste hen au-dessous , en fait d exageration, de celles que soutiennent sur
litres points certains transformistes de nos jours, ne repose sur aucun fonde-
1 1 M 1 1 1 ,
Le^chamois se tient dans les lieux peu accessibles, a une elevation considerable
* pres de la region des neiges qu il aborde frequemment. II est agile, saute avec
soup lessede rocher en rocher, se joue sur le bord des precipices etne se lais
que difficjlement approcher; aussi sa chasse est-elle remplie d obstacles. Sa chair
istimee; sa peau sert a faire.des tapis ou des vetements grossiers, et les tou-
.stes, particu ierement ceux qui visitant les glaciers de laSuisse, recherchent ses
devoyae - Lescharaoisn ont e
Geux des Alpes re 9 oivent plus particulierement le nom d Isards. On a pen^e
quelquefois qu ils constituaient une espece differente des chamois des PyrS
e on leur a donne le nom de Rupicapra capella. Les chamois de cette
Les chamois etaient autrefois plus repandus qn ils ne le sont maintenant ce erne
demontre la presence des debris fossUes qu ils ont laisses dans pEurs pal
de la France, particulierement dans le Perigord et dans la montagne S ams
qu en Bdgiqne et en Allemagne. Leur plus grande extension paraU avoir concord
a ec celle des rennes, dont les ossements, provenant d nfdividus u U
1 l.omme, se rencontrent aussi dans une grande partie de 1 Europe. P G Tv
Voy. PEAUX.
ou C HAM ^ , ou
, ou AM ^ , ou cHAWoraix (E AU MINERALE DE ) . Ather-
male, sulfuree calcique faible, azotee moyenne. Dans le departement d P l a
Haute-Savoie, a 20 kilometres de Sall.nches, a 1 2 kilometres de Saint G^va
ce mot), est un gros bourg peuple de 2,500 habitants, situe a i 052 metres
dessus du niveau de la mer . La vallee de Chamounix , situee en face du mont Blanc
au sud-est de Bonneville, est arrosee par le haul Arve. Ses immenses -laciers
CHAMOUSSET. HI
formes d eaux qui descended du mont Blanc, sont connus des voyageurs qui visi-
tent 1 ancien Fauciguy. La Mer de Glace, qui a une superficie de plus de 8 kilo
metres; les glaciers des Bossons, des Bois, etc., sont les excursions accoutumees
des nembreux touristes qui, tous les ans, sejournent ou passent a Chamounix. La
source emerge au milieu de la vallee d un sol exclusiveraent calcaire ; son eau est
conduite parun tuyau debois, a environ un kilometre, au petit etablissement mi
neral de Chamounix, ou on eleve sa temperature au moyeu de serpentins qui la
chauffent au degre des bains ou des douches. L eau de Chamounix est claire, lim-
pide et transparente ; son odeur est franchement hepatique; sa saveur est fade,
et son arriere-gout, un peu sucre ; sa temperature est de 12,5 centigrade. Son
analyse chimique, faite par Pyrame Morin, pharmacien a Geneve, a decouvert
dans 1 ,000 grammes d eau les principes suivants :
Sulfure de calcium 0,0412
Bicarbonate de soude 0,1435
Sulfate de c.haux 0.0503
soude 0,1064
Chlorure de potassium O.U047
sodium 0,0076
Oxvde rouge de fer 0,0040
Silice 0,0037
Glairine (seche) 0,05-29
TOTAL DES MATIEFIES FIXES 0,3943
Gaz azote 19 centirn. cubes 65.
EMPLOI THERAPEUTIQUE. L emploi therapeutique de 1 eau de Chamounix est
mal connu. Le voisinage de Saint-Gervais, dont les eaux out une grande analogic
de composition elementaire, et qui sont mesothermales ou hyperther males, a
jusqu ici empeche 1 application suivie des eaux qui alimentent le petit etablisse
ment de Chamounix. A. R.
CHAMOUSSET (Cl. Humbert PIARRON de). Philanthrope pratique qui se rat-
tache par trop de cotes a la medecine pour que nous ne tenions pas a honneur de
faire figurer son nom a cote des plus eminents de noire profession. Ne a Paris, en
1717, d un conseiller au Parlement, il entra d abord dans la Chambre des comp-
tes, mais entraine par un zele ardent pour le soulagement de ses semblables, il
se livra a des etudes medicales assidues et, sans prendre le titre de docteur, il ac
quit dans les sciences accessoires, botanique et chimie, en medecine et meme en
chirurgie des connaissances tres*etendues. Maitre d une fortune considerable, il en
fit le plus noble et le plus genereux emploi. Sa maison fut transformed en hopital
et la, aide de quelques chirurgiens, il donnait ses soins aux pauvres malades,
pratiquant, lui-meme, et avec une grande habilete les petites operations, que leur
etat necessitait. Bien souvent, au depart, il leur donnait une indemnite egale au
salaire dont la maladie les avait prives. Le seul delassement qu il se permit etait
la musique qu il cultivait avec beaucoup de gout. Ce veritable homme de bien
mourut Ie27 mars 1775, a peine age de 56 ans, trop tot pour le bonheur de 1 hu-
manite a laquelle il avait cons ere sa vie.
L un des premiers il soutint le systeme des hopitaux avec lits separes pour
chaque malade; il en avait fonde chez lui le modele. C est a lui que Ton doit
1 idee des associations de secours mutuels, etablies non pas seulement, comme les
corporations, en vue des interets industriels, mais de maniere a s assurer a 1 aide
dune cotisation hebdomadaire insignitiante, des secours en cas de maladie. Mal-
heureusement cette conception mal soulenue par la societe frivole de cette epoque
1^ CHAM PIER.
n eut pas le succes qu il en attcndait. (Test sur ses plans que fut cieee el organised
la petite poste de Paris. II avail propose la fondation d un Mont-de-Piete siir les
bases les plus equitables el les plus avantageuses pour les malheureux. La liberte
du commerce des grains avail encore fait 1 objet de ses recherches, on n en finirait
pas si Ton voulait enumerer ses diverses etudes loujours en vue du bonheur de
1 humanite.
Ses nombreux memoires, les plans qu il avail si laborieusement prepares, otil
ele rassembles el mis au jour dix ans apres sa morl par 1 abbe Cotlon des Hous-
sayes sous le litre: OEuvres de M. de Chamousset, contenant les projets d huma-
nite, de bienfaisance etde patriotisme, pre ce de es de son e loge, dans lequel on
trouve une analyse suivie de ses ouvrages. Paris, 1783, iu-8, 2 vol.
E. BCD.
Chirurgien francais, vivait dans la premiere moitie du dix-
huitieme siecle, II a public un :
Traite des operations de chirurgie, avec un traite de toutes les maladies du corps hu-
main. Amsterdam, 1739, 5 vol. in-8. \ D
(RENE). Ce medecin distingue, praticien habile, a surloul etc si-
gnale a 1 attention des biographes par Dom Galmet, sou compatriote. Nous ne pou-
vions mieux faire que de copier ie savant bibliophile (Biblioth. de Lorraine- 1 751
iu-Iol., p. 166, 167).
Rene Charles, originate de Preny-sur-Moselle, docleur en medecine, et profes-
seur royal dans la Faculte de Resancon, a compose el fail imprimer un grand
nombre d ouvrages concernant la medecine, donl il a eu la polilesse de nousVaire
present.
I. $ua:stiones medicce circa Thermos Borbonienses , quas propugnavit D. Antonus Despoil
Borboniensis, medicines licenciatus, die IQaprilis, 1721. Besangon, 1721, in-8. II Q t ta>s-
liones medico; circa acidulas Bussanas, quas propugnarit Franciscus iosephus Pat/en Ju
seiensis, die \ martii, 1758. Besangon, in-8. III. Observations faites par M. Charles
professeur et medecin, sur les cours de venire et de dysenteric gui regncnl dans quel-
ques endroits de cette province, 26 octobre 1741, i n -4 -- IV. Observations sur les diffe-
rentes especes de fievres, et particulierement les fievres putrides, malignes, et epidemiques
etstir les pleuresies qui ont regne en Franche-Comte depuis qitelques annees, 1745, inV
V. Lettre dun professeur en medecine de I Universite de Besancon a un cure de la cam-
pagne sur la toux et les rhumes epidemiques. Besangon, 1743. vi. Observations sur la
malache contagieuse qui regne en Franche-Cornle parmi les baeufs ct les vaches Besancon
1744, iti-4. VII. Qucestiones medicce circa fonlex medicates Plumbarice, quas propiiqna-
vit D. Claudius Maria Giraud. Ladosalmensis, M. Bened., die Ujum 1745. A. C.
(SYMFHORIEN). G esl M. Allul, de Lyon, qui, dans uu livre ma-
gnifique, sorti des presses de Louis Perriu (Etude biographique et biblioura-
phique sur Symphorien Champier. Lyon, 1859, in-SJ, nous a bien fail con-
naitre eel etoniianl persomiage ; c esl lui qui a marque avec precision la part
que ce fecond ecrivain a cue dans le mouvement intellectuel de la fin du quinzieme
siecle et de la premiere moitie du seizieme, en defendant sa memoire centre les
abominables atlaques de J.-C. Scaliger, eu rehabililant dans la pensee des mo-
deriies un horame a peu pres oublie, et qui avail rempli le raonde de son nora
et de sa renommee.
En effet, dil M. Allut, Champier etonna nos peres par sou vaste genie et par
la variete iufinie de ses connaissances. Vaillanl soldat, homme de cour, poli,
elegant dans ses formes el sou langage, admiuistrateur habile et devoue" a la
CHAMPIER. 113
chose publiqne, etjusqu a la fin praticien consomme; ecrivain infatigable, abor-
dant toutes les questions, traitant tous les sujets avec une incroyable facilite ;
medecine, philosophic, theologie, droit civil, histoire ancienne et moderne.
Champier, cela est incontestable, occupe une place fort distinguee parmi tous
ces bommes meritants, qui aides de 1 incessante aetivite de 1 esprit humain, de
1 emigration des Grecs chasses de Constantinople, de 1 invention de 1 imprimerie,
de la decouverte de I Amerique, out employe leur vie entiere a etudier, a com-
menter, a traduire les autenrs anciens, a corriger les livres vicies par 1 ignorance
des copistes, a s aifranchir, en ce qui regarde la sante si precieuse a 1 homme, de
la tyrannic et de la barbarie des Arabes, et a donner le dernier coup a la routine
scholastique du moyen age.
D ailleurs, deux actes honorent a jamais Champier, et ils sutfiraient pour con-
server sa memoire parmi nous. L un est la part qu il a eue a la fondation du
college de la Trinite de Lyon, en 1527 ; 1 autre, la generosite qu il mit a constituer
le corps medical en societe ayantses reglements, ses devoirs, ses privileges, reu-
nissant sous la meme discipline et sous une surveillance reciproque, toutes les in-
dividualites eparses dans une grandeville, et qui exercaientla medecine au gre de
leur caprice, de leur ignorance et de la routine. Qu on Use le De quadruplici vita,
on Champier parle de tout, medecine, theologie, philosophic, astrologie judiciaire,
histoire, et on trouvera, dans cet opuscule, imite du De triplici vita de Marsile
Ficin, et imprime des 1 annee 1507, les elements de cette association qui ne
devait pas se realiser sur-le-champ, mais qui fut comme le berceau des societes
de medecine de Lyon.
II nous est impossible de donner ici, meme d une maniere ecourtee, la liste de
tous les ouvrages de Symphorien Champier, de cet homme extraordinaire, tout a
la fois poete, soldat, magistral, chevalier, medecin des princes, agrege aplusieurs
Universites, theologien, historien, bolaniste, echangeaut le silence de son cabinet
contre le tumulte des camps, la robe et le bonnet de docteur centre le corselet et
le heaume, la plume contre 1 epee ; ferraillant a la journee d Agnadel ; gagnant
ses eperons a la bataille de Marignan ; arme chevalier en plein champ de bataille
par le due de Lorraine, agrege triomphalement a la celebre Universite de Pavie ;
connu et recherche de tous les savants de son temps, des rois, des princes, des
prelats ; s egarant dans une foule de productions completement etrangeres a la
profession, mais revenant sans cesse, comme malgre lui, vers 1 art peonien,
comme il appelle la medecine ; ne tout bonnement dans la bourgeoisie, mais sans
cesse preoccupe de parchemins genealogiques, achetant a bons deniers comptants
la seigneurie de La Faverge pour pouvoir se dire seigneur terrier, se substituant
d une maniere regrettable au nom et aux armes de la noble maison de Cbampier,
en Dauphine, usant de mensonge flagrant pour s enter sur la maison illustre des
Campege.
C est a 1 admirable livre de M. Allut qu il faut recourir pour connaitre a fond
toutes les oeuvres de ce medecin, qui atteignent le nombre cent, lesquelles se re-
commandent par leur grande rarete, sont toutes remarquables par le luxe et 1 ele-
gance de leur execution typograpbique, par la beaute du papier, par les magni-
fiques capitales ornees, et les gravures sur bois qu on y a prodiguees, en un mot,
[Jar la reunion d une foule de details qui font de ces vieux livres d admirables
specimens de Tart encore a son berceau ; sans compter qu ils sont generalement
baptises d un litre original, cxcellente enseigne pour le succes d un livre : La
nef des Princes et des batailles de noblesse; la nef des Dames vertueuses;
DICT. ENC. XV. 8
114 CHAMPIGNONS.
Rosa Gallica; Clysterium Campi; tcs Lunettes des Cyrurgiens; le Myroueldes
Cyrurgiens; Preciosa Margarita; Symphoma Gakno; et Hippocratis; Sym-
phonia Platonis cum Arislotele, et Galeni cum Hippocrate, etc.
Symphorien Champier, qui etait ne vers la fin de 1 annee 1471, a Saint-Sym-
phorien-le-Chatel, gros bourg du Lyonnais, aujourd hui Saint-Symphorien-sur-
Coisne, mourut, tres-probablement, en 1557. Son pere, Claude Champier, etait
un bourgeois no I able de ce lieu ; sa mere etait une Marguerite Girard. De sa
femme, Marguerite Terrail, il eut deux fils, nommes Antoine et Claude.
A. C.
CHAMPIGXEIJLLE (EAU MiKERALE DE). Cette source, connue aussi sous le
iiorn d eau de CROCZILLE, emerge dans le departement de 1 Yonne, dans 1 arron-
dissement de Joigny, dans la commune de Champigneulle. L eau de cette source
contient du fer et snrtout du manganese, au dire des membres du conseil d hv-
giene et de salubrite de Joigny; M. Henry (Ossian), qui en fit 1 analyse en 1855,
ne trouva dans cette eau que des traces insignifiantes de fer et des traces douteuses
de manganese. Confiante dans les resultats obtenus par le chef de son laboratoire
sur 1 eau ou les depots de la source transported, 1 Academic de medecine n a point
autorise 1 exploitation de la source de Champigneulle. Les medecins, et surtout
les habitants de la co ntrce, n en persistent pas moins a trouver a cette eau mine-
rale une vertu analeptique et reconstituante qu elle montre, cbaque annee, sur
les buveurs qui viennent lui demander la guerison de troubles fonctionnels de
1 estomac, consecutifs a 1 existence d une anemie profonde ou d une chlorose an-
cienne et confirmee. A R
BIBLIOGRAPHIE. HsxHt (Ossian). Analyse chimique de I eau de la source de Champi
gneulle (Yonne). In Bull, de I Acad. imp. de medecine, t. XXII, p. 505 et Rapport sur lean
d une source decouverte a Champigneulle. In Revue bibliographique des Annales de la
Societe d hydrologie medicate de Paris, annee 1857-58, p. 18 de la Revue bibliographique.
A. R,
(? campi champs, production champetre ?) en latin fungus
(0707705, eponge *), d ou le synonyme FUNGI NES, qu avec la plupart des auteurs
nous emploierons quelquefois comme synonyme de S ARC ODES pour designer les
champignons qui offrentun corps charnu, spongieux, c est-a-dire compose de fila
ments tubuleux, diversement contextes pour constituer un corps ou une mem
brane, en opposition avec les A-SARCODES qui sont exclusivement composes de
filaments libres et non contextes. En grec, M0x- fis , pux- fl ro; , d ou la terminaison
mycetes S1 sou vent,... trop souvent employee; d ou Mycologie, la science des
champignons et mycologues ceux qui la cultivent, etc. ; enfin, MYCOIDES* que
nous emploierons pour designer des groupes voisins (CHYTRIDES *, FERBEMTS*, MYXO-
MYCETES*, etc.) longtemps confondus avec les champignons vrais qui, munis
d un mycelium, pourraient, par opposition, etre appeles MYCELIOM YCETE?.
* Dans le cours de cet article nous ecrirons : en italique, les litres de nos parao-raphes les
litres des ouvrages cites, etc., et les noins latins ; en lettres ordinaires, inaisespac6es
les traits caractenstiques sur lesquels nous voulons appeler 1 attention du lecteur en ita-
liques espa cees les termes speciaux et nouveaux de la langue mycologique et quand nou
1 avons cru ulile, avec 1 apposition 00 indiquant les paragraphes ou ils sont definis en
PETITES CAPITALES les noins de genre ou de tamille des champignons (mais en italique leurs
noms latins). Enlin nous marquerons d uii asterisque * ceux qui out des articles speciaux dans
ce Dictionnaire encyclopcdiquc des sciences medicates,
CHAMPIGNONS.
1. Definition et carat^ristiquc du champignon. Je voudraisd aboi d don-
ner au lecteur une idee sommaire du champignon, et lui dire, par exemple le
champignon est une plante vivant sans chlorophylle, inhabile a separer et
a s approprier le carbone de 1 acide carbonique de 1 air, reclierchant 1 ombre plutot
quela lumiere, pouvant naitre, prosperer et fructifier en pleine nuit ; ayant comme
les aniraaux absolument besoin d emprunter tout ou partie de son alimentation
aux combinaisons tertiaires deja formees par les organismes vivants et de 1 oxygene
a 1 air- ambiant, exhalant de 1 acide carbonique, souvent de 1 hydrogene libre ou
oxyde (eau) ; et dont les principes constituants, pauvres en caibone, sont tres-
riches en azote et en combinaison quaternaire, par suite dont les tissus, s ils sont
frais, sont pour les animaux uri aliment presque aussi ricbe, et aussi reparateur
que la viande, et s ils sont pourris, ont toutes les horribles exhalaisons des charo-
gneset sont pour les vegetaux un excellent fumier. Mais par cette caracleristique,
je detniis le premier trait de ma definition ! Ce n est plus une plante, car tons ces
atlributs sont destructifs de 1 idee de vegetal !
Dirais-je done : le champignon est un animal immobile et passif, sans
ombre de systeme nerveux, ayant comme element anatomique la cellule creuse du
vegetal constitute par la cellulose, et pompant sa nourriture par osmose au moyen
d un fin chevelu (mycelium) qui penetre le substratum nourricier sur lequel il
est fiche, avec du sucre (ou autres composes organiques tertiaires) faisant de 1 al-
bumine (ou autres composes quaternaires azotes) ; se reproduisant par des spores
issues d un ensemble d appareils tres-voisins de ceux des Algues (je ne nomine pas
les LICHENS qui ont perdu leur individuality et ne paraissent plus aujourd hui etre
que des appareils complexes et monstrueux d exploitation parasitaire de certaines
Algues par certains Champignons !). La seconde definition est done egalement des
tructive de sa base ! Un tel etre ne saurait etre un animal.
Quelles sont done ces innombrables formes vivantes.que nous ne pouvons appeler
ni animates ni vegetales, et qui, avec un organisme de vegetal, semblent se nonrrir
et respirer comme les animaux ? Ge sont les CHAMPIGNONS ! ce sont les devorants
et les destructeurs de la matiere organique dont la creation est la meilleure carac-
teristique, physiologique et chimique, du regne vegetal. Si done on leur applique
1 adage du gourmet, de si haute portee en histoire naturelle : Dis-moi ce que tu
manges, je te dirai qui tu es, la seule reponse qu ils puissent faire Nous
mangeons les vivants et les morts, tout ce qui vitou a vecu, les ferait membres
du regne animal, d ou les proscrrvent pourtant et 1 anatomie et 1 adage linneeu
Animalia... sentiunt, mais dont les rapprochc singulierement la chimie et
jusqu a un certain point la physiologic. Et a ce sujet j attirerai 1 attention sur une
bnllante faculte qui ne se rencontre que chez les animaux et chez les champignons
et jamais, queje sache, chez les vegetaux : celle d emettre de la lumiere (3129) !
Ainsi ni vegetaux, ni animaux, mais champignons! Voici la seule conclusion
provisoire qui me paraisse repondre aux fails aujourd hui connus.
^2. Voila les etres etranges dont j entreprends de faire connaitre 1 histoire de
decrire les organismes, de reveler les activites et de classer les series des formes
Comme toutes descriptions anatomiques et morphologiques, surtout privees de
figures, la premiere et la cinquieme partie ( 8-91, 204), seront necessairement
severes; elles doivent etre etudiees plntot que lues.
Mais comme dedommagement, quel grand interet me semble presenter la se
conde, la partie physiologique, et pour le biologiste et pour le plnlosophe 2 (92-1 58)
Suivredans les insidieux developments deleur debut ces debiles et lormidables
116 CHAMPIGNONS.
destructeurs, et surtoutceuxd entreeux qui s attaquent aux vivants, les voir s ni-
sinuer chez un hote sansl.iisser trace d effraction, pousser eu tous sens leurs ton
gues et invisibles villosites, penetrer, intiltrer 1 organisme de leur malheureux
amphitryon, grandir avec lui, le sucer en silence, 1 emacier, steriliser ses amours
et dans le nid predispose pour en recevoir les legitimes fruits, etablir, murir les
innombrables prolifications de son parasitisme ! G est 1 histoire fort affaiblie des
USTILAGINES et de maints autres parasites.
Reconnoitre ensuite chez ces etres ephemeres une prolification si multipliee,
et en outre si variee dans ses formes qu il en est qui ont des ovules pour le
temps present et d autres pour le temps a venir, qu ils en ont pour etre charries
par les vents pendant les temps sees , et d autres munis de nageoires pour les
temps de pluie! Et pourtant beaucoup de ces etres dont la lignee est deja si
assuree, sont encore premunis contre la mort prematuree : ils ne peuvent vivre
qu abreuves derosee, penetres d humides vapours; mais, desseches, momifies pen
dant des anneesjils revivent aussitotquel eauleur est rendue; et aussi jeunes qu a
1 heure ou leur vie a ete interrompue, ils reprennent et continuent le cycle de leur
existence ! Et non-seulement ces organisations privilegiees realisenl ainsi le gra-
cieux conte de la belle au bois dormant, mais encore, par un autre don aussi
feerique, celui reve par les pythagoriciens, ils semblent mourir dans une forme,
pour se reveiller dans une autre, qui s efface a son tour pour se modeler en
une troisieme et quelquefois en une quatrieme ! Et toutes ces formes sont fecon-
des, fecondes a profusion ! Et ces formes passageres sont souvent si eloignees les
unes des autres, que chacune etait regardee, il y a peu d annees, comme specimen
d un genre , ou d une famille oud un ordre, et meme occupait souvent les deux
extremites de la serie dans laquelle on avait range les formes que Ton croyait les
especes du monde mycologique, quand elles n en etaient que les transformations
successives. Malgre 1 immobilite apparente de ces redoutables parasites si profon-
dement attaches a leur proie , on verra une seule descendance vivre, sous des
formes diverses, d abord sur un arbuste, puis sur un gramen, et (comme pour
derouter 1 observation) changer a la fois de figure, d aliment et d habitat, et, par
attribut divin, etre en meme temps un et plusieurs ! Enfin chez ceux des champi
gnons dont on a surpris les amours, on a pu assister aux embrassements, aux
copulations , aux peregrinations du zoosperme en quete de 1 ovule vierge, a leur
penetration et a la constitution de 1 ovule feconde. Si une histoire aussi pleine de
rnerveilles ne suffit a exciter, par simple curiosite, le desir de penetrer dansce
monde mysterieux, quecesoit au moins par souci de notre salut, car 1 homme n a
pas aujourd hui d ennemis plus redoutables que ces infmiments petits. Ceux dont
j entreprends 1 histoire, ne respectent rien : ils devorent nos conserves alimentaires
et pharmaceutiques, nos serviteurs des deux regnes,et nous-memes. Amesurequela
science progresse, le microscope les retrouve de plus en plus comme causes de nos
maladies ou de celles de nos plantes et de nos animaux domestiques. Or, apprendre
a connaitre son ennemi, c est se preparer a le vaincre. J espere meme montrer a
mon lecteur qu il ne serait pas impossible de reduire quelquefois cet ennemi au
role de serviteur, ce qui serait le comble de la victoire.
5. Plan et divisions. Quelle que soil, parmi les vivants, la place que Ton
veuille faire aux champignons, comme tout ce qui a vie, ils naissent, se nourris-
sent, se developpent, se reproduisent et meurent, bien que generalement ils par-
courent ce cycle latal plus vite que les autres organismes. Ils ont done des appareils
de nutrition (Mycelium), de reproduction (spores et annexes), et le plus sou-
CHAMPIGNONS. 117
vent un corps portant et mettant en rapport 1 organe de nutrition avec les appa-
reils de reproduction ; ce corps prend le nom general de receptacle (porteur de
fruit?, disent les Allemands). De la le plan de ce travail, qui devra comprendre tous
les champignons, c est-a-dire, non-seulement ceuxauxquelsl usage vulgaire aim-
pose ce nom, mais tous les etres auxquels convient la definition du 1, et qui
les envisagera aux divers points de vue :
\
I. Etude STATIQUE deleurs FORMES et de celles de leur organe, et organo-
ge nie (p. 118);
II. Etude DYNAMIQUE de leurs FONCTIONS (nutrition, developpement, re
productions, poly- ou me ta-morphisme, germination), (p. 147).
III. De leur ROLE DANS LA NATURE (p. 174);
IV. De leur COMPOSITION CHIMIQUE, de leurs PROPRIETES et de leurs
USAGES (p. 174);
V. Leur TAXONOMIE on CLASSIFICATION (p. 191);
(Voir pour plus de details, les tables p. 217).
4. Langage. Avant d aborder la mycologie, qu on nous permette quelques
observations sur son langage. Les lecteurs de cet ouvrage sont trop familiarises
avec les sciences pour qu il soil besoin de demontrer la necessite de noms nou-
veaux pour les fails nouveaux dont la cryplogamie abonde. Us savent que person-
nifier par des denominations appropriees les conceptions ou fails generaux qui resu-
menl nos connaissances est vine des conditions essentielles de notre savoir et de
sa transmission. Mais il faut avouer que Ton s y est pris bien malheureusement
pour satisfaire a cette necessite.
Des causes de deux ordres ont fait anarchique et barbare le langage scientifique.
Lesunes, aujourd hui plus multipliees pour la mycologie que pour laplnpartdenos
autres connaissances, resultent de la presqne simultaneite des fails decouverts ct
consequemment denommes par plusieurs observateurs souvent de pays differenls ;
plus souvent encore la similitude ou meme 1 identite de deux fails ou groupes
de fails n a ete apergue qu apres que chacun d eux avait recu une appellation, de
la encore une desastreuse surabondance.
5. Mais une autre cause, et plus generale, a fait desagreable la langue des
savants et notamment celle des medecins et des naturalistes : c est 1 ignorance ou
le malencontreux dedain des lois qui ont spontanement preside a la formation
des idiomes ; c est notammenl d avoir inlrodnit au milieu des sons si parfaitement
harmonises dela langue populaire les sons rebarbatifs empruntes tout crus aux
vocabulaires des langues mortes dont nous ne connaissons plus les lois phoneti-
ques, et en nous abstenant bien, ou par pedanterie ou par fausse science, d en
amortir la rudesse, d en reslreindre la longueur, et de leur appliquer les lois
d adoucissement et d abreviation spontanement creees par le gout public.
J admire trop le genie des Hellenes pour ne pas regretter qu on ait donne a nos
oreilles modernes et franchises une si facbeuse et trompeuse idee de leur harmo-
nieux langage par la funeste manie de parler grec ; et quel grec que celui auquel
nous appliquons notre arbitraire prononcialion en francjais, et toutes ces termi-
naisons en ique, et tous ces mots odieux, rocailleuxet longs d une toise: palho-
gnomonique,idiopathique,phthisique, hepatomacrosie (Jaccoud), etc. ooutantde
consonnes et d fe, eld ?/, aussi antipathiijues a 1 optique qu al acoustique frangaise,
vont gatanlde plus en plus 1 eupbonie de la langue populaire. Au moins, puisque
le mal est fait, que le pli en est pris, au moins faut-il s efforcer d en attenncr les
H8 CHAMPIGNONS.
funostes effets, qui sont cle rebuter des I abord les commenpants, attires par le su-
jet, mais repousses par le langage, aussi herisse, aussi effarouchant pour 1 osil
qiie pour 1 oreille, aussi ecrasant pour la memoire.
6. II faut, suivant le mode populaire si regulier dans ses precedes aujourd hui
connus et si euphonique dans ses resuliats, s efforcer d adoucir ces cacophonies et
surtout d elaguer ou de contracter les syllabes t econdaires, suivant d ailleurs
1 exemple timidement donne par quelques botanistes, qui se hasardent a ecrire mo-
nocotyle au lieu de monocotyledone, et de quelques raedecins, trop pen suivis, qui
ont ose phtisie, diagnose, etc.; et en mycologie le docteur Quelet qui dit
hymenie au lieu de hymenomycetes de Fries, etc. Nous oserons qnelquetbis
imiter ces exemples : nous dirons, Baside s, Ascide s, Clinides, Coniodes
pour Basidiomycetes ou Basidiospores, Ascomycetes ou Thecaspores (ascus =
9-flxvj), Cliniomycetes ou Clinospores, Coniomycetes, etc. ; et, quand nous hasarde-
rons un neologisme, notamment un de ces mots composes si precieux, en histoire
naturelle tant qu un son facheux n est pas la monnaie dont on paye la precision,
nous n hesiterons pas a elaguer les syllabes secondaires, et a substituer une ter-
minaison francaise a une etrangere : au lieu d ecrire hymenium basidiospore,
hymenium ascispore, etc.,ou basidio-hymenium, asco-hymenium pour dire un hy
menium compose de basides,oud asces, nous dirons basymene, ascymene, etc.
Nous esperons qu on nous pardonnera des neologismes aussi faciles, que d ailleurs
nous nous permettons fort rarement, et qui donnent beaucoup de precision au\
diagnoses. Nous recommandons encore, a propos de ces neologismes et des mots
composes, les notes des 28 et 70.
I. Etude STATIQUE des FORMES des organes, et organocje nie.
7. Sous-division des MYCOIDES*. Bevenons aux trois appareils indiques au
3 : mycelium, receptacle, organes de reproduction. Si ces trois appareils sont
distincts sur la plupart des Champignons, ils vont s eflacant ou se confondant
dans les derniers groupes. D abord chez la plupart des coniomycetes ou CONIODES*
(/.ovis, poussiere), 1 appareil intermediaire ou receptacle, portant les corps
reproducteurs (spores) et les mettant en rapport avec 1 appareil de nutrition
(mycelium) , a disparu ou a cesse d etre nettement appreciable ; les spores paraisseut
reposer directement sur le mycelium non change. Cependant, comme cet organe
intermediaire, receptacle ou simple porteur, quelquefois fortpeu distinct du myce
lium, n est evidemment qu un accessoire, la nature des Champignons chez lesquels
il disparait n en saurait etre radicalement modifiee ; elle les laisse sans contesta
tion dans le groupe des Champignons proprement dits.
8. Mais il n en est plus de nieme quand manque 1 appareil special de nutrition, le
mycelium : c est la un organe primordial autant par son importance physio-
logique qne par son ordre d apparition. Nous verrons en effet que la premiere ma
nifestation vitale d une spore de vrai champignon germant estde s epandreen longs
filaments constituant justement le mycelium ; cette germination commence par
une petite tumeur, puis un petit sac herniaire qui se developpe sur un point de la
paroi de la spore, enfin s allonge en un tube long et flexueux, ayant a peine i/200
de millimetre de diametre, plein d un liquide plus ou moms limpide, incolore,
souvent granuleux, ton jours depourvu de chlorophylle : c est le protoplasma.
Si ce premier developpement a lieu sur uu substratum capable de fournir les
substances alibilesappropriees, ce tube va se cloisonnant, se ramifiant et constitue
un riche mycelium qui, apres un developpement sulfisant et dans la saison favo-
CHAMPIGNONS. 119
rahle, produit enfin, soil directement (en apparence), chez les CONIODES, soit par
] inlorni( .diaire d un porteur plus ou moins complexe, chez les FUNGJNES et les
NEMATES, les corps reproducteurs on spores. Voila, degage de toute complication,
le mode devolution qui caracterise le groupe des Champignons proprement
dits ou Myceliomycetes .
9. On voit par cette esquisse 1 importance du mycelium, premiere forme du
champignon et, le plus souvent, le constituant tout entier pendant la plus longue
partie de sa vie. Aussi la plupart des mycologues sont aujourd hui d accord pour
en faire la caracteristique du vrai champignon et pour releguer, dans des groupes
voisins, les etres mycoides qui manquent de mycelium. On pent diviser ces etres
ambigus en deux groupes fort differents : le premier () parait se placer entre les
Algueset les Champignons; le second (6), qui semble etre la plus simple et peut-
etre la premiere manifestation de la substance vivante, se place entre les animaux
(amibes, infusoires) et les champignons.
10. . Les especes du premier groupe, qui comprennent surtout les libres spo-
rules des divers ferments (Hormiscum Kutz ou Cryptococcus Kutz), confondues
par beaucoup d auteurs avec le genre Torula, ayant des chapelets de spores por-
tees sur des filaments myceliens, se rapprochent beaucoup des Champignons pro
prement dits, en ce qu elles ont comme eux lenr protoplasma toujours enclos de
parois cellulo-membraneuses ; mais elles s en separent en ce que la nutrition et
1 accroissement ne se font plus par I intermediaire d un mycelium : c est la spore
elle-meme, isolee, qui extrait, separe les sues nutritifs de son substratum neces-
sairement liquide et les elabore pour pourvoir a sa multiplication, soit par bour-
geonnement, comme dans la levure de biere (mode plutotpropreaux Champignons),
soit par divisions ou scissions comme chez les Ghytides (mode plus frequent chez
les Algues).
11. 6. Les especes du second groupe s eloignent bien plus des Champignons,
puisque, des le principe et pendant tout le temps de leur nutrition et de leur
accroissement, le protoplasma, qui sort nu de la spore, reste tel et constitue une
masse muqueuse ou spumeuse, libre de toute enveloppe sarcodique, mobile,
tantot penetrant, imbibant son substratum nourricier, tantot en exsudant, puis
ambulant sur sa surface, selon le mode des Amibes, et peregrinant meme sur
les corps voisins, enfm se fixant, s agglomerant et, pour ainsi dire, se cristallisant
en innombrables spores arrondies et arrangees selon les modes specifiques les
plus divers : c est le groupe si curieux des MYXOMYCETES (pw?, morve), qui sera
etudie a part (voy. ce mot).
12. Mycelium. L importance du mycelium ressort de ces considerations,
puisque sa presence est la meilleure caracteristique du groupe entier des Champi
gnons proprement dits. Mais de plus, c est dans ce mycelium que reside au plus
haut point I mdividualite du champignon. En effet, disent MM. V. Tieghem et
Le Monnier : Depuis que les travaux modernes ont demontre le polymorphisms
desappareils reproducteurs, tout le mondeadmetla necessited une revision de la
classe entiere des Champignons. Aujourd hui, une espece ne peut etre consideree
comme connue que si on a decouvert tons les appareils que son mycelium est
capable de produire sans cesser d etre identique a lui-meme, et si on a determine
1 ordre suivant lequel ces appareils se succedent ou alternent dans le cycle de la
vegetation de la plante. Et plus loin, pour completer leur pensee, les auteurs
ajoutent : Le mycelium d un champignon, c est-a-dire son appareil vegetatif, se
conserve toujours identique a lui-meme, et il repriisente 1 unite de la plante
CHAMPIGNONS.
au milieu de la vnriete des appareils reproducteurs qu il pent produire et
porter, etc.
Nous^croyons cependant qu en posant cette borne a la variation, les savants
eurs ont ele encore trop restrictifs; car, dans les generations alternates les plus
teschez lesquelles le substratum lui-meme est change (g 119), ce n est evi-
iemment point le meme mycelium qui continue la plante, et nous ne croyons pas
quonaitjamais montre 1 identite du mycelium produisant Posidoma sur Juni-
perus et la phase suivante Rcestelia sur le Poirier. C est la une continuite qui n a
plus pour lien que la spore. Si Ton s en tenait rigoureusement a la caracteristique
espece de M. V. Tieghem, Posidoma et Rcestelia ne seraient pas des phases
de la meme espece, mais deux especes a descendance enchainee et alternee C est
illeurs une vue qu - il ne faudrait peut-etre pas rejeter trop vite, et qu il y aurait
heu d adopter si on decouvrait, dans chaque forme de generations alternantes une
veritable fructification, resultat d une fecondation sexuelle. Mais un tel pheno-
rnene n a pas encore ete signale, et beaucoup le regardent comme contradictoire
tradictoire a ce que nous savons ou a nos a priori, ce qui ne veut pas dire
mposs.be). Quoi qu ,1 en soit, ces digressions memes montrentbien Importance
mycelium, pu.sque, cette base manquant, nos idees et notre langage se trou-
Etudwns done d abord ses formes etses fonctions
i. ^Le mycelium est, dit-on, 1 appareil vegetatif toutentier r c est la plante
-meme sans ses fleurs et ses fruits ; c est 1 organisme charge d afcorber d em
* d elaborer, au moins en partie, les elements de nutrition que fournit
itum. Je remarquerai quecet appareil vegetatif des Champignons est
Qtier enfonce dans son substratum, c esU-dire ertierement soustrait a
fluencedela lumiere qui parait lui etre plutot defavorable. Quelle diffe
rence avec 1 appareil vegetatif des plantes qui ne sauraient se passer d elle sans
penr !
15. Nous avons dit (g 8) que le mycelium est la premiere formation de la spore
germant : il se developpe eri longs filaments tubuleux, tres-fms, plus ou moins
rameux, presque toujours blancs, mais quelquefois teintes, soit en iaune, soil en
orange pale ou vif, soit en rouge, soit enfin en noir. Nous croyons que c est tou-
la membrane enveloppante qui est coloree, et non le protoplasma, qui est a
ve^tel JaUnatre> FeSqUe inCOl re 6t ne ren erme J amais de granulations
16. Quoi qu il en soit, ces filaments peuvent revetir des formes tres-diverses :
istent espaces, entremeles, semblables a des filaments d ouate on
: mycelium floconneux ou byssoide. Quelquefois ils se "rou-
r fi "es r eTdr s *^^ ^ h fom. e^S
tant, ont une couche corticale plutot blancL ourygirpharrmmrn Sefet
un centre medu leux distinct, compose de tubules paralleles du m^cMumvrl
cest le mycelium fibreux (rhizomorphe, etc.) que 1 on rencontre
les especes determinees, mais souvent fort eloignees les unes des autres par
exemple, dans les Phallus, dans les Clathrus, mais aussi dans plus Lurs SLv
Dans d autres circonstances, qui paraissent tenir quelquefois a
fois aux circonstances du developpement, les fik myceliens
s etendent en membranes plus ou moins longues, plus ou moins resistan s e
CHAMPIGNONS. 121
le mycelium membraneux. Plusieurs ont depuis longtemps attireTattention
par leurs dimensions remarquables. On en a decrit comnie types specifiques sous
les noms de Racodium (R. cellare Pers.), d JEthalium, Xylostroma, Myco-
derma, etc.
17. Quelquefois, chez les AGARICINES les plus parfaits (AMANITES ct pcul-
etre LEPIOTES), le mycelium, ou une partie du mycelium, se pelotonne en mie
masse toujours floconneuse ou filamenteuse et cellulaire (ce qui la distingue des
sclerotes ci-apres etudiees), au sein de laquelle le receptacle se developpe par difl e-
renciation de tissus (sans donte par substitution), tandis que la peripherie, non
modifiee, maisbientotdistendue par 1 accroissement central, constitue la volve on
le velum universel (41-45).
18. Sderotium. Cependant ce mycelium normalement floconneux, au pins
fibrilleux, pent aussi s enchevetrer, se tasser, se serrer, puis se fondre en une
masse charnue dont on ne connait pas bien encore 1 anatomie in time, mais ou
on ne retrouve pas Felement histologique des Champignons, la cellule allongeepu
filament. Quoi qu il en soit, ces petits tubercules s appellent sclerotes (sclero-
tium, 1 ergot du seigle est une sclerote). Beauconp de ces sclerotes ont ete long-
temps prises pour des especes. C est un mycologue francais, letrop modeste doc-
teur Leveille, qui le premier a montre que ce n etait la qu une forme, qu une phase
transitoire del organe de nutrition, c est-a-dire dn mycelium, etat qui n est pas
sans analogic avec les tubercules de notre Parmentiere ou du Topinambour. Fries
a decrit environ soixante formes distinctes de sclerotes.
Nous dirons seulement, pour qu on puisse decrire une sclerote, que M. de Bary
les range en sept groupes, suivant les details anatomiques de Fe corce et du paren-
chyme : 1 ecorce est lisse ou verruqueuse, ou sillonnee, ou labyrinthee: elle est
celluleuse, vacuolee ou compacte, etc., etc. ; le parenchyme est gelatineux ou
charnu, ou medulleux, ou farineux, avec ou sans vacuoles plus ou moins grandes,
remplies soit d air, soit de liquide plus ou moins limpideou granuleux, etc. etc. ;
en outre, 1 ecorce et le parenchyme offrent des consistances et des couleurs tres-
diverses et ordinairement caracteristiques. Mais le trait physiologique, general ct
typique de la sclerote, c est d etre un organe conservateur de la vie latente du
mycete qui 1 a produite, pouvant traverser les saisons de froid ou de secheresse
impropre a la vie d un champignon, et retrouver son activite vitale, revetir les
formes qui sont propres a son parfait epanouissement dans les saisons favorables,
souvent eloignees de neuf a onze mois de 1 epoque de sa lethargie.
19. La singuliere faculte de se ramasser en sclerote n est pas la caracteristique
d une famille, non plus que dans les phanerogames la propriete de former des
tubercules; elle se rencontre dans les groupes les plus eloignes par leurs autivs
caracteres. Ainsi on trouve des sclerotes dans les MUCEDINES : Polyactis cinerea
Berk. Botrytis erythropus Lev. ; dans ies CLAVARIES : Typhula erytliropus Fr.,
Ty. lactea Tul., Ty. gyrans Fr., Ty. phacorhiza Fr., Pistillaria micans Fr.,
Clavaria complanata Tod., Cl. scutellata, Cl. minor Lev. ; dans les AGARICINES:
Ay. (Naucoria) arvalis Fr., Ag. (Collibia) racemosus P., Ay., (Collibia) tube-
rosus Bull., Ag. (Collibia) fusipes Bull., Ag. (Collibia) cirrhatus Sch., Ag. (Vol-
varia) volvaceus Bull., Coprinus stercorarius Bull.; dans les POLYPORES : Poly-
por us tuber aster Jacq. ; dans les GASTROBASIDES : Tulostoma brwnale Fr. ; dans
les PEZIZES : Peziza Candollana Lev., P. Fuckeliana, P. sclerotiorum Lib., P.
Curregana Berk, P. ciborioides Fr., P. tuberosa Bull. ; dans les SPIIERONEMES :
Vermicularia minor Fr. et Tul.; dans les SPHERIACES : Claviceps purpurea, Cl.
122 CHAMPIGNONS.
microcephala, GLnigrieansful. et Roze, Cl. pusillaCes., Hypomyces armenia-
ceus Till., Xylaria bulbosaP.; mais un grand nombre sans doute nous sont en
core iriconnnes.
20. Dure e du mycelium. Cette duree est peu connue et parait fort variable.
Souvent le mycelium ne produit qu une seule fructification et meurt, comme la
volve et son fin chevelu chez les Amanites, ou an moins ne fructifie que pendant
une seule saison : Puccinice graminis, etc. ; d autres au contraire out une durue
indeterminee, ou qui, par leur accroissemeut souterrain, semble telle ; alors, chaque
annee, pendant leur saison d election, on les relrouve aux memes lieux taut que le
substratum est nourricier, ainsi qu il arrive pour le champignon de couche (Ag.
campestris) generalement recolte avant la maturation des spores nouvelles. II est
pourtant peu probable que ce soit reellement le meme mycelium; ce sont plul6t
les rameaux adventifs qu il developpe chaque annee; et comme ce develop-
pement est souvent centrifuge, il en resulte que les tiges fructiferes, qui pour
1 observation exterieure et superficielle constituent tout le champignon, affectent
souvent des formes circulaires a rayon toujours progressif, par exemple Maras-
mius oreades, Hydnum repandum L., truft es (Quelet), etc.
21 . Le mycelium de plusieurs champignons a paru etre reviviscent : Leveille a
observe la reviviscence sur un mycelium conserve plusieurs annees dans son hev-
bier. Le blanc de champignon, que les jardiniers vetident pour la propagation de
Ag. campestris (Psaliote pratelle), parait souvent enlierement desseche, et il a
pu, assure-t-on, etre conserve ainsi pendant douze ans, Cl. Tollard dit meme vingl
ans (Cordier), et reprendre vie avec la meme vigueur que le mycelium frais.
Enfin plusieurs sclerotes, et entre autres 1 ergot, paraissent parfaitement
sees et cependant out pu reprendre leur activite vitale et leur evolution.
Avouons pourtant que ces phenomenes ont ete tres-superficiellement etudies,
qu aucun experimentateur scientifique n a constate qu un mycelium vraiment
desseche, ne contenant plus de protoplasma liquide, ait repris vie; ce sont
des etudes a poursuivre. Les sclerotes conservent leur aptitude a reprendre la vie
active pendant un temps qui a ete trouve variant de quelques mois a deux amices.
II est rare que cette activite puisse s eveiller des la formation du tubercule, meme
place dans un milieu favorable; le plus souvent cette puissance doit demeurer dans
cet etat lethargique plusieurs mois, souvent durant les mois de 1 hiver; alors elle
se reveille au printemps : c est au moins ce qui arrive pour Claviceps (ergot) et
pour plusieurs autres. Nous completerons ( 153 et 136) ce qui a trait aux ac
tions mecauiques et chimiques du mycelium sur son substratum.
22. Receptacle. Au point de vue de 1 aspect, le receptacle semble le plus
souvent etre le corps meme du champignon, car c est la seule partie du corps ap
preciable, le mycelium etant ordinairement immerge dans le sein du corps nourri
cier. Au point de vue physiologique, le receptacle est 1 organe fructifere, portant
et nourrissant les organes de reproduction. Au point de vue anatomique et mor-
phologique : ou Men c est un simple fil libre, plus ou moins dresse tu
fa uleux (vvjpa-a-ro;, til), a peine visible a 1 oeil nu, et j appellerai NEMATES le
groupe de champignons, generalement compose de moisissures, qui n ont pas
d autres receptacles pour leurs spores 1 ; ou bien les receptacles sont: lsoil
1 Nous ne savons pourquoi il est passe en usage chez quelques mycologistes, de Bary par
exemple, de donner a la racine uf/j, hyphe ou tissu, le sens de filament, et, par exemple,
d appeler hyphomycetes les champignons represented par de simples ills tubuleux, libres, non
enchevetres, bien que v^ se dise seulement d un tissu et jamais d un fil isole, de sorte que
CHAMPIGNONS. 125
un compose de cellules contextees (contextce) en un tissu rtalu en mem
brane, et on dit ces champignons membraneux, et la membrane generatrice
des spores hymenium ou hymene; 2 soil un disque mince (iv/.o$, palet,
disiiue), d ou les discomycetes des auteurs; 3 soit un disque, un coussin
plus ou moins epais , quelquefois eleve et meme rameux , et portant sur sa
face superieure ou dans sa couche superficielle les organes de fructifi
cation; on appelle alors ce receptacle stroma (orp&ipa, coussin, matelas sui-
lequel on se couche) , et on pouira dire stromates les champignons portant
leurs spores et cellules fecondes sur un tel receptacle ; mais j appellerai A-SAR-
CODES (sans chair) ceux qui sont sans aucun receptacle contexte; 4 et gene-
ralement tous les champignons a receptacle contexte en une masse plus ou moins
spongieuse-, celluleuse (charnue, coriace, tubereuse oumeme ligneuse), de forme,
detaille, de volume, depoids, tres-variables seront compris,-soit sous 1 ancien nom
general de FUNG INKS (fungus, champignon ayant un corps charnu, de 0-^0770;,
eponge) soit sous celui de SARCODES, en opposition avec les ASARCODES qui n ont
pas de receptacle contexte et qui comprennent : ! ceux dont les spores sont por-
tees sur de simples fils plus ou moins dresses et distincts du mycelium ou les
NEMATES; 2 et ceux qui n ont plus aucun receptacle distinct et dont les spores
comme une poussiere (xovi;, euj) reposent directement sur un mycelium couche
sur le substratum et plus ou moins distinct, ou les CONIDIACES (noi:s prenons ce
groupe dans un sens beaucoup plus restreint que les Coniomycetes des auteurs).
23. En outre, le receptacle, etant 1 intermediaire entre le mycelium et les or
ganes de reproduction, contracte des rapports non moins importants et non
moins variables avec les corps reproducteurs et leurs annexes, dont il est succes-
sivement 1 origine, le nourricier, le porteur, et le plus souvent le protecteur. Ce
sont ces formes et ces rapports, bases de la classification, qu il faut passer rapi-
dement en revue, ne signalant pourtant que les formes principales.
24. a. Receptacles ne mate s, c est-a-dire composes de filaments tubuleux
manifestes, isoles ou facilement isolables. Dans sa forme typique la plus elemen-
taire, ce receptacle est forme par une cellule allongee, tubuleuse, continuant le
mycelium, mais s en distingunnt : d abord par son extremite libre, productrice
d une ou de plusieurs spores ou cellules meres de spores, ensuite le plus souvent
parun port different, par une direction speciale ordinairement redressee, et dans
une longueur bien superieure aux diametres de leurs spores, enfin par quelque
autre caractere distinctif d insertion et de persistance, d arrangement, de cloison-
nement, de ramification, de diametre ou de couleur, etc. Alors non-seulement est
manifeste la nature capillaire du receptacle, mais la structure peut en etre faci
lement etudiee. Le receptacle nemate producleur de fruits peut etre un fil tubu
leux, isole, piliforme, dresse, atteignant d ordinaire un ou plusieurs millimetres
de hauteur, quelquefois plusieurs centimetres; il est : ou continu, comme
dans Aspergillus, Peronospora, Rhodocephalus, ou cloisonne (septe), comme
dans Penicillium, Botrytis; il peut etre couche, comme dans Aremonium, Zygo-
hyphomycetes devrait se dire exclusivement des champignons a receptacle contexte, tandis
que les mycologistes qui emploient cette expression s en servent pour les champignons
presque exclusivement composes de filament libre. C est une erreur de langage qu il est
encore temps de rectifier; et puisqu on a voulu parier grec, au moins faut-il le faire le plus
correctement possible. Deja Fries, qui se servait de cette expression, 1 a abandonnee. Nous
suivrons cet exomple, et reprenant une expression de Persoon, nous dirons NEMATKS au lieu
de Hypltomycetes.
124 CHAMPIGNONS.
desmus, etc. II pent encore etre simple comme dans Aspergillus briarea, ou bien
rameux comme dans Peronospora.
25. Cette ramure founiit des caracteres tres-nombreux, suivant qu elle est di-
oii trichotome, ou verticillee, ou alternee, ou fasciculee, ou fastigiee, ou irregu-
liere ; suivant qu elle est une ou plusieurs fois repetee ; suivant le mode d evoln-
tion, 1 ordre successif d apparition ( 85-86), et aussi suivant le mode de termi-
naison du Ironc principal et des rameaux ; suivant leur direction, leur ecartement
et surtout suivant les points d emergence des spores et les caracteres de ces
points sporophores, etc., etc., tous traits specifiques et d autant meilleurs que ce
sont eux qni commandent le port, c est-a-dire 1 aspect d ensemble du Nemate.
Ce i-eceptacle filanienteux presentera encore des caracteres de couleur : il y en
aura de blancs , d hyalins, de pellucides, comme en general chez les MUCEDIKES*
de noirs comme cliez les SCLEROTRICHES, de jaunes ou de rouges (jamais
verts) ; d ailleurs on se gardera de confondre les couleurs des spores, souvent
tres-speciales, avic celles du receptacle capille. Nous verrons enfin (g 104-125)
que ces formes nematees des receptacles ne sont souvent que des formes d une
premiere existence qui eu prepare une seconde.
26. 6. Gependant les fds tubuleux, producteurs de spores, peuvent etre cou
ches ou tres-courts, et dissimules par la rapide production d innombrables spores
arrondies, caduques, tombees, reposant eparses sur le mycelium ou sur son stra
tum nourricier; alors le receptacle ou porteur filamenteux manque ou parait
manquer, et le champignon ne trahit plus guere sa presence, meme sous une
forte loupe, que par un amas d ovuies libres, plus ou moins ramassees enun nid
bientot ouvert, tandis qu a 1 oeil nu ils n offrent qu une poussiere impalpable, de
la le nom de champignons-poussiere (Conidiac6 S et CONIODES) donne a ce pre
mier groupe (comprenant ceux des Coniomycetes des auteurs decidement sans fil
porteur appreciable), p. 208.
_ 27. D autre part il arrive chez les Nemates que le filament porteur, au lieu
d etre isole dans toute sa longueur, peut vers sa base s associer a d autr es fils et
constituer un tronc compose d un assemblage de fils parallels, simplement
adnexes (quelquefois adnes vers la base), plus ou moins compacts, avec ou sans
fine enveloppe corticale vers le pied, mais dont la composition tubulo-capil-
lairerestebien manifeste, et les tubules facilement separables et encore separe^
epanouis en gerbe au haul; ce receptacle deja substipite sera encore nemat]
ou au moms nematolde- mais, des que les tubules capillaires seront ou en-
chevetres ou adnexes du haul en bas et formeront un seul corps reconvert d-=s
spores oudeleurs cellules meres, le receptacle de.viendraunsfroma. Cependant
on pourra dire un stroma ne mate, si cette base est le stratum d ou s eievsnt
des formes nemates.
28. 7 . Receptacles contextes (contexti), FUNGINES ou SARCODES, c est-a-
dire composes de capillaires enlaces; car 1 element anatomique constant de ces
masses charnues ou subereuses qui constituent les gros champignons parait etre
toujours le filament tubuleux diversement ramifie et entre-croise.
Cependant dans certains groupes (Lactaires et Russules, et notamment cliez E
virescens), le receptacle adulfe ne presente plus guere qu un amas d utricules
(utriculus, petite outre), ou polyedriques, ou meme arrondies (R. virescens) ad-
nexees et plus ou moins reliees par quelques filaments rameux; mais d apres
M. de Bary, qui nomme celte chair utriculaire pseudo-parenchyme (pourquoi
pseudo?), cet etat est toujours seconclaire et resulte de la segmentation des fila-
CHAMPIGNONS. 25
mtnts tubuleux. Nous appellerons ce tissu utriculatre, et, quand les deux
elements sont meles, contexto-utriculaire *.
29. Canaj lactiferes. Cependant un grand nombre (sinontous) de ces cham
pions a receptacle utriculaire, presentent un fait anatomique que je dois an
moins signaler, c est la presence, au milieu de leur tissu utriculaire, de canaux
tres-nombreux, surtout sous-hymeniaux, dans lesquels circule une humeur le plus
souvent laiteuse ou opaline, epaisse ou sereuse, etc. ; ces canaux sont longs,
fluxueux, rameux, turgides chez les LACTAIRES*, et laissent sortir, quand on les
rompt, un bit abondant 2 . Corda avail deja signale (icones fung . , t. IV, f. 159)
des canaux lactiferes chez Russ. fetens P. var. lacliflua ( est-cc une variete,
n est-ce pas plutot 1 etat normal?) et cliez R. consobrina Fr. Depuis M. Boudier a
decouvertel figure (Des champs, 1866, pi. II, f. 4) ces memes conduits chez
Russule emetique , mais plus courts, plus rares, simples, et ne renfermant sans
doute qu un latex peu abondant, sereux, et par suite non manifestement laiteux.
EtavantluiM. de Seynes (1863), a trouve des canaux succiferes qu il signale
comme plus commodes a etudier, chez Fistulina buglosso ides , et dont il donne
en effet de beaux dessins (Ess. d j une flore myc. PI. I, fig. 4).
Outre ces champignons a receptacle utriculaire, il y a encore des AGARICINES a
receptacle plutot fibreux, les Mycenes, qui sont aussi lactifluents, et les Hy-
grophores, aquifluents, mais nous ne savons rien de leur anatomie.
50. Quoi qu il en soit des varietes de leur tissu, les receptacles, suivant la base
que Ton adopte , peuvent se classer en plusieurs groupes tres-differents, et fort
utilises pour la taxonomie.
1 Au point de vue de la forme exterieure, les receptacles sont :
A. minces et membraneux : papyraces ou dermatoides, soit etendus et bien eta-
les sur leur substratum (MERULES), soit plus circonscrits ert disques, quelquefois
releves en cupule (PEZIZES), ou diversement contournes (HELVELLES). En outre,
ces receptacles membraneux ou disco ides sont, soit direclement appliques sur leur
stratum, c est-a-dire sessiles, soit stipites ;
B. etendus en plateau le plus souvent renverses , dont 1 epaisseur est deja
notable, mais bien moindre que les deux autres dimensions. Ces plateaux sont ega-
lement ou sessiles ou le plus souvent stipites; ou de formes diverses : meplats,
discoides, excipules (en soucoupe) ou diversement contournes, tres-souvenl en pa-
rapluie plus ou moins ouvert (AMANITES, COPRINS, etc.) ; quelquefois en entonnoir
(CLITOCYBES) ; quelquefois meme treillages (CLATHRUS) ;
C. ramasses en masse arrondie ou pulvinee (en coussin) ou hepatiforme ; nous
avons deja vu ( 27) qu on leur donne souvent le nom de stroma, mais exclusive-
1 On rcraarquera que, pour exprimer les nuances si utiles a determiner dans 1 histoire
naturelle descriptive, un moyen precieux est offert par les mots composes de deux noms ou
de deux adjectifs toujours susceplibles de deux formes (a moins que 1 euphonie ne s y op
pose), suivant 1 ordre adopte; par exemple, on peut dire contexto-utriculaire et utriculo-con-
texte. Or il convient de ne pas ecrire arbitrairement 1 un ou 1 autre; et comme il entre
dans le genie de toutes les langues qui peuvent modifier 1 ordre des mots, dans la phrase, de
niettre en dernier le principal, il faudra dire, par exemple, dans le cas present : utriculo-
contexte, quand 1 element filament 1 emportera sur 1 utricule, comme chez beaucoup de
lactaires ou au contraire contexto-utriculaire, quand 1 element utriculaire 1 empor-
tera comme chez Russula virescens . Si tous les naturalistes, a 1 exemple deM. Guillard dans
son inflorescence, adoptaient un usage si conlorme au genie du langage, ils augmenteraie
sino-ulierement leurs ressoures sans surcliarger la memoire.
2 L analyse microscopique de ces canaux est rendue plus facile en mettaul dans
ou en faisanl bouillir des tranches les specimens a etudier.
126 CHAMPIGNONS.
ment quand ils portent superficiellement leurs organes de fructification : soil
des peritheques ou des pseudo-peritheques (ou periclines g 55 et 85) s ouvrant a
la surface ; soit, sur cette surface elle-meme, des clinides ; ces deux dernieres spo-
rifications le plus souvent precurseurs des peritheques (g 82). Quelquefois ces re
ceptacles pulvines s allongent en haul pour se terminer en une masse elliptique
ou claviforme, ou bien en rameaux et ramuscules arrondis ou lamines.
Gependant ces receptaclesplusoumoinsramasses.se divisent en deux groupcs
tres-distincts, suivant que leur fructification est exterieuremenl exposee avant sa
maturite, ou reste interieure (g 56) ; dans le premier cas on peut les regarder
comme vraimenl massifs, tandis que dans le second ils sont creux ou creuses en
divers compartiments pour loger dans leur ventre (gaster) les corps reproduc-
teurs ; on peut alors avec les auteurs appeler ces champignons en general gaste-
romycetes, etleur enveloppe pericarpe.
31. 2 Au point de vue de la consistance, les receptacles sont : celluleux,
soit friables comme chez les MYXOMYCETES, soit charnus et utriculaires, mais encore
sees et cassants comme chez les RUSSULES et LACTAIRES ; ou charnus , pulpeux,
deprimables, ecrasables, comme chez les BOI,ETS ; ou, au contraire, fermes et re-
sistants comme chez les TRUFFES ; ou bien ils sont fibro-charnns : soit fissiles ou
cassants comme chez les AG. TRICHOLOMA, ou mous et fissiles comme chez FISTULINA;
ou fibro-celluleux mous et fragiles comme chez les COPRINS, les HYGROPHORES ; ou
fissiles etresistants comme chez les CANTARELLES; ou gelatineux comme chez Bulga
ria et les TREMBLINGS, ou tenaces comme chez les LENZITES ; erifm ou subereux,
ou cartilagineux, ou comes, ou ligneux, comme chez la majorite des POLYPORES,
des DEDALES.
32. 3 Les autres proprietes organoleptiques ; odeurs, saveurs, cou-
leurs, ne sont guere susceptibles de generalites, ce qui est d autant plus regret
table que le plus souvent elles sont tres-speciales et fournissent , a ceux qui les
ont une fois appreciees, des traits au moins specifiques importants. Mais, jusqu a
ce jour, notre impuissance a exprimer avec quelque precision soit par le langage,
soit autrement, nos impressions olfactives ou gustatives, ne nous permet pas de
tirer un grand profit de ces caracteres fugitifs ; cependant, en attendant que la
taxonomie de ces sensations nous permetle une plus exacte determination , on
devra les rendre, tant bien que mal, d apres les expressions en usage (Voyez art.
AGARICINES*, p. 127). Les couleurs peuvent au contraire etre fixees par la peinlure
et exprimees par le langage du a M. Chevreul (Voy. Agaricines, p. i26 et art.
COULEUR) (Voy. aussi g 60 et 132).
33. 4 Au point de vue de leur connexion avec le mycelium dont ils
tiennent leur origine, ces receptacles ou les pericarpes qui en tiennent lieu sont
en rapport, soit immediat avec le mycelium encore filamentaux sur lequel ils repo-
sent, soil medial par 1 intermediaire d un organe de sustentation.
a. Dans le premier cas de rapport immediat, ce rapport a lieu : soit par toute
la surface externe du receptacle, face my celiale opposee a la face hymenale
ou fructifere) comme dans bon nombre de receptacles membraneux appliques, ou
de receptacles sphero ides hypoges (Hysterangium, Melanoyaster, etc.); ou bien
par une partie cireonscrite de cette surface (ordinairement celle sur laquelle repose
le fungus), dite base absorb ante si cette. surface est etendue et aplatie,
sinon Idle.
j3. Dans le second cas, de rappdrt medial, la connexion s etablit par Un
support intermediate entre le receptacle proprement dit et le mycelium. Get or-
CHAMPIGNONS. 127
j-ane prend le nom de stipe (stipes, tronc), quand il est en forme de colonne, de
subicule (subiculus, petit coussin), et dans le meme sens stroma, employe
iiotamment pour le disque supportant certains petits receptacles qui deviennent
peu a peu des peritheques ou des periclines (82 et 85) membraneux ou
crustaces, c est-a-dire plutot des organes considered comme annexes de la fructi
fication que comme des receptacles ; et alors c est le stroma charnu ( 53) qui
peut etre pris pour levrai receptacle, comme nous 1 avons admis ( 30 ). Ainsi se
confondent, dans certains cas, le support et le receptacle supporte; ainsi s ex-
pliquent la confusion ou tombent des auteurs et le double sens qu ils donnent
au stroma, le prenant tantot comme receptacle, tantot comme support. Pour
nous, nous appellerons exclusivement subicule une base pulvinee ou discoide
portant un vrai receptacle cbarnu ou subereux, et nous reserverons le nom de
stroma pour le cas contraire deja determine ( 50 C.) Cependant il arrive quelque-
fois que la base stromateuse sur laquelle reposent les organes de la fructification
quels qu ils soient, n est ni le tissu propre du champignon meritant le nom de
stroma, ni eel ui du seul substratum nourricier, mais le resultat d une fusion,
d une penetration de celui-ci par celui-la, formant un tissu d un caractere mixte :
ondit alors pseudo-strome.
54. 5 Au point de vue du rapport des receptacles avec les organes de re
production qu ils developpent, portent, prolegent et nourrissent, ces receptacles
se divisent en deux grandes categories qui servent puissamment a la classification,
et surtout a la determination des grands groupes, a savoir : 1 ceux qui portent
1 ensemble de leurs organes reproducteurs (hymenium, cellules meres et spores)
3.1 exterieur, soit des le principe, comme les clavaires, soit de tres-bonne
heure, et avant la maturite, comme la plupart des AGARICINES (RUSSULE,
Ac. TRICHOLOME, etc.), et des PEZIZES ; soit un peu avant cette maturite (Co-
PRINS, etc.), on les appellera ectogenes (SXTOJ, en dehors, 751105, generation);
2 ceux qui, jusqu au dela de la maturite complete, portent leurs organes de re
productions enclos dans leur sein (gaster) et a cause de cela sont dits endogenes
(Gasteromycetes, etc.. des auteurs).
55. Cependant les receptacles ectogenes et ceux endogenes ont recu des noms
particuliers suivant que les spores qu ils produisent sont attachees au sommet
des cellules meres clinides ou basides % 68 et 70, ou sont lib res d attache,
mais incluses dans les cellules meres dites alors asces ou theques ( 56).
Les champignons qui offrent la premiere disposition s appellent I!ASIDIOSPORES ou
plus simplement BASIDES, et ceux qui offrent la seconde the caspores ou asci-
spore s et plus simplement ASCIDES. Ges deux grandes divisions, sur lesquelles
nous aurons souvent a revenir, etant posees, voyons ce que devient le receptacle
en chacune.
A. Chez les receptacles ectogenes baside s, le receptacle porteur de basic! es
prend, des qu il devient charnu et abstraction faite de ses formes variees, le norr.
general d hyme nophore : car, quoique toute couche membraneusede cellules
meres ait re?u le nom d^ hymenium, il est passe en usage d attribuer principa-
lemeut ce nom a la membrane fructilere qui produit les basides ; de la le nom
A hyme nomycetes donnd par Fries au grand et important groupe de cham
pignons ainsi constitue, ou celui plus court, plus commode et plus elegant d hy-
Ine nie s adopt< par le docteur Quelet (voy. aussi 68 et 69). Nous eussions
prefere BASYMENIES, indiquant prdcisemeiit les porteurs d un hymenium forme de
basides, en opposition avec ASCYMENIES pour designer ceux ayant un hymeiiium 1
128 CHAMPIGNONS.
compose d Asces (Pezizes, etc.). Quaiid 1 hymenophore a la forme d uu dis jue
soutenu par 1111 stipe, ordinairement central, et tapisse en dessous par I liymt:-
nium, il prend le nom de ckapeau (pileus}.
B. Chez les receptacles ectogenes thecaspore s, le receptacle porteur des llie-
ques ou asces, et meritant le nom d AscvMENiE, a souvent une forme de disque
diversement contourne ; de la le nom de discomycetes, ou plus precisement
de Discotheques.
56. a. Chez les receptacles endogenes basides ou GASTEROBASIDES, le recep
tacle, plus ou moins regulierement spheroidal, est au dehors constamment forme
par une enveloppe exterieure, membraneuse, appelee peridium, constitute
le plus souvent, sinon toujours, par plusieurs couches concentriques, et entoure
d un conlenu, ou unique appele gle ba, et mieux basiglebe (glebe basidee), ou
compose de petils spheroides secondaires munis de leur enveloppe propre, laquelle
je designerai exclusivement sous le nom de pe ridiole, tandis que 1 enve.
loppe generate conserve le nom de peridium, de la celui de per idles donne a
ce groupe par M. Quelet.
6. Enfin chez les receptacles endogenes thecaspores, que Ton pent appeler legi-
timement GASTEROTHEQUES, le receptacle est forme ordinairement d une masse
compacte essentiellement charnue ou cornee, creusee de lacunes dans lesquelles
sont loges les organes de la fructification.
Dans les cas assez rares ou ces Gasterotheques ont une enveloppe distincte,
elle est charnue, crustacee, indehiscente, et si distincte du peridium membraneux
des endogenes basides ou gaste robaside s, dans sa forme comme dans ses origines
(5U), qu il nous parait, avec le docteur Quelet, que la meme denomination ne
saurait etre appliquee aux deux groupes. Aussi, conservant le nom de peridium
exclusivement aux gasterobasides, nous adopterons celui de cortex (ecorce)
donne par Yittadini a 1 enveloppe des gaste rotheques , cortex qui n est au fond
qu un receptacle charnu et cupule, diversement replie et chiffonne. Cette origine
est surtout manifeste dans le genre Genea.
57. 5 Enfin un dernier point de vue est celui de Yorganogenie ou du
de veloppement, de I ordre d apparition et de maturation des receptacles et de
leurs annexes, et des analogies anatomiques qui en resultent. Biea que de consi
deration tres-nouvelle, cet ordre d apparition doit nous arreter un instant, a cause
de son importance a venir : en lui reside ce qu on pourra appeler 1 anatomie phi-
losophique des champignons.
a. Chez les Agaricine s, cette evolution se poursuit, suivant les groupes, en
des sens tres-differents :
A. Chez les uns, elle est nettement centrifuge ou peripherique, a peupres
comme chez les vegetaux cotyledones ; et aussi de has en haul, du mycelium au
stipe, du stipe au chapeau, n peupres comme chez un arbre qui ajoutede jeunes
rameaux a la peripherie de ses branches ; ainsi des filaments nouveaux, s epanouis-
sant du stipe a la peripherie du chapeau, vont augmentant incessamment le rayon
de ce dernier : ce stipe lui-meme commence par etre une petite tumeur arrondie,
surmonlee d un tout petit corps lenticulaire, a peine appreciable, qui sera le clia-
[n. au ; aussi le stipe reste longtemps obese, tumefie de sue alimentaire, servant
a developper le volume et a augmenter le nombre des filaments de 1 hymeno.
phore. Nous appellerons exvolute ce mode de developpement centrifuge et a
decouvert; c est celui generalement observe chez les AGARICINES dits Gymno-
carpes (a fruit nu (ppoj), non voile) et plus precisement dans les groupes sui-
CHAMPIGNONS. 129
vauts: CLITOCVBE, MYCGNA, OMPHALIA, PLEUROTES, et aussi chez ICSTELEPHORES,
PAXILLUS, GOJIPHIDIUS, LACTARIUS, RUSSULA, CANTHARELLUS, NYCTALIS, MARASMIUS,
LENTIINUS, PANUS ; chez beaucoup de COLLYBIA (C. Driophylus tuberosus, -
cirrhatus, etc.) ; cependant, d apres les dessins de H. Hoffman, Collybia veluti-
pes, et C. fusipes ne seraient pas purement centrifuges mais aussi Galycarpes.
38. B. Chez les autres, que, par opposition, il faut appeler Agaricine s-
voiles ou calycarpes (*a>u calice, enveloppe) ; le developpement, au lieu
d etre peripberique, est endopherique : uue petite masse spheroidale, charnue,
homogene en apparence, est d abord produite par le mycelium, puis peu a peu
des differenciations interieures de nuance, de consistance, se produiseut
a part et esquissent ce qui sera les lames, le cbapeau ; puis , de bas en haul, le
stipe se dessine et vient comme s implanter sous le chapeau , le tout restant en-
toure et enclos par une couche epaisse de tissu blanc qui sera le velum uni-
versel de Fries. Avec Bonorden nous appelons involute ce mode de develop
pement par 1 interieur, et nous dirons qu il a lieu par diffe renciation des
tissus; cependant, par rapport aux voiles, il presente deux varietes :
a. Si une pellicule separative s est formee sur le chapeau, 1 enveloppe gene-
rale ne restera pas concretee avec la face superieure du chapeau, et on aura la
volva ou membraneuse ou pulverulente des AMANITES, des VOLVARTES, des Co-
PRINS, qui ne conserve des connexions indissolubles qu avec le pied du
stipe, alors le plus souvent bulbeux ou subbulbeux ;
b. Si la pellicule separative ne se constitue pas sur le chapeau, alors le voile
se concrete avec la surface du chapeau, et on a le voile universel des LEPIOTES,
des Psaliota, des Armillaria, des Pholiota, des Hypholoma (voy. AGARIC et
CHROMOSPOREES), dont le chapeau ne s affranchit que par rapture successive
des filaments. Gependant les observations ne sont pas assez completes, ou sont
encore trop contradictoires pour decider a quel groupe de formation, par accrois-
sement peripherique ou par ditferenciation interieure, appartiennent les Ac. TRI-
CHOLOMES, les CORTINAIRES, les HYGF.opHORES, les BoLBiTES et plusieurs autres.
59. D ailleurs, le procede de formation des tissus speciaux (Hymenium, etc. ),
par differentiation, modification d un tissu anterieur qui se trouve dans 1 evolu-
tiou de tous les etres vivants, est a fortiori commun aux Gymnocarpes comme aux
Calycarpes ; mais il se presente dans ces derniers comme moyen presque exclusif
de donner la forme aux parties. Par cette differenciation des tissus sont comme
sculptes dans la masse uniforme les organes et les formes du jeune fungus ; tandis
(jue, dans la vegetation centrifuge et a decouvert, ce sont les additions et
les poussees successives des filaments, nouveauxou accrus, qui viennent se grou
per les uns aupres des autres, de maniere a esquisser les traits specifiques du
champignon.
Oulre cet ordre d apparition des organes par differentiation successive, il
ya un ordre de developpement et de maturation, generalement de bas en haul,
et centrifuge pour le chapeau. Gependant dans certains Coprins (G. comatus,
C. micaceus, etc.), la maturite des spores (appreciable par la coloration) com
mence par la marge, elle est centripete. Elle parait simultanee dans C. fimenta-
rius, dans Ag. campestris, Ag. prcecox, etc.
40. Nous venous de dire tres-succmctement les evolutions anatomiques consta-
tees de visit; cependant il resterait a relier ces fails, ces formes successives, par
unetheorie genurale d evolution, comme les botanistes 1 ont fait en montrant la
feuille et lu bourgeon generateur de tous les organes de la plante. Nous ne
DIM. KC. XV. 9
150 CHAMPIGNONS.
M.II imcs pas^ encore capablcs d uuc tcllu syntbese en mycologie. Les Agaricines
voiles se pretent pourtant a quelques vues theoriques qui ne sont pas sans interet
et meme sans application pour la subordination des caracteres. Les auteurs, il est
vrai, ne sont pas Lien d accord sur les origines et les affmites et les differences in-
times de la volve, du velum universe! et des voiles hymeniaux inferieurs et supe-
rieurs des Agaricines.
41. Bonorden regarde la volve des Amanites, des Volvaries et sans doute des
Coprins comme une dependance du mycelium. A la verite, on peut trouver que
cette declaration a un air de banalite, puisque c est du mycelium qu est sorti tout
le champignon et d abord la petite masse spheroide, debut de tous les caly.
carpes. La volve, qui fait partie des champignons, est done aussi fille du myce
lium; mais il est admissible et meme vraisemblable, malgre 1 opposition de De
Bary, que la differentiation qui change les diverses portions des tissus interieurs,
y sculpte les organes successifs, sans toucher notablement a la superticie, qui
reste emanation primordiale du mycelium. Quant au velum inferieur, il est
mamfestement la continuation des filaments exterieurs du stipe, qui v ont se
contmuer et se perdre dans la cuticule du chapeau, entourant ainsi tout le
champignon comme un peridium. Mais il n en est plus de meme pour le velum
supe rieur de la face hymeniale, dont les fibres rayonnantes, concentriques et un
pen ascendantes a partir du bord du chapeau, vont se joindre dans la rainure
entre les lames et le stipe.
42. Une tin-one devolution que realisent les genres Tulostoma, Battarrea et
tout le groupe des PODAXINES*, que Payer a entrevue, et que mes recher-
ches organogeniques me conduisent a proposer, parait rendre compte de tous les
fails observes. Si 1 on admet, en effet, que dans tous les Agaricines voiles
la volve et le velum partiel (ou hymenial) soient les representants d un double pe
ridium concentrique d une gastero-basidee, enveloppant la gleba (lames ethyme-
nium) et 1 hymenophore (chair du chapeau), et que le stipe soit une colonne de
sustentation qui s est d abord developpee isolement entre les deux peridiums,
en reunissant alors tous les faits, on sera amene a concevoir comme il suit la
naissance et le developpement d un Agaricine voile.
43. Dans le principe, une petite tumeur ovoide s est developpee sur le myce
lium. Gette petite tumeur myceliale possede deja, au moins en puissance, ses
deux peridiums (resultant peut-etre des influences physiques et chimiques de 1 at-
mosphere). Ges premices incontestables etantposees, qu on imagine maintenaiU
que ce qui se voit chez Tulostome se passe ici : au-dessus du point d insertion de
la tumeur sur le mycelium, entre les deux peridiums, la ou afflue le protoplasma,
nait, dans 1 epaisseur du pe ridium externe ou sur sa face interne, un
petit lubercule basique qui, entrant bientot en connexion avec le peridium in
terne, lui transmet les sues nutritifs qu il recoil du mycelium. Le peridium
interne ainsi alimente, muni de sue, developpe a la face profonde de sa calotte su-
perieure la masse charnue qui sera le chapeau (1 hymenophore), et commence a
ebaucher 1 hymenium lui-meme, tandis que 1 hemisphere inferieure de ce meme
peridium interne, poussee de bas en haul par le rapide accroissement du tuber -
cule basique se developpant en une colonne centrale de sustentation ou stipes,
vient s appliquer conlme une membrane sur la face inferieure de 1 hymenophorej
coiffant la tele du stipe : celui-ci pressant plus particulierement le centre de cette
membrane, I amincit, la perce et contracte des adherences avec le centre etriiyme-
uophore lui-meme. Par le fait de ces connexions nouvelles, les sues nourriciers
CHAMPIGNONS. 131
changent de voie et arrivent a 1 liymcnophore dircctement par le stipe. Cc doit etre
a partir de ce moment que, dans 1 Agaricine naissant, le developpement s opere
en rayonnant et symetriquement au stipe qui apporteles matenaux d organisation,
et que 1 evolution, jusque-la centripete, devient centrifuge, tandis que les voiles
qui ne sont plus conducteurs des sues nourriciers vont se dessechant.
44. II resulte de ce developpement que 1 hymenophore ou chapeau n est autre
chose que la calotte superieure du peridium interne, agrandie et epaissie ; que
le stipe est un tubercule ne du peridium externe ; que ces deux developpe-
ments centripetes, marchanten sens inverse, se rencontrent et entrent en con-
ionction a travers le segment inferieur du peridium interne, perce a son centre
par la poussee de la tete du stipe. (Peut-etre doit-on voir la une conjonction
copulatrice?) II resultera encore de cette conception que le peridium interne ou
velum (velum partiale Fr.) sera toujours en continuite avec le chapeau et surtout
avec sa cuticule qu il a contribue a former ; que le peridium externe ou velum
universel sera toujours en continuite avec le pied du stipe (developpement du tu
bercule basique) forme par lui et dans son epaisseur; que chez 1 Agaricine voile
adulte, les fibres du velum (partiel) en continuite avec la peripherie du chapeau
iront s inserant au fond de Izrainure qui existe entre la naissance cenlrale des
lames et la tele du stipe chez ces Agaricines voiles, puisque dans 1 origine elles
coiffaient cette tete, et qu on pourra souvent suivre encore leur trace au-dessus
de cette tete, comme il arrive chez les jeunes Amanites; que les connexions plus
ou moins tardives contractees entre la face inferieure du chapeau et la tele du
stipe pourront etre encore debiles, comme on 1 observe chez beaucoup de Caly-
carpes (Lep. procerus, Ag. campestris, etc., etc.); enfin que les tissus du stipe et
ceux de rhyaienophore, qui se sont developpes a part, seront le plus souvent fort dis-
semblables ou heterogenes , comme on le voit chez les calycarpes, tandis qu ils
sont homogenes et manifestement se continuant 1 un 1 autre chez les Gymno-
carpes types (Clitocybe, Cantharellus, etc. etc.).
45. Nous n insisterons pas sur beaucoup d autres consequences de cette theorie
devolution, qui nous parait tres-feconde. Elle explique un fort grand nombre de
fails : par exernple, la ibrme necessairement plus ou moins campanulee de tons
les Agaricines voiles, tandis qu un chapeau meplat ou infundibule des la jeunesse
est 1 indice certain d une tout autre organogenic, et notamment d un deveiop-
pement centrifuge et exterieur (exvoluti), etc., etc. De la 1 importance des etudes
embryogeniques chez les champignons, etudes a peine entamees jusqu ici.
Je ferai encore remarquer que, suivant les details de la nutrition, si le velum
universel (peridium externe) contracte ou plutot conserve des connexions avec la
surface superieure du peridium interne, on aura, sur la surface superieure du
chapeau, la fusion plus ou moins complete des deux peridiums, soit des deux
velums, et, par suite, une organisation comme celle des Lepiotes, ou encore
A Ag. campestris, vrai Lepiote a spores teintees, etc.; mais que, si une pellicule
separative se forme sur la surface superieure du peridium interne, c est-a-dire du
chapeau, les deux peridiums, et, par suite, les deux voiles (volva et velum
proprement dits) resteront distincts, et on aura 1 elegante famille des Ama
nites.
La theorie des velums mixtes (voy. AGARICINEES) sera facilement deduite de ces
considerations, sans que nous ayons besoin de nous arreter sur un sujettrop theo-
rique pour convenir a tous les lecteurs.
Nous allons maintenant passer rapidement en revue les developpements des
132 CHAMPIGNONS.
principales classes, qui tous se rapportent aux deux mcdes involuti et exvoluti
que nous venons d expliquer.
46. Les GASTEROMYCETES et plus precisement GASTEROBASIDES * comprennent
tous les fungines (a receptacle contexte) et enfermant dans leur interieur, jusqu a
la maturite et au dela, les organes de reproduction basidee formant une masse
dite gleba basidee ou basiglebe. Cette basiglebe reunie en une seule masse ou
divisee en plusieurs peridioles : de la la forme plus ou moins globuleuse du jeune
receptacle. Ces peridiums sont souvent sessiles (Bovista, etc.], souvent aussi stipi-
tes, soil par un stipe vrai, special, se developpant a part entre deux peridiums
dont nous avons deja parle (Tulostome, GyrophragmiumM.ontag., phalloides),
soit en dehors des peridiums (Secotium Kunz.), soil faisant suite a une colonne
de sustentation inteneure, support de la gleba (quelques Geaster, PODAXJNES),
soit enfin que Ton n observe qu un pseudo-stipe, court epaississement etprolonge-
ment du receptacle lui-meme (Lycoperdon, etc.). Cependant, des qu il est visible,
le Gasterobasidie n est qu un petit paquet blanc semblable a du mycelium feutre;
mais plus tard une ou plusieurs masses centrales, qui deviendront gleba, se
differ encient du pourtour qui deviendra peridium.
Le peridium est toujours compose de plusieurs couches conceiitriquesayantcha-
cune des proprietes speciales quijouentun grand role dans 1 evolution posterieure
et le groupement en families, genres et especes (voy. LYCOPERDACEES). C est ainsi
que les Geaster doivent leur faculte de s epanouir en etoile et leur propriete
hygrometrique a deux des six couches concentriques en lesquelles se divise leur
peridium.
47. Le developpement des PHALLOIDES n est pas sans analogic avec celui des
Agaricines voiles et stipites. Sur le mycelium en cordon apparaitun petit tubercule
charnu, groscommeun grain dechenevis, dont lesommetest surmonte d un peri
dium adherent continu avec sabase,etbieutotdistendu par une matiere gelatineuse.
Le petit tubercule se developpe : puis, sur les parties laterales de son sommet, se
dilferencie la gleba ; le corps s allonge en stipe, se vacuole, se fraye un passage a
travers la matiere gelatineuse, repousse et distend le peridium ; de plus les vacuoles
du stipe secretent des gaz (lesquels?) qui se compriment et dont 1 effort brisetout
a coup le peridium et distend le stipe avec bruit.
48. Les NIDULAIRES, petites urnes pleines de conceptacles lenticulaires, se deve-
loppent d abord comme un petit ovule ferme, villeux a sa surface : une coupe sui-
vant I axe-montre le contenu, un feutre gelatineux, dans le sein duquel se diffe-
rencient peu a peu les conceptacles, avec leur hile et le funiculum qui s y
insere chez les genres pourvus de ce petit organe ; bientot les parois superieures
s evasent, le tissu celluleux, puis membraneux, qui clot superieurement cet ele
gant petit vase, se dechire et laisse a decouvert les conceptacles, que le petit ressort
a boudin, dit funicule , projette dehors.
49. Les PEZIZES se developpent d abord en un petit tubercule calyciforme,
presque ferme a son sommet conique, mais qui, par le developpement plus rapide
de la face hymeniale et de ses theques, s ouvre et s epanouit peu a peu en une
cupule caracteristique de la famille.
50. Les TUBERACES, suivant nous les ASCYPOGES, etudies dans quelques types
encore peu compliques (Genea Vitt., G. pulchra, par exemple), apparaissent
clairement comme des cupules dont 1 epanouissement a ete empeche par les con
ditions de milieu ou elles se sont developpees; alors elles se sont chiffonnees,
recoque\illee$ eii tout sens, de sorte que leur face externe n est que la face iufe
CHAMPIGNONS. 135
rieure et myceliale de la cupnle, leurs sinus ou veines interieures, la face basy-
meniale, et le cortex ( 36 ) - - les parois memes de la cupule. Le D r Quelet a
done rapproche avec raison, sous 1 excellente denomination de CUPULES, les Gaste-
races hypoges ou ascypoges (Hypogees des auteurs) des autres Discotheques (Dis-
comycetes des auteurs).
51. Cependant, et abstraction faite des analogies anatomiques ci-dessus indi-
ques, les Ascypoges (Elaphomyces, Truffes, etc.) sont des fungines ayant des
receptacles tuberculeux irregulierement arrondis, et hypoges pendant toute la
duree de leur existence, par consequent se developpaut, constituant leurs sues,
leurs elements organiques, azotes ou non, etsouvent riches en arome, en dehors
de toute influence de la lumiere; et on avouera que c est un fait bien
eloigne de la nutrition vegetale. Ces receptacles sont formes au moins de deux
substances differentes :
1 Une couche externe ou cortex, mate, seche, dense, presque toujours
fort resistante, et, suivant les especes, chagrinee, verruqueuse, herissee, villeuse
OH portant des aiguillons, et plus rarement lisse ;
2 Vne couche interne, feutree, aeree, d abord blanchatre, au sein de laquelle
se developpent par differenciation des lacunes allongees et tapissees de tissu fructi-
fere plus serre, mat, souvent teinte diversement ; de la 1 aspect veine de la section
d une truffe : les veines noires sont les sillons, les replis que revet Fhymenium
gorge desucprotoplasmique, les veines blanches sont des couches de tissu aere, les
grises sont formees par le tissu hymenial et sous-hymenial.
52. Cependant la Truffe, dans son premier developpement, lorsqu elle n a
encore qu un millimetre de diametre, est formee d un petit feutre blanc de myce
lium, sous lequel on decouvre bientot ce que sera le cortex, formant deja une
coque assez epaisse ; cette coque n est pas completement fermee ; elle presente,
en effet, au centre d un r enforcement, un assez large pertuis, communiquant in-
terieurement avec une sorte de vestibule, ou viennent s embrancher les nom-
breux diverticulums aeriens, tapisses de la membrane ascymene, qui parcourent
en tous sens le tissu de la truffe ; mais ces lacunes, cette chambre a air vont
s obliterant avec la croissance des tissus, avec leur epaississement et leur multi
plication, tandis que le mycelium qui entourait le receptacle ne tarde pas lui-
meme a disparaitre de bonne heure.
53. Pyre nomycetes (xvpyv , noyau), ou nude.es (nucleus) du docteur Quelet,
comprenant les SPHERIACES et les SPHERONEMES (etMelanconiees?). Nous avonsdeja
parle du stroma,tantot subicule,.tantot receptacle ( 30, C 35 6), toujours forme
d une sorte de feutrage du mycelium, diversement tasse et indure, et sur lequel
ou dans la couche superficielle duquel se developpent par differenciation les peri-
theques et periclines avec leur contenu. Quelquefois cependant ces petits organes
reposent sur ou dans un tissu qui diflere peu du substratum nourricier; c est le
substratum dont le tissu infiltre de sue et de mycelium est plus ou moins moclifie,
et sert de receptacle aux organes de reproduction. On a donne a cette base le nom
de pseudo-strome ; dans ce stroma ou ce pseudo-strome sont immerges, comme
aulant de petits pepins, les periclines et peritheques, le plus souvent crustaces et
charbonnes, et sur lesquels nous reviendrons ( 82 et 83).
54. Organes de reproduction. Ces organes se composent :
A. Du corps reproducteur lui-meme ou SPORE, comprenant sous cette denomi
nation toutes cellules vivantes simples ou composees jouant le role de semence :
quelles que soient d ailleurs 1 origine et les proprietes secondaires de cette semi-
134 CHAMPIGNONS.
mile, elle a pour carnctc re specifique de reproduire, soit immediatement soit secon-
dairement, le mycelium geneiateur du champignon ;
B. Des organes accessories : , immediatement producteurs et porteurs de la
spore ; et 6, sustenteurs, protecteurs, accompagnateurs de ces organes (hyme-
niums, peridiole, sporanges, peritheques, etc.).
55. A. Spores. Le corps reproducteur, la graine, prend ici le nom de
spore. Ce nom special est legitime par les differences considerables qui existent
entre la graine et la spore pour la taille, pour la composition et pour le develop-
pement ulterieur. La graine, par exemple, est toujours relativement volumineuse,
et, quoique isolee, toujours appreciable au tact comme a la vue simple; la spore,
impalpable poussiere, invisible a 1 oeil nu si elle est isolee, est a peine percue sous
les plus fortes loupes et n est vraiment vue que sous le microscope; celle-la, d uue
composition complexe, renferme un embryon tout forme, vivant, qui presente
deja 1 un rudiment de tronc (tigelle), de rameau (plumule), de racine (radicule),
et 2 un aliment (endosperme ou son equivalent, les cotyledons charnus) pour
fournir au premier developpement de la plante ; celle-ci n offre aucun vestige
d embryon prcforme. Dans la germination, c est la tunique interne de la spore,
simple membrane pellucide, qui, faisant saillie a travers la tunique externe
(e pispore) rompue, se developpe en un long tube mycelien, et parait alors
remplir le role de rembryon, tandis que le contenu liquide de la spore serable
representer I endosperme de la graine, c est-a-dire etre un aliment preforms,
mais pent-etre deja vivant, en tout cas singulierement apte a 1 organisation, et
appele protoplasma. Enfin, pour resumer ce parallele, on a dit que la spore
etait un embryon en puissance, un embryon arrete dans sa premiere phase de de
veloppement, assimilation qui ne me parait admissible que pour les spores issues
de la fecondation ou oospores (g 93).
56. Cette comparaison donne une idee sommaire de la constitution de la spore.
Sa tunique externe, lisse ou chagrinee, ou herissee, ou ridee, ou reticulee, ou
costee, est ordinairement nue, mais quelquefois enrobee dans une couche gelati-
neuse. Cette enveloppe externe, tres-souvent plus ou moins coloree, surtout chez les
teleutospores (93) et les oospores ( 109), presente souvent sur un point de sa
surface le vestige oua/ncM/edupedicelappeles|ncwZe,rompu,ou seulement son
empreinte ou hile. Nous avons dit qu ilexiste une tunique interne : elle est fine,
pellucide, quelquefois a peine visible oumeme mapercue, quelquefois assez epaisse,
tendue, lisse, tandis que la tunique externe, qui semble parfois trop grande, se
phsse ainsi qu unmanteau (-^oc^-^o^ , d oule nom de chlamydospore donne
a cette disposition. La tunique interne, assez mal a propos nominee endospore,
presente parfois un ou plusieurs pores ou petits pertuis, peut-etre simples amincis-
sements, par lesquels commence en certains cas (mais non toujours) la poussee
du boyau germinatif ; alors on peut les appeler pores germinatifs. D autres fois le
pore correspond au hile on point d attache de la spore sur sa spicule.
57. Dans cette double enveloppe est contenu le protoplasma (vrai endospore),
matiere liquide ou semi-liquide, generalement bien translucide (quand Tepispore
permet de le constater), plus ou moins granuleuse, et, en outre, tenant tres-sou-
vent en suspension une ou plusieurs gouttelettes d huile, plus ou moins teintees en
Jaime et tres-refrangibles, quelquefois d une disposition constants caracteristique
de 1 espece.
58. Ainsi constitute, la spore peut affecter toutes les formes que comporle une
cellule vivante, depuis le spheroide parfait ou apicule, 1 ellipsoide pur ou reni-
CHAMPIGNONS. 135
forme, ovn ide on diversement arrondi, apprime, tronque on acumine a ses
extremites, enfin plus ou moins allonge, jusqu a la forme dc batonnet drnil on
courbe ,; quelquefois meme la spore a une forme angulaire plus ou moins polye-
drique, ou etoilee : mais ces dernieres formes sont, sans doute, le fait de la seulo
lunique externe, ainsi que les villosites, les aigrettes ou filaments qu on y rencontre
rarement. Enfin quelques spores, quoique tbecagenes (66), prcsentent des appen
dices pedunculiformesetranges (Sphceria coprophila), par lesquels elles paraissent
connne h xees dans 1 interieur de la theque! ( 89).
59. La spore est ; ou simple, c est-a-dire manifestement constitute d une seule
cellule a membrane continue sans organisation appreciable, ou composee de plu-
sieurs pieces soudees ensemble ; ou bien elle presente un ou plusieurs noyaux, mais
limitant toujours une seule cavite ; ou bien encore la cavite elle-meme est manifes
tement divisee en plusieurs compartiments, 2, 3, 4, rarement plus, par des cloi-
sons (spore septe e). Enfin la spore, quoique entouree d une tuniqne generate
(couche primaire de quelques auteurs) qui fait son unite apparente (aulrement
on n aurait que des spores agglomerees), peut etre decidement composee, si chaque
segment, paraissant separable, a conserve son autonomie, et si, par exemple, il
peut germer de son cote et fournir son mycelium ou plutot pramycelium($l&&).
Le volume de la spore n est pas moins variable que sa forme. II est le plus sou-
vent de quelques centiemes de millimetres (2 a 4) ; les diametres depassent rare
ment 4 a 5 centiemes, et rarement aussi sont au-dessous de 1/3 et meme 1/2 cen-
tieme.
60. Couleurs des spores en masse, vues a 1 oeil nu et consequemment a la lu-
miere reflechie. On peut dire que les spores revetent toules les couleurs que le
Inngage pent denommer et davantage ; mais ces nuances, souvent accusees fai-
blement (surtout pour le bleu et le vert), sont, presque toujours mates et le plus
souvent ternes ou rabattues, comme celles des oxydes metalliques. J ai note parti-
culierement les teintes suivantes :
1 Blanc, ou blanc legerement teinte de jaunatre ou d orange tres-dilue
(creme) ;
2 Rose, rarement fonce, bien plutot pale et plus ou moins terne, tirant sou-
vent sur 1 ocrace ,
3 Couleur de cannelle, de cuir, et presentant toutes les nuances de la rouille
de fer, depuis 1 ocre pale jusqu au rouge brique plus ou moins rabattu, enfin brun
jaunatre ou fauve ;
4 Rouge brun, et transitoirement (avant la maturite) rose brim ou brun, sou-
vent tres-fonct :, mais avec un fond pourpre ;
5 Brun ou noiratre (sans reflet pourpre) ou entierement noir.
Ces cinq groupes sont ceux etablis par Fries poursa division du genre AGARICUS*.
. Mais dans d autres groupes on rencontre en outre les teintes :
a. Vert sale ou rabattu (olive) , soit faible, soil fonce, mais toujours tres^rabattu ;
b. Bleuatre, faible et rabattu ;
c. Orange, souvent tres-vif et meme rouge orange; d
Ces couleurs sont importantes a constater, parce qu elles sont tres-constantes
dans les spores mures de meme espece et d un meme ordre de formation (car
nous allons voir que beaucoup d especes sont susceptibles de plusieurs sortes de
sporifications successives). II serait desirable que ces coulenrs fussent determinees
avec precision au moyen de la norme chromatique de M. Chevreul, malheureuse-
ment difficile a se procurer (voy. COULEUR). Quant t \ la couleur de la lumiere trans-
136 CHAMPIGNONS.
mise par la spore isolee vue au microscope, elle est encore plus difficile a de-
terminer ; nos notes et les renseignements generaux sont trop incomplets pour
etre utilises ici.
61 . Spores au point de vue de la dure e naturelle de leur faculte germinative.
11 est des spores qui sont aptes a germer seulement et aussitot apres leur separa
tion de la cellule mere, et qui sont incapables de supporter les temperatures des
saisons extremes, chaudes ou froides: je les appellerai spores e phe meres. II
en est d autres, au contraire, qui ne germent pas immediatemeut ; elles doi-
vent avoir un temps de repos, de lethaigie, plus ou moins long, et notamment
subir soil les secheresses de 1 ete, soit les froids de 1 hiver: je les dirai le thar-
yiques et hibernantes dans le cas particulier, et plus frequent, ou c est
1 hiver qu elles peuvent et doivent braver (on pourrait proposer estivantes
quand c est 1 ete). Nous verrons plus tard que les travaux recents tendent a ac-
corder une grande importance a ce caractere pbysiologique ; il est done necessaire
de pouvoir en designer les varietes sans periphrases.
62. Spores ambulantes. La plupart des spores sont immobiles, mais quelques-
unes sont mobiles dans 1 eau ; on les appelle zoospores. Le mouvement est
produit par deux cils vibratils anterieurs et divergents, soit naissant en un seul
point, mais se dirigeant en sens contraire, comme dans Peronospora infestans,
soit naissant aux deux extremites opposees de la spore. Cette organisation, si fre-
quente chez les algues, ne se rencontre guere dans les champignons que chez ceux
bien peu nombreux qui viveut dans 1 eau, comme chez les SAPROLEGNIES. Cepen-
dant c est encore une des formes de fructification de deux especes parasites nial-
heureusement trop communes, Cystopus et le Peronospora que nous venom do
nommer, le redoutable parasite de notre Parmentiere. Ces spores essentiellement
e phe meres, jouissant pendant un temps assez court du pouvoir locomoteur dans
1 eau ou dans une goutte de rosee, naissent par segmentation de 1 interieur d une
cellule mere ovoide ou sporange (g 90), qui, plongee dans 1 eau, s ouvre a son
sommet et laisse echapper 8 a \ zoospores ovales ou reniformes ou lenticulaircs,
a simple contour, avec une tache claire ou vacuole ; ces zoospores se meuvent
aussitot dans le liquide, puis au bout de quelques minutes se fixent, perdeiu
leurs cils, s entourent d une mince membrane (ou celle presque invisible qui les
enrobait devient plus manifeste), et elles germent comme une spore ephemere
ordinaire ( 61).
63. B. Organes immediatement producteurs et porteurs de spores. Apres
avoir decrit les spores en elles-memes, il faut dire comment elles naissent.
Gonstatons d abord qu au point de vue de leur situation, elles se produisent,
ou au moins se rencontrent dans quatre positions bien distinctes : , elles naissent
etrestent a 1 interieur de la cellule mere de laquelle elles precedent; 6, ou elles
sont, soit des 1 origin.e, soitde tres-bonne heure, exterieurement situecs. Dans le
premier cas, on les dit : spores endogenes, ou mieux endospores,
dans le second, spores exogenes, si on vent affirmer leur formation
d abord exterieure, ou plus prudemment exospores, si Ton veut seulement
constater la position, ou on les rencontre (g 36 et 89). Mais chacun de ces deux
types est lui-meme susceptible de deux situations : - - 7, les cellules-meres,
sur ou dans lesquelles se developpent les spores, sont terminales, ainsi
qu il arrive dans la grande majorite des cas; on les dit encore acrogenes
ou acrospores (xoo ? , sommet), particulierement quand elles sont en meme
temps terminales et exospores ; - - 5, elles occupent un point intermediaire dii
CHAMPIGNONS. 157
pnrcours des tubes myceliens feconds : on peut dire alors spores laterales on
pleurospores (^l^po-j, cote) si elles sont exterieures, on emboliaires (quel-
ques auteurs ont dit intercalaires) si elles sontinterieures (91).
64. Enfin, au point de vue de leur groupement entre elles, les cellules meres
sont encore susceptibles de deux arrangements bien differents et qui s accompa-
gnent necessairement de dissemblances radicales dans leurs receptacles :
Les unes sont des filaments tubuleux qui restent isoles, allonges en rameaux,
sans autres rapports manifestes ni necessaires avec les rameaux voisins que d etre
issus d un meme substratum ou au plus des filaments epars d un meme myce
lium. Gette simplicite d organisation n exige pas de receptacle contexts ( 22) ;
c est celle qu on rencontre dans le groupe des moisissures comprenant les Muco-
RINES et les MucEDiiNES, etc., constituanl le groupe des NEMATES : nous y revien-
drons plus loin ( 84). Chez les autres, les cellules meres se groupent et con-
tractent des rapports intimes, dont nait un appareil fructifere nouveauqui
prend le nom A Hymenium (up-fr, tapis, membrane), s il a la forme d une
membrane continue, et celui de Gleba, s il est converti en une petite masse
plus ou moins arrondie et munie d une enveloppe ou conceptacle.
Le premier mode degroupement des cellules meres en une membrane hyme-
niale exige un receptable ( 22), snr lequel cette membrane est etalee et qui la
nourrit : c est le receptable necessairement a large surface des ectospores (cbapeau
cupule, stroma, etc.); le second, au contraire, reclame un receptacle toujours
plus ou moins ramasse, massif en apparence, mais se reduisant au fond ou a
une membrane enveloppante, a une coque qui prend le nom de conceptacle en
general, et, suivant les cas, de Peridium, de cortex, de peridiole^Ae
pericline, de peritheque; ou aun corps appele encoresfroma ( 30etn3),
et dont la couche superficielle est creusee d alveoles logeant les peritheques
oupe riclines. Gependant, il arrive quelquefois, pour les especes immergees dans
leur substratum nourricier, que le conceptacle propre manque et que c est la sub
stance meme dans laquelle ils se sont developpes qui leur tient lieu d enveloppe :
c est lecas des MELANCONIES*.
65. Naissance et de veloppement des spores. Suivant la distinction. qui pre
cede, nous diviserons notre etude sporogenique en deux chapitres : le premier
(qui va etre traite de suite), a pour objet les spores dont les cellules meres,
groupees soil en une membrane hymeniale soit en petite masse on gleba, et
encloses dans un conceptable, constituent un appareil complexe de sporification
(v. 66 et suiv.) ; 1 autre chapitre qui partira du 84, s occupera de la genese
des spores chez les cellules meres isolees, appar tenant tres-generalement a des
champignons exclusivement composes de filaments tubuleux, simples ou ramifies,
mais sans connexion necessaire avec les autres cellules sporiferes.
66. Genese des spores chez les cellules meres groupees et formant un appareil
de sporification. Gette etude elle-meme comprend deux cas : celui des cellules
meres a la fois endogenes et endospores (g 63), et celui des cellules paraissant
exogenes mais certainement exosporees ( 68).
Genese des endospores, thecaspores ou ASCIDES ( 35). Voici comment
M. de Bary decrit leur developpement observe chez Peziza confluens, qui peut
servir de type.
De longues cellules, ayant a la fin pres de deux dixiemes de millimetre de long
et deux centiemesde large, appelees as ces ou tlieques (ascus,sac= Own, etui),
sont d abord remplies d une substance semi-liquide, translucide, mais troublee par
138 CHAMPIGNONS.
de nombreuses granulations, et dans laquelle flottent quelques gouttelettes hui.
lenses, refractant fortement la lumiere, quelqnes vacuoles et quelques noyaux
de cellules. Ce liquide, charge deces elements figures, gagne le sommet de 1 asce;
cest le protoplasma; c est un liquide complexe, que jaunissent les solutions
lodees, et dans le sein duquel vont s organiser les spores. Autour des noyaux ap-
paraissent peu a peu et simultanement des aires circulaires plus claires, qui vont
grandissant et qu on recommit bientot pour des spores, a leur arrangement regu-
Jier au sommet de 1 asce, a leur forme elliptique, a leur developpement simultane
et a leur nombre constant : huit spores dans la grande majorite des ascomycetes,
quelquefois quatre ou six, plus rarement deux ou seize, mais normalement tou-
jours en nombre pair. Ces spores, peut-etre par circumduction premiere de 1 epi-
spore, mais plutot par endosmose, ont inclus dans leur interieur la majeure partie
du protoplasma qui gonflait la partie superieure ou moyenne du tuyau ascique ;
M. de Bary appelle epiplasma le liquide restant, un peu au sommet, maissur-
tout a la base de 1 asce ; c est une substance tres-refringente et par suite tres-
brillante, qu une solution faible d iode colore en rougeatre ou en violace.
Cependant, dans 1 asce spheroidal des genres tuber et elaphomyce, la masse
arrondie du protoplasma, refractant moins la lumiere, se separe d abord ou mieux
se distingue nettement de Vepisplasma ambiant et beaucoup plus refrangible ;
dans le sein de ce protoplasma se dessinent, se limitent et s accroissent succes-
sivement les spores, sans noyau prealable visible ; de cette evolution successive
resultent des variations dans le nombre des spores trouvees, suivant le degre de
developpement atteint au moment de 1 examen (voy. pour les endospores sporan-
gees90).
67. Quant a la membrane del asce, sous 1 influence de la solution iodee, et
plus surement du chloro-iodure de zinc l , elle se colore souvent en violet , et
meme en bleu, surtout chez les jeunes asces (comme d ailleurs il arrive souvent
aux jeunes cellules constitutives des tissus des champignons), et seulementeu
jaune chez les vieilles. Cette membrane est translucide, continue, sans parties
constituantes appreciates ; mais dans plusieurs especes, on lui reconnait manifes-
tement, par la section, deux tuniques inegalement absorbantes : une exterieure
seche, peu permeable, mais ruptile, et une interieure, tumefiable mais com-
primee, dont 1 elasticite et la tension amenent 1 ejaculation des spores, au moin-
dre exces de cette tension.
68. Genese et developpement des exospores formant un appareil complexe de
fructification, soit hyme nium, soit gleba.
a. Basides. Dans le groupe le plus important par le nombre comme par
e volume, celui ou se rencontrent les gros champignons ordinaires de nos bois et
de nos prairies, les cellules productrices portent les spores sur leur sommet. Con-
sideree isolement, la cellule mere est une assez grosse vesicule, ovoide ou obovee
translucide, mais d abord gonfleed un protoplasma granuleux, dans lequel flottent
quelques noyaux de cellules qui s accumulent de plus en plus a son extremite
libra; alors, du sommet tumefie et arrondi emergent simultanement quatre (ra
rement deux ou six, mais toujours par paires) petites et fines preeminences
: ce sont les quatre spicules des quatre spores qui vont se former a leur
sommet ; en effet, chaque proeminence, d abord acuminee, se coiffe d une petite
Liqueur obtenue par la reaction de 1 acide chlorhydrique pur sur 1 iodure de zinc Nouvel-
lement preparee, cette liqueur doit etre incolore ; elle agit souvent quand la solution iodle
meme accidulee avec S0 4 H, est sans effet.
CHAMPIGNONS. ^ 9
tumeur arrondie, qui sedcveloppe simultanement parl afflux duprotoplasmadans
son interieur, et devient spore; puis une cloison separative de la spore et de la
spicule se montre ordinairement vers le sommet de celle-ci qui est sonvent coude
a ce niveau ; et la maturation s acheve par osmose. C est exclusivement a cette
cellule mere, couronnee de paires de spores produites et developpees simulta
nement et presque toujours spiculees, que je donnerai le nom de baside (une
seule apparence exceptee (g 69). Cependant les spores muries se detachent au
niveau de la cloison separative de la spicule, et tombent, ou sont legerement pro-
jetees ; les spicules, qui d abord sont restees couronnant la baside, s effacent, et
ordinairement la cellule mere se fletrit ; pourtant M. E. Boudier m a assure que
les basides des cortinaires peuvent fournir plusieurs recoltes.
69. Nous avonsparle d une apparente exception a cette forme etgenesedes
basispores : elle est fournie par la famille des Tremellines, cbez laquelle les
basides, avant de pousser leurs spicules, se cloisonnent et se divisent protonde-
ment, quelquefois completement, en quatre mamelons ou en quatre cellules, qui
s allongent isolement le plus souvent 1 une apres 1 autre) en longues spicules, au
sommet desquelles se none une spore. Onpeut dire des lors que chaque baside pn-
maire produit quatre clinides ; et c est peut-etre a tort que 1 on conserve les
Tremellines dans les Basides, car a 1 etat adulte ils sont bien plutot clinides
/Q n i \
70. b. Clinides. Nous venonsde voir une cellule mere monosporee naitre de
la tetratomie d une baside : nous ignorons si toutes les cellules meres portant une
seule spore a leur sommet naissent ainsi ; mais, quoi qu il en soit, c est a cette
cellule, grele, allongee, a sommet acumine n emettant et ne portant qu une seule
spore a la fois, que nous avons donne le nom de clinide (xMvi;, iSo;, petit lit
pour un seul) en opposition symetrique avec baside 1 . Cette cellule est, non
pas isolee, mais reliee par des rapports plus ou moins intimes a des cellules meres
de meme ordre, c est-a-dire, a d autres clinides qui recouvrent un stroma ( 22)
* On remarquera combien le langage de la mycologie manque de determination et de
symetrie en un sujet si important : baside designait, dans la grande majorite des cas, les
cellules meres arrondies portant une ou plusieurs paires de spores, et subsidiairement
les cellules meres monosporees ; Vhymenium s appliquait d abord a toute couche fructi-
fere (basidee, ascidee, clinidee^, mais particulierement a celle composee de vraies ba
sides, tandis que clinode introduit par Leveille se disait exclusivement de la couche for-
mee des longues et etroites cellules mouosporees. Meme indetermination pour glebe (gleba),
qui se disait tan tot exclusivement du contenu des gastero-basides, tantot de celui de tous les
gasteromyces pris dans la plus large acception de ce mot (basides, ascides, clinides) ; meme
incertitude pour hy op oge, qui s entendait tantot, suivant 1 etymologie (SITI, -/>>), de toutes
les funginees dont 1 existence est souterraine, tantot, par une convention arbitrage, seulement
de celles qui sont en meme temps basides (Berkelay) ; les autres ascides souterraines
etant dites non moins arbitrairement tuberaces, etc. En nous servant des mgmes racines et
en proposant les expressions analogiques, symetriques et nettement determinees de basides,
de clinides, d asces (ou theques) pour les cellules meres, et respectivement celles de basy-
mine, de c linymene, d ascijmene pour les couches fructiferes de chacune ( 1&), quand elles
sont etalees et librement exposees; celles de basiglebe, de cliniglebe, d asciglebe quand elles
sont encloses dans 1 interieur de la funginee ; enfln, suivant la meme analogic, nousnom-
merons Basypoges (basides hypoges) les Basiglebes souterraines (Hymenogaster, etc.)
et Ascypoges (ascides hypoges) les Asciglebes souterraines; et d autre part en retenant
les denominations plus generates de cellule mere, fthymenium, de glebe, d hypoge pour
toutes indistinctement, nous croyons, sans surcharge pour la memoire, avoir fait
paraitre ces defauts, avoir rendu sur ce point le langage analogique, symetrique, euph<
nique, et, de plus, 1 avoir complete sans mot vraiment nouveau ! La stylospore de Tulasne est
une clinide endogene, sa pycnide est notre pericline, mais dans le cas particular ou
une fructification ulterieure a ete observee, ou est supposee devoir exister.
ii() CHAMPIGNONS.
ou encloses dans un pericline ( 85). Surle sommet aigu de cette clinide se deve-
loppe, par nieme genese que sur les basides, une spore a laquelle souvent il en
succede une autre, presque toujours apres la chute de la premiere, mais quel-
quefois avant ; alors, chez la vraie clinide, la seconde nait directement au-dessous
de la premiere, de sorte que la cellule mere porte a son sommet deux ou trois
spores enchainees. C est le commencement d une genese que nous verrons fre-
quente et variee dans les groupes des NEMATES EXOSPORES: MDCEDINES,
Sr.LEROTRICHES, SPORIDESMIES , CLINO TR ICH E S , etc.
71. Remarquons de suite que la cellule clinidee ne parait fournir le plus sou-
vent qu une premiere forme de sporification, tandis que la cellule mere basidee
donne toujours une fructification definitive. Ainsi une difference physiologiqu*;
considerable, plus importante que les apparences morphologiques elles-memes,
separe les deux formes de reproduction, et montrc la valeur de cette distinction
due a la sagacite de notre Leveille. G est surtout par cette consideration que Ton
doit se decider a maintenir le groupe de transition forme par les TfiEMELUNEsparmi
les basides.
72. Cependant, avant de passer aux deux autres modes de sporification chez les
cellules meres eparses ou ne formant pas un appareil fructifere compose, Hyme-
nium ou Gleba, il convient de decrire chacun de ces deux appareils dans ses
principales formes.
73. Hynuw ou Hymenium (g 64). Les cellules generatrices des
spores, qu elles soient asces, basides ou clinides, et les cellules steriles qui le>
accompagnent presque toujours, se presentent tres-souvent dressees et juxla-
posees sous 1 apparence d une membrane ayant sous le microscope 1 a^pect
d un velours tres-serre, dont les poils seraient contigus. Cependant dans ce velours
dont chaque filament dresse est une cellule, toutes les cellules ne sont pas
fecondes; presque constamment elles sont entremelees de cellules steriles, qui
presentent des details importants et doivent etre etudiees a part pour chacun des
trois elements fondamentaux.
74. Chez les Basides , ces cellules steriles sont toujours plus nombreuses
que les basides elles-memes qui sont regulierement disposers au milieu d elles
Ces cellules sont plus petites, moins hautes, a sommet arrondi etnu, pressees les
unes centre les autres; mais, comme les basides apres la formation des spores
elles sont translucides et remplies d un liquide hyalin. Avec ces petites cellules on
rencontre encore, disseminees ca et la, d autres grandes cellules egalement ste
riles et deux a quatre fois plus grandes et plus grosses que les basides ; leur som
met, nu de spores et de spicules, est le plus souvent arrondi ou ovo ide mais
quelquefois plus ou moins acumine, a corps cylindrique ou claviforme et gonfle d nn
liqu.de hmpide dans lequel M. de Bary a vu, chez un tres-jeune exemplaire une
matiere sarcodjque arborescente et mobile. Leveille a donne a ces cellules le nom
de Cystides (y.uw s , vessie) ; on ne sait rien de leur fonction; on leur a attri-
bue bien gratuitement un role fecondateur, hypothec aujourd hui peu vraisem-
blable.
75. Trame ou couche sous-hymeniale. Sous cette couche hymeniale aini
lormee, s en trouve une autre dont la texture cellulaire plus fine a 1 oeil nu Con
vent comme granulee, plus humide, plus molle, surtout plus gonflee de sues
nournoers (et aussi de latex chez les champignons laiteux), quelquefois particu-
lieremerit temtee, enfin d une constitution anatomique quimeriteun examen par<
ticuher, trop neglige jusqu ici. Avec Fries, qui avail plus particulierement en vue
CHAMPIGNONS. 141
la mince couche des lames dans les Agaricines, donblant les plis hymeniaux
constitutifs, nous appellerons trame cette couche sous-hymeniale.
76. Nous avons vu ( 75)que 1 on avait donne tres-generalement le nom
il hymene (vpjv) ou d hymenium a la couche cellulaire productrice des spores.
Mais, comme ce n est guere que la couche fructifere etalee a 1 exterieur qui me-
rite le nom de membrane, c est particulierement la couche prolilere des ectoba-
sides, des ectotheques, des ectoclines, que Ton a desiguee ainsi; et encore Leveille
ayantcree la denomination de clinode pour la couche fertile des clinispores (voyez la
note du 70), 1 hymeniura ne s est plus guere applique qu aux. ectobasides et aux
ectotheques. Cependant, comme c est surtout chez les ectobasides que cette mem
brane est tres-e tendue, souvent separable, tres-variee dans ses formes, et comme sa
consideration est tres-importante , il est passe en usage de prendre la denomina
tion d hymenium dans un sens encore plus restriclif et applicable aux seuls ecto
basides: de la les expressions d hymenomycetes (Fries), d hymenies (Quelet), qui
prises a la lettre devraient comprendre tous les champignons dont les cellules meres,
basides, theques, clinides, sont etalees en tapis, mais qui, en realite, ne sont appli-
quees par lesauteurs qu aux seuls ectobasides. Cette confusion de I hymeniiim en-
tendu dans son acception, tantot la plus generale, tantot la moins generale (basides
et theques), tantot tout a fait speciale (basides), n est pas sans inconvenient. Pour
distinguer ces trois hymeniums sans surcharger la memoire, on pourrait dire, et nous
dirons: Basymene, ascymene, clinymene (ce dernier etant synony me
du clinode de Leveille) ; et, pour les champignons qui offrent une de ces trois cou
ches hymeniales : basymenies, ascymenies, clinymenies; mais cette
denomination ne peut s appliquer qu aux cas ou les couches proliferes sont exte-
rieurement etalees. C est pourquoi nous reserverons les expressions deja usitees
de glebe (gleba, petite motte) pour les cas ou les cellules meres sont agglo me
re es dans un conceptacle, ou immergees et encloses (avecou sans conceptacle)
dans le substratum meme. Nous dirons de meme basiglebes, asciglebes,
cliniglebes, etc.
77. Les formes et les aspects tres-divers,les apparences turgides, humides,
ou seches et arides de riiymenium et notamment du basymene et de sa trame ( 75) ,
doivent elre notes avec soin, car ils sont tres-constants dans les memes groupes na-
turels, et ils constituent le caractere le plus commode a decrire pour la distinction
de ces groupes; mais, devant y revenir sommairement a propos de Li classifica
tion (p. 200), et plus en detail aux articles consacres a chacune des families des
basymenie s, nous ne les decrirons pas ici.
Je remarquerai seulement que ce basymene, portant des spores nues, lesquelles,
dites exposees, parce que rien ne lesrecouvre, n est que rarement expose a la
pluie ou au soleil. Dans 1 immense majorite des cas en effel, cet hymenium tire
son moyen de protection de sa position inferieure ou au moins laterale; ainsi, dans
toutes les especes presentant unchapeau, il est tres-efficacement garanti, d abord
dans sa premiere jeunesse, par 1 etat qui precede I epaiiouissement plus ou moins
tardif du chapeau et des voiles, et ensuite par la forme en parasol ou parapluie
(ou en appentis chez les especes dimidiees), si manifestement favorable a cetle
protection. Dans les especes absolument resupinees, c est-a-dire retournees et sou-
vent attachees au substraUim par la face ordinairement protectrice, la position
meme de ce substratum, superieure ou laterale, devient protectrice si I orientation
est favorable, et je 1 ai presque toujours trouvee telle: c est une observation que je
monnnande aux herborisants.
142 CHAMPIGNONS.
78. Hymenium et paraphyses, Chez les Ascospores ou Ascymenes, dont les
cellules meres de spores, ou asces, se rangent dressees les unes aupres des autres
pour former la couche ascymeniale, comme chez les Pezizes, les cellules steriles
appelees paraphyses (TrapayOo-i;, surcroissance, production surnumeraire), ont
une tout autre forme : ce sont des tubes greles et allonges, onduleux, plus longs
ou plus courts que les asces, suivant les groupes ou au moins les especes ; et, en
chaque espece, d autant plus longs, relativement a 1 asce, que le champignon est
plusjeune; ces filaments, si finement tubuleux, sont souvent tumefies etclavifor-
mes a leur sommet, droits, courbes ou en spirale; leur cavite, contenant unesub-
stance mucoide granuleuse, est continue ou cloisonnee; ilssontrarement articules
ou rameux : bi- ou trifurques a leur sommet (Ascobolus sexdecimsporus Boudier).
Le role de ces paraphyses est inconnu ; on leur a naturellement attribue celui
de fecondateurs, comme il est arrive a tout organe dont on ignorait les fonctions.
D autres ont reduit leur usage a de simples ressorts destines a faciliter la projec
tion des spores. On les a aussi regardes comme des asces avortees et sans utilite.
Mais il y a, centre cette derniere opinion, qui leur a impose leur nom, un fait im
portant dont il faut tenir compte, c est leur native apparition et leur precoce deve-
loppcment : a peine le receptacle est-il visible et alors qu il n y a pas encore trace
detheque, deja les paraphyses sont, sinon developpees, au moins tres-manifestes,
et ce n est que bien plus tard que Ton voit s elever de leur pied 1 asce deja gonilee
du protoplasma sporigene. En outre, nous verrons MM. de Bary et Vorouin se
flatter d avoir trouve ailleurs, et avant Tapparition du receptacle, 1 enlacement
fecondant des cellules douees des attributs de la sexualite. Les paraphyses , qui
commencent des lors a se developper ,~ ne sembleraient que les premiers produits
de cet embrassement fecond.
79. Maliere glutineuse. Outre ces paraphyses, rhymenium ascospore pre-
sente encore souvent dans des groupes entiers, comme chez les ASCOBOLES, une
matiere glutineuse speciale et qu on a appele gelin (geline, sorte de gelatine),
substance qui se presente sous 1 apparence d un mucilage incolore (mais nous le
retrouverons souvent colore , ou sombre ou noir, remplissant le peritheque de
certaines spheries ou le pericline (faux peritheque) des MELAKCONIES et des
SPHERONE&IES). II enveloppeles theques et les paraphyses, et recouvre ainsi 1 ascy-
mene d une couche gehitineuse. Ge gelin est hyalin et homogene, ou granuleux
et trouble. Ses fonctions sont fort hypothetiques : chez les ascides a receptacle
ouvert, on peut croire qu il protege les asces centre les trop brusques change-
ments hygrometriques. Mais cette explication ne peut guere convenir aux the-
caspores, dont les theques sont , des le principe et jusqu a la maturite, tres-
efficacement protegees par les peritheques; d ailleurs, la fructification des asco-
spores peut bien se faire, et surtout se fmir avec un hymenium librement expose
a 1 air et a la lumiere, comme chez les POIZES, les HELVELLACES, etc.
80. Chez les Clmides, le groupement des cellules fecondes monospores dites
clinides peut aussi s etaler exterieurement sur un petit receptacle plus ou moins
convexe, tuberculeux, discoide, ou plat ou concave, charnu ou membraneux, ap
pele stroma, et constituer une membrane ou au moins cette surface sporifere
que Leveille a nommee clinode; mais nous avons dit (g 76) que par analogic avec
1 hymenium baside ou basymene et 1 hymenium ascospore ou ascymene,
nous appellerions celui-ci hymenium clinide ou climjmene. Gependant chez les
Clinides une forme speciale , qu on ne trouve pas chez les Basides, se rencontre
souvent. Sur le stroma les cellules meres ou cliuides et leurs annexes, au lieu
CHAMPIGNONS. 145
d etre pressees les unes centre les autres de maniere a former une couche , uno
membrane continue couvrant completement le stroma, sont plus ou moins ecar-
tees, au moins par leurs extremites libres, et souvent meme par leur pied espa