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A gift of
Associated
Medical Services Inc.
and the
Hannah Institute
for the
History of Medicine
DIGTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
UES
SCIENCES MEDICALES
PARIS. TYPOGRAPHY A. LAI1URE
Rue de/leurus, 9.
DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
DF.S
SCIENCES MEDICALES
COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS
ARCIIAMBACLT, ARLOIXG, ARXOULD (j.) , ARXOZAX, ARSOXVAL (D ), AURRY (j.), AXEXFELD, BAILLARGER, BAILLOX,
BALU1AXI, BALL, BARTII , BAZIX, BEAUGRAXH, BECLARD, BEIIIER, VAN BEXEHEX, BERGET., BERXHEIM, BERT1LLON,
IJERTIX, UESXIER (ERNEST), BLACIIE, BLACIIEZ, BOIXET, BOlSbEAU, BORDIER, BORIL S, BOCCIIACOURT, Cll. BODCHARD,
BOUCHERE4U, BOUISjOX, BOULAXD (P.), BOULEY (ll.), BOUREL-ROXCIERE, BOURGOIN, BOURSIER, BOCSQL ET, BOUVIER,
ilOYER, BUOCA, BROCIH.N, BHOUARDEt., BRO WX-SEQUARD, BCRCKER, BlSSAIUl. CALMEIL, CAMPANA, CARLET (C.). CERISE,
CIIAMbARD, CIIARCOT, CUARVOT, CIIASSAIGXAC, CHAUVEAL , CIIAL VEL, CIIEREAU, CIIOLPPES, CHRETIEN, CIM!ISTIA X ,
COLIX (L.) ( CORXIL, COTARP, COUI.1ER, COURTY, COYXE, DAI.LY, DAVAIXE, DECIIAMBRE (A.), DEI I N - ,
HELIODX BE SAVIGXAC, DEI.ORE, DELPECII, DEMAXGE, DENONVILLIEnS, IlEPAUL, DIDAY, DOLBEAU, DLBUISSOX, DUCAZAI,
DUCLAUX, DL GUET, DUPLAY (S.), DUREAU, DUTROULAC, DUWEZ, ELOY, ELY, FALRET (}.), FARABEL F, FELIZET, FEI .IS,
FE^.RAXD, FOLUX, FONSSAGRIVES, KOURXIER (E.), FRAKCK (FRAXgOI>j, GALTIER-BOISSIERE, GAR1EL, CAYET, GAYRAUP,
OAVARKET, GERVAIS (P ), GILLETTE, GIRADD-TEULOX, GORI.EY, GODEI.IE I ., II RANCIIi: n , CRASSET, GIIEEMIILL, GIllSOLLE,
GUBLEP., GUEMOT, GUERARD, 6UILLARD, GUILLAUJIE, GUII.LEMIX, GUYOX (f.) , IIAIIX (L.), IIAMELIX, I1AYEM, IIECIIT,
IIECKEL, UEXXEGUY, HEXOCQUE, UEYDENREICII, HOVELACQUE, HUMBERT, 1SAMUEHT, JACQUEMIER, KEI.SCU, KRI~-IIM.il;.
LABUE (l.EOX), LAUBICE, LALORDE, LABOUL11EXE, LACASSAGXE, LAUREIT HE LACIIAKRIEIIE, LAGNEAC (G.), LAXCEREAUX,
LARCIIER (0.), LAVERAN, I.AVERAX (A.)I LAYET, LECI.ERC (L . ), LECORCIIE, LEDOUBI.E, LEFE VRE (ED . ), LE FORT (LEOx),
t.EGOUEST, LEGOYT, LEGROS, I.EGROUX, LEHELOULLET, LE HOY Dli MEI .ICOURT, LETOURNEAU, I.EVEX, LEVY (MICHEL),
I.IEGEOIS, LIETARP, L1XAS, LIOUVILLE, LITTRE, LUTZ, UAGITOT I E.), MAIIE, MALAGL TI, UARC1IAXD, MAI. I Y, MARFIXs,
MATU1EU, MICHEL (DE NANCY), UII.LARD, HOI.LIERE (DANIEL), MOXOO (CII.), 1IOXTAMEH, MORACIIE, MOREL (B; A.
XICAI--E, XUEL, OBEDENARE, OLL1ER, OMUL S, ORF1LA (L.), OLSTALET, 1 AJOT, PAI .CIIAI PE, PARROT, PASTEUR,
PADLET, PERRIX (^MAURICE), PETER I M.), PETIT (.\.}, PETIT (L.-II. ), PEYROT. PIXARD, PINGAUD, PLAXCIIOX, POLA1LLOX,
POTA1X, POZZI, RAULIX, RAYMOXD, REGNARD, I .EGXAULT. REXAUD (.1 .) , IIENAIT, I .LXDU, RENOO, REYXAL, R1CIII .
RITTI, ROBIX (ALBEP.T;, ROBIN (CH.), DE HOCIIAS, ROGER (n.), KOLLET, P.OTUREAU, ROUGET, ROYER (CLEMENCE),
SAINTE-CLAIRE DEVILLE (II.;, SANXE, SAXSOX, >A1VAI,E, SCIIUTZEXBERGER (Cll.), SCIIUTZKXIIERGER (P . ) , SE1I1LLOT,
SEE IMARC), SERVIER, SEYXES(l)E,, SIRY, SOUBE1RAX (t.J, SPILI.MAXX (K.), - 1 |. riUMlS (cl.ON). STRAUSs (II.),
TABTIVEL, TESTELIX, THOMAS (L.), TILLAUX (p.), TOURDES, TRELAT (u.), TRIPIER (LEON), TROIS1EU, VALL1X, VELPEAU,
VEP.XEUIL, VEZIAX, VIALD GRANll-MARAlS, V1DAL (EM.), VinA J V1LLEMIX, V01LLEM1ER, VULPIAX, WAHLOMOXT,
W1IIAL, WILLM, WORMS (j.), WOllTZ, ZUUEII.
DIRECTEUR : A. DECIIAMBRE
SECRETAIRE DB: LA REDACTION : L. HAHN
PREMIERE SERIE
A E
TOME TRENTIEME
D[U DYN
wnowlquts
PARIS
G. MASSON
LIBI .AIRE HE LACADEM1E DE MEHECIXE
Bouleiard Saint-Germain, en face de I Ecole de IKdecine
P. ASSELIN ET C ie
L1URAIRE DE LA FACULTE DE MEUECINE
Place ile 1 Ecole de-Medecine
MDCCCLXXXIV
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30
DICTIONNAIRE
ENCYCLOPEDIQUE
DES
SCIENCES MEDICALES
im HI TIOI rs. I. DEFINITION. MODE D ACTION. UNIFICATION-. On
designe sous ce nom tous les agents medicamenteux et les moyens llinapeu-
tiques qui augmentent la diurese, c est-a-dire la secretion de 1 urine, ;n:riiN
stimulants de la fonction des reins, qu ils exagerent plus ou moins en lui
faisant depasser son niveau habituel ou actueL 11s appartiennent a la grande
classe des hypercriniques, dans laquelle sont ranges nos medicaments destines
a rendre plus active et abondante la secretion des glandes a conduit excreteur,
comprenant les sudorifiques, les sialagogues, les galactagogues, etc., etc.
Le mot diuretique est grec, twpr-iy.6;, ct il a ete introduit dans notre langue
avec sa signification antique.
Des la plus haute antiquite, eneffet, les medecins distinguaicnt parmi les medi
caments qu ils employaient ceux qui font uriner avec abondance, et savaient les
administrer a propos dans les hydropisies principalement, pour evacuer nu
dehors les aquosiles en exces dans 1 organismc.
Hippocrate, qui faisait de 1 urine de ses malades une etude si minutieuse au
point de vue clu diagnostic et du pronostic des affections morbides, a pu ju^er
sairiement des effets therapeutiques de quelques me dicamcnts diuretiques. 11
prescrivait volontiers les boissons aqueuses, le nitre, la scille, le vin blanc, etc.,
pour obtenir la diurese, lesquels figurent encore aujourd hui parmi nos meil-
leurs stimulants du rein, ainsi que je 1 indiquerai bientot.
Galien de son cote vantait, a 1 exces peut-etre, le vinaigre et le vin scillitiques,
excellents remedes, toujours en honneur dans nos prescriptions.
Bien des noms nouveaux furent ajoutes, depuis 1 eporjue ou vivaient ces grands
homines, sur la liste des agents diuretiques; mais je dois epargner au lecteur
leur enumeration faslidieuse, sans le moindre interet d ailleurs.
Si done Ton consultait cette liste, tres-longue, je le repete, on pourrait
croire que nous sommes admirablement pourvus et plutot embarrasses d ordi-
D1CT. FJNC. XXX. 1
2 DIURETIQUES.
naire dans le choix de 1 arme a manier. II n en est rien. Cette richesse n est pas
reclle, et notre matiere medicale est au contraire extremement pauvre endiure-
liques energiques et surs.
Est-ce a dire, comme certains auteurs modernes 1 ont ecrit, que nous n en
possedions aucun et qu il faille renoncer a une medication puissante, inscrite
dans tons nos traites de therapeutique ? Non, certes; une pareille reaction
centre les idees anciennes serait excessive.
Comme toutes les glandes et les tissus de 1 economie le rein est excitable; sa
fonction peut s exalter d une facon morbide, ou bien encore sous 1 influence de
certains stimulants, et ceux-ci sont bien alors des diuretiques.
Qu on augmente, a 1 exemple de Goll (de Wurtzbourg) , la pression sanguine
dans 1 aorte chcz un animal, aussitot 1 ecoulement d urine par 1 uretere devient
plus abondant, et il est, en general, proportionnel a 1 e levation de cette
pression, comme 1 indique le tableau suivant, resumant une experience
pratiquee sur un chien :
( 57 millimetres. . 2e ,OG I ,-.
Pression. . . 3 119 millimetres ..... 4-92 ^oulement ,1 urine par 1 uretere
159 m.llimetres ..... 9 gr. )
Cette elevation de pression dans 1 aorte ou les vaisseaux renaux, nous pouvons
1 obtenir par nos toniques vasculaires aussi surement que le vivisecteur dans ses
operations, par consequent c est nier 1 evidence que de refuser 1 action diure-
tique a quelques-uns de nos medicaments : aussi bien 1 article que je vais ecrire
a-t-il parfaitement sa raison d etre.
Mode traction. Nous sommes acluellement encore assez mal au courant de
la physiologic du rein. On a mis en avant bien des hypotheses ingenieuses sur
son fonctionnement, plus ou moins justitiees par I experimentation ; mais enfm
ce ne sont que des visees de 1 esprit, acceptables aujourd hui, devenues fausses
demain. Aussi bien, puisque nous ignorons a peu pres la fac,on dont se forme
1 urine dans Total physiologique, il me parait difficile d emettre autre chose que
des conceptions theoriques sur Faction des medicaments qui rendent plus active
la formation de cette humeur. Quoi qu il en soit, je vais essayer de presenter
1 etat actuel de la science sur ce point.
II est parfaitement exact que le rein est un organe d excre tion, qui enleve
au sang une certaine fraction des dechets de la nutrition, puis quelques substances
etrangeres a 1 economie ayant penetre accidentellement dans cette humeur et,
enfin, son exces d eau.
Au glomerule de Malpighi parait devolu le role d extraire 1 eau, a la maniere
d un filtre, tandis que, suivant Heidenhain, la separation des materiaux propres
de 1 urine se ferait dans les canalicules renaux pourvusd un epithelium a baton-
nets, c est-a-dire dans les tubes contournes et dans la grosse branche des con
duits de Henle.
Les cellules epilheliales a batonnets deviendraient les organes actifs d excre-
tion, charges d enlever au sang 1 uree, 1 acide urique, les sels de 1 urine et autres
materiaux coristitutifs de 1 urine.
Dans cette maniere de voir, proposee il y a quelques annees, le rein serait
bien un filtre, mais un filtre intelligent, bioiogique, si je puis m exprimer ainsi,
et non plus le filtre banal du chimiste, ce qui me paruit tres-admissible.
Ai-je besoin d ajouter maintenant que le fonctionnement du rein varie avec
DIURETIQUES. 5
1 etat de sa circulation; qu une certaine activite dc cette circulation, qu une
tension particuliere du sung, favorisent sa fonction et que des conditions opposees :
stase sanguine ct depression circulatoire, la diminuent ou 1 anniliilent ?
Ces conditions physiologiquesetant donnees, jepensequcl on peut comprendiv
1 action des diiireli jues de la faeon suivante :
Certains d entre eux rendeut la masse du sang plus considerable, augmentent
ainsi sa tension et obligent le glomerule a doubler son activite pour retablir
1 equilibre ; ceci est une necessite vitale, une sorte d epuration obligee.
Un pareil resultat s observe apres 1 ingestion de 1 eau, Tun de nos plus puis-
sants diuretiques, et de toutes les substances qui renferment de grandes propor
tions de ce liquide; apres toutes les transfusions un pen abondantes de sang, de
lait, etc. ; toutes les fois, en definitive, que le systeme vasculaire est en etat de
plethore.
D autres diuretiques agissent non plus sur le contenu des vaisseaux, mais sur
ces vaisseaux eux-memes, augmentent par leur intermediate la tension du san_: :
d ou encore la necessite d une action plus grande des glomiTules et la filtration
plus abondante du fluide qu ils elaborcnt. La digitale, la scille, les deux diure
tiques dont on ne saurait raisonnablement contester 1 action puissanle, ont sans
doute une pareille action.
Enfin, il est un certain nombre de substances qui s eliminnit a travers les
reins, extraites du sang peut-etre par ces cellules a batonnets, dont j ai signale
tout a 1 heure le role pbysiologique important ; ces substances peuvent agir topi-
quement et stimuler sa fonction, comme les aliments sapides font secreterabon-
damment la salive et le sue gastriquc. Je -citerai les balsamiques, les cantha-
rides et les sels neutres (vraisemblablement) : azotates de soude ou de polasse,
acetate de potasse, chlorate de soude ou de potas-e. dr. Tontefois, a propos de
ces derniers sels, je dois dire qu on a invoque uuc action physique particuliere,
raise en lumiere par certaines experiences de Poiseuille, et imagine une theorie
bien subtile de leur action diuretique.
Get experimentatcur ingo nieux ayant demontre, en effet, que recoupment des
liquides dans les tubes inertes est favorise par certains sels : le bromure de
potassium, le nitrate de potasse, 1 azotated ammoniaque, etc., pensa que 1 action
diuretique de ces medicaments devait etre toute mecanique, et se rcsoudre a une
filtration plus rapide du liquide urinaire a travers son emonctoire, le rein.
Je demanderai alors aux partisans de cette theorie comment ils expliquent les
echecs nombreux des sels neutres presents pour exciter la diurese. Une loi
physique est immuable, et toute action qui derive de cette loi est constante. De
telle sorte que, si le nitre agissait reellement en vertu de la loi de Poiseuille, il
devrait avoir des effets invariables : or il n en est rien.
Et puis voici que, d apres Poiseuille, 1 alcool retarde 1 ecoulement des liquides
dans les tubes : or c est cependant un diuretique puissant.
Jusqu a nouvel ordre, bornons-nous a croire que les sels neutres stimulent
le rein en le traversant pour s eliminer. L organe repond plus ou moins a
cette excitation, ou ne repond pas du tout; il en est ainsi de tous les actes
vitaux qu impressionnent tres-differemment suivant les sujets leurs modifica-
teurs designes : c est ce qui a donne lieu a la theorie de 1 idiosyncrasie thera-
peutique.
Classifications. Ce chapitre de 1 histoire des diuretiques a singulierement
exeroe la sagacitt3 des therapeutistes : aussi bien la plupart ont-ils propose une
4 DIURETIQUES.
classification differente et individuelle. Je n entreprcndrai pas de relater ici tous
ces projets d edifices abatir sur le sable, et je pense que le lecteur mesaura gre
de lui epargner la lecture de documents steriles.
On ne peut songer a classer dans un ordre bien naturel les diuretiques qu au-
tant que leur mode d action propre sera parfaitement connu. Or, nous sommes
loin, tres-loin de cette connaissance approfondie. Le probleme est complexe etil
ne sera resolu qu apres des recherches patientes et nombreuses, dans des condi
tions d une difficulte inoui c.
Done je considere comme purement artificielles les classifications souvent
citees de Golding Bird, qui divise les diuretiques en hydragogues, c est-a-dire
agissant sur les parties aqueuses de 1 urine, et en nitragogues, c est-a-dire
augmenlant 1 excretion d uree; de Bouchardat, qui simplement les range sous
deux litres : D. vegetaux et D. mineraux ; de Rabuteau et See, qui admettent
5 groupes : les diuretiques dialytiques, mecaniques ct mixtes, ces derniers ayant
un pied dans les deux camps, etc.
Si j avais un choix oblige a faire dans les diverses classifications proposees
jusqu ici, j opterais de preference pour la division indiquee par Barrallier, laquelle
a 1 avantage de la simplicite, en memo temps qu elle s appuie sur les donne es
physiologiques les plus probables. Suivant ce medecin distingue, les diuretiques
agissent : 1 en augmentant la masse du sang; 2 en modifiant mecaniquement
la circulation; 5 en excitant directement la secretion renale.
On pourrait, je crois, simplifier encore cette classification, car les diuretiques
qui agissent en augmentanl la masse du sang et ceux qui infiucncent me cani-
quement la circulation ont au fond le meme mode d action : il? donnent au
fluide sanguin plus de tension : passive dans un cas, active dans 1 autre.
De sorte qu il n y aurait en realite, suivant cette maniere de voir, que deux
groupes de diuretiques : les uns, simples stimulants des elements actifs, excre-
teurs, de la glande (cellules a batonnets) ; les autres, agents mecaniques augmen
tant la tension du sang dans les vaisseaux, et forgant les glomerules a plus
d energie d action.
Aux premiers on pourrait donner le nom de diuretiques vrais ou directs,
ouragogues, le mot exisle dans la litterature grecque : o\>pa, ayw, et il aurait
1 avantage de se rapprocher de vocables analogues usites entherapeulique: siala-
gogues, galactagogues, etc.; toutefois, c est malheureuseument un neologisme
d une euphonie imparlaite; les seconds seraient par centre les diuretiques indi-
rects ou mecaniques.
Mais, en definitive, les agents des deux groupes ne sont que des stimulants,
dont 1 action porte tantot sur les corpuscules de Malpighi, tantot sur les ele ments
cellulaires des tubuli, etqui developpent en outre dans le rein, primitivement ou
secondairement, des modifications vasculaires : d ou il suit que leurs modes
d action intimes sont bien pres de se confondre. En effet, toute action hypercri-
nique resulte necessairement d abord d une excitation de 1 organe se creteur et
ensuite d un appel de sang propre afournir les elements de la secretion, cequ on
traduit generalement par les mots de congestion physiologique.
II. ENUMKRATIOX. PREMIERE CLA.SSE : agents mecaniques. Sous la reserve
que ma classification est plutot ici d ordre didactique ou descriptif, voici 1 enonce
des principaux medicaments diuretiques de ce groupe, dans lequel on peut,
d apres ce qui vient d etre dit, introduire deux subdivisions : 1 les diuretiques
DIURETIQUES. 5
par plethore vasculaire ou transfusants ; 2 les diuretiques vaso-moteurs ou par
tension active.
Premier groupe. L eau et tous les liquides Ires-charges d eau, tels que : les
tisanes d orge, chiendent, queue de cerise, graine de lin, guimauve, saponaire,
buglosse, bourrache; le petit-lait, les bouillons de veau et de poulet, 1 oxycrat,
les limonades, etc, etc., pris a haute dose, font uriner; ce sont les diuretiques
aqueux, delayants, antiphlogistiques, des ancicnnes pharmacope es. Toutes ces
substances sont reellement diuretiques a dose suffisante, mais elles doivent cette
propriete plutot a leur eau qu a eile-meme, a 1 eau, puissant agent de diurese,
quoi qu en ait dit Sandras, qui nie formellement cette action.
N est-ce pas 1 eau seule encore qui devient 1 eleinont de diurese dans cette
grande classe des eaux medicales d une mineralisation insignifiante, si van tees
a bon droit dans bon nombre d affections uro-geni tales dans lesquelles il taut
provoquer un flux d urine propre a laver les voies urinaires : Contrexeville,
Vittel, Evian, Saint-Simon (d Aix), Capvern, etc., etc.?
C est encore 1 eau qui provoque la diurese lors des cures de lait, de petit-
lait, de raisin. Et si Ton a reconnu parfois an sucre, ;i la manne, a la gomme,
quelques verlus pour activer la diurese, c est sans doute, comme le remarquc
Barraillier, parce que ces substances agissent dans le sang par leurs qualites
endosmotiques, attirant 1 eau des tissus dans les vaisseaux et determinant la
plethore vasculaire.
L eau et les diure tiques aqueux sont indiques dans les etats febriles pour
debarrasser 1 organisme des produits d une combustion exageree; puis chez les
goutteux dont 1 organisme est impregne d acide urique; dans certains cas
d hydropisie, alors qu on redoute une action trop vive des diuretiques vaso-
moteurs ou stimulants ; dans les affections catarrhalesde la vessie et de 1 urethre
a leur periode aigue; toutes les fois, en sommc, qu il faut rejeter au dehors
les materiaux etrangers ou devenus etrangers a 1 economie, et monditier en
quelque sorte nos lissus.
Deuxieme groupe. Nous possedons un certain nombre d agents ou de medi
caments capables d elever la tension vasculaire suffi^amment pour accroitre
1 excretion d urine. Ces medicaments appartiennent naturellement a la grande
classe des vaso-moteurs.
Je citerai en premiere ligne la digitale, la scille, 1 ergot de seigle, le muguet, etc. ,
parmi les agents de notre matiere medicale ; et 1 hydrotherapie froide, ou les
applications du fi oid, comme moyens de diurese veritablement elficaces.
Quelques mots maintenant sur chacune des substances medicamenteuses que
je viens de nommer.
a. Digitale. Je considere les preparations de cette drogue comme les plus
puissants diuretiques que nous ayons a notre disposition. Si 1 on a discule et si
Ton discute meme encore sur les modifications que la digitale apporte a la com
position de 1 urine excretee sous son influence, nul, je crois, ne couteste son
puissant effet diuretique, quand elle est bien maniee : toute la question reside,
en effet, dans une tactique habile, si Ton veut reussir presque a coup sur.
Nous ignorons, il faut bien 1 avouer, son mode d action intime sur le rein.
Pour le professeur Yulpian, elle exciterait le tissu renal, et les parties de
1 appareil vaso-moteur qui innervent les vaisseaux du rein n entrent en jeu que
d une facon secondaire et sous 1 influence du tissu renal; cette excitation deter
mine, sans doute, en suspendant 1 action tonique des centres vaso-moteurs des
6 DIURETIQUES.
reins, une dilatation des vaisseaux de ces organes, et facilite ainsi la production
de la diurese .
Brunton et Power donnent une theorie du meme ordre. Pour ces experimen-
tateurs ce n est pas 1 exces de pression dans le glomerule de Malpighi qui produit
la diurese, c est au contraire la dilatation des arterioles du rein. Et celte dilata
tion est un effct de reaction apres 1 epuisement de 1 action vaso-motrice de la
digitale.
Pas davantage nous ne sommes bien fixes sur les modifications apportees par
la digitale dans la composition de 1 urine qu elle fait excreter. Quelques auteurs
pensetat qu elle rend 1 urine plus aqueuse; d autres assurent qu elles diminue
1 excretion d uree et d acide urique (Bouchard) et des matieres extractives (Ham
mond). Toutefois, Maurel, qui,d apres de nombreuses experiences, admet presque
que la digitale est notre seul diurelique, affirme qu elle augmented la fois 1 eau
et les mateiiaux solides de 1 urine. Ce sout la de bien graves questions, fort diffi-
ciles a resoudre et qu il faut remettre al etude.
11 n est pas jusqu aux indications de la digilale, en tant que diuretique, qui
ne soient toujours con trover sees. Si tous les me decins la prescrivent dans 1 ana-
sarque symptomatique d une affection du cceur, beaucoup se refusent a 1 ordon-
ner quand 1 hydropisie resulte d une maladie des reins et d autres lui refusent
toute action Iherapeutique dans 1 ascite, 1 hydrothorax on autres epanchemcnts
dans les cavites sereuses.
La digilale est, suivant moi, un remede souvent heroiquc dans 1 bydropisie
d origine cardiaque; c est bien la, en effet, sn meilleure application. Mais je ne
puis admeltre, avec J. Lozes, qu elle donne les memes bons resullats contre
1 anasarque par lesion renale ou les hydropisies des cavites sereuses. Son action
therapeutique est ici tout a fait incertaine. On reservera done surtout son emploi
pour les cas d hydropisies par cardiopathie.
Ouelles sonl les preparations de digitale a prescrire a titre de diuretique et
les doses dc ces preparations?
La maceration et 1 infusion de feuilles passent avec raison pour tres-sures dans
leur action diuretique.
Herard recommande aux sujets affectes d anasarque d origine cardiaque la
maceration a froid de \ a 2 grammes de feuilles dans 200 grammes d eau. On
en commence 1 usage au bout de vingt-quatre beures, et il est bien rare que
1 effet diurelique tarde plus de trois jours. On a vu des sujets rendre alors jusqu a
6 litres d urinedansla journee. Quand ily a intolerance gastriqne, cequi sctraduit
par des nausees et des vomissements, le remede doit etre abandonne. Fernet
conseille rinfusiondeO gr ,20de feuilles dans 150-200 grammes d eau, en 3-4 fois,
surtout quand 1 affection cardiaque est mitrale, et il donne comme criterium de
4 action tberapeutique 1 effet diuretique dont il faut toujours s assurer par la
mensuration quotidienne des urines.
Cemoyen veritablement he ro ique re ussit malheureusement plus exceptionnel-
lement dans les hydropisies non symptomatiques d une maladie du coeur.
La digitaline, 1 extrait alcoolique, la teinture, sont moins efficaces que 1 infu
sion de feuilles.
b. Settle. Elle peut etre mise au moins sur le meme plan que la digitale,
avec laquelle elle a, du reste, la plus grande analogic d aclion pliarmaco-
dynamique.
Hirtz la prescrivait habituellement dans 1 anasarque d origine renale et s en
DIURETIQUES. 7
louait heaucoup : sous forme d extrait, en pilules de O gr ,05, et a la dose de 3 a 4
par jour.
C est pour ce therapeutiste distingue le plus puissant de iios diure tiques, et
depourvu de proprietes irritantes.
L un desprincipes aclifs de celte plante, la scillitine (voy. ce mot), est egale-
ment pourvue de bonnes proprietes diuretiques.
Son mode d action est vraisemblablement celui de la digitale.
D apres Yoit, elle augmenterait 1 excretion de 1 uree ct des chlorures. Ham
mond affirme au contraire la diminution du chiffre de 1 uree excretee.
L extrait, la teinture, sont ranges en lete des preparations les meilleures, puis
viendrait I oxymel scillitique, moins actif.
c. Convallaria maialis. II resulte des experiences de deux medecins russes,
Troitki et Boioiavlenski, que le muguet des bois agit sur le coeur et les vaisscaux
a la maniere de la digitale, determinant comme elle le ralentissement des mou-
vements cardiaques et I augmentation de la pression arterielle.
C est aussi un diuretique de premier ordre, ainsi que ces expdrimentateurs
1 ont verifie chez des sujets affectc s de lesions cardiaques et infiltivs.
Les recherches cliniques de G. See sont venues confirmer recemment ces
donnees et faire valoir haulement les merites du nouveau rcmede.
Suivant le professeur See, le Convallaria inn mli* on muguet conslituc un
medicament cardiaque des plus importants.
Et dans toutes les affections cardiaques indistinctement, des qu elles ont
produit rinfiltration des membres, et a plus forte raison une hydropisie ge ne-
rale, le muguet a une action evidente, prompte et sure .
II 1 emporterait meme sur la digitale, en ce sens qu il est mieux tolere que
celle-ci par l estomac, et qu il fatigue moins le cceur. D ou cette conclusion
terminale de See :
Enfin, dans les cardiopathies avec hydropisie, le maialis surpasse toutes les
autres medications, sans meme qu on soil oblige d y associer d autres diureliques,
comme le lait >>.
Le muguet serait en somme le type des diuretiques, si Ton s en it ll rait abso-
lument aux paroles du professeur. Malheureusement d autres cliniciens, et des
plus autorises, ont emis des doutes sur cette puissance si remarquable de la
plante.
Ainsi Moutard-Martin n a observe qu une fois sur 4 cas 1 action diuretique
de 1 extrait de muguet, et il se demande meme si dans ce seul cas favorable
la diurese ne se serait pas produite spontanement. Et Ferrand conclut aussi de
ses essais cliniques que le C. maialis ne parait nullement doue de pro
prietes diuretiques puissantes .
C. Paul, enfm, qui, 1 un des premiers, en France, expcrimenta les prepara
tions de muguet, ne leur attribue que des effets diure tiques incertains. 11 suppose
done que le C. maialis recueilli en Russie est plus actif que le notre, pour
expliquer la divergence dans les fails observes par les medecins russes et
francais.
La meilleure preparation de muguet, suivant Langlebert, qui a bien eludie la
pharmacologie de ce medicament, est 1 extrait arjueux prepare au moyen des
fleurs et des tiges, additionne es d un tiers de leurs poids de racines et de feuilles.
On le fait prendre a la dose de 1 a 2 grammes par jour.
Sil efficacite du muguet vientaetre rigoureusement demontree, on aura tout
8 DIUR TIQUES.
a vantage a prescrire, an lieu de 1 extrait, le principe actif qu il renferme, la
Convallamarine, decouverte en 1858 par Walz, et preparee actuellement par un
nouveau precede plus commode que celui de ce chimiste, et imagine par
Tanret.
d. Cafe ine. Comme le cafe , recommande , des 1825, par Zwinger, et dont
elle derive, cette substance est un diurelique, et j ajoute un diuretique ener-
gique, dont j ai maintes fois observe les bons effets dans les hydropisies
d origine cardiaque. Son mode d action me parait etre d ailleurs le meme que
celui de la digitale. Elle accroit la tension des arteres et ralentit le cojur.
D autre part, elle augmenterait la proportion de 1 eau dans 1 urine et dimi-
nuerait la quantite de ses matcriaux solides (Lehman).
Iluchard a particulierement fait ressortir les meritcsde ce medicament dans les
cardiopatbies, dans une communication re cente a la Societe de therapeu-
tique.
II a bien montre son action prompte, qui s etablit le plus souvent en douze
ou vingt-quatre heures, et allant jusqu a fairc rendre 3-4 litres d urine; son
innocuite plus grande quecelle de la digilale, dont il faut craindre parfois les
effets accumulatifs ; sa facile tolerance.
La cafeine doit etre preserve en nature, de preference a ses sels, d effets plus
incertains, a la dose de 1 gramme et plus, par la bouche ou bien en injection
sous la peau.
Dans ce dernier cas c est a la solution de benzoate de cafeine (Tanret) qu il vaut
mieux recouiir :
Benzonte de souile 2e ,2o
Cafeine 2s ,50
Eau, Q. S. | our 10 centimetres cubes.
Ce diuretique reussirait egalement fort bien dans les hydropisies par lesion dc
reins (Brackenridge).
e. Ergot de seigle. Ce medicament est parfaitement digne d etre rapproche
des precedents, sous le rapport de son efficacile comme diuretique, de meme
aussi qu il s identifie avec eux au point de vue de son mode d action sur le
rein.
Nous devons a Laborde la demonstration experimental de la vertu diuretique
de 1 ergot de seigle, signale e par Wernicb, d apres ses observations cliniques.
Je crois qu on pourrait le conseiller au meme litre que la scille dans 1 albu-
minurie.
11 faut prescrire 1 extrait aqueux en potion ou pilule, a la dose de 1 a 4 gram
mes, ou bien en injection sous-cutanee : 10 centigrammes.
f. Bromure de potassium. C est theoriquement, je pense, qu on a dote ce
sel d une action diuretique, a titre de tonique vasculaiie.
S il possede 1 action qu on lui suppose, c est plutot comme stimulant direct
du rein lors de son elimination par cet emonctoire. En tout cas, cetle action
reste a demontrer.
g. Moyens diuretic/lies. Mon enumeration serait incomplete, si j omcttais
de citer a la suite des medicaments diuretiques agissant par tension quelques
moyens hygieniques jouissant du meme mode d action et d une influence
comparable.
Le froid fait evidemment fonctionner les reins plus activement; en outre
DIURETIQUES. 9
1 exercice est encore un moyen de diurese. Et si les influences morales etaient
d ordre therapeutique, il faudrait aussi en tenir compte a ceUe place.
Le froid parait bien augmenter la diurese, de meme qu il accroit les besoins
d uriner.
Quant a 1 exercice musculaire, il provoque egalement une plus abondante
emission d urine, et celle-ci renferme de plus fortes proportions d uree, d acide
urique, de phosphates et de crealine (Hitter).
De pareils moyens d action sont precieux chez les rhumatisants et les gout-
teux et doivent faire partie de leur hygiene. Aussi bien leur recommande-t-on
avec insistance les pratiques hydrotherapiques et 1 exercice musculaire au grand
air, qui les debarrassent de materiauxmorbiiiques toujours en formation et [trots
a s accumuler dans leur organisme.
DEUXIEME CLASSE. Stimulants du rein. Acetteclasse appartiennent, suivant
moi, les diuretiques vrais, ceux qui exaltent en re alite la fonction des reins, et,
suivant la definition de Sandras, font remlre plus d urine qu il n y a eu de
li/juide inge re. Nombreux sont les agents qui font partie de ce groupe, mais aussi
sous cette richesse apparente se cache encore une reelle pauvrete ; je pourrais
presque dire un denument absolu, si Ton me demandait de citer ici des agents
reellemcnt puissants.
Sans doute notre matiere medicalc nousfournit beaucoup de bons medicaments
diuretiques de cet ordre, toutefois aucun n est comparable a ce merveilleux
agent d hypercrinie, le Pilocarpus pinnatus ou jaborandi, stimulant si puissant
des glandes salivaires et sudorales, comme chacun sait.
Je rappelle que Jes diuretiques que je vais etudier agissent vraisemblablement
sur le rein au moment de leur elimination a travers sa substance, augmentant
sans doute 1 activite fonctionnelle des cellules a batonnets etmodih ant secondai-
rement la circulation du sang dans 1 organe, de facon qu il sufilse a sa fonclion
exageree.
Parmi les medicaments les plus precieux comme energie diuretique, il taut
citer les balsamiques, les sels neutres, lesalcalins, les alcooliquesjacantharide,
la blatte orientale, etc., que je vais etudier isolement avec quelques details.
a. Balsamiques. Tous les me dicaments de ce groupe, qui comprend les
baumes proprement dits, substances renfermant del acide benzoique, etc., et les
terebenthines constitutes pur une essence et une resine, s eliminent en partie a
travers le rein, et 1 analyse chiiuique la plus ele mentaire sufiit souvent a deceler
la presence d un de leurs elements dans 1 urine.
Aussi bien les proprie te s diuretiques du copahu, du cubebe, de la tere ben-
thine, du cajeput, du baume du Perou, du baume de tolu, du buchu, du
genievre, du matico, de 1 essence de Santal, etc., etc., sont-elles incontestables
et proportionnees aux doses de resine que renferment ces substances (Barraillier),
ce qui se comprend sans peine, puisque cette resine est leur partie active, celle
qui passe par le rein, et j ajouterai a leurs doses d acide benzoique pour le
meme motif.
Dans ses essais qui rernontent deja a une e poque eloignee, William Alexander
avail observe sur lui-meme que 1 huile de genevrier produisait une diurese con-
stante et active.
Ces agents que je viens d enume rer rendent les meilleurs services dans les
affections catarrhales de la vessie et de 1 urethre, d une part comme topiques
contre 1 irritation de la muqueuse enflamme e, d autre part pour debarrasser
10 DIURETIQUES.
cetle muqueuse de^s produits de I inflammation a 1 aide d un flux d urine plus
considerable. Le copahu a meme ete preconise contre 1 anasarquc par Taylor,
en Angleterre, et d autres praticiens ont vcrifie les assertions de ce medecin. Le
remede est d ailleurs assez delicat a manier, mais reellement excellent.
Toutefois, je le repete, 1 action diuretique n est jamais bien considerable.
A cote de ces medicaments a resine je place les preparations de sureau (voy.
ce mot), dont les proprietes diuretiques sont incontestables et doivent etre
attributes a une substance resincuse qui agit sans doute aussi sur le rein par
elimination.
On pent rapprocher de ces substances d autres diuretiques assez en vogue : les
preparations de stigmates de mais, \antees a la fois comme anticatarrhales
(Dufau) ct diuretiques (Landrieux), celte derniereproprieteconlesteepar Queirel
et Castan; la decoction d avoine (Themont) , utile centre 1 anasarque cardiaque;
la scoparine et la sparteine, principes retires du genet a balais, Sarathamnius
scoparius Wim., augmentant la diurese, suivant Stenhouse et Merck; 1 infusion
du Juncus acutus ou jonc des marais, prcconisee par Marcailhou d Aymerie
pour combattre 1 hydropisie; le gui de peuplier, experimente avec succes par
C. Paul, en infusion dosee a 75 grammes par litre d eau; VArenaria rubra,
propose par Bertherand (d Alger) et F. Vigier en 1878-1879; Yoignon cru
(Allium cepa L.), cite par Murray, Lanzoni, Serre (d Alais), et plus recemment
par Duprez, comme une ressource pre cieuse contre 1 anasarque, quelle que
soit sa source; la fuchsine, agent douteux de diurese (Bcrtet), qui s elimine
par le rein et pent le stimuler. Tons ces medicaments ont ete peu experimentes
jusqu ici, et leur composition cbimique et leur mode d action sont gcnerale-
ment mal connus.
b. Sels neutres. Les auteurs citent les nitrates de potasse et de soude, les
chlorates de potasse et de soude, 1 acelate de potasse, mais Ton pourrait joindre
a cclle liste les sels neutres purgatifs.
Le nitrate de potasse, ou sel dc nitre, est un diuretique banal jouissant de
longue date de la reputation d activer energiquement le cours del urine. Aujour-
d hui, il se fait une reaction assez vive centre cette idee traditionnelle, et void
que le nitre est considere comme depourvu d action sur le rein.
Maurel lui reconnait, tout au plus, lapropriete d augmenter la proportion des
materiaux solides de 1 urine, dans une assez faible mesure. Et, d apres See et
Rabuteau, son action dim clique serait fugace et incertaine. Ce dernier auteurlui
subsliluerait volontiers le nitrate de soude, plus actif selon lui, et facile a
manier.
Quelques plantes dans lesquelles 1 analyse chimique a demontre la presence
du nitrate de potasse, telles que le tournesol, la bourrache, 1 ortie, la parie-
taire, la racine d asperge, etc., sont rapprochees quelquefois des nitrates par les
auteurs. Je me borne a signaler le fait materiel, car, a supposer que lesditcs
plantes aient la moindre action diurelique, il faudrait la rapporler a Teau dans
laquelle on les a fait infuser plutot qu aux traces de nitrale qu elles renferment,
et qui ne pourraient avoir qu une action homoBopathique, c est-a-dire nulle.
Semblables reflexions devraient etre faites a propos des eaux miner ales nitrees,
generalement faiblement chargees, et qui n ont certainement pas pour principe
actif les nitrates qu elles renferment.
L" acetate de potasse est superieur, au point de vue de 1 action diuretique, aux
nitrates, suivant Golding Bird ; mais ce sel est brule dans 1 economie et trans-
DIURETIQUES. ii
forme en carbonate de polasse, c est-a-dire qu il agit comme les sels alcalins dont
je parlerai dans un instant.
Le chlorate de soude 1 cmporterait sur tous ses cong^neres, comme agent de
diurese, au dire de Rabuteau.
Et, d aulre part, Maurel, dans ses experiences, a observe que le chlorate de
polasse angmente la quanlite d urine et 1 excrelion de ses materiaux solides.
L urate de soude, suivant Ileidenhain, injecte dans les veines d un animal en
solution concentre e, detcrminerait une tres-abondantc diurese.
Les sels neutres n ont aucune application spe ciale dans la medication diure-
tique et sont de plus en plus delaisses par les praticiens.
D autre part, la limonade sulfur u^ue agit a la facon des petites doses de
sulfate de soude, et Vacide azotiqne comme les azotates de potasse et de soude,
puisque les acides sulfurique et azotique se transforment en sel de soude ou de
potasse dans 1 economie; enfin pour la meme raison le vinaigre, preconise sous
le nom d oxycrat (cau vinaigre e) par les Anciens, agirait comme les acetates de
potasse ou de soude. Ballon, toutefois, conteste son ei fet diuretique (1845).
De sorle que la section des diitre tiques acides n existe pas en realite et se
confond avec celle des sels neutres.
A la limite des sels neulres et des alcalins, il y a place pour Vacide ben-
zoique et les benzoates, 1 acide bcnzoique agissant comme benzoate dans
1 organisme.
Ces medicaments sont parfaitement diureliques, mais fort pen energiques.
On peut employer avec un certain avantage le benzoate de lithine contre la
dialhese urique, la litbine etant alors surtout 1 agent aclif, mais il n y a guere a
compter sur 1 acide benzo ique ou le benzoale de soude contre cette meme
dialhese.
Un autre acide aromatique, Yacide salicijlique, et son sel le plus ordonne, le
salicylate de soude, tout en etant a peu pres de pourvus de proprie tes diure-
tiques, modifient manifesteriient 1 urine par elimination, pnisqu on en relrouve
dans cette liumeur plus de 60 pour 100 de la quantite ingeree; ils activeraient
1 excretion de 1 uree, des matieres extractives (Boucbard) et des urates, ce qui
juslificrait encore leur emploi si merveilleusement puissant dans la gouttc et
dans le rhumatisme.
c. Sels alcalins. On cite generalement les carbonates de potasse et de soude,
le carbonate de lilbine, comme assez actifs, le bicarbonate de cbaux.
Cesont la de bons medicaments, nullemcnt dangereux, quandonlesadministre
avec prudence, remedes designes pour les artbriliques et les goutteux. 11s ont
chez ces sujets le double avantage d augmenter la solubilite des urates de 1 urine
et d epurer 1 organisme de 1 impregnation urique, en favorisant 1 excretion de
1 uree et de 1 acide urique avec 1 urine.
Ils donnent aux eaux alcalines naturelles leurs vertus principales. C est, en
effet, grace a leurs carbonates alcalins, que les eaux minerales de Pougues, Vals,
Vichy, Royat, Carlsbad, Ems, etc., produisent des effets si remarquables chez
les goutteux et les sujets affectesde gravelle.
L action diuretique de ces eaux est encore accrue par 1 acide carbonique
qu elles renferment, pourvu, lui aussi, d un bon effet diuretique, si 1 on s en
re fere aux experiences de Quincke.
Jedois rapprocher des sels alcalins le sue de citron, preconise par le me decin
russe Trinkowski, car les sels de potasse et de soude que renferme ce sue se
12 DIURET1QUES.
transforment dans 1 economie en carbonates de ces bases et agissent comme
tels.
C est e galement en subissant une pareille metamorphose que les acides ve ge -
taux : citrique, tartrique, employes sous forme de limonades, agissent pour
delayer 1 urine chez les febricitants ; ils doivent figurer des lors dans la medica
tion alcaline.
d. Alcoolic/ues. L alcool s elimine certainement par 1 urine, en faible
proportion, a la verite, 0,82 pour 100 de la quanlite ingere e (Thudichum).
Faut-il attribuer son action diuretique absolument certaine a son passage a
travers les reins, ce qui est admissible, ou bien rend-il le sang plus apte a
1 endosmose, c est-a-dire plus propre a soutirer 1 eau aux tissus, enfin doit-on
chercher ailleurs une explication de ses effets sur le rein? C est ce que je ne
saurais dire.
Toujours est-il qu il augmente la diurese et modifie la composition cliimique
de I lirine, laquelle contiendrait moins d uree, moins de cblorures et de
phosphates.
Hammond, d apres quelques expe riences sur lui-meme, met cependant en
doute cette propriete, disant que 1 alcool est plus anuretique que diuretique. En
eel a, il est en disaccord avec la majorite des observateurs.
Des expe riences identiquement de meme ordre, faites par Rabuteau, entre
autres, il resulte, en definitive, que 1 alcool pris a dose faible fait bien excreter
1 urine plus abondamment, c est done qu il est diuretique.
Les liquides alcooliques ont evidemment la meme action, et parmi eux je
signalerai les vins, le vinblanc surtout, ou mieux certains vins blancs, d Anjou,
de Champagne, d Alsace, du Rhin, de Bordeaux, dont 1 action diuretique est
populaire.
Les boissons alcooliques augmentent la diurese, en meme temps que le besom
d uriner, et parmi les plus diure tiques il faut signaler principalement la biere,
le champagne, le cidre, le koumys, toutes les boissons fermentees, en un mot.
Les indications des alcooliques n ont rien de bien particulier. On les prescrit
volontiers maintenant aux lebricitants, et ils ont alors le double avantage de
soutenir les forces de ces sujets et de favoriser I elimination des dechets de la
nutrition par 1 urine.
Le cidre est repute comme une excellente boisson, s opposant a la formation
des calculs dans les voies renales et dans la vessie.
Enfin 1 alcool elhylique possederait la propriete de favoriser 1 elimination des
poisons, de 1 arsenic et de la strychnine tout particulierement, et il passe encore
pour un alexipharmaque de premier ordre, pouvant rendre de grands sercices
meme centre la morsure des grands serpents venimeux (J. Cloquet, Williams
Paterson, J. Shortt).
Eau oxyazotique. A cote des preparations alcooliques je puis placer un
autre stimulant qui, comme elles, produit une ivresse particuliere et doue
manifestement de la faculte d exciter la diurese : c est le protoxyde d azote, ou
plutot sa solution dans 1 eau, appelee eau oxyazotique.
Cette propriete de 1 eau oxyazotique a ete surtout mise en lumiere par Ritter,
en 1871.
A la dose de trois verres par jour, d apres See, qui a repete les experiences
de ce chimiste, elle agit a coup sur et provoque en meme temps une abondante
excretion d acide urique chez les sujets gouttcux impregnes de cet acide.
DIURETIQUES. 15
D ordinaire, elle rend 1 urine plus chargee d uree, d acide urique et de phos
phates (Kilter).
Le protoxyde d azote a sans doute sur le rein une action directement excitante,
et 1 eau oxyazotique agirait en somme a la facon des eaux gazeuses ordinaires.
Ce ne sont la que de simples hypotheses, car la science n est nullement fixee
sur les metamorphoses qu il pcut subir dans 1 organisme animal, pas plus que
sur son elimination de cet organisme.
A priori, c est un diuretique a conseiller aux goutteux ct aux sujets qui
eliminent mal les urates et 1 acide urique, et peut-elre aux albuminuriques,
auxquels nous avons si peu de ressources a ol frir.
e. Cantharides. Blattes. La cantharidine s elimine certainement par les
reins, et elle va meme jusqu a determiner I intlamrnation de ces organes. Quand
son action topique est fort legere, elle devient diuretique, aussi quelques me de-
cins ont-ils ete jusqu a pretendre que 1 action des vesicatoires dans la pleuresie
relevait plutot de la diurese cantharidienne que de la revulsion produite sur la
peau par 1 agent vesicant.
Quoi qu il en soit, c est a titre de simple renseignement que je menticmnc
cette proprie te des cantharides, que nulmedecin, avec juste raison, ne met jamais
a profit. D ailleurs, il est si facile de de passer la mesure et d cmpi vlicr ;iu con-
traire le cours de 1 urine, que je ne conseille a personne de recourir a celtc
substance dangereuse.
La Blatta orientalis, insecte qui passe egalement pour jouir dc vertus diure-
tiques comme la cantharide, a au moinsl avantage d etre d unemploi inoffensif.
C est meme un remede populaire en Russie, dans 1 hydropisie.
Aussi bien nous a-t-elle ete recommandee par deux medecins de ce pays
Kouprianov et Bogomolov, e leves de Bolkin.
Suivant eux, la blatte reussirait a merveille chez les albuminuriques, non-
seulement pour les debarrasser de leur anasarque, mais aussi pour diminuer
Talbuminurie. La dose de poudre a prescrire est de 50 a 60 centigrammes.
Koehler a ve rifie de son cote 1 action diuretique de la blatte et son efficacite
contre 1 hydropisie.
Toutefois, dans ses quelques esssais cliniques, C. Paul a ete moins favoriseque
ces medecins etrangers, et les re sultats obtcnus par lui n ont rien d encou-
rageant.
f. Astringents. Le tannin est le type des diuretiques astringents. Cette vertu
speciale est contestee par Mitscherlich, lequel admet au contraire qu il rend
1 urine plus rare, tout en augmcntant sa richesse en ncide urique et acide
phosphorique.
En tout cas, la propriete diuretique du tannin a etc plutot admise jusqu a
present sur la foi des auteurs qu en raison d experiences physiologiques bien
conduites. Considere comme un astringent, il est devenu par cela seulun a^ent
de diurese.
Quoi qu il en soit, il n y aurait rien d impossible a ce qu il eut cette propi ie te.
II s elimine par 1 urine, sous forme d acide gallique, c est done qu il pent
exciter le rein en passant; et, d autre part, Rosenstein et Rossbach vienncnt de
lui reconnaitre des effets vaso-dilatateurs directs sur les capillaires, ce qui n en
fait rien moins qu un astringent, effets capables de favoriser la diurese, laquelle
exige, comme nous le savons, un certain etat de congestion physiologique pour
se produire et se developper.
14 DIURETIQTJES.
L acide gallique a les memes proprictes tlilatatrices des vaisseaux sanguinset,
comme le tannin, il s elimine par les reins : c est done qu il doit agir a Ja facon
de ce dernier medicament.
II faut rapprocher du tannin les plantes qui le contiennent, citees dans les
anciennes pharmacopees commc diuretiques astringents : la bistorte, la racine
de fraisier, la tormentille, la benoile, 1 uva-ursi (qui, dit-on, renferme de 1 acide
gallique), la myrtille, etc., etc.
Les diuretiques astringents n ont que des applications medicales douteuses. On
peut les prescrire a litre de revulsifs, pour ainsi dire, afin de moderer la secre
tion sudorale excessive et les irritations catarrhales du tube digestif.
On a vante beaucoup 1 action du tannin et de 1 acide gallique, a la verite, dans
i albuminurie ; mais la demonstration n est pas faite de leur efficacite. Four mon
compte, dans la maladie de Bright, j ai toujours vu ces agents inutiles et parfois
dangereux, au point de provoquer de veritables acces decolique nephretique.
Peut-ctre les preparations tanniques seraient-elles plus indiquees dans les
empoisonnements par les alcaloides organiques, puisqu il parait avere qu elles
retardent (je ne dis pas empechent, comme certains auteurs) 1 action toxique
et favorisent ensuite I elimination du poison.
On a cite, en effet, quelques observations favorables au tannin, dans 1 empoi-
sonnement par la morphine ou par la strychnine (voy. ces mots).
II faut d autres preuves, neanmoins, que celles qu on a donnees jusqu ici, pour
justifier cet emploi, au moins dans les empoisonnements graves.
III. INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS. J ai donne deja a propos de chacun
des principaux diuretiques leurs usages particuliers, je n etudierai done dans ce
paragraphe que les indications et les contre-indications gencrales de la medica
tion diiire tique.
Les grandes indications des diuretiques sont babituellement posees de la facon
suivante :
1 Agents stimulants, ils ramenent au taux physiologique la fonction des
reins languissante et s appliquenl au traitement de 1 oligurie ;
2 En exagerant la secretion de 1 urine, ils dissipent les cedemes, combattent
1 hydropisie des cavites sereuses et sont nos meilleurs anthydropiques ;
3 En activant le flux urinaire, ils favorisent I elimination des de chets orga
niques qui souillent Torganisme et rejettent au dehors les composes toxiques
accidentellement introduits dans 1 economie ;
4 Ils rendent 1 urine plus aqueuse et moins irritante pour les voies urinaires
enflammees ;
5 Ils augmentent 1 action dissolvante de 1 urine pour certains de ses prin-
cipes salins, et ils favorisent ainsi leur elimination;
6 Ils deviennent, en penetrant dans 1 urine, des topiques medicamenteux,
utilisables contre les maladies catarrhales des voies ge nito-urinaires ;
7 Ce sont enfm des agents de revulsion.
1 Traitement de I anurie et des nephrites. II existe, suivant Boucbardat,
une oligurie essentielle par paresie des reins, qui necessite 1 emploi des
diuretiques.
C est 1 eau qui manque dans 1 urine des malades affectes de cette oligurie, car
ils excretent la quantite normale des autres constituants urinaires. 11 est done
indique de recourir en pareil cas aux diuretiques aqueux, ou bien aux diure-
DIURETIQUES. 15
tiques me caniques, et memo aux pratiques hydrothe rapiques, pour stimuler le
fonctionnement des glomerules.
Dans 1 oligurie symptomatique d un etat febrile, c est encore aux boissons
dites delayantes qu il faudra s adresser, ou bien aux diure tiques acidules et
meme dans certains cas, surlout dans les pyrexies et quelques phlegmasies, aux
alcooliques. Suivant la remarque d llippocrate, la polyurie juge la crise.
Quand il s agit d une anurie cantharidienne, les diuretiques emollients, les
diuretiques alealins, sont parliculierement indiques.
Enfin, dans Yoligurie des femmes grosses, signak e recemment par Fabre
(Gaz. hop., decembre 1885), d oii resultent I hydro-amnios et, comme conse
quences de celle-ci, les presentations vicieuses du foetus, les hemorrhagics de
la delivrance, etc., Temploi des diureliques, du lait surtout, des alcalins,
reduirait sans doute 1 bydropisie de 1 amnios et permeltrait a 1 accoucbeur de
rendrela presentation meilleure, d une facon definitive, etd eviter I hemorrhagie
qui suit 1 accouchement.
Dans les nephrites, les diure tiques emollients et alcalins, moyens aide s de la
diete lacte e, serviront encore, lors de la pcriode aigur, a relablir le fonctionne
ment des reins.
Mais dans les formes cbroniques de ces inflammations il est parfois necessaire
de rccourir a quelques diuretiques encrgiqiies pour combaltre 1 anurie. J ai dit
de ja que Ilirtz se louait beaucoup dela scille, et que d autres me decins s e taient
bien trouves de prescrire 1 ergot de seigle, la Blatta oriental is ou la fucbsine
(Boucbut, voy. ce mot).
Toutefois, il faut bien reconnaitre que ces remedes energiques ne doivent etre
presents qu exceptionnellement aux albuminuriques et dans les nephrites
chroniques. Nous n avons malbeurcusement centre ces dernieres affections, il
faut bien le reconnaitre, que de bien pauvres moyens tberapeutiques, et nous
devons assislcr le plus souvent a revolution du mal presque les bras croises,
bornant notre intervention a fairc fonctionner plus activement de temps a autre
les regions du rein encore intacles.
Christison assure neanmoins qu on aurait grand tort d abandonner 1 usage des
diuretiques dans ralbuminurie, et il se montre partisan de la digitale, de la
scille, du bitartnitedepotasse, dans le traitementde cette maladie, medicaments
qu il considere comme propres a diminuer la proportion d albumine de 1 urine.
Parlant dn principe de la digitale, il dit : La digitaline, qui stimule les reins
a une se cretion exageree, n a done pas, comme on 1 a dit de la digitale et des
autres diureliques en general, 1 inconvenient d aggraver 1 irritalion renale parti-
culiere qui constitue ou occasionne la maladie de Bright .
Et Gairdner, grand partisan des diuretiques salins, aides des preparations de
fer et de digitale, dans la nephrite albumineuse, afiirme que la ou ces remedes
echouent la maladie est incurable.
Ces reflexions, vraies sans doute pour la nephrite catarrhale, ne sauraient,
suivant moi, s appliquer a la nephrite parenchymateuse.
Hirtz, cependant, n hesite pas, meme dans ce dernier cas, a proposer les
diuretiques, afin, d une part, de degorger la glande malade par la stimulation
fonctionnelle, et ensuite pour combattre 1 hydropisie, 1 ennemi tout a fait redou-
table dans 1 albuminurie. J ajouterai : pour desobstruer les canalicules renaux
encombres par les produits de 1 inflammation.
2 Traitement des Jiy drop isies, Un flux d urine ab ondant peut de barrasser
16 DIURETIQUES.
un hydropique des liquides epanches dans ses tissus, c est pourquoi les medecins
tentent normalement d exciter une violenle diurese dans les cas d hydro-
pisies.
Je viens de dire combien nous sommes desarmes en presence d une nephrite
chronique; j ajoute que notre embarras redouble quand celte affection amene
1 anasarque. La diete laclee, 1 ergot, la scille, la blatte, la fuchsine, ont ete indi-
que s en pareil cas, mais leur effi cache n est rien moins que sure.
Au contraire, lorsque 1 anasarque est symptomatique d une maladie du coeur,
nos ressources sont beaucoup plus grandes. La digitale, la cafe ine, ainsi que je
1 ai dit, deviennent entre les mains de medecins habiles de merveilleux medi
caments.
Dans la leucophleymasie a friyore, sorte d anasarque essentielle dont j ai vu
un certain nombre d exemples, les diuretiques agissent bien, et ici on n a pour
les prescrire que 1 embarras du cboix. On s adressera de preference aux vaso-
moteurs, qui renforcent 1 action du coeur et rendent de la tension active aux
vaisseaux capillaires. Parfois, la simple infusion de cafe s est montree utile en
pareils cas (Bull, de the rap., t. XVI, 1859).
Brachet a pu, egalement, recourir avec avantage aux diuretiques dans un cas
d anasarque consecutive a une diarrhee cbronique.
Ces agents sont certainement beaucoup moins puissants dans les hydropisies
localise es.
Us constituent en pareilles circonstanct-s de simples adjuvants sans grande
valeur curative.
On les conseille a ce litre dans 1 hydrothorax et la pleure sie et dans 1 ascite.
Quand cependant cclle-ci est essentielle, on pent la guerir, suivant Chrestien (de
Montpellier), et Robert Cbristison (d Edimbourg), par de simples frictions avec
un melange a parlies egales de teinlures de scille, digilale et savon.
Et j ai cite a 1 article SUREAU des fails montrant Texcellente action therapeu-
tique de 1 ecorce de celle planle centre 1 ascite meme symptomatique.
Mais dans Yhydrocele, dans les hydarthroses, leur role me parait absolument
nul, malgre 1 assertion contraire de Lisfranc, qui prescrivait en pareil cas 1 emploi
du nitre et de 1 oxymel scillitique.
5 Action depurative. Elimination des poisons. Les diuretiques aqiieux,
en entrainant avec 1 urine les dechets organiques resultant de combustions
exagerees, telles que celles qui se produiseVit sous I influence de la fievre, ou
d une denutrition rapide, ont en somme une action depurative des plus utiles.
Ilirtz donnait dans les pyrexies, de preference aux boissons delayantcs, la digi
tale, pour profiler encore de ses proprietes antipyretiques. Les alcooliques
rendraient les memes services.
Ces mernes diuretiques aqueux et alcooliques sont encore d excellents moyens
d entrainer au dehors les agenls loxiques introduits dans 1 organisme : les alca-
loides organiques, particulierement, qui s e liminent en grande pai tie par les
reins, et certains sels metalliques toxiques, plomb, mercure, ainsi que d aulres
poisons qui s ecbappent egalement par cct emonctoire.
Orfila, qui a le premier conseille cetle pratique, recommandait le melange
suivant comme boisson diuretique dans les empoisonnemenls :
Eau de Sellz 4 litres.
Vin blanc 250 centilitres.
iVilratc de potassc 10 grammes.
DIURETIQUES. 17
Lecanu, dans un cas d intoxication par 1 arsenic, a present avec succes le
nitrate de potasse et les purgatifs.
C estsansdotitecomme diuretiques qu agissent encore les limonades mine rales
dans les intoxications saturnine et mercurielle.
4 Action temperante et me dicatrice sur la murjueuse des oryanes ge mto-
urinaires. Au moment de la periode aigue d une affection catarrhale de la
muqueuse des voies genito-urinaires, le medecin prescrira avec avantage les
diuretiques aqueux pour rendre 1 urine moins irritante, et en faire ce que Ton
nomme parfois une urine de boisson. Plus tard, dans la periode subaigue de cette
meme affection, il aura recours aux balsamiques, dont 1 action topique vulnr-
raire sur la muqueuse enllammec se manifestcra par 1 intermediaire de
1 urine.
5 Prophylaxis des affections calculemes. Nombre de diuretiques ont ete
preconises dans ce but. On comprend facilemcnt la possibilite d une pareille
action, lorsqu on sc reporte a la faculte que possedent beaucoup d entre eux de
rendre 1 urine plus aqueuse et d ajouter aiusi a ses propriiUes dissolvantes pour
ses conslituanls chimiques d uiie faible solubilite : 1 acide urique et les urates,
les phosphates calcaires.
Toutes les boissons aqueuses produisent ce resultat. On n ignore pas que les
grands buveurs d eau sout ruremcnt aflectes de la pierre ou de ia gravelle. Et
Ton cite parmi les autres diureliques ayant cette speeialite d action le genievre
(voy. ce mot), tres-vante autrefois comme lillimilripliquc; les alcalins, parlim-
lierement les carbonates de soude, de potasse, de lithine, ces lithontriptiques
classiques surtout contre la gravelle urique, ainsi que 1 eau oxyazotique ; les
preparations de ma is; les eaux de Yittel, Contrexeville, utiles surtout dans le
cas de gravelle phosphatique.
7 Revulsion. Les diuretiques ont encore ete conseilles par Martin-Solon,
contre les accidents nerveux de la dentil ion, chez les enfants, a titre de re vul-
sifs (Bull, de therap., t. XVI, p. 257).
La polyurie juge souvent, en elfet, meme les altaques ou crises nerveuses de
rhysterie et de 1 epilepsie.
11 est done possible qu en provoqnant artificiellement cette polyurie on puisse
hater la disparition des troubles nerveux e clamptiques. Si une pareille action
therapeulique etait bien de montree, il faudrait s adresser aux medicaments dont
1 action est prompte et energique : sels neutres, balsamiques, alcooliques, digi-
tale ou scille, cafeine.
Dans la diarrhee chronique, cette meme re vulsion par les diure tiques a sa
raison d etre, puisqu elle concentre pour ainsi dire le fluide sanguin et le rend
moins apte a fournir du liquide a 1 intestin. II est, en effet, demontre que les
sels neutres purgatifs n ont aucune action cathartique quand ils provoquent de
la diurese.
Le nitre, le chlorate de potasse, les diuretiques dits astringents, les sels
neutres purgatifs, sont les medicaments a conseiller en pareilles circon-
s lances.
L action spoliatrice le gere, determinee par les diuretiques, est aussi mise a
profit dans d autres diacrises : broncborrhee, sialorrhee, galactorrliee, sueurs
profuses, en vertu de cette loi de balancement qui regit les secretions glandu-
laires et les rend inverses 1 une de 1 autre.
C est encore aux sels neutres, aux astringents, qu on peut recourir ici; mais
DICT. ENC. XXX.
18 DIURETIQUES.
les toniques vasculaires, la scille, Ja digitale, 1 ergot de seigle, les balsamiques,
surtout dans la bronchorrhee, rendent aussi d utiles services.
Ccs memes medicaments auxquels on peut joindre les alcalins, reussissent
encore tres-bien dans le rlmmatisme arliculaire aigu, loujours a litre de revul-
sifs, mode rant la sueur, hatant la resolution des epanchcments sereux intra-
arliculaires ou autres et purifiant 1 economie de ses souillures morbides.
Pareils resultats s observent aussi dans la goutte arliculaire, qu on traite
avantageusement par deux diuretiques incertains : le colchique et le salicylale
de soude.
Enfin, j indiquerai avec Alibert 1 usage des diuretiques dans les dermatoses
rebelles. En exercant une derivation vers les reins, ils favorisent la guerison de
la maladie de peau.
Quand la medication diuretique est applicable au traitement des maladies,
elle n offre que de rares contre-indications, tirees surtout de 1 ctat cachectique
des sujets, de leur faiblesse, ou de lesions gastro-inteslinales, enfin de 1 etat
congestif ou inflammatoire des reins. Ces contre-indications s expliquent d elles-
memes, ce qui me dispense d entrer dans aucun developpement a leur sujet.
IV. FORMULAIRE. On associe souvent entre cux Jes diuretiques, soit pour
renforcer leurs effets propres, soit pour repondre a plusieurs indications a la
fois. De la sont nees une multitude de formules que met a profit la medication
diuretique. Je rcproduirai ici seulemeut les principales de ces formules, d un
usage encore habituel aujourd hui ct dont la valeur a e te demontrce par une
Ion gue experience clinique. Elles pourront servir de type a des variantes faciles
a etablir dans la pratique medicale.
1 TISANES DIURETIQUES
a- Scille 1 gramme.
Genievre 15
Polygala 10
I -oncassez ces substances, faites-les bouillir dans eau, 500 grammes, jusqu a reduction it
250 grammes, passez et ajoutez :
Ether nitrique 2 grammes.
Sirop dc sucre 50
A prendre par cuillerec a soupe toutes les deux heures, dans l albuminurie (Bouchardal).
b. Digitale 2 grammes.
Sucre 20
Melez et triturez, et ajoutez :
Oxymel colcliiijue j;0 grammes.
c. Feuilles el fleurs d ulmaire 30 grammes.
Eau 1000
On prepare d unefaconidentiquela tisane aperitive, remplacant 1 ulmaire par
lameme proportion du melange connu sous le nomdesc^^ ratines aperitives.
Ces cinq ratines sont celles de fenouil, de petit houx, d ache, asperges et
persil, aa : 52 grammes, intimement melangees.
On fait infuser pendant quatre beures la quantite voulue de ces racines :
20-50 grammes dans un litre d eau. La lisane ainsi obtenue est generalement
sucree avec le sirop des cinq racines, a la dose de 100 grammes par litre.
Ce sirop se prepare, d apres le Codex, avec 100 parties de chacune des cinq
racines, 200 grammes de sucre, eau 5000 grammes.
On ajoute 1 gramme d acetate de potassepar 20 grammes de sirop.
DIURETKJUES. 19
il. Especes aperitives 20 grammes.
Parietaire 10
Lais-or infuser une demi-heure dans 1000 grammes d eau bouillautc, ajouter :
titrate de potasse 2 grammes.
Sirop des cinq racines 100
e. Tisane de chiendent 1000 grammes.
Acetate de potasse. 2
Sirop des cinq racine^ 100
/". Bicarbonate de potasse 5 grammes.
Nitrate de potasse 1
Infusion de genievre . 10
(/. Feuillcs de Buchu 30 grammes.
Eau bouillante Mil)
2 POUDRE5 DIURETIQUES
n. Poudre de gomme arabique 60 grammes.
Nitrate de potasse 10
Guimauve 10
Reglisse 10
Sucre de lait CM
Une cuilleree a cafe dans un verre d eau.
l>. Poudre de digitale 15 centigrammes.
Nitrate de potasse 1 gramme.
Creme de tartre soluble 1
Sulfale de potasse 1
ji irois doses, a prendre dans la journee (Cagnon).
c. Poudre de digitale 1 gramme.
de sciile 1 __
Oleosaccharure de {jt-nievre in
En vingt doses : une toutes les heures.
"5 POTIONS DIUKETIQUES
a. Oxymel scillitique io Tammes.
Eau distillee d hysope 100
- de menthe 30
Ak-ool nitrique 2
A prendre en deux fois (Codex).
b. Acetate de potasse 4 grammes.
Azotate de potasse i
Eau diaillee 150
Sirop des ciuq racines 50
Une cuilleree a soupe toutes les heures (Blache, Fouquier).
4 PILULES DIURETIQUES
n. Scille \
Digitale >aa.o grammes.
Scammonee
Sirop de gomme Q. S.
F. s. a. 100 pilules. Dose : 2 a 12 pur jour.
b. Nitrate de soude 10 grammes,
Camphre j ^
Nitre { aa 4
Rob de sureau Q. S.
F. s. a. 60 pilules. Dose : 2 matin et soir comme antilaiteux.
20 DIUKETIQUES.
5 VINS DIURETIQCES
Deux de ces vins sont particulierement employes journellement, connus sous
les noms de vins de la Charite et de I Hotel-Dieu. Ce sont deux excellentes
preparations, dont voici les formules :
a. Vin amer scillitique ou de la Charite ;
Ecorce de quinquina gris 60 grammes.
de Winter 60
de citron 60
Racines d Asclepias 15
d angelique 15
Squames de scille 15
Absinthe 50
Feuilles de melisse 30
Genievre 15
M..M- !>
Vin blanc 4000
Alcool a 60 clegres 200
Dose : de 40 a ICO grammes.
b. Vin <liurctique de Trousseau (H6te!-Dieu) :
Vin blanc r 750 grammes.
Baies de genievre 50
Scille 5
Feuilles de digilale. 16
Faitos macerer pendant quatre jours, passez et ajoutez :
Acetate de potasse 15 grammes.
Dose : 2 a 5 cuillerees & soupe par jour.
6 OXYMELS DIURETIQUES
A cote de 1 oxymel scillitique, dont la formule a ete donnee (voy. SCILLE), je
placerai 1 oxymel diuretique propose par Gubler :
Teinture alcoolique de digitale 10 grammes.
Exlrait aqueux d ergot 10
Acide gallique 5
Bromure de potassium oil
Eau de laurier-cerise 50
Sirop de cerises 400
Oxymel scillitique 515
Dose : 2 a 4 cuillerees par jour.
7 CONFECTION DIURETIQUE
Savon medicinal 120 grammes.
Blanc de baleine 240
Terebenthine de Venise 24
Huile essentielle d anis \-l
Curcuma pulverise 8
Miel Q. S.
Incorporez le savon et le blanc de baleine; ajoutez le curcuma, et, apres melange bieu. complet,
la terebenthine et 1 essence, puis le miel jusqu a production de saveur agreable. Cot elec-
tuaire se donne a la dose de deux bols de la grosseur d une noisette, 2 ou 5 fois par jour
(Cooke).
8 PREPARATIONS D USAGE EXTEF;NE
a. Frictions diurtiques.
Teinlure de scille . . .1
de digitale. .... .. .. . .. .. i M 3
b. Liniment diuretique.
Feuilles de digitale . 10 grammes.
Eau bouillanle 50
Faites iruuser jusqu a refroidissemeut, passez et ajoutez :
Essence de terebenthine 50 grammes.
Exlrait de scille e... 5
Jaunes d ceuf ..... n 2
DIURETIQUES. 21
c. Onguent diuretique.
Scille en poudre 2 grammes.
Onguent mercuriel 5
d. Lavement diuretique.
Digilale . .
ScUle I
Faites bouillir dix minules dans une suffisaute quantite d eau, passez et ajoutez :
Laudanum Rousseau VI gouttes.
e. Cataplasme diuretique.
Pulpe de scille 100 grammes.
Nitrate de polasse 10
Melez.
Beaucoup de ces formules sont empruntees au Formulaire magistral de
Bouchardat, choisies parmi bien d autres que le lecteur pourra consulter. D ail-
leurs, tous les traite s de therapeulique renferment dc pareilles formules en tres-
grand nombre : c est pourquoi je me suis borne a presenter seulement les types
principaux de ces associations medicamenteuses, seuls interessants.
ERNEST LABBEE.
. Les renseignements qui suivent, relatifs aux dix-septieme et dix-huiti&ne
siecles, sont empruntes au Diet. d. sc. med. en 60 vol., 1814. \VEDEL. De diureticis. Diss.
lense, 1667. EMMEREZ. Suntne diuretica liydrnpis prcccipua rcmedia ? Affirm. Parisiis,
1681. CARDERS. De diureticis. Lugd. Batav., 1693. GOSCHWITZ. De diurcseos provocatione
utili et noxia. Dissert, inaug. resp. Anhausen. Hala?, 1724. LEDRAN. An renum et vesica
morbis diuretica callida? JNegat. Parisiis, 1750. LISCHWITZ. Deplanlis diureticis. Kiloniaa,
1730. JUCH. De vitiis circa se et excretionem urince. Erfordiae, 1736. BUECHNER. Dissert,
de diureticis eorumque agendi modo et usu. Raise, 1745. Du MEME. De salutari et noxio
diureticorum medicamcntorum usu. Hakp, 1749. - - Du MEME. De intempestivo diureticorum
usu frequenti affectuum nephreticorum causd. Halfe, 175 2. HEEENSTHEIT. De diuresi
critica. Lipsiae, 1749. KNIPHOF. De medicamentis diurelicis specificis. Dissert. Erfordin 1 ,
1751. LUDOL.F. De diuresi critica. Erfordiae, 1756. BCEHMER. Dissert, de urince se ct
excretione obmullitudinem arteriarum renalium laryiore. casu quodam singulari illustrata.
Hate, 1763. WILLIAM ALEXANDER. Experimental Essays. Edinburgh, 1768. HEUSDEX. De
diureticorum usu et abusu. Lugduni Balavorum, 1774. KUCHELWEIN. De diureticorum
administratione noxu in hydrope. Goltingje, 1786. ROSE. De cauto remediorum diureti
corum usu. Lipsia?, 1787. WILSON. De remediis diureticis, Edinburgi, 1788. KOZRBER.
De medicamentis urinam movenlibus ex classe sedantium. Altdorfii, 1797. BARBIER. Iiifl.
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/tnpilaux., decembre 1883, p. 980. E. L.
DIURNES (Entomologie). Une des grandes divisions des Insectes Le pidop-
teres (voy. LEPIDOPTERES) a recu le nom de Diurnes ou Papillons de jour
(voy. PAPILLONS). P. Latreille avail ainsi reparli les Le pidopteres en 1 Diurnes,
2 Crepusculaires~et Nocturnes.
Les Papillons de jour, ou diurnes, outre leur vol au soleil, ont pour carac-
teres les anlennes terrainees en bouton ou renflees a 1 extremite, des chenilles
ne s envelojipant point d une coque soyeuse, des ailes ne presentant pas de
irein. De la les noms dc : Rhopaloceres (avec antennes en massue) et de : Acha
linopteres (avec les ailes privees de irein) qui leur ont ete appliques plus jus-
tcment par Boisduval et Emile Blanchard.
Les Lepidopteres rhopaloceres ou diurnes ne sont pas les seuls qui volent en
plein jour; des crepusculaires lels que le Morosphynx, les Sesies (voy. SESIES),
butinent dans la journee, ainsi que certains Noctuelles et des Phalenides, qui
sont ranges parmi les Nocturnes. En definitive, les deux divisions des Lepidop
teres en : Rhopaloceres et en Heteroceres, doivent prevaloir (voy. LSSECTES et LEPI
DOPTERES). A. LABODLBKKE.
(Ornithologie). Voy., dans OISEAUX, Oiseaux de proie.
G J3 H 24 5 ~(G 3 H S )"T ( S ; Glvce ride obtenue en cliauf-
( on
fani pendant quelques heures a 200 1 acide valerique avec de la glycerine, en
proportions convenables. Les analyses du produit obtenu conduisent a la for-
mule C 13 H 16 6 , adoptee "par M. Berthelot. Get eminent chimiste admet en effet
que la divalerine derive de 1 union de 1 molecule de glycerine et de 2 molecules
d acide valerique, avec elimination d une seule molecule d eau. D autres
chimistes , avec Wiirtz, pensent qu il est plus conforme a la theorie generate
de la formation des ethers secondaires de la glycerine, d admettre 1 elimination
dc deux molecules d cau, d ou la formule C lr fl :4 5 donnee plus haul.
La divalerine est un liquide neutre, huileux, d une odeur desagre able d huile
de poisson, d une saveur amere. Elle a pour densite 1,059 a 16. La divalerine
se fige a 40. L. FL\.
DIVIDIVI. 25
DIYERSO (PIETRO-SALIO). Medecin italien du seizieme siecle, natif de
Faenza, a laisse la reputation d un bon observateur. II fit ses etudes a Naples
sous d Altomare, puis \int se fixer dans sa ville natale, ou il exerca son art avec
le plus grand succes. II est de ceux qui ecrivirenl le mieux sur la peste et
les fievres graves, et la patbologie du cosur lui est rcdevable de quelques decou-
vertes (Dezeim). On cite de lui :
I. De febre pestilent i Iraclatus : et curationcs qnnrnwlam parlicularium morborum,
quorum tractatus ab ordinariis pralicis non habetur, etc. Boloniae, 1584, in-4. Franco-
furli, 1586, in-8 . Ilarderovici, 1655, in -8. Amstelodami, 1681,in-. Cello dorniere edition,
la plus complete, porte le litre A Opuscula medico. II. Conunmlarin in [I>j>j>t>frli* libros
quatuor de mnrbis luculentissima, etc. Francofurti, 1H)2, KH 2, 1600, in-i nl. - III. In
Avicennae librum HI de morbis particularibus corporis liumani eteorum curatione. Ticini,
1075, in-ibl. L. Hx.
DIVES (STATION MARINE DE). Dans le departement du Calvados, dans 1 arron-
dissementela 19 kilometres a 1 ouest de Pont-Leveque, dans le canton de Dozule ,
est un petit bourg, sur la riviere la Dives, peuple de 600 habitants. Dives etait
le petit port ou s embarqua Guillaume le Conquerant. Aujourd hui la mer s arrete
a Cabotir; mais beaucoup de baigneurs ne pouvant pas trouver a se logcr a
Cabour viennent habiter a Dives, qui n eu est distant que de 2 kilometres. On
de sigue done babituellcment cette plage sous le nom de Cabour-Dives, c est
pour cela que nous avons cru devoir consacrer ces quelques lignes a 1 ancien port
de Dives. A. R.
DIVIDIVI on LIBIDIBI. Noms donnes aux fruits du Coulter ia tinct>ri<t
H. B. K., qui apparlient a une section du genre Ccesalpinia. Cette section est
formee d arbres depourvus d aiguillons et dont la fleur, qui est d ailleurs celle
d un Bresillet, est remarquable par la forme de son sepale iufe ricur, concave ,
souvent subnaviculaire, fdus ou moins profondement de coupe sur ses l> u - il> en
franges ou en dents de peigne. La gousse y est pourvue de sutures (vent rale
et dorsale) peu proeminentes, et les graines sont ovoid^s, plus ou moins com-
primees. Cette section americaine renferme deux especes : le C. chilensis DC.,
qui est le Tara tinctoria de Molina, et le Ccesalpinia tinctoria DOMB. (C. pecti-
tiata CAV. Poinciana Tara R. et PAV. Coulteria tinctoria II. B. K., Nov.
gen. et spec., VI, t. 569. Celui-ci est un arbre, d abord observe pres de Car-
tbagene, dans la province de Popayan, et qui, en debors de la Colombie, a ete
rencontre au Venezuela et dans une partie des Antilles ou on le croit introduit
(Bancroft). Ses feuilles composees, paripinn^es, ont des folioles ovales-oblon-
gues, glabres, des petioles inermes, parfois legerement pubescents, et des fleurs
a calice glabre. Leur fruit, le Dividivi ou Libidibi, est une gousse ovale ou
oblongue, comprimee, legerement spongieuse, ordiuairement indeliiscente, avec
des fausses cloisons cpaisses entre les graines. Celles-ci sont peu nombreuses et
construites comme celles des Ccesalpinia en general. De couleur jaune, plus ou
moins brune, parfois plus ou moins teinle de rouge ou de rose terne, leur
pericarpe est glabre a la surface. A partir d un certain age, celte gousse s arque
suivant sa longueur ou plus souvent encore se replie en forme d S. Sa longueur
totale varie de 5 a 6 centimetres; sa largeur de 1 1/2 a 2 1/2 ; son epaisseur,
de 1 1/2 a 2 1/2. Dans son pays natal, cette gousse est, comme celle du
C. chilensis, employee en teinture et en tannerie, ce qui est du a sa richesse
en tannin. Celui-ci est, dit-on (Amblard), semblable a celui qui s extrait de la
24 DIVINATION.
noix de galle, mais il existe combine avec une matiere animale , ce qui
rend son extraction difficile par les precedes ordinaires. Le precede qui a le
mieux reussi consiste a trailer par 1 eau froide le Dividivi concasse, a filtrer
la liqueur et, apres 1 avoir laissee s epaissir et 1 avoir reprise par 1 eau, a obtenir
un exlrait mou qu on traitc par 1 alcool. II s y forme un precipite gommeux,
hygrometrique, legerement astringent. On filtre, et Ton obtient, par evaporation
au bain-marie, un residu qui est du tannin pur et qu on peut purifier comple-
tement avec Tether. La plus grande partie de ce tannin parait resider dans
1 exocarpe ; 1 endocarpe, dur et ligneux, n en renferme que des traces, et les
semences n en contiennent pas. Le tannin du Dividivi presente les reactions
suivantes : il donne, traite par 1 eau, une couleur brun clair; par les sels de
fer, un pre cipite noir ; par 1 acide sulfurique, une coloration rouge ; par 1 eau
de chaux, un precipite blanc verdatre ; par le protosulfate de cuivre, un preci
pite violet; par 1 acetate acide de plomb, uri precipite blanc; par la gelatine,
un precipite blanc resino ide. La richesse en substance tannique du Dividivi
est telle qu on a constate qu une parlie de ces fruits tanne aussi bien, et en
trois fois moins de temps, que quatre parties d ecorce de chene. Aussi 1 in-
dustrie europeenne s est-elle emparee de ce produit, notamment en Angleterre,
ou Ton en introduit 4000 tonnes dans certaines annees. Ce sont aussi des
medecins anglais qui ont eu 1 idee de les employer comme astringents centre
la blennorrhagie, les hemorrhagies, la diarrhee sanguine, etc. Leur action est
semblable a celle du Bratantiva et du Quebracho. II y aurait lieu d experi
menter chez nous ce me dicament qui est appele a rendre de grands services.
On lui donne encore dans le commerce les noms de Nacassol, Nacascol, Ouatta-
pana, Muatta-pana, et on le tire des plages maritimes du Mexique meridional,
de saint-Thomas, de Saint-Domingue, de Curacao. H. BN.
BIBLJOGRAPHIE. MER. et DE L., Dictioiui. Mat. med., II, 454, 664. ROSENTH., Syn. plant,
diaphor., 1032, 1034. JACQ., Sel.pl. amer. Hist. SIMM., Comm. prod. Veg. Kingd.,$0ft.
AMBLARD, Rech. pour serv. a V etude hot. et chim. du Dividivi (these EC. pharm. Par., 1870).
II. BN, Hist, des pi., II, 79, 162 ; TV. hot. med. phaner., 588, tig. 2157, 2158. H. BN.
DIVINATION. Nous appellerons divination un ensemble de procede s, de
pratiques sans fondement rationnel, dont le but est la conjecture de 1 avenir ou
1 acquisition de connaissances et de notions qu il serait impossible d obteuir
par des moyens naturels.
A toutes les epoques, sous toutes les latitudes, la recherche de I inconnu et
surtout la prevision de 1 avenir ont ete la preoccupation souverit dominante des
individus et des societes.
Entoure d ennemis, soumis a des influences telluriques ou atmospheriques
centre lesquelles son organisation le defend mal, 1 homme ne reussit que par
un travail opiniatre a defendre sa vie, a conquerir un peu de confiance en lui-
meme, a maitriser cette crainte de I inconnu dont la frayeur de 1 enfant dans
les tenebres est la premiere expression. Quien ha visto mahnna? dit un pro-
verbe espagnol. A cette interrogation perplexe on pourrait aj outer : Que nous
reserve demain? Pour Athenes le lendemain du siecle de Pericles, ce tut 1 in-
vasion, le bouleversement et la mine.
En Grece la divinite, qui avait le dernier mot en toutes choses, etait supe -
rieure aux etres gracieux dont 1 imagination hellenique avait peuple 1 Olympe;
cette divinite, c etait le Destin, 1 aveugle et inexorable Moere. L ideede lafatalite
DIVINATION. 25
n etait cependant ni grecque, ni romaine; nous la rctrouvons partout avec des
lormules variables. Le chretien qui se console de malheurs imprevus et im-
merites parce que les desseins de Dieu sont impenetrables laisse echapper un
aveu d impuissance analogue a la resignation du Musulman qui courbe la lete
et dit : C etait ecrit , admettant implicitement un ordre eternel, qu Allah
lui-meme nc pourrait pas ou ne voudrait pas changer. Cette croyance dans une
predestination du cours des choses a conduit de tres-bonne lieure a la divination.
Demandait-on une notion precise? voulait-on connaitre des eventualites pro-
chaines pour en jouir par avance, si elles etaient favorables, on les attendre de
pied ferine, si elles ne 1 etaient pas?Le plus souvent non. On cherchait pres
des oracles comme pres des propheles des encouragements ou des ide es.
II y avail, malgre toutes les subtilites theologiques, contradiction entre le
dogme et ses consequences. L homme voulait se mettre en rapport avec un etre
superieur, 1 associer a ses entreprises, et, par cela seul qu il preparait ainsi sa
conduite, il reconnaissait que 1 avenir ne peut etre prevu puisqu il est variable
dans les limites de la liberte humaine.
L cxistence de la divination n implique pas necessairement celle d une reli
gion positive; la constatation de quelques phenomenes naturels sullit a frapper
les imaginations et a les aider a francbir la limite imperceptible qui separe
le merveilleux du positif. Colomb e tait un dieu pour les Caraibes, parce que,
ayant vu auparavant une eclipse de soleil, ils n avaient ni 1 instruction ni la
capacite intellectuelle necessaires pour remonter a sa cause et en prevoir une
autre. C est dans les plaines de la Chaldee que naquit raslronomie : a ibrce d ob-
server les astres, de voir certains d entre eux revenir a la meme epoque, au
meme point, par une route determinee, les patres finirent par entrevoir les lois de
leur cours. Ils n avaient qu a jeter les yeux autour d eux pour constater d autres
choses dont la periodicite n etait guere moins precise : la prairie se couvrait
d une herbe nouvelle, les arbres se chargeaient de feuilles et de fleurs, lorsque
le soleil se levait a un certain point de 1 horizon; il eut ete difficile de ne pas
rapprocher ces circonstances. Des 1 instant ou la connexite des phe nomencs celestes
et des phenomenes terrestres fut constatee, on chercha d autres relations. L as-
trologie fut probablement la fille naturelle de 1 astronomie, comme la magic fut
celle de la physique. Nous voyons dans ces exemples deux modalites essentielles
de la divination : pour les insulaires des Antilles, le navigateur etait un tire
superieur predisant par intuition; ils n eussent pas songe a lui demancler com
ment il avait appris a lire dans 1 avenir ; 1 astrologie babylonienne resultait au
contraire d une serie de precedes, d observations qu on pouvait reproduire. En
Grece, a Rome, parmi les tribus celtiques, dans les villages les plus recules
du Nord scandinave, la mantique se presentera sous les memes aspects. Des
modifications legeres se sont rencontrees sans doute; parfois 1 individualite du
devin se perd dans 1 individualite du lieu ; il y a des sanctuaires ou cliacun
regoit des inspirations; parfois ces dieux ne se font entendre qu a des privile-
gies, a la suite de pratiques donnees ; tout cela n est en realite qu une combi-
naison des deux modes.
Nous allons voir la divination chez les differents peuples dans 1 antiquite, au
moyen age et dans les temps modernes.
A. Divination dans I antiquite. I. DlVINATION CHEZ LES ASSYRIENS, LES ANCIENS
PERSES ET LES EGYPTIENS. Malgre les decouvertes des archeologues et les tra-
26 DIVINATION.
vaux des e rudits modernes, nous ne connaissons guere 1 histoire ni la vie popu-
laire des Chalde ens ; ce que nous savons, nous le savons par les Grecs qui leur
avaient emprunte une partie de leurs coutumes, par les Juifs dont les sepa-
raient d implacables liaines. Dans le petit nombre de documents serieux qui
nous restent, il est facile de retrouver les traces d une divination savante,
ayant vecu probablement plusieurs siecles.
Izdhubar, le heros de 1 epopee chnldeenne, a delivre Ea banhi du pouvoir du
monstre Boul qui le tenait en captivite. Get Ea Banhi est done d une qualite
precieuse ; c est un voyant qui sail mieux que personne interpreter les songes
et donner d utiles conseils. Dii temps d Herodote, il y avait a 1 etage superieur
du temple pyramidal de Borsippa une chapelle renfermant un grand lit, dans
lequel venait se coucher a certaines heures une femme du pays, qui recevait les
inspirations du dieu.
Voila deux exemples d aptitudes speciales et individuelles; il y avait encore
des pratiques determinees dont 1 ensemble forme une sorte de rituel. Les con
jectures siderales, 1 interp relation des songes, etaient les precedes principaux.
Plusieurs chapitres d un catalogue de la Bibliotheque de Ninive semblent se
rapporter a la divination. M. Lenormant a traduit un calendrier mentionnant les
mois favorables et defavorables aux expeditions militaires. L un des plus grands
rois de 1 ancienne Chaldee, appele Sargon I cr , fit reunir dans un ouvrage com
pose de 70 tableltes toutes les connaissances astrologiques de son temps; cette
compilation a ele analysee, peut-etre traduite integralement par Berose.
A 1 e poque des grandes conquetes babyloniennes 1 oniromancie est d une
pratique generale ; c est un songe qui engage Gyges, roi de Lydie, a se declarer
vassal d Assourbanipal, Je puissant souverain delSinive; un autre de ses voisins,
appele Te Oummam, lui declare la guerre parce qu il refuse 1 extradition de
criminels politiques. Avant d entrer en campagne, Assourbanipal invoque avec
ferveur la deessc tutelaire de 1 Assyrie. Or, la nuit meme, un voyant eut un
songe : Isiar lui apparut entouree d une aureole brillante, montee sur un char
et tenant un arc et des Heches.
Elle adressa au roi que le dormeur vit en memo temps les paroles sui-
vantes : Va en avant pour faire du butin, 1 espace est ouvcrt dcvant toi, je
marcherai, moi aussi. Et comme son interlocuteur hasardait une objection
timitle : Ta face ne palira pas, tes pieds ne trebucheront pas, tu ne. teruiras
pas ton honneur au milieu de la bataille. L evenement lui donna raison : le roi
d Etau, battu et fait prisonnier, paya son audace de sa tete.
Mais, si les aslres n indiquaient rien, si aucun fantome nocturne n avait trou
ble le sommeil des voyants, les dieux ne restaient pas muets pourcela; il y
avait en Chaldee d autres manieres d entrer en communication avec eux. Le
roi dc Babylone, ditEzechiel, s est arrete dans un carrefour, il a mele les Heches,
il a interroge les idoles ; c etait la belomancie dont nous aurons plus d une
occasion de parler; d autres fois on consultait le kan mamiti (vaisseau du sort),
c est-a-dire la baguette divinatoire, dont les proprietes etaient encore admises il
y a deux ans a notre Ministeie de 1 interieur.
Du temps de Nabuchodonosor on accordait autant d importance au vol des
oiseaux ou aux entrailles des victimes qu a la plus belle epoque des aruspices a
Rome. Le foie dounait des notions extraordinaires, comme le coeur d un jeune
chien ou les intestins de Fane; les pluies, les vents, les orages, avaient leur
signification; la llamme des sacrifices indiquait par sa couleur ou sa direc-
DIVINATION. 27
lion les decrets des Dieux; on interrogeait 1 eau de mille maniercs dans les
sources, dans des vases; 1 hydromancie sc subdivisait en cyathomancie et en
leeanomancie.
Chez les Medes et les Perses, les mages avaient confisque, pour ainsi dire, la
divination : 11s se vantaient de posseder des facultes surhumaines, d expliquer
et de rendre des oracles, de predire 1 avenir (Maspero). Mais ils se gardaient
bien de divulguer leurs precedes ou de dire a quoi ils devaient leurs vertus
propheliques.
L astrologie fut la divination nationale et sacree des Egyptiens; ponrtant il se
passait quelquefois dans leurs temples aux epoques des fetes des choses mer-
veilleuses. Apis rendait des oracles et inspirait aux femmes et aux enfants 1 en-
thousiasme prophelique.
Les esprits frappeurs ont peut-etre emigre de Babylone en Gaule; une in
scription parle des bruits d heureux augure des meubles craquant sous 1 in-
tluence des alternatives de secheresse ou d humidite. Les malformations foetales
fournissaient des signes aussi importants. Un e crivain sacre, traduit par
M. Oppert, en a donne jusqu a 72 qu il interprete : Si une femme met an
monde un enfant qui a les oreilles du lion, il y aura un roi puissant dans le
pays;... Dans le cas de naissance d un enfant sans nez le pays sera en deuil
et le maitre de la maison mourra.
11 s agit d une epoque sur laquelle nos documents sont rares, et nous voyons
dejii les rites que nous rencontrerons dans presque tous les sanctuaires antiques ;
il est probable que les Chaldeens eux-memes en avaient emprunte une partie,
comme ils les ont transmis aux Hellenes et aux Juifs.
II. DIVINATION CHEZ LES SEMITES. L histoire de la divination chez les Juifs
est plus simple que chez les peuples polythe istes. La loi mosai que etait avant
tout theocratique : elle reposait sur un dogme ne comportant aucune atte
nuation : 1 unite de Dieu. II eut ete difficile de concilier la crainte respectueuse
de Jahveh, dont on n osait meme pas prononcer le nom, avec les pratiques su-
perstilieuses des Gentils. Le legislateur a senti le danger qu elles eussent fait
courir a la foi. Quand tu seras enlre, dit le Deute ronome, au pays que le
Seigneur ton Dieu te donnera, lu n imiteras point les abominations des nations;
il ne se trouvera personnequi fasse passer par le feu son ills ou sah lle, ni devin
qui se mele de deviner, ni pronostiqueur du temps, ni aucun qui fasse des pre
dictions, ni qui fasse dcs prestiges.
Ainsi il est interdit, d interdiction absolue, au Juif orthodoxe d essayer de
rien connaitre du futur; la moindre tentative dans ce sens participe du crime
d idolalrie, le plus grave qu un fidele put commettre. Mais ily a dans la vie des
nations des vicissitudes dans lesquelles la loi ne saurait enrayer un entraine-
ment irreflechi : quand des usages veneres sont foules aux pieds, quand l etran jcr
parle en maitre au foyer domestique, quand 1 herbe pousse dans le parvis^du
temple, il faut un espoir et une consolation : L Eternel ton Dieu te suscitera
un prophete semblable a moi d entre tes freres, tu 1 ecouteras. En fait, il v
eut depuis Mo ise, jusqu au jour ou Sion peril sous la ceinture de fer dont 1 en-
tourait Titus, des voyanls en Israel. On les consulte dans les actes de la vie
privee comme pour les choses politiques. Saul allait prendre un avis au sujet
des anesses de son pere quand Samuel lui predit la royaute. La caste eccle -
siastique voyait avec bienveillance ces devins dont beaucoup lui etaient etran-
28 DIVINATION.
gers; ils etaient ses agents de propaganda les plus actifs ; c est probablement
grace a eux que la division du royaume apres Salomon ne ful point accom-
pagne e d un scliisme religieux. Les rois d Israel, pour detruire la suprematie de
la capitale de Juda, s efforcerent de cre er un culle inde pendanl ; Achab, que
sa femme .Tezabel avail gagne aux idees et aux coutumes pheniciennes, essaya
de substituer Baal a Jehovah. 11 dut lutter centre des voyants sans nombre; on
avait beau les poursuivre, porter centre eux les peines les plus severes, ils
trouvaient des protecteurs jusque dans le palais. Le mailre d hotel Abdias en
fit cacher cent qu il nourrit aux depens du roi. Elie Tisbite, qui vivait le plus
souvent au desert vetu d un sayon de poil retenu par une ceinture de cuir,
echappa constamment a ses deciels et fit retentir aux oreilles de la reine des
menaces terribles que la suite parut confirmer.
Quand le roi voulut opposer une prescience a une autre en inondant son
royaume de prophetes etrangers, le terrible solitaire ameuta le peuple contre
eux. A la suite d une secheresse dont le chroniqueur biblique attribue la fin a
un miracle d Elie, tous les missionnaires du nouveau culte furent massacres
sur les bords du torrent de Kiscon.
Chez les Juifs comme chez les Babyloniens, il y avait done une divination
presque officielle. Pas une expedition guerriere ou commerciale n avait lieu sans
que les prophetes cussent donne leur avis; c est ceux qui, dans 1 exil et la
captivite, formulaicnt les plaintes et les maledictions de la race opprimee. Dieu
renversera Babylone, la gloire de la Chaldee, la noblesse des royaumes, disait
Esaie, comme il a renverse Sodome et Gomorrhe ; elle ne sera jamais retablie,
elle ne sera habitee en aucun temps ; les Arabes n y dresseront plus leur tente
et les bergers n y parqueront plus. Les betes sauvages des deserts y auront
leur repaire..., et les betes sauvages desiles et les dragons hurleront, se repan-
dant les uns les autres dans ses palais desoles et dans ses maisons de plaisance.
Babylone sera rcduite en monceaux de cendres, en demeure de dragons, en
desolation et en sifflements, sans que personne y habile , disait Jeremie.
Malgre son respect pour sou Dieu, malgre son affection pour les interpreles
de sa volonte, le peuple juif adopta plus d une fois la divination etrangere; ce
que le Deuteronome avail defendu, le Levitique le frappe d anatheme. Je
mettrai ma face contre ceux qui consultenl les devins el les gens animes de
] esprit de Python et je les retrancherai. II y avait en effet des sorciers qui
conjecturaienl par la baguctle ou evoquaient les morts. Mon peuple appelleun
morceau de hois, disait Osee ; un baton doit lui propheliser. Ezechiel s eleve
egalemenl contre ces devins qui suivent leur propre espril, bien qu ils n aienl
rien vu, et les compare aux renards du desert C etait a eux quo s adressaienl les
rois impies : quand Saul voulul cntreprendre une guerre contre les Philistins,
il consulta d abord 1 Eternel, el, comme il n obtint pas de reponse, il dul se
rendre deguise a Endor ou se trouvail une femme animee parl esprit de Python.
Celle-ci evoque 1 ombre de Samuel qui annonce au roi sa clel aite et sa mort;
Manasses au debul de son regne predisail le lemps et s adonnait a la divination.
Le christianisme ful, quoi qu on en puisse dire, autre chose qu une transfor
mation du judaisme ; a une conception elroite et exclusivement nationale de
rhumanite, au dogme de la selection divine d un peuple, il opposa le dogme
cosmopolite et revolnlionnaire de Tegalile humaiue. Du meme coup, les pro-
phelies perdirent leur raison d etre; il y avait sans doute dans les lamentations
de Jeremie un grand fond de piete, mais c elail surloul le cri d un Israelile qui
DIVINATION. 29
pleure les malheurs de Sion; tous les appels vers le Messie ne sont que des
aspirations a 1 independance. La religion nouvelle devenant accessible aux Gen-
tils, une des traditions les plus anciennes du juda isme disparaissait. La pro-
phetie occupe une faible place dans la predication de Jesus; il donne des con-
seils, fait des miracles, mais predit peu, et ses predictions ont trait a des
evenements lointains, comme les objurgations menacantes adressees par les pro-
phetes de 1 Ancien Testament a leurs compatriotes lorsque les moeurs se relaehaient
ou que la ferveur baissait.
L Eglise est eternelle et immuable, son fondateur le lui a predit : qu eussent
pu ajouter les propbetes? Les menaces et les maledictions patiiotiques d Esaie
eussent ete une impiete ou un centre-sens pour un chretien dont la vraie patrie
est le ciel et le detachement des choses d ici-bas la supreme vertu.
Les dcrniers moments de la litte rature mantiquedes Juifs furent ces sombres
propheties sibyllines, que nous retrouverons ailleurs.
Au lieu de Ja chresmologie enthousiaste, les peuples Semites du Sud-ouest de
I Asie adopterent de tres-bonne beure les pratiques plus complkjuees des Assy-
riens ; ils les conserverent longtemps et on en retrouverait probablemont aujour-
d hui des traces parmi les ti ibus arabes. Avant Mabomet, La Mecque etait deja un
centre religieux ou Ton venait de fort loin, une Delphes du desert. Les
fleches sans pointes ni pennes et portant cbacune ecrit un mot significatif,
etaient au nombre de 7 conservees dans la Kaabah sous Ja garde d un ministre
special. On les melait dans un sac aux pieds de la statue de Ilobal, le dieu prin
cipal du sanctuaire, et on en faisait le tirage apres avoir adresse au dieu cette
priere : Divinite! le desir de savoir telle ou telle chose nous amenedevant toi.
Fais-nous connaitre la verite. Un oracle du meme genre existait dans le
temple du dieu Dhou-1-Khocals, situe a quatre journe es de La Mecque a 1 entree
de 1 Iemen; on y consultait le sort au moyen de trois fleches appelees 1 Ordre,
la Defense, 1 Attente. On raconte que, lorsque Amrou-1-Quais se mit en marcbe
pour venger la mort de son pere sur les Beni Asad, il s arreta dans le temple
de Dhou-1-Kbolocals pour interroger les flecbes mantiques. Ayant tire la Defense,
il recommenca et trois fois de suite il la \it ressortir. Brisant alors les flecbes
et en jetant les morceaux a la tete de 1 idole : Miserable! s ecria-t-il, si c etait
ton pere qui eut ete tue, tu ne te defendrais pas d aller le venger (Lenormant).
Quand Mabomet songea a fonder une religion, il dut tenir compte des habi
tudes des gens qu il esperait convertir; les idolatres formaient la majorite. Les
Arabes furent toujours refractaires au christianisme dont le caractere interna
tional et pacifique convenait peu a leurs aptitudes guenieres. Des le premier
jour, le relormateur sentit que c etait par la divination qu il fallait frapper.
Les historiens parlent peu de ses miracles, ils en ont enregistre quelques-uns
seulement, sans insister. Mahomet avait douze ans a peine quand il fit son pre
mier voyage en Syrie avec une caravane de son oncle le ricbe marchand Abou
Taleb ; un vieux moine grec fut vivement frappe de sa curiosite, de sa precoce
intelligence; il 1 instruisit et fit passer dans son esprit le mepris de 1 idolatrie
et la haine des images.
O
Le cbamelier rapporta de ses voyages un interet tout particulier pour les
questions religieuses et un vif amour de 1 etude. Des que son mariage avec la
ricbe veuve Kadijah lui eut assure le repos et la fortune il s y livra avec achar-
nement. Parmi les membres de sa nouvelle faniilie se trouvait un certain Waraka
qui avait abandonne la religion de Moise pour le christianisme et traduit en. arabe,
50 DIVINATION.
dans un but tout litterairc, plusieurs parties de I Ancien et du Nouveau Testa
ment. 11 possedait des notions etendues sur les sciences de 1 epoque et s etait
applique surtout a 1 astrologie. Avec un tel homme, Mahomet fit des progres
rapides; peu a peu ses reflexions sur Dieu et les destine es de rhommc alte rerent
son caractere. II devenait taciturne, fuyait la societe , passait le mois du Ra
madan dans une caverne du mont Hara. La, il avait des extases, tombait parfois
insensible et sans connaissance sur le sol. Une nuit qu il priait, dans son ermi-
tage, il s entendit appeler par son nom. Un angc sous forme humaine marchait
vers lui tenant a la main une feuille de soie couverte de caracteres. Lis, dit-il.
Je ne sais pas lire. Lis, rc pe ta I ange, je te 1 ordonne aunom du Seigneur,
createur de toutes choses, qui a fait rhomme d un caillot de sang, qui lui a
appris a connaitre ce qu il ignorait.
Une vive lumiere se fit aussilot dans son esprit, il ]ut la parole ecrite sur les
feuillets miraculeux. Mahomet ! lui dit alors son interlocuteur, tu es le
p rophete de Dieu et je suis son ange Gabriel.
Les premiers ecrivains de I lslam qui out rapporte ce recil pretendent le tenir
de la bouche du Prophete : il commencait done sa mission comme chres-
mologue, audileur direct de Dieu. Avec des imaginations de feu, c e tait
le meilleur role qu il put jouer. Un philosophe comme Congtzee ou Zoroastre
eut echoue peut-etre, Mohamet cut des disciples des les premiers jours de son
apostolat.
Le livre divin avait des accents dont 1* elevation rappelait celle des anciens
voyanls de Juda. Yoici en quels termes il predit la fin du monde : Au nom
du Dieu misericordicux, un jour viendra ou le soleil s obscurcira, ou les etoiles
tomberont du cicl ; les chamclles en gesine seront delaissees, les betes feroces
se reuniront en iroupeaux; voila que bouillonneront les vagues de 1 Ocean,
que les esprits des morts se reuniront a leurs corps, que la vierge enterree
vive se levera en demandant pour quel crime on Fa sacrifice; alors le livre de
1 Eternile sera ouvert, les cieux crouleront, 1 enier brulera de miile feux, les
joies du paradis deviendront manifestes.
Ce jour-la chacun confessera ses fautes. En verite , je vous le jure par les
etoiles qui suivent leur course et s effacent dans 1 eclat du soleil, par 1 obscurite
de la nuit et 1 aube du jour, ce ne sont point la les paroles d un mauvais
esprit, mais celles d un ange digne et puissant qui possede la confiance d Allah
et est venere par tous les anges qui sont sous son commandemeut.
Depuis Mahomet, Dieu n eut plus de communications avec aucun Arabe, ceux
qui pretendirent en recevoir payerent clier une pareille audace. Du vivant du
Prophele, un certain Al Anval essaya de suivre son exemple. Get homme etait
d autant plus dangereux qu il etait verse dans les sciences occultes, surtout
dans la magie; il avait, disait-on, recu le don des miracles. Mahomet vieux,
malade, occupe aux preparatifs d une expedition conlre la Syrie, n avait guere
le temps d argumenler centre lui ; il prefera le trailer en ennemi de la foi et
le faire assassiner.
Un autre heresiarque se maintint plus longtemps. G etait Moseilma, de la
tribu de Uoneifa ; converli d abord a 1 Islamisme, il avait voulu fonder une autre
religion; grace a son eloquence, a son babilete, cet homme re ussit a etablir sa
domination sur toute la province de Jamama entre le golfe Persique et la mer
Rouge ; il ecrivait au pontife de La Mecque : Moseilma, le prophete d Allah, a
Mahomet, le prophete d Allah, viens et partageons-nous le monde, tu auras la
DIVINATION. 51
moitie, j aurai 1 autre. Celui-ci repondil : De Mahomet le propliete de Dieu a
Moseilma le menteur : La tcrre du Seigneur est donnee comme un heritage a
celui de ses servileurs qui trouve grace devant sa face. Ileureux qui le craint.
Cette epitre ampliibologique fut la seule refutation de Mo&eilma. Plus tard le
khalife Abu Beker envoya centre lui Khaled, le meilleur de ses lieutenants.
Malgre sa valeur, le faux prophete fut hattu et peril dans le combat.
A ce moment, 1 unite religieuse elait fondee, les scliismes ullerieurs fumii
politiques. Mahomet et ses premiers successeurs avaient fixe pour longlemps le
culte des Arabes ; il n y eut parmi eux ni images ni divination offieielle. Pourtant,
dans la iatro-mantique du moyen age, les divagations de Fastrologie etaient
presque toujours appuyees sur les opinions de leurs medecins; c est qu ils
avaient adopte avec enthousiasme les methodes bonnes ou mauvaises des Grecs.
Averrhoes et ses disciples niaient la magie, mais croyaient a I influence des
astres; comme les anciens guerisseurs d Egypte ils exploraient avec anxiete la
voute celeste avant d etablir un traitement : les Arabes eurent meme des astro-
logues veritables; le livre de 1 un d eux, Albohali, traduit en latin au milieu du
seizieme siecle, fit fortune en Europe. Malgre tout, la divination side ralc etait
une divination e trangere ; les klialiies purent lui demander des renseignements,
elle ne fut jamais populaire.
Nous avons abandonne momenlanemenl 1 ordre chronologique pour 1 ordre
cthnologique. C est que sous ce rapport comme sous beaucoup d autres il y a
une relation fiappanle entre les diverses branches de la race Semite; nous
retrouvons sur les bords du golfe d Aden les elans d imagination, la forme de.
patriotisme, que nous avons rencontres sur les bords du Jourdain, a tel point que
1 histoire religieuse et politique des Arabes somble le complement logique dc
1 histoire d Israel.
Pendant les siecles qui separent la chute de 1 empire assyrien de 1 origine de
sa puissance, des peuples aryens s etaient developpes, avaient alteint 1 apogee
de la civilisation. A 1 epoque ou nous sommes, ils etaient en pleine regres
sion ; il y avail pres de trois siecles que 1 empire romain etait delruil et que des
royaumes germains s elaient eleves sur ses ruines ; le melange des traditions
grecques et latines ne retardait guere la decadence byzanline. Quand les bar-
bares mirent les pieds sur le sol de 1 Italie, les oracles etaient muets; un Dieu
nouveau honore d abord par des proscrits et des esclaves avail fiui par chasser
ses predecesseurs de leurs temples ct refouler au fond des villages une religion
aulrefois nalionale; il n en delruisil pas complelemenl les praliques.
III. DIVINATION CHEZ LES GRECS. On est etonnequandonsongea la multiplicity
des oracles chez le peuple hellenique, a son commerce presque incessant avec
ses Dieux. Les deux caracteres fotidamentaux de son genie, c elait 1 amour du beau
ell activile. La resignation falalislen apparlient aaucun de ses heros ; nulle part
il n y eut aulatil de poeles, aulant de philosophes. Les Grecs reverent la science
universelle; ils ne desespererenl point d arracherala nature ses secrets; malheu-
reusement ils manquaient d inslrumenls pour que cette aspiration approchat
de la realite. On n arrive a laconnaissance des lois physiques, on n en tire profit,
on nc neutralise des forces aveugles, qu apres d innombrables tenlalives infruc-
tueuses; que grace a des observations et a des experiences repetecs. II n est guere
pcobable que Lavoisier eut cree de toules pieces la chimie, s il n y eiil eu
avant lui ni reveurs, ni alchimistes. La science grecque n avait que des male-
32 DIVINATION.
riaux insuffisants ; c est pour cela qu elle resta rudiraentaire et que Fhypothese
y conserva une si grande place. La consequence necessaire de cette imperfection
fut cette defiance de 1 avenir, cette conscience de faiblesse dont nous avons parle.
On cherche, on travaille; 1 imagination franehit d un bond des distances incal-
culables, et souvent des catastrophes imprevues ramenent le peuple a la realite.
Au lieu de remonter aux causes, d essayer de prevenir leur action, on se resigne
et on parle des arrets du destin. Un general n oublie jamais de consulter les
dieux avant d entrer en campagne : a quoi done eussent servi I habilete strategique
et le courage, si le resultat avail ete trace d avance?
a. La divination et la philosophic. On etait loin de tirer du dogme du
Destin les consequences qu il comporte ; les dieux y etaient soumis eux-memes
puisqu ils ne pouvaient, dit Homere, preserver du sort commun leurs heros
favoris lorsque la fatale Moere les saisit pour les plonger dans I eternel sommeil de
la mort. Peu a peu on restreignit leur liberte, on 1 amoindrit a ce point
que leur volonte raeme se confondait avec les arrets du Destin. Des lors, dit
31. 11. Bouche-Leclercq dans son excellent ouvrage sur 1 histoire dela divination
dans 1 antiquite, ouvrage auquel nous lerons de frequents emprunts, le monde
n eut plus qu un regulateur, Zeus, considere comme dirigeantle Destin. Le Destin
etant ainsi identifie avec un etre raisonnable et bienveillant, la divination etait
complctement juslifiee dans la theorie et dans la pratique ; elle devenait non-
seulement possible, mais utile, puisque le cours des choses semblait modifie par
la volonte de Zeus et que les bommes pouvaient meriter qu il changeat sa des-
Jinee dans le sens de leurs desirs. Cette espece de compromis entre la liberte
et la fatalite suffisait pour le peuple, qui voit dans la religion des solennites et
non des dogmes, des sentiments et non des doctrines. En revancbe, les mystiques
qui considerent la terre comme un exil et le ciel comme leur patrie, ne pou
vaient guere admettre une conciliation ; on avait sacrifie inconsciemment la
liberte divine, ils sacrifierent la liberte humaine, le polytheisme a eu son Jansenius
dans Pindare. C etait la Ihe orie des pretres de Delphes, theorie demoralisante,
endormant 1 homme dans la confiance inerte en une Providence qui prend les
mortels par la main et les conduit sans secousses ni arret au but qu a fixe le
Destin.
La hardiesse des pbilosophes s accommodait mal de cette assimilation a une
machine reglee de toute eternite. L ecole ionienne surtout cbercha dans
la nature la solution des grands problemes et de la vie. Pres de six
cents ans avant 1 ere cbretienne Thales (de Milet) observait des phenomenes
electriques; il predisait une eclipse de lune et batissait un systeme d apres
lequel 1 eau et 1 esprit etaient 1 origine et la fin de toutes choses; ses disciples
conserverent la methode, mais modifierent I ensemble. Pour Anaximene, 1 air
tenait a lui seul la place de deux elements. Thales, Heraclite, rapportaient tout
au feu ; Anaxagoras a deux principes qu il appelait la matiere et 1 esprit. Empc-
docle (d Agrigente) en admettait quatre : 1 eau, 1 air, le fer, la terre. Ces
philosophes ne croyaient guere a la divination : Je predis comme vous, disait
Thales aux devins, et je n ai pas besoin des Dieux. Un autre jour Anaxagoras
demontrait a Lampros, tirantun presage heureuxde la naissance d un belier uni-
corne, qu il ne s agissait que d une malformation facile a expliquer. Heraclite
et Empedocle etaient plus timores : le premier, qui regardait 1 ame comme une
partie momentanement isolee de la Damme universelle, ne pouvait sans incon
sequence nier la possibilite de communications inlermittentes entre elle et son
DIVIN.VTION. 55
principe ; il admettait 1 inspiration, 1 intuition personnelle. Empedocle rgalement ;
pour lui cependant la divination n etait que 1 exageration de 1 instinct conjec
tural propre a chaque individu.
L observation tenait moins de place dans le systeme des pythagoriciens que
dans celui des philosophes ioniens. Sa base, c etait 1 incarnation et 1 apotheose
des quantites numeriques ; le nombre un reprcsentait la divinite, le nombredeux
la matiere et le monde exterieur; le calcul dcvenait un precede de recherche
applicable an connu et a 1 inconnu, an present eta 1 avenir. Lesgenies arithme-
tiques de Pythagore se fractionnaient et se multipliaient a I infmi, tout en con-
servant dans leurs evolutions une discipline lelle qu on pouvait les suivre dans
le monde physique comme dans le monde surnaturel. Les idees justes propagees
et defendues par cette ecole furent oubliees, et cependant le nom de Pythagore
resta populaire comme celui d un sorcier sur le compte duquel on mettait des
paroles vides de sens et prophetiques. Lorsque Rome eut conquis 1 Orient, que
Ton vit pour la premiere fois en Italic des Chaldeens, les nouveaux venus cou-
vrirent de son autorite certaines praticjuos formees d un inextricable melange de
magie et de divination : il y eut des Esseniens, des Juifs pythagorisants qui se
recommandaient de Platon. Celui-ci s occupait pourtant fort pen des choses
de cet ordre; sa philosophic etait une philosophic politique ; il l.iisait tout
converger VCFS un seul but : la prosperite de 1 Etat. Ses idees etaient simples,
ses doctrines absolues, il eut voulu, et beaucoup 1 ont revo depuis, enfermer
1 Etat ou la cite dans une legislation immuable, faire entrer 1 humanitc dans le
lit de Procuste. 11 fallait tenir compte des besoins et des faiblesses intellec-
tuelles; la divination etait profondement ancree dans les moeurs helleniques ;
Platon voulut s en servir. Lui qui sail si bien, avec son impitoyable dialectique,
faire tomber les objections de ses adversaires, il admet a priori le commerce
des homines et des dieux; il ne trouve pas d autres arguments pour justifier
la legitimite des Oracles que la tradition. Leur legitimite reelle etait leur utilite
pour qui voulait gouverner. Platon a reve de rcunir dans une meme main
1 autorite civile et religieuse, de regler les interets materials et les convic
tions, de creer une croyance legale dont les depositaries eussent ete les pretres
de Delphes. Les villes tenaient trop a leurs sanctuaires pour que ces idees
pussent etre mises en pratique. Aristote plus naturaliste admet a. peine 1 extase
et la prescience.
Les adversaires les plus serieux de la divination furent Xenophane, Epicure
et les sceptiques. Le premier nia hardimentla Providence; il ne voyait dans les
manleia que des officines de duperies. Ce philosophe, dit M. Bouche-Leclercq,
fit sagement de vivre loin de sa ville natale : il y eut ete trop pres de 1 oracle
d Apollon Klarien, et il eut pu apprendre a ses depens qu on n attaque pas
impunement les croyances dont vivent les corporations puissantes.
La doctrine d Epicure ne s accommodait guere de la recherche de 1 avenir. Ses
divinites charmaient comme elles pouvaient 1 ennui deleur immortalite. C elaient
des dieux bons enfants, un peu ego istes, ne conseillant point les mortels, ne leur
imposant pas de foi ; ils ne pensaient pas davantage a les tourmenler, et n eus-
sent jamais present 1 extermination en masse des Chananeens, ni envoye leurs
agents dresser des buchers. Epicure combattit le merveilleux avec une arme
dont les coups portent toujours, le bonsens. Comment se mettre dans 1 esjirit
que le depart des animaux d un certain lieu soit regie par une divinite qui s ap-
plique a remplir ces pronostics ? II n y a meme pas d animal qui voudrait s assu-
DICT. ENC. XXX. *
34 DIVINATION.
jetlir a ce sot destin ; a plus forte raison n y a-t-il pas de Dieu pour 1 etablir.
Carncades, le plus brillant reprosentant de 1 ecole sceptique, amenait tout
doucement ses adversaires a rcconnaitre que sans fatalitc la divination etait im
possible; puis il demontrait que la croyance au destin est en contradiction for-
melle avec tout ce que nous voyons. Les sceptiqucs, les epicuriens, les peripa-
teticiens, finirent par cbranler la confiance des gens cclaircs aux Oracles ; ils
substituerent dans certaines classes 1 indiffcrence a la foi; on prit le culte natio
nal pour ce qu il valait : pour une institution qu il eut etc facheux de detruire
mais dont I oi igine surnaturelle n etait pas soutenable. Par malheur, Topinioa
des lettres n etait pas 1 opinion moyenne. II y avait dans les couches profondes
des societes antiques une soif de merveilleux contre laquelle se briserent les
efforts des pbilosophes. Au troisieme siecle de notreere, les Oracles avaient
regagnc du terrain; les gens instruits n osaient pas toujours leur appliquer les
regies d une critique independante. Plutarque, souvent impartial., perd son sang
froid en lace des legendes thcologiques. II admet 1 invraisemblable, explique
1 impossible, arrive a un eclectisme que nous ne pourrions comprendre, si nous
ne tenions compte de la reaction mystique qu avaient developpee de plus fre
quents rapports avec 1 Orient. Toutes les objections n etaient pas oublices :
(Enomaos, philosophe cynique de Gadara, combattait le surnaturel avec autant
d energie que Carneades.
Non-seulement il fit ressortir 1 incompatibilite qui existe entre la prescience
et la liberte, la predetermination et la morale, mais il suivit sur le terrain des
faits les defenseurs imprudenls des institutions mantiques. 11 cita notamment
1 oracle de Delphes devant 1 opinion publique, lui reprochant d avoir cause la
mort d une foule d hommes, les uns dupes, les autres victimes de ses conseils ;
d avoir trompe sciemment ses clients ; d avoir fomente les guerres civiles, flatte
les tyrans et abaisse la religion elle-meme jusqu au fetichisme. II conclut de
cette brulante invective ou Eusebe lui-meme trouve de 1 acrimonie cynique ,
en declarant que les oracles, si admires des Grecs, n etaient pas meme des
genies, a plus forte raison des dienx. 11 les considere comme I osuvre tenebreuse
et 1 artificieuse supercherie d bommes adonnes a la magie, qui disposeut de
tout pour en imposer a la multitude (Boucbe-Leclercq).
La divination avait encore ses tbeoriciens ; les stoiciens I admettaient, on
n etait pas pres de fermer les temples. Au premier siecle de notre ere, les
magiciens Simon et Apollonius de Tyanes predisaient 1 avenir et faisaient des
miracles ; on leur crea une legende. Dans la vie du second, ecrite par Pbilostrate
et dediee a 1 imperatrice Julia Domna, femme de Septime Stivere, le tliaumaturge
n est plus un inspire que de courtes extases rapprocbent des dieux, c est un
etre privilegie qui voit 1 avenir sans efforts intellectuels, une incarnation de
1 eternel present. Dans cette lutte commencee par Thales, continuee par Xeno-
pbanes, Epicure, Carneades, (Enomaos, le sentiment a vaincu la raison; il fau-
dra pour le vaincre a son tour un merveilleux plus jeune mis au service de theo
ries sociales mieux appropriees aux besoins des generations nouvelles.
Avant d aller plus loin, de voir les beros chretiens prendre la place de ceux
du pngani>me, le vieux culte interdit, les gens du peuple demandant aux sancta
sanctorum des reponses que les livres sibyllins eux-rnemes ne peuvent plus don-
ner, il est utile de preparer la voie en faisant connaitre les methodes divinatoires.
b. Methodes divinatoires. 1 Divination personnelle. S il y a un mode de
prophetic individuel et intuitif, c est celui que fournissent les sonyes. Le som-
DIVINATION. 35
meil semble arreter le regulateur organique qui etablit 1 harmonie entre les
actes intellectuels et sensitifs. Le fonctionnement de 1 encephale continue, maisil
est imparfait et de regle; les images s imbriquent et se superposent au point de
devenirmeconnaissables, les sensations aboutissent aux illusions. Lorsque 1 es-
prit est redevenu lui-meme, il n a pas perdu toujours le souvenir de ces
fantomes. La diversite des songes a toujours rendu difficile leur classification;
tantot ils sont passagers et fugaces, d autres fois ils sont precis et ont une suite
telle qu ils arrivent a mettre en jeu 1 activite individuelle, a determiner des
mouvements volontaires en apparence, des actes qui semblent libres et raison-
nables ; ces actes ne sont point en rapport avec le milieu reel, mais avec un
milieu factice, une atmosphere que le cerveau cree de toutes pieces. Aucun de
ces details n avait echappe aux anciens ; ils avaient rapproche le reve de certains
symptomes morbides. Les agitations du sommeil, les paroles entre-coupees, res-
semblaient trop aux communications affolees des chresmologues, pour qu on
ne leur attribuat pas la meme origine. Dans cette phase de la vie, Tame sous-
traite a la tyrannie des sens et des impressions extc rieures pouvait entrer en
commerce avec les Dieux. Les rapports n avaient pas toujours lieu de la inrme
maniere. Zeus possedait un essaim de domestiques ailes, qui aUendairut ses
ordres de 1 autre cote de 1 Ocean a la porte des Champs-Elysces : c etaient les
songes que la theogonie hesiodique fait nailre de la Nuit comme le Destin
et la Mort. Les autres Dieux n avaient sur eux aucun pouvoir; cela ne veut pas
dire qu ils fussent prisonniers dans 1 Olympe et que, pour parlcr a leurs ado-
rateurs, ils dussent attendre la permission du maitre. Ils pouvaient fabriquer
un fantome de reve qui dans la circonstance en jouait le role, ou bien ils se
raontraient eux-memes. Ici encore nous retrouvons une petition de principe
que les sloi ciens, si rigoureux dans leur logique, n ont ni pu ni voulu cviter :
1 oniromancie est une science vraie, puisque les dieux se montrent aux hommes,
et ils ont bien la figure humaine, puisque c est toujours avec elle qu ils se sont
montres. On racontait des choses surprenantes : le sculpteur Onatas aurait
pu refaire a la suite d un songe la Demeter noire des Phigaliens; I admirable
Hercule que Ton voyait a Lindos aurait ele dessine dans la meme maniere par
Parrhasius.
L observation ne perd pas completement ses droits : les anciens avail remarque
comme nous que certains songes systematise^ se reproduisaient a peu de chose
pres dans lesmemes conditions. Les reves de 1 ivresse n etaient pas propheliques ;
un repas copieux, une position do favorable pendant le sommeil, un etat maladif,
suffisaient pour oter toute valeur aux divinations. Pythagore proscrivait les
feves qui donnent des songes faux ou denaturent les vrais. Presque tons les
onirocritiques de profession admettent 1 influence des saisons qu Aristote
explique par un changement de regime.
Des 1 instant ou 1 ame humaine devenait une tablette immaculee pour la
revelation divine, ou des circonstances intrinseques pouvaient 1 entraver il
etait legitime et necessaire de lui preparer le terrain. On appliqua une branche
de laurier autour de la tetc, puis des amulettes : ces procede s ont ete em
ployes en medecine, et probablement dans les deux cas la raison en etait la
meme : certaines substances agissent sur la peau et par son intermediate sur les
organes internes et sur le cours des maladies : tel est le principe de la medi
cation. La fantaisie est venue et a tout denature : une matiere inerte, un
carre de papier, portant des caracteres magiques de paroles pieuses ou obs-
56 DIVINATION.
cures, applique sur uu membre, suspendu au con comme un scapulaire,
acquiert une force mysterieuse ; c est un talisman capable de guerir ou de pro-
voquer des songes.
On avail unautre adjuvant plus physiologique : 1 incubation. L affaiblissement
physique, la concentration de toutes nos forces intellectuelles vers une idee,
surtout lorsque cette idee vise le merveilleux, a son retenlissement dans les
spheres motrices, sensorielles, psychiques.
Les idees religieuses developpees jusqu au mysticisme, dit M. Greffier,
excitent la sensibilite de petites filles et les amene a un etal d eretbisme nerveux
qui peut rapideraent les conduire a 1 hyslerie. On a vu plusieurs fois les attaques
convulsives debuter au moment de la premiere communion a la suite de 1 exci-
tation cerebrale cause e par des pratiques religieuses trop multipliers .
Dans I antiquile on se preparail a recevoir les dieux, comme au moyen age on
se preparera a recevoir les saints, par le jeune, 1 abstinence, la priere et nombre
d exercices pieux. II s elablissail une convention tacite entre le consultant et le
consulte ; le premier devait repondre par un signe convenu. Quand tout elait pre
pare le fidele s endormait dans le temple et recevait la reponse ; 1 incubation
oniromantique etait encore en pleine prosperite au sixieme siecle de notre ere.
Nous ne nous sommes occupes jusqu ici que du songe et des precedes propres
a le provoquer. Tout se passe chez le meme individu ; c est dans son esprit que
se produit 1 acte prophetique; c est lui qui 1 analyse. II s agit de phenomenes
intuitifs et e en est assez pour justifier la place que nous avons assignee a 1 oni-
romancie, mais elle ne finit pas la. Chacun pouvait avoir des songes, pen de
personnes etaient capables de les bien expliquer. Peut- on dechiffrer un reve
comme un papyrus ou une inscription? N y a-t-ilpas des differences d habilete,
d acuile mantique entre les devins? Quelques-uns ont-ils recu un don particu-
lier qui les rapproche des chresmologues ? L onirocritique est une sorte de
paleo^raphie occulte ayant ses regies, sa methode ; elle est reguliere dans ses
moyens; nous rentrons dans les divinations de la seconde categoric, la volonte
du dieu est exprimee, mais de telle sorte qu il faut des techniciens pour la
comprendre. La divination personnelle est close a la relation du songe, la divi
nation impersonnelle et savante va commencer. Nous avons vu en Assyrie un
onirocrite officiel. On ne dit pas malheureusement s il avail appris ce qu il
savait ; si c etait un docteur es sciences divinatoires, comme le furent en
France Thomas de Pisan, Jehan Thibault, Michel de Notre-Dame, ou un inspire
comme Tiresias.
Les Grecs se sonl pose des queslions semblables el, comme elles leur ont
semble ardues, ils ont entremele pour les resoudre la raison et la legende.
Chez eux l onirocritique etailun metier; ses adeptes employaienl des manuels
comparables a ceux qu on voil encore dans cerlaines collections a cinq sous.
Les medecins seuls reslreignirenl les limiles de 1 oniromancie sans mettre en
doute sa legitimite ; Hippocrate, lenant compte des songes d origine morbide,
essayait de leur attarher une valeur semeiolique. Herophile en dislinguail Irois
varieles, donl une au moins n avail rien de prophelique. Plus nous avancons,
plus la distinction du songe nature! produit par un e tat maladif, une preoccu-
palion, devienl precise ; c esl une grosse affaire pour 1 mterprelaleur de ne pas
chercher des le debut une explication a une serie d illusions qui n en ont
aucune. Ciceron ne croit meme pas la distinction possible, et partant de la,
il accorde a l onirocritique une assez faible estime.
DIVINATION. 57
La difference de considerations des devins tenait surtout a leur babilete pour
distinguer le reve du songe. Jl y avail presque partout au moyen age des mede-
cins de deux ordres : les guerisseurs populaires qui ne connaissaient d autres
livres que des manuels en langue vulgaire, et les medecins savants depositaries
des vraies traditions. En Grece, 1 onirocritique etait clans le meme cas. A cote
du temple de Dionysos on trouvaitune foule de devins a deux oboles, dont quel-
ques-uns reussissaient a (ixer une clientele serieuse. Du temps de Socrate un
neveu d Aristide le Juste exercait ce metier plus lucratif a coup sur que ne
1 avait ete pour son oncle la direction des affaires publiques.
Artemidore, dont la reputation egalait, si elle ne la surpassait point, celle d Aris-
tandros de Tmessel, fit un traite complet de son art; il a mis a le composer
une conscience digne d une meilleure cause. Les songes sont classes ; tons les
documents que 1 auteur a pu se procurer sont donnes ; ce livre est un monument
precieux, un tableau fidele de 1 onirocritique savante en Grece.
Les songes sont divises en theorematiques, montrant directement 1 ave-
nement qu ils presagent, et en alle goriques. Pour ces derniers, le devin
doit exercer toute son habilete : ils sont relatil s au dormeur lui-meme, a une
autre personne, a la cite. Cotte classification va bien avec le particularisme
grec : la divination ne s exerce pas au delu dc la ville, c est-a-dire des limites
de la patrie.
On comprend a. combien de pratiques pcut donncr lieu 1 explication des
songes alle goriques. II y avail des tables, des calalogues, des diclionnaires. Le
caractere special de cette divination, ce qui la rend digne d une attention toute
particuliere, c cst de renfermer et de resumer toutes les brandies de la mantique
nationale, en la completant par 1 adjonction d une science qui les met toutes
a contribution, la teratoseopic ou interpretation des prodiges. La teratoscopie,
qui suppose deja des connaissances universellcs par cela seal qu il i aut conuaitre
toutes les lois de la nature pour distinguer les prodiges des pbenomenes natu-
rels, est contenue tout enliere dans 1 oniromancie. Gelle-ci vit dans le prodige,
comme dans son element ordinaire ; elle le depasse meme, puisqu elle inter-
prete jusqu a 1 invraisemblable, 1 impossible, 1 absurde, tandis quo du cote
oppose elle cndort de temps a autre pour juger des images conformes a leur
modes naturels (Bouche-Leclercq). Le songeur antique devait interpreter comme
1 augure le vol des oiseaux, comme 1 astrologue le mouvement des astres; il
devait tirer parti du nom des individus ; des nombres, en creant entre eux et
les lettres de 1 alphabet une concordance factice. Alexandrele Grand, fatigue des
longueurs du siege de Tyr, a un sommeil penible, traverse par des songes.
Une nuit, il reve qu il voit un satyre^Zarufios) danser devant un bouclier; il
raconte la cbose a Aristandros. Bonne affaire, repond celui-cisans hesiter,
tu as vu un satyre, c est que Tyr est a toi (la Tuoo;).
Malgre les traditions transmises d age en age, malgre 1 opinion commune,
il restait dans 1 esprit des onirocrites les plus convaincus des doutes sur bien
des points; il leur echappait des aveux, permettant de formuler des reserves
relativement a leur bonne ibi. Lorsque tu expliqueras un songe a quelqu un,
dit Artemidore, et que tu voudras avoir 1 air plus capable qu un autre, je te
conseille de te servir de ce procede, mais n en use jamais pour ton compte,
parce que tu te tromperais (B.-L.).
L oniromancie touchait aux modes de divination les plus compliques. Le
dormeur portait en lui le re cepteur sur lequel les puissances celestes ecri-
58 DIVINATION.
vaient dans une langue inconnue les secrets du present ou de 1 avenir. II
fallait expliquer ces caracleres mal formes, en trouver la clef; 1 onirocritique
la demandait a un ensemble de regies dont quelques-unes appartenaient a
1 astrologie, a L arithmomancie, aux methodes divinatoires que nous verrons
plus loin.
La ne cromancie avail pour se produire besoin du sommeil, ou d un e tat de
1 esprit qui le preparat a la conversation des defunts. Cenx-ci, immateriels
comme les Dieux, jouissaient comme eux du privilege de lire dans le livre du
destin et laisaient connaitre aux vivants une parlie de ce qu ils y avaient vu.
II y avait cependant entre la necromancie et la divination par les songes une dif
ference ; la preparation aux songes prophetiques eiait simple. Des 1 epoque
homeriquc il fallait pour appeler les morts des ceremonies effrayantes, des
sacrifices lugubres. Tucreuseras, dit Circe a Ulysse, une fosse d une coudee en
tous sens, et tu feras des libations pour lous les morts; la premiere sera du lait
melange a du miel, la seconde d un vin delectable, la troisieme d eau limpide ;
tu repandras ensuite de la pure fleur de farine. Cependant invoque les tetes
sans force des morts... Lorsque tu auras implore 1 illustre essaim des morts,
tourne-toi vers 1 Erebe, plonge deloin tes regards avides surle cours du torrent,
immole a 1 instant un belier et une brebis noirs et tu verras en foule accourir
les ames de ceux qui nesont plus. Ordonne alors a tes compagnons de depouiller
les victimes, de les consumer et d adresser des prieres aux dieux, surtout au
puissant Pluton et a 1 inexorable Persephone.
On evoquait d abord aux points que Ton regardait comme 1 entree des Enfers ;
plus tard on accorda aux esprits une liberte complete, on les evoqua sur leurs
tombeaux a 1 aide d un belier noir; il y eut des necromanciens de profession
analogues aux pholographes spirites de notre epoque ; pour une somme donnee
ils faisaient voir le defunt dont on avait besoin ; si 1 intprrogateur elait pusilla-
nime, s il redoutait Jes habitants d outre-tombe, ils se bornaient a faire entendre
sa voix : la plupart etaient ventriloques. A Rome on crea des oracles necro-
mantiques d Hecate accessiblesa tous. Hecate, c etait la lune, la reine des morts,
parcourant comme eux le firmament pendant 1 obscurite des nuitsetreglant leur
commerce avec les vivants. Du temps d Eusebe on les evoquait a 1 aide d un vase
rerapli d eau dans une piece a plafond bleu ciel. Les consultants apercevaient
au fond un veritable essaim de manes pretes a leur repondre. Tout a coup un
Ge nie enllamme se montre sur le mur; le devin, saisi d un delire fatidique, leur
ordonne de se prosterner jusqu a cequ il s arrete : Infernale, terrestre et celeste
Bombo, dit-il, viens, guide des rues, des carrefours, lumiere vagabonde des
nuits, qui aime les aboiements des chigns et la pourpie du sang, qui marche
a travers les cadavres et les sepultures des morts, alteree de sang, jetant 1 elTroi
parmi les mortels; toi, Gorgo, Mommo, Lune, etre multiforme, viens d humeur
propice gouter nos libations . A ce moment, tous se relevaient, et un meteore
brillant traversait les airs; cette scene ne manquait jamais son effet. D apres
Eusebe, les manes n etaient que des comparses places dans le sous-sol du
temple et apercus a travers le fond transparent du baquet sacre . L apparition
des genies avait ete menagee en etendant sur le mur une preparation inflam
mable ; 1 hecate fulgurante n etait qu un milan reconvert d etoupe enflammee et
lache a propos.
Que les dieux entrent en communication directement avec l homme ; qu ils
annihilent ses facultes, parlent parsabouche, fassent connaitre leurs volontes par
DIVINATION. 59
son intermediate, telle est la croyance originelle qui a donne lieu aux divina
tions personnelles, aux sacerdoces chresmologiques. Nous 1 avons vue chez les
Hebreux, nous la relrouveronsmoinsvivante, mais aussi generale, chez les Grecs.
Les Crelois, Minos et Rhadamanle, deviuaient par intuition; le genie d Orphee
etait une emanation directe de Dionysos dont il etail pretre.
Minos ne fut ni un devin vulgaire, ni un inspire ; les traditions populaires le
representaient comme unlegislateur et un conquerant, un Mo ise, qui faisait tous
les neuf ans un long stage dans un antre oil il con feral t avec Zeus ; celui-ci
dictait des lois qu il appliquait. Rhadamante etait un inspire de meme ordre,
mais plus Dieu, et constamment malheureux ; chasse de pays en pays, il ne
pouvait trouver nulle part un royaume tranquille a gouverner, etpourtant il fai
sait profiler de ses inspirations tous les peuples chez lesquels il passait. Epime-
nide, un autre Cretois, etait surtout favorise des Nymphes ; elles lui donnerent
une nourriture si fine et si substantielle dans un pied de boeuf, qu il put
dormir cinquante ans de suite et fut dispense de manger le reste de sa vie. Desi-
rant rappeler a la poslerite le souvenir des services qu il avail re?us et con-
server la memoire de ses protectriccs, il voulutleur elever un temple. Le niaitre
des dieux se iacha. Ce n est pas aux Nymphes, mais a Zeus, qu il faul con-
sacrer 1 e difice que tu projettes, lui cria un jour une voix divine . Plus lard
Minos comme Epimenide passa au second plan.
Les chresmologues trouverent un conservateur et un vulgarisateur dans
1 Athenien Onomacritos, qui vivait sous les fils de Pisistrate. C etait un assez
mauvais drole : poete, libertin, imposteur, il avait ce qu il lallait pour emer-
veiller une democratic mobile et tapageuse. On avait une foi absolute dans des
especes de propheties obscures altribuees a un certain Balds, inspire des Muses
comme Epimenide. Son existence et son origine elaient plus que douteuses ;
il irnportait peu ; les orateurs politiques n hesitaicnt pas a faire de Bakis le
complice de leurs desseins. Onomacrite inventa Mousaeos et Orphee. II mil sur
leur compte des vers que leur tournure harmonieuse et leur forme rendirent
vite populaires : c etait la supercherie de Macpherson, mais celui-ci ne trom-
pait que les lettres; il faisait accepter une admirable poesie sous un nom
d emprunt sans que cette fraude cut aucune influence sur les destinc es de 1 Etat.
A Athenes, les cboses avaient une autre importance. Mousajos n ctail pas seu-
lement un chantre harmonieux : c etait un devin, un concurrent de Pytho.
Lasos prit Onomacrite en flagrant delit d interpolation ; il le denonga et Ilip-
parque dut 1 exiler. Plus tard le tyran le rejoignit a Suse; ces deux hommes
etaient fails pour s entendre. 11s surent capler la confiance du grand roi, exciler
ses coleres, attiser ses haines. Aux renseignemenls que lui donnait Hipparque
Onomacrile ajoulail les encouragemenls des chresmologues qu il connaissait
mieux que personne, puisqu il les avail invente s.
II lui recilait, dit Herodote, les oracles : s il s en trouvait qui presageassent
malheur aux Barbares, il les passait sous silence. Enfin, choisissant les plus
favorables, il dit qu un Perse devail joinclre par des bateaux les deux rives de
1 Hellespont, puis il decrivit la marche de l armee. Ainsi Onomacrite ne cessait
de mettre en avant les oracles, tandis que les Pisistralides, par leurs conseils,
excitaienl le roi.
Des personnages et des oracles crees de tonte piece par un faussaire et un
traitre n auraient du avoir qu une existence ephemere; ce fut le contraire qui
arriva. MOUSLCOS eut sa legende : c etail un fantome aile qui traversait 1 air et
40 DIVINATION.
1 espace. Orphee n utait plus un pretre de Bacchus, mais un demi-dieu; il
avait invente la musique, la medecine, la poesie et prophetisait naturellement.
Les Me nades, ayant eu naguere le privilege des revelations qu elles communi-
quaient dans les transports d un delire avine, tuerent ce rival malencontreux,
jeterent ses membres dans 1 Hebre et enterrerent sa tete. Celle-ci continua
de rendre des oracles jusqu au jour ou Apollon lui ordonna de se taire. Orphee
estun mythe; \esAryonautica, \\ymnesa la fois religieux et prophetiques sont des
oeuvres d inconnus.
Les Atheniens qui avaient ete chercher Orphee en Thrace remonterent plus
haul vers lenord. Zamoikis etait undevin gete eleve de Pythagore, comme Albaris
et Asteria; des predictions nombreuses portaient leur nom.
11 y cut des inspires meme aux plus brillantes epoques de la civilisation :
Socrate est presque un chresmologue ; Platon, parlant de son demon familier,
declare qu il le dirigeait, lui montrait le chemin sans 1 obliger a le suivre. Avec
Xenophon, ce lutin devient uu bon genie : Socrate faisait parfois, dit-il, profiter
les autres des conseils et des avis qu il recevait. Pythagore a ete travesti de la
meme maniere. Apollonius de Tyane, erudit sans critique, ressemblant a Cor
nelius Agrippa, a ete transforme par Philostrate en mage prophete. 11 savait
1 astrologie, peu importe ; il pouvait pre dire sans le secours des astres, comme
il guerissait sans le secours de la medecine.
La credulite publique etait trop generate pour qu elle ne trouvat point d ex-
ploiteurs. S il eut ete necessaire d avoir le talent d Onomacrite, d inventer des
livres sacres, les imitateurs eussent ete rares, mais il etait si simple de simuler
[ inspiration, de fuire entendre an public des accents qu il pourrait croire divins !
Ce fut le role des venlriloques. Eurycles, bouffon qui vivait du temps de Socrate,
fut le premier d entre eux; il connaissait la valeur des oracles qu il rendait ;
au debut, il ne rendait meme point d oracles, et voulait seulement tirer parti
de son talent ; le peuple le prit au serieux ; c est pour cela que, de simple come-
dien, il devint prophete; qu il lit e cole ; que la ventriloquie fut pendant des siecles
un des instruments les plus surs d imposteurs qui se moquaient de leurs dupes.
Les propheties sibyllines, etaient plus venerees encore que celles des vieux
chresmologues. On ne sail trop quelle en est I origme ; c est au sixieme siecle
avant notre ere qu IIeraclite parle pour la premiere fois de la Sibylle dont
on est reste, dit-il, plus demille ans sans entendre la voix : mais qu etail-ce que
la Sibylle? Une jeune fille qui reQoit un dieu dans son sein disait Ser-
vianus. Si tout le monde 1 eut pense, le probleme serait singulierement sim-
plifie; toutes les inspirees d Apollon ou de Zeus eussent ete des sibylles;
presque personne ne 1 a entendu ainsi. II y avait entre elles et les oracles un
antagonisme constant ; aux yeux des pretres de Delphes, leurs propheties, con-
stituaient une heresie d autant plus dangereuse qu elle diminuait la clientele de
leur temple. Toujours est-il qu elles paraissent remonter a 1 antiquite la plus
reculee et surtout ouvrir la liste des devins qui predisaient d apres des textes.
Les differences d opinion touchant la Sibylle etaient nombreuses et contra-
dictoires. Dans la plupart des legendes, c est une victime d Apollon, predisant
malgre lui et malgre elle, un etre special ni humain, ni olympien, qui n a pas
transmis ses attributions par heredite ou par tradition. La git la difference
entre ce sacerdoce et celui de Delphes. Une pythie pouvait mourir, la source
restait, le trepied ne perdait rien de sa vertu. Ge mode de succession se retrouve
en Egypte dans le culte d Apis, au Thibet dans les incarnations successives du
DIVINATION. 41
grand Lama. Les Sibvlles avaient eu une vie materielle, apeivu 1 avenir, ecrit,
comme nous venons de le dire, ce qu elles voyaient; elles faisaient parfois
entendre leurs voix au voisinage de lours tombeaux oil elles reprenaient des
formes mortelles pour entrer en communication avec des privilegies, mais elles
n avaient point de seconde naissance. Pour Diodore, la premiere ou pour mieux
dire la seule, c etait Manto, la Rile de Tiresias. A la prise de Thebes par les
Epigones, elle fut comprise dans la part de butin adjugee a 1 oracle de Del-
phes; Jusque dans le role de pretresse d Apollon, clle garde la tristesse resi-
gnee d une victime et une sorte d autipathie incurable pour le dieu auquel elle
devait ses malheurs (B.-L.). L histoire de toutes les autres est entource de
traditions analogues; celle d Erythree, qui debitait des vers prophetiques des
les premiers jours de sa vie, vecut autant quedix generations d liommos, pivdit
qu elle serait tuee par Apollon jaloux de sa puissance et qu elle continuerait de
rendre des oracles apres sa mort. Diogene Antonius pretendait qu elle etait
descendue de la lune ou le devin Carmanos lui avail enseigne la mantique.
La sibylle de Marpessos s appelait Herophile et avail une origine aussi noble;
il y en avail d autres en Troade, en Phrygie, a Samos, a Sanies, a Dodone;
celle de dimes en Ilalie habitait une grotte place e dans le fhme d une mon-
tagne sous le temple d Apollon Zosteros; elle venait, di>ait-on, d Ki yfliree.
Ayant obtcnu autant d anne es de vie qu elle pouvait tenir de grains de siNr
dans la main a condition de quitter son pays pour toujours, elle mourut dans
une extreme vieillesse par suite de I e motion que lui causa une lettre de ses
compalrioles.
La Sibylle de dimes est une desesperee qui, d apres Petrone. ne fait qn une
reponse aux indiscrets qui lui demanclent ce qu elle desire : Mourir. Denys
d Halicarnasse raconte que du temps de Tarquin le Superbe une vieille femme
etrangere etait venue lui offrir 9 livres dont elle demandait un prix t ; levr :
le roi refusa ; elle en brula trois, puis trois encore, et offrit les derniers pour le
meme prix. Tarquin intrigue consulta les augures, qui se prononcerent pour
{ acquisition des livres.
La vieille femme, qui disparul aussitot d entre les hommes, n etait autre
que la Sibylle de Cumes. L anecdote est vraie peut-etre; qu une devineresse
etrusque ait, pour exploiter la credulite d un prince superstitieux, pris une
qualite de circonstance, il n y a rien d exlraordinaire.
Les livres sibyllins n eurent ni I invulne rabilite ni la longevite de celle qui
les avail re diges ; ils furenl brules une premiere fois 85 ans avanl Jesus-Christ.
Malgre le respect qu ils inspirjient ils avaient subi plus d une modification ;
apres leur destruclion on les reconslilua a l ;iide de textes apporte s d lonie.
Les e crits semblables parvenus jusqu a nous different probablement beaucoup
de ceux qui existaient aux lemps du paganisme. Autanl qu on peul le sup-
poser, ils furenl corriges sous Justinien par un inconnu, moine ou juif qui
les rangea dans un ordre systematique pour composer une histoire du monde
comparable a la Bible. La langue est obscure et ampoule e, son emphasc dissi-
mule mal la pauvrete du fond.
A la place du polytheisme souple et ingenieusement accommode a loules
les conceplions scienlifiques qui occupaient 1 imagination des Hellenes sans re-
clamer de drolls imperieux sur leur intelligence et sur leur coeur, s affirmait
un monolheisme sombre plein de passions el vide d idees. C esl la pensee
d Israel immobilisee dans un pelil nombre de dogmes, qui se subslitue a la
42 DIVINATION.
spontaneite fe conde de 1 Hellade. La Sibylle n a plus que faire des speculations
de la philosophic, qui interroge les vieux symboles religieux pour voir si par
hasard ils ne contiendraient pas la solution des problemes dont se compose la
theorie de I univers ct dont 1 insondable obscurite s accroit a mesure qu on y
plonge plus avant le regard. Sa conception du monde, de 1 homme et de Dieu,
est d une simplicite effrayante. II y a au plus haut du ciel un Dieu unique, sus
ceptible et jaloux, qui a fait le monde et qui peut le defaire. Ce dieu est en face
du monde comme le potier devant son ceuvre ; il 1 a modele, decore, distribue,
peuple d etres raisonnables, et il a la prevention legitime d y etre obei et honore.
Of son indignation est grande a la vue des cultes idolatriques qui font
fumer devant de vaines images un encens du a lui seul, et des vices de toute
sorte qui deshonorent 1 espece humaine. Aussi, en attendant le jugement dcfi-
nitif auquel il soumettra le monde, dechaine-t-il de temps a autre des fleaux
terribles, exterminant les races perverties et renversant les empires. 11 y a pour-
tant un peuple qu il chalie parfois, mais qu il n exterminera jamais, dont il
prepare au contraire le triomphe et la felicile (B.-L.).
Les chresmologues out eu leurs exegetes remplissant a 1 egard des livres
prophetiques un role analogue a celui des leltres supe rieurs en presence des
vieux lextes chinois. En Grece, certains d entre eux s appelaient pythai stes parce
qu ils recevaient pres de 1 oracle de Delphes une sorte d investilure ; des fonc-
tionnaires de cet ordre nommes par les rois de Sparte leur servaient d am-
bassadeurs pres du Dieu dont ils rapporlaient les reponses. Mais il y avait a
Alhenes surtout un grand nombre d exegetes hbres ; Aristophane les a mis en
scene ; a Rome on les considerait plutot comme des conseillers accidentels, des
hommes prudents, que comme aulre chose.
2 Divination technique. Si la divination personnelle etait de pure fan-
taisie; si les songes, les accents delirants d une pylhie nevropalhe ou les compi
lations apocryphes d Oiiornacrite n avaient qu un sens conventionnel ; si leur
origine etait une supercherie ou un ecart d imagination ritualise, en revanche
la divination inductive nous dirions scientifique, si le mot pouvait s ap-
pliquer au merveilleux avait un point de depart reel : 1 observalion. L erreur
commence a Tin terp relation par le rapprochement de circonstances fortuites,
par 1 application du sophisme toujours cher a 1 homme : post hoc, ergo propter
hoc. Tout phenomene a une cause, tel est 1 axiome fondamental des sciences
physiques, le point de depart de nos recherches ; quand nous ne voyons pas
cette cause, nous 1 inventons. Nous avons, pour expliquer les attractions et les
re pulsions electriques, invente un fluide neutre qui se de double en positif et
en negatif. 11 y a un siecle que nous vivons sur cette hypothese, et elle a
conduit a plus d une decouverte. Les Grecs ne pouvaient rattacher qu a des
etres raisonnables, aclifs, a des hommes immateriels, ce dont iis ne voyaient
pas la cause.
Ajoutons-y la foi en la sollicitucle constanle des dieux, et nous compren-
drons que le meteore le plus ordinaire devint une manifestation de leur vo-
lonte ; mais les dieux ecrivaient en caracteres inconnus et immuables, c etait
aux mortels a en deviner le sens. La connaissance de 1 ecriture egyptienne
etait le monopole d un petit combre de privile gies ; elle repre sentait des
oiseaux, des objets d un usage journalier; par leur combinaison et leur succes
sion on arrivait a representer des ide es etrangeres au tableau. Les dieux fai-
saient comme les Egyptiens; si avec un ibis, un ichneumon, des outils de
DIVINATION. 43
guerre ou de culture, ceux-ci retracaient 1 histoire d un roi, les premiers pou-
vaient ecrire avec le meme procede 1 histoire du passe et del avenir; une etude
soigneuse des cvenements accomplis et des presages qui les avaient annonces
permettait d etablir la liaison entre le symbole et le i ait, d etayer pour ainsi
dire sur une base experimental la conjecture de 1 avenir; toute 1 histoire de la
divination inductive est la.
L omitfiomancie, appelec aussi oionistique (oiwvo;, oiseau), en fut la forme
la plus ancienne. Les Grecs aimaient les oiseaux pour leur souplesse, leur
legerete, leurs chants. Zeus, lemaitrede la foudre, avait pour compagnon 1 aigle
au vol puissant, a la set-re vigoureuse, le roi des montagnos. Le hibou etait
1 oiseau de Minerve ; la tendre colombe etait chere a Venus. Cette espece de culte
ne fut jamais poussee comme en Egypte ou dans 1 Hindoustan jusiju a 1 absur-
ditc; on ne crut point que la faveur des dieux put conferer une immunite abso-
lue a une espece animale ; que cc fut un sacrilege de se defemlre contre les
depredations des rapaces, ou de manger quand elles en valaient la peine les
sceurs de 1 oiseau de Cypris ; il y eut de bonne heure des chasseurs en Hellade.
Les patres de 1 OJympe et de 1 Icla, en defendant leurs agneaux contre 1 oiseau
de Zeus ou en dressant des pieges pour en saisir d aulres inoflensifs, durent
comme les oiseleurs de tous les temps observer avec soin les habitudes et les
moaurs de la gent ailee. Elles presentent parfois une telle rogularite qu il
serait difficile de ne pas croire a une sorte de fatalitc. Les migrations, 1 epoque
des amours, la direction du vol subordonnee a celle des courants atmospheriques,
tout cela fournit des indications que 1 homme des champs ou le chasseur
savent mcltre a profit. Aux presages naturels on ajouta des presages surna-
turels : Les oiseaux comprennent mieux et plus vite que 1 homme le Ian-
gage secret des dieux, disait Porphyre. Mais la faune de 1 Europe meri-
dionale est riche ; il y a des differences de taille et de plumage si tranchees
qu il fallut absolument faire un choix. Les meilleurs et les plus surs des devins
Je 1 air etaient 1 aigle et Je vautour. Us trouvaient, disail-on, dans les con
vulsions de leur victime, dans les entrailles qu ils dechiraient, les signes que
les hommes y cherchaient. Puis vint le corbeau, le sinistre pillard des champs
de bataille; on lui envoyait ses ennemis par maniere d imprecation comme
on les envoie aujourd hui au diable; il devint de la sorte un prophete de
malheur. La corneille seulc garda le privilege des augures favorables ; la
chouette de Minerve annoncait d heureuses choses a un Athenien, des malheurs
a tout autre.
II fallait tenir compte du vol, du cri, de 1 attitude, du siege. Le heron, le
pivert, le faucon, n eurent que fort tard une place parmi les oiseaux man-
tiques.
L alectryonomancie ne se rattache qu indirectement a 1 ornithomancie; elle
tiendrait plutot a la divination par les sorts. Les Atheniens etaient pas-
sionnes pour les combats de coqs; on dit qu avant Salamine The mistocle
en donna un en spectacle a son armee, certain d exciter le courage de ses
hommes et de leur inspirer la confiance. Plus tard on transforma les coqs en
prophetes, et voici comment : Le consultant adressait in petto une question
a la divinite, et plagait 1 oiseau sacre au centre d une circonlerence sur
laquelle etaient figurees avec du grain les lettres de 1 alphabet. On ras-
semblait les caracteres qu il decouvrait et Ton avait la reponse attendue.
Les oiseaux ne resterent pas les seuls confidents des dieux ; ils eurent pour
U DIVINATION.
collegues les mammiferes, les reptiles, les poissons. Jamais celte divination
zoologique ne fut exercee que par des particuliers ; sa simplicite la rendait si
accessible que ses adeptes n eurent niles succes politiques, ni les succes pecu-
niaires des devins savants. Les Atheniens avaient centre les mauvais oiseaux
des recettes analogues aux signes de croix de nos paysans quand ils ren-
contrent une pie a 1 improviste. Dans la suite 6 pvi?, oiseau, devint synonyme de
presage comme en anglais lark (alouette) est synonyme de mauvaise plaisan-
terie ; peu a peu 1 oracle de Pytho etouffa ces pratiques sous les splen-
deurs de sa litunne : I ornithomancie resta la divination des rustres et des
o *
ignorants.
Les exclamations, les expressions, le nom meme d un individu (onomato-
mancie], avaient un sens prophetique. Leotychides, roi de Sparte, au moment de
livrer la bataille de Mycale, est harangue par un envoye de Samos. Comment
t appelles-tu ? dit-il en 1 interrompant sous Tinlluence d une inspiration sou-
daine, Hegesistrate (guide-armee). Ce simple nom suffit pour donner
courage au Lacedemonien ; afin de tirer meilleur parti du presage il voulut
meme emmener 1 ambassadeur avec lui et profiler de ses conseils.
Les mouvements involontaires, les spasmes, les accidents nerveux, etaient
autant de manifestations de la pensee divine. Dans la retraite des Dix Mille
1 eternument d un seul homme apres une harangue du general, etait une
preuve de la presence d un Dieu ; ceux qui 1 avaient entendu s inclinaient, se
proslernaient jusqu a terre.
La divination par les entrailles des victimes, extispicine, hie roscopie, splanch-
noscopie, avail ses theoriciens. Malgre le peu d etendue de leurs connais-
sances anatomiques, les Anciens savaient que 1 ordre et la disposilion des organes
sonl a peu pres invariables dans la meme espece animale. 11s connaissaienl ega-
lement certaines anomalies de siege ; mais 1 extispicine limitee a la terato-
scopie n aurait probahlement jamais acquis 1 importance qu elle eut en Grece,
en Toscane, puis a Rome.
Porphyre en explique de deux manieres la valeur : Les dieux peuvent modifier
les organes et les tissus ; on bien Tame de la victime, en quittant son enveloppe
charnelle, peut lui imprimer un cachet en rapport avec les revelations qu elle
vient de recevoir ; 1 extispicine avail sa place dans le systeme mantique de
Platon.
Afin que les renseignements fussent plus precis, qu ils emanassenl d ames
superieures capables de mieux saisir el de mieux rendreles confidences divines,
Heliogabale immola des hommes. D apres Philoslrate, au contraire, les meilleurs
animaux etaient ceux dont le caractere est le plus doux, parce que les dieux
ecrivenl plus facilement leurs arrels sur des organes que n altere pas brus-
quernent 1 explosion d une passion violente ; le coq irascible et batailleur ne
valait rien. Le foie etait le viscere mantique par excellence; on tenait compte
de ses eminences, de ses sillons; tous les traites declarent qu un foie sans lobes
est un presage de ruine et de mort. Les divisions etaienl plus minulieuses
que celles que nous admeltons ; les anatomistes ont meme emprunte quelques-
uns de leurs lermes aux Anciens, qui parlaienl de foyer, de table, de torn-
beau, de pyles ou portes.
L extispicine n ctait poinl une methode hellenique ; elle existait en Toscane,
longlemps avant qu on en fit usage dans les temples de la Grece. M. Miiller
croit qu elle y fut Iransportee au quatrieme siecle avant notre ere par les lamides
DIVINATION. 45
d Olympie, dont quelques-uns etaient etablis en Sicilc; elle e tait plus compli-
quee, plus savante que 1 ornithomancie ; les pretres et les devins de profession
avaient trop d interet a ne pas laisser tomber dans le domaine public les pra
tiques qu ils exploitaient pour ne pas accepter avec empressement toutes les
importations etrangeres.
La cleromancie, une methode e galement ancienne, fut ime des plus vivaces,
nous la retrouverons en Gaule a 1 epoque merovingienne ; nous verrons sa fille
aince, la cartomancie, lui succeder ou plutot lui venir en aide a la Renais
sance, puis braver les conquetes de la science, triompber des railleries des
sceptiques et arriver jusqu a nous apres des vicissitudes nombreuses. La divi
nation par voie de tirage au sort laissait un vaste champ a la liberte divine.
Les instruments primitifs furent des cailloux, des feves noires et blanches,
plus tard on les remplaca par des des ou des osselets. La cle romancie fut employee
a Dodone, a Olympic, meme a Delphes. On entend dire qu il y avait jusque
dans la cortina du tre pied pythique des cailloux divinatoires ou encore les dents
du serpent Python, lesquelles tressaillaient quand 1 oracle parlail (B.-L.).
Les phenomenes meleorologiques, la foudre surtout, avaient un sens. Les
pythaistes d Athenes indiquaient d apres la direction du vent et 1 etat du ciel le
chemin que devaient suivre les processions d Apollon ; certains devins etudiaient
les nuages; d autres tenaient compte des pluies, mais la mete orologie ne fut
jamais qu un art de second ordre utilise seulement dans des circonstances
donnees.
En revanche Yastrologie acquit une place preponderate a une epoque rela-
tivement rapprochee de nous. Lorsque le centre de gravite de la civilisation
grecque se fut deplace, que les lieutenants d Alexandre 1 eurent transporte sur
les bords du Nil, apres avoir substitue en Asie leur domination et leur influence
a celle du grand roi, il se fit une fusion cntre les vainqueurs et les vaincus.
Pour faire pardonner leur domination, les Grecs adopterent en partie les cou-
tumes de 1 Asie.
Evehemeze raconta que 1 astronomie avait ete inventee par Aphrodite la
deesse assyrienne ; que celle-cil avait apprise a Hermes, leTott egyptien. Ce recit
accorde 1 anteriorite aux Chaldeens; 1 opinion populairc la leur accorda aussi.
Peu importe a qui revient la decouverte ; nous avons vu que la divination par
les astres jouait un role de premiere importance chez les riverains du Tigrc et
de I Euphrate. Le Babylonien Be rose initia et guida les Grecs dans cette voie.
Sous le regne de Ptole mee Philadelphe, il ouvrit a Cos un cours d astrologie;
1 Orient prenait sa revanche de 1 Europe. De 1 Asie Mineure, 1 art conjectural
assyrien passa dans la Grece, puis a Rome.
II reposait sur un petit nombre de principes dont quelques-uns se rappro-
chaient de la verite.
I. Dans 1 equilibre de 1 univers, les aslres out une action preponde-
rante.
II. Cette action, dont le mode est inde termine, mais qui se propage par effluves
rectilignes, resulte de qualite s speciales a chacun d eux et tend a engendrer ces
qualites ou leurs contraires, suivant qu elle agit positivement ou negativement
dans les etres qui en ressentent 1 effet.
III. Un astre donne exerce son influence propre dans des sens differents, ou
avec une intensite diffe rente, suivant la position qu il occupe dans le ciel.
IV. L inlluence d un astre ne doit pas etre appreciee isolement, car elle est
46 DIVINATION.
toujours engagee dans les combinaisons geometriques avec des influences cou-
raiites ou antagonistes (Bouche-Leelercq).
Les premiers astres dont la disposition servit de base aux calculs astrolo-
giques furent les constellations da zodiaque. Les Egyptiens qui avaient, dit-on,
invente la ge ometrie, auraient les premiers etabli le groupemeiit et divise le
cercle en 560 degres. Sur 1 autre rive de la Mediterranee, ces constellations
changerent de nom et de signification, la balance fut remplacee par les pinces
du scorpion; une matrone egyptienne, par une vierge; la methode ne fut pas
modifiee. Les individus comme les paysetaient soumis a 1 influence d une constel
lation. En etudiant celle-ci, on etudie du meme coup son client pour le present
et pour 1 avenir. La difficulte, c etait de bien connaitre 1 individualite side rale;
il fallait s attacher minutieusement a sa forme, a son altitude. Les Dieux du
zodiaque avaient leurs amities, leurs aversions, leurs afiinites, leurs repulsions,
leurs associations.
Les signes ne pouvaient se combiner que par aspect ou antiscia. L aspect,
c etait un polygone inscrit dont les cote s rectilignes joignaient une constel
lation a 1 autre; 1 aspect trigone etait favorable, Taspect quadrat 1 etait moins ;
deux astres places aux cxtremites d un meme diametre etaient en conjonction
ou en opposition. Un appellait antiscia les associations donnees par des cordes
paralleles.
Prenons, par exemple, le diametre e quatorial du zodiaque et son diametre
solsticial : les corps celestes places a cbaque extremite du premier se voyaient;
un astre place a une extremite du premier et un autre a celle du second s en-
tendaient; la meme chose existait pour les cordes paralleles aux diametres en
question; pour les fleches perpendiculaires sur ces cordes. Les aspects s indi-
vidualisaient, ils avaient entre eux des baines ou des sympathies, les methodes
d association se comportaient comme eux. On divisa ensuite les constellations
primitives en douze autres, de sorte que chacune, representant un zodiaque rudi-
mentaire, pouvait ceder ouemprunter quelque chose a sa voisine; il y avail des
parties vides et des parties pleines, des antagonismes constants. Si la paix
est ravie a 1 univers, disait Maniiius, si la loyaute est rare et se trouve le pri
vilege d un petit nombre, c est sans doute que bien des signes font presider la
discorde a notre naissance. A 1 exemple du ciel, la terre est divisee centre elle-
meme, et une fatalite ennemie pousse les nations a se hair .
Les calculs deja si complique s le devinrent plus par 1 adjonction de tout le
9
.Soleil Lime Mercure Venus Mars Jupiter Saturne
Fig. 1. Rotation astrologique. Signes planelaires.
systeme planetaire. L astrologie cut sa notation comme elle avait sa langue ;
avec des signes pour les constellations du zodiaque, pour les planetes (voy,
fig. 1).
Ces signes passerent dans les autres sciences occultes, le Saturne des alchimistes
fut reprc ente comme le Saturne du firmament, et meme aujourd bui nous
sommes souvent heureux d avoir sous la main, en libellant une ordonnance, le
signe d Hermes pour nous proteger contre une curiosite que le terme hydrargyre
ne reussit pas toujours a depister. Les astrologues romains palirent plus d une
DIVINATION. 47
fois sur des intersections lineaires, et, s ils ne trouverent point \e sens qu ils
cherchaient, ils decouvrirenl en revanche de curieuses relations mathema-
tiques.
Comment les dieux montagnards desGrecs s eleverent-ils aux spheres celestes?
comment 1 astre appele naguere etincelanl devint-il le sejour de Mercure ou
Mercure Jui-meme? Comment Purses Puroecides, 1 etoile rouge, devint-elle Mars?
Nous n en savons rien. Quand 1 astrologie fut definitivement acccpte e en Europe,
les dieux etaient caducs. La divination nouvelle avec ses compas, ses calculs,
avail une apparence d exactitude capable de seduire des gens que 1 anarchie
des systemes philosophiques ballottait enlre le scepticisme et la credulite. Apres
avoir personnifie les planetes, on les logea. Elles ne restaient pas emprisonnees
dans une maison sans doute, puisqu elles faisaient une course de plusieurs mois
a travers le ciel, mais ils y revenaient a dates fixes. Jupiter habitait le Sagitlaire,
Mars le Scorpion, Ve nus le Taureau, Mercure plus favorise avail pour villa d ete
la Yierge, pour domicile de printemps les Gemeaux.
Les mouvements des planetes etaient prophetiques; elles avaient entre elles
des rapports de bon ou de mauvais voisinage ; les unes el les autros se venaienl
en aide, se contredisaient selon des lois si nombreuses, que 1 imagination etla fan-
laisie de 1 asirologue etaient 1 aboutissant de tout.
Voici sur quelles donnees geometriques reposaient les calculs : La sphere
siderale etait partagee en deux hemispheres par 1 orbite solaire ou plm du
zodiaque. Les diametres perpendiculaires de ce cercle constiluaient la
ligne des solstices et la ligne des equinoxes ou equatoiiale. On supposait
que le mouvement annuel de 1 astre avait commence an solslice d ete; sa
culmination avait lieu aux equinoxes; au solstice d hiver il ctait en oppo
sition.
Les orbites planetaires etaient autant de grands cercles dont les plans for-
maient avcc celle du soleil des diedres variables. Le domicile de la planete
etait le point d intersection de son orbite avec 1 orbite solaire; on appelait
hypsoma son point de culmination, c est-a-dire celui ou elle renconlrait la
grande circonference limiiant sur la sphere le plan de 1 equateur dc celui ci.
Les signes du zodiaque avaient leur influence comme les planeles ; celles-ci
formaient, avons-nous dit, des combinaisons nombreuses. Au moment de la nais-
sance il s etablissait une resultante ; son point d application sur la sphere celeste
etait Thoroscope ; toute 1 habilete des astrologues cons-istait a le trouver. A partir
du moment ou cette de couverte etait faite, 1 etude de Tavenir d un individu n etait
plus qu affaire de calcul. Le cercle de geniture, grand cercle de la sphere sur
lequel se trouve 1 horoscope, Cut divise en douze lieux correspondant aux ao-es
de la vie ; leur projection sur le cercle zodiacal donnait des renseiTnements
auxquels les astrologues attachment une valeur variable. II fallait ogalement
lenir compte du jour et de la nuit ; un horoscope nocturne n avail ni le meme
sens ni la meme valeur qu un horoscope diurne (voy. GENETHLIOLOGIE).
Dans le second on prenait en degres la difference qui se pare le soleil de la
lune en suivant 1 ordre des signes. Cette distance est precisement celle qu il faut
compter a partir de 1 horoscope, dans le meme sens, pour trouver le lieu de la
fortune. Si 1 horoscope est nocturne, il faut renverser ce calcul, c est-a-dire
prendre la distance de la lune au soleil (B.-L.).
Aucune methode n a eu de rapports plus frequents avec la medecinc que
1 astrologie ; aucune n a plus retarde ses progres, n a plus contribue a lui dormer
48 DIVINATION.
le faux air de magie que les decouverles des derniers siecles n ont pas fait
completement disparaitre.
Les constitutions, les temperaments surtout, avaient une origine side rale. Les
individus nes au moment de la conjonction de Venus et de Mars etaient voues
au libertinage ; celle de Jupiter et de Venus ctait favorable aux accouchements.
Galien considerait la Lune placee a mi-chemin du soleil et de la terre comme
1 astre medical par excellence.
D apres Pline, elle apportait la repletion et la saturation ; le sang augmentait
ou diminuait suivant les phases. Pour Manilius, la tete etait sous 1 influence
du Belier, les bras sous celle des Gemeaux ; les genoux etaient en rapport avec
le Scorpion, les pieds avec les poissons. Ptolemee rattachait a Saturne 1 oreille
droite, la rate, la vessie, le phlegmc ; Firmicus lui accordait encore la melan-
colie. Si la Lune en partant de Saturne va vers le soleil, elle produit des
fous, des epileptiques, des hydropiques, des lepreux. Si, au contraire, par-
tant de la meme planete, elle se dirige vers Mercure, si elle est en decours, elle
empeche la voix, rend les oreilles dures, produit une fatigue generale, engendre
la rne lancolie, 1 ictere, la splenite, 1 bydropisie, des tumefactions et des dou-
leurs tres-penibles de la vessie. Ces idees etaient acceptees par les medecins
du quatrieme et du cinquieme siecles de notre ere ; qu un mystique co/ciime
Andreas Chrysaris, qui peuplait 1 espace de diables a noms laborieux; que des
gnostiques ignorants ou fourbes donnassent des compilations comme les Tables
Smaragdmes ou celle de Kyranides, il n y a rien d extraordinaire, mais on s expli-
que mal la credulite obstinee de ceux qui avaient observe la nature et entrevu
plus d une fois la verite (voy. ASTROLOGIE et SIDERALES [influences]).
Les pretentious pbysiologiques des astrologuesn eurent point de bornes; Archi-
nopolus recula 1 horoscope du moment de la naissance au moment de la concep
tion; il oublia, il est vrai, de dire par quel moyen on pouvait en fixer avec pre
cision 1 heure et la minute, mais on ne s arretait pas pour si peu; la grossesse
n etait qu une maturation dont 1 accouchement etait le terme : les devins avaient
une geometric gravidique correspondant a tous les mois.
Bien recue par le peuple, 1 astrologie fut regardee comme une science par les
pbilosophes, surtout par lePortique; la Grece oublia Pytho, Zeus, laSibylle, pour
le zodiaque; Athenes eleva au pretre babylonien Berose une statue avec une
langue doree. A Rome, les Chaldeens avaient une situation quasi-officielle ; un
d eux apprit a Marc-Aurele que le diademe imperial ne protege pas toujours
efficacement le front d un epoux. Faustine, sa femme, etait inalade depuis long-
temps, parce que, dit 1 astrologue, elle brulait d un honteux amour pour un
gladiateur. Les deux Severe ne dedaignaient point de s essayer a tirer des horo
scopes.
Les ennemis les plus acharnes et les plus redoutables de 1 astrologie, ce furent
les docteurs du christianisme : nous avons vu Origene demasquer des devins
au bassin ; d autres employerent les memes armes centre les observateurs du ciel ;
ils reussirent sans peine a montrer que leur fatalisme etait une doctrine absurde
et immorale. Au lieu de se borner aux arguments de sens commun, saint Au^ustin
o o
voulut battre les astrologues avec leurs propres armes; c etaient des pretres, eux
aussi. 11 les accusa d impiete; il admit leurs revelations, dont quelques-unes
etaient, scion lui, admirablement vraies, mais il les mit sur le compte de Satan.
La divination siderale etait, comme la magie, uneembuche del empire des tene-
bres, une dependance de 1 art noir. II n y a pas lieu de s etonner qu avec de
DIVINATION. 49
telles idees les epoques ou la ferveur religieuse etait la plus ardente aicnt eu des
astrologues; defendre le commerce avec le diable, c est admettre qu il existe
et inspirer aux curieux le desir de le voir. Les empereurs Chretiens commirent
la meme 1 autc. Lovsqu un rien soulevait des cohortes et changeait les maitres
du monde, une prediction divulgue e a propos pouvait soutenir le courage des
cohortes insurgees et faire tomber les armes des mains des legions fideles.
On le savait,etles resents ne menagerent guere Its astrologues. Firmicus Mater-
mis, pour ne point encourir 1 accusalion de lese-majeste si souvent mortelle.
sut, par une flalterie gigantesque, concilier son art et la loi : il declara
que les Empereurs, repre scntants de Dicu sur la tcrrc, etaient au-dessus du
cours des astres, qu il etait inutile d essayer aucune conjecture sur leur des-
tinee.
L astrologie tenant aux mathe maliques et aux sciences naturelles etablissait
une connexion entre les astres et les organes du corps; elle employait pour
ses observations les precedes de 1 astronomie, pour ses calculs ceux de la geo
metric (voy. NOMBRE).
Deux metliodes secondaires s en detacherent, 1 une mathematique : Yarithmo-
mancie ou divination par les nombres, 1 autre
anatomique, la chiromancie. La main devint
une sorte de compendium de tout le corps :
ses eminences, ses plans, ses sillons, eurent
leurs correspondants celestes (voy. fig. 2).
Premierement il convient cognoistre et
scavoir, dit Breton, cure de Milmonts, au-
teur d un traite de chiromancie public en
1654, qu il y a sept planetes, dites estoilles
erratiques, qui ont chacune leurs caracteres,
dont oa use en 1 astrologie, lesquelles ont
grande puissance sur les corps inlerieurs et
regissent chacune quelque partie ou mem-
bre du corps humain,et particulierement des
mains, leurs caracteres et leurs marques.
Nous reviendrons plus loin sur ce sujet (p.
Fig. 2. Division de la main pour la clii-
romancie medicale (May Pli. La cliira-
mancie medicinalc, trad, enfran^ais par
D. H. Treuch. La llaye, Lewjjn van Dych,
1883, in-12, p. 19).
11 serait difficile de terminer 1 histoire de
la divination personnelle et technique sans
dire un mot des devins fameux ; il y en eut
depuis les temps fabuleux de la Grece jus-
qu a la fin du monde romain. Ce qui les
distingue des prophetes d lsrael, c est la va-
rie te, la mullipJicite de leurs connaissances ;
parfois une melhode conjecturale formait le
patrimoine de certaines families. Melampos, le pretre de Dionysos, eleve de
petits serpents qu il a pris dans un nid a lacampagne; devenus gros, ils s en-
roulent aulour de son cou et lui lechent les oreilles; il comprend aussitot le Ian-
gage des oiseaux; plus tard, il de couvrit par uu trait de genie les arcanes de
i extispicine. Clilchas, le devin de 1 epope e homerique, interprete les presages
comme I eiit fail un augure romain. Tiresias et sa fille Manlo furent, comme
Cassandre, des confidents des dieux, et transmirent leurs aptitudes. Manto,
DICT. EXG. XXX. 4
50 DIVINATION.
envoyee a Klaros, pres de Kolophon, fonda un oracle, e pousa le Cretois Rhakios
et eut pour fils le fameux Mopsos. Celui-ci vainquit Calclias, qui se tua de deses-
poir. A Salamine, un devin grec de 1 Asie appele Eiiphranlides accompagnait
Themistocle sur sa trireme. L influence meme du general ne put sauver la vie a
trois prisonniers perses dont le fanatique exigeait le sacrifice.
Alexandre avail de nombreux devins; comme son pere Philippe, il consulta
a diverses reprises le fameux Aristandros de Telmesse, 1 homme le plus docte de
1 epoque.
5 Divination tnirte, oracles. La troisieme espece de divination, que nous
avons appelee mixte, empruntait quelque chose a chacune des autres parfois a
toutes les deux ; mais il y avail un troisieme element, le lieu. Cette fixite
exigeait des conditions particulieres, plus compliquees que celles que nous avons
vues. L enlhousiasme cssentiellement accidentel ne doit etre ni transmis, ni
provoque; les melhodes techniquss sont enseignces soil publiquement, comme
le fut 1 astrologie par Berose, soil dans une famille. Pour qu un manteion
f it constitue, il fallait un lieu sacre, une enceinle sacree, une sorte de com-
munaute pour I administration ; lereste e tait variable. Les oracles furent si nom
breux en Grecc, que 1 etude isolee des plus celebres nous enlrainerail beau-
coup trop loin; nous nous contenterons de voir celui de Del phes, oracle civil et
general, et ceux d Asclepios, a 1 usage des malades (voy. ORACLE).
L histoire AQ\" oracle (TApotton est si etroitement liee a celle de la civilisation
grecque que, pour 1 ecrire en detail, il faudrait suivre celle-ci de ses origines a
sa decadence. Le temple du Parnasse fut la veritable metropole religieuse de
tous les pays helleniques. Les legendes relatives a ses origines out toujours exerce
la sagacite des critiques ; Deucalion aurait fonde sur la montagne, beaucoup plus
haul que 1 antre. une premiere ville appelee Lykorcia; les habitants 1 aban-
donnerent et batirent Delphes ; il y eut longtemps dans son enceinte des families
que Ton regardait comme les descendantes des Lycorciens primitifs. Leurs mem-
bres appele s les Saints avaient le droit d offrirun sacrifice secret dans 1 enceinte
du temple; c etait a peu pres leur seul privilege. Apollon, desireux de batir un
sanctuaire ou les bumains pourraient entendre sa voix, s arreta un jour pres
d Haliarte et y jeta les fondements de 1 edifice. Mais la nymphe Telphousa, qui
rendail la ses oracles, redoutant la concurrence divine, engagea Phoebus a le
placer a Krisa, sous le Parnasse neigeux. Apollon, sans de fiance, suivit ce con-
seil el rencontra une difficulte que la rusee nymphe s etait bien garde e
de lui signaler : le pays etait sous la domination d un dragon femelle qui
avail nourri naguere le geant Typhon ; le monstre n entendait nullement
fuir ou cuder a un autre la moitie de son empire. Le fils de Zeus n en eut
raison qu en le pergant d un de ses traits. Yoyant que Telphousa 1 avait trompe,
il erigca un autel sur la fontaine qu elle habitait et s y fit adorer sous le nom
de Telphousien. Le temple construit si peniblement a Pytho, au lieu meme
ou il avait tue le dragon, resta sans" pretres, sans sacrifices, sans oracles.
Apollon resolut de remedier a cet abandon; il se rendit a la mer voisine,
prit la forme d un dauphin, sauta sur le pout d un navire cretois qu il rameua
vers la terre, malgre 1 equipage ; les matelots prisonniers devinrcnt ses pre
miers pretres.
Des legendes plus anciennes peut-etre parlent de changements successifs de
culte. La premiere divinile qui aurait rendu des oracles a Delpbes etait Gea la
terre. Python etait un monstre qu elle avait engendre; Daphne, sa fille, par
DIVINATION. 51
1 intermediaire de laquelle elle parlait aux hommes, fut changee en laurier
entre les bras d Apollon. D autres etablissent une transiliou eutre Gea et lui.
Neptune aurait eu longtemps un" temple venereau memelieu. Ces fables indiquent
les transformations religieuses d une epoque dont il serait diflicile d evaluer
la date; les Grecs n aimaient ni a tuer les dieux ni a les changer en diables;
leur polytheisme accommodant se contentait de releguer au second plan ceux des
nations vaincues. Puis I anthropomorphisme nese forma pas du jour au lendemain.
Comme les peuples aryens de 1 Asie, les Pelasges adoraient les forces aveimlcs
de la nature : les vents, le feu, la terre, la mer. Les Hellenes etablirent une
filiation suivie entre leurs dieux hommes et ceux-la; les derniers venus prirent
la meilleure part de I heritage du monde. Gea fit place a Poseidon, fivre et
contemporain de Zeus; Dionysos, le dieu de la Thrace et de la Gre^e septen-
Irionale, fut depossede a son tour; on leur laissa que ques autels, une petite
place dans le conseil divin, mais on delourna les hommages au profit d Apol
lon. II emprunta a la Terre son antre, a Poseidon le Dauphin, a Bacchus la jeune
fille qui rendait des oracles sous Tinfluence d un entrainement nerveux
comparable a 1 ivresse des Thyades.
Les Doriens fnrent les missionnaires armes du nouveau culte qu ils avaient rec.u
des Cretois; ils abandonnerent Heracles, Jeur heros national, dont les descen
dants les dirigeaient. pour le fils de Latone. L influence de 1 oracle de Pylho
devint reellemenl preponderante a partir de 1 invasion des lleraclides; c est
lui qui soutint Lycurgue, 1 inspira peut-etre. Les Lacedemoniens, nation mili-
taire et remuante, furent son premier point d appui. Dans leur lutte avec Mcssene,
Delphes prit parti contre celle-ci, parce que les habitants allaient consuller
d autres oracles; a toutes les epoqucs, le meme phe nomene se produisit. L eta-
blissement sacre etait une sorte de banque nalionale; il recevait les depots, les
testaments, indiquait 1 emplacement des colonies a fonder, donnait des chefs aux
e migrants, au besoin leur pretait ou leur faisait preter des fonds en slipulant ce
qu ils auraient a payer. L oracle avail ses amis, mais ses amitie s etaient rare-
raent constantes ; son patriolisme etait subordonne a ses avantages. Au debut,
la defense etait assuree par les Amphictyons, federation de cites, qui avaient fait
entre elles des conventions pour attenucr les horreurs de la guerre et creer
une sorte de droit des gens. L oracle en fit bon marche et n hesita jamuis a
prononcer 1 extermination de ceux qui 1 avaient outrage ou pille, jamais a
trailer de puissance a puissance avec ses protecteurs, a changer ses alliances.
Vers 600 avant 1 ere chre lienne, son influence fut se rieusemenl menacee : les
Doriens du Peloponnese songerenl a rapprocher d eux le Dieu qu ils avaient
apporte : ils lui eleverent un temple a Argos. Delphes se jeta dans les bras
d Athenes; elle provoquaune expedition des Amphictyons contre Krisa, sa rivale.
Maitresse de loutes les voies qui conduisaient a Pytho, celle-ci enteiulait pre-
lever la meilleure part des offrandes des pelerins et leur imposait une lourde
taxe de passage. L Amphictyonie leva des Iroupes, les Krisecns furenl oblige*
de chercher un dernier asile dans leur port; Solon, general du contingent
alhenien, les obligea de capituler en les privant d eau douce. La ville fut rasee,
le territoire exproprie ; les habitants furent re duits en esclavage. Desormais la
Cite sainte n etait plus bornee a ses murs, elle avail ses abords Jibres, un |>ied
sur la mer, et pouvait recevoir directement les envoyes des colonies grecqiies.
Quarante ans plus tard, le vieux temple fut incendie ; les offrandes afflueient;
les Alcmenides, chasses d Athenes par Pisistrate, furent les architectes et les
52 DIVINATION.
entrepreneurs du nouvel edifice ; ils s acquitterent gcnereusement de leur
tactic, firent des embellissements que les devis n avaient pas prevus. Le Dien
ne pouvait se monlrer ingrat envers une telle munificence; il paya le service
recu, d autant plus volontiers qu en agissant ainsi il servait ses intcrets. La
domination sage et moderee de Pisistrate reposait sur le suffrage populaire ;
elle etait particulierement odieusea Delphes, ou Ton aimait la liberte, maisune
liberte reparlie entre un petit nombre; 1 oracle eut des opinions constamment
aristocratiques. Les prelres voyaient en Pisistrate le chef d une democratic, le
patron d un culle rival; il faisait son possible pour diriger les devotions
atheniennes vers Delos. Delphes s etaient servie d Atlienes quand les Spar-
tiates voulaicnt clever un temple a Argos; ils se servirent de Spartc pour
chasser les Pisislratidcs. La Pythie glorifia Harmodius et Aristogiton ; un corps
lacede monien s emparant de 1 Acropole, occupec par Hipparque, restaura,
disait-on, la liberte, et re tabiit les clients de Delphes dans Jeurs dignite s. Dans
les guerres mediques, 1 oracle fut constamment alarmisle; peu lui importail
que 1 Asie prit une revanche sur 1 Europe; que la Greee devint une satrapie du
grand roi, 1 Agora un corps de garde barbare. II conseilla de se rendre aux
habitants de Cnides assiegee par un lieutenant de Cyrus ; il empecha les auxi-
liaires spartiates d arriver a Marathon pour se baltre, en leur imposant une
ceremouie puerile. Quand Xerxes eut franchi L Hellespont, la P\thie n eut pour
les Athenians que des paroles de courageantes. Ce fut sous 1 influence d interro-
gations reiterees et pressantes qu elle vanta les murailles de hois, conseil qui
scrait probablement reste inutile, s il n eut eu Themistocle pour exegete. La
lutte finie, 1 oracle, dont le patriolisme avail ete plus que douteux, eut comme
toujours des dimes et des presents ; on 1 enrichit avant de rebalir les villes quo
Jes Barbares avaient brulees.
Dans la guerre du Peloponnese, il recut des deux mains; apres avoir
fulmine centre Thebes, il accepta la dime du butin fait a Leuctres par Epa-
minondas. On dirait qu une ineluctable necessite pousse les institutions reli-
gieuses a subordonner 1 interet de la pntrie a 1 interet du sanctuaire!
Pour quelques acres de terre commcnca la seconde guerre sacre e, dont le
resultat fut la suprematie de la Mace doine. 11 y eut des pillages, des mas
sacres; le vainqueur lui-meme fut oblige de mode rer le courroux des Delphiens
qui voulaient a toule force precipiter du haut de la roche Hyampeia les Pho-
cidiens adultos. On sc borna a de manteler 22 villes, leurs depouilles rem-
placerent les tresors quo Philomenos et Onomarchos, pousses par les necessite s
de la lutte, avaient du enlever au temple.
Un moment les pretres de Pylhopurcutcroire que le tre pied avaitrecouvreson
antique prestige; mais la concentration de forces vives du monde grec entre
les mains d un tyran militaire eut des consequences bien autrement graves. Le
centre religieux se deplaca ; Alexandrese fit declarer /ils de Zeus par un oracle
perdu dans les sables de Libye; puis vinrent les dechirements, la decadence,
les sanglantes querelles des Eloliens et des Acheens ; enfin, Jes aigles romaines
apparurent aux abords du Parnasse, Paul-Emile vainqueur de Perse e y fit ses
devotions en 167; plus tard arriva le Phocidien Kaphis, messager de Sylla,
pour faire uri empruut force au tresor. II pleura devantles Amphictyons, consen-
tit meme a faire une derniere demarche avant d exe cuter les ordres rccus; le
dictateur n etaitpas homme a s arreter pour un scrupule religeux. Onenlemi,
avait.dit Kapliis, resonner la lyre d Apollon. Ne vois-tu pas, repondit-il, que
DIVINATION. 55
c est de joie? le dieu est mon ami, il est heureux de m abandonner dcs
biens dont il n a que faire (B. L.).
Sous les empereurs, Delphes traina peniblement une existence precaire; Ne ron
le pilla; Hadrien consulta Pylho qu il paya largement; les empereurs
syriens le regarderent avec bienveillance ; sous Conslanlin, les statues, les ex
voto d or, le trepied lui-meme, allerent embellir les eglises de Byzance.
Quand Julien 1 Apostat voulut retablir le culte, il n obtint, dit-on, que cette
reponse decouragee : Ma maison est tombee avec ses decors. Phoebus n a plus
de grotle, plus de laurier prophelique; 1 onde murmuranle elle-meme a
seche. Ce fut le dernier oracle d Apollon a Delpbes.
En appelant mixte cette divination, nous voulions montrer, avons-nous dit,
qu elletient a la fois de la premiere variete ct de la seconde. 11 y avail en effet :
1 Un Dieu revelaleur;
2 Ce Dieu ne parlait qu au-dessus de 1 antre sacre.
5 Les paroles arrivaient au public par 1 intermediaire d un elre bumain qui
devait reunir des conditions determine es;
4 Les exclamations, les cris, les soupirs, les articulations insaisissables,
e taient interprJtes et rendns en vers par les prophetes ; puis les exegetes exer-
caient Icur habilete sur elles ;
5 Avant d urriver jusqu au tre pied fatidique, le consultant devait accomplir
des actes propitiatoires, des purifications, qui le rendraient d gne d entendre la
voix du Dieu ; au debut il y avail avant la consultation definitive une divination
prealable par les oiseaux ou les sorts. Get ensemble comprend des pratiques se
rattachant elroitementaux deux premieres varietes.
L education de la pylhie, 1 entrainement qui la rendait propre a remplir son
role, 1 interpretation des paroles entre-coupe es qu elle prononcait, lout cela
appartenait a la divination impersonnelle et teclmique. En revanche, a partir
du moment ou la confidente du Dieu avait pris place sur son siege, c etait
une inspiree ; sa science, sa raison, devenaient superflues la divination
chresmologique a done ici le caractere que nous avons vu partoul. Seulement
le devin perd ses proprieles, s il se deplace ; que la pjthie 1 uie Delphes, ce n est
plus qu une femme sacrilege a laquelle le Dieu cessera dc parler.
Trois choses etaient done indispensables : le lieu (antre sacre), le recepteur
(la pythie) et les prophetes. Aucun ele meut ne pouvait empieter sur le role de
1 autre.
La pythie etait une pauvre fille, ordinairement sans culture; il fallait
qu elle ressemblat aux auirnaux pour bien entendre la voix divine. Elle
devait etre Delphienne de naissance, garder un ce libat perpetuel a partir
du jour de sa consecration. Au debut les jeunes lilies des meilleures families se
disputaient 1 honneur d apparlenir a Apollon; plus tard la ferveur s attiedit, il
y eut des scandales. Une pythie appelee Androklei a fit pendant une exlase une
confession peu edifiante; une autre fut enleve e par les Thessaliens Echecrates.
Le Dieu voulait chez ses epouses la noblesse, la beaute, la jeunesse, la chas-
tete, qualhes difticilement reunies ; pour conserver la derniere et la plus pre-
cieuse les autres furent sacrifices ; on se mil en garde contre les entrainements
de la jeunesse en choisissanl les pylhies a 1 agc ou les passions commencent
a sommeiller; il y en eut de plus de cinquanle ans. Dans la suite ce regle-
ment fut abroge et Ton en revint aux jeunes filles pauvres, qu on achetait a
leurs families. 11 ne parait pas du reste que les anathemes prononces contre les
54 DIVINATION.
parjures aient recu une consecration penale serieuse ; Delphes ne connut rien
de sembluble a 1 enterrement des veslales romaines. Impitoyables pour les
voleurs, les lois sacrees laissaient an Dieu le soin de punir ses outrages domes-
tiques. Tout d abord il n y avail qu une pythie; les consultants devenant plus
nombreux, on en prit une seconde et onleur adjoignait des suppleantes; quand
1 oracle baissa, on revint a 1 unite.
Le role de la vierge enthousiaste se limitait aux jours de ceremonie; avant
de penetrer dans 1 adyton, elle se puriiiait dans les eaux de la fontaine de
Kaslalie, et par des fumigations odorileranles. A cote d elle se tenaient les
prelres-propheles, conserva tours et interpretes de la religion apollinienne;
au-dessous d eux le neocore, architecte on sacristain d ordre superieur, charge
de la surveillance el des soins materiels du lemple.
Les reponses e taient des disliques, des impromptus poetiques incomprehen-
sibles sur les questions relatives a 1 avenir. On les conservait dans les
archives des villes; ceux qui voulaient consulter 1 oracle devaient se rendre
a Delphes au mois de Bysion; 1 hiver il etait muet parce qu Apollon en voyage
avail cede la place a Dionysos. Arrive s dans celte ville de sacrificateurs,
d hoteliers, d induslriels, qui vivaient surtoul, comme on l a dit, du couteau et
du feu des sacrifices, ils devaient accompli r des rites pour lesquels ils avaient
besoin d initialeurs el d aides, recourir a la cleromancie, a rornilhoman-
cie : Celui-la lirera profil de ma voix, qui sera conduil {tar le cri et
le vol d oiseaux irreprochables . Puis venaient les sacrifices, on immo-
lait une chevre, une brebis, un taureau, un sanglier. Si la victime ne reagis-
sait point au moment de 1 aspersion, si elle n e prouvait pas le tremble-
ment voulu, il elail inulile d insister, le dieu ne repondrait pas. Du
temps de Plutarque, un consultant passa outre ; la pythie monta sur le trepied
malgre les presages defavorables ; 1 extase etait a peine commencee que la
pauvre tille sauta de son siege sous 1 impulsion d une secousse spasmodique;
elle mourut quatre jours apres.
Lorsque les ceremonies preliminaires avaient ete accomplies, 1 entree du
temple etait permise aux pelcrins ; ils interrogeaient successivement selon des
nume ros d ordre tires au sort ; les envoyes des villes qui avaient le droit de
promanlic passaient avant les autres.
Le temple avail deux frontons, 1 un dedie a Phosbus et 1 autre a Dionysos,
sur les colonnes etaienl imprimees des senlences allribuees au sepl sages et
dont la forme breve, enigmatique, rappelait les reponses de 1 oracle; le yvwOt
o-savTov etait la plus celebre.
Les salles d atlcnle convergeaient vers 1 adyton central ; celui-ci ren-
fermail le trepied d or trouve dans la mer par un pecheur mile sien et donne
successivement aux sept sages ; il etait au-dessus de 1 autre sacre dans lequel
arrivaient par derivation les eaux de la fontaine Kassotis ; a cote de lui
taient deux pierres sacrees, 1 omphalos, Je nombril du monde, et le betyle,
sorte d aerolilhe apporte a Delphes a une epoque tres-ancienne ; c etail, disait-
on, la pierre que Rhea avail fait avaler au vorace Kronos, en place de ses fils
qu elle voulait sauver.
Si le role politique de 1 oracle de Delphes fut enorme, son role religieux
fut moindre; il ne pouvail guere cre er une tlic ologie simple, une unite
de doctrine que les aspirations et les mceurs de I llellade ne permet-
taient pas ; en revanche Pytho eut pu avoir une loi, un code de morale,
DIVINATION. 55
un criterium immuable pour juger les actes humains. Rien de pareil n exista;
le respect de la vie et la doctrine babylonienne dc la purification, voila
les lineaments caracterisliques de la religion apollinienne; un meurtre, meme
involonlaire, meme commis dans un but de le gitime defense, necessitait une
expiation. Apollon s e tait purifie apres avoir tue le serpent. Certains individus
etaient souilles sans le savoir, par le fait d une taclie hereditaire, c etait ;i
1 oracle de la decouvrir, de prescrire les ceremonies cathartiques deslinees a
1 effacer; mais, si dcs malheurs inattendus frappaient le coupable, les dieux
justes et bons n avaient pas besoin d etre justifies; la pytbie de couvrait lai aute,
iudiquait ce qu il fallait faire pour s en laver, mais ne repondait pas du pardon ;
quand tout avail ete accompli selon les rites ; il restait une inconnue que Tavern r
seul eliminait. Ce dogme alafois elroitetelaslique avail dubon; iletait eminem-
ment propre a adoucir les mceurs ; sous d autres rapports la morale de Delphes
e tait singulierement relachee; on etait plein d indulgence pour les erreurs
amoureuses : un pretred Heracles misogyne voue au celibal avail trouve 1 obli-
gation trop dure; 1 oracle, au lieu dele maudire, 1 excusa et lui imposa une
purification anodine ; Timo, pretresse de Demeter a Paros, avail inlroduit Milliades
dans le lemple ; 1 oracle declara qu elle n etail pas coupable. Les Hclaires
e laienl sures de trouver meilleur accueil dans 1 adylon que le chef d une
democratic qui avail sauve la Grece ; Aspasie avail ses ex-voto ; les deviations
genesiques cheres aux Anciens furent presque loujours pardonnees.
L oracle a merile qu on le soupconnat de quelque complaisance pour
I aberration honteuse qui a deshonore les siecles les plus glorieux de la civili-
salion hellenique. De 1 aveu des Grecs eux-memes, les inslitutions de la Crete
el de Sparte, si haulement recommande es par le dieu de Pytho, ne pouvaienl
manquer d induire les natures vulgaires a des lentations de gradantes, et il faut
convenir qu on chercberait vainement dans la biographic d Apollon 1 amour
naturel et legitime represente comme un element de bonheur (Bouche-
Leclercq) .
Celle absence de principes definis fut probablemenl la cause dc la tolerance
d Apollon a I egard des philosophes. Jamais Delphes ne pril parti pour une
secte ; jamais elle n essaya de concilier des adversaires, ni d excommunier
personne.
Les oracles d Asdepios touchaienl de si pres a la medecine, que nous serons
obliges de les etudier plus longuemenl que les aulres instilulions du meme
genre. On a fait dans ces derniers temps sur le culte de ce Dieu des decouvertes
extrememenl interessantes, donl nous lacherons de donner une ide e. Dans ses
pe regrinalions en Thessalie, Apollon mil a mal Koronis, fille du roi Phlcgyias.
A peine avail-il quilte le pays, qu elle 1 oublia pour le mortel Ischys. Le dieu
furieux tua riiilidele el jeta son cadavresurun bucher; heureusemenl qu IIermes
passanl par la eut le temps de faire une operation cesarienne post mortem et
de soustraire au feucelui qui fut Asclepios. Lacolere que Phoebus avail e prouve e
coiilre la mere ne 1 empecha point de porter au fits un interet paternel ; il le
confia au centaure Chiron qui lui enseigna ce qui se rapporte a notre arl; il
guerissait les plafes, prescrivait des medicaments contre les maladies internes ;la
tradilion, qui lui fail ressusciter des morts, ne dil pas qu il eul une habilcle
particuliere pour decouvrir 1 origine el les causes des maladies; il donnait
sponlanemenl des medicamenls sans avoir besoin des precedes qu emploieront
plus tard ses disciples.
56 DIVINATION.
line autre legende fabrique e pour les besoins de 1 oracle d Epidaure fait
naitre Aselepios sur une montagne du Peloponnese ou sa mere 1 abandonna.
Ces traditions de date recente nous renseignent pen sur 1 origine du culte.
Les pratiques indiquent une divinite etrangere, babylonienne ou phenicienne; il
y avail meme en Egypte un dieu medecin dont les oracles flrent a une certaine
epoque une concurrence serieuse a ceux d Asclepios. Pour M. Bouche, les atlri-
buts de celui-ci indiquent une divinite chtonienne du meme age que Deme ter,
Poseidon ou Dionysos, divinite dont le culte etait si populaire que la suprematie
d Apollon ne put le faire disparaitre.
Le serpent n est pas seulement le symbole de la finesse, c est 1 animal terrestre
par excellence, le reptile connaissant les proprietes des plantes et des mineraux
que renferment les cavernes. Asclepios est originaire de la Thrace, c cst-a-dire
de 1 extreme nord; une de ses petites-filles s appelle yEgle. De nos jours
encore, il y a en Lithuanie une legende tres-ancienne d apres laquelle une
jeune fille appele e aussi yEgle aurait ele mariee a un serpent et changee en
sapin apres sa mort; c est a peu de chose pres 1 histoire de Daphne. Les vegelaux
constituent un intermcdiaire entre la terre, la mer et les hommes. Les serpents
s enroulent au caducee d Asclepios ; ce sont eux qui donnerent a Melampos la
vertu prophelique. Ces faits permettent de rapporter a une epoque probablement
anterieure a I liellenisme el surtout a 1 invasion dorienne le culte d un Dieu
guerisseur. Celte fonction ne fut jamais d ailleurs le privilege d un seul.
Zeus Ilypsistos, Athena, Hygiea, Hera elle-meme, rendirent plus d une fois la
saute aux malades; c est Apollon que Ton consulte dans les grandes epidemies;
on croyait a Athenes qu il avail arrete la pestc de 427 ; il possedait un oracle
medical en Messenie, un aulre dans la grande Grece sous le nom d Apollon
Koriden; il etait directeur general du service de la sante publique dans 1 Olympe.
Les devins des lemps fabuleux elaient aussi medecins. Galien attribue a Orphee
un livre sur les medicaments. Melampos guerit par une preparation ferru-
gineuse Iphiclos de son impuissance; aux filles de Pretos qui avaient une mauie
compliquee d accidents du cuir chevelu il prescrivit 1 ellebore bJanc, un exer-
cice force et des bains froids. Bakis traita avec succes une Lacedemonienne folle
depuis longtemps, Tiresias apaisa des epidemies, Aristee, fils d Apollon el de la
nymphe Gyrene, decouvril le silphium (voy. ce mol).
L Asclepios divin de Pindare differe de celui d Homere; celui-Ki n esl qu un
roi du pays de Trikka en Thessalie, un eleve de Chiron dont les fils for
mes a la meme ecole devinrent habiles dans 1 art de leur pere. Cette tradition
se developpa parallelement a la premiere, le heios eut des enfanls et des petits-
enfauls; les connaissance? scienliiiques leur lurent transmises. Au berceau
de la famille, a Trikka en Thessalie, une dynastie d Asclepiades se mainlint
longtemps prospere. Au premier siecle, Herennius Philon parle avec respect
de ceux de Trikka auxquels il emprunte une formule. Puis les descendant du
Dieu se repandireut au loin ; il y en avail dans le Peloponnese, 1 Asie Mineure,
parlout ou Ton trouvait des lemples d Asclepios, et c esl la ce qui a fait prendre
les Asclepiades pour les missionnaircs el les agents du culte. La medecine grecque
a ete d abord toute laique. Douze medecins au moins out ele connus sous le nom
d Asclepiade ; leplus celebre ful Asclepiade deBilhynie qui vivail a Ilome du temps
de Cesar. La divination tenail peu de place dans la pratique de lous ces gens; ils
apprenaient de Ires-bonne heure a leu is enfantsl anatomie et s efforcaient deleur
inspirer lerespecl de leur art. Au douzieme sitcle de noire ere, Tzetes a connu
DIVINATION. 57
des Ascle piades dont les archives de famille remontaient a une haute antiquite.
Quand 1 emigration diminua le nombre des rejetons authentiques d Esculape,
on eut recours a 1 adoption ; des eleves etrangers furent admis aux lecons contre
retribution ; ils pretaient a la fin de leurs etudes le serment connu sous le noni
de serment d Hippocrate.
Les Asclepiades iuvoquerent leur ancetre a titre de protecteur, comme les
medecins du moyen age invoqueront saint Luc, saint Come et saint Damicn; ils
lui faisaient des sacrifices individuels ou collectifs, mais c etait tout. Pourtant
la divination asclepienne etait bien medicale ; le fils de Koronis fut de tous les
dieuxcelui dont le role fut le plus clair, dont les oracles furent le mieux limites.
Zeus, Demeler, Dionysos, parlaient a propos de tout; Asclepios ne repondait
qu aux malades ou a ceux qui 1 interrogeaient en leur nom; c est pour cela que
son culte, sans avoir 1 importauce de celui d Apollon, ni 1 antiquite de celui de
Zeus, faisait aussi etroitement qu eux partie de la vie grecqne.
A peu de chose pres, 1 organisation interieure, la hierarchic sacerdotale,
etaient les memes parlout; nous suivrons ici un travail de M. Girard, le plus
savant et le plus nouveau que nous possedions sur la matiere.
Le prelre d Asclepios etait nomme pour un an au suffrage populaire. II etait
responsable devant le peuplc de 1 exe cution des rites sacres; responsabilite
serieuse dans une ville qui avait condamne a mort son meilleur general pour
bris de quelques hermes de carrefour. Les invocations privees, les ceremonies
publiques, avaient lieu sous sa surveillance, il prenait soin que le lit d Asclepios
et d llygiea fut toujours garni de molles couvertures ; il presidait la commission
administrative, inventoriait les offrandes, redigeait les archives du temple. Ce
pretre etait aide comme a Delphes par un appariteur dont 1 importance etait en
quelque sorte proportionnelle au nombre des visitenrs.
An debut, le zacore fut nn sacristain balayant le temple, parant les statues,
allumant les lampes et les eteignant. Dans la suite, le zacorat devint une dignite ;
la consecration des ex-voto, au besoin la composition d hymnes sacrees, etaient
de son ressort. Plus bas se trouvaient des personnages occupe s a litres divers ;
aux Epidauria figuraient ties femmes portant les corbeilles et les vases sacres,
lonction accidentelle et somptuaire confiee souvent aussi a des enlants. Les digni-
taires qui presidaient les mysteres d Eleusis avaient la haute surveillance sur
le culte d Asclepios a Alhenes.
Le temple proprement dit consistait en une chapelle de petite dimen
sion, magnifiquement ornee; au ibnd se dressaient les statues du Dieu.
A Epidaure, une d elles etait 1 ceuvre de Kephiso, fils de Praxilele; une
autre etait due au ciseau du fameux Thrasymede de Paros. Ascle pios etait
ordinairement represente assis sur un siege d ebene, il avait une barbe
d or, et le caduce e a la main; un chien etait assis a ses pieds. D autres
Ibis, on voyait a cote de lui des statues de heros. M. Girard parle d un
certain Polycritos qu il considere comme un fameux mcdecin de Maudes vivant
du temps de Conon ; tout cela etait complete par des lampes et des trepieds.
La chapelle etait entouree de portiques servant d abri aux malades; an
milieu se trouvaient les fontaines sacrees ct des statues. Le culte d Ascle pios
n eut jamais a Athenes 1 eclat de celui des grands dieux; il consistait en temps
ordinaire en sacrifices dont la nature et I epoque nous sont inconnues; puis il y
avait deux solennites periodiques : les Epidauria et les Asclepieia. Les premieres
avaient lieu vers la fin de Tele pendant le mois de boedromion, a I epoque des
58 DIVINATION.
mysteres de De me ter et de Kore; on disait qu autrefois Asclepios avait fait
le voyage d Epidaure a Athenes expres pour s y faire inilier, de sorte que,
pour perpetucr le souvenir, on avait etabli des fetes en son honneur a cette
dale. Le 17 avait lieu la veillee apres une theorie dans laquelle les sta
tues des divinite s en question, promenees d oratoire en oratoire aulour de
1 Acropole, restaient un certain temps dans celui d Asclepios. Les autres
fetes avaient lieu au commencement du printemps, elles precedaient celles de
Dionysos, etaient accompagnees de chants, de jeux dont les prix furent haute
ment apprecie s. Hors de la, on venait prier a volonte dans le temple et offrir
des sacrifices.
Les oracles etaient rendus selon un mode constant : les malacles entendaient
la voix du Dieu pendant le sommeil ; 1 incubation oniromantique fut la pratique
fondamentale de la divination medicale; il n y avait point d agent intermediaire
comparable a la pythie. Le consultant s endormait, Asclepios lui apparaissait
et lui donnait ses instructions. Yoici comment les choses se passaient au
moment des ceremonies dont nous avons parle : Une foule de malades et de
pelerins de tout age se pressait sous les portiques; le premier jour etait con-
sacre aux purifications, aux sacrifices, puis on faisait bruler sur les autels des
gateaux au miel et au vin ; il parait que la flamme ne les devorait pas tous. Dans
leP/M/wsd Aristophane, 1 esclave Karion, qui raconte une veillee sainte, apercut
le pretre sanctifiant ceux qui restaient et les fourrant dans un sac. On deposait
en meme temps des fruits, des figues seches, sur une table, puis on sacrifiait
des boeufs, des pores, des volailles ; on chantait des hymnes, on priait jusqu au
soir. A ce moment, des lampes etaient allumees sous les portiques ; les sup
pliants qui avaient apporte des couvertures et des provisions pour la nuit s eten-
daient sur des lits de feuilles prepares par les serviteurs du temple ; le zacore
eteignait les lumieres et chacun attendait dans un rcligieux silence le sommeil
et le dieu. Le Jendtmain, des 1 aube, c etait une veritable cohue; chacun
racontait ce qu il avait vu : certaines prescriptions devaient elre accomplies sur
place, d aulres se faisaient hors du temple; tout se terminait par des sacrifices
et la consecration des ex-voto.
Les plaisanteries des satiriques n empechaient point les Asclepieia de pro-
sperer. 11 y avait a celui d Epidaure assez de statues, d ex-voto precieux, pour
que les generaux ct les proconsuls remains, Mummius en particulier, n aient pas
dedaigne de les requisitionner.
Le temple de Cos renfermait deux chefs-d oeuvre d Apelle, 1 Antigone et
1 Anadyomene. A Pergame, 1 Asclepieion fonde par les Attalides etait un rendez
vous de lettres, d erudits. Les rois y venaient souvent ; un d eux, Attalos Philo-
metor, avait reuni dans les jardins toutes les plantes veneneuses que renferme
la flore de 1 Asie Mineure; il les cullivait lui-meme, etudiait avec une veritable
passion leurs propriete s, cherchait leurs antidotes, jugeant probablement que la
science des poisons doit faire partie de 1 education de tout monarquc habile.
Le culte d Asclepios eut comme celui de son pere trois siecles de decadence ;
les riches Remains des premiers temps de 1 empire allaient a Epidaure comme
on va aujourd hui dans une station thermale, surs d y trouver un paysage
charmant, un air pur, une societe choisie.
La foi aux legendes etait bien morte; on pillait les cites saintes, sans crainte.
Un des meurtriers de Ce sar fit couper les arbres de Cos, pour construire des
galeres. L Anadyomene alia orner les jardins d Auguste; puis des accidents
DIVINATION. 59
telluriques formidables s ajouterent aux guerres civiles. A cent ans d intervalle,
la patrie d llippocrate fut eprouvee deux fois par un tremblement de terre;
on cut dit que les divinites pelasgiques voulaient prendre kur revanche et
renverser les temples de leurs successeurs. Lc christianisme n epargna pas plus
le Dieu guerisseur que les autres, Cos devint le siege d un eveche, Epidaure
fut delaissee. Pour TAthenes chretienne et byzantine du cinquieme siccle le
IWTYJP n etait plus Asclepios, mais un reformateur juif siipplicie quatre cents ans
auparavant el qu on disait fils non de Zeus, mais de Jehovah.
Quelle a ele I inlluence du culle d Asclepios sur le developpement et les
progres de la medecine? Faut-il croiie, avec Daremberg et Malgaigne, que ses
pretres n etaient que d babiles escrocs vivant de la niaiserie publique ? Doit-
on admettre avec M. Girard que 1 Asclepieion etait un hopital civil et
religieux ou les riches venaient chercher d uliles conseils, ou les pauvres
trouvaient un asile, ou les medccins se rendaient pour puiscr de salutaircs
inspirations? Ces opinions ne nous paraissent ni Tune ni Tautrc absolument
justes. Nous concevons difficiiement un hopital dans lequel les malades rcpose-
raient une seuJe nuit sur un lit de feuilles.
Dans aucune inscription, dans aucun inventaire, il n est question de disposi
tions accessoires, de frais de nourriture, de logement; on a trouve dans les
mines de Pompei, el meme a Paris, des instruments de chirurgie; on n eii a pas
trouve au voisinage de 1 Acropole. Le Dieu guerissait parfois et ne soignait pas.
Les insucces ne compromettaicnt ni la foi, ni sa reputation, car il gardait son
libre arbitre; avant dcrendrelavuea Plutus il exaspe ra 1 ophlhalmie d un autre.
Asclepios donne aux riches comme aux pauvres des conseils, il reclame d eux
des ceremonies purificafrices, des offrandes; on e tait necessairement moins
exigeant pour Jes malades de la second e categoric, mais c ctait tout. Y a-t-il
dans tout cela rien qui ressemble a une institution de bienfaisance? Les Ascle -
pieia etaient des etablissements purement religieux; ils ne servaient qu indirec-
tement au soulagement des miseres organiques ; on ne recevait an voisinage du
temple d 1 Epidaure ni mourants, ni femmes en couches.
D un autre cole il est bien difficile de croire que tout fut fraude ou char-
latanisme. M. Girard s est demande si le pretre etait medecin, et conclut
par la negative. Le sacerdoce etant confere a 1 eleclion, ricn n indique que le
choix des candidats fut limite. Nous sommes trop disposes, quand nous parlons
d un medecin de 1 antiquite, a raisonner comme s il s agissait des temps mo-
dernes; a faire de la medecine une fonction regie par des lois analogues a
celles d aujourd hui.
Rien ne dit que les pontifes d Esculape fussent medecins, c est-a-dire fissent
avant leur election metier d aller voir les malades et de leurdonner des soins ;
rien ne dit non plus qu il n eussent pas des connaissances serieuses en patho-
logie et en therapeutique. La nature meme de leurs fonctions en exigeait.
Comment prevoir sans cela un accouchement ou une mort immincnte?
Les atchives des temples relataient minutieusement les songes, les maladies,
les remedes appliques. Eut-il ete possible de les tenir sans connaissance des
termes techniques? Puis il fallait preter la main a 1 executiou des ordres du
Dieu; il ordonnait souvent des sacrifices, des pelerinages; mais les douches, les
affusions froides, les potions, appartenaient aussi a sa iherapeulique, Ari^tidedut
se baigner en plein hiver; s il n eut jamais rien vu de pareil, il est peu pro
bable qu Asclepios lui eut donne ce conseil ; mais a Rome, qu Aristide venait
60 DIVINATION.
de quitter, la mcthode du Marseillais Cliarmis n etait pas oublie e, et Charmis
avail fait des miracles en faisant plonger dans 1 eau glace de vieux consul aires
qui greloltaient avec ostentation.
Les prelres etaient les premiers onirocritcs de la divination ascle pienne ; c est
a eux que les fideles racontaient leurs visions; un songe d Arislide a Pergame
lui ordonnait une saigne e de 125 livres, ils refuserent de la faire. Que la
medecine des temples fiit exercee par les pretres, par le zacore ou des praticiens
libres, la chose importe pen. La divination que nous venous de voir touchait
certainement a la science par plus d un cote, ses edifices elaient ordinairement
dans des conditions hygicniqucs favorables. Toutctait dispose demaniere que
1 air y fut salubre et vivifiant. Tantot ils etaient situes surdes eminences, tantot
on les cachait dans des gorges boisees pleines d acres sentears. Rien d enchan-
teur comme le site de 1 Amphiaraion, tel qu il nous apparait encore aujourd hui.
Le temple et ses dc pendances elaient batis dans un vallon etroit, sur le bord
d un torrent; d epais bouquets d arbres prote geaient le sanctuaire ; 1 eau cou-
rante, la verdure et la bonne odeur de pin qui parfume 1 air font encore de ce
ravin que les modernes appellent Mavrodilissi un charmant lieu de repos. Si
1 Asclepieion d Alhcnes manquait de cette pittoresque parure qui donne aux
monuments de beaux ombrages, il rachetait ce desavantage par sa position
elevee. De ses deux terrasses on decouvrait la plaine d Athenes jusqu au golfe
de Phalere, Egine et les montagnes lointaines de 1 Argolide. Quand on parcourt
aujourd bui les ruines du sanctuaire, qu on se promene parmi ces marbres
dores, seuls restes de tant d edifices, on comprend bien tout ce que devaient
avoir de recreant pour les malades ce magnifique panorama, ce cbaud soleil et
cet air pur qui, de nos jours encore, baigne 1 Attique et dont la transparence
etonne (Girard).
Les pretres n executaient point a 1 aveugle les prescriptions divines, mais
les interpretaient, faisaient souvent bon marche de la lettre ; au besom les
malades etaient adrcsses a des me decins voisins ou eloignes ; I Ascle pieion etait
un simple etablissement balneaire. Les moyens physiques, 1 hydrolherapie,
1;< gjmnastique, formaient la base de la medication. A Pergame, on employait
la ll.igellation et le massage, les strygilesouetrilles, siusitees dans 1 apotherapie
antique, en venaient.
Le culte d Asclepios ne fut done point un simple tissu de jongleries; ses
temples ne furent ni des hopitaux, ni des ecoles, mais des instituts religieux
autour desquels se grouperent des praticiens instruits. Ses oracles ne pros-
crivirent pas plus la medecine vraie que ceux d Apollou ne proscrivirent la phi-
losophie; les guerisons miraculeuses n empecherent pas Hippocrate d observer a
1 ombre du sanctuaire de Cos ; ce fut le Dieu lui-meme qui de cida la vocation
de Galien.
Asclepios cut des concurrents : Trophonios et Amphiaraos, dont les temples
etaient en Beotie, parlaient aux malades, les guerissaient parfois; 1 Egyptien
Se rapis emprunta sa methode. Ces cultes resterent locaux ; ils avaient contra
eux 1 inconstance de leurs pratiques. A 1 antre de Trophonios, les ceremonies
ressemblaient a une initiation magique. Le consultant devait passer un cer
tain temps dans les temples du bon Genie ou de la Fortune, puis faire des
ablutions et des sacrifices ; le dernier etait celui d un belier noir a la suite
duquel on apprenait si le Dieu repondrait. En cas d affirmation, deux enfants de
douze a treize ans conduisaient le suppliant au ruisseau d Hertzyma, ou il etait
DIVINATION. 61
lave, frotte d huile, puis il buvait les eaux de la Fontaine Mne mosyme, faisait
une longue oraison devant la statue de Trophonios, sculptee, disait-on, par
Dedale, desct ndait avec une cchelle jusqu a I ouverture laterale de 1 antre et
y inlroduisait la jambe; le Dieu altirait le reste du corps. Quand je fus
descendu dans 1 oracle, dit un certain Timarque de Cheronee, contcmporain de
Platon, je me trouvai d abord entoure d epaisses tenebres. Je fis une priere et
restai longlemps coucbe sur le sol. Je ne me rendais pas bien comple a moi-
meme si j etais eveille ou si je faisais un songe ; seulement il me sembla qu a la
suite du biuit qui eclatait les sutures de mon crane s etaicnt disjointes et lais-
saient passage a mon ame . Cette description montre que le dieu de Labidee
rendait diflicilernent ses oracles; qu il aimait a frapper les imaginations; que
1 incubation preparee par des libations ne ressemblait point a la veillee
sacree d Epidaure; ce culte est effrayant comme celui d Hecate. Certains indivi-
dus sortaient avec une incurable melancolie ; beaucoup consulterent Asclepios
ou Pytho sur les moyens de s en guerir; un envoye de Demelrius mourut dans
1 Adyton; les pretres de clarerent qu il y etait enlre avec dcs pensees sacri
leges : n etait-ee point plulot parce que 1 absorption de breuvages stupefianls
faisait parlie des ceremonies pre paraloires, ou parce que les lideles elaient
soumis a des inhalations toxiques ?
Nous ne savons rieu des rites suivis a 1 oracle d Amphiaraos, si ce n cst que ecu. v
qu il guerissait elaient obliges de Jeter dans la source des pieces d or etd argent.
Serapis 1 devint presque hcllene sous les Lagides. A cettc epoque aussi il
acquit de la puissance medicatrice. La divination therapentique ne paraissait pas
tenir une grande place dans la religion des Egyptiens; leurs medecins etaient
nombreux du temps d He rodote. Dans les ruines des temples de Denderab,
de Karnak et de Louqsor, sc trouvcnt des dessins representant des operations
cbirurgicales; le papyrus d Ebers contient une sorte de traile des maladies des
yeux; d apres Pline les fleurs de la plante appelce covchoun, qui sont employees
centre la moi sure des serpents, 1 eiaicnt aussi dans les troubles de la vue; on a
meme trouve des dents artilicielles sur une momie. Tons ces monuments prou-
vent qu il existait une me decine experimentale sur les bords du Nil. Elle avail
un caraclere sacre et c est ce qui 1 immobilisa. Les secrets etaient renfermes
dans un livre saint, on aurait puni de mort cclui qui aurait tente d y rien
changer (Diodore). Ce manuscrit, dit I un d cnx, a une origine divine. II donne.
le traitement d une maladie appelee ucbet d apres un vieux papyrus trouve sous
les pieds d Anubis a Letopotis et dedie a Zazali, roi de la baute et de la basse
Egypte. Un autre papyrus du Museum de Berlin appartenait, d apres Brugscb,
a la bibliolheque medicale du temple de Plah a Memphis, qui existait encoi e
du temps de Galien.
La medecine egyptienne avail done une origine surhumaine, et formait un
ensemble doctrinal auquel il etait interdit de toucher. Les temples d Anubis,
d Isis ou d Osiris, etaient des depots, des archives; ce n etaient ni des inslituts
manliques, ni des ecoles. S il y avail une divination medicale chez les anciens
Egyptiens, cclte divination ne ressemblait pas a celle que nous avons vue
en Grece, on ne pourrait la comparer qu aux livres sibyllins; tous ceux qui
1 exercaient remplissaient le role d exegeles sur des vieux textes naturellemenl
obscurs. 11 n est pas extraordinaire que sous les successeurs de Cambyse les
1 Malgre leur difference d origine, le Se rapeon et I Asclepion sont souvent confondus
dans le langage usuel.
62 DIVINATION.
choscs soient restees ce qu elles etaient; apres avoir perdu leur independance,
les Egyptians conserverent leurs usages, leur civilisation, plus avancee a coup sur
que celle des Iraniens leurs vainqueurs.
Apres la fondation d Alexamlric et 1 emi^ration des Grecs, ce fut autre chose;
les nouveaux ven us apportaient des arts perfeclionnes, des cultcs somptueux ;
les livres sacres perdirent leur prestige, on gue rit sans eux; les dieux eux-
memes s en melerent. Les Egyptiens, ne pouvant adopter Aselcpios qui n etait
ni de leur pays, ni de leur race, commencerent par consulter Isis, puis ils
allerent chercher Serapis en Asie. Yespasien fit des miracles grace au dernier;
il guerit un aveugle en lui craehant duns les yeux et un boiteux en lui touchant
lacuisse; Serapis moins heureuxne put rien centre 1 affection qui tourmentait
Caracalla; plus tard, ses stalues tombererit sous les coups de la populace
chrelienne, et ses pretres changerent de culte. A partir du quatrieme siecle
de notre ere la divination medicate n eut plus de sanctuaires.
Les melbodes usitees a Delpbes et a Epidaure se retrouvent dans beaucoup
d autres temples. A Dodone 1 oracle de Zeus avait ses pythies, les pilciades qui
parlaient aux consultants du baut du cbene sacre ; il avait ses prophetes, les
Sclloi. Mais il employait encore des precedes cleromantiques et une sorte de
bassin de bronze, sur lequcl venaient frapper des especes de billes metal-
liques ; on devinait par les sons.
L exlispicine etait en bonneur a Olympie dans le temple de Zeus Amnon ;
a Papbos, oil la blonde Aphrodite avait ses oracles, on devinait par incubation;
dans le temple de Pluton a Characa, le dieu des morts etait transforme en
rival d Esculape, il guerissait, donnait des conseils ; il n etait meme pas neces-
sairede venir comme a Athenes fairela veille esacree; lesprelres s en chargeaient
et rappoi taient a leur client ce qu ils avaient entendu.
La cleidonomancie etait un procede tres-apprecie dans les temples d Hermes.
11 y a a Pharte, dit Pausanias, une statue d Hermes avec barbe : elle est
en marbre, de forme carree, de grandeur moyenne et posee a nu sur le sol.
L inscription qu elle porte dit qu elle a ete dediee par le Messenien Simplas. On
appelle cet Ilei mes Agoracos, et pres de lui a ete installe un oracle. Devant la
statue se Irouve un foyer egalement en marbre, autour duquel sont scellees au
plomb des lampes de bronze. Celui done qui vcut consulter le dieu arrive vers
le soir. brule de 1 cncens sur un brasier, puis, ayant verse de 1 huile dans les
lampes et les ayaul allumees, place sur 1 autel, a droite de la statue, une
monnaie du p;iys qu on appelle chalcons, et s approche du dieu pour lui poser
a 1 oreille la question qui 1 amene; apres quoi il quitle 1 agora en se bouchant
les oreilles. Une fois hors de 1 agora, il ote ses mains de ses oreilles, et la pre
miere voix qu il cnlcnd, c est la reponse de 1 oracle .
II en fut des oracles comme de toutes les institutions humaines ; nous avons
vu la grandeur et la decadence de celui de Pytho ; d autres, suLissautdcs vicissi
tudes encore plus tristes, devinrent des marches ou quelque chose de pis. Les
noms d Athena la vicrge guerriere, ou d Hera la malrone digne et severe, servi-
rent d enseigne a des tripots et a des lupanars.
III. DIVINATION CHEZ LES ROMAICS. Aupres de la divination grecque la
divination oflicielle des Romains fait piteuse figure. Chez les premiers, il n y
avait ni restriction, ni reglementation; un devin faisait concurrence a un autre;
Delos se dresiait en face de Delphes : Pergame en face d Epidaure. Ces rivalites,
DIVINATION. er,
cette confusion, pouvaient convenir a 1 esprit centralisateur des Remains. Mili-
taires, ingenieurs, agronomcs, ils no furent jamais artistes; ils voulurent
tout regler, jusqu au besoin inslinclif de protection de 1 liomme, jusqu a sa
defiance de I avenir. Les methodes officielles de divination a Rome n ctaient
meme pas nees sur place, elles venaient de 1 Etrurie on de la Grande Grece.
Une bizarre legende nous a ete leguee par les pamphletaires chretiens des
premiers siecles, celle des augures ne pouvant se regard er sans rire. On en
parle comme de jongleurs debitant des propheties dont ils sc moquaient les
premiers. Les augures n etaient pas des devins; c e taient des magistrals jonant
un role important dans la conservation des traditions romaincs ; des conseillers
d Etat dont les decisions pesaient d un poids reel sur celles des consuls ou du
Senat. Prendre les auspices, c etait reconnaitre si les signes observes etaient ou
non favorablcs, si lesdieux n avaient pas recu quclque offense publique, si dans
1 acte qu on allait entreprendre on n aurait pas a compter avec leur courroux.
II y avail des jours ne fastes, marques anterieurement par des signes de la colere
des dieux et dans lesquels la vie publique etait suspend ue.
L histoire des augures commence avec celle de Rome; certains auteurs
pretendent que fiomulus en cboisit un dans cbaque tribu. Tite Live ne les fait
remonter qu au pieux Numa. Pendant toute la dure e de sa royaute le souverain
le nomma dircctement; apres la chute des Tarquins, le college se recrula
lui-meme. Comme toutes les fonctions importantes, celle-ci apparlenait an
patriciat. Quand les plebeiens revendiquerent leur part des charges publiques,
ils voulurent qu ellc fiat accessible a lous; elle le devint par la Joi O r uhiia
500 ans avant notre ere. Deux siecles plus tard la loi Cornelia, dont Sjlla fut
1 inspirateur, enleve 1 eleL-tion a I assemblee du peuple. Cesar, par la loi Attia et
la loi Julia, la restitue en principe aux Cornices; cela ne 1 eiiipeche nullemeut
de nommer lui-meme des augures ; ensa qualile de grand Pontife, Octave n eut
garde de renoncer a ce privilege ; pendant tout le reste de 1 empire l au"iirat
fut une magistrature de second ordre confe ree par le maitre. La prise des
auspices, 1 inauguration, c est-a-dire la consecration du teiritoire ou des edifices
publics, etaient des acles religieux au premier chef; a 1 epoque desa plusgraude
prosperite, le college des augures voulut acque rir une enliere autonomie et se
rendre independant du Pontifical; cette tentative fut malheureuse : celui qui 1 a-
vait entreprise fut desavoue par le peuple, et dcpuis lors on ne la renouvela pas.
Comme la plupart des autres fonctions romaines, celles-ci etaieut gratuites ;
les seuls privileges qui y fussent attaches, c etait la dispense des corvees et du
service mililaire, sauf en cas de tumirlte gaulois ; peu a peu des abus finirent par
se glisser dans 1 institution ; une loi de 198 reclame des augures le paiement de
leurs impots, que depuis longtemps ils se dispensaient d acquitter.
Les revenus du College etaient peu considerables ; il avail pres du Capitole
quelques biens qu on vendit lors de la guerre centre Mithridute ; puis I Etat
couvrit les frais. L assemblee generale avait lieu dans I augiir.icle d 11 Capitole
le premier jour des nones de chaque mois ; la nomination de nouveaux membres
etait fetee par des banquets. On servit pour la premiere fois du paon a
celui qui fut donne par Hortensius; les decrets auguraux formaient un Codex
dont on fit plus tard des extraits de maniere a permeltre aux derniers elus de
s acquitter de leur emploi sans irregularite.
La prise des auspices etait la fotiction principale des augures; ils ne
les prenaient pas eux-memes, mais, pour que 1 operalion fut reguliere, il fallait
64 DIVINATION.
la presence de Tun d eux. Aux armees le College deleguait comme mandataires
des agents inferieurs appeles pullarii.
Qu elait-cedonc qu un auspice? Un signe quelconque percu a la suite de cere
monies delerminees dans un temple. Celte divination est mixte, comme les
oracles helleniques. II y a cependant une difference; la mantique romaine
tenait le milieu entre la coscinomancie et les precedes grecs.
Nous n avons vu ni a Delphes, ni a Epidaure, ni meme dans Alhenes, aucune
condition specialepour la construction du temple, aucune relation necessaire entre
lui et le monde exterieur. L architecture, la sculpture, la peinture, concourent a
son ornementation; on batit simplemeht 1 edifice en un lieu consacre par une
tradition veueree. La tbeologie toscane riyonne autour de la theorie geome-
trique du temple; 1 univers est un temple dont le ciel constitue 1 etage supe-
rieur, la terre et ses profondeiirs les deux autres. Pour entrevoir les desseins des
Dieux, il faut s orienter, prendre une position analogue a la leur, observer les
cboses comme eux; le temple n est plus un monument commemoratif, c est
un observatoire ayant son meridien, son equateur, son perimelre. Le premier
etait constitue par la ligne droite passant directement au-dessus de la tete
lorsqu on regarde le midi ; puis la ligne decumane perpendiculaire sur celle-ci.
S agissait-il d etablir un camp, de limiter un terriloire, de fonder une ville,
de regler un ordre de bataille, il fallait loujours parlir de la disposition origi-
nelle du temple. Au debut \epomerium, c est-a-dire le perimetre, etait circulaire
comme I horizon, un des plus anciens temples de Rome consacre a Vesta cut
celte forme ; plus tard des difficulty s mati rielles de trace firent abandonner
la ci recurrence pour le earre et le rectangle, dont les medianes representaient
le carJo, c est-a-dire le meridien et sa perpendiculaire.
La ville constiluait le temple urbain dont le centre etait 1 auguracle du
Capitole. II serait difficile de meconnaitre la ressemblance de la theorie divi-
natoire des Chaldeens et de celle des Toscans.
La cosmographie astrologique a pour vassales terrestres ou organiques la
geomancie et la chiromancie ; la terre, les visceres, les eminences memes de la
main, sont autant de satellites des aslres; les signes fournis par les uns et par
les autres sont assujettis a la meme exegese. Le temple romain etait divise par
ses medianes et ses diagonales ; il etait extremement facile, lorsque les circon-
stances 1 exigeaient, de multiplier les lignes secondaires ; c est ce que Ton fit,
et Ton cut des cspaces analogues aux receptacles planetaires du zodiaque et
dont la connaissance minutieuse fut plulot le privilege des aruspices, heritiers
des traditions toscanes, que celui des augures.
La limite du temple une fois fixee etait pour ainsi dire immuable; il fallait
pour I augmenter des circonstances exceptionnelles ; ceux-la seuls qui avaient
etendu le lerritoire de la Republique en avaient le droit. Lorsque les conditions
preliminaires avaient ete remplies, on procedait a I inauguration par des prieres
et des saciifices ; cette consecration n elait |>as definitive, il fallait la renouveler
aintervalles fixes; c est ce qu on appelait la liberation du temple; malbeur au
propvietaire qui avail fait balir trop pres du pomcrium ou sur le p:\rcours
des lignes cardinale et decennale! Le College augural reclamait impitoyablement
la demolition de 1 immeiible. II y avait de temps en temps une sorte de jubile,
mais il fallait pour qu on put 1 accomplir en toute securile des conditions si
nombreuses qu elles furent Ires rarement reunics. L augurium salutis n etait
regulier qu en cas de complet silence, c est-a-dire si la paix regnait au dedans
DIVINATION. 65
comme au dehors, s il n y avait ni guerre ni menace de discorde civile. Sous le
consulat de Ciceron (64 av. notre ere), les gens timores trouverent que les
conditions etaient mal remplies et s attendirent a de tristes choses ; la conspi-
ration de Gatilina montra bientot que le silence n etait que le calme pre-
curseur de Forage. Apres Actium, Octave en lit un autre; il y en eut encore
sous Tibere et sous Claude. Ges solennite s out peu d importance pour 1 histoire
du College.
A chaque magistrature nouvelle le titulaire devait prendre les auspices dans
la forme prescrite. C etait 1 augure qui reglait le rituel, c etait lui qui presidait
a la construction de la tente placee en avant du temple, qui declarait sous
sa propre responsabilite que tout etait regulier ; un rien suffisait pour
obliger a un ajournement. Lorsque la tente augurale etait orientee comme le
temple et percee d une ouverture vers le midi, 1 auspicant s y plac,ait, s asseyait
sur une pierre solicle, regardait 1 horizon et prononcait le leyum dictio sacra-
mentel, c est-a-dire 1 enonciation du signe ou du phenomena qu il attendait
comme auspice. L augure a sa gauche, la face tournee vers 1 orient, repondait.
Pendant la ceremonie un silence absolu etait indispensable ; le craqucment d un
meuble, une expulsion bruyante.de gaz intestinaux, suffisaient pourvicier 1 aus
pice, et tout etait a recommencer.
Au debut le choix des signes fut assez etendu : des mele ores, le vol des
oiseaux, pouvaient etre reclames et attendus ; plus tard on s en tint a 1 orni-
thomancie ; le pi vert et 1 orfraie etaient des oiseaux dont on observait a la fois
le vol et le cri, puis venaient le vautour, 1 aigle, la buse pour le vol seul, le
corbeau, la corneille, la chouette pour le cri. Une methode aussi simple etait
capable de fournir des presages defavorables et plus souvent encore de n en
donner aucun. Supposons qu un consultant eut pris la buse pour auspice,
attendrait-il que 1 un de ces oiseaux volat de Test a 1 ouest, par exemple, dans le
champ de la vision? Un tel procede eut ete penible et long; le peuple romain
etait trop actif pour pousser loin la devotion ; il voulait bien consulter ses
dieux, leur demander s il ne les avait pas offenses, mais a condition que ceux-ci
repondissent non ou se laissassent apaiser par une expiation facile et surtout
promple ; jamais une interdiction augurale n eut pu re larder d une heure la
marche d un corps d armee. Plus on alia, plus la prise des auspices perdit son
caractere mantique pour devenir une ceremonie religieuse. II y a dans les loges
magonniques une formalite singuliere et probablement tres-ancienne qui peut
donner 1 idee du role des augures. Lorsque 1 ordre du jour est epuise, le Vene
rable adresse la question suivante a un des oftlciers places vers les colonnes
qui correspondent aux points cardinaux : Frere qui decorez la colonne de
1 Orient, a quelle heure les apprentis terminent-ils leurs travaux? Le frere inter-
roge transmet la question a son voisin, qui la transmet a un autre jusqu a ce
qu elle arrive a la derniere colonne, ou 1 on fait invariablement cettercponse :
(( A minuit, Venerable. Quelle heure est-il? Minuit precis. Le Venerable
declare 1 atelier ferme. Minuit est 1 heure sacramentelle necessaire pour une
cloture ; c est elle qu on aunonce sans prendre la precaution d interroger la pen-
dule. Les augures procedaient de la meme maniere. Je veuxque le vautour
me soit a auspice, disait le consultant. - - Soit. Le vautour vole-t-il de Test a
1 ouest? - -II y vole. Le plus souvent, il n y avait pas de vautour. On en arriva
la par suite de cette idee : que les dieux permettent ce qu ils ne defendent pas,
qu ils sont satisfaits, s ils ne se declarent point offenses. On laisait mieux, on
DICT. ENC. XXX. 5
Go DIVINATION.
preparait les reponses. Les ceremonies de 1 auspication civile eussent ele longues
dans les camps; on les limita a une varie le de cleromancie plus simple que
I alectryromancie helle nique, chaque general emportail des poulets sacres. Le
jour ou la ce remonie avail lieu, on les liichail dans un enclos ou du grain avail
ete repandu ; s il se jetaient dessus avec avidite, 1 auspice elait favorable ; pour
etre plus certain du succes on les faisait jeuner plusieurs jours d avance. Cette
rectification du hasard se retrouve a chaque instant; il etait de tres-mauvais
augure quand le cheval qui conduisait un juge a son poste fientait pendant le
trajet ; les magistrals prirent 1 habitude d aller a pied.
Cette divination aussi pauvre que celle des Juifs ne put pas mieux satisfaire
les exigences populaires; mais Rome ne connut ni 1 intolerance, ni le fanatisme
enthousiate; plus tard seulemcnt, quand I elranger deborda sur elle, quand les
mercenaires oceuperenl la premiere place d.ins les milices, quand les traditions
barbares menacerenl d etouffer les souvenirs nationaux, on essaya d arreter le
flot qui montait. Des le lemps des rois, il y eul a Rome des devins e lrangers si
nombreux qu ils fmirent par former une corporation. L art des aruspices elail
unart toscan, a la fois precis el confus simple et myslerieux. De temps imme
morial la divination avail ete en honneur en Elrurie; elle etail cullivee surtout
par les patriciens ; le lituus fut un attribut des lucumons ; le lituiis, c etait le
baton symbolique, 1 espece d equerre qui servait a Iracer leslignes d orienlation
du temple; peu a peu 1 art se popularisa ; il devint profession et du meme
con]) les grands 1 abandonnerent. Du temps de IVuma il en etait de ja ainsi ; Attus
Navius, qui coupa dit-on, une pierre avec un rasoir, n etait autre chose qu un
aruspice etrusque. Les Remains employaient un peu malgre eux ces etran-
gcrs, qui avaient la spe cialite d expliquer les prodiges; pour peu que 1 horizon
politique s assombril, ils delaissaient une ville qui cessait d etre sure pour eux.
En 595, a 1 cpoque du siege de Ye ies, il y eul sur la lerre, dans les airs, des
phenomenes si singuliersque lout le monde les linl pour prophetiques. Comme il
n y avail personne pour les expliquer, il fallut envoyer des^ambassadeurs jusqu a
Delphes. La paix retablie, on eut recours a un precede plus sur el moinscouleux :
I Ktrurie recul quanlile de jeunes Remains qui venaient apprendre ses arls ;
elle fut leur veritable ecole divinatoire. Les aruspices etaienl egalement verses
dans 1 auspication et le ce re monial des augures. Un d eux n hesila pas a pre ve-
nir le pere des Gracques d une irregularile qu il avail commise. Celui-ci pro-
testa avec une orgueilleuse fierte: Comment toi, e lranger et barbare, connaitrais-
tu mieux notre riluel qu un augure romain? 1 augure remain avail pour t ant lort.
S\lla avnil conslamment avec lui 1 aruspice C. Postumius; celui de Cesar s ap-
pelail Spurius. Apres la guerre sociale, 1 annexion de tinilive de 1 Elrurie el
( admission de ses habilants au droil de cile firenl cesser 1 anomalie qui avail
laisse jusque-la 1 instilulion sans existence legale. II y eut sous Claude un
college subordonne au pontifical el venanl immedialemenl apres celui des
augures; la competence de ses membres ful fixe e : un ordre du jour d Aurelien
defendait de reclnmer aucune retribution aux soldals aruspices militaires.
L aruspiciue etrusque tenait de la divination et de la magie ; les aruspices
interprelaienl les signes, conjuraient leurs effets; c etaienl des pretres d une
religion a lites sombres. Leur competence se bornait aux phenomenes ce lestes,
a I extispicine, a la procuralion des prodiges. Le signe manlique par excellence
elail la foudre ; dans son observalion ils savaient tirer habilement parti de
la theone geometrique du temple. Comme celui des Remains, leur lemple elail
DIVINATION 67
tourne vers le midi ; pour eux comme pour les Grecs les dieux Asars rcsidaient
a 1 exlreme nord. Gertaines foudres elaienl naturelles, d autres surnaturelles ; il
fallait les distinguer; puis chaque dieu avail la sienne ; Jupiler enpossedail Irois.
On tenail comple cm momenl, du jour, de la forme de 1 eclair, du coup de
lonnerre, de la posilion par rapporl au lemple; loules ces donnees. sujelles a
une infinite de varianles, furenl coordonnees par le sloicien Posidonius.
Si 1 etincelle frappail la lerre, les aruspices devaieiil 1 enlerrer el consacrer
le lieu louche; la foudre elanl toujours desline e aquelqu un, il fallait une expia
tion. On creusait un trou de plusieurs pieds ; onchanlail des melodies funebres,
on sacrifiail des brebis (bidentes) elfmalement, apresles avoir enloures d une clo-
lure, on aLandonnail ces espaces que Ton appelail desormais bidentalia a cause
des sacrifices accomplis, ou putealia de leur forme en puils; c elaienl des terres
sacrees qu il elail inlerdil de fouler.
Les aruspices avaienl des formules preservalrices el provocalrices de la
foudre ; au momenl ou les bandes d A(aric e taienl devanl Rome ils off ri rent,
dil-on, de les ane anlir, mais, comme ils exigeaienl qu on revinl au culle des
anciens dieux, le pape aima mieux enlrer en pourparler avec les Golhs.
La procuration des prodiges elait une autre fonclion des aruspices; le pro-
dige esl 1 avertissement d undieu mecontent; il esllegilimede chercher 1 offense
el de 1 expier. La division du lemple rendail le meme service que dans 1 arl
fulgural ; 1 enquele se faisail par des moyens humains ; la reparation consislait
en sacrifices el en actions de graces. En Tan 58 (A. G.) differenls prodiges
s elaienl produils. Clodius declara qu ils avaienl pour cause un sacrilege commis
par Ciceron, qui aurail bati une maison sur un lerriloire consacre. Voici la
consultation des aruspices :
Altendu que dans le lerriloire latinien on a enlendu un cliquetis aecom-
pagne de fre missements; que dans le territoire voisia allenanl a la ville, s esl
fail oui r un certain bruil sourd el un effrayant linlemenl d armes, il a etc
reconnu que les reclamations viennenl de Jupiler, Saturne, Neptune, Tellus,
dieux celestes, a cause que des jeux ont elc celebres avec Irop de negligence el
pollues ; que des lieux sacres el religicux sonl delournes a 1 usage profane ; que
des oraleurs onl ele mis a morl au mepris des lois divines el humaines; que
la parole donnee el le sermenl onl ele mis en oubli el encore que des sacrifices
d iijslitulion antique onl ele fails avec Irop de negligence et pollues, les dieux
immortels avertissenl de prendre garde que, par la discorde el le dissentiment
desliaules classes, des meurtres et des perils ne soient prepares aux peres conscrits
el a leurs cbefs, lesquels se Irouveraienl prives de secours el delaisses ensuile
de quoi les provinces se rangeraienl sous une seule aulorile, avec 1 armee
chassee el un affaiblissemenl final. Ils averlissent aussi de prendre garde que la
chose publique ne soil lesee par des menees secretes ; qu on n eleve en di^nile
les gens tares el evinces, enfin que la forme du gouvernemenl ne soil chaiK ee.
L aruspicine ful exlrememenl vivace; beaucoup d oracles elaienl delruits
qu elle exislait encore; on appelait loujours toscans les devins qui predisaienl
par exlispicine ; ils sonl ciles dans une loi de Dioclelien. Atlila en avail attache
a sa personne; avanl la bataille de Chalons-sur-Marne il prit leur avis qui fut
defavorable ; a 1 epoque de la guerre gothique, sous Justinien, il y en avail
loujours dans les pelites colonies paiennes des campagnes d ltalie.
Les divinations ecrites d anciens chresmologues furenl les seules qui occu-
perent a Rome une place serieuse a cole de la divination elrusque. Nous connais-
68 DIVINATION.
sons la legende relative a 1 acquisition des livres sibyllins ; ces livres claient
en grec, plus tard seulement ils furent completes par les Carmina Maruana,
compilation etrusque; deux fonctionnaires appeles duumvirs furent charges de
leur interpretation. On n oublia jamais qu ilsavaieritune origine etrangere; ceux
memes qui en avaient la garde ne pouvaient les consulter que sur 1 ordre du Scnat,
et avec le concours d esclaves grecs charge s de leur venir en aide et peut-etre
de les surveiller. La defiance des livres sibyllins etait si marquee que toute
infraction an rituel, toute tentative indiscrete de consultation etail punie du
dernier supplice. Un certain M. Attilius qui en avail laissc prendre copie a un
Sabin fut cousu dans un sac et jete a la mer comme un parricide. Depuis la
chute de la royautc jusqu en 367 1 institution resta ce que 1 avait laite Tarquin.
Quand un duumvir disparaissait, le survivont choisissait son collegue ; cette
annee-la elle fut modifiee de fond en comble, le nombre des interpretes fut
porte a 10 patriciens et 5 plebeiens. L incendie de 85 ne modih a en rien les
choses, Sylla lit colliger des textes a Try th race, a Cumes, a Troie, clans presque
tons les lieux assignes comme demeure aux sibylles ; il porta le nombre des
membrcs de college a 85. Augusts fit placer les livres reconstitucs au temple
d Apollon Palalin. Us pnssent pour avoir etc eritierement delimits dans 1 incendie
de Ncron ; mais il s en fabriqua d autres.
L influence des duumvirs sur les affaires publiques etait nulle; leur autorite se
bornait a la surveillance des cultes etrangers. Ils protegerent 1 jmportalion de
celui de Cybele, la Grande-Mere, divinilr asiatique honoree par des memories
ridicules et expansives qui auraient surement lait rire Caton. On consulta les
livres sibyllins jusqu au cinquieme sieele ; dans une guerre centre les Marcomans,
Aurelien ordonna d y avoir recours ; ils prescrivirent comme toujours des proces
sions, des sacrifices a des dieux etrangers; 1 ennemi fut vaincu et on en fit
honneur a la Sibylle. En 391, Symnaque les gardait, Claudien en parlait encore
en 402, Stilicon les brula en 412.
Du reste, les Romains ne vccurent pas exclusivement au point de vue divi-
natoire avec ce que leur fournirent 1 Etrurie et la Grece ; longtemps avant que
les methodes del Orientcussentete transporters dans la ville, ils avaient recours
aux pratiques des peuples voisins. Le Latium avec ses dieux devins, ses pro-
phetes, ses presages que Ton appelait omina, sa divination cleromantique dans
les sorts dePreneste et d Antium, etait le type le plus acheve.
Decadence et fin des divinations officielles dans I empire romain. Nous
avons vu partout que les pratiques divinatoires rattachees a la religion, que la
religion elle-meme, faisaient partie de la patrie. En Grece, la multiplication des
dieux correspondait a ce besoin d autonomie urbaine qui perdit 1 independance
nationale. Aucun immortel ne fut assez puissant pour tuer ses collegues ; aucun
oracle n en put faire taire un autre. Chez les Romains, 1 unite politique fut portee
si loin que, quand la tete de 1 Empire tomba, les provinces avec leur hierarchie
savante, leurs troupes redoutables encore , s etiolerent comme des branches dela-
chees d un tronc. L Espagne devint wisigothe, 1 Afrique vandale, la Gaule franque.
Les institutions mantiques ne pouvaient vivre sous un pareil terrain.
La divination eut en outre dans 1 empire romain des adversaires de deux
ordres : 1 ceux qui n y croyaient pas, qui prenaient les dieux pour des mythes
et doutaientde la Providence ; 2 les fervents, qui craignaient les devins. Lorsque
le christianisme fut assis sur le trone, les deux causes destructives se reunirent.
Les premiers docteurs de 1 Eglise combattirent avec les armes des sceptiques;
DIVINATION. 69
tous les miracles paiens furent pour eux d habiles tours de passe-passe. Les
difcux existent, disait-on, puisqu ils se sont manifeste s, et la serie des predic
tions justifies, des i aits surprenants, arrivait a la rescousse. Quaml une cri
tique serieuse se mettait de la partic il n en restait pas grand chose. Nous avons
VLI Origene s egayer aux clepens d Hecate. Saint Justin et Tertullion n etaient
guere plus tendres en faisant abattre le Serapeon d Alexandrie, 1 eveque pve-
teudait venger le public dont on se moquait effrontement depuis des siecles.
Celte methode etait dangereuse ; en niant les dieux, les neophytes de la
religion nouvelle s exposaient a de dures represailles : car leurs traditions he-
bra iques n etaient nullement c\ 1 abri de la critique. Julien, 1 empereur theo-
logien, leur porta de terribles coups avec les armes de Carneades et d ffina-
maos. On prefera donner a la lutte un a utre caraclere : les neoplatonieiens.
secte a demi-juive malgre son nom, admettaient des esprits de phisicurs ordres.
Vous avez vu des manifestations surnaturelles ? soit, dirent les docteurs naza-
reens; on vous a devoile des secrets que 1 intelligence humaine etait incapable
d approfondir : etes-vous surs que ce sont debons genies qui vous out parle? Vos
revelations sont diaboliques. Avant la venue du Christ, 1 csprit du mal dominait
sur terre ; il pouvait dans une certaine nicsure changer les lois de la nature,
montrer 1 inconnu et 1 avenir. Mais le demon n est que le singe de Dieu, qui
1 oblige parfois a dire la verite. La sibylle et Apollon Milesien out predit la venue
du Christ. Dans ce duel a mort entre la jeune et la vieille foi, il ne pouvait
etre question de concessions. En presence des pratiques pueriles des aruspices,
de leurs purifications matericlles, un rationaliste se fut contente de hausser les
epaules; les chretiens s indignerent ; 1 idolatric devint un culte abominable qu il
fallait a tout prix detruire.
Les amis des devins ne furent pas foujours tendres pour eux ; un aruspice
timore pouvait rendre en temps de guerre un mauvais service ; les oracles etrangers
furent toujours a bon droit suspects aux Remains. Sous les empereurs, 1 interet
dynastique se joignit a Tinteret public ; Tibere croyait a la mantique side rale ;
cela ne 1 empecba pas d cnvoyer son astrologueThroesylleschercher cbez Neptune
des renseignements plus precis que ceux qu il lui avait donnes. II y cut sous
son regne deux proces suivis de condamnation capitale : celui d un certain Libo
et celui de Julia Lepida, qui avait contrevenu a la fameuse lex majestatis en
s informant de 1 avenir de la maison de Cesar. Sous Yespasien une loi chassa
les astrologues de Rome ; 1 empereur en conserva un pour son usage. Marc-
Aurele fut egalement severe, parce qu un devin avait soutenu de ses encoura
gements 1 armee revoltee d Avidius Cassius. Sous les Severe, sous Diocle tien,
d auties peines furent portees. Enfm vint 1 eait de Constantin du ol Jan
vier 319 : Qu aucun aruspice ne s approcbe du seuil d un autre bomme, meme
pour un motif etranger a la divination ; toute amitie avec les gens de cette
espece, de si vieille dale qu elle soit, doit etre rompue. L aruspice qui aura
penetre dans une maison autre quo la sienne sera brule , et celui qui 1 aura
attire par des promesses ou descadeaux sera, apres confiscation de ses biens, rele-
gue dans une ile. En effet, ceux qui veulent obeir a la superstition ne pourront
exercer en public le rite auquel ils tiennent. Celui qui denonce un pareil crime
n est pas selon nous un delateur, mais plutotun hommedigne de recompense.
Quatre ans auparavant les docteurs chretiens avaient fini par s entendre au sujet
des pratiques divinatoires ; le saint Synode d Ancyre les avait defmitivement pro-
scrites. La reaction pai enne de Julien n eut pas de suite; Tbe odose reva commc
70 DIVINATION.
d autres monarques 1 unite religieuse ; il interdit les sacrifices et fit fermer
les temples. Partout ou passerent les Barhares, les lois imperiales recurent une
eclatante confirmation ; en detruisant avec rage les monuments du passe ils
donnaient satisfaction a leur ardeur de neophytes et a leur haine du nom
remain.
IV. DIVINATION CHEZ LES ANCIENS GERMAINS ET CHEZ LES CELTES. La divina
tion germanique etait probablement plus etendue et plus savante que ne 1 a dit
Tacite. Les dieux du Nord, sans avoir atteint la perfection anthropomorphe de
ceux de la Grece , different pourtant beaucoup des monstres de 1 epoque
pelasgique ; il n y a point de parallele a e tablir entre Odin et Kronos. Le premier
ressemblerait plutot a Zeus; c est un batailleur qui preside 1 Assemblee divine,
appuye sur sa lance et accompagne de ses loups et de ses corbeaux.
Ses jours se passent dans une lutte sans merci contre les geants, les lothun,
personnifiant des forces destructives de la nature. Les dieux ne posse-
dent pas le privilege de I immortalite ou de la toute-puissance ; ils dispa-
raitront quand viendra le terrible jour de Raynarok ; leurs palais s abimeront
dans 1 immensite; ils tremblent a 1 aspect d lormungard, le serpent gigan-
tesque, qui Imrlc et s ebat an sein de 1 Ocean. Dans la suite, ils entrerent en
communication avec certains mortels ; Odin predit au roi Hading sa defaite et
sa captivite. II n y a pourtant point de devin attitre parmi eux. Yidar, aux
chaussures epaisses, de couvre jusqu aux plus secretes pensees, mais Yidar,
reserve a de hautes destinees, se renferme dans un perpetuel mutisme.
Ouand Baldur, tourmente par des songes terribles, vient les raconter a 1 Assem-
blee, personne ne sail ce qu ils signifient. Fryga n a d autre ressource que de
faire un talisman pour proteger son fils contre toutes les choses connues, elle
n oublia que le gui ; ce fut par le gui qu il perit. Pour sonder les profondeurs
de 1 avenir, Odin fut oblige de recourir a un adversaire des Asar, le geant Waft
Runismal. Voici ce qu il lui repond :
Le loup Fenris devorera Odin, le pere des siecles ; mais Yidar le vengera et
brisera les machoires du monstre ;
Une fille naitra de 1 antique etoile du jour, avant que Fenris la devore. Apres
la chute des dieux, celte fille parcourra la meme carriere que sa mere ;
Lif et Liftrasis restent caches dans les bois, ils sont noun-is par la rosee du
matin. C est d eux que naitra une race nouvelle ;
Quand les feux de Sortur, le ge ant, seront eteints, Vidar rebatira la demeure
des dieux;
La paix succedera aux longs combats .
Une espece de sibylle, appelee Yala, a predit aussi, presquedans les memes
termes, la catastrophe finale et la renovation du monde.
Le chien Garus pousse d affreux hurlements dans la caverne de Gm psa;
Fenris rompt sa chame.
Le frere combat contre le frere et le tue ; les liens du sang et de 1 affection se
brisent, le mal regne dans le monde; le vice triomphe; 1 epee et la hache
dominent; les boucliers sont fendus. Partout, ia ferocite du loup; personne
n epargne son voisin.
Naghfar, la barque des lothun, s avance de 1 Orient poussee par Lok,
Sortur arrive du Sud en vomissant des flammes.
La terre est refoulee jusque dans les profondeurs de 1 espace ; les etoiles torn-
DIVINATION. 71
bent clu firmament; des globes de feu et de fume e devorent Yggdrassil, 1 arbre
du monde, ct la flamme, montant toujours, Unit par consumer memo le
ciel.
Mais la terre ressort du sein de 1 oiide.
Les Asar se rencontrent de nouveau sur les plaines d Ida ; on trouvera encore
dans 1 herbe de merveilleuses tables d or.
Les champs incultes redonnent du grain, le mal di?parait; Balder revien
habiter avec Hoedur la demeure sacree d Odin.
En Gimle s eleve un palais convert d or et plus brillant que le soleil; c est
la qu un peuple vertueux jouira d un bonheur sans fin.
II y a d ordinaire peu de communications entre Asagard et Midgard. Apol-
lon se rattache a 1 humanite de mille manieres; il a enleve des matelots
pour en faire des pretres; il a none des intrigues amoureuses avec des vierges
terrestres ; c est lui qui a cnseigne la divination a Manto, force Cassandre a
prophetiser. La mythologie scandinave ne connait rien de semblable: son Apol-
lon et son Orphee, Bragur et Gvaser, sont des poetes ct des musiciens; ce ne
sont pas des devins. Les dieux du Nord s occupent cependant des humains,
puisque Var prend note de leurs vceux et punit les parjures, que Saya note leurs
hauts faits; mais ils s en occnpent toujours en protecteurs haulains; les actes
de la vie )es interessent peu, ils n elevent jusqu a eux que ceux qui portent les
marques du fer, les lignes d Odin. Eira, la deesse de la medecine. au lieu
d essayer, comme Askle pios, de ressusciter les morts, se borne a guerir les
plaies des heros, a mesure que les Valkyries les conduisent au Valhalla. Le role
et la nature des etres intermediates ou Vaner est mal determine, ils gravitent
vers un etat superieur; au lieu de se rapprocher de 1 humanite comme chez les
Grecs, ils s en eloignent d autant plus qu ils sont plus parfaits.
La the ologie de 1 Edda est a peu pres muette sur les grands problemes que
les philosophes out si souvent abordes; ellen essayed etablir aucune conciliation
entre la liberte humaine et la fatalite. La terrible Ilela, la mort a la face livide,
que les dieux ont releguee en Ililheim, attend tranquillemenl les proies que lui
fournissent la vieillesse et lamaladie; ni les larmes de Fryga, ni la puissance
d Odin, n ont pu tirer Baldur de ses serres. Les Nornor sont inexorables comme
les Parques.
Maintenant, j approuve que les hommes soient eslaves dudestinet ob^issent
aux decrets des fees qui president a leur naissance , disait, dans son Chant de
mort, le viking Bagnar Lodbrog.
Chez les anciens Germains comme chez les Scandinaves, le culte, extremement
simple, ne comportait point de ceremonies analogues a celles qui avaient lieu a
Delphes, au temps de la presence d Apollon; le bain aanuel d llerta rappelait
seul les rites bizarres observe s a Borne, quand le culte de la Grande-Mere
y fut installe.
Ils n enferment pas leurs dieux entre des murs, dit Tacite, et ne songent
pas a leur imposer la forme bumaine; ils leur consacrent seulement des bois
sacres, auxquels ils donnentleur nom .
Avec des divinites aussi rigoureusement soumises au destin, avec un culte
sans pompe, sans e difices, la divination publique devait etre singulierement
restreinte. La famille etait la veritable unite civile; le chef fut a la fois le grand
pretre et 1 augure domestique.
Autant qu on peut le supposer, les me thodes que nous avons etudiesexistaient
7? DIVINATION.
pourtanl a 1 etat rudimentaire ; il y avail des chresmologues, une divination
technique, des oracles ; mais les inspirees du Nord ne ressemblaient guere a la
pythie de Delphes; chez celle-ci, 1 annihilation du libre arbitre et du moi etait
la condition indispensable pour que Phoebus parlat.
En Germanie, des femmes illustres pratiquaient la divination ; quelques-unes
eurent un role politique de premiere importance. La Bructere Yelleda avait une
autorite supe rieure a celle des chefs les plus vaillants ; elle habitait sur les
bords de la Lysse une tour isole e; nul, sauf ses parents, n e tait admis en sa
presence. Lors du soulevement de Civilis, ce fut elle qui entraina ses com-
patriotes dans son parti et predit les victoires que les insurges remporteraient
sur Luperius et Herennius Callus; une certaine Arminie jouit d une influence
presque egale.
La divination fut honoree et respectee chez les peuples germaniques jusqu au
jourdeleur conversion, etce respect rejaillit surlesdevins. Uneseule legendefait
chasser par un roi goth les sorcieres des nations, legende ridicule et de date
re cente, rapportee par Paul Diacre; c etait une explication par laquelle les
peuplades obligees de reculer devant 1 invasion scylhique rendaient compte des
succes et de la laideur de leurs adversaires. Leurs victoires etaient la consequence
des secrets qu avaient legues aux Huns les sorcieres; ces Huns etaient
hideux comme leurs ancetres males, les hommes des bois. Du reste, le role des
prophetesses golhiques est bien en rapport avec ce que nous savons des moeurs
des peuples du Nord; la Grece, meme apres 1 invasion dorienne, meme a 1 epoque
des guerres mcdiques, fut toujours teintee d orientalisme. Enfermee dans le
gynecee, la femme n exercait sur les affaires publiques qu une influence invi
sible, si elle en exercait. Celles-la seules qui avaient perdu la qualite la plus
charmante de leur sexe, des hetaires comme Phryne ou Rhodopis, pouvaient
assister aux luttes orageuses de 1 Agora. La condition de la matrone romaine ne
valait guere mieux ; la loi mettait aux mains dii mari des moyens de coercition
plus fails pour une esclave que pour une egale. Les Germaines elaient les com-
pagnes de leurs epoux dans toute Tacception du mot ; quand la tribu quittait
ses cantonnemenls, tout le monde partait. Y avait-il une lutte a soutenir, un
peril a traverser, les femmes en etaient.
En Gimle, les Asynior avaient le meme rang que les Asar ; les bons genies
des blesses, leurs introduct rices pres d Odin, etaient des deesses secondaires ;
le role que le Skaldc leur assignait fut presque toujours des femmes en
guerre. Elles ne craignent ni de compter les- blessures, ni de les panser; ce
sont elles qui portent aux combattants des vivres et des encouragements. On
raconle que des armees, pliant et sur le point de lacher pied, ont ete ramenees
par elles au combal, en suppliant, exposant leur poitrine aux coups, en montrant
aux guerriers la captivite imminente qu ils redoutaient, surtout a. cause de leurs
femmes (Tacite).
Nous ne savons trop par quel precede ces femmes prophelisaient, il est peu
probable quece fut toujours par inspiration soudaine, parenthousiasmemantique.
Elles interprelaient souvent les visions du sommeil. Va, dans la cour du
palais, dit Basine a Chilperic, et ce que tu verras, rapporte-le a ta servante;
c est a la suite d un songe qu Alanna prevint Lodbrog des dangers de 1 expedi-
lion qu il allait enlreprendre ; quelques-unes avaient, pour en provoquer, leurs
propres procedes. Les Skaldes ont parle d Hagberle, fille du geant Vagno&li,
comme d une magicienne fameuse; la Norvegienne Craca faisait, avec la chair
DIVINATION. 75
broye e et dessechee des serpents, une poudre rendant apte a comprendre le Ian-
gage des animaux. Nous sommes loin de la parole divine communiquee a la
pythie; il y a iieu de supposer cependant que, quels que fussent les moyens em
ploye s, 1 inspiralion ne perdait jamais completement ses droits et qu elle entrait
toujours pour nne certaine part dans la divination.
L ornithomancie et la zoomancie etaient populaires. On nourrissait aux
frais du public dans les forets ou les bois sacres des chevaux blancs
que Ton ne faisait jamais travailler. Le pretre ou le premier de la cite les
attelait a un char et, les accompagnant, observait leur hennissement, leur
fremissement. Aucun auspice ne possedait plus de confiance que celui-ci
chez le peuple, chez les grands, chez les pretres; tous sont persuades
que ces chevaux sont les ministres des dieux et connaissent leurs desseins
(Tacite).
II y avait egalement des jours fatidiques, des presages tires des phases de la
lune, puis venait la divination par les sorts. Etait-on en guerre avec un peuple
voisin, on faisait comballre i;n csclave qui lui appartenait avec un guerrier de
la nation et on interpretait le resultat du duel.
La cleromancie par de petits morceaux de bois etait plus simple. Us etaient
tailles aux depens d une tige d arbre fruitier. On tracait sur chacun d eux des
lignes plus ou moins bizarres, apres leur avoir donne un uom, on les jetait
les yeux fermes sur uu linge blanc; il fallait trouver le sens mantique de la
phrase ainsi t ormee. Ces especes de des furent appeles Runes (de runa, secret).
Plus tard la melhode se perfectionna ; on disposa les Runes demanierea former
des vers rimes. Puis il y eut des attractions, des combinaisons, elles devinrent
de vrais caracteres hieroglyphiques. Prenons, par exemple, celles qui correspon
dent aux lettres latines / . o. b. r. L ; leur nom dans 1 ancicn alphabet etait
feoh, 6s, beorc, rdd, lagu, c est-a-dire animal, dieu, voiture, bouleau, mer
ou cours d eau. On arrivait aisementa des sens cornpliques. Ainsi or (6s et rdd),
le vehicule de Dieu, signifiaieut Thor, parce que Tlior etait un des soutiens de
1 Olympe tudesquc, le dieu du ciel, de la force, du tonnerre; lagu et rdo indi-
quaient un navire, une voiture de mer.
On nesaurait dire a quelle epoque Jes signes runiques devinrent des caracteres
phonetiques.] II cst bieu probable qu ils eussent dans It-s premiers temps la
meme forme que dans les monuments qui nous restent ; quelques-uns out ete
surement empruntes aux alphabets grec ou latin.
Les Runes conserverent toujours leur caractere secret et hieratique; on ecrivait
avec elles les epitaphes funeraires des heros ou les chants de guerre; ce fut
la cause de leur abandon. II y en avait trois especes : la premiere usitee en
Scandinavie, la seconde dans 1 Allemagne ceutrale, la troisieme chez les Anglo-
Saxons. A mesure que le christianisme s avanca vers le Nord, les Runes cederent
le pas aux lettres gothiques. L alphabet slave de Cyrille et Methode, qui leur
ressemble, est reste parce qu il etait cre e pour la propagation de la ibi chre-
tienne ; les Runes disparurent parce qu elles n avaient servi a enregistrer que
les hauls fails des deites du Gimle.
Un autre procede germain rappelait 1 auspication roraaine. On frappait sur
un animal en airainet on devinail par les sons ainsi obtenus; mais, pour qu ils
eussenl une reelle valeur, une sorte de silence augural etait necessaire; on
chassait, avant de commencer la ceremome, les animaux domesliques, meme
les mouches.i
74 DIVINATION.
Lcs Oracles du nord etaient, comme ceux de la Grece, d origine tres-ancienne.
Us se produisaient dans des grottes, pres des source sacrees. La mythologie avait
une explication sur 1 origine de chacun d eux. Les grondements de 1 Hecla pre-
disaient des guerres, des mortalites, des malheurs de tonte nature. Un cratere
qui, du temps d Odin, etait 1 entree du sombre Helheim, constamment defendue
par ia sorciere Thocle, devint 1 orih ce de 1 enfer. On voyait tout autoiir des
oiseaux noirs grands comme des vautours jc etaient des esprits iniernaux. Quand
il y avait des batailles dans le monde, il arrivait des nuees de spectres haves,
decharnes, qu une force irresistible poussait vers 1 abime. En Norvege, on en-
tendait des grondements, des bruits prophetiques au fond d un antre qu on
disait etre le tombeau d Assueit et Asmund, les freres d armes ennemis. Ces
guerriers avaient jure, lors de leur serment de fraternite, de ne pas se sur-
vivre ; Assueit fut tue le premier. Lorsque son cadavre eut ete depose dans sa
sepulture, Asmund y descendit a son tour, s assit a cote de son ami, son epe e
entre les genoux, et attendit la mort. L herbe poussa et c;icba la pieire votive.
Longtemps plus tard, des soldats qui campaient en ce lieu decouvrirent une
inscription a demi effacee; leur cbef commanda d ouvrir le monument, mais
voihi qu on entendit un grand cliuuetis d armes, des imprecations, des cris
de rage.
Asmund sortit arme de toutes pieces etraconta ce qui s etait passe. La tombe
a peine fermee, le cadavre d Assueit, habile par un mauvais genie, s etait leve
et 1 avait voulu devorer. A cette agression sauvage, le soldat saisit son epee
et se defendit; la lutte dura cent ans; elle venait de finir par la defaite du
demon. Son recit acheve, le vieux guerrier tomba mort; on brula le cadavre
de son frere d armes ; le sien fut replace dans le tombeau qu il avait conquis
et 011 il rendit des oracles. En Suede, on trouve un antre de meme nature
dans lequel un magicien fameux avait enchame un de ses disciples qui me-
prisait ses ordres. Le Genie de la mer etait un vieillard a barbe blanche
apparaissant quelquefois aux matelots pour leur annoncer une navigation heu-
reuse.
II y eut aussi des sanctuaires ambulants ou les ministres pratiquerent la
divination. Freya, 1 Aphrodite duNord, ne dedaignait pas deparler aux hommes.
Ses charmes lui avaient valu 1 entre e d Asagard, a laquelle elle n avait pas
droit par naissance, car elle etait la fille de Niord, le Yaner qui presidait aux
vents. Ce fut un grand malheur pour elle : mariee a Odur, elle perdit comme
ses compagnes sa jeunesse et sa beaute quand Iduna fut enlevee par les geants
avec le vase qui renfermait les fruits de I immortalite. A son retour, Freya
regagnases qualites, mais nonle coeur de sonepoux. La vengeance d Odin qui le
changea en statue ne la consola guere. Au lieu d etre comme Cypris la deesse
des roses et des ris, la pauvre Venus de 1 Edda soupire apres I infidele et pleure
son abandon; elle ne reussit meme pas a se consoler en faisant a travers 1 es-
pace des courses affolees dans un char d or train e par deux chats noirs. Elle
revele 1 avenir aux mortels ; 1 Eyr-Bigga Saga raconte qu une jeune fille atta-
che e a son culte, promenant sa statue dans le pays et rendant des oracles en son
nom, lia conversation avec un bucheron. II fut question de la deesse d abord,
puis d autrc chose. Freya, s apercevant vite qu elle avait trouve un redoutable
concurrent, fit un mbuvement violent pour avertir sa pretresse. Celle-ci se rendit
a son appel, puis revint tremblante et tout en larmes. II faut, dit-elle a
son compagnon, que vous preniez une autre route, la deesse le veut. Ce
DIVINATION. 75
n est pas mon intention ; celle-ci me conduit oil je vais et votre compagnie ne
me deplait point. Mais, malheureux, elle m a declare que, si vous refusiez
de partir, elle saurait vous y forcer. - - G est ce que nous verrons . Portant
la main a la hache pendue a sa ceinture, le buoheron fit un geste significatif
et reprit la conversation. Freya tint parole; sa lourde statue quitta le char et
se mit a frapper a bras raccourcis. La lutte ne fut pas longue, un coup bien
dirige envoya rouler au loin la tele de 1 idole, et le Genie qui 1 habitait s enfuit
en poussant un cri percent. On ne dit point que ce sacrilege ait ete puni ; en
revanche, la jolie pretresse ne pouvait se montrer farouche vis-a-vis de celui
qui avait ose la disputer aux dieux. Les amants, ayant recolle le mieux possible
la tete de Freya, 1 honorerent a leur maniere, continuerent leurs peregrinations
et rendirent de nouveaux oracles.
Ces legendes ont autre chose qu un inleret de curiosite : c est avec elles
seulement qu on peut entrevoir plutot que reconstruire une histoire qui n a pas
ete ecrite, retrouver sous des noms differents des conceptions anterieures
meme au temps fabuleux de la Grece.
Les Celtes avaient une divination se rapprochant probablement beaucoup de
celle des jGermains. Les prophetesses de 1 iie de Sein etaient connues dans loute
la Gaule; a 1 epoque de la conquele, les Genies cosmiques etaient plus abor-
dables, plus nombreux que les dieux du Walhala; les nains prophetes, les dverf-
gar des mines du Nord, avaient peut-etre une origine gauloise; ils craignent
le grand jour, fuient 1 approche des humains, ne leur parlent que quand ils
sont surpris, ou pour leur jouer de mauvais tours. Les korigans bretons ne
se montrent que la nuit au clair de la lune, ils obligent le voyageur a executer
avec eux une danse frcnetique, a la suite de laquelle il tombc mort lorsque
paraissent les premieres blancheurs de 1 aube. Les devins par excellence, c e-
laient les bardes; ils ne se bornaient point comme les Skaldes a chanter 1 amour
ou la gloire ; leur enthousiasme allait au dela du present. L espece d inter-
monde celtique avait des fees bienfaisantes, magiciennes ou devineresses, qui
changcaient le destin dans des limites donnees et devoilaient a leurs favoris les
arcanes de 1 avenir. Merlin avait ete enleve par la fee Viviane, qui plus tard le
metamorphosa en charrne pour 1 avoir completement a ses cotes dans la foret de
Broceliande. Merlin etait un preux, un heros de la table ronde, un compagnon
du roi Arthur; il ne devint diable qu au onzieme siecle apres la chroniquede
Geoffroyde Monmouth. Lesmalheurs qui frapperent les livres sibyllins et 1 Edda
n epargnerent point la compilation prop hetique des Gaels, d autant mieux que le
barde, fils d une sorciere et d un demon, avait ete laisse, disait-on, sur terrepour
saisirquelques-unes des ames rachetees par le Redempteur. Du reste,la fusion se
fit si vite, apres la conquete romaine, que 1 aruspicine, la cleromancie etl astro-
logie, s etablirent en maitresses dans les Ganles. Le roi Arthur et Merlin 1 en-
chanteur appartiennent plus au moyen age qu a I antiquite. Les predictions des
bardes se conserverent surtout parmi les Bretons d Albion dont elles soutinrent
longtemps le courage et les illusions patriotiques. Chaque fois qu un envahis-
seur etranger traversa les plaines de la Cambric, il entendait les vaincus lui
dire : Tu as beau faire, ni ta puissance, ni aucune autre, si ce n est celle de
Dieu, ne detruira notre nom, ni notre langue... Leurs poetes n avaient guere
qu un theme, c etait la destinee du pays, ses malheurs et ses esperances. La
nation poete a son tour encherissait sur leurs paroles en pretant un sens ima-
ginaire aux expressions les plus simples : les souhaits des bardes passaient
76 DIVINATION.
pour des promesses, leur attente etait prophetic, leur silence merae affirmait.
S ils ne chantaient pas la mort d Arlhur, c etait preuve qu Arthur vivait
encore... (Augustin Thierry).
B. Divination pendant le moyen age el les temps modernes. I. JlETHODES
CHRETIENNES DE DIVINATION. DlVINATIONS DEFENDUES. NECROMANCIE, PRATIQUES
MAGIQUES. LES DEVILS ET LES LOIS. II etait facile de frapper les devins de
peines infamantes, de les menacer d un supplice eternel, il elait plus diffi
cile de deraciner des pratiques entrees depuis des siecles dans les habitudes
du peuple, celui-ci ne connaissant guere des religions que le cote materiel ;
on peut nier les dieux ; on ne supprime pas le culte.
Les guerres du seizicme siecle avaient moins pour cause les dissentiments
theologiques que des differences de pratique ; un catholique eut pardonne peut-
etre a un huguenot de ne pas croire a la presence reelle ; il ne lui pardonnait
pas de prier en francais, de manquer de respect a une image.
Essayer d expliquer un songe, consulter les livres sibyllins, c etait se
mettre directement en rapport avec 1 esprit du mal, les Peres de 1 Eglise 1 avaient
declare. Mais si, au lieu de s adresser aux demons, on s adressait aux hons anges
ou aux saints; si, au lieu de livres prohibes, on prenait les Evangiles ? La ques
tion pose e a 1 evcque d Hippone semblait embarrassante ; il etait a pen pres
impossible d admettre que Satan put avoir ricn de commun avec le livre sacrc ;
d un autre cote la moindre des pratiques paiennes risquait d aboutir a un resul-
tat de sastreux; des reponses inintelligibles ou que 1 avenir n aurait pas confir
mees eusscnt amoindri siirement la foi des neophytes. II vaut mieux que les
gens consultcnt les Evangiles par le sort que de s adresser aux demons, repon-
dait Augustin a Januarius; cependant je n aime pas un usage qui fait servir aux
choses de cette vie et aux vanites du siecle des oracles divins s appliquant a la
vie eternelle.
Le vulgaire n entendait rien a ces delicatesses. Dans les Gaules, surlout,
il y avait peu d actes importants de la vie a propos desquels on ne deman-
d;H point une consultation aux saints. Gregoire de Tours, dont Torthodoxie
est si pure, parle a chaque instant de ce moyen comme d une chose inoffensive
et permise. Les Conciles d Agde et d Orleans 1 avaient cependant interdite en
500 et en 511 ; mais les vieilles coutumes etaient plus fortes que les clecre-
tales. C est par une divination de celte espece que saint Patrocle avait appris
qu il devait fonder un ermitage en Berry.
Clovis dans son expedition centre Alaric envoie des ambassadeurs a la basi-
lique de saint Martin de Tours : Allez, leur dit-il, peut-etre trouverez-vous
quelque augure de victoire. Et leur donnant les presents qu ils devaient
porter au lieu saint : Seigneur, dit-il, si lu es avec moi, et que tu aies decrete
de me livrer cette race incredule qui fut toujours ton cnnemie, daigne reveler
ta volonte a 1 entree de 1 e glise du bienheureux saint Martin, afin que ton servi-
teur sache que tu lui es propice. Les deux envoyes entrerent dans i eglise au
moment ou le primicier entonnait le verset 18 du psaume xvin : Seigneur,
tu m as revetu de force pour le combat ; tu as fait punir ceux qui s elevaient
contre moi. Tu as fait que mes ennemis ont tourne le dos devant moi, et j ai
detruit ceux qui me ha issaient (xvin, 40-41). Remplis dcjoie, ils rapporterent
ce presage au roi.
Souvent des vocations religieuses furent decidees de cette maniere. Le biographe
DIVINATION. 77
anonyme de saint Austregisile raconte qu il alia consulter a 1 eglise de Saint-
Jean presde Chalons. Ce jeunehomme, qui exercait a la cour d un roi merovingien
les fonclions de mapparnts, voulait absolument entreren religion; scs parents
tenaient a ce qu il se mariat, c est pour leur obeir et prendre 1 avis des saints
qu il etait alle a 1 eglise. II ecrivit les noms sur une tablette de trois hommes
de sa condition qui avaient des filles a marior, et les placa sous la nappe de
1 autel. La seconde nuit, vaincu par le sommcil, il s endormit et vit en songc
deux vieillards qui s entretenaicnt a son sujet. Dcqui,disait 1 un, Austregisile
doit-il epouser la fille? - - Ignores-tu, repondit 1 autre, qu il est deja marie?
A qui done? - - A la fille du juste Juge. II ne s agit meme point ici d un
songe produit au hasard ; il y a eu preparation, incubation onirophorique, et
la question a ete formulee avec precision; c est la politique que nous avons
\ue a 1 Asclepion dans toute sa purete.
Les reponses des saints jouissaient parmi les Barbares d unc telle conside
ration qu ils osaient bien rarement passer outre quands ils en avaient recu
une defavorable. Merovee fuyant la colere de son pere Chilperic s elait refugie
dans 1 enceinte de Saint-Martin do Tours, qui jouissait du droit d asile. Le roi
pousse par Fredegonde fit demander si le saint ne serait pas dispose a lui
permettre d aller chercher jusque dans sa maison son fils irrespectucux et
rebelle. Les pretres, n osant refuser, engagerent le roi a s adresser au Bien-
heureux. La question de Chilperic fut formulee par eux en tcrmcs tels que
saint Martin etait oblige pour donner son consenlement dc 1 ecrire lui-
meme ; on place la demande apres les ceremonies voulues sous la nappe
de 1 autel ; il n y cut naturellcment aucune reponse et le roi renonga a son
projet.
Les prodiges e taient encore pour le clerge gallo-romain du sixieme siecle
des manifestations de la volonte divine.
Du reste, il est probable que, s ils s en fussent tenus aux decrets des Conciles,
s ils eussent heurte trop de front les prejuges populaires, ils eussent mis la
religion en peril.
Les sagas germaniques et les druidesses de 1 ile de Sein n existaient plus,
mais il y avail encore des sorcieres, de vieilles femmes, dont les pratiques mi-
romaines, mi-gothiques, frappaient vivement les imaginations; puis venaient
des voyants qui faisaient parfois des miracles et pretendaient toujours avoir le
secret de 1 avenir. L un d eux originaire du Berry parcourt la Provence, le
Gevaudan, une partie du Languedoc, en prophetisant, trainant a sa suite une
grande quantite de malheureux qu il avail fanatises. Le clerge crul voir la con ^
lirmalion d une prediclion evange lique : il y aura des pesles, des famines, des
Iremblements de terre, el il s elevera de faux Christs et de faux prophetes .
Le pauvre diable, arrive aux portes du Puy-en-Velay, fut tue par ordre de
1 eveque Aurelien.
Lorsque la puissance ecclesiastique fut mieux assise, qu une espece d ordre
sortit du chaos, les pratiques divinatoires furent frappes de penalites
Le nodfyr, c est-a-dire les morceaux de bois noircis usiles chez les sagas,
etaient defendus par le capitulaire de 742, au meme litre que les sacrifices aux
morts, les incantations, les sortileges; un autre capitulaire prononce la peine
capitalc contre les astrologues, les aruspices, les devins, qui s occupent de la
santc ou de la vie du roi; disposition evidemment elrangere au droil germa-
nique el emprunlee de toutes pieces aux lois imperiales.
78 DIVLXATION.
Plus nous avaiiQons, moins la tolerance devient explicable ; les pre lats du sixieme
siecle representaient la tradition du peuple vaincu ; ils ne pouvaient comdamner
trop durement des usages contraires a leur foi sans doute, mais rappelant
une domination qu ils regrettaient du fond du cosur. Le clerge du dixieme
siecle ne representait plus rien de semblable. Les eveques, qui s appelaient
naguere Aurelius, Felix, Sulpicius, s appelaient maintenant Artold, Reinwald,
Hincmar, le passe remain etait bien mort. Malgre les severites de 1 Eglise tou-
iours appuyeejpar le bras seculier, la divination survecut; denouvelles methodes
s ajouterent meme aux anciennes.
Le catholicisme laissait le champ libre aux merveilleux; si les anges ou les
saints ne se derangeaient que pour ua petit nombre de privilegies, il y avail
les demons, les damnes, les ames du purgatoire surtout Avec la doctrine de
1 expiation d outre-tombe, il devenait naturel que les malheureux frappes tem-
porairement par la vengeance divine vinssenl demandcr aide aux vivants et leur
revelassenl des choses qu ils ignoraient. La necromancie oblative occupe une
place incroyable dans les legendes du moyen age ; il y a des communications
aussi frequentes entre le purgatoire et la lerre qu il y en eut naguere entre
1 Olympe et la Grece.
Les morts n apparaissent plus [exclusivement pendant le sommeil, ils se
montrent a chaque heure, avec leurs macabres attributs.
Orderic Vital rapporte qu un pretre qui venait d aduiinistrer le viatique fut
rejoint par une troupe de chevaliers, de soldats, meme de dames ; il voulut fuir,
parce qu il crut avoir affaire a ces expeditions nocturnes qu il n etait pas bon
de rencontrer. Un cavalier le retint et il dut ecouter les confessions peu edi-
tiantes de lous ces gens, de leur vivant ; nobles sires et gentilshommes du voi-
sinage. L Eglise se reserva le droit d appreciation sur les revelations bonnes ou
mauvaises; si les habitants de 1 autre monde prescrivaient debatir des chapelles,
de faire des largesses aux couvents, c etait par permission speciale de Dieu. Dans
le cas contraire les visions ne pouvaient venir que du diable. Les anges et les
saints avaient eu le tort de faire entrevoir a Jehanne la Lorraine le triomphe
defmitif du roi de France ; les eveques et les docteurs de la Sorbonne infeodes
a la politique anglaise declarerent que c etaientla des paroles impies et envoyerent
la pauvrefille directement au Ciel apres 1 avoir purifiee par le feu.
Les sanctions terribles des anathemes ecclesiastiques eurent le resultat
qu elles out toujours. Plus les Chaldeens furent persecutes a Rome, plus leurs
conseils eurent de prix ; la valeur de 1 astrologue se mesurait, suivant 1 expres-
sion d un ecrivain du temps de Severe, aux stigmates que les chaines avaient
laissees sur son corps. La meme chose arriva pour les sorciers. Ils joignirent
aux procurations des aruspices les mysteres de la Kabbale, les evocations des
Juifs pythagorisants ; quelques-uns empruterent aux Sagas les secrets d obtenir la
seconde vue. En place de 1 espece de theriaque preparee par Craca, on eul
dans 1 Europe occidentale la mandragore ou mandagloire ; mais cette mandra-
gore ne ressemblait en rien a la solane e vireuse que nous connaissons ; il eut
etc trop facile de la trouver, trop dungereux de s en servir. Les racines rappelaient
vaguement la forme humaine; il ne fallut pas autre chose pour 1 eclosion
d une legende terrible. La mandragore magique etait, disait-on, un enfant noir
fait avec le saint-chreme des supplicies. Yoici comment on 1 obtenait : Apres un
jeune de plusieurs jours, on se rendait la nuit de la Purification sous le gibet
d un pendu, ou Ton creusait un trou d une profondeur egale a la distance qui
DIVINATION. 79
separait sa tete du sol. Les chercheurs s aretaient alors et amenaient un
chieu dresse prealablement a gratter ; pour etre sur qu il creusat on aspergeait
le fond de la fosse avec dusang et une decoction de rats et de chauves-souris. II
fallait se boucherles oreilles avec de lacireou du miel parce que, quand renf;mt
magique est decouvert, ilpousse un cri capable de tuer a 1 instant, ou de rendre
fou pour le restede ses jours celui qui 1 aurait cnteiidu. L animal pris d une rage
subite fait cinq ou six tours sur lui-meme et tombc; on pent alors prendre le
petit monstre meme vivant, 1 emporter etle trailer commc un autre nouveau ne.
II meurt au bout de quelques heures ; ses cendres conferent la vertu prophetique.
Cette legende habilement repandue dans le public par des apothicaires ou des
berboristes peu scrupuleux n avail d autre but que d elever le prix dc la man-
dragore ; un individu brave ou curieux se liasardait-il a cntreprendre la recher-
che, son introducteur se faisait grassement payer et avait soin de placer a
1 endroit voulu ce qu il s agissait de trouver. Boissard a vu chez un pbarma-
cien de Mantoue une sorte de tubercule etiquete mandragore, qui n etait autre
chose que la racine debryone.
La semence de fougere avait une vertu analogue ; cette plante, disait-on,
fleurit une beure dans 1 annee, pendant la nuit de Saint-Jean. II fallait se pre-
parer a recueillir la graine par un jeuuede neuf jours.
L histoire de la divination du moyen age a nos jours n est qu une suite
d episodes analogues, d aberrations psycbiques, d acles d intolerance. On pourrait
croire que le grand mouvement artistique et litteraire de la Renaissance aurait
son retentissement sur les moeurs ; que les absurdites inhuraaines renfermees
dans les legislations disparaitraient : il n cn fut rien, le dix-septiemc siecle
marque une sorte de recrudescence mystique. Luther craignait le diable et
le haissait aulant que le pape.
II y cut des contradictions singulieres; les sciences occultes etaient proscrites
et la cour avait des devins officiels. Le livre prophetique d Arnaud de Yilleneuve
avait e te declare impie et here tique en Sorbonne ; uue autre consultation de
1598 condamna formellement la magie et 1 astrologie; des ordonnances de
Henri III, de Louis XIII, de Louis XIV, se montrerent a 1 egard des devins d une
extreme severite ; rien n y fit. Charles V avait Thomas de Pisan pour astro-
logue ; Francois I er , Jelian Thibault; Catherine de Me dicis, Ruggieri; Charles IX,
Michel de Nostre-Dame.
Le quinzieme siecle vit meme apparaitre en Europe une race de sorciers qui
pretendaient venir de 1 Egypte et rapporter les secrets des oracles d Isis et
d Osiris.
En 1 annee 1417, arriverent en Allemagne, dit Sebastien Minster, des gens
noirs, brules du soleil, couverts de vetements sordides, malpropres en toutes
choses. Us etaient habitues, les femmes surtout, aux vols et aux rapines. On les
appelait Tartares ou Gentils ; gitani, en Italic. Us avaient un chef, des comtes
distingues par leurs habits, deschiensde chassecomme les nobles, sans avoir ou
cbasser. Us sont maquignons, la plupart des hommes marchent a pied ; les
femmes et les enfants sont portes dans des litieres; ceux qu on vit enAllemaffne
avaient des saufs-conduits du roi Sigismond. Us parcourent selon eux le monde a
cause d une penitence qui leur a ete imposee, et sont originaires de la Basse-
Egypte. L experience a prouve que c est pure fable. Ces gens forment une race
paresseuse, vagaboude, vivant de vols et de ruses. Us n ont pas plus de religion que
les chiens, bien qu ils fassent parfois baptiser leurs enfants, vivent au jour le
80 DIVINATION.
jour, errant de province en province. Ces individus, doues d une aptitude remar-
quable pour parler toutes les langues, sont un veritable fleau pour les paysans
dont ils pillent les cabanes. Les vieilles femmes pratiquent la divination et la
chiromancie, mais, tandis qu elles repondent aux questions, elles savent vider
habilement la bourse de celui qui les interroge .
Vers la fin du meme siecle (1491) une epidemic de demonomanie divinatoire
effraya pendant plus de quatre ans le diocese de Cambrai ; des religieuses furent
transformees en harpies et en prophetesses du diable. Cela commenca vers la fete
de la chaire de Saint-Pierre (Janvier) et dura plus de cinquantc mois. On pou-
vait voir, dit un chroniqueur de 1 epoque, les malheureuses courir a travers
champs comme les chiens, voler comme les oiseaux, grimper aux arbres,
imiter les cris de divers animaux, decouvrir des secrets et prophetiser.
Elles furent exorcisees par 1 archeveque de Cambrai et le doyen de 1 eglise me-
tropolitaine ; on ecrivit leurs noms sur des morceaux de papiers, et ces noms
envoyes a Rome furent lus par le pape Alexandre VI au moment de la conse
cration ; rien n y fit. Enfin on mil en prison, ou elle mourut, une nomme e
Jeanne Potier qui avail, disait-on, communique le mal a toute la communaute ;
1 epidemic disparut peu de temps apres.
L Eglise n exorcisa pas toujours les religieuses saisies de 1 enthousiasme
propbetique; elle conserva parfois leurs visions, de sorte qu elle a ses livres
sibyllins qui completent 1 enseignement des docteurs. Sainte Therese, sainte Bri-
gitte, sainte Angele, sainte Catherine de Sienne, ont converse avecleur divine poux.
Le danger que de pareilles ^lucubrations pouvaient faire courir a la purete des
dogmes fut entrevu par certains theologiens, qui les declarerent incertaines et
inutiles ; plusieurs meme parlerent de troubles de 1 esprit, d hallucinations,
et allerent jusqu a declarer, comme Jean de Salisbury, que de pareils cauche
mars sont 1 affaire du medecin etnon du pretre ; les mystiques 1 emporterent, Bri-
gitte eut pour avocat Torquemada ; un conseil de cardinaux et de docteurs,
tenu sous Eugene HI, autorisa la publication des revelations de sainte Hilde-
garde; une telle procedure supprimait les difficultes. On ne recut qu avec une
extreme circonspection les songes et les visions des saints. Le prieur, le sous-
prieur et lecteur d un couvent de dominicains de Berne payerent cher une impru
dence commise en semblable matiere. Ils oserent publier de leur chef les
revelations d une fille du pays que 1 opinion publique designait comme une
bienheureuse. Elles renfermaient des propositions peu orthodoxes touchantl Eu-
charistie et I lmmaculee Conception, ilaimo de Lausanne instruisit leur proces
en presence d un legat envoye specialement par le pape. Avec la question
on obtint d eux 1 aveu qu ils avaient rendu folle 1 inspiree par magie et
sortilege. Ils furent en consequence condamnes a mort et brules : c etait la
terminaison ordinaire de ces proces. Des families de visionnaires furent brules
en Espagne ; on brula en France avec d autant plus d energie que les adeptes
des sciences occultes etaient tous entaches d heresie. Sorcier etait une bien
dangercuse epithete ; il n etait point facile a qui 1 avaitessuyee deux foisde sortir
sain et sauf des grilles des chats-fourres; la justice avait des moyens infail-
libles de delier les langues et de pousser ses enquetes jusqu en enfer. Puis,
temoigner en faveur d un sorcier, c etait s exposer a s asseoir a ses cotes. Jean
de \Vier, 1 ami de Cornelius Agrippa, avait voulu une fois pour toutes faire
justice des fables qu on debitait sur cet homme, et montrer que les pretendues
sciences occultes, magie ou divination, n etaient qu un tissu de puerilites, mais
DIVINATION. SI
que c etait un contre-sens ct une barbaric dc trailer comme des criminels les
na ifs qui y croyaient. Pour Bodiu, un magistral francais, Jean de Wier n est
lui-merne qu un sorcier. line sepeut excuser d avoir rnis en son livre les plus
deteslables formules qu on pent imaginer, si bien qu en apparence il inrdict
du diable et de ses inventions et neanmoins il les enseigne et louche an doigl
jusqu a mettre les caracteres el mots que son maitre Agrippa ne voulut imprimer
tant qu il vecut .
On brulait en Allemagne : une vieille femme paya de sa vie une plaisan-
terie : rentrant un jour du marche, un paysan depose sur un escabeau la vessic
qui luiservaitde bourse. Lecochon cntre etl avale. Aprcs avoir accuse sa fennnr
qui se defend, il va chercher la sorciere de I eudroit. Celle-ci 1 accompagne et,
tracant une ligne sur le sol : a Ne la franchis pas, lui dil-elle, je vais consulter
1 esprit qui est dans 1 armoirc. Le paysan n eul garde de se conformer a la
recommandation ; il s approcha de la porle, preta 1 oreille et entendit le colloquc
suivant enlre le diable et son evocatrice : Le cochon a mange la bourse, mais
garde-toi d en rien dire. Fais pluiol croire a ce ruslre que sa fern me a pris
1 argent pour faire bombance avec le cure- La sorciere qui repela la lecon
fut denonce e, jugee, condamnee, executee.
On brulail en Ecosse : le galanl Thomas, le rimeur d Erceldoune que la reine
des fees avail transporte dans rElfland, fut cause de la mort de beaucoup de
gens. II revenait sur terre, disait-on, et renseignait qui lui plaisail. Malheur
a qui 1 ecoutait et enparlait a ses voisins! Les juges frappaient comme le plus
grand des crimes le commerce avec les morls. Walter Scotl a parcouru dans
les archives judiciaires du comte d Ayre les papiers relatil s a 1 alTaire de Bessie-
Dunlop, qu affectionnail parliculieremenl un capilaine morl cenl ans aupara-
vant; celui-ci la renseignait avec une precision incroyable; mais il oublia une
chose, d exiger d elle un rigoureux silence. Le proces-verbal contienl en marge
ime mention d une eloquente brievete : Convicia et combusta.
Enfm cette rage homicide eut un terme : a parlirde la seconde moitie du dix-
seplieme siecle, les auto-da-fe devinrent rares; les sorciers purent aller au sabbal
sans risquer aulre chose que les galeres, a moins qu ils ne joignissent a ces pra
tiques 1 exercice moins chimerique de la toxicologie, comme le flrent la Brin-
villiers et la Voisin. Les propheles prolestanls du Gevaudan furent traques sans
doute, mais leur histoire ne louche que faibletnent a celle de la divination. Leur
enlhousiasme ne leur revelait rien des choses de la terre ; s ils furent pendus et
fusilles, ce fut comme heretiques et insurges.
Deux nouvelles pratiques eurent a cette epoque leur moment de vogue,
la rhabdomancie et la divination par les cartes. Les apotres de la premiere en
France furent le baron et la baronne de Beausoleil; ce n etaienl ni des fourbes
ni de vulgaires charlatans. Le baron etaitun mineralogisle de valeur; sa femme,
Francaise et patriole, fit connaitre a son pays des ressources immenses qu il iguo-
rail. Elle donna la premiere 1 eveil sur 1 etendue des richesses mineralo-
giques de la France, et montra tout le parti qu il etail possible d en tirei
pour la prosperite du pays ; elle prouva que 1 exploitation de nos produc
tions souterraines devail etre une cause puissante de developpement de
credil al exterieur et de la prosperile publique a I interieur; elle embrassa d un
coup d oeil vraiment politique 1 avenir reserve a 1 exploitation de cette branche.
alors inculte ou ignoree, des revenus du royaume (L. Figuier).
Malheureusement la science de ces deux mineralogistes avail un faux air de
DICT. ENC. XXX. 6
82 DIVINATION.
mystere. La baguette semblait jouer dans les decouvertes qu ils faisaient un
role aussi grand que les sondages et 1 observation du terrain. Y crurent-ils ou
firent-ils semblant d y croire? On ne saurait le dire; ce qu il y a de certain,
c est que leurs ennemis eurent le dessus. Richelieu, qui admeltait officiel-
lement la sorcellerie depuis la mort d Urbain Grandier, finit par preter I o-
reille aux accusateurs ; le baron fut embastille, la baronne enfermee a Yin-
cennes.
Moins de cinquante ans apres, un rhabdomant du Dauphine appele Jacques
Aymar, qui jouissait deja d une grande reputation dans les montagnes,
fut requis par les magistrals de Lyon pour les aider dans la recherche
de deux assassins. La baguette fit merveille; on voulut voir le devin a Paris;
ce voyage fut malheureux; il commit une foule de sottises, d indelica-
tesses, et dut reprendre au plus vite le chemin de son pays. Cela n empecha
pas 1 intendant liaville d avoir recours a lui pour la recherche des Cami-
sards. D autres trouveurs de source furent convaincus comme le premier
d erreur ou de supercherie, et malgre tout -la baguette continua d avoir des par
tisans. Je sais que certains savants ombrageux, disait L. de Vallemont, ne feront
pas grand cas de ce qu on pourrait dire de bon sur ce qui regarde le mouve-
ment de la baguette et qu ils-
continueront de la regarder
comme la chose le moins du
monde digne de leur attention :
ils en penseront ce qui leur
plaira, mais je puis leur citer
d autres savants qui n ont pas
cru mal employer Jcur temps
de tourner leurs e tudes de ce
cote-la. L auteur etait pour
son compte absolument per
suade de la realite des mer-
veilles attributes a la baguette.
II a e crit sur son usage un
traite complet dans les formes
classiques, et cet ouvrage a eu
deux editions, le modus fa-
ciendi est etudie avec autant
de precision que s il s agissait
d une operation chirurgicale.
Afin qu aucune obscurite ne
restatdans 1 esprit du lecteur, Vallemont a eu soin d illustrer par des figures son
texte naturellement un peu aride (voy. fig. 5).
Presque a la meme epoque, la cartomancie trouvait son avocat pres du
public; c etait uncertain Aliette, plus connu par son pseudonyme d Etheila;
songeur cartomancien, necromant, il jouit pendant une partie du dix-hui-
tieme siecle d une reputation qui ne fut guere eclipse e que par celle de
Cagliostro.
G. LES DEVINS FAMEUX ET LES HISTORIES DE LA DIVHTATIOS. II SCrait difficile
de terminer cette histoire sans jeter un coup d ceil sur ceux qui se sont occupes
Fig. 5. - Une des manieres de tenir la baguette divinatoire
(De Vallemont).
DIVINATION. 85
de mantique a litres divers; il y a eu parmi eux des medecins, des medecins
de valeur meme. Isidore de Seville plac,ait 1 astrologie dans la physique, a cote
de 1 astronomie. Des 1 instant ou 1 on admettait la solidarite des forces cos-
miques et des forces organiques, il etait impossible que le medecin laissat de
cote les astres. La doctrine meme des periodes climateriques et des jours cri
tiques creait 1 obligation de ne pas isoler deux sciences regardees corame con-
jecturales et egalement le gitimes. Nous avons vu que le domaine de I astrologue
allait bien au dela de 1 horoscope et du cercle de geniture, que 1 arithmo-
mancie, la geomancie 1 alchimie et la chiromancie etaient autant de sceurs
puinees de la divination babylonienne. Coictier devait, dit-on, son influence sur
1 esprit de Louis XI a une prediction ; scs calculs lui auraient re vele que la mort
du roi suivrait de pen de mois la sienne. La Faculte de Paris attribua la
peste de 1548 a la conjonction de Venus et de Mars. En revanche, !e docte
corps etait si bien venu a resipiscence deux sieclcs plus tard, qu il poursuivit
Serve I pour avoir professe publiquement l as(rologie judiciaire.
Pietro Abano, qui mourut en 1320, avait rapporte de Constantinople, avec
la connaissance approfondie.de la litterature grecque, celle dc In -romancie et
de 1 astrologie. II fit peindre sur Ja voute de son amphitheatre 400 figures
qu il expliquait. La protection du pape llonorius IV, son client, ne 1 empecha
point d etre condamne au bucher par 1 Inquisition; la sentence cut proktli
ment ete executee, si le vieillard ne fut mort dans sa prison.
De tres-bonne heure il y eut une astrologie medicale; des le premier siecle
de notre ere, un medecin de Massilia, appele Crinas, la cultivait avec uu tel
succes, qu il crut pouvoir la transporter a Rome; Marseille avait a ce moment
le privilege de fournir a la capitate du monde des praticiens excentritjues. Le
charlatanisms de Crinas lui reussit assez bien pour qu il acquit une fortune
colossale et put faire rebatir avec ses propres deniers les murailles de sa ville
natale. On trouvait d ailleurs dans les ecrivains les plus estimes les preuves de
1 utilite pratique de la semeiotique astrale. Hippocrate n avait-il pas assi<nie une
circonscription organique aux corps celestes? Les defenseurs et les propagateurs
de 1 astrologie, Manilius et Firmicus Maternus, revenaient a chaque instant sur
ces rapports. Pline y croyait, Galien y croyait, Averroes les accepta, ct pendant
tout leiegne des Arabes, dans les ecoles de 1 Occident, 1 astrologie y I ut enseignee
avec plus de soin peut-etreque 1 anatomie. Lc zodiaque salernitain correspondait
a riivgiene, a la the rapeutique, a la marchc et au pronostic des maladies :
II ne faut pas se raser quand la lime est dans le signe du be lier ; quand elle
est dans la constellation de la Vierge, ensemence ton champ, mais garde-toi de
prendre femme et d entrer dans le lit conjugal : tu peux alors soi^ner les
cotes avec les diluents chirur^icaux.
O O
Arnaud de Villeneuve est reste populai? e. Savant hardi, meme centre l E>lise
il dut fuir d Aragon a Paris, de Paris a Montpellier; il allait demander asile au
pape, qui 1 admirait, quand il se nova dans un naufrage. Arnaud s est occune
de toutes sortes de choses peu orthodoxes ; il blessa les medecins en essayant
de vulgariser leur art. Son Tre sor des pauvres est une sorte d edition princeps
du Medecin charitable de Guilbert, ou de VAvis an peuple de Tissot; il faillit
etre tue plusieurs fois; la Sorbonne conclamna ses doctrines, ses predictions
tout son art, en un mot.
Thomas de Pisan, astrologue de Charles V, n etait pas medecin, pas plus que
Sloffler, professeur de mathematiques a Tubingue, qui fit trembler TEurope en
84 DIVINATION.
predisant pour le 20 fevricr 1521 un nouveau delucc. On y crut si bien, quc
le President du Parlemenl de Toulouse fit construire une arche pour lui et sa
famille; il en fut pour ses frais, car le mois fatidique ne fut remarquable que
par une grande seVberesse.
Le medecin Cardano etait un mathematician et un astrologue si habile, que,
quand ses propheties etaient en defaut, il avait une explication toute prete
sur les causes d erreur. Nous ne ferons que citer Jehan Thibault, ami de Ser-
vet, astrologue de Charles-Quint. II aimait son art, y croyait et faisait peu de
cas de ccux qui n allaient pas chercher dans les astres les elements de leur
diagnostic : Silesmedecins les plus instruits, disait-il, nesaventrien d un cer
tain nombre de maladies, c est qu ils ne connaissent pas 1 astrologie. On pent
;qi|irendre en deux mois la medecine, relativement a 1 excretion urinaire, aux
recetfes et au pouls. Ces connaissances sont devenues populaires, non grace
aux savants, mais grace a ceux que Dieu a voues pour les connaitre. La science
de 1 astrolome est la plus noble de toutes.
D I
L epoque des guerres de Religion fut un beau temps pour elle ; c est avec ses
calculs que Nostradamus reunit les donnees qu il formula en centuries. II fut
conseiller medecin des rois Henri II, Francois II, Charles IX; Catherine de
Medicis le consulta. Apres une existence passablement vagabonde, rappelant
celle d Arnaud de Villeneuve, de Paracelse ou de Cornelius Agrippa, il lui
sembla bon de retourner a Montpcllier pour se reposer et passer au doctorat;
ce qu il fit en peu de temps, non sans epreuve, louange et admiration de tout
le college. II ne se mit a la divination que plus tard, apres avoir etudie avec
Jules-Cesar Scaliger, et eprouve de cruels malbeurs de famille. Arrive a
Marseille, dit celui de ses biograpbes que nous avons deja cite, Jean Aime de
Savigny Beaunois, il vint a Aix sur la demande du Parlement de Provence, ou
il fut trois annees aux gages de la Cite, du temps que la peste s y eleva, en 1 aii
du Cbrist 1546, si furieuse et cruelle, telle que 1 a decrite le seigneur de
Launay en son theatre du monde, selon les vrais rapports qui lui en furent
fails par notre auteur. De la, venant a Salon-de-Craux, ville distante d Aix
d une petite journee et a moitie chemin d Avignon et de Marseille, il se maria
en secondcs noces. Ce fut la que, prevoyant les insignes mutations et change-
ments qui adviendraient dans toute 1 Europe et meme les sanglantes guerres
civiles et les troubles pernicieux de ce royaume gaulois qui approchaient fatale-
ment, plein d un entbousiasme et comme ravi d une fureur toute nouvelle, il se
mit a ecrire ses Centuries et autres presages commenc,ant ainsi :
D esprit Divin 1 ame presage alteinte,
Trouble, famine, peste, guerre, courier.
Eau, suscitez, terre et mer de sang teinte,
Paix, tresves a naitre, Prelats, prince mourir.
Les amis des sciences surnaturelles croient encore a la parole de Nostradamus.
Depuis 1 epoque ou son livre a paru, il a eu des exegetes dont la tacbe est
aussi lourde que celle de leurs confreres antiques. Michel de Nostre-Dame, qui
etait fort instruit, fut-il de bonne foi; voulut il se livrer simplement a une
distraction erudite en imitant dans la langue de Ronsard la litterature des chres-
mologues? Probleme irresolu. Son his herita de son metier, non de son talent;
on le surprit un jour en train d allumer un incendie qu il avait predit ; cette
demonstration par le fait lui couta la vie.
On a explique apres coup les Centuries de Nostradamus avec des scholies
DIVINATION. 85
habilement faites ; on a prouve qu il avail ecrit jour par jour 1 hisloire des
guerres de religion, des Bourbons, de la Revolution; il est vrai que les preuves
He cetle nature sont peu mathematiques. Void un distiquo regarde comme un
des plus ciairs de 1 oeuvre de Michel :
Le noir farouche, quand aura essaye,
Sa main sanguine par feu, fer, arcs tendus,
Trestous le peuple sera tant effraye
Voir les plus grands par col et pieds pendus.
Yous ne devinez probablement pas qu il s agit dela Saint-Barthelemy, que le
noir farouche, c est leroi Charles IX, 1 ami et le bienfaiteur de I astrolocue ; que
1 arc tendu, c est 1 arquebuse avec laquelle il lira, dit-on, du haul du balcon
du Louvre, sur les huguenots eperdus.
De Nostradamus nous allons sauter en plein dix-huitieme siecle et clore cette
liste par le nom d un homme de genie. C est presque une profanation de placer
Svedenborg a cote de personnages dont 1 histoire n a pas fixe la valeur morale.
11 fut du reste moins un devin qu un apotre; trois cents ans plus tot, il eut
entraine les masses et rendu sociale la relorme que Luther et Calvin firent
the ologique. Ingenieur, naturaliste, cet homme n avait qu un desir : apprendre;
qu une passion, le bien; ses moeurs etaient exemplaires, sa solim tr telle qu il
ne gouta jamais au vin; avec cela une memoire et une facilite d assimilation
prodigieuses. Svedenborg avail cinquahte-sept ans; il etait membre de presque
loutes les societes savantes de 1 Europe; ses travaux avaient e merveille le
monde. Yoila que tout a coup, sans transition, ce matlie maticien devint un
inspire et un visionnaire. II ecrivait toujours, mais la science n etail plus rien
pour lui ; des productions mystiques et presque incomprehensibles, des projets
de reforme religieuse, des revelations, tel fut le dernier tome de son oeuvre.
Malgre tout, son caraclere n avait pas change, ses habitudes etaient les memes;
sa mission lui semblait si certaine, sa cause si juste, qu il se bornail a la de fendre
par Ja plume sans precher. Les me conlents, les mystiques, ceux qu une aspi
ration permanente entraine vers un ideal introuvable, lurent ses livres avec
passion. L Eglise ofllcielle de Suede s en emut, le propre neveu de Svedenborg
se mil a la lete de ses adversaires. Que s etait-il done passe? Lui-meme va
nous 1 apprendre :
Je dinais tres-tard dans mon auberge accoutumee ou je m etais reserve une
piece. J avais grand faim et je mangeais avec un vif appetit. Sur la fin de mon
repas, je vis une sorte de brouillard se repandre sur mes yeux et le plancher se
couvrir de hideux reptiles. J en fus d autant plus saisi que 1 obscurite s epaissit
da vantage. Toutefois, elle s evanouit bientot et je vis distinctement un homme
assis dans un des angles de 1 appartement au sein d une vive et radieuse
lumiere. Les reptiles avaient disparu avec les teuebres. J etais seul, et vous
pouvez vous ligurer 1 eflroi qui me prit, quand j entendis l homme d un ton
bien propre a inspirer la frayeur prononcer ces mots : Ne mange pas tant. A
ces mots, ma vue s obscurcit de nouveau, puis elle se retablit peu a peu et je
me vis seul... La nuit suivante, l homme rayonnant de lumiere m apparut une
seconde fois et me dit : Je suis Dieu, le Seigneur, le Createur et le Kedempteur ;
je t ai e lu pour interpreter aux hommes le sens spirituel des Saintes Ecritures
et je te dicterai ce que tu devras ecrire.
A partir de ce moment il acquit ses facultes divinatrices. Etant a Goten-
bourg, il annonca, dit-on, un incendie qui venait de s allumer dans un des fau-
86 DIVINATION.
bourgs de Stockholm a 100 lieues de la. Ses revelations a la reine Louise Ulrique
de Prusse sont restees traditionnelles ; malheureusement, on n en a jamais connu
la teneur. Les adversaires de Svedenborg pretendaient qu il etuit fou ; il est
certain que 1 episode initial de la seconde partie de sa vie rappelle le debut d une
affection cerebrale. L obnubilation sensorielle suivie d hallucinations de la vue
et de 1 ouie, sa mort par apoplexie quelques annees plus lard, paraissent du do-
maine de la pathologie. Si Ton avail des documents plus precis sur ses demieres
annees et une bonne relation necroscopique, on y trouverait surement 1 expli-
cation du naufrage de cette belle intelligence.
A cote de ses adeptes, la divination a eu ses vulgarisateurs et ses critiques. II
est assez difficile d etablir une distinction meme conventionnelle entre les uns
et les aulres. Les ecrivains duseizieme siecle ont loul confondu ; le compilateur
est un sorcier au meme lilre que le niais qui croit. La robe ou la tiare ne
defendaient meme pas contre une pareille accusation. Gerbert etait un sorcier;
Hildcbrandt, la gloire de 1 Eglise, aurail ete prevenu de ses hautes destine es par
un sort magiquc; Trilheim, le savant et lourd compilateur, sorcier. Paracelse,
magicien comme Goclin ou Gauricus. Pourtant la plupart de ces ecrivains ont
etc peu tendres pour les sciences occultes : le Polycraticus de Jean de Salisbury
esl une amere diatribe surl inanite des connaissances bumaines. L eleve d Abei-
lard, 1 ami et 1 inspirateur de Tbomas Becquet, qui repondait aux juges de
Henri II : L amour de la liberte ct la defense de la verite, voila mes crimes ,
etait trop independant, trop judicieux pour accepter en bloc les tbe ories et les
legendes absurdes qui farcissaient renseignement des e coles de son temps; Salis
bury eut des admirateurs, mais ne fut pas imite.
II faut arriver jusqu a la Renaissance pour Irouver aulre chose que des
compilations sans methode et sans choix. A. Cornelius Agrippa et Paracelse,
prcsque contemporains, furent les chefs d une nouvelle ecole.
Le theme de Cornelius Agrippa est, comme celui de Jean de Salisbury, la vanite
des sciences humaines ; mais il y eut dans la vie de cet homme etrange trop de
contradictions pour que son oeuvre ne s en ressentit pas. Soldat au debut de sa
carriere comme Descartes, puis professeur d he breu a Dole, de theologie a
Cologne, syndic de Metz et casse pour sorcellerie, medecin de Louise de Savoie
et renvoye pour son attachement au due de Bourbon, aslrologui de Marguerite
d Autriche, il vint mourir desenchante et presque indigent a Grenoble. Corne
lius Agrippa a etudie avec passion, mais sans methode; son scepticisme ne res-
semble en rien a celui du savant qui se defie d une voie Irompeuse sans pour
celaperdre 1 espoir d arriver au but; c est l effarenient d un esprit puissant, mais
etonne en presence d un gigantesque amas de materiaux mal classes. Les
reflexions d Agrippa sur la vanite des sciences ne 1 empechaient point de paiier
d aslrologie en fidele de 1 horoscope, de rapporter serieusement ties faceties gro
tesques. Sa medecine astrologique pourrait occuper une place distinguee dans le
museum des aberrations humaines ! II a par exemple, pour trailer 1 ivresse,
une recette qu il serait difficile de deviner. Les signes de Mars contribuent
a la tele et aux testicules, a cause du mouton et du scorpion : c est pourquoi,
quand le corps tremble et la tete fait mal a ceux qui ont fait des debauches
de vin, il n y a qu a leur tremper les testicules dans dc 1 eau fraiche ou froide
et les laver avec du \inaigre : c est un prompt remede.
Le Paracelse legendaire, le sorcier de Bodin, ne ressemble que de tres-loin
au Paracelse de I liistoire. Celui-ci fut uu medecin ingenieux, souvent habile,
UIVliNAllUM. 87
un pathologiste plus observateur qu instruit ; il brula les livres d Hippocrate el
deGalien, pcut-ctro pour imiter Luther; enseigna en allemand et, sous pretexte
d en revenir a 1 etude de la nature, substitua aux doctrines traditionnelles ses
theories qui ne valaient, guere mieux. II avait des qualiles professorales mer-
veilleuses : la conviction, la fougue, une grande facilite d elocution ; a cote de
cela, de penibles travers. II manquait absolument de tcnue ; cc fut toujours
et malgre tout, comme nous dirions aujourd hui, un aventurier et un
boheme.
La popularite de Paracelse s etendit j usque dans le grand public; le possesseur
des secrets medicaux devint un magicien et un devin commc Pythagore. Des
eleves plus zeles qu instruits contribuerent a repandre ces sorneltcs. Le maitre
avait-il cru a la magie? La question est aussi difficile a resoudre a propos dc
lui qu a propos d Agrippa. II malmena plus d une fois les amis du merveil-
leux; il chassa les esprits de 1 etiologie de la danse de Saint-Guy, et fit une
classification assez juste. Tout cela avait pen d importance ; on servit au public,
sous son nom, une encyclopedic occulte, illustree de demonstrations, d obser-
vations, et redigc e dans un style dont l emphase obscure et rude s adaptait ad-
mirablement au sujet.
L homme ne sail rien de 1 avenir, est-il dit au debut, il- a ete en effet cree
de telle sorte qu il ne s occupe que d elcver son esprit vers Dieu et ne soil
pas agite d un aulre soin. En quoi demain interesse-t-il aujourd hui? A
chaque jour sa peine. Pourquoi songer a ce qui arrivera? II faut s occuper
d aujourd lmi pour que demain ne nous apporte pas de mat; aujourd hui la
mort arrive et non demain ; c est assez de s inquieter du present. Le Christ
nous a dit de ne pas nous occuper de la maniere dont notre corps doit etre
nourri on conserve, mais de Dieu seul. Qu importe done ce qui arrivera a
notre corps? Demandons le royaume de Dieu; le reste nous sera donne par
surcroit.
II serait difficile de mettre ce langage sur le compte d un magicien.
Dans Tedition allemande de ses oauvres completes publiee par Iluser, cer
tains passages mantiques sont de simples pamphlets religieux. L explica-
tion des figures du c.loitre des Ghartreux de Nuremberg en est une preuve.
Voila, dit-il, a propos de la vingtieme, un moine qui a dans sa main
gauche une rose et a droite une faucille, un briquet, de 1 autre cote une
Jambe nue. En mai, la rose repand un parfum que lout le monde admire.
Quand vient 1 ete, elle se desseche et il n en reste plus qu une tige epineuse;
de meme Je moine parailra d abord doux et agre able au peuple, qui le comblera
de louanges, mais le temps du dessechement viendra et il ne reslera de 1 en-
chanteur qu une saveur ct une odeur de moisi. La faucille coupe les bonnes
et les mauvaises herbes, les orties et le ma is, le froment et Tivraie, etc. Tous
les moines seront coupes et jetes au feu. Le briquet est 1 indice du feu, que
beaucoup seront brule s qui out ete coupes avec la faucille. Une partie d une
chose signifie la chose tout entiere : le briquet indique le feu; la pluie,
1 Ocean. La jambe ne signifie pas autre chose qu un grand mouvement d im-
puretes, si grand que tous les coeurs seront mis a jour. Le libertin ou la
prostituee du fond du cceur seront decouverts; tout ce qu il y a de mauvais
sera devoile (voy. fig. 4).
Les figures de la magie sont dans le meme gout. On saisit difficilement la
signification de la premiere, meme avec la legende explicative : Ceci repre -
88
DlVllNATiUiN.
sente unc chose interieure qui se revele a 1 exterieur par des signes. La nature
a ses emblemcs, la magie a les siens. Us t incliquent que tu devores celui qui
Fi;j. 4. Figure symbolique du cloilre des Charlreux de Nuremberg (Paracelse).
est entre tes mains. Heuretix qui peut se garder pur de tes atteintes, car tu ne
laisses chez toi personne en repos. La magie t a bien observee et t eslime a ta
valour. C est ta beaute elle-meme qu il
faut apprecier et non les apparences.
In devores ce que tu touches, c est
1 elegance et non la piete qu il faut
ehercher chez toi (voy. fig. 5).
Les oeuvres completes de Paracelse
nc furent jamais accessihles a tous. On
IPS divisa; les medecins se partagerent
sa pathologic, sa chirurgie grande et
petite; les travaux divinatoires et magi-
ques ne furent ni les moins cites, ni les
rig. b. Premiere figure symbolique du Ira tic
da magie attribue a Paracelse. moms reprodllits, ni les moins COI11-
mentes. A cote d eux, on publia, en
Allemagne et en France, de veritables manuels populaires. La divination par la
main fut surtout exploitee ; nousavons deja mentionne ses rapports avec I astro-
logie. La nomenclature et la notation des chiromanciens etaient celles de 1 art
genethliaque, sauf des variantes correspondant a la surface restreinte sur laquelle
ils observaient. Ainsi le cercle de gdniture correspondait a la ligne de vie,
reminence thenar devenait Venus; la saillie de 1 articulation metacarpo-phalan-
gienne de 1 annulaire, la lune. L aspect de la main et les bases des interpre
tations qu on peut en tirer au point de vue du pronostic et du diagnostic tel
qu il a ete donne par Ph. May sont les suivants (voy. fig. 2. p. 49) :
(( Les esprits curieux, dit-il, qui voudront penetrer dans les secrets de la
DIVINATION. 80
vie et les decouvrir a la faveur de cette noble et illustre science, doivent
savoir :
1 Les noms propres qui sont attribues aux signes qui denotent la vie et la
sante ;
2 Les noms des planetes auxquelles les montagnes et collines de la main
qui signifient aussi la sante sont, attributes;
r> c Que toutes les lignes de la main out leurs vertus et proprietes qui leur
sont adjointes.
Ainsi la ligne A est la ligne du COBUF et de la vie, la ligne E la ligne des
poumons, du cceur et de 1 estomac; les eminences indiquees par des signes
astrologiques ont les proprietes et la signification medicale des lettres corres-
pondantes.
La main n etait pas le seul organe capable de fournir des indications man-
Fig. 6. Division metoposcopique de la face (d apres May, lac. cit., p. 151).
tiques ; on devinait egalement par la face ; le grand Cardano lui-meme avail
public une Metoposcopie ; les regies de cette methode sont rappelees sommaire-
ment dans le petit livre que nous venons de citer. II est boil toulelbis, si Ton
veut eviter une confusion, de se rappeler qu il exisle deux variele s distinctes de
divination par la physionomie : 1 une occulte, ayant les memes procedes que
ia chiromancie. La face esl divisee en lignes, en carrcs; chacun d eux corres
pond a une eminence de la main, a une planete (voij. fig. 0) ; le principe est
toujours le meme; c est la relation absolue et constante entre 1 univers et le
corps huraain ; le second n est qu une reduction du premier; ses elements
ont Jeurs correspondants celestes qui les guident.
90
DIVINATION.
2 Une naturelle : la physiognomonie, entrevue par Jean Scot, en plein
moyen age, dont Porta a etc le defenseur et Thistoriographe : c est une mor-
phologie comparee, une application poussee jusqu a 1 absurde du raisonne-
ment par analogie. Chaque espece animale a ses aptitudes, ses instincts, son
caractere ; il existe entre eux et la forme du crime ou de la face, une relation
constante ; lout permet de croire que la meme chose a lieu dans 1 espece
humaine.
Si avec une analyse soigneuse de ses parties constituantes on peut les rap-
procher de celles d un animal donne, il devient possible de remonter au carac
tere et a la valeur morale (voy. fig. 7). C etait une sorte d embryon du systeme
Fig. 7. Nous avons icy expnme la figure de la teste de 1 ane dont la levre grosse Ju haul penJ sur
celle du bns aim qu on puisse aisement considerer celle de 1 homme Cguree a sa ressemblance
(Porta, La pliysionomie humaine, trad, par le sieur Kault. Rouen, T. et D. Bcrthelin, in-8 v., 220 p.).
de Gall et de Lavater. Inutile d ajouter que les donne es fournies par un pareil
systeme laissaient la place aussi large que possible a 1 initiative individuelle
ct a la fantaisie; que si 1 etude de la morphologie pure est difficile et singu-
lierement minutieuse, celle de la morphologie comparee Test iniiiiiment plus.
Le systeme de Porta est la tentative d une science dont les instruments sont
imparfaits et les observations en trop petit nombre; il n a rien de surnaturel.
Les methodes d Arnaud de Villeneuve, de Cardan, de May, etc., infiniment
plus simples, se rattachaient exclusivement aux sciences occultes.
Peucer et Boissard, tous deux the ologiens, antiquaires, critiques, protestants
convaincus, ont ecrit a la meme e poque des livressurla divination, qu ils appre -
cient a peu pres comme Delrio, sceptiqua par rapport aux pratiques et malgre
cela partisan des repressions sanglantes.
Les tendances here liques de Cornelius Agrippa et de Paracelse ont ete la
cause de la severite des e crivains catholiques a leur e gard; on a fait sur le
premier des contes que des livres soi-disant serieux ont reproduits. Pendant sa
courte magistrature a Metz, il avail resiste a un inquisileur de la foi et s etait
oppose au proces d une pauvre vieille que la faiblesse de son intelligence n au-
rail pas preservee du bucher ; eel acle dc courage lui couta sa place. La mort
meme ne de sarma pas ses enncniis ; des rapports entre lui et Satan furent in-
ventes et repandus par un moine defroque appele Thevet, dcvenu sur la fin
DIVINATION. 91
de sa vie pamphletaire, ligucur ; c est de lui quo la satire Monippe e disait :
On ne vit jamais si grosse bete. Paul Jove ajouta 1 episode du chien noir
diabolique, qui aurait etc se precipiter dans 1 Isere a la mort de son maitre.
Naude a fait justice une fois pour toutes de ces recits sans effacer le mauvais
renom de celui dont il avail traduit les oeuvres.
Delrio, Boissard, Peucer, out ecrit dans un but different, out juge avec un
criterium different, et cependant leurs appreciations sont identiques sous bien
des rapports. Delrio, jesuite flamand, etait une sorte de jurisconsulte, essayant
de fixer la jurisprudence du Saint-Office. Pour lui, la magie comme la divi
nation sont des sciences reelles, mais impies; il rapporte que plusieurs livres qui
en traitent ont ete brules en Espagne, et ajoute : Plaise a Dieu qu ils 1 eussent
tousete ! L esprit de son ouvrage est dans cette phrase ; les eclaircies de bon sens
qu on trouve de place en place sont vite obscurcies par une foule d anccdotes
recueillies partout pour les besoins de la cause.
Avec Peucer, c est un fanatisme d une autre nature qui parle; medcein,
mathematicien, Peucer, gendre deMelanchthon, etait aussi un ardent calviniste ;
il fit tout ce qu il put pour introduire en Allemagne la discipline et les usages
de I Eglise de Geneve. II ne reclame point centre les devins des cliatinicnts,
mais il croit a la realite de leur science et les proscrit. Boissard, antii|uaire et
homme de gout, est plus sceptique; il laisse souvent entendre que pour lui
la cabale, 1 astrologie, la chiromancie, sont autant de chimeres.
Nous avows couduit 1 hisloire de la divination jusqu a la fin du dernier siecle.
Est-elle finie? Non. Une methode nouvelle a fait fortune. Yers 1400, les tarots
etaient connus a Bologne. On raconte que diaries VI passait ses intervalles
lucides a jouer aux cartes ; c est pen probable ; le jeu qui, dit-on, lui appartenait,
n est qu un recueil de miniatures. On aura de tres-bonne beure essay e de tiivr
des presages de ce moyen comme les Germains entiraient des nodiyr. Le premier
livre paru sur la matiere a Venise en 1640 est le Traite de sorts (en italien,
de Francesco Marcolini de Forli). Cette divination etait si simple, si gaie,
qu on s explique aisement son succes. Avec ce precede de bonne societe, on
pouvait entrevoir 1 avenir a une table de jeu, sans difficulte, sans pratiques
necromantiques. La cartomancie est un peu plus compliquee pourtant que
L-s methodes de meme nature. Pour que les cartes parlent, il faut les battre,
les couper, les combiner suivant des regies donnees ; chacune d elles a sa
valeur et sa signification; on n obtiendrait rien, si Ton s en rapportait au
hasard. Voici, par exemple, la maniere classique et officielle de les tirer par
quinze :
Apres avoir mele les cartes, vous coupez, si vous operez pour vous-memc, ou
vous faites couper toujours de la main, gauche la personne pour laquelle vous
operez. Vous faites ensuite deux paquets de seize cartes chacun ; vous choisissez
ensuite un de ces paquets, si vous operez pour vous, ou vous Je faites choisir
par le consultant. Ce paquet etant choisi, vous en mettez la premiere carle de
cote pour la surprise, puis vous retournez les quinze autres et les ran^ez devant
vous de gauche a droite, dans 1 ordre ou elles se trouvent, et vous examinez si
parmi ces quinze cartes se trouve celle qui represente la personne qui consulte ;
si cette carte ne s y trouvait pas, on battrait et on couperait de nouveau le jeu
et on recommencerait 1 operation jusqu a ce que la carte necessaire se trouvat
dans le paquet choisi. Pour le reste, vous agirez comme si vous aviez obtenu
ces quinze cartes en les tirant par trois et comme il est indique au tableau n 1 ,
W DIVINATION.
a 1 exception des tas qui ne se font pas de meme. Ainsi, lorsque vous aurez
examine 1 ensemble des quinze cartes, que vous en aurez donne la significa
tion en comptant par sept a partir de la carte qui represente le consultant,
et que. vous aurez explique les rencontres; en prenant successivement les
carles deux par deux, Tune a droite, 1 autre a gauche, vous remelerez les
quinze cartes, vous ferez couper, et vous en ferez trois paquets de cinq cartes
chacun, vous prendrez la premiere de chacun de ces trois paquets que vous
poserez sur la carte de surprise, que vous avez aussi de cote, en commen-
cant de facon que vous ayez quatre paquets de quatre cartes chacun. Faites
choisir par le consultant un paquet pour la personne; retournez et etendez
les quatre cartes qui le composent de gauche a droite dans 1 ordre ou elles
sc trouvent et donnez-en { explication selon la signification individuelle et la
signification relative. Apres avoir explique le paquet pour le consultant, vous
expliquerez le paquet place a votre gauche, qui sera pour la maison, puis le
troisieme paquet, qui sera pour ce qu on if attend pas, et enfin le paquet de la
surprise.
I. u 1815, uue ancienne couturiere, associee a un garcon boulanger, Mile Le-
normand, Iut recue par Alexandre I er . C etait bien la peine que pendant vingt-
cinq ans les fleuves de 1 Europe eussent roule des cadavres, pour qu une illu-
minee comme Mme de Krudner et une tireuse de cartes eussent a donner leur
avis sur un pacte qui devait fixer pour des siecles peut-etre la dcstinee de
tani de nations! Depuis ce temps, la credulite a diminue; on a vu taut de
merveilles reeiles, que la foi en la magie noire a ele ebranlee; malgre tout
la divination n est pas morte. Le code frappe d une peine legere ceux qui
1 exercent; mais cette peine n est appliquee qu a 1 occasion d escroqueries scan-
daleuses. On devine dans les eampagnes, par les feuilles de lierre, lorsque
Ton veut savoir quel saint doit guerir une dermatose rebelle; on devine a Paris,
par les cartes ; on evoque les morts ; le magnetisme animal a herite de la
valeur mautique des vapeurs de la source Kassotis; la baguette divinatoire a
remporle il y a deux ai^s a peine un triomphe assez signale pour que 1 adini-
nistration ait failli compromettrc la solidite d un monument historique en
autorisant la recherche d un tresor verslequel elle devait conduire. Les Lemures.
les Dwerfgar, les Gobelins, ont la vie dure; ils ne craignent ni la vapeur, ni
la lumiere electrique; au lieu d errer comuie naguere au fond des mines, ou
bien au clair de la lune dans los landes desertes, ils se rapprochent de rhonime,
dcplacent les pierres sur la route, font craquer les meubles dans les cabinets
de travail. Ils ont un domicile plus sur que les cavernes dans lesquelles les
releguaient les religions anciennes : ce domicile, c est 1 esprit humain, vers
Jequel la verite trouve si difficilement acces quand elle n est pas conduite par
le merveilleux.
Nous terminerons par un vocabulaire des genres de divination les plus
comrnuiis, sur la plupart desquels le Dictionnaire renferme deja de breves indi
cations aux mots qui les designent.
Aeromancie (h-^-iirj;). Divination magique ;
les sorcicrs intcrpretaient des signes qu ils di-
saient voir clans 1 air; probableinent analogue a
la nephomancie.
Alectryonomancie (de ^AEXTUJO, coq). Divina
tion par les coqs. Yoij. le texte, p. -io.
Aleuroinancie (de H /.i-jw, fromentj. Divination
par le I roment moulu.
Alphitomancie id aX^t-ov). Divination par le fro-
ment concasse. On ne sail si les pretres de-
layaient la farine ou la jetaient par pincees dans
le feu.
DIVINATION.
05
Anuiiomancic (>/.;r,io/). -- Divination relative a
1 avenir d un riouveau-ne, d apres la coulcur ilu
liquide amniotique.
.\ni iii<>xciii>i<- (ile VE;J.O;, veui). Divination par
le vent. A Dodonc on interpretait le mouvenn ;ii
de certaines feuilles ou dc clochettes destinees
a incliquer la direction du vent.
Anthropomancie (de ivO JOTO;, homme). -- \a-
rietes d extispicine dans lesquelles les vicliinrs
etaient des hommes ; praliquee par Heliogabale.
Apot6lesmatique (deaiuoTE Xea|i.<mx-/i). Astroloi.ii 1 .
Arithmomancie (de 4jiOa&;, nombre). Divina
tion par lesnombres. Voij. le texle. p. 49.
Afi/iTii.M-n/iii (de aT-rr.j). Observation desastrcs.
Premiere operation de 1 astrologie.
Astragalomancie (de &.^oo.fo.\o;, verlebre).
Divination par les osselets.
Astroloyie. Divination siderale. Voy. le texte,
p. 45 et suiv.
Auguralion. Divination officielle des Romains.
Voy. le texte, p. 63 et suiv.
Auspice. Signe mantique constate par les au-
gures. Voy. le texte, p. 63 et suiv.
AxiiKiiiimicii (v~-(-,r,, bache). -- Divination par
uue haclie impkmtee dans im poleau et dont on
observait les mouvements.
Belomnncie (de $i\o:, Heche). - - Divination par
les flecbes. Yariete de cleromancie.
Botinnniiii in ii i ioT ivr], herbe). Divination par
des feuilles dc fisuier ou de sauge qu on lai>-
sait sccber en plein air.
Brochomancie (de Pjo/yj, pluie). - Divination
par les pluies.
Brontosc.opie (de (JoovcJj, tonnerre). Divination
par le tonnerre. Un des precedes favoris <lrs
aruspices; appelee aussi art fulgural. Voy. le
texte, p. 66 et suiv.
Cafe (Divination par le). Divination meteorolo-
gique modcrne tres-populaire. On predit le beau
temps ou la pluie suivant que 1 ecume so tient
au centre de la tasse ou va vcrs les Lords. Un
autre procede un pen plus compliquc tonsiste a
placer du marc de cafe sur tme soueoupe ou
une assictte et a interpreter les figures laissees
apres le dessechement complet.
Cartomancie. Divination par les cartes a jouer.
Probablement aussi ancienne que les cartes; b-
jeu de tarots etait deja connu a Bolognc au
commencement du quinzieme sieele. Le fameux
jeu de cartes de Charles VI parait un simple
recueil de miniatures. Le premier travail ecrit
sur la cartomancie so trouve dans les Sorli de
1 editeur Francesco Marcolini de Forli (Venise,
1540).
Gi plintuiii/iiiciL (de -/s^/Ar,). Divination magi-
que ; on faisait rotir une tele d ane sur des
charbons, onformulait des questions dif ferentes
sur un sujet donne. Quand les machoires re-
muaient, on avail la reponse.
Ceromancie (xviob;, eke). Divination par des
gouttes de cire qu on laisse tomber dans 1 eau ;
on devine suivant qu elles s etalent ou s ctirenl
en filamenls.
Cheronomnncie (/oVpo,-, pore). Divination par les
vessies de pore : Ayons force pourceaux, tu en
auras la vessie (Rabelais).
Chiromancie (de y_t\p, main). Divination par
les ligncs et les eminences de la main. Co//, le
texte, p. 49.
Chresmologie (//^ano;, oracle). Divination en-
ihousiaste. Voy. le texte, p. 38.
f -/. /.rfrn-i, exclamation). Divi
nation par des mots ecliapix s aux individus.
Cetle divination etait praliquee a 1 oracle
d llermes Agoraeos ii Pbarae en \ ( haic. Apres
avoir pose sa question au Dicu, le consultant
quiltait la place ense bouclianl b?-; orcillrs avec
les mains. Une fois hors de 1 agora, il olait ses
mains, et la premiere parole qu il cnlfiidait
prononcer sur son cbemin etait la reponse de
1 oracle (B.-L.). Cette divination etait souvent
pratiqucc dans les oracles d llermes.
CleicloiiKiin-ii (x).i;, clef). - - Divination^ par la
clef placee sur la premiere page del Evanpile
de saint Jean. On pose sa question, un autre lit,
et, lorsque la clef tourne, on a la reponse.
I .li riniiiiin-n- (xV?;po,-, sorl). -- Divination par Ics
sorts. Voy. le texlc, p. 4i>.
Coskinomancie (Kotrxtvov, crible). Divination i ;n
le crible. Ce crible elail suspendu a un lil ou
pose sur une poinle ; on devinait par sou alluru,
son aiTt:t, son orientation a cc moment.
( .ri/iiiniiiicie (xpiO-r,, orge). Di\ inalinn par l.i l.i-
rine d orge.
Crommyomancie ^XCIOIXIA-JOV, oignon). - - Varirir
cbretienne de cleromancie. On po-e une ques
tion /// /n /ti) et on ecrit la rcpon^c probable sur
des oignons qu on place sur J autcl Jors de );i
mcsse de minuit; le premier qui gcrme fournit
la reponse vraie. En Lorraine, au seiziemt
cle, les jeunes lilies recbercbces par plusieurs
amoureux faisaient un choix de cetle maniere.
Crystallomancie. Divination par un vase on
une plaque dc cristal. Voy. Hi/droinancle, Lecn-
nomancie.
Hinii/liomancie (de JaxTu/.o;, anneau). Divina
tion paries anneaux; procedes inmibn-ux. 1 ar-
1 ois on interpretait leur son; parfois on faisait
oscillcr 1 anneau suspendu a un fil au centre
d un bassin aulour duquel se trouvaicnt les
24 lettres de 1 alpbabel. Les pierres enchasse es
daus les anneaux servaienl au^si a la divina
tion.
Daphnomancie (de Srj.-^ r ,, lauricr). Divination
par les feuilles de laurier. Quand elles briilaieut
avec fracas, c etait un heureux presage.
Empyromancie (de T.S?, feu). Divination par le
feu, la combustion des victimes. Lorsqu on
brulait sur le brasier de 1 auiel les cuisses des
victimes, onregardait si la fumec inontait droil
vers les immortels. Si la colonne de fumee pa-
raissail lourmentee et arretee dans son ascen
sion, il y avail lieu de craindre le courroux des
dieux; de meme, si les viandes resistaient a la
ruisson ou tombaient par terre (B.-L.). On
tirail aussi des presages des main-res vegetales
jetees au feu, de la flamme, de la fumee.
E.regi te. Inlerprele d un texte propbctique.
Extispicine. Divination par les entrailles des
viclimes. Tbeodoi us : Voulez-vous en sgavoir
parl artd aruspicine? parextispiciue, par augure
pris du vol des oiseaux? du cliant des oscines?
Du bal solilisme des canes? Par estronspicine,
repondit Panurge (Rabelais).
Gastromancie (de f.atr t o. venire). Suivant les
uns, divination par le venire. On pose a voix
basse la queslion pres du venire dc 1 inspire,
qui repond par signes. Lemol designe quelque-
fois la venlriloquie, de laquelle en Ferrare
usa largemenl la dame Jacolia Rhodigina en-
gastrimythe (Rab.). Suivant d autres, divina-
94
DIVINATION.
tion a 1 aide d un vase plein d eau, dont la par-
tie cvuir.-ilr |H,ii:n! le uoin de venire.
Genetliliiiln/iie (de y^ Mii naissaii - Astro-
logie, ainsi appelee parce que la pluparl de<
predictions astrologiques reposaient surle theme
dresse au moment de la naissance. Appelee
aussi genethlioscopie.
Gtomancie (de ^, terre). -- Divination par la
sphere terrestre. Precedes analogues a ceux de
l ;ivtrologie.
Gyronnnn-ii f-;-jjo;, cercle). Divination par les
tours que faisait un individu auquel on avail
soin de fermer les yeux. On tirait un presage
du cole vers lequel <tait termine le cercle. Je
te feray ici tournoyer force cerclcs lesquels tous
lomberont a gauche, je t en assure (Rab.).
Harnspicinc ou Aruspicine. Divination prati-
quee par les aruspices. Voy. le texte, p. 66.
Htpatoscf>/< ,.-V. ? -(XTO;, foie). Examen du foic
pratique dans 1 extispicine, purtie tres-impor-
tante de celte mcthode.
////K.sri /i/r (Upov, victime). Synonyme d exti-
piscine.
Horoscope (wj</., saison domicile des planetes).
- I onii .Implication des influences side
qui regisient la vie d un individu. Voy. le textc,
p. 48.
lli/itatoxi-o/ii,- Me iuj-$aTo;, eau) ou Hi/dromtn/-
cie. - Divination par 1 eau (Voy. Kaloptro-
iiiniicie).
llt/ili-i:*c<i/ii>: de J wp, eau). Art de trouver les
sources cachees. Voy. Rkabdomancie. Ne pas cou-
fondre uvec hydromancie.
latromanlique (!arr,j, medecin). Divination
medicale.
Ichthyomancie (itfu;, poisson). Divination pur
les poissons. Sa legitimate a ete contestee par
Plutarque. Elle etait pratiquee a Hierapolis et
en Lycie, dans le temple d Apollon, a Surra. II
y avail au fond d un goufl re creuse par la
mer des poissons auxquels on jelait des mor-
ceauxde viande rotie constituant les preuves du
sacrifice. Plus les poissons etaiunt nombreux et
voraces, meilleur etait le presage. Si aucun ne
venait, c etaitd uu tres-facheux augure (B.-L.).
Incubation. Sommeil dans un lieu consacre
pour ohtenir une vision mantique.
orevb;, fumee). Divination par la
fumee. S ecrit aussi capnomancie.
Katoptromancie (de xa-uoictfov, miroir). Divi
nation par le miroir. Un enfant etail place de-
vant un miroir, on lui adressait une question
sur une personne et il la voyait dans le miroir.
Parfois on prenait une bouteille d eau. Cette di
vination est done analogue a 1 hydromancie.
Ktraunoscopie (de xepauvbg, tonnerre). Syno
nyme de brontoscopie.
Krithomancie (de xpi6Y), orge). Divination par
1 orge ; on ne sail si les devins delayaient la fa-
riue d orgc dans 1 eau ou la jetaient sur le feu.
Kuamobolie (de xia^o;, feve). Divination par
les feves noires et blanches.
Ki/bomancie (de xuSog, de). Divination par les
des.
Lampadomancie ou Lychnomancie (de
/.u/vo;). Divination chretienne. Se pratiquait
par les lumieres au moyen de lampes ou de
douze cierges allumes portant le nom des
douze apotves.
Lecanomancie (XexivT,, hassin), -- Divination pnr
les bassiiis. Dans sa forme simple on jetaii
pierres dansde 1 eau ou Ton melangeait de 1 eau
et du viu dont on ol)-eiv;iii !e^ lellets. Purfois
on interpretait les sons d un lm--?in de bronze
sur lequel frappaient des sortes de maillets me-
talliques. Divination usitee a 1 oracle de Dodone.
Voij. le texte, p. 62.
Lihaiiomancie i i.i?v.-iv;, encens). Divination par
la fumee de 1 encens. Son invention etait attri-
buee a Pythagore. Parfuis au lieu de 1 encens
on employait le laurier ou 1 olivier.
Lithobolte (XifloSoiew, jejette des pierres), variele
de cleromancie. Divination par les cailloux.
Lithomancie (de Xi^oq, picrre). Divination par
ies pierres. Les Mysiens, pour savoir i la re-
colte de 1 annee serait. abondante, se servaient
de petites pierres noires qu une espece de pavot
produisait en guise de graines; quand 1 annee
devait etre sterile, ces objets restaient immo-
biles; quand il devait y avoir une recolte abon
dante, ils bondissaient comme des ^aulerelles.
Mmitcion. Oracle.
Mantique. Divination.
Mi -tii/ii: :i-n/ii, ^jLi -ruTov, front . --Divination par
les traits du visage. Ne pas confondre avec
physiognomonie. Voy. le texle, p. 89.
Molibdomancie (de plomb fondu). -
Divination par le plomb fondu. Analogue a la
sideromancie.
Worphoscie Me ^i^--r,, forme). Divination par
les traits, la forme du corps.
)l//uiacie (de nuuv, muscle). Variete de mor-
phoscopie dans laquelle on interpretait 1 energie
des muscles et leur forme. En extispicine les
muscles n avaient pas de valeur mantique.
Myriogen&se. Systeme zodiacal egyptien dans
lequel chaque signe, compreriant 50, correspon-
dail a toutes les constellations du segment cor-
respondant de la sphere celeste. Les Grecs
appelcrent toujours sphere barbare ce systeme
qui gardait pour eux son caraclere exotique.
Nt cromancie ou ^L-kyomancie (de vsxpb;, mort).
- Evocation des morts dans un but magique
ou divinatoire.
XL l>lioman<:ie (de vso. 7i nuage). Divination par
les images, inventee seulemeut a 1 epoque du
Bas-Empire. D apres Photius, une certaine An-
thusa predit 1 avenement de 1 empereur Leon
parce qu un nuage en forme de lion en avail
avale un autre en forme d homme.
Oikoscopie (de otxo;, maison). Nom generique
des divinations domestiques particulieres : un
certain Xenocrate avail ecrit un livre intitule :
Oionistique (Vyo. Ornithomancie).
Qmoplatoscopie- Divination par 1 omoplate des
victimes. On immolait une brebisouun agneau
apres avoir formule mentalement la question a
resoudre : on levait alors une omoplate et on la
faisait griljer sur des charbons ardents. Le chan-
gemenl de coloration de 1 epine, son boursou-
flement, fournissaient des indices heureux ou
nialheureux. Quand le tote droit rougissait
ou que le gauche noircissait, c etaitun presage
de guerre.
Omphalomancie (de oa=a).>);, ombilic). Les
sages-femmes prevoyaient le nombre des enfants
qu aurait une primipare d apres le caractere du
cordon et celui de la caduque.
DIVINATION.
95
Oniromancie (de oveipos, songe). Divination par
les songes. Leur interpretation coustituait 1 oni-
rocritique.
Onomatomancie (de ovo;jia, nom). Divina
tion mathermtique. On pretend que la presi-
dence de Taylor aux Etats-Uriis avail cte prevue
de cette maniere. En mettant le numero de
chaque letlre de 1 alphabet au-dessous du nom
on arrivait au meme total que dans le court
membre de phrase promeltant la presidence
(Zachanj Taylor, will be President).
Onychomancie (de ovu;, ongle). - Divination
magique. On fait certaines marques sur les
ongles d un enfant, il les tourne vers la terre.
Apres la conjuration, on fait sa demande, le
demon invoque ecrit les reponses sur le sol.
Ooscopie (oibv, ceuf). - - Divination par les oeufs.
Les pretres qui faisaient une observation pour
deviner des dangers, dit le scoliaste de Perse,
observaient d ordinaire un cauf mis sur le feu,
examinant s il suait par le haul ou par le cote ;
mais, s il eclatait et coulait, il presageait un
peril a celui pour le compte duquel se faisait lu
ceremonie.
Ophiomancie (de o-siq, serpent). Memes procedcs
que I ornithornancic.
Oracle. Lieu oil s exercait la divination. Nom
parfois applique aux renseignements donnes
eux-memes. Voy. le texte, p. 50.
Ornithomancie (o pvi;, oiseau). - - Divination par
les oiseaux. Voy. le texte.
Palomctncie (-a/.r,, lutte). - - Divination par les
fleches. Synonyme de belomancit.
Pegomancie (de nrvrt. source). Divination par
1 eau. Synonyme d hydromancie.
I hrcnologie (de = *>,>}. La phrenologie est un
precede d observation reposant sur des relations
incertaines et discutables dans Dante, mais il ne
se rattache ni au merveilleux ni a la mantique.
Ce mot sera truite a part.
I hyllomancie (de ? 5Uov, feuille). -- Divination
par les feuilles brulces ou chassees par le vent.
Physiognomonie. Interpretation de la physio-
nomie. Voy. le texte, p. 90. Ses precedes ne se
ratlachant ni aux sciences occultes niala divina
tion proprement dite.Cemot sera traite a part.
Prognostique ou Prognose. Differente de la
divination en ce qu elle repose sur 1 observation
pure. On attribuait au centaure Chiron 1 inven-
tion de la prognostique meteorologique.
Psychayogie (de $/$, esprit). -- Synonyme de
necromancie.
Ptarmoscopie (de K-C&WU, j eternue). Divination
par 1 e ternument.
Pyromancie (Voy. Empyromancie).
Pythaistes. Devins alheniens charges d observer
le ciel au moment oil devaient se mettre en
marche les processions de Pytho.
Rhabdomancie (de jS5o?, baguette). Divination
par la baguette.
Rhapsodomancie. -- Divination par des phrases
detachees au husnnl. des poesies d Homere,
d He siode et des recueils d oracles. Yariete de
cleromancie.
Rfipluinoinancie (de jaoc/.vo;, racine). -- Divina
tion magique par les racines. Voy. le lexte au
sujet de la mandragore, p. 78.
Sel (Divination par le). Se pratique comme la
divination par le froment ou 1 orge. On jette des
grains de sel dans le feu et on devine d apres
leur? craquemcnts.
Sideromancie (de aiSt\^^, fer). On jette sur du
fer rouge des brins de paille auxquels on a at
tache une signification prealable, et on conjiv-
ture d apres la maniere dont ils brulent.
Sorts. -- Divination par les sorts. Voy. Clero
mancie.
Splanchnoscopie (de <7iO>t>.y/vov, viscere). Syno
nyme d exlispicine et hie"roscopie.
Spondylomancie (ar.wSu^os, vertebre). Divina
tion par les mouvements d une boule, d une
vartebi-fi, d un fuseau.
2. Voy. Gastromancie.
TT7/J,-, ligne d ecriture). -- Divi
nation par les vei\-. sibyllins.
Sycomaucie (de i\>-/~f, , liguier). Voy. Bl-
mancie.
Symbolomancie. Divination par signes fortuits.
Tephromancie (de T-JJ, cendre). Divination
par les cendres. On trace avec des lettres la de-
mande qu on veut faire; on tire la reponse de
celles qui restent lorsqu un coup de vent en a
enleve quelques-unes.
TriijK-ztnnancie fa&Ki^a., table). Divination par
les des, les osselets, les feves noires et blanchr^,
jetes sur une table consacruu.
Thriobolie. - Variete tres-ancienne de clero
mancie. Apollon raconte a Hermes qu il exisle
trois sceurs vierges ; ce sont les Thries qui se
complaisent a voler de leurs ailes rapides. La
tete poudree de farine blanche, elles ont leur
demeure au fond du vallon du Parnasse; en ce
lieu retire, elles m ont enseigne, sans que mon
pere s en inquietat, la science divinatoire dont
j etais avide, enfant encore et gardant mes boaufs.
Depuis lors, elles voltigent ga et la, et elles se
repaissent des rayons de miel et accomplissent
chaque chose. Or lorsque, rassasiees de miel
nouveau, elles entrent en delire, cllcs consen-
tent avec complaisance a dire la vt-rite. Mais,
lorsqu elles sont privees de la douce nourriture
des dieux, elles trompent et egarent en sens
divers (B.-L.). Plus tard on appelait thries des
galels ou cailloux qui servaient a la divina
tion, ou meme par extension les predictions
qu on en obtcnait.
Tyromancie (de Tu P b ? , fromage). Divination par
les fromages.a/ias tyriscomancie. Pratiques in-
connues. J ay un fourmage de Br^hemont a
propoz r (Rabelais).
A. DECHAMBRE et L. THOMAS.
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voi-um.J. Maire, 1639, in-8, 931 pp. SCOT (Michael). Tractatus de secret is natune. Fran-
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96 DIVONNE.
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1877-81, 4 vol. gr. in-8. D. et T.
DIVISEUR. I. PHARMACIE. On range parmi les diviseurs : 1 les instruments
qui, comme les piluliers, servent a diviser en plusieurs parties ime masse me-
dicamenteuse (voy. PILULES) ; 2 ceux qui sont destines a mettre en poudre une
substance solide, telle que le marbre, le porphyre (voy. PULVERISATION) ; 5 certains
excipients propres a faciliter, dans la preparation des pommades, la division de
substances difficiles a incorporer, telles que le mercure. Unpharmacien, M. Pons,
a propose 1 emploi d un melange a parties egales de styrax, de terebenthine et de
poudre de camphre qu il nomme diviseur mercuriel, et qui serait susceptible
d eteindre le mercure en vingt minutes. 1).
II. MEDECINE OPERATOIRE. Certains instruments de chirurgie portent le nom
de diviseurs. Ainsi, parmi les ceplialotribes, le diviseur ce phalique dc Joulin,
agissant par ecrasement lineaire. Les cephalotomes a couteau ou a scie rentrent
dans la meme categorie. On a aussi imagine des lithotomes diviseurs ou inci-
seurs, a bords tranchants, pour la division des calculs trop volumineux <inciseur
de Civiale, diviseur de, Caudmont). D.
DIVISION (CKIRURGIE). Modede dierese comprenantla]jowd/o?z, Y incision,
la de chirure (avec 1 ecrasement), la sercission (section par un fil de soie anime
d un mouvement de va-et-vient), le broiement. Ce sujet est traite a 1 article
OPERATION, pages 461 et suivantes. D.
(ETABLISSEMENT HYDROTHERAPIQUE DE). Dans le departement de
1 Ain, dans 1 arrondissement et a 10 kilometres de Gex, est un village de
1800 habitants en comprenant la population de tons les hameaux de la commune.
Divonne est sur la Versoix qui y prend sa source, a la base septentrionale du
mont Mussy (Chemin de Lyon et Geneve. De Geneve on doit faire en voiture les
20 kilometres qui separent cette ville de 1 etablissement hydrotherapique de
Divonne). A 1 extremite du village, au pied du petit mamelon sur lequel a ete
bati le cbateau de Divonne, s elendent plusieurs bassins de superficie inegale et
d une profbndeur d un metre environ. Leur eau est d une lirapidite parfaite
pareille a celle du Rhone an moment ou il sort du lac de Geneve; seulement
avant et apres les orages elle devient un peu louche, et son niveau s eleve quand
la tempete commence a se calmer; elle se renouvelle sans cesse. On la voit bouil-
lonner au fond des bassins, que recouvre une couche epaisse de sable qu elle
souleve par places, comme si elle e tait bouillante ; des bulles d air viennent sans
DIVONNE.
interruption s epanouir a sa surface. L eau des sources de Divonne est une des
plus froides qui existent au monde : elle ne fait monter, en effet, la colonne
d un thermometre centigrade qu a 6, 5, que la temperature de 1 air soit a
10 degres au-dessous ou a 20 degres au-dessus de zero. On ne connait pas au
juste d ou partent les sources de Divonne. On a pense qu elles provenaient du lac
des Rousses, qu elles traversaierit tout le Jura sans dissoudre une parcelle des
elements calcaires qu il renferme et qu elles venaient e merger a Tun des points
opposes de la chaine jurassique. Cette opinion a trouve de nombreux contra-
dicteurs, mais, d ou qu elle sorte, cette eau n en est pas moiiis excellente et elle
est si abondante qu a sa sortie du sol elle forme une riviere capable de faire
tourner les roues de plusieurs moulins.
La Divonne ou la Versoix alimente les salles de 1 etablissement hydrotherapique
fonde par le docteur Vidart pere. C etait une ancienne papeterie dont les bati-
ments contiennent maintenant tous les appareils inventes pour nn traitement
complet par I eau froide : deux piscines a 1 eau courante, un cabinet ou s ad-
ministre la douche inonstre dite de Priessnitz, une sallepour les douches medi-
camenteuses et une piece ou se prennent les bains d air chaud charge de vapcurs
tere benthinees.
On suit a Divonne, peut-etre mieux que partout ailleurs, un traitement hydro-
the rapique dans des conditions exceptionnellement favorables. En effet, presque
tous les malades auxquels convient une cure par 1 eau froide ont besoin d etre
eloignes des plaisirs et des distractions des grandes villes, d etre places en face
d une nature sauvage dont les aspects sont aussi varies que les divers points d ou
on 1 observe. Divonne reunit ces avantages. Une source invariablement froide et
excessivement abondanle, une douche d un volume sans egal et d une force qui
peut etre modere e comme on le veut, des bouillons plus ou moins considerables
dans des piscines a eau courante, des sections occupees par tous les accessoires
d une balne ation complete, un tres-beau et tres-grand pare ou les baigneurs
peuvent se promener et faire leur reaction sans perdre de vue les diverses parties
de 1 etablissement ou ils sont loges et nourris, des promenades variees et inte-
ressantes aux environs, telles que la base orientale de Mussy, qui n est pas a plus
de dix minutes (Arbere, Grilly, a vingt et a trente minutes), Grassier, village vau-
dois, qu un ruisseau, le Boiron, descendu du Jura, separe de la France; le tour
du chateau ne demande pas plus de trois quarts d heure. Le milieu du jour est
aisement occupe par ceux qui aiment les beaux sites et les panoramas qui chan-
gent a chaque minute au voisinage des Alpes, du Jura et du lac Leman. G est a
Divonne, au commencement de 1 autonme surtout, que les couchers du soleil
sont admirables et se ressemblent rarement, de quelque endroit qu on les observe.
La ville de Nyon, si originale, n est qu a 6 kilometres et demi de Divonne;
Coppet n en est pas plus eloigne. Les personnes valides peuvent entreprendre
meme des excursions sur la route si accidente e qui conduit a Gex, ou des ascen
sions au Mussy, petite montagne isolee sur laquelle on peut varier ses prome
nades en admirant a chaque pas de magnifiques echappees sur la plaine, le lac
de Geneve, les Alpes ou le Jura. On peut faire enfin 1 ascension de la Dole
(1683 metres), qui exige cinq heures pour monter et trois heures pour descendre.
Le salon de 1 etablissement de Divonne reunit lous les soirs ceux qui preferent
la societe a la vie de famille, au recueillement ou a la solitude. Des bals, des
concerts et meme des representations theatrales (res-attrayantes animent quel-
quefois la fin des journees des notes accidentels de Divonne qui arrivent de tous
mcr. EXC. XXX. 7
98 DIVORCE.
les pays pour y suivre une cure hydrotherapique dans des conditions exception-
nelles. L eau des sources, la purete de 1 air des montagnes, la solitude dont ils
sont entoures, la beaute du paysage, la vie calme et facile qu ils y menent, les
distractions distinguees qu ils y trouvent et 1 inslallation balneaire qu il est diffi
cile de rencontrer plus complete, concourent puissamment en effet au succes des
cures de Divonne. Get etablissement hydrotherapique a encore un avantage pre-
cieux quine doit pas etrc passe sous silence, il vient de sa position eloignee de
beaucoup de grandes villes qui permet aux malades, moralement et iutellectuel-
lement fatigues, d y suivre un traitement, eloignes de toute preoccupation, de toute
secousse, de tout tracas, qui ont souvent produit la maladie dont ils viennent
demanderla gueiisonou I ameliorationauxeauxfroidesde Divonne. A. ROTUREAU.
DIVORCE. Les articles ALIENATION MENTALE et FOLIE ayant paru au
moment ou se presentait le mot DIVORCE, c est ici seulement que peut etre placee
k grave question qui, a 1 occasion d un projetsur la matiere, a surgi naguere au
sein du Parlement et a recemment provoque de vives discussions a 1 Academie
de medecine et dans la presse medicale : la question de savoir si 1 alienation
mentale doit etre adinise parmi les causes de divorce (voy. sur la Separation
de corps, au point de vue demographique, 1 article MARIAGE, p. 40).
Si Ton en jugcait paries manifestations jusqu ici connues de 1 opinion publique,
la cause parailrait enlendue. Appeles a emettre leur avis devant la Commission
du divorce (1882), MM. Blanche, Charcot et Legrand du Saulle, ont declare
unanimement que la folie ne devait pas entrainer de droit la dissolution du
manage, surtout avec les consequences extremes qui sont propres au divorce; et
il nous semble que c est la grande majorite des organes de la presse qui s est
ran^ee a leur avis. Cependant la question est restce douteuse, ou meme a ete
resolue en sens conlraire par des esprits distingues, dont quelques-uns, comme
M. le docteur Luys, joignent a de serieux arguments 1 autorite d une compe
tence toute particulicre. II faut done 1 examiner avec quelque soin.
Prenons-la d abord par son cote pratique, qui est celui dont le legislateur doit
surtout se preoccnper. Pourquoi veut-on que 1 aliene soil separe de son conjoint?
Parce qu il peut compromettre la fortune du menage; parce qu il peut etre dan-
<*ereux pour la vie de ses semblables ; parce que la cohabitation fait naitre le
risque d une transmission hereditaire de la maladie. Ce sont les seuls motifs
serieux qui puissent toucher le legislateur, car je n imagine pas que son souci
puisse descendre jusqu aux tribulations, aux degouts souvent attaches aux soins
que reclame un alieue.
La loi a deja prevu les deux premiers dangers et fourni. autant que possible,
lesmoyensde les conjurer; si nousdisons autant que possible, c est que f requem-
ment, par un contraste remarquab e, ( alienation mentale tantot se cache d abord
sous des formes insidieuses, qui lui permettent de faire la ruine dans le menage
bien avant de se manifester clairement, tantot se revele par dts eclats soudains
dont le premier effet est la violence meme qu il s agit d eviter, comme unmeurtre
ou un incendie. Mais n importe : la loi veut que, aux premiers signes evidents
d imbecillite, de demence ou de fureur habituelles, 1 aliene soit interdit, meme
lorsque cet etat presente des intervalles lucides (art, 489 C.) ; et 1 assistance
judiciaire est la pour assurer le benefice de cette disposition aux families indigentes.
La loi veut encore que toute personne interdite, ou non interdite, dont 1 etat
d alienalion compromettrait 1 ordre public ou la surete des personnes, soit placee
DIVORCE. 99
d office dans un etablissement d alienes, et elle accorde aux families la liberte
d agir de meme a 1 egard de ceux de leurs membres qui seraient frappes de folie
meme inolfensive, en vue seulement de leur assurer les soins medicaux. i\ est-il
pas evident que lejour ou 1 alienation d un conjoint serait assez confirmee, assez
habituelle pour legitimer le divorce, on aurait eu tout le temps necessairc pour
prendre les mesures preservatrices qui viennent d etre indiquees?
Reste le danger de la cohabitation: 1 aliene peutsemer dans son foyer legerme
de la folie hereditaire. Je ne le conteste pas. Mais d abord s impose ici une
remarque analogue a celle que nous preventions a 1 instant sur les debuts de
1 alienation. Croit-on que 1 aptitude a la transmission hereditaire commence
avec le desordre effectif des facultes mentales?Est-ce que la seule predisposition
morbide n y suffit pas? Est-ce qu on ne voit pas tous les jours des individus
procreer dix ans, vingt ans avant de devenir alienes, des enfants qui le deviendront
a leur tour et peut-elre meme avant leur pere ? Est-ce que la transmission
hereditaire n enjambe pas meme les generations? Et quand on reflechit au
degre de deche ance mentale etle plus souvent de paralysie generale et d impuis-
sance dont une loi sage et humaine devrait faire la condition du divorce,
on ne peut s empecher de reconnaitre que, meme sous ce rapport, les resultats
obtenus seraient tres-mediocres. Nous entendons bicn <jue le peu en ce ^enre
n est jamais a dedaigner : mais alors que n applique-t-on le meme argument aux
autres maladies hereditaires, a la phthisie, par exemple, qui, auprincipe d liere-
dite, ajoute, elle, un principe de contagion? On peut dire avec assurance que les
epoux phthisiques, presque jamais isoles et jamais internes, sont plus feconds
en transmissions morbides que les alienes, presque lous sequestres pendant un
temps plus ou moins long; et, apres tout, il est permis de se demander s il est
meilleur pour un pays de produire des phthisiques que des alienes. Une question
qui aboutit a ces termes n est pas susceptible d une solution legislative.
Une consideration clinique pese ici d un grand poids. La declaration du divorce
pour un cas d alienation mentale implique presque necessairement 1 incurabilite
absolue de la maladie. Qu on se figure, en effet, un epoux sortant gueri d un
asile apres un sejourde plusieurs anneeset se heurtant dans son domicile a un
remplacant, a des enfants qui ne sont pas les siens ! Or, y a-t-il beaucoup de
folies absolument incurables, et celles qui passent pour lelles.comme la paralysie
generale, lesont-ellesreellement?M. Blanche le conteste, s appuyant sur des faits
remarquables desa pratique etde plusieurs autres alienistes. Prenez garde, repon-
daitM. Luys a la tribune de 1 Academie; cethomme que vouscroye/. <?ueri ne 1 est
pas;il a des bizarreries de caractere; ses idees ne sont pas toujoui s justes;
elles ne s enchainent pas avec une suite parfaite. Si vous pouviez voir so;:s son
crane, vous y constateriez toules sortes de modifications patholo"iques des
meninges et du cerveau. - - Eh bien, soil, cet homme est menace de nouveaux
accidents ; un jour ou 1 autre peut-etre il retournera a 1 asile; mais, en attendant
pendant un an, deux ans, trois ans et plus, il aura la possession et presque la
libre disposition de ses facultes intellectuelles; il ne denisonnera pas; il sera
en etat de tenir ses livres, s il est commercant; de composer des ouvra^es s il est
litterateur; de faire des cours, s il est professeur; surtout il aura la conscience
et recevra 1 impression morale des actes qui se passeront devant lui. Aura-t-il
deja a ce moment, dans la periode des accidents graves, subi la loi du divorce en
sa qualite d incurable?Sinon,pourquoi avoirattendu et, enge neral, combien de
temps faut-il attendre? Qui sait s il y aura une remission? qui sail quand elle
100 DIVORCE.
viendra? Un homme tros-distingue, que beaucoup d entre nous ont connu, est
sorti d un asile au bout de douze ou quinze ans apres y avoir ete declare paraly-
tique general par les specialistes les plus autorises, et il a repris avec le plus
grand succes, pendant une periode presque egale de temps, le cours de ses tra-
vaux scientifiques. Si, au contraire, le divorce a ete prononce contre le malade
avant la remission, quelle torture subira ce lucide malheureux, cet innocent,
devant son foyer envahi et sous le coup d un arrete de justice lui en interdisant
1 entre e ? Quant a ces alterations de la substance cerebrale, presumees apres tout,
chez un sujet revenu pour le moment a la raison, c est bon pour un cours de
clinique, mais point du tout pour 1 expose des motifs d un projet de loi.
On propose, il est vrai, la formation d une Commission medicale chargee
d observer de temps a autre, pendant un an, 1 aliene en cause, et de faire un
rapport sur son etat. Cette garantie serait-elle de nature a satisfaire le legislateur?
On peut faire cette question en pre sence de la divergence d opinions qui s est
produite devant 1 Academie. Que ferait d ailleurs cette Commission dans laquelle
se rencontreraient vraisemblablement M. Blanche et M. Luys? A moins d un de ces
etats ultimes et desesperes sur lesquels on ne discute pas, 1 un affirmerait avoir
observe dans le cas present ou la guerison ou des remissions de longue duree,
tandis que 1 autre affirmera n en avoir jamais rencontre. Et la question resterail
ce qu elle est aujourd hui. Sans doute il en va ainsi de beaucoup de consultations
scientifiques ou autres; mais toutes ne touchentpas a de si gros interets sociaux
et, quant a celles qui pourraient avoir quelque analogic avec les consultations
proposees par M. Luys, nous voulons dire les expertises medico-legales, il faut
remarquer que jurys et magistrats ont, contre les contradictions et obscurites de
la science et les contradictions des savants, les ressources de tous les documents
de la cause oil ils peuvent puiser les elements de leur opinion. Quelle lumiere
pourra eclairer 1 autorite dans une simple question de pronostic?
Au reste, je laisse, pour ma part, ces disputes d asiles et d amphithealres;
la question est plus haute. En soi, dans son essence meme, cette invasion de la
pathologic dans le contrat de mariage est anormale et subversive. Jusqu ici la
101 ne s est enquise de la maladie de ses justiciables qu a leur profit, pour les
decharger de devoirs onereux ou pour les soustraire a 1 action penale. Rien de
plus juste ni de plus moral: devant la puissance publique, rinfirmite est un
malheur, un objet de commiseration et de respect. Et voila qu on lui demande
de la trailer en reprouvee ! Et cela pour le plus grand bien d un des conjoints
qui, peut-etre, aura par sa dissipation, par son inconduite, par 1 adultere, provoque
la folie de 1 autre !
Nous ajoutons que cela est contradicloire meme avec 1 esprit de la legislation
en ce qui concerne le mariage des alienes. Loin de chercher dans la demence
une cause de dissolution du mariage, le legislateur, celui-la meme qui avail
retabli le divorce en France, n a pas prononce un veto absolu contre le mariage
du dement ; il n a pas edicte a cet egard d incapacite legale et plus d un aliene
a use de la tolerance, meme parfois dans les asiles. La famille peut sans doute
fuire opposition a un tel mariage, mais celui-ci, se trouvant accompli, n est pas
pour cela de piano frappe de nullite. Le mariage qui a ete contracte sans le con-
sentement libre des deux epoux ou de 1 un d eux ne peut etre attaque que par
les epoux, ou par celui des deux dont le consentement n a pas ete libre, et qui
serait, dans ce cas, 1 aliene lui-meme.
En definitive, la folie est une maladie ; aucune maladie, meme 1 impuissance,
DIVULSEUR. 101
ii est une cause legale de dissolution de mariage. Le fou est un individu
dans sa sante morale comme d autres le sont dans leur sante physique: il merite
la meme sollicitude, les memes attentions bienveillantes et secourables, reserve
faite des pre cautions de securite indispensables. La folie dans le mariage est une
de ces adversites qu on a promis de partager en commun comme les joies. Et, a
ce propos, une preoccupation s impose a 1 esprit. Qui n a eu occasion, surtout
parmi ceux qui ont frequente ces classes dites elevees ou la fortune ne soutient
plus le rang, de surprendre quelques-unes de ces condamnables speculations qui
mettent an lit d une jeune fille saine de corps et d esprit quelque fils d aliene,
he ritier, pour le moment, du chateau de ses peres, et probablement, pour 1 avenir,
d une horrible maladie. Nous connaissons, pour les avoir subies, les angoissesdu
medecin uni auxdeux families par des relations professionnelles. Avec le divorce
en perspective, mais dans une perspective plus ou moins lointaine, laissant le
temps de jouir du present et de le fa ire fructifier, quelle nouvelle porte ouverte
a la tentation! Si la maladie n eclate pas, tout est bien ; si elle eclate, pas
d esclavage conjugal qui vous rive a celle qui vous donnera son nom. Le divorce,
et tout est fini. Ce n est plus qu a recommencer. Dans une societe de peu de foi
morale, deja si affamee d argcnt, si violemment emportee par le torrent des
affaires, tellement avide de jouissances materielles que le souci meme de leur
recherche empeche de les gouter serviunt voluplatibus, non fruuntur, ce
sont de facheux precedes que ceux qui tendent a abaisser, par la suppression des
devoirs sociaux, la barriere de la cupidite I
La Chambre des depute s, qui a vote leprincipe du divorce, n en a pas encore
determine les applications. A ttendons. A. DECHAMBRE.
DIVRY (JEAN). Medecin et poete, ne a Hiencourt, dans le Beauvoisis, vers
1472, exerc,a la medecine et publia diverses poesies sur 1 histoire et sur des
sujets particuliers ; nous ne citerons que Les secrets et lois du mariage, in-8,
sans date. L. HN.
DIVULSEUR. Instrument employe pour pratiquer la dilatation brusque
des retrecissements de 1 urethre. II en existe plusieurs modeles.
1 Celui de Michelema, forme de deux branches dont la reunion constitue un
catheter; ces deux branches, convexes en dehors et concaves en dedans, sont
reliees entre elles par leur face concave au moyen de petites lames metal liques
articulees, qui sont couchees quand 1 instrument est ferme; elles se redressent
an moyen d une vis et ecartent ainsi les deux branches. Gelui de Rigaud res-
semble beaucoup au precedent. 2 Celui de Perreve, forme egalement de plu
sieurs branches qui s ecartent au moyen d un mandrin introduit dans leur
injtervalle. Le dilatateur de Holt a etc construit d apres le meme principe.
5 Celui de Voillemier, qui s est propose d avoir un instrument dont on put
augmenter le volume tout en lui conservant sa forme cylindrique, afm que son
action tut repartie egalement sur tous les points de la circonference de 1 urethre.
Get instrument, qu il a appele divulseur cylindrique, se compose d un conduc-
teur forme de deux petites lames d acier recourbees en gouttiere, de fagon a
constituer par leur reunion un catheter cylindrique, et d un mandrin creuse
sur toute sa longueur d une rainure pouvant recevoir les deux lames du con-
ducteur. Lorsque le mandrin est introduit entre les lames, celles-ci s engagent
dans la rainure de tellefacon que 1 instrument est toujours cylindrique. 4 Ceux
102 DIZIER (SAINT-).
de Sheppard et Mallez, composes d un conducteur sur lequel glisse une bougie
terminee par une olive.
Les instruments de Perreve et de Voillemier sont ceux qui agissent avec le
plus de securite.
BIBLIOGRAPHIE. VoiLLEMiER, Traite des maladies des votes urinaires, t. I, p. 194 et 200,
1868. GAUJOT et SPH,LMANK, Arsenal de la chirurgie contemporaine, t. If, p. 7^0, 1872.
L. H. PETIT.
Dizi: (MICHEL-JEAN-JACQUES). Pharmacien, affineur des monnaies a Paris,
me.mbre de I Academie de medecine, naquit a Aine, dans le de partement des
Landes, en 1764. II commenca par etre pre parateur de D Arcet, puis fut phar-
macien dans 1 armee et arriva au grade de pharmacien en chef en meme temps
qn il fut charge de 1 inspection du magasin general des me dicaments. Plus tard,
il se fixa a Paris ou il mourut a un age tres avarice*, en 1852. Nous citerons de
lui :
I. Precis historique sur la vie et les Iravaux de Jean d Arcet. Paris, an X (1802), in-8.
II. Sur la vegetation des sels. In Jour n. de physiq., t. XXXIV, 1789. III. Examen compa-
ratif des coulcurs jaitnes de la sentence du tre/le ct de la gaude. Ibid., t. XXXV, 1789.
IV. Analyse ducuivre avec lequel lesAnciens fabriquaient leiirs medailles, les instruments
tranchants. Ibid., t. XXXVI, 1790. V. Proctde pour obtenir lacide gallique. Ibid.,
t. XXXIX, 1791. -- VI. Sur la preparation de lacide citrique concret. Ibid., t. XLV, 1794,
et in Mem. des sav. e"trang., t. I, 1805. VII. Sur la rectification de Vtther sulfurique.
Ibid., t. XLVI, 179 <. VIII. Sur la matiere de la chaleur consideree d apres den experiences
chimiques comme la cause de leffet lumineux. Ibid., t. XLIX, 1799. Me"moire historique
sur la decomposition du sel marin et sa preparation en soude brute. Ibid., t. LXX, 1810.
L. ILv.
DIZIER (SAINT-) (BAD MINERALE DE). Athermale, bicarbonatee ferrugi-
neuse faible, carbonique et sulfureuse faible. Dans le departement de la
Haute-Marne, dans l arrondissement et a 16 kilometres de Vassy, est un chef-
lieu de canton peuple do, 8000 habitants, sur la rive droite de la riviere la
Marne. La ville de Saint-Dizier (5. Desiderium) a un chantier de construction de
bateaux et un commerce assez etendu a cause de ses hauls fourneaux, de ses
fonderies de fer et de ses forges.
La source de Saint-Dizier nommee Fontaine Marin emerge dans une foret
distante de *2 kilometres de la ville ; son eau est limpide, claire et transparente;
elle a une odeur a la fois piquante et hepatique ; son gout est un peu sulfureux
et sensiblement martial. Des bulles gazeuses assez grosses viennent de temps a
autre s epanouir a la surface de la fontaine dont les parois interieures sont recou-
vertes d une rouille assez foncee. Sa temperature est de 12, 8 centigrade. Son
analyse chimique a ete faite par Legrip qui a trouve dans 1000 grammes d eau
les principes suivants :
Carbonate de chaux 0,0201
magnesie 0,0232
Sulfate de soude 0,0300
chaux 0,0297
magnesie 0,0480
potnsse 0,0320
Chlorure de magnesium 0,0320
riios^lnle d alumiue 0,0200
Sesquioxyde de fer, , 0,1103
Manganese ,.,..
Silice I traces.
Strontiane, brome, iode,^cuivre ,
TOTAL DES MATIERES FIXES 0,3450
DJABRIL. 103
r i aciJe carbon ique , 0,1627
jaz> I hydrogene sulfure 0,0216
TOTAL DES GAZ 0,18i5
Cette analyse ne doit etre acceptee qu a litre de renseignement, car on ne
pent admettre, comme 1 a fait observer M. 0. Henry, la presence simultane e de
1 hydrogene sulfure et du bicarbonate de fer, sans qu il y ait production imme
diate de sulfure noir de fer. M. Henry n a pas trouve non plus une proportion de
fer aussi considerable que M. Legrip et a constate qu il y avait erreur dans la
quantite d hydrogene sulfure de 1 analyse ci-dessus.
L eau minerale de la foret de Saint-Dizier est employee depuis longtemps par
les gens de la ville et des environs contre les maladies cutanees et contre les
etats pathologiques dont 1 appauvrissement du sang est la cause et la faiblesse le
symptome predominant. A. R.
DJABRIL (fils de BAKHTICHOU, GABRIEL fils de BAKHTICHOU). Djabril hdrita
de la position de ses peres et la grandit encore. Jamais peul-etre medecin ne
fut ainsi comble des faveurs de la fortune. II en connut aussi les disgraces,
mais elles furent passageres. II fut le medecin favori et puissant a la cour de
Bagdad, depuis Haroun jusqu a Manioun, iuclusivement. Son pere 1 avait recom-
mande comme le premier praticien de son temps. Des cures lieureuses, un esprit
eleve, contribuerent egaleraent a lui conquerir la faveur des kalifes et de leurs
ministres les Barmecides.
Un precede original lui valut de magnifiques presents et le litre de chef des
medecins. Une favorite de Haroun s etait luxeThumerus, et on avait inutilement
employe desremedes pour favoriser lareduction. Djabril fut appele. 11 se cbargea
de la cure, mais a la condition que le kalife le laisserait faire sans se facher.
S approchant alors de la jeune femme, Djabril fil semblant de vouloir lui
retrousser la robe. A ce geste, la jeune femme alarmee etendit le bras pour se
prote ger: la luxation etait reduile.
Telle etait 1 affection de Haroun pour Djabril, qu il lui avoua qu il avait prie
pour lui a La Mekke, et qu il le defendit contre ses proches scandalises de tant
d amitie et de consider.ilion pour un infidele. Djabril etait chretien.
II presidait, non sans queljuas diffioultes, au regime alimeulaire du kalife.
Son independance et la calomnie le desservirent aupres de Haroun dans la
maladie dont ce kalife mourut, mais il etait soutenu par les Barmecides, et il
echappa a 1 orage. La meme faveur lui fut continuee par Amin. Manioun, com-
pelileur d Amin, en prit ombrage, mais le besoin le rapprocha de Djabril.
Djabril et sa famille usaient ge nereusement de leurs richesses. Us repan-
daient d abondantes aumones, visilaient les malades indigenes, secouraient les mal-
heureux et les opprimes. Djabril nous a conserve la lisle des liberalites inou ies
dont il fut comble par les kalifes, leur famille et les Barmecides. Nous ne pou-
vons en reproduire les details, mais nous dirons que, malgre ses fastueuses
depenses, il laissa en heritage a son fils 900000 pieces d or. Freind, qui ne
connaissait de 1 histoire de la medecine d Ebn Abi Ossaibiah que les notices des
medecins de cette famille, s est pris a dire que cette histoire n avait d autre
utilite que de faire voir les liberalites fabuleuses dont les kalifes comblaient leurs
medecins (La vie de Gabriel se trouve chez Freind).
Djabril ecrivit quelques ouvrages de medecine, et son nom apparail de temps
en lemps chez Serapion el chez Bazes (voy. DJORGIS). L. LECLEP/:.
104 DOAZAN.
DJATES (LES). Nom des populations de 1 Himalaya (voy. ASIE, p. 539).
D.
DJEBBEL-INDE. Nom donne a des Semences fines, jaunatres, de saveur
acre, qui proviennent des Indeset que les Egyptiens emploient, d apres Rocellere,
pour provoquer des vomissements. PL.
BIBLIOGRAPHIE. Bull. d. sciences mid. de la Soc. d &mulation, "VI, 211. MERAT et DE
LENS. Diet. mat. rned., II, 664. PL.
i> jo KG is BI;\ DJABRIL (GEORGES Ills de GABRIEL). L importaiice de
ce nora tient surtout a ce qu il se rattache a 1 un des plus grands faits de 1 his-
toire scientifique des Arabes, et a ce que ce personnage occupait une position qui
nous parait nouvelle dans les annales de la medecine.
En 1 annee 765 de notre ere, Georges, issu d une famille de medecins, se
trouvait medecin en chef de 1 hopital de Djondisabour, en Perse, oil il enseignait
en meme temps la medecine a plusieurs eleves.
Le kalife El-Mansour tomba malade a Bagdad, atteintd une dyspepsie, que les
remedes administres par les praticiens indigenes ne faisaient qu aggraver. S etant
informe s il n y avail pas autre part un medecin renomme, on lui designa
Georges, qui fut invite a se rendre a Bagdad. Georges s y rendit, apres avoir
confie le service de son hopital a son fils Bakhtichou. II guerit El-Mansour, qui
lecombla de presents. Tel est le commencement de la fortune de cette famille,
dont quelques membres atteignirent aupres des kalifes a un degre de faveur
inoui, et qui fournit des medecins pendant plusieurs siecles.
Georges fut un des premiers ouvriers de cette ceuvre memorable, commencee
par El-Mansour, continuee par Haroun, et qui atteignit son apogee sous El-
Mamoun, a savoir, 1 introduction de la science grecque chez les Arabes.
Ebn Abi Ossa ibiah le place en tete de la liste des traclucteurs. Ce fut le
premier, dit-il, qui sur 1 invitation d El-Mansour traduisit des ouvrages de
medecine en arabe . Ildit ailleurs que ces ouvrages etaient des ouvrages grecs.
Malheureusement il ne donne pas le titre de ces ouvrages.
Le meme historien ajoute que Georges composa en syriaque une celebre col
lection (ce que Ton a pris 1 habitude d appeler Pandectes), qui fut traduite en
arabe par Honein. Nous n avons pas d autre renseignement sur cet ecrit, qui ne
nous est pas parvenu, mais nous trouvons le nom de Georges assez souvent cite
dans le Continent de Razes: nous 1 y avons remarque une cinquantaine de fois.
Bakhtichou, fils de Georges, herita de la position de son pere a Bagdad. II
laissa des Pandectes et un Memorial, son nom se rencontre aussi dans le Conti
nent de Razes. L. LECLERC.
DJUXBERG (FREDRIK-AUGUST). Ne a Stockholm, le 3 novembre 1794, a fait
a Upsal ses etudes medicales. II fut recu candidat en medecine de cette Uni-
versite le 12 juin 1820, licencie le l er juin 1821 et docteur en 1822. II fit partie
du corps de sante de 1 armee de terre et de la marine, fut nomme chirurgien
major en 1829, et apres divers voyages devint, en 1851, medecin de province.
II est mort en aout 1875. Nous connaissons de lui :
Utdrag uc embetsberattelse. In Svenska Lakare-Sallskapet Nytt Handlingar, t. VII.
A.D.
DOA/AX (PIERRE-ELOY). Medecin du dix-huitieme siecle, regu docteur a la
Faculte de Montpellier, agrege au College des medecins de Bordeaux, membre
DOBERA. 105
de 1 Academie de la meme ville ainsi que de la Societe royale des sciences de
Montpellier, s est fait connaitre par des travaux sur la colique de Poitou et sur
les maladies des betes a comes.
I. Quaestiones medicae pro cathedra vacante : On salubris aer Burdigalensis ? . .utrum
navigatio prosit sanitaii. Bordeaux, 1757, in-12. II. Reflexions sur la dissertation de
H. De Haen au sujet de la colique de Poitou. In Journ. de med. de Roux, t. XIII, p. 291,
1760. III. Mem. sur lamaladie Jpizootique regnante, etc. Bordeaux, 1774, in-8.
L. HN.
DOB EL (JOIIAINN-JACOL). Ne a Dantzick, proiesseur et medecin pensionne a
Rostock, mort dans cette ville le 6 juin 1684. II etait membre de 1 Academie
des Curieux de la Nature, sous le nom d Hippocrate II, revetu du litre de comte
palatin. Lors de 1 investiture de ce litre, il prit la particule et changea son nom
en DCEBELN. On a de lui :
I. Diss. de lithiasi renum. Lugduni Batav., 1664, in-4. II. Diss. de fcedis virginum
coloribus. Rostochii, 1670, in-4. III. De ovis exercitationes . Rostochii, 1676, in-4.
IV. Conclusions de corporis naturalis principiis. Rostochii, 1682, in-8. -- V. Sciagraphia
corporis humani. Rostochii, 1683, in-8. VI. Hippocratis et Helmontii conciliatio de
generatione. Rostochii, 1647, in-4. VII. Penis cancrosi fehcitcr dissecti kistoria. Lipsise.
1698, in-12. Trad, en allem. Copenhague, 1699, in-8. VIII. II a encore public une edition
des ceuvres de Lazare Riviere (Francfort, 1674, in-fol.) et de la Medicina Hippocraiica
contracta de Van der Linden (Francfort, 1672, in-fol. ). L. HN.
DOBELN (JOHANIS-JACOB von) . Fils du precedent, naquit a Rostock le 29 mars
1674, etudia la medecine dans sa ville natale, a Copenhague et a Konigsberg,
puis, apres avoir exerce son art a Yarsovie, revint a Rostock, oil il prit le degre
de docteur le 18 avril 1696. II etait alors me decin du starosle polonais
Nicolas Grudzinski; il quilta ce seigneur en aoiit 1696, passa a Wismar, puis
se rendit a Gothenborg, ou il devint medecin inspecteur le 31 mai 1697. II se
fit ensuite agre ger au college royal de Stockholm, fit en 1698 un voyage aux
Pays-Bas, d ou le rappela le roi Charles XII, qui le nomma en 1709 medecin
provincial en Scanie et 1 annee suivante professeur d anatomie a Lund, ou il
moumt en 1743.
Doebeln avail e te anobli en 1716 et rec.u membre de la Societe d Upsal le
4 decembre 1753, membre de 1 Academie des Curieux de la Nature en 1735. II a
laisse une Uistoire de I Universile de Lund en latin et une Description des eaux
mine rales de Ramlcesa, pres de Helsingborg, en suedois. On a encore de lui une
fouled opuscules et de dissertations, parmi lesquels nous nous bornerons a citer :
I. Valvularum vasorum lacteorum, lymphaticorum etsanguiferorum dilucidatio. Rostochii,
1695, in-4. II. Diss. de sanguificatione sine novo chylo peremante in media diuturna
Lundae, 1730, in-4. III. Diss. qua demonstratur scorbutum Suecis non esse endemium
Lundae, 1735, in-4. IV. Compendium physiologic anatomicis demonslrationibus illus-
tratae. Lundae, 1741, in-4. L. HN.
DOBERA. Le D. glabra J., arbre de 1 Arabie, a e te cite comme produi-
sant des fruits comestibles et rafraichissants. 11 est d ailleurs sans grand inleret
medical. C esl un des deux representants connus du genre Dobera, rapporte
aux Salvadoracees par les auleurs en general (BENTH. et HOOK. F., Gen., II, 680)
et que nous avons (Hist, des plant., VI, 15) attribue aux Celastracees, comme
les Salvadora eux-memes dont les Dobera different par la polypetalie de leur
corolle et la presence d une e caille glanduleuse en dedans de chaque petale. Leur
ovaire supere n a qu une loge fertile, uniovulee, et une ou plusieurs logettes
steriles. II. BN.
106 DOBRZENSKY VON SCIIWARZBRCK.
DOBEREINER (JoHANN-WoiFGANG). Nous (levons line mention a ce chimiste
eminent, auteur d un grand nombre de decouvertes qui interessent 1 hygiene et
la medecine. Dobereiner avail du reste obtenu le diplome de docteuren medecine.
Ne a Hof, en Baviere, le 15 decembre 1780, il mourut a lena le 27 mars
1849. A 1 age de quinze ans, il commence 1 etude de la pharmacie, et les bril-
lantes qualites qu il deploya lui valurent bientot 1 amitie de plusieurs medecins
et naturalistes distingues. 11 s appliqua de preference a la chimie. Apres
plusieurs voyages, il revint dans sa patrie, en 1805, et y eleva une fabrique de
produits chimiques. Peu apres, il abandonna 1 industfie pour se livrer exclusi-
vement a la chimie experimentale ; c est a cette e poque qu il fit la decouverte des
cblorures alcalins et de plusieurs autres et reconnut les proprietes desinfectantes
du charbon. De 1808 a 1810, il dirigea une distillerie et une brasserie pres de
Baireuth et eut 1 occasion de faire des observations ties-importantes sur les
phenomenes de la fermentation. En 1810, il fut nomme professeur de chimie
a 1 universite d lena, sur la recommandation de Gehlen ; il gagna 1 amitie de
Charlcs-Auguste, grand-due de Weimar, et celle de Goslhe, et, grace a la pro
tection de ces puissants personnages, put entreprendre une serie de travaux.
extremement importants. En 1817 el 1818, le gouvernement prussien 1 envoya
en mission a Aix-la-Cliapelle et a Spa pour faire 1 analyse de leurs eaux mine-
rales. Eu 1820, il devint professeur ordinaire, et tous les autres honneurs sui-
virent. 11 refusa les offres les plus brillantes des universites de Bonn, de Dorpal,
de Halle, de Munich et de Wurtzbourg, pour rosier fidele a Tecole d lena qui
1 avait la premiere accueilli.
Dobereiuer le premier reconnut que 1 acide oxalique ne renferme pas d hydro-
gene et constala le dedoublement de cet acide en eau et en oxyde de carbone
sous 1 influence de 1 acide sulfurique concentre, de meme qu il reconnut que ce
dernier decompose 1 acide formique en acide uirbonique et en oxyde de carbone.
Le premier il employa 1 oxyde de cuivre dans 1 analyse des substances organiques.
Mais, de toutes ses decouvertes, c est celle de la propriete de 1 eponge de platine
d enflammer I hydrogene au contact de 1 air ou de Toxygeiic qui fit le plus de
sensation ; il appliqua cette propriete a la construction de briquets, de veilleuses,
d eudiometres. elc. Nous nous bornerons a ciler de lui :
I. Lehrbuch der allgem. Chemie. lena, 1811-1812, 3 vol. in-8. II. Grundriss der allg.
Chemie. lena, 1816, in-8; 3. Aufl., ibid., 1820, in-8. Suppiem. Stuttgart, 1857, in-8.
III. Anleituiig zur Darstellung und Anwendung alter Arten der kraftigsten Bader mid zur
kunstlichen Bereitung der wirksamsten Ileilwasser, etc. lena, 1816 (1815), in-8. IV. Ele-
mente der phannaceutisc/ien Chemie zu Vorlesungen und zum Gebrauch fur Aerzte und
Apotheker. lena, 1816, T. iu-8; 2. Aufl., ibid., 1819, in-8. V. Ueber die chemische
Constitution der Mineralwasser. lena, 1822 (1821), in-8. VI. Zur pneumalischen Che
mie, etc. lena, 1821-1823, 5 iasc. in-8. VII. Zur Ga!iruncjschemie, etc. lena, 1822, in-8;
2. Aufl., ibid., 1844, in-8" (n est qu une parlie du precedent publiee separe ment).
VIII. Ueber neuentdeckte lioclist mcrkwiirdige Eigenschaften des Platins. lena,. 1824, in-8.
IX. Beitrdge zur physikalischen Chemie. lena, 1824-1856, 5 livr. in-8. X. Deutsches
Apothckerbuch. Stuttgart, 18iO-l844 (en collaboration avec son fils Franz Dobereiner).
XI.Nombreux articles dans les recueils periodiques. L. Hx.
IIOBRZEXSKY vox SCHWARZBRIJCK (JACOB). Medecin et philosophe,
ne en Boheme, florissait dans la seconde moitie du dix-septieme siecle. II fit
un sejour assez long en Italie et exerga la medecine a Panne. Nous connaissons
de lui :
I. Nova et amoenior philosophia Heronis de fontibus. Ferrare, 1659, in-fol. II. Prccser-
vativum universal?. Corollarium de principiis. Hippocrates redivivus, sen Theses medicae
DOC1MASIE. 107
inaugurates. Ferrare, 1686. - - III. Tincturae metamorphoseos microcosmicae, sen Theses
medicae de transmutations in chylificatione. Ferrare, 1686, in-8.
DOBSON (LES DECX).
Dobson (RICHARD). Ne dans le Yorkshire, prit en mai 1795 du service
dans la marine en qualile de chirurgien assistant, a Haslar Hospital, et devint en
fevrier 1797 chirurgien en litre. Apres avoir navigue pendant quelque temps,
il revint en 1809 et fut nomme chirurgien du navire-hopital the Trusty; le
czar et le roi de Danemark lui accorderent de brillantes recompenses pour les
soins qu il donna aux marins russes et danois et lui decernerent entre autres des
croix de Fordre de Saint-Vladimir et de 1 ordre de Danebrog. En 1814, il i ut
nomme chirurgien de la marine royale a Chatham, puis en 1824 chirurgien a
I hopital de Greenwich. II conserva ce poste jusqu en 1844, ou il prit sa retraite.
II mourut en septembre 1847.
Dobson a publie divers articles dans Edinb. Med. Journal, London Medico-
Chirurg. Transactions, etc. II e tait fellow de la Societe royale de Londres.
Dobson (WILLIAM). Anatomiste distingue, mort a Londres le 10 mars
1836, age seulement de vingt-neuf ans. Eleve de Charles Turner Thackrah, a
Leeds, il enseigna 1 anatomie a 1 ecole fonde e par cet eminent chirurgien a
partir de 1829, puis en octobre 1855 vint a Londres enseigner 1 anatomie com-
pare e a 1 Ecole de medecine de Westminster. II etait membre du College royal
dechirurgie de Londres. On a de lui :
I. An Experimental Inquiry into the Structure and Function of the Spleen. London, 1830,
in_8. II. On the Action of the Heart. In the Lancet, t. I, p. 602, janv. 18? 1. III. Essay
on Animal Action. Ibid., t. II, passim, 1831. IV. On the Epidemic Cholera of Leeds 1825.
In Johnson s Med.-Chir. Review, t. XX, p. 636, 1832. L. UN.
DOCHMIE (DochmimDa}.). Genre de Vers Nematoides, appartenant a la
famille des Strongylide s.
Par leur corps blanc, filiforme, tres-mince et finement strie en travers, les
Dochmies out les plus grands rapports avec les Strongyles. 11s s en distinguent
par leur tete irreguliere, obliquement tronquee en dessous, et par leur bouche
tres-large, placee lateralement. De plus, la cavite pharyngienne est anguleuse et
revelue par une membrane cornee dout les bords sont denies. Les males out
I extremite posterieure du corps terminee par deux lobes late raux assez larges
rapproches en forme de bourse ou de cloche, et munie d une gaiue de laquelle
sortent deux spicules longs et greles. Chez les femelles, au contraire, la queue
est droite, conique, obtuse ou mucronee; la vulve est situee en arriere de la
partie mediane du corps.
Les Dochmies sont parasites de certains Mammiferes. Des trois especes connues,
Tune (D. tubceformis Duj.) a ete trouve e dans le duodenum duchat domestique,
en Europe et en Amerique, 1 autre (D. hypostomus Dies.), dans 1 intestin du
mouton, de lachevre, du chamois, du cerf, du chevreuil et de la gazelle, latroi-
sieme enfm (D. trigonocephalus Duj.), dans 1 estomac et 1 intestin du chien, du
renard et du loup. Dans cette derniere espece, le male a de 6 a 7 millimetres, la
femelle de 15 a 14 millimetres de longueur. ED. LEFEVRE.
DOCi.n\siE (Soxrpa^stv, essayer, eprouver). On appelle docimasie pulmo-
naire 1 ensemble des epreuves faites sur le poumon de 1 enfant pour savoir s il
108 DOCTRINE.
a ou non respire. Ces e preuves auxquelles on peut avoir recours reposent,
ou sur une difference de rapports entre le poids du poumon et le poids du
corps, suivant que Ten fant a respire ou n a pas respire (methode de la balance);
ou sur une difference dans le volume d eau que deplace et le poids que perd le
poumon immerge (methode hydrostatique de Daniel), ou sur une difference de
poids specifique (methode hydrostatique de Galien).
Ces diverses meHhodes seront exposees en detail et appreciees a 1 article
INFANTICIDE. D.
DOCKENBURG (HANS von). Chirurgien strasbourgeois du quatorzieme
siecle, celebre par la cure heureuse qu il obtint sur le celebre roi de Hongrie
Mathias Corvin. Brunschwig, dans sa Chirurgie (Tract. II, p. xxxiv b de Pedition
de 1508), raconte que ce prince avail ete blesse au bras par une fleche dont la
pointe en fer e tait restee dans la plaie. Dockenburg eut le courage d entreprendre
le traitenient du roi ; il recouvrit la plaie d un onguent compose de bol d Ar-
menie, de vinaigre et de camphre, et qui provoqua la suppuration. Le chirur-
gien de Strasbourg pratiqua alors une simple incision a la peau et retira le
fragment sans se servir de pince. Pour le recompenser, Mathias Corvin Peleva
au rang de chevalier et de comte. L. HN.
DOCTOR S GUM. Substance gommo-resineuse, extraite du Rhus Meto-
pium L., espece de Sumac des Antilles, dont 1 ecorce est astringente et a ete
vantee centre les affections diarrheiques, scrofuleuses, hemorrhoidales, vene-
riennes, etc. La resine s obtient par incisions de 1 ecorce, et on Pemploie comme
evacuant, a Pinterieur, contre les affections syphilitiques, certaines maladies de
foie, de la vessie. A Pexterieur, on Papplique au traitenient des plaies.- On a
propose de Pemployer, comme on fait des feuilles, au traitenient de la pustule
maligne : son action serait done comparable, dans ce cas, a celle du Noyer. Les
auteurs parlent peu de ce medicament, et c est d apres une indication de Bertero,
que Pon connait le nom de Doctor- gum ou Doctor s gum, qu il porte a la Ja-
ma ique. On Pappelle aussi Hog-gum; il se presente en masses demi-opaques
ou en larmes friables, jaunatres, dont Papparence a ete compare e a celle de
la gommc-ammoniaque teintee avec de la gomme-gutte. Sa saveur est legere-
ment amcre, et son odeur nulle. H. BN.
BIBLIOGRAPHIE. MER. et DE L., Diet. Mat. mgd., II, 665 ; VI, 77. -- GUIB., Drog. simpl.
6d. 7, III, 489. ROSEXTH., Syn. plant, diapkor., 850. H. BN, Hist, des pi., V, 300;
Tr. Bot. med. phantr., 902. H. BN.
DOCTRINE. Le mot doctrine signifie simplement ce qu on enseigne; mais,
en langage philosophique, il suppose que ce qu on enseigne renferme un prin-
cipe general, repose sur une proposition premiere, de laquelle on deduit une
serie d autres propositions, dont Pensemble constitue ce qu on appelle un corps
de doctrine.
Certaines doctrines sont entierement hypothetiques. L hypothese sera deduite
de certaines observations positives, mais elle sera indemontree et inde mon-
trable : par exemple, la doctrine de la metempsychose, ou meme celle de la com
position elementaire des corps et de Pindivisibilite des atonies. Parmi les doc
trines qui ont un fondement experimental, il en est qui sont tirees de Pobservation
des phenomenes du monde exterieur; d autres, de Pobservation des phe nomenes
DOCTRINE. 109
de conscience. La doctrine de 1 unite des forces physiques toutes reductibles au
mouvement est un exemple du premier cas; celle du libre arbitre un exemple
du second. Dans 1 ordre purement logique, diverses doctrines ont ete emises
sur la nature et la valeur des procedes dont 1 esprit se sert pour rechercher la
verite ou pour 1 affirmer : sur la nature de la proposition, sur la valeur de 1 in-
duction ou dela deduction, sur la distinction du genre etde 1 espece, etc. II n est
meme pas necessaire qu une doctrine precede directement de 1 hypothese ou de
1 observation; il suffit d une conception de 1 esprit, qui pourra etre occasion-
nellement suggeree par des evenements quelconques ; qui ne sera pas la
consequence logique de ces evenements, mais bien une simple opinion person-
nelle sur un ensemble de questions. La politique, ou les impressions jouent
un plus grand role que le raisonnement ou 1 experience, est pleine de ces doc
trines (qu on appelle liberates, conservatrices, socialistes, panslavistes, de
Monroe, etc.); et chacun de nous, dans ces actes comme dans ses pensees,
obeit tous les jours a des doctrines personnelles dont I irreflexion 1 empeche de
se rendre compte.
Entre la doctrine d une part et, d autre part, la the orie et le systeme, il existe
des differences que 1 usage ne respecte pas toujours et qu il est bon de rappeler,
car la premiere qualite a exiger de toute science est la clarte dans la termino-
logie.
Si la doctrine est une affirmation de principes, la theorie est une explication
des fails. II pent y avoir des doctrines sans theorie ; il n y a pas de theorie sans
doctrine. Un des exemples cites tout a 1 heure aidera a comprendre cette diffe -
rence. L univers est compose d atomes . Voila une affirmation doctrinale :
c est la doctrine atomistique. Les combinaisons chimiques en proportions defi-
nies sont expliquees par la constitution atomique des corps, et les proportions
represented les poids relatifs des particules integrantes et irreductibles de la
matiere. Yoila une theorie : la the orie atomique. De meme, on enonce une
doctrine quand on dit que 1 acte de 1 hematose est une operation chimique, et
une the orie quand on montre comment 1 oxygene de 1 air se met en contact avcc
le sang et y devient 1 agent d une combustion.
Quant au systeme, il consiste dans une disposition methodique d idees ou de
raisonnements, enchaines les uns aux autres et constituant un tout qu on ne
peut rompre en un point sans miner la construction tout entiere. Le systeme
ne doit pas etre identifie avec la doctrine, puisque celle-ci, nous 1 avons dit,
peut se re duire a une simple croyance ; mais un sysleme scientifique, comme une
theorie, suppose une doctrine et n est meme que rarrangement scientifique des
elements d une doctrine. En astronomic, 1 hypothese de 1 attraction est le prin-
cipe doctrinal sur lequel repose le systeme par lequel on rend compte du mou
vement des astres. Le principe de la doctrine de Brown est que toutes les mala
dies sont causees par 1 asthenie; celui de Broussais, qu elles sont dues a
Tirritalion ; chacun d cux applique syste matiquement son principe a toutes les
parties de la pathologic. On comprend ainsi que, dans beaucoup de cas, le choix
entre les mots doctrine et systeme soil a peu pres indifferent ; qu Alibert ait e crit
un livre sur la valeur des systemes dans Tetude des sciences, et Broussais un
autre sur 1 examen des doctrines. Pourtant il est a remarquer que la distinction
etablie ci-dessus n a pas echappe au fameux reformateur, car le litre entier du
plus celebre de ses ouvrages est ainsi libelle : Examen des doctrines medi-
cales et des systemes de nosologie .
110 DOD.
Dans 1 article consacre a 1 histoire dc la medecine (voy. MEDECINE [Histoire]),
toutes les doctrines, tous les systemes de raedecine ont ete passes en revue.
Nous n avons pas a y revenir. Quelques mots seulenient touchant 1 influencc
qu elles ont pu exercer sur les destinees de la science me dicale.
Comme on est porte a juger de la valeur intellectuelle ou des caracteres des
gens surtout par leurs defauls, il est assez d usage de maltraiter les systemes,
et c est un grand reproche contre le medecin que de le trailer d esprit systematique.
Avec ce genre d esprit en effet, qui marche pour ainsi dire a travers la reulite
sans la regarder. n ayant jamais devant les yeux que 1 ide edont il est obsede , on
a grande chance, sur le terrain scientifique, de commettre des erreurs, et, sur le
terrain pratitjue, de compromettre la vie des malades. Mais ces graves inconve-
nients ne viennent pas toujours d une faussete radicale des principes auxquels
ons est conforme; ils sont souvent imputables a des applications intempestives,
excessives, d un principe juste, tire lui meme d observations exacles. Tout cri
tique attentif et degage de prevention reconnaitra que, sile vitalisme, dans scs
grands eearts, est alle jusqu a subordonner tous les phenomenes de la vie pby-
siologique et de la vie pathologique a 1 influence de principes hypothe-
tiques, d agents internes, distiucts de la matiere, superieurs a elleetlui donnant
ses ordres, il a contribue dans une tres-grande mesure a mettre en evidence cer-
taines lois i ondamen tales de la vie elle-meme et a sauver 1 autonomie de 1 elre
aninie, et que, par contre, I organicisme, s il oublie tro r > que cet etre doue
de vie, de quelque maniere qu il dure et se renouvelle, par quelquemecanismeque
s opere et s entretienne son harmonie tbnctionnelle, tire de son origine meme, de
sa composition primitive et traditionnelle et des energies qui ysont inlie rentes,
un caractere special, unique, qui domine la pbysiologie et plus encore la patho
logic ; s il ne comprend pas que les conditions de formation de l organisme, les
conditions de son accroissement, de son arret, de son declin, de ses attributs
morphologiques, etc., sont predeterminees et consequemment imposees, quoique
inconnues, a tons nos moyens d investigation, 1 organicisme, disons-nous,
n en a pas moins ouvert a la science une ere ieconde de progres et de decou-
vertes. Et si nous premons des doctrines moins vastes, celle, par exemple, de la
fermentation dans les maladies, ou celle des humeurs peccantes, combien il serait
facile aujourd hui de demontrer qu elles repondent a des fails reels, d une impor
tance considerable et dont retentit toute la pathologie moderne. .Microbes ou
micnm*mas pretendent egalement au role de ferments, et la depuration de Tor-
ganisme est maintenant une des grandes preoccupations de la therapeutique
(voy. DEPURATION).
Ces considerations nous paraissent sulfire a un article qui ne se proposait d autre
but que de dontier une idee generale de la doctrine en science medicale (voy.
1 article METHODE). D.
DOD (PEIRCE). Medecin anglais du commencement du dix-huitieme siecle.
RBQU docteur en 1714, il devint fellow du College royal de medecine de Londres
en 1720 et lut cette meme annee la lecon goulstonienne, puis en 172!) la lecon
harveyenne. En 1725, il fut elu medecin de 1 hopital Saint-Barthelemy et con-
serva ces fonctions jusqu a sa mort arrivee le 18 aout 175i.
Dod etait oppose a 1 inoculation variolique; en 1746 il publia un opuscule
intitule : Several Cases in Physic, Small-pox and Fever, ou il chercha a
discre diter cette pratique. Kirkpatrick, Darrowby et 1 un des Schomberg, lui
DODART. Ill
repondirent d une maniere tres-satirique et le tournerent en ridicule. Nous ne
connaissons pas d autre production de Dod. L. UN.
DODART (DEMS). Celebre medecin francais. II naquit en 1634, de Denis
Dodart, bourgeois de Paris, et de Marie Dubois. Le gout qu il manifesta des
1 enfance pour les sciences et les arts determina son pere a faire soigner son
education, et le jeune Dodart. en s adonnant a 1 etude du grec ot du latin, s ap-
pliquait dans ses moments dc loisir au dessin, a la musique, aux instruments,
et reussit a tout. II parut avec eclat dans tousles eours de sa licence, et fut recu
bachelier le l er avril 1658, puis docteur le 13 octobre 1660. Guy Patin en
parle avec eloge : Ce jeune homme est un prodige de sagcsse et de science,
monstrum sine vilio. Ce garcon incomparable n a que vingt-six ans, il a eu
le second lieu de sa licence, nemine contradicenle . Peu de temps apres,
dcrit Andry, auquel nous emprimtons ces de tails, le comte de Brienne,
secretaire d Etat au departement des affaires etrangeres, lui offrit une place
principale dans ses bureaux. Dodart, quoique sans fortune, refusa ce riche
etablissement, il 1 eut distrait de sa passion pour la medecine et les lettrcs,
auxquelles il s etait entierement voue. En 1666, la Faculte le nomma profes-
seur de pharmacie. Ses talents ne tarderent pas a le faire connailre, et la prin-
cesse Anne-Genevieve de Bourbon, duchesse de Longueville, se 1 atlacha cornme
medecin. II en fut de meme de Anne-Marie Martinozzi, veuve d Armand de
Bourbon, prince de Conti. Nomme ensuite conseiller-medecin du roi, il fut recu
a 1 Academie des sciences comme botaniste en 1673; son ardour a etudier 1 iiis-
toire des planles lui fournit le sujel de plusieurs memoires. II etudia pendant
tronte-trois ans la transpiration insensible d apres les expe riences de Sanctorius.
Ces experiences que Dodart verifia et reitera a Paris furcnt renouvelees en
Angleterre par Keil ; en Hollande par Gesler, et par Linnings dans la Caroline
meridionale.
Denis Dodart, qui avait epouse Marie-Lucienne Le Picard, et qui a laisse
plusieurs enfants, entre autres Claude-Jean-Baptiste Dodart, qui fut egalement
medecin de la Faculte de Paris, est mort d une fluxion de poitrine, le 5 novembre
1707, et fut inhume dans 1 eglise de Saint-Germain 1 Auxerrois. II e tait a^ de
soixante-treize ans. Le titre principal de Dodart au souvenir de la posterite , c est
le role considerable qu il a joue dans la publication, faile sous les auspices de
TAcademie, de I Histoire des plantes, bistoire a laquelle ont travaille Du Clos,
Borel, Perrault, G;ilois, Mariotte,Bourdelin, Marchand. L ouvrage, qui fut public
en 1676, sous la forme d un grand in-folio, et qui porte ce tilre : Memoires pour
servir a Ihistoire des plantes, dresses par M. Dodart (Impr. royale), pent
passer pour un chef-d oeuvre, non-seulement par les ingenieuses reclierches
qui y sont consignees, mais encore par les 39 et magnifiques planches,
gravees sur acier par M. Robert, qui 1 enrichissent. Fontenelle porte ce iurrement
sur la preface de cet ouvrage : On peut prendre la preface que nous venons
de citer pour un moilele d une theorie embrace dans toute son etendue, suivie
jusque dans ses moindres dependances, tres-fmement discute e. est assaisonne e
de la plus aimable modestie . 11 y a de ce livre une seconde edition, en un
volume in-8, mais sans les planches (Paris, Imp. royale, 1779).
Dodart s est encore fait connaitre par divers memoires publies soil dans le
Journal des Savants, soil dans les Memoires de I Academic des sciences. Voici
les titres des principaux :
112 DODOENS OF DOODEZOON.
I. Lettre contenant la description d une plante nouvelle trouvce entre I /corce et le bois
du tronc d un charme mart depuis longlemps. In Journ. dcs Savants, p. 277, 1675.
II. Letlre contenanl des choses fort remarquables touchant quelques grains. Ibid., p. 69,
1676. II s agit de 1 ergol de seigle. III. Reflexions sur un mangeur de feu. Ibid., p. 178,
1677. IV. Description d une plante nommde paries Latins Tanaceta. In .I/em, de I Acad.
d. sc., 1693. V. Memoire sur le parallel isme de la touffe des arbres avec le sol de la
terre qu elles ombragent. Ibid., 1699. VI. Dissertation sur la vdgctation des plantes.
Ibid., 1700. VII. Observations sur le sel volatil qni se tire par la distillation soil des
plantes, sort des animaux. Ibid., 1703. VIII. Observations sur les ruches petrifie es. Ibid.,
17115. IX. Memoire sur les causes de la voix de I homme. Ibid., 1706.
Enfin Dodart avail compose divers traites sur la saignee, sur le regime des
Anciens et sur leurs boissons, qui n ont point etc imprimes. II avail aussi
redige des notes touchant les medecins de Paris; mais ses papiers, signales par
Chomel, ont ete egares en 1762, et n ont point ete retrouves. Quant ;; ses
recherches sur la transpiration insensible, on les trouvera dans 1 ouvrage que
Noguez a publie en 1725, in-12, sous le titre de Statica medica Gallica.
A. C.
DODOENS OF DOODEZOON (REMBERi). De son nom latinise DODONAEUS,
d ou DODONEE. Medecin et botaniste hollandais, ne a Malines, pres d Anvers, le
29 juin 1518. 11 etudia la medecine a Louvain sous la direction de Jean Heems
d Armentieres et Paul Roels de Teuremonde. II prit le grade de licencie le
10 septembre 1535, puis visita, dit-on, plusieurs universites de France,
d Allemogne et d ltalie. II se trouvait a Bale en 154(5 ; c est du moins la qu il
publia son premier ouvrage. 11 parait etre revenu a Malines la meme annee. II
fit un voyage en Ilalie vers 1570, puis revinl en Allemagne pour remplacer,
comme medecin de 1 empereur Maximilien II, Nicolas Biesius, rnort le 10 avril
1572. A la mort de ce prince, en 1576, il remplit les memes fonctions aupres
de son fils Rodolpbe II, qui, comme son pere, 1 honora du titre de conseiller
aulique. Une polemique qu il cut avec Jean Graton de Crafftheim et le danger
qu il courait de perdre ses proprietes a Malines, au moment ou eclaterent les
troubles des Pays-Bas, le determinerent a demander son conge a 1 empereur.
Mais la guerre civile, qui devastait les Pays-Bas, 1 obligea a s arreter a Cologne,
ou il se fixa et jouit d une grande reputation. En 1580, il passa a Anvers, puis
accepta la chaire de medecine a 1 universite de Leyde et consacra a 1 enseignement les
deux dernieres annees de sa vie. II termina sa carriere a Leyde le 10 mars 1585.
Dodoens a ete Fun des premiers praticiens qui aient fait de la the rapeutique
rationnelle. II doit en outre etre considere comme l un des epidemiograpbes les
plus dislingues du seizieme siecle et 1 un des fondaleurs de I anatomie patho-
logique. Mais, outre ses connaissances medicales, il etait Ires-verse dans les
lettres, la linguistique, les mathematiques, et particulierement dans la bola-
nique. Ses principaux ouvrages sont consacres a cette derniere science. Les
descriptions qu il donne des plantes sont generalement exactes, mais ses essais
de classification n offrent rien de sciendfique ; il divise les vegetaux d apres leurs
proprietes medicinales ou leurs usages plutot que suivant des principes ration-
nels. Quoi qu il en soil, Dodoens pent etre considere comme le fondateur de
I horticulture en Hollande. Plumier a consacre a sa memoire un genre de
plantes, Dodonaea, de la famille des Terebinthacees. Nous connaissons de
Dodoens :
I. Cosmographtca in astronomiam et geographiam isagoge. Antverpiae, 1548, in-12.
H. De fragum histona, liber unus ejusdem epistolae medicae una de Farre, Chondro,
DODONjEA. 115
Trago, Ptisana, Crimno et Alica; altera, de Zytho et Cerevisia. Antverpiae, 1552, in-8. -
III. Gruydt-Boeck, etc. Anvers, 1553. IV. Trium priorum de slirpium liistoria commen-
tariorum imagines ad vivum expressae; una cum indicibus graeca, latina, officinarum
Germanica, Brabanlica, Gallicaque nomina compleclentibus. Antverpiae, 1553, 1559, in-8.
V. Posteriorum trium de stirpium historia commentariorum imagines, etc. Anlverpiae,
1554, in-8"; ibid., 1559, in-8. VI. Frumentorum, leguminum, palustrium et aqiiatilinm
herbarum, ac eorum quae eo pertinent, historia. Antverpiae, 1500, 1509, in-8. --VII. Flu-
rum et coronariarum odoratarumque nonnullarum herbarum, ac eorum quae eo pertinent
historia. Antverpiae, 1568, 1569, in-8 (108 planches tres-belles). VIII. Purganlium alio-
rumque eo facienlium, turn et radicum, convolvulorum ac delelariarum herbarum histonae
libri quatuor. Antverpiae, 1574, in-8. IX. Appendix variorum, et quidem rarissimarum
nonnullarum stirpium ac florum guorundam peregrinorum eleganlissimorumque, et
icones, etc. Antverpiae, 1574, in-8. - - X. Historia vitis vinique et stirpium nonnullarum
aliarum.ltem medicinalium observationum exempla. Coloniae Agrip., 1580, in-8; Lugduni,
1583, in- 12. XI. Apollonii Menabeni traclatus de magno animali quod Alcen nonnulli
vacant, Germani Elendt, etc. Coloniae, 1581, in-8. XII. Medicinalium observationum
exempla rara, cum scholiis. Coloniae, 1581, in-8; Antverpiae, 1585, in-8; Harderovici.
1584, 1621, in-8. XIII. Physioloyices, medicinae partis, tabulae expeditae. Anlverpiae,
1581, 1585, in-8. XIV. Stirpium historiae pemptades sex, sive libri triginta. Antverpiae,
1583, in-fol., fig.; ibid., 1612, 1616, in-fol.; en flamand, ibid., 1618, in-fol. ; en bolland.
par J. van Ravelinghen, ibid., 1644, in-fol. XV. Consilia medica, dans le Recueil de
Sc/iok. Francfort, 1598, in-fol. XVI. Praxis medica, Amstelodami, 1016, 1640, in-8.
L. Hs.
r om i:\ L. Genre de plantes des Sapindacees, serie des Sapindees,
dedie a Dodoens (en latin Dodonceus), auteur d une remarquable Histoire des
plantes...., de leurs especes, forme, noms, temperament, vertus et operations,
non-seidement de celles qm croissent en ce pays, mais aussi des autres e tran-
geres qui viennent en usage de me decine. On a aussi fait du genre Dodoncea
le type d une tribu des Dodoneees. Ses fleurs y sont apetales, dio iques ou poly-
games, avec un calice de 2-5 sepales, valvaires ou imbriques, parfois tres-peu
developpes. Les etamines, nulles ou rudimentaires dansles fleurs femelles, sont,
dans les males, au nombre de 4-8 et plus rarement de 9-12, occupant le centre
du receptacle qui n est pas glanduleux ou Test a peine. Leurs filets sont libres,
ordinairement courts, et leurs antheres sont oblougues, sub-4-gones, introrses
dehiscentes par deux fentes longitudinales. L ovaire, nul ou rudimentaire dans
la fleur male, est entoure d un petit disque qui se trouve exterieur aux stami-
nodes ou interpose a eux, lorsqu il existe dans la fleur femelle. Ses looes sont
au nombre de 2-6, >urmontees d un style^a 2-6 divisions stigmatiferes, de
longueur variable, Chacune des loges renferme deux ovules, collateraux ou
subsuperposes, dont un souvent ascendant, et Tautre descendant. Le fruit est
capsulaire, coriace ou membraneux a 2-6 angles ou a 2-6 ailes, septicide et se
separant en 2-6 valves, carenees ou aile es sur le dos, avec une columelle qui
supporte les cloisons et les graines. Celles-ci n ont pas d arille, mais le sommet
de leur funicule peut etre dilate; leur testa est dur ou coriace, etleur embryon,
depourvud albumen, a des cotyledons plus ou moins contournes en spirale. Les
Dodoncea sont des arbres ou des arbustes, souvent visqueux, a feuilles alternes,
simples ou quelquefois paripinnees; a petites fleurs disposees en grappes axil-
laires et terminales, composees, parfois corymbiformes. Parmi les especes, au
nombre d un demi-cerit, qui habitent toutes les re gions chaudes du "lobe,
quelques-unes jouent un certain role en medecine. Telle est rune des plus
communes, le D. viscosa L., souvent cultive dans nos serres, qui croit dans
tons les pays chauds du monde et sert a preparer des bains et des fomentations
astringentes. Ses feuilles sont legerement aromatiques dans les pays cbauds et
passent pour antirhumatismales; on les a vintees aussi contre les affections
Dicr. ENS XXX. X
114 DOGMATISMS.
pulmonaires, renales, et contre les liemorrho ides. Les graines servent dans
certains pays de chataignes. Le D. dioica ROXB. a un bois qui, dans 1 Inde
orientale, sert au traitement des coliques flatulentes. Dans 1 archipel Indien,
aux lies Moluqueset Philippines, le bois du D. angustifolia BLANCO (D. burman-
niana DC.) s emploie exactement aux memes usages. Au Gap, le D. Thunber-
giana ECKL. et ZEYH., souvent designe par les colons anglais sous le nom
<T Olivier des sables, a des fruits recherches comme purgatifs et febrifuges. On
prepare des fomentations astringentes avec les feuilles de la plupart des especes
prece dentes, notamment avec celles du Z). viscosa. H. BN.
BIBLIOGRAPHIE. L., Gen. plant. . n. 855. DC., Prodr., I, 616. CAMBLESS., in Mem. du
Mus., XVIII, 55. SPACH, Suite d Buffon, III, 68. -- THUND., Voijag., II, 145. Bleu, et DE L.,
Diet. Mat. med., II, 665. ENDL., Gen., n. 5626; Enchirid., 565. ROSENTH., Syn. plant.,
diaphor., 782, 1152. H. BN, Hist, des plant., V, 000, 589, 410. H. BN.
DOEGLIQUE (ACIDE). C 19 H 36 2 . Ce corps existe dans 1 huile de la baleine
Dogling (Balaenoptera rostrata Fabr.), a 1 elat d ether ou de doe glate de
doe glyle, a cote d autres corps gras et du spermaceti. On le prepare par la sapo-
nification de cette buile au moyen de 1 oxyde de plomb; on dissout ensuite le
produit dans Tether. En traitant par les acides la partie soluble, on obtient
1 acide doeglique ; il est fluide a 16 et se solidifie vers 0. On en connait Tether
ethylique et le sel de baryte, tous deux cristallisables. L. HN.
DEVERE\ T (GAUTIER van). Medecin hollandais, ne le 16 novembre 1750 a
Philippine, dans la province de Zelande, e tudia la physique et les difterentes
branches de la medecine a Leyde, ou il recut les lemons de Muschenbroeck, des
deux Albinus, de Gaubius, de Van-Royen et de Winter; a Paris, Nollet, Ferrein,
Petit et Levret, furent ses maitres. Revenu, en 1753, dans sa patrie, Doeveren
fut recu docteur en medecine a Leyde. En 1754, il fut nomme, a Groningue,
professeur d anatomie et de chirurgie, il fut deux fois recteur de 1 Universite,
et en 1771, apres la mort de B.-S. Albinus, il succeda a ce medecin dans la
chaire de medecine qu il occupait a Leyde. II mourut dans cette ville le
31 decembre 1785. L annee precedente, il avail accepte le titre de medecin
archiatre du prince d Orange. Doeveren appartenait a un tres-grand nombre de
societes savantes. II a laisse :
I. Dissertatio phisico-medica inauguralisde vermibus infest inalibus hominum. Lugd. Bat.,
1753. II. Sermo academicus de imprudenti ratiocinio ex observationibus et experiment is
medicis. Lugd. Bat.,175i. III. Disquisitio physiologica de eoquod vitamconstituit in cor-
pore animali. Groningae,1758, in-4. IV. Sermo academicus de error ibus medicorum sua
utilitate non carentlbus. Groningae, 1762, in-4". V. Specimen observationum academica-
rum pathologiam el artem obstetriciam praecipue spectantium. Groningae, 1763, in-4,
fig. VI. Tractatus de variolis veris eumdem aegrum agressis. VII. Epistolae ad
Cl. Edward Sandiford de felici successu insitionis variolarum Groningae institutae.
VIII. Sermo academicus de sanitatis Groninganorum praesidiis ex urbis naturali historia
derivandis. Groningae, 1770, in-4. IX. Sermo academicus de recentioruminventis medi-
cinam kodiernam veteri praestantioremreddentibus. Lugd. Bat., 1771, in-4. X. Primae
lineaedecognoscendis mulierum morbis in usus academicos. Lugd. Bat., 1775, in-8. XI. Dis
sertatio inquirens synchondrotomiaepubis utilitatem inparludifftcili. Lugd. Bat., 1781, in-4
(resp. Petersen Michell). XII. Dissertatio academica sislens observations de ano infan-
tutn imperforalo.Lugd. Bat., 1781, in-4, fig. (resp. A. Papendorp). XIII. De nova methodo
nxpxxivTsvsns vesicae, dans le 1" vol. des Actes de la Soc. philosophique experimentale.
XIV. Discours rest6 inedit : De remedio morbo, etc.,prononce a Leyde le 8 fev. 1779 au
moment de quitter le rectorat. L. HN.
DOG n 4T I SHE. Nom d une doctrine medicale sortie de 1 Ecole d Aloxan-
DOIGT (ANATOJIIE). H5
drie, ayant pour principe que la medecine ne repose pas seulement sur
1 experience, mais aussi sur la science et le raisonnement, et qii en consequence
le vrai mcdecin doit connaitre tout ce qui constitue la sante comme tout ce
qui constitue la maladie, ninsi que les causes des maladies particulieres
(voy. MEDECINE [Histoire]) .
DOllLHOFF (GEORG-EDUARD). Medecin allemand, ne a Halle le 24 juillet
1799, fit ses etudes dans sa ville natale et fut recu docteur en 1819. Apres un
sejour a Paris, en 1822, il vint s etablir a Magdebourg et y deviut assesseur
medical en 1826, conseiller medical en 1856, puis professeur de clinique
chirurgicale a 1 ecole medieo-chirurgicale.
Outre diverses traductions et des articles dans les revues medicales, Dohlhoff
a public :
I. Dissert, inaug. de phlegmone. Halae, 1819, gr. in-8. II. Ueber die Augenheilkunde
des Celsus. In Walther s Journ. der Chirurgie, Bd. V, p. 408, 1825. L. UN.
DOIGT. I. Anatomic. Les doigts (digitus en latin, 5axru>o$ en grec,
Finger en allemand et en anglais, dito en italien, dedo en espagnol) sont des
appendices allonges et mobiles qui terminent et caracterisent la main.
Au nombre de cinq, ils sont designes tantot sous les noms de premier,
deuxieme, troisieme, etc., en les comptant de dehors en dedans, tantot sous les
noms de ponce, index ou indicateur, me dius, annulaire, auriculaire ou petit
doigt.
Ils different de volume et de longueur. Cliacun sail que le pouce est le plus
gros, et le medius le plus long des doigts. L extremite du pouce ne depasse guere
le milieu de la premiere phalange de 1 index; celle de 1 index atteint le bord
supe rieur de 1 onsle du medius; celle de 1 annulaire va jusqu au milieu de cet
ongle; enfin, 1 extremite du petit doigt s arrete au niveau de la derniere articu
lation phalangienne de 1 annulaire. Ces proportions sont ge neralement adoptees
par les peintres et ies sculpteurs, comme representant le type ie plus habituel
de la configuration de la main.
Les doigts ont la forme d un cylindre legerement aplati d avant en arriere,
un peu renfle aux articulations et effile a son extremitc libre.
Les doigts se composent de pieces osseuses appelees phalanges, de tendons,
de tissu cellulo-graisseux, d un revetement cutane , de vaisseaux et de nerfs.
Nous decrirons successivement ces diverses parties.
a. Les phalanges sont au nombre de trois pour chaque doigt. Le pouce, qui
n en possede que deux, fait exception. On les designe sous les noms de pre
miere phalange ou phalange superieure, de seconde phalange, phalange
moyenne ou phalangine, de troisieme phalange, phalange infe rieure, pha
lange ungueale ou phalangette.
Les premieres phalanges sont de petits os longs, dont le corps affecte la forme
d un demi-cylindro et presente une legere courbure en avant. Leur face pos-
terieure, convexe, re pond aux tendons des muscles extenseurs. Sur leur face
anterieure, qui est plane ou un peu canaliculee, glissent les tendons des flechis-
seurs. Leurs bords, minces, donnent attache a des faisceaux fibreux qui forment
une gaine a ces derniers tendons.
L extremite superieure des premieres phalanges est creusee d une cavite
glenoide qui regoit le condyle du metacarpien correspondant.
. 116 DOIGT (ANVTOMIE).
L extremite inferieure presente deux saillies condyliennes, separe es par une
depression. Elle forme une veritable poulie, beaucoup plus etendue du cote de
la flexion que du cote de 1 extension.
Les secondes phalanges sont plus petites que les premieres, mais construites
sur le meme type. Leur extremite superieure est creusee de deux petites cavites
laterales, separees par une crete, qui sont destinees a s articuler avec la poulie
de la phalange situee au-dessus. Leur extremite inferieure ne differe de celle
des premieres pbalanges que par une moindre saillie des condyles.
D apres M. Sappey, ce qu on appelle la premiere phalange du ponce est
une phalangine, car la premiere phalange serait confondue avec le me tacarpien
de ce doigt.
Les troisiemes phalanges se distinguent par leur petitesse relative et leur
forme aplatie. Leur extremite superieure est semblable a celle de la deuxieme
phalange. Leur extremite inferieure, en forme deferacheval, rugueuse, soutient
la pulpe du doigt en avant et 1 ongle en arriere.
Articulations. Les phalanges sont articulees, d une part, avec les metacar-
piens, d une autre part, les unes avec lesautres.
Articulations me tacarpo-phalangiennes. Ces articulations appartiennent au
genre des enarthroses.
Les surfaces articulaires sont, du cote des metacarpiens, une tete hemisphe-
rique, aplatie late ralement, s elargissant de la face dorsale a la face palmaire et
se prolongeant dans ce dernier sens, c est-a-dire dans le ssns de la flexion; du
cote des premieres phalanges, une cavite glenoide, ovalaire, dont le grand axe
transversal est perpendiculaire a celui de la tete metacarpienne.
La surface glenoidienne ne represente que les deux cinquiemes de la surface
articulaire des metacarpiens, mais elle est agrandie par un fibro-cartilage connu
sous le nom de ligament anterieur on gleno idien. Situe a la face palmaire de
1 articulation, ce fibro-cartilage a une forme quadrilatere. Sa face anterieure est
creusee en gouttiere et fait partie de la gaine des tendons flechisseurs. Sa face
posterieure represente un segment de sphere concave et rc pond a la tete des
metacarpiens. En seconfondant avec la cavite glenoide, elle en double 1 etendue
d avant en arriere. Son bord superieur ne s insere pas aux metacarpiens. II
s inteiTompt assez brusquement en fournissant des attaches a Taponevrose
interosseuse anterieure. Son bord inferieur, au contraire, s insere tres-solidement
au bord anterieur de la cavite glenoide. Ses bords lateraux se conlbndent avec
les ligaments laleraux de 1 articulation metacarpo-phalangienne et affectent des
connexions avec le ligament transverse des metacarpiens et avec la lamelle demi-
cylindrique qui vient du tendon des extenseurs des doigts. II n est pas rare de
rencontrer un petit os sesamoide dans 1 epaisseur du ligament gleno idien de
Tun ou de 1 autre des quatre derniers doigts.
Les moyens d union des metacarpiens aux premieres phalanges sont deux
ligaments lateraux, larges, epais et solides, qui se dirigent tres-obliquement
du tubercule des metacarpiens et de la depression, qui se trouve au-dessous et
en avant de ce tubercule, vers le fibro-cartilage gleno idien et vers une saillie
situee de chaque cote de 1 extremite phalangienne superieure. Le ligament
lateral externe est beaucoup plus volumineux que 1 interne.
En arriere de 1 articulation, il n existe point de ligament, mais le tendon
extenseur avec ses expansions aponevrotiques sert a le remplacer.
La capsule synoviale adhere intimement au fibro-cartilage anterieur et aux
D01GT (ANATOMIE). 117
ligaments lateraux. Elle se reflechit sur le pourtour de la tete me tacarpienne et
de la cavite gleno ide, de maniere a former un repli. En arriere, elle est tres-
lache et n adhere nulleraent au tendon extenseur, dont elle est souvent separee
par une petite bourse sereuse.
L 1 articulation metacarpo-phalangienne du pouce differe de celle des autres
doigts par la configuration des surfaces articulaires et par la presence constante
de deux os se samoides dans le fibro-cartilage glenoidien.
La tete du metacarpien donne naissance en avant a deux petits condyles
separes par une echancrure. Le condyle externe est, en general, plus saillant et
plus volumineux que 1 interne. La surface cartilagineuse de cette tete presente
deux parties : Tune, situee au bout du metacarpien, de forme trapezoide et
presque plane, s articule .avec la phalange; 1 autre condylienne, situee sur la
face palmaire du metacarpien, s articule avec les os sesamoides. Un angle mousse
separe ces deux surfaces cartilagineuses. La surface sesamoidienne est toujours
en contact avec 1 os se samo ide pendant 1 extension, mais pendant la flexion elle
est envahie par la phalange.
Du cote de la phalange, la surface glenoidienne est peu profonde. Son rebord
presente, en dedans ct en dehors, un tube.rcule en general bien marque.
Les os sesamoides sont developpes dans 1 epaisseur du fibro-cartilage glenoidien.
L externe est large, mince, excave; 1 interne est elroit, epais, pisiforme. L un et
1 autre sont unis a la phalange par les ligaments phalango-sesamoidiens, dont la
resistance est extremement considerable. L union est meme si etroite, que les
sesamoides doivent etre considered comme inseparables de la phalange avec
laquelle ils sont comme articule s en charniere w. Ce fait, demontre par M. Fara-
beuf dans son remarquable memoire sur les luxations du pouce (Bull, de la
Soc. de chir., p. 21, 1876), tranche d une maniere definitive une question qui
etait depuis longtemps controversee.
M. Farabeuf a encore demontre que le ligament glenoidien, une fois separe du
metacarpien, se replie facilement dans le sens de la flexion naturelle, mais qu il
ne se redresse pas dans le sens contraire, a cause de la brievete et du mode
d insertion des ligaments phalango-sesamoidiens. II en resulle que jamais,
meme chez 1 enfant, on ne peut appliquer, cartilage centre cartilage, les osselets
et la facette articulaire dela phalange; tant s en faut, puisque ces parties restent
separees par un angle droit ou presque droit (loc. cit., p. 25). Nous revien-
drons, a propos des luxations, sur ces notions si importantes pour la patho
logic.
Articulations phalangiennes. Chaque doigt, a 1 exception du pouce, est
pourvu dc deux articulations phalangiennes, Tune entre la premiere phalange et
la phalangine, 1 autre entue la phalangine eL la phalangette.
Ces articulations appartiennent au genre des articulations trochleenues ou
ginglymes angulaires. Elles sont toutes construites sur le meme type, et il suffit
d en decrire une pour connaitre toutes les autres.
Les surfaces articulaires sont : du cote de la phalange superieure, une pou-
lie et deux condyles ; du cote de la phalange inferieure, une crete mousse et deux
cavites glenoides. La poulie s elargit de la face dorsale a la face palmaire, et se
prolonge beaucoup plus dans le sens de la flexion que dans celui de 1 extension.
En outre, la courbe des condyles appartient a une circonference reguliere.
Les moyens d union sont : 1 deux ligaments late raux, interne et externe ;
2 un ligament ante rieur, fibro-cartilage semblable au ligament glenoidien,
118 DOIGT (ANATOMIE).
qui a pour usage, comme ce dernier, d agrandir les cavites glenoides des
phalanges.
Point de ligament posterieur, mais le tendon extenseur en tient lieu.
La capsule synoviale est tres-lache en arriere. En ce point, elleest en rapport
avec le tendon extenseur, auquel elle adhere intimement.
b. Tendons. Les tendons renforcent, en arriere et en avant, les articulations
que nous venons de decrire.
Avant de gagner les points ou ils s inserent, les extenseurs s e panouissent en
une lamelle fibreuse qui enveloppe la face dorsale de la premiere et de la seconde
phalange, tandis que les flechisseurs s entourent d une gaine fibreuse tres-
solide.
An niveau des articulations metacarpo-phalangiennes, chacun des quatre ten
dons de I extenseur commit n donne naissance a deux expansions fibreuses, qui
se portent sur les cotes de 1 articulation pour aller se fixer en avant au ligament
transverse du metacarpe. Un peu au-dessous de 1 articulation, ces expansions
laterales se confondent avec les tendons aplatis des interosseux et des Jombri-
caux. 11 resulte de la reunion de tous ces tendons une lame aponevrotique qui
recouvre toute la face dorsale de la premiere phalange. Un peu au-dessus de
1 articulation phalango-phalanginienne, cette lame se divise en trois portions :
une moyenne, verticale, qui s insere a la partie supe rieure et posterieure de la
seconde phalange; deux laterales, obliques, qui longent les cotes de cette pha
lange, puis convergent 1 une vers 1 autre, pour s unir et s inserer a 1 extremite
superieure de la phalangette.
Les tendons de I extenseur propre du petit doigt et de V extenseur propre
del index se confondent avec les tendons correspondants de I extenseur commun,
pour contribuer a former les expansions aponevrotiques dorsales qui se comportent,
a 1 index et a 1 auriculaire, absolument de la meme maniere qu aux autres
doigts.
La disposition des tendons extenseurs n est pas la meme pour le pouce. Le
tendon du court extenseur va s inserer a 1 extremite supe rieure de la premiere
phalange. Le tendon du long extenseur gagne le bord interne de cette phalange,
s aplatit en parcourant sa face posterieure et s insere a 1 extremite superieure et
posterieure de la deuxieme phalange. Deux des muscles de 1 eminence thenar
envoient aux tendons extenseurs des expansions aponevrotiques a la maniere des
interossenx, c est le court abducteur en dehors et Yadducteur en dedans. Mais
les insertions principales des muscles de 1 eminence thenar se font a la premiere
phalange, soil en dedans, soil en dehors du tendon flechisseur : en dedans, on
trouve 1 insertion de Yadducteur, dont les fibres vont les unes directement a la
phalange, les autres indirectement par I mtermediaire du sesamoide interne et
de son ligament phalangien; en dehors, le court abducteur s insere au tubercule
phalangien correspondanl, et le court flechisseur s altache principalement a 1 os
sesamo ide externe, accessoirement au ligament late ral el a la phalange.
La face anterieure des doigts est pourvue d une game qui commence aux
articulations metacarpo-phalangiennes, et s etend jusqu a la partie inferieure des
secondes phalanges, gaine destinee a contcnir les tendons flechisseurs et a les
brid- r pendant leurs mouvements. Cette gaine est formee par des faisceaux
fibret.x inseres sur les bords qui limitent, en dedans et en dehors, Jes gouttieres
des premieres et des secondes phalanges, et, dans 1 intervalle des phalanges, sur
les ligaments lateraux des articulations phalangiennes. Au niveau des articula-
DOIGT (\NATOMIE). 119
tions, la gaine est mince, constitute par des fibres obliques qui s entre-croisent
en X. Au niveau des phalanges, elle est au contraire tres-epaisse, tres-resistante,
formee par des fibres transversales superposees en plusieurs couches. II en resulte
que les parties solides de la gaine servent de poulie de renvoi aux tendons
flechisseurs, et que les parties faibles n apporteut aucune gene a la flexion des
phalanges.
Apres avoir traverse la paume de la main, les tendons du flechisseur super fi-
ciel et du flechisseur profond, superposes 1 un a 1 autre, s introduisent dans la
gaine des doigts. Yers la par tie moyenne de la premiere phalange, le tendon du
flechisseur superficiel se bifurque pour livrer passage au tendon du ilechisseur
profond, puis les deux moities du premier contournent le second d avant en
arriere, se reunissent derriere lui pour constituer une gouttiere, et enfin, s ecar-
tant de nouveau, viennent s inserer aux bords rugueux du tiers moyen de la
deuxieme phalange. Le tendon du flechisseur profond passe sous 1 espece d arcade
formee par le superficiel et, cheminant directement en bas, vient s inserer a
1 extremite superieure de la phalangette.
Pendant leur Irajet dans le canal osteo-fibreux, les tendons flechisseurs sont
pourvus d une synoviale. Son feuillet parietal tapisse la face anterieure des
phalanges et de leurs articulations et la face poste rieure de la gaine fibreuse. Au
niveau des articulations metacarpo-phalangiennes de 1 index, du medius et de
1 annulaire, la synoviale remonte un peu du cote de la paume de la main, puis
se rellechit sur les tendons flechisseurs, en formant un cul-de-sac remarquable.
Devenue viscerale, la synoviale tapisse chacun des tendons jusqu a leurs insertions
reciproques. Dans son trajet sur les tendons, elle fournit trois replis membra-
neux, que Ton voit tres-bien en soulev;mt ces cordons, comme pour les e carter
des phalanges. Un de ces replis unit lachement le tendon du flechisseur superfi
ciel au tendon du flechisseur profond vers 1 extremite superieure de la premiere
phalange. Un autre repli s etend de la bifurcation du tendon superficiel a la face
anterieure de la premiere phalange. Enfin, le troisieme repli, de forme triangu-
laire, relie le tendon du flechisseur profond aux deux tiers inferieurs de la
phalangine.
Les synoviales du petit doigt et du pouce sont en tout semblables aux prece-
dentes dans leur portion digitale; mais, au lieu de s arreter au-dessus des
articulations metacarpo-phalangiennes, comme celles des trois doigts interme
diates, elles se prolongent dans la paume de la main et se lerminent au-dessus
du ligament annulaire anterieur du carpe (voy. 1 art. MAIN, p. 29).
Le pouce n a qu un seul tendon flechisseur, c est celui du long flechisseur.
Situe en dedans de 1 axe du pouce, il penetre dans une gaine oste o-fibreuse
analogue a celle des autres doigts, et va s inserer au devant de 1 extremite supe
rieure de la derniere phalange. A son entree dans la gaine fibreuse, il est
enchasse entre les deux os sesamo ides du fibro-cartilage glenoi dien. Des anses
fibieuses tres-solides, altachees a la face anterieure des sesamoides, passent
au-dessus de lui et forment 1 origine de la gaine, dont les fibres s iuserent,
plus bas, sur les bords de la phalange, et se rarefient de plus en plus a mesure
que Ton se rapproche de son extremite inferieure.
c. Tissu cetlulo-graisseux . line couche de tissu cellulaire s etend autour des
phalanges deja recouvertes par les tendons et la gaine fibreuse.
Les caracteres de cette couche sont absolument differents, selon qu on Texamiiie
a la face palmaire ou a la face dorsale.
120 DOIGT (ANATOMIE).
A la face palmaire, elle est epaisse, dense, elastique, c est-a-dire disposee
pour subir le contact des objets exte rieurs et pour supporter des pressions. Elle
est composee par de minces cloisons cellulo-fibreuses, qui s entre-croiscnt en
tous sens et qui circonscrivent de petites areoles remplies de graisse. Si Ton
pratique une coupe a travers son epaisseur, ^on voit que les cloisons adherent,
d une part, a la face profonde de la peau, et, d une autre part, a la game
fibreuse sous-jacente ou au perioste de la phalangette. On voit, en outre, que les
petits amas adipeux font bernie, comme s ils etaient comprimes dans la loge
qui les contient. Celte disposition est surtout remarquable a 1 extremite du
doigt, ou 1 abondance du tissu ccllulo-graisseux forme un veritable coussinet
qui a recu le nom de pulpe des doigts.
A la face dorsale, la couche de lissu cellulaire est lache, peu epaisse, rarement
chargee de graisse.
Enfin, sur les cotes des doigts, il existe uri tissu de transition, qui quitte
le caractere lamelleux pour devenir areolaire et graisseux, a mesure qu il gagne
la region anterieure.
Independamment de la continuite qui existe entrc le tissu sous-cutane des
doigts et celui de la paume, le premier communique encore, au niveau des
espaces interdigitaux, avec le tissu cellulaire profond de la region metacarpienne.
Cette disposition explique pourquoi les suppurations profondes de la main ont de
la tendance a passer du cote de la ba>e des doigts.
Notons encore que c est dans la couche cellulaire que rampent les troncs des
vaisseaux et des nerfs qui seront decrits plus loin.
d. Peau. Au niveau de la base des doigts, la peau se reflechit dans 1 intervalle
de ces organes pour recouvrir ce qu on appelle Yespace interdigital. Celui-ci
n est qu une simple fente, lorsque les doigls sont rapproches; mais a mesure
qu ils s ecartent il apparait sous la forme d une gouttiere oblique, de haut en
bas et d arriere en avant. Cette gouttiere commence insensiblement a la face
dorsale, au niveau de la tete des metacarpiens,et se termine nettement a la face
palmaire, vers le tiers superieur des premieres phalanges, par un repli cutane ,
curviligne, a concavite inferieure. La peau et les parties molles de la paume
empietent done dans une notably etendue sur la face anterieure des premieres
phalanges. 11 en resulte que 1 origine apparente des doigts est sensiblement
au-dessous de leur origine reelle. On evalue, en general, a 2 centimetres la
distance qui existe entre I mterligne metacarpo-phalangienne et le repli ou la
commissure interdigitale.
La peau de la face anterieure des doigts est remarquable par la presence de
trois plis transversaux, qui sont produits par la flexion des phalanges.
Les premiers, situes a 25 millimetres au-dessous de la tete des metacarpiens,
separentles doigts de la paume. Us sont simples pour 1 index et le petit doigt,
doubles pour le medius et 1 annulaire.
Les pits moyens, tous doubles, correspondent aux articulations phalango-
phalanginiennes. Le superieur est plus long que 1 inferieur. Us sont plus ecartes
a leur parlie moyenne qu a leurs extremites, et circonscrivent un espace a
peu pres losangique. Sur une main saine et depourvue de callosites, le pli infe-
rieur repond directement a 1 inlerligne articulaire.
Les plis infe rieurs, qui sont a peu pres simples, sont situes a \ millimetre au-
dessus de 1 interligne de I articulation phalangino-phalangettienne.
Le pouce pre sente, comme les autres doigts, trois plis cutane s palmaires,
DOIGT (ANATOMIE). 121
bien qu il n ait que deux phalanges. Le plus eleve est situe un peu au-dessusde
1 articulation metacarpo-phalangienne ; le moyen, un peu au-dessous de cette
meme articulation, et I intervalle de 10 a 15 millimetres qui les separe tient
vraisemblablement a la presence des ossesamoides dans le ligament gle noidien.
Le pli inferieur, forme par deux lignes tres-rapprochees, correspond assez
exactement a rinterligne de rarticulation de la premiere avec la derniere
phalange.
Entre les plis arliculaires, dont la connaissance importe beaucoup a la Me de-
cine operatoire, on rencontre plusieurs plis verticaux qui n ont aucune signifi
cation pratique.
Le derme de la region anterieure est dense et epais. Nous avons dit que
sa face profonde adherait aux cloisons cellulo-fibreuses du tissu areolaire sous-
cutane. Ges adherences deviennent si intimes au niveau des plis articulaires,
qu on a pu voir la des ligaments rudimentaires,- qui fixeraient la peau aux
articulations correspondantes. Mais il n y a, dans ces points, qu une augmentation
de la densite du tissu sous-cutane, densite propre a apporter un certain obstacle
a 1 infiltration des liquides epanches et a la propagation du processus inllam-
matoire.
La surface libre du derme est exlremement riche en papilles vasculaires et
neiveuses. Leur abondance est surtout tres-grande au niveau de la pulpe des
doiyls, qui est considered comme le siege special du sens du toucher. Elles
sont disposees par series sur des lignes combes a concuvite superieure. Sur la
pulpe d un doigt indicateur, M. Sappey a compte qu il n y avail pas moins de
soixante rangees de papilles. Entre les papilles s ouvrent les conduits excre teurs
des glandes sudoripares, lesquelles sont les seuls organes se creteurs que Ton
rencontre sur la face anterieure de la main. Le nombre des glandes est beau-
coup moindre que celui des papilles ; neanmoins il est encore assez considerable
pour que le memo anatomiste 1 ait evalue a six mille seulement sur les faces
anterieure et laterale de la phalange ungueale de 1 index.
Chez les sujels qui exercent une profession manuelle, 1 epiderme de la face
palmaire desdoigts esl epais, calleux et dur, au point de necessiter 1 instrument
tranchant pour ouvrir les phlyctenes on les abces sous-epidermiques. Chez les
femmes et chez les gens qui ne travaillent pas de leurs mains, la couche
epidermique, quoique plus epaisse que dans beaucoup d autres regions du corps,
est souple, transparent, et traduit fidelement les plis et les saillies papillaires
du derme.
La peau de la face posterieure ou dorsale a un aspect tout different de celui
de la face palmaire. L epiderme y est plus fin. Au niveau des articulations, ce
ne sont pas seulement des plis, mais de veritables rides, irregulierement circu-
laires ou elliptiques, qui s effacent par la flexion. Sur les premiere et seconde
phalanges existent des poils, plus ou moins nombreux, avec des glandes se bacees
et sudoripares. Enfin, a 1 extremite de la troisieme phalange on rencontre 1 ongle,
qui doit etre dccrit a part (voy. O^GLE).
e. Vaisseaux. Les arteres portent le nom de collaterales des doiyts. Elles
naissent toutes de la convexite de Yarcade palmaire superficielle et du tronc
commun des collaterales du pouce et de Vindex, branche de la radiale.
Le tronc commun des collaterales du pouce et de iindex ou artere interos-
seuse dorsale du premier espace me tacarpien fournit les collaterales interne
et externe du pouce et la collaterale externe de V index.
122 DOIGT (ANATOMIE).
De Varcade palmaire superficielle partent quatre arteres digitales, qui se
dirigent de haul en has vers la partie inferieure de Tespace interosseux oil elles
se bifurquent. La premiere, en allant de dehors en dedans, longe le deuxieme
espace interosseux et fournit la collate rale interne de I index et la collateral
externe du me dius. La deuxieme longe le troisieme espace interosseux, et
donne la collate rale interne du me dius et la collate rale externe de ianmdaire.
La troisieme descend au devant du quatrieme espace interosseux et apres sa
bifurcation va former la collate rale interne de Vannidaire et la collate rale
externe de Vauriculaire. Enfiri, la quatrieme ne se bifurque pas; elle croise
le cinquieme metacarpien et chemine le long du bord interne du petit doigt,
dont elle forme la collate rale interne.
II peut arriver qu unc artere digitale donne la collaterale externe de 1 index
et la collaterale interne du pouce; mais la collaterale externe du pouce pro-
vient fort rarement de 1 arcade palmaire superficielle.
Avant de se bifurquer, toutes les arteres digitales s anastomosent avec les
branches interosseuses descendantes venues de 1 arcade palmaire profonde.
Les arteres collaterals sortent de la paume en passant sous les faisceaux
transverses de 1 aponevrose palmaire, etcheminent, en avant des phalanges, sur
les cotes de la game des flcchisseurs. Dans leur trajet elles fournissent des
branches anterieures, des branches posterieures et des branches internes qui
penetrent dans la gaine des tendons. Arrivees dans la pulpe, les deux collate-
rales d un meme doigt se terminent en s anastomosant sous la forme d une
arcade a concavite superieure. One quantite d arterioles partent de cette arcade
pour former des reseaux d une grande richesse, qui se repandent surtout a la
face profonde du derme.
Les veines se divisent en collaterals profondes et en collaterals superfi-
cielles. Les premieres, au nombre de deux pour chaque artere, suivent exacte-
ment le meme trajet que le tronc arte riel dont elles sont les satellites. Elles
vont se rendre dans les arcades veineuses superficielles et profondes. Les secondes
forment deux branches, les collaterals interne et externe superficielles. Elles
naissent du reseau cutane, occupent, 1 une et 1 autre, le bord de la face dorsale
des doigts, et communiquent frequemment par des rameaux transversaux. Par-
venues a la partie inferieure de chaque espace interosseux, elles se reuni^sent
avec les veinas collaterals du doigt voisin pour constituer un tronc appele
veine digilale, qui aboutit a 1 arcade veineuse du dos de la main.
Lymphatiques. D apres la loi, decouverte par M. Sappey, qui etablit que,
plus une region est riche en papilles et en glandes, plus les vaisseaux lympha-
tiques y abondent, la peau des doigts et, en particulier, celle de la partie ante-
rieure, doit etre pourvue de reseaux lymphatiques extremement importants. En
effet, les injections y demontrent deux reseaux lymphatiques superposes : 1 un
papillaire, etendu a la superficie du derme, 1 autre sous-dcrmique, enveloppant
les glandes sudoripares de nombreux lacis. Les mailles de ces reseaux sont si
etroites qu ils forment une couche absolument continue, comme si la peau etait
recouverte d une nappe lymphatique.
En se reunissant, les capillaires lymphatiques donnent naissance a un ou
plusieurs troncules, qui suivent la direction des veines collaterals super
ficielles et aboutissent dans les Irenes lymphatiques sous-cutanes du dos de la
main, pour remonter ensuite a 1 avant-bras.
f. Kerfs. Les doigts ont ete pourvus de nerfs avec une ve ritable profusion.
DOIGT (ANATONIE). 123
Gliacun d eux possede quatre troncs neiTeux, les nerfs collateraux, qui viennent
du median, du radial et du cubital (voy. MAIN [Analomie]).
Les nerfs collateraux sont situes dans le tissu cellulaire sous-cutanc s, sur les
cotes de la face palmaire et de la face dorsale. Les collate raux palmaires sont
plus importants que les collateraux dorsaux. M. Richelot a meme demontre
que, sur 1 index, le medius et 1 annulaire, le cubital et le radial ne donnent
sou vent que des branches dorsales insignifiantes, qui s epuisent dans la peau
de la premiere phalange. Les veritables collateraux dorsaux de ces doigts sont
des rameaux qui, naissant des collateraux palmaires correspondants au niveau
de I espace interdigital, contournent leur face laterale pour gagner leur face
dorsale et se terminer sur la troisieme phalange.
Quoi qu il en soil de cette disposition, qui ne nous parait pas constante,
voici quelle est la distribution classique des nerfs qui se rendent aux doigts :
1 a la face palmaire, le median donne les collateraux a trois doigts et demi,
ceux du ponce, de \ index, du medius et le collateral externe de Y annul air e;
le cubital donne le collateral interne de V annulaire et les coHate raur du petit
doigt; 2 a la face dorsale, le cubital et le radial se partagent les collateraux
d une maniere egale, le premier envoyant les collateraux du petit doigt, de
Yannnlaire, et le collateral interne du medius ; le second fournissant le collate
ral externe du medius et les collateraux de Under et du pouce.
Les nerfs d un meme doigt communiquent frequemment pendant leur trajet
par des filets anastomotiques. Au niveau de la derniere phalange, ces commu
nications se multiplient tenement qu elles forment un veritable re seau dans la
puljie et autour de la matrice dc 1 ongle. II resulte de cette disposition que les
nerl s collateraux se suppleent les uns les autres dans leurs fonctions et que la
sensibilite n est completement abolie que par la section des quatre troncs.
Les nerfs digitaux sont principalement destines a la peau de la region pal
maire, ou ils se terminent de trois manieivs differentes : 1 par les corpuscules
du tact dans les papilles nerveuses; !2 par les corpuscules de Pacini, organes
visibles a Tcfiil nu, places sur le trajet des nerfs collateraux et composes de
plusieurs enveloppes concentriques entourant 1 extremite legerement renflee .
d un filament nerveux ; 5 par des extre mile s Jibres 1 representees par des
cylindres-axes, qui penetreraient jusque dans la couche de Malpighi.
Superposition des plans. Apres la description des diverses parties qui
composent le doigt, il convient d en faire la recapitulation au point de vue de
1 anatomie topographique. Si done on examine une coupe transversale praliquee
au niveau de la premiere ou de la seconde phalange, on trouve d avant en
arriere : 1 la peau; 2 le tissu cellulaire areolaire charge de graisse; 3 la
gaine des flechisseurs; 4 de chaque cote dela gaine, 1 artere collaterale accom-
pagnee de ses deux veines satellites et les troncules lymphatiques ; o un peu
en dehors du paquet vasculaire les nerfs collate raux palmaires; 6 la phalange
revetue de son perioste; 7 en arriere de celle-ci, le tendon aplati commun aux
exlenseurs, aux interosseux et aux lombricaux; 8 le tissu cellulaire lamelleux
contenant, sur les cotes, les ramuscules des nerfs collate raux dorsaux ; 9 enfiu
la peau de la face dorsale.
Au niveau de la phalangette, une coupe transversale montre la peau, le tissu
areolaire de la pulpe, la troisieme phalange, la matrice de 1 ongle et 1 ongle
faisant suite a la peau de la region dorsale.
DEVELOPPEMENT. Entre la cinquieme et la sixieme semaine, a mesure que le
124 D01GT (PHYSIOLOGIE).
bras et 1 avant-bras grandissent et eloignent de plus en plus du tronc de 1 em-
bryon la palette palmaire qui lui etait d abord accolee (voy. MA.IN, DEVELOPPE-
MENT), on voit se former, sur le bord libre de celle-ci, un bourrelet qui ne tarde
pas a presenter quatre echancrures. Les cinq bourgeons limites par ces echan-
crures sont les rudiments des doigts. Ceux-ci s allongent rapidement, mais
restent unis par une membrane interdigitale jusqu au troisieme mois de la vie
intra-uterine. G est seulement a partir de cette epoque qu ils deviennent inde-
pendants et qu ils sont reellement conslitues. A la fin du sixieme mois, 1 ongle
se degage de 1 epiderme dans 1 epaisseur duquel il a pris naissance. Au terme
de la grossesse, il se presente avec tous les caracteres qui lui sont propres.
En meme temps que les doigts s isolent par la disparition de la membrane
interdigitale, leurs phalanges s ossifient. Chacune d elles presentent deux points
d ossification : un point primitif pour le corps et I extremite infe rieure, et un
point comple mentaire pour 1 extremite supe rieure. Le premier apparait au
troisieme mois de la vie embryonnaire. Le second se montre de six a sept ans.
Le point complementaire se soude au corps de la phalange vers seize a dix-sept
ans. Cette souduie commence par les troisiemes phalanges, et s opere ensuite
successivement pour les secondes et pour les premieres.
Les metacarpiens se developpent aussi par deux points d ossification et, a
1 inverse des phalanges, le point complementaire est a 1 extremite inferieure.
Le metacarpien du pouce fait seul exception a cette regie en s ossifiant, comme
les phalanges, par un point d ossification principal pour le corps et 1 extremite
inferieure et un point complementaire pour 1 extremite superieure. M. Sapney
a appele 1 attention sur ce fait. II considere le point epiphysaire superieur
comme un metacarpien rudimentaire et le reste de 1 os comme la premiere
phalange du pouce. Le premier metacarpien existe done, dit cet anatomiste,
a 1 etat de vestige. II resulte de son extreme atrophie que le pouce peut s op-
poser non-seulement aux autres doigts, mais aussi a la paume de la main.
Dans cette maniere de voir, le pouce presenterait trois phalanges comme les
autres doigts, seulement la premiere se confondrait avec le premier metacarpien.
II. Physiologic. Les usages des doigts sont relatifs a la prehension et
au toucher, que nous n avons pas a trailer dans cet article. Nous avons seule
ment quelques mots a dire sur les mouvements des phalanges.
Les articulations metacarpo-phalaugiennes sont douees de tous les mouvements
que Ton peut imaginer, flexion, extension, inclinaison late rale, circumduction,
rotation autour de 1 axe digital.
Pendant la flexion, les premieres phalanges s inclinent du cote de la face
palmaire, jusqu a devenir perpendiculaires aux metacarpiens. Les tetes meta-
carpiennes font saillie sous la peau, dont elles ue sont separees que par le
tendon extenseur. Les faisceaux phalangiens des ligaments laterauxsont tendus,
tandis que les faisceaux glenoidiens sont relaches, et le ligament glenoidien
lui-meme est remonte, comme une sangle trop large, au-dessus de la saillie
condylienne des metacarpiens. Dans [ extension, 1 inverse se produit : les pha
langes se relevent jusqu a depasser un peu en arriere 1 axe du metacarpe, les
ligaments phalangiens se relachent, tandis que les ligaments glenoidiens et ses
faisceaux lateraux se tendent de maniere a limiter le mouvement.
Par leurs mouvements lateraux, les doigts s ecartent ou se rapprochent d un
axe fictif qui passerait par le medius. II est remarquable que 1 articulation
DOIGT (PIIYSIOLOGIE). 155
metacarpo-phalangienne du pouce est presque depourvue de ces mouvements,
qui se passent a peu pres totalement au niveau de 1 articulation trapezo-meta-
carpienne.
Par leurs mouvements de circumduction, les doigts passent successivement
de 1 extension a 1 abduction, a la flexion et a 1 adduction, et reciproquement,
en decrivant un cone regulier. Pour le pouce, le mouvement de circumduction
a pour siege non-seulement 1 articulation metacarpo-phalangienne, mais surtout
1 articulation trape zo-metacarpienne.
Enfin, lorsqu on saisit un doigt, on peut lui faire exccuter quelques mouve
ments de rotation autour de son axe, mouvements assez incomplets, qui n ont
rien de sponlane et qui necessitent toujours une intervention etrangere.
Les phalangines et les phalangettes pre sentent seulement deux mouvements,
la flexion et { extension. Dans la flexion, ces phalanges deviennent perpendicu-
laires a la phalange qui est au-dessus, et donnent au doigt la forme d un
crochet.
La phalangette jouit de quelques mouvements de glissement dans le Kens
lateral, mais ces mouvements sont toujours le re sultat d une impulsion arti-
ficielle.
Une revision rapide de 1 action des muscles, qui s inserent aux phalanges,
comple tera 1 e tude dcs divers mouvements de ces dernieres.
La flexion est produite, d une maniere generale, par les muscles flechisseurs.
Le fle chisseur profond flechit specialement les phalangettes ; le fle chisseur
superftciel specialement les phalangines ; puis, quand ces deux muscles onl
epuise leur action sur les phalanges oiiils s inserent, ils agissentsur la phalange
qui est au-dessus, en 1 cntrainant vers la paume de la main. En outre, la
premiere phalange doit encore sa flexion a 1 action combinee des muscles inter-
osseux et lombricaux.
Pour le pouce, la flexion est produite par le long fle chisseur qui agit princi-
palement sur la phalangette, accessoirement sur la premiere phalange. Le court
abducteur en dehors et Yadducteur en dedans de terminent specialement Ui
flexion de cette derniere, en envoyant aux tendons extenseurs du pouce des
expansions aponevrotiques analogues a celles que les muscles interosseux et
lombricaux envoient aux extenseurs des autres doigts.
Enfin, nous aurons termine cette revue des fle chisseurs, quand nous aurons
rappele que le court fle chisseur du petit doigt contribue a la flexion de sa pre
miere phalange.
L extension a pour agents les muscles extenseurs. L extenseitr commun
des doigts, renforce par Yextenseur propre du petit doigt et par Yextenseur
propre de lindex, porte son action principale sur les premieres phalanges
qu il releve sur les metacarpicns; mais il n agit que faiblement pour produlre
1 extension des phalangines et des phalangettes. Ces dernieres sont etendues par
les muscles interosseux et par les muscles lombricaux, qui sont a 1 exteme
commun ce que le fluchisseur profond est au flet hisseur superficiel. Ils viennent
s inserer ensemble sur les cotes du tendon extenseur et agissent direclement
par son intermediaire, sur les phalangettes d abord, ensuite sur les phalanffines
puis, lorsque 1 extension des unes et des autres est complete, ils font basculer
en avant la premiere phalange. G est ainsi que ces petits muscles sont a la fois
extenseurs et flechisseurs. Nous verrons bietitot qu ils out encore une autre
action, celle de produire les mouvements de late ralite des
126 DOIGT (PHYSIOLOGIE).
La phalangette du pouce est pourvue de trois muscles extenseurs qui sont :
le long extcmeur propre, le court abducteur et Yadducteur; la phalangine
n en possede qu un, qui est le court extenseur propre.
Les mouvemcnts dans le sens lateral sont le resultat de la contraction des
interosseux. En considerant 1 axe de la main comme passant par le medius,
tous les interosseux dorsaux produisent I abduction des doigts, et les interosseux
palmaires, 1 adduction. Au pouce et au petit doigt, ces mouvements lateraux
prennent une importance capitale et constituent les mouvements d opposition.
Quatre muscles sont groupes autour du pouce pour le porter en dedans et en
avant et opposer sa face palmaire a celle des autres doigts : ce sont Vadducteur,
le court fle chisseur, le court abducteur et Yopposant, qui s insere au meta-
carpien, tandis que les autres s inserent a 1 extremite superieure de la premiere
phalange. Lorsque le premier metacarpien est fixe, Yabducteur a encore pour
action de porter le pouce en dehors, a la maniere des interosseux dorsaux.
Les mouvements d opposition du petit doigt sont moins importants que ceux
du pouce, aussi les muscles qui les produisent sont-ils plus greles et plus faibles.
Uopposant, le court fle chisseur et Vadducteur, out une action analogue a celle
des muscles de 1 eminence thenar. La contraction de Yadducteiir du petit
doigt a encore pour effet de rapprocher ce doigt de 1 axe du corps et de 1 ecarter
de celui de la main.
En resume, les muscles des doigts sont disposes de maniere a produire des
mouvements tres-etendus et tres-energiques dans le sens antero-posterieur et,
pour le pouce, dans lesens de 1 opposition. Les mouvements lateraux sont faibles
et limites. Us sont d ailleurs bcaucoup moins utiles que les premiers.
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Voy. en outre les traites classiques d anatomie de SAPPEY, de CRDVEILHIER, les traites d ana-
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DOIGT (DIFFORMITES). 127
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HI. Vices de conformation congenitaux. Les vices de Conformation
des doigts reconnaissent pour origine une alteration dans la formation embryon-
naire de ces organes. Le developpement de ces appendices, au lieu d etre normal
et regulier, peut devier en deux sens, s arreter dans son evolution, ou an con-
traire prendre un essor exagere. De la deux grandes divisions : les vices de con
formation par arret de developpement et les vices de conformation par exces
de developpement.
Les arrets de developpement produisent trois especes de difformite s qui sont :
Yectrodactylie ou 1 absence des doigts, la brachydactylie ou la brievete des
doigts, la syndactylie ou J adherence des doigts entre eux.
Les exces de developpement engendrent aussi trois sortes de diflormites :
1 augmentation du nombre des doigts on polydactylie, 1 augmentation du nombre
des phalanges et 1 hypertrophie des doigts ou macrodactylie.
Avant d aborder 1 etude particuliere de chacune de ces malformations, il est
un point qu il importe d etablir une fois pour toutes : c est Jeur transmissibilite
hereditaire.^Cefait domine toute 1 etiologie des difformites de la main.
L he redite n est certainement pas fatale; elle peut sauter une generation ; elle
peut n affecter que certains membres d une meme famille ; elle peut se pour-
suivre soil dans la ligne e masculine, soit dans la ligne e feminine. Mais, mal^re
ces irregularites, elle n en constitue pas moins une cause predisposante des plus
constantes et des plus efficaces. Brechet, Scoutetten, Mackinder, M. Mirabel et
beaucoup d autres, ont public des exemples d ectrodactylie et de brachydactylie
transmise pendant plusieurs generations. Mackinder a meme suivi la transmission
pendant six generations. Le fait de Scoutetten est non moins rernarquable et
meritc d etre cite commeexemple : Louis Frache est monodactyle a chaque main
et n a que deux orteils a chaque pied. II a cinq enfants, dont un seul est bien
conforme ; les quatre autres ont les mains difformes. Trois meurent en bas fae.
L enfant qui survit est une fille, Marguerite Frache ; elle est monodactyle ala
mam droite, didactyle a la main gauche, et ses pieds sont difformes. Marguerite
Frache se marie a Einglemann qui est bien conforme. De ce maria^e nait
128 DOIGT (DIFFORMITES).
quatre enfants : 1 Louis Einglemanu bien conforme ; 2 Christophe Einglemann
ayant deux doigts adherents aux mains et les pieds difformes ; 3 Catherine
Einglemann, tridactyle a droite, didactyle a gauche, pieds difformes ; 4 Adele
Einglemann, hydrocephale avec des mains et des pieds difformes.
II arrive souvent que les difformites se combinent les unes avec les autres ou
alternent entre elles; on voit alors, comme dans 1 exemple precedent, 1 ectro-
dactylie se combiner avec la syndactylie sur les memes individus, tandis que ses
ascendants ou ses descendants out seulement Tun ou 1 autre de ces vices de
conformation.
L heredite de la polydactylie est plus constante encore que celle des difformites
par arret de developpement. II est rare qu un sexdigitaire n ait pas parmi ses
ascendants ou ses collate raux des sexdigitaires comme lui. La difficulte d avoir
des renseignements sur les parents fait souvent croire a la spontaneite de la
malformalion. Brechet cite dans sa these (p. 35) toute une famille de sexdigi
taires, qui a ete observed par Re aumur. On peut re sumer cette succession de
difformites de la maniere suivante :
fere. Ses fils. Ses pelits-ftls.
Quatre enfants, dont trois sont
1 Salvator, sexdigiUire
Gratio-Kalleia a six doigts
et six orteils.
et 1 au ul.
2" Georges a cinq doigts, mais le
pouce est double et repr^sente
deux doigts accoles
sexdigitaires comme le prre
Quatre enfanls, dont trois sont
sexdigitaires.
3 Andre, exempt de difformite.
( Quatre enfants, dont un seul
4 Mane a le pouce de chaque main r g senle la dlfform j te in he-
formc de deux pouces accoles . . j rente ^ , a famH , e _
La macrodactylie fait exception a la regie generale. Elle est rarement heredi-
taire, cequi porteraita croire qu elle est plutot le resultat d une maladie deve-
loppee accidentellement chez le foetus qu un fait teratologique veritable.
Mais, si les difformites des doigts sont hereditaires, 1 experience demontre.
d une autre part, qu elles ne se perpetuent pas indefiniment. Elles disparaissent
par le croisement des individus difformes avec d autres individus bieuconformes.
Et meme, si Ton supposait des alliances entre des individus difformes, il ne se
creerait probablement pas des races d ectrodactyles ou de polydactyles. Apres une
suite, plus ou moms prolongee, de generations difformes, 1 anomalie finirait
par s eteindre. On a souvent verifie, chez les animaux, que les races arti/iciel-
lement creees par la selection de certaines qualites physiques ne se maintiennent
pas longtemps et retournent fatalement vers le type primordial. En serait-il
autrement pour les vices de conformation qui nous occupent ? Rien n autorise a
1 admettre. Au contraire, 1 analogie indique que la main reviendrait peu a peu
a son type normal, qui est la main a cinq doigts.
On a souvent attribue les difformites digitales a des impressions facheuses, a
des frayeurs que la mere aurait cprouvees pendant le cours de sa grossesse. Nous
releguerons au rang des fables tous ces recits, qui tiennent du merveilleux et qui
sont gravement rapporles par certains auteurs. II n y a rien de reel dans rinfluence
de pareilles causes.
Mais nous n emettrons pas une opinion aussi nettement negative sur la question
de savoir si une mutilation accidentellement acquise peut se transmettre aux
enfanls et devenir chez eux une cause de malformation conge nitale. Le pere de
Louis Frache, observe par Scoutetten, etait d une conformation reguliere, lorsqu a
DOIGT (DIFFORMITES)/ 129
1 age devingt-cinq ans il tomba d un lieu eleve et se lit de profondes blessures
aux mains et aux pieds. Son fils vint an monde avec une ectrodactylie, et cette
ectrodactylie se coutinua chez ses petits-enfants et ses arriere-petits-enfants. Les
mutilations accidentelles des animaux deviennent quelquefois hereditaires.
Brown-Sequard a montre, a la Societe de biologie, des cobayes qui offraient une
alteration de 1 oreille transmise par heredite. II a observe un fait analogue pour
les lesions de la patte consecutives a la section du nerf sciatique. Ainsi, trois
jeunes cobayes, nes de parents ayant eu le nerf sciatique coupe, avaient les doigts
d une patte alteres comme ceux de leurs parents. Ce sont la des fails serieux,
qui meritent d attirerTattention et qui appellent de nouvelles recherches. Mais,
des a present, ils ne permettent pas de rejeter 1 ancien adage hippocratique :
Gignuntur autem Icesi ex Iccsis, claudi ex claudis.
Parmi les nombreuses observations que nous avons examinees, nous n en avons
rencontre aucune on la malformation puisse etre attribute a la consanguinite.
Cette cause, que Ton considere commepredisposant aux difformites conge nitales,
ne parait done jouer qu un role tres-secondaire par rapport a celles des doigts.
Enfin, sans nier i influence de 1 heredite, Pigne a avance que tout vice de
conformation par exces est du a la fusion de deux germes. Cette proposition,
beaucoup trop generale, semble vraie dans certains cas, mais ne s applique en
aucune fuc,on a la polydactylie ni a la macrodactylie. Pour admettre qu un doigt
surnumeraire ou un doigt ge ant appartient a Tun des deux individus qui se sont
rapprochcs et confondus, il faudrait trouver dans les organes internes des traces
de cette fusion, c est-a-dire des organes doubles. Or 1 obscrvation n a jamais
rien fait constater de semblable. Broca a meme fait 1 autopsie d uue petite fille
polydactyle dans le but de recliercher cette duplicature. II a examine avec le plus
grand soin les visceres thoraciques, ceplialiques et abdominaux : il n a trouve,
dans aucun d eux, le moindre vestige d un organe double, et il en a conclu que
le doigt surnumeraire n etait pas le resultat d une fusion de deux embryons.
De toutes ces considerations generales il est possible de deduire une regie
therapeutique. Puisqueles mutilations accidentelles peuvent devenir bereditaires,
ilestindique de re gulariser par une operation toute main difforme. En detruisant
les syndactylics, en supprimant les doigts surnumeraires, non-seulement on
ameliore 1 e lat du patient, mais encore on a cbance de preserver sa descendance
de difformites semblables a celles qu il portait lui-meme. Les operations, dans
ces cas, ne sont done pas des operations de complaisance, comme quelques chi-
rurgiens se plaisent a les appeler, mais des operations utiles pour le present et
pour 1 avenir.
I. VlCES DE CONFORMATION PAR ARRET DE DEVELOPPEME.NT. 1
L ectrodactylie est totale, si les doigts font tous defaut (fig. 1), partielle, s il en
existe un ou plusieurs. II n est pas sans interet de citer des exemples de clia-
cune de ces varietes.
Brechet rapporte que le pere d une famille d ectrodactyliens n avait point de
doigts a la main droite, qui se terminait par une masse ronde et molle. M. Josias
a vu sur un gargon, mort apres sa naissance, le metacarpe et les doigts man-
quer ; a leur place on trouvait de petits tubercules charnus portant rempreinte
des ongles et tenant a la peau par des pedicules etroits et courts.
Lorsqu il n y a qu un doigt, c est ordinairement 1 auriculaire ou le pouce. Un
enfant de trois ans, observe par Legat (Annandale, p. 12), ne possedait a la main
DICT. ENC. XXX. 9
150 DOIGT (DII--KUKMITKS).
gauche qu un pouce bien developpe et mobile. Dans la famille d ectrodatetyliens
Bre chet a donne 1 iiistoire (these, p. 32), le pere, qui n avait point de doi-h
Fig. 1. Ectrodactylietoi:ili ill jure extraitc Pig. 2." .Monodactylie (due a I richet,
du Moruoire do JI. DJjout). d lsiguy).
a la main droite, n avait que 1 auriculaire a la main gauche (fig. 2). Sa lille et
;s fiiles de celle-ci n avaient aussi que I aurieulaire aux deux mains. Le?
Fig. o.[ Didactylie avec amputation congenilale
probable des autres doigts (due a Debout).
Fig. 4. Didactylie representant la j ince
de homard (figure d apres Temper y, ex-
traite du Traite d Annandale).
laits dans lesquels le doigt unique est soil Findex, soit un autredoigt, sontjlus
uifficiles a trouver.
Une disposition interessante de la main a deux doigts est celle dans laqudle
DOIGT (DIFFORMITES). 131
le pouce existe avec 1 auriculaire, de maniere a representer une pince de homard
(fig. 4). Ce type etait des plus marques chez un saltimbanque que Morel-Lavalle e
a de crit. Ses deux mains n etaient representees chacune que par le pouce et 1 au
riculaire (peut-etre etait-ce 1 annulaire a la main gauche), separe s par une
echancrure qui se prolongeait jusqu au carpe. Le squelette des deux me tacar-
piens etait normal et garni des parties molles des eminences thenar et hypo-
thenar. A droite, les deux branches de la pince s ecartaient a volonte jusqu a
devenir horizontales. En se rapprochant elles formaient un losange regulier,
mais elles ne pouvaient se joindre assez pour constituer un poing. A gauche,
les deux doigts pouvaient se replier pour former le poing, ce qui leur donnait
une puissance musculaire beaucoup plus considerable que celle de la main
droite. Ce saltimbanque executait avec ces sortes de pincos les mouvements les
plus varies. II pouvait meme 6crire. Meniere a depose" au Muse*e Dupuytren une
piece qui represente une main en pince de homard. Annandale a donne une
figure d une difformite semblable (fig. 4). M. Gueniot a observe la meme dis
position chez une petite fille de onze mois (these de M. Fort, p. 44).
Fig. 3. Mams droite et gauche prcscntant quatre doigts (d apres M. Nicaise).
M. Flamain a montre a la Societe anatomique, en 1869, un macon dont la
main droite n avait que trois doigts : un pouce, un index et un troisieme doigt
ressemblant au medius par le volume des phalanges, mais se rapprochant de
1 auriculaire par sa longueur. Les me tacarpiens e taient au nombre de trois, seu-
lement le dernier presentait, sursa face dorsale, unerainure indiquaiitla reunion
de deux os. Le poignet etait un peu plus petit que celui du cote oppose. La main
gauche et les deux pieds etaient tres-bien conformes. Aucune anomalie pareille
n existait dans sa famille. Lui-meme avait sept enfants, tons bien conforme s.
Enfin le degre le plus leger de 1 ectrodactylie est celui ou la main ne manque
que d un doigt. M. Nicaise a etudie tres-completement un fait d absence du me dms
sur les deux mains d un homme mort a l age de quaranle-un ans (fig. 5). Le
troisieme metacarpien droit etait un peu moins long que le second. La premiere
ir>2 DOIGT (DIFFORWITKS).
phalange du medius etait couehee transversalement entre le troisieme et le
quatrieme metacarpiens et s articulait avec les extremites de ces os, qui etaient
tres-ecartes Tun de 1 autre a leur extremite inferieure. A la main gauche, le medius
manquait aussi. L annulaire etait volumineux et porte par les troisieme et qua
trieme metacarpiens, lesquels, moins gros que d habitude, se touchaient par leur
extremite inferieure.
L absence du pouce est la plus facheuse des cctrodactylies, non-seulement an
point de vue fonctionnel, mais encore au point de vue des diiformites concomi-
tantes. Davaine et Larcher out etabli que 1 absence de ce doigt entraine celle du
medius, et par consequent produit line modification profonde dans 1 architecture
de la mainet de 1 avant-bras. Cette loi ne souffre que de tres-rares exceptions.
Sur 9 cas rassembles par M. Fort, le radius manquait ou etait rudimentaire ;
4 fois toute la colonne osseuse, comprenant le metacarpien, le scapho ide et le
trapeze, faisait defaut. II existe une piece au musee Dupuytren qui represente
ce vice de conformation. Bouvier en a fait faire la figure dans ce Dictionnaire
(article MAIJV-BOTE, 2 e serie, t. IV, p. 175). On y voit une main composee de
quatre doigts, sans pouce, sans premier metacarpien et sans radius. Wenzel
Gruber a pourtant signale un cas oil les cinq doigts existaient, bien que le
radius manquat. C est peut-etre le seul exemple connu.
Sur 52 cas d ectrodactylie, la difformite existait 20 fois aux deux mains, 8 fois
a la main gauche et 4 fois a la droite (these de M. Fort). II arrive assez souvent
que 1 ectrodactylie affecte en meme temps les mains et les pieds. Elle coincide,
dans beaucoup de cas, avec des monstruosites telles que la phocomelie, 1 hemi-
melie, 1 anencephalie, le bec-de-lievre, 1 eventration, etc.
2 Brachydactylie. Cette difformite alteint moins le pouce que les quatre
derniers doigts (fig. 6). Elle sie ge sur un ou plusieurs
de ces organes, sur une seule main ou sur les deux
mains.
La brachydactylie est plus rare que Tectrodactylie.
Les observations de Mercier, Mackinder et Wenzel
Gruber, se ressemblent beaucoup. Elles constatent Tab-
sence de la pbalangine sur tous les doigts. Dans le fait
de Mercier, la premiere phalange avait une longueur
qui etait presque le double des phalanges ordinaires.
La phalange ungueale etait normale, de sorte que les
doigts ii etaient pas beaucoup plus courts qu a 1 ordi-
naire. Les pouces avaient leurs deux phalanges, mais
pas de metacarpien ou un metacarpien rudimentaire.
Les orteils n avaient egalemeut que deux phalanges,
Le sujet de cette difformite se servait de ses doigts
avec facilit ^- Mais 1>exces de lo S ueur des Premiere,
raiie d Annandale). phalanges les exposait c\ des traumatismes. C est ainsi
qu il se brisa la premiere phalange de 1 anniilaire en-
donnant un coup de poing. Ce vice de conformation etait hereditaire dans sa
famille, seulement dans la ligiie des males.
L observation de Mackinder est remarquable en ce que la brachydactylie a e te
constatee pendant six generations. Elle atteignait indistinctement les hommes et
les femmes. Les membres de cette famille presentaient tantot une absence des
deux dernieres phalanges, tanlot une absence de la phalangine seulement. Chez
DOIGT (DIFFORMITES). 133
les uns la difformite affectait tous les doigts, chez les autres elle n existait que
sur quelques-uns d entre eux.
La brachydactylie etait encore plus irreguliere dans le fait de M. Lebec. Le
carpeet le metacarpe etaient normaux. Les pouces etaient bien conformes. A la
main droite, 1 index n avait que deux phalanges et pas d ongle ; le medius trois
phalanges tres-courtes ; 1 annulaire une seulc phalange fort longue et un petit
bourgeon charnu sans ongle; le petit doigt trois phalanges, mais pas d ongle.
A la main gauche, Tindex, le medius et rannulaire, etaient reunis dans la
hauteur de leur premiere phalange. L index etait represente par un bourgeon
diarnu court et sans ongle ; le medius avait trois phalanges rudimentaires et un
ongle ; 1 annulaire etait forme par trois bourrelets ; le petit doigt etait tres-volu-
mineux et possedait trois phalanges et un ongle. Aux deux mains, un sillon
profond existait a la base du medius a droite, et a la base de la reunion des trois
doigts du milieu a gauche. Le pcre et la mere etaient bien conformes.
M. Gillette a fait 1 autopste d une main qui pre sentait une absence de la
deuxieme phalange. II a trouve que celle-ci existait en realite, mais sous la forme
<i un os tres-court. Au petit doigt et an medius, elle etait soudee a la premiere
phalange; aux autres doigts elle etait libre. Les premieres phalanges etaient plus
longues qu al ordinaire etrecevaient les insertions del extenseur et des flechisseurs.
Les doigts incomplets et tronques peuvent etre prives de la sensibilite. En
signalantce fait M. Renauten adonne 1 explication anatomique. Ayantremarque,
dit-il, que les appendices digitiformes des ectrodactyles sont de tout point sem-
blables a ceux que les he mimeles portent quelquefois a 1 extremite de leur moi-
gnon, j ai saisi Toccasion de dissequer un jeune monstre hemimelien. J ai alors
constate que les nerfs S3 terminaient sans fournir une seule ramification a 1 appen-
dice digiti forme. J ai cru devoir signaler ce fait et le rapprocher de celui ou
I anesthesie des rudiments digitaux a ete observee chez un ectrodactyle.
Les causes de 1 ectrodactylie et de la brachydactylie sont dites internes ou
externes. Les premieres dependent d un trouble dans la formation de 1 embryon,
les secondes d uue constriction qui a ete assez puissante pour amener la section
complete du doigt.
Rien n est obscur comme les troubles qui engendrent les difformites. Dire
qu il y a eu arret de developpement d un ou plusieurs doigts, d une ou plusieurs
phalanges, c est constater un fait, mais ce n est pas en donner la raison. On
n avance pas beaucoup le probleme en reconnaissant que, dans certains cas, les
phalanges se fusionnent par leurs bords de maniere a former un seul doigt a la
place dedeux ou trois doigts, etque, dansd autres cas, elles se soudent par leurs
extremites, de maniere a ne former qu une phalange alors qu il devrait y en
^voir deux. Ces constatations sont le fruit d une observation exacte mais n ex-
pliquent rien. Affirmer qu il y a une atrophle n avance pas davantage la question.
Pourquoi cet arret de developpement, cette coalescence des os, cette atrophie?
Le phenomene est-il du a une inflammation des tissus qui vont former la main
de i embryon, a une lesion des vaisseaux ou du systeme nerveux? G est la un
probleme encore insoluble.
Cependantjedois signaler deux observations qui sembleraient indiquer qu une
maladie du systeme nerveux central n est pas etrangere a la production d une
malformation de la main. M. Dreyfous a communique a la Societe anatomique le
fait d une petite fille de six ans n ayant que deux doigts a la main gauche et trois
A la main droite, a 1 autopsie de laquelle il avait trouve une lesion meningee
154 DOIGT (DIFFORMITES).
ancienne occupant la region des centres moteurs des membres. Faut-il croire,
dit-i! , qu une meningile intra-uterine a correspond!! a cet arret de developpement?
L autre fait, du. a Cowers, a ele observe sur un bomme depourvu de la main
gauche des sa naissance. Le tiers moyen de la circonvolution parietale ascendante
du cole droit n avait que la moitie du volume de son homologue du cote gauche.
Les extremiles superieures et inferieures des memes circonvolutions presentaient
le meme volume des deux cotes. L examen microscopique ne revela aucune
lesion de structure dans la partie compromise ; la seule difference gisait dans
1 etendue respective des deux circonvolutions. II est a noter que le territoire
diminue en etendue e tait precisement celui dont 1 excitation, d apres les expe
riences de Ferrier sur les singes, determine les mouvements de la main qui,
dans 1 espece, faisait defaut. On pourra objecter que, dans les fails precedents, la
lesion cerebrale n a ete qu une coincidence, et que, dans le second fait, elle a
ete la consequence, non 1 origine, de la difformile. Nous n y conlredirons pas. Ges
fails demandenl assuremenl a etre confirmes par des observations nouvelles,
mais tels qu ils sont ils permettent de pre sumer la cause reelle de certains arrets
dans le developpement de la main.
Les eclrodaclylies et les brachydactylies dites par cause externe sont des
dactylolyses con.genilales ou amputations inlra-ulerines (voy. le mot AMPUTA
TIONS CONGENITALES).
Quelques enfanls presentent en naissanl, soil sur un de leurs membres, soil
sur un ou plusieurs doigts, un sillon etroit, qui semble etre le resultal d une
constriction circulaire. Depuisune simple empreinte culaneejusqu a une depres
sion profonde ne laissant plus qu une pedicule entre les deux portions du doigt
etrangle, on observe tous les intermediaires. Si le pedicule s amincit au point
de disparaitre ou s il se rompt avant la naissance, 1 enfant est ectrodactyle. En
1847, P. Dubois a saisi sur le fait le mecanisme de ce phenomene. Cbez un
nouveau-ne, les doigts mediuset annulaire gauches etaient reduits a la premiere
phalange. L exlremite libre de celle-ci etait arrondie, recouverte par la peau
dans la plus grande partie de son etendue ; mais, au centre de cette sortc de
moignon, on voyait une petite plaie encore humide de sang, ce qui attestait une
separation recente des pbalanges. Ordinairement, lorsque 1 enfant vientau monde,
on ne voit plus la plaie, mais onpeut constater une cicatrice. M. Panas a presente
a la Societe anatomique la main d une petite fille completement privee de doigts.
II y avail a leur place de petits mamelons cutanes surmontes d un point ombi-
lique, cicalriciel. Ce qui dislingue les eclrodaclylies et les brachydactylies de
cause externe, c esl precisement la presence de cetle cicatrice et [ absence
d ongle (fig. 3). Au conlraire, les memes difformites produiles par une cause
interne n offrent pas de cicatrice a la place du doigl absent ou a 1 extremite du
doigl tronque, et 1 ongle subsistc a un elal plus ou moins rudimenlaire.
Quant au sillon dont 1 accroissement progressif aboutit a 1 amputation du
doigt, on lui attribue deux origines differentes. Tantot ce sont des brides
pseudo-membraneuses, parlanl du foetus ou de 1 enveloppe amniotique, qui
s enroulent autour d un ou de plusieurs doigts et arrivent a le sectionner
completement. Tantot c est une retraction cutanee qui produit 1 etranglement et
la section.
Le role des brides a ete signale pour la premiere fois par Montgomery en 1852 r
puis adopte par Moreau, P. Dubois et la plupart des accoucheurs qui les ont
suivis. Dans le fait de P. Dubois, cite plus haul, on voyait partir du voisinage
DOIGT (him.HMriKs).
des petites plaies qui surmontaieut les plmlanges tronquees un prolongement
liliforme, tres-tenu et tres-resistant, qui avail etc vraisemblablement 1 agent de
la section. Sur une main presentee a la Societe anatomique par M. Launay, un
lien fibveux etreignait la base d une petite tumeur situee sur le bord inferieur
dii metacarpe entre le pouce et I auriculaire. Tous les doigts intermediaires
avaient disparu on plutot avaient ele ampules par le lien fibreux, qui restait
encore enroule autour d un vestige des appendices digitaux.
Mais il y a des amputations congenitales, et ce sont les plus nombreuses, ou
Ton ne decouvre aucune bride, aucun lien, ayant pu accomplir la section des
parties. La dactylolyse est done, dans ces cas, le resultat d une maladie ou d um-
evolution anormale des teguments. Menzel penche vers cette derniere opinion.
De meme que la peau se retracte longLtudinalement dans les espaces intercligiluuv
pour former les sillons qui separeront les doigls, de meme, d apres lui, elle
peut se retracler horizontalement et, par une aberration etrange, former ces
>i lions circulaires qui aboutissent a I amputation. Menzel appuie cette ingenieuse
hypothese sur une observation anatomique dans laquelle le pedicule ne presentait
point cet etat fibreux, dur, nacre, qu on rencontre dans le tissu retractile des
cicatrices. Au contraire, la pcau et le tissu cellulaire sous-cutane etaient normaux
et semblaient avoir subi un simple retrait.
D autres autcurs assimilent les sillous conge nitaux a ceux de lVinhum,dans
lesquels on observe toujours une alteration palhologique de la peau et du tissu
cellulaire sous-cutane. D apres une recente observation due a M. Reclus (Bull,
tlr la Soc. de chirurgie, t. IX, p. 758, 1885), le tissu adipeux sous-cutane ferait
clefaut et serait remplace par une trame serree de tissu fibreux dout les fais-
ceaux sont perpeudiculaires a 1 axe du membre. G est la retraction de ce tissu
libreux, tout a fait analogue a celui de lYinhum des adultes, qui . produirait le
sillon cutane et son accroissement progressif.
5 Syndactylie. L arret dans la division de la palette palmaire produit la
syndactylie ou adherence des doigts.
On s accorde generalemcnt a cousiderer ce vice de conformation comme
moins rare que 1 ectrodactylie. Mais on n en a pas donne la preuve. M,. Fort, qui
a reuni 42 cas d ectrodactylie, n en a rassemble que 27 de syndactylie. Celle-ci
frappe plus que celle-la, parce qu elle est J objet d operations utiles et interes-
santes. Comme elle appelle Tattention des chirurgiens, comme on en parle non-
seulement dans les livres sur la Teratologie, mais encore dans 1 les trftites de
Medecine operatoire, on s est habituei a la croire assez frequente, M. Moreau a
declare a la Societe anatomique que, sur plus de 5000 nouveau-ues, 1 union
des doigts ne s est presentee qu une seule Ibis a son observation.
La syndacLylie oifre trois \arietes qui sont : la reunion, pan une membrane,
la reunioa par accolement sous une meme en\jelappe cutanee, la reunion par
coalescence du tissu osseux.
Dans la syndactylie membraneiise, 1 union a lieu au 1 moyen d un pirolonge-
ment cutane qui s etend d un doigt a Tautre^ Ce premier degre constitue ce
qu on appelle la main ipalme e* Lai membrane intermediaire est plus ou moins
lacbe. Elle forme un triangle donti le sommet correspond a la commissure 1 digir-
tale et la base, ordinairement concave, a 1 extremite libre des doigts. Elle
resulte de 1 adossemeat de la peau de la face donsaie et de la peau de lai face
palmaire des doigts voisins. Ces deux ifeuillets cutanesiglissent ordinairement
1 un.sur 1 autre, et sont assez: minces pour, etre transparents. Les doigls, ainsi
lot) DOIGT (DIFFORMITES).
lies, ont quelques mouvements independants selon la laxite de la peau
intermediate.
A un degre plus avance, les doigts sont immediatement accolcs, et la peau
passe de 1 un a 1 autre presque sans se deprimer entre eux (fig. 7). L adherence
a lieu par du tissu cellulo-adipeux plus ou moins dense. Les doigts n ont aucun
mouvement independant. Mais on pent les faire glisser artificielleraent dans
une petite etendue 1 un contre 1 autre. Les ongles ne sont pas fusionnes.
Lorsqu il y a union par coalescence osseuse, les phalanges sont soudees par
leurs bords, soit au niveau de toutes les phalanges, soil au niveau seulement. de
Tune d entre elles. La cavite des articulations phalangiennes voisines commu
nique souvent. L ongle est ordinairement unique, tres-large, il represente a
lui seul les ongles de deux ou plusieurs doigts.
Enfin, si 1 union est encore plus intime, s il y a fusion reelle de maniere que
Vis
1
>
ig. 7. Syndactylie, d apres Howden~(extraile du
Traite d Annandale).
Fig. 8. Syndactylie de 1 extremite des doigts
d apres Otto (extraite du Traite d Annandale).
1 individualite des doigts n existe plus, ce n est pas a une syndactylie, mais a une
ectrodactylie, qu on a affaire.
Quelques fails, tres-rares, prouvent que la syndactylie se produit par un autre
mecanisme que celui d un arret de la scission palmaire. On suppose alors
qu apres la segmentation digitale regulierement effcctuee les doigts ont ete
al fectes d une plaie ou d une ulceration et qu ils se sont reunis par une cicatrice.
Cette syndactylie particuliere se caracterisepar une soudure partielle. qui siege,
peut-etre toujours, vers les extremites des doigts. Sur une petite fille de
vingt-deux mois, observee par M. Longuet, la syndactylie consistait en une
soudure de 1 extremite inferieure des trois doigts du milieu de la main gauche.
Ces doigts ne portaient pas d ongles et semblaient reunis par un tissu de
cicatrice. La soudure dc 1 index et de Tannulaire au medius s etendait seule
ment sur la longueur de la phalangette, de sorle que les phalangines et les
phalanges elaient parfaitement libres. Cette enfant pre sentait d autres vices de
conformation, des pieds-bots, des sillons cutanes et des amputations congenitales.
Pour M. Longuet, les doigts se seraient ulceres pendant la vie intra-uterine,
D01GT (DIFFORMITES). 137
sous 1 influence d une lesion nerveuse trophique, et se seraient ensuite unis par
la cicatrisation des surfaces privces de leur epiderme. Une amputation spontanee
peut aussi devenir la cause de plaies digitales et d une reunion semblable.
Otto avait deja rencontre cette curieuse variete de syndactylie. Nous en donnons
une figure d apres cet auteur (fig. 8).
La syndactylie est complete ou incomplete, suivant qne les doigts sont reunis
dans la totalite ou seulement dans une partie de leur longueur.
Elle est partielle, si elle affecte deux ou plusieurs doigts; totale, si elle les
atteint tous.
Rare entre le pouce et 1 index, on la rencontre ordinairement aux derniers
doigts, sonvent entre le medius et 1 annulaire, e(, si 1 adherence est membra-
neuse, entre 1 annulaire et 1 auriculaire.
D apres M. Fort, elle siege aux deux mains a peu pres dans la moitie des cas
(11 fois sur 27). Lorsque les deux mains sont prises en meme temps, on observe
tres-sowent la meme diflbrmite sur les deux pieds.
La syndaclylie se complique assez rarement d autres difformites des doigts.
II imporle de savoir qu elle s accompagne quelqnefois d une anomalie des
arteres. Sur un enfant venu au monde avec une adherence des trois derniers
doigts, M. Lemaistre a trouve que 1 arcade palmaire superficielle descendait
beaucoup plus bas que de coutume. En divisant avec le bistouri les membranes
mterdighales, on I aurait certainement coupee. Les arleres collaterales ctaient,
par suite, plus courtes qu a 1 etat normal. Lc chirurgien doit done etre prevcnu
qu il peut rencontrer une anomalie arterielle, lorsqu il opere une syndactylie.
Comme toutes autres difformites des doigts, la syndactylie est hereditaire.
Deguise en a cite un cas tres-nct. Les filles y sont plus sujettes que les garcons.
Le traitement de la syndactylie conge nitale sera etudie avec celui de la
syndactylie accidentelle dans le cliapitre consacre a la Medecine operatoire.
II. VlCES DE CONFORMATION PAR EXCES DE DEVELOPPEMENT. 1
Les opinions sont fort partagees sur la frequence de la polydaclylie. Les uns la
considerent comme tres-rare ; les autres pensent qu elle est relativement fre-
quente. Maupertuis n a pu en trouver que trois exemples sur 100 000 habitants
de la ville de Berlin. M. Blot ne 1 a rcncontree qu une seule fois sur 10 000
enfants nes a I liopital des Cliniqnes. M. Le Fort dit que, sur un tolal de 14 000
nouveau-nes de Guys Hospital et de Gebar und Findelhaus de Vienne, il n y
a pas eu un seul cas de polydactylic; cependant on ne pent admettre, ajoute-t-il,
qu il y ait eu oubli, car toutes les anomalies out etenotees avec soin (Bull, dela
Soc. de chir., 1865). D un autre cote, sur 2500 enfants entres a 1 hospice des
Enfunts-Trouves, M. Bechet en a constate un cas. Giraldes et M. Trelat, qui out
\u et soigne plusieurs enfanls polydactyles, croient que cette anomalie est fre-
quente. Quant a nous, nous adoptons aussi cette opinion, eri nous appuyant
sur ce que nous avons observe a la Maternite de I liopital Cochin. En effet, sur
un total de 5726 nouveau-nes, dont nous enregistrions tres-exactement les diffor
mites, nous avons rencontre 4 enfants polydaclyles. Nous en concluons done qu a
Paris et dans le milieu ou nous pratiquions, de 1873 a 1878, il y avait environ
un cas de polydactylie sur 1000 naissances. En outre, nous pensons que la poly-
dactylie est la plus frequente de toutes les malformations de la main, car dans
cette meme periode aucune autre difibrmite des doigts ne s est offcrte a nons.
Pour apporter quelque clarte dans 1 etude des nombreuses formes de la
158 DOIGT (nii-i-oioiiTEs).
polydactylic, il est utile de les ranger en quatre groupes, qui sont : 1 les doigts
surnumeraires prolongeant la serie normale; 2 les pouces surnumeraires;
5 les doigts surnumeraires situes sur le bord cubital; 4" les bifurcations de la
main. M. Fort, qui a rassemble 71 cas de polydactylie, a trouve 52 doigts inter-
cales dans la serie normale ou la prolongeant, 29 pouces supplementaires,
10 doigts surnumeraires sur le bord cubital. Ajoutons a cette nomenclature
2 exemples de main bifurquec.
a. Doicjfs surnumeraires prolongeant la serie normale (fig. 9). On a
connu de toute antiquite la multiplicite des doigts.
On lit dans 1 Ancien Testament qu un guerrier avail
six doigts aux mains et autant aux pieds. Pline le
ISaturaliste parle de deux soeurs dont les mains
avaient chacune six doigts. II est souvent question
chez les Remains des sexdigitaires. Ruysch a decrit
mi squelelte ayant sept doigts a la main droite et
six a la gauche. Saviard dit avoir vu a I Hotel-Dieu
un enfant avec six doigts a chaque main et a chaque
pied. M. Maijolin a presente a la Societe de chi-
rurgie les moules de deux mains, Tune a six doigls,
1 autre a sept. Les mains a six doigts sont beau-
coup plus communes quo celles qui en presentent
un plus grand nombre, J en ai observe derniere-
ment deux exemples, chez un jeune ecolier et chez
un adulte qui exerce la profession de macon. Chez
ces deux polydactyles, la difformite existe symetri-
quement aux denx mains, et ne leur occasionne aucune gene.
Lorqu il n y a qu un seul doigt surnume raire, la difformite est legere. Le
sixieme doigt ne differe pas sensiblement des autres et on a quelque peine a le
distinguer. II s arlicule tantot avec un metacarpien particulier, tantot avec le
metacarpien d un doigt voisin. 11 est pourvu de muscles et d insertions tendi-
neuses. II jouit des memes mouvements que les autres doigts. Les fonctions de
la main ne sont pas alte rees par sa presence. Les sexdigitaires sont habiles a
toutes les professions manuelles.
II n en est plus de meme lorsqu il existe plusieurs doigts surnumeraires.
Ceux-ci sont ordinairement petits, courts, de forme irreguliere. Us sont souvent
reunis entre eux par des adherences. 11s occupent generalement Textremite de
la range e digitate qu ils continuent. C est une grande exception lorsqu ils
s implantent entre les doigts normaux. Hersent a vu la premiere et la seconde
phalanges de 1 annulaire se bifurquer, de maniere a former deux appendices
digitaux superposes.
Les doigts multiples s articulent soit avec des tetes de metacarpiens volu-
mineuses ou dedoublees, soit avec des metacarpiens supplementaires. Quelque-
fois leur union a la main se fait simplement par des parties molles. 11s sont
depourvus de muscles, ou ne recoivent que des diverticules tendineux. II en
resulte que lews mouvements, faibles et incomplets, apportent un trouble con
siderable dans les usages de la main.
Lorsqu un doigt surnumeraire se montre a une main, il est presque de regie
de voir la difformite se repeter a la main du cote oppose et aux deux pieds.
b. Pouces surnumeraires. En examinant les observations de pouces surnu-
\z. 9. - - Exemple dc polydac-
lylir, d .ipros Morand (Academic
<ies sciences, 1770).
DOIGT (DIFFORMITKS). ir><>
meraires, on ne tarde pas a reconnaitre que ce vice de conformation pre sente
deux formes : dans 1 une le pouce anormal est implante sur le premier meta-
carpien, dans 1 autre il est accole aux phalanges du pouce et parait etre une
bifurcation de celles-ci. On designe la premiere forme sous le nom de pouce
surnumeraire proprement dit, la seconde sous celui de pouce bifide.
Les connexions du pouce surnumeraire avec le premier metacarpien sont fort
variables. Tantot sa premiere phalange est soudee au metacarpien, avec lequel
elle forme un angle qui se rapproche plus ou moins de Tangle droit ; tantot il y
a une articulation veritable. Dans quelques cas plus rares, 1 union s etablit avec
les parties molles par un simple pedicule non osseux, comme dans 1 observation
de Thouret.
Le pouce surnumeraire possede habituellemenl deux phalanges disposees sur
le prolongement l une de 1 autre ou inclinees 1 une par rapport a 1 autre, de
maniere a former une sorte de crochet.
II est souvent immobile et, lorsqu il possede des mouvements, ceux-ci sont
toujours fort limites.
Lorain a public la description anatomique d un pouce surnumeraire observe
chez un nouveau-ne. Ce pouce etait applique sur le metacarpien du pouce
normal. II recevait exclusivemcnt les insertions des muscles court abducteur,
opposant et court flechisseur. Le muscle lung fle chisseur se rendait au pouce
normal et envoyait une expansion tendineuse a la deuxieme phalange du pouce
anormal. L adducteur se rendait a I un et a 1 autre pouce. Quant aux muscles
dorsaux, le long abducteur et le court extenseur allaient au pouce surnumeraire
seul, le long extenseur au pouce normal et accessoirement par une expansion
aponevrotique au pouce anormal. Cette expansion aponevrotique, ainsi que
celle qui venait du long flechisseur, courbaient les phalanges du pouce surnu
meraire et, en les reliant au pouce normal, empechaient leurs mouvements de
flexion et d extension. II en resultait que le pouce surnumeraire, bien que lar-
gement pourvu de muscles, etait destine a rester presque immobile.
Le pouce bifide offre plusieurs degres : tantot la bifurcation ne porte que sur
la phalangette (fig. 10), tantot elle s etend jusqu au meta
carpien.
Dans une premiere variete, on constate deux phalangettes,
mois celles-ci sont soudees lateralement ; 1 ongle est double.
Dans une deuxieme variete, la separation des phalangettes
s est operee, et 1 extremite du pouce a Taspect d une fourehe.
Boutellier a observe un pouce qui marque la transition
entre la bifidite de la phalangette seule et la bifidite com
plete du pouce. C etait chez un homme de trente ans. Le
metacarpien etait normal, mais on reconnaissait au toucher
que la premiere phalange etait double et qu elle etait for-
me e par deux os accoles. Apartirde la premiere phalange, Fig. 10. Pouce bifide
le doigt se divisait en deux extremites completement inde- ( Th6sedeM - F rO-
pendantes.
M. Chuquet a eu 1 occasion de dissequer nn pouce presque completement
bifide. Chacun des pouces e tait aussi long qu a 1 ordinaire, mais beaucoup plus
grele. Us possedaient deux phalanges. Les premieres phalanges etaient unies
par une membrane. Elles s articulaient avec le premier metacarpien et avaient
une synoviale commune. Le tendon du long flechisseur etait bifurque au niveau
140 DOIGT (DIPFORMITES).
de la premiere phalange. Le long et le court extenseur se juxtaposaient et s unis-
saient par le bord deleurs tendons au niveaude 1 articulation metacarpo-pbalan-
gienne. De ce centre tendineux partaient ensuite les fibres qui allaient s inserer
sur la face dorsale des deux phalanges. Par suite de cette disposition, les mou-
\ 7 ements de flexion et d exlension des deux pouces etaicnt toujours associes.
II est rare que les mouvcments soient independants. Cependant, dans une
observation due a M. Vidal, les deux phalanges possedaient des mouvements
individuels, de sorte que les deux pouces pouvaient se flechir et s etendre
isolement.
Broca avail avance que, dans les cas ou le pouce supplementaire etait mobile,
les muscles de 1 eminencc thenar se rendaient a son os sesamo ide externe,
tandis que les autres muscles se portaient au pouce normal. On ne possede pas
assez de dissections pour savoir si cette disposition se rencontre generalement.
Le pouce bifide constitue, dans beaucoup de cas, une infirmite tres-supportable.
II n en est pas de meme du pouce surnumeraire ; implante perpendiculairement
sur le metacarpien, il constitue une gene permanente assez considerable pour
que les patients en reclament la suppression.
Enfm, faisons remarquer que les pouces anormaux sont toujours situes sur le
-sord externe du metacarpien ou de la phalange. II n y a guere qu une exception
.cette regie, c est le fait de M. Gueneau de Mussy, dans lequel le doigt supple
mentaire etait situe a la partie interne du pouce. II s articulait avec 1 extre-
mite interne du metacarpien et possedait un muscle extenseur et un muscle
flechisseur.
Nous n abandonnerons pas ce sujet sans mentionner 1 opinion de Foltz sur la
bifurcation du pouce. En se fondant sur des considerations d anatomie philoso-
phique plus que sur 1 embryologie, Foltz pensait que le type primitif ideal est
la main a six doigts, que notre pouce actuel represente la coalescence de deux
doigts et que sa division, que nous regardons commc une anomalie, est au
contraire un retour vers le type normal. Rien ne nous permct de controler
cette opinion etrange. Elle n a pas plus de valeur que celle d Huguier, qui
explique la frequence de la bifidite du pouce par la vigueur formatrice de
cet organe. Bornons-nous a constater le fait, qui depend d une exageration de
la scission palmaire, dont la cause nous est inconnue.
c. Doigt surnumeraire cubital. Les doigts surnumeraires, places hors rang,
sur lebord cubital dela main, sont Ires-variables sous le rapport de leur volume,
de leur structure et de leurs connexions.
Leur siege de predilection est le bord interne de la premiere phalange.
Dans leur forme la plus simple, ils constituent de petiles tumeurs arrondies,
grosses comme un noyau de cerise ou comme une noisette, recouvertes d une
peau normale et appendues au bord cubital de U main par un pedicule cutane
plus ou moins long. Ces petites tumeurs out souvent ete prises pour des
sarcomes. Mais ce qui les en distingue, c est qu elles sont d ordinaire syme-
triquement placees sur le bord cubital des deux mains, et qu elles sont formees
par un amas de tissu cellulaire graisseux, au centre duquel on trouve un petit
noyau cartilagineux. En outre, il n est pas rare d observer a leur surface une
depression avec un rudiment d ongle. M. Guyon, moi-rneme et bien d autres,
avons enleve de ces petites tumeurs, au centre desquelles existait le cartilage
caracteristique.
Lorsque le developpement du doigt cubital est plus avance, on a affaire a
DOIGT (DIFFORMITES).
141
Fig. 11. Doigt cubilal surnumeraire
pedicule.
un appendice cylindrique dont 1 extremite libre porte un ongle (fig. 11). Alors
il n est plus possible de se meprendre sur la veritable nature de la production
congenitale. Le doigt surnumeraire tient encore par un pedicule ou une iamelle
cutanee, mais il est pourvu d une ou de
deux phalanges bien formees. MM. Bt chet,
Bauzon, Gallez, Lesenne, ont public des obser
vations sur ccs doigts flottants. J en ai vu un
exemple chez un nouveau-ne de la Maternite
de Gocbin, en 1876. Le doigt tenait sans
articulation sur Ic bord cubital de chacune
des mains. J en fis 1 ablation avec le galvano-
cautere. Tatum a enleve, chez un adulte, un
doigt cubital tres-remarquable par sa longueur,
qui etait de deux polices.
Les doigts surnume raires avec attache osseuse
sont rares. Morand en a donne une description
et deux figures, qui sont classiques. Dans 1 une, le doigt, forme de deux pha
langes, s articule avec une apophyse du cinquieme mctacarpien, et cettc apophyse
est dirigee obliquement de basen haul. Dans 1 autre, 1 articulation a lieu directe-
ment sur le bord interne du metacarpien.
M. Gougenheim a montre a la Sociele anatomique, en 1804, un cas de
biiidite symetriquedc 1 extremite de 1 auriculaire sous la forme de deux phalan-
gettes supplementaires. Nous n avons pas rencontre d autre exemple de cette
bifidite, qui nous parait constituer une variete de doigt cubital.
Comme les autres especes de polydactylie, le doigt cubital est souvcnt here-
ditaire. Dans beaucoup de cas les deux mains en sont affecte es dans des points
similaires. Enfm des orteils sumumeraires coexistent habituellement avec cette
difformite de la main.
d. Bifurcation de la main. Si Ton suppose que pendant le developpement
exuberant qui produit la polydactylie un des sillons palmaires se prolonge, plus
que les autres, vers 1 avant-bras, on aura une nouvelle espece de polydactylie,
caracterisee par une apparence bifurquee de la main. Deux mains plus ou moins
completes sembleront accolces 1 une a 1 autre. On pcssede seulement deux
exemples bien authentiques de cette difformite. Us ont ete publies et figures
par C. Murray et par Giraldes. Dans ces deux cas, qui se ressemblent beaucoup,
la division commengait au niveau du carpe et le pouce manquait. Voici leur
description en abrege.
En 1863, C. Murray communiqua a la Sociele de Londres le fait d une
main double chez une femme de trente-huit ans (fig. 12). Cette difformite sie-
gcait a gaucbe. Chaque main possedait quatre doigts. La main surnumeraire
etait un peu plus petite que 1 autre, et en outre son medius et son annulaire
etaient palmes. Le pouce etait represente par une petite e minence placee sur le
dos de la main. 11 n y avait pas d action independante des doigts. Leur flexion
et leur extension etaient tres-limitees. Gependant les deux mains pouvaient se
fermer 1 une sans 1 autre. L enfant de cette femme n avait rien d anormal. II
n y avait rien d hereditaire dans ce vice de conformation.
En 1864, Giraldes opera une enfant de cinq mois qui avait une main bifur-
que e (fig. 13). Le moule de cette difformite a ete presente a la Societe de
chirurgie (29 novembre 1865). L enfluit avait huit doigts, quatre a chaque
142 DOIGT (DIFFORMITKS).
main. Elle a bien gueri apres la suppression de la main anormale. Mais Giraldes
Fig. 12. Main double de C. Murray.
ajoute (Lemons din. sur les mal. chir. des enfants, p. 42) : Si j avais connu a
Fig. 13. Main double de Giraldes.
ce moment la relation d un fait analogue public par C. Murray, je ne serais pas
DOIGT (DIFFOHMITES). 1 15
intervenu, car la disposition des muscles ct des tendons permettait aux deux
mains de se former 1 une sur 1 autre et de remplir parfaitement Jeurs fonctions
habituelles. Et, eneffet, la malade de Murray etait habile avecsamain difforme,
cequi doit inspirer une grande reserve dans les operations qu on pourrait entre-
prendre pour des cas semblables.
2 Exces de nombre des phalanges. L augmentation du nombre des pha
langes est un phenomene rare pour le pouce, et probablement inconnu pour les
autres doigts.
Colombus (de Re anatomica, p. 485) dit avoir vu quatre phalanges sur un doigt.
Mais cet auteur n indique pas de quel doigt il entend parler. Huguier fait re-
marquer avec raison que cette observation se rapporte probablement au pouce.
Nous avons vu que, d apres les recherches de M. Sappey, le metacarpien du
pouce represents la fusion d un metacarpien et d une phalange. Si, par une
aberration du dcveloppement, la premiere phalange du pouce s articulc avec
son metacarpien, au lieu de se souder a lui, le pouce a trois phalanges comme
les autres doigts. Cette anomalie se re alise quelquefois. P. Dubois en a pre-
sente un exemple a 1 Academie de medecine, en 1826. M. Fort (these, p. 55) en
cite trois exemples d apres Foltz (de Lyon). Dans ces trois cas, il s agit de
pouce bifurque. Les trois phalanges exislaient tantot sur les deux doigts bilides,
tantot seulement sur 1 iin deux. J ai communique dernierement a la Societe de
Chirurgie un bel exemple de pouce a trois phalanges chez une jeune temme,
qui n ctait nullement genee par sa diflbrmite.
7>" Macrodactylie. De tous les vices de conformation de la main, la macro-
dactylie est un de ceux qui etonnent le plus, tant par 1 aspect etrange de la
difformite que par les proportions gigantesques que les doigts affectes peuveut
acquerir.
L augmentation legere du volume d u