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Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.15"







Ml 

9 




A girt of 

Associated 

Medical Services Inc. 

and the 
Hannah Institute 

for the 
History of Medicine 






s 



T 



DICTIONNAIRE ENGYGLOPEDIQUE 



DhS 



SCIENCES MEDICALES 



r.-.r.is. IMP. SIMON IIACON F.T COMP., K JE D ERFCRTII, 1 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS 

ARCIIAMBAULT, AXENFELD, BAILLARGEH, BAILI.ON, BALBIANI, BALL, EARTH, BAZIN, BEAUGRAND, BECLARD, 

B2HIER, VANBENEDEN, BERGER.BERNEIM, BERTILLON, BERTIN, ERNEST BESNIER, BLAGUE, BLACIIEZ, B01NET, BOISSEAU 

BORDIER, BOUCHACOURT, CU. BOUCHARD, BOUISSON, BOULAND, BOULEY (ll.), BOUVIER, BOYER, BRASSAC, BROCA, 

BROCIIIN, BROUARDEL, BROWN-SEQUARD, CALMEIL, CAMPANA, CAIILET (G.), CERISE, CHABCOT, CHASSAIGNAC, 
CHAOVEAU .CHGREAU, COLIN (L.), CORNIL, COUI.IER, COURTY, DALLY, DAMASCHIKO, DAVAINE, DECI1AMBRE (A.), DELENS 

DELIOUX DE SAVIGNAC, DELPECH, DENONV1LLIERS, DEPAUL, DIDAY, DOLREAU, DUGUET, DUPLAY (s.), DUTROUI.AU, 

ELY, FALRET ().}, FARABEUF, FERRAND, FOLLIN, FONSSAGRIVES, 
GAITIER BOISSIERE. GARIEL, GAVARRET, GERVAIS (p.), GILLETTE, G1RAUD-TEULON, GOBLEY, GODELIER, CREENIIM.!., 

GRISOLLE, CURLER, GUEN10T, GUERAKD, GUILLARD, GUILLAUME, GUILLEMIN, GUYON (F.), 
HAJIELIN, HAVEN, HECIIT, HENOCQUE, ISAMBERT, JACQUEMIER, KRISHARER, IABRE (LEON), LABUEE, LABORDE, 

LABOULBENE, LAGNEAU (G.), LANCEREAUX, LARCHER (o.), LAVERAN, LECLEHC (L.), LEFORT (LEON), 

LEGODEST, LEGROS, LEGROUX, LEilEBOBLLET, LE ROY DE MERICOURT, LETOURNEAU, LEVEN, LEVY (MICHEL), 

LIEGEOIS, LIETARD, UNAS, LIOUVILLE, LITTRE, LUTZ, MAGITOT <E.), MAGNAN, MALAGUTI, MARCHAND, MAREY, MARTINS, 

MICHEL (DE NANCY), MILLARD, DANIEL MOLLIEKE, IIONOD, MONTANIER, MORACHE, MOREL (B. A.), NICAISE, 

OLLIER, ONIHUS, ORFILA (L.), PAJOT, PARCHAPPE, PARROT, PASTEUR, PAULET, PERRIN (MAURICE), PETER (B.), 

PLANCBON, POLAILLON, POTAIN, POZZI, REGNARD, REGNAULT, REYNAL, ROBIN (CH.), DE ROCIIAS, ROGER (B.), 
ROLLET, ROTUREAO, ROUGET, SAINTE-CLAIRE DEVILLE (H.), SCHUTZENBERGER (CH.), SCHUTZENBEBGER (p.), SEDILLOT, 

SEE (MARC), SERVIER, DE SEYNES, SOUBEIBAN (L.), E. SPILLMINN, TARTIVEL, TERRIER, TESTELIN, 

TILLADX (P.), TODRDES, TRELAT (u.), TRIPIER (LEON), VALL1N, VELPEAU, VERNEUIL, VIDAL (EM.), VILLEMIN, 
VOILLEMIER, VOLPIAN, WARLOMONT, WORMS (}.), WURTZ. 

DIREGTEUR : A. DECHAMBRE 



PREMIERE SER1E 

TOME QUINZIEME 

CHA CHE 




ILIOTH|QUES 




LJWAWES 



PARIS 



G. MASSON 

L1BRAIRE DE L ACADEM1E DE MEDECINE 



P. ASSELIN 

L1BRAIIIE DE LA FACULTE DE MEDECINE 



PLACE DE L ECOLE-DE-MEDECINE 
MDCCCLXXIV 



r 
, l 




, 

nrinnm I 



I for 

V* Ji 



3 









DICTIONNAIRE 



ENCYCLOPEDIQUE 



DBS 



SCIENCES MEDICALES 



CIIALEIIR ANIMALE. Les animaux sont soumis aux lois gencrales dcs 
echanges de chaleur entre corps voisins, soil au contact ou par conductibilite, 
soit a distance ou par voie de rayonnement. Gependant, tant qu ils vivent, quelque 
place qu ils occupent dans 1 echelle zoologique, ils jouissent de la faculte remar- 
quable de ne se mettre necessairement en equilibre de temperature ni avec les 
corps inorganiqnes, ni avec les autres etres yivants, places dans leur voisinage, ni 
merae avec le milieu gazeux on liquide qui les enveloppe de toutes parts. 

Dans les conditions normales de leur developpement et de leur existence, ils out 
tons et conservent une temperature superieure a celle du milieu ambiant ; 1 ob 
servation la plus vulgaire le demontre pour les oiseaux et les mammiferes. II est 
necessaire de recourir a des precedes d investigation plus delicats, et surtout cle se 
garantir avec soin de 1 action refrigerante de { evaporation, pour verifier 1 exacli- 
tude de cette proposition dans le reste du regne animal; mais le fait n en est pas 
raoins general et aujourd hui incontestable. Lorsque, exceptionnellement, le tber- 
mometre s eleve aux environs de 45 degres ou depasse ce point de 1 echelle, les 
animaux resistent a 1 echauffement et se maintiennent au-dessous de la tempera 
ture exteiieure, pourvu toutefois que 1 influence ne soit ni assez intense, ni assez 
prolongee pour compromettre definitivement leur existence. 

I. Temperature des animaux. Les recherches entreprises dans le but de de 
terminer la temperature des animaux sont tres-nombreuses; malheureusement les 
resultats n en sont pas tres-comparables, parce qu ils n ont ete obtenus ni d:\us 
des conditions identiques, ni avec des instruments d egale seusibilite. Ainsi, pour 
les animaux superi eurs, les uns ont choisi la bouclte, pour lieu d observation, 
d autres Yaisselle, d autres le rectum ; et, comme la chaleur est loin d etre uni- 
formement repartie dans le corps des animaux, deja cette circonstance jette du 
vogue et de 1 incertitude sur la valeur relative des delerminationsde temperature 
t ourmes par les divers aiiteurs. Marline, J. Hunler, J. Davy, Newport et la plupart 
des observateurs ont employe, dans leurs recherches, le thermornetre a mercure; 
DICT. E\C. \Y. 1 



2 CHALEUR ANIMALE. 

MM. Becquerel et Dutrochet se sont servis d airjuiUes thermo-electriques. Nous 
verrons plus tard que, pour certames determinations de temperature locale chez 
les animaux superieurs, et aussi pour .ipprecier 1 etat thermique de beaucoup d ani- 
maux inferieurs, les appareils thermo-electriques peuvent seuls donner desresultats 
acceptables. II ne faudrait pourtant pas exagerer les inconvenients de ce manque 
d homogeneite dans les instruments et les precedes d observation. En analysant 
avec soin les fails particuliers, en tenant compte des circonstances au milieu des- 
quelles ils ont ete recueillis, en ne rapprochant qu avec reserve les materiaux 
fournis par les divers observateurs, il nous sera toujours possible d eviter 1 erreur 
et d asseoir nos conclusions sur des bases incontestables. 

A. Temperature des animaux superieurs. L etude comparative de la tem 
perature des animaux et de celle du milieu, air ou eau, dans lequel ils vivent, les 
a fait partager en deux groupes tres-naturels. Le premier comprend les mammileres 
et les oiseaux, pour lesquels a ete longtemps et exclusivement reservee la denomi 
nation (Yanimaux a sang chaud, parce qu on les considerait, a tort, comme les 
seuls etres vivants doues d une temperature propre. Dans le second groupe rentrent 
tous lesautres animaux, encore generalement connussousle nomimpropre d ani- 
maux a sang froid. Chez ces derniers, la production de cbaleur est assez Mble 
pour avoir ete mise en doutepar quelques pbysiologistes. Longtemps, eneffet, on 
a pu croire quj leur temperature se confond avec celle du milieu ambiaiit et la 
suit exactement dans toutes ses variations. Des faits nombreux, fournis par des 
nioyens d observation plus exacts, ont fait justice de celte erreur. 

Oiseaux. De tous les etres organises, les oiseaux sont ceux dont la temperature 
est le plus elevee. Ce fait, universellement reconnu, a ete mis hors de toule con 
testation par les travaux de Marline, de J. Hunter, de J. Davy, deM. Despretz, de 
MM. Prevost et Dumas, etc., etc. II resulte des recherches de ces observateurs 
qu a 1 age adulte, et sous 1 influence d une alimentation suffisante, la temperature 
des oiseaux ne s abaisse pas normalement au-dessous de 59,44 de^res, et ne s e- 
leve pas au-dessus de 45,90 degres. 

Mammiferes. Quoique places a un degre superieur de 1 echelle animale, les 
mammiferes ont une temperature sensiblement moins elevee que celle des oiseaux. 
Les resultats nombreux, dont la science s est successivement enrichie, permettent 
d etabhr que la temperature des animaux appartenant a cette premiere classe des 
vertebres oscille normalement entre 35,50 et 40,50 degres, atteignant ainsi, par 
sa liiiiite superieure, la limite inferieure de la temperature des oiseaux. Malgrc 
leur presence conlinuelle dans 1 eau, les Ce tace s ne font pas exception a cette 
regie. II n en est pas de memedes Mammiferes hibernants; quoique leur organi 
sation leur assigue une place tres-elevee dans 1 eclielle zoologique, ces derniers 
mammiferes, par le phenomene de la calorification, se conibndeut presque com- 
pletement avec les animaux des classes infeiieures. 

Entre les limites precedemment etabliei,la temperature des mammiferes et des 
oiseaux varie suivant lu Lmille, le genre, 1 espece auxquelsappartient ranini;il ; 
on ne la trouve pas non plus parfaitement identique cbez les divers sujets d une 
meme espece. Le climat, lasaisoii, les diverses heures du jour et de la nuit, et les 
diverges autres conditions pbysiologiques n exercent qu une faible influence sur 
la temperature geneiale de ces auimaux, mais impriment de notables modifica 
tions a la temperature locale des diverses parties de leur corps. Les tableaux sui- 
vants, dont nous avons emprunte les elements aux pnncipaux observateurs qui se 



CHALIiUR ANIMALE. 5 

sont occupes de recherches de ce genre, ea meme temps qn ils serveflt de justifica 
tion a nos propositions generates, doiment unejuste idee de 1 etendue et del im- 
portauce de ces variations individuelles. 



TEMPERATURE DBS OISEAUX. 



DESIGNATION 
DE L ANJMAL. 


TEMPERATURE 
DE L ANIMAL. 


LIEU 

DE L OBSEKVATION. 


NOM 

DE L OUSEHVATEUK. 


Chat-huaut 


40 (JO 






Petrel .... 


AO ifl 


; j 






40 80 


i A 


id. 




41 10 




id. 


Die commune 


4,1 70 


id 


id. 


Choucas 


42 10 


id 


id. 




42 10 


ia. 

irl 


id. 




42 10 


;j 


id. 




42 00 




nl. 




42 50 


;j 


id. 


Poule commune 


42 50 


irl 


id. 




42 70 


iH 


id. 




4-2 80 




id. 


Pigeon commun libre 


43 00 


iH 


id. 




43 30 


* iH 


id. 




J3 TO. 


;j 


id. 




42 ^0 


iff 


id. 




43 30 


iH 


id. 




i 1 ^ Q(l 


;j 


id. 




43 90 


rl 


id. 


Canard commun 


43 90 


jl 


id. 




u on 


;j 


id. 


Poule 


41 50 




Prevost et Dumas. 


Pigeon 


42 00 


iH 


id. 


Canard 


42 50 


id 


id. 


Poules 


de 39 i4 a iO 00 


iH 


id. 


Coos. . 


de 59 44 a 40 00 


id 


J. Hunter. 




41 80 


id 


id. 




jn pn 


iH 


Delaroche. 




42 50 


iH 


id. 


Trois moineaux francs bien couverts de 


Vl OS 


; j 


id. 


Quatre chats-huants volant bien 
Deux corneillescommensant a manger seule> 
Chouette adulte 


40 ,91 
41 ,17 

I7 


id. 
id. 

i A 


Desprelz. 
id. 
id. 


Tiercelet adulte < 


41 47 


\A 


id. 




L\ R7 




id. 




41 96 


id 


id. 


Bruant adulte 


42 88 


id 






42 Ql 


iH 




Trois pigeons 


42 98 


id 


id. 


Quelques petits oiseaux 


44 03 








de39 44 a 42 22 


4 . 










Marline. 



TEMPERATURE DES MAMMIFERES. 



DESIGNATION 
DE L ANIMAL. 


TEMPERATURE 
DE L ANIMAL. 


LIEU 

DE L OBSREVATION. 


ISOM 
DE l/OBSERVATEl K. 


Tigre 


^o 9ft 








37 50 


iH 


. Davy. 




^8 SO 


i"H 




Lievre commun. 


37 80 


iH 


iH 




58 50 


iH 


l a 











CHALEUR ANIMALE. 



DESIGNATION 

EE L* ANIMAL, 


TEMPERATURE 
DE L ANIMAL. 


l.IEU 

DE L OBSERVATION. 


NOM 
DE LOESERVATEL n. 




38% 50 
38 ,80 
38 ,90 
38 ,90 
39 ,00 
39 ,60 
59 ,40 
59 ,40 
39 ,50 
39 ,70 
de57",30a40,00 
de 59 .50 a 40 ,00 
de 40 ,00 a 40 .50 
40 ,00 
55 ,SO 
56 ,80 
37 ,40 
58 ,00 
58 ,00 
58 ,00 
58 ,50 
59 ,20 
55 ,76 
59 ,48 
59 ,78 
57 ,50 
57 ,50 
36 ,95 
37 ,78 
38 ,40 
59 ,00 
59 ,00 
39 ,00 
39 ,60 
39 ,60 
39 ,70 
40 ,00 
40 ,00 
40 ,00 
37 ,80 
35 ,6-2 
38 ,89 
40 ,00 


Rectum, 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
Vagin. 
Rectum, 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
dans le foie. 
plaie du coil, 
a la peau. 
dans le ventre. 


J. Daw. 
id. " 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
revest et Dumas. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
Id. 
id. 
Despretz. 
id. 
id. 
J. Hunter. 
id. 
id. 
id. 
Delaroche. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
id. 
J.Davy. 
Broussonnet. 
Marline, 
id. 












I h 





























Chat 






































M 











Dans un travail tres-remarquable sur la temperature des oiseaux palmipedes, 
M. le professeur Ch. Martins a voulu determiner la temperature moyenne d une 
espece animate et les limites entre lesquelles elle peut varier. 11 s est servi d un 
thermometre construit par M. Walferdin, assez sensible pour donner directement 
un cenlieme de degre. I/instrument etait introduit par 1 anus, de maniere que le 
reservoir se trouvat place a peu pres au centre du corps de l animal. M. -Martins 
a pris ainsi, en hiver et en ete, la temperature de 85 Canards domestiques des 
deux sexes, vivant dans les conditions les plus diverses, dans le nord et le midide 
la France. 

La temperature moyenne de 1 espece est de . . . 42,lls 
La temperature moyenne des males est de. . . . 41 ,962 
La temperature moyenne des femelles est de. . . 42 ,273 



Les limites externes des temperatures observes sont : 



CHALEUR ANIMALE. 5 

Pour Ics males 40 ,97 42 , 17 

Difference 1 ,50 

Pour les femelles .... 40 ,90 43 ,45 

Difference 2 ,55 

Ces resultats montrent que, dans 1 espece canard, la temperature des femelles 
est sensiblement plus elevee et aussi plus variable suivant les sujets, que celle 
des males. 

La temperature moyenne de sept Eiders, sans distinction de sexe, dans des con 
ditions telles que Fair ambiant a varie entre 1,7 au-dessous et 17 au-dessus de 
zero, s est elevee a 42, 79. 

Les temperatures observees ont varie : 

Pour I Eider, entre 42MO et 43,22 

Difference l a ,12 

La temperature moyenne de 1 Oie domestique adulte, conclue de cinqunnte oh- 
servations portant sur des sujets de sexes diflerents, s est elevee a 41,477. 
Les temperatures observees ont varie : 

Pour 1 Oie, entre 40",82 et 42",02 

Difference 1,20 

Ce Iravailde M. Martins montre combieu ilserait a desirer que les temperatures 
des pi incipales especes animales fussent etablies par des moyennes, deduites ellrs- 
memes d un nombre considerable d observations comparables. Les resultats prece 
dents montrent, en effet, que les differences entre la temperature d un sujet isole 
et la temperature moyenne de 1 espece a laquelle il appartient peuvent depasser 
un degre du thermometre centigrade. 

Temperature de I homme. La determination de la temperature de 1 homme 
a beaucoup preoccupe les observateurs. Boerhaave est certainement reste au-dessous 
de la verite, en la disant comprise entre 55, 33 et 34,44; Martine donna nne 
bonne indication, en la fixant entre 56, 11 et 36,67..Plus tard, J. Hunter an- 
nonga qu un homme bien portant a, dans le rectum, une temperature 36,95, et 
enfin, dans ses lecons de chirurgie, il dit : La temperature normale du corps 
liumain est d environ 37, 22. MM. Prevost et Dumas nous paraissent avoir 
adopte un nombre trop eleve, en indiquant 39 pour la temperature de I homme. 
Les resultats de M. Despretz et de J. Davy nous semblent de nature a fixer la science 
a ce sujet. La moyenne des dix-sept observations de M. Despretz sur I homme 
adulte entre 18 et 68 ans donne 37, 09 pour valeur de cette temperature. La 
moyenne de quarante-cinq observations, faites par J. Davy dans des conditions de 
temperature exterieure qui ont varie entre 15,5 et 27, 8, donne 37, 30 pour la 
temperature de I homme, prise a la racine de la langue. 

Nous avons deja dit combien il serait desirable que les divers observateurs se 
fussent accordes pour choisir uue meme region du corps comme siege de leurs re- 
cherches thermoroetriques ; les resultats seraient incontestablement plus compa 
rables. Tout courant d air, passant sur une surface humide, est une cause d eva- 
poration ou de refrigeration. Lorsque done le thermometre est place dans la 
bouche, il- faut de toute necessite que, sous peine de s exposer a de graves erreurs, 
la respiration sefasse exclusivement par les narines; notre experience personnelle 
nous a appris que cette condition indispensable est tres-difficile a realiser. L anus 
n exposepas aux memes erreurs, mais la difficulte de 1 operation, et la resistance 
invincible opposee par certains sujets a une semblable manceuvre, ne permettent 



6 CIIALEUR ANIMALE. 

pas de generaliser ce mode d observation. La main embrasse cien le reservoir du 
thermometre, maiselleesttrop influenced paries variations du milieu ambiant pour 
que ses indications puissent etre prises pour la traduction dela veritable tempera 
ture du corps. L aisselle nous a loujours paru,etnous paraitencorele lieu que 1 on 
doit choisir pour determiner la temperature du tronc. L e reservoir du thermometre 
s applique bien detoutes parts contre la peau, quand on asoin, ce qui est toujours 
facile, de tenir le bras rapproche du thorax ; la lecture se fait facilement sur place 
ct sansqu il soit besoin dederanger 1 instrument. Cette region estassez bienabrifo 
centre les variations exterieures pour que les resultats obtenus representent exac- 
tement la temperature du corps ; enfin, 1 observation n entrainant apres elle ni 
i atigue, ni repugnance, peut etre prolongee assez longtemps pour que 1 equilibie 
s etablisse entre le thermometre et la peau. Malgre les differences signalees dans 
le precede operatoire suivi, en consultant les resultats de nos recherches person- 
nelles et en Jes rapprochant deceux des autresobservateurs, nous croyons etre dans 
la veriteen disanl. que, dans 1 etat physiologique, la temperature de I liomme adulte, 
prise sous 1 aisselle, oscille, dans nos climats temperes, entre 36, 50 et 37, 50. 

Les observations de W. Edwards et J. Davy montrent que 1 ctat thermique du 
milieu ambiant exerce sur la temperature des nouveau-nes, des tres-jeunes en- 
fants et des vieillards, une influence beaucoup plus considerable que sur celle des 
adultes. Aux deux extremites de la vie, 1 homme ne resiste qu incompletement 
aux causes exterieures de refroidissement ; la puissance de calorification est evidem- 
ment moindre qu a l age adulte, alors qu il est dans la plenitude de son develop- 
pement. Quand les tres-jeunes enfants et les vieillards restent, sans protection suf- 
lisante, exposes a 1 action d une atmosphere refroiilie, leur temperature s abnisse 
a un dcgre auquel ne tombe jamais celle d un adulte bien constitue. Toutes choses 
egales d ailleurs, le refroidissement constate du corps est d autant plus considerable 
que le sujet en observation est plus rapproche du moment de sa naissance ou est 
deja parvenu a un age plus avance. Cetle circoustance, dont les experimentateurs 
n ont pas toujours assez tenu compte, fournit 1 explication des grandes divergences 
i|iii existent entre les resultats obtenus par les divers observateurs qui out cherche 
a determiner la temperature moyenne de 1 homme aux divers ages de son existence. 
Tout concourt a demontrer que, dans un lieu a temperature douce , quand ils 
sont protege par de bons vetements, les enfants, les vieillards et les adultes se 
maintiennent sensiblement a la meme temperature. 

Invariabilite de la temperature des animaux superieurs. Le trait caracte- 
ristique des mammifereset des oiseaux est d avoir une temperature sensiblement 
independante des variations de celle du milieu ambiant. II ne faudrait pourtant 
pas exagerer la resistance opposee par ces animaux aux influences exterieures. 
Independamment des refroidissements si frequemment observes aux extremites des 
mernbres, il est bien prouve aujourd hui que la temperature du tronc est legere- 
ment modifiee par le passage des climats froids aux climats chauds, ou de la 
saison froide a la saison chaude. Ainsi nous trouvons dans un memoire de 
J. Davy que : 

Le 4 avril 1816, a midi, par une latitude Sud de 23 44 , le thermometre a 
1 airlibre marquant 26, 7, la temperature de six matelots bien portants, ages de 
20 a 28 ans, prise sous la langue, varia entre 37, 5 et 38, 3; la moyenne fut de 
37,7. 

Le 5 mai 1816, a midi, par une latitude Sud de 35 22 , le thermometre a 



CHALEUR ANIMALE. 7 

fnir lihre marquant 15,5, la temperature des memes hommes, prise de la meme 
maniere, varia entre 36,6 et 57,1 ; la moyenne ne s eleva qu a 56,8. 

Pourun abaissement de 11, 2 de la temperature exterieure, la temperature 
moyenne des matelots s etait done abaissee de 0,90. 

W. Edwards a constate dfs fails du meme genre sur les animaux. La tempera 
ture moyenne des moineaux soumis a ses experiences etait moyennement : 

Enfevrierde 40 ,80 

En avril de 42 ,00 

En juillet de 43 ,77 

La variation de temperature de ces oiseaux s est elevee a 2, 97 l . 

Ces oscillations, surtout les dernieres, ne sont sans doute pas negligeables ; 
mais, quand on les compare a 1 etendue des variations survenues dans 1 etat tlier- 
mique du milieu ambiant, elles ne sont pas assez considerables pour jetcr des 
doules sur 1 exactitude des resultats generaux precedemment exposes. La force do 
resistance des animaux superieurs aux causes exterieures de refroidissement est 
suffisamment prouvee par la lecture des voyages vers les regions polaires, pendant 
lesquels Tliomme a pu vivre dans une atmosphere a 70 au-dessous de zero sans 
eprouver de changements notables dans sa temperature. Pour fixer les idees a cc 
sujet, nous rapportons ici les resultats obtenus par le capitaine Parry et par le ca- 
pitaine Back dans leurs voyages vers le pole Nord. Le premier a vu un Renard 
conserver une temperature superieure de 76, 7 a celle du milieu ambiant; le se 
cond a constate qu un Lagopede des saules 1 emportait de 79,1 sur la tempera 
ture de 1 atmosphere. Ces 1 aits paraitront sans doute suffisants pour nous autori- 
ser a considerer les mammiferes et les oiseaux comme des animaux a temperature 
physiologiquement constante. 

RESULTATS FOURNIS PAR LE CAPITAINE PARRY 



DESIGNATION 

DE t ANIMAL. 


TEMPERATURE 
DE L ANIMAL. 


TEMPERATERE 
DE L ATMOSPHERE. 


DIFFERENCE. 




41 ,5 


25 ,6 


67 ,1 




38 5 


20 ,6 


59 1 


_ . 


37 ,8 


19 4 


37 ,2 




58 5 


29 ,5 


68 9 




37 6 


26 ,2 


65 ,8 




56 ,6 


25 ,5 


59 ,9 




37 ,6 


23 ,3 


60 9 




40 2 


50 ,5 


70 7 




58 3 


29 4 


67 7 


Renard 


57 8 


26 ,2 


64 




41 1 


35 ,6 


76 ,7 




39 4 


52 8 


72 2 




59 4 


52 8 


72 ,2 




38 9 


51 7 


70 6 





38 ,5 


35 ,6 


73 ,9 


Loup 


40 ,5 


52 ,8 


73 ,3 











1 En presence d une difference de cet ordre on ne saurait trop regretter que W. Edwards 
n ait pas indique le degre de la temperature exterieure au moment meme de chacune des 
trois observations. 



CHALEUR ANIMALE. 



RESULTATS FOURNIS PAR LE CAPITAINE BACK. 



DESIGNATION 

DE L ANIMAL. 


TEMPERATURE 

DE i, ANIMAL. 


TEMI ERATUKE 
DE L ATMOSPHERE. 


DIFFERENCE. 


Gelinole noire d Amerique (male). . . 


A1 9 






Gelinote d Amerique (male) 


4" 


-1 K ft 






42 g 


V 






42 <5 


Q A 




. 


42 8 








42 4 


1 ,1 

1Q 7 






43 3 


7Q Q 







43 3 















Repartition de la temperature chez les animaux superieurs. Les divers re 
gions du corps d un meme animal n ont pas toutes la meme temperature. Dans 
ses recherclies, Martine a trouve a la peau un degre de moins que dans les vis- 
ceres interieurs, et dans ceux-ci un degre de moins que dans le sang. Sur un 
chien, J. Hunter a trouve 38",06 dans le rectum, 38, 20 dans le tissu du foie, 
38,33 dans 1 estomac et dans les cavites droites du cceur. Le meme observateur, 
ayant explore 1 urethre a di verses profondeurs, trouva 33, 53 dans ce canal a un 
pouce de 1 extremite du gland, 33,89 a deux pouces, 34,44 a quatre pouces, 
56, 11 an niveau du bulbe. Par une temperature exterieure de 17, 78, J. Hunter 
constata, sur un loir bien portant, que le thermometre montait a 23, 33 dans le 
milieu de 1 abdomen, a 27,67 pres du diaphragme, a 37,50 presdu foie; la tem 
perature de 1 air ambiant etait de 17,8. Sur un cheval tue par la section de la 
moelle epiniere, Carlisle tronva 36,1 1 dans la vessie, 36,67 dans le colon, 38,55 
dans 1 estomac, 39,44 dans la rate. G est surtout J. Davy qu i a public de no m- 
breux et importants resultats sur la repartition de la temperature dans les diverges 
regions du corps d un meme animal. Sur cinq agneaux, ou moment de la mort 
il a trouve moyennement 40,45 dans le rectum, 40,67 dans le veutriciile droit 
du cosur, 41,22 dans le ventriciile gauche. Sur quatre agneaux recemment tues, 
la temperature, du cerveau s eleva moyennement a 40",53 et celle du rectum -1 
40", 91. Nous devons au meme auteur le tableau suivant de la repartition de la 
temperature dans les diverses regions du corps d un agneau qu on venait de sa- 
crifier : 

Surl os du tarse 32,22 

Sur 1 os du metatarse 36 ,11 

Sur 1 articulation du genou 58 ,89 

Vers le haul de la cuisse ......... 59 ,44 

Sur la hanche 40 ,00 

Au milieu de la matiere cere brale .... 40 ,00 

Dans le rectum 40 ,56 

Dans le sang de la reine jugnlaire 40 ,84 

Vers la base du foie 41 ,11 

Dans le ventricule droit du ctKur .... 41 ,11 

Dans le parenchyme du foie 41 ,39 

Dans le parenchyme du poumon 41 ,39 

Dans le sang de la carotide 41 ,67 

Dans le ventricule gauche du co3ur. ... 41 ,67 

Les temperatures locales superficielles rapportees dans le tableau precedent out 
etc pnses en plocant le reservoir du thermometre sous la pcau au moyen d uue 
incision. La meme precaution n a pas pu etre observee dans les recherclies sui- 



CHALEUR ANIMALE. 

vantes qin portent snr lliomme vivant; cependant, bien qu elles aient moins de 
valeur que les precedentes, nous croyons devoir les mentionner : 

Sons la plante du pied. . . . 32 ,22 
Enlre la inalK ole interne el 1 insertion du 

tendon d Achille, sur 1 artere 33 ,89 

Sur le milieu du tibia 

Sur le milieu du mollet 5,-> ,89 

Sur 1 artere poplitce au pli du genou . . 55 ,00 



34 ,44 
32 ,78 

35 ,84 
55 ,00 
34 ,U 

Sur la sixieme cote droite 33 ,89 

Sous 1 aisselle, ou Von applique la surface 
entiere du reservoir du thermomelre. 36 ,67 



Sur la femorale an milieu de la cuisse . 

Sur le milieu du muscle droit 

Sur les gros vaisseaux de la hanche . . 
1/4 de pouce au-dessous du nombril . . 
Sur la sixieme c6te gauche, sur le coeur 



La temperature relativement tres-elevee de 1 aisselle tient evidemment a ce que 
le thermometre s est trouve, la seulement, convenablement place pour uue bonne 
observation, parce que la totalite du reservoir etait en contact avec les parties vi- 
vantes. Ce resultat prouve que, pour constater la temperature des parties super- 
ficielles, le thermometre ordinaire a reservoir spherique ou cylindnque ne pent 
rendre que tres-peu de services. 

Des tableaux et des resultats qui precedent on peut conclure ce qui suit: 
temperature va croissant a mesure que de la peau on penetre dans I interieur de 
1 animal et que Ton s avance des cxtremites libres des membres vers leurs ratines ; 
2 les parties contenues dans le crane ont une temperature inferieure a celle des 
visceres du bassin; o la temperature du tronc va croissant de ses deux extremites 
vers le diaphragme; 4 le maximum de temperature est dans le ventricule gauche 

rlu cceur. 

Depuis Boerhaave, les physiologistes les plus recommandables ont admis que la 
temperature du sang arteriel est superieure a celle du sang veineux. J. Davy a 
iburni sur ce sujet des documents d une haute importance; il a constate que la 
temperature du sang de la carotide 1 emporte moyennement de 0,67 sur celle 
du sang de la jugulaire chez cinq agneaux, de 0,62 chez trois brebis, de 0,66 
chez deux boeufs. Ces experiences ont ete pratiquees sur des animaux vivants; de 
tres-petits thermometres etaient introduits dans les vaisseaux. Ce mode operatoire 
n est pas a 1 abri de toute objection; il peut en resulter un trouble notable dans la 
circulation. J. Davy dit avoir constate, sur des agneaux morts d hemorrhagie, que 
les cavites gauches du cosur out une temperature superieure a celle des cavites 
droites. 

M. Becquerel a employe des aiguilles thermo-electriques pour etudier la repar 
tition de la temperature dans le corps des animaux. Apres avoir verifie 1 exacti- 
tudedes resultats obtenus par J. Davy, il a applique tres-heureusement cette me- 
thode d exploration tres-delicate et irreprochable a des questions dont le thermo 
metre a mercure ou a alcool n aurait jamais pu fournir une solution satisfaisante. 
Les aiguilles thermo-electriques, en effet, peuvent etre glissees dans les interstices 
des tissus sans les desorganiser ni les dechirer, et poussees dans les vaisseaux san- 
guins sans occasionner aucun trouble dans la circulation. 

Supposons qu il s agisse de mesurer la temperature des masses musculaires du 
bras. M. Becquerel commence (fig. 1) par traverser le corps des muscles de cette 
region avec une aiguille thermo-electrique a soudure mediane; il place dans la 
bouche la soudure de 1 autre aiguille. Ces deux aiguilles, raises en communica- 



10 



CHALEUR ANIMALE. 




tion avec le galvanometre par leurs extremites cuivre, sont reliees Tune a 1 autre 
par lenrs extremites fer, a 1 aide d nn fil du meme metal. Le sujet en experience 
respire par le nez; un tres-petit thermometre place sous la langue indique la 

temperature de la bouche et mon- 
tre qu elle se maintient constante 
pendant toute la duree de 1 obser 
vation. Le sens de la deviation de 
1 aiguille du galvanometre indique 
de quel cote existe Vexces de tem 
perature ; une table de reduction 
construite a 1 avance sert a estimer 
la valeur de cet exces en degres 
centesimaux. 

Quand il s agit de comparer la 
temperature de deux parties du 
corps, comme, par exemple, d un 

Fig. i. muscle et du tissu cellnlaire qui 

1 entoure, chacune de ces parties 

est transpercee avec une des deux aiguilles qu on met ensuite en communication 
entre elles et avec le galvanometre; 1 operation se termine comme precedem- 
ment par 1 observation de la deviation et sa transformation en degres centesimaux 
Les faits dont ces rechercbes de M. Becquerel ont enrichi la science sont tres- 
importants ; nous consignons ici les principales conclusions de son travail. 

\ Le sang, soit arteriel, soit veineux, est d autffnt^lus chaud qu on Yexamine 
plus pres du cceur. Ainsi, dans la carotide, la temperature du sang est de 15 
au-dessus de celle du sang de 1 artere crurale; la temperature du sang de la ve ine 
jugulaire 1 emporte de 0,30 sur celle du sang de la veine crurale. 

2 La temperature du sang arteriel est toujours notablement supe rieure a celle 
du sang veineux quand 1 experience porte sur des points correspondants de vais- 
seaux collateraux. Ainsi, a 1 origine de 1 aorte, la temperature du sang 1 emporte 
de 0,84 sur celle du sang de la veine cave supe rieure, au point ou ce dernier 
vaisseau s ouvre dans 1 oreillette droite ; la temperature du sang de 1 artere crurale 
estrooyennement superieure de 0,98 a celle du sang de la veine crurale. 

3 La temperature des muscles 1 emporte considerablement sur celle dutissu 
cellulaire qui leur sert d enveloppe. M. Becquerel a constate directement ce fait 
sur 1 homme et sur les animaux. Ainsi, chez I homme, la moyenne de quatre 
experiences donne au.biceps brachial une temperature superieure de 1,57 a celle 
du tissu cellulaire adjacent; sur un chien, la temperature d un muscle de la cuisse 
au repos a ete trouvee superieure de 1,40 a celle du tissu cellulaire ambiant. 

La question de la repartition de la temperature dans le sang arteriel et dans le 
sang veineux des diverses regions de 1 economie a ete reprise dans ces derniers 
temps par M. Claude Bernard. Nous n avons pas a entrer ici dans les details des 
precedes experimentaux adoptes par 1 eiiiinent physiologiste. II a fait usage tantot 
des thermometres metastatiques a mercure de M. Wallerdin, tantot des & thermo- 
metres a mercure construits par M. Fastre. Le reservoir de 1 instrument avail de 
4 a 5 millimetres de diametre et de 2 a 5 centimetres de long. Le volume de ce 
reservoir ne genait pas la circulation dans les vaisseaux ou on le placait, et ses 
parois tres-minces donnaient au thermometre une grande sensibilite. Chaque de- 
gre centesimal de 1 echelle etait divise en cinq parties egales; on pouvait done sans 



CIIALEUR ANJMALE. 

difficulte lire direct**** un dixieme do dcgre. Toutcs les precautions taient 
nriscs pour rendre les observations irreprochables. 

P Tc Bernard a etudie avec le plus grand soin ks variations qu eprouve la tem- 
pera^du "ng pendant le passage de ce liquide a travers 1 appareil d.gestif et a 

1 appareil pulmonaire. , 

dfcerff. Les resultats fournis par 1 etnde des variations de tempe- 
sang^pendant que ce liquide traverse 1 appareil digestif sout reams dans 

les trois tableaux suivants. . 

Le premier tableau donne les resultats de la comparaison de la temperature du 
sang avant et apres 1 appareil d.gestif, c est-a-dire dans Yaorte ventrale e 



tableau donne la temperature comparative du sang avanl et apres 
1 intestin c est-a-dire dans Yaorte ventrale et dans la veine porte. 

Le troisieme tableau donne la temperature comparative du sang avant et apr, 
le foie c est-a-dire dans la veine porte et dans les veines hepatiques. 

Le premier tableau rnontre qua la sortie de Tappareil digestif, apres avc 
parcouru les capillaires de 1 inteslin et du foie, le sang est constamment plus 
chaud qua son entree. L etat de jeune et 1 etat de digestion ne paraissent pas 
exercer une grande influence sur ce phenomene ; souvent 1 accroisi 
temperature est plus fort cbez les animaux a jeun. 

Le deuxieme tableau montre que generalement la temperature du sang 
dans les capillaires de 1 intestin. Cependant, dans quelques observations, a 1 
perature reste stationnaire ou mime sabaisse. Ces particularites 
par ce fait que la muqueuse intestinale est en realite une surface exteneure 
laquelle peuvent se rencontrer, par suite de 1 ingestion des aliments, des subs 
venues du debors, capables de produire un refroidissement qui se corm 
au sang des capillaires. 



I" TABLEAU. 



TEMPERATURE DD SANG COMPARKE DANS I/AORTE VENTRALE 
ET DANS LES VEINES HEPATIQUES. 
(Avant et apres 1 appareil digestif). 



1 


AORTE 


VEINES 


DIFFERENCES. 


OBSERVATIONS. 




VENTRALE. 


HEPATIQDES. 






1" cliien. 
2 


40 ,3 
40 ,3 
39 ,4 


40 ,6 

40 ,9 
59 ,6 


-t- 0,5 

-+- ,6 
-t- ,2 


a jeun. 
en digestion, 
a jeun deux jours. 


5" 

4e 


59 ,6 


59 ,9 


-f- ,3 


en digestion. 



Ka 


59 ,4 


39 ,6 


H- ,2 


digestion, affaibli. 


~ 

60 


38 ,6 


58 ,9 


+ ,3 


en digestion. 



7 a 


41 ,0 


41 ,6 


-t- ,6 


fin digestion, vigoureux. 


- 

8" 


40 ,0 


40 ,2 


-+- ,2 


debut digestion. 


9 


39 ,5 


40 ,0 


-H 0,5 







40 ,0 


40 ,7 


-t- ,7 


a jeun, vigoureux. 


1 1o 


41 ,0 


41 ,6 


H- ,6 


digestion, vigoureux. 


11 


59 ,0 


59 ,6 


-t- ,6 


a jeun, alcool. 


13" 


37 ,6 


58 ,4 


-t- ,8 


a jeun 4 jours, ether. 


Uo 


58 ,7 


39 ,6 


-t- ,9 


digestion, vigoureux. 




15 


58 ,4 


39 ,4 


-4- 1 ,0 


petite taille. 




57 ,5 


58 ,2 


+ 0,7 


affaibli. 


17 


37 ,1 


58 ,7 


-t- 1 ,6 


affaibli. 


IS- 


38 ,7 


38 ,9 


-H ,2 


a jeun, vigoureux. 



CHALEUR AN1MALE. 



II e TABLEAU. TEMPERATURE COMPARES DU SANG DANS I/AORTE VEMTRALE 

ET DANS LA VEINE PORTE. 

(Avant et apres 1 intestin.) 





AORTE 












VEINE PORTE. 


DIFFERENCES. 


OBSERVATIONS. 




VENTRALE. 








1" cliien. . . , 


39 ,6 


59, 8 


+ 0,2 


digestion. 


2 .... 


40 ,3 


40 ,7 


-+- ,4 


digestion. 


5 .... 


59 ,4 


59 ,5 


-H ,1 


a jeun. 


5 . . 
6" .... 
7 - . . . . 
8 -. ... 


59 ,5 
40 ,9 
40 ,3 
58 ,6 
39 ,9 


59 ,7 
40 ,6 
40 ,2 
58 ,6 
59 ,5 


+ 0,2 

- ,3 
,1 
,0 

,4 


digestion, 
digestion, 
digestion, a bu. 
digestion, 
debut de digestion. 


9 .... 

10 
11 --.... 

12 


39 ,4 
40 ,0 
59 ,0 


59 ,3 

40 ,2 
59 ,4 


- ,1 

-+- ,2 
+ ,4 


a jeun, 2 jours, 
a jeun. 
a jeun. 




37 ,6 


58 ,0 


-i- ,4 


a jeun. 


15 - . . ; . 


58 ,7 


39 ,2 


-t- ,5 


fin de digestion. 


14 .... 


37 ,5 


37 ,8 


-i- ,3 


a 


15 --.... 


58 ,7 


38 ,8 


-H ,1 


a jeun. 



Ill 6 TABLEAU. TEMPERATURE DU SANG COMPAREE DANS LA VEINE PORTE 

ET DANS LES VEINES HEPATIQUES. 

(Avant et apres le foie.) 





VEINE PORTE. 


VEISES 
HEPATIQUES. 


DIFFERENCES. 


OBSERVATIONS. 


1 cliicn. . . 

2 a 


40 ,2 


40 ,6 


-+- 0,4 


a jeun. 


.... 


41 ,3 


41 ,5 


-i- ,2 


a jeun. 


4 e 


40 ,6 


40 ,9 


-H ,3 


en digestion. 


.... 


40 ,7 


40 ,9 


-+- ,2 


a jeun. 


J .... 


59 ,4 


39 ,6 


-H ,2 


a jeun. 


6 --.... 


59 ,8 


59 ,9 


-H ,1 


digestion, affaibli. 


* .... 


59 ,5 


39 ,6 


-t- ,1 


a jeun. 


8 --.... 


38 ,6 


58 ,9 


-4- ,3 


digestion, affaibli. 


10 
11 .... 


59 ,5 
59 ,6 
40 ,2 


40 ,2 
59 ,8 
40 ,7 


-H ,7 
-t- ,2 
-f- ,5 


digestion, 
digestion, 
a jeun. 


12 .... 
13 ... . 


59 ,7 
59 ,4 


41 ,3 
39 ,6 


-+- 1 ,6 
-H ,2 


digestion, vigoureux. 
a jeun, 4 jours. 


15 . . . . 


37 ,8 
39 ,3 


38 ,4 
59 ,8 


-t- ,6 
-(- ,5 


a jeun, 4 jours, 
digestion, feculents. 


16 .... 


39 ,6 


59 ,7 


-i- ,1 


digestion. 


17 . . 
18 --.... 


55 ,0 
37 ,8 


55 ,2 
38 ,2 


-4- ,2 

-t- ,4 


mort, respirat. artilicielle. 


19 --.... 


38 ,8 


38 ,9 


-t- ,1 


a jeun. 



Le troisieme tableau montre que le sang s echauffe constamment dans les ca- 
pillaires du foie et que cet accroissement de temperature est relativement tres- 
ibrt. 

En resume, les resultats de toutes ces experiences etablissent que : 

L appareil digestif fait eprouver au sang un re chauffement constant, de telle 
sorte que, dans cet appareil, le sang veineux est plus chaud que le sang aileriel. 



CIIALEUn ANIMALE. 

) Lc <an qui sort de I appareil digestif par les vcines lit-patiques est unc 
source constante de calorification pour le sang qui va au coeur par la veme cave 
inferieure. Nulle part, dans le systeme circulatoire, le sang n est aussi chaud que 
flans les veines hepatiques. 

50 parmi les organes qui concourent au rechauffement du sang dans 1 appareil 
digestif, le foie occupe le premier rang. Get organe doit etre considere 
des foyers principaux de la chaleur animate. 

Dans one autre serie d experiences, M. C. Bernard avail deja demontre que le 
san - se rechauffe en traversant les capillaires du rein: le sang de la veme renale 
esllonstamment plus chaud que le sang de 1 artere renale. 

Appareil pulmonaire. Pour apprecier les modifications qu eprouve I 
rature du sang pendant le passage de ce liquide a travers 1 appareil pulmonaire, 
M C Bernard a compare la temperature du sang vemeux du venlricule droit du 
cosur a celle du sang arteriel du ventricule gauche. Les resultats de ces expe 
riences donnent evidemment la temperature du sang avant son entree dans le 
poumon et apres sa sortie de ce viscere. Deja, en 1852, M. Malgaigne avail de- 
duit de ses experiences que, contrairemeut a une opinion generalemeiil adoptee, 
le sang du ventricule droit eslplus chaud que celui du ventricule gauche. tA-xa.- 
titude? longtemps contestee de cette proposition, est etablie d une maniere defi- 
nitive par les resultats des nouvelles experiences de M. G. Bernard. Nous nous 
ontenterons de reproduire dans le tableau suiyant les resultats fournis par les 
enervations faites avec les thermometres construits par M. Fastre. 

TEMPERATURE DU SANG COMPARES DANS LE CffiUR GAUCHE ET DANS LE CIEUK DROIT. 





CffiUR DH01T. 


CCEUR GAUCHE. 


DIFFERENCES. 


OBSERVATION S. 


1" chn. . . . 


38 ,2 


58 ,0 


0,2 


debut de digestion, affaibli. 




39 ,5 


39 ,3 


,2 


u jeuti. 


2 chie .... 


39 ,2 


59 ,1 


- ,1 


a jeun. 


I 38 ,8 


58 ,6 


,2 


a jeun, lemp. amb. 2S. 


a-ctaw . . .\ 58 |7 


58 ,5 


,2 


a jeun, temp. arab. 28. 


( 58 ,8 


38 ,6 


- ,2 


a jeun, vigoureux. 


4- chien . . .{ 39)2 


59 ,1 


,1 


le Icndemain, pleine digest. 


S chien . . 


38 ,9 


58 ,7 


- ,2 


a jeuu, viyoiuvux. 


6 chien . . . 


38 ,9 
39 ,1 


58 ,8 
59 ,2 


,1 

- ,2 


digestion, vigoureux. 
le lendemain, fin digestion. 



Les expe ences sur le mouton ont fourni des resultats du meme ordre et tout 
aussi cons tats. 

En resum ces faits etablissent qne ; 

1 Le pass^e du sang dans les capillaires pulmonaires est une cause de re- 
froidissemenyour ce liquide ; 

2 On ne put pas considerer le poumon comme un foyer de chaleur animalc ; 

3 La translation du sang veineux en sang arteriel, chez 1 animal vivant, 
ne coincide pas vec une augmentation de chaleur dans ce liquide, mais au con- 
traire avec un aaissement de temperature. 

Nous devons rus contenter ici de ce simple expose des resultats fournis par 
1 etude de la repetition de la temperature dans les diverses regions de 1 econo- 
mie; plus tard, ius les repreudrons et nous les discuterons. Nous moulrerons 



14 CHALEUR ANIMALE] 

alors que tous ces faits, loin d etre en contradiction avec la doctrine qui place dans 
les phenomenes physico-chimiques de la respiration la veritable source de la 
chaleur animate, sont au contraire, dans leur ensemble, une demonstration com 
plete a posteriori de la verite de cette theorie. 

B. Temperature des animaux infe rieurs. Sous cette denomination d ani- 
maux infe rieurs, nous comprenons les deux dernieres classes des vertebres et 
tous les invertebres. Quoique tres-differents par leur organisation, ces animaux se 
rapprochent par ce fait que leur temperature ne se montre pas, comme celle des 
oiseaux et des mammiferes, sensiblement constante et independante des influences 
exterieures, mais est sujette a des oscillations considerables qui traduisent les 
variations de 1 etat thermique du milieu (air ou eau) dans lequel ils vivent; i[ ne 
s agit done pas de determiner d une maniere absolue la temperature de ces ani 
maux, mais de- chercher dans quel sens et de combien leur etat thermique dif- 
fere, dans un moment donne, de celui des corps environnants. Cette recbercbe 
presente souventdegrandes difficultes; il nousparait necessaire de passer d abord 
en revue les precedes thermometriques employes; cette etude nous servira a de 
terminer le degre de confiance que meritent les resultats obtenus par les divers 
observateurs. 

En general, c est le thermometre a mercure qui a ete employe. Lorsque 1 ani- 
mal est assez volumineux poirr pouvoir introduire 1 instrument dans les cavite 
interieures, soit par une ouverture naturelle, soit au moyen d une incision, c 
precede donne de tres-bons resultats. Encore, dans ce cas, s expose-t-on a mecd- 
naitre completement la production de chaleur dont 1 animal est le siege, s la 
boule du thermometre est trop rapprochee des teguments et si 1 experienc* se 
fait en plein air. La peau de ces animaux, en effet, surtout de ceux qui on ete 
retires de 1 eau, est le siege d une evaporation qui, quelquefois, entraine ur de- 
perdition de chaleur assez considerable pour que leur temperature lombe a-des- 
sous de celle de Tair.Celane vent pas dire que Tarn mal ne produit pas de I cha 
leur, mais seulement qu il n en fournit pas assez pour compenser 1 actio relri- 
gerante de 1 evaporation. G est surtout cette cause d erreur qu il faut s aUcher a 
combattre, et dont il faut tenir compte toutes les fois qu elle n est pas;cartee, 
sous peine de meconnaitre la vraie signification des faits. 

Pour les animaux de petit volume, les observateurs ont souvent emptye un ar 
tifice particulier, qui consiste a en renfermer un certain nombre dans ii vase de 
verre de faible capacite, de maniere qu ils soient accumules autour d reservoir 
d un petit thermometre. Gette pratique a 1 avantage d empecher la detfdition de 
chaleur et le refroidissement qui en est la consequence necessaire. Quid il s agit 
deprouver simplement que 1 animal produit de la chaleur, ce procede it suffisant, 
car il est bien certain que la temperature de 1 interieur du vase neJeut s elever 
au-dessus dela temperature exterieure qu autantque 1 animal est !i-meme une 
source de chaleur. Mais, comme moyen de mesurer exactement ^temperature 
propre des animaux, ce procede est lautif. L air contenu dans lease, en effet, 
s echauffe au contact de 1 aiiimal, celui-ci s echauffe a son touromme cela lui 
arrive toutes les fois que la temperature s eleve autour de lui ; da< cette reaction 
reciproque de Tamma! sur 1 air et de 1 air sur 1 animal, ce der/er s eleve a un 
degre qu il n aurait pas atteint si le milieu ambiant avait conserv sa temperature 
initiale. En comparant alors le thermometre interieur au thermmetre exterieur, 
on s expose a attribuer a 1 animal une temperature propre betcoup plus elevee 



CHALEUR ANIMALE. 15 

qiiecelle qu il possecle reellement. Toutefois, nous le repetons, si ce moyen nc 
iournit pas une mesure exacte tie 1 intensite du phenomene, il n en est pus inoins 
excellent pour vider la question de savoir si Tamma! produit ou non de la elia- 

leur. 
Newport, dans ses recherches sur la temperature des insectes, a employe un 

autre precede. L animal, saisi avec unepince, etait applique et maintenu co litre le 
reservoir du thermometre. En agissant ainsi, cet habile observateur pensait se 
mettre completement a 1 aliri des perturbations causees par la chaleur commu- 
niquee paries mains, soil au thermometre, soit a 1 animal lui-meme. 11 est dou- 
teux qu avec quelque soin qu il ait opere, il soit parvenu a eviler completement 
cette cause d erreur. D ailleurs, 1 animal, snisi avec une pince, s agite, frotte le 
verre de I instrument avec ses pattes, et les divers articles de son corps les uns 
centre les autres. La collision de toutes ces parties dures doit necessairement de- 
velopper de la chaleur et influer sur la marche du thermometre. Pour se mettre a 
1 ubri du rayonnement exterieur et de 1 evaporation, Newport avait la precaution 
d envelopper 1 insecte et le reservoir du thermometre avec une piece tie lame ; 
cette pratique est bonne sans doute, mais elle a Tinconvenient decreer autour des 
afiimanx une masse d air confine de tres-peu d etendue qui, en s echauffant, 
peut, comme dans le cas de leur accumulation dans un vase i ermc, rcagir sur 
leur temperature propre. 

Quand il s agit de mesurer la temperature d un animal isole, d aussi faibles 
dimensions qu un insecte, I emploi du thermometre, quelques precautions que 
Ton premie d ailleurs, presente un tres-grand inconvenient. Bien qu on puisse 
choisir un instrument a tres-petit reservoir, la masse du verre et du mercnre 
qu il contient ne peut jamais etre negligeable par rapport a celle de l animal. 
Celui-ci est done refroidi par le contact du thermometre qui, pour se mettre en 
equilibre de temperature, lui emprunte une portion sensible de sa chaleur propre. 
Cet inconvenient doit etre evite avec d autant plus de soin que, pour les animaux 
inferieurs, il s agit de constater des differences de temperature ordinairement 
tres-faibles et que, chez eux, toute perte de chaleur se repare avec une excessive 
lenteur. Toutes ces causes d erreur reunies, font que le thermometre a mercure 
ne doit etre employe qu avec une certaine reserve pour 1 exploration de la tempe- 
ture des animaux inferieurs et qu on doit completement renoncer a s en servir 
quand 1 observation portesur un animal de tres-faibles dimensions. 

Les appareils thermo-electriques, par leur sensibilite, la rapidite de leurs indi 
cations et leur faible volume qni permet de les introduire sans inconvenients dans 
les corps des plus petits animaux, sont destines a 
rendre de tres-grands services a la physiologic expe- 
rimentale. Us ont ete employes sous leurs deux for 
mes principals ; mais ce sont surtout les aiguilles 
therrao-electriques dont 1 usage devrait etre gene- J 
ralise. 

En 1851, Nobili et Melloni appliquerent leur pile 
thermo-electrique a 1 etude de la temperature des 
insectes ; a cet effet, ils fermerent les deux appendices 

prismaliques de 1 enveloppe de la pile avec deux miroirs spheriques de cuivre poll 
A,A (fry. 2); de cette fatjon, tout rayonnement exterieur elait supprime et, les 
deux faces de la pile etant dans les memes conditions, Taiguille du galvanometre 
. Si tout etant aiusi dispose, on place un insecte au foyer principal 




IP CI1AUUH ANIJIALE. 

de 1 un des petits miroirs reflechissants, toute la chaleur rayonnec par son corps? 
est renvoyee vers la face correspondante de la pile, et si 1 animal a une tempera 
ture superieure a celle de 1 atmosphere, la deviation de 1 aiguille du galvanometre 
1 indique. Ce precede empeche 1 evaporalion et le rayonnementexterieur; il indique 
si 1 insecteest ou non une source de chaleur. Mais ici, comme sous la piece de 
laine de Newport, la masse d air confine est beaucoup trop limitee, sa tempera 
ture peut s elever sensiblement et reagir sur celle de 1 animal. D ailleurs, on n a 
ainsi que la chaleur emise par le rayonnement, et les resultats ne sont pas compa- 
rables a ceux que 1 on obtiendrait par le contact de 1 instrument et du corps de 
1 insecte. 

M. Becquerel a applique les aiguilles thermo-metriques a la recherche de la 
temperature des animaux inferieurs : il prend deux boites de carton recouvertes 
de papier metallique en dedans et en dehors, afm d augmenter leur pouvoir re- 
flechissant. Ges boites sont percees de trous qui permettent 1 introduction des 
aiguilles. L aiguille libre etant deposee dans 1 une des boites ouvertes, 1 autre est 
introduite dans le corps de 1 animal en experience, prealablement loge dans la 
seconde boite ; il place alors en meme temps les deux couvercles et il etablit les 
communications entre les deux aiguilles comme a 1 ordinaire ; avant de faire com- 
muniquer les aiguilles avec le galvanometre, il laisse ecouler environ dix minutes 
pour leurdonner le temps de perdre toule la chaleur qui aurait pu leur etre com- 
muniquee par la main. De cette fagon, 1 une des soudures se maintient a la tem 
perature de 1 air de la boite vide, qui est la meme que celle de 1 air exterieur, 
tandis que 1 autre soudure prend la temperature de I aiiimal. La deviation de i ai- 
guille du galvanometre indique de quel cote est 1 exces de temperature et la va- 
leur de cet exces en degres centesimaux. 

Dans ces experiences, 1 animal est bieiv mis a 1 abri du refroidissement cause 
par 1 evaporation, mais il est place dans un espace trop limite; il peut, par la cha- 
leur qu il degage, elever la temperature de 1 air de la boite et la sienue propre. 
Tout porte done a penser que 1 air de la boite qui contient 1 animal n est pas a la 
meme temperature que 1 air de la boite vide. Cependant, pour que les resultats de 
1 observation soient concluants, ces deux masses d air confine doivent, de toute 
necessite, etre maintenues a la meme temperature, sans quoi le courant electrique 
produit ne proviendi ait pas um quement de la difference qui existe entre la tempe 
rature de 1 animal et celle de 1 air qui 1 entoure. Dans des experiences ou les diffe 
rences a constater ne depassent pas souvent une fraction de degre centesimal, ces 
causes d erreur, quelque faibles qu elles paraisseut, ne sauraient etre negligees. 
Pour toutes ces raisous, le precede de M. Becquerel nous paiait meriter moins de 
confiance que celui de M. Dutrochet. 

Ge dernier experimeutateur a d abord rejete, avec raison, 1 emploi des aiguilles 
a soudure medicine jiarce que, dans beaucoup de cas, il y a inconvenient a trans- 
percer d outre en outre le corps des animaux. 11 leur a substitue les aiguilles a 
soudure angulo-terminale qui n ont besoin que d etre legeiement enfoncees par 
leur pointe dans les parties vivantes, et peuvent toujours etre plongees a la meme 
profondeur, a cinq millimetres par exemple, comme 1 a constamment fait M. Du 
trochet pour iciidie les experiences rigoureusement comparabk-s. 

Pour proceder a une observation, M. Dutrochet se procurait deux animaux de 
meme espece etde meme grosseur. L un d enx, au moment de I experience, etait 
tue par I immersion dans de 1 eau a 50 ", puis plonge duns de 1 eau a la tempera 
ture amijiante pour le refroidir. L animal vivant et 1 animal uiorl eluieut utluuhes 




CHALEUR ANIMALB. 17 

(fiq. 5), chacun a une tige de bois sec, d,d, et ces supports etaient implantes dans 
le sable fin dont etait rempli un pot a fleurs aa; le vase ulait reconvert d une 
plaque de platre bb, percee en son centre d une ouverture moindre que cello du 
pot. Les aiguilles a soudure angulo-terminale etaient alors enfoncees a cinq mil 
limetres de profondeur, Tune dans le corps de ( animal vivant, 1 autve clans le 
corps de I animal mort, et dans des points symetri- 
quement places. Avant d etablir les communications 
des aiguilles et du galvanometre, il attendait un 
temps suffisant pour que la chaleur communiquee par 
lamaineutdisparu. De cette maniere, rayonnement, 
action de 1 air exterieur, tout etait egalise de part et 
d autre ; la difference de temperature des deux sou- 
dures ne pouvait provenir que de ce que 1 un des 
deux animaux etait mort et 1 autre vivant. Mais, 
rien ne prouve que 1 evaporation soil la meme chez 
un animal vivant que chez un animal de meme espece 
et de meme volume recemment mort; tout porte 
a penser, au contraire, que le phenomene est plus 
intense d un cote que de 1 autre. Pour eliminer cette 
cause d erreur, M. Dutrochet humectait le sable du 
pot a fleurs et recouvrait les deux animaux d une clo 
che de verre; les filsde communication M,N passaient 
entre la cloche et la plaque de platre bb. D ailleurs, il rendait tout courant d air 
impossible en accumulant du sable autour des jonctions de la cloche de verre, de 
la plaque de platre et du pot a fleurs. L air de la cloche etant ainsi promptement 
sature d humidite, toute evaporation devenait impossible; la difference de tem 
perature des deux soudures ne pouvait done tenir qu a ce que 1 une plongeaitdans 
le corps d un animal vivant, 1 autre dans le corps d un animal mort, et c est pre- 
cisement cette influence qu il s agissait d apprecier. 

Toutes les fois qu il est possible de se procurer deux animaux de meme espece 
et de meme volume, il vaut mieux operer comme nous venous de le dire ; cepen- 
dant cette condition n est pas indispensable pour une bonne observation. Sous-la 
cloche, en effet, le corps de I animal mort sert seulement a maintenir la soudure 
en equilibre de temperature avec 1 air environnant, en la mettant a 1 abri de tout 
rayonnement exterieur. Or, il est evident que cet office serait aussi bien rempli 
par un petit rouleau creux de papier sec dans lequel on cnfoncerait la soudure de 
1 aiguille. M. Dutrochet a sou vent employe ce dernier moyen pour rcmplacer le 
corps de I animal mort, et les resultats out ete les memes dans les deux cas. II 
faut, dans ces recherches, avoir soin de se servir d animaux tues au moment 
del experience ; s ils etaient morts depuis un certain temps, leurs corps devien- 
draient le siege de phenomenes de putrefaction qui degageraient de la chaleur, 
altereraient 1 exactitude et pourraient meme changer le signe dcs^ resultats ob- 
tenus. 

Le precede de M. Dutrochet, quand il est pratique avec toutes les precautions 
convenables, est certainement le plus parfait de tons coux qui out ete employes 
pour prendre la temperature des animaux inferieurs de tres-petite taille. 

Reptiles. La temperature des reptiles a ete 1 objet de recherches tres-nom- 
breuses; nous avons reuni, dans un tableau general, les principaux resultats four- 
uis par les observaleurs : 

tlCT. F.lNG. XV. 2 



18 



CHALEUK ANIMALE. 



TEMPERATURE DES REPTILES 



DESIGNATION DE L ANIMAL. 



I roteus anguinus ............... fie 2, 65 

Emys Europea ................. 1 ,56 

Cherson Gneca ................. 1" 

Matrix Levis. . .- ....... ........ 0,2l 

Natrix torquatus ................ ,32 

Anguis fragilis ................ ,47 

LacerU agilis ................. 1 ,25 

Lacerla viridis ................. 4 ,00 

Grenouille ................... ,32 

.................. ,50 

Crapaud .................... ,50 

Lezard .................... ,75 

Orvet ..................... ,87 

Couleuvre ................... ,75 

Couleuvre d Esculape .............. 3* 

Boa ...................... 2 

Tortue ................... 1 

Anguis fragilis ................. 

Laccrta agilis ................. 

Lacerta rnaculala .............. . . 2 

Proteus anguinus ............... 1 

Vipere ..................... 5 

Grenouille ................... 2 

Crapaud .................... 2 

Lacerta agilis ................. 

Crapaud accoucheur .............. 

Grenouille ................... 

Torlue .................... 2 

Grenouille ................... 1 

Tortue de 1 Ascension .............. 2 

Tortue g^ometrique .............. 

.............. 3 

Igname .................... 1 

Couleuvre verte ................ 3 

Serpent brun . ................ 1 

Plusieurs couleuvres .............. 3 

Grenouille ................... 4 

Torlue terrestre ................ 2 

Grenouill* ................... 2 



EXCES 

DE LA TEMPERATURE 
DE L ANIMAL 

SDR 
CELLE DU MILIEU AMBIANT. 



a 5, 67 

a 3 ,54 

,00 

a 6,55 

a 5 ,74 

a 2 ,40 

a 8 ,12 

a 7 ,34 

a 2 ,44 

a ,75 

a ,75 

a 1 ,2S 

a \ ,00 

a 1 ,55 

,10 

,50 

,22 

,50 

,75 

,25 

,25 

,56 

,80 

,80 

,21 

,12 

,04 

,88 

,50 

,90 

,90 

,90 

,22 

,90 

,10 

,90 

,44 

,78 

,70 



DE L OBSERVATEUB. 



Czermak. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 
Becquerel. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

Walbaum. 
Berthold. 

id. 
Rudolph!. 

id. 
J. Hunter. 

id. 

id. 
Dutrochet, 

id. 

id. 

Tiedemann. 

Prevost et Dumas. 

J. Davy. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

Carlisle. 
Marline. 

id. 



Suivant le genre de vie habituelle de I animal, la temperature de son corps a ete 
comparee a celle de 1 air ou de 1 eau. Les resultats du tableau precedent demon- 
trent que les reptiles ne meritent pas la denomination d animaux a sang froid, 
raais qu ils produisent une certaine quantite de chaleur appreciable aux instru 
ments de physique, quoique tres-inierieure a celle des animaux superieurs. Du 
reste, la temperature propre des reptiles, c est a-dire 1 exces de la temperature de 
leur corps sur celle du milieu ambiant, est tres-variable en raison des espees ani- 
males observees, et aussi des circonstances exterieures ; elle peut prendre toutes 
les valeurs comprises entre les deux extremes 0,(M (grenouille) et 8,l!2 (Lacerta 
agilis) . 

Poissons. Ce que nous avons dit des reptiles s appliqueaux poissons ; il suffit 
de parcourir le tableau suivant, empruute aux divers observateurs, pour etre 
frappe de la similitude des resultals. 



CHALEUR ANIMALE. 



TEMPERATURE DBS POISSONS. 



DESIGNATION DE L ANIMAL. 


EXCES 

DE LA TEMPERATURE 
DE L ANIMAL. 

SUR 
CELLE DH MILIEU AMBIANT. 


NOM 

DE L OBSERVATEUR. 




3, 88 


Krafft 




1 ,94 


J Hunter 




,93 




Petits poissons 


de 0,6"2 a 0,93 


id. 




0,93 


id 




5 ,00 






86 






,71 


id 




,50 






1 "0 


J Davy 


Traits 


1 10 


id 




20 


id 


AMette 


55 




Truite 


55 


id 


Grondin gris 


,6.-J 











La temperature propre des poissons, tres-variable selon les especes, a oscille 
en Ire 0,20 (poisson volant) et 3, 88 (brochet). Nous devons signaler ici, d une 
maniere speciale, deux fails tres-importants observes par J. Davy. Sur une Bouite 
pechee dans lesmers tropicalez, J. Davy a constate que li temperature des masses 
muscnlaires de 1 auimal 1 emportait de dix degres sur celle de 1 eau de la mer qui 
etait elle-meme a 27, 20. Plus tard, il fit pecher, dans la mer de Marmara, plu- 
sieurs Pelamides, espece de poisson migrateur. L air etait a 21, 67, la surface de 
la mer a 20 et le courant sous-marin, ou nageaient ces poissons, a 16, 67. Dans 
1 abdomen de la pelamide, le thermometre monta a 22, 78, et, dans les masses 
musculaircs, a 23, 89. En comparant la temperature de ces poissons a celle du 
courant sous-marin dans lequel ils vivaient, nous trouvons que leur temperature 
propre etait de 6, 11 dans 1 abdomen, et de 7,2 Sdans les muscles du dos. Ces 
deux iaits ont une grande importance ; ils mettent hors de toute contestation la 
production de chaleur chez les poissons et prouvent en meme temps que, chez 
eux, les masses musculaires jouissent, comme chez les mammiferes et les oiseaux, 
d une temperature superieure a celle des autres parties du corps. 

Articules et annelides. Swammerdam, sans fournir aucune evaluation ther- 
mometrique, dit que, meme en hiver, la temperature des ruches d abeilles estfort 
elevee au-dessus de celle de 1 atmosphere. Reaumur, en hiver, par une tempera 
ture exterieure de 3, 75, a vu le thermometre s elever a + 12, 5 dans 1 inte- 
rieur d une ruche d abeilles. J. Hunter a constate des faits du meme genre. New 
port, par un froid exterieur de 8,05, constata que I inlerieur d une ruche etait 
a 1,1 ; les abeilles, ayant ete, reveillees et excitees, s agiterent, etla tempera 
ture monta a 21, 11 . L air exterieur etant a + 1,39, le meme observateur trouva 
la temperature a 38, 89 dans une ruche dont les abeilles etaient agitees. D apres 
les recherches de Newport, c est en mai et en juin que les ruches d abeilles, a 1 etat 
de reposcomplet, acquierent le maximum de temperature propre. II avucete^ces 
de temperature s elever a 15,56, dans un nid de gupes ; a 5,55, dans un nid 
de bombus lapidarius; a 8, 33, dansun nidde bombus sylvarum, eta 12, dans 



20 



CHALKUR AINIMALE. 



unc fourmilicre de formica herculanea, dans laquellc i-es insectes etaient trcs- 
agites. Evidemment ces elevations de temperature si considerables de ruches 
d abeilles, de nids de guepes et de fourmilieres, resultent, en grande par tie, de 
1 accuraulation d un grand nombre d etres vivants dans un espace tres-hmite. 
Ces fails ne peuvent done pas servir a donner une mesure cxacte de la tempera 
ture propre de ces animaux, mais ils n en demontrent pas raoins, d nne maniere 
incontestable, la faculte dont ils jouissent de produire de la chaleur ; sous ce der 
nier rapport, leur importance est tres-grande dans la question qui nous occupe. 
Nobili et Melloni ont cherche a determiner la temperature propre des msectes 

TEMPERATURE DES ART1CUIES ET DES ANNEL1DES. 



DESIGNATION DE L ANIMAL. 



Sphinx convolvuli 

Carabus Horlensis 

Scarabee 

Ver luisant 

Blatta orientalis 

Grillon 

Guepc 

Scarabee ,25 

Blatte 

Larve d Oryctes 

Chenille de ver a sole * >^" 

Larve de sphinx atropos 

Bombus terreslris 

Hanneton 

Melolontha solstitialis 

Lucanus cervus ,88 

Caralius monilis ,05 

Blaps morlisaga 

Coccinella septempunctata 

Melloe proscarabieus ,85 

Staphylinus olens ,55 

Staphylinus crythropterus ,27* 

Gryllus viridissimus ,94 

Bombus lapidarius - ls 

Bombus Hortorum ,25 

Xilocopa violacea ,25 

Hanneton ,25 

Meolontha solstitialis 

Lucanus cervus ,22 

Carabus monilis ,18 

Blaps mortisaga ,12 

Carabus auratus ,18 

Cetonia aurata ,25 

Chrysomela tenebricosa ,54 

Scarabajus vernalis de 0,12 a 0",18 

Grillus viridissimus ,31 a ,34 

Gryllus verrucivorus ,40 

Gryllus grillo-talpa ,16 

Gryllus campestris ,40 

Sphinx stellatarum ,29 

Sphinx atropos ,58 

Sangsues ,56 a ,85 

Verb de terre 1 ,11 a 1 ,39 

Maja squinado (sous 1 eau) ,30 

Maja squinado (dans 1 air) ,. ,60 

Maja squinado (portant des oeufs) ,90 

Squillla mantis (mourant) ,10 



EXCES 

DE LA TEMPERATURE 
RE L ANIMAL 

SUR 
CELLE DU MILIEU AMBIAHT. 



NOM 

DE L OB^ERVATEUR. 



Haussmann. 

id. 

i. Davy, 
ill. 
id. 
id. 
id. 

Berthold. 
Becquerel. 

id. 

id. 

id. 
Newport. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 
Dutrochet. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 
i. Hunter. 

id. 
Valentin. 

id. 

id. 

id. 



CHALEUU AiNIMALB. 



21 



a 1 aidedel appareil Ihermo-electrique dont nous avons donne plus haut une des 
cription sommaire. Us n ont relate, dans leurs memoires, aucun des resultats par- 
ticuiiers de leurs observations ; ils se sont contentes de dire : Nous avons opere 
sur plus de quarante especes indigenes, prises dans toutes les classes et dans tous 
les etatsde metamorphose ou se trouvent successivement ces animaux... tous les 
ecarts de 1 aiguille Jurent positifs, c est-a-clire dans le sens du calorique de I in- 
secte ; il riy cut pas d exception a cet e gard. Une affirmation aussi positive, 
dans la bouche de deux physiciens aussi consciencieux et d une habilete aussi 
eprouvee, ne peut laisser subsister aucun doute sur la realite de 1 existence d une 
temperature propre chez les insectes. 

Dans son grand travail sur la temperature des insectes, Newport a constate que 
la temperature propre est plus elevee chez les insectes volants et, parmi eux, 
chez les abeilles et les sphinx, que chez tous les autres articules. Le tableau ci- 
contre suffit pour demontrer que tous les articules et tous les annelides places dans 
des conditions normales ont, pendant leur vie, une temperature superieure u 
celle du milieu qui les environne. 

Nous devons ajouter un mot. M. V. Regnault, dont 1 autorite est si grande en 
pareille matiere, a vu un thermometre, mninteuu au milieu d un grand nombre de 
hannetons renfermes dans un sac a claire-voie, s elever de 2 au-dessus de la tem 
perature de 1 air ambiant. Parmi les fails du tableau precedent empruntes a Va 
lentin, nous devons iaire remarquer celui d une Maja spinado port ant des cent s. 
Nous nous demanderons avec cet habile physiologiste, si 1 elevation de la tempera 
ture propre, dans ce cas, ne traduit pas une influence particuhere de 1 etat phy- 
siologique de 1 animal sur la t aculte de produire de la chaleur. 

Mollusques. Les observations bien faites ne manquent pas nou plus pour de 
montrer que les mollusques, dans les conditions habituelles de leur existence et de 
leur developpement, produisent de la chaleur. Le tableau suivant contient les 
fails que nous avons pu trouver dans les meilleurs recueils. 

TEMPERATURE DES MOLLUSQUES. 



DESIGNATION DE L ANIMAL. 


EXCES 

DE LA TEMPERATURE 
DE L ANIMAL 
SCR CELLE DU 
MILIEU AMBIANT. 


LIEU 

DE L OBSERVATION. 


NOM 

DE L OBSERVATEUR. 


Limaces dans un tube 


0",25 

5 ,15 
de 2",22 a 3-.90 
,90 
1 ,11 
,90 
,20 
,60 
,60 
,50 
,10 

,30 
,80 


oavite du manteau. 
id. 
id. 
surface de la peau. 
id. 
entre le manteau et 
le corps, 
cavite respiraloire. 
cavite anale. 


Spallansani. 
J. Hunter, 
id. 
Becquerel. 
Marline. 
Valentin, 
id. 
id. 
id. 
id. 
iJ. 

id. 
id. 


Limaces dans un verre 




Escargot 










Aphysia leporina (dans 1 air) 














Zoophijles. En 1839, Valentin a public un travail tres-etendu sur la tempera 
ture propre des zoophytes. Nous donnons, dans le tableau suivant, les resultats 



22 



22 CHALEDR ^NIMALE. 

de ses importantes recherclies. La temperature des animaux et compnree M celle 
de 1 eau de la mer. 



TEMPERATURE DES ZOOPHYTES. 



DESIGNATION DE L ANIMAL. 


EXCES 

DE LA TEMPERATURE 
DE L ANIMAL 
SDR CELLE DU 
MILIEU AMBIANT. 


LIEU 

DE L OBSEHVATION. 


NOM 

DE L OBbERVATEUII. 




20 


cavite anale. 


Valentin. 




,20 


id. 


id. 


(dans 1 air) .... 


50 


cavite buccale. 


id. 




60 


surface extcrieure. 


id. 


(sous 1 eau) 


,50 


id. 


id. 


Ophiufa lacertosa 


,30 


id. 


id. 




,60 


entre les pieHs. 


id. 




,40 


surf, pres labouche. 


id. 




,40 


ouverture anale. 


id. 




,50 


pres la bouche, 


id. 




,50 


ouverture anales. 


id. 


Pclagia denticulata 


9 ,75 


cavite de I estomac. 


id. 




,"20 


id. 


ids 


- (sujets lihresdans la mer). 
- (sujets tres-vifs) .... 


,20 
,50 
,40 
1 ,00 
,25 


id. 
id. 

lid. 
surface exlerieure. 
peau exterieure. 


id. 
id. 
id. 
id. 
id. 




,20 


ventricule. 


id. 




,50 


id. 


id. 




,30 


cavite de 1 estomac, 


id. 




,20 


Id. 


id. 




,30 


ouverture anale. 


id. 




0, 50 


id. 


id. 











Partant de ce fait que 1 immersion dans. 1 eau suppiime toute evaporation, 
M. Dutrochet a cru devoir revoquer en doutequelques observations dans lesquellus 
Valentin a trouve que certains mollusques et certains zoophytes ont, dans I air, 
une temperature propre, superieure a celle dont ils jouissaient sous 1 eau. Ce re- 
sultat ne nous parait nullemeht de nature a diminuer la contiance que meritent 
les experiences (Tun physiologists aussi distingue; cnr, d une part, au contact, le 
pouvoir refroidissant de 1 eau estbeaucoup plus grand que celuide 1 air, et, d autre 
part, ilest tout naturel que, sous 1 influence directe de 1 air, la production decha- 
leur soil activee chez ces animaux, en meme temps que 1 activite des phenomenes 
pliysico-chimiques dont elle depend. 

II resulte aussi des experiences eutreprises par M. Martins sur quarante-huit 
Oursins peches dans les mers du Nord, que la temperature de ces animaux estsen- 
siblement superieure a celle de 1 eau dans laquelle ils vivent. 

Valentin resume ainsi qu il suit ses recherches personnelles sur les animaux 
infei ieurs. Moyennement la temperature propre est : 

Chez les polypes 0,2l 

Chez les meduses . . ,27 

Chez les echinodermes ,40 

Chez les mollusques ,46 

Chez les ceplialopodes ,57 

Cliez les crustaces ,60 

Ces observations de Valentin demontrent done que la temperature propre des 
animaux, et, par suite, leur faculte de produire de la chaleur, est d aulant plus 



CIIALL UR ANIMALE. 25 

considerable que leur organisation est plus parfaite et qu ils occnpent nno place 
plus elevee dans 1 ecbelle zoologique. 

Fails exceptionnels. Nous n avons donne place, dans nos tableaux, qu aux 
observations dont les resultats traduisent nettement un exces de temperature en 
faveur deTanimal. Cependant les recueils deja cites renferment des laits bien con 
states qui nous montrenl les animaux infer ieurs en equilibre de temperature avec 
les corps enviionnants et meme a une temperature plus basse que celle du milieu 
ambiant. Les travaux de M. Dutrochet fburnissent tous les elements necessaires 
pour discuter ces faits exceptionnels et determiner leur veritable signification, 
pour decouvrir les causes perturbatrices qui sonl, venues masquer, d une maniere 
plus ou moins tranchee, la source de chaleur dont 1 action n est jamais complele- 
raent snspendue chez les animaux vivants. 

Dans ses rechercbes sur les animaux inferieurs, cet habile experimentateur a sou- 
vent opere enpleinair. Alors une des deuxsoudures etait enfonceedans le corps de 
1 animal, 1 autre etait enveloppee dans un rouleau de papier sec pour la mcttre a 
1 abri du rayonnement exterieur. La soudure placee dans le papier se mettait en 
equilibre de temperature avec 1 air ambiant et la premiere avec le corps de 1 animal. 
Souvent, alors, le corps de 1 animal s est trouve plus froid que 1 air, mais ton- 
jours il a suffi de recouvrir 1 appareil d une cloche remplie d airsahtre d humidiie 
pour que le phenomene fut renverse et que la soudure, enfbncee dans le corps de 
1 animal, accusat une temperature supe rieure a celle de 1 air. A la surface libre 
des animaux places dans un milieu gazeux, il y a done une evaporation continuelle 
qui tend a abaisser leur temperature au-dessous de celle des corps voisins. Pour 
etre autorise a affirmer qu un animal vivant ne produit pas de chaleur, il faudrait 
d abord supprimer cette influence perturbatrice, operer dans un air sature et 
prouver que, dans ces conditions, sa temperature se maintient e gale ou inferieure 
a celle du milieu ambiant; or, c estcequi n a jamais ele observe; les experiences 
bieninslituees dans ce but ont toujours donne un resultat contraire. 

Les animaux observes dans 1 eau sont, il est vrai, a 1 abri de toute evaporation, 
mais ils sont exposes a une cause de refroidissement qui peut aussi les main- 
tenir a la meme temperature que le liquide dans lequel ils sont plonges, bien qu ils 
produisent reellement de la chaleur. La couche d eau en contact avec leur corps 
ne peut pas s ecbauffer sans devenir moins dense, se deplacer et etre remplacee 
par une nouvelle couche qui, a son tour, emprunte de la chaleur a 1 animal et 
cede la place a une troisieme ; il s etablit ainsi, autour de 1 animal, un vrai courant 
ascendant de liquide qui lui soustrait peu a peu la chaleur qu il produit. On com- 
prend ainsi comment les animaux inferieurs, dont la puissance de calorification est 
tres-faible, peuvent etre maintenus a une temperature sensiblement egale a celle 
de 1 eau dans laquelle ils vivent. 

Conclusions. En resume, d une part le rayonnement et 1 evaporation, d anlre 
part les courants continuellement renouveles au sein des masses gazeuses ou 
liquides dans lesquelles ils sont immerges, enlevent aux animaux une partie ou la 
totalite de la chaleur qu ils produisent, tendent a maintenir leur temperature au 
niveau de celle du milieu ambiant et meme a la faire tomber au-dessous. Ainsi, 
en tenant compte de 1 influence incontestable des circonstances exterieures, tout 
s explique sans effort, et les nombreuses observations, dont la science s est succes- 
sivement enrichie, demontrent que la production de chaleur est un fait general et 
sans exception dans 1 animalite. 



21 CIIALKUR ANIMALE. 

Pui-qne, dans 1 etat de vie, depuis 1 homme jusqu nu dernier des zoophyte, 
tout animal produit de la chalenr, ilserait temps defairedisparailreces expressions 
d animaux a sang chaud et d animaux a sang froid qui tendent a etablir que la 
faculte de produire de la chaleur est 1 apanage exclusif des mammiferes et des 
oiseaux, a perpetuer dans la science des idees iausses et en contradiction avec les 
donnees de la pliysiologie experimentale. Sans doute, il y a bien loin de ce Lago- 
pede et de ce Kenard, observes par le capitaine Back et par le capitaine Parry, 
dont la temperature surpassait celle du milieu ambiant de 79, 50, pour le pre 
mier, et de 76, 70, pour le second, a cette Grenouille dont la temperature propre 
ne depassait pas 0,04; mais, quelque enorme que soit la difference d intensite, le 
plienomene de la production de chaleur existe chezles batrachiens, commechezles 
mammiferes et chez les oiseaux. 

Pour traduire la faculte, dont jouissen*. tous les animaux superieurs, de main- 
tenir leur temperature sensiblement constante au milieu des conditions exlerieures 
les plus diverses, nous avons propose de designer les oiseaux et les mammiferes 
sous la denomination d animaux a temperature constante. Ladenominationd am - 
maux a temperature variable pourrait etre appliquee aux reptiles, aux poissons et 
a tous les invertebres ; elle aurait le double avantage de faire disparaitre 1 expres- 
sionlautive d animaux a sang froid, et de rappeler le faitde 1 influence profonde 
exercee par 1 etat thermique du milieu ambiant sur la temperature absolue de 
tous ces animaux iriferieurs. 

En etudiant les animaux dans les conditions les plus favorables a leur develop- 
pement, nous avons vu leur temperature propre s abaisser a mesnre que leur or 
ganisation est moms avancee et que leurs fonctions sont moins developpees. Les 
animaux inferieurs sont si profondement influences par 1 etat physique du 
milieu qui les environne, que leur mode d existence depend completement des 
conditions exlerieures. Dans la belle saison, ils sont vifs, agiles, jouissent de la 
plenitude de la vie; aux approches de 1 hiver, ils commencent a Janguir, et, si le 
froid augmente autour d eux, ils tombent dans un etat d engourdissement tel que 
tous les actes de la vie semblent momentanement suspendus. La production de 
la chaleur devient alorstres-faible, et, sans s abaisser au-dessous decelle descorp, 
environnants, leur temperature s en rapproche d autant plus que leur torpeur est 
plus prononcee. Souspeinedes e\poser a des erreurs graves, il est done necessaire, 
quand on veut etudier la temperature propre de ces animaux, d operer dans des 
circonstances telles que leurs fonctions soient dans la plenitude de leur exercice. 
C est generalement quand le milieu ambiant se maintient entre \ 2 et 25 que les 
observations donnent des resultats satiafaisants. 

II. Sources de la chaleur animals. Trop evidente chez les animaux supe 
rieurs, pour avoir jamais etc meconnue, la production de chaleur a toujours 
occupe une grande place dans 1 histoire de l homme sain et de 1 homme malade. 
Aussi, des la plus haute antiquite, les physiologistes et les medecins de toutes les 
ecoles out tente d en decouvrir les causes, de faire rentrer les phenomenes de la 
calorification dans le cercle de leurs explications. Successivement adoptees avec 
enthousiasme et renversees sans retour, ces diverses theories n ont plus pour nous 
qu un interet purement historique. Gependant, avant d aborder [ exposition des 
laits dont la science s est enrichie -dans ces derniers temps, avant de montrer com 
ment une etude mieux faite etplus approfondie du rolejoue par les forces pliysico- 
chimiques dans les phenomenes de la vie, a permis de remonter aux veritables 



CHALEUR AM MALE 25 

sources de la chaleur produite par.les animaux, il nous parait utile dejeterun coup 
d oeil sur les principals doctrines de la calorification : ce nous sera une occasion 
de combatlrc des opinions erronees dont on trouve encore des traces dans les 
traites de physiologic, et de discuter des experiences mal faites sur lesquelles cer 
tains esprits cherchent de temps en temps a s appuyer pour repousser la verite. 

Opinions des anciens. Pour les anciens, la chalenr animale etait la mani 
festation d une force speciale, independante des agents exterieurs, et tenant sous 
sa domination toules les fonctions de 1 economie. Indiquee deja dans les cents 
de la collection hippocratique, cette interpretation des faits fut adoptee par Aris- 
lote et Galien sous la denomination dela chaleur innee; elle regna sans conteste 
dans 1 ecole aussi longtemps que I autorite du philosophe de Slagyre et du mede- 
cin de Pergame. Sans chercher, du reste, a se rend re compte dc son mode de 
production, les partisans de cette doctrine n hesitaient pas a placer dans le ccenr 
le siege du degagement de cette chaleur. Les uns aflirmaient, avec Aristote, que 
le sang s echauffe dans le ventricule droil; les autres soutenaient, avec Galien, 
que la chaleur est produite dans le ventricule gauche. Aussi satisfaits de cette hy- 
pothese gratuite que d une verite incontestablement demontrec, ils ne cherche- 
rent janiais a penetrer le mecanisme du phenomene. Uncle demum is in corde 
calor nasceretur, veleres unice securi, qucerere super sederunt, dit Haller. 
Quelques auteurs pousserent meme 1 oubli de toute notion de physiologie jus- 
qu a affirmer que, chez 1 animal vivant , la temperature du coeur est assez 
elevee pour causer une sensation p enible a la main qui le toucherait impru- 
demment. 

Vivement attaquees, tour a tour abandonnees et reprises, profondement modi- 
fiees dans les details, ces hypotheses n ont janiais completement disparu de la 
science et se sont propagees jusqu a nos jours. J. Hunter, qui s est beaucoup oc- 
cupe de la temperature des elres organises et dont les travaux out si puissamment 
contribue aux progres de la physiologie, a etc moins heurenx dans ses specula 
tions sur les origines de la chaleur animale. Apres avoir combatlu 1 idee de rappor- 
ter la production de la chaleur aux mouvenients du sang et a 1 influx nerveux, il 
ajoute : 11 est tres-probable que la production de chaleur defend de quelque. 
autie principe, d un principe si intimement lie a la vie, qu il peut agir et agit en 
ei ii t independamment de la circulation, de la sensation et de la volition, et qu il 
esl la force qui conserve et regie inter ieurement la machine. Hunter ne s est 
pas anete la; il a voulu determiner le siege precis de cette force productrice de 
la chaleur. Bien que, dit-il, d apres ce qui a generalement ete avance sur ce 
sujet, on soil porte a supposer que chaque partie est douee de celte faculte, je 
suis porte a croire qn il existe une source principale de chaleur qui, d ailleurs, n a 
pas son siege dans le sang lui-meme, car ce liquide n est affecte par la chalenr 
animale que parce qu il a sa source aupres de la source de cette derniere; il est 
probable que ce principe reside dans I estomac. Enfin, tout en reconnaissant 
que 1 evaporation du liquide a la surface du corps des animaux est capable de les 
refroidir, Hunter ne veut pas considerer cette cause physique comme suffisante 
pour resister aux influences exterieures; il dote les forces vitales de la faculte 
de detruire une certaine quantite de chaleur. Ces diverses citations de Hunter 
uc tervent (in a demontrer 1 impuissauce radicale de ses doctrines pour rendre 
compte du grand phenomene qui preoccupait si yivement les physiologistes, et 
dont lui-meme avait fait un des sujets de predilection de ses recherches. 



2(3 CHALELR A KIM ALE. 

Pour Barthcz et sou ecole, la clialeur animale est le resultat des frottemcnls ot. 
des agitations des parties solides et des liquides de 1 economie determines, entrc- 
lenus par I action des forces du principe vital; si la temperature des animaux 
superieurs reste coustante au milieu des variations incessantes des conditions 
thermiques ambiantes, c est que chez eux le principe vital sait modifier son acli- 
vite et les agitations des fibres solides, de maniere a proportionner la production 
de chaleur a 1 intensile de causes exterieures de refroidissement. Mais cela ne suf- 
fit pas pour tout expliquer; Barthez ne recule devant aucune liypothese pour sai:- 
vegarder 1 autocratie du principe vital. Les mouvements qui, dit-il, produisent 
la clialeur vitale, ne se continuent point un certain temps avec la mcme force 
dans les solides et les iluides, sans faire monter leur echauffement au dela du 
terme qui est marque a la chaleur naturelle de chaque animal. C est pourquoi, 
lorsque le progres de cet echauffement va depasser considerablement ce terme, il 
est arrete par le refroidissement que cause la respiration renouvele e. On pent 
done regarder 1 air respire comme etant en quelque sorte le re gulateur de la cha 
leur trop forte qui serait produite d ailleurs par le principe vital. 

Ge n est pas tout encore. Si la temperature des anim.iux vivanls est, dans cer 
tains cas, inferieure a celle dp milieu ambiant, c est que le principe vital peut 
soustraire leurs corps aux lois dela communication et de la conduction de la cha 
leur. Lorsquc, dit-il, 1 homme doitrester moins chaud que 1 air exterieur et les 
corps environnants, il ne suffit pas que la force generalrice de la chaleur vitale 
soil diminuee, ou meme entierement arretee, mais il faut encore une autre cause 
existante dans le corps de cet homme, qui Vempeche de recevoir la communica 
tion de la chaleur exterieure comme la recoivent les corps environnants qui 
sont inanime s. Gette cause interieure ne peut etre quune action particuliere 
du principe de- la vie dans le corps humain, qui en fixe toutes les parties avec 
un tel effort quelles sont moins susceptibles du mouvement de chaleur qui 
pourrait lui etre communique du dehors. Le principe vital ne se borne point 
alors a arreter tous les mouvements des solides et des fluides, par lesquels il pour- 
rait exciter la clialeur animale; mais il contracts les fibres avec la plus grand e 
violence, pour resister a la dilatation que tend a y produire la chaleur de 1 air et 
des corps exterieurs. Comment, apres avoir ecrit le beau discours preliminaire 
des Nouveaux elements de la science de 1 homme, Barthez a-t-il pu se laisser 
entrainer dans de telles erreurs? C est qu infidele aux Regies fondamentales de 
la vraie me tliode de philosopher qu il avait developpees avec tant de superiorite, 
place en dehors de la voie experimental, cet esprit eminent n ecoutait plus que 
les inspirations de son imagination. 

A une epoque plus rapprochee de nous, alors que les connaissances elaient 
assez avancees pour ne laisser aucun doute sur 1 inanite de semblables doctrines, 
deux habiles observateurs, Brodie et M. Chossat, ont fait de vains efiorts pour 
localiser, le premier dans le systeme nerveux de la vie de relation, le second dans 
le grand sympathique, le principe producteur de la chaleur animale. 

Pour supprimer I action du cerveau, Brodie employait deux precedes : tantoL 
il de capitait les animaux apres avoir prevenu 1 hemorrhagie par la ligature des 
vaisseaux du con; tantot il les tuait par 1 inoculation d un poison tel que le woo- 
rara ou 1 huile essentielle d amandes ameres. De ses experiences comparatives sur 
ces animaux dont Y act ion cerebrals est, dit-il, supprim.ee ou e teinte, Brodie 
tirait les conclusions suivantes : 

1 Les animaux decapites ou empoisonne s se refroidissent plus vile quand leur 



CHALEUR ANIMALE. 27 

respiration est artificiellemcnt cnlretenue par 1 insnfflation que quand on les 
abandonne a eux-memes. 

2o Chez ces animaux decapites ou empoisonnes et insuffles, les quantity 
cide carbonique exhale et, par suite, les phenomenes ehimiques 
restent les memes que chez les animaux intact*. 

5 Du moment ou { action -cerebrate est supprimee par la decollation ou par 
I intoxication, la respiration, au lieu de produire de la chaleur, ne contribue 
qua refroidir 1 animal. 

Toute les experiences de Brodie ont etc faites sur des mammiferes. 
nit d animaux aussi haul places dans 1 echelle zoologique, d animaux chez lesqueh 
toules les parties sont liees par des rapports dune si intime solidarite, chez les- 
quels les vies partielles des divers organes sont si complement fondues dans la 
vie generate de 1 individu, personne aujourd hui n oserait soutenir qu une fonc- 
lion quelcpnque jouit de son integrite quand la decollation a ete pratiquee. On 
so demande avec etonnement comment un homme de la valeur de Brodie a pu 
meconnaitre les conditions d existence des animaux superieurs au point d adinH.- 
trc qu une pareille mutilation n a d autre effet que de supprimer faction du 

cerveau. 

Legallois ne tarda pas amettre en pluinu lumiere 1 inexactitude des deux propo- 
sitions foiidamentales du travail de Brodie. II prouva, par des experiences incon- 
lestables : 1 que les animaux decapites se rel roidissent moins vite quand on les 
insuffle que quand on les abandonne a eux-memes; 2 que 1 animal intact, ct 
respirant naturellernent consomme, en un temps donne, beaucoup plus d oxy- 
gene que quand on le soumet a 1 insulflation apres avoir pratique la decollation. 

Du reste, Brodie se montra tres-reserve dans la conclusion generale tiree de 
ses observations. Ces tails, dil-il, paraissenl concourir a prouver que la tempe 
rature des animaux a sang chaud depend beaucoup de 1 influence du systeme ner- 
veux. Mais, quelle est la nature du rapport qui existe entre la cause et 1 effet? le 
cerveau est-il directement on indirectement necessaire a la production de la cha 
leur? Ce sont la des questions auxquelles on ne peut repondre qu hypothetique- 
ment. 

Cette prudente reserve de Brodie n a pas ete imitee par les physiologistes, qui 
veulent a tout prix placer la vie tout entiere en dehors de faction des forces phy- 
sico-chimiques. De longues et consciencieuses recherches, M. Chossat a tire cette 
conclusion que le grand sympathique est le veritable agent de la calorification 
cbez les animaux. Mais, de ce que, apres avoir coupe le cerveau en travers en 
avant du pont de Varole, apres avoir supprime I action nerveuse par une com 
motion cerebra le assez violente pour entrainer la mort, apres avoir coupe les deux 
pneumo-gastriques, apres avoir sectionne la moelle epiniere a diverses hauteurs, 
apres avoir pratique 1 excision du grand sympathique au-dessusdu plexus solaire, 
apres avoir pratique la ligature de I aorte au-dessous du diaphragme, on a vu 
les animaux soumis a de semblables mutilations se refroidir et mourir, bien 
qu on eut pris la precaution de les insuffler quand la respiration devenait impos 
sible, on n est certes pas en droit d affirmer que ces animaux sont marts de froid. 
Dans les experiences de M. Ghossat, le refroidissement est evidemment la suite 
et non la cause de la mort. 

Pour que le sang parcoure toutes les phases de ses transformations successives, 
il ne sufilt pas que ce hquide aille du coeur aux capillaires generaux et revienne 
des capillaires au coeur, il faut que les parties qu il traverse jouissent de la pie- 



CHALEUR ANIMALE. 

nitade do la vie; celte condition suppose que ces parties elles-memes continuent 
a rester ;m mees par 1 action encore mal definie, mais incontestable, du systeme 
nerveux. D;ms la production de la clialeur, le systeme nerveux joue clone un iole 
incontestable comme, d ailleurs, dans tous les uctes de 1 economie ; mais evidem- 
mentson influence ne saurait elre directs. I/integrite du systeme nerveux cst 
indispensable a 1 accomplissement normal de toutes les fonctions ; mais ni la cha 
leur in les materialist des secretions ne penvent etre considered comme des pro- 
duits directs de 1 activite de ce systeme. 

Lesvaisseaux snnguins sont munis de fibres musculaires dont le developpe- 
ment est d autant plus prononce que Ton se rapproclie davantage de la partie pc- 
ripherique de 1 arbre arteriel et veineux du reseau capillaire. Ces fibres contractilcs 
sont ammes par des nerfs dits vaso-moteurs fournis a la lois par les ganglions du 
grand sympatliique, par la moelle epiniere et par la moelle allongee. Par 1 inler- 
rnediaire de ces tuniques musculaires, les nerfs vaso-moteurs commandent le ca 
libre des vaisseaux et, par suite, la quantite de sang qui, dans un temps domic, 
alllue vers chaque partie de 1 economie. Cette fonction des vaso-moteurs fburiiit 
1 explication simple et naturelle de ces variations de la temperature locale qui, 
dans ces derniers temps, ont attire 1 attention et exerce la sagacite des physiolo- 
gistes. A la section des vaso-moteurs doivent necessairernent corresponds, et cor 
respondent en realite, la paralysie des tuniques musculaires, la dilatation djs 
vaisseaux, un plus grand afflux du sang, une elevation de la temperature locale. 
Toute excitation des vaso-moteurs est suivie, au contraire, de la contraction des 
tuniques musculaires, de la diminution du calibre des vaisseaux, d un moiiulro 
afflux du sang, d un abaissement de temperature locale. 

Opinions des chimidtres. Au treiziemesiecle, une revolution profondes opera 
dans les sciences ; 1 esprit de libre examen penetra dans les ecoles, qui secouereut 
enfin le joug, jusque-la inconteste, des doctrines d Aristote et de Galien. On cessa 
de jurer sur la parole du maitre, le galenisme exclusif tomba et avec lui la theorie 
de la chaleur innee. Les physiologistes etudierent de plus pres les rapports des 
etres vivants avec le monde exterieur; frappes du degagement de chaleur dont 
s accompaguent les combinaisons des corps, ils s efforcerent de demontrer que la 
clialeur animale est produit.e par les reactions chimiques accomplies dans les pro- 
fondeurs de 1 economie. Van Helmont invoqua le melange opere, dans le cceur, du 
sonfre et du sel volatil du sang ; Francois Sylvius parut perfectionner cette theorie 
en rapportant la calorification a I effervescence nee an contact du chyle et de la 
lymphe. Ces idees furent adoptees avec enthousiasme par les medecins et pro- 
fessees par les plus grands esprits de I epoque. Sans doute, les chimiatres se hate- 
rent trop d introduire dans la physiologic et la pathologie les notions incompletes 
et erronees d une chimie encore a 1 etat embryonnaire; ils s exposerent ainsL a 
remplacer des hypotheses anciennes par des hypotheses nouvelles et par cela meme 
plus dangereuses; ils n etaient pas en possession des bases d un edifice durable et 
compromirent 1 avenir de leur ceuvre. Cependant, si Ion veut tenir compte de In 
smgularite du langage de cette epoque et des mirages d une science qui ne faisait 
que de naitre, on ne tarde pas a reconnaitre que 1 idee etait grande et vraie, que 
cette nouvelle impulsion imprimee a la science etait heureuse et feconde en beaux 
resultats. Tout en restant la meme au fond, cette doctrine de van Helmont el de 
Sylvius se modifia, s epura graduellement, prit sous la plume de Stevenson et de 
flamberger une forme tres-remarquaMo. Le premier considerait la clialeur ani- 



CIIALEUR AIN IMALE. 29 

male comme le resultat des transformations incessantes des elements et des 
humenrs de 1 economie; le second assimilait les reactions dont le sang est le siege 
aux phenomenes de combustion sponlanee des amas de fumiers et de matiures 
vegetales. 

Quand on veut se fa ire une juste idee des immen?es progres qu avait foils la 
tbeorie de la chaleur animale dans les dernieres annees du regnedes chimiatres,il 
faut consulter les travaux de Jean Mayow publics en 1704. Enlevc a la science a 
I ibe de trente-quatre ans, au moment ou il poursuivait ses recherches avec ardeur, 
J. Mayow commence par etablir que 1 air fournit un des elements constituants dc 
[ esprit de nitre (acide azotique). Pour lui, cet element, emprunte a 1 air etqu il 
appelle esprit nitro-ae rien, est 1 agent de toute combustion et de tonte fermenta 
tion; c est lui qui transforme en rouille la poudre de fer exposee a 1 action de 1 air 
humide; c est encore lui qui, s unissant a 1 antimoine calcine, modific les pro- 
prietes et augmente le poids du metal. J. Mayow s occupe ensuite de la respira 
tion ; il montre que, dans le poumon, 1 air cede au sang une parlie de son es/irit 
nitro-ae rien; cet element se combine avec les parties sulfureuses (combustibles) 
du sang, transforme le sang veineux noirdtre en sang arteriel rutilant, determine 
une fermentation dans le torrent circulatoire, et finalement produit la chaleur 
necessaire au maintien de la temperature des animaux. Prive de son esprit nitro- 
ae rien, 1 air de 1 expiration est par cela meme impropre a entretenir la vie dus 
animaux. A chaque page de son ouvrage, il reproduit cette idee, que, sans esprit 
nitro-ae rien, la vie n est pas possible a la surface du globe. Cet esprit nilro- 
ae rien, qu il n a jamais isole, mais dont la raison lui demontre 1 existence, il 
I appellesuccessivement : spiritus vitalis; instrumentum vitce; elixir vitcesumme 
necessarium.Le but reel de la respiration est de rendre cet esprit nitro-ae rien au 
sang que les veines rapportent au cosur ; si le systeme veineux versait dans le cosur 
du sang arteriel, c est-a-dire du sang riche en esprit nitro-ae rien, h respiration 
serait inutile. Et hoc, ajoute-t-il, inde confirmari videtur, quod dum sanguis 
arteriosus ex uno cane in alterum, noto jam experimento, transmittitur, cam s in 
quern sanguis transfertur, quamquam antea anhelus et intense respirans, san 
guine tamen arterioso intus recepto, vix omnino respirare videtur. 

Convaincu que cet element de 1 air, cet esprit nitro-ae rien, est indispensable 
au developpement comme a 1 entretien de la vie de 1 animal, J. Mayow u hesite 
pas a affirmer que le foetus respire dans le sein de sa mere. Apres avoir longtemps 
cherche la voiepar laquelle peut s operer cette respiration, il declare que les vais- 
seaux ombilicaux et le placenta sont un veritable appareil respiratoire. His prae- 
missis, ajoute-t-il, statuimus sanguinem embryi per arterias ombilicales ad placen- 
tam delatum, non tantum succum nutritium, sed una cum eodem particularum 
nitro-cerearum portiunculam commeatu suo ad foelum admovere : plane ut san 
guis infantuli per circulationem suam in vasis ombilicalibus factam, eodem modo 
acidem in vasis pulmonalibus, particulis nitro-cereis impregnari videatur. Proinde 
utplacentam non amplius jecur, sed potius pulmonem utermum, nuncupan- 
dam esse arbitror. 

A 1 epoque ou J. Mayow executait ses travaux, la balance n inlervenait encore 
que bien rarement et exceptionnellement dans les recherches des chimistes, les 
precedes d investigation etaient toujours incomplets etsouvent vicieux. Sans autre 
guide que leur genie, les esprits eminents de 1 ecole chimiatrique out souvent en- 
trevu, devine la verite ; mais en realite ils n ont rien demontre d une maniere 
decisive. Ces passages, dans lesquels ils ont consigne les fruits de lours medila- 



50 CHALEUR ANl.VALE. 

tions et que nous aimons a tirer de Toubli 011 ils sont tombes, nous apparaissent 
dansleurs ecrits comme des assertions sans preuves a 1 appui, ou deduites d expli 
cations et de theories inadmissibles. Si ces eclairs de genie sont insuffisants pour- 
constituer une science, ils mettent du moins en lumiere la fecondite de la voie ou- 
verte aux physiologistes par les travaux de 1 ecole cbimiatrique. 

Opinions des iatro-mecaniciens. Les esprits ne tarderent pas a se detourner 
de la consideration des hunieurs de 1 economie pour attribuer plus d importauce 
a 1 action des solides; le sceptre de la medecinepassa des mains des chiririatres aux 
mains des iatro-mecaniciens. Aux exagerations de la chimie succederent de vaines 
apparences de calcul et des hypotheses mecaniques : tout phenomene en physio- 
logie et en pathologic reconnut pour point de depart et pour cause determinate 
les proprieles mecaniques des liquides et des solides. La theorie de la calorification 
n echappa pas a cette reaction ; la production de chaleur fut considered comme le 
resultat du frottement du sang centre les parois des vaisseaux et surtout des capil- 
laires. Hales nous a donne, dans son Hemostatique, une exposition complete de 
ce sysleme, melange singulier de principes non verifies par 1 experience, de con- 
naissances profondes de la composition du sang, de vues a priori avancees comme 
faits constates, de consequences d autant plus erronees qu elles sont plus logique- 
ment deduites d observations mal faites ou mal interpretees. 

La cause de la production de cbaleur est le frottement. Le siege principal de 
son degagement est le poumon, parce que la vitesse du sang y est phis conside 
rable que partout ailleurs. L agent qui produit la chaleur est le globule, parce 
que, etant rouge, il est tres-sulfureux, tres-apte a recevoir et retenir la chaleur, 
et puree que, etant ferme, compacte, elastique, il est plus susceptible que les autres 
materiaux du sang de s echauffer par le frottement. 

La transformation du sang noir en sang rouge dans les capillaires pulmonaires 
est due au frottement et a la chaleur qui en resulte. A 1 appui de cette opinion, 
Hales cite la rutilance qu acquiert le sang fortement agite dans un vase de verre, 
et rapporte naturellement cet effet a la collision des globules entre eux et contre 
les parois resistantes. Quant a 1 air exterieur, son passage a travers la cavite thora- 
cique, dans les mouvements alternatifs d inspiration et d expiration, ne sert qu a 
rafraichir lesang. Sans cela, la temperature de ce liquide s eleverait assez haut 
pour pousser toutes les humeurs a la putrefaction. 

L intensite dc la chaleur developpee depend a la fois de la vitesse de la circula 
tion, dunombre des globules du sang, de 1 etroitesse des vaisseaux, de 1 etat de 
rigidite et de tension des parois des canaux sanguins. Avec ces principes, tout 
s explique sans difficulte. 

Les animaux superieurs sont plus chauds que les inferieurs, parce que leur 
sang est plus riche en globules. Les personnes de constitution robuste et vigou- 
reuse doivent leur exces de force et de temperature a la plus grande tension des 
parois des vaisseaux. Si, a la suite des grandes hemorrhagies, la temperature 
baisse, c est quele sang, devenu plus sereux, est moins susceptible de s echauffer 
par le frottement. Les violents exercices du corps elevent la temperature, en acce 
lerant la circulation, et en rendant les frottements pins considerables. 

Dans la fievre, le sang devient si grassier et si gluant qu il passe difficilement 
a travers les capillaires. II en resulte une stase dans les arteres, un ralentissement 
de la circulation, une diminution des frottements ; de la vient le refroidissement 
et le jrisson du debut. Mais le sang, incessamment pousse par le coeur, traverse 



CHALEUR ANIMALS. SI 

ies t,,pillaires ; I obstacle estf urmonte, la circulation s accelcre, les frotlements 
devienuent d autant plus considerables et le degagement de chaleur est d autant 
plus intense que lamatiere grossiere et morbifique est plus abondante. C est par 
un mecanisme semblable que la resorption des matieres grossieres d une collection 
purulente determine un acces de fievre caracterise par un frisson initial. 

Telle est la doctrine que les iatro-raecaniciens introduisirent en physiologie, 
qui fut professee par de grands esprits, qui seduisit Haller lui-meme au point de 
lui arracher cet aveu, non douteux, d acquiescement : Hactenus certe maxime 
probabile videtur, utique motu sanguinem incalescere, etsi noiulum constat, quare 
magis quara aqua, et quare non super cerium gradum incalescere possit. En 
comparant ces explications a la maniere dont Stevenson et Hamberger avaient carac 
terise les reactions des materiaux du sang dont ils fuisaient dependre la calorifica 
tion, et surtout aux remarquables travaux de J. Mayow sur le mettle sujet, on 
demeure convaincu que la physiologie fit un pas retrograde le jour ou les tendances 
des chimiatres furent remplacees par les explications sans portee et sans avenir des 
medecins mathematiciens et mecaniciens. 

Cet envahissement de considerations empruntees aux mathematiques et a la 
mecanique souleva, parmiles physiologistes, une reaction a laquelle s associerent 
des savants etrangers aux sciences biologiques. Revoke par cette manie de de- 
mander a ralgebrel explication des phenomenes de la vie, qui poussait des hommes 
d un grand merite a chercher leur point de depart dans de vaines hypotheses, 
alors que 1 experience leur faisait defaut, d Alembert denonca avec vivacite, clans 
le iliscours preliminaire de \ Encyclopedic, 1 inanite de ces tentatives, d autant 
plus dangereuses qu elles cachaient le vide de la pensee premiere et 1 erreur de la 
conclusion sous une apparence trompeuse de profondeur et de precision. 

On a voulu, dit-il, reduire en calcnl jusqu a 1 art de guerir, et le corps 1m- 
main, cette machine si compliquee, a ete traite par nos medecins algebristes 
comme la machine la plus simple et la plus facile a decomposer. C est une chose 
singuliere de voir ces auteurs resoudre d un trait de plume des problemes d hy- 
draulique et de statique capablesd arreter toute leur vie les plus grands geometres. 
Pour nous, plus sages ou plus timides, contenlons-nous d envisager la plupart dc 
ces calculs et de ces suppositions vagues comme des jeux d esprit auxqucls la naturo 
n est pas obligee de se soumettre. 

Doctrine de la combustion respiratoire. Cependant un grand fait domine 
toule cette histoire de la calorification. Les animaux sont tons pourvus d appareils 
qui permettent a 1 air de penetrer dans 1 interieur de leur corps et de se meler a 
leurs humeurs. Les experiences de Boyle demontrerent qu aucun animal ne pent 
vivre dans le vide, que par consequent 1 action de 1 air est necessaire a 1 entretien 
de la vie. J. Mayow, Hales, Boyle, Verrati et beaucoup d autres physiologistes, 
leurs contemporains, netarderent pas a demontrer qu une bougie s eleint et qu un 
animal meurt quand on les laisse trop long temps dans une masse d air confine, et 
que, dans le second comme dans le premier cas, une cerlaine proportion de gaz 
disparait. On discuta beaucoup sur la question de savoir si 1 air penetrait dans le 
sang en nature, ous il lui cedait seulement quelque principe; on chercha aussi ^ 
decouvrir la vraie :ause de la mort des animaux dans 1 air confine. Nous avons 
dejii fait connaitre les idees remarquables emises par J. Mayow sur les rapports de 
1 air inspire et du sang. Boyle decouvrit que 1 air dans lequel des animaux ont 
sejourne contient de 1 air fixe (acide carbonique). Les iatro-mecaniciens ne man- 



r >2 CUALEUR ANH1ALK. 

qumnt pas d cxpliqucr a leur maniere le role de I aitinlroclin tdans lesang. Pour 
eux, il agissait par son e lasticite; il tenait les globules a distance, conservait la 
fluidile, le mouvement intestinal, la chalenr du sang, et s opposait a la coagulation 
de ce liquide; la mortdcs animaux dans 1 air confine dependaitsurtout de la dimi 
nution de cette e lasticite de 1 air. Us invoquerent aussi 1 elevation de la tempe 
rature et rhumidile de 1 air confine pour expliquer la mort des animaux maintenus 
en vase clos. Ces raisons ne parurent pas suffisantes a Haller, qui, apres avoir ex 
pose ces diverses opinions, ajoule tres-judicieusement : Quare aut conjungere 
vires deslructi elateris et nosciorum vaporum oportet, aut omnino aliam causam, 
nondum satis notam, cita? mortis expectare. 

Cigua, de Turin, pultlia deux Memoires sur la respiration, et demon tra par de 
Ires-bonnes experiences quelacouleur rouge du sang arleriel est due a 1 action de 
1 air; il repeta toutes les experiences de Hales, de Boyle et de Verrati, et prouva 
apres eux que : 

1 Les bougies s eteignent et les animaux meurent dans 1 air confine; 

2 L air vicie, soil par une flamme, soil par la respiration d un animal, est im- 
propre a entretenir la combustion et suflbque les animaux qui le respirent ; 

5 La duree de la vie des animaux ainsi enfermes est en raison directe du vo 
lume de 1 air et en raison inverse du nombre des animaux ; les memes lois regis- 
sent la duree de la flamme d une bougie dans 1 air confine. 

11 admet que 1 air introduit dans le sang par le chyle sert par son elasticite 
aux phenomenes de la vie, et s ecliappe ensuite par le poumon cmportant avec 
lui des exhalaisons toxiques. La respiration n etait a ses yeux qu un moyen 
d exhalation et de rafraichissement, il rapporte a deux causes la mort des ani 
maux dans 1 air confine : 

1 La cessation de la transpiration, empechee par les vapeurs dont 1 air est 
charge et comme sature ; 

2 L irritation que les vapeurs infectees determinent dans les branches et le 
poumon qui alors se contractent et refusent de ceder a 1 air qui doit les dilater. 

Priestley , qui a jete de si grandes lumieres sur 1 histoire des gaz, fit, des 
avant 1772, d importantes recherches sur la respiration des animaux. II prouva 
que 1 air fixe (acide carbonique), 1 air commun qui a servi a transformer en 
chaux (oxydes) les metaux, 1 air vicie par la combustion d une bougie, par la fer 
mentation, par la putrefaction, par la combustion du charbon, fontperir les ani 
maux aussi bien que 1 air commun, altere par leur respiration. II fit voir en outre 
que 1 air commun vicie par la combustion d une bougie, par la fermentation, par 
la putrefaction, par la combustion du charbon et par la respiration, contient de 
1 air fixe (acide carbonique) et que, pour lui enlever ses proprietes deleteres et le 
rendre respirable, il suffit de le tenir quelque temps en contact avec une plante 
en pleine vegetation. 

Plus tard, Priestley decouvrit 1 oxygene qu il zppelaairdephlogistique. II mon- 
tra que ce gaz n est pas nuisible aux animaux et qu a volume egal, il entretient 
leur respiration plus longtemps que 1 air commun; il fit voir qne cet air dephlo- 
gistique (oxygene) .dans lequel out ete maintenus des animaux contient de 1 air 
fixe (acide carbonique) et ue peut plus servir a leur respiration. 

Plus tard encore, Priestley demontra, par des experiences tres-bien instituees 
et tres-concluantes, que 1 air commun et 1 air dephlogislique (oxygene) jouissent 
seuls de la propriete de rendre au sang veiueux la couleur rutilante du sang ar- 
teriel, et que cetle action s exerce meme a travers une membrane organique 



C11ALEUR ANIMALE. 55 

humide, tandis que du sang rutilant arteriel prend la couleur noirdtre du sang 
veineux qu and 011 le mel en contact avec de 1>air P hlo 8 stic l ue (azote), de 1 air in 
flammable (hydrogene) on de 1 air fixe (acide carbonique). 

Apres avoir lu ces belles observations, on s attend a voir Priestley donner un 
dernier coup de pinceau an tableau et enoncer netlement la veritable theorie de 
la respiration ; mais, egare par les fausses doctrines de son temps, il meconnul 
la verite et caracterisa ainsi cette grande fonction doiit il avail si bien saisi les prill- 
cipaux phenomenes. 

La respiration est un procede phloyistique . Puisque toute la masse du sang 
passe par le poumon et que la seulement il perd sa couleur noire pour devenir 
vermeil, il lui parait evident que le principal usage du sang est d absorber, dans 
le cours de la circulation, le phloyistique dont le systeme abonde, et de s en de- 
Larrasser ensuite en le communiquant a 1 air avec lequel il se trouve en contact 
medial dans le poumon. Le sang veineux est noir parce qu il est sature de phlo 
yistique; le sang arteriel est rouye parce qu il est debarrasse de ce phloyistique. 
Au moment ou il s echappe des voies respiraloires, 1 air est beaucoup plus pltlu- 
gistique qu avanl d y entrer. L usage des poumons est done de decharger le corps 
de 1 animal dn phlogistique qui s etait introduit dans le systeme par les aliments 
et s y etait pour ainsi dire use; 1 air inspire faisant, dans cetle occasion, 1 office 
d un menstrue. II serait difficile de trouver dans la science un exemple plus ecla- 
tant de la fatale influence que de fausses doctrines regnantes peuvent exercer sur 
un homme de genie, m eme quand il Git parvenu a s entonrer de faits imporlants 
et bien observes. 

Anterieuremenfr aux travaux de Priestley, Black avail deja fait une tres-belle 
etude de 1 acide carbonique, de ses combinaisons avec les terres alcalines, descir- 
conslances diverses an milieu desquelles il pent prendre naissance. En 1757, apres 
avoir constate que ce gaz est irrespirable, il s exprima ainsi : Je me convainquis 
que le changement produit dans Vair salubre par 1 acte de la respiration provenait 
specialemenl, si ce nest uniquement, d une conversion d une parlie de eel air en 
air fixe ; car je trouvai qu en souiflant, au moyen d un tube, dans de 1 eau de 
chaux ou dans une solution d alcali caustique, je faisais precipiter h chaux ou 
perdre a 1 alcali sa causticile. 11 esl generalement admis que Black a considerc la 
production de 1 acide carbonique dans la respiration comme la vraie source de la 
chaleur animale. Mais ce fait n est etabli par aucun document authentique ; d autre 
part, Black lui-meme, dans ses lecons de chimie, publiees en 1805, parle des 
opinions de Crawford sur la llieorie de la chaleur animale, el ne fail aucune es- 
pece d allusion a ses proprcs idees sur cette question de physiologic generale. 
Nous sommes done aulorise a penser qu anterieuremenl aux travaux de Lavoisier, 
Black n uvait pas emis des idees precises sur les origines de la chaleur produite 
par les animaux. 

Les experiences et les observations que nous venons de passer rapidement en 
revue avaient appele les esprits dans une uouvelle direction ; la science s etail 
enrichie de faits nouveaux, bien conslales el d une haute importance, le terrain 
elait prepare pour une grande decouverte en physiologic. G est en France que ce 
progres allait etre accompli ; il etait reserve a 1 homme qui venait de renverser 
la theorie surannee du phlogistique, de poser les bases inebranlables de la tbeorie 
de la respiration et de la calorification de cette meme main qui tracait encarac- 
tcics inelfacables, I immortelle monographie de 1 oxygene. 

MCT. ENC. XV. 5 



54 CHALEUR ANIMALE. 

En rneme temps qu il creait line science nouvelle, la cbimie, Lavoisier tourna 
ses vues versla physiologic. II commenca par verifier 1 exactitude des observations 
de ses devanciers sur les alterations qne subit 1 air atmospherique pendant la res 
piration, mais la ne s arreterent pas ses recherches. Des 1777, il precisa la 
nature de ces alterations et ramena les phenomenes chimiques de la respiration a 
une combuslion de carbone. Je me trouve, dit-il, conduit a deux consequences 
cgalement probables et entre lesquelles 1 experience ne m a pas mis encore en 
etat de prononcer. II arrive de deux clioses 1 une, par 1 effet de la respiration : on 
la portion d air eminemment respirable (oxygene), contenue dans 1 air atmosphe 
rique, est convertie en acide cra yeux (acide carbonique) en passant par le poumou 
on bien il se fait un echange dans ce viscere? d une part, 1 air eminemment respi 
rable est absorbe, et, d autre part, lepoumon restitue a la place unepartie d acide 
crayeux nerilbrme presque e gale en volume. La formation de 1 acide carboniqui: 
pendant la respiration est done un fait irrevocablement demontre ; mais le lieu 
precis ou s effectue cette combustion reste indetermine. Est-ce dans le poumon 
lui-meme, au moment ou il entre en rapports mediats vers le sang, que 1 oxygene 
s unit au carbone? Cette combinaison s effectue-t-elle dans les profondeurs de 
Teconomie et le poumon n est-il le siege que d un simple echange de gaz entro 
1 air almosplieiique et lesang veineux? Lavoisier ne se prononce pas; des le debut 
de ses recherches, il pose, avec une bien remarquable nettete, ce probleme dont 
la solution a souleve tant de discussions parmi les physiologistes. 

Cette meme annee 1777 (la date est importante), Lavoisier enricliit la science 
d une nouvelle decouverte : il montra que la combustion du carbone effectuee pen 
dant la respiration est la veritable source de la chaleur produite par les animau.v. 
,1 ai full voir, dit-il, que 1 air pur (oxygene), apres etre entre dans le poumon, m 
sortait en partiesous 1 etat d air fixe (acide carbonique). L air pur, en passant par 
le poumon, eprouve done une decomposition 1 analogue a celle qui a lieu dans la 
combustion du charbon, or, dans la combustion du charbon, il y a engagement i!c 
la matiere du feu, done ildoit y avoir egalement degagement de la matiere du leu 
dans le poumou dans 1 intervalle de 1 inspiration a 1 expiration, et c est cette ma 
tiere du feu sans doute qui, se distribuant avec le sang dans toute 1 economie ani 
male, y entretient une chaleur constante de 52 1/2 degres environ au thermometre 
de M. de Reaumur. Cette idee paraitra peut-etre hasardee au premier coup d ceil ; 
mais avant de la rejeter ou de la condamner, je prie de considerer qu elle est ap- 
puyee sur deux fails constants et incontestables, savoir, sur la decomposition de 
1 air dans le poumon et sur le degagement de la matiere du feu, qui accompagne 
toute disparition d air pur, c est-a-dire lout passage de 1 air pur a 1 etat d air fixe. 
Mais ce qui confirme encore que la chaleur des animaux tient a la decomposition 
de l!air dans le poumon, c est qu il n y a d animaux chauds que ceux qui respirent 
habituellement, et que cette chaleur est d autant plus grande que la respiration 
est plus frequente, c est-a-dire qu il y a une relation constante entre la chaleur de 
1 animal et la quantite d air entree ou au moius convertie en air fixe dans les pou- 
mons. i) Dans ce passage, ou il indique si netlement et avec tant d autorite la 
soi irce veritable de la chaleur animale, Lavoisier s exprime comme s il admettait 

a Pour bien comprendre la signification de ce passage et de beaucoup d ecvits de cette 
epoque, il est necessaire de se rappeler les idees admises alors sur la constitution du gaz. 
1, oxygene libre, par exemple, etait compose d un fluide, base de 1 oxygene, uni a la mat/ere 
du feu ou calorique. Lorsque 1 action de 1 oxygene sur le charbon donnait naissance a de 
1 acide carbonique, on admettait alors que 1 oxygene se decomposait; sa base se combinait 
avec le charbon et la matiere du feu, devenue librc, determinait un degagement de chaleur. 



CHALEUR ANIMALE. 35 

definitivement que la combustion du carbone s effectue directement dans le pou- 
mou ; nous reti ouverons le meme langage clans les memoires suivants. II ne serait 
pourtiuit pas juste d en conclure que, pour lui, la question du siege de cette com 
bustion hit resolue. En realite, et nous en Iburnirons plus tard la preuve, le pro- 
bleme du siege de eette combustion restait toujours indetermine dans son esprit ; 
en attendant que ses doutes fussent dissipes, il avail adopte le langage le phis 
simple pour caracteriser le phenomene. 

Dans son grand travail sur la chaleur, communique a 1 Academie des sciences en 
juin 1785, Lavoisier reprit 1 etude des sources de la chaleur animale, il commenca par 
determiner exactement la quantite d acide carbonique exhale et par suite, la quan 
tite de charbon brule dans un temps donne. Des experiences nombreuses et bien 
institutes lui permirent d etablir, que en dix heures, le cochon d Inde brule 
3 gr ,335 de carbone. D apres ses experiences anterieures sur la chaleur de combus 
tion, la quantite de chaleur degagce par la conversion de ces 3 gr ,533 de carbone 
acide carboinque etait sut fisante pour fondre 326 gr ,75 de glace, a la tempera 
ture de zero. Ayant ainsi mesure la quantite de chaleur, produite par la com 
bustion du carbone operee pendant la respiration, il chercha a prouver que cette 
source de chaleur est suffisante pour maintenir l animal a une temperature con- 
stante, inalgre les pertes mcessantes dues au rayonnement, an contact du milieu 
ambiant et a I cvaporition. 

A cet efl ct, il placa un cochon d Inde dans un calorimetre d& glace perce de 
trous qui permettaient d entretenir uiiconrant d air pur autour de l animal. L ex- 
perience dura dix heures, le poids de la glace fondue fut de 402 gl ,27 ; la chaleur 
necessaire a la iusion de cette glace avait etc evidemment fournie tout enliere par 
l animal. Lavoisier (ait observer, avec beaucoup de raison, qu un cochon d Inde, 
maintenu immobile, pendant dix heures, dans une enceinte a -zero a du ne pas 
conserver exactement la temperature qu il avait au moment de son introduction 
dans 1 appareil, qu il s est necessairement refroidi au moinspar les extre mite s et 
que, par suite, la glace fondue represente un pen plus que la chaleur renouvele e 
par l animal pendant 1 operation. En outre, toutes les humeurs exhalees par 1 ani- 
mal se sont refroidies a zero, elles ont ainsi contribue a fondre la glace et leur 
poids s est ajoute a celui de 1 eau provenant de la fusion. Pour cette double raison, 
Lavoisier pense que le poids de 402s r ,27 est trop fort et qu il faut le diminuer 
d au moins 61 gr ,19 pour faire disparaitre les causes d erreur precedemment signa- 
lees et urriver a 1 estimation de la quantite de chaleur renouvele e par l animal. En 
consequence, il fixe a 3416^08 la glace qui aurait ete fondue, si la repartition de 
la temperature du cochon d Inde etait restee le meme pendant toute la duree de 
1 experience et si Ton avait pu eliminer 1 effet produit par la condensation de ses 
diverses exhalations. En rapprochant ce resultat de celui qu il avait precedemment 
obtenu, Lavoisier fut conduit a cette conclusion : 

1 Un cochon d Inde brule, en dix heures, par la respiration 3 sr ,535 de carbone 
suffisants pour fondre 326s r ,75 de glace a zero. 

2 Un cochon d Inde cede, en dix heures, au milieu ambiant, une quantite 
de chaleur sufiisante pour fondre 341s r ,08 de glace a zero. 

Le rapport entre la quantite de chaleur produite par la combustion respira- 
toire du carbone etcelle qne, dans le meme espace de temps, l animal cede au 
milieu ambiant est done: 

M-096 
341, 08 ~ U yt 



56 C1IALEUI1 ANIilALE. 

Dans cette remarquable experience, la clialeur due a la combustion du carbone 
pendant la respiration represente les 96 centiemes de la clialeur que perd 1 animal 
par le rayonnemenl, 1 evaporation et le contact des gaz an milieu desquelsil vit. 
La compensation est presque complete 1 ; cependant Lavoisier fait observer que la 
clialeur perdue a ete mesuree dans une enceinte a zero, tandis que 1 activite res- 
piratoire a ete determiuee a la temperature de 14 ou 15 degres. Nul doule, 
ajoute-t-il, que la quantite d acide carbonique exhale n eut ete plus considerable 
si la cloche qui servait a 1 evaluer avail ete mainlenue a la temperature de la glace 
fondante, comme le calorimetre employe pour apprecier la quantite de clialeur 
perdue. Lavoisier n etait done pas pleinement satisl ait de ses recherches, il ne 
les considerait que comme un premier pas fait dans cette voie qu il avait si glorieu- 
sement ouverte, et qu il se proposait de parcourir. Convaincu que la combustion du 
carbone des materiaux organiques du sang est la veritable source dj la clialeur 
animale, il resuma, dans la proposition suivante, les resultals de ses recherches: 

Lorsqu un animal est dans un etat permanent et tranquille, lorsqu il peut 
vivre pendant un temps considerable, sans souffrir, dans le milieu quil enviromie ; 
en general, lorsque les circonstances dans lesquelles il se trouve, n allereiit point 
sensihlement son sang et ses humeurs, de sorte qu apies plusieurs heures, le 
sysleme animal n eprouve point de variations sensibles ; la conservation de la 
clialeur animale est due, au mains engrande partie, a la clialeur que produit la 
combinaison de 1 air pur (oxygene) respire par les animaux avec la base (carbone) 
de J air fixe que le sang lui fournit. 

Gepeiidant Lavoisier n abandonna pas 1 etude de la respiration. Deja, dans son 
Memoire de 1783, il avait vu que 1 acide carbonique exhale ne represente pas 
exactement la totalite de 1 oxygene absorbe dans le poumon ; il se produisail 
done pendant la respiration un autre phenomene dont il ne s etait pas encore 
rendu compte, que personne ue soupconnait , dont il signala 1 existence et 
determina la nature dans son beau Memoire de fevrier 1785 : Sur les alterations 
qui arrivent a lair dans plusieurs circonstances oil se trouvent les hommes 
re unis en socie te. II analysa 1 air des salles d hppital et des salles de spectacle, et 
demontra que, dans tout espace limite ou des hommes sont reunis, 1 air subit 
une double alteration : une diminution de la proportion d oxygene et une augmen 
tation de la proportion d acide carbonique. Mais il lit aussi des experiences sur des 
cochons d Inde enfermes dans des cloches de verre remplies, tantot d oxygene 
pur. tantot d air atmospherique. De ses analyses, il conclut que: pour 100 parties 
d oxygene absorbe, 81 parties seulement sont expirees par 1 animal sous forme 
d acide carbonique et 19 parties ne se retrouvent pas dans les produits gazeux de 
I expiration. 

1 L interpretation des resultats de cette experience de Lavoisier a 1 aide des donnees ac- 
tuelles de la science conduit a une compensation bien plus approcliec et sensiblement abso- 
lue de la clialeur produite et de la chaleur perdue par 1 animal. 

Nous savons que MM. Favre el Silbermaini ont fixe a 8080 la chaleur de combustion du 
carbone ; d autre part, les experiences de MM. de la Provostaye et Desains portent a 79 la 
liauteur de iusion de la glace. Noustrouvons ainsi : 

En dix heures, un cochon d Inde a brule 5 r , 335 de emrbone, et par suite produit 26 J30,()4 
unites de chaleur ; 

Dans le meme temps, il a fourni toute la chaleur necessaii e pour fondre 541e r ,08 de glace, 
par suite, ila perdu 26945,52 unites de clialeur. 

A moins de 15 calories pres, la compensation est done complete entre la chaleur produite 
et la clialeur perdue duns un temps donne. 



CIIALEUK ANIMALE. 57 

u II est done evident, ajoute-t-il, qu independamment de la portion d air vital 
qui a e te convertie en air fixe, une portion de celui qui est entre ilans le pou- 
raon n en est pas ressortie dans 1 etat elastique, et il en resultc qu il se passe de 
deux choses 1 une, pendant 1 aete de la respiration : ou qu une portion de 1 air 
vital s unit avec le sang, ou bien qu elle se combine avec une portion d air inflam 
mable (hydrogene) pour former de I eau, je discuterai dans un aulre Memoire, 
les motifs qn on pent alleguer en faveur de cbacune de ces opinions. Mais, en suppo- 
snnt, comme il y a lieu de le croire, que la derniere soil preferable, il est .MM" 
de determiner la quantite d eau qui se forme par la respiration et la quantite 
d air inflammable qui est extraite du poumon. 

Dans ce Memoire, 1 action de 1 atmosphere sur le sang des animaux est caractt- 
risee par trois effets principaux : la diminution du volume de 1 air, la formation 
d air fixe et d eau, le degagement de matiere charbonneuse et d un peu d air 
inflammable. 

Ainsi, des 1785, Lavoisier avail ramene les phenomenes physico-chimiqnes 
dc la respiration a une double combustion, et determine les proportions dans 
lesqnelles 1 oxygene inspire se partage entre le carbone et 1 hydrogene des male- 
rianx organiques du sang pour produire de 1 acide carbonique, de I eau et de la 
chaleur. 

Mais c est surtout dans le Memoire communique, en 1789, a 1 Academie des 
sciences, que Lavoisier a developpe 1 ensemble de ses idees sur la respiration et la 
production de la chaleur animale. En absorbant 1 acide carbonique avec de la 
potasse a mesure qu il etait exhale et en remplacant 1 oxygene a mesure qu il 
etait absorbe, il parvint a faire vivre des animaux en vase clos, tantot au milieu 
d une masse d air normalement constitute, tantot dans des atmospheres artificiel- 
lement formees. De ces experiences comparatives, il conclut que : 

1 Pendant la respiration, il n y a ni exhalaison, ni absorption d azote ; 

2 Dans 1 oxygene pur, les phenomenes de la respiration sont les memes qne 
dans 1 air atmospherique ; 

3 La proportion d azote peut etre notablement augmentee sans que les pheno 
menes de la respiration soientalteres. Dans le cas precedent, comme danscelni-ri, 
la proportion d oxygene absorbe reste, a quelques differences pres, la meme quc 
dans 1 air atmospherique ; 

4 Dans une atmosphere artificielle composee d oxygene et d hydrogene, dans 
les memes proportions en volume que 1 oxygene et 1 azote de 1 air, les animaux 
peuvent vivre longtemps sans souflrir. Us ne commencent a donner des signcs dc 
malaise qu au bout de/im ta ffe heures desejour. D ailleurs, 1 hydrogene n eprouve 
aucune diminution et ne joue pas de role actif dans la respiration. 

II fit anssi, avec Seguin, des experiences sur la respiration de 1 homme et 
demontra que : 

1 Conformement a ce qu il avait deja constate dans le Memoire de 1785, 
1 abaissement dela temperature exterieure determine une plus forte consommaticn 
d oxygene ; 

2 La quantite d oxygene absorbe est plus forte pendant la digestion qu avant 
le repas ; 

3 Le mouvement, 1 exercice, le travail mauuel augmentent la quantite 
d oxygene absorbe. 

Comme consequence de ces resul tats, le Memoire de 1789 contient d admira- 
bles considerations sur les rapports qui doivent exister entre 1 alimentation, le 



38 CIIALEUR ANIMALE. 

climat et le genre de vie ; sur l alimentatio;i surabondante ou insutfisante consi- 
deree comme cause de la maladie ; sur le regime a suivre clans les maladies 
aigues. C es pages, non nioins remarquables par la noble simplicile et 1 elevation 
du style que par la grandeur de la pensee, semblent ecrites d hier tant ellcs 
expriment avec force et nettete ses idees qui, apres soixante ans.de lutteset dc 
travaux, out enfin prevalu en physiologic et en hygiene. Embrassant dans un memo 
coup d ceil 1 ensemble de 1 economie animale, Lavoisier resume ainsi les fails 
acquis et ses previsions physiologiques : 

La respiration n est qu une combustion lente de carbone et d hydrogene, qui 
est semblable en tout a celle qui s opere dans une lampe ou dans une bougie allu- 
mee; et, sous ce point devue, les animaux qui respirent sout de veritables corps 
combustibles qui brulent et seconsument. 

Dans la respiration, comme dans la combustion, c est I air de 1 almosphere 
qui fournit I oxygene et le calorique ; mais, comme dans la respiration, c est la 
substance meme de 1 animal, c est le sang qui fournit le combustible ; si les ani 
maux ne reparaient pas habituellement par les aliments ce qu ils perdent par la 
respiration, 1 huile manquerait bientot a la lampe, et 1 animal perirait comme une 
lampe s eteint, lorsqu elle manque de nourriture. 

Les preuves de cette identite d effet entre la respiration et la combustion, se 
deduisent immediatement de 1 experience. En effet, I air qui a servi a la respira 
tion ne contient plus, a la sortie du poumon, la meme quantite d oxygene; il 
contient non-seulement du gaz acide carbonique, mais encore beaucoup plus d eau 
qu il n en contenait avant 1 inspiration. Or, comme I air vital ne peut se converth 
en acide carbonique que par une addition de carbone ; qu il ne peut se convertir 
en eau que par une addition d hydrogene ; que cette double consommation nepent 
s operer sans que I air vital perde une partie de son calorique specifique ; il en 
resulte que Teffet de la respiration est d extraire du sang une portion de carbone 
et d hydrcgene, el d y deposer a la plate une portion de son calorique specifique 
qui, pendant la circulation, se distribue avec le sang dans toutes les parties de 
1 economie animale, et y entretient cette temperature a peu pres constante que Ton 
observe dans tous les animaux qui respivent. 

En rapprochant ces reflexions des resultats qui les ont precedees, on voit que 
la machine animale est principalement gouvernee par trois regulateurs principaux : 
la respiration, qui consomme de 1 hydrogeue et du carbone, etqui, fournit du calo 
rique ; la transpiration qui augmente ou diminue suivant qu il est neeessaire 
d emporter plus ou moins de calorique; enfin la digestion, qui rend au sang ce 
qu il perd par la respiration et. la transpiration. 

Plus tard, Lavoisier constata que, meme chez les mammiferes, le poumon n est 
pas la seule surface respiratoire ; il decouvrit la respiration cutanee et embrassa 
ainsi, dans leur ensemble et dans toute leur etendue, les rapports de 1 etre vivant 
avec 1 atmosphere. 

Parvenu a ce haut degrede generalisation, Lavoisier ne conservait aucun doute 
sur la realite de ses decouvertes, ni sur la valeur et 1 exactitude de ses conclusions ; 
mais il considerait son ceuvre comme provisoire en beaucoup de points et comme 
devant subir des modifications dans quelques-uns de ses details. La combustion 
directe dans le poumon lui paraissait seulement plus probable que les autres 
imnieres de eomprendre 1 action de 1 oxygene sur le sang, c est pour cela qu il 
\ z\z\lprovisoirement adoptee dans son langage. II conservait qudques doutes sur 
1 origine d une partie de 1 acide earbonique exhale dans 1 expiration ; il se clenian- 



CIIALEUR ANIMALE. 39 

dait si une partie tie cet acido carbonique n est pas formee dans fe tube intes(,in;il 
pendantla digestion et la, absorbeeet introduce dans le torrent circulatoire avec Ic 
chvle pour etre ensuite eliminee par lespoumons. Les experiences que nousavons 
deia entreprises, dit-il, sur la digestion et la transpiration, eclairciront probablc- 
blementcesdoutes.Ellesleveront, nous 1 esperons du moins, les incertitudes qui 
nous restent sur ce siijet. Peut-etre alors serons-nous oblige d apporter quelques 
cbangements a la doctrine que nous avons presentee dans ce Memoire. Ges modi 
fications des premieres pensees ne coutent rien a ceux qui ne cherchent la vente 
que pour elle-meme, etsans autre desir que de la rencontrer. 11 reprit ce sujet 
dansun Memoire sur la transpiration des animaux. 

Si le gaz acide carbonique, dit-il, qui se degage pendantl expiration, etait en 
paiiie un produit de la digestion, il faudrait attribuer a une autre cause laconsom- 
mationde 1 air vital qui s opere dans 1 acte de la respiration ; il faudrait supposer 
qn il se forme plus d eau, soit dans le poumon, soil pendant la circulation, ou il 
faudrait admettre quune partie de lair vital e tant absorbe e dans le poumon 
se fixe, pendant la circulation, avec quelques parties de noire systeme. II 
resulte de cette reflexion que le probleme est indetermine et susceptible de 
plusieurs solutions. Mais ce n est pas le moment de discnter cette question tres- 
quneuse que de nouvelles experiences eclairciront, nous nous en tiendrons pro- 
visoirement a la solution qui nous parait la plus probable. 

Frappe de ce double mouvement centripete qui verse incessamment dans le 
torrent circulatoire les aliments digeres et absorbes par la surface intestinale et 
1 oxygene de 1 air introduit dans la cavite thoracique, Lavoisier se demanda ce 
que deviennent ces matieres raises en presence clans les vaisseaux de la circulation 
sanguine. Procedant a cette recherche avec toute la rigueur de 1 analyse cbimique, 
il demontra que 1 oxygene introduit par les voies respiratoires attaque les substan 
ces organiques fournies par la digestion, les brule, se combine avec leur carbone 
etleur hydrogene pour former de 1 acide carbonique et de 1 eau. II montra que 
cette combustion lente des materiaux organiques du sang est une source incessante 
de chaleur suffisante pour maintenir la temperature des animaux ; il fournit la 
veritable solution du double probleme de la respiration et de la calorification 
depuis si longtemps agite dans la science. Dans cette grande question de physiolo- 
gie generale, son esprit resta indecis sur un seul point, sur le siege de cette dou 
ble combustion respiratoire. Sans doute, il penchait vers 1 idee d une combustion 
directe dans le poumon; rnais il n a jamais presente cette idee que comme proba- 
Ik. Dans son dernier Memoire de 1790, comme dans le premier travail de \ 111, 
il en appelle a de nouvelles experiences pour eclaircir ses dout.es. 

Dans ses etudes de physiologic, Lavoisier n avait pas seulemont arrete sou 
attention sur cette question de la cbaleur animale; ses vues etaient plus vastes et 
plus hautes. DP. bonne heure, il avail compris toute 1 etendue et toute Timportance 
des rapports du regne organique et du regne mineral. Ses idees a ce sujet sont 
consignees dans le programme d unprix propose pour 1794, par TAcademiedes 



sciences. 



Les vegetaux, dit-il, puisent dans 1 air qui les environne, dans 1 eau, et en 
general dans le regne mineral les materiaux necessaires a leur organisation. 

Les animaux se nourrissent de vegetaux oud autres animaux, qui onteteeux- 
memes nourris de vegetaux ; en sorte que les materiaux dont ils sont formes sont 
toujours, en dernier resultat, tires de 1 air etdu regne mineral. 

Par quels precedes la nature opere-t-elle cette circulation cntre les trois 



40 CIIALEUR ANIMALE. 

regues? Comment parvienl-elle a former des substances fermentescibles, combus 
tibles 1 etpntrescibles nvec des materiaux qni n ont aucune de ces proprietes? 

La cause et le mode de ces pbenomenes ont ete jusqu a present enveloppes 
d un voile presqne impenetrable. On entrevoit cependant que puisque les putrefac 
tions et les combustions soul les moyens que la nature emploie pour rendre au 
regne mineral les materiaux qu elle en a tires pour former des vegetaux et desani- 
maux, la vegetation et 1 animalisation doivent etre des operations inverses de la 
combustion et de la putrefaction. 

C estdans toutel etenduedu canal intestinal ques opere le premier degre d a- 
nimalisation, ou la conversion des matieres vegelales en matieres animales. Les 
aliments rccoivent une premiere alteration dans la bouche par lair melange avec 
la salive; ils en recoivent une seconde dans 1 estomac par leur melange avec le sue 
gastrique; ils en recoivent une troisieme par leur melange avec labile et le sue pan- 
creatique. Gonvertie en chyle, une partie passe dans le sang, pour reparer les perles 
qui s operent continuellementparla respiration et la transpiration ; enfin, la nature 
rejette sous forme d excrements tous les materiaux dont elle n a pu faire emploi. 
Une circonstance remarquable, c est que les animaux qui sont dans 1 etat de saute, 
et qui ont pris toute leur croissance, reviennent constamment, cbaque jour, a la 
fin de la digestion, au meme poids qu ils avaient la veille dans des circonstances 
Femblables ; en sorte qu une somme de matiere egale a celle qui est recue dans le 
canal intestinal se consume et se depense soit par la transpiration, soit par la res 
piration, soit enfin par les differentes excretions. 

En meme temps qu elle inspire 1 admirafion la plus profonde po ir le genie de 
Lavoisier, la lecture de ces pages eloquentes nous montre cornbien il est regret 
table qu entraines par 1 autorite de Bichat, les pbysiologistes i rancais se soient si 
longtemps ecartes de la voie feconde si largement ouverte devant eux par 1 immor- 
tel createur de la cbimie. 

A peu pres en meme temps que Lavoisier, le docteur Crawford publia les resul- 
tats de ses recbercbes sur les causes de la chaleur animale. Les Anglais n ont pas 
hesite a attribuer a leur compatriote tous le merite de la decouverte. Les physio- 
logistes i rancais, sans se donner la peine d examiner serieusement la question, so 
sont contentes de repeter ces assertions gratuites et ont eux-memes contribue ales 
propager ; tout au plus ont-ils insinue a la decliarge de Lavoisier que, preoccup^ du 
meme sujet, il avait pu arriver aux memes conclusions generales sans avoir con- 
naissance des travaux deCrawford. Cependant !es pieces dn proces sont dudomaiue 
public, elles sont imprimees, tout le monde peut les consulter; leur signification 
est tenement claire, que 1 on a peine a comprendre comment une question de prio 
ri te a pu etre soulevee a ce sujet. 

La premiere publication de Crawford est de 1779. Eleve a 1 ecole de Priestley, 
il ne fait que reproduce la theorie de son maitre sur les causes de la cbaleuraui- 
male. Dans les capillaires generaux, le sang absorbe du phlogistiqne et cedede la 
chaleur ; dans le poumon, le sang veineux cede a 1 air inspire le phlogist ique dont 
il est sature et devient sang arleriel ; 1 air fixe expire nest que de 1 air commun 
um au phlogistique cede par le sang veineux. En 1782, Crawford developpa cette 

1 II est tres -remarquable que les substances minerales combustibles se trouvent le plus 
souvent brulees, ou au moins engagees dans des combinaisons ou elles sont peu combus 
tibles, et que les vegetaux les sejmrent et se les approprient pour former leurs matieres in- 
iiainmables (cette note si remarqnable est aussi de Lavoisier). 



C1IALEUR ANIMALE. 41 

meme doctrine dans un Memoire communique a la Societe royale de Londres. La 
voisier qui, en 1777, c est-a-dire deux ans avant la premiere publication de Craw 
ford, avail si nettement pose la combinaison de 1 oxygene avec le carbone des 
materiaiix organiques du sang comme source de la chalenr animale, connaissait 
tres-bien les opinions du physiologiste anglais ; il en parle dans son Memoire de 
1783, maisil n avait rien a Ini emprunter pour completer ses belles etudes des 
phenomenes physico-chimiques de la respiration. 

En 1788, Crawford publia une seconde edition considcrablement augmented de 
ses reclierches. Oblige de renoncer auphlogistiqtie, il admit la presence dans le 
sang d un hydrogens carbone et adopta cette hypothese toute gratuite pour base 
de sa nouvelle theorie. 

Dans les capillaires generaux, d apres cette nouvelle theorie, le sang arteriel se 
salure A hydrogene carbone et devient veineux ; dans le ponmon, 1 oxygene de 
1 air attaque cet hydrogens carbone, produit de 1 eau, dc 1 acide carboniquc et de 
lachaleur; le sang veineux debarrasse de son hydrogene carbone, rcpasse a 1 etat 
desang arteriel. Rappelons-nousquedes 1785,trois ans avant la publication de la 
seconde edition de Crawford, Lavoisier avail demontre la formation de 1 eau en 
meme temps que cellede 1 acide carboniquedans 1 acte de la respiration, et nolle - 
ment etabli la combinaison de 1 oxygene absorbe avec 1 hydrogene et le carbone des 
materiaux organiques du sang. Les deux grands phenomenes qui servent de base a 
la theorie de la chaleur animale, la combustion du carbone et la combustion de 
1 hydrogene des materiaux du sang, ont done etc Studies, demontres, mesures 
par Lavoisier anle rieurement aux publications de Crawford. Le physiologiste 
anglais n a rien a revendiquer des ide es fondamentales dsveloppees par le chi- 
miste francais. 

Les beaux travaux de Lavoisier sur la respiration et les sources de la cltaleur 
animale preoccupaient beaucoup lemonde savant. Des essais, des hypotheses et des 
recherches serieuses surgissaient de toutes parts. Lagrange fit observer que, si la 
c. mbustion du carbone et de 1 hydrogene s operait directement dans le poumon, 
la temperature de cet organe s eleverait assez haul pour entrainer de graves lesions 
de texture. II conclut de la que, dans les poumons, il se passe un simple echange 
de gaz entre I atmosphere qui cede son oxygene et le sang veineux qui laisse echap- 
per 1 acide carboniqne ; 1 oxygene absorbe est entraine dans le torrent circulatoire, 
reagit ensuite sur les materiaux du sang dans les capillaires generaux, produit de 
1 eau et de 1 acide carbonique. Cette interpretation des phenomenes rendait compte 
d une maniere satisfaisante du double changement de couleur quele sangeprouve 
dans les poumons et dans les capillaires generaux, en meme temps qu elle expli- 
quait tres-simplement et tres-logiquement la repartition de la chaleur dans les 
parties les plus eloignees du centre, sans recourir a aucune hypothese. 11 etait re 
serve a Spallanzani de fournir la demonstration experimentale de la justesse de cette 
vue de Lagrange. 

Les Memoires de 1 illustre physiologiste italien font mention d une belle expe 
rience qui tranche definitivement cette question bien souvent soulevee par Lavoi 
sier et dont Lagrange avait pressenti la veritable solution. 11 placa des limacons 
dans des tubes de verre purges d oxygene et qui ne contenaient que de Yazote on 
de Vhydrogene. Bien que ces animaux nepussentplusintroduirede 1 oxygene dans 
leiirsorganes i espiratoires, ils continuerent a exhaler de Yacide carbonique, comme 
le jirouva 1 analyse des gaz accumules dans les tubes, falacide carbonique exhale 



42 CHALEUR ANIMALE. 



preexistait done tout forme dans le sang veineux et n etait pas le produil d mie 
reaction directe de 1 oxygene au moment de son absorption. 

En 1824, W. Edwards reprit cette experience fondamentalede Spallanzani. Dans 
une cloche pieine d hydrogene et renversee sur une cuve a mercure, il iutroduisit 
une grenonille plaeee sur un flotteurde liege. L animal, avant son introduction 
sous la cloche, avail ete comprime sous le mercure, de maniere a chasser tons 
les gaz conlenus dans ses poumons. La grenouille respira longtemps avec ampleur 
et regularite, puis, les mouvements respiratoires se ralentirent et s arreterent 
completement un peu avant la fin de 1 experience, qui dura huit heures trente 
minutes. L animal n etait pas mort , retire et expose a 1 air, il revint pen a peu 
a son etat habituel. W. Edwards analysa les gaz de la cloche; il constata que 
la grenouille avait expire un volume d acide carbonique superieur a celui de 
son corps, Les resultats furent les memes avec d autres reptiles, des poissons et 
des mollusques. L experience fut tentee sur un jeune chat de trois a quatre 
jours ; dans un espace clos rempli d hydrogene, cet dnimal exhala un volume 
d acide carbonique deux fois et demie aussi considerable que la capacite de ses 
poumons. 

Ces experiences interessantes, executees avec toute la rigueur desirable, deter- 
minent d une maniere definitive le veritable siege de la double combustion respi- 
ratoire. C estdans les capillaires generaux, au moment de la conversion du sang 
artenel en sang veineux, que 1 oxygene absorbe dans le poumon attaque les mate" 
riaux organiques du sang, brule leur carbone et leur hydrogene. 

Du moment que les phenomenes respiratoires localises dans le poumon se redui- 
sentaunjmr et simple echange de gaz, il doit necessairement exister des gaz 
tibres a 1 etat de dissolution dans le sang arteriel et dans le sang veineux. Les opi 
nions les plus contradictoires avaient ete emises ace sujet,lorsque Stevens et Hoff 
mann retirerent de 1 acide carbonique du sang veineux en le recevant au sortir de 
la veine et en 1 agitant dans un flacon plein d hydrogene. Mais c est surtout Magnus 
qui, en 1857, a eclairci ce point de la science. 11 a successivement etudie, sur un 
meme animal, le sang arteriel et le sang veineux par un precede operatoire qui 
rend impossible toute action chimique capable de determiner, pendant 1 expe- 
nence,de nouvelles combinaisons des materiaux du sang. Les travaux de M.i<nius 
et les nombreuses recherches publiees depuis sur ce sujet sont exposes, analyses, 
discutes aux articles SANG et RESPIRATION ; nous devons nous contenter ici dVrap- 
porter les conclusions suivantes a titre de simple confirmation des principes fon- 
damentaux de la theorie de la chaleur animale : 

1 Le sang, soil arteriel, soit veineux, contient des gaz libres a 1 etat de simple 
dissolution. Ces gaz, consideres dans leur nature, sont les memes dans les deux 
sangs; ce sont 1 oxygene, 1 acide carbonique et 1 azote ; 

2 Le rapport de 1 oxygene a 1 acide carbonique est toujours plus considerable 
dans le sang arteriel que dans le sang veineux. 

L Academie des sciences de Paris ayant propose la determination des sources de 
la chaleur animale pour sujet de prix, deux travaux importants furent presentes 
Le premier est un memoire de Dulong, communique a 1 Academie dans la seance 
du 2 decembre 1822, et publie seulement apres sa mort, en 1843 ; le second est 
un Memoire de M. Despretz, couronne dans la seance du 2 Janvier 1823 et public 
en 1824. Ce deux physiciens accepterent 1 un et 1 autre le probleme de la calorifi 
cation tel que Lavoisier 1 avait pose; ils admirent que : 



CttALETJR ANIMALE. 

\ L oxyene absorbe se combine tout enticr avec les elements combustibles dii 
,-m" et se partage en deux parties, dont 1 une s unit au carbone pour faire de 
cide 8 carbonique, 1 autre a 1 hydrogene pour faire de 1 eau ; 

oo Tou t 1 acide carbonique exhale est du a la corabinaison de 1 oxygene 
avec le carbone des materiaux organiques du sang ; 

30 pour determiner la proportion d oxygene employe a faire de 1 can, il 
mesurer la quantite totale d oxygene absorbe et d en retrancher 1 oxygene co.itenu 
dans 1 acide carbonique exhale par l f animal dans le meme temps. 

En outre, dans le calcul de la quantite de chaleur produite par les phenomenes 
uhvsico-chimiques de la respiration, ils admirent implicitement, avec Lavoisier, 
Le h chaleur degagee par la combustion de 1 hydrogene et du carbone est la 
merne dans le cas ou ces corps sont prealablement engages dans des 
one quand ils sont brutes a 1 etat libre. 

Le probleme etant ramene a cet etat de simplicite, la determination 
qui revient a la respiration dans la production de la chaleur animate devient fa 
cile D un cote, on mesure la quantite de chaleur perdue par 1 animal dans un 
temps donne; dun autrecote, on apprecie la chaleur produite en dedmsant de la 
quantite d oxygene absorbe et de 1 analyse des gaz expires les proportions de , 
bone et d hydrogene transformes en eau et en acide carbonique, et en multipliant 
le poids de chacun de ces corps absorbed par sa chaleur de combustion. 
cniW fait Lavoisier, c est ce que firent, a leur tour, Dulong et M. Desprets 
deux physiciens n ont introduit dans la mcthode experimental de leur illustro 
predecesseur qu un perfectionnement qui, d ailleurs, est considerable. Lavoisier 
avait determine la quantite d oxygene absorbe et la chaleur perdue par deuxexpe- 
riences distinctes et separees. executees sur le meme animal ; Dulong etM. Despretz 
ont mesure ces deux elements du probleme simultanement et par une meme ex- 
rience pour chaque espece animale soumise a leur observation. 

Dulong et M. Despretz employment le meme appareil experimental dans lean 
rechercbes. L animal etait enferme dans une boite metallique immergee dans 
calorimetre a eau qui permettait de determiner la quantite de chaleur perdue pen 
dant 1 experience. La boite dans laquelle etait place lanimal communiquait avec 
deux gazometre a eau. L un de ces gazometres etait rempli d air et fourmssait un 
courant continue de gaz destine a entretenir la respiration del animal, 1 autre etait 
plein d eau et servait a recueillir les produits gazeux de 1 expiratiori. 

Le calorimetre (fig. 4) se compose de deux enceintes concentriques. La premiere 
et la plus interieure BB , destinee a contenir 1 animal, est une boite de fer-blanc tres- 
raince, munie d un couvercle dont les rebords s engagent dans deux rainures G,i 
implies de mercure pour iutercepter toute communication. Gette boite BB com 
munique a 1 exterieur par deux colonnes creuses de fer-blanc D,D , dont 1 une D 
s ouvre directement dans 1 interieur de la boite, tandis que 1 autre s abouche avec 
1 extremite E d un serpentin SS place a la partie inferieure de la boite et faisant 
corps avec elle, ce serpentin, d ailleurs, par son extremite E, s ouvre directement 
dans 1 interieur de cette meme boite. L anirnal, prealablement place dans une cage 
tres-legere d osier, est enferme dans la boite inlerieure BB . 

La seconde enceinte AA du calorimetre est un vase de fer-blanc a parois tres- 
minces., dans la cavite duquel est placee la boite BB qui contient 1 animal. Ces 
deux enceintes sont maintenues a distance par des supports tres-legers ; 1 espace 
qui les separe est rempli d eau de maniere que la boite BB en soil completement 
recouverte. A travers le couvercle 00 de 1 enceinte exterieure AA , on introduit 



44 CHALEUR A Mi; ALE. 

ilcs thermomctres Q, Q ct des agitatcurs a, b, destines a mesurer chnque instant 
l.i temperature de 1 eau et a maintenir son egale repartition. 

Le poids de 1 eau contenu dans le calorimetre est connu ; on lui ajoute le poids 
los diverses pieces metalliques de 1 appareil, de la cage d osier, du verre et du 

mercure des thermometres 
transformed en eau ; on mul- 
tiplie la somme par la varia 
tion de temperature eprouvee 
par le liquide pendant 1 expe- 
rience ; ce produit represcnte 
la quantite de chaleur ab- 
sorbe e par le calorimetre on 
ce de e par 1 animal dans 1 es- 
pace de temps qu a dure 1 ob- 
servation. 

Pour entretenir Ja respira 
tion de 1 animal el reciieillir 
les gaz expires, la colonne [) 
est raise en communication 
avec le gazometre plein d air, 
et la colonne D avec le gazo 
metre plein d eau. Le jen des 
deux gazometres determine et 
entretient, autour de 1 ani 
mal, un courant continu d air 
incessamment renouvele, qui 

pmt etre accelere ou ralenti a volonte. A la sortie du premier gazometre, 1 air pur 
s engage dans la cavite de la colonne D ; de la il passe, suivant la direction des 
fleches, dans la boite BB , sert a la respiration de 1 animal, emporteavec lui tous 
les procluits gazeux de la respiration et s engage dans 1 ouverture E du serpenlin. 
Le melange gazeux parcourt le serpentin tout entier, se met en equilibre de 
temperature avec 1 eau du calorimetre, s echappe par la colonne D et parvient 
ainsi au second gazometre ou il remplace un egal volume d eau qui s echappe au 
dehors. 

^ De cette maniere, 1 animal vit dans un courant continu d air et la respiration 
s execute normalement. D ailleurs, les gaz eirculant dans des espaces hermetique- 
ment clos, rien ne peut etre perdu ; enfin toute la chaleur enlevee a ranimal soil 
par le rayonnement, soil par le contact des gaz, est absorbee par 1 eau du calori 
metre, puisque cesgaz sont eux-memes refroidis dansle serpentin SS. Opendant, 
1 air sort du serpentin a une temperature plus elevee a la fin qu au debut de 
I experience, il y avait done a craindre qu une partie de la chaleur cedee par ra 
nimal fut ainsi soustraite au calorimetre ; on parait a cette cause d erreur en refroi- 
dissant 1 eau du calorimetre, au commencement de 1 observation, au-dessous de la 
temperature exterieure, d un nombre de degres egal a celui dont elle devait la 
depasser a la fin. On se metlait ainsi a I abri des effets du rayonnement et de 1 in- 
fluence exercee par la circulation du gaz qui s echappait a des temperatures crois- 
sanies comme celle de 1 eau elle-meme. 

Les deux gazometres exactement jauges ctaient munis de manometres et de 
thermometres ; on pouvait ainsi determiner exactement le volume reel des caz 




CHALEUil ANIMALE. 45 

nu ils conlenaient ai. commencement et a Ja fmde chaque observation. Unc a..a- 
Le preliminaire avail fait connailre la composUiou do 1 air fourin a "animal pour 
entretenir la respiration ; une seconde analyse, pratiquee a la tin dc 1 exper.uiice, 
donnait la composition des gaz expires recueillis dans le second gazometre. 
ceUc maniere on detei minait directement : 

1 La chaleur cedee par 1 animal au calorimetre dans un temps donne ; 
2 La quantit6 totale de 1 oxygene absorbe par 1 animal dans le rneme temps; 
30 La quantite d acide carbonique exhale par 1 animal dans le meme temps. 
D apres les principes adoplespar les experim. .Uateurs, dune part la totahte de 
1 acide carbonique exhale etait formee aux depens de 1 oxygene absorbe, d auti 
part 1 exces de 1 oxygene absorbe sur 1 oxygene de 1 acide carbonique exhale avail 
du s uuir a I hydrogene pour iaire de 1 eau. Ces donnees experimentales elaient 
done sufBsantes pour determiner les quantites de carbone et d hydrogene briiles 
par 1 animal pendant la duree de 1 observatiou. 

Enfin, la quantite de chaleur developpee par la respiration de 1 ammal, pen 
dant la duree de chaque experience, etait represcntee par la somme des produils 
du poids du carbone et de 1 hydrogene brules par leurs chaleurs de combustion 

respectives. 

Cependant, les produits gazeux de 1 expiration contenant de 1 acide carb< 
il y avail a craindre qu une partie de ce gaz fut absorbee par 1 eau du gazomelre 
dcstinee a le recevoir et perdu pour 1 analyse. Dans le but d attenuer les effets 
de cette cause d erreur, on avail soin de placer dans ce gazometre un flotleur 
circulaire de liege qui separait les gaz du liquide et s opposait ainsi a 1 ab- 

sorption. 

En acceptant pour exacles les determinations de carbone et d hydrogene brule 
lelles que Dulong et M. Despretz les onl donnees dans leurs Memoires, el en cal- 
culant la chaleur produile au moyen des chaleurs dc combustion de MM. Fabre et 
Silbermau, on arrive a des conclusions qui ue s eloignent pas beaucoup de celles 

de Lavoisier. 

Le Memoire de Dulong contient seize experiences faites sur de petits mammi- 
fereset sur des oiseaux. En i-epresentant par 100 la quantile de chaleur perdue 
par 1 animal, nous trouvons que la quantite de chaleur produile, dans le memo 
temps, par la respiration, esl representee moyennemenl par 90,6. 

Le Memoire de M. Desprct/ contient aussi seize experiences t ailes sur de pe- 
lits mammiieies et sur des oiseaux. En representant par 100 la quanlite de cha 
leur perdue par 1 animal, nous trouvons que la quantite de chaleur produite, 
dans le meme temps, par la respiration, est representee moyennement par 92,5. 

En recueillant sur 1 eau les produits gazeux de 1 expiration, Dulong etM. Des 
pretz ont necessairement perdu un peu decide carbonique exhale, et puisque 
dans leurprocede tout 1 oxygene absorbe qui ne se retrouve pas dans 1 acide car 
bonique recueilli, est considere comme ayant servi. a faire de 1 eau, ils ont dueva- 
Incr trop haul la cjuanlile d hydrogene brule. Gette cause d erreur lend a elever 
la quantite de chaleur produite au-dessus de sa valeur reelle. D un aulre cote, 
ils n ont pas tenu comple du refroidissement necessairement eprouve par 1 animal 
pendant 1 experieuce; ils n ont pas defalque la chaleur cedee au calorimetre par 
la condensation de la vapeur d eau expiree; ils ont done evalue trop haul la cha 
leur qu auraitreeliement perdue 1 animal dans des conditions normales ou sa tem 
perature se serait maintenue constante. 

Dans les experiences de D along, la respiration s est generalemenl accompaguee 



* 6 CHALEUR ANIMALE. 

de 1 exhalation d une proportion variable d azote : ime seule fois , chez un chat 
de trois mois, il y eut absorption de ce gaz ; une seule ibis, chez un chat dc 
quatre mois, 1 azote ne fut ni absorbe, ni exhale. I/exhalation de 1 azote e.,l 
un fait constant dans les experiences de M. Desprelz. Cesderniersresultatsne 
laissent aucun doute sur le role joue par 1 azote dans la respiration; mais les 
nombres qni represented les pertes de ce gaz sont certainement trop eleves. En 
effet, les aliments consommes ne contiandraient pas assez d azote pour compenser 
la perte, si la quantite de ce gaz, eliminee par les voies respiratoires, etait aussi 
considerable que ces deux physiciens 1 ont avance. Liebig a fait observer que, 
meme en negligeant 1 azote elimine par les diverses excretions, une exhalation 
pulmonaire aussi intense suffirait pour chasser, en quelques jours, de 1 economic 
plus d azote que n en contient le corps entier de Tanimal. II y a done eu erreur 
dans la determination de la quantite d azote exhale; les proportions des di 
vers gaz expires ayant etc appreciees par une seule analyse, cette erreur a du 
necessairement s etendre aux quantites d oxygene absorbe et d acide carbonique 
exhale. 

Ces imperfections desappareils et ces incertitudes des analyses jointes aux hypo 
theses generates, aujourd hui inadmissibles, qui servent de bases a la methode 
experimental adoptee et suivie par Dulong et par M. Despretz, font que les re- 
sultats de leurs recherches sur les sources de la chaleur animale ne doivent 
etre acceptes qu avec une tres-grande reserve. 

Reprenant 1 idee, dt-ja emise et realisee par Lavoisier, de faire vivre un animal 
en vase- clos, en absorbant 1 acide carbonique par la potasse a mesure qu il est 
exhale, et enrendant 1 oxygene a mesure qu il disparait, M. V. Regnault a fait, en 
collaboration avec M. J. Reiset, une etude des produits gazeux de la respiration. Non 
moms remarquable par son etendue que par 1 importance des resultats dont il a 
enfichi la science, ce beau Memoire de physiologic generale se distingue de tous 
les travaux entrepris sur le meme sujet, par cedegre de haute precision que Ton 

t toujours sur de retrouver dans les recherches de cet eminent physicien. M. V. 
Regnault a successivement experimente sur des mammiferes, des oiseaux des 
reptiles, des insectes a 1 etat adulteet a fetat de larves,enfin sur des vers de Jarre. 
Le probleme qu il s est pose et qu il a parfaitement resolu est celui-ci : Dans un 
espace limite, de capacite connue, clos de maniere que rien nepuisse s en echap- 
per et dont la temperature ne varie pas, maintenir constante la composition de rail- 
confine, de telle facon qu un animal puisse y vivre pendant plusieurs heures et 
meme pendant plusieurs jours. 

Nous devons nous conteuterde decrire ici 1 appareil employe pour les animaux 
supeneurs; celui qui a servi a analyser les produits gazeux de la respiration chez 
les ammaux mfeneurs est fonde sur les memes principes. L appareil se compose 
de trois parties essentielles : 

1 Espace dans lequell animal est enferme (fig. 5elQ)^ Cet espace se compose 

d une cloche de verre tubulee A d environ 45 litres de capacite, mastiquee par sa 

par tie inferieure sur un disque de fonte DD muni de deux rainures ; a son centre, ce 

isque presente une ouverture circulate ab assez grande pour laisser passer. 1 ani- 

1 La figure 6 represente, en coupe verticale, les details du disque de fonte DD sur l 
sont mastiques la cloche A el le manchon de BB DD , en meme temps que "ouvertm e 
vers laquelle I ammal est introduit et le moyen de la fermer LermSquement 






CHALEUR AN1MALE. 47 

mal; pendant 1 experience, celte onverture est maintemie hermetiquement fermee 
avec un obturatcur de fonte boulonne ef. L aniinal repose sur un petit plancher a 
claire-voie forme d une plaque de tole mn percee de plusieurs trous el couverte de 
petiles tringles de bois. Ge plancher, plus petit que 1 ouverture ab, est maintenu 
par irois loquets s,s ,s". Toutes ces pieces metalliques, de fonte et de tole, sont 




Fis 5. 

peintes au minium pour eviter leur oxydation et 1 absorption d oxygene qui en se- 

rait la consequence. 
La cloche A est enveloppee d un manchon de verre BB DD , mastique dans la se- 

conde rainure du disque de fonte. Ce manchon est 

rempli d eau que Ton maintient a une temperature 

constante. 
La tubulure superieure de la cloohe A porte une 

raonture metallique traversee par plusieurs petites 

tubulures. La premiere, f, communique avec un 

manometre a mercure abc qui donne, a chaque in 
stant, la tension du gaz interieur. La seconde, r, sert a 1 introduction de 1 oxygene 

necessaire a la respiration. La troisieme, _/, et la quatrieme, /, font communi- 
quer 1 interieur de la cloche A avec le condenseur de 1 acide carbonique. En outre, 
sur la troisieme tubulure, /, est embranche un tube, gr , que Ton pent, a volonte, 
tenir ferme ou mettre en communication avec un appareil mariometrique a mer 
cure r"dd , qui permet, a un moment quelconquede 1 experience, de puiser dans 
la cloche A un volume determine d air pour le soumettre a 1 analyse. 

2 Condenseur de I acide carbonique (fig. 5). Get organe important se corn- 
pose de deux pipettes C,G a deux tubulures, de 5 litres de capacite, qui commu- 




48 CLULEUR AN1MALE. 

niquent entre ellcs par Icurs tubulures inferieures au moyen d un long tube q(f 
de caoutcliouc vulcanise reconvert de toile exlerieurement ; les tubulures supe- 
ricuics portent des montures metalliques m,m qui communiqueiit avec lestubu- 
huesj,/ de la clocbe A par I intermediaire de longs tubes de caoutcliouc vulcanise. 

On met dans les pipettes G,C environ 5 litres d I une dissolution de potasse caus- 
tique dont le poids et la composition sont rigoureusement connus. 

Ces pipettes sont posees sur deux cadres metalliques, mobiles dans le sens ver 
tical, accroches par des chaines aux extremites du balancier K d une petite ma- 
cbine mise elle-metne en mouvement par un poids de 200 kilogrammes. Les 
pipettes recoivent ainsi, pendant la duree de cbaque experience, un mouvement 
vertical d oscillation, en vertu duquel la dissolution de potasse passe alleniative- 
ment de C en G et de C en G a travers le tube de caoutcliouc qq . Cbacune de ces 
pipettes, pendant son mouvement d ascension, se vide de liquide et aspire une por 
tion de 1 air de la cloche A, qui vient se depouiller de son acide carbonique au 
contact de la dissolution potassique qui mouille sesparois; pendant le mouvement 
de descente, au contraire, chacune d elles se remplit de liquide, et le gaz qu elle 
contenait, debarrasse de son acide carbonique, est refoule dans la cloche. D ai!- 
leurs, la pipette C prend 1 air dans la partie superieure de la cloche A, et la pipette 
C dans la region inlerieure par le lube//. II en resulte que, pendant loute la du 
ree de 1 experience, le jeu alternatif des pipettes determine, non-seulement 1 ab- 
sorption de 1 acide carbonique a mesure qu il est produit par la respiration de 
1 auimal, mais encore une agitation continuelle de 1 air de la cloche A, qui tend a 
lui conserver une composition uniforme dans toute son etendue. 

3 Appareil a oxygene (fig. 5). L appareil destine a fournir I oxygene neces- 
saire a 1 entretien de la respiration consiste en trois grosses pipettes N,N N". La 
tubulure superieure de chaque pipette porte une monturemetalliquea deuxpetites 
tubulures niunies de robinets r,r . L une de ces petites tubulures, par le tube rr , 
sert a remplir la pipette d oxygene; 1 autre, par le tube rv, s aboucbe avec un 
petit flacon laveur M rempli a moitie d une dissolution de potasse, et communique, 
par cet intermediaire, avec 1 interieur de la cloche A. 

Les tubulures iiiferieures des pipettes sont garnies d une monture mclallique a 
deux branches. L une de ces branches est verticale; elle porte un robinetR etsert 
a faiie ecouler le liquide de la pipette quand on veut la remplir d oxygene, L autre 
branche R Pi est horizontale; elle se termine par une tubulure verticale dans laquelle 
est mastique un long tube de verre kk : c est par ce tube que Ton introcluit le li 
quide destine a chasser le gaz de la pipette a oxygene pour le faire passer dans la 
cloche A, a travers le llacon laveur M. 

Gliaque pipette a oxygene porte deux reperes o et o , 1 un sur la tubulure supe 
rieure, 1 autre sur la tubulure inlerieure. Le volume compris entre ces deux reperes 
est determine par plusieurs jaugeages. Quand on remplit une pipette d oxygene, on 
a soin delaisser toujours du liquide dans la tubulure inferieure jusqu en o ; quand 
on fait passer 1 oxvgene qu elle contienl dans la cloche A, pour fournir a la respira 
tion de 1 animal, on a soin que le liquide qui vient prendre la place du gaz ne s eleve 
pas au-dessus du repere o. De cette maniere on connait exactement la quantite 
d oxygene fournie par chaque pipette. En effet, la capacite comprise entre les re 
peres 0,0 est connue, on a soin de mesurer la tension inlerieure au moment ou le 
u^e est rempli de gaz, ct la temperature est fournie par le thermometre T appli 
que centre ses parois. Chacune des trois pipettes N,1N ,N" est successivement mise 
en communication avec le ballon laveur M et maintenue dans sa position jusqu a 



CHALEUR ANIMALE. 49 

cequelellquidequi vient remplacer 1 oxygene qu elle fournit a la respiration de 
1 animal ait atteint le niveau o. 

Leliquide employe a reraplir les pipettes N, N .N", soil avant 1 introduction de 
1 oxygene, soil pour chasser ce gaz, est une dissolution concentree de chlorure de 
calcium qui n exerce qu une action dissolvante tres-faible sur 1 oxygene pur et sur 
1 air atmospherique. 

Chaque experience a ete continuee par M. V. Regnault jusqu a ce que 1 animal 
eut consomme de 65 a 150 litres d oxygene. Les chiens consommaient cettequan- 
tile en douze ou vingt heures; les lapins, poules et autres animanx restaient dans 
1 appareil deux, trois et meme quatre jours. Quand 1 animal devait rester plus de 
quinze heures dans 1 appareil, on mettait dans la cloche sa ration liabiluelle de 
nourriture. Les urines de 1 animal s ecoulaient dans 1 espace compris entre le 
petit plancher mn et 1 obturateur metallique ef (fig. 6). 

Quand on veut faire une experience, on verse la quantite convenable de dissolu 
tion potassique dans les pipettes C,G , que Ton pose sur leurs cadres metalliqtieset 
que Ton met en communication avec la cloche A. .Puis on rapproche la grosse 
pipette N remplie d oxygene, et par le tube vertical kk r on la met en communica 
tion avec le tube de plomb k y du reservoir PQ P Q rempli d une dissolution de 
chlorure de calcium dont le niveau xx est maintenu sensiblement constant par le 
jeu des ballons 0,0 , 0", egalement remplis de chlorure de calcium. 

Cela fait, on introduit 1 animal dans la cloche A, et, s il y a lieu, les aliments 
qui doivent servir a sa nourriture, et Ton met en place 1 obturateur ef, mais sans 
former hermetiquement. A 1 aide d une forte machine pneumatique communi- 
quant avec la tubulure r, on determine, a traversla cloche, un courant d air ra- 
pide pour empecher le gaz interieur d etre vicie par la respiration avant le com 
mencement de 1 experience. Pendant ce temps, on donne a 1 eau du manchon 
BB DD la temperature convenable, que 1 on peut rendre stationnaire pendant 
toute la duree de 1 observation, mais qui, dans tous les cas, doit etre, a la fin, ra- 
menee exactement au meme degre qu au debut. 

Cela fait, on serre fortement les ecrous de 1 obturateur inferieur ef, on detache 
la machine pneumatique, on note la hauteur du barometre et le degre du ther- 
mometre T, qui donnent la tension et la temperature de 1 air dont la cloche A est 
remplie; on fait communiquer la pipette aoxygene Navec le flacon laveur M,et Ton 
met 1 appareil a potasse en mouvement. 

A partir de ce moment, la grosse pipette N remplie d oxygene, la cloche A et les 
deux pipettes a potasse C,G forment une seule cavite hermetiquemeut close dans 
laquelle 1 animal respire, c est-a-dire consomme de 1 oxygene et exhale de 1 acide 
carbonique. Get acide carbonique produit est incessamment absorbe par la disso 
lution potassique des pipettes G,G , et la tension diminue dans la cloche A. Mais 
1 oxygene de la pipette N, chasse par le liquide qui descend du reservoir superieur 
PQ P Q , passe a travers le liquide du flacon laveur M, vient remplacer celui qui a 
disparu dans la cloche A et rnaintient constantes la tension et la composition de 
1 air autour de 1 animal. Le passage des bulles de gaz a travers le flacon laveur M 
peimet de juger exactement la maniere dont s execute la respiration de 1 animal. 
Quand 1 oxygene de la pipette N est epuise, on remplace cette premiere pipette 
par la seconde pipette N , et celle-ci par la troisieme pipette N". 

Quand on veut terminer 1 operation, on ramene la temperature de 1 eau du 
manchon et la tension du gaz contenu dans la cloche A a etre les memes qu au 
debut,; on fuit une prise d eau dans la cloche au raoyen de 1 appareil dd , et Ton 

DICT. ENC.. XV. 4 



50 CHALEUR AN1MALE. 

analyse cet air. De cette maniere, on connait la temperature, la tension et la com 
position de 1 air contenu dans la cloche A au debut et a la fin de 1 experience. On 
connait, en outre, la quantite d oxygene qui, des pipettes N,N ,N", est passe dans 
la cloche A. L analyse du liquide potassique continue dans les pipettes G,C , fait 
connaitre la quantite d acide carbonique exhale par 1 animal pendant 1 expe- 
rience. 

On pese 1 animal et les aliments avant de les intro duire dans la cloche A ; par 
suite, on connait leur volume, puisqu on admet, ce qui est sensiblement vrai, que 
leur densite moyenne est la meme que celle de 1 eau. En retranchant ce volume 
de celui que represente la.capacite de la cloche A, du manometre et du conden- 
seur, on determine exactement les quantites d air, c est-a-dire d oxygene, d azote 
et d acide carbonique que contenaitl appareil au moment ou 1 experience a com 
mence. On pese de nouveau 1 animal et le reste des aliments a la fin de 1 operation, 
et puisque la composition de 1 air interieur est connue, on peut mesurer les quan 
tites d oxygene, d azote et d acide carbonique quiremplissentl appareil au moment 
meme ou [ experience est terminee. 

De cette maniere on possede tous les elements necessaires pour determiner ri- 
goureusement : 

1 La quantite d oxygene consomme par 1 animal pendant la duree de 1 expe 
rience ; 

2 La quantite d acide carbonique exhale par 1 animal dans le meme temps ; 
5 On peut aussi savoir si la quantite d azote est restee la meme ou a varie, et, 
par consequent, connaitre le rolejoue par ce gaz dans raccomplissement des phe- 
nomenes de la respiration. 

Les animaux vivant douze a vingt heures et quelquefois plusieurs jours dans un 
espace hermetiquement ferme, M, V. Regnault a recueilli, non-seulement les gaz 
exhales par 1 appareil respiratoire, mais encore ceux qui sont expulses par la peau 
et par le tube digestif. II devenait done necessaire d apprecier la part qui revient 
a chacune de ces surfaces d elimination dans les produils obtenus, et de determi 
ner si, du corps de 1 animal ou de ses excrements, il ne se degage pas des substances 
gazeuses de nature a exercer une influence facheuse sur 1 economie. 

M. V. Regnault a demontre que, dans le cours de ses experiences, il ne s est 
forme que des traces a peine appreciates de gaz sulfures et d ammoniaque. Ces 
produit, en trop faible quantite pour exercer une influence nuisible sur les ani 
maux, n existaient pas a 1 etat de liberte dans 1 atmosphere de 1 appareil; ils etaient 
dissous dans les liquides alcalins employes pour absorber 1 acide carbonique exhale 
et dans 1 eau qui ruisselait sur la face interne des parois de la cloche A. Sous ce 
rapport done, les conditions d existence des animaux en observation doivent etre 
considerees comme normales. 

Les experiences sur les mammiferes et les oiseaux ont fourni, dans le plus 
grand nombre des cas, une exhalation soit d hydrogene, soil d un melange d hy- 
drogene et d hydrogene proto-carbone. La presence de ces gaz n etant pas constante, 
et leur quantite etant extremement variable, on ne peut pas les considerer comme 
un produit de la respiration. Les recherches des physiologistes ont demontre depuis 
longtemps I existence de 1 hydrogene a Tetat de liberte dans le tube digestif des 
animaux recemment mis a mort, et tout le monde sail avec quelle facilite 1 hydro 
gene proto-carbone prend naissance au milieu des matieres vegetales et animales 
envoie de decomposition. D ailleurs,l exactitude de cette interpretation est demon- 
tree par un accident arrive pendant la trente-cinquieme experience : il s agit d un 



CHALEUR ANIMALE. 51 

chien qui, pendant son sejour dans la cloche, eprouva des vomissements frequent*; 
dans ce cas, on constata un degagement d environ deux litres d hydrogene pur. 
Apres avoir rendu corapte de ce fait interessant, M. V. Regnault ajoute : II est 
tres-probable que, pendant la digestion, les matieres alimentaires degagent dans 
1 estomac de 1 hydrogene pur, mais que la plus grande partie de ce gaz se brule 
de nouveau sous 1 intluence des matieres en fermentation, et qu il n en sort du 
corps de 1 animal que de tres-petites quantites . 

Dans une serie d experiences, il a separe les produits gazeux elimines par les 
voies respiratoires, des gaz fournis par la peau et par le tube digestif. II a prouve 
que, chez les mammiferes et les oiseaux, 1 acide carbonique elimine par la 
peau et par le canal intestinal ne s eleve moyennement qu aux huit milliemes 
de celui que fournit 1 animal tout entier. Quand il s agit d animaux appartenant a 
ces deux classes, on peut done, sans erreur sensible, considerer la totalite de 1 a 
cide carbonique obtenu comme exhale par les voies respiratoires. 

Cette conclusion ne doit pas etre etendue aux animaux inferieurs ; chez eux, 
la surface cutanee parait jouer un tres-grand role dans les phenomenes de la res 
piration. II resulte des operations de M. V. Regnault que, chez les grenouilles, 
suHOO parties d oxygene, enlevees a 1 airambiant, 65 peuvent penetrer par la 
peau et 35 seulement par les poumons ; ces fails sont en accord parfait avec les 
resultats des experiences de Spallanzani et de W. Edwards sur le meme sujet. 

M. V. Regnault a maintenu des animaux dans des atmospheres artificielles 
tres-riches en oxygene. Rien que, dans ces experiences, la proportion d oxygene 
aitete portee depuis 37 jusqu a 96 pour 100, les animaux n ont paru eprouver 
aucuu malaise. Les produits de 1 expiration et la quantite d oxygene consomme 
sont restes sensiblement les memes que dans 1 air ordinaire ; ce fait confirme 
1 exactitude des resultats des recherches de Lavoisier sur le meme sujet. 
^ M. V. Regnault a remplace la majeure partie de 1 azote de 1 air par de 1 hydro 
gene ; il a fait vivre des animaux dans des atmospheres renfermant les proportions 
normales d oxygene et de 53 a 76 pour 100 d hydrogene. Les phenomenes de la 
respiration sont restes les memes que dans 1 air atmospherique ; seulement la 
quantite d oxygene absorbe a augmente notablement. Ge dernier resultat ne doit 
pas surprendre; 1 animal plonge dans 1 hydrogene dont le pmivoir refroidissant 
t beaucoup plus considerable que celui de 1 azote, doit necessairement perdre 
plus de chaleur et, par suite, consommer plus d oxygene pour conserver sa tem 
perature propre. 

Independamment de ces resultats pleins d interet,- le travail de M. V. Regnault 
iournitles notions les plus precieuses etles plus precises sur les phenomenes fon- 
damentaux de la fonction respiratoire. 

1 Tous les animaux absorbent de Toxygene qui brule les materiaux organiques 
du sang. La quantite d oxygene absorbe, rapportee a l unite du poids de 1 animal, 
vane avec la classe et 1 espece zoologique et, pour le-meme animal, avec les con 
ditions physiologiques, suivantdes lois determinees. 

!Tous les animaux exhalent de 1 acide carbonique ; sauf quelques cas excep- 
tionnels tres-rares et tres-importants, le poids de 1 oxygene contenu dans 1 acide 
carbonique exhale est plus faible que celui de 1 oxygene absorbe. -- Le travail de 
I. V. Regnault a eclaire d une vive lumiere ce point important de 1 histoire de la 
respiration. II resulte de ses experiences que, moyennement, le rapport de 1 oxy 
gene contenu dans 1 acide carbonique exhale a 1 oxygene total absorbe est repre- 
sente par les nombres suivants : 



CHALEUR ANIMALE. 



Chez le lapin. { fraiches ....... ," """" n <W7 

nouvri avec du pain et de 1 avome . . 



nourri avec des carottes et autres plantes 

fraiches 

nouvri avec du pain et de 1 avoine . 
( nourri avec du pain et des eaux grasses. 
Chez le chien. nourri avec de la viande crue. . 

nourri avec de la graisse de moulon.. . . ",|>;J 

( nourrie avec des graines > 

Chez la poule. nourrie avec du pain. 

nourrie avec de la viande " 

Chez les petits oiseaux, a leur alimentation ordinaire. . . . 0,753 

Chez la grenouille ^- 2 

Chez le lezard QSQ8 

Chez le hanneton H -KI 

Chez le ver a soie a des epoques diverses du developpement. 0,751 

Chez le ver de terre 

L oxv-ene absorbe etant,tout entier, finalementelimme sous forme d acicle car- 
Doniqueet d eau, la proportion de ce gaz qui ne se combine point avec le carbone 
s umt a 1 hydrogene 1 des materiaux organiques clu sang; de sorte que la somrae 
des quantites d oxygene combines avec le carbone et 1 hydrogene represent 
touiourslatotalitede 1 oxygene absorbe par les surfaces respiratoires. 
precedent nous montre que, pour une meme quantite d oxygene empruntee a 1 air 
atmospherique, la portion qui s unit au carbone peut varier des 997 aux 677 miZ- 
liemesde son poids total; la portion de ce gaz, employeea bruler 1 hydrogene, peut 
done varier des 3 aux 325 milliemes de Voxygene absorbe. Ce resultat est tort im 
portant, car un kilogramme d oxygene ne dotme que 3050 calories en se combinant 
avec le carbone, tandis qn il en fournit 4308 en s unissant a 1 hydrogene ; pour 
une meme quantite d oxygene absorbe, 1 animal produira done d autant plus de 
chaleur qu nne plus forte proportion de ce gaz sera employee a faire dc IVau. Ce 
tableau montre, d ailleurs, que de toutes les influences qui peuvent faire varier hi 
repartition de 1 oxygene absorbe entre le carbone et 1 hydrogene du sang, celle dc 
1 alimentation est, sans contredit, la plus importante. En effet, dans les prodmts 
des combustions respiratoires, la proportion de 1 eau a 1 acide carbonique diminue 
a mesurejquele regime devient plus exclusivement vegetal, augmente, au conlraire, 
a mesure que la predominance des aliments empruntes au regne animal est plus 
prononce.Ce fait concorde parfaitement avec la composition alimentaire des ma- 
tieres combustibles introduces dans le sang par la digestion dans ces diverses 
circonstances. 

3 Dans Tetat de sante et soumis a leur regime habituel, les mammiferes et 
les oiseaux exhalent constammentdel Mole. [/exhalation de ce gaz est tres-faible; 
le poids de 1 azote elimine par cette voie, d ailleurs tres-variable d un animal a 

1 La combinaison d une partie de 1 oxygene absorbe avec le carbone du sang n a jamais 
(Hi- mife en doule par personne; il n en est pas de meme de la production de 1 eau dans l : acte 
de la respiration. En attendant une demonstration directe de ce fait, 1 observation suivante, 
due a M. Sacc, nous parait suffisante pour lever tous les doules a cet egard. Ce savant a 
prouve que les marmottes, pendant leur sommeil hibernal, continuent a respirer et eprou- 
vent une legcre augmentation de poids tant que Vengourdissement est assez pro fond pour 
qu elles n expulsent pas leurs urines. D un autre cote, M . V . Regnault a trouve que les marmottes 
engourdics absorbent un poids d oxygene a, pen pres double du poids de 1 acide carbonique 
exhale. Comme, pendant leur sommeil, ces animaux etaient conserves dans des lieux abritiis 
et que leur temperature etait tres-basse, ils devaient necessairement perdre tres-peu d eau 
par 1 exhalation pulmonaire et cutanee. L exces d oxygene absorbe est done la cause reellc 
de leur augmentation dc poids. Mais, du moment oil 1 anima.l ezpulse les urines, il se trouec 
peser mains qu au debut fie Vengourdissement. Ces fails rapprociies nous paraissent deraon- 
trer, d une manierc peremptoire, que la portion d oxygene absorbe qui ne se retrouve pas 
dans 1 acide carbonique exhale s est combine avec 1 hydrogene du sang pour iaire de 1 eau. 



C1IALEUR ANIMALE. 53 

1 aulre et clicz le meme animal, est ordinairement moindre quc ?m centieme dc 
l oxy n ene absorbe ; il est toujours reste au-dessous de deux centtemes, excepte 
dans une experience portant sur un verdier ou il s est eleve exceptionnellement a 
quatre centiemes. Chez les reptiles et chez les insectes, les experiences ont 
donne, tantot une faible exhalation, tantot une faible absorption d azote; mais 
M. V. Regnault fait observer que, chez ces animaux, les phenomenes de la respi 
ration ont trop pen d intensite pour que les determinations numeriques puissent 
s executer avec une grande precision et pour qu il soit possible de repondre absolu- 
ment de leur exactitude. 

Nous arretons la les emprunts fails an Memoire de M. V. Regnault; une 
analyse complete de ce beau travail sera mieux placee a 1 article RESPIRATION. 

Les observateurs qui, depuis Lavoisier, ont cherche a penetrer la nature des 
phenomenes physico-chimiques de la respiration, ont pese et analyse directs - 
ment les gaz absorbes et exhales par un animal place dans des conditions determi- 
nees. Gette methode, a laquelle nous reserverons la denomination de methode di~ 
recte, a rendu de grands services : elle a permis de prouver que, loind emprunterde 
1 azote a 1 atmosphere, 1 animal maintenu dans des conditions physiologiques en 
exhale constamment une certaine quantite ; de determiner exactement le poidsde 
I oxygeneconsomme dans un temps donne; de demontrer que 1 oxygene consomme 
se partage en deux parts, dont 1 une se combine certainement avec le carbone et 
Yaniretres-probablement avec I hydrogenedes materiaux organiquesdu sang, et que 
cette double combustion s opere au moment oii le sang arleriel, emportant avec lui 
1 oxygene absorbe, traverse la trame des capillaives generaux. Mais il faut bien le 
reconnaitre, cette methode ne peutpas donner la demonstration^lirecte de la com 
bustion de 1 hydrogene, parce que, dans la masse d eau qui s echappe par toutes 
les voies d elimination, elle ne fournit aucun moyen de distinguer surement 1 eau 
qui provient de 1 aclion de 1 oxygene absorbe sur les materiaux de 1 economie, de 
celle qui a ete introduite toute formee par les aliments solides et les boissons, ni 
de celle qui resulte de la combinaison de 1 oxygene et d une portion de 1 hydrogene 
rendus libres par la destruction et la transformation des materiaux organiques dn 
sang. G est par voiede defalcation et parce qu ils ne retrouvaient pas dans Vacide 
carbonique exhale tout 1 oxygene absorbe, que les observateurs ont ete conduits a 
admettre qu une portion de cet oxygeneest employee a fairede 1 eau. Cette maniere 
de determiner la quantite d hydrogene brule ne repose que sur une hypothese. 
Dulong, M. Depretz et tons les observateurs qui 1 ont employee ont necessaire- 
ment suppose que tetfl acide carbonique exhale provient de la combinaison d une 
portion de 1 oxygene absorbe avec le carbone du sang. Des le debut de ses recher- 
ches, Lavoisier avail senti et signale la faiblesse radicale de cette hypothese dont 
rien n est venu depuis justifier 1 exactitude. La science, au contraire, s esl enri- 
chie dans ces derniers temps de quelques faits precieux, inconteslables, qui de- 
monlrenl qu une portion de eel acide carbonique exhale pent provenir et provient 
enrealite Aims certains cas, d une autre source que de la combinaison du carbone 
du sang avec 1 oxygene absorbe paries surfaces respiratoires. La methode directe 
reste done impuissante pour nous apprendre, avec certitude, dans quelles pro 
portions s opere le partage de 1 oxygene absorbe entre le carbone et 1 hydrogene 
des muteriaux combustibles de 1 ecouomie. Depuis 1859, les progres incessants 
de la chimie organique ont permis d aborder 1 etude des phenomenes physico-chi 
miques de la respiration, a 1 aide d un autre precede d observation qui, tenant 



54 CIIALEUR ANIMALE. 

compfe de tout, a fait disparaitre ce qu i] y avait d hypothetique dans les deduc 
tions tirees de 1 analyse des gaz inspires et expires. Cette nouvelle methode que 
nous distinguerons de la precedente en lui reservant la denomination do methode 
indirecte, nous permettra de penetrer plus prolbndement dans les phenomenes de 
1 economie et de determiner, dans chaque cas particulier, pour quelle part 1 oxy- 
gene absorbe contribue a la formation des divers produits elimines par les surfaces 
respiratoires. 

Cette methode a ete introduite dans la science par M. Boussingault, qui 1 adeve- 
loppeeetpratiquee dans deuxMemoires importants. Dans 1 un, le precede a ete appli 
que a une vaclie laitiereet a un clieval; dans 1 autreaune tourtere.lle. Liebig,dans 
son traite de chimie organique appliquee a la physiologic animate, M. Barral, 
dans son Memoirs sur la statique chimique du corps humain et dans la statique 
chimique des animaux, ont adopte la marche suivie par M. Boussingault. Voici 
d abord les principes tres-simples et incontestables sur lesquels ce savant, dont les 
travaux occupent une si grande place dans la physiologie generale, a etaye sa me 
tbode: 

Un animal adulte, pris dans un etat normal de nutrition et de sante, est sou- 
mise a la ration d entretien. Les materiaux fournis par les aliments entrent, se 
fixent dans 1 organisme, en se modifiant, pour remplacer ce qui est journellement 
elimine par le jeu des fonctions. Mais 1 animal neperdni ne gagne en poids ; une 
somme equivalente en nature et en poids a la matiere elementaire des aliments 
consommes doit done necessairement se retrouver en totalite dans les dejections, 
\essecretions, les produits des organes respiratowes etde lapeau. 

Chez un animal jeune, en train de se developper, ou chez un animal a I en- 
grais, les choses doivent se passer autrement ; il y a necessairement, dans 1 un et 
1 autre de deux ces cas, plus de m&lieK& introduites par I alimentation quedema- 
tieres e limine es, puisque 1 animal augmente de poids et de volume. 

La metbode de M. Boussingault peut-etre resumee ainsi : Tenir compte de tout 
ce que 1 animal introduit sous forme solide ou liquide dans le tube digestif, de 
toutcequ il expulseau dehors en excrements solides et liquides, puis retrancher 
la seconde quantite de la premiere. Le reste represente necessairement, en nature 
et en poids, ce que 1 animal a perdu paries organes respiratoires et par 1 exbala- 
tion cutanee. 

L exactitude du procede suppose necessairement deux choses : 

1 L animal doit etre soumis a la ration d entretien; son poids ne doit point 
varier pendant toute la duree de 1 observation. Pour cela, on a soin de tenir 1 a- 
nimal a un regime determine pendant un mois ou six semaines, avant de le sou- 
mettre aux experiences definitives, et Ton a soin de le peser de temps en temps 
afm de constater que son poids est stationnaire, que I alinientation est suffisante et 
convenable. 

2 L animal ne doit fixer aucun des elements de 1 atmosphere. II est evident 
que 1 air ne lui fournit pas de carbone et que I oxygene absorbe est finalement eli 
mine en totalite sous forme d eau et d acide carbonique. - - Quant a 1 azote, les 
experiences de Dnlong et de M. Despretz, etles resultats bienplns probants obtemis 
par M. V. Regnault, demontrent indubitablementque tout animal, maintenu dans 
des conditions pbysiologiques, au lieu d emprunter de 1 azole a Tatmospbere, 
exhale au contraire une partie de celui que lui fournit la digestion. 

L experience de M. Boussingault sur une tourterelle a la ration d entretien et 
nonrrie avec du millet et del eau a discretion, fournit une bien remarquable veri- 



CHALEUR ANIMALE. 55 

fication de 1* exactitude de cette methode inclirecte convenablement appliqufie. 

Pour le carbone brule et elimine sous forme. d acide carbonique par le poumon 
et par la peau, nous avous deux moyens de conlrole. 

1 M. Boussingault avail prealablement determine directement la quantiU : 
d acide carbonique exhale par cette merne tourterelle en la faisant vivredans une 
cloche, au milieu d un courant d air continu. L analyse des gaz de 1 expirationlui 
avail montre que, en tenanl compte des heures de veille et de sommeil, celle 
tourterelle eliminait moyennement, sous forme d acide carbonique : 

Par le poumon et par la peau... O gr ,209 de carbone par heure. 

La methode indirecte a montre que cet animal eliminait moyennement, sous 
forme d acide carbonique : 

Par le poumon et par la peau... Os r ,211 de carbone par heure. 

II n est pas possible de demander une concordance plus parfaite et plus ab- 

solue. 

2 Les recherches si exactes de M. V. Regnault montrent que huit poules du 
poids moyen de 1414e r ,231, nourries exclusivement avec des graines, onl elimine 
sous forme d acide carbonique : 

Par le poumon et par la peau... O gr ,386 de carbone par kilogramme et par 
heure. 

Tandis que cinq petits oiseaux du poids moyen de 25 gr ,620 et nourris egalc- 
ment avec des graines, out elimine sous forme d acide carbonique: 

Par le poumon et par la peau, 3e r ,188 de carbone par kilogramme et par 
heure. 

La tourterelle, du poids de 186 gr ,585, se place par son poids com me par son 
volume entre les poules et les petits oiseaux; elle doit necessairement eliminer, 
par les merries voies et sous la meme forme, une quantite de carbone interme- 
diaire aux deux resultats precedents. La methode indirecte montre que cetle tour 
terelle eliminait, sous forme d acide carbonique : 

Par le poumon et par la peau, ls r ,432 de carbone par kilogramme et par 
heure. 

La done, encore, la concordance est complete, et nous pouvons admettre les re 
sultats fournis par la methode indirecte, pour I elimination du carbone par le pou 
mon et par la peau, comme parfaitement exacts. 

Pour ce qui concerne ( exhalation de 1 azote, le travail de M. V. Regnault four- 
nit encore une bien precieuse verification de 1 exactitude des resultats fournis par 
la methode indirecte. II resulte, en effet, des recherches de M. V. Regnault, que 
le rapport du poids de 1 azote exhale au poids du carbone elimine par le poumon 
et par la peau a ete moyennement : 

Chez les huit poules 0.0216S 

Chez les cinq petits oiseaux 0,04044 

Chez la tourterelle, intermediate par le poids et le volume aux poules et aux 
petits oiseaux, le rapport de 1 azote au carbone doit necessairement etre compris 
entre ces deux resultats. La methode indirecte donne, en effet, pour valeur de ce 
rapport : 

ffi= 0,05134. 

Ces deux importantes verifications sont de nature a mettre hors de toute con 
testation 1 exactitude des principes sur lesquels repose la methode indirecte pro- 



56 CHALEUR ANIMALE. 

posee et pratiquee par M. Boussingault ; nous pouvons maintenant exposer toutes 
les consequences qui decoulent des resultats fournis par son experience sur la tour- 
terelle. 

Dans la somme des elements des matieres organiques detruites dans 1 economic 
qui ont du s echapper par les surfaces respiratoires, la proportion d oxygene est 
trop faible pour transformer en eau tout I hydrogene elimine par cette voie; cet 
exces d hydrogene a done etc brule par de 1 oxygene emprunte a I atmosphere. 
Ainsi, sans hypothese aucune, la methode indirecte montre qu une portion de 
1 oxygene absorbe s unit a I hydrogene du sang et fournit la proportion exacte de 
cet hydrogene brule et transforme en eau dans 1 acte de la respiration. Quant au 
carbone elimine par le poumon et par la peau, il s est evidemment combine avec 
le reste de 1 oxygene absorbe par 1 animal. La methode indirecte permet done de 
mesurer exactement la quantite d oxygene emprunte par 1 animal a 1 atmosphere, 
et de determiner dans quelles proportions cet oxygene absorbe s est partage entre 
le carbone et I hydrogene du sang. 

La tourterelle sur laquelle a experimente M. Boussingault absorbait en 24 heures 
14^,515 d oxygene, dout 13s r ,523 se combinaient avec le carbone et 0^,992 avec 
I hydrogene des materiaux organiques du sang. 

L experience montre en outre que cette tourterelle exhalait, en 24 heures, par 
le poumon et par la peau, 5s%242 d eau provenant de la combinaison de 0* r ,582 
d hydrogene et de 4e r ,660 d oxygene fournis par les materiaux organiques du 
sang; cette eau pent etre consideree comme pre existant toute forme e dans ces 
materiaux organiques. Independamment done de tout 1 oxygene emprunte a I at 
mosphere, 1 animal elimine par le poumon et par la peau une portion de 
1 oxygene des materiaux organiques de son sang. L oxygene provenant de cette 
derniere source etait, dans le cas de la tourterelle, tout entier elimine sous forme 
d eau ; nous verrons plus tard qu il n en est pas toujours ainsi. 

11 resulte encore de cette experience que la tourterelle absorbe 3 r ,2414 d oxy 
gene par kilogramme et par heure. Or, d apres les recherches de M. V. Regnault, 
ce resultat est intermediate a ceux que les poules et les petits oiseaux out 
fournis. La consornmation de 1 oxygene par kilogramme et par heure a ete, en 
effet, de le r ,148 chez les poules et s est eleve a lls r ,472 chez les petits oiseaux. 
Ajoutons enfin que le rapport du poids de 1 oxygene employe a bruler le carboue 
au poids total de 1 oxygene absorbe est, chez la tourterelle, egal a 0,931, nombre 
identique a la valeur (0,927) de ce rapport fourni par les experiences de M. V. Re 
gnault sur les poules nourries au grain. 

Get exemple et ces verifications sulfisent pour montrer quel haut degre d exac- 
titude on peut atteindre dans Tanalyse des phenomenes physico-chimiques de la 
respiration par 1 emploi de la methode indirecte proposee par M. Boussingault. 

Phenomenes physico-chimiques de la respiration. Au point ou nous sommes 
parvenu de cette exposition, il nous est permis de specifier les actes au milieu 
desquels la chaleur est produite par les animaux et de poser, dans toute son eten- 
due, le probleme de la calorification. 

Pendant que, par les diverses voies d excretion, 1 animal rejette au dehors les 
materiaux qui ne doivent plus faire partie de son sanget de ses organes, la diges 
tion verse incessamment dans le torrent circulatoire deux especes de principes 
organiques. Les uns ne contiennent pas d azote; ce sont des matieres ternaires : 
les sucres, les corps gras, les alcools, etc. Les autres sont quaternaires et azo- 



CHALEUR AN1MALE. 57 

tees; clans ce groupe rentrent toutesles matieres dites albuminoides fonrmes par 
lacliair des anhnaux et aussi par les aliments empruntes au regne vegetal. 

Les matieres ternaires ne servent pas a la reparation de la fibre organique. Les 
sucres et les alcools ne font en realite que traverser I economie, on ne les ren 
contre dans la composition d aucun tissu, ils ne s accumulent nulle part et ne se 
retrouvent en nature dans aucune excretion : sauf la proportion indeterminee 
d alcool qui s echappe en vapeur par les voies respiratoires, ils sont done detruits 
en totalite dans le torrent circulatoire. Bien que les graisses soient abondantes 
dans I economie, cependant, chez un animal parvenu a un developpement complet 
et soumis a une alimentation suftisante, malgre la quantite considerable de ma 
tieres grasses versees dans le sang par la digestion, la proportion des graisses 
contenues normalement dans les organes n augmente ni ne diminue. Dans 1 etat 
physiologique, les matieres grasses fournies par la digestion ne sont done pas uti- 
lisees pour la nutrition ; sauf les faibles traces de ces substances que Ton retrouve 
dans les excretions, les corps gras i ournis par les aliments sont done aussi com- 
pletement detruits. Chez les animaux soumis a une alimentation insuffisante, une 
partie des graisses de leurs tissus disparait, est detruite; tandis que, chez les ani 
maux a 1 engrais on qui passent d un regime insuffisant a une alimentation abon- 
dante, une partie des matieres grasses fournies par la digestion s accumule dans 
les organes et contribue a 1 augmenter leur poids; une accumulation semblable a 
lieu chez les jeunes sujets en train de se developper. 

L animal complement developpe et soumis a la ration d entretien, 1 animal 
maintenu a un regime tel que son poids n augmente ni ne diminue, detruit com 
pletement dans le torrent circulatoire, ramene a Ve tat mineral et expulse au de- 
hors, sous cette forme ultime, les principes immediats ternaires que la digestion 
fournit a son sang. L agent de cette destruction est 1 oxygene emprunte a 1 at- 
mosphere; les produits ultimes de 1 action de cet ox; gene sur les principes ter 
naires du sang sont 1 acide carbonique et 1 eau ; le resultat incontestable de cette 
combustion lente est une production de chaleur. II est probable, il esl meme cer 
tain que, sons I influence de 1 oxygene, ces matieres ternaires ne sont pas direc- 
tement transformers en acide carbonique et en eau, qu avant de revetir ces formes 
definitives qui les rendent au monde mineral, elles p3ssent par des etats inter 
mediaries qui ne sont que des resultats de plus en plus avances d oxydation. Mais, 
quel que soit le nombre de ces formes intermediaries que revet la matiere ternaire 
du sang pour arriver a cet etat definitif de substance minerale oxygenee, nous sa- 
vons que la quantite de chaleur developpee restela meme que si 1 action de I oxy 
gene avait ete assez intense pour la transformer d emblee en acide carbonique et 
en eau. 

Les matieres azotees, neutres, ou albuminoides , des aliments sont modifiers 
par le travail de la digestion, rendues assimilables, absorbees, versees dans le tor 
rent circulatoire ; elles servent a former 1 albumine et la fibrine du sang, a repa- 
rer la fibre mnscuiaire et les divers tissus de I economie; ce sont les matieres ali- 
mentaires reellement plastiques, seules aptes a rem placer les portions de nos 
organes que le mouvement de denutrition rejette au dehors quand elles sont deve- 
nues impropres a 1 exercice des fonctions de reconomie. Ges derniers elements 
organiques, de meme composition chimique que les principes azotes de la diges 
tion destines a les remplacer, ne sauraient etre elimmes sous la forme qu ils out 
au moment ou ils se separent des tissus. Ils eprouvent, au contact de 1 oxygene 
du sang, une veritable combustion, perdent une partie de leur cai bone et de leur 



58 CHALEUR ANIMALE. 

hydrogene qui sont expulses sous forme d acide carboniqiie et d eau ; ains! rame- 
nes, par une serie de transformations successives , a des formes plus simples, ils 
constituent finalement les produits azotes des secretions. Quoique toujours tres- 
faible, 1 exhalation constante d azote observee chez les animaux places dans des 
conditions normales d alimentation, indique qu une certainc proportion de ces 
materiaux quaternaires, separes de nos organes par la denutrition, est complete- 
ment brulee dans le torrent circulatoire et transformee en acide carboniqiie, eau 
et azote qui devient libre. Le resultat de ces combustions completes et incom- 
pletes des principes immediats azotes de 1 economie est la production d une cer- 
taine quantite de chaleur qui s ajoute a celle que fournit 1 oxydation simultanee 
des matieres ternaires fournies par la digestion. 

Sur les surfaces respiratoires, 1 air, riche en oxygene, et le sang veinenx, charge 
d acide carbonique libre, sont mis en presence, separes seulement par une mem 
brane humide d une extreme tenuite. La diffusion des gaz, aideeparl endosmose, 
produit un double mouvement en vertu duquel les gaz libres se repartissent de 
facona exister,dansl atmosphere et dansle liquide sanguin, en proportions deter- 
minees et reglees par leur solubilite respective. L acide carbonique en exces dans 
le sang veineux doit done etre exhale et chasse au dehors, tandis que 1 oxygene 
est absorbs et dissous dans le sang. Ainsi les lois de la physique interviennent 
incontestablement pour favoriser 1 oxygenation du sang au moment de son con 
tact medial avec 1 air atmospherique, et la transformation du sang veineux noi- 
ralre, charge d acide carbonique, impropre a entretenir le jeu des fonctions, en 
sang arteriel rntilant, riche en oxygene, prepare pour distribuer a 1 economie 
les materiaux et les agents de la nutrition. Cependant cette absorption de 1 oxygenc 
par les surfaces respiratoires n est pas un fait pureraent physique ; tout demontre 
que les forces chimiques jouent un role important dans cette fixation de 1 oxy 
gene. En effet, si cette absorption etait une simple dissolution physique, la pres- 
sion exterieure restant la meme, la quantite d oxygene absorbe devrait croitre en 
raison directe de la proportion de ce gaz dans 1 air respire par 1 animal ; or les 
experiences de M. V. Regnault, d accord avec celles de Lavoisier, ont demontre 
que la consommation de 1 oxygene reste independante de sa proportion dans les 
atmospheres artificielles creees autour des animaux. En second lieu, la composi 
tion de 1 air restant la meme, la quantite ponderale de 1 oxygene dissous physi- 
quement dans un liquide varie proportionnellement a la pression exterieure. Dans 
1 hypotliese ou le phenomene s accomplirait uniquement en vertu des forces phy 
siques, la masse d oxygene absorbe par les habitants des villes situees sur les hauls 
plateaux du Nouveau-Monde se reduirait necessairement cT des proportions tres- 
minimes: les animaux qui habitent la metairie d Antisana, sous une pression 
barometrique de 45 centimetres, n absorberaient plus qu un poids inferieur aux 
deux tiers de celui qu ils consomment au niveau de la mer. Une pareille varia 
tion dans une fonction de cette importance entrainerait certainement, dans leur 
mode d existence, des modifications profondes qui n auraient pas echappe aux 
observateurs. Si 1 oxygenation du sang dans les cavites pulmonaires etait un fait 
purement physique, chez les oiseaux de haut vol qui passent si rapidement de la 
surface de la terre aux regions les plus elevees de I atmosphere, la consommation 
d oxygene eprouverait des variations trop subites et trop etendues pour ne pas 
compromettre serieusement la vie de ces animaux. Les fails reveles par 1 etude 
comparative de la solubilite de 1 oxygene dans 1 eau et dans le liquide sanguin 
s accordent avec les considerations precedentes pour montrer que les lois phi/si- 



C1IALEUR ANIMALE. 59 

queii ne jouent pas le role principal dans la penetration de I oxyp ne dans Ic 
sang, a travers les surfaces respiratoires. 

Tout porte a penser que 1 absorption de 1 oxygene dans le poumon est, pour la 
majeure partie du moins, le resultat d une action chimique, et que ce gaz se 
combine directement avec les materiaux du sang. Cette corabinaison fort instable 
ne sert, pour ainsi dire, qu a fixer une plus forte proportion d oxygeue que ne le 
ferait une simple dissolution physique, et n empeche pas cet agent d exercer 
plus tard une action plus profonde sur les materiaux du sang. Les travaux dc 
M. Dumas permettent d affirmer que le globule du sang est 1 element sur lequel 
s opere cette fixation de 1 oxygene de 1 air dans 1 appareil respiratoire. C est en 
s appropriant ce gaz que les globules s arterialisent, passent du violet au rouge, se 
conservent dans leur integrite. 

Ainsi fixe sur les globules, 1 oxygene traverse avec eux les cavites du cosur, 
chemine dans les grosses arteres et parvient aux capillaires generaux. La, lesanp; 
est soumis a une pression assez forte pour le faire passer, malgre sa viscosite, a 
travers des vaisseaux d une excessive tenuite; cette pression fa vorise puissamment 
les actions chimiques, alors s operent les transformations, dedoublements, com 
bustions completes et incompletes, necessaires a la nutrition et a 1 elimination 
des matieres impropres a 1 entretien des fonctions; les globules cedent leur oxy- 
gene, perdent leur couleur rutilante, et reprennent la teinte violacee qu ils ont 
dans le sang veineux. Des produits destines a etre expulses de I economie, il se 
fait deux parts : 1 une s echappe par les surfaces respiratoires et contient de 
1 azote libre, de 1 acide carbonique et de 1 eau ; 1 autre, dliminee par les reins et 
les autres voies d excretion, contient aussi de 1 azote, du carbone, de 1 oxygene et 
de 1 hydrogene, mais engages dans des combinaisons moins simples et associes 
de maniere a constituer les produits organiques, immediats, ternaires et quater- 
naires, fournis par les secretions a la masse excre mentitielle. 

Chez un animal completement developpe et a la ration d entretien, la somme 
des elements expulses par la masse excre mentitielle et par les surfaces respira 
toires doit necessairement representer la somme des elements des matieres ali- 
mentaires ingerees plus Voxyyene absorbe . Les analyses comparatives des ah 
mentset des excrements pris et rendus par 1 animal, nous permettent d etablir les 
principes suivants : 

1 La masse excrementitielle ne contient pas toutloxygene introduit dans 1 eco- 
noinie par les aliments ; elle ne renferme non plus qu wne partie du car bone, de 
Yhydrogene et de I azote introduits par cette voie ; 

2 En general, le rapport de 1 oxygene a 1 hydrogene est plus faible dans la 
masse excrementitielle que dans la masse alimentaire. 

En raison de 1 intime solidarite qui existe entre la composition des aliments 
d une part, et d autre part celle des excrements et des exhalations, nous devons 
necessairement conclure des deux propositions precedentes que : 

\ Les surfaces respiratoires eliminent sous forme de vapeur d eau et d acide 
carbonique la totalile de 1 oxygene qu elles out absorbe ; 

2 Les surfaces respiratoires eliminent en outre une partie du carbone, de 1 hy- 
drogene, de 1 azote et de 1 oxygene introduits dans I economie par les aliments ; 

3 Dans la somme des elements fournis aux exhalations respiratoires par les 
materiaux organiques du sang, le rapport de 1 oxygene a 1 hydrogene est genera- 
lenient plus considerable que dans la masse alimentaire ingeree. 

Cette derniere proposition n est que 1 expression des resultats obtenus par 



M GHALEUR ANIMALE. 

MM. Boussinganlt et Barral dans leurs experiences sur des animaux dontl alimen- 
tation, nclie on matieres amylacees, contenait tres-peu de matieres grasses. Dans 

ce cas, la predominance constants de roxvgene dans la sorame des elements 

f 

lournis aux voies respiratoires par les materiaux organiques du sang, tient sans 

doute 3 la transformation d une certaine quantite de sucre en corps gras. Les 
belles recberches de MM. Dumas et Milne Edwards sur 1 origine de la cire des 
abeilles out demontre la realite de cette transformation, qui ne pent se faire 
sans la raise en liberte d une proportion considerable de 1 oxygene de la matiere 
sucree. A 1 appui de cette interpretation, nous pouvons invoquer les resullats de 
I experience tentee par M. Boussingault sur une tourterelle soumise a la ration 
d entretien. Get oiseau etait nourri avec du maisqui, al etatsec, contient 8,557 
pour 100 de matiere grasse. II est infiniment probable et meme certain qu en 
raison de la richesse de son alimentation en principe gras, cette tourterelle bru- 
lait directement le sucre fourni par la digestion et ne le iransformait pas en 
graisse. Chez elle done, contrairement a ce qui a ete constate pour les autres 
animaux, le rapport de loxygene a I hydrogene a duse maintenir plus faible, 
dans les elements des materiaux du sang elimines paries voies respiratoires, quc 
dans les aliments; ce qui, en eflet, a ete experimentalement veritie par M. Bous 
singault. Par une consequence necessaire, les materiaux organiques expulses par 
les voies excrementitielles etaient, chez cette tourterelle, plus oiyge nes que k s 
aliments consommes. 

Si nous fixons exclusivement notre attention surlesquatre corps simples (azoic, 
oxygene, hydrogene, carbone) fournis par les materiaux organiques du sang et 
qui, libres ou combines deux a deux, sechappent par les voies respiratoires, 
toutes les experiences s accordent pour demontrer que : 

1 L azote s echappe en totalite sous forme de corps simple, de gaz libre. 0,i 
n a jamais signale aucun compose azote dans les produits gazeux de rexhalatioii 
pulmonaire ou cutanee ; 

2 I hydrogene et le carbone se combinant avec \ oxygene fourni par les 
male riaux du sang, et la totalite de I oxygene absorbs, sont transformes en e;m 
et en acide carbonique et elimines sous ces deux formes ultimes Mais pour quelle 
part 1 oxygene emprunte a I air absorbs, entre-t-il dans la production de celte 
eau et de cet acide carbonique? 

Le rapport de 1 oxygene a I hydrogene est, en general, plus considerable dans 
la somme des elements fournis aux voies respiratoires par les materiaux du sang 
que dans la masse alimentaire. Mais, quel que soil le regime adopte, cette masse 
alimentaire contient toujours moins d oxygene qu il n en faut pour bruler tout son 
hydrogene; il en resulte que dans V immense majoritedes cas, 1 oxygene fourni 
par le sang a la respiration n est pas en quantiie suffisante pour transformer en eau 
tout I hydrogene elimine par cette voie. En general, done une portion plus ou moins 
considerable, de Voxygene absorbs se combine avec de I hydrogene. Neanmoins, 
chez les animaux qui se nourrissent de substances vegetales tres-riches enoxvgene, 
on comprend a priori que la proportion de cet element fourni par le sang a la 
respiration puisse etre assez et meme trap considerable pour bruler la totalite de 
1 hydrogene elimine par cette voie. Ce dernier cas se trouve realise dans les trois 
experiences tentees par M. Barral sur les moutons. Chez ces animaux, en elTet, le 
sang a fourni moyennement, en vingl-quatre heures, aux voies respiratoires 
17 grammes d oxygene de plus qu il n eii fullait pour bruler tout riiydrogene 
par cette vote. Eviderament cet exces d oxygene a du se coniLiuer avec le 



CHALEUR ANIMALE. 01 

carbone du sang et s echapper au cleliors sous forme d acidc carboniiiuc. I/aciih; 
carbonique produit dans 1 economie et elimine par les voies respiratoires pent 
done provenir de deux sources, dont une est independante de 1 oxygene absorbe. 

La premiere, la plus importante par sa Constance et son abondance, est la com- 
binaison dune portion on de la totalite de 1 oxygene absorbe avec le carbone 
des matieres organiques transformers on completement detruites dans 1 economie. 

Laseconde, tres-eventuelle, maisdontla possibilite est demontree, est la com- 
binaison du carbone avec un exces d oxygene introduit dans le sang par les malic- 
res alimenlaires et fourni a la respiration. 

Ces considerations rendent compte d un fait tres-remarquable, et sans cela 
inexplicable, signale par M. V. Regnault. Dans Irois de ses experiences, les ani- 
maux exhalerent une quantite tellement considerable d acide carbonique que ce 
gaz contenait, a lui seul, un poids d oxygene superieur a celui de 1 oxygene 
absorbe. Les faits de ce genre sont rares sans doute, mais ils montrent toute la 
superiorite de la methode indirecte sur la methode directe, dans la recherche dc 
la solution de quelques-uns des nombreux problemes souleves par la question des 
phenomemes physico-chimiques de la respiration. 

Nous poiwons maintenant resumer en peu de mots cette analyse des pbenome- 
nesde la respiration, et caracteriser les principals phases du role que 1 oxygene 
absorbe joue dans 1 economie. 

Aux diverses surfaces respiratoires, poumon, peau, brancbies, etc., le sang 
veineux sature d acide carbonique laisse, par un simple jeu des forces physiques, 
echapper ce gaz mele a une tres-faible proportion d azote libre. En meme temps, 
sous 1 empire de forces physiques et chimiques, une portion determinee de 1 oxy 
gene ambiant penetredans lesang, se fixe sur les globules et les artenalise, Laionc- 
tioude ces surfaces est done, d une part, 1 elimination d une laible quantite d azote 
et surtout de 1 acide carbonique, produit impropre al entretien de la vie ; d antre 
part, 1 introduction dans 1 economie d une certaine proportion d oxygene, agent 
de toutes les transformations que doivent subir les materiaux extraits des aliments 
iugeres et verses incessamment dans le torrenl circulatoire par le travail de la 
digestion. 

Transporte avec les globules dans les capillaires generaux, 1 oxygene absorbe agit, 
par des combustions lentes et successives, sur les matieres ternaires et quaternaires 
fournies par le travail de la digestion, et sur les materiaux organiques incessam 
ment separes des tissus par le travail de denutrition. De ces reactions, accompagnees 
dans certaines circonstances de veritables dedoublements, resultent la generation, 
aux depens de 1 albumine, des elements constitulifs des divers organes, la forma 
tion d une certaine quantite de graisse, et la production des substances qui sont 
les derniers termes des transformations des elements organiques et organises de 
1 economie avant d etre definitivement expulsesau dehors. De ces matieres elimi- 
nees par les divers emonctoires du corps des animaux, les unes sont incomplete- 
mentbrulees, quelques-unes meme restent quaternaires, azolees, comme 1 urec, 
1 acide urique, et s echappent par le rein, par le foie, etc. ; les autres sont comple 
tement mineralisees (I azote, 1 acide carbonique et 1 eau) et eliminees par les 
voies respiratoires. Ges produits des combustions completes et incompletes des 
materiaux organiques du sang sont destines a eliminer de I azote, du carbone et 
de 1 hydrogene. Toutes ces combustions effecluees dans la trame des capillaires 
generaux s accompagnent necessairement d un deyayement de chaleur. 



62 CI1ALEUR ANIMALE. 

Role de I evaporation. Par toutes les surfaces en contact avec 1 air, 1 animal 
peril de 1 eau dont une partie au moins passe a 1 etat de vapeur. Or, dans quel- 
que eirconstance qu elle s effectue, la vaporisation d un liquide s accompagne 
necessairement de la consommation d une quantite determinee de chaleur qui de 
sensible devient latente ; les recherches de M. V. Regnanlt montrent qua la tem 
perature moycnne de Paris, la quantite de chaleur qu il faut fournir a 1 eau pour 
la transformer en vapeur, sans que son etat thermique change, s eleve a 599 calo 
ries par kilogramme d eau vaporisee. Cette chaleur, 1 eau 1 emprunte evidemment 
aux surfaces qu elle baigne, 1 evaporation est done pour 1 animal une cause inces- 
sante de deperdition de chaleur, de refroidissement. 

Dans le poumon, le sang laisse s echapper de 1 azote et de 1 acide carbonique 
sous forme gazeuse, et emprunte a 1 air un volume a peu pres equivalent d oxv- 
gene; cet echange de gaz ne peut agir en aucune facon sur la temperature du 
sang. I! est vrai que I oxygene absorbe se combine sur place avec les globules d u 
sang ; mais cette combinaison est tellement faible, tellement instable, que la cha 
leur ainsi produite ne doit pas depasser des proportions sensiblement negli^eables 
Dans les capillaires pulmonaires, au contraire, le sang est expose a deuxpuissan- 
tes causes de refrigeration. Dune part, Fair au moment ou il penetre dans les 
bronches, a toujours une temperature plus basse que les gaz expires ; la circulation 
gazeuse des voies respiratoires est done deja, pour le sang qui les traverse une 
source de deperdition de chaleur. D autrepart, la surface de la muqueuse pulmo- 
naire est le siege d une evaporation considerable ; et toute evaporation s accompagne 
d une consommation de chaleur. Les phenomenes respiratoires accomplis locali 
ses dans .le poumon, sont done, pour le sang des animaux, une source incessante 
de refrigeration dont il est facile d apprecier 1 intensite. 

En effet, chez un homme normalement constitue, le volume d une expiration 
est represente par un demi-litre de gaz a la temperature de 38 degres A raisou 
de 16 inspiration par minute, 1 homme expire done, par heure, 480 litres de az 
a la temperature de 38 degres. L air est inspire, dans nos climats, a la tempera 
ture moyenne de 10,8 ; il emprunte done a I economie et emporte au dehors la 
quantite de chaleur suffisante pour elever sa temperature de 27" 2 En tenant 
compte du coefficient de dilatation et de la chaleur specifique de 1 air, il est facile 
de calculer que les gaz expulses par 1 expiration enlevent ainsi, au sang des capil- 
laires pulmonaires, 3,52 unites de chaleur * par heure. 

Mais 1 air mtroduit dans la cavite pulmonaire dans 1 espace d une heure etait a 

,8 et a moitie sature de vapeur d eau; il ne contenait done, au moment de 

son introduction, q ue 2- ,562 de vapeur d eau. II est expire a la temperature do 

38 degres et complement sature ; il emporte done avec lui 21=- 985 de vapeur 

can en resulte que, chez cet homme, 1 evaporation pulmonaire produit, eu 

une heure, 19^,623 de vapeur d eau a la temperature de 38 degres L* vapeur 

I eau ainsi formee emporte au dehors une quantite totale de chaleur egale a 

unites de chaleur, necessairement empruntee au sang des capillaires pul 

monaires et definitivement perdue pour reconomie. 

I l" r S r e ; ! a / CT ^ ^ Ch " leUr CCasionnde ^ ^ Par le rechauffem.it 
1 air mtroduit dans la cavite thoracique et par 1 evaporation pulmonaire s eleve, 



* Nous devons rappeler ici que nous prenons toujours, poul- unite de 

et suffisante 



CHALEUR ANIMALE. 05 

dans les conditions de temperature moyenne de nos climats, a 15,65 unites dc 

chaleur par heiire. 

Celte action reirigerante, dont 1 energie diminue evidemment a mesure que la 
temperature ambiante s eleve, est saus doute tres-limitee et ne peut preter a 
1 animal qu un tres-faible secours pour temperer les effets d une atmosphere trop 
chaude ; mais elle est suffisante pour rendre compte des resultats des experiences 
de MM. Malgaigue et G. Bernard. Ges observateurs out, en effet, etabli (p. 15) 
que le sang se refroidit pendant son trajet a travers les capillaires pulmonaires, 
que sa temperature est sensiblement plus e levee dans le cceur droit que dans le 
cceur gauche. 

Le refroidissement produit par l e vaporation est bien plus intense a la surface 
cutaneeparlaquelle Tanimal elimine, sous forme de sueur, une quantite conside 
rable d eau. La peau est en contact direct avec 1 atmosphere ; la masse d air qui 
ait surelle ne luiest pas mesuree comme au poumon. L evaporation qui s effectuc 
a sa surface n a en realite d autre limite que la quantite de 1 eau qui la traverse , 
cette evaporation, d ailleurs, est d autant plus rapide et determine un refroidisse 
ment d autant plus considerable que 1 air ambiant est plus sec, plus agite et plus 
chaud, que la pression exterieure est plus faible. 

D experiences deja anciennes et qui auraient besoin d etre reprises, Lavoisier et 
Sequin ont conclu que, dans les conditions de temperature moyenne de nos cli 
mats, 1 hommeperd, en vinyt-quatreheures, par cette voie, un kilogramme de va- 
peur d eau. Cette vapeur se forme a la temperature de 37 degres de la surface de la 
peau, elle emprunte done a 1 economic, et emporte avec elle 26 unites de chaleur 
par heure. La perte de chaleur eprouvee par cette voie augmente rapidement a 
mesure que la temperature s eleve ; 1 experience demontre que cette action refrige- 
rante suffit pour fournir aux animaux les moyens de maintenir leur etat thermique 
au-dessous de la temperature des saisons et des climats les plus chauds. 

Longtemps les physiologistes ont professe que la vie etait possible seulemenl 
dans des conditions de temperature exterieure ne depassant pas 55 ou 40 degres, 
c est-a-dire dans un milieu dont 1 etat thermique se maintenait au-dessous ou tout 
an plus au niveau de la temperature normals, des animaux superieurs. Obser- 
vatio docet, disait Boerhaave, nullum animal quod pulmones habet posse in acre 
vivere cujuseadem esttemperies cum suo sanguine. Ajoutons, d ailleurs, que les 
resultats d experiences sur les chiens entreprises a la demande de ce grand homme 
et mal executees par Prevoost et Fahrenheit, n avaient pas peu contribue a lui 
faire adopter cette erreur. Quoi qu il en soil, cette opinion, delendue par Boerhaave 
et Sanctorius, etait tellement accredited du temps de Haller que ce grand physio- 
logiste crut devoir consacrer sept pages de son ouvrage a la refuter. Apres avoir 
mis a contribution tous les tresors de son immense erudition pour combattre cette 
erreur, il conclut en cestermes: Ex his ergo omnibus comparatis couficitur, 
sanguinem quidem ex recepta opinione pluramque atmosphera calidiorem esse, in 
qua vivitur : sed etiam in eo aere vivi posse, qui supra summum sanguinis calorem 
sedecim gradibus calescat et ultra. Ainsi que le dit Haller, la condition d exis- 
tence normale pour les animaux est d avoir une temperature superieure a celle du 
milieu ambiant. Mais, pour demeurer convaincu que dans certains climats et dans 
certaines saisons, dans quelques circonstances exceptionnelles, le corps de 1 ani 
mal est et se maintient a un degre de 1 echelle thermometrique infe rieur a 
celui qu atteignent le sol sur lequel il repose et I atmosphere qui 1 environne, il 
suffit de se rappeler que, dans nos campagnes, pendant les plus fortes chaleurs des 



64 CHALEUR AN1MALE. 

niois de juillet et d aout, cntre dix heures du matin et quatre heures de 1 apres- 
midi, desouvriers, libremcnt exposes a 1 action des rayons solaires, coupent le ble 
et battent 1 epi sur 1 aire. 

Malgre 1 eloquente protestation de Haller, malgre les observations recueillies par 
Linning a Gharlestown, en 1748, par Adanson, de 1749 a 1753, pendant son 
voyage au Senegal, par Henri Ellis en Georgie, en 1758, et qui toutes prouvaient 
que | t i temperature exterieure peut s elever de plusieurs degres au-dessus de celle 
de 1 homme sans qu il en resulte d accidents facheux ; malgre les experiences dans 
lesquelles Duntze avait soumis des chiens a 1 action d etuves chauffees a 42, 24, 
opinion de Boerhaave continuait a prevaloir, lorsque Tillet communiqua a 1 Aca- 
demie des sciences de Paris les resultats de ses recherclies sur les degres extraor- 
dinaires de chaleur auxquels les hommes et les animaux peuvent re sister. 

En 1760, dans un voyage fait en Angoumois avec Duhamel, il avait observe 
que trois jeunes lilies, attaehees au service du four banal de Larocbefoucault, pou- 
vaient rester cinq et meme dix minutes dans 1 interieur de ce four, quoiqu il fut 
encore assez chaud pour cuire de la viande et des pommes. II resulte des mesures 
thermometriques rapportees dans cc Memoire, que, la louche du four e tant ou- 
verte, ces filles supportaient sans accidents, pendant dix minutes, une tempera 
ture de 152 degres centesimaux et, pendant cinq minutes, une temperature supe- 
rieure de quelques degres a la precedente. Tillet donna dans son Memoire la 
description d experiences faiths par lui sur ce sujet, en 1763, et portant sur des 
chiens, des chats, des oiseaux, des lapins places dans un four chauffe sans que 
leur vie fut compromise. Un lapin avait pu sejourner dix-sept minutes, et meme 
une demi-heure, dans une enceinte chauffee a 72 degres; un bruant et un poulet 
avaient pu supporter, de quatre a dix minutes, 1 action d une temperature de 
79 degres. 

A ces faits interessants observes par Tillet, vinrent bientot s ajouter les expe 
riences tentees sur le meme sujet, en 1775, par Fordyce, Blagden, Banks, Sorlan- 
der et Dobson. L idee de ces experiences parait avoir ete suggeree a Blagden, par 
1 opinion qu il avait entendu professer a Gullen sur une pre tendue faculte de 
produire du froid dontseraient doues certains animaux. 

Dans des chambres chauffees a la fois par des tuyaux de poele et par de 1 cau 
bouillante, Fordyce supportasuccessivement, pendant dix minutes, une temperature 
de 43,35 ; pendant vingt minutes, une temperature de 48,88 ; enfm, pendant 
quinze minules, une temperature qui s eleva graduellement de 48,33 a 54",44. 
Dans tous ces cas, un thermometre place sous la langue ne marqua que 57, 78. 

Dans une seconde serie d experiences, faites cette fois dans de lair sec, Banks, 
Blagden, Fordyce et Sorlander supporterent une temperature de 92, 22. Banks, 
seul, soutin t sept minutes Faction d une temperature de 99, 44 ; le thermometre 
ne s eleva qu a 36, 67 dans la bouche de Banks. 

Dans une etuve seche, Blagden put supporter, huit minutes, une temperature 
de 127,77, et puis, pendant douze minutes, une temperature de 110 degres. 

Enfm Dobson, experimentant dans 1 etuve de 1 hopital de Liverpool, entra avec 
d autres personnes dans une enceinte chauffee a 106,66. Le chirurgien Park sup- 
porta dix minutes une temperature de 94< ,44 ; un porteur de 1 hopital resta vingt 
minutes dans 1 etuve a 98,88 ; un jeune homme sejourna dix minutes dans cette 
meme etuve a 106,44. La temperature, mesuree sous la langue chez ces trois per 
sonnes, se maintint : chez la premiere a 37,50, chez la seconde a 38 61 chez 
la troisieme a 58,89. 



CHALEUR ANIMALE. 65 

La iaculle dont jouissent les animaux de supporter Faction d une temperature 
tres- super ieure a celle de leur sang est done incontestable ; la seule question qui 
puisse nous preoccuper est celle dela cause reelle dela resistance energique et pro- 
longee qu ils opposent aux causes exterieures d echauffement. Lefait et la cause de 
cette resistance etaient connus de Franklin, etont ete nettementindiquesparlui, des 
1758, danssa seconde lettre au docteur Linning surle rafraichissement par 1 evapo 
ration. II explique, par les effets del evaporation : lPourquoi, etant dans une cluim- 
bre, enjuin 1750, le corps couvertde sueur, vetu seulement d une chemise et d un 
calecondetoile, sa temperature resta constamment infe rieure a cellede 1 air qui, a 
1 ombre, etait de 57, 78 ; 2 pourquoi les moissonneurs dela Pensylvanie, travail- 
lant exposes a 1 action directe des rayons d un soleil vif et ardent, ne sont pas 
incommodes par cette chuleur tant qu ils continuent a suer, tandis qu ils suc- 
combent rapidement si la sueur s arrete, et pourquoi ils boivent abondamment 
une liqueur forniee d un melange d eau et de rhum dans le but d entretenir leur 
sueur ; 5 1 usage, tres-anciennement repandu parmi les marins, d elever au- 
dessus de leur tete un doigt mouille de salive pour savoir de quel cote il serefroidit 
le plus, et en conclure la direction du vent ; 4 la resistance opposee par les jeunes 
pousses d arbres a 1 action echauffante du soleil ; 5 1 emploi de 1 eventail comme 
moyen de se rafmicliir ; 6 enfin, 1 emploi de compresses imbibees d esprit-de-vin 
de preference aux linges trempes d eau qui s evapore mains facilement, pour 
rafraichir les parties frappees d une inflammation douloureuse. On voit que du 
premier coup, Franklin avait parfailement analyse toutes les circonstanccs du phe- 
nomene ; qu il avait accumule les preuves pour mettre en evidence les liens etroits 
qui rattachent, au fait tout physique de 1 evaporation, la resistance si remarquable 
opposee par les etres vivants aux causes exterieures d echauffement. 

Bien que les ceuvres de Franklin fussent deja parvenues a leur quatrieme edi 
tion a 1 epoque ou ils commencerent leurs experiences, les physiologistes anglais 
n adopterent pas son explication si simple, si completement satisfuisante, si evi- 
demment juste. Cependant Blagden avait remarque sur lui-memeque, dans 1 etuve 
d air sec a 110 degres, il avait eprouve un ma/aise tres-marquequis etait promp- 
tement dissipe a la suite d une sueur abondante; il avait vu aussi, dans une etuve 
a 115,35, un morceau de viande fraiche se dessecher rapidement. Enfin, dans 
cette meme etuve, a 113, 55, il avait place deux vases pleins d eau; dans 1 un 
1 eau etait directement en contact avec 1 air par sa surface, dans 1 autre 1 eau etait 
recouverte d une couche d huile. Or, tandis que 1 eau du premier vase ne depassa 
pas 60 degres, celle du second, presence contre les effets del evaporation, entra 
en ebullition. II reconnait bien que ces faits demontrent I action refriye rante de 
1 evaporation, mais il s empresse d ajouter : Gette influence doit coritribuer, sans 
doute, a conserver de la fruicheur au corps vivant dans les hautes temperatures, 
mais ce doit etre, pour ainsi dire, en gros, et cette compensation n est point a la 
mesuredes besoins de 1 animal pour maintenjr, dans des circonstances tres-variees 
une temperature fixe et uniforme. II y a done une autre provision preparee par 
la nature, en rapport plus immediat avec la force vitale, et qui est probablement 
son moyen principal pour la conservation de 1 equilibre admirable de temperaluie 
qu on observe dans 1 individu vivant ; ce moyen deploie sans doute plus d energie 
a mesure que 1 evaporation estmoindre, et vice versa. Cette explication de Blag- 
den n est que la reproduction de la pensee developpee par Cullen dans ses legons 
a 1 Universite d Edimbourg. Nous avons deja signale precedemment (page 25) une 

U1CT. EKC. XV. 



66 CHALEUR ANIMALE. 

opinion de ce genre soutenue par Hunter, qui, lui aussi, considerait 1 evaporation 
comme insuffisante. 

Malgre 1 autorite des savants anglais, leur maniere d interpreter les phenomenes 
par eux observes ne fut pas bien accueillie. 

En 1776, Changeux analysa, avec beaucoup de lucidite, leurs observations, pro- 
testa contre les deductions qu ils en avaient tirees, fit voir que hpuissance resis 
tible ou destructive de la chaleur, dont ils avaient douejes animaux n avait rieu 
de reel, et conclut en ces termes : L interieur du corps est rafraichi par la res 
piration, et 1 exterieur par Y evaporation de 1 humeur fournie par la transpira 
tion, jusqu a ce que, les humeurs desse che es et les forces abattues, le corps suc- 
combe. 

Dans nne serie d experiences tres-curieuses sur le pouvoir quont les animaux, 
dans certains cas, de produire du froid, Crawford dit avoir remarque que chez 
les cliiens exposes a une haute temperature, le sang veineux conserve la couleur 
dusang arte riel, landis que cbez les memes animaux places dans un milieu froid, 
le sang veineux prend une couleur plus brune qua I e tat normal. Admettant, 
d ailleurs, 1 opinion de Prietsley qui rapportait le changement de couleur du sang 
dans les cnpillaires a la combinaison de ce liquideavec le phlogistique, i\ en con 
clut que I" attract ion du sang pour le phlogistique est en raison inverse de la tem 
perature exte rieure. II reconnait, d ailleurs, I importance du refroidissement 
cause par 1 evaporation ; il admet, en definitive, que les variations survenues dans 
la quantite d eau evaporee et dans 1 attraction du sang pour le phlogistique sont les 
deux moyens a 1 aide desquels les animaux superieurs maintiennent leur tempe 
rature invariable dans tontes les saisons et dans tons les climats. A la place de ces 
mots : attraction du sang par le phlogistique, mettons ceux-ci : action de I oxy- 
genesur les mate riaux combustibles dusang, el la doctrine de Crawford estpar- 
failement exacte. La subslilulion parait tres-simple; elle avail deja ete faite par 
Lavoisier, a 1 epoque ou Crawford ecrivit son Memoire ; mais, il ne faut pas s y 
Iromper; cette substitution est une oeuvre de genie; c est la verite mise en place 
de rhypotbese et de 1 erreur. Sous ce remplacement de mots se cacbe unprogres 
immense dans les doctrines scienlifiques. Le jour ou Lavoisier opera cette revolu 
tion est la date glorieuse du commencement de la chimie moderne. Dans la seconde 
edition de son Traite de la chaleur animale, Crawford se contenta de remplacer 
\& phlogistique par Yhydrogene carbone. Pour lui, deux causes concourent apro- 
teger 1 animal contre Faction d un milieu a temperature trop elevee : 1 L evapo- 
ration est augmentee, ce qui refroidit le corps a la surface ; 2 le sang, en traver- 
santles capillaires generaux, absorbe moins d hydrogene carbone, passe moins 
completement a 1 etat veineux, cede, par consequent, moins de chaleur aux organes 
qu il traverse ; et I animal se trouve ainsi refroidi dans ses parties centrales. Cette 
seconde partie de 1 explication de Crawford est une reproduction malheureuse de 
son hypothese inadmissible sur 1 originede la chaleur animate. 

Dans sa these inaugurale de 1797, G, de la Rive parle aussi de la resistance 
qu opposent les animaux a 1 action des milieux a haute temperature. En homme 
profondement verse dans la connaissance des sciences physiques, il combat les ex 
plications des experimentateurs anglais, et n hesite pas ;\ rapporter ce pbenomene 
an refroidissement cause par 1 evaporation. 

En 1806, Delaroche et Berger publierent leurs experiences sur les effets quune 
forte chaleur produit sur I economic, etc., etc. Les fails publics par ces deux ha- 
biles observateurs, rapproches de ceux de Blagden et de Fordyce el des expe- 



CHALEUR ANIMALE. 67 

riences posterieures de W. Edwards, nous serviront a montrer que I evaporation 
estla vraie cause de la resistance opposee par les animaux superieurs aux tempe 
ratures elevees. 

Dans I airsec, Berger a pu supporter, pendant sept minutes, une temperature 
de 109,48 ; nous avons deja vu que Blagden etait reste huit minutes dans une 
etuve seche a 127, 77, et que la h lle, observee par Tillct dans 1 Angoumois, res- 
tait dix minutes dans un four a 52 degres. 

Dans I airsature, la resistance est moins forte. Delaroche ne put supporter que 
dix minutes etdemie unbain devapeur dont la temperature s eleva graduellement 
dc57",50a 51, 25 ; Berger ne put rester que douze minutes dans une etuve sa- 
turee dont la temperature varia de 41, 25 a 55, 75. Nous avons vu que, dans .les 
experiences de Fordyce, la temperature de 1 air fortement charge de vapeur d eau 
n avait pas ete portee au-dessus de 54,44. Acerbi, il est vrai, rapporte, dans son 
voyage au Cap-Nord, que les paysans finlandais peuvent supporter, pendant une 
demi-heure, un bain de vapeur de 70 ou 75 degres; mais, dans cettc derniere 
observation, il faut evidemment tenir compte de 1 habitude des longtemps con- 
tractee de s exposer a 1 action de conditions aussi excessives. 

Dans lean liquide, la resistance est encore moindre. Lemonier a observe sur 
lui-meme 1 effetdes bains chauds de Bareges ; il supportait sans inconvenients les 
bains a 57, 78, et les continuait une demi-heure sans eprouver de malaise. Avant 
voulu essayer 1 eau d une source a 44, 44, au bout de six minutes 1 eau ruisselait 
detous les points de son visage, tout son corps etait rouge et b onfle ; au boutde 
sept minutes, il eprouvait une grande agitation, son pouls etait Ires-frequent, et 
toutes les arteres battaientavec force ; au bout dehuit minutes, de violents etour- 
dissements le forcaient a sortir du bain. 

Ainsi, tres-considerable dans 1 air sec, tres-faible dans 1 air charge de beaucoup 
de vapeur d eau, la resistance de 1 homme aux temperatures elevees est sensible- 
ment nulle dans 1 eau liquide. Pour interpreter ces resultals, il faut tenir compte 
de deux circonstances. 

En premier lieu, a egalite de temperature, laquantite de chaleur cedee et, par 
suite, 1 impression produite par un corps chaud au contact direct, varie suivant 
la nature du corps lui-meme et depend de la mobilite de ses molecules, de sa con- 
ductibilite et de sa chaleur specifique. D une part, les gaz sees sont plus mau- 
vais conducteurs que les liquides; d autre part, a poids eganx, la chaleur speci 
fique de 1 eau etant 1, cellede la vapeur d eau est 0,475 et celle de 1 air n est que 
0,2375 ; il n est done pas etonnant que le pouvoir recbauffant d un bain d eau 
soil beaucoup plus considerable quecelui d un bain de vapeur, et ce dernier plus 
grand que celui d un bain d air sec. Les memes circonstances font comprendre 
pourquoi le froid humide fait perdre au corps de 1 homme une plus grande 
quantite de chaleur, produit une impression plus vive, est plus difficilement 
supporte que le froid sec. 

En second lieu, par des mesures tres-exactes, Delaroche et Berger out constate 
que la perle occasionnee par la transpiration dans une etuve seche augmente pro- 
portionnellement a la temperature de 1 air. Cette perte est c ertainement plus 
considerable encore dans unbain devapeur et dans un bain liquide a temperature 
elevee que dans 1 air sec. Lemonier, en effet, perdit 76s%20, en une minute, par 
la transpiration, dans un bain liquide a 44,44, tandis que Berger ne perdit que 
olMl, en une minute, dans une etuve seche a 109,48. Mais, dans le bain 
liquide et dans le bain de vapeur, 1 eau fournie par la transpiration s echappe en 



C8 CHALEUR ANIMALE. 

nature et conserve forcemeat sou etat liqmde ; dans 1 etuve seche, au contraire, la 
presque totalite de cette eau passe a 1 etat de vapeur et.produit ua rel 
considerable a la surface de la peau. 

Concluons done que, toutes choses egales d ailleurs, la resistance , 
a rechauflement, dans les divers milieux a temperature elevee qui 1 
accidentellement et passagerement, est en raison inverse de laquantite 
que le milieu peut lui ceder dans un temps donne et en raison directe de la quan- 
titede vapeur qui, dans le meme temps, peut se former a la surluc, 
de la inuqueuse respiratoire. 

Dans toutes ces experiences faites sur 1 homme, la circulation a ete tres- 
acceleree. Fordyce, dans un bain d air humide a 54,44, constata que son pou s 
battait 159 pulsations par minute. Dans les trois experiences de Dobson le pouls 
monta; dans la premiere, de 65 a 120 pulsations ; dans la seconde, de u , a 164; 
dans la troisieme, de 80 a 224, par minute. Dans une etuve seche s 
pouls de Blagden s eleva a 144 pulsations par minute. Delaroche etBerger out tail 
sur eux-memes des observations du meme genre. L acceleration des movements 
respiratoires et le sentiment d oppression ont ete observes dune mamere moms 
constante ; en general, c est seulement vers la fin de 1 experience que les sujets ont 
eprouve de la gene et de 1 angoisse, dans les etuves seches les plus fortemcnt 

cliauffees. 

Dans les recherches des physiologistes anglais, le tbermometre place sur lalan- 
gue ne s est pas eleve au-dessus de 38,89 ; la temperature normale de 1 homme 
n a done eprouve que de bien le-eres modifications. Les variations ont ete plus 
considerables dans les experiences de Delaroche et Berger : un thermometre place 
dans labouche- monta de 5 deg.es, pendant uu sejour de huit minutes que tit Dela 
roche dans une etuve seche a 80 degres ; en seize minutes, un thermometre place 
dans la bouche de Berger monta de 4,25, dans une etuve seche a 87,50. L exac- 
titude de ces mesures est conlestable a cause des courants d air chaud qui ont pu 
s etablir a travers la bouche des experimentateurs. II n en est pas de meme des 
suivantes ; en dix-sept minutes, dans un bain de vapeur dontla temperature vana 
de 37,50 a 48,75, un thermometre place dans la bouche de Delaroche monta 
de 3, 12. Berger tenta une experience semblable sur lui-meme; en quinze mi 
nutes la colonne mercurielle s eleva de 1,87 dans un bain de vapeur dont la tem 
perature etait de 40 degres au debut et de 41,25 a la fin. Dans ces deux dernieres 
observations, la tete fut mainlenue constamment hors de 1 enceinte echauffee ; la 
marche du thermometre accusait done evidemment une elevation de la tempera 
ture generate. 

Quelle que soit done 1 energiede la resistance de 1 homme a 1 echauffement dans 
les milieux a temperature elevee, son economic est prpfondement troublee par 
cette lutte, ses fonctions sont alterees ; il y aurait danger reel a le maintemr trop 
longtemps dans des conditions semblables a celles qui out etc realisees dans ces 
experiences. Tout demontre que son organisation lui fournit bien plus de res- 
sources pour se defendre, longtemps et avec succes, contre des temperatures exte- 
rieures tres-hasses que pour supporter I influenced une atmosphere dont la temiie- 
rature depasse d un grand nombre de degres celle de son propre corps. 

Ge que nous avons dit de 1 homme s applique exactement a tous les animaux 
supeneurs. Nous avons vu plus haut que Tillet avait fait des experiences sur des 
rnammiferes et des oiseaux. Blagden tit entrer une chieune dans une etuve seche 
dont la temperature varia entre 110 et 115,53; au bout de dix minutes, elle 



CHALEUR ANIMALE. 69 

conimenr-a a haleter et a lirer la langue ; ellc rendit beaucoup de salive qui ne 
presentait nullement Yodeur fe tide sur laquelle Boerhaave a tant insiste; 1 expe- 
rience fut continues trente minutes. La chienne sorlit fie 1 etuve tres-gaie, ne pre- 
sentaaucun symptome tie malaise; sa temperature e tait inferienre a 45 deijrcx. 
Delaroche et Berger out aussi experiments sur des manimiferes et des oiseaux. Us 
ont constate que, dans une etuve seche, 1 energie et la duree de leur resistance 
sent en raison directe du volume de leur corps. A cause de la faible conductibilite 
des tissus vivants pour la cbaleur, 1 influencede 1 air chaud se communique moins 
vite aux centres organiques chez les grands animaux que chez les petits ; les pre 
miers, d ailleurs, en raison meme deleur volume plus considerable, doiventplus 
longtemps suffire au besoin d une transpiration exageree ; il est done tout simple 
que leur resistance seprolouge plus longtemps. 

Dans les experiences contmuees jusqu ala mort des animaux, la temperature de 
1 etude a variede 50 degres a 95, 75. Tous ces nnimaux, malgre les differences 
d espece et de famille, ont presente ce trait commun qu au moment de la mort, leur 
corps etait seulementde 6, 25 a 7,18 au-dessus de sa temperature initiale. II est 
done demontre que, dans 1 etat physiologique, la temperature propred un marami- 
fereet d un oiseaunepeut pas depasser son etat normal de6a7 degrees centigrades, 
sans que sa vie soit serieusement mise en danger. Du reste, Delaroche et Berger 
ont prouve que, pour t aire perirun animal, il n est pas necessaire de porter tres- 
haut la temperature ambiante ; il resulte de leurs experiences que 1 influence pro- 
longe e de lair sec a 50 degres suffit pour atteindre ce but. Ge dernier fait est 
parfaitement d accord avec les phenomenes pbysiologiques observes dans les etuves 
seches.L am maJ etantprived eau,h transpiration exageree 1 epnise pen a peu ; 
bienque la temperature ne soit pas tres-elevee autour de lui, il succombe parce que, 
fautede liquide la sueur et 1 evaporation nesont plus assez abondantes pour lutter 
centre les influences exterieures. Franklin avait deja observe que, dans des cir- 
constances analogues, les moissonneurs de la Pensylvanie ne resistent a 1 action 
directe des rayons solaires qu en buvant des quantites onormes d eau additionnee 
d un peu de rhum. 

L influence des temperatures elevees a ete aussi etudiee sur les animaux infe- 
rieurs. Les faits abondent pour demontrer que des grenouilles exposees en ete a 
Faction de la cbaleur solaire se mainliennent au-dessus de la temperature am 
biante. Delaroche et Berger ont fait mourir des grenouilles dans des etuves se- 
ches ; ils ont remarque qu elles resistent mieux et plus longtemps que des mam- 
miferes et des oiseaux de meme volume, circonstance qui s explique tres-bien par 
1 abondance relative de 1 eau dont sont imbibes les tissus de ces divers animaux. 
Mais nous devons signaler ce fait important, qu au moment de leur mort, la 
temperature des grenouilles placees dans des etuves seches n a pas depasse 41 de 
gres. Les limites extremes que la temperature de I animal ne peut pas depasser 
sans danger, sont done sensiblement les memes pour les grenouilles que pour les 
mammiferes et les oiseaux. 

Delaroche et Berger, pour ne laisser aucun doute sur le role joue par 1 evapo 
ration dans ces circonslances diverses, ont fait deux experiences de la plus haute 
importance : 

1 Dans une etuve seche dont la temperature varia de 52, 50 a 61, 25, ilspla- 
cerent des e ponges mouille es, un alcarraza plein d eau et une grenouille vi- 
minte. Au debut de 1 experience, la temperature dela grenouille etait de 21,25, 
celle de \alcarraza et des eponges avait ete artificiellement elevee a 38 et 41 de- 



70 CHALEUR ANIMALE. 

res ; au bout d un quart d heure, le vase, les eponges et la grenouiile se trouve- 
rent en e quilibre et resterent a 37, 18 pendant les deux beures que dura 1 obser 
vation. Le vase et les eponges perdirent a peu pres 5 degres, la grenouiile, au 
contraire, en gagna 16, pour atteindre, les uns-etles autres, la temperature com 
patible avec celle de 1 etuve et la vitesse de 1 evaporation, et se maintenir invaria- 
blement a 15 ou 20 degres au-dessous del etat ihermique de 1 air ambiant. 

2 Dans une seconde experience, ils placerent dans une etuve seche un lupin 
vivant et un alcarraza plein d eau , tons les deux a la meme temperature, 1 en- 
ceinte varia de 60, 5 a 87, 5; 1 observation fut continuee jusqu a la mort du la- 
pin. La diminution de poids montra que 1 evaporation avait etc sensiblement la 
meme pour le lapin et pour 1 alcarraza, a la fin de 1 experience, le lapin n avait que 
2,5 de plus que le vase poreux. Cette legere difference pouvait etre prevue; en 
effet, les combustions respiratoires avaient du continuer chez 1 animal, memeapres 
sa mort, et maintenir sa temperature un peu superieure a celle de 1 alcarraza. 

C est done a une cause toute physique, a 1 evaporation des liquides de la 
transpiration, que tous les animaux doivent la faculte de se maintenir au-dessous 
de la temperature du milieu ambiant quand elle depasse accidentellement 40 ou 
45 degres. Cette perte incessante de chaleur par le fait de 1 evaporation est inevi 
table ; dans des conditions exceptionnelles de la temperature exterieure, c est la 
seule arme dont puisse disposer I animal pour se delendre centre J actioa du mi 
lieu ambiant qui ne tarderait pas a compromettre definitivement son existence. Tout 
demontre, en et fet, qu aux environs de 45 degres centigrades, il existe, pour les 
animaux de toute classe, un point critique, une limite superieure que la tem 
perature de leur corps ne peut atteindre, meme momentanement, sans que leur 
vie soit serieusement menacee. 

Conclusion. Toute la theorie de la chaleur animale est done restee conlenue 
dans les termes de la tormule si nettement enoncee par Lavoisier des \ 789 1 

La machine animale est principalement gouvernee par trois regulateurs prin- 
cipaux : la respiration, qui consomme de 1 hydrogene et du carbone et qui fournit 
du calorique ; la transpiration, qui augmente ou diminue suivant qu il est neces- 
saire d emporter plus ou moins de calorique ; enfin, la digestion, qui rend ausang 
ce qu il perd par la respiration et la transpiration. 

Si, comme consequence des progres de la science, les precedes d investigation se 
sont perfectionnes et les donnees premieres indispensables a la solution du pro- 
bleme sont mieux connues, la grande vue physiologiquede Lavoisier n en est pas 
moins restee debout tout entiere. Empruntant une expression employee par M. Du- 
rnas dans une autre circonstance, nous dirons : Lavoisier est intact, impene 
trable, son armure d acier n est pas entamee. II nous suffirait en effet de suivre 
I animal dans lesdiverses phases de la vie physiologique, pour montrer que 1 in- 
tensite de la double combustion respiratoire et de 1 evaporation se modifie, partout 
et toujours, dans le sens indique par la difference a maintenir entre la temperature 
propre et celle du milieu ambiant, cette derniere etude, qui sera mieux placee 
aux articles TEMPERATURE, CLIMATS, nous fournirait les arguments les plus pro- 
bants en faveur de la doctrine qui place, dans les phenomenes physico-chimiques 
de la respiration, la veritable source de la chaleur animale. 

Application de la theorie me canique de la chaleur a I etude des phenomenes 
physico-chimiques de la respiration. Les reactions chimiques si nombreuses 



CHALEUR ANIMALE. 71 

et si diverses dont s accompagne la nutrition fournissent evidemment la totahte 
cle la chaleur developpee par les animaux. Nous savons, en outre, que I action dp 
1 oxygene emprunte a I atmosphere sur les materiaux organiques du sang iiboutil 
a une double combustion, a une formation d acide carboniqne et d ean. Mais est-il 
possible, dans 1 etat actuel de la science, de calculer exactement la quantite de 
cbaleur degagee par les phenomenes physico-chimiques de la respiration ? 

L eau et 1 acide carbonique produits dans la trame des capillaires generaux et 
exhales par les surfaces respiratoires peuvent provenir de deux sources. - L une 
est la combinaison de 1 oxygene des materiaux organiques du sang avec leur hy- 
dro"-ene et leur carbone ; 1 autre est la combinaison de 1 hydrogene et du car- 
bone deces memes materiaux avec Voxygene absorbs. --L eau qui provient de la 
premiere de ces deux sources peut etre considered comme pre existante dans 1 e- 
conomie ; on peut admetlre qu elle n est pas produite, mais seulement misc en 
liberte dans 1 acte de la respiration, que son apparition ne s accompagne ni d un 
n-ain ni d une perte de chaleur. On peut en dire autant de 1 acide carbonique 
qui, dans certaines circonstances, provient de la combinaison de 1 oxygene et du 
carbone du sang. Get acide, il est vrai, ne peut pas etre considere comme preexis- 
tant, il est reellement produit par une veritable combustion ; mais, comme 1 oxy- 
"ene qu il renferme ne devient libre qu a la condition d etre emprunte a un corps 
ramene lui-meme ami moindre degre d oxydation, on doit admettie que la cha 
leur consommee par cette segregation chimique preamble et necessaire a la mise 
en liberte de 1 oxygenc, compense la chaleur degagee par la formation ulteneure 
de cet acide carbonique. La combinaison de 1 oxygene absorbs par les surfaces 
respiratoires avec les elements combustibles des materiaux organiques du sang 
est done la seule dont il y ait a tenir compte comme source de chaleur. 

La methods directe, employee par Lavoisier, Dulong, M. Despretz, M. V. Re- 
gnault, permet de determiner exactement deux elements importants : la quantite 
d oxygene emprunte au milieu ambiant et la quantite d acide carbonique exhale. 
D autre part, la methode indirecte, proposes et pratiquee par M. Boussingault, 
fait connaitre les elements du sang elimines par les voies respiratoires et les pro 
portions de ces elements. Ges deux methodes ne se contrarient pas ; elles se 
controlent mutuellement, se competent. Des resultats fournis par leur emploi 
simultane, il est done possible de deduire avec certitude la quantite d oxygene 
empruntee au milieu ambiant et les proportions dans lesquelles cetoxygeue absorbe 
s est partage entrs le carbone et 1 hydrogene des materiaux organiques du sang. 
Quells que soit leur importance, ces determinations ne sauraient suffire pour cai- 
culer la chaleur produite par 1 animal. 

Lavoisier determinait la quantite de chaleur developpee dans 1 acte de la ie:pi 
ration en multipliant le poids du carbone et le poids de 1 hydrogene brules par la 
chaleur de combustion de chacun de ces corps a 1 etat libre et en faisant la somme 
des deux produits ; ainsi out precede Dulong et M. Despretz, ainsi on precede en 
core. Ce calcul repose sur 1 hypothese inadmissible que, dans les combustions 
respiratoires, le carbone et 1 hydrogene, pour se transformer en acide carbonique 
eten eau, degagent la meme quantite de chaleur que quand ils sont brules a 1 etat 
libre. Mais, dans la trame des caprllaires generanx, Faction de 1 oxygene absorbe 
porte sur des matieres ternaires et quaternaines ; les premieres sont completement 
niineralisees; les secondes, ramenees seulement a une composition plus simple, ne 
sont qu incompletement brulees. Or, nous savons que la chaleur fourme par la 
combustion d un compose n est pas egale a la somme des quantites de chaleur 



72 CHALEUR ANIMALE. 

jegagees par 1 oxydation de chacun deses elements supposes libres. Par cela seul, 
qu an moment oil ils sent brules, le carbone et 1 hydrogene sont engages dans une 
combmaison quelconque, leur chaleur de combustion est modifiee , 1 experience 
seule pourrait indiquer le sens et 1 in tensile de celte modification pour chacun des 
corps composes dont ils font partie. 

Pour arriver a la determination exacte de la quantite de chaleur produite par 
les animaux, il y aiirait done a resoudre les questions suivantes. Connaitre la 
quantite et la nature de chacune des substances ternaires completement brulees 
et la chaleur de combustion de chacune d elles; connaitre la quantite et la na 
ture de chacune des substances quaternaires attaquees, le degre de combustion 
incomplete realisee et la chaleur de combustion de chacune d elles. Dans 1 etat 
actuel de la science, les elements indispensables a la solution de ce probleme font 
completement defaut. - Les determinations de la quantite de chaleur deve- 
loppee par les animaux faites par les divers observateurs qui ont aborde cette 
belle question de physiologic peuvenl etre considerees comme des evaluations plus 
on moins approximatives, mais ne sauraient prendre rang dans la science a litre 
de solutions definitives. 

Les idees introduites dans la science par la theorie mecaniquede la chaleur, ont 
donne a cette question des combustions respiratoires une extension et une impor 
tance considerables, ont ouvert anx observateurs un vaste champ de recherclies. 

Depuisle haul jusqu aubas de 1 echelle, loul animal se deplace a chaque instant 
a la surface du sol, ici pour pourvoir a ses besoins, se procurer de la nourriture ou 
faire des provisions ; la pour chercher a se construire ou se creuser un abri ; ailleurs, 
pour poursuivre, atteindre, terrasser une proie ou pour se derober aux etreintesd un 
ennemi. - Malgre toules les pertes de chaleur occasionnees par I evaporation, le 
rayonnement et le contact du milieu ambiant, 1 animal maintient sa temperature 
propre: cette production continuelle de chaleur est aussi un travail. Ajout.ons 
enfin que 1 entretien de la circulation du sing el des mouvements respiratoires 
exigeun travail mecanique dont 1 activite depend d une foule de conditions, les unes 
exterieures, les autres inherenles a la constitution. Tout ce travail exigeune 
depense considerable de force. Nous avons deja etabli que la chaleur necessaire au 
maintien de la temperature propre de 1 animal est fournie par 1 action de 1 oxysene 
absorbe sur les materiaux organiques du sang ; il est natiirel de se demander si 
la force depensee par le systeme musculaire provient de la meme source. 

Nous devons a M. Longet une etude Ires-interessante des rapports de I energie 
du muscle et de la circulation sanguine. D apres les experiences de Swammerdam 
et de Stenon sur les chiens,. on savait que les mouvements volontaires des mem- 
bres posterieurs sont abolis a la suite de la ligature de 1 aorte abdominale etrepa- 
raissent, avec leur energie primitive, des que lecours du sang arteriel est retabli. 
M. Longet s est pose une question bien differente ; il s est propose de determiner 
si un muscle prive de sang arteriel conserve encore hpropriete de se contracter 
quand on le soumet a une excitation directe. De ses nombreuses experiences sur les 
animaux il rcsulte que loute trace d excitabilite disparait deux heures apres que le 
muscle a cesse derecevoir du sang arteriel, etqu il snffitde permettre denouveau 
I afflux dece sang arteriel pour que, en quelques minutes, le muscle recouvrela 
propriete de se contracter sous 1 influence d une excitation directe ou indirecte. 
- Mais le sang arteriel contient : d une part, les materiaux de reparation prepares 
par la digeslion ; d autre parl, tout 1 oxygene cede dans le poumon par l"atmo- 



CHALEUR ANIMALE. 73 

sphere. Ce liquide cst en realite 1 agent de toute nutrition. Deson cote, M. Bec- 
querel a demontre que la temperature d un muscle s abaisse sensiblement quand 
on comprime son artere nourriciere. - Nous sommes done autorise a affirmer 
que la solidarity la plus etroite existe entre la contractilite et les phenomenes 
de combustion qui s accomplissent dans la trame des vaisseaux capillaires des 
muscles. 

Dans les muscles, commedanstouslesorganestttous lestissus, les materiaux or- 
ganiques du sang sont incessamment attaques par 1 oxygene ; briiles, soumis a une 
serie de combustions successives qui simplifient graduellement leur composition, 
ramenes aux formes definitives sous lesquelles ils sont entraines par la circulation 
veineuse, ces materiaux sont rejetes au dehors par le poumon, la peau et les divers 
emonctoires de 1 economie. 

Toutes les observations s accordent, d ailleurs, pour demontrer que 1 activite de 
ces combustions internes augmente pendant la contraction du muscle, il resulte, 
en effet, de nombreuses experiences tentees dans cette direction que les muscles 
en contraction absorbent plusd oxygene et exbalent plus d acide carbonique queles 
muscles en repos. Dans un premier bocal de verre bien exactement ferme, 
M. Matteucci, placaitcinq grenouilles prepares a la Galvani : dans uu second bocal de 
memes dimensions, il renfermait cinq grenouilles parfaitement semblables et sen- 
Llablement preparees dont les muscles etaient mis en contraction an moyen d un 
appareil d indication. Au bout de sept a huit minutes, il retirait rapidement les 
deux groupes de grenouilles et analysait 1 air des bocaux. Constammcntil trouvait 
une quanlite d acide carbonique plus considerable dans le second bocal ou les gre 
nouilles s etaient contractees, que dans le premier ou elles avaieutete main ten ues 
immobiles. : L etude comparative de la composition du sang veineux et du sang 
arteriel des masses tnusculaires fournit une nouvelle preuve de celte plus graude 
activite des combustions pendant la contraction ; le sang veineux contient 6,75 
pour 100 d acide carbonique de plus que le sang arteriel quand le muscle est re- 
lache, et 10,79 pour 100 de plus quand le muscle est contracte. 

Al etat de repos et aussi pendant l exercicemodere,ces combustions internes et 
le travail d elimination de leurs produits sont regies de telle maniere que le mus 
cle conserve sa composition normale et toutes ses proprietes physiologiques ; la 
reaction du sue musculaire est, dans les deux cas, constamment neutre ou alca- 
line. Iln en est plus de memo quand le muscle est soumis a un travail excessif 
de contraction. Les combustions internes s exagerent, 1 elimination n est plus 
assez active pour enlrainer tous les produits de decomposition ; bientot I acide 
ladique existe en trop grande proportion dans i organe et en altere la composi 
tion ; la reaction chimifjue du sue musculaire devient manifestement acide. Bien 
que le sang arteriel continue a apporter des materiaux de nutrition et de 1 oxy 
gene, les combustions ne s operent plus que difficilement et incotnpletement dans 
le tis-u musculaire engorge par des produits de decomposition ; la contractilite ne 
tarde pas a s affaiblir, et la force musculaire eprouve une depression connue sons 
le nom de fatigue. 

II resulte, en effet, des observations de Proust que la proportion d acide car 
bonique augmente dans 1 air expire quand 1 auimal se livre a un exercice mo- 
dere, tandis que, pendant la fatigue qui succedea un exercice violent, la propor 
tion d acide carbonique diminue. Un repos suffisamment prolonge pour 
permettre au travail d elimination de dtlbarrasser les tissus de cet exces de pro 
duits de decomposition, rend au sue musculaire sa reaction neutre ou alcaline, 



U CHALEUR ANIMALE 

fait disparaitre la fatiyite et restitue a la contractilite loute son energie. Les 
experiences tentees sur les animaux prouvent jusqu a 1 evidence que la fatigue 
musculaire n est pas le resultat de Yusuredeh fibre contractile qui aurait besoin 
d etre repare e par 1 assimilation de nouveaux materiaux, mais qu elle accuse une 
accumulation de produits qu il suf fit d eliminer, en maintenant I afflux d oxy- 
gene, pour rendre aux combustions internes toute leur activite primitive et aux 
muscles toute leur energie. D aifleurs quand on tient compte de la faible duree 
du repos necessaire pour dissiper cette fatigue, on demenre convaincu que si, 
dans un si court espace de temps, I elimination des produits de decomposition 
peut s effecluer, il n y a certainement pas place pour une reparation appreciable de 
la fibre musculaire. Une analyse plus complete et plus approfondie des pheno- 
menes accomplis dans la trame de tissus permetd affirmer que 1 acidification du 
sue musculaire est la veritable cause de la fatigue. Contentons-nous de rappeler, a 
1 appui de cette proposition, la belle et curieuse experience par laquelle M. Ranke 
a monlre que, pour produire tous les eflets de la fatigue, il suffit d iujecter de 
Yacide lactique dans le tissu musculaire. 

L exactitude de cette explication de 1 affaiblissement de la puissance mecanique 
des muscles se trouve demontree par les resultats d un travail dans lequel 
M. H. Kronecker a etudie la double influence du repos et de la circulation d un 
liquide oxygenc sur le retablissement de la force d un muscle fatigue ou epuise 
par des contractions provoquees et repetees a des intervalles tres-rapproches. II a 
opere sur des grenouilles dont il separait le train posterieur en conservant 1 aorte 
abdominale et la peau du ventre ; un liquide injecte par 1 aorte circulait dans les 
muscles des membres posterieurs et s echappait par une veine de la peau du 
ventre. Tout etant ainsi dispose et toule circulation e tant tnterrompue, il fati- 
guait les muscles par une serie de secousses electriques d induction jusqu a ceque 
1 energie de leurs contractions fut considerablement affaiblie. 

i Lorsqu on n etablit aucune circulation de liquide dans les muscles de la gre^ 
nouille, le repos ne suffit pas pour rendre a ux contractions leur energie; le repos 
seul n exerce done pas d action reparatrice. 

2 Les muscles ainsi fatigues restent encore affaiblis lorsque, pendant le repos, 
on fait passer a travers leur systeme vasculaire des liquides qui, tels que des so 
lutions de sel marin ou de phosphate de soude, ne peuvent pas leur fournir de 
1 oxygene. Pour rendre leur energie aux muscles fatigues, il ne suffit done pas 
non plus de debarrasser leur systeme capillaire des produits de combustion qui 
1 engorgeaient, meme alors qu on les a laisses reposer. 

3 Meme sans repos intermediaire, il suffit de faire passer a travers le systeme 
vasculaire des muscles fatigues un liquide oxygene (du sang arteriel ou du perman 
ganate de potasse) pour que les contractions deviennent plus intenses. Un repos 
de cinq a six minutes, pendant qu on maintient la circulation du liquide oxyye ne, 
suffit pour rendre a ces muscles toute leur energie de contraction primitive. 

Ce dernier fait prouve indubitablement que la fatigue n est pas le resultat 
d une usure de la fibre musculaire; le permanganate de potasse ne peut, en effet, 
fournir les elements organiques qu exigerait la reconstitulion de cette fibre 
alteree. L action reparatrice du permanganate de potasse prouve que, pour iaire 
disparaitre la fatigue, pour rendre aux contractions toute leur energie, il suffit 
de debarrasser le reseau capillaire des produits de combustion dont il est en^or^e 
et de fournir en meme temps au muscle, 1 oxygene necessaire pour que de nou- 
velles combustions puissent s effectuer dans la trame de ses tissus. 



CHALEUR ANIMALE. 75 

II vesulte des experiences de M. H. Kronccker que, sur les muscles de gre- 
nouille, le permanganate de potasse a une action reparatrice aussi grande que le 
sail" oxygene. II n en est pas de meme quand on opere sur des chiens; le perman- 
o-anate de potasse a aussi une action reparatrice sur les muscles de cliien, mais 
cette action n est ni aussi constante ni aussi considerable que celle du ^ang 

oxygene. 

Quand 1 ammal est au repos, les combustions internes se reglent de mamere a 
satisfaire aux besoins de la calorification ; si Ton tient compte de la chaleur enle- 
vee a 1 organisme par le rayonnement, 1 evaporation et le contact du milieu am- 
biant, il est facile de s assurer que 1 action chimique accomplie dans les capillaires 
"eneraux est tout entiere utilisee pour produire de la chaleur sensible. En est-il 
de meme quand le systeme musculaire entre en contraction et produit un tra 
vail exterieur ? Dans ce dernier cas, la chaleur sensible degagee represente-t-elle 
la totalite des combustions effectuees? 

A 1 etat sauvage, les animaux sont toujours en mouvement, et, sauf des cas ex- 
ceptionnels dont il serait facile de fournir rexplication, leur chair est tres-pauvre 
enmatieres grasses. L observation detous les jours enseigne que, pourem/rais- 
ser les animaux domestiques, il faut de toute necessite les tenir au repos, et que, 
pour leur faire perdre leur embonpoint, il suffit de les remettre au travail. - 
Tous ces fails prouvent que, pendant le travail, 1 animal consomme, detruit les 
matieres grasses de son sang ou deposees dans ses tissus; ils s accordent avec les 
resultats des experiences directes pour prouver qu un exercice, meme tres-mo- 
dere, s accompagne invariablement d une augmentation de 1 activite de la fonc- 
tion respiratoire. D apres Lavoisier, un bomme qui, au repos, consommait 
24 litres d oxygene par heure, en absorbait 63 quand il travaillait a soulever un 
fardeau. Nous devons a M. Lassaigne une observation du meme genre sur un 
cheval; au repos, cet animal expirait 342 grammes d acide carbonique par heure ; 
apres quinze minutes de course, il en exhalait 746 grammes par les voies respi- 
ratoires. M. Boussingault a etudie 1 influence des etats de veille et de sommeil 
sur 1 activite de la fonction respiratoire. Ses recherches etablissent qu une tourte- 
relle e veillee, jouissant de toute son activite, brulait 255 milligrammes de car- 
bone par heure, tandis que le meme animal endormi n en consommait que 
162 milligrammes. M. Scharling, de son cote, a constate que les quantites de 
c^vbone successivement brulees par un meme homme endormi et eveille sont dans 
le rapport de 1 a 1,257. --Les resultats de toutes ces recherches s accordent 
done avec ce que nous a deja appris 1 etude directe des phenomenes accomplis 
dans rinterieur des muscles pour etablir que les combustions internes sont d au- 
tant plus actives, que les efforts musculaires accomplis par 1 animal sont eux- 
memes plus intenses. 

Sans doute, pendant sa contraction, le muscle eprouve certainement une ele 
vation de temperature; ce fait a ete nettement etabli par MM Breschet et Becque- 
vel, et surtout par M. Helmholtz. Sans doute encore, indubitablement, l animal 
qui accomplit un travail, 1 hommequi s agite vivement,qui fatigue et. souleve des 
iarcleaux, se couvrent de sueur et s echauffent. Mais, dans tous les cas, 1 exces de 
clialeur sensible developpee est-il proportionnel a 1 exces des combustions effec 
tuees dans les profondeurs de 1 economie ? Telle est la question qui se pose ; des 
experiances deja anciennes nous permettent d y repondre ne gativement. 

Jolm Davy a demontre que, pendant le travail, la temperature des parties cen- 
trales s eleve a peine d undegre; un exercice, meme -violent, a pour principal et 



76 CHALEUR ANIMALE. 

presque unique effet de regulariser la distribulion de la chnleur dans les diverses 
parties de 1 economie, en communiquant aux extremites une temperature sensi- 
blement egale a celle du tronc. En cas pareil, il est vrai, la sueur est tres- 
abondante ; mais evidemment, malgre la deperdition de cbaleur occasionnee par 
1 evaporation des liquides qui pleuvent a la surface de la peau, 1 accroissement 
d activite des combustions internes pendant le travail est hors de proportion avec 
les elevations de temperature constatees. Lavoisier fait une remarque de meme 
nature lorsque, a la suite de 1 observation de cet liomme chez lequel la consom- 
mation de 1 oxygene s elevait, pendant le travail, de 24 a 65 litres par heure, il 
ajoule : La temperature du sang demeure assez constamment la meme. du 
moins a quelques fractions de degre pres. On ne saurait trop admirer la justess-e 
et la profondeur de cette remarque de Lavoisier. 

La contraction musculaire, en conservant la meme energie et en s accompagnant 
tie combustions internes de meme intensite, peut s effectuer dans trois conditions 
diflerentes. Dans un premier cas, le muscle contracte soutient un poids donne 
a une hauteur determinee; le muscle est tendu en contraction statique, mais il 
n effectue aucun travail. -- Dans un second cas, le meme poids est souleve a une 
hauteur determinee, arrive sans vitessea I extremite de sa course ascensionnelle; 
le muscle est en contraction dynamique eteffectue un travail positif egal au pro- 
duit du poids evalne en kilogrammes par la hauteur de course evaluee en metres. 
- Enfin, dans un troisieme cas, le poids descend de la meme hauteur, toujours 
soutenu par le muscle contracte qui annule, a chaque instant, la vitesse commu- 
niquee par la pesanteur ; le muscle est encore en contraction dynamique, mais il 
accomplit un travail ne gatifde meme valeur que le travail positif du cas prece 
dent, puisqu il detruit finalement la force vive qu aurait acquise le poids en tom- 
bant librement de la meme hauteur. 

Dans une serie d experiences tres-interessante, M. J. Beclard a trouve que, con 
stamment et dans quelque circonstance que la contraction s effectue, la tempera 
ture du muscle s eleve. Mais 1 elevation de la temperature, pendant la contraction 
statique, esl plus forte que pendant la coutraclion dynamique avec soulevement 
du poids ou travail positif, et plus faible que pendant la contraction dynamique 
avec travail ne gatif. L exactitude de ces resultats est confirmee par une se- 
conde serie d experiences dans laquelle M. J. Beclard, a constate que si le muscle 
effectue alternativement un travail positif et un travail negatifde meme valeur, 
c est-a-dire si alternativement il souleve un poids et soutient ce poids pendant qu il 
descend de la meme hauteur sous linfluence de la pesanteur, 1 elevation de tem 
perature est la meme que pendant la contraction statique. 

Si nous nous placons au point de vue de la theorie mecanique de la chaleur, la 
signification de ces faits est claire et evideute. Quand le muscle en contraction 
statique est tendu sans travail effectue, la reaction chimique interne est tout en- 
tiere representee par la chaleur sensible degagee. Pendant la contraction di/na- 
mique avec soulevement de poids, 1 elevation de temperature du muscle n accuse 
pas toute la chaleur developpee par les combustions internes; la portion de la cha 
leur qui disparait est I equivalent du travail mecanique effectue. Enfin si, 
pendant qu il soutient le poids dans sa chute, le muscle acquiert une temperature 
superieure a celle que les reactions chimiques internes peuvent luicommuniquer, 
c est qu il fixe a son profit une quantite de chaleur equivalente a la force vive 
detruite du poids qu il arrete dans sa course descendante. 

Mais, dans quelque condition que s effectue la contraction, la fibre musculaire 



CIIALEUR ANIMALE. 77 

est le siege d un travail moleculaire qui consomme une partie de la chaleur deve- 
loppee par les combustions effectives dans le reseau capillaire du muscle en ac 
tion. En rapportant toutes les variations de temperature des masses musculaires a 
1 intensiteetau seiisdu travail exterieur eftectue, M. J. Beclard a suppose impli- 
citement que les combustions internes et le travail moleculaire de la fibre muscu- 
laire conservent la meme valeur dans les trois cas de contraction qu il a conside- 
res. L hypothese est plausible, sans doute, mais il serait necessaire de verifier son 
exactitude avant d admettre definitivement la legitimite de 1 interpretation prece- 
dente des resultats fournis par ses experiences. 

En operant directement sur des muscles de grenouille denudes et dont la tern- 
peiature etait mesuree par un element thermo-electrique, M . Heidenhain a obtenu 
des resultats conformes aux indications des experiences de M. J. Beclard; mais 
ses mesures monlrent que la question est beaucoup plus complexe qu on ne 1 avait 
cru d abord. Le muscle etait excite par des decharges electriques lancees dans le 
nerf quil anime. 

Si le muscle excite est tendu par un poids, et si un obstacle convenablement 
dispose 1 empeche de se raccourcir, on observe une elevation de temperature va 
riable avec le poids tenseur. Gelte elevation de temperature croit avec le poids, 
mais seulement jusqu a une certaine limite, a partir de laquelle elle decroit, le 
poids continuant a augmenter. La fatigue du muscle amene done des phenomenes 
ditlerentsde ceux qui correspondent a 1 etat normal; ces resultats sont d accord 
avec les observations de Prout sur les variations de 1 exhalation d acide carbonique 
determinees par un exercice modere et par la fatigue qui succede a un exercice 

violent. 

Si Ton permet au muscle tendu par un poids de se raccourcir sous 1 influence 
des excitations electriques, on observe un raccourcissement permanent. Les quan- 
tites de chaleur degagees par le muscle qui se contracte augmentent en meme 
temps que le poids tenseur, si Ton s arrange de maniere que 1 etendue du soule- 
vement de ce poids variable reste toujours le meme. Mais ici encore on constate 
une limite a partir de laquelle 1 exces de chaleur degagee s affaiblit, comme dans 
1 experience precedente de 1 excitation sans raccourcissement. 

Toutefois, si 1 on compare deux experiences consecutives dans 1 une desquelles 
le raccourcissement du muscle est empeche, taudis que dans le deuxieme le 
muscle se raccourcit, on observe, toutes choses egales d ailleurs, que la quantite 
de chaleur degagee est toujours moindre dans le deuxieme cas que dans le pre 
mier; une consommalion de chaleur correspond done toujours a un travail exte 
rieur posififeffectue. 

Nous savons qu a 1 etat de repos, le sue musculaire est neulre et alcalin, et que 
sa reaction devient acide sous 1 influence d excitations repetees. Ce changementde 
reaction est dfi a la presence de 1 acide lactique qui est un des premiers produils 
de la combustion dont s accornpagne la contraction musculaire. M. Heidenhain a 
pris cette acidite du muscle pour mesure de 1 intensite des actions chimiques. 11 a 
montre ainsi que 1 activite de 1 action chimique est plus grande dans un muscle 
en contraction que dans un muscle au repos, et que, pour chaque cas, elle aug- 
mente dans le meme rapport que la temperature. 

Les resultats de ces experiences sont en parfait accord avec une observation fort 
interessante de M. le docteur Peter. Chez une petite fille atteinte de convulsions 
liees a la tuberculisalion des meninges, il y avail alternativement contraction et 
paralysie du mouvtuueiU d un meme cote du corps. Quand le bras gauche etait 



78 CHALEUR AN1MALE. 

convulse, la temperature y etait de un a quatre degres plus e leve e qu au bras 
droit ; quand la contraction cessait et qiie le bras gauche etait paralyse du mou- 
vement, la temperature y etait au contrairc de un demi-deqre a un degre et demi 
plus basse qu au bras droit. Plusieurs observateurs out signde des elevations de 
temperature considerables dans les nevroses avec convulsions toniques et surtout 
dans le telanos. Nous nous contenterons de rappeler ici ces fails tres-interessants ; 

11 i f ^ 

is pnenomenes constates dans ces cas patbologiques sont tres-complexes : leur 
interpretation complete serait tres-difficile dans 1 etat actuel de la science; de nou- 
velles recherches sont necessaires pour mettre nettement en lumiere le role de la 
contraction musculaire au milieu des influences tres-nombreuses qui, dans les 
affections de ce genre, peuvent modifier la temperature des malades. 

Les recherches de M. Him sur Je meme sujet sont anterieures a celles de M. J. 
Beclard et de M. Heidenhain. L habile ingenieur de Colmai a mesure a la fois la 
quantite d oxygene consomme, la chaleur sensible degagee et le travail produit 
par un homme dans un temps donne. Quand un homfne monte un escalier ou 
une rampe, son systeme musculaire accomplit un travail mecanique positif egal 
au produit du poids de son corps par la hauteur verticale de 1 ascension. Quand, 
au contraire, cet homme descend une rampe on un escalier, la contraction mus 
culaire est employee a chaque instant a conlre-balancer la vitesse que lui commu 
nique la pesanteur, accomplit en realite un travail ne gatif, puisque finalement 
elle detruit, par resistances successives, la force vive que la pesanteur aurait com- 
muniquee a son corps s il etait tombe verticalement de toute la hauteur dc la 
descente effectuee. Apres avoir mesure la quantite de chaleur sensible que produil 
chaque gramme d oxygene absorbe par un homme au repos, M. Him a execute 
des determinations du meme genre sur le meme homme, tantot pendant le travail 
d ascension, tantot pendant le travail de descente. La quantite d oxygene con 
somme augmente, les combustions internes sont plus actives, la quantite de cha 
leur sensible degagee devient plus considerable, pendant que 1 homme monte; 
mais chaque gramme d oxygene absorbe developpe une moins grande quantite de 
chaleur sensible ^que pendant le repos. 11 disparait done, pendant 1 ascension, une 
certaine quantite de chaleur qui se transforme en travail mecanique. La quantite 
d oxygene consomme, 1 activite des combustions internes et la quantite de chaleur 
sensible degagee augmentent aussi pendant la descente; mais les mesures calori- 
metriques indiquent que, dans ce cas, la chaleur sensible degagee dans le corps 
de 1 homme est supe rieure a celle que pent produire 1 oxygene absorbe. La force 
vive detruite pendant la descente s est done transformed en chaleur sensible, a 
contribue, pour sa part, a 1 elevation de temperature constatee. 

Bien qu ils ne puissent pas etre acceptes comme la mesure exacte des pheno 
menes accomplis, les resultats de toutes ces experiences s accordent pour montrer 
que, dans le systeme musculaire d un animal qui effectue un travail positif (sou- 
levement de poids, traction d un fardeau, etc.), tout se passe comme dans une 
machine a feu ordinaire. Pendant que le muscle travaille, la chaleur produite 
par les combustions internes devenues plus actives sc partage en deux portions 
complementaires : 1 une apparait comme chaleur sensible et regie la temperature 
de la masse musculaire; 1 autre disparait en tant que chaleur sensible et, par 
I intermediaire de la contractilite musculaire, se transforme en travail meca 
nique. Le muscle est un moteur anime qui, comme la machine a vapenr, utilise 
la cha eur pour produire du travail ; dans 1 un comme dans 1 autre cas, il y a ne- 






CIIALEUR ANIMALE. 79 

cessairement equivalence entre la chaleur disparue, consommee, et le travail exte- 
rieur produit. 

En realite, dans quelques conditions que le phenomena s effectue, a une con 
traction musculaire d intensite determinee correspond une combustion interne et 
une production de chaleur d intensite egalement determinee; c est aussi une por 
tion determinee de cette chaleur produite qui disparait comme agent thermique, 
est consommee par le travail inte rieur dont s accompagne la contraction, est 
transformee en contractilite. Si le muscle contracts exerce une simple pression 
ou une pure traction, sans deplacement de poids, sans travail exterieur effec 
tue, toute cette chaleur consommee par le travail inte rieur dont s accompagne la 
contraction, ou transformee en contractilite, reparait a 1 etat de chaleur sensible 
quand le muscle se reldche. Si, au contraire, le muscle souleve un poids, pro 
duit un travail exterieur, une quantite de chaleur equivalente a ce travail exte 
rieur effectue est a jamais perdue comme chaleur sensible. Oue le muscle opere 
une simple pression ou souleve un poids, la depense supportee par 1 organisme 
pour faire face aux combustions internes reste done la meme; il n y a de diffe 
rence que dans la maniere dont cette depense est utilisee. Dans le premier cas, la 
combustion interne est tout entiere representee par de la chaleur sensible; dans 
le second cas, cette combustion a pour equivalent la chaleur sensible degagee et 
le travail exterieur effectue. Mais, dans 1 uii comme clans 1 autre cas, la mani 
festation exterieure purement calorifique, ou a la fois calorifique et mecanique, 
est I equivalent du travail chimique inte rieur de combustion. 

Au point de vue mecanique, la contractilite joue dans le muscle le meme role 
que la tension de la vapour dans la locomobile ; elles sont 1 une et 1 autre de vrais 
agents de transformation de la chaleur en force mecanique, en travail. De la de- 
coule naturellement, f;italement, 1 ordre de succession des phenomenes accomplis 
dans les masses musculaires, L action productricc de la chose transformee etant 
necessairement anterieure a 1 intervention de 1 agent de transformation, la com 
bustion des materiaux organiques du sang precede necessairement la mise en jeu 
cle la contractilite. L action chimique s effectue la premiere et produit de la cha 
leur; puis la contractilite entre en jeu, la fibre musculaire absorbe, consomme 
une portion de cette chaleur: enfin, suivant qu il produit une simple pression ou 
\msoulevement de poids, le muscle rend au monde exterieur, sous forme de cha 
leur sensible ou de travail mecanique, toute celte chaleur qu au debut il a em- 
pruntee au foyer de combustion pour entrer en action. Comme la force elastique 
de la vapeur, Tactivite propre du muscle prend done en realite son origine dans 
une simple combustion, dans Faction de 1 oxygene sur les materiaux organiques 
du sang. La contractilite est necessairement une activite de meme ordre que 1 af- 
fmite chimique d ou elle derive et le degagement de chaleur ou le travail meca 
nique auquel elle aboutit ; ce qn elle a de special elle 1 emprunte a la specialite 
de nature, de composition et de texture de fibre musculaire qui lui sert de sup 
port. La contractilite musculaire nous apparait en definitive comme une modalite 
dijnamique soumise aux memes lois que toutes les autres, rattachee, par le prin- 
cipe de la transformation equivalente, aux grands agents du monde exterieur. 

Nous pouvons rnaintenant nous expliquer sur le role joue dans la production de 
la chaleur animale par les nombreux frottements dont 1 economie est le siege. Les 
surfaces articulaires Irottent les unes contre les autres, les tendons des muscles 
irotlent contre leurs gaines, les intestins et les canaux excreteurs sont traverses 
par des liquides qui frotlent contre leurs parois, etc. Tous ces frottements dega- 



80 CHALECR ANIMALE. 

gent de la clialeur; mais ces frottements detruisent des mouvements communi 
ques par des tuniques ou des masses musculaires ; la chaleur procluite par ces 
frottements est I equivalent du travail musculaire correspondant, et ce travail 
musculaire est lui-meme V equivalent de la chaleur empruntee par les muscles 
aux combustions internes. La chaleur, rendue sensible sur les surfaces du frotle- 
ment, a done aussi son origine dans la combustion des materiaux organiques du 
sang. Prenons pour exemple les frottements du sang contre les parois des vais- 
seaux auquels les iatro-mecaniciens ont fait jouer un si grand role. Le sang che- 
mme dans les vaisseaux sous 1 influence de rimpulsion que lui communiquent les 
contractions du coaur. Mais la force de contraction du coeur, comme celle de tous 
les muscles, derive de la chaleur developpee par les combustions effectuees dans ses 
capillaires; cette force est tout entiere employee a communiquer de la vitesse au 
sang ; les frottements, en de truisant cette vitesse, ne font done que rendre a 1 eco- 
nomie, sous forme sensible, la chaleur absorbee, transformed en force motrice 
par les fibres contractiles du coeur. Dans la theorie de la chaleur animale, il n y u 
done pas a se preoccuper des frottements dont 1 economie est le siege; tout doit 
etre rapporte a 1 aclion de 1 oxygene sur les materiaux organiques du sang. 

Nous pouvons maintenant completer les vues de Lavoisier, embrasser dans leur 
ensemble les rapports des pbenomenes physico-chimiques de la respiration avec 
les manifestations de chaleur et de mouvement necessaires a 1 entretien de la vie 
des animaux. 

Lorsque 1 animal est a 1 etat de repos, la chaleur produite par la combustion 
interne se partage en deux portions : 1 une, la plus considerable, reste a 1 etat de 
chaleur sensible, 1 autre disparait momentanement, est utilisee pour produire les 
contractions musculaires necessaires a 1 entretien de la circulation, de la respira 
tion et au jeu de toutes les fonctions, mais est fmalement restituee a 1 economie 
sous^forme de chaleur sensible. Dans ce cas done, la lotalite de la chaleur deve 
loppee par les combustions internes est employee a maintenir la temperature propre 
des animaux au milieu de toutes les variations survenues dans 1 etat thermique 
du milieu ambiant. 

Lorsque l - animal execute un travail exterieur, quelle qu en soil la nature, 
Tactivite des combustions interieures augmente. Une portion de la chaleur ainsi 
produite est detruite comme agent thermique, n exerce aucune influence sur la 
temperature de 1 animal. Cette quantite de chaleur translormee en force motrice 
est 1 equivalent du travail exterieur effectue. 

En resume, 1 animal qui brule dans ses capillaires generaux les materiaux or 
ganiques de son sang, ne fait que transformer en energie acluelle [ enerqie poten- 
tiele des substances dont il se nourrit. Gette enerqie acludle est une force que 
selon les circonstances, il utilise sous forme de chaleur sensible pour resister aux 
causes exleneures de refroidissement, ou sous forme de contraction musculaire 
pour ellectuer un travail exterieur. 

Avant de quitter ce sujet nous devons fixer noire attention sur deux questions 
importantes : Quel est le coefficient economique de la machine humaine ? Quels 
sont les materiaux organiques de 1 economie dont la combuslion (ournit la chaleur 
convertible en force mecanique ? 

Coefficient economique de la machine humaine. Dans les experiences de 
M. Him les hommes se livraient a un exercice analogue a I asceiision d une mon- 
tagne; )ls iKOiitaient sur une roue tournante dont les echelons fuyaieiit iucessam- 



CIIALEUR ANIBIALB. 81 

ment sous leurs pieds. De tous les sujets soumis a son observation, celui qui a 
donne les meilleurs resullats dynamiques a produit en une heure 55000 unites 
de travail. Avaiit 1 experience, cet liomme, an repos, expirait, par heure, une 
quantite d acide carbonique contenant 50 grammes d oxygene, son pouls elait a 
80 pulsations par minute, le nombre de ses inspirations etait de 18 par minute, 
le volume d air inspire et expire etait de 700 litres par heure. Apres une heure 
d ascension sur la roue, pendant laquelle cet homme avail produit 55000 unites 
de travail, le pouls etait a 140 pulsations et la respiration a 50 inspirations par mi 
nute. Pendant 1 experience, 1 amplitude des mouvements des parois thoraciqucs 
avail double, car le volume d air inspire et expire s etait eleve a 2500 litres par 
heure; enfin, pendant cette heure d ascension, eel homme avail expire une quan 
tite d acide carbonique contenant 152 grammes d oxygene. Les experiences de 
M. V. Regnaull monlrenl que, chez les chiens, donl 1 alimentalion est mixte et 
analogue a celle de 1 homme, sur 100 parties d oxygene absorbe, 95 se combinent 
avec le carbone et 7 avec 1 hydrogene des materiaux organiques du sang. Nous 
sommes done autorise a admeltre que : 

1 Get homme, au repos, absorbait en realile par heure 52,5 grammes d oxy 
gene, donl 50 se combinaient avec le carbone et 2,5 avec 1 hydrogene des mate 
riaux du sang. Get homme, au repos, produisail done par heure 100 unites de 
chaleur tout entieres employees a maintenir sa temperature propre. 

2 Cet homme, pendant 1 ascension, absorbait en realite par heure 142 grammes 
d oxygene, dont 152 se combinaient avec le carbone et 10 avec 1 hydrogene des 
materiaux du sang. Cet homme, pendanl 1 ascension, produisail done par heure 
445 unites de chaleur, 545 unites de chaleur de plus qu a 1 etal de repos. 

De ces 545 unites de chaleur produites en exces pendant 1 ascension, 78 seu- 
lemenl sonl utilise es pour le travail exte rieur effectue, car pendanl une heure 
d ascension, eel homme ne produit que 55000 unites de travail. Que deviennent 
les 265 unites de chaleur qui restent disponibles et ne se retrouvenl pas dans Je 
travail utile accompli? Pendant 1 ascension, les contractions musculaires impri- 
menl a la tele, aux bras, au Ironc, des balancements ; ces deplacements des 
diverses parties du corps consomment necessairement une portion notable de cba- 
leur, dilficile a apprecier, mais completement perdue pour le travail utile. En 
second lieu, pendant 1 ascension, la circulation s est acceleree, les mouvernents 
des parois thoraciques sont devenus plus frequents et plus amples, des frottemenls 
se sont produils sur les surfaces articulaires ; ces exagerations des fonctiotis et ces 
fiotternents representenl un travail mte rieur qui consomme aussi de la chaleur. 
Gette derniere quantite de chaleur est evidemment perdue pour le travail utile; 
elle est finalement rendue a 1 economie sous forme de chaleur sensible qui : d une 
part, serla produire une elevation de temperature du corps; d autre part, est 
emporlee au dehors par le rayonnement, par le contact de 1 air avec la peau et la 
muqueuse des voies respiratoires, par 1 evaporation cutanee et pulmonaire consi- 
derablement augmentee pendant le travail d ascension. 

Le coefficienl economique d une machine a feu est le rapport de la quantite de 
chaleur transforme e en travail utile a la quantile totale de chaleur produile. 
Dans 1 experience de M. Him, 1 homme, pendanl une heure d ascension, a degage 
445 unites de chuleur, et a produit, en travail utile, Ye quivalent de 78 unites de 
chaleur. Le coefficienl economique du systeme musculaire de 1 homme employe 
comme moteur est done sensiblemcnl de dix-huit centiemes. Gelle estimation 
s accorde avec celle de M. Helmholtz ; les recherches de ce physiologiste tendent, 

DICT. EHC XV. C 



82 CIIALHUR ANIMALE. 

eu efj et, a etablir que 1 liomnie pent uliliser, en travail exterieur, un cinquieme 
de la chaleur totale produite par les combustions internes. 

Les belles experiences de M. Him ont demontre que, malgre leur volume et 
lenr poids si considerable, les machines a vapeur les plus perfectionnees n utilisent 
qne les douze cenliemes de la chaleur comrnuniquee a la chaudiere. Consideic 
comme moteur, le systeme musculaire de 1 homme a done une tres-grande supe- 
riorite sur les appareils les mieux construits qu il ait ete donne a rindustrie et a 
la science de realiser. Dans certains muscles considered isolement, cette superio- 
rite est encore bien plus prononcee. En tenant compte de la pression du sang 
dans les arteres, M. Helmhollz a trouve qu en une heure, le coeur s eleverait a 
6070 metres, s il employait a s elever lui-meme toute 1 energie avec laquelle il 
presse le sang. Or les locomotives les plus puissantes, celles, par exemple, qui 
servent a gravir les fortes pentes du Tyrol, ne peuvent elever leur propre poids, 
en une heure, que de 825 metres ; elles n ont done, comme moleurs, que le 
huitieme de la puissance d un appareil musculaire tel que le cceur. Le corps des 
animaux, dit M. Helmholtz, differe d une machine a vapeur, non point par le 
precede qui donne naissance a la chaleur et au travail, mais bien par la maniere 
d approprier cette force a son but special. Ainsi se trouvent pleinement justifiees 
les remarquables paroles par le?quelles M. Dumas terminait, le 20 aout 1841, sa 
belle lecon sur la statique chimique des etres organises. Apres avoir compare la 
puissance des moteur animes a celle de la machine a vapeur, il ajoutait : 

Nos ingenieurs ont done encore beaucoup a faire, et pourtant ces nombres 
sont bien de nature a prouver qu il y a communaute de principes entre la machine 
vivaute etl autre ; car si Ton tient compte de toutes les pertes inevitables dans les 
machines a feu et si soigneusement evitees dans la machine humaine, I identite 
de principe est e vidente aux yeux. 

Tons les hommes ne fournissent pas des resultats dynamiques aussi satisfai- 
sants que le sujet observe par M. Him ; il ne faudrait pas se hater d admettre non 
plus que dix-huit ou vinyt centiemes soient la limite superieure que puisse attein- 
dre le coefficient economique de la machine humaine. L habitude, en effet, peut 
smgulierement ameliorer le rendement de 1 appareil musculaire employe comme 
moteur. Occupe d un travail qu un long exercice lui a rendu familier, 1 homme 
sail ne conlracter que les muscles dont le concours est necessaire et dans la me- 
sure indispensable a raccomplissement de sa tache; il reduit au minimum le tra 
vail interieur exige par la mise en jeu de la contractilite musculaire, evite toute 
perte de force, produit alors beaucoup plus et avec beaucoup moins de fatigue, 
utilise enfin une plus grande proportion de la force disponible que lorsqu il entre- 
prend un labeur tout a fait nouveau. Contentons-nous de citer le coureur de pro 
fession comme un des plus beaux exemples de 1 influence de 1 habitude sur le bon 
emploi de la force musculaire. C est un fait general, dit M. Helmholtz, que les 
mouvements compliques qui exigent le concours d un grand nombre de muscle?, 
se font avec beaucoup moins d efforts quand 1 exercice nous a perfectionnes dans 
leur execution. Qu on se rappelle la violence des efforts auxquels se livrent un 
nageur ou un palineur inexperimentes, et 1 aisance que mettent dans ces exercices 
les personnes qui en ont une grande habitude. 

Nature des matieres organiques dont la combustion fournit la chaleur con 
vertible en force motrice. Les substances alimentaires preparees par le travati 
de la digestion et versees dans le torrent circulatoire sont de deux ordres : les 



CHALEUH ANUIALE. 83 

unes, comme les sucres et les graisses, sont uniquement cornposees de carbone, 
d hydrogene et d oxygene ; les autres, connues sous la denomination de matieres 
albuminoides, sont plus complexes, contiennent les trois elements precedents aux- 
quels s ajoute un quatrieme principe, 1 azote ; ces albuminoides forment la base de 
tous les tissus de 1 economie. Toutes sont attaquees dans les capillaires generaux; 
les premieres, les matieres ternaires ou non azotees, sont completement brulees 
et ramenees a 1 etat d acide carbonique et d eau ; les secondes, les matieres qua- 
ternaires ou albuminoides, n eprouvent qu une combustion incomplete, fournis- 
sent aussi de 1 acide carbonique et de 1 eau, et de plus un residu elimine par les 
divers emonctoires, dans lequel se retrouve tout 1 azote qui entre dans leur com 
position. La cbimie est assess avancee aujourd hui pour que de la quantite de ma- 
tiere azotee expulsee par les diverges secretions, on puisse deduire avec certitude 
la quantite (en poids) de substance albumino ide incompletement brulee dans la 
trame des capillaires generaux, il est done toujours possible de determiner pour 
quelle part les albuminoides entrent dans le travail chimique accompli dans les 
profondeurs de 1 economie. On comprend facilement des lors comment on a pu 
s assurer que la quantite de matiere azotee brulee varie avec le regime adopte et 
augmente a mesure que les aliments consommes sont eux-memes plus riches en 
substances albuminoides. 

Quelque perfectionnee que soit son organisation, quelque elevee que soit sa 
place dans 1 echelle zoologique, 1 animal puise, dans la chaleur produite par les 
combustions internes, toute la force dont il dispose ; il peut, selon ses besoins, 
employer cette force sous deux formes. Utilisee directement sous forme de chaleur 
sensible, cette force lui sert a lutter centre les causes exterieures de refroidisse- 
ment , transformee, elle lui fournit toute la puissance mecanique developpee par 
son systeme musculaire. Entraines par la haute et puissante autorite de Liebig, 
beaucoup de physiologistes out professe, jusqu a ces derniers temps, que la force 
utilisee comme chaleur sensible et la puissance mecanique de la fibre muscu 
laire n ont pas la meme origine. Pour eux, la combustion des matieres grasses et 
sucrees du sang fournirait exclusivement la chaleur destinee a entretenir la tem 
perature de 1 animal, tandis que 1 action de 1 oxygene sur la fibre musculaire 
pourrait seule fournir la chaleur convertible en force motrice. Cette tbeorie de 
1 origine de la puissance musculaire, si elle etait vraie, nous ferait assister a ce 
spectacle singulier d un moteur anime, d un muscle, qui puiserait le principe de 
son energie dans la destruction graduelle et incessante de sa propre substance. 

La doctrine de Liebig ne fut pas admise sans contestation ; elle fut combattue 
des son origine par de serieux adversaires. J.-R. Mayer fit d abord observer que 
1 agent de toute combustion, 1 oxygene emprunte a I atmosphere, est mele au sans 
dans les vaisseaux et ne peut que tres-difficilement atteindre la fibre musculaire; 
il montra, en outre, que la combustion de toute la masse musculaire d un homme 
fournirait a peine la quantile de chaleur consommee par la puissance musculaire 
developpee en quatre-vingts jours de travail. Solidement appuye sur ces conside^ 
rations physiologiquee. il resuma ainsi qu il suit ses idees sur 1 origine de la puis 
sance musculaire. 

le foyer dans lequel la combustion se produit est 1 interieur des vaisseaux 
sanguins ; le sang, un liquide brularit lentement, est 1 huile de la flamme de la 
vie. De meme qu une feuille d arbre transforme un effet mecanique donne, la 
tumiere, en une autre force, la difference chimique (raffiuite) ; de meme aussi 



81 CHALEUR AN1MALE. 

le muscle produit un travail mecanique aux de pens de la difference chimique 
consomme e dans les capillaires. La cbaleur ne peut pas plus remplacer les rayons 
du soleil pour la plante qiie I operation chimique pour 1 animal ; tout mouvemenl 
chez un animal est accompagne d absorption d oxygene et de production d acide 
carbonique et d eau; tout muscle aupres duquel I oxijgene ne penetre pas cesse 
d accomplir ses fonclions... Un muscle est seulement un appareil au moyen Ju- 
quel la transformation des forces s effectue, mais ce nest pas la substance par le 
changement chimique de laquelle 1 effet mecanique se produit. 

Gette doctrine de Mayer est en accord complet avec ce que nous avons deja dit 
de la fatigue musculaire, qui n est pas le resultat de I usure de la fibre contrac 
tile, mais est la suite d une simple accumulation de produits de decomposition 
dans le tissu du muscle ; son exactitude est pleinement demontree par une expe 
rience tres-remarquable faite en Suisse, dans les derniers jours du mois d aout 
i 865, par MM. Pick et Wislicenus. 

Partis des bords du lac de Brientz dans la journee du 30 aoiit, ces deux habiles 
pbysiologistes sont monies a pied sur le sommet du Faulhorn, en suivant un sen- 
tier tres-rapide commenc.ant a Iseltwald; 1 ascension dura cinq heures et demie. 
Y compris ses vetements et son baton de voyage, M. Pick pesait 66 kilogrammes, 
et M. Wislicenus 76 kilogrammes. La hauteur verticale du sommet du Faulhorn, 
au-dessus du lac de Brientz, est de 1956 metres. En multipliant la hauteur d as- 
cension par le poids de chacun des observateurs, nous trouvons que, dans cette 
ascension, le travail exte rieur utile est egal a 129096 unites pour M. Fick, et a 
148056 unites pour M. Wislicenus. Ges nombres ne represented que le travail 
de deplacement du centre de gravite des corps de ces deux observateurs suivanl la 
verticale, mais ils sont loin d exprimer la totalite du travail mecanique effectuc 
par leur systeme musculaire pendant 1 ascension. Dans cette evaluation on neglige, 
en effet, le deplacement horizontal du centre de gravite egal a la distance du pied 
de la montagne a la projection de son sommet sur le plan de niveau du lac de 
Brientz; on ne tient aucun compte des mouvements incessanls de balancement de 
la lete, des bras et du tronc, ni des contractions des muscles necessaires pour 
maintenir les diverses parties du corps dans des limites tres-etroites d oscillatiou 
autour de leurs positions d equilibre. Les sentiers des montagnes, meme les plus 
escarpes, presentent des surfaces de niveau et aussi des descentes ; pour traverser 
ces espaces, les muscles des membres inferieurs accomplissent un travail meca 
nique dont il n est pas tenu compte dans le calcul precedent et dont une portion 
se transforme defmitivement en chaleur sensible. 

Si Ton voulait evaluer la totalite du travail accompli par le systeme musculaire, 
il faudrait en outre mesurer la force mecanique depensee par le coeur, le dia- 
hragme et les muscles des parois thoraciques pour entretenir la circulation et la 
respiration pendant les cinq heures et demie d ascension. M. Fick faisait 25 inspi 
rations par minute, et son pouls etait a 120 pulsations par minute; M. Wislice 
nus ne parait pas avoir observe 1 etat de sa circulation et de sa respiration, mais il 
est evident que ces deux fonctions s accomplissaient chez lui dans des conditions 
d acceleration peu differentes de celles de son compagnon de voyage. Malheureuse- 
ment les donnees experimentales manquent pour apprecier avec quelque exacti 
tude la force mecanique depensee par le coeur et par les muscles respiratoires dans 
ces conditions d acceleration de la circulation et de la respiration. Gette force est 
evidemment perdue tout entiere pour le travail exterieur; utilisee pour assurer le 
Jen de cos deux fonctions, consommee par un travail interieur, clle est transfer- 



CIIALEUR ANIMALE. 85 

mee finalement en chaleur sensible qui contribue a elever la temperature du 

corps .. 

En presence de ces considerations, ilestpermis d affirmer que les 1 J9096 uni 
tes et les 148056 unites qui expriment le travail utile d ascension verticale ac 
compli par M. Pick et par M. Wislicenus, ne representent pas plus de la moitie 
de la force mecanique depensee par le systeme musculaire de cliacun de ces deux 
observateurs pendant leur excursion sur les flancs du Faulhorn. 

La veille de 1 ascension (29 aout), a midi, MM. Pick et Wislicenus adopterent 
un regime alimentaire exempt de toute matiere azotee et le continuerent jnsqu an 
30 dans la soiree. Pendant ces trente-rix heures, ils se nourrirent exclusivement 
de gateaux d amidon frits dans de la graisse, de the sucre, de biere et de vin. 
Grace a cette precaution, la digestion ne fournissant plus au sang que des (races 
completement negligeables de substances azotees, il est permis d admettre que 
toule 1 uree expulsee par les urines pendant la journee du 50 aout, etait fournie 
par les materiaux detaches des organes par le mouvement de denutrition. Mais 
tous les produits de cette combustion effectuee pendant 1 ascension n avaient pas 
pu etre elimines par les urines au moment ou les deux observateurs arriverent sur 
le sommet de la montagne; une partie de ces produits etait retenue dans 1 econo- 
mie et n a etc expulsee que plus tard. MM. Pick et Wislicenus ont admis que la 
combustion des tissus effectuee pendant 1 ascension a prodnit i uree expulsee par 
les urines pendant les cinq heures et demie de marche et pendant les six heures 
de reposqui ont suivi leur arrivee au terme de leur excursion. En procedant ainsi, 
ils ont certainement exagere la quantite de matiere azotee brulee pendant qu ils 
gravissaient les pentes escarpees du Faulhorn. De 1 analyse des quantites d urine 
recueillies, ils ont conclu que, pendant les cinq heures et demie d ascension : 

M. Pick a brule 37,17 grammes de matiere azotee dessechee; 

M. Wislicenus a brule 37 grammes de matiere azotee dessechee. 

Dans un travail tres-important sur la chaleur de combustion des matieres orga- 
niques, M. Frankland a demontre qu im kilogramme de substance musculaire 
dessechee, purifiee par Tether et ramenee par combustion a 1 etat d wre e, fournit 
4568 unites de chaleur. II resulte de cette donnee que, pendant leur ascension 
sur le sommet du Faulhorn : 

M. Pick a brule 57,17 grammes de matiere azotee seche qui, ramenes a 1 etat 
d uree par les combustions internes, ont fourni 162,36 unites de chaleur dont 1 e- 
quivalent mecanique est 69005 unites de travail disponibles, et qu en meme temps 
il a produit 129096 unites de travail utile; 

M. Wislicenus a brule 37 grammes de matiere azotee seche qui, ramenes a 
1 etat d uree par les combustions internes, ont fourni 161,62 unites de chaleur 
dont 1 equivalent mecanique est 68689 unites de travail disponibles, et qu en 
meme temps il a produit 148565 unites de travail utile. 

Admettons, pour un instant, que toute la substance azotee brulee ait ete fournie 
par les muscles contractes, et que toute la chaleur developpee par cette combus 
tion ait ete transformee en travail. Le rapprochement des nombres precedents nous 

1 M. Pick evalue a 0,64 unites le travail accompli par le cceur dans une systole ordinaire ; 
d apres les observations de Donders, le travail correspondant a une inspiration ordinaire, 
sera it de 0,63 unites. En partant de ces donnees, I entretien de la circulation et de la respira 
tion pendant les 5 heures et demie d ascension aurait exige une depense de force equivalant a 
31141,5 unites de travail. Mais il est evident que des systoles aussi energiques et des inspi 
rations aussi profondes, ont exige de la part du cceur et des muscles respiratoires, 
de force beaucoup plus considerable. 



86 CHALEOR ANIJ1ALE. 

montre que, meme dans ce cas, la combustion des masses musculaires ne repre 
sent^ que les cinquante-trois centiemes du travail mecanique utile produit par 
M. Fick et les quarante-six centiemes du travail mecanique utile produit par 
M. Wislicenus pendant cette ascension sur le sommet du Faulhorn. 

Mais, ne 1 oublions pas, en ajoutant aux urines rendues pendant 1 ascension le 
produit de la secretion urinaire recueilli pendant les six heures de repos qui ont 
suivi leur arrivee sur le sommet de la montagne, MM. Fick et Wislicenus ont cci-- 
tamement cote trop haul la quantite de matiere azotee brulee pendant que leurs 
muscles etaient en activite. D autre part, dans 1 evaluation du travail musculuire 
accompli pendant 1 ascension, nous n avons tenu compte que du travail utile rea 
lise, du deplacement vertical du centre de gravite des deux observateurs; nous 
avons completement laisse de cote tout le travail mecanique consomme par les- 
frottements, par les contractions du coeur et des muscles des parois thoraciques 
necessaires a 1 entretien de la circulation et de la respiration ; nous n avons rien 
dit de la chaleur sensible employee a clever la temperature du corps et emportee 
sous forme de chaleur latente par 1 evaporation. Nous avons done raisonne dans 
1 hypothese la plus favorable a la theorie defendue par Liebig, et, malgre toutes 
ces concessions, les resultats de la remarquable experience de MM. Fick et Wisli 
cenus nous conduisent irresistiblement a cette conclusion : 

La combustion des matieres albuminoides n a pu fournir moyennement qu en- 
viron la moilie de la force mecanique necessaire pour effectuer le travail exte- 
rieur utile produit par les deux physiologistes pendant leur excursion sur le 
Faulhorn. 

Les recherches de M. Him et de M. Helmholtz demontrent que le coefficient eco- 
nomique de la machine humaine, fonctionnant dans de bonnes conditions, est an 
plus un cinquieme. Appliquant cette consideration aux donnees experimental 
de [ observation de MM. Fick et Wislicenus, adoptant pour exactes leurs determi 
nations relatives aux quantites de chaleur produites par la combustion des ma 
tieres azotees et au travail utile effectue pendant leur excursion, nous arrivons a 
la conclusion suivante : 

La combustion des matieres albuminoides n a pu fournir moyennement qu en- 
viron un dixieme de la chaleur que les combustions internes ont du degager pen 
dant 1 ascension de ces deux physiologistes sur les flancs du Faulhorn. 

A cote de ces fails importants, nous devons citer les interessantes observations 
du docteur M. C. Verloren sur la nourriture des insectes. II a remarque qu a le- 
poque ou ils accomplissent peu de travail musculaire, beaucoup d insectes se 
nourrissent principalement de matieres albuminoides et qu au contraire, leur 
alimentation se compose presque exclusivement de matieres ternaires non azotees 
a 1 epoque ou leur systeme musculaire travaille le plus activement. II cite les 
abeilles et Jes papillons comme exemples d insectes se nourrissant de substances 
tres-pauvres en azote et accomplissant des travaux musculaires tres-conside- 
rables. 

Les resultats de cette longue discussion nous autorisent done a considerer 
comme inadmissible et purement hypothetique, la theorie de 1 origine de la force 
musculaire professee par Liebig. Le pouvoir musculaire ne provient pas exclusive 
ment de la transformation de la ehaleur developpee par la combustion incomplete 
des substances alimentaires albuminoides prealablement assimilees et converges 
en fibres contractites. II reste meme demontre que la chaleur produite par la 
combustion des materiaux azotes du sang est loin de representer, en chaleur, 1 e- 



CHALEUR ANIMALE. 87 

quivalent cle la totalite de la force mecanique developpee par le systeme muscu- 

laire. 

Mais il ne faudrait pas tomber dans une exageration inverse et croire que les 
substances ternaires non azotees sent seules respiratoires, peuvent seules fournir la 
clialeur convertible en travail musculaire. L acide carbonique exhale par les voies 
respiratoires provient, sans doute, en majeure partie, de 1 oxydation des materiaux 
ternaires du sang, mais une proportion notable de ce gaz est certainement four- 
nie par les materiaux albuminoides de 1 economie dont la combustion incomplete 
est attestee par les produits azotes des excretions et des secretions. 

I/experience a d ailleurs demontre depuis longtemps que les proportions de 
matieres ternaires et quaternaires brulees dans 1 economie dependent de la nature 
du reime alimentaire adopte. Les conditions d exercice et de travail restant les 
memes, il -suffit d augmenter la proportion des matieres albuminoides consom- 
mees comme aliments, pour rendre les excretions et les secretions plus riches en 
produits azotes. D autre part, lorsque le regime alimentaire restant le meme, la 
consommation d oxygene s cxagere sous rinfluence d une plus grande activite 
musculaire, 1 exces de combustion porte presque exclusivement sur les matieres 
ternaires ; on doit reconnaitre pourtant que, dans ce cas, 1 oxydation des mate 
riaux albuminoides augmente dans une proportion faible, mais appreciable. 

La chaleur transformee en force mecanique par 1 intermediaire de la contrac 
tion musculaire provient done d une double origine : 1 oxydation des materiaux 
ternaires et la combustion incomplete des elements quaternaires de 1 economie. 
Sans doute la majeure partie de cette chaleur transformee est, dans tous les cas, 
fournie par 1 oxydation des matieres ternaires, mais la part qui revient aux sub 
stances albuminoides varie avec la nature du regime alimentaire adopte. L expe- 
rience de tous les jours le demontre d une maniere incontestable : quelles que 
soient leur nature et leur composition, les matieres alimentaires fournies par le 
regne organique sont to utes .combustibles ; il sufh t que, moditiees, preparees par 
la digestion, elles se melent au sang pour qu elles soient ulterieurement attaquees 
par 1 oxygene emprunte au milieu ambiant par les surfaces respiratoires. En rea- 
lite, les substances alimentaires albuminoides remplissent un double role dans 1 eco 
nomie; une fois introduites dans le torrent circulatoire, elles se partagent en deux 
portions: 1 une est assimilee et sert au renouvellement des tissus; 1 autre est brulee 
en meme temps que les materiaux ternaires du sang et les produits de la desassi- 
milation. Ges combustions internes incessantes sont, pour 1 animal, la source de 
forces disponibles qui lui fournit a la fois, la chaleur sensible necessaire au main- 
tien de sa temperature, et la chaleur transformee en puissance musculaire. 

Dans ces dernieres annees,la question de la combustion des matieres albumi 
noides a ete etudiee avec beaucoup de soins. Des observateurs d un tres-grand 
merite ont constate que chez les animaux surmene s, 1 urine ne contient pas une 
plus forte proportion d uree qu a 1 etat normal ; ils en ont conclu que 1 exercice 
musculaire n exerce aucune influence sur 1 activite de 1 oxydation des substances 
quaternaires de 1 economie. Une semblable interpretation des fails observes nous 
parait au moins prematuree, sinon completement inadmissible. On apris pour 
signe unique de 1 oxydation des matieres quaternaires, la presence de 1 uree dans 
les produits de la secretion renale. Les experiences de M. V. Regnault ont definiti- 
vementetabli qu a 1 etat de repos, tous les animaux exhalent une faible proportion 
d azote provenant de la combustion complete d une certaine quantite de matieres 
albuminoides. N est-il pas probable que, duns le cas d un exercice musculaire exa- 



CHALEUR AN1JIALE. 

gere, la proportion des matieres quatcrnaires completement hrulees et ramenees a 
1 etatd acidecarbonique, d eau et d azote libre est augmented? On comprendalors 
comment, chez les animanxsurmenes, la quantile absolne d uree excretee ponrrait 
ne pas augmenter et meme diminuer, bien que, chez eux, la quantitede matieres 
quaternaires brulees fut plus considerable. Cette queslion doit done etre soumise 
a de nouvelles etudes ; pour la resoudre completement, il devient necessaire de 
tenir compte a la fois des prodnits de combustion incomplete fournie par les excre 
tions et del azote exhale a 1 etat gazeux paries voies respiratoires. 

Nous croyons devoir reproduire ici les principaux resultats des recherches dc 
M. Frankland sur les quantites de chaleur et de force mecanique fournies par lu 
combustion des matieres alimentaires azotees et non azotees. 



ENERGIE EFFECTIVE DEVELOPPEE (EN CHALEUR ET EN FORCE MtCANIQUE) PAP. UN KILOGRAMME 
DE DIFFERENTES MATIERES ALIMENTAIRES ERULEES DANS L oXYGENE. 



NOM 

DES SDBSTANCES ALIMENTAIRES. 


UNITES DE CHALETJR. 


KtLtJCR* 

UMTES 1 
- 
ETAT 
NATDIIEL. 


MMETKES 
IE FORCE. 


EAD 

poim CE.NT. 


ETAT 
NATUREL. 


SEC. 


SEC. 


Pomme de terre 


1013 

4004 
3941 
3936 
3813 
3912 
537 
454 
3348 
6873 
7264 
9107 
9069 
2231 
4439 
1567 
1314 
1980 
1789 
904 
671 
2383 
3423 
662 


5752 

39 7 
57 6 

3984 

5315 
4514 
4545 
6064 
45^20 
4896 
6521 
6460 
5093 


430525 

1701700 
1674925 
1672800 
16-20525 
166-2600 
228225 
184450 
1422900 
2921025 
3087200 
3870475 
5854325 
9i8l75 
1895075 
665975 
558450 
841500 
760525 
384200 
285175 
1012775 
1454775 
281350 


1594600 





X 



1685975 
1604800 





M 

1695200 



2258025 
1918430 
1845775 
2577200 
1921000 
2070800 
2686425 
2745500 
2164525 


75,0 


}) 

)t 


86,0 
88,5 


)) 


)> 

44,0 



70,5 
70,9 
54,4 
70,5 
80,0 
86,5 
62,5 
47,0 
87,0 




Farine 




Farine de riz 




Carotte 


Choux 






Beurre 


Huile de foie de morue. . . . 
Gras de boeuf 


Pain (mie) 


Pain (croute) 


Boeuf (maigre) 




.lanilion (maigre) 


Maquereau 


Merlan 


Blanc d oeuf 


(Euf dur 


Jaune d teuf 


Lait 





Les donnees contenues dans ce tableau sont d une haute importance au double 
point de vue de 1 hygiene et de la physiologie generale. Elles montrent, en effet, 
qu a poids egal et a Yetat naturel, les matieres alimentaires grasses fournissent h 
Teconomie plus de chaleur et de force disponible que les matieres sucrees ou 
amylacees, et ces dernieres plus que les viandes de boeuf, de veau, de pore et de 
poisson. 

Seduits par les theories de Liebig, generalement convaincus que la puissance 
musculaire provient tout entiere de la chaleur developpee par la combustion des 
matieres albumino ides prealablement assimilees et converties en fibres contrac- 
tiles, les hygienistes out fait effort pour modifier profondement le regime alimen- 



CI1ALEUR AMMALE. 

taire des populations ouvrieres ; il fallait a tout prix fonrnir a 1 economie le; 
elements necessaires a la reparation des pertes incessantes occasionnees par la 
contraction musculaire, chercher a accroitre ou <lu moins a maintenir laquantile 
de force disponible de cbaqne ouvrier. Les consequences de la theorie de Liebig 
etaient evidentes, le seul moyen d atteindre ce hut etait de faire predominer de 
plus en plus les matieres azotees, les w andes, dansle regime alimentaire. Ce n est 
pas ici le lieud abordercette grande question d hygiene publique ; les exernples nc 
nous manqueraient pas pour montrer que, dans les pays ou, comme en France, les 
populations ouvrieres consomment une trop forte proportion de matieres alimen- 
taires empruntees au regne vegetal, cette reforme du regime alimentaire, contenue 
dans de justes limites, produit d excellents resultats. 

Ce n est pas seulement de nos jours qne les inconvenients de la privation de la 
viande out ete signales. Les facbeux resultats d nne alimentation exclusivement 
veetale sont tres-nettement indiques dans le passage suivant de Haller qui, pour 
raison de sante, avaitcru devoir se condamner ace regime : in universum tamen 
sunt sua incommoda victu vegetabili. Saape tentavi, obpodagram; ob bilem pn- 
trescibilem, quae fuciebat, ut carnes non ferrem absque agrypnig. Semper send 
debilitatum universum corpus, ad venereminertius, --Dansses remarqua- 
bles lettres sur les substances alimeutaires, M. Isidore Geoffroy-Saiut-IIilaire a 
montre qu en portant atteinte a son activile physique, le regime trop exclusive 
ment vegetal enerve 1 energie morale, affaiblit les facultes superieures de 
I homme. Que de grands faits dans la vie des nations, dit-il, auquel les histo- 
riens assignent des causes diverses et complexes, et dont le secret est au foyer 
des families ! Voyez I lrland* ! voyez 1 Inde ! L Angleterre regnerait-elle paisible- 
ment sur uu peuple en detresse, si la pomrne de terre, presque seule, n aidait 
celui-ci a prolonger sa lamentable agonie? Et par dela les mers, cent quaranle 
millions d lndous obeiraient-ils a quelques milliers d Anglais, s ilsse nourrissaient 
comme eux? Les Brahmes, comme autrefois Pythagore, avaient voulu adoucir les 
moeurs ; ils y out reussi, mais en enervant les itommes. 

Lesbons effets de la presence d une certaine proportion de maliere azotee dans 
les aliments consommes n est done pas contestable et, d ailleurs, 1 observation est 
ici parfaitement d accord avecles indications dc la theorie. Lestissu? des vegetaux, 
comme ceux desanimaux, contiennent a la fois des matieres organiques ternaires, 
nonazotees, et des substances quaternaires, albuminoides ; seulement les ma 
tieres sucrees, grasses et amylacees predominent dans les premiers, et les sub 
stances azotees dans les seconds. Quel que soit le regime alimentaire adopte, 
vegetal, animal ou mixte, les produits prepares par la digestion sont done au I ond 
de meme nature ; une seule chose varie, la quantite absolue et relative de ma 
tieres albuminoides introduite dans le torrent circulatoire. Enfin 1 observation nous 
apprend qu a chaque instant, les parties constituantes azotees des organes, usees, 
ramenees a un etat de simplification qui les rend impropres a 1 entretion des 
Ibnctions, sont rejetees au dehors ; nons.savons, d autre part, que pour faire face 
a ce travail moleculaire incessant de denutrition, 1 animal ne dispose que des ma 
tieres alimentaires azotees qui peuvent, seules, servir au developpement et au re- 
nouvellement de ses tissus. 

Bieu que les matieres alimentaires les plus riches en azote soient en realiie les 
plus nourrissantes , 1 hygieniste doit se garder avec soin de conseiller 1 usage ex- 
clusif des matieres albuminoides; il ne doit jamais oublier que, dans tout leur 
regime alimentaire, les matieres ternaires sout necessairement associees, dans des 



00 CHALEUR ANIMALE. 

proportions convenables, aux substances albuminoides. La science nous apprend 
a^nous tenir en garde centre toutes ces exagerations ; en parfait accord avec les 
resultats de 1 observation, elle nous dit : II faut aux populations ouvrieres 
un regime alimentaire mixte, contenant : d une part, assez de matieres ter- 
naires pour fournir, en chaleur de combustion, toute la force disponible consom- 
mee par les pertes de chaleur et par le travail exterieur; d autre part, la 
proportion de materiaux exigee par 1 entretien d un systeme musculaire puissam- 
ment developpe. 

M. Joule est le premier qui ait fait intervenir les principes de la theorie meca- 
nique de la chaleur dans 1 explication des phenomenes de la vie. Des 1845, dans 
une note de son memoires sur Jes machines magneto-electriques, il attribuait a la 
combustion des materiaux organiques du sang non-seulement la production de la 
chaleur animale, mais encore la production de la puissance mecanique des ani- 
maux. Chaleur et force motrice, tout decoule pour lui des combustions internes ; 
chez 1 animal au repos ces combustions neproduisent finalement que dela chaleur 
sensible; chez 1 aftiima! en mouvement elles produiserit a la tbisde la chaleur sen 
sible et de la force motrice. Dans une conversation avec M. J. Davy, dit-il, j ai 
appris que ce savanl avait pense autrefois qu une partie de la chaleur animale 
etait due au frottement du sang centre les veines et les arteres ; mais qu ayant 
trouve une idee semblable dans le physiologiste Haller, il avait cesse de s en oc- 
cuper. 11 esthors de doute quece frottement produitde la chaleur, mais on doit 
regarder la force mecanique absorbee par le frottement comme produite par la 
combinaison de 1 oxygene et du sang, de telle facon que la chaleur totale da sys 
teme peut toujours etre rapportee a des actions chimiques. Mais si 1 animal etait 
occupe a faire mouvoir une machine ou a gravir une montagne, je pense quen 
proportion de I effort musculaire de pense, il y aurait diminution de la chaleur 
developpee dans le systeme par une quantite donnee d action chimique. 

En 1845, J. B. Mayer developpa ces idees avec beaucoup de clarte et de gran 
deur dans son beau memoire sur le mouvement. organique dans ses rapports avec 
la nutrition. Repoussant 1 idee, defendue par Liebig, d une force speciale dominant 
et reglant tous les phenomenes de 1 economie, J. B.Mayer n admet que 1 interven- 
tion dei action du systeme nerveux et de 1 affmite chimique. Pour transformer 
dit-il, la force chimique en mecanique, les animaux sont pourvus d organes spe- 
ciaux, qui manquent aux plantes, ce sont les muscles. L activite d un muscle 
depend de deux elements : 

1 L influence d un nerf moteur comme condition ; 

2 La transformation de matiere ou la nutrition (les combustions internes) 
comme origine du travail. 

Tout 1 orgariisme dans son ensemble doit etre considere sous deux points de 
vue : le cole psychiqne et le cote physique. II en est de meme de chaque organe : 
le muscle est soumis a 1 influence nerveuse, et il depend de 1 acte chimique. L in 
fluence intellectuelle, sans laquelle le navire ne se mettrait pas en marche ou se 
briserait sur le premier ecueil, ne suftit ni pour virer ni pour avancer ; le mou 
vement a aussi besoin d une force physique, le charbon, sans laquelle le vaisseau 
resterait inerte, quelle que fut la volonte dn pilote. 

A partir de cette importante publication, la doctrine de la transformation des 
forces a defmitivement pris place dans la science physiologique, et son importance 
y devient tous les jours plus considerable. 



CIIALEUR ANIMALE. 91 

Longtemps avant ces publications tie Joule et de Mayer, deux homines do genie, 
dont les travaux tiennent une grande place dans 1 histoire de la respiration, se 
sont montres preoccupes de cette question de 1 origine de la puissance musculaire. 

Dans son beau memoirede 1789, apres avoir mesureTinfluencedumouvementet 
de 1 exercice sur la consommation d oxygene, apres avoir constate que 1 exageration 
des combustions observee pendant le travail ne s accompagneque d une elevation 
sensiblement negligeable de temperature, Lavoisier se livre a des reflexions qui 
montrent quel role immense il assignait aux combustions respiratoires dans les 
phenomenes de la vie. 

Ce genre d observation, dit-il, conduit a comparer desemplois de forces entre 
lesquelles il semblerait n exister aucun rapport. On peut connaitre, par exemple, 
a combien de livres en poids repondent les efforts d un homme qui recite un dis- 
cours, d un musicien qui joue d un instrument, on pourrait meme evaluer ce qu il 
y a de mecanique dans le travail du pbilosophe qui reflechit, de 1 homme de lettres 
qui ecrit, du musicien qui compose. Ces effets, considered comme purement 
nioraux, ont quelque chose de physique et de materiel qui permet sous ce rap 
port, de les comparer avec ceux que fait 1 homme de peine. Ce n est done pas 
sans quelque justesse que la langue francaise a confondu, sous la denomination 
commune de travail, les efforts de Fesprit comme ceux du corps, le travail du 
cabinet et le Iravail du mereenaire. 

Nous avons deja vu comment, dans lesdernieres annees du dix-seplieme siecle, 
J. Mayow avait su tleduire de ses travaux sur la composition du sel de nitre, une 
theorie complete de la respiration et de la calorification ; pour lui, la respiration 
avait pour but de separer un des elements de 1 air, Yesprit nitro-ae rien, de 1 in- 
troduire dans 1 economie, de le meler au sang ; la chaleur animale etait le resultat 
de la fermentation determined par 1 action reciproque de cet esprit nifro-ae rien 
et des parties sulfureuses (combustibles) du sang. J. Mayow ne s arreta pas la 
dans son analyse des phenomenes physiologiques. La contraction musculaire attira 
foilement son attention. Dans son traite De motu-musculari, il demontra 1 ina- 
nite des explicationsdonnees parses predecesseurs ;ilprecisabeaucoupmieux qu on 
ne 1 avait fait avant lui le mecanisme de 1 action du muscle et s arreta definiti vement 
a celte idee que la contraction est le resultat de la reaction reciproque de parti- 
culesde nature diffe rente raises en presence dans 1 interieur du muscle lui-meme. 

Analysant avec une surete et une sagacite remarquables les phenomenes de la 
circulation, il commence par etablir que lesysteme musculaire recoit plusdesang 
arteriel que les autres parties de 1 economie, et que cet afflux continu de sang, 
toujours plus abondant que ne 1 exige la nutrition, augmente pendant les mouvc- 
ments violents du corps ; de ce premier fait d observation bien etabli, il n hesite 
pas a conclure que le sang arteriel apporte au muscle un des elements necessaires 
a la raise en jeu de la contractilite. A 1 appui de cette proposition, il inxoque la 
belle experience par laquelle Stenon avait montre qu il suffit de lier 1 artere nour- 
riciere d un muscle pour faire cesser les contractions volontaires. Pour lui, le 
sang arteriel est riche en particules matrices dont la chair musculaire s empare ; 
ces particules matrices, fixees dans les muscles, sont consommees et incessam- 
mcnt renouvelees par 1 afflux continu du sang arteriel. II se hate de faire observer 
que tout animal engraisse lorsquil est tenu au repos, et maigrit lorsqu il tra- 
vaille. De ce rapprochement, J. Mayow conclut que les particules matrices, cedees 
an muscle par le sang arteriel, sont des substances sulfureuses (combustibles) de 
la nature dela graisse. La consomrmtion de ces particules matrices, de ces ele- 



02 C11ALEUR ANIMALE. 

mcnts siilfureux (combustibles) tin sang angniente clone a mesure quo les con 
tractions muscutaires sont elles-memes plus souvent repetees, plus intenses et 
plus prolongees ; de la resulte la necessite reconnue de proportionner la matiere 
alimentaire fournie aux animaux au travail qu on leur impose; car, ajoute t-il, 
cruoris massa ab alimentis quotidie renovatur. 

Mais la contraction musculaire ne depend passeulementdesparft cw/es matrices 
cedees pur le sang arteriel ; le muscle ne peut entrer en action qu ala condition de 
rester soumis a 1 influence des esprits animaux, car la section ou la simple ligatuiv 
d un nerf suffit pour rendre impossibles les contractions volontaires du muscle dans 
lequel il se dislribue. J. Mayow cherche alors a penetrer la nature de ces esprits . 
animaux distributes a 1 economie tout entiere par les ramifications du systemc ner- 
veux ; il fait effort pour donner une signification precise a cette expression vague 
adoptee par les physiologistes de son temps ; il n hesite pas a affirmer que ces es 
prits animaux ne sont autre chose que des particules de cet esprit nitro-ae rien, 
agent reconnu de toute fermentation, de toute combustion. Dans les poumons, 
1 air cede au sang son esprit nitro-ae rien; le cerveau fixe, emmagasine les par 
ticules d esprit nitro-ae rien du sang que lui apportent les arteres, et, par I iiUef- 
mediaire desnerfs, les distribue a I economie sous le nom d esprits animaux. - 
La contraction du muscle est le resultat du conflit des particutes matrices, sulfu- 
reuses (combuslibles) et des esprits animaux (particules d esprit nitro-aerien) que 
lui apportent, d une part, les arteres et, d autre part, les ramifications nerveuses. 

Si la respiration s accelere pendant le travail, c est que 1 air doit fournir au 
sang une plus forte proportion d esprit nitro-ae rien pour renouveler les esprits 
animaux a mesure qu ils sont depense s. Si 1 animal qui travaille a besoin de 
prendre une nourriture plus abondante, c est que la contraction musculaire en- 
traine necessairement une consommation plus considerable de particules matrices, 
sulfureuses (combustibles) du sang. 

La lecture attentive des travaux de J. Mayow nous autorise, en definitive, a don 
ner les propositions suivantes cornme resume exact de ses doctrines physiolo- 
giques. 

Le sang fournit les materiaux de toute nutrition ; les elements constitutifs du 
sang sont sans cesse renouveles par les matieres alimentaires modifiees, preparees, 
absorbees dans les voies digestives. 

Dans les poumons, fair cede au sang un de ses elements, 1 agent de toute fer 
mentation et de toute combustion, V esprit nitro-ae rien , au moment ou s opere 
ce melange, le sang change de couleur, de noiratre devient rutilant, de veineux 
devient arteriel. 

A quelque periode de son developpement qu on le prenne, 1 animal nepeutcon- 
tinuer a vivre qu a la condition de respirer ; le foetus du poulet respire dans 1 fleuf, 
le foetus du mammifere respire dans la cavite uterine. 

Le placenta est 1 organe de la respiration du fcetus; c est un poumon ute rin. 

La chaleur animate est le produit direct de la fermentation du sang determines 
par le conflit de Yesprit nitro-ae rien et des elements sulfureux (combustibles) 
du sang arteriel. 

La contraction musculaire est le resultat du conflit dans 1 mterieur du muscle 
des elements sulfureux (combustibles) du sang arteriel et des particules d esprit 
nitro-ae rien distributes par les ramifications nerveuses aux masses musculaires 
sous la denomination iTesprils animaux. 

Ainsi done J. Mayow rapporte les trois grandes manifestations dynamiques des 



CIIALEUR ANIMALE. 95 

animaux (la production de chaleur, la coutractilite des muscles, 1 action du sys- 
teme nerveux) a 1 actiou reciproque de \ esprit nitto-ae rien de I air et des matieres 
sulfureuses (combustibles) du sang, c est-a-dire a ce que nous appelons aujourd liui 
\ a f finite chimique. II rejelte toute intervention d une force speciale, imlepen- 
dante, occulte, dans I accomplissement des phenomenes de la vie; sa pensee est 
nettement traduite dans la phrase suivante de sou traite De moLu musculari. 

Quoad artificium autem machinaj animalis, illud in eo consistit, quod paries 
corporis tanta concinnitate formentur, ut a causis vulgaribus effectus plane stu- 
pendi in eadem producantur. 

11 ne faut pas s attendre a trouver dans les publications de J.Mayow les preuves 
experimentales, irrecusables de la verite de ces belles propositions de physiologic 
genei-ale; ajoutons meme qu il serait injuste de les exiger delui. La science, a son 
epoque, n etait pas assez avSncee pour lui permettre d asseoir ses doctrines sur de 
telles bases. Un siecle devait s ecouler avantque Lavoisier vint constituer lachimie 
a 1 etat de vraie science et douner aux physiologistes les moyens de determiner 
avec exactitude le role joue par les actions chimiques dans le travail de la nutri 
tion. Sans donte, les obscurites de langage, les hypotheses gratuites, les expli 
cations inadmissibles, erronees fourmillent dans les divers cents de J. Mayow; le 
jeune et grand chimiste anglais ne peut done pas revendiquer le titre de fonda- 
teur qu on a voulu lui decerner. Mais le fond de sa doctrine physiologiqueest vrai; 
on ne saurait lui contester, dans la science, le rang de veritable pre curseur. On ne 
peut s empecher d admirer tout cequ illuia fallu de rectitude dejugement, de puis 
sance d inluition et de genie pour, avec le peu de materiaux dont il disposait, pe- 
netrer si avant dans 1 analyse des phenomenes de la vie 1 . J. GAVAKRET. 



DE VINARIO (RAYMOND). Une des reputations medicules du qua- 
torzieme siecle, dont la nationalite a donne lieu a quelques debats. Etait-il 
Francois, etait-il ltalien?Suivant Astruc, qui lui consacre un long article (Hist, de 
laFac. de me d. de Montp., p. 195-203), il etait de Vinas, petit village du dio 
cese de Beziers, ou peut-etre du Vivarais et alors il faudrait lire Vivario au lieu 
deVinario. Henschel reproduit les assertions d Astrnc (Janus, 2 me serie, t. II, 
p. 403). Malacarne, de son cote (Deli opere de medici,etc., p. 36, Torino, 178G, 
in4), pense que Chalin etait deVinai, localite celebre par ses bains medicamen- 
teux dans la vallee de Stnra d ou les surnoms de Vinario on Vinadio. Renzi, dans 
sonhistoire de la medecine en Italic (t. II, 85), et Bonino, dans sa biographie me- 
dicale piemontaise, out naturellement adopte 1 opinion de Malacarne. 

Quel est done ce personnage? Suivant quelques auteurs, il fut medecin et cha- 
pelain de trois papes a Avignon, et Marini croit qu il fut medecin de Clement VII 
(1342-1352), le confondant ainsi avec un Raynald de Vivario, qui a aussi ecrit 
sur la peste; etait-ce le meme?... Au total Chalin de Vinario ne nous est connii 
que par un traite sur les terribles pestes du quatorzieme siecle, dans lequel il de- 
crit celles de 1548, 1361, 1373 et 1382. Outre 1 influence siderale, idee clas- 
sique de 1 epoque, il donne encore pour causes les exhalaisons pulrides, la peur, 
la contagion; il a remarque que les persoimes vivant dans la misere, la.malpro- 
.prete, la debauche succombaient en bien plus grand nombre; a la fin de son 
livre, il examine les maladies qui peuvent s unir a la peste et la compliquer. En- 

1 Get article est exclusivement consacre a 1 histoire de la chaleur animale dans I etal phij- 
siologique. L etude de la chaleur animale dans I dtnt pathologique est faite a 1 article THER- 

MOMETRIE. 



9i CHALONNES (EAU JIIKERALE I.E). 

fin chose digne de remarque, il fait voir que ces quatre pestes allerenl toujours 
en decroissai.t d intensite, soil du commencement a la fin d une meme epideniie 
soil d une epidemic a 1 autre. Sa credulite, qu on ] u i a reprochee, est celle de sori 
temps; ainsi I lnstoire qu il rapporte d une bague en topaze, que lui avail envoyee 
e pape, et a 1 aide de laquelle il guerissait les morsures de serpent et les piqures 
de scorpion, prouve on sa superstition, ou bien une basse flatterie, qtioique d un 
autre cote il ne menage guere les courtisans du pontife. Ge livre de la peste, ecrit 
i latin barbare, a ete deterre par le celebre Dalechamp qui le rait en meilleur 
latin et le publia avec un ouvrage de. lui sur le meme sujet : 

De peste Libri III, in quibus etiam c ontinetur Eaymundi Chalin de Vinario de ueste in 
latinam hnguam conversus. Lugd., 1552, in-12. E BG " 

CHALLES (EAU MINERALS DE). Voy. AIX-LES-BAINS. 



(LIONEL) . Ne en Ecosse dans la premiere moitie du dix-buitieme 
siecle, se fit recevoir docteur a Edimbourg, pu i s il alia pratiquer la medecine dans 
la Caroline du Sud, qui appartenatt alors a 1 Angleterre, et se fixa a Charles -Town 
On lui doit un certain nombre de publications et de memoires relatifs surtout aux 
malad.es particulieres, qu il observait dans le climat et la contree, ou il avail 
etabh sa residence. 
On a de lui : 



, 

Caullet de Veaumorel, in Ree. choisi des meM . obs,lic E . ^f fr " P31 

CHAOIETOIV. Voy. CHAUMETTE. 
CHALMOPTERES. Voy. LfiPlDOPTERES. 

(EAU MINERALE DE). Cette source est tres-c 



AE DE. ee source est tres-connue dans le pays 

sous le nom de FONTA.NE SAINTE-MAUR.LLE. Dans le departement de Maine-et-Loir 
dans 1 arrondisseraent d Angers, emerge la source de Chalonnes, dont 1 eau claire 
et limp de laisse deposer sur les parois de son bassin de captage et du ruisse-iu a 
la re^t une couche notable de rouille; elle n a aucune odfur, et I " 1 
sensiblement ferrugineux; sa temperature est de 12,8 centigrade. MM Meniere 
t Godefroy ont trouve, dans 1,000 grammes, les principes suivants : 

icarbonate de chaux ......... Q 043 

magnesie ......... 0^038 

fer ........... 0,012 

man sanese ........ ,030 

Bulfate de chaux ........... Q Q^ 

alumine .......... \\ 0,055 

Chlorure de calcium ........ o o67 

magnesium ....... [ \ 0) o75 



TL, ... ............ U.UlO 

Matiere orgamque ............ 033 

TOTAL BBS MATIERES FIXES ...... \ 50^ 

Si lesauteurs de cetle analyse avaient indique les quantites de sels de s, 
de potasse, on pourrait comparer cetle eau a une eau potable ordinaire No 
disons un mot 1C i que paroe que les habitants des campagnes voisines 1 emp oien 
ssez souvent pour se guenr de certains troubles de leurs organes digest.ls e I 
ieurs maladies ou la fanblesse est le symptome predominant. A R 



CHALVET. 95 

CIMLUMEAIJ. Le ihalumeau, de date tres-ancienne, n a etc applique aux 
determinations chimiques que dans le dernier siecle, et c est aux cbimistes suedois 
qu on est redevable de ce progres. II consiste essentiellement en un tube par le- 
quel on fail arriver sur une flamme, soil par insufflation avec la bouchej soil an 
moyen de soufflets ad hoc, de 1 air atmospherique ou du gaz d eclairage, on de 
1 oxygene niele d hydrogene. La condition essentielle de la construction du chalu- 
meau est que la flamme ne puisse retrograder. Pour cela, le tube qui recoit un 
melange de gaz d eclairage et d air (chalumeau Schloesing) doit avoir 1 centi 
metre 1/2 de diametre, et celui que traverse un melange d hydrogene et d oxi- 
gene ne doit avoir que 1 millimetre. Les gaz destines a se meler dans le tube sont 
renfermes dans des reservoirs separes. 

Le chalumeau ne peut rendre que de faibles services a 1 analyse quantitative; 
mais ii en a rendu et il en rend tous les jours de tres-grands a 1 analyse qua 
litative. D. 

CHALUSSET (EAU MINERALS DE). Voy. BROMONT. 

CHAI.VKT (PIERRE). Jeune medecin qui donnait les plus brillantes esperan- 
ces et qu une mort prematuree enleva a la science. II etait ne a Conberlines dans 
leCantal, le 3 decembre 1850. II avail commence un peu lard ses etudes qu il 
acheva assez rapidemment et s adonna immediatement a la medecine et surtout a 
la chimie qu il poursuivit dans si s applications a la palhologie. Denue des res- 
sources necessaires a ce genre de recberches, il avail transforme sa chambre en 
laboratoire et cree pour son usage une foule d appareils aussi simples qu inge- 
nieux. Chalvet avait ainsi rassemble parties par parties les materiaux d un traite 
de cbimie medicale, dont il n a laisse que les notes. Mais les divers travaux qu il 
a publie sur les miasmes nosocomiaux, sur les disinfectants, travail couronne par 
1 Academie de medecine, sur les alterations des humeurs par les malieres elites 
extractives (dechets de la nutrition des tissus, solubles dans 1 alcool absolu, saui 
I uree), etc., donnaient la mesure de ce qu on pouvait attendre de lui. Dans son 
memoire sur les matieres extractives, entre autres resultats dignes de fixer 1 atten- 
tion et de provoquer de nouvelles recherches, il avait, etabli que, pendant les at- 
taques dites A ure mie, I uree diminue parallelement dans le sang et dans 1 urine 
sansjamais descendre jusqu aux limites inferieures de 1 etat physiologique. Tandis 
que les dechets organiques retenus dans le sang, par le defaut d activite des divers 
emonctoires, deviennent la cause reelle des accidents attribues a I uree. C est qu cn 
effet dans 1 albuminurie, les combustions organiques sont, suivant lui, tellemenl 
ralenties, qu il se fait toujours moins d uree qu a 1 etat normal, en dehors, cela 
s entend, de toute complication. 

Chalvet nomme interne a la finde 1858, recu docteur en 1863, conquit, a son 
premier concours la place d agrege, en 1869, el, quelques mois apres, celle de 
medecin du bureau central. Mais bientot ses travaux excessifs, activerent la marche 
d une phthisie tuberculeuse qui 1 enleva le 9 decembre 1871. 

II a laisse les memoires suivants : 

I. Recherches sur la coloration bleue et verte, qu on observe au voisinage des plaies et 
qu on a souvent con fondue avec la veritable coloration bleue des auteurs. In Bull, de la Soc. 
anat., 2 e serie, t. V, p. 225; i860. II. A propos de la discussion sur I hygiene des 



iaux. In Gas. des h6p., 1862, p. 66, 81, 101, 127. III. Des disinfectants et de leurs appli 
cations a la therapeutique et a I hygiene (cour. par 1 Acad. de med. en 1863). In Mem. de 




. 

I Acad. de med., t. X.XVI, p. 473 ; 1863, in-4". IV. Considerations sur I influence de 
giene dans lapathogenie et le traitement des plaies. Th. de PariSj 1803. V. Note sur les 



06 C11AM.EGE1KON. 

alterations dcs humeitrs par lea matieres ditcs extractives. In Bull, de la Soc. de bint., 
4 serie, t. IV, p. 149; 1867. VF. P/iysiologie ct pathologic de V inflammation. Th. 
- Ml. DCS moyi-ns pratiques d obvier a la mortalile des enfant*. In Ga;. des 
t 1870. E. BCD. 



Ce nom, qui signifie litteralement petit sureau, est applique 
a I Hyeble (Sambuccus Ebulus L.) (voy. SUREAU). 

Le prefixe Chamae, qui veut dire has, couche a terre, est place devant uii 
grand nombrede noms de plantes, pour iiidiquer des especes qui ressemblenta 
ces plantes, niais qui sont plus petites qu elles. Nous signalerons, dans les arti 
cles suivants, celles qui peuvent plus ou moins interesser la medecine. 

DIOSCORIDE. Mat. medic., lib. IV, cap. 149. C. BAUHIN. Pinax T/teatri Botanici. SPBEN- 
GEL. Hisl. Rei herbaria, 192. p L- 

< ii tia I it u, IMS. Nom donne a la Gesse tube reuse (Lathyrus tuberosns 
L., dont la racine renflee a ete nominee Gland. Rumphius a applique Je mot a unc 
variete de I Arachide. p L . 

< EI i >i t it 1 1 ns G est le fraisier, dont le fruit rappelle celui de la Ronce, 
/Saro? des Grecs. On 1 a aussi applique a une variete clu Framboisier. PL. 

4 la \ N s issa s Nom donne par divers auteurs au Lierre terrestre (Gle- 
choma hederacea L.). On 1 a aussi applique a la Bugle, de la meme famille des 
Labiees (Ajitga reptans L.). Quant a la plante a fleurs ameres, designee sous cc 
nom par Dioscoride et Galien, et qu ils disent employee contre les douleurs scia- 
tiques et la jaunisse, elle a ete rapportee par certains auteurs et, entre autres, par 
Sprengel (Hist. Rei herb., p. 181), a YAntirhinum A?arina L. 
DIOSCORIDE. Materia medica, lib. IV, cap. 121. p L 

CHAM.CLEMA. Nom altribue par quelques auteurs au Lierre terrestre 
(Glechoma hederacea L.) 

< IIA>I r< vi AKissi s ou petit Cypres. Ce nom designe 1 espece de Santoline 
la plus repandue (Santolina Chamcecyparissus L.). p L . 

< ii \ n.+:i.i iii\i-:. Petit Daphne ou Petit Laurier. Ce nom a et6 applique a 
di verses especes : 1 au Daphne Laureola L. ou Laureate. C est d apres Ch. Bau- 
hin, a cette espece qu il faut rapporter le Chamcedaphnede Matthiole ; 2 au Daphne 
Mezereon L. ; c est le Chamcedaphne de Lobel ; 5 a quelques especes de Fra^on 
(Ruscus). 

DIOSCORIDE. Mat. medic., lib. IV. cap. cxxxxix. - C. BACHW. Pinax Theatn Botanici. - 
SPRENGEL. Hist. Rei herbaria, 192. p 

< II \M i BHCIS ou Petit Chene. Ce nom a ete egalement applique a un certain 
nombre d especes. Celle qu on designe le plus habituellement ainsi est !a German- 
dree Petit Chene (Teucrium Chamcedrys L.) (voy. GEKMANDREE), de la famille dcs 
Labiees. 

Une autre espece est le Veronica Chamcedrys, de la famille des Scrophularinee; 
(voy. VEROMQUE). Enfm on applique plus rarement cette designation au Dnjus 
octopetala L., de la famille des Rosacees. p. 

CH %>i Lt-Elitov. Nom grec du Tussilage (Tussilayo Farfara L.). 



CHAM/ERITHOS. 97 

CHAM/EHEAGIN IJS. Norn donne parfois au Myrica Gale L. (voy. MYRICA). 

CHAM ELEA on Petit Olivier. Nom donne a une plante basse commune dans le 
Midi, le Cneorum Tricoccum L. PL. 

CHAMELEON. Ce nom etait donne par les ancieus a deux Carduacees a 
feuilles de Scolymus, Tune acaule, 1 autre caulescente, toutes deux remarquables 
par leurs proprietes medicinales et toxiques. On nommait la premiere Chamceleon 
blanc, 1 a litre Chamceleon noir. 

Les auteurs out assez longtemps varie sur la vraie synonymic de ces especes. 
Ciusius et Lemery et, avec eux, la plupart des savants ont longtemps regarde le 
Chamceleon blanc comme le Carlin acaulis L. et le Chamceleon noir comme 
la voriete caulescente de cette meme espece. Mais Belon a bien etabli, ainsi que 
1 amontre recemnient M. Lefranc, que le vrai Chamceleon blanc est le Carlina 
gummifera Lesson, et le Chamceleon noir le Cardopatium corymbosum DC. 
(voy. CARLIME). 

THE OPHRASTE. -- Histor. Plant,, lib. IX, cap. XH. DIOSCORIDE. Mat. med., lib. Ill, cap. x 
etxi. LEFRANC. Sur les plantes conmtes des Grecs sous les noms de Chamteleon blanc et 
de Cliamceleon noir. In Bull. Soc. Botanique de France, t. XIV, 48. PL. 

CHAM ELEUCE. Nom donne par Dioscoride a une plante employee contre 
les douleurs de rein. On a ainsi nomme le Caltha palustris L., de la famille des 
Renonculacees et le Petasites offtcinalis Moench., de la famille des Composees. 

PL. 

C HA M/ENELUill ou Pslite Pomme. Ge nom a ete donne a diverses especes du 
genre Anthemis. Ainsi I Anthemis Cotula L. ou Maroute a ete appelee Chamce- 
melum fetidum ; la Camomille Romaine (Anthemis nobilis) Chamcemelum nobile 
ou romanum. On a de meme designe sous le nom de Chamcemelum vulgare, la 
Camomille commune (Matricaria Chamomilla L.). 

t HIM KMORJJS. Nom d une petite ronce herbacee (Rubus Chamcemorus L.) 
donton mange les fruits dans le Nord (voy. RONCE). PL. 



Pline attribue ce nom au Ruscus aculeatus ou Fraaou 
(voy. FRAGOK). Dalechamps donne le meme nom a une variete du Polygala ordinaire 
(Poly gala vulgaris L.). p L 

<JHAM.E!l r fi>iA. Nom donne a une espece d Euphorbe, que les anciens nom- 
maient Apios et dont Linne a fait [ Euphorbia Apios (voy. EUPHORBE). 

PL. 

CHAM.3EPITYS ou petit Pin. Ce nom a ete donne a une espece du genre 
Bugle (Ajuga). C est VAjuga Chamcepitys Schreb. (voy. BUGLE). Une autre espece 
de ce genre, Ylvette (Ajuga Iva L.) a porte dans les offkines les noms de Cha- 
tncepitys monspsliaca et de Chamcepitys moschata. PL. 

t UAIW Eaumo* Nom donne a deux especes de la famille des Caryophyllees 
qui repondent au Struthium des anciens et donnent toutes deux de la saponine. 
Ce sont: le Gypsophila Struthium L., qui est le Struthium de Dioscoride, et le 
Saponaria offtcinalis 1., qui csl le Struthium de Fuchsius. PL. 

WCT. cur.. XV. 7 



98 CIIAMP.ERLAYNE. 



Nora donne par Tournefort a deux especes de ia 
famille des Ericacees-Rliododendrees ; I Agalea pontica L. et le Rhododendron 
ponticum. 

TOURNEFORT. (Voyage, I, 511 et III, 70). PL. 



Genre de la famille des Palmiers, que nous decrirons a I ar- 
ticle des Palmistes (voy. PALMISTES). PL. 



. Norn donne a ^Euphorbia Chamcesyce L. 

CHAMAL1ERES (EAU MINERALE DE). Voy. ROYAT. 

CHAitlltERET (JEAN-BAPTISTE-JOSEPH-ANNE-CESAR TYRBAS DE), 116611 1779 a 

Chamberet, pres de Limoges, d une Ires-ancienne famille de ce pays. Consent en 
1 an VII, il fut bientot reforme a cause de la faiblesse de sa constitution. Sa famille 
depuis assez longtemps deja, avail ete ruinee, il avail perdu ses parents et de 1 he 
ritage de sa mere il ne lui restait qu une somme de 2,500 francs ; c est avec ces 
maigres ressources qu il entreprit avec ardeur 1 eiude de la medecine a Paris. 
G est la qu il eut pour condisciples lesdeux freresGay-Lussac, Pariset, Villeneuve 
LeSauvage, qui resterent ses amis. Recu docteur en 1808, il fut commission^ 
1 annee suivante,d abord pour 1 Italie, puis pour 1 Espagne, ou les miseres affreu- 
ses, endurees par nos soldats, lui donnerent maintes fois 1 occasion de deployer 
son courage et son humanite. Rentre en France, a pied, en 1813, il fut d abord 
attache a un hopital militaire; mais bientot il reprit du service dans 1 armee 
active, assista au desastre de Waterloo, et apres le licenciement de Tannee de la 
Loire, il revint a Paris et se livra a des travaux de litterature medicale ; il passa 
ensuite comme professeur de physiologie et d bygiene a 1 hopital militaire d in- 
struction de Lille. En 1831, Chamberet accepta la mission d aller etudier en Po- 
logne le cholera qui faisait irruption en Europe ; enfin, quelques annees apres 
(1839), il entrait au Val-de-Grace comme medecin en chef. Chamberet prit sa re- 
traite en 1843, et depuis lors il vecut dans le repos, cultivant eucore avec amour 
les lettres qui avaient fait 1 occupation de sa vie entiere. Ge savant et honnete 
medecin s eteignit au milieu de sa famille et de ses amis, dans le mois de sep 
tembre 1870, a 1 age de 91 ans. 
On a de lui : 

I. Dissertation sur une maladie de la peau disignee sous le nom de prurigo. These de 
Pans, 1808, n 68. II. Obs. sur un abces entre V uterus ct le rectum ouvert sponlanement 
dans cet intestin. In Journ. de Leroux et Corvisart, t. XVII, p. 6- 1809 III Obs sur un 
anevrysme du cceur. Ibid., t. XX, p. 5; 1810. - IV. A collabore au grand Dictionn aire des 
sciences medicales, auquel il a fourni 24 articles, parmi lesquels nous citerons : Galenisme 
Maladie. Paralysie et Paraplegic, Revolution, Syncope. - V. Une serie d articles sur les con 
stitutions meteorologiques et medicales (avec VILLENEDVE). In Journ de I eroux Corvi 
sart, etc 1814 1815 1816 etc. - VI. Plusieurs articles dans V Encyclopedic meihodique, 
dans le Journal complementaire <les sciences medicales, etc. VII Rapport sur le cholera 
morbus de Pologne (ayec . TBACHEZ] . Pads, 1832, in-8. - VIII. La Flora meddle (avec CHAU- 
METON- et PO,R BJ . Pans, 1841-46, m-8, 7 vol. avec 400 pi., fig. peintes par madame PANCKOUCKE 



et J. TORP.N. 



(GuiLLAUMe), ne en 1619, morten 1689. On suit foil peu 
de choses sur ce personnage, qui exerga la medecine a Sliaftesbury et se trouva 
tres-activement mele aux guerres civiles de son temps; il avail embrasse la cause 
royule. II futegalement un poete d un certain meiite; mais tout cela, parait-il, ne 



le meaa guere a la fortune. 



CHAMBERLAYNE. 99 

CH&MBERLAYNE (PIERRE) . On a fort peu de renseignements sur ce medecin, 
qui vivait dans la premiere moitie du dix-septieme siecle. II etudia en An^leterre 
se fit recevoir docteur a Padoue et revint se fixer a Oxford. Nous n avons pu nous 
procurer les litres exacls des deux ouvrages qu il a publics en anglais et qui peu- 
vent se traduire ainsi : Le Medecin des pauvres, ou Le Samaritain ; Apologie 
des bains artificiels. jj JJ R 



ou mieux CHAMBERLEN (LES). G est a cette famille 
d accoucheurs anglais que 1 on doit 1 invention du forceps. Gelte decouverte leur a 
ete contested, et, par suite de 1 ignorance dans laquelle, on est reste longleraps 
sur la veritable forme de 1 instrumenl qu ils employaient, divers auleurs vemis 
apres eux en ont ete consideres comme les veritables auteurs. Mais depuis 1815 
toute discussion est devenue impossible, comme nous allons le voir. 

Les biographes ont donne des delails fort etranges sur les Chamberlen. Le pere 
etait chirurgien-accoucheur, ainsi que ses Irois fils, et c est a Hugnes, 1 un des 
trois, que 1 on attribue, sans preuve aucune, la fameuse invention. On le fait 
mitre en 1664 et son premier ouvrage porte le millesime de 1665 ; onle fait venir 
a Paris en 1670, et il aurait eu alors six ans, ce qui est bien jeune pour un ac 
coucheur ! Hugues, qui parail avoir ete le plus capable et le plus iiistruit de la 
famille, vint, en effet, a Paris en 1670, pour vendre au gouvernement le secret 
de sou instrument, dont il demandait la somme enorme, pour le temps, de 
10,000 ecus. Mauriceau nous a raconte et 1 histoire de ce voyage, et les preten 
tious exagerees du chirurgien anglais, et la deconvenue qu il eprouva dans le seul 
essai qu il ait fait de son instrument sur uae femme atteinte d une deformation 
Ires-considerable du bassin. Mauriceau avail declare 1 extraction du foetus impos 
sible, et Chamberlen echoua comme on 1 avait predit. II alia voir ensuite 1 illustre 
accoucheur Parisien, qui lui donna son livre pour le traduire en anglais. A son 
retour a Londres Hugues traduisit, en effet, le traite d accouchements de Mauri 
ceau, et, dans la preface, on trouve ce passage relatif a la fameuse decouverte- 
Mon pere, mes freres et moi, seuls en Europe, par la grace de Dieu et notre 
Industrie, avons trouve et pratique le moyen de delivrer toutes les femmes, alors 
que la tete, par suite d une disposition particuliere, ne peut passer, et cela sans 
inconvenient pour elles ni pour leurs enfants. Par suite de circonstances di- 
versemenl racontees, ce meme Hugues etant alle en Hollande, trafiqua de son 
secret avec le celebre Roonhuyseu, et quelques personnes croient meme qu il ne 
lui fit connaitre que le levier. Quoi qu il en soit, sans empieter sur ce qui sera dit 
1 occasion du forceps et de son historique nous devons raconter, en quelques 
mots, comment au commencement de ce siecle, on a acquis la connaissaiice du 
secret de celte famille. 

L un des trois freres, Pierre Chamberlen, avail achete, en 1683 la terre de 

Woodham, pres de Walden, dans le comte d Essex, el qui resla en sa possession 

jusqu aux environs de 1715. A cette epoque elle passa en d autres mains. Un siecle 

apres, en 1815, le possesseur de cette propriete, trouva dans une cachetic mena- 

sous le plancher, une collection de vieilles medailles, de bijoux de lettres 

adressees par P. Chamberlen a divers membres de sa famille et enfin pl usieurs in 

struments obstelricaux. Ces derniers ayant ete donnes a M. Carwardin, celui-ci en 

it genereusement present a la Societe medico-chirurgicale de Londres. D apres 

lormede ces divers instruments on peut suivre les progres et les modifications 

successives apportes par les Chamberlen a leur invention. C est d abord un 



100 CIIAMBON (EAU MIMERALE DE). 

simple levier fenetre, puis vienneut deux branches unies par un pivot qui est 
rive ; dans une troisieme forme le pivot est libre et peut etre rec.u dans une ouver- 
ture correspondante de 1 autre branche; enfin dans une quatrieme forme, qui 
semble etre le point de perfection auquel le forceps soit arrive entre les mains des 
inventeurs, un cordon passant par deux trous serre et fixe 1 instrument quand il 
est en place. Telle est sans contestation possible 1 invenlion des Cbamberlen. 

A ce que nous venons de dire se borne a peu pres tout ce que Ton sail de cer 
tain sur celte famille, on sait aussi, et Mauriceau le constate, qu ils acquirent une 
fortune tres-consiclerable par la pratique de leur art et I emploi de leur secret. 

On a de Hugues Chamberlen : 

I. Practice of Midwifery. Lend., 1665, in-8. II. Translation of Mauriceau s Midwifery. 
Ibid., 1683, in-8, 8" ed., ibid., 1775. E. BCD. 

CHAMBOX (EAUX MINERALES DE). Dans le departement du Puy-de-D6me, dans 
I arrondissement d Ambert, dans la commune de Chambon, emergent cinq sources 
qui ont regu les noms de source de la Pique, de source d au-dessus de Vouas 
siere, de source de la Garde, des deux sources de Chaudefour, et de source 
chaude du Ravin. 

1 Source de la Pique. La source de la Pique a son griffon au bord d un petit 
ruisseau qui coule au-dessous du hameau de Vouassiere; son eau, claire, limpido 
et transparente, sort des interstices d un rocher, sur lequel elle laisse un depot 
ferrugineux. Son gout est agreable; des bulles gazeuses, en grand nombre, la 
traversent et viennent s epanouir au-dessus du verre qui la contient ou s attacher 
a sesparoisinterieures. Elle n apas d odeur; sa temperature estde 12 centigrade. 
1,000 grammes de cette eau, analysee par M. Nivet, professeur a 1 Ecole secon- 
daire de medecine de Clermont-Ferrand, ont fourni les principes suivants 

Bicarbonate de chaux 0,5892 

soude 0,5709 

magnesie 0,1820 

lei quant, niiiume. 

Chlorure de sodium 0,0500 

Sulfate de soude ............ traces. 

Silice 0,0600 

Perte 0,0663 

TOTAL DES MATIERES FIXES 1,5184 

2 Source d au-dessus de Vouassiere. Cette source emerge sur la rive droite 
du ruisseau, au pied d un escarpement granitique. Son eau, un peu* moins ga- 
zeuse que celle de la source de la Pique, a a peu pres les memes caracteres phy 
siques que cette derniere. Elle n a jamais ete chimiquement examinee. 

3 Fontaine de la Garde. La source qui alimente cette fontaine emerge a une 
assez petite distance de la route qui conduit au Mont-Bore, au milieu de prairies 
ou elle se mele a des suintements d eau ordinaire. II est difficile, dans ces condi 
tions, de pouvoir rendre compte de ses proprietes physiques et chimiques. Ce qu on 
sait le mieux, c est que le degagement tres-abondant d un gaz qu un examen 
sommaire a decouvert etre de 1 acide carbonique, a lieu au point ou elle sort de 
terre. 

4 Sources de Chaudefour. Les deux petites fontaines de Chaudefour, ali- 
mentees par les deux sources de ce nom qui sortent entre le terrain primitif et le 
trachyte, ont une eau purlaitement limpide, quoiqu elle laisse deposer aussi une 
couche notable de ronille. Des bulles de gaz la traversent sans cesse, et conlri- 



CHAMBON. 

bnent a rendre agreable cette eau .lont la saveur est pourtant manifestement 
ferni"ineuse. L eau des sources de Chaudefour n a jamais ete analysee. 

5 Source chaude du Ravin. Snr le Lord droit du meme ru.ssenu et a 
50 metres de distance en suivant son cours, au milieu dune excavation naturelle, 
emei-e une source dont 1 eau est couverte par les crues du ruisseau a la suite 
des pluies de 1 hiver ou des orages. L aspect de cette eau fumante, son gout, s 
caracteres physiques et chimiques, et sa temperature, la rapprochent beaucoup de 
celle des sources du Mont-Dore (voy. MONT-DORE}. Les habitants de la con tree en 
font usage a 1 interieur, dans les maladies qui sont le plus ordmairemer 
gnees a la station du Mont-Dore. 

EMPLOI THERAPEUTIQUE. Des six sources de Ghambon, une seule, eel 
Pique, est surtout employee. La description sommaire "que nous venous de faire 
de son captage et de son amenagement indique qu aucun etablissement n exis 
aupres d elle, etque son eau est exclusivement administree en boissou. Les pei 
sonnes affectees de chlorose, d anemie, ou des troubles causes par ces deux etats 
palhologiques, trouvent aupres de la source de la Pique, dont elles ingerent d 
cinq a dix verres tous les matins, une amelioration ou une guerison qu il faul 
attribuer aux principes ferruginenx dissous dans cetle eau minerale fortemei 
carbonique. 

Le defaut du captage de la source hyperthermale du Ravin n a ,]usqu 
permis d utiliser son eau en bains ou en douches. Son action efficace a Imlerieur 
dans les maladies stomacales et surtout bronchiques, ou les eaux du Mont-Dore 
sont indiquees, fait esperer qu un jour un petit etablissement thermal utiliser 
eaux chaudes de la source du Ravin de Chambon. 

Duree de la cure, soumise au caprice des buveurs. 

On n exports pas les eaux athermales ou hyperthermales et fortement carbo- 
niques de Chambon. A. ROTUREAU. 

BIBLIOGBAPHIE. - L E coQ (H.). Le Mont-Dore et ses environs. Chambon, Clermont-Ferrand 1 
1855, ln-8. NIVET (V.). Dictionnaire des eaux minerales du departement du Puy-a 
Ddm e. Clermont-Ferrand, 1846, in-8. 



(JOSEPH), ne a Grignan, en 1647. Personnage singulier, coureur 
d aventures, quelque peu charlatan, Ires-habile medecin d ailleurs et fort savant 
bomme, doue de mille qnalites remarquables, Joseph Chambon meriterait d etre 
assez longuement etudie; nous sommes oblige icidenous borner aux traits prmci- 
paux de son existence fort agitee. II fut regu docteur a la Faculte d Avignon, et 
vint ensuite se fixer a Marseille. II y cut une querelle, grave sans doute, mais dont 
aucun biographe ne donne le detail, qui le forc,a a s expatrier. II visita I ltahe, 
1 Allemagiie, puis la Pologne, ou ses talents le designerent, comme medecin, au 
choix du roi Jean Sobiesky. II le quitta bientot, et se rendit en Hollande pour y 
etudier les doctrines de Paracelse et de van Helmont. II acquit, des lors, cette repu 
tation de medecin hermetique que lui donne 1 abbe Lenglet du Fresnoy, et qui le 
preceda ou le suivit en France ou il revint bientot. Fagon le recut avec unegrande 
distinction, se fit son protecteur etvoulutle faire agreger a la Faculte de^mede- 
cine. Toujours fort severe sur ce chapitre, plus severe encore a ce moment a cause 
de divers proces qu elle avait a soutenir, la Faculte refusa 1 agregation, et Gham 
bon dut se faire recevoir bachelier et licencie. Mais, avant de lui donner le bonnet 
de docteur, la Faculte voulut lui faire promettre de ne point delivrer de remedes 
parliculiers, ou, comme nous dirions aujourd hui, de remedes secrets. En veritable 



2 CII. UIBOJN DE MONTAUX. 

eleve de Paracelse, Chambon possedait nne foule de recettes toutes plus merveil- 
leuses les unes que les autres ; il refusa de se soumettre an desir de la Faculte, 
s engageant seulement a ne delivrer personnellement aucun des remedes qui se 
tiouvaient chez les-apothicaires. La Faculte tint bon de son cote, refusa le bonnet 
de docteur, et il fallut un arret du Parlement qui permit au protege de Fagon 
d^exercer la medecine avec le simple titre de licencie. II acquit bien vile unegrandc 
reputation et une clientele tres-lucrative. Mais un seigneur napolitain ayant ete 
mis a la Bastille, Chambon fut designe pour lui donner des soins; et voila que, non 
content de lui rendre la sante, il veut encore lui rendre la liberte. II redige un 
memoire, et le fait presenter a Louis XIV; malheureusement ce memoire attaque 
le due de Savoye et 1 enfant gatee du roi, la duchesse de Bourgogne; si bien que, 
sur la demande de celle-ci et un peu grace a 1 influence de cette bonne madame de 
Maintenon, notre medecin est condamne a la Bastille, ou il reste deux annees. 11 
en sortit pauvre, decourage, sans clientele, et se retira en Provence, ou, sur la 
recommendation du comte de Grignan, il fut nomme medecin des galeres a Mar 
seille. En 1705, il donna des soins a la fille de madame de Sevigne, madame de 
Grignan, qui mourut rapidement de la petite verole. Cette mort, dit-on, affecta 
beaucoup Chambon, ou peut-etre compromit-elle sa position; toujours est -il qu il 
quitta Marseille et se retira a Grignan, aupres d un de ses freres, doyen du chapitre 
de cette ville. On ne sait pas 1 epoque precise de sa mort; tous ses bioraphes 
s accordent a dire qu il vivait encors en 1752, epoque ou il aurait eu, par conse 
quent, 85 ans. Ses ouvrages sont autant ceux d un physicien que d un medecin; ils 
sont assez singuliers et ne manquent pas de quelque merite. En voici les litres : 
I. Principes de physique, rapportes a la medecine pratique. Paris 1711 in 12 
. Trente des metmtr et des mineraux et des remedes qu on en pent tirer Ibid 1714 
Suite des principes de physique rapportes a la medecine. Ibid 1714-1716 
01 " H. MR. 



BE MONTAUX (NICOLAS), ne a Breuvannes (Haute-Marne) en 
1748, mort a Paris en 1826. Apres avoir termine ses etudes a Paris, Chambon 
alia se fixer a Langres, ou il exerca la medecine pendant quelques annees En 
1780, il revmt a Paris, s agregea a la Faculte de medecine et fut nomme medecin 
dela Salpetnere. C etait un homme instruit, tres-repandu et justemcntconsidere 
Aussi, en 1792, Pelion ayant refuse la mairie de Paris, Chambon fut-il nommi 
maire a une grande majorite. D un caractere modere, penchant beaucoup plus 
ote de la Gironde que de la Montagne et nullement ambitieux, il n accepta 
qu a regret ces perilleuses fonctions. Ce fut lui qui, le 11 decembre 1792 fut 
charge de sigmfier a Louis XVI 1 arret de la Convention qui le mandait a sa barre 
c est dans sa voiture que le roi fut conduit de la prison du Temple a la salle de 
la Convention. Chambon cessa d etre maire de Paris le 13 fevrier 1793 il ne fut 
jamais depute a la Convention. Dans son Histoire dela Revolution,^. Thiers 
confond le maire Chambon avec Chambon, ancien tresorier de France depute de 
la Lozere, et qui fut tueen 1793. Nous avons cru utile de relever cette erreur 
Apres avoir quitte la mairie, le medecin Chambon rentra complement dan. la 
vie pnvee et repnt 1 exercice de son art, qu il a exerce jusqu a sa mort. Comme 
beaucoup de ceux qui avaient joue un role pendant la grande revolution il fut 
attaque sous la Bestauration et n eut pas de peine a se defendre et a se diiulper 
Chambon prend, dans quelques-uns de ses ouvrages, le titre de premier medecin 
des arme es; nous n avons pas pu savoir jusqu ici d ou lui venait ce titre- dans 
tous les cas, il ne parait jamais avoir rempli les fonctions qu il comporte. 



CHAMBRE CLAIRE. 103 

On n de lui : 

I. Traiie cle I Anthrax ou de la pustule maligne. Neuchatel, 1781, in-12. -- II. Maladies 
dcs [emmes en couches et a la suite des couches. Paris, 1784, in-12, 2 vol. III. Mala 
dies des fdles, pour servir de suite aux maladies des / "emmes. Ibid., 1785, in-12, 2 vol. - 
IV. Des maladies de la grossesse. Ibid., 1785, in-12, 2 vol. -- V. Maladies, des filles, des 
femmes et de la grossesse, et maladies chroniques a la suite des couches, 2 edition, avec 
correct, et addit. d articles qui n ont pas paru dans dans les pr6cedentes. Ibid. 1799, in-8, 
jj vol. VI. Des moyens de rendre les hdpitaux utiles a I instruction. Ibid., 1787, in-12. 
VII. Traite de la fievre maligne simple et des fievres compliquees de malignite. Ibid., 
1787, in-12, 4 vol. - VIII. Observations clinicce, curationes morborum, et phenomena 
ipsorum in cadaveribus observata, referentes. Ibid.. 1789, in-4. IX. Maladies des en- 
fants. Ibid., 1798, in-8, 2 vol. X. Eecherches sur le croup. Ibid., 1806. -- XI. Traite 
de I education des moutons. Ibid., 1810. in -8, 2 vol. XII. Lettre a M. C., sur les calom- 
nies repandues centre moi, comme maire de Paris, et renouvelees de ce temps. Ibid., 1814, 
j n go _ XIII. Comparaison des effets de la vaccine avec ceux de la petite-ierole inoculee 
par lamethode des incisions. Ibid., 1821, in-8. H. MR. 

CHAM5BRE (Dfi LA). Voy. CUREAU. 

CHAIHBRE CLAIRE ou CAMERA LUC1DA. Get appareil invente par 
Wollaston, en 1807, permet de preudre des vues de paysage, de monuments ou 
de dessiner fidelement des objets observes au microscope. 

Le principe decet appareil consiste a fairearrivcr a 1 ceil, suivant des directions 
paralleles, des rayons emanes directement de la feuille de papier sur luquelle on 
veut reproduire 1 image et des rayons emanes de 1 objet a reproduire et qui, en 
realite, parviennent dans une autre direction, ou qui, s ils arrivent parallelement 
aux rayons directs, sont a nne trop grande distance de ceux-ci pour pouvoir 
penetrer avec eux dans 1 oeil, a travers la pupille. 

S ll s agit de dessiner un paysage vivement eclaire", on peut se contenter de 
placer entre la feuille de papier et 1 oeil une lame de verre a faces paralleles incli- 
nee a 45 sur 1 horizontale et dirigee vers la partie que Ton veut reproduire. On 
pourra voir, directement a travers la lame, le papier et la pointe du crayon, et Ton 
verra, par reflexion, 1 image du paysage qui semblera etre horizontale et placee 
au-dessous de la lame de verre. En interposant une lentille convenable sur le 
trajet des rayons emanes du paysage avant qu ils ne rencontrent la lame de verre, 
1 irnage pourra sembler a la meme distance que celle a laquelle se trouve le 
papier, et Ton en pourra suivre les contours avec le crayon : sans cette precaution, 
1 ceil ne pouvant s accommoder a la fois pour les deux distances, il ne serait que 
difficilement possible de reproduire 1 image obtenue. 

On concoit que cette disposition presente divers inconvenients, au premier rang 
desquelsilfaut placer la faible intensite de 1 image vue par reflexion, meme avecun 
eclairage assez fort. Le meme inconvenient ne se presente pas si Ton fait usage, 
au lieu de la lame de verre, d un prisme rectangle isocele dont une face est 
placee verticalement en face de 1 objet a reproduire que nous supposons envoyer 
des rayons horizontaux ; ces rayons se reflechissent totalement sur la face hypo 
tenuse sur laquelle ils arrivent en faisant un angle de 45, superieur a Tangle 
limite, et sortent du prisme verticalement sans subir de deviation a leur passage 
a travers la face horizontale. On pourra recevoir ces rayons qui donneront une 
image assez vive ; si Ton a place I osil au-dessus de 1 arete du prisme, tandis que 
ces rayons penetreront par une moitie de la pupille, des rayons emanes du papier 
surlequel on doit dessiner arriveront directement a 1 oeil a travers 1 autre moitie. 
On verra done a la fois sur le papier 1 image et la pointe d crayon, et Ton pourra 



CHAMBRE NOIRE. 

smvre les contours des objets ; il va sans dire que, comme dans le cas prcmleut 
il aura fallu obvier a la difference des distances ; d autre part, il importe qu il n J 
ait pas une trop grande difference d intensite Inmineuse duns les deux faisceaux 
rayons qui arrivent a I ceil. On arrive a peu pres a 1 egalite en interposant sur 
le trajet du faisceau le plus eclairant des verres teintes en bleu. 

En realite, dans la chambre claire de Wollaslon, le prisme employe est a ba<e 
quadrangulaire ; la face hypotenuse du prisme que nous venons d etudier est 
remplacee par deux faces faisant entre elles un angle de 135,. cbacune d elles 
etantinclinee de 67 | snr la face adjacente. La theorie est tout a fait semblable 
le que nous avons donnee, si ce nest qu il y a deux reflexions totales une sur 
cnacune de ces nouvelles faces, et que, par suite, 1 image est redressee. 

Des modifications diverges out etc apportees a la disposition de la chambre claire 
suivant les usages auxquels on la destinait. Nous citeronsentre aulres la chambre 
claire d Amici dans laquelle les rayons subissent deux reflexions successes- 1-, 
premiere se prodmt sur un miroir metallique qui les renvoie sur une lame ck 
verre a faces paralleles sur laquelle ils se reflechissent de nouveau, mais alors oar 
reflexion totale. Pour avoir une lame dont les faces soient bien paralleles Amiri 
employa t un prisme d un petit angle qu ,1 coupait perpendiculaireme nt au 
areles et dont il superposaitles deux moities. 

La chambre claire est d un usage frequent pour obtenir la reproduction de, 
objets observes au microscope ; on peut employer avantageusemerit dans cecas 
la chambre claire de Nachet dans laquelle les rayons venant du papier, sub ss 
deux reflexions totales sur les deux faces opposees d un prisme ! base paralleT 
gramme, tandis que les rayons venant de 1 objet arrivent en ligne droite a I ttil 
en traversal une lame de verre a faces paralleles, lame obtenue en accolant su, 
1 une des faces du prisme precedent, un autre petit prisme dirige dans le sens 
oppose mais ayantle raeme angle. 

Pour tout ce qui regarde le mode demploi de la chambre claire dans les ofcer- 
vations microscopiques, nous renvoyons au mot MICROSCOPE. C.-M. G.^ 



KOIWS ou CHAMBRE OBSCURE. Get appareil est destine 4 
recueillir sur un ec.an 1 image reelle d objets eclaires que 1 on desire reproduire 
en general par le dessin ou la photographie. Son invention est aLbuee i 
J.-B. Porta (Magie naturelle, 1560). 

La cbambre obscure reduite a sa forme la plus simple consiste en une chambre 
hermet quement fermee (fig. 1) dans 1 un des volets de laquelle on a perce une 
tres-petite ouverture Les obj^ls eclaires. sUues en face de cette ouverture se trou- 

!1" 3 1 S SUr ri PP S e U SUr Un ^ Cran; ils sont mis en Perapectiye 

1 Vvn.t f "H ?, " S maiS renVerS& Le Prillci ^ e SUt " lec l ud est ^ 

1 exph a hon de cette expenence est celui de la propagation de la lumiere en ligne 

droite: de chacun des points lumineux qui constituent 1 objet que Ion veut 
reproduire part, entre autres, un rayon qui va passer par I ouverture que nous 
avons mdiquee et va eclairer sur la paroi opposee un point s.tue en ligne droilo 
avec le point lumineux et I ouverture. Tous les rayons ainsi consid^res se croi^ent 
a cette ouver ( ure etc est cet entre-croisement qui produit le renversement de 
1 image. On peut dire encore que les rayons emanes d un corps lumineux et 
passant par 1 ouverture constituent un cone dont la seconde nappe formee par 
les prolongemen s des rayons qui constituent la premiere, se trouve dans la 
chambre obscure; en conpant ce cone par un plan, on a une imoge luminense 



CIIAMBRIi NOIRE. 



105 



semblable a celle que Ton aurait obtenue en coupant la premiere nappe par un 
plan parallele, c est-a-dire semblable a la perspective du corps lumineux. 

II est facile de voir quo, dans la production de ces images, les grandeurs lineaires 
de 1 image et del objet sont proportionnelles aux distances de jl orifice a laparoi 
sur laquelle se fait 1 image et a 1 objet. 

Pour que 1 image reeile formee sur la paroi soit visible, ilimporle que les rayoin 
recus par cette paroi soient diffuses dans toutes les directions avec une intensile 





Fig. 1. 

suflisante; il faut done que celte paroi soit autant que possible blanche, et quo 
sans etre rugueuse, elle ne soit pas une sur face polie. Mais il faut en oulre quo 
1 intensite des rayons qui vienneiitfrapperla paroi ou se produit 1 image soit assez 
considerable. Cette derniere condition est incompatible avec une ouverturo 
tres-petite par laquelle penetrent les rayons ; on est done conduit a augmenter les 
dimensions de cette ouverture, et taut qu elle n est pas tres-yrande les images 
formees sont assez nettes. Pour expliquer ce fait, Maurolycus (De lumine et umbra, 
1573) faisait remaiquer que de cliaque point de 1 objet partun cone de rayon 
ayautpour base 1 orifice par lequel c.es rayons penetrent dans la cbambre obscure. 
Chacun de ces cones est coupe par la paroi opposee suivant une figure lumi- 
neuse semblable a cet orifice, de telle sorte que si 1 orifice est un cercle ou un 
triangle, a chaque point de 1 objet correspondant sur 1 ecran un cercle ou un 
triangle eclaire; la superposition de ces figures eclairees donnera une image par 
di] fusion de 1 objet, image qul pourra etre suffisamment nette si ces cercleson 
ces triangles de diffusion sont assez petits. 

On ne pourrait cependant augmenter notablement les dimensions de 1 orifice 
sans que 1 irnage ne devienne tres-confuse. On arrive a obtenir une nettete suffi- 
sante en meme temps qu une clarte assez grande en plagant une lentille conver- 
gente dans 1 ouverture. En donnant a cette lentille un grand diametre, on peut 
recueillir un grand nombre de rayons lumineux, d une part; et comme, apeu. 
pres, toutse passede meme que si les divers rayons concouraient au centre optique 
de la lentille, on evite les cercles de diffusion. Gette lentille a rec,u le nom 
A objectif. 

L emploi de la lentille n est pas cependant sans presenter aussi quelques incon- 
venients ; il y a lien de se preoccuper des aberrations de sphericite que 1 on corrige 
a 1 aidedediapbragmes eten employant des lentilles d une faible amplitude, et des 



106 CHAMBRE NOIRE. 

aberrations de refrangibilite qne 1 onevitepar remploidelentillcsacbromatiqnes. 

Mais, en outre, on congoit que 1 image d un objet produite par une lentille 
se produit a une distance de cette derniere, conjuguee de la distance derobjeta la 
lentille, de telle sorte que pour un objet donne, 1 ecran devra se trouver a une 
distance determined de 1 objectif. Si done on a des objets a diverses distances, il 
sera impossible d obtenir en meme temps une image nettede chacun d eux ; c est 
la un inconvenient auquel on ne peut remedier. Remarqnons toutefois que lorsque 
les objets sont situes a une certaine distance de 1 objectif, les rayons qui arrivent 
vers celui-ci peuvent etre regardes comme sensiblement paralleles, et, a partir de 
cetle distance, les images vont toutes se former sur le plan focal principal l et 
sont nettes pour toutes les distances plus considerables. 

Dans 1 experience que nous avons citee, si la paroi ou se forme 1 image est 
translucide, si c est une lame de verre depoli, uneieuille de papier huile, 1 image 
reelle formee sur cet ecran est visible de 1 exterieur, a la condition que 1 intensite 
de la lumiere ambiante ne s oppose pas a ce que cette image puisse etre percue: 
elle est fort nette si, a 1 exterieur, 1 observateur se trouve dans une obscurite a 
peu pres complete. 

On conceit que lorsque 1 image reelle est produite sur la paroi, on peut 
en suivre les contours avec un crayon et faire le dessin de 1 objet. On se sert 
quelquefois, a la campagne, de la chambre obscure pour reproduire un paysage. 
Dans ce cas, Tappareil consiste en une tente faite d etoffe opaque et dans 
laquelle se trouve placee, horizonlalement, une planchette sur laquelle on lend 
un papier. Au sommet de la tente est une ouverture dans laquelle est enchassee 
1 objectif au-dessus duquel est un miroir ou un prisme a reflexion iotale, qui fait 
tomber sur la lentille les rayons dans une direction convenable, en meme 
temps que, par suite de la reflexion, les images sont redressees ; la distance de la 
planchette a 1 objectif doit etre egale a la longueur focale de cette lentille et peut 
varier dans de certaines limites. 

Dans quelques cas, on emploie un prisme a reflexion totale dont la face d inci- 
dence et celle d emergence sont taillees suivant des surfaces spheriques de maniere 
a eviter 1 emploi d une lentille. 

Le plus souvent I observateur se trouve en dehors de la chambre obscure dont la 
paroi opposee a 1 objectif est formee par un verre depoli; c est lecas des appareils 
specialement employes pour la photographic. L objectif est en general compose de 
deux lentilles achromatisees dont on peut faire varier les distances ; 1 une de ces 
lentilles pouvant etre mue a 1 aide d un pignon et d une cremaillere, on peut ainsi 
faire varier la distance focale du systeme dioptrique. L ecran en verre depoli fait 
partie d une sorte de tiroir glissant dans la partie anterieure de la boite qui 
forme la chambre obscure et peut ainsi se placer a distance convenable de 
1 objectif; quelquefois cet ecran est relie a la partie anterieure par des parois 
a soufflet qui permettent de plus grandes variations de distance. Pour observer 
rimage il faut se placer derriere 1 ecran, et se placer la tete sous une etoffeepaisse 
qui empeche la lumiere directe exterieure de masquer 1 image vue par transpa- 

1 La formule des lentilles convergentes 

donne / = ; si done on a i=Ky, il vient l =%; c est-a-dire que la distance de 1 image 

au plan focal principal est K fois plus petite que la distance focale, si la distance de 1 objet au foyer 
est K ibis plus grande que cette distance focale, 



CHAMEAUX, 107 

rence ; on faitalors mouvoir soil les leutilles, soit 1 ecran jusqu a ce que 1 image soiL 
nette. L appareil esi alors mis au point, et Ton pent remplacer 1 ecran par une 
plaque sensible sur laquelle se dessinera photographiquement 1 image que 1 on 
avait observee sur 1 ecran. 

Dans certains cas, un rairoir incline a 45 sur 1 horizontale est place sur le 
trajet des rayons lumineux, avant que ceux-ci aient rencontre 1 ecran. Ces rayons 
sont alors rejetes verticalement vers le haut, et 1 image se produit sur un ecran 
horizontal place, par rapport au rairoir, dans la position symetrique de celle 
qu auraitoccupee 1 ecran vertical. L image etant ainsihorizontale, peut se retracer 
facilement par le dessin, surtout par ce fait que la reflexion 1 a redressee. 

C.-M. G. 

CHAMBRES DE L EIL. On appelle chambre anterieure 1 espace compris 
entre la cornee, d une part, et d autre part, la face anterieure de 1 iris et la partie 
du cristallin qui correspond a 1 ouverture pupillaire. Elle contient I humeur 
aqueuse. On a appelejusqu a ces derniers temps chambre poster ieure un pretendu 
espace limite en avant par la face posterieure de 1 iris et en arriere par la face 
anterieure du cristallin. Maintenant qu il est avere, que le cristallin et 1 iris sont 
en contact, on reserve le nom de chambre posterieure a un petit espace triangu- 
laire situe vers le bord dn cristallin et compris entre la face posterieure de 1 iris, 
la partie anterieure des proces ciliaires et la zone de Zinn. 



(L). Medecin francais, qui vivait dans la seconde moitie du dix- 
septieme siecle. II a public un : 

I. Traite du scorbut. Londres, 1683, in-12, dans lequel il preconise le lait comme le remede 
le plus efficace centre cette maladie. A. D. 

t IIAMEAI x. Le chameau de Bactriane ou chameau a deux bosses (Camelus 
bactrianus) espece principalement repandue en Asie, et le dromadaire ou chameau 
a une bosse (C. dromedarius) qui est actuellement employe dans une grande 
partie de 1 Afrique, constituent un genre de mammiferes ruminants, avoisinant 
celui des Lamas, animaux americains ; reunis a ces derniers, ils forment la famille 
des Camelides. 

Les chameaux (g. Camelus) et les Lamas (g. Auchenia), manquent de comes ; 
ils ont constamment une paire d incisives et une paire de canines a la machoire 
superieure ; leurs canines inferieures, sont ecartees des incisives, ce qui n a pas 
lieu chez les autres ruminants, et une partie de leur panse presente des especes 
de loges ou godets, auxquels on a donne le nom de reservoirs a eau ; leurs me- 
tacarpiens principaux sont soudes en canon, mais sans que la synostsse descende 
tout a fait jusqu aux poulies digitiferes; leur scapho ide des pieds de derriere 
n est pas sonde au cubo ide, el, ils ont les quatre extremites phalangigrades, ce qui 
signifie qu au lieu d appuyer sur le sol par 1 extremite de leurs phalanges ongueales 
seulement ils le font par les trois pbalanges de chacun de leurs doigts ; quand au 
nombre des doigts, il est de deux seulement pour chaquepied, et les doigts existant 
repondent aux troisieme et quatrieme des animaux quinquedigites ; il n y a au- 
cune trace des autres, nieme chez les fetus. 

Les camelides sont des mammiferes de grande taille, surtout les chameaux, et 
ils sont a la fois intelligents et doux ; aussi I homme a-t-il trouve parmi eux des 
auxiliaires tres-utiles. 

Les chameaux sont particulierement caracterises par leur tete elargie dans la 



1 08 CHAMEAUX. 

region interoculaire ; leur levre superieure est fendue, leurs narines n ont pas de 
nindo ; lenr cou est long el recourbe ; leur dos est surmonte d une ou de deux 
bosses grai.^cuses et leurs.dents molaires, au nombre de six a la machoire supe- 
i ieure, et de cinq a 1 inlerieure, sont appropriees au regime herbivore. Us out des 
callosites a la poilrine, aux coudes et aux poigiiets ainsi qu a la rotule et au talon 
et c esc sur ces callosites qu ils reposent. Leurs mamelles sont au nombre de quatre. 

Quoique les chameaux adultes n aient qu une seule paire d incisives supe- 
neures, on trouve chez les jeunes animaux de ce genre une seconde paire de 
dents de meme sorte et une troisieme chez leur fetus, ainsi que j ai eu 1 occasion 
de le constater. Ces deuxieme et troisieme paires d incisives n existent que pour 
la premiere dentition. 

Compares aux autres ruminants, les chameaux ont quelque chose d elrange, 
mais Ton se rend, bien compte de la singularite apparente de leurs caracteres, si 
on etudie certaines especes fossiles egalement herbivores, qui les relient aux por- 
cins, tandis qu ils constituent eux-memes la liaison de ces especes e teintes avec 
es ruminants pourvus de cornes. Ces animaux actuellement aneantis, oat ete 
particulierement enfouis dans les depots tertiaires de 1 Amerique septentrion.ile. 

Les dimensions des chameaux depassent celles des lamas, et ces ruminants sont 
a cause de leur force, ainsi que de la docilite de leur caractere des animaux d une 
grande utilite pour rhomme. Leur poil, leur lait, leur chair, et jusqu a leur 
fiente, qui sert d engrais et Iburnit le sel ammoniaque, les rendent egalement 
precieux. 

Ce sont surtout les mahometans, qui se servent des chameaux, et ils les ont con 
duits avec eux sur tous les points ou s est etendue leur puissance. Les peuples de 
1 extreme Orient en tirent aussi un parti avantageux et 1 on emploie des chameaux, 
dromadaire ou chameaux de Bactriane, depuis la Senegambie jusqu en Chine. C est 
principalement dans les contrees arides, telles que les immenses deserts de 1 Afri- 
que ou les steppes de 1 Asie que ces animaux offrent un avantage marque sur les 
chevaux et les boeufs, cequi tient a leur sobnete, a la facilite avec laquelle ils sup- 
portent la soif, ainsi qu a la possibilite dont ils jouissent de marcher longtemps et 
sans fatigues, au milieu des sables. L appareil gaufre de leur panse leur permet de 
se passer de boire, et Ton assure qu a 1 occasion les Arabes, voyageant en cara- 
vanes, ne se font pas scrupule, lorsque les liquides leur manquent complement, 
d eventrerdes chameaux, pour se procurer 1 eau accumulee dans la portion dela 
panse de ces animaux a laqu elle on a donne le nom de cinquieme estomac. La 
privation d aliments agit neanmoins sur les chameaux en les emaciant, pour ainsi 
dire, mais 1 eau leur rend presque instantanement 1 apparence de sante dont ils 
jouissaient au depart ; aussi lorsque ces animaux arrivent aupres de quelque foil- 
taine, boivent-ils une quantite enorme de liquide, qui, en penetrant leurs tissus, 
leur rend 1 embonpoint qu ils avaient perdu et opere en tres-peu de temps une 
telle transformation dans leur apparence exterieure, qu on a parfois de la peine a 
reconnailre ceux qu on avait pour monture quelques instants auparavant et a les 
distinguer des autres. 

Le rut modifie momentanement le caractere des chameaux. Les males devien- 
nent rebelles ; une sueur grasse s ecoule de leur occiput; leurs llancs suintent 
egalement, et ils ont un gonflement particulier de la gorge, qui ajofite a ce que leur 
apparence offre en elle-meme de bizarre. 

Ces ruminants ne figurent guere dans 1 Europe centrale et occidentale qu a litre 
de curiosites ; on a cependant essaye, mais sans succes, de les acclimater sur cer- 



CHAMOIS. 109 

points pour les y employer; ils n ont pas davantage reussi en Amerique et 
en Australia; mais on a recours a eux dans plusieurs pays de 1 Europe onentale, 
linsi cme daris une grande partie de 1 Asie et de 1 Afrique. 

Comme nous 1 avons deja fait remarquer, le charaeau a deux bosses est prmci- 
nalementune espece asiatique. On le suppose originaire de la Bactnane (pays actucl 
des Usbecks) d ou lui vient le nom de Camehis bactrianus ; le dromadaire est 
I contraiiv plus repandu en Afrique ou 1 on en distingue deux races, 1 une sur- 
tont employee pour le transport des fardeaux, I autre qui sert de monture. Gette 
derniere recoil plus particulierement le nom de Mehari. Le mot dromadaire rap- 
pelle d ailleurs que le chameau a une bosse est un animal de course. 

Si repandu que le dromadaire soit de nos jours sur le continent africam, il a une 
oriine etrangere a celte partie du moride; c est un animal d Arabie, et il n a 
eteconnu des figyptiens que par suite de leurs relations avec les Hebreux. Encore 
n a-t-il pas des cette epoque prospere sur les bords du Nil. En effet il ne figure 
pas sur les monuments de 1 ancienne Egypte, et Desmoulins qui a fait heaucoup de 
rechercbes a cet egard, croit qu il ne se trouvait pas encore dans la meme contree 
lors de la domination grecque; cependant Galien, qui vivait au deuxieme siecle, 
nous apprend que des chars atteles de dromadaires etaient en usage de son t 

a Alexandrie. 

G est avec les Arabes et conduit par eux, que le dromadaire esl 
Afrique et ce sout eux qui 1 ont repandu sur une etendue si considerable du 
meme continent. II est en eflet certain, que les Garthaginois ne le possedaient pas, 
et 1 Algerie ne le rec.ut qu apres 1 epoque de Belisaire. 

Les Romains combattirent pour la premiere fois des cavaliers monte 
chameaux dans la guerre centre Mithridate. 

Les animaux, dont nous veuons de nous occuper, sont remarquables, par pli 
sieurs particularites anatomiques imporUnles. Gelles que fournit le squeletle re 
sident dans la conformation du crane, dans la forme des vertebres, du cou dont les 
trous destines a 1 artere vertebrale, ont une disposition speciale. Leur sternum 
est notablement elargi a sa parlie posterieure, ce qui repond a la callosite propre a 
cette partie du thorax et leurs membres different a plus.eurs egards de ceux des 
autres ruminants. On trouvera la description du squelette du chameau dans le 
cliapitre que de Blainville a consacre au genre Camelus dans son Osteograpbie. 

Les especes de Camelides intermediaires aux chameaux et aux Lamas que Ton 
Irouve iossiles dans les depots tertiaires de 1 Amerique septentrionale formaient 
plusieurs genres a part, dont la diagnose est donnee dans 1 ouvrage de M. Leidy 
sur le Nebraska. Au contraire on a observe dans 1 Asie, parmi les animaux etemts 
de la foune miocene des monts Himalayas, des camelides du genre des chameaux 
proprement dits; ils ont ete signales pour la premiere fois par MM. Baker et Du- 
rand. Quant a 1 indication de semblables animaux, parmi les tossiles de 1 Europe, 
qui a ete donnee par plusieurs paleonlogistes, elle ne s est pas confirmee. 

P. GERV. 

CHAMILLE. Synonyme de CAMOMILLE (voy. ce mot). 

< si %MOIS Sorte de ruminant de la famille des Antilopes, qui est, avec le 
s-u-a de Tartarie, la seule espece de cette famille qui vive actuellement en Europe 
Cet animal est repandu dans les Pyrenees et dans les Alpes, mais on 1 
aussi en Orient, sur un petit nombre de points. II acquierl une tailU .oyei 



110 CHAMO.m ( EAU MORALE DE) . 

un pen plus de i metre en longueur, et 90 centimetres environ de hauteur au 
devant; c estl ^^e rupicapra des auteurs. II se distingue princ ipa- 
it par la forme et la position de ses cornes, qui sont mediocres, lisses sur la 
plus grande partie de leur surface, faiblement annelees a la. base, rapprochees 
lei autre, droites d abord, puis recourbees en arriere vers lapointe, ou elles 
termment en hamecon. Ces cornes existent chez la femelle aussi bien o 
chez le male. 

^ Le chamois est regarde par les naturalistes actuels comme constituant un genre 
a part, auquel on a conserve le nom de Rupicapra. II a le pelage ronx brun & lave 

e jauMtre, est plus clair en ete et plus fonce en hiver, a la gorge et le de ssous 
du corps pales, et porte une bande noiratre au-dessus des yeux. Ses formes sont 
elegantes, et, quoi qu on en ait dit, il ne ressernble que tres-peu aux bouque- 
tms ou aux chevres, a la tribu desquels il est merne etranger ; encore moins se 

lele-t-ilaces ammaux, comme le supposaitBuffon, qui, voulant expliquer 1 omine 

des chevres, admettait que le bouquetin serait le male dans la race originaire de 

ces ruminants et le chamois la femelle. Cette opinion, qui, toute S ingulie ? re qu elle 

est, reste hen au-dessous , en fait d exageration, de celles que soutiennent sur 

litres points certains transformistes de nos jours, ne repose sur aucun fonde- 

1 1 M 1 1 1 , 

Le^chamois se tient dans les lieux peu accessibles, a une elevation considerable 

* pres de la region des neiges qu il aborde frequemment. II est agile, saute avec 

soup lessede rocher en rocher, se joue sur le bord des precipices etne se lais 

que difficjlement approcher; aussi sa chasse est-elle remplie d obstacles. Sa chair 

istimee; sa peau sert a faire.des tapis ou des vetements grossiers, et les tou- 

.stes, particu ierement ceux qui visitant les glaciers de laSuisse, recherchent ses 

devoyae - Lescharaoisn ont e 



Geux des Alpes re 9 oivent plus particulierement le nom d Isards. On a pen^e 
quelquefois qu ils constituaient une espece differente des chamois des PyrS 
e on leur a donne le nom de Rupicapra capella. Les chamois de cette 



Les chamois etaient autrefois plus repandus qn ils ne le sont maintenant ce erne 
demontre la presence des debris fossUes qu ils ont laisses dans pEurs pal 
de la France, particulierement dans le Perigord et dans la montagne S ams 
qu en Bdgiqne et en Allemagne. Leur plus grande extension paraU avoir concord 
a ec celle des rennes, dont les ossements, provenant d nfdividus u U 
1 l.omme, se rencontrent aussi dans une grande partie de 1 Europe. P G Tv 



Voy. PEAUX. 
ou C HAM ^ , ou 



, ou AM ^ , ou cHAWoraix (E AU MINERALE DE ) . Ather- 
male, sulfuree calcique faible, azotee moyenne. Dans le departement d P l a 
Haute-Savoie, a 20 kilometres de Sall.nches, a 1 2 kilometres de Saint G^va 
ce mot), est un gros bourg peuple de 2,500 habitants, situe a i 052 metres 
dessus du niveau de la mer . La vallee de Chamounix , situee en face du mont Blanc 
au sud-est de Bonneville, est arrosee par le haul Arve. Ses immenses -laciers 



CHAMOUSSET. HI 

formes d eaux qui descended du mont Blanc, sont connus des voyageurs qui visi- 
tent 1 ancien Fauciguy. La Mer de Glace, qui a une superficie de plus de 8 kilo 
metres; les glaciers des Bossons, des Bois, etc., sont les excursions accoutumees 
des nembreux touristes qui, tous les ans, sejournent ou passent a Chamounix. La 
source emerge au milieu de la vallee d un sol exclusiveraent calcaire ; son eau est 
conduite parun tuyau debois, a environ un kilometre, au petit etablissement mi 
neral de Chamounix, ou on eleve sa temperature au moyeu de serpentins qui la 
chauffent au degre des bains ou des douches. L eau de Chamounix est claire, lim- 
pide et transparente ; son odeur est franchement hepatique; sa saveur est fade, 
et son arriere-gout, un peu sucre ; sa temperature est de 12,5 centigrade. Son 
analyse chimique, faite par Pyrame Morin, pharmacien a Geneve, a decouvert 
dans 1 ,000 grammes d eau les principes suivants : 

Sulfure de calcium 0,0412 

Bicarbonate de soude 0,1435 

Sulfate de c.haux 0.0503 

soude 0,1064 

Chlorure de potassium O.U047 

sodium 0,0076 

Oxvde rouge de fer 0,0040 

Silice 0,0037 

Glairine (seche) 0,05-29 

TOTAL DES MATIEFIES FIXES 0,3943 

Gaz azote 19 centirn. cubes 65. 

EMPLOI THERAPEUTIQUE. L emploi therapeutique de 1 eau de Chamounix est 
mal connu. Le voisinage de Saint-Gervais, dont les eaux out une grande analogic 
de composition elementaire, et qui sont mesothermales ou hyperther males, a 
jusqu ici empeche 1 application suivie des eaux qui alimentent le petit etablisse 
ment de Chamounix. A. R. 

CHAMOUSSET (Cl. Humbert PIARRON de). Philanthrope pratique qui se rat- 
tache par trop de cotes a la medecine pour que nous ne tenions pas a honneur de 
faire figurer son nom a cote des plus eminents de noire profession. Ne a Paris, en 
1717, d un conseiller au Parlement, il entra d abord dans la Chambre des comp- 
tes, mais entraine par un zele ardent pour le soulagement de ses semblables, il 
se livra a des etudes medicales assidues et, sans prendre le titre de docteur, il ac 
quit dans les sciences accessoires, botanique et chimie, en medecine et meme en 
chirurgie des connaissances tres*etendues. Maitre d une fortune considerable, il en 
fit le plus noble et le plus genereux emploi. Sa maison fut transformed en hopital 
et la, aide de quelques chirurgiens, il donnait ses soins aux pauvres malades, 
pratiquant, lui-meme, et avec une grande habilete les petites operations, que leur 
etat necessitait. Bien souvent, au depart, il leur donnait une indemnite egale au 
salaire dont la maladie les avait prives. Le seul delassement qu il se permit etait 
la musique qu il cultivait avec beaucoup de gout. Ce veritable homme de bien 
mourut Ie27 mars 1775, a peine age de 56 ans, trop tot pour le bonheur de 1 hu- 
manite a laquelle il avait cons ere sa vie. 

L un des premiers il soutint le systeme des hopitaux avec lits separes pour 
chaque malade; il en avait fonde chez lui le modele. C est a lui que Ton doit 
1 idee des associations de secours mutuels, etablies non pas seulement, comme les 
corporations, en vue des interets industriels, mais de maniere a s assurer a 1 aide 
dune cotisation hebdomadaire insignitiante, des secours en cas de maladie. Mal- 
heureusement cette conception mal soulenue par la societe frivole de cette epoque 



1^ CHAM PIER. 

n eut pas le succes qu il en attcndait. (Test sur ses plans que fut cieee el organised 
la petite poste de Paris. II avail propose la fondation d un Mont-de-Piete siir les 
bases les plus equitables el les plus avantageuses pour les malheureux. La liberte 
du commerce des grains avail encore fait 1 objet de ses recherches, on n en finirait 
pas si Ton voulait enumerer ses diverses etudes loujours en vue du bonheur de 
1 humanite. 

Ses nombreux memoires, les plans qu il avail si laborieusement prepares, otil 
ele rassembles el mis au jour dix ans apres sa morl par 1 abbe Cotlon des Hous- 
sayes sous le litre: OEuvres de M. de Chamousset, contenant les projets d huma- 
nite, de bienfaisance etde patriotisme, pre ce de es de son e loge, dans lequel on 
trouve une analyse suivie de ses ouvrages. Paris, 1783, iu-8, 2 vol. 

E. BCD. 



Chirurgien francais, vivait dans la premiere moitie du dix- 
huitieme siecle, II a public un : 

Traite des operations de chirurgie, avec un traite de toutes les maladies du corps hu- 
main. Amsterdam, 1739, 5 vol. in-8. \ D 



(RENE). Ce medecin distingue, praticien habile, a surloul etc si- 
gnale a 1 attention des biographes par Dom Galmet, sou compatriote. Nous ne pou- 
vions mieux faire que de copier ie savant bibliophile (Biblioth. de Lorraine- 1 751 
iu-Iol., p. 166, 167). 

Rene Charles, originate de Preny-sur-Moselle, docleur en medecine, et profes- 
seur royal dans la Faculte de Resancon, a compose el fail imprimer un grand 
nombre d ouvrages concernant la medecine, donl il a eu la polilesse de nousVaire 
present. 

I. $ua:stiones medicce circa Thermos Borbonienses , quas propugnavit D. Antonus Despoil 
Borboniensis, medicines licenciatus, die IQaprilis, 1721. Besangon, 1721, in-8. II Q t ta>s- 
liones medico; circa acidulas Bussanas, quas propugnarit Franciscus iosephus Pat/en Ju 
seiensis, die \ martii, 1758. Besangon, in-8. III. Observations faites par M. Charles 
professeur et medecin, sur les cours de venire et de dysenteric gui regncnl dans quel- 
ques endroits de cette province, 26 octobre 1741, i n -4 -- IV. Observations sur les diffe- 
rentes especes de fievres, et particulierement les fievres putrides, malignes, et epidemiques 
etstir les pleuresies qui ont regne en Franche-Comte depuis qitelques annees, 1745, inV 
V. Lettre dun professeur en medecine de I Universite de Besancon a un cure de la cam- 
pagne sur la toux et les rhumes epidemiques. Besangon, 1743. vi. Observations sur la 
malache contagieuse qui regne en Franche-Cornle parmi les baeufs ct les vaches Besancon 
1744, iti-4. VII. Qucestiones medicce circa fonlex medicates Plumbarice, quas propiiqna- 
vit D. Claudius Maria Giraud. Ladosalmensis, M. Bened., die Ujum 1745. A. C. 



(SYMFHORIEN). G esl M. Allul, de Lyon, qui, dans uu livre ma- 
gnifique, sorti des presses de Louis Perriu (Etude biographique et biblioura- 
phique sur Symphorien Champier. Lyon, 1859, in-SJ, nous a bien fail con- 
naitre eel etoniianl persomiage ; c esl lui qui a marque avec precision la part 
que ce fecond ecrivain a cue dans le mouvement intellectuel de la fin du quinzieme 
siecle et de la premiere moitie du seizieme, en defendant sa memoire centre les 
abominables atlaques de J.-C. Scaliger, eu rehabililant dans la pensee des mo- 
deriies un horame a peu pres oublie, et qui avail rempli le raonde de son nora 
et de sa renommee. 

En effet, dil M. Allut, Champier etonna nos peres par sou vaste genie et par 
la variete iufinie de ses connaissances. Vaillanl soldat, homme de cour, poli, 
elegant dans ses formes el sou langage, admiuistrateur habile et devoue" a la 



CHAMPIER. 113 

chose publiqne, etjusqu a la fin praticien consomme; ecrivain infatigable, abor- 
dant toutes les questions, traitant tous les sujets avec une incroyable facilite ; 
medecine, philosophic, theologie, droit civil, histoire ancienne et moderne. 

Champier, cela est incontestable, occupe une place fort distinguee parmi tous 
ces bommes meritants, qui aides de 1 incessante aetivite de 1 esprit humain, de 
1 emigration des Grecs chasses de Constantinople, de 1 invention de 1 imprimerie, 
de la decouverte de I Amerique, out employe leur vie entiere a etudier, a com- 
menter, a traduire les autenrs anciens, a corriger les livres vicies par 1 ignorance 
des copistes, a s aifranchir, en ce qui regarde la sante si precieuse a 1 homme, de 
la tyrannic et de la barbarie des Arabes, et a donner le dernier coup a la routine 
scholastique du moyen age. 

D ailleurs, deux actes honorent a jamais Champier, et ils sutfiraient pour con- 
server sa memoire parmi nous. L un est la part qu il a eue a la fondation du 
college de la Trinite de Lyon, en 1527 ; 1 autre, la generosite qu il mit a constituer 
le corps medical en societe ayantses reglements, ses devoirs, ses privileges, reu- 
nissant sous la meme discipline et sous une surveillance reciproque, toutes les in- 
dividualites eparses dans une grandeville, et qui exercaientla medecine au gre de 
leur caprice, de leur ignorance et de la routine. Qu on Use le De quadruplici vita, 
on Champier parle de tout, medecine, theologie, philosophic, astrologie judiciaire, 
histoire, et on trouvera, dans cet opuscule, imite du De triplici vita de Marsile 
Ficin, et imprime des 1 annee 1507, les elements de cette association qui ne 
devait pas se realiser sur-le-champ, mais qui fut comme le berceau des societes 
de medecine de Lyon. 

II nous est impossible de donner ici, meme d une maniere ecourtee, la liste de 
tous les ouvrages de Symphorien Champier, de cet homme extraordinaire, tout a 
la fois poete, soldat, magistral, chevalier, medecin des princes, agrege aplusieurs 
Universites, theologien, historien, bolaniste, echangeaut le silence de son cabinet 
contre le tumulte des camps, la robe et le bonnet de docteur centre le corselet et 
le heaume, la plume contre 1 epee ; ferraillant a la journee d Agnadel ; gagnant 
ses eperons a la bataille de Marignan ; arme chevalier en plein champ de bataille 
par le due de Lorraine, agrege triomphalement a la celebre Universite de Pavie ; 
connu et recherche de tous les savants de son temps, des rois, des princes, des 
prelats ; s egarant dans une foule de productions completement etrangeres a la 
profession, mais revenant sans cesse, comme malgre lui, vers 1 art peonien, 
comme il appelle la medecine ; ne tout bonnement dans la bourgeoisie, mais sans 
cesse preoccupe de parchemins genealogiques, achetant a bons deniers comptants 
la seigneurie de La Faverge pour pouvoir se dire seigneur terrier, se substituant 
d une maniere regrettable au nom et aux armes de la noble maison de Cbampier, 
en Dauphine, usant de mensonge flagrant pour s enter sur la maison illustre des 
Campege. 

C est a 1 admirable livre de M. Allut qu il faut recourir pour connaitre a fond 
toutes les oeuvres de ce medecin, qui atteignent le nombre cent, lesquelles se re- 
commandent par leur grande rarete, sont toutes remarquables par le luxe et 1 ele- 
gance de leur execution typograpbique, par la beaute du papier, par les magni- 
fiques capitales ornees, et les gravures sur bois qu on y a prodiguees, en un mot, 
[Jar la reunion d une foule de details qui font de ces vieux livres d admirables 
specimens de Tart encore a son berceau ; sans compter qu ils sont generalement 
baptises d un litre original, cxcellente enseigne pour le succes d un livre : La 
nef des Princes et des batailles de noblesse; la nef des Dames vertueuses; 
DICT. ENC. XV. 8 



114 CHAMPIGNONS. 

Rosa Gallica; Clysterium Campi; tcs Lunettes des Cyrurgiens; le Myroueldes 
Cyrurgiens; Preciosa Margarita; Symphoma Gakno; et Hippocratis; Sym- 
phonia Platonis cum Arislotele, et Galeni cum Hippocrate, etc. 

Symphorien Champier, qui etait ne vers la fin de 1 annee 1471, a Saint-Sym- 
phorien-le-Chatel, gros bourg du Lyonnais, aujourd hui Saint-Symphorien-sur- 
Coisne, mourut, tres-probablement, en 1557. Son pere, Claude Champier, etait 
un bourgeois no I able de ce lieu ; sa mere etait une Marguerite Girard. De sa 
femme, Marguerite Terrail, il eut deux fils, nommes Antoine et Claude. 

A. C. 

CHAMPIGXEIJLLE (EAU MiKERALE DE). Cette source, connue aussi sous le 
iiorn d eau de CROCZILLE, emerge dans le departement de 1 Yonne, dans 1 arron- 
dissement de Joigny, dans la commune de Champigneulle. L eau de cette source 
contient du fer et snrtout du manganese, au dire des membres du conseil d hv- 
giene et de salubrite de Joigny; M. Henry (Ossian), qui en fit 1 analyse en 1855, 
ne trouva dans cette eau que des traces insignifiantes de fer et des traces douteuses 
de manganese. Confiante dans les resultats obtenus par le chef de son laboratoire 
sur 1 eau ou les depots de la source transported, 1 Academic de medecine n a point 
autorise 1 exploitation de la source de Champigneulle. Les medecins, et surtout 
les habitants de la co ntrce, n en persistent pas moins a trouver a cette eau mine- 
rale une vertu analeptique et reconstituante qu elle montre, cbaque annee, sur 
les buveurs qui viennent lui demander la guerison de troubles fonctionnels de 
1 estomac, consecutifs a 1 existence d une anemie profonde ou d une chlorose an- 
cienne et confirmee. A R 



BIBLIOGRAPHIE. HsxHt (Ossian). Analyse chimique de I eau de la source de Champi 
gneulle (Yonne). In Bull, de I Acad. imp. de medecine, t. XXII, p. 505 et Rapport sur lean 
d une source decouverte a Champigneulle. In Revue bibliographique des Annales de la 
Societe d hydrologie medicate de Paris, annee 1857-58, p. 18 de la Revue bibliographique. 

A. R, 



(? campi champs, production champetre ?) en latin fungus 
(0707705, eponge *), d ou le synonyme FUNGI NES, qu avec la plupart des auteurs 
nous emploierons quelquefois comme synonyme de S ARC ODES pour designer les 
champignons qui offrentun corps charnu, spongieux, c est-a-dire compose de fila 
ments tubuleux, diversement contextes pour constituer un corps ou une mem 
brane, en opposition avec les A-SARCODES qui sont exclusivement composes de 
filaments libres et non contextes. En grec, M0x- fis , pux- fl ro; , d ou la terminaison 
mycetes S1 sou vent,... trop souvent employee; d ou Mycologie, la science des 
champignons et mycologues ceux qui la cultivent, etc. ; enfin, MYCOIDES* que 
nous emploierons pour designer des groupes voisins (CHYTRIDES *, FERBEMTS*, MYXO- 
MYCETES*, etc.) longtemps confondus avec les champignons vrais qui, munis 
d un mycelium, pourraient, par opposition, etre appeles MYCELIOM YCETE?. 

* Dans le cours de cet article nous ecrirons : en italique, les litres de nos parao-raphes les 
litres des ouvrages cites, etc., et les noins latins ; en lettres ordinaires, inaisespac6es 
les traits caractenstiques sur lesquels nous voulons appeler 1 attention du lecteur en ita- 
liques espa cees les termes speciaux et nouveaux de la langue mycologique et quand nou 
1 avons cru ulile, avec 1 apposition 00 indiquant les paragraphes ou ils sont definis en 
PETITES CAPITALES les noins de genre ou de tamille des champignons (mais en italique leurs 
noms latins). Enlin nous marquerons d uii asterisque * ceux qui out des articles speciaux dans 
ce Dictionnaire encyclopcdiquc des sciences medicates, 



CHAMPIGNONS. 



1. Definition et carat^ristiquc du champignon. Je voudraisd aboi d don- 
ner au lecteur une idee sommaire du champignon, et lui dire, par exemple le 
champignon est une plante vivant sans chlorophylle, inhabile a separer et 
a s approprier le carbone de 1 acide carbonique de 1 air, reclierchant 1 ombre plutot 
quela lumiere, pouvant naitre, prosperer et fructifier en pleine nuit ; ayant comme 
les aniraaux absolument besoin d emprunter tout ou partie de son alimentation 
aux combinaisons tertiaires deja formees par les organismes vivants et de 1 oxygene 
a 1 air- ambiant, exhalant de 1 acide carbonique, souvent de 1 hydrogene libre ou 
oxyde (eau) ; et dont les principes constituants, pauvres en caibone, sont tres- 
riches en azote et en combinaison quaternaire, par suite dont les tissus, s ils sont 
frais, sont pour les animaux uri aliment presque aussi ricbe, et aussi reparateur 
que la viande, et s ils sont pourris, ont toutes les horribles exhalaisons des charo- 
gneset sont pour les vegetaux un excellent fumier. Mais par cette caracleristique, 
je detniis le premier trait de ma definition ! Ce n est plus une plante, car tons ces 
atlributs sont destructifs de 1 idee de vegetal ! 

Dirais-je done : le champignon est un animal immobile et passif, sans 
ombre de systeme nerveux, ayant comme element anatomique la cellule creuse du 
vegetal constitute par la cellulose, et pompant sa nourriture par osmose au moyen 
d un fin chevelu (mycelium) qui penetre le substratum nourricier sur lequel il 
est fiche, avec du sucre (ou autres composes organiques tertiaires) faisant de 1 al- 
bumine (ou autres composes quaternaires azotes) ; se reproduisant par des spores 
issues d un ensemble d appareils tres-voisins de ceux des Algues (je ne nomine pas 
les LICHENS qui ont perdu leur individuality et ne paraissent plus aujourd hui etre 
que des appareils complexes et monstrueux d exploitation parasitaire de certaines 
Algues par certains Champignons !). La seconde definition est done egalement des 
tructive de sa base ! Un tel etre ne saurait etre un animal. 

Quelles sont done ces innombrables formes vivantes.que nous ne pouvons appeler 
ni animates ni vegetales, et qui, avec un organisme de vegetal, semblent se nonrrir 
et respirer comme les animaux ? Ge sont les CHAMPIGNONS ! ce sont les devorants 
et les destructeurs de la matiere organique dont la creation est la meilleure carac- 
teristique, physiologique et chimique, du regne vegetal. Si done on leur applique 
1 adage du gourmet, de si haute portee en histoire naturelle : Dis-moi ce que tu 
manges, je te dirai qui tu es, la seule reponse qu ils puissent faire Nous 
mangeons les vivants et les morts, tout ce qui vitou a vecu, les ferait membres 
du regne animal, d ou les proscrrvent pourtant et 1 anatomie et 1 adage linneeu 
Animalia... sentiunt, mais dont les rapprochc singulierement la chimie et 
jusqu a un certain point la physiologic. Et a ce sujet j attirerai 1 attention sur une 
bnllante faculte qui ne se rencontre que chez les animaux et chez les champignons 
et jamais, queje sache, chez les vegetaux : celle d emettre de la lumiere (3129) ! 
Ainsi ni vegetaux, ni animaux, mais champignons! Voici la seule conclusion 
provisoire qui me paraisse repondre aux fails aujourd hui connus. 

^2. Voila les etres etranges dont j entreprends de faire connaitre 1 histoire de 
decrire les organismes, de reveler les activites et de classer les series des formes 
Comme toutes descriptions anatomiques et morphologiques, surtout privees de 
figures, la premiere et la cinquieme partie ( 8-91, 204), seront necessairement 
severes; elles doivent etre etudiees plntot que lues. 

Mais comme dedommagement, quel grand interet me semble presenter la se 
conde, la partie physiologique, et pour le biologiste et pour le plnlosophe 2 (92-1 58) 
Suivredans les insidieux developments deleur debut ces debiles et lormidables 



116 CHAMPIGNONS. 

destructeurs, et surtoutceuxd entreeux qui s attaquent aux vivants, les voir s ni- 
sinuer chez un hote sansl.iisser trace d effraction, pousser eu tous sens leurs ton 
gues et invisibles villosites, penetrer, intiltrer 1 organisme de leur malheureux 
amphitryon, grandir avec lui, le sucer en silence, 1 emacier, steriliser ses amours 
et dans le nid predispose pour en recevoir les legitimes fruits, etablir, murir les 
innombrables prolifications de son parasitisme ! G est 1 histoire fort affaiblie des 
USTILAGINES et de maints autres parasites. 

Reconnoitre ensuite chez ces etres ephemeres une prolification si multipliee, 
et en outre si variee dans ses formes qu il en est qui ont des ovules pour le 
temps present et d autres pour le temps a venir, qu ils en ont pour etre charries 
par les vents pendant les temps sees , et d autres munis de nageoires pour les 
temps de pluie! Et pourtant beaucoup de ces etres dont la lignee est deja si 
assuree, sont encore premunis contre la mort prematuree : ils ne peuvent vivre 
qu abreuves derosee, penetres d humides vapours; mais, desseches, momifies pen 
dant des anneesjils revivent aussitotquel eauleur est rendue; et aussi jeunes qu a 
1 heure ou leur vie a ete interrompue, ils reprennent et continuent le cycle de leur 
existence ! Et non-seulement ces organisations privilegiees realisenl ainsi le gra- 
cieux conte de la belle au bois dormant, mais encore, par un autre don aussi 
feerique, celui reve par les pythagoriciens, ils semblent mourir dans une forme, 
pour se reveiller dans une autre, qui s efface a son tour pour se modeler en 
une troisieme et quelquefois en une quatrieme ! Et toutes ces formes sont fecon- 
des, fecondes a profusion ! Et ces formes passageres sont souvent si eloignees les 
unes des autres, que chacune etait regardee, il y a peu d annees, comme specimen 
d un genre , ou d une famille oud un ordre, et meme occupait souvent les deux 
extremites de la serie dans laquelle on avait range les formes que Ton croyait les 
especes du monde mycologique, quand elles n en etaient que les transformations 
successives. Malgre 1 immobilite apparente de ces redoutables parasites si profon- 
dement attaches a leur proie , on verra une seule descendance vivre, sous des 
formes diverses, d abord sur un arbuste, puis sur un gramen, et (comme pour 
derouter 1 observation) changer a la fois de figure, d aliment et d habitat, et, par 
attribut divin, etre en meme temps un et plusieurs ! Enfin chez ceux des champi 
gnons dont on a surpris les amours, on a pu assister aux embrassements, aux 
copulations , aux peregrinations du zoosperme en quete de 1 ovule vierge, a leur 
penetration et a la constitution de 1 ovule feconde. Si une histoire aussi pleine de 
rnerveilles ne suffit a exciter, par simple curiosite, le desir de penetrer dansce 
monde mysterieux, quecesoit au moins par souci de notre salut, car 1 homme n a 
pas aujourd hui d ennemis plus redoutables que ces infmiments petits. Ceux dont 
j entreprends 1 histoire, ne respectent rien : ils devorent nos conserves alimentaires 
et pharmaceutiques, nos serviteurs des deux regnes,et nous-memes. Amesurequela 
science progresse, le microscope les retrouve de plus en plus comme causes de nos 
maladies ou de celles de nos plantes et de nos animaux domestiques. Or, apprendre 
a connaitre son ennemi, c est se preparer a le vaincre. J espere meme montrer a 
mon lecteur qu il ne serait pas impossible de reduire quelquefois cet ennemi au 
role de serviteur, ce qui serait le comble de la victoire. 

5. Plan et divisions. Quelle que soil, parmi les vivants, la place que Ton 
veuille faire aux champignons, comme tout ce qui a vie, ils naissent, se nourris- 
sent, se developpent, se reproduisent et meurent, bien que generalement ils par- 
courent ce cycle latal plus vite que les autres organismes. Ils ont done des appareils 
de nutrition (Mycelium), de reproduction (spores et annexes), et le plus sou- 



CHAMPIGNONS. 117 

vent un corps portant et mettant en rapport 1 organe de nutrition avec les appa- 
reils de reproduction ; ce corps prend le nom general de receptacle (porteur de 
fruit?, disent les Allemands). De la le plan de ce travail, qui devra comprendre tous 
les champignons, c est-a-dire, non-seulement ceuxauxquelsl usage vulgaire aim- 
pose ce nom, mais tous les etres auxquels convient la definition du 1, et qui 
les envisagera aux divers points de vue : 

\ 

I. Etude STATIQUE deleurs FORMES et de celles de leur organe, et organo- 

ge nie (p. 118); 

II. Etude DYNAMIQUE de leurs FONCTIONS (nutrition, developpement, re 

productions, poly- ou me ta-morphisme, germination), (p. 147). 

III. De leur ROLE DANS LA NATURE (p. 174); 

IV. De leur COMPOSITION CHIMIQUE, de leurs PROPRIETES et de leurs 

USAGES (p. 174); 

V. Leur TAXONOMIE on CLASSIFICATION (p. 191); 
(Voir pour plus de details, les tables p. 217). 

4. Langage. Avant d aborder la mycologie, qu on nous permette quelques 
observations sur son langage. Les lecteurs de cet ouvrage sont trop familiarises 
avec les sciences pour qu il soil besoin de demontrer la necessite de noms nou- 
veaux pour les fails nouveaux dont la cryplogamie abonde. Us savent que person- 
nifier par des denominations appropriees les conceptions ou fails generaux qui resu- 
menl nos connaissances est vine des conditions essentielles de notre savoir et de 
sa transmission. Mais il faut avouer que Ton s y est pris bien malheureusement 
pour satisfaire a cette necessite. 

Des causes de deux ordres ont fait anarchique et barbare le langage scientifique. 
Lesunes, aujourd hui plus multipliees pour la mycologie que pour laplnpartdenos 
autres connaissances, resultent de la presqne simultaneite des fails decouverts ct 
consequemment denommes par plusieurs observateurs souvent de pays differenls ; 
plus souvent encore la similitude ou meme 1 identite de deux fails ou groupes 
de fails n a ete apergue qu apres que chacun d eux avait recu une appellation, de 
la encore une desastreuse surabondance. 

5. Mais une autre cause, et plus generale, a fait desagreable la langue des 
savants et notamment celle des medecins et des naturalistes : c est 1 ignorance ou 
le malencontreux dedain des lois qui ont spontanement preside a la formation 
des idiomes ; c est notammenl d avoir inlrodnit au milieu des sons si parfaitement 
harmonises dela langue populaire les sons rebarbatifs empruntes tout crus aux 
vocabulaires des langues mortes dont nous ne connaissons plus les lois phoneti- 
ques, et en nous abstenant bien, ou par pedanterie ou par fausse science, d en 
amortir la rudesse, d en reslreindre la longueur, et de leur appliquer les lois 
d adoucissement et d abreviation spontanement creees par le gout public. 

J admire trop le genie des Hellenes pour ne pas regretter qu on ait donne a nos 
oreilles modernes et franchises une si facbeuse et trompeuse idee de leur harmo- 
nieux langage par la funeste manie de parler grec ; et quel grec que celui auquel 
nous appliquons notre arbitraire prononcialion en francjais, et toutes ces termi- 
naisons en ique, et tous ces mots odieux, rocailleuxet longs d une toise: palho- 
gnomonique,idiopathique,phthisique, hepatomacrosie (Jaccoud), etc. ooutantde 
consonnes et d fe, eld ?/, aussi antipathiijues a 1 optique qu al acoustique frangaise, 
vont gatanlde plus en plus 1 eupbonie de la langue populaire. Au moins, puisque 
le mal est fait, que le pli en est pris, au moins faut-il s efforcer d en attenncr les 



H8 CHAMPIGNONS. 

funostes effets, qui sont cle rebuter des I abord les commenpants, attires par le su- 
jet, mais repousses par le langage, aussi herisse, aussi effarouchant pour 1 osil 
qiie pour 1 oreille, aussi ecrasant pour la memoire. 

6. II faut, suivant le mode populaire si regulier dans ses precedes aujourd hui 
connus et si euphonique dans ses resuliats, s efforcer d adoucir ces cacophonies et 
surtout d elaguer ou de contracter les syllabes t econdaires, suivant d ailleurs 
1 exemple timidement donne par quelques botanistes, qui se hasardent a ecrire mo- 
nocotyle au lieu de monocotyledone, et de quelques raedecins, trop pen suivis, qui 
ont ose phtisie, diagnose, etc.; et en mycologie le docteur Quelet qui dit 
hymenie au lieu de hymenomycetes de Fries, etc. Nous oserons qnelquetbis 
imiter ces exemples : nous dirons, Baside s, Ascide s, Clinides, Coniodes 
pour Basidiomycetes ou Basidiospores, Ascomycetes ou Thecaspores (ascus = 
9-flxvj), Cliniomycetes ou Clinospores, Coniomycetes, etc. ; et, quand nous hasarde- 
rons un neologisme, notamment un de ces mots composes si precieux, en histoire 
naturelle tant qu un son facheux n est pas la monnaie dont on paye la precision, 
nous n hesiterons pas a elaguer les syllabes secondaires, et a substituer une ter- 
minaison francaise a une etrangere : au lieu d ecrire hymenium basidiospore, 
hymenium ascispore, etc.,ou basidio-hymenium, asco-hymenium pour dire un hy 
menium compose de basides,oud asces, nous dirons basymene, ascymene, etc. 
Nous esperons qu on nous pardonnera des neologismes aussi faciles, que d ailleurs 
nous nous permettons fort rarement, et qui donnent beaucoup de precision au\ 
diagnoses. Nous recommandons encore, a propos de ces neologismes et des mots 
composes, les notes des 28 et 70. 

I. Etude STATIQUE des FORMES des organes, et organocje nie. 

7. Sous-division des MYCOIDES*. Bevenons aux trois appareils indiques au 
3 : mycelium, receptacle, organes de reproduction. Si ces trois appareils sont 
distincts sur la plupart des Champignons, ils vont s eflacant ou se confondant 
dans les derniers groupes. D abord chez la plupart des coniomycetes ou CONIODES* 
(/.ovis, poussiere), 1 appareil intermediaire ou receptacle, portant les corps 
reproducteurs (spores) et les mettant en rapport avec 1 appareil de nutrition 
(mycelium) , a disparu ou a cesse d etre nettement appreciable ; les spores paraisseut 
reposer directement sur le mycelium non change. Cependant, comme cet organe 
intermediaire, receptacle ou simple porteur, quelquefois fortpeu distinct du myce 
lium, n est evidemment qu un accessoire, la nature des Champignons chez lesquels 
il disparait n en saurait etre radicalement modifiee ; elle les laisse sans contesta 
tion dans le groupe des Champignons proprement dits. 

8. Mais il n en est plus de nieme quand manque 1 appareil special de nutrition, le 
mycelium : c est la un organe primordial autant par son importance physio- 
logique qne par son ordre d apparition. Nous verrons en effet que la premiere ma 
nifestation vitale d une spore de vrai champignon germant estde s epandreen longs 
filaments constituant justement le mycelium ; cette germination commence par 
une petite tumeur, puis un petit sac herniaire qui se developpe sur un point de la 
paroi de la spore, enfin s allonge en un tube long et flexueux, ayant a peine i/200 
de millimetre de diametre, plein d un liquide plus ou moms limpide, incolore, 
souvent granuleux, ton jours depourvu de chlorophylle : c est le protoplasma. 
Si ce premier developpement a lieu sur uu substratum capable de fournir les 
substances alibilesappropriees, ce tube va se cloisonnant, se ramifiant et constitue 
un riche mycelium qui, apres un developpement sulfisant et dans la saison favo- 



CHAMPIGNONS. 119 

rahle, produit enfin, soil directement (en apparence), chez les CONIODES, soit par 
] inlorni( .diaire d un porteur plus ou moins complexe, chez les FUNGJNES et les 
NEMATES, les corps reproducteurs on spores. Voila, degage de toute complication, 
le mode devolution qui caracterise le groupe des Champignons proprement 
dits ou Myceliomycetes . 

9. On voit par cette esquisse 1 importance du mycelium, premiere forme du 
champignon et, le plus souvent, le constituant tout entier pendant la plus longue 
partie de sa vie. Aussi la plupart des mycologues sont aujourd hui d accord pour 
en faire la caracteristique du vrai champignon et pour releguer, dans des groupes 
voisins, les etres mycoides qui manquent de mycelium. On pent diviser ces etres 
ambigus en deux groupes fort differents : le premier () parait se placer entre les 
Algueset les Champignons; le second (6), qui semble etre la plus simple et peut- 
etre la premiere manifestation de la substance vivante, se place entre les animaux 
(amibes, infusoires) et les champignons. 

10. . Les especes du premier groupe, qui comprennent surtout les libres spo- 
rules des divers ferments (Hormiscum Kutz ou Cryptococcus Kutz), confondues 
par beaucoup d auteurs avec le genre Torula, ayant des chapelets de spores por- 
tees sur des filaments myceliens, se rapprochent beaucoup des Champignons pro 
prement dits, en ce qu elles ont comme eux lenr protoplasma toujours enclos de 
parois cellulo-membraneuses ; mais elles s en separent en ce que la nutrition et 
1 accroissement ne se font plus par I intermediaire d un mycelium : c est la spore 
elle-meme, isolee, qui extrait, separe les sues nutritifs de son substratum neces- 
sairement liquide et les elabore pour pourvoir a sa multiplication, soit par bour- 
geonnement, comme dans la levure de biere (mode plutotpropreaux Champignons), 
soit par divisions ou scissions comme chez les Ghytides (mode plus frequent chez 
les Algues). 

11. 6. Les especes du second groupe s eloignent bien plus des Champignons, 
puisque, des le principe et pendant tout le temps de leur nutrition et de leur 
accroissement, le protoplasma, qui sort nu de la spore, reste tel et constitue une 
masse muqueuse ou spumeuse, libre de toute enveloppe sarcodique, mobile, 
tantot penetrant, imbibant son substratum nourricier, tantot en exsudant, puis 
ambulant sur sa surface, selon le mode des Amibes, et peregrinant meme sur 
les corps voisins, enfm se fixant, s agglomerant et, pour ainsi dire, se cristallisant 
en innombrables spores arrondies et arrangees selon les modes specifiques les 
plus divers : c est le groupe si curieux des MYXOMYCETES (pw?, morve), qui sera 
etudie a part (voy. ce mot). 

12. Mycelium. L importance du mycelium ressort de ces considerations, 
puisque sa presence est la meilleure caracteristique du groupe entier des Champi 
gnons proprement dits. Mais de plus, c est dans ce mycelium que reside au plus 
haut point I mdividualite du champignon. En effet, disent MM. V. Tieghem et 
Le Monnier : Depuis que les travaux modernes ont demontre le polymorphisms 
desappareils reproducteurs, tout le mondeadmetla necessited une revision de la 
classe entiere des Champignons. Aujourd hui, une espece ne peut etre consideree 
comme connue que si on a decouvert tons les appareils que son mycelium est 
capable de produire sans cesser d etre identique a lui-meme, et si on a determine 
1 ordre suivant lequel ces appareils se succedent ou alternent dans le cycle de la 
vegetation de la plante. Et plus loin, pour completer leur pensee, les auteurs 
ajoutent : Le mycelium d un champignon, c est-a-dire son appareil vegetatif, se 
conserve toujours identique a lui-meme, et il repriisente 1 unite de la plante 



CHAMPIGNONS. 

au milieu de la vnriete des appareils reproducteurs qu il pent produire et 
porter, etc. 

Nous^croyons cependant qu en posant cette borne a la variation, les savants 
eurs ont ele encore trop restrictifs; car, dans les generations alternates les plus 
teschez lesquelles le substratum lui-meme est change (g 119), ce n est evi- 
iemment point le meme mycelium qui continue la plante, et nous ne croyons pas 
quonaitjamais montre 1 identite du mycelium produisant Posidoma sur Juni- 
perus et la phase suivante Rcestelia sur le Poirier. C est la une continuite qui n a 
plus pour lien que la spore. Si Ton s en tenait rigoureusement a la caracteristique 
espece de M. V. Tieghem, Posidoma et Rcestelia ne seraient pas des phases 
de la meme espece, mais deux especes a descendance enchainee et alternee C est 
illeurs une vue qu - il ne faudrait peut-etre pas rejeter trop vite, et qu il y aurait 
heu d adopter si on decouvrait, dans chaque forme de generations alternantes une 
veritable fructification, resultat d une fecondation sexuelle. Mais un tel pheno- 
rnene n a pas encore ete signale, et beaucoup le regardent comme contradictoire 
tradictoire a ce que nous savons ou a nos a priori, ce qui ne veut pas dire 
mposs.be). Quoi qu ,1 en soit, ces digressions memes montrentbien Importance 
mycelium, pu.sque, cette base manquant, nos idees et notre langage se trou- 

Etudwns done d abord ses formes etses fonctions 

i. ^Le mycelium est, dit-on, 1 appareil vegetatif toutentier r c est la plante 
-meme sans ses fleurs et ses fruits ; c est 1 organisme charge d afcorber d em 
* d elaborer, au moins en partie, les elements de nutrition que fournit 
itum. Je remarquerai quecet appareil vegetatif des Champignons est 
Qtier enfonce dans son substratum, c esU-dire ertierement soustrait a 
fluencedela lumiere qui parait lui etre plutot defavorable. Quelle diffe 
rence avec 1 appareil vegetatif des plantes qui ne sauraient se passer d elle sans 
penr ! 

15. Nous avons dit (g 8) que le mycelium est la premiere formation de la spore 
germant : il se developpe eri longs filaments tubuleux, tres-fms, plus ou moins 
rameux, presque toujours blancs, mais quelquefois teintes, soit en iaune, soil en 
orange pale ou vif, soit en rouge, soit enfin en noir. Nous croyons que c est tou- 

la membrane enveloppante qui est coloree, et non le protoplasma, qui est a 
ve^tel JaUnatre> FeSqUe inCOl re 6t ne ren erme J amais de granulations 

16. Quoi qu il en soit, ces filaments peuvent revetir des formes tres-diverses : 

istent espaces, entremeles, semblables a des filaments d ouate on 

: mycelium floconneux ou byssoide. Quelquefois ils se "rou- 

r fi "es r eTdr s *^^ ^ h fom. e^S 

tant, ont une couche corticale plutot blancL ourygirpharrmmrn Sefet 

un centre medu leux distinct, compose de tubules paralleles du m^cMumvrl 

cest le mycelium fibreux (rhizomorphe, etc.) que 1 on rencontre 

les especes determinees, mais souvent fort eloignees les unes des autres par 

exemple, dans les Phallus, dans les Clathrus, mais aussi dans plus Lurs SLv 



Dans d autres circonstances, qui paraissent tenir quelquefois a 
fois aux circonstances du developpement, les fik myceliens 
s etendent en membranes plus ou moins longues, plus ou moins resistan s e 



CHAMPIGNONS. 121 

le mycelium membraneux. Plusieurs ont depuis longtemps attireTattention 
par leurs dimensions remarquables. On en a decrit comnie types specifiques sous 
les noms de Racodium (R. cellare Pers.), d JEthalium, Xylostroma, Myco- 
derma, etc. 

17. Quelquefois, chez les AGARICINES les plus parfaits (AMANITES ct pcul- 
etre LEPIOTES), le mycelium, ou une partie du mycelium, se pelotonne en mie 
masse toujours floconneuse ou filamenteuse et cellulaire (ce qui la distingue des 
sclerotes ci-apres etudiees), au sein de laquelle le receptacle se developpe par difl e- 
renciation de tissus (sans donte par substitution), tandis que la peripherie, non 
modifiee, maisbientotdistendue par 1 accroissement central, constitue la volve on 
le velum universel (41-45). 

18. Sderotium. Cependant ce mycelium normalement floconneux, au pins 
fibrilleux, pent aussi s enchevetrer, se tasser, se serrer, puis se fondre en une 
masse charnue dont on ne connait pas bien encore 1 anatomie in time, mais ou 
on ne retrouve pas Felement histologique des Champignons, la cellule allongeepu 
filament. Quoi qu il en soit, ces petits tubercules s appellent sclerotes (sclero- 
tium, 1 ergot du seigle est une sclerote). Beauconp de ces sclerotes ont ete long- 
temps prises pour des especes. C est un mycologue francais, letrop modeste doc- 
teur Leveille, qui le premier a montre que ce n etait la qu une forme, qu une phase 
transitoire del organe de nutrition, c est-a-dire dn mycelium, etat qui n est pas 
sans analogic avec les tubercules de notre Parmentiere ou du Topinambour. Fries 
a decrit environ soixante formes distinctes de sclerotes. 

Nous dirons seulement, pour qu on puisse decrire une sclerote, que M. de Bary 
les range en sept groupes, suivant les details anatomiques de Fe corce et du paren- 
chyme : 1 ecorce est lisse ou verruqueuse, ou sillonnee, ou labyrinthee: elle est 
celluleuse, vacuolee ou compacte, etc., etc. ; le parenchyme est gelatineux ou 
charnu, ou medulleux, ou farineux, avec ou sans vacuoles plus ou moins grandes, 
remplies soit d air, soit de liquide plus ou moins limpideou granuleux, etc. etc. ; 
en outre, 1 ecorce et le parenchyme offrent des consistances et des couleurs tres- 
diverses et ordinairement caracteristiques. Mais le trait physiologique, general ct 
typique de la sclerote, c est d etre un organe conservateur de la vie latente du 
mycete qui 1 a produite, pouvant traverser les saisons de froid ou de secheresse 
impropre a la vie d un champignon, et retrouver son activite vitale, revetir les 
formes qui sont propres a son parfait epanouissement dans les saisons favorables, 
souvent eloignees de neuf a onze mois de 1 epoque de sa lethargie. 

19. La singuliere faculte de se ramasser en sclerote n est pas la caracteristique 
d une famille, non plus que dans les phanerogames la propriete de former des 
tubercules; elle se rencontre dans les groupes les plus eloignes par leurs autivs 
caracteres. Ainsi on trouve des sclerotes dans les MUCEDINES : Polyactis cinerea 
Berk. Botrytis erythropus Lev. ; dans ies CLAVARIES : Typhula erytliropus Fr., 
Ty. lactea Tul., Ty. gyrans Fr., Ty. phacorhiza Fr., Pistillaria micans Fr., 
Clavaria complanata Tod., Cl. scutellata, Cl. minor Lev. ; dans les AGARICINES: 
Ay. (Naucoria) arvalis Fr., Ag. (Collibia) racemosus P., Ay., (Collibia) tube- 
rosus Bull., Ag. (Collibia) fusipes Bull., Ag. (Collibia) cirrhatus Sch., Ag. (Vol- 
varia) volvaceus Bull., Coprinus stercorarius Bull.; dans les POLYPORES : Poly- 
por us tuber aster Jacq. ; dans les GASTROBASIDES : Tulostoma brwnale Fr. ; dans 
les PEZIZES : Peziza Candollana Lev., P. Fuckeliana, P. sclerotiorum Lib., P. 
Curregana Berk, P. ciborioides Fr., P. tuberosa Bull. ; dans les SPIIERONEMES : 
Vermicularia minor Fr. et Tul.; dans les SPHERIACES : Claviceps purpurea, Cl. 



122 CHAMPIGNONS. 

microcephala, GLnigrieansful. et Roze, Cl. pusillaCes., Hypomyces armenia- 
ceus Till., Xylaria bulbosaP.; mais un grand nombre sans doute nous sont en 
core iriconnnes. 

20. Dure e du mycelium. Cette duree est peu connue et parait fort variable. 
Souvent le mycelium ne produit qu une seule fructification et meurt, comme la 
volve et son fin chevelu chez les Amanites, ou an moins ne fructifie que pendant 
une seule saison : Puccinice graminis, etc. ; d autres au contraire out une durue 
indeterminee, ou qui, par leur accroissemeut souterrain, semble telle ; alors, chaque 
annee, pendant leur saison d election, on les relrouve aux memes lieux taut que le 
substratum est nourricier, ainsi qu il arrive pour le champignon de couche (Ag. 
campestris) generalement recolte avant la maturation des spores nouvelles. II est 
pourtant peu probable que ce soit reellement le meme mycelium; ce sont plul6t 
les rameaux adventifs qu il developpe chaque annee; et comme ce develop- 
pement est souvent centrifuge, il en resulte que les tiges fructiferes, qui pour 
1 observation exterieure et superficielle constituent tout le champignon, affectent 
souvent des formes circulaires a rayon toujours progressif, par exemple Maras- 
mius oreades, Hydnum repandum L., truft es (Quelet), etc. 

21 . Le mycelium de plusieurs champignons a paru etre reviviscent : Leveille a 
observe la reviviscence sur un mycelium conserve plusieurs annees dans son hev- 
bier. Le blanc de champignon, que les jardiniers vetident pour la propagation de 
Ag. campestris (Psaliote pratelle), parait souvent enlierement desseche, et il a 
pu, assure-t-on, etre conserve ainsi pendant douze ans, Cl. Tollard dit meme vingl 
ans (Cordier), et reprendre vie avec la meme vigueur que le mycelium frais. 
Enfin plusieurs sclerotes, et entre autres 1 ergot, paraissent parfaitement 
sees et cependant out pu reprendre leur activite vitale et leur evolution. 
Avouons pourtant que ces phenomenes ont ete tres-superficiellement etudies, 
qu aucun experimentateur scientifique n a constate qu un mycelium vraiment 
desseche, ne contenant plus de protoplasma liquide, ait repris vie; ce sont 
des etudes a poursuivre. Les sclerotes conservent leur aptitude a reprendre la vie 
active pendant un temps qui a ete trouve variant de quelques mois a deux amices. 
II est rare que cette activite puisse s eveiller des la formation du tubercule, meme 
place dans un milieu favorable; le plus souvent cette puissance doit demeurer dans 
cet etat lethargique plusieurs mois, souvent durant les mois de 1 hiver; alors elle 
se reveille au printemps : c est au moins ce qui arrive pour Claviceps (ergot) et 
pour plusieurs autres. Nous completerons ( 153 et 136) ce qui a trait aux ac 
tions mecauiques et chimiques du mycelium sur son substratum. 

22. Receptacle. Au point de vue de 1 aspect, le receptacle semble le plus 
souvent etre le corps meme du champignon, car c est la seule partie du corps ap 
preciable, le mycelium etant ordinairement immerge dans le sein du corps nourri 
cier. Au point de vue physiologique, le receptacle est 1 organe fructifere, portant 
et nourrissant les organes de reproduction. Au point de vue anatomique et mor- 
phologique : ou Men c est un simple fil libre, plus ou moins dresse tu 
fa uleux (vvjpa-a-ro;, til), a peine visible a 1 oeil nu, et j appellerai NEMATES le 
groupe de champignons, generalement compose de moisissures, qui n ont pas 
d autres receptacles pour leurs spores 1 ; ou bien les receptacles sont: lsoil 

1 Nous ne savons pourquoi il est passe en usage chez quelques mycologistes, de Bary par 
exemple, de donner a la racine uf/j, hyphe ou tissu, le sens de filament, et, par exemple, 
d appeler hyphomycetes les champignons represented par de simples ills tubuleux, libres, non 
enchevetres, bien que v^ se dise seulement d un tissu et jamais d un fil isole, de sorte que 



CHAMPIGNONS. 125 

un compose de cellules contextees (contextce) en un tissu rtalu en mem 
brane, et on dit ces champignons membraneux, et la membrane generatrice 
des spores hymenium ou hymene; 2 soil un disque mince (iv/.o$, palet, 
disiiue), d ou les discomycetes des auteurs; 3 soit un disque, un coussin 
plus ou moins epais , quelquefois eleve et meme rameux , et portant sur sa 
face superieure ou dans sa couche superficielle les organes de fructifi 
cation; on appelle alors ce receptacle stroma (orp&ipa, coussin, matelas sui- 
lequel on se couche) , et on pouira dire stromates les champignons portant 
leurs spores et cellules fecondes sur un tel receptacle ; mais j appellerai A-SAR- 
CODES (sans chair) ceux qui sont sans aucun receptacle contexte; 4 et gene- 
ralement tous les champignons a receptacle contexte en une masse plus ou moins 
spongieuse-, celluleuse (charnue, coriace, tubereuse oumeme ligneuse), de forme, 
detaille, de volume, depoids, tres-variables seront compris,-soit sous 1 ancien nom 
general de FUNG INKS (fungus, champignon ayant un corps charnu, de 0-^0770;, 
eponge) soit sous celui de SARCODES, en opposition avec les ASARCODES qui n ont 
pas de receptacle contexte et qui comprennent : ! ceux dont les spores sont por- 
tees sur de simples fils plus ou moins dresses et distincts du mycelium ou les 
NEMATES; 2 et ceux qui n ont plus aucun receptacle distinct et dont les spores 
comme une poussiere (xovi;, euj) reposent directement sur un mycelium couche 
sur le substratum et plus ou moins distinct, ou les CONIDIACES (noi:s prenons ce 
groupe dans un sens beaucoup plus restreint que les Coniomycetes des auteurs). 

23. En outre, le receptacle, etant 1 intermediaire entre le mycelium et les or 
ganes de reproduction, contracte des rapports non moins importants et non 
moins variables avec les corps reproducteurs et leurs annexes, dont il est succes- 
sivement 1 origine, le nourricier, le porteur, et le plus souvent le protecteur. Ce 
sont ces formes et ces rapports, bases de la classification, qu il faut passer rapi- 
dement en revue, ne signalant pourtant que les formes principales. 

24. a. Receptacles ne mate s, c est-a-dire composes de filaments tubuleux 
manifestes, isoles ou facilement isolables. Dans sa forme typique la plus elemen- 
taire, ce receptacle est forme par une cellule allongee, tubuleuse, continuant le 
mycelium, mais s en distingunnt : d abord par son extremite libre, productrice 
d une ou de plusieurs spores ou cellules meres de spores, ensuite le plus souvent 
parun port different, par une direction speciale ordinairement redressee, et dans 
une longueur bien superieure aux diametres de leurs spores, enfin par quelque 
autre caractere distinctif d insertion et de persistance, d arrangement, de cloison- 
nement, de ramification, de diametre ou de couleur, etc. Alors non-seulement est 
manifeste la nature capillaire du receptacle, mais la structure peut en etre faci 
lement etudiee. Le receptacle nemate producleur de fruits peut etre un fil tubu 
leux, isole, piliforme, dresse, atteignant d ordinaire un ou plusieurs millimetres 
de hauteur, quelquefois plusieurs centimetres; il est : ou continu, comme 
dans Aspergillus, Peronospora, Rhodocephalus, ou cloisonne (septe), comme 
dans Penicillium, Botrytis; il peut etre couche, comme dans Aremonium, Zygo- 



hyphomycetes devrait se dire exclusivement des champignons a receptacle contexte, tandis 
que les mycologistes qui emploient cette expression s en servent pour les champignons 
presque exclusivement composes de filament libre. C est une erreur de langage qu il est 
encore temps de rectifier; et puisqu on a voulu parier grec, au moins faut-il le faire le plus 
correctement possible. Deja Fries, qui se servait de cette expression, 1 a abandonnee. Nous 
suivrons cet exomple, et reprenant une expression de Persoon, nous dirons NEMATKS au lieu 
de Hypltomycetes. 



124 CHAMPIGNONS. 

desmus, etc. II pent encore etre simple comme dans Aspergillus briarea, ou bien 
rameux comme dans Peronospora. 

25. Cette ramure founiit des caracteres tres-nombreux, suivant qu elle est di- 
oii trichotome, ou verticillee, ou alternee, ou fasciculee, ou fastigiee, ou irregu- 
liere ; suivant qu elle est une ou plusieurs fois repetee ; suivant le mode d evoln- 
tion, 1 ordre successif d apparition ( 85-86), et aussi suivant le mode de termi- 
naison du Ironc principal et des rameaux ; suivant leur direction, leur ecartement 
et surtout suivant les points d emergence des spores et les caracteres de ces 
points sporophores, etc., etc., tous traits specifiques et d autant meilleurs que ce 
sont eux qni commandent le port, c est-a-dire 1 aspect d ensemble du Nemate. 
Ce i-eceptacle filanienteux presentera encore des caracteres de couleur : il y en 
aura de blancs , d hyalins, de pellucides, comme en general chez les MUCEDIKES* 
de noirs comme cliez les SCLEROTRICHES, de jaunes ou de rouges (jamais 
verts) ; d ailleurs on se gardera de confondre les couleurs des spores, souvent 
tres-speciales, avic celles du receptacle capille. Nous verrons enfin (g 104-125) 
que ces formes nematees des receptacles ne sont souvent que des formes d une 
premiere existence qui eu prepare une seconde. 

26. 6. Gependant les fds tubuleux, producteurs de spores, peuvent etre cou 
ches ou tres-courts, et dissimules par la rapide production d innombrables spores 
arrondies, caduques, tombees, reposant eparses sur le mycelium ou sur son stra 
tum nourricier; alors le receptacle ou porteur filamenteux manque ou parait 
manquer, et le champignon ne trahit plus guere sa presence, meme sous une 
forte loupe, que par un amas d ovuies libres, plus ou moins ramassees enun nid 
bientot ouvert, tandis qu a 1 oeil nu ils n offrent qu une poussiere impalpable, de 
la le nom de champignons-poussiere (Conidiac6 S et CONIODES) donne a ce pre 
mier groupe (comprenant ceux des Coniomycetes des auteurs decidement sans fil 
porteur appreciable), p. 208. 

_ 27. D autre part il arrive chez les Nemates que le filament porteur, au lieu 
d etre isole dans toute sa longueur, peut vers sa base s associer a d autr es fils et 
constituer un tronc compose d un assemblage de fils parallels, simplement 
adnexes (quelquefois adnes vers la base), plus ou moins compacts, avec ou sans 
fine enveloppe corticale vers le pied, mais dont la composition tubulo-capil- 
lairerestebien manifeste, et les tubules facilement separables et encore separe^ 
epanouis en gerbe au haul; ce receptacle deja substipite sera encore nemat] 
ou au moms nematolde- mais, des que les tubules capillaires seront ou en- 
chevetres ou adnexes du haul en bas et formeront un seul corps reconvert d-=s 
spores oudeleurs cellules meres, le receptacle de.viendraunsfroma. Cependant 
on pourra dire un stroma ne mate, si cette base est le stratum d ou s eievsnt 
des formes nemates. 

28. 7 . Receptacles contextes (contexti), FUNGINES ou SARCODES, c est-a- 
dire composes de capillaires enlaces; car 1 element anatomique constant de ces 
masses charnues ou subereuses qui constituent les gros champignons parait etre 
toujours le filament tubuleux diversement ramifie et entre-croise. 

Cependant dans certains groupes (Lactaires et Russules, et notamment cliez E 
virescens), le receptacle adulfe ne presente plus guere qu un amas d utricules 
(utriculus, petite outre), ou polyedriques, ou meme arrondies (R. virescens) ad- 
nexees et plus ou moins reliees par quelques filaments rameux; mais d apres 
M. de Bary, qui nomme celte chair utriculaire pseudo-parenchyme (pourquoi 
pseudo?), cet etat est toujours seconclaire et resulte de la segmentation des fila- 



CHAMPIGNONS. 25 

mtnts tubuleux. Nous appellerons ce tissu utriculatre, et, quand les deux 
elements sont meles, contexto-utriculaire *. 

29. Canaj lactiferes. Cependant un grand nombre (sinontous) de ces cham 
pions a receptacle utriculaire, presentent un fait anatomique que je dois an 
moins signaler, c est la presence, au milieu de leur tissu utriculaire, de canaux 
tres-nombreux, surtout sous-hymeniaux, dans lesquels circule une humeur le plus 
souvent laiteuse ou opaline, epaisse ou sereuse, etc. ; ces canaux sont longs, 
fluxueux, rameux, turgides chez les LACTAIRES*, et laissent sortir, quand on les 
rompt, un bit abondant 2 . Corda avail deja signale (icones fung . , t. IV, f. 159) 
des canaux lactiferes chez Russ. fetens P. var. lacliflua ( est-cc une variete, 
n est-ce pas plutot 1 etat normal?) et cliez R. consobrina Fr. Depuis M. Boudier a 
decouvertel figure (Des champs, 1866, pi. II, f. 4) ces memes conduits chez 
Russule emetique , mais plus courts, plus rares, simples, et ne renfermant sans 
doute qu un latex peu abondant, sereux, et par suite non manifestement laiteux. 
EtavantluiM. de Seynes (1863), a trouve des canaux succiferes qu il signale 
comme plus commodes a etudier, chez Fistulina buglosso ides , et dont il donne 
en effet de beaux dessins (Ess. d j une flore myc. PI. I, fig. 4). 

Outre ces champignons a receptacle utriculaire, il y a encore des AGARICINES a 
receptacle plutot fibreux, les Mycenes, qui sont aussi lactifluents, et les Hy- 
grophores, aquifluents, mais nous ne savons rien de leur anatomie. 

50. Quoi qu il en soit des varietes de leur tissu, les receptacles, suivant la base 
que Ton adopte , peuvent se classer en plusieurs groupes tres-differents, et fort 
utilises pour la taxonomie. 
1 Au point de vue de la forme exterieure, les receptacles sont : 

A. minces et membraneux : papyraces ou dermatoides, soit etendus et bien eta- 
les sur leur substratum (MERULES), soit plus circonscrits ert disques, quelquefois 
releves en cupule (PEZIZES), ou diversement contournes (HELVELLES). En outre, 
ces receptacles membraneux ou disco ides sont, soit direclement appliques sur leur 
stratum, c est-a-dire sessiles, soit stipites ; 

B. etendus en plateau le plus souvent renverses , dont 1 epaisseur est deja 
notable, mais bien moindre que les deux autres dimensions. Ces plateaux sont ega- 
lement ou sessiles ou le plus souvent stipites; ou de formes diverses : meplats, 
discoides, excipules (en soucoupe) ou diversement contournes, tres-souvenl en pa- 
rapluie plus ou moins ouvert (AMANITES, COPRINS, etc.) ; quelquefois en entonnoir 
(CLITOCYBES) ; quelquefois meme treillages (CLATHRUS) ; 

C. ramasses en masse arrondie ou pulvinee (en coussin) ou hepatiforme ; nous 
avons deja vu ( 27) qu on leur donne souvent le nom de stroma, mais exclusive- 

1 On rcraarquera que, pour exprimer les nuances si utiles a determiner dans 1 histoire 
naturelle descriptive, un moyen precieux est offert par les mots composes de deux noms ou 
de deux adjectifs toujours susceplibles de deux formes (a moins que 1 euphonie ne s y op 
pose), suivant 1 ordre adopte; par exemple, on peut dire contexto-utriculaire et utriculo-con- 
texte. Or il convient de ne pas ecrire arbitrairement 1 un ou 1 autre; et comme il entre 
dans le genie de toutes les langues qui peuvent modifier 1 ordre des mots, dans la phrase, de 
niettre en dernier le principal, il faudra dire, par exemple, dans le cas present : utriculo- 
contexte, quand 1 element filament 1 emportera sur 1 utricule, comme chez beaucoup de 
lactaires ou au contraire contexto-utriculaire, quand 1 element utriculaire 1 empor- 
tera comme chez Russula virescens . Si tous les naturalistes, a 1 exemple deM. Guillard dans 
son inflorescence, adoptaient un usage si conlorme au genie du langage, ils augmenteraie 
sino-ulierement leurs ressoures sans surcliarger la memoire. 

2 L analyse microscopique de ces canaux est rendue plus facile en mettaul dans 
ou en faisanl bouillir des tranches les specimens a etudier. 



126 CHAMPIGNONS. 

ment quand ils portent superficiellement leurs organes de fructification : soil 
des peritheques ou des pseudo-peritheques (ou periclines g 55 et 85) s ouvrant a 
la surface ; soit, sur cette surface elle-meme, des clinides ; ces deux dernieres spo- 
rifications le plus souvent precurseurs des peritheques (g 82). Quelquefois ces re 
ceptacles pulvines s allongent en haul pour se terminer en une masse elliptique 
ou claviforme, ou bien en rameaux et ramuscules arrondis ou lamines. 

Gependant ces receptaclesplusoumoinsramasses.se divisent en deux groupcs 
tres-distincts, suivant que leur fructification est exterieuremenl exposee avant sa 
maturite, ou reste interieure (g 56) ; dans le premier cas on peut les regarder 
comme vraimenl massifs, tandis que dans le second ils sont creux ou creuses en 
divers compartiments pour loger dans leur ventre (gaster) les corps reproduc- 
teurs ; on peut alors avec les auteurs appeler ces champignons en general gaste- 
romycetes, etleur enveloppe pericarpe. 

31. 2 Au point de vue de la consistance, les receptacles sont : celluleux, 
soit friables comme chez les MYXOMYCETES, soit charnus et utriculaires, mais encore 
sees et cassants comme chez les RUSSULES et LACTAIRES ; ou charnus , pulpeux, 
deprimables, ecrasables, comme chez les BOI,ETS ; ou, au contraire, fermes et re- 
sistants comme chez les TRUFFES ; ou bien ils sont fibro-charnns : soit fissiles ou 
cassants comme chez les AG. TRICHOLOMA, ou mous et fissiles comme chez FISTULINA; 
ou fibro-celluleux mous et fragiles comme chez les COPRINS, les HYGROPHORES ; ou 
fissiles etresistants comme chez les CANTARELLES; ou gelatineux comme chez Bulga 
ria et les TREMBLINGS, ou tenaces comme chez les LENZITES ; erifm ou subereux, 
ou cartilagineux, ou comes, ou ligneux, comme chez la majorite des POLYPORES, 
des DEDALES. 

32. 3 Les autres proprietes organoleptiques ; odeurs, saveurs, cou- 
leurs, ne sont guere susceptibles de generalites, ce qui est d autant plus regret 
table que le plus souvent elles sont tres-speciales et fournissent , a ceux qui les 
ont une fois appreciees, des traits au moins specifiques importants. Mais, jusqu a 
ce jour, notre impuissance a exprimer avec quelque precision soit par le langage, 
soit autrement, nos impressions olfactives ou gustatives, ne nous permet pas de 
tirer un grand profit de ces caracteres fugitifs ; cependant, en attendant que la 
taxonomie de ces sensations nous permetle une plus exacte determination , on 
devra les rendre, tant bien que mal, d apres les expressions en usage (Voyez art. 
AGARICINES*, p. 127). Les couleurs peuvent au contraire etre fixees par la peinlure 
et exprimees par le langage du a M. Chevreul (Voy. Agaricines, p. i26 et art. 
COULEUR) (Voy. aussi g 60 et 132). 

33. 4 Au point de vue de leur connexion avec le mycelium dont ils 
tiennent leur origine, ces receptacles ou les pericarpes qui en tiennent lieu sont 
en rapport, soit immediat avec le mycelium encore filamentaux sur lequel ils repo- 
sent, soil medial par 1 intermediaire d un organe de sustentation. 

a. Dans le premier cas de rapport immediat, ce rapport a lieu : soit par toute 
la surface externe du receptacle, face my celiale opposee a la face hymenale 
ou fructifere) comme dans bon nombre de receptacles membraneux appliques, ou 
de receptacles sphero ides hypoges (Hysterangium, Melanoyaster, etc.); ou bien 
par une partie cireonscrite de cette surface (ordinairement celle sur laquelle repose 
le fungus), dite base absorb ante si cette. surface est etendue et aplatie, 
sinon Idle. 

j3. Dans le second cas, de rappdrt medial, la connexion s etablit par Un 
support intermediate entre le receptacle proprement dit et le mycelium. Get or- 



CHAMPIGNONS. 127 

j-ane prend le nom de stipe (stipes, tronc), quand il est en forme de colonne, de 
subicule (subiculus, petit coussin), et dans le meme sens stroma, employe 
iiotamment pour le disque supportant certains petits receptacles qui deviennent 
peu a peu des peritheques ou des periclines (82 et 85) membraneux ou 
crustaces, c est-a-dire plutot des organes considered comme annexes de la fructi 
fication que comme des receptacles ; et alors c est le stroma charnu ( 53) qui 
peut etre pris pour levrai receptacle, comme nous 1 avons admis ( 30 ). Ainsi se 
confondent, dans certains cas, le support et le receptacle supporte; ainsi s ex- 
pliquent la confusion ou tombent des auteurs et le double sens qu ils donnent 
au stroma, le prenant tantot comme receptacle, tantot comme support. Pour 
nous, nous appellerons exclusivement subicule une base pulvinee ou discoide 
portant un vrai receptacle cbarnu ou subereux, et nous reserverons le nom de 
stroma pour le cas contraire deja determine ( 50 C.) Cependant il arrive quelque- 
fois que la base stromateuse sur laquelle reposent les organes de la fructification 
quels qu ils soient, n est ni le tissu propre du champignon meritant le nom de 
stroma, ni eel ui du seul substratum nourricier, mais le resultat d une fusion, 
d une penetration de celui-ci par celui-la, formant un tissu d un caractere mixte : 
ondit alors pseudo-strome. 

54. 5 Au point de vue du rapport des receptacles avec les organes de re 
production qu ils developpent, portent, prolegent et nourrissent, ces receptacles 
se divisent en deux grandes categories qui servent puissamment a la classification, 
et surtout a la determination des grands groupes, a savoir : 1 ceux qui portent 
1 ensemble de leurs organes reproducteurs (hymenium, cellules meres et spores) 
3.1 exterieur, soit des le principe, comme les clavaires, soit de tres-bonne 
heure, et avant la maturite, comme la plupart des AGARICINES (RUSSULE, 
Ac. TRICHOLOME, etc.), et des PEZIZES ; soit un peu avant cette maturite (Co- 
PRINS, etc.), on les appellera ectogenes (SXTOJ, en dehors, 751105, generation); 
2 ceux qui, jusqu au dela de la maturite complete, portent leurs organes de re 
productions enclos dans leur sein (gaster) et a cause de cela sont dits endogenes 
(Gasteromycetes, etc.. des auteurs). 

55. Cependant les receptacles ectogenes et ceux endogenes ont recu des noms 
particuliers suivant que les spores qu ils produisent sont attachees au sommet 
des cellules meres clinides ou basides % 68 et 70, ou sont lib res d attache, 
mais incluses dans les cellules meres dites alors asces ou theques ( 56). 

Les champignons qui offrent la premiere disposition s appellent I!ASIDIOSPORES ou 
plus simplement BASIDES, et ceux qui offrent la seconde the caspores ou asci- 
spore s et plus simplement ASCIDES. Ges deux grandes divisions, sur lesquelles 
nous aurons souvent a revenir, etant posees, voyons ce que devient le receptacle 
en chacune. 

A. Chez les receptacles ectogenes baside s, le receptacle porteur de basic! es 
prend, des qu il devient charnu et abstraction faite de ses formes variees, le norr. 
general d hyme nophore : car, quoique toute couche membraneusede cellules 
meres ait re?u le nom d^ hymenium, il est passe en usage d attribuer principa- 
lemeut ce nom a la membrane fructilere qui produit les basides ; de la le nom 
A hyme nomycetes donnd par Fries au grand et important groupe de cham 
pignons ainsi constitue, ou celui plus court, plus commode et plus elegant d hy- 
Ine nie s adopt< par le docteur Quelet (voy. aussi 68 et 69). Nous eussions 
prefere BASYMENIES, indiquant prdcisemeiit les porteurs d un hymenium forme de 
basides, en opposition avec ASCYMENIES pour designer ceux ayant un hymeiiium 1 



128 CHAMPIGNONS. 

compose d Asces (Pezizes, etc.). Quaiid 1 hymenophore a la forme d uu dis jue 
soutenu par 1111 stipe, ordinairement central, et tapisse en dessous par I liymt:- 
nium, il prend le nom de ckapeau (pileus}. 

B. Chez les receptacles ectogenes thecaspore s, le receptacle porteur des llie- 
ques ou asces, et meritant le nom d AscvMENiE, a souvent une forme de disque 
diversement contourne ; de la le nom de discomycetes, ou plus precisement 
de Discotheques. 

56. a. Chez les receptacles endogenes basides ou GASTEROBASIDES, le recep 
tacle, plus ou moins regulierement spheroidal, est au dehors constamment forme 
par une enveloppe exterieure, membraneuse, appelee peridium, constitute 
le plus souvent, sinon toujours, par plusieurs couches concentriques, et entoure 
d un conlenu, ou unique appele gle ba, et mieux basiglebe (glebe basidee), ou 
compose de petils spheroides secondaires munis de leur enveloppe propre, laquelle 
je designerai exclusivement sous le nom de pe ridiole, tandis que 1 enve. 
loppe generate conserve le nom de peridium, de la celui de per idles donne a 
ce groupe par M. Quelet. 

6. Enfin chez les receptacles endogenes thecaspores, que Ton pent appeler legi- 
timement GASTEROTHEQUES, le receptacle est forme ordinairement d une masse 
compacte essentiellement charnue ou cornee, creusee de lacunes dans lesquelles 
sont loges les organes de la fructification. 

Dans les cas assez rares ou ces Gasterotheques ont une enveloppe distincte, 
elle est charnue, crustacee, indehiscente, et si distincte du peridium membraneux 
des endogenes basides ou gaste robaside s, dans sa forme comme dans ses origines 
(5U), qu il nous parait, avec le docteur Quelet, que la meme denomination ne 
saurait etre appliquee aux deux groupes. Aussi, conservant le nom de peridium 
exclusivement aux gasterobasides, nous adopterons celui de cortex (ecorce) 
donne par Yittadini a 1 enveloppe des gaste rotheques , cortex qui n est au fond 
qu un receptacle charnu et cupule, diversement replie et chiffonne. Cette origine 
est surtout manifeste dans le genre Genea. 

57. 5 Enfin un dernier point de vue est celui de Yorganogenie ou du 
de veloppement, de I ordre d apparition et de maturation des receptacles et de 
leurs annexes, et des analogies anatomiques qui en resultent. Biea que de consi 
deration tres-nouvelle, cet ordre d apparition doit nous arreter un instant, a cause 
de son importance a venir : en lui reside ce qu on pourra appeler 1 anatomie phi- 
losophique des champignons. 

a. Chez les Agaricine s, cette evolution se poursuit, suivant les groupes, en 
des sens tres-differents : 

A. Chez les uns, elle est nettement centrifuge ou peripherique, a peupres 
comme chez les vegetaux cotyledones ; et aussi de has en haul, du mycelium au 
stipe, du stipe au chapeau, n peupres comme chez un arbre qui ajoutede jeunes 
rameaux a la peripherie de ses branches ; ainsi des filaments nouveaux, s epanouis- 
sant du stipe a la peripherie du chapeau, vont augmentant incessamment le rayon 
de ce dernier : ce stipe lui-meme commence par etre une petite tumeur arrondie, 
surmonlee d un tout petit corps lenticulaire, a peine appreciable, qui sera le clia- 
[n. au ; aussi le stipe reste longtemps obese, tumefie de sue alimentaire, servant 
a developper le volume et a augmenter le nombre des filaments de 1 hymeno. 
phore. Nous appellerons exvolute ce mode de developpement centrifuge et a 
decouvert; c est celui generalement observe chez les AGARICINES dits Gymno- 
carpes (a fruit nu (ppoj), non voile) et plus precisement dans les groupes sui- 



CHAMPIGNONS. 129 

vauts: CLITOCVBE, MYCGNA, OMPHALIA, PLEUROTES, et aussi chez ICSTELEPHORES, 
PAXILLUS, GOJIPHIDIUS, LACTARIUS, RUSSULA, CANTHARELLUS, NYCTALIS, MARASMIUS, 
LENTIINUS, PANUS ; chez beaucoup de COLLYBIA (C. Driophylus tuberosus, - 
cirrhatus, etc.) ; cependant, d apres les dessins de H. Hoffman, Collybia veluti- 
pes, et C. fusipes ne seraient pas purement centrifuges mais aussi Galycarpes. 
38. B. Chez les autres, que, par opposition, il faut appeler Agaricine s- 
voiles ou calycarpes (*a>u calice, enveloppe) ; le developpement, au lieu 
d etre peripberique, est endopherique : uue petite masse spheroidale, charnue, 
homogene en apparence, est d abord produite par le mycelium, puis peu a peu 
des differenciations interieures de nuance, de consistance, se produiseut 
a part et esquissent ce qui sera les lames, le cbapeau ; puis , de bas en haul, le 
stipe se dessine et vient comme s implanter sous le chapeau , le tout restant en- 
toure et enclos par une couche epaisse de tissu blanc qui sera le velum uni- 
versel de Fries. Avec Bonorden nous appelons involute ce mode de develop 
pement par 1 interieur, et nous dirons qu il a lieu par diffe renciation des 
tissus; cependant, par rapport aux voiles, il presente deux varietes : 

a. Si une pellicule separative s est formee sur le chapeau, 1 enveloppe gene- 
rale ne restera pas concretee avec la face superieure du chapeau, et on aura la 
volva ou membraneuse ou pulverulente des AMANITES, des VOLVARTES, des Co- 
PRINS, qui ne conserve des connexions indissolubles qu avec le pied du 
stipe, alors le plus souvent bulbeux ou subbulbeux ; 

b. Si la pellicule separative ne se constitue pas sur le chapeau, alors le voile 
se concrete avec la surface du chapeau, et on a le voile universel des LEPIOTES, 
des Psaliota, des Armillaria, des Pholiota, des Hypholoma (voy. AGARIC et 
CHROMOSPOREES), dont le chapeau ne s affranchit que par rapture successive 
des filaments. Gependant les observations ne sont pas assez completes, ou sont 
encore trop contradictoires pour decider a quel groupe de formation, par accrois- 
sement peripherique ou par ditferenciation interieure, appartiennent les Ac. TRI- 
CHOLOMES, les CORTINAIRES, les HYGF.opHORES, les BoLBiTES et plusieurs autres. 

59. D ailleurs, le procede de formation des tissus speciaux (Hymenium, etc. ), 
par differentiation, modification d un tissu anterieur qui se trouve dans 1 evolu- 
tiou de tous les etres vivants, est a fortiori commun aux Gymnocarpes comme aux 
Calycarpes ; mais il se presente dans ces derniers comme moyen presque exclusif 
de donner la forme aux parties. Par cette differenciation des tissus sont comme 
sculptes dans la masse uniforme les organes et les formes du jeune fungus ; tandis 
(jue, dans la vegetation centrifuge et a decouvert, ce sont les additions et 
les poussees successives des filaments, nouveauxou accrus, qui viennent se grou 
per les uns aupres des autres, de maniere a esquisser les traits specifiques du 
champignon. 

Oulre cet ordre d apparition des organes par differentiation successive, il 
ya un ordre de developpement et de maturation, generalement de bas en haul, 
et centrifuge pour le chapeau. Gependant dans certains Coprins (G. comatus, 
C. micaceus, etc.), la maturite des spores (appreciable par la coloration) com 
mence par la marge, elle est centripete. Elle parait simultanee dans C. fimenta- 
rius, dans Ag. campestris, Ag. prcecox, etc. 

40. Nous venous de dire tres-succmctement les evolutions anatomiques consta- 
tees de visit; cependant il resterait a relier ces fails, ces formes successives, par 
unetheorie genurale d evolution, comme les botanistes 1 ont fait en montrant la 
feuille et lu bourgeon generateur de tous les organes de la plante. Nous ne 

DIM. KC. XV. 9 



150 CHAMPIGNONS. 

M.II imcs pas^ encore capablcs d uuc tcllu syntbese en mycologie. Les Agaricines 
voiles se pretent pourtant a quelques vues theoriques qui ne sont pas sans interet 
et meme sans application pour la subordination des caracteres. Les auteurs, il est 
vrai, ne sont pas Lien d accord sur les origines et les affmites et les differences in- 
times de la volve, du velum universe! et des voiles hymeniaux inferieurs et supe- 
rieurs des Agaricines. 

41. Bonorden regarde la volve des Amanites, des Volvaries et sans doute des 
Coprins comme une dependance du mycelium. A la verite, on peut trouver que 
cette declaration a un air de banalite, puisque c est du mycelium qu est sorti tout 
le champignon et d abord la petite masse spheroide, debut de tous les caly. 
carpes. La volve, qui fait partie des champignons, est done aussi fille du myce 
lium; mais il est admissible et meme vraisemblable, malgre 1 opposition de De 
Bary, que la differentiation qui change les diverses portions des tissus interieurs, 
y sculpte les organes successifs, sans toucher notablement a la superticie, qui 
reste emanation primordiale du mycelium. Quant au velum inferieur, il est 
mamfestement la continuation des filaments exterieurs du stipe, qui v ont se 
contmuer et se perdre dans la cuticule du chapeau, entourant ainsi tout le 
champignon comme un peridium. Mais il n en est plus de meme pour le velum 
supe rieur de la face hymeniale, dont les fibres rayonnantes, concentriques et un 
pen ascendantes a partir du bord du chapeau, vont se joindre dans la rainure 
entre les lames et le stipe. 

42. Une tin-one devolution que realisent les genres Tulostoma, Battarrea et 
tout le groupe des PODAXINES*, que Payer a entrevue, et que mes recher- 
ches organogeniques me conduisent a proposer, parait rendre compte de tous les 
fails observes. Si 1 on admet, en effet, que dans tous les Agaricines voiles 
la volve et le velum partiel (ou hymenial) soient les representants d un double pe 
ridium concentrique d une gastero-basidee, enveloppant la gleba (lames ethyme- 
nium) et 1 hymenophore (chair du chapeau), et que le stipe soit une colonne de 
sustentation qui s est d abord developpee isolement entre les deux peridiums, 
en reunissant alors tous les faits, on sera amene a concevoir comme il suit la 
naissance et le developpement d un Agaricine voile. 

43. Dans le principe, une petite tumeur ovoide s est developpee sur le myce 
lium. Gette petite tumeur myceliale possede deja, au moins en puissance, ses 
deux peridiums (resultant peut-etre des influences physiques et chimiques de 1 at- 
mosphere). Ges premices incontestables etantposees, qu on imagine maintenaiU 
que ce qui se voit chez Tulostome se passe ici : au-dessus du point d insertion de 
la tumeur sur le mycelium, entre les deux peridiums, la ou afflue le protoplasma, 
nait, dans 1 epaisseur du pe ridium externe ou sur sa face interne, un 
petit lubercule basique qui, entrant bientot en connexion avec le peridium in 
terne, lui transmet les sues nutritifs qu il recoil du mycelium. Le peridium 
interne ainsi alimente, muni de sue, developpe a la face profonde de sa calotte su- 
perieure la masse charnue qui sera le chapeau (1 hymenophore), et commence a 
ebaucher 1 hymenium lui-meme, tandis que 1 hemisphere inferieure de ce meme 
peridium interne, poussee de bas en haul par le rapide accroissement du tuber - 
cule basique se developpant en une colonne centrale de sustentation ou stipes, 
vient s appliquer conlme une membrane sur la face inferieure de 1 hymenophorej 
coiffant la tele du stipe : celui-ci pressant plus particulierement le centre de cette 
membrane, I amincit, la perce et contracte des adherences avec le centre etriiyme- 
uophore lui-meme. Par le fait de ces connexions nouvelles, les sues nourriciers 



CHAMPIGNONS. 131 

changent de voie et arrivent a 1 liymcnophore dircctement par le stipe. Cc doit etre 
a partir de ce moment que, dans 1 Agaricine naissant, le developpement s opere 
en rayonnant et symetriquement au stipe qui apporteles matenaux d organisation, 
et que 1 evolution, jusque-la centripete, devient centrifuge, tandis que les voiles 
qui ne sont plus conducteurs des sues nourriciers vont se dessechant. 

44. II resulte de ce developpement que 1 hymenophore ou chapeau n est autre 
chose que la calotte superieure du peridium interne, agrandie et epaissie ; que 
le stipe est un tubercule ne du peridium externe ; que ces deux developpe- 
ments centripetes, marchanten sens inverse, se rencontrent et entrent en con- 
ionction a travers le segment inferieur du peridium interne, perce a son centre 
par la poussee de la tete du stipe. (Peut-etre doit-on voir la une conjonction 
copulatrice?) II resultera encore de cette conception que le peridium interne ou 
velum (velum partiale Fr.) sera toujours en continuite avec le chapeau et surtout 
avec sa cuticule qu il a contribue a former ; que le peridium externe ou velum 
universel sera toujours en continuite avec le pied du stipe (developpement du tu 
bercule basique) forme par lui et dans son epaisseur; que chez 1 Agaricine voile 
adulte, les fibres du velum (partiel) en continuite avec la peripherie du chapeau 
iront s inserant au fond de Izrainure qui existe entre la naissance cenlrale des 
lames et la tele du stipe chez ces Agaricines voiles, puisque dans 1 origine elles 
coiffaient cette tete, et qu on pourra souvent suivre encore leur trace au-dessus 
de cette tete, comme il arrive chez les jeunes Amanites; que les connexions plus 
ou moins tardives contractees entre la face inferieure du chapeau et la tele du 
stipe pourront etre encore debiles, comme on 1 observe chez beaucoup de Caly- 
carpes (Lep. procerus, Ag. campestris, etc., etc.); enfin que les tissus du stipe et 
ceux de rhyaienophore, qui se sont developpes a part, seront le plus souvent fort dis- 
semblables ou heterogenes , comme on le voit chez les calycarpes, tandis qu ils 
sont homogenes et manifestement se continuant 1 un 1 autre chez les Gymno- 
carpes types (Clitocybe, Cantharellus, etc. etc.). 

45. Nous n insisterons pas sur beaucoup d autres consequences de cette theorie 
devolution, qui nous parait tres-feconde. Elle explique un fort grand nombre de 
fails : par exernple, la ibrme necessairement plus ou moins campanulee de tons 
les Agaricines voiles, tandis qu un chapeau meplat ou infundibule des la jeunesse 
est 1 indice certain d une tout autre organogenic, et notamment d un deveiop- 
pement centrifuge et exterieur (exvoluti), etc., etc. De la 1 importance des etudes 
embryogeniques chez les champignons, etudes a peine entamees jusqu ici. 

Je ferai encore remarquer que, suivant les details de la nutrition, si le velum 
universel (peridium externe) contracte ou plutot conserve des connexions avec la 
surface superieure du peridium interne, on aura, sur la surface superieure du 
chapeau, la fusion plus ou moins complete des deux peridiums, soit des deux 
velums, et, par suite, une organisation comme celle des Lepiotes, ou encore 
A Ag. campestris, vrai Lepiote a spores teintees, etc.; mais que, si une pellicule 
separative se forme sur la surface superieure du peridium interne, c est-a-dire du 
chapeau, les deux peridiums, et, par suite, les deux voiles (volva et velum 
proprement dits) resteront distincts, et on aura 1 elegante famille des Ama 
nites. 

La theorie des velums mixtes (voy. AGARICINEES) sera facilement deduite de ces 
considerations, sans que nous ayons besoin de nous arreter sur un sujettrop theo- 
rique pour convenir a tous les lecteurs. 

Nous allons maintenant passer rapidement en revue les developpements des 



132 CHAMPIGNONS. 

principales classes, qui tous se rapportent aux deux mcdes involuti et exvoluti 
que nous venons d expliquer. 

46. Les GASTEROMYCETES et plus precisement GASTEROBASIDES * comprennent 
tous les fungines (a receptacle contexte) et enfermant dans leur interieur, jusqu a 
la maturite et au dela, les organes de reproduction basidee formant une masse 
dite gleba basidee ou basiglebe. Cette basiglebe reunie en une seule masse ou 
divisee en plusieurs peridioles : de la la forme plus ou moins globuleuse du jeune 
receptacle. Ces peridiums sont souvent sessiles (Bovista, etc.], souvent aussi stipi- 
tes, soil par un stipe vrai, special, se developpant a part entre deux peridiums 
dont nous avons deja parle (Tulostome, GyrophragmiumM.ontag., phalloides), 
soit en dehors des peridiums (Secotium Kunz.), soil faisant suite a une colonne 
de sustentation inteneure, support de la gleba (quelques Geaster, PODAXJNES), 
soit enfin que Ton n observe qu un pseudo-stipe, court epaississement etprolonge- 
ment du receptacle lui-meme (Lycoperdon, etc.). Cependant, des qu il est visible, 
le Gasterobasidie n est qu un petit paquet blanc semblable a du mycelium feutre; 
mais plus tard une ou plusieurs masses centrales, qui deviendront gleba, se 
differ encient du pourtour qui deviendra peridium. 

Le peridium est toujours compose de plusieurs couches conceiitriquesayantcha- 
cune des proprietes speciales quijouentun grand role dans 1 evolution posterieure 
et le groupement en families, genres et especes (voy. LYCOPERDACEES). C est ainsi 
que les Geaster doivent leur faculte de s epanouir en etoile et leur propriete 
hygrometrique a deux des six couches concentriques en lesquelles se divise leur 
peridium. 

47. Le developpement des PHALLOIDES n est pas sans analogic avec celui des 
Agaricines voiles et stipites. Sur le mycelium en cordon apparaitun petit tubercule 
charnu, groscommeun grain dechenevis, dont lesommetest surmonte d un peri 
dium adherent continu avec sabase,etbieutotdistendu par une matiere gelatineuse. 
Le petit tubercule se developpe : puis, sur les parties laterales de son sommet, se 
dilferencie la gleba ; le corps s allonge en stipe, se vacuole, se fraye un passage a 
travers la matiere gelatineuse, repousse et distend le peridium ; de plus les vacuoles 
du stipe secretent des gaz (lesquels?) qui se compriment et dont 1 effort brisetout 
a coup le peridium et distend le stipe avec bruit. 

48. Les NIDULAIRES, petites urnes pleines de conceptacles lenticulaires, se deve- 
loppent d abord comme un petit ovule ferme, villeux a sa surface : une coupe sui- 
vant I axe-montre le contenu, un feutre gelatineux, dans le sein duquel se diffe- 
rencient peu a peu les conceptacles, avec leur hile et le funiculum qui s y 
insere chez les genres pourvus de ce petit organe ; bientot les parois superieures 
s evasent, le tissu celluleux, puis membraneux, qui clot superieurement cet ele 
gant petit vase, se dechire et laisse a decouvert les conceptacles, que le petit ressort 
a boudin, dit funicule , projette dehors. 

49. Les PEZIZES se developpent d abord en un petit tubercule calyciforme, 
presque ferme a son sommet conique, mais qui, par le developpement plus rapide 
de la face hymeniale et de ses theques, s ouvre et s epanouit peu a peu en une 
cupule caracteristique de la famille. 

50. Les TUBERACES, suivant nous les ASCYPOGES, etudies dans quelques types 
encore peu compliques (Genea Vitt., G. pulchra, par exemple), apparaissent 
clairement comme des cupules dont 1 epanouissement a ete empeche par les con 
ditions de milieu ou elles se sont developpees; alors elles se sont chiffonnees, 
recoque\illee$ eii tout sens, de sorte que leur face externe n est que la face iufe 



CHAMPIGNONS. 135 

rieure et myceliale de la cupnle, leurs sinus ou veines interieures, la face basy- 
meniale, et le cortex ( 36 ) - - les parois memes de la cupule. Le D r Quelet a 
done rapproche avec raison, sous 1 excellente denomination de CUPULES, les Gaste- 
races hypoges ou ascypoges (Hypogees des auteurs) des autres Discotheques (Dis- 
comycetes des auteurs). 

51. Cependant, et abstraction faite des analogies anatomiques ci-dessus indi- 
ques, les Ascypoges (Elaphomyces, Truffes, etc.) sont des fungines ayant des 
receptacles tuberculeux irregulierement arrondis, et hypoges pendant toute la 
duree de leur existence, par consequent se developpaut, constituant leurs sues, 
leurs elements organiques, azotes ou non, etsouvent riches en arome, en dehors 
de toute influence de la lumiere; et on avouera que c est un fait bien 
eloigne de la nutrition vegetale. Ces receptacles sont formes au moins de deux 
substances differentes : 

1 Une couche externe ou cortex, mate, seche, dense, presque toujours 
fort resistante, et, suivant les especes, chagrinee, verruqueuse, herissee, villeuse 
OH portant des aiguillons, et plus rarement lisse ; 

2 Vne couche interne, feutree, aeree, d abord blanchatre, au sein de laquelle 
se developpent par differenciation des lacunes allongees et tapissees de tissu fructi- 
fere plus serre, mat, souvent teinte diversement ; de la 1 aspect veine de la section 
d une truffe : les veines noires sont les sillons, les replis que revet Fhymenium 
gorge desucprotoplasmique, les veines blanches sont des couches de tissu aere, les 
grises sont formees par le tissu hymenial et sous-hymenial. 

52. Cependant la Truffe, dans son premier developpement, lorsqu elle n a 
encore qu un millimetre de diametre, est formee d un petit feutre blanc de myce 
lium, sous lequel on decouvre bientot ce que sera le cortex, formant deja une 
coque assez epaisse ; cette coque n est pas completement fermee ; elle presente, 
en effet, au centre d un r enforcement, un assez large pertuis, communiquant in- 
terieurement avec une sorte de vestibule, ou viennent s embrancher les nom- 
breux diverticulums aeriens, tapisses de la membrane ascymene, qui parcourent 
en tous sens le tissu de la truffe ; mais ces lacunes, cette chambre a air vont 
s obliterant avec la croissance des tissus, avec leur epaississement et leur multi 
plication, tandis que le mycelium qui entourait le receptacle ne tarde pas lui- 
meme a disparaitre de bonne heure. 

53. Pyre nomycetes (xvpyv , noyau), ou nude.es (nucleus) du docteur Quelet, 
comprenant les SPHERIACES et les SPHERONEMES (etMelanconiees?). Nous avonsdeja 
parle du stroma,tantot subicule,.tantot receptacle ( 30, C 35 6), toujours forme 
d une sorte de feutrage du mycelium, diversement tasse et indure, et sur lequel 
ou dans la couche superficielle duquel se developpent par differenciation les peri- 
theques et periclines avec leur contenu. Quelquefois cependant ces petits organes 
reposent sur ou dans un tissu qui diflere peu du substratum nourricier; c est le 
substratum dont le tissu infiltre de sue et de mycelium est plus ou moins moclifie, 
et sert de receptacle aux organes de reproduction. On a donne a cette base le nom 
de pseudo-strome ; dans ce stroma ou ce pseudo-strome sont immerges, comme 
aulant de petits pepins, les periclines et peritheques, le plus souvent crustaces et 
charbonnes, et sur lesquels nous reviendrons ( 82 et 83). 

54. Organes de reproduction. Ces organes se composent : 

A. Du corps reproducteur lui-meme ou SPORE, comprenant sous cette denomi 
nation toutes cellules vivantes simples ou composees jouant le role de semence : 
quelles que soient d ailleurs 1 origine et les proprietes secondaires de cette semi- 





134 CHAMPIGNONS. 

mile, elle a pour carnctc re specifique de reproduire, soit immediatement soit secon- 
dairement, le mycelium geneiateur du champignon ; 

B. Des organes accessories : , immediatement producteurs et porteurs de la 
spore ; et 6, sustenteurs, protecteurs, accompagnateurs de ces organes (hyme- 
niums, peridiole, sporanges, peritheques, etc.). 

55. A. Spores. Le corps reproducteur, la graine, prend ici le nom de 
spore. Ce nom special est legitime par les differences considerables qui existent 
entre la graine et la spore pour la taille, pour la composition et pour le develop- 
pement ulterieur. La graine, par exemple, est toujours relativement volumineuse, 
et, quoique isolee, toujours appreciable au tact comme a la vue simple; la spore, 
impalpable poussiere, invisible a 1 oeil nu si elle est isolee, est a peine percue sous 
les plus fortes loupes et n est vraiment vue que sous le microscope; celle-la, d uue 
composition complexe, renferme un embryon tout forme, vivant, qui presente 
deja 1 un rudiment de tronc (tigelle), de rameau (plumule), de racine (radicule), 
et 2 un aliment (endosperme ou son equivalent, les cotyledons charnus) pour 
fournir au premier developpement de la plante ; celle-ci n offre aucun vestige 
d embryon prcforme. Dans la germination, c est la tunique interne de la spore, 
simple membrane pellucide, qui, faisant saillie a travers la tunique externe 
(e pispore) rompue, se developpe en un long tube mycelien, et parait alors 
remplir le role de rembryon, tandis que le contenu liquide de la spore serable 
representer I endosperme de la graine, c est-a-dire etre un aliment preforms, 
mais pent-etre deja vivant, en tout cas singulierement apte a 1 organisation, et 
appele protoplasma. Enfin, pour resumer ce parallele, on a dit que la spore 
etait un embryon en puissance, un embryon arrete dans sa premiere phase de de 
veloppement, assimilation qui ne me parait admissible que pour les spores issues 
de la fecondation ou oospores (g 93). 

56. Cette comparaison donne une idee sommaire de la constitution de la spore. 
Sa tunique externe, lisse ou chagrinee, ou herissee, ou ridee, ou reticulee, ou 
costee, est ordinairement nue, mais quelquefois enrobee dans une couche gelati- 
neuse. Cette enveloppe externe, tres-souvent plus ou moins coloree, surtout chez les 
teleutospores (93) et les oospores ( 109), presente souvent sur un point de sa 
surface le vestige oua/ncM/edupedicelappeles|ncwZe,rompu,ou seulement son 
empreinte ou hile. Nous avons dit qu ilexiste une tunique interne : elle est fine, 
pellucide, quelquefois a peine visible oumeme mapercue, quelquefois assez epaisse, 
tendue, lisse, tandis que la tunique externe, qui semble parfois trop grande, se 
phsse ainsi qu unmanteau (-^oc^-^o^ , d oule nom de chlamydospore donne 
a cette disposition. La tunique interne, assez mal a propos nominee endospore, 
presente parfois un ou plusieurs pores ou petits pertuis, peut-etre simples amincis- 
sements, par lesquels commence en certains cas (mais non toujours) la poussee 
du boyau germinatif ; alors on peut les appeler pores germinatifs. D autres fois le 
pore correspond au hile on point d attache de la spore sur sa spicule. 

57. Dans cette double enveloppe est contenu le protoplasma (vrai endospore), 
matiere liquide ou semi-liquide, generalement bien translucide (quand Tepispore 
permet de le constater), plus ou moins granuleuse, et, en outre, tenant tres-sou- 
vent en suspension une ou plusieurs gouttelettes d huile, plus ou moins teintees en 
Jaime et tres-refrangibles, quelquefois d une disposition constants caracteristique 
de 1 espece. 

58. Ainsi constitute, la spore peut affecter toutes les formes que comporle une 
cellule vivante, depuis le spheroide parfait ou apicule, 1 ellipsoide pur ou reni- 



CHAMPIGNONS. 135 

forme, ovn ide on diversement arrondi, apprime, tronque on acumine a ses 
extremites, enfin plus ou moins allonge, jusqu a la forme dc batonnet drnil on 
courbe ,; quelquefois meme la spore a une forme angulaire plus ou moins polye- 
drique, ou etoilee : mais ces dernieres formes sont, sans doute, le fait de la seulo 
lunique externe, ainsi que les villosites, les aigrettes ou filaments qu on y rencontre 
rarement. Enfin quelques spores, quoique tbecagenes (66), prcsentent des appen 
dices pedunculiformesetranges (Sphceria coprophila), par lesquels elles paraissent 
connne h xees dans 1 interieur de la theque! ( 89). 

59. La spore est ; ou simple, c est-a-dire manifestement constitute d une seule 
cellule a membrane continue sans organisation appreciable, ou composee de plu- 
sieurs pieces soudees ensemble ; ou bien elle presente un ou plusieurs noyaux, mais 
limitant toujours une seule cavite ; ou bien encore la cavite elle-meme est manifes 
tement divisee en plusieurs compartiments, 2, 3, 4, rarement plus, par des cloi- 
sons (spore septe e). Enfin la spore, quoique entouree d une tuniqne generate 
(couche primaire de quelques auteurs) qui fait son unite apparente (aulrement 
on n aurait que des spores agglomerees), peut etre decidement composee, si chaque 
segment, paraissant separable, a conserve son autonomie, et si, par exemple, il 
peut germer de son cote et fournir son mycelium ou plutot pramycelium($l&&). 

Le volume de la spore n est pas moins variable que sa forme. II est le plus sou- 
vent de quelques centiemes de millimetres (2 a 4) ; les diametres depassent rare 
ment 4 a 5 centiemes, et rarement aussi sont au-dessous de 1/3 et meme 1/2 cen- 
tieme. 

60. Couleurs des spores en masse, vues a 1 oeil nu et consequemment a la lu- 
miere reflechie. On peut dire que les spores revetent toules les couleurs que le 
Inngage pent denommer et davantage ; mais ces nuances, souvent accusees fai- 
blement (surtout pour le bleu et le vert), sont, presque toujours mates et le plus 
souvent ternes ou rabattues, comme celles des oxydes metalliques. J ai note parti- 
culierement les teintes suivantes : 

1 Blanc, ou blanc legerement teinte de jaunatre ou d orange tres-dilue 
(creme) ; 

2 Rose, rarement fonce, bien plutot pale et plus ou moins terne, tirant sou- 
vent sur 1 ocrace , 

3 Couleur de cannelle, de cuir, et presentant toutes les nuances de la rouille 
de fer, depuis 1 ocre pale jusqu au rouge brique plus ou moins rabattu, enfin brun 
jaunatre ou fauve ; 

4 Rouge brun, et transitoirement (avant la maturite) rose brim ou brun, sou- 
vent tres-fonct :, mais avec un fond pourpre ; 

5 Brun ou noiratre (sans reflet pourpre) ou entierement noir. 

Ces cinq groupes sont ceux etablis par Fries poursa division du genre AGARICUS*. 
. Mais dans d autres groupes on rencontre en outre les teintes : 

a. Vert sale ou rabattu (olive) , soit faible, soil fonce, mais toujours tres^rabattu ; 

b. Bleuatre, faible et rabattu ; 

c. Orange, souvent tres-vif et meme rouge orange; d 

Ces couleurs sont importantes a constater, parce qu elles sont tres-constantes 
dans les spores mures de meme espece et d un meme ordre de formation (car 
nous allons voir que beaucoup d especes sont susceptibles de plusieurs sortes de 
sporifications successives). II serait desirable que ces coulenrs fussent determinees 
avec precision au moyen de la norme chromatique de M. Chevreul, malheureuse- 
ment difficile a se procurer (voy. COULEUR). Quant t \ la couleur de la lumiere trans- 



136 CHAMPIGNONS. 

mise par la spore isolee vue au microscope, elle est encore plus difficile a de- 
terminer ; nos notes et les renseignements generaux sont trop incomplets pour 
etre utilises ici. 

61 . Spores au point de vue de la dure e naturelle de leur faculte germinative. 
11 est des spores qui sont aptes a germer seulement et aussitot apres leur separa 
tion de la cellule mere, et qui sont incapables de supporter les temperatures des 
saisons extremes, chaudes ou froides: je les appellerai spores e phe meres. II 
en est d autres, au contraire, qui ne germent pas immediatemeut ; elles doi- 
vent avoir un temps de repos, de lethaigie, plus ou moins long, et notamment 
subir soil les secheresses de 1 ete, soit les froids de 1 hiver: je les dirai le thar- 
yiques et hibernantes dans le cas particulier, et plus frequent, ou c est 
1 hiver qu elles peuvent et doivent braver (on pourrait proposer estivantes 
quand c est 1 ete). Nous verrons plus tard que les travaux recents tendent a ac- 
corder une grande importance a ce caractere pbysiologique ; il est done necessaire 
de pouvoir en designer les varietes sans periphrases. 

62. Spores ambulantes. La plupart des spores sont immobiles, mais quelques- 
unes sont mobiles dans 1 eau ; on les appelle zoospores. Le mouvement est 
produit par deux cils vibratils anterieurs et divergents, soit naissant en un seul 
point, mais se dirigeant en sens contraire, comme dans Peronospora infestans, 
soit naissant aux deux extremites opposees de la spore. Cette organisation, si fre- 
quente chez les algues, ne se rencontre guere dans les champignons que chez ceux 
bien peu nombreux qui viveut dans 1 eau, comme chez les SAPROLEGNIES. Cepen- 
dant c est encore une des formes de fructification de deux especes parasites nial- 
heureusement trop communes, Cystopus et le Peronospora que nous venom do 
nommer, le redoutable parasite de notre Parmentiere. Ces spores essentiellement 
e phe meres, jouissant pendant un temps assez court du pouvoir locomoteur dans 
1 eau ou dans une goutte de rosee, naissent par segmentation de 1 interieur d une 
cellule mere ovoide ou sporange (g 90), qui, plongee dans 1 eau, s ouvre a son 
sommet et laisse echapper 8 a \ zoospores ovales ou reniformes ou lenticulaircs, 
a simple contour, avec une tache claire ou vacuole ; ces zoospores se meuvent 
aussitot dans le liquide, puis au bout de quelques minutes se fixent, perdeiu 
leurs cils, s entourent d une mince membrane (ou celle presque invisible qui les 
enrobait devient plus manifeste), et elles germent comme une spore ephemere 
ordinaire ( 61). 

63. B. Organes immediatement producteurs et porteurs de spores. Apres 
avoir decrit les spores en elles-memes, il faut dire comment elles naissent. 

Gonstatons d abord qu au point de vue de leur situation, elles se produisent, 
ou au moins se rencontrent dans quatre positions bien distinctes : , elles naissent 
etrestent a 1 interieur de la cellule mere de laquelle elles precedent; 6, ou elles 
sont, soit des 1 origin.e, soitde tres-bonne heure, exterieurement situecs. Dans le 
premier cas, on les dit : spores endogenes, ou mieux endospores, 
dans le second, spores exogenes, si on vent affirmer leur formation 
d abord exterieure, ou plus prudemment exospores, si Ton veut seulement 
constater la position, ou on les rencontre (g 36 et 89). Mais chacun de ces deux 
types est lui-meme susceptible de deux situations : - - 7, les cellules-meres, 
sur ou dans lesquelles se developpent les spores, sont terminales, ainsi 
qu il arrive dans la grande majorite des cas; on les dit encore acrogenes 
ou acrospores (xoo ? , sommet), particulierement quand elles sont en meme 
temps terminales et exospores ; - - 5, elles occupent un point intermediaire dii 



CHAMPIGNONS. 157 

pnrcours des tubes myceliens feconds : on peut dire alors spores laterales on 
pleurospores (^l^po-j, cote) si elles sont exterieures, on emboliaires (quel- 
ques auteurs ont dit intercalaires) si elles sontinterieures (91). 

64. Enfin, au point de vue de leur groupement entre elles, les cellules meres 
sont encore susceptibles de deux arrangements bien differents et qui s accompa- 
gnent necessairement de dissemblances radicales dans leurs receptacles : 

Les unes sont des filaments tubuleux qui restent isoles, allonges en rameaux, 
sans autres rapports manifestes ni necessaires avec les rameaux voisins que d etre 
issus d un meme substratum ou au plus des filaments epars d un meme myce 
lium. Gette simplicite d organisation n exige pas de receptacle contexts ( 22) ; 
c est celle qu on rencontre dans le groupe des moisissures comprenant les Muco- 
RINES et les MucEDiiNES, etc., constituanl le groupe des NEMATES : nous y revien- 
drons plus loin ( 84). Chez les autres, les cellules meres se groupent et con- 
tractent des rapports intimes, dont nait un appareil fructifere nouveauqui 
prend le nom A Hymenium (up-fr, tapis, membrane), s il a la forme d une 
membrane continue, et celui de Gleba, s il est converti en une petite masse 
plus ou moins arrondie et munie d une enveloppe ou conceptacle. 

Le premier mode degroupement des cellules meres en une membrane hyme- 
niale exige un receptable ( 22), snr lequel cette membrane est etalee et qui la 
nourrit : c est le receptable necessairement a large surface des ectospores (cbapeau 
cupule, stroma, etc.); le second, au contraire, reclame un receptacle toujours 
plus ou moins ramasse, massif en apparence, mais se reduisant au fond ou a 
une membrane enveloppante, a une coque qui prend le nom de conceptacle en 
general, et, suivant les cas, de Peridium, de cortex, de peridiole^Ae 
pericline, de peritheque; ou aun corps appele encoresfroma ( 30etn3), 
et dont la couche superficielle est creusee d alveoles logeant les peritheques 
oupe riclines. Gependant, il arrive quelquefois, pour les especes immergees dans 
leur substratum nourricier, que le conceptacle propre manque et que c est la sub 
stance meme dans laquelle ils se sont developpes qui leur tient lieu d enveloppe : 
c est lecas des MELANCONIES*. 

65. Naissance et de veloppement des spores. Suivant la distinction. qui pre 
cede, nous diviserons notre etude sporogenique en deux chapitres : le premier 
(qui va etre traite de suite), a pour objet les spores dont les cellules meres, 
groupees soil en une membrane hymeniale soit en petite masse on gleba, et 
encloses dans un conceptable, constituent un appareil complexe de sporification 
(v. 66 et suiv.) ; 1 autre chapitre qui partira du 84, s occupera de la genese 
des spores chez les cellules meres isolees, appar tenant tres-generalement a des 
champignons exclusivement composes de filaments tubuleux, simples ou ramifies, 
mais sans connexion necessaire avec les autres cellules sporiferes. 

66. Genese des spores chez les cellules meres groupees et formant un appareil 
de sporification. Gette etude elle-meme comprend deux cas : celui des cellules 
meres a la fois endogenes et endospores (g 63), et celui des cellules paraissant 
exogenes mais certainement exosporees ( 68). 

Genese des endospores, thecaspores ou ASCIDES ( 35). Voici comment 
M. de Bary decrit leur developpement observe chez Peziza confluens, qui peut 
servir de type. 

De longues cellules, ayant a la fin pres de deux dixiemes de millimetre de long 
et deux centiemesde large, appelees as ces ou tlieques (ascus,sac= Own, etui), 
sont d abord remplies d une substance semi-liquide, translucide, mais troublee par 



138 CHAMPIGNONS. 

de nombreuses granulations, et dans laquelle flottent quelques gouttelettes hui. 
lenses, refractant fortement la lumiere, quelqnes vacuoles et quelques noyaux 
de cellules. Ce liquide, charge deces elements figures, gagne le sommet de 1 asce; 
cest le protoplasma; c est un liquide complexe, que jaunissent les solutions 
lodees, et dans le sein duquel vont s organiser les spores. Autour des noyaux ap- 
paraissent peu a peu et simultanement des aires circulaires plus claires, qui vont 
grandissant et qu on recommit bientot pour des spores, a leur arrangement regu- 
Jier au sommet de 1 asce, a leur forme elliptique, a leur developpement simultane 
et a leur nombre constant : huit spores dans la grande majorite des ascomycetes, 
quelquefois quatre ou six, plus rarement deux ou seize, mais normalement tou- 
jours en nombre pair. Ces spores, peut-etre par circumduction premiere de 1 epi- 
spore, mais plutot par endosmose, ont inclus dans leur interieur la majeure partie 
du protoplasma qui gonflait la partie superieure ou moyenne du tuyau ascique ; 
M. de Bary appelle epiplasma le liquide restant, un peu au sommet, maissur- 
tout a la base de 1 asce ; c est une substance tres-refringente et par suite tres- 
brillante, qu une solution faible d iode colore en rougeatre ou en violace. 

Cependant, dans 1 asce spheroidal des genres tuber et elaphomyce, la masse 
arrondie du protoplasma, refractant moins la lumiere, se separe d abord ou mieux 
se distingue nettement de Vepisplasma ambiant et beaucoup plus refrangible ; 
dans le sein de ce protoplasma se dessinent, se limitent et s accroissent succes- 
sivement les spores, sans noyau prealable visible ; de cette evolution successive 
resultent des variations dans le nombre des spores trouvees, suivant le degre de 
developpement atteint au moment de 1 examen (voy. pour les endospores sporan- 
gees90). 

67. Quant a la membrane del asce, sous 1 influence de la solution iodee, et 
plus surement du chloro-iodure de zinc l , elle se colore souvent en violet , et 
meme en bleu, surtout chez les jeunes asces (comme d ailleurs il arrive souvent 
aux jeunes cellules constitutives des tissus des champignons), et seulementeu 
jaune chez les vieilles. Cette membrane est translucide, continue, sans parties 
constituantes appreciates ; mais dans plusieurs especes, on lui reconnait manifes- 
tement, par la section, deux tuniques inegalement absorbantes : une exterieure 
seche, peu permeable, mais ruptile, et une interieure, tumefiable mais com- 
primee, dont 1 elasticite et la tension amenent 1 ejaculation des spores, au moin- 
dre exces de cette tension. 

68. Genese et developpement des exospores formant un appareil complexe de 
fructification, soit hyme nium, soit gleba. 

a. Basides. Dans le groupe le plus important par le nombre comme par 
e volume, celui ou se rencontrent les gros champignons ordinaires de nos bois et 
de nos prairies, les cellules productrices portent les spores sur leur sommet. Con- 
sideree isolement, la cellule mere est une assez grosse vesicule, ovoide ou obovee 
translucide, mais d abord gonfleed un protoplasma granuleux, dans lequel flottent 
quelques noyaux de cellules qui s accumulent de plus en plus a son extremite 
libra; alors, du sommet tumefie et arrondi emergent simultanement quatre (ra 
rement deux ou six, mais toujours par paires) petites et fines preeminences 
: ce sont les quatre spicules des quatre spores qui vont se former a leur 
sommet ; en effet, chaque proeminence, d abord acuminee, se coiffe d une petite 

Liqueur obtenue par la reaction de 1 acide chlorhydrique pur sur 1 iodure de zinc Nouvel- 
lement preparee, cette liqueur doit etre incolore ; elle agit souvent quand la solution iodle 
meme accidulee avec S0 4 H, est sans effet. 



CHAMPIGNONS. ^ 9 

tumeur arrondie, qui sedcveloppe simultanement parl afflux duprotoplasmadans 
son interieur, et devient spore; puis une cloison separative de la spore et de la 
spicule se montre ordinairement vers le sommet de celle-ci qui est sonvent coude 
a ce niveau ; et la maturation s acheve par osmose. C est exclusivement a cette 
cellule mere, couronnee de paires de spores produites et developpees simulta 
nement et presque toujours spiculees, que je donnerai le nom de baside (une 
seule apparence exceptee (g 69). Cependant les spores muries se detachent au 
niveau de la cloison separative de la spicule, et tombent, ou sont legerement pro- 
jetees ; les spicules, qui d abord sont restees couronnant la baside, s effacent, et 
ordinairement la cellule mere se fletrit ; pourtant M. E. Boudier m a assure que 
les basides des cortinaires peuvent fournir plusieurs recoltes. 

69. Nous avonsparle d une apparente exception a cette forme etgenesedes 
basispores : elle est fournie par la famille des Tremellines, cbez laquelle les 
basides, avant de pousser leurs spicules, se cloisonnent et se divisent protonde- 
ment, quelquefois completement, en quatre mamelons ou en quatre cellules, qui 
s allongent isolement le plus souvent 1 une apres 1 autre) en longues spicules, au 
sommet desquelles se none une spore. Onpeut dire des lors que chaque baside pn- 
maire produit quatre clinides ; et c est peut-etre a tort que 1 on conserve les 
Tremellines dans les Basides, car a 1 etat adulte ils sont bien plutot clinides 

/Q n i \ 

70. b. Clinides. Nous venonsde voir une cellule mere monosporee naitre de 
la tetratomie d une baside : nous ignorons si toutes les cellules meres portant une 
seule spore a leur sommet naissent ainsi ; mais, quoi qu il en soit, c est a cette 
cellule, grele, allongee, a sommet acumine n emettant et ne portant qu une seule 
spore a la fois, que nous avons donne le nom de clinide (xMvi;, iSo;, petit lit 
pour un seul) en opposition symetrique avec baside 1 . Cette cellule est, non 
pas isolee, mais reliee par des rapports plus ou moins intimes a des cellules meres 
de meme ordre, c est-a-dire, a d autres clinides qui recouvrent un stroma ( 22) 

* On remarquera combien le langage de la mycologie manque de determination et de 
symetrie en un sujet si important : baside designait, dans la grande majorite des cas, les 
cellules meres arrondies portant une ou plusieurs paires de spores, et subsidiairement 
les cellules meres monosporees ; Vhymenium s appliquait d abord a toute couche fructi- 
fere (basidee, ascidee, clinidee^, mais particulierement a celle composee de vraies ba 
sides, tandis que clinode introduit par Leveille se disait exclusivement de la couche for- 
mee des longues et etroites cellules mouosporees. Meme indetermination pour glebe (gleba), 
qui se disait tan tot exclusivement du contenu des gastero-basides, tantot de celui de tous les 
gasteromyces pris dans la plus large acception de ce mot (basides, ascides, clinides) ; meme 
incertitude pour hy op oge, qui s entendait tantot, suivant 1 etymologie (SITI, -/>>), de toutes 
les funginees dont 1 existence est souterraine, tantot, par une convention arbitrage, seulement 
de celles qui sont en meme temps basides (Berkelay) ; les autres ascides souterraines 
etant dites non moins arbitrairement tuberaces, etc. En nous servant des mgmes racines et 
en proposant les expressions analogiques, symetriques et nettement determinees de basides, 
de clinides, d asces (ou theques) pour les cellules meres, et respectivement celles de basy- 
mine, de c linymene, d ascijmene pour les couches fructiferes de chacune ( 1&), quand elles 
sont etalees et librement exposees; celles de basiglebe, de cliniglebe, d asciglebe quand elles 
sont encloses dans 1 interieur de la funginee ; enfln, suivant la meme analogic, nousnom- 
merons Basypoges (basides hypoges) les Basiglebes souterraines (Hymenogaster, etc.) 
et Ascypoges (ascides hypoges) les Asciglebes souterraines; et d autre part en retenant 
les denominations plus generates de cellule mere, fthymenium, de glebe, d hypoge pour 
toutes indistinctement, nous croyons, sans surcharge pour la memoire, avoir fait 
paraitre ces defauts, avoir rendu sur ce point le langage analogique, symetrique, euph< 
nique, et, de plus, 1 avoir complete sans mot vraiment nouveau ! La stylospore de Tulasne est 
une clinide endogene, sa pycnide est notre pericline, mais dans le cas particular ou 
une fructification ulterieure a ete observee, ou est supposee devoir exister. 



ii() CHAMPIGNONS. 

ou encloses dans un pericline ( 85). Surle sommet aigu de cette clinide se deve- 
loppe, par nieme genese que sur les basides, une spore a laquelle souvent il en 
succede une autre, presque toujours apres la chute de la premiere, mais quel- 
quefois avant ; alors, chez la vraie clinide, la seconde nait directement au-dessous 
de la premiere, de sorte que la cellule mere porte a son sommet deux ou trois 
spores enchainees. C est le commencement d une genese que nous verrons fre- 
quente et variee dans les groupes des NEMATES EXOSPORES: MDCEDINES, 

Sr.LEROTRICHES, SPORIDESMIES , CLINO TR ICH E S , etc. 

71. Remarquons de suite que la cellule clinidee ne parait fournir le plus sou- 
vent qu une premiere forme de sporification, tandis que la cellule mere basidee 
donne toujours une fructification definitive. Ainsi une difference physiologiqu*; 
considerable, plus importante que les apparences morphologiques elles-memes, 
separe les deux formes de reproduction, et montrc la valeur de cette distinction 
due a la sagacite de notre Leveille. G est surtout par cette consideration que Ton 
doit se decider a maintenir le groupe de transition forme par les TfiEMELUNEsparmi 
les basides. 

72. Cependant, avant de passer aux deux autres modes de sporification chez les 
cellules meres eparses ou ne formant pas un appareil fructifere compose, Hyme- 
nium ou Gleba, il convient de decrire chacun de ces deux appareils dans ses 
principales formes. 

73. Hynuw ou Hymenium (g 64). Les cellules generatrices des 
spores, qu elles soient asces, basides ou clinides, et les cellules steriles qui le> 
accompagnent presque toujours, se presentent tres-souvent dressees et juxla- 
posees sous 1 apparence d une membrane ayant sous le microscope 1 a^pect 
d un velours tres-serre, dont les poils seraient contigus. Cependant dans ce velours 
dont chaque filament dresse est une cellule, toutes les cellules ne sont pas 
fecondes; presque constamment elles sont entremelees de cellules steriles, qui 
presentent des details importants et doivent etre etudiees a part pour chacun des 
trois elements fondamentaux. 

74. Chez les Basides , ces cellules steriles sont toujours plus nombreuses 
que les basides elles-memes qui sont regulierement disposers au milieu d elles 
Ces cellules sont plus petites, moins hautes, a sommet arrondi etnu, pressees les 
unes centre les autres; mais, comme les basides apres la formation des spores 
elles sont translucides et remplies d un liquide hyalin. Avec ces petites cellules on 
rencontre encore, disseminees ca et la, d autres grandes cellules egalement ste 
riles et deux a quatre fois plus grandes et plus grosses que les basides ; leur som 
met, nu de spores et de spicules, est le plus souvent arrondi ou ovo ide mais 
quelquefois plus ou moins acumine, a corps cylindrique ou claviforme et gonfle d nn 
liqu.de hmpide dans lequel M. de Bary a vu, chez un tres-jeune exemplaire une 
matiere sarcodjque arborescente et mobile. Leveille a donne a ces cellules le nom 
de Cystides (y.uw s , vessie) ; on ne sait rien de leur fonction; on leur a attri- 
bue bien gratuitement un role fecondateur, hypothec aujourd hui peu vraisem- 
blable. 

75. Trame ou couche sous-hymeniale. Sous cette couche hymeniale aini 
lormee, s en trouve une autre dont la texture cellulaire plus fine a 1 oeil nu Con 
vent comme granulee, plus humide, plus molle, surtout plus gonflee de sues 
nournoers (et aussi de latex chez les champignons laiteux), quelquefois particu- 
lieremerit temtee, enfin d une constitution anatomique quimeriteun examen par< 
ticuher, trop neglige jusqu ici. Avec Fries, qui avail plus particulierement en vue 



CHAMPIGNONS. 141 

la mince couche des lames dans les Agaricines, donblant les plis hymeniaux 
constitutifs, nous appellerons trame cette couche sous-hymeniale. 

76. Nous avons vu ( 75)que 1 on avait donne tres-generalement le nom 
il hymene (vpjv) ou d hymenium a la couche cellulaire productrice des spores. 
Mais, comme ce n est guere que la couche fructifere etalee a 1 exterieur qui me- 
rite le nom de membrane, c est particulierement la couche prolilere des ectoba- 
sides, des ectotheques, des ectoclines, que Ton a desiguee ainsi; et encore Leveille 
ayantcree la denomination de clinode pour la couche fertile des clinispores (voyez la 
note du 70), 1 hymeniura ne s est plus guere applique qu aux. ectobasides et aux 
ectotheques. Cependant, comme c est surtout chez les ectobasides que cette mem 
brane est tres-e tendue, souvent separable, tres-variee dans ses formes, et comme sa 
consideration est tres-importante , il est passe en usage de prendre la denomina 
tion d hymenium dans un sens encore plus restriclif et applicable aux seuls ecto 
basides: de la les expressions d hymenomycetes (Fries), d hymenies (Quelet), qui 
prises a la lettre devraient comprendre tous les champignons dont les cellules meres, 
basides, theques, clinides, sont etalees en tapis, mais qui, en realite, ne sont appli- 
quees par lesauteurs qu aux seuls ectobasides. Cette confusion de I hymeniiim en- 
tendu dans son acception, tantot la plus generale, tantot la moins generale (basides 
et theques), tantot tout a fait speciale (basides), n est pas sans inconvenient. Pour 
distinguer ces trois hymeniums sans surcharger la memoire, on pourrait dire, et nous 
dirons: Basymene, ascymene, clinymene (ce dernier etant synony me 
du clinode de Leveille) ; et, pour les champignons qui offrent une de ces trois cou 
ches hymeniales : basymenies, ascymenies, clinymenies; mais cette 
denomination ne peut s appliquer qu aux cas ou les couches proliferes sont exte- 
rieurement etalees. C est pourquoi nous reserverons les expressions deja usitees 
de glebe (gleba, petite motte) pour les cas ou les cellules meres sont agglo me 
re es dans un conceptacle, ou immergees et encloses (avecou sans conceptacle) 
dans le substratum meme. Nous dirons de meme basiglebes, asciglebes, 
cliniglebes, etc. 

77. Les formes et les aspects tres-divers,les apparences turgides, humides, 
ou seches et arides de riiymenium et notamment du basymene et de sa trame ( 75) , 
doivent elre notes avec soin, car ils sont tres-constants dans les memes groupes na- 
turels, et ils constituent le caractere le plus commode a decrire pour la distinction 
de ces groupes; mais, devant y revenir sommairement a propos de Li classifica 
tion (p. 200), et plus en detail aux articles consacres a chacune des families des 
basymenie s, nous ne les decrirons pas ici. 

Je remarquerai seulement que ce basymene, portant des spores nues, lesquelles, 
dites exposees, parce que rien ne lesrecouvre, n est que rarement expose a la 
pluie ou au soleil. Dans 1 immense majorite des cas en effel, cet hymenium tire 
son moyen de protection de sa position inferieure ou au moins laterale; ainsi, dans 
toutes les especes presentant unchapeau, il est tres-efficacement garanti, d abord 
dans sa premiere jeunesse, par 1 etat qui precede I epaiiouissement plus ou moins 
tardif du chapeau et des voiles, et ensuite par la forme en parasol ou parapluie 
(ou en appentis chez les especes dimidiees), si manifestement favorable a cetle 
protection. Dans les especes absolument resupinees, c est-a-dire retournees et sou- 
vent attachees au substraUim par la face ordinairement protectrice, la position 
meme de ce substratum, superieure ou laterale, devient protectrice si I orientation 
est favorable, et je 1 ai presque toujours trouvee telle: c est une observation que je 
monnnande aux herborisants. 



142 CHAMPIGNONS. 

78. Hymenium et paraphyses, Chez les Ascospores ou Ascymenes, dont les 
cellules meres de spores, ou asces, se rangent dressees les unes aupres des autres 
pour former la couche ascymeniale, comme chez les Pezizes, les cellules steriles 
appelees paraphyses (TrapayOo-i;, surcroissance, production surnumeraire), ont 
une tout autre forme : ce sont des tubes greles et allonges, onduleux, plus longs 
ou plus courts que les asces, suivant les groupes ou au moins les especes ; et, en 
chaque espece, d autant plus longs, relativement a 1 asce, que le champignon est 
plusjeune; ces filaments, si finement tubuleux, sont souvent tumefies etclavifor- 
mes a leur sommet, droits, courbes ou en spirale; leur cavite, contenant unesub- 
stance mucoide granuleuse, est continue ou cloisonnee; ilssontrarement articules 
ou rameux : bi- ou trifurques a leur sommet (Ascobolus sexdecimsporus Boudier). 
Le role de ces paraphyses est inconnu ; on leur a naturellement attribue celui 
de fecondateurs, comme il est arrive a tout organe dont on ignorait les fonctions. 
D autres ont reduit leur usage a de simples ressorts destines a faciliter la projec 
tion des spores. On les a aussi regardes comme des asces avortees et sans utilite. 
Mais il y a, centre cette derniere opinion, qui leur a impose leur nom, un fait im 
portant dont il faut tenir compte, c est leur native apparition et leur precoce deve- 
loppcment : a peine le receptacle est-il visible et alors qu il n y a pas encore trace 
detheque, deja les paraphyses sont, sinon developpees, au moins tres-manifestes, 
et ce n est que bien plus tard que Ton voit s elever de leur pied 1 asce deja gonilee 
du protoplasma sporigene. En outre, nous verrons MM. de Bary et Vorouin se 
flatter d avoir trouve ailleurs, et avant Tapparition du receptacle, 1 enlacement 
fecondant des cellules douees des attributs de la sexualite. Les paraphyses , qui 
commencent des lors a se developper ,~ ne sembleraient que les premiers produits 
de cet embrassement fecond. 

79. Maliere glutineuse. Outre ces paraphyses, rhymenium ascospore pre- 
sente encore souvent dans des groupes entiers, comme chez les ASCOBOLES, une 
matiere glutineuse speciale et qu on a appele gelin (geline, sorte de gelatine), 
substance qui se presente sous 1 apparence d un mucilage incolore (mais nous le 
retrouverons souvent colore , ou sombre ou noir, remplissant le peritheque de 
certaines spheries ou le pericline (faux peritheque) des MELAKCONIES et des 
SPHERONE&IES). II enveloppeles theques et les paraphyses, et recouvre ainsi 1 ascy- 
mene d une couche gehitineuse. Ge gelin est hyalin et homogene, ou granuleux 
et trouble. Ses fonctions sont fort hypothetiques : chez les ascides a receptacle 
ouvert, on peut croire qu il protege les asces centre les trop brusques change- 
ments hygrometriques. Mais cette explication ne peut guere convenir aux the- 
caspores, dont les theques sont , des le principe et jusqu a la maturite, tres- 
efficacement protegees par les peritheques; d ailleurs, la fructification des asco- 
spores peut bien se faire, et surtout se fmir avec un hymenium librement expose 
a 1 air et a la lumiere, comme chez les POIZES, les HELVELLACES, etc. 

80. Chez les Clmides, le groupement des cellules fecondes monospores dites 
clinides peut aussi s etaler exterieurement sur un petit receptacle plus ou moins 
convexe, tuberculeux, discoide, ou plat ou concave, charnu ou membraneux, ap 
pele stroma, et constituer une membrane ou au moins cette surface sporifere 
que Leveille a nommee clinode; mais nous avons dit (g 76) que par analogic avec 
1 hymenium baside ou basymene et 1 hymenium ascospore ou ascymene, 
nous appellerions celui-ci hymenium clinide ou climjmene. Gependant chez les 
Clinides une forme speciale , qu on ne trouve pas chez les Basides, se rencontre 
souvent. Sur le stroma les cellules meres ou cliuides et leurs annexes, au lieu 



CHAMPIGNONS. 145 

d etre pressees les unes centre les autres de maniere a former une couche , uno 
membrane continue couvrant completement le stroma, sont plus ou moins ecar- 
tees, au moins par leurs extremites libres, et souvent meme par leur pied espa