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.
A gift of
Associated
Medical Services Inc.
and the
Hannah Institute
for the
History of Medicine
DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
DBS
SCIENCES MEDICALES
r/r,:. - IMPMMCRIE n* E. MARTINET, RUE MICNON, 2
DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
DES
SCIENCES MEDICALES
COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEt RS
ARCHAMBAULT, AXENFELD, BAILLARGER, BAILLON, BALBIANI, BALL, EARTH, CAZIN, BEAUGRAND, BECLARD,
BEHIER, VAN BENEDEN, BERGER, BERNEIM, BERTILLON, BERT1N, ERNEST BESNIER, B1ACHE, BLACHEZ, BOIXET, BOI>-1 M
BORDIER, BOUCHACOURT, CH. BOUCHARD, BOUISSON, BOl LAND, BOL LEY (H-), BOUVIER, BOYER, BRASSAC, BROCA,
BROCHLN, BKOUARDEL, BROWN-SEQUARD, CALMEIL, CAMPANA, CARLETfG.), CERISE, CHARCOT, CHASSAIGXAi .
CHAUVEAU, CHEREAU, COLIX (L.), COKXIL, COCLIER, COL RTV, DALLY, DAMASCHINO, DAVAINE, DECHAMBRE (A.), DELENS,
DEL10UXDE SAVIGXAC, DELPECH, DEXO-XVILLIERS, DEPAUL, DIDAY, DOLBEAU, DUGUET, DUPLAY (S.), Dl TFIOt LAU,
ELY, FALRET (l.), FARABEl F, FEKRANn, FOLUX, 1 UN--; \UH1VES,
OALTIER-BOISSIERB, GARIEL, GAVARRET, GERVAIS (P.), GILLETTE, GIRAUD-TEI LON, GOBLEY, GODELIER, GREENIIII.t.,
GRISOLLE, GUBLER, GUENIOT, GUERARD, GUILLARD, GUILLAUME, GUILLEMIN, Gl YON (F.),
HAMELIN, HAYEM, HtXHT, HENOCQl E. ISAMBERT, JACQUEMIER, KRISHABER, LABBE (LEON), LABBKE, LABORDF.
LABOL LBKNE, LAGNEAU (G.), LANCEREAUX, LARCHER <O.), LAVERAN, LECLERC (L.), LF.FORT (LKnN.,
LEGOUEST, LEGROS, LEGROUX, LEREBOULET, LE ROY DE MERICOURT, LETOl RNEAl, LKVEX, LKVY /MICHEL),
LIEGEOIS, LIETARD, LINAS, LIOUVILLE, LITTRE, LUTZ, MAGITciT l E. I, >IA(1\ \\, MM. \r,I TI, MARi inNI), MAREY, MARTINA,
MICHEL (DE NAXCYi, MILLARD. DANIEL MOLLIERE, MONOD, MONTAXIER, MORACHE, MOREL (B.-A.), XICAISE
OLL1ER, ONIMUS, ORFILA (L.), PAJOT, PARCHAPPE, PARROT, PASTEUR, PA13LET, PERRIN (MAl RICF.), PETER (M.),
PLANCHON, POLAILLON, POTAIX, POZZI, REGNARD, REGNAl LT, REYXAL, ROBIN (CH.), DE ROCHAS, ROGER (H.),
nOLLET, ROTUREAL , ROUGET, SAINTE-CLAIRE DEVILLE (H.), SCHUTZENBERGER (CH.), SCHUTZEXBERGER (P.), SEDILLOT,
SEE (MARC), SERVIER, DE SEYNES, SOUBEIRAX (L.). E. SPILLMAXX, TARTIVEL, TERRIER, TESTELIN,
TILLAUX (P.), TOURDES, TRELAT (V.), TRIPIER (LEON.), VALLIN, VELPEAU, VERNEUIL, VIDAL (EM.), VILLEMIN,
VOILLEMIER, VLI.PIAX, \V MILDMdXT, \VORM< I.I.I, WrflTZ.
DIRECTEUR : A. DECHAMBRE
PREMIERE SERIE
TOME SEIZIEMK
CHI CHO
IHLlOTHlQUES
PARIS
G. MASSON
P. ASSELIN
LIBRAIRE DE L ACADEMIE DE ME DECIXE LIBRAIRE DE LA FACULTE DE MEDECIXE
PLACE DE L ECOLE-DE-MEDECINE
MDCCCLXXVI
fc . *
w
/t
D1CTIONN-AIRE
ESN CYCLOPEDIQUE
DBS
SCIENCES MEDICALES
CHIA.PPA. (GIUSEPPE ANTONIO DEL) etaitne, vers 178I,aux Bagni di Lucca, ct
se fit recevoir docteur en medecinc et en chirurgie (1804) a Pa vie, ou il occupa
pendant longtemps, d une maniere tres-brillante, la chaire de cliuiquc medicale.
Del Chiappa avait adopte avec euthousiasme les doctrines dc Rasori, ct, meme
apres la mort clu maitre, il Jes suivait, au lit du maladc en disciple fervent et
convaincu. Poursuivant a toute outrance la diathese du stimulus, ilprodiguail rt
le tartre stibie ce contro-stimulant par excellence, dont il portait quclqucfois la
dose a plus de trois grammes, et les saignees repetees. Mediocrement preoceupe
des symptomes, c estsurtout la maladiequ il s attachait a combattre, alors meme
queles manifestations locales avaient disparu. Mais Del Chiappa ne s etait pas
borne a des travaux de pratique medicale, il s etait aussi occupe de recherches
d erudition, ct on lui doit une traduction de Celse a laquellc il avait consacre
huitannees. Ce savant distingue s eteignit en 1866, a 1 age de quatre vingt-cinq
ans, ayant conserve jusqu a la fin toutes ses facultes.
Nous citerons de lui les ouvragcs suivants :
I. Saggio distoria sul calarro epidemico. Lucca, 1800, in-8". II. Dalle percosse consi
derate sottc il duplice aspetto di lesioiii morbose, etc. Pavia, 1817, in-8. III. Intorno
allc opere ed alia condizioni personale di A. Corn. Ceho. Milano, 1819, in-12. IV. llella
sh ettissima unione delta medicina ct della chirunjia. Pavia, 1820, in-8. V. Discorsi due
sulla medicina. Milano, 1820, in-8". VI. Racolta di opuscoli medici. Pavia, 1828-1829,
5 vol. in-8. VII. A. Corn. Celsus (trad, ital.), 1828, in-12. VIII. Rasori opere com
plete. Firenze, 1S38, 111-8, IX. Nombreux memoires, surtout dans les Annali univcrsi di
medicina. E. BCD.
COIARI (JOH.-BAPT.) ne a Salzbourg, le 15 juin 1817, prit le diplome de
docteur en medecine (1841), et de docteur en chirurgie (1842) a I Universile
de Viennc. Chiari se livra d une maniere speciale a la pratique et a 1 enseignc-
ment dc 1 obstetriquc, d abord comme privat-docent a 1 Universite de Prague
puis, a partir de 1849, commc professeur ordinaire. II avait obtcnu, en 1855,
la mutation de cette chaire pour celle de 1 Academic Josephine de Vicnuc, quand
T. E^c. XVL \
2 CHIAVERNI.
il fat cmportc le 11 decembrc 1854 par unc attaquc de cholera. II avait a pcinc
trente-sept ans.
t anni uu grand nombre d articles publics dans differents recueils, nous
citerons :
I. Bcricltt ilber mehrere, mittelst dcr warmen Ulerusdouche erzieltcn kiinsllichcn Friihye-
burtcn. In Ztschr tier Gcselhcli. der Aerzte z-u Wien, t. V, n 5 ; 1851. II. Ucber Perito
nitis und Endomctritis der Gebarenden. In Wien. ined. IVochenscItr . , 1851. III. Delrun-
cation der Foetus bci Qucrlage ivegen unmoglicher \\endung. In Ztsch. der Gesellsch. der
Aei-te, 1852, t. I, p. 243. IV. Geschichta einer wegen absoluter Beclcenverengerung durch
den Kaifsersc mitt vollendeten Zwillingsgelturt. Ibid., 1852, t. II, p. 242, pi. V. Klinik der
Geburtshiilfe tind Gincekologic (avec BUAUN et SPAETH). Erlangen, 1852-1855, 3vol. in-8.
VI. Mehrere Ftille von Schwangcrschaft bn Uterus Bildungsanomalien. In Prag. Viertcl-
jalirschrift, 1S54, t. I, p. 93, pi VII. Ucber die Behandlung der Ulerus-Vorfalle im All-
(jcmeinen und uber das Zwunck schc llistcrophor. In Ztschr. der Gesellsch. d. Aerzle, etc.,
1854, t. I, p. 533. E. BCD.
cniARUGI (ViNCENzo) medecin italien, alieniste et dermatologue distingue.
11 etait ne vers le milieu du dix-huiticmc siecle, et fut attache pendant longtemps
en qualite de medecin a 1 hopital de Saint-Boniface, a Florence, ou 1 ontraitait les
affections culanees et mentales. 11 ecrivit sur ces deux ordres d affections deux
IraiU s (jui out ete longtemps classiqucs en Italic. Dans son Traite de la folie,
il rapporte une centaine d observations, dont 59 avec autopsie, ct il s efforce de
ilT lci miner qu elles ont ete, dans ccs differents cas, les lesions anatomiques en
regard des desordres intellectuals. II a surtout constate un etat granulcux des
enveloppes du ccrveau, une augmentation ou une diminution de la consistance
de cet organe. Les troubles de 1 intelligence dependent, selon lui, du plus ou
moins d activite fonctionnelle de telle ou telle partie du cerveau, c est-a-dire d un
defaut d equilibre dans la vitalite des differentes portions du centre nerveux, sc.
rapprochant ainsi, en quelqae sorte, de la phrenologie. II partage les maladies
mcnlalcs en trois classes : 1 malinconia, folie partielle; 2 mania, folie generale
avec fureur, etc. ; 5 amenza, folie generale avec irregularite d action de la puis
sance intellectuelle et volontaire, mais sans violence. Dans son Traite des mala
dies de la peau, il s cst efforce de donner une classification aussi claire que
possible de ces maladies et d en regulariser le traitement. Malgre son merite
tres-reel, Chiarugi, nous pouvons le dire sans amour-propre national, est reste
et comme alieniste et comme dermatologue, au-dessous de ses contemporains
Pinel et Alibert. Ce medeciu est mort a Florence en 1822, laissant les ouvrages
suivants :
I. Delia pcKzia in genere ed in specie, trattato medico-analitico, con una ccnturia di
osservazioni. Firenze, 1793-95, 3 vol. in-8, et Torino, 1808, 2 vol, in-8. Traduct. allem. par
Fr.-Ludw KREVSIG. Leipzig, 1795, in-8", 3 pai t. II. Nuovo metodo ill somministrare I opio
csternamente per frizioni. Firenze, l^S, in-8. III. Saggio teorelico-prattico sulle ma-
lattie culanee sordide osservate nel R. Spedale di S. Bonifacio di Firenze. Ibid., 1799,
2 vol. in-8 et Ibid. 1807, 2 vol. in-8. IV. Saggio di ricerche sulla pellagra. Ibid., 1814,
in-8. E. BCD.
mi ASM A (zienepa). Entre-croisement des nerfs optiques (voy. OPTIQUES
[nerfs]).
(Luici) ne a Palene, dans 1 Abruzze citerieure, le 5 mai 1777
ou 1779, les biographes ne sont pas d accord a cet egard, faisait partie du college
des medccinsde Naples. 11 jouissait d unegrande reputation, quancl, vers 1812,
ie gouvernement de Murat desirant etablir une ecole velerinaire sous line direction
CIIICLANA (EAUX MIKERALES DE). 5
savante et habile, le choisit pour 1 envoyer en Franco etudier cette institution qui
y fonctionnait, depuis asscz longtemps deja, d unc maniere tres-avantageuse. Au
bout de trois ans, en 1815, il fut rappcle dans son pays par Ferdinand JV qui
veuait dc rentrcr a Naples, et place a la tete dc 1 Eeole veterinairc qui vcnait
d etre fondec ; il fut charge lade 1 enseigiiement do la pathologic speciale.
Chiaverni remplit ces foiictious avec beaucoup de distinction pendant pres de vingt
annees, et mourut le 26 mars 1854.
Nous citcrons de lui :
I. Ricerc/ic su le cagioni ct su i fcnomcni della vita animate e dell liuomo in particolare.
Kapoli, 1810, in-8 . II. Roggualio delle principals tcoriche mediche esposle nella memo-
ria anzidetta, etc. Ibid., 1811, in-8. III. Essai d analyse comparative sur les principaux
caracteres organiques et physiologiques de I intelligence et de Vinstinct. Paris, 1815, m-8.
IV. Elementi di farmacologia terapeulica comparativa. Napoli, 1819, in-8. V. Sagyio
d istoria filosofica dell origine, de proyressi e dello stato attuale dclla medicina. Ibid.,
1825, in-8. VI. Fundamenti nella nosologia speciale per uso del privalo studio. Ibid.
1829-51, 2 vol. in-8. VII. Fundamenti della nosologia generate ossia tratlato elcmen-
tare, etc. Ibid., 18.17, I. I. E. BCD.
CHIBOU. Synonyme de CACHIBOU (voy. ce mot).
CIIICA ou C IHC II A. Substance colorantc rouge, d aspcct li ruleiit, dont les
Indicns de la Nouvelle-Grenade se servent pour sc tatoucr et qu ils extraient
d une liane a laquelle ils donnent le meme nom. C est une Bignoniacee, appelee
.autrefois Bignonia Chica par Humboldt, Bonpland et Kunth. Seemann en a fai
un Lundia, et M. Bureau pensc qu cllc doit etre rapportee au genre Arrabidcca.
C est une plante grimpante, a feuilles opposees et composees, a longucs fleurs
empourprees, dont la corolle atteint pres d un demi-decimetre. Son fruit est
lisse, allonge et siliquiforme. Les Indiens extraient des feuilles, qu ils traitent
par 1 eau, et grace a la reaction produitc par les feuilles de plusieurs Myrtacees,
une poudre a demi-resineusc, d un rouge brique. De temps immemorial, ils se
teignaient et se tatouaient le corps avec cette poudre colorante; ils en enduisent
maintenant divers ustensiles, reeubles, tissus. La Chica est astrigente; de la
peut-etre son emploi en medecine, notamment contre les affections syphilitiques.
Bonpland dit que sur les bords de 1 Orenoque, la Chica, delayee dans 1 eau, sert
de diaphoretique. Une couche de la fecule, appliquee sur la peau a laquelle elle
conserve, dit-on, sa souplesse, sert a premunir les sauvages centre les piqures
des insectes. M. Triana (in Bull. Soc. hot. de Fi\, V, 90) dit que, d aprcs le doc-
teur M. Quijano, de Bogota, 1 emploi topique de la Chica guerit les eruptions
syphilitiques de la bouche. H. BN.
CHICA.SAUS (LES). Une des nations de 1 Amerique du Nord (voy. AME-
1!IQUE, p. 618).
(LES). Voy. MEXIQUE.
EAUX MINEUALES DE ). Protothermules , sulfate es calciques
moyennes, sulfureuses faibles. En Espagne, dans la province de Cadix, a 26 ki
lometres de la ville de ce nom, sur le ruisseau el Lirio, a 9 metres au-dessus du
niveau de la mer, Chiclana est une ville de 3,000 habitants, situee dans une
plaine, au pied de deux riantes collines. L une, celle de Santa Ana, la domine a
Test et c est desapartie culminante ou sont les mines d une ancienne eglise, que
Ton jouit d un des plus beaux points de vue de 1 Espagne. Les maisons de Chiclana
4 CIIICLANA (EAUX MINERALES HE).
sont presque toutes modernes, propres, coquettes meme puisqu on les a fait blan-
chir a 1 exterieur et a I interieur ; clles sont eti general meublees avec gout et en-
tourees de grands jarclins. La Casa de Miser icordia, ou hospice, a un theatre et
uu couvent de peres Augustins dans ses dependanccs. L hopital de Chiclana est
parfaitement distribue et tres-bien tenu. Quatre sources emergent del, 000 a
1 ,200 metres des dernieres maisons de la ville, elles se nomment : Fuente Amarga
(source amere), Pozo de Braque (Puits de Braque), Fuente de la Naveta (source
de la Navette, boite ou Ton met 1 elicens) et Fuente de Chaparral (source du
bois d Yeuses). L eau de ces deux dernieres sources n est presque jamais ulilisee.
Les sources de Chiclana sortant d un terrain argileux, sont counties depuis la plus
haute antiquile, mais elles sont frequentees surtout depuis 1812 et 1815. De cinq
a six cents baigneurs les visitent chaque annee. La saison commence le 15 du mois
de mai et finit le 50 octobre. Les grandes chaleurs de ce poste thermal, le plus
meridional de 1 Espagne, out lieu pendant les mois de juillet et d aout ; aussi est-
il rare que les malades y viennent alors. G est du 15 niai au 50 juin, et du com
mencement de septembre a la iin d octobre que s eutreprend ordinairement la
cure.
1 Fuente Amarga. Chacune des deux sources principals de Chiclana envoie
son eau qui n est pas employee en boisson a un etablissement thermal qui porte
son nom. Lc bassin de captage de la source Amere est abrite par un kiosque sur
les parois interieures duquelse depose une couche notable de soufre sublime. L eau
de cette source est limpide, claire et transparent ; mais elle est recouverte d une
pellicule blanchatre assez epaisse ; son odeur est manifestement sulfureuse; son
gout est a la Ibis hepatique et amcr, c est-a-dire assez desagreable. Des bulles ga-
zenses fines et rares la traversent et viennent s epanouir a sa surface, ou recou-
vrent les parois des vases qui la contiennent; son debit est de 5,900 litres en 24
heures; sa temperature est de 18, 9 centigrade; sa densite est de 1,0016. Nous
donnons sa composition chimique en meme temps que celle de la source de
Braque.
L etablissement mineral alimente par 1 eau de la source Amere renferme une
buvette, 24 cabinets isoles dans lesquels sont administres les bains avec 1 eau a
la temperature de la source, et 16 autres, ou sont donnes les bains a 1 eau sul
fureuse etendue d eau ordinaire, ou a 1 eau artificiellement elevee au degre qn a
prescrit le medecin ou von In le malade. Toutes les baignoires de cet etablissement
sont de marbre blanc et munies de robinets de bronze; les salles de bains sont
propres et spacieuses, mais elles ne sont pas precedees d antichambres.
2 Pozo de Braque. Cette source emerge dans un puits a 1 interieur de 1 eta-
blisscment de ce nom; elle vient tres-probablen.ent, quoiqu elie soit moins char-
gee de principes mineralisateurs, de la meme nappe souterraine que 1 eau Amere.
Elle a aussi un debit quatre fois plus abondant que la Fuente Amarga; elle donne
15,000 litres d eau en 24 heures. L eau du puit de Braque a a peu pres les memes
caracteres physiques et chimiques que ceux de la source Amere ; elle est cepen-
dant uu peu trouble ; son odeur sulfureuse est beaucoup moins prononcee, et
sa saveur beaucoup plus sensiblement chloruree. Les bulles gazeuses qui la tra
versent sont manifestement moins nombreuscs aussi qu a la fontaine Amere. Sa
temperature est de 18,75 centigrade, sa densile est de 1,0018. MM. Alonzo
Garcia et le docteur Lasso out public 1 analyse chimique de 1 eau des deux sources
principals de Chiclana ; ilsont trouvc que 1,000 grammes contiennent les prin
cipes suivanls :
CIIICORACfiES.
FDENTE TOZO DE
AMAKGA. BHAQUE.
Sulfale de cliaux 0,0116 0,0089
soude O.OloO
alumina 0,0001
Carbonate de cliaux ) ..
magnesie 0,009:1 I W
Clilorure de -odium O.OdGl 0,0298
magnesium O.OO. U 0,0034
Soufre 0,0007)
Maliere resinil oi-me .... tniccs.
TOTAL ES MATIERES FIXES ....... 0,0 2SU 0,0010
Gaz acide sulthydrique ........... r>5cent. cub. petite quant jr.
L etablissemenl mineral de Pozo de Braque a etc complete en 1842 ; il se com
pose maintenant de 57 salles de bains non precedeesde vestiaires, mais grandes et
bien aerees. Les baignoires de marbre de 16 des salles de droite sont fournies
d eau minerale a la temperature de la source et de cette eau artificiellement
cbauffee.
EMPLOI TIIERAPEUTIQUE. Les eaux de Cbiclana s emploient en boisson et en
bains. La dose de ces eaux a 1 interieur varie entre un et trois verres, pris le matin
a jeun, a un quart d benre d inler\alle. La dnree des bains cst du 45 minutes a
1 beure. Comme 1 effet physiologique principal des eaux des deuv sources de cettc
station sulfureuse est une excitation assez marquee , il arrive souvent que le me-
decin est oblige de les faire couper d une decoction emolliente ou b.ilsamiquc,
lorsqu elles doivent etre prises a 1 interieur, et de faire mitiger 1 cau qui est ad-
ministree a 1 exterieur. La saveur, peu agreable de 1 eau du Puitsde Braque oblige
souvent aussi certains buveurs a 1 etendre d uu liquide qui, comme le bouillon de
poulet non assaisonne, lui enleve une partie de son mauvais gout el de sa grande
cbloruration.
Les catarrhes chroniques des voies aeriennes et vesicates et les affections herpe-
tiques, a formes humides surlout, sont les etats patbologiques, que les eaux de la
Fuente Amarga en boisson et en bains combattent avec Ic plus d avantage. Les
pbaryngites, les laryngites et les bronchites cbroniques sont presi[ue exclusive-
ment traitees par ces eaux a 1 interieur; les maladies des voies uro-poietiques et
cutanees sont combattues par les eaux de la Fontaine Amere en boisson et en bains.
C est 1 eau de la source du Piiits de Braque en bains et surtout en boisson, qu il
convient d administrer, au contraire, auv lymphatiques etaux scrofuleux.
La clure e de la cure estde 15 jours, au plus. Nous ferons,a propos de Chiclana,
une remarque qui convient a presque toutes les eaux de 1 Espagne. Les malades
consentent a y rester trop peu de temps pour y pouvoir modifier favorablement
des etats ou des diatheses morbides existant en general, depuis longtemps, et
ayant altere profondement reconomie.
L eau de Chiclana, et surtout celle de la source Amere est exportee en assez
grande quantite a Cadix et dans les pays voisins. A. ROTUREAU.
co. On donne ce nom a un arbre du Congo, qu on emploie dans ce
pays comme purgatil et antisyphilitique.
WALKEXAEB. Voyage, XIV, 41 et 729. HERAT et DE LENS. Dictionnaire de matters m&dic.
11,2-29. Pl .
CHICORAC^E. Sous-famille du groupe naturel des Synanthertks ou Com-
posees. Les Chicoracees sont facilcs a reconnaitre a leurs capitules ^omposecs
6 CHIGOREES (BOTANIQUE).
uniquernent de flcurs ctalees en languettes, qu on noramc licjules ou demi-fleurons.
Ces.fleurs sont toutcs hermaphrodites. Leur calicc, adherent a 1 ovaire, cst livs-
souvent surmonte d une aigrette depoils, persistante oucaduquc. La corolle porte
cinq petites dents sur Ic bord supcricur de la languctte ; les cinq etamines sont
soudees par leurs anthercs, commedaiis toutes les Composees; les styles se termi-
nent par deux brandies filiformes pubescentes, ordinairement recourbees. Les
papilles stigraatiques sont disposees en lignes distinctes, qni n atteignent pas la
moitie dc la longueur des branches du style. Le fruit est un akene ; la graine est
dressee ; 1 embryon est droit et sans albumen.
Les Chicoracees sont des plantes generalement herbacees, a fcuilles altcrnes.
Kites contiennent d ordinaire; dans des \aisseaux laticiferes, un sue lactescent,
qui leur doime leurs principals proprieties medicales. La plupart de ces plantes
ont unc savour plus ou moins amere, qui les fait en^ployer comme medicaments
et aussi comme aliments toniques : tels sont les Pissenlits ( Taraxacum) , les
Cliicore es (Cichorium) , les Salsifis ( Tragopogon) ct les Scorzoneres (Scorzonera) .
Dans certains cas, le sue devient a la fois amer et narcotique; comme dans les
Laitnes (Lactuca) avec lesquelles on fait soit le Lactucarium, soit 1 extrait connu
sous le nom de Thridace.
VAILLANT. Act. par. 1721. JITSSIEU. Genera Plantarum, 168. DE CANDOLLE. Prodi-omits,
VII. ENDLICHER. Genera Plantarum. PL.
CHICORIES. I. Botaniquc. Cicliorium L. Genre dc planles Ilicoty-
ledoncs, qni dojine son nom a la sous-famille des Chicoracees, dans le groupe
des Composees. Ce genre etabli par Linne comprend un petit nombre d especes
herbacees, dont les capitules ont un involucre forme d unc raugec exlri irure de
cinq folioles et d une interieure de huit foliolesplus longues, indurees et soudn-
a la base lors de la inaturite. Le receptacle est garni de librilles vers le centre.
Les akenes sont oboves, anguleux, larges et tronques au sommet et couronnes
par une on deux series de petites squames.
L espece la plus connue de ce genre est la Chicoree sauvage (Cichorium Jnty-
bus L.), repandue abondamment aux bords des cbemins et dans les lieux incultes.
G est une plantc a feuilles radicales roncinees, terminees par un lobe aigu, velues-
sar la cote dcrsale. Les tiges qui s i leveiit du milieu de ces feuilles atteignent
40 a 00 centimetres; elles sont dressees, divisees en rameaux nombreux, roides
et divariques. Les feuilles qui s y attachent sont petitcs, lanceolees, demi-
embrassantes. Lesfleurs forment dc grands capitules d une belle couleur bleue r
qui s elalent d ordinaire vers le mois de juillet ct d aout.
On cmploie en pharmacie les fcuilles et les racines de la chicoree. Les pre
mieres sont tres-ameres lorsque laplante est adulte. Aussi sont-elles depuis tres-
longtemps employees et vantees en medeeine comme toniques. Cwteris est
amanre prior, dit Lobel dans ses Adversaria, nmquam non frequentissima,
saluberrima, celeberrimaqueapudomnes gentes commendatione. Jeunes et ten-
dres, elles sont moins ameres etpcuvent etre mangees cuiles ou en salade.
La racine dc chicoree, longuc, blanche, unissc comme le cloigt, ciitre dans la
preparation de Strop de chicoree et de rhiibarde compose. On 1 emploie aussi
beaucoup sechee et torrefiec sous le nom de Cafe de chicoree.
La chicoree, elevee a 1 abri de la lumiere, peut s etioler completement, tout en
conservant son amertume. Ellc donne alors ce qu on designe vulgairement sous ler
Hum de Barbe de capncin.
CIIICOREES (iiMi i.oi JIKMHAL). 7
line aulre espece du Cichorhim, est V Endive (Cichorinin I-jnUria L.), qui
parait etre origmairc do 1 lndc, ct qu on cultivc abondammenl dans nos jardins
potagers. Ellc sc distingue de la Chicoree sauvage par ses feuilles ini eneurv- el
cauliuaircs, sinuees dentees, et par scs feuilles florales largement ovales. On CM
distingue deux formes qu on mange egidcinent en salade : la Scai-loln dont les
feuilles larges, oblongues, charnues, ondulees ct m piirs n ont qu une tivs-
legere amerturae, et la Chicoree crepue dont les feuilles sont tres-divisees, et qui
ont une amertume phis prononcee.
LOBEL. Observations, 114 et Adversaria, 82. LINNE. Genera phi(nrii>, 921. Spc< >, .
1142. DE CANDOLLE. Florc franraisc, IV, p. 68. ENM.IUIER. Gencru I luiilnntiii, ir 2 .i7X.
GRENIER et GODRON. Flore dc France, It, 2,SG. Gntm UT. Drogues simples, 6 e edit., Ill,
pag. 20. I L-
11. Emploi medical. On emploie surtout en nu dcciuc la chicoree sauvage.
I. PHARMACOLOGIE. Les parlies usiUVs en medeeine sont la racine et les
feuilles; les graines, qui faisaicnt partic dcs qua t re seinenccs froides minciin -.,
nc sont plus employees aujourd hui.
Les feuilles, dont la description a etr doum e dans 1 article precedent , dui-
\entetrc recoltees en pleine maturite, car lorsqu clles soul jenncs rllr-i sonl
bcaucoup moins anicrcs. ct par suite moins actives; on preferc generalcment
s en servir a 1 etat frais. D apres Soubciran, ellcs contieiinent dc 1 cxtractif,
dc la chlorophylle, une matierc sucrec, de 1 albumine, des sels, entre autre-^
du nitrate de potasse (Traite de pharmacie theorique et pratique, 6 e edit.,
p. 486, Paris, 1877,1.
La racine, fusiforme, longiie, a extre mite simple on bifide, est blanchatre on
grU jaunatrc exterieurement ; blanchatre, cbarnuc ct laiteuse a 1 interieur; I lanl.
vivace, cllc sc recoltc a toutes les epoques pour 1 usage immedial, en seplembrc
quand on vent la conservcr.
Sa composition serait analogue a relic des feuilles. Suivant une analyse drja
ancienue, John (Cliem. Tabelle d. P[!anzenanali/seit, p. 81, cite d apres Kan/. 1
in Pereiras Materia medica, vol. 11, p. 1577 de la 4 e edit.) aurait obtenu
sur 100 parties, 25 parties d extrait aqucux araer, 5 parties dc resinc et, en
outre, du sucrc, du cblorhydratc d ammoniaquc ct du ligucux. Waltl, dans nn
cssai, avait constate la presence de I muline en (ivs-uraude quantite ; u en ayaut
pas trouve trace dans 1 analysc d unc autre racine beaucoup plus douce, il en
avait conclu quo Ic sucrc sc formait aux depcns de 1 inuliae (Duchner s Reper-
tiorum, Bd. xxvn, S. 265, 1827; in Pereira, loc. cit.].
Cettc plante est d une amertume tranche assez prononcee, plus marquee dans
la racine, dont le. sue laitcuxcst tres-amer.
II. TMERAPEUTIQUE. La cbicorcc sauvage a joui d une grandc reputation, commc
tonique, stomachique, aperitive, febrifuge, et commc iondantc, resolutivc, laxa
tive, depurative, etc. Dioscoride (D. Ana^arbei, de Medica materia librisex, in
terprets Marc Virgilio, 1518, lib. II, cap. C.LX, de Seride sylvestri et sativa) pre-
terait il; ja la chicoree sauvage a la chicoree cultivee pour 1 usage therapculique ;
ct tandis que Galien (de Alimentorum. faciiltatibus, lib. 11, cap. XLI, de Seri, ct
de Sitccedaneis (considere comme apocryphe), edit. Gottl. Kuhn, 1830, l.ipsise),
inde cis sur 1 idcntite de Yinttjbus des Remains ct des seri dcs Grecs, accorde a
ces dcrnicres des proprietes sedatives, semblablcs a celles dc la laitue, Ic pre
mier, d accord avec Hippocrate (du Regime, lib. II, t. \ ? I, p. 565. edit. Littre )
sur les qualite s refrigerantes des chicorecs, leur reconnait en outre des pro-
8 CIIICOREES (EMPLOI MEDICAL).
pric te s moyciinomcnt astriugentcs et ameres, qui les rcndcnt singulieres aux
intemperatures ct chalcur du foic parcc qu cllcs Ic refrigcrcnt (lo foic)
moycnncmcut ct Ic forlificnt par Icur astriction ; cllcs sont bonnes centre les
defaillanccs d cstomac, I erysipelc, la podagre, les ophthalmies ; en outre, cllcs
n ofiensent point ccux qui sont charges dc froidcs bumeurs comme les autres
medicaments froids sans astriction, ni amcrtumc ; cxpulscnt les humours par
1 urinc, etc. (Dioscoride, loc. citato, ex nova interpretations, J. Ant. Sarra-
ccne, 1598).
Dans des temps plus rapproches de nous, ellc etait d un grand emploi centre
les maladies chroniques des orgaues abdominaux, les engorgements du foie, de
la rate, centre la jaunisse, 1 liypocondrie, les maladies cutanccs, les fievres
intermittentes, etc. . Son extrait etait alors souvcnt associe a 1 extrait de dcnt-
dc-lion (leontodon tararacum L., vulgairement pissenlit), dent Zimmermann 2
faisait si grand cas qu il en ctnployait plus dc 100 livrcs par printemps, centre
les maladies provenaut d obstruction des visceres.
Aujourd hui la chicorec a perdu de son prestige- ; clle est delaisse e ainsi que
la phipart des rcmedes empruntes a la ilorc indigene; recommandee encore
parfois commc tisane amcre, dans la medecine domestique, cllc n cst plus
guere prescrite commc fondant que par quelques vicux praticiens, qui prcnnent
soin d ajoutcr une certaine quantite d un sel neutre a son infusion; ce dedain
n cst pcut-etrc pas completemcnt justifie.
Lc principc amer ct Ic nitrate dc potassc que la chicorec conticnt rcndcnt en
partie comptc des cffcts the rapcutiques que les aucicns lui attrihuaient, avec
trop peu de critique sans doutc, et autoriscnt son emploi commc le gcr stoma-
chique toutes les fois que les amers sont indiques, par cxcmplc dans 1 atonic
des voics digestives qu on rencontre trop souvcnt au declin des fievres inter
mittentes, des fievres eatarrhales, etc.
Sans faire trop de fond sur sou emploi exclusif, sans espe rer beaucoup,
commc Geoffrey dit 1 avoir observe, de voir des fievres intermittentes inveteires
cedcr a 1 usage habituel dc la salade dc chicoree sauvagc, on peut ccpcndant
la prescrirc avec avantage, commc adjuvant, dans ces series d etats pathologi-
ques. On sail que c est precisement dans les vieilles fievres, mal traitees au
debut, a acces inc ;mpletcment dessines, pour lesquellcs les maladesont use et
abuse des preparations dc quinquina, que les amers indigenes reussissent le
inicux ; car alors ils rachetent par la possibilite d un emploi proloiige le peu
d mtensite de Icur action et rendent ainsi des services que Ton ne pourrait
obtenir de moycns plus cncrgiques, habitucllcmcnt plus clficaces, mais centre
lesqucls Tcstomac sc revoke.
La chicoreo sst encore de mise dans Ticterc catarrbal, pour retablir 1 activitc
des fonctions gastriques et contribuer a I elimination des pigments biliaires;
dans ee cas, comme dans plusieurs autres, 1 additioti dc 5 a 10 grammes dc
sulfate de soude par litre de tisane augmcntc singuliercmcnt scs vcrtus reso-
lulives.
Les proprietes depuratives de la chicorec sont populaires ; aussi 1 emploic-
t-on communemcnt centre les efflorescences ou eruptions cutauees que presen-
1 Voir les citations de Cazin, Plantes medic, indig., 7> edit.
3 Sur Frederic le Grand, etc., a la suite du Traits de V experience, trad, par Lefebvre de
Villebrune, t. Ill, p. 56 de Taddition.
CHICOREES (EMPLOI MEDICAL). 9
tent certaines personncs, an printemps surtout, et les fennncs la prennent con-
tre le sang. Une partie de ces eruptions elanl Ik es a dcs troubles digestifs, on
coucoit I utilite, dans ces circonstances, des amcrs doux comme la chicoree.
L usage prolongc dc ccttc plante pent cepcndant presenter quelques inconve-
nients, nuirc a la digestion et prodiure mcine dc la diarrhcc.
Mode d emploi et doses. La raeiue IVaicho nYst gucrc employee, on a plutot
rccours aux leuilles ct a leur sue; los feuilles sont le plus sonvcnt utilisees on
lisane. Soubeiran recommande la decoction pour les feuillcs fraicheset 1 iufusioi!
pour los feuilles sechcs (dc 10 a 15 grammes par litre de tisane). A defaiit de
feuillcs, en hivcr, on pout se servir dc la racinc (20 grammes en infusion par
litre), apres 1 avoir bicn divisec pour qu clle soil facilcmcnt pene lnr par
I eau.
Lc sue dc chicoree est obtenu par contusion dcs fenilles; il se prend soul ou
assoeie a celui d autres plantes ameres, de cruciferes, etc ; les formules dc ces
preparations sont variecs. Lc Codex indiquc, comme sue d herbes depuratif, le
sue rccueilli de parties egales de fcuillcs de chicoree, dc ftimcterre, de eresson,
ct de laituc, q. s. pour 120 grammes dc sue; a prendrc lo matin a jeun, on
une fois (dc 50 a 120 grammes).
L extrait, obtenu par concentration du sue ou par lixiviation, se donnait a la
dose de 4 a 12 grammes, en pilules.
On fait un sirop dc chicoree simple, peu usitc (dc.oO a 100 grammes), ct
un sirop de chicoree dit compose (ou sirop de rhubarbe compose) d un t res-boa
cmploi dans la medecine des enfants, comme laxatif (de 2 a 5 cuillcrocs a cafe
par jour), mais qui doit surtout ses proprietes a la rhubarbe (Votj. cc mot).
Enfin le sue de la chicoree cntrc dans les pilules angeliqucs, sa racinc dans
le catholicon double, et son fruit, qui faisait partie des quatre scmcnces froides
mineures, est encore employe en Egypte, parait-il, contrc les maladies inflam-
matoires; ses flours passaient pour cordialcs.
I) apres M. II. Cazin, on fcrait rnanger avcc avantagc les fcuillcs de chicoree
aux betes ovincs ct bovines dont les muqucusos sont jaunes ot pales; ce serait,
chez elles, un excellent tonique contrc les flux du canal intestinal.
Un insecte vesicant, le mylabrc (M. cicliorii Fab.) sc rencontre sur cette
plante, ct sort en Italic, en Grccc ct en Egypte, suivant M. II. Cazin, comme la
cantharide.
III. BROMATOLOGIE. On mange en saladc les feuillcs de la chicoree sauvage ct
des varietes cultivees qui en derivent, comme la chicoree frisee et la barbe-dc-
capucin, ct peut-ctre, suivant quelqucs-uns, la chicoree endive ou scarole ; sa
racine torrefiee cst 1 objct d un cmploi tres-repandu, comme succedane du
cafe, et comme moyen de falsifier la poudrc dc cctte graiiie.
L amertume dc la chicoree et la mollesse dc son tissu, dit M. le professcur
Fonssagrives (Hyg. alimenlaire, 2 e edit., p. 252), en font une dcs mcillcures
salades. On s en sert quand ellc est hachec, on guise d epinards, ctcuite au
jus ou a la creme. La chicoree au jus cst plus facile a digercr que cellc assai-
^onnee a la creme.
II convient d ajoutcr, avec 1 emincnt hygieniste, que les salades de chicoree
nc peuvent qu etre accidentcllcment pcrmises aux estomacs des convales
cents, surtout de maladies ayant quelque peu porte leur action sur le tube
digestif. Nous proscririous voloutiers, pour ccux-ci ct pour les valetudinaires,
la barbe-de-capucin, obtenue par etiolement dc la plante sauvage, et dont le
10 CII1COREES (EMPLOI MEDICAL).
tissu plus ligneux se laissc plus difflcilcmcnt separer, tout en etant aussi pcu
reparateur que celui des autres varietes de chicoree.
On peut, an contraire, rccommanclcr la chicoree accommodee comme Ics
epinards, en rcmplacant au bcsoin, aiiisi que 1 indique M. Fonssagrives, Ics
croutons au beurre, dont on se sert habituellement, par des losanges de biscuits
dc Reims.
CAFE CHICOREE. La raciue dc chicorec sanvage torrefiee cst 1 objet d unei
consommation considerable, avous-nous dit ; elle merite done d etre etudiee
avec quelques details, tant a cause de 1 usage qui en est fait commc succedane
du cafe que par suite des nombreuscs falsifications qu ellc subit.
Utilisee par quelques pcrsonnes en France vers le milieu du siecle dernier,
la racine de chicoree torrefiee n a ccpendaiit pris une place serieuse dans la
consommation que depuis 1801, epoque ou sa fabrication, deja fondee indus-
tricllcment en Hollande et en Allemagnc depuis 1772, mais restee secrete, fut
ilisiilguec et etablie a Liege (alors chef-lieu francais) et aux environs de Valen
ciennes, dans leNord. Restee stationnaire pendant quelques annees, cette fabri
cation a pris aujourd hui un tres-grand developpement, et c est par millions
de kilogrammes quo la chicoree torrefiee est consommee annuellement chez nous.
Bien que des fabriques se soient elevees en assez grand nombre dans divers
points de la France, c est principalement dans le departement du Nord, ea
Belgique et en Hollande, que la chicorec estcultivee surune grande echelle. En
Angletcrre, 1 usagc de cette racine avait fait dc si rapides progress depuis 1845,
que, en quatre ans, la diminution des reveuus du Tresor sur les cafes fut de
4,500,000 francs. Aussi 1 acte de Tresorerie de 1840, qui avait autorise la vente
de la chicoree, a-t-il etc rapporte en 1852 (Diction, du commerce et de la
navig., t. I", art. Chicoree, par A. Mangin, 1859). Nous n avons pu savoir ce
qu il en est advcnu depuis.
La chcrte du cafe pendant le blocus continental avait singuliercmcnt aide a
la propagation de I cmploi de la chicoree torrefiee ; aujourd hui 1 extension
memo de 1 usage du cafe contribuc a celle de la chicoree.
On trouvera de plus amples renseignements sur 1 histoire de la fabrication de
la chicorec et sur les precedes de cette Industrie dans les travaux de MM. A. Che-
vallicr pcre ct fils, qui out ajoute des indications importantes, notamment au
point de vue des falsifications dont cette substance cst 1 objet, aux counaissan-
ces que nous avaient deja fournies Paysse, Parmentier, Graham, Smith, etc.
(A. Chevallier pore, Note sur la chicoree torrefiee, dite cafe chicoree, in Ann.
d hyg. ct med. leg., l re seric, 1849, t. XLl; du Cafe et de ses falsifications,
memo rccueil, 2 e seric, 1862, t. XVII; A. Chevallier Ills, de la Chicoree, etc.,
loc. cit.}.
Qu il nous suffise de dire, pour la fabrication, que les racines de chicoree,
arrachees au printcmps, emondees de leurs feuillcs, separees de leurs tiges et
coupt es en quatre en morceaux de 4 a 5 centimetres dc longueur, sont d abord
dessechees dans des sechoirs ou tourailles et sont jetees ensuite dans de grands
cylindres de tolc analogues aux brul.irs a cafe, pour y etrc torre iiees plus ou
moins, suivant la nuance que Ton vcut obteuir; en meme temps que les mor
ceaux de racine dessechee, connus sous le nom dc cassettes, on jettc dans Ics
1 ^ 7 ers 1771, Valmont de Bomare fait mention de cet usage (A. Chevallier fils, de la Chi
coree dite cafe chicoree. Extrait du Journal de chimie med., de pliarm., etc., 1854),
CIIICOREES (EMPLOI MEDICAL). 11
briiloirs les radiccllcs et Ics menus debris dc raciues, appeles touraillons et
passures, mais on Ics scparc ensuitc en Ics tamisant sur cles claics.
Lorsquc 1 operation du grillage cst sur Ic point d etre terminee, on ajoute du
bcurre ou de la melasse (environ 2 p. 100), pour lustrcr Ic produit ct lui doii-
ner mcilleure apparence, disent quelques-uns ; pour niieux fixer Ics matieres
etrangercs qu ou y incorpore, notamment une matierc colorantc formee de
briquc pilec et de rouge brun de Prussc, pretcndent Ics autrcs. Ccs substances
colorantes, dont les falsificateurs ont introduit de 5 jusqu a 40 p. 100 du poids
des racines, sont ajoutees au moment ou la chicoree, ecrasec deja au moyen dc
meules vcrticales eu pierrc ou de cylindres en fonte taillec, est passec a travcrs
des blutoirs en toile metalliquc, a mailles plus ou moins largcs. La chicoree
en poudre fine en contient plus que la chicoree a gros grains, ou chicoree
semoule.
Apres ces operations, la chicoree est raise en paquets dc 100 a. 500 grammes
et est livre c a la consommatioii.
Les fabriqucs dc chicoree sont rangees dans la troisiemc classe des etablissr-
ments incommodes insalubrcs, a cause de la mauvaise odcur et de la iumee
tres-e paisse produites par le grillage , et dc la poussiere noire a laquclle don-
nent lieu le broyagc et le tamisage des racines. Unc cheminee d aeragc sul li-
samment elcvee et une ventilation convcnablc obvient aux inconvenicnts qui
viennent d etre signales.
La racine de chicoree du commerce se presentc sous 1 aspect d uue poudre
plus on moins grosse (ditc semoule gros grain, grain moyen et poudre), dc
couleur rouge brun ou terre dc Sienne, suivant le degre de torrefaction ; agglu-
tinee ou en poudre tres-friablc, suivant la quantile de beurre ou de mel.-i^r
ajoutee; d un gout assez variable, d une amerturae qui n est p;>s drsigreablc,
rappelant le sucre brule quand il y a beaucoup de melasse. Son infusion nVsl
jamais parfaitcmcnt limpide et se trouble par le refroidissement ; sa consistance
est legerement mucilagincuse, elle empale la bouchc.
Dans 1 etat de purele, la poudre de chicore e torrefie e, mise a la surface d nu
vase plein d eau, s imbibc rapidement et tombe au fond du vase, en commu-
niquant au liquide une couleur rouge brun.
Examinee au microscope, clle presente les elements de la racine qui 1 a
fournie, car la torrefaction ne les detruit pas : tissu utriculaire, a cellules allon-
gees; vaisseaux spiraux rayes ou ponctues, fibreux, laticiferes, les seconds sans
ramifications, les derniers avcc anastomoses.
Sa decoction est simplement rendue brune par 1 adjonction de 1 iode, qui n y
determine jamais de precipite bleu, et elle ne noircit pas par 1 addition d uu
persel de fer.
Incineree, cette poudre ne laisse, quand elle est tres-pure, que 5 a 6 p. 100
de cendres ; les poudres dc qualites inferieures, faitcs en partie avec les tour-
railles ou passures, dont on enleve plus difficilement la terre, en fournisscnt
jusqu a 10 et 12 p. 100. Ces cendres sont grisatres, parfois verdatres, d uiu-
appareucc cornee, se vitrifient et sont alors tres-adherentes au creuset quai d
on en porte tres-haut la temperature, car elles conticnnent de 10 a 56 p. 100
de silice et o a 5 et 6 parties de sesquioxyde de fer. Quand elles ont ete addi-
tionnees de matieres colorantes, de petit-rouge, ce qui serait la regie pour les
qualites inferieures, les ceudres sout rouge brun.
Dans cct etat, la chicoree a ete venduc jusqu a ces dernieres annees sous
12 CIIICOREES (EMPLOI MEDICAL).
ties denominations diverges, mais toutes destinecs a induire I acheteur en erreur
(cafe des dames, de saute, des lies, vrai nioka, etc.) ; depuis novembrc 1861
seulcment, une decision de la prefecture dc police, reudue a la suite d un rap
port du conseil dc salubrite, a iormcllcmcnt iiiterdit dc faire figurcr Jc mot
dc cafe sur les melanges non exclusivcment composes dc veritable cafe.
Sous son vrai nom ou sous des denominations fantaisistcs, cllc est entire
duns la consommation habitucllc de populations nombreuses : le mineur beige,
par excmple, qui nc boit dc biere quo le dimanchc, en fait uu usage journalier,
en melangcant la chicore c avcc le cafe, a parties egales (30 grammes de chaque
substance, pour 2 litres d infusion, avec addition dc 2 decilitres de. lait) ; en
Hollande, la cbicoree est ajoutee au cafe dans la proportion du tiers a la
moitie.
En France, on la mele au cafe, soit par economic, soit pour attenuer les
proprietes cxcitantcs dc celui-ci, soit enfin dans un but de sophistication.
Quclle est la valeur reellc de ce melange? Est-il nutritii, salubrc? Faut-il le
nmsiderer, avec des auteurs recommandables, comme un excellent tonique et le
meillcur succedane du cafe?
Nous nc le pcnsons nullcment, et sommes fort porte a croire que les qualites
qui liii out r lr ;illrilm<Vs rcposcnt moins sur les fails observes quc sur cerlai-
iies analogies deduites de 1 amertumc que presentcnt, avcc des conditions tres-
diltcrcutcs, la racine dc chicoree cruc ct la racine cuite. L analyse chimique,
qui demontrc I abscnce dans cette racine d un alcalo klc azote, analogue a la
i-afciuc, ct de principcs nutritifs quelconqucs, a 1 cxception du sucre, justitie
ccttc opinion ; 1 amertumc memo dc la decoction dc racine torrefiec n cst pas
due, commc pour la decoction dc racine cruc, a un principe amer special, mais
aux matieres extractives alterees par la cuissoii que la chicoree grille e contient;
en outre, son parfum, sans etre desagreable, s eloignc singulieremcnt dc celui
du cafe. La cbicoree ne possedc done aucun titrc a la designation dc succedane
du cafe : en outre, son usage en trop grandc quantite est susceptible d amener
la diarrhee. Tcllc est 1 opiuion de Merat et dc Lens, de Pereira, dc Chevallier,
a laquelle nous nous rattacbons completement, tout en regrettant de n avoir
pas fait d experiences pour elucidcr specialcmcnt ccttc question.
Lc scul meritc positif dc la racine dc cbicoree gr.llec est dc colorcr fortc-
ment le liquidc dans lequel on la fait bouillir ou infuser, et de donner ainsi
1 apparence infidele d une boisson rechcrchee aunproduit d unprix relativement
minimc ; mais ellc a un autre avantagc qui, pour etre negatif, n en a pas moins
unc grandc importance : cclui d attenuer les proprietes excitantcs du cafe. Et
cctte action meritc d etre prise en consideration, si 1 on ticnl comptc de 1 in-
fluence facheuse quc 1 usagc continu d unc boisson donee de qualites aussi
,-ictivcs quc le cafe ne pent manqucr d exerccr sur le systeme nerveux de gens
qui en font leur boisson ordinaire, ou tout au moins la base ou 1 excipient, en
(juelquc sortc, de leur alimentation, comme dans le nord et Test dc la France,
en Belgique, etc.
Du cafe additionne d un tiers, de moitie de chicoree torrefiec, perd de cct
aromc qui le fait taut rechercher, mais il perd aussi le tiers, la moitie de ses
proprietes cxcitantcs qui le rcndcnt si precicux dans certains cas, mais ne sau-
raicut etre, sans inconve nicnts, utilisees d une facon continue.
FALSIFICATIONS. La chicoree, vcntluc pour du cafe, melee a celui-ci dans
diflercuts produ ts industriels, est cllc-rnemc falsifiee sur une tres-grande
ClIICOREES (EMPLOI MEDICAL). 15
echellc, souvcnt par Ics substances qu on se scrait Ic moins attcndu a ren-
contrcr.
[ndependamment du petit-rouge l de Bruxellcs ou de 1 ocre 2 ajoutes aux chi-
corees de qualite infericurc, dans unc proportion qui est allec jusqu a la moitie
du poids total, dc la terre qu on y introduit ou qu on n cnlevc pas, la poudrc de
chicorce a etc trouvee falsifiee par des legumineuses torrelit es (pois, feves,
lupins, haricots), des cereales avarices ou non (seiglc, orge, Lie), des racines
(panais, carottes, betteraves), des ecorces (de chene, de boulcau), de la sciiuv,
(dc caiupechc, d acajou), des graincs ou fruits (glands, matrons), des coques dc
cacao, des ballcs de cafe, du marc de cafe drja epuise, des croiites de pain briile,
des debris de semoule et de vermicelle grilles, du sucre caramelise, des residus
de brasserie et de distillcrie de grains, de la pulpc dc bcttcrave (ellc sc moisit
alors rapidement), dc la brique pilec, du noir animal, dc la tourbc et meme,
en Anglctcrrc, du foic dc boeuf ou dc chcval, etc.
Parmi ces falsifications, ou ces melanges faussement de signe s, unc des plus
communes autreiois etait 1 addition dc brique pilec, d ocrc rouge, dc terre
dessechec ; si nous pouvions tircr unc conclusion des quclquos analyses qn<<
nous avons faitcs, et qui out porte sur des echaiftillons provenaiit du dcparle-
mcnt du Nord et de 1 Herault, Ics fabricants auraicut renonce, cu partie du
moins, a une fraude qui peut etre trop facilement denoncee par rinrinrraliuii ;
mais il n en est pas dc memo dc 1 addition des legumineuses, des cereales, des
glands de chene, du marc de cafe, des carottes et peut-etre des betteraves.
En presence de 1 audace toujours croissante de certains industriels, la science
heureusement ne desarme pas, et il est facile de demasquer la plnpart des
falsifications ou trompcrics sur la qualite dc la chose vcndue.
Lesmoyens de recherche sont : 1 examen a I .oeil nu ou a la loupe, 1 cxamcn au
microscope ; le traitement d une decoction de la substance suspecte par Ics
solutions d iodc et dc persels de fer; enfin 1 incineration. On dcvrait y joindre,
d apres M. A. Chcvallier fils, 1 addition dc quclques gouttes d acidc ehlorhydri-
quc aux ccndres ct lour analyse alcalimetriquc.
II suffit partois d un examen attentif dc 1 odcur, dc la savcur et de 1 aspect
exterieur, al ceil nu, pour decouvrir quelques-unes de ces Iraudes : le pelil-
rougc ou 1 ocre fonccnt la couleur du produit , 1 adjonction du marc de cafe
epuise lui donnc au contraire une teintc plus jaune, plus roussatrc ; les chico-
rees fortement agglutinees revelcnt un execs de caramel toujours suspect,
tandis que le marc de cafe fournit une poudre fine, facilement separable ; par-
fois aussi une simple inspection pcrmet de rcconnaitre des debris de radi-
ccllcs, etc. L odeur et le gout peuvcnt fournir egalement lour contingent de ren-
seignements.
Si Ton jctte une pincee de la poudre a examiner sur la surface d un verrc
rcmpli d eau, on voit, ainsi que nous 1 avons deja dit, la cliicoree s imbiber
promplement et tombcr prcsque aussi tot au fond du vase, en communiquant
au liquide unc teiutc jaune bruu ou rouge brun, tandis que le marc de cafe,
la poudre de cosses dc cacao, la sciure dc hois, surnagent. Dans unc experience
relatcc par M. A. Cbevallier pere, du marc de cafe est reste quatre jours a lu
surface dc 1 eau avant d aller au tond du verre.
1 Oxyde de fer, carbonate et sulfate de cliaux, alumine et silice.
- Oxyde de fer, carbonate de cliaux, d alumine et de silice.
14 C1IICOREES (EMPLOI MEDICAL).
En laissaut reposer le melange pendant quelques heures, on trouverait sur
Ics parois du vase, d apres M. A. Chcvallicr fils, une aureole constitute par la
brique ou 1 ocre introduits; cet auteur rccommande egalement 1 examen a la
loupe des grains rouge brique qui tombcut au fond du vase. Nous avouons ne
pas avoir pu distinguer, au milieu de la couleur foncee du liquide en experience,
la couleur des grains qui allaient au fond, et ccpendant nous n avions mis que
quelques grammes dc poudre dans un verre d eau, au lieu des 20 grammes
qu indique M. Chevallier fils. Ces deux moyens nous paraissent done plus tbeo-
riques que reellement pratiques, car il est impossible de distinguer la couleur
des grains qui vont au iond du vase, et le depot qui sc forme sur Ics parois de
celui-ci n est pas exclusivement compose de fragments dc brique ; on pent ce-
penclant 1 examiner a la loupe, de preference au depot du fond du verre, pour
y rechercber Ics matieres mineralcs, toujours en poudre grossiere.
Le noir animal lormc un depot plus ou moins noir, et sc rasscmble facile-
mcnt en bouc, etc.
On soumet ensuite la poudre a rexamen microscopique. Un grossissement de
150 :"i 200 diametres suffit pour voir la forme des grains d anndon des grami-
nees, des legumincuses, etc.; le tissu des ecorces, du bois et d autres racines,
peut assez frequemment etre distingue de celui de la chicorcc ; le marc de cafe
se recommit sans peine au tissu cellulaire irregulierement perfore, a parois
epaisses, du perispermc de la graine, ou aux cellules allongees, a minces parois,
accolccs bout a bout, avcc quclquc pen dc tissu vasculaire, des fragments d en-
vcloppe qui reslent souvent adherents a la graine elle-meme ; Ics corpuscules
invguliers du noir animal, de 1 ocre, de la brique, se deceleront egalement sans
difficulte.
On fait cnsuitc une decoction de la chicoree (10 p. 100 d eau environ), et
apres quo la liqueur, filtreeet reiroidie, a etc suflisamment etendue d eau, on en
Ir.iitc une premiere partie par la solution aqueuse d iode, ou la tcinture d iode
ioduree (10 parties d eau iodee pour 1 partie de chicoree environ), et une
deuxieme portion par le perchlorure ou le pcrsulfate dc fcr.
Si la cbicoree est pure, par la teinture d iode, le melange brunit seulement ;
si elle est melangee de glands, dc graminces, de legumineuses, de semoule,
<lc pain, etc., la liqueur prcnd une tcinte bleu violet plus ou moius lonce, qui
disparait apres quelques instants, s il y a des glands, d apres A. Chevallier pere,
amis persiste si ce sont d autres substances qui out ete ajoutees, car elles con-
ticnneiit toujours une plus ou moins graude quantite d amidon : la teinte est
pourpre ou rouge lauve, quand uue grande partie de 1 amidon a etc trans-
formee en dextrine, commc dans les croutcs dc pain.
La solution de perchlorure ou de "persullate de fer, sans effet sur la cbicoree
pure, produit une teinte brune ou noir bleu ct merne un precipite quand il y a
dans la poudre des haricots, des feverolles, des pois, des glands ou des ecorces
contcnant du tannin.
Ces moyens ne peuvcnt pas deccler la presence des betteraves et des carottes.
On precede enfina 1 incineratiou de la poudre, apres 1 avoir prealablement bien
dessechec a 1 etuve et 1 avoir pesee ensuitc. Quand on possede une balance de
precision, ou meme un trebuchet, 10 grammes de poudre incineres dans une
capsule de platine sufh sent a 1 essai ; il faut en prendre une plus grandc quan
tite, 50 a 100 grammes, quand on n a a sa disposition qu une balance ordinaire.
L incineration demande un certain temps lorsqu on agit sur une grande
CfllCOYNEAD (LES). 15
masse dc pouclre ; on pcut sc servir alors d un tet a rotir do preference a 1111
creuset, aiiu d avoir une plus large surface d oxydation, car le charbon sc masse
assez facilement, ce qui rend 1 incineration complete fort longuc.
Nous n avons pas constate, avec M. Chevallier fils, que la facon dont les
maliercs brulcnt puissc donucr aucune indication serieuse sur leur nature.
La coulcur des ccndres fournit quelques iiidices sur leur origiue : gris ver-
datre pour la chicorec pure, elles sont plus ou moins brunes quand elles ren-
f erraent de 1 ocre ou de la briquc.
Le poids des ccndres, de 5 a 6 p. 100 dans les semoules gros grain ou grain
moyeu, et 9 a 12 pour 100 dans les poudrcs, toujours melangees de tenv,
decele facilement 1 adjonction de matiercs mineralcs, quand il depasse les chiffres
maximum indiques, mais n a aucune valeur pour ivv ItT Ic melange de malir-
i-es vegetales ; car la plupart d entre elles laissent par 1 incineration un poids
moindre que la chicoree (2 a o p. 100 en moycnne dc ccndres griscs, d apres
M. Chevallier perc, Note sur la chicoree, loc. cit.).
D ou il suit qu une chicorec uniquement melangee de marc de cafe, de
pois, etc., dcvrait moins donncr de cendres qu nne chicorec pure; ct qii nnc
chicoree, manifestemcnt mclaiigee de ces substances, qui fournirait le mrmr
poids de cendres que la poudrc pure, dcvrait avoir ete additionnee dc matieres
minerales. Une parcillc conclusion, fondcc sur des differences pcu importantes,
serai t errouee ; car les produits industriels ne doivent pas etrc apprecies avcc
fe meme rigueur que les produits fabriques en petite quantite dans un labora-
toire, en vue d unc experience. C cst ainsi que nous avons obtcnu 5s r ,58 p. 100
dc cendres d une chicoree indemne de brique ou d ocre ct qui ctait evidcm-
mcnt melangee dc marc de cafe et de cerealcs. Des semoules 1 alsifiees avec des
glands nous out domic 8s r ,70, 9 gr ,84 et 6 r ,5 de cendres pour 100 grammes de
poudrc.
Traitees par 1 acidc chlorydrique etcndu, les ccndres provenant de marc de
cafe laisscraieut degager de 1 acidc carbonique jiroveiiant d un carbonate con-
tcnu dans le cafe; ce precede, indique par M. A. Chevallier fils, suppose une
incineration faitc a une temperature bien pcu elcvec.
Pour reconnaitre la presence des bcttcraves, le meme chimiste a propose le
dosage alcalimetriquc des cendres, qui ne donneraient que 7 divisions a 1 alca-
limetrc de Dcscroisillcs quand on aurait affaire a de la chicoree pure, tandis
que les ceudres dc bcttcraves en fourniraicnt plus dc 12. L autcur du precede
recommandc lui-memc dc nouvcllcs rccherchcs.
Les differents melanges iudiques ci-dessus ne sont pas nuisiblcs a la saute ,
mais ils constituent une fraude sur la qualite de la chose veiidue. E. HLN.
t HKOlXEAU (LES), celebre famille de medecins frangais, tons de la Faculte
de Montpellier. On u en compte pas moins de six.
Chicoyneau (MICHEL) naquit a Blois, et vint etudier la medecine a Montpellier,
on il fut recu clocteur en 1652. Douze aiis plus tard, le 30 mars 1664, il etait
professeur d anatomie et de botauique dans la meme universite, intendant du jar-
din royal , le 5 juillet, chancelier, et le 7 Janvier 1665, concierge de la maison et
jardin des ecoles. Ces litres, ces honneiirs, il neles dut qu al intrigue, et on peut
lire, dans Astruc (Histoire de la Faculte de Montpellier), d interessants details
sur cet homme hautain, impeiieux, et dont les talents etaient loin d etre en rap-
10 CIIICOYNEAU (LES).
port avec son elevation. Michel Cliicoyneau devint aveugle dans sa vieillcsse, et
mourut en 1701 .
Chicoyneau (MiciiEL-AiME), fils aine du precedent, fnt recu doctenr en 1687,
et, chose bien digne dece temps de veiialile des charges, il obtint, a 1 age de vingt
ans, la survivance de son pere comme professeur. II mourut un an apres, en 1690.
Chicoyneau (FRAKgois), second fils de Michel. C est le plus distingue des sk
Chicoynenii. 11 naquit a Montpellier en 1672, et fut recu docteur le 10 mars 1693.
Son nom devait Ini ouvrir aisement les portes de la cour; il y entra, d abord en
1751, comme medecin des enfants de Fr.mce, puis comme premier mcdecin de
Louis XV, en 1755, en remplacement de son beau-perc Chirac. II avail ete aupa-
ravant chancelier de 1 Ecole de Montpellier. Francois Cliicoyneau se recommande
surtout a la posteiile par le devouement et le courage inebranlable qu il a monlres
dans 1 epouvantable peste qui a ravage Marseille en 1720. Celte gloire Jui est
commune avec Yerny, Deider, de Monlpellier ; Boyer et Du Verney, de Paris. Tons
les cinq se sont montres a la hauteur de leur mission, rassurant par leur presence
les habitants alarmes, leur procurant tons les secoursqui dependaient d eux, ne
quittant pasun seul instant ce foyer d infeclion qui pouvait les tner. Cliicoyneau
ue fut pas moins devoue a Louis XV, qu il a servi plus de vingt ans. Ce prince
s etait I acilenient attache a nn homme done dc qualites reelles, ayant toujours
1 air noble, prevenant, doue d nne heureuse memoire, parlant avec grace, exact a
remplir ses fonctions, d un acces facile, honnete envers tout le moude, et rache-
tant le vrai genio qni lui mauquait, par une affabilite extreme, et par le don de
bien enseiguer ce qu il savait. 11 monrut le 15 avril 1752, al age de quatre-vingts
aus. Les ouvrages parus sous son nom, soit qu ils fussent de lui ou fails d apres
lui, sont :
I. An ad curandam litcm vcnercam fricliones mercnriales in hanc adlnbcndce est salivas
fluxus concitetur? Moiitpellier, 1718, in-8. II. Relation succincte tonchant les accidents
de la peste de Marseille, son pronosiic et sa curalion, par CHICOYNEAD, VEDXY et SOL-HER. Paris,
1120, in-8, brochure ; et Marseille, 1720, in-8, avec un litre un peu different. 1IF. 06-
servations et reflexions touchani la nature, les evencments et le traitement de la peste de
Marseille..., par MM. Chicoyncan, Yerny el Soulicr. Lyon, 1721, in-12. IV. Observations
et re flexions propres a CDII /inner ce qui est avance par MM. Cliicoyneau, Yerny et Soitlicr,
dans la relation du 10 decembre 1720, touchant la nature, les evencments et le traitement
de la peste de Marseille. Toulouse, in-8", sans date; c est le meme ouvrage que le prece
dent. V. Lellre de M. Cliicoyneau, ecrite a M. De la Monierc, doyen du college des mede-
cins de Lyon, pour prouver ce qu il a avance dans ses observations et reflexions touchant la
nature, les evencments et le traitement de la peste de Marseille ctd Aix, du 10 decembre
1820. Lyon, 17 JI, in-12". VI. Oralio de contagio peslitenti. Lyon, 1722, in-4". VII. Iraile
des causes, des accidents ct de la cure dc la peste, avec un rccueil d observations, et un
detail circonstancie des precautions qu on a prises pour subvenir aux besoins des pei/ples
affliges par ccilc maladie, ou pour la prevenir dans les licux qui en sont menaces. Paris,
1744, in-i. (Carbier assure que Senac a participe a la redaction .de cet ouvrage demande
par le gouvernement. De la lecture de ces ouvrages, il ressort deux Jaits qui doivent in-
comber a Chicoyneau, savoir:
Que relativement a la maladie syphililique, ce medecin demontre 1 inutilite et le danger
de la salivation mercurielle, et propose de lui substituer des frictions a moindre dose et a
de plus longs intervalles.
Qu il s est declare en faveur de la non-contagion de la peste, opinion malheureuse,
qu Aslruc, refute avec son talent ordinaire (Dissertation sur la contagion de la peste,
in-8, 172 i).
<iii< ..,,.-, (GASPARD), troisieme fils de Michel, fut recu docteur en 1691,
obtint la survivance des charges de son pere la meme annee, n etant age que de
dix-huit ans, et mourut en 1692.
CHIEN. r,
Chicoyneau (AiME-Fr>A>gois), fils de Francois, naquit a Montpellier en 1699,
docteuienl722; ilheritaa peu presde toutes les places qu avait occupees son ai cul,
c est-a-dire qu il fut professeur de botanique et d anatomie a Montpellier. Les bio-
graphes le represented comme un homme aimable, pleiu d esprit, tres-passionne
pour la science, et surtout pour sou cher jardiu de botanique fonde pur Henri IV,
le plus ancien du royaume, et qu il renouvela presque completement. On le dit
auleur de memoires restes manuscrits, qui ont pour objets 1 irritabilite des eta-
mines de certaines plantes et les mouvements particu tiers que presentent les fleurs
des Chicoracees. 11 mourut en 1740, age seulement de quarante et un ans.
Chicoyneau (,lEAN-FRANgois), fils du precedent, egalement professeur a Mont
pellier, fut enleve a vingt-deux ans, le 15 octobre 1759. A. C.
< mr.v (Canis). Get animal si devoiie a 1 homme et qui lui est si utile, ap-
partient a 1 ordre des carnivores, dans lequel il forme le type d unc famille dis-
tincte qui a recu le nom de canides. II est facile a distinguer de tons les genres
rentrant dans les autres divisions du meme ordre par la disposition digitigrade
de ses doigts qui sont au nombre de cinq en avant et de quatre arrierc, pourvus
d onglcs non-retractiles, et par sa dentition composee de42 dents ainsi ru parties :
trois paires d incisives a chaque machoire, unepaire de canines superieure et une
inferieure, six paires de molaires en baut et sept en bas. Parmi ces molaires on
comple trois paires d avant-molaires a la machoirc superieure et qualre a 1 infe-
rieure; unepaire de carnassicres pour chaque machoire et deux paires d arriere-
molaires existant aussi a 1 une et a 1 autre machoire. Les avant-molaires n offrent
rien de bienparticulier; la premiere est a une racine, les suivanles en ont deux;
les carnassieres sont bi-ailees avec une tubcrcule au bord antericur externe dc la
superieure et un talon a 1 extremite posterieure de 1 inferieure, cc qui distingue
ccs dents de leurs correspondants cbez les cbats; les arriere-molaires sonttubcr-
culeuses et plus courtes que celles des ours, elles different aussi de celles des
viverrides. La dentition de lait du chien se compose de 28 dents, savoir :
5 1 o
= i 7 c ^r TO (dont 1 av.-mol., 1 earn, et 1 arr.-mol. de chaque cote de
o 1 o
chaque machoire).
Le corps est assez eleve sur jambcs, tcrminc par une queue longue le plus
souvent en panache ; 1 humerus ne presente pas de perforation epithrochle eime,
mais il existe un trou dans la fosse olecranienne ; le caecum est de mediocre
grandeur; la verge est soulenue par uu os assez long.
Le chien est un animal sociable, intelligent, de regime omnivore et qui
Irouve aupres de 1 homme des conditions d existence reproduisant avantageusc-
ment celles que la nature a faites u ses congeueres. Sa domestication se pcrd
dans la nuit des temps; aussi a-t-il subi de nombreuses modifications, et les
races ou sous-races qui le constituent aujourd hui different les unes des autres par
des caracteres qui passeraient pour plus importants qu ils ne le sont en realite
si Ton ne se rappelait que quelques-uns d entre eux sont le resultat de veritables
alterations pathologiques ou meme nionstrueuses, et que la teratologie peut seule
dans bien des cas nous en donner 1 explication. G est ce que nous niontrcrons
bientot. Plusieurs des modifications qu a subies le chien sont dejafort anciennes;
la peinture et la sculpture nous en font coimaitre qui remontent non-sculcment
aux Grecs ou aux Romains, mais encore aux Babyloniens et aux Egyptiens.
L origine du chien n a ete discutee que par les naturalises modernes, alors
met. E.NC. XVI. 2
18, CHIEN.
que la science plus riche de fails qu ellc ne 1 etait autrefois et gnidt e par des prin-
cipes plus surs, a pu aborder la question si difficile de 1 espece. Buffon pensait que
le chien est un animal a part qui ne se rattache aux canides sauvages par aucun
lien de filiation directe, c est-a-dire de parente comme ses differentes races le
font entre elles par rapport a un type specifique dont elles ne seraient suivaut lui
que de simples derivees. Ne trouvant plus ce type a 1 etat de nature, il prend le
chien de Larger comme s en rapprocliant le plus, et il en rapproche les autres races
en tenant compte surtout de la disposition de leurs oreilles, droites dans le chien-
loup et dans ceux deLaponie, du Canada etdes Hottentots comme elles le sont
chez le chien de berger lui-meme; settlement en parlie droites dans la division
des matins, a laquelle il rapporte le grand danois et le levrier, ou entierement
molles et tomhantes ainsi que ccla a lieu dans les chiens de chasse, courant, bra-
que, basset, epagneul et barbet. Comme 1 a rappele de Blainville, Buffon arrive
ainsi a classer les trente varietes admises par lui dans 1 espece supposee du chien.
Ses experienues sur le croisement fecond du chien et du loup ne lui out point
suggere 1 idee d une parente possible entre ces deux sortes d animaux, cepen-
dant si semblables entre eux dans certains cas que le premier ne parait etre alors
que la variete domestique du second. L opinion que le chien ne se rattache
comme espece a aucun de ses congeneres, tels que le loup que nous venons de
citer ou le cliacal qu on lui a aussi donne pour ancetre, a eu pour defenseurs,
;ijnvs llullou, Krxlclicu, Blumenbach, F. Cuvieret de Blainville.
Guldcnstacdt et, avec lui, Pallas qui avaient pu etudier le chacal en Orient,
sont les premiers naturalistcs qui aient attribue au chien le chacal pour ancetre.
Cetle manic-re de voir, que 1 observation de certaines races de moyenne taillc
semble si bien justifier a etc soutenue par Is. Geoffroy, et elle a aujourd hui
pour principal defenseur M. de Quatrefages. On sait que le chien et le chacal
donnent des produits feconds.
Peut-etre que cette opinion si vraie qu elle paraisse ne constitue pas la verite
tout entiere. A notre avis il est impossible d exclure entierement des ancetres
du chien le loup, auquel nous avons fait allusion tout a 1 heure, a propos de
certaines varietes de grande taille ; peut-etre aussi que d autres especes, d ailleurs
assez voisincs des loups et des chacals, pour qu on les ait quelquefois regardees
comme ne constituant que de simples races dc ces deraiers, doivent a leur tour
eutrer en ligne de compte dans cette sorte d inventaire philogenique de nofre
premier animal domestique. C est unc idee a laquelle M. Ehrenberg a ete con
duit 1 un des premiers par les observations qu il a pu faire dans la Haute-Egypte
au sujet de ces canides sauvages et dela rcssemblance singuliere qu ont avec eux
certaines races de chiens. II conclut a la mulliplicite des origines de ces der-
niers, et voici comment il exprime son opinion a cet egard : Probabilius est
suam quamque terrain canis domestici stirpem feram propinquam habere, et
paucasesse terras in quibus pereyrince formce, sicut nunc inEuropa, in infini-
turn miiHiplicatce, mixtce et civicalce sint.
Suivant le meme auteur, il faut attribuer pour ascendant au chien de la Basse-
Egypte, 1 espece ou variete de loups propre au meme pays, qu il appelle Canis
lupaster, et le chien de Nubie qui a des formes plus elancees provient du Canis
sabbar.
Jc persiste a croire que 1 opiniou qui attribue aux chiens domestiques des dif
ferentes formes, des origines multiples, et je ne parle pas bien entendu des for
mes plus ou moins te ratologiques que chacune des races uormales ainsi obte-
CIIIEN. 19
nucs a pu fournir sous { influence modificatrice de la civilisation, je persiste,
dis-je, a croire que cette opinion merite d etre examinee serieusement et quelle
peut conduire a des resultats dignes d attention.
Si Buffon avait coanu le chien marron dc la Nouvelle-Hollande, dont Blumen-
bach a fait une espece distincte du Canis familiar is, sous le nom de C. dingo,
il n aurait certainement pas songe a faire descendre toutes les races domestiques
du chien de berger, et F. Cuvier a aisement montre que le dingo devait approcher
plus que tout autre du type primitif de nos chiens ; c est en effet un animal peu
eloigne du chacal, et la faune australienne est si differente de celle des autres
parties du monde, le type canis lui est tellement etranger, qu on ne peut attri-
buer au dingo qu une origine exotique. D autre part, certains chiens de 1 Ame-
rique septentrionale out beaucoup d analogie avec le loup de la meme region
(Canis occidentalis, Dekay) ; ceux que possedaient les Americains du Sud avant
la conquete, paraissent avoir ete encore differents, et Ton peut opposer d autres
arguments encore a la theorie monogeniste que differents auteurs out reprise en
<;e qui concerne le chien lorsqu ils out fait du Cuon primcevus de 1 Hyma-
n /
laya, decrit par M. Hodgson, lequel n a que - molaires au lieu de -, 1 unique
souche sauvage des animaux domestiques qui nous oe^upent. Je trouve d autre
part une grande ressemblance pour la proportion du corps, 1 apparence du crane
et la disposition des dents entre le Canis simensis, d Abyssinie, (genre Simenia,
Gray), qui est un animal a formes elancees, et les levriers; et je ne serais pas
eloigne de croire que cette espece doit etre egalement ajoutee a la lisle de celles
qui ont pu contribuer a fournir les chiens domestiques en lui attribuant la race
de ces animaux qui s en rapproche le plus par ses proportions elancees : je veux
parler du levrier.
L etude du cerveau des chiens compares dans ses caracteres principaux au
meme organe envisage chez lesauimaux sauvages du groupe des Canides, que Ton
peut supposer avoir concouru a en fournir les diflerentes races, etait susceptible
d eclairer a certains egards cette difficile question ; aussi m en suis-je occupe
avec soin dans mon Memoire sur les formes cerebrales propres aux carnivores,
et j ai etendu cet examen a la famille entiere.
Si Ton devait attacher a la configuration du cerveau la valeur quelle semble
meriter dans la classification, les canides, c est-a-dire 1 ensemble des differents
genres de carnivores qui rentrent dans la meme famille que le chien, devraient
occuper le premier rang parmi les mammiferes du meme ordre.
Les Canides, quel qu en soit le genre, ont uue circonvolution de plus que
les autres carnivores, quatre au lieu de trois pour chaque hemisphere, et leur
circonvolution intermediaire superieure se dedouble en arriere. Malgre cette
sorte d uniformite, il y a chez eux des degres de complication assez faciles a saisir
et qui tiennent a la flexuosite des circonvolutions elles-memes, ou, dans le cas
de degradation maximum, a leur simplicite ainsi qu a la surface, tantot plus
grande, tantot au contraire plus re duite de Faire, de pendant de la circonvolution
interne, qui entoure le sillon crucial. La complication croit avec la taille des ani
maux observes, et se montre par consequent d autaut plus evidente, quelesespe-
ces qu on etudie acquierent de plus grandes dimensions. L examen de la forme
cerebrale de nos principales races domestiques ne fournit pas des indications
moins curieuses, et la comparaison que j en ai faite avec les especes sauvages
auxquelles elles ressemblent le plus, fournit a son tour d utiles enseignements.
20 CIIIEN.
Chez les pclites races a crane comme bulleux et a front rcleve, c est une veritable
deformation de 1 orgaue central de 1 innervation que Ton constate et le carac-
tere pathologique eu est facile a coustater. Les parois du crane se sont amincies,
le trace des sillons se paratifs des circonvolutions ne s y retrouve plus qu impar-
faitemcut, et, au lieu des plis oadules propres aux autre chieus qui sont moins
alteres dans leurs caracteres iatimes, on ne voit plus ici que 1 indication incom
plete du trace des sillons.
L influence de la domesticite a apporte d autres perturbations dans les carac
teres primitifs du cbien compares a ceux des animaux a la famille desquels il
appartieat.
Les couleurs out rarement la regularite et la leinte propres aux veritables
especcs. Elles sont blanches, roussatres ou noires, et plus souvent encore
elles resultent du melange desordonne, ainsi que la distribution disse metrique
de ces trois sortes de coloration, tandis que la condition habituelle des Canides
est lebrun plus ou moins releve de fauve. Cette irregularite dans la distribution
des teintes est un resultat de la domestication ; cependant la cynhyene, Canide d un
genre propre a I Ai rique, nous en presente 1 excmple, bien que reste sauvage. Mais
nous voyons queles chiens des grandes villes sont, le plus souvent, ceux dont le
pelage offre sous ce rapport le plus d irregularite. On constate cependant que, s il
n existe qu un point blanc au pelage d un cbien, il est situe a 1 extremite de sa
([ueue ; ce qui est pour ainsi dire un souvenir de ce qui se voit chez les Cauides
sauvagesqui presentent babituellement une touffe de poils blancs au bout de cet
organe.
L abondance et la nature du poil ne changeut pas moins d une race a une autre
quesacouleur. Frise chez les barbels, les caniches, lespetits cuba, etc. ; il est long
et simplemement ondule chez les epagueuls, principalement auxoreilles eta la
queue, ou, au contraire, court etras sur tout le corps dans la pluparl des autres
cbiens. Enfin, certains individus auxquelsondonnea tort le nom de chienslurcs,
out le corps a pen pres nu, ce qui leur donne une apparence maladive montraut
bien que la particularite qu ils pre seutent n est qu une anomalie.
Lataille des chiens n est pas sujettea de moindres variations. C est ce que tout
le monde a pu constater en regardant d une part les grands levriers, les matins
proprement dits, les chiens de terre-neuve, les grands dogues a levres pen-
danles, etc., et, d autre part, les carlins, lespetits cuba cites precedemmcnt ou
les king s-Charles. La domesticite peut aussi bien que la nature produire de
pareilles differences dans une meme espece, et il est facile a l homme deles exa-
gerer enchoisissant les reproducteurs auxquels il a recours.
Le nombre des vertebras caudales varie egalement chez le chien, et il en est
de meme pour celui de leurs doigts ou celui de leurs dents. Eu ce qui concerae
les deux derniers de ces systemes d organes, on sait qu il y a des chieas acci-
7
dentellement pourvus de - m., formule que presente, il est vrai, 1 otocyon, mais
qui n est ui celle du loup, ni celle du chacal ou de la plupart des especes de
Canides ; de meme pour les doigts : au lieu de quatre en arriere, ce qui est le
nombre habituel, certains chiens en possedeat ciaq, par suite de la presence du
pouce qui ne devrait pas exister, etparfois six par duplicature de ce pouce ac-
cessoire. Enfin la brievete des membres dans les bassets et leur torsion 1 re quente
chez ces animaux, sont leresultat d une sorte de rachitisme he re ditaire.
La configuration du wine n est pas susceptible de moindres variations. Parfois
C1IIEN. 21
Ires-allonge, comme clicz les levriers, il est d autresfois trcs-raccourci, ce qui a
lieu chez Ics bouledogues, et la machoire infiSrieure avauce alors nola-
blemenl sur la superieure, ce qui est le resultat d un mode encore differen
de deformation; dans d autres cas, cesont les deuxcretes temporales quiresten
separees au lieu de former une crcte sagittale unique, et, dans leur eloignement
1 une de 1 autre, elles peuvent prendre des contours analogues a ceux que Ton
observe a 1 etat normal dans certains animaux sauvages de la meme famille.
Nous avons deja parle des oreilles dont 1 allongement et 1 apparence plus ou
moins tombantes sont des signes certains de 1 influence diverscment profonde
de la domesticite. Le nez peut, dans certains cas, se dedoubler, et les deux narines
restent alors ecartees 1 une de 1 autre, de maniere a rappeler la condition dans
laquelle elles se presentent pendant la vie embryonnaire. G est un arret de deve-
loppemcnt et en mcme temps un retour a la condition caracteristique des vertebras
infericurs. Mais il est facile dans ces differents casde dislinguer ce quitient alli
teration par anomalie, des dispositions naturelles relevant au contraire des carac-
teres propres au groupede carnivores dont le chien faitpartic, et plus particulie-
rement aux especes sauvages dont on peut le supposer issu.
Iln est pas jusqu aux particularites biologiqucs de cct utile animal eta ce que
1 onpourraitappeler sesqualites morales qui n aient subi l influeiice des conditions
exceptionnellcs dans lesqnclles 1 bomme 1 a place. Son regime varie avec celui des
pcuplades auxquelles il est associo : la omnivore avec une tendance plus ou moins
grande vcrs 1 alimentation par les vegetaux, ou au contraire, avide de cbair et de
debris animaux ; il est ichthyophage, ou mediocremsnt carnassier ailleurs. S il est
a demi sauvage chez les pcuples peu avances en civilisation ; il est doux et pour
ainsi dire eduque cbcz Ics gens bien eleves ; calmc pendant Je jour, il devient
feroce pendant la nuit, lorsque la garde des habitations lui est confiee ; la cbassc est
un de ses instincts favoris, et il en estde mcme de la garde des troupeaux. Dans
d autres cas, il aide a la peche; il peut encore etre employe a combattre 1 bomme
lui-meme ainsi quo cela s est vu lorsque lesEspagnols out elabli leur domination
en Amerique. Dans d autres cas, il devient au contraire un animal de trait, eommc
nous le voyons en Hollande, en Belgiquc et ailleurs ou il traine des voitures
approprie es a sa taille; et cbez les Esquimaux ainsi qu en Siberie, on 1 attele
aux traineaux.
II y aphis; Taboicmcnt qui est pour ainsi dire le langage parle des chiens
appartienta ceux de ces animaux quepossedentlcs peuples civilises, etles chiens
des peuplades sauvages nesavent plus que burler. Les chiens d Europe redevenus
libres au milieu des pampas de 1 Amerique ont cesse d aboyer, et le meme fait
s est reproduit sur d autres points du globe dans des circonstances analogues.
Les chiens sont des animaux tres-portes a 1 acte generateur, et dans nos con-
trees la plupart peuvent s y livrer a toutes les epoques. Cependant, les deux
sexes se rapprochent de preference deux fois par annee, en hiver et en ete. Les
males sont souvent-cruels envers leurs rivaux et les battent a outrance. Les
femelles peuvent s acconpler plusicursfois pendant le meme rut, et les deux sexes
restent chaquefois unis pendant un temps assez prolonge, ce quitient a laconfor-
formation de la verge dont les corps caverueux, en se renflanta la region du gland,
prolongent forcement 1 acte copulateur et retiennent le male attache a la femelle. La
liqueur seminale ne s ecoule que lentement . Le chien a, comme les autres canides,
le penis soutenu par un os allonge qui est excave en goultiere a son bord inferieur.
Les femelles portent soixante-trois jours ; elles metlenl bas quatre, cinq petits et
22 CHIEN.
parfois jusqu a neuf a dix. La duree de la vie du chien est de quatorze a quinze
ans; elle pent se prolonger jusqu a vingt. On connait I age de ces animaux
a 1 usure de leurs dents, et en particulier acellc desincisives dont la couronne a
la forme de lobes en fleurs de lis s effacant peu a peu, ce qui ne laisse plus aper-
cevoir que les parties moyennes ou inferieures du flit. Le poil du chien blanchit
aussi a mesure qu il est d un age plus avance. Les vieux chiens, particulierement
ceux des villes et surtout dans certaines races ayant des habitudes sedentaires,
tournent a la graisse. Dans le jeune age, ces animaux sont souvent atteints d un
mal qui en emporle un grand nombre. Les chiens sont aussi fort sujets aux tenias,
mais il est rare qu ils perissent par cette cause; ils doivent toutefois etre surveilles
sous ce rapport, carles cucurbitains persistent a vivre sui leurs excrements qui
sont souvent solidifies par du phosphate de chaux et par suite resistants; les O3ufs
renfermes dans ces cucurbitains peuvent passer dans le corps d autres animaux
ou meme de 1 homme, et devenir 1 origine de maladies graves ; c est ainsi que les
agneaux prennent le tournis, et la maladie hydatique par echinocoques, qui se deve-
loppe dans le foie ou dans les reins des Islandais, ne parait pas avoir d autre source.
Le chien aete trouve par lesEuropeens dans presque tous les endroits du globe
deja habites par 1 homme; presque sauvage a la Nouvelle-Hollande, il a surce con
tinent 1 apparence exterieure du chacal auquel plusieurs autres varietes tiennent
aussi de tres-pres ; dans 1 Amerique du Nord, et dans diverses autres parties du
meme hemisphere, ses caracteres rappellent au contraire ceux du loup et il en est
de meme pour plusieurs des principales races propres a 1 ancien Continent ; parfois
il tient d autres especes encore, etnousavons suppose qu il sc rattachait a plusieurs
par ses origines, puisque nulle part, on ne trouve le chien primitif suppose par
certains auteurs. Le chien n est done pas un animal isole dans la nature, et aupres
de lui se placent non-seulement 1 espece ou les espeees dont onpeut le supposer
issu, mais aussi un nombre assez considerable d autres plus ou moins faciles a
distinguer de ces dernieres et que Ton a groupees dans plusieurs genres ayant des
caracteres propres, dans certains cas, du moins. C est F ensemble de ces genres
qui conslitue la famille des canides.
Elle est represented en Europe par le loup (Cam s lupus) encore assez repandu,
mais qui acependant disparude 1 Angleterre; par le chacal (C. awrez<s),d Afrique
et d Asie etqui a survecudans une des ilesdela Dalmatic ainsi qu enMore e; parl isa-
tis(C./ct(/opz(s), exclusivement propre aux regions septentrionales, etparle renard
(C. Vulpes) , qui est reste commun a peu pres partout. II y a en dehors de 1 Europe,
dans le nord-est de 1 Afrique, en Asie, et dans 1 Amerique septentrionale, des ani
maux tres-semblables au loup d Europe et qui n en sont peut-etre que de simples
varietes ; le renard a des representants sur un plus grand nombre de points : en Afri-
que, en Asie et dans les deux Ameriques, mais plusieurs d entreeux constituent evi-
demment des especes differentes de celle qui vit chez nous.L Afrique fournit le fen-
nee (C. zerda) , propre au Sahara et qui est remarquable par 1 ampleur de ses oreilles
ainsi que 1 otocyon (C. megalotis), a la fois pourvu de grandes oreilles etdontles
7
molaires sont au nombre de -. C est aussi au meme continent qu appartient la
o
cynhyene (Cynhycena picta), sorte de canis n ayant que quatre doigts en avant
comme en arriere.
Le corsac (C. corsac) est un animal asiatique peu different de 1 isatis parses
caracteres, mais qui a les teintes fauves des aulres canides, au lieu d etre pale
a la maniere du fennec ou changeant du brun au blanc suivant la saison, comme
C1IIENDENT (BOTANIQUE). 23
Visatis. La Chine ct Ic Japon iburaissent des especes encore differentes, et il y
en ad autres dans I Amerique, particulierement le loup rouge (C. jubatus) qui est
I uu dc ceux dout on a fait des genres a part. Ce ne sont pas la les seuls canides
(jnc nous pourrions citer, ctcette liste s accroitrait encore si, aux especes \ivantes
de cette famillc, nous ajoutioiis celle que Ton ne connait qu a 1 etat fossilc. Parmi
ces dernieres, il faut rappcler de preference les amphicyons dont quelques-uns
depassaient de beaucoup le loup en dimensions. Ces animaux, dont les debris sont
eulbuis dans les terrains tertiaires moyens, avaient la memc formule dentaire
que les otocyons, mais avec unc forme de dents plus semblables a celles des loups,
des chacals et des chiens.
On mange les canides dans beaucoup de localites , soil ceux qui n existent
qu a 1 etat sauvage, et qu on se procure parlachasse, soit le chien domestique.
En Chine, Ja chair dece dernier estd un usage frequent; en general ellerepugne
aux Europecns. Les jeunes chiens ont ete autrefois employes en pharmacie, et
1 on s est egalement servi desfeces solides de cette espece qui sont connus sousle
nom A Album grcecum. Ils renlerment une quantite considerable de phosphate
de chaux provenant des os dont le chien fait en partie sa nourrilniv.
Les races des chiens, leurs sous-races surtout, sont nombreuscs, ct 1 on n en
possede pas actuellemeut une bonne classification, aussi ne nous etendrons-nous
pas a leur egard. Plusienrs tendent a disparaitre, d autres les remplacent, et Ton
constate que la culture de ces animaux, aussi bien que les soins apportes a leur
reproduction, tendent a en modifier les caracteres eta en perfcctionner les qua-
lites. L impot qui atteint I espece canine n est pas etranger a ce perfectionnement
en ce qui concerne la France, et il faut aussi en rapporter la cause aux exposi
tions des races de chiens qui out lieu soit chez nous, soit en Angleterre. La der-
niere, pour notrc pays, a eu lieu au bois dc Boulogne, pres Paris, en 1875.
On ne sail que trop maintenant, en France, depuis 1871, que le chien est
nil aliment dur et de difficile digestion. P. GERV.
BIBLIOGRAPHIC. BUFFON. Hist. mat. gen. et particuliere ; chapitres rela til s aux Chien,
Loup, etc. CUVIER (F.). Mem. sur le chien de la Nouvelle-Hollandc. In Ann. tints, d hist.
nat., t. II, p. 458, 1800. Du MEME, Rcchcrches sur les caracteres osteologiquefs qui distin-
linguent les principales races du chien domestique. Ibid , t. XI, p. 535, pi. 18-20; 181).
HAMILTON SMITH. Dogs, la Naturalist s Library, 2vol., in-18. Edimbourg. DE BLAINVII.LE.
Osteogr. du g. Canis. GRAV. Catal. of Carnivorous, etc. in the British Museum. Londres,
1869. P. GERV. Mem. sur les formes cerebrates propres aux carnivores. In Nouv. Archiv.
Museum liisi. nat., t. VI. Paris, 1870. P. G.
CIIIEft-DE-MER. Vorj. PiOUSSETTE.
I. Botaniqiie. On designe sous ce nom les rhizomes dc
deux especes de Graminees, dont 1 une se rapporte au genre Agropyrum Beam.,
1 autre au genre Cijnodon.
1 La premiere est Y Agropyrum repens Beauv. (Triticum repens L.). C est
une plante commune dans les lieux cultives, ou elle se multiplie avec une tres-
grande facilite. Ses rhizomes tracants se developpent sur une longueur conside
rable et emettent des stolons tres-allonges ; ils sont noueux de distance en
distance, et donnent naissance a des tiges aeriennes de 50 centimetres a 1 metre
de hauteur. Les feuilles, engalnantes a leur base, sont planes dans leur partie
superieure, vertes ou glauques, marquees sur la face superieure de nervures
lines ecartees les unes des autres et de petits points saillants et rucles. Le chaume
se termine par un epi grelc, comprime, forme d epillets sessiles, distiques, qui
2i CIIIEIVDENT (EMPLOI MEDICAL).
contienncnt chacun 4 ou 5 fleurs. Deux glumes un peu inegales, lanceolecs, so
trouvcnt a la base de cet epillet et restent moins longues que lui. Cliaque fleur
est formee : de deux glumelles dont 1 inferieure lineaire, lanceolee, est acuiriinee
et aigue et dont la superieure est tronquee et bicarenee ; de deux petites glumel-
lules ; de trois etamines a antheres lineaires et d un pistil a stigraates sessiles,
dtales. Le fruit est un caryopse canalicule sur une face, muni au sommet d une
sorte d appendice blanc velu.
Les parties souterraines de cette espece donnent le Chiendent commun ou le
Petit Chiendent, qui, par la dessication, devient anguleux.
2 La seconde espece est le Cynodon Dactylon Pers. (Panicum Dactylon L.).
G est une espece repandue dans les licux incultes et aux bords des routes, et
qu on trouve surtout dans les terrains siliceux. Sa souche, longuement ram-
pante, est plus grosse que celle de I Agropyrum repens Beauv.; elle est aussi
plus dure et plus noueuse.
Les chaumcs qui s clevcnt de cette souche sont ascendants ou couches a la
base. Les fcuilles sont glauques, courtes, lineaires, acuminees, rudes sur les
bords. Les epillets sont tout petits et disposes en 4 ou 7 epis distincts, verdatres
ou violaces, qui divergent comme les rayons d une ombelle. Ghaque epillet est
forme de deux petites glumes, presque egales, renfermant une seule fleur com
plete avec les rudiments d une seconde. La fleur elle-meme a : deux glumelles
dont 1 inferieure estcarenee et la superieure muniesurle dosdedeux petites cari-
nes separeespar unsillon; deux glumellules charnues et glabres; trois etamines;
un ovaire sessile a deux styles courts termines par un stigmate en goupillon. Le
fruit est un caryopse libre, glabre, comprime par le cote et non canalicule.
Les rhizomes du Cynodon Dactylon sont connus sous le nom de Chiendent
Pied de Poule ou de Gros Chiendent.
LINXE. Species Plant arum. 85 et 128. DE CANDOLLE. Flore frangaise, III, p. 16 et 83.
GODRON. Flore de France, III, 4(j 2 et 608. I L.
g II. Emploi medical. I. CHIENDENT OFFICINAL; chiendent commun, petit
chiendent. Angl. Dog s Grass, Common Wheatgrass. Allem. Queckengrass,
Hundsgrass. Ses rhizomes, cylindriques a 1 etat frais, deviennent anguleux et
presque carres par la dessication , sont jaune pale a 1 exterieur et blancs a 1 iu-
terieur. On les monde, pour 1 usage, de leurs radicules et de leur epiderme
ecailleux, et Ton en fait de petites bottes qu ou expose au sechoir. On recolte
le chiendent en septembre. Mais a la campagne, oil Ton peut se le procurer en
tout temps, ou I emploie a IV- tat frais, ce qui est preferable, dit Cazin. Ses
proprietes medicales, deja si faibles, sont en effet encore moindres lorsqu il est
desseche. Jourdan pretend meme que sa matiere mucoso-sucree disparait dans
la dessication et qu il ne reste plus que 1 enveloppe, qui donne une qualite lege-
rement astringente a sa decoction aqueuse.
Chevalier a trouve dans le chieadent : beaucoup de sucre, du mucilage, de la
fecule, une matiere extractive ayant une saveur vanillee. Le sucre de chiendent
a etc reconnu et etudie par Margraf, Julia de Fontenelle, Plaff, qui 1 a obtenu a
1 etat cristallin. Bouchardat et Chevalier en ont retire de 1 alcool par la fermen
tation, et 1 on dit meme cet alcool de tres-bonne qualite.
Lc chiendent est inodorc; il a une saveur douce, legerement sucree, un peu
astringente, ce qui ferait penser qu il contient aussi un peu de tannin.
On a aus^i employe les feuilles et les ieunes liges du Trilicum repens,
CHIENDENT (EMPLOI MEDICAL). "25
Formes pharmaceuliques et doses. Tisane de chiendent : racine de cluen-
dent coupee, 20 grammes; eau, q. s. Contusez le chiendent dans un mortier do
marbre et faites-le bouillir une demi-heure dans la quantite d eau necessaire
pour obtenir 1,000 grammes de tisane (Codex).
Extrait de chiendent. Prepare par 1 eau, avec les racines seches grossiere-
mcnt pulverisees, ou avec les racines fraiches, et meilleur dans ce dernier cas.
II sert comme excipient ou intermede dans la preparatiou des bols et pilules.
Sue de chiendent. Prepare par contusion et expression, soit avec les rhizomes
frais, soit avec les feuilles et tiges fraiches. II se donne en nature, seul, ou melange
avecd autres jusdherbes, il peut aussi, par evaporation, etre converti en extrail.
On a lieu de s etonner qu un produit aussi pen actif, on serait tente de dire
aussi insignifiant, ait ete vante pour ses proprietes aperitives, resolutives, desob-
struantes, febrifuges, antiphlogistiques, vulneraires, anthelmintiques, etc., et
prescrit comme un remede serieux dans les maladies les plus diverses, qu il serait
oiseux d enumerer. Rappelons seulement, comme exemples de ces exagerations,
que Boerhaave 1 a cru efficace contre les engorgements du foie; que Schenck
(Journal d Hufeland, 1815) a pretendu avoir fait des cures extraordinaires de
maladies organiques du poumon et de restomac. de lesions du pylore surtout,
avec des decoctions tres-chargees de chiendent.
Une routine vulgaire a conserve a la tisane de chiendent une importance
qu elle ne mcritc pas; elle n est qu un accessoire, aussi bien dans les maladies
auxquellcs on a pretendu specialement 1 opposer, que dans toute autre. On la
voit encore invoquee comme aperitive, emolliente, pectorale, depurative; sa
propriete mcdicale la moins contestable cst d etre legerement diuretique, et en
core faut-il ordinairement, pour obtenir sensiblement cet effet, y ajouter du
nitre ou quelque autre medicament analogue. Cette tisane a un gout assez
agreable lorsqu elle est convenablement edulcorce avec du sucre ou de la re-
glisse. Elle desaltere assez bien; comme boisson aqueuse, rcnduc plus diges
tible par la cuisson et par ses principes feculents, mucilagineux et sucres, elle
convient pour etancher la soif des febricitants, en agissant en meme temps
comme delayante, temperante, rafraichissante ; elle convient surtout lorsque les
urines sont peu copieuses, foncees en couleur, troubles, scdimenteuses, lorsqu il
y a interet a les obtenir abondantes pour les rendre eliminatrices, comme dans
1 ictere, ou plus claires, plus tenues, pour qu elles n irritent pas leurs voies
d excretion, comme dans les phlegmasies des organes genito-urinaires. Enfin sa
preparation est facile et economique; a tous ces titres elle est done justifies
comme tisane commune (chiendent et reglisse) dans la plupart de nos hopitaus.
Fourcroy attribuait aux feuilles et aux jeunes tiges de chiendent plus de ver,
tus qu a ses racines, et considerait le sue herbace qu on en retire par expressioi
comme un des fondants biliaires les plus actifs et en meme temps les plus doux
(Encyclopedic me thodique, medecine, t. IV). Van Swieten rapporte qu un homme
fut gueri d une jaunisse rebelle par 1 usage d herbe de chiendent et d autres
plantes sauvages dont il faisait presque son unique nourriture. On sait que les
chats, et les chiens surtout, guides par leur instinct, mangent les feuilles de
chiendent pour se faire vomir et pour se purger ; le nom de chiendent vient de la,
ou de ce que la jeune pousse de la plante ressemble a une dent de chien. Sylvius,
et plusieurs autres observateurs apres lui, out remarque que les boeufs, si souvent
affectes de concretions biliaires pendant 1 hiver, guerissent au printemps en man-
gcant cette plaute dans les paturages. Mais Chaumeton regards avec raisou la
20 CIIIFFLET.
fonte des calculsbiliaires ties bceufs comme etant aussi, en grande partic, le resullat
de la salutaire influence du regime auqucl ces animaux sont soumis, au prin-
temps, dans les prairies ou ils paissent et se meuvent en liberte (Flore medicale}.
De tout ce qui precede, il serait done permis d inferer que la plaate en ques
tion, herbe et racines, n est pas sans quelque action favorable sur la glande he-
patiquei action qui, jointe a sa propriete diuretique, peut exercer, comme nous
1 avons reconnu plus haut, une legere influence sur 1 ictere lie a des troubles
sans importance de la secretion du foie. Mais il n en serait pas moins illusoire
de comptcr exclusivement sur un aussi faible moyen pour resoudre, soit les le
sions graves de cet organe, soit la lithiase biliaire.
Nous avons vu que le sucre de chiendent pouvait fournir de 1 alcool. Sa ma-
tiere amylacee a ete utilisee comme element nutritif; les habitants du nord de
1 Europe la melent a la farine pour confectionner le pain en temps de disette; les
Polonais en font du gruau (Chaumcton, loc. cit.). Les anciens Egypticns faisaient
egalement cntrcr dans leur pain la racine de chiendent reduite en poudre (Ency-
clope die me lhodique, botanique, t. II). Cette racine, coupee, contuse, cuite dans
1 cau et melee a du ferment, a ete employee avec succes a la fabrication de la biere.
Eiilin on 1 emploie dans quelques pays a la nourriture des boeufs et des betes de
somme (Flore medicale). Sous tous ces rapports, les rhizomes du Triticum re-
pens interessent peut-etre plus reellement la bromatologie que la therapeutique.
On pcut done utiliscr de diverses manieres cette plante, si nuisible par ailleurs
a 1 agriculture.
II. GROS CHIENDENT, Chiendent pied de poule. Sous les ccailles qui embras-
sent les nceuds se trouve un epiclerme dur, jaune, vernisse, et a I interieur une
substance blanche, farineuse et sucree (Guibourt). A part une saveur moins
sucree que celle du petit chiendent, le gros chiendent a les memes proprietes
que le precedent ; il est moins employe.
II ne fuut point confondre ces deux chiendents avec le chiendent a balai,
dur, ligneux, depourvu de proprietes medicales, et specialement reserve dans
rindustrie pour la fabrication des balais, vergettes, brosses, etc. II est fourni
par YAndropogon Ischcemum L.
On donne aussi les noms : de Chiendent citronelle aux racines de YAndropo
gon Citratum DC.; de Chiendent musque aux racines de YAndropogon Schce-
nanthusL., Lemon-Grass des Anglais (voy. ANDROPOGON) ; de Chiendent marin
au Potamogeton Marinum L. ; de Chiendent des Indes au Yetiver, radicules de
YAndropogon Muricatus, Retz.
iE. - PFAUZ (J.). Descriptio graminis tnedici plenior, ex varm hand infimce
notce scriptonbus. Ulmse, 1C56. KMPHOF (J.-G.). De gramince levldensi prcecellentissimo.
Erfordise, 1747. SCHRFBER (J.-C.-D.) Description du Chiendent (en allem.). Leipzig, 177".
Guisounr. Hist, not des drogues simples. CAZIN. Tr. des plant, medic, indigenes. HERAT
et DE LENS. Diet. univ. de maliere medicale. D. DE SAVIGXAC.
(JEAN-JACQUES). Les Francs-Gomtois font grand cas de ce savant
homme, qu ils plucent dans un rang distingue parmi leurs historiens. Chi.fllet s oc-
cupa, en effet, bien plus d liistoire et d arclieologie que de medecine. II naquil
a Besancon, le 12 Janvier 1588, et etait fils de Jean Chifflet, aussi medecin et con
sul de la meme ville, et petit-fils de Laurent, magistral de Dole, tous deux hom
ines de merite et affectionnes a leur patrie. Apres avoir fmi son cours d humanites
et de philosophic a Besancon, il etudia la metlecine et voyagea ensuite dans plu-
sieurs parties de 1 Europe, ou il consulta les gens de leltres, vit les principales
CHIFFONNIERS. 27
bibliotheques, et fit d uliles recherches dans les cabinets des curicux. A son retour
en Franche-Comte, 1 an 1614, il se mit a pratiquer la medecine, et s eu acquitta
avec une telle reputation que sa ville natale le chargea d une mission importante
aupres de I archiduchesse Isabelle-Claire-Eugenie, souveraine des Pays-Bus. Ce fut
la 1 origine de sa fortune. Gette princesse retint Chifflet a la cour, et 1 envoya en-
suite en Espagne, ou il fut encore mi decin du roi Philippe IV, qui lui douna son
estime et sa bienveillance. Ensuite on le retrouve, a la mort de sa bienfaitrice
(l er dec. 1635), dans les Pays-Bas, premier medecin de Ferdinand, connu sous le
nom de prince cardinal, alors gouverneur du pays au nom de Philippe IV. II mou-
rul, en 1660, laissant de tres-nombreux ouvrages, dans lesquels on trouve un me
lange singulier de grandes qualites d ecrivain melees a ce que Ton pourrait appe-
ler des enfantillages historiques, une credulite hors de propos, et desjugements
mal fondes, partant d un patriotisme exagere. Voici les litres des principaux :
I. Ve&ontio, civifas imperialis libera, sequanorurn metropolis, plurimis necnon vulgari-
bus sacrce et profance histories monumentis illuslrata, ct in duas paries dislincta. Lyon,
1618, in-4. II. De linteis sepulchralibus Christi Servatoris crisis historica. Anvers,
1624, in-i. III. Porlus Iccius Julii Ccesaris demonslratus. Madrid, 1620, in-i. IV. Re-
cued des traitcs dcpaix, de treve, de neutrality entrc lescouronnes d Espayne ct de France.
Anvers, 1645, in-i. V. Opera politico-historica. Anvers. 1650, m-lbl. VI. Pulvis febri-
fugus orbis American, jussu Leopoldi Guiliehni Arcliiducis Austria;, Bclgii ac Riirgundice
proregis ventilatus. Anvers, 1653, m-8. VII. Lilium franeicum veritate historica, bota-
nica et heraldica illustratum. Anvers, 1658, in-fol. A. C.
(IlYGiEPiE iNDUSTRiELLE). Tout le monde connait Icur iu-
dustrie, tout le monde sait comment elle s exerce; nous n avons done pas a la
de crire.
On depcint generalement les chiffonniers comme la classc la plus abjecte de
la societe, livres sans reserve aux habitudes les plus crapuleuscs, a un alcoo-
lisme permanent, converts de haillons, rouges dc vermine, etc. Assurement Ic
plus grand nombre se presente sous ce triste aspect, surtout dans certains quar-
tiers oil ils habitent ces bouges immondes dont nous parlerons bicntot. Mais il
faut convenir qu il en est d autres, vivant en famille, qui out des habitudes
moins sordides. Les femmes sont pauvremcnt, mais convcnablemcnt vetues ; les
hommes eux-memes ont une tenue qui les rapprochc des ouvriers appartcnant
aux industries les plus infimes. J ai eu, clans ma division du bureau de bicnfai-
sance du X e arrondissement, quelques maisons exclusivement habitees par des
chiffonniers, et dans ces maisons, d apparence ordinaire, rien ne signalait 1 in-
dustrie des habitants que des tas de papiers, de chiffons, etc., dans des cabi
nets, et 1 odeur fetide qui en est inseparable. Mais, nous le repetons, il n en
est pas ainsi pour le plus grand nombre.
D apres des documents qu a bien voulu me donner, avec une rare complai
sance, M. Dumontey, chef du bureau de la prefecture de police ou se distribuent
les autorisations pour 1 industrie qui nous occupe, le nombre des chiffonniers
pourvus de medailles serait de 6,000 environ, sans parler de ceux qui exercent
sans autorisation, et dont il est impossible de fixer le nombre. Malgre les condi
tions exceptionnelles dans lesquelles ils vivent, et 1 immoralite profonde resul
tant de la promiscuite des membres des deux sexes d une meme famille, couchant
pele-mele sur le meme tas de paille, il regne, parmi eux, une certaine probite ;
rien de plus commun que de les voir rapporter et deposer dans les bureaux de
police, des objets de prix trouves dans les tas d ordure et qu ils auraient pu faci-
lement s approprier. Du reste, cette industrie est plus renumeratrioe qu on ne
28 CIIIFFONMERS.
pourrait le croire, et les benefices de la journee s clevent souvent a 2 fr. 50,
5 francs ct meme 5 fr. 50.
Dans ccs derniers temps, 1 existence des chiffonniers a etefortement menacee;
obeissant a cette tendance actuelle qui substitue partout la grande entreprise a
1 effort individucl, on a propose tout uniment de les supprimer, pour mettrc a
lour place des compagnies qui feraient le meme service. Outre les difficultes pra
tiques de cette proposition, qui imposerait aux locataires des maisons certaines
reglementations assez difficiles a realiser, il etait impossible de songer a jeter
ainsi tout d un coup, dans Yimpossibilite de vivre, tant de milliers de malbeu-
reux places deja dans de si miserables conditions. Des sursis ont ete obtenus,
des mesures plus severes ont ete prises a 1 egard de 1 obtention des medailles,
et, dans le moment actuel, la position des cbiffonniers est beaucoup plus penible
que par le passe ; le rayon dans lequel s exerce leur industrie s est beaucoup
etcndu, le rendemcnt est moins fructueux.
Les causes qui peuvent faire tomber dans une position aussi infime, sont ordi-
nairement une extreme misere, fruit de 1 ivrognerie et de la paresse, mais tres-
souvent aussi d infirmites, de mutilations, et enfin de 1 age, qui mettent tant de
pauvrcs ouvriers hors d etat de continuer leur travail habituel. Rien de plus
iiaxrant, me disait M. Durnontey, que 1 expose des motifs sur lesquels repo-
srnt beaucoup de sollicitations, et comment refuser des gens qui demandent u
\ivre par un travail aussi repugnant? On sait egalemcnt qu il existe parmi eux
des individus declasses ayant occupe des positions plus elcvees, d anciennes
fcmmes cntrelcnues, etc., que des circonstanccs diverses, mais surtout la de -
bauche ct le desordrc, ont jcte dans leurs raugs ; c cst surtout parmi ceux-ci que
sc presentcnt les specimens les plus degrades de cette industrie.
Un rapport de la commission de salubrite de 1 ancien XII e arrondissemeut
(quarticr Mouffetard), public en 1852, decrivait, comme il suit, 1 etat des choses
daus une des rues les plus immondes de cette circonscription : La rue Neuve-
Saint-Medard est rcmplie de chiffonniers a dcmi-couverts de baillons, vivant au
milieu dc leurs chiffons, des os, des peaux, des savates, des vieux papiers qu ils
ramassent dans la ville; couchant sur un peu de paille, quelquefois meme sur
le carreau, n ayant pas une couverture pour s envelopper pendant la nuit. Reu-
nis en grand nombre dans des espaces tres-resserres ; se trouvant dans le voisi-
nagc des magasiiis ou les chiffonniers en gros conservent des tas enormes d os
ct de chiffons. Cette rue est mal pavee; on y rencontre a chaque pas des excre
ments et des ordures (Ann. d hyg., l re ser., t. Vll, p. 200; 1852). Trentc aus
plus tard, MM. Transon et Dublanc, dans leurs recherches sur le commerce des
chiffons dans le XII e arrondisscment, parlent d un cabinet occupe par un chif-
fonnicr, moycnnant cinq sous par jour, et qui presentait 2 metres de large sur
5 dc profondeur. La, cutre son grabat et la fenetre, un malheureux convert
dc haillons est accroupi, faisant le triage des chiffons dc la rue. II les lotit par
la nature des matiercs; surtout il separe avec soin ces linges toujours sales,
quclquefois impregnes d une sanie horrible, qu il ne pourra faire accepter de
I 3 entrepreneur en chiffons qu apres les avoir grossierement laves et les avoir fait
bicn exactemcnt secher dans sa triste demeure ; mais alors cela sc vend 2 sous
la livre; cc serait le plus precieux de son butin, si ce n est qu il a rapporte
dans sa hotte des croutes de pain souille, des tetes de poisson et quclques af-
freux melanges d os et de chairs meurtris... Qu on ne nous accuse pas de re-
muer ici toutes ces horrcurs, puisque voilu des etres humaius qui s cn nour-
CHIFFONNIERS. 29
risscnt. Du restc, Ics auteurs rcconnaisscnt eux-memes quc cct etat dc choses
cst susceptible d ameliorations. II suffirait, disent-ils avcc raison, de procurer
aux chiffonniers des demcures dans lesqucllcs serait annexee au logement pro-
prement dit, une chambre plus petite servant d atclicr de triage ct dc magasin
provisoirc... Ne pourrait-on pas, dans chacun dcs quarticrs oil se Irouvent ag-
glomeres un certain nombrc de chii fonniers, former un etablisscmcnt special
pour le triage et rcmmagasinagc des matieres recueillies par ces industriels ;
en un mot, une sorte de hallc.aux chiffons? La, Ics entrepreneurs trouveraient
a loucr dcs magasins bien acres, quc la police survcillcrait aisemcnt; la surtout
chaquc famillc dc chiffonnicrs obtiendrait, a titrc gratuit, la disposition exclu
sive d une petite cellule pour son travail. Le menage du chiffonnier, sa famillc
seraient done, c est la le point cssentiel, absolument separes du tas d ordures qui
est 1 objet de leur Industrie. Grace a cette institution, continucnt-ils, le chif
fonnier pourrait observer Ics regies Ics plus cssenticllcs de 1 hygicne, prendrc
en dehors de son travail un vetcmcnt convenablc. Lcs enfants, tenus plus pro-
prcment, ne presenteraient pas cette odeur horrible qui Jes fait rcponsser dcs
ecoles; enfin le chiffonnier lui-meme, relcve a scs propres ycux, chercherait ses
moycns de distraction ailleurs qu au cabaret. Ces observations sont fort justcs,
on les a deja bien des fois wrifiees; les transformations avantageuses subics par
certaines industries ont eu leur rctcntisscment sur les ouvriers qui les cxor-
caient, et leurs moeurs, leur tenue, leurs habitudes en ont etc singulierement
ameliorees.
Tous les auteurs repetent que les chiffonniers, en raison dcs substances de
provenance plus que suspecte avec lesquclles ils sont en contact, sont tres-expo-
ses aux maladies contagieuses, a la gale, par exemple. Cepcndant deux rclc-
ves, faits a quarante ans d intcrvalle, montrcnt qu a Saint-Louis Ics chiffonniers
ne se presentent pas en grand nombre pour cette maladie. Ainsi Mouronval a
note seulement 4 chiffonniers sur 1,254 galeux traites en 1820; et le compte
moral de 1 assistance publique en compte 4 egalement admis au traitement
externe en 1861. Bcnoiston, de Chatcauneuf, dans ses releves relatifs sur 1 iu-
fluence dcs professions, sur la frequence de la phthisic, a note 590 chiffonniers
ct 257 chiff onniercs entres pour cette maladie dans les hopitaux de Paris et fai-
saut par tie du groupc expose aux particules vegetales. Ces chiffres sont assez
considerables; mais remarquons que sur les 590 chiffonnicrs il en est mort seu
lement 5, ou 0,84 sur 100, la mortalite moyenne du groupe etant 2,07, ct sur
les 257 femmes, 4 ou 1,68 p. 100 ont succombe, le chiffre moyen du groupc
etant 2,19. Quant aux autres maladies, je ne connais pas de releves qui mon
trcnt leur dcgre de frequence. On conceit du reste que, par le fait de leur indns-
trie et de leurs habitudes crapulcuses et sordidcs, les chiffonniers doivent ctrc
exposes a une foule de maladies graves.
Reglementation. On voit, par une ordonnance de police en date du 10 juin
1701, qu il etait dcfendu aux chiffonniers de vaguer la nuit par les rues, clans
la crainte de favoriser ct d augmenter le nombre des vols ; ils nc devaient pas
commcnccr leur travail avant la pointc du jour, a peinc de 500 livres d amcndc
et dc punition corporelle (Delamare, Traite de la police, t. II, p. 485. Amst.,
1729, in-fol.). Cette meme ordonnance, deja maintes fois edictee avant cclle dont
nous parlous, fut encore renouvelee et avcc aussi pen de succes dans le courant
du siecle dernier.
Aujourd hui, Ics chiffonnicrs, pour etrc admis a exerccr leur Industrie, doi-
50 CHIFFONS (DEPOTS DE).
vent fairc une declaration avec deux temoins, afia do constatcr Icur identite;
tout changement dc domicile sera declare dans les vingt-quatre heures. Lcs clrif-
fonnicrs ambulants doivent porter une plaque de cuivre donnant le numero d in-
scription et le signalement du porteur. II leur est interdit de circuler apres mi-
nuit en toute saison, avant le jour en ete, et avant cinq heures du matin depuis
le l er octobrc jusqu au l er avril. Us ue doivent pas conserver chez eux les pro-
duits de leurs recherches, attcndu 1 odeur infccte qui s en exhale [voy. CHIFFONS
(Depots de)]. E. BGD.
CHIFFONS (DEPOTS DE). Les emanations fetides auxquellcs donnent lieu les
divers produits ramasses par les chiffonniers, an milieu cles plus sales immon-
dices, ont dc tout temps excite les reclamations du voisinage, et provoque I em-
ploi de moyens propres a les faire disparaitre, ou du moins a les attenuer nota-
blement.
Mais d abord qucllcs sont les substances accumulees dans ces depots, et dans
quelles conditions s y presentent-elles ? Nous 1 avons dit dans 1 article precedent,
le chiffonnier met a part et sur autant de tas distincts, les vieux papiers, les
vieux chiffons de toile ou de coton, les chiffons de laine, les os, les peaux d ani-
maux, savates ct autres debris de vetements, enfm certains residus alimentaircs
qu il reserve souvent pour son usage; puis, les linges laves et secb.es (ils ne se-
raient pas recus autrement), les papiers, les os, etc., sont portes dans les maga-
sins des chiffonniers entrepreneurs, qui livrent ccs detritus ainsi separes aux iu-
dustriels qui ont pour mission de les utiliscr en les transformant en papier, en
engrais, en noir animal, etc.
11 y a done deux sortes de depots : les petits, chez les chiffonniers ou les ma-
tiercs ne sejournent jamais bicn longtemps et sont incessamment renouvelees, et
les grandc depots, ou ils constituent de veritables magasins. C est la surtout
qu ils presentent dc serieux inconvenients et exigent, pour ne pas devenir nui-
sibles, 1 emploi d un certain nombre de pre cautions.
II est bien evident que ces accumulations de matiercs immondes, meme eu
petite quantite commc chez les chiffonniers, exhalent dcs odeurs excessivement
desagreables pour les voisins. Du reste, ces emanations nc paraissent pas bien
nuisibles pour les collecteurs de chiffons soumis, d ailleurs, a taut de causes de
maladies.
Dans les magasins, mais surtout dans les grands magasins, les chiffons arri-
vent plus ou moins mal lave s et seches. Quand ces masses sont encore humides,
il s en echappe des gaz de decomposition plus ou moins abondants. En general,
dit M. Pappenheim, la quantite de gaz exhales des tas de chiffons depend du
mode de conservation mis en usage dans les magasins ; aux caves si generalement
adoptees, notamment chez nous, il prefere des hangars largemeut aeres. Mais
ce sont surtout les masses d os qui donnent lieu aux cxhalaisons les plus insup-
portables et qui exigent les prescriptions les plus severes. Si 1 habitude pent
emousser les sensations desagreables que produisent ces miasmes et atteuuer
leurs effcts sur 1 economie, un fait authentiquc et bien connu montre qu ils
peuvent donner lieu a de graves accidents. Ollivier (d Angers) etant alle pour
visitor un magasin de chiffons tenu par le sieur Maurice, rue Saint-Germain-
1 Auxerrois, demanda a voir une cave voutee sans communication avec 1 air exte-
rieur, si ce n est par la porte d entree qui est ordinairement ferme e, cave daus
laquelle le locataire renferme les os qui lui sont apportes par les chiffonniers.
CHIFFONS (DEp6is DE). 31
On le condoisit clans cc lieu. II rcmarqua quc le sol et la voiite elaient humides,
et que les mars etaient d un noir verdatrc ; qae 1 air dans lequel briilait la lu-
miere etait infect et avait unc odeur nauseabonde. Mais a peine fat-il aa milieu
de la cave, qa il fut pris do vertige ; il ressentit des nausees et des envies de vo-
mir qai le forcerent a s eloigner sur-le-champ et a regagner 1 entree de la cave
et 1 escalier qui y conduit. Sorti de la cave, son etat s ameliora; cependant il
ressentit un malaise pendant le restc do la jouraee. Etant invite a diner en villc,
il crut Dependant se trouver assez bien pour se rendre a ce diner; il mangca
meme avec appetit ; mais a peine le diner etait-il termine, qu il ressentit des
pincements de ventre tres-douloureux autour du nombril ; les pincements se
faisaient scntir d abord par intervallcs eloignes, cnsuitc ils se firent ressentir
davantage et d uue maniere plus rapproche c : M. Ollivier fut force de se courber
sur lui-merae, de s accroupir. Les pincements devenant plus multiplies et etant
suivis d un aneantissement general, il se fit transporter chez lui. Les secousses
de la voiture n augmenterent pas sensiblemcnt la douleur ; mais a peine fut-il
arrive qu il eprouva un vomissement qui lui fit rejeter une portion des aliments
qu il avait pris. Les vomissements furent suivis de sueurs froidcs, de dejections
liquides, de syncopes continuelles. De nouveaux vomissements donnerent lieu a
1 expulsion du reste des aliments ; ils furent suivis dc nausees, de syncopes, de
sueurs froides, d evacuations liquides tres-fetides. Les evacuations sc succede-
rent jusqu a quinze fois, depuis sa rentree jusqu a cinq heurcs du matin ; a cette
heure les sueurs froides devinrent plus abondantes; il y eut des evacuations san
guines par les selles. Les pincements de ventre n ont pas cesse de se renouveler
par intervalles, tout aussi intenses, mais moins prolonge s. Le malade eprouve
un sentiment de brisure generate ; les nausees cessent, mais il y a toujours des
evacuations fetides, en parlic jaunatres, en partie sanguinolentes. Ces symptomes
out persiste le 4 et le 5, et ce dernier jour il y eut encore huit evacuations al-
vincs sanguinolentes. Dans la soiree du 5, les pincements cesserent dc sc fairc
ressentir; le retablissement se fit ensuite successivement : il etait complct le 10.
Cependant le jeudi, M. Ollivier ayant voulu sortir, fut saisi d un acces de fievre
qui le forca de rentrer : 1 acces dura douzc heures (Ann. d hyg., l re serie,
t. VII, p. 216; 1852). Ces symptomes, qui nc sont pas sans analogic avec ceux
que determineat les substances alimentaires gatees, boudins, etc., semblent in-
diquer une veritable intoxication par des matieres putrides.
Un inconvenient qui peut resultcr du travail dc fermentation dans une masse
de chiffons, c est I lnflammation spontanec dc ccttc masse ; le fait n est pas
commun assurement, mais il n est pas impossible. M. Chcvallier en a cite un
exemple. Divers autcurs out dit que les amas de vieux linges dans les pape-
Icries etaient susceptibles d eprouver la combustion spontanee ; nous avons veri-
fie ce fait cbez un cliiffonnicr dc la rue Ncuve-Saint-Me dard. Cc chiffonnicr qui
avait entasse des chiffons dans une espece de cabinet obscur, etait fort cmbar-
rasse d expliquer comment le feu avait pu preudre dans sou local oil personne
ne penetraitque lui, etou Ton n avait pas fait de feu depuis plusde six mois.
Cet excmplc, ajoute M. Chevallicr, doit etre rare", car ayant visite commc
membrc du conscil de salubrite un tres-grand nombre d etablisscments de
chiffonniers, il n avait jamais entendu parler de semblables accidents, quoi-
qu il y ait des chiffonniers a Paris qui aicnt des tas considerables de ces
matieres. Un fait constate par l experimentation, c est que des tissus impregnes
dc corps gras peuvent prendre feu spontanemont.
S3 CHIFFON S (DEPOTS DE).
Quaud les chiffons sont bien sees, dit M. Pappenhcim, ils donnent lieu quand
on les empilc dans dcs sacs, a un degagement de poussiercs irritaiites qui atla-
quent surtout 1 organc de la vue et, plus specialement, dans les premiers temps
qu on sc livrc a ce travail. En Anglcterrc, d apres le memo auteur, on cmploic
les chiffons de lainc pour servir d engrais. Dans ce but, on les dechire a 1 aidc
de machines particulieres, il en resultc aussi un grand developpcment de pous
siercs tres-deliecs, renfermant, commc on peut le constater au microscope, unc
multitude de petits fragments lanugincux. Les ouvriers rcdoutcnt beaucoup
cettc poussierc, et malgre leur incurie habituclle, ils ont soin dc se couvrir la
bouche avec tin mouchoir tandis qu ils se tienncnt aupres des machines.
Mesures prophylactiques. Comme nous venons dc le voir il y a deux sortes
de depots de chiffons : les petits, le plus ordinaircment dans le domicile dcs
ehifonniers et les grands magasins des entrepreneurs.
1 Les petits depots ont souvent lieu dans la chambre memo du chiffomiicr,
et au milieu dc debris infects. Le conseil d hygiene dc Paris ayant eu a visitor,
cite d Aulnay, une serie dc pctitcs chambrcs presentant une porte ct unc fene-
tre qui domiaient sur un memc cote sur la cour, a dcmande la ventilation de
ces petites chambres au moyen d un tuyau de vingt centimetres de diametre,
s elevant dc deux metres au moins au-dcssus du toit et place sur le point le
plus cloigne de la portc ; il a dcmande en outre qu on nc mit dans les cham
brcs aucun debris capable dc produirc dc la mauvaisc odeur, que la cour fut
pavec a chaux ct a cimcnt, avcc ruisseau pour I ccoulcment des eaux (Trebu-
diet, Rapp., etc., pour 1849-58).
Dans beaucoup dc localites, on donnc commc limitcs extremes dc la quantity
de chiffons qui doit etre conservec dans ccs petits depots, le chiffre dc
50 kilogrammes, en intcrdisant le sejour prolongc des os. Le triage se ferait
le soir meme, ct les os seraicnt emportes tous les jours en etc et toutes les
semaincs en hiver. Du restc les chambrcs ct cabinets scront ventiles autant que
possible par dcs tuyaux d evcnt, comme nous venons de le dire. On cxige en gene
ral, quo les chii fonniers lavcnt leurs chiffons avant de les vcrscr dans les maga
sins. 11 leur est cnjoint de faire cette opcratoa a la riviere; autrement on doit
prendrc des mesurcs pour 1 ecoulemeut des eaux fetides qui en resulteraient.
Ce lavagc nc peut avoir lieu dans le ruisseau dc la rue. On leur cnjoint qucl-
qucfois d arroscr les chiffons infects avcc dc 1 eau chloruree. Enfm il leur cst
intcrdit d introduirc chez eux encore moins d y conscrver, des os garnis de
chairs ou des peaux dc lapins, dc chats, dc chicns on dc rats, en vert.
2 Les depots qui renfermcnt de grandcs quantites de chiffons apparticn-
ncnt a la troisieme classe des etablissements incommodes et insalubrcs, ils
montcnt dans la premiere classe quand il s y joint de fortes accumulations
d os frais.
Quand ccs magasins sont tres-considerablcs, ils doivent, autant que possible,
etre places hors des villcs, on du moins dans dcs quarticrs eloigues des cen
tres populeux, et surtout dans dcs localites isolees et faciles a aiirer. D apres
beaucoup dc conseils d hygiene, les chiffons de linge sees et les, papiers seront
places dans des caves voutecs mais munies d une cheminee d aeration qui lie
pcrmet pas raccumulatiou dcs miasmcs ; cette cheminee presentant ", 45 au
moins de section, les entramera au-dcssus du niveau des maisons voisines.
Les chiffons dc laine ont particulieremcnt attire 1 attention dcs hygienistes en
raison dcs foyers permanents d infcction qu ils pcuvent constituer. Aussi exigc-
CHILI. 53
t-on que la pai tic de la cave qui leur cst dcslinee soit formc e d uii comparti-
ment en maconnerie, avec mi rcvelement com plot en platre, ferraee d une
portc en tole et mimic d uuc cheminee parUmt dn cote oppose a la pdrte d cu-
tree et s elevant a 5 metres au moius au-dcssus ios toits voisins.
Comme nous 1 avons dit, les depots d os frais, qui appartieuueut a la pre
miere classe et qui exhalent des odeurs iufectes, etant habituellemeut joints
aux depots dc chiffons, nous dcvons en purler ici. Autrefois, dit M. Trebuchet,
les os elaient places dans des tonneaux couvcrts ; inais les chairs corrompues
s attachaient aux parois des touneaux, le ncttoyage en etait Ires-difficile, et il
s en exhalait une odour infeclc. Aujourd hui on exige Icur placement dans des
sacs en forte toile, ct ils sont transposes aux fabriqucs de noir animal dans
ccs memes sacs faciles a nettoyer. 11s doivcnt elre deposes dans des magasins
paves ou bitumes et ventiles ainsi quc les boutiques ct toutes les pieces de
1 etablissement. Des lotions chlorurecs seront faites surtout pendant 1 ete et lors
du chargement (Rapp. sur les trav. ducons. d ltyg. de la Seine, pour 18-49-58,
Paris, in-4). Dans le departement du Nord ou se trouvent beaucoup de depots de ce
genre, les os doivent etre places dans un lieu sec ct convert muni d unc chcminee
d appel, depassant le niveau des murs voisins ct placcc autant quc possible,
a 1 opposite des lieux habites. L autorisation n est donncc que pour des os de
cuisine entiercment desseches, et dont le poids dans les magasins nc doit
janiais exceder 500 kilogrammes: 11s seront conserves dans des paniers a clai-
res-voies dc memc forme et de memcs dimensions pour pcrmcttre d en apprc-
cier facilement la quantite lors des visites. Cctte condition des paniers a clai-
res-voies vaut mieux que 1 accumulatioti en tas : clle permet une aeration plus
i acile, et on e vite les mouvements imprimes aux os quand on les transporte
on ma.ii-asius (Rapp. ducons. de sahib r. du Nord, t. XI, 1855).
E. BlsAUGIlAiND.
BIBLIOGRAPUIE. TIUNSON et DuBLANC. Ol>sei vcttios sur quelqucs industries, et en particulier
sur le commerce des chiffons dans le l l e arrondissement de Paris. In Ann. d liyg., 2 e scr. ,
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t. 1 et HI. Pans, 1852-1851, in-S, 5 vol. et2 e edit., ibid., 1862, in-8% 4vol. PAWESHEIM
(L.I. Art. Lumpenindustrie. In Ilandb. der Sanitiits-PoUzei, in-8, t. II, p. 199. Berlin,
18.")9. SCHNEIDER (S.). Sanitalspolizeiliches Gittackten liber die Liimi>en>itar/aziiie, mil, etc.
In. Deutsche Ztschr. fur Staatsarznk., t I, p. 87 ; 1809. Un grand nombre de rapports
l.-ius les dil terentes commissions d hygiene de Paris et des departements ; nous en avons citrs
plusicui s. E. BGU.
(LES). Nation de 1 Aiuerique du Nord (voy. AMEKIQUE,
p. 618).
HILI. La republique du Chili, situee dans 1 Amerique du Sud, se donne
pour limites, au nord, le desert d Atacama qui la separe de la Bolivie, par le
2i e degre de latitude meridionalc ; c\ Test, la lignc de faite de la Cordillere des
Andes qui la separe de la Republique Argentine, en suivant a pcu prcs le
72 degre de longitude occidental ; a 1 ouest, 1 Oceau paciiique et au sud le cap
Horn par 55 55 de latitude. Elle s attribue la possession de toutes les iles
situces sur la cote occidental de Patagonie et de 1 arcliipel de la Terre de Feu.
A ce compte, sa longueur ne comprend pas moius de 52 a 35 en latitude, et
sa superficie serait de 543,458 kilometres carres.
Nous n avons aucune raison dc contrcdire ces pretentious. Mais la description
des possessions qn on pourrait appclcr coloniales, si ellcs avaient des colons,
CICT. E>C. XVI. 3
34 CHILI.
ayant ete faite a Particle MAGELLANIQUES (Terres ou contrecs), t. Ill, 2 e partie,
nous n avons plus a nous occuper que du territoire beaucoup plus modesto en
etendue, connu de tout le monde sous le nom de Chili, ou Chile comme 1 appel-
lent ses habitants.
TOPOGRAPHIE. Celui-ci s etend surlerevers occidental des Andes eritre les
25 C et 44 e degres de latitude australe, en y comprenant 1 Jle de Chiloe, grande,
fertile et exploitee par la famille hispano-americaine. La largeur du Chili varie de
20 a 70 lieues, sa longueur est de 500 lieues communes et sa superficie de
13,436. Son aspect est celui d un parallelograms drvise obliqucment par des
groupes de hautes montagnes, et par des vallees profondes qui vont s etageant
comme les gradins d un amphitheatre, depuis les bords de I Ocean jusqu a 1 arete
de la Cordillere. Ces groupes de montagnes ne sont que des chainons longitudi-
naux detaches decelles-ci et coupes de distance en distance par des defiles donnant
ecoulement aux nombreuses rivieres qui vont se jeter a I Ocean apres un cours
tres-sinueux. L un de ces chainons qui longe de tres-pres le rivage du Pacifique
est separe de son parallele par une tres-large vallee qui merite plutot le nom de
plaine. C est la partie la plus riche et la plus peuplee du pays.
Ce que nous venous de dire suffit a montrer que le Chili est un pays tres-mon-
tagm-ux. Les Cumbres (nom generique sous lequel on designe les cimes princi-
palcs, tandisqu on reserve celui de Sierras aux echelons inlerieurs dela Coidillere),
les cumbres, dis-je, renferment les plus hauts pics cles Andes, tels que le Tupun-
gato (6,710 metres) et 1 Aconcagua (6,894 metres); de sorte que le Chimborazo,
en Nouvelle-Grenade, ne doit plus etre considere comme le geant des montagnes
du nouveau monde. Vingt volcans ranges a la filejalonnent la frontieredu Chili;
aussi est-ce 1 un des pays du monde les plus eprouves pai les eruptions et par
les tremblements deterre. 11 ne se passe pas d annees sans qu un ou plusieurs
de ceux-ci ne se fassent sentir. Les temblores ou simples secousses sont plus
t rt ; quentes encore. Les principals villcs ont etc plusieurs ibis detruites, soiten
totalite, soit en partie, par les terribles convulsions souterraines qui entr ouvrent
le sol, le relevant ou 1 abaissent de plusieurs metres sur une etendue plus ou
moms considerable, et quelqiielbis definitive comme il est arrive pour la cotedu
Chili, depuis FrtWh iajusqu u Valparaiso, dims unci -li iidiu 1 dcplnsde 200 lieues.
en 1822, 1855 et 1857.
Nous savons deja que le pays est arrose par un tres-grand nombre de fleuvc- ft
de rivieres. II renferme aussi plusieurs lacs d eau douce et d eau salee. Ceux-n
sont situes, aunord, dans. les terrains marecagoifx de la zone chaude, entreles
55 50 et 34 50 de latitude, et les autres au contraire au siul, dans la zone la
plus fraiche etla plus arrosee, le territoire des Araucans, qu on anommc la Suisse
americaine. Ce territoire qui s etend de la rive gauche du Bio-Bio sous le 57 e degre
de latitude jusqu au golfe d Aucud, a 1 extremitc du Chili continental, est plus
favorise de la nature que tout : le restedu pays. La chaine des Andes y revet des
caracteres nouveaux et beaucoup plus riants. Elle est plus etroite, moins elevee
etcoupee de vallees plus nombreuses et a pentes plus adoucies. D epaisses for^ts
dont la croissance est favorisue par 1 humidite du climat, y couvrent ses roches
jusquc-ladepouillees de vegetation. De tres-nombrcux ruisseaux y descendent des
regions superieurcs et vont former, dans la plaine c tagee, des etangsetde verita-
bles lacs. Les plus remarquables sont ceux qui avoisinent le golfe d Ancud ou de
Chiloe. Si des Lords de cc golfe on s elevc a 1 Est, vers 1 interieur , on voit
s etager les trois grands lacsdeLlanquihue, de Todos-los-Santos ct de Nahuehuapi.
CHILI. 35
Unccolouie allemande s est etablie, sous les auspices du gouvernement chilicn,
sur les bords du premier. Le deuxieme, separe du precedent par le volcan d Osor-
uo, recoil les eaux du Puo-Puella qui descend des glaciers du Tronador, haulr
montagne aux cimes couvertes de neiges eternelles et qui doit son nom an bruit
produit par les avalanches qui se detachent de ses flancs glacus. Cc pic occupe le
point central de la chaine des Andes. En outre du tribut qu il foornit au lac de
Tous-les-Saints, il envoie une autrc riviere vers le Nahuehuapi sit IK plus a 1 Est,
lac immense dont la connaissance est encore imparfaite et qui donne probable-
ment naissance au Rio-Negro, de Patagonie, lequel va se jcter dans 1 ocean
Atlantique. Tons cos lacs, propres a la navigation, offrent desanses et des ports
que le commerce pourra utiliser plus tard. Mais, avanlage plus precieux encore,
ils forment par eux-memes et par les rivieres qui en dependent, un systeme de
communication mi-partie terrestre et fluviatile, quipermet d entrevoir un nouvel
et plus facile passage de 1 un a 1 autrc cote des Andes. La distance entre le Port-
Montt, sur le golfe d Ancud, et le Nahuelhuapi n est que de 57 lieues qui se font
en grande partie par eau, sur les lacs et rivieres intermediaires.
Geoloyie. D apres Pissis (Geoloyia de Chile), les Andes chileennes offrent
les troisgrandes classes de roches que Ton rencontre dans la nature. Les forma
tions endogenes y sont representees par les matieres volcaniques, les trai-li\l< >,
les syenites et les granites; les formations exogenespar differents conglomerats,
des gres, des argiles et des calcaircs; enlin la serie metamorphique par les por-
phyres stratifies, les platres et un ties-grand nombre d autrcs roches plus ou
moins modifiees. La superficie de toutes ces rocbes s altere lentement au contact
de I utmosphere. Les parties anguleuses s emoussent les premieres et la decom
position continuant de la circonference au centre, produit une serie de couches
fendillees, concentriques, qui s ecaillent et forment la terre argileuse qui couvre
presque partout les roches d origine volcanique et les porphyressi coiumuns dims
les Andes.
C est ainsi que Pissis explique la formation de cette terre argileuse et saline qui
abondedans les Cordilleras, et donne la poussiere si fine et si desagreable qui so
leve sous les pieds des mules et enveloppe les voyageurs d epais images, meme en
1 absence complete de vent. Son extreme tenuite la fait ressembler ade la cendro
et son gout est salin.
Lesroche- metamorphiques occupent la majeure partiedu relief des Andes. Ellos
pourraient ^tre classees, dit Pissis, dans les roches porphyriques relativement is
leur ensemble. Maisleurs caracteres varientarinfini, et offrent toutes les transitions
depuis les gres feldspathiques jusqu aux porphyres les mieux caracterises. Les cou
ches les moins nlterees, celles qui conservent encore quelques signes de leur struc
ture primitive, presentent des conglomerats formes de gros fragments de roches
roulees, nnies par une argile durcie, ou des gres verts composes de pelits grains
de feldspath lies entre eux par une pate de cqMeur obscure. Ces roches examinees
dans une grande etendue changent souvent de caractere ; les grains feldspathiques
se reunissent en petits groupes ou se montrent des indices de la forme cristalline.
Une matiere brune homogene remplit les intervalles qu ils laissent entre eux, et
la roche <e transforme enfin en un porphyre petro-siliceux. Les banes composes
de fragments roules eprouvent des changements analogues et se transforment en
poudingues a base porphyrique. Ces changements s observent surtout dans le voi-
sinage des roches syenitiques. y
G estaussi la, au contact de la syenite, qu on rencontre des cristaux d epidote,
36 CHILI.
tie carbonate de cuivre et des agates de la plus belle teinte, de la chauxspathique
et da quartz hyalin. Les calcaircs anciens fossiliferes se montrent ca et la dans les
Andes jnsque sur les plus grandes hauteurs. C est ainsi que Martin de Jioussy a
vu dcs ammonites recueillies sur les plateaux de la Cordillere de Copiapo. Aux
environs du Tupungato, on a trouve des yryphees caracteristiques du terrain
urassique ancien. Danvin qui a traverse la Cordillere au passage du Portillo et a
eelui de la Cumbre, et qui en a donne deux coupes geologiques, ditqu on rencon
tre dans la chaine la plus occidentale, celle de Piuquenes des schist os argilo-
calcaires noirs qui rcnferment des coquilles appartenant aux genres Gryphcea,
Turritella, Terebratitla et Ammonites. Ces roches sontprobablement, selonlui,
du meme age que les parties centrales de la serie secondaire de 1 Europe. Ellrs
sont penetrees et alterees par des dykes et par des masses enormes d une certaine
roclie plutonique qui a la texture du granit ordinaire, bien qu elle ne renferme du
quartz que rarement, car elle est surtout composee d albite et d ampliibole. On a
tout lieu de supposer, selon lui, qnecette roche est d une date postmeure a celle
de certaines formations tertiaiivs.
Ktant donnee la constitution mineralogique du massif des Andes, il est facile
de se faire une idee de la composition du sol des vallees qui n est qu un produit
d eboulement et de desagregation des memes roches, et d alluvions des rivieres.
l,c Chili est rid to en mines. On y extrait de 1 or, de 1 argent ; surtout du cuivre
ct. de l,i houille. Le lapis-lazuli, le eristal de roclie, le plonib, le nickel et le cobalt
donnent lieu a un commerce de beaucoup moimlre importance. Nous n emprun-
terons a la statistique chilienne que quelqucs chiffres pour fixer les idees sur cette
(tranche de la richesse publique. En 1865, toutes les mines reuniesemployaient
25,745 mineurs et on comptait 547 hauts fourneaux rien que pour letraitement
du mineral de cuivre.
CLIMAT. Pour qui sail 1 influence qu exercent sur le climat d un pays, inde-
pendamment de la latitude, sa configuration, son orientation, le voisinage de la
mer et des montagnes, la hauteur de celles-ci, 1 altitude et [ orientation des val
lees, la presence on 1 absence des lacs et des lagnnes, etc., il suflit de jeterun
coup d oail sur une carte un peu detaillee du Chili pour reconnaitre qu il reunit
tous les climats. Ce serait une tache immense et peut-etre irrealisable aujourd hui
que de reunir tous les climats partiels, mais on peut du moins etablir quelques
grandes divisions qui serviront a les grouper, et dont les limites seront tracees
par les conditions de latitude et d altitude. Nous aurons ainsi le climat du nord,
celui du sud et le climat des montagnes. Bisons tout d abord que le nord du
pays est chaud j usque vers la latitude de Conception (56 lat. S.) ; et que le sud
est tempere et variable. A Santiago, capitale et centre de la Republique, les moi>
les plus chauds qui sont ceux dedecembre, Janvier, fevrier, donnent une moyeiine
de + 27 C. Les mois les plus froids (juin, juillet, aout) out une moyenue (^
-f- 12, 5 C. En general, dans les provinces du centre, les chaleurs de 1 ete com-
mencent en novembre et fmissent en mai, elles sont temperees par les vents dn
sud et le thermometre flotte entre -+- 25 et 28 C. Rarement, il s eleve a + 50.
De juin a octobrc, rcgne la saison fraiche dont la moyenne est de 12 a liC.
Les mois d aout, septembre etoctobre sont ceux qui offrent la temperature la plus
agreable et la plus salutaire. La secheresse est le seul inconvenient de ce beau
climat; mais une abondante rosee y supplee aux pluies. De novembre en mars
on ne voitpasun image au cicl dcpuis la frontiere septentrionale jusqu a Con
ception sous le 56 e degrc, c est-a-dire dans une zone deoOO lieuesen longueur.
CHILI. 57
La jiluic, la grele, la neige et les orages sont renf crmes dans la region des mon-
tagncs. C cst surtout au nord qu on eprouve les effets de la sechcresse. Le desert
d Atacama nc recoit pas une gontte d eau du ciel ni un rnisseau des arides
plateaux qui le domiiient, desorte que la population n y pourrait subsister.
Lc climat du littoral offre quelque difference avec celui de 1 interieur ; les
ardours de 1 ete y sont temperees par les echanges quotidiens des brises de
tcrrc et dc mer et par le courant fi oid dc Humboldtqui reinonte dusnd ;iu nord,
tout le long dn rivage. D aillenrs, nous allons hisser la parole a M. Dnpln\
qui, ayant stationne quelque temps dans le port de Valparaiso, en a decrit ainsi
les conditions climateriques.
Deux saisons s observent a Valparaiso, comnie sur toute la cote du 1 acilique ;
sans ilniilc elles ne se succedent point brusquement et sont separees par (\c>
periodcs intermediaires, qui correspondent au printeraps et a l automne de nos
climats; mais ces periodes sont trop peu tranchees pour etre regardees conime
des saisons proprement ditcs.
L ete ou verano dure de la fin de novembre au commencement de inai.
(juelqucs brises du nord se font scntir au commencement et a la fin de cette sai-
son; mais les vents dominants sont ceux de la partic du sud, qui commencent a
semanifester apres li beures du matin, rarement avant, etcessent generalemenl
de soul ller vers 5 ou 6 beures du soir. II n est pas rare toutefoisde les voirregnrr
jnsqu a 9 ou 10 hcurcs du soir, avec de violentes rafales, surtout quand ils se
sont loves un peu tard.
11 pleut tres-rarement en ete; la cbaleur est souvent excessive pendant le
jour; mais les units sont ordinairemcnt fraiches.
L lnver, ou invierno, comprend les mois de mai, juin, juillet et aout ;
c est la saison des plnies ct des vents du nord ; les mois de septembre et d octobre
fonnent une sorte dc printemps, une saison de transition pendant laqnelle on
observe peu de pluies, des calmes frequents et des vents tres-variables, tantol tlr
nord au nord-cst, faibles ; tantot de fraiches brises de la partic du sud.
Lc tableau qui suit indique les moyennes meteorologiques deduites des
observations recueillies a la Bourse commerciale de Valparaiso, etde cellcs prise.-
a bord dc la Constantiiie pendant un sejour de buit mois environ sur rade. \.\->
donnees qu il prescnte sont loin d etre rigoureuses ; elles out ete recueillies a la
Bourse, avec peu de methode, depuis le 1" juillet 1855, et personne jusqu iei
ne s etait preoccupe d en tirer les moyennes. Elles peuvent neanmoins seivira
donncr une idee assez exacte du climat de Valparaiso. Les releves meteorologiques
presentent, pour 1 annee, les cbiffrcs suivants : (voir le tableau p. ci-contre).
Le climat des montagnes et des vallees des Andes est en raison directe dc 1 al-
tilude autant que de la latitude; mais celle-ci trace une limite bien trandi. v
entre le nord et le sud sous le treate-sixieme degre, ainsi que je 1 ai deja dit. An
sud du treute-sixieme degre, les Andes recoivent beaucoup plus de neige que
vers le nord. Cettc circonstance amene un changement complet dans le climal,
lequel, a partir de ce point, est d autant plus humide qu on avance davantage
vers le sud. Les pluies et les brouillards y entretiennent une humidite abondanti-
qni favorise une vigoureuse vegetation, aussi bien dans la plaine que sur les ver-
sants des montagnes. C est le territoire des Araucans. La limite des neiges perpe-
tnelles va s abaissant progressivement dunord au sudjusqu a 3,000 metres d al-
tilnde. Si nous remontons au contraire du trente-sixieme degre, point de partage
du climat de la republique, vers la frontiere septentrionale, nous trouverons les
58
CHILL
MOYENNES METEOROLOGIQUES RECUEILLIES A VALPARAISO
(du 1" juillet 1885 au 1" septembre 1860).
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REMARQUES GFJNfiRALES
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Calnies dominants; quelqucs faibles brises
JANVIER. . ..
757.4
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17
19
18 2
du nord ; brises fraiches du sud , trois fois
dans la rnois.
Fortes brises de S. el S. S. 0. dans 1 apres-
FEVRIER. . ..
738
0.8
24
15
189
13 2
p
midi; 2 jours de pluie.
o
Calnies et faibles brises d O. pendant la plus
7SS.2
0.7
22
13
174
16
43
grande partie du mois; fortes brises de S.
W
les premiers jours.
Brises violentes de S. et S. S. 0. 1 apres-midi;
AvniL
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0.8
22
11
16
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5 joiira do pluie.
Rricna rlf* S_- niiplnups vents de N.: oluies
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6 jours de vents de N.; pluiet, frfiquentes.
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0.6
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10 jours dc calme. \ Pluies
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14 j. de vents de la partie sud. | f r g quenleb
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7 jours de N. dont 2 violents. )
5 jours dc calme. j i>i u i os
20 jours deS. frequenter
8 jours de N. au N. 0. 1
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756
0.6
17
9
11 3
13 G
Vents tres-vaiiables; calmcs frequents ; quel-
SEPTEMW.E .
759
0.2
19
9
16 2
144
Z
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ques fraiches brises du N. E. faibles; sud.
z H
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5 a:
Comme en septembre.
OCTOBRE....
761
0.4
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12
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Fortes brises de la partie du sud.
NOVEMBRE. .
761
0.6
23
12
184
165
>U
Calme le matin et la nuit; vents du sud
DECEMBRE. .
759
1.4
24
14
19 7
182
1 aprcs-midi.
ncigesde moins en moins abondantes quesur la Cordillere. A 1 exception des pics
les plus eleves,comme le Tupungato et 1 Aconcagua, la ligne de faite se depouille
completement de neige, en ete, a une altitude qui depasse 4,000 metres. La seche-
resse du climat suit la meme progression. L evaporation est si active au milieu d un
air rarcfic que la neige qui tombe sur les hauts plateaux se vaporise sans mouiller le
sol. C est ce qui explique le tres-petit nombre de cours d eau qui descendent de
la Cordillere entre le trente-deuxieme degre et le tropique, 1 aridite du desert
d Atacama et d un bon nombre de vallees des Andes. A 4,000 metres d altitude
la secheresse est telle que 1 hygrometre a cheveu descend a 5, et que la peau se
gerce et se fendille comme dans les grands froids de 1 hiver. Le ciel est d un bleu
cru dont 1 eclat fatigue la vue, et la vegetation est absolument nulle. L eau ne
tombe jamais qu a 1 etat solide, c est-a-dire a celui de grele ou dc neige. Le climat
est tres-rigoureux a une pareille altitude ; le soleil est ardent, mais on a froid a
1 ombre ; les vents sont excessivement violents et froids. La nuit, le thermometre
descend jusqu a 4; mais dans ces memes journees il monte jusqu a -hlO et
+ 12. En somme, c est un climat dur et desagreable auquel les pasteurs indiens
CHILI. 39
pcuvent seuls s habituer, encore pas au deli de 1 altitudc de 5,200 a 3,700 me
tres, et dans quelques vallees un peu abritees du vent. Telle est la limite des
habitations des hommes en ces regions. La temperature des vallees inferieures
est naturellement beaucoup plus douce, mais tres-inegale cependant. La chuleur
s y eleve beaucoup dans la journee, mais il y fait froid la nuit. Les differences de 20
dans Tecbelle thermometrique y sont frequentes du jour a la nuit. L ete y donne
quelques pluies d orage, mais il y pleut fort rarement en dehors de cette saison.
La grele y est le flcau des cultures, surtout de la vigne (Martin de Moussy, Cli-
mat des Andes}. Tyndall a fait remarquer que 1 air tout a fait sec se comporte
comme le vide relativement a la transmission do la chaleur rayonnante. II sui lit
done que le soleil disparaisse un instant dans un climat comme celui du nord du
Chili, surtout dans les Andes, pour que le refroidissement devienne sensible, et
a plus forte raison pendant la nuit.
REGJJE VEGETAL. Les principales productions de I agriculture chilienne se clas-
sent dans 1 ordre suivant : ble, orge, mais, legumes sees (pois, haricots, feves,
pommes de terre, etc.), vigne, chanvre et lin, graines oleagineuses, arbres frui-
tiers d Europe qui se sont propages a 1 etat sylvestre en certaines vallees au point
d y former de veritablesbois. Les principaux sont les oliviers, amandiers, noyers,
chataigniers, pommiers, etc. Le ble du Chili est en general d une qualite supe-
rieure, et donne des fariues aussi renommees que les meilleures des Etats-Unis. Sa
culture se fait sur une tres-grande echelle. Celle de la vigne, prohibee par 1 Es-
pagne dans 1 interet de son commerce, jusqu a 1 epoque voisine de nous ou le
Chili cut le bonheur d echapper a son immorale domination (1818), prend de jour
en jour plus d extension et de perfectionnement grace au soin qu ont pris les
grands proprietaires de faire venir des cepages de Bourgogne et de Bordeaux, en
merne temps que des vignerons pour en diriger la culture.
En ce quiconcerne les principales essences des forets, la difference si tranchee
du climat dans le nord et clans le sud en marque une correspondante dans la ve
getation. Dans le sud, ce sont le hetre, le bouleau, 1 araucaria ou dombeya chi-
lensis, les grands myrtes, le ivinteria aromatica. Au-dessus du trente-sixieme
degre, la vegetation est riche dans ses details, mais d un aspect moins imposant.
Les grands et beaux arbres que nous venons de citer deviennent de plus en plus
xares au fur et a mesure que Ton remonte vers le nord. Us sont remplaces par des
mimosees de haute taille, dont quelques-unes sont remarquables par la beaute de
leurs fleurs et 1 elegance de leur feuillage. Parmi les plus repandues et en meme
temps les plus utiles, nous citerous une espece de caroubier, le prosopis dulcis,
qui atteint une hauteur de 10 a 15 metres, dont le fruit seeh J et reduit en farine
sc mange en guise de pain et dont les gousses fermentees donnent une espece de
bierc nommee chicha ou aloja. La famille des laurinees et celle des myrtacees
seuit aussi tres-nombreuses et fournissent des arbres de tres-grande taille. L arbre
a savon (quillaya saponaria) est tres-commun au Chili et rend des services a
1 economie domestique du pauvre. Enfm la region des Cordilleres a aussi sa flore
qui merite une mention speciale. La vegetation n y depasse pas 1 altitude de
4,000 metres, suivant Martin de Moussy. A cette limite se trouvent les deux der-
niers representants du regne vegetal : les maigres lichens qui tapissent quelques
roches et la Llareta, plante singuliere doiit la racine conique s enfonce asscz
profondement dans le sol entre les debris rocheux, tandis que son extremite su-
perieure s epanouit a 1 air comme une moisissure verte intimement adherente a la
pierre. Dans les quebradas (ravines) un peu plus basses commencent a paraitre la
40 CHILI.
tola oujume, le Luisson nomine cuerno de cabra, un gazon assez robustc dilpiu-
cun, ciifin, aupres de 1 eau, une cyperacee tres-rustique, l&paja brava, clout le
feuillage clur et tranchant est ccpondant fort utilc pour la nourriture des anini;iu.\
en ccs regions desolees. A une altitude de 5, 500 metres commencent a apparaitre
des cactus couverts d un duvet serre qui les protege contre les friraats, ct dont
une variete du genre cereus est employee pour la construction des cabanes en rai-
son de la taille et de la resistance de son bois. Au-dessous de 5,000 metres com
mence une vegetation tonffuc Aalgarobosou caroubiers, A acacia caviena, Ac
bre as (terebinthacee) dc jarillos (id.), de Quebrachos (apocynees), de saules, -m
Je Lord des eaux, et de visco, mimosee tres-precieuse pour 1 ebenisterie. A
2,000 metres, la vegelalion est deja tres-vigourcusc, ct loutes les cultures des>
pays temperes, y compris celle des arbrcs fruitiers, y prospcrent quand il y a de
1 eau. Quant aux vallces d une altitude inferieure a 1,000 metres, la vegetation
y est luxuriante pour pen qu elles soient arrosees, et non-seulement les cereales
et les arbres fruitiers d Europe, mais encore beaucoup deplantes des pays chauds
y prosperent : tels sont les oliviers, Grangers, grenadiers, papayers, corosolliers
(anona muricata) , cherimoliers (anona cherimolia), goyaviers, etc.
REGNE ANIMAL. II e.4 riche et varie. Nous signalerons parmi les mammiferes
plusieurs grandcs especcs dc chats : felis cuyuar ou puma, designe par Molina
sous le nom de lion du Chili, mais qui se trouve aussi bien sur 1 autre vcrsant de
la Cordillere, ct qui n a ui la criniere, ui la taille, ni la force du lion; felis ja
guar, (lit aussi onza, le plus fort et le plus redoutable des fauves d Amerique ;
felis pardalis ou ocelot; felis eyra ou psendo-pardalis , appcle dans le pays H
par Azara jaguarondi ; cnfin une espece de chat-fouin dit gato-montes, chat des
bois. Parmi les autres genres, nous citerons la chincha (viverra mephitis) decrite
par Buffon sous le nom de moufflette du Chili ; le chinchilla (imis laniger, cai-
lomys-chinchilla, de Geoffroy-Saint-Hilaire), rongeur qui tient le milieu entre le
lievrc et la gerboise; le carpincho (cavia capybara, sus hydrochcerits, sus palus-
tris), rongeur aux mceurs amphibies; le renard tricolore (cam s cinereo-aryenta-
tus), le memequ on retrouve dans 1 Amerique duNord; le cuy (lepus minimus):
la viscachc (cavia acuschi), espece dc grandc marmot tc sans sommeil hibernal;
le cujaquiqui (mustela cujaquiqui) ; le guanaco (camelus huanacus) ; la vigogne.
(camelus vicugna) et le lama (camelus araucanus) ; 1 alpaca (camelus alpaca).
Ccs quatre ruminants sont a des degres divers d une importance considerable
pour rindien des Andes ; le premier scul descend dans la plaine, les autres ne
sortent pas de la Cordillere dont ils hantent de preference les plateaux les plus
eleves. Cependant, le lama, reduit a la domesticite depnis les temps les plus
anciens dont les annales americaines fassent mention, sert de bete de somme et
remplace pour 1 Iudien tous les autres animaux domestiques. L alpaca, tres-voisin
commc espece du precedent, a la laiue plus longue ct plus fine. II vit sur la li-
mitc des neiges perpetuelles, en compagnie de la vigogne dout la toison est tres-
soyeuse. Le guanaco, dont la chair est aussi succulente que celle des precedents,
a une robe moins bien fournie; mais les Indiens, surtout ceux du sud, ulilisent
la peau garnie de ses poils pour s en fairc des vetements et des fourrures. Gitons
entin le pedu ou quemul (capra pu di) , sorte d antilope dela Cordillere. Les cotes
nourrissent en abondance plusieurs especes de phoques et quelques cetaces.
L ornithologie a beaucoup de rapports avec celle de la Patagonie et du bassin
de la Plata. On y voit figurcr plusieurs especcs de canards, dc colombcs, de fla-
mants et de colibris ; un heron d une blancheur immaculee, le pic a hupe rouge,
CHILI. 41
le troglodyte chilien, le fournicr (furnarius r it/its), oiseaufamilierdes habitations
ru rales, la grebe, la ccrthia chilensis, la grive dcs Malouines ct clu detroit de
Magellan, le manchot, les goelands et surtout cle nombreuses especcs d oiseaux de
proie (buses, aigles, faucons, chouettes), panni Icsqucls le gigantesque condor
(sarcoramphus gryphus), qni a merite le nom de roi des montagnes.
L icthyoloyie et la malacologie des coles chiliennes sont riches ; mais les in-
sectcs sont rarcs. On nc cite panni les insectes venimeux qu un petit scorpion
blanc, unc araignee et les monstiqn.es.
Quant aux animaux domestiques, Ions ceux d Europc onl fh naturalises an
Chili et y prosperent.
Une des principales sources de lariehc-sc agricole du Chili provient de IV If \a-f
des bceufs, des chevaux et des moutons. Les pores et les chevres sont egalcmn;!
tres-nombreux. On a beaucoup multiplie dans ces dernieres annees Ics AM> j
soic et les abeilles.
ANTHROPOLOGIE. La population cbrctienne du Chili est le resullat du nn laugc
des races americaine et europeenne, avec preponderance du type europeen dans
Ics liautes classes et du type americain dans les classes inferieures, surtout a la
campagne. Les Chiliens sont d une constitution robuste et bien harmonisee ;
d une taille plntot grande qnc petite. Us out generalement !< (mil [dus oumoins
liasane et le poil uoir. Us sont adroits aux exercices du cm-ps ct non moins intel-
li gents; sobres, patients et braves. De tous les peuplrs d origine espagnole, ce
sont eux qui ont fait le plus de progres dans la civilisation, on tout an nioins
dans 1 art si difficile du gouvcrnement. Personne n ignore sans donte que, de
t)tis les Etats hispano-americains, le Chili est le seul qui ne vive pas du regime
quotidien des pronunciamentos et des revolutions.
Apres cette rapide esquisse, nous passcrons a 1 etude de la t amille chilicnne
primitive dont les Araucans d aujourd hui nous dl fivnt le type a peu pres pur.
On trouve bien sur le territoire du Chili quelques autres sujets de la race ame
ricaine, et qui sont des Puelches et des Huilliches; mais ils sont en infime mi-
uorite, car leurs principales tribus sont dans les panijias de la Confederation
Argentine et dela Patagonie (voy. ces mots). Quant aux Clinches qui habitent au
snd de Yaldivia, aux Chonos de Chiloc et aux Pehtianches ou montagnards des
deux versauts des Andes, ce ne sont que des tribus separees de la grande famille
araucane. II nous suffira done de decrire celle-ci qui se donne elle-meme If nom
dc Moluches , mais que les Espagnols appellent Araucanes , et nous, a leur
exemple, Araucans.
\ 7 oici le portrait succinct et caracteristique qu en a trace Alcidf d Orbigny :
Couleur brun olivatre peu fonce ; taille de l m ,641 ; formes massives; tronc nn
peu long comparativement a 1 ensemble; front peu eleve ; face presque circti-
laire ; nez tres-court, epate ; yeux horizontaux; bouche mediocre; levres minces ;
pommettes saillantes; traits efft mines ; physionomie serieuse et froide. Leur
n .ombre s eleve a 30,000 environ. Molina, qui les a bien connus, les decrivait,
a\ ant d Orbigny, comme des hommes d assez haute taille, aux formes peu agrea-
bles, ayant le visage aplati et les pommettes saillantes comme les Mongols, le
ragard feroce et mefiant, le teint cuivre ou d un brun rougeatre, le ziez court, la
bouche grande, le menton epile etune longue chevelure noire; dureste, robustes,
adroits et excellents cavaliers. Ces deux portraits se completent sans se contre-
dire.
De tous les peuples d Amerique, ils sont les seuls qui aient pu register victo-
42 CHILI.
rieusemeut aux arnies espagnolos, ct maintenir par la force leur indepeudance
jusqu a ee jour, car la ie|mblique du C.liili nc les possede que nominalemcnt. Us
sont indepeudauts eii fait cL memo en droit, puisqu ils ae soat lies que par un
traite d amitic qui sonlliv de part ct d autrc d assez i requentes infidelites. Les
premiers ils se sont occupes a dompter les chevaux espagnols, doat la race s etnit
prodigieusemeat multiplied ii 1 etat sauvage aioias de deux sicdcs anre la coa-
quete. Us ea firent de meme du bceuf, et ces deux acquisitions oat produit dans
leurs moeurs le memo chaagemcat que la domestication de ces especes produisit
chez nos aacetres d uae cpoque prehistoriquc.
Les Araucans de aotre epoque, agricultours ct pasteurs a la fois, qm candour
seat la chaiTue a travers les champs de raais, de ble et d autres ccreales, ou
qui, nmntt s sur de rapides coursiers, pousscat dcvaat cux dans la prairie dcs
troupcaux dc bceufs, dc chevaux ct dc moutons, nc rcssemblent guere a leurs
aieux dont 1 existence miserable se traiaait daas les bois ct sur les rivieres a la
chasse du giliirr on a la pcche du poisson. Anjourd hui les Araucans recoltent
aon-soulemeiil, pour leur eonsimimaliou, mais meme pour un commerce d e-
-liaise et d exportation.
Jaloux dc leur iadependance, ils out repousse toutes les tentatives faites pour
Irs roinertir an clirisliaiiisnie; dans I ideV que lesmissionuaircs qui venaient leur
[livelier In religion dcs ronquerants de I AmtTiquc ne pouvaieat etre que dcs
einissiiivs charues dc pn paivr les voies a 1 caacaai. Ils s ca tienaeat done encore
presquc Ions a leurs anciennes croyances en Meulen, die a supreme, etre iaiini,
tout-puissattt, eivaleiir de toutes cboses et eternel. Tels sont les attributs par
lesquels ils le dt signent tour a tour et qui meritent bien d etre rapportes puis-
qu ils montrent a quelle haute et pure conception de la divinite ces jfiers ent.uits
de 1 Amerique s etaient eleves d eux-nieiacs. One ne s cn sont-ils tenus la, et
pounpioi t aut-il qu a cet auteur de tout bien ils aient oppose un esprit malin ou
genie du mal ! Pour conjurer ses malc iices, il u y a pas trop de la saiate cohorte
des Uhnines, genies tutelaires on si Ton vcut anges gardiens dont un au moius
s attache aux pas de chaque homme depuis le seuil de la vie jusqu au tombeau.
Cette conception touchaate nous fait regretter que non contents de ces protec-
teurs mysterieux, ils aient recours aux inacliis qui cumulent les fonctions ou
I ilutot les profits de sorciers et de nu dcrins. 11 est vrai que pour encourager,
sinon la profession, du moins les progres de 1 art, ils les mettent a mort quaad
ils les soupcoaneat de faire boa menage avec le diable au lieu de conjurer ses
coups. Dans les circonstances importantes de leur vie politique, les Araucans font
des sacrifices d aaimaux, a la maitiere des ancieas Romains, ea meme temps
que leurs sorciers tirent des augures de tels ou tels signes. Mais leur religion
proprement dite ne revet aucune forme extericure, car ils a oat ui temples, ni
ceremonies, ni fetiches. Ils se con ten tent, dans les moments de danger, d invo-
quer leur bon genie, ignorant sans doute ce judicieux proverbe que tant de
chretiens ont oublie : Mieux vaut s adresser au bon Dieu qu a ses saints.
Tachons maintenant de tirer de leur legislation la mesure de leur moralite ou,
tout au moins de leurs idees morales. L homicide premedite, la trahison, le vol,
1 adultere, sont punis de mort, mais le coupable pent se racheter en trausigeant
avec la famille de sa victime ou avec celui qu il a lese.
La polygamie est permise, mais la premiere femme est seule considered comme
1 epouse en titre, les autres habitent separement. La condition des femmes est
fort dure, et elles sont chargees des soins les plus penibles, noii-seulement dans
CHILI. 43
Ic menage, mais encore dans les champs. Lour elnt est celui d ime sorvaote et
non d uue compague do 1 hommc.
Lc gouvernement des Araucaiis est, celui d une aristocratic nnlitaire et feo-
dale, etle pays est divise en quatrc gouvernements on tetrarchies confedecees,
niais autonomes chacune en parliculicr.
Lcur passion pour la guerre est jusqu a un certain point justiiiec par celle de
1 independance nationale dont elle a etc jusqu a ce jour Ic bouclier. L Araucaii
combat avec une extreme bravoure, mais sans ordre et presque sans tacliqiic.
cmmne Ic Tartare et 1 Arabo atixqncls on pent le coni[iarer sous plus d un rap
port. Ses armes sont toujours de preference la longuc lance en bambou arniee
d uii feraisu,le lasso ctlcs bolas, biea qu il n ignorepasl usage des armes a feu.
Si le gout et les habitudes de la guerre out imprime aux mceurs des Araucaiis
un caracterc de cruaute et de violence qui en tout 1 effroi de leurs voisins, ils
possedent en revanche plusieurs qualites estimables qui sont : la bonne foi dans
les traites, le respect du serment, 1 hospitalite et meme Turbanite a 1 egard des
etrangers qui visitent leur territoire avec 1 autorisation des chefs. Du reste, leurs
inceurs se sont bien adoucies depuis qu on a renonce a les conquerir de vive force
ft (jue le gouvernement chilien a pris le sage parti d attendre des progres du
temps et de la population blanche 1 assimilation graduelle et pacifique des ln-
diens. Ges resultats sont dus en grande partie a la classe nombreuse des metis
nes des femmes que les Araucaus enlevaient dans leurs razias periodiqnes snr le
territoire espagnol, particulierement dans les villes de Conception et de Valvivia
dont lct> couvents out ete plus d une fois vides par ces terribles chasseurs de
femmes blanches. En outre, les Indiens frequentent, en temps de paix, les mar
ches voisins de leur territoire, de meme qu ils laissent faire le commerce cliez
cux. On peut done prevoir que le Chili retirera dans un avenir qui n est peut-
etre pas tres-eloigne les fruits de sa sage politique.
DEMOGRAPHIE. Le dernier recensement, qui a eu lieu en avril 1865, donne
au Chili une population de 1,819,225 habitants.
D apres les donnees de la statistique, la population augmente annuellement
de 26,850 habitants ou de 1 pour 58.
Les memes donm es font ressortir les proportions suivantes dans la dur^e de
la vie :
Del5a80ans 1,073,224 individus.
Si Ton retranche, de cette periode, 20 annees, on
trouve que la population, de 15 a 60 ans, est de . . . . 925,360
Les enfants de moins de 7 ans sont au nombre de . . 355,889
II y avait au Chili, d apres le dernier recensement, 15,117 vieillards de 80 a
100 ans, et 521 depassant cet age.
On compte 9,360 individus inaptes au travail pour cause d incapacites physi
ques ou morales.
I! y a 1 habitant stir 5 qui sait lire, et 1 sur 6.9 qui sait lire et ecrire; et, si
Toy preud la moyenne de la population au-dessus de 7 ans, on trouve 1 individu
sur 4.7 habitants sachant lire, et 1 sachant lire et ecrire sur 5.5 habitants.
La population virile, comparee avec les autres ages, donne pour les homines
-i9 pour 100, soit 452,513 hommes qu on pourrait mettre sous les armes. Re-
parti sur toute la surface du territoire chilien, qui, comme il a ete dit, mesure
345,458 kilometres, 1 ensemble de la population correspond a 5.5 habitants par
kilometre carre; mais si l o divisait cette population par 75,912 kilometres.
44 CHILI.
qui sont uniquement livres a la culture, il y anrail 2H.5 habitants par kilo
metre carre.
La population etrangere, au Chili, ne s eleve qu a 25,220 habitants, clout 5, 002
femmes.
NOSOGRAPHIE. Le Chili cst, en somnie, nn pays salubre. La rarete de marais
croupissants, I elevation generale clu sol et sa position geographique ont con-
conru ale preserver jusqu ici des terribles endemics de 1 Amerique tropicale.
l*n moins, la dysenteric est-elle la seule maladie qui puissc, a la rigueur, etre
coiiMilcrcc coimne endriniqne dans la zone chaude du Chili. A Santiago, on la
chalriir cst ipielqnelms insupportable en ete, la dysenteric est frequente et gra\r
el cllc s accompagne assez souvent d hepatite. II en est de meme dans la grande.
vallee centralc on se tronvc Santiago, la capilale, tandis qnc les memes affec
tions soitt jtlns rares a Valparaiso, dont le cliniat est plus tempere, parcu qiu- Ic
voisinagc de la iner lui domic nne uniformity que n a pas celui de 1 intericiir.
Tel est le temoignage que j ai recueilli moi-memc, qnancl je visitai Valparaiso.
de ]a bouche du docteur Cox, qui avail exerce avec distinction pendant phis ilr
trenlc ans dans Tune et 1 autre ville.
Le docteur Duplouy, pendant son sejour dans Ic port de Valparaiso, a en occa
sion d observcr plusieurs cas d abces du foie qui se sont termines par la mort
apres avoir ete ouverts par les caustiques. II a ete assez souvent appele en con
sultation par des Europeens atteints d hepatite assez grave pour les forcer a
chercher leur saint dans le relour an pays natal. Le principal danger de ces he
patites, clit-il, cst qu ellcs se developpent sourdement, pour ainsi dire a 1 insu
du maladr. Kllcs reslcnt ain>i pendant longtenips a 1 etat latent et ne foircnl
les sujets a solliciterlessecoursde 1 art que lorsqu elles sont deja tres-avancees.
En general, les maladies de I appareil digestif tienncnt une place importantc
dans la pathologic du Chili, qu elles se developpent isolement on qu elles vicn-
neiit. coii]jilii]iicr d antres affections.
L enteralyie spasmodique s observe frequcmment, et c est d ordinaire a la
suite de 1 usage ahusif des melons d eau on dc boissons glacees en ete.
L embarras rjastrique, la diarrhee, la yastralyie sont frequents. Lc cholera
epidemique n a pas encore fait son apparition au Chili, inais le cholera spora-
diqne, on cholera nostras, fait quelques victimes dans leschaleurs de red .
Les maladies des votes respiratoires ont nn rang d importance a pen pre>
egal nnx precedentes. L orographie du Chili pouvait le faire pressentir, ct ce que
j ai dit dn climat, qui en est la resultante, nous domic bien Implication de ccttc
frequence. La pleuro-pnenmonie regae meme a 1 etat epidemique dans les vallees
des Andes en automne ct en hivcr. Elle est tres-frequente aussi a Valparaiso,
Miivant le temoignage que m eu ont donne les medecins du [>ays, et que jc trouve
fonlirme par celui du docteur Duplouy (in Archives de medecine navale, i. II).
(( La pleuresie et la pneumonie, dit-il, y sont frequentes, surtout en mars,
avril, mai et juin, c est-a-dire dans la periode de transition entre le verano ct
rinvierno (ete et hiver). La pneumonie y revet le plus souvent la forme catar-
rhale, qui doit rendre reserve dans 1 emploie de la saignee generale... Les conj-
z-as, les bronchites, les larynyites y regnent en permanence. L anyine pseudo-
membraneuse y sevit quelqucfois cruellement...
S il faut s en rapporter aux medecins les plus anciennement etablis u Santiago,
rangine psendo-membraneuse et Ic croup n apparurent au Chili, pour la pre
miere Ibis, qu en 1816. On crut alors que ccs affections nouvelles provenaient
CHILI. 45
de la Republique argentine (cle 1 autrc cote dcs Amies). Elles donnerent lieu a
lie cruelles epidemics, qui 1 urent rendues plus meurtricres par leur association
avec la scarlatine (Lafargue).
Lzphthisiepulmonaire fait de nombrenses victimes an Chili, presque autant
qu en Angleterre, me disait vm medecin anglais, le docteur X. Cox. Eile alla-
quc aussi bien les etrangers quc les indigenes, ct son evolution y cst trcs-ra-
pide. La frequence et 1 amplitude des variations diunies de temperature, I ac
tion des courants d air froid qui descendant dcs monthlies en balayant les val-
lees et ces nuages de poussiere si fine (dont nous avons fait connaitre la nalurc
au paragraphe de la geologic) qui penetrent jusqu aux extrcmites les plus dc-
liees des bronches pour y faire 1 of fice irritant de corps etrangers introduits dans
les tissus, doivent, en effet, sinou determiner la formation des tubercnles die/
les indrvidus sains, au moins provoquer leur evolution chez tous les sujets en
possession de la diathese.
II n est peut-etrc pas superilu de rapprocher de la frequence dc la plitliisie celle
des maladies du systeme lymphatique, de la scrofule et de la syphilis.
Appareil circulatoire. Les maladies organiques du cceur, les ane vrysmes
des gros vaisseanx sont, d apres le docteur Lafargue, plus rcpiimlu- ;m Chili
qu en Europe.
L ossification, des valvules surtout, s observe frequemment, non-seulement
chez les vieillards et les adultcs, mais meme chez de jeunes snjets. Les hyper
trophies du co3ur out, en general, une marche hative et violente qui emportc ra-
pidement les patients. Les anevrysmcs spontanes des arteres sont a>sc/ eom-
Jiiuns eux-memes, et Lafargue a remarque une sorte de diathese anevrysmalc
sur certains individus qui portaient de ccs tumeurs dans diverses regions du
corps. II est interessant de noter que la meme frequence des maladies du cceur
a etc constatee par Martin de Moussy de 1 autre cote dc la Cordillere, sons la
meme latitude, dans la Confederation argentine. Je regrette que ni 1 un ni 1 au-
tre observateur n aient fait de distinction entre les habitants de la plaine et mix
des hauteurs; car de pareillcs observations ont ete faites depuis bien longtemps
sur les moines du Saint-Bernard et les habitants des montagnes en clivers pays,
Lc rhumatisme, qui n est pas rare au Chili, pent, jusqu a un certain point, expli-
quer la frequence de ces affections.
Affections du systeme nerveux. D apres Lafargue, I asthme et 1 angine de
poitrine sont frequents au Chili. Mais a quelle altitude encore?... Est-ce sur le
littoral, dans la plaine, dans Jcs hautes vallees, sur les plateaux?... C est ce qu il
ne nous clit pas. L angine dc poitrine sc montrerait surtout vers la fin de 1 ete,
poque remarquable par les brusques oscillations du barometre, et s accom-
pagnerait assez souvent d une tympanitc suffocante (flato) qui aclieve le patient.
Les nevralgics rhnmatismales, particulicrement la nevralgie dc la face, le
lumbago, les douleurs erratiques se generaliseraient, parait-il, a certaines sai-
(ins a Valparaiso et sur la cote.
Fievres. Les fievres inter mitlentes sont tres-rares, et meme, dans 1 inte-
ricur, elles sont presque inconnues. Les fievres e ruptives (variole, rougeole, scar-
latinc) sc presentent comme en Europe. La scarlatine n aurait apparu (epide-
niquement) au Chili qu en 1827, oil ellc fit de grands ravages.
La fievre typhoide, connuc dans le pays sous les noms vulgaires de Chavalongo
ct Chavalongito, sc presenle surtout en ete et sur le littoral, comme a Valparaiso,
beaucoup plus qu a 1 interieur. 11 j.arait aue les petechies, les sudamina, les
46 CHIME RES.
eruptions miliaires sont rares ct que ce sont les symptomes cerebraux qui pre-
dominent. Lorsque la forme dite ataxique se manifeste, il est presque miracu-
leux que le malade survive. La secheresse de 1 ete semble etre la condition exte-
rieure qui provoque son explosion.
Nous terminerons cette revue nosologique par quelques considerations sur la
pustule maligne et le goitre. La premiere n aurait apparu au Chili, d apres le
docteur Lafargue, qu en 1854, dans la province de Santiago. On la crut impor-
tee par des bestiaux venus de la Republique argentine, oil elle regnait alors.
On la rencontre quelquefois dans les hopitaux et plus souvent a la campagne,
ou le paysan fait le triple metier d ecorcheur, de boucher et de megissier.
Quant au goitre, il est endemique dans les vallees des Andes et il s accompa-
gne quelquefois, mais rarement, de cretinisme. Le docteur Grange, qui a long-
temps etudie les vallees des Alpes et des Pyrenees, ou il y a beaucoup de goi-
trcux, affirmc que la principale cause de la maladie serait dans 1 usage des eaux
chargees de sels magnesiens. C ost uue fbeorie a ajouter a bien d autres, et qu il
appartient a une observation longue et multiplies de coniirmer ou d infirmer.
Toujours est-il que les eaux magnesiennes ne sont pas rares dans les Andes, eu
egard a la nature du terrain.
On ntlribue generalement la production de cette infirmite aux eauxproveti;ml
de In I ontc des neiges. Boussingault, qui 1 a vue dans les Andes de la Republique
ilr l K(|ii;itcnr, s en prend a la non-aeration de 1 eau i|iii sort de boisson, expli
cation qui sc rappmelie dc la pnVedentc, si cllc uc rcvicnl. au memo. Mais cerf <
les montagnards des Andes ne s amusent pas a courir apres la neige pour s cn
abreuver, et, quant aux ruisseaux qui en proviennent, ils out tout le temps <K
s aerei dans lour cours torrentueux avant de fournir la boisson a leurs riverains.
V. DE ROCHAS.
BIBUOGRAPHIE. -- Les principaux ouvrages a corrsulter sont: MOLINA. Compendia dcllft
storia gcoyrafica, naturale e civile did Chili. Bologne. 1776. ULLOA. Picladon kislorir i
del vicigc a la America meridional. Madrid, 1748. HUSIEOLLT. Voyage aux regions cqui-
noxialcs, etc. MIERS. Travels im Chili and La Plata. Lond., 1826. CESAR FAJIIS. Chili.
In Univers pittoresque. Paris, 1840. PISSIS. Geologia de Chile. Valparaiso, et enfin surtout
GAY. Historia fisica y politico del Chile. I aris, 1844 a 1854. V. R,
< iin,49<iH s (^ei>oj, levre et TroO;, TTO^O;, pied). Ce terme designe vine
grande division des animaux articules myriapodes, earaclerisee par la disposi
tion en levre maxillaire de la deuxieme paire de pieds. Sous ce rapport, il annul
puetre ecrit Cheilopodes.
Les Scolopendres, les Geophiles, les Sculigeres constituent les principaux
groupes des Chilopodes.
Lalreillc apres avoir designe ces animaux sousle nom de Syngnatfta (Hist. nat.
des crustaces et des insecles. \. VII, p. 85) les nomnia pins lard Chilopoda (Regne
animal de G. Cuvier, t. HI, p. 155). (Voy. MVRIAPODES). A. LABOULBKNK.
CIIIMKRES. Ces poissons, dont on connait deux genres difterents dans les-
mers actuellesetqui out de uombreux analogues fossiles, surtout dans les cou-
clies geologiques anciennes, se font remarquer par-la bizarrerie de leurs formes
autant que par la singularite de leurs caracteres.
Leur tete est. grosse, comprimee etponrvue dc plnsieurs series de pores aqui-
fercs dont les orifices sont Ires-apparents; leurs ycux soul volumineux; leur
peau nc possedc qu un pelit nonibrc de pieces epinenses, el ces pieces son! de
petite dimension; leur queue se termine .en une longue pointe liliibrme, et iU
CHIME RES. 47
ont, independamment des deux paires de nageoires ordinaires, lesquelles sont
ecartees 1 une de 1 autre, comme dans les poissons dits abdominaux, deux na
geoires impaires placees sur le dos ; 1 anterieure est pourvue d une forte epine
garnie a son bord postcrieur d une double rangee de denticules marginaux. 11*
ont aussi deux nageoires anales, dont la premiere petite, et la seconde allongec,
se prolongeant sous la partie filiforme de la queue.
Les males sont pourvusd un appareil copulateur comparable a celui dcs rairs
et des squales, ayant une forme tres-singuliere ; c est une double paire dr
longues pinces dont les branches sont fmement epineuses a leur bord de contacl.
Les dents constituent trois paires de grandes plaques, dont deux supcricuivs
et une inferieure. Leur ensemble forme une sorte de bee deperroquel. L estomac
est a peine distinct de I oesopliage, et le canal intestinal est de torme spiralc,
c est-a-dire en vis d Archimede.
Le coeur et son bulbe arteriel sont pelils; il y a un renflement pulsatile sur l<>
trajet des arteres axillaires. Les branchies sont comparables a celles dcs
raies et des squales et elles ont de meme dcs orifices multiples ; mais, con-
trairement a ce qui a lieu chez les animaux qui viennent d etre cites, les ouics
des chimeres ne debouchent a 1 exterieur, de chaque cote, que par une scnic
ouverture, et il y a un rudiment d opercule cartilagineux.
Le squelette estlui-meme cartilagineux dans son ensemble et la corde dorsalc
est persistante ; cependant il existe des rudiments de corps vertebraux anx-
quels cette corde sert d axe commun.
Le crane est egalement cartilagineux et il est d une seule piece ; sa forme est
triquelre, et rappelle le corps de certains ostracions. Le cerveau qui approche de
celui des selaciens par sa conformation en occupe la loge posterieure ; ses cavik s
orbitaires amples et peu profondes ne sont separees que par une membrane.
Les dents sont solidement attachees a sa partie anterieure et palatine. 11 n y
a pas de machoire superieure distincte du crane propremeut dit, comme
cela se voit chez les plagiostomes ou selaciens ; le palais est large et con
cave. La machoire inferieure dont les deux branches ussez courtes sont artieuhVs
par synchondrose, s attache aux saillies laterales du bord iuferieur externe du
crane que 1 on a comparees a des os carres soudes a celui-ci ; ses mouvements
sont semblables a ceux de la machoire inferieure des cheloniens.
Les femelles des chimeres, quoique iecondees au moyeu d une veritable copu
lation, dans luquelles les appendices externes propres aux males jouent le princi
pal role, sont ovipares. Leursoeufs sont volumineux, villeuxa la surface est pour-
vus d appendices qui doivent leur permet tre de s attacher aux corps sous-marins,
comme ceia a lieu pour ceux des roussettes, des raies et d autres selaciens.
Les chimeres dont on forme un groupe u part sous les nomsde Chimeriens,
Chimerides, Holocephales, etc., doivent etre placees avec les selaeiens (squales
et raies) dans la grancle categorie des poissons placoules.
Des deux genres composant actuellement cette division, 1 unest plus partuliere-
ment repandu dans les mers del hemisphere boreal, 1 autre dans celles de 1 hemi-
sphere austral; on leur a donne les noms de Chimere (Ghimcera) et de Cal-
lorhynque (Callorliynchus).
Les chimeres proprement dites ont la tete depourvue des longs appendices en
forme de lanieres qui caracterisent les callorhynques, et leurs nageoires dorsales
sont presque continues. Des trois espeees composant ce genre, la plus connue
estlachimere monstrueuse (Ch. monstrosa, L.}, appelee par divers auteurs le
4S C1IIMIE.
roi dcs harengs. On la Irouvc dans les regions boreales et dans la Mediterraude;
;unsi die n csl pas Ires-rare snr le marche de Nice et il s en prend meme an
Mp deBonne-Esperance. Le male porle en avanl de la tele line tige terimnee par
ime bonle garnie de peliles epines dentiformes, ijni penvent determiner des de-
chirnres douloureuses du derme lorsqu onles touchesans precaution.
Les callorhynqu.es possedent des expansions foliacees en avant de la lele;
leurs dorsales sont disjoinles. L espece la plus anciennement decrite est le Cal-
lorhynque antarctique (Call, antarcticus) , proprc aux mers australes. M. A.
Dumcril, d apres ses propres observations ainsi que celles de Bennett et dc Ri
chardson, en ajoute quatre autres, egalement de I hemisphere austral.
II aexiste des chimeres dans les mers tertiaires, et des debris de ces auimanx
se rencoutrenl dans h^ terrains alors deposes en Europe, en Italie, par exemple,
et a Leognan, pros Bordeaux. Ceux de ce dernier gisenieut constituent le genre
auquel j ai donne le nom de Dipristis. Mais le nombre des auimaux de la meme
I amille quiont vecu a des epoques plus anciennes parait avoir ete bien plus con
siderable, et Ton a du a cause de la diversite de leurs caracteres en faire plusieurs
jrnres disljncis; il s en rencontre j usque dans les terrains paleozoi ques. Les uns
sont decrits d apres les dents; les autres d apres les aiguillons dorsaux, et il n a
encore ele possible que dans un petit nombre de cas de reunir avec certitude
i spece par espece, ou meme genre par genre les dents et les aiguillons qui pixi vit-n-
nent des memes animaux. Aussi les aiguillons ont-ils ele pendant longlemps de-
, iils;i p;irl,e( onlesa si gnales sous la denomination generale d Ichthyodorulithes.
Quelques-unes de ces incertitudes out deja disparn de la science, etchaque jour
les observations des naturalistes apportent a leuregard denouvelles rectifications.
( .erlains chimeriens des anciennes mers acqueraieut de grandes dimensions.
I.e CJt. inonstrosa est comestible; les Norwcgieus en maugent les osufs et le
liiie, eL l.i re nt du ibie une huile employee en medecine. P. GEP.V.
Biui.iocRAi iiiE. AGASSIZ (L.). Recherches sur les poissons fossiles, t. III. DUMERIL (Auj:.).
Hint. nat. des poissons, t. I, p. 663 a 697 ; 1865. P. G.
I leiflll C BCII VOIJ. CtllMlE ET MEDECIiNE.
< IIIHII (IIisioiREDE LA). Tout d abord, je previens le lecteur que cet article
redige pour le Diclionnaire encijclopedique des sciences medicates, n a pas
la prevention d etre une ceuvrc d erndition. Engage, comme je le suis, dans la
voic des recherches experimentales, il m eiit ete impossible de reraonter an.v
Minrccspour une epoque plus eloignee que le milieu du dix-huitiemc siecle; la
reunion des documents pour un travail conscieucieux de ce genre devant, a elle
seule, exiger plusieurs anuees. Fort heureusement, ces materiaux sont deja
accumules dans d execllents ouvrages sur 1 histoire de la chimie, parus taut en
France qu en Allcmagnc (Ferdinand Hocfer, Histoire de la ch imie, 2 volumes in-8,
2 e edition, Paris, 1866, et Histoire de la physique et de la chimie, 1 volume
in-12, Paris, 1872 ; Doctcur Hermann Kopp, Geschichte der Chemie, 4 volumes,
2 e edition, 1845; Dumas, Philosophic chimique, 1 volume in-8, 1856 ; Wurtz,
Histoire des doctrines chimiquesdepuis Lavoisier, Paris, 1868 ; Docteur A. Laden-
burg, Entwicklungs Geschichte der Chemie, 1869). Je n hesite pas a 1 avouer,
j y ai largement puise, pour tracer un rapide apcrcu de 1 origine et de la marche
dc la chimie, depuis les temps anciens jusqu a Lavoisier. A partir de cette epoque
jusqu a nos jours, 1 etude des progres et des developpements de la chimie, faite
jiar la lecture des sources, dcvient science] coin-ante et 1 uue des necessites de
CI1IMIE. 40
1 education du chimistc; je u ai done cu pour la sccondc ct la plus importante
partie de ce travail, qu a rappclcr, ravivcr ct eompletcr mes souvenirs.
An moment d entrer enmatiere, nous nous trouvons en face d une science qui,
dcpuis un siecle, n a cesse de progresser journellement, accumulant fails sur
t aits, theories sur theories, se modifiant sans ccssc dans ses vues et ses tendances
et dont lesbornes se cachent encore derriere un horizon loiulain. Nous placant a
distance, comme 1 observateur qui veut se rendre comptc dc la configuration
generalc d unc contree, nous laisserons les details s effaccr dans 1 ombre, ct nous
ne saisirons que les faits saillants, ccux qui ont exerce sur les progres de la science
unc influence serieuse ; le restc se confondra dans unc vue d ensemble caractr-
risee par les doctrines qui, tour a tour, ont regne sur la science.
Chaque ensemble de faits bicn observes a eu pour resultat la conception
d unc theorie destinee a les expliquer, ct a les grouper en un faisceau homo-
gene ct coherent. A chaque theorie, se rattachent les noms des savants qui out
le plus contribue a la faire prevaloir pendant un certain temps. Autour dc ces
maitres seraugent les disciples qui, par leurs experiences, chcrchenta fournira
la theorie, pour laquelle ils combattent, vine plus grande certitude. Ainsi, des-
faits nouveaux, fruits dc travaux souvent difficiles ct remarquables, vicnnent
s ajouter aux richesscs accumulees auparavant; les uns s expliquent par lesidivs
du jour; d autres anormaux font naitrc Ic doute sur la valcur dc ces doctrines ;
des heresies se formcnt qui deviennent en grossissant des foyers d ou sortiront
dc nouvcllcs idees generales, de nouvelles theories fecondes a leur tour, quand
les ancienncs seront devcnues steriles.
Tel est le travail continu, progressif auquel nous assistons depuis que la chimie
cxiste comme science.
Par science, nous n entendons pas parler d une reunion de faits d observation
ou d expericnce n ayant entre eux d autres liens que la parente des sujets d ob
servation. Ces faits doivent amcner a des consequences generales, a des lois sus-
ccptiblcs clles-memes de fournir des deductions que 1 experience verifiera.
En nous placant a ce point de vue, nous trouvons a la chimie unc origine
relativement recente.
Des la plus haute antiquite, l homme a etc vivement frappe de la varii te de
corps que la nature offre a ses regards ; il a va ces corps se modifier et se trans
former dans mainte et mainte circonstance, surtout sous 1 influence dn feu. Les
philosophes des anciens temps se sont preoccupes de la cause de ces changements
dans les proprietes des corps ; mais meconnaissant les vraies voies du progres
scientifique, voulant resoudre a priori, par la seule puissance de leur genie, des
problemcs dont nous poursuivons encore aujourd hui la solution, malgre les belles
decouvertes du dix-neuvieme siecle, ils n ont pu formuler que des idecs vagucs,
et sans valeur scientifique. II est cependant remarquable que quelqucs-unes de
ces theories ont dcvance de plus de deux mille ans, les idees actuelles sur la con
stitution de la matiere.
C est ainsi que les doctrines d Aristote, si 1 on pent donner ce nom a de purcs
creations dc l esprit,sans aucunappui experimental et sans critique scientifique,,
regnercnt en souveraines jusqu au dix-septieme siecle de 1 erc chreticnne.
Dcpuis le troisieme ou le quatricmc siecle, jusqu au premier quart du seizieme
siecle, 1 art sacrc, 1 alchimic ou 1 artde la transmutation des metaux rcprescntcnt
seuls la chimie. L homme torture la matiere dc mille manieres; il experiments
sans autre guide que des notions ct des deductions crronees, des superstitions
niCT. E.NC. XVI 4
50 CHIMIE.
mystiques et cles textes d ouvrages aussi obscurs que les oracles de Delphes.
Ceux qui ecrivent, loin de chercher a decrire leurs experiences avec clarte et
precision, pour pcrmettre au lecteur de repeter leurs precedes, s efforcent, au
contraire, de voiler leur pensee.
C est que pendant cette periode, le but poursuivi n est pas comme aujourd hui
la recherche de la verite, cc but est moins noble. Si 1 alchimiste rcste jours et
nuits courbe sur un creusct ou sur un alambic, si son oeil malgre la fatigue est
brillant ct fievrcux, ce n est pas pour mettre la derniere main a une de ces grandes
lois scientifiques que nous devons aux Newton, aux Lavoisier. Ce creuset doit
lui donner la richesse ; cet alambic si fragile contient dans ses flancs le supreme
bonheur, I imrnortalite.
Pour la ccntieme fois, il croit tenir enn n cette pierre philosophale qui doit
combler le gouffrc ouvert par safolie, ou s est pen apcu cnglouti son patrimoine.
Vers le commencement du seizieme siecle, les tendances se modifient peu ;i
peu ; ce sont les medecins qui s emparent de la chimie, nous arrivons a I lalro-
chimie. On cherche a expliquer les fonctions vitales, leurs perturbations et 1 in-
fluence des medicaments par des reactions chimiques. En nous plagant au point
de vue des connaissances actuellcs, maintenant que noussavons, par lesresultals
acquis, quel puissant sccours la chimie prete ;\la physiologie, a la pathologic ct a
la therapeutique, on peut etre tcnlede considerer comme unc intuition du genie
les tendances de 1 ecole iatrochimique. Mais pour que cette alliance, aujourd hui
indissoluble de la medecine et de la chimie fut durable et reellement fruc-
tucusc, il faudrait que la chimie elle-meme ait au moins acquis le developpement
que nous lui trouverons au debut du dix-neuvieme siecle.
En subordonnant les phenomenes de 1 organisme a des reactions chimiques,
Paracelse et ses disciples cherchaient a eclairer les tenebres de la medecine avec
une lampe bicn fumeuse et bien vacillante. Partis d une idee vraie en partie, ils
amverent al absurdc parce que le temps n etait pas venu, ni les chemins frayes.
Disons cependaut de suite que les tendances alchimiques et iatrochimiques ont
rendu a la chimie un grand service en poussant vers I experimentation. Les alchi-
mistes tout en poursuivant leur but illusoire ont trouve sur leur chemin une
foule de reactions interessantes ct de corps nouveaux dont les chimistes ont pu
tirer parti plus tard. De meme dans la periode des medecins chimistes, nous
aurons a enregistrer quelques decouvertes experimentales utiles.
Nous touchons au moment ou la chimie va se constituer comme science inde-
pendante. Jusque-la on a observe quelques faits que la force des choses devaienl
amener sous 1 ceil le moins dispose a observer; on a opere sur les corps, on les a
soumis a 1 action de la chaleur, on les a mis en presence dans des conditions
variees, non dans le but d etudier leurs proprietes, leur maniere d etre les uns
vis-a-vis des autres et d en tirer des deductions, mais uniquement pour trouver
la richesse ou des medicaments utiles.
Tout en travaillant dans une voie bornee, sans programme et sans tendance
scientifiques, les alchimistes et les iatrochimistes ont accumule, pendant treize
siecles, une riche collection de materiaux qui vont permettre aux savants futurs
dc franchir 1 abime qui separe encore 1 empirisme de la vraie science.
Ce n est pas sans hesitations et sans tatonnements que Ton est arrive a une
ide"e relativement juste de la constitution des corps et de leurs reactions recipro-
ques. Pendant pres d un siecle, la theorie phlogistique de Stahl doinine 1 esprit
des chimistes. Cette theorie, la premiere qui ait un caractere scientifique, parce
CH1MIE. 51
qu cllc repose sur 1 observation d un ensemble de faits experimentaux, estabsolu-
ment fausse et doit completement disparaitre dans la suite ; mais peu imporle,
1 impulsion est donnee, le Heuve coule lentcment vers lamer; il doit y arriver
fatalemcnt quelle que soit la longueur du parcours. On travaillc main tenant dans
la bonne voie; on a soil" d apprendre et d eclairer les tenebrcs. Les decouvertes
s accnmulent, minant sourdement 1 edifice de Stahl construit sur le sable.
Nous voila an dernier quart du dix-huitieme siecle ; le moment est venu et le
terrain est prepare pour permettrc au genie de Lavoisier de balaycr 1 erreur et
d inaugurer 1 erc de cc quc Ton nomme la chimie moderne.
Dans cc rapide apereu, nous trouvons les elements d une division de notre tra
vail historique. Nous partagerons 1 histoire de la chimie en deux periodes.
La premiere, que nous appellerons preparatoire, comprend la chimie des
ancicns, 1 alchimic et 1 iatrochimie.
La sccondc, ou pcriode de la chimie moderne, commence a pen pres a Boyle
(1650) ct finit a Fhcure ou je quitterai la plume.
Nous passerons rapidement sur 1 histoire dc laperiode preparatoire pom-rmisa-
crer le plus ilr place anx drveloppemcnts serieux de lachmnr, qm nedatentque
de la deuxieme moitie du dix-septieme siecle. Faisant abstraction de toute preoc
cupation de nationalite, nous nous efforcerons de donncr a chacun la part qni
lui revient dans le progres de cet immense foyer de lumiere. S il est, en cffet, 1111
terrain ncutrc ou notrc pauvre humanite doit pouvoir s affranchir des mesquiuen
passions qui ensanglantent noire petite planete, c est la science. Nous marchons
tous vers mi memebut, laverite; nous combattons sous unmeme drapeau, celui
de la science. Sur ce terrain, la rivalite ne pent avoir qu une fin noble et serieuse,
relic dc hater le progres par 1 emulation. Si cctte rivalite se transforme eu bas^c
jalousie, si elle nous porte adenigrer, a amoindrir, a cacher la part qui iwienta
telle ou telle nation, a telle ou telle individualite, elle doit etre fletrie par le me-
pris deshonnetes gens. Rejouissons-nous quand la lumiere vient a luire dans un
point reste obscur, sans nous inquieter si la main qui a souleve le voile est fran-
caise, anglaise ou allemande.
I. L\ CHIJIIE CHEZ LES ANCiENs. A vrai dire, la chimie n existe pas. Quelques
faits isoles, quelques observations pratiques, des connaissances restrcintes en
metallurgie, en teinture, en pharmacie, la preparation des aliments indispen-
sables, du pain et du vin, telles sont les seulcs donnees que 1 histoire nous permct
jd attribuer avec certitude aux anciens.
Si dans quelques contrees, telles que 1 Egypte, oil la civilisation apris un grand
developpement, la caste savante, celle des pretres, possedait des notions plus
otcndues, voire meme des doctrines et des theories, nous n en savons plus rien
de positif; et nous nepouvons fairc a ccsujet que des hypotheses.
Ne faihle et sans defense, I homme a du suppleer par son intelligence a la
penurie de ses moyens. Lanecessite de se preserver contre les enncmis du dehors,
J intemperie dessaisons, les maladies; plus tard, le desir d augmenter son bien-
etre materiel et enfin de satisfaire scs tendances esthetiques, fruits d unc civili
sation plus avancee, I out porte a utiliser les riches materiaux mis a sa disposi
tion par la nature. Au debut, les connaissances chimiques sont done empiriques
et ne quittent pas le domaine de 1 industrie et de la pharmacie.
L Egypte estleberceau de la civilisation ancienne ; c cst d elle quesortent tous
les arts ntiles, pour serepandre en Palestine, enGrece, en Italic. LesPheniciens,
peuple industrieux et remuant, ont egalement apporte leur contingent de decou-
52 CI1IMIE.
vertes ; taudis que les Grccs et les Romains n ont rien ajoute d important aux
connaissances pratiques qu ils tcnaient deleurs voisins etdes pays subjugues. Nos
maitres dans 1 art d ecrire, de parler, de reproduirc avcc le burin ct le pinceau
la bcaute idealc, ccs peuplcs dont nous admirons encore les monuments inimi-
tables, professaicnt pour 1 obscrvation et 1 experience un dedaiu absolu et nne
confiance trop aveugle dans la puissance intellcctuellc dc 1 honime. Us pensaient
pouvoir arrivcr, a priori, ii la conception des lois dc la nature. Aussi trouvons-
nous chez eux, a la place de faits positif s, des speculations philosophiques, des
idees theoriques et des doctrines sur la matiere et la nature des corps. Gepeudant
quelqucs-uns de leurs ecrivains nous out laisse des renseignements precicux qni
nous permettent de nous faire une idee de 1 etat des connaissances chimiquesdes
anciens, jusquevers le milieu du premier sietle dc notreere. Tels sont : le Traite
desmine raux (npiltivj) de Theophraste de Lesbos, disciple dePlaton etd Aris-
tote ; le Traite de matiere medicate (ttepl uV/j; iaT/>mjj) de Dioscoride (milieu du
premier siecle) ; ctsurtout Y His tor ia naturalistic Pline 1 ancien, ne a Yerone en
1 an 25 de notre ere, moil en Tan 79 pendant 1 eruption du Yesuve.
Les decouvertes dc la fabrication du pain leve et.du vin sc perdent dans la nuit
des temps, ctles inventeurs inconnus de ces utiles preparations sont transformes
en diviniti s (Geres, Bacchus) par la reconnaissance naive des peuples. On lit dans
le Pentateuque que les Israelites, lors de leur sortie d Egypte, mangerent du
pain sans levain et cuitsous la ccndre, parceque les Egyptiens les avaientsi fort
presses dc partir, qu ils ne leur avaieut pas memo laisse le temps de mettre le
levain dans la pate (E.rof/exn, 39); d un autre cote, Moi se (1,500 ansavant J.-C.)
defend aux Juifs dc fairc usage de khamets ou pain fermente. Le mot hebreu
yine, qui veut dire vin, signifie d apres son etymologic, produit de la fermenta
tion. Ge mot se retrouve plus ou moins modifie ; non-seulement dans les langues
semitiques, mais aussi dans tous lesidiomes Indo-Europeens (oivo;, vinum, vino,
wein, wine). L usagede la biere se rencontre chez les nations les plus diverses,
Egyptiens, Gaulois, Germains ; Tacite en parle tres-clairement : Potus ex hor-
deo aid frnmento et in quamdam similitudinem vini corruptus.
Parmi les metaux, les anciens connaissaient Tor, 1 argent, le plomb, 1 etain,
le cuivre, le fer, le mercure et quclques alliagcs, tels que le bronze ou airain, le
chrysocal ou aurikhalque. L or (ou zahab des Hebreux, de tzanab, briller) et
1 argent (ou khesef, de kasaf, etre pale) , metaux natifs, remarquables par leur
eclat et leur couleur, s offraut d eux-memes a 1 homme avec leurs qualites pro-
pres, n exigeant que peu de preparations pour etre isoles et se,travaillant, grace a
leur extreme malleabilite, avec une grande facilite, ont ete bien certainement les
premiers representants connus de la classe des metaux.
Les Egyptiens, puis les Hebreux, les employaient pour la confection de vases
et d objets d ornements (coupes, encensoirs, candelabres) et comme moyens
d echanges, d abord an poids (Histoire d Abraham, 1 ,900 ans avant J.-C.), ensuite
sous forme demonnaies.
Le plomb et 1 etain formaientunebranche importante du commerce des Pheni-
ciens et des Carthaginois. Les lies Britanniques (Gassiterides) devaient leur nom
a leur richesse en minerals d etain (Kaffo-irspo; oanvo;, Homere). Le plomb etait
employe ainsi que 1 etain al affinage de 1 or et de 1 argent. La litharge formee pen
dant cette operation qui rappelle la coupellation se nommait chrysitis ou argy-
ritis. La galene ou molybdaena fournissait, par la calcination, le minium employe
enpeinture eten medecine(emplatre). La ceruse s obtenait a Rhodes, aGorinthc
CI1IMIE. 55
et a Sparte par des methodcs scmblal)los aux notres; ellc servait commc fard,
bicn que les proprietes toxiques des preparations de plomb aient etc connucs dcs
medecins anciens (Dioscoride, Pline, Galien). En calcinant la ceruse, on obtcnait
un minium dc qualite superieure. LesGanlois se servaient de 1 etain pour rccou-
vrir les vases en cuivre (uasa incoctilea) ct connaissaient, par consequent, 1 eta-
mage. Fondu avec les minerals de cuivre, 1 etain fournissait 1 airain (^a).xd;, aes)
ou bronze dont 1 usage preceda celui du cuivre et du fer. L airain joue un grand
role dans 1 antiquite, pour la preparation des armes et des instruments aratoires,
avant que Ton sut travailler le fcr. Sous le nom d aerugo ou 10;, les Grecs et
lesRomainsconfondaient plusieurs selsde cuivre (sulfate, verdet ct vert-de-gris)
formes par 1 alteration du bronze dans diverses circonstances. A ce propos, Pline
cite 1 emploi du papyrus trempc dans line solution de noix dc gallcs pour recon-
naitre la falsification de 1 acrugo tie Khodes (sulfate de cuivre), au moycn du
vitriol vert (atr amentum sulorium), s il y afraude, le papier noircit aussitot.
C est la premiere indication d un papier reactif.
Le fer meteorique adu etre connu des la plus haute antiquite; nous trouvons
ce metal signale par les auteursles plus rccules (Pentateuque, Levitique, Homerc),
mais ce n est que pcu a pen quc 1 art de le travailler ct surtout de I extraire de
ses minerals s est developpe. Au commencement de 1 Empire romain, 1 usage en
est tres-repandu ; on connait aussi les diverses qualites de 1 acier suivant la trempe
et la nature du minerai. Au moyen d un enduit de poix liquide, de platre ct de
ceruse (antipathie) , on cherchait a le preserver dc 1 alteration a 1 air. La rouillc
et 1 eau ferrec etaient employees avant Galien dans le traitement de la chlorose,
de I anemic. En fondant les minerals de zinc avec les minerals de cuivre, onobfe-
nail, un alliage jaune (aurikalque) ct une matiere blanche qui s attachait a la
voute des fourueaux, ponipholix (oxyde de zinc).
Dioscoride parle dans son ouvrage de la distillation du cinabre avec le fer qui
fournit le mercure. Les anciens connaissaient la solubilite de 1 or dans le merciire
et 1 application de cette propriete a la dorure. Les renseigncments metallurgi-
ques fournis par Pline sont tres-incomplets, tandis qu il donne des documents
geographiques assez importants sur le gisement des minerals metalliferes.
Le sulfure d antimoine nature!, connu sous les noms de stimmi, stibi, sti
bium, servait dans le traitement des plaies recentes et pour noircir les cils. Le
sulfure d arsenic ou sandaraquc, auripigmentum entrait dans la composition des
pommades epilatoires.
Le carbonate de potasse impur, obtenu parlessivaize des cendres et evapora
tion du liquide, appele borith par les llebrcux ; le neter (fairc effervescence) , ou
natron dcs lacs dc 1 Afriquc (carbonate dc soudc impur) , servaient dans les ope
rations du blanchiment. Lc nitre (nitrate de potasse), employe comme diure-
tiquc, se retirail des cavcrnes (colyces) de 1 Asie. Le sal ou scl marin (de exsi-
lire, decrepiter), joua de tout temps un grand role dans 1 a li mentation ; il
provenait des memes sources exploiters dc uos jours (evaporation des eaux de la
mer et mines de sel gemmc). La Cyrenaique, aux environs du temple de Jupiter
Ammon, fournissait le sel ammoniac (ammos, TO a^f/.wvi-/.6v, sable), facile a divi-
ser, dit Dioscoride, dans le sens de ses fibres droites.
Les mots alumen ct stypteria scmblcut designer non-sculement 1 alun, mais
encore les sels astringents en general. Les ilcs de Chypre ct dc Melos fournissaicnt
des aluns tres-cstimes, employes dans la preparation dcs laines et des cuirs, en
medccinc centre les hemorrhagies ct le traitement dcs ulceres et des plaies de
54 CHIMIE.
mauvaise nature. Les terres de Samos, de Chio, cimolienne ne sont autre chose
que de 1 alun calcine et lave (alumine pure).
L art de fabriquer le verre blanc et les verres colores, par la fusion dc la silice
(sable siliceux) avec les sels alcalins et la chaux ou le calcaire, remonte a une
tres-haute autiquite. On en trouve la prcuve palpable dans les mines de Thebes
et de Memphis. Plus tard, les Pheniciens etablirent des verreries renommees a
Sidon. L usage et la fabrication des vitres en verre ne parait pas remonter au dela
du premier siecle de notre ere. On a trouve des fenetres en verre dans les sallcs
de bains des mines de Pompeii.
Les vases murrhms, si renommes ct d un prix si eleve dont il est fait mention
dans les premiers temps de 1 empire romain, etaient probablement une espece
de cristal opaque ou de porcclaine chinoisc.
Tout le monde sait que les anciens, Egyptiens et Romains, excellaient dans
1 art de la poterie et dans la fabrication des briques et des tuiles.
La teinture et la coloration des tissus de laine, de coton et de lin avaient ac-
quis chez les Egyptiens et les Pheniciens (Tyr, Sidon) un degre de develogpe-
ment tres-remarquable. Les diverscs varietes de murex (mollusques de mer)
fournissaient la pourpre de mcr (a/iimjpyupo;), la garance (eryihrodanum] servait
a la preparation dc la pourpre vegetale. Le passage suivant de Pline (Hist. nat. r
XXXV, p. \ \) prouve que ces peuples avaient des notions exactes sur 1 emploi des
mordants destines a fixer la coulcur sur ctoffe : En Egypte, on teint les vete-
ments par un procede fort singulicr. D abord on les nettoie, puis on les enduit,
non pas -de conleurs, mais de plusieurs substances propres a fixer la couleur.
Ges substances n apparaissent pas d abord sur les etoffes; mais, en plongeant
cellcs-ci dans la chaudiere de teinture, on les retire, un instant apres, entiere-
ment teintes. Et cc qu il y a de plus admirable, c est que, bien que la chaudiere
ne contienne qu une scule matierc colorante, 1 etoffe qu on y avait trempee se
trouve tout a coup teinte de couleurs differentes selon la qualite des substances
fixatives employees. Et ces couleurs, non-seulement ne peuvent plus etre cnlc-
vees par lavagc, mais les tissus ainsi teints sont clevcnus plus solides.
Humphry Davy a analyse avec soin les couleurs employees dans la peinture ;i
fresque, appliquee sur la surface d un stuc forme dc marbre pulverise et de
chaux, et fixee par une espece d encaustiquc. Lc minium, le cinabre, 1 ocre
rouge, les ocres jaunes, le noir de fumee, le bleu et le vert au cuivre, les oxydes
de manganese et de fer forment la base de ces couleurs.
Les auteurs anciens, Dioscoride, Galien, Pline, meutionnent dans leurs ouvrages.
les cffets d un assez grand nombre de substances toxiques vegetales, inineralcs et
animales. Tels sont : 1 opium, la jusquiame (OoTOvauo?, feve de cochon), la racine
d aconit, la cigue, la racine d elleborc, les baics dc 1 if (taxus banata), la stra-
moine et la belladone confondues sous le nom de mandragore, les champignons,
1 arsenic (orpiment, sandaraque), le cinabre, les preparations de plomb, la chaux
vive, les animaux vcnimeux, etc.
Les proprietes medicinales des caux minerales, la distinction des eaux natu-
relles en potables et non potables, n avaient pas echappe aux anciens. Chauffees
dans le sein de la terre, et pour ainsi dire cuites dans les mineraux a travers les-
quelles elles passent, les eaux acquierent une nouvelle force et de toutes autrcs
applications que 1 eau commune (Vitruve) . Les eaux pures cuisent les legumes
et ne laissent pas de residu appreciable apres 1 evaporation, d apres le meme au-
teur.
CHIMIE. 55
Quant aux gaz et corps aeriformes (spiritus, flatus, aura), nous ne trouvons
rien d assez net dans les ecrits de 1 antiquite pour nous faire admettre avcc certi
tude que Ton savait en distingucr plusieurs especes.
Ouelques mots maintenant sur les theories au moyen desquelles les philosophies
cherchaient a se rendre compte de 1 essence du monde materiel. Nous avons deja
vu que ces doctrines sont plutot le fruit de la pensee agissant seule, sans le se-
cours de 1 observation, que de 1 interpretatiou logique des faits reels.
Pour Xenophane (500 ans environ av. J. -C.), la terre et 1 eau sont les elements
de la matiere. Rien n a ete cree; tout ce qui est existc de toute eternite et durera
eternellement ; tout est un ; Dieu est 1 univers, et 1 univers est Dieu.
Empe docle (400 ans av. J.-C.) considere le feu, la terre, 1 eau etl air comme
les quatre elements constitutifs. Us sont eux-memes formes de particules tres-
petites, insecables (KTOUOJ).
Deja Leucippe et Democrite (480 ans av. J.-G.) avaient developpe la theorie des
atonies, dont la necessite decoule du principe que rien ne se fait de rien. Ces
atomes, iuegaux de grandeur, de forme et de poids, sont soumis a un mouvcmcnt
interieur, cause de toute combiuaison et de toute decomposition. Ce mouvement
est facilite par 1 existence de pores ou d espaces vides. Deux atomes ne pcuvent
jamais occuper la meme place dans 1 espace. Les memes philosophes cherchent a
cxpliquer tous les phenomencs de 1 univers par la seule action des forces physi
ques.
Aristote (mort 322 ans av. J.-C.j admcttait cinq rh mcnts : deux elements op
poses, la terre et lefeu; deux intermediaires, 1 eau et 1 air, et un cinquieme, Te
ther. Pour le philosophe peripateticien, 1 element n est pas, comme pour nous,
unc substance indecomposable entrant dans la composition d un corps et suscep
tible d etre isolee, mais bien une propriety fondamentale se revelant a nous par
les sens, tels que le froid, le chaud, la secheresse et 1 humidite. L element terre
symbolise le froid sec, 1 element eau le froid humide, le feu est le chaud sec, 1 air
le chaud humide.
A cote de ces speculations purement philosophiques, nous devons relever dans
les ouvrages d Aristote (meteorologiques) quelques observations tres-remarqna-
bles. II parle de 1 eau de mer rendue potable par 1 evaporation : Le vin et tous
les liquides peuvent etre soumis au meme precede; apres avoir ete reduits en
vapeurs, ils redeviennent liquides.
L eau de mer doit sa saveur aux sels qu elle contient, de meme que 1 urine et
la sueur qui doivent leur saveur a des sels qui restent au fond des vases apres
qu on en a evapore 1 eau.
Les ouvrages de Galien (deuxieme siecle de 1 ere chretiennc) ne renferment
rien sur les proprietes chimiques des corps et sur 1 action chimique des medica
ments. Prenant, comme point de depart, les elements d Aristote, il admet que les
proportions respectives de ces elements dans le corps determinent 1 etat de sante
ou la maladie. Lesremedes out pour but de retablir 1 equilibrc entre les qualites
primordiales. Ainsi, depuis Pline jusqu aux premiers ecrivains qui traitent de
Yart sacre ou de I alchimie, nous restons dans les tenebres en ce qui touche les
connaissances chimiques.
Art sacre. Alchimie. C est aux savantes recherches de Hoefer, a sa patiente
collation des manuscrits grecs de la Bibliotheque nationale de Paris que nous
devons tout ce que Ton sait aujourd hui sur 1 origine de la chimie. L antiquite
interrogee dans les vestiges materiels de sa civilisation et dans les ouvrages
56 ClinilE.
qu clle nous a transmis, ne nous laisse pas soupconner que Ics pheuomenes chi-
miqucs aient etc envisages dans leur ensemble dc maniere a constituer un art
special ou une science.
L art sacre (re/vw Oux %i lepa.), c est-a-dire la chimie, enveloppee de symboles
et de dogmes religieux, apparait tout a coup vers le troisieme et le quatrieme
siecle, a 1 epoque de la grande luttc du christianisme centre le paganisme,
lorsque les mysteres, longtemps derobes au vulgairc, furent profanes et mis en
discussion. On n a commence a employer le mot dc chimie que vers le quatrieme
siecle. Alexandre d Aphrodisee parle le premier d instruments chymiques ou
chyiques (yvixv. Sfyava, dc yk.^ ou jjeuw, couler, fondre).
11 resulte de 1 etudc de ces manuscrits que 1 art sacre, la chimie, n est pas ne
au moment oil nous en trouvons les premiers vestiges. II constituait I un des
principaux mysteres des pretres egyptiens et remontait a une haute antiquite.
Les ecrits des maitres dc 1 art sacre qui tons se rattachent a 1 ecolc d Alexandrie
ne laissent subsister aucun doute a cet egard. Ainsi Zosime le Thebain ou le Pa-
nopolitain, appele par Suidas philosophe d Alexandrie, dans son traite sur les
fourneaux et les instruments de chimie, affirme qu il a vu, dans un ancien temple
de Memphis, les modeles des appareils qu il decrit. C etait de ventables appa-
reils distillatoires.
Dans ses commentaires sur 1 art sacre, Olympiodore, egalement philosophe
d Alexandrie, nous dit : Tout le royaume d Egypte s est maintenu par cet art.
II n etait permis qu aux pretres de s y livrer. La physique psammurgique etait
1 occupation des rois... C etait une loi chez les Egyptiens de nc rien publier a ce
sujet. II ne faut done pas en vouloir a Democrite et aux auciens en general s ils
se sont abstenus de parler du grand oetivrc. Plus loin, 1 auteur donne formel-
lement a 1 art sacre le nom de chimie (-/j,u.sict). Les principaux maitres qm out
ecrit vers le troisieme et le quatrieme siecle sont Zosime, Pelage, Democrite le
Mystagogue, Synesius, Marie la Juive, Olympiodore. Pour tous, le but c est la
transmutation des metaux, 1 art de faire de 1 or. Afm de donner une idee du
style de ces ecrits et de la forme mystique sous laquelle ils cachaient les faits
reels, nous citerons les passages suivants :
La nature sc rejouit de la nature, la nature dompte la nature, la nature do-
mine la nature.
Pour faire de 1 or, prenez du mercure, fixez-le avec le corps de la niagnesie
ou avec le corps du stibium d ltalie, ou avec le soufre qui n a pas passe par le
feu, ou avec 1 aphroselium ou la chaux vive, ou avec 1 alun de Melos, ou avec
1 arsenic, ou comme il vous plaira ; jetez la poudre blanche sur le cuivre, et vous
verrez le cuivre perdre sa couleur. Repandez de la poudre rouge sur 1 argent, et
vous aurez de 1 or ; si vous la projetez sur dc 1 or, vous aurez le corail d or cor-
porifie 1 .
Apres les conquetes de 1 islamisme, vers le milieu du huitieme siecle, on
trouve les recherches chimiques, 1 alchimie, en grande faveur aupres des Arabes.
EIlcs sc repandent avec eux et par eux en Espagne, en France, en Angleterre et
en Allemagne.
Les chimistes arabes de cette epoque ne font pas de la recherche de la pierre
philosophale leur preoccupation exclusive. Au contraire,-si Ton en juge par les
ecrits dc Geher, il scmhle que la doctrine de la transmutation des metaux et de
* f.e corail d or (xpvo-oxo /saD.o;! t tait le clief-d auvre d art, un seul grain rfcvait suffire
pour produirc une grande quantity d or; evidemment c est la pierre philosophale.
CH1MIE. 57
la picrrc philosophale cst venue se jeter a la traverse d uu courant d idees plus
serieux et plus scientifique et 1 a fait sortir de la voie du veritable progres. G est
ainsi qu il nous dit : Une patience et une sagacite extremes sont necessaires.
Quand nous avons commence une experience difficile, et dont le resultat ne re-
pond pas d abord a notrc attente, il taut avoir le courage d aller jusqu au bout,
car une oeuvre tronquee, loin d etre utile, nuit plutot au progres de la science.
II nous avertit de nous deficr de 1 imagination, et rappelant a ce sujet la doctrine
de la transmutation des mctaux qui commencait alors a se repandre, il ajoute :
II nous est aussi impossible de transformer les metaux les uns dans les autres,
qu il nous est impossible de changer un boeuf en une chevre.
Geber parait avoir vecu dans la seconde moitie du huitieme siecle, a 1 ecole
arabe de Seville. Ses connaissances chimiques sont assez etendues. Voici les titres
de ses principaux ouvrages : Summa perfectionis magisterii; De investigations
perfectionis metallorum; De inventions veritatis; De fornacibus construendis.
II confond dans ses ecrits ses propres decouvertes et celles de ses devanciers;
mais peu importe; grace a lui, nous pouvons nous former une idee assez cxacte
dcs connaissances clu miques chcz les Arabes pendant le huitieme siecle.
La distillation, la cristallisation par solution, la filtration, 1 emploi du bain-
marie (indique par Marie la Juive), 1 usage de fourneaux dc formes appropriees
a divers bcsoins, lui sont familicrs. II donnc une description tres-complete de la
coupellation de 1 argcnt avec le plomb, au moyen de coupclles en ccndrcs d os.
II sait preparer 1 acidc sulfurique par la calcination de 1 alun. En chauifant un
melange de vitriol ct de salpetre, il obtient 1 eau-forte; cclle-ci, melangee au
scl ammoniac, constitue 1 eau regale, susceptible dc dissoudre For. Avec 1 eau-
fortc et 1 argcnt, il prepare le nitrate d argcnt ou picrrc infcrnalc. En subliiiiant
an melange d alun, de sel marin ct de mercure, il obtient pour la premiere fois
le sublime corrosif. Par 1 incineration de la cremc dc tarlre ct dcs varcchs, il ob
tient la potasse ct la soudc, qu il sait caustificr avec la cbaux. Le soufrc ralriiir
avec la potasse constitue le foic dc soufre, dont la solution aqueuse fournit avec
1 acide acetique un precipite de soufrc pur. On trouvc en outre, dans ses ou
vrages, une description tres-complete des metaux, de la manic-re de les oxyder a
Fair, dc les sulfurer, de les amalgamer avec le mcvcurc.
C est encore Gcbcr qui parlc le premier, comme d unc tradition, dc la consti
tution des metaux. Les metaux, d apres lui, sont tous composes et renfermcnt
comme priucipes cssentiels le soufre, le mercure et Yarsenic. Des proportions
rcspectives ct de la purete de ces agents depend la nature du metal. Le soufre et
le mercure qui cntrcnt dans la composition des metaux nc doivent pas etrc con-
I oudus avec les deux corps connus sous ce nom ; ce sont dcs principe.-; primor-
diaux n ayantdc commun avec eux que certaines analogies. Le mot mercure doit
rappeler ici 1 indecomposable, la source dc 1 eclat et des autres caracteres metal-
liqucs; le soufrc est le symbole de 1 element combustible, modifiable. Les pro
portions, la plus ou moins grande purete et la ftxite 1 dc ccs parties essenticlles
varient d un metal a 1 autre.
Ainsi 1 or conticnt bcaucoup de mercure, peu de soufre, tous deux tres-purs
et dans un grand etat de fixite. Cette theorie sur la constitution des metaux ser-
vit pendant tres-longtemps de base aux doctrines alchimiques. Au soufre et au
mercure on ajouta plus tard le sel comme element metalliseur.
1 On ne sait pas ce quc les anciens chimistes cntendaicnt par cctte espression de fixili.
58 CHDIIE.
Parmi les auteurs arabes des neuvieme, dixieme et onzieme siecles qui mar-
cherent sur les traces de Geber, nous citerons : Rhases, qai indique des prece
des pour preparer et concentrer 1 alcool; Avicenne, Avenzoar, Alzaharavius,
Averrhoes.
A mesure que Ton s eloigne du huitieme siecle, les tendancess des chimistes
et medecins arabes inclinent de plus en plus vers la transmutation.
A partir du treizieme siecle, la chiniie n est plus representec parmi les peu-
ples d origine orientale; nous la trouvons au contraire florissante, mais tout a
fait tournee vers le but unique de faire de Tor avec les metaux communs, chez
les nations qui out etc en contact avec eux.
Appuyes sur les hypotheses de Geber, encourages probablement par la lecture
des maitres de 1 art sacre, les alchimistes du moyen age s acharnent a la recher
che de la pierre philosopliale, de cette pierre qui doit posseder la vertu de trans
former le mercure et les metaux fondus en or et en argent ; de giu rir les mala
dies, de rajeunir I homme et de prolonger son existence. Cette singuliere alliance
d une vertu chimique et d uue action curative n a aucun rapport avec les idues
des iatrochimistes dont nous parlerons plus loin. Les doctrines de Galien donii-
nent encore, sans conteste, en medecine, et Ton est loin de penser qu nn medi-
ment peut agir en modifiant la constitution chimique des organes. On pensait
seulement que la merveilleuse pierre devait etre douee de toutes sortes de qua-
litrs jiivcieuses et remarquables.
Les alchimistes qui out laisse derriere eux quelques resultats acquis, quelque
decouverte utile, sont : Albert le Grand (ne en Souabe, 1195) ; Roger Bacon (ne
a Ilchester, 1214); il repudie les tendances mystiques et la croyance aux in
fluences surnaturelles dans les operations chimiques; Villanovanus nu a Yille-
neuve, en Provence, 1235) fut le promoteur de 1 emploi <)<. pivp.-u-.-itions chi-
miijues en medecine (preparations mercurielles, onguent mercuriel, dissolution
d or) ; il possede des notions etendues en toxicologie et signale Faction veneneuse
des substances putrefiees; Raymond Lulle ine a Majurque. l-Ti. .!. auteur mys
tique et obscur qui a exerce sur ses successeurs une influence peu lieureuse.
Le quatorzieme siecle n ajoute presque rieu aux connaissances empiriques de
la chimie. Xegligeant les alchimistes purs tels que Nicolas Flamel, Jean et Isaac
Hollandus, Bernard de Trevigo, Ripley, Norton, nous nous ai-reterons quelques
instants a Basile Valentin, qui fut pour cette epoque ce que Geber avail ete pour
le huitieme siecle. II regne sur la personnalite, la date et le lieu de naissance
de B. Valentin les memes incertitudes que pour Geber. Selon la version la phis
accredited, il vecut a Erfurt, dans le couvent des Dominicains, au quinzieme
siecle.
Valentin decrit avec clarte 1 arsenic et ses combinaisons avec le soufre, le bis
muth, le zinc. II parlede 1 or fulminant, du nitrate de mercure, de 1 acetate de
plomb; de 1 antimoine, du verre d anlimoine, des fleurs argentines, du beurre
d autimoine et du sulfure rouge d antimoine. On lui doit 1 applicatiou medicale
de ces diverses preparations. La decouverte de 1 acide chlorhydrique lui est attri
bute ; cependant il resulte d un passage des livres de Marie la Juive, ou il est
question de 1 acide de sel marin, que la decouverte de ce corps a une origine
plus ancienne.
^alentin constate le premier la solubilite des alcalis caustiques dans 1 alcool
et les phenomenes d etherisation qui resultent de 1 action des acides sur 1 alcool.
La precipitation des sels par les acides, les alcalis et les metaux ne lui est pas
CIIIMfE. 50
inconnue, pas plus que certaines notions (( analyse qualitative. Abstraction liiilr
de ses recherches alchimistes, Valentin peut, a bon droit, passer pour ua fort
habile cbimiste.
Le moyen age vit s aocomplir une grande revolution dans 1 art de la guerre
par 1 introductiou de 1 emploi des armes a feu et de la poudre.
La decouverte de eette preparation a etc attribute a divers auteurs; Albert le
Grand, Roger Bacon; mais il est demontre aujourd hui que le melange explosif
de soufre, de charbon et de salpetre etait connu bien avaut eux et servail die/
les Grecs de 1 empire d Orient pour la preparation de fusees et de petards. On eu
trouve la premiere description dans le Liber ignium de Marcus Gracus.
Le feu gregeois, dont le secret avail ete livre a Constantiu et qui permit aux
empereurs de Constantinople de se defendre contre les attaques des Musulmans,
se composait deja de soufre, de salpetre et de matieres combustibles (suliure
d antimoine, asphalte liquide) ; il a du condnire par des transformations succes-
sives a la decouverte du melange connu sous le nom de poudre. Quant aux pro-
prietes balistiques de cette poudre et a ses applications pour lancer des projec
tiles, elles ne furent connues qu au treizieme siecle.
lalrochimie (seizicme et dix-septiemc siecle). Les chercheurs d or, que
nous appellerons alchimistes, n ont pas cesse d exister; on croit encore genera-
lenient au grand 03uvre, on en poursuit la realisation; mais ces efforts sU riles
n amenent plus de decouvertes interessantes et ne produisent plus d ecrivains
saillants. La chimie et la medecine se confondent peu a peu ct s unissent. Nous
ne pouvons suivre ici les modifications progressives des idees qui out ameiir la
transition entre 1 epoque alchimique et 1 iatrochimie. Pour abreger, nous arri-
vons de suite a Paracelse et a ses disciples.
Philippe-Aureole- Theophraste Paracelse Bombast de Hohenheim, IK en 1 195,
a Einsidlcn en Suisse, 1 ut un charlatan viveur d uiic grande intelligence. I airs-
seux et nomade, il parcourt jusqu a 1 agc de trente ans les diverses capitales de
1 Europe. Comme le dentiste forain, il a vu les pays oil se leve le soleil, il sait
tout, connait tout; ses devanciers ne sont pas dignes de denouer les cordons dc
ses souliers. Malgre cettc fougucuse outrccuidance, grace a elle, devrais-je dire,
il acquiert en peu de temps, une immense reputation medicale et se trouve
appele, jeune encore, a 1 universite de Bale, d ou le feront chasser plus tard si-s
moeurs dissolues ; c est que cet homme possede une originalite indiscutable, surex-
citee par son ignorance meme, jointe au besoin de briller et de dominer. Si,
comme il s en vante, il n a pas ouvert un seul livre dans les universites qu il a
daigne honorer de sa presence, s il brule publiquement les oauvres de Galien qu il
ne saurait comprendre, s il rompt avec les vieilles traditions au point de parlrr
la langue des profanes, il n en a pas moins beaucoup vu, beaucoup appris, grace
a son intelligence facile. II ose et reussit la ou d autres out recule ou ecboiu .
Servi par des connaissances chimiques assez etendues, il provoque dans 1 art
medical une veritable revolution, en propageant dans des proportions inusitees
jusqu alors 1 usage pharmaceulique des preparations chimiques et des composes
artificiels. Les poisons memes nc 1 effrayent pas. G est ainsi qu on lui doit 1 usage
interne de beaucoup de preparations mercuriclles, ferrugineuses et plombiques
encore usitees de nos jours. II substitue aux vegetaux et a leurs infusions ou decoc
tions des extraits, des essences, des teintures ou le principe actif se trouve con
centre et auxquelsil donne lenom de quintessences.
Paracelse attribue les causes des maladies a des phenomenes analogues a ceux
60 CHIMIE.
qui se passent dans Ics operations chimiques. Telle est sa theorie An tartre. Le
tartre est pour lui le symbolede la precipitation, au seia des liquidcs de 1 orga-
nisme,de principes qui s y trouvent dissous al etatde santeet qui ea occasionnent
1 epaississcment.
Les idees et les tendances nouvellcs dont il est le promoteur prendront plus
d importance et de nettete enlre des mains plus serieuses que les siennes.
Ce nefut pas, du reste, sans unc lutte tres-vivc entre les Galenistes et les par
tisans de Paracelse que les doctrines de ce dernier, epurees et notablcment niodi-
fiecs, parvinrent a sc faire jour.
Les iatrochimistes qui so iircnt le plus reinarquer sont :
Leonard Thumeisser ou Tliurn, ne a Bale, 1550.
Joseph duChesneou Quercetanus, nea Armagnac, 1521.
Turquet de Mayerne, nc a Geneve, 1575.
Andre Libau ou Libavius, ne a Halle, mort en 1616. 11 decouvrit : la prepa
ration de 1 acide sulfurique par la combustion du soufrc au moyen du salpetre;
la liqueur fumante de Libavius (cblorure d etain), obtenuc par la distillation d un
melange dc sublime corrosif et d etain; la coloration du verre au moyen de 1 or;
quelques procedes d analyse.
Tout en croyant a la transmutation et a Faction curative de 1 or potable, il
n ;igit contrc le langage mystique et obscur de Paracelse et n admit que la partie
saine des idecs de ce dernier.
Angele Sala, ne a Vicence. On lui doit en chimie la decouverte de 1 actiou de
riuiilede vitriol sur le salpetre; unc etude approfondie du calomel et descsappli-
cations medicates; des notions plus claircset plus exactes que cellesdesesdevancicrs
sur la composition et I origine des corps. Ainsi, le premier, il chcrchc a demon-
trerque si le fer plonge dans une solution de vitriol bleu se recouvrc dc cuivre,
cc fait ne resulte pas d une transmutation, mais bien de la preexistence du cuivre
dans le vitriol bleu.
Jean-Bapliste Van Helmont, seigneur deMerode, nc aBruxclles, en 1577. Les
Iravaux de Van Helmont en chimie denotent une rare sagacite ct tin esprit obscr-
vateur superieur. Nous trouvons dans ses ecrits les premieres notions precises
sur les gaz. Par gas, il designe toutcs les substances aeriformes differences de
1 air; il connait les caracteres qui distingucnt les gaz desvapeurs; les uncssont
condensables parlc froid, les autresnele sont pas. Legaz qui se developpe pen
dant la fermentation, par la combustion du charbon, par 1 actioa du vinaigrc sur
la craie, cclui qui se developpe dans 1 estomac et les intestins et que degagel eau
de Seltz, sont pour Van Helmont un meme produit qu il designe sous le nom de
yaz silvestre ou gaz carbonique. Ce gaz aspbyxie les aniinaux ct eteint les bou
gies en combustion. 11 formule plus clairement que Sala, en cherchant a 1 ap-
puyer sur des faits d experience, 1 idee qu un meme corps peut cntrcr dans di-
verscs combinaisons sans perdre son individualite, et peut de nouvcau en etre
retire avec toutes ses proprietes.
Au point de vue medical, Van Helmont fixe particulierement son attention sur
Ics proprietes chimiques des liquidcs de 1 organisme et notamment sur 1 alcali-
nite ct 1 acidite. La fermentation joue un grand role dans ses theories medico-
chimiques.
La fermentation est pour lui la cause de la multiplication et du developpe-
mcnt ainsi que des transformations des matieres organiques en d autres analo
gues ; c est grace a elle que le liquide sanguin pent fournir aux organes leurs
C1IIMIE. 61
elements nutritifs. Aide par le calorique animal, 1 acide dc 1 estomac provoque
la fermentation dos aliments et Icur digestion. L acidite du sue gastrique ne
pent se transmcttre au resle cle 1 organisme, parce qu il rencontre, dans le duo
denum, la bile alcalinc qui le sature. Si la bile ne suffit pas a cette neutralisa
tion, 1 acidite predominante se porte sur divers organes et y provoque des ma
ladies.
II rejette le feu comme element ct ne voif. dans la ilamme comme produit ma
teriel que la fumee et les gaz de la combustion ; la chnlcur ct la lumiere ne sont
pas materiels. Le soufre, le mercure et le sel des alcbimistes, encore admis
comme elements par Paracelse, n ont aueunc valcur pmir lui.
Par conlre, il fait jouer a 1 eau un role important dans la constitution d mic
foule de substances et surtout des substances vegetales et animales. II cst amene
a cette vue erronee par 1 experience meme qui lui fournit de 1 eau par la com
bustion de ces produits. II arrose une plante qui vegvte sur un poids connu de
terre avec de 1 eau de pluie, et constate qu au bout de quelque temps la plamY
a augmente de poids sans que le sol se soit appauvri. II en conclut que c est 1 can
qui a servi a former la plante. Ces erreurs memes demontrent une tendance
experimentale et une logique dans la direction des experiences que Ton ne ren
contre pas avant lui.
Ajoutons, pour terminer cette rapide esquisse d une grande figure, que, nud-
gre son savoir et ses hautes facultes, Van Helmont a cru fermement a la pierre
philosopbale, dont il a meme possede une parcelle et dont il a experimcnte la
vertu. II garde secrete la recette d une preparation susceptible de dissoudre tous
les corps (Alkahest) et jouissant de proprietes medicales tres-puissantes.
L influence de Van Helmont a eu pour effet de rendre plus intime 1 alliance
de la chimie avec la medecine, non-seulement par 1 emploi therapeutique de
preparations connues ou trouvees par les medecins, mais surtout par 1 intro-
duction de theories chimiques en physiologic et en pathologie.
De le Boe Silvius, ne a Hanau en 1614, a egalement donne aux doctrines
iatrochimiques un eclat assez vif.
Comme Van Helmont, il compare et assimile les phenomenes physiologiques
et pathologiques aux reactions chimiques. Les maladies sont des perturbations
de 1 elat chimique normal. Ce qui le distingue surtout, c est son incredulite d;ms
la puissance de 1 archee, force ou etre immateriel dont 1 intervention etait con-
sideree comme necessaire. Les fermentations jouent un grand role dans ses
theories et doivent tout expliquer. Le sue pancreatique acide, en se melangcant
a la bile alcaline ct aux aliments digeres par la salive, produit une effervescence
qui developpe le chyle. Celui-ci, en arrivaut acide dans le sang qui renferme de
la bile alcaline, determine une seconde effervescence (fermentation), d ou re-
suite la chaleur animale.
Telles sont, en resume, les doctrines iatrochimiques les plus importantes. En
voulant tout expliquer par la chimie, qui elle-meme etait encore a creer, cette
ecole se suicida en tombant dans le ridicule. Laissant de cote les theories secon-
daires plus ou moins bizares imaginees par les disciples et continuateurs de
Van Helmont, nous allons aborder sans trop de chagrin la seconde epoque.
Cependant nous ne devons pas oublier deux hommes qui vecurent au siccle
des medecins chimistes, mais qui, par la nature de leurs travaux et 1 importance
de leurs decouvertes, doivent plutot compter parmi les chimistes propremeut
dits.
62 CIIIM1E.
Agricola Georges, ne en 1494, a Glauchau, pros dc Meissen, abandonna de
bonne heure la medecine pour se livrer a 1 etude de la metallurgie. II consacre
toute son existence a cette branche d industrie chimique et lui fait faire de nom-
breux et importants progres. La preparation des minerais, leur grillage, la fabri
cation et la purification du cuivre, la separation de I argent d avec le cuivre et
Ic fer au moyen du plomb, 1 obtention du mercure, de 1 antimoine et du bis-
mutb, 1 cssai et 1 analyse des minerais et des metaux precieux, 1 inquarta-
tion, etc., 1 occupent tour a tour.
Jean-Rudolph Glauber, ne en 1604, a Karlsstadt, est un vrai chimiste. S il
croit a la possibilite de la transmutation, il ne la poursuit pas et avoue qu il n a
jamais reussi a produire un phenomene de cet ordre.
Ses decouvertes sont nombreuses et importantes. Nous citerons des periec-
tionnements serieux dans la preparation des acides mineraux. Avant lui, on dis-
tillait le sel marin ou salpetre avec le vitriol pour obtenir les acides chlorhydri-
que ct nitrique.
II remplace le vitriol par 1 acide sulfurique et obtient, comme seconds pro-
duits, le sulfate de potasse et le sulf ate de soude (sel mirabile, sel de Glauber),
dont il indique les applications medicales. Au moyen de 1 acide azotique et de
1 acide sulfurique, il prepare le nitrate et le sulfate d ammoniaque en les faisunt
agir sur le carbonate d ammoniaque. Glauber possede des notions plus exactes
sur les chlorures metalliques qu il obtient, non comme ses devanciers en distil-
laul le metal avec le sublime (beurre d antimoine, liqueur de Libavius), mais
en distillant les metaux avec du vitriol et du sel marin ou en dissolvant le me
tal dans 1 acide chlorhydrique. 11 prepare ainsi le chlorure de zinc et le clilorure
d arsenic. Ses idees sur la composition des sels sont en general plus pres de la
verite que celles de ses devanciers. II ne pronouce pas encore le nom d affinite,
mais il en parlc implicitement ; pour lui, les reactions de 1 acide sulfurique sur
le sel marin ou le salpetre sont comparables a celles de la chaux ou de la po-
tassc sur le sel ammoniac.
L un des principes constitutifs du sel a plus d amour pour 1 acide sulfurique
que pour 1 autre principc. Les phenomenes de double decomposition sont aussi
assez nettement compris.
Glauber sait preparer le cameleon mineral, le vinaigre de bois; il experimente
sur la solubilite a haute temperature des metaux dans le foie de soufre,
II rend encore d importants services a 1 industrie en introduisant des perfec-
tionnements notables dans la fabrication des produits chimiques, du verre, du
vinaigre, du salpetre, dans les operations de teinture et dans la metallurgie. II
se plaint amerement de voir son pays, si riche en matieres premieres, les livrer
a vil prix a 1 etranger pour racheter fort cher les produits manufactures du de-
hors.
II. CHIMIE PROPKEMENT DITE. La chimie devientune science independante au
moment ou,se degageant de son role secondaire et cessant d etre 1 humble esclave
de 1 industrie ou de la medecine, elle poursuit un but reellement scientifique et
so voue, sinon exclusivement, du moins essentiellement a la recherche de la ve
rite.
II est difficile de fixer 1 instant precis ou cette revolution a lieu ; il est evident,
cu effet, que ce n est pas subitement qu elle a pu se produire et que la transition
de la periode iatrochimique a la naissance de la chimie proprement dite a du etre
progressive et menagee.
CIIIMIE. 63
En tenant compte de cette cause d incertitude, nous fixerons a peu pres au
milieu du dix-septieme siecle 1 origine de cette science.
Vers cette epoque, en effet, nous voyons apparaitre des hommes comme Boyle,
Lemery, Becker, Stahl, Boerhaave, etc., qui, tout en se livranta des recherches de
labovatoire, comme leurs devanciers, travaillent, non en vue d une application
immediate et utile de leurs experiences, mais pour arriver a la solution des noin-
breuses questions qui se posent relativement a la composition des corps, a leurs
decompositions, a leurs actions mutuelles. Envisages ainsi pour eux-memes,
ces problemes conduisent a des travaux plus serieux et diriges par une logique
plus serree.
Pendant la premiere periode de 1 existence propre de la chimie, periode appe-
lee generalement phlogistique du nom de la theorie dominante, on ne se preoe-
cupe que des phenomenes qualitatifs, des reactions de combinaisons ou de de
compositions, en ce qu elles ont d apparent et se saisissable a la vue. Si Jean
Key, Mayow et Hooke montrent que les metaux en se transformant en terres aug-
mentent de poids, comme 1 avait dejavu Beber, 1 alchimiste du huitieme siecle;
si Bergmann, Kinvann, Wenzel et plus tard Ricbter etablissent les fondements
de la loi des equivalents, ces resultats passent inapercus et ne trouveront leur
valeur capitale que plus tard, lorsque Lavoisier par sa puissante influence mini
subordonne la chimie a la balance et fait admettre ce qui constitue aujourd lmi
pour nous un principe fondamental et indiscutable, a savoir que la matiere est
inimitable. Les corps peuvent se combiner entre eux, engendrer de nouveaux
produits, mais le poids du compose est egal a la sommc des poids des parties
constituantes. Un corps peut se dedoubler en deux ou plusieurs autres doues de
proprietes nouvelles, mais la somme des poids des nouveaux produits est egale
au poids du compose initial.
C est a partir de ce jour que la chimie appuyee sur une base aussi immuable
que la matiere elle-meme peut s elever par une serie de decouvertes rapides a la
haute importance qu elle a acquise de nos jours.
Combustion et respiration. Le phenomene chimique le plus saillant, celui
auquel les observateurs ont attache de tout temps la plus grande importance,
c est celui que nous appelons encore aujourd hui combustion. A la combustion se
rattache la premiere theorie chimique un peu serieuse (phlogistique) au moyen.
de laquelle on cherche a expliquer les phenomenes. Le bois, le charbon, le soufre,
chauffes au contact de 1 air, s enflamment, degagent de la chaleur et de la lu-
miere, et disparaissent sans laisser de traces ou en laissant un residu de cendres
comme le bois, en developpant un acide comme le soufre ; les metaux perdent
leur brillant caracteristique et sont convertis en matieres terreuses de couleurs
variables.
Les alchimistes et leurs successeurs les medecins chimistes savent en outre
qu en chauffant certaines de ces terres avec de la suie, on peut leur rendre 1 eclat
et les caracteres metalliques.
Quelle est la cause de ces phenomenes ?
Parmi ceux qui ont cherche a les expliquer, les uns semblent ignorer comple-
tement la necessite absolue de la presence de 1 air pendant la combustion ; d au-
tres,tout en la reconnaissant, n y attachent qu une importance secondaire et font
jouer a 1 air un role accessoire.
Rappelons cependant que 1 on savait deja depuis Geber que les metaux con
vertis en terres augmentent de poids, et que Jean Key admet que dans cette
64 CIlIiMlE.
transformation ils fixent dc 1 air. Mais tout cela cst bicn loin encore d une idee
nctte ct precise sur la cause du phenomene de combustion.
Laissant de cote les idees anciennes, toutes plus ou moins fondees sur lesi
doctrines d Aristote ou des alchimistes, nous arrivons a la theorie du phlogistique
imaginee par Becher et formulee d une manicre plus precise par son disciple
Stahl (Becher, Jean-Joachim, ne a Spire en 1655, mort en 1682 ; Stahl, Georges-
Ernest, ne a Ansbach en d660, mort en 1754). Adoptee par la plupart des sa
vants du dix-septieme et du dix-huitieme siecle, la theorie du phlogistique ne
succomba qu apres une lutte tres-vive sous les rudes coups que lui porterent les
travaux et la logique victorieuse de Lavoisier.
Pour Becher et Stahl, la combustion est une decomposition; tous les corps
combustibles sont composes; ils renferment un principe commun, terra pinguis,
de Becher, phlogiston ou phlogistique, de Stahl.
En se changeant en terres (en s oxydant, comme nous dirions maintenant), un
metal, tel que le plomb ou le cuivre, perd son phlogistique. Le soufre contient
beaucoup de phlogistique uni a de 1 huile de vitriol (acide sulfurique). Lc non-
do fumee est presque entiercment forme de phlogistique; aussi, chauffe avcc
une terre, il lui cede une partie de cette substance et le metal sc trouve recon-
slilut par 1 iiiiion de la terre avec le phlogistique du noir de fumee.
Ainsi cette celebre theorie admet a priori qu uu corps qui brulc perd quelque
chose, qu uae terre (oxyde metallique) qui se convert it en metal sous 1 influence
du noir de fumee (qui se reduit) gaguc un nouveau principe, ct cepemlanl clle-
est en contradiction ilagrante avec des faits d experience connus et bien etablis,
dout nous avons entretenu le lecteur (augmentation de poids des metaux pendant
leur calcination a 1 air).
Nous voyons par la combien peu les chimistes les plus eminents de cette
epoque faisaient cas des donnees quantitatives. Au moment ou Lavoisier porte la
hache sur cet arbre seculaire, Macquer, celebre chimiste du dix-huitieme siecle,
s emeut un instant ; il croit que Ton a decouvert des faits importants qui pour-
raient ruiner ses cheres convictions, mais il se tranquillise tout a fait en recon-
naissant qu il ne s agit que de rapports ponderables. Cependant ce simple fait de
1 augmentation de poids des metaux transformes en terres ou brules reste un
point noir a 1 horizon, une veritable cpee de Damocles qui trouble la quietude
des adeptes les plus fervents. Beaucoup d entre eux font intervenir de nouvelles
hypotheses pour mettre leur conscience en repos.
Boerhaave attribue au phlogistique une densite negative ; un autre, Guy ton de
Morveau, se tire d embarras en appliquant le principe d Archimede d une maniere
defectueuse. Quelques-uns admettent a la fois le depart du phlogistique et la
fixation d un principe terreux ou salin contenu dans 1 air qui rend compte de
1 augmentation de poids.
La decouverte de 1 hydrogene par Cavendish semble apporter a la theorie un
puissant appui. Ce gaz, eminemment combustible, leger, brulant sans laisser de
trace, est considere par Kirwan comme le phlogistique lui-meme a 1 etatdepurete.
En mettant un metal tel que le zinc en presence d un acide etendu, le zinc
degage son phlogistique (hydrogene) et devient terre ; celle-ci se dissout dans
1 acide. Si 1 acide est concentre (acide sulfurique, azotique), le phenomene est
different, parce que le phlogistique, au lieu de se degager, s unit a 1 acide pour
donner 1 acide sulfurique phlogistique (ou acide sulfureux), 1 acide nitrique
phlogistique (ou acide nitreux). Lorsque rhydrogene reduit un oxyde, la produc-
CIIIMIE. 05
lion du melal est lo resultat de la combinaison de la terre avec le phlogistique
(hydrogene) . Aiusi moditiee, la ihcoric phlogistique semblait indiscutable, mais
on ne s apercevait pas qu elle ne s appliquait plus, sous cetle Ibrnic, aux trans
formations des metaux chauffes a 1 air d ou etait nee 1 idee mere de Stahl. On
peut se demander, en effet, ce que devient le phlogistique dans ce cas.
Lorsque Bayen trouva en 1774 que 1 oxyde rouge de mercure chauffe se con-
vertit en mercure metallique, le fait otant completement en contradiction avec
les principes, il fallut supposer que 1 oxyde rouge de mercure n est pas une
tcrre. Pour pouvoir donner a la combustion sa veritable signification, il man-
quait un element essentiel. 11 fallait coimaltre 1 clement comburant, I oxygene,
qui, comme nous le savons maintenant, se combine aux combustibles avec dega-
gement de clialeur et de lumiere; il fallait de plus demontrer que cet element
comburant existe dans 1 air melange avec un autre gaz inerte.
I/existence d un principe particulier (spiritus nitro-aereo) contenu dans 1 air
et jonant un role actif dans la respiration et dans la combustion, avail etc admis
par Mayow, chimiste anglais (Tractatus quinque medico physici, 1009). Avaut
lui deja, Van Helmont et Silvius de le Boecomparaient, sous certains rapports, le
phenomene physiologique et la reaction chimique ; ils suvaient que dans un air
confine la combustion d une bougie s arrete avant que tout 1 air ait etr absorb* ,
que de meme un animal ne peut respirer que pendant uu temps limite dans un
air non renouvele.
Mayow, considerant que le salpetre est forme d une par tie tixe, Yalcali, et d uue
pmlie volatile, fait observer que les materiaux salpetres apres le lessivage se
chargent de nouveau dc salpetre s ils restent exposes a 1 air pendant quelque
temps; la partic volatile de ce sel doit done provenir dc 1 air, tandis que IVIc -
ment tixe, 1 alcali, est fourni par les platras. L acide nitrique ne pent exister
lout forme dans 1 air qu il rendrait irrespirablc, mais il prend naissance aux <lr-
pens d un principe. aerien, et le principe est le meme que celui qui entretienl l;t
combustion et la respiration ; c est le spiritus nitro aerei. Ainsi, dans les idees du
chimiste anglais Mayow, la respiration, la combustion dans 1 air et le pouvoir
comburant du salpetre sont produits par un seul et meme principe.
Les citations suivantes, empruntees par M. Kopp a 1 ouvrage precedent , et que
I importance du sujet historique nous engage a donner, ne laisseront aucun doute
sur la nettete d intuition de ce savant :
Quanquam autem spiritus nitri totaliter ab aere non procedit, credendtini
lamen est, partem ejus aliquant ab aere oriundam esse.
Concedendum esse arbitror, nonnihil, quicquid sit, aereum ad flammam
quamcunque conflandam necessariuni esse, at non est existimandum, pabulum
igneo aereum ipsum aerem esse, sed tantumpartem ejus magis activam subti-
lemque.
(( Arbitrary fas est, particulas aeris igneas, ad flammam quamcunque susti-
nendam necessarias, in sal nitro hospitari, partemque ejus magis activam
igneamque constituere.
Partem nitri-aeream nihil aliud. quam particulas ejus iyneo-aereas esse,
quce ad flammam quamcumque conflandam omnino necessarian sunt. Quocirca
particulas istas igneas, aei ique communes, particulas nitro-aereas sive spi-
ritum nitro-aereum in futurum nuncupare liceat.
Credendum est, animalia ignemque particulas ejusdem generis ex aere
exhaurire.
DICT. ENC. XVI.
66 CHIMIE.
Pour Mayow, ces particules nitro-aeriennes ne sont ni acides ni fixes ; elles
sont neccssaires a la combustion, a la transformation des metaux en terres, c cst
leur addition qui determine 1 augmentation de poids ; elles sont couteuues dans-
les acides. La combustion d un corps ou la respiration d mi animal dans un espace
limite d air produit une diminution de volume, et il reste un air qui ne peut ni
entretenir la combustion ni maintenir les phenomenes respiratoires. Par le fait
de la respiration, les particules nitro-aeriennes sont absorbees par le sang par
1 intermedia! re des poumons; ils y provoquent unc fermentation accompagnee
de d6gagement de chaleur, comme les pyrites s echauffent en absorbant les par
ticules nitro-aeriennes et en se convertissant en vitriol. Cette fermentation est la
cause de la chaleur animale, et c est a 1 action des particules nitro-aeriennes qu il
faut altribuer la coloration rouge du sang arteriel. Willis, contemporain et com-
patriote de Mayow, fait un pas de plus (1671). Pour lui, la combustion, la trans
formation des metaux en terres et la respiration ue se ressemblent pas seulement
parce qu il y a dans les trois cas absorption des particules nitro-aeriennes, mai&
la chaleur animale est le resultal, uou d une fermentation, mais d une combus-
linn veritable <|iii ne diftere des autres que parce qu elle est lente.
(imnmriil. des vues aussi ncttes, aussi chiiivs, aiissi pres de la verite sur les
|ilieii<mieiirs /ex i>lnx inii>urlants de la rliiiiiie el de la physiologic ont-elles pu
Iniiihrr dans I onhli le plus complel pendant plus d un siecle, comment les idees
lausses et erronecs de Stahl ont-ellcs pu apres cela prendre des racines si pro-
Iniidi s et voilcr la hmiiere qui commeiicail, a percer les tenebres?
II n a manque a Mayow, pour saisir dans son ensemble le phcnomene de la
combustion, comme Lavoisier 1 a fait un siecle plus tarcl, quo d isoler ccs parti
cules nitro-aeriennes dont il analyse si bien les effets, et qu il entrevoit plutot
par un effort de genie qu il n en demonlre 1 existence par 1 experience ; il lui a
manque aussi cette puissance et cette logique experimentales qui conduisirent
Lavoisier a fixer sur des bases inebranlables le nouveau systeme qui triompha du
phlogistique. Le terrain, il faut le dire, n etait pas aussi bien prepare qu a la fin
du dix-huitieme siecle.
A ce moment, dans les premieres annees du dernier tiers de ce siecle, de
grandes decouvertes se succedent coup sur coup. Elles sont faites presque simul-
tanement par des chimistes travaillant independamment les uns des autres. Mais
les faits nouveaux sont d abord mal interpretes dans les idees de Stahl et ne con-
duisent pas aux consequences qui en decouleront plus tard.
Entre les annees 1771 et 1774, Priestley (Joseph) observe que 1 air fixe (acide
1 Ne a Fieldhead (Yorkshire), Angleterre, en 1735. mort en 180i, cliimi^te anglais, celebre
par ses nombreuses decouvertes, surlout en ce qui louche les gaz et leur maniement.
En 1772 il fit paraitre les premieres observations sur differentes especes d air. 11 sub-
stitua le mercure a 1 eau pour recueillir les gaz salubres; decouvrit I oxygene, le bioxyde
d azote, isola comme Scheele, 1 azote sans donner a cette experience sa veritable signification.
L acide chlorhydrique gazeux, I ammoniaque gazense, 1 acide sulfureux gazeux, I bydrogene
bicarborie et 1 oxyde de carbone furent isoles, etudies et reconnus comme des especes spe-
ciales.
Par ses methodes experimentales Priestley aida puissamment au developpement de 1 etude
des gaz. de ce que Ton a appele chimie pneumatique. II avail etc precede dans cette voie
par Van Helmont, par Moitrel d Element (1710, Manicre de rcndre lair visible etassez sen
sible pour le mesurer par pintes , par Hales, ne en 1677, mort en 1761 a Londres, qui le
premier se servil d un tube adducleur courbe pour relier le matras ou la cornue d oii se
degage un gaz au ballon plein d eau et renver.-e sur la cuve a eau, destine a 1 emmagasiner.
Hales recueillit ainsi un certain nombre de gaz (hydrogene, hydrogene sullure, bicarbone
et protocarbone, acide carbonique). Mais tous ces gaz, malgre leurs proprietes si caracteris-
CHIMIE. 07
carboniquc) developpe par la respiration des animaux, et qui rend I atmospbere
asphyxiante, so transfornie sons 1 influence des plantes en air respirable ; il fait
ivmarquer que Icbioxydc d azote fait eprouver a 1 air une diminution de volume
d autant plus grande que cet air est moms vicie par la respiration. Un eharbon
enflamme dans un volume d air confine produit de 1 air fixe, et le volume de 1 air
i convert! en air tixc devenu absorbable par la chauxest d environ le cuiquieme dc
, lair employe. Leresidu non absorbable n entretient ni la combnstinn, ni la res-
( piration ; il n est pas absorbe par un melange humide de soul rc et de fer.
|En 1772, il constate quo le salpetre chauffe dans un canon de fusil degage un
gaz eminemment apte a la combustion. Enfin, en 1774, il obtient par la calcina
tion de 1 oxyde rouge demercure et du minium un gaz non absorbable par I eau
et doue d un pouvoir comburant tres-remarquable, infiniment superieur a crlni
de 1 air. La terre mercuriclle etait preparee en chauffaut le mercure dans des
vases ouverts. Priestley considere son gaz nouveau, qu il distingue fort bion du
protoxyde d azote, et qu il reconnait etre plus lourd que 1 air, comme le principe
respiratoire et comburant; pour lui, c est de 1 air dephlogistique qui s^ tr<m\r
iiit lauge dans 1 air ordinaire a uu autre gaz, 1 air jv/i/o</is<tV/< ; (c>v\i;riie).
Un i 1 72, Rutherford montre que 1 air confine dans Icqnrl mil respire des ani-
inaux n est pas seulement devenu impropre a la combustion el a la respiration
par suite de la presence de 1 air fixe qui apris naissance, ma is p;m-e qu il conlienl
par lui-meme un principe irrespirable et nou comburant. En effet, en enlevaitl
1 air fixe au moyen de I eau de cbaux, on n ameliore pas les qualites de 1 air vicie.
Eii J777, Scbeele 1 public ses experiences sur la composition de 1 air et 1 oxy-
liques, n etaient pour lui que de fair atmospherique, modifie par divers melanges; Black
Joseph, ne a Bordeaux de parents ecossais, mort a Cullen en 1799, se sert de 1 uppareil di>
Hales. 11 eturlia parliculierement 1 acide carbonique on gaz silvestre de Van Helmont, il re-
connut ses proprietcs acides, son existence dans les alcalis non caustilies et la craie, dans
le gaz de la fermentation et de la respiration (au moyen de I eau de chaux). 11 lui donne le
nom d air fixe (fixed air).
La notion de gaz ou fluides aeriformes distincts par leur composition et leurs proprietes
de 1 air atmospherique est une de celles qui ont mis le plus de temps a se consolider dans
I l-sprit des savants el ce n est pas une des parties les moins interessantes de I hisloire dela
ehiniie que tie suivie sur ce point les progres de 1 esprit humain et sa iviarchevers la verite;
mais pour dormer a cet historique une forme saisissante et prouver la verite de ce que nous
avangons, il nous faudrait entrer dans des developpements et des details que ne comporte
pus cet article.
I Sclieele, Charles-Guillaume, ne a Stralsund, en 1742, mort en 1786. Par 1 importance et
le nombre considerable de ses decouvertes, il occupe une des places les plus elevees parrni
les savants du dix-huitieme siecle.L exactitude de ses observations, comparte a 1 insut lisance
des moyens pratiques de manipulations dont il disposait, 1 ont fait, a bon droit, considerer
comme un experimentateur de premier ordre.
II etait fils d uii petit marchand, charge d une nombreuse famille et commene,a par etre
apprenti pliarmacien chez 51. Bauch, a Gotheburg.
En 1767, ilvint a Stockholm, oii il se lia intimement avec Bergmann. L amitie des deux
savants ne se dementi! jamais. Bergmann ne demandait qu a pousser son jeune ami dans
les honneurs et les brillantes positions, mais Sclieele prelera la retraite et le role modestc
de pliarmacien a Keeping. C est la qu il executa ses plus beaux travaux, que Bergmann se
halail de pubher et de repandre par 1 autorite de son nom et de ses cents.
Ses decouvertes les plus irnportantes sont : L acide fluorhydrique on fluorique (acide du
spathfluor) 1771. L oxygene retire du manganese (magnesie noire) au moyen de 1 huile de
vitriol (17 74). Le chlore produit par 1 action de 1 acide inarin sur la magnesie noire (1774).
La baryte, nouvelle terre (terre pesante) dilfercnte de la chaux. Ces decouvertes sout com
prises dans ses Recherches sur la magnesie noire (1774). L acide arsenique (1775).
L acide urique. L acide oxalique artiliciel par 1 action de 1 acide nilrique sur le Sucre. Le
vert de Scheele, 1 acide molybdique, 1 acide lactique, le sucre de lait, 1 acide tungstique,
1 acide prussique, la glycerine, 1 acide citrique.
68 CHIMIE.
gene. Elles datent, d apres Bergmann, des annees 1774 et 1775, et ont ete faites
tout a fait independamment de celles de Priestley dont le chimiste suedois n a-
vait pu avoir connaissance. II traite des volumes limites d air par divers reactifs
absorbants, sulfures alcalins, sulfites, phosphore enflamme, et constate une di
minution de volume de 20 a 50 p. 100.
Le residu plus leger que 1 air est appele air vicie, air impropre a prendre du
phlogistique , le gaz qui a disparu est 1 element comburant propre a s unir au
phlogistique, avec lequel il a forme de la chaleur qui traverse les parois du
vase. Guide par ses theories fausses, Scheele est cependant arrive a decouvrir
1 oxygene qu il prepare en chauffant ibrtement un melange de salpelre et d huile
de vitriol; il croit que dans ce cas la chaleur est decomposee; le phlogistique se
porte sur 1 acide nitrique qu il rend fumant et il reste du gaz hydrogene (Feuer
I "ft). Un peu plus tard, le chimiste suedois retire 1 oxygene du bioxyde de man
ganese chaul fe avec de 1 acidc sullurique ou de 1 acide phosphorique, du salpetre
dianCfe" a une temperature elevee. Ici encore, pour Scheele, c est la chaleur qui
se decompose en phlogistique ct en air comburant; le phlogistique se porte sur
Ir salpetre et donue du salpetre phlogistiqur.
Sc.lu-clc udmet done que 1 air atmospherique est forme de deux gaz : 1 air vicie,
plus leger que lui, 1 air comburant pyrogene (Feuer luft), plus lourd.
Lavoisier 1 . A lYpoquc ou Priestley isolait pour la premiere fois 1 oxygene,
Lavoisier (Halt armr pour donner a cette decouverte sa veritable signification el
fii lirer des consequences capitales pour le devcloppement de la chimie. Dans un
pli cachete depose a I Academie des sciences (1 772), il continue par des experiences
indiscutables 1 augmeutation de poids eprouvee par les metaux chauffes a 1 air,
<! demontre que le phosphore et le soufre donnent par leur combustion des
produits dont le poids est plus eleve que celui du soufre ou du phosphore
employes; il attribuc cette augmentation a 1 absorption d une certaine quantite
d air.
11 reconnait, comme 1 afait Black, que 1 etain chauffe au contact de 1 air, dans
un espaceclos et restraint, determine une diminution dans le volume de cetair;
en memo temps le metal a augmente de poids d une quantite repre sentant exac-
lement le poids de 1 air qui renire dans le vaiaseau au moment de son ouver-
ture, ou, ce qui revient au meme, egale au poids de 1 air absorbe (OEuvres de
Lavoisier, t. II, p. 105). Dans un memoirc anterieur (loc. cit., t. II, p. 1), il
a prouve que de 1 eau chauffee pendant cent jours a 1 ebullition dans un vase
ferme de forme convenable (pelican) pour laisser recouler les vapeurs condensees
n a pas change de poids, qu il n a done pas pu s introduire de la matiere ignee.
La terre engendree dans cette experience ne derive pas, comme on le pensait
alors, d une transformation de 1 eau elle-meme, mais elle a ete detachee du reci
pient; en effet, cette terre recueillie peso autant ou a peu pres que la perte de
poids eprouvee par le pelican apres 1 expenence ; la faible difference observee est
Si Ton voulait le suivre dans toutes ses recherches, a dit M. Dumas, il faudrait parcourir
avec lui toules les parties de la chimie.
Examinez ses memoires, vous u y trouverez pas une erreur dans tout ce qu il dit des corps
el de leurs proprietes. On ne saurait trop 1 admirer tant qu il se renferme dans les i aits.
1 Antoine-Laurent Lavoisier, ne a Paris eu 1745, mort en 1794, victime des odieuses tue-
ries de la terreur. Issu d un pere amoureux de science et qui fit donner a son Ills une bril-
lante et solide education, richement doue du cote de 1 intelligence, possesseur d une grande
fortune, Lavoisier se trouvait dans les meilleures conditions pour donner a son genie 1 essor
<jui devait en 1 aire le relormateur de la cbimie.
CHIMIE. 69
attribute a unc crrcur d experience. Ainsi nous le voyons, des le debut, proceder
ditnstoutes ses recherches, balance en main.
L air dephlogistique ou le gaz pyrogene de Priestley et de Scbeele dont il re-
pete les experiences devientde suite pour lui la partic de 1 air almospherique qui
dans la combustion s unit au combustible et augmente son poids (loc. cit., i. II.
p. 125).
L air emineniment pur s obtient par la seule calcination de la terre mercu-
riellc; la terre mercurielle chauffee avec du charbon se reduit comme d autrr-
terrcs en fournissant dc 1 air fixe (acide carboniquc). Ce meme air fixe se forme
pur la combustion du carbone dans 1 air et par la combustion du diamant dans
1 oxygene. En rapprochant ces divers fails dont la plupart etaient connus des chi-
mistes, mais qu il rend plus frappants par des mesures et des pesees plus pre
cises que jamais, il arrive a conclure avec autorite que c t air eminemment pur
est combine au mercure dans la terre mercurielle, d oii la chaleur le degage ;
que 1 air iixe engendre par 1 action du charbon sur les terrcs est le resultat d nm
veritable combustion aux depens ne 1 oxygene que ces dernieres renfermcnt uni
a un metal, et que cette combustion est comparable a cello du carbone dans l ox\-
gcne. En 1777, Lavoisier formule avec plus d ampleur la llieorie de la combus
tion (loc. cit., i. II, p. 226), et la developpe dans ses travaux ulterieurs pour ar-
river a en faire la base de tout un systeme de chimie.
Par 1 importance et la multiplicite clcs phenomenes qu elle explique, par la
precision des experiences, leur methode et la logique rigoureuse et serree qui les
a dirigees, cette theorie est sans contestation possible une des plus belles concep
tions et des plus grandes conquetes de 1 esprit humain ; elle a etc pour la chimie
ce que la theorie des ondulations et la theoric de 1 equivalent mecanique tic la
chaleur sont pour 1 optique et 1 elude du calorique. II est intercssant de voir un
homme entoure, comme 1 etait Lavoisier a son epoque, d idees fausses, de notion.-
vagues et confuses sur la nature des corps, saisir une pcnsee juste et vigoureusr.
s y attacher avec une conviction inebranlable, et marcher droit au but sans sY-
garer jamais. En resume, je crois pouvoirdire que si, par decouverte, en chimir.
on entend seulement 1 apparition inattendue de corps nouveaux, 1 illustre chi-
miste francais n aurait que peu de droits a passer a la posterite ; mais si Ton vent
avec nous attacher quelque prix au penseur qui sait grouper des fails epars rt
sans lien, en former un tout homogene, au genie qui voit la lumiere la ou d an-
Ires s egarent dans les tenebres, a 1 experimentateur habile qui dirige ses Iravaux
avec une logique indiscutable et les fait converger tous vers un meme but, en les
mettant au service d une idee juste et forte, on ne pourra denier a cette grandr
figure le tilre de reformateur de la chimie. Les principaux travaux chimiques,cu
dehors de ceux deja cites, roulent sur la combustion du carbone et la composi
tion de 1 acide carbonique, sur la combustion du phosphore et la composition dr
1 acide phosphorique, sur la composition de 1 acide sulfurique, de 1 acide azotiqm-
et hypoazotique. II demontre que tous les sels sont formes par la combinaison
d un acide oxygene avec un oxyde metallique, et que dans le cas de la formation
d un sel par 1 action d un acide etendu sur un metal, le degagement d hydrogene
est du a la decomposition de 1 eau, dont la constitution avail ete etablie par
Cavendish et confirmee par les experiences de Lavoisier. L oxygene de 1 ean se
porte sur le metal pour former un oxyde. L idee premiere du role de 1 eau dans
la dissolution des metaux dans les acides, avec degagement d hydrogene, est due
a Laplace. Apres avoir etabli par ses experiences et 1 interpretatioh exacte de
70 CHIMIE.
celles de ses devanciers que les acides resultent de 1 uiiioii d un radical avec 1 air
viiiiiieiimieiit pur, Lavoisier donne a ce gaz le nom de principe oxygene ou
I oxygene dont nous nous servirons dorenavant.
Nous resumerons en quelques lignes le systeme nouveau de chiinie qu il oppose
aux doctrines phlogisliques :
1 Les corps ne brulent que sous 1 influence de 1 oxygene.
2 L oxygene est absorbe pendant la combustian et se combine au corps com
bustible, dont le poids augmente par la d une quantite egale au poids de 1 oxygene
utilise.
3 La combustion engendre soit un acide avec les corps non melalliques, soil
u n oxyde salifiable avec les metaux. La premiere partie de cette proposition ab-
sorbait tellement Lavoisier et s etait emparee de son esprit avec tant de force, qu il
recherchait avec soin 1 acide qui peut se former dans la combustion de 1 hj drogene,
alors que Cavendish avait deja reconnu qu il ne se formait que de 1 eau.
4" Dans la combustion d un corps, il y a degagement de lumiere et de matiere
de feu ou de caloriquc, mais ces derniers sont sans poids. Lavoisier le demontrc
par des experiences directes. La chaleur degagee est due a la raise en liberte du
caloriquc latent de volatilisation de 1 oxygene, si le produit de la combustion esl
solide, ou a un cbangement dans la capacite calorifique si le produit de la com
bustion est un gaz. Mais cette question se rattache plut<H a 1 histoirc des travaux
dr physique de Lavoisier.
5 Un sel est forme par ( union d un acide a\cc mi oxyde.
Lavoisier a porte aussi son attention sur les principcs organiques vcgctanx et
animaux. II y demontre la presence du carbone, de 1 hydrogene, de 1 oxygene, et
tburnit des precedes pour doser ces elements.
Par element, Lavoisier entend comme Boyle une substance indecomposable par
nos moyens d action.
Une reforme aussi complete dans la science exigeait une transformation du
langage usite jusqu alors, langage qui se ressentait trop du frottement de la chimie
avec 1 alchimie, 1 iatrochimie et le phlogistique, pour etre tres-clair. Les bases de
la nomenclature proposee par Guyton de Morveau et propagee grace a 1 appui de
Lavoisier, Fourcroy et Berthollet (1787), sont trop connues pour qu il soitneces-
saire d en parler ici.
Nous terminerons ce rapideapercu des sarTices rendusparLav isier entracant
1 historique de la respiration des animaux en ce qui touche ses rapports avec la
chimie.
Boyle avait demontre qu aucun animal ne peut vivre dans le vide. Mayow,
Hooke, Willis, Verrati et d autres physiologistes de cette epoque prouverent
qu une bougie s eteint et qu un animal meurt lorsqu on les laisse quelque temps
dans 1 air confine ; en meme temps, il disparait une certaine proportion d aii 1 .
Boyle etablit de plus que 1 air dans lequel des animaux ont sejourne contient de
1 air fixe (acide carbonique). Nous avons deja parle plus haut des opinions tivs-
rappi\ chees de la verite emises par Mayow et Willis sur le phenomene respira-
toire.
En 1757, apres avoir constate que 1 acide carbonique est irrespirable, Black
ajoute que le changemenl produit sur 1 air salubre par 1 acte de la respiration,
provenait principalement, si ce n est uniquement, de la conversion d une partie
1 Boyle, Robert, ne en Irlande 1021, mort en 1691.
CHIMIE. 71
de cet air en air fixe. II trouve, encffet, qu en soufflant au moyen d un tube dans
de 1 eau do cliaux, il fait precipiter la chaux.
Avant 1772, Priestley prouva que 1 air fixe (acide carbonique) , 1 air coinmun
<jui a oxyde les metaux, 1 air vicie par la combustion d une bougie, par la ier-
mentation, par la putrefaction, font peril 1 les animaux comme 1 air altere par
leur respiration. Cet air contient dans ces divers cas de 1 air fixe; pour lui en-
lever ses proprietes dcletcres, lc rendre respirable, il suffit de le tenir pendant
quelques jours en contact avec une plante en pleine vegetation. Apres la decou-
verte de 1 oxygene, il montre que ce gaz entretient la respiration des animaux
plus longtemps que 1 air comniun et renferme aussi apres [ experience tic 1 air
fixe qui le rend irrespirable.
D apres ses travaux {Experiences snr les gaz, 1777, Paris), 1 air commuii et
1 oxygene (air dephlogistique) out seuls la propriete de rendre au sang veineux la
couleur rutilante du sang arteriel, tanclis que le sang arteriel rutilant prend la
couleur noiratre du sang veineux quand on le met en contact avec de 1 air phlo-
gistique (azote), de 1 air inflammable (liydrogeue) , de 1 air fixe (acide carboni-
<que). Mais auiant Priestley est interessant dans le domaine des faits experimen-
taux, autant il s cgarc en cherchant a expliquer ces phenomenes par le phlogis-
t.ique, des qu il entre dans le domaine de la theorie.
Tel etait 1 etat de la question, lorsque Lavoisier entreprit ses rechercheS sur
la respiration.
Apres avoir verifie ou constate a nouveau les faits enonces plus haut (fl/m.
de I Acad. des sc., 1775, p. 520), il etablit (Mem. de I Acad. des .sc., 1777,
p. 185 et suiv.) :
1 Que la calcination des metaux depouille 1 air d oxygene, laisse 1 azote in
tact et ne degage aucun gaz nouveau ;
2 Que la respiration des animaux depouille 1 air d oxygene, ne fait subir
aucune modification a 1 azote, mais remplace 1 oxygene disparu par un volume
a pen pres equivalent d acidc carbonique. Pour rendre a 1 air vicie par la respi
ration ses proprietes initiales, il faut non-si-ulement enlever par 1 eau de cliaux
1 air fixe qu il renferme, mais lui restituer une quantite d oxygene a peu pres
egale a celle de 1 air fixe qu il renferme.
Lavoisier conclut dans ce memoire que 1 oxygene de 1 air est converti dans les
ipoumons en acide crayeux, ou bien qu il se fait un ecbange dans ce viscere,
1 oxygene etant absorbe et 1 acide crayeux (acide carbonique) etant restitue a la
place en quantite presque egale en volume.
Dans son memoire sur la combustion en general, le celebre chimiste com
pare lc phcnomcne respiratoire a la combustion. L air pur, dit-il, en passant
dans le poumon, eprouve une decomposition analogue a celle qui a lieu dans la
combustion du cbarbon. Or, dans la combustion du charbon, il y a degagement
de la matiere du feu (caloriquc), done il doit y avoir egalement degagement de
Ja matiere du feu dans le poumon, dans 1 intervalle de 1 inspiration a 1 expira-
tion, et c est cette matiere du feu sans doute qui, se distribuant avec le sano-
dans toute Teconomie animale, y entretient une chaleurconstantede52degres 1/2
environ au thermometre Reaumur. II n y a d animaux chauds que ceux qui res-
pirent habituellement, et cette chaleur est d autant plus grande que la respira
tion est plus frequente.
Plus tard, en 1789, il developpe et complete 1 ensemble de ses idees sur la
72 CHIMIE.
respiration et la graduation cle la chalcur animale, et il pout tircr a boh droit
de 1 ensemblc dc ses experiences cede conclusion generale :
La machine animale est principalement gouvernce par trois regulateurs
principanx : la respiration, qni consomme de I oxygene et du carbonc et qiu
Ibnrnit du calorique; la transpiration, qni augmente ou diminue suivant qu il
est necessaire d emporter plus ou moins de calorique; enfm la digestion, qui
rend au sang ce qu il perd par la respiration et la transpiration.
Et ce ne sont plus ici de simples conceptions theoriques, des hypotheses plau-
siblcs ct -pcurcuses comme celles de Mayow.
C est une doctrine etablie sur unc serie concluante d expericnces d une rare
precision, qui s impose a tous, force les plus incredules au silence, et que tons
es travaux ulterieurs ne feront que confirmer en en developpant les details.
Nous citerons a ce sujet les travaux de Magnus, Lothar Meyer, etc., sur les
,ua/ du sang; ceux de Rcgnault et de Pcttenkoi fer sur la respiration; les belles
ivrlieivlies de Boussingault, etc., etc.
Combinaisons chimiqiies ; forces qni les produisent; lois suivant lesquelles
snperent ces combinaisons . La cliimic elant 1 etude dcs phenomenes de com-
binaisons ct dc decompositions des corps, n a pu sc constituer comme science,
qu a parlir du moment oil Ton a commence a se former une idee a peu pres juste
deccs pliemmieiies en general, lies ( instant oil Ton a admis que deux corps rea-
tiissanl. I mi sin 1 I aiitrc pour en produire un troisieme doue de proprietes
nouvelles, |>ree\istcnt encore dans le nouveau produit ; que celui-ci n est pas
IIMC rrrafion, niais le re<nllat d une union intime des substances integrantes, on
a di i se preoccuper dc la force qui provoque le phenomene. C est a cette force
que nous donnons encore aujonrd hui le nom d affinite.
Comment ct a quelle epoque s cst-on forme une idee juste sur la nature des
combinaisons chimiques? On considera d abord chaque substance caracterisee
par des proprietes speciales, comme uneindividualiteindependante. La formation
d un corps nouveau resultant du concours de deux ou plusieurs autres est une
creation. Si, avant le seizieme siecle, on trouve formule qu un corps fait partie
d un autrc, c est plutot dans le sens cle melange qu il convicnt de comprcndre
cette expression. II est vrai que Geber et les Alchimistes consideraient les metaux
comme formes de soufre et de mercure ; mais cette opinion vague et sans preuve
cxperimentalc ne pouvait exercer une grande influence sur les progres de la
philosophic chimiquc.
Dans son Credo mihi (1477), Norton s exprime ainsi : Metallamanent insua
Integra compositione, cum ab arjuis fortibus dissolvanlur.
Malgre cela, on continuaa croire pendant longtemps qu un principe en entrant
dans une combinaison est aneanti. Vers le milieu du dix-septieme siecle, la con
ception de la vraie nature des combinaisons se degage avec plus declarte. Pour
Angclus Sala (Synopsis aphorismorum cliymistricontm, 1620), lesel ammoniac
est un compose d acide chlorhydrique et de sel alcalin volatil; le cuivre separe
parle fer d une solution de vitriol bleu preexiste dans ce sel.
A propos de la solution de 1 argenl dans 1 eau-forte, Van Helmont (1648) dit :
Licet argenium, in chrysulca dissolutum, periisse quatenus aquce forma,
videatur, permanet tainen in pristina sui essentia ; prout sal in aqua solutiim,
sal est, manet et inde reperitus, sine salis mutatione. Le meme auteur en nous
faisant connaitre la preparation de la liqueur des cailloux, par la fusion de la silice
pilee avec un exces de potasse, ajoute : En y versant une quantite d eau-forte
CHIMIE. 73
suffisantc pour saturer tout 1 alcali, on voit toute la tcrre siliceuse se precipiter
au fond, sans avoir ete changee dans sa composition. L expression saturare se
trouve ici appliquec pour la premiere fois a la neutralisation d une base par uu
acide. Remarquons, en outre, quc pour Van Ilclmont, la silice sc retrouvc intacte
avec ses qualites, sa composition et mome son poids apres sa separation do la
liqueur dcs cailloux.
Par ses etudes sur la nature et la formation des scls, notamment les sulfates
et les nitrates alcalins, sur le beurre d antimoine ct d autres chlorures obtenus
d une maniere analogue, Glauber (1648-1670) arrive a des conclusions a pen
pres exactes sur la nature et la composition de ccs corps. Voici par exemple com
ment il explique cequi se passe lorsqu on verse de la liqueur des cailloux dan>
une solution d or : L eau regale qui tient 1 or en solution, tue le sel de tartiv
(polasse) de la liqueur des cailloux, de manic-re a lui faire abandonner la silice:
et, en cchange, le selde tartre paralyse 1 action de 1 eau regale, dc maniere a lui
faire lacher For qu elle avait dissous. C est ainsi qne la silice et. Tor sont tons
deux privesde leurs dissolvents. Le precipite se compose done a la fois d oret (\<-
silice, dontle poids reuni represente celui de 1 or et de la silice employes primi-
tivement. Avant Glauber, on considerait le beurre d antimoine forme par l,i
distillation d un melange de sublime corrosif et de sulfure d antimoine comme de
1 huile de mercure, oleum mercurii. Voici Interpretation qu il donnc dcla reac
tion: Des que le mercure sublime (bichlorure cle mercure), melc avec 1 anti-
moine naturel (sulfure d antimoine), eprouve 1 action de la chaleur, 1 csprit qui
est combine avec le mercure, se porte de preference sur 1 antimoine, et 1 attaque
en abandonnant le mercure, pour former une buile epaisse (beurre d antimoine)
qui s eleve dans le recipient. Lc beurre d antimoine n est done autre chose qu une
dissolution de regule d antimoine dans 1 esprit de sel. Quant au soufre de 1 anti
moine naturel, il se combine avec le mercure, et donne naissance a du cinabre...
Celui qui s entend bien a la manipulation pent retrouver tout le poids du mercure
employe.
Robert Boyle l qui vivait en Angieterre a peu pres a la meme epoque que
Glauber, concourut puissamment par ses ecrits et ses travaux a constituer la chimie
en science independante (OEuvres de Boyle, edition complete, Londres, 1744.
5 volumes in-folio ; Recueil d experiences, Paris, 1679, edition francaise. Les
chimistes, dit-il, dans son discours preliminaire, se sont laisse jusqu ici guider
par des principes trop etroits et sans aucune portee. La preparation des aliments,
I extraction etla transmutation des metaux, voila leur theorie. Quant amoi,j ai
essaye de partir d un tout autre point de vue: j ai considere la chimie, non pas
comme le ferait un medecin ou un alchimiste, mais comme un philosophe doit le
faire... Si les hommes avaient plus a coeur le progres de la vraie science que leur
1 Robert Boyle, ne en Irlande en 1027, mort en 1691. fondateur de la Socie te royale de
Londres.
On lui doit, entre autres, la premiere publication d un precede de fabrication du phosphore.
Brand, negociant ruine a Hambourg, venait d isoler ce corps curieux et gardait son proqe de
secret. I revenu de cette decouverte par Kunrkel, un nomme Krafft de Dresde, se hata d a-
clieter a Brand, au prix de750 francs, le secret de la preparation. Krafft passa en Angieterre
et se fit beaucoup d argent en montrant son phosphore. Boyle sut par lui que Ton emploie
pour 1 obtemr quelque chose qui appartenait fin CORPS HUMAW. C esi sur cette senle indica
tion que 1 illustre chimiste anglais parvint a percer le mystere de Brand et de Kraflt.
De son cote Kunckel, joue par Brand et Kral lt, s etait mis a 1 oeuvre, sachant que Brand
avait travaille sur 1 urine et fut assez heureux pour trouver la preparation du phosphore
qu il communiqua a Homberg. Ce dernier !a lit connaitre a rAcademie des scienca.
74 IIIMIE.
propre reputation, il serait aise de leur faire compraidre que le plus grand
service qu ils pourraient rendre au mondc, ce serait de mettre tous leurs soms
a fain- des experiences, a recueillir des observations, sans chercher a etablir
aucune tbeorie avant d avoir donne la solution de tous les phenomenes qui peu-
vent se presenter. i L illnstre chimiste anglais ne s en tient pas a d aussi sages
conseils, il preche d exemple et, par ses travaux et les deductions qu il en tire,
il arrive a des conclusions remarquables pour son epoque. C est aiusi qu il
distingue tres-nettement le melange (mixture) de la combinaison (compound
i>utsx\ : u Duns mi melange, les corps qui y entrcnt conservent chacun leurs pro-!
prieles caraelerisliqucs, et soul faciles a Sparer les uns des aulres; dans uuc ;\
roinbiiiaisoii, les parlies const.ituantcs perdent leurs proprietes primitives et sont
ilil lieiles a separer. l,e premier, ilcomprend qu il n y a aucune raison de n admettre
qn nii i ibre reshv ml. d elemenls (trois, quatre on cinq); il soupconne qu il
\iendra penl-elre un jour on 1 on en decouvrira un norabre beaucoup plus consi
derable. Ainsi ]ioiir INI. I or et les melaux en :^ >neral, soul indecomposables. .le
\iindrais bien sa\oir cumment on parviendrait a decomposer 1 or en soufre, en
mrrcmv el, en sel ; je mVni:aurrais a \\-.\\c\- tous les frais de cette operation.
.I aumr qne punr .uii|ilc. jc n a: jamais pu y rcussir. Ses vues ne sont
pas moins nelles sur la nalmv des combmaisims. II est tres-possible que tel
corps compose iriilrniir scnlemi iil deux elements particuliers ; tel autre, trois;
i,| aiilir, i|iialir, elc. ; de inaniere qu il piuirrait y avoir des substances qui se
i <mi|><>seraieiil ehacniii d nn iiondiiv different d elements. Bicn plus, tel com\>si
pinirrail, a\i>ir des ( li inmls lonl dil li ivnls, dans lenr essence, de ceux d unaiihv
< oiii|i(is( , ((inline il y a des mots qui ne contiennent pas les memes lettres que
d anlivs nulls. > II pensait, ce qui est vrai dans beaucoup de cas, que le feu seul
ne samait decomposer les corps ni leurs elements hypostatiques, quo le feu ne
tail qn aiTaiit:er les molecules dans un ordre different, en donnant naissance ades
I M -oduits nouveaux qui sont, pour la plupart, composes. Aussi toutes les tentatives,
la iles pour determiner par 1 analyse pyrogenee la composition des corps, lui
paraissent illusoires.
Boyle avaitaussi observe que la presence d un element constant dans plusieurs
e(im])oses pe)it communiquer a ceux-ci des qualites communes. Ainsi le cuivre
rend bleus ou verts tous les sels dans lesquels il entre.
Les ideesde I m^le snr les eombinaisonscbimiques, traduites, avec sesouvrages,
en latin, en f rancais ct repandus ainsi dans tous les pays civilises pendant la
seconde moitie du dix-septieme siecle et la premiere moitie du dix-huitieme
siecle, s implanlerent pen a pen avee une force croissante dans 1 esprit des
savants. Nous les retrouvons dans les ecritsde Mayow (1668), deBoerbaave (1732).
Stahl parait avoir le premier fait entrevoir que les differences de proprietes entre
deux corps ne dependent pas uniquement de leur composition qualitative, niais
aussi des proportions relatives des parties constituantes. C cst ainsi qu il consi-
dere le soufre et 1 acide sulfureux comme de 1 huile de vitriol pblogistiquee a
divers degres.
A partir de ce moment, les idees les plus generates sur la nature des combi-
1 Boyle nous rappelle, par son independance scicntifique, 1 inventeur des rustiques figu-
lines, Bernard Palissy, si celebre par ses travaux dans 1 art des emaux et de la poterie.
Palissy, ne pres d Ajjen en 1499, /eleve avec force et esprit centre les pratiques des alchi-
mistes et des medecins a panacees. Ses ouvrages sont remplis d observalions critiques, qui
demontrent que longtemps avant Frangois Bacon certains esprits eleves savaient s aifranchir
des vaines theories et amener la science dans sa vraie voie, rexperimentation.
CHIMIE.
liaisons chimiques n ont plus guere change. On admet encore aujourd hui que
dans un compose forme de deux ou plusieurs elements, ces elements preexistenl
et peuvent toujours etre degages d unemaniere ou d une autre, avccleurs quahtes
et leur p ids. Mais si nous voulons aller plus loin dans la solution du probleme
et nous demander dans quel etat se trouvent les parties integrantes dans unc
combinaison, nous touchons a une des parties les plus controversies et dont
1 histoire sera faite plus loia.
Af finite. Lorsqu en presence d un compose binaire, le chlorure d argent par
exemple, on metun troisieme element, le zinc, ce dernier metal deplace 1 argent
et forme du chlorure de zinc. Pour expliquer ce plienomene, onditordinaircment
que le zinc a plus d affinite pour le chlore que n en a Targent. S exprimer ainsi,
c est couvrir notre ignorance du voile d un mot. Si la cause des combinaisons et
des decompositions chimiques etait nettement definie, si nous savions ce que
c est que raffinite, que nous faisons intervenir a tout propos, la chimie serait,
comme 1 optique, une science mathematique, et 1 experience n aurait plus pour
but que de controler les donnees de 1 analyse algebrique. Malheureusement, nous
n en sommes pas encore arrives ace haut point de perfection.
Nous devons nous contenterde resumer ici 1 origine du mot affinite, employe
en chimie, et les principales idees que Ton s est tour M tour formees de cette force.
Le mot affinite ou des periphrases qui le remplacent se retrouvent a une
epoque assez reculee dans les ecrits alchimiques. Albert le Grand (1518, De rebus
metallicis) dit: Sulphur, propler affmitatemnatune metalla aditrit. Suivant
Glauber (1648, Novifurniphilosophici), le sableetle sel de tartre ont de grandes
ressemblances et s aiment au point qu il est difficile de les separer. Dans Silvius
de le Boe (1659) nous trouvons ces mots : Quoties aliud metal lum prcedicto acido
magis affine additur solutioni.
Barchusen (1698) auquel on attribue, a tort on le voit, le premier emploi du
mot affinite en chimie, dit dans sa Pyrosophia, au sujet des quatre principes
elementaires entrant dans la constitution de tous les corps, que ceux-ci se trou
vent toujours melanges de quelque chose de terrestre, car ils ont entre eux
une affinite etroite et reciproque qui fait que... Ailleurs, il constate que lefeu
ne produit pas de substances nouvelles, mais que sous son influence, le merveil-
leux assemblage d elements, quiconstitue les corps, se detruit et ces elements se
separent les uns des autres, ou simplement se groupent entre eux de diverses
manieres. Cette derniere proposition avait deja etc formulee par Boyle qui pro-
nonce egalement le mot affinitas (Chymisto scepticus, 1661) , a propos de 1 action
de 1 esprit de sel sur le carbonate d ammoniaque. Quce duo sibi in vicem valde
sunt affmice. L idee d affinite devait etre beaucoup plus claire chez Boyle que
chez ses contemporains. Ce chimiste admet, en effet, que tous les corps sont
formes de particules tres-petites ; c est de 1 attraction mutuelle de ces particules
que derivent les phenomenes de combinaison et de decomposition. Sans prononcei
le mot, Glauber fait tres-bien voir qull comprenait la cause des reactions mutu-
elles des corps et 1 attribuait a des preferences.
II est interessant de voir comment Lemery, dans son Cours de chymie, 1675,
cherche a expliquer la precipitation des metaux les uns par les autres. Quand,
dit-il, on met du cuivre dans la dissolution d argent, 1 eau-forte quitte raro-ent, a
mesure qu elle dissout le cuivre. Je crois qu on ne peut mieux eclaircir ce fait,
qu en disant que le phlegme de la dissolution detache des petits corps de cuivre,
lesquels nagent dedans la liqueur, et comme ces petits corps rencontrent les
76 CIIIMIE.
pointes de 1 eau-forte chargees de particules de I aiV - iit- il ? ^ s flioquent et les
ebranlent, en sorte qu ils les rompeut, d oii vient la precipitation de 1 argent. car
les pointes qui les suspendent etant rompues et le phlegme n etant pas assez fort
pour les soutenir, il doit se precipiter par sa propre pesanteur.
.lusqu a la fin du dix-septieme siecle, 1 idee d affmite est generalement subor-
donnee a celle d analogie, de parente. On croit. avec Ilippocrate, quel union nr
pout sc fairc qu entre deux choses scmblables, parentes, d ou le mot alleimml
verwandschaft. Le soufre a de I affmite pour les metaux parce que ceux-ci con-
tienneut du soufre. Ainsi Becher (fin du dix-septieme siecle) admet, comme prin-
cipe fundamental en chimie, que 1 union de deux corps ne peut avoir lieu que
s ils out un principe commun. Afftnis et affinitas sont pourlui syuonymes d ana-
loyues et ft analogic.
An commencement du dix-huitieme siecle, Boerhaa\ v i Elementa cltemiie. 1 / ~.
moditie cette maniere de voir et adopte les idees de Boyle : Causa certa requi-
ritur, quce efficit, ut parliculce dissohentis a se miituo recedcntes potius petant
illas matcricc dissolvendce particulas. quam ut in antiqna statione maneant. An
non similis rut in exigitur, rum particulce solvendi, jam ,liml<ir per cirtittrnt
solventis, sicque jam separata , potius maneant nunc unitce illis menstnti /"/-
tibus, perquas solutio facia fuit. quam ut iterum po*t solutionrm perac-tam.
particulce solventis, et solutce, denuo se affinitate suce naturae colligant in cor
pora liomogenea. Par dissolvants, Boerhaave comprend surtout ici ceux qui HIM-
difient chimiquement les corps dissous, telsqueles acides agissant surles met;m\.
En meme temps que Ton reconnaissait la nature des combinaisons et qne Ton
attribuait 1 union ilt-s riirps ;i 1 influence d une force (affinite), on etmt .-mn iie ;
Yoir que cette force n agit pas egalement d un corps a 1 autre, que par coiisequnil
elle cst variable en intensite. G est ainsi que Glauber range les metaux dans
1 ordre suivant d apres leur affinite pour le mercure : or, argent, cuivre. fer;
Boyle observe que le cuivre qui precipite 1 argent de ses solutions est a son tour
precipite par le zinc ou le fer; Stahl fait voir que dans leurs combinaisons ;i\v,
le soufre. le fer deplacele cuivre, le cuivre deplace le plomb, celui-ci 1 argent. el
que 1 antimoine deplace le mercure. Lememe chimiste classe les metaux d apres
leur ordre de solubilite dans les acides : zinc. fer. cuivre, plomb, etain, mercure.
argent. 11 sait que 1 acide sulfurique met en liberte 1 acide nitrique, et que celui-
ci dejM^e 1 K-ide chlorbydrique des sels correspondants.
Geotfroy (1718) nous clit: Toutes les fois que deux substances qui ont quelque
disposition a se joindre 1 une avec 1 autre se trouvent unies ensemble, s il en
survient une troisieme qui ait plus de rapport ;ivrc Tune des deux, elle s y unit
en faisant lacher prise a 1 autre. Appuye sur ce principe, le chimiste fram ;;ii>
dressa les premieres tables de rapports ou d afh nite des bases pour les acides eu
general, et ea particulier pour les acides sulfurique. azotique. chlorhydrique : ik-
acides pour 1 alcali fixe, des metaux pour le soufre.
Des 1758, Stahl etablit la distinction eutre 1 atTmite revelee a la temperatuiv
ordinaire et celle qui se manifeste a chaud; en 1775. Baume separe avec plus dc
nettete les tables d affinite obtenues par voie humide et celles qne donne la voie
seche.
Plus lard, Bergmann doune aux tabks d affmite une grande important.
1 Torbern Bergmann, ne a Catharinenberg, en Suede, en 1735, mort en 1784, professeur
a I universitii de Stockholm. On luidoit.
Des reeherches sur 1 acide aerien (acide carbonique), il en etablit nettement le role acide,
CII1MIE. 77
Grace a son autorite, 1 usage de ces tables s etend jusqu a la fin du mx-liuitirme
siecle, ou nous voyons Lavoisier dresser une table d affinite des metaux pour
1 oxygenc, et Thenard fonder sur ce caractere une classification des metaiix qui
s est maintenue jusqu a nos jours dans 1 enseignement classiquc i rancais. Pour
Bergmann, 1 attraction entre deux corps cst une grandeur constante. II se sert de
la methode des deplacements de Geoffroy pour determiner la valeur relative de
I affinite de deux ou plusieurs corps par rapport a un troisieme. Ayanl de plus
observe que le poids d une base necessaire pour saturer une quantite determinee
d un acide est constante, il cberche experimentalemeut les poids des diverses
bases necessaires a la saturation d un poids constant d un acide, et tire de la
eomparaison des resultats trouves la conclusion i ausse que I affinite d un corps
est en raison inverse de la dose d un autre corps necessaire pour saturer le pre
mier. Ainsi, 1 affinite d une base pour un acide serait d autant plus grande que
le poids d acide qui s y combine est petit. Kirwan, par des analyses plus exactes
que celles de Bergmann, arrive aux memes conclusions que lui, en ce qui louche
les bases, tandis que, contrairement aux idees du cliimiste suedois, 1 affinite d un
acide pour une base serait d autant plus petite qu il s umt a une dose plus forte
d un acide. Cette maniere de mesurer 1 affinite etait, des le debut, trop eu con
tradiction avec les faits pour attirer vivement 1 atteution des savants.
Wenzel (1777) mesurait 1 affinite d un corps pour un dissolvant par le temps
necessaire pour operer la dissolution. Guyton de Morveau (Encycl. method ique,
S786), rapprochant les phenomenes d attraction chimique de 1 adhesion, emploie
les determinations relatives a cette derniere force comme moyens dc comparaison
de 1 affinite. Enfiii Fourcroy (1800) utilise dans le meme but la temperature ne
cessaire pour detruire la combinaison une ibis formee. Pour I .erthollet (Recher-
ches sur les lois de 1 affinite, 1801 ; Essai de statique chimique, 1805), 1 aftinite
chimique est le resultat de 1 attraction universelle s exercant, non comme dans
la gravitation, sur des masses, mais entre les dernieres particules de la matiere.
Gette attraction est modifiee dans ses effets par la forme de ces particules et aussi
par la tendance des particules a prendre soit 1 etat solide (cohesion), soit 1 etat
gazeux. Si 1 affinite ne dependait que de 1 attraction des corps entre eux, en
mettant un compose ab en presence d un corps c, il ne pourrait se former qu un
compose abc, tandis que les choses se passent autrement dans beaucoup de cas.
il constate sa presence dans les eaux minerales gazeuses, dont il indique la preparation arti-
iicidfle, dans 1 air atmospherique, dans la craie et les alcalis carbonates. II connait la solu-
bilite de la craie et de la magnesie dans 1 eau chargee d acide carbonique.
Au sujet de la composition de 1 air, il developpe des idees tres-rapprochties de la verite.
L air commuu est un melange de trois flukles elastiques, savoir: de 1 acide aerien libre,
mais en si petite quantite, qu il n altere pas sensiblement la teinture de tournesol, d un air
qui ne peut servir ni a la combustion, ni a la respiration des animaux et que nous appellerons
air vide, jusqu a ce que nous connaissions mieux sa nature ; enfin, d un air absolument ne
cessaire au ieu et a la vie animale, qui fait a peu pres le quart de 1 air commun, et que je
regarde comme 1 air pur. Ces idees fondees sur des fails connus a ce moment de la plupart
des chimistes (voy. Combustion} allaient etre confirmees par la decouverte de 1 oxygene par
Priestley et Scheele.
On lui doit encore de nombreux precedes d analyse quantitative, la decouverte de
1 acide oxalique aniiiciel (acide du sucre) et un grand travail de philosophic chimique sur
les attractions electtves.
1 Claude-Louis Berthollet, ne en 1748, a Taillaire, Savoie, mort en 1822. Outre sestravaux
theoriques sur 1 atlinite, on lui doit :
La decouverte de 1 acide chlorique, la preparation de 1 oxygene par le chlorate de potasse,
le blanchiment, 1 analyse de 1 ammoniaque de 1 acide sultureux.
78 CIIIMIE.
L affinite entro deux corps ne peut s exercer que lorsque leurs particules soat
amenees en contact, par le fait cle la solution; par consequent, un corps echappe
a 1 action chimique des qu il prencl la tonne solide ou 1 etat gazeux. Lorsque deux
corps, en solution, soiit mis en presence, 1 action chimique depend dc la grandeur
de 1 aflinite et du rapport des masses. La grandeur de 1 affinite est la conseqnemv
de la forme des particules. D apres cela, mettous eii presence et a 1 etat de so
lution un corps a et un autre be ; admettons pour commencer qu il ne se produit
pas dc precipite et qu il ne se degage pas de gaz; soient 1 affinite de a pour c,
et. 6 celle de b pour le meme corps c; soient ABC les masses respectives des
corps abc. Les deux corps a et b se partageront c proportionnellenient a lei us
A
masses et a leurs affmites. C sera ainsi partage en deux portions ; 1 une c
A.& r~ DJ
T>g
sera combinee a A, 1 autre - - c sera unie a B, et Ton arrivera a un etat
Aa-+-B|3
d equilibre stable. Berthollet appelle masse chimique le produit de la masse par
1 affinite. Si nous supposons maintenant que 1 un des nouveaux corps formes par
le partage se precipite, en raison de son insolubilite, ou se degage a 1 etat de
gaz, 1 equilibre sera rompu, et I aclion deplagante du corps a par rapport a b
pourra continucr jusqu a ce que b soit devenu libre et que c soit entiereiaent
soustrait atoute attraction, par son introduction dans une combinaison insoluble
ou gazeuse.
On voit par ce rapide apercu des theories de Berthollet que ce rhimisle n ailmrt
pas la loi des proportions detinies qui fut etablie de son temps. Malgre cela, une
partie de ces considerations, moditiees dans le sens de cette loi, a survecue, sar-
tout en ce qui touche les sels et leurs reactions nnituelles, 1 action des acides et
des bases surles sels. On les connaiten chimic sous le nom de lois de Berthollet.
Nous ne dirons rien des theories dynamiques de 1 affinite, imaginees par Kant,
Scbelling et autres. Pour ces philosophes, 1 equilibre de la matiere est le resultat
de deux forces contraires, 1 une attractive, 1 autre repulsive. Ces theories n ont
amene la decouverte d aucun fait nouveau, ni pu provoquer aucune recherche
experimentale.
A 1 epoque ou nous sommes arrives, on admettait assez generalement que 1 af-
miite chimique est une attraction s exercant entre les particules des corps ; les
uns (Newton, Buffon, Bergmann) voyant dans cette attraction un cas particulier
de 1 attraction universelle de la matiere et attribuant les modes d agir variables de
cette force aux differences de formes et aux positions respectives des particufes ;
d autres, au contraire, en faisaient une force a part, speciale, ayaiit tin mode
d action original.
11 nous reste a parler de 1 intervention de 1 electricite dans la theorie de 1 affi
nite, intervention qui a exerce sur les idees des chimistes de la premiere moitie
de ce siecle une si graude influence, grace a 1 autorite de H. Davyet de Berzelius.
En 1800, Nicholson et Carlisle observent pour la premiere fois la decomposi
tion de 1 eau par le courant electrique. Trois ans plus tard, Berzelius et Hisinger,
etudiant les decompositions electro-chimiques des sels, reconnaissent que 1 oxy-
gene et 1 acide se rendent au pole positif, tandis que 1 hydrogene, la base ou le
nietal apparaissent au pole negatif.
Vers 1806, sir Humphry Davy l , appuye sur de nombreuses experiences et sur
Humphry Davy, nc aPenzance (cointe de Cornouailles) 1778, mort a Geneve en 1829.
CHIMIE. 79*
des decouvertes de premier ordre, comme celle des metaux alcalins obtenus pour
la premiere fois par lui au moyen d un courant electrique puissant, agissant sur
la potasse et la soude, admet que les combinaisons et les decompositions chimi-
ques resultent detractions et de repulsions electriques. Pour 1 illustre chhniste
anglais, les phenomenes electriques et chimiques dependent de la rneme cause ;
les premiers apparaissent quancl les corps agissent les uns sur les autres en
grandes masses, les seconds derivent d actions particulaires. L affmite est la con
sequence d une tension electrique. Au moment de la combinaison, il y a neutra
lisation des electricites de noms contraires, tandis (me la decomposition rlrr-
trique est un retour des particules a 1 etat initial. La chaleur et la lumiriv ijni
accompagnent la combinaison sont comparees a 1 etincelle electrique.
La theorie de Davy eut un succes presque general ; entre les mains dc Bcr/r-
lius *, elle servit a consolider par des bases physiques solides les vues dualistiqnes
de Lavoisier sur la constitution des corps composes. Le chimiste suedois * y ajouta
1 hypothese de Schweigger sur la polarite atomique. Dans cette hypothese, on
suppose que les atomes des corps simples ont deux poles (-(- et ), mais tantot
c est 1 electricite positive qui domine, tantot c est la negative. L uuion s eft eclur
ciil re des corps doues de polarites differentes, et de la neutralisation des elect ri-
citcs resultent les phenomenes physiques (ehaleur, lumiere) qui accompagnent
les combinaisons. Les elements sont divises en electro-posit ifs ct electro-negatifs.
L ordre electrique de predominance de Tune ou 1 autre electricite ne marque pas
le degre d affinite ; celui-ci depend de la quantite absolue d electricite accumnlee
aux deux poles.
Depuis Davy et Berzelius, nous ne trouvons plus de theorie sur la nature de
1 affinite qui ait captive les suffrages des suvants. Les chimistes ont compris que
le moment n est pas encore venu de se faire une idee exacte sur la cause drs
combinaisons. Au lieu d hypotheses primitives, des travaux serieux ont ele ding s
en vue d etudier 1 affinite dans ses diverses manifestations. Nous citerons, entre
autres, les belles recherches de H : . Sainte-Claire Deville et de ses eleves sur la
dissociation, les mesures thermo-chimiques inaugurees par Lavoisier, Dulong,
ponrsuivies par Fabre et Silbermann, Fabre seul, Berthelot, Troost et Haute-
feuille, Thomsen. La theorie mecanique de la chaleur, dont 1 histoire est du do-
maine de la physique, est destinee a jeter un grand jour sur les lois et les mani
festations de 1 affinite chimique ; les travaux de thermo-chimie serviront de pont
entre cette theorie et la chimie. Dans un autre ordre d idees, nous trouvons en
core : les recherches de Berthelot et Pean de Saint-Gilles sur les reactions des
acides et des alcools (etherification), celles plus recentes de Berthelot et Saint-
l etudie en 1189 les pvoprietes physiologiques du protoxyde d azote, eonnu depuis ses
iravaux sous le nom de gaz hilarant.
En 1807 il isole pour la premiere fois les metaux alcalins.
En 1815 il invente la lampe des mineurs et plus tard le procede de preservation du dou-
blage des \aisseaux.
Nous parlerons plus loin de ses travaux sur la constitution du chlore, de 1 iode, de 1 acide
chlorhydrique et des acides en general.
4 Cerzelius, ne en Suede en 1779, mort en 1848 est une des grandes figures de la chimie
moderne, par 1 influence qu il a exerce sur ses conlemporains, grace a ses travaux et a ses
decouvertes, mais aussi par ses trailes de chimie et ses rapports annuels. Qui de nous n a eu
entre les mains les ceuvres de Berzelius.
En dehors des travaux qui touclient anx questions generales de la chimie et dont il est
question dans le texte, Cerzelius onricliit la chimie par la decouverte de plusieurs corps
simples. Silicium 180D, Selenium 1817 ef contribua au progres par ses methodes d analy^c.
80 C1IIMIE.
Martin sur 1 etat des sols neutrcs ol acides dans unc solution, ot de Malagutti sur
le menie sujet; les experiences de Bunsen sur Ics lois de combustion d nn me
lange de gaz combustibles, de Debus sur la precipitation de 1 eau de chaux on de
baryte par une solution etendue d acide carbonique, etc., etc. Les resultats olile-
uus sont du domaine de la science contemporaine, et nous ne pouvons p;is enlivi-
dans jilus de developpements a ce sujet.
Williamson (Ann. Ch. u. Pliann., t. LXXVII) a propose assez recemmenl une
tbeorie, ou plutot une bypotbese, qui sort des idees que Ton se forme geiienile-
ment de 1 aflinite. Solon lui les atonies, dans un gaz compose comme I acide
chlorhydriqne , cliangent continuellement de place. Aiusi le memc atonic do
clilore so rait successivcinent en rapport avcc les divers atonies d hydrogene. 11.
S.imle-Claire Deville (Lemons de la Societe chimique) propose desupprimer com-
pletement la notion d affniite comme inutile, vague et tout a fait hypolbetique, et
ne veut voir dans 1 acte de combinaison que les phenomenes apparents tels que
le degagement de calorique. Pour lui, le cuivre de sulfate de cuivre n ost plus
le cuivre du metal libre, nilc cuivre contenu dans le chlorure.
Nous verrons plus loin comment, de la comparaison des compositions quanti-
tatives des corps appuyee sur la theorie atonuque de Dal ton, s est former la theo-
rie de I alonncite des elements el des groupes d elements. Cette tbeorie introduit.
i rote de I affiiiite proprement dite ou de la force qui tend a unir les corps entrc
eiix, une notion nouvelle, celle de la capacite de saturation des atonies ou des
Li-uupes d atonies, capacile distinete et variable d un corps a 1 autre, et qui ini-
priine anx composi s, engendres par tel ou tel element, une forme speci.de.
Notions sur la composition quantitative. Jusqu a present nous avons fait
rinsloi iipie de 1 ailinite en 1 envisageant a un point de vue qualitatif; nous allons
1 1 \euir sur nos pas et etudier la question balance en main. Aiusi se revelera a
IKIIK un cote tres-important qui a exerce une influence capitale sur les progres
li-s doctrines cbimiques.
La notion de poids, de quantite limite necessaire pour produire uu effet cbi-
inique diiiuie. se retrouve, quoique confusement, a une epoque assez reculee.
l.lle est nee de 1 etude des sels, ou plutot de 1 action des acides sur les alcalis, les
|i|i( U()iiieues de saturation etaut dans ce cas faciles a saisir. Ainsi, Geber tixe la
dose de vinaigre qu il convient d employer pour precipiter le soufre dans le foie dc
Minfre. Van Helmont (1G40) dit que, pour precipiter la silice d une solution deli-
i|in iii des i-ailloux, ill aut ajouterlaquantited acide necessaire pour saturerl alcali.
L idee de neutralite des sels etait familiere a Boyle. Vers la fmdu dix-septieme
siecle (Iti99j, Guillaume Homberg 1 determine la dose de divers acides (acetique,
1 Guillaume Homberg, ne a Batavia en 1652, niort i Paris en 1715 precepteur du due
d Orleans, regent de France.
Fit le premier connaitre en France les travaux de Kunckel sur le phosphore. On lui doit
des experiences sur la lusibilite et la volatilite des metaux. II decouvrit le chlorure de cal
cium (phosphore de Homberg}, par la calcination du sel ammoniac avec la chaux.
Jean Kunckel, dont il est question ici, est ne a Kendsbourg, en 1650, mort en 1702, fut
partisan de la doctrine experimental de Bacon et antagoniste des alchimistes. En chiraie.
pas encore pu decouvnr ce que c est que i su/fttr jixum, ec comment i[ tail partie
tutive des melaux.
II decrit dans ses ouvrages la preparation du pourpre de Gassius et du rubis artificie)
(verre rouge). 11 etudie les fermentations, reconnait 1 aciion des toiles metalliques sur In
llamme, reproduit le phosphore de Brand et le phosphore de Eaudouin, qui se forme par la
calcination du nitrate de chaux.
CIIIMIE 81
nitrique, sulfurique, chlorhydrique) necessairc pour saturcr unc once de sel de
tart re (carbonate de potasse), en recherchant 1 augmentation de poids eprouyee
par 1 alcali mis en contact avee ces acides, apres evaporation a siccite. Aussi
Boerhaave pouvait-il dire, en 1752, dans son traite de chimie, qu en ajoutantpeu
a peu un acide a du sel lixiviel, on arrive a un point de la reaction oil 1 alcalinite
disparait. Ce point est appele saturation ; alors le compose obtenu n est ni acide,
ni alcalin, mais forme par la reunion de ces produits (salia, sic dicta neulra).
Les recherchcs de Homberg resterent longtemps sans continuateurs, et ce
n est que vers 1775 que nous retvouvons Bergmann et Kirwan occupes de 1 ana-
lyse quantitative des sels. Nous savons deja dans quel esprit theorique ces tra-
vaux etaient cntrepris. La comparaison des nombres adoptes de nos jours et de
ceux publics par ces chimistes montre que 1 analyse n avait pas encore pris
entre leurs mains un haut degre de precision.
En 1777, Wenzel (ne a Dresde en 1740) publie un traite de l affinite qui, an
moment de son apparition, cut pcu de retentissement, mais contribua plus tard
a assurer a son auteur une place distinguce parmi les fondateurs de la chimie
quantitative. Scs analyses, mieux faites que celles de Bergmann et Kirwan,
inspirerent peu de confiance, par cela memo que les resultats diff eraient des
lours. La consequence capitale que Wenzel tire de ses travaux, est I explication
de la conservation de la neutralite lorsque deux sels reagisscnt Tun sur 1 autrc
par voie de double decomposition. Bergmann n avait pu donner une interpreta
tion acceptable de ce fait. Se fondant sur de nombreuses analyses, Wenzel de-
montrc que si la neutralite subsiste apres la double decomposition, c cst que les
quantites d alcalis et de terre qui saturent un meme poids d un acide, sont ega-
lement saturees par un poids constant d un autre acide. Ainsi :
181,5 parlies d acide sulfurique saturenl. . I * ^ n es de chaux -
I 22 2 parlies de polasse,
W parlies d acide nilrique salurent . . ( 1>arlies <! e cllaln
I 2"20 parties de polasse.
Un peu plus tard que Wenzel (1789-1802), Richter de Breslau s occupe de
questions analogues touchant la composition des sels. II reunit en tableaux (se
ries de masses ou de saturation) les poids des diverses bases alcalines ou ter-
reuses qui saturent un meme poids d un acide et les poids des divers acides
capablcs de saturer un meme poids d une base. II observe que deux series pa-
ralleles, se rapportant par exemplc aux acides compares a deux bases diffe-
rcntes, renferment des nombres qui sont dans le meme rapport d une serie a
1 autre. Ainsi un poids A d une base se combine a des poids a, b, c, d, etc., de
divers acides; un poids B d une autre base se combinera a des poids mx,
mxfc, mXc, mxd, etc.. des memes acides. Etant donnee une seric com
plete, on peut done calculer les autres, en determinant pour chacune d elles
le rapport m qui la caracterise. De la, a reunir toutes les series de Richter en
deux series, dont 1 une comprend les bases et 1 autre les acides, il n y avail
qu uii pas. C est ce que fit Fischer du vivant meme de Richter. 11 est presque
inutile d ajouter que ces deux series, a 1 exactitudc pres, ne sont autre chose
que les tables d equivaleuts des acides et des bases, dont nous nous servons en
core aujourd hui.
Fixant son attention, comme 1 avait deja fait Bergmann, sur les phenomenes de
precipitations metalliques dans les sels et sur la conservation de la neutralite.
apres la reaction, Rich tor lire la conclusion que les poids du metal precipite et
DICT. iixc. XVI. 6
82 C1ILMIE.
dii metal precipitant qui entrant en jeu, sont en raison inverse des poids d oxy-
gene que ces metaux sont susceptibles d absorber; en d autres termes, pour sa-
turcr Tine meme quantite d acide, les deux metaux exigent la meme quantite
d oxygene. Aiusi formulee, cette loi est la traduction, dans le langage de Lavoi
sier, des vues exprimees par Bergmann sur le meme sujet, dans le langage
phlotnstique.
A cote de lois remarquablement cxactes, Richter developpc des doctrines liy-
pothetiques ; telles sont ses tentatives pour grouper en progressions geometri-
ques et arithmetiques ses series de saturation des acides et des bases. Aussi les
I i avaux du chimiste deBreslau n inspirerent-ils au debut que peu de confiance et
Irouverent-ils peu d adherents. Ce n est que plus tard que Ton sut demeler cu
qu ils avaient de reellemeut bon et pbilosophique, et que le nom de Richter vint
se placer a cote de celui de Wenzel parmi les 1 ondateurs de la chimie quanti
tative.
II resulte de ce que nous venous de dire et de 1 histoire des travaux de La
voisier, qui trouvera sa place a propos de la combustion, qu a la fin du dernier
siecle 1 invariabilite dans la composition quantitative d un produit defini, on ce
que 1 on nomnie la loi des proportions definies, etait generalement admise par
le- i -liimii-li s. I.es lr;i\;m\ dc Proust 1 (1801-1808) sur la formation et la com-
posiliini (Irs K\\dcs, des suH mvs et ties sels coutirmaient pleinement cette nia-
mciv dc \iiir, el il poiivait dire en toule certitude: Les proportions toujours
invarialilcs, ces altrilmts cmislants qui caracterisent les vrais composes de 1 art,
on ile la nature, en mi mot. ce pondits natune, si bieii vu dc Staid, tout cela,
dis-je, n est pas plus au pouvoir du chimiste que la loi d election qui preside a
toutes les combinaisons.
A cette epoque sYniM-ca une lutte memorable eutre Proust et Berthollet.
Nuns avons deja \u, en ett et, que dans 1 opinion de ce dernier. 1 attraction ijui
s exerce entre deux corps est modifiee par la masse des substances en presence,
de sortc que deux corps mis en presence d un troisieme pour lequel ils ont de
I affinite se partagent ce dernier proportionuellement aux masses et au coeffi
cient d affinite; il en resulte necessairement que les combinaisons de deux corps
peuvent s effectuer en toutes proportions ; c est la negation de la loi de propor
tions defmies. Malgre son talent incontestable, Berthollet devait succomber, par
la force de la verite, lorsque Proust cut montre clairement que lorsqu un corps
simple forme avec un autre element deux ou plusieurs combinaisons, les pro
portions respectives des parties constituantes varient brusquement. par sants.
d un compose a 1 aiftre, et non progressivement comme le supposait Berthollet.
Ainsi, pour les deux oxydcs de cuivrc et d etain, il trouve :
| oo -!= 2
Cuivre. ....... 86, 2 80 Etain 87 78,4
Oxygene ....... 18,8 20 Oxygene 13 -Jl.r,
Si Proust avait fait un pas de plus et calcule ses resultats, non pour 100 par
ties de matiere, comme on en avait 1 habitude, mais pour un poids constant dc
1 Proust, Joseph-Louis, ne a Angers en 1755, mort en 1826, professeur de chimie, a Se-
govie, Salamanque et Madrid.
Un lui doit de nombreux et tres-bons travaux sur 1 etain, le cuivre, le feu, le nickel,
Vantimoine, le cobalt, Tor, 1 argent, le mercureet leurs combinaisons (sull iires, osydes, sels).
II distingue le premier le sucre de raisin comme different du sucre de canne ; etudie 1 uree,
la caseine, 1 acide prussique.
CH1M1E. 83
1 uu des elements, il ravissait a Dalton 1 honneur dc la decouvcrtc dc la loi des
proportions multiples.
Vers le commencement du siecle, Dalton 1 , profcsseur a Manchester, e tudiant
la composition des deux seuls carbures d hydrogene connus alors, le gaz des
marais ct le gax olefiant, trouve que pour un memo poids de carbone ces deux
gaz renferment des poids d hydrogene qui sont dans les rapports de 1 a 2. Cette
loi, si simple, fut verifice presquc immediatement pour les deux oxydcs du car-
bone ct les composes oxygenes de 1 azote. Un esprit aussi perspicacc ct aussi
eclaire que Daltou devait chercher une explication u cette loi rcmarquable par
sa simplicitc ; il la trouva en reproduisant, sous une forme rajeunie, 1 hypothese
des atomes deju proposec par Leucippc et Epicure. Les corps simples sont, a ses
yeux, formes de particules indivisibles ou atomes. Pour chaque matiere elemen-
taire, 1 atome possede un poids invariable. La combinaison entrc deux ou plu-
sicurs elements resulte, non d unc penetration de leur substance, mais de la
juxta-position de leurs atomes. Cette hypothese, ainsi posee, rend egalement
bicn compte de la loi des proportions multiples et de celle des proportions de-
fmics. En prcnant, avec Ballon, 1 hydrogene comme terme de comparaison et en
admcttant quo son atomc pese un, les poids des divers corps simples qui sc
. combinent a 1 d hydrogene seront les poids relatifs des atomes de ces corps.
(Test ainsi que le chimiste anglais construisit la premiere lablc des poids atomi
ques relatifs. Cette table est inexacte quant aux resultats miineriqncs, mais le
fait d en avoir tente la realisation constitue un grand progrcs scientifique (1807).
La loi des multiples fut etendue aux combinaison s des acides, avec les bases, par
Wollaston 2 (Recherches sur les oxalates de potasse). Dalton montra de plus que
Je poids atomique d un compose (poids moleculaire) est egal a fe somme des
poids des atomes elementaires.
Ces idees theoriques trouverent en meme temps des adherents convaincus et
de puissants adversaires ; parmi ces derniers devait necessairement figurer Ber-
Ihollet, dont les vues etaient diametralement opposees. Cependant les tables des
poids atomiques furent generalement admises dans la science et developpees en
raison de leur haute utilite pratique. Ces tables sont aussi connues sous les
9ioms de tables des nombres proportionnels (H. Davy), tables des equivalents
(Wollaston). En 1810, Thomson public une table des poids atomiques pour les
acides ct les bases; en 1814, Wollaston fait paraitre une table A equivalents en
prenant comme unite comparative 10 parties d oxygene ; ses derniers resultats
sont deja plus exacts que ceux de ses dcvancicrs Mais ces premieres tentatives
devaient disparaitre devant les travaux si complets et si exacts de Berzelius. Le
grand chimiste suedois consacra a la determination des poids atomiques des ele
ments une partie de sa longuc ct laborieusc carriere scientifique. Les tables de
Berzelius ont fait loi jusqu en ces derniers temps et n ont subi que quelques
rectifications de detail, dues aux importantes reclierches de Dumas et Stas, de
Marignac, dc Dumas seul, de Stas seul, etc. II nous est impossible de suivre
Berzelius et ses continuatcurs dans leurs experiences et leurs methodes magis-
1 JoJm Dalton, ne en 176 , dans le duclie de Cumberland a Eaglesfield, mort en 1844.
Outre ses beaux travaux signaler dans le texte, nous rappellerons ses reclierches sur 1 ab-
sorption des gaz parl eau, sur 1 eudiometrie.
- Wollaston, ne a Londres en 1706, mort en 1828.
Chimiste et physiclen, il decouvre en 1804 le palladium et le rhodium, dans la mine de
platine, d ou Tennant avail retire en 1803, 1 osmium et 1 iridium.
84 CHIMIE.
trales; mais nous cngageons Ic lectcur qui veut se rendre un compte exact cles
difficulty s vaiucues ct du haut degre de precision apporte par ces savants chi-
mistes, de lire les memoires originaux.
Dans son grand memoire sur les equivalents, Dumas joint, a 1 expose experi
mental, des rapprochements ingenieux entre les nombres equivalents de certains
groupes d elements. Ces rapprochements se rattachent a des considerations phi-
losophiques sur [ unite de la matiereet al idee emise en 1815 par Proust. D a-
pres ce dernier, les poids atomiques des elements sont des multiples du poids-
atomique de 1 hydrogene. Dumas cherche a demontrer que la loi dc Proust de-
vient exact, pour la plupart des corps simples, si on compare leurs poids ato
miques, non a l imite, mais a 1/2 ou a 1/4.
Les determinations rigoureuses de Stas tendent, au contraire, a faire admeltre
que cette loi n cst pas exacte, ou tout au moins qu elle n est qu approchee.
Apres avoir expose dans son ensemble 1 histoire des poids atomiques ou des
equivalents chimiques, nombres qui expriment dans quelles proportions les divers
corps simples se combinent a uuc meme quantite de Fun d eux prise comme unite
(oxygene ou hydrogene) , et fait remarquer que les travaux de Wenzel, deRichter
et de Berzelius conduisent a la conclusion que ces nombres expriment en meme
temps dans quelle proportion ces divers corps se combinent entre eux ; nous
reviendrons surnos pas, pour trouver, en 1808, Gay-Lussae oecupe a decouvrir
sa belle loi sur la combinaison des gaz. La loi de Gay-Lussac est du domaine de la
science, nous n avons pas besoin de la formuler ici. Sa simplicite avail ete
nieconnue par Lavoisier, qui en s occupant de questions analogues n avait pu
arriver a un degre de precision suf tisant pour la demeler. Gay-Lussac confirma,
en meme temps, pour les combinaisons en volumes, cc que Dalton avait trouve
pour les poids. Lc premier travail de Gay-Lussac, sur la composition de 1 eau, a
ete fait en commun avec A. de Humboldt. La simplicite du rapport (2 : 1) entre
les volumes de 1 hydrogene et de 1 oxygene combines fut ensuite retrouvee par
Gay-Lussac dans d autres combinaisons gazeuses. Mentionnons encore : la loi de
Berzelius sur la composition des diverses classes de sels (1810 et 1811); la loi
I Joseph-Louis Gay-Lussac, ne en 1778 dans la Haute-Vienne, mort en 1850 a Paris, an-
cien eleve de 1 Ecole polytedmique.
Les principaux travaux, en dekors de ceux qui touchent a la loi de combinaison des gaz,
sont :
Decouverte et etude du cyanogene et de ses composes, 1815.
Chlorometrie, alcalimetrie, iicidimetrie, alcoome trie.
II fit aussi beaucoup de recherches en commun avec Thenard.
Thenard, Louis-Jacques, ne pres de ISogent-sur-Seine en 1777, mort en 1857, exergaune
grande influence comme professeur.
En 1800, il etudie les combinaisons de 1 arsenic et de 1 antimoine, avec 1 oxygene, le soufre,
puis les oxydes et les sels de mercure, les phosphates, les tartrates.
II dccouvrit le bleu de cobalt (bleu de Tbenard), 1 eau oxygenee. Thenard fut 1 eleve de
Vauquelin etde Fourcroy.
Ces deux chimistes avaient a la fin du dernier siecle une grande autorite comme savants
et profebseurs. Leurs travaux n ont pas exerce sur la marcue des doctrines chimiques une
assez grande influence pour que leur nom ait pu trouver place dans 1 expose liisiorique,
mais nous ne pouvons pas les passer tout a iait sous silence dans cet aperc,u historique.
Louis-Nicolas Vauquelin, ne en ^ormandie en 1705, mort en 1829, decouvrit le chrome
1797, et la glucyne 1798. L analyse chimique minerale lui est redevable de nombreux
precedes.
Antoine-Frangois de Fourcroy, ne a Paris en 1755, mort en 1809, partisan zele de la
theorie antiphlogistique de Lavoisier, la plupart dc ses travaux ont ete 1 aits en commun avee
Vauquelin.
CIIIMIE. 85
tlcDulonget Petit sur Ics chaleurs spccifiques des atonies (1819); celle de 1 iso-
morphisme fonnulee par Mitschcrlich (1820), et nous aurons epuise la nomen
clature des grandes lois numeriques sur lesquelles s appuyaient ut s appuient
encore Ics doctrines chimiques sur la constitution des composes mineraux
jusqu au moment oil les developpements de la chimie organique longtemps vas-
sale de la chimie minerale, vinrcnt iufluer a lour tour sur la maniere de voir des
savants.
E rpose sommaire de ces doctrines. Pour les uns, les modes de formation et de
decomposition d un corps compose sont susceptiblesde reveler la position respective
des parties integrantes. Alors, suivant les reactions et Ics precedes de synthese
auxquels on donnc la preference, auxquels on accorde le plus d importance, la
constitution sera differeutc. Ainsi pour Lavoisier, Fourcroy, Vauquelin, Gay-
Lussac, Berzelius, un acide oxygene anhydre contient un metallokle plus de
1 oxygene, une base est formee d un metal uni a 1 oxygene, un scl renfermc un
acide oxygene place a cote d une base. Un acide hydrate est un acide anhydre plus
de 1 eau. L acidite depend d uue maniere absolue dc la presence de 1 oxygene
uni a un nietallo ide. Cette maniere de voir avait tellement cnvahi 1 esprit des
savants de cette epoque, que Ton nieconnut longtemps la portee des fails qni se
trouvaient en contradiction directe avec clle. Ainsi nous trouvons Gay-Lussac et
Theuard persuades que 1 acidc chlorhydriquc est un compose oxygene. Pour
justifier sa production par 1 union directe du chlorc et de I hydrogene, et ledega-
gement d hydrogenepar 1 actiondes metaux sur 1 acidechlorhydrique, ils preferent
deux hypotheses gratuites a 1 explication si simple de Davy, qu ils avnient cepcn-
dant entrevue sans vouloir 1 adopter. Pour eux, 1 acide chlorhydrique ou muriatique
est la combinaison d un radical inconnu, \emuriaticum, avec de 1 oxygene el de.
1 eau ; le chlore de 1 acide muriatique plus de 1 oxygene, moins de 1 eau (Ac.
muriatique anhydre (?) oxygene). Davy considcrait, au contraire, le chlore
comme un corps simple ct 1 acide chlorhydrique comme une combinaison de
chlore et d hydrogene. Apres la decouverte de 1 iode, entrevue par Courtois, et
etudie par Clement Desormes, Davy et Gay-Lussac lui meme, apres celle de 1 acide
iodhydrique (1815, Clement et Desormes, Davy, Gay-Lussac) et 1 analyse faite par
ce dernier de 1 acide prussique, analyse par laquelle il constata dans cc corps
I absence d oxygene, Gay-Lussac dut se ranger a 1 opinion dc Davy sur la compo
sition des acicles chlorhydrique et iodhydrique. Malgre cela, Berzelius et les
chimistes francais resterent lideles aux idees de Lavoisier. Aux acidi s oxygenes
et aux sels correspondants, ils opposerent la classe des hydracides cl des sels
halogenes, en etablissant une ligne de demarcation trancliee entre ces deux
genres de composes si voisins. Ou admit que les oxacides devaient leurs pro-
prietes acicles a la presence de 1 oxygene, tandis que pour Ics hydracides, ce
caractere etait la consequence du radical halogene (chlore, iode, cyanogene) uni a
I hydrogene.
Davy, de son cote (1815), combat cette maniere de voir et la bat enbreche
par des arguments d une grandevaleur. Si 1 acidite depend de 1 oxygene, comment
pcut-il se faire qu en ajoutaut cet element au chlorure de potassium, qui est un
sal neutrc, pour le convertir en chlorate, on ne change pas la neutralite? L hy-
drogene en s unissaut au clilore ou;\ 1 iode qui sont des corps simples, donuedes
acides puissants, de meme 1 hydrogene combine al equivalent d iodeplus 6 equi
valents d oxygene ou encore a 1 equivalent de chlore, plus 6 equivalents d oxy
gene, procluit egalement des acides energiques (iodique et chlorique). Le caractere
86 CII1MIE.
acide depend done de la presence de Thydrogene et non de celle de 1 oxygene.
Tousles acides sont des hydracides, oucles combiuaisons de 1 hydrogene soitavec
un corps simple, soit avec un corps compose. Lessels sont des acides dans lesquels
1 hydrogene se trouve remplace par un metal. Lorsqu un acide reagit sur un
oxyde, 1 hydrogene forme de 1 eau avec 1 oxygene de 1 oxyde. Cette theorie qui fut
admise par Dulong (1816) en France, presentait 1 avantage marque de detruire la
barriere qui separait les hydracides et leurs sels d avec les oxacides et les sel&
oxy genes.
Les fractions basiques de 1 ammoaiaque , uniquemeut formee d azote et
d hydrogene, comme 1 avait montre Berthollet, devaient aussi gener beaucoup
les idees de 1 epoque. Cepeiidant cette difficulte fut assez promptement levee par
1 hypothese de 1 ammonium, et par I observation que tous les sels ammoniacaux
renferraaient de 1 eau de constitution. La base de ces sels n est done pas AzH s
mais (AzH 4 ) 0.
La maniere de voir de Davy sur la constitution des sels et des acides attaquait
les opinions dualistiques de Berzelius dans ce qu elles avaient de plus cher pour
le chimiste suedois, et en apparence de mieux fonde, elle conduisait directement
a la theorie unitaire dont Laurent et Gerhardt ont cte les plus chauds et les plus
eloquents champions. Dans sa methode de chimie, Laurent fait observer, en insis-
tant beaucoup, que les reactions de synthese et d analyse ne peuvent fouruir une
idee exacte de 1 arrangement des elements dans un compose. Si le sulfate de baryte
prend naissance par 1 union directe de 1 acide sulfurique anhydre et de la baryte
caustique (SCF-hBaO -S0 3 BaO), on 1 obtient egalement bien par runion de
I aride sulfureux avec le bioxyde de barium (SO 2 + BaO 2 = SO- BaO 2 ), ou par
1 oxydation du sulfure de barium (SBa + 0* = SBaO*). A laquelle de ces trois for
mules donnera-t-on la preference ? Ne vaut-il done pas mieux et n est -il pas plus
scientifique d abandonner entierement les formules d arrangement, et de ne re-
presenter que par une formule brute la composition ponderable? Gerhardt, dont
le nom doit etre associe a celui de Laurent dans la lutte memorable soutenue-
entre 1 ecole unitaire et 1 ecole dualistique, dcfenduc par le puissant athlete
suedois, ne rejette pas, d une maniere absoluc, dans la derniere expression de sa
pensee, les formules ratiounelles. Elles nc lui representent pas, il est vrai, la
constitution des corps, mais elles sont une maniere abregee de resumer tout un
ordre de reactions. Aussi, suivant le genre de reactions que Ton envisage, un
corps peut-il avoir deux ou plusieurs formules rationnelles. Gonsiderant la
double decomposition comme le phenomene ehimique le plus general, il cherche
a rattacher tous les corps a quatre types simples, 1 hydrogene, 1 eau, 1 acide chlor-
hydrique et 1 ammoniaque. Pour bien faire saisir 1 idec de Gerhardt a ce sujet,
nous devons dire quelqucs mots des doctrines de 1 epoque sur la constitution de
la matiere elle-meme.
Les chimistes qui, de parti pris, ne veulent admettre aucune hypothese sur la
constitution de la matiere, et s en tenir strictcment a 1 experience, rejettent la
notion d atome proposee par Dalton et qui explique si bien les lois iiumeriques
de la chimie. Les poids atomiques sont, pour eux, de simples rapports, des nom-
bresproportionnels, des donnees d experience. Berzelius admettait, au contraire,
a constitution atomique des corps, mais il ne contend plus comme Dalton, le&
poids atomiques et les equivalents. 11 a a sa disposition une donnee de plus, c est
la loi deGay-Lussac interpretee par Avogadro et Ampere. En 1811, AmedeoAvo-
gadro emet 1 opiiiion que les gaz simples ou composes sont formes departiculea
CHIMIE. 87
integrantes assez espacees pour etre affranchies dc toute attraction reciproque,
et n obeir qu a 1 action repulsive de la chaleur. Eu admettant dc plus que pour
des volames egaux de gaz, le noinbre de ces particules est le meme, on explique
pourquoi les gaz out tous, a peu de chose pres, les memes proprietes physiques
(compressibilite, dilatabilite et capacite calorilique) ; en meme temps, on arrive
a cette consequence que les densites des gaz sont proportionuelles aux poids de
ces particules appelees aujourd hui molecules. L hypothese si ingenieuse d Avo-
gadro avait peu eveille 1 attention ; elle fut reproduite, trois ans plus tard, a peu
pres sous la meme forme, par Ampere.
Revenous maintenant a Berzelius. L eau est formee de 2 vol. hydrogene uni
a 1 volume d oxygene. Ce fait d experience etabli par Gay-Lussac et Al. de Hum-
boldt se traduit ainsi dans 1 hypothese d Ampere : L eau est formee par 1 union
de 2 atomes d hydrogene et de 1 atome d oxygene. Pour Berzelius, 1 atome d oxy
gene pese 100 (unite adoptee) ; la quantitii ponderable d hydrogene qui s unit
a 100 d oxygene est rigoureusement d apres ses experiences confirmees par Dumas
et Stas 12,5, done 1 atome d hydrogene pese la moitie de 12,5 ou de ce que Ton
a 1 habitude d appeler equivalent (quantite d un corps qui s unit a 100 d oxygene).
Berzelius qui aintroduit dans la science, il est utile de le rappelcr ici, 1 usagc si
commode des notations abregees, ecrit 1 eau HO (0=100 H == 12,5). Seule-
ment, et c est en cela que sa notation differe de celle des chimistes non atomis-
tiques, pour rappeler la composition en volume ou en atome, il barre le symbole
de 1 hydrogene (H). En d autres termes, lY ijiiivali iit b irre renferme deux atomes.
Pour des raisons analogues, il barre les symboles du chlore (Gl), du brome (Br),
de 1 iode (I), de 1 azote, du phosphorc, de 1 arsenic, tandis que les symboles de
1 oxygene, du soufre, du carbone et des metaux, dont les equivalents corres
pondent, d apres lui, a un seul atome, restent sans modification.
Sur des considerations fondees surtout sur I examen attentif des reactions et
des relations des corps organiques et sur 1 hypothese d Avogadro et d Ampere,
Laurent et Gerhardt adopterent pour les poids atomique de 1 oxygenc, du
soufre, dn carbone, une valeur double de celle de 1 equivalent, dans ce cas les
poids atomiques de 1 hydrogene, du chlore, de 1 azote deviennent 1 55,5 14,
etc., et la fonnule de 1 eau s ecrit H 2 4 (H = la==16), au lieu de HO
(H = - 1 = 8). Les rapports numeriques sont les memes. Nous verrons bientot
que ces differences dans la notation ont une importance plus grande qu on ne
serait tente de le croire a un examen superficiel. Berzelius n avait applique
1 hypothese d Ampere qu aux gaz simples, aussi arrivc-t-il a ce resultat que le
volume occupe par 1 atome d hydrogene est la moitie du volume occupe par la
plus petite quantite possible d acide chlorbydrique (C1H) . Laurent et Gerbardt
etablissent nettement la distinction entre ces deux ordres de particules. Us ap-
pellent atomes, pour les elements et les groupements composes qui fonctionnent
comme elements (radicaux composes) , la plus petite quantite de cet element qui
peut entrer dans un compose ; la molecule, au contraire, represente la plus petite
quantite d un corps qui peut exister en liberte. Ainsi (C1H) est une molecule
d acide chlorhydrique ; comme consequence de 1 hypothese d Avogadro, les corps
simples eux-memes, lorsqu ils sont en liberte, sont moleculaires et non atomi
ques. Ainsi dans le chlore libre, les particules integrantes assez espacees pour
etre affranchies dc toute attraction reciproque, sont composees de 2 atomes
de chlore (Cl 2 ). La meme chose pour I hydrogene. Dans cette maniere de voir, 1
litre d acide chlorhydrique et 1 litre dc chlore, renferment le meme nombre
88 CIIIMIE.
de ces particules on do molecules. II cst maintenant facile dc saisir comment
Gerhard t a pu envisager comme des doubles decompositions des reactions entre
elements, qui ne semblcnt etre que des phenomenes de combinaison directe.
Lorsquele chlore agit sur I hydrogene, le phenomene se passe entre une molecule
de chacun des corps. On a :
CL.CL + H.H = ClH-4-H.CL
2vol. 2vol. 2vol. 2vol.
1 molecule de chlore -f- 1 molecule d hydrogene donncnt 2 molecules d acide
chlorhydrique ; le volume nc change pas. Lcs types dc Gerhardt, dont nous parlions
tout a 1 lieure, sont les molecules d hydrogene (H.H), d eau (H.II.O), d acide
chlorhydrique, Cl . II, d ammoniaquc (II . II. II. Az). En rcmplacant dans ces types
tout on partie de I hydrogenc par une qnantite atomiqucment equivalentc d un
clement ou d un groupc compose, fonctionnant comme element (radical), on
arrive a construirc la plupart des combinaisons dc la chimie.
Ainsi les oxydes et les hydrates d oxydes se rattachent au type eau comme le
montrent les formules
K s a ct KIIO
Potave Hydrate
anhyclre. Je potasse.
De meme les acides anhydres et hydrates
(Az0 2 ) 2 &et(Az0 2 ).H.O
Dans ces formules, il est impossible de mettre a part de 1 eau (IPd) que les
dualistcs supposent preexister dans les acides hydrates et les hydrates d oxydes.
Au type hydrogene se rattachent les metaux M 2 , a 1 acidc chlorhydrique les
chlorurcs, bromures, iodures, etc.
Au type ammoniaque, les composes tels que AzrPK AzIiK 2 AzK 3 obtenus en
chauffant le potassium dansun courant d ammoniaque.
Cette maniere d envisager la composition des corps a exerce sur les progres de
la chimie une grande et legitimc influence. Elle a etc I avant-coureur immediat
des doctrines actuelleset de la theorie de 1 atomicite dont 1 expose trouvera mieux
sa place dans 1 histoire de la chimie organique. C est du rcste aussi dans les tra-
vaux de chimie organique que Gerhardt a puise les elements de sa classification
typique etles arguments les plus solides a 1 appui de ses idees. La chimie organi
que, apres etre restee longtemps 1 humble vassale de son ainee la chimie mine-
rale, et avoir ete dominee par les doctrines issues de 1 etude des composes
mineraux a pris un developpement rapidc et indepcndant. Sous la puissante
impulsion de Dumas, Laurent, Gerhardt, \\urtz, Berlhelot en France, de Liebig,
Kolbe, Kekule en Allemagne, de Williamson en Anglcterre, elle est arriveea son
tour a produire des doctrines et des theories. Nous devons done, pour completer
eel expose des progres de la chimie moderne, nous adresser a cettejeune branche
de la science.
Si nous nous sommcs surtout attache dans cet expose, a relever les decou-
vectes ct les travaux qui ont directcmcnt influe sur les doctrines scientiiiques,
nous nc pouvons cepeiidant pas quitter la chimie minerale sans mentionner
quel([ues grands faits d experience qui, jusqu a present, n ont encore recu qu une
application pratique. Tcls sont les phenomenes photochimiques et electrolytiques
qui ont conduit a la photographic, a la galvanoplastie, a la dorure eta 1 argenture
CHIMIE. 89
elcctrique; 1 ctudc dcs raics brillantes du spectre dues a la presence des metaux
et dcs metallo ides dans une flamme. Tout le monde suit que la spectroscopie est
dcvenue depuis les beaux travanx dc Bunsen ct Kirchhol f, unc methode precieuse
d analysc qni, des le debut, a conduit a la decouverte de nouveaux elements
restes inconnus jusqu alors a cause de leur diffusion en petites quantites (Rubi
dium, caesium, thallium, indium), et a permis d atteindre la constitution
chimique des astres qui ne se revelent a nous que par la lumiere qu ils nous
envoient. La decouverte du broinc par Balard, les belles syntheses dc mineraux
effectuees par II. Sainte-Clairc Devillc et ses elevcs, la preparation en grand de
raluminium, celle du bore cristallise (Deville et Woehler), 1 etude des pheno
menes de diffusion par Graham, celle des phenomenes de sin-saturation et bien
d autres travaux meriteraient d etre etudies ici, si le cadre restraint qui nous est
donne nc s y opposait pas.
Chimie organujue. L histoire de cette branche importante de la chimie pent
etre envisagee a deux points de vue : le developpement des fails et les idt -os
theoriques que Ton s est forme a diverses epoques sur la constitution des corps
dits organiques ou derives d une maniere plus ou moins directc des orga-
uismes vivants. 11 est inutile de faire ressortir la connexite etroitc et suivie
qui a du relier les faits a la theoric, puisque celle-ci n est qu une generalisation
plus ou moins heureuse des plirimmenes observes. Neanmoins, cette distinction a
une ccrtaine valeur historiqiic, en ce sens que dans le debut on s est plus parti-
culierement preoccupe de 1 etude des phenomenes chimiques, et que les travaux
de recherches etaient diriges avec plus d independanca vis-a-vis de la theorie
qu ils nc le sont aujourd hui. Plus tard, lorsque grace aux nombreux materiaux
accumules par leurs devanciers et par eux-memes, certains csprits puissants et
generalisateurs sont parvenus a grouper les faits connus et a les ivlier ; i des iiliVs
gcnerales sur la constitution des corps, les recherches out etc de plus en pli;>
dirigees en vue de verifier ou d infirmer les theories mises en avail t. Ccttc ten
dance s accentne dc jour en jour davantagc. Ainsi aujourd hui, pour ne ciler que
1 exemple le plus proche de nous, les trois quarts des travaux dc chimie orga-
nique sont inspires par la theorie de 1 atomicite qui a reuni les suffrages du plus
grand nombre des savants de notre epoque. En nous cxprimant ainsi, nous con-
statons un fait de statistique, sans vouloir discuter ici la valeur de cette theorie
qui rencontre encore des opposants illustres.
En ce qui touche le developpement des decouvertes, nous ne pouvons qu indi-
quer sommairemcnt celles qui ont le plus eveille 1 attention des savants, qui ont
pvovoque les deductions theoriques les plus serieuses, ou conduit aux applications
pratiques les plus interessantes ; vouloir aller plus loin, ce serait depasser les
homes assignees a cet article et faire un traite de chimie organique.
Beaucoup dc composes organiques etaient connus bien avant 1 epoque de
Lavoisier, dans un etat de purete plus ou moins grand. C est ainsi que 1 alcool
a cte, dit-on, decouvert par Arnaud de Villeneuve, medecin de Montpellier
(en 1500) ; Blaise de Vignere decrit 1 acide benzoique sous le nom dc fleurs de
bcujoin (1608) ; en 1657, Agricola mentionnc le sel de succin volatil (acide suc-
cinique) ; plus tard, Bar chusen, Boulduc ct Boerhaave en reconnaissent la nature
acide. Le sucre etait connu de toute antiquite, en Chine et aux Indes ; on attribuc
aux Arabes la decouverte de 1 art de faire cristalliser et de raftlner le sucre. L a-
cide acetique etcndu d ean ou vinaigre est mentionne par Mo ise ; les alchimistes
le preparent plus pur en distillant le verdet (vinaigre radical).
90 CHIMIE.
Lcs anciens chimistes connaissaient 1 acide acetique du bois sous le nom d a-
cido pyroligneux. L acidc oxalique est decrit par Doclos en 1688 (Memoires de
I Academic des sciences). Le sucre de lait servait depuis longtemps dans la phar-
macie. Au dix-septieme siecle, Samuel Fischer retirait 1 acide des fourmis.
On doit a Scheele (derniers vingt ans du siecle passe), touteune serie brillante
de decouvertes en chimie organique : la glycerine, les acides tartrique, malique,
citrique, lactiquc, urique, gallique, cyanhydrique ont immortalise le nom de
1 illustre chimiste suedois.
A 1 epoque oil Lavoisier preparait 1 importante transformation de la chimie,
dont nous avons parle dans les precedents chapitres, on connaissait, outre les
acides deja cites, les acides pyromuqueux, obtenus par la distillation du sucre ;
1 acide camphorique, forme dans 1 oxydation du camphre an moyen de 1 acide ni-
trique (Hosegarten, 1785) ; 1 acide saccholactique ou mucique (Scheele) ; 1 acide
sebacique, preuve que Ton avait deja commence a soumettre les principes imme-
diats organiques aux influences des reactifs chimiques. On savait que ces corps
renferment du carbone, de 1 hydrogene, de 1 oxygene et quelquefois de 1 azote;
que les uns jouent le role d acides, que d autres sont neutres. A partir de ce
moment, et comme consequence des travaux de Scheele, les precedes d analyse
immediate se perfectionnerent ; on sut de micux en mieux extraire, separer
et purifier, sans les alterer, les divers corps melanges dans les tissus vegetaux et
animaux, en meme temps que Ton etudiait avec plus de succes leurs derives sous
1 influence de la chaleur, des oxydants, des acides et des alcalis, etc. Les recher-
ches de cet ordre furent bientot aidees par un puissant moyen d action, 1 analyse
elementaire organique, sans laquelle la chimie organique serait restee une science
confuse et sans grand interet. Nous ne croyons pas inutile de rappeler en quelques
mots la naissance et les progres de ce mode d investigation. Lavoisier, le premier,
arrive a des resultats approches pour certains corps (alcool, huile, cire), en les
brulant au moyen d une lampe posee sous une cloche remplie d oxygene ; le vo
lume de 1 acide carbonique forme, de 1 oxygene employe et le poids de la matiere
brulee lui donnaientles elements du calcul. Trenteans apres, en 1811, Gay-Lussac
et Thenard remplacent 1 oxygene libre par le chlorate de potasse, et grace a une
ingenieuse disposition d appareil, arrivent a des nombres assez exacts avec une
vingtaine de substances; en 1814, Berzelius fait usage d un melange de chlorate
de potasse et de sel marin, et substitue au tube vertical de Gay-Lussac et Thenard
un tube horizontal ; a la suite de ces essais, Gay-Lussac lui-meme, puis Doebe-
reiner se servirent del oxyde de cuivre; enfin, en 1830, Liebig donne au precede
d analyse elementaire la forme qu il a a peu pres gardee, et qui permet son em-
ploi journalier dans les laboratoires. Grace a cette methode, on apprend avec
certitude que les composes organiques obeissent a la loi des proportions definies
et a celle des proportions multiples, que les differences de proprietes dependent
ici surtout de la composition quantitative plutot que de la nature des elements
combines. Cependant, des les premiers travaux de Berzelius, il se revele un fait
important, c est que dans certains cas deux ou plusieurs corps peuvent offrir des
caracteres bien tranches, sans que la composition qualitative ou quantitative pei-
mette de prevoir cette divergence; nous reviendrons sur cette question, sous le
nom d isomerie, lorsque nous parlerons du developpement theorique de la chimie
organique.
Une fois lancee dans cette voie d analyse immediate et de transformations suc-
cessives, la chimie organique fit de rapides et d immenses progres. II nous est
C1IIMIE. 91
impossible de citer tous les faits acquis, memo les plus importants; nous ne
mentionnerons qu en passant la deeouvcrte si feconde dc Seiliirner, en 1816, du
premier alcaloide vegetal, suivie de pres des travaux de Pelletier et Gaventou
sur des sujets analogues ; les belles rccherches, devenues classiques, de Chevreul
sur les corps gras et les acides gras ; les travaux de Liebig et Wohler sur 1 acide
urique et ses derives; ceux de Pasteur sur 1 acide tartrique; les analyses imme-
diates vegetales de Payen, de Fremy, etc., de Berthelot sur les sucres.
L analyse elementaire ne permit pas settlement de classer les principes imme-
diats d apres leur composition et de la representer par des formules analogues a
celles de la chimie minerale, elle etablit un lien numerique et regulier entre ces
corps et les nombreux termes derives sous I lnfluence des agents physiques et
chimiques; les reactions peuvent etre representees par des equations. De la a
chercher a tirer parti de ces reactions bien connues dans toutes leurs manifesta-
tions, pour se faire une idee de la constitution intime des corps, de 1 arrangement
des particules ultimes les unes vis-a-vis des autres, il n y avail qu un pas; il fut
franchi d uue maniere plus ou moins beureuse par un grand nombre de savants,
comme nous le verrons bien tot.
L etude des reactions assure un autre progres. Lorsque Ton eut soumis les
principes immediats aux actions decomposantes de la chaleur, des oxydants, des
acides et des alcalis, etc., et que Ton eut reconnu qu ils se transformaient ainsi
en produits successivement plus simples dans leur composition, jusqu aux ele
ments constitutifs, on se demanda si Ton ne pourrait pas remonter 1 echelle que
1 on venait de descendre, et reconstituer par des reactions inverses et progressives
les composes complexes contenus dans les organes vivants. Cette branche de la
chimie organique, qui a acquis de nos jours un i~i grand developpement et qui
est connue sous le nom de synthese organique, esl ivsliv pendant longteinps a
1 etat de germe, malgre la remarquable experience de Wohler (1828) sur la pro
duction artificielle de \ uree. La principale raison qui a ainsi enraye le develop-
pement des recherches synthetiques residait dans I idee assez generalement re-
pandue que les composes organiques etaient formes sous 1 influence d une force
speciale, dont le chimiste ne peut disposer et qui appartient exclusivement aux
etres vivants, la force vitale. Certains savants consideraient la force vitale comme
1 emportant sur les forces qui unissent les rlrineiils de la matiere inorganique, et
determinant exclusivement les productions chimiques qu on observe dans le&
corps vivants.
Cependant des 1837, Dumas, dans une note intitulee : Sur I etat actuel de
la chimie organique, et a la suite des beaux travaux executes par lui et ses-
disciples, par Liebig et son ecole, s exprime ainsi : Comment, a 1 aide des lois
de la chimie minerale, peut-on expliquer, classer les etres si varies qu on retire
des corps organises, et qui presque tous sont formes seulement de charbon,
d hydrogene et d oxygene, elements auxquels 1 azote vient s ajoutev quelquefois?
C etait la une grande et belle question de philosophic naturelle, une question
bien faite pour exciter au plus haut degre 1 emulation des chimistes ; car, une
fois resolue, les plus beaux triomphes etaient promis a la science. Les mysteres
de la vegetation, les mysteres de la vie animale allaient se devoiler a nos yeux;
nous allions saisir la clef de toutes ces modifications de la matiere, si promptes,
si brusques, si singulieres, qui se passent dans les animaux ou les plantes ; bien
plus, nous allions trouver le moyen de les imiter dans ?ios laboratoires . Eh bien,
nous ne craignons pas de le dire, ce n est pas de notre part une assertion emise
y2 CIIIMIE.
a la leo-cre, cette grande e,t belle question est aujourd hui resolue ; il reste seule-
mcnt I derouler toutcs les consequences que sa solution entrame.
moment ou Dumas ccrivait ces lignes, on etait deja a meme de se faire sur la
constitution des corps organiques unc idee assez nette pour qut
au moyen des forces chimiques, ne parut plus une illusion trompeuse.
Berzelius (1849) laissc egalement une porte ouverte a la possibilite de la syn
these : Dans la nature \ivante, dit-il, il se manifeste sans doute des phenomenes
physiques et chimiques, tellement different* de ceux de la nature inorganique,
uu on pourrait sc croire autorise a admettre une force vitale chimique; mais en
r\;iniinant les choses de pins jtirs, nous reconnaitrons facilement les effets des
(dices nuturelles ordinaire* placees sous 1 influeuce d une multitude de conditions
diHerenles (|iii nc se pn senlenl qne trrs-ramnent, et dont la plupart ne s offrent
jamais <l:nis la nature. iiKM-ganiquc. Et plus loin il ajoute : En resume, le
princi|i<> UH ,,iuiu 1 1 uc nous appelons rt prepare, d une maniere a nous incom-
prelieiisilile, do c.mdilioiis iidinimenl variees, qui servcnt au developpement de
rallinitr des rli incnls, el delerinineiil, par I accessidii des elements du dehors, la
|,n in. id, in de eimdmiaisoiis iKiuvelles Ires-variees. w Gerhardt defmit la chimie
or-aniqiie en disanl qu elle esl I elude des l.iis d apres lesquelles se metamor-
plidsenl les malirivs (jiii constituent les plantes et les animaux. Elle a pour but
la connaissance des inci\ens pr.ipn-s -.\composer les substances organiques en de
hors de I ec. ic vivanle. II pivvoit done les syntheses organiques, et distingue
dans IVlmle des el res vivants deux categories de substances, les substances orga-
ni(|iies el i)rg:uiisi -cs.
|,es lines (i| ; i>seiit anx lois generates dc 1 affinite chimique; les antres tr ls
line muscles, iieifs. feuil es, etc, sont des melanges de substances coordonnees
|iar la force vilale.
Malizrt ces previsions, la synthcse organique ne commence a apparaitre se-
I ieiiseineiiL dans la science que vers 1 annce J850. A cette c-poque, un jeune
chimistc rcvela toute vine serie nouvelle de reactions dirigees dans cette voie
avec autant de succes que de logique. Ses methodes tendaient, non-seule-
ment a permettre de remonter des termes simples de la chimie organique a
des composes plus complexes, mais encore a rcproduire ces produits simples
en parlant des elements constitutifs. Au moment ou Berthelot inaugura sa
brillante suite de travaux, les exemples de synthese etaient rares, isoles et peu
ieconds. Lc savant chimisle sut au contraire fonder une methode generate qii il
resume lui-meme avcc nettete, en disant qu il lui snffit de suivrc une marche
inverse de celle de 1 analyse. II commence par former de toutes pieces, au moyen
des composes mineraux et des elements eux-memes, les principaux carburcs
d hydrogene qu il considere comme les composes binaires fondamentaux de la
chimie organique Les carbures d hydrogene deviennent a leur tour le point de
depart de la synthese des alcools. Ces deux premiers points acquis, grace a
J intervention des actions lentes, des affmites faibles et delicates, on pent, en
s appuyant sur les memes methodes, pousser plus avant; a mesure que 1 on
s eleve a des composes plus compliques, les reactions deviennent plus varie es
et plus faciles, les ressources de la synthese augmentent a chaque pas nouveau,
ct celle-ci etend ainsi ses conquetes, depuis les elements jusqu au domaine des
substances les plus compliquees, sans que 1 on puisse assignor de limites a ses
prog res.
Le lecteur desireux de suivre Berthelot dans le developpement de ses idecs
CIIIMIE. 95
et de ses recherches, consultera avcc fruit la chimie organique fondee sur la
synthese par Berthelot (1860), Ic traite de chimic organique du meme
auteur (1871), ainsi quc les nombreux memoires publics par notre illustre
savant dans les annales de chimie (5 e et 4 e serie) et dont nous ne pouvons pas
meme donner ici les litres. Nous devons nous conlenler de mentionner ses
decouvertes les plus saillantes qui sont :
La synthese de 1 acidc formique par la combinaison directe de 1 oxydc de
carbone et de 1 cau ; cello du az des raarais, de 1 ethylene du propylene par la
distillation sechc du Ibrmiate de baryte.
La synthese dc 1 acetylene par combinaison directe du carbone et de 1 bydro-
gene, sous 1 influence dc 1 arc voltaique, cello de la benzine et du styrol par
condensation de 1 acetylene sous 1 influence de la chaleur.
Les syntheses de 1 alcool ordinaire et 1 alcool methylique, des alcools propy-
lique, amylique, caprylique, ethalique. La synthese des corps gras naturels par
rintermediaire des acides gras et dc la glycerine.
La production artificielle de 1 essence de moutarde. Les travaux sur ses com-
binaisons neutres des matieres sucrees avec les acides, sur les combinaisons
directes des hydracides avec les carbures alcooliques, sur la theorie et le mode
de formation des carbures pyrogenes, sur 1 action de 1 acide , odhydrique sur
les produits organiques, etc, etc.
Les recherchcs de Berthelot dans la voie synthetique ont cmbrasse une
periode de pres de vingt annees.
Pendant ce temps il ne resta pas seul a parcourir ce vaste champ d invcsti-
gations. Des methodes nouvelles et originales dc syntheses organiques furcut
decouvertes par an grand nombre de chimistes contemporains.
Wurtz deja celebre par la decouverte des amrnoniaques composes, arrivait, en
s appuyant sur des considerations theoriques, a former toutc une classe nouvcllc
d alcools prenant place entre 1 alcool ordinaire et la glycerine, les glycols,
auxquels se rattaehent 1 oxyde d ethylene et ses homologues aiusi que les
alcools polyethyleniques et certaines bases oxygenees qui se forment par 1 acliiMi
de 1 ammoniaque sur 1 oxyde d ethylene. Gitons encore du meme, la synthese de
la glycerine, celle des radicaux alcooliques mixtes. Les recherclies sur 1 acetal,
1 aldehyde, 1 acide lactique, les pseudo-alcools on hydrates de carbures d hydro-
gene qui ont a la fois un grand interet au point de vue des syntheses organiques
et de la theorie sur la constitution des corps organiques.
11 en est de meme des travaux de Cahours sur les radicaux organo-metalli-
ques, de Cahours et Hoffmann sur une nouvelle classe d alcools et sur les bases
phosphorees, de Friedel sur les acetones etles composes organiques du silicium,
de Chancel sur les ethers composes mixtes.
En Allemagne, en Angleterre, en Italic, en Russie, la tendance synthetique
des recherches est tout aussi marquee, et grace au nombre considerable de
chimistes distingues repandus sur tous les points de 1 Europe, nous voyons
depuis plus de quinze ans se derouler une longue suite de decouvertes plus ou
moins remarquables qui confirment pleinement les previsions de Dumas.
Parmi celles-ci, nous devons faire ressortir comme ayant un interet pratique
tout particulier, les syntheses des matieres colorantes naturelles (Alizarine par
Graebe et Liebermann; Orcine, par Henninger et Vogt; Indigotine, par Daycr),
celle des matieres coloranlcs artificiellcs derivees des goudrons de liouille.
La ph^siologie asimale a profitc pour une large part des progress de la
94 CIIIM1E.
chimie organique. Le perfect! onnement des methndes d exploration amena a dc
brillantes decouvertes en ce qui concerne la composition des tissus et des
liquides de 1 organisme animal; le sang et 1 nrine etaient explores par toute une
armee de chercheurs.
Demarcay et apres lui Strecker revelerent la constitution de la bile.
Claude Bernard decouvrait la fonction glycogenique du foie ct la presence
du glycogene.
Liebig retirait du sue musculaire de nouveaux principes cristallisables
(creatine, creatinine, inosite, ac. inosique). Strecker y trouvait une nouvelle base
organique la sarcine.
Le cerveau et le tissu nervcux exercait la sagacite d nne foule d experimenta-
teurs Fremy, Liebreich, etc.
Magnus retire le premier les gaz du sang an inoyen du vide.
Les phenomenes digestifs sont poursuivis jusque dans leurs dernieres limites.
En mcme temps les relations que Ton avait su etablir entre les corps d appa-
rences diverses au moyen des reactions et des syntheses, permettaient de se
rendre compte avec plus de nettete des phenomenes chimiques de 1 organisme
et des transformations (Stoffwechsel) , des corps au sein de I economie. Lavoisier
avec son genie avait su immediatement appliquer aux etres vivants la theorie
dc. la combustion, du meme coup il expliquait les phenomenes respiratoires et
dcV.oiivrail la source de la chaleur animate.
KM c(ini|arant la composition elemcntaire des matieres alimentaires et celle
dc mis tissus, Liebig jetait uue vive lumiere sur les phenomenes de nutrition
d etablissait la loi des equivalents nutritifs.
Dumas par ses recherches sur le sang, par son essai de statique des etres
organises, scs recherches sur les matieres azotees neutres de 1 organisme
(Dumas ct Cahours), par ses travaux sur rungraissement des bestiaux ct la
lurinalioii du lait (Dumas, Boussiugault et Payen), fait faire d importants progres
;\ la physiologie. Les travaux de Dulong et Despretz sur 1 origine de la chaleur
;uiimale, ceux de Regnault et Reiset sur la respiration , les recherches de Bous-
singault par la methode indirecte (Ann. ch. phys., 2 e serie, t. LXXI, 3 e serie,
t. XI). Celles de Liebig (Chimie organique appliquee a la physiologie animate)
meritent une place a part et sont, devenus classiques. Les idees que Ton se
forme actuellement sur la relation qui existe eutre la chaleur et le mouvement
et qui ont conduit a la determination de ce que Ton appelle 1 equivalent meca-
nique de la chaleur (Mayer), ont ca leur influence en physiologie et Ton a
hcrelie a determiner dans les deruiers temps des relations experimentales entre
Je travail musculaire on intellectuel et la qiiantite de snbslanees brulees dan
1 organisme (Kick, Wislicenus, etc.).
Aux recherches de chimie physiologique, nous devous rattacher les beaux
Iravaux de Pasteur sur les fermentations et les controverses qu il eut a soutenir
avec divers savants notammeut Liebig. Nous ne voulons pas terminer ce rapide
coup d oeil sur la physiologie, sans rendre hommage en passant a une foule de
savants consciencieux, dont Jes patientes recherches ont su jeter la lumiere sur
uue serie de points obscurs de ce sujet difficile. A cote des grands savants des
divers pays qui se sont preoccupes de cette question si philosophique, nous
trouvons toute uue phalange de iravailleurs : Denis, Verdeil, Lelimann, Gorup-
Besanez, Kfihne, Hoppe-Seyler, etc. etc., dont les noms figurcnt avec honneur
dans les publications periodiques de la seconde moitie de ce siecle
.s
CHIMIE. 95
Des doctrines en chimie organujue. Lorsqu il s agit des fails, ch.aque decou-
verte est la propriete de son auteur, et 1 histoire, si nous voulions etre complet,
deviendrait un traite de chimie; aussi avons-nous du faire de nombreux et sou-
vent penibles sacrifices en ne relevant que les dccouvertes les plus saillantes.
Pour les doctrines, nous ne ferons apparaitrc que quelques grandes indivi-
dualites resumant chacune toute vine doctrine, et nous negligerons les dissi-
dences partielles que nous trouvons chez les disciples.
Dans sa Chimie e le mentaire, chap. XI, Lavoisier s exprime ainsi :
Nous avons fait voir que les substances combustibles simples etaient suscep-
tibles de se combiner les unes avec les autres pour former des corps combusti
bles composes, et nous avons observe que les huiles en general, principalement
les huiles fixes des vegetaux, appartiennent a cette classe et qu elles etaient
toutes composees d hydrogene et de carbone. II me reste a faire voir qu il existc
des acides et des oxydes a base double et triple; que la nature nous en fournil ,-i
chaque pas des exemples, et que c est principalement par ce genre de comhinai-
sons qu elle est parvenue a former, avec un si petit nombre d elements ou de
corps simples, une aussi grande variete de resultals.
Tous les acides du regne vegetal ont pour base 1 hydrogene et le carbone, le
tout combine avec une proportion plus ou moius considerable d oxygene. Le
regne vegetal a egalement des oxydes qui sont formes des memes bases doubles
et triples, mais moins oxygenees.
Les acides et oxydes du regne animal sont encore plus composes ; il cntre
dans la combinaison de la plupart quatre bases acidifiables : 1 hydrogene, le car-
bone, le phosphore, 1 azote.
Les oxydes vegetaux a deux bases sont le sucre, les differentes especes de
gomme que nous avons reunies sous le nom generique de muqueux, et 1 amidon.
u Ces trois substances ont pour radical 1 hydrogene et le carbone, combines
ensemble de maniere a ne former qu une scule base et portes a 1 etat d oxydu
par une portion d oxygene ; ils ne different que par la proportion des principes
qui composent la base. On peut, de 1 etat d oxyde, les faire passer u celui d a-
cide, en leur combinant une nouvelle quantite d oxygene, et on forme ainsi,
suivant le degre d oxygenation et la proportion de 1 hydrogene et du carbone,
les differents acides vegetaux.
Lavoisier propose, pour designer les acides vegetaux et les oxydes, les iioms
d acides et d oxydes hydro-carboneux, hydro-carbon i que, carbone hydreux, car-
bone hydrique, hydro-carbonique oxygene. II est probable, ajoute-t-il, que
cette variete de langage sera suffisante pour indiquer toutes les varietes que
nous presente la nature, et qu a mesure que les acides vegetaux seront bien
connus, ils se rangeront naturellement dans le cadre que nous venous de pre
senter.
Quantum mutatus ab ilio ?
A la suite de leurs recherches quantitatives sur la composition des matieres
organiques, Gay-Lussac et Thenard (1811) reconnurent que lorsque dans une
matiere vegetale 1 oxygene et 1 hydrogene se trouvent combines dans les propor
tions pour former de 1 eau, cette matiere est neutre (sucre, amidon, etc). Si
1 oxygene depasse cette proportion, la matiere possedera les proprietes d un
acide; si 1 hydrogene est, an contraire, en exces, la matiere appartiendra a la
classe des resines, des huiles ou des alcools. Ces principes ne tarderent pas a
etre battus en breche par les travaux ulterieurs.
OG CIIIMIE.
Ouelques annees plus tard (1815 a 1817), Borzelius ayant observe quc les
acides organiques sc combiiient aux oxydes metalliques souvent en proportions
multiples, considera les corps organiques oxygenes comme des oxydes, avec cette
difference que le radical de ces derniers est compose, tandis que le radical dcs
composes mineraux est simple. C est ainsi qu il s exprime en 1817 dans son
Traite tie cliimie ; en meme temps il compare les acides organiques ou oxydes a
radicaux composes a rammoniaque, base a radical compose.
Ce sont a peu pres, on le voit, avec une certaine difference de langage et une
plus grande precision due a des notions plus etendues, les idees de Lavoisier.
Cependant les beaux travaux de Gay-Lussac sur Tether et 1 alcool (1816), qui
lui montrerent que le premier peut etre considere comme forme de 2 volumes
de gaz oletiant et de 1 volume de vapeur d eau, le second de 2 volumes de gaz
olefiant et de 2 volumes de vapeur d eau, les rechercbes classiques de Dumas et
lloullay sur les ethers composes llrent naitre deux doctrines opposees. D apres
1 une, enoncee par Dumas, 1 alcool, Tether, les ethers composes et simples deri-
vent de I hydrogene bicarbone uni soit a de 1 eau, soit a des hydracides, soil a
des acides oxygenes anhydres plus de 1 eau. L illustre chimiste compare la com
position de ces divers corps a celle de I ammoniaque ct des sels ammoniacaux.
Bcrzelius, an contraire, introduisant en cliimie organique hi notion dualis-
tique, chercba a faire voir (rapport anuuel, 1854) que tons les composes de Te
ther avec les acides et les corps halogenes s accordent mieux avec la theorie d a-
pres laquelle 1 ethcr est regarde comme 1 oxyde d un radical organ:que.
11 montra que cct oxyde peut, comme les oxydes mineraux, s uuir aux acides
anhydres taut inorganiques qu organiques et que, sous rinfliieiice des hydra
cides, I liydrogene de ceux-ci se combine avec I ox^riie de 1 oxyde, pendant que
le corps balogenc se porte sur le radical de 1 oxyde organique pour former une
especc d ether qui se comporte avec les ethers formes par les oxacides comme
un sel haloide avec un oxysel.
Berzelius eut la joie de voir ses idees adoptees momentanement et develop-
pees par les plus grands noms de la chimie. Liebig, en Allemagne, en deviut
un chaud partisan et 1 appuya avec Woehler par ses beaux travaux sur le radical
beiizoile. En 1857, Dumas se rallia aussi a la theorie des radicaux et des combi-
naisons binaires.
Dans sa note sur 1 etat actuel de la cliimie organique dont nous avons deja
parle, il dit : En effet, pour produire avec trois ou quatrc elements des com-
binaisons aussi variees et plus variees peut-etre que celles qui composent le
regne mineral tout eutier, la nature a pris une voie aussi simple qu inattendue;
car, avec des elements, elle a fait des composes qui jouissent de toutes les pro-
prietes des corps elementaires eux-iiiemes. Et c est la tout le secret dc la chhme
organique, nous en sommes convaincu. Ces radicaux sc combinent entre eux
ou avec les elements proprement dits et donnent ainsi naissancc, an moyen des
lois les plus simples de la chimie minerale, a toutes les combinaisons orga
niques.
Liebig commence son Traite de chimie organique par ces mots : La chimie
organique est la chimie des radicaux composes.
Au moment ou Dumas formulait une eclatante adhesion a la theorie des radi
caux composes et aux idees dualistiqucs, le meme savant commencait une serie
de rccherches qui dcvaicnt ramener a modifier profondement ses idees sur la
constitution des corps organiques.
CHUIIE. 07
II geneialisa le fait dcja observe par Gay-Lussac suv la cire, a savoir que Ic
chlore ct le brome, en agissant sur un grand nombre de raatieres organiques,
enlevent de 1 hydrogene sous forme d hydracide et qu une partic de 1 element
lialogene prend la place, equivalent pour equivalent, dans la molecule orga-
nique, de 1 hydrogenc soustrait. Dans quelques cas plus rares, le chlore est ab-
sorbe sans production de gaz chlorhydrique, ou bien encore le volume du gaz
chlorhydrique est inferieur a celui du chlore absorbe.
Dumas demontre encore quc lorsquc le chlore ou le bromc prcnnent ainsi la
place de 1 hydrogenc dans uu acidc, la capacite de saturation, plusieurs des pro-
prietes et la forme cristalline sont conservees intactes.
II arrive aussi a etablir en principe que le chlore et le brome, en se substi-
tuant a 1 hydrogene, equivalent pour equivalent, joucnt dans la nouvelle combi-
iiaison le meme role que 1 hydrogenc. Lc role d un element, dans un compose
organique, ne depend plus de ses propridtes primitives, mais de la place qu il
occupe dans le compose.
Cette consequence inevitable et logique de la loi des substitutions decouverte
par Dumas a ete enoncee en premier lieu par Laurent; Dumas nc s y est rallir
qu un peu plus tard, mais il s y rallia franchement et sans restriction comme le
demontre la doctrine des types dont il lut le promoteur, alors que les notions
sur les substitutions avaient pris un grand developpenicut grace aux Ira van \ <!<
Dumas, de Laurent, de Regnault, de Malaguti.
Parmi les chimistes qui marcherent sur les pas de Dumas dans cctte voie,
Laurent merite une place a part pour la fecondite de ses decouvertes et la pro-
fondeur de ses vues theoriques.
D apres Ja nouvelle theorie des types, les elements s unisseul entre cux, dans
]a nature organiquc, de maniere a former des types ; dans chacun de ces types
les elements sont groupes d une facon determinee, et ce groupement se retrouve
dans tous les corps appartenant au meme type ; des lors les caracteres du com
pose dependent tellcment de 1 ordre dans lequcl les atonies sont groupes, qu il
st indifferent de faire occuper la place fixe par tel ou tel element. La loi de la
substitution laisse entrevoir, dit Dumas, 1 elimination dc tous les elements et
leur remplacement par d autres ; un element pourra ainsi etre remplace par un
corps compose, de telle maniere q,ue non-seulcment roxygene, mais encore le
cyanogene, 1 oxyde de carbone, 1 acide sulfureux, 1 oxyde nitrique, 1 acide hypo-
nitrique, 1 amide et d autres corps composes pourront occuper la place de 1 hy
drogene.
Nous ne suivrons pas les diverses peripeties de la lutte qui s engagea cntre
Dumas et son ecole et Berzelius. Ce dernier devait succomber, parce que sa
theorie electro-chimique etait chaque jour battue en breche par de nouvelles
decouvertes, et que, pour 1 adapter a ces decouvertes, il se voyait force d accu-
muler hypotheses sur hypotheses, radicaux sur radicaux. II est presque inutile
de faire ressortir combien le fait que le chlore electro-negatif peut jouer le
meme role que 1 hydrogene electro-positif est contraire au dualisme electro-chi-
,mique.
Pour se rendre compte de !a constitution des nombreux corps qu il avait ob-
.tenus sous 1 influence de diverses reactions ou qui etaient connus avant lui,
Laurent s ecarta des idees de Dumas et de la theorie des types. II imagina la
theorie des noyaux.
Le noyau esl mi edifice ou assemblage primordial d atomcs divers de carbone,
, esc. XVI. 7
CHIMIE.
d hydrogene, comparable a un cristal sur les angles duquel seraient poses des-
atonies de carbone et sur les aretes duquel se trouveraient les atonies d hydrogene.
Sur ce noyau on peut operer des modifications de deux especes : les unes de
substitution eu remplacant un atome par un autre ou par un groupement com-
]>lexe; les autres d addition en groupant comme appendices, autour du noyau r
des atonies ou des radicaux composes. Ges idees, qui n eurent que peu d in-
fluc.nce sur le developpement de la chimie et n obtinrent qu un succes d estime r
sc rclient par certains cotes a la theorie des types.
l.:i nianiere dont Persoz envisageait la constitution des composes organiques.
(Chimie mole culaire, Introduction) merite d etre mentionnee ici, parce qu elle
rapprllr \a-ucment, sur certains points, la maniere actuelle. II part du principe
ipic les corps formes de carbone et d hydrogene unis a 1 oxygene doivent etre con-
siden s comme des carbures hydriques dans lesqucls des equivalents d hydrogene
soul remplae.es par de 1 oxyde carbonique, et qu une parcille combinaison peut
ensnile s unir a 1 acide carbonique. Ainsi, par exemple, en exprimant la for
mule empirique de 1 alcool pai 1 G 4 11 G 2 on a, suivant Persoz, la formule ration-
C H 8
nelle ,, 2 -
I .a lornuile ralionnelle do 1 acide acetique est, d apres cette idee, +-CO*.
Aujnurd hui on eciil. 1 acide acetique C lP G 2 2 110*.
Olle Ilieune passa presipie inapercue et n exerca aucune influence serieuse-
Nous arruons a Gerhardt dont nous avons deja parle ailleurs; nous nous con-
(enleroiis de la Ire ressorlir sou influence en chimie organique. Nous savons deja
coiiininit a I idee dualistique sur la composition dessels sesubstitue le point de
vne imitaire, appliquanf rl generalisant les idees emises par Dumas et Laurent
sur les combinaisons organiques; comment les combinaisons des corps devien-
nent pour lui des doubles decompositions ou des - echanges d elements on de
-roupes d elements. Pour Gerhardt, les formules rationnelles ne peuvent pas
representer la veritable conslitution ou le groupement des atonies; elles ne font
que resumer un ensemble de reactions et suivant qu on aura en vue telle ou telle
serie de phenomenes, on est amene a adopter telle ou telle formule rationnelle.
L ideeque les reactions chimiques ne sontpas de nature a nous reveler la consti
tution iatime des corps se trouveegalement developpee dans la melhode de dn-
mic de Laurent. Pour Gerhardt, les radicaux sont des etres imaginaires non
isolables et ne doivent etre envisages que comme les residusde doubles decom
positions pouvant passer d un corps a 1 autre, mais non susceptibles d etre
isoles. Laurent et Gerhardt en s appuyant surtout sur la loi d Ampere et d Avro-
gardo, distinguerent 1 atome ou plus petite quantite d un corps ou d un radical
compose qui peut entrer dans une combinaison d avec la molecule, ou plus petite
quantite dun corps qui peut existerlibreou intervenir dans une reaction.
Par le developpement si heureux qu il sut donner a 1 idee des types chimi
ques, en rapportant les divers composes aux types hydrogene (H.H. unemolecule
formee de deux atonies), acide chlorhydrique Gl.H, ammoniaque Az H 3 , eau H-0,
types dans lesquels 1 hydrogene peut-etre remplace en tout on en partie par des
alomes simples ou des atonies composes; par son ingenieuse classification des
corps orgauiques en series paralleles et verticales comprenant les corps pouvant
deriver lesuns des autres par des reactions, et en series horizontales comprenant
tons les corps appartenant au meme type et remplissant les memes fonctions ;
CHIMIE. 99
enfin enamenant de concertavec Laurent, le changement de notation chimique
qui consistait a representer IPS atonies de 1 oxygene, du soufre, du carbone par
un poids double dc 1 ancien Equivalent. Gerhardt contribua pour nne large part
aux progres de la chimie organique et prepara, conime nous le verrons tout a
I lieure, les idees qui ont encore cours actuellement parmi le plus grand nombre
de chimistes.
La formation des types de Gerhardt fut puissamment secondce par les beaux
travaux de Wurtz et de Hoffmann sur lesammoniaques composes, de Dumas sur
les amides, de Williamson sur 1 etherification et les ethers mixtes. Le chimiste
anglais compara le premier a 1 cau, non-seulement 1 alcool et les ethers, mais
encore les acides, les oxydes et les sels de la chimie minerale. II sut prevoir la
decouverte des anhydrides organiques monobasiques laite plus tard par Gerhardt,
et qui preta un si grand appui a la theorie des types.
Dans cet ordre d idees, Schutzenberger montra en 1863, que dans un type
salin (acetate par exemple), on pouvait remplacer non-seulement un metal par un
autre, mais encore un metal par des elements electro-negatifs tels que le chlore,
le brome, 1 iode.
Tousceux qui ont commence leurs etudes dc rhimira peu pres a 1 epoque oil
Gerhardt a public son grand Traite de chimie organique so rappellent 1 influence
considerable qu il a duexereer sur leur maniere tic voir. La classification par types
fut comme un trait de lumiere dans un chaos obscur ; elle permit d embrasser
d un seul coup d ceil IVnsemble de ce vaste edifice de la chimie organique et
d en saisir toute la beaute. Cependant, le flot montant de decouvertes ne tarda
pas a montrer 1 insuffisance des quatre types de Gerhardt.
Les acides polybasiques conduisent a la notion du type eau condenses deux ou
trois fois avec introduction d un radical polyatomique (Williamson). An type
simple condense vient s ajouter le type mixte. Ainsi, un radical biatomiquepeut
reunir deux molecules apparlenant a deux types differents (eau, acide chlorhy-
drique), en remplacant dans chacune un atome d hydrogene. Ainsi, nait aussi,
en meme temps, la notion de la polibasieite des radicaux composes, nom qui fut
change plus tard en celui de polyatomicite.
Les decouvertes de Berthelot sur les combinaisons glyceriques, Interpretation
donnee par Wurtz a ces faits, la synthese d un alcool bibasique, leglycol (Wurtz),
etendirent aux radicaux alcooliques la noli n de polybasicite appliquee d abord
aux radicaux acides.
De la notion de polyatomicite des radicaux composes a celle de la polyatomi
cite ou d une maniere plus generate, de 1 atomicite des elements, il n y avail
qu un pas, il fut franchi par Kekule qui fit ressortir (Ann. Ckim. und Pliar-
macie, ch.vi, 1858) la tetratomicite du carbone. Cette idee fut aussi heureuse que
feconde en resultats. Elle expliqua la raison d etre des types de Gerhardt qui ne
sont que la consequence de la monoatomicite du chlore, de 1 hydrogene, de la
diatomicite de 1 oxygene, de la triatromicite, de 1 azote.
Ainsi, aux quatre types de Gerhardt, vient s eu ajouter un cinquieme GH 4 d ou
Ton peut deriver par substitution tons les composes, meme les plus complexes
de la chimie. Par atomicite d un radical ou d un element on entend sa capacite
de saturation.
Je m arrete ici ; mon but n est pas de poursuivre la theorie atomique clans
tous ses developpements et ses modifications de details, ni d en donner au
lecteur une idee complete. On consultera sur cette question les lecons iaites par
100 CHIMIE (BIBLIOGRAPHIE).
M. Wurtz a laSociete chimique, les articles du Dictionnaire de M. Wurtz ATOME,
ATOMICITE, HYUROCAUBURES, etc.
Je me contents aussi de mentionner certaines theories de detail telles que
celle des matieres aromatiques de Kekule (Kekule. Chemie der Benzo ilderivate) .
Dans cette nouvelle phase de la chimie, on a abaudonne la reserve de Gerhardt
qui ne voulait pas voir dans les formules rationnelles, la representation de la
constitution intime des corps. Aujourd hui, au contraire, on aligne sur le
papier des edifices entiers de formules destinees a donner au lecteur la carte
topographique d un corps. II est vrai que les moyens de toucher a cette delicate !
question se sont multiplies ; aux reactions de decomposition et de double
echangc, on a pu joindre une serie de reactions synthetiques. Les nombreux cas
d isomerie observes semblent trouver leur explication dans les formules de con
stitution et servent de controle.
Toute une armee de chimistes est occupee a construire des edifices chimiques
avec des materiaux divers, les plus adroits sont ceux qui en construisent le plus
et de la maniere la plus originate. Malgre I interet qui s attache a ce genre de
recherches, le besoin de vues plus larges et plus serieusement philosophiques
commence a se faire sentir. Parmi les chimistes qui n ont pas adopte la theorie
de 1 atomicite et ses consequences, nous devons citer Berthelot qui continue a se
servir des anciens equivalents. On trouvera ses vues sur la constitution des corps,
dans son Precis de chimie oryanique; elles meritent d rtre lues.
SCHUTZE.NBERGER.
Bii:noGitAPHiE. GEBER. Stim/na perfectionis mugislerii. De investigations perfection^
melallorum. De inventione veritatis. -- DC fornacibus constiwendis. Testament urn
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rebus metallicis el miner alibiis, libri quinque. Compositum de compositis. Secre-
torum Iractatus. Breve compendium de ortu metallorum. Concordantia plnloso-
phorum de lapide. Plulosoplda pauperum. Liber octo capitum de philosophorum
tapide. De mirabilibus mundi. HOGER BACON. Opus majus. Speculum alchemice.
Epistolu de secretis operibus artis et natures, et nullitate magice. Breve breviarium de
dono Dei. AKNOLDIS VILLANOVANCS, Rosarius philosophorum, Thesaurus incomparabilis.
De vinis. De venenis. Antidotarium. RAKHUNDUS LULLUS. 1 estamentiim, duobus libris
universam artern chimicam complectens. Codicillus, seu vademecum. Experi-
mania. UASIMUS VALEXTIM/S. Currus triumphalis antimonii. DC >nayno lapide anliquarum
sapientum. Repelif.io de magno lapide et Apocalypsis chemica. Testamentum ulti-
mum. Conclusiones. PARACELSE. Arc/udoxa : De tinctura physicorum. Paraininim:
De morbis ex lartaro oriundis. Traites des chases naturelles, des herbcs, des metaux,
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des doctrines chimiques. LADENRIJRG. Entwicklunysgeschichte der Chemie. SCH.
CHIMIQUES (FABRIQUESDE PRODUITS). HYGIENE PUBLIQUE. Nous parlerons a
part des maladies ou plutot des accidents auxquels les chimistes sont exposes ;
nous allons examiner ici les inconvenients qui peuvenl resuller pour le public du
voisinage des fabriques dites deproduits chimiques, et dans lesquelles on prepare
des substances tres-diverses quant a leur etat, solidc, liquide ou gazcux, eta
leurs proprietes, plus ou moins nuisibles ou complctement inoffensives. II cst
bien evident que si, dansun meme etablissement, on prepare pi usieurs produits,
le classement sera determine par celuiqui off re le plus d inconvenients. C est la,
du reste, ce qui rend fort dif ficiles des considerations generates a donner sur ces
fabriques, dontles unes sont tout a fait innocentes, tandis quelesautres peuvent
presenter des dangers plus ou moins serieux pour le voisinage.
D apres leur degre de nocuite, ces industries figurent dans les trois classes
admises par 1 administration, etla elles occupent des degres differents en rapport
avec 1 importance des inconvenients qu on leur reconnait.
1 fttablissements de premiere classe. Ceux qui doivent etre eloignes des
-habitations particulieres, mais qu il n est pas necessaire d eloigner de 1 enceinte
des villes. Lestravaux sont soumis a des prescriptions speciales, et rigoureusement
rsurveilles.
Acide arse nique (Fabrication de 1 ), au moyen de 1 acide arsenieux et de
1 acide azotique, quand les produits nitreux ne sont pas absorbes ; vapeurs nui
sibles. Acide chlorlnjdrique, par decomposition des chlorures de magnesium,
d aluminium et autres, quand 1 acide n est pas condense ; emanations nuisibles.
Acide oxalique (fabrication) par 1 acide nitrique sans destruction des gaz nui
sibles ; fumee. Acide picrique, quand les gaz nuisibles ne sont pas brules ;
vapeurs nuisibles. -- Acide sulfurique (fabrication) par combustion du soufre :
emanations nuisibles. Arse niate de potasse, fabrication au moyen du salpetre,
^quand les vapeurs ne sont pas absorbees ; emanations nuisibles. - - Cyanure
de potassium (fabrication) et de bleu de Prusse par la calcination dirccte des
matieres animales avec la potasse. - - Ether, fabrication et depots, lorsque ces
depots con tiennent plus de 40 litres a la fois; danger d explosion et d incendie.
- Nitrate de fer (fabrication) lorsque les vapeurs nuisibles ne sont pas absorbees
ou decomposees. -- Phosphore (fabrication) danger d incendie. -- Poudres et
matieres fulminantes, danger d explosion et d incendie. -- Rouye de Prusse,
emanations nuisiblos. Soudes brutes de Varech dans les etablissements per-
manents; exhalaisons, nuisibles a la vegetation et porteesa de grandes distances.
Sulfate d ammoniaque , fabrication par le moyen de la distillation des ma
tieres animales: odeur tres-desagreable et portee au loin. Sulfate de cuivre,
104 GHTMIQUES (FABRIQUE DE PRODUITS).
fabrication au moyeu du grillage des pyrites ; exhalaisous desagreables et nui
sibles a la vegetation. Sulfate de mercure, fabrication quand les vapeurs ne
sont pas absorbees. Sulfate de soude, fabrication par la decomposition du sd
marin etde 1 acide siilfnrique, sans condensation de 1 acide chlorhydrique : exha-
laisons desagreables et nuisibles a la vegetation.
2 Etablissements de deuxieme classe. Ceux dont 1 eloignement des habita
tions n estpas rigoureusementnecessaire, mais dont il importe neanmoins de ne
permettre la formation qu apres avoir acquisla certitude que les operations qu on
y pratique sont executees de maniere a ne plus incommoder les voisins ni a leur
causer des dommagcs.
Acide arsenique, fabrication au moyen de 1 acide arsenieux etde 1 acide azoti-
que quand les produits nitreux sonl absorbes (voij. l re classe). Acide chlorhy-
drique, par decomposition des chlorures de magnesium, d aluminium et autres
quand 1 acide est condense; emanations accidentelles (voy. l re classe). Acide
oxalique, fabrication parlasciure de bois et la potasse; fumee (voy. l re classe).
- Acide pyroligneux, quand les produits gazeux ne sont pas brules. -- Acide
pyroligneux, purification; odeur. Chlore, quand ce produit est employe dans
les etablissements memesouon leprepare; odeur desagreable et incommode quand
les appareils perdent. Chlornre de chaux ; id. Chlorures alcalins eau de
javelle, etc. ; id. Cyanure de potassium et bleu de Prusse, fabrication par
1 emploi de matieres prealablement carbonisees en vases clos; odeur (voy.
l re classe). Potasse, fabrication par calcination des re sidus de melasse ; fumee et
odeur. -- Protochlorure detain ; emanations nuisibles. Soufre, fusion, dis
tillation; danger du feu, odeur desagreable. -- Sulfate de baryte, decoloration
au moyen de 1 acide chlorbydrique a vases ouverts ; emanations nuisibles. -
Sulfate de mercure, quand les vapeurs sont absorbees (voy. l re classe).
Sulfate de peroxyde de fer, fabrication par le sulfate de protoxyde de fer et
1 acide nitrique. - - Sulfate de soude, fabrication par la decomposition du sel
marin par 1 acide sulfurique avec condensation complete de 1 acide chlorhydrique
(voy. l re classe).
5 Etablissements de troisieme classe. Ceux qui peuvent rester sans incon-
venients aupres des habitations, mais qui reclament quelques prescriptions spe-
ciales et doivent rester soumis a la surveillance de la police.
Acide nitrique; production. Acide oxalique, fabrication par 1 acide nitrique
avec destruction des gaz nuisibles: fumee accidentelle (voy. l re et 2 e classes).
- Acide picrique, avec destruction des gaz nuisibles (voy. l re classe). Acide
pyroligneux, quand les produits gazeux sont brules (voy. 2 classe). Acide sul
furique de Nordhausen, par la decomposition du sulfate de fer (voy. l re classe).
- Ammoniaque, fabrication en grand par la decomposition des sels ammonia-
caux. Blanc de zinc, fabrication par la combustion du metal. Ceruse ou
blanc de plomb, fabrication. CMorure de chaux, dans des ateliers fabricant
au plus 500 kilogr. par jour (voy. 2 e classe). Chromate de potasse, fabrica
tion. Cyanure rouge de potassium ou prussiate rouge de potasse ; emanations
nuisibles. - - Minium, fabrication. Nitrate de fer, fabrication quand les va
peurs nuisibles sont absorbe es ou decomposees (voy. l re classe). Perchlorure
de fer, fabrication par dissolution du peroxyde de fer; emanations nuisibles.
Sel de soude, fabrication avec le sulfate de soude ; fumee et emanations nuisibles.
Sulfate de peroxyde de fer ou couperose verte, fabrication par 1 action de
1 acide sulfurique sur la ferraille ; fumee et emanations nuisibles. Sid fate
CIIIMIQUES (FABRIQUE DE PRODUITS). 105
de fer, snlfate ffalumine el de Valun, fabrication par lelavagedes terres pyri-
teuses et alumineuses grillees ; fumee et alteration des eaux.
Si 1 ou examine, en les comparant, les industries renferme es dans ces trois
classes, on sera frappe de la difference de rang qu elles occupenl snivant la diffe
rence des precedes mis en usage pour les obtenir; ainsi, telle substance qui, fabri-
quee d une certaine maniere, figure dans la premiere classe, retombe dans la
troisieme quand elle est produite par des moyens perfectionnes.
Quant a larealite des inconvenients tres-graves presentes paries fabriques ran-
gees dans lapremiere classe, elle est attestee par un grand nombre de rapports,
d enqneles, etc. Parmi ces documents divers, nous en examinerons seulement
deux qui, en raisondu merit eexceptionnel des savants qui les^ont rediges, rneri-
tent une attention serieuse.
Le plus ancien en date est celui de MM. Braconnot et Simonin de Nancy. Des
reclamations tres-nombreuses, tres-instantes avaient ete souleve es par des pro-
prk taires a 1 occasion d une fabrique d acides sulfurique et chlorhydrique qui
devait etre etablie pres de Vic (Meurthe); on se,fondaitparticulierement surcequi
sepassaita Dieuze dans une fabrique analogue. Le prel et designa MM. Braconnot
et Simonin pour examiner cette question. Lcurs observations out du necessaire-
ment porter suiTusine de Dieuze quietait leterme decomparaisondonnede cette
enquete. Dans cette ville, la saline et la fabrique de produits cbimiques sont con-
ligues, elles produisent annuellement 280,000 quinlaux metriques de sel ;
57,000 d acide sulfurique, 65,000 de soude, 8,000 de cldorure de cliaux;
50,000 d acide chlorhydrique, 2,000 d acide nitrique,400 desels d etain, 500 de
colic forte. C est pres de cette immense fabrication, jamais interrompue, disent
les auteurs, c est autour de ces ateliers dont les hautes cheminees versent et
melcnt incessamment a 1 air des torrents de vapeur et de fumee que nous nous
sommes places. Dans ladireclion du vent, a quelques kilometres de distance, on
sent deja une odeur pe netrante d acide sulfureux, d acide chlorhydrique, de fumee
de houille qui irrite la gorge et provoque la toux. Get effet est plus intense pres de la
ville et dans soninterieur; il fautplusieurs jours pour s yhabitueretn en plus etre
incommode. La vapour et la fumee se repandent sous forme de brouillards, enve-
loppent la ville, les jardins, les champs, ou sont chasse es au loin comme un image,
selon que 1 air est tranquille ou que le vent souffle avec plus ou moins de force.
En masse ct vue de loin, la campagne et les cultures paraissentflorissantes
ct ne point souffrir ; mais, de pres, examinee en detail et surles points ou les
vents soufflent le plus frequemment, la terreestnue, sterile; 1 herbe est brulee,
4" les fenilles dessechees, le jardinage inal venu. Dans le voisinage de la fabrique
d acide sulfurique, les arbres sont fletris du cote qui regarde les batiments des-
m* quels s echappent des vapeurs acides. A peine ecloses les feuilles sont frappees de
IK mort. Nous avons vu des champs d orges, de plantes oleagineuses, devastees
in* presque entierement sur uneetendue de plusieurs containesde metres.
Sur d autres points (et nous pouvons ciler les jardins du batiment, dit Hotel-
I ieu, vis-a-vis la fabrique de produits chimiques), les plantes potageres et d agre-
^ ment sont languissantes, les arbres anciens perissent en grand nombre chaque
V annee, ceux que 1 on plante nepeuvent reussir, malgre la bonte etla profondeur
>, du sol; les constructions elles-memes sont promptement deteriorees; les ferrc-
ilil* ments sont profondement corrodes, les gouttieres, les conduits des eaux pluviales
[i i en fer-blanc ou en zinc sont perces et mis hors de service en tres-peu de temps ;
yi< les peintures sont alterees tout de suite, ainsi que les meubles et les ustensiles
106 CHIMIQUES (FABRIQUE DE PRODUITS).
domestiques. Ces faits sont si evidents, ilsontete taut de fois signale s que 1 ad-
ministration des salines les accepte et doit faire, dans son budget, la part des
indemnite"s.
Quelles sont done les emanations qui donnentlieu a de pareils desordres? L exa-
men chimique a demontre sur les plantes et particulierement dans la rosee, des
traces incontestable^ d acide sulfurique et cldorhydrique et a de grandes distan
ces, surtout dans la direction des vents regnants. Quant aux inconvenients
eprouves par les individus, on a signale, mais sans grandes preuves, la perte des
dents, desophthalmies et des affections pulraonaires dans la population de Dieuze.
Ces resultats si positifs demontrent la necessited exigences serieuses de la part
de 1 administration, dans les automations a accordcraces fabriques quandelles
sont aussi considerables ou multipliers sur un meme point. Us prouvent 1 impor-
tance des modifications a apporter dans la preparation des produits. Les vapeurs,
les emanations nuisibles aux ouvriers, disent lesauteurs du rapport, sont expul-
seespardes ouvertures, des courants d air, de hautes cheminees d appel; mais
c est les deplacer seulement, les disseminer a de plus grandes distances ; leur
puissance est, a laverite, diminuee, affaiblie, leseffets en sontmoins immediats,
moins visibles, mais n existent pasmoins. Cesmoyens convenables, pour de tres-
petits etablissements, ne le sont plus lorsqu il s agit de grandes exploitations.
Cequ ilfaut obtenir, c est Ventiere destruction delafumee, des vapeurs touj ours
incommodes, meme quand elles ne sont point insalubres (Braconnotet Simoniu
Note sur les emanations des fabriques de produits chimiques. In Ann. d hyy.
publ. 1" serie, t. XL, p. 128, 1848).
Un autre rapport plus interessant encore, parce qu il a etc etabli sur uneplus
vaste echelle, est celui qu a presente une commission composee de rnedecins, de
chimistes, de botauistes et d agriculteurs, et nominee par le gouvernement beige
pour repondre a des reclamations incessamment formulees. Une sous-commission
formee de chimistes se livra a un examen tres-minutieux des divers elements de
cette vaste question ; examinant les matieres premieres, suivant les operations
dans leurs differentes phases, analysant la quantite,laqualite desgazquis echaj)-
pent par les cheminees des usines, et que 1 on regardait avec raisou comme la
cause la plus puissante des deteriorations qui etaient partout signalees. Ces obser
vations porterent plus specialement sur les usines oil 1 on prepare 1 acide sulfu
rique, 1 acide nitrique, le sulfate de soude, 1 acide chlorhydrique, la soude, le
chlorure de chaux et surtout le sulfate de fer. De ces diverses fabriques, celles
d acide sulfurique sont peut-etre les plus nuisibles de toutes, parce qu elles don-
neut lieu au degagementde deux gaz, dontil est tres-difticile d obtenir la conden
sation et qui s echappent des chambres de plomb ; ce sont les acides sulfureux et
hypoazotique, tous les deuxegalementdangereux. Viennent ensuite les fabriques
de soude, dont les inconvenients analogues aux precedents sont dus surtout aux
gaz entraines hors de 1 usine et dont les effets semblent meme s etendre plus
loin. Ces gaz lances par les cheminees independamment des produits de la com
bustion de la houille, sont 1 acide sulfureux et, en proportion beaucoup plus consi
derable, 1 acide chlorhydrique. Voici, au total, leresultat de cette enquete pour les
deux ordres de fabrication dont nous venons de parler : 1 les gaz, meme ceux qui
se dissolvent avec le plus de facilite, et en plus grande quantite dans 1 eau,
resistent a la dissolution lorsqu ils sont melanges a des gaz insolubles, et cela
d autant plus que la proportion de ces derniers est plusconsiderable ; 2 la rapi-
dite du tirage dans les cheminees par lesquelles s ecoulent les melanges
CHIMIQUES (FABRIQUE DE PRODUITS). 107
produit encore un resultat analogue; 5 si lesbautes cheminees, en delayant dans
un grand volume d air les vapeurs acides avant que celles-ci retombenl sur lesol,
out la propnete de les rcndre moins deleteres, elles out d aulre part le grave
inconvenient, en determinant un appel trop energique, de contrarier les moyens
d absorption, et d etendre sur un plus grand rayon les produits de ces emanations.
Aussi la commission etait-elle d avis de supprimer les hautes cheminees dans
lesusinesde cette nature, ou du moins de supprimer toute communication entre
ces cheminees et les appareils d absorption, et de les remplacer par des chemi
nees basses qui n opposeront pas une resistance aussi grande a 1 absorption des
gaz produits, et qui, grace a leur tirage restreint, forceront les fabricantsa tenir
les appareils dans un etat parfait de conservation.
L influence sur la vegetation, cet objet principal de 1 enquete, s exerce d une
.maniere differente, suivant la direction des vents, I humidite de 1 atmosphere, la
pluie, la configuration topographique du sol, les reliefs qu il presente, etc. On a
reconnu que les alterations sont plus sensibles dans la direction la plus emislante
duvent, sous 1 influence d un temps brumeux, ou de la pluie, et lorsque, par la
disposition du terrain ou la direction du vent, la fumee etait ramenee sur le sol.
Dans toutes ces circonstances, ou a demontre, par les reaclifs, la presence des
agents chimiques auxquelsralleration etait due. Ce sont ordinairement les acides
chlorhydrique ou sulfurique. Tandis qne sur les vegetaux de meme espece, ne
pre sentant pas de signes d alteration, on ue peut conslater la presence des
memes acides. D apres ces recherches, certains vegetaux seraient plus sensibles
qued autres aux causes d alteration; en tele des premiers figureraient le charme,
la charmilJe, le coudrier, le chene ; parmi les plus refractaires, le framboisier,
tes spirees, le boublon et I aune.
Cette partie du travail est terminee par les conclusions suivantes: 1 11
i s echappe des fabriquesdeproduils cbimiques des emanations acides qui nuisent
^ a la vegetation d un certain nombre de plantes ; 2 toutefois cet effet se produit
d une maniere tres-inegale pour les diverses especesde plantes ligneusesou her-
i| bacees, cultivees ou spontanees, de telle facon que certaines especes paraissent
D resister tres-bien a 1 influence nuisible des gaz acides, tandis que d autres sont
i/- alterees par ceux-ci, mais a des degres tres-differents ; 3 le rayon dans lequel
ml s exerce 1 influence nuisible des gaz acides, dependant de plusieurs circoustances
ji essentiellement variables, ne saurait elre iixe d une maniere absolue ; mais, dans
p, ehaque cas donne, on peut le determiner pratiquement en observant jusqu a
n 1 quelle distance les vegetaux qui, comme les charmilles, sont tres-attaquables par
les emanations des fabriques, cessent d offrir aucune des alterations speciales qui
ulij doiveut etre attributes a 1 action de ces emanations; 4 determine par ce precede,
,1: le rayon d influence nuisible a differe beaucoupnon-seulement pour les differents
ml etablissements, mais encore dans les diverses directions autour du meme etablis-
, ||,j. sement, puisque c etait constamment dans la direction des vents dominants, et
j,[ d apres les fails qui out pu etre observes d une maniere precise, 1 influence ne
i s etendait pas au dela de 2,000 metres au maximum et ne descendait pas
iljji m-dessous de 600 metres au minimum.
]fl Reiativement a 1 influence de ces usines sur la population elle-meme, le
jji: gouverneur de la province de Namur a fait recueillir les documents officiels
,, , "elatifs au mouvement des naissances et ds deces pendant les cinq annees qui
1 1 ont precede et suivi 1 erection de ces etablissements ; la moyenne a ete favorable a
; ii J accroissement de la population, tant dans les communes ou les fabriques sont
108 CHIMIQUES (FABRIQUE DE PRODI;ITS).
etablies que dans leslocalites voisines. Ainsi, pour la premiere periodc (1859-1 845),
lecbiffre des deces estde 1 sur 58, et pour laseconde (1844-1848) de 1 sur66.
D autrepart, M. Gambrelin, president de la commission medicale de la province
de Namur, affirme que les emanations que repandent les fabriques deproduits
chimiques de la vallee de la Sambre, ne donnent lieu a aucune affection parti-
culiere, et que les maladies de poitriue ne sont pas plus frequentes aujourd hui
qu autrefois dans les communes oil ces etablissements existent ; la sante gene-
rale des populations limitrophes est restee la meme que par le passe, etmeme
celle des ouvriers employes dans les fabriques n a pas etesensiblementni serieu-
sement affectee. Si, parfois, ceux-ci sont atteints au debut de leur apprentissage
d une laryngite, d une bronchite, ou d une gene de la respiration, 1 accoutumance
ne tarde pas a faire disparaitre ces indispositions, qui ne se renouvellent plus;
la meme observation a etc faite sur les chevaux employes dans les etablissements.
Du reste, 1 aisance et le travail que ceux-ci out necessairement repandus dans les
localites voisines sont assurement pour quelque chose dans les resultats observes
(Bussy. Examen del enquetefaite en Belgiqne, concernant I influence des fabri
ques de produits chimiques sur la vegetation et Vhygienepublique. In lour, de
phnrmac. et de chim. t. XXXIH, p. 175; 1858).
Au total, il demeure bieu entendu que, pour Braconnot et Simonin, comme
pour Icscommissaires beiges, la prophylaxieconsiste: nondansl emploi deshautes
chemine es qui laissent retomber les vapeurs nuisibles ou les envoient au loin
porter leur influence destructive, maisdans la combustion quidetrnitlesfume es,
et dans la condensation ou la combinaison des gaz acides, de maniere a rendre
presque nulle la partie qui s echappe. Or les chefs de ces usines sont generale-
ment deshommes de science, parfailement enetat de trouver les moyens d ypar-
venir, etqui sentent de leur interetdene paslaisser perdrf des produits posse dant
une certaine valeur.
C est ce qui ressort d un travail tres-interessant publie par un industriel dis
tingue, M. Knblmann, lequel est arrive a la solution de plusieurs points de ce
probleme. II a fait connaitre les ameliorations qu il a introduitesdanslesiabriques
de soude artificiellc, dout nous sigualions plus haul les inconvenients ; il a con
dense les vapeurs chloriques, les a unies a la baryte, de maniere a obtenir, a tres-
bas prix, du chlorure de baryum, que Ton peut avantageusement utiliser a divers
usages chimiques.
Dans une fabrique de noir animal, les vapeurs en sortant des fours acalcina-
nation des os dans lesquels I ammoniaque, produite par cette calcination, se
trouve melee a 1 airbrule des foyers, sont dirigees, avant d arriver a lacheminee,
dans une grande auge en pierre, ouse meutun moulinet eu fer muni depaleltes
en tole; 1 auge est couverte par uncouvercle demi-cylindrique en metal. Pendant
que les vapeurs traversent librement ce cylindre creux, en se dirigeant vers la
cheminee, le moulinet souleve constamment et projette dans 1 espace occupe pv
les gaz une pluie de gouttelettes d une dissolution de chlorure de manganese,
residude la fabrication du chlore. M. Kuhlmannparvientainsia condenser al etat
de muriate, non-seulement rammoniaque que donne la calcination, mais encore
celle que donne la combustion de la houille. Ce produit peut etre utilise dans h
preparation de I ammoniaque, et aussi comme engrais. Ces exemples que nous pour-
rions multiplier encore montrent qu il s est accompli a cet egard de serieux pro-
gres dans I lndustrie au grand benefice des industriels et des populations voisines.
Reste une autre question qui, d ailleurs, depend entierement des precedes mi*
CIIIMISTES (HYGIE.NE). 109
endeuvre et del extension quo pcuvent prendre au dehors les produits nuisibles
dela fabrication: c est la distance qu il estutile de maintenir entre les fabriques
insalubres et les habitations qui les entourent. Cette question a ete traitee par
Darcet avec cet esprit pratique dont il possedait si bien le secret : Si tons les
vents, dit-il, soufflaient pendant des temps egaux, et toujours avec la meme
intensite, il est evident qu il faudrait placer les fabriques au centre d un cercle,
a elles consacre, dont la circonference serviraitde limite aux habitations duvoisi-
na-e, et auquel il faudrait donner un rayon d aulaut plus grand que les emana
tions de la fabrique seraient plus intenses. Mais, comme il le fait observer, les
cbosesne se passentpas uiusi: il ya desventi>regnants, c est -a-dire qai soufflent
plus souvent et avec plus d intensite que d autres. Des lors, le rayon de nocuite
est necessairementplus long dans la direction des \cnls n gnanls.
Darcet, ayant releve a 1 Observatoire les observalions meleorologiques failes
pendant huit annees (1835-1845), a constate le nombre inoyen de jours pendant
lesquels out souffle annuellement les differenles varietes de venls qui constituent
cequ on appelle la rose des vents. Nousne donnons ici qne les resultats geneYaux
pour les quatre vents cardinaux, dans lesquels nous englobons lours vanrlr- rt.
sous-varietes, etnous trouvons les chiffres annuels moyens: Nord, 65; Est, 42;
Sud, 130; Quest, 129. Ainsi, dans notre region, lesvents regnanls soul in.iiiilc^-
tement ceux du sud et del oiiest; et c est par consequent du cote du iioril et de
Test que doit se renconlrer la plus grande distance a laquelle il convient. de pla
cer les fabriques nuisibles, par rapport aux habitations particulieres et aux
cultures importantes. Ainsi, les usines seront etablies dans un polygone tres-
irregulier, pres des angles ouest et nord et loin des angles est et sud. La figure
et les proportions des rayons qui sont dans le rapport de frequence des differenles
especes de vents doivent done etre tracees a 1 aide d une serie d observations
semblables a celles qui out servi de base au travail que nous venous d analyser
(D;ircet. Des rapports de distance qu il est utile de maintenir entre les fabriques
insalubres et les habitations qui les entourent. la Ann. d hyg. l re serie, t. XXX,
p. 521; 1843.) E. BEAUGRAKD.
IJIBI.IOGRAPHIE. TiLLET. Obser. fciites par ordre du roi, sur les cdtes de Konnandie, au
sujet des effets pernicieux, qui sont attribues dans le pays, a la fumee de Varech, lorsquon
brule cette plante pour la reduire en soude. In Mem. de I Acad. des sc., p. 307, 1771. -
[jijji BELLOT, DE LA RIVIEKE et DESESSARTZ, Rapport sur le laboratoire du sieur Chat-lard, et Zes
inconvenienls qui peuvent resuller pour les maisons voisines, de la distillation d can-forte
qui se pratique journellement dans ledit laboratoire. Paris, 1774, in-4". DARCET. Des rap-
ipi- ports de distance qu il eat utile de maintenir entre les fabriques insalubres et les habita
tions qiii les entourent. In Ann. dlnjg., l re ser., t. XXX; 1843. CHEVALIER et GUEIUHD.
Mem. sur les residus liquides /irovenant des e tablisseinents industrials. Ibid., t. XXXVI,
p. 99; 1846. BKACONNOT et SIMOKIN. Note sur les emanations des fabriques de produits
chimiques. Ibid., t. XL, p. 128; 1848. KUHLMANN. Memoire sur les ameliorations dans
I I lujgiene des manufactures de produits chimiques. In Journ. de pharm. et dechim.,l. XXX,
p. 381; 1856. Zwei Gutac/iten tier k. preuss. wissensch. Deputat., etc., betreffend die
Anlage. einer Essig- und Blehucker-Fabrik. In Casper s Vierteljahrschr., t. XI, p. 105;
i m 1857. SCHAUENSTEW. Die Sodafabrikation in gesundkeilspolheihcher Hinsicht. In Wochenbl.
o er Zeitschr. der k. k. Gesellsch. der Aerste zu Wien, p. 529, 1857. BUS-Y. Extrait <te
I enquete ordonnee par le minislre de I inlerieur en Belgique, concernant I influence des
fabriques de produits chimiques, sur la vegetation et I lujgiene publique. In Journ. de
y pharm. et de chim., t. XXX11I, p. 175; 1858. Plus un grand nombre de rapports dans
j, 1 expose des travaux d hygiene des divers departements, dans lesquels sont conseilles ou con
states, les diilerents modes d absorption et de coaibinaison des gaz nuisibles. E. BCD.
CHiraiSTES (HioiENE PROFESSIONNELLE). Les travaux qui s accomplissent
is"- dans les laboratoires de chimie, la preparation ou 1 aualyse des diilerents corps,
HO CIIIMISTE8 (HYGIENE).
la temperature elevee qui est sou vent necessaire daus ces operations, les pro-
prietes particulieres explosives ou ve neneuses des substances sur lesquelles on
agit, expliquent suffisamment la frequence et la gravite des accidents auxquels
les chimistes sont exposes. Une excellente these sur cette question aete soumise,
en 1866, a la Faculte de me decine de Paris, par M. Thelmier, victime lui-meme
d un accident de laboratoire. Deja, cependant, il faut le dire, on avait signale
depuis assez longtemps les dangers des travaux de ce genre, et sans parler des
fails particuliers sur lesquels nous aurons occasion de revenir, il y a plus d un
siecle, Samuel Prieur, avait, en 1751, soutenua Halle une tres-curieuse disser
tation, intitulee : De morbis pharmacopceorum et chymicorum. Nous y ferons
plus d un emprunt. On sait, enfm, que dans le moyen age des alchimistes ont
e"te victimes de leurs bizarres operations.
Dans 1 examen des faits dont il nous reste a parler, ce que nous avons de
mieux afaire c est de suivre 1 ordre adopte par M. Thelmier, seulemcnt nous
remonterous plus haut que lui dans le passe, et aux observations recentes qu i.
rapporte nous en joindrons d autres de date plus ancienne et non moins inte-
ressautes.
M. Thelmier ramene a trois groupes les accidents qui peuvent se produire
dans les laboratoires : 1 les bridures; 2 les empoisonnements ; 5 les explosions.
I. BRULUHES. Elles ont lieu par les corps sous leurs differents etats, et sont,
on le comprend, en rapport, par leur gravite, avec le degre de temperature du
corps comburant.
1 Brulures par les yaz etpar les vapeurs. Elles sont tres-frequentes et agis-
sent geneYalement, en raison de la prompte diffusion de ces substances, sur des
surfaces assez etendues. Les corps qui y donnent lieu le plus ordinairement soiit
les vapeurs d acide chlorhydrique, de phosphore, d acide fluorhydrique, etc.
Lesueur, chef du laboratoire d Orfila, demontantun appareil dans lequel on avait
prepare de I acide fluorhydrique, les vapeurs se repandirent sur sa main, et mal-
gre 1 immersion immediate dans 1 eau froide, il en resulta une inflammation
tres-violente, remontant jusqu au tiers superieur du bras, avec fievre intense;
la guerison se fit attendre plus d un mois. M. le professeur Isidore Pierre a long-
1emps souffert de brulures faites en preparant Tether bromique avec le brume
liquide, etc. (Thelmier).
2 Brulures par les liquides, Elles presentent, on peut le dire, un danger
permanent. On sait ce qui peut resulter des imprudences de verser de 1 alcool,
du petrole, dans une lampe pendant qu elle brule ; on connait 1 action corrosive
desacides sulfurique, nitrique, chlorhydrique, etc., quand ils sont concentres;
tout le monde a presents a 1 esprit 1 histoire d un jeune chimiste, plein d avenir,
Polydore Boullay, mortellement brule par la rupture d un flacon d ether.
3 Brulures par les solides. Elles sont occasionnees par tous les corps solides
portes a une tres-haute temperature, mais surtout par ceuxqui sont susceptibles
de deflagration, et a la tete desquels on peut citer le phosphore. Plusieurs chi
mistes ont essuye de graves brulures pour en avoir imprudemment mis dans
leur poche. Pelletier, pere, fut ainsi cruellement brule a la cuisse, et mit plus
de six mois a se retablir ; un eleve de 1 Ecole pratique, attaint de la meme
maniere, perdit un testicule. Mais, c est surtout, en moulant le phosphore clans
des tubes de verre, ce qui se fait par une aspiration avec la bouche, que les acci
dents se produisent. Le phosphore trop vivement aspire entre dans la bouche, de
la des desordres tres-graves.
CIII5IISTES (HYGIENE]. \\\
Moyens prophylactiques. Des gants en caoutchouc ou encluits d un corps
gras previendront les accidents produits par les gaz ou les vapeurs, et par les
liquides corrosifs, tels que les acides concentres. Quand il y a des metaux en
fusion dans des creusets, on saisira ceux-ci avec de longues pinces afin d en
> operer le transvasement sans danger. Enfin, dans le moulage du phosphore, il
faut avoir soin de placer au-dessus de celui-ci une couche epaisse d eau dans le tube
aspirateur, quand le liquide innocent arrive aux levres on s arrete aussitot. Dans
ces sortes de brulures, M. Malaguti, conseille les lavages repetes avec une eau
alcaline ou de 1 eau de javelle ; avec un peu de magnesie, les douleurs disparaissent
alors assez prompteracnt, mais la cure en est generalement longue (Thelmier).
II. EMPOISONKEMENTS. Contrairement a ce que Ton pense habituellement,
1 asphyxie par les vapeurs de carbone parait aujourd hui tellement rare, que
M. Thelmier n en apu citerunexemple. Autrefois ces accidents etaient beaucoup
plus frequents, ainsi Prieur, en 1751, fait observer que, pendant 1 hiver, les labo-
ratoires etant tenus exactement fermes, les chimistes sont exposes aux vapeurs
carboniques ; qui dcterminent souvent des phenomenes d asphyxie, quelquefois
mortels, et d autrefois suivis d un etat morbideplus 01* moins prolongs.
De meme que les brulures, les empoisonnements peuvent etre determines par
les corps sous leurs trois diff emits etats.
1 Lesf/aset les vapeurs sont les substances qui agisseut le plus souvent; on
connait 1 action irritante que le cblore exerce sur les broaches et les accidents
aigus auxquels il peut donner lieu quand il a ete respire en certaine quantite.
L acide nitreux est excessivement grave, et son aspiration a plus d une fois donne
lieu a des desordres mortels : nousavons cite des exemples (l re ser.. t. V. p. 649,
et suiv.).
Les vapeurs arsenicales out determine plusieurs cas d empoisonnements bien
connus. Le premier en date est celui de Tachenius, celebre cliimiste du dix-sep-
tieme siecle. Voulant entierement sublimer 1 arsenic jusqu a ce qu il ne rest, if
aufond du vase que de 1 arsenic fixe, il ouvrit le vase apres de nombreuses subli
mations, et seutit une odeur tellement agreable qu il n en avait, dit-il, jamais
respire de semblable. Mais au bout d une demi-heure, il fut pris de douleurs et
de spasmes de 1 estoinac, avec etat convulsif des membres, dyspnee, pissementde
sang, coliques, etc. Get etat dura au moins une demi-heure, et ne se dissipa que
par 1 usage du lait et de I luiile; mais sa sante resta longtemps chancelante, et
longtemps il demeura en proiea une sorte de fievre hectique(Hij>^oc> . Chemicus,
cap. XXIV, Paris, 1869, p. 202, in-12). Plus presde nous se place 1 observation
du chimiste Gehlen, professeur a Munich, mort en 1815, apres plusieurs jours
de souffrances, pour avoir respire une faible quantite d hydrogene arsenie. R.
Schindler eprouva egalement de graves accidents pour avoir inspire un peu d hy
drogene arsenie, maisil finit par guerir; cette observation a ete relatee en detail
par son frere (Grasfe s und Walt s J., t. XXVI, p. 624, 1857).
Le professeur Robertson, de Calcutta, montrant, en 1857, I appareil de
Marsh, a ses eleves, uncourant d air violent clirigea le jet d hydrogene arsenie au
visage du professeur, qui eprouva sur-le-champ un sentiment de brulure et de
constriction tel qu il fut oblige d interrompre sa lecon ; malgre des accidents tres-
graves il finit par guerir (Bristish and For. Med. Rev., 2 e ser., t. XX, p. 521,
1857). O Reilly a vu succomber un gentleman, qui, dans une experience, avait
respire ce gaz funeste (ibid.). Enfin, M. Mettrais, pharmacien, ayant, dans une
expertise de medecine legale, fait fonctiouner un appareil de Marsh, dans un
112 CIIIMISTES (HYGlfcNE).
local mal ventile, eprouva des accidents dont il finit par se remettrc hcurcusement
(J. dechim. med., 4 e ser., t. X, p. 69, 1864).
Suivant un chiraiste ancien, Juncken, 1 antimoine est forme dc soufre doiv,
acide acre, tres-volatil, et d un alcali; c est, dit-il, ce que demontrent les vapeurs
qui viennent frapper ceux qui preparent le verre d aiitimoine, sous I influeiHv
de la chaleur, et qui occasionnent des vertiges, des accidents du cote de la poi-
trine, peuvent irriter 1 estomac et amener des accidents tres-graves (Chim. expe
riment., sect. V. cap. n, Franco!, A. M., 1701, p. 291).
Prophylaxis. Existe-t-il des moyens de prevcnir ce accidents? Au commen
cement du siecle dernier, Geoffroy 1 aine, signale les dangers, pour 1 operateur,
des dissolutions que Ton fait de substances metalliques par le mo yen des esprits
corrosifs. Les exhalaisons du mercure, de 1 antimoine, du plomb, du cuivre, les
vapeurs des esprits corrosifs du nitre, du vitriol, du sel, sont tout a fait perni-
cieuses, et encore plus quand ccs fumces corrosives et metalliques sont reunies
ensemble. On prend, dit-il, la precaution de faire ces sortes d operations, an
grand air on sous les cheminees; maisonn est pas toujours le niaitre deprendre
ces precautions, on bien, par quclque hasard, elles se trouvent rendues inutiles.
L auteur propose pour supprimer entierement ces vapeurs, de couvrir la dissolu
tion d une matiere capable de retenir les exhalaisons; les huiles vegetales lui
paraissent remplir parfaitemcnt cette indication, etc. (Mem. de I Acad. des sc.,
1719, p. 71).
Les moyens employes aujourd hui ne s eloignent pas beaucoup de ceux qui
t-taient autrefois en usage et dont parle Geoffroy : c est toujours une cheminee
l>rrl cctionnee sous lenom de cheminee d appel, dont le tirage est sollicite par un
fourncau. On peut aussi se servir d un ventilateur.
P. ur prevenir les dangers resultant de la presence de 1 hydrogene arsenic, on
pent faire de legeres fumigations chlorees ; pour 1 acide cyanhydrique, dont les
emanations sont tres-dangereuses, on operera en plein air, comme cela se faisait
dcj a dn temps de Geoffroy, et Ton feia degager du chlore, qui en amene la de
composition.
2" Par les liquides. Pour qu un empoisonnement puisse avoir lieu par 1111
liquide, il faut qu une surface denudee assez etendue ait ete mise en coulad
avec la substance toxique, ou que celle-ci ait corrode la peau et qu elle ait en-
suite ete absorbee par les tissus mis a nu. L ingestion par les voies ordiuaircs
ne peut guere avoir lieu que par le fait d une distraction. C est ce qui arriva,
on le sail, a 1 illustre Thenard qui, pendant uue lecon, avala une gorgee d une
solution de sublime, croyant prcndre de 1 eau sucree. L usage des blancs d oeuls
le sauvaet amena une prompte guerison (Thelmier).
5 Par les solides. Ges cas sont egalement tres-rares ct ne peuvent guere
amener que de simples accidents, quand on goute, par exemple, des substances
incolores afm deles reconnaitre (Thelmier).
III. EXPLOSIONS. Telle est, sans contredit, la source la plus commune et la
plus redoutable des accidents de laboratoire. Ces accidents sont devenus plus fre
quents, cela se conceit, a mesure que les progres de la science out augmente le
nombrc des substances explosiblcs.
lei, comme clans les paragraphes precedents, nous examinerons les corps dans
leurs trois dil ferents elats, et, quant aux fails, nous n aurons, en verite, que
1 embarras du clioix.
1" Explosion duyaz. Oil en possede de trcs-nombrenses observations; ahisi,
CHIM1STES (HYGIENE). IK
par cxemple, quand on a commence a fondre de la craie, du platine et autres corps
refractaires a 1 aide d une flamme due a 1 inflammation d un melange d hydro-
"ene et d oxygene, il est survenu des detonations; on en a prevenu le rctour en
interposant des toiles metalliques entre I orifice de sortie du gaz et 1 extremite
du tube ou s opere la combustion, et surtout en faisant arriver separement cha-
cun de ces gazpris dans un genera teur isole (Thelmier). Liebig a communique it
M. Thelmier deux cas d explosions tres-violentes resultant, 1 nne, d un melange
de sulfure de carbone et de bioxyde d azote ; 1 autre, d un melange destine a dec
feux de bengale et dans lequel se trouvait du chlorate de potasse. La rupture
d un appareil en fonte employe par Tbilorier, pour la liquefaction del acide ea>"
bonique, a frappe mortellement un jeune preparateur de 1 Ecole de pbarmacie,
Osmin Hervy. On evite maintenant les dangers de cette preparation, en se servant
d un appareil en fer forge, et double de plomb a I interieur, en cas de ruptmv
leplomb se dechire sans projeter d eclats (Thelmier).
2 Explosions de liquides. La decivuverte et I clude du chlorure d a/.oic out
coute au celebre Dulong un ceil et deux doigls dc l.i main. M. Wurtz, on faismt
reagir du protochlorure de phosphore sur le sodium, a clc vidiine d une violent
detonation: le ballon s est brise en eclats, des fragment out clc projotes dans
1 oeildroit, et lavuedece cote futassez longtemps eom|M-<miisc.
M. Lippmanna ete renverse et a eu lamaiudroite harhcc |iar dcs<Vlals dc \crre
provenant de 1 explosion d un vase, imprudemment remue, et dans lequel il piv-
paraitde 1 acetate de chlore, en faisaut passer un conrant d acide hypochloreux
sur 1 acide acetique anhydre, etc. (Thelmier).
5 Explosions de corps sotides. On peut ranger dans cette classe tous les
melanges detonants, 1 iodure d azote, 1 oxalate d argent, et surtout les fulmi
nates d argent et de mercure. (Pour les sinistres arrives dans les fabriques, voy.
FULMINATES.) Les observations relatives aux dangers de ces explosions sont loin
d etre nouvelles; envoici lapreuve : Fred. Hoffmann rapporte qu un apothicahv
ayant mis dans une cornue de verre assez epaisse, du baume de soufre terehci 1 ,-
thine, la placa sur un bain de sable apres avoir bieu bouche les jointures du reci
pient, il poussa la matiere avec un feu un peu vif. Tout a coup une explosion
terrible eut lieu, un garcon qui pilaitles drogues dans la cour, pres dcl officiue,
fut jete contre le mur, un autre fat miversc sans connaissance a la porte de cc! h-
meme cour (Obs. physico-chimiques , lib. Ill, obs. 15, Halle 1722, in-4"). Un
pharmacien, a Limbourg, voulant pulveriser de Tor fulminant, ilans un mortier
avec unpilon de fer, il se tit une explosion epouvantable : le pharmacien fut jete
Verre le visage tout brule (Dolseus, Ephem. nat. cnr., dec. I, aim. IX, X,
obs. 1S6, 1678). Suivant Haunseus, For fulminant recernment prepare doit etre
seche avec boQucoup de precautions; 1 auteur pilant, lui aussi, quelques grains
\ de cette substance dans un mortier, 1 explosion eut lieu, le mortier et le pilon
volerent en eclats (Ibid., dec. If, aim. X, obs. 155, 1691).
Un eleve en pharmacie a ete lue a Munich en 1817, par la detonation d un
melange de chlorate de potasse, de soufre, dc suere, et de cinabre destine a la
fabrication d allumettes ct qu il triturait dans un mortier de serpentine. M. For-
dos a ete gravement atteint a la figure par un accident de ce genre, dans la pre
paration de 1 antimoniure de potassium. Lc doctcur Oppenheim scellait a la lampe
un matras plein d oxalatc d argent, quaud une explosion eut lieu; il fut jete a la
renverse et grievement blesse au visage et au bras droit. Le fulminate d argent
a ete cause d accidents assez nombreux. L auteur de la these que nous avons tant
DICT. ENC.
XVI.
CHIMOPHILA.
de fois citee, M. Thclmier, a eu la main droitc affreusement mutilee, la gauche,
junsi que le visage baches par des eclats de verre, et la vuc compromise par 1 ex-
plosion d un flacon qu il debouchait et qui contenait 5 grammes de fulminate
d argent (Thelmier).
Prophi/laxie. Nous avons dit ce qu il y a a faire pour les gaz ; voyons les
moyens propres a conjurer les dangers pour les autres cas. Si Ton fait chauffer
un liquide explosible dans un bain d huile, le recipient doit etre entoure d un
manchon de fer. Generalement on se sert d un tubede verre, on y verse le liquide,
et on 1 introduit dans le manchon, sur leqitel on visse un couvercle de meme
nature.
Quand on n a pas besoin dc porter le liquide a une temperature superieure a
100, il n est pas necessaire d employer le bain d huile : on se sert alors d uii
bain-marie ordinaire, et, au lieu d un tube de fer, on prend pour manchon
protecteur un simple tube on fer-blanc.
Si 1 on opere a feu nu sur une substance explosible, il est bon de recouvrir
d une toile metallique le creuset ou le matras qui la renferme; de cette facon les
eclats du recipient ne peuvent frapper 1 operateur. II est utile, dans tous ces cas,
de proteger le visage a 1 aide d un masque en fils metalliques plus fins que ceux
dont on fait usage dans les salles d armes. DC cette facon les plus petits fragments
de verre ne peuvent compromettre les organes de la vue. 11 n existe aucun autre
moyen qu unc tres-grande prudence pour se mettre a 1 abri des accidents de ce
genre. Lorsque Ton triture dans un mortier un melange detonant, on a cru re-
marquer qu il fallait toujours faire decrire au pilon des cercles concentriqncs
dans le meme sens. Lorsqu on melange dans un ballon de verre des substances
capables de faire explosion, il est bon de s entourer d un Huge epais humide ou
sec suivant la nature des corps sur lesquels on opere. De cette maniere les debris
ne pourront blesser 1 operateur (Thelmier) .
Mais malheureusernent pour les chimistes, comme pour les ouvriers employes
a destravaux dangereux, 1 habitude du peril fait trop souvent negliger 1 emploi
des moyens propres a le conjurer. E. BEAUGKAKD.
DOL.KUS (J.). De ami fulmiiiantis improvisa detonatiotie. InEphem. A". C.
dec. 1, an. IX, X, obs. 136; 1678. HANN.EUS. Aurum fulminant sine igne accensiim. Ibid.,
Dec. II, an. X, obs. 153; 1691. GEOFFROY (Et.-Fr.). Moyen facile d arreter les vapcurs
nuisibles qui s elevent des dissolutions melalliques. In Mem. de I Acad. des sc., p. 71,
1719. PitiEt.H (.). De morbis pharmacopceorum et chyndcorum. Halse Magdb., 1751,
in-4. SCHINDLER (H.-B.). Vergiftung dtirck Arsenikivasserstoffgaz. In Grcefe s und \\al-
t/icr s Joum., t. XXVI, p. 624; 1837. RICHARDSON (B.-W.). Poisoning by Arseniuretted
Hydrogen (Half Yearly Rep., etc.). In Bril. and For. Rev , 2 ser., t. XX. p. 521 ; 1857.
METTHAIS. Sur l em/>oisonncient par les vapcurs d hydrogene arsenic. In Journ. de chi -,
4 e scr., t. X, p. 6 J; 1864. -- THELMIER (J.-Ajidr.). Des accidents dans les laboratobvs de
chintie. Th. de Paris, 1866, n 17i. E. HOP.
(on a souvent aussi ecrit Chimaphila). Genre de planter, du
croupe des Pirolacees (c est-a-dire des Erico idees), detache du genre Pirola lui-
menie |iar Pursh, dans sa Flore de VAmerique du Nord (I, 300), principal-
ment pour les P. macidata L. et umbellata L. Les caracteres generaiix de ce
seiiro sont toutefois ceux des Piroles. Les sepales y sont, avons-nous dit
(Adansonia,!, 196), unis a leur partie inferieure, ce qui arrive dans beaucoup
de vrais Pirola, notamment dans le P. secunda L. Mais )es petales m ont paru
entierement inde|jendants. Les antheres out les [>ores de dehiscei.ce diriges en bas
alors qu elles soat extrorses. Quant a 1 expansion membraneuse que Ton aperc,oit
CIIIMOPHILA. 115
a la base de leur iilet, elle ne depend aucunemcnt du disque. II y a un veritable
disque hy[iogyne annulaire a la base de I ovaire, mais il est fort peu developpe.
Les Chimophila sont, en somme, fort peu differents des Piroles proprement dites.
Loirs grappes preunent souvent un peu la forme ombcllee, et leur style est Ires-
court, de facon que les cinq lobes stigmatiferes se trouvent comme appliques
directemeut sur le sommet de 1 ovaire. Mais ces lobes sont bien d origine placen-
tahe, et ils sont superposes aux sepales, c est-a-dire alternes avec les loges ova-
riennes. Le Chimophila umbellata de Nuttall (Gen. amer., I, 274), qui est le
C. corymbosa de Pursh, ou mieux le Pirola umbellata L. (Spec, plant., 567),
est line petite plante herbacee, vivace, qui croit dans les 1 orets ombreuses du
nord de 1 Amerique, de 1 Asie et de 1 Europe. Sa souche souterraine rampe sous
lerre; il s en degage des brandies dressees, un peu anguleiises, qui sont chargees
des cicatrices de leuilles tombees. Ses feuilles sont rapprochees en verticilles
irregnliers, au nombre de un a qualre ; elles sout persistantes, coriaces, cunei-
formes-lanceolees, aigues, dentees en scie, lisscs, luisantes, un peu plus pales
n dessous, avec un petiole tres-court. Les ileurs sont reunies en une sorte de
corymbe; les pedicelles portent vers le milieu de leur hauteur d etroites bractees
lineaires. Le calice est a cinq dents aigues ou un peu arrondies, bion plus court
que les petales qui sont arrondis, concaves, d un blanc cremeux, avec la base
teintee de pourpre. Les dix etamines hypogynes ont un filet sigmoide, charnu,
triangulaire, pubescent et dilate dans sa moitie inferieure, iililbrme superieure-
ment. Les antheres ont leurs deux loges terminees par un orifice tubuleux,
porricide, dont le sommet est dirige en Las dans le boulon, mais se redresse dans
Ja fleur epanouie. Le pollen est blanc. L ovaire, arrondi, deprime, a cinq lobes
obscurs, est surmonte d un style droit, insere dans la concavite apicule de
I ovaire dont il egale environ la moitie en longueur. I 1 , est obconique, et sagrande
base sedilate en un sommet convexe, pelte, divisc eucinq lobes stigmatiferes peu
prononces, Le fruit est une capsule dressee, deprimee, quinquelocnlaire, s ou-
vrant en cinq valves a partir du milieu environ de la hauteur. Cette petite plante
porte en Amerique les norns vulgaires tie Winter-Green et Pipisewa. Les Fran-
cais lui donnent le nom significatif d Herbe-a-pisser et de Paigne. C est le
Harnkraut, Waldmangold ou Nabelkraut des Allomands. Ses feuilles persistan
tes sont d abord douces au gout, puis ameres. On les dit astringentes, et c est un
de ces remedes locaux qu on a proposes pour conper les fievres d acces ; mais il
faut, dans ce cos, les employer en decoction et non en infusion qui est beaucoup
moins active. Le I) 1 Somerville qui a public un travail (in Medico-cliir . Trans.,
V, 540) sur les proprietes diuretiqucs du C. umbellata, a surlout vante
ceUe plante centre les bydropisies, api es 1 avoir administree avec succes dans 1 as-
cite et avoir reconnu que, comme diuretique, elle a au moins les proprietes de
\ Uva ursi. D apres la these de Mitchell (in Barton Collect.. II, 2), elle a meme
etc presentee aux Etats-Unis comme un reiuede du cancer, avec deux observa
tions de guerison. C est au Canada surtout qu on 1 cmploie comme diuretique.
On 1 admiiiistre comme palliatif dans les cas de strangurie et de colique nephre-
tique; elle diminue, dit-on, la cuisson urethrale lors du passage des urines des
blennorrhagiques. Les souches et les branches aeriennes sont ameres et un peu
piquantes. Comme les feuilles, elles out ete prescrites topiquement et sont, dans
ce cas, dit-on, stimulantes, D autres assurent que la feuille fralche est acre,
rubefiante, vesicante meme, C est surtout comme tonique et slomacbique que
cette espece a de la valeur. Je ne sais sur quoi se fonde sa reputation populaire
116 CHIMPANZE.
comme anti-scrofuleuso. II y avait a Londres, d apres Lindley (Fl. med., 375),
un charlatan, ignorant fieffe, qui prescrivait des medicaments d origine ameri-
caine et notamment un specifique centre les etats scrofuleux les pins graves; on
croyait que c etait simplement le C. umbellata. Generalement, cette lierbe s em-
ploie coupee en morceaux tenus, a la dose d une once pour une pinte d eau,
iufnsee pendant donze heures, puis reduite par I ebullition a nioitie. L extrait est
usite a la dose de cinq scrupules par jour. Le C. maculata PORSH, originaire
aussi de 1 Amerique du Nord aurait, dit-on, les memes proprietes et servait aux
memes usuges. On 1 a dit narcotique ; ce qui ne semble pas etre 1 opinion de
Pursh. Wood et Back ont etabli qu il avait les memes vertus que le C. umbel
lata. H. BN.
RADIUS, Dissert, de Pyrola et Chimaphila. Leipzig, 1821, in-4, c. fig. NUTTALL, Gen.
amer., I, 274. LAMK, Illuslr.,t. 567, 2. DON, in Mem. Werner. Soc., V, 245. HOOKER
(W.-J.). Fl. bor-amer., t. 158. HERAT e! DEL., Diet. Mat. med., } , 564. ENDL., Gen.,
n 4548. _ TOMEY, FL N. Amer., I, 435. BIGELOW, Med. Bot., II, t. 21. LIXDL., Veg.
Kingd., 450. ENDL., Enchiridion, 374. GUIB., Drag, simpl, ed. (), III, 6. ROSENTHAL.
Syn. plant, did ph. 522.
iiMaiv\\y,t (TROGLODYTES). Plusieurs genres de singes different de tous
les aulres par une ressemblance encore plus marquee avec 1 homme que celle
dont les animanx de celle famille nous donnent en general 1 exemple. 11s ont le
\isage plus analogue au notre et d une expression qui serait peu difierente si
die ne conscrvail encore en partie le type bestial ; leur cerveau est plus volu-
mineux, leur taille plus elevee et leur station presque droite. Leur intelligence
est superieure a celle des singes ordinaires, et dans le jeune age on les croirait
peu inferieurs a 1 enfant sous ce rapport. Ces singes ont le sternum aplati ; ils
manquent tous de queue, et, sauf les gibbons, ils ne portent pas de callosites
fessieres. Mais ce sont des quadrumanes dans le senspropre de ce mot, puiscju ils
ont les pouces des quatre extremites opposables aux autres doigts, et si, par leur
structure particuliere, ils s elevent au-dessus des mammiferes de leur propre
groupe, ce ne sont cependant pas des liommes puisque les dispositions anato-
miques qui les disl i ;iguent ne les placenl pas a la hauteur de ces derniers, et que.
pour la plupart, elles sont appropriees a un autre genre de vie que le notre. II
csl [outefois convenable de faire de ces premiers quadrumanes un groupe parti-
culier et on a constitue pour les y classer, la tribu des singes anlhropomorphes;
ce sont. les memes que Linne reunissait dans son genre homo a 1 homme Ini-
meme, savoir : 1 orang-outang, le chimpanze, le gorille, confondu avec le chimpanze
par 1 auteur du Systema naturce, et les gibbons. On y a ajoute recemment trois
genres fossiles propres aux terrains terliaires de 1 Europe et que Ton a observes,
les deux premiers eu France, et le troisieme en Italic. Ces genres, actueUemeut
disparus, ont recu les noms de dryopiihecus (Lartet), pliopithecus (P. Gerv.) et
oreopithecus (idem). L orang-outang, le gorille et les gibbons, devant faire 1 objei
d autant d arlicles scpares, nous n ayons a nous occuper ici que du chimpanze
celui de tous les anthropomorphes qui ressemblerait le plus a notre espece,
si, a des proportions plus rapprochees des notres, il ne joignait un cerveau
encore moins semblable au cerveau humain que ne Test celui de 1 orang.
Le chimpanze, que Linne nommait/iomo troglodytes, et dont onlaitaujourd hui
le genre troglodyte (troglodytes), a la tete presque globuleuse, mais avec une
depression deja evidente du synciput. un epaississement considerable des arcades
sourcilieres, une brievele singuliere du nez qui est comme ecrase, un ecarte-
CHIMPANZE. 117
ment des yeux plus grand que cela n a lieu chez 1 homme, un prognathisme
plus notable encore que celui des dernieres races humaines, et une ampleur des
oreilles que notre espece ne presente dans aucun cas. Ses oreilles sont en outre
debordees a leur pourtour et elles manquent de lobule; cependant la partie supe-
rieure de la conque n y prend pas cette disposition relevee en poinle qui donne a
cet organe chez beaucoup de singes le cachet de bestialite que la staluaire attribue
aux faunes etaux satyres. Le cou est court sans que la tele soil pour cela mieux
equilibree au-dessus de lui, surtout lorsque 1 animal prend la station droite de
notre espece, attendu que la plus grande partie de la masse cephaliquo se porte
en avant du trou occipital, ce qui est en rapport avec le numilieu naturellemenl
incline de 1 animal et sa marche plutot obliquement quadrupede que reellement
bipede. En effet, le corps porte dans 1 un et dans 1 autre cas sur les membres de
derriere, ici plus courts que chez 1 homme, et en meme temps sur les anterieurs
qui sont au contrairc plus longs que dans notre espece et serveut comme de
crosses ou de bequilles pour assurer la solidite des poses ou la regularite de la
progression et empecher 1 animal de trebucher a tout instant en avant, ce qu il
ne manquerait pas de faire s il se tenait tout a fail droit comme on le n pivsente
dans la plupart des figures qui en out ete publiees. Toute la cliar|M iih; osseuse
du chimpanze repoud a ces conditions d equilibre dont on retrouve particulie-
rement le contre-coup dans 1 etroitesse du sacrum et 1 allongement ainsi que
1 c talement des os iliaques, et il en est de meme chez les autres anthr :pomor-
phes. Les muscles n ont pas le developpement qui les caracterisc chez 1 homme,
tin moins dans cerlaines parties du corps, et leur force tient plutot a quelqur>
diffe rences dans la longueur ou rinsertion qu a la masse de leur partie charuue;
ceux des fesses en particulier ne forment qu une faible saillie, et les mollels
sont pour ainsi dire absents. L animal dans son ensemble ressemble presque ,"i
un cul-de-jatte, usant comme le font les gens atteints de cette infirmite, de ses
membres de devant autant que de ses membres de derriere pour se mettre en
marche : alors ses mains de devant appuient sur le sol par la face externe de<
doigts et noil par la face palmaire; letronc est raccourci, la poitrine large et le
venire gros. Le chimpanze semble etre embarrasse lorsqu il chemine ou qu il
court, mais il retrouve en grimpant aux arbres et sur les rochers, toute son
agilite et toute la rapidite de ses mouvements.
Get animal a, comme 1 homme et les singes propresal ancien continent, trente-
deux dents, et elles sont reparties suivant la formule commune aux memes ani-
maux. Sa dentition de lait se compose egalement de vingt dents. Les incisivesdu
chimpanze sont assez fortes ; ses canines prennent du developpement avec 1 age,
principalement chez les sujets males; ses molaires ont plus de ressemblance avec
cellesdes orangs qu avec celles de 1 homme et surtout dugorille. L ensemble des
dents n est pas place sur une ligne arquee, comme dans notre espece ; il y a un
petit intervalle entre les incisives et les canines; les molaires sont apeupres en
ligne droite.
Le caecum du chimpanze est pourvu d un appendice vermiculaire, et il n y a
pas d os intermediaire au procarpe et au mesocarpe, ce qui, d ailleurs, est aussi
1 un des caracteres de 1 espece humaine. Toutefois, les doigts sont plus long:;
que dans cette derniere, sauf cependant le pouce des mains superieures, et its
sont appropries aux habitudes grimpeuses du chimpanze. 11 y a 15 paires do
cotes, au lieu de 12 ; -4 lombaires ; 4 sacrees (parfois 5) et 5 coccygiennes.
Le singe qui nous occupe atteint a peu pres la taille d un metre et demi ; il vit
118 CHIMPA.ISZE.
par petites bandes et se noun-it priacipalement de fruits, de feuilles, de tiges
succulentes, de racines ainsi que d autres substances tirees du regne vegetal.
II est possible que les anciens aient eu connaissance de cette curieuse espece
de quadrumanes, mais, dans ce cas, ils ne 1 auraient vue qu une seule fois : il
n estpas meme certain que le grand raithropomorphe, propre a la cote occidental
d Afrique, auquel il est fait allusion dans ce cas, ne soit pas le gorille des natu-
ralistes actuels plutot que le chimpanze veritable. Gette observation remonte au
periple d Hannon, amiral carthaginois, charge de faire le tour de 1 Afrique pour
y fonder des villes libypheniciennes. Apres etre sortie des colonnes d Hercule et
avoir longe, pendant plusieurs semaines, la cote est de 1 Afrique, la flotte carthagi-
noise arriva a la Corne du sud, ou elle decouvrit une ile qui avait un lac, et, dans
ce lac, etait une autre ile remplie d hommessauvages. Enbeaucoup plusgrand
nombre, ajoute le rapport d Hannon, etaient les femmes, velues sur tout le corps,
que nos iuterpretes appelaient gorilles. Nous les poursuivimes, mais nous ne
pumes prendre les hommes ; tons nous ecbapperent par leur agilite, etantcrem-
nobates (c est-a-dire capables de grimper sur les rochers les plus escarpes et les
arbres les plus droits) et se defendant eu nous lancant des pierres. Nous ne pri
mes que trois femmes qui, mordant et dechirant ceux qui les emmenaient, ue
voulurent pas les suivre. On fut force de les tuer. Nous les ecorchames et nous
porlames les peaux a Carthage ; car nous ne naviguames plus en avant, les vivres
nous ayant manque.
Le rapport d Hannon fut depose dans le temple de Saturne, a Carthage, et les
peaux de femmes sauvages et velues sur tout le corps qu il avait fait pre-
parer, placees dans celui de Junon Astarte. Pline en parle, mais il n en men-
tionne que deux au lieu de trois, et il ditqu on les a vuesaumeme lieu jusqu a
la prise de Carthage qui arriva 146 ans avant notre ere.
II faut ensuite remonter jusqu au dix-septieme siecle pour avoir des detail
precis au sujet du chimpanze qui, des cette epoque, fut distingue du singe de
plus grande taille encore et beaucoup plus robuste auquel nous donnons aujour-
d hui le nom de Gorille quoiqu il ne reponde peut-etre pas a 1 espece ainsi de-
signee par Hannon.
Eii effet, Andre Battel, sous-officier anglais qui avait longtemps sejourne dans
la colonie portugaise d Angole, rapporte qu il existe dans ce pays un singe plus
grand que 1 enjeco, c est-a-dire que le jocko ou chimpanze, et il 1 appelle pongo;
mais les auteurs qui sont venus apres lui n ont pas tenu compte de ses indica
tions, et ils ont confondu les deux genres africains non-seulemeut entre eux,
mais encore avec 1 orang-outang, autre genre de singes anthropomorpb.es propre
aux iles de Sumatra et de Borneo, que les Hollandais avaient eu 1 occasion
d observer a la meme epoque, par suite de leurs relations avec les iles de I lnde.
Aussi la synonymic des trois genres de grands singes les plus rapproches de
1 homme, par leur structure aussi bien que par leur apparence exterieure r
s obscurcit-elle bientot a tel point que Buff on ne reussit pas a la debrouiller, el
Lacepede mit le comble a ces erreurs de la nomenclature en faisant de 1 orang
adulte un genre different de 1 orang pris dans son premier age et en appelant ce-
genre suppose du nom de ponyo par lequel Battel avait designe le singe africain
depassant le chimpanze en dimensions, c est-a-dire le gorille des modernes.
De nos jours, on apporte assez frequemmcnt en Europe deschimpanzes vivants;
il en vient particulierement en Angleterre et en France ; mais ce sont toujours
des sujets fort jeunes, et c est a peine si on les y conserve un an ou deux
CIIIMPANZfi.
Cependant un chimpanze dont Isidore Geoffrey a donne la figure dessine e eu
1854, a vecu a la Menagerie de Paris du 28 novembre 1852 au 50 Janvier 1857.
On estime qu il avail environ six ans lorsqu il mourut. Les os de son squelelte
etaient encore epiphyses. Sa dentition n etait pas achevee, mais elle t l.-iil
deja a un degre comparable a celle d un enfant de douzc ans ou a peu pres,
savoir : apparition des 12 incisives et des 16 premieres molaires; les canines re-
cemment apparues et les 4 dernieres molaires, repondant aux dents dites de
sagesse chez 1 homme, bien formees, mais encore dans les gencives. Le develop-
pement du chimpanze cst done plus precoce que celui de 1 homme, mais il est a
supposer que cet animal a par suite la vie moins longue.
Les jeunes chimpanzes qu on amene en Europe ont a peu pres tous le meme
caractere : ils sont doux, curieux, intelligents, calmes et se plaisent dans la
societe de 1 homme, principalement dans celle des enfants. Leur visage a quelque
chose de vieux, ce que les rides qu on y remarque exagere encore.
Le plus ancien chimpanze qui paraisse avoir ete amene en Europe est celui de
Tyson, qui est devenu apres sa mort 1 objetd une description fort bien faitepour
le temps, dans laquelle ce savant anatomiste anglais compare le singe qu il a
disseque aux animaux de la meme famille ainsi qu a 1 homme; au monkey des
Anglais (guenon), et a leur ape (magoti. 11 lui donne le nom de pygmy
(pygmee), que I age peu avance du sujet observe et sa petite taille justificut
seuls, car ce nom de pyyme e appartient a des homines comparables a des nains,
et il prend pour titre principal de I ouvrage qu il lui consacre celui A Orang-
Oittany, sive Homo Sylvestris. Tyson a|oute a son livre, qui a paru en 1699, uu
Essai philosophique concernant les pygmees, les cynocephales, les satyres et les
spliynx des anciens.
Les analogies signale es par Tyson entre le chimpanze et 1 hommesont resumees
dans les lignes suivantes que nous empruntons a Buffon, en y conservantadessein
les expressions usite es en anatomie au temps ou elles ont paru.
D apres Tyson, les analogies qui rattachentle chimpanze a 1 homme consistent :
1 en ce que le chimpanze a les poils des epaules diriges en has et ceux de
1 avant-bras diriges en haul ; 2 dans la face de ce singe, qui est plus semblable
a celle de 1 homme, etant plus large et plus aplatie que celle des especes ordi-
uaires; 5 dans la iigure de 1 oreille qui ressemblr plus a celle de I liomme, a
1 exception que la partie cartilagineuse est mince comme dans les singes; 4 dans
les doigts qui sont proportioimellement plus gros que ceux des singes; 5" en ce
ce qu il est a tous e gards fait pour marcher debout 2 , au lieu que les singes ne sont
pas conformes a cette fin ; 6 en ce qu il a des fesses plus grosses que tous les
autres singes (mais cependant bien moins fortes que celles de 1 homme) ; 7"i n
ce qu il a des mollets aux jambes 3 ; 8 en ce que sa poitrme et ses epaules so::!
plus larges que celles des singes ; 9 son talon, plus long; 10 en ce qu il a la
membrane adipeuse placee, comme I liomme, sous la peau ; 11 le peritoine
1 Notre espece presente aussi ce caractere.
8 Cctte erreur, ou plutot cette exageration a etc fort souvent reproduite depuis Tyson. De
merr.c que les autres anthropomorphes, le chimpanze a la station oblique au lieu d etre
droite cornme celle de I liomme, et il appuie souvent ses mains anteneures sur le sol pour
se soutenir ; aussi ses bras sont-ils plus longs que les notres et ses jambes plus courtes.
5 Ses mollets etant cependant moins gros et par consequent formes par des muscles
moins puissants et moins propres a maintenir la station verticale que ceux des homm? meme
les moins bien doues sous ce rapport, les negres et australiens par exernple.
120 CIIIMPANZE.
entice el non perce ou allonge comme il Test dans les singes; 12lesinleslins
plus longs que dans les singes ; 15 le canal des inteslins de differents diametres
et non pus egal ou a peu pres egal comme dans les singes (ce caractere et quel-
ipies anlres sontsusceptibles de critique) ; 14 en ce que le caecum a 1 appendice
vermiculaire, comme dans 1 homme, et aussi en ce que le commencement du
colon nVsl pas si prolonge qu il Test dans les singes; 15 en ceque 1 inserlion
du conduit biliaire et du conduit pancreatique n ont qu un seul orifice commun,
an lien que ces insertions sont a deux pouces de distance dans les guenons ; \ 6eu
ce (|nc le. colon estplus long que dans les singes ; 17 en ce que le foie n est pas
diviseeu lobes comme chezeux, mais enlier et d une seule piece ; 18 en ce que
les vaisseauxbiliaires sont les memes que dans 1 homme ; 19 la rate, lameme; 20
le pancreas le meme ; 21lenombredes lobes dupoumon, lememe ; 22 le pericarde
;iil;ir)n ; ;ui diaphragme, comme dansl liomme, etnon pascomme il Test dans les
gin-noils et antres singes analogues ; 2.1" lo cone du cceurplus ( mousse que 1 dans
les autres singes; 24" en ce qu il n y a pas d abajoues ou poches an bas desjoues,
comme dans les guenons, etc. ; 25 en ce qu il a le cerveau beaucoup plus grand
que ne 1 ont ces singes, et, dans toutes ses parties exaclement conforme comme
le cerveau de 1 homme l ; 26 le crane plus arrondirl du double plus grand que
dans les guenons; 27 loutcs les sutures du crane scmblables a cellesde 1 homme:
les os appelcs ossa triquetra wormiana (os wormiens) se trouvantdansla suture
lambdo idc, ce i|iii n esl pas dans les guenons ; 28 il a 1 os cribriforme (la lame
rililee de I dlmmi dc) el le crisla 6V////, ce <|iic les g;ici!<iiis lie jire s: nlenl pas;
29 la selle, sell a equina, comme dans 1 homme, aulieu que dans les singes eel le
it ii lie eslplus elcvee el plus proeminente ; 50 le processus pterygoidien, comme
l.ms riiomme; 51 les os des lempes appcles ossa bregmatis (les os parietaux),
comme dans 1 homme : ces os sont d une forme differeute dans les guenons;
."2 1 os zygomalique petit, tandis que dans ces derniers il est grand ; 55 les
euis plus semblables a cclles de 1 honime qu a celles des autres singes, surtout
les canines 2 et les molaires ; 54 les apophyses Iransverses des vertebres du cou,
i. s sixiemeetseptiemeressemblantplus a 1 homme; 35 les vertebres du cou ne sont
pas perce es comme dans les singes, pour laisser passer les nerfs : elles sont pleines
et sans trou dans le chimpanze comme dans 1 homme ; 56 les vertebres du dos el
leurs apophyses sont comme dans riioiuiueel dans les verlebres du bas : iln ya que
deux apophyses inferieures, tandis qu il y en a quatre dans les singes ; 57 il n y a que
quatre lombaires, et dans 1 homme cinq ; 58 les singes ont six ou sept vertebres
lombaires ; 59 1 os sacrum est compose de cinq verlebres comme dans 1 hommc 3 ;
les singes n en ont habituellement que trois; 40 le coccyx n a que quatre os,
comme dans 1 homme, et ces os ne sont pas troues, au lieu que dans les sii
ordinaires, et, en particulier, les guenons, il est compose d un plus grand nom-
bre d os, et ces os sont troues en parlie pour le passage dc la moelle ; 41 il n y a
que sept vraies cotes, et les extremites des fausses cotes sont cartilagineuses, etles
cotes sont articulees au corps des vertebres ; dans les guenons, il y a huit
[ aires de vraies coles, et les extremites des fausses cotes sont osseuses et leurarti-
1 11 y a encore ici exageration, quoique le cerveau du chimpanze et sur out celui de
1 orang soient bien suiierieurs, dans leur conformation, a celui des singes ordinaires et que
ici mnsse en soil egalemenl bicn plus gnuide.
- Iiap|)elons que I exemplaire observe par Tyson, ctait jcune, les adultes, principalement
les males, ont d assez fortes canines.
3 Owen, de Blaimille et Duvernoy n en comptent, avecraison, que quatre.
CHIMPANZE. 121
dilation se trouve placee dans les interstices des vertebres; 4-2 1 osdu sternum
est large corame dans 1 homme ! , et non pas elroit comme dans les guenons 2 ;
45 1 os de la cuisse, soit dans son articulation soit a tous autres egards, est (plus)
semblable a celui de 1 homme ; 44 la rotule estronde et non pas longue ; 4-5" le
talon, le tarse et le metatarse sont comme ceux de 1 homme; 46 le doigt du
milieu dans lepied n est pas si long qu il Test dans les singes ; 47 les muscles,
obliquus inferior capitis, pyriformis et biceps fenioris sont semblables dansle
dmujuuize ct dans 1 homme, taudis qu ils soul different? dans les guenons et
autres singes.
Ouoiqu il soit facile d apporter aujourd hui des modifications importantes a ces
comparaisons etablies par Tyson, entre le rhimpan/i rl I liomme, elles nesont
pas moins remarquables, surtout si Ton ticnt complc d<- IVpoijiir deja ancieime
a laquelle son auteur les a publiees et dupeudeprogresque 1 anatomie comparee
avail encore fails a la date oil elles parurent. C est d ailleurs une justice a rendre
aux aiiatomistesde la Renaissance eta ceux des dix-septieme et dix-huitieme siecles
qu ils ont etudie d une maniere fort utile; les singes envisages dans leurs rap
ports avec 1 anatomie de 1 homme, et les travaux des modernes a cet egard, ne
sont leplussouvent quela continuation des remarques faites deslors. Lamaim-iv
souvent exageree dont quelques anatomisles denos jours ont envisage les affinites
zoologiques des singes et de 1 homme n est pas ninur noiivdlc, puisqur 1 on sail
queLinne, en exagerant ces analogies, avaitreuni, dans unmeme genre, 1 homme,
le chimpanze, 1 orang etle gibbon. Mais les singes anthropomorphes n avaientpu
etre tous disseques paries anatomistesanir-rifiirs ; i Linne. P. Camper, le premier,
a exerce son scalpel sur 1 orang-outang, et ce n est qu a parlir du milieu du siecle
actuel qu on a eu 1 occasion d etudier ainsi le gorille et meme d en examiner le
squelette. Nous reviendrons sur la comparaison des singes et de I liomme dans
les articles PRIMATES et SINGES de ce Dictionnaire, ou il sera question des qua-
tirumanes envisages d une maniere generale.
Les particularites par lesquellcs le chimpanze parait a 1 anatomiste Tyson
s eloigner de 1 homme pour ressembler aux singes ordinaires, c est-a-dire aux
guenons et aux macaques qui etaient alors les mieux connus de tous, meritent
aussi d etre rappelees, la plupart etant d une exactitude scrupuleuse, et nous
reproduirons egalement la traduction qui en a ete donnee par Buffon. Nous
nous bornons a rappeler que ce dernier auteur ne connaissait anatomiquement
aucuue autre espece de singes anthropomorphes. Les differences que 1 organisa-
tion du chimpanze montre par rapport a 1 homme tendent, suivanl Tyson, a le
rapprocher des singes ordinaires. Elles consistent : 1 en ce que le pouce de
cette espece de mammiferes est plus petit a proportion que celui de 1 homme,
quoique cependant il soil plus gros que celui des autres singes ; 2 en ce que la
paunie de la main est plus longue et plus droite que dans 1 homme; 5 il differe
de 1 homme en ce qu il a le gros doigt despieds eloignes, a peu pres comme un
itc pouce, etant plutot quadrumane, comme les autres singes que quadrupede (ou
w!/ bimane) ; 5 en ce qu il a les cuisses plus courtes que 1 homme ; 6 les bras plus
longs ; 7" en ce qu il n a pas les bourses pendantes ; 8 1 epiploon plus ample
que 1 homme; 9 la vesicule du fiel longue et plus etroite; 10 les reins plus
roads que 1 homme et les ureteres differents ; 11 la vessie plus longue; 12 en
1 Et aussi dans le gorille, dans 1 orang-outang et dans les gibbons.
* Lcsg-uenonsct les autres singes qui ressemblentdavantage aux carnassiers sous ce rapport.
122 CHIMPANZE.
qu il n a point de frein au prepuce; 15les os de 1 orbite del ceil trop enfonces;
14 en ce qu il n a pas les deux cavites au-dessous de la selle turcique, comme
^ dans 1 homme ; 15 en ce que les processus mastoide et styloide sont tres-petits
et presque nuls ; 16" en ce qu il a les os du nez plats ; 17 il differe de 1 homme
en ceque les vertebres du cou sont courtes, comme dans les singes, platesdevant
et non pas rondes, et que leurs apophyses epineuses ne sont pas fourchues,
comme dans 1 homme ; 18 en ce qu il n y a point d apophyse epineuse dans la
premiere vertebre du cou; 19 il differe de 1 homme en ce qu il a treize cotes de
chaque cote, et que 1 homme n en a que douze ; 20 en ce que les os des iles sont
parfaitement semblables a ceux des singes, etant plus longs, plus etroits etmoins
conca-ves que ceux de 1 homme ; 21 il differe de 1 homme ence que les muscles
suivants se Irouvent dans le corps humain et manquent dans le chimpanze, savoir :
Occipitales, frontales, dilatatores alarum nasi sen elevatores labri superioris,
interspinales colli,ylutcei minimi, extensor digitorum pedis, brevis et transver-
salispedis ; 22 les muscles, qui ne paraissenl pas se trouver dans le chimpanze,
et qui se trouvent quelquefois dans 1 homme sont ceux qu on appelle pyrami-
dalis, caro musculosa quadrata, le long tendon et le corps charnu du muscle
palmaire, les muscles attolens et retralgens awicularum ; 25 les muscles eleva-
teurs des clavicules sont comme dans les singes et non comme dans l homme;
24 les muscles, par lesquels le chimpanze ressemble aussi aux singes et differe de
l homme, sont les suivants : longus colli, pectoralis, latissimus dorsi, glutteus
maximus et medius, psoas magnus, parvus iliacus interims, gasterocnenrius
interims; 25 il differe encore de l homme par la forme des muscles deltoideus,
pronator radii tcres et extensor pollicis brevis,
Tyson, qui a le premier donne la figure du cerveau du chimpanze, mais avec unr
expression si defectueuse des caracteres de cet organe, n en indique guerc qur In
masse et 1 apparence generale. Tiedemann, Van der Kolk et Vrolik se sont davmi-
tage rapproches de la verite, mais sans atleindre le degre de perfection oblcim
par Gratiolet, dans son Me moire sur les plis cere braux des primates ; aussi
croyoiis-iious indispensable de reproduire inte gralement la description donnir
par ce savant anatomiste.
(i Le cerveau du troglodyte chimpanze, dit Gratiolet, differe beaucoup, qnaiit
a sa forme generale, du cerveau de I orang-outang ; il est relativement 1111 jicii
plus allonge ; en outre, le bord supe rieur de l hemisphere decrit une courlit-
plus reguliere, qui tient a une sorte d equilibre entre le developpemeul des
parties anterieures et celui des parties posterieures. Le point le plus eleve de
cette courbe repond a peu pres a sa partie moyeune.
Le lobule frontal est Ires-grand, mais relativement moins eleve que dans
I orang-outang. En revanche, le lobule orbitaire est moins profondement excave;
ce lobule est remarquable par 1 echancrnre de son bord inferieur. La direction de
ce bord est telle que, en se reunissant avec le bord anterieur du lobule frontal,
il forme un angle dont la saillie egale a peu pres celle du lobe temporal. On
peut se faire une idee juste de cette saillie en prenant le moule interieur d un
crane de chimpanze.
Le lobe parietal est tres-developpe, beaucoup moins cependant que die/
les cynocephales ; le lobe temporal est long, peusaillant, peu epais et a peu pro*
dans les memes proportions que celui de I orang-outang. Quant au lobe poste-
terieur il est grand, developpe, plus haut que long, et son opercule est
complet.
CHIMPANZE. 123
Si nous passons a 1 examen des plis, nous noterons les particularites sui-
vantes :
Les plis du lobe frontal sont tres-grands, plus grands meme et plus epais
que ceux de 1 orang-outang. Le pli frontal superieur est subdivise eii deux plis,
dont le plus eleve porte des incisures secondaires, le pli moyen est bien carac-
terise. Le pli inferieur ou sourcilier est tres-grand, largemeiit dessine, en lelle
sorte que le lobule frontal est bien developpe dans toutes ses parties.
Le premier pli ascendant est grele, flexueux, mais plus incline en arriere
il ne represente point d incisures, etsa surface est absolument lisse.
Le deuxieme pli ascendant est egalement simple et grele ; il monte a cote
du precedent en formant avec lui des flexuosites paralleles; mais, arrive au-
dessus du pli courbe, il forme un coude et s etale en large lobule qui se pro-
loiige jusqu a la scissure perpendiculaire externe. Ce lobule est subdivise tres-
elegamment par Tin sillon assez complique, qui separe deux plis, 1 un externe
et 1 autre interne. Le plis externe a un trajet assez simple, mais 1 intenie se
replie plusieurs fois sur lui-meme, et cette disposition parait assez constante.
L origine du pli courbe est remarquable. Dans 1 orang et le gibbon, il nail
du sommet de la scissure de Sylvius. Dans le chimpanze, il nait au devant de
ce sommet par une extremite elargie, et decrit autour de lui une courbe fort
etendue.
Quant a la partie descendante du pli courbe, elle est tres-grele, a peine
flexueuse, assez longue, et cette forme, qui s eloigne de celle qu on observe dans
les orangs, rappelle, au contraire, celle quepresente le cerveau de la plupart des
macaques.
Les plis du lobe temporal sont tres-simples. Ces plis, aussi peu developpes
que ceux des orangs, sont beaucoup moins divises que ceux des cynoce-
phales.
Nous avons dit que le lobe occipital est tres-graiid. II presente plusieurs
incisures paralleles au milieu desquelles domine le sillon qui separe 1 etage
moyen 10 de 1 etage superieur 11. L opercule estentier et bien developpe.
Mais ce qu il faut remarquer sur toutes choses, quand on compare le cer
veau du chimpanze a celui de 1 orang-outang, c est 1 absence du pli superieur de
passage.
Ainsi, le pli superieur de passage manque absolument.
Le deuxieme pli est cache sous 1 opercule.
Le troisieme et le quatrieme plis sont superficiels.
En nous resumant, apres avoir compare scrupuleusement le cerveau du
chimpanze a celui de 1 orang, nous signalerons : 1 un developpement equiva
lent du lobule frontal, mais une grandeur bien plus considerable du lobe occi
pital du chimpanze; 2 une degradation relative des plis ascendants dans
le chimpanze; 3 un developpement plus grand de la racine du pli courbe, qui,
dans le chimpanze, nait au devaut de la scissure de Sylvius, tandis que dans 1 orang
elle est sessile et nait du sommet de la scissure; 4 la grandeur de 1 opercule et
1 absence du pli superieur de passage, qui, dissimule dans les guenons, superfi-
ciel dans les semnopitheques, developpe dans les gibbons et les orangs, manque
ici comme dans les macaques.
Par tous ces caracteres, il est impossible de rapprocher le cerveau du chim
panze de celui de 1 orang-outang, du gibbon et des cercopitheques. Toutes les.
analogies obligent a le ranger a cote des macaques ou des cynocephales.
124 CIIIMPANZE.
... Ajoutons que 1 examen attentif du crane et de la face confirme ces ana
logies par des analogies nouvelles.
Si done, laissant de cote toute ide e preconcue, nous nous laissons diriger p.-ir
les fails, nous serons irresistiblement conduit a euoncer la proposition suivante :
Le cerveau du chimpanze est un cerveau du macaque perfectionne.
En d autres termes, le chimpanze est aux macaques ce que 1 orang est anx
gibbons et aux semnopitheques.
M. W. Turner s est plus recemment occupe des circonvolutious du clilin-
panze, et plusieurs autres auteurs les ont egalement etudiees.
Les parties profondes du cerveau dn chimpanze meritaient aussi d etre exa
minees avec soin, et cela avec d autant plus de raison, que M. Owen avait cru
trouver dans le ventricule lateral du cerveau humain, soit dans la corne d Hammon,
soit dansl ergot de Morand, qui en forme le fond, et, dansleur absence chezles
singes, meme anthropomorphes, uncaraclere distinctif denotreespecedontil con-
stitue sa premiere sous-classe des mammiferes sous le nom d archencephales ;
mais^les observations de MM. Marshal, Huxley, etc., ont montre que cette diffe
rence n existe pas, et c est le cerveau du chimpanze, aussi bien que celui de
1 orang, qui ont fourni les elements de cette rectification, aujourd hui acceptee
par M. Owen lui-meme.
Buffon a eu 1 occasion d observer, vivaiit, unjeune chimpanze, dont il aparle
sous le nom d orang. II ne sera pas inutile sans doute de reproduire ici, le recit
des impressions que produisirent sur son esprit la vue d un animal aussi rap-
proche de 1 homme par ses allures et par quelques-unes de ses facultes. Voici
en quels termes il s exprime :
L orang-outang que j ai vu, marchait toujours debout sur ses deux pieds 1 ,
meme en portant des choses lourdes ; son air etait assez triste, sa demarche grave,
ses mouvements mesures, son naturel tres-doux et tres-differeut de celui des
singes; il n avait ni 1 impatience du magot, ni la mechancete du babouin, ni
1 extravagance des guenons. 11 avait etc , dira-t-on, instruit et bien appris ; mais
les autres, que je viens de citer et que je lui compare, avaient eu de meme leur
education. Le signe et la parole suffisaient pour faire agir notre orang-outang;
il fallait le baton pour le babouin et le fouet pour les autres, qui n obeissent
guere qu a force de coups. J ai vu cet animal presenter sa main pour recon-
duire les gens qui venaient le visiter, se promener gravement avec eux et comme
de compagnie ; je 1 ai vu s asseoir a table, deployer sa serviette, s en essuyer les
levres, se servir de la cuiller et de la fourchette pour porter a sa bouche, verser
lui-meme sa boisson dans son verre, le choquer lorsqu il y etait invite, aller
prendre une tasse et uue soucoupe, la porter sur la table, y mettre du sucre, y
verser du the, le laisser refroidir pour le boire, et tout cela sans autre instiga
tion que des signes ou la parole de sou maitre et souvent de lui-meme. II ne
faisait denial apersonne, s approchait meme aveccirconspection, et sepresentait
comme pour demander des caresses. II aimait prodigieusement les bonbons :
tout le monde lui en donnait, et, comme il avait une toux frequente et la poi-
trine attaquee, cette grande quantite de choses sucrees contribua sans doute a
1 Cela n est pas exact, le chimpanze appuyant habituellement a tcrre, ses mains de devant
pour se tenir dans une position oblique plutot que droite. La figure, publics par Bulfon,
eonsacre cette erreur comme 1 avait d ailleurs fait anterieurement celle publiee par Tyson.
Le celebre naturalistefraiiQiis avait vu le chimpanze, dont il parle, vers 1741, et ce ne fut
qu en 1766 qu il publia les remarques faites par lui a son egard.
CHIMPANZE. 125
abi L er sa vie. II ne vecul a Paris qu en ele, et mourut 1 hiver suivant a Lon-
dres. II maugeait presque de tout; seulement il prefcrait les fruits murs et sees
a tous les aulres aliments. II buvait du vin, mais en petite quantite ; il le lais-
sait volontiers pour du lait, du the et d aulres liqueurs douces.
De la Brosse avail raconte, anterieurement , 1 iiistoire d un chimpanze qu on
avail sai<nie deux iois au bras droit et qui, lorsqu il se trouvait incommode
depuis lors, moatrait sou bras pour qu oa le saiguat, comme s il eut su, dit
1 auteur du Voyage a la cote d Anyole^ que cela lui avait fait du bien. Beaucoup
d autres ecrivains out rapporte des faits tout aussi incroyables que celui-la, et
une bonne etude des moeurs du chimpanze, aiusi que de la nature et du degre
reel de son intelligence nous mauqueat encore.
Broderip a publie, en 1855, quelques remarques que j ai reproduites dans
monHistoire des mammiferes, mais elles out trait a un chimpanze observe en
menagerie. Si 1 ona eu depuis lors 1 occasion d etudier ces singes en pareille con
dition, leur histoire a 1 etat de liberte reste a faire, meme apres les recits de Du
Ghaillu. Aucun animal de cette espcce, sauf celui que nous avous indique apres
Isidore Geoffroy et dont eel auteur, n a pas ecrit 1 histoire, n a d ailleurs vecii
assez longtemps pour que Ton ail pu apprecier les modifications dont lu carac-
tere du chimpanze est susceptible.
Le genre chimpanze (g. Troglodytes) est i acilc a si parer de ceux qui conipo-
sent avec lui la tribu des singes anthmpm -plies. Quoique plus semblable a
I lionime qu aucun de ces deruiers, il peul eu etre distingue par des caracleres
encore tres-importan Is, et il n est aujourd hui aucun naturaliste quivoulutasso-
cier ge neriquement a notre espece, comme le i aisail Linne, soil le chimpanze,
soitaucun des autres singes sans queue et a sternum aplati, 1 orang, le gorille
ou les gibbons.
Une question reste toutefois a elucider, c est celle de savoir s il rxislr une
seule espece de chimpanze ou s il y i-n a au conlraire plusieurs. Quelques
auteurs, adoptaut cette secomle maniere devoir, out successivementdecrit comme
indiquant des auimaux spe cifiquement diffe rents du chimpanze noir ou chiiu-
panzc onlinaire (Troglodytes niyer), des animaux dece genre qu ils onteu 1 oc
casion d examiner.
Dans ses Illustrations de zooloyie, Lesson donne comme tel un jeuue chim
panze doutil n a observe qu unepeaubourree, et il en fait son Troglodytes leiico-
prymnus, parce qu il avail des poils blancs autour de 1 anus; mais ce caractere
se retrouve aussi chez le chimpanze ordinaire, et I espece indique e par Lesson
ne saurait etre acceplee.
La meme critique est sans doute applicable au Troglotlytes Tschego de Fran-
quet el Duvernoy, ayaut pour type un des squeletles conserves dans les galeries
d anatomie duMuseum de Paris. Duvernoy dit quel animal en chair avait les oreilles
pelites etla face noire, tandis quele chimpanze ordinaire a les oreilles grandes
et la face couleur de chair; mais ces details n ont pas ete conslates d une ma
niere cerlaine, et ui le squeletle ni les dents ne montrent de differences de quel-
que valeur. Tsclie go, ou plutot Ntschie go, dont les Europeens out fait jocko, est
le nom du chimpanze chez les negres de 1 Afrique oecideiitale.
Du Chaillu signale aussi , de son cote , deux chimpanzes qui difiereraient,
comme especes ou tout au moins comme varietes, du Troglodytes niyer. Cc soul
le Nstchiego-mbouwes qu il appelle Troglodytes calvus, et les Koolo-Kamha
(T. kulu-kamba).
126 CII1NC1IE.
Une antrc aspece encore a etc indiquce par Gratiolet sous la denomination de
diimpanzi 1 d Aubry (Troglodytes Aubryi). Cellr-ri niontrc, suivant Gratiolet,
plusde pnignalliiMiie que le T. niger; sa face est noire coinme celle du tschcgo
et elle a cela de particulier que sa derniere molaire infcrieure porte en arriere un
talon dout il n y a de trace chez ces derniers. Le modele en platre que Ton en
conserve an Museum indique un sujet qui n avail pas acheve encore sa secondo
dentition, mais qui, comme le chimpauze observe par Is. Geoffrey, fut devenu
plus robuste que la plupart de ceux que nous possedons. Les tubercules de ses
arrieres-molaires sont aussi plus accuses que chez plusieurs de ces derniers,
et les dents sont elles-memes un peu pins fortes. Mais faut-il voir dans ceslegeres
particularites 1 indice d uiie difference specifiquc, <>u ne s agil-il que d uue
simple variete individuelle ? Je p re fere cette derniere opinion.
Tons les chimpanzes dont il vient d etre question ont ete pris sur la cote occi-
dentalc d Af rique, le long du goll e de Guinee, a une distance plus ou moius
rapprochee du litloral; mais il parait qu il existe aussi des animauxde cegcmv
dans la haule Nubie. En 1870, M. Issel adecrit, dans les Annales du musee de
Genes, an chimpanze ayant cette origine, qui avail figure a 1 Exposition univer-
sellelenueaParis en 1867, parmi les produitsenvoyespar le gouvernement
tien II provenait du pays des N am-Niams. P. GERVAIS.
TYSON (Edw.). Orang-Outang, sive Homo sylvestris, Oi , the Anatomy of a
I ii/ini/ ciiin/iin-rd wilk that of a Monkey, an Ape, and a Man, in-i", avec 8 pi. Londres,
Iti .Ml. DE [ii.MNViLLE. Ostiographie du y. Pilliecus. WROLIK (W.j- Rectierches d anatomie
citiiijiiii-i-i ,s/ le cliinijianse, in-fol., avec 7 pi. Amsterdam, 184). OWEN (R.). Mem. div.
sur fostcologie du i-///>/i/n/ii^e. In Trans. Soc. Zool. de Londres. GRATIOLET (P.). Mi in.
sur les jilts cfrcbraux, p. 49 a 52, pi. 6. DUVF.HNOV. Des caractercs que presents le sque-
letle du Tschego, Troglodytes Tschego. Due. In Arc/iit i * Museum de Paris, t. VIII, av. pi.
185"i ; Mem. sur les grands singes pseudo-anthropomor]>/ies. GRATIOLET et ALIX. llcch. sur
ianat. du Troglodytes. Aubi iji, Chimpanse d unenouvelle espece. In Nouv. Arch. Museum
il< I aris, t. Il , p. 204, 9 pi. ; 1866. P. G.
< IIIXA. Ce niol designe plus particulierement la squine (Smilax China,
C/iinar0oi),quipourtant, comme on lefait remarquer dans beaucoup d ouvrages
de pharmacie, nous vient moms de la Chine que de 1 Inde et de 1 Amerique meri-
dionale. 11 esl viai ipi on en exporte en grande quantile de la Chine dansl Inde,
ou elle se vend dans les bazars sous le nom de Chob-China, et que les Chinois
font un grand usage de la racine de la plante comme diaphoretique, et meme
comme aliment, en raison de la fecule qu elle contient. Le mot China sert d ail-
leurs aussi, dans 1 Inde, de terminaison aux noms indigenes d autres especes tie
Smilax.
Le nom de la Chine etait jadis associe assez frequemment, dans les formula
latines, a celui de substances im dicamenteuses qu on regardait, parfois ii
tort, comme etant d origine chinoise. L ecorce de quinquina, par exemplo,
s appelait China-China, on Cortex-Chinee, bien que le quinquina nous viennc
du 1 orou^ D.
m\< HE. On designe sous ce nom une espece d Arachnide du genre Argas,
rapporte ede la Colombie par Justin Goudot, et brievement decrite par Paul Ger-,
vais (Apteres, suites a Buffon, Roret, t. Ill, p. 462, n49, 1844, et Zookgie
medicale. t, I, p. 460, 1859),
L Argas Chinche est long de qnatre a cinq millimetres, sa couleur est d uu
brun rougeatre surlout qnand 1 animal estrepu. II tourmenle beaucoup riiomme
CHINE. 127
et les animaux dans la region temperee de la Colombie. Ses moeurs rappellent
celles de YArqas versions (voy. ARACHWDES et ARGAS). A. LABOULBE^E.
CHINE I. GENERALITES GEOGRAPHIQCES. La Chine proprement dite, repre
sentant a elle seule plus d etendue que n en ont jamais offert aucun
des empires europeens soumis au sceptre d un seul homme, ne coustitue
qu une partie des territoires gouvernes actuellement par la dynastie mandchoue.
Cette partie est, il est vrai, la plus vaste et la plus riche ; par la diversite de
ses climats, la configuration de son sol, le nombre et 1 importance des fleuves
qui 1 arrosent, elle reunit les productions des climats chauds a celles des climats
temperes, et a suffi longtemps aux besoins de son immense population.
11 est evident que ces conditions speciales, non moins que sa situation geo-
"raphique, ont contribue a isoler la Chine du reste du monde. En possession
de toute la partie orientate du continent asiatique, separee de 1 Europe par des
pays inconnus, et dont quelques-uns sout presque deserts, trouvant die/ die
tout ee qui est necessairc a la vie, meme pour un peuple civilise, la race
chinoise a pu, pendant des milliers d annees, rester independantc des autres
nations du globe. Vivant de sa vie propre, puisant en dle-meme le germe de
toutes les institutions, s inspirant touteibis de 1 ancienne civilisation indo-
e f -yptienne dont elle est un rameau, la civilisation diinoise n a nen enipnmie
a rOccident : gouvernement, litterature, arts, sciences, elle a tout invente
pour sou usage, et a su, dans chacune des branches des connaissances hu-
inaincs, arriver a un degre de perfection relativement remarquable.
Acluellement, les conditions sont changees. Ne pouvant plus se contenir
dans ses limites et etendant de plus en plus sa sphere d activite, 1 Europe veut
a tout prix entrer en relations serieuses avec la Chine, echanger ses produits
manufactures avec les richesses du sol chinois et lui cominuuiquer un pea de
(.die fievre de progres qui la devore elle-meme. Semblable a juelque i;igantrs-
que statue de granit, bien assise sur sa base et forte de milliers d annees
(1 existencc, la civilisation chinoise n oppose a ces tentatives qu une incommen
surable force d inertie. Elle veut bien, pour eviter les ennuis sans cessc renais-
sants que lui causent les obsessions des Europeens, avoir avec eux un semblaiit
de relation, leur vendre quelques-uns de ses produits, tout eu refusant d eii
acquenr d autres, dont elle ne sait que faire. Par-dessus tout, elle ue desire, en
aucune facon, adopter une Industrie dont elle ne comprend pas les avantages, et
qui lui permettrait cependant d utiliser une foule de ses ressources, les mines,
par exemple, qui sont en Chine a peiue exploiters.
A ces causes generales, vienncnt se joindre les inquietudes legitimes que
ressent le gouvernement maudchou a 1 idge seule de 1 introduction des priu-
cipes europeens au milieu de ses sujets ; la civilisation occidentale n apporte
pas seulement a un peuple son commerce et son industrie, elle le penetre aussi
tres-rapidement d idees d independance et d emancipation, trop souvent elle lui
communique des vices jusqu alors inconnus, en sorte que son etat social et
politique se trausforme fatalement, d ordinaire a 1 avantage des individus, rare-
ment a celui de son gouvernement.
Depuis 1840, date de la premiere guerre de 1 Angleterre avec la Chine, 1 Eu
rope travaille activement a penetrer dans 1 extreme Orient ; elle a tout mis en
usage pour y arriver; elle a fait tour a tour appel a la force et a la persuasion.
II est incontestable que quelques progres ont etc obtenus ; la Chine s est, si Ton
128 CIHAE.
veut, entr ouverte au commerce europeen, clle est restee fermee a tous autres
egards ; neanmoins, si lents et si faibles que soient ces resultats, Ton peut pre-
voir que malgre toutes ces resistances, la barriere fmira par lomber et que, en
depit de son non-vouloir, la race cbinoise sera entrainee dans le mouvement
^general des peuples qui aspirent au progres. Le moment est done opportun pour
etudier la Cbine a tous les points de vue, en general, et plus particulierement a
celui de ses productions, de ses institutions, de ses moeurs, en tant qu elles tou-
chent aux sciences medicales, au point de vue de ses maladies meme, car les
formes des maladies varient avec celles de la civilisation, enfin a celui de la
geographic medicale et a des conditions d acclimatement auxquelles sont sou-
mises les emigrations enropeennes qui tendent a s y implanter.
Les Cbinois n emploient pas le terme de Thsin ou Tcbina pour designer leur
patrie : ils se servent du mot compose Tchoung-Kouo (empire du milieu) ; on a
longtemps regarde cette denomination comme 1 expression orgueilleuse d une
geographic ignorante; elle signifie simplement, suivant M. Pauthier, que la
Chine etant autrefois divisee en un grand nombre de petits Etats, vassaux d mi
Etat central, on aurait pris 1 habitude de designer 1 empire tout entier d apres
le nom de 1 Etat suzerain place au centre des autres ; en France, il en a ete de
meme, le mot France ne s appliquait d abord qu a une tres-petite province, les
autres conservant chacune leur nom particulier. Depuis 1 avenement de la
dynastie tartare, celle de Thsing ou tres-pure, 1 empire a pris le nom de
Ta-Tltsing-Kouo, empire de la grande dynastie tres-pure, mais les Chinois se
sont conserves le nom de Tchoung-Kouo-jen, homines de 1 empire du milieu.
II est encore quelques autres expressions usitees dans les ouvrages de poi sie ct
de morale ou dans le style eleve, celles par exemple de Terre sous le del, ou
monde, Terre des fleurs, pays des hommes aux cheveux noirs, mais elles ne
sont pas employees dans les relations diplomatiques ni dans la vie ordinaiiv.
Quant aux termes de peuple celeste, celeste empire, si usites en Europe, ils
sont d invention occidentale et les Chinois n en comprennent meme pas le sen-.
Au point de vue de sa configuration physique, la Chine peut etre lidivement
considered comme formant trois bassins principaux, separes par deux chaine- de
montagnes qui la traversent de 1 ouest a Test, les monts que les premiers mi--
sionnaires avaient denommes Nan-ling et Pe-ling ; ces bassins sont arroses par tn>i-
grands fleuves, le Hoany-Ho ou fleuve Jaune, le Yang-tee et le Tcheoit-Kiang.
a. Bassindu Hoany-Ho. 11 est borne au sud par les monts Pe-ling qui pren-
nent naissance dans les hauts plateaux du Thibet, se dirigent a 1 ouest , arrivent
en Chine par la province du Kan-Sou, traversent le Chen-Si, le Ho-nan qu ils
separent du Houpe, s inclinent au sud vcrs le 110 U de longitude E., puis remon-
tent au nord en formant un angle aigu dans le Ngan-Hoei ou ils s effacent pre>-
que completement.
Au nord, le bassin du Hoang-Ho est limite par les hautes montagnes venanl
egalement du Thibet, qui separent la Chine de la Mongolie, et s\ir lesquelles e>l
en partie construite la grande muraille; ils remontent au nord vcrs le 1 1 l i
longitude E. et partagent la Mongolie en deux regions assez distinctes.
On peut admettre 1 existence d un bassin secondaire, sorte de quatrieme lias-
sin, forme exclusivement par la province du Pe-tchely, qn arrose le Pci-ho; il
est separe du grand bassin du fleuve Jaune par une chainc do montagnes cleta-
chee des monts Yan, situes au nord de Pekin, et qui separe la province du J e-
tchely, de celles du Chan-Si et du Chan-Touug.
CHINE. 129
Le Hoang-Ho est forme par le trop-plein des eaux de deux lacs jumcaux, les
Ala-nor situes ou pied des Bayankara dans le Khou-Ko-noor, au Thibet, par 55
de latitude N. et 94 de longitude E. 11 pcnctrc eu Chine vers le 56 de lati
tude, arrose le Kan-Sou, forme un coude brusque, se dirige au N. et sort de
Chine vers le 58 de latitude; il decrit une nouvelle courbe au pays des Ordof
en Mongolie, ou ses eaux rapides entrainent le sable du desert et preunent 1?
couleur jaune qui lui donne sou nom, rentre eu Chine vers le 59 de latitude et
le 107 de longitude; puis descend verticalement au sud, separc le Chan-si du
Chen-si, vers le 34 de latitude, fait un angle droit, se dirige. a Test, traverse
le Honan et le Kiang-Sou, et vient sejeter dans In IIKT Jaime JKU- plusieurs
estuaires. Son cours total est d environ 4,000 kilometres rl I mi calcnlc appmxi-
mativement que son lit n occupe pas moins de 150,000 kilometres carres.
Le niveau du lit du Hoang-Ho est superieur, dans une partie de son cours, a
celui des plaines qu il traverse, en sorte qu il a fallu, pour le contenir, etablir
de puissantes digues dont la surveillance est confiee a un fonctionnaire d un rang
tres-eleve. II arrive souvent qu a la fonte des neiges, ces digues sont rompues
et que d effroyables inondations desolent les pays voisins. Le cours du Jluan^-llo
est si rapide qu en beaucoup dc points on nc, le traverse qu avec d e\n>si\i;s
difficultes.
11 recoit peu d affluents; ses priiicipaux soul, : dans le Chen-Si le Lo-ho et
le Wei-ho qui traverse toute cette province de 1 ouest a 1 est ; le Fuen-lto dan^
le Chan-Si, et le lac Houng-tsche, forme lui-meme par les eaux du Hoai-lio dans
le Kiang-Sou.
Le delta du fleuve Jaune, comme celui du Nil, auquel le Hoang-Ho a ete sou-
vent compare, a singulierement varic - depnis des periodes de temps relativement
courtes. Primitivement, ou du moins d aussi loin que la gcograhie chinoise
remonte, le fleuve Jaune gagnait le nord, Iraversait le Chan-toung et venait se
Jeter dans la mer dans la province du Pe-tchely, aux environs de Tien-Tsin ; il
deversait ainsi ses eaux dans le golfe du Pe-tchely; peu a peu, les fonds du
golfe se sont exhausses par 1 apport considerable des alluvions, le cours du
lleuve s est modifie et, descendant plus au sud, il est venu se deverser, toujours
dans le golfe, mais a la base de la presqu ile de Chan-Toung; enfin, dans le
douzieme siecle, il vint sejeter au sud de cette presqu ile vers le 54* 1 de lati
tude. Depuis quelques annees Ton constate de nouveaux changements; sans
abandonner completement sa direction, il parait vouloir reprendre son ancieu
cours et reporter une grande partie de ses eaux dans le golfe du Pe-tchely,
comme il le faisait au dixieme siecle. Ces phenomenes, dus evidemment a
des changements de fonds dans la mer Jaune, sont de nature a interessef-
tres-vivement les geographes, car, dans un avenir tres-prochain, le golfe du
Pe-tchely pourra etre comble ou du moins impraticable a la navigation ; deja
les navires de fort tonnage ne peuvent approcher a plus de six milles des cotes.
Ces modifications importantes de la constitution geographique des cotes de
Fextreme Asie devraient preoccuper vivement la science et le commerce, car IG
Pe-tchely est la seule voie de communication maritime avec Pekin et le norcH
de la Chine. Malheureusement ces faits se passent loin de nous, et ils ne sont
guere utudies que par quelques rares savants, comme le reverend docteur Edkins,
missionnaire anglais a Pekin, qui a publie, sur la question, dans le Journal of
the North. China Branch of the Royal Asiatic Society 1860, un memoire du
plus haut interet.
DICT. ENC. XVI. y
130 CHINE.
Le bassin secondaire du Pe-tchely, encadre comrae nous I avons indique plus
haut, constituc unc vaste plaine dont la surface, a.peine coupee de quclques-
collines, descend en pente douce vers la mer, qui la baigne a Test sur une
etendue de 320 kilometres. -Elle ne forme en realite qu un seul bassin commun
aux divers cours d eaux se rendant a la mer et dont le plus important est le
Pei-ho ou fleuve du Nord ; celui-ci passe a Tien-Tsin, y recoit deux affluents
considerables et se jette dans le golfe du Pe-tchely; son embouchure, celebre
dans 1 histoire contemporaine, est defendue par les forts de Takou qui firent
eprouver un cruel echec a 1 escadre anglo-franeaise en 1859, et furent enleves
en 1860 par le corps expeditionnaire francais, debarque a quelques lieues plus
loin vers le nord.
Toutes les rivieres de la province du Pe-tchely sont, a leur origine, des
torrents venant des montagnes ; beaucoup sont dessechees la majeure partie de
1 annee; leur cours devient lent et tortueux dans la plaine oil la pente est
presque nulle ; leurs eaux, que n arrete aucun travail d endiguement, s eten-
i Ic id vers les bords et inondent les campagnes pendant la saison des pluies,
puis sont reduites a un mince filet d eau durant le reste de 1 annee. Le bas
sin du Pe-tchely est dc formation reccnte ; a une epoque peu reculee, la mer
\rniut batlre les picds des montagnes, qui en sont maintenant distantes de
i|ii:ii-;int.e a cinquante lieues et ou Ton retrouve des coquilles entierement
semblables a celles que Ton recueille actuellement vivantes sur les bords de la
mer; la tradition chinoise ne fait pas remonter bien haut le temps ou la ville
de Tien-Tsin rtait port de mer, maintenant elle se trouve a 50 kilometres dans
1 interieur des terres. Les regions baignees par la mer sont formees d amas
de boues, terrains non encore transformes, depassant a peine le niveau des
eaux, inondes a chaque grande maree, Cette disposition a rendu tres-facile
I etablissement de marais salants qui rapportcnt a la couronne des revenus con
siderables. En hiver, c est-a-dire du l cr decembre au l er mars environ, la mer
est gelee jusqu a cinq ou six kilometres du rivage; cela s explique aisement
par son peu de profondeur.
Le bassin general du Hoang-Ho est coupe de nombreuses chaines de mon
tagnes secondaires, perpendiculaires a celles qui le limitent et formant de
petites vallees arrosees de rivieres peu importantes ; sa direction generale est
celle d une peute douce vers la mer; dans les regions les plus orientales, cette
inclinaison est presque insensible, et les eaux ne s ecoulent plus que leute-
ment en formant des etangs, des marecages dont 1 insalubrite est proverbiale.
Ce bassin est eminemment fertile, moins cependant que celui du Yang-tze-Kiang.
b. Bassin du Yang-tze-Kiang. II est borne au nord par les monts Pe-ling,
qui le separent de celui du fleuve Jaune ; au sud par une vaste chaine de
montagnes qui a recu, dans la geographie chinoise, le nom generique de Nan-
ling (Monts du sud), tout en prenant cependant des denominations diverses,
suivant les regions qu elle traverse ou les principaux pics qui la dominent. Envi-
sagee dans son ensemble, la cliaine des Nan-ling doit etre consideree comme se
detachant des hauts plateaux du Thibet; de la, elle descend au sud, en cotoyant
la frontiere Sino-birmane, penetre dans le Yunan, traverse cette province
ainsi que celle du Kouei-Tcheou. De 1 arete centrale partent des prolongements
nombreux, en sorte que ces deux provinces torment un massif montagneux
tres-etendu, d un acces fort difficile, et dans lequel sont venus se refugier les
debris de la race autochtlione, les Miao-tze dont nous parlerons plus loin. Le
CHINE. 151
Honan est moins montagneux quo le Kouei-Tcheou ct, vers les confins du Ngan-
hoei, les montagnes se terminent en petites colliues pour disparaitre enfin
completement.
J , Le Yang-tze-kiang, ou plus simplement Ta-kiang (grand fleuve), tres-impro-
prement nomine fleuve bleu par les Europeens, forme le cours d eau principal
de 1 immense espace compris entre la chaine des Peling et celle des Nan-ling.
Ses sources ne sont pas parfaitement connues, en partie parce qu un grand nom-
bre de petites rivieres se rcunissent pour le former ; cependant trois courants
principaux naissent an sud-ouest des Bayankara par 87 de long. E. s unissent
pour constituer le Mouroussourou, bientot rejoint lui-meme par Irois uouveaux
cours d eaux. On n a pas de traces bien authentiques du fleuve ;iinsi forme
jusqu au point ou, dans la province du Yunan, vers le 98 1. E., il recoil le } <t-
loung-kiang, c cst-a-dirc npres avoir dejaparcpuruun trajet d environ 2,000 kilo
metres. De la, il forme pendant -quelque temps frontiere rnliv I Vnnan H Ir Ssr-
tchouen, penetre dans cette derniere province qu il arrose dans le I iris dr son
etendue, traverse le Houpe, ou il |irrinl ili linitivement le nom de YaniH/r-
kiang et, apres avoir arrose leNgan-hoei rl Ir Kan-sou, va se Jeter dans la HUT
entre le 52 et 55 dc latitude, par deux brandies principals qui laissm!
entre elles 1 ilevaste et fertile de Tsoung-ming. Son embouchure est done tivs-
\disine de celle du Hoang-ho.
Ses principaux afAuents sont, au sad, rl ni allant de Test a 1 ouest : le "Wam-
pou, le Kan-Kiang qui parcourt le Kiang-si dans toute sa longueur et forme m
partie le lac Poyang, le Siang et le Yuen dont les eaux forment le lac Taun
ting apres avoir fertilise la province du lln-nan. Sur la rive nonl, 1 ou ivnnuiliv
le grand canal, le Hang-kiang qui, apres avoir arrose le Chan-si virnl se jetcr
dans le Ta-kiang aux environs de la grande ile de llang-kao, enlin le Min-kian.:
et le Kia-ling dans la province du Sse-tchourn.
Le Yang-tze-kiang est 1 un des plus beaux fleuves du inonde. Son cours ne
mesure pas moins de 4,600 a 5,000 kilometres et n est depasseen longueur que
par celui des Amazones, qui en presente 5,400 ; large, profond et majestueux, il
coule paisiblement entre des rives peu elevees, sauf dans quclques rares passages
oil ses rapides sont parfois difficiles a franchir. II ne ck bonle presque jamais et,
au contraire du Hoang-ho, dont les inondations desolent souventles campagnes,
il n est celebre que par ses bienfaits. Ressentant 1 influence des marees jusqu a
1 60 lieucs marines de son embouchure, le fleuve presente des fonds de vingt brasses
dans beaucoup de points, peut porter les plus grands navires jusqu a Hang-kao
et les bateaux cliinois de fort tonnage pendant plus de 5,000 kilometres. II
forme, avec ses affluents, la grande route commercial du centre de la Chine a
lamer, arrose et fertilise un bassin de 1,200,000 kilometres carres; les Cliinois
lui donncnt le nom de ceinture dc la Chine et, a leurs yeux, ce fleuve divisc
1 empire en region d en deca et region d au dela du fleuve.
L embouchure du Yang-tze-kiang forme un immense esluaire divise par 1 ilo
Tsoung-ming, et ses eaux jaunatres restent unies jusqu a trente lieucs au large,
en sorte que 1 on francbit la ligne bien nette de leur demarcation, longtemps
avant d apercevoir les cotes plates et unies du Kiang-sou. L apport continuel des
limous par les eaux du fleuve tend a modifier singulierement les attemssemcnts
a 1 entree du fleuve Yang-tze. D annee en annee les fonds diminuent, de nouveaux
banes s elevent, laissant entre eux des cheneaux qui font le desespoir des pilotes.
Comme pour le Hoang-ho, le thalweg du fleuve n a pas toujours eu la direclioit
152 CHINE.
qu il prescnte aujourd luii. Le docteur Edkins a demontre que, vcrs uneepoqne
encore pen eloignee, il se divisait en trois branches, dont la principale vena-it se
ieter au fond de la bale de Hang-tcheou ; a cette epoque, il commumquait egale-
ment avcc le fleuvc jaune par un cours d eau direct. Actuellement encore, toute
la partie des cotes de Chine qui separe les deuxfleuves est basse, formee de ter
rains d alluvions, immense marais qui s etend sur toute la partie maritime du
Kiang-sou. Ces conditions tclluriqucs et la chaleur tropicale des etes, contribuent
ii fairc dc cette region la plus insalubre des cotes de Chine, ainsi que nous le
constaterons du reste enctudiant la topographic medicale de Shang-hai.
c. Bassin du Tche ou-kiang. En dehors des deux grands fleuves, un grand nom-
bre d autres viennent devcrser leurs caux dans la partie meridionale des mers de
Chine. Apres avoir parcouru souveat pres de 400 kilometres a travers les contrees
qu ils arrosent ct i ertilisent, ces differents cours d eaux peuvent etre consideres
commc forman t un bassin commun situe entre les hautes chaines des Nanling et
la mer ; on peut lui donner le nom dn llcnvc le plus important. Le Tcheou-
kiang, ne de deux branches principales sortant du Kouei-tcheou, traverse
les provinces de Kouang-si ctdu Kouang-toung, puis se jette dans lamer au sud
de Canton. Entrc cette ville et la mer, il forme 1111 magnifique estuaire que les
Europeens designent sous le nom de flenvedii Tiyre.
Les autres fleuves les plus considerables dc ce bassin sont : le Min-ho et le
Tsicii-tang-ho, nes 1 un ct 1 autrc dans les montagues du Kiang-si et gagnant la
mer, le premier a Fou-tcheou, le second a Ning-po.
La province du Yu-nan forme un bassin particulier dont les rivieres suivant la
pente naturelle des terres, vont se jeter dans les grands fleuves de laCochinchine;
la communication fluviale de la Cochinehiue avcc la Chine, par I intcrmediaire
de fleuves et de canaux, a etc recemment demontree par la mission si courageu-
senient entreprise sous la direction des regrettes Doudart de la Gree et Francis
Gamier, de la marine nationale.
d. Principaux lacs. Quoique le nombre des lacs soit assez restraint en compa-
raison del immense etendue de la Chine, ils ne sauraient etre passes soussilence
dans 1 enumeration des richesses hydrologiques de cette contree. Presque tons
sont situes dans la plaine, les plus remarquables sont : le lac Toun-ling, daus
la province du llo-nan, mesuraut environ 400 kilometres de tour, recevant les
rivieres Siang-ho et Min-ho, puis se deversant dans le Yang-tze-kian g; le lac
Poyancj, situe dans le Kiang-si, long de 100 kilometres sur 80 de large, parseme
d iles nombreuses a 1 aspect riant et au sol fertile ; ses eaux poissonneuses sont
parcourues de nombreuses barques de pecheurs ; sur ses bords sont exploites
ces etablissements de pisciculture dont les succes n ont pas encore ete egales en
Europe. Le lac Poyang va rejoindre le Yang-tse-kiang qui communique egale-
ment avec deux vastes etangs, situes 1 un aux environs de Sou-tcheou, 1 autre
e litre Nan-king et Ngan-king ; le premier d entre eux est meme relie directemeut
a la mer.
Le seul lac relie au fleuve jaune est le lac Houng-tsche dans le Kiang-sou,
situe au point de reunion du fleuve avec le grand canal, plus important comme
navigation que par la richesse de ses eaux. La province du Pe-tchely el le Chan-
toung en comptent egalement quelques-uns, ainsi que le Yunan, tous d une assez
grande etendue, habites par une population aquatique qui, depuis des genera-
tions, vit et meurt sur ses barques, et fait de la peche son unique moyen de
subsistance.
CHINE. 153
e. Aspect general du sol. Les cotes de Chine forment, par leur ensemble, une
dcmi-circonference a 1 aspect variable. Les cotes occidentals de Coree sont
hautes et entourees d une barriere d iles et de rochcrs. Mais depuis la peninsule
nommee : Epe e du Regent par les navigateurs anglais, et dans toute 1 etendut
des golfes du Leaotong et du Pe-tchely, la cote est basse, les fonds restent pen
considerables ; d immenses banes de vase s etendent au loin dans la mer et s op-
posent a 1 approche des navires, meme de faible tonnage.
Au sud de 1 embouchure duPei-ho, la cote remoutc un peu jusqu au promon-
toire duChan-toung, lui mcme d une assez forte altitude. Dece point jusqu a i\ing-
po, la cote redevient tres-basse, surtoiil. ;uix embouchures du Hoang-ho et du
Yang-tze-kiang; la navigation y est fort dangereusc pour les jonques chinoises
et plus encore pour les navires europeens de fort tonnage. Au sud de Ning-Po, et
dans le canal deFormose, Ic rivage est sombre ct repoussant, parseme deiv ,-ils,
forme de roches nues et dechirees par la mer, il offre cependant quclques baies
(MI peuvent se refugier les navires assaillis par les terribles coups de venl si | iv-
quents dans ces parages. Au voisinage des embouchures du Tcheou-kiang se trou-
vent des iles nombreuses, d un aspect moins sauvage, puis la cote reprend son
memo aspect mornc et devaste.
L archipcl des iles Chusan sur la cote du Tchc-kiang n appaiiient pas en rea-
litea la longue chaine d iles que 1 on voit s etendre SMI- la cote orienta ede 1 Asie
depuis le detroit deBehring jusqu a la mer des Indrs. I ll les sontplutot la termi-
naison des montagncs qui traversent la province du Tchc-kiang ct devaient etre
primitivement .Hiees au continent. L ile dc Formose au contraire, est un
aiuieau important de cette chaiue, en reliant les iles Lieou-kie ou ct le Japon a 1 ar-
chipel des Philippines. Entre Formose et la cote, se trouve 1 archipel drs /v>\-
cadores relie a la grande ile par des bas-fonds et des recifs, dont mi grand
nombre depassent le niveau des hautes eaux. L ilc ^Hainan, commc les iles
Ghusari, est un appendice detache de la cote ferme, c est la veritable pointe de la
peninsule du Kouang-toung, auquel elle est reliee par sun systeme montagneux.
En envisageant d une facon generate les territoires dc la Ghine, ses montagncs
a 1 occiclent, ses plaines et ses rivages a 1 orient, on est amene a la regarder
comme formant trois grandes zones, la region des montagncs, la plaineet la region
meridipnale.
Des hauts plateaux du Thibet, region voisine du ciel, d apres la mythologie
chinoise, ct ou se trouve suivant elle le berceau dumonde, partent de longues
chaines demontagnes qui traversent la Chine de 1 ouest a Test. Resserrees a leur
origiue, ces trois grandes aretes, soutenues par de puissants contre-forts,
translbrment les provinces du Kan-sou, du Chan-Si et du Sse-tchouen en massifs
montagneux, ou les fleuves coulent avec violence, au travers de vallees apcntes
rapides ; puis, les montagnes s ecartent comme les rayons d une etoile etlaissent
entreelles les deux grands bassins dont nous avons parle plushaut. Veritable Mc-
sopotamie chiuoise, au sol fertile, mais souvent inonde, ce pays has comprendrait
le Hou-nan, le Ngan-hoei, le Hou-pe, le Pe-tchely, le Chan-toung, unepartie du
Tche-kiang; dans la partie septentrionale, la rigueur du climat rend le sol
moins producteur; c est une region relativement pauvre, et qui doit emprunter, a
ses voisines plus fortunees, 1 excedant de leurs ressources agraires.
Cette grande plaine, dont 1 etendue est sensiblement cgale a celle du Gange,
rcnfcrmc une population de pres dc 170 millions d habitants ; la se recoltent le
the, les grains, les tabacs, la s elevent ces vers a soie celebres que 1 Europe cher-
154 CHINE.
che a acclimater. Les richesses de ce sol merveilleux nc sont depassees par aucune
region du globe.
La troisieme region, meridionale, participe des deux premieres ; renfermant
comme elles de hautes montagnes et de profondes vallees, elle abrite une popula
tion sensiblemcnt differente de celle de la plaine, que sa situation geographique
et son commerce mirent en rapport avec les Arabes et avec les premiers naviga-
teurs europeens qui s aventurerent dans les mers de Chine. La region meridionale
comprendrait la partie sud du Tche-kiang, le Fo-kien, le Kouang-toung et le
Kouang-si. Dans 1 origine, elle ne faisait pas partie de 1 empire chinois, et ne fut
conquise que 200 ans avant notre ere.
C est a dessein que nous avons voulu insister sur ces dispositions orogra-
phiques; elles ont une importance capitale dans 1 histoire demographique d une
con tree, car dans 1 etude d une race, de ses origines, de ses migrations, il faut
autant considerer les dimensions vcrticales que 1 etendue horizontale des regions
qu cllc habite.
Pour completer la geographic de la Chine, il convient de citer deux grands
ouvrages, dus a la main de I homme, qui sont la grande muraille et le grand
canal. Nous ne nous arreterons un instant qu au canal, qui touche plus directe-
ment la question d hygiene.
Le grand canal, nomine par les Chinois Yun-ho, riviere de transit, et Tcha-ho,
riviere des ecluses, commence au sud pres de Hang-Tcheou, par 50 de lat. N.,
se dirige vers le nord, traverse le Yang-tze-Kiang, contourne le lac Houng-tsche,
avec lequel il communique, traverse le fleuve jaune, court parallelement a ce
fleuve pendant plus de quarante lieues, puis se dirige au nord, contourne la
province du Chan-toung et vient aboutir a Tien-Tsin, en suivant evidemment le
cours ancien du fleuve jaune, qui, ainsi que nous 1 avons dit plus haut, se jetait
autrefois dans le golfe du Pe-tchely. A partir de Tien-Tsin, la communication
fluviale est facile avec Pekin, par le Pei-ho pendant trente lieues, puis au moyen
d un canal reliant Tong-Tcheou a Pekin. D un autre cote, la communication est
possible par les canaux et les rivieres entre Hang-Tcheou et Canton, en sorte que
Ton peut dire que, grace au grand canal, Pekin et Canton, situes aux deux extre-
mites de 1 empire, sont relies par une voie aquatique, aussi sure que directe.
Dans son parcours, le grand canal baigne des regions accidentees, et 1 on a
du le munir de nombreuses ecluses, dont la construction parait aussi simple
que primitive : dans des coulisses de pierre, on superpose des madriers munis
de cables a chaque bout, que les eclusiers soulevent 1 un apres 1 autre, a force de
bras, pour livrer passage aux bateaux. Tantot le lit du grand canal est enserre
de berges de 20 metres de hauteur, tantot il se contend avec les marecages des
contrees plates qu il traverse, tantot il domine de plus de 10 metres les pays
environnants, et son cours, qui menace des villes importantes, a du etre ren-
ferme dans de puissantes digues de 50 metres de largeur. Elles sont le plus sou-
vent construites en argile battue, dont on maintient la cohesion en y melantles
tiges dessechees d une sorte de sorgho gigantesque qui croit en abondance dans
ces contrees, et sont garanties exterieurement par un upais parement de pierres de
taille. Les eaux du canal ne sont pas stagnuites, elles obeissent a des courants
continuels dont la direction n est pas identique, et dont la vitesse atteint paiiois
deux lieues a 1 heure.
La partie dn grand canal comprise entre le Yang-tze-Kiang et le fleuve jaune
fut construite au septieme siecle par les princes de la dynastie des Tang ; sous la
CHINE. 155
dynastie Mongole, au treizieme siecle, on relia ce premier troncon a Tien-Tsin en
se servant en partie cle la riviere Kouen, dont on changea le corn s pour amenrr
ses eaux dans le canal. On raconte que cette vaste entreprise ne dura que sept,
mois et fut executee par 500,000 travailleurs. Enfin, au quatorzieme siecle,
sous les Mings, on termina ce prodigieux travail en reliant le Yang-tze-Kiang a
la ville de Ha ng-Tcheou ; la longueur totale du canal est d environ deux cent (
soixante lieues, depassant par consequent celle de tons les travaux de cette na
ture qui existent sur la surface du globe. Malheureusement le grand canal a par-
ticipe de la decrepitude qui, dcpuis plus d un siecle, envahit toutes les insti
tutions de 1 empire. Des sommes considerables etaient autreiois allouees pour
I eiitretien des berges, pour le curage du canal. Ccs capitaux se sont trouves di-
minues a proportion que les revenus imperiaux out deem. De plus, la malvei Ca
tion presque officielle des mandarins a detourne la majeure partie des sonmir-;
allouees, en sorte que le temps n est pas loin ou le grand canal in- sera plus
qu un souvenir. Dans beaucoup de parties de son p;imurs, il est presque des-V -
che par 1 exhaussement progressif des fonds et la chute des berges; d.-ms d ;m-
tres, il est a peine praticable aux plus petites barques, et la navigation, inlrr-
rompue sur taut de points, ne peut plus s exccnler d imr mamiVr cuiiliiiiii . II est
\raique le transport des cereales du sud vers le nonl, Iml |irmri|>;d de sa con
struction, peut s executev actuellement par la voie murilime. Les jonques, pro
tegees par les croiseurs europeens ou les navires de la douane cbinoise, prennent
la mer sans grande crainte des pirates, et les vapours, clc plus en plus nombreux
sur les cotes de Chine, transported les marchandises avec encore plus de rapi-
dite etdesecurite.Nous souhaitons vivement que le gouvernement chinois, plus
eclaire, livre enfin ces belles plaines de la Chine aux voies ferrees qui les sillon-
neraient rapidement, portant avec elles le bicn-etre materiel et les bienfaits (dus
grands encore du progres et de la civilisation.
II. DEMOGRAPHIE. Ce n est pas absolument chose facile que d evaluer la po
pulation d un pays aussi vaste que la Chine, et cependant il est indispensable
d en obtenir au moins une approximation, car cette donnee forme la base sur
laquelle viennent s appuyer une foule de deductions ethnologiques et morales.
Depuis 1 avenement des Mings, en 1368, les gouvernements chinois et tartares
out fait, en diverses circonstances, proceder a. un recensement de leurs sujets
afin d etablir une repartition equitable des impots fonciers et des taxes de capi
tation. Pour y parvenir, ils firent edicter une loi prescrivant, sous les peines les
plus severes, a chaque chef de famille, de conserver dans sa maison une tablette
ou sont inscrits le nom et 1 age de toutes les personnes qui vivent aupres de
lui; les conseils de notables sont rendus responsables de 1 execution de cette loi,
veritable loi d etat civil, comme on le voit. Malgre ces prescriptions tres-ancien-
nes, on trouve entre les divers recensements des differences telles que Ton doit
se demander s il n y a pas eu de grandes erreurs commises, au moins dans les
premieres evaluations.
En effet, et pour ne pas remonter trop haut, nous constatons dans les docu-
iments officiels :
En H36 1" aimee de Kien-ling ..... 125 046 243 habitants.
Fn 1760 25 143 125 225
En 1792 57- 307 467 250
En 1812 27 annee Kia-king 360 279 897 -
II est evident que la prodigieuse elevation de ce dernier chiffre, compare a
PORTS OUVERTS AU COMMERCE EUROPEEN.