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Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.17"

V 






A gift of 

Associated 

Medical Services Inc. 

and the 
Hannah Institute 

for the 
History of Medicine 






I 








f 



DICTIOMAIRE ENCYCLOPEDIQUE 



DBS 



SCIENCES MEDICALES 



J-JIRIS. - IMPP.1MFRIE OE E. MARTINET, HUE M I C, N N , 2 



DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE 



DBS 



SCIENCES MEDICALES 



COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS 

ARCHAMBAULT, AXENFELD, BAILLARGER, BAILLON, BALBIANI, BALL, BARTH, BAZIN, BEAOGRAND, BECLARD, 

BEHIER, VAN BENEDEN, BERGBR, BERNEIM, BERTILLON, BERTIN, ERNEST BESNIER, BLACHE, BLACHEZ, BOINET, BOISSEAU, 

BORDIER, BOUCHACOURT, CH. BOUCHARD, BOUISSON, BOULAND, BOULEY (H.), BOUVIER, BOYER, BRASSAC, BROCA, 

BROCHIX, BROUARDEL, BROWN-SEQUARD, CALMEIL, CAMPANA, CARLETJG.), CERISE, CHARCOT, CHASSAIGNAC, 

CHAUVEAU, CHEREAU, COLIN (L.), CORXIL, COULIER, COURTY, DALLY, DAMASCHINO, DAVAINE, DECHAMBRE (A.), DELENS, 

DEL10UXDE SAVIGNAC, DELPECH, DENONVILLIERS, DEPAUL, DIDAY, DOLBEAU, DUGUET, DUPLAY (S.), DUTROULAU, 

ELY, FALRET (j.), FARABEIF, FERRAND, FOLLIN, FONSSAGRIVES, 
CALTIER-BOtSSIERE, GARIEL, GAVARRET, GERVAIS (P.), GILLETTE, GIRAUD-TEL LON, GOBLEY, GODELIER, GREE.N HILL, 

GRISOLLE, GUBLER, GUENIOT, GUERARD, GUILLARD, GUILLAUME, GUILLEMIN, GUYON (F.), 
HAMELIN, HAYEM, HECHT, HENOCQUE, ISAMBERT, JACQUEMIER, KRISHABER, LABBE (LEON), LABBEE, LABORDE, 

LABOULBENE, LAGNEAU (G.), LANCEREAUX, LARCHER (O.), LAVERAN, LECLERC (L.), LEFORT (LEON), 

LEGOUEST, LEGROS, LEGROUX, LEREBOULET, LE ROY DE JIERICOURT, LETOURNEAU, LEVEN, LEVY (MICHEL), 

tlEGEOIS, LIETARD, LINAS, LIOUVILLE, LITTRE, LUTZ, MAGITOT (E.), MAGNAN, MALAGUTI, MARCHAND, MAREY, MARTINS, 

MICHEL (DE NANCY), MILLARD, DANIEL MOLLIEUE, MONOD, MOXTANIER, MORACHE, MOREL (B.-A.), NICAISE 
OLLIER, ONIMUS, ORFILA (L.), PAJOT, PARCHAPPE, PARROT, PASTEUR, PAULET, PERRIX (MAURICE), PETER (M.), 

PLANCHON, POLAILLOX, POTAIX, POZZI, REGNARD, REGXAULT, REYNAL, ROBIN (CH.), DE ROCHAS, ROGER (H.), 
ROLLET, ROTUREAU, ROUGET, SAINTE-CLAIRE DEVILLE (H.), SCHUTZEXBERGER (CH.), SCHUTZEXBERGER (P.), SEDILLOT, 

SEE (MARC), SERVIER, BE SEYNES, SOUBEIRAN (L.), E. SPILLMANN, TARTIVEL, TERRIER, TESTELIN, 

TILLAUX (P.), TOURBES, TRELAT (U.), TRIPIER (LEON), VALLIN, VELPEAU, VERNEUIL, VIDAL (EM.), VILLEMIN, 

VOILLEMIER, VL LPIAN, WARLOMOXT, WORMS (t.), WURTZ. 

DIRECTEUR : A. DECHAMBRE 



PREMIERE SERIE 

TOME DIX-SEPTIEME 

CHO CLE 




PARIS 



G. MASSON 

LIBRAIRE DE L ACADEMIE DE HEDECINE 



P. ASSELIN 



LIBRAIRE DE LA FACULTE DE MEDEC[\E 



PLACE DE L ECOLE-DE-MEDECINE 
MLCCCLXS.VI 



* 




DICTIONNAIRE 



ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



CHOLERINE. Voij. CHOLERA. 

ou < HOLS. Voy. CENTRE-AMERIQUE, p. 816 et MEXIQUE, p. 493. 



CHOl.ESTERATES. En traitant la cholesterine par 1 acide nitrifjue, 
MM. Pelletier et Caventou (Ann. chim. phys., t. Vf, p. 401), out obtenu un 
acidc cristallise jaune orange auquel ils ont donne le nom d acide cholesterique. 
Lcs sels decrits par ces autcurs sont tous colores en jaune ou en rouge vif, incris- 
t-allisables. Leselde barytc reni ermc 26,25 pour 10(1 de baryte. 

Redtenbacher n a pu obtenir, dans les memes conditions, qu un acide jaune, 
incristallisable, donnant dcs sels solubles et cristallisables. Le cholesterate d ar- 
gent a pour formula C. 8 H 8 Ag s 3 ; il est peu soluble a i roid dans 1 eau, soluble a 
irhaud et cristallise en croutes par le refroidissement de ses solutions bouil- 
lantes. P. Sen. 



CHOLESTERINE C 26 H U + H 2 0. Decouvcrte en 1775 par Conradi dans les 
calculs biliaires, la cholesterine fut etudiee par Chevreul (Ann. chimie, t. XGV, 
p. 7. Ann. dephys. etdechim., t. II, p. 546j. 

On la trouve en plus ou moins grande quantite dans diverses parties de 1 or- 
ganisme animal (bile normale, calculs biliaires, cerveau, serum du sang, glo 
bules sanguins, jaune d oeuf), ainsi que dans certaines productions pathologiques. 
Lcs vegetaux en contiennent egalement (pois, huile d olive, huile d amandes 
douces, gluten, mais, etc.) La plupart des calculs biliaires sont presque cntie- 
rement formes de cholesterine, et il suftlt de les traiter par 1 alcool bouillant, 
additionne d un peu de potasse; la choleste rine se separe en cristaux par le re 
froidissement en lamellcs nacrees, incolores, sans saveur, plus legeres que 1 eau. 
Elle est insoluble dans 1 eau, peu soluble dans 1 alcool froid. 9 parlies d alcool 
d une densile = 0,84 dissolvent a 1 ebullition 1 partie de cholesterine. Soluble 
dans 1 ether, 1 huile de petrole, le chloroforme. Par 1 evaporation lente de sa 

DICT. ESC. XVII. i 



2 CHOLOi DANIQUE. 

solution etheree. melangee d alcool , ou 1 obticnt sous forme de prismes clino- 
rhoinbiques. Elle fond entre 156 et 157. Ellc sc sublime partiellement vers 550 
en se decomposant. 

Les experiences de M. Berthelot conduisent a faire envisager ce corps commc- 
iin alcool ; en effet, en chauffant divers acides (acides acetique cristallisablc, bu- 
tyriquc, stearique, benzoi que) pendant longtemps a 200 avec dc la cholcsterine 
on oblieut des combinaisons etherecs. Le sodium attaque la cholesterine dissoute 
dans I lmilede petrole, degagede Thydrogene et forme un derive sode C 26 H* 5 NaCL 

Par Faction menagee de 1 acide sulfurique concentre sur la clioleste rine, on 
obtient divers carbures isomeres correspondant a la cholesterine moins de 1 eau 
C 26 H i2 . 

Jusqu a present on ne peut se faire une idee precise du role et de la significa 
tion physiologique de la cholesterine dont il n a ete fait aucune application im- 
portante. P- Sen. 

CIIOLESTERIQCE ( ACIDE). (Redtenbacher, Ann. der Chem. und Ptiarm., 
t. LVII, p. 145. Theyer et Schlosser, id., t. L, p. 245. Schlieper, id., t. LVHl, 
p. 575. Strecker et Gundelach, id., t. LXII, p. 226. Pelletier et Caventou, Ann. 
de chim. etdephys., t. VI, p. 401). Get acide s obtient par 1 action prolongee 
de 1 acide azotique concentre sur les acides de la bile, acides choloidique, cho- 
lique, etc. ; ainsi que sur la cholesterine. L acide choloidique est attaque pap 
quatre ou cinq fois son volume d acide azotique concentre; apres la premiere 
action, on distille a une douce chaleur, en cohobaut au besoin; puis on ajoute 
de 1 eau au residii et 1 on distille de nouveau. Le liquide qui reste dans la cornue 
se separe en deux couches ; la superieure cristallise, et est formee d acide cho- 
loidanique ; Tinferieure contenant 1 acide cholesterique est neutralisee par Tam- 
moniaque et precipitee par le nitrate d argent. Le precipite de cholesterate d ar- 
gent est purifie par cristallisation dans 1 eau bouillante et decompose par 
1 hydrogene sulfure. On obtient ainsi un acide jaunatre, incristallisable, hygro- 
metrique, de saveur amere et acide ; tres-soluble dans 1 eau, 1 alcool et Tether, 
decomposable par la chaleur et de formula G 8 H 10 5 . P. Sen. 

CIIOLESTERITIS. Variete de synchysis, attribute a des cristaux de cho 
lesterine detaches du cristallin et flottant dans les humeurs de Tail (voy. SYN 
CHYSIS). D. 



Voy. BILE, p. 275. 
CHOLIQUE (ACIDE). Voy. BILE. 

< ii4i<jiAMOi i:. Acide cristallisable forme par 1 oxydation des acides 
biliaires, au moyen de 1 acide azotique (voir acide cholesterique). II se separe en 
couche surnageante qui cristallise par refroidissement, lorsqu on a epuise 
Faction de 1 acide nitrique sur 1 acide choloidique. Les cristaux egouttes sur de 
1 amiante sont purifies par des cristallisations dans 1 eau bouillante. II se pre- 
sente alors sous forme de cristaux soyeux, minces, tres-pcu solubles dans 1 eaii 
froide, un peu plus a chaud, soluble dans 1 alcool et Tether. 

Formule probable : C 16 rP0 7 . P. Sea. 

(ACIDE). Voy. BILE, p. 271. 



CIIOMEL (LES). 5 

CHOLOftlQUE (ACIDE). Voy. BILE, p. 271. 

55<ar,r (LES). La famille des Chomel a fourni dcs medecins a noire 
Faculte dcpuis la premiere moitie du dix-septieme siecle jusqu a ces dcrnicrs 
temps ; aucund eux cependant, le dernier excepte, ne meritc de tenir une grande 
place dans une biographic medicate et, quoique deux d entre eux aient etc 
doyens de la Faculte, Hazon n en parle pas dans ses Notices des homines les plus 
celebres de la Faculte de medecine ; aussi serons-nous tres-bref sur ces divers 
pcrsonnages au sujet desquels on n a d ailleurs que fort peu de renseignements. 

Chomcl (FRANQOIS). Ne a Annonay, vecut vers le milieu du dix-saptieme 
siecle. On a de lui : 

I. Observationes mcdicee. Londres, 1840, in-8, ouvrage qui ne manque pas de valeur. 
II. Tractatus de tussi. Lyon, 1651), in-8. 

Chomel (jACQUES-Fr.ANgois). Petit-fils du precedent, vivait dans la premiere 
moitie du dix-huitieme siecle. 11 avait pris le bonnet de docteur a Montpellier et 
fut surintendant des eaux de Vichy ou une des sources porte encore sonnom. 

II a publie les outrages suivants : 

I. An natitrales onmes corporls humani humorcs alibiles et excremen titii ilirimi posxuntf 
Montpellier, 1108, in-4. II. Universal mcdicince theories pars pritna scu physiologia ad 
iiKinn scholar, accommodate!. Ibid., 1709, in-12. III. Trai/c ili-a caux mincrules, bains et 
douches de Vichy. Clermont-Ferrand, 1754, in-12 ; Paris, 1758, in-12. 

Chomel (PIEURE-JEAN-BAPTISTE). Le plus connu dcs anciens membres de 
cette famille, ne a Paris le 2 scptembre 1671, mort dans la meme villc le 
5 juillet 1740. Quoique medecin, J.-B. Chomel ne s est guere occupe que d his- 
toirenaturelle, et il faut reconnaitre qu il a rendu a la science d assez notables 
services. II fut 1 eleve assidu de Tournefert et s attacha particulierement a ce 
botaniste illustre ainsi qu a Fagon. Tournefert avait concu 1 idee de faire 1 his- 
toire generate des plantes de la France, Chomel devint son collaborateur et 
parcourut, dons ce but, 1 Auvcrgne, les montagncs du Puy-de-D6me et du Can- 
tal, le Bourbonnais et en rapporta dcs documents nombreux et importants. En 
1706, Fagon le lit nommer mcdccin du roi par quartier. Apres la mort de Tour- 
nefort, Chomel, obsede en quelque sorlc de son idee, loueun terrain inculte au 
bout de la rue de 1 Arbalete, y cultivc les plantes medicinales les plus usiteeset 
les plus import antes, et y domic des lecons publiqucs sur la preparation des 
medicaments extraits des vegetaux. Le jardin botanique, creeet entretenu par 
Chomel existe encore ; il fait partie de 1 ecole actuelle de pharmacic, dont il a ete 
la premiere origine. II avait ete recu a 1 Academie des sciences, en 1720 etla 
Faculle de medecine le nomma doyen en 1755. C etait un hommc debien, dans 
la veritable acception du mot et un savant aussi modeste que reellement utile. Le 
st iil ouvrage qu il ait publie a cu longtcmps une tres-grande reputation; il est 
aujourd hui completement tombe dans 1 oubli. En voici le litre : 

Abrcyc dc Vhistoirc dcs planlcs usuclles, dans leqttel on a donne leitrs noms differenls, 
lant francais quo latins, la manicrc de sen servir, la dose et les principales compositions 
de pharmacic dans lesqucllcs dies sont employees, etc. Paris, 1712, 2vol. in-12; Ibid., 1 
1715, I72.J, 1750, avcc supplement ; 4 vol., in-12, 1759; 5 vol. in-12, 1761, 1782; in-8". Enfin 
la 7 e et deruiere edition de cet ouvrage a paru en 1805, 2 vol. in-8 ; elle cst due aux soins 
intelligent^ de MAILURD, qui y a fait de tres-nombreuses additions. 

Chomel (jEAN-BAPTisTE-Louis). Fils du precedent, ne a Paris vers le com 
mencement du dix-huitieme siecle, mort dans la meme ville le 11 avril 1765. 
Recu docteur en 1732, il professa la botanique en 1747 ; il fut medecin ordi- 



} CHOMEL (IBS). 

naire du roi et doyen de la facultede medecine en 1755 et 1756. II semble s etre 
adonne particulierement a 1 histoirc de la medecine en France et il nous apprend 
qu il avait recueilli les materiaux de nombreux memoires sur 1 origine de la 
Faculte et sur les medecins qui 1 ont particulierement illustree. II n a publie 
qu un fragment de ce grand travail sous le titre d Essai hislorique sur la mede 
cine en France, lequel merite d etre lu. Le reste de 1 ouvrage n a jamais vu le 
jour. 

J.-B. -Louis Chomel a publie : 

I. Lettre d uii medecin de Paris a un medecin de province, sur la maladie des besliaux. 
Paris, 1715, in-8 -- II. Dissertation historique et critique sur I espece de mal de gorge 
gangrcneitx qui a regne parmi les cnfants, I amide dernicrc. I aris, 1749, in-12 Hf. Essai 
historique sur la medecine en France. Ibid., 1702, in-12. - IV. Eloge liislorique de M. Molin, 
medecin consultant du Roy. Ibid., 1761, in-8. V. Eloge de Louis Duret, medecin celebre 
sons Ckarles IX et Henri III. Ibid., 1705, in-12. C est egalement lui qui a publie 1 edit. 
de 1701 dc 1 ouvrage de son pere sur les Plantes usuelles. 

Chomel (AuGusTE-pRAisgois). Ne a Paris le 15 avril 1788, mort au chateau 
deMorsan (Seine-et-Oise) le 9 avril 1858. Chomel appartenait a cette longue 
lamilledcs Chomel dont nous venous de tracer 1 histoire, il etait le petit-neveu 
de Jean-Baptistc-Louis Chomel; nous trouvons encore dans la famille deux 
aulres medecins d un certain renom, Jean et Jacques Delorme qui furent mede 
cins de la cour depuis Henri III jusqu a Louis XIV. Noblesse oblige, dit-on; le 
perc de Chomel, qu une surdite avail empeche de se faire medecin, exigea, en 
quelque sorte, que son fils embrassat la carriere ou ses aieux s etaient distin- 
gues. Bien que les gouts de Chomel ne le portassent pas vers la medecine, il 
etudia cependant cette science avec un grand zele et une assiduite remarquable. 
A dix-huit ans, il prit sa premiere inscription, devint interne des hopilaux parle 
concours et fut laureat des hopitaux et de 1 ecole pratique. En 1813, il prit le 
bonnet de docteur et soutintune these remarquable surle rhumatisme. Chomel 
ne quittait presque pas les cliniques et les amphitheatres de dissection ; 1 admi- 
nistration des hopitaux recompensa son assiduite en le nommant chef interne a 
1 hopital dela Charitc. Le chef interne elait presque un medecin, il logeait a 1 ho- 
pital et faisait une visite du soir. Peu apres il fut nomme medecin attache au 
service de la Charile, ce qui en faisait un veritable chef de service en second. 
II faisait en meme temps des cours publics interessants, instructifs et tres-suivis. 
Nomme agrege sans concours en 18 25, Chomel remplaca Laennec, en 1827, dans 
la chaire de clinique medicale, a la Charite d abord, puis a l II6tel-Dieu. II est 
remarquable qu a une epoque ou le concours public etait en grand hoimeur, 
Chomel conquit tons ses grades sans concours. II semontra toujours digne cepen 
dant des posies divers qu il cut a occuper, et, comme professeur dc cliniciue, son 
enseignement methodique, instructif etsubstantiel, cut un juste relent issemenl. 
Aucun honneur ne lui manqua; il fut conseiller ordinaire de TUniversite, mem- 
bre de 1 Academie de medecine, medecin du roi Louis-Philippe, ofiiciei 1 de la 
Legion d honneur. La fin de la carriere de Chomel fut marquee par un trait qui 
1 honore particulierement. Lorsque, en 1852, le gouvernement imposa le ser- 
ment aux professeurs de la Faculte, Chomel, qui n avait pas ele seulemcnt le 
medecin, mais 1 ami particulier du dernier roi, refusa de preter un serment qui 
repugnait a sa conscience et aima mieux quitter la Faculle qu il aimail et un 
enseignement qui faisait son bonheur et sagloi re. Chomel a continue detravailler 
jusqu a la dernierc heure, et c est presque a la veille de mourir qu il a publie sou 
traite des Dyspepsies. 



CIIOMEL (IES). 5 

Pendant sa vie, Chomcl a cu un grand renom et un certain eclat ; son nom a 
servi un jour de banniere aux ennemis scientifiques de Broussais ; ce nom et 
eette gloire sont cependant destines a s effacer et a s etcindre peu a pen. Comme 
savant medccin, il n a pas laisse une seule osuvre vraimcnt remarquable. La 
plus considerable, cclle qui a eu le plus grand succes, la Pathologic yene rale, 
est un ouvrage, methodique sans doute, clair et utile anx etudiants, mais terre 
aterre, sans portee, sans une seule grande vue. Chomel manque de fermete etde 
precision ence sens qu il se prononce rarement entre les opinions diverses,enen 
acceptant volontiers plusieurs ; il reste dans le vague et ses descriptions offrent 
difficilement un type qui se grave dans 1 esprit. 11 n aime pas les nouveautes ; il 
les repousse presque systematiquement et ne les accepte enfin que lorsque tout 
autour de lui lui en fait 1 obligation. Sa clinique est assurement un bon ouvrage, 
mais avec les qualites et les defauts que nous avons deja signales. C est a propos 
des fievres qu il eut avec Broussais une grande et retentissante querelle. Chomel 
se montra profondement injuste envers 1 illustre reformatcur ; il ne comprit pas 
ou il feignit de ne pas comprendre ce qu il y avail de grand dans le medecin du 
Val-de-Grace, lequel elevait nn systeme faux, sans doute, mais a 1 aidi- des 
decouvertes les plus vraies et les plus utiles, en medccine, 1 elude des lesions 
anatomiques et rcxamen attentif des symptomes. Sa plus grande, sa plus legi- 
time reputation, Chomel 1 a acquise comme professeur ; c est celle malheureu- 
sement qui passe le plus vite. Methode, clarte , sagesse, science profonde du 
malade et de lamaladic, erudition remarquable, nettete d exposition, honnetete 
scientifique, etc., il avail tout, il eut encore autre chose. Chomel interrogeait le 
malade avecun soin extreme ; Maniant a sa juste valeur le coup d ceil medical, il 
examinait attentivement tous les organes, aussibien ceux qui etaient evidemment 
malades que ceux qui pouvaient paraitre sains ; il apprenait aux eleves qu il 
n etait permis de poser un diagnostic qu apres cet examen complet qui, plus 
d une fois, faisait decouvrir des lesions dont personne n aurait pu soupconner 
1 existence. Chomel a de la sorte imprime une excellente direction a la clinique 
et forme toute une generation debons me decins et d excellents praticiens. II n est 
pas douteux que cette facon minutieuse d examiner tousles malades n ait ete pour 
une grande part dans les recentes decouvertes de la science pathologique. Comme 
homme, Chomel sut se faire aimer et estimer de tous, aussibien deses malades que 
de ses confreres et voici le portrait qu en trace Grisolle, un de ses eleves de predi 
lection: Caractere loyal et ferme, d une austere probite, possedantauplus haut 
. degre la religion du devoir; devoue, courageux, fidelea 1 amitie comme au mal- 
heur ; desinleresse, bienfaisant, sympathique pour tout ce qui est bien, comme 
pour tous ceux qui souffrent; resigne, stoique pour sespropres douleurs, et, au 
moment supreme, acceptant la mort en sage, sans vaine ostentation comme 
sans faiblesse ; tel a ete M. Chomel. 

Voici la liste desouvrages d A.-P. Chomel: 

I. Essai sur le rhumatisme. Paris, 1N13, in-4. II. Elements de pathologic generate, 
1" edition. Ibid ,1817, in-S. III, Des fievres e( des maladies pestilentielles. Paris, 1821, 
in-8. - IV. Lecons de clinique medicale, recueillies par MM. GENEST, REUUIS et TESTIER. Paris, 
183i, 1837. 1840, 3 vol. in-8. V. Des dyspepsies. Ibid., 1857, in-8. II. MR. 

Chomel a public en outre de nombreux et importants articles dans le Nouveau 
journal de me decine et dans le Dictionnaire deme decine en trenle volumes, 

H. MOJMANIER. 



CHONDROGLOSSE. 

LLF. Chontlrilla. L. Genre de pinnies Dicotyle dones, de la 
famille des Composees , caracterise par un involucre cylindrique, calicule a 
7 et 8 folioles; des fleurs toutes ligule es, et des nkenes oblongs, anguleux, sil- 
lonne s, muriques et e cailleux au sommet, termines par un long bee capillaire 
qui porte une aigrette de poils simples. 

La seule espece interessante est leChondrilla juncea , L. qui croit ians les 
lieux iucultcs ct sablotineux dc TEtirope nioyeniie et meridionale. C est une 
piante haute de 60 a 80 centimetres, a rameaux nombreux , junciformes, qui 
porte a la base des feuilles caulinaires roncinces primatifides, qui disparaissent 
de bonne heurc, et sur la lige et les rameaux durs et glabres, de petites feuil 
les lineaires, entiercs, 1 orlement appliquees. Les capitules sont petits, pauci- 
flores, de couleur jaune. 

Cette piante contient en abondance un sue laiteux, assez doux, avec une legen; 
amertume ; les capifulcs portent quelqucs petites gouttelettes d une exsudation 
resineuse. La piante a c ; te employee, en guise de chicoree, comme aperitive. 
Lemery la donne aussi comme humectante et. adoucissante. 

Sous le nom de Goinmc de Ghondrille, Belon designe une substance, qui n a 
aucun rapport avec nos Chondrilla. C est une matiere gommeuse et resineuse, 
qui est excretee soit par les racines, soil par le receptacle des capitules de I Atrac- 
tylis gummifera L. (Acarna gummifera, Willd). 

LINNEE. Genera Plantarum, 910. Species, 1120. TODRNEFORT. Institutlones ftei herbaria, 
tab. 208. ENDLICHEH. Genera Planlannn, n . BELON. Singularites, p. 46 et 555. 
LEUERY. Diclionnaire des drogues simples, 193. I L. 

CIIOKDRIKE. II est deja question de la chondrine u 1 article CARTILAGES. 
Nous n en dirons ici que peu de mots. 

La chondrine se prepare en faisant bouillir pendant quarante-huit heures dans 
1 eau des cartilages divises en conches minces, evaporant le liquide jusqu a 
consistance gelatineuse et enlcvant les matieres grasses par Tether bouillant. 
II reste de la chondrine qui se prend en une masse dure et diaphane. On peut 
1 extraire aussi de la cornee. 

La chondrine est insoluble dans Falcool et dans Tether. Les acides organiques 
ou inorganiques la precipitent presque tous de sa solution aqueusc; quelques- 
uns seulement (chlorhydrique, sulfurique, azotique, phosphorique, phospho- 
reux, chlorique, iodique), ajoutes en exces, la redissolvent. Si on la i ait bouillir 
avec de Tacide sulfurique, elle donne de la leucine. 

Elle est egalement precipitee par Talun, Tacetate de plomb et d autres sels 
metalliques. 

La chondrine avait ete autrefois confondne avec la gelatine, qui n est pas 
precipitee par les acides et par les sels metalliques. 

Mulder a retire de cartilages d hommes : 

Carhone 49.5 

Hyilrogcnc 6.6 

Azole (4.4 

Soul re 0.4 

D. 
cnoNimo-t OST^LES (ARTERES). Voy. COTES. 

CHO\DROCLOS. (MoscLE). Voy. LANGUE. 



CHONDRUS. 7 

CHOftDROlDE (de ;/6v<?pos, cartilage; eWo;, forme). Ceite expression a ete 
employee par Heusinger (System der Hislologie, t. I, 1822), comme synouyme 
de eartilayiniforme, pour designer diverses tumeurs dont le tissu rcssemble 
plus ou moins au tissu cartilagineux. Sous le nom de tumeurs chondroides, on 
a confondu des enchondromes, des tumeurs fibreuses, des productions iibro- 
cartilagineuses, et il n y a plus lieu d etablir un ordre de tumeurs porlant ce 
nom. 

M. Broca a designe sous le nom de tissu chondroide et de couche clion dro ide 
la zone du cartilage epiphysaire de couleur bleualre, epaisse de 1 a 2 milli 
metres qui est situee au point d union du cartilage de 1 epiphyse avec la dia- 
physe. Cette couche est formee par du cartilage en voie de proliferation (voy. a 
ce sujet 1 art. RACHITISME, p. 677). A. 11. 



On designe sous ce nom les tumeurs cons.tituees par du 
tissu cartilagineux, on emploie souvcnt comme synonyme le mot enchondrome. 
II serait preferable de reserver cette expression aux enchondromes vrais , 
c est-a-dire aux productions cartilagineuses situees dans les os; cepcndant, il 
nous a paru qu il n y avail pas grand inconvenient a sacrifierici a 1 usage. Muller 
lui-meme, N irchow, Rindfleisch decrivent comme enchondromes les tumeurs 
cartilagineuses des parties molles, et , d autre part, Follin, Nelaton, Curling et 
un grand nombre de chirurgiens ont ordinairement employe la meme expres 
sion pour designer les tumeurs carlilagineuses de la parotide, du sein, du tes- 
ticule, etc. 

Tout en admettant avec Robin, Cornil, Heurtaux, que 1 expression chondrome 
est plus generate, plus reguliere, nous croyons qu il nous sera permis d e lablir 
le renvoi de 1 article Chondrome a 1 article EKCHONDROME. Les renvois des 
articles Cancer, Carcinome, Cartilages, p. 155, 568, 755 du tome XII seront, 
par consequent, reportes au mot ENCHONDROME. A. II. 

CUOXDROPLASTES. VoiJ. CARTILAGES. 

. VoiJ. CoTES. 



CHOXDRUS (LAMOUROUX, in Ann. Mus., XX, 126). Genre de plantes de la 
Famille desAlgues, Ordre des Floridees, quc Targioni a nomme Cypellion, et 
qu on a rapporte souvent comme section au genre Sphcerococcus d Agardh. Les 
Chondrus ont pour caracteres generiques : une fronde cartilagineuse, plane, 
dichotome, a segments lineaires ou cuneiformes, generalement obtus. Leul-s 
.apothecies sont hemispheriques, sessiles sur le disque, ou pedicellees et margi- 
aiales ; leurs sporidies sont presque rondes ou anguleuses, reunies en masses ou 
>en series, mais distantes les unes des autres dans les apolhecies, et s ouvrent 
iinalement par un pore dans le plus grand nombre des cas. Deux Chondrus seu- 
lement interessent la pratique. L un est le C. crispus LYNGB. (Fucus crispus L. 
Sphcerococcus crispus Ag.), qui croit dans les mers du nord de 1 Europe, notam- 
,ment en Irlande, et qui est la Mousse perle e, la Mousse d Irlande ou le Carra- 
<gahen (voy. ce mot); 1 autre, qui est le C. canal iculatus GREV., ou Splicerococ- 
cus canalicidatus Ac., et qui est, comme le precedent, employe paries habi 
tants des cotes comme aliment. Le C. lichenoides ou Sphcerococcus lichenoides 
>de Greville, figure aussi par lui (Scott. Cryptog. Flor.,M, t. 341), sous le nom 



8 CIIORANCHE (EAU MIIVERALE DE). 

de Gracilaria compressa, a ete trouve dans certains nids d hirondelies, diffe- 
rentes peut-etre des veritables Salanganes (voy. ce mot). H. Bar. 

EMU.., Gen., n. 94. GUJB., Drag, simpl., ed. 6, II, 55. ROSESTH., Syn. plant, diaph., 8. 

CIIOPtRT (FfiANgois). Chirurgien fort distingue de la fin du siecle dernier, 
naquit a Paris le 50 octobre 1745, et selivra. jeune encore, sous Antoine Petit, 
a 1 etude de 1 anatomie ; c est la qu il connut Desault et que commenca entre 
eux cette etroite amitie que la mort seule put rompre ; une maladie grave 
qu eprouva Desault, et pendant laquelle son ami nc le quitla pas un instant, 
resserra encore les liens de leur affection. Recu docteur en chirurgie en 1770, 
Chopart supplea plus d une fois son illustre ami dans ses cours a 1 Ecole pra 
tique et dans ses visites a I Hotel-Dieu. Imbu des memes principes en chirurgie, 
Us commencerent ensemble la publication d un traite des maladies chirnrgi- 
cales dont la redaction appartient presque exclusivement a Chopart, et dont il 
ne parut que deux volumes. L eminent praticien dont nous retracons la vie, 
nomme d abord professeur de chirurgie a 1 Ecole pratique, succeda eu 1782 an 
celebre Bordenave, comme demonstmteur de physiologic, et apres la reconstitution 
des ecoles il fut nomme a la chaire de chirurgie, chirurgien de 1 hospicede 1 Ecole. 
II semblc avoir etc frappe du meme coup que Desault, auquel il ne survecut que 
quelques jours, emporte par un cholera-morbus le 9 juin 1795. Rien n egalait la 
simplicite et la modestie de Chopart, qui s eiiacail avec autant de soin que d au- 
tres en metlent a se produire. C est sur les instances de Boyer qu il se decida a 
t aire connaitre le procede pour 1 amputation partielle du pied qui porte son 
nom. 

On a de lui : 

I. De IfEsionibus capitis per ictus repercunsis. Theses du coll. de chir. Paris, 1770, in-4. 

Trad, par lui en I rang. sous cc litre: Mem. sur leu lesions a la tele. Paris, 1771, in-12. 

II. De uteri prolapsu. Ibid., 1772, in-4. J1I. 1 railc des maladies chiruryicales et des 
operations qui leur conviennent (avec DESAULT). Paris, 1789, in- 8, 2 vol. (les seuls qui aient 
paru). IV. Traite ties maladies des voles urinaires. Ibid., 1791, in-8", 2 vol. (le troisieme 
qui tlevait rent enner 1 histoire des calculs vesicaux et de la faille n a point paru), 2 e edit., 
revue et annotee par I ASCAL. Paris, 1812, in-8, 2 vol. V. Gas d amputation partielle du 
pied. In La med. eclairee par les sciences physiques, t. IV, p. b5, 1792. E. BCD. 

CHORANCHE (EAa MINERALE DE), athermale, ame tallite, ferrugineuse, 
faible, carbonique et sulfureuse faible, Dans le departement de 1 Isere, dans 
1 arrondissement et a 20 kilometres de Saint-Marcellin, sur la rive droite de la 
Bourne, dans 1 enfoncement d une gorge sauvage bordee de chaque cote par 
deux longues files de moutagnes sans vegetation qui conduisent le regard jus- 
qu a d autres chaines plus elevees et plus steriles encore, au milieu de sentiers 
a peine praticables, emerge une source dont 1 eau est claire, limpide et transpa- 
rente ; son odeur est manifestement sulfareuse ; aussi des bulles gazeuses, les 
unes grosses, formees par de 1 acide carbonique, les autres d un volume plus 
petit, composees d azote et de gaz acide sulfhydrique, la traversent-elles 
sans cesse et vieiment-elles par intermittences s epanouir a sa surface. Sa sa- 
veur est douceatre et legerement sucree ; sa temperature est de 15, 2 centi- 
grades; sa densite n est pas connuc. Son analyse, faite par M. Gueymard, 
ingenieur des mines, est incomplete , parce que ce chimiste n a pu examiner 
qu un echanlillon d eau transportee. M. Niepce a trouve dans 1,000 grammes, 
de 1 eau de la source de Choranche les principes suivants : 



CHORION. J 



Carbonate de cliaux 0,181 

miignesic O.OlU 

strontiane 0,002 

fer 0.005 

Chlorure de sodium 0,123 

calcium 0,007 

magnesium 0,003 

Silicate d aluminu 0,210 

Sull ate de soude 0,042 

chaux 0,035 

ma;nesie 0,012 

alum:nc 0,033 

lode traces. 



Gaz 



TOTAL DES MATIERES FIXES 0,ti72 

azole Olit.OOSOO 

acidc carlioniquc 03711 

sulfliydriquc libre et combine. 01435 



TOTAL DES CAZ lit. 05949 

EMPLOI THERAPEUTIQUE. Lcs eaux de la fontaine de Choranche sont principa- 
lement employees en boisson par les habitants du pays, qui leur attribuent line 
grande vertu dans les maladies chroniques des voies aeriennes et dans les affec 
tions catarrhales de la membrane mnqueuse qui tapissc les organes urinaires. 
Deux baignoires, que Ton rcmplitd eau artificiellement chauffee, onteteinstallee? 
dans une petite maison construilc a cote de la source. C est la que prennent leurs 
bains les personncs herpetiqucs et rhumatisantes qui veulent profiler de Faction 
curative interne et externe des eaux de Choranche. Les baigneurs etrangers et 
les touristes aiment a visiter les environs de cette station , autour de laquelle 
des ponts ont ete jetes au-dessus d abimes sans fond et oil, a chaque instant, ils 
voient sous leurs pieds des rivieres et des torrents qui Torment des cascades ou 
des lacs dont les eaux sont couvertes d ecume. 

La dure e de la cure cst de trente jours. 

On n exporte pas 1 eau de la source de Choranche. A. R. 

CHOREE et CHOROMANIE. Voy. DANSE DE SAINT-GUY. 

CHORION. Voy. MuQUElISES, ?EAU. 

< lEottlov (EMBRYOLOGIE). La paroi limitante de 1 ceuf proprement dit, 
abstraction faite de toute enveloppe a lui fournie par la muqueuse de 1 uterus 
maternel, est connue en Embryologie sous le nom AQ chorion (ZOOM, enveloppe). 
C est vine poche membraneuse, plus ou moins rigoureusement spherique dans 
1 espece humaine, parfaitement close de toutes parts. Taut que 1 ovule, tombe 
dans la cavite de 1 uterus, y demeure libre, le chorion est a nu ; mais une fois 
1 ovule greffe sur la muqueuse uterine, celle-ci s etend sur le chorion, le recou- 
vre progressivement, et ne s arrete qu apres avoir fourni a 1 ovule tout entier 
une enveloppe nouvelle (voy. CADUQUE). Par suite, 1 usage a prevalu de conside- 
rer, comme paroi limitante de 1 oeuf, non le chorion, mais une poche qui lui est 
etrangere, et dans laquelle il est enierme : poche d origine malernelle, nee du 
developpement et de la transformation de ces parties de la muqueuse uterine 
qu on nommc caduques reflechie et inter ute ro-placenlaire . II est done ulile 
d etre preveun qu en langage courant on suppose I oeuf delimite par une triple 
enveloppe : 1 une externe, n apparlenant aucunement a I oeuf proprement dit, 
formee par les deux caduques sus-nommees; 1 autre interne, Yamnios (voy. ce 
mot); une derniere enfin, intcrmediaire aux precedentes et veritable paroi de 
I oeuf, qu on nomme chorion (voy. MEMBRAKES DE L OSUF). 



10 CHORION. 

Apres avoir donne ces notions generates sur la forme, la situation, la nature 
et les rapports du chorion, nous devons exposer son developpement. En d autres 
termes, nous avons a faire connaitre les transformations con stitutives de toute 
sorte qu il subit an cours de la gestation, depuis le moment ou il apparait, 
jusqu au moment de son expulsion dans Yarriere-faix. Tons ces changemenls 
sont ordinairement classes en trois groupes ; el, a ce point de vue, on a trouve 

\ commode d admettre trois chorions distincts, qui se succedent sans la moindre 
interruption. Leurs numeros d ordre chronologique servent a les nommer ; 

i mais il m a paru avantageux de les designer encore d une maniere plus carac- 
terisee, afm de prevenir toute hesitation de 1 esprit en un sujct d etude assez 
embrouille ; je nomme done les trois chorions, suivant 1 ordre de succession, les 
CHORIONS OVULAIRE, BLASTODERMIQUE, et. riLASTODEiuiiQUE-ALLANTOiDiEN. Nous allons 
dormer de chacun d eux une description succincte. 

PREMIER CHORION (Chorion primitivum; Membrana ovi externa, B^ER); 
Chorion anhiste, Iransitoire, ovulaire. - - D apres notre definition du chorion, 
il est evident que, dans son premier etat, il ne peut etre antre chose que la zona 
pellucida elle-meme, c est-a-dire la paroi anhiste de la cellule ovarienne, con- 
formement a la doctrine qui assimile 1 ovule a une simple cellule, sous le rap 
port de la constitution morphologique. Par suite, la zona pellucida ou la mem 
brane vitelline, apres avoir subi pour sa part I influence de la fecondation, 
s engagerait dans une serie de transformations, au terme desquelles elle dispa- 
raitrait comme partie anatomique distincte, sa substance etant moleculaire- 
ment transmiseau deuxieme chorion. Sans entrer ici dansle detail du processus 
que suscite la fecondation dans la membrane pellucide, et qui se traduit en 
resume, pour les yeux, en un accroissement de surface combine avec une dimi 
nution d epaisseur, nous nous bornons a rappeler que BAER et BISCIIOFF out 
constate, sur de tres-jeunes ovules de chien dont la vesicule blastodermique 
conservait encore sa paroi indivise, que la surface externe de la membrane vitel 
line etait parsemee d un nombre modere de saillies villiformes. Ce* villosite s 
primitives, ou plutot ces pseudo-villosife s, paraissent bien un premier appareil, 
rudimentaire et passager, destine a greffer 1 ovule sur la mere, et a le faire vivre 
parasitiquement. Neanrnoins, leur existence, quoique tres-repandue. n est pas 
generale. On les a constatees, par exemple, chez les Carnivores et les Rongeurs ; 
mais elles fontdefaut chez les Ruminants, de meme que la couche albumineuse 
<|ui se depose ordinairement sur la membrane vitelline, lors de la migration des 
ovules a Iravers les trompes. On ne saurait done affirmer a priori que ces pseudo- 
villosites se dcveloppent sur 1 ovule de Thornine. Leur apparition, chez le lapin 
et le chicn, coincide avec I achevement de la segmentation du vitellus. Toujours 
elles sont formees d une substance anhiste, identique a celle de la membrane 
qui les supportc. Membrane et saillies villeuscs s attenuent incessamment, 
puis disparaissent ne laissant ancune trace. Cette disparition, pour 1 ovule 
liumain, arriverait, au plus tard, dans la seconde semaine qui suit la concep 
tion. 

DEUXIEME CHORION. Chorion proprement dit, simple, mone pithelial, perma 
nent, blastodermique, sereux (Serose Hiille des Allemands). On voit se former 
le deuxieme chorion bien avant que le premier ait entierement cesse d exister. Le 
deuxieme chorion est un tissu de nouvelle formation, derive des globes vitellins; 
c est une portion du blastoderme, consistant en un strate unique de cellules epi- 
theloides pavimenteuses, qui double interieurement la zone du chorion primitif 



CHORION. 11 

la plus eloignee de 1 embryon. Cette zone augmente progressivement de hauteur, 
en gagnant vers lo pole embryonnaire de 1 ovule; et finalement elle devient une 
sphere complete, a surfaces independantes. Des deux surfaces de la sphere aiusi 
formee, riutcrne sera bicntot en contact general et permanent avec 1 amnios ; 
1 externc, apres avoir etc recouverte par le premier chorion, deviendra lihre an 
moment ou cessera d exister ce premier chorion ; puis elle se fixera, quand elle 
aura produit les verilables villosites permanentes, aux caduques uterines. L ap- 
pellation A envehppe sereuse est surtout apphquee au chorion pendant 1 epoque 
transitoirc ou le premier chorion est en voic de disparition, et le deuxieme en 
| \oie de formation, mais ou tous deux neanmoins coexistent. Cependant celte 
application est incorrecte au point de vue etymologique, puisinie enveloppe 
sereuse signifie, cxclusivement, enveloppe issue du feuillct sereux (cxtcrne) du 
blastoderme. De quelquc manic-re qu on 1 emploie, d ailleurs, la denomination 
d enveloppe sereuse reste incxacte. 

Donnons maintenant quelqucs details, qui achevent d expliquer la production 
dudeuxicme chorion. La partie e lira- embryonnaire du feuillct exlernc (come, 
animal, sereux, etc.) de la vesicule blastodermique peut etre idealemcnt separee 
en deux zones, dont la determination est fort dificrente ; en realite, ces deux zones, 
d abord continues, finissent par se separer d une maniere complete. La plus rap- 
prochee de l embryon, celle qui ne se detache de lui qu au terme de la vie intra- 
uteriue, est la zone amniotique, et se convert it peu a peu en AMKIOS (voy. ce mot). 
La zone plus eloignee, ou antipolaire de I embryon, est. la partie blastodermique 
du deuxieme chorion, et celle qui, par ses accroissements successifs, et apres 
s etre approprie la substance du premier chorion, devient I enveloppe externe per- 
manenlc de l oeiif propremenl dit. Ces deux zones se delimitent, pour la vue, a 
1 instant ou commence la formation de 1 amnios. Le premier chorion (membrane 
vitelliue) est alors subdivisible a son tour en deux zones, qui se dif fercncient par 
la diversite des. parties avcc lesquelles elles sont en contact par leur face interne. 
La premiere zone du chorion anhiste recouvre la partie de l embryon encore libre 
du contact de 1 amnios, ou le vaste ombilic amniotique ; la deuxieme zone 
recouvre la zone choriale du feuillet blastodermique externe. Cette deuxieme 
zone croit aux depens de la premiere, dans la mesure meme du retrecissement 
de 1 ombilic amniotique, en sorte que la premiere finit par disparaitre lors de la 
fermeture de cet ombilic. De leur cote, la portion amniotique et la portion cho 
riale du feuillet externe du blastoderme out d abord en commuu uu vaste ombi 
lic, qui leur sert de ligne separative ; et 1 une et 1 autre, au moment dc 1 occlu- 
sion de cet ombilic, se trouvent converges en deux enveloppes spheriques, par- 
faitemcnt closes ct independantes. De ces deux spheres, 1 amniotique est de 
beaucoup la moins grande au debut ; elle est tangente intericuremcnt par un 
seul point a la sphere choriale, ct 1 espace demeure librc entre les deux spheres 
contient un liquide special. Puis ce liquide diminue; la surface dc contact des 
deux spheres ne cesse d augmenter, par suite du rapide accroissement de 1 am 
nios ; et, comme conclusion du processus, 1 amnios devient le revetement interne 
du chorion, ainsi que nous 1 avions annonce. L amnios etle chorion demcurent, 
neanmoins, toujours separables 1 un de 1 autre par simple dissection. Quant a la 
sphere choriale, on la voit doubler, au moment ou elle acheve de se former, la 
face interne de la membrane vitelline ou chorion anhiste, deja tres-amincie, et 
en figurer, pour ainsi dire, 1 epithelium. L enveloppe sereuse possede ainsi deux 
tuniques : 1 une externe, villeuse, anhiste; 1 autre interne, monepitheliale pavi- 



12 CHORION. 

menteuse. Lorsque la premiere est completement resorbee, la deuxieme consti- 
tue a elle seulc 1 enveloppe sereuse,ou le deuxieme chorion. 

Le deuxieme chorion developpe ses villosiles (villosites vraics, sccondaires ou 
1 permaneutes) peu de temps apres 1 occlusion de 1 ombilic amniolique, apres la 
disparition du chorion anbiste. Ellessont regulierement distributes sur 1 entiere 
periphcric du cliorion blastodermique, qui leur doit sou apparence chevelue. 
Ellcs consistent en de simples appendices digitiformes, d abord pleins, et dcvc- 
nant creux plus tard. A toutes les epoqnes de la gestation, cependant, et jusquc 
dans la region placentaire, on peut trouver do ccs villosites, qui, frappees 
d arrct de developpement, n acquierent jamaisde cavite, et demcurent pour tou- 
jours privees de vaissoaux. C est elles qui represented 1 appareil instrumental 
par lequcl 1 ceuf se greffe sur 1 organisme maternel et pourvoit aux besoius de 
son existence parasite. Morphologiquement la substance des villosites, de meme 
que cclle de la membrane qui les portc, consiste en un strate unique d ele ments 
epitbeliformes, plus ou moins conlondus entre eux, sans melange d autres ele 
ments bislologiques et, nommement, de vaisseaux. Au point de vue dc la con 
stitution cbimique, le tissu chorial dcvrait etre cousidere comme un tissu 
special, d apres CH. ROBIN; cette opinion se fonde particulierement sur ce que 
1 acide acetique fait palir simplementle tissu chorial, sans jamais le dissoudre. 

THOISIEME CHORION : Chorion blastodermique allanto idien, se reur-allantol- 
dien, vascnlaire, partiellement vasculaire, compose de finitif. Nous venous de 
laisser le deuxieme chorion au momrnt ou il se constitue comme organe inde- 
pendant, isole, a 1 etat de spherule monepitheliforme, exterieurement revalue 
de villosites simples. Son role physiologique essentiel etant demettre on contact 
plusou moins intime, et en reaction reciproque, les systemes sanguins maternel 
et foetal, on conceit que cet isolement n ait qu une duree ephemere. C est pour- 
quoi le developpement ulterieur du deuxieme chorion (on n a pas oublie que le 
deuxieme chorion est permanent) s enchevetre avec le developpement du troi- 
sieme chorion, ce dernier chorion resultant de la simple addition de 1 element 
embryo- vasculaire au deuxieme chorion. C est I ALLANToiDE (voy. ce mot) 
qui est chargee de porter au deuxieme chorion 1 element additionnel, c est- 
a-dire le reseau capillaire des vaisseaux allantoidiens (ombilicaux , placen- 
taires). 

L allantoide, on le sait, est un organe dont la majeure parti c est transitoire, 
precisement la partie chargee de vasculariser le deuxieme chorion; elle consiste 
en une vessie pediculee, dont le fond, reconvert du reseau capillaire allanto idien, 
seporte, a travers le liquide originairement accumule entre 1 amnios et le cho 
rion blastodermique, au contact de la face interne de ce dernier. Cet instant du 
premier contact interallantoido-chorial arrive de tres-bonne heure ; il etait deja 
passe dans un oeuf huniain de quinze a dix-huit jours, recueilli par COSTE. La 
surface interne du deuxieme chorion y etait partout revetue d une couche de 
capillaires allantoidiens, soutenus par un peu de tissu conjonctif. C tte nouvelle 
couche ou spherule vasculaire, etroitemeut emboitee dans le chorion invascu- 
laire, n envoyait pas encore de capillaires sauguins dans 1 axe des villosites. 
Elle se prolongeait dans la tunique externe de la vesicule allantoidienne, en se 
reflechissant autour du sommet de cette derniere, c est-a-dire autour du point 
de contact interallantoido-chorial. 11 semble bien resulter de 1 examen de cet 
O2uf que l allantoide ne se developpe pas suivant un mode identique. a partir 
du moment ou elle a louche la surface interne du deuxieme chorion, chez beau,- 



CHOROIDE. 13 

coup d animaux et chez 1 homme. Chez les premiers (rongeurs, carnivores), elle 
continue a s accroitre en conservant la forme vesiculeuse ; tandis qu ellc perdrait 
entierement cette forme, a partir du moment de son contact avec le deuxieme 
chorion, chez 1 homme, II suit, de la, que le cliorion definifif, blastodermique- 
allanto idien, consiste, chez 1 homme, en nne simple, membrane a deux tuni- 
]ues : tunique externe epitheliale, tunique interne vasculo-conjonctive ; il suit 
aussi, de la, que, chez 1 homme, 1 amnios adhere immediatement au chorion. 
Chez les animaux precites, au contraire, une reelle cavite vesiculeuse, celle de 
1 allantoide, demeure constamment interposee au chorion et a 1 amnios ; Ton 
doitpouvoir compter quatre couches allantoidiennes, au lieu d une seule, entre 
le chorion invasculaire et 1 amnios, la paroi allantoidienne etant compose e de 
deux strates ; de plus le deuxieme chorion et 1 amnios demcurent eloignes et 
sans aucune mutuelle adherence. Je ne cache pas, cependant, qu il reste la 
maliere a de nouvelles et fructueuses recherches d embryologie humaine et com- 
paree. 

Dans 1 oeuf humaiu, on constate, des avant la fin du premier mois, que les 
capillaires allanto idiens de lacouche interne du Iroisieme chorion ont radiaire- 
ment emis des anses capillaires, dont chacune se trouve logec dans la cavite, 
encore simple, d une villosile. Toutes les villosiles, a de tres-rares exceptions 
pres, possedent des vaisseaux a un moment donne. Mais un tel etat de vasr.ulari- 
sation generate du chorion est purement transitoire. Les phenomenes ulterieurs 
de villisation et de vascularisation du chorion definitif, obligent a le separer en 
deux zones bien distinctes, dont 1 une, plus importante, repond a la caduque 
interutero-placentaire (placenta uterina), et dont 1 autre, plus etendue, repond 
a la caduque rellechie (voy. CADUQUE et PLACENTA). Ainsi le travail de production 
de nouvelles villosites, et la ramification de celles deja produit.es, acquiert une 
extraordinaire activite dans la premiere zone, ou zone placcntaire da chorion ; 
chaque ramification nouvelle y est bientot pourvue de son anse capillaire san 
guine. Get ensemble de villosites enchevetrees constitue un amas saillant aupole 
insertionnel du troisieme chorion, et n est autrc chose que le placenta f/ ondo- 
sum ou foetalis. Un travail regressif s empare, au contraire, des villosites de la 
zone restante; elles s atrophient et perdent leurs vaisseaux. Comme il ne s en 
produit plus de nouvelles, les anciennes se trouvent bientot disseminees a grands 
intervalles sur la surface rapidement croissante de la zone choriale antiplacen- 
taire ; elles se derobent en quelque sorte a la vue, et, par suite, la zone qui les 
supporte prend la qualification de cliorion Iceve, par antithese au chorion fron- 
dositm. CAMPANA. 

4 I;<KIO\I I is Induration de la peau attribuee a une inflammation chro- 
nique du chorion (voy. PEAU). D. 

cnORoioE. La choroide est la deuxieme membrane d enveloppe des mi 
lieux de 1 ceil ; elle porte aussi le nom de membrane vasculaire. 

I. AN ATOM IE ET PHVSIOLOGIE. La choroide occupe toute 1 etendue de la cavite 
oculaire. On la considere comme la portion posterieure d une membrane vascu 
laire unique dont 1 iris serait la partie anterieure. L analogie, sinon 1 identite 
de structure, d ctroiles connexions vasculaires et nerveuses justifient pleine- 
ment celle opinion admise par tous les anatomistes. 

La choroide s etend dcpuis 1 insertion dn nerf optique jusqu au voisinage du 



14 CHOROIDE. 

bord anterieur de la sclerotique ; elle est solidement fixee a cette deraiere en 
deux points extremes. En arriere, elle adhere a 1 anneau circulaire de nature 
fibreusc, destine au passage du nerl ainsi qu au nevrilemede ce dernier. Ce point 
d attache postericur cst represente, comme H. Miiller 1 a indique le premier, par 
un anneau mince et elroit qui entoure le nerf optique un pen avant son epanouis- 
sement et qui est exclusivement forme par des elements de la choro idc. Lc bord 
interne de cet anneau est tranchant; il fournit parfois quelqucs emanations 
fibrillaires fines qni se portent en se recourbant cntrc les faisceaux du nerf et 
constituent la couclie anterieurc de la lame criblee. C,a et la on y rencontre 
quelques cellules pigmentaires avcc leurs prolongements ramifies. 

En avant la choro ide adhere a la face interne du canal de Scheem. Cctte der- 
niere connexion pent aussi scrvir de limite entre la choroidc ct 1 iris. 

La cboroidc se conl ond en avant avec le tissu des proces cilioires et de 1 iris, 
de sortc que ccs trois parties ne forment, en realite, qu un seul tout designe sous 
le nom de traclus uve al. Ce tractus represente done line partie integrante 
de la choro ide, mais en raison de sa structure plus complexc, de 1 importance 
de ses fonctions et de sa pathologic speciale, nous croyons preferable, pour la 
clarte de 1 exposition, de reserver 1 e tude de tout ce qui s y rattacbe pour des 
articles speciaux (corps ciliaire, cyclite, etc.). 

La choroide est situee entre la sclerotique et la retine ; sa face externe est par- 
tout en rapport avec la sclerotique ; des vaisseaux, des filets nerveux et un tissu 
connectif a maillcs larges forment entre les deux membranes un lien d union 
assez resistant pour que, selon la remarque de Kolliker, en operant une separa 
tion, on laisse toujours sur la sclerotique des elements de la choroide. 

La face interne de la choroide, contigue a la retine est, au contraire, libred ad- 
herences. Ge n est qu ii partir de 1 ora serrata qu elle s unit a cette derniere, 
d une facon de plus en plus in time, de telle sorte qu au niveau du corps ciliaire, 
la choroidc, la retine ct I hyaloide ne forment plus qu une seule membrane dont 
les elements ne sauraicnt etre dissocies qu artificiellcment et par dechirures. 
L epaisscur de la choroide est a sa partie posterieure de O " m ,4 a 5 ; a sa partie 
moyennc dc O mm ,5 d apres Sappcy ct seulement de O mm ,07 a O mm 15, d apres 
Rollikcr. 

Les anatomistes semblent peu d accord sur le nombre des couches qui la 
composcnt; les uns en admettcnt quatre, d autres trois, d autres deux dont 
1 une se subcliviserait en trois couches secondaires. Ces divergences d opiniou 
sont plus apparcntes que reelles. Abstraction faitc du tissu ccllulaire lache 
designe sous le nom de lamina fusca, la choroide est formee d un couche fibreuse 
vasculaire externe et d unc couche interne epithelialc. 

La couche interne est constitute par une couche epitbeliale pigmentee ct 
une lamellc hyaline clastique. Cclte lame elastiquc de nature vitreuse, plus 
ou moins facile a isolcr, rcsscniblc a la membrane dc Descemet, seulement elle 
est beaucoup plus mince; son epaisseur cst de O mm ,0012 (Manz), dans presque 
toute son ctenduc ; elle cst homogenc et n offre de traces de structure que vers 
les proces ciliaires. Cette fine jiellicule semble avoir acquis dc 1 importance 
depuis qu on y a decouvert des epaississements verruqneux qui resulleraient, 
selon Manz, d une alteration primitive de la couche epitheliale dont les points 
maladcs s uniraient a la lamellc vitree. 

Cette lamellc represente histologiquement la limite interne de la choroide; 
a ce point de vue, elle olfre un inlerel particulier, d unc part parce qu elle op- 



CHOROibE. 1 

pose une barriere (Tune certaine resistance a la propagat ion et a 1 extension des 
alterations morbides du cote de la retine, et d aulre part, parce qu elle repre- 
sente un guide precieux lorsqu il s agit de suivre 1 evolution dcs processus pa- 
thologiques dont le tissu choroidien est le siege. 

La couche epitheliale est constitute par des cellules aplatics qui tapissent 
toute la face interne de la choroide depuis 1 insertion du nerf optique jusqu a 
1 ora serrala. Ces cellules forment un plan unique ; elles soul assez regulie- 
reraent hexagonales et disposees les unes ;i cote des autres comme les pieces 
d une mosai que. La couche qu elles forment est aussi appelee pigmentaire parce 
que les cellules qui la constituent sont remplies de nombreuses granulations 
pigmentaires brunatres ou tres-ibncees qui couvrent en grande partie un noyau 
arrondi et transparent. Celui-ci n apparait habituellement que sous 1 aspect 
d une petite tache blanche situee de preference vers la moitie externe dc la 
cellule. La quantite et la couleur des granulations pigmentaires offrcnt des 
variations peu sensibles dans la cellule isolee mais tres-prouoncees dans la 
masse. Ces variations, qui sont generalement en rapport avec la couleur des 
cheveux et de 1 iris , exercent une grande influence sur 1 eclairage ophthalmo- 
scopique et represented la cause principale des diverses varietes d aspect du fond 
de I ffiil pbysiologiquc. Chez 1 albinos cet epithelium est totalement depourvu 
de pigment, quoique le reste de la choroide en conserve encore des traces ; il en 
est de meme chez les animaux au niveau du tape turn. 

Les cellules pigmentaires qui composent cette couche se detachent tres-facile- 
ment de la lame elastique ; elles ont des parois tres-delicates, se dechirent avec 
la plus grande facilite, laissant echapper leur contenu qui se compose de mo 
lecules pigmentaires excessivement peliles, aplaties, ovalaires, et pourvues d une 
facon remarquable de mouvements browuiens. Vers 1 ora serrata, ces cellules de- 
viennent plus petites, plus rondes, et se trouvent stratifiees en plusieurs cou 
ches irregulieres. 

La couche externe represente la trame ou le stroma de la choroide. Elle a 
ete divisee par Kolliker en trois couches secondaires qui n existent point a pro- 
prement parler, puisqu on ne peut ni les isoler ni les montrer, mais qui of- 
frent 1 avantage de rappeler la situation respective des elements du tissu choro i- 
dien et en particulier des vaisseaux. 

Le stroma choroidien est constitue par un tissu propre, intermediate entre le 
tissu cellulaire et le tissu elastique, et dans la trame duquel circulcnt un tres- 
grand nombre de vaisseaux. Ce tissu se compose de cellules pourvues de pro- 
longements multiples qui forment des reseaux a mailles allongees comme on en 
rencontre dans le tissu cellulaire des autres regions. Toutefois ces cellules se 
distinguent de celles du tissu cellulaire par le pigment qu elles renferment. Outre 
leur noyau qui n offre rien de particulier, elles contiennent des quantites va 
riables de granulations brunes ou noiratres. Quelquefois la cellule en parait 
completement remplie n ayant de libre que la place du noyau. Ailleurs les gra 
nulations sont assez rares pour laisser a la cellule sa transparence. Manz a de- 
erit deux sortes de cellules non pigmentees, une premiere qui a la meme forme 
que les cellules pourvues de pigment et qui ressemble beaucoup a la cellule nor- 
male du tissu cellulaire general; une seconde plus rare, arrondie, depourvue de 
prolougements et de noyaux, et renfermant un contenu finement granuleux. Ces 
deniiers elements, dont le caraetere histologique est encore inconnu, et qui ont 
tie longtemps consideres comme des produits pathologiques sont constants si 



16 CHOROi DE. 

Ton s en rapporte aux travanx des plus modernes ; mais ils n ont pas de rapporls 
appreciates avec les autres elements de la choro ide. 

La dimension moyenne des cellules pigmentaires du stroma est de 0""",018 a 
O min ,045; c est au voisinage de la sclerotique que se rencontrent les plus grandes. 

Les prolongements multiples des cellules pigmentaires les mettent en com 
munication entre elles de facon a former un veritable reseau ; ils sont pales et 
tres-ternes,mais ils possedent, malgre leur finesse excessive, une certaine rigidite. 
Les reseaux qu ils 1 orment, observes snr des preparations obtenues au moyen du 
chromate de potassc, out 1 apparence de reseaux elastiques ; la reunion des fibres 
sous des angles tres-aigus contribue pour beaucoup a leur donner cet aspect. 

Ces prolongements paraissent pleins, mais il est probable qu ils sont creux 
en realite , du moins au voisinage des cellules. Ce qui conduit a le croire 
c est que, chez les animaux et chez 1 homme. on remarque dans ces prolon 
gements, 1 existence manifestc de granulations pigmentaires. Parfois la pre 
sence du pigment est brusquement interrompue, comme si, a ce niveau, la fibre 
cessait d etre canalicnlee. 

Les cellules choroidienncs et leur reseau de prolongements sont en general 
situes dans le memc plan. L epaisseur de la membrane est formee par la super 
position de coucbes similaires qu il est possible d isoler artificiellement en 
prenant quelques precautions. Ges coucbes sont reunies et comme accolees 
entre ellcs par une substance intercellulaire, propre au tissu choro idien et dont 
1 existence est revelee sous un fort grossissement par les particularity s suivantes : 
on voit sur les replis qui se forment aux bords de la preparation, que les fibres, 
d apres la regularite de leur entrelacement et de leur courbure sont maintenues 
par une substance interposee, et que les mail les du reseau ne sont pas libres. 
t]ette substance a laquelle sont accolees les cellules est tres-mince, homoene, 
depourvue de structure. Elle atteint son maximum d epaisseur vers la face in 
terne de la choro ide. Malgre sa grande ressemblance avec le tissu cellulaire, elle 
s en distingue par son insolubilite dans les acides et dans les alcalis. 

D apres les dernieres recherches de H. Miiller, la choroide contiendrait du tissu 
cellulaire type, reconnaissable a ses faisceaux entrelaces et a ses reactions carae- 
tc risliqucs. Ce tissu, selon les remarques de Manz, se trouve ordinairement le 
long des gros vaisseaux a la tuniquc adventice desquels il parait s appliquer. 

Vers la face externe, pres dc la sclerotique, le stroma de la choroide conserve 
son caractere ; seulement les cellules devicnnent moins nombreuses ; les fibres, 
plus longues, plus fines, moins resistantes a 1 action des reactifs forment drs 
mailles plus larges. Autrefois on considerait cette partie de la choroide comme 
une membrane distincte quo Ton designait, ainsi que nous 1 avons dit plus haut, 
sous le nom de lamina fusca. Mais des recherches plus recentes ont demontre 
qu clle ne represente pas, a proprement parler, une couche independante bien 
que, dans un certain nombre de cas, elle ait 1 apparence d une mcmljrane con- 
linue. Elle est asscz adherenle a la face interne de la sclerotique pour y rester 
fixe e par fragments lorsqu oa isole les deux membranes 1 une de 1 autre, et elle 
represente en quelque sorte le lit des vaisseaux et des nerfs qui se rendent a 
1 iris. 

Les travaux reccnts sur la physiologic de la choroide tendent a attribuer un 
role important a ce tissu connectif a mailles laches. On le considere comme un 
endothelium analogue acelui desplevres, de 1 arachnoide, etc., destine a favori- 
ser le glissement de la choroide sur la sclerolique. 



CIIOROIUE. 17 

Les exces de pression intra-oculairc et les phenomenes glaucomateux qui en 
sont la consequence out ete aUribues a l iu(iltration sereusc dc ccs larges lacunes, 
comparees a de pctites cavites sere-uses. 

Les elements cellulaircs dc la choroi dc sc perdent en avant dans le muscle 
ciliaire et en arriere vers 1 insertion du nerf optique. 

Dans le stroma choroidien il existc des vaisscaux en si grand nombre qu ils 
out valu a juste litre a la choroklc le nom de membrane vasculairc dc 1 oeil. 
Leur repartition et leurs rapports anastomotiqueS, si intercssants au point de 
vue cliniqne, out ete etudies avec beaucoup de soin par plusicurs anatomistcs et 
en parliculier par Th. Leber dont nous uvous vu et etudie les belles prepa 
rations. Ges vaisseaux repartis en plusieurs couches sont de deux ordres, les 
arleres ct les veines. 

Le sys eme arteriel est represente par les arleres ciliaires courtes, rameaux 
de 1 ophthalmique qui, au nombre de vingt environ, travcrsent la sclerotiquc a 
lapartie posterieure de 1 ceil, au voisinage du nerf optique et a une distance 
variable de son entree dans le bulbe. Ces arteres se divisent dichotomiquemeut, 
puis se resolvent rapidement en un reseau capillairc. 

La cboro ide n est pas exclusivement alimentec par ces arteres ciliaires courtes. 
Au voisinage de 1 equaleur du bulbe, elle recoil aussi des rameaux provenant des 
arteres du corps ciliaire et de 1 iris. Ces rameaux recurrents traversent suivant 
line direction radiaire la partie lisse du corps ciliaire pour arrive r a la cboro ide. 
Parvenus a cetle membrane, ils concourenl a former le reseau capillaire ou bien 
ils viennent s anastomoser avec des brandies des arleres ciliaires courtes. Ges ra 
meaux recurrents qui ne sont pas Ires-nombreux representent les seules commu- 
nicatious arlerielles entre la partie posterieure de la membrane vasculaire et sa 
partie anlerieure. D apres des rechercbes anciennes et en parliculier les travaux 
de T. Scemmerring et de Briicke, on admellait que les arteres ciliaires courtes 
fournissaient non-seulement a la choro ide, mais aussi au ccrcle ciliaire et a 
l iris. On voit clairement sur les preparations de Lebcr qu il n en est pas ainsi, 
et que, selon le mode de distribution qui vient d etre indique, les arleres ci 
liaires courtes ne suffiscnt pas a la choro ide, puisquc la circulation artericlle est 
complelee par les arteres recurrentes. Ge qui avail pu donner le change, c ct,t 
que selon toute raison, on avail pris pour des arteres une partie des veines qui 
emergeanl des proces ciliaires el de l iris viennent se reunir aux vence vorticosce. 
Le sysleme veineux de la choro ide difiere essentiellement de son systeme ar 
teriel. Tandis que ce dernier est presque independant, Hu.ite a la region poste 
rieure, 1 aulre communique largemenl avec la region anlerieure. Les Ironcs vei 
neux sont representes par les grandes veines vortiqueuses ou tourbillonnantes 
qui emergenl de la choroide, et traversenl la sclerotique au niveau de 1 equa- 
leur du bulbe. Ges veines recoivent des rameaux non-seulement de la chor.ide, 
mais aussi des proces ciliaires, du muscle ciliaire el de 1 iris. 

Une iaible partie settlement du sang veineux de la choroide, selon Leber, sort 
de 1 oeil par une autre voic. Celle voie esl represenlee par de pelites veinules qui 
prenant naissance a la parlie anterieure du muscle de Briicke penetrent dans le 
canal dc Schleem, pcrforent ensuite la sck rotique pres du bord de la cornee 
el se jetlenl dans les veines ciliaires anlerieures. Rougel de Montpellier n admct 
aucune communication enlre 1 interieur de 1 oeil et le canal de Schleem. Ce der 
nier ne serait qu un plexus veineux a maillcs tres-serrees, iudependant du 
sysleme vasculaire du bulbe, de telle sorte que la seule voie d ecoulement pour 

DICT. ENC. XVII. 2 



18 CHOROIDE. 

le sang vcineux dc la choro ide serait represcnte par les vcines vortiqueuses. 
Quelle quc soit la f;icon dont on juge ce point delicat d anatomie, il dcmeure 
etabli que, contrairement au systeme artenel, le systeme veineux choroidien re- 
coit par dc nombreuses communications, sinou la totalite, au moins la plus 
grande partie du sang veineux de 1 iris, du corps ciliaire et des proces ciliaires. 
Les arteres ciliaires courtes se ramifient, avons-nous dit, d une maniere di- 
chotomique au moment oil elles penetrent dans la choro ide ; elles sont situees 
dans la couche la plus externe et tres-apparentcs. Mais plus leurs ramcaux de- 
vicnnent minces, plus ils se rapprochent de la couche interne et moins ils res- 
tent distincts parce qu ils sont reconverts par les troucs et les ramifications 
principales des veines vortiqueuses. 

Tous u ont pas la meme destination. Les mis, et c est le plus petit nombre, 
suivent un cours tout a fait tortueux, ne s eloighent guere de 1 entree du nerf 
optique et se transforment directement en veinules apres s elre divises plusieurs 
Ibis. La plupart constituent par la reunion de leurs ramuscules. line couche par- 
ticulierc qui donne naissance a un reseau capillairc connu souslenom de chorio- 
capillanr ou membrane Pmischienne. Ce reseau capillaire forme des mailles qui 
sont extremcment serrees et a peu pres rondes pres de 1 entree du nerf optique 
et dans la region de la tache jaune et qui deviennent larges et allongees en se 
rapprochant de 1 ora serrata. 

La couche la plus externe du stroma choroidien est representee par une meiu- 
brane homogene, donee d une grande rigidite, et qui a perdu presque tous les 
caracteres distinctifs du tissu choroidien; on peut la considerer comme le lit du 
reseau vasculaire de la chorio-capillaire. 

Le nombre des vaisseaux de cette couche est tel que 1 espace qu ils occupent 
depasse celui qu ils laissent entre eux; leur diametre est generalement de 
O mu ,009, tandis que les interstices qui les separent ne mesurent guere que de 
O mm ,001 a O rain ,006. Aussi la chorio-capillaire injectee et vue a un faible gros- 
sissement presente-t-elle une teiute rougeatre uniforme. G est a la choreo-capil- 
laire que le fond de 1 oeil vu a . 1 ophthalmoscope doit la couleur rouge qui 
lui est. propre. 

II est. question, dans 1 anatomie dc 1 ceil de Soemmerring et de Brucke, d autres 
vaisseaux arteriels de la choro ide, designes sous le nom de rameaux externes, 
qui n alimenteraient point le reseau capillaire, mais s aboucheraient directement 
avec des \aisseaux veineux sans I iiitermediaire de capillaires. Cette disposition 
est contestee non sans raisons sei ieuses par Leber. II la considere comme le 
resultat d une meprise occasionnee par 1 emploi d injections pratiquees avec des 
matieres colorantes opaques. Dans ces conditions, les vaisseaux se couvrent les 
uns les autres, ct il devient impossible de bien etudier leur cours et leur 
distribution rcspectives. En faisant usage de matieres colorees transparentes et 
en employant deux couleurs differentes, on acquerra la conviction qu il ne se 
trouve nullc part dans la choro ide de communications directes entre les arteres 
et les vcines. 

H. Miillcr et Schweiger out decouvert dans le stroma-choroidien des fibres 
musculaires lisses et des fibres nerveuses avec leurs cellules "an^lionnaires. 
D apres ces rccherches qui, selon 1 observation de Schwciger, sont herissees de 
difiicultes, on Irouvele long des arteres les pins volumineuscs, c est-a-dirc pres 
des ciliaires courtes, des bandelettes d un tissu opaque, un pen moins largos que 
le calibre du vaisseau. En traitant ces bandelettes par 1 acide acetiquc, on y 



CIIUROIDE. 19 

reconnait une foule de noyaux longididinaux, semblables a ccux des fibres cellules 
du muscle ciliaire et des cellules de la couche adventice des vaisseaux. 
H. Miiller les en distingue par une. forme moins etroitc, moius fusilbrme, mais 
il ajoute qu une pareille distinction ne petit etre etablie que par la comparaison 
de quantites considerables de noyaux. Ouoi qu il en soit, 1 existence de ccs ban- 
delettes peri-vasculaires ae parait laisser aucun doute, mais les opinions des 
anatomistes sont partagees sur le point de savoir si elles rcpresentcnt une 
tunique adventice ou si elles formeut une couche musculaire dLtincte. On a 
fait valoir en faveur de la derniere opinion cette circonstance que les arteres 
ciliaires n ont, hors de 1 oeil, qu une tunique adventice et ne contiennent guere 
que des noyaux cellulaires fusiibrmes. 

H. Miiller a signale aussi dans la choro ide une grande quantite d elements 
nerveux. Ceux-ci sont formes non-seulement de fibres nerveuses a double contour 
emanant des nerfs ciliaires apres leur passage a travers la sclerotique, mais 
encore d un plexus a fibres transparentes, pourvues de cellules gangliounaires. 
Les rameaux de ce plexus semblent se perdrc dans les parois des vaisseaux et 
dans les bandclettes dont il vient d etre question. 

La distribution des elements nerveux choro idiens n a pas etc elablie dc la meme 
faeon par les deux anatomistes qui les out decouverts. Tandis que II. Miiller les 
place entre la couche externe de la choro ide et la sclerotique, Sclnveiger les 
signale dans la couche vasculaire la plus interne pres de la chorio-capillaire. 
C est le meme observateur aussi, qui pretend avoir vu des fibres nerveuses ema- 
nees de cellules ganglionnaires, s anastomaser avec les fibres nerveuses voisines. 
La presence de cellules ganglionnaires dans les petits troncs et dans les pre 
mieres ramifications des nerfs ciliaires avail deja etc observee par W. Krause. 
Les renflements particnliers qu on observe dans ces fibres nerveuses a double 
contour, signales d abord par Miiller et pris, plus tard, par Krause, pour des 
cellules ganglionnaires, representent, dans 1 opinioa de Manz, ou bien des pro- 
<luits pathologiques, ou bien des accumulations de substance nerveuse medul- 
laire alterce. 

On ne pent faire encore que des hypotheses sur les fonctions des nerfs de la 
choro ide, mais leur distribution le long des vaisseaux conduit a leur attribuer, 
eomme aux vaso-moteurs, une action directe sur la circulation intra-choroi- 
tlienne. On ignore encore si ces nerfs concourent a 1 accommodation par I inter- 
.mediaire des bandelettes musculaires choroidiennes, qui representeraient une 
force contractile synergique ou antagoniste de celle du muscle ciliaire. 

II. VARIETIES PHV.SIOLOGIQUES DE LA CHOHOIDE, VUE A L OPHTHALMOSCOPE. A 1 etat 
normal, la surface rouge orange de 1 image ophthalmoscopique est fournie par la 
choro ide ; ce n est que dans certains cas particuliers que la sclerotique y parti- 
cipe. 

Les varietes anatomiqucs de la choroide, ct plus particulierement 1 etat de 
la pigmentation produisent des varietes d aspect sans nombrc. Le stroma con- 
tient-il pcu de pigment, la lumiere du renecteur penetre jusqu a la sclerotique, 
revient en grande quantite par reflexion eclairer d arriere en avant les re seaux 
choro idiens; ceux-ci se dessinent alors avec une tres-grande nettelejusque dans 
leurs derniercs ramificationi.. Dans ces conditions, 1 image a des tons plus clairs, 
des reflets janncs ou roses. Lorsqu au contraire le parenchyme et la couche epi- 
Iheliale sont pourvusd une grande quantite de pigment, la structure de la mem 
brane n cst plus accusee. On ne voit qu un fond rouge sur lequel rien ne se dis- 



20 CHOROlDE. 

lingue, a 1 exception parfois d nne sorte de moclele tautot plus clair, tantot plus 
fonce, produit par 1 inegale repartition du pigment. Le meme aspect se rencon 
tre egalement lorsque, le stroma etant pen richc en pigment, la couche epithe- 
liale en est abondamment pourvue. Dans les cas de ce genre, 1 image presenle 
egalement une teinte uniforme; mais, en emplo\anl de grandcs images, on con 
state que le fond rouge est reconvert d un piquete brim delicat qui donne a 1 en 
semble une apparence chagrine e. Ce piquete est produit par les cellules epithe- 
liales remplies de pigment noir. Les ycux d enfant sont les meilleurs pour 
constater cette disposition. Chez eux, I eclairage est excellent ct le pigment de la 
couche epithelialc ordinairement tres-fonce, tandis que celui du parencbyme 
est d une couleur plus claire. 

On rencontre assez souvent une troisieme variete d aspect qui est la pins inle- 
ressante, en ce sens qn elle s eloigne le plus du type ordinaire. Le parenchyme 
choroidien est richement pigmente, la couche epitheliale Test, an contraire, 
beaucoup moins. II en rcsulte que la structure du stroma peut etre, en partie, 
distinguee. Les vaisseaux choro idiens de la couche extcrne, situes tout pres de 
la sclerotique, restent caches. Mais ceux de la couche moyenne deviennent 
apparent^. Tantot ils sont encore converts par une mince couche pigmen- 
taire et leur trajet ne se dessine qu avec une teinle plus on moins sombre ; 
leur couleur propre opposee a celle des espaces pigmentaireg inter-vasculaires 
couvre 1 image de marbrures alternativement rouges et brunes. D autres fois, ils 
sont, au contraire, tres-apparents. Ils forment un reseau d un rouge vif, dontles 
mailles paraissent sombres ou noires. 

Lorsque la choroide renferme moins de sang qu a 1 etat normal, en raison de 
quelque trouble de la circulation generate ou locale, les vaisseaux choroidiens 
paraissent plus pales, sont vus couleur de chair, tout en restant assez accuses 
pour marquer des espaces inter-vasculaires. La forme de ces espaces varie selon 
la partie du fond de 1 ceil que Ton examine. Pres de la papille et de la macula 
ils sont resserres, petits, de forme arrondie. A mesure que Ton se rapproche 
de la region equatoriale, les vaisseaux choroidiens etant plus volumineuxet 
fournissant moins d anastomoses, ils sont plus grands et surtout plus allonges. 
Cette disposition rayonnee des vaisseaux choroidiens dans cette zone est extre- 
memeut marquee dans certaines formes d atrophie de la choroide. 

Les modifications de 1 image ophthalmoscopique dues a des variations dans la 
quantite, la couleur et la distribution du pigment donnent souvent le change, 
et des observateurs qui ne sont pas suffisamment experimente s prennent 
pour un etat pathologique ce qui n est qu une variete de 1 etat physiologique. 
Pour eviter 1 erreur, on tiendra compte des signes distinctifs suivants. La 
pigmentation pathologique de la choroide se present e en masses irregulieres T 
non circonscrites par les vaisseaux. Ccs masses sont plus noires, plus saillantes ; 
elles se rattachent presque toujours a 1 existence d uue choroidite; elles sont 
disposees en bordure au pourtour d autres alterations ou disseminees irregulie- 
rement. 

La choro ide chez quelques sujets et tout particulierement dans la race negre, 
etant plus fortement pigmentee, change completement I aspect du fond de 1 ceil. 
La couleur rouge orange prend des teintes de plus en plus brunes. Le rouge peut 
meme disparaitre completement et etre remplace par un fond ardoise sur lequel 
les vaisseaux retiniens se dessinent en elegantes arabesques, Dans ces conditions 
la retina dcvient cxceptionnellement apparcnte et se voit sous I aspect d une 



CM OROIDE, 21 

membrane delicate d un gris cendre, reflechissant faiblement la lumiere et pre- 
sentant des slries claires, qui rappellent la direction generate des fibres ner- 
veuses, mais qui, selon toute raison, sont dues au tissu conjonctif intermediaire. 
III. ANOMALIES DE LA CHOROIDE. Pendant la vie intra-uterine, la choroide 
presente comme la reline, une fissure normale qui persiste quelquefois apres la 
naissance, et forme alors le coloboma de la choroide, observe quelquefois comme 
complication ou complement de celui de 1 iris. Arnold a vu des embryons de 
veau qui avaient encore cette fissure cboroidale, alors que 1 iris etait normal. 
Mais il ne semble pas quc semblable disposition ait ete observee apres la nais 
sance. 

Yon Ammon fut le premier qui constata chez 1 homme, par la dissection, 
que le coloboma de 1 iris pouvait se prolouger jusqu a la choroide (Zeit- 
schrift furOphthalmologie, t. I, p. 55). Celte observation, confirmee par Hanover, 
Arlt, etc., fut sanctionnee par de Graefc, Stehvag et par Ruete qui en donna 
le premier dessin. Les publications dc Liebreich, Nagel, etc., qui renferment 
un certain nombre de fails du meme genre, ont montre que dans la plupart des 
colobomas de 1 iris, il existe du cote des membranes profondes uue anomalic 
analogue plus ou moins prononcee. 

Le coloboma de la choroide est Ires-facile a voir au miroir. II se presente sous 
la forme d un ovale, dont le grand diametre prolonge passerait par le milieu du 
coloboma de 1 iris. Get ovale, limite par les levres de la solution de continuite de 
la choroide, est forme par la sclerotique mise a nu ; il est de couleur blanc jau- 
natre; il presente le reflet bleuatre, le chatoiement que donne le retlet scleroti- 
cal. Ses bords sont generalement Ires-nettement dessines et fortement charges 
de pigment. 

Le coloboma est ordinairement situu au-dessous de la papille ou bien au- 
dessous et en dedans ; il occupe en partie ou en totalite 1 espace compris entre 
cette derniere et le bord auterieur de la choroide. Le plus souvent le nerf optique 
en marque la limite en arriere ; exceptionnellemenl, celui-ci en est separe par 
une mince bandelette de tissu choroidien, dont 1 etat plus rudimeutaire temoi- 
gne d une reunion tardive et incomplete. 

La papille, dans le cas relate par Liebreich, paraissait ovale, son grand dia 
metre etait horizontal. Elle etait reconnaissable a une coloration gris rou- 
gealre, que Ton rencontre si souvent dans le staphylome posterieur. 

Du cote des proces ciliaires, 1 extremite de 1 ovale est plus elargie; elle se 
prolonge assez souvent par une languette blanchatre ou faiblement pigmentee 
jusqu au coloboma de 1 iris. II peut arriver, dans les cas les plus complets, que 
les proces ciliaires fassent defaut a 1 endroit ou le coloboma choroidien aboutit 
a la dehiscence de 1 iris ; dans d autres cas ils existent, mais a un degre 
incomplet de developpement. 

Le coloboma de la choroide est en rapport habituellement avec une ectasie 
de la sclerotique, laquelle, de pourvue de resistance, amincie, forme ainsi un 
vaste staphylome posterieur dans lequel s observent parfois plusieurs enfonce- 
ments surajoutes dont 1 existence et 1 etendue sont apprecies par des differences 
de coloration et surtout par des deviations brusques des vaisseaux de la reline. 
La reline n est pas inlerrompue au niveau du coloboma ; tan tot elle tapisse 
1 ectasie dans toule son elendue ; d autres fois elle passe devant sans s y 
accoler sous 1 aspect d unc pelliciile semi-lransparenle. On y remarque pen de 
vaisseaux : ceux-ci sont greles, se dessinenl sur le fond du coloboma suivant 



22 CHOROrDE. 

une direction a peu pres perpendiculairc a celle des autres vaisseaux qui se dis- 
tribuent aux parties saines de la retine. Us paraissent interrompus ou recourbe^ 
a la hauteur des inegalites de niveau de 1 ectasie et semblent e merger de la 
sclerotique. Ceux qui passent du coloboma sur les parties saines, subissent 
une deviation angulaire d autant plus marquee, que 1 excavation est plus 
profonde. 

L anomalie, dont il est question, coincide parfois avec d autres arrets de deve- 
loppements du bulbc; on a signale la forme ovoide ou echancree du cristallin, 
une configuration particuliere de corps vitre, que Ton a comparee a celle d une 
peche, etc. 

Le coloboma de la choroide rend 1 oeil amblyope ; il entraine aussi la suppres 
sion de la partie du champ visuel qui correspond a la feute choroidienne, ce qui 
permet, a defaut d observation directe, d ctablir que la retine au niveau de la 
malformation ne contient que tres-peu d elements nerveux. 

D autre part, comme le muscle ciliaire fait souvent defaut ou bien est reduit a 
un developpement rudimentaire dans les parties qui correspondent a la dehis- 
cence, 1 activite et 1 energie de 1 accommodation peuvent en subir le contre-coup. 
Les auteurs ont aussi fait mention, parfois, d une myopie plus ou moins elevee. 

La choroide est parfois atteinte d albinisnie congenital en meme temps qui 
1 iris : dans ces cas, 1 observation ophthalmoscopique est extremement facile, la 
pupillc plus ou moins retrecie offre un reflet rouge orange brillant que Ton voii 
aussi u 1 oeil nu. L absencc de pigment choroidien rend les membranes intra- 
oculaires translucides, en sorte que les rayons lumineux penetrent dans 1 oeil 
suivant toutes les directions et provoquent de vifs et incommodes eblouisse- 
ments. 

L albinos a la pupille contracte e ; il fuit la lumiere vive et meme un eclairage 
de moyenne intensite, ce qui le conduit a rapprocher les menus objets et a 
accommoder de preference pour le point de vision le plus rapproche. L etat myo- 
pique et 1 amblyopie qui compliquent si souvent I albiiiisme concourent aussi 
pour leur part a ce resultat. 

L albinisme s attenue parfois avec 1 age ou du moins il devient moins genant 
en raison du resserrement progressif de la pupille. L emploi des lunettes bleues 
et, si cela est necessaire, de la lunette stenopei que sont les seules ressources que 
nous possedions pour ameliorer cette infirmite en diminuant les eblouissements 
qu elle occasionne. 

Von Ammon a signale aussi un cas d hydropisie congenitale de la choroide chez 
un aveugle-ne. 

On a enfin mentionne 1 etat gelatineux de cette membrane et de la sclerotique 
chez un cy elope. 

IV. HYPGRIIEMIE CHOROIDIENNE. Nous avons montre precedemment combien 
1 aspect de la choroide varie a 1 etat physiologique. Selon que ses couches pig- 
mentaires sont plus ou moins riches, son reseau vasculaire qui forme, nous le 
savons, le fond de 1 image ophthalmoscopique parait sombre ou eclatant, confus 
ou distinct. Et de meme 1 aspect tout particulier de la region de la macula sur 
des yeux entieremenl sains, peut aisement simulerune hyperhemie tres-marquee 
et meme sur un epanchement de sang. II importe de ne pas perdre de vue cette 
consideration, parce qu en 1 absence d indications plus precises, on est facile- 
ment entraine, pour les cas embsrrassants, a admettre un etat d hyperhemie de 
cette membrane. 



CHOROi DE. 23 

Dans Ic supplement du bel ouvrage de Mackensic, la congestion choroidienne 
est signalee comme nne affection frequente chez les personnes sanguines, a la 
suite de la suppression d un flux habituel, he morrhoidal on menstruel, on chez 
celles qui sont forcees de travailler en face d un feu ardent, comme les souf- 
fleurs de verre, les cuisinieres, etc., ou chez celles, enfin, qui se sont fatiguees 
la vue par un travail trop assidu ou trop delicat a la lumiere artificielle, sur- 
tout quand ces exces sont accompagnes d un etat habituel de constipation, 
ainsi qu il arrive si souvent aux hommes de cabinet, On 1 observcrait encore chez 
les jeunes fdles chlorotiques, condamnees aux travaux d aiguiljes. 

A cette hyperhemie sont attribues des troubles visucls le plus souvent tran- 
sitoires, tels que taches noires dans le champ visucl, apparitions irisecs ou 
couleur de feu, parfois douleur gravative, tension pe nible dans 1 a il, sensibilite 
a la lumiere, douleurs lancinantes, etc. 

Lorsque cet etat persiste, quelques vaisseaux isoles et tortueux apparaissent 
sur la conjonctive et se terminent en arcades autonr dc la cornec; limites au 
nombre de sept, exceptionnellement plus nombrcux, ils constituent la vasuulari- 
sation abdominale de Beer. Simultanement la sclerotique petit prendre une 
teinte bleuatre et la pupille devenir plusetroite, en raison de la surexcitation 
sympathique de la retine. 

Gut-pin a signale, en outre, comme symptomes de la congestion choroidienne 
la sensibilite de Tceil a la pression etaufroid, 1 exageration, la reduction ou 1 al- 
teration des phosphenes, des maux de tete, la sensibilite de 1 ceil a la lumiere 
une legere presbytie de pres avec une tres-legere myopie de loin (Guepin, De la 
congestion choroidienne. Annales d oculistique. 1859, t. XLI, p. 95). 

Tels sont les signes attribues a la congestion choroidienne. Nous tenions 
d autant plus a les faire connaitre, qu il est rare de les rencontrer aussi bien 
definis dans la pratique. Sans aucun doute, la choroide se fluxionne frequem- 
ment sous Faction de ses excitants naturels, mais ce n cst alors qu nn etat Iran- 
sitoire sans signification pathologique. II est vrai aussi que pendant le cours de 
diverses affections oculaires et notamment de certaines uevrites optiques, on 
rencontre une coloration rouge sombre de la choroide qu il serait difficile de 
meconriaitre et de rattacher a 1 etat physiologique, mais dans ces cas particu- 
liers la congestion de la choroide represente une complication ou bien n est 
qu un phe nomene accessoire. 

Quant aux troubles fonctionnels, il serait bien difficile de les distingucr des 
effets de 1 asthenopie accommodative. 

Pour ces motifs, eu egard surtout a la grande fre quence des troubles de la 
refraction, n y a-t-il pas lieu de craindre que cette hyperhemie mise en avant 
n ait souvent masque quelqu erreur de diagnostic ? Nous n allons pas jusqu a con- 
tester 1 existence de la congestion choroidienne comme affection distincte, mais 
nous ne sommes pas eloigne de croire que sa frequence est en raison invcrso 
de 1 experience de celui qui la decouvre. 

V. GHOROIUITE PARENCHYMATEUJE. L iris et la choroide formant une seule et 
meme membrane vasculaire sont fre quemment malades, tantot simultanement, 
tantot successivement, comme il arrive pour les differentes regions de la mu- 
queuse mtestinale ou de la muqueuse respiratoire. II semblerait done rationnel 
d etudier les affections de cette membrane, quel qu en soit le siege particulier, 
sous la denomination generale d irido-choroidite. Mais comme la meme affection, 
selon qu elle est localisee, soit en avant vers 1 iris, soit en arriere dans la partie 



24 CIIOROi DE. 

posterieurc de la choro ide, soil, enfin, dans une zone intermediaire, corrcspon- 
dant au cercle ciliaire se traduit par des symptomes, par une marche, par des 
suites, qui different assez entre eux pour representer des types nosologiqucs dis- 
tincts, il importe de separer ce que la nature associe bien souvent, et de dccrire 
sous des noms diflerents, deja acceptes dans le langage usuel, les parties d un 
merae tout, lorsqu elles sont sufflsamment determinees pour etre reconnues par 
le clinicien. 

C est en nous placant a ce point de vue que nous donnons, apres d autres 
anteurs, le nom de choroidite parcncbymateuse a ( inflammation de la choroide 
localisee en arriere de 1 ora serrata, reservant sous les noms d iritis et d irido- 
choro idite anterieure ou mieux de cyclile, 1 etude de I inflammation de la cho 
roide limitee soit en avant, soit dans une region intermediaire. 

La choroidite parcncbymateuse est une inflammation du tissu choroidien 
caracterisee anatomiqucment par 1 hyperplasie du tissu cellulaire de la mem 
brane et cliniquement par l ensemblc des signes atlribues autrefois al ophthal- 
mie interne et dont le dernier terme est la phthisic du bulhe. 

Symptomes. La choroidite parenchymateuse debute ordinairement par 1 ap- 
parilion d unc douleur plus ou moins intense dans le globe de 1 oeil. Cette dou 
leur pulsative, lancinante, parfois limitee au bulbe, s irradie le plus souvent anx 
tempes, a la machoire supericure ct a la moitie correspondante de la tete : elle 
revicnt par acces irreguhcrs, s exaspere le plus souvent pendant la nuit au point 
de priver le malade de tout repos. L oeil semble tendu, difiicile a mouvoir; il 
est d une sensibilite si grande que le simple clignement des paupieres et a plus 
forte raison la moindre pression du doigt soffit pour occasionner une crise de 
douleur. 

Les troubles de la vision varient selon les cas et surtout selon les complica 
tions qui se declarent du cote du corps vitre ou de la retine : quclquefois la 
vue se perd du cote malade dans un temps tres-court, le plus souvent elle est 
voilec par un brouillard epais. Par contre, 1 ceil est tourmente par de penibles 
sensations subjectives, il percoit fiequemment des eclairs brillants, rouges ou 
oranges, meme lorsqu il est soigneusement protege contre 1 acces de toute 
lumiere exterieure. Mackensie signale aussi l apparition dans certains cas d un 
point lumine situe dans 1 axe visuel et developpe par tout ce qui peut accelerer 
la circulation, commc le moindre mouvement, 1 action de se lever ou de man 
ger, etc. 

L oeil est baigne de larmes : cellcs-ci s echappent par de veritables crises qui 
occasionnent une detente momenlanee. L action prolongee des larmes sur la 
paupiere et plus encore des troubles trophiques de l innervation, provoquent ha- 
biluellement de 1 irritation au niveau de la rej on larsienne qui devient rou^e, 
epaisse, alourdie. Quelquefois cette irritation s c-Jencl a toute la paupiere dont la 
surface devient luisante ct dont le tissu cellulaire s infiltre. 

Du cote du bulbe on constate, lorsqu on parvienta le decouvrir, tous les signes 
objectifs d une inllammation intra-oculaire violente; I lmmeur aqueuse parait 
trouble; la chambre anterieure dimiuuc de capacite, elle est envahie parfois 
par des debris epilheliaux qui forment des hypopions ; 1 iris prend une teinte 
fauvc ou ardoisee ; la pupille, frangee de pigment devient irreguliere et se fixe 
au cristallin sur certains points ; le I ond de 1 oeil est terne et prend un aspect 
jaunalre. Le tissu episcleral est Ibrlcment tumelie, la conjonclive qui le recouvre 
est byperemiee et imbibee de serosite. La cornee parait reduite dans ses dimen- 



CHOROIDE. 25 

sions, tandis quc le reste de 1 organe, d une teinte uniformement rouge, parait 
considerablcment augment de volume. 

Les signes qni precedent montrent suffisamment que dans cette forme surai- 
gue de la ehoroiditc, 1 iaflammation atteint simultanement ou successivement 
toutc 1 etcndue de la membrane vasculaire en y comprenant la zone ciliaire et 
1 iris. A mesure quc le mal fait des progres, la tension des membranes oculaires 
augments et les douleurs deviennent de plus en plus violentes. L organisme 
ne tarde pas a en ressentir le contre-coup; il survient de la fievre, de 1 agita- 
tion surlout pendant la nuit ; la langue se seche, 1 appetit se perd et chez cer 
tains malades il survient des vomissemcnts opiniatres. Cette situation si penible 
ne commence a se detendre qu au moment ou la cornee ramollie, desorganisee, 
se rompt sous Faction de la pression intra-oculaire et livre passage soit aux 
produits inflammatoires accumules dans la chambre anterieure, soit au cris- 
tallin, soit a uue partie de la zone ciliaire, laquelle, considerablement augmcn- 
tee de volume, vient former au niveau de la brecbe une tumeur d apparence char- 
nue, constamment recouvcrte de pus et d exsudats noiratres. Dans certains cas 
plus rares, principalement lorsque .a ehoroidite succede a une extraction de cata- 
racte par sclerotomie ou bien lorsque le mal se concentre vers un point du cercle 
ciliaire, la perforation s effectue a travers la sclerotique et de preference a 1 in- 
sertion des muscles droits. Dans ces conditions, il survient parfois des ecoule- 
ments de sang abondants et reiteres a travers la breche. Quelques auteurs ont 
considere ccs symptomes violents comme 1 expression de la suppuration de la 
choroide. Cette opinion est trop absolue, car je les ai vus assez souvent se relier 
a une pblegmasie hyperplasique. Neanmoins, il est incontestable que la suppu 
ration du tissu choroidien qui represente la forme la plus grave de la choroi- 
dite parencbymateuse, est surtout a redouter lorsque celle-ci tend rapidement a 
se generalise!- et affecter une marche suraigue et presque foudroyante. 

La choroidile est loin d affecter toujours cette allure brutale. Parfois elle est 
circonscrite, ne se traduit que par une injection et une tumefaction localisee 
de 1 episclere qui forme une bosselure nettement delimitee sur un point de la 
sclerotique. I/injection peri-keratique est peu accusec ainsi que la reaction 
inflammatoire ; la tension de 1 oeil est presque normale et 1 oeil s atropbie insen- 
siblement. 

Les symptomes inflammatoires peuvent faire completement defaut, au moins 
durant un certain temps. L existence de la maladie ne se traduit alors que par 
une diminution progressive de la vision. 

Dans certains cas, le mal debute par un decollement d une partie de laretine, 
lequel, contrairement a ce qui arrive dans le decollement simple, ne s accom- 
pagne pas d un ramollissement du bulbe : celui-ci conserve sa tension normale 
ou meme durcit notablement. C est alors que les phenomenes inflammatoires 
externes apparaissent, que 1 injection peri-keratique survient et fournit un ele 
ment precieux au diagnostic. 

L oeil atteint de choroidite ne se prete que rarement a 1 examen ophthalmo- 
scopique. Les alterations de la cornee, le trouble de 1 humeur aqueuse, 1 etat 
jumcutcux ou la disorganisation du corps vitre, opposcnt au passage des 
rayons lumi:ieux un obstacle insurmontable. Ce n est que elms les cas ou les 
milieux rcslent suflisamment transparcnts, ce qui arrive surtout lorsque le mal 
progresse sans reaction inflammaloire, qu il est possible d obscrver directement 
les modifications de tissu dont la choroide est le siege. II en resulle que les 



26 CHOROIDE. 

signe s anatomiques de la choro idite aigue sont plus particulierement revele* 
par ranatomic pathologique. 

Ces deux sources d information ont appris que la maladie pent etre limitee a 
la couche epitheliale. On observe alors a la surface de la membrane des plaques 
brunes ou noires irregulierement disseminees, dues a 1 accunmlation sur ces 
points de granulations pigmentaires tres-foncees. Lorsque ces amas de granu 
lations et de cellules pigmentaires sont assez developpes pour occasionner une 
preeminence des parties, la retine en est comprimee et d autant plus genee 
dans ses fonclions que 1 alteration siege plus pres du pole posterieur de 1 ceiL 

Des que le mal a envahi plus profondement le tissu choroidien, celui-ci au 
niveau de la region atteinte proemine vers le corps vitre et forme une veritable 
tumeur qui est appreciable au miroir, et meme a la lumiere diffuse lorsqu elle 
a acquis un certain degre de developpement. Ces tumeurs out une coloration 
jaune rougeatre, sont frequemment encadrees d un pigment fonce, comme on 
1 observe habituellement dans les diverses alterations de la choroide. Leur sur 
face est le plus souvent bosselee, et Ton y apercoit parfois quelques gros vais- 
seaux choroidiens distendus qui paraissent et disparaissent au sein de la pro 
duction pathologique. Ces particularites peuvent etre reconnues sur le vivant 
avec 1 ophthalmoscope, lorsque 1 etat du corps vitre le permet encore. 

Les elevures de la choroide varient dans leur nombre, leur etendue et leur 
forme. Ellcs peuvent atteindre une hauteur considerable et se rapprocher telle- 
ment du cristallin, qu elles simulent a s y meprendre des gliomes du nerf 
optique ou de la retine. 

Dans ces conditions, la retine deplacee, soulevee aux points correspondants, 
genee dans sa nutrition, subit la degenerescence graisseuse et donne a la masse 
la coloration jaune qui lui est propre. Parfois, la portion de retine qui recouvre 
la tumeur est perforee, de facon a mettre cette derniere directement en contact 
avec le corps vitre. Lorsque ces sortes d excroissances ont envahi toute la mass& 
de ce dernier, il devient possible d en etudier les dispositions avec 1 eclairage 
lateral a la condition de rapprocher autant que possible 1 axe du cone eclairant 
dc 1 axe antero-posterieur de 1 ceil. On voit alors profondement dans le champ 
pupillaire ce reflet gris jaunatre qui s observe aussi a la lumiere diffuse mais 
avec beaucoup moins de nettete. 

La choro idite parenchymateuse entraine la disorganisation plus ou moins 
rapide du corps vitre. Dans les cas les plus simples, lorsque 1 affection se 
developpe sourdement sans reaction inflammatoire marquee, il est lentement 
resorbe sans perdre completement sa transparence : lorsqu au contraire la cho 
ro idite affecte une marche aigue, tout le corps vitre se trouble brusquement, se 
remplit de flocons, s infiltre de globules purulents, perd progressivement sa 
structure et dans quelques cas ne represente plus qu une masse purulente 
epaisse. Dans ces conditions, le fond de 1 oeil est entierement masque et la pupille 
presente un reflet verdatre, analogue a celui que donne le decollement de la retine. 

Anatomic pathologique. L anatomie pathologique de la choroide a doune 
lieu a d interessantes recherches. Elles ont appris que I hypergeiiese des ele 
ments cellulaires du tissu choro idien commencait sous 1 epithelium par une 
accumulation de jeunes cellules entourees d un grand nombre de noyau x libres 
a divers degres de developpement. Les cellules du stroma ne participent pas a ce 
travail de proliferation : on les rencontre au contraire souvent raretiees, atrophiees 
ou degenerees. Ces amas de cellules nouvelles desorganisent la couche epitheliale, 



CIIOROjfDE. 



27 



se chargent de corpuscules pigmentaires et torment saillie a la face interne de la 
choroide. C est a ce moment que les parties corrcs|)oii(l,intes de la re tine commen- 
cent a sc decoller. La figure suivante (fig. 1) dessinee d apres unc coupe pratiquee 
avec une grande habilete 
par Poncet, agrege du 
Yal-de-Grace, donne une 
idee tres-iiette de ce que. 
1 on observe. Celte coupe 
interesse toute 1 epaisseur 
de choroide et de la retine 
d un ceil atteint de cho- 
roidite parenchymateuse. 
On voit distinctement le 
foyer de la proliferation 
localisee sous la couche 
epitheliale, le stroma in 
tact, les amas de jeunes 
cellules embryonnaires , v - 

tig. I. Uwrotdite parenchymateuse avecdtcollemenldelarttine* 




a. Proliferation de la choroide; b. Zone cillaire de la retine, de- 
collee par le bourgeon choroidien c, Pigment dans 1 epaisseur du 
bourgeon; d, Epithelium choroidien. 



entremelecs de quelques 

massespigmentaires,faire 

breche a travers la couche 

epitheliale, s accumuler en ce point sous la couche des batonnets et former une 

veritable tumeur ou excroissance sous-retinienne. 

D autres fois, les cellules et les noyaux de nouvelle formation presses les uns 
contre les autres, apres avoir traverse la couche epitheliale, pe mMreitt dans le 
tissu retinien, detriment en ce 
point la couche des batonnets. 
Ceux-ci s alterent, se rarefient et 
font place a des corps granuleux 
et graisseux. Plus tard la retine 
profondement desorganisee, subit 
la degenerescence libreuse; elle 
est penetre e ou recouverte par 
des amas de cellules embryon 
naires auxquels sont meles des 
debris du pigment choroidien. 
Parfois elle est completement de- 
collee, transformee en un infun- 
dibulum dans lequel sont renfer- 
mes les debris du corps vitre, 
entierement desorganise et rem- 
pli lui-meme d elements cellu- 
laires. La figure suivante (fig. 2), 
due egalement a Poncet, indique 
bien ce mode de transformation 
de la retine et son ehvahissement 
par 1 element embryonnaire de nouvelle formation. 

Lorsque 1 hypergenese des elements du tissu cellulaire de la choroide est 
tres-active, elle produit des globules de pus au lieu de fibres cellules 




a, a 



AK. 



Fig. 2. Choroidite fibro-parenchymatc.use. 
Proliferation emhryonnaire; b, Retine librcuse; c, 
Retine infiltree de pigment choro iilien. 



:\ 



28 CHOROIDE. 

Cettc production de globules de pus se complique d une alteration des autres 
elements cellulaires de la choro ide. Les cellules etoilees et pigmentaires loin de 
proliferer, s atropbient et sont envahies par la degenerescence graisseuse : le 
pigment qu elles contiennent se detruit : elles-memes se ratatinent, deviennent 
transparentes ou disparaissent. Dans certains cas pourtant, elles conservent leur 
forme et renferrnent une quantite notable de pigment fonce. Les memes modi 
fications s observent dans les cellules hexagonales : le plus Kouvent elles perdeut 
la regularite de leur forme, leurs granulations pigmentaires et constituent des 
plaques tout a fait transparentes : d autres fois, elles sont le siege d une proli 
feration tres-active et forment des amas de cellules fortement pigmentees qui 
sont en saillie a la face interne de la membrane. 

L hypergenese des elements cellulaires de la choroide, qu elle aboutisse a la 
formation de globules purulents ou a la production d elements neoplastiques, 
s observe surtout dans le tissu cellulaire assez abondant qui entoure les vaisseaux 
les plus voisins de la chorio-capillaire. C est le long de ces vaisseaux que s accu- 
mulent les produits nouveaux. 

Par la facon dont elle se localise, cette affection a done pour siege anatomique 
principal la chorio-capillaire : par la nature du processus mis en jeu, elle 

aboutit fatalement a la formation d nne 
quantite plus ou moins considerable de 
tissu retractile, condamne, il est vrai, 
a une prompte metamorphose regres 
sive mais dont 1 activite est suffisam- 
ment durable, meme lorsqu il survient 
un temps d arret dans la production 
des nouvelles cellules, pour entrainer 
1 atrophie de la chorio-capillaire et 
fmalement celle du bulbe en entier. 

L hypergenese cellulaire est accom- 
pagnee, surtout lorsqu elle est tres- 
active, d une transsudation sereuse 
assez abondanle au sein des produits 
neoplastiques et dans leur voisinage. 
La figure suivanle (fig. 5) dessinee 
d apres une preparation de Poncet 
traduit cette disposition. Cette trans- 
Fig. 3. sudation, operee dans 1 epaissour de la 

<z, Retine degeneree, infihree de cellules embryon- cnor ide, y cree des SOulevements, des 

naircs ct de p.gment; h, Tis.u choroidien dans le- bosselures ; concentree sur h face in- 

qucl se voienl quc lque, vais^caux el doiil Ic, lame, 

fibreuses en voie de proliferation sont dislendues, I erne 5 elle OCcasionne promptemeilt 

isolees le, une, de, au.res par le liquide de la Irans- des decollemeilts de la retille (>s dpr 

sudation. Pour la intmi: raison la couilie epilholiale 

est separee, isolee de la chorio-capillaire. lliers peuveilt etre multiples et telle- 

ment limites qu ils reslent impercepti- 

bles a 1 O3il nu ; d autres lois, au contraire, ils soulevent laretine en grande partie 
ou en totalile. 

Tandis que la region posterieure de la choroide est le siege de proliferations 
cellulaires abondantes, la region anlerieure, c est-a-dire la zone ciliaire et 1 iris 
subissent assez souvent une atrophie progressive. Ce dernier en particulier 
change d aspect ; il se decolore, se fletrit ; il n est plus represente que par une 




.A.K 



CHOROIDE. 29 

mince et teruc bandclette membraneuse limitee du cote du cercle pupillaire par 
un petit lisere grisalre exsudatif, souvent soudee a lacristalloide, projctee enfiu 
en avant par le cristallin, ce qui reduit aux proportions les plus exigues les 
dimensions de la chambre anterieure. Le cristallin lui-meme est assez souvent 
atteint duns sa nutrition ; il s opacifie, devient le siege de concretions calcaires ; 
sa capsule epaissie adhere d une part a 1 iris et d autre part a I liyaloide et aux 
debris du corps vitre. 

Chez d autres malades, 1 inflamination gagne les parties anterieures de la mem 
brane vasculaire ; les nerfs ciliaires subissent des compressions douloureuses, et 
la gene de la circulation intra-oculairc augmente au point de determiner du cote 
de la cornee, dcs troubles de nutrition assez intenses pour que cette membrane 
s infillre, s altere et meme se perfore largement. Le cristallin s echappe alors 
de 1 ceil en meme temps que les exsudats mous qui encombrent la chambre ante 
rieure ; alors les restes du corps vitre et les produits neoplastiques ne tardent pas 
a faire sailliea travers la perforation, et peuvent faire croire a 1 existence d une 
tumeur de mauvaise nature. La phase aigue fmit par se calmer, les levres de la 
plaie se rapprochent, des bourgeons charnus se developpent, la cicatrisation 
s opere et 1 organe s atrophie progressivement. 

D autres fois , ainsi que nous 1 avons mentionne precedemment, la cornee 
resiste et il se fait une ectasie en quelque point de la sclerotique preala- 
blement alteree et unie a la choro ide par une inflammation adhesive. Cette 
ectasie augmente tant que durent les phenomenes inflammatoires, puis elle 
diminue au fur et a mesure que I osil s atrophie. II est tres-rare qu a ce niveau, 
en raison de I accumulation exageree des produits neoplastiqnes, il ne s opere pas 
une perforation. 

L atrophie du bulbe, consequence habituelle de la choroidite parenchymateuse, 
resulte, selon toute raison, comme nous 1 avons deja etabli, de troubles vascu- 
laires survenus dans le stroma choro idien et surtout dans lachorio-capillairepar 
le fait de la retractilite des fibres cellules dc nouvelle formation. La chcrio- 
capillaire s atrophie, ses vaisseaux subissent la degenerescence granulo-grais- 
seuse, la circulation y devient irreguliere, difficile. A mesure que la phthisic 
de 1 ceil fait des progres, les produits de nouvelle formation perdent de plus en 
plus leur caractere propre et se transforment en masses amorphes, composees 
d une trame cellulaire lache, ivnfermant des cellules degenerees, un grand 
nombre de noyaux, des corpuscules de pigment libre, beaucoup de molecules de 
graisse et surtout une proportion de plus en plus considerable de cristaux de 
cholesterine et de depots cretaces. 

J ai presente a la Societe de chirurgie (seance du 5 avril 1805), un ceil dont 
toute la cavite etait remplie par une tumeur d apparence colloide qui contenait, 
outre des elements cellulaires degeneres, des globules sanguins alteres et de 
nombreuses petitcs masses ca caires qui avaient a 1 oeil nu 1 aspect de petites 
plaques blanches disseminees. 

On rencontre aussi a la suite du meme processus pathologique une transfor 
mation des cellules neoplastiques en corpuscules osseux veritables, dont les 
proloiigements toutefois sont moins nombreux que dans le tissu osseux normal. 
La figure suivante (fig. 4) dessinee d apres une preparation de Poncet represente 
1 etat des choscs dans un cas de ce genre. 

On a considere pendant longtemps ccs productions osseuses accidentelles 
comme des ossifications de la refine : il appartient a Sichel, Arlt, Stellwag, etc., 



30 



CHOROi DE. 




A.K. 



Fig. 4. Ossification de la choro ide. 

1, Degenerescence collo iMo lie I epillielium; l>, Chorotdile em- 
bryonnaire ; c, c, Tissu osseux; d, Vaisseaux nouvi>aux. 



d avoir eclaire les premiers 1 opinion sur leur [nature et leur veritable siege. 
Les ossifications intra-oculaires prennent le plus souvent naissance sous la 
couche epitheliale dc lachoroidc; on les rencontre dans les diverses regions de 
cette membrane et meme dans 1 iris. Tantot elles existent sous la forme de pail 
lettes irreguhercment disse- 
minees, tantot elles forment 
de veritables coques moulees 
sur le fond de 1 oeil. 11 en 
etait ainsi sur une piece pa- 
thologique, quej ai presented 
a la Societe de chirurgie (an- 
nee 1865). Toute la cavite 
oculaire etait remplie par 
une masse osteo - fibreuse 
creusee sur sa face anterieiire 
d une fossctte correspondant 
a la fossettc hyaloidienne. 
En arrierc de cette masse, 
on voyait la choro ide, librc d adhercnces, depourvue de pigment, constitute par 
une trame vasculaire alteree, presentant en un mot tous les caracteres de la 
choro idile atrophique arriveea sa periodela plus avancee. Le nerf optique consi- 
derablement diminue de volume servait de lien d union entre la choro ide et la 
masse osteo-fibreuse. C cst a cette disposition qu il faut attribuer 1 opinion 
ancienne mentionnee plus haut, qui considerait ces ossifications comme des 
transformations developpees dans le tissu retinien lui-meme. 

Ce qui contribuait a donner le change, c est que les produits neoplastiques de 
la choro ide au seia desquels se developpent les noyaux d ossification, penetrent 
en quelque sorte par effraction a travers les couches retiniennes, en provoquent 
la degenerescence et la disparition sur certains points : mais ce sont la des 
modilications secondaires, devoismage en quelque sorte, et un examen attentif 
demontre quo la choro ide est, malgre certaines apparences, le sie ge de 1 ossi- 
lication. Sur la piece tlont il vient d etre question, je crus au premier abord avoir 
affaire a une degenerescence osseuse de la retine, mais en pratiquant une coupe 
mediane, je reconnus que la tumeur inlra-oculaire iTetait pas pleine, qu elle 
representait une veritable coque remplie par une masse pulpeusc manifestemeut 
en connexion avec le ncrf optique et contcnant des debris de la retine et du corps 
vitre. Cette Coque occupait toute 1 etendue de la choro ide avec laquelle elle 
n adheraiten aucun point. En avant, elle confmait au cristallin ; en arriere, ellc 
etait percee d un trou a travers lequel passait le nerf optique. 

Dans uncas analogue, Emile Berthold (Annales cVocul., t. LXYI, p. 89) con- 
stata, sur des coupes transversales de la choro ide chez un sujet aveugle depuis 
vingt ans et en procedant dc dehors en dedans, une couche de tissu conncctil 
pigmcute, une couche dc tissu osseux normal renfermant des espaces medul- 
laires a cellules graisscuses, et enfm une seconde couche de tissu connectif reti- 
culaire ou fcutre suivant des endroits. 

Tout recemmeut, j ai observe un nouvel exemple d ossificalion choroidienne 
chez un invalidc avenglc depuis vingt ans a la suite d une ophthalmic puru- 
lente. La cavile oculaire elait tapissee par une coque osseuse, limitec en 
avant a la zone ciliaire et a 1 iris, et percee en arriere d nn trou etroit a travers 



CHOR01DE. 31 

lequel passait le nerf optique reduit a de tres-faibles dimensions. Cette coque 
osseuse avait une epaisseur de trois millimetres. 

Schiess-Gcmuseus a donne, dans les Archives d ophthalmoloyie d Albrecht 
von Graei e (t. XIX, 2 e partie, p. 202) les resultats de I examen de huit bulbes 
oculaires que preseataient a des Jegres divers des ossifications de la chorozdc. II 
ressortde cet examen que dans tous, 1 ossification avait eu pour point de depart 
la limitante interne ou lame hyaline de la chorio-capillaire. Dans un cas, le tissu 
osseux etait compris entre cette lame et la couche epitheliale pigmentee: le plus 
souvent, le siege de la neoplasie osseuse etait represente par une trame de tissu 
^onjonctif hyperplasie, derivant de la choroide. 

Pacnstecher a relate egalement 1 examen de huit yeux, atteints d ossifications 
choroidiennes. II a constate que la transformation siegeait soit dans des exsu- 
dats ante-dioroidiens, soit dans le tissu choroidienlui-rneme. Les plaques osseuses 
resultaieut de 1 ossification du tissu conjonclif de nouvelle formation ou du tissu 
oellulaire normal prealablement altere. 

Ces faits demontrent qu il serait trop absolu de considerer, comme 1 a fait 
Knapp , la chorio-capillaire comme le point de depart constant de 1 ossifi 
cation. 

Sur des yeux atteints de choroiditc, on peut rencontrer des alterations dans 
les vaisseaux de la retine, dans la sclerotique, dans la gaine du nerf optique et 
surtout dans le cristallin. Sur 1 une des pieces mentionne es ci-dessus, le cris- 
tallin, maintenu en place par son appareil ligamenteux encore reconnaissable, 
etait entiercment cretace ; sur une seconde, la lentille representait un type de 
cataracte noire. 

Causes. La determination des causes de la choro idite parenchymateuse est 
le plus souvent fort incertaine. 

La plupart des cas aigus, aboutissant promptement a la suppuration, se rappor- 
tent a des lesions traumatiques, soit que la choroide ait ete directement atteinte, 
soit qu elle ait eu a subir le contact d un corps irritant tantot venu du dehors 
(fragment de capsule, parcelle metallique, etc.), tantot proveuant de 1 oeil lui- 
meme (cristallin a la suite de 1 operation de 1 abaissement, et plus rarement 
cysticerque developpe dans les parties profondesde 1 oeil). 

La predisposition aux inflammations suppuratives represente dans IV tiologie 
<le cette maladie une place considerable. G esta ce titre qu elle semble se deve- 
lopper de preference chez des sujets atteints de syphilis, alors memo que les 
.autres manifestations out disparu depuis longtemps. C est a ce titre encore qu on 
la rencontre plus frequemment chez 1 enfant que chez 1 adulte, surlout lorsqu il 
existe du lymphatisme ou de la scrofule. Nous 1 avons aussi vue parfois combinee 
avec des poussees d eczema ou de pytiriasis. Faut-il attribuer a une influence 
de meme ordre les fails relates par Stelhvag de Carion, dans lesquels la cho 
ro idite aurait succede a des eruptions pustuleuses, successives et inveterees sur 
la sclerotique ? 

Dans ces conditions de sante generale, on voit la choro idite parenchymateuse 
eclater a 1 occasion d une simple piqure de la cornee ou de 1 operation la plus 
-inoffensive de la chirurgie oculairc. Cette redoutable complication sera d autant 
plus a craindre que la choroide aura ete plus profondemeut alteree par des 
troubles de nutrition ou des inflammations anterieures. C est ce qui explique la 
gravite des operations pratiquees sur des yeux atteints de staphylomes, d hy- 
ilrophthalmie, etc. 



52 CHOROl DE. 

La clioro idite a etc signalee comme 1 imc des manifestations metastatiques de 
la pyohemie, principalement a la suite des fievres puerperales graves ct de la 
phli bite des veines ombilicales chez le nouveau-ne. On la rencontre moins a la 
suite dc 1 infection purulente chirurgicale. 

EIlc se rencontre aussi frequemment pendant le cours de certaines epidemies 
de fievre typhoide ou de typhus. Cette complication parait S\%e moatree, au 
dire de Thucydidc, pendant la peste d Athenes (Thucydide, lib. I[, cap. 49). 
Hcwson 1 a menlionnee en 1814. Dans la description de Wallace en 1826, on en 
retrouve les traits principaux. En 1827, les medecins anglais 1 avaient aussi 
signalee pendant 1 epidemie de lievre recurrente de Dublin. Une autre epidemie 
observee en Ecosse permit a Mackensie de donner de cette complication une des 
cription plus complete. 

La choroidite s observe aussi parfois dans le cours de la me ningite. Nagelet 
de Graefe out remarque que, dans ces cas, elle affecte habituellement la forme 
suppuralive. 

Enfm, pour quiconque aura pratique pendant un certain temps la chirurgie 
oculaire, il sera difficile de ne pas adrnettre 1 action nosocomiale et aussi 1 inter- 
vention de certaines influences generates transitoires dont j ignore absolument 
la nature, mais dout je reconnais la presence a 1 apparition subite d une pro 
portion insolite de choroi dites aigues a la suite d operations pratiquees sur 1 oeil. 

Marche. La aiarche de la choroidite parenchymateuse est tres-variable. Parfois 
ellc revet la forme d une violente ophthalmie interne qui conduit rapidemeut a la 
destruction de 1 organe ; parfois le mal se developpe insidieusement sans sine 
exterieur d indammation ; I affaiblissement subit ou progressif de la vision, 1 al- 
teration du champ visuel et le reflet special de la pupille mettent seuls sur la voie 
du diagnostic. Le plus souvent, la choroidite affecte une marche intermediaire. 
Aux troubles visuels s ajoutent une injection peri-keratique, des douleurs 
ciliaires sourdes, revenant irregulierement et frequemment localise es dans le 
sourcil. Puis des temps d arret succedent a cette poussee inflammatoire, puis les 
accidents redeviemient plus aigus pour disparaitre de nouveau apres un certain 
temps. Les memes alternances peuventse reproduirejusqu a ce que Kor^ane soit 
completement degenere, ce qui arrive au bout de plusieurs mois ou meme de 
plusieurs annees. Celte forme merite d etre signalee tout particulierementparce 
qu elle parait occasionner plus souvent que les autres des ophthalmies svm- 
pathiques. 

La choroidite parenchymateuse se termine dans 1 immense majorite des cas 
par 1 atrophie lentede I oail ; la cornee aplatie, reduitedans ses dimensions s opa- 
cifie; 1 iris decolore, desorganise se soude a la cristalloide ; la pupille est large, 
irreguliere, immobile ; le cristallin, longtemps transparent, finit ordinairement 
par s alterer ; des opacifications d abord localisees au pole posterieur envahissent 
progressivement toute la lentille et donnent naissance a des depots calcaires. 
Enfin, les restes du corps vitre se fixent derriere la fosse hyalo ide, enveloppes par 
les plis de la retine, decollee, desorganisee et finalement reduite a une mince 
pellicule de tissu cellulaire. 

Traitement. Le traitement de la choroidite parenchymateuse doit varier selon 
les circonstances et la marche de I affection. 

Si elle est sous la dependance d un irritant mecanique, tel qu un eclat de 
capsule, uneparcelle metallique introduite dans I ceil, il importe d en debarrasser 
le maladeau plusvite lorsque la chose est possible. 



CIIOR01DE. 33 

Dans tous les cas, il faut au debut du mal user activement de toutes Ics res- 
sources pour en enrayer la marclie. Sans trop s attacher a la recherche des causes 
geneiules, on emploiera un trailement resolutif compose d onctions niercnrielles 
et d iodure de potassium a doses progressives. S il exisle dcs accidents aigus, 
une rougcur intense, des doulcurs ciliaires, on y ajoutera defrequentes applica- 
tions de sangsues a 1 angle externe de 1 oeil, a la condition toutefois que I rl.il 
general des forces lepennette. 

De legers laxatifs, tels que 1 eau de Pullna, I infusion de sene, etc., compli lc- 
ront 1 ensemble des moyens du trailement qui seront continues pendant ladurec 
de la phase aigue. 

Si des signes de suppuration de 1 organe se declarent, il convicndra d ajouter 
au traitement reso utif des compresses imbibees d eau cbandc, renouvelecs dc 
cinq minutes en cinq minutes pendant deux a qnatrc heures. Lorsque la tension 
de 1 oeil devient excessive, ce que Ton reconnait a la vive sensibilite de 1 organe, 
a la violence des douleurs, on aura recours a des paracentescs reiterees. 
. Sil effet de ces dernieres est insuffisant, on pratiquera une large iridectomie. 
Bien souvent, cette demierc sera suivie d une hernie de la zone ciliaire et d une 
cicatrice cysto ide. Maisccs incidents sont sans importance, si on les compare au 
calmeque 1 excision de 1 iris apporte le plus souvent. 

Les narcotiques, le chloral sont d un excellent elTct pour calmer les doulcurs 
etl agitation du malade. Les injections hypodermiques de chlorhydratedc mor 
phine represenlent en pareilcas le mcilleurmodc d administration. 

Lorsque la tension des membranes et leur alteration sont telfes qu il n esl plus 
possible de conserver a 1 organe son aspect habituel, il faut, pour mettre fin 
a d horribles doulcurs, recourir de suite soitaune large incision de la sclcroliqm; 
qui donne issue a une portion considerable du contenu de 1 oeil, soil a rcnnclea- 
tion complete du bulbc par le procede dc Bonnet. Pour sc decider entre ces deux 
operations, on ticndra compte dc la cause premiere du mal, de lasanle dusujel, 
de son sexe et dcs conditions sociales dans lesquelles il se trouve. L enuele ation 
conduit plus rapidement a la guerison; clle met immediatcmcnt un lerme aux 
souffrances, mais elle laisse moins de ressources pour la prothesc. L incision 
scleroticale est suivie d une suppuration abondantect prolongee qui pent porter 
attcinte aux forces du malade, mais clle donne comme rcsullat un moignon plus 
mobile, plus volumineux et mieux approprie.a 1 adaptalion d un ceil artificial. 

L enucleation devra etre pratiquee chez 1 homme plus tot que chez la fcmme, 
chez les sujets debiles qui supporteraient difficilement une longue suppuration, 
enfin dans tous les cas ou il existe dans 1 organe malade un corps etranger qui 
devient un element permanent d irritation, et une menace d ophthalmie sympa- 
thique. Fort heureuscment, on est rarement reduit aces dures extremites, inume 
lorsque 1 al fection a une marche tres-aigue, si 1 on aresolument applique le trai 
tement que nousavons Jndique. On reussitle plus souvent, sinona conserver les 
fonctions de 1 organe, du moins a obtcnir la cessation des accidents aigus, 1 atro- 
phic lente et moderee du bulbc, la conservation plus ou moins complete de la 
cornee,enun mot, des conditions qui n obligent pas a avoir recours a la prothese 
oculaire. 

Des que les accidents inflammatoires sont apaises, on doit cesser tout Iraite- 
ment actif et conficr au temps et a I liygiene le soin d epuiser le processus 
morbide. 

VI. SARCOMEDE LA CHOUOIDE. Nous avons dit precedemment que la choro idile 

D1CT. EKC. XVII. 3 



34 CHOROIDE. 

parencliymateuse donnait assez souvent naissance a de veritables tumeurs cir- 
conscritcs, localisees le plus souvent vers la zone ciliaire, constitutes par du> 
tissu cellulairc de nouvelle formation et destinees a disparaitre par regression 
au fur et a mesure que la maladJe accomplit sa derniere phase habit uelle, 
I atrophic lente et progressive du bulbe. Les tumeurs sarcomateuses dont il 
est ici question naissent comme les precedentcs dans le tissu cellulaire cho- 
roidien, se rcvelent par des signes semblables, a tel point qu au lit du ma- 
lade et sous le scalpel de I histologiste, il cst le plus souvent impossible a 
un moment donne de leur evolution de les distinguer entre elles. Mais contrai- 
remcnt aux autres, elles tendent incessammcnt a s accroltre, plus on moins- 
rapidement selon 1 activite de I hypergenese ; elles envahissent successivemcnt 
les parties voisiucs sans que 1 alteration cesse de faire des progres dans le& 
points primitivement occupes; enfin, parvenues a un certain degrede developpe- 
ment, el es apparaissent dans des points plus ou moins eloignesdu foyer primitif 
et separes cle ce dernier par du tissu sain, marquant ainsi leur pouvoir de gene 
ralisation ou d infection. 

Ces caractcres distinctifs etablissent au point de vue clinique une difference- 
absoluc eutre les tumeurs du premier ordre et celles du second. Bien que 
les unes ct les autres precedent d une hyperplasie du lissu cellulaire choroidien, 
elles represcntent dans le premier cas des tumeurs inflammatoires simples et 
benignes, et dans le second des tumeurs plus ou moins malignes. 

L etiule du sarcome choroidien est de date asscz recente; il represents avec le 
gliome dc la retine le groupe des affections malignes de 1 oeil, designees 
un pen confusement, sous les noms de fongus medullaire et de fongus hema- 
tode. Ce fut a partir du memoire de Maunoir, de Geneve, public en 1820, que 
les tumeurs intra-oeulaires commencerent a etre mieux connues et qu elles furent 
partagecs en deux classes dont 1 uiie, le fongus hematode, procedait do la dioroide 
et 1 autre, le fongus medullaire, procedait de la membrane nerveuse. En changeant 
les noms, on trouve dans la distinction de Maunoir, les elements de la classification 
actuelle qui clivisc les tumeurs ou degenerescences intra-oculaires en sarcomes 
ou tumeurs choroidiennes, et en gliomes ou tumours d origine nerveuse. Ccs 
tumeurs empruntcnt au milieu dans lequel elles se developpent un element, 
complemcntaire, le pigment, qui dans 1 immense majorite des cas les colorc en 
noir et leur a fait donuer le nom dc tumeurs melaniques, de melanose intra- 
oculaire, de carcinome melane ou melano-carcinome, etc. C est sous ces deno 
minations un peu vagues, mais qui rappelaient toutes 1 idee de tumeurs ma 
lignes, que figuraicnt les observations de sarcome avant que les progres de 
rhistologie eussent permis de donner aux choses une signification plus precise. 

La premiere observation bien complete de sarcome de la clioroide avec cxamea 
histologique a 1 appui, fut publiee par de Grsefe en 1858. Dcpuis lors les fails 
se sont multiplies en assez grand nombre pour que le docteur Leon Driere ait 
pu en reunir quatre-vingt-deux dans une excellente monographie, publiee en 
1874, sur le sarcome dc la choro ide. 

Analomie patholoyique. La plupart des variete s des tumeurs sarcomateuses. 
admiscs par les anatomo-patliologistes et en particulier par Virchow, puis par 
Cornil ct Ranvicr, out cte rencontrees dans 1 etude du sarcome cboroTdien. La 
classification au point dc vuc bistologique en a ete faite avec autant de soin que 
d erudilion par Leon Briere. 

Les types les plus interessants a connaitre pour le clinicicn sout les suivants: 



CIIOROi DE. 3& 

A. Sarcome blanc ou lenco-sarcome. Variete ainsi nommcc parcc qu elle 
est moins noire que Ics autrcs, saus etre toulefois incolore, car on y rencontre, 
quand elle n est plus dc date reccnte, des elements brunatres. Composee essen- 
tiellement de cellules rondes et fusiformes ct d une quantite mininie de tissu 
fibrcux, elle correspond au carcinome encephaloi de on Ibngoide de Brcsclict. Les 
elements de ce sarcome, ronds ou fusiformes, sont rejiivsenU -s par des cellules a 
noyaux volumineux, reunis par une substance intercellulaire hyaline pen abon- 

dante. La tumeur peut se desagreger en petites parcclles, lorsqu elle a etc le 
siege d un ramollisscment regressif ou inflammatoire. Si les points ainsi alteres 
siegent a la surface, ils offrent tout a fait 1 aspcct du gliunic ou du carcinome. 
i Le sarcome blanc renfermc beaucoup de vaisseaux ; ceux-ci sont parlbis (cllcmcnt 
nombreux qu ils donnent au tissu sarcomatcux 1 aspcct dc tumours ercctilcs, 
veineuses, etc. On y rencontre aussi des lacis de vaisseaux capillaircs qui pro- 
sentent sur leur trajet des dilatations ampul aires ou moliniibrmcs, dans les- 
quelles le sang stagne de facon a faire supposer dc nombreux cxtravasals; en 
examinant de pres on s assure que leurs parois ne sont pas rompues, mais 
seulement distendues a 1 exces par les cellules sarcomateuses qui les remplissent 
et par 1 effort dc 1 ondee sanguine s cxercant sur des vaisseaux plonges dans un 
stroma sans consistance. Cependant on conceit qu assez souvcnt il se produise 
des ruptures, de petites suffusions sanguines qui produiscnt celte teinte brune 
dont il a etc question. 

G cst a cetle variete de tumeurs que Knapp, Leber, out donne le nom de sar 
come teleancjiectasique . 

Le sarcome blanc, depourvu de pigment comme son nom 1 indique, doit son 
caractere a ce qu il pmicl naissance sur la chorio-capillaire qui est pcu ricbe en 
pigment ; il se transforme asscz freqiiemmciit en melano-sarcome lorsqu il cn- 
valiit les autres couclics de la cboroidc, mais alors le pigment sc trouve reuni en 
ilots formes de granulations amorphes, tandis que dans les autres formes il 
envahit les cellules mcmes. On peut done recormaitre par lemode de distribution 
du pigment dans une tumeur donnee, qucl est le point de la cboroidc qui lui a 
donne naissance (Briere). Lcs observations de leuco-sarcome sont assez rarcs: le 
travail de Briere en rcnferme quatrc exemples. 

B. Fibro sarcome. Le fibro-sarcome ne differe du precedent que par une 
proportion plus considerable de fibres dc tissu conjonctif. Les cellules rondes y 
sont en petit nombre, tandis que les cellules fusiformes de toutes dimensions y 
predominent. 

Dans cctte espece de tumeurs 1 element embryonnaire revele un commence 
ment d organisation, ce qui donne a la masse une texture libreuse et une plus 
grande consistance. G est a elles que Leber donnait le nom de tumeurs fibro- 
plastiques. 

Le iibro-sarcomc est bien circonscrit : il renferme peu de vaisseaux ct affecte 
une marcbc plus lente que le leuco-sarcome ; il est moins envahissaut et moins 
promptcmcnl mcnacant pour 1 economie. Le plus souvent il est pourvu de 
pigment; on y rencontre plus raremcnt que dans les tumeurs a tissu mou les 
divers produils de regression. 

G. Melano-sarcome. Les deux especes dc tumeurs dont il vient d etre ques 
tion sont totalcmcnt depourvues de pigment (leuco-sarcome), ou n en contien- 
nent qu unc petite quantite ou (libro-sarcome) ; toutes les autres, quelle que 
soit d ailleurs leur structure en conticnnent beaucoup, et represenlent aulant 



36 CHOROIDE. 

de formes de la me lanose dont le siege de predilection est la choroi de. 

Le melano-sarcome est la plus frequentc, la plus grave des tumeurs malignes 
de la choroide. La grandc quantite de pigment qu il rcnferme lui donne un as 
pect special : parfois il a unc teinte grise, le plus souvent il est brun ou d ua 
noir sale, il tcint 1 cau en noir comme 1 cucre dc Chine. Dans certains cas, on le 
rencontre veine de pctites stries blanches commc la chair de la truffe. L ele- 
ment melanique qui sert en quclquc sorte de caracteristique aux tumenrs 
choro idienncs, resulte de la prolif ration dcs cellules pigmentaires dc la mem 
brane. 

Lc produit de cctte hypergenese infiltre les cellules sarcomatcuscs uu forme 
des masses isolees. Dans le premier cas il est representc par dcs granulations 
noires disseminees dans le contenu cellulaire et surtout abondantes autour des 
noyaux on clles forment une espece de zone (Knapp). II arrive parfois qu un seul 
cote ou qu un point isole de la cellule soil envahi par ces granules pigmentees. 

Le developpcmcnt des granulations semble accompagner 1 evolution dc la cel 
lule elle-meme ; incolore a son debut, elle se charge progressivemeiit de pigment 
jusqu a son complet developpement. 

Dans le second, il occupe les cellules interccllulaires a 1 etat isole ou agrege 
en masses disseminees, que Ton a aussi attributes a une metamorphose du sang 
extravase. Ces masses isolees que Ton trouve parfois dans les sarconics blancs 
ainsi qu il a etc dit, n ont pas une teinte uniforme comme les parties infiltrees 
de pigment ; on y rencontre diverses nuances comprises entre le jaune ut le rouge 
fonce comme dans les depots de maticre colorante a la suite des hemorrhagies. 

Les granulations du sarcome melanique sont noires des 1 origine; rcndues 
libres par la rupture des cellules qui les renfermcnt, elles sont animees du mou- 
vement brownieu. 

Le melano-sarcome est souvent constitue par des cellules fusiformes dont la 
disposition rappelle cclle du fibro-sarcome ; moins fermc que cc dernier, i! est 
plus consistant ct moins vasculaire que le sarcome blanc. 

Le sarcome melanique est done d une tres-grande puissance de generalisation. 
Celle-ci s exerce de preference sur les visceres les plus vasculaires ct notammcnt 
le ibie. Mais on en a trouve partout, dans les os, le canal rachidien, etc., on y 
rencontre assez frequcmmcnt dcs produits dc degenercscence graisscusc. 

Le sarcome melaniquc subit dans certains cas, a une pcriode quclconquc 1 de 
son developpement, une transformation qui rapproche sa structure de celle du 
carcinome. On y trouve un stroma fibreux liniitant dcs alveoles qui ibrmeiit 
entre elles, pai leurs communications, une sorte de systeme cavcrnenx. Ces ;il- 
veoles sont rcmplies dc cellules libres ct independantes dans une substance 
intercellulaire plus ou moins abondantc. Ces cellules peuvent etrc polyedri- 
ques, rondcs, ovales et parfois fusiformes. Elles existent a divers degree dc de- 
veloppemcnts, atteignent parfois des dimensions considerables et conliennent 
pour la plupart un grand noyau pourvu de nucleolcs. Ces cellules peuvent etre 
identiques a eelles dcs dilfercntes varietes de cellules epitbeliales, et aux 
cellules des ganglions lymphatiques. Elles n ont done aiiciin caractere propre 
qui apparticnne au cancer. Outre cet element on trouve dans le liquide que con- 
tient la tumeur beaucoup de noyaux ronds ou ovales, qui soul le plus souvent de 
grandes dimensions. Eulin dans les cellules et dans les espaces qu elles laissent 
entre elles, il existe gencralement une grande quautite de pigment noir ou 
brun. 



CHOROi DE. 57 

On pent done rencontrer cette espccc de tumeur sous deux etats morpholo- 
giques differents ; daas Ic premier ellc est composee d elements qui sont identiques 
ou du nioins qui offrent unc grande rcsscmblance avec le.s elements normaux 
du tissu connectif de la choro ide et u en different qu en ce que les cellules sont 
plus developpees et plus abondantes; dans Ic second il existe des cellules dont 
on rencontre les analogues dans d autres tissus de 1 economie, mais qui ne pre- 
sentent aucutie analogic avec les cellules normalcs de la choro ide. Le carcinorae 
de la choro ide peut exceptiounellement presenter des le debut les caracteres 
histologiques du carcinome. C cst a ces formes que Virchow a donne les noms 
soit de carcinome, soit de sarcome mixte ou sarcome carcinomateux. Elles 
repondent plus specialement a la melanose oculaire des anciens auteurs, au 
cancer medullaire de beaucoup d ecrivains modernes. 

Le melano-sarcome renferme frequemment des ilots plus ou moiiis conside 
rables dc tissu muqueux melanges au tissu propre de la tumeur. Ce tissu mu- 
queux est reconnaissable a ses cellules rondes, semblables a celles que 1 on ren 
contre dans le corps vitre ; sa presence sert a reconnaitre la classe de sarcome 
designee par Virchow sous le nom de globo-cellulaire, et qui comprend deux 
varietes, le myxo-sarcome et le glio-sarcome. 

Dans un fait communique par Knapp au congres de Heidelberg (de 1865), An- 
nales d oculistique, t. LV1I, p. 174), la tumeur choroidicnnc developpee a la 
suite d un traumalisme etait accompagnee de deux collections puruleutes, deve 
loppees 1 une a sa face externe du cote de la sclerotique, 1 autre a sa face interne 
sous la retine complelement decollee. Gelte tumeur etait constitute par une 
hyperplasie des cellules plasmatiques du stroma de la choro ide. En raison de son 
caractereexceptionnel, 1 auteur lui donna le nom de sarcome de la choroide avec 
foyers purulents. Cette designation ne fut point acceptee par les membres du 
congres, et Kreitmaer, Nagel, de Graefe, considererent a juste titre ce tissu neo- 
plastique comme un produit intlammatoire, dernier terme d une choro idite 
hyperplasique et purulente. 11 en est de meme d une observation publiee 
par Quaglino de Milan, dans le premier fascicule des Annali di ottulmolo- 
gia. Ces deux fails auxquels on en pourrait ajouter quelques aulres sont relatifs 
a des pseudo-sarcomes qui different des sarcomes vrais comme le tissu inflam- 
matoire dont reiement fondamental est le bourgeon charnu differe du veritable 
sarcome. 

Des caracteres histologiques du sarcome on peut tirer quelques deductions 
generales interessantes pour le pronostic. 

A ce point de vu e les tumeurs peuvent etre partagees en deux groupes : les 
sarcomes avec predominance de cellules fusiformes (sarcomes durs), et les sar 
comes avec predominance de cellules rondes (sarcomes mous). Les premiers, 
plus consistants, nioins vasculaires, proliferent moins vite, on , une marche 
beaucoup plus lente, et subissent moins souvent les diflerentes metamorphoses 
regrcssives. Les seconds plus mous, plus vasculaires ont une evolution plus 
rapide, une marche beaucoup plus envahissante ; ils subissent plus frequcmment 
la degenercscence granulo-graisseusc. L element melanique ajoutc encore a la 
gravite du pronostic de cette derniere forme. Malgre quelques opinions con- 
traires, et celle de Sichcl pere en particulier, le melano-sarcome est le plus 
redoutable des cancers dc 1 oeil a cause de sa marche rapidemcnt envahissante et 
surtout de sa grande tendance a la generalisation. On rencontre sans contredit 
quelques cas de melanose non suivis de recidive : ce sont eux qui ont servi da 



38 CIIOROi DE. 

base a la distinction de Sichel, niais ils sont tout a fait exceptionnels et leur 
iiombre n est gucre propre a attenuer la gravite du pronostic general du melano- 
sarcome. 

Le sarcome se developpe le plus ordinairement dans I hemisphere po te rieur 
du globe, c est-a-dire dans la partie la plus vasculaire de la choro ide. II nait ; 
dans le tissu connectif pigmcnte de cette membrane : an debut la sclerotique, la 
retine et meme la couche epitheliale de la choro ide, paraissent intactes au niveau 
dc la production nais ante. Mais cette situation n est pas durable. La presence du 
produit neoplastique a pour effet de comprimer les vaisseaux qui lui sont con- 
tigus, puis les vaisseaux du voisinage de facon a provoquer de la gene dans la 
circulation. Cette gene est suivie comme toujours d un certain degre d infil- 
tralion, dc transsudation sereuse dont le produit, charge de globules sanguins, 
de teintc rouge on brunc, occupe tout d abord 1 epaisseur de la membrane 
vasculaire, puis s accumule bientot a sa face interne. G est ainsi que la retine 
se trouve soulcvec, detachee sur certains points. A mesure qne le liquide sous- 
retinieu transsude augmente, le refoulcment de la retine d arriere en avant 
s accentue davantage, jusqu au moment ou il se produit un decollcment total. 
Ce decollcment bien quc tres-frequent n est neanmoins pas constant. Becker a 
relate dans les Archives de Knapp ct Moos (annee 1870, p. 827) trois fails de 
sarcomcs observes des le debut, et dans lesquels 1 examen ophthalmoscopique 
aussi bicn que le microscope, demontrerent qu au moment ou le iv oplasme avait 
acquis un developpemcnt tel qu il compromettait cleja notablement la vision, la 
retine etait restee en contact intime avec la masse de la tumeur. 

Le liquide sous-retinien est susceptible d un certain degre d organisation, 
que Ton rencontre surtout lorsque au liquide nouvel lenient exsude se trouve 
mele une certaine quantite dc cellules epitheliales de la couche interne de la 
choro ide. On voit alors des stries fibreuses disposees dans les diverses direc 
tions. II n est pas rare de rencontrer ce travail d organisation s operer simul- 
tanemeut dans 1 exsudat sous-retinien et dans les restes du corps vitre. Ces 
exsudats sous-retiniens organises ou non disparaissent par resorption a me 
sure que le sarcome fait des progres. Simultane ment le corps vitre s altere, 
se desorganise. Cette alteration du corps vitre consiste dans une transforma 
tion ct une resorption progressive de . ses elements. Le tissu muqueux embrvon- 
nairc qui le constitue disparait souvent pour ne laisscr en sou lieu et place 
qu unc matiere amorphe chargee de globules sanguins alteres. On voit alors la 
retine ^e plisser, se ratatiner et former par la conservation de ses points d attache 
en arrierc ct en avant un cone dont le sommet louche a la papille optique et 
dont la base correspond a 1 ora serrata. A un degre plus avance du mal, lorsque 
la tumeur remplit la cavite oculaire, la retine refoulee de plus en plus finit par 
se romprc, se dissocier et meme disparaitre completemcnt. Elle subitaus?i sou- 
vent la degenerescence sarcomateuse ou gliomateuse. De tous les elements de la 
retine, ceux qui se conservent le mieux sont la membrane limitante interne et 
les fibres radices. 

Le nerf optique est ordinairement envahi, tantot par 1 element cellulaire in- 
colorc ou pigmeiite du sarcome, tantot par une degenerescence sclereuse. 

Lorsque le sarcome remplit la cavite oculaire, le cristallin est chasse en avant 
centre la face interne de la cornce ; presque toujours il perd sa transparence el 
subit uua legere atrophie. On a cite des faits dans lesquels il aurait entierement 
disparu par resorplion. 



CHOROi DE. 39 

Le corps ciliaire prend egalement part quelquefois a la degenerescence sarco- 
inateuse, soit primitivement, soil plus souvent d une facon secondaire. 

La sclerotique resists pendant longtemps a 1 envahissement; c est a cctlc cir- 
constance qu est due 1 inclusion longtemps persistante du tissu neoplastique 
dans la cavite oculaire. Cette resistance opposee a la marche envahissante du inal 
doit inf ailliblement occasionner une augmentation de pression intra-oculaire; 
de la cette periods glaucomateuse mentionnee dans le plus grand nombre d : ob- 
servations de sarcome choroidien. Si 1 art n intervient pas, la sclerotique limt 
par cedcr; le plus souvent c est au niveau dcs points qui oiTrent le nioins dc 
resistance ou qui livrent passage au vasa vorticosa. 

Quelquefois la tumeur s etend du cote du nerf optique. On voit d abord des 
trainees noires allcr de la lame criblee dans le perinevre puis s eteildre pen a peu 
en arrierc entrc Ics fibres nerveuses, ct d apres 1 obscrvation de Yirchow, non- 
sculcrnent gouflcr le nerf au fur et a mcsurc qu clles dcvicnncnt plus abon- 
dantes et })lus epaisses, mais favoriser aussi 1 extension du inal du cote de Tor- 
bite et meme vers la voute cranienue. 

La propagation a travcrs la scleroliquo peut s operer soit au niveau des sinus 
equatoriaux, soit aux cotes des muscles droits. Cette propagation s eflcctue rare- 
menta 1 aide d un prolongement qni soit en connexion distincte avec la tumeur 
intra-oculaire. Le plus souvent, c est par 1 intermediaire d une production simi- 
lairc situec sur la face externe de la membrane libreuse et independante de 
la premiere. Toutefois cette independance n est qu apparenfe car le microscope 
demontre ordinairemcnt le lien des deux tumeurs a travel s les elements de 
la selerolique. Ceux-ci sont alteres, subissent un changement sarcomaleux. 
Dans ces cas on a constate que les coucbes les plus malades etaieat celles 
qui avoisinaient la tumeur cboroidienne. On peut done dire, en resume, que la 
sclerotique n oppose une serieuse barriere a 1 extension dcs sarcomes cboroidicns 
que dans les cas de tumeur similaire extra-oculaires ; celle-ci est le plus souvcnl 
produite par la propagation directe des elements morbides, sous forme de cel 
lules ou de substance granulaire, a travers la membrane iibreuse qui peut pa- 
jaitre longtemps inalteree. 

Le sarcome perfore aussi 1 enveloppe fibrense du bulbe vcrs le bord de la 
cornee ; d autres fois, enfin, son extension s effectue librement a travers une 
large perforation de la cornee : dans 1 un comme dans 1 autre cas, on voit a un 
moment donne, la production surgir sous 1 aspect d un champignon cbarnu, 
fongueux, saignant abondamment au moindre contact et voue prochainement a 
des destructions partielles par ulcerations succcssivcs. 

Le sarcome devenu Tine tumeur extra-orbitaire est encore contenu un certain 
temps par la resistance de la capsule de Tenon. Celle-ci rompue, la tumeur en- 
vahit rapidement 1 orbite et ne laisse pas longtemps altendre les efi ets de sa 
,puissance inieclieuse. 

Les organ es dans lesquels se localise 1 element melanique cancereux sont, par 
ordre de frequence, la pie-mere, lefoie, les reins, le coeur, le tube digestif, puis 
les glandes lymphatiques et le corps tbyroide. On n est pas fixe sur la question 
de savoir s il faut altribuer cette rapide dissemination a des cellules migratrices. 
Deux considerations mililent en faveur de cette interpretation : la premiere est 
fondeesur ce fait que, dans d autres affections intra-oculaires, il existe aussi une 
migration du pigment, lequel de la choroide passe manifestement dans la retiue 
et daus le corps vitre; que cette migration resulle d une action mecanique ou 



40 CIIOROiDE. 

de toute autre ; la seconde est fondee sur ce quc Ton croit avoir vu dans les 
cas de melanose, du pigment dans les vaisseaux des parties ainbiantes. 

Symptomes. L evolution du sarcome de la choroide peut etre partagee an 
point de vue clinique en qnatre stades ou periodes, designees par Knapp de la 
fagon suivante : la formation du noyau de la tumeur choro idienne sans signes 
exterieurs apparents. b. Symptomes d irritition et aspect glautomateux dc 1 oeil. 
c. Extension de la tumeur aux parties environnantes de 1 ceil. (/. Generalisation 
par metastase. 

] re Periods. Elle s etend de 1 origine a 1 apparition des signes glaucomateux. 
Le debut du mal est le plus souvent fort obscur. II n existe ni douleur ni reaction 
exterieure et c est d une facon fortuite que le maladc decouvre un trouble clans 
la vision d un cote. Ce trouble se traduit luntotpar une diminution de 1 acuite de 
la vision, d autres fois par des lacunes dans le champ visuel. A ces symptomes 
s ajoutent quelques sensations lumineuses subjectives, sous 1 aspect d etin- 
celles jaunatres ou colorees comme la lumiere electrique. Fred. Tyrrel a meu- 
tionne 1 apparition chez radulte de scintillements lumineux. On a note aussi dans 
quelques observations des inflammations catarrhales de courte duree qui semblent 
representer de simples coincidences. 

Les malades se sont plaints frequcmment de brouillards, de fumee, qui leur 
passaient devant 1 oeil. 11 sufiit de rappcler que ce trouble de la vision est bien 
souvent mentionne |iar les ametropes pour le reduire ici a sa juste valeur. 

On a signale aussi, mais sans que le fait nous paraisse bien demonlre 1 appari 
tion d une brusque paralysie de 1 accommodatiou. Cette particnlarite observee a 
une periode ou il n existe encore aucun signe de pression intra-oculaire merite- 
rait un interet particulier, an point de vue dc la determination du role exerce 
par la choroide dans le mecanisme de 1 accommodation. 

Lorsque la tumeur a deja pris uu certain de veloppement el que la retine est 
suffisammenl projetec en avant, la pnpille sous cerlaines incidences, prend un 
aspect tout particulier decrit par Beer sous le nom d ce// de chat amaurotique. 
Ce symptome considere autrefois, comme pathognomonique du fongus medul- 
laire, se rencontre toutes les fois que la retine, noil desorganisee ou ronlpue, 
est suffisamment projetee en avant vers le cristallin, par quelque tumeur sous- 
jacente. C est ainsi qu on 1 observe dans certains cas de choroi dite byperplasique, 
qu elle soit hypertrophique ou purulente, dans le gliome de la retine et dans le 
sarcome. L aspect d auY de chat a done une valeur semeiotique re elle, sinon pour 
prouver Tespece, du moins pour demontrer 1 existence de la tumeur. 

La constatalion d un decollement de la retine represente uu signe aussi im 
portant que le precedent, et d une application plus generale. Les 1 858, de Graefe 
avait deja reconnu que le decollement de la retine represenLiit un signe, sinon 
constant, du moins tres-frequent de la premiere periode des tumeurs intra-ocu- 
laircs. L existence du decollement est ineme un obstacle au diagnostic puisque 
le plus souvent il masque ce qui se trouve derriere. 

Au decoliement de la retine il convient d ajouter un autre signe qui le com 
plete, et peut aider a distinguer le decollement symptomatique du decollement 
simple. Celui-ci est habitnellement accompagne d une diminution dans la tension 
du globe ; dans 1 aulre, au contraire,-la tension reste normale ou se trouve plus 
ou moins augmcnte e. 

.b A mesure que la tumeur fait des progres, le cristallin et 1 iris sont refou- 
Jes vers la cornee et le corps vitre de plus en plus envahi, s altere et pcrd sa 



CIIOROi DE. 41 

transparence, ce qui rend 1 examen a 1 ophthalmoscope difficile ou imprati- 
cable. 

Le debut de la seconde phase du sarcome choroi dien est marque par un en 
semble de symptomes qui ressemblent foil a une attaque de glaucome ; aussi la 
meprise a-t-elle e te souveut conmiise. Apres une periode tout a fait indecise, 
dont la dure e peut varier de quclques semaines a plusieurs mois et meme a une 
an nee, 1 oeiJ, jusqu alors bien portant en apparence, devient rouge, douloureux 
a la pression, gene dans si-s niouvcments, sensible a la lumiere et lartnoyant. 
De la nevralgie ciliaire, pltilot geuaule que douloureuse, se declare, le bulbe 
paraitdur. La corne e le plus souvcnt transpareiite, exceptionnellement laiteuse 
par suite d une exfoliation de son epithelium devient moins sensible. On peut 
rcncoulrer fous les degres d insensibilile, depuis 1 aneslhesie le gere jusqu a 
1 abolition de la sensation de contact. L bumeur aqueuse est moins abondantc, 
la chambre anterieure, moins profondc ou meme a peu pres nulle, la pupille de 
vient irreguliere, large, peu mobile; quelquefois de legers exsudats fixent le 
bord de 1 iris sur la cristallo idc. La coloration de 1 iris se modiiie ; il prend une 
teinte fauve, jaune rougeatre qu on lui connait dans 1 iritis chronique. Dans 
quelques cas on a mentionne 1 existence d nn leger hyphcma. Le cristallin 
revet la teinte glauque si commune dans le glaucome aigu ou subaigu ; rare- 
ment il est le siege d opacites. La tension iutra-oculaire a ete 1 objet de remar- 
ques interessantes au point de vue pronostique de la part du docteur Briere 
(Ibid., p. 178). Cette tension varie pendant la duree de la periode glauco- 
mateuse. Au debut, tant que la resistance des membranes 1 emporte, la tension 
est exage ree et 1 oeil presente la durete glaucomateuse, mais au moment ou la 
scle rotique se ramollit et, a plus forte raison, se perfore, la tension diminue 
et descend au-dessous de la moyennc pbysiologique. D une facon generale 1 etat 
de la tension durant la periode glaucomateuse marque 1 elat des enveloppes de 
1 oeil et, consequemment, les limites de la tumeur. 

Durant la periode glaucomateuse la vue se trouble, un image grisatre couvre 
les objels surtout a la lumiere artificielle. Dans une observation de Jacob! , il 
est question d une presbytie progressive et d un re trecissement du cbamp visuel, 
comme il arrive dans le glaucome simple. Ccs symplomcs auxquels se joint lou- 
jours une douleur plus ou moins violcnte revelent la forme d acces, suivis d une 
pe riode de calme. Ces acces devieunent de plus en plus frequents ; les douleurs 
qu ils provoquent acquicrent une telle intensile qu elles annibilent les autres 
symptomes et le malheureux patient, fait volontiers le sacrifice de son coil, pourvu 
qu on apporte un soulagement a ses souffrances. La plupart des observateurs 
out mentionne ces atroces douleurs provoquees par le sarcome en les designant 
tantot sous le nom de nevrose ciliaire, de douleurs intra-oculaires, orbitaires, 
he mi-craniennes. Comme dans tous les acces de nevralgie ciliaire intense, le point 
douloureux occipital fait rarement defaut. 

La douleur est habituellement conlinue avec des exacerbations plus ou moins 
frequentes qui surviennent le plus souvent au moment du coucher, de facon a 
simuler les douleurs osteocopes de la syphilis. La recrudescence du pheiio- 
mene douleur pendant la nuit est, comme chacuu le sait, un caractere comniun 
a toutes les nevralgies; selon toute raison, elle est due a 1 absence de toute 
autre excitation cere brale pendant la nuit, ce qui livre le cerveau sans partage a 
1 impression douloureuse. 
Les souflrances occasionnees par la tumeur intra-oculaire et entretenues jus- 



42 CHOROIDE. 

qu a la rupture de 1 enveloppe fibreuse du bulbe ont, du moins, le triste avau- 
tage de decider le malade a faire le sacrifice d un organe desormais inutile, au 
moment ou les chances d infection generate sont encore moins menacantes. 

Le moment ou la detente se produit, oil les douleurs deviennent moins vives, 
ou il survient, en un mot, un mieux apparent correspond a la rupture du 
bulbe. La masse du neoplasms a cesse d etre contemie dans la cavite oculaire. 
I, Les symptomes qui se presenteiit alors varient selon le siege de la rupture. 
Tanlot celle-ci s effectue au niveau de la cornee ramollie, alteree profondement 
dans sa nutrition par suite de la compression longtemps subie par les reseaux 
vasculaires et nerveux inlra-oculaires. Dans ce cas, la perte de substance cst 
immcdiatement comblee par 1 iris et le cristallin, plus ou moins completemeiit 
opacifie. Ges deux organes degeneres, meconnaissables, sont eux-memes expulses 
du globe et remplaces par un bourgeon rougeatre, saignant facilement, iburnis- 
sant un liquide sanieux assez abondant et presentant a sa surface de nornbreux 
foyers d ulceralion. 

Les signes du sarcome arrive a cetle periode different pen, quel que soit le 
sie ge de la rupture, si elle se produit dans les parlies decouvertes du bulbe. Le 
developpement de la tumeur est lent, par suite du travail d ulceration qui s opere 
a sa surface, et ce n est que tardivement que 1 ouverture interpalpebrale est 
comblee, distendue par la production. 

11 n en est pas de meme lorsque la tumeur choroidienne se developpe vers 
le fond de 1 orbite, sous la capsule de Tenon. Dans ces conditions, le globe est 
projete en avant, devie sous la paupicre superieure qui parait gonllee, luisante, 
rouge comme dans la periode aigue de 1 ophthalmie purulente. Quelquefois 1 he- 
misphere anterieur du globe s aplatit, 1 Jmpressioii des muscles droits s accentue 
sur la sclerotique, de facon a simuier une phthisic du bulbe jusqu a ce que, 
1 orbite. etaiit rempli, la tumeur vient faire saillie en avant, souleve le bord de la 
paupiere superieure et se presente a travers la fente interpalpebrale sous 1 aspect 
<Tune masse rougeatre plus ou moins marbree de noir, selon le degre de pig 
mentation. Durant cette phase de 1 evolution du sarcome et meme quehjuefois 
pendant la periode glaucomateuse, les signes d infection generate se revelent 
sur des organes eloignes et tout specialement sur le foie et ne lardent pas a occa- 
sionner la mort du malade. 

II semblerait resulter de quelques rares observations que le sarcome de la 
choroide n affecte pas toujours cette marche fatale. Dans une note ecourtee de 
Berthold, il est question d un ail ampute pour remedier a des douleurs into- 
lerables et a 1 examen duquel 1 auteur reconnut 1 existence d un sarcome-me- 
lanotique de la choroide qui remplissait a peu pres la moitie du globe et de 
produits regressifs altribues a une ancienne choro idite. Le globe etoit atrophie, 
aplati, douloureux a la pression, le cristallin, diminue de volume, calciiie. Les 
suites de 1 operation ne sont pas mentionnees. Ou ne saurait rien conclure de ce 
fait, il est trop incomplet et 1 idee la plus vraisemblable qu il laisse a 1 esprit, 
c est qu il s agit d une production sarcomateuse peu active, enrayee momenta- 
nement dans son evolution par une enucleation pratiquee au meilleur moment, 
c est-a-dirc pendant la periode glaucomateuse. II est question aussi dans 1 ico- 
nographie ophthalmologique de Sichel, d une melanose commencante de 1 in- 
terieur de 1 ceil qui se termina par 1 atrophie du bulbe, et qui servit d exemple 
a 1 auteur, pour admettre deux formes de melanoses intra-oculaires, la forme 
be niyne se terminant par la phthisic leiite du bulbe, comme la choroidite et la 



CHOROlDE, 45 

forme maligne possedant les altributs du cancer. L observation de Sichel re- 
monte a J855, c est-a-dire a une epoque oil le diagnostic des affections intra- 
oculaires maiujuait de precision. En raison de 1 extreme rarele des cas de ce 
."cure, n y a-t-il pas lieu de supposer que le fait en question est relatif a une 
choro idite parenchymateuse ayant occasionne une tumeur inflammatoire plus 
ou moins pigmenlee de la choro ide et detruite ulterieurement par atrophie 
regressive? On voit par ces deux exemples, les seuls que je connaisse, que la 
(terminaison. du sarcome par alrophie du bulbe et, par suite, 1 existence meme 
de la melanose benignc auraient besoin d etre fondes sur de nouveaux fails. 

Diagnostic. Le diagnostic des sarcomes choroidiens pendant la premiere 
.periode, avant 1 apparition des symptomcs glaucomateux est tout particuliere- 
ment difficile en raison de 1 obscurite et du peu de certitude des signes qui 
servent alors de guide. On doit savoir gre, en particulier, au docleur Briere, des 
efforts qu il a tentes pour eclairer cette question. 

La pupille coniuie sous le nom d ceil dc chat amaurotique, considered naguere 
encore comme un signe pathognomonique du cancer dela retine appartient a tons 
les processus qui delerminent un soulevemcnt appreciable de cette membrane 
et, par consequent, a certains cas de choro idite parenchymateuse ou suppuree, au 
gliome de la retine et au sarcome. Mais ce n est quebien rarement que la choro i 
dite produit le miroitement spontane de la pupille ; en outre, elle est accompa- 
gnee habiluellement d un appareil inflammatoire caracteristique. D autre part, 
le gliome de la rJtine est une affection qui appartient exclusivement a 1 enfance. 
Si done I ceil de chat s observe chez un adulte, dans un ceil qui conserve les 
apparences de la sante, il y a tout lieu de croire a 1 existence d un sarcome. 
L ophthalmoscope n est point d un secours aussi precieux qu on pourrait le sup- 
poser, en raison de 1 existence du decollement retinien qui accompagne si sou- 
Tent le developpement du sarcome. Ce decollement masque toujours plus ou 
moins ce qui se trouve derriere. Toutefois, s il s est produit en dehors de ses 
causes habitueHes, telles qu un traumatisme, la myopic, etc., s il n occupe pas 
le siege habituel des decollements sereux, qui est, comme on le sail, le seg 
ment inferieur, s il n est point le siege de tremblottements, d ondulations dans 
toute sa masse au plus leger mouvement du globe, si, enfin, il s o .jserve dans 
un ceil dont la pression interne e>t couservee ou augmentee, contrairement a ce 
que 1 on observe le plus souvent dans les de collements sereux, on pourra, selon 
1 cxpression de de Graefe, avoir des doutes sur 1 existence d une tumeur situee 
derriere la retine. Celle-ci ne serait directement revelee par le miroir qu autant 
qu elle aurait pcrfore la reiine, comme cela est note dans un certain nombre 
d observations. 

Lorsque le liquide est peu abondant, lorsqu il tend a s accumuler au-dessous 
de la tumeur et surtout lorsqu il n existe pas de decollement, ce qui arrive 
rsurtout quand les tumeurs siegent au niveau de la macula ou du corps ciliaire, 
le miroir fait voir non plus un decollement par epanchement sereux, done d une 
certaine transparence, mais bien un fond plus sombre, d une teinte rosee ou 
rosee jaunatre. 

A ce dernier signe qui reclame deja une observation attentive Becker a ajoute, 
dans les sept observations qui lui sont personnelles, la presence en un point du 
fond de 1 ceil, d un double reseau vasculaire, dont Tun serait de nouvelle for 
mation et eu meme temps 1 apparition successive de points blancs et noirs au 
niveau de cette vascularisation anormale (Becker, Arch, de Knapp et Moos, 1870, 



41 CHOROi DE. 

p. 827). Dans sa sixieme observation, le raeme auteur compare ces vaisseaux de 
nouvelle formation aux vaisseaux embryonnaires, il leur attribue des contours 
peu nets. 11 a pousse la delLatesse dans son observation, jusqu a constater que 
dans une certaine partie de la tumeur ces vaisseaux se formaient peu a peu 
dans une tache rouge, qui ressemblait a un cxtravasat. 

l.e docteur Rriere a appele de nouveau I attention sur cellc vasculansation, 
appreciable a 1 ophllialmoscope, du sarcome pendant la premiere periods. ^ 

II cxistc, en ce moment, dans le service des ophthalmiques au Val-de-Grace un 
maladeatteint de sarcome, au premier degre, chez lequel on voit manifestement 
et iacilement soil a 1 image droite, soit a 1 image reuversee, de nombreux petits . 
vaissi-Hiix de dimensions inegales, qui se croisent dans tous les sens et appar- 
licniioul iiiconteslablement en proprc a la production pathologique, ainsi qu on 
pent fii jiiKcr par 1 image ophlhalmoscopique (fig. 5), reproduce avec une 
feTaudu fidelite par le docteur Gautier, medecin stagiaire, attache au service. 

Celle-ci se presente sous 1 as- 
pect d un mamelon arrondi, 
situe dans la region de la tache 
jaune. Ce mamelon estsaillant, 
le miroir le demontre ; il est 
d un blanc jaunatre clair et 
couvert d un reseau qui rap- 
pelle 1 aspect de la pie-mere; 
son contour est sombre, charge 
de pigment noir ; son pourtour 
est ociupe par la retine decol- 
lee. Du cote de la papille, 
cette membrane forme des plis 
rayounes, immobile*, entreles- 
quels se voieut des accumu 
lations de pigment ; du cote 
oppose il cxislc de larges de 
pots pigmcntaires. Au-dessus, 
la surface decollee presente 

une nuance cendree uniforme. Le tissu papillaire est vivement injecte, les 
vaisseaux retiniens out cet aspect flexueux que 1 on observe dans le decollement 
de la retine. On remarque que 1 uu d eux contourne le bord inferieur de la tu 
meur, disparait a ce niveau et redevient visible plus loin. Sur aucune partie je 
n ai rencontre les points blancs et noirs signales par Becker. Chez ce malade, 
la vision centrale est abolie ; il ne reste que la perception de la lumiere dans le 
champ peripherique. Cornme particularity digne d interet, le mal reste station- 
naire depuis pres d une annee. II y a quelques mois, il survint quelques acces 
de nevralgie ciliaire, qui m avaient fait craindre 1 invasion d accidents glaucoma- 
teux. 11 n en fut rien et 1 affection est aujourd hui aussi silencieuse qu au jour 
du debut. 

La constatation directe de la tumeur sarcomateuse, la determination de sa 
nature par le developpement apparent d une vascularisation qui lui est propre, 
peumettent done, dans un certain nombre de cas, d etablir d une facon precise 
le diagnostic du sarcome cboroidien, des la premiere periode. Mais en est-il 
ainsi habituellement, ou bien ne sont-cepas la des faits tout a fait exceptionnels 




Fig. 5. Sarcome de la choroide. 



CHOROi DE. 45 

dans lesquels la retine, restee transpareute, coiffe la production sans interposi 
tion de liquide? Je n oserais me prononcer a cet egard, mais tenant comptc de 
1 embarras et dc la reserve dans lesquels se sont tenus les observateurs distin- 
<mes qui out vu le plus de ces tumeurs, je pense qu avec Becker et Brierc, j ai 
rencontre un cas exceptionnel. S il en est ainsi, il serai t encore vrai anjourd hui 
comme a 1 epoque du memoire de de Graefe, que dans la plupart dcs cas on ne 
pent baser le diagnostic du sarcome clioro idien que sur des conjectures, fondees 
sur 1 existence d un decollement de la retine peu ou pas fluctuant, non jus- 
tifie par 1 etat habituel ou accident el de 1 organe, ayant nn siege insolite et 
n etant pas accompagne d une diminution dans la pression intra-oculaire. 

Le sarcome parvenu a sa deuxieme periode pent etrc cbnfondu avec un glau- 
come ai^u : la meprise a ete commise par des observateurs tels que dc Graefe, 
Jacobi, Hulke, etc. Tous les signes cxterieurs, sauf 1 aspect chatoyant de la 
pupille quand il existe, simulent a s y meprcndre une attaque de glaucome. On 
ne peut guerc echapper a la confusion qu autant que l examen ophthalmo- 
scopique est encore possible. Dans ces cas particuliers, on constatera, s il 
s ait d un sarcome, le decollement retinien caracteristique et une papille nor- 
male, tandis que si Ton a aft aire a un glaucome on trouvera la retine en place 
et la papille opliquo excavee. Comme la transparence des milieux oculaires se 
perd rapidement sous 1 influence des accidents glaucomateux, il importe de 
tenter l examen opbthalmoscopique a une epoque aussi rapprochee que possible 
du debut des accidents. 

Lorsquc 1 affection sarcomateuse est parvenue a rompre les membranes ocu 
laires, il serait difficile de se tromper sur sa veritable nature. Peul-etre a un 
examen superficiel pourrait-elle etre confondue avecun staphylome tres-developpe 
de la corncc, ulcere a sa surface, sali par du mucus ou du pus. Mais les com- 
memoratifs rendraient toute meprise impossible. 

Le sarcome choroidien, quille que soit la periode de devcloppemcnt a laquclle 
il soit parvenu, n occasionne sur 1 autre oail aucun accident d opbtbalmic sym- 
phatiquc : du moins il n eu est fait mention a notre connaissancc dans aucun 
des fails publics jusqu alors. 

Marche. Duree. 11 en est du sarcome de la choro ide comme des antrcs 
tumeurs : son evolution est en rapport avec sa structure. Les tumeurs molles 
contenant beaucoup de cellules rondes et de vaisseaux, ont un developpement 
beaucoup plus rapicle que celles qui sont pourvues d un tissu dense, scrre, sans 
liquide inter-cellulaire et forme de cellules fusiformes. G est a ce litre que les 
leuco-sarcomes, les melano-sarcomes ont une marche plus rapide que les fibro- 
sarcomes. 

D une facon generale la marche du sarcome est tres-variable ; les differences 
que Ton observe sont relatives a la dure e de la premiere periode, an temps qui 
separe le debut des accidents du moment de 1 operation et a 1 epoque plus ou 
moins eloiguee de la recidive. 11 resulte de la statistiquc etablic par le docteur 
Briere, que dans les cinquante observations qui mentionnenl la duree, celle-ci 
sans distinction d cspeces, a oscille depuis le debut jusqu a 1 operation enlre 
deux et trois ans. II y aurait un grand interet, en comparanl eutre elles les 
memes varietes, a connaitre la frequence et 1 epoque des recidives ainsi que 
1 influence exercee par 1 operation jugee d apres l examen comparatif des fails de 
sarcomes operes ct de sarcomes abandonnes a enx-memcs. Malhcurcusement la 
plupart des observations sout incompletes a ce point de vue. Sur trente^eux cas 



46 CHOROi DE. 

de sarcomes operes etobserves apres 1 operation, il y a eu dix-huit recidivds (Briere), 
soil 56,25 p. 100. Ces dix-huit recidives sont relatives a treize melano-sareomes, 
deux sarcomes peu pigmentes a grandes cellules, un sarcome a cellules rondes 
et petites et un sarcome blanc. La recidive la plus prompte s est manifested un 
mois apres 1 opcration et la plus tardive au bout de trois ans. D apres une statis- 
tiquc de Holmes, citee dans 1 ouvrage de Mackeusie (traduction de Warlomont 
et Testelin, t. !2, p. 500), le terme moycn de la recidive pour un nombre de 
quinze cas ne fut que de treize mois. Par centre, Stoeber a rapporle un fait 
dans lequel la premiere recidive ne survinl qu au bout de neuf ans et une se- 
conde apres dix-sept ans. Dans le chifi re precedent de dix-liuit recidives, douze 
sont relatives a des malades operes au moment oil la tumeur etait devenue extra- 
orbitaire et six, a des tumeurs intra-orbitaires, ce qui tendrait a prouver que 
les operations halives eloignent le danger. 

Pour les autres cas de la statistique de Briere qui represented un chiffre 
de quatorze, les malades out ete suivis pendant un laps de temps qui a varie de 
deux mois a cinq ou six ans, sans qu il se produise de recidive. 

En comparant ces resultats de melanose intra-oculaire ou de sarcome dans 
lesquels 1 affection, pour une raison qnelconquc, a ete abandonnee a elle- 
meme, on constate qn avec 1 abstension la marche a etc pins rapide et constam- 
ment i alale. II convient d ajouter que ces dernieres sont rares et se rapportent 
a des cas de melanose. 

Le sarcome de la choroide est une affection dc 1 age adulle. Tous les obser- 
vateurs s accordent a reconnaitre qu il est inconnu ou a pcu pres inconnu avant 
1 agc dc dix ans, tandis que le gliome de la retine au contraire, ne s observe pas 
ou ne s observe que trcs-rarement apres. L agc qui a foiirui le plus de sarcomes 
dans la statistique du docteur Briere, est compris entre quarante el soixante 
ans. 

La femme parait moins exposee que 1 homme aux cancers de 1 ceil. Le tem 
perament, la constitution ne semblent exercer aucune influence sur la frequence 
et le developpemcnt des sarcomes choroidiens. II n est fait mention d inlluence 
hereditaire dans aucun des fails rapporle s par le docteur Briere. 

Traitement. Le traitement du sarcome consiste a faire I enucleation de 1 oeil 
malade le plus tot possible, alors que le mal localise dans la sphere oculaire expose 
encore a des reel dives moins nombreuses. On concoit par 1 enonce de cette proposi 
tion acceptee par 1 immense majorile des cliniciens, de quel interet est le dia 
gnostic du mal a une epoque aussi rapprochee que possible de son debut, soit pen 
dant la premiere periode, soit an moins durant la periode glaucomateuse. Ge n est 
que depuis que le diagnostic aacquis assez de precision pour permeltre d afiirmer 
1 existence d une tumeur maligne, alors que 1 ceil parait encore avoir son aspect 
normal et pour y appliquer le seul remede qu elle comporte l euucleatioii, que 
1 on a attenue un peu la gravite de cette terrible maladie. 

L iridcctomic a ete plusieurs fois appliquee au traitement du sarcome ou 
plus exactement au traitement d un etat glaucomateux aigu qui masquait la 
tumeur intra-oculaire. Cette operation a toujours apporte du soulagement, 
diminue ou supprime les douleurs ciliaires, eclairci pariois les humeurs de 
1 ceil : mais ses effets n ont ete que teinporaires et le retour des accidents ne 
trouva de remede que dans I enucleatioii. Si riridcctomie est impuissante 
conti e la marche envahissante des sarcomes, rien n autorise a croire qu elle soit 
nuisible et a plus forte raison qu elle puisse en occasionner le developpement, 



CHOROIDE. 47 

comme on 1 a quelqueiois suppose a propos de tumeurs meconnues au moment 
de 1 operation. 

VII. CIIOROIDITE EXSDDATIVE (Choroidite plastiqne, disseminee}. Cette forme 
de choroidite est caracterisee par la presence de produits inflammatoires, d exsu- 
dats dissemines a la face interne de la choroide et exceptionnellement a la face 
externe ou dans 1 epaisseur du stroma choroidien. Ces produits inflammatoires 
reprcseutent-ils le blastcme au sein duqnel s opere la formation d un tissu neo- 
plastique nouveau, auquel cas la choroidite plastique ne differerait pas esscn- 
tiellement de la choroklite parenchymateuse, ou bien cst-elle constitute par la 
presence de masses amorphes, coagnlables, non susceplibles d organisation et 
qui sont comme deposees sur un tissu a peu pres inalte re? II serait hors de propos 
de discuter ici cette question, et de decider s il s agit de deux etats pathologiques 
diflerents ou bien de deux modes du meme etat : aussi nous n entendons don- 
ner le nom dc choroidite disseminee qu a un groupe de symptomes assez 
nombreux, assez distincts, pour representer au clinicien une maladie. 

L anatomie pathologique de la choroidite exsudative et de ses suites est 
tres-pcu connue, parce qu on a rarcmcnt 1 occasion d en faire 1 examen 
necroscopique. Pour cette raison , nous pensons qu il est interessant de 
reproduire les resultats d un examen pratique par Arnold Pagenstecher et 
dont les details sont relates dans le traite de Wecker. Chez un sujet mort 
phthisiqne, on constata au fond de 1 ceil plusieurs plaques disseminecs, 
de couleur claire, rondes ou ovales, ct entourees d un cadre fonce. Dans totites 
ces plaques, on distinguait un centre clair entoure d une zone dont la colora 
tion d abord legerement brune, devenait peu a peu plus foncee pour aboutir a 
une sorte d anneau noiratre qui, lui-meme, se degradait insensiblement du cote 
des parties saines. En dehors de ce cadre, on pouvait apcrcevoir un poinlille 
de meme couleur. Rien ne montrait que ces plaques fussent dans un rapport 
quelconque avec le mode de distribution des vaisseaux choroidiens. 

La plus grande plaque fut 1 objet d un examen plus mitiulieux. On trouva 
la retine et la choroide intimement unies, tandis que ces membranes se lais- 
saient facilement decoller dans les parties dont la coloration etait reslee nor- 
male : de plus elles paraissaient, meme a la simple inspection, notablement 
amincies. En examinant directement la surface de cette plaque, a 1 aide d un 
fort grossissement, 1 auteur decouvrit dans le ceiitre clair signale plus haul, des 
trainees de fibres disposees en series presque paralleles et qui n etaient autres 
que les fibres radices de la retine (fd)res de Meiller), alterees et devices de leur 
direction. Ces fibres, entre lesquelles se trouvaient interposees vers le bord de 
la tache des masses nucleolaires, disparaissaient 11011 loin du cadre de la plaque, 
car a ce niveau elles etaient recouvertes par des amas de cellules pigmenlaires 
de plus en plus nombreuses et foucees. La largeur de cette /.one margiuale 
n etait pas uniforme et mesurait en moyenne la moitie du diamelre de la partie 
ceutrale claire. Au niveau de ces alterations, la mosaique reguliere qui forme 
la coucbe epitbeliale de la choroide elait interrompue ca et la par des cellules 
fortement pigmentees. 

Sur des sections perpendiculaires comprenant la retine et la choroide, on 
pouvait se rendre compte des dispositions reciproques de ces membranes et 
reconnaitrc avec evidence que 1 atrophie dont elles etaient atteintes provenait 
do la retraction d un exsudat epanche en ce point. C etait principalement sur 
ies sections passant par le centre meme de la plaque, qu il etait facile d appre- 



48 CHOROIDE. 

cier les divers dcgrc s dc 1 atrophie en question, (andis tjne vers les bords de la 
tache, les driix membranes oifraient a peu pres une epaisseur normale. Vers 
le centre de la plaque, les tissus atrophies etaicnt reduits au cinquieme de 
leur epaisseur : on n y pouvait plus reconuaitre ni vaisseaux cboroidiens, ni 
cellules pigmcntaires. II i erestait plus de la choroide qu une Irame mince tran- 
sparenlelegcri ment strict 1 , olTrant ca ct la quelques debris de cellules pigrncn- 
taires. La rcline elle-meme ne presentait plus en cet cndroit qu une couche 
depourvue de structure propre et les fibres entremelees de nucleoles dont il a 
ete question plus haut ne semontraient qu a une certaine distance du centre. A 
mesure que Ton examinait une zone ou la choroide avail son epaisseur, oil Ton 
retrouvait des traces des cellules du stroma et de la couche epitheliale, 
alteree ainsi que des vaisseaux , la retine devenait aussi e paissc , les fibres 
radices se redressaient insensiblement et il devenait possible de distinguer 
entre elles dificrcntes couches superposees dans les points occupes par les 
agglomerations des cellules pigmentaircs epitheliales, les fibres radiees apparais- 
saient avec leur direction perpendiculaire normale et les couches constituantes 
de la retine semontraient plus netlement. L auteur conclut que ces changements 
demonlrenl qu a la suite de la retraction des parties centrales de la tache patho- 
logique, les elements de la retine s etaient alteres en meme temps que ceux de 
la clioroide : mais il etait impossible de voir dans les dii ferentes couches de ces 
membranes des signes propres a jeter quelque lumiere sur la facon dont 1 alte- 
ration alors a son tcrme y avail debute. 

Symptomes. 11s sont de deux ordres, subjectifs ou objectifs. 

Signes sitbjectifs. Les troubles visuels occasionnes par la choro idite sont 
assez considerables et hors de proportion au debut avec les alterations appre- 
ciablcs; ils sont d autant plus marques que le mnl marcheplus vite. Dans quel 
ques cas excepliomicls, le retentissement sur la retine esl tel qu il y a de la 
photophobie, des sensations lumineuses, et que 1 examen ophtlialmoscopiqiie 
pent a pcine etrc pratique. Au moment ou il n existe encore du cote de la cho 
roide qu un etat hyperhemique, ou quelques pctiteselevulesmiliaires scmblables 
a des granulations naissantes, dissemin es sur le tissu choroidien, les malades 
sans signes -premonitoires se plaignent d avoir devant les yeux un brouillard qui 
leur masque la vue des objets et qui est assez intense pour les empechcr de lire 
un caractere un peu fin. DCS mouches parfois colorces, le plus souvcnt brunes ou 
noires, s agitent devant leurs yeux. A mesure que la maladie fait des progres, 
ces memes- troubles s aggravent, 1 acnite visuclle baisse encore et les petites 
mouches ou laches brunes devicnnent par leur nombre de veritablcs laciines 
ou de larges (rous obscurs dans le champ dela vision. A ce moment les malades ne 
peuvent plus distinguer que les gros caracteres d imprimerie ou les objets d unc 
certaine grandeur. Les lacunesdu champvisuelont une situalion fixe ; e!les peuvent 
etrc mesurces et dessinees si 1 on proccde a rcxamen avec quelque altenlion. Ou 
les Irouvc dans les dirferentes regions; leur conlour est parfois entoure d une 
sortc dc pc nombre peripheriquc au niveau de laqucllc la vision sans elre abolie 
est plus confuse qu ailleurs, formant ainsi une zone de transition cutre les parties 
sombi cs et les parties claires. 

La diminution dc 1 acuite visuelle a ete attrihuee a la compression des ele 
ments dc la retine par la choroide congcstionnee. Nous n admettous pas cetle 
interprclation. La compression de la retine dcvrait avoir pour premier cl let, taut 
qu ellc ne clepassc pas un certain degre, de provoqucr des sensations luminenscs 



CHOU01DE. 49 

qui n existcnt que passagerement ct exccptionncllemcnt dans la choroidite exsu- 
dativo. 11 est plus rationnel de 1 attribuer a un certain degre d infiltration. A 
une periodc plus avancee de 1 aftection, 1 affaiblissement de la vue est la conse 
quence de I alleration subie par les elements dela retine, et de I atrophie conse 
cutive de la membrane nerveuse, atrophie qui est, nous I avonsdit, la suite habi- 
tuelle des phlegmasies de la choroide. 

Les troubles de la vision peuvent etre occasionnes aussi par des opacites 
cristalliniennes et surtout par les corps flottants et le trouble du corps 
vitre, dus au mauvais etat.de la cboroide. Quant aux tacbes aveugles elles cor 
respondent aux parties de la retine rendues torpides par le voisinage ou 1 enva- 
hissement de 1 alteration sous-jacente. Cette correspondance est assez exacte 
pour que, dans bien des cas, il soit possible avant 1 examen ophtbalmoscopique 
de preciser le siege du mal. Mais il n cn est pas toujours ainsi. L inlcnsite ties 
troubles visuels depend surtout du siege de 1 alteration et de I inlluence de 
voisinage qu elle exercesur la retine. Celle-ci est-i lle intacle, la vision pout rester 
normale ou ne presenter qu un affaiblisscment insignifiant, si on le compare au 
nombre et a I etendue des alterations. Nous avons donne des soins, il y a deux 
ans, a un jeune homme atteint d une cboro idile cxsudative dissemiuce, trcs- 
intense, qui ressemble beaucoup a celle que nous avons reproduite dans notre 
Allan d ophthalmoscopie (pi. II, fig. 6) et qui represcnte un exemplc fi-appaiit 
de cette discordance. Lorsqu il vint nous consulter, la cboroide etait criblee 
de plaques exsudatives, de depots pigmentaires, 1 acuile visuelle etait infe- 
rieure a ^; le malade ponvait a peine se conduire et dechiffrcr quelques 
enseignes. Six mois apres, sous 1 influence d un traitement mixte (onctions mer- 
curielles ct iodure de potassium) 1 acuite visuelle etait remontee a ] mais avec 
la persistance d un certain nombre de scotomes qui 1 obligcaient pendant la lec 
ture a des mouvements de tele destines a placer successivement les diverses 
parties des mots et des membres de pbrases en rapport avec les parties redeve- 
nues sensibles de la retine. Malgre cet:e amelioration si considerable, qui depas- 
sait de beaucoup nos esperances, 1 aspcct du fond de 1 oeil n avait pas change 
sensiblement. La choroide restait couverte, surtout vers la region de la macula, de 
plaques blanches disseminees, entremelees ou entourees de depots pigmentaires 
abondants et charbonneux, 

Ge fait me parait assez interessant pour publier la note redigee par le malade 
lui-meme au sujet des troubles dc sa vision : 

Du 10 au 12 mai 1872, j etais a faire des additions lorsque tout a coup 
je m apercus que je ne voyais presqne plus mes cbiffres. Pensant que j etais 
pris d un eblouissement comme cela est assez frequent chez moi, je relevai 
la tete un instant et voulus, mais en vain, reprendre mon travail. Un 
ospece de voile me couvrait la vue. Je pris patience quelques jours pensant que 
cela n aurait pas de suite grave. Mais cbaque jour s epaississait le brouillard 
qui recouvrait me^ yeux. Au debut je pouvais lire (avec peine c est vrai) 1 ecri- 
ture fine; bientot (trois jours apres environ) je ne pouvais plus lire que rim- 
prime. En six jours je ne pus plus lire quoi que ce soit dans les livres ; ma vue 
s eteignait progressivement, comme une lampe allumee dont 1 liuiie vient a 
manquer; me restaient les grandes lettres dei magasins. 

J allai consulter le l er ou le 2 juillet. 

Le traitement qu on m ordonna fut tout a faitinterne. Au boutde deux jours 
de ce traitement nouvcau, je remarquai un changement peu sensible il est 

DICT. ESC. XVII. 4 



50 CHOROIDE. 

vrai, mais qui ne m echappa pas ; j avais mis un tableau de grancles lettres 
dans ma chambre et chaque jour je le consultais pour les progres que je pou- 
vais faire, et c est a cette date seulement (5 ou 4 juillet) que je commencais a 
distinguer un peu rnon tableau. Trois jours apres ce premier progres, jepouvais 
lire assez distinctement les plus grosses lettres de rnon tableau. Une remarque 
a faire c est que je ne puis lire d uu seul coup d oeil un mot s il a plusieurs syl- 
labes, et si une seule syllabe est trop longue, je ne puis la lire qu en deux ou 
trois fois, suivant la multiplicity des lettres. Quand j allai revoir M. Pcr- 
rin buit jours apres, un changemerit assez notable s etait fait ; je lisais a quel- 
quespas la premiere et la deiixieme ligne de mon tableau et quelques enseignes 
de magasiu que je n avais encore pu voir j usque-la; on me fit continncr le 
traitement, et la seconde periode de huit jours amena uri second changement ; 
je pouvais lire tout mon tableau (grancles et petites lettres, ces dernieres beau- 
coup plus pres, il est vrai) et beaucoup d enseignes de magasins plus ou 
moins grandes lettres. Alors on me fit suspendre completeraent le traitement 
pendant un mois. J eprouvais pendant ce laps de temps des hauts et des 
bas, mais la maladie resta ce qu elle etait lorsque j avais commence a me re- 
poser. Vers le 20 aoiit, je repris le meme traitement pendant un mois. 
C est la que s est fait un changement tres-notable ; chaque jour je m apercois 
d un progres avantageux; je lis mon tableau tres-facilement a cinq ou six 
pas. Huit jours apres la reprise du traitement, je lis parfaitcment bien toutes 
les enseignes, mais les livres impossible! a moins que ce ne soit d un ca- 
ractere tres-gros. Les progres semblent s arreler vers le 2 septembre, ou ils sont 
presque insignifianls car je m en apercois a peine jusqu au 17 septembre. 
C est a cette epotjue et en deux jours que je fais le plus de progres. Le matin du 
17 en me levant il me sembla que j y voyais micux que d habitude ct mon tableau 
est insuffisant pour m en rendre compte : jc prends un dictionnaire qui est im- 
prime du caractere le plus fm et j y jette les yeux. Je lis parfaitement tout ce 
que je veux ; il me semble que c est une illusion et je m en assure en sautant 
quelques pages et je vois par les lettres alphabetiques que je ne me suis pas 
trompc. Je descends dans la rue et je suis tout etonne en pouvant lire la plaque 
qui indique la rue, je lis aussi les numeros des maisons, et pendant ma maladie 
jamais je n avais pu lire ces differentes choses. II est vrai que mon regard n est 
pas sur, car avant de fixer une chose il faut que je promene mes yeux sur 1 objet 
bien longtemps ; il en est de mense pour lire, je lis tres-bien les livres, mais 
toujours comme un ecolier, en epelant comme je 1 ai dit plus haut; il faut que 
je promene ma tete sur chaque mot pour le lire, il me reste encore 1 ecriture 
que je ne puis dechiffrer. Je vais le 20 septembre rendre compte a M. Per- 
rin de ce changcmenl ; il me suspend mon traitement de nouveau pour un 
mois. Deux jours apres cette visite je puis lire 1 ecriture pourvu qu elle soit li- 
sible, car c est beaucoup plus difficile que 1 imprime, parce qu il est presque 
impossible d epeler les manuscrits. Dans ce mois de repos, ma vue s affermit 
sans pour cela faire d autres progres, mais chaque jour je sens mon regard plus 
fixe et je promene moins les yeux sur 1 objet que je fixe; en en mot, sans voir la 
chose beaucoup micux je suis moins long a la jugcr. 

II est rationnel de subordonner, meme sans constatation anatomique, la 
marche des symptrimes dans le cours de la choroidite exsudative a 1 etat de la 
retine, puisquc la clioro ide par elle-meme n cst pas indispensable a la vision : 
les troubles qu occasionue l inflammation de cette derniere, resultant priucipa- 



CIIOROI DE. 51 

lenient des lesions consecutives de la retine, seront d autant plus intenses que 
Talteration se rapprochera davantage des points qui concourent a la vision cen- 
trale, c e^t-a-dire de la macula. G est ainsi qu une choroidite ayant son siege 
vers la region equaloriale laissera la vision intacte tandis qu elle pourra 
entrainer la cecite si elle euvahit la macula. Nous avons reproduit dans notre 
Atlas (plnnche J2, fig. 2), un Lei exemple de ce genre. L alteration est tres- 
circonscrite, elle s est developpee chez un liomme jeune encore et pourtant elle 
a entraine la perle a peu pres absolue de la vision de ce cote. 

II n est pas rare que 1 ceil atleint de choroidite soit sensible au toucher et 
devienne le siege d une tension penible, surtout pendant la periode aigue de la 
maladie. 

B. Signes objedifs. La surface rouge orange de la choroide est parsemee 
de petits points, de petites plaques d un blanc jaunatre qui tranchent sur la 
couleur du fond. 

Tantot elles ressemblent a de petites masses miliaires de couleur jaune clair, 
surmontees d un point plus terne ou noir. Ges tumeurs qui semblent surgir du 
tissu choroidien sont disseminecs sur sa surface, a divers degres de developpe- 
ment. Ailleurs les alterations choroidiennes forment de grandes plaques d un 
blanc bleuatre eclatant, parfoisuni formes et mouchete es de taches sombres dues 
a des debris de la choroide, parfois comme pcriorces et renfermant a leur 
centre une portion de tissu nou altere. On les rencontre aussi sous 1 aspect de 
lignes blanches brillantes traversant une grande etendue du champ choroidien 
en suivant le plus souvent le trajet des vaisseaux. Cette derniere forme n est 
pas sans ressemblance avec 1 aspect des ruptures de la choroide ainsi que nous 
le verrons. Souvent les exsudats choroidiens n alteignent pas le quart ou le tiers 
du diametre dc la papille, mais il n est pas rare d en observer dont 1 etendue 
depasse celle du nerf optique. Au debut de la maladie , ils se perdent par 
degradations insensibles dans le tissu sain et ce n est que plustard, a une periode 
plus avancee, qu ils se delimitent nettement au point de paraitre parfois tallies 
a 1 emporte-piece et qu ils s encadrent d un pigment fonce. 

Dans certains cas, la choroidite au debut ne se traduit que par des alterations 
de couleur peu tranchees, localise es dans les regions equatoriales du bulbe et 
attributes a une simple hyperhemie. Ces delicates modifications de couleur qui 
varient selon les sujets entre le rose et le rouge sombre, qui sont d un ton 
imoins uniforme, moins franc qu a 1 etat normal revelent le debut des modifica 
tions dont la coucbe epilheliale est le siege : elles semblent etre le presage de 
1 exsudation qui va se faire. Mais elles echapperont bien souvent a 1 observateur 
si le patient a les cheveux fonces et l e pilhelium choroidien richement pourvu 
de cellules pigmentaires : on rencontre parfois en ces circonstances une masse 
pigmentaire isolee dont la presence suffit a lever tous les doutes. 

Le siege dc la choroidite exsudativeest tres-variable : il est permisdedire toute- 
fois qu elle debute de preference dans la region equatoriale pour se propager de 
proche en proche vers le pole posterieur et la papille optique. Au lieu d etre 
dissemines sur une large etendue, les depots peuvent etre tres-circonscrits. Nous 
avons deja f;iit mention d un cas de choroidite dans lequel 1 exsudation parais- 
sait limilec a la lachc jaune et etait figurec par une tache ovalaire allongee 
transversalcmcnl, plus pelite que la papille, entierement blanche et nettement 
-encadree par une ligne de pigment. 

Les exsudats choroidiens sie geant en arriere de la retine, les vaisseaux de cette 



52 CHOROl DE. 

derniere ne sont modifies ni dans leur aspect ni dans leur marche : toutes It s 
Ibis qu il en est aulrement, on peut en conclure qne la retine, comme i) arrive 
si souverit en pareil cas, est elle-meme atteinte. 

II est des cas dans lesquels 1 affection debute par une infiltration se reuse de 
la retine que Ton reconnait a une teinte opaline particuliere. L opacite est 
habituellement limitee au pourlour de la papille : mais elle peut, eu certains 
cas, s elendre au loin: au niveau de [ infiltration, les vaisseaux retineux sont 
voiles par un nuage grisalre leger. Durant cette periode , 1 etat de la membrane 
nerveuse empeche de constater eelui de la choro ide sous-jaeente. Ce n est qu au 
moment, peu eloigne du resteou survient 1 atrophie des deux membranes, que les 
signesophlhalmoscopiquesdelachoroidite devieimeiit de plus en plus expressifs. 
Lorsque 1 afl ection a ele profonde, lenerf optiquelui-memepeutprendre partau 
travail d atrophie. L Allas de Liebreich (pi. 6, fig. 2) reproduit un exemple 
remarquable de eel envahissement. 

G est a cetlc derniere variete, dans laqnelle on a signale une forme particu- 
liere plus on moins arrondie des exsudats qui rappellerait 1 aspect des eruptions 
syphilitiques, que 1 onadonnd le nom de choroiditc specifique, donnant ainsi a 
entendre qu on la rencontre plus particuherement sinon exclusivement chez les 
sujets atteints de syphilis. D apres notre experience personnelle, cette opinion 
aiirait besoin d etre confirmee et nous ne pouvons que repeter ce que nous avons 
ecrit deja depuis longtemps. La ehoroidite d origine syphililique ne possede 
aucuu caractere qui lui soit propre, qui permette de la distinguer de toutt 
autre. C est done a tort que Ton en fait une forme speciale dont la seule raison 
d etre serait une donnee etiologique si souvent contestable. Nous reviendrons 
encore sur ce point a propos de 1 etiologie. 

Ambert et Forsteront decrit, sous le nom dc choro iditeareolaire, uncas dans 
lequel il existait dans le stroma clioroidien, sain ailleurs, de pelites lumeurs 
tres-nombreuses et recouvertes d un epithelium pavimentaire charbonneux. La 
retine etait adherenteet sensiblement atrophiee aux endroits correspondants. Ces 
tuiiieurs vucs de lace formaient des laches rondes jaunatres, brillantes, d uu 
millimetre environ de diametre et entourues d une bonlure noire. 

Nagel a rapporte un cas du meme genre a la Societe ophthalmologique <\v 
Heidelberg, en 1868. Dans ce cas, une seule region du fond de 1 ujil etait 
atteinte : clle correspondait a la macula ; les laches pathologiques etaient for- 
mees d une partie centrale d un blanc hrillant, entouree d un anneau noir. En 
dehors de celte zone , il en exislait une secondc periphcrique, d un gris 
rougeatre qui semblait resulterde la destruction de 1 epilhelium de la choro ide. 
Independamment de ces laches, il y en avail de plus petites entitlement noires, 
Toutes ces laches adheranl aux vaisseaux reliniens , demontraient par cela 
meme la participation de la retine. Nous avons rapporte avcc quelques details les 
fails les plus propres a donner une idee de la clioroi dite areolaire afin que le 
lecteur puisse juger par lui-meme s ils presentent des particularile s assez bien 
defuiies pour constiluer une forme speciale de clioroidite. Nous ne le pensons 
pas. 

Complications. On rencontre parfois la choroidile disseminee, associee a 
1 iritis aigue ou sub-aigue ; souvent elle provoquc des troubles du corps vitre, 
assez intcnses pour cacher complelement le fond de 1 ceil ou tout au moins pour 
couvrir 1 image ophthalmoscopique d un voile gris uniformc que Ton altribiif 
Irop frequemment a une infiltration de la retine. L crreur est d autanl plus facile 



CHOROi DE. 53 

que ce trouble du corps vitre s accompagne rarement d opacites fixes ou mobiles. 
Cette complication apparait de bonne heurc; elle dure pen en general : an fur et 
a mesure qu elle diminue, les alterations choroidiennes sous-jacentes deviennenl 
plus appreciates. 

L alteration du corps vitre a ete signalee comme 1 un des caracteres proprcs 
de la choroidite syphilitique ; c est dans ces cas qii il est difficile, impossible 
memo de dire si la choroidite affectera la forme parenchymateuse ou la forme 
exsudative. 

Enfin les principales complications de la choroidite exsudative, cellesquipour- 
raient etre considerees en quelquc sorte comme des suites naturelles, tant elles 
sont frequenles, sont representees par les alterations secondaires de la rctine 
dans les points correspondants aux parties malades. 

La marche de la choroidite exsudative quoique tres-variable est ton jours lento. 
Le pronostic est subordonue moins a la maladie clle-meme qu aux complica 
tions qui surviennent soil du cote du corps vitre, soi : . du cote de la retine. D une 
facon generale, le retablisscmeut de la vision est d autant plus probable que 
1 invasion a cte plus brusque, la marche plus rapidc, en un mot, que revolution 
affecte une marche relativement plus aigue. Au debut du mal, meme lorsqur 
les troubles visuels sont tres-intenses, il est permis d esperer une guerison 
complete ou a peu pres complete. II n eu est plus de meme lorsque la retine 
est envahie et lorsque le corps vitre reste jumenteux durant un certain temps : 
ou peut alors esperer tout au plus une legere amelioration et meme trop sou- 
vent, quand la region de la macula est atteinte, la cecite en est la consequence. 
Causes. La choroidite exsudative comme la choroidite parenchymateuse sc 
developpe frequemment de la facon la plus insidieuse, sans qu il soit possible 
d en determiner les causes. 

L observation demontre qu elle se rattache souvent a un etat diathesique ou 
organique qui a occasionne un trouble profoud de la nutrition et de la circu 
lation. 

D autres fois la choroide semble reagir comme les membranes sereuses et 
subir les memes lois physiologiques. C est ainsi que les refroidissements cutanes, 
la suppression brusque de la transpiration ou d un flux hemorrhoidal aucieu, 
1 existence de la goutte ou du rhumatisme semblent jouer un grand role dans le 
developpement de la choroidite. Quelqucs auteurs out aussi siguale sa coinci 
dence avec la fievre puerperale , ou des hemorrhagies abondantes, avec les 
troubles fonctionnels du systeme uterin, etc. 

Mais la cause la plus active est sans contredit 1 infection syphilitique ; on 
estime qu elle intervient dans les deux tiers des cas. 

La syphilis hereditaire a ete aussi raise en cause par Hutchiuson (Ophthalmic 
Hosp. Reports, 1859, 1860). L observateur anglais decrit meme trois stadcs a la 
forme speciale de choroidite qu il attribue a la syphilis hereditaire : dans la pre 
miere, on constate un trouble considerable de la vision et la presence de laches 
diffuses de lyniphe plastique, souvent un certain trouble dela retine et du corps 
vitre ; dans le second, la vue s ameliore et les taches sont mieux limitees ; 
dans le troisieme, celles-ci sont circonscrites par un bord abruptc et il n existe 
plus degonflement general du tissuavoisiuatit : c est le slade de guerison. A 1 ap- 
pui de son opinion, 1 auteurrapporte les fails suivantsqui lui paraissent probants. 
Un jeune homme de quatorze ans eprouve un affaiblissement considerable de 
la vue a droite. A 1 ophthalmoscope, on constate un grand nombre de taches de 



54 CIIOR01DE. 

teinfes differentes, du rouge an rose et an blanc, situees sous la retine. Une- 
d elles ressemblait a la papille. Ces taches etaient bordees de pigment. Durant 
son eufance, cet enfant, au dire de la mere, avait souffert d eruptions a la peau, 
de coryza et d ulceres a 1 anus. Le medecin attribua ces accidents a une syphilis 
transmise. La mere avait fait auparavant une fausse couche. L aspect de 1 enfant 
et ses dents etaient caracterisliques. 11 y avait aussi un psoriasis a la face. On 
croyait que 1 alteration datait de 1 enfance et, en consequence, on ne prescrivit 
aucun traitement. Ce fait ne porte avec lui aucun enseignemcnt ; les signes 
fonctionnels et objeclifs qui y sont mentionnes sont ceux de la choroidite 
simple, et, d autre part, rien ne demontre 1 existence de la syphilis hereditaire. 
L unique avortement de la mere peut etre accidentel. Les eruptions a la peau, 
le coryza, les ulceres a 1 anus, le psoriasis a la face nous paraissent vouloir dire 
plulot scrofules que syphilis hereditaire. II ^ie reste done que 1 alteration des 
dents, signalee par Hutchinson, comme utf Sgne pathognomonique de la syphi 
lis hereditaire. 

Dans un second fait, il est question d un jeune homme de vingt ans, pale, 
cachectique, examine d abord par le docteur Bader, qui avait diagnostique : 
alterations specifiques, datant de six ans, aux deux yeux. Hutchinson reconnut 
1 existence de taches circonscrites par un bord abrupte d un blanc mat. Les 
retines n etaient point envahies , mais elles etaient tres-pales et les papilles 
irregulieres. Malgre ces lesions, le maladc pouvait encore travailler comme cor- 
donnier. 

Ici les details ophthalmoscopiques et le peu d intensite des troubles visuels 
laissent a penser qu il ne s agit pas d une forme exsudative, mais bicn d une 
forme atrophique. Aucun caractere, aucun indice ne conduit a faire croire 
a de la syphilis ; et bien que les dents fussent suspectes, petites, usees; bien; 
qu on ait signale 1 existence de fissures aux angles de la bouche et la perte de- 
quinze enfants sur seize qu avait eus la mere, on ne peut s empecher a propos 
de ce fait comme a propos du precedent de poser un point d interrogation. Loin 
de nous la pensee d en contester, ni d en attenuer la valeur. En faisant nos 
reserves, notre but est de provoquer de nouvelles recherches, d appeler 1 atten- 
tion sur les points qui ont besoin d etre eclaires et d oblenir enfin des obser 
vations qui entrament la conviction, sans qu il soil besoin d en relerer a 
1 autorite du nom qui les produit. 

Dans 1 etat actuel- de nos connaissances, il ne me repugne pas d avouer que 
le plus souvent il ne m a pas ete possible de decouvrir d une facon satisfaisante 
pour 1 esprit la cause de la plupart des choroi dites qu il m a ete donne d ob- 
server. II en est de la choroide comme d autres membranes et d autres tissus. 
Elle est frequemment envahie par un travail d hypergenese qui fait disparaitre 
1 element normal et lui substitue du tissu connectif de nouvelle formation. Et 
cela sous 1 influence de causes profondement cachees parmi les inconnues de la* 
vie de nutrition. 

Trailement. II importe de rechercher tout d abord avec le plus de soin pos 
sible la cause presumee du mal, de facon a etablir sur les bases les moins fra- 
giles le traitement aintervenir. 

Comme 1 infection syphililique est surtout en cause, c est dans cette direction 
que 1 on devra diriger principalement son investigation. Pour peu qu il y ait 
seulement quelques presomptions, disons meme dans tous les cas, on prescrira 
sans larder un traitement mixte, compose d onctions mercurielles quotidiennes 



CHOROIDE. 55 

et d iodurc de potassium, porle rapidement a une dose suffisante pour provoquer 
des effels physiologiques. Depuis quelques annees j emploie uniformement cette 
medication, moius dans la pensee d enrayer une manifestation syphilitique que 
dans le but d agir sur la nutrition et de provoquer, par 1 cmploi combine des deux 
agents de denutrition les plus actifs, la resorption des elements neoplastiques 
quelle qu en soil 1 originc. 

Avec le trai lenient general il sera loujours utile d agir localement. Les infu 
sions chaudes, les excitants cutanes, les bains sulfureux, les frictions stimu 
lants au pourtour de 1 orbite, les sinapismes reiteres aux jambes, les ventouses 
seches a la region posterieure du cou, les vesicatoires ammoniacaux aux tempes 
represented les pctites ressources auxquelles on a coulume de rccourir. Nous 
rejetons absolument la sangsue artificiellc de Hemieloup, recommandee par 
plusieurs specialistes. L application d uu seton a la nuqiic, que Ton aura soin 
d entretcnir pendant un temps suffisanl est encore, parmi les moyens derivatifs, 
celui q ui nous inspire le plus de confiance. Tout recemment, nous avons vu le 
docleur Raymond, a I hopital des ophthalmiques de Turin, trailer la choro idite 
disseminee par des evacuations quotidiennes del humeur aqueuse. Cos evacua 
tions sont obtenues par des paracenteses renouvelees de temps en temps, et 
dans 1 intervalle desquelles la petile plaie est maintenue a 1 etat listuleux a 
I aided iin stylet. Noire distingue confrere assure avoir obtenu de bons effets 
de cellc intervention. 

VIH. CHOROIDITE SEREUSE. La choro idite sereuse, moins encore que lesformes 
preeedentes, represente une entite pathologique que Ton puisse defmir el eludier. 
lllle n est, en quelque sorte, qu un fait accidentel, contingent, qui, sans grande 
importance par lui-meme, en acquiert une Ires-considerable, en raison de 
1 egalite de pression qui doil etre mainlenue dans la sphere oculaire. Toute 
alteration de tissu de la choroide peut occasionner et occasionne sou vent des 
infiltrations sereuses, soil entre la choroide et la reline en decollant cette der- 
niere, soil dans I epaisseur du parencliyme. A ce tilre, la choro idite peut etre 
sereuse en memc temps que parenr.hymateuse ou exsndative, ille peul etre 
sereuse sur certains points, hyperplasique sur certains autres; hyperplasique au 
debut, sereuse plus tard. Et de meme encore, une choroidite sereuse peut etre 
transformee en une choroidite plastique par une irritation intercurrente, un 
traumatisme, une operation chirurgicale, etc. L infiltration sereuse ou 1 epanche- 
ment sereux de la choroide, veritable epipbenomene ou simple ecart physiolo- 
gique represente, avons-nous dit, une perturbation extremement grave au point 
de vue clinique. Tout exces de secretion dans la cavite oculaire, qui est tres- 
peu extensible, entraine frequemment un exces de pression ; tout exces de pres 
sion comprime les vaisseaux et les nerfs ciliaires et provoque ainsi une aggra 
vation du mal par I lrritation nerveuse qui en resulte. De ce defaut d equilibre 
resulle en meme temps une menace contre I integrite de la retine et du nerf 
oplique, comme aussi contre la courbure de I enveloppe fibreuse de 1 oeil. 

Si la meme t.iluatioii se maintient, des troubles nulrilifs et des elfels meca- 
niques desastreux ne t ardent pas a se produire; 1 ceil devienl dur et frequem 
ment douloureux ; 1 iris, paresseux ou inerte, la chambre anlerieure, moins 
profonde en raison du refoulement de 1 iris vers la cornee, la pupille, dilatee 
et irreguliere. D aulres fois, la sele roliqiie el la cornee se ramollissent , elles 
opposent une resistance insuffisante a 1 cxces de pression, et tantot se distendent 
uniforaiement pour produire ce type connu sous le nom de buphthalmie, 



56; CHOROi DE. 

tantot cedent sur un on plusieurs points pour donner naissance a des staphy- 
lomes, soil de la sclerotique, soil de la cornee. 

La choro ide, 1 iris, les nerfs ciliaires finissent par subir aussiun travail d atro- 
phie regressive qu il est aise de prcsseutir ; en fin, la retine decollee ou alteree 
dans ses elements, les fibres dn ncrf optique refoulees dans leur gaine, coupees 
conire I auneau sclerotical, fournissent mi dernier trait an tableau des accidents 
occasionnes par 1 exces de la pression intra-oculaire, effet direct, inevitable de 
1 lry persecution. 

Ces accidents representent les symptomes principaux des especes morbides 
qui constituent la grande classe des maladies hydrophthalmiques. On a reserve 
specialement le nom d affections glaucomateuses a celles dans lesquelles 1 exces 
de pression agit specialement sur la papille optique et se traduit par une durete 
appreciable du globe oculaire. L etude plus complete de ce groupe palhologique 
trouvera plus ulilement sa place a propos de 1 article glaucome. 

IX. CIIOHOIDITE ATROi iiiQUE. Sclero-choroiclite. Nous avons dit preeedem- 
ment que les formes parenchymaleuse et exsudative de la choroidite occa- 
sionnaient habituellement une atropbie regressive de la choro ide attribuee a la 
compression qu exerce sur les vaisseaux le tissu neoplastique retractile au fur 
et a mesure de sa formation et de son organisation. A ce point de vue, 1 atrophie 
de la cboroide n est qu une suite ou une complication, si Ton vent, des formes 
dont il vient d etre question. Ces deux etats, hyperplasie et atrophie, sc succe- 
denl ou se confondent a tel point, qu a un moment donne, on serait fort 
embarrasse de dire quel a ete le debut du mal et quelle en ebt la nature. 

L atrophie est aussi la consequence babiluelle, comme nous 1 avons indique, 
d une hypersecretion intra-oculaire, et, par consequent, 1 un des symptomes des 
affections hydrophthalmiques. Envisagee a ce point de VUG, 1 atrophie choro i- 
dienne serait la suite, le dernier terme d autres maladies et non une maladie 
particuliere. 

Mais dans le plus grand nombre des cas, 1 atrophie parait etre 1 alteration pri 
mitive, fondamentale. II s y ajoute bien accidentel lenient un certain trouble 
dans les secretions et quelques infiltrations plastiques, mais a titre de symp 
tomes secondaires. 

Tantot 1 atrophie choro idienne laisse intacte la forme du globe oculaire ; d au 
tres fois elle occasionne une deformation, un enfoncement de la paroi qui con- 
stitue un staphylome. Dans 1 un et dans 1 autre cas, elle peut etre de menu 1 
nature, ou du moins presenter les memes signes anatomiques; mais le staphy- 
lome exerce une telle influence sur les conditions dioptriques de la vision, il offre 
quelque cbose de si particulier dans son siege qu il est necessaire de scinder en 
deux 1 elude clinique de 1 atrophie choro idienne. 

a. Atrophie choroidienne non sla/thylomateuse. Cette forme represente- 
1 atrophie du tissu choroi dien qui se mele aux divers etats pathologiques de la 
choro ide ou qui en est le dernier terme. Rarement etendu a la sclerotiquc, il 
envabit, au contraire, tres-souvent la reline dont il provoque la degenerescence 
fibreuse et 1 atrophie. Le meme travail regressif peut aussi s etendre a la papille 
et au nerf optique et en determiner 1 atrophie. On pourrait done designer 1 etat 
dont il est question sous le nom de retino-choro idite atrophique. II correspond 
aussi a la designation de pigmentation de la retine, si 1 on en excepte toutefois 
un mode particulier de pigmentation de la membrane nerveuse bien etudiee par 
BoJling Pope et Landolt, sous le nom de Retinite piymentaire. Gelte derniere, en 



CHOROI DE. 57 

raison des conditions do son devcloppement,de la localisation du maldans le tissu 
retinicn, de son mode d evolut ion et des troubles fonctionnels qu elle enlrame, 
merite une description particuliere (Voy. REUNITE PIGMEKTAIUE). 11 ne s agit 
done ici que d une migration du pigment dans le tissu retinien pendant le cours 
d une choroidite. 

On rencontre aussi dans quelqnes cas la choroidite atrophique non staphylo- 
mateuse combinee avec 1 autre forme. 

Symptomes. Les signcs subjectifs de 1 atrophie choroidienne ne different pas 
de ceux de la choroidite exsudative. Ici comme la, ils sont surtout en rapport 
avec 1 etat dc la retine. Lorsque celle-ci est intacle, les plaques d atropliie les 
plus etendues peuvent respecter la vision et n avoir d autre eifet qn une eblouis- 
sante fatigue a la lumiere. 

Quant aux sigues objectifs ils sont tres-variables. Tantot 1 atrophie de la cho- 
roide se revele sous 1 aspect de plaques et de laches arrondies d un blanc blcuatre 
eclatant, mouchelees de petits grains et de petiles stries noires. Ces tadie^ sont 
comme taillees a remporte-piece dans le tissu sain de la choroide ; dans d autres 
cas elles paraissent entourees d une aureole rose clair ou d un lisere noir. L atro- 
phie peut etre tres-etendue ; on la voit alors sous 1 aspect d une plaque concave 
de couleur blanc jaunatre comme 1 ivoire vieilli, sur laquelle se rencontrent des 
masses isolees de pigment noir, des debris de la choroide, quelques vaisseaux 
choro idiens. En certains points les bords de la partie atrophiee se fondent inscn- 
siblement avec les parties inalterees ; en certains autres ils dcssincnt unc ligne 
irreguliere comme le contour d une carte geographique avec des enfonccments, 
des saillies, des languettes etroites de tissu sain. L aspect de 1 image ophthal- 
moscopique est surtout determine par 1 etat des couches pigmentaires qui sont 
le siege principal de 1 alteration. Tant quc la couche epitheliale n cst point 
modifiee, elle voile a 1 observateur, surtout si 1 ceil est fortement pigmenle, ce 
qui se trouve derriere et par consequent 1 etat du stroma choroidien. Si, an con- 
traire, elle prend part au travail d atropliie, ce qui arrive presque toujours, les 
alterations sous-jacentes sont tres-nettement accusees. 

Las modifications dont 1 epithelium choroidien est le siege ne sont pas limi- 
tees a la diminution des granulations pigmentaires contenues dans les cellules ; 
celles-ci subisscnt aussi la regression graisseuse de tclle facon que le pigment 
qu elles contenaient devient libre. D autres fois il se produit concurremment une 
proliferation des cellules pigmentaires qui devieunent plus grosses, plus irre gu- 
lieres et s accumulent au point de former des bosselures a la surface. Ces agglo 
merations irritent la retine, la compriment et provoquent un travail phlegmasi- 
que qui aboutit a 1 adherence intime des deux membranes, a 1 atrophie regressive 
des elements sensibles, ainsi qu a la formation d elemenls nouveaux de tissu 
cellulaire. De la sorte la retine est reduitc en ces points en un stroma celluleux 
delical, infiltre de cellules ou de granulations pigmentaires librcs. Tel est le 
mode suivant lequel une affection qui a primitivement son siege dans la cho 
roide envahit la retine, et de choroidite degenere en retino-choroidite. 

C est aux alterations du pigment epithelial que sont dues les taches noires 
que Ton rencontre presque toujours dans 1 image ophthalmoscopique de la cho 
roidite ; la presence de ces taches represenle, on ne saurait trop le repeter, le 
meilleur element de diagnostic de la choroidite. 

L alteration de la choroidite peut etre limitee a la couche interne. Schweiger 
a rencontre a 1 autopsie des modifications siegeant exclusivement dans la couche 



5* CHOROi DE. 

epitheliale. II doit en etre ainsi dans ces cas si nombreux quc nous avons ranges- 
panni les varietes physiologiqucs, parcc qu ils ne s accompaguent d aucun trou 
ble dans la vision, et dans lesquels les cellules hexagonales sont. devcnues assez 
rares on assez peu pigmcnlces pour laisser voir distinctement la structure du 
parenchyme. Gette disposition est tres-frequente dans les yeux atteints de choroi- 
dite staphylomaleuse ; frequente aussi pendant la vieillesse et pendant le cours 
des choroidites sereuses, etc. 

Toutefois les modifications que subissent les cellules epitheliales sont le plus 
souvent accompagnees d autres alterations du parencbyme. Le stroma-choroidien 
perd son pigment, les parois des vaisseaux s epaississent, deviennent sclereuses, 
de facon a reflechir la lumiere plus vivemeut qu a 1 etat normal. 11 resulte de 
ces conditions reunies une image dans laquelle le reflet sclerotical apparait 
dans toute 1 etendue du ibncl de 1 oeil, constituant comme un fond gris cendre 
sur lequel se dessine le reseau vasculairc de la choro ide. Les vencc vorticose? 
apparaissent vers 1 equateur de 1 oeil sous 1 aspect de larges vaisseaux convcr- 
geant vers la papille, s anastomosant entre eux et circonscrivant des espaces dc 
moins en moins grands, qui sont noirs ou d un gris jaunatre, selon que 1 atro- 
phic pigmentaire est plus ou moins complete. 

Les vaisseaux scleroses contribuent aussi a donner au tableau des traits carac- 
teristiques. On les voit sous 1 aspect de stries bosseleees, d un blanc jaunatre 
brillant : on dirait a les voir que la circulation est interrompue sur certains 
points de leur trajet ou ne se continue que dans quelques-uns d entre eux. Ge 
n est la qu une illusion due apparemment a un epaississement patbologique des 
parois vasculaires qui les rend moins transparentes. 

Dans quelques cas il existe, au pourtour de la papille, une sorte d aureole 
formee de petites stries radiees d aspect blanc jaunatre. Cespetites stries repre- 
sentent selon toute raison des vaisseaux. Leur disposition rayonne e au pourtour 
de la papille optique autorise a penser qu elles representent les arteres ciliaires 
courtes mises a decouvert par la disparition du pigment : ce systeme vasculaire 
colore en rouge par le sang, en blanc jaunatre par le reflet des parois vasculaires 
epaissies, circonscrivant des espaces plus on moins sombres qui representent les 
mailles d un reseau, donnent au fond de 1 oeil quelque chose d etrange, de sai- 
sissant, dont la choro ide du vieillard examinee immediatement apres la mort 
rappclle le souvenir. 

Les alterations de la choro idite atrophique siegeant en arriere de la retine, les 
vaisseaux de cette derniere passent au-devant d elles sans subir de modification ni 
dans leur aspect, ni dans leur marche. Bien plus, comme les plaques d atrophie 
reflechissent plus vivement la lumiere, les vaisseaux retiniens a leur niveau 
paraissenl mieux eclaires de telle sortc qu on distingue facilement un vaisseau de 
second ou de troisieme ordre invisible dans I oail sain. Beaucoup d observations, 
dans lesquelles il est question d hyperemies reliniennes, n ont d autre fonde- 
ment que cet effet d eclairage. 

Diagnostic. Nous avons deja dit, a propos de la forme parenchymateuse de la 
chorouhte, combien la constatation des alterations dc la clioroide elail simple et 
sure : mais il n en est plus de meme lorsqu il s agit d apprecier au miroir si 
Ton a affaire a un exsudat ou a une plaque d atrophie, si la reline est saine ou 
malade. 

II arrive meme si souvent que Ton a affaire a ces alterations reunies, qu il im- 
porterait moins de les distinguer les unes des autres que de faire la part de cha- 



CHOROlDE. 59 

cune d elles. Posee en ces termes, la question est difficile a resoudrc ; disoas 
memo, qu cn bien des cas il est impossible de se prononcer sans depasscr les 
limites rigourcuses de 1 observation. 

Le diagnostic differentiel entre les exsudats et les laches atrophiques de la 
choro ide repose sur les donnees suivantes. 

L exsudat n a generalement pas de forme p referee : ses bords sc fondent dans 
les parties voisines; il est place a la surface de la choro ide; le plus souvent, il 
laisse les cellules epitheliales des parties voisines complelement intactes, sinon 
agrandies et mieux pourvues ile pigment qu a 1 etat normal. 

L exsudat est mat, legerement jaunatre. 

Enfin il forme saillie a la surface de la choro ide. 

La plaque d atrophie est geiieralement arrondie elle donne un reflet bleuatre, 
un chatoiemeul marbre de taches noires, resultant de la reflexion de la lumiere 
sur la face interne de la sclerotique plus ou moins completement deuudee. 

La plaque d atrophie est accompagnee dans son voisinage d une alteration de 
la couche epitheliale, dont les cellules ont perdu leur regularite et la plus grande 
partie des granulations pigmentaires qu elles conteuaient, ou meme ont com 
pletement disparu, en sorte que leur pigment devenu libre s accumule en petits 
amas irreguliers dissemines sur le champ de la plaque atrophique ou le long 
de ses bords. 

Le probleme devient plus difficile lorsque, par revolution du mal, 1 exsudat a 
provoque autour do lui une zone d atrophie, a subi lui-meme la regression, lais- 
sant en son lieu et place une veritable plaque blanche, brillantc, encadree de 
pigment noir. Dans certains cas, les exsudats ne perdent pas ainsi les caracteres 
qui leur sont propres. Leurs bords restcnt confus, ils palisseut seulement et ne 
revelent leur presence que par la teinte decoloree de la choro ide et la dissemina 
tion d un certain nombre de petits grains de pigment. 

On peut attribuer a de 1 atrophie les plaques blanches situees autour de la 
papille et formees par la presence dans la retine de faisceaux de fibres ner- 
veuses a double contour. Mais outre que cette disposition esttres-rare, les taches 
qui en resultent couvrent plus ou moins les vaisseaux retiniens, tandis que les 
alterations choro idiennes sont situees derriere ; elles empietent presque toujours 
sur la surface de la papille, ce qui n arrive evidemment jamais pour les altera 
tions de la choro ide ; entin elles offrent sinon dans toute leur etendue au moins 
sur leurs bords, une disposition striee caracteristique. Avec elles, pas de pig 
mentation pathologique. 

La plaque d atrophie de la choro ide se distingue de 1 opacite retinienne aux 
caracteres suivants. La premiere a un eclat plus grand que la seconde : une 
forme generalement arrondie et un contour net ; elle est entoure e de tissus a peu 
pres inalteres ; la seconde est le centre d un trouble diffus qui s etend a une cer- 
taine distance et dans lequel on distingue habituellement soil de pelits points 
plus opaques, soit des stries legeres. 

On peut surement affirmer que la retine est alteree soit primitivement, soit 
consecutivement, lorsque les vaisscaux retiniens sont plus ou moins voiles. Ces 
vaisseaux deviennent tortueux ; parfois on les voit s engager et disparaitre sous 
la taehe d ou ils sortent bien reconnaissables apres 1 avoir Iraversee ; ailleurs ils 
restent apparents, mais avec des bords sans nettete : on ne les suit qu avec peine 
a travers un tissu peu transparent. Jusqu ici le diagnostic dilieientiel est facile : 
mais il n en est plus de meme lorsqu il s agit de preciser si la retine est deve- 



60 CHOROIDE. 

nue malade pendant le cours d une choro idite. On s attachera de preference a 
rechercher si 1 image oplilhalmoscopique manque de netlete sur cerlaiiis points 
par le fait de 1 infiltration de la retine ; on suivra attentivement surtout le cours 
des vaisseaux pour constater s ils sont egalement apparents dans toute leur lon 
gueur, si, sur un point donne, ils ne sont pas reconverts par une masse pig- 
mentaire. 

Causes. Les causes de la choro idite atrophique ne sont pas mieux definies 
que celles des autres affections de la choro ide : consecutive elle est occasionnee 
par tout ce qui irrite le tissu choroi dien : nn exsudat, une suffusion sanguine, 
un execs de pression peuvent egalement concourir a sa production. Primitive elle 
parait etre sous la dependance d un trouble de nutrition difficile a definir el 
dont il sera plus opportun de dire un mot a propos de la pathogenic de la clm- 
roi dite staphylomateuse. 

Quant an traitement il n offre pas d autres ressources, jusqu alors, que cellos 
dont il a ete question a propos des autres formes de choro idite qui lui servent 
si souvent de point de depart. 

b. Choro idite staplnjlomateuse (Choro idite ectasique; Sde ro - choro idite ; 
Staphylome posterieur). Gette forme de choro idite appartient plus specialement 
que la precedente a la classe des affections hydrophthalmiques. Elle est accom- 
pagnee d une atrophie concomitante de la sclerotique avec adherence intime et 
ramollissement des deux membranes. La retine, au contraire, est le plus sou- 
vent respectee au moins taut que 1 affection n a pas depasse certaines limites 
dans son developpement. 

L alteration par atrophie du tissu choroi dien, dont il est ici question, merits 
une description speciale par la regularite a peu pres constante de sa forme et de 
son siege, par la deformation rapide a son niveau de la sphere oculaire et le de- 
veloppement d une ectasie on tumear staphylomateuse, qui a pour efi et de mo 
difier profondement 1 etat dioptrique de 1 oeil, ce qui fait qu elle rcpresente la 
cause et le signe le plus constants de la myopie. 

Cette forme de choro idite et le staphylome posterieur qui 1 accompagne 
representent deux facteurs si etroitement lies I un a 1 autre, qu ils sont synonyiiics 
dans le langage usuel, et que la constatation de la plaque d atrophie represents 
le precede d information habituel pour reconnaitre 1 existence du staphylome 
posterieur. Sur ce point, il ne faudrait pas etre trop absolu toutefois puisque, 
comme nous 1 avons signale precedemment, 1 atrophie caracteristique se ren 
contre assez frequemment sans staphylome, principalement chez le vieillard et 
dans le cours des affections papillaires. 

La choro idite staphylomateuse a son siege special aupourtour du nerfoptique: 
elle est localised la et pas ailleurs. Nous n avons jamais rencontre les cas dont 
parle Wecker dans son Traite des maladies des yeux, et dans lesquels le sta 
phylome se produirait sur la tache jaune isolement, de telle sorte que cette der- 
niere dcviendrait, comme la papille dans les cas ordinaires un centre d atrophie, 
d ou la maladie se propagerait. 

Sijmpldmes. A. Objectifs. Nous admettons, comme Ed. Jaeger 1 a propose 
le premier, trois degres dans le developpement de la choro idite stapliyloniateuse. 

Premier deijre. Dans le premier degre, le staphylome est represente par un 
petit croissant blanc blcuatre, dont la concavite embrasse la moitie externe de 
la papille optique (image droite). La disposition generate de la tache patholo- 
gique fait qu elle est frequemment confoudue avec la papille elle-meme que 



CIIOROi DE. 61 

1 on juge agrandie. Paiibis clle a fort pen d etendue; c est presque une simple 
lignc blanche qui simule un elargisscmcnt du limbe sclerotical. Le plus souvcnt 
los limiles du cote de sa concavite et surtout de sa convcxite sotit marquees par 
une ligne ombree ou noire, due aux modifications des couches pigmentaires qui 
accompagnent habitufellement tout etat pathologique de la choroide. 

Les bords du staphylome sont tantot nets et tranches, tautot irreguliers, 
denteles ou fondus par gradations insensibles avec la choroide saine qui parait 
a ce nivean plus sombre ou plusclaire selon les cas. 

Deiixieme degre. Au deuxieme degre, la tache pathologique est agrandie 
siiivaut le meridien horizontal : cc n est plus un croissant, mais un cone tronque 
dual la base curviligne embrasse les deux tiers environ du limbe de la papille, 
et dont le sonmiet plus ou moins arrondi confine a la tache jaune. Ici il est dif 
ficile de ne pas reconnaitre [ alteration ; sa coloration d un blanc nacre a reflets 
blcu.-itres donne au fond de 1 oeil des reflets chatoyants. Lorsque la maladic 
marche tres-lentement ou qu elle est stationnaire, le bord cxtcrne du staphy 
lome est limite par une courbe reguliere et ncltement dcssinee. Lorsqu au eon- 
traire elle est en voie de progres, les bords en sont comme dechiquetes, la couche 
epitheliale et le stroma choro idien dans le voisinage sont manifestement alteres, 
le pigment a disparu plus ou moins completement, et le staphylome se trouve 
entoure par une zone d atrophie plus ou moins avancee. 

Troisieme degre. Au troisieme degrei, qui le plus souvent succede prompte- 
nient au second, le staphylome gagne encore en etendue. II n est plus limite au 
cote externe de la papille, il la deborde en haut et en bas ; puis bientot une 
seconde tache plus petite, de mcme nature et de meme aspect apparait au cote 
interne de telle facon que celle-ci se trouve entouree par un cercle d atrophie, 
large du cote de la tache jaune, etroit du cote oppose. C est dans ces conditions 
que la tache jaune est envahie, et que 1 ectasie occupe la plus grande partie du 
fond de 1 oeil. La surface de ccs larges staphylumes ressemble a celle des plaques 
d atrophie choro idienne, elle est d un blanc nuance de bleu cendre. On y re- 
marque assez souvent un modele rouge forme par les debris du tissu choro idien 
et quelques masses isole es de pigment charbonneux. C est aussi dans ces cas 
que Ton rencontre accidentcllement quelques vaisseaux choro idiens intacts et 
normalement de nombreux vaisseaux retiniens de premiere ou de seconde gran 
deur dont 1 etat de distension cause par 1 ectasie est accuse par une direction 
recliligne. 

Dans le staphylome posterieur, la papille parait d un rouge plus fonce, plus 
nniforme qu a 1 etat normal. Souvenl elle acquiert une teinte lie de vin qui 
rontraste avec la tache staphylomateuse. Ce changement a ete attribue non sans 
ruison a une hj pen mie passive due a un certain degre de compression, exerce par 
It s faisceaux de la lame criblee qui sont de plus en plus distendus par les progres 
du staphylome. La forme de la papille est aussi changee: elle n est plus ronde, 
elle represents habituellement une ellipse dont le grand axe est perpendiculaire 
a la direction suivant laquelle se developpe le staphylome. Liebreich dit avoir 
iv marque que le nerf optique affecte de preference celte forme, lorsque le sta- 
phylome ne 1 entoure pas completement, c est-a-dire dans las deux premiers 
degres. On peut constater dans les diverses figures de la planche XIV de notre 
Atlas qu il n cn est pas gf neralement ainsi. Cette deformation nous parait etre 
mi effel d oplique du a rexistence de rastigmatisme qui complique si souvent 
la myopie. 



62 CHOROIDE. 

Dans 1 oeil atteint de staphylome, 1 eclairage est necessairement meilieur, 
1 image ophthalmoscopique plus nette, plus riche, tie tons plus t clatants, et les 
vaisseaux plus nettement dessines qu a 1 etat normal. Les reflets operes sur la 
tache pathologique rendent apparents des vaisseaux de second ordre que Ton ne 
distingue pas dans Trail sain. Aussi est-on generalement frappe du nombre de 
petits vaisseaux t|ui se dirigent vers la macula a travers 1 ectasie. 

La projection de ces vaisseaux au fond du staphylome a souvent pour effet de 
les rendre invisibles dans une partie de leur parcours, ce qui fait qu ils parais- 
sent ne pas emaner de la papille mais bien du bord interne de 1 excavation. D au- 
tres fois et pour le meme motif, ces vaisseaux semblent decrire sur le stapliylonie 
une grande courbe ou un crochet. 11 sulfit de se rendre compte des conditions 
de 1 eclairage pour comprendre ses varietes d aspect. 

La choro idite staphylomateuse n affecte pas to u jours la forme rrguliere, clas- 
siquedontil vient d etre question. La tache atrophique peut etre, en prenant 
toujours la papille optique pour point de repere, tantot superieure, tantot supe- 
rieure et inlerieure : ailleurs elle est represented par un disque etroit entourant 
complotement la papille. 

D autres fois la plaque atrophique, au lieu d avoir sa couleur blanc nacre habi- 
tuelle est d un gris cendre peu apparent, ce qui tient a un degre d atrophie moins 
avance. On peut dire d une facon gi nerale que les irivgularites de forme, de cou 
leur etde developpement que Ton observe dans la choroidite staphvlomateuse se 
rattachent a une maladie en voie de progres, et par consequent plus meuacante 
pour 1 avenir. 

Lorsque 1 ectasie a atteint un certain developpement, on peut constater direc- 
tement son existence en dirigeant le globe oculaire en dedans aussi fortement 
que possible. Dans celte position, le repli conjonctival s efface, la sclerotique est 
decouverte en dehors dans une grande etendue. En Fexaminant d avant en 
arriere, on la voit perdre sa couleur blanche et devenir d abord bleuatre, puis 
d une nuance bleu fonce au fur et a mesure que Ton se rapproche du pole pos- 
terieur de 1 oeil. Sur ces points, elle a perdu sa consistance normale, sa forme 
arrondie est devenue manifesiement conique, comme on 1 observe pour la cornee 
dans le staphylome anterieur. 

Le developpement du staphylome a pour consequence inevitable d allonger 
1 axe antero-posterieur de 1 ceil. Arlt, le premier, a indique un moyen de mesu- 
rer approximative ment cet allongement. II se sert pour cela d un com pas dont 
les pointes sont munies de petiles boules de liege. Le globe de 1 ceil etant porte 
fortement en dedans et en haut, 1 une des pointes est placee au centre de la 
cornee et 1 autre est appliquee sur la face externe de la sclerolique, au niveau 
du point le plus recule devenu accessible. L ecartcment obtenuest alors compare 
a recartement fourni par 1 oeil normal, qui scrt dc terme de comparison. Dans 
le but de rendre la mensuration plus precise, dc Gracfe a propose d appliquer 
un fil de plomb sur la surface externe du bulbe, mise largemcnt a docouvert en 
dirigeant aussi le regard en dedans et en haut. 11 assure avoir oblenu de la 
sorte des resultats tres-satisfaisants. Toutcfois il recoimait que la difficnlte 
d execution de ce procen*e compromet beaucoup 1 exactilude des resultats. 

L allongemcnt de 1 axe optique dans le staphylome s opere principalcmcnt du 
cote de [ hemisphere posterieur. 11 en resullc des changements c|u il est facile de 
prevoir dans I liarmonie des mouvemenls dc 1 oeil, appliques surlout a la vision 
binoculaire. Les muscles droits, dont la force et 1 inscrlion sont reglees pour 



CHOR01DE. 63 

siu uii organe spherique deviennent insuffisants pour mouvoir un organe 
devenu sphero-conique par la deformation de I hemisphere situe en arriere du 
centre de rotation et de leurs points d attache. 11 en resulte une grande diffi- 
culte dans tous les mouvements ; 1 oeil se deplacc Icntement, paresseuse- 
ment. Toutefois, comme les mouvements d elevation, d abaissement et de diver 
gence ne sont indispensables a la vision que dans une certaiue mesure, parce 
qu ils peuvent elre remplaces par des mouvements appropries de la tete, 1 in- 
convenicnt est peu marque. Mais il n en est plus de meme des mouvements de 
-convergence. Les .muscles droits internes deviennent insuftisants pour operer 
I entre-croisenient des axes optiques au niveau des objets rapproehes a la distance 
de la vne myope. C est ainsi que le staphylome conduit a 1 insufiisance des droits 
internes. Cette insuffisance tend a augmenler a mesure que le staphylome prcnd 
nn plus grand developpement, parce que le degre de la myopie qui en est 1 cx- 
pression optique s eleve proportionnellement et exige, pour y voir, un rapproche 
ment de plus en plus marque des objets et de plus grands mouvements de 



.convergence. 



L insuffisance des droits internes aboutit au strabisme divergent myopique ; 
c-lle exerce a son tour 1 influence la plus facheuse sur la marchedu staphylome, 
parce qu elle occasionne de frequents efforts de convergence, lesquels, on le sail, 
sont normalement associes a des efforts d accommodation de meme valcur. Or il 
ost d observation que les uns et les autres tendcnt a aiigmenter la pression intra- 
oculaire, et par consequent a favoriser le developpement de 1 ectasie. L accom- 
modation ainsi mise en jeu est encore prejudiciable a un autre point de vue; 
elle conduit a rapprocher da vantage des objets pour y voir, et parlant a tenter 
de plus grands efforts de convergence, etc. Tel est le cercle vicieux dans lequel 
se trouve plus ou m oins etroitemcnt enferme le sujet atteint de staphylome pos- 
terieur, et par lequel s expliquent ces aggravations si promptes des myopies 
mal gouvernees. 

Avec rinsufiisance, on est expose a de la diplopie et plus frequemment a un 
etat vertigineux tres-faligant qui est surtout a redouter pendant la fixation 
d objets multiples ou qui passent rapidemont devant les yeux. 

Le globe oculaire allonge par le staphylome rencontre encore dans les parois 
inextensiblcs de la cavite orbitaire des obstacles d uii autre ordre qui nuisent a 
la regularile et a la lacilite de ses mouvements et qui peuvent conlribuer encore 
pour une certaine part a 1 insuffisance des muscles droits internes. 

B. Siynes suhjectifs. Au premier rang figure la myopie vraie qui en est 
1 expression constante : par consequent, les signes habituels, populaires, a 1 aide 
desqucls on rcconnait cette derniere, a savoir : la saillie du globe oculaire, la 
profbndeur de la chambre anterieure, la dilatation de la pupille, le cligncment 
frequent ou permanent des paupieres, enfin et surtout la limite a courte 
distance de la vision distincte, representent autant de signes rationnels du sta 
phylome poslerieur. 

Malgre reiendue et la gravite des desordres de la choroidite staphylomateuse, 
la vision reste intacte tant qu il n existe pas de complications. La reflexion 
operee a la suriace de la tache pathologique occasionne seulement quelques 
eblouissements et une plus grande sensibilite a la lumiere. On a constate aussi 
un agrandissement de la tache aveugie physiologique : toutefois cet agrandisse- 
nient nc nuit point a la vue, parce qu elle est facilement corrigee dans la vision 
biooGulaire. La pression exercee sur la retine par les milieux oculaires, sa 



64 CHOROI DE. 

distension resultant de sa projection dans le staphylome ne nuisent pas a ses 
fonctions. La sensibilite retinienne, loin d en etre amoindrie, parait an contraire 
exceplionnelle, ainsi que Brewster en avail deja fait la remarque. Chacun vante 
la finesse exquise de la vne chez les myopes. II est vrai que 1 habitude de rappro- 
cher davantage les petits objets pour les voir contribue beaucoup a donner le 
change. 

Lorsque la region de la tache jaune est. envahie par le slaphylome, lorsque la 
retine et le nerf optique sont atteints, la vision est an contraire gravement 
troublee et la myopie n est plus corrigee qu incompletement par les verres dont 
on a rhabitude. C est alors qu on change de medecin et d opticien sans trouver 
grande amelioration. Les objets, meme tres-rapproches, ne sont vus que confu- 
sement et la fixation devient en particulier impossible. Parfois les malades accu- 
sent une grande sensibilite a la lumiere, ils sont tourmentes par de vifs eblouis- 
sements, des phantasmeslumineux, etc. D autres fois ce sont des points iioirs et 
meme de veritables taches sombres qui couvrent le champ visuel. Ces divers phe- 
nomenes sont dus soil a 1 alteration de la couche basillaire de la reline, soil au 
tiraillementou a la compression des tibres nerveuses optiqnes dans leur passage a 
travcis la lame criblee qui linit par etre attiree dans le sens de 1 ectasie, comme 
nous 1 avons indique plus haut. Dans d autres cas la vision, bonne jusque-la, 
est subitement compromise, le champ visuel est partage en deux parties, 1 une 
claire, assez nette et 1 autre tout a fait confuse. Les objets ne sont vus que par 
moitie et siugulierement deformes. Ces indices temoignent d une facon certaine 
de 1 existcnce d un decollement de la retine. 

Complications. La choroidite staphylomateuse est frequemment accompagnee 
d alterations de meme nature disseminees sur la surface de la membrane. La 
plus commune consiste dans 1 atrophie de la couche pigmeiitaire e pilheliale : 
plus rarement 1 atrophie porte sur 1 epithelium ct le stroma. Parfois on rencontre 
un foyer isolc, circonscrit de choroidite exsudative. Assez frequemment on ren 
contre chez des malades atteints de staphylomes posterieurs an troisieme degre, 
tres-developpes, delarges plaques d atrophie choroidienne complete. Ces plaques 
semblables commc aspect au staphylome lui-meme sont disposees circulairc- 
ment vers 1 equateur du globe et separees les unes des autres par des languettes 
de tissu 11011 altere; ordinairement il n y a pas de staphylomes equatoriaux 
commc on pourrait le supposer a priori. 

Taut que le staphylome est pen developpe, la retine reste intacte. Comme elle 
tapissc la cavite du staphylome, elle subit uecessairement une distension pro 
gressive a laquelle les elements sensibles semblcnt se pretcr meiveilleusement. 
Mais si la tumeur prend un trop grand developpement, le tissu retinien finit par 
s alterer. Cetle grave complication est surtout a redouter lorsque le staphvlome 
atteint la tache jaune. 11 semble que la retine moins epaisse en cette reVioii 
oitre moins de resistance. Des que la retine participe au travail de desor^anisa- 
tion, elle s amincit dc plus en plus, elle perd sa structure, et ses elements sont 
remplaces par du tissu conjoiictif de nouvelle formation. Enfin elle finit par se 
souder aux membranes sous-jacenles et former avecelles la paroi de 1 ectasie. 

Ces transformations nc sont pas appreciates a 1 ophthalmoscope parce que la 
membrane ncrveuse conserve sa transparence normale. Cependant dans certains 
cas on constate dc petilcs taches d un blanc jaunatre qui sont dues a des opacifi- 
cations du tissu retinien, Icqucl est quelquefois aussi infiltre de pigment. 

Lorsque le staphylome est trcs-devcloppe, la distension progressive subie par 



CHOROi DE. 65 

la sclerotiquc et Ic choro ide re agit jusque sur la gaine du nerf optique. Les 
faisceaux qui forment la lame criblee sont tirailles vers 1 eclasic, ils sojit tcndus 
de facon a exposer a uno compression facheuse les fibres nerveuses qui les tra- 
versent. 

Dans d autres cas, la gaine du nerf s isole des faisceaux nerveux et il se forme 
ainsi uii espace qui se remplit de tissu cellulaire lache iuiiltre de serosite. On a 
(lit aussi que la papille optique pouvait subir un enfoncenient et pailieiper ainsi 
a la formation d un vaste staphylome. L atlas de Liebreicb renl erme un cas de 



ce genre. 



Le staphylome postericur se complique assez souvent d infiltrations sereuses 
sous-retiniennes qui produisent des decollements dc la retiue : accident le plus 
grave et le plus frequent des myopies mal gouvernees et des choroi dites stapliv- 
lomateuses a marche progressive. 

Dans la plupart des cas de staphylome posterieur, le corps vitre cst liqui lir, 
altere : cette liquefaction est tanlot parliclle et localisee en arriere, tantot gene- 
rale. Lorsque la maladie affectc une marche rapide, qu elle est progressive, il 
n est pas rare de voir le corps vitre trouble en totalite et rempli de llocons ijui 
s agitent dans sa masse. Ces masses floconneuses douees d un certain pouvoir 
retractile peu vent, d apres Henry Miillcr, lorsqu elles se trouvent en contact avec 
la retine, amener d autant plus facilement un decollement de cetlc membrane 
qu il s opere toujours en pareil cas une resorption notable dc la vitrine. 

Les complications du cote du corps vitre se traduisent par 1 apparition d un 
grand nombre de mouches volantes noires; les objets sont en outre couverts 
d un voile uniforme plus ou moins epais comme s ils etaient enveloppes de 
brouillard ou de fumee de tabac, D aulrcs Ibis, sans que rieu le fasse prevoir, 
1 appareil cristallinien devientmalade. Les couches corticales poslerieures s opaci- 
ficnt an niveau de la fossette hyaloidienne. II se forme ainsi une variete de cata- 
racte deja connue des anciens oplilhalniologistes et decrite par eux sous le uom 
de cataracte capsulaire ccntrale posteiieure. 

Enfin dans quelques cas, et surtout chez les sujets d un certain age, on a a 
redouter la transformation glaucomateuse. La raison physiologique de cette 
transformation est aisec a comprendre. Dans la choroi dite staphylomateuse le 
corps vitre est augmente de volume et la pression iutra-oculaire elevec an maxi 
mum pbysiologique. Si pour une raison quelcouquc cette derniere augmente, si 
la sclerotique et la choroi de sont encore douees d une resistance sufiisante, les 
signesdu glaucome ne tardent pas a eclater. C est alors que le globe devient dur, 
qne le champ visuel diminue progressivement et que la papille optique acquiert 
les caracteres de 1 excavation glaucomateuse. 

Nature ct mode de de veloj^pement de la choro idite staphylomateuse. Ces 
questions out ete surtont resolucs par 1 anatomie pathologique. 

La choroidite staphylomateuse doit figurer dans la classe des maladies hy- 
drophthalmiques qui ont pour caractere commun 1 augmentation anormale, 
pathologique de la secretion intra-oculaire. II reste a determiner quelle est la 
cause, quel est le point de depart de cette hjpersecretion. Jusqu a ce quo la 
cause physiologique de la secretion sereuse soil bien definie, nous en sommes 
reduit a admettre pour la choroide, comme pour d autres membranes sereuses, 
des troubles fonctionnels sans alteration organique appreciable. Prenons-les pom- 
point de depart. Voici quelles en sont les consequences. Un exces de liquide 
verse dans une capacite limitee par des parois extensibles augmente la pressioa 

DICT. ENC. XVII. 5 



60 C110R01DE. 

interne et le volume <le cette capacite. Appliquee au globe ocnlaire, elle aug- 
mente necessairement la longueur de Faxe optique , elle rend done Trail myope. 
Tel est le premier stade de la choro idite staphylomateuse, represente commc on 
le voit par un certain degre d hydrophthalmie et de myopie. [/evolution de ce 
mal naissant va dependre de conditions diverges qu il est facile de deduire; 
energie primordiale de la cause qni entretient 1 hypersecretion, energie des 
causes occasionnelles qui la sollicitent, et d autre part resistance plus ou moius 
grande des membranes d enveloppe. Si ces forces opposees se mainticnnent en 
equilibre, le malade en sera quitte pour un certain degre de myopic : mais si 
Fequilibre vient a se rompre, les membranes intra-oculaires s allerent, elles sc 
laissent deprimer et le staphylome grandit. 

C est habitucllement a 1 age oil 1 enfant commence a faire un usage soutenu 
de la vision rapprochee que se placent ces phenomenes. On concoit, en 
cflet, que les efforts d accommodation qu exige cette vie nouvelle, aient pour 
consequence d augmenter la pression intra-oeulaire. Mais ici se place une 
question bicn obscure encore. A ce moment, les membranes qui vont devc- 
nir malades, sont-elles entierement saines?Si Ton examine les yeux d un grand 
nombre d cnfants, on rencontre dans quelques cas tin veritable staphylome pos- 
terieur qui, s il n est congenital, remonte a coup sur aux premiers temps de la 
vie. Ce stapbylome tient a uue disposition particuliere de la choroide qui ne 
s etend pas regulierement jusqu a la papille, mais en reste eloignee d un cote a 
une certaine distance, de facon a laisser la un espace libre en forme de croissant 
situe du cote de la tacbe jaune, et representant bien 1 image ophthalmoscopique 
du staphylome au premier degre. Cette disposition de la choroide, associee le 
plus souvent a une legere ectasie seleroticale, doit sans doute se rattacher au 
mode d occlusion de 1 hiatus sclerotical signale par de Ammon. Dans ces cas il 
s agit d une disposition organique speciale a laquelle la pression oculaire ne 
prend aucune part. Aussi representent-ils un etat stationnaire qni peut rester 
tel pendant toute la vie et ne se traduit que par un leger degre de myopie. 

Mais, la plupart du temps les membranes intra-oculaires paraissent saines 
tout d abord, elles ne deviennent malades que sous I action incessante d uue 
pression superieure a leur force de resistance et nuisible a leur nutrition. Alors 
se developpe la tacbe blanche d atrophie peri-papillaire. Le processus patholo- 
gique aiusi mis en activite a ete diversement apprecie. Tout d abord on a cru a 
une choro idite circonscrite avec ramollissement de tissu, et on a considere cette 
tache blanche comme un exsudat choroidien. De nombreuses dissections out 
condamne cette assertion; elles out montre qu il s agissait la d un travail d atro 
phie progressive sevissant a la fois sur la choroide et sur la sclerotique, et pro- 
voque selon toute apparence par la pression intra-oculaire portee sur ces points 
a son maximum d intensite. 

Le travail atrophique une fois commence suit un developpement trcs-variablc ; 
il peut etre limite et demeurer stationnaire en n occasionnant qu un dere fixe 
de myopie, il peut au contraire prendre de grands developpements, et reduire la 
choroide et la sclerotique a 1 etat d une pellicule translucide mince comme une 
baudruche, depressible, et n offrant plus aucune resistance a la pression intra- 
oculaire. C est alors que le globe se deforme, qu il devient ovoide et presente, 
vers son pole posterieur, ces marbrures violettes que nous avons signalees pre- 
cedemment. 

L axc optique s allongc a mesure que 1 ceil se deforme : de 24 a 25 mi Hi- 



CIIOROi DE. 67 

metres, qui est sa longueur normals, il atteiut 28, 50 et meme 55 millimetres. 
II est vrai que cet exces de longueur n est pas 1 ourni exclusivement par le sta 
phylome posterieur; I hemisphere anterieur y contribue pour une certaine part. 

L examen anatomo-pathologique du staphylome posterieur a ete fait avec soin 
<lans un certain nombre d observations. 11 a demontre que la tache palholo- 
gique existe, comme 1 ophthalmoscope la fait voir, surtout si Ton prend la pre 
caution d enlever la retine qui apres la rnort devient tres-promptement opaline. 
Elle est blanche, nacree, parsemee de petits ilots noiratres situes au niveau ct 
en dehors de la papille, et s elendant vers la tache jaune qui est parfois envahie. 
Dans certains cas, la choroide est malade, plus on moins atrophiec dans toutc 
son etendue ; dans d autres au cqntraire le mal est limite a la tache staphyloma- 
teuse. En ce point, la sclerotique et la choroide sont soudees ensemble, assez 
intimcment pour qu il soil impossible de les isoler. Ces deux membranes out 
subi le plus haut degre d atrophie. Le plus souvent, la choroide n est pins re- 
presentee que par une couche mince de tissn cellulaire elastique contenant ca ct 
la des cellules pigmenlaires. La chorio-capillaire, la lame vitree ont disparu, la 
couche vasculaire n existe plus, ou n est represented que par quelques vaisseaux 
isoles passant a travers la plaque atrophique. La couche des cellules hexagonalcs 
a cesse d etre distincte, et sur cette sorte de membrane devenue hyaline on ne 
rencontre pins que qnelquesamas irreguliers de pigment libre. Dans un cas re 
late par de Grajfe, ces amas pigmentaires reslaient reunis au niveau des points 
oil les vaisseaux ciliaires posterieurs perforent la sclerotique. 

Selon ce qui precede, le staphylome aurait pour point de depart un trouble 
fonctionnel de la choroide, occasionnant un certain degre d hydrophthalmie, et 
un exces correspondant de pression intra-oculaire qui provoquerait 1 atrophie 
caracteristique du staphylome. La distension mecanique sollicitee par les efforts 
d accommodation jouerait ainsi le principal role. Mais il parait difficile de ne 
pas faire intervenir, a litre de predisposition, une certaine diminution originelle 
dans la force de resistance de la sclerotique et de la choroide. Cette diminution 
provient-elle d une sclerotite (Jaeger), d une choroidite (Sichel) ou d une sclero- 
choroidite (de Grrefe) ? Question fort difficile a juger, mais peu importante du 
reste au point de vue pratique. Peut-etre faudrait-il aussi faire entrer en ligne 
de compte pour une plus large part cette disposition generate dont il a ete ques 
tion deja et dans laquelle il existe une sorte d hiatus choroidien au cote externe 
du nerf optique. 

On ne saurait se dissimuler que beaucoup d incertitudes entourent encore la 
pathogenie du staphylome posterieur. Pourquoi cette forme si caracteristique, 
ce siege si constant? Pourquoi ne se developpe-t-il pas de preference au niveau 
de la tache jaune, puisque c est la que doit se produire le maximum de pres 
sion? Nous avons indique precedemment que dans certains cas de choroidite 
sans ectasie, 1 atrophie se montre sous 1 aspect de plaques isolees, aussi bien 
delimilees que celle du staphylome, et en quelque sorte laillees a 1 emporle- 
piecc dans le tissu sain. Quelle que soil la nature du processus pathologique 
qui donne de tels resultats en 1 absence de tout exces de pression intra- 
oculaire, 1 analogie ne conduit-elle pas a lui attribuer la formalion et le deve- 
loppement du staphylome posterieur? Quant au siege, on en veut trouver la 
liaison dans 1 etat de distension eprouve par la choroide au niveau de la tache 
jaune. Cette distension aurait pour effet de tirailler, de rompre les faibles at 
taches de cette membrane au pourtour du nerf optique, de mettre a nu un pe- 



68 CHOROi DE. 

tit croissant de la sclerotique, puis d entrainer en ce point un travail d atrophie 
progressive, tantotlimite et bien circonscrit, tantot gagnant de proche enproche 
.la surface choroidienne, Schweiger attribue le siege du staphylome au mode 
d insertion du nerf optique. Celui-ci, comme on le suit, penetre dans le globe 
oculairc en dedans du pole posterieur. L oeil eutraine neeessairement le nerf 
optique dans ses divers mouvements, et il ne pent le 1 aire sans rcncontrer uue 
ccrtaine resistance, quelque minime qu elle soit. Cette resistance est d autanf 
plus grande, qne les mouvements de convergence sont plus marques et le pole 
posterieur plus deplace en dehors. Si cet effet mecanique est insignifiaut pour 
lesyeux qui n offrent pas d anomalie, il n en e?t plus ainsi pour le myope qui 
est expose a de frequents et energiqucs efforts de convergence. Des lors, la scli-- 
rotique et la choro ide deja peu resistantes chez lui se laisseraient distendrc, et 
subiraient la degenerescence atrophique. Toutes ces considerations ne maiiqucnt 
pas d interet : aucune ne repond positivement a la question. Avaut de la re- 
soudre, il est indispensable de recourir ;\ 1 observati n, de recberclier si l en! ant 
en bas age, ebez lequel les efforts dc convergence sont a pen prcs mils, puis- 
qu il n use guere que de la vision vague, possede les rudiments de la tachr 
patbologique, s il commence reellement par etre myope pour dcvcnir plus 
tard staphylomateux. Ce n est que par 1 exameii ophtbalmoscopique d un tres- 
grand nombre d eufants (jue cette question pourra etre resolue. Elle est im- 
portante, car, s il elait demontre que le staphylome e>t la consequence d un 
etat myopique anterieur, il est logique d admettre que 1 on pourrait en pre- 
venir le develqppement par 1 cmploi de verres correcteurs. Sans vouloir rien 
prejuger, nous sommes dispose a croire d aprcs notre observation que 1 enfant 
nait myope, qu il est atteint d un alfaiblissement congenital des membranes 
intra-oculaires, et qu il existe une atrophie de tissu au lieu et place qu occu- 
pera le staphylome, s il se produit. A la premiere occasion qui augmenterala 
pression intra-oculairc 1 infirmite se declarera, et celte occasion sc preseatera 
infailliblement a cet age de la vie ou 1 enfant commence a lire, a c crire, c est-a- 
dire a fairc de frequents efforts de convergence et d accommodation. Plus le 
defaut dc resistance est grand, plus promptement, plus aisement se produira 
le staphylome. Chez certains enfants, on 1 observe des les premiers excrcices 
de la vision ; chez d autres, ce n est qu a 1 epoque dc la scolarite ou des tjtudes 
speciales. II arrive meme, bicn que le fait ait cte contcste, que le staphylome 
et la myopic ne se produisent qu a un age deja avance : il n est peut-ctre pas 
hors de propos de rappeler en quelqucs mots les dcrniers cas de ce genre que 
nous avons rencontres et que nous avons deja mentionnes dans notre Trails 
d ophthahnoscoi>ie. Chez un premier malade, age de 45 ans, la myopie se de- 
clara rapidement a la suite d un travail de bureau exccssif, continue pendanJ 
plusieurs mois dans de mauvaises conditions d eclairage. Un seul osil etait at 
teint de staphylome, 1 autre etait reste a 1 etat normal. Un second malade esi 
plus remarquable encore. 11 s agit d un vieillard de 69 ans qui, sans cause con- 
nue, devint myope d un ceil, il y a six ans environ. Examine a I oplilhal- 
moscope, cet ceil presente un staphylome posterieur au deuxieme dcgre sans 
atrophie choroidienne concomitante, 1 acuite visuelle est normale, FamelroiHc 
egale a |. De 1 autre cole, il n y a pas de trace de staphylome, 1 ooil an con- 
traire est hypermetrope (^) de telle sorle que, pour voir de loin 1 oeil "auche 
myope a besoin d uji verre concave n 8, et 1 ceil droit hypermetrope, d un vcrre 
convcxe n 20. Pour la vision rapprochee, 1 oeil myope voit bien a.l ceil mi, tan- 



CHOROi DE. (10 

dis que 1 ceil hypermetrope a besoin d un verre convexe n 8. line telle diffe 
rence dans I etat de la refration avait amene depuis longtemps la suppression do 
la vision binoculaire. Malgre 1 usage regulier de verres correcteurs appropries, 
elle n a pu etre retablie jusqu alors, ce qui provient sans doute de la mauvaisc 
habitude acquise, et aussi des differences de grandeur dans 1 image retinienne 
Iburnie a chacun des deux yeux. 

11 resulte de ces fails que le staphylome posterieur pent se developper a tout 
age, et n cxisler que d un seul cote. Les staphylomes posterieurs monoculaires 
sont mcme loin d etre rares. 

Causes. Elles se deduisent de ce qui precede. Quel que soit le rapport qnr. 
Ton veuille etablir au point de vue pathogenique entre la myopie et le staphy 
lome, il demeure etabli que la cause premiere et preponderante de ces deux 
etats connexcs, reside dans un trouble fonctionnel on nutritif de la choroide, 
transmis le plus ordinairement par heredite. Le travail de 1 accommodation et la 
convergence des axes optiques representent les conditions generates qui con- 
courent le plus activenient a leur developpement. C est a ce titre que les baulcs 
etudes de mathematiques, les travaux delicats, les longucs veilles dans un ca 
binet mal eclaire, la mauvaise habitude de rapprocher les objets de Irop pres, 
representent autant de circonstances qui favorisent au plus haul point le deve 
loppement progressif du staphylome et de la myopie. II eii est de meme des 
troubles dans les milieux de 1 reil tels que les opacites de la cornee, du cristal- 
lin, les corps flottantsdu corps vitre oubien encore un certain degre d amblyopie. 
Diagnostic. Lc diagnostic du staphylome posterieur regulier ne presente 
aucune dif/iculte. Ce croissant d un blanc nacre, enveloppant a la facon d un ci- 
micr la moitie extcrne de la papille, frappera suftisamment { attention du dt -hu- 
tatit, pour qu il en constate la presence sans embarras des qu il 1 aura bien vu 
une premiere fois. Lorsque le staphylome est peu developpe, il peut elre con- 
tbndu pourtant avec la papille qui parait ainsi elargie; avec un peu d attention, 
on remarquera que la surface blanche attribuee a la papille se decompose en 
deux parlies, rune, ronde on oblongue dans le sens perpendiculaire a 1 axe du 
staphylome, de couleur jaune ou rougeatre, c est la papille ; 1 autre, plus 
blanche, plus eclatante, c est le staphylome. Ces deux parties sont frequemment 
separees 1 une de 1 autre par une ligue brune assez foncee, due a la presence de 
cellules pigmentaires auniveau du limbe sclerotical. 

Le diagnostic devient plus difficile s il s agit d un staphylome irregulier par 
son siege, sa forme, sa couleur, ou ses complications. 

Ici le diagnostic ophthalmoscopique si facile, si siir d ordiuaire devient insuf- 
fisant, d autant plus que des alterations tout a fait semMables s observent a Yetal 
physiologique. Pour y suppleer, il est utile de tenir compte de 1 age du sujet, 
parce que les atrophies choroidicnnes peri-papillaires physiologiques ne s obser 
vent guere que chez les vieillards. II est aussi d observation que, dans les cas 
d atrophie peripapillaire sans staphylome, la tache d atrophie n est point separee 
de la choroide saine par la ligne noire pigmentaire si commune dans la sclerec- 
tasie. 

Toutefois le diagnostic ne saurait etre confirme qu en interrogeant la fonction 
et en s assurant si le malade est myope ou emmetrope. S il y a de la myopie, on 
conclut au staphylome; s il n y en a pas, on conclut a une atrophie simple, a 
moins toutefois que le staphylome ne se soit developpe dans un ceil primitive- 
ment hypermetrope et que ces deux etats ametropiques inverses ue se neutra- 



70 CHOROi DE. 

lisent. Ces deux conditions, plutot prevues par la theorie que constatees par 
1 observation, ne peuvent donner le change que chez de jeunes sujets. 

Le diagnostic de la choroidite staphylomateuse compliquee sera fonde sur les 
signes propres a ces complications. S agit-il de choroidites disseminees, inde- 
pendantos ? 1 image ophthalmoscopique presentera une ou plusicurs plaques d a- 
trophie. S agit-il d un trouble du corps vitro? elle sera uniformement voilee, 
effacec. S agit-il d un ducollement retinien ? on trouvera presque toujours a la 
partie inferieure J aspect si caracteristique de cet accident. 

Pronostic, Tres-variable. Pcu grave, comparable seulemeat a une legere 
infirmite, si la marchc dc 1 affection est lente ou stationnaire, et surtoutsi Ton. 
soumet de bonne heure les yeux a une hygiene convenable : compromettante 
pour la vision, au contraire, si le mal s accroit vite ou s il survient quelque se- 
rieuse complication, ce dont on est averti par les progres de la myopic. 

Traitement. Lc traitement consistc surtout a bicn diriger la myopic, cause 
ou suite du staphylome. Comme il consiste principalement dans 1 emploi des 
lunettes, nous croyons plus utile d en parlor a 1 article MYOPIE. 

Le traitement medical, nioins important que le traitement optometriqne, 
n est indique qu autant qu il s agit d une choroidile staphylomateuse a marche 
rapide. 11 est indispensable alors de prescrire un repos absolu des yeux, au moins 
pour la vision binoculaire rapprochee : si 1 oeil est devenu sensible a la lumiere, 
le malade devra faire usage de conserves teintees en bleu cobalt ou mieux encore 
en gris fumee. 

Si, apres quelques jours de repos, des signes de congestion oculaire persistent, 
il sera utile de recourir aux denvatifs intestinaux, 1 eau de Pullna, par exemple, 
a la dose quotidienne d un verre ou deux, a des revulsifs tels que des pediluve& 
sinapises, des sinapismes aux mollcts, des ventouses a la nuque, etc. On attribue 
une grande eflicacite a la ventouse de Heurteloup, qui aurait 1 avantagc d operer 
une depletion rapide, dont 1 effet se fait sentir sur le reseau vasculaire de la 
choroide. On 1 appliquera, autant que possible, le soir, et, selon la gravite des 
cas, deux, trois, ou quatre fois, a plusieurs jours d intervalle. Le malade restera 
couche, passera la journee suivante dans un milieu peu eclaire. Ce moyen de 
traitement, fort recommande par 1 ecole allemande, est incontestablement actif. 
11 provoque une fluxion immediate du cote de 1 ceil et un affaiblissement mani- 
feste de la vision. C est pour remedier a cet effet immediat, qui n est que transi- 
toire, qu il est expressement recommande de maintenir le patient au repos dans 
1 obscurite pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures. Alors seulement et 
meme souvent apres trois on quatre jours, survient une amelioration sensible. 
Wecker assure qu apres une seule application les malades peuvent quelquefois 
lire des caracteres de 1 echelle inferieurs, de -trois ou quatre numeros, a ceux 
qu ils lisaient auparavant. Le meme observateur ajoute avoir traite de la sorte un 
homme qui pouvait a peine distinguer avec 1 oeil gauche a deux pouces de dis 
tance, le n 16 de Jaeger. Apres six applications de la ventouse, associees a uu 
traitement par le sublime, il put lire le n i a la meme distance. Nous nous 
plaisons a rapporter des resultats aussi heureux, surtout s ils ont ete durables, 
parce que nous n avons pas eu jusqu alors autant a nous louer de 1 instrument d& 
Heurteloup. Ce qui ne nous parait pas douteux, c est qu il est actif, car il deter 
mine presque infailliblement un affaiblissement notable de la vision : mais ses 
effets definitifs auraient besoin d etre confirmes par un certain nombre de succes 
analogues a celui que nous venous de rapporter. 



CHOROIDE. 71 

On a conseille les diuretiques, les medicaments reputes diaphoretiques, le 
bichlorure de mercurc, 1 iodure de potassium, etc., etc. Ces me dications parfbis 
improvisees, puis transformers par I habitude en veritables specifiques, ne repo- 
seut pas sur une base scienlifique suffisanle pour inspirer confiance. Jusqu a 
meilleure information , le traitement medical qui nous parait meriter la pre 
ference, ne fut-ce qu en raison de sa simplicite, consiste a eviter soigneuse- 
ment tout effort de convergence et d accommodation a fairc maintenir la tete 
droite sur le tronc pendant les exercices visuels rapproches, ase premunir contre 
toute lumiere vive, a entretenir une legere derivation intestinalc, enfin, a placer 
sur les yeux, durant quelques heures, chaque fois que des signes de congestion 
intra-oculaire se produisent, des compresses froides maintenues par un bandeau 
compressif. 

X. DEGENERESCENCE DE LA MEMBRANE ELASTIQUE DE LA CHOROIDE. Bonders a 
donne le nom d alteiation colloide a une degenerescence senile de la choroide, 
decritc une premiere fois par Wedl, et represented par des saillies transparciiles, 
d etendue et de forme tres-variables, qui n ont aucun rapport avcc la degene 
rescence collo ide du cancer. 11 les attribue a une modification des nucleoles des 
cellules pigmentaires epitheliales. Ces nucleoles se translbrment en une masse 
colloide, acquierent un volume de plus en plus considerable et fmissent par 
detruire la cellule-mere. 

H. Miiller les considere comme un epaississement de la membrane elastique 
qui a pour effet de soulever les cellules pigmentaires. Ces excroissances sont tres- 
dures, resistent a tous les reactifs et ne sont attaquees que par les alcalis con 
centres et en ebullition. On y rencontre quclquefois de la graisse, du pigment 
et des sels calcaires. 

Les saillies collo ides de la choroide sk gent ordinairement dans la region 
comprise entre 1 equateur de 1 oeil et 1 ora serrata; elles se rencontrent rare- 
ment au pole posterieur; elles se developpont presque toujours apres 1 age 
de 60 ans et ne donnent lieu a aucun trouble notable de la vision. Et pour- 
tant, si elles sont volumineuses et en grand nombre , elles doivent exercer 
une certaine compression sur les batonnets : leur immunite resulte en grande 
partie de ce qu elles siegcnt dans une region peu utile a la vision et peu riche 
en elements sensibles : quelques auteurs out attribue a cette degenerescence 
senile la diminution de 1 acuite de la vision pendant la vieillesse. Son siege 
et son peu de gravite expliquent aisement pourquoi elle echappe le plus sou- 
vent a 1 observateur. Liebreich dit cependant etre parvenu a la reconnaitre , 
et il indique merae quelques signes opbtbalmoscopiques qui lui seraient 
propres. Ces signes sont peu significatifs : Wecker a donne , de son cote, 
comme signes diagnostiques , certaines irregularites dans la repartition du 
pigment et certain reflet particulier qui donnerait a la retine un aspect lege- 
rement onduleux : mais il convient lui-meme que de tels indices sont peu 
expressifs. 

XL CHOROIDITE TUBERCULEUSE. La tuberculose donne naissance exceptionnclle- 
ment a des manifestations du cote de la choroide. Ces manifestations sont repre- 
sentees par de petites tumeurs d un blanc jaunatre, solitaires ou multiples, 
developpees dans 1 epaisseur de la membrane et fort semblables a 1 oeil nu aux 
granulations miliaires tuberculeuses. 

Ed. Jaiger nous parait etre le premier qui a attribue a lu tuberculose certaines 
exsudations choroidiennes revelees a 1 ophthalmoscope, en se fondant sur leur 



72 CH OROIDE. 

Coexistence avec d autres manifestations de meme nature sur d autres organes 
(OEsterreich Zeitschr. f. prakt. Heilk., 1855, n 4). 

De Grafe a decrit sous le nom de choroidite tuberculeuse une alteration de la 
choroide observee sur un ceil de pore qui meparait devoir etre considere comme 
un sarcome choroidien en voie de regression (Annales d oculistique, t. XXXIX, 
p. 164). 

De meme ils est difficile de considerer comme des examples de choroidite 
tuberculeuse les fails relates par Chclius et Arlt, relatifs a certains cas d exsuda- 
tions choroidiennes assez frequentes chez les enfants, et qui simulent le sarcome 
medullaire, et 1 observatibn de Portland dans laquelle 1 oeil elait rempli de 
masses tuberculeuses considerab es sans atteintc a la sanle generale (Annales 
d oculistique, t. XLI, p. 57). Selon toute raison, cette production pathologique 
etait encore un sarcome choroidien. 

Manz, de Fribourg (Arcltiv fur Ophthalmologie, t. IV, 2 e partie, p. 120), a 
public la premiere observation bien nettement etablie de poussee tuberculeuse 
du cotede la choroide : il s agit d une jeune fille de 15 ans, qui avait succombe 
aux progres d une tuberculose aigue sans avoir accuse aucun trouble du cote du 
sens visuel. L autopsie revela des tubercules miliaires dans la plupart des vis- 
ceres et des membranes sereuses. Dans I oail gauche on constata, a 6 millimetres 
au-dessus de la papille, une saillie d un blanc grisatre a bords denteles, recou- 
verle de rares cellules pigmentaires plutot rondes que polyedriques et pour la 
plupart depourvues de noyaux. Ce bouton occupait les couches internes de la 
choroide et depassait sa superficie. La portion centrale se laissait facilement 
desagreger avec une aiguille : elle etait blanche et molle. 

En dehorsde la tache jaune, il exislait des tubercules semblables au premier. 
La choroide, dont la vascularisation etait normale, se detachait f;icilement de la 
sclerotique dans les points occupes par les productions morbides. En dehors des 
parties alterees, le pigment de la couche epitheliale n etait ni deplace ni diminue 
de quantite. 

Du cote droit il existait une tumeur semblable aux precedentes et situee pres 
de la zone ciliaire. 

Au microscope on reconnut que ces masses etaient composees de cellules de 
forme et de grandeur variables, contenant un ou plusieurs noyaux, des noyaux 
libres et des masses amorphes tres-visqueuses. Ces dernieres se trouvaient prin- 
cipalement au centre des productions; les parties peripheriques etaient plus 
specialement constitutes par 1 element cellulaire. Sur aucun point on ne trouva 
rien qui put faire supposer la formation de fibres on d elements de tissu cellulaire. 
Au microscope, la structure de 1 alteration choroidienne etait identique ii celle 
des tubercules miliaires des autres organes. Le meme observateur a relate dans 
les Annales d oculistique (t. LX, p. 258), les resultats de 1 examen de deux yeux 
atteints de choroidite tuberculeuse. II trouva sur la choroide un certain noiiibre 
de nodules d une coloration vert grisatre, ayantlameme composition que les tuber 
cules qui existaieut dans les autres organes et formes principalement de orandes 
cellules a noyaux et de masses de detritus. Cos elements sie^eaient dans la 
couche moyenne de la choroide. Aucune autre alteration du tissu choroidien, si 
ce n est une faible atrophie de la couche pigmcntaire. Les parois des vaisseaux 
parurent etre, a 1 observateur, le siege principal du developpemcnt des tuber 
cules. Les cellules du tissu conjonctif de la tunique vasculaire externe etaient 
excessivement devcloppees et augmentees en nombrc; on pouvait constater 



CHOROi DE. 73 

toutes les transitions de ccttc transformation depuis 1 element simple, le noyau 
celluleux de la tunique externe jusqu a la cellule la plus voluraineuse, et cet 
ensemble formait des agglomerations plus on moins considerables. 

Bouchut, Busch, Conhcim, Galezowski et quelques autres observateurs ont re 
late des exemples de tuberculisatiou cboroidienne. Nous mentionnerons, d une 
facon particuliere, 1 interessant travail dc Edmond Delorme, medecin stagiaire du 
Val-de-Grace, qui renferme quatre observations tres-completes de cette affection 
(Theses de Paris. Essais ophlhalmoscopiques, annce 1871). Lesfaits sont aujour- 
d hui assez nombreux, assez explicites pour mettre hors de doute 1 existence de 
la choroidite tuberculeuse. Nous tenons d autant plus a faire cette declaration 
qu a 1 epoque ou nous ecrivions notre Traite d Opkthalmoscopie, nous avons cru 
devoir faire nos reserves sur cc point. 

La choro idite tuberculeuse se rattache presque toujpursa 1 evolution confirmee 
d une tuberculisation generalisee a marche aigue ou chronique. Chez un rnalade 
que nous avons observe et suivi jusqu a la mort, 1 alteration clioroidienne fut de- 
couverte a un moment ou il n existait aucun symptome de tubcrculose generale. 
11 etait retenu a 1 hopital par nne cephalalgie opiniatre. En raison de ces condi 
tions insolites, 1 observation nous parait meriler d etre relatee avec lous les 
details qui ont ete recueillis par Beleau, stagiaire du Val-de-Grace, attache a 
mon service. 

Masset Pierre, vingt-sept ans, sapeur au 75 e de ligne. Entre le 11 novembre a 
1 hopital, salle 13, lit 15, malade depuis deux mois et demi. Pas d autecedents 
hereditaires. Etant prisonnier en Prusse, il ressentit pour la premiere fois de 
tres-grands maux de tete, survenant principalement vers la fin de la nuit par 
acces de dix minutes environ, et s accusant par des elancements diriges de 
1 occiput vers le front, les sourcils et la racine du nez. La vision etait troublee 
par une sortc de brouillard qui lui passait devant les ycux ; quand ce sentiment 
de vertige se produisait, il etait oblige de se soutenir comme un homme pris 
de vin. 

Revenu a Lille vers le mois de juin, dans un etat de sante assez delabre, il y 
resta jusqu au 50 aout, epoque a laquelle son regiment vint a Paris. 

Pendant quelque temps il ne ressentit que peu de douleurs. Vers le 7 novem 
bre, la cephalee revint subitement alors qu il descendait de garde. II eprouvait 
des battements et une vive douleur a 1 occiput. La persistance et 1 aggravation 
de ces symptomes necessiterent son entree a 1 hopital du Val-de-Grace le 11 no 
vembre dans le service du professeur Godelier. 

Les medications les plus rationnelles furent successivcment employees pour 
remedier a ces affreuses crises douloureuses : elles ne procuraient qu un calme 
passager. L iodure de potassium auquel il etait indique d avoir recours exaspe- 
rait le mal. 

Sur ces entrefaites, le malade ayant accuse de nouveau une sorte de vertige 
oculaire fut envoye pour etre examine a rophthalmoscope le 28 novembre. On 
decouvrit au fond de 1 ceil droit une petite tumeui- d un blanc jaunatre dont la 
nature tuberculeuse fut immediatement reconnue par Edmond Delorme. 

En raison de 1 interet offert par cette manifestation oculaire, le malade fut 
place dans le service des ophthalmiques le 2 Janvier. 

Sous 1 influence dc vesicatoires a la nuquc et d injections morphinees, les, 
douleurs purcnt etre momentanemeut calmees. Neanmoins une crise violcnte 
se produisit dans les derniers jours de Janvier. Au commencement de fevricr, au 



74 CHOROIDE. 

contraire, elles diminuerent beaucoup d intensite et ne se fircnt guere sontir 

que le matin. 

Le 15 fevrier, nouvel examen ophthalmoscopique. 

(Eil droil. La papille a des contours moins nets que d habitude : il existe- 
dans son voisinage un leger degre d infiltration. La petite tumcur choroidienne 
est situee a deux longueurs de papille en dedans du nerf optique (image 
renvcrsee), et au-dessus du diametre transversal; elle confine a la macula. 
Ses dimensions representent environ le tiers de la surface de la papille. Elle 
est d un jaune clair et presenie au centre un point qui reflechit vivement la 
lumiere. Ses Lords se fondent insensiblement dans le tissu choroidicn, tres- 
iortcment pigmente dans cette region mais sans migration pathologique des 

corpuscules pigmentaires, soit 
clans 1 epaisseur de la produc 
tion, soit a son pourtour : un 
vaisseau retinien cotoie sou 
Lord superieur. Dans la region 
maculaire, de legeres alte ra- 
tions de couleur seraient de 
nature a laisser croire que 
d autres productions sont en 
voie de formation dans 1 epais- 
seiir du parenchyme. Les 
veines retiniennes sont volu- 
mincuses, foncees en couleur, 
et peu apparentes. Tons ces 
details out ete rendus avec 
une grande fidelite dans 1 i- 
mage ophthalmoscopique sui- 
vante, executee d apres nature 
par Ed. Delorme. 

L acuite visuelle est de -J. 

L oeil gauche fbuille avec le plus grand soin parait entierement sain. 
Le 20 fevrier, 1 acces de douleur qui se declare presque toujours a la pre 
miere heure du jour a ete plus violent : les points les plus sensibles sont tou 
jours la nuque et le front. L examen ophthalmoscopique n indique aucun chan- 
gement. 

Les jours suivants, les crises se reproduisirent toujours avec le meme carac- 
tere sans sensation de vertige, sans perte de connaissance, sans vomissements 
ni convulsions. II s y joint seulement une certaine reaction generale marquee 
par 1 elevation des pouls, la paleur et 1 etat sudoral de la peau. 

Le 25, a six heures du soir, la douleur toujours violente a la nuquc et au 
front s irradie vers les epaules et le dos et se complique d une hyperesthesie 
generale telle que le malade, qui conserve son intelligence jusqu a la fin, ne per- 
met de le toucher a aucun prix. 

La mort survient quelques heures plus tard. 

A 1 autopsie, on reconnut au fond de 1 ceil gauche le tubercule choroidien 
observe pendant la vie. 11 represente une petite masse d un blanc jaunatre pihie- 
trant toute 1 epaisseur de la choroide, faisant une legere saillie du cote de la 
face interne de cette membrane. En isolant la choroide de la sclerotique, on 




Fi". 6. Choroidite tuberculeuse. 



CHOROi DE. 



75 



constate que les deux membranes sont intacles : la choroide examinee par 
transparence fait voir le produit neoplastique infiltre en quelque sorte dans 
1 epaisseur du stroma choroidien. Sur tous les autres points les chorokles sont 
saines. 

Du cote du cerveau, entre les eminences mamillaires et le kiasnia des nerfs 
opticjues, le plancher du troisieme ventricule est ramolli dans une etendue de 
deux centimetres carres environ. Au centre du lobe droit du cervelet, on decou- 
vre un gros tubercule solitaire d un jaune verdalre an centre, et gris cendre a 
la peripherie. Cette tumeur grosse comme une noisette est allongee en amande 
et occupc la partie inferieure et posterieure du lobe droit. Ellc comprencl deux 
noyaux distincts et pese 15 grammes. Sur tous les autres points, les centres 
ucrveux ct leurs enveloppes sont intacts. 

Les deux sonimcts des poumons out cbacun un noyau d induration, le droit 
plus etendu quo le gauche. En excisant le sommet droit, on trouve un 
(nbercule caseeux gros comme une noisette, dont le pourlour iiulnre adhere 
la plevre. En avant du lobe moyen et a sa surface, il existe un autrc tubercule 
gros comme un pois, cretace, pourvu d une coque fibreuse blanche. C est un 
tubercule vieux ct en re 
gression comme le prece 
dent. Mais, en outre, le 
tissu pulmonaire qui a la 
coupe parait sain et cre- 
pile bien sous le doigt, 
rcnlerme une infinite de 
tres-petites granulations 
tuberculeuses. Derriere la 
trachee et a la bifurcation 
des branches, il existe un 
paquet de tumeurs gros 
ses comme des noix dures 
a la peripherie, ramollies 
au centre et presentant 
en un mot les alterations 
de la tuberculisation des 
ganglions. 

L examen microscopi- 
que pratique par mon 
collegue et ami le pro- 
fesseur Villemin, fit re- 
connaitre une identite 
absolue de composition 
entre la tumeur choroi- 
dienne et les tumeurs du 
cervelet et des poumons. 

Le tubercule choroidien presente au microscope exactement la jneme compo 
sition que la granulation tuberculeuse du poumon, desplevres du peritaine, etc. 

On pent en juger par la figure suivante (tig. 7), representant une coupe pra- 
tiquee par Poncet dans 1 epaisseur d un tubercule de a choroide. 

On y rencontre des elements cellulaires de forme et de grandeur variables con- 




*%* 



Fis- "7. fiUmenls d un lubcrcule de la choroidiie. 

a. Debut de la proliferation (I" degre). a Proliferation au 
2 degre. a" Proliferation au 3 degre. b. Yaiiseau injects. 
c. Vaisseau obture contenant des globules blancs. 



76 CHOROi DE. 

tenant un on plusieurs noyaux, des noyaux libres on quantite tfes-variable ot 
des masses amorphes, visqucuses. Ces dernieres se trouvcnt principalement au 
centre de la tumeur, tandis que les cellules occupcnt la peripliune. En aucuii 
point, on nc trouve la trace d un travail de proliferation qui puisse fa ire suppo- 
ser la formation de fibres ou d elemcnts du tissti cellnlaire, particularile qui 
distingue cette forme de choroidite de la choroidite parenchymateuse. Les 
alterations du pigment sont egalement dc mince importance. La couchc pignien- 
taire epitheliale recouvre la production : mais a ce niveau les cellules polye- 
, driquessontrares, pales, petites, arrondies et depourvues de noyau. Du cote de 
la lamina fusca, les cellules pigmcntaires sont alterees on detruites au niveau 
du tubercule. Sauf cette particularite accessoire, la choroiile cst parfaitemeiit 
intacte jusqu au niveau de 1 alteration. On ne trouve signale, dans aucune 
observation, la presence de granulations pigmentaires libres, soit dans le 
produit neoplastique, soit dans son voisinage. Dans 1 observation II du travail 
de Delorme, il est question d une exsudation sereuse retinienue constatee a 
1 autopsie dans le voisinage. Les tubercules choroidiens se developpent dans 
1 epaisseur meme de la choro ide, de facon a faire saillie sur 1 une ou sur les 
deux faces de la choro ide. 

Le tubercule choroidien se revele a Pophthalmoscope sous 1 aspect d une 
petite tumeur d un blanc ou d un jaune grisatre dont les bords se perdent par 
gradations peu sensibles dans le tissu choroidien maltere. Ed. Delorme leur a 
trouve une temte rougeatre lorsqu ils n etaient pas encore assez developpes pour 
atteindre la surface interne de la membrane. Par sa couleur, par sa forme arron- 
die, par son relief, le tubercule choroidien ressemble a un exsudat circonscrit, 
mais il en differe par 1 absence d alterations pigmentaires. On n en rencontre ni 
dans son epaisseur, ni a son pourtour. 

Le tubercule choroidien a un volume qui vane depuis le simple point 
jusqu au tiers ou la moitie des dimensions de la papille. Tantot il est seul 
et il reste seul pendant toute la duree de la maladie ; d autres fois on en 
compteuu certain nombre a divers degres de developpement. Leur siege dc 
predilection parait etre le fond de 1 oeil, le voisinage de la papille ou de la 
macula : cependant, dans Tun des cas relates par Marck, il est question d un 
tubercule cantonne vers 1 ora serrata. Devolution de la granulation tuberculeuse 
dans le parenchyme choroidien ne provoque dans le voisinage aucune alteration 
de nutrition. Pourtant dans une observation deja citee de Ed. Delorme, il est 
question d une certaine infiltration de la retine suffisante pour voiler en quel- 
ques points le trajet des vaisseaux. Chez le malade que nous avons observe, la 
retine e tait egalement un peu infiltree. En general, cette derniere conserve 
toute sa transparence et les vaisseaux retiniens passent devant la production 
sans etre modifies ni dans leur aspect, ni dans leur direction, comme il arrive 
pour toutes les alterations patliologiques limitees a la choro ide. 

La tuberculisation de la choro ide ne porte aucune atteinte appreciable a la 
faculte visuelle : ellc n est accompagnee d aucun symptome propre qui permette 
d en soupconner 1 existence. Elle peut etre facilement confondue avec la choroidite 
exsudative. Dans certains cas, la ressemblance est complete si Ton compare 
un exsudat en particulier avec la granulation tuberculeuse. Mais le plus 
Souvent les alterations de la choroidite exsudative sont de dimensions tres-iu- 
egales; beaucoup depassent en etenduc les dimensions jusqu alors rencontrees 
du tubercule. 



CHOROi DE. 77 

En outro, dans ua cas, il existc presquc toujours une pigmentation pathologi- 
quc qui n a pas encore ete signalee dans 1 autre. 

On a confondu encore la tuberculisation choroidienne avec le produit regresr 
sif de la choroidite parenchymateuse et surtout sarcomateusc. La confusion est 
possible ; a 1 examen microscopiqne, les elements se ressemblent fort. Toulefois, 
dans les alterations e loignees de la choroidite, on rencontre habituellemciit 
des fibres de tissu eonnectif de nouvelle formation qui n exislont pas dans le 
tuberealc. 

La luberculisation de la choroide doit etrc classee an nombre des manifesta- 
lions de la tuberculpse, inais, elle ne semblc pas se renconlrer egalement 
avrc les diflerentes formes de cette derniere. Dans les fails connus jusqu ici, elle 
coincidait avec la forme granuleuse generalisee soil aigue, soil chronique. Aussi le 
plus souvenl les signes classiques de la tuberculisation pulmonaire faisaienl-ils 
del aut, et le diagnostic du mal est restc obscur, incertain. Cette circonstance 
ajoule un inleret particulier a la recherche du tubercule choroidien qui repre- 
sente a ce point de \ue un element precieux de diagnostic. II est done indique 
de ne pas uegliger l examen ophlhalmoscopique pour peu qu il existe des pre- 
somptions dc tuberculosc. 

Le tubercule cboro idien doit etre rare. Depuis 1 epoque ou 1 attention a ete 
appelee sur lui, on ne cornpte qu un nombre encore fort reslreint de bonnes 
observations. J ai examine les yeux de plus d une centaine de tuberculeux, que 
mes collogues du Yal-de-Grace avaient bien voulu mettre a ma disposition. Je 
n ai pas encore rencontre un exemple de tuberculisation de la cboroide. C est 
un signe rliagnostique excellent mais que Ton aura rarcment 1 occasion d utiliser. 

XII. Apori.ExiE DE LA CHOno iDE. Les apoplexies dc la choro ide sont assez fre- 
(liientes. Tantot le sang extravase penetre le parencbyme choroklien, tantot il 
s epanche cntre la sclerotique et la lamina fusca ; d autres fois il gagne la face 
interne de la membrane, s infiltre entre la lame elastique et la retine ou bien 
perfore celle derniere et fait irruption dans le corps vitre. 11 semble que le 
siege de I hemorrhagie exerce de 1 iufluence sur la direction que prend le sang 
epanche. C est ainsi que 1 apoplexie localisec vers 1 ora serrata, la ou la retine 
olfre tres-peu d epaisseur, menacera beaucoup plus cette derniere que si elle 
siegcait vers la papille. 

Lc fait de la penetration du caillot sanguin dans le corps vitre a travers une 
breclie de la retine est rare. Mais il ne sauraitetre revoque en doute. Esmarcb 
en a rapporte un excmplc dcja bien coium et qui, en raison de sa precision merite 
d etre rappele. Cliez un nialadc observe par lui, le sang avait peribre la retine en 
dedans ct en bas dc la macula ; il formait un appendice conique, d une colora 
tion rouge fonce, dout le pe dicule etait entoure d un anneaii rouge clair, prove- 
naiit d une apoplexie choroidienne : 1 ensemble ressemblait a une langue tiree 
entre deux levres rouges. On put suivre la resorption progressive du coagulum 
el il n cn resta finalement qu une petite lacbe noiratre, mal limitee de la dimen 
sion d une tete d epingle ct situee dans la cboroide, tandis que la retine ne 
laissait plus voir aucune alteration. 

Lorsquc le sang est epanche cntre la choroide et la sclerotique, il peut infdtrer 
le ri seau lache de la lamina fusca, anquel cas son existence passe tout a fait 
inapcrcne, ou former un foyer qui decolle la membrane et determine un accident 
rccomuiissable a quelques signes ophthalmoscopiques, ainsi que nous le dirons 
bicnlot. 



"78 CHOROIDE. 

Si le sang est epanche entre la choro ide ct la retiue, il peut rester infiltre 
sous la lame elastique ou soulever la retine et produire un decollement de 
cettc membrane. II sera question de cet accident a 1 articlc Decollement de la 
retine (Voy. RETINE). 

Enfin si Ic produit de repanchcment infiltre le parenchyme de la choro ide, il 
est reconnaissable a 1 oplithalmoscope aux caracteres suivants : on decouvre sur 
le fond dc 1 ceil des taches rondes, irregulieres, variant du jaune clair an rouge 
fonce. Ces taches sombres sont. pleincs, ont des bords nettement decoupes, ce qui 
permet de les distinguer des epanchements de sang situes dans les couches les 
plus internes de la retine, et qui affectent le plus souvent une forme striee 
en rapport avec la direction des fibres nerveuses. 

L inlluence qu exercent les epanehcments sanguius de la choro ide sur la vision 
depend surtout de leur siege, de leur etendtie, de la rapidite de leur production, 
de 1 etat de la retine et de la cause qui les occasionne. Si 1 hemorrhagie resulte 
de troubles circulatoires persistants, la permanence de la cause non-seulement 
unit a la resorption mais encore expose a de i requentes recidives. Lorsque 
I epanchement est brusque, abondant, il est moins bien supporte par les tissus, 
il brise leur resistance, rompt la lame elastique et menace davantage la retine. 
Si, aucontraire, le sang s cst epanche lentement, en petite quautite, 1 accident 
reste plus IVcquemment localised la choro ide ; dans ces conditions le coagulum 
est progressivcment quoique tres-lentement resorbe, ne laissaut d autre trace de 
son passage qu une plaque blanche d atrophie ordiuairement bordee de pigment, 
sans trouble dans la vision. 

Les hemorrhagies dc la choro ide peuvent etre occasionnees soit par des 
lesions traumatiqucs, soil, par des alterations des parois vasculaires, soit par des 
troubles survciuis dans la circulation generate. C est a ce titre que 1 apoplexie 
choroidienne figure si souvent parmi les symptomes d autres affections telles que 
la choroi dite parenchymatetise, le glaucome et les affections organiques du ccBur 
ou des gros vaisseaux. 

L apoplexie choro idienne ne reclame aucun traitement particulier : abandonne 
a lui-meme, le sang epanche tend a disparaitre par resorption, 1 attention doit 
etre exclusivement portee vers les affections qui ont pu lui donner naissance. 

XIII. RUPTURES DE LV CHORO I DE. La choro ide peut et.re divisee par une cause 
vulnerante en meme temps que la sclerotique. Mais il est des cas assez frequents 
dans lesquels, a la suite d un traumatisme exerce sur le globe ou dans son voi- 
sinage, 1 enveloppe fibreuse de 1 oeil resiste et la choro ide, moins elastique, se 
rompt isolement. G est de cette sorte d accident qu il est question ici. 

Les cas de rupture de la choro ide ne sont pas rares. 

Von Ammou est le premier, je crois, qui en ait constate 1 existence a 1 au- 
topsie. Le fait, est relate dans la seconde partie du premier volume des archives 
de de Graefc. 11 s agit d un soldat qui s etait suicide en sc dechargeant dans la 
bouche nn mousquet charge a poudrc. L ebranlement cause par 1 explosion occa- 
sionna une rupture de la choro ide de 1 oeil gauche. On trouva un epanchemeut 
de sang entre la sclerotique et la choro ide, ct sur un point, la choro ide presen- 
tait une rupture cuneiforme sans solution de coulinuile de la retine. 

Avant cette constatation directc, de Gracfe (Archiv f iir Ophthalmologie, 185i) 
avait signale deux cas de rupture dc la choro ide observes sur le vivaut. 

Frank (Army Medical Staff, p. 84, I860) a relate deux fails analogues sous 
le nom de cicatrices de la choro ide; dans 1 un, on voyait des lignes d un blanc 



CIIOROi DE. 79 

ar<*ente tracees surle fond dc 1 ceil; clans 1 autre, deux bandes blanches formant 

O 

entre clles un angle etpartant 1 une de 1 extremite inferieure et externc, 1 autre 
de 1 extremite inferieure et interne dc la papille. Chez ces deux malades 1 origine 
<5tait une action traumatique indirecte. La cecite etait complete. 

La meme annee (1860), Streatfeild puhlia, dans les Ophtalmic Hospital 
Reports, 1 observation d un marin qui, a la suite d un traumatisme, subit un 
affaiblissement notable de la vue, du cote droit. A 1 ophthalmoscope on voyait 
une excavation au niveau du nerf optique et deux ruptures de la choro ide. La 
description qu en donne 1 auteur mieux que 1 image qui 1 accompagne ne permet 
pas d elever de doutes sur la nature de la lesion. 

Talko, mcdecin de Tiilis, a relate dans les Annales d oculistique (annees 1862, 
p. 242, et 1872, p. 240), deux observations de rupture de la choro ide. Dans 1 un, 
a la suite d un choc sur Tosil droit, il survint des troubles visuels, marques par 
une coloration uniformement jaune des objets et une abolition a peu pres com 
plete de la vision centrale. A 1 ophthalmoscope on constata au cote droit du nerf 
optique une cicatrice h liforme mesurant quatre fois la longueur de la papille. 
Dans 1 autre, la lesion etait represented par deux raies d un blanc nacre a bords 
pigmentes, situes en dedans de la papille (image renversee) ct en dehors de la 
tache Jamie. Ces deux raies etaient plus larges au milieu qu a leurs extremites. 
Les vaisseaux retiniens les croisaient sans etre alteres dans leur forme ou leur 
direction. Circonstance digne de remarque, 1 acuite visuelle etait restee intacte. 

Deux observations prises a la clinique du professeur Soemisch de Dona out etc 
relate es dans la dissertation inaugurate de flillenkamp (De rupturis choroidce. 
Dissert. Int. inaug. Bonn, 18G5) : 1 une preseute cette particularite remarquable 
qu aprer une amelioration notable qui pcrmcttait d espcrer une guerison, 
1 acuite Msuelle s affaiblit peu a peu sans que 1 exameu ophthalmoscopique 
permit d abord de reconnaitre la raison de ce changement. Ce nc fut que plus 
tard que Ton put constater un decollement assez etendu de la retine au niveau 
de la rupture, decollement qui interessait .la plus grande pai tie de la tache 
jaune. 

Dans 1 autre, il survint un scotome central qui disparut tout a fait et laissa 
Ja vision intacle. 

Dans les lecons d Ophthalmoscopie de Schweiger (Traduction francaise du 
doctcur Herschell. Paris, 1865, p. 90), il est fait mention d un fait de rupture, 
occasionne par un plomb de chasse qui avait effleure le cote extern e de 1 oeil 
vers la region equatoriale. 

Une autre observation due a Soemisch est relative a un malade chez lequel 

la rupture de la choroide avait ete occasionnee par une courroie de transmission. 

Les el fets du traumatisme furent complexes ; la retine fut dechiree en meme 

I -temps que la choroide ; des caillots de sang existaient le long des bords de la 

, .dechirure ; celle-ci etait accusee par des reflets jaunatres dus a la sclerotique 

mise a nu. La guerison fut complete (Klinische monatsblatter fur Augenheil- 

Jtunde, 1867, p. 51). 

Vers la lin de 1 annee 1865, Hirscbler, de Pesth, fit connaitre deux nouveaux 
fails de rupture de la choroide. Dans l un, mentionne brievement, il est question 
d une rupture de la choroide co incidant avec une plaie de la sclerotique et un 
enclavemcnt de 1 iris sans aucun autre detail. L autrc est relatif a une rupture 
double dc la membrane causee par un vigoureux coup de poing. 

Mauthner, de Vienne, a fait connaitre dans son Traite d ophthalmoscopie. 



80 CHOROlDE. 

quatre cas de rupture de la choro itlo. Dans le premier, la lesion etait ancienne; 
elle etait representee par une ligne brillante, situee verticalement en dehors de 
la papille ; sa plus grande largeur etait egale a la moitie de la papille ; en haut 
et en has, elle allait en s amincissant vers ses extremites ; sa longueur mesurait 
quatre fois la longueur de la papille, sa couleur eclatante elail celle de la scle- 
rotique mise a nu. 

Dans la deuxieme, la lesion d oroidienne due a un coup de poing est recente. 
Elle est representee par uue dechirure qui commence en pointe pres de la macula, 
se dirige en dedans, passe au-dessus de la papille, puis decrit une legere courbe 
et se termine par une bifurcation dont les deux branches se rejoignent. La 
rupture n olfre pas 1 eclat blanc bleuatre de la sclerotique ; sa coloration est 
uniformemenl jaunatre. Depots pigmentaires dissemines. La retine est un peu 
trouble sans lesions. En eclairant obliquement un vaisseau retinien au niveau 
de la rupture, 1 auteur assure avoir vu 1 ombre se projeter sur le fond de la 
solution de continuite. L acuite visuelle etait egale a 1 sans alteration du cbamp 
visuel. 

Le troisieme fait est relatif a un bomnie dont 1 ceil gauche avail ete violem- 
ment heurte par 1 extremite mousse d un manche de pelle. Le coup avail porte 
sur le cote exlerne. A 1 examen pratique au bout de trois semaines, on constata 
en bas et en debors de la papille une ligne d un jaune clair decrivant un arc 
de cercle dont le nerf optique serait le centre. L auteur avance qu on voyait a 
1 image droite partir, dans une direction perpendiculaire a la dechirure, un 
nombre considerable de stries d une tenuite extreme comparables aux rayons 
d une aureole. II existe un extravasat sanguin au-dessous du bord convexe de la 
dechirure. L acuite visuelle descendue d abord a f remonta a f sans change- 
ment appreciable dans le tableau ophthalmoscopique. 

Dans la quatriemc observation, il est question d un bomnie atteint d un coup 
de pied dc cheval a la region orbitaire du cotedroit. On recoimut a 1 examen, 
pratique trois mois apres 1 accident., une dechirure horizonlale etendue, situee 
au-dessous de la papille, u une distance approximative de deux diametres de 
cette derniere. L acuile visuelle etait egale a f. 

On trouve dans 1 excellente monographic du docteur Caillet, medecin aide- 
major de 1 armee, une observation de Maunoyer, dont 1 analysc figure dans les 
Annales d oculistique (tome LVI11, p. 159, 1867). 

11 s agit d un homme de vingt-quatre ans qui fut frappe a 1 oeil gauche par 
un morceau de bois lance par une scie circulaire. Le choc fut violent, 1 ceil sai^na 
abondamment et la vision fut abolie instantanemerit. Quinze jours apres, les 
miiieuxoculaires etant redevenus transparents, on deCouvrit au miroir, entre la 
papille et la macula, une petite plaie egalant en etendue environ le quart de la 
papille. Cette plaie etait d un gris bleuatre, irreguliere, bordee d une ligne 
pigmentee ; en ce point la retine paraissait soulevee par un liquide. Au niveau 
de la tache jaune commence une ligne blanche, etroite, qui se dirige en bas et 
en dehors, decrivant un arc de cercle dont la papille serait le centre. Deux 
vaisseaux retiniens passent au-devant de la rupture sans presenter rien d anor- 
mal. Au-dessus de la papille, il existe, a une distance egale a deux fois le dia- 
metre de cette derniere, deux laches semblables pour la forme, 1 aspect et 
1 etendue a celle qui se trouve en Ire la tache jaune et la papille; 1 auteur les 
attribue egalement a des decollements circonscrits causes par des hemorrha (T ies 
sous-retiiiiennes. On vovait aussi au pourtour de la papille une sorte de 



CHOR01DE. 81 

croissant Lruii fonce* attribue a ties suffusions sanguines, Sous rinfluence du 
traitement et du temps, la vue revint progressivernent et trois mois apres 
1 accident, 1 acuite visuclle etait egale a |. L aspeet ophthalmoscopique n avait 
pas change. L auteur a pris le soin d en preciser les details dans une figure 
tres-bien executee quise trouve a la iin de son travail. 

Scliroeters a publie une observation (Annales d oculistique , 1872) dans 
laquelle la rupture de la choroide fut occasionnee par un coup de feu recu a 
un pouce en arriere de la commissure palpebrale e.vternc gauche. La lesion etait 
representee par une tache a reflets jaunatres, allongee, horizon tale, situce au- 
dessous et en dehors dc la papille. 

Ua autre fait relate dans le meme recueil (1872) par Carl Gurlli, sous le litre 
de : Rupture de la choroide, nous parait etre relatif a un epanchcment sanguin 
resultant egalement d un coup de feu. II s agit d exsudats d origine hemorrha- 
gique dissemines sur la retine, et au niveau desquels les vaisseaux retiniens 
sont visibles sur certains points, voiles sur d autres. G est ainsi que les choses 
se passent ordinairement a la suite des hemorrhagies retiniennes. 

Lc meme autcur rapporte deux autres observations (ibid.) relatives cette fois 
a des ruptures de la choroide et produites encore par des coups dc feu. On voyait 
au miroir une ou plusieurs bandes allongees, blanches, a bords pigmcntes, 
situees derriere les vaisseaux. Les troubles visuels consistaient en un scotome 
central de fcrme ovalaire. 

Cowell, clans la quatrieme partie du sixieme volume de I Ophthalmic Hospital 
Reports, rapporte deux observations de rupture traumatique de la choroide. 
Chez le sujet de la premiere, la retine etait egalement dechiree. La lesion sie- 
geait immediatement au-dessous de la papille et se prolongeait jusqu a la 
macula. Les deux membranes semblaient avoir ete detachees au niveau du bord 
de la papille ; les vaisseaux retiuiens etaient declares a ce niveau et avaient 
donne naissance a des caillots. Laperte de la vision etait complete. 

Chez le second, la dechirure mesurait une ligne et demie de long ; elle etait 
situee a une ligue et quart du cote interne de la papille ; les bords de la dechi 
rure etaient pigmentes. 

J ai eu personnellement 1 occasion d observer cinq cas dc rupture de la 
choroide. La premiere fois cefut chez un enfant de troupe des sapeurs-pompicrs. 
L alteration etait representee par deux ligncs courbes concentri({ues d uu blatic 
brillant, entourant la macula comme deux croissants situes en has et en dehors. 
L etat de la choroide etait complique d un trouble du corps vitre et de nombrcux 
corps flottants. L acuiie etait de ? V sans alteration du champ visuel. D ajuvs 
les souvenirs assez vagues de l enfant, 1 accident etait du a un choc subi pen 
dant le jeu dans le voisinage de 1 oeil. 

Le second exemple est relatif a une femme d une trentaine d anne es quc mon 
collegue et ami Quesnoy, medecin en chef de 1 Hotel des Invalides, me mil a meme 
d cxaminer tres-peu de jours apres 1 accident. II s agit d une mere qui, portant 
son jeune enfant sur le bras rccut de ce dernier un coup de doigt a 1 oeil. La 
douleur fut peu intense ; la reaction externe nulle, mais la vision fut proiunde- 
ment troublee surtout pendant la fixation. II deviirt impossible d appliquer 
les deux yeux a un travail d aiguille; I oail bleaee troublait 1 autre ; il comptait 
a peinc les doigts a un pied de distance suivant 1 axe visuel ; la vision periphe- 
rique etait un peu plus satisfaisante. A 1 ophthalmoscope on decouvrait une 
suffusion sanguine allongee passant par la region de la macula dans une dircc- 
DICT. ENC. XVII. 6 



82 CHOROIDE. 

tion a peu pres verticale. Cette suffusion sanguine laissait a decouvert quelques 
petits ilots d un blanc jaunatre qui gagnerent en ctendue avcc Ic temps, se 
substituerent a la tache sanguine et finalemcnt, au bout dc quelques semaines, 
formerent une plaque irreguliere, allongee, limitee par uu lisere brunutre. Une 
legere amelioration fut obtenue pendant cette transformation dc 1 alteration 
intra-oculaire ; mais la fonction de cet ceil reste definitivement assez mauvaise 
pour etre plus nuisible qn utile dans la vision binoculaire. 

Le troisieme fait est rclatif a un militaire qui, dans une. tentative de suicide, 
se tira un coup de fusil sous le menton. La balle brisa comminutivement les os 
de la face et provoqua la perte subite de la vision des deux cotes : a 1 examen 
ophthalmoscopique pratique quatre mois apres, je constatai une atrophie des 
deux nerfs optiques et une rupture large mais peu etendue des deux choroi des 
an pourtour du nerf optique. 

Ouant aux deux derniers, ils sont actuellement dans le service des ophlhal- 
miques, au Val-de-Grace. 

L un d eux, soldat au ioO e de ligne, recut il y a quelques semaines, pendant 
les exerciccs d un tir a tubes, un petit projectile du volume d un pois, qui vint 
par ricochet frappcr 1 oeil gauche au niveau du bord de la paupicre inferieure, 
couper ce bord et faire a la sclerotique, vers 1 insertion de 1 iris, une plaie a tra- 
vers laquelle s enclava 1 iris. II en resulta une reaction assez violente, tous les 
signes d une iritis aigue, mais surtout une perte absolue et immediate de la 
vision. Des que les symptomes inflammatoires furent dissipes, on put constater 
les desordres suivants : la papille, d un gris jaunatre, uniforme, sans appa- 
rence de lame criblee, est ovale de haut en bas : elle est entouree en haul et 
en dedans par une bande eclatante d un blanc jaunatre qui rappelle tout a fait 
1 aspect des plaques d atrophie choroidienne. Cette bande a la largeur de la pa 
pille; elle se termine au-dessous de cette derniere par de larges masses pigmeu- 
taires; au-dessus,- elle se prolonge vers la region de la tache jaune, au niveau 
de laquelle elle se transforme en deux bandes plus etroites, verticales. Dans 
toute son etendue, 1 alteration est limitee par des depots de pigment irregu- 
licrement dissemines soit sur ses bords, soit sur sa surface : on remarque 
aussi en certains points, sur cette derniere, quelques vestiges du stroma cho- 
roidien. 

Les vaisseaux retiniens passent au-devant sans etre alteres ni dans leur direc 
tion ni dans leur forme ; en aucun point ils ne sont reconverts par le pigment 
pathologique. La seule particularite digne d etre mentionnee est represente e 
par nne courbe angulaire que forme, au niveau dc la dechirure, la bifurcation 
inferieure de la veine, comme on 1 observe si souvent dans les atrophies choroi- 
diennes peri-papillaires. 

L examen ophthalmoscopique ne revele aucun desordre fondamental ; nean- 
moins la vision est toujours nulle, et il est fort probable, sinon certain, qu il en 
sera toujours ainsi. 

Le second, soldat au 115 e de ligne, recut il y a huit mois une pierre sur 1 oeil 
droit. Le choc fut peu violent : il survint une inflammation externe qui dura 
quelques semaines sans laisser de traces apparentes. Mais, immediatement apres 
1 accident, la vision fut perdue : il en est ainsi encore aujourd hui. 

Les resultats fournis par 1 ophthalmoscope different de ceux des cas prece 
dents. Ici il existe manifestemcnt un etat inflammatoire de la retine et du nerf 
optique. La papille, d un rouge jaunalre, est tumefiee; ses bords elar^is sont 



mal delimit.es; les vaisseaux sont gros, sombrcs, flcxueux et legerement voiles 
aulour de la papille. 

Quant a la rupture, elle passe immediatement au-dessus de la papille (image 
rcnversec), sous I aspect d un trait blanc tres-fin. De la elle se continue Qn 
dedans, ct en dehors au dela des limites du champ d exploration. c est-a-dire au 
dela dc 1 ora serrata. La couleur blanche est moins eclat ante quo dans d autres 
cas; on y rencontre du pigment dissemine en tres-petites masses. 

Dans loute 1 etendue de la rupture et au-dessus, la choroide a des tons plus 
clairs que la region inferieUre marquee en noir sur la figure. Cette difference 
d aspect doit resulter d une depigmeutation partielle de la membrane sans autre 
alteration appreciable. Ici comme toujours on rencontre, tout le long de la solu 
tion dc continuite, des depots 
de pigment affectant les for 
mes les plus variees. La figure 
suivante (fig. 8) donne une 
idee assez exacte des choses. 

Les ruptures de la choroide 
sont dues a un ebranlement 
direct ou indirect du bulbe; 
on les a vues suivre des coups 
de feu, des chocs dans la re 
gion de 1 orbite, des blessures 
de la sclerotique ou de la 
corm e, et aussi de legeres 
contusions de 1 ceil. A 1 excep- 
tion d une observation, la 
lesion avail pour siege con 
stant le voisinage de la papille 
ou de la tache jaune, c est-a- 
dire une region inaccessible 
aux chocs directs ; par consequent elle n est point le resultat d une action trau- 
matique directe qui rcspecterait la sclerotique, plus resistante et plus elasliquc, 
et provoquerait la rupture de la membrane vasculairc sous-jaccnte. 

La rupture dc la choroide sc reconnait aux cafaclcrcs ophthalmoscopiqucs 
suivauts : on decouvre, dans la region de la papille et de la tache jaune, des 
taches brillantcs, d un blanc jaunatre, semblables pour la couleur et I aspect 
aux taches de la choroi dite alrophique : clles affectent tres-souveut la forme 
de bandcs elroites plus ou moins allongees, dont la disposition a etc frequem- 
ment comparec a 1 arc d un ccrcle qui aurait le nerf optique pour centre. 

Quelquefois la rupture commence par une surface elargie, anfractueuse, qui 
se prolongs en une etroite fissure. 11 en etait ainsi dans notre troisieme obser 
vation. 

Les bords de la solution de continuite sont marques par des depots dc 
pigment noir qui forment tantot un lisere regulier, tantot une bande, tantot des 
ilots dissemines. Ges masses pigmentaires se rencontrent encore sur la rupture 
elle-meme. On y trouve aussi, exceptionnellement, de tout petits ilots d un brun 
rougeatre, cousidercs comme des extravasats et qui me paraissent etre des debris 
de la choroide. 

La rupture de la choroide affecte toujours une forme allongee : on doit consi- 




Fig. 8. Ruplure de la choroide. 



84 CHOROIDE. 

derer comme exceptionnelle la forme en croix mentionnee dans 1 observation de 
de Ammon. II en est de meme de la forme rayonnee signalee dans le second fait 
de de Grscfe et dans celui de Franck. 

La direction n a rien de defini : habituellement elle dessine une ligne plus ou 
moins bien inscrite dans un meme cercle. Par exception, comme dans ma troi- 
sieme observation, elle forme un angle droit. Le plus souvcnt simples, elles 
representcnt d autres fois deux ou trois ligiies paralleles entre elles. 

Lorsque 1 accident est recent, on trouve au fond de 1 oeil le sang verse par les 
vaisseaux rompus de la choroide. Celui-ci forme tin epanchement plus ou moins 
etendu, interessant soit la choroide seule, soit la choroide et la refine reunies. 
Get epanchement couvre habituellement la rupture et masque ainsi le diagnostic. 
On remarque assez souvent sur la tache hemorrhagique un point d nn rouge plus 
sombre, qui correspond a un caillot. Au fur et a mesurc que la resorption 
s opere, la rupture de la choroide apparait sous 1 aspcct d une ligne continue 
ou interrompue, seloa que le sang epanche disparait uniformement ou d une 
facon irreguliere. 

Le docteur Hilleukamp et, aprcs lui, le docteur Caillet mentionnent, comme 
un signe ophthalmoscopique important, une difference de niveau entre le fond 
de la rupture et le vaisseau retinien qui la traverse, constatee a 1 aide de 
l oplithalmoscope biuoculaire. Le docteur Mauthner a mentionne egalemeut la 
projection sur le fond de la rupture de 1 ombre des vaisseaux qui la traversent. 
Ce sont la des subtililes sans grand interet pratique. 

La rupture de la choroide peut etre simple ou compliquee de la dechirure de 
la retine; celle-ci, lorsqu elle a lieu, se fait au meme niveau que la lesion cho- 
roidienne. On la rcconuait a 1 existence de petits plis grisutres le long de la de 
chirure : ces petits plis, dus au decollemcnt de la membrane nerveuse, sont 
souvent masques par du sang ou une infiltration sereuse, ce qui fait qu on n y 
voit pas tres-clair. Le signe diagnostic le plus precis, quand il existe, consiste 
dans la rupture d un vaisseau retinien au niveau de la lesion. 

Dans 1 observation de Niemeyer, il est question de decollements multiples 
tres-circonscrits de la retine, occasionnes par un epanchement de sang. 

Lorsque la lesion est limitee a la choroide, la retine et le ncrf optique ne 
paraissent pas souffrir de ce voisinage : le tissu retinien garde sa transparence; 
les vaisseaux traversent le niveau de la rupture sans etre modifies ni dans leuv 
volume, ui dans leur couleur, ni dans leur direction. Par exception, toutefois. 
ces elements s enllamment, et il se developpe une nevro-retinite sans qu il soi; 
possible de decouvrir la cause de la complication. 

Les troubles visuels qui suivent la rupture de la choroide sont tres-variables. 
L effet immediat est toujours tres-grave, et la vision parait immediatement 
abolie, cc qui s explique aisement par le defaut de transparence des milieux ocu- 
laires, par des epanchements de sang, etc. Au fur et a mesure que ces produits 
epanches sont resorbes, la vnc revient, mais le pins souvent avec un scotome 
central ou une tache aveugle plus ou moins durable. 

Quant aux suites eloignees, on trouve dans les observations les renseignements 
les plus inattendus : par exemple une rupture de la choroide compliquee d une 
dechirure de la retine avcc epanchement de sang dans le corps vitre aboutit a 
une guerison complete, tandis que d autres fois la rupture la plus simple en 
apparence cause la perte d nne partie du champ visuel ou 1 abolition definitive 
de la vision. La cecite a ete mentionne e par plusieurs observateurs : nous 1 avons 



CHOROIDE. 85 

constutee nous-meme chez plusieurs de nos malades. Pour deux d entre eux, la 
gravite exceptionnelle de 1 accident s explique par 1 existence d une nevro-reti- 
nitc primitive ou consecutive; mais pour le troisieme, j eu cherche encore la 
raison. 

Daus quelques cas, la vision retablie plus ou moins completement apres 1 acci- 
dent laiblit de uouveau progressivemeut ct memo disparait completement. Cette 
aggravation secondaire peut etre occasionnee par une inflammation du nerf 
optique, comme chcz nos malades, ou par un decollemcnt de la retine, comme 
clans un cas du professeur Scemish. Un semblable abaissement graduel conse- 
cutif de la vision a ete signale par Haase, par Hirschler et par Maunoyer, sans 
que 1 examen ophlhalmoscopique cut revele des alterations dans le fond de 
1 oeil. 

Le diagnostic de la rupture choro idienne ne presente pas de difficulte serieuse, 
a la condition que 1 examen ophthalmoscopique puisse etre fait; au debut, le 
mal est indique par une suffusion sanguine profonde qui survient a la suite 
d une violence exterieure. Cette suffusion pourrait etre confondue avec une 
hemorrhagie retinienne; mais cellc-ci est generalement ronde, assez souvent 
striee, taudis que I epanchement sanguin qui suit la rupture de la choroide a 
une forme allongee, sans stries : assez souvent il est interrompu sur certains 
points au niveau desquels on voit le reflet sclerotical. Ajoutons encore qne 1 he- 
morrhagie retinienne non reliee a un etat diathesique ou a quelque affection 
prganique est tres-rare. 

A une periode plus avancee, alors que la rupture degagee de toute infiltration 
sanguine s etale en une ligne ou une baiide d un blanc blenatre eclatant, 1 affec- 
tion ne peut etre confondue qu avec le decollement de la retine ou 1 atrnphie 
choro idienne. 

Le decollement de la retine presente bien, le plus souvent, des raies blan- 
chatres plus ou moins nombreuses, qui ont une certaine resscmblance avec 1 as- 
pect de la rupture de la choroide, mais dans le decollement de la retine, ces 
raies blanc bleuatre se deplaceut au moindre mouvement du globe ; elles res- 
semblent a la crete de vagnes mouvantes; elles sont traversees, dans des direc 
tions Ires-variables, par des vaisseaux sombres, sinueux, animes au moindre 
mouvement de tremblotements expressifs; autant de signes distinctifs qui em- 
pechent toute confusion. 

Le probleme devient plus difficile s il s agit de distinguer la rupture de 
1 atrophie de la clioroi de. De part et d autre, la choroide est supprimee, la scle- 
rotique est raise a nu et, consequemment, 1 aspect ophthalmoscopique de la 
lesion est identique; de part et d autre encore, il existc des depots pigmentaires 
plus ou moins etendus soil localist?s en bordure autour de 1 alteration, soil irre- 
gulierement dissemincs. On liendra compte, pour se prononcer, de la forme 
de la lesion qui est toujours allonge e, plus ou moins lineaire dans la rupture, 
tandis quo dans 1 atropbie elle revet les formes les plus dissemblables, les plus 
variees. La rupture choro idienne est unique ou disposee en lignes sensiblement 
paralleles; la plaque d atrophie peut etre unique aussi, mais elle est plus ou 
moins arrondie; habiluellement il existe dans 1 atrophie des plaques , des 
taches de toutes dimensions, disseminees irregulierement sur le fond de 1 ceiL 
L origine et le mode de developpement du mal devront surtout attirer 1 atten- 
tion : la choroidite atrophique a une marche lente, progressive; la rupture 
debute brusquement, comme la violence qui 1 a provoquee. 



86 CHOROIDE. 

L absence bien constatee de traumatisme doit exclure 1 ide e de rupture, quels 
que soient d ailleurs les caracteres ophthalmoscopiques de 1 alteration. G est en 
raisonnant ainsi que nous avons range parmi les choroidites un cas pathologique 
qni reproduit pourtant fidelement les traits caracteristiques de la rupture cho- 
roidicune (Atlas d ophthalmoscopie, pi. XI, fig. 5). 

La rupture de la choroide ne semble pas en rapport avec un etat patholo 
gique anterieur de cette membrane : presque toujours 1 accident a ete observe 
sur des yeux jusque-lii irreprochables. 

Ouant au mecanisme suivant lequel elle s opere, d assez nombreuses hypo 
theses out ete emises : aucune ne nous parait satisfaisante, et, faule de raisons 
meilleures, nous nous contenterons de dire que, sous 1 action d un choc ou d un 
ebranlement, la sclerotique pcut rester intactc, parce qu elle est extremement 
resislante, tandis que la choroide, qui cst tres-friable, se dechire sur le point ou 
suivant la ligne qni offre le moins de resistance, de la meme facon qu en i rap- 
pant sur la face extcrne d un domino, on brise en eclats ou en longues felures la 
lame d ivoire sous-jacente. La direction Imeaire et en arc de cercle doit etre 
principalement determinee par le mode de distribution des vaisseaux dont la 
presence, surtout au niveau de la papille, est de nature a produire des inegalites 
de resistance notables. 

La temporisation, aidee de quelques soins d hygiene et le reposde la fonction, 
nous paraissent etre les meilleurs moyens de traitement a opposer a la rupture 
de la choroide et aux accidents qu elle occasionne. 

XIV. DECOLLEMENTS DE LA CHOROIDE. Le decollement de la choroide a ete 
observe et decrit, pour la premiere fois, par de Grasfe, qui en a relate trois obser 
vations; Liebreich en a rapporte une quatrieme, dont 1 image ophthalmoscopique 
figure dans son Atlas. Si Ton ajoute a ces faits celui qui a ete relate par d Ammon 
et trois autres par Stellwag de Carion, on aura reuni, si je ne me trompe, a 
pen pres tous les cas connus de decollement de la choroide. G est done un acci 
dent rare ou du moins raremcnt reconnu. II est occasionne soit par un epanche- 
ment sereux ou sanguin, soit par une tumeur solide. 

Le decollement choroidien forme une tumeur tres-nettement limitee, de cou- 
leur rouge jaunatre ou rouge fonce et tres-tendue qui fait saillie dans le corps 
vitre. Sa surface est lisse, on y distingue parfois quelques vrisseaux isoles de la 
choroide; son aspect est celui d une tumeur consistante et tcut a fait immobile 
sur laquelle les vaisseaux retiniens pen alteres dans leur couleur ont une direc 
tion rectiligne. 

Les caracteres de ce decollement sont facilement reconnus avec le rcflecteur; 
la saillie qu il forme en avant du plan focal permet d en distinguer les moindres 
details a 1 image droite. Lorsque la saillie est assez considerable pour confinera 
1 ora serrata, il est possible meme de 1 examiner directemcnt ou a I eclaira^e 
lateral. 

La choroide decollee souleve necessairement devant elle la retine, qui au debut 
de la maladie reste adherente et ne se souleve a son tour que plus tard. Tant 
que le decollement choroidien n est pas comp-lique d un decollement de la re- 
tine, il se distingue de ce dernier en ce que, k la surface de la tumeur, on ne 
trouve ni plis ni mouvements de fluctuation, mais bien des traces du tissu 
choroidien, soit des vaisseaux, soit les espaces qui les separent. Des que 
la retine prend part a la maladie, les elements du diagnostic differentiel font 
defaut plus ou moins completement. Le point le plus difficile est de preciser 



CHOROIDE. 87 

la nature du decollement. Est-il sereux, sanguin, ou bien resulte-t-il d une tu- 
menr solicle de la choro ide? On sc guidera a ce sujet sur les circonstances du 
fait en ne perdant pas de vue que les epanchements sereux se localisent bien 
rarement entre la sclerotique et la choro ide, que leur siege de predilection est 
n avant de cette derniere. Si done on est en presence d un decollement de la 
choro ide et qu il n y ait aucune raison de croire a un epanchement de sang, c est- 
a-dire en 1 absence de traumatisme, de large blessure ou de perforation du globe 
oculaire, il y a tout lieu de craindre une tumeur du fond de 1 oeil dont les effets 
desastreux ne donneront que trop de certitude au diagnostic. 

On doit a Iwanoff 1 examen d un ceil atteint de decollement choroidien sereux. 
Les details qu il renferme nous paraissent devoir etre consigned ici parce 
qu ils represented a peu pres les seuls renseignements que nous connaissions 
sur la question. Dans le cas observe par Iwanoff, la choro ide etait decollee par 
un exsudat sereux, dans une etendue telle qu elle n avait plus d autres points 
fixes que le nerf optique, les vaisseaux ciliaires et vorticelles et le muscle ciliaire. 
La retine etait adherente a la choro ide , le cristallin projete en avant et 1 iris 
soude et confondu avec la cornee. 

La choro ide paraissait epaissie ; son epithelium, normal sur quelques points, 
etait decolore sur d autres. Les fibres nerveuses ciliaires ne paraissaient alterees 
que par la compression, due a 1 exsudat. Le muscle ciliaire ne tenait plus que par 
son tendon; les faisceaux en etaient irreguliers et desagreges en beaucoup de 
points par des exsudats ou des epanchements de sang. Les physaliphores etaient 
augmentees en nombre, les vcsicules n etaient pas toujours transparentes. Ces 
effets sur le muscle ciliaire se produisent constamment a la suite des exces de 
pression intra-oculaire. 

La substance connective de la retine etait hypertrophiee, les fibres radiaires 
paraissaient plus grosses. Les fibres nerveuses etaient hypertrophiees, les cellules 
ganglionnaires avaient disparu et les batonnets etaient alteres et souvent vari- 
queux. 

Le decollement de la choro ide est toujours un symptome grave. Sereux il re- 
presente, comme dans le cas precedent, un epiphenomene, un incident dans 1 e- 
volution d une choroidite parenchymateuse ; sanguin il menace 1 oeil, pour peu 
qu il soit abondant, d hyperplasies consecutives ou de suppuration et d atrophie 
complete de 1 organe ; lie au developpement d un sarcome choroidien, il aboutit 
aussi a la perte de 1 organe. 

Le decollement de la choro ide est un symptome qui ne reclame d autre traile- 
ment que celui de la maladie ou de la lesion qui 1 a fait naitre. 

XV. KYSTES DE LA CHOROIDE. Les kystes de la choro ide observes jusqu alors, 
.sont relatifs a peu pres exclusivement a des cysticerques developpes entre cette 
membrane et la retine. Ces kystes se coiffent de la retine, provoquent un petit 
decollement qui forme autour de la tumeur, dans une etendue variable, une 
sorte de collerette plissee. 

A 1 ophthalmoscope on voit la membrane nerveuse soulevee par le kyste, sous 
1 aspect d une tumeur arrondie, lisse, d un blanc nacre chatoyant, immobile, 
sillonnee par les vaisseaux retiniens et aux bords de laquelle s observent en cer 
tains points les petits foyers de decollement peripherique dont il vient d etre 
question. Autour du kyste, la choro ide parait plus forlement pigmentee. Sur la 
surface de la tumeur on voit parfois vine portion relativement ombree qui peut 
etre attribute a la tete de 1 entozoaire. En aucuti point la choro ide n est appa- 



88 CHOROiDE. 

rente. A part ce Je derniere particularite, le cysticcrque sous-retinien ressemble 
fort au decollement ou aux tumeurs de la choroide. Dans le seul cas de ce genre 
qu il m ait ete donne d observer, la ressemblance me parut si complete, surtout 
en 1 absence de tout mouvement de ranimal, que je restai dans le doute sur la 
nature de 1 affection a laquelle j avais affaire. 

Le cysticerquc en contact avec la choroide finit par I enfiammer et provoquer le 
developpement d une irido-choroidite parencbymateuse. Pour termiuer et com- 
pli tcr cc qui est relatif au cysticerque sous-choroidien, nous ne croyons pouvoir 
mieux faire que de publier 1 observation du cas que nous avons observe, et qui a 
pu ctre etudie par mes collegues Mathieu et Poncet et par moi dans le service 
des opbthalmiques au Val-de-Grace, jusqu au moment de 1 enucleation de 1 ceil. 

Durand (Philibert), ne a Saint-Eusebe (Saone-et-Loire), age" de 26 ans, soldat 
au 26 e de ligne. Entre a 1 hopital militaire du Val-de-Grace le 6 juillet 1872 
(salle 14, n" 14). Evacue de 1 hopital militaire de Lorient. 

Jeunc homme robuste doue d une bonne constitution , jouissant habituelle- 
ment d une bonne sante. Fait prisonnier a Metz le 29 octobre 1870, il fut nourri 
de viande de pore erne pendant les trois premiers jours qu il passa dans 1 eau 
et dans la boue. Le l er novembre suivant, le malade eut les yeux tres-rouges, lar- 
moyants, tres-sensibles a la lumiere ; mais cette indisposition n eut aucuiie 
suite. 

Pendant toute sa captivite, Durand fut encore nourri a peu pres exclusivemeiit 
de pore sale. II eut, parait-il a cette epoque, des troubles visuels passagers et iu- 
termittents. En mai 1872, apres sa rentree en France, les memes douleurs re- 
parurentavec plus d intensite. Etant de faction le 15 du meme mois, il s aper- 
cut avec etonnement que de 1 oeil gauche il ne voyait plus que la moitie des 
objets, 1 autre partie paraissait couverte par un ecran noir. 

Pour ce motif Durand entra a 1 hopital de Lorient, d ou il fut evacue sur le 
Val-de-Grace avec le diagnostic cysticerque de I ceil. 

L examen reitere de 1 ffiil permit au professeur agrege Mathieu, charge alors 
du service, de reconnaitre 1 exactitude du diagnostic. 

Lorsque j eus 1 occasion de voir le malade pour la premiere fois, je reconnus 
les signes ophthalmoscopiques qui rendaient incontestable 1 existence d une 
tumeur fixe situee sous la retine et proeminente dans le corps vitre. Elle etait 
representee par une surface d un blanc bleuatre, eclatant, parfaitement limitee, 
tres-apparente, recouverte de nombreux vaisseaux du systeme retinien. A sou 
extremite superieure la moins bien delimitee on remarquait quelques plis formes 
par la retine decollee et de petits foyers hemorrhagiques. A son niveau et sur 
toute sa surface 1 etat dioptrique etait different de celui de la papille et du reste 
de 1 etendue de la retine; on y distinguait en effet au miroir seul un grand 
nonibre de vaisseaux tres-nettement dessines comme dans I o3il hypermetrope, 
tandis qu en dehors d elle tout elait confus comme dans 1 ffiil emmetrope. 
Pendant quatre mois la situation resta stationnaire. Malgre les recherches les 
plus multiplie es et les plus minutieuses je ne parvins pas a constaterle moindre 
changement dans 1 aspect, 1 etendue de la tumeur, et je n observai jamais ni le 
jnoindre deplacement, ni le moindre mouvement, dans les parties qui devaienl 
correspondre soil a la vesicule, soil a son col. Get etat d immobilite absolue, 
snns deplacements lateraux, sans ces mouvements d ampliation et de retrait qui 
appartiennent a la vie du cysticerque, le peu de nettete des caracteres propres 
a faire reconnaitre la tete, bien que les conditions de rexamen ophthalmosco- 



CIIOROi DE. 89 

pique fussent excellentes, me laisserent constamment dans le doute au sujet de 
la nature de la tumeur sous-retinienne. 

Sur ces entrefaites 1 affection changea de phase et des signes d irido-chorol- 
dite se declarerent pour la premiere fois ; le cercle pre-corneen s injecta, 1 iris 
devint paresseux, puis insensible a la lumiere et a I atropine, sa couleur vira du 
bleu au Jamie verdatre, des hemorrhagies se produisirent dans \a corps vitro ra- 
molli, trouble, puis quelques jours plus tard il survint un acces de nevralgie 
ciliaire qui parut ceder un instant au traitement, mais ne tarda pas a revenir 
plus intense, plus persist ant. L ceil malade compare a 1 oeil sain est beaucoup 
plus mou, contrairement a ce que Ton observe habituellement dans les cas de 
sarcomc. La situation du malade et Tissue fatale pour 1 organc de toutes les 
tumeurs intra-oculaires, quelle qu en soit d ailleurs la nature, conduisirent notre 
collegue Poncet, qui donnait en ce moment des soins a ce malade, a proposer 
I enucleation. 

Celle-ci fut pratiquee le 20septembre; les suites en furent simples et satis- 
faisantes. 

L examen pathologique, fait avec le plus grand soin par Poncet, permit de re- 
connaitre qu il s agissait bien d un cysticerque situe entre la reline decollee et 
la choroide. MAURICE PERRIN. 

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CIIOROIDES (Plexus). Voy. VENTRICULES. 

CHOROIDIEXXES (ARTERE ET VEINE). L artere choroidienne ou artere du 
plexus choroide est une petite branche qui nait de la carotide interne a son point 
de terminaison. Elle se dirige en arriere et en dehors, le long de la bandelette 
optiqueet du pedoncule cerebral, auxquels elle donne quelques rameaux, penetre 
dans le ventricule lateral par la grande fente de Bichat, fournit a la corne d Am- 
mon, a la bandelette frangee et se termine dans le plexus choroide. 

La veine choroidienne, satellite de cette artere, suit le cote externe du plexus 
choroide ; elle recoit les veinules emanees des parties voisines, celle de la corne 
d Ammon, du trigone, de la face inferieure du corps calleux. Arrivee a 1 extremite 
anterieure du plexus choroide, elle se reflechit d avant en arriere et s unit a la 
veine du corps strie, pour constituer la veine de Galien. 

On decrit sous le nom ft artere choroidienne posterieure un tres-petit rameau 
qui se detache de 1 artere cerebrate posterieure immediatement apres son ana 
stomose avec la comraunicante. Cette arteriole se porte debas en haut, contourne 
le pedoncule cerebelleux, passe au-dessus des tubercules quadrijumeaux et va 
gagner la toile choroidienne avec laquelle elle penetre dans le troisieme ventricule. 

V. PAULET. 

cnOROiDiE\\ES (Toiles). Voy. VENTRICULES. 

(HORTET (J.-F.). INese recomraandeguere a nous qu au point de vue pure- 



CIIOU (EOTANIQUE). 1 

ment historique, en raison de 1 espece d acharnement avec lequel il soutint, a 
1 exemple do son eniulc Weikart, Ic sysleme de Brown. 11 elait ne vers le milieu 
du siecle dernier, et remplit pendant quclque temps Ics fonctions de medecin 
militaire de premiere classe, puis il alia exercer la medecinc a Martclanze, dans 
la province de Luxembourg. Ce medecin mourut dans le courant dc juillel 1811, 
apres avoir fait gemir la presse avec une incroyable fecondite pendant 1 cspace de 
quelqncs annees. 

Nous ne donnons ici qnc Ics principanx des nombreux ouvrages qu il a publics : 

I. Traile oil I on demontre philosophiquement c/ue IK sysleme dc limmorlcl Brown cat le 
seul vrni en physiologic. Paris, 1803, in-8". II Refutation de la doctrine des crises, des 
metastases, des forces conservatricex et me diratrices de la nature. Paris, 1804, iu-8. 
III. Rcc/ierches sur la pathogenic ou introduction a la medecine pratique, renfermanl, etc. 
Ibid., 1805, in-S. IV. Traile de pharmacologie ou maticre medicate, base e stir la theoric 
de brown. Ibid , 1806, in-8. V. Philosophic medicate ou veritcs fondamcntales dc la 
medecinc moderne. Bruxe.les, 1811. in-8. VI. II a public pendant qnelques annees a 
partir de 1805 une sorte de journal intitule: La vraie tlieorie mcdicale, ou Expose pe rio- 
diquc, etc. ; il a travaille avec KLUYSKENS aux Annales de lilleralure medicate ctranyere; enfin 
il a 1 ait paraitre une traduction de 1 ouvrage de WEIKMIT. E. UUD. 



Brassica L. I. Botanique. Genre de plantes Dicotyledones, ap- 
partenant a lafamille des Gruciieres. Tel qu il est limite maintcnant par la plu- 
part des botanistes, ce genre contient un certain nombre de plantes tres-interes- 
santes par leurs usages medicaux et alimcntaires; tels sont les Cboux proprement 
dits, les Raves, les Navels, la Moutarde noire, qui est aussi un Brassica. Toutes 
es plantes presentent comme caracteres communs : Des fleurs formees d uii ca- 
lice a 4 sepales, dont 2 un pen gibbeux a la base ; d une corolle a 4 petales ongui- 
cules ; de 6 etamines tetradynames ; de 4 glandes placees, 2 en dehors des groupes 
des grandes etamines, 2 en dedans des pelit.es elamincs. La siliquc est allongee. a 
valves convexes, marquees d une nervure dorsale droite et saillante et de uer- 
vures laterales flexueuscs et anastomosees. Les graines sont globulenses, dispo- 
sees sur une seule serie ; elles contiennent sous leurs enveloppes nn embryon 
sans albumen, dont les deux cotyledons, plie s en gouttiere sur leur nervure 
mediane renferment la radicule ascendante. 

Les principales especes sont : 

A. Le CHOC POTAGER et ses nombreuses varietes. G est le Brassica oleracea. L. 

Cette espece est caracterisee par une grosse tige rameuse, garnie de feuilles 
epaisses, glabres, d un vertglauque. Les inferieuressontamples, petiolees, ronci- 
nees a la base et plus ou moins sinueuses ; les superieures sont oblongues, en- 
tieres, sessiles et amplexicaules. Les fleurs sont grandes, en grappes lacbes et 
terminates ; elles sont jauiies. rarement blanches. Les siliques sonl presque 
cylindriques et plus ou moins etalees. 

Elle est introduite depuis longlemps dans les jardins et y a domic un grand 
nombre de varietes. 

1 Le Chou vert (Brassica oleracea acephala). G est la forme qui represente le 
mieux le type normal ; 1 evolution des feuilles s y fait, comme elle doit se pro- 
"duire dans la nature, et la seve se distribue a peu pros egalement dans toutes les 
parlies de la plante. La tige s eleve sans beaucoup s epaissiret les feuilles, larges 
t vertes, se developpent successivement et a distance les unes des autres. 

Mais, dans la plupart des varietes, la seve s accumule dans des points deter 
mines, de la plante qu elle developpe d une facon anormale. Telles sont : 

2 Le CHOU DE BRUXELLES, qui appartient au groupe des Choux bouillonne s 



92 CHOU (BOTANIQUE). 

(Brassica oleracea bitllata), dans lesquels les jeunes feuilles sont plus ou mobs 
rapprochees en lete, pour s etaler ensuile. Le chou de Bruxelles montre aussi a 
1 aisselle des feuilles de nombreux bourgeons lateraux, qui forment tout le long 
de la tige et des rameaux de petites tetes comestibles, de la grosseur d une 
noix ct au dela. 

o Le Chou pomme ou Chou cabus (Brassica oleracea capitata). Dans cette 
variete, les sues nutritifs se portent, pendant la premiere amice, sur la tige, les 
petioles, les cotes et les nervures des feuilles. II en resulte ce qu on appelle une 
tetc, formee par les feuilles epaissies se recouvrant les unes les autres et entou- 
raut le haut de la tige. 

Une forme de chou pomnie prend une couleur d un rouge un pen viola- 
cce ; clle est connue sous le nom de chou rouge. C est le chou qu on emploie 
plus specialement en pharmacie pour faire le sirop qui porte son nom. 

4" Le Chou rave (Brassica oleracea caulo-rapa). Les sues affluent ici a la 
base de la tige ou a la souche qui se renfle eonsiderablement , devient lube- 
reuse, succulenle et bonne a maiiger. 

5 Le Chou /lew (Brassica oleracea bolrytis}. Dans cette forme, c est, au 
conlraire, au sommet de la tige et sur I inflorescenee que se portent les sues 
nourriciers. Les branches deviennent epaisses, ramassees, charnues, lendres, et 
forment une grosse masse mamelonnee. 

Les Choux brocolis different des choux fleurs, parce que les jeunes rameaux, 
au lieu de former une masse arrondie et ramassee, sont longs de plusieurs pou- 
ces et termines par un groupe dc boutons a fleurs. 

B. Le NAVET ou GHOU NAVET (Brassica Napus). Cette espece se distingue sur- 
tout par ses jeunes feuilles inferieures, lyrees, dentees, glabres et glauques. Les 
feuilles superieures sont oblongues, auriculees et embrassantes. Le calice est 
pen ouvert; la corolle estjaune et les siliques sont etalees. 

Cette espece comprend deux varietes bien distinctes. Dans 1 une les sues 
nutritifs se portent sur la racine et lui donnent un developpemeiit considerable : 
c est la forme qu on appelle le NAVET ; dans 1 autre, les graines conticnnent une 
quantite considerable d huile ; c est le COLZA. 

i u Le i\avet (Brassica Napus esculenta). Dans cette variete, la racine devient 
charnue, tubereuse, fusiforme. Elle a une saveur douce et sucree, un peu 
piquante. On 1 emploie beaucoup comme aliment, soil pour 1 homme, soit pour 
les animaux. 

2 Le Colza (Brassica Napus oleifera). Dans cette variete, la racine reslegrele; 
la tige s allonge et porte a son extremite de belles giappes de fleurs jaunes. Les 
siliques contiennent des semences noires, assez grosses, arronclies, non chagri- 
nees a la surface, et sans brillant particulier. Ces graines out un gout de navet. 
Elles donnent, par expression, Yhuile de colza. On la cultive en grand, pour cet 
usage, dans diverses contrees de 1 Europe , mais particulierement dans le nord 
de la France et en Belgique. 

C. Le CHOU RUDE ou A FEUILLES RUDES (Brassica asperifolia, Lam.). Cette 
espece est caracterisee par ses feuilles inferieures lyrees, pinnatifides, recou- 
vertes de poils rudes. Les caulinaires sont ovales ou oblongues, auriculees, em 
brassantes, glabres et glauques. 

Comme la precedente, elle comprend deux varietes. Dans 1 une le sue nutritif 
porte surtout sur la racine, qui devient comestible : C est la GROSSE RAVE, la 
RABIOULE ou TUP.HEPS. Dans 1 autre, les graines sont oleiferes : c e.st la NAVETTE. 



CHOU (EMPLOI MEDICAL). 95 

1 J La Babionle (Brassica asperifolia esculenta). Cctte plante a ete aussi <le- 
crite sous le nom de Brassica llapa, L. La racine cst cliarnue, orbiculairc, le 
plus souvcut deprimee ; elle peul pi-entire des dimensions considerables et deve- 
nir aussi grosse qne la tete d un enfant. Elle a, lorsqu elle cst cuite, une savour 
douce. Elle est employee comme aliment pour 1 homme et les animaux. 

2 LaNavette (Brassica asperifolia oleracea, D C.). Elle a ete deeritc sous le 
nom de Brassica campeslris. L. Cette plante croit. spontanement dans les 
champs ; mais on la cultive aussi soit pour la nourriture des bestiaux, soil pour 
recolter ses graines cten extraire 1 huile. Sa tige porte des grappes de flenrs jie- 
tites, jaunes, ct dont le calice est a demi ouvert. Les semences sont plus petiles 
que celles du colza, elles sont spheriques, un pen allongees, souvent ride es et 
chagrinees a la surface; elles ont une saveur un pen acre et mordicante. 

C. La MOUTARDE NOIRE (Brassica nigra, Koch.). Cette espece, qifon nomme 
aussi SKKEVE, a ete longtemps rapportee au genre Sinapis et decrite sous le 
nom de Sinapis nigra, L. ; mais les caracteres de ses fleurs et de ses fruits en 
font bien un Brassica. Elle est caracterisee par ses siliques oblongues lanceo- 
lees, courtes, a nervures laterales peu apparentes, qui se disiingucnt hien des 
siliques lineaires longues, a nervures laterales saillantes qu on remarque dans 
les espeees precedentes. 

Cette espece croit dans les lieux pierreux et dans les cultures d une grande 
partie de I Europe. On la cultive dans plusieurs contrees et particulierement en 
Alsace, en Flaudre, en Picardie. La plante est rameuse; ses feuilles infcrieures 
sont lyre es, les superieures lanceolees, entieres et petiolees, tiges et feuilles por 
tent despoilsepars, qui la rendent rude au toucher. Les fleurs sont jaunes, assez 
petiles, acepalcs, ctalees et disposeesen grappes, qui s allongent beaucoup pen 
dant la fructification. 

Les graines de moutarde, qui sont la partie interessante et utilise e de la 
plante, sont pclites, rougeatres et non pas noires, comme semblerait le faire croire 
le nom specilique qu on leur donne, Elles sont globuleuses on un peu oblongues, 
ombiliquecs. Klles ont environ un millimetre de diametre. Parfois elles sont 
recouvertes d une sorte d enduit cretace blanc. Examinees a la loupe, elles 
paraissent chagrinees a la surface, au moins lorsqu elles sont seches. Miscs dans 
1 eau, 1 enveloppe exterieure se gonfle et la graine se recouvre d une sorte de 
revetemeut transparent, qui egalise toutes les petites saillies de la surface. 

La graine de moularde est inodore, taut qu elle est seche. Broyec avec une cer- 
taine quantite d eau, elle developpe immediatemcnt une odeur tres-piquante, 
qui est due a la production d une huile essentielle. 

Cette essence de moutarde n existait pas de toutes pieces dans la graine, mais 
elle s est formee par 1 action de la myrosine sur le myronate de potasse, en pre 
sence de 1 eau. 

LI.VXEE. Genera Planlanim. Species. ENDLICHER. Genera. HOOCKER et CE.VTHAJI. Genera 
planlarum. BAII.LOX. Hisloire des plantcs , III, 188 GRENIER et GODRON.F/O-C de France, 
I. GcicouiiT. Drogues simples, 6 edit., Ill, 684. C. PLANCHOX Traite pratique de la d6- 
termination des drogues simples, I, 378. G. PL. 

II. Bromatologie et emploi medical. Le chou renferme des sels de 
potasse, de cliaux, de magnesie, des chlorures alcalins, une forte proportion 
d albuminc vegetale. A cet egard, il pourrait passer pour jouir de proprietes 
temperantes, et pour etre d une digestion facile ; mais il contient aussi de 1 oxyde 
ferreux, de 1 oxyde mauganeux, du soufre, du phosphorc, une resine, un ex- 



94 CHOU (EMPLOI MEDICAL). 

tractif amer soluble dans 1 eau et dans l"alcool, enfia unc huilc esscnticlle 
(Mullor et Berzelius). Cette composition, en meme temps qu elle rend compte 
de 1 odeur (brte du choux en decoction et de sa fetidite extreme a 1 etat de putre 
faction, explique pourquoi son usage alimentaire amenc souvcnt de la flatulence 
et de la pesanteur d estomac. Joignez a ccla que la fibre vegetale du chou, abon- 
dante et ferme, le rend assez refractaire a 1 action des sels gastriques s il 
n a subi une cuisson prolongee. Du reste, on no mange pas indifferemment, 
dans toutcs les varietes, toutes les parties du chou. Dans le chou pomme, le 
choux pomme frise, dit de Milan, le chou vert, ce sont les feuilles qu on con 
somme; dans le chou de Bruxelles, les bourgeons; dans Ic chou-rave, la racine 
devenue charnue ; dans le chou-fleur et le brocoli, les boutons de fleur et le som- 
met des tiges. 

En therapeutique, la presence de principes amers et de soufre dans le chou 
en indique 1 emploi dans les affections herpetiques et dans celles des voies res- 
piratoires, et M. Gubler croit qu on a tort de n y pas recourir plus habituelle- 
ment (Commentaires du Codex). En cela, d ailleurs, on ne ferait que revenir 
aux anciens usages. La decoction de chou, additionnee de miel, etait autrefois 
vanlee contre 1 anhelation et centre 1 herpes. II est vrai que le chou passait 
alors pour posseder bien d autres vertus, a ce point qu on en fit, dit-on, a Rome 
mi rcmede presque universel apres que les medecins eurent ete chasses de la 
Republique. Pris a I mterieur sous forme de decoction (feuilles ou semences), ou 
sous forme de sue, ou bien applique localcment soil en nature, soil apres inci 
neration, il augmeiltait le lait des nourrices, il abstergeait les vieux ulccres, il 
liatait la resolution ou la maturation des tumeurs phlegmoneuses ; il giu rissait 
les rhumatisants, les teigncux, les canccreux etles lippeux; ilconvenait aux ma 
ladies des reins et de la vessie, a la dysenterie, aux coliques. C etait un vermi 
fuge, c etait un antidote contre I empoisonnement par les champignons, etc. 

Ces traditions, quoique affaiblies, ne sont pas tout a faitperdues. Lechou passe 
encore pour un leger stimulant, un tonique, un depuratif et un anti-scorbu- 
tique : avec le chou rouge qui est tres-mucilagineux et renferme, comme les 
autres varietes, du soufre, on confectionne un sirop qui a ete autrelois connu 
sous le nom de Sirop de Boerhaave et dont la formule est au nouveau Codex. 
II est specialement usite contre le catarrhe et la phthisic pulmonaire. Ce recueil 
indique aussi le mode dc preparation du sue de chou rouge. On pile les feuilles 
fraidies dans un mortier de niarbre jusqu a reduction en une sorle dc pulpe; 
on ajoule le cinquieme dc leur poids d eau pour pouvoir en extraire le sue ; on 
exprime et Ton filtre. Cette preparation s administre surtout comme depuratif, 
ou, en tant que sue vegetal frais, comme anti-scorbutique. On en prend quel- 
q;ues cuillerees le matin a jeun. On s cst quelquefois servi du sue qui s ecoule 
d incisions faites en automne a la tigc du chou, et qu Hoffmann considerait 
comme laxatif. 

Topiquement, les feuilles de chou pcuvcut rendre d assez grands services. En 
double ou en triple, elles forment de veritables epithemes, doues de quelques pro- 
prietes resolutives, et qu on applique avec avantage sur la poitrine dans les 
affections respiratoires ; sur i abdomen , dans 1 enterite; sur les engorge 
ments des parties molles, principalement des mamelles; sur les articulations 
enilammees et douloureuses. On sait que Recamier en faisait un "rand usa^e 
dans les cas de goutte et de rhumatisme articulaires. C est, suivant Hufcland, 
un bon moyen pour detacher les croules de teignes rebelles et pour modifier la 



CHRESTIEN (LES). 95 

\italite des parlies malades. On obtient des effets analogues sur certaines plaies 
atoniques et, selon une pratique populaire, sur les croutes laiteuses (pour cet 
usage topique, il est bon de debarrasser les feuilles de leurs plus grosses ner- 
vures ct de les soumettre entre deux linges a 1 action d un fer a repasser). Enfiii 
le sue obtenu par incision aurait, suivant Pauli et Geoffroy, la propriete de 
fairc lomber les verrues. 

Le sirop et la teinture de chou rouge sont des reactifs tres-sensibles des acides 
et des alcalis. 

Nous ne disous rien ici de la MOUTARDE et du NAVET (Voy. ces mots), mais 
nous ne pouvons nous dispenser de nous arreter un instant a la conserve connue 
sous le nom de choucroute (en allemand, Sauer Kraut, chou acide). 

La choucroute se prepare en placaut dans un tonneau des couches de chou 
incise (ordinairement le chou cabus), melees de sels et de divers aromates. II 
s ei.iblit une fermentation lactique. On se sert meme du liquide exprime de la 
choucroute pour obtenir de 1 acide lactique, apres avoir prealablement deter 
mine, par 1 addition de carbonate de zinc, le formation d un lactate. La chou 
croute est un aliment indigeste. Neanmoins, il est des cstomacs paresseux aux- 
quels il convient, en raison meme de son acidite et de la presence de principes 
aromatiques. A. DECHAMBRE. 

CHOU < ABS ti Ri;. C est un Arum, 1 Arum sagittcefolium (Voy. ARUM). D. 
cuou H A J5iv On appelle de ce nom la Soldanelle. D 

CIEOUAN. Nom donne a une substance, qui venait autrefois du Levant dans 
le commerce, et qui rappelait un pen le semen contra. II etait forme de fleurs et 
de pedoncules brises, d un gout sale et aigrelet. On 1 employait a la preparation 
du cfirmin. 

Cette substance, longtemps indeterminee, a ete reconnue par Desvaux comme 
le produit d une Chenopodee, I Anabasis tamarisci folia, L. (Halagetumtamaris- 
ci folium, Meyer). 

DESVAUX. Journal de pharmacie, II, 559. GUIBOURT. Drogues simples, G e ed., II, 440. 

PL. 

i HOI 1 1 1 I it (Pathol.). Voy. CONDYLOMES. 
CHOUCROUTE. Voy. GHOU. 
cnoULLAUS (Les). Voy. BERBERS, p. 107. 

CBRESTSEX ou CHRETIE1V. Plusieurs medecins ont porte ce nom. Le pre 
mier en date est : 

Chrestien (GERVAis). Plus connu sous le nom de maitre GERVAIS, vivait au 
milieu du quatorzieme siecle ; il etait de Vendes, en Normandie, et fut medecin 
de Charles V; il est surtout celebre pour avoir fonde, en 1570 , le college qui 
porta son nom. Maitre Gervais, suivant 1 usage d alors, etait dans les ordres et 
cumulait les canonicals des eglises de Paris et de Bayeux ; c est dans cette der- 
niere ville qu il mourut en 1383. 

Chrestien (GuiUAUME). Etait natif d Orleans; il fit ses etudes medicales et 
prit ses degres a la Faculte de Paris, puis il s en retourna dans sa ville natale 



96 CHRESTIEN (LES). 

ou il pratiqua son art avec beaucoup de succes dans la premiere moitie du 
seizieme siecle. II eut, dit-on, occasion de donner des soins a Francois I T et a 
Henri II. II etait le pere de Florent Clireslien, qui s est rendu celcbre dans les 
lettres et qu Eloi rcgarde comme ayant exerce la medeeine ; mais il est beau- 
coup plus connu comme 1 un des auteurs de la satire Menippee (Florent Chrestien 
raourut en 1556 a 1 agc de cinquante-six ans). 

Guillaumc Chrestien etait egalement fort instruit, et on lui doit les ouvrages 
on traductions suivants : 

I. Philaretes, sur les erreurs anatomiques de quelques parties du corps hnmain. Lyon, 
1530, in-8. II. Des fractures de la tele par Hippocr., trad, frang. Rlieims, 155", in-12. 
III. De la nature dc I enfant au venire de la mere. Ibid., 1555, in-8. IV. Trad, dps Trniles 
des mois dc la femrne ct de la generation de Vhomme de Jacques SYLVIUS. Pans, 1556, 
in-8et Ibid., 1561, in-8. 

Chrestien (jEAN-Ar<DRE). Celebre medecin de Montpellier, naqnit le 2 juin 
i758, aSommieres, on son pere exercait la medecine avec distinction. G est 
assurement a cette circonstaiicc qu il fant attribuer le parti auquel il se decide 
de se livrer a 1 exercice de la medecine, contrairement an penchant qui le porlait 
vers les armes. II fit done scs etudes a Montpellier, sous la direction de de 
Lamure, qui 1 avait choisi pour son secretaire, et il prit le grade de docteur en 
1779. A la mort de son mail re, arrivee en 1787, il herita. en grandc partie de 
sa clientele. Pendant la tourmente revolutionnaire, investi, par la conliancc de 
ses concitoyens, des fonctions municipales, il eut a lutter centre les violences 
des terroristes, en meme temps qu a 1 hopital militaire il combattait un anlre 
fleau, une affection typhique dont il subit lui-meme les atteintes. Pen de temps 
apres , une grave epidemic de variole lui donna 1 occasion de composer un 
opuscule sur 1 inoculation de la petite verole, qu il fit paraitre en 1801 , et dans 
lequel, discutant la valenr de la vaccine dont la decouverte venait d etre pro- 
mulguee, il se demandait si la propriete de cette derniere ne se bornait pas a 
detruire, seulement pourun temps indetermine, 1 aptitude a 1 action variolique. 
Mais Chrestien est surtout connu par ses travaux sur la methode iatraleptique, ct 
1 heureux emploi qu il fit des preparations d or dans la syphilis et les affections 
scrofuleuses. Assurement 1 idec de faire penetrer des medicaments dans 1 econo- 
mie par voie d absorption, a 1 aide de frictions sur la peau n etait pas nouvelle, 
mais le medecin de Montpellier a I inconleslable merite d en avoir fait une 
etude plus approfondie, d avoir cssaye un plus grand nombre<de substances, en 
un mot, d avoir eleve ce nioyen d introduire les medicaments au rang d nne 
veritable methode therapeutiquc. D un autrc cotei ayant lu dans plusieurs au- 
tcurs que le mercure ne dcvait son action qu a sa pcsantcur specifiquc, il pcnsa, 
fort jcune encore, que 1 or, plus lourd que le mercure, devait avoir plus d effi- 
cacite. D autres medecins avaicnt egalement pense a 1 or pour combaltre la 
syphilis, mais, ici encore, Clireslien eut le nierilc d avoir trouve, apres de nom- 
breux essais, les mcillcurcs preparations (For divisc, 1 oxyde precipite par 
Tetain, le chlorhydralc), et le mcillcur mode d administration (les frictions ^ur 
les gencives ou sur la langne, comme Clare le faisait pour le calomel). Cc pra- 
ticicn dishngue monrnt le 11 mars I8i0. 11 etait mcmbre associe libre de 1 Aca- 
demie dc medecine depuis 1 originc de cette s"ociele, en 1820, chevalier de la 
Legion d honnenr; c n 1851, du College royal de medecine de Stockholm, de 
J Acadeinic de medecine de Madrid, e s ~< 



CHRESTIEN (LES). 97 

Voici ses principales publications : 

I. De signit graviditalis. These inaii?. Montpcllier, 1779. II. Opuscules sur Vinoculation 
dc la petite vcrole aver quelques reflexions sur cello <le la vaccine, sttivie d observations pra 
tiques sur la mrthodc par absorption. Montpcllier, 1801, in-8 ; trad, allem. Berlin, 1803, 
in.S. III. DC la mclliode iatrolipticc on observations pratiques sur I administration dcs 
remedcsa Vexlcrieur dans Ic trailcnient dcs maladies internes. Ibid., 1804, in-8, trod. all. 
par BI=CIIOFF. Brrlin, 1805, in-8. IV. DC la mclhode ialroleplique on observations pra 
tiques sur I efficacile dcs remedcs adininistrcs par la vole de I absorption cutane c dans le 
traitcinent dc plusieurs maladies internes ct exlcrnes ; et sur un nonvcaii remcdc dans Ic 
Iraltement des maladies venfriennes ct hjmphatiqucs. Ibid., 1811, in-S", et 2""> edit. Ibid., 
1815, in-8; trad, allem. par KUSTER. Gocttinpue, 1815, in-8. V. Rcc/t. et obs. sur les prep, 
d or duD Chrestien, et:., par J.-G. KIEL (publ. par Chrestien). Paris, 1821, in-8. VI. Leltre 
a M. Mngendie sur les preparations d or ct les diffcrentes manicres de les administrer. 
Paris, 1828, in-8. VII. De I utilite du lait administrc comme rcmede ct comme aliment 
dans Ic traitement de Vltydropisie ascite. In Arch, gener. de mcd., l re ser., t. XXVII, p. 329, 
484; 1831. VIII. Quelques fails interessants relatifs a I einploi thcrapeutiquc des prepa 
rations auri feres. Montp., 1835, in-8. E. BCD. 

Chrestien (ANDRE-TiiERESE-FiiLCRAND). Ne a Montpellicr en 1802, neveu du 
precedent ; celte parente contribua sans doute pour beaucoup au parti qu il prit 
d embrasser la medecine. Apres de solides etudes dans les hopitaux de Montpel- 
Her, ou il conquit le litre de chef de clinique adjoint, il prit le grade de docteur 
on 1829, et entra immediatement dans la medecine navale dc 1 Etat. Apres cinq 
annees d exercice, surtout dans la Mediterranee, il revint en France en 1854, 
et vint passer plusieurs mois a Paris. Definitivement fixe a Montpellier, il 
entreprit cette lutte acharnee pour le professorat qu il poursuivit jusqu a la sup 
pression du concours. C est ainsi qu il se presenta deux fois a 1 agregation a 
laquelle il parvint en 1842, et jusqu a six fois pour le professorat, sans compter 
une sorle de tournoi qu il vint soutenir a Paris en 1842, pour 1 bonneur de 
Montpellier, lors de la competition pour une chaire de clinique chirurgicale, et 
dans laquelle il fit preuve de connaissances solides et d un talent rernarquable 
pour renseignement. Ces travaux n empechaient pas Chrestien de se livrer a 
d impbrtantes publications sur la medecine et la chirurgie, il redigea meme, 
pendant quelques anne es, un journal, la Gazelle medicate de Montpellier, mais 
sa pole mique ardente et trop souvent personnelle lui suscita des inimities qui 
expliquent ses echecs successifs dans cette longue serie de concours. A ces 
cruelles deceptions vint se joindre il y a une dizaine d annees, une douleur pro- 
fonde, irremediable, qui devait empoisonner le reste de sa vie, la perte d un fils 
qu il adorait, qu il avail consacre a la medecine, et qui donnait deja de brillantes 
esperances. A dater de ce moment, Chrestien abandonna presque toutes ses rela 
tions, renonca a la pratique et se jeta dans les bras de la religion avec cet enlrai- 
nement passionne qu il mettait a toutes choses. Ce medecin distingue, a 1 exis- 
tence si tourmentee, succomba presque subitement le 28 decembre 1875, a 
1 iige de soixante et onze ans (Vailhe, Montp. me d., fevrier 1874). 

On a de lui, outre un grand nombre de notices eparses dans divers recueils 
ks principaux travaux qui suivent : 

I. Lcllres sur la Facultc dc medecine de Montpellier (signees Q). In Nouv. bill. m6d.* 
1820. If. Essai sur les maladies laiteuses. Th. de Montp., 1829, n 12. III. Mem. sur 
I emploi de la digitale pota-prc c In Rev. med., 183i, t. II. IV. Mem. sur un uouveau 
casde traclicolontie pratiquee avcc succes, etc. In Arch. gen. de mcd., 2" serie, t. V; 1834. 
V. Noitvellcs reclierclies sur les preparations d or. In Gaz. med., 1834. VI. De Vem- 
ploi dcs preparations d or, etc. In Bull, de tlterap., t. VII, 1854. VII. Parallele des 
affections in/lammatoires et dcs affections catarrhales. Th. de cone. (Atfreg. med.). Montp., 
183i. VIII. Ligature el resection d un polype utc rin tres-volitmineux. In Bull dc I Acad. 
de mcd., t. Ill, 1839. IX. Influence des travaux et des dccouvertes analonuques depuis 

DICT. ENC. XVII. 1 



98 CHRISTAU (SAINT-) (EAUX MINERALES DE). 

Vesale sur les progrcs de la pathologic chirurgkale . Th. de cone. (cli. de pain, extr.l Montp., 
1840. X. De la percussion et de I auscultation dans lot maladies chirurgicales. Th. de 
cone. (ch. de clin. chir.). Paris, 1840. XI. Des maladies chirurgicales endemiques. Th. 
de cone. (agr. chir.). Montp., 1843. XII. De la lUhntritie chez les jeunes en f ants. In Clin. 
des hdpit. des enfants, 1844. XIII Determiner faction des medicaments adminislrcs h 
hautes doses. Th. de cone. (cli. de clin. int.). Wontp., 1848. -- XIV. Examiner an point de 
vue critique I etat actuel de la science et de la pratique obsletricalcs. Th. de cone. (ch. 
d accouch.). Ibid., 1848. XV. Parallelc des maladies aigues et des maladies chroniquet 
au point de vue de la clinigue medicate. Th. de cone. (ch. de clin. med.), Ibid , 1818. 
XVI. De I apjtUcation des sciences physiques et chimiques a la pathologic ct a la therapeu- 
tique acnerale. Th. de cone. ^h. de path, gen.)- Ibid., 1850. XVII. Exposition sommaire 
des principles doctrines medicates. Ibid., 1850, in-8. XVIII. De I immunite et dc In 
suscei>tU>ilite morbidcs. Th. de cone. (ch. de clin. med.]. Ibid., 1852. XIX. DC I innocuile 
du seiglc ergotc, etc. In Gas. med. de Montp., 1855 ct Montp., 1860, in-8, etc. - XX. Kouv. 
erlit. de In Melhode Jalraleptique du D r CHRESTIEN, non achevee. E. BCD. 

< incisa ti (SAINT-) (AUX MINERALES DE), athermales, ametallites, ferro- 
cuivreuses ou sulfure es, calciques faibles, azote es. Dans le departement des 
Hisses-Pyrenees. Dans 1 arrondissenient et a 9 kilometres d Oloron, cst un hameau 
bati a 1 entree de la vallee d Aspe, au pied des premieres montagnes qui forment 
la chaine des Pyrenees. La vallee de Saint-Ghristau est arrosee par de nombreux 
cours d eau et abritee par des coteaux qui empechent d etre brusques et subites 
les variations de la temperature, qui est, en moyenne, de 1 7 centigrade, pendant 
les mois de la saison minerale. Le climat de Saint-Ghristau est tempere, exempt 
d humidite et hyposthenisant ; ces qualites sont precieuses pour les malades et 
les convalescents nerveux et irritables. L etablissement est ouvert du l cr juin au 
45 du mois d octobre. (Chemin de fer du Midi, ligne de Dax a Pau, station de 
Lacq, d ou les voitures publiques conduisent trois fois par jour a Oloron, en 
deux heures et demie). 

Cinq sources constituent le regime hydromineral de Saint-Christau de Lurbe ; 
dies sont connues dcpuis 1 an 1500 environ, elles etaient les plus suivies avec 
celles de Bagnere-cle-Bigorre, pendant le dix-huitieme siecle. En 1789, on cessa 
presqne completement de les frequenter ; ce n est qne depuis le milieu de ce 
siecle (ju clles ont un pcu plus de favour. Les travaux du proprietaire actuel qui 
out ameliore le captage et 1 installation des sources et de I etablissement, 1 ana- 
lyse faite par M. Filhol, doyen et professeur de chimie a 1 Ecole de medecine de 
Toulouse, les memoires publies par M. 1 inspccteur Emile Tillot ont ete surtout 
la cause dc 1 attention que les hydrologistes modernes accordcnt a la station de 
Saint-Christau. Ces sources sc nomment : la Source des Arcectux, la Source dw 
Chemin, la Source douce de la Rotonde, la Source froide de la Rotonde et la 
Source sulfiueuse du Pecheur. Les eaux des quatre premieres sources out a pen 
pres les memcs proprietes pliysiques ct chimiques, aussi croit-on qu clles vien- 
nent d une nappe commune. Ellcs sont limpides, claires et Iransparcntes, a 
1 exception de 1 eau de la source des Arceaux, qui se trouble un pen pendant les 
jours de pluie et d orage. Les eaux de trois des sources dc Saint-Christau sont a 
peu pres inodores, mais le griiion des Arceaux sent un peu le moisi, ccllc du 
Pecheur est maniiestement sulfurcuse. Leur saveur cst icrrugineuse ct un peu 
styptique, mais elle n est nullement desagreable ; cette can est traversec par des 
billies gazeuses d un volume moyen et assez rares. Les eaux dc toulcs les sources 
de Saint-Christau ont une viscosite particuliere, qui les rend douces an toucher; 
elles laissent deposer tin sediment calcaire dans I intericur dc leurs bassins ou 
de leurs tuyaux de captage, elles lernissent an bonld un ccrlain temps les verres- 
qui les renlcrment, et elles taclicnt d une rouillc janne loncee les linges qu on 



CHRISTAU {SAINT-) (EAUX MJNERALES DE). 



en imbibe. Leur temperature varie de 14 a J5 centigrade. Le debit de la 
source des Arceaux est de 8,056 litres en vingt-quatre iieurcs. M. Filliol a trouve 
dans 1,000 grammes de 1 cau de chacune des sources de Saint-Christau les prin- 
cipes suivants : 



traces. 



SOURCE 
r.i-> 

AtlCEAUX. 

Bicarbonate de chaux O.lfifiG 

magncsie OjS7 

lithine tr.r-os. 

Clilorure de sodium 0,0"297 

calcium 0,0-30 

magnesium. . . 
loiUire de sodium. ..... 

Su I I u re de calcium 

Hyposulfite de chaux 

Sulliite de chaux 0,0096 

_ cuivre 0,00055 

_ fer 0.0!M2 

Carbonate de manganese traces. 

Pljo>phate <le chaux 0,0013 

Arseniale decliaux Irnccs. 

Silicate de cliaux 0,0139 

polassc traces. 

Borale de soudc 

Matiere organique traces. 





SOI:P,CE 


SOURCE 


socncE 


SOEF1CE 


DIILT.i: 


FP.OIDE 


SULFUR ECSC 


DU 


1)1! LA 


I>E LA 


HH 


CI1EMIN. 


HOTOM1E. 


P.OTONDE. 


PECMEUR. 


0,1600 


0.1.-7S 


0,1275 


0,1903 


0,0611 


0,0550 


0,0 28 


0,1033 


traces. 


traces. 


I races. 


traces. 


O.OriOl 


0,0272 


0.0254 


0,0.27 


0,0256 


O.OJ31 


traces. 


tiaccs. 


traces . 


traces. 


tracts. 


traces. 











0,0103 


i> 





1) 


traces, 


0,0098 


0,017;, 


0,0127 


0.07T7 


0,00034 


0,00020 ) 






0,0046 


0,0032 j 


traces. 


traces. 


tr ices. 


traces. 


traces. 


trace. 


0,0015 


0,0007 


traces. 


0,002fi 


trace?. 


traces. 


traces. 


traces. 


0,0140 


0,0104 


0,0428 


0,0539 


traces. 


traces. 


traces. 








a 





traces. 


traces. 


traces. 


traces. 


traces. 


0,30804 


0,25400 


0,2412 


,438-S 


24cc.80 


2occ.20 


25cc.10 


24cc.eO 


7 60 


8 10 


8 20 


t) 


Ogr.0056 


Ogr.OHO 


Ogr.0157 


Ogr.5"f 



TOTAL DES JIATIEKES FIXES 0,29735 

I azote 24cc.60 

Gaz | oxygene 7 40 

( aciiie carbonique libre. . . Ogr.0004 

Les eaux des quatre premieres sources alimentent les deux maisons de bains, 
la cinquieme scrt exclusivement en boisson. Les deux etablissenieiils niineraux 
de Saint-Christau se nomment : Y etablissement des bains Vieux ct I elablisse- 
ment de la Rotonde. Le premier a quatorze baignoires, quatre cabinets de 
douches ordinaires et deux cabinets de douches ascendantes ; le second, de coo- 
struction moderne, a douze baignoires. L eau de la source des Arceaux se read 
dans un reservoir, d ou elle est conduite aux ^ 7 ieu.v bains et a 1 etablissement 
de la Rotonde. 

MODE D ADJIKMSTRATION ET DOSES. Les eaux de Saint-Christau sont employees 
en boisson, en bains et en douches d eau, cu lotions, en fomentations et en 
douches d cau pulverisee. Ellcs se donnent ii 1 interieur a la dose de deux a six 
vcrrcs, pris le matin a jeun, de quart d hcure en quart d heure. Beaucoup de 
malades doivent aussi en couper le vin qu ils boivent en mangcant, et qui n en 
est allere ni dans son gout ni dans sa couleur. La duree des bains avec 1 eau de 
Saint-Christau artificicllcmcnt chauffee au moyen du systeme a circulation, est 
d une heurc le plus souvent. Le temps que Ton doit recevoir la douche d eau est 
variable suivant la forme, la grosseur, la temperature du jet d eau, la disposition 
du baigncur, 1 etendue et la gravite de la maladie, etc., mais on peut dire uu un 
quart d heure ou vingt minutes sont en general suffisants. Les lotions et les 
fomentations jouissent d une grande favour a Saint-Christau; il est pen de per- 
sonnes, en effet, qui, lorsqu clles sont affectees d un etat morbide local, n aient 
recours a des lotions souvent repetees et avec 1 eau a la temperature des sources, 
sur les points isoles de leur mal. Celles qui font usage des fomentations tiennent 
loco dolenti, un lingc toujours impregne de 1 eau native de 1 une des sources de 
cettc station. C est surtout dans les maladies aigue s, subaigueset chroniques de 
1 organe de la vision et de ses annexes, et dans les dermatoses qui n aifectent 



100 CHRISTAU (SAINT-) (EAUX MINERALES BE). 

qu un point limite de 1 economie, oil il est possible de diriger un jet d eau frag- 
mentee, que sont administrees les douches pulverisees de Saint-Christau. 

EMPLOI THERAFEUTIQUE. Les effets therapeutiques principaux des eaux de 
Saint-Christau sont : une excitation legere de la membrane muqueuse de 1 esto- 
mac et de 1 intestin, et une augmentation notable de la secretion des urines. 
Elles donnent aussi aux buveurs, doues d un temperament sanguin, des ver- 
tiges et des bouffees de chaleur a la face. Lorsqu on entre dans le bain, dit 
M. le docteur Tillot, on eprouve la sensation quc produirait un corps legerement 
onctueux ; aussi beaucoup de personnes preferent-elles 1 eau minerale pour les 
usages de la toilette. Elle met quelque temps a mouiller la peau, et si Ton sort 
une partie du corps de 1 eaii, on voit celles-ci courir en petites gouttelettes 
liquides qui out de la peine a se reunir. Ce phenomene est surtout marque 
dans les parties pourvues de poil. Chez un certain nombrc de malades, 1 usage 
des bains fait apparaitre des eruptions, des rougeurs, de petites papules, ou 
meme des pustules, resultat qui, dans certaines circonstances se produit tres- 
rapidement. Les douches sont administrees en general, a une faible pression, et 
on les commence par 1 eau a une temperature peu elevee, et en abaissant a cha- 
que seance le degre de calorique, on arrive a donner tres-rapidement la douche 
tout a fait froide. L action des douches, des lotions ct des fomentations est de 
calmer 1 ardeur et les demangeaisons si irequentes dans quelques maladies cuta- 
nees. Les douches, les lotions, les fomentations et 1 eau pulverisee sur les parties 
malades, ont pour caractere d y determiner un travail physiologique exagere, qui 
a pour resultat d augmenter momentanement la secretion sereuse ou purulente, 
de faire tomber les croutes ou les squames, et d amener dans les parties ulcerees 
la production de bourgeons plastiques qui se convertissent en cicatrices. (De 
I action des eaux ferro-cuivreuses de Saint-Christau (Basses-Pyrenees), 2 e edit., 
Paris, 1867, pages 12, 13). La poussee assez souvent produite par 1 eau des 
sources de Saint-Christau a 1 inlerieur ct a 1 exterieur, consiste presque toujours 
dans une rougeur partielle ou generate qui la fait ressembler a la roseole, dans 
des vesicules qui lui donnent, jusqu a un certain point, 1 aspcct de 1 eczema 
aigu, dans des papules qui peuvent etre confondues avec celles du lichen ou de 
1 erytheme, ou enfm dans des pustules assez semblables a celles de 1 acne et 
meme du furoncle. C est 1 eau de la source des Arceaux qui occasionne le plus 
souvent les marbrures et la rougeur cutanee de certains baigneurs qui les con- 
statent apres le premier ou apres les premiers bains. 

Les maladies chroniques de la peau accompagnees d une secretion patholo- 
gique d epidermc, de serosite ou de matiere sebacee, comme le psoriasis, 1 eczema, 
1 impetigo, le pemphygus, I acne, le lupus, 1 ecthyma et le rupia, sont celles qui 
entrent en premiere ligne dans la sphere d efficacite des eaux de Saint-Christau, 
et specialement de celle des sources des Arceaux et sulfureuse du Pecheur. La 
frequentation de la buvette et de tous les autres moyens balneotherapiques em 
ployes a cetle station doivent concourir au traitement de ces maladies de 1 enve- 
loppe cutanee, toujours et partout si rebelles. M. 1 inspecteur Tillot a public 
treize observations de guerison de syphilides, qu il a traitees presque exclusive- 
ment par les eaux, en bains, en douches, en lotions ou en fomentations. La me 
dication hydrargyrique n a, en effet, ete commencee que quelque temps apres 
1 instilutiou du traitement hydromineral, et alors que deja survenait une ame 
lioration manifesto. Les scrofulides caracterisees par des engorgements gan^lion- 
naircs, par des alterations de la peau ou des membranes muqueuses avec suin- 



CHRISTIAN!. 101 

tement sero-purulent, creates, ulceres, bypertrophie ou destruction des tissus, 
cicatrices difformes, sont utilement soignees par la medication reconstituante 
des eaux de Saint-Christau en boisson, et par leur application exterieure combinee, 
c est-a-dire, en bains, en douches en jet ou pulverisees, en lotions ou en fomen 
tations avec cette eau surchauffee, ou a la temperature native des sources. L eau 
de Saint-Christau, a 1 interieur principalement, est tonique et analeptique dans 
1 anemie et la chlorose des jeunes sujets et dans la convalescence de toutes les 
affections longues ct ayant profondemcnt deprime les forces des malades. Enfin 
cette eau pulverisee, dirigee sur le globe oculaire ou sur les paupieres, donne 
de bons resultats dans les ophthalmies et les blepharites. 

La dure e de la cure est de vingt-cinq a trente jours le plus souvcnt. 

On exporte pen les eaux des sources de Saint-Christau. A. ROTUREAU. 



BIBLIOGHAPHIE. DE COURTHILLES. Memoires sur les precieuses propriiies des eaux 
rales de Saint-Chrislau de Lurbe. Oloron. 1835. ASTRIE ^Gustave}. De la medication ther- 
male sulfureuse appliquee au traitement des maladies chroniques, etc. 1852, in-4". 
FONTAN (d Isaourt, Amedee). Recherches sur les eaux minerales des Pyrenees, de VAllemagne, 
de la Belgique, de la Suisse et de la Savoie. Paris, 1853, in-S", tabl. n 5. FILHOL. Ana 
lyse cliimique des eaux de Saint-Christau. Basses-Pyrenees, 1865. TILLOT (Emile). De 
Vaction des eaux ferro-cuivreuses de Saint-Christau (Basses-Pyrenees], dans guelques 
affections de la peau et des yeux, 2" edit. Paris, 1867, in-8, 11 pages. A. R. 



(WOLFGANG). Medecin peu connu et sur lequel on a fort peu 
de renseignements, II fit ses etudes a Bale etyfut recu docteur en 1702, puisil 
alia se fixer a Berne ou il etait ne et y devint medecin pensionne. II a public : 

I. Dissertatio de natura humana in disposition i bus heredilariis . Bale, 1701, in-4". 
II. Dissertatio de principio vitali ejusque cura in declinante senectute. Ibid., 1702, in-4 
Ill . Thesaurus Ludouicianus, sive compendium material medicce seleclum ex B. Ludovici 
pliarmacia moderno satculo applicandum. Ibid., 1707, in-12 ; Nuremberg et Altoif, 1720, 
in-12. V. Einladungsbrief zur Erforschung aller insonderheit aber der National-Krank- 
heiten des Sclnveizerlandes. Sans date, ni lieu d iinpression, in-4. VI Substanzlicher 
Bericht von dem hinter Weissenburg Berner-Gebiets gelegenen heilsamen Trunk- und Bade- 
wasser. Berne, 1725, in-4. H. MR. 



(THOMAS). Ne a Schalkendorf (Ukraine) le 17 decembrel735, 
mort a Vienne (Autriche) le 9 mai 1800. II se destina d abord a la theologie, puis 
il etudia la jurisprudence. Enfin, a 1 age de trente-trois ans, il se decida a etu- 
dier la medecine. C etait 1 epoque ou 1 ecole de Vienne etait dans toute sa splen- 
deur : les professeurs s appelaient de Hae n, Van Swieten, Jacquin, etc. ; Christian 
se distingua pendant ses etudes et, a peine recu docteur en \ 771 , il fut nomme 
medecin de 1 hopital de Raab, en Hongrie. Le climat de cette ville etant con- 
traire a sa sante, il retoiirna bientot a Yienne (1775) oil il exerca la medecine 
jusqu a sa mort. On a de lui : 

I. Dissertatio chimico-medica, historiam acidi sistens. Vienne, 1771, in-8. II. Obser- 
vationum medicarum volumen primum. Ibid., 1771, in-8. III. Beitrdge sur Geschichte 
und Behandlung der natiirliclien Pocken, nach der Vermin ft und Erfahrung. Ibid., 1781, 
2 vol. in-8. IV. Kurte Geschichte und pathologische Scldlderung der neuen Epidemic. 
ILid., 1782, in-8. V. Ndhere Beleuchtung der neuen Epidemic und ihren Folgen. Ibid., 
1782, in-8. VI. Fortsetzung der naheren Beleuchtung der neuen Epidemic und ihren 
Folgen im Sommer. Ibid., 1782, in-8". VII. Physikalisch-politisches Tagebuc/t uber die 
merkwurdigen Umstdnde und Folgen des Eisstoffes. und des durch ihn verursachten Ueber- 
schwemmungen im Jahr 1784. Ibid., 1784, in-8. VIII. Ueber das Verhalten in Absicht 
auf die Gesundheit der Truppen in den flachen, besonders sudlichen Gegenden in I ngarn. 
Ibid., 1788, in-8". H. MR. 

< iiuivn%M (AKDRE). Ce medecin danois naquit en 1551, u Ripen, dans 



102 CIIRISTOPHORUS DE ONESTIS. 

<le Jutland, et monrut a Sora, le 26 novembre 1606. Son pere elait Severin 
Christiani. On le dit maitre es art cle Wittembcrg, docleur de Bale (1583), 
proiesseur de medecine a Copenbague, directeur du college de Sora (1602). On 
raconte encore de lui une cliose bien meritante, a savoir qti il aurait introduit, 
le premier, i anatomie du corps humain a Copenhaguc, evenement si prodigieux 
a eette epoque, que la plupart des habitants refuserent des lors d avoir aucune 
relation avec un homme assez ose pour enfreindre un prejuge enracme dans le 
pays. 

On a de Christiani : 

I. Enchiridion mcdicum de cnc/noxccndis curandisque extcrnis et intcrnis humani cor- 
poris mortis, ex Viet. Trincavellii Privlticliuiiibus de compositions medicamcntorum atqut 
morbis pmlicularibus con fed urn. Busileic, 1585, in-8. II. De cornate sivc catapliora. 
Accesxit quastio silnc pcslis morbus conlagiosus. Basil., 1583, in-4. III. Disscrtalio de 
sanitate. Copenhague, 1590, in-i. A. C 

cRBSTOPiiE-EX-EiRBxx.iis (SAINT-) (AU MINERALS DE), dthermale, 
ametallite, ferrugineuse faible, carbonique forte. Dans le departement de 
.Saunc-el-Loire, clans rarrondissement et a 24 kilometres de Charolles, daus la 
commune clout elle porte le noni, emerge une source qui a ete decouvertc en 
1851 . Son eau limpide et transparentc laisse deposer une couche de rouille sur 
les parois de sa fontaine ct du ruisseau par lequel elle s ecoule. Elle n a pas une 
autre odeur que celle du gaz acide carbonique, dont les bullcs grosses et nom- 
breuses la travcrscnt sans cesse ; son gout est piquant et manifestement ferru- 
gineux, sa temperature est de 13, 5 centigrade. 51. Henry (Ossian) a fait son 
analyse cbimique, des 1 annee ou elle a ete trouvee; 1,000 grammes de son eau 
g-enfermeiit les principes suivants : 

Garbonalc et crenatc de fur 0,070 

Bicarbonate de cliaux 0,040 

rmignesie j 

manganese I tracej - 

Sulfate de chaux 0,020 

Clilorure de sodium 0,022 

Silice et . ilmninc 0,011 

Mutiere organique et principe arsenical re- 

connu dans le depot . .... traces. 

TOTAL DES MATIERES FIXES 0,163 

Gaz acide carbonique. . . . 1/2 du volume d eau. 

L cau de Saint-Christophc-en-Brionnais est surtout employee en boisson a une 
dose qui n a rien de fixe et qui varie suivant le caprice des malades. Beaucoup 
de personnes en coupcnt leur vin aux repas ; il a ete memo un temps ou pour la 
rendre plus petillantc, on introduisait dans les bouteilles qui la contenaient un 
execs dc gaz acide carbonique. On utilise aussi les caux de cctte station en bains 
generaux, dont on coupe 1 cau minerale avcc une proportion convenablc d eau 
ordinaire chauffee. On a soin dc ne jamais elcver trop la temperature de ces 
bains, afin d en augmenter 1 cftct excitant et toniquc cpj ils doivent aux sels de 
fer, et surtout a la quanlite dc gaz que renferme cette eau. L anemie, la chlo- 
rose, et les troubles qu ellcs occasionnent, tels que les dyspepsies, les gastral- 
gies, les dysmenorrhees, les leucorrhees, les amenorrhees, etc., sont les affec 
tions qui sont le plus souvent traitees paries eaux intiis et extra dc la source de 
Saint-Christophe-en-Brionnais. ^ R. 

C1IRISTOPUORUS E OXESTES. VoiJ. O.NESTIS. 



CHKOMATES (CHIMIE). 103 

f IIROMATES. I. Chimie. Cornme il est necessaire de rapprocher Ics di 
vers chromates au point de vue de 1 hygiene industrielle, dout il sera traile plus 
loin, nous les reunissons egalement dans la partie chimique de cet article, l.es 
chromates neutres sout lous insolubles, sauf les chromates alcalins. Les chro 
mates aoides sont tons solubles. 

Chaui ies avec de 1 acide chlorhydriqne alcoolise, ou bien traites par uu 
courant de gaz acide sull ureux, les ehromatcs dissous verdisseut, car leur 
chrome est ramene a 1 elat de sesquioxyde ou de sesquichlorure. 

Tous les chromates degagent une vapeur rulilante lorsqu on les chaufi e apivs 
les avoir meles avec du sel marin fondu et un peu d acide sulfurique concentre. 

Traites par 1 acide chlorhydriqne, a la temperature de I ebullition, ils dega 
gent tous du chlore. 

Les chromates neutres sont ge neralement jaunes, les cnromates acidcs sont 
d un rouge orange. 

Chromate neutre de potasse, KOCrO 5 . On prepare ce scl en ajoulant a une 
dissolution d une quantite donnee de chromate acide de potasse autant de cclte 
base, sous la forme de carbonate, qu elle contient deja; ensuite on lait cristal- 
liser. 

Le chromate neutre de potasse est en prismes droits rhombo idaux, isomorphes 
avec le sulfate de potasse, d une belle couleur jaune citron, d une saveur iraiche, 
amere, desagreable et persistante. Quand on le chauffe, il devient rouge, mais 
le refroidissement lui rend sa couleur jaune. 11 est soluble dans deux ibis son 
poids d eau, a 15, et il est presque insoluble dans 1 alcool. Sa dissolution a la 
reaction alcaline. Ce sel a une fa^ulte colorante si graiide qu il pent communi- 
quer a 40,000 lois son poids d eau une teinte jaune tres-sensible. 

Le chromate de potasse exerce une action toxique sur 1 economie animale. II 
est employe a la preparation des chromates ; il sort aux indienneurs pour 
teindre les tissus en jaune a 1 aide de 1 acetate de plomb. 

Chromate acide de potasse. Bichromate de potasse. KO,2Cr0 3 . On se pro 
cure ce sel, en chauffant pendant plusieurs heures deux parties de fer chrome 
.reduit en poudre avec une partie de salpetre. On reprend la masse par 1 eau, ou 
sature la dissolution par 1 acide sulfurique etendu, qui precipite la silice et 1 a- 
lumine : on obtient ainsi un liquide qui donne, par 1 evaporation, de beaux 
cristaux qu on purifie par des cristallisations successives. 

Le chromate acide de potasse se presente sous la forme de larges tables rec- 
tangulaires d un rouge intense et dont la densite est egale a 1 ,98. Sa poussiere 
est orange, sa saveur est fraiche, amere et metallique. 11 se dissout dans dix 
parties d eau a 19. II est fusible a une basse temperature, mais a la chalcur 
blanche il se decompose en chromate neutre, en oxygene et en sesquioxyde de 
chrome. Chauffe avec de 1 acide sulfurique, il degage de 1 oxygene et passe a 
1 etat d akmde chrome (sulfate d oxyde de chrome et de potasse). 

Lorsqu on verse dix parties d acide sulfurique sur neuf parties d un melange 
de 10 parties de sel marin et de 17 parties de bichromate de potasse prealable- 
ment fondu, il se degage une vapeur rutilante qui, condensee dans un recipient 
entoure de glace, constitue Yacide chlorocliromique (CrO-,Cl). 

On attribue au bichromate de potasse des proprietes antisyphilitiques. On a 
observe que les ouvriers qui travaillent a sa fabrication sont exposes a des 
accidents particuliers, notamment a la destruction de la membrane muqueuse 
du nez (voy. plus bas). 



104 CHROMATES (EMPLOI MEDICAL). 

Chromate neutre de soude. NaO,Cr0 3 . Memc precede de preparation que 
pour le sel correspondent a base de potasse. Les cristaux de ce sel, obteiius a 
la temperature de renferment dix molecules d eau et sont isomorphes avec le 
sulfate de soude. Ce chromate est deliquescent, fond par la chaleur de la main, 
et a 50 il abandonne des cristaux anhydres. 

Chromate acide de soude. Bichromate de soude. NaO,2Cr0 3 . Sel extreme- 
ment soluble et cristallisant par evaporation sous la forme de prismes hexago- 
naux, nuances d uu rouge hyacinthe. 

Chromate neutre d ammoniaque. AzH 4 0,O0 3 . On prepare ce sel en saturant 
1 acide chromique par I ammoniaque. Le chromale neutre d ammoniaque cristal- 
lise sous la forme d aiguilles jaune-citron a reaction alcaline et tres-solubles. 

Chromate acide d ammoniaque. Bichromate d ammoniaque. AzIl*0,2Cr0 3 . 
On obtient ce compose en divisanten deux parties egales une quantite quelconque 
d acidc chromique en dissolution. Apres en avoir sature une avec de rammouia- 
que, on ajoute 1 autre et on dessecbe a la temperature ordinaire. II se formera de 
gros cristaux d un rouge grenat, inalterables a 1 air. Si on les chauffe de maniere 
a les allumer en un point, ils continuent a bruler en donnant un oxyde vert de 
chrome tres-volumineux (Bottger). MALAGUTI. 

II. Emploi mddioal. Les chromates, a cause de leurs proprietes colo- 
rantes, sont plus employes dans les arts, surtout dans la peinture, que dans la 
medecine. Tous doivcnt a leur acide, et parfois a leur base, des propnetes toxi- 
ques dont il faut se defier ; celui qui merite le plus d etre signale sous ce double 
rapport est le chromate de plomb, vu son emploi frequent dans la peinture et 
par suite 1 application imprudente qu en out faite quelques confiseurs a la colo 
ration de leurs produits ; Chcvallier a signale ce mefait et observe des coliques 
saturnines chez des individus qui avaient mange des bonbons colores par ce sel 
(voy. plus has). 

Le bichromate de potasse est le seul chromate employe en medecine. 

PHARSIACOLOGIE. Le bichromate de potasse est employe a 1 extcrieur; plus 
rarement a 1 interieur. 

Un cristal de ce sel peut servir, comme ceux de sulfate de cuivre, pour tou 
cher des vegetations, des granulations, notamment celles des paupieres. 

Pulverise, il agit comme caustique, a la surface des plaies, sur les vegeta 
tions, tumeurs, excroissances, etc. 

Son emploi le plus ordinaire est en solution. 

SOLUTION DE BICHROMATE DE POTASSE. 

FAtDLE. FORT. 

Eau distillee 100 100 

Bichromate de potasse 4 8 

La solution faible s emploie contre les vegetations et pour hater la cicatrisa 
tion des ulceres ; la solution forte contre les condylomes (Reveil). 

On peut concentrer la solution de bichromate de potasse jusqu a 10 pour 100, 
limite de la dissolution de ce sel dans 1 eau froide, pour obtenir une action caus 
tique plus puissante. Pour n obtenir que des effets irritants substitutifs, on atte- 
nuera la solution faible. 

Topique contre les ver rues. Bichromate de potasse, 10 centigrammes; 
axonge, 15 grammes (Blascbko). 

Moxas au bichromate de potasse. Bichromate de potasse, \ ; eau distillee, 



CHROMATES (EMPLOI MEDICAL). 105 

16. Impregnez du papier Joseph avec cctte dissolution, faites sechcr ct rou- 
Icz en cylindre. Ge papier brule sans insufflation ct a une douce chaleur. Ces 
moxas ont ete proposes par Jacobson ; ils n ont, dit Gubler, aucun avantage sur 
ceux qui doivent leur combustibilife au nitrate de potasse. Ils pourraient bien, 
en revanche, avoir 1 inconvenient de produirc une eschare profonde. 

Pour 1 usage interne, commc alterant, on donne \ centigramme de bichro 
mate de potasse journellement, sous la forme d une pilule faite avec 1 extrait de 
gentiane, et J on arrive graduellcment a cinq ou six pilules par jour. Comme 
vomitif, la doseest de 3 centigrammes (Guibert). 

Vicente le present, comme antisyphilitique, de 5 a 10 centigrammes, et 
recommande de 1 administrer plutot en solution qu en pilules. Le premier de 
ces deux modes d administration parait, en efiet, plus rationnel ; d une part, on 
evite mieux 1 action irritante de ce sel ; d autre part, les extraits ou les autres 
matieres organiques employes comme excipient, intermede, corrcctif, peuvent 
le decomposer. La solution pour 1 usage interne, comme pour 1 usage externe, 
dcvrait done etre faite purement et simplement avec de 1 eau distillee. 

La progression de doses indiquee par Dorvault(Officine), I a 20 centigrammes, 
est trop forte. II faut user avec une extreme prudence de ce scl dangercux. 

ACTION PHYSIOLOGIQUE. Localement le bichromate de potasse est un irritant ou 
un caustique selon son etat de concentration. II ne coagule point 1 albumine 
comme 1 acide chromique, ce qui peut faire craindre que son action caustique 
aille trop loin en profondeur ; on en a un exemple dans 1 action perforante de 
ce sel observee sur les ouvriers employes a sa fabrication a Glascow (Duncan, 
Baer, Ducatel). 

Administre a 1 inte rieur, a faible dose, en dissolution etenduc, son action 
irritante sur 1 estomac peut etre evitee ; sinon elle sc traduit par de la chaleur, 
de la douleur epigastrique, des vomissements ; parfois aussi il survient des coli- 
ques et de la diarrhee. Tons les observateurs signalent son action emetiquc, qui 
peut se manifester meme sans irritation appreciable de I cstomac ; a plus forte 
raison lorsque la dose est forcee et irrite sensiblement la muqueuse gastrique. 
Les doses medicales doivent done etre fractionnees, a moins que 1 on veuille 
produire un effet vomitif; et encore avec cette precaution, elles provoquent 
souvent des nausees. 

Le bichromate de potasse, comme le mercure, peut aussi occasionner la sali 
vation. 

Les doses medicales de ce sel sont mal determinees, car tandis que Jacobsoa 
et Vicente, par exemple, les elevent jusqu a 10 centigrammes, d autres conseil- 
lent de ne pas depasser 5 centigrammes par jour. Cumin et Orfila lui reconnais- 
sent, meme a petites doses, une puissante action toxique. 

Nous voyons la, en somme, pour 1 usage interne, un medicament dont la 
posologie exige beaucoup de circonspection, et qui malgrecela offre des dangers. 
Nous mentionnerons done sous toutes reserves les applications de ce genre qui 
en ont ete faites, en accordant plus d importance et moins d inconvenients a son 
emploi exterieur. 

ACTION THERAPEUTIQUE. C est particulieremcnt contre la syphilis que le bichro 
mate de potasse, a titre d alterant, a ete essaye a 1 interieur. La premiere idee 
en est venue a Robin, et il a eu pour imitateurs Heyfelder, Vicente, Arrastia y 
Crespo, Leroux, Bonnefoux, Trullet. Ges observateurs, ainsi que quelques antres, 
temoignent en faveur de 1 influence curative que le chrome exercerait sur les 



106 CHROMATES (EMPLOI MEDICAL). 

accidents secondaires de la syphilis ; mais ils n ont pas prouve que ce metal cut 
des avantages superieurs ni meme egaux a ceux du mercure. Bonncfoux avoue 
memc 1 inferiorite du bichromate dc potasse. Ce compose, a reserver tout au 
plus pour les cas d impuissance du mercure, u a done pas de chance de rempla- 
cer dans la pratique ordinaire les sels mercuricls, qui out fait leurs preuves et 
sont beaucoup moms irritants. 

Jacobson a propose le bichromate de potasse a la dosede 5 a 10 centigrammes 
commc emetique ; cette proposition doit paraitre d autant plus suspecte, qu une 
dose moiudre de ce sel suffirait pour produire le vomissement. Ce medecin 1 in- 
dique a dose encore plus perilleuse, de 25 milligrammes a 5 centigrammes, 
repetees a deux ou trois heures d intervalle, contre les maladies de poitrine et 
contre quelques accidents spasmodiques. Lorsqu il y a en pareils cas taut d agents 
inoffcnsifs a invoquer, on ne voit pas de raison plausible de recourir a de pareils 
experiments. 

En definitive, la crainte quo 1 energie des preparations de chrome, comme 
medicaments internes, a longtemps inspiree aux praticiens, reste encore fondee, 
et elle n est point attenuee par les observations insuffisantes et trop peu nom- 
breuses qui pretendent demontrer leur utilite. Le desir d innover ne doit pas 
d ailleurs pousser les therapeulistes jusqu a rechercher des moyens susceptibles 
de faire plus de mal que de bien. 

L usage extcrne du bichromate de potasse, comme caustique, catheretique ou 
irritant selon le degre de ses dissolutions, presentc des avantages mieux consta 
tes, quoiqu il tende moins a se generaliser que celui de 1 acide chromique. Ce 
bichromate est applicable dans les memes conditions que cclles dont nous repar- 
lerons a propos de son acide. D un autrc cote, nous avons deja indique (voir plus 
haut, PHAHMACOLOGIE) certaines particularites de son emploi. Nous ajouterons 
que la solution saturee de ce sel a ete recommandee par Cumin, contre les 
excroissances en general, et specialement par Bonneau, par Puche, pour toucher 
les plaques muqueuses et les vegetations syphilitiques ; sous 1 influence de cet 
agent, les premieres s affaissent avec rapidite, les secondes se fletrissent et torn- 
bent. Ces effets, toutefois, ne se produisent pas sans quelque douleur. Le bichro 
mate de potasse a aussi ete propose pour raviver les ulceres scrofuleux. 

Le chromate et le bichromate de potasse out la propriete, signalee par Jacob- 
son, de conserver les substances animates et vegetales, de les preserver de la 
fermentation et de la putrefaction, de detruire 1 odeur infecte des substances putri- 
des. Le bichromate 1 emporte sur le chromate neutre comme agent conscrvateur 
et disinfectant. La dose de sel a cet efl et est de 1 pour 250 d eau. Les substances 
animales ne sont nullement alterees dans cette solution, a 1 exception des parties 
iierveuses. 

Le bichromate de potasse sert a preparer une liqueur d epreuve dont les chi- 
mistes se servent pour reconnaitre la presence de 1 alcool et des substances ter- 
naires, et dont Lutton, de Reims, a fait la premiere application a 1 analyse cli- 
nique des urines. Cette liqueur se compose de bichromate de potasse et d acide 
sulfurique, et laisse deposer de 1 acide chromique d un beau rouge. Elle est de 
couleurjaune topaze, et lorsqu on 1 ajoute a une solution contenantdu sucre ou 
toute autre matiere hydrocarbonee, elle devient d un vert emeraude. On croit 
generalement (jue 1 acide sulfurique n a d autre office que de mettre 1 acide 
chromique en liberte ; mais celui-ci nesubitpas le changement indique, lorsqu il 
est mis tout seul en presence d une matiere oxydable ; et Derlon peiise, avec rai- 



CIIROMATES (EMPLOI MEDICAL). 107 

son, que, 1 acide sulfuriquc etant indispensable a la production da phenomena, 
il faut admettre la formation du sulfatc do scsquioxyde de chrome. Cette reac 
tion pcrniot dc constater 1 alcool dans 1 urine et les diverges serosites chez les 
sujets atleiiits d alcoolisme aigu (Gublcr). 

TOXICOLOGIE. Orfila, dans ses experiences sur les animaux, est arrive, avec 
d assez petites doses de bichromate dc potasse, a determiner la raort. Ducate!, 
professeur de ehiinic a 1 Universite de Maryland, cite une observation du docteur 
Baer, d apres laquelle un ouvrier voulant rctirer d un vase, a 1 aidc d un 
syphon, une petite quantite de bichromate dissous, aspira trop fortemcnt et 
recut dans la bouche un pen de la liqueur. II la cracha aussitot, et neanrnoins 
le pcu qui en penetra dans les voies digestives suffit a produire un empoisonne- 
ment qui amona la mort an bout de cinq heures. 

Taylor rapporte trois cas d empoisonnements par les sels de chrome. Dans 
1 un, deux drachmes de bichromate de potasse ayant ete ingeres, la mort survint 
au bout de quatre heures. 

Les symptomes de cet empoisonnement sont : une vive chaleur dans le gosier, 
I oesophage, 1 estomac, suivie de douleurs encore plus violentes ; dcs vomisse- 
ments, avec rcjet de matieres d un jaune intense, souvent melees de sang; de la 
<liarrhee; abaissement progressif du pouls, refrigeration, coma, hyposthenie 
profonde, precedee parfois de quelques convulsions. 

Le bichromate de potasse paralyse le coeur, d apres Ghristison et Orfila ; il 
exerce, d apres Gmelin, une action paral\sante sur le systeme nerveux. Cumin 
suppose qu il tue en frappaiit de mort les globules sanguins. 

Les lesions anatomiques sont analogues a celles causees par les autres poi 
sons corrosifs. 

Ducatel conseille comme contre-poison dcs bichromates de potasse et de soude, 
une solution de carbonate de potasse, et, mieux de soude, a fin de neutraliser 
t exces d acide auquel on doit attribuer principalement les accidents. Ge moyen 
illusoire, en transtormant le bichromate en chromatre neutre, peut-etre un pen 
moins irritant, mais egalement absorbable et veneneux, ne conjurerait pas cet 
empoisonnement, dont le traitement rationnel nous parait devoir etre le meme 
que celui qui sera indique pour 1 acide chromique. 

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PEISEIIIA. Matiere medicate. Londres, 1854, 4 e ed. GUBLEU. Comment, ther. du Codex. 

ORFII.A. Iraitt de toxicologie. D. DE S. 

$ III. Hygiene industrielle. La fabrication en grand des chromates est une 



108 CHJIOMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). 

induslrie nouvelle, aussi la connaissance des accidents qu elle produit chcz les 
ouvriers qui y sont employes a-t-elle une date toute recenle. 

G est aux Etats-Unis qu ils furent signales pour la premiere fois par Ducatel, 
professeur de chimie a 1 universite de Maryland. Mais cet observateur, a 1 occa- 
sion de ses recherches sur 1 action toxique des chromates, se contenta de noter 
brievement les eruptions qui se montrent sur les mains, et les ulceres perforants 
des os des pieds qui surviennent chez les ouvriers qui les fabriquent. II les attri- 
bua a 1 action caustique de 1 acide chromique, et il n alla pas plus loin dans leur 
etude. 

En 1851, M. Chevallier, qui a attache son nom a tant de questions relatives a 
I liygiene et en particulier a 1 hygiene industrielle, prcsenta a 1 Institut une note 
ou il signalait les maladies des ouvriers en chromates. 

Depuis, le docteur Heathcote, dans le journal anglais The Lancet, annee 1 854, 
publia une observation interessante d ulceres cbroniques de la gorge, que Ton 
avait pris pendant longtemps pour des ulceres syphilitiques. L ouvrier qui en 
etait atteint etait employe a la fabrication des chromates neutre et acide de potasse. 

Heathcote les considera comme une affection professionnelle. II signala chez 
quelques autres ouvriers 1 existence de lesions identiques. D ailleurs, !e pere de 
son malade y avait succombe. 

Aussi, lorsqu en 1861, je commencai mes recherches sur 1 influence des chro 
mates considered au point de vue de 1 hygiene industrielle, cette influence n avait 
pas ete examinee dans ses details, bien qu elle eut ete indiquee. Mais en 1865, 
MM. Becourt et Chevallier publierent dans les Annales d hygiene un tres-bon 
memoire, veritable enquete dont les elements leur avaient ete adresses par 
MM. Clouet, directeur de 1 usine de Graville, Zuber et Erhmann, de Rixheim, et 
Isaac Thyson de Baltimore. 

A la fin de la meme annee, je lisais a 1 Academie de medecine un memoire 
sur le meme sujet, et, a quelques jours de distance, M. Hillairet faisait une sem- 
blable communication. 

Reunissant nos deux series de recherches nous avons public ensemble, dans 
les Annales d hygiene publique et de medecine legate, la premiere partie d un 
memoire dont la suite paraitra dans un des prochains fascicules. Telle est 1 his- 
torique rapide des etudes auxquelles a donne lieu la fabrication des chromates 
au point de vue de I hygiene industrielle. Pour bien faire comprendre les causes 
et la nature des accidents qu elle determine, il est important de savoir en quoi 
consiste cette fabrication, et quelles sont les operations qu elle necessite. 

Etude de la fabrication des chromates. Les seuls chromates dont il y ait 
lieu de s occuper ici sont : le chromate neutre et le bichromate de potasse. II en 
estd autres, le chromate de plomb, par exemple, quipourraient donnerlieu a des 
accidents complexes dans lesquels 1 intoxication saturnine jouerait peut-etre UQ 
role, mais aucun travail n a ete publie sur ce point. II y a la un desideratum qui 
pourra etre comble a 1 occasion des affections plombiques, avec d autant plus 
d interet que, par une fraude coupable, la puissance colorante du chromate de 
plomb est mise en oeuvre pour donner au beurre trop pale la couleur plus fonce e 
recherchee par les consommateurs, et pour colorer les bonbons. 11 est impossible 
qu une semblable operation n exercepas sur la sante publique une influence qui, 
tot ou tard, sera mise en lumiere. 

On comprend, d ailleurs, parfaitement que ce qui concerne les chromates, en 
ge neral, n ait ete connu quedepuis peu de temps. Decouverts en 1797 par Vau- 



CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). 109 

quelin, ils n ont pas de suite ete appliques en grand dans 1 industrie ni produits 
en quantite s considerables. Ce n est que progressivement qu ils ont ete utilise s 
dans la teinturerie, dans 1 impression sur etoffes, dans la confection des papiers 
points et dans quelques autres industries. Les pays dans lesquels le fer chrome 
existait en gisements plus ou moins riches, et oil la fabrication des chromates 
etait, par suite, plus facile et plus avantageuse, ont ete ceux dans lesquels les 
premieres usines ont ete creees. La Siberie, la Suede, 1 Amerique, la France, 
1 Angleterre, eu ont ete dotees les premieres. 

C est done le fer chrome qui sert a la fabrication des chromates. On le retire 
des terrains primitifs ou il existe parfois dissemine dans diverses roches, telles 
que les serpentines, les micaschistes, comme aBaltimore dans le Maryland, a Ches- 
tercourt en Pensylvanie, a Bastide la Carrade dans le departement du Var. On le 
trouve encore a Saint-Domingue sous forme de sables, en Styrie, en Silesie, en 
Siberie, dans les monts Ourals, localise en amas isoles. 

D une maniere generale on peut considerer ce minerai, d apres Pelouze et 
Fremy, comme une combinaison de sesquioxyde deferetde protoxyde de chrome 
melanges a du peroxyde de fer, de 1 alumine, de la magnesie et de la silice. 

II se presente le plus souvent sous forme de masses noiratres irregulieres 
d une grande durete. Dans cet etat, il serait difficilement attaquable par tous 
les agents chimiques. 

On doit done commencer par le pulveriser a 1 aide de pilons mus par la vapeur 
qui le brisent et 1 ecrasent dans des mortiers de fer, de meules verticales ouhori- 
zontales qui le broient et le reduisent en poudre fine. Le tamisage separe les 
grains qui persistent et qui sont soumis a un nouvel ecrasement. 

La poudre ainsi obtenue est soumise a des traitements varies. Celui qui paralt 
le plus repandu consiste a introduire dans un four oxydant deux parties de mine 
rai de chrome et une partie d azotate de potasse. Le melange est porte a une 
temperature dc 1200 degres Wedgwood; arrive au rouge blanc, il estbrasse plu- 
sieurs fois avec des ringards de fer. 

Dans cette operation, 1 acide azotique du sel de nitre se decompose en deu- 
toxyde d azote qui s echappe par les cheminees des usines et en oxygene qui fait 
passer 1 oxyde de chrome a 1 etat d acide chromique. Ce dernier s empare aus- 
sitot dela potasse devenue libre pour former du chromate de potasse qui se trouve 
melange a du silicate ct a de 1 aluminite de la meme base. Le fer suroxyde reste 
a 1 etat insoluble dans la masse ou calcine produit de 1 operation. 

Celle-ci est extraite des fours, et eteinte par un arrosage d eau froide, apres 
lequel on voit apparaitre a sa surface de nombreux points jaunes de chromate 
noutre de potasse se detachant sur le fond noir de la masse refroidie. 

Une grande partie de 1 eau projetee sur la calcine encore rouge est reduite en 
vapeurs abondantes qui prennent une coloration jaunatre, indice de la presence 
du sel qu elles entrainent mecaniquement avec elles. Dans quelques usines, le 
sel de nitre est remplace par le carbonate de potasse. L acide carbonique est chasse 
par 1 elevation de la temperature et se degage ; en presence de la potasse, 1 oxyde 
de chrome s empare de 1 oxygene de 1 air, et, passant a 1 etat d acide chromique, 
se combine avec celte base. 

On melange encore le fer chrome avec du sulfate de potasse et du carbonate de 
chaux. Dans ce procede, 1 acide carbonique est elimine, la chaux se combine a 
1 acide sulfurique du sulfalede potasse, dont la base s unit a 1 acide chromique, 
produit de la suroxydation de 1 oxyde de chrome. 



110 CHROMATES (HYGIKNE INDUSTRIELLE). 

Dans ce dernier procede, on utilise le sulfate de potasse qui resulte de la fabri 
cation du bichromate. 

Quelle que soit la methode suivie, on epuise par des lessivages a 1 eau bouil- 
lante la calcine de tout le chromate qu elle peut abandonner. 

Pour obtenir le bichromate, on introduit la dissolution dans de vastes chau 
dieres ou elle est portee a 1 ebullition et saturee par 1 acide sulfiiriquc qui s em- 
pared un equivalent de potasse, et fait passer a 1 etat de bichromate le chromate 
neutre. 

Au moment ou 1 acidc est verse en grande abondance dans les chaudieres oil 
bout la dissolution de chromate neutre, la liqueur coloree en jaune passe rapide- 
ment au rouge; 1 ebullition devient plus vive et produit de larges remous, la 
temperature s eleve fortement, et d abondantes vapeurs se repandent dans 1 ate- 
lier. Ces vapeurs entraincnt avec elles une assez grande quantite de bichromate 
qui retombe a 1 etat de poussiere d une extreme tenuite. 

Ces vapeurs s echappent encore avec abondance des seaux dans lesquels le 
liquide bouillant est porte a cristalliser dans des cuves doublees de plomb. 

Les cristaux qui s y deposent sont d unbeau rouge. Apres avoir fait ecouler les 
eaux-meres, on les laisse se cher, puis on les detache des parois, et on les enfiite. 
Pour obtenir I introduction dans les tonneaux de la plus grande quantite pos 
sible de bichromate, on les tasse en frappant les parois a coups de maillet eten 
faisant ainsi disparaitre les vides sans casser les cristaux. 

La serie des operations qui precedent exerce sur les ouvriers une influence qu il 
est necessaire d examineraux differentes periodes de la fabrication. 

L atelier dans lequel se pratiquent la pulverisation et le lamisage est rempli 
d unc poussiere si epaisse qu elle obscurcit la lumiere. Cette poussiere tres-fine 
et d unc grande densile se depose rapidement. On en est bientot convert, et les 
ouvriers en sont absolument penetres. Leurs habits, leurs cheveux, la peau du 
visage et des mains, les cils, les sourcils semblenl poudres d une rouille brunatre. 
Elle s introduit entre les levres, et lorsqu on y est un moment expose, on percoit 
un gout analogue a celui de la limaille de fer reduitc en poudre tres-fine. Les 
narines en sont bientot assez remplies pour que les mucosites nasales en entrai 
nent une forte proportion. 

Aux fours, comme on 1 a vu precedcmment, il se degage, suivant le procede 
de fabrication employe, des vapeurs nitreuses, ou de 1 acide carbonique qui 
entrainent mecaniquement un pen de chromate neulrc. La puissance dn tirage 
emporte dans les chemine es la plus grande parlie de ces malieres dont une petite 
proportion peut cependant penetrer dans les ateliers. 

A rextinction par 1 eau froide de la calcine encore rouge, 1 eau se vaporise 
en grandes masses. Les vapeurs sont colorees en jaune par du chromate de 
polasse neutre qu elles entrainent, et qui, se melant aux poussieres qui pro- 
viennent de la calcine elle-meme, lorsqu on la brasse el qu on la porte a la pell& 
au lessivage, couvre de chroma e jaune pulverulent, et en couches epaisses, les 
poutres des ateliers, et les moindres saillies de la maconnerie, de la cbarpente et 
des appareils. Ce chromale est encorle impur ct mele aux aulres malieres de la 
calcine. Toutelbis, cclles-ci plus dcnses y sont en moindres proportions. 

Au lessivage, les mains des ouvriers, leurs velements, toulcslcs parties decou- 
verles de Icur corps sont exposees au contact ou aux eclaboussures des eaux- 
meres ou dc la calcine mouillee. 

La calcine, epuisee autant que possible par 1 eau, contient cependant encorfr 



CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). \\\ 

du chromate neutre mele a dusulfate de chaux, a 1 oxyde de fer insoluble, a de 
rahmiinc, de la magnesie et de la silice. 

Commc on Ic voit, jusqu a celte periode de la fabrication, le chromate neutre 
cst seul en cause, et les accidents observes lui appartienneut d une maniere 

absolue. 

L action dn bichromate n apparait qu au moment oil 1 acide sulfurique est 
verse dans la solution et ou se produisent les vapeurs qui en sont chargees. Ces- 
vapeurs dans un rayon de soleil prennent line coloration rouge assez prononcee et 
la poussiere qui retombe oft re aussi cette couleur. Les vetements des hommes qui 
brasscnt la liqueur et qui surveillent les chaudieres en sont penetres. Lorsqu on 
a sejourne pendant quelque temps dans cette partie des ateliers, les levres, les 
moustaches s en impregnent et la langue, lorsqu elle les touche, percoit la saveur 
styptiquc du bichromate depotasse. 

One question devait se presenter a mon esprit. Ces vapeurs contiennent-elles 
outre le bichromate de 1 acide chromiquc libre? La puissance escbarrotique de ce 
corps s ajouterait-elle a cclle du bichromate pour produire certaines destructions 
rapides des tissus ? 

Le fait etait chimiquement possible. L action de 1 acide sur le chromate neutre 
est tellemcnt violente que la decomposition de ce corps sur certains points de 
lachaudiereou 1 acide sulfurique verse dans la dissolution se trouve momentane- 
ment en exces peut etre portee trop loin. L acidepeut s emparerde toute la base 
etisoler une certaine quantite d acide chromique qui serail entraine par les va 
peurs. Cette appreciation doit etre laissee a de nouvelles rechercbes. Toutefois je 
dois dire que j ai etendu au-dessus des chaudieres en ebullition des feuilles de 
papier a filtre mouillees et que je n ai point constate d alteration qu on put rap- 
porter a la presence de ce corps. 

Dans tons les cas, c est au bichromate, mele ou non a une petite proportion d a 
cide chromique, qu il faut attribuer les accidents observes a cette periode de la 
fabrication, le chromate neutre ayant disparu. 

II agit done seul sur les ouvriers qui prennent dans les chaudieres, au moyende 
seaux, la solution, resultat definitif des operations qui viennent d etre exposees, 
pour la porter dans les crislallisoirs. A 1 etat de cristaux mouilles ou sees il agit 
encore seul. Les eaux-meres exercent sur lestissus vivantsla i^ieme action que la 
solution. C est aux parcelles cristallines qui s echappent en poussiere que Ton 
doit rapporler les accidents observes chez les hommes qui, exclusivement em 
ployes a 1 enfutage, frappent avec desmaillets de bois les parois des tonneaux qui 
contiennent les cristaux. 

Dans cet expose, je ne me suis pas encore occupe des residus de la fabrication 
qui, dans loute operation industrielle, doivent attirer de tres-pres 1 attention de 
1 hygieniste. 

Us soul constilues dans la fabrication des chromates par la calcine epuiseeau- 
tant que faire se peut par les lavages de tout le chromate neutre qu elle con- 
lient.l.es eaux-meres, en effet, ne sont jamais abandonnees ; elles sont toujours 
reprises ct servent a de nouvelles operations. 

La calcine, comme on 1 a vu, est un residu noiratre constitue par 1 oxyde de fer 
et la ganguc argilo-siliceuse du fer chrome meles surtout de chaux; mais 
quelque bicn lessivee qu elle ait pu etre, la calcine retient toujours une certaine 
quanlile de chromate neutre, origine d accidents que nous aurons a examiner. 

Apres avoir bien etabli le milieu hygienique industriel constitue par la fabri- 



112 CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE) 

cation des chromates, etudions 1 action de cc milieu sur ceux qui y sont 

plonges. 

Personne n ignorc la puissance escharotique dc 1 acide chromique ct des 
chromales. Leur action toxique a ete bien etudiee dans le memoire de Gmeliu tra- 
duit par Robert et public en 1825. Depuis, Ducatel de Philadelphie, et Jaillanl, 
dans une excellent e these de Paris, ont complete cette etude. 

Mais cette action toxique tient la seconde place dans les accidents devcloppcs 
chez les ouvricrs chromateurs qui subissent, aucontraire, 1 influence irritante et 
escharotique de la maniere la plus cruelle. 

Elle ne se manifesto pas, on le comprend, a toutes les periodes de la fabrica 
tion, et 1 atelier du pilage et du tamisage en est absolument exempt. La poussiere 
de fer chrome est presque completement inattaquable par les agents les plus 
puissants et elle ne pourrait agir qu a la facon des poussieres minerales les plus 
inertes. 

Toutefois 1 examen le plus attentif ne m a fait decouvrir chez les ouvriers au- 
eun des accidents signales par A. Chevallier, Turner, Thackrah, Peacock, De- 
say vre (de Chatellerault), chez les ouvriers aiguiseuvs ou tailleurs de pierres 
meulieres, chez les mineurs en charbon de terre par Gibson, chez les mouleurs en 
cuivre par Guerard, Payen, Chevallier, Escoffier et Bouillaud, A. Tardieu, etc. 

Cepcndant 1 atelier est rempli d une epaissc poussiere minerale qui, en raison 
de son poids, se depose rapidemcnt sur la peau et sur les vetemenls. Elle penetre 
dans le nez, dont les mucosites s en impregnent, etdans la bouchc, qui percoit 
bientot la saveur ferrugineuse, ainsi que je 1 ai dit plus haut. 

Toutefois, on n e prouve pas, dans 1 atelier, cette gene dela respiration que 
Tardieu a constatee dans les ateliers des mouleurs en bronze, et les ouvriers eu 
chromate ne se plaignent ni de toux ni d oppression. I/auscultation ne fait rc- 
connaitre chez eux aucune trace d alteralion pulmonaire. Plusieurs sejourneut 
depuis de longues annees dans ce milieu et paraissent n en avoir ressenti aucune 
lacheuse influence. 

Des autopsies pourraient seules etablir si le fer chrome penetre jusque dans la 
profondeur des organes respiratoires et s il s y fixe comme quelques autres corps 
pulverulents. 

Peut-etre, en raison de sa densite, la poussiere chromee se depose-t-elle dans les 
fosses nasales, dans la bouche et dans 1 arriere-gorge, sans penetrer jusque dans 
les terminaisons bronchiques. 

L innocuite de la fabrication des chromates se prolonge pendant le cours de 
la seconde operation qui consiste dans le melange du fer chrome pulverise avec 
les corps qui le transformeront en chromate de potasse. 

Mais des que rinfluence de la temperature elevee des fours a determine 
la reaction de ccs corps mis en presence, les accidents commencent a apparaitrc 
chez les ouvriers qui brassent avec des ringards de fer le melange dc mineral et 
de nitrate de potasse porle an rouge-blanc. 

DCS poussieres de chromaledcpolasse deja forme sont probablement entraiiices 
dans 1 air , cllcs se de posent dans les narines, seul point qui paraisse affccle 
chez les homines exclusivement employes aux fours. 

Aprcs le defourncmcnt dc la calcine les accidents deviennent constants. Iln ya 
pas lieu dc s oceupcr des bmlures qui sc reprodniscnt frequcmmenl, ct qui n onl 
rien dc special d aillcurs, lorsque, sous rinfluence de la vaporisation de 1 eau 
froide jeteesurla masse rougie pour 1 eteindre, des parcellcs incandcscentcs sont 



CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). 113 

projetees au loin. Mais lorsque la calcine est rcfroidic, il se produit d abondantes 
poussieres lorsqu on laremue avec des pelles et qu on la transporte aux cuves de 
lessivage. 

La encore, les alterations cutanees sont rares, elles cleviennent au contraire 
frequentes chez les hommes employes aux cuves elles-memes ; elles le sont plus 
encore chez ceux qui transported la solution aux chaudieres ou elle est trans- 
formee en bichromate et dans le transport aux cristallisoirs. Lcur frequence di- 
minuc la ou les cristaux sees agissent seuls. 

I Apres cette etude du milieu industriel cree par les operations qui vicnnent 
d etre decrites, passons a la description des alterations qui s y manifestent chez 
I liomme et chez les animaux. 
Ges alterations sont : 

1 Des ulcerations de nature speciale des mains, des pieds, de laceinture et en 
general de toutes les parties du tegument cutane qui sont en contact plus ou 
moins direct avec les chromates ; 

2 Des perforations, plus ou moins etendues, de la portion cartilagineuse de 
la cloison des fosses nasales ; 

5 Des bronchites et des attaques de suffocation ; 
4 line cephalalgie frequente accompagnee de deperissemcnl ; 
5 Des ulcerations de 1 arriere-gorge pouvant simulcr des ulcercs syphili- 
tiques. 

1 ULCERATIONS DE LA PEAU. Les mains et les pieds sont le siege le plus 
habituel de ces lesions que Ton rencontre aussi vers la ceinture et d ailleurs 
dans tous les points du corps que les poussieres de chromate, les solutions et les 
vapeurs qui les entrainent peuvent atteindre. 

line condition presque necessaire est toutefois que la peau ait ete prece"dem- 
ment excoriee, ne fut-ce que legerement. 

Dans la note si interessante communiquee a MM. Becourt et Ghevallier par 
M. Clouet, on voit que, lorsque les mains sont intactes et sans ecorchure, les ou- 
vriers peuvent sans inconvenient les tremper momentanement dans les cuves et 
les conserver colorees par les dissolutions pendant assez longtemps, sans qu il en 
resulte aucun accident. Mais la moindre plaie, la moindre eraillure, une simple 
piqure d epingle suffisent pour permettre la penetration jusqu a la surface du 
derme d une parcelle de poussiere ou d une petite quantite de solution de chro 
mate, et des lors le travail escharotique commence. 

Une douleur viye, persistante et dont 1 mtensite s accroit rapidement, 
se manifesto au point ou le contact s est produit. Plus cruelle pendant le 
1 roid de 1 hiver, elle arrache des cris a 1 ouvrier atteint et lui enleve le som- 
meil. 

Deja une petite excoriation s est developpee. Des le lendemain, son pourtour 
s epaissit et se boursoufle en prenant une coloration rouge. Sous 1 influence de 
Timmarsion des mains dans les cuves, des introductions de parcelles de chro 
mates pulverulents, la tumefaction grandit, s etale et s indure. Dans son centre 
primilivement atteint, on voit apparaitre une eschare toute speciale d un bruu 
rougeatre ou grisatre, d aspect spongieux, de consistance molle, qui s isole peu a 
peu des parties voisines enflammees. 

Si des parcelles nouvelles de chromate ne s introduisent pas dans la plaie, 
1 eschare ne tend pas a gagner en largeur. Elle progresse en profondeur sans 
s arreter et marche ainsi jusqu au perioste. Si Ton en croit Duncan, elle peut 

DICT. ENC. XVII. & 



114 CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). 

meme traverser dans toute leur epaisseur, les mains et les pieds en constituant 
une forme particuliere d ulcere perforant. Nous n avons jamais vu des ulcerations 
abandonneesaelles-memesassez longtempspour amener de semblables desordres, 
mais comme cet observateur 1 avait tres-bien indique ainsi que Ducatel, de Phila- 
delphio, et le docteur Baer, cite par ce dernier, le caractere des ulcerations pro- 
duiles par les chromates est de prendre la forme perforante. 

Ducatel a vu le travail ulcereux perforer les articulations. 

Lorsque Ton examine une eschare developpee par Faction des chromates, on 
constale qu au centre d une ulceration plus ou moins large, a bordsnets, comme 
tailles a 1 emporte-piece, indureset souventen voie de cicatrisation, il existeune 
sorte de corps charnu spongieux, de bourbillon, de forme reguliere, d un rouge 
grisatre, qui flolte dans le centre de 1 ulcereet qui n adhere aux tissus profonds 
que par un pedicule en general plus etroit et, a une epoque avancee, souvent pres- 
que filiforme. 

Les ulcerations que nous decrivons donnent issue a un liquide seropuruleiit 
analogue a celui qui s ecoule des trajets fistuleux ou des tubercules anatomiques 
ulceres. 

Lorsqu elles out dure un temps assez long, leurs bords s affaissent, se tailleut 
en biseau, devienneiit lisses, comme laves, et s entourent souvent d un bour- 
relet d un Llanc grisatre, constitue par 1 epiderme macere par les liquides de la 
plaie. 

Lorsque 1 escbare s est eliminec, il reste un ulcere creuse a pic, a bords plus 
ou moins denteles, souples ou indures et presentant 1 apparence d un tubercule 
ulcere ou de certaincs plaics d origine syphilitique. 

Dans la premiere de ces formes, la cicatrisation progresse lentement de la cir- 
conference au centre. II reste une cicatrice deprimee plus ou moins irreguliere, 
brune d abord et prenant plus tard 1 aspect blanc et nacre des cicatrices anciennes 
et profondes. 

Dans la forme tuberculeuse, 1 induration qui a acquis souvent une durete 
cartilagineuse, persiste apres la cicatrisation et cela souvent pendant un temps 
tres-long pour s effacer ensuite progressivement. 

Telle est la marche des ulcerations chromatees arrivees a leur complet deve- 
loppement en 1 absence de tout traitement et de tout soin de proprete et d hy- 



giene. 



Mais la plupart des ouvriers sont forces par la douleur ou d interrompre leur 
travail ou de deinander les conseils du medecin de la fabrique. DCS lors les ex 
coriations sont arretees a leur premiere periode et, apres relimiuation d une 
eschare peu profonde et peu etendue, elles guerissent, en laissant de petites 
cicatrices persistanles. 

J ai observe ces ulcerations superficielles aux mains, aux pieds, aux organes 
genitaux, aux ailcs du nez et meme aux paupieres. 

G est aux mains et aux doigts que les ulcerations persistent le plus longtemps, 
et on le comprend facilement en raison de 1 exposition constante de ces parties 
au contact des solutions et des poussieres de chromate. 

La face dorsale est beaucoup plus frequemment atteinte que la face palmaire, 
les parties laterales des doigts plus que la ligne mediauc. Les p is articulaires 
sont le point de depart ordinaire des alterations. 

Lorsque la quaiilite de chromate appliquee sur uu point de la peau a ete 
peu,considc3rable, on constate 1 existence de papules, de legeres phlyctenes ou de 



CHROMATES (HVGIENE INDUSTRIELLE). 115 

vesicules eczemateuses. Je les ai en particulier observees a la peau du prepuce que 
les ouvriers touchent au moment de la mixtion avec leurs mains teintes par le 
bichromate. 

Ainsi que 1 avait fait observer deja M. Clouet, les animaux participent aux 
memes lesions que 1 homme. Les chiens, les chats, les rats, qui penetrent dans 
les ateliers, ou qui marchent sur les tas de calcine lessive e, accumule s dans les 
cours, presentent aux pattes des ulcerations plus ou moins graves. 

G est en general a 1 extremite plantaire, et dans les interstices interdigitaux en 
particulier, qu elles se montrent chez les chiens, chez les chats et chez les ani 
maux, qui ne sont pas comme les solipedes preserves dans ces points par une 
conformation particuliere. 

Une excavation, d abord pen etendue, puis entouree d une tumefaction plus 
ou moins considerable, chaude, douloureuse au toucher, marque le debut des 
accidents. Bientot une ulceration grisatre, envahis?ante en profondeur, a bords 
calleux se developpe et suit la meme marche que chez I homme; elle peut aller 
jusqu aux os, qu elle denude. 

Un rat, observe par M. Clouet, marchait sur les os completement depouilles 
des parties molles. Chez les chiens, le ventre, les parties genitales, sont le siege 
<Tulcerations qui suivent dans leur evolution, comme dans leur cicatrisation, la 
marche preccdemment decrite, mais en general avec plus de lenteur. Dans les 
cas les plus legers une eruption superficielle de forme eczemateuse amene la 
chute des polls sur une plus ou moins grande etendue. 

On eloigne avec soin les chiens des ateliers, mais toutes les fois que les chiens 
de garde s echappent de leur chaine, surtout en temps de pluie, leurs pattes de- 
vienneiit malades, si on ne les lave pas avec le sous-acetate de plomb. II se forme 
des ulcerations qui occupent surtout les espaces interdigitaux qu elles peuvent 
completement traverser. 

Quelques chiens ont paru presenter un certain degre d inflammation des par 
ties voisines de 1 orifice des narines. Chez tous, 1 etat general a ete fortement 
influence; de la fievre, de l abattement, accompagnaient le developpement des 
alterations locales. On a pu quelquelbis attribuer les vomissements, la diarrhee 
dont ils etaient atteints a ce qu ils se desalteraient dans les ruisseaux, dont 1 eau 
entrainait quelques quantites de chromates. 

Chez les chevaux, 1 ulceration commence en general a la couronne, ou elle 
detruit les parties molles voisines de la corne et du paturon. Elle devient de plus 
en plus proi oude et arrive jusqu a 1 os. Plus rarement la peau et le tissu cellulaire 
s enilammeut de proche en proche, des suppurations profondes, diffuses, s eta- 
blissent, et la mort a pu en etre la consequence. 

C est en marchant sur les tas de calcine que les animaux deviennent malades, 
surtout lorsque ces residus sout mouilles par les pluies abondantes. Les chevaux 
en urinant en font rejaillir les eclaboussures sur leurs jambes. Lorsque les li- 
quidcs, ainsi projetes, contiennent peu de chromate, il ne se produit qu unc 
vesication superficielle, qui peut depouiller les membres jusqu a leur racine cl 
nieme les parlies genilales. Les chevaux sont alors dans un etat terrible de sout- 
france. 

On ne les pre serve, me disait le charretier de 1 usine de Graville, de ces ci-tiels 
accidents qu cn les lavant a grande eau eta la brosse plusieurs fois par jour. 

Avant de passer a la description des autrcs accidents developpes par les chro 
mates, il reste, a propos du tegument culane, une question a elucider. Peut-il se 



116 CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). 

produire sous 1 influence d une espece d empoisonnemcnt des eruptions genera- 
lisees chez les ouvriers chromateurs ? Je ne le crois pas. Lcs usiniers, et M. Clouet 
me 1 a affirme lui-meme, ont vu des liommes qui presentaient des ulce rations si 
nombreuses et si generalisees, qu ils ont du abandonner leur travail. II n y avait 
la, suivant moi, cependant que le resultat tres-multiplie de 1 action escharolique 
locale des chromates. 

Les ouvriers ainsi frappes etaient certainement atteints d affections ecze ma- 
tcuses ou pustuleuses de la peau qui avaient favorise la penetration de parcelles 
pulverulentes ou de solutions, dont 1 influence s etait a la fois montree sur un 
grand nombre dc points. 

Je n ai pas observe de fails de ce genre, mais j ai vu plusieurs ouvriers qui 
presentaient sur des points de la peau, couverts par les vetements, des ulcerations 
speciales ou des cicatrices caracteristiques, qu on aurait pu etre tente de rapporter 
a une intoxication generalisee. Elles siegeaient en particulier aux lombes, au- 
dessus et au niveau de la ceinture. Mais j ai remarque que les borames, qui les 
portaient, travaillaient en chemise, le cou et la poitrine decouverts. Les pous- 
sieres, penetrant largement par cette ouverture, descendaient vers les parties de- 
clivcs et s arretaient au niveau dc la ceinture, ou elles etaient froissees centre 
la peau, qu ellcs excoriaient comme les cristaux d emetique, qui se separent de la 
pommade d Autenrieth appliquee sur la face anterieure de la poitrine et qui, 
entraines par leur poids vicnnent developper des pustules stibiees au pli de 1 aine 
ou ils s accumulent. 

Ainsi, point d intoxication chromatee generale produisant des e ruptions cuta- 
ne es, mais action directe plus ou moins etendue et elective en raison de circon- 
stances physiques, physiologiques ou morbides faciles a apprecier, telle est la 
conclusion qui me parait devoir etre formulee. 

On la trouvera d autant plus justifiee, si Ton considere que 1 on peut constam- 
ment arreter le developpement des accidents cutanes, si Ton detruit chimique- 
ment, des 1 origine, la parcelle de chromate, qui s est introduce dans 1 epaisseur 
de la peau et qui les produit. 

II. RHINONECROSIE, RnfMiTE PERFORANTE. Perforation de la portion cartnVi- 
neuse de la cloison des fosses nasales. 

Cette singuliere ulceration avait ete, des 1 origine des^travaux publics sur 1 in- 
dustrie des chromates, signalee par tous les observateurs. Tous les fabricants de 
chromaies la connaissaient et plusieurs 1 avaient subie. Elle est tres-complete- 
ment indiquee dans le memoire de MM. Becourt et Chevallier, mais son mode de 
production, 1 etude clinique de son developpement n avaient pas ete suffisamment 
mis en lumiere avant les recherches de Hillairet et les micnnes. 

La perforation de la cloison nasale s observe dans diverses conditions patholo- 
giques. Je 1 ai vuc dernierement se produire a la suite d une fievre continue, 
a forme hemorrhagique. 

En hygiene, la fabrication des chromates est la seule condition ou elle ait ete 
signalee jusqu a ce jour. 

Elle peut se produire a toutes les periodes des operations industrielles que 
cette Industrie ne cessite, la pulverisation du fer chrome excepte e. Je 1 ai observee 
aux fours, a 1 extinction de la calcine, au travail des cristallisoirs ct meme a 
1 embai-illage ou enfutage des cristaux, mais c est a la production du bichromate 
et surlout chez les ouvriers employes aux chaudieres, qu elle se developpe avec 
la plus grande intensite. 



CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). H7 

On se rappelle qu au moment ou 1 acide sulfurique est verse dans la solu 
tion bouillante de chromate neutre des vapeurs abondantes colorees en rouge 
envahissent 1 atelier et se deposent en poussiere sur toutes les parties voi- 
sines. Les ouvriers qui sont employes a ce travail sont atteints rapidement, en 
moyenne apres cinq ou six jours, quelquefois plus tard, d un coryza intense avec 
cephalalgie, eternuments tres-penibles, chaleur, sentiment de cuisson dans laca- 
vite des fosses nasales, tumefaction legere des parties molles exterieures et de 
1 ouverture des narines, impossibilite du passage de 1 air, picotement et larmoie- 
ment des yeux. 

Un ecoulement nasal le plus ordinairement abondant, quelquefois cependant 
peu considerable, unbesoin constant de se moucher, Tissue au milieu de muco- 
sites plus ou moins liquides de lambeaux membraniformes, rougeatres ou gri- 
satres qui ne sont autre chose que des portions necrosees de la muqueuse et des 
tissus sous-jacents accompagnent bientot les premiers symptomes. 

Ces accidents durent en moyenne de six a huit jours, quelquefois plus long- 
temps, rarement plus de quinze jours. Pendant leur cours, on peut constater sur 
la CxOison nasaleuneulcerationprofonde, sphacelique, analogue a celles que j ai 
decrites sur la peau et une excoriation de meme forme, mais plus superficielle a 
la paroi externe correspondante des fosses nasales. 

Les tissus ulceres qui les constituent semblentreduits en bouillie. 
La muqueuse nasale est, dans toute son etendue, d un rouge intense. 
L elimination des parties reduites a 1 etat d eschare se fait assez rapidement, 
et, lorsqu elle s est produite, les symplomes inflammatoires diminuent prompte- 
ment et s eteignent. Le plus ordinairement, 1 ouvrier, qui a continue a Iravailler, 
croit, s il n est pas eclaire par ses camarades plus experimentes, n avoir eprouve 
qu un violent rhumc de cerveau. 

Si Ton examine alors 1 interieur des fosses nasales, on constate que la perfora 
tion de la cloison est complete et definitive, ainsi que les premiers observateurs 
1 avaient signale, mais il est important d en decrireles caracteres, 

Dans toute 1 etendue du point primilivement ulcere, la cloison a disparu et 
une ouverture plus ou moins large fait communiquer les deux cavites olfactives. 
Cette ouverture commence en general inferieurement de 5 a 8 millimetres au- 
dessus du bord inferieur du cartilage de la cloison, dont une bande toujours 
conservee persiste inferieurement et maintient la forme exterieure et la longueur 
du nez aussi bien que la regularite de 1 orifice inferieur des fosses nasales. L ex- 
tremite anterieure de son grand diametre horizontal se trouve un peu en ar- 
riere d une ligne verticale, passant par la commissure posterieure des narines et 
son bord inferieur est separe par une distance d un centimetre et demi environ, 
du bord cutane de la sous-cloison. 

L etendue et la forme de la perforation sont variables dans des limites assez 
larges. Quelquefois elleest circulaire, parfaitement reguliere et comme enlevee Jk 
1 emporte-piece. Elle est alors d un petit diametre en general, et ne mesure guere 
que 8 a iO millimetres en tous sens. 

Dans d autres cas, elle est oblongue irregulierement, ellipsoide avec un grand 
diametre antero-posterieur, qui peut aller jusqu a un centimetre et demi, et 
meme deux centimetres, tandis que le diametre vertical mesure un centimetre 
et plus. 

Dans cette forme, les bords de la perforation presentent encore une assez 
grande regularite, mais ils sont parfois un peu sinueux. Toutefois, les courbes 



CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELI.E). 

qu ils decriventne sontpasabruptes mais adoucies commeen general dans toutes 
les plaies ou solutions de continuite profondcs determinees par les chromates. 

La reparation de ces bords se fait avec une assez grande rapidite; d abord 
grisatres, ils sont pen a pen reconverts par une cicatrice de la muqueuse dontles 
deux lames viennent s accoler au bout d un certain temps, et, chez la plupartdes 
sujets, ils sont hordes par une muqueuse d apparence normale. On y voit cepon- 
dant reparaitre parfois des ulcerations superficielles, des erosions d aspect grisatre, 
meme en 1 absence sur la paroi externe de toute influence industrielle speciale. 

A de tres-rares exceptions pres,la perforation nasale unefois produite, les ou- 
vriers semblent avoir une Ibis pour toutes paye leur tribut et ne plus etre aptes 
a subir la meme influence. Chez eux, le coryza special ne se reproduit plus. J& 
n en ai observe qu un seul qui se plaignit d etre enchiffrene cbaque fois qu il 
se remettait au travail des chaudieres, mais il etait d une salete sordide, bar- 
bouille de bichromate, il porlait a sa figure ses mains qui en etaient couvertes et 
il appliquait directement sur la muqueuse nasale des parcelles irritantes. Mais 
il n y a rien de commun entre cette gene si peu prononcee et le coryza suraigu 
dont cet ouvrier avait ete lui-meme atteint a son entree dans la fabrique. 

Une des consequences de la perforation consiste dans la production chez quel- 
ques ouvriers de douleurs nasales tres-vives pendant les froids de 1 hiver. 

Chez la plupart de ceux dont la perforation est un peu etendue, il persiste 
une secretion speciale assez remarquable ; tous les trois ou quatre jours, sous 1 in- 
fluence de quelques efforts pour se moucher, 1 ouvrier expulse une especede 
bouchon constitue par du mucus epaissi d un gris brunatre assez dur et qui a oc- 
cupe la place du cartilage absent. I/expulsion se fait facilement lorsqu une na- 
rine etant fermee par 1 application de la paroi externe sur la cloison, un effort 
expirateur un peu fort pousse 1 air dans les fosses nasales. Le courant d air eta- 
bli chasse le bouchon au dehors par la narine restee libre. 

Pendant la duree du travail ulceratif, 1 ouvrier percoit des odeurs fetides qui 
lui sont fort penibles et que 1 observateur ne percoit pas au meme deore. L air 
qui s echappe des fosses nasales presente quelquefois cependant 1 odeur de la sup 
puration de mauvaise nature, mais jamais il ne contract e cette fetidite speciale 
qui caracterise 1 ozene. 

11 est toutefois important de remarquer encore que beaucoup d ouvriers ino- 
rent 1 existencede la perforation du cartilage de la cloison dont ils sont atteints, 
et qu on peut en tirer cette conclusion que les accidents dont sa production s est 
accompagnee n ont pas presente une intensite assez grande pour attirer leur at 
tention d une maniere bien particuliere. 

L immunite que j ai constatee plus haut pour le coryza par action des chro 
mates, chez les ouvriers qui ont traverse toutes les phases de la rhinite perforante, 
s etend aussi au coryza simple auquel les ouvriers ne sont plus exposes. Je don- 
nerai plus loin une explication qui me semble exacte de ce fait sin<>ulier au 
premier abord. 

La perforation de la cloison du nez n entraine en general aucune alteration des 
facultes olfactives. M. Clouet pense meme qu elles peuvent etre plus developpees 
chez ceux quil ontsubie. Mes observations m ont permis d etablir que le plus or- 
dinairement, elles n ont eprouve aucune diminution. J ai constate dans deuxcas 
cependant, pour le premier une diminution, pour le second une abolition com- 
pleto de 1 olfaction. 

On a vu que, pendant la duree de la rhiuite ulcereuse, il se manifeste, comrae 



CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE!. 119 

dans les coryzas simples des eternuments et du larmoiement des yeux. Ce der 
nier symptome pourrait, au premier abord, etre attribue a 1 action direcle des va- 
peurs ou des poussieres chromate es, mais il n en est point ainsi. L augmentation 
de la secretion des larmes ne se produit que sousl inlluence de 1 irritation de la 
muqueuse nasale, et ce qui le prouve, c est que, cette irritation une fois eteinte, 
le larmoiement disparait. C est que la muqueuse oculaire n est jamais isolement 
enflammee, si ce n est d une facon tout a fait accidentelle. On verra plus loin 
combien rarement d ailleurs les muqueuses buccale pharyngee, laryngee , 
pulmonaire s enllamment sous 1 influence du travail industriel des chromates. 
On pent expliquer cette observation par le fait d une secretion constante de 
liquides, qui ne presentent pas, comme le mucus nasal, la propriete de coller les 
poussieres, mais qui lavent au contraireles muqueuses et nepermeltent pas une 
action suffisamment prolongee des particules irritantes. 

Quant au mecanisme de la perforation du cartilage de la cloison, il est indis- 
peimble, pour le bien f aire comprendre, d entrerdans quelques details. 

11 n est personne qui n ait examine sur soi-meme les diverses periodes d un 
coryza simple mais un peu intense. 

Au premier degre de cette petite affection, quelquefois fort penible, et apres le 
sentiment de la chaleur et dela secberesse initiates, la muqueuse nasale se tume- 
fie et il se produit une occlusion de 1 une des fosses nasales, quelquefois des 
deux, par 1 accolement des muqueuses de la paroi externe et de la paroi interne, 
et cela au niveau du cornet inferieur au point memo d election de la perforation 
des ouvriers chromateurs. 

Dans le coryza simple, au declin de 1 etat inflammatoire, le retrait des mu 
queuses retablit la permeabilite du conduit, mais si, entre ces lames muqueuses 
momentanement accolees, un caustique cut etc enterme, il eiit produit des de- 
sordres en rapport avec ses proprietes speciales ; c est ce qui arrive pour le coryza 
chromique. 

Des parcelles de chromale on de bichromate de potasse penetrent dans les fosses 
nasales avec 1 air inspire et se deposent sur la membrane pituitaire ou elles 
sont fixees parie mucus etqu elles irritent rapidement. Le gonflement qui se pro 
duit alors accole sur le point ou elles sont le plus rapprochees, c est-a-dire au 
niveau du cornet inferieur, les deux parois muqueuses qui emprisonnent entre 
leurs faces contigues les parcelles de poussierechromatee, origine de rinllamma- 
tion. Des lors, celles-ci exercent leur action escharotique avec la puissance de 
penetration qui est une de leurs plus remarquables proprietes et elles ne s arre- 
tent que lorsqu elles out traverse toute 1 epaisseur de la cloison nasale. 

Lorsque, par une circonstance quelconque, raccollement des deux muqueuses 
est rendu impossible, la perforation ne se produit pas. 

Ainsi que 1 avait signaleM. Clouet, les ouvriers qui prisent abondamment du 
tabac en sont en general preserves. La poudre de tabac me parait agir surtout 
comme un corps etranger qui empeche la juxtaposition des deux feuillets mu- 
queux. Toutefois, il est possible qu en exagerant d une maniere habituelle la se 
cretion du mucus, en le rendant plus fluide, en rendant aussi plus frequent le 
besoin de se moucher, il s oppose a 1 arret suffisamment prolonge des poussieres 
eschar cliques. Peut-etre aussi la muqueuse constamment irritee est-elle moins 
sensible a 1 action des corps irritants, mais, je le repete, le tabac me parait agir 
surtout par son interposition et comme corps etranger. Ge qui prouve qu il en 
est ainsi, c est que les ouvriers, des que la perforation a rendu le contact des 



120 CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). 

muqueuses impossible, sont a tout jamais preserves de toute inflammation par 
les chromates des cavites olfactives et qu ils sont de plus exempts, sinon du 
coryza, du moins de la sensation d occlusion qui en est le symptome le plus 
iYappant. 

La membrane pituitaire reutre des lors chez eux, en effet, dans les conditions 
de la muqueuse de la bouche et de celle du pharynx sur lesquelles les poussieres 
chromatees ne se fixent pas. 

C est ici le lieu d ajouter a cette explication une preuve tiree d uneautre in- 
dustrie. 

On avail decrit a plusieurs reprises chez les ouvriers quitravaillent le vert de 
Schweinfurt, outre les affections pustulo-ulcereuses de la peau, des ulcerations de 
1 interieur des fosses nasalcs. Hilluiret est le premier qui ait signale chez eux 
la perforation de la cloison. J en ai observe moi-meme un exemple quej aietu- 
die en detail. Nous avons visite ensemble, grace a 1 obligeance de M. de Pietra- 
Santa, dans la prison des Madelonnettes, les ouvriers dont il a si bien decrit les 
maladies et nous avons constate les faits suivants. 

Sous 1 influeiice des poussieres de vert de Schweinfurt, outre les ulcerations 
pusluleuses des mains, des parties genitales, du front, du cuir chevelu, il se 
developpe dans les fosses nasales des ulcerations analogues. Elles siegent a lafois 
sur la cloison et sur la paroi externe. Elles se manifestent surtout au niveau du 
cornet inferieur et du point oil le bord posterieur du cartilage de 1 aile du nez 
retrecit la cavite nasale en se portant en dedans. Sur le repli qui en results, on 
constate une ulceration qui correspond exactement par sa forme et par sa posi 
tion a celle qui occupe la cloison. 

Ges deux lesions sont placees exactement aux points precis ou se rencontrent 
les ulcerations produites par les chromates. Elles sont d un aspect grisatre, ine- 
gales, dechiquetees a leur surface, comme sphaceliques. La muqueuse semble 
reduite en bouillie dans une partie de son epaisseur. Mais le plus ordinairement 
il ne se produit pas de perforation de la cloison, si ce n est dans des cas excep- 
tiounels, comme celui qui a ete observe par Hillairet et, comme celui dont 
j ai recueilli 1 observation, et qui est assez interessant pour que je le resume 
rapidement. 

II s agit d un ouvrier en papiers peints, age de 17 ans, qui entra, le 20octo- 
bre!864, au n 25 de la salle Saint-Ferdinand, a 1 hopital Necker. II etait 
employe depuis deux mois seulement dans la fabrique, et il travaillait a enlever 
le papier colore par le vert de Schweinfurt, des cordes sur lesquelles il etait 
etendu pour secher, a le rouler et a egaliser les rouleaux. Dans ces operations, il 
se degage beaucoup de poussiere arsenicale. 

Des la premiere semaine de son entree, il fut pris d eternuments presque 
constants, de larmoiement et d un ecoulement nasal tres-abondant. Get ecoule- 
ment etait conslitue par du mucus tres-epais contenant des morceaux de chair et 
du sang. 

Les accidents se prolongerent huit jours environ, apres lesquels le jeune ouvrier 
n eprouva plus d autre inconvenient que celui de rendre, tous les trois ou quatre 
jours en se mouchant le matin, une espece de bouchon gros comme le bout du 
doigt, dit-il, d un gris verdatre et s ecrasant sous la pression. 

L odorat, depuis cette epoque, est fortement amoindri. 

Ce jeune homme presente sur differents points du corps (mains, parties geni 
tales, face, etc.) des ulcerations ou des pustules qu il n y a pas lieu de decrire 



CHROMA.TES (HYGIENE INDUSTRIELLE). 121 

ici, mais on constate a un centimetre environ au-dessus du niveau du bord infe- 
rieur de la sous-cloison une perforation du cartilage de la cloison nasale placee 
au lieu d election des perforations chromiques et d une etendue d un centimetre 
et demi horizontalement sur plus de deux centimetres obliquement de haul en 
bas, et d arriere en avant. Elle se prolonge environ jusqu a la lame perpendicu- 
laire de I ethmoide et affecte une forme elliptique irreguliere. Les bords sont recou- 
verts en avant par une muqueuse qui garde une teinte grisatre ; en arriere, ils 
sont gris et couverts d un enduit plus epais ; quelques croutes s observent sur la 
partie conservee de la cloison. 

Sur la paroi externe de la cavite des fosses nasales, on constate 1 existence 
d une ulceration grisatre correspondant exactement a la perforation dont clle 
represente la forme, du moins dans sa partie antero-inferieure. 

On ne constate aucune alteration del arriere-gorge; lesamygdales, le pharynx, 
le voile du palais ne presentent ni ulceration, ni rougeur. La sante generale est 
satisfaisante. 

11 est difficile de rencontrer un fait qui demontre mieux 1 action elective des 
poussieres escharotiques pour le cartilage de la cloison du nez et 1 identite d ac- 
tion, pour en produirela perforation, du vertde Schweinfurt et des chromates. On 
devait toutefois se demander si le vert de Schweinfurt, employe dans la fabrique 
ou travaillait lejeune ouvrierdont on vientde lire 1 observation, n etait pasaddi- 
tionne de chromates. II m a affirme que le vert arsenical etait employe sans 
melange. 

J insiste sur la presence de 1 ulceration de la paroi externe chez les ouvriers 
en vert de Schweinfurt, comme chez les ouvriers en chromates. 

Chez les premiers, j ai pu constater un fait qui ajoute sa demonstration a celle 
quej ai donnee de la genese des perforations chromiques, et que la rapidite de 
celles-ci ne permet pas de constater. Les hommes chez lesquels la cloison du nez 
est fortement deviee, de telle sorte que 1 une des narines soit d une largeur excep- 
tionnelle, et que 1 accolement des deux muqueuses ne puisse se faire sous 1 in- 
fluence del inflammation, ne presentent pas d ulceration de ce cote. 

Pour completer, d ailleurs, la demonstration de ce fait, que 1 action caustique 
directe, et non pas une intoxication generalised, determine la rhinite perforante, 
faisons remarquer qu elle se developpe, non pas chez des hommes deja impregnes 
par un long sejour dans les ateliers, mais chez ceux qui viennent d y entrer et 
chez lesquels il ne se produit plus ensuite aucune alteration des fosses nasales. 

III. ACCIDENTS OBSERVES DU COTE DE L APPAREIL RESPIRATOIRE. BRONCHITES ET ACCES 
D OPPRESSION. Ces accidents n ont pas trouve place dans la note si bien redigee 
par M. Clouet, et publiee par Chevallier et Becourt. Je ne les ai point rencontres 
dans 1 usine de Graville. 

Ils ont ete observes par Hillairet dans 1 usine d Argenteuil. Ils consistent 
dans une oppression qui se manifeste chez les ouvriers, et quelquefois des qu ils 
se livrent a la fabrication des chromates ; cette oppression poussee parfois jusqu a 
1 orthopnee plus ou moins persistante, plus intense la nuit que le jour, disparait 
pour reparaitre a diverses reprises. Elle s accompagne de toux et d expectoration 
de mucosites quelquefois durcies, ainsi que de douleur siegeant sur les parties 
laterales du thorax. Dans un cas, on constate 1 existence de rales muqueux et 
sonores. 

Ces desordres etaient, en general, tres-ephemeres ; a 1 exception d un seul 
ouvner qui n a plus reparu a 1 usine, tous ceux qui les presenterent purent con- 



122 CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). 

tinner leurs travaux apres quelques jours de repos, toutes les fois qu ils en 

subirent une attaque. 

Chez un des malades 1 oppression 6ia.il habituelle et il ne se produisit point 
d acces plus vifs. Kile ne presenta, d ailleurs, aucune gravite. 

Dans onze observations, Hillairet observa cinq fois ces symptomes, qui de- 
buterent des les premiers jours de 1 entree des ouvriers dans 1 usine. Deux d entre 
eux etaient employes aux fours, et 1 un des deux faisait en meme temps le lessi- 
vage, un troisieme etait attache au lessivage et aux cuves ; les deux derniers au 
broyage du mineral. 

Telle est la description donnee par Hillairet; ainsi qu il le fait remarquer, il y 
a plutot la une indication qui reclame des recherches nouvelles, qu un fait defi^ 
nitivement acquis. Ducatel avait attribue a 1 acide chromique libre la propriete 
de iaire naitre des accidents analogues, mais leur developpement a,u broyage du 
mineral, que j ai vu si innocent chez un grand nombre d ouvriers, me fait me 
demander si, dans les observations d Hillairet, il n y a pas une simple et bizarre 
coincidence resultant de la reunion de quelques hommes emphysemateux ou asth- 
matiques chez lesquels des acces se manifestaient sous 1 influence d une atmo 
sphere chargee de poussieres irritantes, sans qu on en puisse accuser plus particu- 
lierement les chromates. 

IV. UNE CEPHALALGIE FREQUENTE ACCOMPAGNEE DE DEPERISSEMENT. Je me COn- 

tenterai de signaler cette forme de 1 action des chromates par ce qu elle a ete 
signalee, et par Gmelin en particulier. Elle serait constitute par une cephalalgie 
revenant avec frequence, s accompagnant d une fievre lente et d un amaigrisse- 
ment progressif. Je n ai jamais rien observe de semblable ; jamais il ne s est 
produit sous mes yeux un fait que je pusse rapporter a une intoxication generate. 

V. ULCERATIONS DE L ARRIERE-GORGE POUVANT SIMULER DES IJLCERES SVPHILI- 
TIQUES. Nous n avons observe, ni Hillairet ni moi, cette forme d accidents 
signales dans 1 observation de Heathcote, publiee dans la Lancette anglaise 
en 1854, sousletitre de : Gas montrant les effels toxiques du bichromate de 
potasse. 

Le malade qui en est le sujet etait atteint, depuis plus de trois mois, del affec- 
tion de la gorge, et il etait tombe dans un etat extreme d emaciation et d epui- 
sement. 

Les tonsilles et 1 arriere-gorge etaient recouvertes d ulcerations enduites d une 
maliere pultacee cendree, la membrane muqueuse environnante etait brune, 
livide et tumefiee. Le pouls etait a 120, petit et serre, la soif vive, la langue 
seche et rouge, 1 insomnie constante. 

Heathcote, malgre les denegations du malade, crut a un ulcere syphilitique, 
mais 1 iodure de potassium fut sans effet. II apprit alors du malade qu il avait ete 
employe a la fabrication du bichromate de potasse. Suivant lui, beaucoup d ou 
vriers etaient atteints de la meme maladie, et son pere y avait succombe. Le 
biohlorure de mercure a 1 interieur, et des cauterisations avec une solution de 
nitrate d argent amenerent la guerison. 

Heathcote affirme avoir eu 1 occasion depuis lors de traiter de la meme facon, 
et avec succes, plusieurs cas semblables. 

En 1 absence d autres faits analogues, 1 observation d Heathcote ne peut etre 
consideree comme concluante. Elle presente beaucoup d obscurites et appelle de 
nouvelles recherches. 

ETIOLOGIB. Ce que j ai dit plus haut dans 1 etude du milieu industriel me 



CHROMATES (HYGIENE IIVDUSTRIELLE). 

dispensera de donncr de longs developpements a 1 etude des causes des accidents 

developpes par leschromates. Innocuite de la pulverisation du mineral, accidents 

commencant aux fours, se developpant a I extinetion de la ( alciue etau lessivage 

du chr ornate heutre, prenant une intensite beaucoup plus grande auxchaudieres 

oil ce corps est transforme en bichromate et ou peut-etre 1 acide chromique 

inlervient-il pour les produire, persistaut aux cuves de cristallisation, et j usque 

dans I enfutage des cristaux, telle est la serie resumee des tails au point de vue 

! de 1 eliologie. Insislons sur cette observation que, memc les ouvriers non em- 

j ployes a la fabrication, mais attaches dans 1 usine a d aulrcs emplois, subissent 

1 action des chromates. 

i Les plombiers qui.redressent au maillet de bois et soudent les cristallisoirs 
dans les angles desquels sont attaches des fragments de cristaux qui volent en 
poussiere, presentent des ulcerations aux mains et sont atteints de perforation de 
la cloison, sans prejudice des accidents saturnins et du lisere gingival qui resul- 
tent de leurs occupations speciales. 

Les surveillants qui passent leur temps pres des chaudieres sont frappes de 
cette derniere lesion. 

Les mecaniciens employes aux machines a vapeur, mais qui traversent con- 
stamment les ateliers sont dans le memecas. 

Ainsi tous les individus exposes aux poussieres et aux vapeurs qui remplissent 
les ateliers ou se fabriquerit les chromates sont soumis aux memes accidents. 

Malgre des affirmations contraires, je crois avoir demontre, par 1 observation 
des ouvriers et celle des auimaux, que le chromate neutre, evidemmeut moins actif 
que le bichromate, determine cepeudant des lesions identiques. 

Dans 1 etude des causes des accidents chromiques, il est un point qui n est 
pas sans interet. Les lesions cutanees doivent-elles toujours etre precedees 
d une erosion de la peau? Lefait est incontestable pour les poussieres et les frag 
ments de cristaux, a moins qu ils ne soient longtcmps maintenus en contact et 
frottes centre le tegument cutane mouille de sueur, comme cela arrive dans la 
production des ulcerations dela ceinture, mais il me parait probable, malgreles 
observations de M. Glouet et de beaucoup d ouvriers intelligents, que les solu 
tions concentrees de bichromate, imbibant les plis de lapeau des mains et s y de- 
posant constamment, doivent arriver a les enflammer et a commencer directement 
le travail ulcereux. Les ulcerations qui se montrent a la verge, aux bourses, pa- 
raissent n avoir pas ete precedees d ecorchures. Peut-etre suffit-il de 1 ouverture 
d un follicule pour recevoir la petite quantite de chromate qui developpera une 
ulceration. 

Disons toutefois qu il est difficile d affirmer que chez des hommes livres a des 
travaux penibles, il n existe pas des ecorchures imperceptibles capables de rece 
voir un fragment escharotique. 

La peau de la paume de la main, celle de la plante des pieds resistent mieux a 
1 actionulcerante que celle de la face dorsale de la main et du pied. Elles ne sont 
atteintes qu exceptionnellement. 

Existe-t-il quelques conditions particulieres qui puissent modifier I influence des 
chromates chez les ouvriers? 

On croit generalement dans les fabriques que les individus qui ont un mau- 
vais sang, une constitution faible ou epuisee sont plus facilement atteints que 
les autres. 

[/influence du sexe n a pu etre observee dans des ateliers ou les hommes seuls 



124 CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). 

sont employes. II est probable que la peau des femmes, plus fine et moins re*- 
sistante serait plus rapidement attaquee que celle des bommes. 

L influence de 1 age parait pen importante. Toutefois deux enfants, 1 un de 
cinq, 1 autre de sept ans, qui venaient quelquefois dans les ateliers de 1 usine de 
Graville (notede M. Clouet), furent atteints de la meme facon que les adultes. Si 
Ton reflechit qu ils ne s approchaient pas des chaudieres et qu ils ne subissaient que 
de loin et plus faiblement 1 influence des vapeurs et des poussieres caustiques, on 
sera dispose a penser qu un tres-jeune age rend, peut-etre en raison de la resistance 
moindre des tissus, plus apte a subir 1 influence des preparations chromiques. 

HYGIENE. PROPHYLAXIE. Si les conditions memes de la fabrication des chro- 
mates, si 1 intensite de 1 action caustique de ces produits rendent difficile la pre 
servation des ouvriers, il n en est pas moins vrai que leur incurie, leur manque 
de soins aussi bien quel organisation incomplete des fabriques exercent sur la pro 
duction des accidents une reelle influence. 11 faut done etablir avec details quels 
sont les soins a prendre par les ouvriers et quelles installations pourront rendre 
1 industrie moins nuisible. 

1 Prophylaxie personnelle. La prophylaxie consideree a ce point de vue 
s adresse a deux faits principaux : les ulcerations cutanees et la rhinonecrosie. 

La peau de tout le corps, a 1 exception de celle des mains, pourrait etre abso- 
lument preservee. Le vetement judicieusement combine suffirait a ceresultat. 

Des bottes remontant jusqu aux mollets, un pantalon garni en cuir jusqu aux 
genoux, serre sur le bas de la jambe par une courroie a boucle, suffiraient pour 
preserver les jambes et les pieds des poussieres et surtout des eclaboussures qui, 
en particulier dans le transport aux cristallisoirsdela solution bouillante de bichro 
mate, sont la cause la plus ordinaire des ulcerations des membres inferieurs. 

Au lieu de ces precautions bien simples, la plupart des ouvriers sont chausses 
de sabots, souvent garnis de paille et sans bas, leurs pantalons trop courts ou 
dechires sont converts d un glacis de bichromate desseche qui s ecaille ou se 
mouille de solution nouvelle, et tombe en poussiere ou degoutte sur les jambes 
et les pieds nus. 

Une chemise bien fermee dans 1 ete, oil la temperature elevee des ateliers 
empeche les ouvriers de porter des vetements plus epais ; en hiver, une cravate 
s appliquant bien sur le col de la chemise et une vareuse boutonnee par devant 
suffiraient pour empecher la penetration des poussieres et pour garantir le tronc 
des ulcerations, d ailleurs plus rares, quej ai signalees. 

Restent les mains, plus difficiles a preserver. II est impossible, en effet, de 
conseiller aux ouvriers de porter des gants impermeables, beaucoup trop chers et 
genants dans le travail. 

Une grande proprete,des lavages frequents avec de 1 eau legerement chargee de 
carbonate de potasse qui tend a transformer en chromate neutre le bichromate 
beaucoup plus actif, et, de loin en loin, avec de 1 eau contenant une faible propor 
tion de sous-acetate de plomb qui amene la formation de chromate de plomb 
insoluble, tels sont les conseils a donner aux ouvriers. 

11 n est pas besoin d ajouter qu ils doivent prendre les plus grandes precau 
tions pour eviter les ecorchures, les eraillures de la peau, cause habituelle des 
ulcerations. Lorsqu ils se sont blesses, ils doivent, par des pansements par occlu 
sion faits avec soin au moyen de matieres emplastiques impermeables comme 
le diachylon en particulier, dont la base plombique est encore une cause de pre 
servation, se garantir du contact des chromates. 



CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). 125 

On doit encore recommandcr aux ouvriers de ne pas porter les mains teintes 
de solutions chromatees ouchargees de poussieres, au nez, aux parties genitales, 
dans 1 acte de la mixtion, avant de les avoir lavees avec soin. 

Pour toute 1 etendue du tegument cutane, des bains avec addition de 200 gram 
mes de carbonate de potasse seront utiles en enlevant les poussieres ou taches 
de chromales, qui pourraient exister a la surface delapeau. 

La prophylaxie de la rhinite ulcereuse et perforante presente, on le comprend, 
de grandes difficultes. 

Ccpendant le fait de 1 immunite habituelle des priseurs est a ce point de vue 
une precieuse indication. On peut conseiller aux ouvriers de priser habituellement 
du tabac, mais si 1 explication que j ai donnee de 1 action preservatrice de cette 
pondre est demontree paries faits a venir, les ouvriers pourraient employer d au- 
Ires poudres telles que 1 amidon, le quinquina, le charbon, le mineral chrome 
pulverise, la poudre de vieux bois, de tan, etc. 

De largcs injections d eau tiede dans les narines, repetecs chaquc soir, entraine- 

raicnt les particules de chromate etempecheraient 1 action caustique de se produire. 

On pourrait enfin tirer un grand avantage du changement d altributions pour 

les ouvriers que Ton attacherait alternativement aux operations industrielles 

sans action escharoti({ue et caustique, et a cclles qui presentent ce danger. 

On pourrait entin, en tenant conipte de rimmunite acquise pour les ouvriers 
dont la cloison nasale est deja perforee, employer exclusivement ceux-ci aux ope 
rations ou cette lesion se produit avec le plus d intensite . 

Thyson croit que les ouvriers qui travaillent le bichromate peuvent se preser 
ver de la perforation nasale en portant au-devant des narines une eponge humide, 
et il appuie cette opinion sur des faits assez nombreux. 

II pourrait etre utile enfin d employer les diffe rentes especes de masques qui 
out ete utilises dans les industries toxiques. 

Les animaux qui travaillent dans les usines ont droit aussi a des soins qui les 
preservent des souffrances auxquelles ils sont soumis. Tandis qu abandonnes a eux- 
memes ils peuvent etre assez gravement atteints pour succomber aux graves le 
sions qu ils contractent, soignes avec attention, ils peuvent en etre garantis. Des 
lavages repetes et abondants avec 1 eau simple ou additionnee de sous-acetate 
dc plomb, des frictions avec la brosse, des compresses imbibees de la meme solu 
tion, quelques jours de repos ou de cbaine, lorsque des ulcerations sc manifes- 
tent, determinent rapidement leur guerison. 

L eau de mer en larges lotions a paru exercer une tres-favorable influence. 
Quant aux troubles respiratoires et aux ulceres de l arriere-gorge, ils sont as 
sez rares pour qu il n y ait pas lieu, jusqu a ce que dc nouveaux faits se soient 
produits, d indiquer pour les combattre une prophylaxie speciale. 

2 Prophylaxie industrielle. Je comprendrai sous ce titre les installations 
speciales qui pourraienteloigner des ouvriers le danger des emanations chromatees. 
Une puissante ventilation des ateliers qui entrainerait au dehors les pous 
sieres et les vapcurs devrait tenir le premier rang. 

Dc larges hottes placees au-dessus des chaudieres, des fours et des chambres 
oil se fait le defournemcnt de la calcine, des couvercles mobiles, coniques, fa- 
cilos a abaisser sur les chaudieres, ou Ton vient de verser 1 acide sulfurique et 
communiquant avec les ventilateurs, porteraient les vapeurs loin des ateliers. 
Les eaux vcrsees par la plnie sur les toils, souvent charges de poussieres 
chromiques, seraient regues dans des puisards speciaux. Enfin les tas de calcine 



126 CHROMATES (HYGIENE INDUSTRIELLE). 

seraient enfermes dans des cours speciales et en dehors du passage des chevaux et 
<les animaux domestiques. 

Traitement des accidents. II faut bien le reconnaitre, ces mesures preven 
tives seront toujours, pour une partie du moins, inefficaces, en raison de 1 activite 
des vapeurs et des poussieres chromiques, et de leur penetration puissante a 
1 etat impalpable dans toutes les parties des ateliers. Les ulcerations des mains 
.et la rhinonecrosie se produiront, quoi qu on fasse, par suite de 1 imprudence si 
generate et si incurable des populations industrielles. II est done important de 
signaler les moyens de combattre les accidents a leur origine, pour leur enlever 
leur gravite et meme pour les i aire disparaitre des le principe et avant qu il se 
soit produit des desordres importants. 

DCS qu une parcelle de bichromate et meme de chromate neutre a penetre 
dans une eraillure de la peau, il se developpe des douleurs qui mdiquent sui fi- 
samment la destruction commencante des tissus par 1 action caustiqne. II i aut se 
hater de laver largement le point malade, soit avec de 1 eau pure, soit avec de 
1 cau chargee de carbonate de potasse. Si la douleur persiste en raison de 1 in- 
flammation produite, on la modere au nioyen de cataplasmes emollients et on 
lave la plaie avec une dissolution de sous-acetate de plomb (extrait de Saturne), 
etendue de moitie son poids d eau. On peut utilement encore maintenir sur la 
plaie une compresse imbibee de la meme solution. II se produit aux depens du 
sel chromique un chromate de plomb insoluble et sans action caustique. Mais il 
arrive que ce sel, une fois forme, s oppose a la transformation des parcelles de 
chromates de potasse, qui out deja penetre plus profondement. De plus, le sous- 
acetate de plomb etant lui-meme toxique, il n est pas sans inconvenient chez 
quelques individus plus impressionnables que d autres a son action de le main 
tenir longtemps en contact avec des surfaces denudees de leur epiderme ; mais 
ces deux inconvenients sont d une importance tres-secondaire et ne peuvent etre 
mis en comparaison avec 1 utilite des applications plombiques. 

M. Isaac Thyson emploie la solution de nitrate d argent pour obtenirles memes 
resultats et il parait s en louer beaucoup. II se forme alors un chromate d argent 
insoluble et inoffensif, mais la solution doit etre employee a un assez haut degre 
de concentration et ne peut manquer de determiner d assez vives douleurs. 

D autre part, a L occasion de I empoisannement dont avail ete victime un pro- 
fesseur de 1 Universite de Charcow, M. Nuse a propose d employer a I interieui 1 
pour neutraliser les chromates des sels solubles non veneneux et a oxyde ibrce- 
ment reducteur, tels que les sels ferreux et notamment ceux qui sont constitues 
par des acides organiques. De ce nombre seraient 1 acetate de protoxyde de 
fer, le lactate de fer, etc. Peut-etre les solutions de ces sels pourraient-elles etre 
utilcs, meme pour les lavages exterieurs. 

En ce qui concerne les ulcerations qui preludent a la perforation de la cloison 
nasale, elles pourraient etre combattues par les memes applications. Des injec 
tions abondantes d eau pure, poussees avec force, devraient d abord laver les 
muqueuses malades, sur lesquelles on porterait ensuite, au moyen d un pinceau 
la solution plombique ou les sels de fer. 

On obtiendrait 1 isolement des surfaces malades, en faisant priser aux ouvriers 
de la poudre de quinquina, du sous-nitrate de bismuth, de la poudre dc mi- 
mauve. 

Lorsque la perforation vient de se produire, des lavages avec la decoction dc 
guimauve d abord, puis avec la decoction de quinquina rouge, des prises de 



CHROMATES (BIBLIOGRAPHIE). 127 

poudre de la memeecorce favorisent la guerison des plaies ulcereuses et grisatres, 
qui persistent sur les bords de 1 ulceration ou sur les parties voisines. 

Les acres ^ oppression ont ete utilement combattus par le docteur Robert 
(d Argenteuil), au moyen des vomitifs. 

Toutes les medications employees utilement contre les acces d asthme seraient 
evidemment avantageuses. 

En resume, les ouvriers qui fabriquent le chromate et le bichromate de potasse 
et surtout ce dernier sel, sont atteints d accidents qui resultent directement de 
1 action caustique et escharotique de ces composes. Ces accidents consistent dans 
des ulcerations special es, qui se developpent dans tous les points ou sejournent 
au contact de la peau excoriee et peut-etre meme de la peau saine dans ses par 
ties les plus dedicates, des parcelles de poussiere chromique ou des solutions 
concentrces. 

Cette action escharotique se manifesto d une maniere toute speciale par une 
perforation particuliere de la cloison du nez qui est presque coustante chez les 
ouvriers en chromates. 

Enfin, quelques observateurs ont decrit chez eux des acces d oppression ana 
logues aux acces d asthme et des ulceres graves de 1 arriere-gorge simulant des 
ulceres syphilitiques. 

Mais, bien que ce fait semble assez difficile a expliquer en raison de la puis 
sance d action du bichromate de potasse en particulier et des accidents qu il 
determine lorsqu il est introduit dans 1 organisme , je n ai pas observe chez les 
ouvriers qui le manipulent et le fabriquent des symptomes d intoxication gene- 
rale. On ne peut qualifier ainsi en effet quelques phenomenes reactionnels, dus 
a la mulliplicite des ulceralions de la peau, ou a 1 intensite de la rhinite perfo- 
rante. Les vomissements violents que 1 ingestion de ce corps, a faible dose, dans 
1 estomac determine toujours, DC se produisent meme pas dans les conditions in- 
dustriellcs, bien que la savcur du bichromate soit pergue dans la bouche et qu il 
n penetre par consequent une certaine proportion dans les voies digestives. Je 
peux done conclure que 1 action des chromates, examinee au point de vue de la 
sante des ouvriers, s est montree, du moins dans mes observations, une action 
toute locale et qui derive uniquement de leurs proprietes irritantes et caustiques. 

A. DELPECH. 

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annee 1851. HEATHCOTE (J.). Case showing the Poisonous Effects of Bichromate of Potash 
occurring in the Practice of T.-J. Wilkinson Esq. In Lancette anglaise, t. I, p, 152 ; 1854. 

TARDIEU (A .). Elude hyglenique sur la profession de moulcur en cuivre. In Annales d hyg. t 
^f serie, t. II, p. 5-308; 1854. DESAYVRE. Etudes sur les maladies des ouvriers de la 
manufacture d armes de Chdtcllerault. In Annales d liyyiene, 2 e serie, t. V, p. 69-282; 1856. 

DE PIETRA SANTA (I 1 .). Existe-t-il une affection propre aux ouvriers en papiers peints. qui 
manicnt le vert de Schweinfurt. In Annales d hyyiene publique, 2 e serie, t. X, p. 339 ; 1858. 

BECOUUT et CHEVALLIER. Memoires sur les accidents qui atteignent les ouvriers qui tra- 
vaillent le bichromate de potasse. In Annales d hygiene publique, t. XX, p. 83, juillet 18<i5, 
Jaillard. Theses de Paris. DELPECH (A.). Lecture d I Academic de medecine. In Bulletin de 
I Academic, t. XXIX, p. 289, 1863-64. HILLAIRET (J -B.). Lecture a 1 Acade inie de medecine. 
In Bullet, de I Academic, t. XXIX, p. 345; 1863-64. DELPECH A.)et HILLAIRET (J.-L.). Mem. 



128 CHROMATOPSEUDOPSIE. 

sur les accidents auxquels sont soumi.s les ouvriers employes a la fabrication des chroma es. 
In Annales d liygitnc, 2 serie, t. XXXI, 1868. LAYET (Alex). Hygiene des professions et 
des industries. Paris, 1875, p. 62-222. A. D. 

CIIROMATISME. Voy. DIOPTRIQUE. 

4 nuflMB va oi>si:i DOPSIE (de x/3wu, couleur, -AsuSus faux, et w^-i; vision, 
Kelland). Synouymie : Daltonisme. Chromamaurose . Dy sc.hr omatopsie. Achro- 
matopsie. Chromatodysopie. Chromatome tablepsie. Aryanopsie. Ane rythropsie. 
Chrupsie (francais) ; Colour-blindness. Acritnchromacy (anglais); Mangel of 
Farbensinn. Farbenblindheit (allemand) ; Cromalopseudopsia (italien). 

I. DEFINITION. 1. Tous les hommes ne possedent pas a un egal degre la 
faculte de percevoir les couleurs. Ainsi, tandis que les uns distinguent avec la 
plus parfaite nettete toutes les parties du spectre solaire, leurs tons et jusqu a 
leurs moindres nuances, d autres meconnaissent ou confondent entre elles plu- 
sieurs des couleurs dans lesquelles le prisme decompose la lumiere blanche; 
d autres enfin n ont que la perception du blanc, du noir, et des teintes grises 
qui leur sont intermediaires. L anomalie visuelle dont ils sont atteints s appelle 
Chromatopseudopsie. Elle est compatible avec une vision excellente d ailleurs. 

La ce cite pour les couleurs a ete signalee pour la premiere fois, vers la fin 
du siecle dernier, par Dalton, savant anglais, qui en elait lui-meme affecte, 
d oii le nom de daltonisme qu on lui a d abord donne. Ce nom devrait dis- 
paraitre du langage scientifique, d une part, parce que les Anglais le repudient, 
ne voulant pas que la memoire d un de leurs savants les plus illustres soit rap- 
pelee aux generations futures par un defaut physique; de 1 autre, parce qu Ll prete 
a une confusion regrettable. Dalton etait affecte d une des varie tes de la chroma- 
topseudopsie, la ce cite pour le rouge, que les Francais appellent ane rythro- 
psie, les Allemands Rothblindheit, et qui ne figure, dans notre nomenclature, 
que comme une des sous-divisions de la Colourblindness en general. II y a, en 
effet, a cote d elle, la cecite pour le vert, la cecite pour le violet, etc., et accepter 
le mot daltonisme serait s exposer a faire prendre la partie pour le tout. 

Nous nous arreterons done, pour designer 1 anomalie visuelle dont nous 
allons avoir a nous occuper, au mot chromatopseudopsie qui, s il est peu 
euphonique, a du moins le merite d etre scientifiquement et etymologiquement 
intelligible. 

II. CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES. I. 2. II existe de la lumiere de durees. 
d oscillation variables, se distinguant par la longueur d onde et la re fran- 

gibilite : les parties de la lumiere 
dont la duree d oscillation est difie- 
rente se caracte risent physiologique- 
ment par la sensation des couleurs, 
diffe rente aussi, qu elles provoquent 
dans 1 ceil. Toutes les sources lumi- 
neuscs connues e mettent en meme 
temps de la lumiere de differentes 
durees d oscillation, lumiere simple, 
dont la reunion constitue la lumiere 
dite composes. Supposons une source 
lumineusea (fig. 1) envoyant a travers un prisme P de la lumiere bleue simple, 




CIIROMATOPSEUDOPSIE. 



129 



dirigee de facon a frapper 1 oeil de 1 observateur o ; ellc u y arrivcra qu apres quo 
les rayons en auront ete refractes et devies de leur premiere direction ; 1 image 
qni en resultera sera bleue et situec en b par exemple. 
Si, maintenant, cette meme source lumineuse envoie de 
la lumiere rouge , celle dont la refrangibilite s eloignc le 
plus de la precedents, a travers le meme prisme, c est 
une image rouge qui se produit et elle se montre en un 
autre point, par exemple en r. La source a envoie-t-elle 
da meme coup de la lumiere rouge et de la bleue, deux 
images sc produisent en meme temps, une bleue en b 
et une rouge en r. Enfin, si c est de la lumiere blanche 
compose e, que la source emet, cette lumiere contenant a 
la fois, non-seulement des rayons rouges et bleus, mais 
ceux de tous les autres degres de refrangibilite, a chaque 
couleur repond une image particuliere, et ces images 
sont disposees de telle sorte que les couleurs interme- 
diaires au rouge et au bleu, dont la premiere est la moins 
refrangible et dont la seconde Test le plus, s intercalent, 
d apres leur ordre de refrangibilite, entre r et b. Si la 
source lumineuse est une fente etroite, laissant passer 
de la lumiere composee, 1 image prismatique de la fente 
entiere se pre sente a 1 observateur sous la forme d un 
rectangle colore, dont le bord tourne vers la source lumi 
neuse est rouge et dont le bord oppose est violet. Entre 
ces deux extremites se trouve une serie d autres cou 
leurs qui sont : 1 orange, le jaune (d or), le vert et le 
bleu. L ensemble des couleurs dans lesquelles le prisme 
decompose la lumiere blanche est done constitue par la 
serie : rouge, orange, jaune (d or), vert, bleu et violet. 
Ces couleurs, en general, ne sont pas brusquement deli- 
mitees ; elles pnssent, au contraire, de 1 une a Taulre 
par une se rie de nuances intermediaires. On les appelle 
primitives, elementaires ou homogenes. Elles ne sont 
plus susceplibles de se decomposer. 

Les couleurs primitives sont dispose es, dans le spectre 
solaire, comme suit (voy. fig. 2) : 

Le rouge occupe 1 exlremile la moins refrangible du 
spectre et ne presente pas de variation sensible dans sa 
nuance a partir de sa limite extreme jusqu aux environs 
de la ligne C. 

De G en D, le rouge passe insensiblement a Yorange, 
qui est un rouge jaune, avec predominance de jaune. 

De D en / , les transitions sont tres-rapides. On ren 
contre d abord une bande de jaune pur. Yiennent ensuite 
le jaune vert et, entre E et f, le vert pur. 

Entre EetF, le vert tend mbleuvert, puis passe znbleu. 

Entre F et G se suivent differents tons de bleu. 

De G en H, et jusqu en L, vient le violet, qui, de L jusqu a 1 extremite la plus 
refrangible du spectre, se mele de bleu f once verddtre. 

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Fig. 2. 



130 CHROMATOPSEUDOPSIE. 



5. De meme que leprisme decompose, en six elements desormais indivisibles, 
la lumiere composee, de meme la reunion de certains de ces elements peut 
servir a la reconstitulion de celle-ci. 

Cette propriete appartient specialement a trois de ces six elements, que, pour 
cclle raison, Ton a nommes couleurs fondamentales. Ces couleurs out, de 
plus, ceci de particulier que, convenablement associees, qualitativement et 
quantitativement, elles sont susceptibles de reproduire toutes les autres. Brewster 
avail attribue ces proprietes an rouge, au jaune et au bleu. D apres les dernieres 
recherches, c est au rouge, au vert et au violet qu elles doivent etre rapportees. 

L admission du violet, en tant que couleur fondamentale, s impose par la 
demonstration ci-apres, basee sur les premisses memes que nous venons de 
poser. Nous Tempi-unions a M. Preyer (Centralblatt fiir die medic. Wissen., 
24 fevrier 1872). 

M. Woinow (de Moscou), ayant cite le cas d une dame de Irenle el un ans 
(Archiv fiir Oplithalmologie), dont I oail gauche voyait totalement les couleurs, 
tandis que le droil t tail prive de la perception du verl, je 1 engagcai a faire 
rechercher par la patiente si clle voyait bleu et violet le bleu et le violet du 
speclre. Si le bleu n csl produil que par 1 excilation simullanee des organes ter- 
minaux de la re tine aptes a perccvoir le vert et le violet (theorie Joung-Helm- 
holtz), elle devait naturellement percevoir le bleu comme violet et ue point 
reconnaltre le bleu comme bleu, ainsi que je 1 avais moi-meme observe sur deux 
sujets, en 1868 (Archiv fiir d. ges. Physiol.). Le bleu esl-il, au conlraire, la 
couleur fondamentale, 1 oeil prive de vert devait reconnaitre le bleu spectral 
comme tel. La reponse de M. Woinow fut celle-ci : Le bleu el le violet du spectre 
sont dislingnes qualitativement par 1 ceil prive de la vision du vert ; le violet 
parait seulement beaucoup plus beau, plus brillanl que le bleu. Les deux 
couleurs soul, pour 1 ceil prive de la perception du verl, Idas avec une pointe 
de rose. L oeil gauche distingue bien le bleu et le violet. La malade sail 
aussi ce qu est le Was. D apres cela. c esl bien le violet qui est la Iroisieme 
couleur fondamentale. 

Bisons, toutefois, que la reduction a trois couleurs fondamentales, ainsi que le 
fait remarquer Helmholtz, ne peut avoir qu nne signification subjective, et qu il 
ne peut s agir que de ramener les sensalions colorees a trois sensations fonda 
mentales. 

4. Les couleurs fondamentales ne jouissent pas seules de la propriete que 
nous venous d indiquer : cctle propriete appartient egalement aux autres cou 
leurs primitives, c est-a-dire qu en refondant celles-ci, en les reunissanl encer- 
laines proporlions, on peut reconstiluer la lumiere blanche. 

Mais la reunion de toutes ces couleurs n est pas necessaire pour donner ce 
resultat. On a reconnu qu en associant certaines d cntre elles, deux a deux, sui- 
vanl des proporlions determinees, on en arrive egalement a recomposer la 
lumiere blanche. Les deux couleurs dont se compose chacune de ces paires sont 
dites comple mentaires. Ainsi : 

Le Rouge ordinaire donne le blanc quand il esl associe au vert bleu. 

L J Orange id. id. bleu verddlre. 

LeJawne id. id. bleu d outre-mer. 

Le Violet id. id. jaune vert. 

Le Vert ne donne le blanc avec aucune autre couleur simple, mais seulement 
avec une couleur composee, le pourpre. 



CHROMATOPSEUDOPSIE. 131 

En consequence, le vert bleu, le bleu verddtre, le bleu d outre-mer et le 
jaune vert out ete nommes complemcntaires, respectivement du rouge ordi 
naire, de Y orange, du jaune et du violet. 

5. IS omettons pas de dire que, dans la pratique, on n arrive pas, en realite, 
a reconstituer une lumiere blanche. Vu la difficulte d obtenir, pour les expe 
riences des couleurs spectrales pures, cette lumiere est toujours plutot grise. 

6. Pour demontrer la reconstitution dont nous nous occupons, diverges me- 
thodes out ete raises en pratique. La plus simple consiste dans 1 emploi de la 
poulie chromatiqiie. On fait tourner rapidement, par son moyen, des disques 
reconverts de segments diversement colores. Si la vitesse de rotation est suffi- 
sante (60 tours au moins par seconde), les impressions produites par les diffe- 
rentes couleurs sur la retine eveillent celle de la couleur melangee. C est celle 
du blanc gris si les secteurs sont convenablement gradues, c est-a-dire si cbaque 
couleur y occupe une etendue proportionnelle convenable. Celle-ci varie suivant 
les sujets. Voici les equations obtenues par M. Dor, sur lui-meme, d apres la 
partie aliquote du disque de la toupie qui, dans chaque cas, est necessaire pour 
obtenir la couleur grise. Les trois equations se rapportent aux resultats obtenus 
.a des degres d eclairage difierents. (M. Dor y considere encore le bleu comme la 
troisieme des couleurs fondamentales). 

ROUGB. VERT. BLEU. ELANC. NOIR. 

122 -t- 120 -+- 118 = 80 -t- 280 
130 -+- 117 H- 115 = 73 -+- 287 
,.38 + 112 -+- 110 = 70 -+- 290 

Dans le dernier travail qu il a publie sur cette question, le docteur Holgrem 
tdoime pour son rail : 

ROUGE. VERT. BLEU. BLANC. NOin. 

142 -4- 128 + 90 = 6C* -t- 500 
140 -i- 130 -t- 90 = 80 -+- 280 

On voit, d apres cela, que la proportion des couleurs fondamentales neces- 
saires pour donner le blanc (blanc gris) varie suivant 1 intensite de 1 eclairage et 
suivant les individus. Chez les uns, en etfet, il faut une plus grande etendue du 
champ de la couleur rouge ; chez les autres de la couleur verte, chez d autres 
enfin de la couleur bleue (violette). Ges donnees seront utilisees dans la suite de 
ce travail. 

7. Nous n avons parle jusqu ici que des resultats du melange des couleurs 
fondamentales et de celui des couleurs primitives complementaires. Disons 
.actuellement, d apres Helmholtz (Optique physioloyique, trad. Javal-Klein, 
p. 567), ceux du melange de couleurs non complementaires. 

On peut, suivant cet auteur, etablir, a ce sujct, les regies suivantes : 
A. Lorsqu on melange deux couleurs simples, qui soat moins eloigne es dans 
le spectre que deux couleurs complementaires, il en resulte une des couleurs 
intermediaires, tirant d autant plus sur le blanc que I mtervalle entre les 
couleurs employees est plus considerable, et qui est, au contraire, d autant plus 
saturee * que cet intervalle est plus petit. Mais si Ton melange deux couleurs 

1 Une couleur est elite saturee quand elle est aussi pure que possible, c est-a-dire sans 
melange d aucun des autres elements de la lumiere coloree. Par exemple, on a la sensation 
du rouge sature (tlieorie dc Young), quand la fibre elementaire correspondant a 1 excitation 
du rouge entre seule en activite. Veut-on avoir la sensation du rouge sature, il sufiit d e- 
mousser la sensibilite de 1 ajil pour le vert et le violet, en contemplant longtemps du vert 
bleuatre du spectre et en rendant ainsi momentanement 1 oeil aveugle pour les deux couleurs : 
,le regard, porte alors vivement sur du rouge, le voit d un rouge suture intense. 



132 CHROMATOPSEUDOPSIE. 

qui sont plus eloignees, dans la serie spectrale, que des coulcurs complemen- 
taires, on obtient du pourpre ou des couleurs intermediaires entre Tune des 
couleurs melangees et I extremite correspondante du spectre. Dans ce cas, le 
melange est d autant plus sature que 1 intervalle des couleurs dans le spectre 
est plus grand, et d autant plus blauchatre que cet intervalle est plus petit, tout 
en restant superieur a celui des deux couleurs complementaircs. 

B. Le melange de plus de deux couleurs homogenes ne produit plus de nou- 
velles couleurs; le nombre des couleurs est deja epuise parle melange des cou 
leurs simples deux a deux. 

C. Les melanges de couleurs composees donnent, en general, les memes resul- 
tats que ceux des couleurs spectrales de meme nom. Seulement, le melange est 
d autant plus rapproche du blanc que les couleurs melangees sont elles-memes 
plus blanchatres que les couleurs spectrales. 

D. L action simultanee des differentes couleurs sur une meme partie de la 
retine donne une nouvelle serie de sensations colorees qui ne produisent pas isole- 
ment les couleurs simples du spectre. Ces nouvelles sensations sont celles du 
pourpre, du blanc et des degres intermediaires tant entre le blanc et les cou 
leurs spectrales qu entre le blanc et le pourpre. Le rouge pourpre provient du 
melange des couleurs simples qui se trouvent aux extremites du spectre. Cctte 
couleur presente sa plus grande saturation quand on melange le violet et le 
rouge; elle est plus blanchatre ct forme le rose, quand on remplace le violet par 
le bleu et le rouge par 1 orange. Le rouge pourpre, qui devient le rouge spectral 
en passant par le carmin, est tout a fait different du rouge et du violet qui se 
trouvent aux extremites du spectre ordinairement visible; mais il presente a 
1 oeil un passage de 1 un a 1 autre avec des degres intermediaires connus, de 
maniere a rendre circulaire la serie des couleurs sature es, c est-a-dire de celles 
qui out le moins de ressemblance avec le blanc. 

E. Les couleurs spectrales exercent dans les melanges des pouvoirs colorants 
difierents ; on peut dire qu elles possedent des degres differents de saturation 
Le violet est le plus sature; les autres viennent ensuite, a peu pres dans 1 ordre 
suivant : 

Violet. 
Bleu indigo. 

Rouge. Bleu cyanique. 

DrangS. Vert. 

Jaune. 

F. On appelle noir un corps qui ne reflechit pas la lumiere qu il recoit ; Wane, 
celui qui la diffuse toute ; gris celui qui reflechit dans la meme proportion tous 
les rayons lumineux qu il recoit ; colore s il reflechit en plus grande quantite la 
lumiere d une couleur que celle d une autre. Ainsi, dans ce sens, le noir, le 
blanc et le gris sont aussi des couleurs. 

8. La retine est la membrane chargee de la perception de la lumiere et 
de sa transmission au cerveau, par 1 intermediaire du nerf optique et de son 
epanouissement. On sait qu elle se compose d un grand nombre de couches, de 
8 selon selon les uns, de 10 suivant les autres, constitutes de tissus difierents: 
neroeux ou unissants. Les premiers, qui seuls nous interessent specialement 
ici, sont : les fibres du nerf optique proprement dites, et la couche retinienne la 
plus externe, dite des bdtonnets et des cones, en communication directe, sui 
vant Max Schullz, avec la premiere, communication offrant cette parlicularile 
remarquable que, pour les cones, elle se fait au moyen de fibres nerveuses 



CHROMATOPSEUDOPSIE. 133 

e paisses et compose es, tandis que, pour les batonnets, la connexion est etablie 
par des fibres nerveuses minces et simples. 

L examen comparatif de 1 arrangement des cones dans la retine humaine, dil 
ce meme auteur, et de 1 impressionnabilite des differentes parties de la retine par 
rapport aux couleurs, a donne ce resultat remarquable, qu il existe une correla 
tion entre le degre d aptitude a percevoir des couleurs et le nombre des cones 
dans un espace donne de la retine. La plus grande sensibilite sc trouve done dans 
la fovea centralis, on il n y a que des cones. D apres cela, il semble que les cones 
sont les appareils destines plus specialement a la distinction visuelle des diffe 
rentes couleurs, et les batonnets ceux qui nous font apprecier la lumiere en ge 
neral (lumiere blanche) (Resume des recherches sur la structure et la physio 
logic de la retine, par MAX SCIIULTZ (de Bonn.) Journ. de Robin, 1868, p. 113). 
Le meme auteur a decrit la structure en paillettes des batonnets et des cones, 
qui a inspire a Zenker une idee tres-originale quant au role que jouerait cet 
arrangement en paillettes dans la perception des couleurs : la reflexion a laquelle 
cette disposition doit necessairement donner lieu, d apres cet auteur, aurait pour 
effet d arreter plus ou moins completement la propagation des ondes lumineuses. 
Pour arriver a ce resultat, il faut un systeme de surfaces miroitantes telles 
qu elles se rencontrent dans les portions externes des elements ci-dessus, avec un 
ecart de ces surfaces miroitantes de la moitie ou d un multiple de la moitie de 
la longueur de 1 onde Jumineuse en mouvement. 11 faut revenir a 1 epaisseur des 
paillettes et supposer une epaisseur particuliere pour chaque couleur de la partie 
visible du spectre qui, eu egard au coefficient de refraction dc la substance des 
portions externes des batonnets et des cones, sc trouverait dans le rapport voulu 
avec la longueur des ondes lumineuses en mouvement. Les mesures donnees 
pour les paillettes, c est-a-dire environ 0,0005 0,0008 millimetres, corres 
pondent a peu pres aux longueurs des ondes de 1 extremite violette a 1 extre- 
mite rouge du spectre, se propageant dans une substance refractant la lumiere 
plus faiblement que 1 air, et dans laquelle la longueur des ondes est a peu pres 
de 0,0004 0,0007. Cette concordance est certainement remarquable (Arcliiv 
fiir mikrosk. Anat. B. Ill, S. 245). 

9. De quelle facon la lumiere agit-elle sur ces divers elements pour donner 
au cerveau 1 impression de la lumiere et celle des couleurs ? II est generalement 
admis aujourd hui que la lumiere traverse d abord la retine de part en part, sans 
rimpressionner, jusqu a sa couche la plus externe, qui est la coucbe pigmentaire; 
qu elle est ensuite renvoyee a travers celle des cones et des batonnets, qu elle 
impressionne cette fois, puis transmise par les fibres nerveuses du nerf optique, 
avec lesquels cones et batonnets sont en communication, jusqu a 1 organe 
central. 

Nous avons dit que la sensation des couleurs s opere par 1 action des cones 
retiniens. Voici 1 explication que Thomas Young a dounee de tous les pheno- 
menes se rapportant a cet acte physiologique. 

A. II existe, dans 1 oeil, trois sortes de fibres nerveuses dont 1 excitation donne 
respectivement la sensation du rouge, du vert et du violet; 

B. La lumiere objective homogene excite les trois especes de fibres nerveuses 
avec une intensite qui varie avec la longueur d onde. Celle qui possede la plus 
grande longueur d onde excite le plus fortement les fibres sejisibles au rouge, 
celle de longueur moyenne les fibres du vert, et celle de la moindre longueur 
d onde les fibres du violet ; 



154 CHROMATOPSEUDOPSIE. 

C. Chaque couleur spectrale excite neanmoins toutes les especes de fibres,, 
mais avec une intensite differente : 

a. Le rouge simple excite fortement les fibres sensibles au rouge et faiblement 
les deux autres especes. Sensation : rouge. 

b. Le jaune simple excite moderement les fibres sensibles au rouge et au vert, 
faiblement celles du violet. Sensation : jaune. 

c. Le vert simple excite fortement les fibres du vert, bien plus faiblement les- 
dcux autres especes. Sensation : vert. 

d. Le bleu simple excite moderement les fibres du vert et du violet, faiblement 
celles du rouge. Sensation : bleu. 

e. Le violet simp i? excite fortement les fibres qui lui appartiennent, faible 
ment les autres. Sensation : violet. 

f. Le blanc ou les couleurs blanchatres sont le resultat de 1 excitation a peu prcs 
egale de toutes les fibres. 

On obtiendrait les memes avantages pour 1 explication des faits, dit Helm 
holtz, en admettant que chaque fibre peut servir a trois actions completement 
distinctes et independantcs Tune de 1 autre ; mais, comme la forme primitive et 
plus palpable de I hypotliesc telle qu elle a etc etablie par Th. Young, permet de 
micux fixer les idees et le langage, il est plus avantageux de la conserver. 

Commc consequence des donnees ci-dessus, nous pouvons poser les principes 
ci-apres dans lesquels elles se resument : 

1 Toule perception colore e est la resultante de la perception, a divers de- 
gres, des trois couleurs fondamentales. Les couleurs intermediates, ainsi 
produites, sont done la resultante de perceptions complexes re parties entre les 
divers ordres de fibres pre pose es a leur admission. La notion de la couleur 
blanche se produit par une irritation e galement intense des trois especes de 
fibres admises et celle de la coulenr noire par I absence de toute irritation. 

2 Si I une des couleurs fondamentales nest pas percue, la perceptibilite de 
Tceil aux autres doit etre modifiee par I absence de la premiere, et, dans ces 
cas, la perception des couleurs est la resultante des impressions combiners de 
deux coideurs fondamentales au lieu de trois. Les modifications subies par rim~ 
pression des couleurs en general trouvent alors leur explication dans la non 
perception de la couleur de faillante. 

La theorie de Young, en effet, repond de facon suffisamment satisfaisante aux 
differents problemes poses par la question, si complexe, des couleurs, et est une 
base reelle pour 1 explication de la chromatopseudopsie et des phenomenes si 
divers qui resultent de cette anomalie visuelle. L anatomie, il est vrai, n a pas 
encore donne la demonstration de 1 existence des trois especes de fibres prepo- 
sees, dans les cones retiniens, a la perception des trois couleurs fondamentales, 
mais elle a deja fait cependant un pas dans cette voie, en etablissant, ainsi que 
nous 1 avons dit plus haut (8), que les cones communiquent avec les fibres op- 
tiques au mojen de fibres nerveuses e paisses et compose es, alors que les baton- 
nets, n ayant dans leurs attributions que 1 interpretation de la lumiere simple, 
n y sont rattaches que par des fibres minces et simples. 

Un argument en faveur de cette hypothese, c est 1 explication donnee par 
Helmholtz du mecanisme de 1 audition. De meme que les fibres de Th. Young 
servent a percevoir la rapidite d oscillation de la lumiere, c est-a-dire la couleur, 
de meme les fibres de Corti permettent de distinguer la rapidite d oscillation 
sonore : cette hypothese de Helmholtz a recu tout recemment une confirmation 



CI1ROMATOPSEUDOPSIE 135 

inattcndue par les observations faites directement sur certains decapodes. Ainsi, 
de deux hypotheses analogues, 1 une est etablie d une maniere incontestee ; 
comment se refuser a admettre 1 autre, qui rend si simplement conipte de tous 
les fails de la perception des couleurs? (Javal). 

10. Qiioi qu il en soit, la theoric Young-Helmholtz cst aujourd hui vigou- 
reusement combattue par des arguments tires de 1 examcn des sujcts atteints 
accidentellement de chroma topseudopsie par cause pathologiquc. La principals 
objection empruntee a 1 observatiou de ces cas et qui a etc recemmcnt soulevee 
par M. Holmgren, c est que les sujets affectes, par le fait d un travail morbide, 
de cecite pour le rouge, ou A ane rythropsie, appelleiltjazmes les tons jauncs et 
verts, taudisque, dans 1 hypothese de Young, ils devraicnt les appeler^erte. Et, 
en effet, la sensation du jaune resultant d une excitation a peu pres egale des 
fibres uervcuses sensibles au rouge et des fibres sensiblcs au vert, et d une exci 
tation 1 aible des fibres du violet (ou du bleu), il s ensuit que, dans 1 anerythropsie 
par 1 exclusion des fibres sensibles au rouge, c est 1 excitation des fibres du vert 
qui doit etre predominante, et par consequent c est bien 1 aspect du vert que 
devraient presenter aux anerythropes le jaune, ou, a plus forte raison, le vert. 
M. Helmboltz avait prevu cette objection: il la refute en i aisant remarquer que 
les sujets affectes de cecite pour le rouge appellant jaunes des tons qui sont 
reellement verts pour leur ceil, parce que les tons leur paraissent plus satures 
que les verts et qu ils contiennent deja un melange relativement plus conside-. 
rable de la troisieme couleur fondamentale (le bleu ou le violet). Dans un recent 
travail, analyse dans les Annales cfoeulistique, t. LXXII, p. 45, 1874, M. Leber 
examine encore d aulres objections, mais c est pour arriver a cette conclusion, 
qu elles n atteignent qne 1 application qu on a voulu faire de cette theoric a la 
cecite des couleurs, en supposant que celle-ci etait determinee par 1 absence ou 
1 insensibilite d une ou de deux especes de fibres nerveuses, mais qu eWe snbsisle 
lout entiere, si Ton admet que, dans la dyschromatopsie, les diverses categories 
de fibres existent et fonctionnent, mais que leur irritabilite pour certaines lon 
gueurs d onde est diminuee ou pervertie. 

Examinons maintenant, ajoule Th. Leber, comment cette seconde hypothese 
s accorde avec les faits enonces. Nous avons vu que les deux couleurs spectrales 
dont les persoimes atteintes de cecite pour le rouge conservent la perception, 
sont le jaune et le bleu. L explication la plus simple semblerait etre qu au lieu 
de trois categories de fibres, ces malades n en possedent que deux. 31ais comme, 
d apres la theorie de Young-Helmholtz, la perception des tons jaunes est produite 
par une excitation d e gale intensite des fibres sensibles au rouge et de celles du 
vert, il n y a pas de raison de supposer qu il en soit autrement pour les yeux 
atteiuts de dyschromatopsie. Done, pour toutes les parties du spectre ou ces yeux, 
reconaaissent le jaune, 1 excitation des fibres du rouge et celle des fibres du vert 
seront a peu pres les memes et 1 excitation des fibres du violet (ou du bleu) sera 
tres-faiblc. L absence de 1 extremite rouge du spectre ne peut s expliqucr que 
par la supposition que non-seulement les fibres du rouge, mais qu aucune des 
fibres de la re tine ne soit excite e par la lumiere rouge. Toutcfois cela n em- 
peche pas que les fibres ne soient sensibles pour la lumiere jaune ou pour toute 
autre plus saturee encore ; si elles ont conserve leur sensibilite physiologiquc 
pour la lumiere jaune, le maximum de clarte coincidera avec le jaune spectral, 
pour 1 oeil affccte de cecite des couleurs, comme pour 1 oeil normal. 

II suit de la que la came de lerminante de la cecite conge nitale pour les con- 



136 CHROMATOPSEUDOPSIE. 

Ceurs, etpeut-etre aussi celle de la cecite acquise, reside non dans I absence on 
dans Vinsensibilite d une certaine espece de fibres nerveuses, mais dans la mo 
dification des courbes d excitation d une ou de plusieurs categories de fibres, 
pour une lumiere d une longueur d onde de termine e. 

Les observations sur lesquelles M. Rose s est base pour contester 1 exaclitude 
de la theorie de Young-Helmholtz, trouvent egalement leur explication dans ce 
qui precede. M. Rose a constate, chez un certain nombre de daltonistes, quele noir, 
ou la couleur confondue avec le noir, occupait dans la table des couleurs des 
positions differentes pour des individus differents ; comme la position du noir 
doit, suivant la theorie qui a cours, correspondre exactement a la couleur fon- 
damentale, qui manque, on serait tente d en conclure a 1 existence d un nombre 
considerable de couleurs fondamcntales, ce qui est inadmissible. Au contraire, 
dans 1 hypothese que nous avons admise, il n y a pas de motif de croire que les 
modifications des courbes d intensite sont les memes chez tous les individus. Cette 
explication peut s appliquer aussi aux observations faites par M. Rose chez les 
personnes soumises a 1 action de la santonine. Je dois, du reste, ajouter que je 
ne m attribue pas la propriete de cette hypothese dont M. Helmholtz avait deja 
reconnu la possibilite. 

Quand la pathologie de la cecite des couleurs se sera enrichie d observations 
nouvelles et surtout d experiences spectroscopiques, 1 hypothese que je viensde 
presenter, et qui n est encore qu ebauchee, pourra recevoir de plus amplesdeve- 
loppements. 

II resulte de ce qui precede que la theorie en vogue a plus d un defaut a sa 
cuirasse. Elle a toutefois pour elle cette circonstance qu apres 1 avoir battue en 
breche, nul auteur n a rien trouve a mettre en son lieu. Nous ne ailerons que 
pour memoire et comme exemple de 1 aberration ou peuvent conduire les idees 
a priori, une doctrine recemment eclose attribuant aux elements retiniens, im- 
proprement appeles cones, la propriete de decomposer les rayons frappant leur 
sommet, a la facon du prisme, et de traduire, en cercles irises, a la base de ces 
cones, le resultat de leur decomposition. Est-il besoin de faire remarquer que, 
malgre le nom qu ils portent, les cones retiniens ne ressemblent que de tres-loin 
au solide geometrique dont on les a fails les homonymes, et que, s il avait plu a 
leur parrain de les appeler racines ou amphores , une semblable pensee 
n eut pu traverser 1 esprit du plus aventureux des faiseurs de systeme ? Mais il y 
a plus fort : Etant admis, ce qui ne se discute plus, que les elements retiniens 
preposes a la perception lumineuse ne sont influences par la lumiere qu apres 
reflexion de celle-ci sur la couche pigmentaire, il se trouve que les rayons, au 
moment ou ils accomplissent leur veritable role, tombent sur la base dudit cone 
et non sur son sommet ! 

M. Dor, se fondant sur ce que les individus affectes de cecite pathologique des 
couleurs sont atteints d une atrophie du nerf optique, consequence d une lesion 
du cerveau, meme de la moelle epiniere, et que, dans ces cas la couche fibrillaire 
et cellulaire du nerf optique et de la retine est atrophiee jusque dans le cerveau, 
mais nullement la couche des batonnets et des cones, et sur cette circonstance, 
au contraire, que, dans les veritables affections retiniennes et dans les choroido- 
retinites, la perception des couleurs est affaiblie, mais nullement pervertie, en 
conclut que le daltonisme est uue affection cerebrale. Conclusion qui ne sa- 
tisfait qu incompletement 1 esprit. Ouand on demande au medecin 1 explication 
d un cas difficile, il a pour ressource ultime ces mots fort usites : Ce sont les 



CHROMATOPSEUDOPSIE. 137 

nerfs. La solution proposee n est-elle pas un peu cela ? Ce n est point d ailleurs 
a M. Dor que cette boutade s adresse, mais bien plutot a M. Szokalski. Get au- 
teur, en effet, ecrivait, des 1840, ce qui suit (Annales d Oculislique, 1840-41, 
t. Ill, p. 99) : La cause immediate de la chromatopseudopsie consiste dans la 
confusion des fonctions (determinatives) du cerveau qui nous fournissent la per 
ception des couleurs. Si done il existe dans le cerveau une portion qui preside 
aux fonctions de la vision, cette portion doit avoir diminue de volume chez les 
personnes atteintes dc chromatopseudopsie. Et M. Szokalski ne s appuyait que 
sur des fails non pathologiques. 

Dans un travail tout recent (Revue me dicale russe, 1874, 1-2), M. Woinow 
emet les propositions suivantes : 

1 . 11 y a, dans la retine, des elements destines a la perception des couleurs 
et d autres reserves a celle de la lumiere; 

2. II y a des elements sensitifs de quatre ordres : pour le rouge, le jaune, le 
vert et le bleu ; 

5. Ges divers elements existent au centre de la retine. A la peripherie, leur 
nombre est moindre, surtout celui des elements destines a la perception du 
rouge et du vert ; 

4. Yers la peripherie, il y a une zone ou les elements pour le jaune et le bleu 
existent seuls; 

5. A la peripherie la plus extreme, il n y a d elements sensitifs que pour la 
lumiere ; 

6. Les sensations fondamentales sont complementaires entre elles : le rouge 
Test du vert ; le bleu, du jaune. 

Nous nous arreterons a la theorie de Young-Helmholtz, qui, si elle n est pas 
absolument inattaquable, n a du moins etc jusqu ici rcmplacee par aucune autre 
moins attaquable qu elle. 

HI. NOMENCLATURE ET SYMPTOM ATOLOGIE. 11. Nous avons dit que 1 ceil normal 
voit les couleurs a 1 aide d elements retiniens appropries, que les cones parais- 
sent specialement preposes a cette connaissance, et qu ils renferment, a cet effet, 
des fibres de trois sortes ayant la propriete d etre impressionne es plus particu- 
lierement, les unes par le rouge, les autres par le vert, les troisiemes par le 
violet. De I lntegrite de ces fibres quant a leur irritabilite pour les longueurs 
d onde depend, en consequence, 1 exercice regulier de la faculte visuelle, en ce 
qui concerne 1 appreciation des couleurs. Est-elle alteree de naissance, la chro 
matopseudopsie est dite conge nitale. L est-elle incidemment par une cause patho- 
logique, elle est dite acquise. 

12. Dans Tun comme dans 1 autre cas, 1 hypothese de Young-Helmholtz, que 
nous avons prise pour guide, nous apprend que : 

La couleur de faillante ne pent etre qu une des couleurs fondamentales, 
car si toutes les couleurs fondamentales etaient percues, toutes les autres pou- 
vantse former par leur moyen existeraient ne cessairement. 

Comme corollaire de cette proposition, et rimportance en est grande au point 
de vue de la recherche de la couleur qui fait defaut, signalons la proposition sui- 
vante, qui n a pas besoin d etre demontree : 

Pour un ozil atteint de ce cite pour une des trois couleurs fondamentales, 
tous les tons que cet osil peut distinguer, y compris le blanc, peuvent s obtenir 
au moyen des deux autres. 



158 CHROMATOPSEUDOPSIE. 

Ainsi, pour une personnc affecte e de cecite pour le rouge, toutes les teintes 
qu elle est susceptible de percevoir et qui sout dues a des melanges d autres 
couleurs, y compris le blanc et le gris, pcuvent se former a 1 aide du violet ou 
du vert. De meme, uu sujet, prive de la fibre verte, ne pourra voir que les com 
bines du violet et du rouge ; de la fibre violette, que les derives du rouge et du 
vert. Cette donnee, qui a suggere a M. Woinow (de Moscou) 1 idee d un appareil 
destine a la determination de 1 espece de la chromatopseudopsie, dont nous par- 
lerons plus loin, servira de base a notre nomenclature. 

On a vu plus haut (9) que toute sensation de couleur percue est la resul- 
tantc de la perception des trois couleurs fondamentales ; qu ainsi, par exemple, 
les fibres plus particulierement impressionnees par les rayons rouges le sont en 
meme temps, mais plus faiblement, par les rayons verts et les rayons violets. 
La notion de la couleur blanche se produit par une irritation egalement intense 
des trois especes de fibres admises, et celle de la couleur noire par 1 absence de 
toutc irritation. 11 resulte de ces notions que : 

Lorsque la perceptivite d une couleur est ane antie, celle des autres doit elre 
modiftee par I absence, de la premiere. 

15. Nous diviserons, en consequence de ce qui precede, les aveugles pour les 
couleurs en quatrc classes, et nous appellerons : 

a. Achromopsie (de a privatif, /pw^, couleur et wipi;, vision), la cecite pour 
toutes les couleurs. 

b. Ane rythropsie (de priv. et spuQpov, rouge) la cecite pour le rouge. 

c. Achloropsie (de priv. et %^opov, vert) la cecite pour le vert. 

d. Anianthinopsie (de a priv. et iav0woj, violet) la cecite pour le violet. 

14. La denomination d achromopsie appartient a la variete de chromatopseu 
dopsie dans laquelle les sujets qui en sont atteints n ont la notion d aucune des 
couleurs du spectre solaire. Pour eux, le chaud coloris des peintures de Rubens 
ou des tableaux de Wiertz ne differe en rieu de la teinte uniforme des severes 
grisailles de Kaulbach. C est toujours 1 image seche fournie par les reproductions 
photographiques. Les fruits sur les arbres, les tleurs au milieu de leurs touffes 
de fcuillage, ne se distinguent du cadre qui les entoure que par la difference de 
la forme. Le teint d un frais visage et 1 azur d un ciel pur n en disent pas davau- 
tage a leurs yeux. 

M. Huddart rapporte le cas d un certain Harris, cordonnier a Maryport, dans 
le Cumberland, qui ne distinguait que le noir et le blauc, et s etait apercu, des 
1 age de quatre ans, de cette defectuosite visuelle. Ayant trouve dans la rue un 
bas d enfant, il le porta a une maison voisine, pour s informer a qui il apparte- 
nait ; il remarqua que les autres 1 appelaient un bas rouge, tandis que lui ne 
comprenait pas pourquoi on lui donnait cette denomination, trouvant 1 objet 
suffisamment indique par le mot bas. Cette circonstance resta gravee dans sa me- 
moire. II remarqua plus tard que les autres enfants distinguaient des cerises qui 
se trouvaient sur un arbre par une prelendue difference dc couleur, tandis que 
lui ne les reconnaissait d avec les feuilles qu a leur dimension et a leur forme 
(Philosophical Transactions, vol. LVII, p. 260. London, 1777.) 

Rosier (Observations sur la Physiologic et I Histoire naturelle. Vol. XIII, 
p. 87, 1779) cite un autre cas analogue. II s agit d un M. Collardeau, passionne 
pour le dessin, ou il reussissait tres-bien aussi longtemps qu il ne s agissait 
que des traits, des contours ou des formes, mais qui, du moment ou il voulait 
les enluminer, ne faisait que defigurev son ouvrage. II ne voyait dans ses ta- 



CHROMATOPSEUDOPSIE. 150 

bleaux qu un melange bien proportionnd de clair et d obscnr, ties gradations 
bien coordonnces d unc meme nuance, la ou des yeux bien organises n aperce- 
vaient qu un rapprochement bizarre ct sans gout de diffcrentcs coulcurs. 

Un troisieme cas a eterapporte par M. d Hombres-Firmas (Comptes rendusde 
I Acade mie des sciences, 1849, 2 e partie). Get homme, dit 1 historien, pei- 
gnait passablement et il avait peint dans sa chambre des panneaux sur lesquels 
les terrains, les arbres, les maisons et les personnages etaient points en bleu. 
Enfin, M. Galezowski (Diagnostic des maladies des yeux par la chromato- 
scopie re tinienne, 1868, p. 145) cite un quatrieme fait du meme genre, celui 
d un homme de lettres qui lui aurait declare que, depuis son enfance, il etait 
prive de la notion des couleurs, et que tons les objets lui paraissaient noirs, 
gris ou blancs. 

Portee a un semblable degre, cette anomalie est extremement rare, puisqu oii 
n en connait guere que les cas que nous venons de citer et doat le troisieme et 
le quatrieme ne sont rien moins que probants. Chez les sujets ainsi affectes, 
c est aux batonnets seuls que serait de volue la fonction visuelle tout entiere. 
Conclusion peut-etre hasardee, si Ton veut bien songcr que, dans 1 e tat actuel 
de la science, les cones ne seraient charges que de la perception de la lumiere 
coloree, tandis que les butonnets recevraient 1 impression de la lumiere gene- 
rale! Comment, en effet, concilier semblable assertion avec 1 absence complete 
de batonnets dans la fovea centralis, qui, de la sorte, serait inapte a percevoir 
la lumiere generale ? On dira sans doute que, la lumiere composee pouvant etre 
le resultat de 1 impression uniforme des trois sortes de fibres des cones, ceux- 
ci s y suppleent aux batonnets. Mais alors les batonnets n ont done pas seuls la 
propriete de recevoir 1 impression de la lumiere generale? Quoi qu il en soit, 
une autopsie de sujet affecte d achromopsie, qu il faudra vraisemblablement 
attendre longtemps, vulararete des cas, feraitavancer la question, en monlrant, 
si 1 hypothese actuelle est valide, une retine absolument depourvue de cones. 

15. Les sujets atteints de 1 unedes trois autres classes de la chromatopseudo- 
psie (anerythropsie, achloropsie, anianlhinopsie) offrent ceci de particulier que 
toutes les couleurs, toutes les teintes qu ils sont susceptibles de percevoir, s ob- 
tiennent par la combinaison des deux teintes qui ne leur manquent pas. Ainsi, 
le sujet atteint de cecite pour le rouge ne verra que les composes de vert et de 
violet, et ainsi pour ceux affectes de cecite respectivement pour le vert ou le 
violet. Cette loi serait mathematiquement cxacte, si les fibres aflectees a la per 
ception d une couleur etaient exclusivement chargees de cette perception : mais 
on sait qu il n en est rien et nous avons vu plus haut, par exemple (9), que le 
rouge simple excite fortement les fibres sensibles au rouge et faiblement les 
deux autres especes. Cela suffit seul a demontrer que 1 anerythropsie, 1 achloro-/ 
psie et Fanianthinopsie pures ne sont, dans la nature, que des mythes introu- 
vables. Tout, en effet, s y resout par des approximations. 

Voyons ce qui se passe, a cet egard, chez les aveugles pour le rouge (Dalto- 
nisme des Francais. Anerythropsie, id. Rothbiindheit des Allemands), c est-a- 
dire chez les sujets affectes d absence ou de paralysie des nerfs sensibles au 
rouge. Les individus, dit Helmholtz (Optique physiologique, edit, frangaise, 
p. 588, edit, allemande, p. 594), chez lesquels cet etat est completement deve- ; 
loppe ne voient dans le spectre que deux couleurs, qu ils designent ordinaire- 
ment sous les noms de bleu et de jaune. A cette derniere, ils rapportent tout le 
rouge, 1 orange, le jaune. et le vert, llsappellent gris les tons bleu verdutre et 



140 CHROMATOPSEUDOPSIE. 

nomment bleu tout le rcste. Quand le rouge extreme est faible, ils ne le voient 
pas du tout. Ils ue le voient que lorsqu il est intense. G est pour ce motif qu ils 
indiquent ordinaircment comme limite du spectre une partie oil les yeux nor- 
maux voicnt encore distirictement un rouge faible. Parmi les couleurs des corps, 
ils confondent le rouge (c est-a-dire le cinabre et 1 orange rougeatre) avec le 
brun et le vert. Ils ne distinguent pas le jaune cVor du jaune, ni le rose du 
bleu. Cependant toutes les couleurs resultantes, qui paraissent semblables a 
1 ceil normal, paraissent de meme malgre 1 anerythropsie. J. Herschell avail 
dep emis, pour le cas de Dalton, 1 opinion que toutes les couleurs qu il distin- 
guait pouvaient etre considerees comme composees de deux couleurs fonda- 
mentales au lieu de trois. Cette opinion a ete confirmee recemment par 
Maxwell, a 1 aide de ses disques rotatifs. Four 1 anerythropsie, il ne faut que 
deux couleurs, telles que le jaune et le bleu, outre le noir et le blanc, pour 
etablir sur le disque 1 equivalence de toute autre couleur. Tous les tons que 
pent percevoir un ceil qui confond le rouge avec le vert peuvent s obtenir au 
moyen du melange de deux couleurs, le jaune et le bleu. Enfin, si le rouge et 
le vert paraissent identiques, comme les melanges de couleurs de meme aspect 
donnent des couleurs de meme aspect, il faut, de plus, que les melanges d une 
quantite determinee de jaune, avec une meme quantite quelconquc d une des 
couleurs composees de rouge et de vert, qui sont equivalentes entre elles pour 
I o3il atteint d anerythropsie, forment des couleurs resultantes presentant toutes 
le meme aspect pour cet ceil. Mais, comme on peut composer avec le jaune etle 
bleu, pour l ceil normal, une des couleurs composees de rouge et de vert, ce me 
lange peut etre substitue, pour I oeil affecte d anerythropsie, a toutes les couleurs 
composees de rouge et de vert. II suit de la que, pour un oail de ce genre, on peut 
former avec le jaune et le bleu toutes les couleurs provenant du jaune, du rouge 
et du vert. On peut demontrer pareillement qu il en est de meme pour tous les 
melanges de bleu, rouge et vert. Comme enfin le rouge, le jaune, le vert et le 
bleu permettent de composer tous les tons perceptibles par un ceil normal, dans 
1 anerythropsie, il suffit du jaune et du bleu. 

Nous avons vu plus haut (6) que, pour un ceil normal, la reconstitution de la 
lumiere blanche (couleur g rise) peut s operer par la rotation rapide de disques 
revetus, suivant des etendues proportionnees, de secteurs occupes par les trois 
couleurs fondamentales, et nous avons donne des equations representant ces 
proportions. Pour des yeux insensibles au rouge, ou n etant doues pour cette cou 
leur que d une tres-faible sensibilite, ce qui est Je cas habituel pour 1 anery 
thropsie, qui n est jamais absolue et ne saurait 1 etre, la quantite de rouge 
necessaire pour leur equation doit notablement augmenter. Voici, comme 
example, une equation d apres Holmgrem : 

ROUGE. VERT. BLED. BLANC. NOIR. 

200* + 85 + 77 = 60 -*- 300* 

M. Woinow va meme beaucoup plus loin : il pretend que le sujet auquel 
manque 1 un des elements de perception ne doit naturellement former son blanc 
(ou gris) que des deux autres elements foudamentaux, principe viai en the orie 
et pour les cas purs, mais faillible dans la pratique, a cause de la rarete de ces 
derniers. 

16. Tout ce qui precede s applique, en tant que principes et aux couleurs 
pres, aux deux autres classes de la chromatopseudopsie, a 1 achloropsie et a 



CHROMATOPSEUDOPS1E. 141 

1 anianthinopsie, et nous n y insisterons pas. Nous aurons neanmoins a nous 
arretcr un instant sur cette derniere classe, a cause de la facon artiticielle dont 
elle peut eti e determinee par 1 emploi de la santonine. Afin de produire lapide- 
mcnl nne action qui ne soit pas de Irop longue duree (Helmholtz, Oplique phy- 
sioloyiqiii:, edit, francaise, p. 597), on fait prendre de 55 a 65 centigrammes 
dc santonale de soude. La modification commence apres dix a quinze minutes 
et dure quelques heures ; elle est accompagnee d envies de vomir, d une grande 
I aliguc et d hallucinations de la vue, de sorte que 1 experience n est pas sans 
dcsagremcnt. Avec des doses plus fortes, on peut tuer des animaux. La modifi- 
calion qui survk-nt dans la vue parait devoir etre attribuee dans son ensemble 
a la suppression <lu violet : les objels eclaires sont vus en jaune verdatre, les 
surfaces obscures en violet, mais rextremite violette du spectre a disparu : le 
sysleme des couleurs est devenu dichromatique ou a peu pres. Avec une inten- 
site lumineuse moderee, on peut obtenir des equivalences de couleurs pendant 
1 ivresse de la santonine, taudis qu a un fort eclairage cela n est pas possible. 
Ges equivalences de couleurs ne restent pas constantes pendant longtcmps : 
1 etat se modifie continuellement d unc maniere assez sensible. Ge sont les me 
langes jaunes et violets qui paraissent identiques. 

M. Max Scbultze (aracterise ainsi les phenomenes produits par la santonine : 
1 Reduction du spectre aux depens de son extremite violette, pouvant aller 
jusqu a determiner dans la retine une insensibilite complete pour les rayons 
bleus; 2 Reduction analogue, mais ordinairement beaucoup moindre, du spectre, 
aux depens de son extremite rouge; 5 coloration jaune ou jaune verdatre des 
objets percus; phe nomenes qu il expliqu