(logo)
(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections | Universal Library

Search: Advanced Search

Anonymous User (login or join us)Upload
See other formats

Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V 16"

... 






K 

IK 

I 



. 




A gift of 

Associated 

Medical Services Inc. 

and the 
Hannah Institute 

for the 
History of Medicine 




DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE 



DBS 



SCIENCES MEDICALES 



r/r,:. - IMPMMCRIE n* E. MARTINET, RUE MICNON, 2 



DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEt RS 

ARCHAMBAULT, AXENFELD, BAILLARGER, BAILLON, BALBIANI, BALL, EARTH, CAZIN, BEAUGRAND, BECLARD, 
BEHIER, VAN BENEDEN, BERGER, BERNEIM, BERTILLON, BERT1N, ERNEST BESNIER, B1ACHE, BLACHEZ, BOIXET, BOI>-1 M 
BORDIER, BOUCHACOURT, CH. BOUCHARD, BOUISSON, BOl LAND, BOL LEY (H-), BOUVIER, BOYER, BRASSAC, BROCA, 

BROCHLN, BKOUARDEL, BROWN-SEQUARD, CALMEIL, CAMPANA, CARLETfG.), CERISE, CHARCOT, CHASSAIGXAi . 

CHAUVEAU, CHEREAU, COLIX (L.), COKXIL, COCLIER, COL RTV, DALLY, DAMASCHINO, DAVAINE, DECHAMBRE (A.), DELENS, 

DEL10UXDE SAVIGXAC, DELPECH, DEXO-XVILLIERS, DEPAUL, DIDAY, DOLBEAU, DUGUET, DUPLAY (S.), Dl TFIOt LAU, 

ELY, FALRET (l.), FARABEl F, FEKRANn, FOLUX, 1 UN--; \UH1VES, 
OALTIER-BOISSIERB, GARIEL, GAVARRET, GERVAIS (P.), GILLETTE, GIRAUD-TEI LON, GOBLEY, GODELIER, GREENIIII.t., 

GRISOLLE, GUBLER, GUENIOT, GUERARD, GUILLARD, GUILLAUME, GUILLEMIN, Gl YON (F.), 
HAMELIN, HAYEM, HtXHT, HENOCQl E. ISAMBERT, JACQUEMIER, KRISHABER, LABBE (LEON), LABBKE, LABORDF. 

LABOL LBKNE, LAGNEAU (G.), LANCEREAUX, LARCHER <O.), LAVERAN, LECLERC (L.), LF.FORT (LKnN., 

LEGOUEST, LEGROS, LEGROUX, LEREBOULET, LE ROY DE MERICOURT, LETOl RNEAl, LKVEX, LKVY /MICHEL), 

LIEGEOIS, LIETARD, LINAS, LIOUVILLE, LITTRE, LUTZ, MAGITciT l E. I, >IA(1\ \\, MM. \r,I TI, MARi inNI), MAREY, MARTINA, 

MICHEL (DE NAXCYi, MILLARD. DANIEL MOLLIERE, MONOD, MONTAXIER, MORACHE, MOREL (B.-A.), XICAISE 
OLL1ER, ONIMUS, ORFILA (L.), PAJOT, PARCHAPPE, PARROT, PASTEUR, PA13LET, PERRIN (MAl RICF.), PETER (M.), 

PLANCHON, POLAILLON, POTAIX, POZZI, REGNARD, REGNAl LT, REYXAL, ROBIN (CH.), DE ROCHAS, ROGER (H.), 
nOLLET, ROTUREAL , ROUGET, SAINTE-CLAIRE DEVILLE (H.), SCHUTZENBERGER (CH.), SCHUTZEXBERGER (P.), SEDILLOT, 

SEE (MARC), SERVIER, DE SEYNES, SOUBEIRAX (L.). E. SPILLMAXX, TARTIVEL, TERRIER, TESTELIN, 
TILLAUX (P.), TOURDES, TRELAT (V.), TRIPIER (LEON.), VALLIN, VELPEAU, VERNEUIL, VIDAL (EM.), VILLEMIN, 

VOILLEMIER, VLI.PIAX, \V MILDMdXT, \VORM< I.I.I, WrflTZ. 



DIRECTEUR : A. DECHAMBRE 



PREMIERE SERIE 



TOME SEIZIEMK 



CHI CHO 



IHLlOTHlQUES 




PARIS 



G. MASSON 



P. ASSELIN 



LIBRAIRE DE L ACADEMIE DE ME DECIXE LIBRAIRE DE LA FACULTE DE MEDECIXE 

PLACE DE L ECOLE-DE-MEDECINE 



MDCCCLXXVI 






fc . * 



w 

/t 



D1CTIONN-AIRE 



ESN CYCLOPEDIQUE 



DBS 



SCIENCES MEDICALES 



CHIA.PPA. (GIUSEPPE ANTONIO DEL) etaitne, vers 178I,aux Bagni di Lucca, ct 
se fit recevoir docteur en medecinc et en chirurgie (1804) a Pa vie, ou il occupa 
pendant longtemps, d une maniere tres-brillante, la chaire de cliuiquc medicale. 
Del Chiappa avait adopte avec euthousiasme les doctrines dc Rasori, ct, meme 
apres la mort clu maitre, il Jes suivait, au lit du maladc en disciple fervent et 
convaincu. Poursuivant a toute outrance la diathese du stimulus, ilprodiguail rt 
le tartre stibie ce contro-stimulant par excellence, dont il portait quclqucfois la 
dose a plus de trois grammes, et les saignees repetees. Mediocrement preoceupe 
des symptomes, c estsurtout la maladiequ il s attachait a combattre, alors meme 
queles manifestations locales avaient disparu. Mais Del Chiappa ne s etait pas 
borne a des travaux de pratique medicale, il s etait aussi occupe de recherches 
d erudition, ct on lui doit une traduction de Celse a laquellc il avait consacre 
huitannees. Ce savant distingue s eteignit en 1866, a 1 age de quatre vingt-cinq 
ans, ayant conserve jusqu a la fin toutes ses facultes. 

Nous citerons de lui les ouvragcs suivants : 

I. Saggio distoria sul calarro epidemico. Lucca, 1800, in-8". II. Dalle percosse consi 
derate sottc il duplice aspetto di lesioiii morbose, etc. Pavia, 1817, in-8. III. Intorno 
allc opere ed alia condizioni personale di A. Corn. Ceho. Milano, 1819, in-12. IV. llella 
sh ettissima unione delta medicina ct della chirunjia. Pavia, 1820, in-8. V. Discorsi due 
sulla medicina. Milano, 1820, in-8". VI. Racolta di opuscoli medici. Pavia, 1828-1829, 
5 vol. in-8. VII. A. Corn. Celsus (trad, ital.), 1828, in-12. VIII. Rasori opere com 
plete. Firenze, 1S38, 111-8, IX. Nombreux memoires, surtout dans les Annali univcrsi di 
medicina. E. BCD. 

COIARI (JOH.-BAPT.) ne a Salzbourg, le 15 juin 1817, prit le diplome de 
docteur en medecine (1841), et de docteur en chirurgie (1842) a I Universile 
de Viennc. Chiari se livra d une maniere speciale a la pratique et a 1 enseignc- 
ment dc 1 obstetriquc, d abord comme privat-docent a 1 Universite de Prague 
puis, a partir de 1849, commc professeur ordinaire. II avait obtcnu, en 1855, 
la mutation de cette chaire pour celle de 1 Academic Josephine de Vicnuc, quand 
T. E^c. XVL \ 



2 CHIAVERNI. 

il fat cmportc le 11 decembrc 1854 par unc attaquc de cholera. II avait a pcinc 
trente-sept ans. 

t anni uu grand nombre d articles publics dans differents recueils, nous 
citerons : 

I. Bcricltt ilber mehrere, mittelst dcr warmen Ulerusdouche erzieltcn kiinsllichcn Friihye- 
burtcn. In Ztschr tier Gcselhcli. der Aerzte z-u Wien, t. V, n 5 ; 1851. II. Ucber Perito 
nitis und Endomctritis der Gebarenden. In Wien. ined. IVochenscItr . , 1851. III. Delrun- 
cation der Foetus bci Qucrlage ivegen unmoglicher \\endung. In Ztsch. der Gesellsch. der 
Aei-te, 1852, t. I, p. 243. IV. Geschichta einer wegen absoluter Beclcenverengerung durch 
den Kaifsersc mitt vollendeten Zwillingsgelturt. Ibid., 1852, t. II, p. 242, pi. V. Klinik der 
Geburtshiilfe tind Gincekologic (avec BUAUN et SPAETH). Erlangen, 1852-1855, 3vol. in-8. 
VI. Mehrere Ftille von Schwangcrschaft bn Uterus Bildungsanomalien. In Prag. Viertcl- 
jalirschrift, 1S54, t. I, p. 93, pi VII. Ucber die Behandlung der Ulerus-Vorfalle im All- 
(jcmeinen und uber das Zwunck schc llistcrophor. In Ztschr. der Gesellsch. d. Aerzle, etc., 
1854, t. I, p. 533. E. BCD. 

cniARUGI (ViNCENzo) medecin italien, alieniste et dermatologue distingue. 
11 etait ne vers le milieu du dix-huiticmc siecle, et fut attache pendant longtemps 
en qualite de medecin a 1 hopital de Saint-Boniface, a Florence, ou 1 ontraitait les 
affections culanees et mentales. 11 ecrivit sur ces deux ordres d affections deux 
IraiU s (jui out ete longtemps classiqucs en Italic. Dans son Traite de la folie, 
il rapporte une centaine d observations, dont 59 avec autopsie, ct il s efforce de 
ilT lci miner qu elles ont ete, dans ccs differents cas, les lesions anatomiques en 
regard des desordres intellectuals. II a surtout constate un etat granulcux des 
enveloppes du ccrveau, une augmentation ou une diminution de la consistance 
de cet organe. Les troubles de 1 intelligence dependent, selon lui, du plus ou 
moins d activite fonctionnelle de telle ou telle partie du cerveau, c est-a-dire d un 
defaut d equilibre dans la vitalite des differentes portions du centre nerveux, sc. 
rapprochant ainsi, en quelqae sorte, de la phrenologie. II partage les maladies 
mcnlalcs en trois classes : 1 malinconia, folie partielle; 2 mania, folie generale 
avec fureur, etc. ; 5 amenza, folie generale avec irregularite d action de la puis 
sance intellectuelle et volontaire, mais sans violence. Dans son Traite des mala 
dies de la peau, il s cst efforce de donner une classification aussi claire que 
possible de ces maladies et d en regulariser le traitement. Malgre son merite 
tres-reel, Chiarugi, nous pouvons le dire sans amour-propre national, est reste 
et comme alieniste et comme dermatologue, au-dessous de ses contemporains 
Pinel et Alibert. Ce medeciu est mort a Florence en 1822, laissant les ouvrages 
suivants : 

I. Delia pcKzia in genere ed in specie, trattato medico-analitico, con una ccnturia di 
osservazioni. Firenze, 1793-95, 3 vol. in-8, et Torino, 1808, 2 vol, in-8. Traduct. allem. par 
Fr.-Ludw KREVSIG. Leipzig, 1795, in-8", 3 pai t. II. Nuovo metodo ill somministrare I opio 
csternamente per frizioni. Firenze, l^S, in-8. III. Saggio teorelico-prattico sulle ma- 
lattie culanee sordide osservate nel R. Spedale di S. Bonifacio di Firenze. Ibid., 1799, 
2 vol. in-8 et Ibid. 1807, 2 vol. in-8. IV. Saggio di ricerche sulla pellagra. Ibid., 1814, 
in-8. E. BCD. 



mi ASM A (zienepa). Entre-croisement des nerfs optiques (voy. OPTIQUES 
[nerfs]). 



(Luici) ne a Palene, dans 1 Abruzze citerieure, le 5 mai 1777 
ou 1779, les biographes ne sont pas d accord a cet egard, faisait partie du college 
des medccinsde Naples. 11 jouissait d unegrande reputation, quancl, vers 1812, 
ie gouvernement de Murat desirant etablir une ecole velerinaire sous line direction 



CIIICLANA (EAUX MIKERALES DE). 5 

savante et habile, le choisit pour 1 envoyer en Franco etudier cette institution qui 
y fonctionnait, depuis asscz longtemps deja, d unc maniere tres-avantageuse. Au 
bout de trois ans, en 1815, il fut rappcle dans son pays par Ferdinand JV qui 
veuait dc rentrcr a Naples, et place a la tete dc 1 Eeole veterinairc qui vcnait 
d etre fondec ; il fut charge lade 1 enseigiiement do la pathologic speciale. 
Chiaverni remplit ces foiictious avec beaucoup de distinction pendant pres de vingt 
annees, et mourut le 26 mars 1854. 
Nous citcrons de lui : 

I. Ricerc/ic su le cagioni ct su i fcnomcni della vita animate e dell liuomo in particolare. 
Kapoli, 1810, in-8 . II. Roggualio delle principals tcoriche mediche esposle nella memo- 
ria anzidetta, etc. Ibid., 1811, in-8. III. Essai d analyse comparative sur les principaux 
caracteres organiques et physiologiques de I intelligence et de Vinstinct. Paris, 1815, m-8. 
IV. Elementi di farmacologia terapeulica comparativa. Napoli, 1819, in-8. V. Sagyio 
d istoria filosofica dell origine, de proyressi e dello stato attuale dclla medicina. Ibid., 
1825, in-8. VI. Fundamenti nella nosologia speciale per uso del privalo studio. Ibid. 
1829-51, 2 vol. in-8. VII. Fundamenti della nosologia generate ossia tratlato elcmen- 
tare, etc. Ibid., 18.17, I. I. E. BCD. 

CHIBOU. Synonyme de CACHIBOU (voy. ce mot). 

CIIICA ou C IHC II A. Substance colorantc rouge, d aspcct li ruleiit, dont les 
Indicns de la Nouvelle-Grenade se servent pour sc tatoucr et qu ils extraient 
d une liane a laquelle ils donnent le meme nom. C est une Bignoniacee, appelee 
.autrefois Bignonia Chica par Humboldt, Bonpland et Kunth. Seemann en a fai 
un Lundia, et M. Bureau pensc qu cllc doit etre rapportee au genre Arrabidcca. 
C est une plante grimpante, a feuilles opposees et composees, a longucs fleurs 
empourprees, dont la corolle atteint pres d un demi-decimetre. Son fruit est 
lisse, allonge et siliquiforme. Les Indiens extraient des feuilles, qu ils traitent 
par 1 eau, et grace a la reaction produitc par les feuilles de plusieurs Myrtacees, 
une poudre a demi-resineusc, d un rouge brique. De temps immemorial, ils se 
teignaient et se tatouaient le corps avec cette poudre colorante; ils en enduisent 
maintenant divers ustensiles, reeubles, tissus. La Chica est astrigente; de la 
peut-etre son emploi en medecine, notamment contre les affections syphilitiques. 
Bonpland dit que sur les bords de 1 Orenoque, la Chica, delayee dans 1 eau, sert 
de diaphoretique. Une couche de la fecule, appliquee sur la peau a laquelle elle 
conserve, dit-on, sa souplesse, sert a premunir les sauvages centre les piqures 
des insectes. M. Triana (in Bull. Soc. hot. de Fi\, V, 90) dit que, d aprcs le doc- 
teur M. Quijano, de Bogota, 1 emploi topique de la Chica guerit les eruptions 
syphilitiques de la bouche. H. BN. 

CHICA.SAUS (LES). Une des nations de 1 Amerique du Nord (voy. AME- 

1!IQUE, p. 618). 

(LES). Voy. MEXIQUE. 

EAUX MINEUALES DE ). Protothermules , sulfate es calciques 
moyennes, sulfureuses faibles. En Espagne, dans la province de Cadix, a 26 ki 
lometres de la ville de ce nom, sur le ruisseau el Lirio, a 9 metres au-dessus du 
niveau de la mer, Chiclana est une ville de 3,000 habitants, situee dans une 
plaine, au pied de deux riantes collines. L une, celle de Santa Ana, la domine a 
Test et c est desapartie culminante ou sont les mines d une ancienne eglise, que 
Ton jouit d un des plus beaux points de vue de 1 Espagne. Les maisons de Chiclana 



4 CIIICLANA (EAUX MINERALES HE). 

sont presque toutes modernes, propres, coquettes meme puisqu on les a fait blan- 
chir a 1 exterieur et a I interieur ; clles sont eti general meublees avec gout et en- 
tourees de grands jarclins. La Casa de Miser icordia, ou hospice, a un theatre et 
uu couvent de peres Augustins dans ses dependanccs. L hopital de Chiclana est 
parfaitement distribue et tres-bien tenu. Quatre sources emergent del, 000 a 
1 ,200 metres des dernieres maisons de la ville, elles se nomment : Fuente Amarga 
(source amere), Pozo de Braque (Puits de Braque), Fuente de la Naveta (source 
de la Navette, boite ou Ton met 1 elicens) et Fuente de Chaparral (source du 
bois d Yeuses). L eau de ces deux dernieres sources n est presque jamais ulilisee. 
Les sources de Chiclana sortant d un terrain argileux, sont counties depuis la plus 
haute antiquile, mais elles sont frequentees surtout depuis 1812 et 1815. De cinq 
a six cents baigneurs les visitent chaque annee. La saison commence le 15 du mois 
de mai et finit le 50 octobre. Les grandes chaleurs de ce poste thermal, le plus 
meridional de 1 Espagne, out lieu pendant les mois de juillet et d aout ; aussi est- 
il rare que les malades y viennent alors. G est du 15 niai au 50 juin, et du com 
mencement de septembre a la iin d octobre que s eutreprend ordinairement la 
cure. 

1 Fuente Amarga. Chacune des deux sources principals de Chiclana envoie 
son eau qui n est pas employee en boisson a un etablissement thermal qui porte 
son nom. Lc bassin de captage de la source Amere est abrite par un kiosque sur 
les parois interieures duquelse depose une couche notable de soufre sublime. L eau 
de cette source est limpide, claire et transparent ; mais elle est recouverte d une 
pellicule blanchatre assez epaisse ; son odeur est manifestement sulfureuse; son 
gout est a la Ibis hepatique et amcr, c est-a-dire assez desagreable. Des bulles ga- 
zenses fines et rares la traversent et viennent s epanouir a sa surface, ou recou- 
vrent les parois des vases qui la contiennent; son debit est de 5,900 litres en 24 
heures; sa temperature est de 18, 9 centigrade; sa densite est de 1,0016. Nous 
donnons sa composition chimique en meme temps que celle de la source de 
Braque. 

L etablissement mineral alimente par 1 eau de la source Amere renferme une 
buvette, 24 cabinets isoles dans lesquels sont administres les bains avec 1 eau a 
la temperature de la source, et 16 autres, ou sont donnes les bains a 1 eau sul 
fureuse etendue d eau ordinaire, ou a 1 eau artificiellement elevee au degre qn a 
prescrit le medecin ou von In le malade. Toutes les baignoires de cet etablissement 
sont de marbre blanc et munies de robinets de bronze; les salles de bains sont 
propres et spacieuses, mais elles ne sont pas precedees d antichambres. 

2 Pozo de Braque. Cette source emerge dans un puits a 1 interieur de 1 eta- 
blisscment de ce nom; elle vient tres-probablen.ent, quoiqu elie soit moins char- 
gee de principes mineralisateurs, de la meme nappe souterraine que 1 eau Amere. 
Elle a aussi un debit quatre fois plus abondant que la Fuente Amarga; elle donne 
15,000 litres d eau en 24 heures. L eau du puit de Braque a a peu pres les memes 
caracteres physiques et chimiques que ceux de la source Amere ; elle est cepen- 
dant uu peu trouble ; son odeur sulfureuse est beaucoup moins prononcee, et 
sa saveur beaucoup plus sensiblement chloruree. Les bulles gazeuses qui la tra 
versent sont manifestement moins nombreuscs aussi qu a la fontaine Amere. Sa 
temperature est de 18,75 centigrade, sa densile est de 1,0018. MM. Alonzo 
Garcia et le docteur Lasso out public 1 analyse chimique de 1 eau des deux sources 
principals de Chiclana ; ilsont trouvc que 1,000 grammes contiennent les prin 
cipes suivanls : 



CIIICORACfiES. 

FDENTE TOZO DE 

AMAKGA. BHAQUE. 

Sulfale de cliaux 0,0116 0,0089 

soude O.OloO 

alumina 0,0001 

Carbonate de cliaux ) .. 

magnesie 0,009:1 I W 

Clilorure de -odium O.OdGl 0,0298 

magnesium O.OO. U 0,0034 

Soufre 0,0007) 

Maliere resinil oi-me .... tniccs. 



TOTAL ES MATIERES FIXES ....... 0,0 2SU 0,0010 

Gaz acide sulthydrique ........... r>5cent. cub. petite quant jr. 

L etablissemenl mineral de Pozo de Braque a etc complete en 1842 ; il se com 
pose maintenant de 57 salles de bains non precedeesde vestiaires, mais grandes et 
bien aerees. Les baignoires de marbre de 16 des salles de droite sont fournies 
d eau minerale a la temperature de la source et de cette eau artificiellement 
cbauffee. 

EMPLOI TIIERAPEUTIQUE. Les eaux de Cbiclana s emploient en boisson et en 
bains. La dose de ces eaux a 1 interieur varie entre un et trois verres, pris le matin 
a jeun, a un quart d benre d inler\alle. La dnree des bains cst du 45 minutes a 
1 beure. Comme 1 effet physiologique principal des eaux des deuv sources de cettc 
station sulfureuse est une excitation assez marquee , il arrive souvent que le me- 
decin est oblige de les faire couper d une decoction emolliente ou b.ilsamiquc, 
lorsqu elles doivent etre prises a 1 interieur, et de faire mitiger 1 cau qui est ad- 
ministree a 1 exterieur. La saveur, peu agreable de 1 eau du Puitsde Braque oblige 
souvent aussi certains buveurs a 1 etendre d uu liquide qui, comme le bouillon de 
poulet non assaisonne, lui enleve une partie de son mauvais gout el de sa grande 
cbloruration. 

Les catarrhes chroniques des voies aeriennes et vesicates et les affections herpe- 
tiques, a formes humides surlout, sont les etats patbologiques, que les eaux de la 
Fuente Amarga en boisson et en bains combattent avec Ic plus d avantage. Les 
pbaryngites, les laryngites et les bronchites cbroniques sont presi[ue exclusive- 
ment traitees par ces eaux a 1 interieur; les maladies des voies uro-poietiques et 
cutanees sont combattues par les eaux de la Fontaine Amere en boisson et en bains. 
C est 1 eau de la source du Piiits de Braque en bains et surtout en boisson, qu il 
convient d administrer, au contraire, auv lymphatiques etaux scrofuleux. 

La clure e de la cure estde 15 jours, au plus. Nous ferons,a propos de Chiclana, 
une remarque qui convient a presque toutes les eaux de 1 Espagne. Les malades 
consentent a y rester trop peu de temps pour y pouvoir modifier favorablement 
des etats ou des diatheses morbides existant en general, depuis longtemps, et 
ayant altere profondement reconomie. 

L eau de Chiclana, et surtout celle de la source Amere est exportee en assez 
grande quantite a Cadix et dans les pays voisins. A. ROTUREAU. 



co. On donne ce nom a un arbre du Congo, qu on emploie dans ce 
pays comme purgatil et antisyphilitique. 

WALKEXAEB. Voyage, XIV, 41 et 729. HERAT et DE LENS. Dictionnaire de matters m&dic. 
11,2-29. Pl . 

CHICORAC^E. Sous-famille du groupe naturel des Synanthertks ou Com- 
posees. Les Chicoracees sont facilcs a reconnaitre a leurs capitules ^omposecs 



6 CHIGOREES (BOTANIQUE). 

uniquernent de flcurs ctalees en languettes, qu on noramc licjules ou demi-fleurons. 
Ces.fleurs sont toutcs hermaphrodites. Leur calicc, adherent a 1 ovaire, cst livs- 
souvent surmonte d une aigrette depoils, persistante oucaduquc. La corolle porte 
cinq petites dents sur Ic bord supcricur de la languctte ; les cinq etamines sont 
soudees par leurs anthercs, commedaiis toutes les Composees; les styles se termi- 
nent par deux brandies filiformes pubescentes, ordinairement recourbees. Les 
papilles stigraatiques sont disposees en lignes distinctes, qni n atteignent pas la 
moitie dc la longueur des branches du style. Le fruit est un akene ; la graine est 
dressee ; 1 embryon est droit et sans albumen. 

Les Chicoracees sont des plantes generalement herbacees, a fcuilles altcrnes. 
Kites contiennent d ordinaire; dans des \aisseaux laticiferes, un sue lactescent, 
qui leur doime leurs principals proprieties medicales. La plupart de ces plantes 
ont unc savour plus ou moins amere, qui les fait en^ployer comme medicaments 
et aussi comme aliments toniques : tels sont les Pissenlits ( Taraxacum) , les 
Cliicore es (Cichorium) , les Salsifis ( Tragopogon) ct les Scorzoneres (Scorzonera) . 

Dans certains cas, le sue devient a la fois amer et narcotique; comme dans les 
Laitnes (Lactuca) avec lesquelles on fait soit le Lactucarium, soit 1 extrait connu 
sous le nom de Thridace. 

VAILLANT. Act. par. 1721. JITSSIEU. Genera Plantarum, 168. DE CANDOLLE. Prodi-omits, 
VII. ENDLICHER. Genera Plantarum. PL. 

CHICORIES. I. Botaniquc. Cicliorium L. Genre dc planles Ilicoty- 
ledoncs, qni dojine son nom a la sous-famille des Chicoracees, dans le groupe 
des Composees. Ce genre etabli par Linne comprend un petit nombre d especes 
herbacees, dont les capitules ont un involucre forme d unc raugec exlri irure de 
cinq folioles et d une interieure de huit foliolesplus longues, indurees et soudn- 
a la base lors de la inaturite. Le receptacle est garni de librilles vers le centre. 
Les akenes sont oboves, anguleux, larges et tronques au sommet et couronnes 
par une on deux series de petites squames. 

L espece la plus connue de ce genre est la Chicoree sauvage (Cichorium Jnty- 
bus L.), repandue abondamment aux bords des cbemins et dans les lieux incultes. 
G est une plantc a feuilles radicales roncinees, terminees par un lobe aigu, velues- 
sar la cote dcrsale. Les tiges qui s i leveiit du milieu de ces feuilles atteignent 
40 a 00 centimetres; elles sont dressees, divisees en rameaux nombreux, roides 
et divariques. Les feuilles qui s y attachent sont petitcs, lanceolees, demi- 
embrassantes. Lesfleurs forment dc grands capitules d une belle couleur bleue r 
qui s elalent d ordinaire vers le mois de juillet ct d aout. 

On cmploie en pharmacie les fcuilles et les racines de la chicoree. Les pre 
mieres sont tres-ameres lorsque laplante est adulte. Aussi sont-elles depuis tres- 
longtemps employees et vantees en medeeine comme toniques. Cwteris est 
amanre prior, dit Lobel dans ses Adversaria, nmquam non frequentissima, 
saluberrima, celeberrimaqueapudomnes gentes commendatione. Jeunes et ten- 
dres, elles sont moins ameres etpcuvent etre mangees cuiles ou en salade. 

La racine dc chicoree, longuc, blanche, unissc comme le cloigt, ciitre dans la 
preparation de Strop de chicoree et de rhiibarde compose. On 1 emploie aussi 
beaucoup sechee et torrefiec sous le nom de Cafe de chicoree. 

La chicoree, elevee a 1 abri de la lumiere, peut s etioler completement, tout en 
conservant son amertume. Ellc donne alors ce qu on designe vulgairement sous ler 
Hum de Barbe de capncin. 



CIIICOREES (iiMi i.oi JIKMHAL). 7 

line aulre espece du Cichorhim, est V Endive (Cichorinin I-jnUria L.), qui 
parait etre origmairc do 1 lndc, ct qu on cultivc abondammenl dans nos jardins 
potagers. Ellc sc distingue de la Chicoree sauvage par ses feuilles ini eneurv- el 
cauliuaircs, sinuees dentees, et par scs feuilles florales largement ovales. On CM 
distingue deux formes qu on mange egidcinent en salade : la Scai-loln dont les 
feuilles larges, oblongues, charnues, ondulees ct m piirs n ont qu une tivs- 
legere amerturae, et la Chicoree crepue dont les feuilles sont tres-divisees, et qui 
ont une amertume phis prononcee. 

LOBEL. Observations, 114 et Adversaria, 82. LINNE. Genera phi(nrii>, 921. Spc< >, . 
1142. DE CANDOLLE. Florc franraisc, IV, p. 68. ENM.IUIER. Gencru I luiilnntiii, ir 2 .i7X. 
GRENIER et GODRON. Flore dc France, It, 2,SG. Gntm UT. Drogues simples, 6 e edit., Ill, 
pag. 20. I L- 

11. Emploi medical. On emploie surtout en nu dcciuc la chicoree sauvage. 

I. PHARMACOLOGIE. Les parlies usiUVs en medeeine sont la racine et les 
feuilles; les graines, qui faisaicnt partic dcs qua t re seinenccs froides minciin -., 
nc sont plus employees aujourd hui. 

Les feuilles, dont la description a etr doum e dans 1 article precedent , dui- 
\entetrc recoltees en pleine maturite, car lorsqu clles soul jenncs rllr-i sonl 
bcaucoup moins anicrcs. ct par suite moins actives; on preferc generalcment 
s en servir a 1 etat frais. D apres Soubciran, ellcs contieiinent dc 1 cxtractif, 
dc la chlorophylle, une matierc sucrec, de 1 albumine, des sels, entre autre-^ 
du nitrate de potasse (Traite de pharmacie theorique et pratique, 6 e edit., 
p. 486, Paris, 1877,1. 

La racine, fusiforme, longiie, a extre mite simple on bifide, est blanchatre on 
grU jaunatrc exterieurement ; blanchatre, cbarnuc ct laiteuse a 1 interieur; I lanl. 
vivace, cllc sc recoltc a toutes les epoques pour 1 usage immedial, en seplembrc 
quand on vent la conservcr. 

Sa composition serait analogue a relic des feuilles. Suivant une analyse drja 
ancienue, John (Cliem. Tabelle d. P[!anzenanali/seit, p. 81, cite d apres Kan/. 1 
in Pereiras Materia medica, vol. 11, p. 1577 de la 4 e edit.) aurait obtenu 
sur 100 parties, 25 parties d extrait aqucux araer, 5 parties dc resinc et, en 
outre, du sucrc, du cblorhydratc d ammoniaquc ct du ligucux. Waltl, dans nn 
cssai, avait constate la presence de I muline en (ivs-uraude quantite ; u en ayaut 
pas trouve trace dans 1 analysc d unc autre racine beaucoup plus douce, il en 
avait conclu quo Ic sucrc sc formait aux depcns de 1 inuliae (Duchner s Reper- 
tiorum, Bd. xxvn, S. 265, 1827; in Pereira, loc. cit.]. 

Cettc plante est d une amertume tranche assez prononcee, plus marquee dans 
la racine, dont le. sue laitcuxcst tres-amer. 

II. TMERAPEUTIQUE. La cbicorcc sauvage a joui d une grandc reputation, commc 
tonique, stomachique, aperitive, febrifuge, et commc iondantc, resolutivc, laxa 
tive, depurative, etc. Dioscoride (D. Ana^arbei, de Medica materia librisex, in 
terprets Marc Virgilio, 1518, lib. II, cap. C.LX, de Seride sylvestri et sativa) pre- 
terait il; ja la chicoree sauvage a la chicoree cultivee pour 1 usage therapculique ; 
ct tandis que Galien (de Alimentorum. faciiltatibus, lib. 11, cap. XLI, de Seri, ct 
de Sitccedaneis (considere comme apocryphe), edit. Gottl. Kuhn, 1830, l.ipsise), 
inde cis sur 1 idcntite de Yinttjbus des Remains ct des seri dcs Grecs, accorde a 
ces dcrnicres des proprietes sedatives, semblablcs a celles dc la laitue, Ic pre 
mier, d accord avec Hippocrate (du Regime, lib. II, t. \ ? I, p. 565. edit. Littre ) 
sur les qualite s refrigerantes des chicorecs, leur reconnait en outre des pro- 



8 CIIICOREES (EMPLOI MEDICAL). 

pric te s moyciinomcnt astriugentcs et ameres, qui les rcndcnt singulieres aux 
intemperatures ct chalcur du foic parcc qu cllcs Ic refrigcrcnt (lo foic) 
moycnncmcut ct Ic forlificnt par Icur astriction ; cllcs sont bonnes centre les 
defaillanccs d cstomac, I erysipelc, la podagre, les ophthalmies ; en outre, cllcs 
n ofiensent point ccux qui sont charges dc froidcs bumeurs comme les autres 
medicaments froids sans astriction, ni amcrtumc ; cxpulscnt les humours par 
1 urinc, etc. (Dioscoride, loc. citato, ex nova interpretations, J. Ant. Sarra- 
ccne, 1598). 

Dans des temps plus rapproches de nous, ellc etait d un grand emploi centre 
les maladies chroniques des orgaues abdominaux, les engorgements du foie, de 
la rate, centre la jaunisse, 1 liypocondrie, les maladies cutanccs, les fievres 
intermittentes, etc. . Son extrait etait alors souvcnt associe a 1 extrait de dcnt- 
dc-lion (leontodon tararacum L., vulgairement pissenlit), dent Zimmermann 2 
faisait si grand cas qu il en ctnployait plus dc 100 livrcs par printemps, centre 
les maladies provenaut d obstruction des visceres. 

Aujourd hui la chicorec a perdu de son prestige- ; clle est delaisse e ainsi que 
la phipart des rcmedes empruntes a la ilorc indigene; recommandee encore 
parfois commc tisane amcre, dans la medecine domestique, cllc n cst plus 
guere prescrite commc fondant que par quelques vicux praticiens, qui prcnnent 
soin d ajoutcr une certaine quantite d un sel neutre a son infusion; ce dedain 
n cst pcut-etrc pas completemcnt justifie. 

Lc principc amer ct Ic nitrate dc potassc que la chicorec conticnt rcndcnt en 
partie comptc des cffcts the rapcutiques que les aucicns lui attrihuaient, avec 
trop peu de critique sans doutc, et autoriscnt son emploi commc le gcr stoma- 
chique toutes les fois que les amers sont indiques, par cxcmplc dans 1 atonic 
des voics digestives qu on rencontre trop souvcnt au declin des fievres inter 
mittentes, des fievres eatarrhales, etc. 

Sans faire trop de fond sur sou emploi exclusif, sans espe rer beaucoup, 
commc Geoffrey dit 1 avoir observe, de voir des fievres intermittentes inveteires 
cedcr a 1 usage habituel dc la salade dc chicoree sauvagc, on peut ccpcndant 
la prescrirc avec avantage, commc adjuvant, dans ces series d etats pathologi- 
ques. On sail que c est precisement dans les vieilles fievres, mal traitees au 
debut, a acces inc ;mpletcment dessines, pour lesquellcs les maladesont use et 
abuse des preparations dc quinquina, que les amers indigenes reussissent le 
inicux ; car alors ils rachetent par la possibilite d un emploi proloiige le peu 
d mtensite de Icur action et rendent ainsi des services que Ton ne pourrait 
obtenir de moycns plus cncrgiques, habitucllcmcnt plus clficaces, mais centre 
lesqucls Tcstomac sc revoke. 

La chicoreo sst encore de mise dans Ticterc catarrbal, pour retablir 1 activitc 
des fonctions gastriques et contribuer a I elimination des pigments biliaires; 
dans ee cas, comme dans plusieurs autres, 1 additioti dc 5 a 10 grammes dc 
sulfate de soude par litre de tisane augmcntc singuliercmcnt scs vcrtus reso- 
lulives. 

Les proprietes depuratives de la chicorec sont populaires ; aussi 1 emploic- 
t-on communemcnt centre les efflorescences ou eruptions cutauees que presen- 

1 Voir les citations de Cazin, Plantes medic, indig., 7> edit. 

3 Sur Frederic le Grand, etc., a la suite du Traits de V experience, trad, par Lefebvre de 
Villebrune, t. Ill, p. 56 de Taddition. 



CHICOREES (EMPLOI MEDICAL). 9 

tent certaines personncs, an printemps surtout, et les fennncs la prennent con- 
tre le sang. Une partie de ces eruptions elanl Ik es a dcs troubles digestifs, on 
coucoit I utilite, dans ces circonstances, des amcrs doux comme la chicoree. 

L usage prolongc dc ccttc plante pent cepcndant presenter quelques inconve- 
nients, nuirc a la digestion et prodiure mcine dc la diarrhcc. 

Mode d emploi et doses. La raeiue IVaicho nYst gucrc employee, on a plutot 
rccours aux leuilles ct a leur sue; los feuilles sont le plus sonvcnt utilisees on 
lisane. Soubeiran recommande la decoction pour les feuillcs fraicheset 1 iufusioi! 
pour los feuilles sechcs (dc 10 a 15 grammes par litre de tisane). A defaiit de 
feuillcs, en hivcr, on pout se servir dc la racinc (20 grammes en infusion par 
litre), apres 1 avoir bicn divisec pour qu clle soil facilcmcnt pene lnr par 
I eau. 

Lc sue dc chicoree est obtenu par contusion dcs fenilles; il se prend soul ou 
assoeie a celui d autres plantes ameres, de cruciferes, etc ; les formules dc ces 
preparations sont variecs. Lc Codex indiquc, comme sue d herbes depuratif, le 
sue rccueilli de parties egales de fcuillcs de chicoree, dc ftimcterre, de eresson, 
ct de laituc, q. s. pour 120 grammes dc sue; a prendrc lo matin a jeun, on 
une fois (dc 50 a 120 grammes). 

L extrait, obtenu par concentration du sue ou par lixiviation, se donnait a la 
dose de 4 a 12 grammes, en pilules. 

On fait un sirop dc chicoree simple, peu usitc (dc.oO a 100 grammes), ct 
un sirop de chicoree dit compose (ou sirop de rhubarbe compose) d un t res-boa 
cmploi dans la medecine des enfants, comme laxatif (de 2 a 5 cuillcrocs a cafe 
par jour), mais qui doit surtout ses proprietes a la rhubarbe (Votj. cc mot). 

Enfin le sue de la chicoree cntrc dans les pilules angeliqucs, sa racinc dans 
le catholicon double, et son fruit, qui faisait partie des quatre scmcnces froides 
mineures, est encore employe en Egypte, parait-il, contrc les maladies inflam- 
matoires; ses flours passaient pour cordialcs. 

I) apres M. II. Cazin, on fcrait rnanger avcc avantagc les fcuillcs de chicoree 
aux betes ovincs ct bovines dont les muqucusos sont jaunes ot pales; ce serait, 
chez elles, un excellent tonique contrc les flux du canal intestinal. 

Un insecte vesicant, le mylabrc (M. cicliorii Fab.) sc rencontre sur cette 
plante, ct sort en Italic, en Grccc ct en Egypte, suivant M. II. Cazin, comme la 
cantharide. 

III. BROMATOLOGIE. On mange en saladc les feuillcs de la chicoree sauvage ct 
des varietes cultivees qui en derivent, comme la chicoree frisee et la barbe-dc- 
capucin, ct peut-ctre, suivant quelqucs-uns, la chicoree endive ou scarole ; sa 
racine torrefiee cst 1 objct d un cmploi tres-repandu, comme succedane du 
cafe, et comme moyen de falsifier la poudrc dc cctte graiiie. 

L amertume dc la chicoree et la mollesse dc son tissu, dit M. le professcur 
Fonssagrives (Hyg. alimenlaire, 2 e edit., p. 252), en font une dcs mcillcures 
salades. On s en sert quand ellc est hachec, on guise d epinards, ctcuite au 
jus ou a la creme. La chicoree au jus cst plus facile a digercr que cellc assai- 
^onnee a la creme. 

II convient d ajoutcr, avec 1 emincnt hygieniste, que les salades de chicoree 
nc peuvent qu etre accidentcllcment pcrmises aux estomacs des convales 
cents, surtout de maladies ayant quelque peu porte leur action sur le tube 
digestif. Nous proscririous voloutiers, pour ccux-ci ct pour les valetudinaires, 
la barbe-de-capucin, obtenue par etiolement dc la plante sauvage, et dont le 



10 CII1COREES (EMPLOI MEDICAL). 

tissu plus ligneux se laissc plus difflcilcmcnt separer, tout en etant aussi pcu 
reparateur que celui des autres varietes de chicoree. 

On peut, an contraire, rccommanclcr la chicoree accommodee comme Ics 
epinards, en rcmplacant au bcsoin, aiiisi que 1 indique M. Fonssagrives, Ics 
croutons au beurre, dont on se sert habituellement, par des losanges de biscuits 
dc Reims. 

CAFE CHICOREE. La raciue dc chicorec sanvage torrefiee cst 1 objet d unei 
consommation considerable, avous-nous dit ; elle merite done d etre etudiee 
avec quelques details, tant a cause de 1 usage qui en est fait commc succedane 
du cafe que par suite des nombreuscs falsifications qu ellc subit. 

Utilisee par quelques pcrsonnes en France vers le milieu du siecle dernier, 
la racine de chicoree torrefiee n a ccpendaiit pris une place serieuse dans la 
consommation que depuis 1801, epoque ou sa fabrication, deja fondee indus- 
tricllcment en Hollande et en Allemagnc depuis 1772, mais restee secrete, fut 
ilisiilguec et etablie a Liege (alors chef-lieu francais) et aux environs de Valen 
ciennes, dans leNord. Restee stationnaire pendant quelques annees, cette fabri 
cation a pris aujourd hui un tres-grand developpement, et c est par millions 
de kilogrammes quo la chicoree torrefiee est consommee annuellement chez nous. 
Bien que des fabriques se soient elevees en assez grand nombre dans divers 
points de la France, c est principalement dans le departement du Nord, ea 
Belgique et en Hollande, que la chicorec estcultivee surune grande echelle. En 
Angletcrre, 1 usagc de cette racine avait fait dc si rapides progress depuis 1845, 
que, en quatre ans, la diminution des reveuus du Tresor sur les cafes fut de 
4,500,000 francs. Aussi 1 acte de Tresorerie de 1840, qui avait autorise la vente 
de la chicoree, a-t-il etc rapporte en 1852 (Diction, du commerce et de la 
navig., t. I", art. Chicoree, par A. Mangin, 1859). Nous n avons pu savoir ce 
qu il en est advcnu depuis. 

La chcrte du cafe pendant le blocus continental avait singuliercmcnt aide a 
la propagation de I cmploi de la chicoree torrefiee ; aujourd hui 1 extension 
memo de 1 usage du cafe contribuc a celle de la chicoree. 

On trouvera de plus amples renseignements sur 1 histoire de la fabrication de 
la chicorec et sur les precedes de cette Industrie dans les travaux de MM. A. Che- 
vallicr pcre ct fils, qui out ajoute des indications importantes, notamment au 
point de vue des falsifications dont cette substance cst 1 objet, aux counaissan- 
ces que nous avaient deja fournies Paysse, Parmentier, Graham, Smith, etc. 
(A. Chevallier pore, Note sur la chicoree torrefiee, dite cafe chicoree, in Ann. 
d hyg. ct med. leg., l re seric, 1849, t. XLl; du Cafe et de ses falsifications, 
memo rccueil, 2 e seric, 1862, t. XVII; A. Chevallier Ills, de la Chicoree, etc., 
loc. cit.}. 

Qu il nous suffise de dire, pour la fabrication, que les racines de chicoree, 
arrachees au printcmps, emondees de leurs feuillcs, separees de leurs tiges et 
coupt es en quatre en morceaux de 4 a 5 centimetres dc longueur, sont d abord 
dessechees dans des sechoirs ou tourailles et sont jetees ensuite dans de grands 
cylindres de tolc analogues aux brul.irs a cafe, pour y etrc torre iiees plus ou 
moins, suivant la nuance que Ton vcut obteuir; en meme temps que les mor 
ceaux de racine dessechee, connus sous le nom dc cassettes, on jettc dans Ics 

1 ^ 7 ers 1771, Valmont de Bomare fait mention de cet usage (A. Chevallier fils, de la Chi 
coree dite cafe chicoree. Extrait du Journal de chimie med., de pliarm., etc., 1854), 



CIIICOREES (EMPLOI MEDICAL). 11 

briiloirs les radiccllcs et Ics menus debris dc raciues, appeles touraillons et 
passures, mais on Ics scparc ensuitc en Ics tamisant sur cles claics. 

Lorsquc 1 operation du grillage cst sur Ic point d etre terminee, on ajoute du 
bcurre ou de la melasse (environ 2 p. 100), pour lustrcr Ic produit ct lui doii- 
ner mcilleure apparence, disent quelques-uns ; pour niieux fixer Ics matieres 
etrangercs qu ou y incorpore, notamment une matierc colorantc formee de 
briquc pilec et de rouge brun de Prussc, pretcndent Ics autrcs. Ccs substances 
colorantes, dont les falsificateurs ont introduit de 5 jusqu a 40 p. 100 du poids 
des racines, sont ajoutees au moment ou la chicoree, ecrasec deja au moyen dc 
meules vcrticales eu pierrc ou de cylindres en fonte taillec, est passec a travcrs 
des blutoirs en toile metalliquc, a mailles plus ou moins largcs. La chicoree 
en poudre fine en contient plus que la chicoree a gros grains, ou chicoree 
semoule. 

Apres ces operations, la chicoree est raise en paquets dc 100 a. 500 grammes 
et est livre c a la consommatioii. 

Les fabriqucs dc chicoree sont rangees dans la troisiemc classe des etablissr- 
ments incommodes insalubrcs, a cause de la mauvaise odcur et de la iumee 
tres-e paisse produites par le grillage , et dc la poussiere noire a laquclle don- 
nent lieu le broyagc et le tamisage des racines. Unc cheminee d aeragc sul li- 
samment elcvee et une ventilation convcnablc obvient aux inconvenicnts qui 
viennent d etre signales. 

La racine de chicoree du commerce se presentc sous 1 aspect d uue poudre 
plus on moins grosse (ditc semoule gros grain, grain moyen et poudre), dc 
couleur rouge brun ou terre dc Sienne, suivant le degre de torrefaction ; agglu- 
tinee ou en poudre tres-friablc, suivant la quantile de beurre ou de mel.-i^r 
ajoutee; d un gout assez variable, d une amerturae qui n est p;>s drsigreablc, 
rappelant le sucre brule quand il y a beaucoup de melasse. Son infusion nVsl 
jamais parfaitcmcnt limpide et se trouble par le refroidissement ; sa consistance 
est legerement mucilagincuse, elle empale la bouchc. 

Dans 1 etat de purele, la poudre de chicore e torrefie e, mise a la surface d nu 
vase plein d eau, s imbibc rapidement et tombe au fond du vase, en commu- 
niquant au liquide une couleur rouge brun. 

Examinee au microscope, clle presente les elements de la racine qui 1 a 
fournie, car la torrefaction ne les detruit pas : tissu utriculaire, a cellules allon- 
gees; vaisseaux spiraux rayes ou ponctues, fibreux, laticiferes, les seconds sans 
ramifications, les derniers avcc anastomoses. 

Sa decoction est simplement rendue brune par 1 adjonction de 1 iode, qui n y 
determine jamais de precipite bleu, et elle ne noircit pas par 1 addition d uu 
persel de fer. 

Incineree, cette poudre ne laisse, quand elle est tres-pure, que 5 a 6 p. 100 
de cendres ; les poudres dc qualites inferieures, faitcs en partie avec les tour- 
railles ou passures, dont on enleve plus difficilement la terre, en fournisscnt 
jusqu a 10 et 12 p. 100. Ces cendres sont grisatres, parfois verdatres, d uiu- 
appareucc cornee, se vitrifient et sont alors tres-adherentes au creuset quai d 
on en porte tres-haut la temperature, car elles conticnnent de 10 a 56 p. 100 
de silice et o a 5 et 6 parties de sesquioxyde de fer. Quand elles ont ete addi- 
tionnees de matieres colorantes, de petit-rouge, ce qui serait la regie pour les 
qualites inferieures, les ceudres sout rouge brun. 

Dans cct etat, la chicoree a ete venduc jusqu a ces dernieres annees sous 



12 CIIICOREES (EMPLOI MEDICAL). 

ties denominations diverges, mais toutes destinecs a induire I acheteur en erreur 
(cafe des dames, de saute, des lies, vrai nioka, etc.) ; depuis novembrc 1861 
seulcment, une decision de la prefecture dc police, reudue a la suite d un rap 
port du conseil dc salubrite, a iormcllcmcnt iiiterdit dc faire figurcr Jc mot 
dc cafe sur les melanges non exclusivcment composes dc veritable cafe. 

Sous son vrai nom ou sous des denominations fantaisistcs, cllc est entire 
duns la consommation habitucllc de populations nombreuses : le mineur beige, 
par excmple, qui nc boit dc biere quo le dimanchc, en fait uu usage journalier, 
en melangcant la chicore c avcc le cafe, a parties egales (30 grammes de chaque 
substance, pour 2 litres d infusion, avec addition dc 2 decilitres de. lait) ; en 
Hollande, la cbicoree est ajoutee au cafe dans la proportion du tiers a la 
moitie. 

En France, on la mele au cafe, soit par economic, soit pour attenuer les 
proprietes cxcitantcs dc celui-ci, soit enfin dans un but de sophistication. 

Quclle est la valeur reellc de ce melange? Est-il nutritii, salubrc? Faut-il le 
nmsiderer, avec des auteurs recommandables, comme un excellent tonique et le 
meillcur succedane du cafe? 

Nous nc le pcnsons nullcment, et sommes fort porte a croire que les qualites 
qui liii out r lr ;illrilm<Vs rcposcnt moins sur les fails observes quc sur cerlai- 
iies analogies deduites de 1 amertumc que presentcnt, avcc des conditions tres- 
diltcrcutcs, la racine dc chicoree cruc ct la racine cuite. L analyse chimique, 
qui demontrc I abscnce dans cette racine d un alcalo klc azote, analogue a la 
i-afciuc, ct de principcs nutritifs quelconqucs, a 1 cxception du sucre, justitie 
ccttc opinion ; 1 amertumc memo dc la decoction dc racine torrefiec n cst pas 
due, commc pour la decoction dc racine cruc, a un principe amer special, mais 
aux matieres extractives alterees par la cuissoii que la chicoree grille e contient; 
en outre, son parfum, sans etre desagreable, s eloignc singulieremcnt dc celui 
du cafe. La cbicoree ne possedc done aucun titrc a la designation dc succedane 
du cafe : en outre, son usage en trop grandc quantite est susceptible d amener 
la diarrhee. Tcllc est 1 opiuion de Merat et dc Lens, de Pereira, dc Chevallier, 
a laquelle nous nous rattacbons completement, tout en regrettant de n avoir 
pas fait d experiences pour elucidcr specialcmcnt ccttc question. 

Lc scul meritc positif dc la racine dc cbicoree gr.llec est dc colorcr fortc- 
ment le liquidc dans lequel on la fait bouillir ou infuser, et de donner ainsi 
1 apparence infidele d une boisson rechcrchee aunproduit d unprix relativement 
minimc ; mais ellc a un autre avantagc qui, pour etre negatif, n en a pas moins 
unc grandc importance : cclui d attenuer les proprietes excitantcs du cafe. Et 
cctte action meritc d etre prise en consideration, si 1 on ticnl comptc de 1 in- 
fluence facheuse quc 1 usagc continu d unc boisson donee de qualites aussi 
,-ictivcs quc le cafe ne pent manqucr d exerccr sur le systeme nerveux de gens 
qui en font leur boisson ordinaire, ou tout au moins la base ou 1 excipient, en 
(juelquc sortc, de leur alimentation, comme dans le nord et Test dc la France, 
en Belgique, etc. 

Du cafe additionne d un tiers, de moitie de chicoree torrefiec, perd de cct 
aromc qui le fait taut rechercher, mais il perd aussi le tiers, la moitie de ses 
proprietes cxcitantcs qui le rcndcnt si precicux dans certains cas, mais ne sau- 
raicut etre, sans inconve nicnts, utilisees d une facon continue. 

FALSIFICATIONS. La chicoree, vcntluc pour du cafe, melee a celui-ci dans 
diflercuts produ ts industriels, est cllc-rnemc falsifiee sur une tres-grande 



ClIICOREES (EMPLOI MEDICAL). 15 

echellc, souvcnt par Ics substances qu on se scrait Ic moins attcndu a ren- 
contrcr. 

[ndependamment du petit-rouge l de Bruxellcs ou de 1 ocre 2 ajoutes aux chi- 
corees de qualite infericurc, dans unc proportion qui est allec jusqu a la moitie 
du poids total, dc la terre qu on y introduit ou qu on n cnlevc pas, la poudrc de 
chicorce a etc trouvee falsifiee par des legumineuses torrelit es (pois, feves, 
lupins, haricots), des cereales avarices ou non (seiglc, orge, Lie), des racines 
(panais, carottes, betteraves), des ecorces (de chene, de boulcau), de la sciiuv, 
(dc caiupechc, d acajou), des graincs ou fruits (glands, matrons), des coques dc 
cacao, des ballcs de cafe, du marc de cafe drja epuise, des croiites de pain briile, 
des debris de semoule et de vermicelle grilles, du sucre caramelise, des residus 
de brasserie et de distillcrie de grains, de la pulpc dc bcttcrave (ellc sc moisit 
alors rapidement), dc la brique pilec, du noir animal, dc la tourbc et meme, 
en Anglctcrrc, du foic dc boeuf ou dc chcval, etc. 

Parmi ces falsifications, ou ces melanges faussement de signe s, unc des plus 
communes autreiois etait 1 addition dc brique pilec, d ocrc rouge, dc terre 
dessechec ; si nous pouvions tircr unc conclusion des quclquos analyses qn<< 
nous avons faitcs, et qui out porte sur des echaiftillons provenaiit du dcparle- 
mcnt du Nord et de 1 Herault, Ics fabricants auraicut renonce, cu partie du 
moins, a une fraude qui peut etre trop facilement denoncee par rinrinrraliuii ; 
mais il n en est pas dc memo dc 1 addition des legumineuses, des cereales, des 
glands de chene, du marc de cafe, des carottes et peut-etre des betteraves. 

En presence de 1 audace toujours croissante de certains industriels, la science 
heureusement ne desarme pas, et il est facile de demasquer la plnpart des 
falsifications ou trompcrics sur la qualite dc la chose vcndue. 

Lesmoyens de recherche sont : 1 examen a I .oeil nu ou a la loupe, 1 cxamcn au 
microscope ; le traitement d une decoction de la substance suspecte par Ics 
solutions d iodc et dc persels de fer; enfin 1 incineration. On dcvrait y joindre, 
d apres M. A. Chcvallier fils, 1 addition dc quclques gouttes d acidc ehlorhydri- 
quc aux ccndres ct lour analyse alcalimetriquc. 

II suffit partois d un examen attentif dc 1 odcur, dc la savcur et de 1 aspect 
exterieur, al ceil nu, pour decouvrir quelques-unes de ces Iraudes : le pelil- 
rougc ou 1 ocre fonccnt la couleur du produit , 1 adjonction du marc de cafe 
epuise lui donnc au contraire une teintc plus jaune, plus roussatrc ; les chico- 
rees fortement agglutinees revelcnt un execs de caramel toujours suspect, 
tandis que le marc de cafe fournit une poudre fine, facilement separable ; par- 
fois aussi une simple inspection pcrmet de rcconnaitre des debris de radi- 
ccllcs, etc. L odeur et le gout peuvcnt fournir egalement lour contingent de ren- 
seignements. 

Si Ton jctte une pincee de la poudre a examiner sur la surface d un verrc 
rcmpli d eau, on voit, ainsi que nous 1 avons deja dit, la cliicoree s imbiber 
promplement et tombcr prcsque aussi tot au fond du vase, en communiquant 
au liquide unc teiutc jaune bruu ou rouge brun, tandis que le marc de cafe, 
la poudre de cosses dc cacao, la sciure dc hois, surnagent. Dans unc experience 
relatcc par M. A. Cbevallier pere, du marc de cafe est reste quatre jours a lu 
surface dc 1 eau avant d aller au tond du verre. 

1 Oxyde de fer, carbonate et sulfate de cliaux, alumine et silice. 
- Oxyde de fer, carbonate de cliaux, d alumine et de silice. 



14 C1IICOREES (EMPLOI MEDICAL). 

En laissaut reposer le melange pendant quelques heures, on trouverait sur 
Ics parois du vase, d apres M. A. Chcvallicr fils, une aureole constitute par la 
brique ou 1 ocre introduits; cet auteur rccommande egalement 1 examen a la 
loupe des grains rouge brique qui tombcut au fond du vase. Nous avouons ne 
pas avoir pu distinguer, au milieu de la couleur foncee du liquide en experience, 
la couleur des grains qui allaient au fond, et ccpendant nous n avions mis que 
quelques grammes dc poudre dans un verre d eau, au lieu des 20 grammes 
qu indique M. Chevallier fils. Ces deux moyens nous paraissent done plus tbeo- 
riques que reellement pratiques, car il est impossible de distinguer la couleur 
des grains qui vont au iond du vase, et le depot qui sc forme sur Ics parois de 
celui-ci n est pas exclusivement compose de fragments dc brique ; on pent ce- 
penclant 1 examiner a la loupe, de preference au depot du fond du verre, pour 
y rechercber Ics matieres mineralcs, toujours en poudre grossiere. 

Le noir animal lormc un depot plus ou moins noir, et sc rasscmble facile- 
mcnt en bouc, etc. 

On soumet ensuite la poudre a rexamen microscopique. Un grossissement de 
150 :"i 200 diametres suffit pour voir la forme des grains d anndon des grami- 
nees, des legumincuses, etc.; le tissu des ecorces, du bois et d autres racines, 
peut assez frequemment etre distingue de celui de la chicorcc ; le marc de cafe 
se recommit sans peine au tissu cellulaire irregulierement perfore, a parois 
epaisses, du perispermc de la graine, ou aux cellules allongees, a minces parois, 
accolccs bout a bout, avcc quclquc pen dc tissu vasculaire, des fragments d en- 
vcloppe qui reslent souvent adherents a la graine elle-meme ; Ics corpuscules 
invguliers du noir animal, de 1 ocre, de la brique, se deceleront egalement sans 
difficulte. 

On fait cnsuitc une decoction de la chicoree (10 p. 100 d eau environ), et 
apres quo la liqueur, filtreeet reiroidie, a etc suflisamment etendue d eau, on en 
Ir.iitc une premiere partie par la solution aqueuse d iode, ou la tcinture d iode 
ioduree (10 parties d eau iodee pour 1 partie de chicoree environ), et une 
deuxieme portion par le perchlorure ou le pcrsulfate dc fcr. 

Si la cbicoree est pure, par la teinture d iode, le melange brunit seulement ; 
si elle est melangee de glands, dc graminces, de legumineuses, de semoule, 
<lc pain, etc., la liqueur prcnd une tcinte bleu violet plus ou moius lonce, qui 
disparait apres quelques instants, s il y a des glands, d apres A. Chevallier pere, 
amis persiste si ce sont d autres substances qui out ete ajoutees, car elles con- 
ticnneiit toujours une plus ou moins graude quantite d amidon : la teinte est 
pourpre ou rouge lauve, quand uue grande partie de 1 amidon a etc trans- 
formee en dextrine, commc dans les croutcs dc pain. 

La solution de perchlorure ou de "persullate de fer, sans effet sur la cbicoree 
pure, produit une teinte brune ou noir bleu ct merne un precipite quand il y a 
dans la poudre des haricots, des feverolles, des pois, des glands ou des ecorces 
contcnant du tannin. 

Ces moyens ne peuvcnt pas deccler la presence des betteraves et des carottes. 

On precede enfina 1 incineratiou de la poudre, apres 1 avoir prealablement bien 
dessechec a 1 etuve et 1 avoir pesee ensuitc. Quand on possede une balance de 
precision, ou meme un trebuchet, 10 grammes de poudre incineres dans une 
capsule de platine sufh sent a 1 essai ; il faut en prendre une plus grandc quan 
tite, 50 a 100 grammes, quand on n a a sa disposition qu une balance ordinaire. 

L incineration demande un certain temps lorsqu on agit sur une grande 



CfllCOYNEAD (LES). 15 

masse dc pouclre ; on pcut sc servir alors d un tet a rotir do preference a 1111 
creuset, aiiu d avoir une plus large surface d oxydation, car le charbon sc masse 
assez facilement, ce qui rend 1 incineration complete fort longuc. 

Nous n avons pas constate, avec M. Chevallier fils, que la facon dont les 
maliercs brulcnt puissc donucr aucune indication serieuse sur leur nature. 

La coulcur des ccndres fournit quelques iiidices sur leur origiue : gris ver- 
datre pour la chicorec pure, elles sont plus ou moins brunes quand elles ren- 
f erraent de 1 ocre ou de la briquc. 

Le poids des ccndres, de 5 a 6 p. 100 dans les semoules gros grain ou grain 
moyeu, et 9 a 12 pour 100 dans les poudrcs, toujours melangees de tenv, 
decele facilement 1 adjonction de matiercs mineralcs, quand il depasse les chiffres 
maximum indiques, mais n a aucune valeur pour ivv ItT Ic melange de malir- 
i-es vegetales ; car la plupart d entre elles laissent par 1 incineration un poids 
moindre que la chicoree (2 a o p. 100 en moycnne dc ccndres griscs, d apres 
M. Chevallier perc, Note sur la chicoree, loc. cit.). 

D ou il suit qu une chicorec uniquement melangee de marc de cafe, de 
pois, etc., dcvrait moins donncr de cendres qu nne chicorec pure; ct qii nnc 
chicoree, manifestemcnt mclaiigee de ces substances, qui fournirait le mrmr 
poids de cendres que la poudrc pure, dcvrait avoir ete additionnee dc matieres 
minerales. Une parcillc conclusion, fondcc sur des differences pcu importantes, 
serai t errouee ; car les produits industriels ne doivent pas etrc apprecies avcc 
fe meme rigueur que les produits fabriques en petite quantite dans un labora- 
toire, en vue d unc experience. C cst ainsi que nous avons obtcnu 5s r ,58 p. 100 
dc cendres d une chicoree indemne de brique ou d ocre ct qui ctait evidcm- 
mcnt melangee dc marc de cafe et de cerealcs. Des semoules 1 alsifiees avec des 
glands nous out domic 8s r ,70, 9 gr ,84 et 6 r ,5 de cendres pour 100 grammes de 
poudrc. 

Traitees par 1 acidc chlorydrique etcndu, les ccndres provenant de marc de 
cafe laisscraieut degager de 1 acidc carbonique jiroveiiant d un carbonate con- 
tcnu dans le cafe; ce precede, indique par M. A. Chevallier fils, suppose une 
incineration faitc a une temperature bien pcu elcvec. 

Pour reconnaitre la presence des bcttcraves, le meme chimiste a propose le 
dosage alcalimetriquc des cendres, qui ne donneraient que 7 divisions a 1 alca- 
limetrc de Dcscroisillcs quand on aurait affaire a de la chicoree pure, tandis 
que les ceudres dc bcttcraves en fourniraicnt plus dc 12. L autcur du precede 
recommandc lui-memc dc nouvcllcs rccherchcs. 

Les differents melanges iudiques ci-dessus ne sont pas nuisiblcs a la saute , 
mais ils constituent une fraude sur la qualite de la chose veiidue. E. HLN. 

t HKOlXEAU (LES), celebre famille de medecins frangais, tons de la Faculte 
de Montpellier. On u en compte pas moins de six. 

Chicoyneau (MICHEL) naquit a Blois, et vint etudier la medecine a Montpellier, 
on il fut recu clocteur en 1652. Douze aiis plus tard, le 30 mars 1664, il etait 
professeur d anatomie et de botauique dans la meme universite, intendant du jar- 
din royal , le 5 juillet, chancelier, et le 7 Janvier 1665, concierge de la maison et 
jardin des ecoles. Ces litres, ces honneiirs, il neles dut qu al intrigue, et on peut 
lire, dans Astruc (Histoire de la Faculte de Montpellier), d interessants details 
sur cet homme hautain, impeiieux, et dont les talents etaient loin d etre en rap- 



10 CIIICOYNEAU (LES). 

port avec son elevation. Michel Cliicoyneau devint aveugle dans sa vieillcsse, et 
mourut en 1701 . 

Chicoyneau (MiciiEL-AiME), fils aine du precedent, fnt recu doctenr en 1687, 
et, chose bien digne dece temps de veiialile des charges, il obtint, a 1 age de vingt 
ans, la survivance de son pere comme professeur. II mourut un an apres, en 1690. 

Chicoyneau (FRAKgois), second fils de Michel. C est le plus distingue des sk 
Chicoynenii. 11 naquit a Montpellier en 1672, et fut recu docteur le 10 mars 1693. 
Son nom devait Ini ouvrir aisement les portes de la cour; il y entra, d abord en 
1751, comme medecin des enfants de Fr.mce, puis comme premier mcdecin de 
Louis XV, en 1755, en remplacement de son beau-perc Chirac. II avail ete aupa- 
ravant chancelier de 1 Ecole de Montpellier. Francois Cliicoyneau se recommande 
surtout a la posteiile par le devouement et le courage inebranlable qu il a monlres 
dans 1 epouvantable peste qui a ravage Marseille en 1720. Celte gloire Jui est 
commune avec Yerny, Deider, de Monlpellier ; Boyer et Du Verney, de Paris. Tons 
les cinq se sont montres a la hauteur de leur mission, rassurant par leur presence 
les habitants alarmes, leur procurant tons les secoursqui dependaient d eux, ne 
quittant pasun seul instant ce foyer d infeclion qui pouvait les tner. Cliicoyneau 
ue fut pas moins devoue a Louis XV, qu il a servi plus de vingt ans. Ce prince 
s etait I acilenient attache a nn homme done dc qualites reelles, ayant toujours 
1 air noble, prevenant, doue d nne heureuse memoire, parlant avec grace, exact a 
remplir ses fonctions, d un acces facile, honnete envers tout le moude, et rache- 
tant le vrai genio qni lui mauquait, par une affabilite extreme, et par le don de 
bien enseiguer ce qu il savait. 11 monrut le 15 avril 1752, al age de quatre-vingts 
aus. Les ouvrages parus sous son nom, soit qu ils fussent de lui ou fails d apres 
lui, sont : 

I. An ad curandam litcm vcnercam fricliones mercnriales in hanc adlnbcndce est salivas 
fluxus concitetur? Moiitpellier, 1718, in-8. II. Relation succincte tonchant les accidents 
de la peste de Marseille, son pronosiic et sa curalion, par CHICOYNEAD, VEDXY et SOL-HER. Paris, 
1120, in-8, brochure ; et Marseille, 1720, in-8, avec un litre un peu different. 1IF. 06- 
servations et reflexions touchani la nature, les evencments et le traitement de la peste de 
Marseille..., par MM. Chicoyncan, Yerny el Soulicr. Lyon, 1721, in-12. IV. Observations 
et re flexions propres a CDII /inner ce qui est avance par MM. Cliicoyneau, Yerny et Soitlicr, 
dans la relation du 10 decembre 1720, touchant la nature, les evencments et le traitement 
de la peste de Marseille. Toulouse, in-8", sans date; c est le meme ouvrage que le prece 
dent. V. Lellre de M. Cliicoyneau, ecrite a M. De la Monierc, doyen du college des mede- 
cins de Lyon, pour prouver ce qu il a avance dans ses observations et reflexions touchant la 
nature, les evencments et le traitement de la peste de Marseille ctd Aix, du 10 decembre 
1820. Lyon, 17 JI, in-12". VI. Oralio de contagio peslitenti. Lyon, 1722, in-4". VII. Iraile 
des causes, des accidents ct de la cure dc la peste, avec un rccueil d observations, et un 
detail circonstancie des precautions qu on a prises pour subvenir aux besoins des pei/ples 
affliges par ccilc maladie, ou pour la prevenir dans les licux qui en sont menaces. Paris, 
1744, in-i. (Carbier assure que Senac a participe a la redaction .de cet ouvrage demande 
par le gouvernement. De la lecture de ces ouvrages, il ressort deux Jaits qui doivent in- 
comber a Chicoyneau, savoir: 

Que relativement a la maladie syphililique, ce medecin demontre 1 inutilite et le danger 
de la salivation mercurielle, et propose de lui substituer des frictions a moindre dose et a 
de plus longs intervalles. 

Qu il s est declare en faveur de la non-contagion de la peste, opinion malheureuse, 
qu Aslruc, refute avec son talent ordinaire (Dissertation sur la contagion de la peste, 
in-8, 172 i). 

<iii< ..,,.-, (GASPARD), troisieme fils de Michel, fut recu docteur en 1691, 
obtint la survivance des charges de son pere la meme annee, n etant age que de 
dix-huit ans, et mourut en 1692. 



CHIEN. r, 

Chicoyneau (AiME-Fr>A>gois), fils de Francois, naquit a Montpellier en 1699, 
docteuienl722; ilheritaa peu presde toutes les places qu avait occupees son ai cul, 
c est-a-dire qu il fut professeur de botanique et d anatomie a Montpellier. Les bio- 
graphes le represented comme un homme aimable, pleiu d esprit, tres-passionne 
pour la science, et surtout pour sou cher jardiu de botanique fonde pur Henri IV, 
le plus ancien du royaume, et qu il renouvela presque completement. On le dit 
auleur de memoires restes manuscrits, qui ont pour objets 1 irritabilite des eta- 
mines de certaines plantes et les mouvements particu tiers que presentent les fleurs 
des Chicoracees. 11 mourut en 1740, age seulement de quarante et un ans. 

Chicoyneau (,lEAN-FRANgois), fils du precedent, egalement professeur a Mont 
pellier, fut enleve a vingt-deux ans, le 15 octobre 1759. A. C. 

< mr.v (Canis). Get animal si devoiie a 1 homme et qui lui est si utile, ap- 
partient a 1 ordre des carnivores, dans lequel il forme le type d unc famille dis- 
tincte qui a recu le nom de canides. II est facile a distinguer de tons les genres 
rentrant dans les autres divisions du meme ordre par la disposition digitigrade 
de ses doigts qui sont au nombre de cinq en avant et de quatre arrierc, pourvus 
d onglcs non-retractiles, et par sa dentition composee de42 dents ainsi ru parties : 
trois paires d incisives a chaque machoire, unepaire de canines superieure et une 
inferieure, six paires de molaires en baut et sept en bas. Parmi ces molaires on 
comple trois paires d avant-molaires a la machoirc superieure et qualre a 1 infe- 
rieure; unepaire de carnassicres pour chaque machoire et deux paires d arriere- 
molaires existant aussi a 1 une et a 1 autre machoire. Les avant-molaires n offrent 
rien de bienparticulier; la premiere est a une racine, les suivanles en ont deux; 
les carnassieres sont bi-ailees avec une tubcrcule au bord antericur externe dc la 
superieure et un talon a 1 extremite posterieure de 1 inferieure, cc qui distingue 
ccs dents de leurs correspondants cbez les cbats; les arriere-molaires sonttubcr- 
culeuses et plus courtes que celles des ours, elles different aussi de celles des 
viverrides. La dentition de lait du chien se compose de 28 dents, savoir : 

5 1 o 

= i 7 c ^r TO (dont 1 av.-mol., 1 earn, et 1 arr.-mol. de chaque cote de 
o 1 o 

chaque machoire). 

Le corps est assez eleve sur jambcs, tcrminc par une queue longue le plus 
souvent en panache ; 1 humerus ne presente pas de perforation epithrochle eime, 
mais il existe un trou dans la fosse olecranienne ; le caecum est de mediocre 
grandeur; la verge est soulenue par uu os assez long. 

Le chien est un animal sociable, intelligent, de regime omnivore et qui 
Irouve aupres de 1 homme des conditions d existence reproduisant avantageusc- 
ment celles que la nature a faites u ses congeueres. Sa domestication se pcrd 
dans la nuit des temps; aussi a-t-il subi de nombreuses modifications, et les 
races ou sous-races qui le constituent aujourd hui different les unes des autres par 
des caracteres qui passeraient pour plus importants qu ils ne le sont en realite 
si Ton ne se rappelait que quelques-uns d entre eux sont le resultat de veritables 
alterations pathologiques ou meme nionstrueuses, et que la teratologie peut seule 
dans bien des cas nous en donner 1 explication. G est ce que nous niontrcrons 
bientot. Plusieurs des modifications qu a subies le chien sont dejafort anciennes; 
la peinture et la sculpture nous en font coimaitre qui remontent non-sculcment 
aux Grecs ou aux Romains, mais encore aux Babyloniens et aux Egyptiens. 

L origine du chien n a ete discutee que par les naturalises modernes, alors 
met. E.NC. XVI. 2 



18, CHIEN. 

que la science plus riche de fails qu ellc ne 1 etait autrefois et gnidt e par des prin- 
cipes plus surs, a pu aborder la question si difficile de 1 espece. Buffon pensait que 
le chien est un animal a part qui ne se rattache aux canides sauvages par aucun 
lien de filiation directe, c est-a-dire de parente comme ses differentes races le 
font entre elles par rapport a un type specifique dont elles ne seraient suivaut lui 
que de simples derivees. Ne trouvant plus ce type a 1 etat de nature, il prend le 
chien de Larger comme s en rapprocliant le plus, et il en rapproche les autres races 
en tenant compte surtout de la disposition de leurs oreilles, droites dans le chien- 
loup et dans ceux deLaponie, du Canada etdes Hottentots comme elles le sont 
chez le chien de berger lui-meme; settlement en parlie droites dans la division 
des matins, a laquelle il rapporte le grand danois et le levrier, ou entierement 
molles et tomhantes ainsi que ccla a lieu dans les chiens de chasse, courant, bra- 
que, basset, epagneul et barbet. Comme 1 a rappele de Blainville, Buffon arrive 
ainsi a classer les trente varietes admises par lui dans 1 espece supposee du chien. 
Ses experienues sur le croisement fecond du chien et du loup ne lui out point 
suggere 1 idee d une parente possible entre ces deux sortes d animaux, cepen- 
dant si semblables entre eux dans certains cas que le premier ne parait etre alors 
que la variete domestique du second. L opinion que le chien ne se rattache 
comme espece a aucun de ses congeneres, tels que le loup que nous venons de 
citer ou le cliacal qu on lui a aussi donne pour ancetre, a eu pour defenseurs, 
;ijnvs llullou, Krxlclicu, Blumenbach, F. Cuvieret de Blainville. 

Guldcnstacdt et, avec lui, Pallas qui avaient pu etudier le chacal en Orient, 
sont les premiers naturalistcs qui aient attribue au chien le chacal pour ancetre. 
Cetle manic-re de voir, que 1 observation de certaines races de moyenne taillc 
semble si bien justifier a etc soutenue par Is. Geoffroy, et elle a aujourd hui 
pour principal defenseur M. de Quatrefages. On sait que le chien et le chacal 
donnent des produits feconds. 

Peut-etre que cette opinion si vraie qu elle paraisse ne constitue pas la verite 
tout entiere. A notre avis il est impossible d exclure entierement des ancetres 
du chien le loup, auquel nous avons fait allusion tout a 1 heure, a propos de 
certaines varietes de grande taille ; peut-etre aussi que d autres especes, d ailleurs 
assez voisincs des loups et des chacals, pour qu on les ait quelquefois regardees 
comme ne constituant que de simples races dc ces deraiers, doivent a leur tour 
eutrer en ligne de compte dans cette sorte d inventaire philogenique de nofre 
premier animal domestique. C est unc idee a laquelle M. Ehrenberg a ete con 
duit 1 un des premiers par les observations qu il a pu faire dans la Haute-Egypte 
au sujet de ces canides sauvages et dela rcssemblance singuliere qu ont avec eux 
certaines races de chiens. II conclut a la mulliplicite des origines de ces der- 
niers, et voici comment il exprime son opinion a cet egard : Probabilius est 
suam quamque terrain canis domestici stirpem feram propinquam habere, et 
paucasesse terras in quibus pereyrince formce, sicut nunc inEuropa, in infini- 
turn miiHiplicatce, mixtce et civicalce sint. 

Suivant le meme auteur, il faut attribuer pour ascendant au chien de la Basse- 
Egypte, 1 espece ou variete de loups propre au meme pays, qu il appelle Canis 
lupaster, et le chien de Nubie qui a des formes plus elancees provient du Canis 
sabbar. 

Jc persiste a croire que 1 opiniou qui attribue aux chiens domestiques des dif 
ferentes formes, des origines multiples, et je ne parle pas bien entendu des for 
mes plus ou moins te ratologiques que chacune des races uormales ainsi obte- 



CIIIEN. 19 

nucs a pu fournir sous { influence modificatrice de la civilisation, je persiste, 
dis-je, a croire que cette opinion merite d etre examinee serieusement et quelle 
peut conduire a des resultats dignes d attention. 

Si Buffon avait coanu le chien marron dc la Nouvelle-Hollande, dont Blumen- 
bach a fait une espece distincte du Canis familiar is, sous le nom de C. dingo, 
il n aurait certainement pas songe a faire descendre toutes les races domestiques 
du chien de berger, et F. Cuvier a aisement montre que le dingo devait approcher 
plus que tout autre du type primitif de nos chiens ; c est en effet un animal peu 
eloigne du chacal, et la faune australienne est si differente de celle des autres 
parties du monde, le type canis lui est tellement etranger, qu on ne peut attri- 
buer au dingo qu une origine exotique. D autre part, certains chiens de 1 Ame- 
rique septentrionale out beaucoup d analogie avec le loup de la meme region 
(Canis occidentalis, Dekay) ; ceux que possedaient les Americains du Sud avant 
la conquete, paraissent avoir ete encore differents, et Ton peut opposer d autres 
arguments encore a la theorie monogeniste que differents auteurs out reprise en 
<;e qui concerne le chien lorsqu ils out fait du Cuon primcevus de 1 Hyma- 

n / 

laya, decrit par M. Hodgson, lequel n a que - molaires au lieu de -, 1 unique 

souche sauvage des animaux domestiques qui nous oe^upent. Je trouve d autre 
part une grande ressemblance pour la proportion du corps, 1 apparence du crane 
et la disposition des dents entre le Canis simensis, d Abyssinie, (genre Simenia, 
Gray), qui est un animal a formes elancees, et les levriers; et je ne serais pas 
eloigne de croire que cette espece doit etre egalement ajoutee a la lisle de celles 
qui ont pu contribuer a fournir les chiens domestiques en lui attribuant la race 
de ces animaux qui s en rapproche le plus par ses proportions elancees : je veux 
parler du levrier. 

L etude du cerveau des chiens compares dans ses caracteres principaux au 
meme organe envisage chez lesauimaux sauvages du groupe des Canides, que Ton 
peut supposer avoir concouru a en fournir les diflerentes races, etait susceptible 
d eclairer a certains egards cette difficile question ; aussi m en suis-je occupe 
avec soin dans mon Memoire sur les formes cerebrales propres aux carnivores, 
et j ai etendu cet examen a la famille entiere. 

Si Ton devait attacher a la configuration du cerveau la valeur quelle semble 
meriter dans la classification, les canides, c est-a-dire 1 ensemble des differents 
genres de carnivores qui rentrent dans la meme famille que le chien, devraient 
occuper le premier rang parmi les mammiferes du meme ordre. 

Les Canides, quel qu en soit le genre, ont uue circonvolution de plus que 
les autres carnivores, quatre au lieu de trois pour chaque hemisphere, et leur 
circonvolution intermediaire superieure se dedouble en arriere. Malgre cette 
sorte d uniformite, il y a chez eux des degres de complication assez faciles a saisir 
et qui tiennent a la flexuosite des circonvolutions elles-memes, ou, dans le cas 
de degradation maximum, a leur simplicite ainsi qu a la surface, tantot plus 
grande, tantot au contraire plus re duite de Faire, de pendant de la circonvolution 
interne, qui entoure le sillon crucial. La complication croit avec la taille des ani 
maux observes, et se montre par consequent d autaut plus evidente, quelesespe- 
ces qu on etudie acquierent de plus grandes dimensions. L examen de la forme 
cerebrale de nos principales races domestiques ne fournit pas des indications 
moins curieuses, et la comparaison que j en ai faite avec les especes sauvages 
auxquelles elles ressemblent le plus, fournit a son tour d utiles enseignements. 



20 CIIIEN. 

Chez les pclites races a crane comme bulleux et a front rcleve, c est une veritable 
deformation de 1 orgaue central de 1 innervation que Ton constate et le carac- 
tere pathologique eu est facile a coustater. Les parois du crane se sont amincies, 
le trace des sillons se paratifs des circonvolutions ne s y retrouve plus qu impar- 
faitemcut, et, au lieu des plis oadules propres aux autre chieus qui sont moins 
alteres dans leurs caracteres iatimes, on ne voit plus ici que 1 indication incom 
plete du trace des sillons. 

L influence de la domesticite a apporte d autres perturbations dans les carac 
teres primitifs du cbien compares a ceux des animaux a la famille desquels il 
appartieat. 

Les couleurs out rarement la regularite et la leinte propres aux veritables 
especcs. Elles sont blanches, roussatres ou noires, et plus souvent encore 
elles resultent du melange desordonne, ainsi que la distribution disse metrique 
de ces trois sortes de coloration, tandis que la condition habituelle des Canides 
est lebrun plus ou moins releve de fauve. Cette irregularite dans la distribution 
des teintes est un resultat de la domestication ; cependant la cynhyene, Canide d un 
genre propre a I Ai rique, nous en presente 1 excmple, bien que reste sauvage. Mais 
nous voyons queles chiens des grandes villes sont, le plus souvent, ceux dont le 
pelage offre sous ce rapport le plus d irregularite. On constate cependant que, s il 
n existe qu un point blanc au pelage d un cbien, il est situe a 1 extremite de sa 
([ueue ; ce qui est pour ainsi dire un souvenir de ce qui se voit chez les Cauides 
sauvagesqui presentent babituellement une touffe de poils blancs au bout de cet 
organe. 

L abondance et la nature du poil ne changeut pas moins d une race a une autre 
quesacouleur. Frise chez les barbels, les caniches, lespetits cuba, etc. ; il est long 
et simplemement ondule chez les epagueuls, principalement auxoreilles eta la 
queue, ou, au contraire, court etras sur tout le corps dans la pluparl des autres 
cbiens. Enfin, certains individus auxquelsondonnea tort le nom de chienslurcs, 
out le corps a pen pres nu, ce qui leur donne une apparence maladive montraut 
bien que la particularite qu ils pre seutent n est qu une anomalie. 

Lataille des chiens n est pas sujettea de moindres variations. C est ce que tout 
le monde a pu constater en regardant d une part les grands levriers, les matins 
proprement dits, les chiens de terre-neuve, les grands dogues a levres pen- 
danles, etc., et, d autre part, les carlins, lespetits cuba cites precedemmcnt ou 
les king s-Charles. La domesticite peut aussi bien que la nature produire de 
pareilles differences dans une meme espece, et il est facile a l homme deles exa- 
gerer enchoisissant les reproducteurs auxquels il a recours. 

Le nombre des vertebras caudales varie egalement chez le chien, et il en est 
de meme pour celui de leurs doigts ou celui de leurs dents. Eu ce qui concerae 
les deux derniers de ces systemes d organes, on sait qu il y a des chieas acci- 

7 
dentellement pourvus de - m., formule que presente, il est vrai, 1 otocyon, mais 

qui n est ui celle du loup, ni celle du chacal ou de la plupart des especes de 
Canides ; de meme pour les doigts : au lieu de quatre en arriere, ce qui est le 
nombre habituel, certains chiens en possedeat ciaq, par suite de la presence du 
pouce qui ne devrait pas exister, etparfois six par duplicature de ce pouce ac- 
cessoire. Enfin la brievete des membres dans les bassets et leur torsion 1 re quente 
chez ces animaux, sont leresultat d une sorte de rachitisme he re ditaire. 

La configuration du wine n est pas susceptible de moindres variations. Parfois 



C1IIEN. 21 

Ires-allonge, comme clicz les levriers, il est d autresfois trcs-raccourci, ce qui a 
lieu chez Ics bouledogues, et la machoire infiSrieure avauce alors nola- 
blemenl sur la superieure, ce qui est le resultat d un mode encore differen 
de deformation; dans d autres cas, cesont les deuxcretes temporales quiresten 
separees au lieu de former une crcte sagittale unique, et, dans leur eloignement 
1 une de 1 autre, elles peuvent prendre des contours analogues a ceux que Ton 
observe a 1 etat normal dans certains animaux sauvages de la meme famille. 

Nous avons deja parle des oreilles dont 1 allongement et 1 apparence plus ou 
moins tombantes sont des signes certains de 1 influence diverscment profonde 
de la domesticite. Le nez peut, dans certains cas, se dedoubler, et les deux narines 
restent alors ecartees 1 une de 1 autre, de maniere a rappeler la condition dans 
laquelle elles se presentent pendant la vie embryonnaire. G est un arret de deve- 
loppemcnt et en mcme temps un retour a la condition caracteristique des vertebras 
infericurs. Mais il est facile dans ces differents casde dislinguer ce quitient alli 
teration par anomalie, des dispositions naturelles relevant au contraire des carac- 
teres propres au groupede carnivores dont le chien faitpartic, et plus particulie- 
rement aux especes sauvages dont on peut le supposer issu. 

Iln est pas jusqu aux particularites biologiqucs de cct utile animal eta ce que 
1 onpourraitappeler sesqualites morales qui n aient subi l influeiice des conditions 
exceptionnellcs dans lesqnclles 1 bomme 1 a place. Son regime varie avec celui des 
pcuplades auxquelles il est associo : la omnivore avec une tendance plus ou moins 
grande vcrs 1 alimentation par les vegetaux, ou au contraire, avide de cbair et de 
debris animaux ; il est ichthyophage, ou mediocremsnt carnassier ailleurs. S il est 
a demi sauvage chez les pcuples peu avances en civilisation ; il est doux et pour 
ainsi dire eduque cbcz Ics gens bien eleves ; calmc pendant Je jour, il devient 
feroce pendant la nuit, lorsque la garde des habitations lui est confiee ; la cbassc est 
un de ses instincts favoris, et il en estde mcme de la garde des troupeaux. Dans 
d autres cas, il aide a la peche; il peut encore etre employe a combattre 1 bomme 
lui-meme ainsi quo cela s est vu lorsque lesEspagnols out elabli leur domination 
en Amerique. Dans d autres cas, il devient au contraire un animal de trait, eommc 
nous le voyons en Hollande, en Belgiquc et ailleurs ou il traine des voitures 
approprie es a sa taille; et cbez les Esquimaux ainsi qu en Siberie, on 1 attele 
aux traineaux. 

II y aphis; Taboicmcnt qui est pour ainsi dire le langage parle des chiens 
appartienta ceux de ces animaux quepossedentlcs peuples civilises, etles chiens 
des peuplades sauvages nesavent plus que burler. Les chiens d Europe redevenus 
libres au milieu des pampas de 1 Amerique ont cesse d aboyer, et le meme fait 
s est reproduit sur d autres points du globe dans des circonstances analogues. 

Les chiens sont des animaux tres-portes a 1 acte generateur, et dans nos con- 
trees la plupart peuvent s y livrer a toutes les epoques. Cependant, les deux 
sexes se rapprochent de preference deux fois par annee, en hiver et en ete. Les 
males sont souvent-cruels envers leurs rivaux et les battent a outrance. Les 
femelles peuvent s acconpler plusicursfois pendant le meme rut, et les deux sexes 
restent chaquefois unis pendant un temps assez prolonge, ce quitient a laconfor- 
formation de la verge dont les corps caverueux, en se renflanta la region du gland, 
prolongent forcement 1 acte copulateur et retiennent le male attache a la femelle. La 
liqueur seminale ne s ecoule que lentement . Le chien a, comme les autres canides, 
le penis soutenu par un os allonge qui est excave en goultiere a son bord inferieur. 
Les femelles portent soixante-trois jours ; elles metlenl bas quatre, cinq petits et 



22 CHIEN. 

parfois jusqu a neuf a dix. La duree de la vie du chien est de quatorze a quinze 
ans; elle pent se prolonger jusqu a vingt. On connait I age de ces animaux 
a 1 usure de leurs dents, et en particulier acellc desincisives dont la couronne a 
la forme de lobes en fleurs de lis s effacant peu a peu, ce qui ne laisse plus aper- 
cevoir que les parties moyennes ou inferieures du flit. Le poil du chien blanchit 
aussi a mesure qu il est d un age plus avance. Les vieux chiens, particulierement 
ceux des villes et surtout dans certaines races ayant des habitudes sedentaires, 
tournent a la graisse. Dans le jeune age, ces animaux sont souvent atteints d un 
mal qui en emporle un grand nombre. Les chiens sont aussi fort sujets aux tenias, 
mais il est rare qu ils perissent par cette cause; ils doivent toutefois etre surveilles 
sous ce rapport, carles cucurbitains persistent a vivre sui leurs excrements qui 
sont souvent solidifies par du phosphate de chaux et par suite resistants; les O3ufs 
renfermes dans ces cucurbitains peuvent passer dans le corps d autres animaux 
ou meme de 1 homme, et devenir 1 origine de maladies graves ; c est ainsi que les 
agneaux prennent le tournis, et la maladie hydatique par echinocoques, qui se deve- 
loppe dans le foie ou dans les reins des Islandais, ne parait pas avoir d autre source. 

Le chien aete trouve par lesEuropeens dans presque tous les endroits du globe 
deja habites par 1 homme; presque sauvage a la Nouvelle-Hollande, il a surce con 
tinent 1 apparence exterieure du chacal auquel plusieurs autres varietes tiennent 
aussi de tres-pres ; dans 1 Amerique du Nord, et dans diverses autres parties du 
meme hemisphere, ses caracteres rappellent au contraire ceux du loup et il en est 
de meme pour plusieurs des principales races propres a 1 ancien Continent ; parfois 
il tient d autres especes encore, etnousavons suppose qu il sc rattachait a plusieurs 
par ses origines, puisque nulle part, on ne trouve le chien primitif suppose par 
certains auteurs. Le chien n est done pas un animal isole dans la nature, et aupres 
de lui se placent non-seulement 1 espece ou les espeees dont onpeut le supposer 
issu, mais aussi un nombre assez considerable d autres plus ou moins faciles a 
distinguer de ces dernieres et que Ton a groupees dans plusieurs genres ayant des 
caracteres propres, dans certains cas, du moins. C est F ensemble de ces genres 
qui conslitue la famille des canides. 

Elle est represented en Europe par le loup (Cam s lupus) encore assez repandu, 
mais qui acependant disparude 1 Angleterre; par le chacal (C. awrez<s),d Afrique 
et d Asie etqui a survecudans une des ilesdela Dalmatic ainsi qu enMore e; parl isa- 
tis(C./ct(/opz(s), exclusivement propre aux regions septentrionales, etparle renard 
(C. Vulpes) , qui est reste commun a peu pres partout. II y a en dehors de 1 Europe, 
dans le nord-est de 1 Afrique, en Asie, et dans 1 Amerique septentrionale, des ani 
maux tres-semblables au loup d Europe et qui n en sont peut-etre que de simples 
varietes ; le renard a des representants sur un plus grand nombre de points : en Afri- 
que, en Asie et dans les deux Ameriques, mais plusieurs d entreeux constituent evi- 
demment des especes differentes de celle qui vit chez nous.L Afrique fournit le fen- 
nee (C. zerda) , propre au Sahara et qui est remarquable par 1 ampleur de ses oreilles 
ainsi que 1 otocyon (C. megalotis), a la fois pourvu de grandes oreilles etdontles 

7 

molaires sont au nombre de -. C est aussi au meme continent qu appartient la 

o 

cynhyene (Cynhycena picta), sorte de canis n ayant que quatre doigts en avant 
comme en arriere. 

Le corsac (C. corsac) est un animal asiatique peu different de 1 isatis parses 
caracteres, mais qui a les teintes fauves des aulres canides, au lieu d etre pale 
a la maniere du fennec ou changeant du brun au blanc suivant la saison, comme 



C1IIENDENT (BOTANIQUE). 23 

Visatis. La Chine ct Ic Japon iburaissent des especes encore differentes, et il y 
en ad autres dans I Amerique, particulierement le loup rouge (C. jubatus) qui est 
I uu dc ceux dout on a fait des genres a part. Ce ne sont pas la les seuls canides 
(jnc nous pourrions citer, ctcette liste s accroitrait encore si, aux especes \ivantes 
de cette famillc, nous ajoutioiis celle que Ton ne connait qu a 1 etat fossilc. Parmi 
ces dernieres, il faut rappcler de preference les amphicyons dont quelques-uns 
depassaient de beaucoup le loup en dimensions. Ces animaux, dont les debris sont 
eulbuis dans les terrains tertiaires moyens, avaient la memc formule dentaire 
que les otocyons, mais avec unc forme de dents plus semblables a celles des loups, 
des chacals et des chiens. 

On mange les canides dans beaucoup de localites , soil ceux qui n existent 
qu a 1 etat sauvage, et qu on se procure parlachasse, soit le chien domestique. 
En Chine, Ja chair dece dernier estd un usage frequent; en general ellerepugne 
aux Europecns. Les jeunes chiens ont ete autrefois employes en pharmacie, et 
1 on s est egalement servi desfeces solides de cette espece qui sont connus sousle 
nom A Album grcecum. Ils renlerment une quantite considerable de phosphate 
de chaux provenant des os dont le chien fait en partie sa nourrilniv. 

Les races des chiens, leurs sous-races surtout, sont nombreuscs, ct 1 on n en 
possede pas actuellemeut une bonne classification, aussi ne nous etendrons-nous 
pas a leur egard. Plusienrs tendent a disparaitre, d autres les remplacent, et Ton 
constate que la culture de ces animaux, aussi bien que les soins apportes a leur 
reproduction, tendent a en modifier les caracteres eta en perfcctionner les qua- 
lites. L impot qui atteint I espece canine n est pas etranger a ce perfectionnement 
en ce qui concerne la France, et il faut aussi en rapporter la cause aux exposi 
tions des races de chiens qui out lieu soit chez nous, soit en Angleterre. La der- 
niere, pour notrc pays, a eu lieu au bois dc Boulogne, pres Paris, en 1875. 

On ne sail que trop maintenant, en France, depuis 1871, que le chien est 
nil aliment dur et de difficile digestion. P. GERV. 

BIBLIOGRAPHIC. BUFFON. Hist. mat. gen. et particuliere ; chapitres rela til s aux Chien, 
Loup, etc. CUVIER (F.). Mem. sur le chien de la Nouvelle-Hollandc. In Ann. tints, d hist. 
nat., t. II, p. 458, 1800. Du MEME, Rcchcrches sur les caracteres osteologiquefs qui distin- 
linguent les principales races du chien domestique. Ibid , t. XI, p. 535, pi. 18-20; 181). 
HAMILTON SMITH. Dogs, la Naturalist s Library, 2vol., in-18. Edimbourg. DE BLAINVII.LE. 
Osteogr. du g. Canis. GRAV. Catal. of Carnivorous, etc. in the British Museum. Londres, 
1869. P. GERV. Mem. sur les formes cerebrates propres aux carnivores. In Nouv. Archiv. 
Museum liisi. nat., t. VI. Paris, 1870. P. G. 

CIIIEft-DE-MER. Vorj. PiOUSSETTE. 



I. Botaniqiie. On designe sous ce nom les rhizomes dc 
deux especes de Graminees, dont 1 une se rapporte au genre Agropyrum Beam., 
1 autre au genre Cijnodon. 

1 La premiere est Y Agropyrum repens Beauv. (Triticum repens L.). C est 
une plante commune dans les lieux cultives, ou elle se multiplie avec une tres- 
grande facilite. Ses rhizomes tracants se developpent sur une longueur conside 
rable et emettent des stolons tres-allonges ; ils sont noueux de distance en 
distance, et donnent naissance a des tiges aeriennes de 50 centimetres a 1 metre 
de hauteur. Les feuilles, engalnantes a leur base, sont planes dans leur partie 
superieure, vertes ou glauques, marquees sur la face superieure de nervures 
lines ecartees les unes des autres et de petits points saillants et rucles. Le chaume 
se termine par un epi grelc, comprime, forme d epillets sessiles, distiques, qui 



2i CIIIEIVDENT (EMPLOI MEDICAL). 

contienncnt chacun 4 ou 5 fleurs. Deux glumes un peu inegales, lanceolecs, so 
trouvcnt a la base de cet epillet et restent moins longues que lui. Cliaque fleur 
est formee : de deux glumelles dont 1 inferieure lineaire, lanceolee, est acuiriinee 
et aigue et dont la superieure est tronquee et bicarenee ; de deux petites glumel- 
lules ; de trois etamines a antheres lineaires et d un pistil a stigraates sessiles, 
dtales. Le fruit est un caryopse canalicule sur une face, muni au sommet d une 
sorte d appendice blanc velu. 

Les parties souterraines de cette espece donnent le Chiendent commun ou le 
Petit Chiendent, qui, par la dessication, devient anguleux. 

2 La seconde espece est le Cynodon Dactylon Pers. (Panicum Dactylon L.). 
G est une espece repandue dans les licux incultes et aux bords des routes, et 
qu on trouve surtout dans les terrains siliceux. Sa souche, longuement ram- 
pante, est plus grosse que celle de I Agropyrum repens Beauv.; elle est aussi 
plus dure et plus noueuse. 

Les chaumcs qui s clevcnt de cette souche sont ascendants ou couches a la 
base. Les fcuilles sont glauques, courtes, lineaires, acuminees, rudes sur les 
bords. Les epillets sont tout petits et disposes en 4 ou 7 epis distincts, verdatres 
ou violaces, qui divergent comme les rayons d une ombelle. Ghaque epillet est 
forme de deux petites glumes, presque egales, renfermant une seule fleur com 
plete avec les rudiments d une seconde. La fleur elle-meme a : deux glumelles 
dont 1 inferieure estcarenee et la superieure muniesurle dosdedeux petites cari- 
nes separeespar unsillon; deux glumellules charnues et glabres; trois etamines; 
un ovaire sessile a deux styles courts termines par un stigmate en goupillon. Le 
fruit est un caryopse libre, glabre, comprime par le cote et non canalicule. 

Les rhizomes du Cynodon Dactylon sont connus sous le nom de Chiendent 
Pied de Poule ou de Gros Chiendent. 

LINXE. Species Plant arum. 85 et 128. DE CANDOLLE. Flore frangaise, III, p. 16 et 83. 
GODRON. Flore de France, III, 4(j 2 et 608. I L. 



g II. Emploi medical. I. CHIENDENT OFFICINAL; chiendent commun, petit 
chiendent. Angl. Dog s Grass, Common Wheatgrass. Allem. Queckengrass, 
Hundsgrass. Ses rhizomes, cylindriques a 1 etat frais, deviennent anguleux et 
presque carres par la dessication , sont jaune pale a 1 exterieur et blancs a 1 iu- 
terieur. On les monde, pour 1 usage, de leurs radicules et de leur epiderme 
ecailleux, et Ton en fait de petites bottes qu ou expose au sechoir. On recolte 
le chiendent en septembre. Mais a la campagne, oil Ton peut se le procurer en 
tout temps, ou I emploie a IV- tat frais, ce qui est preferable, dit Cazin. Ses 
proprietes medicales, deja si faibles, sont en effet encore moindres lorsqu il est 
desseche. Jourdan pretend meme que sa matiere mucoso-sucree disparait dans 
la dessication et qu il ne reste plus que 1 enveloppe, qui donne une qualite lege- 
rement astringente a sa decoction aqueuse. 

Chevalier a trouve dans le chieadent : beaucoup de sucre, du mucilage, de la 
fecule, une matiere extractive ayant une saveur vanillee. Le sucre de chiendent 
a etc reconnu et etudie par Margraf, Julia de Fontenelle, Plaff, qui 1 a obtenu a 
1 etat cristallin. Bouchardat et Chevalier en ont retire de 1 alcool par la fermen 
tation, et 1 on dit meme cet alcool de tres-bonne qualite. 

Lc chiendent est inodorc; il a une saveur douce, legerement sucree, un peu 
astringente, ce qui ferait penser qu il contient aussi un peu de tannin. 

On a aus^i employe les feuilles et les ieunes liges du Trilicum repens, 



CHIENDENT (EMPLOI MEDICAL). "25 

Formes pharmaceuliques et doses. Tisane de chiendent : racine de cluen- 
dent coupee, 20 grammes; eau, q. s. Contusez le chiendent dans un mortier do 
marbre et faites-le bouillir une demi-heure dans la quantite d eau necessaire 
pour obtenir 1,000 grammes de tisane (Codex). 

Extrait de chiendent. Prepare par 1 eau, avec les racines seches grossiere- 
mcnt pulverisees, ou avec les racines fraiches, et meilleur dans ce dernier cas. 
II sert comme excipient ou intermede dans la preparatiou des bols et pilules. 

Sue de chiendent. Prepare par contusion et expression, soit avec les rhizomes 
frais, soit avec les feuilles et tiges fraiches. II se donne en nature, seul, ou melange 
avecd autres jusdherbes, il peut aussi, par evaporation, etre converti en extrail. 

On a lieu de s etonner qu un produit aussi pen actif, on serait tente de dire 
aussi insignifiant, ait ete vante pour ses proprietes aperitives, resolutives, desob- 
struantes, febrifuges, antiphlogistiques, vulneraires, anthelmintiques, etc., et 
prescrit comme un remede serieux dans les maladies les plus diverses, qu il serait 
oiseux d enumerer. Rappelons seulement, comme exemples de ces exagerations, 
que Boerhaave 1 a cru efficace contre les engorgements du foie; que Schenck 
(Journal d Hufeland, 1815) a pretendu avoir fait des cures extraordinaires de 
maladies organiques du poumon et de restomac. de lesions du pylore surtout, 
avec des decoctions tres-chargees de chiendent. 

Une routine vulgaire a conserve a la tisane de chiendent une importance 
qu elle ne mcritc pas; elle n est qu un accessoire, aussi bien dans les maladies 
auxquellcs on a pretendu specialement 1 opposer, que dans toute autre. On la 
voit encore invoquee comme aperitive, emolliente, pectorale, depurative; sa 
propriete mcdicale la moins contestable cst d etre legerement diuretique, et en 
core faut-il ordinairement, pour obtenir sensiblement cet effet, y ajouter du 
nitre ou quelque autre medicament analogue. Cette tisane a un gout assez 
agreable lorsqu elle est convenablement edulcorce avec du sucre ou de la re- 
glisse. Elle desaltere assez bien; comme boisson aqueuse, rcnduc plus diges 
tible par la cuisson et par ses principes feculents, mucilagineux et sucres, elle 
convient pour etancher la soif des febricitants, en agissant en meme temps 
comme delayante, temperante, rafraichissante ; elle convient surtout lorsque les 
urines sont peu copieuses, foncees en couleur, troubles, scdimenteuses, lorsqu il 
y a interet a les obtenir abondantes pour les rendre eliminatrices, comme dans 
1 ictere, ou plus claires, plus tenues, pour qu elles n irritent pas leurs voies 
d excretion, comme dans les phlegmasies des organes genito-urinaires. Enfin sa 
preparation est facile et economique; a tous ces titres elle est done justifies 
comme tisane commune (chiendent et reglisse) dans la plupart de nos hopitaus. 

Fourcroy attribuait aux feuilles et aux jeunes tiges de chiendent plus de ver, 
tus qu a ses racines, et considerait le sue herbace qu on en retire par expressioi 
comme un des fondants biliaires les plus actifs et en meme temps les plus doux 
(Encyclopedic me thodique, medecine, t. IV). Van Swieten rapporte qu un homme 
fut gueri d une jaunisse rebelle par 1 usage d herbe de chiendent et d autres 
plantes sauvages dont il faisait presque son unique nourriture. On sait que les 
chats, et les chiens surtout, guides par leur instinct, mangent les feuilles de 
chiendent pour se faire vomir et pour se purger ; le nom de chiendent vient de la, 
ou de ce que la jeune pousse de la plante ressemble a une dent de chien. Sylvius, 
et plusieurs autres observateurs apres lui, out remarque que les boeufs, si souvent 
affectes de concretions biliaires pendant 1 hiver, guerissent au printemps en man- 
gcant cette plaute dans les paturages. Mais Chaumeton regards avec raisou la 



20 CIIIFFLET. 

fonte des calculsbiliaires ties bceufs comme etant aussi, en grande partic, le resullat 
de la salutaire influence du regime auqucl ces animaux sont soumis, au prin- 
temps, dans les prairies ou ils paissent et se meuvent en liberte (Flore medicale}. 

De tout ce qui precede, il serait done permis d inferer que la plaate en ques 
tion, herbe et racines, n est pas sans quelque action favorable sur la glande he- 
patiquei action qui, jointe a sa propriete diuretique, peut exercer, comme nous 
1 avons reconnu plus haut, une legere influence sur 1 ictere lie a des troubles 
sans importance de la secretion du foie. Mais il n en serait pas moins illusoire 
de comptcr exclusivement sur un aussi faible moyen pour resoudre, soit les le 
sions graves de cet organe, soit la lithiase biliaire. 

Nous avons vu que le sucre de chiendent pouvait fournir de 1 alcool. Sa ma- 
tiere amylacee a ete utilisee comme element nutritif; les habitants du nord de 
1 Europe la melent a la farine pour confectionner le pain en temps de disette; les 
Polonais en font du gruau (Chaumcton, loc. cit.). Les anciens Egypticns faisaient 
egalement cntrcr dans leur pain la racine de chiendent reduite en poudre (Ency- 
clope die me lhodique, botanique, t. II). Cette racine, coupee, contuse, cuite dans 
1 cau et melee a du ferment, a ete employee avec succes a la fabrication de la biere. 
Eiilin on 1 emploie dans quelques pays a la nourriture des boeufs et des betes de 
somme (Flore medicale). Sous tous ces rapports, les rhizomes du Triticum re- 
pens interessent peut-etre plus reellement la bromatologie que la therapeutique. 
On pcut done utiliscr de diverses manieres cette plante, si nuisible par ailleurs 
a 1 agriculture. 

II. GROS CHIENDENT, Chiendent pied de poule. Sous les ccailles qui embras- 
sent les nceuds se trouve un epiclerme dur, jaune, vernisse, et a I interieur une 
substance blanche, farineuse et sucree (Guibourt). A part une saveur moins 
sucree que celle du petit chiendent, le gros chiendent a les memes proprietes 
que le precedent ; il est moins employe. 

II ne fuut point confondre ces deux chiendents avec le chiendent a balai, 
dur, ligneux, depourvu de proprietes medicales, et specialement reserve dans 
rindustrie pour la fabrication des balais, vergettes, brosses, etc. II est fourni 
par YAndropogon Ischcemum L. 

On donne aussi les noms : de Chiendent citronelle aux racines de YAndropo 
gon Citratum DC.; de Chiendent musque aux racines de YAndropogon Schce- 
nanthusL., Lemon-Grass des Anglais (voy. ANDROPOGON) ; de Chiendent marin 
au Potamogeton Marinum L. ; de Chiendent des Indes au Yetiver, radicules de 
YAndropogon Muricatus, Retz. 



iE. - PFAUZ (J.). Descriptio graminis tnedici plenior, ex varm hand infimce 
notce scriptonbus. Ulmse, 1C56. KMPHOF (J.-G.). De gramince levldensi prcecellentissimo. 
Erfordise, 1747. SCHRFBER (J.-C.-D.) Description du Chiendent (en allem.). Leipzig, 177". 
Guisounr. Hist, not des drogues simples. CAZIN. Tr. des plant, medic, indigenes. HERAT 
et DE LENS. Diet. univ. de maliere medicale. D. DE SAVIGXAC. 



(JEAN-JACQUES). Les Francs-Gomtois font grand cas de ce savant 
homme, qu ils plucent dans un rang distingue parmi leurs historiens. Chi.fllet s oc- 
cupa, en effet, bien plus d liistoire et d arclieologie que de medecine. II naquil 
a Besancon, le 12 Janvier 1588, et etait fils de Jean Chifflet, aussi medecin et con 
sul de la meme ville, et petit-fils de Laurent, magistral de Dole, tous deux hom 
ines de merite et affectionnes a leur patrie. Apres avoir fmi son cours d humanites 
et de philosophic a Besancon, il etudia la metlecine et voyagea ensuite dans plu- 
sieurs parties de 1 Europe, ou il consulta les gens de leltres, vit les principales 



CHIFFONNIERS. 27 

bibliotheques, et fit d uliles recherches dans les cabinets des curicux. A son retour 
en Franche-Comte, 1 an 1614, il se mit a pratiquer la medecine, et s eu acquitta 
avec une telle reputation que sa ville natale le chargea d une mission importante 
aupres de I archiduchesse Isabelle-Claire-Eugenie, souveraine des Pays-Bus. Ce fut 
la 1 origine de sa fortune. Gette princesse retint Chifflet a la cour, et 1 envoya en- 
suite en Espagne, ou il fut encore mi decin du roi Philippe IV, qui lui douna son 
estime et sa bienveillance. Ensuite on le retrouve, a la mort de sa bienfaitrice 
(l er dec. 1635), dans les Pays-Bas, premier medecin de Ferdinand, connu sous le 
nom de prince cardinal, alors gouverneur du pays au nom de Philippe IV. II mou- 
rul, en 1660, laissant de tres-nombreux ouvrages, dans lesquels on trouve un me 
lange singulier de grandes qualites d ecrivain melees a ce que Ton pourrait appe- 
ler des enfantillages historiques, une credulite hors de propos, et desjugements 
mal fondes, partant d un patriotisme exagere. Voici les litres des principaux : 

I. Ve&ontio, civifas imperialis libera, sequanorurn metropolis, plurimis necnon vulgari- 
bus sacrce et profance histories monumentis illuslrata, ct in duas paries dislincta. Lyon, 
1618, in-4. II. De linteis sepulchralibus Christi Servatoris crisis historica. Anvers, 
1624, in-i. III. Porlus Iccius Julii Ccesaris demonslratus. Madrid, 1620, in-i. IV. Re- 
cued des traitcs dcpaix, de treve, de neutrality entrc lescouronnes d Espayne ct de France. 
Anvers, 1645, in-i. V. Opera politico-historica. Anvers. 1650, m-lbl. VI. Pulvis febri- 
fugus orbis American, jussu Leopoldi Guiliehni Arcliiducis Austria;, Bclgii ac Riirgundice 
proregis ventilatus. Anvers, 1653, m-8. VII. Lilium franeicum veritate historica, bota- 
nica et heraldica illustratum. Anvers, 1658, in-fol. A. C. 



(IlYGiEPiE iNDUSTRiELLE). Tout le monde connait Icur iu- 
dustrie, tout le monde sait comment elle s exerce; nous n avons done pas a la 
de crire. 

On depcint generalement les chiffonniers comme la classc la plus abjecte de 
la societe, livres sans reserve aux habitudes les plus crapuleuscs, a un alcoo- 
lisme permanent, converts de haillons, rouges dc vermine, etc. Assurement Ic 
plus grand nombre se presente sous ce triste aspect, surtout dans certains quar- 
tiers oil ils habitent ces bouges immondes dont nous parlerons bicntot. Mais il 
faut convenir qu il en est d autres, vivant en famille, qui out des habitudes 
moins sordides. Les femmes sont pauvremcnt, mais convcnablemcnt vetues ; les 
hommes eux-memes ont une tenue qui les rapprochc des ouvriers appartcnant 
aux industries les plus infimes. J ai eu, clans ma division du bureau de bicnfai- 
sance du X e arrondissement, quelques maisons exclusivement habitees par des 
chiffonniers, et dans ces maisons, d apparence ordinaire, rien ne signalait 1 in- 
dustrie des habitants que des tas de papiers, de chiffons, etc., dans des cabi 
nets, et 1 odeur fetide qui en est inseparable. Mais, nous le repetons, il n en 
est pas ainsi pour le plus grand nombre. 

D apres des documents qu a bien voulu me donner, avec une rare complai 
sance, M. Dumontey, chef du bureau de la prefecture de police ou se distribuent 
les autorisations pour 1 industrie qui nous occupe, le nombre des chiffonniers 
pourvus de medailles serait de 6,000 environ, sans parler de ceux qui exercent 
sans autorisation, et dont il est impossible de fixer le nombre. Malgre les condi 
tions exceptionnelles dans lesquelles ils vivent, et 1 immoralite profonde resul 
tant de la promiscuite des membres des deux sexes d une meme famille, couchant 
pele-mele sur le meme tas de paille, il regne, parmi eux, une certaine probite ; 
rien de plus commun que de les voir rapporter et deposer dans les bureaux de 
police, des objets de prix trouves dans les tas d ordure et qu ils auraient pu faci- 
lement s approprier. Du reste, cette industrie est plus renumeratrioe qu on ne 



28 CIIIFFONMERS. 

pourrait le croire, et les benefices de la journee s clevent souvent a 2 fr. 50, 
5 francs ct meme 5 fr. 50. 

Dans ccs derniers temps, 1 existence des chiffonniers a etefortement menacee; 
obeissant a cette tendance actuelle qui substitue partout la grande entreprise a 
1 effort individucl, on a propose tout uniment de les supprimer, pour mettrc a 
lour place des compagnies qui feraient le meme service. Outre les difficultes pra 
tiques de cette proposition, qui imposerait aux locataires des maisons certaines 
reglementations assez difficiles a realiser, il etait impossible de songer a jeter 
ainsi tout d un coup, dans Yimpossibilite de vivre, tant de milliers de malbeu- 
reux places deja dans de si miserables conditions. Des sursis ont ete obtenus, 
des mesures plus severes ont ete prises a 1 egard de 1 obtention des medailles, 
et, dans le moment actuel, la position des cbiffonniers est beaucoup plus penible 
que par le passe ; le rayon dans lequel s exerce leur industrie s est beaucoup 
etcndu, le rendemcnt est moins fructueux. 

Les causes qui peuvent faire tomber dans une position aussi infime, sont ordi- 
nairement une extreme misere, fruit de 1 ivrognerie et de la paresse, mais tres- 
souvent aussi d infirmites, de mutilations, et enfin de 1 age, qui mettent tant de 
pauvrcs ouvriers hors d etat de continuer leur travail habituel. Rien de plus 
iiaxrant, me disait M. Durnontey, que 1 expose des motifs sur lesquels repo- 
srnt beaucoup de sollicitations, et comment refuser des gens qui demandent u 
\ivre par un travail aussi repugnant? On sait egalemcnt qu il existe parmi eux 
des individus declasses ayant occupe des positions plus elcvees, d anciennes 
fcmmes cntrelcnues, etc., que des circonstanccs diverses, mais surtout la de - 
bauche ct le desordrc, ont jcte dans leurs raugs ; c cst surtout parmi ceux-ci que 
sc presentcnt les specimens les plus degrades de cette industrie. 

Un rapport de la commission de salubrite de 1 ancien XII e arrondissemeut 
(quarticr Mouffetard), public en 1852, decrivait, comme il suit, 1 etat des choses 
daus une des rues les plus immondes de cette circonscription : La rue Neuve- 
Saint-Medard est rcmplie de chiffonniers a dcmi-couverts de baillons, vivant au 
milieu dc leurs chiffons, des os, des peaux, des savates, des vieux papiers qu ils 
ramassent dans la ville; couchant sur un peu de paille, quelquefois meme sur 
le carreau, n ayant pas une couverture pour s envelopper pendant la nuit. Reu- 
nis en grand nombre dans des espaces tres-resserres ; se trouvant dans le voisi- 
nagc des magasiiis ou les chiffonniers en gros conservent des tas enormes d os 
ct de chiffons. Cette rue est mal pavee; on y rencontre a chaque pas des excre 
ments et des ordures (Ann. d hyg., l re ser., t. Vll, p. 200; 1852). Trentc aus 
plus tard, MM. Transon et Dublanc, dans leurs recherches sur le commerce des 
chiffons dans le XII e arrondisscment, parlent d un cabinet occupe par un chif- 
fonnicr, moycnnant cinq sous par jour, et qui presentait 2 metres de large sur 
5 dc profondeur. La, cutre son grabat et la fenetre, un malheureux convert 
dc haillons est accroupi, faisant le triage des chiffons dc la rue. II les lotit par 
la nature des matiercs; surtout il separe avec soin ces linges toujours sales, 
quclquefois impregnes d une sanie horrible, qu il ne pourra faire accepter de 
I 3 entrepreneur en chiffons qu apres les avoir grossierement laves et les avoir fait 
bicn exactemcnt secher dans sa triste demeure ; mais alors cela sc vend 2 sous 
la livre; cc serait le plus precieux de son butin, si ce n est qu il a rapporte 
dans sa hotte des croutes de pain souille, des tetes de poisson et quclques af- 
freux melanges d os et de chairs meurtris... Qu on ne nous accuse pas de re- 
muer ici toutes ces horrcurs, puisque voilu des etres humaius qui s cn nour- 



CHIFFONNIERS. 29 

risscnt. Du restc, Ics auteurs rcconnaisscnt eux-memes quc cct etat dc choses 
cst susceptible d ameliorations. II suffirait, disent-ils avcc raison, de procurer 
aux chiffonniers des demcures dans lesqucllcs serait annexee au logement pro- 
prement dit, une chambre plus petite servant d atclicr de triage ct dc magasin 
provisoirc... Ne pourrait-on pas, dans chacun dcs quarticrs oil se Irouvent ag- 
glomeres un certain nombrc de chii fonniers, former un etablisscmcnt special 
pour le triage et rcmmagasinagc des matieres recueillies par ces industriels ; 
en un mot, une sorte de hallc.aux chiffons? La, Ics entrepreneurs trouveraient 
a loucr dcs magasins bien acres, quc la police survcillcrait aisemcnt; la surtout 
chaquc famillc dc chiffonnicrs obtiendrait, a titrc gratuit, la disposition exclu 
sive d une petite cellule pour son travail. Le menage du chiffonnier, sa famillc 
seraient done, c est la le point cssentiel, absolument separes du tas d ordures qui 
est 1 objet de leur Industrie. Grace a cette institution, continucnt-ils, le chif 
fonnier pourrait observer Ics regies Ics plus cssenticllcs de 1 hygicne, prendrc 
en dehors de son travail un vetcmcnt convenablc. Lcs enfants, tenus plus pro- 
prcment, ne presenteraient pas cette odeur horrible qui Jes fait rcponsser dcs 
ecoles; enfin le chiffonnier lui-meme, relcve a scs propres ycux, chercherait ses 
moycns de distraction ailleurs qu au cabaret. Ces observations sont fort justcs, 
on les a deja bien des fois wrifiees; les transformations avantageuses subics par 
certaines industries ont eu leur rctcntisscment sur les ouvriers qui les cxor- 
caient, et leurs moeurs, leur tenue, leurs habitudes en ont etc singulierement 
ameliorees. 

Tous les auteurs repetent que les chiffonniers, en raison dcs substances de 
provenance plus que suspecte avec lesquclles ils sont en contact, sont tres-expo- 
ses aux maladies contagieuses, a la gale, par exemple. Cepcndant deux rclc- 
ves, faits a quarante ans d intcrvalle, montrcnt qu a Saint-Louis Ics chiffonniers 
ne se presentent pas en grand nombre pour cette maladie. Ainsi Mouronval a 
note seulement 4 chiffonniers sur 1,254 galeux traites en 1820; et le compte 
moral de 1 assistance publique en compte 4 egalement admis au traitement 
externe en 1861. Bcnoiston, de Chatcauneuf, dans ses releves relatifs sur 1 iu- 
fluence dcs professions, sur la frequence de la phthisic, a note 590 chiffonniers 
ct 257 chiff onniercs entres pour cette maladie dans les hopitaux de Paris et fai- 
saut par tie du groupc expose aux particules vegetales. Ces chiffres sont assez 
considerables; mais remarquons que sur les 590 chiffonnicrs il en est mort seu 
lement 5, ou 0,84 sur 100, la mortalite moyenne du groupe etant 2,07, ct sur 
les 257 femmes, 4 ou 1,68 p. 100 ont succombe, le chiffre moyen du groupc 
etant 2,19. Quant aux autres maladies, je ne connais pas de releves qui mon 
trcnt leur dcgre de frequence. On conceit du reste que, par le fait de leur indns- 
trie et de leurs habitudes crapulcuses et sordidcs, les chiffonniers doivent ctrc 
exposes a une foule de maladies graves. 

Reglementation. On voit, par une ordonnance de police en date du 10 juin 
1701, qu il etait dcfendu aux chiffonniers de vaguer la nuit par les rues, clans 
la crainte de favoriser ct d augmenter le nombre des vols ; ils nc devaient pas 
commcnccr leur travail avant la pointc du jour, a peinc de 500 livres d amcndc 
et dc punition corporelle (Delamare, Traite de la police, t. II, p. 485. Amst., 
1729, in-fol.). Cette meme ordonnance, deja maintes fois edictee avant cclle dont 
nous parlous, fut encore renouvelee et avcc aussi pen de succes dans le courant 
du siecle dernier. 

Aujourd hui, Ics chiffonnicrs, pour etrc admis a exerccr leur Industrie, doi- 



50 CHIFFONS (DEPOTS DE). 

vent fairc une declaration avec deux temoins, afia do constatcr Icur identite; 
tout changement dc domicile sera declare dans les vingt-quatre heures. Lcs clrif- 
fonnicrs ambulants doivent porter une plaque de cuivre donnant le numero d in- 
scription et le signalement du porteur. II leur est interdit de circuler apres mi- 
nuit en toute saison, avant le jour en ete, et avant cinq heures du matin depuis 
le l er octobrc jusqu au l er avril. Us ue doivent pas conserver chez eux les pro- 
duits de leurs recherches, attcndu 1 odeur infccte qui s en exhale [voy. CHIFFONS 
(Depots de)]. E. BGD. 

CHIFFONS (DEPOTS DE). Les emanations fetides auxquellcs donnent lieu les 
divers produits ramasses par les chiffonniers, an milieu cles plus sales immon- 
dices, ont dc tout temps excite les reclamations du voisinage, et provoque I em- 
ploi de moyens propres a les faire disparaitre, ou du moins a les attenuer nota- 
blement. 

Mais d abord qucllcs sont les substances accumulees dans ces depots, et dans 
quelles conditions s y presentent-elles ? Nous 1 avons dit dans 1 article precedent, 
le chiffonnier met a part et sur autant de tas distincts, les vieux papiers, les 
vieux chiffons de toile ou de coton, les chiffons de laine, les os, les peaux d ani- 
maux, savates ct autres debris de vetements, enfm certains residus alimentaircs 
qu il reserve souvent pour son usage; puis, les linges laves et secb.es (ils ne se- 
raient pas recus autrement), les papiers, les os, etc., sont portes dans les maga- 
sins des chiffonniers entrepreneurs, qui livrent ccs detritus ainsi separes aux iu- 
dustriels qui ont pour mission de les utiliscr en les transformant en papier, en 
engrais, en noir animal, etc. 

11 y a done deux sortes de depots : les petits, chez les chiffonniers ou les ma- 
tiercs ne sejournent jamais bicn longtemps et sont incessamment renouvelees, et 
les grandc depots, ou ils constituent de veritables magasins. C est la surtout 
qu ils presentent dc serieux inconvenients et exigent, pour ne pas devenir nui- 
sibles, 1 emploi d un certain nombre de pre cautions. 

II est bien evident que ces accumulations de matiercs immondes, meme eu 
petite quantite commc chez les chiffonniers, exhalent dcs odeurs excessivement 
desagreables pour les voisins. Du reste, ces emanations nc paraissent pas bien 
nuisibles pour les collecteurs de chiffons soumis, d ailleurs, a taut de causes de 
maladies. 

Dans les magasins, mais surtout dans les grands magasins, les chiffons arri- 
vent plus ou moins mal lave s et seches. Quand ces masses sont encore humides, 
il s en echappe des gaz de decomposition plus ou moins abondants. En general, 
dit M. Pappenheim, la quantite de gaz exhales des tas de chiffons depend du 
mode de conservation mis en usage dans les magasins ; aux caves si generalement 
adoptees, notamment chez nous, il prefere des hangars largemeut aeres. Mais 
ce sont surtout les masses d os qui donnent lieu aux cxhalaisons les plus insup- 
portables et qui exigent les prescriptions les plus severes. Si 1 habitude pent 
emousser les sensations desagreables que produisent ces miasmes et atteuuer 
leurs effcts sur 1 economie, un fait authentiquc et bien connu montre qu ils 
peuvent donner lieu a de graves accidents. Ollivier (d Angers) etant alle pour 
visitor un magasin de chiffons tenu par le sieur Maurice, rue Saint-Germain- 
1 Auxerrois, demanda a voir une cave voutee sans communication avec 1 air exte- 
rieur, si ce n est par la porte d entree qui est ordinairement ferme e, cave daus 
laquelle le locataire renferme les os qui lui sont apportes par les chiffonniers. 



CHIFFONS (DEp6is DE). 31 

On le condoisit clans cc lieu. II rcmarqua quc le sol et la voiite elaient humides, 
et que les mars etaient d un noir verdatrc ; qae 1 air dans lequel briilait la lu- 
miere etait infect et avait unc odeur nauseabonde. Mais a peine fat-il aa milieu 
de la cave, qa il fut pris do vertige ; il ressentit des nausees et des envies de vo- 
mir qai le forcerent a s eloigner sur-le-champ et a regagner 1 entree de la cave 
et 1 escalier qui y conduit. Sorti de la cave, son etat s ameliora; cependant il 
ressentit un malaise pendant le restc do la jouraee. Etant invite a diner en villc, 
il crut Dependant se trouver assez bien pour se rendre a ce diner; il mangca 
meme avec appetit ; mais a peine le diner etait-il termine, qu il ressentit des 
pincements de ventre tres-douloureux autour du nombril ; les pincements se 
faisaient scntir d abord par intervallcs eloignes, cnsuitc ils se firent ressentir 
davantage et d uue maniere plus rapproche c : M. Ollivier fut force de se courber 
sur lui-merae, de s accroupir. Les pincements devenant plus multiplies et etant 
suivis d un aneantissement general, il se fit transporter chez lui. Les secousses 
de la voiture n augmenterent pas sensiblemcnt la douleur ; mais a peine fut-il 
arrive qu il eprouva un vomissement qui lui fit rejeter une portion des aliments 
qu il avait pris. Les vomissements furent suivis de sueurs froidcs, de dejections 
liquides, de syncopes continuelles. De nouveaux vomissements donnerent lieu a 
1 expulsion du reste des aliments ; ils furent suivis dc nausees, de syncopes, de 
sueurs froides, d evacuations liquides tres-fetides. Les evacuations sc succede- 
rent jusqu a quinze fois, depuis sa rentree jusqu a cinq heurcs du matin ; a cette 
heure les sueurs froides devinrent plus abondantes; il y eut des evacuations san 
guines par les selles. Les pincements de ventre n ont pas cesse de se renouveler 
par intervalles, tout aussi intenses, mais moins prolonge s. Le malade eprouve 
un sentiment de brisure generate ; les nausees cessent, mais il y a toujours des 
evacuations fetides, en parlic jaunatres, en partie sanguinolentes. Ces symptomes 
out persiste le 4 et le 5, et ce dernier jour il y eut encore huit evacuations al- 
vincs sanguinolentes. Dans la soiree du 5, les pincements cesserent dc sc fairc 
ressentir; le retablissement se fit ensuite successivement : il etait complct le 10. 
Cependant le jeudi, M. Ollivier ayant voulu sortir, fut saisi d un acces de fievre 
qui le forca de rentrer : 1 acces dura douzc heures (Ann. d hyg., l re serie, 
t. VII, p. 216; 1852). Ces symptomes, qui nc sont pas sans analogic avec ceux 
que determineat les substances alimentaires gatees, boudins, etc., semblent in- 
diquer une veritable intoxication par des matieres putrides. 

Un inconvenient qui peut resultcr du travail dc fermentation dans une masse 
de chiffons, c est I lnflammation spontanec dc ccttc masse ; le fait n est pas 
commun assurement, mais il n est pas impossible. M. Chcvallier en a cite un 
exemple. Divers autcurs out dit que les amas de vieux linges dans les pape- 
Icries etaient susceptibles d eprouver la combustion spontanee ; nous avons veri- 
fie ce fait cbez un cliiffonnicr dc la rue Ncuve-Saint-Me dard. Cc chiffonnicr qui 
avait entasse des chiffons dans une espece de cabinet obscur, etait fort cmbar- 
rasse d expliquer comment le feu avait pu preudre dans sou local oil personne 
ne penetraitque lui, etou Ton n avait pas fait de feu depuis plusde six mois. 
Cet excmplc, ajoute M. Chevallicr, doit etre rare", car ayant visite commc 
membrc du conscil de salubrite un tres-grand nombre d etablisscments de 
chiffonniers, il n avait jamais entendu parler de semblables accidents, quoi- 
qu il y ait des chiffonniers a Paris qui aicnt des tas considerables de ces 
matieres. Un fait constate par l experimentation, c est que des tissus impregnes 
dc corps gras peuvent prendre feu spontanemont. 



S3 CHIFFON S (DEPOTS DE). 

Quaud les chiffons sont bien sees, dit M. Pappenhcim, ils donnent lieu quand 
on les empilc dans dcs sacs, a un degagement de poussiercs irritaiites qui atla- 
quent surtout 1 organc de la vue et, plus specialement, dans les premiers temps 
qu on sc livrc a ce travail. En Anglcterrc, d apres le memo auteur, on cmploic 
les chiffons de lainc pour servir d engrais. Dans ce but, on les dechire a 1 aidc 
de machines particulieres, il en resultc aussi un grand developpcment de pous 
siercs tres-deliecs, renfermant, commc on peut le constater au microscope, unc 
multitude de petits fragments lanugincux. Les ouvriers rcdoutcnt beaucoup 
cettc poussierc, et malgre leur incurie habituclle, ils ont soin dc se couvrir la 
bouche avec tin mouchoir tandis qu ils se tienncnt aupres des machines. 

Mesures prophylactiques. Comme nous venons dc le voir il y a deux sortes 
de depots de chiffons : les petits, le plus ordinaircment dans le domicile dcs 
ehifonniers et les grands magasins des entrepreneurs. 

1 Les petits depots ont souvent lieu dans la chambre memo du chiffomiicr, 
et au milieu dc debris infects. Le conseil d hygiene dc Paris ayant eu a visitor, 
cite d Aulnay, une serie dc pctitcs chambrcs presentant une porte ct unc fene- 
tre qui domiaient sur un memc cote sur la cour, a dcmande la ventilation de 
ces petites chambres au moyen d un tuyau de vingt centimetres de diametre, 
s elevant dc deux metres au moins au-dcssus du toit et place sur le point le 
plus cloigne de la portc ; il a dcmande en outre qu on nc mit dans les cham 
brcs aucun debris capable dc produirc dc la mauvaisc odeur, que la cour fut 
pavec a chaux ct a cimcnt, avcc ruisseau pour I ccoulcment des eaux (Trebu- 
diet, Rapp., etc., pour 1849-58). 

Dans beaucoup dc localites, on donnc commc limitcs extremes dc la quantity 
de chiffons qui doit etre conservec dans ccs petits depots, le chiffre dc 
50 kilogrammes, en intcrdisant le sejour prolongc des os. Le triage se ferait 
le soir meme, ct les os seraicnt emportes tous les jours en etc et toutes les 
semaincs en hiver. Du restc les chambrcs ct cabinets scront ventiles autant que 
possible par dcs tuyaux d evcnt, comme nous venons de le dire. On cxige en gene 
ral, quo les chii fonniers lavcnt leurs chiffons avant de les vcrscr dans les maga 
sins. 11 leur est cnjoint de faire cette opcratoa a la riviere; autrement on doit 
prendrc des mesurcs pour 1 ecoulemeut des eaux fetides qui en resulteraient. 
Ce lavagc nc peut avoir lieu dans le ruisseau dc la rue. On leur cnjoint qucl- 
qucfois d arroscr les chiffons infects avcc dc 1 eau chloruree. Enfm il leur cst 
intcrdit d introduirc chez eux encore moins d y conscrver, des os garnis de 
chairs ou des peaux dc lapins, dc chats, dc chicns on dc rats, en vert. 

2 Les depots qui renfermcnt de grandcs quantites de chiffons apparticn- 
ncnt a la troisieme classe des etablissements incommodes et insalubrcs, ils 
montcnt dans la premiere classe quand il s y joint de fortes accumulations 
d os frais. 

Quand ccs magasins sont tres-considerablcs, ils doivent, autant que possible, 
etre places hors des villcs, on du moins dans dcs quarticrs eloigues des cen 
tres populeux, et surtout dans dcs localites isolees et faciles a aiirer. D apres 
beaucoup dc conseils d hygiene, les chiffons de linge sees et les, papiers seront 
places dans des caves voutecs mais munies d une cheminee d aeration qui lie 
pcrmet pas raccumulatiou dcs miasmcs ; cette cheminee presentant ", 45 au 
moins de section, les entramera au-dcssus du niveau des maisons voisines. 
Les chiffons dc laine ont particulieremcnt attire 1 attention dcs hygienistes en 
raison dcs foyers permanents d infcction qu ils pcuvent constituer. Aussi exigc- 



CHILI. 53 

t-on que la pai tic de la cave qui leur cst dcslinee soit formc e d uii comparti- 
ment en maconnerie, avec mi rcvelement com plot en platre, ferraee d une 
portc en tole et mimic d uuc cheminee parUmt dn cote oppose a la pdrte d cu- 
tree et s elevant a 5 metres au moius au-dcssus ios toits voisins. 

Comme nous 1 avons dit, les depots d os frais, qui appartieuueut a la pre 
miere classe et qui exhalent des odeurs iufectes, etant habituellemeut joints 
aux depots dc chiffons, nous dcvons en purler ici. Autrefois, dit M. Trebuchet, 
les os elaient places dans des tonneaux couvcrts ; inais les chairs corrompues 
s attachaient aux parois des touneaux, le ncttoyage en etait Ires-difficile, et il 
s en exhalait une odour infeclc. Aujourd hui on exige Icur placement dans des 
sacs en forte toile, ct ils sont transposes aux fabriqucs de noir animal dans 
ccs memes sacs faciles a nettoyer. 11s doivcnt elre deposes dans des magasins 
paves ou bitumes et ventiles ainsi quc les boutiques ct toutes les pieces de 
1 etablissement. Des lotions chlorurecs seront faites surtout pendant 1 ete et lors 
du chargement (Rapp. sur les trav. ducons. d ltyg. de la Seine, pour 18-49-58, 
Paris, in-4). Dans le departement du Nord ou se trouvent beaucoup de depots de ce 
genre, les os doivent etre places dans un lieu sec ct convert muni d unc chcminee 
d appel, depassant le niveau des murs voisins ct placcc autant quc possible, 
a 1 opposite des lieux habites. L autorisation n est donncc que pour des os de 
cuisine entiercment desseches, et dont le poids dans les magasins nc doit 
janiais exceder 500 kilogrammes: 11s seront conserves dans des paniers a clai- 
res-voies dc memc forme et de memcs dimensions pour pcrmcttre d en apprc- 
cier facilement la quantite lors des visites. Cctte condition des paniers a clai- 
res-voies vaut mieux que 1 accumulatioti en tas : clle permet une aeration plus 
i acile, et on e vite les mouvements imprimes aux os quand on les transporte 
on ma.ii-asius (Rapp. ducons. de sahib r. du Nord, t. XI, 1855). 

E. BlsAUGIlAiND. 

BIBLIOGRAPUIE. TIUNSON et DuBLANC. Ol>sei vcttios sur quelqucs industries, et en particulier 
sur le commerce des chiffons dans le l l e arrondissement de Paris. In Ann. d liyg., 2 e scr. , 
f. I, p. 59; 185i. TAI\DIEU. Art. Chiffonnicrs ct Dcpdts de chiffons. In Diet, d hyg.publ., 
t. 1 et HI. Pans, 1852-1851, in-S, 5 vol. et2 e edit., ibid., 1862, in-8% 4vol. PAWESHEIM 
(L.I. Art. Lumpenindustrie. In Ilandb. der Sanitiits-PoUzei, in-8, t. II, p. 199. Berlin, 
18.")9. SCHNEIDER (S.). Sanitalspolizeiliches Gittackten liber die Liimi>en>itar/aziiie, mil, etc. 
In. Deutsche Ztschr. fur Staatsarznk., t I, p. 87 ; 1809. Un grand nombre de rapports 
l.-ius les dil terentes commissions d hygiene de Paris et des departements ; nous en avons citrs 
plusicui s. E. BGU. 



(LES). Nation de 1 Aiuerique du Nord (voy. AMEKIQUE, 
p. 618). 

HILI. La republique du Chili, situee dans 1 Amerique du Sud, se donne 
pour limites, au nord, le desert d Atacama qui la separe de la Bolivie, par le 
2i e degre de latitude meridionalc ; c\ Test, la lignc de faite de la Cordillere des 
Andes qui la separe de la Republique Argentine, en suivant a pcu prcs le 
72 degre de longitude occidental ; a 1 ouest, 1 Oceau paciiique et au sud le cap 
Horn par 55 55 de latitude. Elle s attribue la possession de toutes les iles 
situces sur la cote occidental de Patagonie et de 1 arcliipel de la Terre de Feu. 
A ce compte, sa longueur ne comprend pas moius de 52 a 35 en latitude, et 
sa superficie serait de 543,458 kilometres carres. 

Nous n avons aucune raison dc contrcdire ces pretentious. Mais la description 
des possessions qn on pourrait appclcr coloniales, si ellcs avaient des colons, 

CICT. E>C. XVI. 3 



34 CHILI. 

ayant ete faite a Particle MAGELLANIQUES (Terres ou contrecs), t. Ill, 2 e partie, 
nous n avons plus a nous occuper que du territoire beaucoup plus modesto en 
etendue, connu de tout le monde sous le nom de Chili, ou Chile comme 1 appel- 
lent ses habitants. 

TOPOGRAPHIE. Celui-ci s etend surlerevers occidental des Andes eritre les 
25 C et 44 e degres de latitude australe, en y comprenant 1 Jle de Chiloe, grande, 
fertile et exploitee par la famille hispano-americaine. La largeur du Chili varie de 
20 a 70 lieues, sa longueur est de 500 lieues communes et sa superficie de 
13,436. Son aspect est celui d un parallelograms drvise obliqucment par des 
groupes de hautes montagnes, et par des vallees profondes qui vont s etageant 
comme les gradins d un amphitheatre, depuis les bords de I Ocean jusqu a 1 arete 
de la Cordillere. Ces groupes de montagnes ne sont que des chainons longitudi- 
naux detaches decelles-ci et coupes de distance en distance par des defiles donnant 
ecoulement aux nombreuses rivieres qui vont se jeter a I Ocean apres un cours 
tres-sinueux. L un de ces chainons qui longe de tres-pres le rivage du Pacifique 
est separe de son parallele par une tres-large vallee qui merite plutot le nom de 
plaine. C est la partie la plus riche et la plus peuplee du pays. 

Ce que nous venous de dire suffit a montrer que le Chili est un pays tres-mon- 
tagm-ux. Les Cumbres (nom generique sous lequel on designe les cimes princi- 
palcs, tandisqu on reserve celui de Sierras aux echelons inlerieurs dela Coidillere), 
les cumbres, dis-je, renferment les plus hauts pics cles Andes, tels que le Tupun- 
gato (6,710 metres) et 1 Aconcagua (6,894 metres); de sorte que le Chimborazo, 
en Nouvelle-Grenade, ne doit plus etre considere comme le geant des montagnes 
du nouveau monde. Vingt volcans ranges a la filejalonnent la frontieredu Chili; 
aussi est-ce 1 un des pays du monde les plus eprouves pai les eruptions et par 
les tremblements deterre. 11 ne se passe pas d annees sans qu un ou plusieurs 
de ceux-ci ne se fassent sentir. Les temblores ou simples secousses sont plus 
t rt ; quentes encore. Les principals villcs ont etc plusieurs ibis detruites, soiten 
totalite, soit en partie, par les terribles convulsions souterraines qui entr ouvrent 
le sol, le relevant ou 1 abaissent de plusieurs metres sur une etendue plus ou 
moms considerable, et quelqiielbis definitive comme il est arrive pour la cotedu 
Chili, depuis FrtWh iajusqu u Valparaiso, dims unci -li iidiu 1 dcplnsde 200 lieues. 
en 1822, 1855 et 1857. 

Nous savons deja que le pays est arrose par un tres-grand nombre de fleuvc- ft 
de rivieres. II renferme aussi plusieurs lacs d eau douce et d eau salee. Ceux-n 
sont situes, aunord, dans. les terrains marecagoifx de la zone chaude, entreles 
55 50 et 34 50 de latitude, et les autres au contraire au siul, dans la zone la 
plus fraiche etla plus arrosee, le territoire des Araucans, qu on anommc la Suisse 
americaine. Ce territoire qui s etend de la rive gauche du Bio-Bio sous le 57 e degre 
de latitude jusqu au golfe d Aucud, a 1 extremitc du Chili continental, est plus 
favorise de la nature que tout : le restedu pays. La chaine des Andes y revet des 
caracteres nouveaux et beaucoup plus riants. Elle est plus etroite, moins elevee 
etcoupee de vallees plus nombreuses et a pentes plus adoucies. D epaisses for^ts 
dont la croissance est favorisue par 1 humidite du climat, y couvrent ses roches 
jusquc-ladepouillees de vegetation. De tres-nombrcux ruisseaux y descendent des 
regions superieurcs et vont former, dans la plaine c tagee, des etangsetde verita- 
bles lacs. Les plus remarquables sont ceux qui avoisinent le golfe d Ancud ou de 
Chiloe. Si des Lords de cc golfe on s elevc a 1 Est, vers 1 interieur , on voit 
s etager les trois grands lacsdeLlanquihue, de Todos-los-Santos ct de Nahuehuapi. 



CHILI. 35 

Unccolouie allemande s est etablie, sous les auspices du gouvernement chilicn, 
sur les bords du premier. Le deuxieme, separe du precedent par le volcan d Osor- 
uo, recoil les eaux du Puo-Puella qui descend des glaciers du Tronador, haulr 
montagne aux cimes couvertes de neiges eternelles et qui doit son nom an bruit 
produit par les avalanches qui se detachent de ses flancs glacus. Cc pic occupe le 
point central de la chaine des Andes. En outre du tribut qu il foornit au lac de 
Tous-les-Saints, il envoie une autrc riviere vers le Nahuehuapi sit IK plus a 1 Est, 
lac immense dont la connaissance est encore imparfaite et qui donne probable- 
ment naissance au Rio-Negro, de Patagonie, lequel va se jcter dans 1 ocean 
Atlantique. Tons cos lacs, propres a la navigation, offrent desanses et des ports 
que le commerce pourra utiliser plus tard. Mais, avanlage plus precieux encore, 
ils forment par eux-memes et par les rivieres qui en dependent, un systeme de 
communication mi-partie terrestre et fluviatile, quipermet d entrevoir un nouvel 
et plus facile passage de 1 un a 1 autrc cote des Andes. La distance entre le Port- 
Montt, sur le golfe d Ancud, et le Nahuelhuapi n est que de 57 lieues qui se font 
en grande partie par eau, sur les lacs et rivieres intermediaires. 

Geoloyie. D apres Pissis (Geoloyia de Chile), les Andes chileennes offrent 
les troisgrandes classes de roches que Ton rencontre dans la nature. Les forma 
tions endogenes y sont representees par les matieres volcaniques, les trai-li\l< >, 
les syenites et les granites; les formations exogenespar differents conglomerats, 
des gres, des argiles et des calcaircs; enlin la serie metamorphique par les por- 
phyres stratifies, les platres et un ties-grand nombre d autrcs roches plus ou 
moins modifiees. La superficie de toutes ces rocbes s altere lentement au contact 
de I utmosphere. Les parties anguleuses s emoussent les premieres et la decom 
position continuant de la circonference au centre, produit une serie de couches 
fendillees, concentriques, qui s ecaillent et forment la terre argileuse qui couvre 
presque partout les roches d origine volcanique et les porphyressi coiumuns dims 
les Andes. 

C est ainsi que Pissis explique la formation de cette terre argileuse et saline qui 
abondedans les Cordilleras, et donne la poussiere si fine et si desagreable qui so 
leve sous les pieds des mules et enveloppe les voyageurs d epais images, meme en 
1 absence complete de vent. Son extreme tenuite la fait ressembler ade la cendro 
et son gout est salin. 

Lesroche- metamorphiques occupent la majeure partiedu relief des Andes. Ellos 
pourraient ^tre classees, dit Pissis, dans les roches porphyriques relativement is 
leur ensemble. Maisleurs caracteres varientarinfini, et offrent toutes les transitions 
depuis les gres feldspathiques jusqu aux porphyres les mieux caracterises. Les cou 
ches les moins nlterees, celles qui conservent encore quelques signes de leur struc 
ture primitive, presentent des conglomerats formes de gros fragments de roches 
roulees, nnies par une argile durcie, ou des gres verts composes de pelits grains 
de feldspath lies entre eux par une pate de cqMeur obscure. Ces roches examinees 
dans une grande etendue changent souvent de caractere ; les grains feldspathiques 
se reunissent en petits groupes ou se montrent des indices de la forme cristalline. 
Une matiere brune homogene remplit les intervalles qu ils laissent entre eux, et 
la roche <e transforme enfin en un porphyre petro-siliceux. Les banes composes 
de fragments roules eprouvent des changements analogues et se transforment en 
poudingues a base porphyrique. Ces changements s observent surtout dans le voi- 
sinage des roches syenitiques. y 

G estaussi la, au contact de la syenite, qu on rencontre des cristaux d epidote, 



36 CHILI. 

tie carbonate de cuivre et des agates de la plus belle teinte, de la chauxspathique 
et da quartz hyalin. Les calcaircs anciens fossiliferes se montrent ca et la dans les 
Andes jnsque sur les plus grandes hauteurs. C est ainsi que Martin de Jioussy a 
vu dcs ammonites recueillies sur les plateaux de la Cordillere de Copiapo. Aux 
environs du Tupungato, on a trouve des yryphees caracteristiques du terrain 
urassique ancien. Danvin qui a traverse la Cordillere au passage du Portillo et a 
eelui de la Cumbre, et qui en a donne deux coupes geologiques, ditqu on rencon 
tre dans la chaine la plus occidentale, celle de Piuquenes des schist os argilo- 
calcaires noirs qui rcnferment des coquilles appartenant aux genres Gryphcea, 
Turritella, Terebratitla et Ammonites. Ces roches sontprobablement, selonlui, 
du meme age que les parties centrales de la serie secondaire de 1 Europe. Ellrs 
sont penetrees et alterees par des dykes et par des masses enormes d une certaine 
roclie plutonique qui a la texture du granit ordinaire, bien qu elle ne renferme du 
quartz que rarement, car elle est surtout composee d albite et d ampliibole. On a 
tout lieu de supposer, selon lui, qnecette roche est d une date postmeure a celle 
de certaines formations tertiaiivs. 

Ktant donnee la constitution mineralogique du massif des Andes, il est facile 
de se faire une idee de la composition du sol des vallees qui n est qu un produit 
d eboulement et de desagregation des memes roches, et d alluvions des rivieres. 
l,c Chili est rid to en mines. On y extrait de 1 or, de 1 argent ; surtout du cuivre 
ct. de l,i houille. Le lapis-lazuli, le eristal de roclie, le plonib, le nickel et le cobalt 
donnent lieu a un commerce de beaucoup moimlre importance. Nous n emprun- 
terons a la statistique chilienne que quelqucs chiffres pour fixer les idees sur cette 
(tranche de la richesse publique. En 1865, toutes les mines reuniesemployaient 
25,745 mineurs et on comptait 547 hauts fourneaux rien que pour letraitement 
du mineral de cuivre. 

CLIMAT. Pour qui sail 1 influence qu exercent sur le climat d un pays, inde- 
pendamment de la latitude, sa configuration, son orientation, le voisinage de la 
mer et des montagnes, la hauteur de celles-ci, 1 altitude et [ orientation des val 
lees, la presence on 1 absence des lacs et des lagnnes, etc., il suflit de jeterun 
coup d oail sur une carte un peu detaillee du Chili pour reconnaitre qu il reunit 
tous les climats. Ce serait une tache immense et peut-etre irrealisable aujourd hui 
que de reunir tous les climats partiels, mais on peut du moins etablir quelques 
grandes divisions qui serviront a les grouper, et dont les limites seront tracees 
par les conditions de latitude et d altitude. Nous aurons ainsi le climat du nord, 
celui du sud et le climat des montagnes. Bisons tout d abord que le nord du 
pays est chaud j usque vers la latitude de Conception (56 lat. S.) ; et que le sud 
est tempere et variable. A Santiago, capitale et centre de la Republique, les moi> 
les plus chauds qui sont ceux dedecembre, Janvier, fevrier, donnent une moyeiine 
de + 27 C. Les mois les plus froids (juin, juillet, aout) out une moyenue (^ 
-f- 12, 5 C. En general, dans les provinces du centre, les chaleurs de 1 ete com- 
mencent en novembre et fmissent en mai, elles sont temperees par les vents dn 
sud et le thermometre flotte entre -+- 25 et 28 C. Rarement, il s eleve a + 50. 
De juin a octobrc, rcgne la saison fraiche dont la moyenne est de 12 a liC. 
Les mois d aout, septembre etoctobre sont ceux qui offrent la temperature la plus 
agreable et la plus salutaire. La secheresse est le seul inconvenient de ce beau 
climat; mais une abondante rosee y supplee aux pluies. De novembre en mars 
on ne voitpasun image au cicl dcpuis la frontiere septentrionale jusqu a Con 
ception sous le 56 e degrc, c est-a-dire dans une zone deoOO lieuesen longueur. 



CHILI. 57 

La jiluic, la grele, la neige et les orages sont renf crmes dans la region des mon- 
tagncs. C cst surtout au nord qu on eprouve les effets de la sechcresse. Le desert 
d Atacama nc recoit pas une gontte d eau du ciel ni un rnisseau des arides 
plateaux qui le domiiient, desorte que la population n y pourrait subsister. 

Lc climat du littoral offre quelque difference avec celui de 1 interieur ; les 
ardours de 1 ete y sont temperees par les echanges quotidiens des brises de 
tcrrc et dc mer et par le courant fi oid dc Humboldtqui reinonte dusnd ;iu nord, 
tout le long dn rivage. D aillenrs, nous allons hisser la parole a M. Dnpln\ 
qui, ayant stationne quelque temps dans le port de Valparaiso, en a decrit ainsi 
les conditions climateriques. 

Deux saisons s observent a Valparaiso, comnie sur toute la cote du 1 acilique ; 
sans ilniilc elles ne se succedent point brusquement et sont separees par (\c> 
periodcs intermediaires, qui correspondent au printeraps et a l automne de nos 
climats; mais ces periodes sont trop peu tranchees pour etre regardees conime 
des saisons proprement ditcs. 

L ete ou verano dure de la fin de novembre au commencement de inai. 
(juelqucs brises du nord se font scntir au commencement et a la fin de cette sai- 
son; mais les vents dominants sont ceux de la partic du sud, qui commencent a 
semanifester apres li beures du matin, rarement avant, etcessent generalemenl 
de soul ller vers 5 ou 6 beures du soir. II n est pas rare toutefoisde les voirregnrr 
jnsqu a 9 ou 10 hcurcs du soir, avec de violentes rafales, surtout quand ils se 
sont loves un peu tard. 

11 pleut tres-rarement en ete; la cbaleur est souvent excessive pendant le 
jour; mais les units sont ordinairemcnt fraiches. 

L lnver, ou invierno, comprend les mois de mai, juin, juillet et aout ; 
c est la saison des plnies ct des vents du nord ; les mois de septembre et d octobre 
fonnent une sorte dc printemps, une saison de transition pendant laqnelle on 
observe peu de pluies, des calmes frequents et des vents tres-variables, tantol tlr 
nord au nord-cst, faibles ; tantot de fraiches brises de la partic du sud. 

Lc tableau qui suit indique les moyennes meteorologiques deduites des 
observations recueillies a la Bourse commerciale de Valparaiso, etde cellcs prise.- 
a bord dc la Constantiiie pendant un sejour de buit mois environ sur rade. \.\-> 
donnees qu il prescnte sont loin d etre rigoureuses ; elles out ete recueillies a la 
Bourse, avec peu de methode, depuis le 1" juillet 1855, et personne jusqu iei 
ne s etait preoccupe d en tirer les moyennes. Elles peuvent neanmoins seivira 
donncr une idee assez exacte du climat de Valparaiso. Les releves meteorologiques 
presentent, pour 1 annee, les cbiffrcs suivants : (voir le tableau p. ci-contre). 

Le climat des montagnes et des vallees des Andes est en raison directe dc 1 al- 
tilude autant que de la latitude; mais celle-ci trace une limite bien trandi. v 
entre le nord et le sud sous le treate-sixieme degre, ainsi que je 1 ai deja dit. An 
sud du treute-sixieme degre, les Andes recoivent beaucoup plus de neige que 
vers le nord. Cettc circonstance amene un changement complet dans le climal, 
lequel, a partir de ce point, est d autant plus humide qu on avance davantage 
vers le sud. Les pluies et les brouillards y entretiennent une humidite abondanti- 
qni favorise une vigoureuse vegetation, aussi bien dans la plaine que sur les ver- 
sants des montagnes. C est le territoire des Araucans. La limite des neiges perpe- 
tnelles va s abaissant progressivement dunord au sudjusqu a 3,000 metres d al- 
tilnde. Si nous remontons au contraire du trente-sixieme degre, point de partage 
du climat de la republique, vers la frontiere septentrionale, nous trouverons les 



58 



CHILL 



MOYENNES METEOROLOGIQUES RECUEILLIES A VALPARAISO 
(du 1" juillet 1885 au 1" septembre 1860). 











[a 


Ea 






REMARQUES GFJNfiRALES 




u 


g . 

H ^ 
< z 




cs 

s 

H ?- 


|| 


5 u; 




MOIS. 


s 




,5 ^ 


ILJ Z- 


1*7 W 


i^" < 


BRISES HOMINANTES, PLC1ES, ETC., ETC. 






ce 


u f, 


e. ^ 


i. z 


^ 


c. "^ 






ca 





H 


u * 


t! ** 


gS 




Calnies dominants; quelqucs faibles brises 


JANVIER. . .. 


757.4 


\ 


24 


17 


19 


18 2 




du nord ; brises fraiches du sud , trois fois 


















dans la rnois. 



















Fortes brises de S. el S. S. 0. dans 1 apres- 


FEVRIER. . .. 


738 


0.8 


24 


15 


189 


13 2 


p 


midi; 2 jours de pluie. 
















o 


Calnies et faibles brises d O. pendant la plus 




7SS.2 


0.7 


22 


13 


174 


16 


43 


grande partie du mois; fortes brises de S. 
















W 


les premiers jours. 


















Brises violentes de S. et S. S. 0. 1 apres-midi; 


AvniL 


-:*.! 


0.8 


22 


11 


16 


I53 




5 joiira do pluie. 
















Rricna rlf* S_- niiplnups vents de N.: oluies 


MAI 


" S 6 


O.o 


19" 


9 4 


li5 


15 8 




l iui|ucntes. 
















o 


















CC 

09 


6 jours de vents de N.; pluiet, frfiquentes. 


i -.. 


f*>C 

/.JU 


0.6 


18 4 


9 


14 2 


13-5 




s 


10 jours dc calme. \ Pluies 
















D 

O 


14 j. de vents de la partie sud. | f r g quenleb 


.li H i i i 


755 


0.5 


IX" 


8o 


14 5 


1 3 2 




H 


7 jours de N. dont 2 violents. ) 


















5 jours dc calme. j i>i u i os 


















20 jours deS. frequenter 

8 jours de N. au N. 0. 1 


AOL T ... 


756 


0.6 


17 


9 


11 3 


13 G 






Vents tres-vaiiables; calmcs frequents ; quel- 


SEPTEMW.E . 


759 


0.2 


19 


9 


16 2 


144 


Z 

e o 


ques fraiches brises du N. E. faibles; sud. 
















z H 




































to Z 


















5 a: 


Comme en septembre. 


OCTOBRE.... 


761 


0.4 


22 


12 


IN- 3 


)48 




Fortes brises de la partie du sud. 


NOVEMBRE. . 


761 


0.6 


23 


12 


184 


165 


>U 


Calme le matin et la nuit; vents du sud 


DECEMBRE. . 


759 


1.4 


24 


14 


19 7 


182 




1 aprcs-midi. 

















ncigesde moins en moins abondantes quesur la Cordillere. A 1 exception des pics 
les plus eleves,comme le Tupungato et 1 Aconcagua, la ligne de faite se depouille 
completement de neige, en ete, a une altitude qui depasse 4,000 metres. La seche- 
resse du climat suit la meme progression. L evaporation est si active au milieu d un 
air rarcfic que la neige qui tombe sur les hauts plateaux se vaporise sans mouiller le 
sol. C est ce qui explique le tres-petit nombre de cours d eau qui descendent de 
la Cordillere entre le trente-deuxieme degre et le tropique, 1 aridite du desert 
d Atacama et d un bon nombre de vallees des Andes. A 4,000 metres d altitude 
la secheresse est telle que 1 hygrometre a cheveu descend a 5, et que la peau se 
gerce et se fendille comme dans les grands froids de 1 hiver. Le ciel est d un bleu 
cru dont 1 eclat fatigue la vue, et la vegetation est absolument nulle. L eau ne 
tombe jamais qu a 1 etat solide, c est-a-dire a celui de grele ou dc neige. Le climat 
est tres-rigoureux a une pareille altitude ; le soleil est ardent, mais on a froid a 
1 ombre ; les vents sont excessivement violents et froids. La nuit, le thermometre 
descend jusqu a 4; mais dans ces memes journees il monte jusqu a -hlO et 
+ 12. En somme, c est un climat dur et desagreable auquel les pasteurs indiens 



CHILI. 39 

pcuvent seuls s habituer, encore pas au deli de 1 altitudc de 5,200 a 3,700 me 
tres, et dans quelques vallees un peu abritees du vent. Telle est la limite des 
habitations des hommes en ces regions. La temperature des vallees inferieures 
est naturellement beaucoup plus douce, mais tres-inegale cependant. La chuleur 
s y eleve beaucoup dans la journee, mais il y fait froid la nuit. Les differences de 20 
dans Tecbelle thermometrique y sont frequentes du jour a la nuit. L ete y donne 
quelques pluies d orage, mais il y pleut fort rarement en dehors de cette saison. 
La grele y est le flcau des cultures, surtout de la vigne (Martin de Moussy, Cli- 
mat des Andes}. Tyndall a fait remarquer que 1 air tout a fait sec se comporte 
comme le vide relativement a la transmission do la chaleur rayonnante. II sui lit 
done que le soleil disparaisse un instant dans un climat comme celui du nord du 
Chili, surtout dans les Andes, pour que le refroidissement devienne sensible, et 
a plus forte raison pendant la nuit. 

REGJJE VEGETAL. Les principales productions de I agriculture chilienne se clas- 
sent dans 1 ordre suivant : ble, orge, mais, legumes sees (pois, haricots, feves, 
pommes de terre, etc.), vigne, chanvre et lin, graines oleagineuses, arbres frui- 
tiers d Europe qui se sont propages a 1 etat sylvestre en certaines vallees au point 
d y former de veritablesbois. Les principaux sont les oliviers, amandiers, noyers, 
chataigniers, pommiers, etc. Le ble du Chili est en general d une qualite supe- 
rieure, et donne des fariues aussi renommees que les meilleures des Etats-Unis. Sa 
culture se fait sur une tres-grande echelle. Celle de la vigne, prohibee par 1 Es- 
pagne dans 1 interet de son commerce, jusqu a 1 epoque voisine de nous ou le 
Chili cut le bonheur d echapper a son immorale domination (1818), prend de jour 
en jour plus d extension et de perfectionnement grace au soin qu ont pris les 
grands proprietaires de faire venir des cepages de Bourgogne et de Bordeaux, en 
merne temps que des vignerons pour en diriger la culture. 

En ce quiconcerne les principales essences des forets, la difference si tranchee 
du climat dans le nord et clans le sud en marque une correspondante dans la ve 
getation. Dans le sud, ce sont le hetre, le bouleau, 1 araucaria ou dombeya chi- 
lensis, les grands myrtes, le ivinteria aromatica. Au-dessus du trente-sixieme 
degre, la vegetation est riche dans ses details, mais d un aspect moins imposant. 
Les grands et beaux arbres que nous venons de citer deviennent de plus en plus 
xares au fur et a mesure que Ton remonte vers le nord. Us sont remplaces par des 
mimosees de haute taille, dont quelques-unes sont remarquables par la beaute de 
leurs fleurs et 1 elegance de leur feuillage. Parmi les plus repandues et en meme 
temps les plus utiles, nous citerous une espece de caroubier, le prosopis dulcis, 
qui atteint une hauteur de 10 a 15 metres, dont le fruit seeh J et reduit en farine 
sc mange en guise de pain et dont les gousses fermentees donnent une espece de 
bierc nommee chicha ou aloja. La famille des laurinees et celle des myrtacees 
seuit aussi tres-nombreuses et fournissent des arbres de tres-grande taille. L arbre 
a savon (quillaya saponaria) est tres-commun au Chili et rend des services a 
1 economie domestique du pauvre. Enfm la region des Cordilleres a aussi sa flore 
qui merite une mention speciale. La vegetation n y depasse pas 1 altitude de 
4,000 metres, suivant Martin de Moussy. A cette limite se trouvent les deux der- 
niers representants du regne vegetal : les maigres lichens qui tapissent quelques 
roches et la Llareta, plante singuliere doiit la racine conique s enfonce asscz 
profondement dans le sol entre les debris rocheux, tandis que son extremite su- 
perieure s epanouit a 1 air comme une moisissure verte intimement adherente a la 
pierre. Dans les quebradas (ravines) un peu plus basses commencent a paraitre la 



40 CHILI. 

tola oujume, le Luisson nomine cuerno de cabra, un gazon assez robustc dilpiu- 
cun, ciifin, aupres de 1 eau, une cyperacee tres-rustique, l&paja brava, clout le 
feuillage clur et tranchant est ccpondant fort utilc pour la nourriture des anini;iu.\ 
en ccs regions desolees. A une altitude de 5, 500 metres commencent a apparaitre 
des cactus couverts d un duvet serre qui les protege contre les friraats, ct dont 
une variete du genre cereus est employee pour la construction des cabanes en rai- 
son de la taille et de la resistance de son bois. Au-dessous de 5,000 metres com 
mence une vegetation tonffuc Aalgarobosou caroubiers, A acacia caviena, Ac 
bre as (terebinthacee) dc jarillos (id.), de Quebrachos (apocynees), de saules, -m 
Je Lord des eaux, et de visco, mimosee tres-precieuse pour 1 ebenisterie. A 
2,000 metres, la vegelalion est deja tres-vigourcusc, ct loutes les cultures des> 
pays temperes, y compris celle des arbrcs fruitiers, y prospcrent quand il y a de 
1 eau. Quant aux vallces d une altitude inferieure a 1,000 metres, la vegetation 
y est luxuriante pour pen qu elles soient arrosees, et non-seulement les cereales 
et les arbres fruitiers d Europe, mais encore beaucoup deplantes des pays chauds 
y prosperent : tels sont les oliviers, Grangers, grenadiers, papayers, corosolliers 
(anona muricata) , cherimoliers (anona cherimolia), goyaviers, etc. 

REGNE ANIMAL. II e.4 riche et varie. Nous signalerons parmi les mammiferes 
plusieurs grandcs especcs dc chats : felis cuyuar ou puma, designe par Molina 
sous le nom de lion du Chili, mais qui se trouve aussi bien sur 1 autre vcrsant de 
la Cordillere, ct qui n a ui la criniere, ui la taille, ni la force du lion; felis ja 
guar, (lit aussi onza, le plus fort et le plus redoutable des fauves d Amerique ; 
felis pardalis ou ocelot; felis eyra ou psendo-pardalis , appcle dans le pays H 
par Azara jaguarondi ; cnfin une espece de chat-fouin dit gato-montes, chat des 
bois. Parmi les autres genres, nous citerons la chincha (viverra mephitis) decrite 
par Buffon sous le nom de moufflette du Chili ; le chinchilla (imis laniger, cai- 
lomys-chinchilla, de Geoffroy-Saint-Hilaire), rongeur qui tient le milieu entre le 
lievrc et la gerboise; le carpincho (cavia capybara, sus hydrochcerits, sus palus- 
tris), rongeur aux mceurs amphibies; le renard tricolore (cam s cinereo-aryenta- 
tus), le memequ on retrouve dans 1 Amerique duNord; le cuy (lepus minimus): 
la viscachc (cavia acuschi), espece dc grandc marmot tc sans sommeil hibernal; 
le cujaquiqui (mustela cujaquiqui) ; le guanaco (camelus huanacus) ; la vigogne. 
(camelus vicugna) et le lama (camelus araucanus) ; 1 alpaca (camelus alpaca). 
Ccs quatre ruminants sont a des degres divers d une importance considerable 
pour rindien des Andes ; le premier scul descend dans la plaine, les autres ne 
sortent pas de la Cordillere dont ils hantent de preference les plateaux les plus 
eleves. Cependant, le lama, reduit a la domesticite depnis les temps les plus 
anciens dont les annales americaines fassent mention, sert de bete de somme et 
remplace pour 1 Iudien tous les autres animaux domestiques. L alpaca, tres-voisin 
commc espece du precedent, a la laiue plus longue ct plus fine. II vit sur la li- 
mitc des neiges perpetuelles, en compagnie de la vigogne dout la toison est tres- 
soyeuse. Le guanaco, dont la chair est aussi succulente que celle des precedents, 
a une robe moins bien fournie; mais les Indiens, surtout ceux du sud, ulilisent 
la peau garnie de ses poils pour s en fairc des vetements et des fourrures. Gitons 
entin le pedu ou quemul (capra pu di) , sorte d antilope dela Cordillere. Les cotes 
nourrissent en abondance plusieurs especes de phoques et quelques cetaces. 

L ornithologie a beaucoup de rapports avec celle de la Patagonie et du bassin 
de la Plata. On y voit figurcr plusieurs especcs de canards, dc colombcs, de fla- 
mants et de colibris ; un heron d une blancheur immaculee, le pic a hupe rouge, 



CHILI. 41 

le troglodyte chilien, le fournicr (furnarius r it/its), oiseaufamilierdes habitations 
ru rales, la grebe, la ccrthia chilensis, la grive dcs Malouines ct clu detroit de 
Magellan, le manchot, les goelands et surtout cle nombreuses especcs d oiseaux de 
proie (buses, aigles, faucons, chouettes), panni Icsqucls le gigantesque condor 
(sarcoramphus gryphus), qni a merite le nom de roi des montagnes. 

L icthyoloyie et la malacologie des coles chiliennes sont riches ; mais les in- 
sectcs sont rarcs. On nc cite panni les insectes venimeux qu un petit scorpion 
blanc, unc araignee et les monstiqn.es. 

Quant aux animaux domestiques, Ions ceux d Europc onl fh naturalises an 
Chili et y prosperent. 

Une des principales sources de lariehc-sc agricole du Chili provient de IV If \a-f 
des bceufs, des chevaux et des moutons. Les pores et les chevres sont egalcmn;! 
tres-nombreux. On a beaucoup multiplie dans ces dernieres annees Ics AM> j 
soic et les abeilles. 

ANTHROPOLOGIE. La population cbrctienne du Chili est le resullat du nn laugc 
des races americaine et europeenne, avec preponderance du type europeen dans 
Ics liautes classes et du type americain dans les classes inferieures, surtout a la 
campagne. Les Chiliens sont d une constitution robuste et bien harmonisee ; 
d une taille plntot grande qnc petite. Us out generalement !< (mil [dus oumoins 
liasane et le poil uoir. Us sont adroits aux exercices du cm-ps ct non moins intel- 
li gents; sobres, patients et braves. De tous les peuplrs d origine espagnole, ce 
sont eux qui ont fait le plus de progres dans la civilisation, on tout an nioins 
dans 1 art si difficile du gouvcrnement. Personne n ignore sans donte que, de 
t)tis les Etats hispano-americains, le Chili est le seul qui ne vive pas du regime 
quotidien des pronunciamentos et des revolutions. 

Apres cette rapide esquisse, nous passcrons a 1 etude de la t amille chilicnne 
primitive dont les Araucans d aujourd hui nous dl fivnt le type a peu pres pur. 
On trouve bien sur le territoire du Chili quelques autres sujets de la race ame 
ricaine, et qui sont des Puelches et des Huilliches; mais ils sont en infime mi- 
uorite, car leurs principales tribus sont dans les panijias de la Confederation 
Argentine et dela Patagonie (voy. ces mots). Quant aux Clinches qui habitent au 
snd de Yaldivia, aux Chonos de Chiloc et aux Pehtianches ou montagnards des 
deux versauts des Andes, ce ne sont que des tribus separees de la grande famille 
araucane. II nous suffira done de decrire celle-ci qui se donne elle-meme If nom 
dc Moluches , mais que les Espagnols appellent Araucanes , et nous, a leur 
exemple, Araucans. 

\ 7 oici le portrait succinct et caracteristique qu en a trace Alcidf d Orbigny : 
Couleur brun olivatre peu fonce ; taille de l m ,641 ; formes massives; tronc nn 
peu long comparativement a 1 ensemble; front peu eleve ; face presque circti- 
laire ; nez tres-court, epate ; yeux horizontaux; bouche mediocre; levres minces ; 
pommettes saillantes; traits efft mines ; physionomie serieuse et froide. Leur 
n .ombre s eleve a 30,000 environ. Molina, qui les a bien connus, les decrivait, 
a\ ant d Orbigny, comme des hommes d assez haute taille, aux formes peu agrea- 
bles, ayant le visage aplati et les pommettes saillantes comme les Mongols, le 
ragard feroce et mefiant, le teint cuivre ou d un brun rougeatre, le ziez court, la 
bouche grande, le menton epile etune longue chevelure noire; dureste, robustes, 
adroits et excellents cavaliers. Ces deux portraits se completent sans se contre- 
dire. 

De tous les peuples d Amerique, ils sont les seuls qui aient pu register victo- 



42 CHILI. 

rieusemeut aux arnies espagnolos, ct maintenir par la force leur indepeudance 
jusqu a ee jour, car la ie|mblique du C.liili nc les possede que nominalemcnt. Us 
sont indepeudauts eii fait cL memo en droit, puisqu ils ae soat lies que par un 
traite d amitic qui sonlliv de part ct d autrc d assez i requentes infidelites. Les 
premiers ils se sont occupes a dompter les chevaux espagnols, doat la race s etnit 
prodigieusemeat multiplied ii 1 etat sauvage aioias de deux sicdcs anre la coa- 
quete. Us ea firent de meme du bceuf, et ces deux acquisitions oat produit dans 
leurs moeurs le memo chaagemcat que la domestication de ces especes produisit 
chez nos aacetres d uae cpoque prehistoriquc. 

Les Araucans de aotre epoque, agricultours ct pasteurs a la fois, qm candour 
seat la chaiTue a travers les champs de raais, de ble et d autres ccreales, ou 
qui, nmntt s sur de rapides coursiers, pousscat dcvaat cux dans la prairie dcs 
troupcaux dc bceufs, dc chevaux ct dc moutons, nc rcssemblent guere a leurs 
aieux dont 1 existence miserable se traiaait daas les bois ct sur les rivieres a la 
chasse du giliirr on a la pcche du poisson. Anjourd hui les Araucans recoltent 
aon-soulemeiil, pour leur eonsimimaliou, mais meme pour un commerce d e- 
-liaise et d exportation. 

Jaloux dc leur iadependance, ils out repousse toutes les tentatives faites pour 
Irs roinertir an clirisliaiiisnie; dans I ideV que lesmissionuaircs qui venaient leur 
[livelier In religion dcs ronquerants de I AmtTiquc ne pouvaieat etre que dcs 
einissiiivs charues dc pn paivr les voies a 1 caacaai. Ils s ca tienaeat done encore 
presquc Ions a leurs anciennes croyances en Meulen, die a supreme, etre iaiini, 
tout-puissattt, eivaleiir de toutes cboses et eternel. Tels sont les attributs par 
lesquels ils le dt signent tour a tour et qui meritent bien d etre rapportes puis- 
qu ils montrent a quelle haute et pure conception de la divinite ces jfiers ent.uits 
de 1 Amerique s etaient eleves d eux-nieiacs. One ne s cn sont-ils tenus la, et 
pounpioi t aut-il qu a cet auteur de tout bien ils aient oppose un esprit malin ou 
genie du mal ! Pour conjurer ses malc iices, il u y a pas trop de la saiate cohorte 
des Uhnines, genies tutelaires on si Ton vcut anges gardiens dont un au moius 
s attache aux pas de chaque homme depuis le seuil de la vie jusqu au tombeau. 
Cette conception touchaate nous fait regretter que non contents de ces protec- 
teurs mysterieux, ils aient recours aux inacliis qui cumulent les fonctions ou 
I ilutot les profits de sorciers et de nu dcrins. 11 est vrai que pour encourager, 
sinon la profession, du moins les progres de 1 art, ils les mettent a mort quaad 
ils les soupcoaneat de faire boa menage avec le diable au lieu de conjurer ses 
coups. Dans les circonstances importantes de leur vie politique, les Araucans font 
des sacrifices d aaimaux, a la maitiere des ancieas Romains, ea meme temps 
que leurs sorciers tirent des augures de tels ou tels signes. Mais leur religion 
proprement dite ne revet aucune forme extericure, car ils a oat ui temples, ni 
ceremonies, ni fetiches. Ils se con ten tent, dans les moments de danger, d invo- 
quer leur bon genie, ignorant sans doute ce judicieux proverbe que tant de 
chretiens ont oublie : Mieux vaut s adresser au bon Dieu qu a ses saints. 

Tachons maintenant de tirer de leur legislation la mesure de leur moralite ou, 
tout au moins de leurs idees morales. L homicide premedite, la trahison, le vol, 
1 adultere, sont punis de mort, mais le coupable pent se racheter en trausigeant 
avec la famille de sa victime ou avec celui qu il a lese. 

La polygamie est permise, mais la premiere femme est seule considered comme 
1 epouse en titre, les autres habitent separement. La condition des femmes est 
fort dure, et elles sont chargees des soins les plus penibles, noii-seulement dans 



CHILI. 43 

Ic menage, mais encore dans les champs. Lour elnt est celui d ime sorvaote et 
non d uue compague do 1 hommc. 

Lc gouvernement des Araucaiis est, celui d une aristocratic nnlitaire et feo- 
dale, etle pays est divise en quatrc gouvernements on tetrarchies confedecees, 
niais autonomes chacune en parliculicr. 

Lcur passion pour la guerre est jusqu a un certain point justiiiec par celle de 
1 independance nationale dont elle a etc jusqu a ce jour Ic bouclier. L Araucaii 
combat avec une extreme bravoure, mais sans ordre et presque sans tacliqiic. 
cmmne Ic Tartare et 1 Arabo atixqncls on pent le coni[iarer sous plus d un rap 
port. Ses armes sont toujours de preference la longuc lance en bambou arniee 
d uii feraisu,le lasso ctlcs bolas, biea qu il n ignorepasl usage des armes a feu. 

Si le gout et les habitudes de la guerre out imprime aux mceurs des Araucaiis 
un caracterc de cruaute et de violence qui en tout 1 effroi de leurs voisins, ils 
possedent en revanche plusieurs qualites estimables qui sont : la bonne foi dans 
les traites, le respect du serment, 1 hospitalite et meme Turbanite a 1 egard des 
etrangers qui visitent leur territoire avec 1 autorisation des chefs. Du reste, leurs 
inceurs se sont bien adoucies depuis qu on a renonce a les conquerir de vive force 
ft (jue le gouvernement chilien a pris le sage parti d attendre des progres du 
temps et de la population blanche 1 assimilation graduelle et pacifique des ln- 
diens. Ges resultats sont dus en grande partie a la classe nombreuse des metis 
nes des femmes que les Araucaus enlevaient dans leurs razias periodiqnes snr le 
territoire espagnol, particulierement dans les villes de Conception et de Valvivia 
dont lct> couvents out ete plus d une fois vides par ces terribles chasseurs de 
femmes blanches. En outre, les Indiens frequentent, en temps de paix, les mar 
ches voisins de leur territoire, de meme qu ils laissent faire le commerce cliez 
cux. On peut done prevoir que le Chili retirera dans un avenir qui n est peut- 
etre pas tres-eloigne les fruits de sa sage politique. 

DEMOGRAPHIE. Le dernier recensement, qui a eu lieu en avril 1865, donne 
au Chili une population de 1,819,225 habitants. 

D apres les donnees de la statistique, la population augmente annuellement 
de 26,850 habitants ou de 1 pour 58. 

Les memes donm es font ressortir les proportions suivantes dans la dur^e de 
la vie : 

Del5a80ans 1,073,224 individus. 

Si Ton retranche, de cette periode, 20 annees, on 
trouve que la population, de 15 a 60 ans, est de . . . . 925,360 

Les enfants de moins de 7 ans sont au nombre de . . 355,889 

II y avait au Chili, d apres le dernier recensement, 15,117 vieillards de 80 a 
100 ans, et 521 depassant cet age. 

On compte 9,360 individus inaptes au travail pour cause d incapacites physi 
ques ou morales. 

I! y a 1 habitant stir 5 qui sait lire, et 1 sur 6.9 qui sait lire et ecrire; et, si 
Toy preud la moyenne de la population au-dessus de 7 ans, on trouve 1 individu 
sur 4.7 habitants sachant lire, et 1 sachant lire et ecrire sur 5.5 habitants. 

La population virile, comparee avec les autres ages, donne pour les homines 
-i9 pour 100, soit 452,513 hommes qu on pourrait mettre sous les armes. Re- 
parti sur toute la surface du territoire chilien, qui, comme il a ete dit, mesure 
345,458 kilometres, 1 ensemble de la population correspond a 5.5 habitants par 
kilometre carre; mais si l o divisait cette population par 75,912 kilometres. 



44 CHILI. 

qui sont uniquement livres a la culture, il y anrail 2H.5 habitants par kilo 
metre carre. 

La population etrangere, au Chili, ne s eleve qu a 25,220 habitants, clout 5, 002 
femmes. 

NOSOGRAPHIE. Le Chili cst, en somnie, nn pays salubre. La rarete de marais 
croupissants, I elevation generale clu sol et sa position geographique ont con- 
conru ale preserver jusqu ici des terribles endemics de 1 Amerique tropicale. 
l*n moins, la dysenteric est-elle la seule maladie qui puissc, a la rigueur, etre 
coiiMilcrcc coimne endriniqne dans la zone chaude du Chili. A Santiago, on la 
chalriir cst ipielqnelms insupportable en ete, la dysenteric est frequente et gra\r 
el cllc s accompagne assez souvent d hepatite. II en est de meme dans la grande. 
vallee centralc on se tronvc Santiago, la capilale, tandis qnc les memes affec 
tions soitt jtlns rares a Valparaiso, dont le cliniat est plus tempere, parcu qiu- Ic 
voisinagc de la iner lui domic nne uniformity que n a pas celui de 1 intericiir. 
Tel est le temoignage que j ai recueilli moi-memc, qnancl je visitai Valparaiso. 
de ]a bouche du docteur Cox, qui avail exerce avec distinction pendant phis ilr 
trenlc ans dans Tune et 1 autre ville. 

Le docteur Duplouy, pendant son sejour dans Ic port de Valparaiso, a en occa 
sion d observcr plusieurs cas d abces du foie qui se sont termines par la mort 
apres avoir ete ouverts par les caustiques. II a ete assez souvent appele en con 
sultation par des Europeens atteints d hepatite assez grave pour les forcer a 
chercher leur saint dans le relour an pays natal. Le principal danger de ces he 
patites, clit-il, cst qu ellcs se developpent sourdement, pour ainsi dire a 1 insu 
du maladr. Kllcs reslcnt ain>i pendant longtenips a 1 etat latent et ne foircnl 
les sujets a solliciterlessecoursde 1 art que lorsqu elles sont deja tres-avancees. 

En general, les maladies de I appareil digestif tienncnt une place importantc 
dans la pathologic du Chili, qu elles se developpent isolement on qu elles vicn- 
neiit. coii]jilii]iicr d antres affections. 

L enteralyie spasmodique s observe frequcmment, et c est d ordinaire a la 
suite de 1 usage ahusif des melons d eau on dc boissons glacees en ete. 

L embarras rjastrique, la diarrhee, la yastralyie sont frequents. Lc cholera 
epidemique n a pas encore fait son apparition au Chili, inais le cholera spora- 
diqne, on cholera nostras, fait quelques victimes dans leschaleurs de red . 

Les maladies des votes respiratoires ont nn rang d importance a pen pre> 
egal nnx precedentes. L orographie du Chili pouvait le faire pressentir, ct ce que 
j ai dit dn climat, qui en est la resultante, nous domic bien Implication de ccttc 
frequence. La pleuro-pnenmonie regae meme a 1 etat epidemique dans les vallees 
des Andes en automne ct en hivcr. Elle est tres-frequente aussi a Valparaiso, 
Miivant le temoignage que m eu ont donne les medecins du [>ays, et que jc trouve 
fonlirme par celui du docteur Duplouy (in Archives de medecine navale, i. II). 
(( La pleuresie et la pneumonie, dit-il, y sont frequentes, surtout en mars, 
avril, mai et juin, c est-a-dire dans la periode de transition entre le verano ct 
rinvierno (ete et hiver). La pneumonie y revet le plus souvent la forme catar- 
rhale, qui doit rendre reserve dans 1 emploie de la saignee generale... Les conj- 
z-as, les bronchites, les larynyites y regnent en permanence. L anyine pseudo- 
membraneuse y sevit quelqucfois cruellement... 

S il faut s en rapporter aux medecins les plus anciennement etablis u Santiago, 
rangine psendo-membraneuse et Ic croup n apparurent au Chili, pour la pre 
miere Ibis, qu en 1816. On crut alors que ccs affections nouvelles provenaient 



CHILI. 45 

de la Republique argentine (cle 1 autrc cote dcs Amies). Elles donnerent lieu a 
lie cruelles epidemics, qui 1 urent rendues plus meurtricres par leur association 
avec la scarlatine (Lafargue). 

Lzphthisiepulmonaire fait de nombrenses victimes an Chili, presque autant 
qu en Angleterre, me disait vm medecin anglais, le docteur X. Cox. Eile alla- 
quc aussi bien les etrangers quc les indigenes, ct son evolution y cst trcs-ra- 
pide. La frequence et 1 amplitude des variations diunies de temperature, I ac 
tion des courants d air froid qui descendant dcs monthlies en balayant les val- 
lees et ces nuages de poussiere si fine (dont nous avons fait connaitre la nalurc 
au paragraphe de la geologic) qui penetrent jusqu aux extrcmites les plus dc- 
liees des bronches pour y faire 1 of fice irritant de corps etrangers introduits dans 
les tissus, doivent, en effet, sinou determiner la formation des tubercnles die/ 
les indrvidus sains, au moins provoquer leur evolution chez tous les sujets en 
possession de la diathese. 

II n est peut-etrc pas superilu de rapprocher de la frequence dc la plitliisie celle 
des maladies du systeme lymphatique, de la scrofule et de la syphilis. 

Appareil circulatoire. Les maladies organiques du cceur, les ane vrysmes 
des gros vaisseanx sont, d apres le docteur Lafargue, plus rcpiimlu- ;m Chili 
qu en Europe. 

L ossification, des valvules surtout, s observe frequemment, non-seulement 
chez les vieillards et les adultcs, mais meme chez de jeunes snjets. Les hyper 
trophies du co3ur out, en general, une marche hative et violente qui emportc ra- 
pidement les patients. Les anevrysmcs spontanes des arteres sont a>sc/ eom- 
Jiiuns eux-memes, et Lafargue a remarque une sorte de diathese anevrysmalc 
sur certains individus qui portaient de ccs tumeurs dans diverses regions du 
corps. II est interessant de noter que la meme frequence des maladies du cceur 
a etc constatee par Martin de Moussy de 1 autre cote dc la Cordillere, sons la 
meme latitude, dans la Confederation argentine. Je regrette que ni 1 un ni 1 au- 
tre observateur n aient fait de distinction entre les habitants de la plaine et mix 
des hauteurs; car de pareillcs observations ont ete faites depuis bien longtemps 
sur les moines du Saint-Bernard et les habitants des montagnes en clivers pays, 
Lc rhumatisme, qui n est pas rare au Chili, pent, jusqu a un certain point, expli- 
quer la frequence de ces affections. 

Affections du systeme nerveux. D apres Lafargue, I asthme et 1 angine de 
poitrine sont frequents au Chili. Mais a quelle altitude encore?... Est-ce sur le 
littoral, dans la plaine, dans Jcs hautes vallees, sur les plateaux?... C est ce qu il 
ne nous clit pas. L angine dc poitrine sc montrerait surtout vers la fin de 1 ete, 
poque remarquable par les brusques oscillations du barometre, et s accom- 
pagnerait assez souvent d une tympanitc suffocante (flato) qui aclieve le patient. 

Les nevralgics rhnmatismales, particulicrement la nevralgie dc la face, le 
lumbago, les douleurs erratiques se generaliseraient, parait-il, a certaines sai- 
(ins a Valparaiso et sur la cote. 

Fievres. Les fievres inter mitlentes sont tres-rares, et meme, dans 1 inte- 
ricur, elles sont presque inconnues. Les fievres e ruptives (variole, rougeole, scar- 
latinc) sc presentent comme en Europe. La scarlatine n aurait apparu (epide- 
niquement) au Chili qu en 1827, oil ellc fit de grands ravages. 

La fievre typhoide, connuc dans le pays sous les noms vulgaires de Chavalongo 
ct Chavalongito, sc presenle surtout en ete et sur le littoral, comme a Valparaiso, 
beaucoup plus qu a 1 interieur. 11 j.arait aue les petechies, les sudamina, les 



46 CHIME RES. 

eruptions miliaires sont rares ct que ce sont les symptomes cerebraux qui pre- 
dominent. Lorsque la forme dite ataxique se manifeste, il est presque miracu- 
leux que le malade survive. La secheresse de 1 ete semble etre la condition exte- 
rieure qui provoque son explosion. 

Nous terminerons cette revue nosologique par quelques considerations sur la 
pustule maligne et le goitre. La premiere n aurait apparu au Chili, d apres le 
docteur Lafargue, qu en 1854, dans la province de Santiago. On la crut impor- 
tee par des bestiaux venus de la Republique argentine, oil elle regnait alors. 
On la rencontre quelquefois dans les hopitaux et plus souvent a la campagne, 
ou le paysan fait le triple metier d ecorcheur, de boucher et de megissier. 
Quant au goitre, il est endemique dans les vallees des Andes et il s accompa- 
gne quelquefois, mais rarement, de cretinisme. Le docteur Grange, qui a long- 
temps etudie les vallees des Alpes et des Pyrenees, ou il y a beaucoup de goi- 
trcux, affirmc que la principale cause de la maladie serait dans 1 usage des eaux 
chargees de sels magnesiens. C ost uue fbeorie a ajouter a bien d autres, et qu il 
appartient a une observation longue et multiplies de coniirmer ou d infirmer. 
Toujours est-il que les eaux magnesiennes ne sont pas rares dans les Andes, eu 
egard a la nature du terrain. 

On ntlribue generalement la production de cette infirmite aux eauxproveti;ml 
de In I ontc des neiges. Boussingault, qui 1 a vue dans les Andes de la Republique 
ilr l K(|ii;itcnr, s en prend a la non-aeration de 1 eau i|iii sort de boisson, expli 
cation qui sc rappmelie dc la pnVedentc, si cllc uc rcvicnl. au memo. Mais cerf < 
les montagnards des Andes ne s amusent pas a courir apres la neige pour s cn 
abreuver, et, quant aux ruisseaux qui en proviennent, ils out tout le temps <K 
s aerei dans lour cours torrentueux avant de fournir la boisson a leurs riverains. 

V. DE ROCHAS. 

BIBUOGRAPHIE. -- Les principaux ouvrages a corrsulter sont: MOLINA. Compendia dcllft 
storia gcoyrafica, naturale e civile did Chili. Bologne. 1776. ULLOA. Picladon kislorir i 
del vicigc a la America meridional. Madrid, 1748. HUSIEOLLT. Voyage aux regions cqui- 
noxialcs, etc. MIERS. Travels im Chili and La Plata. Lond., 1826. CESAR FAJIIS. Chili. 
In Univers pittoresque. Paris, 1840. PISSIS. Geologia de Chile. Valparaiso, et enfin surtout 
GAY. Historia fisica y politico del Chile. I aris, 1844 a 1854. V. R, 



< iin,49<iH s (^ei>oj, levre et TroO;, TTO^O;, pied). Ce terme designe vine 
grande division des animaux articules myriapodes, earaclerisee par la disposi 
tion en levre maxillaire de la deuxieme paire de pieds. Sous ce rapport, il annul 
puetre ecrit Cheilopodes. 

Les Scolopendres, les Geophiles, les Sculigeres constituent les principaux 
groupes des Chilopodes. 

Lalreillc apres avoir designe ces animaux sousle nom de Syngnatfta (Hist. nat. 
des crustaces et des insecles. \. VII, p. 85) les nomnia pins lard Chilopoda (Regne 
animal de G. Cuvier, t. HI, p. 155). (Voy. MVRIAPODES). A. LABOULBKNK. 

CIIIMKRES. Ces poissons, dont on connait deux genres difterents dans les- 
mers actuellesetqui out de uombreux analogues fossiles, surtout dans les cou- 
clies geologiques anciennes, se font remarquer par-la bizarrerie de leurs formes 
autant que par la singularite de leurs caracteres. 

Leur tete est. grosse, comprimee etponrvue dc plnsieurs series de pores aqui- 
fercs dont les orifices sont Ires-apparents; leurs ycux soul volumineux; leur 
peau nc possedc qu un pelit nonibrc de pieces epinenses, el ces pieces son! de 
petite dimension; leur queue se termine .en une longue pointe liliibrme, et iU 



CHIME RES. 47 

ont, independamment des deux paires de nageoires ordinaires, lesquelles sont 
ecartees 1 une de 1 autre, comme dans les poissons dits abdominaux, deux na 
geoires impaires placees sur le dos ; 1 anterieure est pourvue d une forte epine 
garnie a son bord postcrieur d une double rangee de denticules marginaux. 11* 
ont aussi deux nageoires anales, dont la premiere petite, et la seconde allongec, 
se prolongeant sous la partie filiforme de la queue. 

Les males sont pourvusd un appareil copulateur comparable a celui dcs rairs 
et des squales, ayant une forme tres-singuliere ; c est une double paire dr 
longues pinces dont les branches sont fmement epineuses a leur bord de contacl. 

Les dents constituent trois paires de grandes plaques, dont deux supcricuivs 
et une inferieure. Leur ensemble forme une sorte de bee deperroquel. L estomac 
est a peine distinct de I oesopliage, et le canal intestinal est de torme spiralc, 
c est-a-dire en vis d Archimede. 

Le coeur et son bulbe arteriel sont pelils; il y a un renflement pulsatile sur l<> 
trajet des arteres axillaires. Les branchies sont comparables a celles dcs 
raies et des squales et elles ont de meme dcs orifices multiples ; mais, con- 
trairement a ce qui a lieu chez les animaux qui viennent d etre cites, les ouics 
des chimeres ne debouchent a 1 exterieur, de chaque cote, que par une scnic 
ouverture, et il y a un rudiment d opercule cartilagineux. 

Le squelette estlui-meme cartilagineux dans son ensemble et la corde dorsalc 
est persistante ; cependant il existe des rudiments de corps vertebraux anx- 
quels cette corde sert d axe commun. 

Le crane est egalement cartilagineux et il est d une seule piece ; sa forme est 
triquelre, et rappelle le corps de certains ostracions. Le cerveau qui approche de 
celui des selaciens par sa conformation en occupe la loge posterieure ; ses cavik s 
orbitaires amples et peu profondes ne sont separees que par une membrane. 
Les dents sont solidement attachees a sa partie anterieure et palatine. 11 n y 
a pas de machoire superieure distincte du crane propremeut dit, comme 
cela se voit chez les plagiostomes ou selaciens ; le palais est large et con 
cave. La machoire inferieure dont les deux branches ussez courtes sont artieuhVs 
par synchondrose, s attache aux saillies laterales du bord iuferieur externe du 
crane que 1 on a comparees a des os carres soudes a celui-ci ; ses mouvements 
sont semblables a ceux de la machoire inferieure des cheloniens. 

Les femelles des chimeres, quoique iecondees au moyeu d une veritable copu 
lation, dans luquelles les appendices externes propres aux males jouent le princi 
pal role, sont ovipares. Leursoeufs sont volumineux, villeuxa la surface est pour- 
vus d appendices qui doivent leur permet tre de s attacher aux corps sous-marins, 
comme ceia a lieu pour ceux des roussettes, des raies et d autres selaciens. 

Les chimeres dont on forme un groupe u part sous les nomsde Chimeriens, 
Chimerides, Holocephales, etc., doivent etre placees avec les selaeiens (squales 
et raies) dans la grancle categorie des poissons placoules. 

Des deux genres composant actuellement cette division, 1 unest plus partuliere- 
ment repandu dans les mers del hemisphere boreal, 1 autre dans celles de 1 hemi- 
sphere austral; on leur a donne les noms de Chimere (Ghimcera) et de Cal- 
lorhynque (Callorliynchus). 

Les chimeres proprement dites ont la tete depourvue des longs appendices en 
forme de lanieres qui caracterisent les callorhynques, et leurs nageoires dorsales 
sont presque continues. Des trois espeees composant ce genre, la plus connue 
estlachimere monstrueuse (Ch. monstrosa, L.}, appelee par divers auteurs le 



4S C1IIMIE. 

roi dcs harengs. On la Irouvc dans les regions boreales et dans la Mediterraude; 
;unsi die n csl pas Ires-rare snr le marche de Nice et il s en prend meme an 
Mp deBonne-Esperance. Le male porle en avanl de la tele line tige terimnee par 
ime bonle garnie de peliles epines dentiformes, ijni penvent determiner des de- 
chirnres douloureuses du derme lorsqu onles touchesans precaution. 

Les callorhynqu.es possedent des expansions foliacees en avant de la lele; 
leurs dorsales sont disjoinles. L espece la plus anciennement decrite est le Cal- 
lorhynque antarctique (Call, antarcticus) , proprc aux mers australes. M. A. 
Dumcril, d apres ses propres observations ainsi que celles de Bennett et dc Ri 
chardson, en ajoute quatre autres, egalement de I hemisphere austral. 

II aexiste des chimeres dans les mers tertiaires, et des debris de ces auimanx 
se rencoutrenl dans h^ terrains alors deposes en Europe, en Italie, par exemple, 
et a Leognan, pros Bordeaux. Ceux de ce dernier gisenieut constituent le genre 
auquel j ai donne le nom de Dipristis. Mais le nombre des auimaux de la meme 
I amille quiont vecu a des epoques plus anciennes parait avoir ete bien plus con 
siderable, et Ton a du a cause de la diversite de leurs caracteres en faire plusieurs 
jrnres disljncis; il s en rencontre j usque dans les terrains paleozoi ques. Les uns 
sont decrits d apres les dents; les autres d apres les aiguillons dorsaux, et il n a 
encore ele possible que dans un petit nombre de cas de reunir avec certitude 
i spece par espece, ou meme genre par genre les dents et les aiguillons qui pixi vit-n- 
nent des memes animaux. Aussi les aiguillons ont-ils ele pendant longlemps de- 
, iils;i p;irl,e( onlesa si gnales sous la denomination generale d Ichthyodorulithes. 
Quelques-unes de ces incertitudes out deja disparn de la science, etchaque jour 
les observations des naturalistes apportent a leuregard denouvelles rectifications. 
( .erlains chimeriens des anciennes mers acqueraieut de grandes dimensions. 

I.e CJt. inonstrosa est comestible; les Norwcgieus en maugent les osufs et le 
liiie, eL l.i re nt du ibie une huile employee en medecine. P. GEP.V. 

Biui.iocRAi iiiE. AGASSIZ (L.). Recherches sur les poissons fossiles, t. III. DUMERIL (Auj:.). 
Hint. nat. des poissons, t. I, p. 663 a 697 ; 1865. P. G. 

I leiflll C BCII VOIJ. CtllMlE ET MEDECIiNE. 

< IIIHII (IIisioiREDE LA). Tout d abord, je previens le lecteur que cet article 
redige pour le Diclionnaire encijclopedique des sciences medicates, n a pas 
la prevention d etre une ceuvrc d erndition. Engage, comme je le suis, dans la 
voic des recherches experimentales, il m eiit ete impossible de reraonter an.v 
Minrccspour une epoque plus eloignee que le milieu du dix-huitiemc siecle; la 
reunion des documents pour un travail conscieucieux de ce genre devant, a elle 
seule, exiger plusieurs anuees. Fort heureusement, ces materiaux sont deja 
accumules dans d execllents ouvrages sur 1 histoire de la chimie, parus taut en 
France qu en Allcmagnc (Ferdinand Hocfer, Histoire de la ch imie, 2 volumes in-8, 
2 e edition, Paris, 1866, et Histoire de la physique et de la chimie, 1 volume 
in-12, Paris, 1872 ; Doctcur Hermann Kopp, Geschichte der Chemie, 4 volumes, 
2 e edition, 1845; Dumas, Philosophic chimique, 1 volume in-8, 1856 ; Wurtz, 
Histoire des doctrines chimiquesdepuis Lavoisier, Paris, 1868 ; Docteur A. Laden- 
burg, Entwicklungs Geschichte der Chemie, 1869). Je n hesite pas a 1 avouer, 
j y ai largement puise, pour tracer un rapide apcrcu de 1 origine et de la marche 
dc la chimie, depuis les temps anciens jusqu a Lavoisier. A partir de cette epoque 
jusqu a nos jours, 1 etude des progres et des developpements de la chimie, faite 
jiar la lecture des sources, dcvient science] coin-ante et 1 uue des necessites de 



CI1IMIE. 40 

1 education du chimistc; je u ai done cu pour la sccondc ct la plus importante 
partie de ce travail, qu a rappclcr, ravivcr ct eompletcr mes souvenirs. 

An moment d entrer enmatiere, nous nous trouvons en face d une science qui, 
dcpuis un siecle, n a cesse de progresser journellement, accumulant fails sur 
t aits, theories sur theories, se modifiant sans ccssc dans ses vues et ses tendances 
et dont lesbornes se cachent encore derriere un horizon loiulain. Nous placant a 
distance, comme 1 observateur qui veut se rendre comptc dc la configuration 
generalc d unc contree, nous laisserons les details s effaccr dans 1 ombre, ct nous 
ne saisirons que les faits saillants, ccux qui ont exerce sur les progres de la science 
unc influence serieuse ; le restc se confondra dans unc vue d ensemble caractr- 
risee par les doctrines qui, tour a tour, ont regne sur la science. 

Chaque ensemble de faits bicn observes a eu pour resultat la conception 
d unc theorie destinee a les expliquer, ct a les grouper en un faisceau homo- 
gene ct coherent. A chaque theorie, se rattachent les noms des savants qui out 
le plus contribue a la faire prevaloir pendant un certain temps. Autour dc ces 
maitres seraugent les disciples qui, par leurs experiences, chcrchenta fournira 
la theorie, pour laquelle ils combattent, vine plus grande certitude. Ainsi, des- 
faits nouveaux, fruits dc travaux souvent difficiles ct remarquables, vicnnent 
s ajouter aux richesscs accumulees auparavant; les uns s expliquent par lesidivs 
du jour; d autres anormaux font naitrc Ic doute sur la valcur dc ces doctrines ; 
des heresies se formcnt qui deviennent en grossissant des foyers d ou sortiront 
dc nouvcllcs idees generales, de nouvelles theories fecondes a leur tour, quand 
les ancienncs seront devcnues steriles. 

Tel est le travail continu, progressif auquel nous assistons depuis que la chimie 
cxiste comme science. 

Par science, nous n entendons pas parler d une reunion de faits d observation 
ou d expericnce n ayant entre eux d autres liens que la parente des sujets d ob 
servation. Ces faits doivent amcner a des consequences generales, a des lois sus- 
ccptiblcs clles-memes de fournir des deductions que 1 experience verifiera. 

En nous placant a ce point de vue, nous trouvons a la chimie unc origine 
relativement recente. 

Des la plus haute antiquite, l homme a etc vivement frappe de la varii te de 
corps que la nature offre a ses regards ; il a va ces corps se modifier et se trans 
former dans mainte et mainte circonstance, surtout sous 1 influence dn feu. Les 
philosophes des anciens temps se sont preoccupes de la cause de ces changements 
dans les proprietes des corps ; mais meconnaissant les vraies voies du progres 
scientifique, voulant resoudre a priori, par la seule puissance de leur genie, des 
problemcs dont nous poursuivons encore aujourd hui la solution, malgre les belles 
decouvertes du dix-neuvieme siecle, ils n ont pu formuler que des idecs vagucs, 
et sans valeur scientifique. II est cependant remarquable que quelqucs-unes de 
ces theories ont dcvance de plus de deux mille ans, les idees actuelles sur la con 
stitution de la matiere. 

C est ainsi que les doctrines d Aristote, si 1 on pent donner ce nom a de purcs 
creations dc l esprit,sans aucunappui experimental et sans critique scientifique,, 
regnercnt en souveraines jusqu au dix-septieme siecle de 1 erc chreticnne. 

Dcpuis le troisieme ou le quatricmc siecle, jusqu au premier quart du seizieme 
siecle, 1 art sacrc, 1 alchimic ou 1 artde la transmutation des metaux rcprescntcnt 
seuls la chimie. L homme torture la matiere dc mille manieres; il experiments 
sans autre guide que des notions ct des deductions crronees, des superstitions 

niCT. E.NC. XVI 4 



50 CHIMIE. 

mystiques et cles textes d ouvrages aussi obscurs que les oracles de Delphes. 

Ceux qui ecrivent, loin de chercher a decrire leurs experiences avec clarte et 
precision, pour pcrmettre au lecteur de repeter leurs precedes, s efforcent, au 
contraire, de voiler leur pensee. 

C est que pendant cette periode, le but poursuivi n est pas comme aujourd hui 
la recherche de la verite, cc but est moins noble. Si 1 alchimiste rcste jours et 
nuits courbe sur un creusct ou sur un alambic, si son oeil malgre la fatigue est 
brillant ct fievrcux, ce n est pas pour mettre la derniere main a une de ces grandes 
lois scientifiques que nous devons aux Newton, aux Lavoisier. Ce creuset doit 
lui donner la richesse ; cet alambic si fragile contient dans ses flancs le supreme 
bonheur, I imrnortalite. 

Pour la ccntieme fois, il croit tenir enn n cette pierre philosophale qui doit 
combler le gouffrc ouvert par safolie, ou s est pen apcu cnglouti son patrimoine. 

Vers le commencement du seizieme siecle, les tendances se modifient peu ;i 
peu ; ce sont les medecins qui s emparent de la chimie, nous arrivons a I lalro- 
chimie. On cherche a expliquer les fonctions vitales, leurs perturbations et 1 in- 
fluence des medicaments par des reactions chimiques. En nous plagant au point 
de vue des connaissances actuellcs, maintenant que noussavons, par lesresultals 
acquis, quel puissant sccours la chimie prete ;\la physiologie, a la pathologic ct a 
la therapeutique, on peut etre tcnlede considerer comme unc intuition du genie 
les tendances de 1 ecole iatrochimique. Mais pour que cette alliance, aujourd hui 
indissoluble de la medecine et de la chimie fut durable et reellement fruc- 
tucusc, il faudrait que la chimie elle-meme ait au moins acquis le developpement 
que nous lui trouverons au debut du dix-neuvieme siecle. 

En subordonnant les phenomenes de 1 organisme a des reactions chimiques, 
Paracelse et ses disciples cherchaient a eclairer les tenebres de la medecine avec 
une lampe bicn fumeuse et bien vacillante. Partis d une idee vraie en partie, ils 
amverent al absurdc parce que le temps n etait pas venu, ni les chemins frayes. 

Disons cependaut de suite que les tendances alchimiques et iatrochimiques ont 
rendu a la chimie un grand service en poussant vers I experimentation. Les alchi- 
mistes tout en poursuivant leur but illusoire ont trouve sur leur chemin une 
foule de reactions interessantes ct de corps nouveaux dont les chimistes ont pu 
tirer parti plus tard. De meme dans la periode des medecins chimistes, nous 
aurons a enregistrer quelques decouvertes experimentales utiles. 

Nous touchons au moment ou la chimie va se constituer comme science inde- 
pendante. Jusque-la on a observe quelques faits que la force des choses devaienl 
amener sous 1 ceil le moins dispose a observer; on a opere sur les corps, on les a 
soumis a 1 action de la chaleur, on les a mis en presence dans des conditions 
variees, non dans le but d etudier leurs proprietes, leur maniere d etre les uns 
vis-a-vis des autres et d en tirer des deductions, mais uniquement pour trouver 
la richesse ou des medicaments utiles. 

Tout en travaillant dans une voie bornee, sans programme et sans tendance 
scientifiques, les alchimistes et les iatrochimistes ont accumule, pendant treize 
siecles, une riche collection de materiaux qui vont permettre aux savants futurs 
dc franchir 1 abime qui separe encore 1 empirisme de la vraie science. 

Ce n est pas sans hesitations et sans tatonnements que Ton est arrive a une 
ide"e relativement juste de la constitution des corps et de leurs reactions recipro- 
ques. Pendant pres d un siecle, la theorie phlogistique de Stahl doinine 1 esprit 
des chimistes. Cette theorie, la premiere qui ait un caractere scientifique, parce 



CH1MIE. 51 

qu cllc repose sur 1 observation d un ensemble de faits experimentaux, estabsolu- 
ment fausse et doit completement disparaitre dans la suite ; mais peu imporle, 
1 impulsion est donnee, le Heuve coule lentcment vers lamer; il doit y arriver 
fatalemcnt quelle que soit la longueur du parcours. On travaillc main tenant dans 
la bonne voie; on a soil" d apprendre et d eclairer les tenebrcs. Les decouvertes 
s accnmulent, minant sourdement 1 edifice de Stahl construit sur le sable. 

Nous voila an dernier quart du dix-huitieme siecle ; le moment est venu et le 
terrain est prepare pour permettrc au genie de Lavoisier de balaycr 1 erreur et 
d inaugurer 1 erc de cc quc Ton nomme la chimie moderne. 

Dans cc rapide apereu, nous trouvons les elements d une division de notre tra 
vail historique. Nous partagerons 1 histoire de la chimie en deux periodes. 

La premiere, que nous appellerons preparatoire, comprend la chimie des 
ancicns, 1 alchimic et 1 iatrochimie. 

La sccondc, ou pcriode de la chimie moderne, commence a pen pres a Boyle 
(1650) ct finit a Fhcure ou je quitterai la plume. 

Nous passerons rapidement sur 1 histoire dc laperiode preparatoire pom-rmisa- 
crer le plus ilr place anx drveloppemcnts serieux de lachmnr, qm nedatentque 
de la deuxieme moitie du dix-septieme siecle. Faisant abstraction de toute preoc 
cupation de nationalite, nous nous efforcerons de donncr a chacun la part qni 
lui revient dans le progres de cet immense foyer de lumiere. S il est, en cffet, 1111 
terrain ncutrc ou notrc pauvre humanite doit pouvoir s affranchir des mesquiuen 
passions qui ensanglantent noire petite planete, c est la science. Nous marchons 
tous vers mi memebut, laverite; nous combattons sous unmeme drapeau, celui 
de la science. Sur ce terrain, la rivalite ne pent avoir qu une fin noble et serieuse, 
relic dc hater le progres par 1 emulation. Si cctte rivalite se transforme eu bas^c 
jalousie, si elle nous porte adenigrer, a amoindrir, a cacher la part qui iwienta 
telle ou telle nation, a telle ou telle individualite, elle doit etre fletrie par le me- 
pris deshonnetes gens. Rejouissons-nous quand la lumiere vient a luire dans un 
point reste obscur, sans nous inquieter si la main qui a souleve le voile est fran- 
caise, anglaise ou allemande. 

I. L\ CHIJIIE CHEZ LES ANCiENs. A vrai dire, la chimie n existe pas. Quelques 
faits isoles, quelques observations pratiques, des connaissances restrcintes en 
metallurgie, en teinture, en pharmacie, la preparation des aliments indispen- 
sables, du pain et du vin, telles sont les seulcs donnees que 1 histoire nous permct 
jd attribuer avec certitude aux anciens. 

Si dans quelques contrees, telles que 1 Egypte, oil la civilisation apris un grand 
developpement, la caste savante, celle des pretres, possedait des notions plus 
otcndues, voire meme des doctrines et des theories, nous n en savons plus rien 
de positif; et nous nepouvons fairc a ccsujet que des hypotheses. 

Ne faihle et sans defense, I homme a du suppleer par son intelligence a la 
penurie de ses moyens. Lanecessite de se preserver contre les enncmis du dehors, 
J intemperie dessaisons, les maladies; plus tard, le desir d augmenter son bien- 
etre materiel et enfin de satisfaire scs tendances esthetiques, fruits d unc civili 
sation plus avancee, I out porte a utiliser les riches materiaux mis a sa disposi 
tion par la nature. Au debut, les connaissances chimiques sont done empiriques 
et ne quittent pas le domaine de 1 industrie et de la pharmacie. 

L Egypte estleberceau de la civilisation ancienne ; c cst d elle quesortent tous 
les arts ntiles, pour serepandre en Palestine, enGrece, en Italic. LesPheniciens, 
peuple industrieux et remuant, ont egalement apporte leur contingent de decou- 



52 CI1IMIE. 

vertes ; taudis que les Grccs et les Romains n ont rien ajoute d important aux 
connaissances pratiques qu ils tcnaient deleurs voisins etdes pays subjugues. Nos 
maitres dans 1 art d ecrire, de parler, de reproduirc avcc le burin ct le pinceau 
la bcaute idealc, ccs peuplcs dont nous admirons encore les monuments inimi- 
tables, professaicnt pour 1 obscrvation et 1 experience un dedaiu absolu et nne 
confiance trop aveugle dans la puissance intellcctuellc dc 1 honime. Us pensaient 
pouvoir arrivcr, a priori, ii la conception des lois dc la nature. Aussi trouvons- 
nous chez eux, a la place de faits positif s, des speculations philosophiques, des 
idees theoriques et des doctrines sur la matiere et la nature des corps. Gepeudant 
quelqucs-uns de leurs ecrivains nous out laisse des renseignements precicux qni 
nous permettent de nous faire une idee de 1 etat des connaissances chimiquesdes 
anciens, jusquevers le milieu du premier sietle dc notreere. Tels sont : le Traite 
desmine raux (npiltivj) de Theophraste de Lesbos, disciple dePlaton etd Aris- 
tote ; le Traite de matiere medicate (ttepl uV/j; iaT/>mjj) de Dioscoride (milieu du 
premier siecle) ; ctsurtout Y His tor ia naturalistic Pline 1 ancien, ne a Yerone en 
1 an 25 de notre ere, moil en Tan 79 pendant 1 eruption du Yesuve. 

Les decouvertes dc la fabrication du pain leve et.du vin sc perdent dans la nuit 
des temps, ctles inventeurs inconnus de ces utiles preparations sont transformes 
en diviniti s (Geres, Bacchus) par la reconnaissance naive des peuples. On lit dans 
le Pentateuque que les Israelites, lors de leur sortie d Egypte, mangerent du 
pain sans levain et cuitsous la ccndre, parceque les Egyptiens les avaientsi fort 
presses dc partir, qu ils ne leur avaieut pas memo laisse le temps de mettre le 
levain dans la pate (E.rof/exn, 39); d un autre cote, Moi se (1,500 ansavant J.-C.) 
defend aux Juifs dc fairc usage de khamets ou pain fermente. Le mot hebreu 
yine, qui veut dire vin, signifie d apres son etymologic, produit de la fermenta 
tion. Ge mot se retrouve plus ou moins modifie ; non-seulement dans les langues 
semitiques, mais aussi dans tous lesidiomes Indo-Europeens (oivo;, vinum, vino, 
wein, wine). L usagede la biere se rencontre chez les nations les plus diverses, 
Egyptiens, Gaulois, Germains ; Tacite en parle tres-clairement : Potus ex hor- 
deo aid frnmento et in quamdam similitudinem vini corruptus. 

Parmi les metaux, les anciens connaissaient Tor, 1 argent, le plomb, 1 etain, 
le cuivre, le fer, le mercure et quclques alliagcs, tels que le bronze ou airain, le 
chrysocal ou aurikhalque. L or (ou zahab des Hebreux, de tzanab, briller) et 
1 argent (ou khesef, de kasaf, etre pale) , metaux natifs, remarquables par leur 
eclat et leur couleur, s offraut d eux-memes a 1 homme avec leurs qualites pro- 
pres, n exigeant que peu de preparations pour etre isoles et se,travaillant, grace a 
leur extreme malleabilite, avec une grande facilite, ont ete bien certainement les 
premiers representants connus de la classe des metaux. 

Les Egyptiens, puis les Hebreux, les employaient pour la confection de vases 
et d objets d ornements (coupes, encensoirs, candelabres) et comme moyens 
d echanges, d abord an poids (Histoire d Abraham, 1 ,900 ans avant J.-C.), ensuite 
sous forme demonnaies. 

Le plomb et 1 etain formaientunebranche importante du commerce des Pheni- 
ciens et des Carthaginois. Les lies Britanniques (Gassiterides) devaient leur nom 
a leur richesse en minerals d etain (Kaffo-irspo; oanvo;, Homere). Le plomb etait 
employe ainsi que 1 etain al affinage de 1 or et de 1 argent. La litharge formee pen 
dant cette operation qui rappelle la coupellation se nommait chrysitis ou argy- 
ritis. La galene ou molybdaena fournissait, par la calcination, le minium employe 
enpeinture eten medecine(emplatre). La ceruse s obtenait a Rhodes, aGorinthc 



CI1IMIE. 55 

et a Sparte par des methodcs scmblal)los aux notres; ellc servait commc fard, 
bicn que les proprietes toxiques des preparations de plomb aient etc connucs dcs 
medecins anciens (Dioscoride, Pline, Galien). En calcinant la ceruse, on obtcnait 
un minium dc qualite superieure. LesGanlois se servaient de 1 etain pour rccou- 
vrir les vases en cuivre (uasa incoctilea) ct connaissaient, par consequent, 1 eta- 
mage. Fondu avec les minerals de cuivre, 1 etain fournissait 1 airain (^a).xd;, aes) 
ou bronze dont 1 usage preceda celui du cuivre et du fer. L airain joue un grand 
role dans 1 antiquite, pour la preparation des armes et des instruments aratoires, 
avant que Ton sut travailler le fcr. Sous le nom d aerugo ou 10;, les Grecs et 
lesRomainsconfondaient plusieurs selsde cuivre (sulfate, verdet ct vert-de-gris) 
formes par 1 alteration du bronze dans diverses circonstances. A ce propos, Pline 
cite 1 emploi du papyrus trempc dans line solution de noix dc gallcs pour recon- 
naitre la falsification de 1 acrugo tie Khodes (sulfate de cuivre), au moycn du 
vitriol vert (atr amentum sulorium), s il y afraude, le papier noircit aussitot. 
C est la premiere indication d un papier reactif. 

Le fer meteorique adu etre connu des la plus haute antiquite; nous trouvons 
ce metal signale par les auteursles plus rccules (Pentateuque, Levitique, Homerc), 
mais ce n est que pcu a pen quc 1 art de le travailler ct surtout de I extraire de 
ses minerals s est developpe. Au commencement de 1 Empire romain, 1 usage en 
est tres-repandu ; on connait aussi les diverses qualites de 1 acier suivant la trempe 
et la nature du minerai. Au moyen d un enduit de poix liquide, de platre ct de 
ceruse (antipathie) , on cherchait a le preserver dc 1 alteration a 1 air. La rouillc 
et 1 eau ferrec etaient employees avant Galien dans le traitement de la chlorose, 
de I anemic. En fondant les minerals de zinc avec les minerals de cuivre, onobfe- 
nail, un alliage jaune (aurikalque) ct une matiere blanche qui s attachait a la 
voute des fourueaux, ponipholix (oxyde de zinc). 

Dioscoride parle dans son ouvrage de la distillation du cinabre avec le fer qui 
fournit le mercure. Les anciens connaissaient la solubilite de 1 or dans le merciire 
et 1 application de cette propriete a la dorure. Les renseigncments metallurgi- 
ques fournis par Pline sont tres-incomplets, tandis qu il donne des documents 
geographiques assez importants sur le gisement des minerals metalliferes. 

Le sulfure d antimoine nature!, connu sous les noms de stimmi, stibi, sti 
bium, servait dans le traitement des plaies recentes et pour noircir les cils. Le 
sulfure d arsenic ou sandaraquc, auripigmentum entrait dans la composition des 
pommades epilatoires. 

Le carbonate de potasse impur, obtenu parlessivaize des cendres et evapora 
tion du liquide, appele borith par les llebrcux ; le neter (fairc effervescence) , ou 
natron dcs lacs dc 1 Afriquc (carbonate dc soudc impur) , servaient dans les ope 
rations du blanchiment. Lc nitre (nitrate de potasse), employe comme diure- 
tiquc, se retirail des cavcrnes (colyces) de 1 Asie. Le sal ou scl marin (de exsi- 
lire, decrepiter), joua de tout temps un grand role dans 1 a li mentation ; il 
provenait des memes sources exploiters dc uos jours (evaporation des eaux de la 
mer et mines de sel gemmc). La Cyrenaique, aux environs du temple de Jupiter 
Ammon, fournissait le sel ammoniac (ammos, TO a^f/.wvi-/.6v, sable), facile a divi- 
ser, dit Dioscoride, dans le sens de ses fibres droites. 

Les mots alumen ct stypteria scmblcut designer non-sculement 1 alun, mais 
encore les sels astringents en general. Les ilcs de Chypre ct dc Melos fournissaicnt 
des aluns tres-cstimes, employes dans la preparation dcs laines et des cuirs, en 
medccinc centre les hemorrhagies ct le traitement dcs ulceres et des plaies de 



54 CHIMIE. 

mauvaise nature. Les terres de Samos, de Chio, cimolienne ne sont autre chose 
que de 1 alun calcine et lave (alumine pure). 

L art de fabriquer le verre blanc et les verres colores, par la fusion dc la silice 
(sable siliceux) avec les sels alcalins et la chaux ou le calcaire, remonte a une 
tres-haute autiquite. On en trouve la prcuve palpable dans les mines de Thebes 
et de Memphis. Plus tard, les Pheniciens etablirent des verreries renommees a 
Sidon. L usage et la fabrication des vitres en verre ne parait pas remonter au dela 
du premier siecle de notre ere. On a trouve des fenetres en verre dans les sallcs 
de bains des mines de Pompeii. 

Les vases murrhms, si renommes ct d un prix si eleve dont il est fait mention 
dans les premiers temps de 1 empire romain, etaient probablement une espece 
de cristal opaque ou de porcclaine chinoisc. 

Tout le monde sait que les anciens, Egyptiens et Romains, excellaient dans 
1 art de la poterie et dans la fabrication des briques et des tuiles. 

La teinture et la coloration des tissus de laine, de coton et de lin avaient ac- 
quis chez les Egyptiens et les Pheniciens (Tyr, Sidon) un degre de develogpe- 
ment tres-remarquable. Les diverscs varietes de murex (mollusques de mer) 
fournissaient la pourpre de mcr (a/iimjpyupo;), la garance (eryihrodanum] servait 
a la preparation dc la pourpre vegetale. Le passage suivant de Pline (Hist. nat. r 
XXXV, p. \ \) prouve que ces peuples avaient des notions exactes sur 1 emploi des 
mordants destines a fixer la coulcur sur ctoffe : En Egypte, on teint les vete- 
ments par un procede fort singulicr. D abord on les nettoie, puis on les enduit, 
non pas -de conleurs, mais de plusieurs substances propres a fixer la couleur. 
Ges substances n apparaissent pas d abord sur les etoffes; mais, en plongeant 
cellcs-ci dans la chaudiere de teinture, on les retire, un instant apres, entiere- 
ment teintes. Et cc qu il y a de plus admirable, c est que, bien que la chaudiere 
ne contienne qu une scule matierc colorante, 1 etoffe qu on y avait trempee se 
trouve tout a coup teinte de couleurs differentes selon la qualite des substances 
fixatives employees. Et ces couleurs, non-seulement ne peuvent plus etre cnlc- 
vees par lavagc, mais les tissus ainsi teints sont clevcnus plus solides. 

Humphry Davy a analyse avec soin les couleurs employees dans la peinture ;i 
fresque, appliquee sur la surface d un stuc forme dc marbre pulverise et de 
chaux, et fixee par une espece d encaustiquc. Lc minium, le cinabre, 1 ocre 
rouge, les ocres jaunes, le noir de fumee, le bleu et le vert au cuivre, les oxydes 
de manganese et de fer forment la base de ces couleurs. 

Les auteurs anciens, Dioscoride, Galien, Pline, meutionnent dans leurs ouvrages. 
les cffets d un assez grand nombre de substances toxiques vegetales, inineralcs et 
animales. Tels sont : 1 opium, la jusquiame (OoTOvauo?, feve de cochon), la racine 
d aconit, la cigue, la racine d elleborc, les baics dc 1 if (taxus banata), la stra- 
moine et la belladone confondues sous le nom de mandragore, les champignons, 
1 arsenic (orpiment, sandaraque), le cinabre, les preparations de plomb, la chaux 
vive, les animaux vcnimeux, etc. 

Les proprietes medicinales des caux minerales, la distinction des eaux natu- 
relles en potables et non potables, n avaient pas echappe aux anciens. Chauffees 
dans le sein de la terre, et pour ainsi dire cuites dans les mineraux a travers les- 
quelles elles passent, les eaux acquierent une nouvelle force et de toutes autrcs 
applications que 1 eau commune (Vitruve) . Les eaux pures cuisent les legumes 
et ne laissent pas de residu appreciable apres 1 evaporation, d apres le meme au- 
teur. 



CHIMIE. 55 

Quant aux gaz et corps aeriformes (spiritus, flatus, aura), nous ne trouvons 
rien d assez net dans les ecrits de 1 antiquite pour nous faire admettre avcc certi 
tude que Ton savait en distingucr plusieurs especes. 

Ouelques mots maintenant sur les theories au moyen desquelles les philosophies 
cherchaient a se rendre compte de 1 essence du monde materiel. Nous avons deja 
vu que ces doctrines sont plutot le fruit de la pensee agissant seule, sans le se- 
cours de 1 observation, que de 1 interpretatiou logique des faits reels. 

Pour Xenophane (500 ans environ av. J. -C.), la terre et 1 eau sont les elements 
de la matiere. Rien n a ete cree; tout ce qui est existc de toute eternite et durera 
eternellement ; tout est un ; Dieu est 1 univers, et 1 univers est Dieu. 

Empe docle (400 ans av. J.-C.) considere le feu, la terre, 1 eau etl air comme 
les quatre elements constitutifs. Us sont eux-memes formes de particules tres- 
petites, insecables (KTOUOJ). 

Deja Leucippe et Democrite (480 ans av. J.-G.) avaient developpe la theorie des 
atonies, dont la necessite decoule du principe que rien ne se fait de rien. Ces 
atomes, iuegaux de grandeur, de forme et de poids, sont soumis a un mouvcmcnt 
interieur, cause de toute combiuaison et de toute decomposition. Ce mouvement 
est facilite par 1 existence de pores ou d espaces vides. Deux atomes ne pcuvent 
jamais occuper la meme place dans 1 espace. Les memes philosophes cherchent a 
cxpliquer tous les phenomencs de 1 univers par la seule action des forces physi 
ques. 

Aristote (mort 322 ans av. J.-C.j admcttait cinq rh mcnts : deux elements op 
poses, la terre et lefeu; deux intermediaires, 1 eau et 1 air, et un cinquieme, Te 
ther. Pour le philosophe peripateticien, 1 element n est pas, comme pour nous, 
unc substance indecomposable entrant dans la composition d un corps et suscep 
tible d etre isolee, mais bien une propriety fondamentale se revelant a nous par 
les sens, tels que le froid, le chaud, la secheresse et 1 humidite. L element terre 
symbolise le froid sec, 1 element eau le froid humide, le feu est le chaud sec, 1 air 
le chaud humide. 

A cote de ces speculations purement philosophiques, nous devons relever dans 
les ouvrages d Aristote (meteorologiques) quelques observations tres-remarqna- 
bles. II parle de 1 eau de mer rendue potable par 1 evaporation : Le vin et tous 
les liquides peuvent etre soumis au meme precede; apres avoir ete reduits en 
vapeurs, ils redeviennent liquides. 

L eau de mer doit sa saveur aux sels qu elle contient, de meme que 1 urine et 
la sueur qui doivent leur saveur a des sels qui restent au fond des vases apres 
qu on en a evapore 1 eau. 

Les ouvrages de Galien (deuxieme siecle de 1 ere chretiennc) ne renferment 
rien sur les proprietes chimiques des corps et sur 1 action chimique des medica 
ments. Prenant, comme point de depart, les elements d Aristote, il admet que les 
proportions respectives de ces elements dans le corps determinent 1 etat de sante 
ou la maladie. Lesremedes out pour but de retablir 1 equilibrc entre les qualites 
primordiales. Ainsi, depuis Pline jusqu aux premiers ecrivains qui traitent de 
Yart sacre ou de I alchimie, nous restons dans les tenebres en ce qui touche les 
connaissances chimiques. 

Art sacre. Alchimie. C est aux savantes recherches de Hoefer, a sa patiente 
collation des manuscrits grecs de la Bibliotheque nationale de Paris que nous 
devons tout ce que Ton sait aujourd hui sur 1 origine de la chimie. L antiquite 
interrogee dans les vestiges materiels de sa civilisation et dans les ouvrages 



56 ClinilE. 

qu clle nous a transmis, ne nous laisse pas soupconner que Ics pheuomenes chi- 
miqucs aient etc envisages dans leur ensemble dc maniere a constituer un art 
special ou une science. 

L art sacre (re/vw Oux %i lepa.), c est-a-dire la chimie, enveloppee de symboles 
et de dogmes religieux, apparait tout a coup vers le troisieme et le quatrieme 
siecle, a 1 epoque de la grande luttc du christianisme centre le paganisme, 
lorsque les mysteres, longtemps derobes au vulgairc, furent profanes et mis en 
discussion. On n a commence a employer le mot dc chimie que vers le quatrieme 
siecle. Alexandre d Aphrodisee parle le premier d instruments chymiques ou 
chyiques (yvixv. Sfyava, dc yk.^ ou jjeuw, couler, fondre). 

11 resulte de 1 etudc de ces manuscrits que 1 art sacre, la chimie, n est pas ne 
au moment oil nous en trouvons les premiers vestiges. II constituait I un des 
principaux mysteres des pretres egyptiens et remontait a une haute antiquite. 
Les ecrits des maitres dc 1 art sacre qui tons se rattachent a 1 ecolc d Alexandrie 
ne laissent subsister aucun doute a cet egard. Ainsi Zosime le Thebain ou le Pa- 
nopolitain, appele par Suidas philosophe d Alexandrie, dans son traite sur les 
fourneaux et les instruments de chimie, affirme qu il a vu, dans un ancien temple 
de Memphis, les modeles des appareils qu il decrit. C etait de ventables appa- 
reils distillatoires. 

Dans ses commentaires sur 1 art sacre, Olympiodore, egalement philosophe 
d Alexandrie, nous dit : Tout le royaume d Egypte s est maintenu par cet art. 
II n etait permis qu aux pretres de s y livrer. La physique psammurgique etait 
1 occupation des rois... C etait une loi chez les Egyptiens de nc rien publier a ce 
sujet. II ne faut done pas en vouloir a Democrite et aux auciens en general s ils 
se sont abstenus de parler du grand oetivrc. Plus loin, 1 auteur donne formel- 
lement a 1 art sacre le nom de chimie (-/j,u.sict). Les principaux maitres qm out 
ecrit vers le troisieme et le quatrieme siecle sont Zosime, Pelage, Democrite le 
Mystagogue, Synesius, Marie la Juive, Olympiodore. Pour tous, le but c est la 
transmutation des metaux, 1 art de faire de 1 or. Afm de donner une idee du 
style de ces ecrits et de la forme mystique sous laquelle ils cachaient les faits 
reels, nous citerons les passages suivants : 

La nature sc rejouit de la nature, la nature dompte la nature, la nature do- 
mine la nature. 

Pour faire de 1 or, prenez du mercure, fixez-le avec le corps de la niagnesie 
ou avec le corps du stibium d ltalie, ou avec le soufre qui n a pas passe par le 
feu, ou avec 1 aphroselium ou la chaux vive, ou avec 1 alun de Melos, ou avec 
1 arsenic, ou comme il vous plaira ; jetez la poudre blanche sur le cuivre, et vous 
verrez le cuivre perdre sa couleur. Repandez de la poudre rouge sur 1 argent, et 
vous aurez de 1 or ; si vous la projetez sur dc 1 or, vous aurez le corail d or cor- 
porifie 1 . 

Apres les conquetes de 1 islamisme, vers le milieu du huitieme siecle, on 
trouve les recherches chimiques, 1 alchimie, en grande faveur aupres des Arabes. 
EIlcs sc repandent avec eux et par eux en Espagne, en France, en Angleterre et 
en Allemagne. 

Les chimistes arabes de cette epoque ne font pas de la recherche de la pierre 
philosophale leur preoccupation exclusive. Au contraire,-si Ton en juge par les 
ecrits dc Geher, il scmhle que la doctrine de la transmutation des metaux et de 



* f.e corail d or (xpvo-oxo /saD.o;! t tait le clief-d auvre d art, un seul grain rfcvait suffire 
pour produirc une grande quantity d or; evidemment c est la pierre philosophale. 



CH1MIE. 57 

la picrrc philosophale cst venue se jeter a la traverse d uu courant d idees plus 
serieux et plus scientifique et 1 a fait sortir de la voie du veritable progres. G est 
ainsi qu il nous dit : Une patience et une sagacite extremes sont necessaires. 
Quand nous avons commence une experience difficile, et dont le resultat ne re- 
pond pas d abord a notrc attente, il taut avoir le courage d aller jusqu au bout, 
car une oeuvre tronquee, loin d etre utile, nuit plutot au progres de la science. 
II nous avertit de nous deficr de 1 imagination, et rappelant a ce sujet la doctrine 
de la transmutation des mctaux qui commencait alors a se repandre, il ajoute : 
II nous est aussi impossible de transformer les metaux les uns dans les autres, 
qu il nous est impossible de changer un boeuf en une chevre. 

Geber parait avoir vecu dans la seconde moitie du huitieme siecle, a 1 ecole 
arabe de Seville. Ses connaissances chimiques sont assez etendues. Voici les titres 
de ses principaux ouvrages : Summa perfectionis magisterii; De investigations 
perfectionis metallorum; De inventions veritatis; De fornacibus construendis. 

II confond dans ses ecrits ses propres decouvertes et celles de ses devanciers; 
mais peu importe; grace a lui, nous pouvons nous former une idee assez cxacte 
dcs connaissances clu miques chcz les Arabes pendant le huitieme siecle. 

La distillation, la cristallisation par solution, la filtration, 1 emploi du bain- 
marie (indique par Marie la Juive), 1 usage de fourneaux dc formes appropriees 
a divers bcsoins, lui sont familicrs. II donnc une description tres-complete de la 
coupellation de 1 argcnt avec le plomb, au moyen de coupclles en ccndrcs d os. 
II sait preparer 1 acidc sulfurique par la calcination de 1 alun. En chauifant un 
melange de vitriol ct de salpetre, il obtient 1 eau-forte; cclle-ci, melangee au 
scl ammoniac, constitue 1 eau regale, susceptible dc dissoudre For. Avec 1 eau- 
fortc et 1 argcnt, il prepare le nitrate d argcnt ou picrrc infcrnalc. En subliiiiant 
an melange d alun, de sel marin ct de mercure, il obtient pour la premiere fois 
le sublime corrosif. Par 1 incineration de la cremc dc tarlre ct dcs varcchs, il ob 
tient la potasse ct la soudc, qu il sait caustificr avec la cbaux. Le soufrc ralriiir 
avec la potasse constitue le foic dc soufre, dont la solution aqueuse fournit avec 
1 acide acetique un precipite de soufrc pur. On trouvc en outre, dans ses ou 
vrages, une description tres-complete des metaux, de la manic-re de les oxyder a 
Fair, dc les sulfurer, de les amalgamer avec le mcvcurc. 

C est encore Gcbcr qui parlc le premier, comme d unc tradition, dc la consti 
tution des metaux. Les metaux, d apres lui, sont tous composes et renfermcnt 
comme priucipes cssentiels le soufre, le mercure et Yarsenic. Des proportions 
rcspectives ct de la purete de ces agents depend la nature du metal. Le soufre et 
le mercure qui cntrcnt dans la composition des metaux nc doivent pas etrc con- 
I oudus avec les deux corps connus sous ce nom ; ce sont dcs principe.-; primor- 
diaux n ayantdc commun avec eux que certaines analogies. Le mot mercure doit 
rappeler ici 1 indecomposable, la source dc 1 eclat et des autres caracteres metal- 
liqucs; le soufrc est le symbole de 1 element combustible, modifiable. Les pro 
portions, la plus ou moins grande purete et la ftxite 1 dc ccs parties essenticlles 
varient d un metal a 1 autre. 

Ainsi 1 or conticnt bcaucoup de mercure, peu de soufre, tous deux tres-purs 
et dans un grand etat de fixite. Cette theorie sur la constitution des metaux ser- 
vit pendant tres-longtemps de base aux doctrines alchimiques. Au soufre et au 
mercure on ajouta plus tard le sel comme element metalliseur. 

1 On ne sait pas ce quc les anciens chimistes cntendaicnt par cctte espression de fixili. 



58 CHDIIE. 

Parmi les auteurs arabes des neuvieme, dixieme et onzieme siecles qui mar- 
cherent sur les traces de Geber, nous citerons : Rhases, qai indique des prece 
des pour preparer et concentrer 1 alcool; Avicenne, Avenzoar, Alzaharavius, 
Averrhoes. 

A mesure que Ton s eloigne du huitieme siecle, les tendancess des chimistes 
et medecins arabes inclinent de plus en plus vers la transmutation. 

A partir du treizieme siecle, la chiniie n est plus representec parmi les peu- 
ples d origine orientale; nous la trouvons au contraire florissante, mais tout a 
fait tournee vers le but unique de faire de Tor avec les metaux communs, chez 
les nations qui out etc en contact avec eux. 

Appuyes sur les hypotheses de Geber, encourages probablement par la lecture 
des maitres de 1 art sacre, les alchimistes du moyen age s acharnent a la recher 
che de la pierre philosopliale, de cette pierre qui doit posseder la vertu de trans 
former le mercure et les metaux fondus en or et en argent ; de giu rir les mala 
dies, de rajeunir I homme et de prolonger son existence. Cette singuliere alliance 
d une vertu chimique et d uue action curative n a aucun rapport avec les idues 
des iatrochimistes dont nous parlerons plus loin. Les doctrines de Galien donii- 
nent encore, sans conteste, en medecine, et Ton est loin de penser qu nn medi- 
ment peut agir en modifiant la constitution chimique des organes. On pensait 
seulement que la merveilleuse pierre devait etre douee de toutes sortes de qua- 
litrs jiivcieuses et remarquables. 

Les alchimistes qui out laisse derriere eux quelques resultats acquis, quelque 
decouverte utile, sont : Albert le Grand (ne en Souabe, 1195) ; Roger Bacon (ne 
a Ilchester, 1214); il repudie les tendances mystiques et la croyance aux in 
fluences surnaturelles dans les operations chimiques; Villanovanus nu a Yille- 
neuve, en Provence, 1235) fut le promoteur de 1 emploi <)<. pivp.-u-.-itions chi- 
miijues en medecine (preparations mercurielles, onguent mercuriel, dissolution 
d or) ; il possede des notions etendues en toxicologie et signale Faction veneneuse 
des substances putrefiees; Raymond Lulle ine a Majurque. l-Ti. .!. auteur mys 
tique et obscur qui a exerce sur ses successeurs une influence peu lieureuse. 

Le quatorzieme siecle n ajoute presque rieu aux connaissances empiriques de 
la chimie. Xegligeant les alchimistes purs tels que Nicolas Flamel, Jean et Isaac 
Hollandus, Bernard de Trevigo, Ripley, Norton, nous nous ai-reterons quelques 
instants a Basile Valentin, qui fut pour cette epoque ce que Geber avail ete pour 
le huitieme siecle. II regne sur la personnalite, la date et le lieu de naissance 
de B. Valentin les memes incertitudes que pour Geber. Selon la version la phis 
accredited, il vecut a Erfurt, dans le couvent des Dominicains, au quinzieme 
siecle. 

Valentin decrit avec clarte 1 arsenic et ses combinaisons avec le soufre, le bis 
muth, le zinc. II parlede 1 or fulminant, du nitrate de mercure, de 1 acetate de 
plomb; de 1 antimoine, du verre d anlimoine, des fleurs argentines, du beurre 
d autimoine et du sulfure rouge d antimoine. On lui doit 1 applicatiou medicale 
de ces diverses preparations. La decouverte de 1 acide chlorhydrique lui est attri 
bute ; cependant il resulte d un passage des livres de Marie la Juive, ou il est 
question de 1 acide de sel marin, que la decouverte de ce corps a une origine 
plus ancienne. 

^alentin constate le premier la solubilite des alcalis caustiques dans 1 alcool 
et les phenomenes d etherisation qui resultent de 1 action des acides sur 1 alcool. 
La precipitation des sels par les acides, les alcalis et les metaux ne lui est pas 



CIIIMfE. 50 

inconnue, pas plus que certaines notions (( analyse qualitative. Abstraction liiilr 
de ses recherches alchimistes, Valentin peut, a bon droit, passer pour ua fort 
habile cbimiste. 

Le moyen age vit s aocomplir une grande revolution dans 1 art de la guerre 
par 1 introductiou de 1 emploi des armes a feu et de la poudre. 

La decouverte de eette preparation a etc attribute a divers auteurs; Albert le 
Grand, Roger Bacon; mais il est demontre aujourd hui que le melange explosif 
de soufre, de charbon et de salpetre etait connu bien avaut eux et servail die/ 
les Grecs de 1 empire d Orient pour la preparation de fusees et de petards. On eu 
trouve la premiere description dans le Liber ignium de Marcus Gracus. 

Le feu gregeois, dont le secret avail ete livre a Constantiu et qui permit aux 
empereurs de Constantinople de se defendre contre les attaques des Musulmans, 
se composait deja de soufre, de salpetre et de matieres combustibles (suliure 
d antimoine, asphalte liquide) ; il a du condnire par des transformations succes- 
sives a la decouverte du melange connu sous le nom de poudre. Quant aux pro- 
prietes balistiques de cette poudre et a ses applications pour lancer des projec 
tiles, elles ne furent connues qu au treizieme siecle. 

lalrochimie (seizicme et dix-septiemc siecle). Les chercheurs d or, que 
nous appellerons alchimistes, n ont pas cesse d exister; on croit encore genera- 
lenient au grand 03uvre, on en poursuit la realisation; mais ces efforts sU riles 
n amenent plus de decouvertes interessantes et ne produisent plus d ecrivains 
saillants. La chimie et la medecine se confondent peu a peu ct s unissent. Nous 
ne pouvons suivre ici les modifications progressives des idees qui out ameiir la 
transition entre 1 epoque alchimique et 1 iatrochimie. Pour abreger, nous arri- 
vons de suite a Paracelse et a ses disciples. 

Philippe-Aureole- Theophraste Paracelse Bombast de Hohenheim, IK en 1 195, 
a Einsidlcn en Suisse, 1 ut un charlatan viveur d uiic grande intelligence. I airs- 
seux et nomade, il parcourt jusqu a 1 agc de trente ans les diverses capitales de 
1 Europe. Comme le dentiste forain, il a vu les pays oil se leve le soleil, il sait 
tout, connait tout; ses devanciers ne sont pas dignes de denouer les cordons dc 
ses souliers. Malgre cettc fougucuse outrccuidance, grace a elle, devrais-je dire, 
il acquiert en peu de temps, une immense reputation medicale et se trouve 
appele, jeune encore, a 1 universite de Bale, d ou le feront chasser plus tard si-s 
moeurs dissolues ; c est que cet homme possede une originalite indiscutable, surex- 
citee par son ignorance meme, jointe au besoin de briller et de dominer. Si, 
comme il s en vante, il n a pas ouvert un seul livre dans les universites qu il a 
daigne honorer de sa presence, s il brule publiquement les oauvres de Galien qu il 
ne saurait comprendre, s il rompt avec les vieilles traditions au point de parlrr 
la langue des profanes, il n en a pas moins beaucoup vu, beaucoup appris, grace 
a son intelligence facile. II ose et reussit la ou d autres out recule ou ecboiu . 
Servi par des connaissances chimiques assez etendues, il provoque dans 1 art 
medical une veritable revolution, en propageant dans des proportions inusitees 
jusqu alors 1 usage pharmaceulique des preparations chimiques et des composes 
artificiels. Les poisons memes nc 1 effrayent pas. G est ainsi qu on lui doit 1 usage 
interne de beaucoup de preparations mercuriclles, ferrugineuses et plombiques 
encore usitees de nos jours. II substitue aux vegetaux et a leurs infusions ou decoc 
tions des extraits, des essences, des teintures ou le principe actif se trouve con 
centre et auxquelsil donne lenom de quintessences. 

Paracelse attribue les causes des maladies a des phenomenes analogues a ceux 



60 CHIMIE. 

qui se passent dans Ics operations chimiques. Telle est sa theorie An tartre. Le 
tartre est pour lui le symbolede la precipitation, au seia des liquidcs de 1 orga- 
nisme,de principes qui s y trouvent dissous al etatde santeet qui ea occasionnent 
1 epaississcment. 

Les idees et les tendances nouvellcs dont il est le promoteur prendront plus 
d importance et de nettete enlre des mains plus serieuses que les siennes. 

Ce nefut pas, du reste, sans unc lutte tres-vivc entre les Galenistes et les par 
tisans de Paracelse que les doctrines de ce dernier, epurees et notablcment niodi- 
fiecs, parvinrent a sc faire jour. 

Les iatrochimistes qui so iircnt le plus reinarquer sont : 

Leonard Thumeisser ou Tliurn, ne a Bale, 1550. 

Joseph duChesneou Quercetanus, nea Armagnac, 1521. 

Turquet de Mayerne, nc a Geneve, 1575. 

Andre Libau ou Libavius, ne a Halle, mort en 1616. 11 decouvrit : la prepa 
ration de 1 acide sulfurique par la combustion du soufrc au moyen du salpetre; 
la liqueur fumante de Libavius (cblorure d etain), obtenuc par la distillation d un 
melange dc sublime corrosif et d etain; la coloration du verre au moyen de 1 or; 
quelques procedes d analyse. 

Tout en croyant a la transmutation et a Faction curative de 1 or potable, il 
n ;igit contrc le langage mystique et obscur de Paracelse et n admit que la partie 
saine des idecs de ce dernier. 

Angele Sala, ne a Vicence. On lui doit en chimie la decouverte de 1 actiou de 
riuiilede vitriol sur le salpetre; unc etude approfondie du calomel et descsappli- 
cations medicates; des notions plus claircset plus exactes que cellesdesesdevancicrs 
sur la composition et I origine des corps. Ainsi, le premier, il chcrchc a demon- 
trerque si le fer plonge dans une solution de vitriol bleu se recouvrc dc cuivre, 
cc fait ne resulte pas d une transmutation, mais bien de la preexistence du cuivre 
dans le vitriol bleu. 

Jean-Bapliste Van Helmont, seigneur deMerode, nc aBruxclles, en 1577. Les 
Iravaux de Van Helmont en chimie denotent une rare sagacite ct tin esprit obscr- 
vateur superieur. Nous trouvons dans ses ecrits les premieres notions precises 
sur les gaz. Par gas, il designe toutcs les substances aeriformes differences de 
1 air; il connait les caracteres qui distingucnt les gaz desvapeurs; les uncssont 
condensables parlc froid, les autresnele sont pas. Legaz qui se developpe pen 
dant la fermentation, par la combustion du charbon, par 1 actioa du vinaigrc sur 
la craie, cclui qui se developpe dans 1 estomac et les intestins et que degagel eau 
de Seltz, sont pour Van Helmont un meme produit qu il designe sous le nom de 
yaz silvestre ou gaz carbonique. Ce gaz aspbyxie les aniinaux ct eteint les bou 
gies en combustion. 11 formule plus clairement que Sala, en cherchant a 1 ap- 
puyer sur des faits d experience, 1 idee qu un meme corps peut cntrcr dans di- 
verscs combinaisons sans perdre son individualite, et peut de nouvcau en etre 
retire avec toutes ses proprietes. 

Au point de vue medical, Van Helmont fixe particulierement son attention sur 
Ics proprietes chimiques des liquidcs de 1 organisme et notamment sur 1 alcali- 
nite ct 1 acidite. La fermentation joue un grand role dans ses theories medico- 
chimiques. 

La fermentation est pour lui la cause de la multiplication et du developpe- 
mcnt ainsi que des transformations des matieres organiques en d autres analo 
gues ; c est grace a elle que le liquide sanguin pent fournir aux organes leurs 



C1IIMIE. 61 

elements nutritifs. Aide par le calorique animal, 1 acide dc 1 estomac provoque 
la fermentation dos aliments et Icur digestion. L acidite du sue gastrique ne 
pent se transmcttre au resle cle 1 organisme, parce qu il rencontre, dans le duo 
denum, la bile alcalinc qui le sature. Si la bile ne suffit pas a cette neutralisa 
tion, 1 acidite predominante se porte sur divers organes et y provoque des ma 
ladies. 

II rejette le feu comme element ct ne voif. dans la ilamme comme produit ma 
teriel que la fumee et les gaz de la combustion ; la chnlcur ct la lumiere ne sont 
pas materiels. Le soufre, le mercure et le sel des alcbimistes, encore admis 
comme elements par Paracelse, n ont aueunc valcur pmir lui. 

Par conlre, il fait jouer a 1 eau un role important dans la constitution d mic 
foule de substances et surtout des substances vegetales et animales. II cst amene 
a cette vue erronee par 1 experience meme qui lui fournit de 1 eau par la com 
bustion de ces produits. II arrose une plante qui vegvte sur un poids connu de 
terre avec de 1 eau de pluie, et constate qu au bout de quelque temps la plamY 
a augmente de poids sans que le sol se soit appauvri. II en conclut que c est 1 can 
qui a servi a former la plante. Ces erreurs memes demontrent une tendance 
experimentale et une logique dans la direction des experiences que Ton ne ren 
contre pas avant lui. 

Ajoutons, pour terminer cette rapide esquisse d une grande figure, que, nud- 
gre son savoir et ses hautes facultes, Van Helmont a cru fermement a la pierre 
philosopbale, dont il a meme possede une parcelle et dont il a experimcnte la 
vertu. II garde secrete la recette d une preparation susceptible de dissoudre tous 
les corps (Alkahest) et jouissant de proprietes medicales tres-puissantes. 

L influence de Van Helmont a eu pour effet de rendre plus intime 1 alliance 
de la chimie avec la medecine, non-seulement par 1 emploi therapeutique de 
preparations connues ou trouvees par les medecins, mais surtout par 1 intro- 
duction de theories chimiques en physiologic et en pathologie. 

De le Boe Silvius, ne a Hanau en 1614, a egalement donne aux doctrines 
iatrochimiques un eclat assez vif. 

Comme Van Helmont, il compare et assimile les phenomenes physiologiques 
et pathologiques aux reactions chimiques. Les maladies sont des perturbations 
de 1 elat chimique normal. Ce qui le distingue surtout, c est son incredulite d;ms 
la puissance de 1 archee, force ou etre immateriel dont 1 intervention etait con- 
sideree comme necessaire. Les fermentations jouent un grand role dans ses 
theories et doivent tout expliquer. Le sue pancreatique acide, en se melangcant 
a la bile alcaline ct aux aliments digeres par la salive, produit une effervescence 
qui developpe le chyle. Celui-ci, en arrivaut acide dans le sang qui renferme de 
la bile alcaline, determine une seconde effervescence (fermentation), d ou re- 
suite la chaleur animale. 

Telles sont, en resume, les doctrines iatrochimiques les plus importantes. En 
voulant tout expliquer par la chimie, qui elle-meme etait encore a creer, cette 
ecole se suicida en tombant dans le ridicule. Laissant de cote les theories secon- 
daires plus ou moins bizares imaginees par les disciples et continuateurs de 
Van Helmont, nous allons aborder sans trop de chagrin la seconde epoque. 

Cependant nous ne devons pas oublier deux hommes qui vecurent au siccle 
des medecins chimistes, mais qui, par la nature de leurs travaux et 1 importance 
de leurs decouvertes, doivent plutot compter parmi les chimistes propremeut 
dits. 



62 CIIIM1E. 

Agricola Georges, ne en 1494, a Glauchau, pros dc Meissen, abandonna de 
bonne heure la medecine pour se livrer a 1 etude de la metallurgie. II consacre 
toute son existence a cette branche d industrie chimique et lui fait faire de nom- 
breux et importants progres. La preparation des minerais, leur grillage, la fabri 
cation et la purification du cuivre, la separation de I argent d avec le cuivre et 
Ic fer au moyen du plomb, 1 obtention du mercure, de 1 antimoine et du bis- 
mutb, 1 cssai et 1 analyse des minerais et des metaux precieux, 1 inquarta- 
tion, etc., 1 occupent tour a tour. 

Jean-Rudolph Glauber, ne en 1604, a Karlsstadt, est un vrai chimiste. S il 
croit a la possibilite de la transmutation, il ne la poursuit pas et avoue qu il n a 
jamais reussi a produire un phenomene de cet ordre. 

Ses decouvertes sont nombreuses et importantes. Nous citerons des periec- 
tionnements serieux dans la preparation des acides mineraux. Avant lui, on dis- 
tillait le sel marin ou salpetre avec le vitriol pour obtenir les acides chlorhydri- 
que ct nitrique. 

II remplace le vitriol par 1 acide sulfurique et obtient, comme seconds pro- 
duits, le sulfate de potasse et le sulf ate de soude (sel mirabile, sel de Glauber), 
dont il indique les applications medicales. Au moyen de 1 acide azotique et de 
1 acide sulfurique, il prepare le nitrate et le sulfate d ammoniaque en les faisunt 
agir sur le carbonate d ammoniaque. Glauber possede des notions plus exactes 
sur les chlorures metalliques qu il obtient, non comme ses devanciers en distil- 
laul le metal avec le sublime (beurre d antimoine, liqueur de Libavius), mais 
en distillant les metaux avec du vitriol et du sel marin ou en dissolvant le me 
tal dans 1 acide chlorhydrique. 11 prepare ainsi le chlorure de zinc et le clilorure 
d arsenic. Ses idees sur la composition des sels sont en general plus pres de la 
verite que celles de ses devanciers. II ne pronouce pas encore le nom d affinite, 
mais il en parlc implicitement ; pour lui, les reactions de 1 acide sulfurique sur 
le sel marin ou le salpetre sont comparables a celles de la chaux ou de la po- 
tassc sur le sel ammoniac. 

L un des principes constitutifs du sel a plus d amour pour 1 acide sulfurique 
que pour 1 autre principc. Les phenomenes de double decomposition sont aussi 
assez nettement compris. 

Glauber sait preparer le cameleon mineral, le vinaigre de bois; il experimente 
sur la solubilite a haute temperature des metaux dans le foie de soufre, 

II rend encore d importants services a 1 industrie en introduisant des perfec- 
tionnements notables dans la fabrication des produits chimiques, du verre, du 
vinaigre, du salpetre, dans les operations de teinture et dans la metallurgie. II 
se plaint amerement de voir son pays, si riche en matieres premieres, les livrer 
a vil prix a 1 etranger pour racheter fort cher les produits manufactures du de- 
hors. 

II. CHIMIE PROPKEMENT DITE. La chimie devientune science independante au 
moment ou,se degageant de son role secondaire et cessant d etre 1 humble esclave 
de 1 industrie ou de la medecine, elle poursuit un but reellement scientifique et 
so voue, sinon exclusivement, du moins essentiellement a la recherche de la ve 
rite. 

II est difficile de fixer 1 instant precis ou cette revolution a lieu ; il est evident, 
cu effet, que ce n est pas subitement qu elle a pu se produire et que la transition 
de la periode iatrochimique a la naissance de la chimie proprement dite a du etre 
progressive et menagee. 



CIIIMIE. 63 

En tenant compte de cette cause d incertitude, nous fixerons a peu pres au 
milieu du dix-septieme siecle 1 origine de cette science. 

Vers cette epoque, en effet, nous voyons apparaitre des hommes comme Boyle, 
Lemery, Becker, Stahl, Boerhaave, etc., qui, tout en se livranta des recherches de 
labovatoire, comme leurs devanciers, travaillent, non en vue d une application 
immediate et utile de leurs experiences, mais pour arriver a la solution des noin- 
breuses questions qui se posent relativement a la composition des corps, a leurs 
decompositions, a leurs actions mutuelles. Envisages ainsi pour eux-memes, 
ces problemes conduisent a des travaux plus serieux et diriges par une logique 
plus serree. 

Pendant la premiere periode de 1 existence propre de la chimie, periode appe- 
lee generalement phlogistique du nom de la theorie dominante, on ne se preoe- 
cupe que des phenomenes qualitatifs, des reactions de combinaisons ou de de 
compositions, en ce qu elles ont d apparent et se saisissable a la vue. Si Jean 
Key, Mayow et Hooke montrent que les metaux en se transformant en terres aug- 
mentent de poids, comme 1 avait dejavu Beber, 1 alchimiste du huitieme siecle; 
si Bergmann, Kinvann, Wenzel et plus tard Ricbter etablissent les fondements 
de la loi des equivalents, ces resultats passent inapercus et ne trouveront leur 
valeur capitale que plus tard, lorsque Lavoisier par sa puissante influence mini 
subordonne la chimie a la balance et fait admettre ce qui constitue aujourd lmi 
pour nous un principe fondamental et indiscutable, a savoir que la matiere est 
inimitable. Les corps peuvent se combiner entre eux, engendrer de nouveaux 
produits, mais le poids du compose est egal a la sommc des poids des parties 
constituantes. Un corps peut se dedoubler en deux ou plusieurs autres doues de 
proprietes nouvelles, mais la somme des poids des nouveaux produits est egale 
au poids du compose initial. 

C est a partir de ce jour que la chimie appuyee sur une base aussi immuable 
que la matiere elle-meme peut s elever par une serie de decouvertes rapides a la 
haute importance qu elle a acquise de nos jours. 

Combustion et respiration. Le phenomene chimique le plus saillant, celui 
auquel les observateurs ont attache de tout temps la plus grande importance, 
c est celui que nous appelons encore aujourd hui combustion. A la combustion se 
rattache la premiere theorie chimique un peu serieuse (phlogistique) au moyen. 
de laquelle on cherche a expliquer les phenomenes. Le bois, le charbon, le soufre, 
chauffes au contact de 1 air, s enflamment, degagent de la chaleur et de la lu- 
miere, et disparaissent sans laisser de traces ou en laissant un residu de cendres 
comme le bois, en developpant un acide comme le soufre ; les metaux perdent 
leur brillant caracteristique et sont convertis en matieres terreuses de couleurs 
variables. 

Les alchimistes et leurs successeurs les medecins chimistes savent en outre 
qu en chauffant certaines de ces terres avec de la suie, on peut leur rendre 1 eclat 
et les caracteres metalliques. 

Quelle est la cause de ces phenomenes ? 

Parmi ceux qui ont cherche a les expliquer, les uns semblent ignorer comple- 
tement la necessite absolue de la presence de 1 air pendant la combustion ; d au- 
tres,tout en la reconnaissant, n y attachent qu une importance secondaire et font 
jouer a 1 air un role accessoire. 

Rappelons cependant que 1 on savait deja depuis Geber que les metaux con 
vertis en terres augmentent de poids, et que Jean Key admet que dans cette 



64 CIlIiMlE. 

transformation ils fixent dc 1 air. Mais tout cela cst bicn loin encore d une idee 
nctte ct precise sur la cause du phenomene de combustion. 

Laissant de cote les idees anciennes, toutes plus ou moins fondees sur lesi 
doctrines d Aristote ou des alchimistes, nous arrivons a la theorie du phlogistique 
imaginee par Becher et formulee d une manicre plus precise par son disciple 
Stahl (Becher, Jean-Joachim, ne a Spire en 1655, mort en 1682 ; Stahl, Georges- 
Ernest, ne a Ansbach en d660, mort en 1754). Adoptee par la plupart des sa 
vants du dix-septieme et du dix-huitieme siecle, la theorie du phlogistique ne 
succomba qu apres une lutte tres-vive sous les rudes coups que lui porterent les 
travaux et la logique victorieuse de Lavoisier. 

Pour Becher et Stahl, la combustion est une decomposition; tous les corps 
combustibles sont composes; ils renferment un principe commun, terra pinguis, 
de Becher, phlogiston ou phlogistique, de Stahl. 

En se changeant en terres (en s oxydant, comme nous dirions maintenant), un 
metal, tel que le plomb ou le cuivre, perd son phlogistique. Le soufre contient 
beaucoup de phlogistique uni a de 1 huile de vitriol (acide sulfurique). Lc non- 
do fumee est presque entiercment forme de phlogistique; aussi, chauffe avcc 
une terre, il lui cede une partie de cette substance et le metal sc trouve recon- 
slilut par 1 iiiiion de la terre avec le phlogistique du noir de fumee. 

Ainsi cette celebre theorie admet a priori qu uu corps qui brulc perd quelque 
chose, qu uae terre (oxyde metallique) qui se convert it en metal sous 1 influence 
du noir de fumee (qui se reduit) gaguc un nouveau principe, ct cepemlanl clle- 
est en contradiction ilagrante avec des faits d experience connus et bien etablis, 
dout nous avons entretenu le lecteur (augmentation de poids des metaux pendant 
leur calcination a 1 air). 

Nous voyons par la combien peu les chimistes les plus eminents de cette 
epoque faisaient cas des donnees quantitatives. Au moment ou Lavoisier porte la 
hache sur cet arbre seculaire, Macquer, celebre chimiste du dix-huitieme siecle, 
s emeut un instant ; il croit que Ton a decouvert des faits importants qui pour- 
raient ruiner ses cheres convictions, mais il se tranquillise tout a fait en recon- 
naissant qu il ne s agit que de rapports ponderables. Cependant ce simple fait de 
1 augmentation de poids des metaux transformes en terres ou brules reste un 
point noir a 1 horizon, une veritable cpee de Damocles qui trouble la quietude 
des adeptes les plus fervents. Beaucoup d entre eux font intervenir de nouvelles 
hypotheses pour mettre leur conscience en repos. 

Boerhaave attribue au phlogistique une densite negative ; un autre, Guy ton de 
Morveau, se tire d embarras en appliquant le principe d Archimede d une maniere 
defectueuse. Quelques-uns admettent a la fois le depart du phlogistique et la 
fixation d un principe terreux ou salin contenu dans 1 air qui rend compte de 
1 augmentation de poids. 

La decouverte de 1 hydrogene par Cavendish semble apporter a la theorie un 
puissant appui. Ce gaz, eminemment combustible, leger, brulant sans laisser de 
trace, est considere par Kirwan comme le phlogistique lui-meme a 1 etatdepurete. 

En mettant un metal tel que le zinc en presence d un acide etendu, le zinc 
degage son phlogistique (hydrogene) et devient terre ; celle-ci se dissout dans 
1 acide. Si 1 acide est concentre (acide sulfurique, azotique), le phenomene est 
different, parce que le phlogistique, au lieu de se degager, s unit a 1 acide pour 
donner 1 acide sulfurique phlogistique (ou acide sulfureux), 1 acide nitrique 
phlogistique (ou acide nitreux). Lorsque rhydrogene reduit un oxyde, la produc- 



CIIIMIE. 05 

lion du melal est lo resultat de la combinaison de la terre avec le phlogistique 
(hydrogene) . Aiusi moditiee, la ihcoric phlogistique semblait indiscutable, mais 
on ne s apercevait pas qu elle ne s appliquait plus, sous cetle Ibrnic, aux trans 
formations des metaux chauffes a 1 air d ou etait nee 1 idee mere de Stahl. On 
peut se demander, en effet, ce que devient le phlogistique dans ce cas. 

Lorsque Bayen trouva en 1774 que 1 oxyde rouge de mercure chauffe se con- 
vertit en mercure metallique, le fait otant completement en contradiction avec 
les principes, il fallut supposer que 1 oxyde rouge de mercure n est pas une 
tcrre. Pour pouvoir donner a la combustion sa veritable signification, il man- 
quait un element essentiel. 11 fallait coimaltre 1 clement comburant, I oxygene, 
qui, comme nous le savons maintenant, se combine aux combustibles avec dega- 
gement de clialeur et de lumiere; il fallait de plus demontrer que cet element 
comburant existe dans 1 air melange avec un autre gaz inerte. 

I/existence d un principe particulier (spiritus nitro-aereo) contenu dans 1 air 
et jonant un role actif dans la respiration et dans la combustion, avail etc admis 
par Mayow, chimiste anglais (Tractatus quinque medico physici, 1009). Avaut 
lui deja, Van Helmont et Silvius de le Boecomparaient, sous certains rapports, le 
phenomene physiologique et la reaction chimique ; ils suvaient que dans un air 
confine la combustion d une bougie s arrete avant que tout 1 air ait etr absorb* , 
que de meme un animal ne peut respirer que pendant uu temps limite dans un 
air non renouvele. 

Mayow, considerant que le salpetre est forme d une par tie tixe, Yalcali, et d uue 
pmlie volatile, fait observer que les materiaux salpetres apres le lessivage se 
chargent de nouveau dc salpetre s ils restent exposes a 1 air pendant quelque 
temps; la partic volatile de ce sel doit done provenir dc 1 air, tandis que IVIc - 
ment tixe, 1 alcali, est fourni par les platras. L acide nitrique ne pent exister 
lout forme dans 1 air qu il rendrait irrespirablc, mais il prend naissance aux <lr- 
pens d un principe. aerien, et le principe est le meme que celui qui entretienl l;t 
combustion et la respiration ; c est le spiritus nitro aerei. Ainsi, dans les idees du 
chimiste anglais Mayow, la respiration, la combustion dans 1 air et le pouvoir 
comburant du salpetre sont produits par un seul et meme principe. 

Les citations suivantes, empruntees par M. Kopp a 1 ouvrage precedent , et que 
I importance du sujet historique nous engage a donner, ne laisseront aucun doute 
sur la nettete d intuition de ce savant : 

Quanquam autem spiritus nitri totaliter ab aere non procedit, credendtini 
lamen est, partem ejus aliquant ab aere oriundam esse. 

Concedendum esse arbitror, nonnihil, quicquid sit, aereum ad flammam 
quamcunque conflandam necessariuni esse, at non est existimandum, pabulum 
igneo aereum ipsum aerem esse, sed tantumpartem ejus magis activam subti- 
lemque. 

(( Arbitrary fas est, particulas aeris igneas, ad flammam quamcunque susti- 
nendam necessarias, in sal nitro hospitari, partemque ejus magis activam 
igneamque constituere. 

Partem nitri-aeream nihil aliud. quam particulas ejus iyneo-aereas esse, 
quce ad flammam quamcumque conflandam omnino necessarian sunt. Quocirca 
particulas istas igneas, aei ique communes, particulas nitro-aereas sive spi- 
ritum nitro-aereum in futurum nuncupare liceat. 

Credendum est, animalia ignemque particulas ejusdem generis ex aere 
exhaurire. 



DICT. ENC. XVI. 



66 CHIMIE. 

Pour Mayow, ces particules nitro-aeriennes ne sont ni acides ni fixes ; elles 
sont neccssaires a la combustion, a la transformation des metaux en terres, c cst 
leur addition qui determine 1 augmentation de poids ; elles sont couteuues dans- 
les acides. La combustion d un corps ou la respiration d mi animal dans un espace 
limite d air produit une diminution de volume, et il reste un air qui ne peut ni 
entretenir la combustion ni maintenir les phenomenes respiratoires. Par le fait 
de la respiration, les particules nitro-aeriennes sont absorbees par le sang par 
1 intermedia! re des poumons; ils y provoquent unc fermentation accompagnee 
de d6gagement de chaleur, comme les pyrites s echauffent en absorbant les par 
ticules nitro-aeriennes et en se convertissant en vitriol. Cette fermentation est la 
cause de la chaleur animale, et c est a 1 action des particules nitro-aeriennes qu il 
faut altribuer la coloration rouge du sang arteriel. Willis, contemporain et com- 
patriote de Mayow, fait un pas de plus (1671). Pour lui, la combustion, la trans 
formation des metaux en terres et la respiration ue se ressemblent pas seulement 
parce qu il y a dans les trois cas absorption des particules nitro-aeriennes, mai& 
la chaleur animale est le resultal, uou d une fermentation, mais d une combus- 
linn veritable <|iii ne diftere des autres que parce qu elle est lente. 

(imnmriil. des vues aussi ncttes, aussi chiiivs, aiissi pres de la verite sur les 
|ilieii<mieiirs /ex i>lnx inii>urlants de la rliiiiiie el de la physiologic ont-elles pu 
Iniiihrr dans I onhli le plus complel pendant plus d un siecle, comment les idees 
lausses et erronecs de Stahl ont-ellcs pu apres cela prendre des racines si pro- 
Iniidi s et voilcr la hmiiere qui commeiicail, a percer les tenebres? 

II n a manque a Mayow, pour saisir dans son ensemble le phcnomene de la 
combustion, comme Lavoisier 1 a fait un siecle plus tarcl, quo d isoler ccs parti 
cules nitro-aeriennes dont il analyse si bien les effets, et qu il entrevoit plutot 
par un effort de genie qu il n en demonlre 1 existence par 1 experience ; il lui a 
manque aussi cette puissance et cette logique experimentales qui conduisirent 
Lavoisier a fixer sur des bases inebranlables le nouveau systeme qui triompha du 
phlogistique. Le terrain, il faut le dire, n etait pas aussi bien prepare qu a la fin 
du dix-huitieme siecle. 

A ce moment, dans les premieres annees du dernier tiers de ce siecle, de 
grandes decouvertes se succedent coup sur coup. Elles sont faites presque simul- 
tanement par des chimistes travaillant independamment les uns des autres. Mais 
les faits nouveaux sont d abord mal interpretes dans les idees de Stahl et ne con- 
duisent pas aux consequences qui en decouleront plus tard. 

Entre les annees 1771 et 1774, Priestley (Joseph) observe que 1 air fixe (acide 

1 Ne a Fieldhead (Yorkshire), Angleterre, en 1735. mort en 180i, cliimi^te anglais, celebre 
par ses nombreuses decouvertes, surlout en ce qui louche les gaz et leur maniement. 

En 1772 il fit paraitre les premieres observations sur differentes especes d air. 11 sub- 
stitua le mercure a 1 eau pour recueillir les gaz salubres; decouvrit I oxygene, le bioxyde 
d azote, isola comme Scheele, 1 azote sans donner a cette experience sa veritable signification. 
L acide chlorhydrique gazeux, I ammoniaque gazense, 1 acide sulfureux gazeux, I bydrogene 
bicarborie et 1 oxyde de carbone furent isoles, etudies et reconnus comme des especes spe- 
ciales. 

Par ses methodes experimentales Priestley aida puissamment au developpement de 1 etude 
des gaz. de ce que Ton a appele chimie pneumatique. II avail etc precede dans cette voie 
par Van Helmont, par Moitrel d Element (1710, Manicre de rcndre lair visible etassez sen 
sible pour le mesurer par pintes , par Hales, ne en 1677, mort en 1761 a Londres, qui le 
premier se servil d un tube adducleur courbe pour relier le matras ou la cornue d oii se 
degage un gaz au ballon plein d eau et renver.-e sur la cuve a eau, destine a 1 emmagasiner. 
Hales recueillit ainsi un certain nombre de gaz (hydrogene, hydrogene sullure, bicarbone 
et protocarbone, acide carbonique). Mais tous ces gaz, malgre leurs proprietes si caracteris- 



CHIMIE. 07 

carboniquc) developpe par la respiration des animaux, et qui rend I atmospbere 
asphyxiante, so transfornie sons 1 influence des plantes en air respirable ; il fait 
ivmarquer que Icbioxydc d azote fait eprouver a 1 air une diminution de volume 
d autant plus grande que cet air est moms vicie par la respiration. Un eharbon 
enflamme dans un volume d air confine produit de 1 air fixe, et le volume de 1 air 
i convert! en air tixc devenu absorbable par la chauxest d environ le cuiquieme dc 
, lair employe. Leresidu non absorbable n entretient ni la combnstinn, ni la res- 
( piration ; il n est pas absorbe par un melange humide de soul rc et de fer. 
|En 1772, il constate quo le salpetre chauffe dans un canon de fusil degage un 
gaz eminemment apte a la combustion. Enfin, en 1774, il obtient par la calcina 
tion de 1 oxyde rouge demercure et du minium un gaz non absorbable par I eau 
et doue d un pouvoir comburant tres-remarquable, infiniment superieur a crlni 
de 1 air. La terre mercuriclle etait preparee en chauffaut le mercure dans des 
vases ouverts. Priestley considere son gaz nouveau, qu il distingue fort bion du 
protoxyde d azote, et qu il reconnait etre plus lourd que 1 air, comme le principe 
respiratoire et comburant; pour lui, c est de 1 air dephlogistique qui s^ tr<m\r 
iiit lauge dans 1 air ordinaire a uu autre gaz, 1 air jv/i/o</is<tV/< ; (c>v\i;riie). 

Un i 1 72, Rutherford montre que 1 air confine dans Icqnrl mil respire des ani- 
inaux n est pas seulement devenu impropre a la combustion el a la respiration 
par suite de la presence de 1 air fixe qui apris naissance, ma is p;m-e qu il conlienl 
par lui-meme un principe irrespirable et nou comburant. En effet, en enlevaitl 
1 air fixe au moyen de I eau de cbaux, on n ameliore pas les qualites de 1 air vicie. 
Eii J777, Scbeele 1 public ses experiences sur la composition de 1 air et 1 oxy- 

liques, n etaient pour lui que de fair atmospherique, modifie par divers melanges; Black 
Joseph, ne a Bordeaux de parents ecossais, mort a Cullen en 1799, se sert de 1 uppareil di> 
Hales. 11 eturlia parliculierement 1 acide carbonique on gaz silvestre de Van Helmont, il re- 
connut ses proprietcs acides, son existence dans les alcalis non caustilies et la craie, dans 
le gaz de la fermentation et de la respiration (au moyen de I eau de chaux). 11 lui donne le 
nom d air fixe (fixed air). 

La notion de gaz ou fluides aeriformes distincts par leur composition et leurs proprietes 
de 1 air atmospherique est une de celles qui ont mis le plus de temps a se consolider dans 
I l-sprit des savants el ce n est pas une des parties les moins interessantes de I hisloire dela 
ehiniie que tie suivie sur ce point les progres de 1 esprit humain et sa iviarchevers la verite; 
mais pour dormer a cet historique une forme saisissante et prouver la verite de ce que nous 
avangons, il nous faudrait entrer dans des developpements et des details que ne comporte 
pus cet article. 

I Sclieele, Charles-Guillaume, ne a Stralsund, en 1742, mort en 1786. Par 1 importance et 
le nombre considerable de ses decouvertes, il occupe une des places les plus elevees parrni 
les savants du dix-huitieme siecle.L exactitude de ses observations, comparte a 1 insut lisance 
des moyens pratiques de manipulations dont il disposait, 1 ont fait, a bon droit, considerer 
comme un experimentateur de premier ordre. 

II etait fils d uii petit marchand, charge d une nombreuse famille et commene,a par etre 
apprenti pliarmacien chez 51. Bauch, a Gotheburg. 

En 1767, ilvint a Stockholm, oii il se lia intimement avec Bergmann. L amitie des deux 
savants ne se dementi! jamais. Bergmann ne demandait qu a pousser son jeune ami dans 
les honneurs et les brillantes positions, mais Sclieele prelera la retraite et le role modestc 
de pliarmacien a Keeping. C est la qu il executa ses plus beaux travaux, que Bergmann se 
halail de pubher et de repandre par 1 autorite de son nom et de ses cents. 

Ses decouvertes les plus irnportantes sont : L acide fluorhydrique on fluorique (acide du 
spathfluor) 1771. L oxygene retire du manganese (magnesie noire) au moyen de 1 huile de 
vitriol (17 74). Le chlore produit par 1 action de 1 acide inarin sur la magnesie noire (1774). 
La baryte, nouvelle terre (terre pesante) dilfercnte de la chaux. Ces decouvertes sout com 
prises dans ses Recherches sur la magnesie noire (1774). L acide arsenique (1775). 

L acide urique. L acide oxalique artiliciel par 1 action de 1 acide nilrique sur le Sucre. Le 
vert de Scheele, 1 acide molybdique, 1 acide lactique, le sucre de lait, 1 acide tungstique, 
1 acide prussique, la glycerine, 1 acide citrique. 



68 CHIMIE. 

gene. Elles datent, d apres Bergmann, des annees 1774 et 1775, et ont ete faites 
tout a fait independamment de celles de Priestley dont le chimiste suedois n a- 
vait pu avoir connaissance. II traite des volumes limites d air par divers reactifs 
absorbants, sulfures alcalins, sulfites, phosphore enflamme, et constate une di 
minution de volume de 20 a 50 p. 100. 

Le residu plus leger que 1 air est appele air vicie, air impropre a prendre du 
phlogistique , le gaz qui a disparu est 1 element comburant propre a s unir au 
phlogistique, avec lequel il a forme de la chaleur qui traverse les parois du 
vase. Guide par ses theories fausses, Scheele est cependant arrive a decouvrir 
1 oxygene qu il prepare en chauffant ibrtement un melange de salpelre et d huile 
de vitriol; il croit que dans ce cas la chaleur est decomposee; le phlogistique se 
porte sur 1 acide nitrique qu il rend fumant et il reste du gaz hydrogene (Feuer 
I "ft). Un peu plus tard, le chimiste suedois retire 1 oxygene du bioxyde de man 
ganese chaul fe avec de 1 acidc sullurique ou de 1 acide phosphorique, du salpetre 
dianCfe" a une temperature elevee. Ici encore, pour Scheele, c est la chaleur qui 
se decompose en phlogistique ct en air comburant; le phlogistique se porte sur 
Ir salpetre et donue du salpetre phlogistiqur. 

Sc.lu-clc udmet done que 1 air atmospherique est forme de deux gaz : 1 air vicie, 
plus leger que lui, 1 air comburant pyrogene (Feuer luft), plus lourd. 

Lavoisier 1 . A lYpoquc ou Priestley isolait pour la premiere fois 1 oxygene, 
Lavoisier (Halt armr pour donner a cette decouverte sa veritable signification el 
fii lirer des consequences capitales pour le devcloppement de la chimie. Dans un 
pli cachete depose a I Academie des sciences (1 772), il continue par des experiences 
indiscutables 1 augmeutation de poids eprouvee par les metaux chauffes a 1 air, 
<! demontre que le phosphore et le soufre donnent par leur combustion des 
produits dont le poids est plus eleve que celui du soufre ou du phosphore 
employes; il attribuc cette augmentation a 1 absorption d une certaine quantite 
d air. 

11 reconnait, comme 1 afait Black, que 1 etain chauffe au contact de 1 air, dans 
un espaceclos et restraint, determine une diminution dans le volume de cetair; 
en memo temps le metal a augmente de poids d une quantite repre sentant exac- 
lement le poids de 1 air qui renire dans le vaiaseau au moment de son ouver- 
ture, ou, ce qui revient au meme, egale au poids de 1 air absorbe (OEuvres de 
Lavoisier, t. II, p. 105). Dans un memoirc anterieur (loc. cit., t. II, p. 1), il 
a prouve que de 1 eau chauffee pendant cent jours a 1 ebullition dans un vase 
ferme de forme convenable (pelican) pour laisser recouler les vapeurs condensees 
n a pas change de poids, qu il n a done pas pu s introduire de la matiere ignee. 
La terre engendree dans cette experience ne derive pas, comme on le pensait 
alors, d une transformation de 1 eau elle-meme, mais elle a ete detachee du reci 
pient; en effet, cette terre recueillie peso autant ou a peu pres que la perte de 
poids eprouvee par le pelican apres 1 expenence ; la faible difference observee est 

Si Ton voulait le suivre dans toutes ses recherches, a dit M. Dumas, il faudrait parcourir 
avec lui toules les parties de la chimie. 

Examinez ses memoires, vous u y trouverez pas une erreur dans tout ce qu il dit des corps 
el de leurs proprietes. On ne saurait trop 1 admirer tant qu il se renferme dans les i aits. 

1 Antoine-Laurent Lavoisier, ne a Paris eu 1745, mort en 1794, victime des odieuses tue- 
ries de la terreur. Issu d un pere amoureux de science et qui fit donner a son Ills une bril- 
lante et solide education, richement doue du cote de 1 intelligence, possesseur d une grande 
fortune, Lavoisier se trouvait dans les meilleures conditions pour donner a son genie 1 essor 
<jui devait en 1 aire le relormateur de la cbimie. 



CHIMIE. 69 

attribute a unc crrcur d experience. Ainsi nous le voyons, des le debut, proceder 
ditnstoutes ses recherches, balance en main. 

L air dephlogistique ou le gaz pyrogene de Priestley et de Scbeele dont il re- 
pete les experiences devientde suite pour lui la partic de 1 air almospherique qui 
dans la combustion s unit au combustible et augmente son poids (loc. cit., i. II. 
p. 125). 

L air emineniment pur s obtient par la seule calcination de la terre mercu- 
riellc; la terre mercurielle chauffee avec du charbon se reduit comme d autrr- 
terrcs en fournissant dc 1 air fixe (acide carboniquc). Ce meme air fixe se forme 
pur la combustion du carbone dans 1 air et par la combustion du diamant dans 
1 oxygene. En rapprochant ces divers fails dont la plupart etaient connus des chi- 
mistes, mais qu il rend plus frappants par des mesures et des pesees plus pre 
cises que jamais, il arrive a conclure avec autorite que c t air eminemment pur 
est combine au mercure dans la terre mercurielle, d oii la chaleur le degage ; 
que 1 air iixe engendre par 1 action du charbon sur les terrcs est le resultat d nm 
veritable combustion aux depens ne 1 oxygene que ces dernieres renfermcnt uni 
a un metal, et que cette combustion est comparable a cello du carbone dans l ox\- 
gcne. En 1777, Lavoisier formule avec plus d ampleur la llieorie de la combus 
tion (loc. cit., i. II, p. 226), et la developpe dans ses travaux ulterieurs pour ar- 
river a en faire la base de tout un systeme de chimie. 

Par 1 importance et la multiplicite clcs phenomenes qu elle explique, par la 
precision des experiences, leur methode et la logique rigoureuse et serree qui les 
a dirigees, cette theorie est sans contestation possible une des plus belles concep 
tions et des plus grandes conquetes de 1 esprit humain ; elle a etc pour la chimie 
ce que la theorie des ondulations et la theoric de 1 equivalent mecanique tic la 
chaleur sont pour 1 optique et 1 elude du calorique. II est intercssant de voir un 
homme entoure, comme 1 etait Lavoisier a son epoque, d idees fausses, de notion.- 
vagues et confuses sur la nature des corps, saisir une pcnsee juste et vigoureusr. 
s y attacher avec une conviction inebranlable, et marcher droit au but sans sY- 
garer jamais. En resume, je crois pouvoirdire que si, par decouverte, en chimir. 
on entend seulement 1 apparition inattendue de corps nouveaux, 1 illustre chi- 
miste francais n aurait que peu de droits a passer a la posterite ; mais si Ton vent 
avec nous attacher quelque prix au penseur qui sait grouper des fails epars rt 
sans lien, en former un tout homogene, au genie qui voit la lumiere la ou d an- 
Ires s egarent dans les tenebres, a 1 experimentateur habile qui dirige ses Iravaux 
avec une logique indiscutable et les fait converger tous vers un meme but, en les 
mettant au service d une idee juste et forte, on ne pourra denier a cette grandr 
figure le tilre de reformateur de la chimie. Les principaux travaux chimiques,cu 
dehors de ceux deja cites, roulent sur la combustion du carbone et la composi 
tion de 1 acide carbonique, sur la combustion du phosphore et la composition dr 
1 acide phosphorique, sur la composition de 1 acide sulfurique, de 1 acide azotiqm- 
et hypoazotique. II demontre que tous les sels sont formes par la combinaison 
d un acide oxygene avec un oxyde metallique, et que dans le cas de la formation 
d un sel par 1 action d un acide etendu sur un metal, le degagement d hydrogene 
est du a la decomposition de 1 eau, dont la constitution avail ete etablie par 
Cavendish et confirmee par les experiences de Lavoisier. L oxygene de 1 ean se 
porte sur le metal pour former un oxyde. L idee premiere du role de 1 eau dans 
la dissolution des metaux dans les acides, avec degagement d hydrogene, est due 
a Laplace. Apres avoir etabli par ses experiences et 1 interpretatioh exacte de 



70 CHIMIE. 

celles de ses devanciers que les acides resultent de 1 uiiioii d un radical avec 1 air 
viiiiiieiimieiit pur, Lavoisier donne a ce gaz le nom de principe oxygene ou 
I oxygene dont nous nous servirons dorenavant. 

Nous resumerons en quelques lignes le systeme nouveau de chiinie qu il oppose 
aux doctrines phlogisliques : 

1 Les corps ne brulent que sous 1 influence de 1 oxygene. 

2 L oxygene est absorbe pendant la combustian et se combine au corps com 
bustible, dont le poids augmente par la d une quantite egale au poids de 1 oxygene 
utilise. 

3 La combustion engendre soit un acide avec les corps non melalliques, soil 
u n oxyde salifiable avec les metaux. La premiere partie de cette proposition ab- 
sorbait tellement Lavoisier et s etait emparee de son esprit avec tant de force, qu il 
recherchait avec soin 1 acide qui peut se former dans la combustion de 1 hj drogene, 
alors que Cavendish avait deja reconnu qu il ne se formait que de 1 eau. 

4" Dans la combustion d un corps, il y a degagement de lumiere et de matiere 
de feu ou de caloriquc, mais ces derniers sont sans poids. Lavoisier le demontrc 
par des experiences directes. La chaleur degagee est due a la raise en liberte du 
caloriquc latent de volatilisation de 1 oxygene, si le produit de la combustion esl 
solide, ou a un cbangement dans la capacite calorifique si le produit de la com 
bustion est un gaz. Mais cette question se rattache plut<H a 1 histoirc des travaux 
dr physique de Lavoisier. 

5 Un sel est forme par ( union d un acide a\cc mi oxyde. 

Lavoisier a porte aussi son attention sur les principcs organiques vcgctanx et 
animaux. II y demontre la presence du carbone, de 1 hydrogene, de 1 oxygene, et 
tburnit des precedes pour doser ces elements. 

Par element, Lavoisier entend comme Boyle une substance indecomposable par 
nos moyens d action. 

Une reforme aussi complete dans la science exigeait une transformation du 
langage usite jusqu alors, langage qui se ressentait trop du frottement de la chimie 
avec 1 alchimie, 1 iatrochimie et le phlogistique, pour etre tres-clair. Les bases de 
la nomenclature proposee par Guyton de Morveau et propagee grace a 1 appui de 
Lavoisier, Fourcroy et Berthollet (1787), sont trop connues pour qu il soitneces- 
saire d en parler ici. 

Nous terminerons ce rapideapercu des sarTices rendusparLav isier entracant 
1 historique de la respiration des animaux en ce qui touche ses rapports avec la 
chimie. 

Boyle avait demontre qu aucun animal ne peut vivre dans le vide. Mayow, 
Hooke, Willis, Verrati et d autres physiologistes de cette epoque prouverent 
qu une bougie s eteint et qu un animal meurt lorsqu on les laisse quelque temps 
dans 1 air confine ; en meme temps, il disparait une certaine proportion d aii 1 . 
Boyle etablit de plus que 1 air dans lequel des animaux ont sejourne contient de 
1 air fixe (acide carbonique). Nous avons deja parle plus haut des opinions tivs- 
rappi\ chees de la verite emises par Mayow et Willis sur le phenomene respira- 
toire. 

En 1757, apres avoir constate que 1 acide carbonique est irrespirable, Black 
ajoute que le changemenl produit sur 1 air salubre par 1 acte de la respiration, 
provenait principalement, si ce n est uniquement, de la conversion d une partie 

1 Boyle, Robert, ne en Irlande 1021, mort en 1691. 



CHIMIE. 71 

de cet air en air fixe. II trouve, encffet, qu en soufflant au moyen d un tube dans 
de 1 eau do cliaux, il fait precipiter la chaux. 

Avant 1772, Priestley prouva que 1 air fixe (acide carbonique) , 1 air coinmun 
<jui a oxyde les metaux, 1 air vicie par la combustion d une bougie, par la ier- 
mentation, par la putrefaction, font peril 1 les animaux comme 1 air altere par 
leur respiration. Cet air contient dans ces divers cas de 1 air fixe; pour lui en- 
lever ses proprietes dcletcres, lc rendre respirable, il suffit de le tenir pendant 
quelques jours en contact avec une plante en pleine vegetation. Apres la decou- 
verte de 1 oxygene, il montre que ce gaz entretient la respiration des animaux 
plus longtemps que 1 air comniun et renferme aussi apres [ experience tic 1 air 
fixe qui le rend irrespirable. 

D apres ses travaux {Experiences snr les gaz, 1777, Paris), 1 air commuii et 
1 oxygene (air dephlogistique) out seuls la propriete de rendre au sang veineux la 
couleur rutilante du sang arteriel, tanclis que le sang arteriel rutilant prend la 
couleur noiratre du sang veineux quand on le met en contact avec de 1 air phlo- 
gistique (azote), de 1 air inflammable (liydrogeue) , de 1 air fixe (acide carboni- 
<que). Mais auiant Priestley est interessant dans le domaine des faits experimen- 
taux, autant il s cgarc en cherchant a expliquer ces phenomenes par le phlogis- 
t.ique, des qu il entre dans le domaine de la theorie. 

Tel etait 1 etat de la question, lorsque Lavoisier entreprit ses rechercheS sur 
la respiration. 

Apres avoir verifie ou constate a nouveau les faits enonces plus haut (fl/m. 
de I Acad. des sc., 1775, p. 520), il etablit (Mem. de I Acad. des .sc., 1777, 
p. 185 et suiv.) : 

1 Que la calcination des metaux depouille 1 air d oxygene, laisse 1 azote in 
tact et ne degage aucun gaz nouveau ; 

2 Que la respiration des animaux depouille 1 air d oxygene, ne fait subir 
aucune modification a 1 azote, mais remplace 1 oxygene disparu par un volume 
a pen pres equivalent d acidc carbonique. Pour rendre a 1 air vicie par la respi 
ration ses proprietes initiales, il faut non-si-ulement enlever par 1 eau de cliaux 
1 air fixe qu il renferme, mais lui restituer une quantite d oxygene a peu pres 
egale a celle de 1 air fixe qu il renferme. 

Lavoisier conclut dans ce memoire que 1 oxygene de 1 air est converti dans les 
ipoumons en acide crayeux, ou bien qu il se fait un ecbange dans ce viscere, 
1 oxygene etant absorbe et 1 acide crayeux (acide carbonique) etant restitue a la 
place en quantite presque egale en volume. 

Dans son memoire sur la combustion en general, le celebre chimiste com 
pare lc phcnomcne respiratoire a la combustion. L air pur, dit-il, en passant 
dans le poumon, eprouve une decomposition analogue a celle qui a lieu dans la 
combustion du cbarbon. Or, dans la combustion du charbon, il y a degagement 
de la matiere du feu (caloriquc), done il doit y avoir egalement degagement de 
Ja matiere du feu dans le poumon, dans 1 intervalle de 1 inspiration a 1 expira- 
tion, et c est cette matiere du feu sans doute qui, se distribuant avec le sano- 
dans toute Teconomie animale, y entretient une chaleurconstantede52degres 1/2 
environ au thermometre Reaumur. II n y a d animaux chauds que ceux qui res- 
pirent habituellement, et cette chaleur est d autant plus grande que la respira 
tion est plus frequente. 

Plus tard, en 1789, il developpe et complete 1 ensemble de ses idees sur la 



72 CHIMIE. 

respiration et la graduation cle la chalcur animale, et il pout tircr a boh droit 
de 1 ensemblc dc ses experiences cede conclusion generale : 

La machine animale est principalement gouvernce par trois regulateurs 
principanx : la respiration, qni consomme de I oxygene et du carbonc et qiu 
Ibnrnit du calorique; la transpiration, qni augmente ou diminue suivant qu il 
est necessaire d emporter plus ou moins de calorique; enfm la digestion, qui 
rend au sang ce qu il perd par la respiration et la transpiration. 

Et ce ne sont plus ici de simples conceptions theoriques, des hypotheses plau- 
siblcs ct -pcurcuses comme celles de Mayow. 

C est une doctrine etablie sur unc serie concluante d expericnces d une rare 
precision, qui s impose a tous, force les plus incredules au silence, et que tons 
es travaux ulterieurs ne feront que confirmer en en developpant les details. 

Nous citerons a ce sujet les travaux de Magnus, Lothar Meyer, etc., sur les 
,ua/ du sang; ceux de Rcgnault et de Pcttenkoi fer sur la respiration; les belles 
ivrlieivlies de Boussingault, etc., etc. 

Combinaisons chimiqiies ; forces qni les produisent; lois suivant lesquelles 
snperent ces combinaisons . La cliimic elant 1 etude dcs phenomenes de com- 
binaisons ct dc decompositions des corps, n a pu sc constituer comme science, 
qu a parlir du moment oil Ton a commence a se former une idee a peu pres juste 
deccs pliemmieiies en general, lies ( instant oil Ton a admis que deux corps rea- 
tiissanl. I mi sin 1 I aiitrc pour en produire un troisieme doue de proprietes 
nouvelles, |>ree\istcnt encore dans le nouveau produit ; que celui-ci n est pas 
IIMC rrrafion, niais le re<nllat d une union intime des substances integrantes, on 
a di i se preoccuper dc la force qui provoque le phenomene. C est a cette force 
que nous donnons encore aujonrd hui le nom d affinite. 

Comment ct a quelle epoque s cst-on forme une idee juste sur la nature des 
combinaisons chimiques? On considera d abord chaque substance caracterisee 
par des proprietes speciales, comme uneindividualiteindependante. La formation 
d un corps nouveau resultant du concours de deux ou plusieurs autres est une 
creation. Si, avant le seizieme siecle, on trouve formule qu un corps fait partie 
d un autrc, c est plutot dans le sens cle melange qu il convicnt de comprcndre 
cette expression. II est vrai que Geber et les Alchimistes consideraient les metaux 
comme formes de soufre et de mercure ; mais cette opinion vague et sans preuve 
cxperimentalc ne pouvait exercer une grande influence sur les progres de la 
philosophic chimiquc. 

Dans son Credo mihi (1477), Norton s exprime ainsi : Metallamanent insua 
Integra compositione, cum ab arjuis fortibus dissolvanlur. 

Malgre cela, on continuaa croire pendant longtemps qu un principe en entrant 
dans une combinaison est aneanti. Vers le milieu du dix-septieme siecle, la con 
ception de la vraie nature des combinaisons se degage avec plus declarte. Pour 
Angclus Sala (Synopsis aphorismorum cliymistricontm, 1620), lesel ammoniac 
est un compose d acide chlorhydrique et de sel alcalin volatil; le cuivre separe 
parle fer d une solution de vitriol bleu preexiste dans ce sel. 

A propos de la solution de 1 argenl dans 1 eau-forte, Van Helmont (1648) dit : 
Licet argenium, in chrysulca dissolutum, periisse quatenus aquce forma, 
videatur, permanet tainen in pristina sui essentia ; prout sal in aqua solutiim, 
sal est, manet et inde reperitus, sine salis mutatione. Le meme auteur en nous 
faisant connaitre la preparation de la liqueur des cailloux, par la fusion de la silice 
pilee avec un exces de potasse, ajoute : En y versant une quantite d eau-forte 



CHIMIE. 73 

suffisantc pour saturer tout 1 alcali, on voit toute la tcrre siliceuse se precipiter 
au fond, sans avoir ete changee dans sa composition. L expression saturare se 
trouve ici appliquec pour la premiere fois a la neutralisation d une base par uu 
acide. Remarquons, en outre, quc pour Van Ilclmont, la silice sc retrouvc intacte 
avec ses qualites, sa composition et mome son poids apres sa separation do la 
liqueur dcs cailloux. 

Par ses etudes sur la nature et la formation des scls, notamment les sulfates 
et les nitrates alcalins, sur le beurre d antimoine ct d autres chlorures obtenus 
d une maniere analogue, Glauber (1648-1670) arrive a des conclusions a pen 
pres exactes sur la nature et la composition de ccs corps. Voici par exemple com 
ment il explique cequi se passe lorsqu on verse de la liqueur des cailloux dan> 
une solution d or : L eau regale qui tient 1 or en solution, tue le sel de tartiv 
(polasse) de la liqueur des cailloux, de manic-re a lui faire abandonner la silice: 
et, en cchange, le selde tartre paralyse 1 action de 1 eau regale, dc maniere a lui 
faire lacher For qu elle avait dissous. C est ainsi qne la silice et. Tor sont tons 
deux privesde leurs dissolvents. Le precipite se compose done a la fois d oret (\<- 
silice, dontle poids reuni represente celui de 1 or et de la silice employes primi- 
tivement. Avant Glauber, on considerait le beurre d antimoine forme par l,i 
distillation d un melange de sublime corrosif et de sulfure d antimoine comme de 
1 huile de mercure, oleum mercurii. Voici Interpretation qu il donnc dcla reac 
tion: Des que le mercure sublime (bichlorure cle mercure), melc avec 1 anti- 
moine naturel (sulfure d antimoine), eprouve 1 action de la chaleur, 1 csprit qui 
est combine avec le mercure, se porte de preference sur 1 antimoine, et 1 attaque 
en abandonnant le mercure, pour former une buile epaisse (beurre d antimoine) 
qui s eleve dans le recipient. Lc beurre d antimoine n est done autre chose qu une 
dissolution de regule d antimoine dans 1 esprit de sel. Quant au soufre de 1 anti 
moine naturel, il se combine avec le mercure, et donne naissance a du cinabre... 
Celui qui s entend bien a la manipulation pent retrouver tout le poids du mercure 
employe. 

Robert Boyle l qui vivait en Angieterre a peu pres a la meme epoque que 
Glauber, concourut puissamment par ses ecrits et ses travaux a constituer la chimie 
en science independante (OEuvres de Boyle, edition complete, Londres, 1744. 
5 volumes in-folio ; Recueil d experiences, Paris, 1679, edition francaise. Les 
chimistes, dit-il, dans son discours preliminaire, se sont laisse jusqu ici guider 
par des principes trop etroits et sans aucune portee. La preparation des aliments, 
I extraction etla transmutation des metaux, voila leur theorie. Quant amoi,j ai 
essaye de partir d un tout autre point de vue: j ai considere la chimie, non pas 
comme le ferait un medecin ou un alchimiste, mais comme un philosophe doit le 
faire... Si les hommes avaient plus a coeur le progres de la vraie science que leur 

1 Robert Boyle, ne en Irlande en 1027, mort en 1691. fondateur de la Socie te royale de 
Londres. 

On lui doit, entre autres, la premiere publication d un precede de fabrication du phosphore. 
Brand, negociant ruine a Hambourg, venait d isoler ce corps curieux et gardait son proqe de 
secret. I revenu de cette decouverte par Kunrkel, un nomme Krafft de Dresde, se hata d a- 
clieter a Brand, au prix de750 francs, le secret de la preparation. Krafft passa en Angieterre 
et se fit beaucoup d argent en montrant son phosphore. Boyle sut par lui que Ton emploie 
pour 1 obtemr quelque chose qui appartenait fin CORPS HUMAW. C esi sur cette senle indica 
tion que 1 illustre chimiste anglais parvint a percer le mystere de Brand et de Kraflt. 

De son cote Kunckel, joue par Brand et Kral lt, s etait mis a 1 oeuvre, sachant que Brand 
avait travaille sur 1 urine et fut assez heureux pour trouver la preparation du phosphore 
qu il communiqua a Homberg. Ce dernier !a lit connaitre a rAcademie des scienca. 



74 IIIMIE. 

propre reputation, il serait aise de leur faire compraidre que le plus grand 

service qu ils pourraient rendre au mondc, ce serait de mettre tous leurs soms 

a fain- des experiences, a recueillir des observations, sans chercher a etablir 

aucune tbeorie avant d avoir donne la solution de tous les phenomenes qui peu- 

vent se presenter. i L illnstre chimiste anglais ne s en tient pas a d aussi sages 

conseils, il preche d exemple et, par ses travaux et les deductions qu il en tire, 

il arrive a des conclusions remarquables pour son epoque. C est aiusi qu il 

distingue tres-nettement le melange (mixture) de la combinaison (compound 

i>utsx\ : u Duns mi melange, les corps qui y entrcnt conservent chacun leurs pro-! 

prieles caraelerisliqucs, et soul faciles a Sparer les uns des aulres; dans uuc ;\ 

roinbiiiaisoii, les parlies const.ituantcs perdent leurs proprietes primitives et sont 

ilil lieiles a separer. l,e premier, ilcomprend qu il n y a aucune raison de n admettre 

qn nii i ibre reshv ml. d elemenls (trois, quatre on cinq); il soupconne qu il 

\iendra penl-elre un jour on 1 on en decouvrira un norabre beaucoup plus consi 
derable. Ainsi ]ioiir INI. I or et les melaux en :^ >neral, soul indecomposables. .le 
\iindrais bien sa\oir cumment on parviendrait a decomposer 1 or en soufre, en 
mrrcmv el, en sel ; je mVni:aurrais a \\-.\\c\- tous les frais de cette operation. 

.I aumr qne punr .uii|ilc. jc n a: jamais pu y rcussir. Ses vues ne sont 

pas moins nelles sur la nalmv des combmaisims. II est tres-possible que tel 
corps compose iriilrniir scnlemi iil deux elements particuliers ; tel autre, trois; 
i,| aiilir, i|iialir, elc. ; de inaniere qu il piuirrait y avoir des substances qui se 
i <mi|><>seraieiil ehacniii d nn iiondiiv different d elements. Bicn plus, tel com\>si 
pinirrail, a\i>ir des ( li inmls lonl dil li ivnls, dans lenr essence, de ceux d unaiihv 
< oiii|i(is( , ((inline il y a des mots qui ne contiennent pas les memes lettres que 
d anlivs nulls. > II pensait, ce qui est vrai dans beaucoup de cas, que le feu seul 
ne samait decomposer les corps ni leurs elements hypostatiques, quo le feu ne 
tail qn aiTaiit:er les molecules dans un ordre different, en donnant naissance ades 
I M -oduits nouveaux qui sont, pour la plupart, composes. Aussi toutes les tentatives, 
la iles pour determiner par 1 analyse pyrogenee la composition des corps, lui 
paraissent illusoires. 

Boyle avaitaussi observe que la presence d un element constant dans plusieurs 
e(im])oses pe)it communiquer a ceux-ci des qualites communes. Ainsi le cuivre 
rend bleus ou verts tous les sels dans lesquels il entre. 

Les ideesde I m^le snr les eombinaisonscbimiques, traduites, avec sesouvrages, 
en latin, en f rancais ct repandus ainsi dans tous les pays civilises pendant la 
seconde moitie du dix-septieme siecle et la premiere moitie du dix-huitieme 
siecle, s implanlerent pen a pen avee une force croissante dans 1 esprit des 
savants. Nous les retrouvons dans les ecritsde Mayow (1668), deBoerbaave (1732). 
Stahl parait avoir le premier fait entrevoir que les differences de proprietes entre 
deux corps ne dependent pas uniquement de leur composition qualitative, niais 
aussi des proportions relatives des parties constituantes. C cst ainsi qu il consi- 
dere le soufre et 1 acide sulfureux comme de 1 huile de vitriol pblogistiquee a 
divers degres. 

A partir de ce moment, les idees les plus generates sur la nature des combi- 

1 Boyle nous rappelle, par son independance scicntifique, 1 inventeur des rustiques figu- 
lines, Bernard Palissy, si celebre par ses travaux dans 1 art des emaux et de la poterie. 
Palissy, ne pres d Ajjen en 1499, /eleve avec force et esprit centre les pratiques des alchi- 
mistes et des medecins a panacees. Ses ouvrages sont remplis d observalions critiques, qui 
demontrent que longtemps avant Frangois Bacon certains esprits eleves savaient s aifranchir 
des vaines theories et amener la science dans sa vraie voie, rexperimentation. 



CHIMIE. 

liaisons chimiques n ont plus guere change. On admet encore aujourd hui que 
dans un compose forme de deux ou plusieurs elements, ces elements preexistenl 
et peuvent toujours etre degages d unemaniere ou d une autre, avccleurs quahtes 
et leur p ids. Mais si nous voulons aller plus loin dans la solution du probleme 
et nous demander dans quel etat se trouvent les parties integrantes dans unc 
combinaison, nous touchons a une des parties les plus controversies et dont 
1 histoire sera faite plus loia. 

Af finite. Lorsqu en presence d un compose binaire, le chlorure d argent par 
exemple, on metun troisieme element, le zinc, ce dernier metal deplace 1 argent 
et forme du chlorure de zinc. Pour expliquer ce plienomene, onditordinaircment 
que le zinc a plus d affinite pour le chlore que n en a Targent. S exprimer ainsi, 
c est couvrir notre ignorance du voile d un mot. Si la cause des combinaisons et 
des decompositions chimiques etait nettement definie, si nous savions ce que 
c est que raffinite, que nous faisons intervenir a tout propos, la chimie serait, 
comme 1 optique, une science mathematique, et 1 experience n aurait plus pour 
but que de controler les donnees de 1 analyse algebrique. Malheureusement, nous 
n en sommes pas encore arrives ace haut point de perfection. 

Nous devons nous contenterde resumer ici 1 origine du mot affinite, employe 
en chimie, et les principales idees que Ton s est tour M tour formees de cette force. 
Le mot affinite ou des periphrases qui le remplacent se retrouvent a une 
epoque assez reculee dans les ecrits alchimiques. Albert le Grand (1518, De rebus 
metallicis) dit: Sulphur, propler affmitatemnatune metalla aditrit. Suivant 
Glauber (1648, Novifurniphilosophici), le sableetle sel de tartre ont de grandes 
ressemblances et s aiment au point qu il est difficile de les separer. Dans Silvius 
de le Boe (1659) nous trouvons ces mots : Quoties aliud metal lum prcedicto acido 
magis affine additur solutioni. 

Barchusen (1698) auquel on attribue, a tort on le voit, le premier emploi du 
mot affinite en chimie, dit dans sa Pyrosophia, au sujet des quatre principes 
elementaires entrant dans la constitution de tous les corps, que ceux-ci se trou 
vent toujours melanges de quelque chose de terrestre, car ils ont entre eux 
une affinite etroite et reciproque qui fait que... Ailleurs, il constate que lefeu 
ne produit pas de substances nouvelles, mais que sous son influence, le merveil- 
leux assemblage d elements, quiconstitue les corps, se detruit et ces elements se 
separent les uns des autres, ou simplement se groupent entre eux de diverses 
manieres. Cette derniere proposition avait deja etc formulee par Boyle qui pro- 
nonce egalement le mot affinitas (Chymisto scepticus, 1661) , a propos de 1 action 
de 1 esprit de sel sur le carbonate d ammoniaque. Quce duo sibi in vicem valde 
sunt affmice. L idee d affinite devait etre beaucoup plus claire chez Boyle que 
chez ses contemporains. Ce chimiste admet, en effet, que tous les corps sont 
formes de particules tres-petites ; c est de 1 attraction mutuelle de ces particules 
que derivent les phenomenes de combinaison et de decomposition. Sans prononcei 
le mot, Glauber fait tres-bien voir qull comprenait la cause des reactions mutu- 
elles des corps et 1 attribuait a des preferences. 

II est interessant de voir comment Lemery, dans son Cours de chymie, 1675, 
cherche a expliquer la precipitation des metaux les uns par les autres. Quand, 
dit-il, on met du cuivre dans la dissolution d argent, 1 eau-forte quitte raro-ent, a 
mesure qu elle dissout le cuivre. Je crois qu on ne peut mieux eclaircir ce fait, 
qu en disant que le phlegme de la dissolution detache des petits corps de cuivre, 
lesquels nagent dedans la liqueur, et comme ces petits corps rencontrent les 



76 CIIIMIE. 

pointes de 1 eau-forte chargees de particules de I aiV - iit- il ? ^ s flioquent et les 
ebranlent, en sorte qu ils les rompeut, d oii vient la precipitation de 1 argent. car 
les pointes qui les suspendent etant rompues et le phlegme n etant pas assez fort 
pour les soutenir, il doit se precipiter par sa propre pesanteur. 

.lusqu a la fin du dix-septieme siecle, 1 idee d affmite est generalement subor- 
donnee a celle d analogie, de parente. On croit. avec Ilippocrate, quel union nr 
pout sc fairc qu entre deux choses scmblables, parentes, d ou le mot alleimml 
verwandschaft. Le soufre a de I affmite pour les metaux parce que ceux-ci con- 
tienneut du soufre. Ainsi Becher (fin du dix-septieme siecle) admet, comme prin- 
cipe fundamental en chimie, que 1 union de deux corps ne peut avoir lieu que 
s ils out un principe commun. Afftnis et affinitas sont pourlui syuonymes d ana- 
loyues et ft analogic. 

An commencement du dix-huitieme siecle, Boerhaa\ v i Elementa cltemiie. 1 / ~. 
moditie cette maniere de voir et adopte les idees de Boyle : Causa certa requi- 
ritur, quce efficit, ut parliculce dissohentis a se miituo recedcntes potius petant 
illas matcricc dissolvendce particulas. quam ut in antiqna statione maneant. An 
non similis rut in exigitur, rum particulce solvendi, jam ,liml<ir per cirtittrnt 
solventis, sicque jam separata , potius maneant nunc unitce illis menstnti /"/- 
tibus, perquas solutio facia fuit. quam ut iterum po*t solutionrm perac-tam. 
particulce solventis, et solutce, denuo se affinitate suce naturae colligant in cor 
pora liomogenea. Par dissolvants, Boerhaave comprend surtout ici ceux qui HIM- 
difient chimiquement les corps dissous, telsqueles acides agissant surles met;m\. 

En meme temps que Ton reconnaissait la nature des combinaisons et qne Ton 
attribuait 1 union ilt-s riirps ;i 1 influence d une force (affinite), on etmt .-mn iie ; 
Yoir que cette force n agit pas egalement d un corps a 1 autre, que par coiisequnil 
elle cst variable en intensite. G est ainsi que Glauber range les metaux dans 
1 ordre suivant d apres leur affinite pour le mercure : or, argent, cuivre. fer; 
Boyle observe que le cuivre qui precipite 1 argent de ses solutions est a son tour 
precipite par le zinc ou le fer; Stahl fait voir que dans leurs combinaisons ;i\v, 
le soufre. le fer deplacele cuivre, le cuivre deplace le plomb, celui-ci 1 argent. el 
que 1 antimoine deplace le mercure. Lememe chimiste classe les metaux d apres 
leur ordre de solubilite dans les acides : zinc. fer. cuivre, plomb, etain, mercure. 
argent. 11 sait que 1 acide sulfurique met en liberte 1 acide nitrique, et que celui- 
ci dejM^e 1 K-ide chlorbydrique des sels correspondants. 

Geotfroy (1718) nous clit: Toutes les fois que deux substances qui ont quelque 
disposition a se joindre 1 une avec 1 autre se trouvent unies ensemble, s il en 
survient une troisieme qui ait plus de rapport ;ivrc Tune des deux, elle s y unit 
en faisant lacher prise a 1 autre. Appuye sur ce principe, le chimiste fram ;;ii> 
dressa les premieres tables de rapports ou d afh nite des bases pour les acides eu 
general, et ea particulier pour les acides sulfurique. azotique. chlorhydrique : ik- 
acides pour 1 alcali fixe, des metaux pour le soufre. 

Des 1758, Stahl etablit la distinction eutre 1 atTmite revelee a la temperatuiv 
ordinaire et celle qui se manifeste a chaud; en 1775. Baume separe avec plus dc 
nettete les tables d affinite obtenues par voie humide et celles qne donne la voie 
seche. 

Plus lard, Bergmann doune aux tabks d affmite une grande important. 

1 Torbern Bergmann, ne a Catharinenberg, en Suede, en 1735, mort en 1784, professeur 
a I universitii de Stockholm. On luidoit. 
Des reeherches sur 1 acide aerien (acide carbonique), il en etablit nettement le role acide, 



CII1MIE. 77 

Grace a son autorite, 1 usage de ces tables s etend jusqu a la fin du mx-liuitirme 
siecle, ou nous voyons Lavoisier dresser une table d affinite des metaux pour 
1 oxygenc, et Thenard fonder sur ce caractere une classification des metaiix qui 
s est maintenue jusqu a nos jours dans 1 enseignement classiquc i rancais. Pour 
Bergmann, 1 attraction entre deux corps cst une grandeur constante. II se sert de 
la methode des deplacements de Geoffroy pour determiner la valeur relative de 
I affinite de deux ou plusieurs corps par rapport a un troisieme. Ayanl de plus 
observe que le poids d une base necessaire pour saturer une quantite determinee 
d un acide est constante, il cberche experimentalemeut les poids des diverses 
bases necessaires a la saturation d un poids constant d un acide, et tire de la 
eomparaison des resultats trouves la conclusion i ausse que I affinite d un corps 
est en raison inverse de la dose d un autre corps necessaire pour saturer le pre 
mier. Ainsi, 1 affinite d une base pour un acide serait d autant plus grande que 
le poids d acide qui s y combine est petit. Kirwan, par des analyses plus exactes 
que celles de Bergmann, arrive aux memes conclusions que lui, en ce qui louche 
les bases, tandis que, contrairement aux idees du cliimiste suedois, 1 affinite d un 
acide pour une base serait d autant plus petite qu il s umt a une dose plus forte 
d un acide. Cette maniere de mesurer 1 affinite etait, des le debut, trop eu con 
tradiction avec les faits pour attirer vivement 1 atteution des savants. 

Wenzel (1777) mesurait 1 affinite d un corps pour un dissolvant par le temps 
necessaire pour operer la dissolution. Guyton de Morveau (Encycl. method ique, 
S786), rapprochant les phenomenes d attraction chimique de 1 adhesion, emploie 
les determinations relatives a cette derniere force comme moyens dc comparaison 
de 1 affinite. Enfiii Fourcroy (1800) utilise dans le meme but la temperature ne 
cessaire pour detruire la combinaison une ibis formee. Pour I .erthollet (Recher- 
ches sur les lois de 1 affinite, 1801 ; Essai de statique chimique, 1805), 1 aftinite 
chimique est le resultat de 1 attraction universelle s exercant, non comme dans 
la gravitation, sur des masses, mais entre les dernieres particules de la matiere. 
Gette attraction est modifiee dans ses effets par la forme de ces particules et aussi 
par la tendance des particules a prendre soit 1 etat solide (cohesion), soit 1 etat 
gazeux. Si 1 affinite ne dependait que de 1 attraction des corps entre eux, en 
mettant un compose ab en presence d un corps c, il ne pourrait se former qu un 
compose abc, tandis que les choses se passent autrement dans beaucoup de cas. 

il constate sa presence dans les eaux minerales gazeuses, dont il indique la preparation arti- 
iicidfle, dans 1 air atmospherique, dans la craie et les alcalis carbonates. II connait la solu- 
bilite de la craie et de la magnesie dans 1 eau chargee d acide carbonique. 

Au sujet de la composition de 1 air, il developpe des idees tres-rapprochties de la verite. 
L air commuu est un melange de trois flukles elastiques, savoir: de 1 acide aerien libre, 
mais en si petite quantite, qu il n altere pas sensiblement la teinture de tournesol, d un air 
qui ne peut servir ni a la combustion, ni a la respiration des animaux et que nous appellerons 
air vide, jusqu a ce que nous connaissions mieux sa nature ; enfin, d un air absolument ne 
cessaire au ieu et a la vie animale, qui fait a peu pres le quart de 1 air commun, et que je 
regarde comme 1 air pur. Ces idees fondees sur des fails connus a ce moment de la plupart 
des chimistes (voy. Combustion} allaient etre confirmees par la decouverte de 1 oxygene par 
Priestley et Scheele. 

On lui doit encore de nombreux precedes d analyse quantitative, la decouverte de 
1 acide oxalique aniiiciel (acide du sucre) et un grand travail de philosophic chimique sur 
les attractions electtves. 

1 Claude-Louis Berthollet, ne en 1748, a Taillaire, Savoie, mort en 1822. Outre sestravaux 
theoriques sur 1 atlinite, on lui doit : 

La decouverte de 1 acide chlorique, la preparation de 1 oxygene par le chlorate de potasse, 
le blanchiment, 1 analyse de 1 ammoniaque de 1 acide sultureux. 



78 CIIIMIE. 

L affinite entro deux corps ne peut s exercer que lorsque leurs particules soat 
amenees en contact, par le fait cle la solution; par consequent, un corps echappe 
a 1 action chimique des qu il prencl la tonne solide ou 1 etat gazeux. Lorsque deux 
corps, en solution, soiit mis en presence, 1 action chimique depend dc la grandeur 
de 1 aflinite et du rapport des masses. La grandeur de 1 affinite est la conseqnemv 
de la forme des particules. D apres cela, mettous eii presence et a 1 etat de so 
lution un corps a et un autre be ; admettons pour commencer qu il ne se produit 
pas dc precipite et qu il ne se degage pas de gaz; soient 1 affinite de a pour c, 
et. 6 celle de b pour le meme corps c; soient ABC les masses respectives des 
corps abc. Les deux corps a et b se partageront c proportionnellenient a lei us 

A 

masses et a leurs affmites. C sera ainsi partage en deux portions ; 1 une c 

A.& r~ DJ 

T>g 

sera combinee a A, 1 autre - - c sera unie a B, et Ton arrivera a un etat 

Aa-+-B|3 

d equilibre stable. Berthollet appelle masse chimique le produit de la masse par 
1 affinite. Si nous supposons maintenant que 1 un des nouveaux corps formes par 
le partage se precipite, en raison de son insolubilite, ou se degage a 1 etat de 
gaz, 1 equilibre sera rompu, et I aclion deplagante du corps a par rapport a b 
pourra continucr jusqu a ce que b soit devenu libre et que c soit entiereiaent 
soustrait atoute attraction, par son introduction dans une combinaison insoluble 
ou gazeuse. 

On voit par ce rapide apercu des theories de Berthollet que ce rhimisle n ailmrt 
pas la loi des proportions detinies qui fut etablie de son temps. Malgre cela, une 
partie de ces considerations, moditiees dans le sens de cette loi, a survecue, sar- 
tout en ce qui touche les sels et leurs reactions nnituelles, 1 action des acides et 
des bases surles sels. On les connaiten chimic sous le nom de lois de Berthollet. 

Nous ne dirons rien des theories dynamiques de 1 affinite, imaginees par Kant, 
Scbelling et autres. Pour ces philosophes, 1 equilibre de la matiere est le resultat 
de deux forces contraires, 1 une attractive, 1 autre repulsive. Ces theories n ont 
amene la decouverte d aucun fait nouveau, ni pu provoquer aucune recherche 
experimentale. 

A 1 epoque ou nous sommes arrives, on admettait assez generalement que 1 af- 
miite chimique est une attraction s exercant entre les particules des corps ; les 
uns (Newton, Buffon, Bergmann) voyant dans cette attraction un cas particulier 
de 1 attraction universelle de la matiere et attribuant les modes d agir variables de 
cette force aux differences de formes et aux positions respectives des particufes ; 
d autres, au contraire, en faisaient une force a part, speciale, ayaiit tin mode 
d action original. 

11 nous reste a parler de 1 intervention de 1 electricite dans la theorie de 1 affi 
nite, intervention qui a exerce sur les idees des chimistes de la premiere moitie 
de ce siecle une si graude influence, grace a 1 autorite de H. Davyet de Berzelius. 

En 1800, Nicholson et Carlisle observent pour la premiere fois la decomposi 
tion de 1 eau par le courant electrique. Trois ans plus tard, Berzelius et Hisinger, 
etudiant les decompositions electro-chimiques des sels, reconnaissent que 1 oxy- 
gene et 1 acide se rendent au pole positif, tandis que 1 hydrogene, la base ou le 
nietal apparaissent au pole negatif. 

Vers 1806, sir Humphry Davy l , appuye sur de nombreuses experiences et sur 

Humphry Davy, nc aPenzance (cointe de Cornouailles) 1778, mort a Geneve en 1829. 



CHIMIE. 79* 

des decouvertes de premier ordre, comme celle des metaux alcalins obtenus pour 
la premiere fois par lui au moyen d un courant electrique puissant, agissant sur 
la potasse et la soude, admet que les combinaisons et les decompositions chimi- 
ques resultent detractions et de repulsions electriques. Pour 1 illustre chhniste 
anglais, les phenomenes electriques et chimiques dependent de la rneme cause ; 
les premiers apparaissent quancl les corps agissent les uns sur les autres en 
grandes masses, les seconds derivent d actions particulaires. L affmite est la con 
sequence d une tension electrique. Au moment de la combinaison, il y a neutra 
lisation des electricites de noms contraires, tandis (me la decomposition rlrr- 
trique est un retour des particules a 1 etat initial. La chaleur et la lumiriv ijni 
accompagnent la combinaison sont comparees a 1 etincelle electrique. 

La theorie de Davy eut un succes presque general ; entre les mains dc Bcr/r- 
lius *, elle servit a consolider par des bases physiques solides les vues dualistiqnes 
de Lavoisier sur la constitution des corps composes. Le chimiste suedois * y ajouta 
1 hypothese de Schweigger sur la polarite atomique. Dans cette hypothese, on 
suppose que les atomes des corps simples ont deux poles (-(- et ), mais tantot 
c est 1 electricite positive qui domine, tantot c est la negative. L uuion s eft eclur 
ciil re des corps doues de polarites differentes, et de la neutralisation des elect ri- 
citcs resultent les phenomenes physiques (ehaleur, lumiere) qui accompagnent 
les combinaisons. Les elements sont divises en electro-posit ifs ct electro-negatifs. 
L ordre electrique de predominance de Tune ou 1 autre electricite ne marque pas 
le degre d affinite ; celui-ci depend de la quantite absolue d electricite accumnlee 
aux deux poles. 

Depuis Davy et Berzelius, nous ne trouvons plus de theorie sur la nature de 
1 affinite qui ait captive les suffrages des suvants. Les chimistes ont compris que 
le moment n est pas encore venu de se faire une idee exacte sur la cause drs 
combinaisons. Au lieu d hypotheses primitives, des travaux serieux ont ele ding s 
en vue d etudier 1 affinite dans ses diverses manifestations. Nous citerons, entre 
autres, les belles recherches de H : . Sainte-Claire Deville et de ses eleves sur la 
dissociation, les mesures thermo-chimiques inaugurees par Lavoisier, Dulong, 
ponrsuivies par Fabre et Silbermann, Fabre seul, Berthelot, Troost et Haute- 
feuille, Thomsen. La theorie mecanique de la chaleur, dont 1 histoire est du do- 
maine de la physique, est destinee a jeter un grand jour sur les lois et les mani 
festations de 1 affinite chimique ; les travaux de thermo-chimie serviront de pont 
entre cette theorie et la chimie. Dans un autre ordre d idees, nous trouvons en 
core : les recherches de Berthelot et Pean de Saint-Gilles sur les reactions des 
acides et des alcools (etherification), celles plus recentes de Berthelot et Saint- 

l etudie en 1189 les pvoprietes physiologiques du protoxyde d azote, eonnu depuis ses 
iravaux sous le nom de gaz hilarant. 

En 1807 il isole pour la premiere fois les metaux alcalins. 

En 1815 il invente la lampe des mineurs et plus tard le procede de preservation du dou- 
blage des \aisseaux. 

Nous parlerons plus loin de ses travaux sur la constitution du chlore, de 1 iode, de 1 acide 
chlorhydrique et des acides en general. 

4 Cerzelius, ne en Suede en 1779, mort en 1848 est une des grandes figures de la chimie 
moderne, par 1 influence qu il a exerce sur ses conlemporains, grace a ses travaux et a ses 
decouvertes, mais aussi par ses trailes de chimie et ses rapports annuels. Qui de nous n a eu 
entre les mains les ceuvres de Berzelius. 

En dehors des travaux qui touclient anx questions generales de la chimie et dont il est 
question dans le texte, Cerzelius onricliit la chimie par la decouverte de plusieurs corps 
simples. Silicium 180D, Selenium 1817 ef contribua au progres par ses methodes d analy^c. 



80 C1IIMIE. 

Martin sur 1 etat des sols neutrcs ol acides dans unc solution, ot de Malagutti sur 
le menie sujet; les experiences de Bunsen sur Ics lois de combustion d nn me 
lange de gaz combustibles, de Debus sur la precipitation de 1 eau de chaux on de 
baryte par une solution etendue d acide carbonique, etc., etc. Les resultats olile- 
uus sont du domaine de la science contemporaine, et nous ne pouvons p;is enlivi- 
dans jilus de developpements a ce sujet. 

Williamson (Ann. Ch. u. Pliann., t. LXXVII) a propose assez recemmenl une 
tbeorie, ou plutot une bypotbese, qui sort des idees que Ton se forme geiienile- 
ment de 1 aflinite. Solon lui les atonies, dans un gaz compose comme I acide 
chlorhydriqne , cliangent continuellement de place. Aiusi le memc atonic do 
clilore so rait successivcinent en rapport avcc les divers atonies d hydrogene. 11. 
S.imle-Claire Deville (Lemons de la Societe chimique) propose desupprimer com- 
pletement la notion d affniite comme inutile, vague et tout a fait hypolbetique, et 
ne veut voir dans 1 acte de combinaison que les phenomenes apparents tels que 
le degagement de calorique. Pour lui, le cuivre de sulfate de cuivre n ost plus 
le cuivre du metal libre, nilc cuivre contenu dans le chlorure. 

Nous verrons plus loin comment, de la comparaison des compositions quanti- 
tatives des corps appuyee sur la theorie atonuque de Dal ton, s est former la theo- 
rie de I alonncite des elements el des groupes d elements. Cette tbeorie introduit. 
i rote de I affiiiite proprement dite ou de la force qui tend a unir les corps entrc 
eiix, une notion nouvelle, celle de la capacite de saturation des atonies ou des 
Li-uupes d atonies, capacile distinete et variable d un corps a 1 autre, et qui ini- 
priine anx composi s, engendres par tel ou tel element, une forme speci.de. 

Notions sur la composition quantitative. Jusqu a present nous avons fait 
rinsloi iipie de 1 ailinite en 1 envisageant a un point de vue qualitatif; nous allons 
1 1 \euir sur nos pas et etudier la question balance en main. Aiusi se revelera a 
IKIIK un cote tres-important qui a exerce une influence capitale sur les progres 
li-s doctrines cbimiques. 

La notion de poids, de quantite limite necessaire pour produire uu effet cbi- 
inique diiiuie. se retrouve, quoique confusement, a une epoque assez reculee. 
l.lle est nee de 1 etude des sels, ou plutot de 1 action des acides sur les alcalis, les 
|i|i( U()iiieues de saturation etaut dans ce cas faciles a saisir. Ainsi, Geber tixe la 
dose de vinaigre qu il convient d employer pour precipiter le soufre dans le foie dc 
Minfre. Van Helmont (1G40) dit que, pour precipiter la silice d une solution deli- 
i|in iii des i-ailloux, ill aut ajouterlaquantited acide necessaire pour saturerl alcali. 

L idee de neutralite des sels etait familiere a Boyle. Vers la fmdu dix-septieme 
siecle (Iti99j, Guillaume Homberg 1 determine la dose de divers acides (acetique, 

1 Guillaume Homberg, ne a Batavia en 1652, niort i Paris en 1715 precepteur du due 
d Orleans, regent de France. 

Fit le premier connaitre en France les travaux de Kunckel sur le phosphore. On lui doit 
des experiences sur la lusibilite et la volatilite des metaux. II decouvrit le chlorure de cal 
cium (phosphore de Homberg}, par la calcination du sel ammoniac avec la chaux. 

Jean Kunckel, dont il est question ici, est ne a Kendsbourg, en 1650, mort en 1702, fut 
partisan de la doctrine experimental de Bacon et antagoniste des alchimistes. En chiraie. 




pas encore pu decouvnr ce que c est que i su/fttr jixum, ec comment i[ tail partie 
tutive des melaux. 

II decrit dans ses ouvrages la preparation du pourpre de Gassius et du rubis artificie) 
(verre rouge). 11 etudie les fermentations, reconnait 1 aciion des toiles metalliques sur In 
llamme, reproduit le phosphore de Brand et le phosphore de Eaudouin, qui se forme par la 
calcination du nitrate de chaux. 



CIIIMIE 81 

nitrique, sulfurique, chlorhydrique) necessairc pour saturcr unc once de sel de 
tart re (carbonate de potasse), en recherchant 1 augmentation de poids eprouyee 
par 1 alcali mis en contact avee ces acides, apres evaporation a siccite. Aussi 
Boerhaave pouvait-il dire, en 1752, dans son traite de chimie, qu en ajoutantpeu 
a peu un acide a du sel lixiviel, on arrive a un point de la reaction oil 1 alcalinite 
disparait. Ce point est appele saturation ; alors le compose obtenu n est ni acide, 
ni alcalin, mais forme par la reunion de ces produits (salia, sic dicta neulra). 

Les recherchcs de Homberg resterent longtemps sans continuateurs, et ce 
n est que vers 1775 que nous retvouvons Bergmann et Kirwan occupes de 1 ana- 
lyse quantitative des sels. Nous savons deja dans quel esprit theorique ces tra- 
vaux etaient cntrepris. La comparaison des nombres adoptes de nos jours et de 
ceux publics par ces chimistes montre que 1 analyse n avait pas encore pris 
entre leurs mains un haut degre de precision. 

En 1777, Wenzel (ne a Dresde en 1740) publie un traite de l affinite qui, an 
moment de son apparition, cut pcu de retentissement, mais contribua plus tard 
a assurer a son auteur une place distinguce parmi les fondateurs de la chimie 
quantitative. Scs analyses, mieux faites que celles de Bergmann et Kirwan, 
inspirerent peu de confiance, par cela memo que les resultats diff eraient des 
lours. La consequence capitale que Wenzel tire de ses travaux, est I explication 
de la conservation de la neutralite lorsque deux sels reagisscnt Tun sur 1 autrc 
par voie de double decomposition. Bergmann n avait pu donner une interpreta 
tion acceptable de ce fait. Se fondant sur de nombreuses analyses, Wenzel de- 
montrc que si la neutralite subsiste apres la double decomposition, c cst que les 
quantites d alcalis et de terre qui saturent un meme poids d un acide, sont ega- 
lement saturees par un poids constant d un autre acide. Ainsi : 



181,5 parlies d acide sulfurique saturenl. . I * ^ n es de chaux - 

I 22 2 parlies de polasse, 

W parlies d acide nilrique salurent . . ( 1>arlies <! e cllaln 

I 2"20 parties de polasse. 

Un peu plus tard que Wenzel (1789-1802), Richter de Breslau s occupe de 
questions analogues touchant la composition des sels. II reunit en tableaux (se 
ries de masses ou de saturation) les poids des diverses bases alcalines ou ter- 
reuses qui saturent un meme poids d un acide et les poids des divers acides 
capablcs de saturer un meme poids d une base. II observe que deux series pa- 
ralleles, se rapportant par exemplc aux acides compares a deux bases diffe- 
rcntes, renferment des nombres qui sont dans le meme rapport d une serie a 
1 autre. Ainsi un poids A d une base se combine a des poids a, b, c, d, etc., de 
divers acides; un poids B d une autre base se combinera a des poids mx, 
mxfc, mXc, mxd, etc.. des memes acides. Etant donnee une seric com 
plete, on peut done calculer les autres, en determinant pour chacune d elles 
le rapport m qui la caracterise. De la, a reunir toutes les series de Richter en 
deux series, dont 1 une comprend les bases et 1 autre les acides, il n y avail 
qu uii pas. C est ce que fit Fischer du vivant meme de Richter. 11 est presque 
inutile d ajouter que ces deux series, a 1 exactitudc pres, ne sont autre chose 
que les tables d equivaleuts des acides et des bases, dont nous nous servons en 
core aujourd hui. 

Fixant son attention, comme 1 avait deja fait Bergmann, sur les phenomenes de 
precipitations metalliques dans les sels et sur la conservation de la neutralite. 
apres la reaction, Rich tor lire la conclusion que les poids du metal precipite et 
DICT. iixc. XVI. 6 



82 C1ILMIE. 

dii metal precipitant qui entrant en jeu, sont en raison inverse des poids d oxy- 
gene que ces metaux sont susceptibles d absorber; en d autres termes, pour sa- 
turcr Tine meme quantite d acide, les deux metaux exigent la meme quantite 
d oxygene. Aiusi formulee, cette loi est la traduction, dans le langage de Lavoi 
sier, des vues exprimees par Bergmann sur le meme sujet, dans le langage 
phlotnstique. 

A cote de lois remarquablement cxactes, Richter developpc des doctrines liy- 
pothetiques ; telles sont ses tentatives pour grouper en progressions geometri- 
ques et arithmetiques ses series de saturation des acides et des bases. Aussi les 

I i avaux du chimiste deBreslau n inspirerent-ils au debut que peu de confiance et 
Irouverent-ils peu d adherents. Ce n est que plus tard que Ton sut demeler cu 
qu ils avaient de reellemeut bon et pbilosophique, et que le nom de Richter vint 
se placer a cote de celui de Wenzel parmi les 1 ondateurs de la chimie quanti 
tative. 

II resulte de ce que nous venous de dire et de 1 histoire des travaux de La 
voisier, qui trouvera sa place a propos de la combustion, qu a la fin du dernier 
siecle 1 invariabilite dans la composition quantitative d un produit defini, on ce 
que 1 on nomnie la loi des proportions definies, etait generalement admise par 
le- i -liimii-li s. I.es lr;i\;m\ dc Proust 1 (1801-1808) sur la formation et la com- 
posiliini (Irs K\\dcs, des suH mvs et ties sels coutirmaient pleinement cette nia- 
mciv dc \iiir, el il poiivait dire en toule certitude: Les proportions toujours 
invarialilcs, ces altrilmts cmislants qui caracterisent les vrais composes de 1 art, 
on ile la nature, en mi mot. ce pondits natune, si bieii vu dc Staid, tout cela, 
dis-je, n est pas plus au pouvoir du chimiste que la loi d election qui preside a 
toutes les combinaisons. 

A cette epoque sYniM-ca une lutte memorable eutre Proust et Berthollet. 
Nuns avons deja \u, en ett et, que dans 1 opinion de ce dernier. 1 attraction ijui 
s exerce entre deux corps est modifiee par la masse des substances en presence, 
de sortc que deux corps mis en presence d un troisieme pour lequel ils ont de 
I affinite se partagent ce dernier proportionuellement aux masses et au coeffi 
cient d affinite; il en resulte necessairement que les combinaisons de deux corps 
peuvent s effectuer en toutes proportions ; c est la negation de la loi de propor 
tions defmies. Malgre son talent incontestable, Berthollet devait succomber, par 
la force de la verite, lorsque Proust cut montre clairement que lorsqu un corps 
simple forme avec un autre element deux ou plusieurs combinaisons, les pro 
portions respectives des parties constituantes varient brusquement. par sants. 
d un compose a 1 aiftre, et non progressivement comme le supposait Berthollet. 
Ainsi, pour les deux oxydcs de cuivrc et d etain, il trouve : 

| oo -!= 2 

Cuivre. ....... 86, 2 80 Etain 87 78,4 

Oxygene ....... 18,8 20 Oxygene 13 -Jl.r, 

Si Proust avait fait un pas de plus et calcule ses resultats, non pour 100 par 
ties de matiere, comme on en avait 1 habitude, mais pour un poids constant dc 

1 Proust, Joseph-Louis, ne a Angers en 1755, mort en 1826, professeur de chimie, a Se- 
govie, Salamanque et Madrid. 

Un lui doit de nombreux et tres-bons travaux sur 1 etain, le cuivre, le feu, le nickel, 
Vantimoine, le cobalt, Tor, 1 argent, le mercureet leurs combinaisons (sull iires, osydes, sels). 

II distingue le premier le sucre de raisin comme different du sucre de canne ; etudie 1 uree, 
la caseine, 1 acide prussique. 



CH1M1E. 83 

1 uu des elements, il ravissait a Dalton 1 honneur dc la decouvcrtc dc la loi des 
proportions multiples. 

Vers le commencement du siecle, Dalton 1 , profcsseur a Manchester, e tudiant 
la composition des deux seuls carbures d hydrogene connus alors, le gaz des 
marais ct le gax olefiant, trouve que pour un memo poids de carbone ces deux 
gaz renferment des poids d hydrogene qui sont dans les rapports de 1 a 2. Cette 
loi, si simple, fut verifice presquc immediatement pour les deux oxydcs du car- 
bone ct les composes oxygenes de 1 azote. Un esprit aussi perspicacc ct aussi 
eclaire que Daltou devait chercher une explication u cette loi rcmarquable par 
sa simplicitc ; il la trouva en reproduisant, sous une forme rajeunie, 1 hypothese 
des atomes deju proposec par Leucippc et Epicure. Les corps simples sont, a ses 
yeux, formes de particules indivisibles ou atomes. Pour chaque matiere elemen- 
taire, 1 atome possede un poids invariable. La combinaison entrc deux ou plu- 
sicurs elements resulte, non d unc penetration de leur substance, mais de la 
juxta-position de leurs atomes. Cette hypothese, ainsi posee, rend egalement 
bicn compte de la loi des proportions multiples et de celle des proportions de- 
fmics. En prcnant, avec Ballon, 1 hydrogene comme terme de comparaison et en 
admcttant quo son atomc pese un, les poids des divers corps simples qui sc 
. combinent a 1 d hydrogene seront les poids relatifs des atomes de ces corps. 
(Test ainsi que le chimiste anglais construisit la premiere lablc des poids atomi 
ques relatifs. Cette table est inexacte quant aux resultats miineriqncs, mais le 
fait d en avoir tente la realisation constitue un grand progrcs scientifique (1807). 
La loi des multiples fut etendue aux combinaison s des acides, avec les bases, par 
Wollaston 2 (Recherches sur les oxalates de potasse). Dalton montra de plus que 
Je poids atomique d un compose (poids moleculaire) est egal a fe somme des 
poids des atomes elementaires. 

Ces idees theoriques trouverent en meme temps des adherents convaincus et 
de puissants adversaires ; parmi ces derniers devait necessairement figurer Ber- 
Ihollet, dont les vues etaient diametralement opposees. Cependant les tables des 
poids atomiques furent generalement admises dans la science et developpees en 
raison de leur haute utilite pratique. Ces tables sont aussi connues sous les 
9ioms de tables des nombres proportionnels (H. Davy), tables des equivalents 
(Wollaston). En 1810, Thomson public une table des poids atomiques pour les 
acides ct les bases; en 1814, Wollaston fait paraitre une table A equivalents en 
prenant comme unite comparative 10 parties d oxygene ; ses derniers resultats 
sont deja plus exacts que ceux de ses dcvancicrs Mais ces premieres tentatives 
devaient disparaitre devant les travaux si complets et si exacts de Berzelius. Le 
grand chimiste suedois consacra a la determination des poids atomiques des ele 
ments une partie de sa longuc ct laborieusc carriere scientifique. Les tables de 
Berzelius ont fait loi jusqu en ces derniers temps et n ont subi que quelques 
rectifications de detail, dues aux importantes reclierches de Dumas et Stas, de 
Marignac, dc Dumas seul, de Stas seul, etc. II nous est impossible de suivre 
Berzelius et ses continuatcurs dans leurs experiences et leurs methodes magis- 

1 JoJm Dalton, ne en 176 , dans le duclie de Cumberland a Eaglesfield, mort en 1844. 

Outre ses beaux travaux signaler dans le texte, nous rappellerons ses reclierches sur 1 ab- 
sorption des gaz parl eau, sur 1 eudiometrie. 

- Wollaston, ne a Londres en 1706, mort en 1828. 

Chimiste et physiclen, il decouvre en 1804 le palladium et le rhodium, dans la mine de 
platine, d ou Tennant avail retire en 1803, 1 osmium et 1 iridium. 



84 CHIMIE. 

trales; mais nous cngageons Ic lectcur qui veut se rendre un compte exact cles 
difficulty s vaiucues ct du haut degre de precision apporte par ces savants chi- 
mistes, de lire les memoires originaux. 

Dans son grand memoire sur les equivalents, Dumas joint, a 1 expose experi 
mental, des rapprochements ingenieux entre les nombres equivalents de certains 
groupes d elements. Ces rapprochements se rattachent a des considerations phi- 
losophiques sur [ unite de la matiereet al idee emise en 1815 par Proust. D a- 
pres ce dernier, les poids atomiques des elements sont des multiples du poids- 
atomique de 1 hydrogene. Dumas cherche a demontrer que la loi dc Proust de- 
vient exact, pour la plupart des corps simples, si on compare leurs poids ato 
miques, non a l imite, mais a 1/2 ou a 1/4. 

Les determinations rigoureuses de Stas tendent, au contraire, a faire admeltre 
que cette loi n cst pas exacte, ou tout au moins qu elle n est qu approchee. 

Apres avoir expose dans son ensemble 1 histoire des poids atomiques ou des 
equivalents chimiques, nombres qui expriment dans quelles proportions les divers 
corps simples se combinent a uuc meme quantite de Fun d eux prise comme unite 
(oxygene ou hydrogene) , et fait remarquer que les travaux de Wenzel, deRichter 
et de Berzelius conduisent a la conclusion que ces nombres expriment en meme 
temps dans quelle proportion ces divers corps se combinent entre eux ; nous 
reviendrons surnos pas, pour trouver, en 1808, Gay-Lussae oecupe a decouvrir 
sa belle loi sur la combinaison des gaz. La loi de Gay-Lussac est du domaine de la 
science, nous n avons pas besoin de la formuler ici. Sa simplicite avail ete 
nieconnue par Lavoisier, qui en s occupant de questions analogues n avait pu 
arriver a un degre de precision suf tisant pour la demeler. Gay-Lussac confirma, 
en meme temps, pour les combinaisons en volumes, cc que Dalton avait trouve 
pour les poids. Lc premier travail de Gay-Lussac, sur la composition de 1 eau, a 
ete fait en commun avec A. de Humboldt. La simplicite du rapport (2 : 1) entre 
les volumes de 1 hydrogene et de 1 oxygene combines fut ensuite retrouvee par 
Gay-Lussac dans d autres combinaisons gazeuses. Mentionnons encore : la loi de 
Berzelius sur la composition des diverses classes de sels (1810 et 1811); la loi 

I Joseph-Louis Gay-Lussac, ne en 1778 dans la Haute-Vienne, mort en 1850 a Paris, an- 
cien eleve de 1 Ecole polytedmique. 

Les principaux travaux, en dekors de ceux qui touchent a la loi de combinaison des gaz, 
sont : 

Decouverte et etude du cyanogene et de ses composes, 1815. 
Chlorometrie, alcalimetrie, iicidimetrie, alcoome trie. 

II fit aussi beaucoup de recherches en commun avec Thenard. 

Thenard, Louis-Jacques, ne pres de ISogent-sur-Seine en 1777, mort en 1857, exergaune 
grande influence comme professeur. 

En 1800, il etudie les combinaisons de 1 arsenic et de 1 antimoine, avec 1 oxygene, le soufre, 
puis les oxydes et les sels de mercure, les phosphates, les tartrates. 

II dccouvrit le bleu de cobalt (bleu de Tbenard), 1 eau oxygenee. Thenard fut 1 eleve de 
Vauquelin etde Fourcroy. 

Ces deux chimistes avaient a la fin du dernier siecle une grande autorite comme savants 
et profebseurs. Leurs travaux n ont pas exerce sur la marcue des doctrines chimiques une 
assez grande influence pour que leur nom ait pu trouver place dans 1 expose liisiorique, 
mais nous ne pouvons pas les passer tout a iait sous silence dans cet aperc,u historique. 

Louis-Nicolas Vauquelin, ne en ^ormandie en 1705, mort en 1829, decouvrit le chrome 
1797, et la glucyne 1798. L analyse chimique minerale lui est redevable de nombreux 
precedes. 

Antoine-Frangois de Fourcroy, ne a Paris en 1755, mort en 1809, partisan zele de la 
theorie antiphlogistique de Lavoisier, la plupart dc ses travaux ont ete 1 aits en commun avee 
Vauquelin. 



CIIIMIE. 85 

tlcDulonget Petit sur Ics chaleurs spccifiques des atonies (1819); celle de 1 iso- 
morphisme fonnulee par Mitschcrlich (1820), et nous aurons epuise la nomen 
clature des grandes lois numeriques sur lesquelles s appuyaient ut s appuient 
encore Ics doctrines chimiques sur la constitution des composes mineraux 
jusqu au moment oil les developpements de la chimie organique longtemps vas- 
sale de la chimie minerale, vinrcnt iufluer a lour tour sur la maniere de voir des 
savants. 

E rpose sommaire de ces doctrines. Pour les uns, les modes de formation et de 
decomposition d un corps compose sont susceptiblesde reveler la position respective 
des parties integrantes. Alors, suivant les reactions et Ics precedes de synthese 
auxquels on donnc la preference, auxquels on accorde le plus d importance, la 
constitution sera differeutc. Ainsi pour Lavoisier, Fourcroy, Vauquelin, Gay- 
Lussac, Berzelius, un acide oxygene anhydre contient un metallokle plus de 
1 oxygene, une base est formee d un metal uni a 1 oxygene, un scl renfermc un 
acide oxygene place a cote d une base. Un acide hydrate est un acide anhydre plus 
de 1 eau. L acidite depend d uue maniere absolue dc la presence de 1 oxygene 
uni a un nietallo ide. Cette maniere de voir avait tellement cnvahi 1 esprit des 
savants de cette epoque, que Ton nieconnut longtemps la portee des fails qni se 
trouvaient en contradiction directe avec clle. Ainsi nous trouvons Gay-Lussac et 
Theuard persuades que 1 acidc chlorhydriquc est un compose oxygene. Pour 
justifier sa production par 1 union directe du chlorc et de I hydrogene, et ledega- 
gement d hydrogenepar 1 actiondes metaux sur 1 acidechlorhydrique, ils preferent 
deux hypotheses gratuites a 1 explication si simple de Davy, qu ils avnient cepcn- 
dant entrevue sans vouloir 1 adopter. Pour eux, 1 acide chlorhydrique ou muriatique 
est la combinaison d un radical inconnu, \emuriaticum, avec de 1 oxygene el de. 
1 eau ; le chlore de 1 acide muriatique plus de 1 oxygene, moins de 1 eau (Ac. 
muriatique anhydre (?) oxygene). Davy considcrait, au contraire, le chlore 
comme un corps simple ct 1 acide chlorhydrique comme une combinaison de 
chlore et d hydrogene. Apres la decouverte de 1 iode, entrevue par Courtois, et 
etudie par Clement Desormes, Davy et Gay-Lussac lui meme, apres celle de 1 acide 
iodhydrique (1815, Clement et Desormes, Davy, Gay-Lussac) et 1 analyse faite par 
ce dernier de 1 acide prussique, analyse par laquelle il constata dans cc corps 
I absence d oxygene, Gay-Lussac dut se ranger a 1 opinion dc Davy sur la compo 
sition des acicles chlorhydrique et iodhydrique. Malgre cela, Berzelius et les 
chimistes francais resterent lideles aux idees de Lavoisier. Aux acidi s oxygenes 
et aux sels correspondants, ils opposerent la classe des hydracides cl des sels 
halogenes, en etablissant une ligne de demarcation trancliee entre ces deux 
genres de composes si voisins. Ou admit que les oxacides devaient leurs pro- 
prietes acicles a la presence de 1 oxygene, tandis que pour Ics hydracides, ce 
caractere etait la consequence du radical halogene (chlore, iode, cyanogene) uni a 
I hydrogene. 

Davy, de son cote (1815), combat cette maniere de voir et la bat enbreche 
par des arguments d une grandevaleur. Si 1 acidite depend de 1 oxygene, comment 
pcut-il se faire qu en ajoutaut cet element au chlorure de potassium, qui est un 
sal neutrc, pour le convertir en chlorate, on ne change pas la neutralite? L hy- 
drogene en s unissaut au clilore ou;\ 1 iode qui sont des corps simples, donuedes 
acides puissants, de meme 1 hydrogene combine al equivalent d iodeplus 6 equi 
valents d oxygene ou encore a 1 equivalent de chlore, plus 6 equivalents d oxy 
gene, procluit egalement des acides energiques (iodique et chlorique). Le caractere 



86 CII1MIE. 

acide depend done de la presence de Thydrogene et non de celle de 1 oxygene. 
Tousles acides sont des hydracides, oucles combiuaisons de 1 hydrogene soitavec 
un corps simple, soit avec un corps compose. Lessels sont des acides dans lesquels 
1 hydrogene se trouve remplace par un metal. Lorsqu un acide reagit sur un 
oxyde, 1 hydrogene forme de 1 eau avec 1 oxygene de 1 oxyde. Cette theorie qui fut 
admise par Dulong (1816) en France, presentait 1 avantage marque de detruire la 
barriere qui separait les hydracides et leurs sels d avec les oxacides et les sel& 
oxy genes. 

Les fractions basiques de 1 ammoaiaque , uniquemeut formee d azote et 
d hydrogene, comme 1 avait montre Berthollet, devaient aussi gener beaucoup 
les idees de 1 epoque. Cepeiidant cette difficulte fut assez promptement levee par 
1 hypothese de 1 ammonium, et par I observation que tous les sels ammoniacaux 
renferraaient de 1 eau de constitution. La base de ces sels n est done pas AzH s 
mais (AzH 4 ) 0. 

La maniere de voir de Davy sur la constitution des sels et des acides attaquait 
les opinions dualistiques de Berzelius dans ce qu elles avaient de plus cher pour 
le chimiste suedois, et en apparence de mieux fonde, elle conduisait directement 
a la theorie unitaire dont Laurent et Gerhardt ont cte les plus chauds et les plus 
eloquents champions. Dans sa methode de chimie, Laurent fait observer, en insis- 
tant beaucoup, que les reactions de synthese et d analyse ne peuvent fouruir une 
idee exacte de 1 arrangement des elements dans un compose. Si le sulfate de baryte 
prend naissance par 1 union directe de 1 acide sulfurique anhydre et de la baryte 
caustique (SCF-hBaO -S0 3 BaO), on 1 obtient egalement bien par runion de 
I aride sulfureux avec le bioxyde de barium (SO 2 + BaO 2 = SO- BaO 2 ), ou par 
1 oxydation du sulfure de barium (SBa + 0* = SBaO*). A laquelle de ces trois for 
mules donnera-t-on la preference ? Ne vaut-il done pas mieux et n est -il pas plus 
scientifique d abandonner entierement les formules d arrangement, et de ne re- 
presenter que par une formule brute la composition ponderable? Gerhardt, dont 
le nom doit etre associe a celui de Laurent dans la lutte memorable soutenue- 
entre 1 ecole unitaire et 1 ecole dualistique, dcfenduc par le puissant athlete 
suedois, ne rejette pas, d une maniere absoluc, dans la derniere expression de sa 
pensee, les formules ratiounelles. Elles nc lui representent pas, il est vrai, la 
constitution des corps, mais elles sont une maniere abregee de resumer tout un 
ordre de reactions. Aussi, suivant le genre de reactions que Ton envisage, un 
corps peut-il avoir deux ou plusieurs formules rationnelles. Gonsiderant la 
double decomposition comme le phenomene ehimique le plus general, il cherche 
a rattacher tous les corps a quatre types simples, 1 hydrogene, 1 eau, 1 acide chlor- 
hydrique et 1 ammoniaque. Pour bien faire saisir 1 idec de Gerhardt a ce sujet, 
nous devons dire quelqucs mots des doctrines de 1 epoque sur la constitution de 
la matiere elle-meme. 

Les chimistes qui, de parti pris, ne veulent admettre aucune hypothese sur la 
constitution de la matiere, et s en tenir strictcment a 1 experience, rejettent la 
notion d atome proposee par Dalton et qui explique si bien les lois iiumeriques 
de la chimie. Les poids atomiques sont, pour eux, de simples rapports, des nom- 
bresproportionnels, des donnees d experience. Berzelius admettait, au contraire, 
a constitution atomique des corps, mais il ne contend plus comme Dalton, le& 
poids atomiques et les equivalents. 11 a a sa disposition une donnee de plus, c est 
la loi deGay-Lussac interpretee par Avogadro et Ampere. En 1811, AmedeoAvo- 
gadro emet 1 opiiiion que les gaz simples ou composes sont formes departiculea 



CHIMIE. 87 

integrantes assez espacees pour etre affranchies dc toute attraction reciproque, 
et n obeir qu a 1 action repulsive de la chaleur. Eu admettant dc plus que pour 
des volames egaux de gaz, le noinbre de ces particules est le meme, on explique 
pourquoi les gaz out tous, a peu de chose pres, les memes proprietes physiques 
(compressibilite, dilatabilite et capacite calorilique) ; en meme temps, on arrive 
a cette consequence que les densites des gaz sont proportionuelles aux poids de 
ces particules appelees aujourd hui molecules. L hypothese si ingenieuse d Avo- 
gadro avait peu eveille 1 attention ; elle fut reproduite, trois ans plus tard, a peu 
pres sous la meme forme, par Ampere. 

Revenous maintenant a Berzelius. L eau est formee de 2 vol. hydrogene uni 
a 1 volume d oxygene. Ce fait d experience etabli par Gay-Lussac et Al. de Hum- 
boldt se traduit ainsi dans 1 hypothese d Ampere : L eau est formee par 1 union 
de 2 atomes d hydrogene et de 1 atome d oxygene. Pour Berzelius, 1 atome d oxy 
gene pese 100 (unite adoptee) ; la quantitii ponderable d hydrogene qui s unit 
a 100 d oxygene est rigoureusement d apres ses experiences confirmees par Dumas 
et Stas 12,5, done 1 atome d hydrogene pese la moitie de 12,5 ou de ce que Ton 
a 1 habitude d appeler equivalent (quantite d un corps qui s unit a 100 d oxygene). 
Berzelius qui aintroduit dans la science, il est utile de le rappelcr ici, 1 usagc si 
commode des notations abregees, ecrit 1 eau HO (0=100 H == 12,5). Seule- 
ment, et c est en cela que sa notation differe de celle des chimistes non atomis- 
tiques, pour rappeler la composition en volume ou en atome, il barre le symbole 
de 1 hydrogene (H). En d autres termes, lY ijiiivali iit b irre renferme deux atomes. 
Pour des raisons analogues, il barre les symboles du chlore (Gl), du brome (Br), 
de 1 iode (I), de 1 azote, du phosphorc, de 1 arsenic, tandis que les symboles de 
1 oxygene, du soufre, du carbone et des metaux, dont les equivalents corres 
pondent, d apres lui, a un seul atome, restent sans modification. 

Sur des considerations fondees surtout sur I examen attentif des reactions et 
des relations des corps organiques et sur 1 hypothese d Avogadro et d Ampere, 
Laurent et Gerhardt adopterent pour les poids atomique de 1 oxygenc, du 
soufre, dn carbone, une valeur double de celle de 1 equivalent, dans ce cas les 
poids atomiques de 1 hydrogene, du chlore, de 1 azote deviennent 1 55,5 14, 
etc., et la fonnule de 1 eau s ecrit H 2 4 (H = la==16), au lieu de HO 
(H = - 1 = 8). Les rapports numeriques sont les memes. Nous verrons bientot 
que ces differences dans la notation ont une importance plus grande qu on ne 
serait tente de le croire a un examen superficiel. Berzelius n avait applique 
1 hypothese d Ampere qu aux gaz simples, aussi arrivc-t-il a ce resultat que le 
volume occupe par 1 atome d hydrogene est la moitie du volume occupe par la 
plus petite quantite possible d acide chlorbydrique (C1H) . Laurent et Gerbardt 
etablissent nettement la distinction entre ces deux ordres de particules. Us ap- 
pellent atomes, pour les elements et les groupements composes qui fonctionnent 
comme elements (radicaux composes) , la plus petite quantite de cet element qui 
peut entrer dans un compose ; la molecule, au contraire, represente la plus petite 
quantite d un corps qui peut exister en liberte. Ainsi (C1H) est une molecule 
d acide chlorhydrique ; comme consequence de 1 hypothese d Avogadro, les corps 
simples eux-memes, lorsqu ils sont en liberte, sont moleculaires et non atomi 
ques. Ainsi dans le chlore libre, les particules integrantes assez espacees pour 
etre affranchies dc toute attraction reciproque, sont composees de 2 atomes 
de chlore (Cl 2 ). La meme chose pour I hydrogene. Dans cette maniere de voir, 1 
litre d acide chlorhydrique et 1 litre dc chlore, renferment le meme nombre 



88 CIIIMIE. 

de ces particules on do molecules. II cst maintenant facile dc saisir comment 
Gerhard t a pu envisager comme des doubles decompositions des reactions entre 
elements, qui ne semblcnt etre que des phenomenes de combinaison directe. 
Lorsquele chlore agit sur I hydrogene, le phenomene se passe entre une molecule 
de chacun des corps. On a : 

CL.CL + H.H = ClH-4-H.CL 

2vol. 2vol. 2vol. 2vol. 

1 molecule de chlore -f- 1 molecule d hydrogene donncnt 2 molecules d acide 
chlorhydrique ; le volume nc change pas. Lcs types dc Gerhardt, dont nous parlions 
tout a 1 lieure, sont les molecules d hydrogene (H.H), d eau (H.II.O), d acide 
chlorhydrique, Cl . II, d ammoniaquc (II . II. II. Az). En rcmplacant dans ces types 
tout on partie de I hydrogenc par une qnantite atomiqucment equivalentc d un 
clement ou d un groupc compose, fonctionnant comme element (radical), on 
arrive a construirc la plupart des combinaisons dc la chimie. 

Ainsi les oxydes et les hydrates d oxydes se rattachent au type eau comme le 
montrent les formules 

K s a ct KIIO 

Potave Hydrate 
anhyclre. Je potasse. 

De meme les acides anhydres et hydrates 

(Az0 2 ) 2 &et(Az0 2 ).H.O 

Dans ces formules, il est impossible de mettre a part de 1 eau (IPd) que les 
dualistcs supposent preexister dans les acides hydrates et les hydrates d oxydes. 

Au type hydrogene se rattachent les metaux M 2 , a 1 acidc chlorhydrique les 
chlorurcs, bromures, iodures, etc. 

Au type ammoniaque, les composes tels que AzrPK AzIiK 2 AzK 3 obtenus en 
chauffant le potassium dansun courant d ammoniaque. 

Cette maniere d envisager la composition des corps a exerce sur les progres de 
la chimie une grande et legitimc influence. Elle a etc I avant-coureur immediat 
des doctrines actuelleset de la theorie de 1 atomicite dont 1 expose trouvera mieux 
sa place dans 1 histoire de la chimie organique. C est du rcste aussi dans les tra- 
vaux de chimie organique que Gerhardt a puise les elements de sa classification 
typique etles arguments les plus solides a 1 appui de ses idees. La chimie organi 
que, apres etre restee longtemps 1 humble vassale de son ainee la chimie mine- 
rale, et avoir ete dominee par les doctrines issues de 1 etude des composes 
mineraux a pris un developpement rapidc et indepcndant. Sous la puissante 
impulsion de Dumas, Laurent, Gerhardt, \\urtz, Berlhelot en France, de Liebig, 
Kolbe, Kekule en Allemagne, de Williamson en Anglcterre, elle est arriveea son 
tour a produire des doctrines et des theories. Nous devons done, pour completer 
eel expose des progres de la chimie moderne, nous adresser a cettejeune branche 
de la science. 

Si nous nous sommcs surtout attache dans cet expose, a relever les decou- 
vectes ct les travaux qui ont directcmcnt influe sur les doctrines scientiiiques, 
nous nc pouvons cepeiidant pas quitter la chimie minerale sans mentionner 
quel([ues grands faits d experience qui, jusqu a present, n ont encore recu qu une 
application pratique. Tcls sont les phenomenes photochimiques et electrolytiques 
qui ont conduit a la photographic, a la galvanoplastie, a la dorure eta 1 argenture 



CHIMIE. 89 

elcctrique; 1 ctudc dcs raics brillantes du spectre dues a la presence des metaux 
et dcs metallo ides dans une flamme. Tout le monde suit que la spectroscopie est 
dcvenue depuis les beaux travanx dc Bunsen ct Kirchhol f, unc methode precieuse 
d analysc qni, des le debut, a conduit a la decouverte de nouveaux elements 
restes inconnus jusqu alors a cause de leur diffusion en petites quantites (Rubi 
dium, caesium, thallium, indium), et a permis d atteindre la constitution 
chimique des astres qui ne se revelent a nous que par la lumiere qu ils nous 
envoient. La decouverte du broinc par Balard, les belles syntheses dc mineraux 
effectuees par II. Sainte-Clairc Devillc et ses elevcs, la preparation en grand de 
raluminium, celle du bore cristallise (Deville et Woehler), 1 etude des pheno 
menes de diffusion par Graham, celle des phenomenes de sin-saturation et bien 
d autres travaux meriteraient d etre etudies ici, si le cadre restraint qui nous est 
donne nc s y opposait pas. 

Chimie organujue. L histoire de cette branche importante de la chimie pent 
etre envisagee a deux points de vue : le developpement des fails et les idt -os 
theoriques que Ton s est forme a diverses epoques sur la constitution des corps 
dits organiques ou derives d une maniere plus ou moins directc des orga- 
uismes vivants. 11 est inutile de faire ressortir la connexite etroitc et suivie 
qui a du relier les faits a la theoric, puisque celle-ci n est qu une generalisation 
plus ou moins heureuse des plirimmenes observes. Neanmoins, cette distinction a 
une ccrtaine valeur historiqiic, en ce sens que dans le debut on s est plus parti- 
culierement preoccupe de 1 etude des phenomenes chimiques, et que les travaux 
de recherches etaient diriges avec plus d independanca vis-a-vis de la theorie 
qu ils nc le sont aujourd hui. Plus tard, lorsque grace aux nombreux materiaux 
accumules par leurs devanciers et par eux-memes, certains csprits puissants et 
generalisateurs sont parvenus a grouper les faits connus et a les ivlier ; i des iiliVs 
gcnerales sur la constitution des corps, les recherches out etc de plus en pli;> 
dirigees en vue de verifier ou d infirmer les theories mises en avail t. Ccttc ten 
dance s accentne dc jour en jour davantagc. Ainsi aujourd hui, pour ne ciler que 
1 exemple le plus proche de nous, les trois quarts des travaux dc chimie orga- 
nique sont inspires par la theorie de 1 atomicite qui a reuni les suffrages du plus 
grand nombre des savants de notre epoque. En nous cxprimant ainsi, nous con- 
statons un fait de statistique, sans vouloir discuter ici la valeur de cette theorie 
qui rencontre encore des opposants illustres. 

En ce qui touche le developpement des decouvertes, nous ne pouvons qu indi- 
quer sommairemcnt celles qui ont le plus eveille 1 attention des savants, qui ont 
pvovoque les deductions theoriques les plus serieuses, ou conduit aux applications 
pratiques les plus interessantes ; vouloir aller plus loin, ce serait depasser les 
homes assignees a cet article et faire un traite de chimie organique. 

Beaucoup dc composes organiques etaient connus bien avant 1 epoque de 
Lavoisier, dans un etat de purete plus ou moins grand. C est ainsi que 1 alcool 
a cte, dit-on, decouvert par Arnaud de Villeneuve, medecin de Montpellier 
(en 1500) ; Blaise de Vignere decrit 1 acide benzoique sous le nom dc fleurs de 
bcujoin (1608) ; en 1657, Agricola mentionnc le sel de succin volatil (acide suc- 
cinique) ; plus tard, Bar chusen, Boulduc ct Boerhaave en reconnaissent la nature 
acide. Le sucre etait connu de toute antiquite, en Chine et aux Indes ; on attribuc 
aux Arabes la decouverte de 1 art de faire cristalliser et de raftlner le sucre. L a- 
cide acetique etcndu d ean ou vinaigre est mentionne par Mo ise ; les alchimistes 
le preparent plus pur en distillant le verdet (vinaigre radical). 



90 CHIMIE. 

Lcs anciens chimistes connaissaient 1 acide acetique du bois sous le nom d a- 
cido pyroligneux. L acidc oxalique est decrit par Doclos en 1688 (Memoires de 
I Academic des sciences). Le sucre de lait servait depuis longtemps dans la phar- 
macie. Au dix-septieme siecle, Samuel Fischer retirait 1 acide des fourmis. 

On doit a Scheele (derniers vingt ans du siecle passe), touteune serie brillante 
de decouvertes en chimie organique : la glycerine, les acides tartrique, malique, 
citrique, lactiquc, urique, gallique, cyanhydrique ont immortalise le nom de 
1 illustre chimiste suedois. 

A 1 epoque oil Lavoisier preparait 1 importante transformation de la chimie, 
dont nous avons parle dans les precedents chapitres, on connaissait, outre les 
acides deja cites, les acides pyromuqueux, obtenus par la distillation du sucre ; 
1 acide camphorique, forme dans 1 oxydation du camphre an moyen de 1 acide ni- 
trique (Hosegarten, 1785) ; 1 acide saccholactique ou mucique (Scheele) ; 1 acide 
sebacique, preuve que Ton avait deja commence a soumettre les principes imme- 
diats organiques aux influences des reactifs chimiques. On savait que ces corps 
renferment du carbone, de 1 hydrogene, de 1 oxygene et quelquefois de 1 azote; 
que les uns jouent le role d acides, que d autres sont neutres. A partir de ce 
moment, et comme consequence des travaux de Scheele, les precedes d analyse 
immediate se perfectionnerent ; on sut de micux en mieux extraire, separer 
et purifier, sans les alterer, les divers corps melanges dans les tissus vegetaux et 
animaux, en meme temps que Ton etudiait avec plus de succes leurs derives sous 
1 influence de la chaleur, des oxydants, des acides et des alcalis, etc. Les recher- 
ches de cet ordre furent bientot aidees par un puissant moyen d action, 1 analyse 
elementaire organique, sans laquelle la chimie organique serait restee une science 
confuse et sans grand interet. Nous ne croyons pas inutile de rappeler en quelques 
mots la naissance et les progres de ce mode d investigation. Lavoisier, le premier, 
arrive a des resultats approches pour certains corps (alcool, huile, cire), en les 
brulant au moyen d une lampe posee sous une cloche remplie d oxygene ; le vo 
lume de 1 acide carbonique forme, de 1 oxygene employe et le poids de la matiere 
brulee lui donnaientles elements du calcul. Trenteans apres, en 1811, Gay-Lussac 
et Thenard remplacent 1 oxygene libre par le chlorate de potasse, et grace a une 
ingenieuse disposition d appareil, arrivent a des nombres assez exacts avec une 
vingtaine de substances; en 1814, Berzelius fait usage d un melange de chlorate 
de potasse et de sel marin, et substitue au tube vertical de Gay-Lussac et Thenard 
un tube horizontal ; a la suite de ces essais, Gay-Lussac lui-meme, puis Doebe- 
reiner se servirent del oxyde de cuivre; enfin, en 1830, Liebig donne au precede 
d analyse elementaire la forme qu il a a peu pres gardee, et qui permet son em- 
ploi journalier dans les laboratoires. Grace a cette methode, on apprend avec 
certitude que les composes organiques obeissent a la loi des proportions definies 
et a celle des proportions multiples, que les differences de proprietes dependent 
ici surtout de la composition quantitative plutot que de la nature des elements 
combines. Cependant, des les premiers travaux de Berzelius, il se revele un fait 
important, c est que dans certains cas deux ou plusieurs corps peuvent offrir des 
caracteres bien tranches, sans que la composition qualitative ou quantitative pei- 
mette de prevoir cette divergence; nous reviendrons sur cette question, sous le 
nom d isomerie, lorsque nous parlerons du developpement theorique de la chimie 
organique. 

Une fois lancee dans cette voie d analyse immediate et de transformations suc- 
cessives, la chimie organique fit de rapides et d immenses progres. II nous est 



C1IIMIE. 91 

impossible de citer tous les faits acquis, memo les plus importants; nous ne 
mentionnerons qu en passant la deeouvcrte si feconde dc Seiliirner, en 1816, du 
premier alcaloide vegetal, suivie de pres des travaux de Pelletier et Gaventou 
sur des sujets analogues ; les belles rccherches, devenues classiques, de Chevreul 
sur les corps gras et les acides gras ; les travaux de Liebig et Wohler sur 1 acide 
urique et ses derives; ceux de Pasteur sur 1 acide tartrique; les analyses imme- 
diates vegetales de Payen, de Fremy, etc., de Berthelot sur les sucres. 

L analyse elementaire ne permit pas settlement de classer les principes imme- 
diats d apres leur composition et de la representer par des formules analogues a 
celles de la chimie minerale, elle etablit un lien numerique et regulier entre ces 
corps et les nombreux termes derives sous I lnfluence des agents physiques et 
chimiques; les reactions peuvent etre representees par des equations. De la a 
chercher a tirer parti de ces reactions bien connues dans toutes leurs manifesta- 
tions, pour se faire une idee de la constitution intime des corps, de 1 arrangement 
des particules ultimes les unes vis-a-vis des autres, il n y avail qu un pas; il fut 
franchi d uue maniere plus ou moins beureuse par un grand nombre de savants, 
comme nous le verrons bien tot. 

L etude des reactions assure un autre progres. Lorsque Ton eut soumis les 
principes immediats aux actions decomposantes de la chaleur, des oxydants, des 
acides et des alcalis, etc., et que Ton eut reconnu qu ils se transformaient ainsi 
en produits successivement plus simples dans leur composition, jusqu aux ele 
ments constitutifs, on se demanda si Ton ne pourrait pas remonter 1 echelle que 
1 on venait de descendre, et reconstituer par des reactions inverses et progressives 
les composes complexes contenus dans les organes vivants. Cette branche de la 
chimie organique, qui a acquis de nos jours un i~i grand developpement et qui 
est connue sous le nom de synthese organique, esl ivsliv pendant longteinps a 
1 etat de germe, malgre la remarquable experience de Wohler (1828) sur la pro 
duction artificielle de \ uree. La principale raison qui a ainsi enraye le develop- 
pement des recherches synthetiques residait dans I idee assez generalement re- 
pandue que les composes organiques etaient formes sous 1 influence d une force 
speciale, dont le chimiste ne peut disposer et qui appartient exclusivement aux 
etres vivants, la force vitale. Certains savants consideraient la force vitale comme 
1 emportant sur les forces qui unissent les rlrineiils de la matiere inorganique, et 
determinant exclusivement les productions chimiques qu on observe dans le& 
corps vivants. 

Cependant des 1837, Dumas, dans une note intitulee : Sur I etat actuel de 

la chimie organique, et a la suite des beaux travaux executes par lui et ses- 

disciples, par Liebig et son ecole, s exprime ainsi : Comment, a 1 aide des lois 

de la chimie minerale, peut-on expliquer, classer les etres si varies qu on retire 

des corps organises, et qui presque tous sont formes seulement de charbon, 

d hydrogene et d oxygene, elements auxquels 1 azote vient s ajoutev quelquefois? 

C etait la une grande et belle question de philosophic naturelle, une question 

bien faite pour exciter au plus haut degre 1 emulation des chimistes ; car, une 

fois resolue, les plus beaux triomphes etaient promis a la science. Les mysteres 

de la vegetation, les mysteres de la vie animale allaient se devoiler a nos yeux; 

nous allions saisir la clef de toutes ces modifications de la matiere, si promptes, 

si brusques, si singulieres, qui se passent dans les animaux ou les plantes ; bien 

plus, nous allions trouver le moyen de les imiter dans ?ios laboratoires . Eh bien, 

nous ne craignons pas de le dire, ce n est pas de notre part une assertion emise 



y2 CIIIMIE. 

a la leo-cre, cette grande e,t belle question est aujourd hui resolue ; il reste seule- 

mcnt I derouler toutcs les consequences que sa solution entrame. 

moment ou Dumas ccrivait ces lignes, on etait deja a meme de se faire sur la 

constitution des corps organiques unc idee assez nette pour qut 

au moyen des forces chimiques, ne parut plus une illusion trompeuse. 

Berzelius (1849) laissc egalement une porte ouverte a la possibilite de la syn 
these : Dans la nature \ivante, dit-il, il se manifeste sans doute des phenomenes 
physiques et chimiques, tellement different* de ceux de la nature inorganique, 
uu on pourrait sc croire autorise a admettre une force vitale chimique; mais en 
r\;iniinant les choses de pins jtirs, nous reconnaitrons facilement les effets des 
(dices nuturelles ordinaire* placees sous 1 influeuce d une multitude de conditions 
diHerenles (|iii nc se pn senlenl qne trrs-ramnent, et dont la plupart ne s offrent 
jamais <l:nis la nature. iiKM-ganiquc. Et plus loin il ajoute : En resume, le 
princi|i<> UH ,,iuiu 1 1 uc nous appelons rt prepare, d une maniere a nous incom- 
prelieiisilile, do c.mdilioiis iidinimenl variees, qui servcnt au developpement de 
rallinitr des rli incnls, el delerinineiil, par I accessidii des elements du dehors, la 
|,n in. id, in de eimdmiaisoiis iKiuvelles Ires-variees. w Gerhardt defmit la chimie 
or-aniqiie en disanl qu elle esl I elude des l.iis d apres lesquelles se metamor- 
plidsenl les malirivs (jiii constituent les plantes et les animaux. Elle a pour but 
la connaissance des inci\ens pr.ipn-s -.\composer les substances organiques en de 
hors de I ec. ic vivanle. II pivvoit done les syntheses organiques, et distingue 

dans IVlmle des el res vivants deux categories de substances, les substances orga- 

ni(|iies el i)rg:uiisi -cs. 

|,es lines (i| ; i>seiit anx lois generates dc 1 affinite chimique; les antres tr ls 
line muscles, iieifs. feuil es, etc, sont des melanges de substances coordonnees 

|iar la force vilale. 

Malizrt ces previsions, la synthcse organique ne commence a apparaitre se- 
I ieiiseineiiL dans la science que vers 1 annce J850. A cette c-poque, un jeune 
chimistc rcvela toute vine serie nouvelle de reactions dirigees dans cette voie 
avec autant de succes que de logique. Ses methodes tendaient, non-seule- 
ment a permettre de remonter des termes simples de la chimie organique a 
des composes plus complexes, mais encore a rcproduire ces produits simples 
en parlant des elements constitutifs. Au moment ou Berthelot inaugura sa 
brillante suite de travaux, les exemples de synthese etaient rares, isoles et peu 
ieconds. Lc savant chimisle sut au contraire fonder une methode generate qii il 
resume lui-meme avcc nettete, en disant qu il lui snffit de suivrc une marche 
inverse de celle de 1 analyse. II commence par former de toutes pieces, au moyen 
des composes mineraux et des elements eux-memes, les principaux carburcs 
d hydrogene qu il considere comme les composes binaires fondamentaux de la 
chimie organique Les carbures d hydrogene deviennent a leur tour le point de 
depart de la synthese des alcools. Ces deux premiers points acquis, grace a 
J intervention des actions lentes, des affmites faibles et delicates, on pent, en 
s appuyant sur les memes methodes, pousser plus avant; a mesure que 1 on 
s eleve a des composes plus compliques, les reactions deviennent plus varie es 
et plus faciles, les ressources de la synthese augmentent a chaque pas nouveau, 
ct celle-ci etend ainsi ses conquetes, depuis les elements jusqu au domaine des 
substances les plus compliquees, sans que 1 on puisse assignor de limites a ses 
prog res. 

Le lecteur desireux de suivre Berthelot dans le developpement de ses idecs 



CIIIMIE. 95 

et de ses recherches, consultera avcc fruit la chimie organique fondee sur la 
synthese par Berthelot (1860), Ic traite de chimic organique du meme 
auteur (1871), ainsi quc les nombreux memoires publics par notre illustre 
savant dans les annales de chimie (5 e et 4 e serie) et dont nous ne pouvons pas 
meme donner ici les litres. Nous devons nous conlenler de mentionner ses 
decouvertes les plus saillantes qui sont : 

La synthese de 1 acidc formique par la combinaison directe de 1 oxydc de 
carbone et de 1 cau ; cello du az des raarais, de 1 ethylene du propylene par la 
distillation sechc du Ibrmiate de baryte. 

La synthese dc 1 acetylene par combinaison directe du carbone et de 1 bydro- 
gene, sous 1 influence dc 1 arc voltaique, cello de la benzine et du styrol par 
condensation de 1 acetylene sous 1 influence de la chaleur. 

Les syntheses de 1 alcool ordinaire et 1 alcool methylique, des alcools propy- 
lique, amylique, caprylique, ethalique. La synthese des corps gras naturels par 
rintermediaire des acides gras et dc la glycerine. 

La production artificielle de 1 essence de moutarde. Les travaux sur ses com- 
binaisons neutres des matieres sucrees avec les acides, sur les combinaisons 
directes des hydracides avec les carbures alcooliques, sur la theorie et le mode 
de formation des carbures pyrogenes, sur 1 action de 1 acide , odhydrique sur 
les produits organiques, etc, etc. 

Les recherchcs de Berthelot dans la voie synthetique ont cmbrasse une 
periode de pres de vingt annees. 

Pendant ce temps il ne resta pas seul a parcourir ce vaste champ d invcsti- 
gations. Des methodes nouvelles et originales dc syntheses organiques furcut 
decouvertes par an grand nombre de chimistes contemporains. 

Wurtz deja celebre par la decouverte des amrnoniaques composes, arrivait, en 
s appuyant sur des considerations theoriques, a former toutc une classe nouvcllc 
d alcools prenant place entre 1 alcool ordinaire et la glycerine, les glycols, 
auxquels se rattaehent 1 oxyde d ethylene et ses homologues aiusi que les 
alcools polyethyleniques et certaines bases oxygenees qui se forment par 1 acliiMi 
de 1 ammoniaque sur 1 oxyde d ethylene. Gitons encore du meme, la synthese de 
la glycerine, celle des radicaux alcooliques mixtes. Les recherclies sur 1 acetal, 
1 aldehyde, 1 acide lactique, les pseudo-alcools on hydrates de carbures d hydro- 
gene qui ont a la fois un grand interet au point de vue des syntheses organiques 
et de la theorie sur la constitution des corps organiques. 

11 en est de meme des travaux de Cahours sur les radicaux organo-metalli- 
ques, de Cahours et Hoffmann sur une nouvelle classe d alcools et sur les bases 
phosphorees, de Friedel sur les acetones etles composes organiques du silicium, 
de Chancel sur les ethers composes mixtes. 

En Allemagne, en Angleterre, en Italic, en Russie, la tendance synthetique 
des recherches est tout aussi marquee, et grace au nombre considerable de 
chimistes distingues repandus sur tous les points de 1 Europe, nous voyons 
depuis plus de quinze ans se derouler une longue suite de decouvertes plus ou 
moins remarquables qui confirment pleinement les previsions de Dumas. 

Parmi celles-ci, nous devons faire ressortir comme ayant un interet pratique 
tout particulier, les syntheses des matieres colorantes naturelles (Alizarine par 
Graebe et Liebermann; Orcine, par Henninger et Vogt; Indigotine, par Daycr), 
celle des matieres coloranlcs artificiellcs derivees des goudrons de liouille. 

La ph^siologie asimale a profitc pour une large part des progress de la 



94 CIIIM1E. 

chimie organique. Le perfect! onnement des methndes d exploration amena a dc 
brillantes decouvertes en ce qui concerne la composition des tissus et des 
liquides de 1 organisme animal; le sang et 1 nrine etaient explores par toute une 
armee de chercheurs. 

Demarcay et apres lui Strecker revelerent la constitution de la bile. 

Claude Bernard decouvrait la fonction glycogenique du foie ct la presence 
du glycogene. 

Liebig retirait du sue musculaire de nouveaux principes cristallisables 
(creatine, creatinine, inosite, ac. inosique). Strecker y trouvait une nouvelle base 
organique la sarcine. 

Le cerveau et le tissu nervcux exercait la sagacite d nne foule d experimenta- 
teurs Fremy, Liebreich, etc. 

Magnus retire le premier les gaz du sang an inoyen du vide. 

Les phenomenes digestifs sont poursuivis jusque dans leurs dernieres limites. 
En mcme temps les relations que Ton avait su etablir entre les corps d appa- 
rences diverses au moyen des reactions et des syntheses, permettaient de se 
rendre compte avec plus de nettete des phenomenes chimiques de 1 organisme 
et des transformations (Stoffwechsel) , des corps au sein de I economie. Lavoisier 
avec son genie avait su immediatement appliquer aux etres vivants la theorie 
dc. la combustion, du meme coup il expliquait les phenomenes respiratoires et 
dcV.oiivrail la source de la chaleur animate. 

KM c(ini|arant la composition elemcntaire des matieres alimentaires et celle 
dc mis tissus, Liebig jetait uue vive lumiere sur les phenomenes de nutrition 
d etablissait la loi des equivalents nutritifs. 

Dumas par ses recherches sur le sang, par son essai de statique des etres 
organises, scs recherches sur les matieres azotees neutres de 1 organisme 
(Dumas ct Cahours), par ses travaux sur rungraissement des bestiaux ct la 
lurinalioii du lait (Dumas, Boussiugault et Payen), fait faire d importants progres 
;\ la physiologie. Les travaux de Dulong et Despretz sur 1 origine de la chaleur 
;uiimale, ceux de Regnault et Reiset sur la respiration , les recherches de Bous- 
singault par la methode indirecte (Ann. ch. phys., 2 e serie, t. LXXI, 3 e serie, 
t. XI). Celles de Liebig (Chimie organique appliquee a la physiologie animate) 
meritent une place a part et sont, devenus classiques. Les idees que Ton se 
forme actuellement sur la relation qui existe eutre la chaleur et le mouvement 
et qui ont conduit a la determination de ce que Ton appelle 1 equivalent meca- 
nique de la chaleur (Mayer), ont ca leur influence en physiologie et Ton a 
hcrelie a determiner dans les deruiers temps des relations experimentales entre 
Je travail musculaire on intellectuel et la qiiantite de snbslanees brulees dan 
1 organisme (Kick, Wislicenus, etc.). 

Aux recherches de chimie physiologique, nous devous rattacher les beaux 
Iravaux de Pasteur sur les fermentations et les controverses qu il eut a soutenir 
avec divers savants notammeut Liebig. Nous ne voulons pas terminer ce rapide 
coup d oeil sur la physiologie, sans rendre hommage en passant a une foule de 
savants consciencieux, dont Jes patientes recherches ont su jeter la lumiere sur 
uue serie de points obscurs de ce sujet difficile. A cote des grands savants des 
divers pays qui se sont preoccupes de cette question si philosophique, nous 
trouvons toute uue phalange de iravailleurs : Denis, Verdeil, Lelimann, Gorup- 
Besanez, Kfihne, Hoppe-Seyler, etc. etc., dont les noms figurcnt avec honneur 
dans les publications periodiques de la seconde moitie de ce siecle 



.s 



CHIMIE. 95 

Des doctrines en chimie organujue. Lorsqu il s agit des fails, ch.aque decou- 
verte est la propriete de son auteur, et 1 histoire, si nous voulions etre complet, 
deviendrait un traite de chimie; aussi avons-nous du faire de nombreux et sou- 
vent penibles sacrifices en ne relevant que les dccouvertes les plus saillantes. 

Pour les doctrines, nous ne ferons apparaitrc que quelques grandes indivi- 
dualites resumant chacune toute vine doctrine, et nous negligerons les dissi- 
dences partielles que nous trouvons chez les disciples. 

Dans sa Chimie e le mentaire, chap. XI, Lavoisier s exprime ainsi : 

Nous avons fait voir que les substances combustibles simples etaient suscep- 
tibles de se combiner les unes avec les autres pour former des corps combusti 
bles composes, et nous avons observe que les huiles en general, principalement 
les huiles fixes des vegetaux, appartiennent a cette classe et qu elles etaient 
toutes composees d hydrogene et de carbone. II me reste a faire voir qu il existc 
des acides et des oxydes a base double et triple; que la nature nous en fournil ,-i 
chaque pas des exemples, et que c est principalement par ce genre de comhinai- 
sons qu elle est parvenue a former, avec un si petit nombre d elements ou de 
corps simples, une aussi grande variete de resultals. 

Tous les acides du regne vegetal ont pour base 1 hydrogene et le carbone, le 
tout combine avec une proportion plus ou moius considerable d oxygene. Le 
regne vegetal a egalement des oxydes qui sont formes des memes bases doubles 
et triples, mais moins oxygenees. 

Les acides et oxydes du regne animal sont encore plus composes ; il cntre 
dans la combinaison de la plupart quatre bases acidifiables : 1 hydrogene, le car- 
bone, le phosphore, 1 azote. 

Les oxydes vegetaux a deux bases sont le sucre, les differentes especes de 
gomme que nous avons reunies sous le nom generique de muqueux, et 1 amidon. 

u Ces trois substances ont pour radical 1 hydrogene et le carbone, combines 
ensemble de maniere a ne former qu une scule base et portes a 1 etat d oxydu 
par une portion d oxygene ; ils ne different que par la proportion des principes 
qui composent la base. On peut, de 1 etat d oxyde, les faire passer u celui d a- 
cide, en leur combinant une nouvelle quantite d oxygene, et on forme ainsi, 
suivant le degre d oxygenation et la proportion de 1 hydrogene et du carbone, 
les differents acides vegetaux. 

Lavoisier propose, pour designer les acides vegetaux et les oxydes, les iioms 
d acides et d oxydes hydro-carboneux, hydro-carbon i que, carbone hydreux, car- 
bone hydrique, hydro-carbonique oxygene. II est probable, ajoute-t-il, que 
cette variete de langage sera suffisante pour indiquer toutes les varietes que 
nous presente la nature, et qu a mesure que les acides vegetaux seront bien 
connus, ils se rangeront naturellement dans le cadre que nous venous de pre 
senter. 

Quantum mutatus ab ilio ? 

A la suite de leurs recherches quantitatives sur la composition des matieres 
organiques, Gay-Lussac et Thenard (1811) reconnurent que lorsque dans une 
matiere vegetale 1 oxygene et 1 hydrogene se trouvent combines dans les propor 
tions pour former de 1 eau, cette matiere est neutre (sucre, amidon, etc). Si 
1 oxygene depasse cette proportion, la matiere possedera les proprietes d un 
acide; si 1 hydrogene est, an contraire, en exces, la matiere appartiendra a la 
classe des resines, des huiles ou des alcools. Ces principes ne tarderent pas a 
etre battus en breche par les travaux ulterieurs. 



OG CIIIMIE. 

Ouelques annees plus tard (1815 a 1817), Borzelius ayant observe quc les 
acides organiques sc combiiient aux oxydes metalliques souvent en proportions 
multiples, considera les corps organiques oxygenes comme des oxydes, avec cette 
difference que le radical de ces derniers est compose, tandis que le radical dcs 
composes mineraux est simple. C est ainsi qu il s exprime en 1817 dans son 
Traite tie cliimie ; en meme temps il compare les acides organiques ou oxydes a 
radicaux composes a rammoniaque, base a radical compose. 

Ce sont a peu pres, on le voit, avec une certaine difference de langage et une 
plus grande precision due a des notions plus etendues, les idees de Lavoisier. 

Cependant les beaux travaux de Gay-Lussac sur Tether et 1 alcool (1816), qui 
lui montrerent que le premier peut etre considere comme forme de 2 volumes 
de gaz oletiant et de 1 volume de vapeur d eau, le second de 2 volumes de gaz 
olefiant et de 2 volumes de vapeur d eau, les rechercbes classiques de Dumas et 
lloullay sur les ethers composes llrent naitre deux doctrines opposees. D apres 
1 une, enoncee par Dumas, 1 alcool, Tether, les ethers composes et simples deri- 
vent de I hydrogene bicarbone uni soit a de 1 eau, soit a des hydracides, soil a 
des acides oxygenes anhydres plus de 1 eau. L illustre chimiste compare la com 
position de ces divers corps a celle de I ammoniaque ct des sels ammoniacaux. 

Bcrzelius, an contraire, introduisant en cliimie organique hi notion dualis- 
tique, chercba a faire voir (rapport anuuel, 1854) que tons les composes de Te 
ther avec les acides et les corps halogenes s accordent mieux avec la theorie d a- 
pres laquelle 1 ethcr est regarde comme 1 oxyde d un radical organ:que. 

11 montra que cct oxyde peut, comme les oxydes mineraux, s uuir aux acides 
anhydres taut inorganiques qu organiques et que, sous rinfliieiice des hydra 
cides, I liydrogene de ceux-ci se combine avec I ox^riie de 1 oxyde, pendant que 
le corps balogenc se porte sur le radical de 1 oxyde organique pour former une 
especc d ether qui se comporte avec les ethers formes par les oxacides comme 
un sel haloide avec un oxysel. 

Berzelius eut la joie de voir ses idees adoptees momentanement et develop- 
pees par les plus grands noms de la chimie. Liebig, en Allemagne, en deviut 
un chaud partisan et 1 appuya avec Woehler par ses beaux travaux sur le radical 
beiizoile. En 1857, Dumas se rallia aussi a la theorie des radicaux et des combi- 
naisons binaires. 

Dans sa note sur 1 etat actuel de la cliimie organique dont nous avons deja 
parle, il dit : En effet, pour produire avec trois ou quatrc elements des com- 
binaisons aussi variees et plus variees peut-etre que celles qui composent le 
regne mineral tout eutier, la nature a pris une voie aussi simple qu inattendue; 
car, avec des elements, elle a fait des composes qui jouissent de toutes les pro- 
prietes des corps elementaires eux-iiiemes. Et c est la tout le secret dc la chhme 
organique, nous en sommes convaincu. Ces radicaux sc combinent entre eux 
ou avec les elements proprement dits et donnent ainsi naissancc, an moyen des 
lois les plus simples de la chimie minerale, a toutes les combinaisons orga 
niques. 

Liebig commence son Traite de chimie organique par ces mots : La chimie 
organique est la chimie des radicaux composes. 

Au moment ou Dumas formulait une eclatante adhesion a la theorie des radi 
caux composes et aux idees dualistiqucs, le meme savant commencait une serie 
de rccherches qui dcvaicnt ramener a modifier profondement ses idees sur la 
constitution des corps organiques. 



CHUIIE. 07 

II geneialisa le fait dcja observe par Gay-Lussac suv la cire, a savoir que Ic 
chlore ct le brome, en agissant sur un grand nombre de raatieres organiques, 
enlevent de 1 hydrogene sous forme d hydracide et qu une partic de 1 element 
lialogene prend la place, equivalent pour equivalent, dans la molecule orga- 
nique, de 1 hydrogenc soustrait. Dans quelques cas plus rares, le chlore est ab- 
sorbe sans production de gaz chlorhydrique, ou bien encore le volume du gaz 
chlorhydrique est inferieur a celui du chlore absorbe. 

Dumas demontre encore quc lorsquc le chlore ou le bromc prcnnent ainsi la 
place de 1 hydrogenc dans uu acidc, la capacite de saturation, plusieurs des pro- 
prietes et la forme cristalline sont conservees intactes. 

II arrive aussi a etablir en principe que le chlore et le brome, en se substi- 
tuant a 1 hydrogene, equivalent pour equivalent, joucnt dans la nouvelle combi- 
iiaison le meme role que 1 hydrogenc. Lc role d un element, dans un compose 
organique, ne depend plus de ses propridtes primitives, mais de la place qu il 
occupe dans le compose. 

Cette consequence inevitable et logique de la loi des substitutions decouverte 
par Dumas a ete enoncee en premier lieu par Laurent; Dumas nc s y est rallir 
qu un peu plus tard, mais il s y rallia franchement et sans restriction comme le 
demontre la doctrine des types dont il lut le promoteur, alors que les notions 
sur les substitutions avaient pris un grand developpenicut grace aux Ira van \ <!< 
Dumas, de Laurent, de Regnault, de Malaguti. 

Parmi les chimistes qui marcherent sur les pas de Dumas dans cctte voie, 
Laurent merite une place a part pour la fecondite de ses decouvertes et la pro- 
fondeur de ses vues theoriques. 

D apres Ja nouvelle theorie des types, les elements s unisseul entre cux, dans 
]a nature organiquc, de maniere a former des types ; dans chacun de ces types 
les elements sont groupes d une facon determinee, et ce groupement se retrouve 
dans tous les corps appartenant au meme type ; des lors les caracteres du com 
pose dependent tellcment de 1 ordre dans lequcl les atonies sont groupes, qu il 
st indifferent de faire occuper la place fixe par tel ou tel element. La loi de la 
substitution laisse entrevoir, dit Dumas, 1 elimination dc tous les elements et 
leur remplacement par d autres ; un element pourra ainsi etre remplace par un 
corps compose, de telle maniere q,ue non-seulcment roxygene, mais encore le 
cyanogene, 1 oxyde de carbone, 1 acide sulfureux, 1 oxyde nitrique, 1 acide hypo- 
nitrique, 1 amide et d autres corps composes pourront occuper la place de 1 hy 
drogene. 

Nous ne suivrons pas les diverses peripeties de la lutte qui s engagea cntre 
Dumas et son ecole et Berzelius. Ce dernier devait succomber, parce que sa 
theorie electro-chimique etait chaque jour battue en breche par de nouvelles 
decouvertes, et que, pour 1 adapter a ces decouvertes, il se voyait force d accu- 
muler hypotheses sur hypotheses, radicaux sur radicaux. II est presque inutile 
de faire ressortir combien le fait que le chlore electro-negatif peut jouer le 
meme role que 1 hydrogene electro-positif est contraire au dualisme electro-chi- 
,mique. 

Pour se rendre compte de !a constitution des nombreux corps qu il avait ob- 
.tenus sous 1 influence de diverses reactions ou qui etaient connus avant lui, 
Laurent s ecarta des idees de Dumas et de la theorie des types. II imagina la 
theorie des noyaux. 

Le noyau esl mi edifice ou assemblage primordial d atomcs divers de carbone, 

, esc. XVI. 7 



CHIMIE. 

d hydrogene, comparable a un cristal sur les angles duquel seraient poses des- 
atonies de carbone et sur les aretes duquel se trouveraient les atonies d hydrogene. 

Sur ce noyau on peut operer des modifications de deux especes : les unes de 
substitution eu remplacant un atome par un autre ou par un groupement com- 
]>lexe; les autres d addition en groupant comme appendices, autour du noyau r 
des atonies ou des radicaux composes. Ges idees, qui n eurent que peu d in- 
fluc.nce sur le developpement de la chimie et n obtinrent qu un succes d estime r 
sc rclient par certains cotes a la theorie des types. 

l.:i nianiere dont Persoz envisageait la constitution des composes organiques. 
(Chimie mole culaire, Introduction) merite d etre mentionnee ici, parce qu elle 
rapprllr \a-ucment, sur certains points, la maniere actuelle. II part du principe 
ipic les corps formes de carbone et d hydrogene unis a 1 oxygene doivent etre con- 
siden s comme des carbures hydriques dans lesqucls des equivalents d hydrogene 
soul remplae.es par de 1 oxyde carbonique, et qu une parcille combinaison peut 
ensnile s unir a 1 acide carbonique. Ainsi, par exemple, en exprimant la for 
mule empirique de 1 alcool pai 1 G 4 11 G 2 on a, suivant Persoz, la formule ration- 

C H 8 
nelle ,, 2 - 

I .a lornuile ralionnelle do 1 acide acetique est, d apres cette idee, +-CO*. 

Aujnurd hui on eciil. 1 acide acetique C lP G 2 2 110*. 

Olle Ilieune passa presipie inapercue et n exerca aucune influence serieuse- 
Nous arruons a Gerhardt dont nous avons deja parle ailleurs; nous nous con- 
(enleroiis de la Ire ressorlir sou influence en chimie organique. Nous savons deja 
coiiininit a I idee dualistique sur la composition dessels sesubstitue le point de 
vne imitaire, appliquanf rl generalisant les idees emises par Dumas et Laurent 
sur les combinaisons organiques; comment les combinaisons des corps devien- 
nent pour lui des doubles decompositions ou des - echanges d elements on de 
-roupes d elements. Pour Gerhardt, les formules rationnelles ne peuvent pas 
representer la veritable conslitution ou le groupement des atonies; elles ne font 
que resumer un ensemble de reactions et suivant qu on aura en vue telle ou telle 
serie de phenomenes, on est amene a adopter telle ou telle formule rationnelle. 
L ideeque les reactions chimiques ne sontpas de nature a nous reveler la consti 
tution iatime des corps se trouveegalement developpee dans la melhode de dn- 
mic de Laurent. Pour Gerhardt, les radicaux sont des etres imaginaires non 
isolables et ne doivent etre envisages que comme les residusde doubles decom 
positions pouvant passer d un corps a 1 autre, mais non susceptibles d etre 
isoles. Laurent et Gerhardt en s appuyant surtout sur la loi d Ampere et d Avro- 
gardo, distinguerent 1 atome ou plus petite quantite d un corps ou d un radical 
compose qui peut entrer dans une combinaison d avec la molecule, ou plus petite 
quantite dun corps qui peut existerlibreou intervenir dans une reaction. 

Par le developpement si heureux qu il sut donner a 1 idee des types chimi 
ques, en rapportant les divers composes aux types hydrogene (H.H. unemolecule 
formee de deux atonies), acide chlorhydrique Gl.H, ammoniaque Az H 3 , eau H-0, 
types dans lesquels 1 hydrogene peut-etre remplace en tout on en partie par des 
alomes simples ou des atonies composes; par son ingenieuse classification des 
corps orgauiques en series paralleles et verticales comprenant les corps pouvant 
deriver lesuns des autres par des reactions, et en series horizontales comprenant 
tons les corps appartenant au meme type et remplissant les memes fonctions ; 



CHIMIE. 99 

enfin enamenant de concertavec Laurent, le changement de notation chimique 
qui consistait a representer IPS atonies de 1 oxygene, du soufre, du carbone par 
un poids double dc 1 ancien Equivalent. Gerhardt contribua pour nne large part 
aux progres de la chimie organique et prepara, conime nous le verrons tout a 
I lieure, les idees qui ont encore cours actuellement parmi le plus grand nombre 
de chimistes. 

La formation des types de Gerhardt fut puissamment secondce par les beaux 
travaux de Wurtz et de Hoffmann sur lesammoniaques composes, de Dumas sur 
les amides, de Williamson sur 1 etherification et les ethers mixtes. Le chimiste 
anglais compara le premier a 1 cau, non-seulement 1 alcool et les ethers, mais 
encore les acides, les oxydes et les sels de la chimie minerale. II sut prevoir la 
decouverte des anhydrides organiques monobasiques laite plus tard par Gerhardt, 
et qui preta un si grand appui a la theorie des types. 

Dans cet ordre d idees, Schutzenberger montra en 1863, que dans un type 
salin (acetate par exemple), on pouvait remplacer non-seulement un metal par un 
autre, mais encore un metal par des elements electro-negatifs tels que le chlore, 
le brome, 1 iode. 

Tousceux qui ont commence leurs etudes dc rhimira peu pres a 1 epoque oil 
Gerhardt a public son grand Traite de chimie organique so rappellent 1 influence 
considerable qu il a duexereer sur leur maniere tic voir. La classification par types 
fut comme un trait de lumiere dans un chaos obscur ; elle permit d embrasser 
d un seul coup d ceil IVnsemble de ce vaste edifice de la chimie organique et 
d en saisir toute la beaute. Cependant, le flot montant de decouvertes ne tarda 
pas a montrer 1 insuffisance des quatre types de Gerhardt. 

Les acides polybasiques conduisent a la notion du type eau condenses deux ou 
trois fois avec introduction d un radical polyatomique (Williamson). An type 
simple condense vient s ajouter le type mixte. Ainsi, un radical biatomiquepeut 
reunir deux molecules apparlenant a deux types differents (eau, acide chlorhy- 
drique), en remplacant dans chacune un atome d hydrogene. Ainsi, nait aussi, 
en meme temps, la notion de la polibasieite des radicaux composes, nom qui fut 
change plus tard en celui de polyatomicite. 

Les decouvertes de Berthelot sur les combinaisons glyceriques, Interpretation 
donnee par Wurtz a ces faits, la synthese d un alcool bibasique, leglycol (Wurtz), 
etendirent aux radicaux alcooliques la noli n de polybasicite appliquee d abord 
aux radicaux acides. 

De la notion de polyatomicite des radicaux composes a celle de la polyatomi 
cite ou d une maniere plus generate, de 1 atomicite des elements, il n y avail 
qu un pas, il fut franchi par Kekule qui fit ressortir (Ann. Ckim. und Pliar- 
macie, ch.vi, 1858) la tetratomicite du carbone. Cette idee fut aussi heureuse que 
feconde en resultats. Elle expliqua la raison d etre des types de Gerhardt qui ne 
sont que la consequence de la monoatomicite du chlore, de 1 hydrogene, de la 
diatomicite de 1 oxygene, de la triatromicite, de 1 azote. 

Ainsi, aux quatre types de Gerhardt, vient s eu ajouter un cinquieme GH 4 d ou 
Ton peut deriver par substitution tons les composes, meme les plus complexes 
de la chimie. Par atomicite d un radical ou d un element on entend sa capacite 
de saturation. 

Je m arrete ici ; mon but n est pas de poursuivre la theorie atomique clans 
tous ses developpements et ses modifications de details, ni d en donner au 
lecteur une idee complete. On consultera sur cette question les lecons iaites par 



100 CHIMIE (BIBLIOGRAPHIE). 

M. Wurtz a laSociete chimique, les articles du Dictionnaire de M. Wurtz ATOME, 
ATOMICITE, HYUROCAUBURES, etc. 

Je me contents aussi de mentionner certaines theories de detail telles que 
celle des matieres aromatiques de Kekule (Kekule. Chemie der Benzo ilderivate) . 
Dans cette nouvelle phase de la chimie, on a abaudonne la reserve de Gerhardt 
qui ne voulait pas voir dans les formules rationnelles, la representation de la 
constitution intime des corps. Aujourd hui, au contraire, on aligne sur le 
papier des edifices entiers de formules destinees a donner au lecteur la carte 
topographique d un corps. II est vrai que les moyens de toucher a cette delicate ! 
question se sont multiplies ; aux reactions de decomposition et de double 
echangc, on a pu joindre une serie de reactions synthetiques. Les nombreux cas 
d isomerie observes semblent trouver leur explication dans les formules de con 
stitution et servent de controle. 

Toute une armee de chimistes est occupee a construire des edifices chimiques 
avec des materiaux divers, les plus adroits sont ceux qui en construisent le plus 
et de la maniere la plus originate. Malgre I interet qui s attache a ce genre de 
recherches, le besoin de vues plus larges et plus serieusement philosophiques 
commence a se faire sentir. Parmi les chimistes qui n ont pas adopte la theorie 
de 1 atomicite et ses consequences, nous devons citer Berthelot qui continue a se 
servir des anciens equivalents. On trouvera ses vues sur la constitution des corps, 
dans son Precis de chimie oryanique; elles meritent d rtre lues. 

SCHUTZE.NBERGER. 

Bii:noGitAPHiE. GEBER. Stim/na perfectionis mugislerii. De investigations perfection^ 
melallorum. De inventione veritatis. -- DC fornacibus constiwendis. Testament urn 
(Geberi, rtgis indies). ALBUKASIS. Servitor. ALBEKTUS MAGNUS. De Alchymia. De 
rebus metallicis el miner alibiis, libri quinque. Compositum de compositis. Secre- 
torum Iractatus. Breve compendium de ortu metallorum. Concordantia plnloso- 
phorum de lapide. Plulosoplda pauperum. Liber octo capitum de philosophorum 
tapide. De mirabilibus mundi. HOGER BACON. Opus majus. Speculum alchemice. 
Epistolu de secretis operibus artis et natures, et nullitate magice. Breve breviarium de 
dono Dei. AKNOLDIS VILLANOVANCS, Rosarius philosophorum, Thesaurus incomparabilis. 
De vinis. De venenis. Antidotarium. RAKHUNDUS LULLUS. 1 estamentiim, duobus libris 
universam artern chimicam complectens. Codicillus, seu vademecum. Experi- 
mania. UASIMUS VALEXTIM/S. Currus triumphalis antimonii. DC >nayno lapide anliquarum 
sapientum. Repelif.io de magno lapide et Apocalypsis chemica. Testamentum ulti- 
mum. Conclusiones. PARACELSE. Arc/udoxa : De tinctura physicorum. Paraininim: 
De morbis ex lartaro oriundis. Traites des chases naturelles, des herbcs, des metaux, 
des mincraux, des pierres preciemes. AGRICOLA. De re metallica, libri XII. De natura 
fossilium, libri X. De ortu et causis subterraneorum. De veteribus et novis metallic. 

Bermannus sive de re metallica dialogus. LIBAVIUS. Alchymia collecta accurate ex- 
plicala et in inlegrum corpus redacta. Praxis Alcliymice, 1G05. Ars probandi mine- 
ralia. De judicio aquarum mineralium. VAN HELMONT. Ortus medicince vel opera el 
opuscula omnia, 1648. GLAUBER. Furni novi philosophic!. Miraculum mundi. 
Pharmacopoea spagyrica. Glauberus concentratus . Laboratorium Glauberianum. 
Su.vius DE LE BOE. Aliinentorum fermentatione in ventriculo. De Chyli mutatione in san- 
guinem. De rcspiratione usuque pulmonum. De vasis lymphaticis ac lympha. 
Praxeos medicce idea nova. Methodus medendi. TACHENIUS. Hippocrates chymicus. 

Tractatus de morborum principe. - - BOYLE. Sceptical Chemist (c/iemisla scepticus), 
16G1. Certain Physiological Essays (Tentamina qucedam phyaiologica}, 1661. Consi 
derations and Experiments touching the Origin of Qualities and Forms, 1669. Experi 
ments and Considerations touching Colours, 1C63. Memoirs for the Natural History 
of Human Blood, 1(584. Practs, containing Suspicions about some hidden Qualities 
of the Air, 1674. Experiments to make Fire and Flame Stable and Ponderable, 
1075. Previous Hydrostatical Way of estimating Ores. An Account of Way of Exami 
ning Waters as to Freshness and Sallness. In Philosophical Transactions, 1668 a 1692. 
KUNCKEL. Nulzliche Bemerkunyen von den fixen und fliichligen Salzen, 1676. Auro et 



CHIMIE (BIBLIOGRAPHIE). 101 

arqcnto potabili, spiritu mundi. Chymischen Anmerkungen (Principiis chymicis], 1677. 
Philosophica chymica, 1694. OEffentlicke Zmclirift von dem P/wsphoro mirabili, 1678. 

Epistola contra spiritum vini sive acido, 1681. Problrstein (de acldo et urinoso, sale 

calido et frig ido], 1C85. Ars vitraria experimentalis, 1689. Collegium jihysico-chy- 
micum cxpenmentale snt Laboratorium chymicum, 1716. BECHEB. Ada labor atorii chy- 
mici Monacensis sen physica subterranea, 1669. Experimentum cliyndcum novwn, quo 
artificialis et instantanea metallorum generatio ct transtnulatio ad oculum demonslratur, 
1671. Demonstratio philosophies, 1675. Experimentum novum de minera arenaria 
perpetua, 1(180. Alphabetum minerale seit vigenti quatuor Theses chymicce, 1682, 
HOMBEBG Memoires de I Academic de Paris, 1602-1714. LEMEKY (Nicolas). Memoires de 
rAcademie de Paris, 1700-1712. Cours de chijmic. LEMERY (Louis). Memoires de I Aca 
demic de Paris, 1701-1743. Histoire de I Academic royalf de Berlin avec les Memoires 
de cettc Academic et Nouveaux Memoires de I Academic roijalc tic Berlin, 1746-1770. - 
STAHL. Zymotecknia fundamentalis, sen fermentationis theoria gcneralis, etc., 1697. 
Obsei vationes r.himico pkysico mediae mensibus singuhs bono cum Deo cont inuendcc . 
Specimen Becherianum, f undamenla, documenta et cxpcrimenta sistens. Fundamenta 
chymico pharmaceutica. Fundamenta chimix dogmaticce et rationalis. Chymia ra- 
tionalis el experimentalis. Experimenta, observations, animadverliones, ac numero, 
chymicce et physicce, 1731. Zufallige Gedanken und niltzliche Bedenken iiber den Slreit 
von dem sogenannten Sulphur e. HOFFMANN. Opera omnia physico-medica. Observalio- 
num physico-chymicarum selectiorwn, libri III, 1722. BOERHAAVE. Philosophical I rniis- 
actions, 1733. Memoires de I Acad. de Paris, 1734. Institutiones ct experimenta 
chcmiie. Elementa chemice. NEUMANN. Philosophical Transact., 1724-1734. Prce- 
lectiones chymica;, 1740. Chymia medica dogmatico experimentalis. Lectiones cliy- 
micce. ELLER. Physikalisch-chemisch-medizinische Abliandlungen, 176i. POTT. Chc- 
mische V liter suchungen, 1746. Exercitationes chymicce, 1738. Collectiones observa- 
tionum et animadversionum chymicarum, 1741. MAUGRAF. Memoires dc I Acad. de Bo-tin, 
1747-1779. Chymische Schriften, 1761-1767. GEOFFROV (Jean-Francois). Philosophical 
Transact., 1699-1709. Memoires de VAcademie de Paris, 1700-1727. Tractatus de 
materia medica. HELLOT. Memoires de I Acad. de Paris, 1755-1763. De la font/.- dry 
mines, des Fonderies. DBHAMEL. Memoires de I Acad. de Paris, 1732-1767. Art <l\ 
tuilier et du briquelier, 1764. Art de convertir, le cuivre. rouge en laiton, 1771. Art 
de fairc la colle, 1775. Fabrique de Vamidon, 1774. Art da savonnier. MACQDER. 
Memoires de I Acad. de Paris, 1745 a 177!). Elements de chymie thcorclique, 1749. 
Elements de chymie pratique, 1751. Elements de la theorie et de la pratique de la 
chymie, 1775. Dictionnaire de chymie, 1766. BLACK. Disscrlatio de himwre acido a cibo 
orto et de magnesia, 1754. Ex/ieriments upon Magnesia alba. Quicklime, and other alca- 
line Substances, 1755. Lectures on Chemistry, 1803. Philosophical Transact., 1775. 
Me moire de la Societe d Edimbourg, 1755-1770. CAVENDISH. Pldlosophical Transact., 
1766-1792 Experiments on Air, 1784. Account of a New Eudiometer, 1 783. PHIEST- 
LEY. Philosophical Transactions, 1766. 1791. Directions for impregnating Water with 
fixed Air, 1772. Observations on Different Kinds of Air, 1772. Experiments and Ob 
servations on Different Kinds of Air, 1774. Experiments and Observations relating to 
various Branches of Natural Philosophy, 1779-1786. Experiments and Observations on 
Different Kinds of Air (in other Branches of Natural Philosophy, 1790. Considerations on 
the Doctrime of Phlogistic and ^he Composition of Water. BERGMANN. Comptes rendus 
de VAcademie de Stockholm et d Ufisal, 1756-1783. Dissertatio de anahjsi aquarum, 
1778. Dissertatio de minerarum docimasia humida, 1780. Disserlatio de primord ds 
chemice, 1779. Dissertatio sistens chemice progressus a media sceculi VII ad medium 
sceculi XVII. De attractionibus electis. Opuscula physica et chcmica. SCUKELE. 
Opuscula chemica et physica, traduclion franchise, 1788. Sc/ieele s nciinmtliche physische 
und chemise he \Verke. Compt. rend, de VAcademie de Stockholm, 1770-1780. Annales 
de Crell, 178! 1787. LAVOISIER. OEuvres completes, publiees par M. Dumas, sous les aus 
pices du ministfi-e de I instr. publique. Memoires de VAcademie dc Pans, 1768-1787. 
Journal de physique. Compt. rend, de I Academic de medecine. Annales de chimie. 
Memoires de chiinie. Opuscules physiques et chimiques. Traite elementaire de 
chymie. GUYTON DE MORVEAU. Memoires de I Academic de Dijon, 1782-1785. Journal de 
physique, 1774-1794. Annales de Chimie. Bulletin des sciences de la Societe ]>hilo- 
matique Journal de VEcole poly technique. Digressions academiques, ou Essais sur 
quelques sujets de physique, de chimie et cihisloire naturelle. Elements de chymie. 
Encyclopedic mrthodique de chimie. Methode de nomenclature chimique (avec LAVOISIER, 
BERIHOI.LET et FOURCUOY). Description complete des precedes de disinfection. KODIICROY. 
Legons elementaires dhistoire naturelle el de chymie, 1781. Elements d ldstoire na 
turelle et de chymie. Memoires et observations dc chymie. Systeme des connaissances 



102 CIIIMIE (BIBLIOGKAPHIE). 

chimiques. Philosophic chytniquc. Tableaux synoptiques de chimie, 1199. BER- 
TIIOLLET. Memoires de I Acad. de Paris, 17X0 1787. Annates de chimie. Annales de 
chimie ct de physique, 1810. Memoires dc la Societc d Arcueil. Memoires de I lnstitut 
national. Journal de I Ecole poly technique. Memoires de la Societe de medecine. 
Journal de physique. Observations sur Vair, I77G. Elements de Vart de teinture,H9l, 
1804. Description du blanchiment par I acide muriatique oxygene, 17!>5. Recherche* 
sur les lois de I d/ finite. Essai de statique chimique. KLAPROTH. Beitrage zur chemi- 
mischen Kenntniss der Mineral-Korper , 1795-1810. -- Chemisc.he Abhandlungen ge~ 
mischten Inhalts , 1815. VAUQCELIN. Annales de chimie. -- Annales de chimie et 
de physique. -- Journal des mines. Journal de physique. -- Bulletin de la Soc. 
philomatique. Journal de la Sociele des pharmaciens de Paris. Journal de phar- 
made. Journal de chimie mcdicale. Memoires du Museum d histoire naturelle. 
tlanuel de I essayeur. PROUST. Journal de physique, 1777, 1798, 1819. Ann. de chim. 
- Ann. de chimie et de physique. DALTON-. Memoirs of the Literary and Philosophical 
Society of Manchester, 1798, etc. Nicholson s Philosophical Journal. Annals of Phi 
losophy de Thomson, 1815-1820. Meteorological Observations and Essay. A New 
System of Chemical Philosophy. GAY-LUSSAC. Bulletins de la Sue. philomalique. -- Ann. 
de chimie. 1802. Ann. de chimie et de physique. Compl. rend, hebdom. des seances 
de I Acad. des sciences. Journal de physique. Journal de pharm. Journ. de chimie 
medicate. Memoires de la Societe d Arcueil. Mem. sur I analyse dc I air atmosph. 
Recherches physico-chymiques. Instruction pour I usage de I alcoolometre . Instruct, 
sur I essai des matieres d argcnt par la voie humide. Cours dc chimie, 1828. DAVJ 
(Humphry). Contribution to Physical and Medical Knowledge. Beddoes, 1789. Nicholson s 
Journal. Philosophical Transactions. Journal de physique. Ann. de chimie. Ann. 
de chim. et de pliys. Researches Chemical and Philosophical, chiefly concerning .Yi- 
trous Acide and its Respirations. Elements of Chemical Philosophy Elements of 
Agricultural Chemistry. Davy ceuvres completes. THENARD. Journal de physique. 
Annales de chimie. Annales de chimie et de physique. Memoires de la Soc. d Arcueil. 

Traite de chimie etc mentaire, thcoric/ue et pratique, l re edit., 1813-1816, 6" edit., 1834- 
1850. BEBZEUUS. Gelilen s neues allgemeincs Journal fiir Chcmie. Gehlen s Journal fur 
die Physik und Chcmie. Schweigger s Journal fiir Chemie und Physik. Gilbert s An- 
nalcn der Physik und Poggendorff x Annalen der Physik und Chemie. Thomson s Annals 
of Philosophy. Leonhard s Zeitschrift fiir Mineralogie. Annales de chimie. Annales 
de chimie et de physique. Compt. rend, de I Academic de Stockholm de 1818. Af- 
handlingar i Fysik, Kemi och Mincralogi, 1S06-1818. Nouveau Systeme de Mineralogie, 
1819. Ucberblick iiber die Zusammensetzung der thierischcn Fliissigkeiten. Ijeber- 
sicht der Fortschritle und des gegenwdrtigen Zustandes der thierischen Chemie. Essai 
KUT la theorie des proportions chimiques et sur I influence chimique de I e lectricitc. 
Essais au moyen du chalumeau. Ja/iresberichte iiber die Fortschritte de physischen 
Wisscnchaften de 1820 a . Traite de chimie. Trad, de Hoefler. FARADAY. Philo 
sophical Transactions. Journal of the Royal Institution. Phillips Annals of Philoso 
phy. Brewster s Philosophical Magazine and Journal of Science. Quarterly Journal 
of Science. Gilbert s and Poggemlorff s Annalen. Annales de chimie et de physique. 
Experimental Researches on Electricity, 1839. Chemical Manipulation, 1827. MITSCHER- 
UCH. Annales de physique et de chimie. Annales des mines. Poggend. Ann. Compt. 
rend, de I Acad. de Stockholm. Compt. rend, de I Acad. de Berlin Lehrbuch der 
Chemie, 1829. DUMAS. Annales de chimie ct de physique. Compt. rend, de I Acad. des 
sciences. Journal de physique. Journal dc pharmacie. Annales des sciences natu- 
relles. Traile de chimie, appliquee aux arts. Lecons sur la philosophic chimique. 
Lecons sur la statique chimique des tires organises. These sur la question de I action du 
calorique sur les corps crganiques, 1858. LIEBIG. Kastner s Archiv fiir die gesammte 
Naturlehre. Schweigger s Journal. - Poggendorff s Annul. Annales de chimie et rfe- 
physique. Journal de chimie medicate. Comp. rend, de I Acad. des sciences. Ann. 
der Chemie und Pharmacie . Introduction a V etude de la chimie. Traile de chimie 
orgatiique.Ti ad franc;. Die organische Chemie in ihrer Anwendung auf Agricultur und 
Physiologic, 1840, auf Physiologic und Pathologic, 1842. Anleitung zur Analyse orga- 
nischer Korper. Handworterbuch der reinen und angewandten Chemie (LIEBIG, W<EHLER, 
POGGENDORFF). WCEHLER. Gilbert s und Poggendorff s Annalen. Annalen der Chem. und 
Pharm. Journal fiir praktische Chemie. Grundriss der Chemie. Exemples d analyst 
chimique. LAURENT. Annales de chimie et de physique. Compt. rend, de I Acad. dessc. 

Journal du D r Quesneville. Methods de chimie. GERHARDT. Annales de chimie et de 
physique. Compt. rend, de I Acad. des sciences. Journal du D r Quesneville. Traite 
de chimie organique. Suite a la chimie de Benelius. WUKTZ. Annales de chimie et de 
physique. Compt rend, de I Acad. des sc, Lecons a la Soc. chimique. Dictionnaire 



CIIIMIQUES (FABRIQUE DE PRODUITS). 105 

<le chiiiiie, Chimie medicate. BERTHELOT. Annales dc chimie et de physique. Compt. 
rend. ac. des sciences. Journal de pharmacie. Bulletin soc. chimiquc. Lemons soc. 
chimique. Chimie organique fondee sur la synthese. Traitc de chimie organique . 
Revue des corns scientifiques. Pour 1 histoire de la chimie contemporaine on consultera 
encore : Thomson chimie (Iraite de). Annalen der Ghemic und Pharmacie. Jahresbe- 
richte fiir Chemie Physik. Journal fur praktische Chemie. Poggemlorffs Annalen. 
Gmelin s Chemie. Graham Otto et Kolbe. Lehmann s, Gorup-Besanez, Hoppeseylen s, 
Kuhne s physiologische Chemie. Dictionnaire de chimie de WATT S (anglais). Diction- 
naire de chimie de WURTZ (frangais). Bulletin des Soc. chimiques de Paris. Berlin, Londr. 
" Lecons de la Soc. chimique de Paris. Annuaire de chimie de Milan et Reiset. Kekule 
nrganische Chemie. Kekule Chemie der aromatischen Korper. Complex rendus des 
Academies de Berlin, Vienne, Saint-Petersbourg . KOPP (Hermann). Geschichte der Chemie. 
HCEFEH. Histoire dc chimie. Histoire de la chimie et dc la physique WURTZ. Histoire 
des doctrines chimiques. LADENRIJRG. Entwicklunysgeschichte der Chemie. SCH. 

CHIMIQUES (FABRIQUESDE PRODUITS). HYGIENE PUBLIQUE. Nous parlerons a 
part des maladies ou plutot des accidents auxquels les chimistes sont exposes ; 
nous allons examiner ici les inconvenients qui peuvenl resuller pour le public du 
voisinage des fabriques dites deproduits chimiques, et dans lesquelles on prepare 
des substances tres-diverses quant a leur etat, solidc, liquide ou gazcux, eta 
leurs proprietes, plus ou moins nuisibles ou complctement inoffensives. II cst 
bien evident que si, dansun meme etablissement, on prepare pi usieurs produits, 
le classement sera determine par celuiqui off re le plus d inconvenients. C est la, 
du reste, ce qui rend fort dif ficiles des considerations generates a donner sur ces 
fabriques, dontles unes sont tout a fait innocentes, tandis quelesautres peuvent 
presenter des dangers plus ou moins serieux pour le voisinage. 

D apres leur degre de nocuite, ces industries figurent dans les trois classes 
admises par 1 administration, etla elles occupent des degres differents en rapport 
avec 1 importance des inconvenients qu on leur reconnait. 

1 fttablissements de premiere classe. Ceux qui doivent etre eloignes des 
-habitations particulieres, mais qu il n est pas necessaire d eloigner de 1 enceinte 
des villes. Lestravaux sont soumis a des prescriptions speciales, et rigoureusement 
rsurveilles. 

Acide arse nique (Fabrication de 1 ), au moyen de 1 acide arsenieux et de 
1 acide azotique, quand les produits nitreux ne sont pas absorbes ; vapeurs nui 
sibles. Acide chlorlnjdrique, par decomposition des chlorures de magnesium, 
d aluminium et autres, quand 1 acide n est pas condense ; emanations nuisibles. 

Acide oxalique (fabrication) par 1 acide nitrique sans destruction des gaz nui 
sibles ; fumee. Acide picrique, quand les gaz nuisibles ne sont pas brules ; 
vapeurs nuisibles. -- Acide sulfurique (fabrication) par combustion du soufre : 
emanations nuisibles. Arse niate de potasse, fabrication au moyen du salpetre, 
^quand les vapeurs ne sont pas absorbees ; emanations nuisibles. - - Cyanure 
de potassium (fabrication) et de bleu de Prusse par la calcination dirccte des 
matieres animales avec la potasse. - - Ether, fabrication et depots, lorsque ces 
depots con tiennent plus de 40 litres a la fois; danger d explosion et d incendie. 

- Nitrate de fer (fabrication) lorsque les vapeurs nuisibles ne sont pas absorbees 
ou decomposees. -- Phosphore (fabrication) danger d incendie. -- Poudres et 
matieres fulminantes, danger d explosion et d incendie. -- Rouye de Prusse, 
emanations nuisiblos. Soudes brutes de Varech dans les etablissements per- 
manents; exhalaisons, nuisibles a la vegetation et porteesa de grandes distances. 

Sulfate d ammoniaque , fabrication par le moyen de la distillation des ma 
tieres animales: odeur tres-desagreable et portee au loin. Sulfate de cuivre, 



104 GHTMIQUES (FABRIQUE DE PRODUITS). 

fabrication au moyeu du grillage des pyrites ; exhalaisous desagreables et nui 
sibles a la vegetation. Sulfate de mercure, fabrication quand les vapeurs ne 
sont pas absorbees. Sulfate de soude, fabrication par la decomposition du sd 
marin etde 1 acide siilfnrique, sans condensation de 1 acide chlorhydrique : exha- 
laisons desagreables et nuisibles a la vegetation. 

2 Etablissements de deuxieme classe. Ceux dont 1 eloignement des habita 
tions n estpas rigoureusementnecessaire, mais dont il importe neanmoins de ne 
permettre la formation qu apres avoir acquisla certitude que les operations qu on 
y pratique sont executees de maniere a ne plus incommoder les voisins ni a leur 
causer des dommagcs. 

Acide arsenique, fabrication au moyen de 1 acide arsenieux etde 1 acide azoti- 
que quand les produits nitreux sonl absorbes (voij. l re classe). Acide chlorhy- 
drique, par decomposition des chlorures de magnesium, d aluminium et autres 
quand 1 acide est condense; emanations accidentelles (voy. l re classe). Acide 
oxalique, fabrication parlasciure de bois et la potasse; fumee (voy. l re classe). 

- Acide pyroligneux, quand les produits gazeux ne sont pas brules. -- Acide 
pyroligneux, purification; odeur. Chlore, quand ce produit est employe dans 
les etablissements memesouon leprepare; odeur desagreable et incommode quand 
les appareils perdent. Chlornre de chaux ; id. Chlorures alcalins eau de 
javelle, etc. ; id. Cyanure de potassium et bleu de Prusse, fabrication par 
1 emploi de matieres prealablement carbonisees en vases clos; odeur (voy. 
l re classe). Potasse, fabrication par calcination des re sidus de melasse ; fumee et 
odeur. -- Protochlorure detain ; emanations nuisibles. Soufre, fusion, dis 
tillation; danger du feu, odeur desagreable. -- Sulfate de baryte, decoloration 
au moyen de 1 acide chlorbydrique a vases ouverts ; emanations nuisibles. - 

Sulfate de mercure, quand les vapeurs sont absorbees (voy. l re classe). 
Sulfate de peroxyde de fer, fabrication par le sulfate de protoxyde de fer et 
1 acide nitrique. - - Sulfate de soude, fabrication par la decomposition du sel 
marin par 1 acide sulfurique avec condensation complete de 1 acide chlorhydrique 
(voy. l re classe). 

5 Etablissements de troisieme classe. Ceux qui peuvent rester sans incon- 
venients aupres des habitations, mais qui reclament quelques prescriptions spe- 
ciales et doivent rester soumis a la surveillance de la police. 

Acide nitrique; production. Acide oxalique, fabrication par 1 acide nitrique 
avec destruction des gaz nuisibles: fumee accidentelle (voy. l re et 2 e classes). 

- Acide picrique, avec destruction des gaz nuisibles (voy. l re classe). Acide 
pyroligneux, quand les produits gazeux sont brules (voy. 2 classe). Acide sul 
furique de Nordhausen, par la decomposition du sulfate de fer (voy. l re classe). 

- Ammoniaque, fabrication en grand par la decomposition des sels ammonia- 
caux. Blanc de zinc, fabrication par la combustion du metal. Ceruse ou 
blanc de plomb, fabrication. CMorure de chaux, dans des ateliers fabricant 
au plus 500 kilogr. par jour (voy. 2 e classe). Chromate de potasse, fabrica 
tion. Cyanure rouge de potassium ou prussiate rouge de potasse ; emanations 
nuisibles. - - Minium, fabrication. Nitrate de fer, fabrication quand les va 
peurs nuisibles sont absorbe es ou decomposees (voy. l re classe). Perchlorure 
de fer, fabrication par dissolution du peroxyde de fer; emanations nuisibles. 
Sel de soude, fabrication avec le sulfate de soude ; fumee et emanations nuisibles. 

Sulfate de peroxyde de fer ou couperose verte, fabrication par 1 action de 
1 acide sulfurique sur la ferraille ; fumee et emanations nuisibles. Sid fate 



CIIIMIQUES (FABRIQUE DE PRODUITS). 105 

de fer, snlfate ffalumine el de Valun, fabrication par lelavagedes terres pyri- 
teuses et alumineuses grillees ; fumee et alteration des eaux. 

Si 1 ou examine, en les comparant, les industries renferme es dans ces trois 
classes, on sera frappe de la difference de rang qu elles occupenl snivant la diffe 
rence des precedes mis en usage pour les obtenir; ainsi, telle substance qui, fabri- 
quee d une certaine maniere, figure dans la premiere classe, retombe dans la 
troisieme quand elle est produite par des moyens perfectionnes. 

Quant a larealite des inconvenients tres-graves presentes paries fabriques ran- 
gees dans lapremiere classe, elle est attestee par un grand nombre de rapports, 
d enqneles, etc. Parmi ces documents divers, nous en examinerons seulement 
deux qui, en raisondu merit eexceptionnel des savants qui les^ont rediges, rneri- 
tent une attention serieuse. 

Le plus ancien en date est celui de MM. Braconnot et Simonin de Nancy. Des 
reclamations tres-nombreuses, tres-instantes avaient ete souleve es par des pro- 
prk taires a 1 occasion d une fabrique d acides sulfurique et chlorhydrique qui 
devait etre etablie pres de Vic (Meurthe); on se,fondaitparticulierement surcequi 
sepassaita Dieuze dans une fabrique analogue. Le prel et designa MM. Braconnot 
et Simonin pour examiner cette question. Lcurs observations out du necessaire- 
ment porter suiTusine de Dieuze quietait leterme decomparaisondonnede cette 
enquete. Dans cette ville, la saline et la fabrique de produits cbimiques sont con- 
ligues, elles produisent annuellement 280,000 quinlaux metriques de sel ; 
57,000 d acide sulfurique, 65,000 de soude, 8,000 de cldorure de cliaux; 
50,000 d acide chlorhydrique, 2,000 d acide nitrique,400 desels d etain, 500 de 
colic forte. C est pres de cette immense fabrication, jamais interrompue, disent 
les auteurs, c est autour de ces ateliers dont les hautes cheminees versent et 
melcnt incessamment a 1 air des torrents de vapeur et de fumee que nous nous 
sommes places. Dans ladireclion du vent, a quelques kilometres de distance, on 
sent deja une odeur pe netrante d acide sulfureux, d acide chlorhydrique, de fumee 
de houille qui irrite la gorge et provoque la toux. Get effet est plus intense pres de la 
ville et dans soninterieur; il fautplusieurs jours pour s yhabitueretn en plus etre 
incommode. La vapour et la fumee se repandent sous forme de brouillards, enve- 
loppent la ville, les jardins, les champs, ou sont chasse es au loin comme un image, 
selon que 1 air est tranquille ou que le vent souffle avec plus ou moins de force. 
En masse ct vue de loin, la campagne et les cultures paraissentflorissantes 
ct ne point souffrir ; mais, de pres, examinee en detail et surles points ou les 
vents soufflent le plus frequemment, la terreestnue, sterile; 1 herbe est brulee, 
4" les fenilles dessechees, le jardinage inal venu. Dans le voisinage de la fabrique 
d acide sulfurique, les arbres sont fletris du cote qui regarde les batiments des- 
m* quels s echappent des vapeurs acides. A peine ecloses les feuilles sont frappees de 
IK mort. Nous avons vu des champs d orges, de plantes oleagineuses, devastees 
in* presque entierement sur uneetendue de plusieurs containesde metres. 

Sur d autres points (et nous pouvons ciler les jardins du batiment, dit Hotel- 
I ieu, vis-a-vis la fabrique de produits chimiques), les plantes potageres et d agre- 
^ ment sont languissantes, les arbres anciens perissent en grand nombre chaque 
V annee, ceux que 1 on plante nepeuvent reussir, malgre la bonte etla profondeur 
>, du sol; les constructions elles-memes sont promptement deteriorees; les ferrc- 
ilil* ments sont profondement corrodes, les gouttieres, les conduits des eaux pluviales 
[i i en fer-blanc ou en zinc sont perces et mis hors de service en tres-peu de temps ; 
yi< les peintures sont alterees tout de suite, ainsi que les meubles et les ustensiles 



106 CHIMIQUES (FABRIQUE DE PRODUITS). 

domestiques. Ces faits sont si evidents, ilsontete taut de fois signale s que 1 ad- 
ministration des salines les accepte et doit faire, dans son budget, la part des 
indemnite"s. 

Quelles sont done les emanations qui donnentlieu a de pareils desordres? L exa- 
men chimique a demontre sur les plantes et particulierement dans la rosee, des 
traces incontestable^ d acide sulfurique et cldorhydrique et a de grandes distan 
ces, surtout dans la direction des vents regnants. Quant aux inconvenients 
eprouves par les individus, on a signale, mais sans grandes preuves, la perte des 
dents, desophthalmies et des affections pulraonaires dans la population de Dieuze. 

Ces resultats si positifs demontrent la necessited exigences serieuses de la part 
de 1 administration, dans les automations a accordcraces fabriques quandelles 
sont aussi considerables ou multipliers sur un meme point. Us prouvent 1 impor- 
tance des modifications a apporter dans la preparation des produits. Les vapeurs, 
les emanations nuisibles aux ouvriers, disent lesauteurs du rapport, sont expul- 
seespardes ouvertures, des courants d air, de hautes cheminees d appel; mais 
c est les deplacer seulement, les disseminer a de plus grandes distances ; leur 
puissance est, a laverite, diminuee, affaiblie, leseffets en sontmoins immediats, 
moins visibles, mais n existent pasmoins. Cesmoyens convenables, pour de tres- 
petits etablissements, ne le sont plus lorsqu il s agit de grandes exploitations. 
Cequ ilfaut obtenir, c est Ventiere destruction delafumee, des vapeurs touj ours 
incommodes, meme quand elles ne sont point insalubres (Braconnotet Simoniu 
Note sur les emanations des fabriques de produits chimiques. In Ann. d hyy. 
publ. 1" serie, t. XL, p. 128, 1848). 

Un autre rapport plus interessant encore, parce qu il a etc etabli sur uneplus 
vaste echelle, est celui qu a presente une commission composee de rnedecins, de 
chimistes, de botauistes et d agriculteurs, et nominee par le gouvernement beige 
pour repondre a des reclamations incessamment formulees. Une sous-commission 
formee de chimistes se livra a un examen tres-minutieux des divers elements de 
cette vaste question ; examinant les matieres premieres, suivant les operations 
dans leurs differentes phases, analysant la quantite,laqualite desgazquis echaj)- 
pent par les cheminees des usines, et que 1 on regardait avec raisou comme la 
cause la plus puissante des deteriorations qui etaient partout signalees. Ces obser 
vations porterent plus specialement sur les usines oil 1 on prepare 1 acide sulfu 
rique, 1 acide nitrique, le sulfate de soude, 1 acide chlorhydrique, la soude, le 
chlorure de chaux et surtout le sulfate de fer. De ces diverses fabriques, celles 
d acide sulfurique sont peut-etre les plus nuisibles de toutes, parce qu elles don- 
neut lieu au degagementde deux gaz, dontil est tres-difticile d obtenir la conden 
sation et qui s echappent des chambres de plomb ; ce sont les acides sulfureux et 
hypoazotique, tous les deuxegalementdangereux. Viennent ensuite les fabriques 
de soude, dont les inconvenients analogues aux precedents sont dus surtout aux 
gaz entraines hors de 1 usine et dont les effets semblent meme s etendre plus 
loin. Ces gaz lances par les cheminees independamment des produits de la com 
bustion de la houille, sont 1 acide sulfureux et, en proportion beaucoup plus consi 
derable, 1 acide chlorhydrique. Voici, au total, leresultat de cette enquete pour les 
deux ordres de fabrication dont nous venons de parler : 1 les gaz, meme ceux qui 
se dissolvent avec le plus de facilite, et en plus grande quantite dans 1 eau, 
resistent a la dissolution lorsqu ils sont melanges a des gaz insolubles, et cela 
d autant plus que la proportion de ces derniers est plusconsiderable ; 2 la rapi- 
dite du tirage dans les cheminees par lesquelles s ecoulent les melanges 



CHIMIQUES (FABRIQUE DE PRODUITS). 107 

produit encore un resultat analogue; 5 si lesbautes cheminees, en delayant dans 
un grand volume d air les vapeurs acides avant que celles-ci retombenl sur lesol, 
out la propnete de les rcndre moins deleteres, elles out d aulre part le grave 
inconvenient, en determinant un appel trop energique, de contrarier les moyens 
d absorption, et d etendre sur un plus grand rayon les produits de ces emanations. 
Aussi la commission etait-elle d avis de supprimer les hautes cheminees dans 
lesusinesde cette nature, ou du moins de supprimer toute communication entre 
ces cheminees et les appareils d absorption, et de les remplacer par des chemi 
nees basses qui n opposeront pas une resistance aussi grande a 1 absorption des 
gaz produits, et qui, grace a leur tirage restreint, forceront les fabricantsa tenir 
les appareils dans un etat parfait de conservation. 

L influence sur la vegetation, cet objet principal de 1 enquete, s exerce d une 
.maniere differente, suivant la direction des vents, I humidite de 1 atmosphere, la 
pluie, la configuration topographique du sol, les reliefs qu il presente, etc. On a 
reconnu que les alterations sont plus sensibles dans la direction la plus emislante 
duvent, sous 1 influence d un temps brumeux, ou de la pluie, et lorsque, par la 
disposition du terrain ou la direction du vent, la fumee etait ramenee sur le sol. 
Dans toutes ces circonstances, ou a demontre, par les reaclifs, la presence des 
agents chimiques auxquelsralleration etait due. Ce sont ordinairement les acides 
chlorhydrique ou sulfurique. Tandis qne sur les vegetaux de meme espece, ne 
pre sentant pas de signes d alteration, on ue peut conslater la presence des 
memes acides. D apres ces recherches, certains vegetaux seraient plus sensibles 
qued autres aux causes d alteration; en tele des premiers figureraient le charme, 
la charmilJe, le coudrier, le chene ; parmi les plus refractaires, le framboisier, 
tes spirees, le boublon et I aune. 

Cette partie du travail est terminee par les conclusions suivantes: 1 11 

i s echappe des fabriquesdeproduils cbimiques des emanations acides qui nuisent 

^ a la vegetation d un certain nombre de plantes ; 2 toutefois cet effet se produit 

d une maniere tres-inegale pour les diverses especesde plantes ligneusesou her- 

i| bacees, cultivees ou spontanees, de telle facon que certaines especes paraissent 

D resister tres-bien a 1 influence nuisible des gaz acides, tandis que d autres sont 

i/- alterees par ceux-ci, mais a des degres tres-differents ; 3 le rayon dans lequel 

ml s exerce 1 influence nuisible des gaz acides, dependant de plusieurs circoustances 

ji essentiellement variables, ne saurait elre iixe d une maniere absolue ; mais, dans 

p, ehaque cas donne, on peut le determiner pratiquement en observant jusqu a 

n 1 quelle distance les vegetaux qui, comme les charmilles, sont tres-attaquables par 

les emanations des fabriques, cessent d offrir aucune des alterations speciales qui 

ulij doiveut etre attributes a 1 action de ces emanations; 4 determine par ce precede, 

,1: le rayon d influence nuisible a differe beaucoupnon-seulement pour les differents 

ml etablissements, mais encore dans les diverses directions autour du meme etablis- 

, ||,j. sement, puisque c etait constamment dans la direction des vents dominants, et 

j,[ d apres les fails qui out pu etre observes d une maniere precise, 1 influence ne 

i s etendait pas au dela de 2,000 metres au maximum et ne descendait pas 

iljji m-dessous de 600 metres au minimum. 

]fl Reiativement a 1 influence de ces usines sur la population elle-meme, le 
jji: gouverneur de la province de Namur a fait recueillir les documents officiels 
,, , "elatifs au mouvement des naissances et ds deces pendant les cinq annees qui 
1 1 ont precede et suivi 1 erection de ces etablissements ; la moyenne a ete favorable a 
; ii J accroissement de la population, tant dans les communes ou les fabriques sont 



108 CHIMIQUES (FABRIQUE DE PRODI;ITS). 

etablies que dans leslocalites voisines. Ainsi, pour la premiere periodc (1859-1 845), 
lecbiffre des deces estde 1 sur 58, et pour laseconde (1844-1848) de 1 sur66. 
D autrepart, M. Gambrelin, president de la commission medicale de la province 
de Namur, affirme que les emanations que repandent les fabriques deproduits 
chimiques de la vallee de la Sambre, ne donnent lieu a aucune affection parti- 
culiere, et que les maladies de poitriue ne sont pas plus frequentes aujourd hui 
qu autrefois dans les communes oil ces etablissements existent ; la sante gene- 
rale des populations limitrophes est restee la meme que par le passe, etmeme 
celle des ouvriers employes dans les fabriques n a pas etesensiblementni serieu- 
sement affectee. Si, parfois, ceux-ci sont atteints au debut de leur apprentissage 
d une laryngite, d une bronchite, ou d une gene de la respiration, 1 accoutumance 
ne tarde pas a faire disparaitre ces indispositions, qui ne se renouvellent plus; 
la meme observation a etc faite sur les chevaux employes dans les etablissements. 
Du reste, 1 aisance et le travail que ceux-ci out necessairement repandus dans les 
localites voisines sont assurement pour quelque chose dans les resultats observes 
(Bussy. Examen del enquetefaite en Belgiqne, concernant I influence des fabri 
ques de produits chimiques sur la vegetation et Vhygienepublique. In lour, de 
phnrmac. et de chim. t. XXXIH, p. 175; 1858). 

Au total, il demeure bieu entendu que, pour Braconnot et Simonin, comme 
pour Icscommissaires beiges, la prophylaxieconsiste: nondansl emploi deshautes 
chemine es qui laissent retomber les vapeurs nuisibles ou les envoient au loin 
porter leur influence destructive, maisdans la combustion quidetrnitlesfume es, 
et dans la condensation ou la combinaison des gaz acides, de maniere a rendre 
presque nulle la partie qui s echappe. Or les chefs de ces usines sont generale- 
ment deshommes de science, parfailement enetat de trouver les moyens d ypar- 
venir, etqui sentent de leur interetdene paslaisser perdrf des produits posse dant 
une certaine valeur. 

C est ce qui ressort d un travail tres-interessant publie par un industriel dis 
tingue, M. Knblmann, lequel est arrive a la solution de plusieurs points de ce 
probleme. II a fait connaitre les ameliorations qu il a introduitesdanslesiabriques 
de soude artificiellc, dout nous sigualions plus haul les inconvenients ; il a con 
dense les vapeurs chloriques, les a unies a la baryte, de maniere a obtenir, a tres- 
bas prix, du chlorure de baryum, que Ton peut avantageusement utiliser a divers 
usages chimiques. 

Dans une fabrique de noir animal, les vapeurs en sortant des fours acalcina- 
nation des os dans lesquels I ammoniaque, produite par cette calcination, se 
trouve melee a 1 airbrule des foyers, sont dirigees, avant d arriver a lacheminee, 
dans une grande auge en pierre, ouse meutun moulinet eu fer muni depaleltes 
en tole; 1 auge est couverte par uncouvercle demi-cylindrique en metal. Pendant 
que les vapeurs traversent librement ce cylindre creux, en se dirigeant vers la 
cheminee, le moulinet souleve constamment et projette dans 1 espace occupe pv 
les gaz une pluie de gouttelettes d une dissolution de chlorure de manganese, 
residude la fabrication du chlore. M. Kuhlmannparvientainsia condenser al etat 
de muriate, non-seulement rammoniaque que donne la calcination, mais encore 
celle que donne la combustion de la houille. Ce produit peut etre utilise dans h 
preparation de I ammoniaque, et aussi comme engrais. Ces exemples que nous pour- 
rions multiplier encore montrent qu il s est accompli a cet egard de serieux pro- 
gres dans I lndustrie au grand benefice des industriels et des populations voisines. 

Reste une autre question qui, d ailleurs, depend entierement des precedes mi* 



CIIIMISTES (HYGIE.NE). 109 

endeuvre et del extension quo pcuvent prendre au dehors les produits nuisibles 
dela fabrication: c est la distance qu il estutile de maintenir entre les fabriques 
insalubres et les habitations qui les entourent. Cette question a ete traitee par 
Darcet avec cet esprit pratique dont il possedait si bien le secret : Si tons les 
vents, dit-il, soufflaient pendant des temps egaux, et toujours avec la meme 
intensite, il est evident qu il faudrait placer les fabriques au centre d un cercle, 
a elles consacre, dont la circonference serviraitde limite aux habitations duvoisi- 
na-e, et auquel il faudrait donner un rayon d aulaut plus grand que les emana 
tions de la fabrique seraient plus intenses. Mais, comme il le fait observer, les 
cbosesne se passentpas uiusi: il ya desventi>regnants, c est -a-dire qai soufflent 
plus souvent et avec plus d intensite que d autres. Des lors, le rayon de nocuite 
est necessairementplus long dans la direction des \cnls n gnanls. 

Darcet, ayant releve a 1 Observatoire les observalions meleorologiques failes 
pendant huit annees (1835-1845), a constate le nombre inoyen de jours pendant 
lesquels out souffle annuellement les differenles varietes de venls qui constituent 
cequ on appelle la rose des vents. Nousne donnons ici qne les resultats geneYaux 
pour les quatre vents cardinaux, dans lesquels nous englobons lours vanrlr- rt. 
sous-varietes, etnous trouvons les chiffres annuels moyens: Nord, 65; Est, 42; 
Sud, 130; Quest, 129. Ainsi, dans notre region, lesvents regnanls soul in.iiiilc^- 
tement ceux du sud et del oiiest; et c est par consequent du cote du iioril et de 
Test que doit se renconlrer la plus grande distance a laquelle il convient. de pla 
cer les fabriques nuisibles, par rapport aux habitations particulieres et aux 
cultures importantes. Ainsi, les usines seront etablies dans un polygone tres- 
irregulier, pres des angles ouest et nord et loin des angles est et sud. La figure 
et les proportions des rayons qui sont dans le rapport de frequence des differenles 
especes de vents doivent done etre tracees a 1 aide d une serie d observations 
semblables a celles qui out servi de base au travail que nous venous d analyser 
(D;ircet. Des rapports de distance qu il est utile de maintenir entre les fabriques 
insalubres et les habitations qui les entourent. la Ann. d hyg. l re serie, t. XXX, 
p. 521; 1843.) E. BEAUGRAKD. 

IJIBI.IOGRAPHIE. TiLLET. Obser. fciites par ordre du roi, sur les cdtes de Konnandie, au 
sujet des effets pernicieux, qui sont attribues dans le pays, a la fumee de Varech, lorsquon 
brule cette plante pour la reduire en soude. In Mem. de I Acad. des sc., p. 307, 1771. - 

[jijji BELLOT, DE LA RIVIEKE et DESESSARTZ, Rapport sur le laboratoire du sieur Chat-lard, et Zes 
inconvenienls qui peuvent resuller pour les maisons voisines, de la distillation d can-forte 
qui se pratique journellement dans ledit laboratoire. Paris, 1774, in-4". DARCET. Des rap- 

ipi- ports de distance qu il eat utile de maintenir entre les fabriques insalubres et les habita 
tions qiii les entourent. In Ann. dlnjg., l re ser., t. XXX; 1843. CHEVALIER et GUEIUHD. 
Mem. sur les residus liquides /irovenant des e tablisseinents industrials. Ibid., t. XXXVI, 
p. 99; 1846. BKACONNOT et SIMOKIN. Note sur les emanations des fabriques de produits 
chimiques. Ibid., t. XL, p. 128; 1848. KUHLMANN. Memoire sur les ameliorations dans 
I I lujgiene des manufactures de produits chimiques. In Journ. de pharm. et dechim.,l. XXX, 
p. 381; 1856. Zwei Gutac/iten tier k. preuss. wissensch. Deputat., etc., betreffend die 
Anlage. einer Essig- und Blehucker-Fabrik. In Casper s Vierteljahrschr., t. XI, p. 105; 

i m 1857. SCHAUENSTEW. Die Sodafabrikation in gesundkeilspolheihcher Hinsicht. In Wochenbl. 
o er Zeitschr. der k. k. Gesellsch. der Aerste zu Wien, p. 529, 1857. BUS-Y. Extrait <te 
I enquete ordonnee par le minislre de I inlerieur en Belgique, concernant I influence des 
fabriques de produits chimiques, sur la vegetation et I lujgiene publique. In Journ. de 

y pharm. et de chim., t. XXX11I, p. 175; 1858. Plus un grand nombre de rapports dans 

j, 1 expose des travaux d hygiene des divers departements, dans lesquels sont conseilles ou con 
states, les diilerents modes d absorption et de coaibinaison des gaz nuisibles. E. BCD. 

CHiraiSTES (HioiENE PROFESSIONNELLE). Les travaux qui s accomplissent 
is"- dans les laboratoires de chimie, la preparation ou 1 aualyse des diilerents corps, 



HO CIIIMISTE8 (HYGIENE). 

la temperature elevee qui est sou vent necessaire daus ces operations, les pro- 
prietes particulieres explosives ou ve neneuses des substances sur lesquelles on 
agit, expliquent suffisamment la frequence et la gravite des accidents auxquels 
les chimistes sont exposes. Une excellente these sur cette question aete soumise, 
en 1866, a la Faculte de me decine de Paris, par M. Thelmier, victime lui-meme 
d un accident de laboratoire. Deja, cependant, il faut le dire, on avait signale 
depuis assez longtemps les dangers des travaux de ce genre, et sans parler des 
fails particuliers sur lesquels nous aurons occasion de revenir, il y a plus d un 
siecle, Samuel Prieur, avait, en 1751, soutenua Halle une tres-curieuse disser 
tation, intitulee : De morbis pharmacopceorum et chymicorum. Nous y ferons 
plus d un emprunt. On sait, enfm, que dans le moyen age des alchimistes ont 
e"te victimes de leurs bizarres operations. 

Dans 1 examen des faits dont il nous reste a parler, ce que nous avons de 
mieux afaire c est de suivre 1 ordre adopte par M. Thelmier, seulemcnt nous 
remonterous plus haut que lui dans le passe, et aux observations recentes qu i. 
rapporte nous en joindrons d autres de date plus ancienne et non moins inte- 
ressautes. 

M. Thelmier ramene a trois groupes les accidents qui peuvent se produire 
dans les laboratoires : 1 les bridures; 2 les empoisonnements ; 5 les explosions. 

I. BRULUHES. Elles ont lieu par les corps sous leurs differents etats, et sont, 
on le comprend, en rapport, par leur gravite, avec le degre de temperature du 
corps comburant. 

1 Brulures par les yaz etpar les vapeurs. Elles sont tres-frequentes et agis- 
sent geneYalement, en raison de la prompte diffusion de ces substances, sur des 
surfaces assez etendues. Les corps qui y donnent lieu le plus ordinairement soiit 
les vapeurs d acide chlorhydrique, de phosphore, d acide fluorhydrique, etc. 
Lesueur, chef du laboratoire d Orfila, demontantun appareil dans lequel on avait 
prepare de I acide fluorhydrique, les vapeurs se repandirent sur sa main, et mal- 
gre 1 immersion immediate dans 1 eau froide, il en resulta une inflammation 
tres-violente, remontant jusqu au tiers superieur du bras, avec fievre intense; 
la guerison se fit attendre plus d un mois. M. le professeur Isidore Pierre a long- 
1emps souffert de brulures faites en preparant Tether bromique avec le brume 
liquide, etc. (Thelmier). 

2 Brulures par les liquides, Elles presentent, on peut le dire, un danger 
permanent. On sait ce qui peut resulter des imprudences de verser de 1 alcool, 
du petrole, dans une lampe pendant qu elle brule ; on connait 1 action corrosive 
desacides sulfurique, nitrique, chlorhydrique, etc., quand ils sont concentres; 
tout le monde a presents a 1 esprit 1 histoire d un jeune chimiste, plein d avenir, 
Polydore Boullay, mortellement brule par la rupture d un flacon d ether. 

3 Brulures par les solides. Elles sont occasionnees par tous les corps solides 
portes a une tres-haute temperature, mais surtout par ceuxqui sont susceptibles 
de deflagration, et a la tete desquels on peut citer le phosphore. Plusieurs chi 
mistes ont essuye de graves brulures pour en avoir imprudemment mis dans 
leur poche. Pelletier, pere, fut ainsi cruellement brule a la cuisse, et mit plus 
de six mois a se retablir ; un eleve de 1 Ecole pratique, attaint de la meme 
maniere, perdit un testicule. Mais, c est surtout, en moulant le phosphore clans 
des tubes de verre, ce qui se fait par une aspiration avec la bouche, que les acci 
dents se produisent. Le phosphore trop vivement aspire entre dans la bouche, de 
la des desordres tres-graves. 



CIII5IISTES (HYGIENE]. \\\ 

Moyens prophylactiques. Des gants en caoutchouc ou encluits d un corps 
gras previendront les accidents produits par les gaz ou les vapeurs, et par les 
liquides corrosifs, tels que les acides concentres. Quand il y a des metaux en 
fusion dans des creusets, on saisira ceux-ci avec de longues pinces afin d en 
> operer le transvasement sans danger. Enfin, dans le moulage du phosphore, il 
faut avoir soin de placer au-dessus de celui-ci une couche epaisse d eau dans le tube 
aspirateur, quand le liquide innocent arrive aux levres on s arrete aussitot. Dans 
ces sortes de brulures, M. Malaguti, conseille les lavages repetes avec une eau 
alcaline ou de 1 eau de javelle ; avec un peu de magnesie, les douleurs disparaissent 
alors assez prompteracnt, mais la cure en est generalement longue (Thelmier). 
II. EMPOISONKEMENTS. Contrairement a ce que Ton pense habituellement, 
1 asphyxie par les vapeurs de carbone parait aujourd hui tellement rare, que 
M. Thelmier n en apu citerunexemple. Autrefois ces accidents etaient beaucoup 
plus frequents, ainsi Prieur, en 1751, fait observer que, pendant 1 hiver, les labo- 
ratoires etant tenus exactement fermes, les chimistes sont exposes aux vapeurs 
carboniques ; qui dcterminent souvent des phenomenes d asphyxie, quelquefois 
mortels, et d autrefois suivis d un etat morbideplus 01* moins prolongs. 

De meme que les brulures, les empoisonnements peuvent etre determines par 
les corps sous leurs trois diff emits etats. 

1 Lesf/aset les vapeurs sont les substances qui agisseut le plus souvent; on 
connait 1 action irritante que le cblore exerce sur les broaches et les accidents 
aigus auxquels il peut donner lieu quand il a ete respire en certaine quantite. 
L acide nitreux est excessivement grave, et son aspiration a plus d une fois donne 
lieu a des desordres mortels : nousavons cite des exemples (l re ser.. t. V. p. 649, 
et suiv.). 

Les vapeurs arsenicales out determine plusieurs cas d empoisonnements bien 
connus. Le premier en date est celui de Tachenius, celebre cliimiste du dix-sep- 
tieme siecle. Voulant entierement sublimer 1 arsenic jusqu a ce qu il ne rest, if 
aufond du vase que de 1 arsenic fixe, il ouvrit le vase apres de nombreuses subli 
mations, et seutit une odeur tellement agreable qu il n en avait, dit-il, jamais 
respire de semblable. Mais au bout d une demi-heure, il fut pris de douleurs et 
de spasmes de 1 estoinac, avec etat convulsif des membres, dyspnee, pissementde 
sang, coliques, etc. Get etat dura au moins une demi-heure, et ne se dissipa que 
par 1 usage du lait et de I luiile; mais sa sante resta longtemps chancelante, et 
longtemps il demeura en proiea une sorte de fievre hectique(Hij>^oc> . Chemicus, 
cap. XXIV, Paris, 1869, p. 202, in-12). Plus presde nous se place 1 observation 
du chimiste Gehlen, professeur a Munich, mort en 1815, apres plusieurs jours 
de souffrances, pour avoir respire une faible quantite d hydrogene arsenie. R. 
Schindler eprouva egalement de graves accidents pour avoir inspire un peu d hy 
drogene arsenie, maisil finit par guerir; cette observation a ete relatee en detail 
par son frere (Grasfe s und Walt s J., t. XXVI, p. 624, 1857). 

Le professeur Robertson, de Calcutta, montrant, en 1857, I appareil de 
Marsh, a ses eleves, uncourant d air violent clirigea le jet d hydrogene arsenie au 
visage du professeur, qui eprouva sur-le-champ un sentiment de brulure et de 
constriction tel qu il fut oblige d interrompre sa lecon ; malgre des accidents tres- 
graves il finit par guerir (Bristish and For. Med. Rev., 2 e ser., t. XX, p. 521, 
1857). O Reilly a vu succomber un gentleman, qui, dans une experience, avait 
respire ce gaz funeste (ibid.). Enfin, M. Mettrais, pharmacien, ayant, dans une 
expertise de medecine legale, fait fonctiouner un appareil de Marsh, dans un 



112 CIIIMISTES (HYGlfcNE). 

local mal ventile, eprouva des accidents dont il finit par se remettrc hcurcusement 
(J. dechim. med., 4 e ser., t. X, p. 69, 1864). 

Suivant un chiraiste ancien, Juncken, 1 antimoine est forme dc soufre doiv, 
acide acre, tres-volatil, et d un alcali; c est, dit-il, ce que demontrent les vapeurs 
qui viennent frapper ceux qui preparent le verre d aiitimoine, sous I influeiHv 
de la chaleur, et qui occasionnent des vertiges, des accidents du cote de la poi- 
trine, peuvent irriter 1 estomac et amener des accidents tres-graves (Chim. expe 
riment., sect. V. cap. n, Franco!, A. M., 1701, p. 291). 

Prophylaxis. Existe-t-il des moyens de prevcnir ce accidents? Au commen 
cement du siecle dernier, Geoffroy 1 aine, signale les dangers, pour 1 operateur, 
des dissolutions que Ton fait de substances metalliques par le mo yen des esprits 
corrosifs. Les exhalaisons du mercure, de 1 antimoine, du plomb, du cuivre, les 
vapeurs des esprits corrosifs du nitre, du vitriol, du sel, sont tout a fait perni- 
cieuses, et encore plus quand ccs fumces corrosives et metalliques sont reunies 
ensemble. On prend, dit-il, la precaution de faire ces sortes d operations, an 
grand air on sous les cheminees; maisonn est pas toujours le niaitre deprendre 
ces precautions, on bien, par quclque hasard, elles se trouvent rendues inutiles. 
L auteur propose pour supprimer entierement ces vapeurs, de couvrir la dissolu 
tion d une matiere capable de retenir les exhalaisons; les huiles vegetales lui 
paraissent remplir parfaitemcnt cette indication, etc. (Mem. de I Acad. des sc., 
1719, p. 71). 

Les moyens employes aujourd hui ne s eloignent pas beaucoup de ceux qui 
t-taient autrefois en usage et dont parle Geoffroy : c est toujours une cheminee 
l>rrl cctionnee sous lenom de cheminee d appel, dont le tirage est sollicite par un 
fourncau. On peut aussi se servir d un ventilateur. 

P. ur prevenir les dangers resultant de la presence de 1 hydrogene arsenic, on 
pent faire de legeres fumigations chlorees ; pour 1 acide cyanhydrique, dont les 
emanations sont tres-dangereuses, on operera en plein air, comme cela se faisait 
dcj a dn temps de Geoffroy, et Ton feia degager du chlore, qui en amene la de 
composition. 

2" Par les liquides. Pour qu un empoisonnement puisse avoir lieu par 1111 
liquide, il faut qu une surface denudee assez etendue ait ete mise en coulad 
avec la substance toxique, ou que celle-ci ait corrode la peau et qu elle ait en- 
suite ete absorbee par les tissus mis a nu. L ingestion par les voies ordiuaircs 
ne peut guere avoir lieu que par le fait d une distraction. C est ce qui arriva, 
on le sail, a 1 illustre Thenard qui, pendant uue lecon, avala une gorgee d une 
solution de sublime, croyant prcndre de 1 eau sucree. L usage des blancs d oeuls 
le sauvaet amena une prompte guerison (Thelmier). 

5 Par les solides. Ges cas sont egalement tres-rares ct ne peuvent guere 
amener que de simples accidents, quand on goute, par exemple, des substances 
incolores afm deles reconnaitre (Thelmier). 

III. EXPLOSIONS. Telle est, sans contredit, la source la plus commune et la 
plus redoutable des accidents de laboratoire. Ces accidents sont devenus plus fre 
quents, cela se conceit, a mesure que les progres de la science out augmente le 
nombrc des substances explosiblcs. 

lei, comme clans les paragraphes precedents, nous examinerons les corps dans 
leurs trois dil ferents elats, et, quant aux fails, nous n aurons, en verite, que 
1 embarras du clioix. 

1" Explosion duyaz. Oil en possede de trcs-nombrenses observations; ahisi, 



CHIM1STES (HYGIENE). IK 

par cxemple, quand on a commence a fondre de la craie, du platine et autres corps 
refractaires a 1 aide d une flamme due a 1 inflammation d un melange d hydro- 
"ene et d oxygene, il est survenu des detonations; on en a prevenu le rctour en 
interposant des toiles metalliques entre I orifice de sortie du gaz et 1 extremite 
du tube ou s opere la combustion, et surtout en faisant arriver separement cha- 
cun de ces gazpris dans un genera teur isole (Thelmier). Liebig a communique it 
M. Thelmier deux cas d explosions tres-violentes resultant, 1 nne, d un melange 
de sulfure de carbone et de bioxyde d azote ; 1 autre, d un melange destine a dec 
feux de bengale et dans lequel se trouvait du chlorate de potasse. La rupture 
d un appareil en fonte employe par Tbilorier, pour la liquefaction del acide ea>" 
bonique, a frappe mortellement un jeune preparateur de 1 Ecole de pbarmacie, 
Osmin Hervy. On evite maintenant les dangers de cette preparation, en se servant 
d un appareil en fer forge, et double de plomb a I interieur, en cas de ruptmv 
leplomb se dechire sans projeter d eclats (Thelmier). 

2 Explosions de liquides. La decivuverte et I clude du chlorure d a/.oic out 
coute au celebre Dulong un ceil et deux doigls dc l.i main. M. Wurtz, on faismt 
reagir du protochlorure de phosphore sur le sodium, a clc vidiine d une violent 
detonation: le ballon s est brise en eclats, des fragment out clc projotes dans 
1 oeildroit, et lavuedece cote futassez longtemps eom|M-<miisc. 

M. Lippmanna ete renverse et a eu lamaiudroite harhcc |iar dcs<Vlals dc \crre 
provenant de 1 explosion d un vase, imprudemment remue, et dans lequel il piv- 
paraitde 1 acetate de chlore, en faisaut passer un conrant d acide hypochloreux 
sur 1 acide acetique anhydre, etc. (Thelmier). 

5 Explosions de corps sotides. On peut ranger dans cette classe tous les 
melanges detonants, 1 iodure d azote, 1 oxalate d argent, et surtout les fulmi 
nates d argent et de mercure. (Pour les sinistres arrives dans les fabriques, voy. 
FULMINATES.) Les observations relatives aux dangers de ces explosions sont loin 
d etre nouvelles; envoici lapreuve : Fred. Hoffmann rapporte qu un apothicahv 
ayant mis dans une cornue de verre assez epaisse, du baume de soufre terehci 1 ,- 
thine, la placa sur un bain de sable apres avoir bieu bouche les jointures du reci 
pient, il poussa la matiere avec un feu un peu vif. Tout a coup une explosion 
terrible eut lieu, un garcon qui pilaitles drogues dans la cour, pres dcl officiue, 
fut jete contre le mur, un autre fat miversc sans connaissance a la porte de cc! h- 
meme cour (Obs. physico-chimiques , lib. Ill, obs. 15, Halle 1722, in-4"). Un 
pharmacien, a Limbourg, voulant pulveriser de Tor fulminant, ilans un mortier 
avec unpilon de fer, il se tit une explosion epouvantable : le pharmacien fut jete 
Verre le visage tout brule (Dolseus, Ephem. nat. cnr., dec. I, aim. IX, X, 
obs. 1S6, 1678). Suivant Haunseus, For fulminant recernment prepare doit etre 
seche avec boQucoup de precautions; 1 auteur pilant, lui aussi, quelques grains 
\ de cette substance dans un mortier, 1 explosion eut lieu, le mortier et le pilon 
volerent en eclats (Ibid., dec. If, aim. X, obs. 155, 1691). 

Un eleve en pharmacie a ete lue a Munich en 1817, par la detonation d un 
melange de chlorate de potasse, de soufre, dc suere, et de cinabre destine a la 
fabrication d allumettes ct qu il triturait dans un mortier de serpentine. M. For- 
dos a ete gravement atteint a la figure par un accident de ce genre, dans la pre 
paration de 1 antimoniure de potassium. Lc doctcur Oppenheim scellait a la lampe 
un matras plein d oxalatc d argent, quaud une explosion eut lieu; il fut jete a la 
renverse et grievement blesse au visage et au bras droit. Le fulminate d argent 
a ete cause d accidents assez nombreux. L auteur de la these que nous avons tant 



DICT. ENC. 



XVI. 



CHIMOPHILA. 

de fois citee, M. Thclmier, a eu la main droitc affreusement mutilee, la gauche, 
junsi que le visage baches par des eclats de verre, et la vuc compromise par 1 ex- 
plosion d un flacon qu il debouchait et qui contenait 5 grammes de fulminate 
d argent (Thelmier). 

Prophi/laxie. Nous avons dit ce qu il y a a faire pour les gaz ; voyons les 
moyens propres a conjurer les dangers pour les autres cas. Si Ton fait chauffer 
un liquide explosible dans un bain d huile, le recipient doit etre entoure d un 
manchon de fer. Generalement on se sert d un tubede verre, on y verse le liquide, 
et on 1 introduit dans le manchon, sur leqitel on visse un couvercle de meme 
nature. 

Quand on n a pas besoin dc porter le liquide a une temperature superieure a 
100, il n est pas necessaire d employer le bain d huile : on se sert alors d uii 
bain-marie ordinaire, et, au lieu d un tube de fer, on prend pour manchon 
protecteur un simple tube on fer-blanc. 

Si 1 on opere a feu nu sur une substance explosible, il est bon de recouvrir 
d une toile metallique le creuset ou le matras qui la renferme; de cette facon les 
eclats du recipient ne peuvent frapper 1 operateur. II est utile, dans tous ces cas, 
de proteger le visage a 1 aide d un masque en fils metalliques plus fins que ceux 
dont on fait usage dans les salles d armes. DC cette facon les plus petits fragments 
de verre ne peuvent compromettre les organes de la vue. 11 n existe aucun autre 
moyen qu unc tres-grande prudence pour se mettre a 1 abri des accidents de ce 
genre. Lorsque Ton triture dans un mortier un melange detonant, on a cru re- 
marquer qu il fallait toujours faire decrire au pilon des cercles concentriqncs 
dans le meme sens. Lorsqu on melange dans un ballon de verre des substances 
capables de faire explosion, il est bon de s entourer d un Huge epais humide ou 
sec suivant la nature des corps sur lesquels on opere. De cette maniere les debris 
ne pourront blesser 1 operateur (Thelmier) . 

Mais malheureusernent pour les chimistes, comme pour les ouvriers employes 
a destravaux dangereux, 1 habitude du peril fait trop souvent negliger 1 emploi 
des moyens propres a le conjurer. E. BEAUGKAKD. 



DOL.KUS (J.). De ami fulmiiiantis improvisa detonatiotie. InEphem. A". C. 
dec. 1, an. IX, X, obs. 136; 1678. HANN.EUS. Aurum fulminant sine igne accensiim. Ibid., 
Dec. II, an. X, obs. 153; 1691. GEOFFROY (Et.-Fr.). Moyen facile d arreter les vapcurs 
nuisibles qui s elevent des dissolutions melalliques. In Mem. de I Acad. des sc., p. 71, 
1719. PitiEt.H (.). De morbis pharmacopceorum et chyndcorum. Halse Magdb., 1751, 
in-4. SCHINDLER (H.-B.). Vergiftung dtirck Arsenikivasserstoffgaz. In Grcefe s und \\al- 
t/icr s Joum., t. XXVI, p. 624; 1837. RICHARDSON (B.-W.). Poisoning by Arseniuretted 
Hydrogen (Half Yearly Rep., etc.). In Bril. and For. Rev , 2 ser., t. XX. p. 521 ; 1857. 
METTHAIS. Sur l em/>oisonncient par les vapcurs d hydrogene arsenic. In Journ. de chi -, 
4 e scr., t. X, p. 6 J; 1864. -- THELMIER (J.-Ajidr.). Des accidents dans les laboratobvs de 
chintie. Th. de Paris, 1866, n 17i. E. HOP. 



(on a souvent aussi ecrit Chimaphila). Genre de planter, du 
croupe des Pirolacees (c est-a-dire des Erico idees), detache du genre Pirola lui- 
menie |iar Pursh, dans sa Flore de VAmerique du Nord (I, 300), principal- 
ment pour les P. macidata L. et umbellata L. Les caracteres generaiix de ce 
seiiro sont toutefois ceux des Piroles. Les sepales y sont, avons-nous dit 
(Adansonia,!, 196), unis a leur partie inferieure, ce qui arrive dans beaucoup 
de vrais Pirola, notamment dans le P. secunda L. Mais )es petales m ont paru 
entierement inde|jendants. Les antheres out les [>ores de dehiscei.ce diriges en bas 
alors qu elles soat extrorses. Quant a 1 expansion membraneuse que Ton aperc,oit 



CIIIMOPHILA. 115 

a la base de leur iilet, elle ne depend aucunemcnt du disque. II y a un veritable 
disque hy[iogyne annulaire a la base de I ovaire, mais il est fort peu developpe. 
Les Chimophila sont, en somme, fort peu differents des Piroles proprement dites. 
Loirs grappes preunent souvent un peu la forme ombcllee, et leur style est Ires- 
court, de facon que les cinq lobes stigmatiferes se trouvent comme appliques 
directemeut sur le sommet de 1 ovaire. Mais ces lobes sont bien d origine placen- 
tahe, et ils sont superposes aux sepales, c est-a-dire alternes avec les loges ova- 
riennes. Le Chimophila umbellata de Nuttall (Gen. amer., I, 274), qui est le 
C. corymbosa de Pursh, ou mieux le Pirola umbellata L. (Spec, plant., 567), 
est line petite plante herbacee, vivace, qui croit dans les 1 orets ombreuses du 
nord de 1 Amerique, de 1 Asie et de 1 Europe. Sa souche souterraine rampe sous 
lerre; il s en degage des brandies dressees, un peu anguleiises, qui sont chargees 
des cicatrices de leuilles tombees. Ses feuilles sont rapprochees en verticilles 
irregnliers, au nombre de un a qualre ; elles sout persistantes, coriaces, cunei- 
formes-lanceolees, aigues, dentees en scie, lisscs, luisantes, un peu plus pales 
n dessous, avec un petiole tres-court. Les ileurs sont reunies en une sorte de 
corymbe; les pedicelles portent vers le milieu de leur hauteur d etroites bractees 
lineaires. Le calice est a cinq dents aigues ou un peu arrondies, bion plus court 
que les petales qui sont arrondis, concaves, d un blanc cremeux, avec la base 
teintee de pourpre. Les dix etamines hypogynes ont un filet sigmoide, charnu, 
triangulaire, pubescent et dilate dans sa moitie inferieure, iililbrme superieure- 
ment. Les antheres ont leurs deux loges terminees par un orifice tubuleux, 
porricide, dont le sommet est dirige en Las dans le boulon, mais se redresse dans 
Ja fleur epanouie. Le pollen est blanc. L ovaire, arrondi, deprime, a cinq lobes 
obscurs, est surmonte d un style droit, insere dans la concavite apicule de 
I ovaire dont il egale environ la moitie en longueur. I 1 , est obconique, et sagrande 
base sedilate en un sommet convexe, pelte, divisc eucinq lobes stigmatiferes peu 
prononces, Le fruit est une capsule dressee, deprimee, quinquelocnlaire, s ou- 
vrant en cinq valves a partir du milieu environ de la hauteur. Cette petite plante 
porte en Amerique les norns vulgaires tie Winter-Green et Pipisewa. Les Fran- 
cais lui donnent le nom significatif d Herbe-a-pisser et de Paigne. C est le 
Harnkraut, Waldmangold ou Nabelkraut des Allomands. Ses feuilles persistan 
tes sont d abord douces au gout, puis ameres. On les dit astringentes, et c est un 
de ces remedes locaux qu on a proposes pour conper les fievres d acces ; mais il 
faut, dans ce cos, les employer en decoction et non en infusion qui est beaucoup 
moins active. Le I) 1 Somerville qui a public un travail (in Medico-cliir . Trans., 
V, 540) sur les proprietes diuretiqucs du C. umbellata, a surlout vante 
ceUe plante centre les bydropisies, api es 1 avoir administree avec succes dans 1 as- 
cite et avoir reconnu que, comme diuretique, elle a au moins les proprietes de 
\ Uva ursi. D apres la these de Mitchell (in Barton Collect.. II, 2), elle a meme 
etc presentee aux Etats-Unis comme un reiuede du cancer, avec deux observa 
tions de guerison. C est au Canada surtout qu on 1 cmploie comme diuretique. 
On 1 admiiiistre comme palliatif dans les cas de strangurie et de colique nephre- 
tique; elle diminue, dit-on, la cuisson urethrale lors du passage des urines des 
blennorrhagiques. Les souches et les branches aeriennes sont ameres et un peu 
piquantes. Comme les feuilles, elles out ete prescrites topiquement et sont, dans 
ce cas, dit-on, stimulantes, D autres assurent que la feuille fralche est acre, 
rubefiante, vesicante meme, C est surtout comme tonique et slomacbique que 
cette espece a de la valeur. Je ne sais sur quoi se fonde sa reputation populaire 



116 CHIMPANZE. 

comme anti-scrofuleuso. II y avait a Londres, d apres Lindley (Fl. med., 375), 
un charlatan, ignorant fieffe, qui prescrivait des medicaments d origine ameri- 
caine et notamment un specifique centre les etats scrofuleux les pins graves; on 
croyait que c etait simplement le C. umbellata. Generalement, cette lierbe s em- 
ploie coupee en morceaux tenus, a la dose d une once pour une pinte d eau, 
iufnsee pendant donze heures, puis reduite par I ebullition a nioitie. L extrait est 
usite a la dose de cinq scrupules par jour. Le C. maculata PORSH, originaire 
aussi de 1 Amerique du Nord aurait, dit-on, les memes proprietes et servait aux 
memes usuges. On 1 a dit narcotique ; ce qui ne semble pas etre 1 opinion de 
Pursh. Wood et Back ont etabli qu il avait les memes vertus que le C. umbel 
lata. H. BN. 

RADIUS, Dissert, de Pyrola et Chimaphila. Leipzig, 1821, in-4, c. fig. NUTTALL, Gen. 
amer., I, 274. LAMK, Illuslr.,t. 567, 2. DON, in Mem. Werner. Soc., V, 245. HOOKER 
(W.-J.). Fl. bor-amer., t. 158. HERAT e! DEL., Diet. Mat. med., } , 564. ENDL., Gen., 
n 4548. _ TOMEY, FL N. Amer., I, 435. BIGELOW, Med. Bot., II, t. 21. LIXDL., Veg. 
Kingd., 450. ENDL., Enchiridion, 374. GUIB., Drag, simpl, ed. (), III, 6. ROSENTHAL. 
Syn. plant, did ph. 522. 

iiMaiv\\y,t (TROGLODYTES). Plusieurs genres de singes different de tous 
les aulres par une ressemblance encore plus marquee avec 1 homme que celle 
dont les animanx de celle famille nous donnent en general 1 exemple. 11s ont le 
\isage plus analogue au notre et d une expression qui serait peu difierente si 
die ne conscrvail encore en partie le type bestial ; leur cerveau est plus volu- 
mineux, leur taille plus elevee et leur station presque droite. Leur intelligence 
est superieure a celle des singes ordinaires, et dans le jeune age on les croirait 
peu inferieurs a 1 enfant sous ce rapport. Ces singes ont le sternum aplati ; ils 
manquent tous de queue, et, sauf les gibbons, ils ne portent pas de callosites 
fessieres. Mais ce sont des quadrumanes dans le senspropre de ce mot, puiscju ils 
ont les pouces des quatre extremites opposables aux autres doigts, et si, par leur 
structure particuliere, ils s elevent au-dessus des mammiferes de leur propre 
groupe, ce ne sont cependant pas des liommes puisque les dispositions anato- 
miques qui les disl i ;iguent ne les placenl pas a la hauteur de ces derniers, et que. 
pour la plupart, elles sont appropriees a un autre genre de vie que le notre. II 
csl [outefois convenable de faire de ces premiers quadrumanes un groupe parti- 
culier et on a constitue pour les y classer, la tribu des singes anlhropomorphes; 
ce sont. les memes que Linne reunissait dans son genre homo a 1 homme Ini- 
meme, savoir : 1 orang-outang, le chimpanze, le gorille, confondu avec le chimpanze 
par 1 auteur du Systema naturce, et les gibbons. On y a ajoute recemment trois 
genres fossiles propres aux terrains terliaires de 1 Europe et que Ton a observes, 
les deux premiers eu France, et le troisieme en Italic. Ces genres, actueUemeut 
disparus, ont recu les noms de dryopiihecus (Lartet), pliopithecus (P. Gerv.) et 
oreopithecus (idem). L orang-outang, le gorille et les gibbons, devant faire 1 objei 
d autant d arlicles scpares, nous n ayons a nous occuper ici que du chimpanze 
celui de tous les anthropomorphes qui ressemblerait le plus a notre espece, 
si, a des proportions plus rapprochees des notres, il ne joignait un cerveau 
encore moins semblable au cerveau humain que ne Test celui de 1 orang. 

Le chimpanze, que Linne nommait/iomo troglodytes, et dont onlaitaujourd hui 
le genre troglodyte (troglodytes), a la tete presque globuleuse, mais avec une 
depression deja evidente du synciput. un epaississement considerable des arcades 
sourcilieres, une brievele singuliere du nez qui est comme ecrase, un ecarte- 



CHIMPANZE. 117 

ment des yeux plus grand que cela n a lieu chez 1 homme, un prognathisme 
plus notable encore que celui des dernieres races humaines, et une ampleur des 
oreilles que notre espece ne presente dans aucun cas. Ses oreilles sont en outre 
debordees a leur pourtour et elles manquent de lobule; cependant la partie supe- 
rieure de la conque n y prend pas cette disposition relevee en poinle qui donne a 
cet organe chez beaucoup de singes le cachet de bestialite que la staluaire attribue 
aux faunes etaux satyres. Le cou est court sans que la tele soil pour cela mieux 
equilibree au-dessus de lui, surtout lorsque 1 animal prend la station droite de 
notre espece, attendu que la plus grande partie de la masse cephaliquo se porte 
en avant du trou occipital, ce qui est en rapport avec le numilieu naturellemenl 
incline de 1 animal et sa marche plutot obliquement quadrupede que reellement 
bipede. En effet, le corps porte dans 1 un et dans 1 autre cas sur les membres de 
derriere, ici plus courts que chez 1 homme, et en meme temps sur les anterieurs 
qui sont au contrairc plus longs que dans notre espece et serveut comme de 
crosses ou de bequilles pour assurer la solidite des poses ou la regularite de la 
progression et empecher 1 animal de trebucher a tout instant en avant, ce qu il 
ne manquerait pas de faire s il se tenait tout a fail droit comme on le n pivsente 
dans la plupart des figures qui en out ete publiees. Toute la cliar|M iih; osseuse 
du chimpanze repoud a ces conditions d equilibre dont on retrouve particulie- 
rement le contre-coup dans 1 etroitesse du sacrum et 1 allongement ainsi que 
1 c talement des os iliaques, et il en est de meme chez les autres anthr :pomor- 
phes. Les muscles n ont pas le developpement qui les caracterisc chez 1 homme, 
tin moins dans cerlaines parties du corps, et leur force tient plutot a quelqur> 
diffe rences dans la longueur ou rinsertion qu a la masse de leur partie charuue; 
ceux des fesses en particulier ne forment qu une faible saillie, et les mollels 
sont pour ainsi dire absents. L animal dans son ensemble ressemble presque ,"i 
un cul-de-jatte, usant comme le font les gens atteints de cette infirmite, de ses 
membres de devant autant que de ses membres de derriere pour se mettre en 
marche : alors ses mains de devant appuient sur le sol par la face externe de< 
doigts et noil par la face palmaire; letronc est raccourci, la poitrine large et le 
venire gros. Le chimpanze semble etre embarrasse lorsqu il chemine ou qu il 
court, mais il retrouve en grimpant aux arbres et sur les rochers, toute son 
agilite et toute la rapidite de ses mouvements. 

Get animal a, comme 1 homme et les singes propresal ancien continent, trente- 
deux dents, et elles sont reparties suivant la formule commune aux memes ani- 
maux. Sa dentition de lait se compose egalement de vingt dents. Les incisivesdu 
chimpanze sont assez fortes ; ses canines prennent du developpement avec 1 age, 
principalement chez les sujets males; ses molaires ont plus de ressemblance avec 
cellesdes orangs qu avec celles de 1 homme et surtout dugorille. L ensemble des 
dents n est pas place sur une ligne arquee, comme dans notre espece ; il y a un 
petit intervalle entre les incisives et les canines; les molaires sont apeupres en 
ligne droite. 

Le caecum du chimpanze est pourvu d un appendice vermiculaire, et il n y a 
pas d os intermediaire au procarpe et au mesocarpe, ce qui, d ailleurs, est aussi 
1 un des caracteres de 1 espece humaine. Toutefois, les doigts sont plus long:; 
que dans cette derniere, sauf cependant le pouce des mains superieures, et its 
sont appropries aux habitudes grimpeuses du chimpanze. 11 y a 15 paires do 
cotes, au lieu de 12 ; -4 lombaires ; 4 sacrees (parfois 5) et 5 coccygiennes. 

Le singe qui nous occupe atteint a peu pres la taille d un metre et demi ; il vit 



118 CHIMPA.ISZE. 

par petites bandes et se noun-it priacipalement de fruits, de feuilles, de tiges 
succulentes, de racines ainsi que d autres substances tirees du regne vegetal. 

II est possible que les anciens aient eu connaissance de cette curieuse espece 
de quadrumanes, mais, dans ce cas, ils ne 1 auraient vue qu une seule fois : il 
n estpas meme certain que le grand raithropomorphe, propre a la cote occidental 
d Afrique, auquel il est fait allusion dans ce cas, ne soit pas le gorille des natu- 
ralistes actuels plutot que le chimpanze veritable. Gette observation remonte au 
periple d Hannon, amiral carthaginois, charge de faire le tour de 1 Afrique pour 
y fonder des villes libypheniciennes. Apres etre sortie des colonnes d Hercule et 
avoir longe, pendant plusieurs semaines, la cote est de 1 Afrique, la flotte carthagi- 
noise arriva a la Corne du sud, ou elle decouvrit une ile qui avait un lac, et, dans 
ce lac, etait une autre ile remplie d hommessauvages. Enbeaucoup plusgrand 
nombre, ajoute le rapport d Hannon, etaient les femmes, velues sur tout le corps, 
que nos iuterpretes appelaient gorilles. Nous les poursuivimes, mais nous ne 
pumes prendre les hommes ; tons nous ecbapperent par leur agilite, etantcrem- 
nobates (c est-a-dire capables de grimper sur les rochers les plus escarpes et les 
arbres les plus droits) et se defendant eu nous lancant des pierres. Nous ne pri 
mes que trois femmes qui, mordant et dechirant ceux qui les emmenaient, ue 
voulurent pas les suivre. On fut force de les tuer. Nous les ecorchames et nous 
porlames les peaux a Carthage ; car nous ne naviguames plus en avant, les vivres 
nous ayant manque. 

Le rapport d Hannon fut depose dans le temple de Saturne, a Carthage, et les 
peaux de femmes sauvages et velues sur tout le corps qu il avait fait pre- 
parer, placees dans celui de Junon Astarte. Pline en parle, mais il n en men- 
tionne que deux au lieu de trois, et il ditqu on les a vuesaumeme lieu jusqu a 
la prise de Carthage qui arriva 146 ans avant notre ere. 

II faut ensuite remonter jusqu au dix-septieme siecle pour avoir des detail 
precis au sujet du chimpanze qui, des cette epoque, fut distingue du singe de 
plus grande taille encore et beaucoup plus robuste auquel nous donnons aujour- 
d hui le nom de Gorille quoiqu il ne reponde peut-etre pas a 1 espece ainsi de- 
signee par Hannon. 

Eii effet, Andre Battel, sous-officier anglais qui avait longtemps sejourne dans 
la colonie portugaise d Angole, rapporte qu il existe dans ce pays un singe plus 
grand que 1 enjeco, c est-a-dire que le jocko ou chimpanze, et il 1 appelle pongo; 
mais les auteurs qui sont venus apres lui n ont pas tenu compte de ses indica 
tions, et ils ont confondu les deux genres africains non-seulemeut entre eux, 
mais encore avec 1 orang-outang, autre genre de singes anthropomorpb.es propre 
aux iles de Sumatra et de Borneo, que les Hollandais avaient eu 1 occasion 
d observer a la meme epoque, par suite de leurs relations avec les iles de I lnde. 
Aussi la synonymic des trois genres de grands singes les plus rapproches de 
1 homme, par leur structure aussi bien que par leur apparence exterieure r 
s obscurcit-elle bientot a tel point que Buff on ne reussit pas a la debrouiller, el 
Lacepede mit le comble a ces erreurs de la nomenclature en faisant de 1 orang 
adulte un genre different de 1 orang pris dans son premier age et en appelant ce- 
genre suppose du nom de ponyo par lequel Battel avait designe le singe africain 
depassant le chimpanze en dimensions, c est-a-dire le gorille des modernes. 

De nos jours, on apporte assez frequemmcnt en Europe deschimpanzes vivants; 
il en vient particulierement en Angleterre et en France ; mais ce sont toujours 
des sujets fort jeunes, et c est a peine si on les y conserve un an ou deux 



CIIIMPANZfi. 

Cependant un chimpanze dont Isidore Geoffrey a donne la figure dessine e eu 
1854, a vecu a la Menagerie de Paris du 28 novembre 1852 au 50 Janvier 1857. 
On estime qu il avail environ six ans lorsqu il mourut. Les os de son squelelte 
etaient encore epiphyses. Sa dentition n etait pas achevee, mais elle t l.-iil 
deja a un degre comparable a celle d un enfant de douzc ans ou a peu pres, 
savoir : apparition des 12 incisives et des 16 premieres molaires; les canines re- 
cemment apparues et les 4 dernieres molaires, repondant aux dents dites de 
sagesse chez 1 homme, bien formees, mais encore dans les gencives. Le develop- 
pement du chimpanze cst done plus precoce que celui de 1 homme, mais il est a 
supposer que cet animal a par suite la vie moins longue. 

Les jeunes chimpanzes qu on amene en Europe ont a peu pres tous le meme 
caractere : ils sont doux, curieux, intelligents, calmes et se plaisent dans la 
societe de 1 homme, principalement dans celle des enfants. Leur visage a quelque 
chose de vieux, ce que les rides qu on y remarque exagere encore. 

Le plus ancien chimpanze qui paraisse avoir ete amene en Europe est celui de 
Tyson, qui est devenu apres sa mort 1 objetd une description fort bien faitepour 
le temps, dans laquelle ce savant anatomiste anglais compare le singe qu il a 
disseque aux animaux de la meme famille ainsi qu a 1 homme; au monkey des 
Anglais (guenon), et a leur ape (magoti. 11 lui donne le nom de pygmy 
(pygmee), que I age peu avance du sujet observe et sa petite taille justificut 
seuls, car ce nom de pyyme e appartient a des homines comparables a des nains, 
et il prend pour titre principal de I ouvrage qu il lui consacre celui A Orang- 
Oittany, sive Homo Sylvestris. Tyson a|oute a son livre, qui a paru en 1699, uu 
Essai philosophique concernant les pygmees, les cynocephales, les satyres et les 
spliynx des anciens. 

Les analogies signale es par Tyson entre le chimpanze et 1 hommesont resumees 
dans les lignes suivantes que nous empruntons a Buffon, en y conservantadessein 
les expressions usite es en anatomie au temps ou elles ont paru. 

D apres Tyson, les analogies qui rattachentle chimpanze a 1 homme consistent : 
1 en ce que le chimpanze a les poils des epaules diriges en has et ceux de 
1 avant-bras diriges en haul ; 2 dans la face de ce singe, qui est plus semblable 
a celle de 1 homme, etant plus large et plus aplatie que celle des especes ordi- 
uaires; 5 dans la iigure de 1 oreille qui ressemblr plus a celle de I liomme, a 
1 exception que la partie cartilagineuse est mince comme dans les singes; 4 dans 
les doigts qui sont proportioimellement plus gros que ceux des singes; 5" en ce 
ce qu il est a tous e gards fait pour marcher debout 2 , au lieu que les singes ne sont 
pas conformes a cette fin ; 6 en ce qu il a des fesses plus grosses que tous les 
autres singes (mais cependant bien moins fortes que celles de 1 homme) ; 7"i n 
ce qu il a des mollets aux jambes 3 ; 8 en ce que sa poitrme et ses epaules so::! 
plus larges que celles des singes ; 9 son talon, plus long; 10 en ce qu il a la 
membrane adipeuse placee, comme I liomme, sous la peau ; 11 le peritoine 

1 Notre espece presente aussi ce caractere. 

8 Cctte erreur, ou plutot cette exageration a etc fort souvent reproduite depuis Tyson. De 
merr.c que les autres anthropomorphes, le chimpanze a la station oblique au lieu d etre 
droite cornme celle de I liomme, et il appuie souvent ses mains anteneures sur le sol pour 
se soutenir ; aussi ses bras sont-ils plus longs que les notres et ses jambes plus courtes. 

5 Ses mollets etant cependant moins gros et par consequent formes par des muscles 
moins puissants et moins propres a maintenir la station verticale que ceux des homm? meme 
les moins bien doues sous ce rapport, les negres et australiens par exernple. 



120 CIIIMPANZE. 

entice el non perce ou allonge comme il Test dans les singes; 12lesinleslins 
plus longs que dans les singes ; 15 le canal des inteslins de differents diametres 
et non pus egal ou a peu pres egal comme dans les singes (ce caractere et quel- 
ipies anlres sontsusceptibles de critique) ; 14 en ce que le caecum a 1 appendice 
vermiculaire, comme dans 1 homme, et aussi en ce que le commencement du 
colon nVsl pas si prolonge qu il Test dans les singes; 15 en ceque 1 inserlion 
du conduit biliaire et du conduit pancreatique n ont qu un seul orifice commun, 
an lien que ces insertions sont a deux pouces de distance dans les guenons ; \ 6eu 
ce (|nc le. colon estplus long que dans les singes ; 17 en ce que le foie n est pas 
diviseeu lobes comme chezeux, mais enlier et d une seule piece ; 18 en ce que 
les vaisseauxbiliaires sont les memes que dans 1 homme ; 19 la rate, lameme; 20 
le pancreas le meme ; 21lenombredes lobes dupoumon, lememe ; 22 le pericarde 
;iil;ir)n ; ;ui diaphragme, comme dansl liomme, etnon pascomme il Test dans les 
gin-noils et antres singes analogues ; 2.1" lo cone du cceurplus ( mousse que 1 dans 
les autres singes; 24" en ce qu il n y a pas d abajoues ou poches an bas desjoues, 
comme dans les guenons, etc. ; 25 en ce qu il a le cerveau beaucoup plus grand 
que ne 1 ont ces singes, et, dans toutes ses parties exaclement conforme comme 
le cerveau de 1 homme l ; 26 le crane plus arrondirl du double plus grand que 
dans les guenons; 27 loutcs les sutures du crane scmblables a cellesde 1 homme: 
les os appelcs ossa triquetra wormiana (os wormiens) se trouvantdansla suture 
lambdo idc, ce i|iii n esl pas dans les guenons ; 28 il a 1 os cribriforme (la lame 
rililee de I dlmmi dc) el le crisla 6V////, ce <|iic les g;ici!<iiis lie jire s: nlenl pas; 
29 la selle, sell a equina, comme dans 1 homme, aulieu que dans les singes eel le 
it ii lie eslplus elcvee el plus proeminente ; 50 le processus pterygoidien, comme 

l.ms riiomme; 51 les os des lempes appcles ossa bregmatis (les os parietaux), 
comme dans 1 homme : ces os sont d une forme differeute dans les guenons; 
."2 1 os zygomalique petit, tandis que dans ces derniers il est grand ; 55 les 

euis plus semblables a cclles de 1 honime qu a celles des autres singes, surtout 
les canines 2 et les molaires ; 54 les apophyses Iransverses des vertebres du cou, 
i. s sixiemeetseptiemeressemblantplus a 1 homme; 35 les vertebres du cou ne sont 
pas perce es comme dans les singes, pour laisser passer les nerfs : elles sont pleines 
et sans trou dans le chimpanze comme dans 1 homme ; 56 les vertebres du dos el 
leurs apophyses sont comme dans riioiuiueel dans les verlebres du bas : iln ya que 
deux apophyses inferieures, tandis qu il y en a quatre dans les singes ; 57 il n y a que 
quatre lombaires, et dans 1 homme cinq ; 58 les singes ont six ou sept vertebres 
lombaires ; 59 1 os sacrum est compose de cinq verlebres comme dans 1 hommc 3 ; 
les singes n en ont habituellement que trois; 40 le coccyx n a que quatre os, 
comme dans 1 homme, et ces os ne sont pas troues, au lieu que dans les sii 
ordinaires, et, en particulier, les guenons, il est compose d un plus grand nom- 
bre d os, et ces os sont troues en parlie pour le passage dc la moelle ; 41 il n y a 
que sept vraies cotes, et les extremites des fausses cotes sont cartilagineuses, etles 
cotes sont articulees au corps des vertebres ; dans les guenons, il y a huit 
[ aires de vraies coles, et les extremites des fausses cotes sont osseuses et leurarti- 

1 11 y a encore ici exageration, quoique le cerveau du chimpanze et sur out celui de 
1 orang soient bien suiierieurs, dans leur conformation, a celui des singes ordinaires et que 
ici mnsse en soil egalemenl bicn plus gnuide. 

- Iiap|)elons que I exemplaire observe par Tyson, ctait jcune, les adultes, principalement 
les males, ont d assez fortes canines. 
3 Owen, de Blaimille et Duvernoy n en comptent, avecraison, que quatre. 



CHIMPANZE. 121 

dilation se trouve placee dans les interstices des vertebres; 4-2 1 osdu sternum 
est large corame dans 1 homme ! , et non pas elroit comme dans les guenons 2 ; 
45 1 os de la cuisse, soit dans son articulation soit a tous autres egards, est (plus) 
semblable a celui de 1 homme ; 44 la rotule estronde et non pas longue ; 4-5" le 
talon, le tarse et le metatarse sont comme ceux de 1 homme; 46 le doigt du 
milieu dans lepied n est pas si long qu il Test dans les singes ; 47 les muscles, 
obliquus inferior capitis, pyriformis et biceps fenioris sont semblables dansle 
dmujuuize ct dans 1 homme, taudis qu ils soul different? dans les guenons et 
autres singes. 

Ouoiqu il soit facile d apporter aujourd hui des modifications importantes a ces 
comparaisons etablies par Tyson, entre le rhimpan/i rl I liomme, elles nesont 
pas moins remarquables, surtout si Ton ticnt complc d<- IVpoijiir deja ancieime 
a laquelle son auteur les a publiees et dupeudeprogresque 1 anatomie comparee 
avail encore fails a la date oil elles parurent. C est d ailleurs une justice a rendre 
aux aiiatomistesde la Renaissance eta ceux des dix-septieme et dix-huitieme siecles 
qu ils ont etudie d une maniere fort utile; les singes envisages dans leurs rap 
ports avec 1 anatomie de 1 homme, et les travaux des modernes a cet egard, ne 
sont leplussouvent quela continuation des remarques faites deslors. Lamaim-iv 
souvent exageree dont quelques anatomisles denos jours ont envisage les affinites 
zoologiques des singes et de 1 homme n est pas ninur noiivdlc, puisqur 1 on sail 
queLinne, en exagerant ces analogies, avaitreuni, dans unmeme genre, 1 homme, 
le chimpanze, 1 orang etle gibbon. Mais les singes anthropomorphes n avaientpu 
etre tous disseques paries anatomistesanir-rifiirs ; i Linne. P. Camper, le premier, 
a exerce son scalpel sur 1 orang-outang, et ce n est qu a parlir du milieu du siecle 
actuel qu on a eu 1 occasion d etudier ainsi le gorille et meme d en examiner le 
squelette. Nous reviendrons sur la comparaison des singes et de I liomme dans 
les articles PRIMATES et SINGES de ce Dictionnaire, ou il sera question des qua- 



tirumanes envisages d une maniere generale. 



Les particularites par lesquellcs le chimpanze parait a 1 anatomiste Tyson 
s eloigner de 1 homme pour ressembler aux singes ordinaires, c est-a-dire aux 
guenons et aux macaques qui etaient alors les mieux connus de tous, meritent 
aussi d etre rappelees, la plupart etant d une exactitude scrupuleuse, et nous 
reproduirons egalement la traduction qui en a ete donnee par Buffon. Nous 
nous bornons a rappeler que ce dernier auteur ne connaissait anatomiquement 
aucuue autre espece de singes anthropomorphes. Les differences que 1 organisa- 
tion du chimpanze montre par rapport a 1 homme tendent, suivanl Tyson, a le 
rapprocher des singes ordinaires. Elles consistent : 1 en ce que le pouce de 
cette espece de mammiferes est plus petit a proportion que celui de 1 homme, 
quoique cependant il soil plus gros que celui des autres singes ; 2 en ce que la 
paunie de la main est plus longue et plus droite que dans 1 homme; 5 il differe 
de 1 homme en ce qu il a le gros doigt despieds eloignes, a peu pres comme un 
itc pouce, etant plutot quadrumane, comme les autres singes que quadrupede (ou 
w!/ bimane) ; 5 en ce qu il a les cuisses plus courtes que 1 homme ; 6 les bras plus 
longs ; 7" en ce qu il n a pas les bourses pendantes ; 8 1 epiploon plus ample 
que 1 homme; 9 la vesicule du fiel longue et plus etroite; 10 les reins plus 
roads que 1 homme et les ureteres differents ; 11 la vessie plus longue; 12 en 

1 Et aussi dans le gorille, dans 1 orang-outang et dans les gibbons. 

* Lcsg-uenonsct les autres singes qui ressemblentdavantage aux carnassiers sous ce rapport. 



122 CHIMPANZE. 

qu il n a point de frein au prepuce; 15les os de 1 orbite del ceil trop enfonces; 
14 en ce qu il n a pas les deux cavites au-dessous de la selle turcique, comme 
^ dans 1 homme ; 15 en ce que les processus mastoide et styloide sont tres-petits 
et presque nuls ; 16" en ce qu il a les os du nez plats ; 17 il differe de 1 homme 
en ceque les vertebres du cou sont courtes, comme dans les singes, platesdevant 
et non pas rondes, et que leurs apophyses epineuses ne sont pas fourchues, 
comme dans 1 homme ; 18 en ce qu il n y a point d apophyse epineuse dans la 
premiere vertebre du cou; 19 il differe de 1 homme en ce qu il a treize cotes de 
chaque cote, et que 1 homme n en a que douze ; 20 en ce que les os des iles sont 
parfaitement semblables a ceux des singes, etant plus longs, plus etroits etmoins 
conca-ves que ceux de 1 homme ; 21 il differe de 1 homme ence que les muscles 
suivants se Irouvent dans le corps humain et manquent dans le chimpanze, savoir : 
Occipitales, frontales, dilatatores alarum nasi sen elevatores labri superioris, 
interspinales colli,ylutcei minimi, extensor digitorum pedis, brevis et transver- 
salispedis ; 22 les muscles, qui ne paraissenl pas se trouver dans le chimpanze, 
et qui se trouvent quelquefois dans 1 homme sont ceux qu on appelle pyrami- 
dalis, caro musculosa quadrata, le long tendon et le corps charnu du muscle 
palmaire, les muscles attolens et retralgens awicularum ; 25 les muscles eleva- 
teurs des clavicules sont comme dans les singes et non comme dans l homme; 
24 les muscles, par lesquels le chimpanze ressemble aussi aux singes et differe de 
l homme, sont les suivants : longus colli, pectoralis, latissimus dorsi, glutteus 
maximus et medius, psoas magnus, parvus iliacus interims, gasterocnenrius 
interims; 25 il differe encore de l homme par la forme des muscles deltoideus, 
pronator radii tcres et extensor pollicis brevis, 

Tyson, qui a le premier donne la figure du cerveau du chimpanze, mais avec unr 
expression si defectueuse des caracteres de cet organe, n en indique guerc qur In 
masse et 1 apparence generale. Tiedemann, Van der Kolk et Vrolik se sont davmi- 
tage rapproches de la verite, mais sans atleindre le degre de perfection oblcim 
par Gratiolet, dans son Me moire sur les plis cere braux des primates ; aussi 
croyoiis-iious indispensable de reproduire inte gralement la description donnir 
par ce savant anatomiste. 

(i Le cerveau du troglodyte chimpanze, dit Gratiolet, differe beaucoup, qnaiit 
a sa forme generale, du cerveau de I orang-outang ; il est relativement 1111 jicii 
plus allonge ; en outre, le bord supe rieur de l hemisphere decrit une courlit- 
plus reguliere, qui tient a une sorte d equilibre entre le developpemeul des 
parties anterieures et celui des parties posterieures. Le point le plus eleve de 
cette courbe repond a peu pres a sa partie moyeune. 

Le lobule frontal est Ires-grand, mais relativement moins eleve que dans 
I orang-outang. En revanche, le lobule orbitaire est moins profondement excave; 
ce lobule est remarquable par 1 echancrnre de son bord inferieur. La direction de 
ce bord est telle que, en se reunissant avec le bord anterieur du lobule frontal, 
il forme un angle dont la saillie egale a peu pres celle du lobe temporal. On 
peut se faire une idee juste de cette saillie en prenant le moule interieur d un 
crane de chimpanze. 

Le lobe parietal est tres-developpe, beaucoup moins cependant que die/ 
les cynocephales ; le lobe temporal est long, peusaillant, peu epais et a peu pro* 
dans les memes proportions que celui de I orang-outang. Quant au lobe poste- 
terieur il est grand, developpe, plus haut que long, et son opercule est 
complet. 



CHIMPANZE. 123 

Si nous passons a 1 examen des plis, nous noterons les particularites sui- 
vantes : 

Les plis du lobe frontal sont tres-grands, plus grands meme et plus epais 
que ceux de 1 orang-outang. Le pli frontal superieur est subdivise eii deux plis, 
dont le plus eleve porte des incisures secondaires, le pli moyen est bien carac- 
terise. Le pli inferieur ou sourcilier est tres-grand, largemeiit dessine, en lelle 
sorte que le lobule frontal est bien developpe dans toutes ses parties. 

Le premier pli ascendant est grele, flexueux, mais plus incline en arriere 
il ne represente point d incisures, etsa surface est absolument lisse. 

Le deuxieme pli ascendant est egalement simple et grele ; il monte a cote 
du precedent en formant avec lui des flexuosites paralleles; mais, arrive au- 
dessus du pli courbe, il forme un coude et s etale en large lobule qui se pro- 
loiige jusqu a la scissure perpendiculaire externe. Ce lobule est subdivise tres- 
elegamment par Tin sillon assez complique, qui separe deux plis, 1 un externe 
et 1 autre interne. Le plis externe a un trajet assez simple, mais 1 intenie se 
replie plusieurs fois sur lui-meme, et cette disposition parait assez constante. 

L origine du pli courbe est remarquable. Dans 1 orang et le gibbon, il nail 
du sommet de la scissure de Sylvius. Dans le chimpanze, il nait au devant de 
ce sommet par une extremite elargie, et decrit autour de lui une courbe fort 
etendue. 

Quant a la partie descendante du pli courbe, elle est tres-grele, a peine 
flexueuse, assez longue, et cette forme, qui s eloigne de celle qu on observe dans 
les orangs, rappelle, au contraire, celle quepresente le cerveau de la plupart des 
macaques. 

Les plis du lobe temporal sont tres-simples. Ces plis, aussi peu developpes 
que ceux des orangs, sont beaucoup moins divises que ceux des cynoce- 
phales. 

Nous avons dit que le lobe occipital est tres-graiid. II presente plusieurs 
incisures paralleles au milieu desquelles domine le sillon qui separe 1 etage 
moyen 10 de 1 etage superieur 11. L opercule estentier et bien developpe. 

Mais ce qu il faut remarquer sur toutes choses, quand on compare le cer 
veau du chimpanze a celui de 1 orang-outang, c est 1 absence du pli superieur de 
passage. 

Ainsi, le pli superieur de passage manque absolument. 

Le deuxieme pli est cache sous 1 opercule. 

Le troisieme et le quatrieme plis sont superficiels. 

En nous resumant, apres avoir compare scrupuleusement le cerveau du 
chimpanze a celui de 1 orang, nous signalerons : 1 un developpement equiva 
lent du lobule frontal, mais une grandeur bien plus considerable du lobe occi 
pital du chimpanze; 2 une degradation relative des plis ascendants dans 
le chimpanze; 3 un developpement plus grand de la racine du pli courbe, qui, 
dans le chimpanze, nait au devaut de la scissure de Sylvius, tandis que dans 1 orang 
elle est sessile et nait du sommet de la scissure; 4 la grandeur de 1 opercule et 
1 absence du pli superieur de passage, qui, dissimule dans les guenons, superfi- 
ciel dans les semnopitheques, developpe dans les gibbons et les orangs, manque 
ici comme dans les macaques. 

Par tous ces caracteres, il est impossible de rapprocher le cerveau du chim 
panze de celui de 1 orang-outang, du gibbon et des cercopitheques. Toutes les. 
analogies obligent a le ranger a cote des macaques ou des cynocephales. 



124 CIIIMPANZE. 

... Ajoutons que 1 examen attentif du crane et de la face confirme ces ana 
logies par des analogies nouvelles. 

Si done, laissant de cote toute ide e preconcue, nous nous laissons diriger p.-ir 
les fails, nous serons irresistiblement conduit a euoncer la proposition suivante : 

Le cerveau du chimpanze est un cerveau du macaque perfectionne. 

En d autres termes, le chimpanze est aux macaques ce que 1 orang est anx 
gibbons et aux semnopitheques. 

M. W. Turner s est plus recemment occupe des circonvolutious du clilin- 
panze, et plusieurs autres auteurs les ont egalement etudiees. 

Les parties profondes du cerveau dn chimpanze meritaient aussi d etre exa 
minees avec soin, et cela avec d autant plus de raison, que M. Owen avait cru 
trouver dans le ventricule lateral du cerveau humain, soit dans la corne d Hammon, 
soit dansl ergot de Morand, qui en forme le fond, et, dansleur absence chezles 
singes, meme anthropomorphes, uncaraclere distinctif denotreespecedontil con- 
stitue sa premiere sous-classe des mammiferes sous le nom d archencephales ; 
mais^les observations de MM. Marshal, Huxley, etc., ont montre que cette diffe 
rence n existe pas, et c est le cerveau du chimpanze, aussi bien que celui de 
1 orang, qui ont fourni les elements de cette rectification, aujourd hui acceptee 
par M. Owen lui-meme. 

Buffon a eu 1 occasion d observer, vivaiit, unjeune chimpanze, dont il aparle 
sous le nom d orang. II ne sera pas inutile sans doute de reproduire ici, le recit 
des impressions que produisirent sur son esprit la vue d un animal aussi rap- 
proche de 1 homme par ses allures et par quelques-unes de ses facultes. Voici 
en quels termes il s exprime : 

L orang-outang que j ai vu, marchait toujours debout sur ses deux pieds 1 , 
meme en portant des choses lourdes ; son air etait assez triste, sa demarche grave, 
ses mouvements mesures, son naturel tres-doux et tres-differeut de celui des 
singes; il n avait ni 1 impatience du magot, ni la mechancete du babouin, ni 
1 extravagance des guenons. 11 avait etc , dira-t-on, instruit et bien appris ; mais 
les autres, que je viens de citer et que je lui compare, avaient eu de meme leur 
education. Le signe et la parole suffisaient pour faire agir notre orang-outang; 
il fallait le baton pour le babouin et le fouet pour les autres, qui n obeissent 
guere qu a force de coups. J ai vu cet animal presenter sa main pour recon- 
duire les gens qui venaient le visiter, se promener gravement avec eux et comme 
de compagnie ; je 1 ai vu s asseoir a table, deployer sa serviette, s en essuyer les 
levres, se servir de la cuiller et de la fourchette pour porter a sa bouche, verser 
lui-meme sa boisson dans son verre, le choquer lorsqu il y etait invite, aller 
prendre une tasse et uue soucoupe, la porter sur la table, y mettre du sucre, y 
verser du the, le laisser refroidir pour le boire, et tout cela sans autre instiga 
tion que des signes ou la parole de sou maitre et souvent de lui-meme. II ne 
faisait denial apersonne, s approchait meme aveccirconspection, et sepresentait 
comme pour demander des caresses. II aimait prodigieusement les bonbons : 
tout le monde lui en donnait, et, comme il avait une toux frequente et la poi- 
trine attaquee, cette grande quantite de choses sucrees contribua sans doute a 

1 Cela n est pas exact, le chimpanze appuyant habituellement a tcrre, ses mains de devant 
pour se tenir dans une position oblique plutot que droite. La figure, publics par Bulfon, 
eonsacre cette erreur comme 1 avait d ailleurs fait anterieurement celle publiee par Tyson. 
Le celebre naturalistefraiiQiis avait vu le chimpanze, dont il parle, vers 1741, et ce ne fut 
qu en 1766 qu il publia les remarques faites par lui a son egard. 



CHIMPANZE. 125 

abi L er sa vie. II ne vecul a Paris qu en ele, et mourut 1 hiver suivant a Lon- 
dres. II maugeait presque de tout; seulement il prefcrait les fruits murs et sees 
a tous les aulres aliments. II buvait du vin, mais en petite quantite ; il le lais- 
sait volontiers pour du lait, du the et d aulres liqueurs douces. 

De la Brosse avail raconte, anterieurement , 1 iiistoire d un chimpanze qu on 
avail sai<nie deux iois au bras droit et qui, lorsqu il se trouvait incommode 
depuis lors, moatrait sou bras pour qu oa le saiguat, comme s il eut su, dit 
1 auteur du Voyage a la cote d Anyole^ que cela lui avait fait du bien. Beaucoup 
d autres ecrivains out rapporte des faits tout aussi incroyables que celui-la, et 
une bonne etude des moeurs du chimpanze, aiusi que de la nature et du degre 
reel de son intelligence nous mauqueat encore. 

Broderip a publie, en 1855, quelques remarques que j ai reproduites dans 
monHistoire des mammiferes, mais elles out trait a un chimpanze observe en 
menagerie. Si 1 ona eu depuis lors 1 occasion d etudier ces singes en pareille con 
dition, leur histoire a 1 etat de liberte reste a faire, meme apres les recits de Du 
Ghaillu. Aucun animal de cette espcce, sauf celui que nous avous indique apres 
Isidore Geoffroy et dont eel auteur, n a pas ecrit 1 histoire, n a d ailleurs vecii 
assez longtemps pour que Ton ail pu apprecier les modifications dont lu carac- 
tere du chimpanze est susceptible. 

Le genre chimpanze (g. Troglodytes) est i acilc a si parer de ceux qui conipo- 

sent avec lui la tribu des singes anthmpm -plies. Quoique plus semblable a 

I lionime qu aucun de ces deruiers, il peul eu etre distingue par des caracleres 
encore tres-importan Is, et il n est aujourd hui aucun naturaliste quivoulutasso- 
cier ge neriquement a notre espece, comme le i aisail Linne, soil le chimpanze, 
soitaucun des autres singes sans queue et a sternum aplati, 1 orang, le gorille 
ou les gibbons. 

Une question reste toutefois a elucider, c est celle de savoir s il rxislr une 
seule espece de chimpanze ou s il y i-n a au conlraire plusieurs. Quelques 
auteurs, adoptaut cette secomle maniere devoir, out successivementdecrit comme 
indiquant des auimaux spe cifiquement diffe rents du chimpanze noir ou chiiu- 
panzc onlinaire (Troglodytes niyer), des animaux dece genre qu ils onteu 1 oc 
casion d examiner. 

Dans ses Illustrations de zooloyie, Lesson donne comme tel un jeuue chim 
panze doutil n a observe qu unepeaubourree, et il en fait son Troglodytes leiico- 
prymnus, parce qu il avail des poils blancs autour de 1 anus; mais ce caractere 
se retrouve aussi chez le chimpanze ordinaire, et I espece indique e par Lesson 
ne saurait etre acceplee. 

La meme critique est sans doute applicable au Troglotlytes Tschego de Fran- 
quet el Duvernoy, ayaut pour type un des squeletles conserves dans les galeries 
d anatomie duMuseum de Paris. Duvernoy dit quel animal en chair avait les oreilles 
pelites etla face noire, tandis quele chimpanze ordinaire a les oreilles grandes 
et la face couleur de chair; mais ces details n ont pas ete conslates d une ma 
niere cerlaine, et ui le squeletle ni les dents ne montrent de differences de quel- 
que valeur. Tsclie go, ou plutot Ntschie go, dont les Europeens out fait jocko, est 
le nom du chimpanze chez les negres de 1 Afrique oecideiitale. 

Du Chaillu signale aussi , de son cote , deux chimpanzes qui difiereraient, 
comme especes ou tout au moins comme varietes, du Troglodytes niyer. Cc soul 
le Nstchiego-mbouwes qu il appelle Troglodytes calvus, et les Koolo-Kamha 
(T. kulu-kamba). 



126 CII1NC1IE. 

Une antrc aspece encore a etc indiquce par Gratiolet sous la denomination de 
diimpanzi 1 d Aubry (Troglodytes Aubryi). Cellr-ri niontrc, suivant Gratiolet, 
plusde pnignalliiMiie que le T. niger; sa face est noire coinme celle du tschcgo 
et elle a cela de particulier que sa derniere molaire infcrieure porte en arriere un 
talon dout il n y a de trace chez ces derniers. Le modele en platre que Ton en 
conserve an Museum indique un sujet qui n avail pas acheve encore sa secondo 
dentition, mais qui, comme le chimpauze observe par Is. Geoffrey, fut devenu 
plus robuste que la plupart de ceux que nous possedons. Les tubercules de ses 
arrieres-molaires sont aussi plus accuses que chez plusieurs de ces derniers, 
et les dents sont elles-memes un peu pins fortes. Mais faut-il voir dans ceslegeres 
particularites 1 indice d uiie difference specifiquc, <>u ne s agil-il que d uue 
simple variete individuelle ? Je p re fere cette derniere opinion. 

Tons les chimpanzes dont il vient d etre question ont ete pris sur la cote occi- 
dentalc d Af rique, le long du goll e de Guinee, a une distance plus ou moius 
rapprochee du litloral; mais il parait qu il existe aussi des animauxde cegcmv 
dans la haule Nubie. En 1870, M. Issel adecrit, dans les Annales du musee de 
Genes, an chimpanze ayant cette origine, qui avail figure a 1 Exposition univer- 
sellelenueaParis en 1867, parmi les produitsenvoyespar le gouvernement 
tien II provenait du pays des N am-Niams. P. GERVAIS. 



TYSON (Edw.). Orang-Outang, sive Homo sylvestris, Oi , the Anatomy of a 
I ii/ini/ ciiin/iin-rd wilk that of a Monkey, an Ape, and a Man, in-i", avec 8 pi. Londres, 
Iti .Ml. DE [ii.MNViLLE. Ostiographie du y. Pilliecus. WROLIK (W.j- Rectierches d anatomie 
citiiijiiii-i-i ,s/ le cliinijianse, in-fol., avec 7 pi. Amsterdam, 184). OWEN (R.). Mem. div. 
sur fostcologie du i-///>/i/n/ii^e. In Trans. Soc. Zool. de Londres. GRATIOLET (P.). Mi in. 
sur les jilts cfrcbraux, p. 49 a 52, pi. 6. DUVF.HNOV. Des caractercs que presents le sque- 
letle du Tschego, Troglodytes Tschego. Due. In Arc/iit i * Museum de Paris, t. VIII, av. pi. 
185"i ; Mem. sur les grands singes pseudo-anthropomor]>/ies. GRATIOLET et ALIX. llcch. sur 
ianat. du Troglodytes. Aubi iji, Chimpanse d unenouvelle espece. In Nouv. Arch. Museum 
il< I aris, t. Il , p. 204, 9 pi. ; 1866. P. G. 

< IIIXA. Ce niol designe plus particulierement la squine (Smilax China, 
C/iinar0oi),quipourtant, comme on lefait remarquer dans beaucoup d ouvrages 
de pharmacie, nous vient moms de la Chine que de 1 Inde et de 1 Amerique meri- 
dionale. 11 esl viai ipi on en exporte en grande quantile de la Chine dansl Inde, 
ou elle se vend dans les bazars sous le nom de Chob-China, et que les Chinois 
font un grand usage de la racine de la plante comme diaphoretique, et meme 
comme aliment, en raison de la fecule qu elle contient. Le mot China sert d ail- 
leurs aussi, dans 1 Inde, de terminaison aux noms indigenes d autres especes tie 
Smilax. 

Le nom de la Chine etait jadis associe assez frequemment, dans les formula 
latines, a celui de substances im dicamenteuses qu on regardait, parfois ii 
tort, comme etant d origine chinoise. L ecorce de quinquina, par exemplo, 
s appelait China-China, on Cortex-Chinee, bien que le quinquina nous viennc 
du 1 orou^ D. 

m\< HE. On designe sous ce nom une espece d Arachnide du genre Argas, 
rapporte ede la Colombie par Justin Goudot, et brievement decrite par Paul Ger-, 
vais (Apteres, suites a Buffon, Roret, t. Ill, p. 462, n49, 1844, et Zookgie 
medicale. t, I, p. 460, 1859), 

L Argas Chinche est long de qnatre a cinq millimetres, sa couleur est d uu 
brun rougeatre surlout qnand 1 animal estrepu. II tourmenle beaucoup riiomme 



CHINE. 127 

et les animaux dans la region temperee de la Colombie. Ses moeurs rappellent 
celles de YArqas versions (voy. ARACHWDES et ARGAS). A. LABOULBE^E. 

CHINE I. GENERALITES GEOGRAPHIQCES. La Chine proprement dite, repre 
sentant a elle seule plus d etendue que n en ont jamais offert aucun 
des empires europeens soumis au sceptre d un seul homme, ne coustitue 
qu une partie des territoires gouvernes actuellement par la dynastie mandchoue. 
Cette partie est, il est vrai, la plus vaste et la plus riche ; par la diversite de 
ses climats, la configuration de son sol, le nombre et 1 importance des fleuves 
qui 1 arrosent, elle reunit les productions des climats chauds a celles des climats 
temperes, et a suffi longtemps aux besoins de son immense population. 

11 est evident que ces conditions speciales, non moins que sa situation geo- 
"raphique, ont contribue a isoler la Chine du reste du monde. En possession 
de toute la partie orientate du continent asiatique, separee de 1 Europe par des 
pays inconnus, et dont quelques-uns sout presque deserts, trouvant die/ die 
tout ee qui est necessairc a la vie, meme pour un peuple civilise, la race 
chinoise a pu, pendant des milliers d annees, rester independantc des autres 
nations du globe. Vivant de sa vie propre, puisant en dle-meme le germe de 
toutes les institutions, s inspirant touteibis de 1 ancienne civilisation indo- 
e f -yptienne dont elle est un rameau, la civilisation diinoise n a nen enipnmie 
a rOccident : gouvernement, litterature, arts, sciences, elle a tout invente 
pour sou usage, et a su, dans chacune des branches des connaissances hu- 
inaincs, arriver a un degre de perfection relativement remarquable. 

Acluellement, les conditions sont changees. Ne pouvant plus se contenir 
dans ses limites et etendant de plus en plus sa sphere d activite, 1 Europe veut 
a tout prix entrer en relations serieuses avec la Chine, echanger ses produits 
manufactures avec les richesses du sol chinois et lui cominuuiquer un pea de 
(.die fievre de progres qui la devore elle-meme. Semblable a juelque i;igantrs- 
que statue de granit, bien assise sur sa base et forte de milliers d annees 
(1 existencc, la civilisation chinoise n oppose a ces tentatives qu une incommen 
surable force d inertie. Elle veut bien, pour eviter les ennuis sans cessc renais- 
sants que lui causent les obsessions des Europeens, avoir avec eux un semblaiit 
de relation, leur vendre quelques-uns de ses produits, tout eu refusant d eii 
acquenr d autres, dont elle ne sait que faire. Par-dessus tout, elle ue desire, en 
aucune facon, adopter une Industrie dont elle ne comprend pas les avantages, et 
qui lui permettrait cependant d utiliser une foule de ses ressources, les mines, 
par exemple, qui sont en Chine a peiue exploiters. 

A ces causes generales, vienncnt se joindre les inquietudes legitimes que 
ressent le gouvernement maudchou a 1 idge seule de 1 introduction des priu- 
cipes europeens au milieu de ses sujets ; la civilisation occidentale n apporte 
pas seulement a un peuple son commerce et son industrie, elle le penetre aussi 
tres-rapidement d idees d independance et d emancipation, trop souvent elle lui 
communique des vices jusqu alors inconnus, en sorte que son etat social et 
politique se trausforme fatalement, d ordinaire a 1 avantage des individus, rare- 
ment a celui de son gouvernement. 

Depuis 1840, date de la premiere guerre de 1 Angleterre avec la Chine, 1 Eu 
rope travaille activement a penetrer dans 1 extreme Orient ; elle a tout mis en 
usage pour y arriver; elle a fait tour a tour appel a la force et a la persuasion. 
II est incontestable que quelques progres ont etc obtenus ; la Chine s est, si Ton 



128 CIHAE. 

veut, entr ouverte au commerce europeen, clle est restee fermee a tous autres 
egards ; neanmoins, si lents et si faibles que soient ces resultats, Ton peut pre- 
voir que malgre toutes ces resistances, la barriere fmira par lomber et que, en 
depit de son non-vouloir, la race cbinoise sera entrainee dans le mouvement 
^general des peuples qui aspirent au progres. Le moment est done opportun pour 
etudier la Cbine a tous les points de vue, en general, et plus particulierement a 
celui de ses productions, de ses institutions, de ses moeurs, en tant qu elles tou- 
chent aux sciences medicales, au point de vue de ses maladies meme, car les 
formes des maladies varient avec celles de la civilisation, enfin a celui de la 
geographic medicale et a des conditions d acclimatement auxquelles sont sou- 
mises les emigrations enropeennes qui tendent a s y implanter. 

Les Cbinois n emploient pas le terme de Thsin ou Tcbina pour designer leur 
patrie : ils se servent du mot compose Tchoung-Kouo (empire du milieu) ; on a 
longtemps regarde cette denomination comme 1 expression orgueilleuse d une 
geographic ignorante; elle signifie simplement, suivant M. Pauthier, que la 
Chine etant autrefois divisee en un grand nombre de petits Etats, vassaux d mi 
Etat central, on aurait pris 1 habitude de designer 1 empire tout entier d apres 
le nom de 1 Etat suzerain place au centre des autres ; en France, il en a ete de 
meme, le mot France ne s appliquait d abord qu a une tres-petite province, les 
autres conservant chacune leur nom particulier. Depuis 1 avenement de la 
dynastie tartare, celle de Thsing ou tres-pure, 1 empire a pris le nom de 
Ta-Tltsing-Kouo, empire de la grande dynastie tres-pure, mais les Chinois se 
sont conserves le nom de Tchoung-Kouo-jen, homines de 1 empire du milieu. 
II est encore quelques autres expressions usitees dans les ouvrages de poi sie ct 
de morale ou dans le style eleve, celles par exemple de Terre sous le del, ou 
monde, Terre des fleurs, pays des hommes aux cheveux noirs, mais elles ne 
sont pas employees dans les relations diplomatiques ni dans la vie ordinaiiv. 
Quant aux termes de peuple celeste, celeste empire, si usites en Europe, ils 
sont d invention occidentale et les Chinois n en comprennent meme pas le sen-. 
Au point de vue de sa configuration physique, la Chine peut etre lidivement 
considered comme formant trois bassins principaux, separes par deux chaine- de 
montagnes qui la traversent de 1 ouest a Test, les monts que les premiers mi-- 
sionnaires avaient denommes Nan-ling et Pe-ling ; ces bassins sont arroses par tn>i- 
grands fleuves, le Hoany-Ho ou fleuve Jaune, le Yang-tee et le Tcheoit-Kiang. 
a. Bassindu Hoany-Ho. 11 est borne au sud par les monts Pe-ling qui pren- 
nent naissance dans les hauts plateaux du Thibet, se dirigent a 1 ouest , arrivent 
en Chine par la province du Kan-Sou, traversent le Chen-Si, le Ho-nan qu ils 
separent du Houpe, s inclinent au sud vcrs le 110 U de longitude E., puis remon- 
tent au nord en formant un angle aigu dans le Ngan-Hoei ou ils s effacent pre>- 
que completement. 

Au nord, le bassin du Hoang-Ho est limite par les hautes montagnes venanl 
egalement du Thibet, qui separent la Chine de la Mongolie, et s\ir lesquelles e>l 
en partie construite la grande muraille; ils remontent au nord vcrs le 1 1 l i 
longitude E. et partagent la Mongolie en deux regions assez distinctes. 

On peut admettre 1 existence d un bassin secondaire, sorte de quatrieme lias- 
sin, forme exclusivement par la province du Pe-tchely, qn arrose le Pci-ho; il 
est separe du grand bassin du fleuve Jaune par une chainc do montagnes cleta- 
chee des monts Yan, situes au nord de Pekin, et qui separe la province du J e- 
tchely, de celles du Chan-Si et du Chan-Touug. 



CHINE. 129 

Le Hoang-Ho est forme par le trop-plein des eaux de deux lacs jumcaux, les 
Ala-nor situes ou pied des Bayankara dans le Khou-Ko-noor, au Thibet, par 55 
de latitude N. et 94 de longitude E. 11 pcnctrc eu Chine vers le 56 de lati 
tude, arrose le Kan-Sou, forme un coude brusque, se dirige au N. et sort de 
Chine vers le 58 de latitude; il decrit une nouvelle courbe au pays des Ordof 
en Mongolie, ou ses eaux rapides entrainent le sable du desert et preunent 1? 
couleur jaune qui lui donne sou nom, rentre eu Chine vers le 59 de latitude et 
le 107 de longitude; puis descend verticalement au sud, separc le Chan-si du 
Chen-si, vers le 34 de latitude, fait un angle droit, se dirige. a Test, traverse 
le Honan et le Kiang-Sou, et vient sejeter dans In IIKT Jaime JKU- plusieurs 
estuaires. Son cours total est d environ 4,000 kilometres rl I mi calcnlc appmxi- 
mativement que son lit n occupe pas moins de 150,000 kilometres carres. 

Le niveau du lit du Hoang-Ho est superieur, dans une partie de son cours, a 
celui des plaines qu il traverse, en sorte qu il a fallu, pour le contenir, etablir 
de puissantes digues dont la surveillance est confiee a un fonctionnaire d un rang 
tres-eleve. II arrive souvent qu a la fonte des neiges, ces digues sont rompues 
et que d effroyables inondations desolent les pays voisins. Le cours du Jluan^-llo 
est si rapide qu en beaucoup dc points on nc, le traverse qu avec d e\n>si\i;s 
difficultes. 

11 recoit peu d affluents; ses priiicipaux soul, : dans le Chen-Si le Lo-ho et 
le Wei-ho qui traverse toute cette province de 1 ouest a 1 est ; le Fuen-lto dan^ 
le Chan-Si, et le lac Houng-tsche, forme lui-meme par les eaux du Hoai-lio dans 
le Kiang-Sou. 

Le delta du fleuve Jaune, comme celui du Nil, auquel le Hoang-Ho a ete sou- 
vent compare, a singulierement varic - depnis des periodes de temps relativement 
courtes. Primitivement, ou du moins d aussi loin que la gcograhie chinoise 
remonte, le fleuve Jaune gagnait le nord, Iraversait le Chan-toung et venait se 
Jeter dans la mer dans la province du Pe-tchely, aux environs de Tien-Tsin ; il 
deversait ainsi ses eaux dans le golfe du Pe-tchely; peu a peu, les fonds du 
golfe se sont exhausses par 1 apport considerable des alluvions, le cours du 
lleuve s est modifie et, descendant plus au sud, il est venu se deverser, toujours 
dans le golfe, mais a la base de la presqu ile de Chan-Toung; enfin, dans le 
douzieme siecle, il vint sejeter au sud de cette presqu ile vers le 54* 1 de lati 
tude. Depuis quelques annees Ton constate de nouveaux changements; sans 
abandonner completement sa direction, il parait vouloir reprendre son ancieu 
cours et reporter une grande partie de ses eaux dans le golfe du Pe-tchely, 
comme il le faisait au dixieme siecle. Ces phenomenes, dus evidemment a 
des changements de fonds dans la mer Jaune, sont de nature a interessef- 
tres-vivement les geographes, car, dans un avenir tres-prochain, le golfe du 
Pe-tchely pourra etre comble ou du moins impraticable a la navigation ; deja 
les navires de fort tonnage ne peuvent approcher a plus de six milles des cotes. 

Ces modifications importantes de la constitution geographique des cotes de 
Fextreme Asie devraient preoccuper vivement la science et le commerce, car IG 
Pe-tchely est la seule voie de communication maritime avec Pekin et le norcH 
de la Chine. Malheureusement ces faits se passent loin de nous, et ils ne sont 
guere utudies que par quelques rares savants, comme le reverend docteur Edkins, 
missionnaire anglais a Pekin, qui a publie, sur la question, dans le Journal of 
the North. China Branch of the Royal Asiatic Society 1860, un memoire du 
plus haut interet. 

DICT. ENC. XVI. y 



130 CHINE. 

Le bassin secondaire du Pe-tchely, encadre comrae nous I avons indique plus 
haut, constituc unc vaste plaine dont la surface, a.peine coupee de quclques- 
collines, descend en pente douce vers la mer, qui la baigne a Test sur une 
etendue de 320 kilometres. -Elle ne forme en realite qu un seul bassin commun 
aux divers cours d eaux se rendant a la mer et dont le plus important est le 
Pei-ho ou fleuve du Nord ; celui-ci passe a Tien-Tsin, y recoit deux affluents 
considerables et se jette dans le golfe du Pe-tchely; son embouchure, celebre 
dans 1 histoire contemporaine, est defendue par les forts de Takou qui firent 
eprouver un cruel echec a 1 escadre anglo-franeaise en 1859, et furent enleves 
en 1860 par le corps expeditionnaire francais, debarque a quelques lieues plus 
loin vers le nord. 

Toutes les rivieres de la province du Pe-tchely sont, a leur origine, des 
torrents venant des montagnes ; beaucoup sont dessechees la majeure partie de 
1 annee; leur cours devient lent et tortueux dans la plaine oil la pente est 
presque nulle ; leurs eaux, que n arrete aucun travail d endiguement, s eten- 
i Ic id vers les bords et inondent les campagnes pendant la saison des pluies, 
puis sont reduites a un mince filet d eau durant le reste de 1 annee. Le bas 
sin du Pe-tchely est dc formation reccnte ; a une epoque peu reculee, la mer 
\rniut batlre les picds des montagnes, qui en sont maintenant distantes de 
i|ii:ii-;int.e a cinquante lieues et ou Ton retrouve des coquilles entierement 
semblables a celles que Ton recueille actuellement vivantes sur les bords de la 
mer; la tradition chinoise ne fait pas remonter bien haut le temps ou la ville 
de Tien-Tsin rtait port de mer, maintenant elle se trouve a 50 kilometres dans 
1 interieur des terres. Les regions baignees par la mer sont formees d amas 
de boues, terrains non encore transformes, depassant a peine le niveau des 
eaux, inondes a chaque grande maree, Cette disposition a rendu tres-facile 
I etablissement de marais salants qui rapportcnt a la couronne des revenus con 
siderables. En hiver, c est-a-dire du l cr decembre au l er mars environ, la mer 
est gelee jusqu a cinq ou six kilometres du rivage; cela s explique aisement 
par son peu de profondeur. 

Le bassin general du Hoang-Ho est coupe de nombreuses chaines de mon 
tagnes secondaires, perpendiculaires a celles qui le limitent et formant de 
petites vallees arrosees de rivieres peu importantes ; sa direction generale est 
celle d une peute douce vers la mer; dans les regions les plus orientales, cette 
inclinaison est presque insensible, et les eaux ne s ecoulent plus que leute- 
ment en formant des etangs, des marecages dont 1 insalubrite est proverbiale. 
Ce bassin est eminemment fertile, moins cependant que celui du Yang-tze-Kiang. 

b. Bassin du Yang-tze-Kiang. II est borne au nord par les monts Pe-ling, 
qui le separent de celui du fleuve Jaune ; au sud par une vaste chaine de 
montagnes qui a recu, dans la geographie chinoise, le nom generique de Nan- 
ling (Monts du sud), tout en prenant cependant des denominations diverses, 
suivant les regions qu elle traverse ou les principaux pics qui la dominent. Envi- 
sagee dans son ensemble, la cliaine des Nan-ling doit etre consideree comme se 
detachant des hauts plateaux du Thibet; de la, elle descend au sud, en cotoyant 
la frontiere Sino-birmane, penetre dans le Yunan, traverse cette province 
ainsi que celle du Kouei-Tcheou. De 1 arete centrale partent des prolongements 
nombreux, en sorte que ces deux provinces torment un massif montagneux 
tres-etendu, d un acces fort difficile, et dans lequel sont venus se refugier les 
debris de la race autochtlione, les Miao-tze dont nous parlerons plus loin. Le 



CHINE. 151 

Honan est moins montagneux quo le Kouei-Tcheou ct, vers les confins du Ngan- 
hoei, les montagnes se terminent en petites colliues pour disparaitre enfin 
completement. 

J , Le Yang-tze-kiang, ou plus simplement Ta-kiang (grand fleuve), tres-impro- 
prement nomine fleuve bleu par les Europeens, forme le cours d eau principal 
de 1 immense espace compris entre la chaine des Peling et celle des Nan-ling. 
Ses sources ne sont pas parfaitement connues, en partie parce qu un grand nom- 
bre de petites rivieres se rcunissent pour le former ; cependant trois courants 
principaux naissent an sud-ouest des Bayankara par 87 de long. E. s unissent 
pour constituer le Mouroussourou, bientot rejoint lui-meme par Irois uouveaux 
cours d eaux. On n a pas de traces bien authentiques du fleuve ;iinsi forme 
jusqu au point ou, dans la province du Yunan, vers le 98 1. E., il recoil le } <t- 
loung-kiang, c cst-a-dirc npres avoir dejaparcpuruun trajet d environ 2,000 kilo 
metres. De la, il forme pendant -quelque temps frontiere rnliv I Vnnan H Ir Ssr- 
tchouen, penetre dans cette derniere province qu il arrose dans le I iris dr son 
etendue, traverse le Houpe, ou il |irrinl ili linitivement le nom de YaniH/r- 
kiang et, apres avoir arrose leNgan-hoei rl Ir Kan-sou, va se Jeter dans la HUT 
entre le 52 et 55 dc latitude, par deux brandies principals qui laissm! 
entre elles 1 ilevaste et fertile de Tsoung-ming. Son embouchure est done tivs- 
\disine de celle du Hoang-ho. 

Ses principaux afAuents sont, au sad, rl ni allant de Test a 1 ouest : le "Wam- 
pou, le Kan-Kiang qui parcourt le Kiang-si dans toute sa longueur et forme m 
partie le lac Poyang, le Siang et le Yuen dont les eaux forment le lac Taun 
ting apres avoir fertilise la province du lln-nan. Sur la rive nonl, 1 ou ivnnuiliv 
le grand canal, le Hang-kiang qui, apres avoir arrose le Chan-si virnl se jetcr 
dans le Ta-kiang aux environs de la grande ile de llang-kao, enlin le Min-kian.: 
et le Kia-ling dans la province du Sse-tchourn. 

Le Yang-tze-kiang est 1 un des plus beaux fleuves du inonde. Son cours ne 
mesure pas moins de 4,600 a 5,000 kilometres et n est depasseen longueur que 
par celui des Amazones, qui en presente 5,400 ; large, profond et majestueux, il 
coule paisiblement entre des rives peu elevees, sauf dans quclques rares passages 
oil ses rapides sont parfois difficiles a franchir. II ne ck bonle presque jamais et, 
au contraire du Hoang-ho, dont les inondations desolent souventles campagnes, 
il n est celebre que par ses bienfaits. Ressentant 1 influence des marees jusqu a 
1 60 lieucs marines de son embouchure, le fleuve presente des fonds de vingt brasses 
dans beaucoup de points, peut porter les plus grands navires jusqu a Hang-kao 
et les bateaux cliinois de fort tonnage pendant plus de 5,000 kilometres. II 
forme, avec ses affluents, la grande route commercial du centre de la Chine a 
lamer, arrose et fertilise un bassin de 1,200,000 kilometres carres; les Cliinois 
lui donncnt le nom de ceinture dc la Chine et, a leurs yeux, ce fleuve divisc 
1 empire en region d en deca et region d au dela du fleuve. 

L embouchure du Yang-tze-kiang forme un immense esluaire divise par 1 ilo 
Tsoung-ming, et ses eaux jaunatres restent unies jusqu a trente lieucs au large, 
en sorte que 1 on francbit la ligne bien nette de leur demarcation, longtemps 
avant d apercevoir les cotes plates et unies du Kiang-sou. L apport continuel des 
limous par les eaux du fleuve tend a modifier singulierement les attemssemcnts 
a 1 entree du fleuve Yang-tze. D annee en annee les fonds diminuent, de nouveaux 
banes s elevent, laissant entre eux des cheneaux qui font le desespoir des pilotes. 
Comme pour le Hoang-ho, le thalweg du fleuve n a pas toujours eu la direclioit 



152 CHINE. 

qu il prescnte aujourd luii. Le docteur Edkins a demontre que, vcrs uneepoqne 
encore pen eloignee, il se divisait en trois branches, dont la principale vena-it se 
ieter au fond de la bale de Hang-tcheou ; a cette epoque, il commumquait egale- 
ment avcc le fleuvc jaune par un cours d eau direct. Actuellement encore, toute 
la partie des cotes de Chine qui separe les deuxfleuves est basse, formee de ter 
rains d alluvions, immense marais qui s etend sur toute la partie maritime du 
Kiang-sou. Ces conditions tclluriqucs et la chaleur tropicale des etes, contribuent 
ii fairc dc cette region la plus insalubre des cotes de Chine, ainsi que nous le 
constaterons du reste enctudiant la topographic medicale de Shang-hai. 

c. Bassin du Tche ou-kiang. En dehors des deux grands fleuves, un grand nom- 
bre d autres viennent devcrser leurs caux dans la partie meridionale des mers de 
Chine. Apres avoir parcouru souveat pres de 400 kilometres a travers les contrees 
qu ils arrosent ct i ertilisent, ces differents cours d eaux peuvent etre consideres 
commc forman t un bassin commun situe entre les hautes chaines des Nanling et 
la mer ; on peut lui donner le nom dn llcnvc le plus important. Le Tcheou- 
kiang, ne de deux branches principales sortant du Kouei-tcheou, traverse 
les provinces de Kouang-si ctdu Kouang-toung, puis se jette dans lamer au sud 
de Canton. Entrc cette ville et la mer, il forme 1111 magnifique estuaire que les 
Europeens designent sous le nom de flenvedii Tiyre. 

Les autres fleuves les plus considerables dc ce bassin sont : le Min-ho et le 
Tsicii-tang-ho, nes 1 un ct 1 autrc dans les montagues du Kiang-si et gagnant la 
mer, le premier a Fou-tcheou, le second a Ning-po. 

La province du Yu-nan forme un bassin particulier dont les rivieres suivant la 
pente naturelle des terres, vont se jeter dans les grands fleuves de laCochinchine; 
la communication fluviale de la Cochinehiue avcc la Chine, par I intcrmediaire 
de fleuves et de canaux, a etc recemment demontree par la mission si courageu- 
senient entreprise sous la direction des regrettes Doudart de la Gree et Francis 
Gamier, de la marine nationale. 

d. Principaux lacs. Quoique le nombre des lacs soit assez restraint en compa- 
raison del immense etendue de la Chine, ils ne sauraient etre passes soussilence 
dans 1 enumeration des richesses hydrologiques de cette contree. Presque tons 
sont situes dans la plaine, les plus remarquables sont : le lac Toun-ling, daus 
la province du llo-nan, mesuraut environ 400 kilometres de tour, recevant les 
rivieres Siang-ho et Min-ho, puis se deversant dans le Yang-tze-kian g; le lac 
Poyancj, situe dans le Kiang-si, long de 100 kilometres sur 80 de large, parseme 
d iles nombreuses a 1 aspect riant et au sol fertile ; ses eaux poissonneuses sont 
parcourues de nombreuses barques de pecheurs ; sur ses bords sont exploites 
ces etablissements de pisciculture dont les succes n ont pas encore ete egales en 
Europe. Le lac Poyang va rejoindre le Yang-tse-kiang qui communique egale- 
ment avec deux vastes etangs, situes 1 un aux environs de Sou-tcheou, 1 autre 
e litre Nan-king et Ngan-king ; le premier d entre eux est meme relie directemeut 
a la mer. 

Le seul lac relie au fleuve jaune est le lac Houng-tsche dans le Kiang-sou, 
situe au point de reunion du fleuve avec le grand canal, plus important comme 
navigation que par la richesse de ses eaux. La province du Pe-tchely el le Chan- 
toung en comptent egalement quelques-uns, ainsi que le Yunan, tous d une assez 
grande etendue, habites par une population aquatique qui, depuis des genera- 
tions, vit et meurt sur ses barques, et fait de la peche son unique moyen de 
subsistance. 



CHINE. 153 

e. Aspect general du sol. Les cotes de Chine forment, par leur ensemble, une 
dcmi-circonference a 1 aspect variable. Les cotes occidentals de Coree sont 
hautes et entourees d une barriere d iles et de rochcrs. Mais depuis la peninsule 
nommee : Epe e du Regent par les navigateurs anglais, et dans toute 1 etendut 
des golfes du Leaotong et du Pe-tchely, la cote est basse, les fonds restent pen 
considerables ; d immenses banes de vase s etendent au loin dans la mer et s op- 
posent a 1 approche des navires, meme de faible tonnage. 

Au sud de 1 embouchure duPei-ho, la cote remoutc un peu jusqu au promon- 
toire duChan-toung, lui mcme d une assez forte altitude. Dece point jusqu a i\ing- 
po, la cote redevient tres-basse, surtoiil. ;uix embouchures du Hoang-ho et du 
Yang-tze-kiang; la navigation y est fort dangereusc pour les jonques chinoises 
et plus encore pour les navires europeens de fort tonnage. Au sud de Ning-Po, et 
dans le canal deFormose, Ic rivage est sombre ct repoussant, parseme deiv ,-ils, 
forme de roches nues et dechirees par la mer, il offre cependant quclques baies 
(MI peuvent se refugier les navires assaillis par les terribles coups de venl si | iv- 
quents dans ces parages. Au voisinage des embouchures du Tcheou-kiang se trou- 
vent des iles nombreuses, d un aspect moins sauvage, puis la cote reprend son 
memo aspect mornc et devaste. 

L archipcl des iles Chusan sur la cote du Tchc-kiang n appaiiient pas en rea- 

litea la longue chaine d iles que 1 on voit s etendre SMI- la cote orienta ede 1 Asie 

depuis le detroit deBehring jusqu a la mer des Indrs. I ll les sontplutot la termi- 

naison des montagncs qui traversent la province du Tchc-kiang ct devaient etre 

primitivement .Hiees au continent. L ile dc Formose au contraire, est un 

aiuieau important de cette chaiue, en reliant les iles Lieou-kie ou ct le Japon a 1 ar- 

chipel des Philippines. Entre Formose et la cote, se trouve 1 archipel drs /v>\- 

cadores relie a la grande ile par des bas-fonds et des recifs, dont mi grand 

nombre depassent le niveau des hautes eaux. L ilc ^Hainan, commc les iles 

Ghusari, est un appendice detache de la cote ferme, c est la veritable pointe de la 

peninsule du Kouang-toung, auquel elle est reliee par sun systeme montagneux. 

En envisageant d une facon generate les territoires dc la Ghine, ses montagncs 

a 1 occiclent, ses plaines et ses rivages a 1 orient, on est amene a la regarder 

comme formant trois grandes zones, la region des montagncs, la plaineet la region 

meridipnale. 

Des hauts plateaux du Thibet, region voisine du ciel, d apres la mythologie 
chinoise, ct ou se trouve suivant elle le berceau dumonde, partent de longues 
chaines demontagnes qui traversent la Chine de 1 ouest a Test. Resserrees a leur 
origiue, ces trois grandes aretes, soutenues par de puissants contre-forts, 
translbrment les provinces du Kan-sou, du Chan-Si et du Sse-tchouen en massifs 
montagneux, ou les fleuves coulent avec violence, au travers de vallees apcntes 
rapides ; puis, les montagnes s ecartent comme les rayons d une etoile etlaissent 
entreelles les deux grands bassins dont nous avons parle plushaut. Veritable Mc- 
sopotamie chiuoise, au sol fertile, mais souvent inonde, ce pays has comprendrait 
le Hou-nan, le Ngan-hoei, le Hou-pe, le Pe-tchely, le Chan-toung, unepartie du 
Tche-kiang; dans la partie septentrionale, la rigueur du climat rend le sol 
moins producteur; c est une region relativement pauvre, et qui doit emprunter, a 
ses voisines plus fortunees, 1 excedant de leurs ressources agraires. 

Cette grande plaine, dont 1 etendue est sensiblement cgale a celle du Gange, 
rcnfcrmc une population de pres dc 170 millions d habitants ; la se recoltent le 
the, les grains, les tabacs, la s elevent ces vers a soie celebres que 1 Europe cher- 



154 CHINE. 

che a acclimater. Les richesses de ce sol merveilleux nc sont depassees par aucune 
region du globe. 

La troisieme region, meridionale, participe des deux premieres ; renfermant 
comme elles de hautes montagnes et de profondes vallees, elle abrite une popula 
tion sensiblemcnt differente de celle de la plaine, que sa situation geographique 
et son commerce mirent en rapport avec les Arabes et avec les premiers naviga- 
teurs europeens qui s aventurerent dans les mers de Chine. La region meridionale 
comprendrait la partie sud du Tche-kiang, le Fo-kien, le Kouang-toung et le 
Kouang-si. Dans 1 origine, elle ne faisait pas partie de 1 empire chinois, et ne fut 
conquise que 200 ans avant notre ere. 

C est a dessein que nous avons voulu insister sur ces dispositions orogra- 
phiques; elles ont une importance capitale dans 1 histoire demographique d une 
con tree, car dans 1 etude d une race, de ses origines, de ses migrations, il faut 
autant considerer les dimensions vcrticales que 1 etendue horizontale des regions 
qu cllc habite. 

Pour completer la geographic de la Chine, il convient de citer deux grands 
ouvrages, dus a la main de I homme, qui sont la grande muraille et le grand 
canal. Nous ne nous arreterons un instant qu au canal, qui touche plus directe- 
ment la question d hygiene. 

Le grand canal, nomine par les Chinois Yun-ho, riviere de transit, et Tcha-ho, 
riviere des ecluses, commence au sud pres de Hang-Tcheou, par 50 de lat. N., 
se dirige vers le nord, traverse le Yang-tze-Kiang, contourne le lac Houng-tsche, 
avec lequel il communique, traverse le fleuve jaune, court parallelement a ce 
fleuve pendant plus de quarante lieues, puis se dirige au nord, contourne la 
province du Chan-toung et vient aboutir a Tien-Tsin, en suivant evidemment le 
cours ancien du fleuve jaune, qui, ainsi que nous 1 avons dit plus haut, se jetait 
autrefois dans le golfe du Pe-tchely. A partir de Tien-Tsin, la communication 
fluviale est facile avec Pekin, par le Pei-ho pendant trente lieues, puis au moyen 
d un canal reliant Tong-Tcheou a Pekin. D un autre cote, la communication est 
possible par les canaux et les rivieres entre Hang-Tcheou et Canton, en sorte que 
Ton peut dire que, grace au grand canal, Pekin et Canton, situes aux deux extre- 
mites de 1 empire, sont relies par une voie aquatique, aussi sure que directe. 

Dans son parcours, le grand canal baigne des regions accidentees, et 1 on a 
du le munir de nombreuses ecluses, dont la construction parait aussi simple 
que primitive : dans des coulisses de pierre, on superpose des madriers munis 
de cables a chaque bout, que les eclusiers soulevent 1 un apres 1 autre, a force de 
bras, pour livrer passage aux bateaux. Tantot le lit du grand canal est enserre 
de berges de 20 metres de hauteur, tantot il se contend avec les marecages des 
contrees plates qu il traverse, tantot il domine de plus de 10 metres les pays 
environnants, et son cours, qui menace des villes importantes, a du etre ren- 
ferme dans de puissantes digues de 50 metres de largeur. Elles sont le plus sou- 
vent construites en argile battue, dont on maintient la cohesion en y melantles 
tiges dessechees d une sorte de sorgho gigantesque qui croit en abondance dans 
ces contrees, et sont garanties exterieurement par un upais parement de pierres de 
taille. Les eaux du canal ne sont pas stagnuites, elles obeissent a des courants 
continuels dont la direction n est pas identique, et dont la vitesse atteint paiiois 
deux lieues a 1 heure. 

La partie dn grand canal comprise entre le Yang-tze-Kiang et le fleuve jaune 
fut construite au septieme siecle par les princes de la dynastie des Tang ; sous la 



CHINE. 155 

dynastie Mongole, au treizieme siecle, on relia ce premier troncon a Tien-Tsin en 
se servant en partie cle la riviere Kouen, dont on changea le corn s pour amenrr 
ses eaux dans le canal. On raconte que cette vaste entreprise ne dura que sept, 
mois et fut executee par 500,000 travailleurs. Enfin, au quatorzieme siecle, 
sous les Mings, on termina ce prodigieux travail en reliant le Yang-tze-Kiang a 
la ville de Ha ng-Tcheou ; la longueur totale du canal est d environ deux cent ( 
soixante lieues, depassant par consequent celle de tons les travaux de cette na 
ture qui existent sur la surface du globe. Malheureusement le grand canal a par- 
ticipe de la decrepitude qui, dcpuis plus d un siecle, envahit toutes les insti 
tutions de 1 empire. Des sommes considerables etaient autreiois allouees pour 
I eiitretien des berges, pour le curage du canal. Ccs capitaux se sont trouves di- 
minues a proportion que les revenus imperiaux out deem. De plus, la malvei Ca 
tion presque officielle des mandarins a detourne la majeure partie des sonmir-; 
allouees, en sorte que le temps n est pas loin ou le grand canal in- sera plus 
qu un souvenir. Dans beaucoup de parties de son p;imurs, il est presque des-V - 
che par 1 exhaussement progressif des fonds et la chute des berges; d.-ms d ;m- 
tres, il est a peine praticable aux plus petites barques, et la navigation, inlrr- 
rompue sur taut de points, ne peut plus s exccnler d imr mamiVr cuiiliiiiii . II est 
\raique le transport des cereales du sud vers le nonl, Iml |irmri|>;d de sa con 
struction, peut s executev actuellement par la voie murilime. Les jonques, pro 
tegees par les croiseurs europeens ou les navires de la douane cbinoise, prennent 
la mer sans grande crainte des pirates, et les vapours, clc plus en plus nombreux 
sur les cotes de Chine, transported les marchandises avec encore plus de rapi- 
dite etdesecurite.Nous souhaitons vivement que le gouvernement chinois, plus 
eclaire, livre enfin ces belles plaines de la Chine aux voies ferrees qui les sillon- 
neraient rapidement, portant avec elles le bicn-etre materiel et les bienfaits (dus 
grands encore du progres et de la civilisation. 

II. DEMOGRAPHIE. Ce n est pas absolument chose facile que d evaluer la po 
pulation d un pays aussi vaste que la Chine, et cependant il est indispensable 
d en obtenir au moins une approximation, car cette donnee forme la base sur 
laquelle viennent s appuyer une foule de deductions ethnologiques et morales. 

Depuis 1 avenement des Mings, en 1368, les gouvernements chinois et tartares 
out fait, en diverses circonstances, proceder a. un recensement de leurs sujets 
afin d etablir une repartition equitable des impots fonciers et des taxes de capi 
tation. Pour y parvenir, ils firent edicter une loi prescrivant, sous les peines les 
plus severes, a chaque chef de famille, de conserver dans sa maison une tablette 
ou sont inscrits le nom et 1 age de toutes les personnes qui vivent aupres de 
lui; les conseils de notables sont rendus responsables de 1 execution de cette loi, 
veritable loi d etat civil, comme on le voit. Malgre ces prescriptions tres-ancien- 
nes, on trouve entre les divers recensements des differences telles que Ton doit 
se demander s il n y a pas eu de grandes erreurs commises, au moins dans les 
premieres evaluations. 

En effet, et pour ne pas remonter trop haut, nous constatons dans les docu- 
iments officiels : 

En H36 1" aimee de Kien-ling ..... 125 046 243 habitants. 

Fn 1760 25 143 125 225 

En 1792 57- 307 467 250 

En 1812 27 annee Kia-king 360 279 897 - 

II est evident que la prodigieuse elevation de ce dernier chiffre, compare a 



PORTS OUVERTS AU COMMERCE EUROPEEN.