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A gift of
Associated
Medical Services Inc.
and the
Hannah Institute
for the
History of Medicine
DIGTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
UES
SCIENCES MEDICALES
PARIS. TYPOGRAPHY A. LAI1URE
Rue de/leurus, 9.
DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
DF.S
SCIENCES MEDICALES
COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS
ARCIIAMBACLT, ARLOIXG, ARXOULD (j.) , ARXOZAX, ARSOXVAL (D ), AURRY (j.), AXEXFELD, BAILLARGER, BAILLOX,
BALU1AXI, BALL, BARTII , BAZIX, BEAUGRAXH, BECLARD, BEIIIER, VAN BEXEHEX, BERGET., BERXHEIM, BERT1LLON,
IJERTIX, UESXIER (ERNEST), BLACIIE, BLACIIEZ, BOIXET, BOlSbEAU, BORDIER, BORIL S, BOCCIIACOURT, Cll. BODCHARD,
BOUCHERE4U, BOUISjOX, BOULAXD (P.), BOULEY (ll.), BOUREL-ROXCIERE, BOURGOIN, BOURSIER, BOCSQL ET, BOUVIER,
ilOYER, BUOCA, BROCIH.N, BHOUARDEt., BRO WX-SEQUARD, BCRCKER, BlSSAIUl. CALMEIL, CAMPANA, CARLET (C.). CERISE,
CIIAMbARD, CIIARCOT, CUARVOT, CIIASSAIGXAC, CHAUVEAL , CIIAL VEL, CIIEREAU, CIIOLPPES, CHRETIEN, CIM!ISTIA X ,
COLIX (L.) ( CORXIL, COTARP, COUI.1ER, COURTY, COYXE, DAI.LY, DAVAIXE, DECIIAMBRE (A.), DEI I N - ,
HELIODX BE SAVIGXAC, DEI.ORE, DELPECII, DEMAXGE, DENONVILLIEnS, IlEPAUL, DIDAY, DOLBEAU, DLBUISSOX, DUCAZAI,
DUCLAUX, DL GUET, DUPLAY (S.), DUREAU, DUTROULAC, DUWEZ, ELOY, ELY, FALRET (}.), FARABEL F, FELIZET, FEI .IS,
FE^.RAXD, FOLUX, FONSSAGRIVES, KOURXIER (E.), FRAKCK (FRAXgOI>j, GALTIER-BOISSIERE, GAR1EL, CAYET, GAYRAUP,
OAVARKET, GERVAIS (P ), GILLETTE, GIRADD-TEULOX, GORI.EY, GODEI.IE I ., II RANCIIi: n , CRASSET, GIIEEMIILL, GIllSOLLE,
GUBLEP., GUEMOT, GUERARD, 6UILLARD, GUILLAUJIE, GUII.LEMIX, GUYOX (f.) , IIAIIX (L.), IIAMELIX, I1AYEM, IIECIIT,
IIECKEL, UEXXEGUY, HEXOCQUE, UEYDENREICII, HOVELACQUE, HUMBERT, 1SAMUEHT, JACQUEMIER, KEI.SCU, KRI~-IIM.il;.
LABUE (l.EOX), LAUBICE, LALORDE, LABOUL11EXE, LACASSAGXE, LAUREIT HE LACIIAKRIEIIE, LAGNEAC (G.), LAXCEREAUX,
LARCIIER (0.), LAVERAN, I.AVERAX (A.)I LAYET, LECI.ERC (L . ), LECORCIIE, LEDOUBI.E, LEFE VRE (ED . ), LE FORT (LEOx),
t.EGOUEST, LEGOYT, LEGROS, I.EGROUX, LEHELOULLET, LE HOY Dli MEI .ICOURT, LETOURNEAU, I.EVEX, LEVY (MICHEL),
I.IEGEOIS, LIETARP, L1XAS, LIOUVILLE, LITTRE, LUTZ, UAGITOT I E.), MAIIE, MALAGL TI, UARC1IAXD, MAI. I Y, MARFIXs,
MATU1EU, MICHEL (DE NANCY), UII.LARD, HOI.LIERE (DANIEL), MOXOO (CII.), 1IOXTAMEH, MORACIIE, MOREL (B; A.
XICAI--E, XUEL, OBEDENARE, OLL1ER, OMUL S, ORF1LA (L.), OLSTALET, 1 AJOT, PAI .CIIAI PE, PARROT, PASTEUR,
PADLET, PERRIX (^MAURICE), PETER I M.), PETIT (.\.}, PETIT (L.-II. ), PEYROT. PIXARD, PINGAUD, PLAXCIIOX, POLA1LLOX,
POTA1X, POZZI, RAULIX, RAYMOXD, REGNARD, I .EGXAULT. REXAUD (.1 .) , IIENAIT, I .LXDU, RENOO, REYXAL, R1CIII .
RITTI, ROBIX (ALBEP.T;, ROBIN (CH.), DE HOCIIAS, ROGER (n.), KOLLET, P.OTUREAU, ROUGET, ROYER (CLEMENCE),
SAINTE-CLAIRE DEVILLE (II.;, SANXE, SAXSOX, >A1VAI,E, SCIIUTZEXBERGER (Cll.), SCIIUTZKXIIERGER (P . ) , SE1I1LLOT,
SEE IMARC), SERVIER, SEYXES(l)E,, SIRY, SOUBE1RAX (t.J, SPILI.MAXX (K.), - 1 |. riUMlS (cl.ON). STRAUSs (II.),
TABTIVEL, TESTELIX, THOMAS (L.), TILLAUX (p.), TOURDES, TRELAT (u.), TRIPIER (LEON), TROIS1EU, VALL1X, VELPEAU,
VEP.XEUIL, VEZIAX, VIALD GRANll-MARAlS, V1DAL (EM.), VinA J V1LLEMIX, V01LLEM1ER, VULPIAX, WAHLOMOXT,
W1IIAL, WILLM, WORMS (j.), WOllTZ, ZUUEII.
DIRECTEUR : A. DECIIAMBRE
SECRETAIRE DB: LA REDACTION : L. HAHN
PREMIERE SERIE
A E
TOME TRENTIEME
D[U DYN
wnowlquts
PARIS
G. MASSON
LIBI .AIRE HE LACADEM1E DE MEHECIXE
Bouleiard Saint-Germain, en face de I Ecole de IKdecine
P. ASSELIN ET C ie
L1URAIRE DE LA FACULTE DE MEUECINE
Place ile 1 Ecole de-Medecine
MDCCCLXXXIV
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30
DICTIONNAIRE
ENCYCLOPEDIQUE
DES
SCIENCES MEDICALES
im HI TIOI rs. I. DEFINITION. MODE D ACTION. UNIFICATION-. On
designe sous ce nom tous les agents medicamenteux et les moyens llinapeu-
tiques qui augmentent la diurese, c est-a-dire la secretion de 1 urine, ;n:riiN
stimulants de la fonction des reins, qu ils exagerent plus ou moins en lui
faisant depasser son niveau habituel ou actueL 11s appartiennent a la grande
classe des hypercriniques, dans laquelle sont ranges nos medicaments destines
a rendre plus active et abondante la secretion des glandes a conduit excreteur,
comprenant les sudorifiques, les sialagogues, les galactagogues, etc., etc.
Le mot diuretique est grec, twpr-iy.6;, ct il a ete introduit dans notre langue
avec sa signification antique.
Des la plus haute antiquite, eneffet, les medecins distinguaicnt parmi les medi
caments qu ils employaient ceux qui font uriner avec abondance, et savaient les
administrer a propos dans les hydropisies principalement, pour evacuer nu
dehors les aquosiles en exces dans 1 organismc.
Hippocrate, qui faisait de 1 urine de ses malades une etude si minutieuse au
point de vue clu diagnostic et du pronostic des affections morbides, a pu ju^er
sairiement des effets therapeutiques de quelques me dicamcnts diuretiques. 11
prescrivait volontiers les boissons aqueuses, le nitre, la scille, le vin blanc, etc.,
pour obtenir la diurese, lesquels figurent encore aujourd hui parmi nos meil-
leurs stimulants du rein, ainsi que je 1 indiquerai bientot.
Galien de son cote vantait, a 1 exces peut-etre, le vinaigre et le vin scillitiques,
excellents remedes, toujours en honneur dans nos prescriptions.
Bien des noms nouveaux furent ajoutes, depuis 1 eporjue ou vivaient ces grands
homines, sur la liste des agents diuretiques; mais je dois epargner au lecteur
leur enumeration faslidieuse, sans le moindre interet d ailleurs.
Si done Ton consultait cette liste, tres-longue, je le repete, on pourrait
croire que nous sommes admirablement pourvus et plutot embarrasses d ordi-
D1CT. FJNC. XXX. 1
2 DIURETIQUES.
naire dans le choix de 1 arme a manier. II n en est rien. Cette richesse n est pas
reclle, et notre matiere medicale est au contraire extremement pauvre endiure-
liques energiques et surs.
Est-ce a dire, comme certains auteurs modernes 1 ont ecrit, que nous n en
possedions aucun et qu il faille renoncer a une medication puissante, inscrite
dans tons nos traites de therapeutique ? Non, certes; une pareille reaction
centre les idees anciennes serait excessive.
Comme toutes les glandes et les tissus de 1 economie le rein est excitable; sa
fonction peut s exalter d une facon morbide, ou bien encore sous 1 influence de
certains stimulants, et ceux-ci sont bien alors des diuretiques.
Qu on augmente, a 1 exemple de Goll (de Wurtzbourg) , la pression sanguine
dans 1 aorte chcz un animal, aussitot 1 ecoulement d urine par 1 uretere devient
plus abondant, et il est, en general, proportionnel a 1 e levation de cette
pression, comme 1 indique le tableau suivant, resumant une experience
pratiquee sur un chien :
( 57 millimetres. . 2e ,OG I ,-.
Pression. . . 3 119 millimetres ..... 4-92 ^oulement ,1 urine par 1 uretere
159 m.llimetres ..... 9 gr. )
Cette elevation de pression dans 1 aorte ou les vaisseaux renaux, nous pouvons
1 obtenir par nos toniques vasculaires aussi surement que le vivisecteur dans ses
operations, par consequent c est nier 1 evidence que de refuser 1 action diure-
tique a quelques-uns de nos medicaments : aussi bien 1 article que je vais ecrire
a-t-il parfaitement sa raison d etre.
Mode traction. Nous sommes acluellement encore assez mal au courant de
la physiologic du rein. On a mis en avant bien des hypotheses ingenieuses sur
son fonctionnement, plus ou moins justitiees par I experimentation ; mais enfm
ce ne sont que des visees de 1 esprit, acceptables aujourd hui, devenues fausses
demain. Aussi bien, puisque nous ignorons a peu pres la fac,on dont se forme
1 urine dans Total physiologique, il me parait difficile d emettre autre chose que
des conceptions theoriques sur Faction des medicaments qui rendent plus active
la formation de cette humeur. Quoi qu il en soit, je vais essayer de presenter
1 etat actuel de la science sur ce point.
II est parfaitement exact que le rein est un organe d excre tion, qui enleve
au sang une certaine fraction des dechets de la nutrition, puis quelques substances
etrangeres a 1 economie ayant penetre accidentellement dans cette humeur et,
enfin, son exces d eau.
Au glomerule de Malpighi parait devolu le role d extraire 1 eau, a la maniere
d un filtre, tandis que, suivant Heidenhain, la separation des materiaux propres
de 1 urine se ferait dans les canalicules renaux pourvusd un epithelium a baton-
nets, c est-a-dire dans les tubes contournes et dans la grosse branche des con
duits de Henle.
Les cellules epilheliales a batonnets deviendraient les organes actifs d excre-
tion, charges d enlever au sang 1 uree, 1 acide urique, les sels de 1 urine et autres
materiaux coristitutifs de 1 urine.
Dans cette maniere de voir, proposee il y a quelques annees, le rein serait
bien un filtre, mais un filtre intelligent, bioiogique, si je puis m exprimer ainsi,
et non plus le filtre banal du chimiste, ce qui me paruit tres-admissible.
Ai-je besoin d ajouter maintenant que le fonctionnement du rein varie avec
DIURETIQUES. 5
1 etat de sa circulation; qu une certaine activite dc cette circulation, qu une
tension particuliere du sung, favorisent sa fonction et que des conditions opposees :
stase sanguine ct depression circulatoire, la diminuent ou 1 anniliilent ?
Ces conditions physiologiquesetant donnees, jepensequcl on peut comprendiv
1 action des diiireli jues de la faeon suivante :
Certains d entre eux rendeut la masse du sang plus considerable, augmentent
ainsi sa tension et obligent le glomerule a doubler son activite pour retablir
1 equilibre ; ceci est une necessite vitale, une sorte d epuration obligee.
Un pareil resultat s observe apres 1 ingestion de 1 eau, Tun de nos plus puis-
sants diuretiques, et de toutes les substances qui renferment de grandes propor
tions de ce liquide; apres toutes les transfusions un pen abondantes de sang, de
lait, etc. ; toutes les fois, en definitive, que le systeme vasculaire est en etat de
plethore.
D autres diuretiques agissent non plus sur le contenu des vaisseaux, mais sur
ces vaisseaux eux-memes, augmentent par leur intermediate la tension du san_: :
d ou encore la necessite d une action plus grande des glomiTules et la filtration
plus abondante du fluide qu ils elaborcnt. La digitale, la scille, les deux diure
tiques dont on ne saurait raisonnablement contester 1 action puissanle, ont sans
doute une pareille action.
Enfin, il est un certain nombre de substances qui s eliminnit a travers les
reins, extraites du sang peut-etre par ces cellules a batonnets, dont j ai signale
tout a 1 heure le role pbysiologique important ; ces substances peuvent agir topi-
quement et stimuler sa fonction, comme les aliments sapides font secreterabon-
damment la salive et le sue gastriquc. Je -citerai les balsamiques, les cantha-
rides et les sels neutres (vraisemblablement) : azotates de soude ou de polasse,
acetate de potasse, chlorate de soude ou de potas-e. dr. Tontefois, a propos de
ces derniers sels, je dois dire qu on a invoque uuc action physique particuliere,
raise en lumiere par certaines experiences de Poiseuille, et imagine une theorie
bien subtile de leur action diuretique.
Get experimentatcur ingo nieux ayant demontre, en effet, que recoupment des
liquides dans les tubes inertes est favorise par certains sels : le bromure de
potassium, le nitrate de potasse, 1 azotated ammoniaque, etc., pensa que 1 action
diuretique de ces medicaments devait etre toute mecanique, et se rcsoudre a une
filtration plus rapide du liquide urinaire a travers son emonctoire, le rein.
Je demanderai alors aux partisans de cette theorie comment ils expliquent les
echecs nombreux des sels neutres presents pour exciter la diurese. Une loi
physique est immuable, et toute action qui derive de cette loi est constante. De
telle sorte que, si le nitre agissait reellement en vertu de la loi de Poiseuille, il
devrait avoir des effets invariables : or il n en est rien.
Et puis voici que, d apres Poiseuille, 1 alcool retarde 1 ecoulement des liquides
dans les tubes : or c est cependant un diuretique puissant.
Jusqu a nouvel ordre, bornons-nous a croire que les sels neutres stimulent
le rein en le traversant pour s eliminer. L organe repond plus ou moins a
cette excitation, ou ne repond pas du tout; il en est ainsi de tous les actes
vitaux qu impressionnent tres-differemment suivant les sujets leurs modifica-
teurs designes : c est ce qui a donne lieu a la theorie de 1 idiosyncrasie thera-
peutique.
Classifications. Ce chapitre de 1 histoire des diuretiques a singulierement
exeroe la sagacitt3 des therapeutistes : aussi bien la plupart ont-ils propose une
4 DIURETIQUES.
classification differente et individuelle. Je n entreprcndrai pas de relater ici tous
ces projets d edifices abatir sur le sable, et je pense que le lecteur mesaura gre
de lui epargner la lecture de documents steriles.
On ne peut songer a classer dans un ordre bien naturel les diuretiques qu au-
tant que leur mode d action propre sera parfaitement connu. Or, nous sommes
loin, tres-loin de cette connaissance approfondie. Le probleme est complexe etil
ne sera resolu qu apres des recherches patientes et nombreuses, dans des condi
tions d une difficulte inoui c.
Done je considere comme purement artificielles les classifications souvent
citees de Golding Bird, qui divise les diuretiques en hydragogues, c est-a-dire
agissant sur les parties aqueuses de 1 urine, et en nitragogues, c est-a-dire
augmenlant 1 excretion d uree; de Bouchardat, qui simplement les range sous
deux litres : D. vegetaux et D. mineraux ; de Rabuteau et See, qui admettent
5 groupes : les diuretiques dialytiques, mecaniques ct mixtes, ces derniers ayant
un pied dans les deux camps, etc.
Si j avais un choix oblige a faire dans les diverses classifications proposees
jusqu ici, j opterais de preference pour la division indiquee par Barrallier, laquelle
a 1 avantage de la simplicite, en memo temps qu elle s appuie sur les donne es
physiologiques les plus probables. Suivant ce medecin distingue, les diuretiques
agissent : 1 en augmentant la masse du sang; 2 en modifiant mecaniquement
la circulation; 5 en excitant directement la secretion renale.
On pourrait, je crois, simplifier encore cette classification, car les diuretiques
qui agissent en augmentanl la masse du sang et ceux qui infiucncent me cani-
quement la circulation ont au fond le meme mode d action : il? donnent au
fluide sanguin plus de tension : passive dans un cas, active dans 1 autre.
De sorte qu il n y aurait en realite, suivant cette maniere de voir, que deux
groupes de diuretiques : les uns, simples stimulants des elements actifs, excre-
teurs, de la glande (cellules a batonnets) ; les autres, agents mecaniques augmen
tant la tension du sang dans les vaisseaux, et forgant les glomerules a plus
d energie d action.
Aux premiers on pourrait donner le nom de diuretiques vrais ou directs,
ouragogues, le mot exisle dans la litterature grecque : o\>pa, ayw, et il aurait
1 avantage de se rapprocher de vocables analogues usites entherapeulique: siala-
gogues, galactagogues, etc.; toutefois, c est malheureuseument un neologisme
d une euphonie imparlaite; les seconds seraient par centre les diuretiques indi-
rects ou mecaniques.
Mais, en definitive, les agents des deux groupes ne sont que des stimulants,
dont 1 action porte tantot sur les corpuscules de Malpighi, tantot sur les ele ments
cellulaires des tubuli, etqui developpent en outre dans le rein, primitivement ou
secondairement, des modifications vasculaires : d ou il suit que leurs modes
d action intimes sont bien pres de se confondre. En effet, toute action hypercri-
nique resulte necessairement d abord d une excitation de 1 organe se creteur et
ensuite d un appel de sang propre afournir les elements de la secretion, cequ on
traduit generalement par les mots de congestion physiologique.
II. ENUMKRATIOX. PREMIERE CLA.SSE : agents mecaniques. Sous la reserve
que ma classification est plutot ici d ordre didactique ou descriptif, voici 1 enonce
des principaux medicaments diuretiques de ce groupe, dans lequel on peut,
d apres ce qui vient d etre dit, introduire deux subdivisions : 1 les diuretiques
DIURETIQUES. 5
par plethore vasculaire ou transfusants ; 2 les diuretiques vaso-moteurs ou par
tension active.
Premier groupe. L eau et tous les liquides Ires-charges d eau, tels que : les
tisanes d orge, chiendent, queue de cerise, graine de lin, guimauve, saponaire,
buglosse, bourrache; le petit-lait, les bouillons de veau et de poulet, 1 oxycrat,
les limonades, etc, etc., pris a haute dose, font uriner; ce sont les diuretiques
aqueux, delayants, antiphlogistiques, des ancicnnes pharmacope es. Toutes ces
substances sont reellement diuretiques a dose suffisante, mais elles doivent cette
propriete plutot a leur eau qu a eile-meme, a 1 eau, puissant agent de diurese,
quoi qu en ait dit Sandras, qui nie formellement cette action.
N est-ce pas 1 eau seule encore qui devient 1 eleinont de diurese dans cette
grande classe des eaux medicales d une mineralisation insignifiante, si van tees
a bon droit dans bon nombre d affections uro-geni tales dans lesquelles il taut
provoquer un flux d urine propre a laver les voies urinaires : Contrexeville,
Vittel, Evian, Saint-Simon (d Aix), Capvern, etc., etc.?
C est encore 1 eau qui provoque la diurese lors des cures de lait, de petit-
lait, de raisin. Et si Ton a reconnu parfois an sucre, ;i la manne, a la gomme,
quelques verlus pour activer la diurese, c est sans doute, comme le remarquc
Barraillier, parce que ces substances agissent dans le sang par leurs qualites
endosmotiques, attirant 1 eau des tissus dans les vaisseaux et determinant la
plethore vasculaire.
L eau et les diure tiques aqueux sont indiques dans les etats febriles pour
debarrasser 1 organisme des produits d une combustion exageree; puis chez les
goutteux dont 1 organisme est impregne d acide urique; dans certains cas
d hydropisie, alors qu on redoute une action trop vive des diuretiques vaso-
moteurs ou stimulants ; dans les affections catarrhalesde la vessie et de 1 urethre
a leur periode aigue; toutes les fois, en sommc, qu il faut rejeter au dehors
les materiaux etrangers ou devenus etrangers a 1 economie, et monditier en
quelque sorte nos lissus.
Deuxieme groupe. Nous possedons un certain nombre d agents ou de medi
caments capables d elever la tension vasculaire suffi^amment pour accroitre
1 excretion d urine. Ces medicaments appartiennent naturellement a la grande
classe des vaso-moteurs.
Je citerai en premiere ligne la digitale, la scille, 1 ergot de seigle, le muguet, etc. ,
parmi les agents de notre matiere medicale ; et 1 hydrotherapie froide, ou les
applications du fi oid, comme moyens de diurese veritablement elficaces.
Quelques mots maintenant sur chacune des substances medicamenteuses que
je viens de nommer.
a. Digitale. Je considere les preparations de cette drogue comme les plus
puissants diuretiques que nous ayons a notre disposition. Si 1 on a discule et si
Ton discute meme encore sur les modifications que la digitale apporte a la com
position de 1 urine excretee sous son influence, nul, je crois, ne couteste son
puissant effet diuretique, quand elle est bien maniee : toute la question reside,
en effet, dans une tactique habile, si Ton veut reussir presque a coup sur.
Nous ignorons, il faut bien 1 avouer, son mode d action intime sur le rein.
Pour le professeur Yulpian, elle exciterait le tissu renal, et les parties de
1 appareil vaso-moteur qui innervent les vaisseaux du rein n entrent en jeu que
d une facon secondaire et sous 1 influence du tissu renal; cette excitation deter
mine, sans doute, en suspendant 1 action tonique des centres vaso-moteurs des
6 DIURETIQUES.
reins, une dilatation des vaisseaux de ces organes, et facilite ainsi la production
de la diurese .
Brunton et Power donnent une theorie du meme ordre. Pour ces experimen-
tateurs ce n est pas 1 exces de pression dans le glomerule de Malpighi qui produit
la diurese, c est au contraire la dilatation des arterioles du rein. Et celte dilata
tion est un effct de reaction apres 1 epuisement de 1 action vaso-motrice de la
digitale.
Pas davantage nous ne sommes bien fixes sur les modifications apportees par
la digitale dans la composition de 1 urine qu elle fait excreter. Quelques auteurs
pensetat qu elle rend 1 urine plus aqueuse; d autres assurent qu elles diminue
1 excretion d uree et d acide urique (Bouchard) et des matieres extractives (Ham
mond). Toutefois, Maurel, qui,d apres de nombreuses experiences, admet presque
que la digitale est notre seul diurelique, affirme qu elle augmented la fois 1 eau
et les mateiiaux solides de 1 urine. Ce sout la de bien graves questions, fort diffi-
ciles a resoudre et qu il faut remettre al etude.
11 n est pas jusqu aux indications de la digilale, en tant que diuretique, qui
ne soient toujours con trover sees. Si tous les me decins la prescrivent dans 1 ana-
sarque symptomatique d une affection du cceur, beaucoup se refusent a 1 ordon-
ner quand 1 hydropisie resulte d une maladie des reins et d autres lui refusent
toute action Iherapeutique dans 1 ascite, 1 hydrothorax on autres epanchemcnts
dans les cavites sereuses.
La digilale est, suivant moi, un remede souvent heroiquc dans 1 bydropisie
d origine cardiaque; c est bien la, en effet, sn meilleure application. Mais je ne
puis admeltre, avec J. Lozes, qu elle donne les memes bons resullats contre
1 anasarque par lesion renale ou les hydropisies des cavites sereuses. Son action
therapeutique est ici tout a fait incertaine. On reservera done surtout son emploi
pour les cas d hydropisies par cardiopathie.
Ouelles sonl les preparations de digitale a prescrire a titre de diuretique et
les doses dc ces preparations?
La maceration et 1 infusion de feuilles passent avec raison pour tres-sures dans
leur action diuretique.
Herard recommande aux sujets affectes d anasarque d origine cardiaque la
maceration a froid de \ a 2 grammes de feuilles dans 200 grammes d eau. On
en commence 1 usage au bout de vingt-quatre beures, et il est bien rare que
1 effet diurelique tarde plus de trois jours. On a vu des sujets rendre alors jusqu a
6 litres d urinedansla journee. Quand ily a intolerance gastriqne, cequi sctraduit
par des nausees et des vomissements, le remede doit etre abandonne. Fernet
conseille rinfusiondeO gr ,20de feuilles dans 150-200 grammes d eau, en 3-4 fois,
surtout quand 1 affection cardiaque est mitrale, et il donne comme criterium de
4 action tberapeutique 1 effet diuretique dont il faut toujours s assurer par la
mensuration quotidienne des urines.
Cemoyen veritablement he ro ique re ussit malheureusement plus exceptionnel-
lement dans les hydropisies non symptomatiques d une maladie du coeur.
La digitaline, 1 extrait alcoolique, la teinture, sont moins efficaces que 1 infu
sion de feuilles.
b. Settle. Elle peut etre mise au moins sur le meme plan que la digitale,
avec laquelle elle a, du reste, la plus grande analogic d aclion pliarmaco-
dynamique.
Hirtz la prescrivait habituellement dans 1 anasarque d origine renale et s en
DIURETIQUES. 7
louait heaucoup : sous forme d extrait, en pilules de O gr ,05, et a la dose de 3 a 4
par jour.
C est pour ce therapeutiste distingue le plus puissant de iios diure tiques, et
depourvu de proprietes irritantes.
L un desprincipes aclifs de celte plante, la scillitine (voy. ce mot), est egale-
ment pourvue de bonnes proprietes diuretiques.
Son mode d action est vraisemblablement celui de la digitale.
D apres Yoit, elle augmenterait 1 excretion de 1 uree ct des chlorures. Ham
mond affirme au contraire la diminution du chiffre de 1 uree excretee.
L extrait, la teinture, sont ranges en lete des preparations les meilleures, puis
viendrait I oxymel scillitique, moins actif.
c. Convallaria maialis. II resulte des experiences de deux medecins russes,
Troitki et Boioiavlenski, que le muguet des bois agit sur le coeur et les vaisscaux
a la maniere de la digitale, determinant comme elle le ralentissement des mou-
vements cardiaques et I augmentation de la pression arterielle.
C est aussi un diuretique de premier ordre, ainsi que ces expdrimentateurs
1 ont verifie chez des sujets affectc s de lesions cardiaques et infiltivs.
Les recherches cliniques de G. See sont venues confirmer recemment ces
donnees et faire valoir haulement les merites du nouveau rcmede.
Suivant le professeur See, le Convallaria inn mli* on muguet conslituc un
medicament cardiaque des plus importants.
Et dans toutes les affections cardiaques indistinctement, des qu elles ont
produit rinfiltration des membres, et a plus forte raison une hydropisie ge ne-
rale, le muguet a une action evidente, prompte et sure .
II 1 emporterait meme sur la digitale, en ce sens qu il est mieux tolere que
celle-ci par l estomac, et qu il fatigue moins le cceur. D ou cette conclusion
terminale de See :
Enfin, dans les cardiopathies avec hydropisie, le maialis surpasse toutes les
autres medications, sans meme qu on soil oblige d y associer d autres diureliques,
comme le lait >>.
Le muguet serait en somme le type des diuretiques, si Ton s en it ll rait abso-
lument aux paroles du professeur. Malheureusement d autres cliniciens, et des
plus autorises, ont emis des doutes sur cette puissance si remarquable de la
plante.
Ainsi Moutard-Martin n a observe qu une fois sur 4 cas 1 action diuretique
de 1 extrait de muguet, et il se demande meme si dans ce seul cas favorable
la diurese ne se serait pas produite spontanement. Et Ferrand conclut aussi de
ses essais cliniques que le C. maialis ne parait nullement doue de pro
prietes diuretiques puissantes .
C. Paul, enfm, qui, 1 un des premiers, en France, expcrimenta les prepara
tions de muguet, ne leur attribue que des effets diure tiques incertains. 11 suppose
done que le C. maialis recueilli en Russie est plus actif que le notre, pour
expliquer la divergence dans les fails observes par les medecins russes et
francais.
La meilleure preparation de muguet, suivant Langlebert, qui a bien eludie la
pharmacologie de ce medicament, est 1 extrait arjueux prepare au moyen des
fleurs et des tiges, additionne es d un tiers de leurs poids de racines et de feuilles.
On le fait prendre a la dose de 1 a 2 grammes par jour.
Sil efficacite du muguet vientaetre rigoureusement demontree, on aura tout
8 DIUR TIQUES.
a vantage a prescrire, an lieu de 1 extrait, le principe actif qu il renferme, la
Convallamarine, decouverte en 1858 par Walz, et preparee actuellement par un
nouveau precede plus commode que celui de ce chimiste, et imagine par
Tanret.
d. Cafe ine. Comme le cafe , recommande , des 1825, par Zwinger, et dont
elle derive, cette substance est un diurelique, et j ajoute un diuretique ener-
gique, dont j ai maintes fois observe les bons effets dans les hydropisies
d origine cardiaque. Son mode d action me parait etre d ailleurs le meme que
celui de la digitale. Elle accroit la tension des arteres et ralentit le cojur.
D autre part, elle augmenterait la proportion de 1 eau dans 1 urine et dimi-
nuerait la quantite de ses matcriaux solides (Lehman).
Iluchard a particulierement fait ressortir les meritcsde ce medicament dans les
cardiopatbies, dans une communication re cente a la Societe de therapeu-
tique.
II a bien montre son action prompte, qui s etablit le plus souvent en douze
ou vingt-quatre heures, et allant jusqu a fairc rendre 3-4 litres d urine; son
innocuite plus grande quecelle de la digilale, dont il faut craindre parfois les
effets accumulatifs ; sa facile tolerance.
La cafeine doit etre preserve en nature, de preference a ses sels, d effets plus
incertains, a la dose de 1 gramme et plus, par la bouche ou bien en injection
sous la peau.
Dans ce dernier cas c est a la solution de benzoate de cafeine (Tanret) qu il vaut
mieux recouiir :
Benzonte de souile 2e ,2o
Cafeine 2s ,50
Eau, Q. S. | our 10 centimetres cubes.
Ce diuretique reussirait egalement fort bien dans les hydropisies par lesion dc
reins (Brackenridge).
e. Ergot de seigle. Ce medicament est parfaitement digne d etre rapproche
des precedents, sous le rapport de son efficacile comme diuretique, de meme
aussi qu il s identifie avec eux au point de vue de son mode d action sur le
rein.
Nous devons a Laborde la demonstration experimental de la vertu diuretique
de 1 ergot de seigle, signale e par Wernicb, d apres ses observations cliniques.
Je crois qu on pourrait le conseiller au meme litre que la scille dans 1 albu-
minurie.
11 faut prescrire 1 extrait aqueux en potion ou pilule, a la dose de 1 a 4 gram
mes, ou bien en injection sous-cutanee : 10 centigrammes.
f. Bromure de potassium. C est theoriquement, je pense, qu on a dote ce
sel d une action diuretique, a titre de tonique vasculaiie.
S il possede 1 action qu on lui suppose, c est plutot comme stimulant direct
du rein lors de son elimination par cet emonctoire. En tout cas, cetle action
reste a demontrer.
g. Moyens diuretic/lies. Mon enumeration serait incomplete, si j omcttais
de citer a la suite des medicaments diuretiques agissant par tension quelques
moyens hygieniques jouissant du meme mode d action et d une influence
comparable.
Le froid fait evidemment fonctionner les reins plus activement; en outre
DIURETIQUES. 9
1 exercice est encore un moyen de diurese. Et si les influences morales etaient
d ordre therapeutique, il faudrait aussi en tenir compte a ceUe place.
Le froid parait bien augmenter la diurese, de meme qu il accroit les besoins
d uriner.
Quant a 1 exercice musculaire, il provoque egalement une plus abondante
emission d urine, et celle-ci renferme de plus fortes proportions d uree, d acide
urique, de phosphates et de crealine (Hitter).
De pareils moyens d action sont precieux chez les rhumatisants et les gout-
teux et doivent faire partie de leur hygiene. Aussi bien leur recommande-t-on
avec insistance les pratiques hydrotherapiques et 1 exercice musculaire au grand
air, qui les debarrassent de materiauxmorbiiiques toujours en formation et [trots
a s accumuler dans leur organisme.
DEUXIEME CLASSE. Stimulants du rein. Acetteclasse appartiennent, suivant
moi, les diuretiques vrais, ceux qui exaltent en re alite la fonction des reins, et,
suivant la definition de Sandras, font remlre plus d urine qu il n y a eu de
li/juide inge re. Nombreux sont les agents qui font partie de ce groupe, mais aussi
sous cette richesse apparente se cache encore une reelle pauvrete ; je pourrais
presque dire un denument absolu, si Ton me demandait de citer ici des agents
reellemcnt puissants.
Sans doute notre matiere medicalc nousfournit beaucoup de bons medicaments
diuretiques de cet ordre, toutefois aucun n est comparable a ce merveilleux
agent d hypercrinie, le Pilocarpus pinnatus ou jaborandi, stimulant si puissant
des glandes salivaires et sudorales, comme chacun sait.
Je rappelle que Jes diuretiques que je vais etudier agissent vraisemblablement
sur le rein au moment de leur elimination a travers sa substance, augmentant
sans doute 1 activite fonctionnelle des cellules a batonnets etmodih ant secondai-
rement la circulation du sang dans 1 organe, de facon qu il sufilse a sa fonclion
exageree.
Parmi les medicaments les plus precieux comme energie diuretique, il taut
citer les balsamiques, les sels neutres, lesalcalins, les alcooliquesjacantharide,
la blatte orientale, etc., que je vais etudier isolement avec quelques details.
a. Balsamiques. Tous les me dicaments de ce groupe, qui comprend les
baumes proprement dits, substances renfermant del acide benzoique, etc., et les
terebenthines constitutes pur une essence et une resine, s eliminent en partie a
travers le rein, et 1 analyse chiiuique la plus ele mentaire sufiit souvent a deceler
la presence d un de leurs elements dans 1 urine.
Aussi bien les proprie te s diuretiques du copahu, du cubebe, de la tere ben-
thine, du cajeput, du baume du Perou, du baume de tolu, du buchu, du
genievre, du matico, de 1 essence de Santal, etc., etc., sont-elles incontestables
et proportionnees aux doses de resine que renferment ces substances (Barraillier),
ce qui se comprend sans peine, puisque cette resine est leur partie active, celle
qui passe par le rein, et j ajouterai a leurs doses d acide benzoique pour le
meme motif.
Dans ses essais qui rernontent deja a une e poque eloignee, William Alexander
avail observe sur lui-meme que 1 huile de genevrier produisait une diurese con-
stante et active.
Ces agents que je viens d enume rer rendent les meilleurs services dans les
affections catarrhales de la vessie et de 1 urethre, d une part comme topiques
contre 1 irritation de la muqueuse enflamme e, d autre part pour debarrasser
10 DIURETIQUES.
cetle muqueuse de^s produits de I inflammation a 1 aide d un flux d urine plus
considerable. Le copahu a meme ete preconise contre 1 anasarquc par Taylor,
en Angleterre, et d autres praticiens ont vcrifie les assertions de ce medecin. Le
remede est d ailleurs assez delicat a manier, mais reellement excellent.
Toutefois, je le repete, 1 action diuretique n est jamais bien considerable.
A cote de ces medicaments a resine je place les preparations de sureau (voy.
ce mot), dont les proprietes diuretiques sont incontestables et doivent etre
attributes a une substance resincuse qui agit sans doute aussi sur le rein par
elimination.
On pent rapprocher de ces substances d autres diuretiques assez en vogue : les
preparations de stigmates de mais, \antees a la fois comme anticatarrhales
(Dufau) ct diuretiques (Landrieux), celte derniereproprieteconlesteepar Queirel
et Castan; la decoction d avoine (Themont) , utile centre 1 anasarque cardiaque;
la scoparine et la sparteine, principes retires du genet a balais, Sarathamnius
scoparius Wim., augmentant la diurese, suivant Stenhouse et Merck; 1 infusion
du Juncus acutus ou jonc des marais, prcconisee par Marcailhou d Aymerie
pour combattre 1 hydropisie; le gui de peuplier, experimente avec succes par
C. Paul, en infusion dosee a 75 grammes par litre d eau; VArenaria rubra,
propose par Bertherand (d Alger) et F. Vigier en 1878-1879; Yoignon cru
(Allium cepa L.), cite par Murray, Lanzoni, Serre (d Alais), et plus recemment
par Duprez, comme une ressource pre cieuse contre 1 anasarque, quelle que
soit sa source; la fuchsine, agent douteux de diurese (Bcrtet), qui s elimine
par le rein et pent le stimuler. Tons ces medicaments ont ete peu experimentes
jusqu ici, et leur composition cbimique et leur mode d action sont gcnerale-
ment mal connus.
b. Sels neutres. Les auteurs citent les nitrates de potasse et de soude, les
chlorates de potasse et de soude, 1 acelate de potasse, mais Ton pourrait joindre
a cclle liste les sels neutres purgatifs.
Le nitrate de potasse, ou sel dc nitre, est un diuretique banal jouissant de
longue date de la reputation d activer energiquement le cours del urine. Aujour-
d hui, il se fait une reaction assez vive centre cette idee traditionnelle, et void
que le nitre est considere comme depourvu d action sur le rein.
Maurel lui reconnait, tout au plus, lapropriete d augmenter la proportion des
materiaux solides de 1 urine, dans une assez faible mesure. Et, d apres See et
Rabuteau, son action dim clique serait fugace et incertaine. Ce dernier auteurlui
subsliluerait volontiers le nitrate de soude, plus actif selon lui, et facile a
manier.
Quelques plantes dans lesquelles 1 analyse chimique a demontre la presence
du nitrate de potasse, telles que le tournesol, la bourrache, 1 ortie, la parie-
taire, la racine d asperge, etc., sont rapprochees quelquefois des nitrates par les
auteurs. Je me borne a signaler le fait materiel, car, a supposer que lesditcs
plantes aient la moindre action diurelique, il faudrait la rapporler a Teau dans
laquelle on les a fait infuser plutot qu aux traces de nitrale qu elles renferment,
et qui ne pourraient avoir qu une action homoBopathique, c est-a-dire nulle.
Semblables reflexions devraient etre faites a propos des eaux miner ales nitrees,
generalement faiblement chargees, et qui n ont certainement pas pour principe
actif les nitrates qu elles renferment.
L" acetate de potasse est superieur, au point de vue de 1 action diuretique, aux
nitrates, suivant Golding Bird ; mais ce sel est brule dans 1 economie et trans-
DIURETIQUES. ii
forme en carbonate de polasse, c est-a-dire qu il agit comme les sels alcalins dont
je parlerai dans un instant.
Le chlorate de soude 1 cmporterait sur tous ses cong^neres, comme agent de
diurese, au dire de Rabuteau.
Et, d aulre part, Maurel, dans ses experiences, a observe que le chlorate de
polasse angmente la quanlite d urine et 1 excrelion de ses materiaux solides.
L urate de soude, suivant Ileidenhain, injecte dans les veines d un animal en
solution concentre e, detcrminerait une tres-abondantc diurese.
Les sels neutres n ont aucune application spe ciale dans la medication diure-
tique et sont de plus en plus delaisses par les praticiens.
D autre part, la limonade sulfur u^ue agit a la facon des petites doses de
sulfate de soude, et Vacide azotiqne comme les azotates de potasse et de soude,
puisque les acides sulfurique et azotique se transforment en sel de soude ou de
potasse dans 1 economie; enfin pour la meme raison le vinaigre, preconise sous
le nom d oxycrat (cau vinaigre e) par les Anciens, agirait comme les acetates de
potasse ou de soude. Ballon, toutefois, conteste son ei fet diuretique (1845).
De sorle que la section des diitre tiques acides n existe pas en realite et se
confond avec celle des sels neutres.
A la limite des sels neulres et des alcalins, il y a place pour Vacide ben-
zoique et les benzoates, 1 acide bcnzoique agissant comme benzoate dans
1 organisme.
Ces medicaments sont parfaitement diureliques, mais fort pen energiques.
On peut employer avec un certain avantage le benzoate de lithine contre la
dialhese urique, la litbine etant alors surtout 1 agent aclif, mais il n y a guere a
compter sur 1 acide benzo ique ou le benzoale de soude contre cette meme
dialhese.
Un autre acide aromatique, Yacide salicijlique, et son sel le plus ordonne, le
salicylate de soude, tout en etant a peu pres de pourvus de proprie tes diure-
tiques, modifient manifesteriient 1 urine par elimination, pnisqu on en relrouve
dans cette liumeur plus de 60 pour 100 de la quantite ingeree; ils activeraient
1 excretion de 1 uree, des matieres extractives (Boucbard) et des urates, ce qui
juslificrait encore leur emploi si merveilleusement puissant dans la gouttc et
dans le rhumatisme.
c. Sels alcalins. On cite generalement les carbonates de potasse et de soude,
le carbonate de lilbine, comme assez actifs, le bicarbonate de cbaux.
Cesont la de bons medicaments, nullemcnt dangereux, quandonlesadministre
avec prudence, remedes designes pour les artbriliques et les goutteux. 11s ont
chez ces sujets le double avantage d augmenter la solubilite des urates de 1 urine
et d epurer 1 organisme de 1 impregnation urique, en favorisant 1 excretion de
1 uree et de 1 acide urique avec 1 urine.
Ils donnent aux eaux alcalines naturelles leurs vertus principales. C est, en
effet, grace a leurs carbonates alcalins, que les eaux minerales de Pougues, Vals,
Vichy, Royat, Carlsbad, Ems, etc., produisent des effets si remarquables chez
les goutteux et les sujets affectesde gravelle.
L action diuretique de ces eaux est encore accrue par 1 acide carbonique
qu elles renferment, pourvu, lui aussi, d un bon effet diuretique, si 1 on s en
re fere aux experiences de Quincke.
Jedois rapprocher des sels alcalins le sue de citron, preconise par le me decin
russe Trinkowski, car les sels de potasse et de soude que renferme ce sue se
12 DIURET1QUES.
transforment dans 1 economie en carbonates de ces bases et agissent comme
tels.
C est e galement en subissant une pareille metamorphose que les acides ve ge -
taux : citrique, tartrique, employes sous forme de limonades, agissent pour
delayer 1 urine chez les febricitants ; ils doivent figurer des lors dans la medica
tion alcaline.
d. Alcoolic/ues. L alcool s elimine certainement par 1 urine, en faible
proportion, a la verite, 0,82 pour 100 de la quanlite ingere e (Thudichum).
Faut-il attribuer son action diuretique absolument certaine a son passage a
travers les reins, ce qui est admissible, ou bien rend-il le sang plus apte a
1 endosmose, c est-a-dire plus propre a soutirer 1 eau aux tissus, enfin doit-on
chercher ailleurs une explication de ses effets sur le rein? C est ce que je ne
saurais dire.
Toujours est-il qu il augmente la diurese et modifie la composition cliimique
de I lirine, laquelle contiendrait moins d uree, moins de cblorures et de
phosphates.
Hammond, d apres quelques expe riences sur lui-meme, met cependant en
doute cette propriete, disant que 1 alcool est plus anuretique que diuretique. En
eel a, il est en disaccord avec la majorite des observateurs.
Des expe riences identiquement de meme ordre, faites par Rabuteau, entre
autres, il resulte, en definitive, que 1 alcool pris a dose faible fait bien excreter
1 urine plus abondamment, c est done qu il est diuretique.
Les liquides alcooliques ont evidemment la meme action, et parmi eux je
signalerai les vins, le vinblanc surtout, ou mieux certains vins blancs, d Anjou,
de Champagne, d Alsace, du Rhin, de Bordeaux, dont 1 action diuretique est
populaire.
Les boissons alcooliques augmentent la diurese, en meme temps que le besom
d uriner, et parmi les plus diure tiques il faut signaler principalement la biere,
le champagne, le cidre, le koumys, toutes les boissons fermentees, en un mot.
Les indications des alcooliques n ont rien de bien particulier. On les prescrit
volontiers maintenant aux lebricitants, et ils ont alors le double avantage de
soutenir les forces de ces sujets et de favoriser I elimination des dechets de la
nutrition par 1 urine.
Le cidre est repute comme une excellente boisson, s opposant a la formation
des calculs dans les voies renales et dans la vessie.
Enfin 1 alcool elhylique possederait la propriete de favoriser 1 elimination des
poisons, de 1 arsenic et de la strychnine tout particulierement, et il passe encore
pour un alexipharmaque de premier ordre, pouvant rendre de grands sercices
meme centre la morsure des grands serpents venimeux (J. Cloquet, Williams
Paterson, J. Shortt).
Eau oxyazotique. A cote des preparations alcooliques je puis placer un
autre stimulant qui, comme elles, produit une ivresse particuliere et doue
manifestement de la faculte d exciter la diurese : c est le protoxyde d azote, ou
plutot sa solution dans 1 eau, appelee eau oxyazotique.
Cette propriete de 1 eau oxyazotique a ete surtout mise en lumiere par Ritter,
en 1871.
A la dose de trois verres par jour, d apres See, qui a repete les experiences
de ce chimiste, elle agit a coup sur et provoque en meme temps une abondante
excretion d acide urique chez les sujets gouttcux impregnes de cet acide.
DIURETIQUES. 15
D ordinaire, elle rend 1 urine plus chargee d uree, d acide urique et de phos
phates (Kilter).
Le protoxyde d azote a sans doute sur le rein une action directement excitante,
et 1 eau oxyazotique agirait en somme a la facon des eaux gazeuses ordinaires.
Ce ne sont la que de simples hypotheses, car la science n est nullement fixee
sur les metamorphoses qu il pcut subir dans 1 organisme animal, pas plus que
sur son elimination de cet organisme.
A priori, c est un diuretique a conseiller aux goutteux ct aux sujets qui
eliminent mal les urates et 1 acide urique, et peut-elre aux albuminuriques,
auxquels nous avons si peu de ressources a ol frir.
e. Cantharides. Blattes. La cantharidine s elimine certainement par les
reins, et elle va meme jusqu a determiner I intlamrnation de ces organes. Quand
son action topique est fort legere, elle devient diuretique, aussi quelques me de-
cins ont-ils ete jusqu a pretendre que 1 action des vesicatoires dans la pleuresie
relevait plutot de la diurese cantharidienne que de la revulsion produite sur la
peau par 1 agent vesicant.
Quoi qu il en soit, c est a titre de simple renseignement que je menticmnc
cette proprie te des cantharides, que nulmedecin, avec juste raison, ne met jamais
a profit. D ailleurs, il est si facile de de passer la mesure et d cmpi vlicr ;iu con-
traire le cours de 1 urine, que je ne conseille a personne de recourir a celtc
substance dangereuse.
La Blatta orientalis, insecte qui passe egalement pour jouir dc vertus diure-
tiques comme la cantharide, a au moinsl avantage d etre d unemploi inoffensif.
C est meme un remede populaire en Russie, dans 1 hydropisie.
Aussi bien nous a-t-elle ete recommandee par deux medecins de ce pays
Kouprianov et Bogomolov, e leves de Bolkin.
Suivant eux, la blatte reussirait a merveille chez les albuminuriques, non-
seulement pour les debarrasser de leur anasarque, mais aussi pour diminuer
Talbuminurie. La dose de poudre a prescrire est de 50 a 60 centigrammes.
Koehler a ve rifie de son cote 1 action diuretique de la blatte et son efficacite
contre 1 hydropisie.
Toutefois, dans ses quelques esssais cliniques, C. Paul a ete moins favoriseque
ces medecins etrangers, et les re sultats obtcnus par lui n ont rien d encou-
rageant.
f. Astringents. Le tannin est le type des diuretiques astringents. Cette vertu
speciale est contestee par Mitscherlich, lequel admet au contraire qu il rend
1 urine plus rare, tout en augmcntant sa richesse en ncide urique et acide
phosphorique.
En tout cas, la propriete diuretique du tannin a etc plutot admise jusqu a
present sur la foi des auteurs qu en raison d experiences physiologiques bien
conduites. Considere comme un astringent, il est devenu par cela seulun a^ent
de diurese.
Quoi qu il en soit, il n y aurait rien d impossible a ce qu il eut cette propi ie te.
II s elimine par 1 urine, sous forme d acide gallique, c est done qu il pent
exciter le rein en passant; et, d autre part, Rosenstein et Rossbach vienncnt de
lui reconnaitre des effets vaso-dilatateurs directs sur les capillaires, ce qui n en
fait rien moins qu un astringent, effets capables de favoriser la diurese, laquelle
exige, comme nous le savons, un certain etat de congestion physiologique pour
se produire et se developper.
14 DIURETIQTJES.
L acide gallique a les memes proprictes tlilatatrices des vaisseaux sanguinset,
comme le tannin, il s elimine par les reins : c est done qu il doit agir a Ja facon
de ce dernier medicament.
II faut rapprocher du tannin les plantes qui le contiennent, citees dans les
anciennes pharmacopees commc diuretiques astringents : la bistorte, la racine
de fraisier, la tormentille, la benoile, 1 uva-ursi (qui, dit-on, renferme de 1 acide
gallique), la myrtille, etc., etc.
Les diuretiques astringents n ont que des applications medicales douteuses. On
peut les prescrire a litre de revulsifs, pour ainsi dire, afin de moderer la secre
tion sudorale excessive et les irritations catarrhales du tube digestif.
On a vante beaucoup 1 action du tannin et de 1 acide gallique, a la verite, dans
i albuminurie ; mais la demonstration n est pas faite de leur efficacite. Four mon
compte, dans la maladie de Bright, j ai toujours vu ces agents inutiles et parfois
dangereux, au point de provoquer de veritables acces decolique nephretique.
Peut-ctre les preparations tanniques seraient-elles plus indiquees dans les
empoisonnements par les alcaloides organiques, puisqu il parait avere qu elles
retardent (je ne dis pas empechent, comme certains auteurs) 1 action toxique
et favorisent ensuite I elimination du poison.
On a cite, en effet, quelques observations favorables au tannin, dans 1 empoi-
sonnement par la morphine ou par la strychnine (voy. ces mots).
II faut d autres preuves, neanmoins, que celles qu on a donnees jusqu ici, pour
justifier cet emploi, au moins dans les empoisonnements graves.
III. INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS. J ai donne deja a propos de chacun
des principaux diuretiques leurs usages particuliers, je n etudierai done dans ce
paragraphe que les indications et les contre-indications gencrales de la medica
tion diiire tique.
Les grandes indications des diuretiques sont babituellement posees de la facon
suivante :
1 Agents stimulants, ils ramenent au taux physiologique la fonction des
reins languissante et s appliquenl au traitement de 1 oligurie ;
2 En exagerant la secretion de 1 urine, ils dissipent les cedemes, combattent
1 hydropisie des cavites sereuses et sont nos meilleurs anthydropiques ;
3 En activant le flux urinaire, ils favorisent I elimination des de chets orga
niques qui souillent Torganisme et rejettent au dehors les composes toxiques
accidentellement introduits dans 1 economie ;
4 Ils rendent 1 urine plus aqueuse et moins irritante pour les voies urinaires
enflammees ;
5 Ils augmentent 1 action dissolvante de 1 urine pour certains de ses prin-
cipes salins, et ils favorisent ainsi leur elimination;
6 Ils deviennent, en penetrant dans 1 urine, des topiques medicamenteux,
utilisables contre les maladies catarrhales des voies ge nito-urinaires ;
7 Ce sont enfm des agents de revulsion.
1 Traitement de I anurie et des nephrites. II existe, suivant Boucbardat,
une oligurie essentielle par paresie des reins, qui necessite 1 emploi des
diuretiques.
C est 1 eau qui manque dans 1 urine des malades affectes de cette oligurie, car
ils excretent la quantite normale des autres constituants urinaires. 11 est done
indique de recourir en pareil cas aux diuretiques aqueux, ou bien aux diure-
DIURETIQUES. 15
tiques me caniques, et memo aux pratiques hydrothe rapiques, pour stimuler le
fonctionnement des glomerules.
Dans 1 oligurie symptomatique d un etat febrile, c est encore aux boissons
dites delayantes qu il faudra s adresser, ou bien aux diure tiques acidules et
meme dans certains cas, surlout dans les pyrexies et quelques phlegmasies, aux
alcooliques. Suivant la remarque d llippocrate, la polyurie juge la crise.
Quand il s agit d une anurie cantharidienne, les diuretiques emollients, les
diuretiques alealins, sont parliculierement indiques.
Enfin, dans Yoligurie des femmes grosses, signak e recemment par Fabre
(Gaz. hop., decembre 1885), d oii resultent I hydro-amnios et, comme conse
quences de celle-ci, les presentations vicieuses du foetus, les hemorrhagics de
la delivrance, etc., Temploi des diureliques, du lait surtout, des alcalins,
reduirait sans doute 1 bydropisie de 1 amnios et permeltrait a 1 accoucbeur de
rendrela presentation meilleure, d une facon definitive, etd eviter I hemorrhagie
qui suit 1 accouchement.
Dans les nephrites, les diure tiques emollients et alcalins, moyens aide s de la
diete lacte e, serviront encore, lors de la pcriode aigur, a relablir le fonctionne
ment des reins.
Mais dans les formes cbroniques de ces inflammations il est parfois necessaire
de rccourir a quelques diuretiques encrgiqiies pour combaltre 1 anurie. J ai dit
de ja que Ilirtz se louait beaucoup dela scille, et que d autres me decins s e taient
bien trouves de prescrire 1 ergot de seigle, la Blatta oriental is ou la fucbsine
(Boucbut, voy. ce mot).
Toutefois, il faut bien reconnaitre que ces remedes energiques ne doivent etre
presents qu exceptionnellement aux albuminuriques et dans les nephrites
chroniques. Nous n avons malbeurcusement centre ces dernieres affections, il
faut bien le reconnaitre, que de bien pauvres moyens tberapeutiques, et nous
devons assislcr le plus souvent a revolution du mal presque les bras croises,
bornant notre intervention a fairc fonctionner plus activement de temps a autre
les regions du rein encore intacles.
Christison assure neanmoins qu on aurait grand tort d abandonner 1 usage des
diuretiques dans ralbuminurie, et il se montre partisan de la digitale, de la
scille, du bitartnitedepotasse, dans le traitementde cette maladie, medicaments
qu il considere comme propres a diminuer la proportion d albumine de 1 urine.
Parlant dn principe de la digitale, il dit : La digitaline, qui stimule les reins
a une se cretion exageree, n a done pas, comme on 1 a dit de la digitale et des
autres diureliques en general, 1 inconvenient d aggraver 1 irritalion renale parti-
culiere qui constitue ou occasionne la maladie de Bright .
Et Gairdner, grand partisan des diuretiques salins, aides des preparations de
fer et de digitale, dans la nephrite albumineuse, afiirme que la ou ces remedes
echouent la maladie est incurable.
Ces reflexions, vraies sans doute pour la nephrite catarrhale, ne sauraient,
suivant moi, s appliquer a la nephrite parenchymateuse.
Hirtz, cependant, n hesite pas, meme dans ce dernier cas, a proposer les
diuretiques, afin, d une part, de degorger la glande malade par la stimulation
fonctionnelle, et ensuite pour combattre 1 hydropisie, 1 ennemi tout a fait redou-
table dans 1 albuminurie. J ajouterai : pour desobstruer les canalicules renaux
encombres par les produits de 1 inflammation.
2 Traitement des Jiy drop isies, Un flux d urine ab ondant peut de barrasser
16 DIURETIQUES.
un hydropique des liquides epanches dans ses tissus, c est pourquoi les medecins
tentent normalement d exciter une violenle diurese dans les cas d hydro-
pisies.
Je viens de dire combien nous sommes desarmes en presence d une nephrite
chronique; j ajoute que notre embarras redouble quand celte affection amene
1 anasarque. La diete laclee, 1 ergot, la scille, la blatte, la fuchsine, ont ete indi-
que s en pareil cas, mais leur effi cache n est rien moins que sure.
Au contraire, lorsque 1 anasarque est symptomatique d une maladie du coeur,
nos ressources sont beaucoup plus grandes. La digitale, la cafe ine, ainsi que je
1 ai dit, deviennent entre les mains de medecins habiles de merveilleux medi
caments.
Dans la leucophleymasie a friyore, sorte d anasarque essentielle dont j ai vu
un certain nombre d exemples, les diuretiques agissent bien, et ici on n a pour
les prescrire que 1 embarras du cboix. On s adressera de preference aux vaso-
moteurs, qui renforcent 1 action du coeur et rendent de la tension active aux
vaisseaux capillaires. Parfois, la simple infusion de cafe s est montree utile en
pareils cas (Bull, de the rap., t. XVI, 1859).
Brachet a pu, egalement, recourir avec avantage aux diuretiques dans un cas
d anasarque consecutive a une diarrhee cbronique.
Ces agents sont certainement beaucoup moins puissants dans les hydropisies
localise es.
Us constituent en pareilles circonstanct-s de simples adjuvants sans grande
valeur curative.
On les conseille a ce litre dans 1 hydrothorax et la pleure sie et dans 1 ascite.
Quand cependant cclle-ci est essentielle, on pent la guerir, suivant Chrestien (de
Montpellier), et Robert Cbristison (d Edimbourg), par de simples frictions avec
un melange a parlies egales de teinlures de scille, digilale et savon.
Et j ai cite a 1 article SUREAU des fails montrant Texcellente action therapeu-
tique de 1 ecorce de celle planle centre 1 ascite meme symptomatique.
Mais dans Yhydrocele, dans les hydarthroses, leur role me parait absolument
nul, malgre 1 assertion contraire de Lisfranc, qui prescrivait en pareil cas 1 emploi
du nitre et de 1 oxymel scillitique.
5 Action depurative. Elimination des poisons. Les diuretiques aqiieux,
en entrainant avec 1 urine les dechets organiques resultant de combustions
exagerees, telles que celles qui se produiseVit sous I influence de la fievre, ou
d une denutrition rapide, ont en somme une action depurative des plus utiles.
Ilirtz donnait dans les pyrexies, de preference aux boissons delayantcs, la digi
tale, pour profiler encore de ses proprietes antipyretiques. Les alcooliques
rendraient les memes services.
Ces mernes diuretiques aqueux et alcooliques sont encore d excellents moyens
d entrainer au dehors les agenls loxiques introduits dans 1 organisme : les alca-
loides organiques, particulierement, qui s e liminent en grande pai tie par les
reins, et certains sels metalliques toxiques, plomb, mercure, ainsi que d aulres
poisons qui s ecbappent egalement par cct emonctoire.
Orfila, qui a le premier conseille cetle pratique, recommandait le melange
suivant comme boisson diuretique dans les empoisonnemenls :
Eau de Sellz 4 litres.
Vin blanc 250 centilitres.
iVilratc de potassc 10 grammes.
DIURETIQUES. 17
Lecanu, dans un cas d intoxication par 1 arsenic, a present avec succes le
nitrate de potasse et les purgatifs.
C estsansdotitecomme diuretiques qu agissent encore les limonades mine rales
dans les intoxications saturnine et mercurielle.
4 Action temperante et me dicatrice sur la murjueuse des oryanes ge mto-
urinaires. Au moment de la periode aigue d une affection catarrhale de la
muqueuse des voies genito-urinaires, le medecin prescrira avec avantage les
diuretiques aqueux pour rendre 1 urine moins irritante, et en faire ce que Ton
nomme parfois une urine de boisson. Plus tard, dans la periode subaigue de cette
meme affection, il aura recours aux balsamiques, dont 1 action topique vulnr-
raire sur la muqueuse enllammec se manifestcra par 1 intermediaire de
1 urine.
5 Prophylaxis des affections calculemes. Nombre de diuretiques ont ete
preconises dans ce but. On comprend facilemcnt la possibilite d une pareille
action, lorsqu on sc reporte a la faculte que possedent beaucoup d entre eux de
rendre 1 urine plus aqueuse et d ajouter aiusi a ses propriiUes dissolvantes pour
ses conslituanls chimiques d uiie faible solubilite : 1 acide urique et les urates,
les phosphates calcaires.
Toutes les boissons aqueuses produisent ce resultat. On n ignore pas que les
grands buveurs d eau sout ruremcnt aflectes de la pierre ou de ia gravelle. Et
Ton cite parmi les autres diureliques ayant cette speeialite d action le genievre
(voy. ce mot), tres-vante autrefois comme lillimilripliquc; les alcalins, parlim-
lierement les carbonates de soude, de potasse, de lithine, ces lithontriptiques
classiques surtout contre la gravelle urique, ainsi que 1 eau oxyazotique ; les
preparations de ma is; les eaux de Yittel, Contrexeville, utiles surtout dans le
cas de gravelle phosphatique.
7 Revulsion. Les diuretiques ont encore ete conseilles par Martin-Solon,
contre les accidents nerveux de la dentil ion, chez les enfants, a titre de re vul-
sifs (Bull, de therap., t. XVI, p. 257).
La polyurie juge souvent, en elfet, meme les altaques ou crises nerveuses de
rhysterie et de 1 epilepsie.
11 est done possible qu en provoqnant artificiellement cette polyurie on puisse
hater la disparition des troubles nerveux e clamptiques. Si une pareille action
therapeulique etait bien de montree, il faudrait s adresser aux medicaments dont
1 action est prompte et energique : sels neutres, balsamiques, alcooliques, digi-
tale ou scille, cafeine.
Dans la diarrhee chronique, cette meme re vulsion par les diure tiques a sa
raison d etre, puisqu elle concentre pour ainsi dire le fluide sanguin et le rend
moins apte a fournir du liquide a 1 intestin. II est, en effet, demontre que les
sels neutres purgatifs n ont aucune action cathartique quand ils provoquent de
la diurese.
Le nitre, le chlorate de potasse, les diuretiques dits astringents, les sels
neutres purgatifs, sont les medicaments a conseiller en pareilles circon-
s lances.
L action spoliatrice le gere, determinee par les diuretiques, est aussi mise a
profit dans d autres diacrises : broncborrhee, sialorrhee, galactorrliee, sueurs
profuses, en vertu de cette loi de balancement qui regit les secretions glandu-
laires et les rend inverses 1 une de 1 autre.
C est encore aux sels neutres, aux astringents, qu on peut recourir ici; mais
DICT. ENC. XXX.
18 DIURETIQUES.
les toniques vasculaires, la scille, Ja digitale, 1 ergot de seigle, les balsamiques,
surtout dans la bronchorrhee, rendent aussi d utiles services.
Ccs memes medicaments auxquels on peut joindre les alcalins, reussissent
encore tres-bien dans le rlmmatisme arliculaire aigu, loujours a litre de revul-
sifs, mode rant la sueur, hatant la resolution des epanchcments sereux intra-
arliculaires ou autres et purifiant 1 economie de ses souillures morbides.
Pareils resultats s observent aussi dans la goutte arliculaire, qu on traite
avantageusement par deux diuretiques incertains : le colchique et le salicylale
de soude.
Enfin, j indiquerai avec Alibert 1 usage des diuretiques dans les dermatoses
rebelles. En exercant une derivation vers les reins, ils favorisent la guerison de
la maladie de peau.
Quand la medication diuretique est applicable au traitement des maladies,
elle n offre que de rares contre-indications, tirees surtout de 1 ctat cachectique
des sujets, de leur faiblesse, ou de lesions gastro-inteslinales, enfin de 1 etat
congestif ou inflammatoire des reins. Ces contre-indications s expliquent d elles-
memes, ce qui me dispense d entrer dans aucun developpement a leur sujet.
IV. FORMULAIRE. On associe souvent entre cux Jes diuretiques, soit pour
renforcer leurs effets propres, soit pour repondre a plusieurs indications a la
fois. De la sont nees une multitude de formules que met a profit la medication
diuretique. Je rcproduirai ici seulemeut les principales de ces formules, d un
usage encore habituel aujourd hui ct dont la valeur a e te demontrce par une
Ion gue experience clinique. Elles pourront servir de type a des variantes faciles
a etablir dans la pratique medicale.
1 TISANES DIURETIQUES
a- Scille 1 gramme.
Genievre 15
Polygala 10
I -oncassez ces substances, faites-les bouillir dans eau, 500 grammes, jusqu a reduction it
250 grammes, passez et ajoutez :
Ether nitrique 2 grammes.
Sirop dc sucre 50
A prendre par cuillerec a soupe toutes les deux heures, dans l albuminurie (Bouchardal).
b. Digitale 2 grammes.
Sucre 20
Melez et triturez, et ajoutez :
Oxymel colcliiijue j;0 grammes.
c. Feuilles el fleurs d ulmaire 30 grammes.
Eau 1000
On prepare d unefaconidentiquela tisane aperitive, remplacant 1 ulmaire par
lameme proportion du melange connu sous le nomdesc^^ ratines aperitives.
Ces cinq ratines sont celles de fenouil, de petit houx, d ache, asperges et
persil, aa : 52 grammes, intimement melangees.
On fait infuser pendant quatre beures la quantite voulue de ces racines :
20-50 grammes dans un litre d eau. La lisane ainsi obtenue est generalement
sucree avec le sirop des cinq racines, a la dose de 100 grammes par litre.
Ce sirop se prepare, d apres le Codex, avec 100 parties de chacune des cinq
racines, 200 grammes de sucre, eau 5000 grammes.
On ajoute 1 gramme d acetate de potassepar 20 grammes de sirop.
DIURETKJUES. 19
il. Especes aperitives 20 grammes.
Parietaire 10
Lais-or infuser une demi-heure dans 1000 grammes d eau bouillautc, ajouter :
titrate de potasse 2 grammes.
Sirop des cinq racines 100
e. Tisane de chiendent 1000 grammes.
Acetate de potasse. 2
Sirop des cinq racine^ 100
/". Bicarbonate de potasse 5 grammes.
Nitrate de potasse 1
Infusion de genievre . 10
(/. Feuillcs de Buchu 30 grammes.
Eau bouillante Mil)
2 POUDRE5 DIURETIQUES
n. Poudre de gomme arabique 60 grammes.
Nitrate de potasse 10
Guimauve 10
Reglisse 10
Sucre de lait CM
Une cuilleree a cafe dans un verre d eau.
l>. Poudre de digitale 15 centigrammes.
Nitrate de potasse 1 gramme.
Creme de tartre soluble 1
Sulfale de potasse 1
ji irois doses, a prendre dans la journee (Cagnon).
c. Poudre de digitale 1 gramme.
de sciile 1 __
Oleosaccharure de {jt-nievre in
En vingt doses : une toutes les heures.
"5 POTIONS DIUKETIQUES
a. Oxymel scillitique io Tammes.
Eau distillee d hysope 100
- de menthe 30
Ak-ool nitrique 2
A prendre en deux fois (Codex).
b. Acetate de potasse 4 grammes.
Azotate de potasse i
Eau diaillee 150
Sirop des ciuq racines 50
Une cuilleree a soupe toutes les heures (Blache, Fouquier).
4 PILULES DIURETIQUES
n. Scille \
Digitale >aa.o grammes.
Scammonee
Sirop de gomme Q. S.
F. s. a. 100 pilules. Dose : 2 a 12 pur jour.
b. Nitrate de soude 10 grammes,
Camphre j ^
Nitre { aa 4
Rob de sureau Q. S.
F. s. a. 60 pilules. Dose : 2 matin et soir comme antilaiteux.
20 DIUKETIQUES.
5 VINS DIURETIQCES
Deux de ces vins sont particulierement employes journellement, connus sous
les noms de vins de la Charite et de I Hotel-Dieu. Ce sont deux excellentes
preparations, dont voici les formules :
a. Vin amer scillitique ou de la Charite ;
Ecorce de quinquina gris 60 grammes.
de Winter 60
de citron 60
Racines d Asclepias 15
d angelique 15
Squames de scille 15
Absinthe 50
Feuilles de melisse 30
Genievre 15
M..M- !>
Vin blanc 4000
Alcool a 60 clegres 200
Dose : de 40 a ICO grammes.
b. Vin <liurctique de Trousseau (H6te!-Dieu) :
Vin blanc r 750 grammes.
Baies de genievre 50
Scille 5
Feuilles de digilale. 16
Faitos macerer pendant quatre jours, passez et ajoutez :
Acetate de potasse 15 grammes.
Dose : 2 a 5 cuillerees & soupe par jour.
6 OXYMELS DIURETIQUES
A cote de 1 oxymel scillitique, dont la formule a ete donnee (voy. SCILLE), je
placerai 1 oxymel diuretique propose par Gubler :
Teinture alcoolique de digitale 10 grammes.
Exlrait aqueux d ergot 10
Acide gallique 5
Bromure de potassium oil
Eau de laurier-cerise 50
Sirop de cerises 400
Oxymel scillitique 515
Dose : 2 a 4 cuillerees par jour.
7 CONFECTION DIURETIQUE
Savon medicinal 120 grammes.
Blanc de baleine 240
Terebenthine de Venise 24
Huile essentielle d anis \-l
Curcuma pulverise 8
Miel Q. S.
Incorporez le savon et le blanc de baleine; ajoutez le curcuma, et, apres melange bieu. complet,
la terebenthine et 1 essence, puis le miel jusqu a production de saveur agreable. Cot elec-
tuaire se donne a la dose de deux bols de la grosseur d une noisette, 2 ou 5 fois par jour
(Cooke).
8 PREPARATIONS D USAGE EXTEF;NE
a. Frictions diurtiques.
Teinlure de scille . . .1
de digitale. .... .. .. . .. .. i M 3
b. Liniment diuretique.
Feuilles de digitale . 10 grammes.
Eau bouillanle 50
Faites iruuser jusqu a refroidissemeut, passez et ajoutez :
Essence de terebenthine 50 grammes.
Exlrait de scille e... 5
Jaunes d ceuf ..... n 2
DIURETIQUES. 21
c. Onguent diuretique.
Scille en poudre 2 grammes.
Onguent mercuriel 5
d. Lavement diuretique.
Digilale . .
ScUle I
Faites bouillir dix minules dans une suffisaute quantite d eau, passez et ajoutez :
Laudanum Rousseau VI gouttes.
e. Cataplasme diuretique.
Pulpe de scille 100 grammes.
Nitrate de polasse 10
Melez.
Beaucoup de ces formules sont empruntees au Formulaire magistral de
Bouchardat, choisies parmi bien d autres que le lecteur pourra consulter. D ail-
leurs, tous les traite s de therapeulique renferment dc pareilles formules en tres-
grand nombre : c est pourquoi je me suis borne a presenter seulement les types
principaux de ces associations medicamenteuses, seuls interessants.
ERNEST LABBEE.
. Les renseignements qui suivent, relatifs aux dix-septieme et dix-huiti&ne
siecles, sont empruntes au Diet. d. sc. med. en 60 vol., 1814. \VEDEL. De diureticis. Diss.
lense, 1667. EMMEREZ. Suntne diuretica liydrnpis prcccipua rcmedia ? Affirm. Parisiis,
1681. CARDERS. De diureticis. Lugd. Batav., 1693. GOSCHWITZ. De diurcseos provocatione
utili et noxia. Dissert, inaug. resp. Anhausen. Hala?, 1724. LEDRAN. An renum et vesica
morbis diuretica callida? JNegat. Parisiis, 1750. LISCHWITZ. Deplanlis diureticis. Kiloniaa,
1730. JUCH. De vitiis circa se et excretionem urince. Erfordiae, 1736. BUECHNER. Dissert,
de diureticis eorumque agendi modo et usu. Raise, 1745. Du MEME. De salutari et noxio
diureticorum medicamcntorum usu. Hakp, 1749. - - Du MEME. De intempestivo diureticorum
usu frequenti affectuum nephreticorum causd. Halfe, 175 2. HEEENSTHEIT. De diuresi
critica. Lipsiae, 1749. KNIPHOF. De medicamentis diurelicis specificis. Dissert. Erfordin 1 ,
1751. LUDOL.F. De diuresi critica. Erfordiae, 1756. BCEHMER. Dissert, de urince se ct
excretione obmullitudinem arteriarum renalium laryiore. casu quodam singulari illustrata.
Hate, 1763. WILLIAM ALEXANDER. Experimental Essays. Edinburgh, 1768. HEUSDEX. De
diureticorum usu et abusu. Lugduni Balavorum, 1774. KUCHELWEIN. De diureticorum
administratione noxu in hydrope. Goltingje, 1786. ROSE. De cauto remediorum diureti
corum usu. Lipsia?, 1787. WILSON. De remediis diureticis, Edinburgi, 1788. KOZRBER.
De medicamentis urinam movenlibus ex classe sedantium. Altdorfii, 1797. BARBIER. Iiifl.
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/tnpilaux., decembre 1883, p. 980. E. L.
DIURNES (Entomologie). Une des grandes divisions des Insectes Le pidop-
teres (voy. LEPIDOPTERES) a recu le nom de Diurnes ou Papillons de jour
(voy. PAPILLONS). P. Latreille avail ainsi reparli les Le pidopteres en 1 Diurnes,
2 Crepusculaires~et Nocturnes.
Les Papillons de jour, ou diurnes, outre leur vol au soleil, ont pour carac-
teres les anlennes terrainees en bouton ou renflees a 1 extremite, des chenilles
ne s envelojipant point d une coque soyeuse, des ailes ne presentant pas de
irein. De la les noms dc : Rhopaloceres (avec antennes en massue) et de : Acha
linopteres (avec les ailes privees de irein) qui leur ont ete appliques plus jus-
tcment par Boisduval et Emile Blanchard.
Les Lepidopteres rhopaloceres ou diurnes ne sont pas les seuls qui volent en
plein jour; des crepusculaires lels que le Morosphynx, les Sesies (voy. SESIES),
butinent dans la journee, ainsi que certains Noctuelles et des Phalenides, qui
sont ranges parmi les Nocturnes. En definitive, les deux divisions des Lepidop
teres en : Rhopaloceres et en Heteroceres, doivent prevaloir (voy. LSSECTES et LEPI
DOPTERES). A. LABODLBKKE.
(Ornithologie). Voy., dans OISEAUX, Oiseaux de proie.
G J3 H 24 5 ~(G 3 H S )"T ( S ; Glvce ride obtenue en cliauf-
( on
fani pendant quelques heures a 200 1 acide valerique avec de la glycerine, en
proportions convenables. Les analyses du produit obtenu conduisent a la for-
mule C 13 H 16 6 , adoptee "par M. Berthelot. Get eminent chimiste admet en effet
que la divalerine derive de 1 union de 1 molecule de glycerine et de 2 molecules
d acide valerique, avec elimination d une seule molecule d eau. D autres
chimistes , avec Wiirtz, pensent qu il est plus conforme a la theorie generate
de la formation des ethers secondaires de la glycerine, d admettre 1 elimination
dc deux molecules d cau, d ou la formule C lr fl :4 5 donnee plus haul.
La divalerine est un liquide neutre, huileux, d une odeur desagre able d huile
de poisson, d une saveur amere. Elle a pour densite 1,059 a 16. La divalerine
se fige a 40. L. FL\.
DIVIDIVI. 25
DIYERSO (PIETRO-SALIO). Medecin italien du seizieme siecle, natif de
Faenza, a laisse la reputation d un bon observateur. II fit ses etudes a Naples
sous d Altomare, puis \int se fixer dans sa ville natale, ou il exerca son art avec
le plus grand succes. II est de ceux qui ecrivirenl le mieux sur la peste et
les fievres graves, et la patbologie du cosur lui est rcdevable de quelques decou-
vertes (Dezeim). On cite de lui :
I. De febre pestilent i Iraclatus : et curationcs qnnrnwlam parlicularium morborum,
quorum tractatus ab ordinariis pralicis non habetur, etc. Boloniae, 1584, in-4. Franco-
furli, 1586, in-8 . Ilarderovici, 1655, in -8. Amstelodami, 1681,in-. Cello dorniere edition,
la plus complete, porte le litre A Opuscula medico. II. Conunmlarin in [I>j>j>t>frli* libros
quatuor de mnrbis luculentissima, etc. Francofurti, 1H)2, KH 2, 1600, in-i nl. - III. In
Avicennae librum HI de morbis particularibus corporis liumani eteorum curatione. Ticini,
1075, in-ibl. L. Hx.
DIVES (STATION MARINE DE). Dans le departement du Calvados, dans 1 arron-
dissementela 19 kilometres a 1 ouest de Pont-Leveque, dans le canton de Dozule ,
est un petit bourg, sur la riviere la Dives, peuple de 600 habitants. Dives etait
le petit port ou s embarqua Guillaume le Conquerant. Aujourd hui la mer s arrete
a Cabotir; mais beaucoup de baigneurs ne pouvant pas trouver a se logcr a
Cabour viennent habiter a Dives, qui n eu est distant que de 2 kilometres. On
de sigue done babituellcment cette plage sous le nom de Cabour-Dives, c est
pour cela que nous avons cru devoir consacrer ces quelques lignes a 1 ancien port
de Dives. A. R.
DIVIDIVI on LIBIDIBI. Noms donnes aux fruits du Coulter ia tinct>ri<t
H. B. K., qui apparlient a une section du genre Ccesalpinia. Cette section est
formee d arbres depourvus d aiguillons et dont la fleur, qui est d ailleurs celle
d un Bresillet, est remarquable par la forme de son sepale iufe ricur, concave ,
souvent subnaviculaire, fdus ou moins profondement de coupe sur ses l> u - il> en
franges ou en dents de peigne. La gousse y est pourvue de sutures (vent rale
et dorsale) peu proeminentes, et les graines sont ovoid^s, plus ou moins com-
primees. Cette section americaine renferme deux especes : le C. chilensis DC.,
qui est le Tara tinctoria de Molina, et le Ccesalpinia tinctoria DOMB. (C. pecti-
tiata CAV. Poinciana Tara R. et PAV. Coulteria tinctoria II. B. K., Nov.
gen. et spec., VI, t. 569. Celui-ci est un arbre, d abord observe pres de Car-
tbagene, dans la province de Popayan, et qui, en debors de la Colombie, a ete
rencontre au Venezuela et dans une partie des Antilles ou on le croit introduit
(Bancroft). Ses feuilles composees, paripinn^es, ont des folioles ovales-oblon-
gues, glabres, des petioles inermes, parfois legerement pubescents, et des fleurs
a calice glabre. Leur fruit, le Dividivi ou Libidibi, est une gousse ovale ou
oblongue, comprimee, legerement spongieuse, ordiuairement indeliiscente, avec
des fausses cloisons cpaisses entre les graines. Celles-ci sont peu nombreuses et
construites comme celles des Ccesalpinia en general. De couleur jaune, plus ou
moins brune, parfois plus ou moins teinle de rouge ou de rose terne, leur
pericarpe est glabre a la surface. A partir d un certain age, celte gousse s arque
suivant sa longueur ou plus souvent encore se replie en forme d S. Sa longueur
totale varie de 5 a 6 centimetres; sa largeur de 1 1/2 a 2 1/2 ; son epaisseur,
de 1 1/2 a 2 1/2. Dans son pays natal, cette gousse est, comme celle du
C. chilensis, employee en teinture et en tannerie, ce qui est du a sa richesse
en tannin. Celui-ci est, dit-on (Amblard), semblable a celui qui s extrait de la
24 DIVINATION.
noix de galle, mais il existe combine avec une matiere animale , ce qui
rend son extraction difficile par les precedes ordinaires. Le precede qui a le
mieux reussi consiste a trailer par 1 eau froide le Dividivi concasse, a filtrer
la liqueur et, apres 1 avoir laissee s epaissir et 1 avoir reprise par 1 eau, a obtenir
un exlrait mou qu on traitc par 1 alcool. II s y forme un precipite gommeux,
hygrometrique, legerement astringent. On filtre, et Ton obtient, par evaporation
au bain-marie, un residu qui est du tannin pur et qu on peut purifier comple-
tement avec Tether. La plus grande partie de ce tannin parait resider dans
1 exocarpe ; 1 endocarpe, dur et ligneux, n en renferme que des traces, et les
semences n en contiennent pas. Le tannin du Dividivi presente les reactions
suivantes : il donne, traite par 1 eau, une couleur brun clair; par les sels de
fer, un pre cipite noir ; par 1 acide sulfurique, une coloration rouge ; par 1 eau
de chaux, un precipite blanc verdatre ; par le protosulfate de cuivre, un preci
pite violet; par 1 acetate acide de plomb, uri precipite blanc; par la gelatine,
un precipite blanc resino ide. La richesse en substance tannique du Dividivi
est telle qu on a constate qu une parlie de ces fruits tanne aussi bien, et en
trois fois moins de temps, que quatre parties d ecorce de chene. Aussi 1 in-
dustrie europeenne s est-elle emparee de ce produit, notamment en Angleterre,
ou Ton en introduit 4000 tonnes dans certaines annees. Ce sont aussi des
medecins anglais qui ont eu 1 idee de les employer comme astringents centre
la blennorrhagie, les hemorrhagies, la diarrhee sanguine, etc. Leur action est
semblable a celle du Bratantiva et du Quebracho. II y aurait lieu d experi
menter chez nous ce me dicament qui est appele a rendre de grands services.
On lui donne encore dans le commerce les noms de Nacassol, Nacascol, Ouatta-
pana, Muatta-pana, et on le tire des plages maritimes du Mexique meridional,
de saint-Thomas, de Saint-Domingue, de Curacao. H. BN.
BIBLJOGRAPHIE. MER. et DE L., Dictioiui. Mat. med., II, 454, 664. ROSENTH., Syn. plant,
diaphor., 1032, 1034. JACQ., Sel.pl. amer. Hist. SIMM., Comm. prod. Veg. Kingd.,$0ft.
AMBLARD, Rech. pour serv. a V etude hot. et chim. du Dividivi (these EC. pharm. Par., 1870).
II. BN, Hist, des pi., II, 79, 162 ; TV. hot. med. phaner., 588, tig. 2157, 2158. H. BN.
DIVINATION. Nous appellerons divination un ensemble de procede s, de
pratiques sans fondement rationnel, dont le but est la conjecture de 1 avenir ou
1 acquisition de connaissances et de notions qu il serait impossible d obteuir
par des moyens naturels.
A toutes les epoques, sous toutes les latitudes, la recherche de I inconnu et
surtout la prevision de 1 avenir ont ete la preoccupation souverit dominante des
individus et des societes.
Entoure d ennemis, soumis a des influences telluriques ou atmospheriques
centre lesquelles son organisation le defend mal, 1 homme ne reussit que par
un travail opiniatre a defendre sa vie, a conquerir un peu de confiance en lui-
meme, a maitriser cette crainte de I inconnu dont la frayeur de 1 enfant dans
les tenebres est la premiere expression. Quien ha visto mahnna? dit un pro-
verbe espagnol. A cette interrogation perplexe on pourrait aj outer : Que nous
reserve demain? Pour Athenes le lendemain du siecle de Pericles, ce tut 1 in-
vasion, le bouleversement et la mine.
En Grece la divinite, qui avait le dernier mot en toutes choses, etait supe -
rieure aux etres gracieux dont 1 imagination hellenique avait peuple 1 Olympe;
cette divinite, c etait le Destin, 1 aveugle et inexorable Moere. L ideede lafatalite
DIVINATION. 25
n etait cependant ni grecque, ni romaine; nous la rctrouvons partout avec des
lormules variables. Le chretien qui se console de malheurs imprevus et im-
merites parce que les desseins de Dieu sont impenetrables laisse echapper un
aveu d impuissance analogue a la resignation du Musulman qui courbe la lete
et dit : C etait ecrit , admettant implicitement un ordre eternel, qu Allah
lui-meme nc pourrait pas ou ne voudrait pas changer. Cette croyance dans une
predestination du cours des choses a conduit de tres-bonne lieure a la divination.
Demandait-on une notion precise? voulait-on connaitre des eventualites pro-
chaines pour en jouir par avance, si elles etaient favorables, on les attendre de
pied ferine, si elles ne 1 etaient pas?Le plus souvent non. On cherchait pres
des oracles comme pres des propheles des encouragements ou des ide es.
II y avail, malgre toutes les subtilites theologiques, contradiction entre le
dogme et ses consequences. L homme voulait se mettre en rapport avec un etre
superieur, 1 associer a ses entreprises, et, par cela seul qu il preparait ainsi sa
conduite, il reconnaissait que 1 avenir ne peut etre prevu puisqu il est variable
dans les limites de la liberte humaine.
L cxistence de la divination n implique pas necessairement celle d une reli
gion positive; la constatation de quelques phenomenes naturels sullit a frapper
les imaginations et a les aider a francbir la limite imperceptible qui separe
le merveilleux du positif. Colomb e tait un dieu pour les Caraibes, parce que,
ayant vu auparavant une eclipse de soleil, ils n avaient ni 1 instruction ni la
capacite intellectuelle necessaires pour remonter a sa cause et en prevoir une
autre. C est dans les plaines de la Chaldee que naquit raslronomie : a ibrce d ob-
server les astres, de voir certains d entre eux revenir a la meme epoque, au
meme point, par une route determinee, les patres finirent par entrevoir les lois de
leur cours. Ils n avaient qu a jeter les yeux autour d eux pour constater d autres
choses dont la periodicite n etait guere moins precise : la prairie se couvrait
d une herbe nouvelle, les arbres se chargeaient de feuilles et de fleurs, lorsque
le soleil se levait a un certain point de 1 horizon; il eut ete difficile de ne pas
rapprocher ces circonstances. Des 1 instant ou la connexite des phe nomencs celestes
et des phenomenes terrestres fut constatee, on chercha d autres relations. L as-
trologie fut probablement la fille naturelle de 1 astronomie, comme la magic fut
celle de la physique. Nous voyons dans ces exemples deux modalites essentielles
de la divination : pour les insulaires des Antilles, le navigateur etait un tire
superieur predisant par intuition; ils n eussent pas songe a lui demancler com
ment il avait appris a lire dans 1 avenir ; 1 astrologie babylonienne resultait au
contraire d une serie de precedes, d observations qu on pouvait reproduire. En
Grece, a Rome, parmi les tribus celtiques, dans les villages les plus recules
du Nord scandinave, la mantique se presentera sous les memes aspects. Des
modifications legeres se sont rencontrees sans doute; parfois 1 individualite du
devin se perd dans 1 individualite du lieu ; il y a des sanctuaires ou cliacun
regoit des inspirations; parfois ces dieux ne se font entendre qu a des privile-
gies, a la suite de pratiques donnees ; tout cela n est en realite qu une combi-
naison des deux modes.
Nous allons voir la divination chez les differents peuples dans 1 antiquite, au
moyen age et dans les temps modernes.
A. Divination dans I antiquite. I. DlVINATION CHEZ LES ASSYRIENS, LES ANCIENS
PERSES ET LES EGYPTIENS. Malgre les decouvertes des archeologues et les tra-
26 DIVINATION.
vaux des e rudits modernes, nous ne connaissons guere 1 histoire ni la vie popu-
laire des Chalde ens ; ce que nous savons, nous le savons par les Grecs qui leur
avaient emprunte une partie de leurs coutumes, par les Juifs dont les sepa-
raient d implacables liaines. Dans le petit nombre de documents serieux qui
nous restent, il est facile de retrouver les traces d une divination savante,
ayant vecu probablement plusieurs siecles.
Izdhubar, le heros de 1 epopee chnldeenne, a delivre Ea banhi du pouvoir du
monstre Boul qui le tenait en captivite. Get Ea Banhi est done d une qualite
precieuse ; c est un voyant qui sail mieux que personne interpreter les songes
et donner d utiles conseils. Dii temps d Herodote, il y avait a 1 etage superieur
du temple pyramidal de Borsippa une chapelle renfermant un grand lit, dans
lequel venait se coucher a certaines heures une femme du pays, qui recevait les
inspirations du dieu.
Voila deux exemples d aptitudes speciales et individuelles; il y avait encore
des pratiques determinees dont 1 ensemble forme une sorte de rituel. Les con
jectures siderales, 1 interp relation des songes, etaient les precedes principaux.
Plusieurs chapitres d un catalogue de la Bibliotheque de Ninive semblent se
rapporter a la divination. M. Lenormant a traduit un calendrier mentionnant les
mois favorables et defavorables aux expeditions militaires. L un des plus grands
rois de 1 ancienne Chaldee, appele Sargon I cr , fit reunir dans un ouvrage com
pose de 70 tableltes toutes les connaissances astrologiques de son temps; cette
compilation a ele analysee, peut-etre traduite integralement par Berose.
A 1 e poque des grandes conquetes babyloniennes 1 oniromancie est d une
pratique generale ; c est un songe qui engage Gyges, roi de Lydie, a se declarer
vassal d Assourbanipal, Je puissant souverain delSinive; un autre de ses voisins,
appele Te Oummam, lui declare la guerre parce qu il refuse 1 extradition de
criminels politiques. Avant d entrer en campagne, Assourbanipal invoque avec
ferveur la deessc tutelaire de 1 Assyrie. Or, la nuit meme, un voyant eut un
songe : Isiar lui apparut entouree d une aureole brillante, montee sur un char
et tenant un arc et des Heches.
Elle adressa au roi que le dormeur vit en memo temps les paroles sui-
vantes : Va en avant pour faire du butin, 1 espace est ouvcrt dcvant toi, je
marcherai, moi aussi. Et comme son interlocuteur hasardait une objection
timitle : Ta face ne palira pas, tes pieds ne trebucheront pas, tu ne. teruiras
pas ton honneur au milieu de la bataille. L evenement lui donna raison : le roi
d Etau, battu et fait prisonnier, paya son audace de sa tete.
Mais, si les aslres n indiquaient rien, si aucun fantome nocturne n avait trou
ble le sommeil des voyants, les dieux ne restaient pas muets pourcela; il y
avait en Chaldee d autres manieres d entrer en communication avec eux. Le
roi dc Babylone, ditEzechiel, s est arrete dans un carrefour, il a mele les Heches,
il a interroge les idoles ; c etait la belomancie dont nous aurons plus d une
occasion de parler; d autres fois on consultait le kan mamiti (vaisseau du sort),
c est-a-dire la baguette divinatoire, dont les proprietes etaient encore admises il
y a deux ans a notre Ministeie de 1 interieur.
Du temps de Nabuchodonosor on accordait autant d importance au vol des
oiseaux ou aux entrailles des victimes qu a la plus belle epoque des aruspices a
Rome. Le foie dounait des notions extraordinaires, comme le coeur d un jeune
chien ou les intestins de Fane; les pluies, les vents, les orages, avaient leur
signification; la llamme des sacrifices indiquait par sa couleur ou sa direc-
DIVINATION. 27
lion les decrets des Dieux; on interrogeait 1 eau de mille maniercs dans les
sources, dans des vases; 1 hydromancie sc subdivisait en cyathomancie et en
leeanomancie.
Chez les Medes et les Perses, les mages avaient confisque, pour ainsi dire, la
divination : 11s se vantaient de posseder des facultes surhumaines, d expliquer
et de rendre des oracles, de predire 1 avenir (Maspero). Mais ils se gardaient
bien de divulguer leurs precedes ou de dire a quoi ils devaient leurs vertus
propheliques.
L astrologie fut la divination nationale et sacree des Egyptiens; ponrtant il se
passait quelquefois dans leurs temples aux epoques des fetes des choses mer-
veilleuses. Apis rendait des oracles et inspirait aux femmes et aux enfants 1 en-
thousiasme prophelique.
Les esprits frappeurs ont peut-etre emigre de Babylone en Gaule; une in
scription parle des bruits d heureux augure des meubles craquant sous 1 in-
tluence des alternatives de secheresse ou d humidite. Les malformations foetales
fournissaient des signes aussi importants. Un e crivain sacre, traduit par
M. Oppert, en a donne jusqu a 72 qu il interprete : Si une femme met an
monde un enfant qui a les oreilles du lion, il y aura un roi puissant dans le
pays;... Dans le cas de naissance d un enfant sans nez le pays sera en deuil
et le maitre de la maison mourra.
11 s agit d une epoque sur laquelle nos documents sont rares, et nous voyons
dejii les rites que nous rencontrerons dans presque tous les sanctuaires antiques ;
il est probable que les Chaldeens eux-memes en avaient emprunte une partie,
comme ils les ont transmis aux Hellenes et aux Juifs.
II. DIVINATION CHEZ LES SEMITES. L histoire de la divination chez les Juifs
est plus simple que chez les peuples polythe istes. La loi mosai que etait avant
tout theocratique : elle reposait sur un dogme ne comportant aucune atte
nuation : 1 unite de Dieu. II eut ete difficile de concilier la crainte respectueuse
de Jahveh, dont on n osait meme pas prononcer le nom, avec les pratiques su-
perstilieuses des Gentils. Le legislateur a senti le danger qu elles eussent fait
courir a la foi. Quand tu seras enlre, dit le Deute ronome, au pays que le
Seigneur ton Dieu te donnera, lu n imiteras point les abominations des nations;
il ne se trouvera personnequi fasse passer par le feu son ills ou sah lle, ni devin
qui se mele de deviner, ni pronostiqueur du temps, ni aucun qui fasse des pre
dictions, ni qui fasse dcs prestiges.
Ainsi il est interdit, d interdiction absolue, au Juif orthodoxe d essayer de
rien connaitre du futur; la moindre tentative dans ce sens participe du crime
d idolalrie, le plus grave qu un fidele put commettre. Mais ily a dans la vie des
nations des vicissitudes dans lesquelles la loi ne saurait enrayer un entraine-
ment irreflechi : quand des usages veneres sont foules aux pieds, quand l etran jcr
parle en maitre au foyer domestique, quand 1 herbe pousse dans le parvis^du
temple, il faut un espoir et une consolation : L Eternel ton Dieu te suscitera
un prophete semblable a moi d entre tes freres, tu 1 ecouteras. En fait, il v
eut depuis Mo ise, jusqu au jour ou Sion peril sous la ceinture de fer dont 1 en-
tourait Titus, des voyanls en Israel. On les consulte dans les actes de la vie
privee comme pour les choses politiques. Saul allait prendre un avis au sujet
des anesses de son pere quand Samuel lui predit la royaute. La caste eccle -
siastique voyait avec bienveillance ces devins dont beaucoup lui etaient etran-
28 DIVINATION.
gers; ils etaient ses agents de propaganda les plus actifs ; c est probablement
grace a eux que la division du royaume apres Salomon ne ful point accom-
pagne e d un scliisme religieux. Les rois d Israel, pour detruire la suprematie de
la capitale de Juda, s efforcerent de cre er un culle inde pendanl ; Achab, que
sa femme .Tezabel avail gagne aux idees et aux coutumes pheniciennes, essaya
de substituer Baal a Jehovah. 11 dut lutter centre des voyants sans nombre; on
avait beau les poursuivre, porter centre eux les peines les plus severes, ils
trouvaient des protecteurs jusque dans le palais. Le mailre d hotel Abdias en
fit cacher cent qu il nourrit aux depens du roi. Elie Tisbite, qui vivait le plus
souvent au desert vetu d un sayon de poil retenu par une ceinture de cuir,
echappa constamment a ses deciels et fit retentir aux oreilles de la reine des
menaces terribles que la suite parut confirmer.
Quand le roi voulut opposer une prescience a une autre en inondant son
royaume de prophetes etrangers, le terrible solitaire ameuta le peuple contre
eux. A la suite d une secheresse dont le chroniqueur biblique attribue la fin a
un miracle d Elie, tous les missionnaires du nouveau culte furent massacres
sur les bords du torrent de Kiscon.
Chez les Juifs comme chez les Babyloniens, il y avait done une divination
presque officielle. Pas une expedition guerriere ou commerciale n avait lieu sans
que les prophetes cussent donne leur avis; c est ceux qui, dans 1 exil et la
captivite, formulaicnt les plaintes et les maledictions de la race opprimee. Dieu
renversera Babylone, la gloire de la Chaldee, la noblesse des royaumes, disait
Esaie, comme il a renverse Sodome et Gomorrhe ; elle ne sera jamais retablie,
elle ne sera habitee en aucun temps ; les Arabes n y dresseront plus leur tente
et les bergers n y parqueront plus. Les betes sauvages des deserts y auront
leur repaire..., et les betes sauvages desiles et les dragons hurleront, se repan-
dant les uns les autres dans ses palais desoles et dans ses maisons de plaisance.
Babylone sera rcduite en monceaux de cendres, en demeure de dragons, en
desolation et en sifflements, sans que personne y habile , disait Jeremie.
Malgre son respect pour sou Dieu, malgre son affection pour les interpreles
de sa volonte, le peuple juif adopta plus d une fois la divination etrangere; ce
que le Deuteronome avail defendu, le Levitique le frappe d anatheme. Je
mettrai ma face contre ceux qui consultenl les devins el les gens animes de
] esprit de Python et je les retrancherai. II y avait en effet des sorciers qui
conjecturaienl par la baguctle ou evoquaient les morts. Mon peuple appelleun
morceau de hois, disait Osee ; un baton doit lui propheliser. Ezechiel s eleve
egalemenl contre ces devins qui suivent leur propre espril, bien qu ils n aienl
rien vu, et les compare aux renards du desert C etait a eux quo s adressaienl les
rois impies : quand Saul voulul cntreprendre une guerre contre les Philistins,
il consulta d abord 1 Eternel, el, comme il n obtint pas de reponse, il dul se
rendre deguise a Endor ou se trouvail une femme animee parl esprit de Python.
Celle-ci evoque 1 ombre de Samuel qui annonce au roi sa clel aite et sa mort;
Manasses au debul de son regne predisail le lemps et s adonnait a la divination.
Le christianisme ful, quoi qu on en puisse dire, autre chose qu une transfor
mation du judaisme ; a une conception elroite et exclusivement nationale de
rhumanite, au dogme de la selection divine d un peuple, il opposa le dogme
cosmopolite et revolnlionnaire de Tegalile humaiue. Du meme coup, les pro-
phelies perdirent leur raison d etre; il y avait sans doute dans les lamentations
de Jeremie un grand fond de piete, mais c elail surloul le cri d un Israelile qui
DIVINATION. 29
pleure les malheurs de Sion; tous les appels vers le Messie ne sont que des
aspirations a 1 independance. La religion nouvelle devenant accessible aux Gen-
tils, une des traditions les plus anciennes du juda isme disparaissait. La pro-
phetie occupe une faible place dans la predication de Jesus; il donne des con-
seils, fait des miracles, mais predit peu, et ses predictions ont trait a des
evenements lointains, comme les objurgations menacantes adressees par les pro-
phetes de 1 Ancien Testament a leurs compatriotes lorsque les moeurs se relaehaient
ou que la ferveur baissait.
L Eglise est eternelle et immuable, son fondateur le lui a predit : qu eussent
pu ajouter les propbetes? Les menaces et les maledictions patiiotiques d Esaie
eussent ete une impiete ou un centre-sens pour un chretien dont la vraie patrie
est le ciel et le detachement des choses d ici-bas la supreme vertu.
Les dcrniers moments de la litte rature mantiquedes Juifs furent ces sombres
propheties sibyllines, que nous retrouverons ailleurs.
Au lieu de Ja chresmologie enthousiaste, les peuples Semites du Sud-ouest de
I Asie adopterent de tres-bonne beure les pratiques plus complkjuees des Assy-
riens ; ils les conserverent longtemps et on en retrouverait probablemont aujour-
d hui des traces parmi les ti ibus arabes. Avant Mabomet, La Mecque etait deja un
centre religieux ou Ton venait de fort loin, une Delphes du desert. Les
fleches sans pointes ni pennes et portant cbacune ecrit un mot significatif,
etaient au nombre de 7 conservees dans la Kaabah sous Ja garde d un ministre
special. On les melait dans un sac aux pieds de la statue de Ilobal, le dieu prin
cipal du sanctuaire, et on en faisait le tirage apres avoir adresse au dieu cette
priere : Divinite! le desir de savoir telle ou telle chose nous amenedevant toi.
Fais-nous connaitre la verite. Un oracle du meme genre existait dans le
temple du dieu Dhou-1-Khocals, situe a quatre journe es de La Mecque a 1 entree
de 1 Iemen; on y consultait le sort au moyen de trois fleches appelees 1 Ordre,
la Defense, 1 Attente. On raconte que, lorsque Amrou-1-Quais se mit en marcbe
pour venger la mort de son pere sur les Beni Asad, il s arreta dans le temple
de Dhou-1-Kbolocals pour interroger les flecbes mantiques. Ayant tire la Defense,
il recommenca et trois fois de suite il la \it ressortir. Brisant alors les flecbes
et en jetant les morceaux a la tete de 1 idole : Miserable! s ecria-t-il, si c etait
ton pere qui eut ete tue, tu ne te defendrais pas d aller le venger (Lenormant).
Quand Mabomet songea a fonder une religion, il dut tenir compte des habi
tudes des gens qu il esperait convertir; les idolatres formaient la majorite. Les
Arabes furent toujours refractaires au christianisme dont le caractere interna
tional et pacifique convenait peu a leurs aptitudes guenieres. Des le premier
jour, le relormateur sentit que c etait par la divination qu il fallait frapper.
Les historiens parlent peu de ses miracles, ils en ont enregistre quelques-uns
seulement, sans insister. Mahomet avait douze ans a peine quand il fit son pre
mier voyage en Syrie avec une caravane de son oncle le ricbe marchand Abou
Taleb ; un vieux moine grec fut vivement frappe de sa curiosite, de sa precoce
intelligence; il 1 instruisit et fit passer dans son esprit le mepris de 1 idolatrie
et la haine des images.
O
Le cbamelier rapporta de ses voyages un interet tout particulier pour les
questions religieuses et un vif amour de 1 etude. Des que son mariage avec la
ricbe veuve Kadijah lui eut assure le repos et la fortune il s y livra avec achar-
nement. Parmi les membres de sa nouvelle faniilie se trouvait un certain Waraka
qui avait abandonne la religion de Moise pour le christianisme et traduit en. arabe,
50 DIVINATION.
dans un but tout litterairc, plusieurs parties de I Ancien et du Nouveau Testa
ment. 11 possedait des notions etendues sur les sciences de 1 epoque et s etait
applique surtout a 1 astrologie. Avec un tel homme, Mahomet fit des progres
rapides; peu a peu ses reflexions sur Dieu et les destine es de rhommc alte rerent
son caractere. II devenait taciturne, fuyait la societe , passait le mois du Ra
madan dans une caverne du mont Hara. La, il avait des extases, tombait parfois
insensible et sans connaissance sur le sol. Une nuit qu il priait, dans son ermi-
tage, il s entendit appeler par son nom. Un angc sous forme humaine marchait
vers lui tenant a la main une feuille de soie couverte de caracteres. Lis, dit-il.
Je ne sais pas lire. Lis, rc pe ta I ange, je te 1 ordonne aunom du Seigneur,
createur de toutes choses, qui a fait rhomme d un caillot de sang, qui lui a
appris a connaitre ce qu il ignorait.
Une vive lumiere se fit aussilot dans son esprit, il ]ut la parole ecrite sur les
feuillets miraculeux. Mahomet ! lui dit alors son interlocuteur, tu es le
p rophete de Dieu et je suis son ange Gabriel.
Les premiers ecrivains de I lslam qui out rapporte ce recil pretendent le tenir
de la bouche du Prophete : il commencait done sa mission comme chres-
mologue, audileur direct de Dieu. Avec des imaginations de feu, c e tait
le meilleur role qu il put jouer. Un philosophe comme Congtzee ou Zoroastre
eut echoue peut-etre, Mohamet cut des disciples des les premiers jours de son
apostolat.
Le livre divin avait des accents dont 1* elevation rappelait celle des anciens
voyanls de Juda. Yoici en quels termes il predit la fin du monde : Au nom
du Dieu misericordicux, un jour viendra ou le soleil s obscurcira, ou les etoiles
tomberont du cicl ; les chamclles en gesine seront delaissees, les betes feroces
se reuniront en iroupeaux; voila que bouillonneront les vagues de 1 Ocean,
que les esprits des morts se reuniront a leurs corps, que la vierge enterree
vive se levera en demandant pour quel crime on Fa sacrifice; alors le livre de
1 Eternile sera ouvert, les cieux crouleront, 1 enier brulera de miile feux, les
joies du paradis deviendront manifestes.
Ce jour-la chacun confessera ses fautes. En verite , je vous le jure par les
etoiles qui suivent leur course et s effacent dans 1 eclat du soleil, par 1 obscurite
de la nuit et 1 aube du jour, ce ne sont point la les paroles d un mauvais
esprit, mais celles d un ange digne et puissant qui possede la confiance d Allah
et est venere par tous les anges qui sont sous son commandemeut.
Depuis Mahomet, Dieu n eut plus de communications avec aucun Arabe, ceux
qui pretendirent en recevoir payerent clier une pareille audace. Du vivant du
Prophele, un certain Al Anval essaya de suivre son exemple. Get homme etait
d autant plus dangereux qu il etait verse dans les sciences occultes, surtout
dans la magie; il avait, disait-on, recu le don des miracles. Mahomet vieux,
malade, occupe aux preparatifs d une expedition conlre la Syrie, n avait guere
le temps d argumenler centre lui ; il prefera le trailer en ennemi de la foi et
le faire assassiner.
Un autre heresiarque se maintint plus longtemps. G etait Moseilma, de la
tribu de Uoneifa ; converli d abord a 1 Islamisme, il avait voulu fonder une autre
religion; grace a son eloquence, a son babilete, cet homme re ussit a etablir sa
domination sur toute la province de Jamama entre le golfe Persique et la mer
Rouge ; il ecrivait au pontife de La Mecque : Moseilma, le prophete d Allah, a
Mahomet, le prophete d Allah, viens et partageons-nous le monde, tu auras la
DIVINATION. 51
moitie, j aurai 1 autre. Celui-ci repondil : De Mahomet le propliete de Dieu a
Moseilma le menteur : La tcrre du Seigneur est donnee comme un heritage a
celui de ses servileurs qui trouve grace devant sa face. Ileureux qui le craint.
Cette epitre ampliibologique fut la seule refutation de Mo&eilma. Plus tard le
khalife Abu Beker envoya centre lui Khaled, le meilleur de ses lieutenants.
Malgre sa valeur, le faux prophete fut hattu et peril dans le combat.
A ce moment, 1 unite religieuse elait fondee, les scliismes ullerieurs fumii
politiques. Mahomet et ses premiers successeurs avaient fixe pour longlemps le
culte des Arabes ; il n y eut parmi eux ni images ni divination offieielle. Pourtant,
dans la iatro-mantique du moyen age, les divagations de Fastrologie etaient
presque toujours appuyees sur les opinions de leurs medecins; c est qu ils
avaient adopte avec enthousiasme les methodes bonnes ou mauvaises des Grecs.
Averrhoes et ses disciples niaient la magie, mais croyaient a I influence des
astres; comme les anciens guerisseurs d Egypte ils exploraient avec anxiete la
voute celeste avant d etablir un traitement : les Arabes eurent meme des astro-
logues veritables; le livre de 1 un d eux, Albohali, traduit en latin au milieu du
seizieme siecle, fit fortune en Europe. Malgre tout, la divination side ralc etait
une divination e trangere ; les klialiies purent lui demander des renseignements,
elle ne fut jamais populaire.
Nous avons abandonne momenlanemenl 1 ordre chronologique pour 1 ordre
cthnologique. C est que sous ce rapport comme sous beaucoup d autres il y a
une relation fiappanle entre les diverses branches de la race Semite; nous
retrouvons sur les bords du golfe d Aden les elans d imagination, la forme de.
patriotisme, que nous avons rencontres sur les bords du Jourdain, a tel point que
1 histoire religieuse et politique des Arabes somble le complement logique dc
1 histoire d Israel.
Pendant les siecles qui separent la chute de 1 empire assyrien de 1 origine de
sa puissance, des peuples aryens s etaient developpes, avaient alteint 1 apogee
de la civilisation. A 1 epoque ou nous sommes, ils etaient en pleine regres
sion ; il y avail pres de trois siecles que 1 empire romain etait delruil et que des
royaumes germains s elaient eleves sur ses ruines ; le melange des traditions
grecques et latines ne retardait guere la decadence byzanline. Quand les bar-
bares mirent les pieds sur le sol de 1 Italie, les oracles etaient muets; un Dieu
nouveau honore d abord par des proscrits et des esclaves avail fiui par chasser
ses predecesseurs de leurs temples ct refouler au fond des villages une religion
aulrefois nalionale; il n en delruisil pas complelemenl les praliques.
III. DIVINATION CHEZ LES GRECS. On est etonnequandonsongea la multiplicity
des oracles chez le peuple hellenique, a son commerce presque incessant avec
ses Dieux. Les deux caracteres fotidamentaux de son genie, c elait 1 amour du beau
ell activile. La resignation falalislen apparlient aaucun de ses heros ; nulle part
il n y eut aulatil de poeles, aulant de philosophes. Les Grecs reverent la science
universelle; ils ne desespererenl point d arracherala nature ses secrets; malheu-
reusement ils manquaient d inslrumenls pour que cette aspiration approchat
de la realite. On n arrive a laconnaissance des lois physiques, on n en tire profit,
on nc neutralise des forces aveugles, qu apres d innombrables tenlalives infruc-
tueuses; que grace a des observations et a des experiences repetecs. II n est guere
pcobable que Lavoisier eut cree de toules pieces la chimie, s il n y eiil eu
avant lui ni reveurs, ni alchimistes. La science grecque n avait que des male-
32 DIVINATION.
riaux insuffisants ; c est pour cela qu elle resta rudiraentaire et que Fhypothese
y conserva une si grande place. La consequence necessaire de cette imperfection
fut cette defiance de 1 avenir, cette conscience de faiblesse dont nous avons parle.
On cherche, on travaille; 1 imagination franehit d un bond des distances incal-
culables, et souvent des catastrophes imprevues ramenent le peuple a la realite.
Au lieu de remonter aux causes, d essayer de prevenir leur action, on se resigne
et on parle des arrets du destin. Un general n oublie jamais de consulter les
dieux avant d entrer en campagne : a quoi done eussent servi I habilete strategique
et le courage, si le resultat avail ete trace d avance?
a. La divination et la philosophic. On etait loin de tirer du dogme du
Destin les consequences qu il comporte ; les dieux y etaient soumis eux-memes
puisqu ils ne pouvaient, dit Homere, preserver du sort commun leurs heros
favoris lorsque la fatale Moere les saisit pour les plonger dans I eternel sommeil de
la mort. Peu a peu on restreignit leur liberte, on 1 amoindrit a ce point
que leur volonte raeme se confondait avec les arrets du Destin. Des lors, dit
31. 11. Bouche-Leclercq dans son excellent ouvrage sur 1 histoire dela divination
dans 1 antiquite, ouvrage auquel nous lerons de frequents emprunts, le monde
n eut plus qu un regulateur, Zeus, considere comme dirigeantle Destin. Le Destin
etant ainsi identifie avec un etre raisonnable et bienveillant, la divination etait
complctement juslifiee dans la theorie et dans la pratique ; elle devenait non-
seulement possible, mais utile, puisque le cours des choses semblait modifie par
la volonte de Zeus et que les bommes pouvaient meriter qu il changeat sa des-
Jinee dans le sens de leurs desirs. Cette espece de compromis entre la liberte
et la fatalite suffisait pour le peuple, qui voit dans la religion des solennites et
non des dogmes, des sentiments et non des doctrines. En revancbe, les mystiques
qui considerent la terre comme un exil et le ciel comme leur patrie, ne pou
vaient guere admettre une conciliation ; on avait sacrifie inconsciemment la
liberte divine, ils sacrifierent la liberte humaine, le polytheisme a eu son Jansenius
dans Pindare. C etait la Ihe orie des pretres de Delphes, theorie demoralisante,
endormant 1 homme dans la confiance inerte en une Providence qui prend les
mortels par la main et les conduit sans secousses ni arret au but qu a fixe le
Destin.
La hardiesse des pbilosophes s accommodait mal de cette assimilation a une
machine reglee de toute eternite. L ecole ionienne surtout cbercha dans
la nature la solution des grands problemes et de la vie. Pres de six
cents ans avant 1 ere cbretienne Thales (de Milet) observait des phenomenes
electriques; il predisait une eclipse de lune et batissait un systeme d apres
lequel 1 eau et 1 esprit etaient 1 origine et la fin de toutes choses; ses disciples
conserverent la methode, mais modifierent I ensemble. Pour Anaximene, 1 air
tenait a lui seul la place de deux elements. Thales, Heraclite, rapportaient tout
au feu ; Anaxagoras a deux principes qu il appelait la matiere et 1 esprit. Empc-
docle (d Agrigente) en admettait quatre : 1 eau, 1 air, le fer, la terre. Ces
philosophes ne croyaient guere a la divination : Je predis comme vous, disait
Thales aux devins, et je n ai pas besoin des Dieux. Un autre jour Anaxagoras
demontrait a Lampros, tirantun presage heureuxde la naissance d un belier uni-
corne, qu il ne s agissait que d une malformation facile a expliquer. Heraclite
et Empedocle etaient plus timores : le premier, qui regardait 1 ame comme une
partie momentanement isolee de la Damme universelle, ne pouvait sans incon
sequence nier la possibilite de communications inlermittentes entre elle et son
DIVIN.VTION. 55
principe ; il admettait 1 inspiration, 1 intuition personnelle. Empedocle rgalement ;
pour lui cependant la divination n etait que 1 exageration de 1 instinct conjec
tural propre a chaque individu.
L observation tenait moins de place dans le systeme des pythagoriciens que
dans celui des philosophes ioniens. Sa base, c etait 1 incarnation et 1 apotheose
des quantites numeriques ; le nombre un reprcsentait la divinite, le nombredeux
la matiere et le monde exterieur; le calcul dcvenait un precede de recherche
applicable an connu et a 1 inconnu, an present eta 1 avenir. Lesgenies arithme-
tiques de Pythagore se fractionnaient et se multipliaient a I infmi, tout en con-
servant dans leurs evolutions une discipline lelle qu on pouvait les suivre dans
le monde physique comme dans le monde surnaturel. Les idees justes propagees
et defendues par cette ecole furent oubliees, et cependant le nom de Pythagore
resta populaire comme celui d un sorcier sur le compte duquel on mettait des
paroles vides de sens et prophetiques. Lorsque Rome eut conquis 1 Orient, que
Ton vit pour la premiere fois en Italic des Chaldeens, les nouveaux venus cou-
vrirent de son autorite certaines praticjuos formees d un inextricable melange de
magie et de divination : il y eut des Esseniens, des Juifs pythagorisants qui se
recommandaient de Platon. Celui-ci s occupait pourtant fort pen des choses
de cet ordre; sa philosophic etait une philosophic politique ; il l.iisait tout
converger VCFS un seul but : la prosperite de 1 Etat. Ses idees etaient simples,
ses doctrines absolues, il eut voulu, et beaucoup 1 ont revo depuis, enfermer
1 Etat ou la cite dans une legislation immuable, faire entrer 1 humanitc dans le
lit de Procuste. 11 fallait tenir compte des besoins et des faiblesses intellec-
tuelles; la divination etait profondement ancree dans les moeurs helleniques ;
Platon voulut s en servir. Lui qui sail si bien, avec son impitoyable dialectique,
faire tomber les objections de ses adversaires, il admet a priori le commerce
des homines et des dieux; il ne trouve pas d autres arguments pour justifier
la legitimite des Oracles que la tradition. Leur legitimite reelle etait leur utilite
pour qui voulait gouverner. Platon a reve de rcunir dans une meme main
1 autorite civile et religieuse, de regler les interets materials et les convic
tions, de creer une croyance legale dont les depositaries eussent ete les pretres
de Delphes. Les villes tenaient trop a leurs sanctuaires pour que ces idees
pussent etre mises en pratique. Aristote plus naturaliste admet a. peine 1 extase
et la prescience.
Les adversaires les plus serieux de la divination furent Xenophane, Epicure
et les sceptiques. Le premier nia hardimentla Providence; il ne voyait dans les
manleia que des officines de duperies. Ce philosophe, dit M. Bouche-Leclercq,
fit sagement de vivre loin de sa ville natale : il y eut ete trop pres de 1 oracle
d Apollon Klarien, et il eut pu apprendre a ses depens qu on n attaque pas
impunement les croyances dont vivent les corporations puissantes.
La doctrine d Epicure ne s accommodait guere de la recherche de 1 avenir. Ses
divinites charmaient comme elles pouvaient 1 ennui deleur immortalite. C elaient
des dieux bons enfants, un peu ego istes, ne conseillant point les mortels, ne leur
imposant pas de foi ; ils ne pensaient pas davantage a les tourmenler, et n eus-
sent jamais present 1 extermination en masse des Chananeens, ni envoye leurs
agents dresser des buchers. Epicure combattit le merveilleux avec une arme
dont les coups portent toujours, le bonsens. Comment se mettre dans 1 esjirit
que le depart des animaux d un certain lieu soit regie par une divinite qui s ap-
plique a remplir ces pronostics ? II n y a meme pas d animal qui voudrait s assu-
DICT. ENC. XXX. *
34 DIVINATION.
jetlir a ce sot destin ; a plus forte raison n y a-t-il pas de Dieu pour 1 etablir.
Carncades, le plus brillant reprosentant de 1 ecole sceptique, amenait tout
doucement ses adversaires a rcconnaitre que sans fatalitc la divination etait im
possible; puis il demontrait que la croyance au destin est en contradiction for-
melle avec tout ce que nous voyons. Les sceptiqucs, les epicuriens, les peripa-
teticiens, finirent par cbranler la confiance des gens cclaircs aux Oracles ; ils
substituerent dans certaines classes 1 indiffcrence a la foi; on prit le culte natio
nal pour ce qu il valait : pour une institution qu il eut etc facheux de detruire
mais dont I oi igine surnaturelle n etait pas soutenable. Par malheur, Topinioa
des lettres n etait pas 1 opinion moyenne. II y avait dans les couches profondes
des societes antiques une soif de merveilleux contre laquelle se briserent les
efforts des pbilosophes. Au troisieme siecle de notreere, les Oracles avaient
regagnc du terrain; les gens instruits n osaient pas toujours leur appliquer les
regies d une critique independante. Plutarque, souvent impartial., perd son sang
froid en lace des legendes thcologiques. II admet 1 invraisemblable, explique
1 impossible, arrive a un eclectisme que nous ne pourrions comprendre, si nous
ne tenions compte de la reaction mystique qu avaient developpee de plus fre
quents rapports avec 1 Orient. Toutes les objections n etaient pas oublices :
(Enomaos, philosophe cynique de Gadara, combattait le surnaturel avec autant
d energie que Carneades.
Non-seulement il fit ressortir 1 incompatibilite qui existe entre la prescience
et la liberte, la predetermination et la morale, mais il suivit sur le terrain des
faits les defenseurs imprudenls des institutions mantiques. 11 cita notamment
1 oracle de Delphes devant 1 opinion publique, lui reprochant d avoir cause la
mort d une foule d hommes, les uns dupes, les autres victimes de ses conseils ;
d avoir trompe sciemment ses clients ; d avoir fomente les guerres civiles, flatte
les tyrans et abaisse la religion elle-meme jusqu au fetichisme. II conclut de
cette brulante invective ou Eusebe lui-meme trouve de 1 acrimonie cynique ,
en declarant que les oracles, si admires des Grecs, n etaient pas meme des
genies, a plus forte raison des dienx. 11 les considere comme I osuvre tenebreuse
et 1 artificieuse supercherie d bommes adonnes a la magie, qui disposeut de
tout pour en imposer a la multitude (Boucbe-Leclercq).
La divination avait encore ses tbeoriciens ; les stoiciens I admettaient, on
n etait pas pres de fermer les temples. Au premier siecle de notre ere, les
magiciens Simon et Apollonius de Tyanes predisaient 1 avenir et faisaient des
miracles ; on leur crea une legende. Dans la vie du second, ecrite par Pbilostrate
et dediee a 1 imperatrice Julia Domna, femme de Septime Stivere, le tliaumaturge
n est plus un inspire que de courtes extases rapprocbent des dieux, c est un
etre privilegie qui voit 1 avenir sans efforts intellectuels, une incarnation de
1 eternel present. Dans cette lutte commencee par Thales, continuee par Xeno-
pbanes, Epicure, Carneades, (Enomaos, le sentiment a vaincu la raison; il fau-
dra pour le vaincre a son tour un merveilleux plus jeune mis au service de theo
ries sociales mieux appropriees aux besoins des generations nouvelles.
Avant d aller plus loin, de voir les beros chretiens prendre la place de ceux
du pngani>me, le vieux culte interdit, les gens du peuple demandant aux sancta
sanctorum des reponses que les livres sibyllins eux-rnemes ne peuvent plus don-
ner, il est utile de preparer la voie en faisant connaitre les methodes divinatoires.
b. Methodes divinatoires. 1 Divination personnelle. S il y a un mode de
prophetic individuel et intuitif, c est celui que fournissent les sonyes. Le som-
DIVINATION. 35
meil semble arreter le regulateur organique qui etablit 1 harmonie entre les
actes intellectuels et sensitifs. Le fonctionnement de 1 encephale continue, maisil
est imparfait et de regle; les images s imbriquent et se superposent au point de
devenirmeconnaissables, les sensations aboutissent aux illusions. Lorsque 1 es-
prit est redevenu lui-meme, il n a pas perdu toujours le souvenir de ces
fantomes. La diversite des songes a toujours rendu difficile leur classification;
tantot ils sont passagers et fugaces, d autres fois ils sont precis et ont une suite
telle qu ils arrivent a mettre en jeu 1 activite individuelle, a determiner des
mouvements volontaires en apparence, des actes qui semblent libres et raison-
nables ; ces actes ne sont point en rapport avec le milieu reel, mais avec un
milieu factice, une atmosphere que le cerveau cree de toutes pieces. Aucun de
ces details n avait echappe aux anciens ; ils avaient rapproche le reve de certains
symptomes morbides. Les agitations du sommeil, les paroles entre-coupees, res-
semblaient trop aux communications affolees des chresmologues, pour qu on
ne leur attribuat pas la meme origine. Dans cette phase de la vie, Tame sous-
traite a la tyrannie des sens et des impressions extc rieures pouvait entrer en
commerce avec les Dieux. Les rapports n avaient pas toujours lieu de la inrme
maniere. Zeus possedait un essaim de domestiques ailes, qui aUendairut ses
ordres de 1 autre cote de 1 Ocean a la porte des Champs-Elysces : c etaient les
songes que la theogonie hesiodique fait nailre de la Nuit comme le Destin
et la Mort. Les autres Dieux n avaient sur eux aucun pouvoir; cela ne veut pas
dire qu ils fussent prisonniers dans 1 Olympe et que, pour parlcr a leurs ado-
rateurs, ils dussent attendre la permission du maitre. Ils pouvaient fabriquer
un fantome de reve qui dans la circonstance en jouait le role, ou bien ils se
raontraient eux-memes. Ici encore nous retrouvons une petition de principe
que les sloi ciens, si rigoureux dans leur logique, n ont ni pu ni voulu cviter :
1 oniromancie est une science vraie, puisque les dieux se montrent aux hommes,
et ils ont bien la figure humaine, puisque c est toujours avec elle qu ils se sont
montres. On racontait des choses surprenantes : le sculpteur Onatas aurait
pu refaire a la suite d un songe la Demeter noire des Phigaliens; I admirable
Hercule que Ton voyait a Lindos aurait ele dessine dans la meme maniere par
Parrhasius.
L observation ne perd pas completement ses droits : les anciens avail remarque
comme nous que certains songes systematise^ se reproduisaient a peu de chose
pres dans lesmemes conditions. Les reves de 1 ivresse n etaient pas propheliques ;
un repas copieux, une position do favorable pendant le sommeil, un etat maladif,
suffisaient pour oter toute valeur aux divinations. Pythagore proscrivait les
feves qui donnent des songes faux ou denaturent les vrais. Presque tons les
onirocritiques de profession admettent 1 influence des saisons qu Aristote
explique par un changement de regime.
Des 1 instant ou 1 ame humaine devenait une tablette immaculee pour la
revelation divine, ou des circonstances intrinseques pouvaient 1 entraver il
etait legitime et necessaire de lui preparer le terrain. On appliqua une branche
de laurier autour de la tetc, puis des amulettes : ces procede s ont ete em
ployes en medecine, et probablement dans les deux cas la raison en etait la
meme : certaines substances agissent sur la peau et par son intermediate sur les
organes internes et sur le cours des maladies : tel est le principe de la medi
cation. La fantaisie est venue et a tout denature : une matiere inerte, un
carre de papier, portant des caracteres magiques de paroles pieuses ou obs-
56 DIVINATION.
cures, applique sur uu membre, suspendu au con comme un scapulaire,
acquiert une force mysterieuse ; c est un talisman capable de guerir ou de pro-
voquer des songes.
On avail unautre adjuvant plus physiologique : 1 incubation. L affaiblissement
physique, la concentration de toutes nos forces intellectuelles vers une idee,
surtout lorsque cette idee vise le merveilleux, a son retenlissement dans les
spheres motrices, sensorielles, psychiques.
Les idees religieuses developpees jusqu au mysticisme, dit M. Greffier,
excitent la sensibilite de petites filles et les amene a un etal d eretbisme nerveux
qui peut rapideraent les conduire a 1 hyslerie. On a vu plusieurs fois les attaques
convulsives debuter au moment de la premiere communion a la suite de 1 exci-
tation cerebrale cause e par des pratiques religieuses trop multipliers .
Dans I antiquile on se preparail a recevoir les dieux, comme au moyen age on
se preparera a recevoir les saints, par le jeune, 1 abstinence, la priere et nombre
d exercices pieux. II s elablissail une convention tacite entre le consultant et le
consulte ; le premier devait repondre par un signe convenu. Quand tout elait pre
pare le fidele s endormait dans le temple et recevait la reponse ; 1 incubation
oniromantique etait encore en pleine prosperite au sixieme siecle de notre ere.
Nous ne nous sommes occupes jusqu ici que du songe et des precedes propres
a le provoquer. Tout se passe chez le meme individu ; c est dans son esprit que
se produit 1 acte prophetique; c est lui qui 1 analyse. II s agit de phenomenes
intuitifs et e en est assez pour justifier la place que nous avons assignee a 1 oni-
romancie, mais elle ne finit pas la. Chacun pouvait avoir des songes, pen de
personnes etaient capables de les bien expliquer. Peut- on dechiffrer un reve
comme un papyrus ou une inscription? N y a-t-ilpas des differences d habilete,
d acuile mantique entre les devins? Quelques-uns ont-ils recu un don particu-
lier qui les rapproche des chresmologues ? L onirocritique est une sorte de
paleo^raphie occulte ayant ses regies, sa methode ; elle est reguliere dans ses
moyens; nous rentrons dans les divinations de la seconde categoric, la volonte
du dieu est exprimee, mais de telle sorte qu il faut des techniciens pour la
comprendre. La divination personnelle est close a la relation du songe, la divi
nation impersonnelle et savante va commencer. Nous avons vu en Assyrie un
onirocrite officiel. On ne dit pas malheureusement s il avail appris ce qu il
savait ; si c etait un docteur es sciences divinatoires, comme le furent en
France Thomas de Pisan, Jehan Thibault, Michel de Notre-Dame, ou un inspire
comme Tiresias.
Les Grecs se sonl pose des queslions semblables el, comme elles leur ont
semble ardues, ils ont entremele pour les resoudre la raison et la legende.
Chez eux l onirocritique etailun metier; ses adeptes employaienl des manuels
comparables a ceux qu on voil encore dans cerlaines collections a cinq sous.
Les medecins seuls reslreignirenl les limiles de 1 oniromancie sans mettre en
doute sa legitimite ; Hippocrate, lenant compte des songes d origine morbide,
essayait de leur attarher une valeur semeiolique. Herophile en dislinguail Irois
varieles, donl une au moins n avail rien de prophelique. Plus nous avancons,
plus la distinction du songe nature! produit par un e tat maladif, une preoccu-
palion, devienl precise ; c esl une grosse affaire pour 1 mterprelaleur de ne pas
chercher des le debut une explication a une serie d illusions qui n en ont
aucune. Ciceron ne croit meme pas la distinction possible, et partant de la,
il accorde a l onirocritique une assez faible estime.
DIVINATION. 57
La difference de considerations des devins tenait surtout a leur babilete pour
distinguer le reve du songe. Jl y avail presque partout au moyen age des mede-
cins de deux ordres : les guerisseurs populaires qui ne connaissaient d autres
livres que des manuels en langue vulgaire, et les medecins savants depositaries
des vraies traditions. En Grece, 1 onirocritique etait clans le meme cas. A cote
du temple de Dionysos on trouvaitune foule de devins a deux oboles, dont quel-
ques-uns reussissaient a (ixer une clientele serieuse. Du temps de Socrate un
neveu d Aristide le Juste exercait ce metier plus lucratif a coup sur que ne
1 avait ete pour son oncle la direction des affaires publiques.
Artemidore, dont la reputation egalait, si elle ne la surpassait point, celle d Aris-
tandros de Tmessel, fit un traite complet de son art; il a mis a le composer
une conscience digne d une meilleure cause. Les songes sont classes ; tons les
documents que 1 auteur a pu se procurer sont donnes ; ce livre est un monument
precieux, un tableau fidele de 1 onirocritique savante en Grece.
Les songes sont divises en theorematiques, montrant directement 1 ave-
nement qu ils presagent, et en alle goriques. Pour ces derniers, le devin
doit exercer toute son habilete : ils sont relatil s au dormeur lui-meme, a une
autre personne, a la cite. Cotte classification va bien avec le particularisme
grec : la divination ne s exerce pas au delu dc la ville, c est-a-dire des limites
de la patrie.
On comprend a. combien de pratiques pcut donncr lieu 1 explication des
songes alle goriques. II y avail des tables, des calalogues, des diclionnaires. Le
caractere special de cette divination, ce qui la rend digne d une attention toute
particuliere, c cst de renfermer et de resumer toutes les brandies de la mantique
nationale, en la completant par 1 adjonction d une science qui les met toutes
a contribution, la teratoseopic ou interpretation des prodiges. La teratoscopie,
qui suppose deja des connaissances universellcs par cela seal qu il i aut conuaitre
toutes les lois de la nature pour distinguer les prodiges des pbenomenes natu-
rels, est contenue tout enliere dans 1 oniromancie. Gelle-ci vit dans le prodige,
comme dans son element ordinaire ; elle le depasse meme, puisqu elle inter-
prete jusqu a 1 invraisemblable, 1 impossible, 1 absurde, tandis quo du cote
oppose elle cndort de temps a autre pour juger des images conformes a leur
modes naturels (Bouche-Leclercq). Le songeur antique devait interpreter comme
1 augure le vol des oiseaux, comme 1 astrologue le mouvement des astres; il
devait tirer parti du nom des individus ; des nombres, en creant entre eux et
les lettres de 1 alphabet une concordance factice. Alexandrele Grand, fatigue des
longueurs du siege de Tyr, a un sommeil penible, traverse par des songes.
Une nuit, il reve qu il voit un satyre^Zarufios) danser devant un bouclier; il
raconte la cbose a Aristandros. Bonne affaire, repond celui-cisans hesiter,
tu as vu un satyre, c est que Tyr est a toi (la Tuoo;).
Malgre les traditions transmises d age en age, malgre 1 opinion commune,
il restait dans 1 esprit des onirocrites les plus convaincus des doutes sur bien
des points; il leur echappait des aveux, permettant de formuler des reserves
relativement a leur bonne ibi. Lorsque tu expliqueras un songe a quelqu un,
dit Artemidore, et que tu voudras avoir 1 air plus capable qu un autre, je te
conseille de te servir de ce procede, mais n en use jamais pour ton compte,
parce que tu te tromperais (B.-L.).
L oniromancie touchait aux modes de divination les plus compliques. Le
dormeur portait en lui le re cepteur sur lequel les puissances celestes ecri-
58 DIVINATION.
vaient dans une langue inconnue les secrets du present ou de 1 avenir. II
fallait expliquer ces caracleres mal formes, en trouver la clef; 1 onirocritique
la demandait a un ensemble de regies dont quelques-unes appartenaient a
1 astrologie, a L arithmomancie, aux methodes divinatoires que nous verrons
plus loin.
La ne cromancie avail pour se produire besoin du sommeil, ou d un e tat de
1 esprit qui le preparat a la conversation des defunts. Cenx-ci, immateriels
comme les Dieux, jouissaient comme eux du privilege de lire dans le livre du
destin et laisaient connaitre aux vivants une parlie de ce qu ils y avaient vu.
II y avait cependant entre la necromancie et la divination par les songes une dif
ference ; la preparation aux songes prophetiques eiait simple. Des 1 epoque
homeriquc il fallait pour appeler les morts des ceremonies effrayantes, des
sacrifices lugubres. Tucreuseras, dit Circe a Ulysse, une fosse d une coudee en
tous sens, et tu feras des libations pour lous les morts; la premiere sera du lait
melange a du miel, la seconde d un vin delectable, la troisieme d eau limpide ;
tu repandras ensuite de la pure fleur de farine. Cependant invoque les tetes
sans force des morts... Lorsque tu auras implore 1 illustre essaim des morts,
tourne-toi vers 1 Erebe, plonge deloin tes regards avides surle cours du torrent,
immole a 1 instant un belier et une brebis noirs et tu verras en foule accourir
les ames de ceux qui nesont plus. Ordonne alors a tes compagnons de depouiller
les victimes, de les consumer et d adresser des prieres aux dieux, surtout au
puissant Pluton et a 1 inexorable Persephone.
On evoquait d abord aux points que Ton regardait comme 1 entree des Enfers ;
plus tard on accorda aux esprits une liberte complete, on les evoqua sur leurs
tombeaux a 1 aide d un belier noir; il y eut des necromanciens de profession
analogues aux pholographes spirites de notre epoque ; pour une somme donnee
ils faisaient voir le defunt dont on avait besoin ; si 1 intprrogateur elait pusilla-
nime, s il redoutait Jes habitants d outre-tombe, ils se bornaient a faire entendre
sa voix : la plupart etaient ventriloques. A Rome on crea des oracles necro-
mantiques d Hecate accessiblesa tous. Hecate, c etait la lune, la reine des morts,
parcourant comme eux le firmament pendant 1 obscurite des nuitsetreglant leur
commerce avec les vivants. Du temps d Eusebe on les evoquait a 1 aide d un vase
rerapli d eau dans une piece a plafond bleu ciel. Les consultants apercevaient
au fond un veritable essaim de manes pretes a leur repondre. Tout a coup un
Ge nie enllamme se montre sur le mur; le devin, saisi d un delire fatidique, leur
ordonne de se prosterner jusqu a cequ il s arrete : Infernale, terrestre et celeste
Bombo, dit-il, viens, guide des rues, des carrefours, lumiere vagabonde des
nuits, qui aime les aboiements des chigns et la pourpie du sang, qui marche
a travers les cadavres et les sepultures des morts, alteree de sang, jetant 1 elTroi
parmi les mortels; toi, Gorgo, Mommo, Lune, etre multiforme, viens d humeur
propice gouter nos libations . A ce moment, tous se relevaient, et un meteore
brillant traversait les airs; cette scene ne manquait jamais son effet. D apres
Eusebe, les manes n etaient que des comparses places dans le sous-sol du
temple et apercus a travers le fond transparent du baquet sacre . L apparition
des genies avait ete menagee en etendant sur le mur une preparation inflam
mable ; 1 hecate fulgurante n etait qu un milan reconvert d etoupe enflammee et
lache a propos.
Que les dieux entrent en communication directement avec l homme ; qu ils
annihilent ses facultes, parlent parsabouche, fassent connaitre leurs volontes par
DIVINATION. 59
son intermediate, telle est la croyance originelle qui a donne lieu aux divina
tions personnelles, aux sacerdoces chresmologiques. Nous 1 avons vue chez les
Hebreux, nous la relrouveronsmoinsvivante, mais aussi generale, chez les Grecs.
Les Crelois, Minos et Rhadamanle, deviuaient par intuition; le genie d Orphee
etait une emanation directe de Dionysos dont il etail pretre.
Minos ne fut ni un devin vulgaire, ni un inspire ; les traditions populaires le
representaient comme unlegislateur et un conquerant, un Mo ise, qui faisait tous
les neuf ans un long stage dans un antre oil il con feral t avec Zeus ; celui-ci
dictait des lois qu il appliquait. Rhadamante etait un inspire de meme ordre,
mais plus Dieu, et constamment malheureux ; chasse de pays en pays, il ne
pouvait trouver nulle part un royaume tranquille a gouverner, etpourtant il fai
sait profiler de ses inspirations tous les peuples chez lesquels il passait. Epime-
nide, un autre Cretois, etait surtout favorise des Nymphes ; elles lui donnerent
une nourriture si fine et si substantielle dans un pied de boeuf, qu il put
dormir cinquante ans de suite et fut dispense de manger le reste de sa vie. Desi-
rant rappeler a la poslerite le souvenir des services qu il avail re?us et con-
server la memoire de ses protectriccs, il voulutleur elever un temple. Le niaitre
des dieux se iacha. Ce n est pas aux Nymphes, mais a Zeus, qu il faul con-
sacrer 1 e difice que tu projettes, lui cria un jour une voix divine . Plus lard
Minos comme Epimenide passa au second plan.
Les chresmologues trouverent un conservateur et un vulgarisateur dans
1 Athenien Onomacritos, qui vivait sous les fils de Pisistrate. C etait un assez
mauvais drole : poete, libertin, imposteur, il avait ce qu il lallait pour emer-
veiller une democratic mobile et tapageuse. On avait une foi absolute dans des
especes de propheties obscures altribuees a un certain Balds, inspire des Muses
comme Epimenide. Son existence et son origine elaient plus que douteuses ;
il irnportait peu ; les orateurs politiques n hesitaicnt pas a faire de Bakis le
complice de leurs desseins. Onomacrite inventa Mousaeos et Orphee. II mil sur
leur compte des vers que leur tournure harmonieuse et leur forme rendirent
vite populaires : c etait la supercherie de Macpherson, mais celui-ci ne trom-
pait que les lettres; il faisait accepter une admirable poesie sous un nom
d emprunt sans que cette fraude cut aucune influence sur les destinc es de 1 Etat.
A Athenes, les cboses avaient une autre importance. Mousajos n ctail pas seu-
lement un chantre harmonieux : c etait un devin, un concurrent de Pytho.
Lasos prit Onomacrite en flagrant delit d interpolation ; il le denonga et Ilip-
parque dut 1 exiler. Plus tard le tyran le rejoignit a Suse; ces deux hommes
etaient fails pour s entendre. 11s surent capler la confiance du grand roi, exciler
ses coleres, attiser ses haines. Aux renseignemenls que lui donnait Hipparque
Onomacrile ajoulail les encouragemenls des chresmologues qu il connaissait
mieux que personne, puisqu il les avail invente s.
II lui recilait, dit Herodote, les oracles : s il s en trouvait qui presageassent
malheur aux Barbares, il les passait sous silence. Enfin, choisissant les plus
favorables, il dit qu un Perse devail joinclre par des bateaux les deux rives de
1 Hellespont, puis il decrivit la marche de l armee. Ainsi Onomacrite ne cessait
de mettre en avant les oracles, tandis que les Pisistralides, par leurs conseils,
excitaienl le roi.
Des personnages et des oracles crees de tonte piece par un faussaire et un
traitre n auraient du avoir qu une existence ephemere; ce fut le contraire qui
arriva. MOUSLCOS eut sa legende : c etail un fantome aile qui traversait 1 air et
40 DIVINATION.
1 espace. Orphee n utait plus un pretre de Bacchus, mais un demi-dieu; il
avait invente la musique, la medecine, la poesie et prophetisait naturellement.
Les Me nades, ayant eu naguere le privilege des revelations qu elles communi-
quaient dans les transports d un delire avine, tuerent ce rival malencontreux,
jeterent ses membres dans 1 Hebre et enterrerent sa tete. Celle-ci continua
de rendre des oracles jusqu au jour ou Apollon lui ordonna de se taire. Orphee
estun mythe; \esAryonautica, \\ymnesa la fois religieux et prophetiques sont des
oeuvres d inconnus.
Les Atheniens qui avaient ete chercher Orphee en Thrace remonterent plus
haul vers lenord. Zamoikis etait undevin gete eleve de Pythagore, comme Albaris
et Asteria; des predictions nombreuses portaient leur nom.
11 y cut des inspires meme aux plus brillantes epoques de la civilisation :
Socrate est presque un chresmologue ; Platon, parlant de son demon familier,
declare qu il le dirigeait, lui montrait le chemin sans 1 obliger a le suivre. Avec
Xenophon, ce lutin devient uu bon genie : Socrate faisait parfois, dit-il, profiter
les autres des conseils et des avis qu il recevait. Pythagore a ete travesti de la
meme maniere. Apollonius de Tyane, erudit sans critique, ressemblant a Cor
nelius Agrippa, a ete transforme par Philostrate en mage prophete. 11 savait
1 astrologie, peu importe ; il pouvait pre dire sans le secours des astres, comme
il guerissait sans le secours de la medecine.
La credulite publique etait trop generate pour qu elle ne trouvat point d ex-
ploiteurs. S il eut ete necessaire d avoir le talent d Onomacrite, d inventer des
livres sacres, les imitateurs eussent ete rares, mais il etait si simple de simuler
[ inspiration, de fuire entendre an public des accents qu il pourrait croire divins !
Ce fut le role des venlriloques. Eurycles, bouffon qui vivait du temps de Socrate,
fut le premier d entre eux; il connaissait la valeur des oracles qu il rendait ;
au debut, il ne rendait meme point d oracles, et voulait seulement tirer parti
de son talent ; le peuple le prit au serieux ; c est pour cela que, de simple come-
dien, il devint prophete; qu il lit e cole ; que la ventriloquie fut pendant des siecles
un des instruments les plus surs d imposteurs qui se moquaient de leurs dupes.
Les propheties sibyllines, etaient plus venerees encore que celles des vieux
chresmologues. On ne sail trop quelle en est I origme ; c est au sixieme siecle
avant notre ere qu IIeraclite parle pour la premiere fois de la Sibylle dont
on est reste, dit-il, plus demille ans sans entendre la voix : mais qu etail-ce que
la Sibylle? Une jeune fille qui reQoit un dieu dans son sein disait Ser-
vianus. Si tout le monde 1 eut pense, le probleme serait singulierement sim-
plifie; toutes les inspirees d Apollon ou de Zeus eussent ete des sibylles;
presque personne ne 1 a entendu ainsi. II y avait entre elles et les oracles un
antagonisme constant ; aux yeux des pretres de Delphes, leurs propheties, con-
stituaient une heresie d autant plus dangereuse qu elle diminuait la clientele de
leur temple. Toujours est-il qu elles paraissent remonter a 1 antiquite la plus
reculee et surtout ouvrir la liste des devins qui predisaient d apres des textes.
Les differences d opinion touchant la Sibylle etaient nombreuses et contra-
dictoires. Dans la plupart des legendes, c est une victime d Apollon, predisant
malgre lui et malgre elle, un etre special ni humain, ni olympien, qui n a pas
transmis ses attributions par heredite ou par tradition. La git la difference
entre ce sacerdoce et celui de Delphes. Une pythie pouvait mourir, la source
restait, le trepied ne perdait rien de sa vertu. Ge mode de succession se retrouve
en Egypte dans le culte d Apis, au Thibet dans les incarnations successives du
DIVINATION. 41
grand Lama. Les Sibvlles avaient eu une vie materielle, apeivu 1 avenir, ecrit,
comme nous venons de le dire, ce qu elles voyaient; elles faisaient parfois
entendre leurs voix au voisinage de lours tombeaux oil elles reprenaient des
formes mortelles pour entrer en communication avec des privilegies, mais elles
n avaient point de seconde naissance. Pour Diodore, la premiere ou pour mieux
dire la seule, c etait Manto, la Rile de Tiresias. A la prise de Thebes par les
Epigones, elle fut comprise dans la part de butin adjugee a 1 oracle de Del-
phes; Jusque dans le role de pretresse d Apollon, clle garde la tristesse resi-
gnee d une victime et une sorte d autipathie incurable pour le dieu auquel elle
devait ses malheurs (B.-L.). L histoire de toutes les autres est entource de
traditions analogues; celle d Erythree, qui debitait des vers prophetiques des
les premiers jours de sa vie, vecut autant quedix generations d liommos, pivdit
qu elle serait tuee par Apollon jaloux de sa puissance et qu elle continuerait de
rendre des oracles apres sa mort. Diogene Antonius pretendait qu elle etait
descendue de la lune ou le devin Carmanos lui avail enseigne la mantique.
La sibylle de Marpessos s appelait Herophile et avail une origine aussi noble;
il y en avail d autres en Troade, en Phrygie, a Samos, a Sanies, a Dodone;
celle de dimes en Ilalie habitait une grotte place e dans le fhme d une mon-
tagne sous le temple d Apollon Zosteros; elle venait, di>ait-on, d Ki yfliree.
Ayant obtcnu autant d anne es de vie qu elle pouvait tenir de grains de siNr
dans la main a condition de quitter son pays pour toujours, elle mourut dans
une extreme vieillesse par suite de I e motion que lui causa une lettre de ses
compalrioles.
La Sibylle de dimes est une desesperee qui, d apres Petrone. ne fait qn une
reponse aux indiscrets qui lui demanclent ce qu elle desire : Mourir. Denys
d Halicarnasse raconte que du temps de Tarquin le Superbe une vieille femme
etrangere etait venue lui offrir 9 livres dont elle demandait un prix t ; levr :
le roi refusa ; elle en brula trois, puis trois encore, et offrit les derniers pour le
meme prix. Tarquin intrigue consulta les augures, qui se prononcerent pour
{ acquisition des livres.
La vieille femme, qui disparul aussitot d entre les hommes, n etait autre
que la Sibylle de Cumes. L anecdote est vraie peut-etre; qu une devineresse
etrusque ait, pour exploiter la credulite d un prince superstitieux, pris une
qualite de circonstance, il n y a rien d exlraordinaire.
Les livres sibyllins n eurent ni I invulne rabilite ni la longevite de celle qui
les avail re diges ; ils furenl brules une premiere fois 85 ans avanl Jesus-Christ.
Malgre le respect qu ils inspirjient ils avaient subi plus d une modification ;
apres leur destruclion on les reconslilua a l ;iide de textes apporte s d lonie.
Les e crits semblables parvenus jusqu a nous different probablement beaucoup
de ceux qui existaient aux lemps du paganisme. Autanl qu on peul le sup-
poser, ils furenl corriges sous Justinien par un inconnu, moine ou juif qui
les rangea dans un ordre systematique pour composer une histoire du monde
comparable a la Bible. La langue est obscure et ampoule e, son emphasc dissi-
mule mal la pauvrete du fond.
A la place du polytheisme souple et ingenieusement accommode a loules
les conceplions scienlifiques qui occupaient 1 imagination des Hellenes sans re-
clamer de drolls imperieux sur leur intelligence et sur leur coeur, s affirmait
un monolheisme sombre plein de passions el vide d idees. C esl la pensee
d Israel immobilisee dans un pelil nombre de dogmes, qui se subslitue a la
42 DIVINATION.
spontaneite fe conde de 1 Hellade. La Sibylle n a plus que faire des speculations
de la philosophic, qui interroge les vieux symboles religieux pour voir si par
hasard ils ne contiendraient pas la solution des problemes dont se compose la
theorie de I univers ct dont 1 insondable obscurite s accroit a mesure qu on y
plonge plus avant le regard. Sa conception du monde, de 1 homme et de Dieu,
est d une simplicite effrayante. II y a au plus haut du ciel un Dieu unique, sus
ceptible et jaloux, qui a fait le monde et qui peut le defaire. Ce dieu est en face
du monde comme le potier devant son ceuvre ; il 1 a modele, decore, distribue,
peuple d etres raisonnables, et il a la prevention legitime d y etre obei et honore.
Of son indignation est grande a la vue des cultes idolatriques qui font
fumer devant de vaines images un encens du a lui seul, et des vices de toute
sorte qui deshonorent 1 espece humaine. Aussi, en attendant le jugement dcfi-
nitif auquel il soumettra le monde, dechaine-t-il de temps a autre des fleaux
terribles, exterminant les races perverties et renversant les empires. 11 y a pour-
tant un peuple qu il chalie parfois, mais qu il n exterminera jamais, dont il
prepare au contraire le triomphe et la felicile (B.-L.).
Les chresmologues out eu leurs exegetes remplissant a 1 egard des livres
prophetiques un role analogue a celui des leltres supe rieurs en presence des
vieux lextes chinois. En Grece, certains d entre eux s appelaient pythai stes parce
qu ils recevaient pres de 1 oracle de Delphes une sorte d investilure ; des fonc-
tionnaires de cet ordre nommes par les rois de Sparte leur servaient d am-
bassadeurs pres du Dieu dont ils rapporlaient les reponses. Mais il y avait a
Alhenes surtout un grand nombre d exegetes hbres ; Aristophane les a mis en
scene ; a Rome on les considerait plutot comme des conseillers accidentels, des
hommes prudents, que comme aulre chose.
2 Divination technique. Si la divination personnelle etait de pure fan-
taisie; si les songes, les accents delirants d une pylhie nevropalhe ou les compi
lations apocryphes d Oiiornacrite n avaient qu un sens conventionnel ; si leur
origine etait une supercherie ou un ecart d imagination ritualise, en revanche
la divination inductive nous dirions scientifique, si le mot pouvait s ap-
pliquer au merveilleux avait un point de depart reel : 1 observalion. L erreur
commence a Tin terp relation par le rapprochement de circonstances fortuites,
par 1 application du sophisme toujours cher a 1 homme : post hoc, ergo propter
hoc. Tout phenomene a une cause, tel est 1 axiome fondamental des sciences
physiques, le point de depart de nos recherches ; quand nous ne voyons pas
cette cause, nous 1 inventons. Nous avons, pour expliquer les attractions et les
re pulsions electriques, invente un fluide neutre qui se de double en positif et
en negatif. 11 y a un siecle que nous vivons sur cette hypothese, et elle a
conduit a plus d une decouverte. Les Grecs ne pouvaient rattacher qu a des
etres raisonnables, aclifs, a des hommes immateriels, ce dont iis ne voyaient
pas la cause.
Ajoutons-y la foi en la sollicitucle constanle des dieux, et nous compren-
drons que le meteore le plus ordinaire devint une manifestation de leur vo-
lonte ; mais les dieux ecrivaient en caracteres inconnus et immuables, c etait
aux mortels a en deviner le sens. La connaissance de 1 ecriture egyptienne
etait le monopole d un petit combre de privile gies ; elle repre sentait des
oiseaux, des objets d un usage journalier; par leur combinaison et leur succes
sion on arrivait a representer des ide es etrangeres au tableau. Les dieux fai-
saient comme les Egyptiens; si avec un ibis, un ichneumon, des outils de
DIVINATION. 43
guerre ou de culture, ceux-ci retracaient 1 histoire d un roi, les premiers pou-
vaient ecrire avec le meme procede 1 histoire du passe et del avenir; une etude
soigneuse des cvenements accomplis et des presages qui les avaient annonces
permettait d etablir la liaison entre le symbole et le i ait, d etayer pour ainsi
dire sur une base experimental la conjecture de 1 avenir; toute 1 histoire de la
divination inductive est la.
L omitfiomancie, appelec aussi oionistique (oiwvo;, oiseau), en fut la forme
la plus ancienne. Les Grecs aimaient les oiseaux pour leur souplesse, leur
legerete, leurs chants. Zeus, lemaitrede la foudre, avait pour compagnon 1 aigle
au vol puissant, a la set-re vigoureuse, le roi des montagnos. Le hibou etait
1 oiseau de Minerve ; la tendre colombe etait chere a Venus. Cette espece de culte
ne fut jamais poussee comme en Egypte ou dans 1 Hindoustan jusiju a 1 absur-
ditc; on ne crut point que la faveur des dieux put conferer une immunite abso-
lue a une espece animale ; que cc fut un sacrilege de se defemlre contre les
depredations des rapaces, ou de manger quand elles en valaient la peine les
sceurs de 1 oiseau de Cypris ; il y eut de bonne heure des chasseurs en Hellade.
Les patres de 1 OJympe et de 1 Icla, en defendant leurs agneaux contre 1 oiseau
de Zeus ou en dressant des pieges pour en saisir d aulres inoflensifs, durent
comme les oiseleurs de tous les temps observer avec soin les habitudes et les
moaurs de la gent ailee. Elles presentent parfois une telle rogularite qu il
serait difficile de ne pas croire a une sorte de fatalitc. Les migrations, 1 epoque
des amours, la direction du vol subordonnee a celle des courants atmospheriques,
tout cela fournit des indications que 1 homme des champs ou le chasseur
savent mcltre a profit. Aux presages naturels on ajouta des presages surna-
turels : Les oiseaux comprennent mieux et plus vite que 1 homme le Ian-
gage secret des dieux, disait Porphyre. Mais la faune de 1 Europe meri-
dionale est riche ; il y a des differences de taille et de plumage si tranchees
qu il fallut absolument faire un choix. Les meilleurs et les plus surs des devins
Je 1 air etaient 1 aigle et Je vautour. Us trouvaient, disail-on, dans les con
vulsions de leur victime, dans les entrailles qu ils dechiraient, les signes que
les hommes y cherchaient. Puis vint le corbeau, le sinistre pillard des champs
de bataille; on lui envoyait ses ennemis par maniere d imprecation comme
on les envoie aujourd hui au diable; il devint de la sorte un prophete de
malheur. La corneille seulc garda le privilege des augures favorables ; la
chouette de Minerve annoncait d heureuses choses a un Athenien, des malheurs
a tout autre.
II fallait tenir compte du vol, du cri, de 1 attitude, du siege. Le heron, le
pivert, le faucon, n eurent que fort tard une place parmi les oiseaux man-
tiques.
L alectryonomancie ne se rattache qu indirectement a 1 ornithomancie; elle
tiendrait plutot a la divination par les sorts. Les Atheniens etaient pas-
sionnes pour les combats de coqs; on dit qu avant Salamine The mistocle
en donna un en spectacle a son armee, certain d exciter le courage de ses
hommes et de leur inspirer la confiance. Plus tard on transforma les coqs en
prophetes, et voici comment : Le consultant adressait in petto une question
a la divinite, et plagait 1 oiseau sacre au centre d une circonlerence sur
laquelle etaient figurees avec du grain les lettres de 1 alphabet. On ras-
semblait les caracteres qu il decouvrait et Ton avait la reponse attendue.
Les oiseaux ne resterent pas les seuls confidents des dieux ; ils eurent pour
U DIVINATION.
collegues les mammiferes, les reptiles, les poissons. Jamais celte divination
zoologique ne fut exercee que par des particuliers ; sa simplicite la rendait si
accessible que ses adeptes n eurent niles succes politiques, ni les succes pecu-
niaires des devins savants. Les Atheniens avaient centre les mauvais oiseaux
des recettes analogues aux signes de croix de nos paysans quand ils ren-
contrent une pie a 1 improviste. Dans la suite 6 pvi?, oiseau, devint synonyme de
presage comme en anglais lark (alouette) est synonyme de mauvaise plaisan-
terie ; peu a peu 1 oracle de Pytho etouffa ces pratiques sous les splen-
deurs de sa litunne : I ornithomancie resta la divination des rustres et des
o *
ignorants.
Les exclamations, les expressions, le nom meme d un individu (onomato-
mancie], avaient un sens prophetique. Leotychides, roi de Sparte, au moment de
livrer la bataille de Mycale, est harangue par un envoye de Samos. Comment
t appelles-tu ? dit-il en 1 interrompant sous Tinlluence d une inspiration sou-
daine, Hegesistrate (guide-armee). Ce simple nom suffit pour donner
courage au Lacedemonien ; afin de tirer meilleur parti du presage il voulut
meme emmener 1 ambassadeur avec lui et profiler de ses conseils.
Les mouvements involontaires, les spasmes, les accidents nerveux, etaient
autant de manifestations de la pensee divine. Dans la retraite des Dix Mille
1 eternument d un seul homme apres une harangue du general, etait une
preuve de la presence d un Dieu ; ceux qui 1 avaient entendu s inclinaient, se
proslernaient jusqu a terre.
La divination par les entrailles des victimes, extispicine, hie roscopie, splanch-
noscopie, avail ses theoriciens. Malgre le peu d etendue de leurs connais-
sances anatomiques, les Anciens savaient que 1 ordre et la disposilion des organes
sonl a peu pres invariables dans la meme espece animale. 11s connaissaienl ega-
lement certaines anomalies de siege ; mais 1 extispicine limitee a la terato-
scopie n aurait probahlement jamais acquis 1 importance qu elle eut en Grece,
en Toscane, puis a Rome.
Porphyre en explique de deux manieres la valeur : Les dieux peuvent modifier
les organes et les tissus ; on bien Tame de la victime, en quittant son enveloppe
charnelle, peut lui imprimer un cachet en rapport avec les revelations qu elle
vient de recevoir ; 1 extispicine avail sa place dans le systeme mantique de
Platon.
Afin que les renseignements fussent plus precis, qu ils emanassenl d ames
superieures capables de mieux saisir el de mieux rendreles confidences divines,
Heliogabale immola des hommes. D apres Philoslrate, au contraire, les meilleurs
animaux etaient ceux dont le caractere est le plus doux, parce que les dieux
ecrivenl plus facilement leurs arrels sur des organes que n altere pas brus-
quernent 1 explosion d une passion violente ; le coq irascible et batailleur ne
valait rien. Le foie etait le viscere mantique par excellence; on tenait compte
de ses eminences, de ses sillons; tous les traites declarent qu un foie sans lobes
est un presage de ruine et de mort. Les divisions etaienl plus minulieuses
que celles que nous admeltons ; les anatomistes ont meme emprunte quelques-
uns de leurs lermes aux Anciens, qui parlaienl de foyer, de table, de torn-
beau, de pyles ou portes.
L extispicine n ctait poinl une methode hellenique ; elle existait en Toscane,
longlemps avant qu on en fit usage dans les temples de la Grece. M. Miiller
croit qu elle y fut Iransportee au quatrieme siecle avant notre ere par les lamides
DIVINATION. 45
d Olympie, dont quelques-uns etaient etablis en Sicilc; elle e tait plus compli-
quee, plus savante que 1 ornithomancie ; les pretres et les devins de profession
avaient trop d interet a ne pas laisser tomber dans le domaine public les pra
tiques qu ils exploitaient pour ne pas accepter avec empressement toutes les
importations etrangeres.
La cleromancie, une methode e galement ancienne, fut ime des plus vivaces,
nous la retrouverons en Gaule a 1 epoque merovingienne ; nous verrons sa fille
aince, la cartomancie, lui succeder ou plutot lui venir en aide a la Renais
sance, puis braver les conquetes de la science, triompber des railleries des
sceptiques et arriver jusqu a nous apres des vicissitudes nombreuses. La divi
nation par voie de tirage au sort laissait un vaste champ a la liberte divine.
Les instruments primitifs furent des cailloux, des feves noires et blanches,
plus tard on les remplaca par des des ou des osselets. La cle romancie fut employee
a Dodone, a Olympic, meme a Delphes. On entend dire qu il y avait jusque
dans la cortina du tre pied pythique des cailloux divinatoires ou encore les dents
du serpent Python, lesquelles tressaillaient quand 1 oracle parlail (B.-L.).
Les phenomenes meleorologiques, la foudre surtout, avaient un sens. Les
pythaistes d Athenes indiquaient d apres la direction du vent et 1 etat du ciel le
chemin que devaient suivre les processions d Apollon ; certains devins etudiaient
les nuages; d autres tenaient compte des pluies, mais la mete orologie ne fut
jamais qu un art de second ordre utilise seulement dans des circonstances
donnees.
En revanche Yastrologie acquit une place preponderate a une epoque rela-
tivement rapprochee de nous. Lorsque le centre de gravite de la civilisation
grecque se fut deplace, que les lieutenants d Alexandre 1 eurent transporte sur
les bords du Nil, apres avoir substitue en Asie leur domination et leur influence
a celle du grand roi, il se fit une fusion cntre les vainqueurs et les vaincus.
Pour faire pardonner leur domination, les Grecs adopterent en partie les cou-
tumes de 1 Asie.
Evehemeze raconta que 1 astronomie avait ete inventee par Aphrodite la
deesse assyrienne ; que celle-cil avait apprise a Hermes, leTott egyptien. Ce recit
accorde 1 anteriorite aux Chaldeens; 1 opinion populairc la leur accorda aussi.
Peu importe a qui revient la decouverte ; nous avons vu que la divination par
les astres jouait un role de premiere importance chez les riverains du Tigrc et
de I Euphrate. Le Babylonien Be rose initia et guida les Grecs dans cette voie.
Sous le regne de Ptole mee Philadelphe, il ouvrit a Cos un cours d astrologie;
1 Orient prenait sa revanche de 1 Europe. De 1 Asie Mineure, 1 art conjectural
assyrien passa dans la Grece, puis a Rome.
II reposait sur un petit nombre de principes dont quelques-uns se rappro-
chaient de la verite.
I. Dans 1 equilibre de 1 univers, les aslres out une action preponde-
rante.
II. Cette action, dont le mode est inde termine, mais qui se propage par effluves
rectilignes, resulte de qualite s speciales a chacun d eux et tend a engendrer ces
qualites ou leurs contraires, suivant qu elle agit positivement ou negativement
dans les etres qui en ressentent 1 effet.
III. Un astre donne exerce son influence propre dans des sens differents, ou
avec une intensite diffe rente, suivant la position qu il occupe dans le ciel.
IV. L inlluence d un astre ne doit pas etre appreciee isolement, car elle est
46 DIVINATION.
toujours engagee dans les combinaisons geometriques avec des influences cou-
raiites ou antagonistes (Bouche-Leelercq).
Les premiers astres dont la disposition servit de base aux calculs astrolo-
giques furent les constellations da zodiaque. Les Egyptiens qui avaient, dit-on,
invente la ge ometrie, auraient les premiers etabli le groupemeiit et divise le
cercle en 560 degres. Sur 1 autre rive de la Mediterranee, ces constellations
changerent de nom et de signification, la balance fut remplacee par les pinces
du scorpion; une matrone egyptienne, par une vierge; la methode ne fut pas
modifiee. Les individus comme les paysetaient soumis a 1 influence d une constel
lation. En etudiant celle-ci, on etudie du meme coup son client pour le present
et pour 1 avenir. La difficulte, c etait de bien connaitre 1 individualite side rale;
il fallait s attacher minutieusement a sa forme, a son altitude. Les Dieux du
zodiaque avaient leurs amities, leurs aversions, leurs afiinites, leurs repulsions,
leurs associations.
Les signes ne pouvaient se combiner que par aspect ou antiscia. L aspect,
c etait un polygone inscrit dont les cote s rectilignes joignaient une constel
lation a 1 autre; 1 aspect trigone etait favorable, Taspect quadrat 1 etait moins ;
deux astres places aux cxtremites d un meme diametre etaient en conjonction
ou en opposition. Un appellait antiscia les associations donnees par des cordes
paralleles.
Prenons, par exemple, le diametre e quatorial du zodiaque et son diametre
solsticial : les corps celestes places a cbaque extremite du premier se voyaient;
un astre place a une extremite du premier et un autre a celle du second s en-
tendaient; la meme chose existait pour les cordes paralleles aux diametres en
question; pour les fleches perpendiculaires sur ces cordes. Les aspects s indi-
vidualisaient, ils avaient entre eux des baines ou des sympathies, les methodes
d association se comportaient comme eux. On divisa ensuite les constellations
primitives en douze autres, de sorte que chacune, representant un zodiaque rudi-
mentaire, pouvait ceder ouemprunter quelque chose a sa voisine; il y avail des
parties vides et des parties pleines, des antagonismes constants. Si la paix
est ravie a 1 univers, disait Maniiius, si la loyaute est rare et se trouve le pri
vilege d un petit nombre, c est sans doute que bien des signes font presider la
discorde a notre naissance. A 1 exemple du ciel, la terre est divisee centre elle-
meme, et une fatalite ennemie pousse les nations a se hair .
Les calculs deja si complique s le devinrent plus par 1 adjonction de tout le
9
.Soleil Lime Mercure Venus Mars Jupiter Saturne
Fig. 1. Rotation astrologique. Signes planelaires.
systeme planetaire. L astrologie cut sa notation comme elle avait sa langue ;
avec des signes pour les constellations du zodiaque, pour les planetes (voy,
fig. 1).
Ces signes passerent dans les autres sciences occultes, le Saturne des alchimistes
fut reprc ente comme le Saturne du firmament, et meme aujourd bui nous
sommes souvent heureux d avoir sous la main, en libellant une ordonnance, le
signe d Hermes pour nous proteger contre une curiosite que le terme hydrargyre
ne reussit pas toujours a depister. Les astrologues romains palirent plus d une
DIVINATION. 47
fois sur des intersections lineaires, et, s ils ne trouverent point \e sens qu ils
cherchaient, ils decouvrirenl en revanche de curieuses relations mathema-
tiques.
Comment les dieux montagnards desGrecs s eleverent-ils aux spheres celestes?
comment 1 astre appele naguere etincelanl devint-il le sejour de Mercure ou
Mercure Jui-meme? Comment Purses Puroecides, 1 etoile rouge, devint-elle Mars?
Nous n en savons rien. Quand 1 astrologie fut definitivement acccpte e en Europe,
les dieux etaient caducs. La divination nouvelle avec ses compas, ses calculs,
avail une apparence d exactitude capable de seduire des gens que 1 anarchie
des systemes philosophiques ballottait enlre le scepticisme et la credulite. Apres
avoir personnifie les planetes, on les logea. Elles ne restaient pas emprisonnees
dans une maison sans doute, puisqu elles faisaient une course de plusieurs mois
a travers le ciel, mais ils y revenaient a dates fixes. Jupiter habitait le Sagitlaire,
Mars le Scorpion, Ve nus le Taureau, Mercure plus favorise avail pour villa d ete
la Yierge, pour domicile de printemps les Gemeaux.
Les mouvements des planetes etaient prophetiques; elles avaient entre elles
des rapports de bon ou de mauvais voisinage ; les unes el les autros se venaienl
en aide, se contredisaient selon des lois si nombreuses, que 1 imagination etla fan-
laisie de 1 asirologue etaient 1 aboutissant de tout.
Voici sur quelles donnees geometriques reposaient les calculs : La sphere
siderale etait partagee en deux hemispheres par 1 orbite solaire ou plm du
zodiaque. Les diametres perpendiculaires de ce cercle constiluaient la
ligne des solstices et la ligne des equinoxes ou equatoiiale. On supposait
que le mouvement annuel de 1 astre avait commence an solslice d ete; sa
culmination avait lieu aux equinoxes; au solstice d hiver il ctait en oppo
sition.
Les orbites planetaires etaient autant de grands cercles dont les plans for-
maient avcc celle du soleil des diedres variables. Le domicile de la planete
etait le point d intersection de son orbite avec 1 orbite solaire; on appelait
hypsoma son point de culmination, c est-a-dire celui ou elle renconlrait la
grande circonference limiiant sur la sphere le plan de 1 equateur dc celui ci.
Les signes du zodiaque avaient leur influence comme les planeles ; celles-ci
formaient, avons-nous dit, des combinaisons nombreuses. Au moment de la nais-
sance il s etablissait une resultante ; son point d application sur la sphere celeste
etait Thoroscope ; toute 1 habilete des astrologues cons-istait a le trouver. A partir
du moment ou cette de couverte etait faite, 1 etude de Tavenir d un individu n etait
plus qu affaire de calcul. Le cercle de geniture, grand cercle de la sphere sur
lequel se trouve 1 horoscope, Cut divise en douze lieux correspondant aux ao-es
de la vie ; leur projection sur le cercle zodiacal donnait des renseiTnements
auxquels les astrologues attachment une valeur variable. II fallait ogalement
lenir compte du jour et de la nuit ; un horoscope nocturne n avail ni le meme
sens ni la meme valeur qu un horoscope diurne (voy. GENETHLIOLOGIE).
Dans le second on prenait en degres la difference qui se pare le soleil de la
lune en suivant 1 ordre des signes. Cette distance est precisement celle qu il faut
compter a partir de 1 horoscope, dans le meme sens, pour trouver le lieu de la
fortune. Si 1 horoscope est nocturne, il faut renverser ce calcul, c est-a-dire
prendre la distance de la lune au soleil (B.-L.).
Aucune methode n a eu de rapports plus frequents avec la medecinc que
1 astrologie ; aucune n a plus retarde ses progres, n a plus contribue a lui dormer
48 DIVINATION.
le faux air de magie que les decouverles des derniers siecles n ont pas fait
completement disparaitre.
Les constitutions, les temperaments surtout, avaient une origine side rale. Les
individus nes au moment de la conjonction de Venus et de Mars etaient voues
au libertinage ; celle de Jupiter et de Venus ctait favorable aux accouchements.
Galien considerait la Lune placee a mi-chemin du soleil et de la terre comme
1 astre medical par excellence.
D apres Pline, elle apportait la repletion et la saturation ; le sang augmentait
ou diminuait suivant les phases. Pour Manilius, la tete etait sous 1 influence
du Belier, les bras sous celle des Gemeaux ; les genoux etaient en rapport avec
le Scorpion, les pieds avec les poissons. Ptolemee rattachait a Saturne 1 oreille
droite, la rate, la vessie, le phlegmc ; Firmicus lui accordait encore la melan-
colie. Si la Lune en partant de Saturne va vers le soleil, elle produit des
fous, des epileptiques, des hydropiques, des lepreux. Si, au contraire, par-
tant de la meme planete, elle se dirige vers Mercure, si elle est en decours, elle
empeche la voix, rend les oreilles dures, produit une fatigue generale, engendre
la rne lancolie, 1 ictere, la splenite, 1 bydropisie, des tumefactions et des dou-
leurs tres-penibles de la vessie. Ces idees etaient acceptees par les medecins
du quatrieme et du cinquieme siecles de notre ere ; qu un mystique co/ciime
Andreas Chrysaris, qui peuplait 1 espace de diables a noms laborieux; que des
gnostiques ignorants ou fourbes donnassent des compilations comme les Tables
Smaragdmes ou celle de Kyranides, il n y a rien d extraordinaire, mais on s expli-
que mal la credulite obstinee de ceux qui avaient observe la nature et entrevu
plus d une fois la verite (voy. ASTROLOGIE et SIDERALES [influences]).
Les pretentious pbysiologiques des astrologuesn eurent point de bornes; Archi-
nopolus recula 1 horoscope du moment de la naissance au moment de la concep
tion; il oublia, il est vrai, de dire par quel moyen on pouvait en fixer avec pre
cision 1 heure et la minute, mais on ne s arretait pas pour si peu; la grossesse
n etait qu une maturation dont 1 accouchement etait le terme : les devins avaient
une geometric gravidique correspondant a tous les mois.
Bien recue par le peuple, 1 astrologie fut regardee comme une science par les
pbilosophes, surtout par lePortique; la Grece oublia Pytho, Zeus, laSibylle, pour
le zodiaque; Athenes eleva au pretre babylonien Berose une statue avec une
langue doree. A Rome, les Chaldeens avaient une situation quasi-officielle ; un
d eux apprit a Marc-Aurele que le diademe imperial ne protege pas toujours
efficacement le front d un epoux. Faustine, sa femme, etait inalade depuis long-
temps, parce que, dit 1 astrologue, elle brulait d un honteux amour pour un
gladiateur. Les deux Severe ne dedaignaient point de s essayer a tirer des horo
scopes.
Les ennemis les plus acharnes et les plus redoutables de 1 astrologie, ce furent
les docteurs du christianisme : nous avons vu Origene demasquer des devins
au bassin ; d autres employerent les memes armes centre les observateurs du ciel ;
ils reussirent sans peine a montrer que leur fatalisme etait une doctrine absurde
et immorale. Au lieu de se borner aux arguments de sens commun, saint Au^ustin
o o
voulut battre les astrologues avec leurs propres armes; c etaient des pretres, eux
aussi. 11 les accusa d impiete; il admit leurs revelations, dont quelques-unes
etaient, scion lui, admirablement vraies, mais il les mit sur le compte de Satan.
La divination siderale etait, comme la magie, uneembuche del empire des tene-
bres, une dependance de 1 art noir. II n y a pas lieu de s etonner qu avec de
DIVINATION. 49
telles idees les epoques ou la ferveur religieuse etait la plus ardente aicnt eu des
astrologues; defendre le commerce avec le diable, c est admettre qu il existe
et inspirer aux curieux le desir de le voir. Les empereurs Chretiens commirent
la meme 1 autc. Lovsqu un rien soulevait des cohortes et changeait les maitres
du monde, une prediction divulgue e a propos pouvait soutenir le courage des
cohortes insurgees et faire tomber les armes des mains des legions fideles.
On le savait,etles resents ne menagerent guere Its astrologues. Firmicus Mater-
mis, pour ne point encourir 1 accusalion de lese-majeste si souvent mortelle.
sut, par une flalterie gigantesque, concilier son art et la loi : il declara
que les Empereurs, repre scntants de Dicu sur la tcrrc, etaient au-dessus du
cours des astres, qu il etait inutile d essayer aucune conjecture sur leur des-
tinee.
L astrologie tenant aux mathe maliques et aux sciences naturelles etablissait
une connexion entre les astres et les organes du corps; elle employait pour
ses observations les precedes de 1 astronomie, pour ses calculs ceux de la geo
metric (voy. NOMBRE).
Deux metliodes secondaires s en detacherent, 1 une mathematique : Yarithmo-
mancie ou divination par les nombres, 1 autre
anatomique, la chiromancie. La main devint
une sorte de compendium de tout le corps :
ses eminences, ses plans, ses sillons, eurent
leurs correspondants celestes (voy. fig. 2).
Premierement il convient cognoistre et
scavoir, dit Breton, cure de Milmonts, au-
teur d un traite de chiromancie public en
1654, qu il y a sept planetes, dites estoilles
erratiques, qui ont chacune leurs caracteres,
dont oa use en 1 astrologie, lesquelles ont
grande puissance sur les corps inlerieurs et
regissent chacune quelque partie ou mem-
bre du corps humain,et particulierement des
mains, leurs caracteres et leurs marques.
Nous reviendrons plus loin sur ce sujet (p.
Fig. 2. Division de la main pour la clii-
romancie medicale (May Pli. La cliira-
mancie medicinalc, trad, enfran^ais par
D. H. Treuch. La llaye, Lewjjn van Dych,
1883, in-12, p. 19).
11 serait difficile de terminer 1 histoire de
la divination personnelle et technique sans
dire un mot des devins fameux ; il y en eut
depuis les temps fabuleux de la Grece jus-
qu a la fin du monde romain. Ce qui les
distingue des prophetes d lsrael, c est la va-
rie te, la mullipJicite de leurs connaissances ;
parfois une melhode conjecturale formait le
patrimoine de certaines families. Melampos, le pretre de Dionysos, eleve de
petits serpents qu il a pris dans un nid a lacampagne; devenus gros, ils s en-
roulent aulour de son cou et lui lechent les oreilles; il comprend aussitot le Ian-
gage des oiseaux; plus tard, il de couvrit par uu trait de genie les arcanes de
i extispicine. Clilchas, le devin de 1 epope e homerique, interprete les presages
comme I eiit fail un augure romain. Tiresias et sa fille Manlo furent, comme
Cassandre, des confidents des dieux, et transmirent leurs aptitudes. Manto,
DICT. EXG. XXX. 4
50 DIVINATION.
envoyee a Klaros, pres de Kolophon, fonda un oracle, e pousa le Cretois Rhakios
et eut pour fils le fameux Mopsos. Celui-ci vainquit Calclias, qui se tua de deses-
poir. A Salamine, un devin grec de 1 Asie appele Eiiphranlides accompagnait
Themistocle sur sa trireme. L influence meme du general ne put sauver la vie a
trois prisonniers perses dont le fanatique exigeait le sacrifice.
Alexandre avail de nombreux devins; comme son pere Philippe, il consulta
a diverses reprises le fameux Aristandros de Telmesse, 1 homme le plus docte de
1 epoque.
5 Divination tnirte, oracles. La troisieme espece de divination, que nous
avons appelee mixte, empruntait quelque chose a chacune des autres parfois a
toutes les deux ; mais il y avail un troisieme element, le lieu. Cette fixite
exigeait des conditions particulieres, plus compliquees que celles que nous avons
vues. L enlhousiasme cssentiellement accidentel ne doit etre ni transmis, ni
provoque; les melhodes techniquss sont enseignces soil publiquement, comme
le fut 1 astrologie par Berose, soil dans une famille. Pour qu un manteion
f it constitue, il fallait un lieu sacre, une enceinle sacree, une sorte de com-
munaute pour I administration ; lereste e tait variable. Les oracles furent si nom
breux en Grecc, que 1 etude isolee des plus celebres nous enlrainerail beau-
coup trop loin; nous nous contenterons de voir celui de Del phes, oracle civil et
general, et ceux d Asclepios, a 1 usage des malades (voy. ORACLE).
L histoire AQ\" oracle (TApotton est si etroitement liee a celle de la civilisation
grecque que, pour 1 ecrire en detail, il faudrait suivre celle-ci de ses origines a
sa decadence. Le temple du Parnasse fut la veritable metropole religieuse de
tous les pays helleniques. Les legendes relatives a ses origines out toujours exerce
la sagacite des critiques ; Deucalion aurait fonde sur la montagne, beaucoup plus
haul que 1 antre. une premiere ville appelee Lykorcia; les habitants 1 aban-
donnerent et batirent Delphes ; il y eut longtemps dans son enceinte des families
que Ton regardait comme les descendantes des Lycorciens primitifs. Leurs mem-
bres appele s les Saints avaient le droit d offrirun sacrifice secret dans 1 enceinte
du temple; c etait a peu pres leur seul privilege. Apollon, desireux de batir un
sanctuaire ou les bumains pourraient entendre sa voix, s arreta un jour pres
d Haliarte et y jeta les fondements de 1 edifice. Mais la nymphe Telphousa, qui
rendail la ses oracles, redoutant la concurrence divine, engagea Phoebus a le
placer a Krisa, sous le Parnasse neigeux. Apollon, sans de fiance, suivit ce con-
seil el rencontra une difficulte que la rusee nymphe s etait bien garde e
de lui signaler : le pays etait sous la domination d un dragon femelle qui
avail nourri naguere le geant Typhon ; le monstre n entendait nullement
fuir ou cuder a un autre la moitie de son empire. Le fils de Zeus n en eut
raison qu en le pergant d un de ses traits. Yoyant que Telphousa 1 avait trompe,
il erigca un autel sur la fontaine qu elle habitait et s y fit adorer sous le nom
de Telphousien. Le temple construit si peniblement a Pytho, au lieu meme
ou il avait tue le dragon, resta sans" pretres, sans sacrifices, sans oracles.
Apollon resolut de remedier a cet abandon; il se rendit a la mer voisine,
prit la forme d un dauphin, sauta sur le pout d un navire cretois qu il rameua
vers la terre, malgre 1 equipage ; les matelots prisonniers devinrcnt ses pre
miers pretres.
Des legendes plus anciennes peut-etre parlent de changements successifs de
culte. La premiere divinile qui aurait rendu des oracles a Delpbes etait Gea la
terre. Python etait un monstre qu elle avait engendre; Daphne, sa fille, par
DIVINATION. 51
1 intermediaire de laquelle elle parlait aux hommes, fut changee en laurier
entre les bras d Apollon. D autres etablissent une transiliou eutre Gea et lui.
Neptune aurait eu longtemps un" temple venereau memelieu. Ces fables indiquent
les transformations religieuses d une epoque dont il serait diflicile d evaluer
la date; les Grecs n aimaient ni a tuer les dieux ni a les changer en diables;
leur polytheisme accommodant se contentait de releguer au second plan ceux des
nations vaincues. Puis I anthropomorphisme nese forma pas du jour au lendemain.
Comme les peuples aryens de 1 Asie, les Pelasges adoraient les forces aveimlcs
de la nature : les vents, le feu, la terre, la mer. Les Hellenes etablirent une
filiation suivie entre leurs dieux hommes et ceux-la; les derniers venus prirent
la meilleure part de I heritage du monde. Gea fit place a Poseidon, fivre et
contemporain de Zeus; Dionysos, le dieu de la Thrace et de la Gre^e septen-
Irionale, fut depossede a son tour; on leur laissa que ques autels, une petite
place dans le conseil divin, mais on delourna les hommages au profit d Apol
lon. II emprunta a la Terre son antre, a Poseidon le Dauphin, a Bacchus la jeune
fille qui rendait des oracles sous Tinfluence d un entrainement nerveux
comparable a 1 ivresse des Thyades.
Les Doriens fnrent les missionnaires armes du nouveau culte qu ils avaient rec.u
des Cretois; ils abandonnerent Heracles, Jeur heros national, dont les descen
dants les dirigeaient. pour le fils de Latone. L influence de 1 oracle de Pylho
devint reellemenl preponderante a partir de 1 invasion des lleraclides; c est
lui qui soutint Lycurgue, 1 inspira peut-etre. Les Lacedemoniens, nation mili-
taire et remuante, furent son premier point d appui. Dans leur lutte avec Mcssene,
Delphes prit parti contre celle-ci, parce que les habitants allaient consuller
d autres oracles; a toutes les epoqucs, le meme phe nomene se produisit. L eta-
blissement sacre etait une sorte de banque nalionale; il recevait les depots, les
testaments, indiquait 1 emplacement des colonies a fonder, donnait des chefs aux
e migrants, au besoin leur pretait ou leur faisait preter des fonds en slipulant ce
qu ils auraient a payer. L oracle avail ses amis, mais ses amitie s etaient rare-
raent constantes ; son patriolisme etait subordonne a ses avantages. Au debut,
la defense etait assuree par les Amphictyons, federation de cites, qui avaient fait
entre elles des conventions pour attenucr les horreurs de la guerre et creer
une sorte de droit des gens. L oracle en fit bon marche et n hesita jamuis a
prononcer 1 extermination de ceux qui 1 avaient outrage ou pille, jamais a
trailer de puissance a puissance avec ses protecteurs, a changer ses alliances.
Vers 600 avant 1 ere chre lienne, son influence fut se rieusemenl menacee : les
Doriens du Peloponnese songerenl a rapprocher d eux le Dieu qu ils avaient
apporte : ils lui eleverent un temple a Argos. Delphes se jeta dans les bras
d Athenes; elle provoquaune expedition des Amphictyons contre Krisa, sa rivale.
Maitresse de loutes les voies qui conduisaient a Pytho, celle-ci enteiulait pre-
lever la meilleure part des offrandes des pelerins et leur imposait une lourde
taxe de passage. L Amphictyonie leva des Iroupes, les Krisecns furenl oblige*
de chercher un dernier asile dans leur port; Solon, general du contingent
alhenien, les obligea de capituler en les privant d eau douce. La ville fut rasee,
le territoire exproprie ; les habitants furent re duits en esclavage. Desormais la
Cite sainte n etait plus bornee a ses murs, elle avail ses abords Jibres, un |>ied
sur la mer, et pouvait recevoir directement les envoyes des colonies grecqiies.
Quarante ans plus tard, le vieux temple fut incendie ; les offrandes afflueient;
les Alcmenides, chasses d Athenes par Pisistrate, furent les architectes et les
52 DIVINATION.
entrepreneurs du nouvel edifice ; ils s acquitterent gcnereusement de leur
tactic, firent des embellissements que les devis n avaient pas prevus. Le Dien
ne pouvait se monlrer ingrat envers une telle munificence; il paya le service
recu, d autant plus volontiers qu en agissant ainsi il servait ses intcrets. La
domination sage et moderee de Pisistrate reposait sur le suffrage populaire ;
elle etait particulierement odieusea Delphes, ou Ton aimait la liberte, maisune
liberte reparlie entre un petit nombre; 1 oracle eut des opinions constamment
aristocratiques. Les prelres voyaient en Pisistrate le chef d une democratic, le
patron d un culle rival; il faisait son possible pour diriger les devotions
atheniennes vers Delos. Delphes s etaient servie d Atlienes quand les Spar-
tiates voulaicnt clever un temple a Argos; ils se servirent de Spartc pour
chasser les Pisislratidcs. La Pythie glorifia Harmodius et Aristogiton ; un corps
lacede monien s emparant de 1 Acropole, occupec par Hipparque, restaura,
disait-on, la liberte, et re tabiit les clients de Delphes dans Jeurs dignite s. Dans
les guerres mediques, 1 oracle fut constamment alarmisle; peu lui importail
que 1 Asie prit une revanche sur 1 Europe; que la Greee devint une satrapie du
grand roi, 1 Agora un corps de garde barbare. II conseilla de se rendre aux
habitants de Cnides assiegee par un lieutenant de Cyrus ; il empecha les auxi-
liaires spartiates d arriver a Marathon pour se baltre, en leur imposant une
ceremouie puerile. Quand Xerxes eut franchi L Hellespont, la P\thie n eut pour
les Athenians que des paroles de courageantes. Ce fut sous 1 influence d interro-
gations reiterees et pressantes qu elle vanta les murailles de hois, conseil qui
scrait probablement reste inutile, s il n eut eu Themistocle pour exegete. La
lutte finie, 1 oracle, dont le patriolisme avail ete plus que douteux, eut comme
toujours des dimes et des presents ; on 1 enrichit avant de rebalir les villes quo
Jes Barbares avaient brulees.
Dans la guerre du Peloponnese, il recut des deux mains; apres avoir
fulmine centre Thebes, il accepta la dime du butin fait a Leuctres par Epa-
minondas. On dirait qu une ineluctable necessite pousse les institutions reli-
gieuses a subordonner 1 interet de la pntrie a 1 interet du sanctuaire!
Pour quelques acres de terre commcnca la seconde guerre sacre e, dont le
resultat fut la suprematie de la Mace doine. 11 y eut des pillages, des mas
sacres; le vainqueur lui-meme fut oblige de mode rer le courroux des Delphiens
qui voulaient a toule force precipiter du haut de la roche Hyampeia les Pho-
cidiens adultos. On sc borna a de manteler 22 villes, leurs depouilles rem-
placerent les tresors quo Philomenos et Onomarchos, pousses par les necessite s
de la lutte, avaient du enlever au temple.
Un moment les pretres de Pylhopurcutcroire que le tre pied avaitrecouvreson
antique prestige; mais la concentration de forces vives du monde grec entre
les mains d un tyran militaire eut des consequences bien autrement graves. Le
centre religieux se deplaca ; Alexandrese fit declarer /ils de Zeus par un oracle
perdu dans les sables de Libye; puis vinrent les dechirements, la decadence,
les sanglantes querelles des Eloliens et des Acheens ; enfin, Jes aigles romaines
apparurent aux abords du Parnasse, Paul-Emile vainqueur de Perse e y fit ses
devotions en 167; plus tard arriva le Phocidien Kaphis, messager de Sylla,
pour faire uri empruut force au tresor. II pleura devantles Amphictyons, consen-
tit meme a faire une derniere demarche avant d exe cuter les ordres rccus; le
dictateur n etaitpas homme a s arreter pour un scrupule religeux. Onenlemi,
avait.dit Kapliis, resonner la lyre d Apollon. Ne vois-tu pas, repondit-il, que
DIVINATION. 55
c est de joie? le dieu est mon ami, il est heureux de m abandonner dcs
biens dont il n a que faire (B. L.).
Sous les empereurs, Delphes traina peniblement une existence precaire; Ne ron
le pilla; Hadrien consulta Pylho qu il paya largement; les empereurs
syriens le regarderent avec bienveillance ; sous Conslanlin, les statues, les ex
voto d or, le trepied lui-meme, allerent embellir les eglises de Byzance.
Quand Julien 1 Apostat voulut retablir le culte, il n obtint, dit-on, que cette
reponse decouragee : Ma maison est tombee avec ses decors. Phoebus n a plus
de grotle, plus de laurier prophelique; 1 onde murmuranle elle-meme a
seche. Ce fut le dernier oracle d Apollon a Delpbes.
En appelant mixte cette divination, nous voulions montrer, avons-nous dit,
qu elletient a la fois de la premiere variete ct de la seconde. 11 y avail en effet :
1 Un Dieu revelaleur;
2 Ce Dieu ne parlait qu au-dessus de 1 antre sacre.
5 Les paroles arrivaient au public par 1 intermediaire d un elre bumain qui
devait reunir des conditions determine es;
4 Les exclamations, les cris, les soupirs, les articulations insaisissables,
e taient interprJtes et rendns en vers par les prophetes ; puis les exegetes exer-
caient Icur habilete sur elles ;
5 Avant d urriver jusqu au tre pied fatidique, le consultant devait accomplir
des actes propitiatoires, des purifications, qui le rendraient d gne d entendre la
voix du Dieu ; au debut il y avail avant la consultation definitive une divination
prealable par les oiseaux ou les sorts. Get ensemble comprend des pratiques se
rattachant elroitementaux deux premieres varietes.
L education de la pylhie, 1 entrainement qui la rendait propre a remplir son
role, 1 interpretation des paroles entre-coupe es qu elle prononcait, lout cela
appartenait a la divination impersonnelle et teclmique. En revanche, a partir
du moment ou la confidente du Dieu avait pris place sur son siege, c etait
une inspiree ; sa science, sa raison, devenaient superflues la divination
chresmologique a done ici le caractere que nous avons vu partoul. Seulement
le devin perd ses proprieles, s il se deplace ; que la pjthie 1 uie Delphes, ce n est
plus qu une femme sacrilege a laquelle le Dieu cessera dc parler.
Trois choses etaient done indispensables : le lieu (antre sacre), le recepteur
(la pythie) et les prophetes. Aucun ele meut ne pouvait empieter sur le role de
1 autre.
La pythie etait une pauvre fille, ordinairement sans culture; il fallait
qu elle ressemblat aux auirnaux pour bien entendre la voix divine. Elle
devait etre Delphienne de naissance, garder un ce libat perpetuel a partir
du jour de sa consecration. Au debut les jeunes lilies des meilleures families se
disputaient 1 honneur d apparlenir a Apollon; plus tard la ferveur s attiedit, il
y eut des scandales. Une pythie appelee Androklei a fit pendant une exlase une
confession peu edifiante; une autre fut enleve e par les Thessaliens Echecrates.
Le Dieu voulait chez ses epouses la noblesse, la beaute, la jeunesse, la chas-
tete, qualhes difticilement reunies ; pour conserver la derniere et la plus pre-
cieuse les autres furent sacrifices ; on se mil en garde contre les entrainements
de la jeunesse en choisissanl les pylhies a 1 agc ou les passions commencent
a sommeiller; il y en eut de plus de cinquanle ans. Dans la suite ce regle-
ment fut abroge et Ton en revint aux jeunes filles pauvres, qu on achetait a
leurs families. 11 ne parait pas du reste que les anathemes prononces contre les
54 DIVINATION.
parjures aient recu une consecration penale serieuse ; Delphes ne connut rien
de sembluble a 1 enterrement des veslales romaines. Impitoyables pour les
voleurs, les lois sacrees laissaient an Dieu le soin de punir ses outrages domes-
tiques. Tout d abord il n y avail qu une pythie; les consultants devenant plus
nombreux, on en prit une seconde et onleur adjoignait des suppleantes; quand
1 oracle baissa, on revint a 1 unite.
Le role de la vierge enthousiaste se limitait aux jours de ceremonie; avant
de penetrer dans 1 adyton, elle se puriiiait dans les eaux de la fontaine de
Kaslalie, et par des fumigations odorileranles. A cote d elle se tenaient les
prelres-propheles, conserva tours et interpretes de la religion apollinienne;
au-dessous d eux le neocore, architecte on sacristain d ordre superieur, charge
de la surveillance el des soins materiels du lemple.
Les reponses e taient des disliques, des impromptus poetiques incomprehen-
sibles sur les questions relatives a 1 avenir. On les conservait dans les
archives des villes; ceux qui voulaient consulter 1 oracle devaient se rendre
a Delphes au mois de Bysion; 1 hiver il etait muet parce qu Apollon en voyage
avail cede la place a Dionysos. Arrive s dans celte ville de sacrificateurs,
d hoteliers, d induslriels, qui vivaient surtoul, comme on l a dit, du couteau et
du feu des sacrifices, ils devaient accompli r des rites pour lesquels ils avaient
besoin d initialeurs el d aides, recourir a la cleromancie, a rornilhoman-
cie : Celui-la lirera profil de ma voix, qui sera conduil {tar le cri et
le vol d oiseaux irreprochables . Puis venaient les sacrifices, on immo-
lait une chevre, une brebis, un taureau, un sanglier. Si la victime ne reagis-
sait point au moment de 1 aspersion, si elle n e prouvait pas le tremble-
ment voulu, il elail inulile d insister, le dieu ne repondrait pas. Du
temps de Plutarque, un consultant passa outre ; la pythie monta sur le trepied
malgre les presages defavorables ; 1 extase etait a peine commencee que la
pauvre tille sauta de son siege sous 1 impulsion d une secousse spasmodique;
elle mourut quatre jours apres.
Lorsque les ceremonies preliminaires avaient ete accomplies, 1 entree du
temple etait permise aux pelcrins ; ils interrogeaient successivement selon des
nume ros d ordre tires au sort ; les envoyes des villes qui avaient le droit de
promanlic passaient avant les autres.
Le temple avail deux frontons, 1 un dedie a Phosbus et 1 autre a Dionysos,
sur les colonnes etaienl imprimees des senlences allribuees au sepl sages et
dont la forme breve, enigmatique, rappelait les reponses de 1 oracle; le yvwOt
o-savTov etait la plus celebre.
Les salles d atlcnle convergeaient vers 1 adyton central ; celui-ci ren-
fermail le trepied d or trouve dans la mer par un pecheur mile sien et donne
successivement aux sept sages ; il etait au-dessus de 1 autre sacre dans lequel
arrivaient par derivation les eaux de la fontaine Kassotis ; a cote de lui
taient deux pierres sacrees, 1 omphalos, Je nombril du monde, et le betyle,
sorte d aerolilhe apporte a Delphes a une epoque tres-ancienne ; c etail, disait-
on, la pierre que Rhea avail fait avaler au vorace Kronos, en place de ses fils
qu elle voulait sauver.
Si le role politique de 1 oracle de Delphes fut enorme, son role religieux
fut moindre; il ne pouvail guere cre er une tlic ologie simple, une unite
de doctrine que les aspirations et les mceurs de I llellade ne permet-
taient pas ; en revanche Pytho eut pu avoir une loi, un code de morale,
DIVINATION. 55
un criterium immuable pour juger les actes humains. Rien de pareil n exista;
le respect de la vie et la doctrine babylonienne dc la purification, voila
les lineaments caracterisliques de la religion apollinienne; un meurtre, meme
involonlaire, meme commis dans un but de le gitime defense, necessitait une
expiation. Apollon s e tait purifie apres avoir tue le serpent. Certains individus
etaient souilles sans le savoir, par le fait d une taclie hereditaire, c etait ;i
1 oracle de la decouvrir, de prescrire les ceremonies cathartiques deslinees a
1 effacer; mais, si dcs malheurs inattendus frappaient le coupable, les dieux
justes et bons n avaient pas besoin d etre justifies; la pytbie de couvrait lai aute,
iudiquait ce qu il fallait faire pour s en laver, mais ne repondait pas du pardon ;
quand tout avail ete accompli selon les rites ; il restait une inconnue que Tavern r
seul eliminait. Ce dogme alafois elroitetelaslique avail dubon; iletait eminem-
ment propre a adoucir les mceurs ; sous d autres rapports la morale de Delphes
e tait singulierement relachee; on etait plein d indulgence pour les erreurs
amoureuses : un pretred Heracles misogyne voue au celibal avail trouve 1 obli-
gation trop dure; 1 oracle, au lieu dele maudire, 1 excusa et lui imposa une
purification anodine ; Timo, pretresse de Demeter a Paros, avail inlroduit Milliades
dans le lemple ; 1 oracle declara qu elle n etail pas coupable. Les Hclaires
e laienl sures de trouver meilleur accueil dans 1 adylon que le chef d une
democratic qui avail sauve la Grece ; Aspasie avail ses ex-voto ; les deviations
genesiques cheres aux Anciens furent presque loujours pardonnees.
L oracle a merile qu on le soupconnat de quelque complaisance pour
I aberration honteuse qui a deshonore les siecles les plus glorieux de la civili-
salion hellenique. De 1 aveu des Grecs eux-memes, les inslitutions de la Crete
el de Sparte, si haulement recommande es par le dieu de Pytho, ne pouvaienl
manquer d induire les natures vulgaires a des lentations de gradantes, et il faut
convenir qu on chercberait vainement dans la biographic d Apollon 1 amour
naturel et legitime represente comme un element de bonheur (Bouche-
Leclercq) .
Celle absence de principes definis fut probablemenl la cause dc la tolerance
d Apollon a I egard des philosophes. Jamais Delphes ne pril parti pour une
secte ; jamais elle n essaya de concilier des adversaires, ni d excommunier
personne.
Les oracles d Asdepios touchaienl de si pres a la medecine, que nous serons
obliges de les etudier plus longuemenl que les aulres instilulions du meme
genre. On a fait dans ces derniers temps sur le culte de ce Dieu des decouvertes
extrememenl interessantes, donl nous lacherons de donner une ide e. Dans ses
pe regrinalions en Thessalie, Apollon mil a mal Koronis, fille du roi Phlcgyias.
A peine avail-il quilte le pays, qu elle 1 oublia pour le mortel Ischys. Le dieu
furieux tua riiilidele el jeta son cadavresurun bucher; heureusemenl qu IIermes
passanl par la eut le temps de faire une operation cesarienne post mortem et
de soustraire au feucelui qui fut Asclepios. Lacolere que Phoebus avail e prouve e
coiilre la mere ne 1 empecha point de porter au fits un interet paternel ; il le
confia au centaure Chiron qui lui enseigna ce qui se rapporte a notre arl; il
guerissait les plafes, prescrivait des medicaments contre les maladies internes ;la
tradilion, qui lui fail ressusciter des morts, ne dil pas qu il eul une habilcle
particuliere pour decouvrir 1 origine el les causes des maladies; il donnait
sponlanemenl des medicamenls sans avoir besoin des precedes qu emploieront
plus tard ses disciples.
56 DIVINATION.
line autre legende fabrique e pour les besoins de 1 oracle d Epidaure fait
naitre Aselepios sur une montagne du Peloponnese ou sa mere 1 abandonna.
Ces traditions de date recente nous renseignent pen sur 1 origine du culte.
Les pratiques indiquent une divinite etrangere, babylonienne ou phenicienne; il
y avail meme en Egypte un dieu medecin dont les oracles flrent a une certaine
epoque une concurrence serieuse a ceux d Asclepios. Pour M. Bouche, les atlri-
buts de celui-ci indiquent une divinite chtonienne du meme age que Deme ter,
Poseidon ou Dionysos, divinite dont le culte etait si populaire que la suprematie
d Apollon ne put le faire disparaitre.
Le serpent n est pas seulement le symbole de la finesse, c est 1 animal terrestre
par excellence, le reptile connaissant les proprietes des plantes et des mineraux
que renferment les cavernes. Asclepios est originaire de la Thrace, c cst-a-dire
de 1 extreme nord; une de ses petites-filles s appelle yEgle. De nos jours
encore, il y a en Lithuanie une legende tres-ancienne d apres laquelle une
jeune fille appele e aussi yEgle aurait ele mariee a un serpent et changee en
sapin apres sa mort; c est a peu de chose pres 1 histoire de Daphne. Les vegelaux
constituent un intermcdiaire entre la terre, la mer et les hommes. Les serpents
s enroulent au caducee d Asclepios ; ce sont eux qui donnerent a Melampos la
vertu prophelique. Ces faits permettent de rapporter a une epoque probablement
anterieure a I liellenisme el surtout a 1 invasion dorienne le culte d un Dieu
guerisseur. Celte fonction ne fut jamais d ailleurs le privilege d un seul.
Zeus Ilypsistos, Athena, Hygiea, Hera elle-meme, rendirent plus d une fois la
saute aux malades; c est Apollon que Ton consulte dans les grandes epidemies;
on croyait a Athenes qu il avail arrete la pestc de 427 ; il possedait un oracle
medical en Messenie, un aulre dans la grande Grece sous le nom d Apollon
Koriden; il etait directeur general du service de la sante publique dans 1 Olympe.
Les devins des lemps fabuleux elaient aussi medecins. Galien attribue a Orphee
un livre sur les medicaments. Melampos guerit par une preparation ferru-
gineuse Iphiclos de son impuissance; aux filles de Pretos qui avaient une mauie
compliquee d accidents du cuir chevelu il prescrivit 1 ellebore bJanc, un exer-
cice force et des bains froids. Bakis traita avec succes une Lacedemonienne folle
depuis longtemps, Tiresias apaisa des epidemies, Aristee, fils d Apollon el de la
nymphe Gyrene, decouvril le silphium (voy. ce mol).
L Asclepios divin de Pindare differe de celui d Homere; celui-Ki n esl qu un
roi du pays de Trikka en Thessalie, un eleve de Chiron dont les fils for
mes a la meme ecole devinrent habiles dans 1 art de leur pere. Cette tradition
se developpa parallelement a la premiere, le heios eut des enfanls et des petits-
enfauls; les connaissance? scienliiiques leur lurent transmises. Au berceau
de la famille, a Trikka en Thessalie, une dynastie d Asclepiades se mainlint
longtemps prospere. Au premier siecle, Herennius Philon parle avec respect
de ceux de Trikka auxquels il emprunte une formule. Puis les descendant du
Dieu se repandireut au loin ; il y en avail dans le Peloponnese, 1 Asie Mineure,
parlout ou Ton trouvait des lemples d Asclepios, et c esl la ce qui a fait prendre
les Asclepiades pour les missionnaircs el les agents du culte. La medecine grecque
a ete d abord toute laique. Douze medecins au moins out ele connus sous le nom
d Asclepiade ; leplus celebre ful Asclepiade deBilhynie qui vivail a Ilome du temps
de Cesar. La divination tenail peu de place dans la pratique de lous ces gens; ils
apprenaient de Ires-bonne heure a leu is enfantsl anatomie et s efforcaient deleur
inspirer lerespecl de leur art. Au douzieme sitcle de noire ere, Tzetes a connu
DIVINATION. 57
des Ascle piades dont les archives de famille remontaient a une haute antiquite.
Quand 1 emigration diminua le nombre des rejetons authentiques d Esculape,
on eut recours a 1 adoption ; des eleves etrangers furent admis aux lecons contre
retribution ; ils pretaient a la fin de leurs etudes le serment connu sous le noni
de serment d Hippocrate.
Les Asclepiades iuvoquerent leur ancetre a titre de protecteur, comme les
medecins du moyen age invoqueront saint Luc, saint Come et saint Damicn; ils
lui faisaient des sacrifices individuels ou collectifs, mais c etait tout. Pourtant
la divination asclepienne etait bien medicale ; le fils de Koronis fut de tous les
dieuxcelui dont le role fut le plus clair, dont les oracles furent le mieux limites.
Zeus, Demeler, Dionysos, parlaient a propos de tout; Asclepios ne repondait
qu aux malades ou a ceux qui 1 interrogeaient en leur nom; c est pour cela que
son culte, sans avoir 1 importauce de celui d Apollon, ni 1 antiquite de celui de
Zeus, faisait aussi etroitement qu eux partie de la vie grecqne.
A peu de chose pres, 1 organisation interieure, la hierarchic sacerdotale,
etaient les memes parlout; nous suivrons ici un travail de M. Girard, le plus
savant et le plus nouveau que nous possedions sur la matiere.
Le prelre d Asclepios etait nomme pour un an au suffrage populaire. II etait
responsable devant le peuplc de 1 exe cution des rites sacres; responsabilite
serieuse dans une ville qui avait condamne a mort son meilleur general pour
bris de quelques hermes de carrefour. Les invocations privees, les ceremonies
publiques, avaient lieu sous sa surveillance, il prenait soin que le lit d Asclepios
et d llygiea fut toujours garni de molles couvertures ; il presidait la commission
administrative, inventoriait les offrandes, redigeait les archives du temple. Ce
pretre etait aide comme a Delphes par un appariteur dont 1 importance etait en
quelque sorte proportionnelle au nombre des visitenrs.
An debut, le zacore fut nn sacristain balayant le temple, parant les statues,
allumant les lampes et les eteignant. Dans la suite, le zacorat devint une dignite ;
la consecration des ex-voto, au besoin la composition d hymnes sacrees, etaient
de son ressort. Plus bas se trouvaient des personnages occupe s a litres divers ;
aux Epidauria figuraient ties femmes portant les corbeilles et les vases sacres,
lonction accidentelle et somptuaire confiee souvent aussi a des enlants. Les digni-
taires qui presidaient les mysteres d Eleusis avaient la haute surveillance sur
le culte d Asclepios a Alhenes.
Le temple proprement dit consistait en une chapelle de petite dimen
sion, magnifiquement ornee; au ibnd se dressaient les statues du Dieu.
A Epidaure, une d elles etait 1 ceuvre de Kephiso, fils de Praxilele; une
autre etait due au ciseau du fameux Thrasymede de Paros. Ascle pios etait
ordinairement represente assis sur un siege d ebene, il avait une barbe
d or, et le caduce e a la main; un chien etait assis a ses pieds. D autres
Ibis, on voyait a cote de lui des statues de heros. M. Girard parle d un
certain Polycritos qu il considere comme un fameux mcdecin de Maudes vivant
du temps de Conon ; tout cela etait complete par des lampes et des trepieds.
La chapelle etait entouree de portiques servant d abri aux malades; an
milieu se trouvaient les fontaines sacrees ct des statues. Le culte d Ascle pios
n eut jamais a Athenes 1 eclat de celui des grands dieux; il consistait en temps
ordinaire en sacrifices dont la nature et I epoque nous sont inconnues; puis il y
avait deux solennites periodiques : les Epidauria et les Asclepieia. Les premieres
avaient lieu vers la fin de Tele pendant le mois de boedromion, a I epoque des
58 DIVINATION.
mysteres de De me ter et de Kore; on disait qu autrefois Asclepios avait fait
le voyage d Epidaure a Athenes expres pour s y faire inilier, de sorte que,
pour perpetucr le souvenir, on avait etabli des fetes en son honneur a cette
dale. Le 17 avait lieu la veillee apres une theorie dans laquelle les sta
tues des divinite s en question, promenees d oratoire en oratoire aulour de
1 Acropole, restaient un certain temps dans celui d Asclepios. Les autres
fetes avaient lieu au commencement du printemps, elles precedaient celles de
Dionysos, etaient accompagnees de chants, de jeux dont les prix furent haute
ment apprecie s. Hors de la, on venait prier a volonte dans le temple et offrir
des sacrifices.
Les oracles etaient rendus selon un mode constant : les malacles entendaient
la voix du Dieu pendant le sommeil ; 1 incubation oniromantique fut la pratique
fondamentale de la divination medicale; il n y avait point d agent intermediaire
comparable a la pythie. Le consultant s endormait, Asclepios lui apparaissait
et lui donnait ses instructions. Yoici comment les choses se passaient au
moment des ceremonies dont nous avons parle : Une foule de malades et de
pelerins de tout age se pressait sous les portiques; le premier jour etait con-
sacre aux purifications, aux sacrifices, puis on faisait bruler sur les autels des
gateaux au miel et au vin ; il parait que la flamme ne les devorait pas tous. Dans
leP/M/wsd Aristophane, 1 esclave Karion, qui raconte une veillee sainte, apercut
le pretre sanctifiant ceux qui restaient et les fourrant dans un sac. On deposait
en meme temps des fruits, des figues seches, sur une table, puis on sacrifiait
des boeufs, des pores, des volailles ; on chantait des hymnes, on priait jusqu au
soir. A ce moment, des lampes etaient allumees sous les portiques ; les sup
pliants qui avaient apporte des couvertures et des provisions pour la nuit s eten-
daient sur des lits de feuilles prepares par les serviteurs du temple ; le zacore
eteignait les lumieres et chacun attendait dans un rcligieux silence le sommeil
et le dieu. Le Jendtmain, des 1 aube, c etait une veritable cohue; chacun
racontait ce qu il avait vu : certaines prescriptions devaient elre accomplies sur
place, d aulres se faisaient hors du temple; tout se terminait par des sacrifices
et la consecration des ex-voto.
Les plaisanteries des satiriques n empechaient point les Asclepieia de pro-
sperer. 11 y avait a celui d Epidaure assez de statues, d ex-voto precieux, pour
que les generaux ct les proconsuls remains, Mummius en particulier, n aient pas
dedaigne de les requisitionner.
Le temple de Cos renfermait deux chefs-d oeuvre d Apelle, 1 Antigone et
1 Anadyomene. A Pergame, 1 Asclepieion fonde par les Attalides etait un rendez
vous de lettres, d erudits. Les rois y venaient souvent ; un d eux, Attalos Philo-
metor, avait reuni dans les jardins toutes les plantes veneneuses que renferme
la flore de 1 Asie Mineure; il les cullivait lui-meme, etudiait avec une veritable
passion leurs propriete s, cherchait leurs antidotes, jugeant probablement que la
science des poisons doit faire partie de 1 education de tout monarquc habile.
Le culte d Asclepios eut comme celui de son pere trois siecles de decadence ;
les riches Remains des premiers temps de 1 empire allaient a Epidaure comme
on va aujourd hui dans une station thermale, surs d y trouver un paysage
charmant, un air pur, une societe choisie.
La foi aux legendes etait bien morte; on pillait les cites saintes, sans crainte.
Un des meurtriers de Ce sar fit couper les arbres de Cos, pour construire des
galeres. L Anadyomene alia orner les jardins d Auguste; puis des accidents
DIVINATION. 59
telluriques formidables s ajouterent aux guerres civiles. A cent ans d intervalle,
la patrie d llippocrate fut eprouvee deux fois par un tremblement de terre;
on cut dit que les divinites pelasgiques voulaient prendre kur revanche et
renverser les temples de leurs successeurs. Lc christianisme n epargna pas plus
le Dieu guerisseur que les autres, Cos devint le siege d un eveche, Epidaure
fut delaissee. Pour TAthenes chretienne et byzantine du cinquieme siccle le
IWTYJP n etait plus Asclepios, mais un reformateur juif siipplicie quatre cents ans
auparavant el qu on disait fils non de Zeus, mais de Jehovah.
Quelle a ele I inlluence du culle d Asclepios sur le developpement et les
progres de la medecine? Faut-il croiie, avec Daremberg et Malgaigne, que ses
pretres n etaient que d babiles escrocs vivant de la niaiserie publique ? Doit-
on admettre avec M. Girard que 1 Asclepieion etait un hopital civil et
religieux ou les riches venaient chercher d uliles conseils, ou les pauvres
trouvaient un asile, ou les medccins se rendaient pour puiscr de salutaircs
inspirations? Ces opinions ne nous paraissent ni Tune ni Tautrc absolument
justes. Nous concevons difficiiement un hopital dans lequel les malades rcpose-
raient une seuJe nuit sur un lit de feuilles.
Dans aucune inscription, dans aucun inventaire, il n est question de disposi
tions accessoires, de frais de nourriture, de logement; on a trouve dans les
mines de Pompei, el meme a Paris, des instruments de chirurgie; on n eii a pas
trouve au voisinage de 1 Acropole. Le Dieu guerissait parfois et ne soignait pas.
Les insucces ne compromettaicnt ni la foi, ni sa reputation, car il gardait son
libre arbitre; avant dcrendrelavuea Plutus il exaspe ra 1 ophlhalmie d un autre.
Asclepios donne aux riches comme aux pauvres des conseils, il reclame d eux
des ceremonies purificafrices, des offrandes; on e tait necessairement moins
exigeant pour Jes malades de la second e categoric, mais c ctait tout. Y a-t-il
dans tout cela rien qui ressemble a une institution de bienfaisance? Les Ascle -
pieia etaient des etablissements purement religieux; ils ne servaient qu indirec-
tement au soulagement des miseres organiques ; on ne recevait an voisinage du
temple d 1 Epidaure ni mourants, ni femmes en couches.
D un autre cole il est bien difficile de croire que tout fut fraude ou char-
latanisme. M. Girard s est demande si le pretre etait medecin, et conclut
par la negative. Le sacerdoce etant confere a 1 eleclion, ricn n indique que le
choix des candidats fut limite. Nous sommes trop disposes, quand nous parlons
d un medecin de 1 antiquite, a raisonner comme s il s agissait des temps mo-
dernes; a faire de la medecine une fonction regie par des lois analogues a
celles d aujourd hui.
Rien ne dit que les pontifes d Esculape fussent medecins, c est-a-dire fissent
avant leur election metier d aller voir les malades et de leurdonner des soins ;
rien ne dit non plus qu il n eussent pas des connaissances serieuses en patho-
logie et en therapeutique. La nature meme de leurs fonctions en exigeait.
Comment prevoir sans cela un accouchement ou une mort immincnte?
Les atchives des temples relataient minutieusement les songes, les maladies,
les remedes appliques. Eut-il ete possible de les tenir sans connaissance des
termes techniques? Puis il fallait preter la main a 1 executiou des ordres du
Dieu; il ordonnait souvent des sacrifices, des pelerinages; mais les douches, les
affusions froides, les potions, appartenaient aussi a sa iherapeulique, Ari^tidedut
se baigner en plein hiver; s il n eut jamais rien vu de pareil, il est peu pro
bable qu Asclepios lui eut donne ce conseil ; mais a Rome, qu Aristide venait
60 DIVINATION.
de quitter, la mcthode du Marseillais Cliarmis n etait pas oublie e, et Charmis
avail fait des miracles en faisant plonger dans 1 eau glace de vieux consul aires
qui greloltaient avec ostentation.
Les prelres etaient les premiers onirocritcs de la divination ascle pienne ; c est
a eux que les fideles racontaient leurs visions; un songe d Arislide a Pergame
lui ordonnait une saigne e de 125 livres, ils refuserent de la faire. Que la
medecine des temples fiit exercee par les pretres, par le zacore ou des praticiens
libres, la chose importe pen. La divination que nous venous de voir touchait
certainement a la science par plus d un cote, ses edifices elaient ordinairement
dans des conditions hygicniqucs favorables. Toutctait dispose demaniere que
1 air y fut salubre et vivifiant. Tantot ils etaient situes surdes eminences, tantot
on les cachait dans des gorges boisees pleines d acres sentears. Rien d enchan-
teur comme le site de 1 Amphiaraion, tel qu il nous apparait encore aujourd hui.
Le temple et ses dc pendances elaient batis dans un vallon etroit, sur le bord
d un torrent; d epais bouquets d arbres prote geaient le sanctuaire ; 1 eau cou-
rante, la verdure et la bonne odeur de pin qui parfume 1 air font encore de ce
ravin que les modernes appellent Mavrodilissi un charmant lieu de repos. Si
1 Asclepieion d Alhcnes manquait de cette pittoresque parure qui donne aux
monuments de beaux ombrages, il rachetait ce desavantage par sa position
elevee. De ses deux terrasses on decouvrait la plaine d Athenes jusqu au golfe
de Phalere, Egine et les montagnes lointaines de 1 Argolide. Quand on parcourt
aujourd bui les ruines du sanctuaire, qu on se promene parmi ces marbres
dores, seuls restes de tant d edifices, on comprend bien tout ce que devaient
avoir de recreant pour les malades ce magnifique panorama, ce cbaud soleil et
cet air pur qui, de nos jours encore, baigne 1 Attique et dont la transparence
etonne (Girard).
Les pretres n executaient point a 1 aveugle les prescriptions divines, mais
les interpretaient, faisaient souvent bon marche de la lettre ; au besom les
malades etaient adrcsses a des me decins voisins ou eloignes ; I Ascle pieion etait
un simple etablissement balneaire. Les moyens physiques, 1 hydrolherapie,
1;< gjmnastique, formaient la base de la medication. A Pergame, on employait
la ll.igellation et le massage, les strygilesouetrilles, siusitees dans 1 apotherapie
antique, en venaient.
Le culte d Asclepios ne fut done point un simple tissu de jongleries; ses
temples ne furent ni des hopitaux, ni des ecoles, mais des instituts religieux
autour desquels se grouperent des praticiens instruits. Ses oracles ne pros-
crivirent pas plus la medecine vraie que ceux d Apollou ne proscrivirent la phi-
losophie; les guerisons miraculeuses n empecherent pas Hippocrate d observer a
1 ombre du sanctuaire de Cos ; ce fut le Dieu lui-meme qui de cida la vocation
de Galien.
Asclepios cut des concurrents : Trophonios et Amphiaraos, dont les temples
etaient en Beotie, parlaient aux malades, les guerissaient parfois; 1 Egyptien
Se rapis emprunta sa methode. Ces cultes resterent locaux ; ils avaient contra
eux 1 inconstance de leurs pratiques. A 1 antre de Trophonios, les ceremonies
ressemblaient a une initiation magique. Le consultant devait passer un cer
tain temps dans les temples du bon Genie ou de la Fortune, puis faire des
ablutions et des sacrifices ; le dernier etait celui d un belier noir a la suite
duquel on apprenait si le Dieu repondrait. En cas d affirmation, deux enfants de
douze a treize ans conduisaient le suppliant au ruisseau d Hertzyma, ou il etait
DIVINATION. 61
lave, frotte d huile, puis il buvait les eaux de la Fontaine Mne mosyme, faisait
une longue oraison devant la statue de Trophonios, sculptee, disait-on, par
Dedale, desct ndait avec une cchelle jusqu a I ouverture laterale de 1 antre et
y inlroduisait la jambe; le Dieu altirait le reste du corps. Quand je fus
descendu dans 1 oracle, dit un certain Timarque de Cheronee, contcmporain de
Platon, je me trouvai d abord entoure d epaisses tenebres. Je fis une priere et
restai longlemps coucbe sur le sol. Je ne me rendais pas bien comple a moi-
meme si j etais eveille ou si je faisais un songe ; seulement il me sembla qu a la
suite du biuit qui eclatait les sutures de mon crane s etaicnt disjointes et lais-
saient passage a mon ame . Cette description montre que le dieu de Labidee
rendait diflicilernent ses oracles; qu il aimait a frapper les imaginations; que
1 incubation preparee par des libations ne ressemblait point a la veillee
sacree d Epidaure; ce culte est effrayant comme celui d Hecate. Certains indivi-
dus sortaient avec une incurable melancolie ; beaucoup consulterent Asclepios
ou Pytho sur les moyens de s en guerir; un envoye de Demelrius mourut dans
1 Adyton; les pretres de clarerent qu il y etait enlre avec dcs pensees sacri
leges : n etait-ee point plulot parce que 1 absorption de breuvages stupefianls
faisait parlie des ceremonies pre paraloires, ou parce que les lideles elaient
soumis a des inhalations toxiques ?
Nous ne savons rieu des rites suivis a 1 oracle d Amphiaraos, si ce n cst que ecu. v
qu il guerissait elaient obliges de Jeter dans la source des pieces d or etd argent.
Serapis 1 devint presque hcllene sous les Lagides. A cettc epoque aussi il
acquit de la puissance medicatrice. La divination therapentique ne paraissait pas
tenir une grande place dans la religion des Egyptiens; leurs medecins etaient
nombreux du temps d He rodote. Dans les ruines des temples de Denderab,
de Karnak et de Louqsor, sc trouvcnt des dessins representant des operations
cbirurgicales; le papyrus d Ebers contient une sorte de traile des maladies des
yeux; d apres Pline les fleurs de la plante appelce covchoun, qui sont employees
centre la moi sure des serpents, 1 eiaicnt aussi dans les troubles de la vue; on a
meme trouve des dents artilicielles sur une momie. Tons ces monuments prou-
vent qu il existait une me decine experimentale sur les bords du Nil. Elle avail
un caraclere sacre et c est ce qui 1 immobilisa. Les secrets etaient renfermes
dans un livre saint, on aurait puni de mort cclui qui aurait tente d y rien
changer (Diodore). Ce manuscrit, dit I un d cnx, a une origine divine. II donne.
le traitement d une maladie appelee ucbet d apres un vieux papyrus trouve sous
les pieds d Anubis a Letopotis et dedie a Zazali, roi de la baute et de la basse
Egypte. Un autre papyrus du Museum de Berlin appartenait, d apres Brugscb,
a la bibliolheque medicale du temple de Plah a Memphis, qui existait encoi e
du temps de Galien.
La medecine egyptienne avail done une origine surhumaine, et formait un
ensemble doctrinal auquel il etait interdit de toucher. Les temples d Anubis,
d Isis ou d Osiris, etaient des depots, des archives; ce n etaient ni des inslituts
manliques, ni des ecoles. S il y avail une divination medicale chez les anciens
Egyptiens, cclte divination ne ressemblait pas a celle que nous avons vue
en Grece, on ne pourrait la comparer qu aux livres sibyllins; tous ceux qui
1 exercaient remplissaient le role d exegeles sur des vieux textes naturellemenl
obscurs. 11 n est pas extraordinaire que sous les successeurs de Cambyse les
1 Malgre leur difference d origine, le Se rapeon et I Asclepion sont souvent confondus
dans le langage usuel.
62 DIVINATION.
choscs soient restees ce qu elles etaient; apres avoir perdu leur independance,
les Egyptians conserverent leurs usages, leur civilisation, plus avancee a coup sur
que celle des Iraniens leurs vainqueurs.
Apres la fondation d Alexamlric et 1 emi^ration des Grecs, ce fut autre chose;
les nouveaux ven us apportaient des arts perfeclionnes, des cultcs somptueux ;
les livres sacres perdirent leur prestige, on gue rit sans eux; les dieux eux-
memes s en melerent. Les Egyptiens, ne pouvant adopter Aselcpios qui n etait
ni de leur pays, ni de leur race, commencerent par consulter Isis, puis ils
allerent chercher Serapis en Asie. Yespasien fit des miracles grace au dernier;
il guerit un aveugle en lui craehant duns les yeux et un boiteux en lui touchant
lacuisse; Serapis moins heureuxne put rien centre 1 affection qui tourmentait
Caracalla; plus tard, ses stalues tombererit sous les coups de la populace
chrelienne, et ses pretres changerent de culte. A partir du quatrieme siecle
de notre ere la divination medicate n eut plus de sanctuaires.
Les melbodes usitees a Delpbes et a Epidaure se retrouvent dans beaucoup
d autres temples. A Dodone 1 oracle de Zeus avait ses pythies, les pilciades qui
parlaient aux consultants du baut du cbene sacre ; il avait ses prophetes, les
Sclloi. Mais il employait encore des precedes cleromantiques et une sorte de
bassin de bronze, sur lequcl venaient frapper des especes de billes metal-
liques ; on devinait par les sons.
L exlispicine etait en bonneur a Olympie dans le temple de Zeus Amnon ;
a Papbos, oil la blonde Aphrodite avait ses oracles, on devinait par incubation;
dans le temple de Pluton a Characa, le dieu des morts etait transforme en
rival d Esculape, il guerissait, donnait des conseils ; il n etait meme pas neces-
sairede venir comme a Athenes fairela veille esacree; lesprelres s en chargeaient
et rappoi taient a leur client ce qu ils avaient entendu.
La cleidonomancie etait un procede tres-apprecie dans les temples d Hermes.
11 y a a Pharte, dit Pausanias, une statue d Hermes avec barbe : elle est
en marbre, de forme carree, de grandeur moyenne et posee a nu sur le sol.
L inscription qu elle porte dit qu elle a ete dediee par le Messenien Simplas. On
appelle cet Ilei mes Agoracos, et pres de lui a ete installe un oracle. Devant la
statue se Irouve un foyer egalement en marbre, autour duquel sont scellees au
plomb des lampes de bronze. Celui done qui vcut consulter le dieu arrive vers
le soir. brule de 1 cncens sur un brasier, puis, ayant verse de 1 huile dans les
lampes et les ayaul allumees, place sur 1 autel, a droite de la statue, une
monnaie du p;iys qu on appelle chalcons, et s approche du dieu pour lui poser
a 1 oreille la question qui 1 amene; apres quoi il quitle 1 agora en se bouchant
les oreilles. Une fois hors de 1 agora, il ote ses mains de ses oreilles, et la pre
miere voix qu il cnlcnd, c est la reponse de 1 oracle .
II en fut des oracles comme de toutes les institutions humaines ; nous avons
vu la grandeur et la decadence de celui de Pytho ; d autres, suLissautdcs vicissi
tudes encore plus tristes, devinrent des marches ou quelque chose de pis. Les
noms d Athena la vicrge guerriere, ou d Hera la malrone digne et severe, servi-
rent d enseigne a des tripots et a des lupanars.
III. DIVINATION CHEZ LES ROMAICS. Aupres de la divination grecque la
divination oflicielle des Romains fait piteuse figure. Chez les premiers, il n y
avait ni restriction, ni reglementation; un devin faisait concurrence a un autre;
Delos se dresiait en face de Delphes : Pergame en face d Epidaure. Ces rivalites,
DIVINATION. er,
cette confusion, pouvaient convenir a 1 esprit centralisateur des Remains. Mili-
taires, ingenieurs, agronomcs, ils no furent jamais artistes; ils voulurent
tout regler, jusqu au besoin inslinclif de protection de 1 liomme, jusqu a sa
defiance de I avenir. Les methodes officielles de divination a Rome n ctaient
meme pas nees sur place, elles venaient de 1 Etrurie on de la Grande Grece.
Une bizarre legende nous a ete leguee par les pamphletaires chretiens des
premiers siecles, celle des augures ne pouvant se regard er sans rire. On en
parle comme de jongleurs debitant des propheties dont ils sc moquaient les
premiers. Les augures n etaient pas des devins; c e taient des magistrals jonant
un role important dans la conservation des traditions romaincs ; des conseillers
d Etat dont les decisions pesaient d un poids reel sur celles des consuls ou du
Senat. Prendre les auspices, c etait reconnaitre si les signes observes etaient ou
non favorablcs, si lesdieux n avaient pas recu quclque offense publique, si dans
1 acte qu on allait entreprendre on n aurait pas a compter avec leur courroux.
II y avail des jours ne fastes, marques anterieurement par des signes de la colere
des dieux et dans lesquels la vie publique etait suspend ue.
L histoire des augures commence avec celle de Rome; certains auteurs
pretendent que fiomulus en cboisit un dans cbaque tribu. Tite Live ne les fait
remonter qu au pieux Numa. Pendant toute la dure e de sa royaute le souverain
le nomma dircctement; apres la chute des Tarquins, le college se recrula
lui-meme. Comme toutes les fonctions importantes, celle-ci apparlenait an
patriciat. Quand les plebeiens revendiquerent leur part des charges publiques,
ils voulurent qu ellc fiat accessible a lous; elle le devint par la Joi O r uhiia
500 ans avant notre ere. Deux siecles plus tard la loi Cornelia, dont Sjlla fut
1 inspirateur, enleve 1 eleL-tion a I assemblee du peuple. Cesar, par la loi Attia et
la loi Julia, la restitue en principe aux Cornices; cela ne 1 eiiipeche nullemeut
de nommer lui-meme des augures ; ensa qualile de grand Pontife, Octave n eut
garde de renoncer a ce privilege ; pendant tout le reste de 1 empire l au"iirat
fut une magistrature de second ordre confe ree par le maitre. La prise des
auspices, 1 inauguration, c est-a-dire la consecration du teiritoire ou des edifices
publics, etaient des acles religieux au premier chef; a 1 epoque desa plusgraude
prosperite, le college des augures voulut acque rir une enliere autonomie et se
rendre independant du Pontifical; cette tentative fut malheureuse : celui qui 1 a-
vait entreprise fut desavoue par le peuple, et dcpuis lors on ne la renouvela pas.
Comme la plupart des autres fonctions romaines, celles-ci etaieut gratuites ;
les seuls privileges qui y fussent attaches, c etait la dispense des corvees et du
service mililaire, sauf en cas de tumirlte gaulois ; peu a peu des abus finirent par
se glisser dans 1 institution ; une loi de 198 reclame des augures le paiement de
leurs impots, que depuis longtemps ils se dispensaient d acquitter.
Les revenus du College etaient peu considerables ; il avail pres du Capitole
quelques biens qu on vendit lors de la guerre centre Mithridute ; puis I Etat
couvrit les frais. L assemblee generale avait lieu dans I augiir.icle d 11 Capitole
le premier jour des nones de chaque mois ; la nomination de nouveaux membres
etait fetee par des banquets. On servit pour la premiere fois du paon a
celui qui fut donne par Hortensius; les decrets auguraux formaient un Codex
dont on fit plus tard des extraits de maniere a permeltre aux derniers elus de
s acquitter de leur emploi sans irregularite.
La prise des auspices etait la fotiction principale des augures; ils ne
les prenaient pas eux-memes, mais, pour que 1 operalion fut reguliere, il fallait
64 DIVINATION.
la presence de Tun d eux. Aux armees le College deleguait comme mandataires
des agents inferieurs appeles pullarii.
Qu elait-cedonc qu un auspice? Un signe quelconque percu a la suite de cere
monies delerminees dans un temple. Celte divination est mixte, comme les
oracles helleniques. II y a cependant une difference; la mantique romaine
tenait le milieu entre la coscinomancie et les precedes grecs.
Nous n avons vu ni a Delphes, ni a Epidaure, ni meme dans Alhenes, aucune
condition specialepour la construction du temple, aucune relation necessaire entre
lui et le monde exterieur. L architecture, la sculpture, la peinture, concourent a
son ornementation; on batit simplemeht 1 edifice en un lieu consacre par une
tradition veueree. La tbeologie toscane riyonne autour de la theorie geome-
trique du temple; 1 univers est un temple dont le ciel constitue 1 etage supe-
rieur, la terre et ses profondeiirs les deux autres. Pour entrevoir les desseins des
Dieux, il faut s orienter, prendre une position analogue a la leur, observer les
cboses comme eux; le temple n est plus un monument commemoratif, c est
un observatoire ayant son meridien, son equateur, son perimelre. Le premier
etait constitue par la ligne droite passant directement au-dessus de la tete
lorsqu on regarde le midi ; puis la ligne decumane perpendiculaire sur celle-ci.
S agissait-il d etablir un camp, de limiter un terriloire, de fonder une ville,
de regler un ordre de bataille, il fallait loujours parlir de la disposition origi-
nelle du temple. Au debut \epomerium, c est-a-dire le perimetre, etait circulaire
comme I horizon, un des plus anciens temples de Rome consacre a Vesta cut
celte forme ; plus tard des difficulty s mati rielles de trace firent abandonner
la ci recurrence pour le earre et le rectangle, dont les medianes representaient
le carJo, c est-a-dire le meridien et sa perpendiculaire.
La ville constiluait le temple urbain dont le centre etait 1 auguracle du
Capitole. II serait difficile de meconnaitre la ressemblance de la theorie divi-
natoire des Chaldeens et de celle des Toscans.
La cosmographie astrologique a pour vassales terrestres ou organiques la
geomancie et la chiromancie ; la terre, les visceres, les eminences memes de la
main, sont autant de satellites des aslres; les signes fournis par les uns et par
les autres sont assujettis a la meme exegese. Le temple romain etait divise par
ses medianes et ses diagonales ; il etait extremement facile, lorsque les circon-
stances 1 exigeaient, de multiplier les lignes secondaires ; c est ce que Ton fit,
et Ton cut des cspaces analogues aux receptacles planetaires du zodiaque et
dont la connaissance minutieuse fut plulot le privilege des aruspices, heritiers
des traditions toscanes, que celui des augures.
La limite du temple une fois fixee etait pour ainsi dire immuable; il fallait
pour I augmenter des circonstances exceptionnelles ; ceux-la seuls qui avaient
etendu le lerritoire de la Republique en avaient le droit. Lorsque les conditions
preliminaires avaient ete remplies, on procedait a I inauguration par des prieres
et des saciifices ; cette consecration n elait |>as definitive, il fallait la renouveler
aintervalles fixes; c est ce qu on appelait la liberation du temple; malbeur au
propvietaire qui avail fait balir trop pres du pomcrium ou sur le p:\rcours
des lignes cardinale et decennale! Le College augural reclamait impitoyablement
la demolition de 1 immeiible. II y avait de temps en temps une sorte de jubile,
mais il fallait pour qu on put 1 accomplir en toute securile des conditions si
nombreuses qu elles furent Ires rarement reunics. L augurium salutis n etait
regulier qu en cas de complet silence, c est-a-dire si la paix regnait au dedans
DIVINATION. 65
comme au dehors, s il n y avait ni guerre ni menace de discorde civile. Sous le
consulat de Ciceron (64 av. notre ere), les gens timores trouverent que les
conditions etaient mal remplies et s attendirent a de tristes choses ; la conspi-
ration de Gatilina montra bientot que le silence n etait que le calme pre-
curseur de Forage. Apres Actium, Octave en lit un autre; il y en eut encore
sous Tibere et sous Claude. Ges solennite s out peu d importance pour 1 histoire
du College.
A chaque magistrature nouvelle le titulaire devait prendre les auspices dans
la forme prescrite. C etait 1 augure qui reglait le rituel, c etait lui qui presidait
a la construction de la tente placee en avant du temple, qui declarait sous
sa propre responsabilite que tout etait regulier ; un rien suffisait pour
obliger a un ajournement. Lorsque la tente augurale etait orientee comme le
temple et percee d une ouverture vers le midi, 1 auspicant s y plac,ait, s asseyait
sur une pierre solicle, regardait 1 horizon et prononcait le leyum dictio sacra-
mentel, c est-a-dire 1 enonciation du signe ou du phenomena qu il attendait
comme auspice. L augure a sa gauche, la face tournee vers 1 orient, repondait.
Pendant la ceremonie un silence absolu etait indispensable ; le craqucment d un
meuble, une expulsion bruyante.de gaz intestinaux, suffisaient pourvicier 1 aus
pice, et tout etait a recommencer.
Au debut le choix des signes fut assez etendu : des mele ores, le vol des
oiseaux, pouvaient etre reclames et attendus ; plus tard on s en tint a 1 orni-
thomancie ; le pi vert et 1 orfraie etaient des oiseaux dont on observait a la fois
le vol et le cri, puis venaient le vautour, 1 aigle, la buse pour le vol seul, le
corbeau, la corneille, la chouette pour le cri. Une methode aussi simple etait
capable de fournir des presages defavorables et plus souvent encore de n en
donner aucun. Supposons qu un consultant eut pris la buse pour auspice,
attendrait-il que 1 un de ces oiseaux volat de Test a 1 ouest, par exemple, dans le
champ de la vision? Un tel procede eut ete penible et long; le peuple romain
etait trop actif pour pousser loin la devotion ; il voulait bien consulter ses
dieux, leur demander s il ne les avait pas offenses, mais a condition que ceux-ci
repondissent non ou se laissassent apaiser par une expiation facile et surtout
promple ; jamais une interdiction augurale n eut pu re larder d une heure la
marche d un corps d armee. Plus on alia, plus la prise des auspices perdit son
caractere mantique pour devenir une ceremonie religieuse. II y a dans les loges
magonniques une formalite singuliere et probablement tres-ancienne qui peut
donner 1 idee du role des augures. Lorsque 1 ordre du jour est epuise, le Vene
rable adresse la question suivante a un des oftlciers places vers les colonnes
qui correspondent aux points cardinaux : Frere qui decorez la colonne de
1 Orient, a quelle heure les apprentis terminent-ils leurs travaux? Le frere inter-
roge transmet la question a son voisin, qui la transmet a un autre jusqu a ce
qu elle arrive a la derniere colonne, ou 1 on fait invariablement cettercponse :
(( A minuit, Venerable. Quelle heure est-il? Minuit precis. Le Venerable
declare 1 atelier ferme. Minuit est 1 heure sacramentelle necessaire pour une
cloture ; c est elle qu on aunonce sans prendre la precaution d interroger la pen-
dule. Les augures procedaient de la meme maniere. Je veuxque le vautour
me soit a auspice, disait le consultant. - - Soit. Le vautour vole-t-il de Test a
1 ouest? - -II y vole. Le plus souvent, il n y avait pas de vautour. On en arriva
la par suite de cette idee : que les dieux permettent ce qu ils ne defendent pas,
qu ils sont satisfaits, s ils ne se declarent point offenses. On laisait mieux, on
DICT. ENC. XXX. 5
Go DIVINATION.
preparait les reponses. Les ceremonies de 1 auspication civile eussent ele longues
dans les camps; on les limita a une varie le de cleromancie plus simple que
I alectryromancie helle nique, chaque general emportail des poulets sacres. Le
jour ou la ce remonie avail lieu, on les liichail dans un enclos ou du grain avail
ete repandu ; s il se jetaient dessus avec avidite, 1 auspice elait favorable ; pour
etre plus certain du succes on les faisait jeuner plusieurs jours d avance. Cette
rectification du hasard se retrouve a chaque instant; il etait de tres-mauvais
augure quand le cheval qui conduisait un juge a son poste fientait pendant le
trajet ; les magistrals prirent 1 habitude d aller a pied.
Cette divination aussi pauvre que celle des Juifs ne put pas mieux satisfaire
les exigences populaires; mais Rome ne connut ni 1 intolerance, ni le fanatisme
enthousiate; plus tard seulemcnt, quand I elranger deborda sur elle, quand les
mercenaires oceuperenl la premiere place d.ins les milices, quand les traditions
barbares menacerenl d etouffer les souvenirs nationaux, on essaya d arreter le
flot qui montait. Des le lemps des rois, il y eul a Rome des devins e lrangers si
nombreux qu ils fmirent par former une corporation. L art des aruspices elail
unart toscan, a la fois precis el confus simple et myslerieux. De temps imme
morial la divination avail ete en honneur en Elrurie; elle etail cullivee surtout
par les patriciens ; le lituus fut un attribut des lucumons ; le lituiis, c etait le
baton symbolique, 1 espece d equerre qui servait a Iracer leslignes d orienlation
du temple; peu a peu 1 art se popularisa ; il devint profession et du meme
con]) les grands 1 abandonnerent. Du temps de IVuma il en etait de ja ainsi ; Attus
Navius, qui coupa dit-on, une pierre avec un rasoir, n etait autre chose qu un
aruspice etrusque. Les Remains employaient un peu malgre eux ces etran-
gcrs, qui avaient la spe cialite d expliquer les prodiges; pour peu que 1 horizon
politique s assombril, ils delaissaient une ville qui cessait d etre sure pour eux.
En 595, a 1 cpoque du siege de Ye ies, il y eul sur la lerre, dans les airs, des
phenomenes si singuliersque lout le monde les linl pour prophetiques. Comme il
n y avail personne pour les expliquer, il fallut envoyer des^ambassadeurs jusqu a
Delphes. La paix retablie, on eut recours a un precede plus sur el moinscouleux :
I Ktrurie recul quanlile de jeunes Remains qui venaient apprendre ses arls ;
elle fut leur veritable ecole divinatoire. Les aruspices etaienl egalement verses
dans 1 auspication et le ce re monial des augures. Un d eux n hesila pas a pre ve-
nir le pere des Gracques d une irregularile qu il avail commise. Celui-ci pro-
testa avec une orgueilleuse fierte: Comment toi, e lranger et barbare, connaitrais-
tu mieux notre riluel qu un augure romain? 1 augure remain avail pour t ant lort.
S\lla avnil conslamment avec lui 1 aruspice C. Postumius; celui de Cesar s ap-
pelail Spurius. Apres la guerre sociale, 1 annexion de tinilive de 1 Elrurie el
( admission de ses habilants au droil de cile firenl cesser 1 anomalie qui avail
laisse jusque-la 1 instilulion sans existence legale. II y eut sous Claude un
college subordonne au pontifical el venanl immedialemenl apres celui des
augures; la competence de ses membres ful fixe e : un ordre du jour d Aurelien
defendait de reclnmer aucune retribution aux soldals aruspices militaires.
L aruspiciue etrusque tenait de la divination et de la magie ; les aruspices
interprelaienl les signes, conjuraient leurs effets; c etaienl des pretres d une
religion a lites sombres. Leur competence se bornait aux phenomenes ce lestes,
a I extispicine, a la procuralion des prodiges. Le signe manlique par excellence
elail la foudre ; dans son observalion ils savaient tirer habilement parti de
la theone geometrique du temple. Comme celui des Remains, leur lemple elail
DIVINATION 67
tourne vers le midi ; pour eux comme pour les Grecs les dieux Asars rcsidaient
a 1 exlreme nord. Gertaines foudres elaienl naturelles, d autres surnaturelles ; il
fallait les distinguer; puis chaque dieu avail la sienne ; Jupiler enpossedail Irois.
On tenail comple cm momenl, du jour, de la forme de 1 eclair, du coup de
lonnerre, de la posilion par rapporl au lemple; loules ces donnees. sujelles a
une infinite de varianles, furenl coordonnees par le sloicien Posidonius.
Si 1 etincelle frappail la lerre, les aruspices devaieiil 1 enlerrer el consacrer
le lieu louche; la foudre elanl toujours desline e aquelqu un, il fallait une expia
tion. On creusait un trou de plusieurs pieds ; onchanlail des melodies funebres,
on sacrifiail des brebis (bidentes) elfmalement, apresles avoir enloures d une clo-
lure, on aLandonnail ces espaces que Ton appelail desormais bidentalia a cause
des sacrifices accomplis, ou putealia de leur forme en puils; c elaienl des terres
sacrees qu il elail inlerdil de fouler.
Les aruspices avaienl des formules preservalrices el provocalrices de la
foudre ; au momenl ou les bandes d A(aric e taienl devanl Rome ils off ri rent,
dil-on, de les ane anlir, mais, comme ils exigeaienl qu on revinl au culle des
anciens dieux, le pape aima mieux enlrer en pourparler avec les Golhs.
La procuration des prodiges elait une autre fonclion des aruspices; le pro-
dige esl 1 avertissement d undieu mecontent; il esllegilimede chercher 1 offense
el de 1 expier. La division du lemple rendail le meme service que dans 1 arl
fulgural ; 1 enquele se faisail par des moyens humains ; la reparation consislait
en sacrifices el en actions de graces. En Tan 58 (A. G.) differenls prodiges
s elaienl produils. Clodius declara qu ils avaienl pour cause un sacrilege commis
par Ciceron, qui aurail bati une maison sur un lerriloire consacre. Voici la
consultation des aruspices :
Altendu que dans le lerriloire latinien on a enlendu un cliquetis aecom-
pagne de fre missements; que dans le territoire voisia allenanl a la ville, s esl
fail oui r un certain bruil sourd el un effrayant linlemenl d armes, il a etc
reconnu que les reclamations viennenl de Jupiler, Saturne, Neptune, Tellus,
dieux celestes, a cause que des jeux ont elc celebres avec Irop de negligence el
pollues ; que des lieux sacres el religicux sonl delournes a 1 usage profane ; que
des oraleurs onl ele mis a morl au mepris des lois divines el humaines; que
la parole donnee el le sermenl onl ele mis en oubli el encore que des sacrifices
d iijslitulion antique onl ele fails avec Irop de negligence et pollues, les dieux
immortels avertissenl de prendre garde que, par la discorde el le dissentiment
desliaules classes, des meurtres et des perils ne soient prepares aux peres conscrits
el a leurs cbefs, lesquels se Irouveraienl prives de secours el delaisses ensuile
de quoi les provinces se rangeraienl sous une seule aulorile, avec 1 armee
chassee el un affaiblissemenl final. Ils averlissent aussi de prendre garde que la
chose publique ne soil lesee par des menees secretes ; qu on n eleve en di^nile
les gens tares el evinces, enfin que la forme du gouvernemenl ne soil chaiK ee.
L aruspicine ful exlrememenl vivace; beaucoup d oracles elaienl delruits
qu elle exislait encore; on appelait loujours toscans les devins qui predisaienl
par exlispicine ; ils sonl ciles dans une loi de Dioclelien. Atlila en avail attache
a sa personne; avanl la bataille de Chalons-sur-Marne il prit leur avis qui fut
defavorable ; a 1 epoque de la guerre gothique, sous Justinien, il y en avail
loujours dans les pelites colonies paiennes des campagnes d ltalie.
Les divinations ecrites d anciens chresmologues furenl les seules qui occu-
perent a Rome une place serieuse a cole de la divination elrusque. Nous connais-
68 DIVINATION.
sons la legende relative a 1 acquisition des livres sibyllins ; ces livres claient
en grec, plus tard seulement ils furent completes par les Carmina Maruana,
compilation etrusque; deux fonctionnaires appeles duumvirs furent charges de
leur interpretation. On n oublia jamais qu ilsavaieritune origine etrangere; ceux
memes qui en avaient la garde ne pouvaient les consulter que sur 1 ordre du Scnat,
et avec le concours d esclaves grecs charge s de leur venir en aide et peut-etre
de les surveiller. La defiance des livres sibyllins etait si marquee que toute
infraction an rituel, toute tentative indiscrete de consultation etail punie du
dernier supplice. Un certain M. Attilius qui en avail laissc prendre copie a un
Sabin fut cousu dans un sac et jete a la mer comme un parricide. Depuis la
chute de la royautc jusqu en 367 1 institution resta ce que 1 avait laite Tarquin.
Quand un duumvir disparaissait, le survivont choisissait son collegue ; cette
annee-la elle fut modifiee de fond en comble, le nombre des interpretes fut
porte a 10 patriciens et 5 plebeiens. L incendie de 85 ne modih a en rien les
choses, Sylla lit colliger des textes a Try th race, a Cumes, a Troie, clans presque
tons les lieux assignes comme demeure aux sibylles ; il porta le nombre des
membrcs de college a 85. Augusts fit placer les livres reconstitucs au temple
d Apollon Palalin. Us pnssent pour avoir etc eritierement delimits dans 1 incendie
de Ncron ; mais il s en fabriqua d autres.
L influence des duumvirs sur les affaires publiques etait nulle; leur autorite se
bornait a la surveillance des cultes etrangers. Ils protegerent 1 jmportalion de
celui de Cybele, la Grande-Mere, divinilr asiatique honoree par des memories
ridicules et expansives qui auraient surement lait rire Caton. On consulta les
livres sibyllins jusqu au cinquieme sieele ; dans une guerre centre les Marcomans,
Aurelien ordonna d y avoir recours ; ils prescrivirent comme toujours des proces
sions, des sacrifices a des dieux etrangers; 1 ennemi fut vaincu et on en fit
honneur a la Sibylle. En 391, Symnaque les gardait, Claudien en parlait encore
en 402, Stilicon les brula en 412.
Du reste, les Romains ne vccurent pas exclusivement au point de vue divi-
natoire avec ce que leur fournirent 1 Etrurie et la Grece ; longtemps avant que
les methodes del Orientcussentete transporters dans la ville, ils avaient recours
aux pratiques des peuples voisins. Le Latium avec ses dieux devins, ses pro-
phetes, ses presages que Ton appelait omina, sa divination cleromantique dans
les sorts dePreneste et d Antium, etait le type le plus acheve.
Decadence et fin des divinations officielles dans I empire romain. Nous
avons vu partout que les pratiques divinatoires rattachees a la religion, que la
religion elle-meme, faisaient partie de la patrie. En Grece, la multiplication des
dieux correspondait a ce besoin d autonomie urbaine qui perdit 1 independance
nationale. Aucun immortel ne fut assez puissant pour tuer ses collegues ; aucun
oracle n en put faire taire un autre. Chez les Romains, 1 unite politique fut portee
si loin que, quand la tete de 1 Empire tomba, les provinces avec leur hierarchie
savante, leurs troupes redoutables encore , s etiolerent comme des branches dela-
chees d un tronc. L Espagne devint wisigothe, 1 Afrique vandale, la Gaule franque.
Les institutions mantiques ne pouvaient vivre sous un pareil terrain.
La divination eut en outre dans 1 empire romain des adversaires de deux
ordres : 1 ceux qui n y croyaient pas, qui prenaient les dieux pour des mythes
et doutaientde la Providence ; 2 les fervents, qui craignaient les devins. Lorsque
le christianisme fut assis sur le trone, les deux causes destructives se reunirent.
Les premiers docteurs de 1 Eglise combattirent avec les armes des sceptiques;
DIVINATION. 69
tous les miracles paiens furent pour eux d habiles tours de passe-passe. Les
difcux existent, disait-on, puisqu ils se sont manifeste s, et la serie des predic
tions justifies, des i aits surprenants, arrivait a la rescousse. Quaml une cri
tique serieuse se mettait de la partic il n en restait pas grand chose. Nous avons
VLI Origene s egayer aux clepens d Hecate. Saint Justin et Tertullion n etaient
guere plus tendres en faisant abattre le Serapeon d Alexandrie, 1 eveque pve-
teudait venger le public dont on se moquait effrontement depuis des siecles.
Celte methode etait dangereuse ; en niant les dieux, les neophytes de la
religion nouvelle s exposaient a de dures represailles : car leurs traditions he-
bra iques n etaient nullement c\ 1 abri de la critique. Julien, 1 empereur theo-
logien, leur porta de terribles coups avec les armes de Carneades et d ffina-
maos. On prefera donner a la lutte un a utre caraclere : les neoplatonieiens.
secte a demi-juive malgre son nom, admettaient des esprits de phisicurs ordres.
Vous avez vu des manifestations surnaturelles ? soit, dirent les docteurs naza-
reens; on vous a devoile des secrets que 1 intelligence humaine etait incapable
d approfondir : etes-vous surs que ce sont debons genies qui vous out parle? Vos
revelations sont diaboliques. Avant la venue du Christ, 1 csprit du mal dominait
sur terre ; il pouvait dans une certaine nicsure changer les lois de la nature,
montrer 1 inconnu et 1 avenir. Mais le demon n est que le singe de Dieu, qui
1 oblige parfois a dire la verite. La sibylle et Apollon Milesien out predit la venue
du Christ. Dans ce duel a mort entre la jeune et la vieille foi, il ne pouvait
etre question de concessions. En presence des pratiques pueriles des aruspices,
de leurs purifications matericlles, un rationaliste se fut contente de hausser les
epaules; les chretiens s indignerent ; 1 idolatric devint un culte abominable qu il
fallait a tout prix detruire.
Les amis des devins ne furent pas foujours tendres pour eux ; un aruspice
timore pouvait rendre en temps de guerre un mauvais service ; les oracles etrangers
furent toujours a bon droit suspects aux Remains. Sous les empereurs, 1 interet
dynastique se joignit a Tinteret public ; Tibere croyait a la mantique side rale ;
cela ne 1 empecba pas d cnvoyer son astrologueThroesylleschercher cbez Neptune
des renseignements plus precis que ceux qu il lui avait donnes. II y cut sous
son regne deux proces suivis de condamnation capitale : celui d un certain Libo
et celui de Julia Lepida, qui avait contrevenu a la fameuse lex majestatis en
s informant de 1 avenir de la maison de Cesar. Sous Yespasien une loi chassa
les astrologues de Rome ; 1 empereur en conserva un pour son usage. Marc-
Aurele fut egalement severe, parce qu un devin avait soutenu de ses encoura
gements 1 armee revoltee d Avidius Cassius. Sous les Severe, sous Diocle tien,
d auties peines furent portees. Enfm vint 1 eait de Constantin du ol Jan
vier 319 : Qu aucun aruspice ne s approcbe du seuil d un autre bomme, meme
pour un motif etranger a la divination ; toute amitie avec les gens de cette
espece, de si vieille dale qu elle soit, doit etre rompue. L aruspice qui aura
penetre dans une maison autre quo la sienne sera brule , et celui qui 1 aura
attire par des promesses ou descadeaux sera, apres confiscation de ses biens, rele-
gue dans une ile. En effet, ceux qui veulent obeir a la superstition ne pourront
exercer en public le rite auquel ils tiennent. Celui qui denonce un pareil crime
n est pas selon nous un delateur, mais plutotun hommedigne de recompense.
Quatre ans auparavant les docteurs chretiens avaient fini par s entendre au sujet
des pratiques divinatoires ; le saint Synode d Ancyre les avait defmitivement pro-
scrites. La reaction pai enne de Julien n eut pas de suite; Tbe odose reva commc
70 DIVINATION.
d autres monarques 1 unite religieuse ; il interdit les sacrifices et fit fermer
les temples. Partout ou passerent les Barhares, les lois imperiales recurent une
eclatante confirmation ; en detruisant avec rage les monuments du passe ils
donnaient satisfaction a leur ardeur de neophytes et a leur haine du nom
remain.
IV. DIVINATION CHEZ LES ANCIENS GERMAINS ET CHEZ LES CELTES. La divina
tion germanique etait probablement plus etendue et plus savante que ne 1 a dit
Tacite. Les dieux du Nord, sans avoir atteint la perfection anthropomorphe de
ceux de la Grece , different pourtant beaucoup des monstres de 1 epoque
pelasgique ; il n y a point de parallele a e tablir entre Odin et Kronos. Le premier
ressemblerait plutot a Zeus; c est un batailleur qui preside 1 Assemblee divine,
appuye sur sa lance et accompagne de ses loups et de ses corbeaux.
Ses jours se passent dans une lutte sans merci contre les geants, les lothun,
personnifiant des forces destructives de la nature. Les dieux ne posse-
dent pas le privilege de I immortalite ou de la toute-puissance ; ils dispa-
raitront quand viendra le terrible jour de Raynarok ; leurs palais s abimeront
dans 1 immensite; ils tremblent a 1 aspect d lormungard, le serpent gigan-
tesque, qui Imrlc et s ebat an sein de 1 Ocean. Dans la suite, ils entrerent en
communication avec certains mortels ; Odin predit au roi Hading sa defaite et
sa captivite. II n y a pourtant point de devin attitre parmi eux. Yidar, aux
chaussures epaisses, de couvre jusqu aux plus secretes pensees, mais Yidar,
reserve a de hautes destinees, se renferme dans un perpetuel mutisme.
Ouand Baldur, tourmente par des songes terribles, vient les raconter a 1 Assem-
blee, personne ne sail ce qu ils signifient. Fryga n a d autre ressource que de
faire un talisman pour proteger son fils contre toutes les choses connues, elle
n oublia que le gui ; ce fut par le gui qu il perit. Pour sonder les profondeurs
de 1 avenir, Odin fut oblige de recourir a un adversaire des Asar, le geant Waft
Runismal. Voici ce qu il lui repond :
Le loup Fenris devorera Odin, le pere des siecles ; mais Yidar le vengera et
brisera les machoires du monstre ;
Une fille naitra de 1 antique etoile du jour, avant que Fenris la devore. Apres
la chute des dieux, celte fille parcourra la meme carriere que sa mere ;
Lif et Liftrasis restent caches dans les bois, ils sont noun-is par la rosee du
matin. C est d eux que naitra une race nouvelle ;
Quand les feux de Sortur, le ge ant, seront eteints, Vidar rebatira la demeure
des dieux;
La paix succedera aux longs combats .
Une espece de sibylle, appelee Yala, a predit aussi, presquedans les memes
termes, la catastrophe finale et la renovation du monde.
Le chien Garus pousse d affreux hurlements dans la caverne de Gm psa;
Fenris rompt sa chame.
Le frere combat contre le frere et le tue ; les liens du sang et de 1 affection se
brisent, le mal regne dans le monde; le vice triomphe; 1 epee et la hache
dominent; les boucliers sont fendus. Partout, ia ferocite du loup; personne
n epargne son voisin.
Naghfar, la barque des lothun, s avance de 1 Orient poussee par Lok,
Sortur arrive du Sud en vomissant des flammes.
La terre est refoulee jusque dans les profondeurs de 1 espace ; les etoiles torn-
DIVINATION. 71
bent clu firmament; des globes de feu et de fume e devorent Yggdrassil, 1 arbre
du monde, ct la flamme, montant toujours, Unit par consumer memo le
ciel.
Mais la terre ressort du sein de 1 oiide.
Les Asar se rencontrent de nouveau sur les plaines d Ida ; on trouvera encore
dans 1 herbe de merveilleuses tables d or.
Les champs incultes redonnent du grain, le mal di?parait; Balder revien
habiter avec Hoedur la demeure sacree d Odin.
En Gimle s eleve un palais convert d or et plus brillant que le soleil; c est
la qu un peuple vertueux jouira d un bonheur sans fin.
II y a d ordinaire peu de communications entre Asagard et Midgard. Apol-
lon se rattache a 1 humanite de mille manieres; il a enleve des matelots
pour en faire des pretres; il a none des intrigues amoureuses avec des vierges
terrestres ; c est lui qui a cnseigne la divination a Manto, force Cassandre a
prophetiser. La mythologie scandinave ne connait rien de semblable: son Apol-
lon et son Orphee, Bragur et Gvaser, sont des poetes ct des musiciens; ce ne
sont pas des devins. Les dieux du Nord s occupent cependant des humains,
puisque Var prend note de leurs vceux et punit les parjures, que Saya note leurs
hauts faits; mais ils s en occnpent toujours en protecteurs haulains; les actes
de la vie )es interessent peu, ils n elevent jusqu a eux que ceux qui portent les
marques du fer, les lignes d Odin. Eira, la deesse de la medecine. au lieu
d essayer, comme Askle pios, de ressusciter les morts, se borne a guerir les
plaies des heros, a mesure que les Valkyries les conduisent au Valhalla. Le role
et la nature des etres intermediates ou Vaner est mal determine, ils gravitent
vers un etat superieur; au lieu de se rapprocher de 1 humanite comme chez les
Grecs, ils s en eloignent d autant plus qu ils sont plus parfaits.
La the ologie de 1 Edda est a peu pres muette sur les grands problemes que
les philosophes out si souvent abordes; ellen essayed etablir aucune conciliation
entre la liberte humaine et la fatalite. La terrible Ilela, la mort a la face livide,
que les dieux ont releguee en Ililheim, attend tranquillemenl les proies que lui
fournissent la vieillesse et lamaladie; ni les larmes de Fryga, ni la puissance
d Odin, n ont pu tirer Baldur de ses serres. Les Nornor sont inexorables comme
les Parques.
Maintenant, j approuve que les hommes soient eslaves dudestinet ob^issent
aux decrets des fees qui president a leur naissance , disait, dans son Chant de
mort, le viking Bagnar Lodbrog.
Chez les anciens Germains comme chez les Scandinaves, le culte, extremement
simple, ne comportait point de ceremonies analogues a celles qui avaient lieu a
Delphes, au temps de la presence d Apollon; le bain aanuel d llerta rappelait
seul les rites bizarres observe s a Borne, quand le culte de la Grande-Mere
y fut installe.
Ils n enferment pas leurs dieux entre des murs, dit Tacite, et ne songent
pas a leur imposer la forme bumaine; ils leur consacrent seulement des bois
sacres, auxquels ils donnentleur nom .
Avec des divinites aussi rigoureusement soumises au destin, avec un culte
sans pompe, sans e difices, la divination publique devait etre singulierement
restreinte. La famille etait la veritable unite civile; le chef fut a la fois le grand
pretre et 1 augure domestique.
Autant qu on peut le supposer, les me thodes que nous avons etudiesexistaient
7? DIVINATION.
pourtanl a 1 etat rudimentaire ; il y avail des chresmologues, une divination
technique, des oracles ; mais les inspirees du Nord ne ressemblaient guere a la
pythie de Delphes; chez celle-ci, 1 annihilation du libre arbitre et du moi etait
la condition indispensable pour que Phoebus parlat.
En Germanie, des femmes illustres pratiquaient la divination ; quelques-unes
eurent un role politique de premiere importance. La Bructere Yelleda avait une
autorite supe rieure a celle des chefs les plus vaillants ; elle habitait sur les
bords de la Lysse une tour isole e; nul, sauf ses parents, n e tait admis en sa
presence. Lors du soulevement de Civilis, ce fut elle qui entraina ses com-
patriotes dans son parti et predit les victoires que les insurges remporteraient
sur Luperius et Herennius Callus; une certaine Arminie jouit d une influence
presque egale.
La divination fut honoree et respectee chez les peuples germaniques jusqu au
jourdeleur conversion, etce respect rejaillit surlesdevins. Uneseule legendefait
chasser par un roi goth les sorcieres des nations, legende ridicule et de date
re cente, rapportee par Paul Diacre; c etait une explication par laquelle les
peuplades obligees de reculer devant 1 invasion scylhique rendaient compte des
succes et de la laideur de leurs adversaires. Leurs victoires etaient la consequence
des secrets qu avaient legues aux Huns les sorcieres; ces Huns etaient
hideux comme leurs ancetres males, les hommes des bois. Du reste, le role des
prophetesses golhiques est bien en rapport avec ce que nous savons des moeurs
des peuples du Nord; la Grece, meme apres 1 invasion dorienne, meme a 1 epoque
des guerres mcdiques, fut toujours teintee d orientalisme. Enfermee dans le
gynecee, la femme n exercait sur les affaires publiques qu une influence invi
sible, si elle en exercait. Celles-la seules qui avaient perdu la qualite la plus
charmante de leur sexe, des hetaires comme Phryne ou Rhodopis, pouvaient
assister aux luttes orageuses de 1 Agora. La condition de la matrone romaine ne
valait guere mieux ; la loi mettait aux mains dii mari des moyens de coercition
plus fails pour une esclave que pour une egale. Les Germaines elaient les com-
pagnes de leurs epoux dans toute Tacception du mot ; quand la tribu quittait
ses cantonnemenls, tout le monde partait. Y avait-il une lutte a soutenir, un
peril a traverser, les femmes en etaient.
En Gimle, les Asynior avaient le meme rang que les Asar ; les bons genies
des blesses, leurs introduct rices pres d Odin, etaient des deesses secondaires ;
le role que le Skaldc leur assignait fut presque toujours des femmes en
guerre. Elles ne craignent ni de compter les- blessures, ni de les panser; ce
sont elles qui portent aux combattants des vivres et des encouragements. On
raconle que des armees, pliant et sur le point de lacher pied, ont ete ramenees
par elles au combal, en suppliant, exposant leur poitrine aux coups, en montrant
aux guerriers la captivite imminente qu ils redoutaient, surtout a. cause de leurs
femmes (Tacite).
Nous ne savons trop par quel precede ces femmes prophelisaient, il est peu
probable quece fut toujours par inspiration soudaine, parenthousiasmemantique.
Elles interprelaient souvent les visions du sommeil. Va, dans la cour du
palais, dit Basine a Chilperic, et ce que tu verras, rapporte-le a ta servante;
c est a la suite d un songe qu Alanna prevint Lodbrog des dangers de 1 expedi-
lion qu il allait enlreprendre ; quelques-unes avaient, pour en provoquer, leurs
propres procedes. Les Skaldes ont parle d Hagberle, fille du geant Vagno&li,
comme d une magicienne fameuse; la Norvegienne Craca faisait, avec la chair
DIVINATION. 75
broye e et dessechee des serpents, une poudre rendant apte a comprendre le Ian-
gage des animaux. Nous sommes loin de la parole divine communiquee a la
pythie; il y a iieu de supposer cependant que, quels que fussent les moyens em
ploye s, 1 inspiralion ne perdait jamais completement ses droits et qu elle entrait
toujours pour nne certaine part dans la divination.
L ornithomancie et la zoomancie etaient populaires. On nourrissait aux
frais du public dans les forets ou les bois sacres des chevaux blancs
que Ton ne faisait jamais travailler. Le pretre ou le premier de la cite les
attelait a un char et, les accompagnant, observait leur hennissement, leur
fremissement. Aucun auspice ne possedait plus de confiance que celui-ci
chez le peuple, chez les grands, chez les pretres; tous sont persuades
que ces chevaux sont les ministres des dieux et connaissent leurs desseins
(Tacite).
II y avait egalement des jours fatidiques, des presages tires des phases de la
lune, puis venait la divination par les sorts. Etait-on en guerre avec un peuple
voisin, on faisait comballre i;n csclave qui lui appartenait avec un guerrier de
la nation et on interpretait le resultat du duel.
La cleromancie par de petits morceaux de bois etait plus simple. Us etaient
tailles aux depens d une tige d arbre fruitier. On tracait sur chacun d eux des
lignes plus ou moins bizarres, apres leur avoir donne un uom, on les jetait
les yeux fermes sur uu linge blanc; il fallait trouver le sens mantique de la
phrase ainsi t ormee. Ces especes de des furent appeles Runes (de runa, secret).
Plus tard la melhode se perfectionna ; on disposa les Runes demanierea former
des vers rimes. Puis il y eut des attractions, des combinaisons, elles devinrent
de vrais caracteres hieroglyphiques. Prenons, par exemple, celles qui correspon
dent aux lettres latines / . o. b. r. L ; leur nom dans 1 ancicn alphabet etait
feoh, 6s, beorc, rdd, lagu, c est-a-dire animal, dieu, voiture, bouleau, mer
ou cours d eau. On arrivait aisementa des sens cornpliques. Ainsi or (6s et rdd),
le vehicule de Dieu, signifiaieut Thor, parce que Tlior etait un des soutiens de
1 Olympe tudesquc, le dieu du ciel, de la force, du tonnerre; lagu et rdo indi-
quaient un navire, une voiture de mer.
On nesaurait dire a quelle epoque Jes signes runiques devinrent des caracteres
phonetiques.] II cst bieu probable qu ils eussent dans It-s premiers temps la
meme forme que dans les monuments qui nous restent ; quelques-uns out ete
surement empruntes aux alphabets grec ou latin.
Les Runes conserverent toujours leur caractere secret et hieratique; on ecrivait
avec elles les epitaphes funeraires des heros ou les chants de guerre; ce fut
la cause de leur abandon. II y en avait trois especes : la premiere usitee en
Scandinavie, la seconde dans 1 Allemagne ceutrale, la troisieme chez les Anglo-
Saxons. A mesure que le christianisme s avanca vers le Nord, les Runes cederent
le pas aux lettres gothiques. L alphabet slave de Cyrille et Methode, qui leur
ressemble, est reste parce qu il etait cre e pour la propagation de la ibi chre-
tienne ; les Runes disparurent parce qu elles n avaient servi a enregistrer que
les hauls fails des deites du Gimle.
Un autre procede germain rappelait 1 auspication roraaine. On frappait sur
un animal en airainet on devinail par les sons ainsi obtenus; mais, pour qu ils
eussenl une reelle valeur, une sorte de silence augural etait necessaire; on
chassait, avant de commencer la ceremome, les animaux domesliques, meme
les mouches.i
74 DIVINATION.
Lcs Oracles du nord etaient, comme ceux de la Grece, d origine tres-ancienne.
Us se produisaient dans des grottes, pres des source sacrees. La mythologie avait
une explication sur 1 origine de chacun d eux. Les grondements de 1 Hecla pre-
disaient des guerres, des mortalites, des malheurs de tonte nature. Un cratere
qui, du temps d Odin, etait 1 entree du sombre Helheim, constamment defendue
par ia sorciere Thocle, devint 1 orih ce de 1 enfer. On voyait tout autoiir des
oiseaux noirs grands comme des vautours jc etaient des esprits iniernaux. Quand
il y avait des batailles dans le monde, il arrivait des nuees de spectres haves,
decharnes, qu une force irresistible poussait vers 1 abime. En Norvege, on en-
tendait des grondements, des bruits prophetiques au fond d un antre qu on
disait etre le tombeau d Assueit et Asmund, les freres d armes ennemis. Ces
guerriers avaient jure, lors de leur serment de fraternite, de ne pas se sur-
vivre ; Assueit fut tue le premier. Lorsque son cadavre eut ete depose dans sa
sepulture, Asmund y descendit a son tour, s assit a cote de son ami, son epe e
entre les genoux, et attendit la mort. L herbe poussa et c;icba la pieire votive.
Longtemps plus tard, des soldats qui campaient en ce lieu decouvrirent une
inscription a demi effacee; leur cbef commanda d ouvrir le monument, mais
voihi qu on entendit un grand cliuuetis d armes, des imprecations, des cris
de rage.
Asmund sortit arme de toutes pieces etraconta ce qui s etait passe. La tombe
a peine fermee, le cadavre d Assueit, habile par un mauvais genie, s etait leve
et 1 avait voulu devorer. A cette agression sauvage, le soldat saisit son epee
et se defendit; la lutte dura cent ans; elle venait de finir par la defaite du
demon. Son recit acheve, le vieux guerrier tomba mort; on brula le cadavre
de son frere d armes ; le sien fut replace dans le tombeau qu il avait conquis
et 011 il rendit des oracles. En Suede, on trouve un antre de meme nature
dans lequel un magicien fameux avait enchame un de ses disciples qui me-
prisait ses ordres. Le Genie de la mer etait un vieillard a barbe blanche
apparaissant quelquefois aux matelots pour leur annoncer une navigation heu-
reuse.
II y eut aussi des sanctuaires ambulants ou les ministres pratiquerent la
divination. Freya, 1 Aphrodite duNord, ne dedaignait pas deparler aux hommes.
Ses charmes lui avaient valu 1 entre e d Asagard, a laquelle elle n avait pas
droit par naissance, car elle etait la fille de Niord, le Yaner qui presidait aux
vents. Ce fut un grand malheur pour elle : mariee a Odur, elle perdit comme
ses compagnes sa jeunesse et sa beaute quand Iduna fut enlevee par les geants
avec le vase qui renfermait les fruits de I immortalite. A son retour, Freya
regagnases qualites, mais nonle coeur de sonepoux. La vengeance d Odin qui le
changea en statue ne la consola guere. Au lieu d etre comme Cypris la deesse
des roses et des ris, la pauvre Venus de 1 Edda soupire apres I infidele et pleure
son abandon; elle ne reussit meme pas a se consoler en faisant a travers 1 es-
pace des courses affolees dans un char d or train e par deux chats noirs. Elle
revele 1 avenir aux mortels ; 1 Eyr-Bigga Saga raconte qu une jeune fille atta-
che e a son culte, promenant sa statue dans le pays et rendant des oracles en son
nom, lia conversation avec un bucheron. II fut question de la deesse d abord,
puis d autrc chose. Freya, s apercevant vite qu elle avait trouve un redoutable
concurrent, fit un mbuvement violent pour avertir sa pretresse. Celle-ci se rendit
a son appel, puis revint tremblante et tout en larmes. II faut, dit-elle a
son compagnon, que vous preniez une autre route, la deesse le veut. Ce
DIVINATION. 75
n est pas mon intention ; celle-ci me conduit oil je vais et votre compagnie ne
me deplait point. Mais, malheureux, elle m a declare que, si vous refusiez
de partir, elle saurait vous y forcer. - - G est ce que nous verrons . Portant
la main a la hache pendue a sa ceinture, le buoheron fit un geste significatif
et reprit la conversation. Freya tint parole; sa lourde statue quitta le char et
se mit a frapper a bras raccourcis. La lutte ne fut pas longue, un coup bien
dirige envoya rouler au loin la tele de 1 idole, et le Genie qui 1 habitait s enfuit
en poussant un cri percent. On ne dit point que ce sacrilege ait ete puni ; en
revanche, la jolie pretresse ne pouvait se montrer farouche vis-a-vis de celui
qui avait ose la disputer aux dieux. Les amants, ayant recolle le mieux possible
la tete de Freya, 1 honorerent a leur maniere, continuerent leurs peregrinations
et rendirent de nouveaux oracles.
Ces legendes ont autre chose qu un inleret de curiosite : c est avec elles
seulement qu on peut entrevoir plutot que reconstruire une histoire qui n a pas
ete ecrite, retrouver sous des noms differents des conceptions anterieures
meme au temps fabuleux de la Grece.
Les Celtes avaient une divination se rapprochant probablement beaucoup de
celle des jGermains. Les prophetesses de 1 iie de Sein etaient connues dans loute
la Gaule; a 1 epoque de la conquele, les Genies cosmiques etaient plus abor-
dables, plus nombreux que les dieux du Walhala; les nains prophetes, les dverf-
gar des mines du Nord, avaient peut-etre une origine gauloise; ils craignent
le grand jour, fuient 1 approche des humains, ne leur parlent que quand ils
sont surpris, ou pour leur jouer de mauvais tours. Les korigans bretons ne
se montrent que la nuit au clair de la lune, ils obligent le voyageur a executer
avec eux une danse frcnetique, a la suite de laquelle il tombc mort lorsque
paraissent les premieres blancheurs de 1 aube. Les devins par excellence, c e-
laient les bardes; ils ne se bornaient point comme les Skaldes a chanter 1 amour
ou la gloire ; leur enthousiasme allait au dela du present. L espece d inter-
monde celtique avait des fees bienfaisantes, magiciennes ou devineresses, qui
changcaient le destin dans des limites donnees et devoilaient a leurs favoris les
arcanes de 1 avenir. Merlin avait ete enleve par la fee Viviane, qui plus tard le
metamorphosa en charrne pour 1 avoir completement a ses cotes dans la foret de
Broceliande. Merlin etait un preux, un heros de la table ronde, un compagnon
du roi Arthur; il ne devint diable qu au onzieme siecle apres la chroniquede
Geoffroyde Monmouth. Lesmalheurs qui frapperent les livres sibyllins et 1 Edda
n epargnerent point la compilation prop hetique des Gaels, d autant mieux que le
barde, fils d une sorciere et d un demon, avait ete laisse, disait-on, sur terrepour
saisirquelques-unes des ames rachetees par le Redempteur. Du reste,la fusion se
fit si vite, apres la conquete romaine, que 1 aruspicine, la cleromancie etl astro-
logie, s etablirent en maitresses dans les Ganles. Le roi Arthur et Merlin 1 en-
chanteur appartiennent plus au moyen age qu a I antiquite. Les predictions des
bardes se conserverent surtout parmi les Bretons d Albion dont elles soutinrent
longtemps le courage et les illusions patriotiques. Chaque fois qu un envahis-
seur etranger traversa les plaines de la Cambric, il entendait les vaincus lui
dire : Tu as beau faire, ni ta puissance, ni aucune autre, si ce n est celle de
Dieu, ne detruira notre nom, ni notre langue... Leurs poetes n avaient guere
qu un theme, c etait la destinee du pays, ses malheurs et ses esperances. La
nation poete a son tour encherissait sur leurs paroles en pretant un sens ima-
ginaire aux expressions les plus simples : les souhaits des bardes passaient
76 DIVINATION.
pour des promesses, leur attente etait prophetic, leur silence merae affirmait.
S ils ne chantaient pas la mort d Arlhur, c etait preuve qu Arthur vivait
encore... (Augustin Thierry).
B. Divination pendant le moyen age el les temps modernes. I. JlETHODES
CHRETIENNES DE DIVINATION. DlVINATIONS DEFENDUES. NECROMANCIE, PRATIQUES
MAGIQUES. LES DEVILS ET LES LOIS. II etait facile de frapper les devins de
peines infamantes, de les menacer d un supplice eternel, il elait plus diffi
cile de deraciner des pratiques entrees depuis des siecles dans les habitudes
du peuple, celui-ci ne connaissant guere des religions que le cote materiel ;
on peut nier les dieux ; on ne supprime pas le culte.
Les guerres du seizicme siecle avaient moins pour cause les dissentiments
theologiques que des differences de pratique ; un catholique eut pardonne peut-
etre a un huguenot de ne pas croire a la presence reelle ; il ne lui pardonnait
pas de prier en francais, de manquer de respect a une image.
Essayer d expliquer un songe, consulter les livres sibyllins, c etait se
mettre directement en rapport avec 1 esprit du mal, les Peres de 1 Eglise 1 avaient
declare. Mais si, au lieu de s adresser aux demons, on s adressait aux hons anges
ou aux saints; si, au lieu de livres prohibes, on prenait les Evangiles ? La ques
tion pose e a 1 evcque d Hippone semblait embarrassante ; il etait a pen pres
impossible d admettre que Satan put avoir ricn de commun avec le livre sacrc ;
d un autre cote la moindre des pratiques paiennes risquait d aboutir a un resul-
tat de sastreux; des reponses inintelligibles ou que 1 avenir n aurait pas confir
mees eusscnt amoindri siirement la foi des neophytes. II vaut mieux que les
gens consultcnt les Evangiles par le sort que de s adresser aux demons, repon-
dait Augustin a Januarius; cependant je n aime pas un usage qui fait servir aux
choses de cette vie et aux vanites du siecle des oracles divins s appliquant a la
vie eternelle.
Le vulgaire n entendait rien a ces delicatesses. Dans les Gaules, surlout,
il y avait peu d actes importants de la vie a propos desquels on ne deman-
d;H point une consultation aux saints. Gregoire de Tours, dont Torthodoxie
est si pure, parle a chaque instant de ce moyen comme d une chose inoffensive
et permise. Les Conciles d Agde et d Orleans 1 avaient cependant interdite en
500 et en 511 ; mais les vieilles coutumes etaient plus fortes que les clecre-
tales. C est par une divination de celte espece que saint Patrocle avait appris
qu il devait fonder un ermitage en Berry.
Clovis dans son expedition centre Alaric envoie des ambassadeurs a la basi-
lique de saint Martin de Tours : Allez, leur dit-il, peut-etre trouverez-vous
quelque augure de victoire. Et leur donnant les presents qu ils devaient
porter au lieu saint : Seigneur, dit-il, si lu es avec moi, et que tu aies decrete
de me livrer cette race incredule qui fut toujours ton cnnemie, daigne reveler
ta volonte a 1 entree de 1 e glise du bienheureux saint Martin, afin que ton servi-
teur sache que tu lui es propice. Les deux envoyes entrerent dans i eglise au
moment ou le primicier entonnait le verset 18 du psaume xvin : Seigneur,
tu m as revetu de force pour le combat ; tu as fait punir ceux qui s elevaient
contre moi. Tu as fait que mes ennemis ont tourne le dos devant moi, et j ai
detruit ceux qui me ha issaient (xvin, 40-41). Remplis dcjoie, ils rapporterent
ce presage au roi.
Souvent des vocations religieuses furent decidees de cette maniere. Le biographe
DIVINATION. 77
anonyme de saint Austregisile raconte qu il alia consulter a 1 eglise de Saint-
Jean presde Chalons. Ce jeunehomme, qui exercait a la cour d un roi merovingien
les fonclions de mapparnts, voulait absolument entreren religion; scs parents
tenaient a ce qu il se mariat, c est pour leur obeir et prendre 1 avis des saints
qu il etait alle a 1 eglise. II ecrivit les noms sur une tablette de trois hommes
de sa condition qui avaient des filles a marior, et les placa sous la nappe de
1 autel. La seconde nuit, vaincu par le sommcil, il s endormit et vit en songc
deux vieillards qui s entretenaicnt a son sujet. Dcqui,disait 1 un, Austregisile
doit-il epouser la fille? - - Ignores-tu, repondit 1 autre, qu il est deja marie?
A qui done? - - A la fille du juste Juge. II ne s agit meme point ici d un
songe produit au hasard ; il y a eu preparation, incubation onirophorique, et
la question a ete formulee avec precision; c est la politique que nous avons
\ue a 1 Asclepion dans toute sa purete.
Les reponses des saints jouissaient parmi les Barbares d unc telle conside
ration qu ils osaient bien rarement passer outre quands ils en avaient recu
une defavorable. Merovee fuyant la colere de son pere Chilperic s elait refugie
dans 1 enceinte de Saint-Martin do Tours, qui jouissait du droit d asile. Le roi
pousse par Fredegonde fit demander si le saint ne serait pas dispose a lui
permettre d aller chercher jusque dans sa maison son fils irrespectucux et
rebelle. Les pretres, n osant refuser, engagerent le roi a s adresser au Bien-
heureux. La question de Chilperic fut formulee par eux en tcrmcs tels que
saint Martin etait oblige pour donner son consenlement dc 1 ecrire lui-
meme ; on place la demande apres les ceremonies voulues sous la nappe
de 1 autel ; il n y cut naturellcment aucune reponse et le roi renonga a son
projet.
Les prodiges e taient encore pour le clerge gallo-romain du sixieme siecle
des manifestations de la volonte divine.
Du reste, il est probable que, s ils s en fussent tenus aux decrets des Conciles,
s ils eussent heurte trop de front les prejuges populaires, ils eussent mis la
religion en peril.
Les sagas germaniques et les druidesses de 1 ile de Sein n existaient plus,
mais il y avail encore des sorcieres, de vieilles femmes, dont les pratiques mi-
romaines, mi-gothiques, frappaient vivement les imaginations; puis venaient
des voyants qui faisaient parfois des miracles et pretendaient toujours avoir le
secret de 1 avenir. L un d eux originaire du Berry parcourt la Provence, le
Gevaudan, une partie du Languedoc, en prophetisant, trainant a sa suite une
grande quantite de malheureux qu il avail fanatises. Le clerge crul voir la con ^
lirmalion d une prediclion evange lique : il y aura des pesles, des famines, des
Iremblements de terre, el il s elevera de faux Christs et de faux prophetes .
Le pauvre diable, arrive aux portes du Puy-en-Velay, fut tue par ordre de
1 eveque Aurelien.
Lorsque la puissance ecclesiastique fut mieux assise, qu une espece d ordre
sortit du chaos, les pratiques divinatoires furent frappes de penalites
Le nodfyr, c est-a-dire les morceaux de bois noircis usiles chez les sagas,
etaient defendus par le capitulaire de 742, au meme litre que les sacrifices aux
morts, les incantations, les sortileges; un autre capitulaire prononce la peine
capitalc contre les astrologues, les aruspices, les devins, qui s occupent de la
santc ou de la vie du roi; disposition evidemment elrangere au droil germa-
nique el emprunlee de toutes pieces aux lois imperiales.
78 DIVLXATION.
Plus nous avaiiQons, moins la tolerance devient explicable ; les pre lats du sixieme
siecle representaient la tradition du peuple vaincu ; ils ne pouvaient comdamner
trop durement des usages contraires a leur foi sans doute, mais rappelant
une domination qu ils regrettaient du fond du cosur. Le clerge du dixieme
siecle ne representait plus rien de semblable. Les eveques, qui s appelaient
naguere Aurelius, Felix, Sulpicius, s appelaient maintenant Artold, Reinwald,
Hincmar, le passe remain etait bien mort. Malgre les severites de 1 Eglise tou-
iours appuyeejpar le bras seculier, la divination survecut; denouvelles methodes
s ajouterent meme aux anciennes.
Le catholicisme laissait le champ libre aux merveilleux; si les anges ou les
saints ne se derangeaient que pour ua petit nombre de privilegies, il y avail
les demons, les damnes, les ames du purgatoire surtout Avec la doctrine de
1 expiation d outre-tombe, il devenait naturel que les malheureux frappes tem-
porairement par la vengeance divine vinssenl demandcr aide aux vivants et leur
revelassenl des choses qu ils ignoraient. La necromancie oblative occupe une
place incroyable dans les legendes du moyen age ; il y a des communications
aussi frequentes entre le purgatoire et la lerre qu il y en eut naguere entre
1 Olympe et la Grece.
Les morts n apparaissent plus [exclusivement pendant le sommeil, ils se
montrent a chaque heure, avec leurs macabres attributs.
Orderic Vital rapporte qu un pretre qui venait d aduiinistrer le viatique fut
rejoint par une troupe de chevaliers, de soldats, meme de dames ; il voulut fuir,
parce qu il crut avoir affaire a ces expeditions nocturnes qu il n etait pas bon
de rencontrer. Un cavalier le retint et il dut ecouter les confessions peu edi-
tiantes de lous ces gens, de leur vivant ; nobles sires et gentilshommes du voi-
sinage. L Eglise se reserva le droit d appreciation sur les revelations bonnes ou
mauvaises; si les habitants de 1 autre monde prescrivaient debatir des chapelles,
de faire des largesses aux couvents, c etait par permission speciale de Dieu. Dans
le cas contraire les visions ne pouvaient venir que du diable. Les anges et les
saints avaient eu le tort de faire entrevoir a Jehanne la Lorraine le triomphe
defmitif du roi de France ; les eveques et les docteurs de la Sorbonne infeodes
a la politique anglaise declarerent que c etaientla des paroles impies et envoyerent
la pauvrefille directement au Ciel apres 1 avoir purifiee par le feu.
Les sanctions terribles des anathemes ecclesiastiques eurent le resultat
qu elles out toujours. Plus les Chaldeens furent persecutes a Rome, plus leurs
conseils eurent de prix ; la valeur de 1 astrologue se mesurait, suivant 1 expres-
sion d un ecrivain du temps de Severe, aux stigmates que les chaines avaient
laissees sur son corps. La meme chose arriva pour les sorciers. Ils joignirent
aux procurations des aruspices les mysteres de la Kabbale, les evocations des
Juifs pythagorisants ; quelques-uns empruterent aux Sagas les secrets d obtenir la
seconde vue. En place de 1 espece de theriaque preparee par Craca, on eul
dans 1 Europe occidentale la mandragore ou mandagloire ; mais cette mandra-
gore ne ressemblait en rien a la solane e vireuse que nous connaissons ; il eut
etc trop facile de la trouver, trop dungereux de s en servir. Les racines rappelaient
vaguement la forme humaine; il ne fallut pas autre chose pour 1 eclosion
d une legende terrible. La mandragore magique etait, disait-on, un enfant noir
fait avec le saint-chreme des supplicies. Yoici comment on 1 obtenait : Apres un
jeune de plusieurs jours, on se rendait la nuit de la Purification sous le gibet
d un pendu, ou Ton creusait un trou d une profondeur egale a la distance qui
DIVINATION. 79
separait sa tete du sol. Les chercheurs s aretaient alors et amenaient un
chieu dresse prealablement a gratter ; pour etre sur qu il creusat on aspergeait
le fond de la fosse avec dusang et une decoction de rats et de chauves-souris. II
fallait se boucherles oreilles avec de lacireou du miel parce que, quand renf;mt
magique est decouvert, ilpousse un cri capable de tuer a 1 instant, ou de rendre
fou pour le restede ses jours celui qui 1 aurait cnteiidu. L animal pris d une rage
subite fait cinq ou six tours sur lui-meme et tombc; on pent alors prendre le
petit monstre meme vivant, 1 emporter etle trailer commc un autre nouveau ne.
II meurt au bout de quelques heures ; ses cendres conferent la vertu prophetique.
Cette legende habilement repandue dans le public par des apothicaires ou des
berboristes peu scrupuleux n avail d autre but que d elever le prix dc la man-
dragore ; un individu brave ou curieux se liasardait-il a cntreprendre la recher-
che, son introducteur se faisait grassement payer et avait soin de placer a
1 endroit voulu ce qu il s agissait de trouver. Boissard a vu chez un pbarma-
cien de Mantoue une sorte de tubercule etiquete mandragore, qui n etait autre
chose que la racine debryone.
La semence de fougere avait une vertu analogue ; cette plante, disait-on,
fleurit une beure dans 1 annee, pendant la nuit de Saint-Jean. II fallait se pre-
parer a recueillir la graine par un jeuuede neuf jours.
L histoire de la divination du moyen age a nos jours n est qu une suite
d episodes analogues, d aberrations psycbiques, d acles d intolerance. On pourrait
croire que le grand mouvement artistique et litteraire de la Renaissance aurait
son retentissement sur les moeurs ; que les absurdites inhuraaines renfermees
dans les legislations disparaitraient : il n cn fut rien, le dix-septiemc siecle
marque une sorte de recrudescence mystique. Luther craignait le diable et
le haissait aulant que le pape.
II y cut des contradictions singulieres; les sciences occultes etaient proscrites
et la cour avait des devins officiels. Le livre prophetique d Arnaud de Yilleneuve
avait e te declare impie et here tique en Sorbonne ; uue autre consultation de
1598 condamna formellement la magie et 1 astrologie; des ordonnances de
Henri III, de Louis XIII, de Louis XIV, se montrerent a 1 egard des devins d une
extreme severite ; rien n y fit. Charles V avait Thomas de Pisan pour astro-
logue ; Francois I er , Jelian Thibault; Catherine de Me dicis, Ruggieri; Charles IX,
Michel de Nostre-Dame.
Le quinzieme siecle vit meme apparaitre en Europe une race de sorciers qui
pretendaient venir de 1 Egypte et rapporter les secrets des oracles d Isis et
d Osiris.
En 1 annee 1417, arriverent en Allemagne, dit Sebastien Minster, des gens
noirs, brules du soleil, couverts de vetements sordides, malpropres en toutes
choses. Us etaient habitues, les femmes surtout, aux vols et aux rapines. On les
appelait Tartares ou Gentils ; gitani, en Italic. Us avaient un chef, des comtes
distingues par leurs habits, deschiensde chassecomme les nobles, sans avoir ou
cbasser. Us sont maquignons, la plupart des hommes marchent a pied ; les
femmes et les enfants sont portes dans des litieres; ceux qu on vit enAllemaffne
avaient des saufs-conduits du roi Sigismond. Us parcourent selon eux le monde a
cause d une penitence qui leur a ete imposee, et sont originaires de la Basse-
Egypte. L experience a prouve que c est pure fable. Ces gens forment une race
paresseuse, vagaboude, vivant de vols et de ruses. Us n ont pas plus de religion que
les chiens, bien qu ils fassent parfois baptiser leurs enfants, vivent au jour le
80 DIVINATION.
jour, errant de province en province. Ces individus, doues d une aptitude remar-
quable pour parler toutes les langues, sont un veritable fleau pour les paysans
dont ils pillent les cabanes. Les vieilles femmes pratiquent la divination et la
chiromancie, mais, tandis qu elles repondent aux questions, elles savent vider
habilement la bourse de celui qui les interroge .
Vers la fin du meme siecle (1491) une epidemic de demonomanie divinatoire
effraya pendant plus de quatre ans le diocese de Cambrai ; des religieuses furent
transformees en harpies et en prophetesses du diable. Cela commenca vers la fete
de la chaire de Saint-Pierre (Janvier) et dura plus de cinquantc mois. On pou-
vait voir, dit un chroniqueur de 1 epoque, les malheureuses courir a travers
champs comme les chiens, voler comme les oiseaux, grimper aux arbres,
imiter les cris de divers animaux, decouvrir des secrets et prophetiser.
Elles furent exorcisees par 1 archeveque de Cambrai et le doyen de 1 eglise me-
tropolitaine ; on ecrivit leurs noms sur des morceaux de papiers, et ces noms
envoyes a Rome furent lus par le pape Alexandre VI au moment de la conse
cration ; rien n y fit. Enfin on mil en prison, ou elle mourut, une nomme e
Jeanne Potier qui avail, disait-on, communique le mal a toute la communaute ;
1 epidemic disparut peu de temps apres.
L Eglise n exorcisa pas toujours les religieuses saisies de 1 enthousiasme
propbetique; elle conserva parfois leurs visions, de sorte qu elle a ses livres
sibyllins qui completent 1 enseignement des docteurs. Sainte Therese, sainte Bri-
gitte, sainte Angele, sainte Catherine de Sienne, ont converse avecleur divine poux.
Le danger que de pareilles ^lucubrations pouvaient faire courir a la purete des
dogmes fut entrevu par certains theologiens, qui les declarerent incertaines et
inutiles ; plusieurs meme parlerent de troubles de 1 esprit, d hallucinations,
et allerent jusqu a declarer, comme Jean de Salisbury, que de pareils cauche
mars sont 1 affaire du medecin etnon du pretre ; les mystiques 1 emporterent, Bri-
gitte eut pour avocat Torquemada ; un conseil de cardinaux et de docteurs,
tenu sous Eugene HI, autorisa la publication des revelations de sainte Hilde-
garde; une telle procedure supprimait les difficultes. On ne recut qu avec une
extreme circonspection les songes et les visions des saints. Le prieur, le sous-
prieur et lecteur d un couvent de dominicains de Berne payerent cher une impru
dence commise en semblable matiere. Ils oserent publier de leur chef les
revelations d une fille du pays que 1 opinion publique designait comme une
bienheureuse. Elles renfermaient des propositions peu orthodoxes touchantl Eu-
charistie et I lmmaculee Conception, ilaimo de Lausanne instruisit leur proces
en presence d un legat envoye specialement par le pape. Avec la question
on obtint d eux 1 aveu qu ils avaient rendu folle 1 inspiree par magie et
sortilege. Ils furent en consequence condamnes a mort et brules : c etait la
terminaison ordinaire de ces proces. Des families de visionnaires furent brules
en Espagne ; on brula en France avec d autant plus d energie que les adeptes
des sciences occultes etaient tous entaches d heresie. Sorcier etait une bien
dangercuse epithete ; il n etait point facile a qui 1 avaitessuyee deux foisde sortir
sain et sauf des grilles des chats-fourres; la justice avait des moyens infail-
libles de delier les langues et de pousser ses enquetes jusqu en enfer. Puis,
temoigner en faveur d un sorcier, c etait s exposer a s asseoir a ses cotes. Jean
de \Vier, 1 ami de Cornelius Agrippa, avait voulu une fois pour toutes faire
justice des fables qu on debitait sur cet homme, et montrer que les pretendues
sciences occultes, magie ou divination, n etaient qu un tissu de puerilites, mais
DIVINATION. SI
que c etait un contre-sens ct une barbaric dc trailer comme des criminels les
na ifs qui y croyaient. Pour Bodiu, un magistral francais, Jean de Wier n est
lui-merne qu un sorcier. line sepeut excuser d avoir rnis en son livre les plus
deteslables formules qu on pent imaginer, si bien qu en apparence il inrdict
du diable et de ses inventions et neanmoins il les enseigne et louche an doigl
jusqu a mettre les caracteres el mots que son maitre Agrippa ne voulut imprimer
tant qu il vecut .
On brulait en Allemagne : une vieille femme paya de sa vie une plaisan-
terie : rentrant un jour du marche, un paysan depose sur un escabeau la vessic
qui luiservaitde bourse. Lecochon cntre etl avale. Aprcs avoir accuse sa fennnr
qui se defend, il va chercher la sorciere de I eudroit. Celle-ci 1 accompagne et,
tracant une ligne sur le sol : a Ne la franchis pas, lui dil-elle, je vais consulter
1 esprit qui est dans 1 armoirc. Le paysan n eul garde de se conformer a la
recommandation ; il s approcha de la porle, preta 1 oreille et entendit le colloquc
suivant enlre le diable et son evocatrice : Le cochon a mange la bourse, mais
garde-toi d en rien dire. Fais pluiol croire a ce ruslre que sa fern me a pris
1 argent pour faire bombance avec le cure- La sorciere qui repela la lecon
fut denonce e, jugee, condamnee, executee.
On brulail en Ecosse : le galanl Thomas, le rimeur d Erceldoune que la reine
des fees avail transporte dans rElfland, fut cause de la mort de beaucoup de
gens. II revenait sur terre, disait-on, et renseignait qui lui plaisail. Malheur
a qui 1 ecoutait et enparlait a ses voisins! Les juges frappaient comme le plus
grand des crimes le commerce avec les morls. Walter Scotl a parcouru dans
les archives judiciaires du comte d Ayre les papiers relatil s a 1 alTaire de Bessie-
Dunlop, qu affectionnail parliculieremenl un capilaine morl cenl ans aupara-
vant; celui-ci la renseignait avec une precision incroyable; mais il oublia une
chose, d exiger d elle un rigoureux silence. Le proces-verbal contienl en marge
ime mention d une eloquente brievete : Convicia et combusta.
Enfm cette rage homicide eut un terme : a parlirde la seconde moitie du dix-
seplieme siecle, les auto-da-fe devinrent rares; les sorciers purent aller au sabbal
sans risquer aulre chose que les galeres, a moins qu ils ne joignissent a ces pra
tiques 1 exercice moins chimerique de la toxicologie, comme le flrent la Brin-
villiers et la Voisin. Les propheles prolestanls du Gevaudan furent traques sans
doute, mais leur histoire ne louche que faibletnent a celle de la divination. Leur
enlhousiasme ne leur revelait rien des choses de la terre ; s ils furent pendus et
fusilles, ce fut comme heretiques et insurges.
Deux nouvelles pratiques eurent a cette epoque leur moment de vogue,
la rhabdomancie et la divination par les cartes. Les apotres de la premiere en
France furent le baron et la baronne de Beausoleil; ce n etaienl ni des fourbes
ni de vulgaires charlatans. Le baron etaitun mineralogisle de valeur; sa femme,
Francaise et patriole, fit connaitre a son pays des ressources immenses qu il iguo-
rail. Elle donna la premiere 1 eveil sur 1 etendue des richesses mineralo-
giques de la France, et montra tout le parti qu il etail possible d en tirei
pour la prosperite du pays ; elle prouva que 1 exploitation de nos produc
tions souterraines devail etre une cause puissante de developpement de
credil al exterieur et de la prosperile publique a I interieur; elle embrassa d un
coup d oeil vraiment politique 1 avenir reserve a 1 exploitation de cette branche.
alors inculte ou ignoree, des revenus du royaume (L. Figuier).
Malheureusement la science de ces deux mineralogistes avail un faux air de
DICT. ENC. XXX. 6
82 DIVINATION.
mystere. La baguette semblait jouer dans les decouvertes qu ils faisaient un
role aussi grand que les sondages et 1 observation du terrain. Y crurent-ils ou
firent-ils semblant d y croire? On ne saurait le dire; ce qu il y a de certain,
c est que leurs ennemis eurent le dessus. Richelieu, qui admeltait officiel-
lement la sorcellerie depuis la mort d Urbain Grandier, finit par preter I o-
reille aux accusateurs ; le baron fut embastille, la baronne enfermee a Yin-
cennes.
Moins de cinquante ans apres, un rhabdomant du Dauphine appele Jacques
Aymar, qui jouissait deja d une grande reputation dans les montagnes,
fut requis par les magistrals de Lyon pour les aider dans la recherche
de deux assassins. La baguette fit merveille; on voulut voir le devin a Paris;
ce voyage fut malheureux; il commit une foule de sottises, d indelica-
tesses, et dut reprendre au plus vite le chemin de son pays. Cela n empecha
pas 1 intendant liaville d avoir recours a lui pour la recherche des Cami-
sards. D autres trouveurs de source furent convaincus comme le premier
d erreur ou de supercherie, et malgre tout -la baguette continua d avoir des par
tisans. Je sais que certains savants ombrageux, disait L. de Vallemont, ne feront
pas grand cas de ce qu on pourrait dire de bon sur ce qui regarde le mouve-
ment de la baguette et qu ils-
continueront de la regarder
comme la chose le moins du
monde digne de leur attention :
ils en penseront ce qui leur
plaira, mais je puis leur citer
d autres savants qui n ont pas
cru mal employer Jcur temps
de tourner leurs e tudes de ce
cote-la. L auteur etait pour
son compte absolument per
suade de la realite des mer-
veilles attributes a la baguette.
II a e crit sur son usage un
traite complet dans les formes
classiques, et cet ouvrage a eu
deux editions, le modus fa-
ciendi est etudie avec autant
de precision que s il s agissait
d une operation chirurgicale.
Afin qu aucune obscurite ne
restatdans 1 esprit du lecteur, Vallemont a eu soin d illustrer par des figures son
texte naturellement un peu aride (voy. fig. 5).
Presque a la meme epoque, la cartomancie trouvait son avocat pres du
public; c etait uncertain Aliette, plus connu par son pseudonyme d Etheila;
songeur cartomancien, necromant, il jouit pendant une partie du dix-hui-
tieme siecle d une reputation qui ne fut guere eclipse e que par celle de
Cagliostro.
G. LES DEVINS FAMEUX ET LES HISTORIES DE LA DIVHTATIOS. II SCrait difficile
de terminer cette histoire sans jeter un coup d ceil sur ceux qui se sont occupes
Fig. 5. - Une des manieres de tenir la baguette divinatoire
(De Vallemont).
DIVINATION. 85
de mantique a litres divers; il y a eu parmi eux des medecins, des medecins
de valeur meme. Isidore de Seville plac,ait 1 astrologie dans la physique, a cote
de 1 astronomie. Des 1 instant ou 1 on admettait la solidarite des forces cos-
miques et des forces organiques, il etait impossible que le medecin laissat de
cote les astres. La doctrine meme des periodes climateriques et des jours cri
tiques creait 1 obligation de ne pas isoler deux sciences regardees corame con-
jecturales et egalement le gitimes. Nous avons vu que le domaine de I astrologue
allait bien au dela de 1 horoscope et du cercle de geniture, que 1 arithmo-
mancie, la geomancie 1 alchimie et la chiromancie etaient autant de sceurs
puinees de la divination babylonienne. Coictier devait, dit-on, son influence sur
1 esprit de Louis XI a une prediction ; scs calculs lui auraient re vele que la mort
du roi suivrait de pen de mois la sienne. La Faculte de Paris attribua la
peste de 1548 a la conjonction de Venus et de Mars. En revanche, !e docte
corps etait si bien venu a resipiscence deux sieclcs plus tard, qu il poursuivit
Serve I pour avoir professe publiquement l as(rologie judiciaire.
Pietro Abano, qui mourut en 1320, avait rapporte de Constantinople, avec
la connaissance approfondie.de la litterature grecque, celle dc In -romancie et
de 1 astrologie. II fit peindre sur Ja voute de son amphitheatre 400 figures
qu il expliquait. La protection du pape llonorius IV, son client, ne 1 empecha
point d etre condamne au bucher par 1 Inquisition; la sentence cut proktli
ment ete executee, si le vieillard ne fut mort dans sa prison.
De tres-bonne heure il y eut une astrologie medicale; des le premier siecle
de notre ere, un medecin de Massilia, appele Crinas, la cultivait avec uu tel
succes, qu il crut pouvoir la transporter a Rome; Marseille avait a ce moment
le privilege de fournir a la capitate du monde des praticiens excentritjues. Le
charlatanisms de Crinas lui reussit assez bien pour qu il acquit une fortune
colossale et put faire rebatir avec ses propres deniers les murailles de sa ville
natale. On trouvait d ailleurs dans les ecrivains les plus estimes les preuves de
1 utilite pratique de la semeiotique astrale. Hippocrate n avait-il pas assi<nie une
circonscription organique aux corps celestes? Les defenseurs et les propagateurs
de 1 astrologie, Manilius et Firmicus Maternus, revenaient a chaque instant sur
ces rapports. Pline y croyait, Galien y croyait, Averroes les accepta, ct pendant
tout leiegne des Arabes, dans les ecoles de 1 Occident, 1 astrologie y I ut enseignee
avec plus de soin peut-etreque 1 anatomie. Lc zodiaque salernitain correspondait
a riivgiene, a la the rapeutique, a la marchc et au pronostic des maladies :
II ne faut pas se raser quand la lime est dans le signe du be lier ; quand elle
est dans la constellation de la Vierge, ensemence ton champ, mais garde-toi de
prendre femme et d entrer dans le lit conjugal : tu peux alors soi^ner les
cotes avec les diluents chirur^icaux.
O O
Arnaud de Villeneuve est reste populai? e. Savant hardi, meme centre l E>lise
il dut fuir d Aragon a Paris, de Paris a Montpellier; il allait demander asile au
pape, qui 1 admirait, quand il se nova dans un naufrage. Arnaud s est occune
de toutes sortes de choses peu orthodoxes ; il blessa les medecins en essayant
de vulgariser leur art. Son Tre sor des pauvres est une sorte d edition princeps
du Medecin charitable de Guilbert, ou de VAvis an peuple de Tissot; il faillit
etre tue plusieurs fois; la Sorbonne conclamna ses doctrines, ses predictions
tout son art, en un mot.
Thomas de Pisan, astrologue de Charles V, n etait pas medecin, pas plus que
Sloffler, professeur de mathematiques a Tubingue, qui fit trembler TEurope en
84 DIVINATION.
predisant pour le 20 fevricr 1521 un nouveau delucc. On y crut si bien, quc
le President du Parlemenl de Toulouse fit construire une arche pour lui et sa
famille; il en fut pour ses frais, car le mois fatidique ne fut remarquable que
par une grande seVberesse.
Le medecin Cardano etait un mathematician et un astrologue si habile, que,
quand ses propheties etaient en defaut, il avait une explication toute prete
sur les causes d erreur. Nous ne ferons que citer Jehan Thibault, ami de Ser-
vet, astrologue de Charles-Quint. II aimait son art, y croyait et faisait peu de
cas de ccux qui n allaient pas chercher dans les astres les elements de leur
diagnostic : Silesmedecins les plus instruits, disait-il, nesaventrien d un cer
tain nombre de maladies, c est qu ils ne connaissent pas 1 astrologie. On pent
;qi|irendre en deux mois la medecine, relativement a 1 excretion urinaire, aux
recetfes et au pouls. Ces connaissances sont devenues populaires, non grace
aux savants, mais grace a ceux que Dieu a voues pour les connaitre. La science
de 1 astrolome est la plus noble de toutes.
D I
L epoque des guerres de Religion fut un beau temps pour elle ; c est avec ses
calculs que Nostradamus reunit les donnees qu il formula en centuries. II fut
conseiller medecin des rois Henri II, Francois II, Charles IX; Catherine de
Medicis le consulta. Apres une existence passablement vagabonde, rappelant
celle d Arnaud de Villeneuve, de Paracelse ou de Cornelius Agrippa, il lui
sembla bon de retourner a Montpcllier pour se reposer et passer au doctorat;
ce qu il fit en peu de temps, non sans epreuve, louange et admiration de tout
le college. II ne se mit a la divination que plus tard, apres avoir etudie avec
Jules-Cesar Scaliger, et eprouve de cruels malbeurs de famille. Arrive a
Marseille, dit celui de ses biograpbes que nous avons deja cite, Jean Aime de
Savigny Beaunois, il vint a Aix sur la demande du Parlement de Provence, ou
il fut trois annees aux gages de la Cite, du temps que la peste s y eleva, en 1 aii
du Cbrist 1546, si furieuse et cruelle, telle que 1 a decrite le seigneur de
Launay en son theatre du monde, selon les vrais rapports qui lui en furent
fails par notre auteur. De la, venant a Salon-de-Craux, ville distante d Aix
d une petite journee et a moitie chemin d Avignon et de Marseille, il se maria
en secondcs noces. Ce fut la que, prevoyant les insignes mutations et change-
ments qui adviendraient dans toute 1 Europe et meme les sanglantes guerres
civiles et les troubles pernicieux de ce royaume gaulois qui approchaient fatale-
ment, plein d un entbousiasme et comme ravi d une fureur toute nouvelle, il se
mit a ecrire ses Centuries et autres presages commenc,ant ainsi :
D esprit Divin 1 ame presage alteinte,
Trouble, famine, peste, guerre, courier.
Eau, suscitez, terre et mer de sang teinte,
Paix, tresves a naitre, Prelats, prince mourir.
Les amis des sciences surnaturelles croient encore a la parole de Nostradamus.
Depuis 1 epoque ou son livre a paru, il a eu des exegetes dont la tacbe est
aussi lourde que celle de leurs confreres antiques. Michel de Nostre-Dame, qui
etait fort instruit, fut-il de bonne foi; voulut il se livrer simplement a une
distraction erudite en imitant dans la langue de Ronsard la litterature des chres-
mologues? Probleme irresolu. Son his herita de son metier, non de son talent;
on le surprit un jour en train d allumer un incendie qu il avait predit ; cette
demonstration par le fait lui couta la vie.
On a explique apres coup les Centuries de Nostradamus avec des scholies
DIVINATION. 85
habilement faites ; on a prouve qu il avail ecrit jour par jour 1 hisloire des
guerres de religion, des Bourbons, de la Revolution; il est vrai que les preuves
He cetle nature sont peu mathematiques. Void un distiquo regarde comme un
des plus ciairs de 1 oeuvre de Michel :
Le noir farouche, quand aura essaye,
Sa main sanguine par feu, fer, arcs tendus,
Trestous le peuple sera tant effraye
Voir les plus grands par col et pieds pendus.
Yous ne devinez probablement pas qu il s agit dela Saint-Barthelemy, que le
noir farouche, c est leroi Charles IX, 1 ami et le bienfaiteur de I astrolocue ; que
1 arc tendu, c est 1 arquebuse avec laquelle il lira, dit-on, du haul du balcon
du Louvre, sur les huguenots eperdus.
De Nostradamus nous allons sauter en plein dix-huitieme siecle et clore cette
liste par le nom d un homme de genie. C est presque une profanation de placer
Svedenborg a cote de personnages dont 1 histoire n a pas fixe la valeur morale.
11 fut du reste moins un devin qu un apotre; trois cents ans plus tot, il eut
entraine les masses et rendu sociale la relorme que Luther et Calvin firent
the ologique. Ingenieur, naturaliste, cet homme n avait qu un desir : apprendre;
qu une passion, le bien; ses moeurs etaient exemplaires, sa solim tr telle qu il
ne gouta jamais au vin; avec cela une memoire et une facilite d assimilation
prodigieuses. Svedenborg avail cinquahte-sept ans; il etait membre de presque
loutes les societes savantes de 1 Europe; ses travaux avaient e merveille le
monde. Yoila que tout a coup, sans transition, ce matlie maticien devint un
inspire et un visionnaire. II ecrivait toujours, mais la science n etail plus rien
pour lui ; des productions mystiques et presque incomprehensibles, des projets
de reforme religieuse, des revelations, tel fut le dernier tome de son oeuvre.
Malgre tout, son caraclere n avait pas change, ses habitudes etaient les memes;
sa mission lui semblait si certaine, sa cause si juste, qu il se bornail a la de fendre
par Ja plume sans precher. Les me conlents, les mystiques, ceux qu une aspi
ration permanente entraine vers un ideal introuvable, lurent ses livres avec
passion. L Eglise ofllcielle de Suede s en emut, le propre neveu de Svedenborg
se mil a la lete de ses adversaires. Que s etait-il done passe? Lui-meme va
nous 1 apprendre :
Je dinais tres-tard dans mon auberge accoutumee ou je m etais reserve une
piece. J avais grand faim et je mangeais avec un vif appetit. Sur la fin de mon
repas, je vis une sorte de brouillard se repandre sur mes yeux et le plancher se
couvrir de hideux reptiles. J en fus d autant plus saisi que 1 obscurite s epaissit
da vantage. Toutefois, elle s evanouit bientot et je vis distinctement un homme
assis dans un des angles de 1 appartement au sein d une vive et radieuse
lumiere. Les reptiles avaient disparu avec les teuebres. J etais seul, et vous
pouvez vous ligurer 1 eflroi qui me prit, quand j entendis l homme d un ton
bien propre a inspirer la frayeur prononcer ces mots : Ne mange pas tant. A
ces mots, ma vue s obscurcit de nouveau, puis elle se retablit peu a peu et je
me vis seul... La nuit suivante, l homme rayonnant de lumiere m apparut une
seconde fois et me dit : Je suis Dieu, le Seigneur, le Createur et le Kedempteur ;
je t ai e lu pour interpreter aux hommes le sens spirituel des Saintes Ecritures
et je te dicterai ce que tu devras ecrire.
A partir de ce moment il acquit ses facultes divinatrices. Etant a Goten-
bourg, il annonca, dit-on, un incendie qui venait de s allumer dans un des fau-
86 DIVINATION.
bourgs de Stockholm a 100 lieues de la. Ses revelations a la reine Louise Ulrique
de Prusse sont restees traditionnelles ; malheureusement, on n en a jamais connu
la teneur. Les adversaires de Svedenborg pretendaient qu il etuit fou ; il est
certain que 1 episode initial de la seconde partie de sa vie rappelle le debut d une
affection cerebrale. L obnubilation sensorielle suivie d hallucinations de la vue
et de 1 ouie, sa mort par apoplexie quelques annees plus lard, paraissent du do-
maine de la pathologie. Si Ton avail des documents plus precis sur ses demieres
annees et une bonne relation necroscopique, on y trouverait surement 1 expli-
cation du naufrage de cette belle intelligence.
A cote de ses adeptes, la divination a eu ses vulgarisateurs et ses critiques. II
est assez difficile d etablir une distinction meme conventionnelle entre les uns
et les aulres. Les ecrivains duseizieme siecle ont loul confondu ; le compilateur
est un sorcier au meme lilre que le niais qui croit. La robe ou la tiare ne
defendaient meme pas contre une pareille accusation. Gerbert etait un sorcier;
Hildcbrandt, la gloire de 1 Eglise, aurail ete prevenu de ses hautes destine es par
un sort magiquc; Trilheim, le savant et lourd compilateur, sorcier. Paracelse,
magicien comme Goclin ou Gauricus. Pourtant la plupart de ces ecrivains ont
etc peu tendres pour les sciences occultes : le Polycraticus de Jean de Salisbury
esl une amere diatribe surl inanite des connaissances bumaines. L eleve d Abei-
lard, 1 ami et 1 inspirateur de Tbomas Becquet, qui repondait aux juges de
Henri II : L amour de la liberte ct la defense de la verite, voila mes crimes ,
etait trop independant, trop judicieux pour accepter en bloc les tbe ories et les
legendes absurdes qui farcissaient renseignement des e coles de son temps; Salis
bury eut des admirateurs, mais ne fut pas imite.
II faut arriver jusqu a la Renaissance pour Irouver aulre chose que des
compilations sans methode et sans choix. A. Cornelius Agrippa et Paracelse,
prcsque contemporains, furent les chefs d une nouvelle ecole.
Le theme de Cornelius Agrippa est, comme celui de Jean de Salisbury, la vanite
des sciences humaines ; mais il y eut dans la vie de cet homme etrange trop de
contradictions pour que son oeuvre ne s en ressentit pas. Soldat au debut de sa
carriere comme Descartes, puis professeur d he breu a Dole, de theologie a
Cologne, syndic de Metz et casse pour sorcellerie, medecin de Louise de Savoie
et renvoye pour son attachement au due de Bourbon, aslrologui de Marguerite
d Autriche, il vint mourir desenchante et presque indigent a Grenoble. Corne
lius Agrippa a etudie avec passion, mais sans methode; son scepticisme ne res-
semble en rien a celui du savant qui se defie d une voie Irompeuse sans pour
celaperdre 1 espoir d arriver au but; c est l effarenient d un esprit puissant, mais
etonne en presence d un gigantesque amas de materiaux mal classes. Les
reflexions d Agrippa sur la vanite des sciences ne 1 empechaient point de paiier
d aslrologie en fidele de 1 horoscope, de rapporter serieusement ties faceties gro
tesques. Sa medecine astrologique pourrait occuper une place distinguee dans le
museum des aberrations humaines ! II a par exemple, pour trailer 1 ivresse,
une recette qu il serait difficile de deviner. Les signes de Mars contribuent
a la tele et aux testicules, a cause du mouton et du scorpion : c est pourquoi,
quand le corps tremble et la tete fait mal a ceux qui ont fait des debauches
de vin, il n y a qu a leur tremper les testicules dans dc 1 eau fraiche ou froide
et les laver avec du \inaigre : c est un prompt remede.
Le Paracelse legendaire, le sorcier de Bodin, ne ressemble que de tres-loin
au Paracelse de I liistoire. Celui-ci fut uu medecin ingenieux, souvent habile,
UIVliNAllUM. 87
un pathologiste plus observateur qu instruit ; il brula les livres d Hippocrate el
deGalien, pcut-ctro pour imiter Luther; enseigna en allemand et, sous pretexte
d en revenir a 1 etude de la nature, substitua aux doctrines traditionnelles ses
theories qui ne valaient, guere mieux. II avait des qualiles professorales mer-
veilleuses : la conviction, la fougue, une grande facilite d elocution ; a cote de
cela, de penibles travers. II manquait absolument de tcnue ; cc fut toujours
et malgre tout, comme nous dirions aujourd hui, un aventurier et un
boheme.
La popularite de Paracelse s etendit j usque dans le grand public; le possesseur
des secrets medicaux devint un magicien et un devin commc Pythagore. Des
eleves plus zeles qu instruits contribuerent a repandre ces sorneltcs. Le maitre
avait-il cru a la magie? La question est aussi difficile a resoudre a propos dc
lui qu a propos d Agrippa. II malmena plus d une fois les amis du merveil-
leux; il chassa les esprits de 1 etiologie de la danse de Saint-Guy, et fit une
classification assez juste. Tout cela avait pen d importance ; on servit au public,
sous son nom, une encyclopedic occulte, illustree de demonstrations, d obser-
vations, et redigc e dans un style dont l emphase obscure et rude s adaptait ad-
mirablement au sujet.
L homme ne sail rien de 1 avenir, est-il dit au debut, il- a ete en effet cree
de telle sorte qu il ne s occupe que d elcver son esprit vers Dieu et ne soil
pas agite d un aulre soin. En quoi demain interesse-t-il aujourd hui? A
chaque jour sa peine. Pourquoi songer a ce qui arrivera? II faut s occuper
d aujourd lmi pour que demain ne nous apporte pas de mat; aujourd hui la
mort arrive et non demain ; c est assez de s inquieter du present. Le Christ
nous a dit de ne pas nous occuper de la maniere dont notre corps doit etre
nourri on conserve, mais de Dieu seul. Qu importe done ce qui arrivera a
notre corps? Demandons le royaume de Dieu; le reste nous sera donne par
surcroit.
II serait difficile de mettre ce langage sur le compte d un magicien.
Dans Tedition allemande de ses oauvres completes publiee par Iluser, cer
tains passages mantiques sont de simples pamphlets religieux. L explica-
tion des figures du c.loitre des Ghartreux de Nuremberg en est une preuve.
Voila, dit-il, a propos de la vingtieme, un moine qui a dans sa main
gauche une rose et a droite une faucille, un briquet, de 1 autre cote une
Jambe nue. En mai, la rose repand un parfum que lout le monde admire.
Quand vient 1 ete, elle se desseche et il n en reste plus qu une tige epineuse;
de meme Je moine parailra d abord doux et agre able au peuple, qui le comblera
de louanges, mais le temps du dessechement viendra et il ne reslera de 1 en-
chanteur qu une saveur ct une odeur de moisi. La faucille coupe les bonnes
et les mauvaises herbes, les orties et le ma is, le froment et Tivraie, etc. Tous
les moines seront coupes et jetes au feu. Le briquet est 1 indice du feu, que
beaucoup seront brule s qui out ete coupes avec la faucille. Une partie d une
chose signifie la chose tout entiere : le briquet indique le feu; la pluie,
1 Ocean. La jambe ne signifie pas autre chose qu un grand mouvement d im-
puretes, si grand que tous les coeurs seront mis a jour. Le libertin ou la
prostituee du fond du cceur seront decouverts; tout ce qu il y a de mauvais
sera devoile (voy. fig. 4).
Les figures de la magie sont dans le meme gout. On saisit difficilement la
signification de la premiere, meme avec la legende explicative : Ceci repre -
88
DlVllNATiUiN.
sente unc chose interieure qui se revele a 1 exterieur par des signes. La nature
a ses emblemcs, la magie a les siens. Us t incliquent que tu devores celui qui
Fi;j. 4. Figure symbolique du cloilre des Charlreux de Nuremberg (Paracelse).
est entre tes mains. Heuretix qui peut se garder pur de tes atteintes, car tu ne
laisses chez toi personne en repos. La magie t a bien observee et t eslime a ta
valour. C est ta beaute elle-meme qu il
faut apprecier et non les apparences.
In devores ce que tu touches, c est
1 elegance et non la piete qu il faut
ehercher chez toi (voy. fig. 5).
Les oeuvres completes de Paracelse
nc furent jamais accessihles a tous. On
IPS divisa; les medecins se partagerent
sa pathologic, sa chirurgie grande et
petite; les travaux divinatoires et magi-
ques ne furent ni les moins cites, ni les
rig. b. Premiere figure symbolique du Ira tic
da magie attribue a Paracelse. moms reprodllits, ni les moins COI11-
mentes. A cote d eux, on publia, en
Allemagne et en France, de veritables manuels populaires. La divination par la
main fut surtout exploitee ; nousavons deja mentionne ses rapports avec I astro-
logie. La nomenclature et la notation des chiromanciens etaient celles de 1 art
genethliaque, sauf des variantes correspondant a la surface restreinte sur laquelle
ils observaient. Ainsi le cercle de gdniture correspondait a la ligne de vie,
reminence thenar devenait Venus; la saillie de 1 articulation metacarpo-phalan-
gienne de 1 annulaire, la lune. L aspect de la main et les bases des interpre
tations qu on peut en tirer au point de vue du pronostic et du diagnostic tel
qu il a ete donne par Ph. May sont les suivants (voy. fig. 2. p. 49) :
(( Les esprits curieux, dit-il, qui voudront penetrer dans les secrets de la
DIVINATION. 80
vie et les decouvrir a la faveur de cette noble et illustre science, doivent
savoir :
1 Les noms propres qui sont attribues aux signes qui denotent la vie et la
sante ;
2 Les noms des planetes auxquelles les montagnes et collines de la main
qui signifient aussi la sante sont, attributes;
r> c Que toutes les lignes de la main out leurs vertus et proprietes qui leur
sont adjointes.
Ainsi la ligne A est la ligne du COBUF et de la vie, la ligne E la ligne des
poumons, du cceur et de 1 estomac; les eminences indiquees par des signes
astrologiques ont les proprietes et la signification medicale des lettres corres-
pondantes.
La main n etait pas le seul organe capable de fournir des indications man-
Fig. 6. Division metoposcopique de la face (d apres May, lac. cit., p. 151).
tiques ; on devinait egalement par la face ; le grand Cardano lui-meme avail
public une Metoposcopie ; les regies de cette methode sont rappelees sommaire-
ment dans le petit livre que nous venons de citer. II est boil toulelbis, si Ton
veut eviter une confusion, de se rappeler qu il exisle deux variele s distinctes de
divination par la physionomie : 1 une occulte, ayant les memes procedes que
ia chiromancie. La face esl divisee en lignes, en carrcs; chacun d eux corres
pond a une eminence de la main, a une planete (voij. fig. 0) ; le principe est
toujours le meme; c est la relation absolue et constante entre 1 univers et le
corps huraain ; le second n est qu une reduction du premier; ses elements
ont Jeurs correspondants celestes qui les guident.
90
DIVINATION.
2 Une naturelle : la physiognomonie, entrevue par Jean Scot, en plein
moyen age, dont Porta a etc le defenseur et Thistoriographe : c est une mor-
phologie comparee, une application poussee jusqu a 1 absurde du raisonne-
ment par analogie. Chaque espece animale a ses aptitudes, ses instincts, son
caractere ; il existe entre eux et la forme du crime ou de la face, une relation
constante ; lout permet de croire que la meme chose a lieu dans 1 espece
humaine.
Si avec une analyse soigneuse de ses parties constituantes on peut les rap-
procher de celles d un animal donne, il devient possible de remonter au carac
tere et a la valeur morale (voy. fig. 7). C etait une sorte d embryon du systeme
Fig. 7. Nous avons icy expnme la figure de la teste de 1 ane dont la levre grosse Ju haul penJ sur
celle du bns aim qu on puisse aisement considerer celle de 1 homme Cguree a sa ressemblance
(Porta, La pliysionomie humaine, trad, par le sieur Kault. Rouen, T. et D. Bcrthelin, in-8 v., 220 p.).
de Gall et de Lavater. Inutile d ajouter que les donne es fournies par un pareil
systeme laissaient la place aussi large que possible a 1 initiative individuelle
ct a la fantaisie; que si 1 etude de la morphologie pure est difficile et singu-
lierement minutieuse, celle de la morphologie comparee Test iniiiiiment plus.
Le systeme de Porta est la tentative d une science dont les instruments sont
imparfaits et les observations en trop petit nombre; il n a rien de surnaturel.
Les methodes d Arnaud de Villeneuve, de Cardan, de May, etc., infiniment
plus simples, se rattachaient exclusivement aux sciences occultes.
Peucer et Boissard, tous deux the ologiens, antiquaires, critiques, protestants
convaincus, ont ecrit a la meme e poque des livressurla divination, qu ils appre -
cient a peu pres comme Delrio, sceptiqua par rapport aux pratiques et malgre
cela partisan des repressions sanglantes.
Les tendances here liques de Cornelius Agrippa et de Paracelse ont ete la
cause de la severite des e crivains catholiques a leur e gard; on a fait sur le
premier des contes que des livres soi-disant serieux ont reproduits. Pendant sa
courte magistrature a Metz, il avail resiste a un inquisileur de la foi et s etait
oppose au proces d une pauvre vieille que la faiblesse de son intelligence n au-
rail pas preservee du bucher ; eel acle dc courage lui couta sa place. La mort
meme ne de sarma pas ses enncniis ; des rapports entre lui et Satan furent in-
ventes et repandus par un moine defroque appele Thevet, dcvenu sur la fin
DIVINATION. 91
de sa vie pamphletaire, ligucur ; c est de lui quo la satire Monippe e disait :
On ne vit jamais si grosse bete. Paul Jove ajouta 1 episode du chien noir
diabolique, qui aurait etc se precipiter dans 1 Isere a la mort de son maitre.
Naude a fait justice une fois pour toutes de ces recits sans effacer le mauvais
renom de celui dont il avail traduit les oeuvres.
Delrio, Boissard, Peucer, out ecrit dans un but different, out juge avec un
criterium different, et cependant leurs appreciations sont identiques sous bien
des rapports. Delrio, jesuite flamand, etait une sorte de jurisconsulte, essayant
de fixer la jurisprudence du Saint-Office. Pour lui, la magie comme la divi
nation sont des sciences reelles, mais impies; il rapporte que plusieurs livres qui
en traitent ont ete brules en Espagne, et ajoute : Plaise a Dieu qu ils 1 eussent
tousete ! L esprit de son ouvrage est dans cette phrase ; les eclaircies de bon sens
qu on trouve de place en place sont vite obscurcies par une foule d anccdotes
recueillies partout pour les besoins de la cause.
Avec Peucer, c est un fanatisme d une autre nature qui parle; medcein,
mathematicien, Peucer, gendre deMelanchthon, etait aussi un ardent calviniste ;
il fit tout ce qu il put pour introduire en Allemagne la discipline et les usages
de I Eglise de Geneve. II ne reclame point centre les devins des cliatinicnts,
mais il croit a la realite de leur science et les proscrit. Boissard, antii|uaire et
homme de gout, est plus sceptique; il laisse souvent entendre que pour lui
la cabale, 1 astrologie, la chiromancie, sont autant de chimeres.
Nous avows couduit 1 hisloire de la divination jusqu a la fin du dernier siecle.
Est-elle finie? Non. Une methode nouvelle a fait fortune. Yers 1400, les tarots
etaient connus a Bologne. On raconte que diaries VI passait ses intervalles
lucides a jouer aux cartes ; c est pen probable ; le jeu qui, dit-on, lui appartenait,
n est qu un recueil de miniatures. On aura de tres-bonne beure essay e de tiivr
des presages de ce moyen comme les Germains entiraient des nodiyr. Le premier
livre paru sur la matiere a Venise en 1640 est le Traite de sorts (en italien,
de Francesco Marcolini de Forli). Cette divination etait si simple, si gaie,
qu on s explique aisement son succes. Avec ce precede de bonne societe, on
pouvait entrevoir 1 avenir a une table de jeu, sans difficulte, sans pratiques
necromantiques. La cartomancie est un peu plus compliquee pourtant que
L-s methodes de meme nature. Pour que les cartes parlent, il faut les battre,
les couper, les combiner suivant des regies donnees ; chacune d elles a sa
valeur et sa signification; on n obtiendrait rien, si Ton s en rapportait au
hasard. Voici, par exemple, la maniere classique et officielle de les tirer par
quinze :
Apres avoir mele les cartes, vous coupez, si vous operez pour vous-memc, ou
vous faites couper toujours de la main, gauche la personne pour laquelle vous
operez. Vous faites ensuite deux paquets de seize cartes chacun ; vous choisissez
ensuite un de ces paquets, si vous operez pour vous, ou vous Je faites choisir
par le consultant. Ce paquet etant choisi, vous en mettez la premiere carle de
cote pour la surprise, puis vous retournez les quinze autres et les ran^ez devant
vous de gauche a droite, dans 1 ordre ou elles se trouvent, et vous examinez si
parmi ces quinze cartes se trouve celle qui represente la personne qui consulte ;
si cette carte ne s y trouvait pas, on battrait et on couperait de nouveau le jeu
et on recommencerait 1 operation jusqu a ce que la carte necessaire se trouvat
dans le paquet choisi. Pour le reste, vous agirez comme si vous aviez obtenu
ces quinze cartes en les tirant par trois et comme il est indique au tableau n 1 ,
W DIVINATION.
a 1 exception des tas qui ne se font pas de meme. Ainsi, lorsque vous aurez
examine 1 ensemble des quinze cartes, que vous en aurez donne la significa
tion en comptant par sept a partir de la carte qui represente le consultant,
et que. vous aurez explique les rencontres; en prenant successivement les
carles deux par deux, Tune a droite, 1 autre a gauche, vous remelerez les
quinze cartes, vous ferez couper, et vous en ferez trois paquets de cinq cartes
chacun, vous prendrez la premiere de chacun de ces trois paquets que vous
poserez sur la carte de surprise, que vous avez aussi de cote, en commen-
cant de facon que vous ayez quatre paquets de quatre cartes chacun. Faites
choisir par le consultant un paquet pour la personne; retournez et etendez
les quatre cartes qui le composent de gauche a droite dans 1 ordre ou elles
sc trouvent et donnez-en { explication selon la signification individuelle et la
signification relative. Apres avoir explique le paquet pour le consultant, vous
expliquerez le paquet place a votre gauche, qui sera pour la maison, puis le
troisieme paquet, qui sera pour ce qu on if attend pas, et enfin le paquet de la
surprise.
I. u 1815, uue ancienne couturiere, associee a un garcon boulanger, Mile Le-
normand, Iut recue par Alexandre I er . C etait bien la peine que pendant vingt-
cinq ans les fleuves de 1 Europe eussent roule des cadavres, pour qu une illu-
minee comme Mme de Krudner et une tireuse de cartes eussent a donner leur
avis sur un pacte qui devait fixer pour des siecles peut-etre la dcstinee de
tani de nations! Depuis ce temps, la credulite a diminue; on a vu taut de
merveilles reeiles, que la foi en la magie noire a ele ebranlee; malgre tout
la divination n est pas morte. Le code frappe d une peine legere ceux qui
1 exercent; mais cette peine n est appliquee qu a 1 occasion d escroqueries scan-
daleuses. On devine dans les eampagnes, par les feuilles de lierre, lorsque
Ton veut savoir quel saint doit guerir une dermatose rebelle; on devine a Paris,
par les cartes ; on evoque les morts ; le magnetisme animal a herite de la
valeur mautique des vapeurs de la source Kassotis; la baguette divinatoire a
remporle il y a deux ai^s a peine un triomphe assez signale pour que 1 adini-
nistration ait failli compromettrc la solidite d un monument historique en
autorisant la recherche d un tresor verslequel elle devait conduire. Les Lemures.
les Dwerfgar, les Gobelins, ont la vie dure; ils ne craignent ni la vapeur, ni
la lumiere electrique; au lieu d errer comuie naguere au fond des mines, ou
bien au clair de la lune dans los landes desertes, ils se rapprochent de rhonime,
dcplacent les pierres sur la route, font craquer les meubles dans les cabinets
de travail. Ils ont un domicile plus sur que les cavernes dans lesquelles les
releguaient les religions anciennes : ce domicile, c est 1 esprit humain, vers
Jequel la verite trouve si difficilement acces quand elle n est pas conduite par
le merveilleux.
Nous terminerons par un vocabulaire des genres de divination les plus
comrnuiis, sur la plupart desquels le Dictionnaire renferme deja de breves indi
cations aux mots qui les designent.
Aeromancie (h-^-iirj;). Divination magique ;
les sorcicrs intcrpretaient des signes qu ils di-
saient voir clans 1 air; probableinent analogue a
la nephomancie.
Alectryonomancie (de ^AEXTUJO, coq). Divina
tion par les coqs. Yoij. le texte, p. -io.
Aleuroinancie (de H /.i-jw, fromentj. Divination
par le I roment moulu.
Alphitomancie id aX^t-ov). Divination par le fro-
ment concasse. On ne sail si les pretres de-
layaient la farine ou la jetaient par pincees dans
le feu.
DIVINATION.
05
Anuiiomancic (>/.;r,io/). -- Divination relative a
1 avenir d un riouveau-ne, d apres la coulcur ilu
liquide amniotique.
.\ni iii<>xciii>i<- (ile VE;J.O;, veui). Divination par
le vent. A Dodonc on interpretait le mouvenn ;ii
de certaines feuilles ou dc clochettes destinees
a incliquer la direction du vent.
Anthropomancie (de ivO JOTO;, homme). -- \a-
rietes d extispicine dans lesquelles les vicliinrs
etaient des hommes ; praliquee par Heliogabale.
Apot6lesmatique (deaiuoTE Xea|i.<mx-/i). Astroloi.ii 1 .
Arithmomancie (de 4jiOa&;, nombre). Divina
tion par lesnombres. Voij. le texle. p. 49.
Afi/iTii.M-n/iii (de aT-rr.j). Observation desastrcs.
Premiere operation de 1 astrologie.
Astragalomancie (de &.^oo.fo.\o;, verlebre).
Divination par les osselets.
Astroloyie. Divination siderale. Voy. le texte,
p. 45 et suiv.
Auguralion. Divination officielle des Romains.
Voy. le texte, p. 63 et suiv.
Auspice. Signe mantique constate par les au-
gures. Voy. le texte, p. 63 et suiv.
AxiiKiiiimicii (v~-(-,r,, bache). -- Divination par
uue haclie impkmtee dans im poleau et dont on
observait les mouvements.
Belomnncie (de $i\o:, Heche). - - Divination par
les flecbes. Yariete de cleromancie.
Botinnniiii in ii i ioT ivr], herbe). Divination par
des feuilles dc fisuier ou de sauge qu on lai>-
sait sccber en plein air.
Brochomancie (de Pjo/yj, pluie). - Divination
par les pluies.
Brontosc.opie (de (JoovcJj, tonnerre). Divination
par le tonnerre. Un des precedes favoris <lrs
aruspices; appelee aussi art fulgural. Voy. le
texte, p. 66 et suiv.
Cafe (Divination par le). Divination meteorolo-
gique modcrne tres-populaire. On predit le beau
temps ou la pluie suivant que 1 ecume so tient
au centre de la tasse ou va vcrs les Lords. Un
autre procede un pen plus compliquc tonsiste a
placer du marc de cafe sur tme soueoupe ou
une assictte et a interpreter les figures laissees
apres le dessechement complet.
Cartomancie. Divination par les cartes a jouer.
Probablement aussi ancienne que les cartes; b-
jeu de tarots etait deja connu a Bolognc au
commencement du quinzieme sieele. Le fameux
jeu de cartes de Charles VI parait un simple
recueil de miniatures. Le premier travail ecrit
sur la cartomancie so trouve dans les Sorli de
1 editeur Francesco Marcolini de Forli (Venise,
1540).
Gi plintuiii/iiiciL (de -/s^/Ar,). Divination magi-
que ; on faisait rotir une tele d ane sur des
charbons, onformulait des questions dif ferentes
sur un sujet donne. Quand les machoires re-
muaient, on avail la reponse.
Ceromancie (xviob;, eke). Divination par des
gouttes de cire qu on laisse tomber dans 1 eau ;
on devine suivant qu elles s etalent ou s ctirenl
en filamenls.
Cheronomnncie (/oVpo,-, pore). Divination par les
vessies de pore : Ayons force pourceaux, tu en
auras la vessie (Rabelais).
Chiromancie (de y_t\p, main). Divination par
les ligncs et les eminences de la main. Co//, le
texte, p. 49.
Chresmologie (//^ano;, oracle). Divination en-
ihousiaste. Voy. le texte, p. 38.
f -/. /.rfrn-i, exclamation). Divi
nation par des mots ecliapix s aux individus.
Cetle divination etait praliquee a 1 oracle
d llermes Agoraeos ii Pbarae en \ ( haic. Apres
avoir pose sa question au Dicu, le consultant
quiltait la place ense bouclianl b?-; orcillrs avec
les mains. Une fois hors de 1 agora, il olait ses
mains, et la premiere parole qu il cnlfiidait
prononcer sur son cbemin etait la reponse de
1 oracle (B.-L.). Cette divination etait souvent
pratiqucc dans les oracles d llermes.
CleicloiiKiin-ii (x).i;, clef). - - Divination^ par la
clef placee sur la premiere page del Evanpile
de saint Jean. On pose sa question, un autre lit,
et, lorsque la clef tourne, on a la reponse.
I .li riniiiiin-n- (xV?;po,-, sorl). -- Divination par Ics
sorts. Voy. le texlc, p. 4i>.
Coskinomancie (Kotrxtvov, crible). Divination i ;n
le crible. Ce crible elail suspendu a un lil ou
pose sur une poinle ; on devinait par sou alluru,
son aiTt:t, son orientation a cc moment.
( .ri/iiiniiiicie (xpiO-r,, orge). Di\ inalinn par l.i l.i-
rine d orge.
Crommyomancie ^XCIOIXIA-JOV, oignon). - - Varirir
cbretienne de cleromancie. On po-e une ques
tion /// /n /ti) et on ecrit la rcpon^c probable sur
des oignons qu on place sur J autcl Jors de );i
mcsse de minuit; le premier qui gcrme fournit
la reponse vraie. En Lorraine, au seiziemt
cle, les jeunes lilies recbercbces par plusieurs
amoureux faisaient un choix de cetle maniere.
Crystallomancie. Divination par un vase on
une plaque dc cristal. Voy. Hi/droinancle, Lecn-
nomancie.
Hinii/liomancie (de JaxTu/.o;, anneau). Divina
tion paries anneaux; procedes inmibn-ux. 1 ar-
1 ois on interpretait leur son; parfois on faisait
oscillcr 1 anneau suspendu a un fil au centre
d un bassin aulour duquel se trouvaicnt les
24 lettres de 1 alpbabel. Les pierres enchasse es
daus les anneaux servaienl au^si a la divina
tion.
Daphnomancie (de Srj.-^ r ,, lauricr). Divination
par les feuilles de laurier. Quand elles briilaieut
avec fracas, c etait un heureux presage.
Empyromancie (de T.S?, feu). Divination par le
feu, la combustion des victimes. Lorsqu on
brulait sur le brasier de 1 auiel les cuisses des
victimes, onregardait si la fumec inontait droil
vers les immortels. Si la colonne de fumee pa-
raissail lourmentee et arretee dans son ascen
sion, il y avail lieu de craindre le courroux des
dieux; de meme, si les viandes resistaient a la
ruisson ou tombaient par terre (B.-L.). On
tirail aussi des presages des main-res vegetales
jetees au feu, de la flamme, de la fumee.
E.regi te. Inlerprele d un texte propbctique.
Extispicine. Divination par les entrailles des
viclimes. Tbeodoi us : Voulez-vous en sgavoir
parl artd aruspicine? parextispiciue, par augure
pris du vol des oiseaux? du cliant des oscines?
Du bal solilisme des canes? Par estronspicine,
repondit Panurge (Rabelais).
Gastromancie (de f.atr t o. venire). Suivant les
uns, divination par le venire. On pose a voix
basse la queslion pres du venire dc 1 inspire,
qui repond par signes. Lemol designe quelque-
fois la venlriloquie, de laquelle en Ferrare
usa largemenl la dame Jacolia Rhodigina en-
gastrimythe (Rab.). Suivant d autres, divina-
94
DIVINATION.
tion a 1 aide d un vase plein d eau, dont la par-
tie cvuir.-ilr |H,ii:n! le uoin de venire.
Genetliliiiln/iie (de y^ Mii naissaii - Astro-
logie, ainsi appelee parce que la pluparl de<
predictions astrologiques reposaient surle theme
dresse au moment de la naissance. Appelee
aussi genethlioscopie.
Gtomancie (de ^, terre). -- Divination par la
sphere terrestre. Precedes analogues a ceux de
l ;ivtrologie.
Gyronnnn-ii f-;-jjo;, cercle). Divination par les
tours que faisait un individu auquel on avail
soin de fermer les yeux. On tirait un presage
du cole vers lequel <tait termine le cercle. Je
te feray ici tournoyer force cerclcs lesquels tous
lomberont a gauche, je t en assure (Rab.).
Harnspicinc ou Aruspicine. Divination prati-
quee par les aruspices. Voy. le texte, p. 66.
Htpatoscf>/< ,.-V. ? -(XTO;, foie). Examen du foic
pratique dans 1 extispicine, purtie tres-impor-
tante de celte mcthode.
////K.sri /i/r (Upov, victime). Synonyme d exti-
piscine.
Horoscope (wj</., saison domicile des planetes).
- I onii .Implication des influences side
qui regisient la vie d un individu. Voy. le textc,
p. 48.
lli/itatoxi-o/ii,- Me iuj-$aTo;, eau) ou Hi/dromtn/-
cie. - Divination par 1 eau (Voy. Kaloptro-
iiiniicie).
llt/ili-i:*c<i/ii>: de J wp, eau). Art de trouver les
sources cachees. Voy. Rkabdomancie. Ne pas cou-
fondre uvec hydromancie.
latromanlique (!arr,j, medecin). Divination
medicale.
Ichthyomancie (itfu;, poisson). Divination pur
les poissons. Sa legitimate a ete contestee par
Plutarque. Elle etait pratiquee a Hierapolis et
en Lycie, dans le temple d Apollon, a Surra. II
y avail au fond d un goufl re creuse par la
mer des poissons auxquels on jelait des mor-
ceauxde viande rotie constituant les preuves du
sacrifice. Plus les poissons etaiunt nombreux et
voraces, meilleur etait le presage. Si aucun ne
venait, c etaitd uu tres-facheux augure (B.-L.).
Incubation. Sommeil dans un lieu consacre
pour ohtenir une vision mantique.
orevb;, fumee). Divination par la
fumee. S ecrit aussi capnomancie.
Katoptromancie (de xa-uoictfov, miroir). Divi
nation par le miroir. Un enfant etail place de-
vant un miroir, on lui adressait une question
sur une personne et il la voyait dans le miroir.
Parfois on prenait une bouteille d eau. Cette di
vination est done analogue a 1 hydromancie.
Ktraunoscopie (de xepauvbg, tonnerre). Syno
nyme de brontoscopie.
Krithomancie (de xpi6Y), orge). Divination par
1 orge ; on ne sail si les devins delayaient la fa-
riue d orgc dans 1 eau ou la jetaient sur le feu.
Kuamobolie (de xia^o;, feve). Divination par
les feves noires et blanches.
Ki/bomancie (de xuSog, de). Divination par les
des.
Lampadomancie ou Lychnomancie (de
/.u/vo;). Divination chretienne. Se pratiquait
par les lumieres au moyen de lampes ou de
douze cierges allumes portant le nom des
douze apotves.
Lecanomancie (XexivT,, hassin), -- Divination pnr
les bassiiis. Dans sa forme simple on jetaii
pierres dansde 1 eau ou Ton melangeait de 1 eau
et du viu dont on ol)-eiv;iii !e^ lellets. Purfois
on interpretait les sons d un lm--?in de bronze
sur lequel frappaient des sortes de maillets me-
talliques. Divination usitee a 1 oracle de Dodone.
Voij. le texte, p. 62.
Lihaiiomancie i i.i?v.-iv;, encens). Divination par
la fumee de 1 encens. Son invention etait attri-
buee a Pythagore. Parfuis au lieu de 1 encens
on employait le laurier ou 1 olivier.
Lithobolte (XifloSoiew, jejette des pierres), variele
de cleromancie. Divination par les cailloux.
Lithomancie (de Xi^oq, picrre). Divination par
ies pierres. Les Mysiens, pour savoir i la re-
colte de 1 annee serait. abondante, se servaient
de petites pierres noires qu une espece de pavot
produisait en guise de graines; quand 1 annee
devait etre sterile, ces objets restaient immo-
biles; quand il devait y avoir une recolte abon
dante, ils bondissaient comme des ^aulerelles.
Mmitcion. Oracle.
Mantique. Divination.
Mi -tii/ii: :i-n/ii, ^jLi -ruTov, front . --Divination par
les traits du visage. Ne pas confondre avec
physiognomonie. Voy. le texle, p. 89.
Molibdomancie (de plomb fondu). -
Divination par le plomb fondu. Analogue a la
sideromancie.
Worphoscie Me ^i^--r,, forme). Divination par
les traits, la forme du corps.
)l//uiacie (de nuuv, muscle). Variete de mor-
phoscopie dans laquelle on interpretait 1 energie
des muscles et leur forme. En extispicine les
muscles n avaient pas de valeur mantique.
Myriogen&se. Systeme zodiacal egyptien dans
lequel chaque signe, compreriant 50, correspon-
dail a toutes les constellations du segment cor-
respondant de la sphere celeste. Les Grecs
appelcrent toujours sphere barbare ce systeme
qui gardait pour eux son caraclere exotique.
Nt cromancie ou ^L-kyomancie (de vsxpb;, mort).
- Evocation des morts dans un but magique
ou divinatoire.
XL l>lioman<:ie (de vso. 7i nuage). Divination par
les images, inventee seulemeut a 1 epoque du
Bas-Empire. D apres Photius, une certaine An-
thusa predit 1 avenement de 1 empereur Leon
parce qu un nuage en forme de lion en avail
avale un autre en forme d homme.
Oikoscopie (de otxo;, maison). Nom generique
des divinations domestiques particulieres : un
certain Xenocrate avail ecrit un livre intitule :
Oionistique (Vyo. Ornithomancie).
Qmoplatoscopie- Divination par 1 omoplate des
victimes. On immolait une brebisouun agneau
apres avoir formule mentalement la question a
resoudre : on levait alors une omoplate et on la
faisait griljer sur des charbons ardents. Le chan-
gemenl de coloration de 1 epine, son boursou-
flement, fournissaient des indices heureux ou
nialheureux. Quand le tote droit rougissait
ou que le gauche noircissait, c etaitun presage
de guerre.
Omphalomancie (de oa=a).>);, ombilic). Les
sages-femmes prevoyaient le nombre des enfants
qu aurait une primipare d apres le caractere du
cordon et celui de la caduque.
DIVINATION.
95
Oniromancie (de oveipos, songe). Divination par
les songes. Leur interpretation coustituait 1 oni-
rocritique.
Onomatomancie (de ovo;jia, nom). Divina
tion mathermtique. On pretend que la presi-
dence de Taylor aux Etats-Uriis avail cte prevue
de cette maniere. En mettant le numero de
chaque letlre de 1 alphabet au-dessous du nom
on arrivait au meme total que dans le court
membre de phrase promeltant la presidence
(Zachanj Taylor, will be President).
Onychomancie (de ovu;, ongle). - Divination
magique. On fait certaines marques sur les
ongles d un enfant, il les tourne vers la terre.
Apres la conjuration, on fait sa demande, le
demon invoque ecrit les reponses sur le sol.
Ooscopie (oibv, ceuf). - - Divination par les oeufs.
Les pretres qui faisaient une observation pour
deviner des dangers, dit le scoliaste de Perse,
observaient d ordinaire un cauf mis sur le feu,
examinant s il suait par le haul ou par le cote ;
mais, s il eclatait et coulait, il presageait un
peril a celui pour le compte duquel se faisait lu
ceremonie.
Ophiomancie (de o-siq, serpent). Memes procedcs
que I ornithornancic.
Oracle. Lieu oil s exercait la divination. Nom
parfois applique aux renseignements donnes
eux-memes. Voy. le texte, p. 50.
Ornithomancie (o pvi;, oiseau). - - Divination par
les oiseaux. Voy. le texte.
Palomctncie (-a/.r,, lutte). - - Divination par les
fleches. Synonyme de belomancit.
Pegomancie (de nrvrt. source). Divination par
1 eau. Synonyme d hydromancie.
I hrcnologie (de = *>,>}. La phrenologie est un
precede d observation reposant sur des relations
incertaines et discutables dans Dante, mais il ne
se rattache ni au merveilleux ni a la mantique.
Ce mot sera truite a part.
I hyllomancie (de ? 5Uov, feuille). -- Divination
par les feuilles brulces ou chassees par le vent.
Physiognomonie. Interpretation de la physio-
nomie. Voy. le texte, p. 90. Ses precedes ne se
ratlachant ni aux sciences occultes niala divina
tion proprement dite.Cemot sera traite a part.
Prognostique ou Prognose. Differente de la
divination en ce qu elle repose sur 1 observation
pure. On attribuait au centaure Chiron 1 inven-
tion de la prognostique meteorologique.
Psychayogie (de $/$, esprit). -- Synonyme de
necromancie.
Ptarmoscopie (de K-C&WU, j eternue). Divination
par 1 e ternument.
Pyromancie (Voy. Empyromancie).
Pythaistes. Devins alheniens charges d observer
le ciel au moment oil devaient se mettre en
marche les processions de Pytho.
Rhabdomancie (de jS5o?, baguette). Divination
par la baguette.
Rhapsodomancie. -- Divination par des phrases
detachees au husnnl. des poesies d Homere,
d He siode et des recueils d oracles. Yariete de
cleromancie.
Rfipluinoinancie (de jaoc/.vo;, racine). -- Divina
tion magique par les racines. Voy. le lexte au
sujet de la mandragore, p. 78.
Sel (Divination par le). Se pratique comme la
divination par le froment ou 1 orge. On jette des
grains de sel dans le feu et on devine d apres
leur? craquemcnts.
Sideromancie (de aiSt\^^, fer). On jette sur du
fer rouge des brins de paille auxquels on a at
tache une signification prealable, et on conjiv-
ture d apres la maniere dont ils brulent.
Sorts. -- Divination par les sorts. Voy. Clero
mancie.
Splanchnoscopie (de <7iO>t>.y/vov, viscere). Syno
nyme d exlispicine et hie"roscopie.
Spondylomancie (ar.wSu^os, vertebre). Divina
tion par les mouvements d une boule, d une
vartebi-fi, d un fuseau.
2. Voy. Gastromancie.
TT7/J,-, ligne d ecriture). -- Divi
nation par les vei\-. sibyllins.
Sycomaucie (de i\>-/~f, , liguier). Voy. Bl-
mancie.
Symbolomancie. Divination par signes fortuits.
Tephromancie (de T-JJ, cendre). Divination
par les cendres. On trace avec des lettres la de-
mande qu on veut faire; on tire la reponse de
celles qui restent lorsqu un coup de vent en a
enleve quelques-unes.
TriijK-ztnnancie fa&Ki^a., table). Divination par
les des, les osselets, les feves noires et blanchr^,
jetes sur une table consacruu.
Thriobolie. - Variete tres-ancienne de clero
mancie. Apollon raconte a Hermes qu il exisle
trois sceurs vierges ; ce sont les Thries qui se
complaisent a voler de leurs ailes rapides. La
tete poudree de farine blanche, elles ont leur
demeure au fond du vallon du Parnasse; en ce
lieu retire, elles m ont enseigne, sans que mon
pere s en inquietat, la science divinatoire dont
j etais avide, enfant encore et gardant mes boaufs.
Depuis lors, elles voltigent ga et la, et elles se
repaissent des rayons de miel et accomplissent
chaque chose. Or lorsque, rassasiees de miel
nouveau, elles entrent en delire, cllcs consen-
tent avec complaisance a dire la vt-rite. Mais,
lorsqu elles sont privees de la douce nourriture
des dieux, elles trompent et egarent en sens
divers (B.-L.). Plus tard on appelait thries des
galels ou cailloux qui servaient a la divina
tion, ou meme par extension les predictions
qu on en obtcnait.
Tyromancie (de Tu P b ? , fromage). Divination par
les fromages.a/ias tyriscomancie. Pratiques in-
connues. J ay un fourmage de Br^hemont a
propoz r (Rabelais).
A. DECHAMBRE et L. THOMAS.
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voi-um.J. Maire, 1639, in-8, 931 pp. SCOT (Michael). Tractatus de secret is natune. Fran-
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96 DIVONNE.
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1877-81, 4 vol. gr. in-8. D. et T.
DIVISEUR. I. PHARMACIE. On range parmi les diviseurs : 1 les instruments
qui, comme les piluliers, servent a diviser en plusieurs parties ime masse me-
dicamenteuse (voy. PILULES) ; 2 ceux qui sont destines a mettre en poudre une
substance solide, telle que le marbre, le porphyre (voy. PULVERISATION) ; 5 certains
excipients propres a faciliter, dans la preparation des pommades, la division de
substances difficiles a incorporer, telles que le mercure. Unpharmacien, M. Pons,
a propose 1 emploi d un melange a parties egales de styrax, de terebenthine et de
poudre de camphre qu il nomme diviseur mercuriel, et qui serait susceptible
d eteindre le mercure en vingt minutes. 1).
II. MEDECINE OPERATOIRE. Certains instruments de chirurgie portent le nom
de diviseurs. Ainsi, parmi les ceplialotribes, le diviseur ce phalique dc Joulin,
agissant par ecrasement lineaire. Les cephalotomes a couteau ou a scie rentrent
dans la meme categorie. On a aussi imagine des lithotomes diviseurs ou inci-
seurs, a bords tranchants, pour la division des calculs trop volumineux <inciseur
de Civiale, diviseur de, Caudmont). D.
DIVISION (CKIRURGIE). Modede dierese comprenantla]jowd/o?z, Y incision,
la de chirure (avec 1 ecrasement), la sercission (section par un fil de soie anime
d un mouvement de va-et-vient), le broiement. Ce sujet est traite a 1 article
OPERATION, pages 461 et suivantes. D.
(ETABLISSEMENT HYDROTHERAPIQUE DE). Dans le departement de
1 Ain, dans 1 arrondissement et a 10 kilometres de Gex, est un village de
1800 habitants en comprenant la population de tons les hameaux de la commune.
Divonne est sur la Versoix qui y prend sa source, a la base septentrionale du
mont Mussy (Chemin de Lyon et Geneve. De Geneve on doit faire en voiture les
20 kilometres qui separent cette ville de 1 etablissement hydrotherapique de
Divonne). A 1 extremite du village, au pied du petit mamelon sur lequel a ete
bati le cbateau de Divonne, s elendent plusieurs bassins de superficie inegale et
d une profbndeur d un metre environ. Leur eau est d une lirapidite parfaite
pareille a celle du Rhone an moment ou il sort du lac de Geneve; seulement
avant et apres les orages elle devient un peu louche, et son niveau s eleve quand
la tempete commence a se calmer; elle se renouvelle sans cesse. On la voit bouil-
lonner au fond des bassins, que recouvre une couche epaisse de sable qu elle
souleve par places, comme si elle e tait bouillante ; des bulles d air viennent sans
DIVONNE.
interruption s epanouir a sa surface. L eau des sources de Divonne est une des
plus froides qui existent au monde : elle ne fait monter, en effet, la colonne
d un thermometre centigrade qu a 6, 5, que la temperature de 1 air soit a
10 degres au-dessous ou a 20 degres au-dessus de zero. On ne connait pas au
juste d ou partent les sources de Divonne. On a pense qu elles provenaient du lac
des Rousses, qu elles traversaierit tout le Jura sans dissoudre une parcelle des
elements calcaires qu il renferme et qu elles venaient e merger a Tun des points
opposes de la chaine jurassique. Cette opinion a trouve de nombreux contra-
dicteurs, mais, d ou qu elle sorte, cette eau n en est pas moiiis excellente et elle
est si abondante qu a sa sortie du sol elle forme une riviere capable de faire
tourner les roues de plusieurs moulins.
La Divonne ou la Versoix alimente les salles de 1 etablissement hydrotherapique
fonde par le docteur Vidart pere. C etait une ancienne papeterie dont les bati-
ments contiennent maintenant tous les appareils inventes pour nn traitement
complet par I eau froide : deux piscines a 1 eau courante, un cabinet ou s ad-
ministre la douche inonstre dite de Priessnitz, une sallepour les douches medi-
camenteuses et une piece ou se prennent les bains d air chaud charge de vapcurs
tere benthinees.
On suit a Divonne, peut-etre mieux que partout ailleurs, un traitement hydro-
the rapique dans des conditions exceptionnellement favorables. En effet, presque
tous les malades auxquels convient une cure par 1 eau froide ont besoin d etre
eloignes des plaisirs et des distractions des grandes villes, d etre places en face
d une nature sauvage dont les aspects sont aussi varies que les divers points d ou
on 1 observe. Divonne reunit ces avantages. Une source invariablement froide et
excessivement abondanle, une douche d un volume sans egal et d une force qui
peut etre modere e comme on le veut, des bouillons plus ou moins considerables
dans des piscines a eau courante, des sections occupees par tous les accessoires
d une balne ation complete, un tres-beau et tres-grand pare ou les baigneurs
peuvent se promener et faire leur reaction sans perdre de vue les diverses parties
de 1 etablissement ou ils sont loges et nourris, des promenades variees et inte-
ressantes aux environs, telles que la base orientale de Mussy, qui n est pas a plus
de dix minutes (Arbere, Grilly, a vingt et a trente minutes), Grassier, village vau-
dois, qu un ruisseau, le Boiron, descendu du Jura, separe de la France; le tour
du chateau ne demande pas plus de trois quarts d heure. Le milieu du jour est
aisement occupe par ceux qui aiment les beaux sites et les panoramas qui chan-
gent a chaque minute au voisinage des Alpes, du Jura et du lac Leman. G est a
Divonne, au commencement de 1 autonme surtout, que les couchers du soleil
sont admirables et se ressemblent rarement, de quelque endroit qu on les observe.
La ville de Nyon, si originale, n est qu a 6 kilometres et demi de Divonne;
Coppet n en est pas plus eloigne. Les personnes valides peuvent entreprendre
meme des excursions sur la route si accidente e qui conduit a Gex, ou des ascen
sions au Mussy, petite montagne isolee sur laquelle on peut varier ses prome
nades en admirant a chaque pas de magnifiques echappees sur la plaine, le lac
de Geneve, les Alpes ou le Jura. On peut faire enfin 1 ascension de la Dole
(1683 metres), qui exige cinq heures pour monter et trois heures pour descendre.
Le salon de 1 etablissement de Divonne reunit lous les soirs ceux qui preferent
la societe a la vie de famille, au recueillement ou a la solitude. Des bals, des
concerts et meme des representations theatrales (res-attrayantes animent quel-
quefois la fin des journees des notes accidentels de Divonne qui arrivent de tous
mcr. EXC. XXX. 7
98 DIVORCE.
les pays pour y suivre une cure hydrotherapique dans des conditions exception-
nelles. L eau des sources, la purete de 1 air des montagnes, la solitude dont ils
sont entoures, la beaute du paysage, la vie calme et facile qu ils y menent, les
distractions distinguees qu ils y trouvent et 1 inslallation balneaire qu il est diffi
cile de rencontrer plus complete, concourent puissamment en effet au succes des
cures de Divonne. Get etablissement hydrotherapique a encore un avantage pre-
cieux quine doit pas etrc passe sous silence, il vient de sa position eloignee de
beaucoup de grandes villes qui permet aux malades, moralement et iutellectuel-
lement fatigues, d y suivre un traitement, eloignes de toute preoccupation, de toute
secousse, de tout tracas, qui ont souvent produit la maladie dont ils viennent
demanderla gueiisonou I ameliorationauxeauxfroidesde Divonne. A. ROTUREAU.
DIVORCE. Les articles ALIENATION MENTALE et FOLIE ayant paru au
moment ou se presentait le mot DIVORCE, c est ici seulement que peut etre placee
k grave question qui, a 1 occasion d un projetsur la matiere, a surgi naguere au
sein du Parlement et a recemment provoque de vives discussions a 1 Academie
de medecine et dans la presse medicale : la question de savoir si 1 alienation
mentale doit etre adinise parmi les causes de divorce (voy. sur la Separation
de corps, au point de vue demographique, 1 article MARIAGE, p. 40).
Si Ton en jugcait paries manifestations jusqu ici connues de 1 opinion publique,
la cause parailrait enlendue. Appeles a emettre leur avis devant la Commission
du divorce (1882), MM. Blanche, Charcot et Legrand du Saulle, ont declare
unanimement que la folie ne devait pas entrainer de droit la dissolution du
manage, surtout avec les consequences extremes qui sont propres au divorce; et
il nous semble que c est la grande majorite des organes de la presse qui s est
ran^ee a leur avis. Cependant la question est restce douteuse, ou meme a ete
resolue en sens conlraire par des esprits distingues, dont quelques-uns, comme
M. le docteur Luys, joignent a de serieux arguments 1 autorite d une compe
tence toute particulicre. II faut done 1 examiner avec quelque soin.
Prenons-la d abord par son cote pratique, qui est celui dont le legislateur doit
surtout se preoccnper. Pourquoi veut-on que 1 aliene soil separe de son conjoint?
Parce qu il peut compromettre la fortune du menage; parce qu il peut etre dan-
<*ereux pour la vie de ses semblables ; parce que la cohabitation fait naitre le
risque d une transmission hereditaire de la maladie. Ce sont les seuls motifs
serieux qui puissent toucher le legislateur, car je n imagine pas que son souci
puisse descendre jusqu aux tribulations, aux degouts souvent attaches aux soins
que reclame un alieue.
La loi a deja prevu les deux premiers dangers et fourni. autant que possible,
lesmoyensde les conjurer; si nousdisons autant que possible, c est que f requem-
ment, par un contraste remarquab e, ( alienation mentale tantot se cache d abord
sous des formes insidieuses, qui lui permettent de faire la ruine dans le menage
bien avant de se manifester clairement, tantot se revele par dts eclats soudains
dont le premier effet est la violence meme qu il s agit d eviter, comme unmeurtre
ou un incendie. Mais n importe : la loi veut que, aux premiers signes evidents
d imbecillite, de demence ou de fureur habituelles, 1 aliene soit interdit, meme
lorsque cet etat presente des intervalles lucides (art, 489 C.) ; et 1 assistance
judiciaire est la pour assurer le benefice de cette disposition aux families indigentes.
La loi veut encore que toute personne interdite, ou non interdite, dont 1 etat
d alienalion compromettrait 1 ordre public ou la surete des personnes, soit placee
DIVORCE. 99
d office dans un etablissement d alienes, et elle accorde aux families la liberte
d agir de meme a 1 egard de ceux de leurs membres qui seraient frappes de folie
meme inolfensive, en vue seulement de leur assurer les soins medicaux. i\ est-il
pas evident que lejour ou 1 alienation d un conjoint serait assez confirmee, assez
habituelle pour legitimer le divorce, on aurait eu tout le temps necessairc pour
prendre les mesures preservatrices qui viennent d etre indiquees?
Reste le danger de la cohabitation: 1 aliene peutsemer dans son foyer legerme
de la folie hereditaire. Je ne le conteste pas. Mais d abord s impose ici une
remarque analogue a celle que nous preventions a 1 instant sur les debuts de
1 alienation. Croit-on que 1 aptitude a la transmission hereditaire commence
avec le desordre effectif des facultes mentales?Est-ce que la seule predisposition
morbide n y suffit pas? Est-ce qu on ne voit pas tous les jours des individus
procreer dix ans, vingt ans avant de devenir alienes, des enfants qui le deviendront
a leur tour et peut-elre meme avant leur pere ? Est-ce que la transmission
hereditaire n enjambe pas meme les generations? Et quand on reflechit au
degre de deche ance mentale etle plus souvent de paralysie generale et d impuis-
sance dont une loi sage et humaine devrait faire la condition du divorce,
on ne peut s empecher de reconnaitre que, meme sous ce rapport, les resultats
obtenus seraient tres-mediocres. Nous entendons bicn <jue le peu en ce ^enre
n est jamais a dedaigner : mais alors que n applique-t-on le meme argument aux
autres maladies hereditaires, a la phthisie, par exemple, qui, auprincipe d liere-
dite, ajoute, elle, un principe de contagion? On peut dire avec assurance que les
epoux phthisiques, presque jamais isoles et jamais internes, sont plus feconds
en transmissions morbides que les alienes, presque lous sequestres pendant un
temps plus ou moins long; et, apres tout, il est permis de se demander s il est
meilleur pour un pays de produire des phthisiques que des alienes. Une question
qui aboutit a ces termes n est pas susceptible d une solution legislative.
Une consideration clinique pese ici d un grand poids. La declaration du divorce
pour un cas d alienation mentale implique presque necessairement 1 incurabilite
absolue de la maladie. Qu on se figure, en effet, un epoux sortant gueri d un
asile apres un sejourde plusieurs anneeset se heurtant dans son domicile a un
remplacant, a des enfants qui ne sont pas les siens ! Or, y a-t-il beaucoup de
folies absolument incurables, et celles qui passent pour lelles.comme la paralysie
generale, lesont-ellesreellement?M. Blanche le conteste, s appuyant sur des faits
remarquables desa pratique etde plusieurs autres alienistes. Prenez garde, repon-
daitM. Luys a la tribune de 1 Academie; cethomme que vouscroye/. <?ueri ne 1 est
pas;il a des bizarreries de caractere; ses idees ne sont pas toujoui s justes;
elles ne s enchainent pas avec une suite parfaite. Si vous pouviez voir so;:s son
crane, vous y constateriez toules sortes de modifications patholo"iques des
meninges et du cerveau. - - Eh bien, soil, cet homme est menace de nouveaux
accidents ; un jour ou 1 autre peut-etre il retournera a 1 asile; mais, en attendant
pendant un an, deux ans, trois ans et plus, il aura la possession et presque la
libre disposition de ses facultes intellectuelles; il ne denisonnera pas; il sera
en etat de tenir ses livres, s il est commercant; de composer des ouvra^es s il est
litterateur; de faire des cours, s il est professeur; surtout il aura la conscience
et recevra 1 impression morale des actes qui se passeront devant lui. Aura-t-il
deja a ce moment, dans la periode des accidents graves, subi la loi du divorce en
sa qualite d incurable?Sinon,pourquoi avoirattendu et, enge neral, combien de
temps faut-il attendre? Qui sait s il y aura une remission? qui sail quand elle
100 DIVORCE.
viendra? Un homme tros-distingue, que beaucoup d entre nous ont connu, est
sorti d un asile au bout de douze ou quinze ans apres y avoir ete declare paraly-
tique general par les specialistes les plus autorises, et il a repris avec le plus
grand succes, pendant une periode presque egale de temps, le cours de ses tra-
vaux scientifiques. Si, au contraire, le divorce a ete prononce contre le malade
avant la remission, quelle torture subira ce lucide malheureux, cet innocent,
devant son foyer envahi et sous le coup d un arrete de justice lui en interdisant
1 entre e ? Quant a ces alterations de la substance cerebrale, presumees apres tout,
chez un sujet revenu pour le moment a la raison, c est bon pour un cours de
clinique, mais point du tout pour 1 expose des motifs d un projet de loi.
On propose, il est vrai, la formation d une Commission medicale chargee
d observer de temps a autre, pendant un an, 1 aliene en cause, et de faire un
rapport sur son etat. Cette garantie serait-elle de nature a satisfaire le legislateur?
On peut faire cette question en pre sence de la divergence d opinions qui s est
produite devant 1 Academie. Que ferait d ailleurs cette Commission dans laquelle
se rencontreraient vraisemblablement M. Blanche et M. Luys? A moins d un de ces
etats ultimes et desesperes sur lesquels on ne discute pas, 1 un affirmerait avoir
observe dans le cas present ou la guerison ou des remissions de longue duree,
tandis que 1 autre affirmera n en avoir jamais rencontre. Et la question resterail
ce qu elle est aujourd hui. Sans doute il en va ainsi de beaucoup de consultations
scientifiques ou autres; mais toutes ne touchentpas a de si gros interets sociaux
et, quant a celles qui pourraient avoir quelque analogic avec les consultations
proposees par M. Luys, nous voulons dire les expertises medico-legales, il faut
remarquer que jurys et magistrats ont, contre les contradictions et obscurites de
la science et les contradictions des savants, les ressources de tous les documents
de la cause oil ils peuvent puiser les elements de leur opinion. Quelle lumiere
pourra eclairer 1 autorite dans une simple question de pronostic?
Au reste, je laisse, pour ma part, ces disputes d asiles et d amphithealres;
la question est plus haute. En soi, dans son essence meme, cette invasion de la
pathologic dans le contrat de mariage est anormale et subversive. Jusqu ici la
101 ne s est enquise de la maladie de ses justiciables qu a leur profit, pour les
decharger de devoirs onereux ou pour les soustraire a 1 action penale. Rien de
plus juste ni de plus moral: devant la puissance publique, rinfirmite est un
malheur, un objet de commiseration et de respect. Et voila qu on lui demande
de la trailer en reprouvee ! Et cela pour le plus grand bien d un des conjoints
qui, peut-etre, aura par sa dissipation, par son inconduite, par 1 adultere, provoque
la folie de 1 autre !
Nous ajoutons que cela est contradicloire meme avec 1 esprit de la legislation
en ce qui concerne le mariage des alienes. Loin de chercher dans la demence
une cause de dissolution du mariage, le legislateur, celui-la meme qui avail
retabli le divorce en France, n a pas prononce un veto absolu contre le mariage
du dement ; il n a pas edicte a cet egard d incapacite legale et plus d un aliene
a use de la tolerance, meme parfois dans les asiles. La famille peut sans doute
fuire opposition a un tel mariage, mais celui-ci, se trouvant accompli, n est pas
pour cela de piano frappe de nullite. Le mariage qui a ete contracte sans le con-
sentement libre des deux epoux ou de 1 un d eux ne peut etre attaque que par
les epoux, ou par celui des deux dont le consentement n a pas ete libre, et qui
serait, dans ce cas, 1 aliene lui-meme.
En definitive, la folie est une maladie ; aucune maladie, meme 1 impuissance,
DIVULSEUR. 101
ii est une cause legale de dissolution de mariage. Le fou est un individu
dans sa sante morale comme d autres le sont dans leur sante physique: il merite
la meme sollicitude, les memes attentions bienveillantes et secourables, reserve
faite des pre cautions de securite indispensables. La folie dans le mariage est une
de ces adversites qu on a promis de partager en commun comme les joies. Et, a
ce propos, une preoccupation s impose a 1 esprit. Qui n a eu occasion, surtout
parmi ceux qui ont frequente ces classes dites elevees ou la fortune ne soutient
plus le rang, de surprendre quelques-unes de ces condamnables speculations qui
mettent an lit d une jeune fille saine de corps et d esprit quelque fils d aliene,
he ritier, pour le moment, du chateau de ses peres, et probablement, pour 1 avenir,
d une horrible maladie. Nous connaissons, pour les avoir subies, les angoissesdu
medecin uni auxdeux families par des relations professionnelles. Avec le divorce
en perspective, mais dans une perspective plus ou moins lointaine, laissant le
temps de jouir du present et de le fa ire fructifier, quelle nouvelle porte ouverte
a la tentation! Si la maladie n eclate pas, tout est bien ; si elle eclate, pas
d esclavage conjugal qui vous rive a celle qui vous donnera son nom. Le divorce,
et tout est fini. Ce n est plus qu a recommencer. Dans une societe de peu de foi
morale, deja si affamee d argcnt, si violemment emportee par le torrent des
affaires, tellement avide de jouissances materielles que le souci meme de leur
recherche empeche de les gouter serviunt voluplatibus, non fruuntur, ce
sont de facheux precedes que ceux qui tendent a abaisser, par la suppression des
devoirs sociaux, la barriere de la cupidite I
La Chambre des depute s, qui a vote leprincipe du divorce, n en a pas encore
determine les applications. A ttendons. A. DECHAMBRE.
DIVRY (JEAN). Medecin et poete, ne a Hiencourt, dans le Beauvoisis, vers
1472, exerc,a la medecine et publia diverses poesies sur 1 histoire et sur des
sujets particuliers ; nous ne citerons que Les secrets et lois du mariage, in-8,
sans date. L. HN.
DIVULSEUR. Instrument employe pour pratiquer la dilatation brusque
des retrecissements de 1 urethre. II en existe plusieurs modeles.
1 Celui de Michelema, forme de deux branches dont la reunion constitue un
catheter; ces deux branches, convexes en dehors et concaves en dedans, sont
reliees entre elles par leur face concave au moyen de petites lames metal liques
articulees, qui sont couchees quand 1 instrument est ferme; elles se redressent
an moyen d une vis et ecartent ainsi les deux branches. Gelui de Rigaud res-
semble beaucoup au precedent. 2 Celui de Perreve, forme egalement de plu
sieurs branches qui s ecartent au moyen d un mandrin introduit dans leur
injtervalle. Le dilatateur de Holt a etc construit d apres le meme principe.
5 Celui de Voillemier, qui s est propose d avoir un instrument dont on put
augmenter le volume tout en lui conservant sa forme cylindrique, afm que son
action tut repartie egalement sur tous les points de la circonference de 1 urethre.
Get instrument, qu il a appele divulseur cylindrique, se compose d un conduc-
teur forme de deux petites lames d acier recourbees en gouttiere, de fagon a
constituer par leur reunion un catheter cylindrique, et d un mandrin creuse
sur toute sa longueur d une rainure pouvant recevoir les deux lames du con-
ducteur. Lorsque le mandrin est introduit entre les lames, celles-ci s engagent
dans la rainure de tellefacon que 1 instrument est toujours cylindrique. 4 Ceux
102 DIZIER (SAINT-).
de Sheppard et Mallez, composes d un conducteur sur lequel glisse une bougie
terminee par une olive.
Les instruments de Perreve et de Voillemier sont ceux qui agissent avec le
plus de securite.
BIBLIOGRAPHIE. VoiLLEMiER, Traite des maladies des votes urinaires, t. I, p. 194 et 200,
1868. GAUJOT et SPH,LMANK, Arsenal de la chirurgie contemporaine, t. If, p. 7^0, 1872.
L. H. PETIT.
Dizi: (MICHEL-JEAN-JACQUES). Pharmacien, affineur des monnaies a Paris,
me.mbre de I Academie de medecine, naquit a Aine, dans le de partement des
Landes, en 1764. II commenca par etre pre parateur de D Arcet, puis fut phar-
macien dans 1 armee et arriva au grade de pharmacien en chef en meme temps
qn il fut charge de 1 inspection du magasin general des me dicaments. Plus tard,
il se fixa a Paris ou il mourut a un age tres avarice*, en 1852. Nous citerons de
lui :
I. Precis historique sur la vie et les Iravaux de Jean d Arcet. Paris, an X (1802), in-8.
II. Sur la vegetation des sels. In Jour n. de physiq., t. XXXIV, 1789. III. Examen compa-
ratif des coulcurs jaitnes de la sentence du tre/le ct de la gaude. Ibid., t. XXXV, 1789.
IV. Analyse ducuivre avec lequel lesAnciens fabriquaient leiirs medailles, les instruments
tranchants. Ibid., t. XXXVI, 1790. V. Proctde pour obtenir lacide gallique. Ibid.,
t. XXXIX, 1791. -- VI. Sur la preparation de lacide citrique concret. Ibid., t. XLV, 1794,
et in Mem. des sav. e"trang., t. I, 1805. VII. Sur la rectification de Vtther sulfurique.
Ibid., t. XLVI, 179 <. VIII. Sur la matiere de la chaleur consideree d apres den experiences
chimiques comme la cause de leffet lumineux. Ibid., t. XLIX, 1799. Me"moire historique
sur la decomposition du sel marin et sa preparation en soude brute. Ibid., t. LXX, 1810.
L. ILv.
DIZIER (SAINT-) (BAD MINERALE DE). Athermale, bicarbonatee ferrugi-
neuse faible, carbonique et sulfureuse faible. Dans le departement de la
Haute-Marne, dans l arrondissement et a 16 kilometres de Vassy, est un chef-
lieu de canton peuple do, 8000 habitants, sur la rive droite de la riviere la
Marne. La ville de Saint-Dizier (5. Desiderium) a un chantier de construction de
bateaux et un commerce assez etendu a cause de ses hauls fourneaux, de ses
fonderies de fer et de ses forges.
La source de Saint-Dizier nommee Fontaine Marin emerge dans une foret
distante de *2 kilometres de la ville ; son eau est limpide, claire et transparente;
elle a une odeur a la fois piquante et hepatique ; son gout est un peu sulfureux
et sensiblement martial. Des bulles gazeuses assez grosses viennent de temps a
autre s epanouir a la surface de la fontaine dont les parois interieures sont recou-
vertes d une rouille assez foncee. Sa temperature est de 12, 8 centigrade. Son
analyse chimique a ete faite par Legrip qui a trouve dans 1000 grammes d eau
les principes suivants :
Carbonate de chaux 0,0201
magnesie 0,0232
Sulfate de soude 0,0300
chaux 0,0297
magnesie 0,0480
potnsse 0,0320
Chlorure de magnesium 0,0320
riios^lnle d alumiue 0,0200
Sesquioxyde de fer, , 0,1103
Manganese ,.,..
Silice I traces.
Strontiane, brome, iode,^cuivre ,
TOTAL DES MATIERES FIXES 0,3450
DJABRIL. 103
r i aciJe carbon ique , 0,1627
jaz> I hydrogene sulfure 0,0216
TOTAL DES GAZ 0,18i5
Cette analyse ne doit etre acceptee qu a litre de renseignement, car on ne
pent admettre, comme 1 a fait observer M. 0. Henry, la presence simultane e de
1 hydrogene sulfure et du bicarbonate de fer, sans qu il y ait production imme
diate de sulfure noir de fer. M. Henry n a pas trouve non plus une proportion de
fer aussi considerable que M. Legrip et a constate qu il y avait erreur dans la
quantite d hydrogene sulfure de 1 analyse ci-dessus.
L eau minerale de la foret de Saint-Dizier est employee depuis longtemps par
les gens de la ville et des environs contre les maladies cutanees et contre les
etats pathologiques dont 1 appauvrissement du sang est la cause et la faiblesse le
symptome predominant. A. R.
DJABRIL (fils de BAKHTICHOU, GABRIEL fils de BAKHTICHOU). Djabril hdrita
de la position de ses peres et la grandit encore. Jamais peul-etre medecin ne
fut ainsi comble des faveurs de la fortune. II en connut aussi les disgraces,
mais elles furent passageres. II fut le medecin favori et puissant a la cour de
Bagdad, depuis Haroun jusqu a Manioun, iuclusivement. Son pere 1 avait recom-
mande comme le premier praticien de son temps. Des cures lieureuses, un esprit
eleve, contribuerent egaleraent a lui conquerir la faveur des kalifes et de leurs
ministres les Barmecides.
Un precede original lui valut de magnifiques presents et le litre de chef des
medecins. Une favorite de Haroun s etait luxeThumerus, et on avait inutilement
employe desremedes pour favoriser lareduction. Djabril fut appele. 11 se cbargea
de la cure, mais a la condition que le kalife le laisserait faire sans se facher.
S approchant alors de la jeune femme, Djabril fil semblant de vouloir lui
retrousser la robe. A ce geste, la jeune femme alarmee etendit le bras pour se
prote ger: la luxation etait reduile.
Telle etait 1 affection de Haroun pour Djabril, qu il lui avoua qu il avait prie
pour lui a La Mekke, et qu il le defendit contre ses proches scandalises de tant
d amitie et de consider.ilion pour un infidele. Djabril etait chretien.
II presidait, non sans queljuas diffioultes, au regime alimeulaire du kalife.
Son independance et la calomnie le desservirent aupres de Haroun dans la
maladie dont ce kalife mourut, mais il etait soutenu par les Barmecides, et il
echappa a 1 orage. La meme faveur lui fut continuee par Amin. Manioun, com-
pelileur d Amin, en prit ombrage, mais le besoin le rapprocha de Djabril.
Djabril et sa famille usaient ge nereusement de leurs richesses. Us repan-
daient d abondantes aumones, visilaient les malades indigenes, secouraient les mal-
heureux et les opprimes. Djabril nous a conserve la lisle des liberalites inou ies
dont il fut comble par les kalifes, leur famille et les Barmecides. Nous ne pou-
vons en reproduire les details, mais nous dirons que, malgre ses fastueuses
depenses, il laissa en heritage a son fils 900000 pieces d or. Freind, qui ne
connaissait de 1 histoire de la medecine d Ebn Abi Ossaibiah que les notices des
medecins de cette famille, s est pris a dire que cette histoire n avait d autre
utilite que de faire voir les liberalites fabuleuses dont les kalifes comblaient leurs
medecins (La vie de Gabriel se trouve chez Freind).
Djabril ecrivit quelques ouvrages de medecine, et son nom apparail de temps
en lemps chez Serapion el chez Bazes (voy. DJORGIS). L. LECLEP/:.
104 DOAZAN.
DJATES (LES). Nom des populations de 1 Himalaya (voy. ASIE, p. 539).
D.
DJEBBEL-INDE. Nom donne a des Semences fines, jaunatres, de saveur
acre, qui proviennent des Indeset que les Egyptiens emploient, d apres Rocellere,
pour provoquer des vomissements. PL.
BIBLIOGRAPHIE. Bull. d. sciences mid. de la Soc. d &mulation, "VI, 211. MERAT et DE
LENS. Diet. mat. rned., II, 664. PL.
i> jo KG is BI;\ DJABRIL (GEORGES Ills de GABRIEL). L importaiice de
ce nora tient surtout a ce qu il se rattache a 1 un des plus grands faits de 1 his-
toire scientifique des Arabes, et a ce que ce personnage occupait une position qui
nous parait nouvelle dans les annales de la medecine.
En 1 annee 765 de notre ere, Georges, issu d une famille de medecins, se
trouvait medecin en chef de 1 hopital de Djondisabour, en Perse, oil il enseignait
en meme temps la medecine a plusieurs eleves.
Le kalife El-Mansour tomba malade a Bagdad, atteintd une dyspepsie, que les
remedes administres par les praticiens indigenes ne faisaient qu aggraver. S etant
informe s il n y avail pas autre part un medecin renomme, on lui designa
Georges, qui fut invite a se rendre a Bagdad. Georges s y rendit, apres avoir
confie le service de son hopital a son fils Bakhtichou. II guerit El-Mansour, qui
lecombla de presents. Tel est le commencement de la fortune de cette famille,
dont quelques membres atteignirent aupres des kalifes a un degre de faveur
inoui, et qui fournit des medecins pendant plusieurs siecles.
Georges fut un des premiers ouvriers de cette ceuvre memorable, commencee
par El-Mansour, continuee par Haroun, et qui atteignit son apogee sous El-
Mamoun, a savoir, 1 introduction de la science grecque chez les Arabes.
Ebn Abi Ossa ibiah le place en tete de la liste des traclucteurs. Ce fut le
premier, dit-il, qui sur 1 invitation d El-Mansour traduisit des ouvrages de
medecine en arabe . Ildit ailleurs que ces ouvrages etaient des ouvrages grecs.
Malheureusement il ne donne pas le titre de ces ouvrages.
Le meme historien ajoute que Georges composa en syriaque une celebre col
lection (ce que Ton a pris 1 habitude d appeler Pandectes), qui fut traduite en
arabe par Honein. Nous n avons pas d autre renseignement sur cet ecrit, qui ne
nous est pas parvenu, mais nous trouvons le nom de Georges assez souvent cite
dans le Continent de Razes: nous 1 y avons remarque une cinquantaine de fois.
Bakhtichou, fils de Georges, herita de la position de son pere a Bagdad. II
laissa des Pandectes et un Memorial, son nom se rencontre aussi dans le Conti
nent de Razes. L. LECLERC.
DJUXBERG (FREDRIK-AUGUST). Ne a Stockholm, le 3 novembre 1794, a fait
a Upsal ses etudes medicales. II fut recu candidat en medecine de cette Uni-
versite le 12 juin 1820, licencie le l er juin 1821 et docteur en 1822. II fit partie
du corps de sante de 1 armee de terre et de la marine, fut nomme chirurgien
major en 1829, et apres divers voyages devint, en 1851, medecin de province.
II est mort en aout 1875. Nous connaissons de lui :
Utdrag uc embetsberattelse. In Svenska Lakare-Sallskapet Nytt Handlingar, t. VII.
A.D.
DOA/AX (PIERRE-ELOY). Medecin du dix-huitieme siecle, regu docteur a la
Faculte de Montpellier, agrege au College des medecins de Bordeaux, membre
DOBERA. 105
de 1 Academie de la meme ville ainsi que de la Societe royale des sciences de
Montpellier, s est fait connaitre par des travaux sur la colique de Poitou et sur
les maladies des betes a comes.
I. Quaestiones medicae pro cathedra vacante : On salubris aer Burdigalensis ? . .utrum
navigatio prosit sanitaii. Bordeaux, 1757, in-12. II. Reflexions sur la dissertation de
H. De Haen au sujet de la colique de Poitou. In Journ. de med. de Roux, t. XIII, p. 291,
1760. III. Mem. sur lamaladie Jpizootique regnante, etc. Bordeaux, 1774, in-8.
L. HN.
DOB EL (JOIIAINN-JACOL). Ne a Dantzick, proiesseur et medecin pensionne a
Rostock, mort dans cette ville le 6 juin 1684. II etait membre de 1 Academie
des Curieux de la Nature, sous le nom d Hippocrate II, revetu du litre de comte
palatin. Lors de 1 investiture de ce litre, il prit la particule et changea son nom
en DCEBELN. On a de lui :
I. Diss. de lithiasi renum. Lugduni Batav., 1664, in-4. II. Diss. de fcedis virginum
coloribus. Rostochii, 1670, in-4. III. De ovis exercitationes . Rostochii, 1676, in-4.
IV. Conclusions de corporis naturalis principiis. Rostochii, 1682, in-8. -- V. Sciagraphia
corporis humani. Rostochii, 1683, in-8. VI. Hippocratis et Helmontii conciliatio de
generatione. Rostochii, 1647, in-4. VII. Penis cancrosi fehcitcr dissecti kistoria. Lipsise.
1698, in-12. Trad, en allem. Copenhague, 1699, in-8. VIII. II a encore public une edition
des ceuvres de Lazare Riviere (Francfort, 1674, in-fol.) et de la Medicina Hippocraiica
contracta de Van der Linden (Francfort, 1672, in-fol. ). L. HN.
DOBELN (JOHANIS-JACOB von) . Fils du precedent, naquit a Rostock le 29 mars
1674, etudia la medecine dans sa ville natale, a Copenhague et a Konigsberg,
puis, apres avoir exerce son art a Yarsovie, revint a Rostock, oil il prit le degre
de docteur le 18 avril 1696. II etait alors me decin du starosle polonais
Nicolas Grudzinski; il quilta ce seigneur en aoiit 1696, passa a Wismar, puis
se rendit a Gothenborg, ou il devint medecin inspecteur le 31 mai 1697. II se
fit ensuite agre ger au college royal de Stockholm, fit en 1698 un voyage aux
Pays-Bas, d ou le rappela le roi Charles XII, qui le nomma en 1709 medecin
provincial en Scanie et 1 annee suivante professeur d anatomie a Lund, ou il
moumt en 1743.
Doebeln avail e te anobli en 1716 et rec.u membre de la Societe d Upsal le
4 decembre 1753, membre de 1 Academie des Curieux de la Nature en 1735. II a
laisse une Uistoire de I Universile de Lund en latin et une Description des eaux
mine rales de Ramlcesa, pres de Helsingborg, en suedois. On a encore de lui une
fouled opuscules et de dissertations, parmi lesquels nous nous bornerons a citer :
I. Valvularum vasorum lacteorum, lymphaticorum etsanguiferorum dilucidatio. Rostochii,
1695, in-4. II. Diss. de sanguificatione sine novo chylo peremante in media diuturna
Lundae, 1730, in-4. III. Diss. qua demonstratur scorbutum Suecis non esse endemium
Lundae, 1735, in-4. IV. Compendium physiologic anatomicis demonslrationibus illus-
tratae. Lundae, 1741, in-4. L. HN.
DOBERA. Le D. glabra J., arbre de 1 Arabie, a e te cite comme produi-
sant des fruits comestibles et rafraichissants. 11 est d ailleurs sans grand inleret
medical. C esl un des deux representants connus du genre Dobera, rapporte
aux Salvadoracees par les auleurs en general (BENTH. et HOOK. F., Gen., II, 680)
et que nous avons (Hist, des plant., VI, 15) attribue aux Celastracees, comme
les Salvadora eux-memes dont les Dobera different par la polypetalie de leur
corolle et la presence d une e caille glanduleuse en dedans de chaque petale. Leur
ovaire supere n a qu une loge fertile, uniovulee, et une ou plusieurs logettes
steriles. II. BN.
106 DOBRZENSKY VON SCIIWARZBRCK.
DOBEREINER (JoHANN-WoiFGANG). Nous (levons line mention a ce chimiste
eminent, auteur d un grand nombre de decouvertes qui interessent 1 hygiene et
la medecine. Dobereiner avail du reste obtenu le diplome de docteuren medecine.
Ne a Hof, en Baviere, le 15 decembre 1780, il mourut a lena le 27 mars
1849. A 1 age de quinze ans, il commence 1 etude de la pharmacie, et les bril-
lantes qualites qu il deploya lui valurent bientot 1 amitie de plusieurs medecins
et naturalistes distingues. 11 s appliqua de preference a la chimie. Apres
plusieurs voyages, il revint dans sa patrie, en 1805, et y eleva une fabrique de
produits chimiques. Peu apres, il abandonna 1 industfie pour se livrer exclusi-
vement a la chimie experimentale ; c est a cette e poque qu il fit la decouverte des
cblorures alcalins et de plusieurs autres et reconnut les proprietes desinfectantes
du charbon. De 1808 a 1810, il dirigea une distillerie et une brasserie pres de
Baireuth et eut 1 occasion de faire des observations ties-importantes sur les
phenomenes de la fermentation. En 1810, il fut nomme professeur de chimie
a 1 universite d lena, sur la recommandation de Gehlen ; il gagna 1 amitie de
Charlcs-Auguste, grand-due de Weimar, et celle de Goslhe, et, grace a la pro
tection de ces puissants personnages, put entreprendre une serie de travaux.
extremement importants. En 1817 el 1818, le gouvernement prussien 1 envoya
en mission a Aix-la-Cliapelle et a Spa pour faire 1 analyse de leurs eaux mine-
rales. Eu 1820, il devint professeur ordinaire, et tous les autres honneurs sui-
virent. 11 refusa les offres les plus brillantes des universites de Bonn, de Dorpal,
de Halle, de Munich et de Wurtzbourg, pour rosier fidele a Tecole d lena qui
1 avait la premiere accueilli.
Dobereiuer le premier reconnut que 1 acide oxalique ne renferme pas d hydro-
gene et constala le dedoublement de cet acide en eau et en oxyde de carbone
sous 1 influence de 1 acide sulfurique concentre, de meme qu il reconnut que ce
dernier decompose 1 acide formique en acide uirbonique et en oxyde de carbone.
Le premier il employa 1 oxyde de cuivre dans 1 analyse des substances organiques.
Mais, de toutes ses decouvertes, c est celle de la propriete de 1 eponge de platine
d enflammer I hydrogene au contact de 1 air ou de Toxygeiic qui fit le plus de
sensation ; il appliqua cette propriete a la construction de briquets, de veilleuses,
d eudiometres. elc. Nous nous bornerons a ciler de lui :
I. Lehrbuch der allgem. Chemie. lena, 1811-1812, 3 vol. in-8. II. Grundriss der allg.
Chemie. lena, 1816, in-8; 3. Aufl., ibid., 1820, in-8. Suppiem. Stuttgart, 1857, in-8.
III. Anleituiig zur Darstellung und Anwendung alter Arten der kraftigsten Bader mid zur
kunstlichen Bereitung der wirksamsten Ileilwasser, etc. lena, 1816 (1815), in-8. IV. Ele-
mente der phannaceutisc/ien Chemie zu Vorlesungen und zum Gebrauch fur Aerzte und
Apotheker. lena, 1816, T. iu-8; 2. Aufl., ibid., 1819, in-8. V. Ueber die chemische
Constitution der Mineralwasser. lena, 1822 (1821), in-8. VI. Zur pneumalischen Che
mie, etc. lena, 1821-1823, 5 iasc. in-8. VII. Zur Ga!iruncjschemie, etc. lena, 1822, in-8;
2. Aufl., ibid., 1844, in-8" (n est qu une parlie du precedent publiee separe ment).
VIII. Ueber neuentdeckte lioclist mcrkwiirdige Eigenschaften des Platins. lena,. 1824, in-8.
IX. Beitrdge zur physikalischen Chemie. lena, 1824-1856, 5 livr. in-8. X. Deutsches
Apothckerbuch. Stuttgart, 18iO-l844 (en collaboration avec son fils Franz Dobereiner).
XI.Nombreux articles dans les recueils periodiques. L. Hx.
IIOBRZEXSKY vox SCHWARZBRIJCK (JACOB). Medecin et philosophe,
ne en Boheme, florissait dans la seconde moitie du dix-septieme siecle. II fit
un sejour assez long en Italie et exerga la medecine a Panne. Nous connaissons
de lui :
I. Nova et amoenior philosophia Heronis de fontibus. Ferrare, 1659, in-fol. II. Prccser-
vativum universal?. Corollarium de principiis. Hippocrates redivivus, sen Theses medicae
DOC1MASIE. 107
inaugurates. Ferrare, 1686. - - III. Tincturae metamorphoseos microcosmicae, sen Theses
medicae de transmutations in chylificatione. Ferrare, 1686, in-8.
DOBSON (LES DECX).
Dobson (RICHARD). Ne dans le Yorkshire, prit en mai 1795 du service
dans la marine en qualile de chirurgien assistant, a Haslar Hospital, et devint en
fevrier 1797 chirurgien en litre. Apres avoir navigue pendant quelque temps,
il revint en 1809 et fut nomme chirurgien du navire-hopital the Trusty; le
czar et le roi de Danemark lui accorderent de brillantes recompenses pour les
soins qu il donna aux marins russes et danois et lui decernerent entre autres des
croix de Fordre de Saint-Vladimir et de 1 ordre de Danebrog. En 1814, il i ut
nomme chirurgien de la marine royale a Chatham, puis en 1824 chirurgien a
I hopital de Greenwich. II conserva ce poste jusqu en 1844, ou il prit sa retraite.
II mourut en septembre 1847.
Dobson a publie divers articles dans Edinb. Med. Journal, London Medico-
Chirurg. Transactions, etc. II e tait fellow de la Societe royale de Londres.
Dobson (WILLIAM). Anatomiste distingue, mort a Londres le 10 mars
1836, age seulement de vingt-neuf ans. Eleve de Charles Turner Thackrah, a
Leeds, il enseigna 1 anatomie a 1 ecole fonde e par cet eminent chirurgien a
partir de 1829, puis en octobre 1855 vint a Londres enseigner 1 anatomie com-
pare e a 1 Ecole de medecine de Westminster. II etait membre du College royal
dechirurgie de Londres. On a de lui :
I. An Experimental Inquiry into the Structure and Function of the Spleen. London, 1830,
in_8. II. On the Action of the Heart. In the Lancet, t. I, p. 602, janv. 18? 1. III. Essay
on Animal Action. Ibid., t. II, passim, 1831. IV. On the Epidemic Cholera of Leeds 1825.
In Johnson s Med.-Chir. Review, t. XX, p. 636, 1832. L. UN.
DOCHMIE (DochmimDa}.). Genre de Vers Nematoides, appartenant a la
famille des Strongylide s.
Par leur corps blanc, filiforme, tres-mince et finement strie en travers, les
Dochmies out les plus grands rapports avec les Strongyles. 11s s en distinguent
par leur tete irreguliere, obliquement tronquee en dessous, et par leur bouche
tres-large, placee lateralement. De plus, la cavite pharyngienne est anguleuse et
revelue par une membrane cornee dout les bords sont denies. Les males out
I extremite posterieure du corps terminee par deux lobes late raux assez larges
rapproches en forme de bourse ou de cloche, et munie d une gaiue de laquelle
sortent deux spicules longs et greles. Chez les femelles, au contraire, la queue
est droite, conique, obtuse ou mucronee; la vulve est situee en arriere de la
partie mediane du corps.
Les Dochmies sont parasites de certains Mammiferes. Des trois especes connues,
Tune (D. tubceformis Duj.) a ete trouve e dans le duodenum duchat domestique,
en Europe et en Amerique, 1 autre (D. hypostomus Dies.), dans 1 intestin du
mouton, de lachevre, du chamois, du cerf, du chevreuil et de la gazelle, latroi-
sieme enfm (D. trigonocephalus Duj.), dans 1 estomac et 1 intestin du chien, du
renard et du loup. Dans cette derniere espece, le male a de 6 a 7 millimetres, la
femelle de 15 a 14 millimetres de longueur. ED. LEFEVRE.
DOCi.n\siE (Soxrpa^stv, essayer, eprouver). On appelle docimasie pulmo-
naire 1 ensemble des epreuves faites sur le poumon de 1 enfant pour savoir s il
108 DOCTRINE.
a ou non respire. Ces e preuves auxquelles on peut avoir recours reposent,
ou sur une difference de rapports entre le poids du poumon et le poids du
corps, suivant que Ten fant a respire ou n a pas respire (methode de la balance);
ou sur une difference dans le volume d eau que deplace et le poids que perd le
poumon immerge (methode hydrostatique de Daniel), ou sur une difference de
poids specifique (methode hydrostatique de Galien).
Ces diverses meHhodes seront exposees en detail et appreciees a 1 article
INFANTICIDE. D.
DOCKENBURG (HANS von). Chirurgien strasbourgeois du quatorzieme
siecle, celebre par la cure heureuse qu il obtint sur le celebre roi de Hongrie
Mathias Corvin. Brunschwig, dans sa Chirurgie (Tract. II, p. xxxiv b de Pedition
de 1508), raconte que ce prince avail ete blesse au bras par une fleche dont la
pointe en fer e tait restee dans la plaie. Dockenburg eut le courage d entreprendre
le traitenient du roi ; il recouvrit la plaie d un onguent compose de bol d Ar-
menie, de vinaigre et de camphre, et qui provoqua la suppuration. Le chirur-
gien de Strasbourg pratiqua alors une simple incision a la peau et retira le
fragment sans se servir de pince. Pour le recompenser, Mathias Corvin Peleva
au rang de chevalier et de comte. L. HN.
DOCTOR S GUM. Substance gommo-resineuse, extraite du Rhus Meto-
pium L., espece de Sumac des Antilles, dont 1 ecorce est astringente et a ete
vantee centre les affections diarrheiques, scrofuleuses, hemorrhoidales, vene-
riennes, etc. La resine s obtient par incisions de 1 ecorce, et on Pemploie comme
evacuant, a Pinterieur, contre les affections syphilitiques, certaines maladies de
foie, de la vessie. A Pexterieur, on Papplique au traitenient des plaies.- On a
propose de Pemployer, comme on fait des feuilles, au traitenient de la pustule
maligne : son action serait done comparable, dans ce cas, a celle du Noyer. Les
auteurs parlent peu de ce medicament, et c est d apres une indication de Bertero,
que Pon connait le nom de Doctor- gum ou Doctor s gum, qu il porte a la Ja-
ma ique. On Pappelle aussi Hog-gum; il se presente en masses demi-opaques
ou en larmes friables, jaunatres, dont Papparence a ete compare e a celle de
la gommc-ammoniaque teintee avec de la gomme-gutte. Sa saveur est legere-
ment amcre, et son odeur nulle. H. BN.
BIBLIOGRAPHIE. MER. et DE L., Diet. Mat. mgd., II, 665 ; VI, 77. -- GUIB., Drog. simpl.
6d. 7, III, 489. ROSEXTH., Syn. plant, diapkor., 850. H. BN, Hist, des pi., V, 300;
Tr. Bot. med. phantr., 902. H. BN.
DOCTRINE. Le mot doctrine signifie simplement ce qu on enseigne; mais,
en langage philosophique, il suppose que ce qu on enseigne renferme un prin-
cipe general, repose sur une proposition premiere, de laquelle on deduit une
serie d autres propositions, dont Pensemble constitue ce qu on appelle un corps
de doctrine.
Certaines doctrines sont entierement hypothetiques. L hypothese sera deduite
de certaines observations positives, mais elle sera indemontree et inde mon-
trable : par exemple, la doctrine de la metempsychose, ou meme celle de la com
position elementaire des corps et de Pindivisibilite des atonies. Parmi les doc
trines qui ont un fondement experimental, il en est qui sont tirees de Pobservation
des phenomenes du monde exterieur; d autres, de Pobservation des phe nomenes
DOCTRINE. 109
de conscience. La doctrine de 1 unite des forces physiques toutes reductibles au
mouvement est un exemple du premier cas; celle du libre arbitre un exemple
du second. Dans 1 ordre purement logique, diverses doctrines ont ete emises
sur la nature et la valeur des procedes dont 1 esprit se sert pour rechercher la
verite ou pour 1 affirmer : sur la nature de la proposition, sur la valeur de 1 in-
duction ou dela deduction, sur la distinction du genre etde 1 espece, etc. II n est
meme pas necessaire qu une doctrine precede directement de 1 hypothese ou de
1 observation; il suffit d une conception de 1 esprit, qui pourra etre occasion-
nellement suggeree par des evenements quelconques ; qui ne sera pas la
consequence logique de ces evenements, mais bien une simple opinion person-
nelle sur un ensemble de questions. La politique, ou les impressions jouent
un plus grand role que le raisonnement ou 1 experience, est pleine de ces doc
trines (qu on appelle liberates, conservatrices, socialistes, panslavistes, de
Monroe, etc.); et chacun de nous, dans ces actes comme dans ses pensees,
obeit tous les jours a des doctrines personnelles dont I irreflexion 1 empeche de
se rendre compte.
Entre la doctrine d une part et, d autre part, la the orie et le systeme, il existe
des differences que 1 usage ne respecte pas toujours et qu il est bon de rappeler,
car la premiere qualite a exiger de toute science est la clarte dans la termino-
logie.
Si la doctrine est une affirmation de principes, la theorie est une explication
des fails. II pent y avoir des doctrines sans theorie ; il n y a pas de theorie sans
doctrine. Un des exemples cites tout a 1 heure aidera a comprendre cette diffe -
rence. L univers est compose d atomes . Voila une affirmation doctrinale :
c est la doctrine atomistique. Les combinaisons chimiques en proportions defi-
nies sont expliquees par la constitution atomique des corps, et les proportions
represented les poids relatifs des particules integrantes et irreductibles de la
matiere. Yoila une theorie : la the orie atomique. De meme, on enonce une
doctrine quand on dit que 1 acte de 1 hematose est une operation chimique, et
une the orie quand on montre comment 1 oxygene de 1 air se met en contact avcc
le sang et y devient 1 agent d une combustion.
Quant au systeme, il consiste dans une disposition methodique d idees ou de
raisonnements, enchaines les uns aux autres et constituant un tout qu on ne
peut rompre en un point sans miner la construction tout entiere. Le systeme
ne doit pas etre identifie avec la doctrine, puisque celle-ci, nous 1 avons dit,
peut se re duire a une simple croyance ; mais un sysleme scientifique, comme une
theorie, suppose une doctrine et n est meme que rarrangement scientifique des
elements d une doctrine. En astronomic, 1 hypothese de 1 attraction est le prin-
cipe doctrinal sur lequel repose le systeme par lequel on rend compte du mou
vement des astres. Le principe de la doctrine de Brown est que toutes les mala
dies sont causees par 1 asthenie; celui de Broussais, qu elles sont dues a
Tirritalion ; chacun d cux applique syste matiquement son principe a toutes les
parties de la pathologic. On comprend ainsi que, dans beaucoup de cas, le choix
entre les mots doctrine et systeme soil a peu pres indifferent ; qu Alibert ait e crit
un livre sur la valeur des systemes dans Tetude des sciences, et Broussais un
autre sur 1 examen des doctrines. Pourtant il est a remarquer que la distinction
etablie ci-dessus n a pas echappe au fameux reformateur, car le litre entier du
plus celebre de ses ouvrages est ainsi libelle : Examen des doctrines medi-
cales et des systemes de nosologie .
110 DOD.
Dans 1 article consacre a 1 histoire dc la medecine (voy. MEDECINE [Histoire]),
toutes les doctrines, tous les systemes de raedecine ont ete passes en revue.
Nous n avons pas a y revenir. Quelques mots seulenient touchant 1 influencc
qu elles ont pu exercer sur les destinees de la science me dicale.
Comme on est porte a juger de la valeur intellectuelle ou des caracteres des
gens surtout par leurs defauls, il est assez d usage de maltraiter les systemes,
et c est un grand reproche contre le medecin que de le trailer d esprit systematique.
Avec ce genre d esprit en effet, qui marche pour ainsi dire a travers la reulite
sans la regarder. n ayant jamais devant les yeux que 1 ide edont il est obsede , on
a grande chance, sur le terrain scientifique, de commettre des erreurs, et, sur le
terrain pratitjue, de compromettre la vie des malades. Mais ces graves inconve-
nients ne viennent pas toujours d une faussete radicale des principes auxquels
ons est conforme; ils sont souvent imputables a des applications intempestives,
excessives, d un principe juste, tire lui meme d observations exacles. Tout cri
tique attentif et degage de prevention reconnaitra que, sile vitalisme, dans scs
grands eearts, est alle jusqu a subordonner tous les phenomenes de la vie pby-
siologique et de la vie pathologique a 1 influence de principes hypothe-
tiques, d agents internes, distiucts de la matiere, superieurs a elleetlui donnant
ses ordres, il a contribue dans une tres-grande mesure a mettre en evidence cer-
taines lois i ondamen tales de la vie elle-meme et a sauver 1 autonomie de 1 elre
aninie, et que, par contre, I organicisme, s il oublie tro r > que cet etre doue
de vie, de quelque maniere qu il dure et se renouvelle, par quelquemecanismeque
s opere et s entretienne son harmonie tbnctionnelle, tire de son origine meme, de
sa composition primitive et traditionnelle et des energies qui ysont inlie rentes,
un caractere special, unique, qui domine la pbysiologie et plus encore la patho
logic ; s il ne comprend pas que les conditions de formation de l organisme, les
conditions de son accroissement, de son arret, de son declin, de ses attributs
morphologiques, etc., sont predeterminees et consequemment imposees, quoique
inconnues, a tons nos moyens d investigation, 1 organicisme, disons-nous,
n en a pas moins ouvert a la science une ere ieconde de progres et de decou-
vertes. Et si nous premons des doctrines moins vastes, celle, par exemple, de la
fermentation dans les maladies, ou celle des humeurs peccantes, combien il serait
facile aujourd hui de demontrer qu elles repondent a des fails reels, d une impor
tance considerable et dont retentit toute la pathologie moderne. .Microbes ou
micnm*mas pretendent egalement au role de ferments, et la depuration de Tor-
ganisme est maintenant une des grandes preoccupations de la therapeutique
(voy. DEPURATION).
Ces considerations nous paraissent sulfire a un article qui ne se proposait d autre
but que de dontier une idee generale de la doctrine en science medicale (voy.
1 article METHODE). D.
DOD (PEIRCE). Medecin anglais du commencement du dix-huitieme siecle.
RBQU docteur en 1714, il devint fellow du College royal de medecine de Londres
en 1720 et lut cette meme annee la lecon goulstonienne, puis en 172!) la lecon
harveyenne. En 1725, il fut elu medecin de 1 hopital Saint-Barthelemy et con-
serva ces fonctions jusqu a sa mort arrivee le 18 aout 175i.
Dod etait oppose a 1 inoculation variolique; en 1746 il publia un opuscule
intitule : Several Cases in Physic, Small-pox and Fever, ou il chercha a
discre diter cette pratique. Kirkpatrick, Darrowby et 1 un des Schomberg, lui
DODART. Ill
repondirent d une maniere tres-satirique et le tournerent en ridicule. Nous ne
connaissons pas d autre production de Dod. L. UN.
DODART (DEMS). Celebre medecin francais. II naquit en 1634, de Denis
Dodart, bourgeois de Paris, et de Marie Dubois. Le gout qu il manifesta des
1 enfance pour les sciences et les arts determina son pere a faire soigner son
education, et le jeune Dodart. en s adonnant a 1 etude du grec ot du latin, s ap-
pliquait dans ses moments dc loisir au dessin, a la musique, aux instruments,
et reussit a tout. II parut avec eclat dans tousles eours de sa licence, et fut recu
bachelier le l er avril 1658, puis docteur le 13 octobre 1660. Guy Patin en
parle avec eloge : Ce jeune homme est un prodige de sagcsse et de science,
monstrum sine vilio. Ce garcon incomparable n a que vingt-six ans, il a eu
le second lieu de sa licence, nemine contradicenle . Peu de temps apres,
dcrit Andry, auquel nous emprimtons ces de tails, le comte de Brienne,
secretaire d Etat au departement des affaires etrangeres, lui offrit une place
principale dans ses bureaux. Dodart, quoique sans fortune, refusa ce riche
etablissement, il 1 eut distrait de sa passion pour la medecine et les lettrcs,
auxquelles il s etait entierement voue. En 1666, la Faculte le nomma profes-
seur de pharmacie. Ses talents ne tarderent pas a le faire connailre, et la prin-
cesse Anne-Genevieve de Bourbon, duchesse de Longueville, se 1 atlacha cornme
medecin. II en fut de meme de Anne-Marie Martinozzi, veuve d Armand de
Bourbon, prince de Conti. Nomme ensuite conseiller-medecin du roi, il fut recu
a 1 Academie des sciences comme botaniste en 1673; son ardour a etudier 1 iiis-
toire des planles lui fournit le sujel de plusieurs memoires. II etudia pendant
tronte-trois ans la transpiration insensible d apres les expe riences de Sanctorius.
Ces experiences que Dodart verifia et reitera a Paris furcnt renouvelees en
Angleterre par Keil ; en Hollande par Gesler, et par Linnings dans la Caroline
meridionale.
Denis Dodart, qui avait epouse Marie-Lucienne Le Picard, et qui a laisse
plusieurs enfants, entre autres Claude-Jean-Baptiste Dodart, qui fut egalement
medecin de la Faculte de Paris, est mort d une fluxion de poitrine, le 5 novembre
1707, et fut inhume dans 1 eglise de Saint-Germain 1 Auxerrois. II e tait a^ de
soixante-treize ans. Le titre principal de Dodart au souvenir de la posterite , c est
le role considerable qu il a joue dans la publication, faile sous les auspices de
TAcademie, de I Histoire des plantes, bistoire a laquelle ont travaille Du Clos,
Borel, Perrault, G;ilois, Mariotte,Bourdelin, Marchand. L ouvrage, qui fut public
en 1676, sous la forme d un grand in-folio, et qui porte ce tilre : Memoires pour
servir a Ihistoire des plantes, dresses par M. Dodart (Impr. royale), pent
passer pour un chef-d oeuvre, non-seulement par les ingenieuses reclierches
qui y sont consignees, mais encore par les 39 et magnifiques planches,
gravees sur acier par M. Robert, qui 1 enrichissent. Fontenelle porte ce iurrement
sur la preface de cet ouvrage : On peut prendre la preface que nous venons
de citer pour un moilele d une theorie embrace dans toute son etendue, suivie
jusque dans ses moindres dependances, tres-fmement discute e. est assaisonne e
de la plus aimable modestie . 11 y a de ce livre une seconde edition, en un
volume in-8, mais sans les planches (Paris, Imp. royale, 1779).
Dodart s est encore fait connaitre par divers memoires publies soil dans le
Journal des Savants, soil dans les Memoires de I Academic des sciences. Voici
les titres des principaux :
112 DODOENS OF DOODEZOON.
I. Lettre contenant la description d une plante nouvelle trouvce entre I /corce et le bois
du tronc d un charme mart depuis longlemps. In Journ. dcs Savants, p. 277, 1675.
II. Letlre contenanl des choses fort remarquables touchant quelques grains. Ibid., p. 69,
1676. II s agit de 1 ergol de seigle. III. Reflexions sur un mangeur de feu. Ibid., p. 178,
1677. IV. Description d une plante nommde paries Latins Tanaceta. In .I/em, de I Acad.
d. sc., 1693. V. Memoire sur le parallel isme de la touffe des arbres avec le sol de la
terre qu elles ombragent. Ibid., 1699. VI. Dissertation sur la vdgctation des plantes.
Ibid., 1700. VII. Observations sur le sel volatil qni se tire par la distillation soil des
plantes, sort des animaux. Ibid., 1703. VIII. Observations sur les ruches petrifie es. Ibid.,
17115. IX. Memoire sur les causes de la voix de I homme. Ibid., 1706.
Enfin Dodart avail compose divers traites sur la saignee, sur le regime des
Anciens et sur leurs boissons, qui n ont point etc imprimes. II avail aussi
redige des notes touchant les medecins de Paris; mais ses papiers, signales par
Chomel, ont ete egares en 1762, et n ont point ete retrouves. Quant ;; ses
recherches sur la transpiration insensible, on les trouvera dans 1 ouvrage que
Noguez a publie en 1725, in-12, sous le titre de Statica medica Gallica.
A. C.
DODOENS OF DOODEZOON (REMBERi). De son nom latinise DODONAEUS,
d ou DODONEE. Medecin et botaniste hollandais, ne a Malines, pres d Anvers, le
29 juin 1518. 11 etudia la medecine a Louvain sous la direction de Jean Heems
d Armentieres et Paul Roels de Teuremonde. II prit le grade de licencie le
10 septembre 1535, puis visita, dit-on, plusieurs universites de France,
d Allemogne et d ltalie. II se trouvait a Bale en 154(5 ; c est du moins la qu il
publia son premier ouvrage. 11 parait etre revenu a Malines la meme annee. II
fit un voyage en Ilalie vers 1570, puis revinl en Allemagne pour remplacer,
comme medecin de 1 empereur Maximilien II, Nicolas Biesius, rnort le 10 avril
1572. A la mort de ce prince, en 1576, il remplit les memes fonctions aupres
de son fils Rodolpbe II, qui, comme son pere, 1 honora du titre de conseiller
aulique. Une polemique qu il cut avec Jean Graton de Crafftheim et le danger
qu il courait de perdre ses proprietes a Malines, au moment ou eclaterent les
troubles des Pays-Bas, le determinerent a demander son conge a 1 empereur.
Mais la guerre civile, qui devastait les Pays-Bas, 1 obligea a s arreter a Cologne,
ou il se fixa et jouit d une grande reputation. En 1580, il passa a Anvers, puis
accepta la chaire de medecine a 1 universite de Leyde et consacra a 1 enseignement les
deux dernieres annees de sa vie. II termina sa carriere a Leyde le 10 mars 1585.
Dodoens a ete Fun des premiers praticiens qui aient fait de la the rapeutique
rationnelle. II doit en outre etre considere comme l un des epidemiograpbes les
plus dislingues du seizieme siecle et 1 un des fondaleurs de I anatomie patho-
logique. Mais, outre ses connaissances medicales, il etait Ires-verse dans les
lettres, la linguistique, les mathematiques, et particulierement dans la bola-
nique. Ses principaux ouvrages sont consacres a cette derniere science. Les
descriptions qu il donne des plantes sont generalement exactes, mais ses essais
de classification n offrent rien de sciendfique ; il divise les vegetaux d apres leurs
proprietes medicinales ou leurs usages plutot que suivant des principes ration-
nels. Quoi qu il en soil, Dodoens pent etre considere comme le fondateur de
I horticulture en Hollande. Plumier a consacre a sa memoire un genre de
plantes, Dodonaea, de la famille des Terebinthacees. Nous connaissons de
Dodoens :
I. Cosmographtca in astronomiam et geographiam isagoge. Antverpiae, 1548, in-12.
H. De fragum histona, liber unus ejusdem epistolae medicae una de Farre, Chondro,
DODONjEA. 115
Trago, Ptisana, Crimno et Alica; altera, de Zytho et Cerevisia. Antverpiae, 1552, in-8. -
III. Gruydt-Boeck, etc. Anvers, 1553. IV. Trium priorum de slirpium liistoria commen-
tariorum imagines ad vivum expressae; una cum indicibus graeca, latina, officinarum
Germanica, Brabanlica, Gallicaque nomina compleclentibus. Antverpiae, 1553, 1559, in-8.
V. Posteriorum trium de stirpium historia commentariorum imagines, etc. Anlverpiae,
1554, in-8"; ibid., 1559, in-8. VI. Frumentorum, leguminum, palustrium et aqiiatilinm
herbarum, ac eorum quae eo pertinent, historia. Antverpiae, 1500, 1509, in-8. --VII. Flu-
rum et coronariarum odoratarumque nonnullarum herbarum, ac eorum quae eo pertinent
historia. Antverpiae, 1568, 1569, in-8 (108 planches tres-belles). VIII. Purganlium alio-
rumque eo facienlium, turn et radicum, convolvulorum ac delelariarum herbarum histonae
libri quatuor. Antverpiae, 1574, in-8. IX. Appendix variorum, et quidem rarissimarum
nonnullarum stirpium ac florum guorundam peregrinorum eleganlissimorumque, et
icones, etc. Antverpiae, 1574, in-8. - - X. Historia vitis vinique et stirpium nonnullarum
aliarum.ltem medicinalium observationum exempla. Coloniae Agrip., 1580, in-8; Lugduni,
1583, in- 12. XI. Apollonii Menabeni traclatus de magno animali quod Alcen nonnulli
vacant, Germani Elendt, etc. Coloniae, 1581, in-8. XII. Medicinalium observationum
exempla rara, cum scholiis. Coloniae, 1581, in-8; Antverpiae, 1585, in-8; Harderovici.
1584, 1621, in-8. XIII. Physioloyices, medicinae partis, tabulae expeditae. Anlverpiae,
1581, 1585, in-8. XIV. Stirpium historiae pemptades sex, sive libri triginta. Antverpiae,
1583, in-fol., fig.; ibid., 1612, 1616, in-fol.; en flamand, ibid., 1618, in-fol. ; en bolland.
par J. van Ravelinghen, ibid., 1644, in-fol. XV. Consilia medica, dans le Recueil de
Sc/iok. Francfort, 1598, in-fol. XVI. Praxis medica, Amstelodami, 1016, 1640, in-8.
L. Hs.
r om i:\ L. Genre de plantes des Sapindacees, serie des Sapindees,
dedie a Dodoens (en latin Dodonceus), auteur d une remarquable Histoire des
plantes...., de leurs especes, forme, noms, temperament, vertus et operations,
non-seidement de celles qm croissent en ce pays, mais aussi des autres e tran-
geres qui viennent en usage de me decine. On a aussi fait du genre Dodoncea
le type d une tribu des Dodoneees. Ses fleurs y sont apetales, dio iques ou poly-
games, avec un calice de 2-5 sepales, valvaires ou imbriques, parfois tres-peu
developpes. Les etamines, nulles ou rudimentaires dansles fleurs femelles, sont,
dans les males, au nombre de 4-8 et plus rarement de 9-12, occupant le centre
du receptacle qui n est pas glanduleux ou Test a peine. Leurs filets sont libres,
ordinairement courts, et leurs antheres sont oblougues, sub-4-gones, introrses
dehiscentes par deux fentes longitudinales. L ovaire, nul ou rudimentaire dans
la fleur male, est entoure d un petit disque qui se trouve exterieur aux stami-
nodes ou interpose a eux, lorsqu il existe dans la fleur femelle. Ses looes sont
au nombre de 2-6, >urmontees d un style^a 2-6 divisions stigmatiferes, de
longueur variable, Chacune des loges renferme deux ovules, collateraux ou
subsuperposes, dont un souvent ascendant, et Tautre descendant. Le fruit est
capsulaire, coriace ou membraneux a 2-6 angles ou a 2-6 ailes, septicide et se
separant en 2-6 valves, carenees ou aile es sur le dos, avec une columelle qui
supporte les cloisons et les graines. Celles-ci n ont pas d arille, mais le sommet
de leur funicule peut etre dilate; leur testa est dur ou coriace, etleur embryon,
depourvud albumen, a des cotyledons plus ou moins contournes en spirale. Les
Dodoncea sont des arbres ou des arbustes, souvent visqueux, a feuilles alternes,
simples ou quelquefois paripinnees; a petites fleurs disposees en grappes axil-
laires et terminales, composees, parfois corymbiformes. Parmi les especes, au
nombre d un demi-cerit, qui habitent toutes les re gions chaudes du "lobe,
quelques-unes jouent un certain role en medecine. Telle est rune des plus
communes, le D. viscosa L., souvent cultive dans nos serres, qui croit dans
tons les pays chauds du monde et sert a preparer des bains et des fomentations
astringentes. Ses feuilles sont legerement aromatiques dans les pays cbauds et
passent pour antirhumatismales; on les a vintees aussi contre les affections
Dicr. ENS XXX. X
114 DOGMATISMS.
pulmonaires, renales, et contre les liemorrho ides. Les graines servent dans
certains pays de chataignes. Le D. dioica ROXB. a un bois qui, dans 1 Inde
orientale, sert au traitement des coliques flatulentes. Dans 1 archipel Indien,
aux lies Moluqueset Philippines, le bois du D. angustifolia BLANCO (D. burman-
niana DC.) s emploie exactement aux memes usages. Au Gap, le D. Thunber-
giana ECKL. et ZEYH., souvent designe par les colons anglais sous le nom
<T Olivier des sables, a des fruits recherches comme purgatifs et febrifuges. On
prepare des fomentations astringentes avec les feuilles de la plupart des especes
prece dentes, notamment avec celles du Z). viscosa. H. BN.
BIBLIOGRAPHIE. L., Gen. plant. . n. 855. DC., Prodr., I, 616. CAMBLESS., in Mem. du
Mus., XVIII, 55. SPACH, Suite d Buffon, III, 68. -- THUND., Voijag., II, 145. Bleu, et DE L.,
Diet. Mat. med., II, 665. ENDL., Gen., n. 5626; Enchirid., 565. ROSENTH., Syn. plant.,
diaphor., 782, 1152. H. BN, Hist, des plant., V, 000, 589, 410. H. BN.
DOEGLIQUE (ACIDE). C 19 H 36 2 . Ce corps existe dans 1 huile de la baleine
Dogling (Balaenoptera rostrata Fabr.), a 1 elat d ether ou de doe glate de
doe glyle, a cote d autres corps gras et du spermaceti. On le prepare par la sapo-
nification de cette buile au moyen de 1 oxyde de plomb; on dissout ensuite le
produit dans Tether. En traitant par les acides la partie soluble, on obtient
1 acide doeglique ; il est fluide a 16 et se solidifie vers 0. On en connait Tether
ethylique et le sel de baryte, tous deux cristallisables. L. HN.
DEVERE\ T (GAUTIER van). Medecin hollandais, ne le 16 novembre 1750 a
Philippine, dans la province de Zelande, e tudia la physique et les difterentes
branches de la medecine a Leyde, ou il recut les lemons de Muschenbroeck, des
deux Albinus, de Gaubius, de Van-Royen et de Winter; a Paris, Nollet, Ferrein,
Petit et Levret, furent ses maitres. Revenu, en 1753, dans sa patrie, Doeveren
fut recu docteur en medecine a Leyde. En 1754, il fut nomme, a Groningue,
professeur d anatomie et de chirurgie, il fut deux fois recteur de 1 Universite,
et en 1771, apres la mort de B.-S. Albinus, il succeda a ce medecin dans la
chaire de medecine qu il occupait a Leyde. II mourut dans cette ville le
31 decembre 1785. L annee precedente, il avail accepte le titre de medecin
archiatre du prince d Orange. Doeveren appartenait a un tres-grand nombre de
societes savantes. II a laisse :
I. Dissertatio phisico-medica inauguralisde vermibus infest inalibus hominum. Lugd. Bat.,
1753. II. Sermo academicus de imprudenti ratiocinio ex observationibus et experiment is
medicis. Lugd. Bat.,175i. III. Disquisitio physiologica de eoquod vitamconstituit in cor-
pore animali. Groningae,1758, in-4. IV. Sermo academicus de error ibus medicorum sua
utilitate non carentlbus. Groningae, 1762, in-4". V. Specimen observationum academica-
rum pathologiam el artem obstetriciam praecipue spectantium. Groningae, 1763, in-4,
fig. VI. Tractatus de variolis veris eumdem aegrum agressis. VII. Epistolae ad
Cl. Edward Sandiford de felici successu insitionis variolarum Groningae institutae.
VIII. Sermo academicus de sanitatis Groninganorum praesidiis ex urbis naturali historia
derivandis. Groningae, 1770, in-4. IX. Sermo academicus de recentioruminventis medi-
cinam kodiernam veteri praestantioremreddentibus. Lugd. Bat., 1771, in-4. X. Primae
lineaedecognoscendis mulierum morbis in usus academicos. Lugd. Bat., 1775, in-8. XI. Dis
sertatio inquirens synchondrotomiaepubis utilitatem inparludifftcili. Lugd. Bat., 1781, in-4
(resp. Petersen Michell). XII. Dissertatio academica sislens observations de ano infan-
tutn imperforalo.Lugd. Bat., 1781, in-4, fig. (resp. A. Papendorp). XIII. De nova methodo
nxpxxivTsvsns vesicae, dans le 1" vol. des Actes de la Soc. philosophique experimentale.
XIV. Discours rest6 inedit : De remedio morbo, etc.,prononce a Leyde le 8 fev. 1779 au
moment de quitter le rectorat. L. HN.
DOG n 4T I SHE. Nom d une doctrine medicale sortie de 1 Ecole d Aloxan-
DOIGT (ANATOJIIE). H5
drie, ayant pour principe que la medecine ne repose pas seulement sur
1 experience, mais aussi sur la science et le raisonnement, et qii en consequence
le vrai mcdecin doit connaitre tout ce qui constitue la sante comme tout ce
qui constitue la maladie, ninsi que les causes des maladies particulieres
(voy. MEDECINE [Histoire]) .
DOllLHOFF (GEORG-EDUARD). Medecin allemand, ne a Halle le 24 juillet
1799, fit ses etudes dans sa ville natale et fut recu docteur en 1819. Apres un
sejour a Paris, en 1822, il vint s etablir a Magdebourg et y deviut assesseur
medical en 1826, conseiller medical en 1856, puis professeur de clinique
chirurgicale a 1 ecole medieo-chirurgicale.
Outre diverses traductions et des articles dans les revues medicales, Dohlhoff
a public :
I. Dissert, inaug. de phlegmone. Halae, 1819, gr. in-8. II. Ueber die Augenheilkunde
des Celsus. In Walther s Journ. der Chirurgie, Bd. V, p. 408, 1825. L. UN.
DOIGT. I. Anatomic. Les doigts (digitus en latin, 5axru>o$ en grec,
Finger en allemand et en anglais, dito en italien, dedo en espagnol) sont des
appendices allonges et mobiles qui terminent et caracterisent la main.
Au nombre de cinq, ils sont designes tantot sous les noms de premier,
deuxieme, troisieme, etc., en les comptant de dehors en dedans, tantot sous les
noms de ponce, index ou indicateur, me dius, annulaire, auriculaire ou petit
doigt.
Ils different de volume et de longueur. Cliacun sail que le pouce est le plus
gros, et le medius le plus long des doigts. L extremite du pouce ne depasse guere
le milieu de la premiere phalange de 1 index; celle de 1 index atteint le bord
supe rieur de 1 onsle du medius; celle de 1 annulaire va jusqu au milieu de cet
ongle; enfin, 1 extremite du petit doigt s arrete au niveau de la derniere articu
lation phalangienne de 1 annulaire. Ces proportions sont ge neralement adoptees
par les peintres et ies sculpteurs, comme representant le type ie plus habituel
de la configuration de la main.
Les doigts ont la forme d un cylindre legerement aplati d avant en arriere,
un peu renfle aux articulations et effile a son extremitc libre.
Les doigts se composent de pieces osseuses appelees phalanges, de tendons,
de tissu cellulo-graisseux, d un revetement cutane , de vaisseaux et de nerfs.
Nous decrirons successivement ces diverses parties.
a. Les phalanges sont au nombre de trois pour chaque doigt. Le pouce, qui
n en possede que deux, fait exception. On les designe sous les noms de pre
miere phalange ou phalange superieure, de seconde phalange, phalange
moyenne ou phalangine, de troisieme phalange, phalange infe rieure, pha
lange ungueale ou phalangette.
Les premieres phalanges sont de petits os longs, dont le corps affecte la forme
d un demi-cylindro et presente une legere courbure en avant. Leur face pos-
terieure, convexe, re pond aux tendons des muscles extenseurs. Sur leur face
anterieure, qui est plane ou un peu canaliculee, glissent les tendons des flechis-
seurs. Leurs bords, minces, donnent attache a des faisceaux fibreux qui forment
une gaine a ces derniers tendons.
L extremite superieure des premieres phalanges est creusee d une cavite
glenoide qui regoit le condyle du metacarpien correspondant.
. 116 DOIGT (ANVTOMIE).
L extremite inferieure presente deux saillies condyliennes, separe es par une
depression. Elle forme une veritable poulie, beaucoup plus etendue du cote de
la flexion que du cote de 1 extension.
Les secondes phalanges sont plus petites que les premieres, mais construites
sur le meme type. Leur extremite superieure est creusee de deux petites cavites
laterales, separees par une crete, qui sont destinees a s articuler avec la poulie
de la phalange situee au-dessus. Leur extremite inferieure ne differe de celle
des premieres pbalanges que par une moindre saillie des condyles.
D apres M. Sappey, ce qu on appelle la premiere phalange du ponce est
une phalangine, car la premiere phalange serait confondue avec le me tacarpien
de ce doigt.
Les troisiemes phalanges se distinguent par leur petitesse relative et leur
forme aplatie. Leur extremite superieure est semblable a celle de la deuxieme
phalange. Leur extremite inferieure, en forme deferacheval, rugueuse, soutient
la pulpe du doigt en avant et 1 ongle en arriere.
Articulations. Les phalanges sont articulees, d une part, avec les metacar-
piens, d une autre part, les unes avec lesautres.
Articulations me tacarpo-phalangiennes. Ces articulations appartiennent au
genre des enarthroses.
Les surfaces articulaires sont, du cote des metacarpiens, une tete hemisphe-
rique, aplatie late ralement, s elargissant de la face dorsale a la face palmaire et
se prolongeant dans ce dernier sens, c est-a-dire dans le ssns de la flexion; du
cote des premieres phalanges, une cavite glenoide, ovalaire, dont le grand axe
transversal est perpendiculaire a celui de la tete metacarpienne.
La surface glenoidienne ne represente que les deux cinquiemes de la surface
articulaire des metacarpiens, mais elle est agrandie par un fibro-cartilage connu
sous le nom de ligament anterieur on gleno idien. Situe a la face palmaire de
1 articulation, ce fibro-cartilage a une forme quadrilatere. Sa face anterieure est
creusee en gouttiere et fait partie de la gaine des tendons flechisseurs. Sa face
posterieure represente un segment de sphere concave et rc pond a la tete des
metacarpiens. En seconfondant avec la cavite glenoide, elle en double 1 etendue
d avant en arriere. Son bord superieur ne s insere pas aux metacarpiens. II
s inteiTompt assez brusquement en fournissant des attaches a Taponevrose
interosseuse anterieure. Son bord inferieur, au contraire, s insere tres-solidement
au bord anterieur de la cavite glenoide. Ses bords lateraux se conlbndent avec
les ligaments laleraux de 1 articulation metacarpo-phalangienne et affectent des
connexions avec le ligament transverse des metacarpiens et avec la lamelle demi-
cylindrique qui vient du tendon des extenseurs des doigts. II n est pas rare de
rencontrer un petit os sesamoide dans 1 epaisseur du ligament gleno idien de
Tun ou de 1 autre des quatre derniers doigts.
Les moyens d union des metacarpiens aux premieres phalanges sont deux
ligaments lateraux, larges, epais et solides, qui se dirigent tres-obliquement
du tubercule des metacarpiens et de la depression, qui se trouve au-dessous et
en avant de ce tubercule, vers le fibro-cartilage gleno idien et vers une saillie
situee de chaque cote de 1 extremite phalangienne superieure. Le ligament
lateral externe est beaucoup plus volumineux que 1 interne.
En arriere de 1 articulation, il n existe point de ligament, mais le tendon
extenseur avec ses expansions aponevrotiques sert a le remplacer.
La capsule synoviale adhere intimement au fibro-cartilage anterieur et aux
D01GT (ANATOMIE). 117
ligaments lateraux. Elle se reflechit sur le pourtour de la tete me tacarpienne et
de la cavite gleno ide, de maniere a former un repli. En arriere, elle est tres-
lache et n adhere nulleraent au tendon extenseur, dont elle est souvent separee
par une petite bourse sereuse.
L 1 articulation metacarpo-phalangienne du pouce differe de celle des autres
doigts par la configuration des surfaces articulaires et par la presence constante
de deux os se samoides dans le fibro-cartilage glenoidien.
La tete du metacarpien donne naissance en avant a deux petits condyles
separes par une echancrure. Le condyle externe est, en general, plus saillant et
plus volumineux que 1 interne. La surface cartilagineuse de cette tete presente
deux parties : Tune, situee au bout du metacarpien, de forme trapezoide et
presque plane, s articule .avec la phalange; 1 autre condylienne, situee sur la
face palmaire du metacarpien, s articule avec les os sesamoides. Un angle mousse
separe ces deux surfaces cartilagineuses. La surface sesamoidienne est toujours
en contact avec 1 os se samo ide pendant 1 extension, mais pendant la flexion elle
est envahie par la phalange.
Du cote de la phalange, la surface glenoidienne est peu profonde. Son rebord
presente, en dedans ct en dehors, un tube.rcule en general bien marque.
Les os sesamoides sont developpes dans 1 epaisseur du fibro-cartilage glenoidien.
L externe est large, mince, excave; 1 interne est elroit, epais, pisiforme. L un et
1 autre sont unis a la phalange par les ligaments phalango-sesamoidiens, dont la
resistance est extremement considerable. L union est meme si etroite, que les
sesamoides doivent etre considered comme inseparables de la phalange avec
laquelle ils sont comme articule s en charniere w. Ce fait, demontre par M. Fara-
beuf dans son remarquable memoire sur les luxations du pouce (Bull, de la
Soc. de chir., p. 21, 1876), tranche d une maniere definitive une question qui
etait depuis longtemps controversee.
M. Farabeuf a encore demontre que le ligament glenoidien, une fois separe du
metacarpien, se replie facilement dans le sens de la flexion naturelle, mais qu il
ne se redresse pas dans le sens contraire, a cause de la brievete et du mode
d insertion des ligaments phalango-sesamoidiens. II en resulle que jamais,
meme chez 1 enfant, on ne peut appliquer, cartilage centre cartilage, les osselets
et la facette articulaire dela phalange; tant s en faut, puisque ces parties restent
separees par un angle droit ou presque droit (loc. cit., p. 25). Nous revien-
drons, a propos des luxations, sur ces notions si importantes pour la patho
logic.
Articulations phalangiennes. Chaque doigt, a 1 exception du pouce, est
pourvu dc deux articulations phalangiennes, Tune entre la premiere phalange et
la phalangine, 1 autre entue la phalangine eL la phalangette.
Ces articulations appartiennent au genre des articulations trochleenues ou
ginglymes angulaires. Elles sont toutes construites sur le meme type, et il suffit
d en decrire une pour connaitre toutes les autres.
Les surfaces articulaires sont : du cote de la phalange superieure, une pou-
lie et deux condyles ; du cote de la phalange inferieure, une crete mousse et deux
cavites glenoides. La poulie s elargit de la face dorsale a la face palmaire, et se
prolonge beaucoup plus dans le sens de la flexion que dans celui de 1 extension.
En outre, la courbe des condyles appartient a une circonference reguliere.
Les moyens d union sont : 1 deux ligaments late raux, interne et externe ;
2 un ligament ante rieur, fibro-cartilage semblable au ligament glenoidien,
118 DOIGT (ANATOMIE).
qui a pour usage, comme ce dernier, d agrandir les cavites glenoides des
phalanges.
Point de ligament posterieur, mais le tendon extenseur en tient lieu.
La capsule synoviale est tres-lache en arriere. En ce point, elleest en rapport
avec le tendon extenseur, auquel elle adhere intimement.
b. Tendons. Les tendons renforcent, en arriere et en avant, les articulations
que nous venons de decrire.
Avant de gagner les points ou ils s inserent, les extenseurs s e panouissent en
une lamelle fibreuse qui enveloppe la face dorsale de la premiere et de la seconde
phalange, tandis que les flechisseurs s entourent d une gaine fibreuse tres-
solide.
An niveau des articulations metacarpo-phalangiennes, chacun des quatre ten
dons de I extenseur commit n donne naissance a deux expansions fibreuses, qui
se portent sur les cotes de 1 articulation pour aller se fixer en avant au ligament
transverse du metacarpe. Un peu au-dessous de 1 articulation, ces expansions
laterales se confondent avec les tendons aplatis des interosseux et des Jombri-
caux. 11 resulte de la reunion de tous ces tendons une lame aponevrotique qui
recouvre toute la face dorsale de la premiere phalange. Un peu au-dessus de
1 articulation phalango-phalanginienne, cette lame se divise en trois portions :
une moyenne, verticale, qui s insere a la partie supe rieure et posterieure de la
seconde phalange; deux laterales, obliques, qui longent les cotes de cette pha
lange, puis convergent 1 une vers 1 autre, pour s unir et s inserer a 1 extremite
superieure de la phalangette.
Les tendons de I extenseur propre du petit doigt et de V extenseur propre
del index se confondent avec les tendons correspondants de I extenseur commun,
pour contribuer a former les expansions aponevrotiques dorsales qui se comportent,
a 1 index et a 1 auriculaire, absolument de la meme maniere qu aux autres
doigts.
La disposition des tendons extenseurs n est pas la meme pour le pouce. Le
tendon du court extenseur va s inserer a 1 extremite supe rieure de la premiere
phalange. Le tendon du long extenseur gagne le bord interne de cette phalange,
s aplatit en parcourant sa face posterieure et s insere a 1 extremite superieure et
posterieure de la deuxieme phalange. Deux des muscles de 1 eminence thenar
envoient aux tendons extenseurs des expansions aponevrotiques a la maniere des
interossenx, c est le court abducteur en dehors et Yadducteur en dedans. Mais
les insertions principales des muscles de 1 eminence thenar se font a la premiere
phalange, soil en dedans, soil en dehors du tendon flechisseur : en dedans, on
trouve 1 insertion de Yadducteur, dont les fibres vont les unes directement a la
phalange, les autres indirectement par I mtermediaire du sesamoide interne et
de son ligament phalangien; en dehors, le court abducteur s insere au tubercule
phalangien correspondanl, et le court flechisseur s altache principalement a 1 os
sesamo ide externe, accessoirement au ligament late ral el a la phalange.
La face anterieure des doigts est pourvue d une game qui commence aux
articulations metacarpo-phalangiennes, et s etend jusqu a la partie inferieure des
secondes phalanges, gaine destinee a contcnir les tendons flechisseurs et a les
brid- r pendant leurs mouvements. Cette gaine est formee par des faisceaux
fibret.x inseres sur les bords qui limitent, en dedans et en dehors, Jes gouttieres
des premieres et des secondes phalanges, et, dans 1 intervalle des phalanges, sur
les ligaments lateraux des articulations phalangiennes. Au niveau des articula-
DOIGT (\NATOMIE). 119
tions, la gaine est mince, constitute par des fibres obliques qui s entre-croisent
en X. Au niveau des phalanges, elle est au contraire tres-epaisse, tres-resistante,
formee par des fibres transversales superposees en plusieurs couches. II en resulte
que les parties solides de la gaine servent de poulie de renvoi aux tendons
flechisseurs, et que les parties faibles n apporteut aucune gene a la flexion des
phalanges.
Apres avoir traverse la paume de la main, les tendons du flechisseur super fi-
ciel et du flechisseur profond, superposes 1 un a 1 autre, s introduisent dans la
gaine des doigts. Yers la par tie moyenne de la premiere phalange, le tendon du
flechisseur superficiel se bifurque pour livrer passage au tendon du ilechisseur
profond, puis les deux moities du premier contournent le second d avant en
arriere, se reunissent derriere lui pour constituer une gouttiere, et enfin, s ecar-
tant de nouveau, viennent s inserer aux bords rugueux du tiers moyen de la
deuxieme phalange. Le tendon du flechisseur profond passe sous 1 espece d arcade
formee par le superficiel et, cheminant directement en bas, vient s inserer a
1 extremite superieure de la phalangette.
Pendant leur Irajet dans le canal osteo-fibreux, les tendons flechisseurs sont
pourvus d une synoviale. Son feuillet parietal tapisse la face anterieure des
phalanges et de leurs articulations et la face poste rieure de la gaine fibreuse. Au
niveau des articulations metacarpo-phalangiennes de 1 index, du medius et de
1 annulaire, la synoviale remonte un peu du cote de la paume de la main, puis
se rellechit sur les tendons flechisseurs, en formant un cul-de-sac remarquable.
Devenue viscerale, la synoviale tapisse chacun des tendons jusqu a leurs insertions
reciproques. Dans son trajet sur les tendons, elle fournit trois replis membra-
neux, que Ton voit tres-bien en soulev;mt ces cordons, comme pour les e carter
des phalanges. Un de ces replis unit lachement le tendon du flechisseur superfi
ciel au tendon du flechisseur profond vers 1 extremite superieure de la premiere
phalange. Un autre repli s etend de la bifurcation du tendon superficiel a la face
anterieure de la premiere phalange. Enfin, le troisieme repli, de forme triangu-
laire, relie le tendon du flechisseur profond aux deux tiers inferieurs de la
phalangine.
Les synoviales du petit doigt et du pouce sont en tout semblables aux prece-
dentes dans leur portion digitale; mais, au lieu de s arreter au-dessus des
articulations metacarpo-phalangiennes, comme celles des trois doigts interme
diates, elles se prolongent dans la paume de la main et se lerminent au-dessus
du ligament annulaire anterieur du carpe (voy. 1 art. MAIN, p. 29).
Le pouce n a qu un seul tendon flechisseur, c est celui du long flechisseur.
Situe en dedans de 1 axe du pouce, il penetre dans une gaine oste o-fibreuse
analogue a celle des autres doigts, et va s inserer au devant de 1 extremite supe
rieure de la derniere phalange. A son entree dans la gaine fibreuse, il est
enchasse entre les deux os sesamo ides du fibro-cartilage glenoi dien. Des anses
fibieuses tres-solides, altachees a la face anterieure des sesamoides, passent
au-dessus de lui et forment 1 origine de la gaine, dont les fibres s iuserent,
plus bas, sur les bords de la phalange, et se rarefient de plus en plus a mesure
que Ton se rapproche de son extremite inferieure.
c. Tissu cetlulo-graisseux . line couche de tissu cellulaire s etend autour des
phalanges deja recouvertes par les tendons et la gaine fibreuse.
Les caracteres de cette couche sont absolument differents, selon qu on Texamiiie
a la face palmaire ou a la face dorsale.
120 DOIGT (ANATOMIE).
A la face palmaire, elle est epaisse, dense, elastique, c est-a-dire disposee
pour subir le contact des objets exte rieurs et pour supporter des pressions. Elle
est composee par de minces cloisons cellulo-fibreuses, qui s entre-croiscnt en
tous sens et qui circonscrivent de petites areoles remplies de graisse. Si Ton
pratique une coupe a travers son epaisseur, ^on voit que les cloisons adherent,
d une part, a la face profonde de la peau, et, d une autre part, a la game
fibreuse sous-jacente ou au perioste de la phalangette. On voit, en outre, que les
petits amas adipeux font bernie, comme s ils etaient comprimes dans la loge
qui les contient. Celte disposition est surtout remarquable a 1 extremite du
doigt, ou 1 abondance du tissu ccllulo-graisseux forme un veritable coussinet
qui a recu le nom de pulpe des doigts.
A la face dorsale, la couche de lissu cellulaire est lache, peu epaisse, rarement
chargee de graisse.
Enfin, sur les cotes des doigts, il existe uri tissu de transition, qui quitte
le caractere lamelleux pour devenir areolaire et graisseux, a mesure qu il gagne
la region anterieure.
Independamment de la continuite qui existe entrc le tissu sous-cutane des
doigts et celui de la paume, le premier communique encore, au niveau des
espaces interdigitaux, avec le tissu cellulaire profond de la region metacarpienne.
Cette disposition explique pourquoi les suppurations profondes de la main ont de
la tendance a passer du cote de la ba>e des doigts.
Notons encore que c est dans la couche cellulaire que rampent les troncs des
vaisseaux et des nerfs qui seront decrits plus loin.
d. Peau. Au niveau de la base des doigts, la peau se reflechit dans 1 intervalle
de ces organes pour recouvrir ce qu on appelle Yespace interdigital. Celui-ci
n est qu une simple fente, lorsque les doigls sont rapproches; mais a mesure
qu ils s ecartent il apparait sous la forme d une gouttiere oblique, de haut en
bas et d arriere en avant. Cette gouttiere commence insensiblement a la face
dorsale, au niveau de la tete des metacarpiens,et se termine nettement a la face
palmaire, vers le tiers superieur des premieres phalanges, par un repli cutane ,
curviligne, a concavite inferieure. La peau et les parties molles de la paume
empietent done dans une notably etendue sur la face anterieure des premieres
phalanges. 11 en resulte que 1 origine apparente des doigts est sensiblement
au-dessous de leur origine reelle. On evalue, en general, a 2 centimetres la
distance qui existe entre I mterligne metacarpo-phalangienne et le repli ou la
commissure interdigitale.
La peau de la face anterieure des doigts est remarquable par la presence de
trois plis transversaux, qui sont produits par la flexion des phalanges.
Les premiers, situes a 25 millimetres au-dessous de la tete des metacarpiens,
separentles doigts de la paume. Us sont simples pour 1 index et le petit doigt,
doubles pour le medius et 1 annulaire.
Les pits moyens, tous doubles, correspondent aux articulations phalango-
phalanginiennes. Le superieur est plus long que 1 inferieur. Us sont plus ecartes
a leur parlie moyenne qu a leurs extremites, et circonscrivent un espace a
peu pres losangique. Sur une main saine et depourvue de callosites, le pli infe-
rieur repond directement a 1 inlerligne articulaire.
Les plis infe rieurs, qui sont a peu pres simples, sont situes a \ millimetre au-
dessus de 1 interligne de I articulation phalangino-phalangettienne.
Le pouce pre sente, comme les autres doigts, trois plis cutane s palmaires,
DOIGT (ANATOMIE). 121
bien qu il n ait que deux phalanges. Le plus eleve est situe un peu au-dessusde
1 articulation metacarpo-phalangienne ; le moyen, un peu au-dessous de cette
meme articulation, et I intervalle de 10 a 15 millimetres qui les separe tient
vraisemblablement a la presence des ossesamoides dans le ligament gle noidien.
Le pli inferieur, forme par deux lignes tres-rapprochees, correspond assez
exactement a rinterligne de rarticulation de la premiere avec la derniere
phalange.
Entre les plis arliculaires, dont la connaissance importe beaucoup a la Me de-
cine operatoire, on rencontre plusieurs plis verticaux qui n ont aucune signifi
cation pratique.
Le derme de la region anterieure est dense et epais. Nous avons dit que
sa face profonde adherait aux cloisons cellulo-fibreuses du tissu areolaire sous-
cutane. Ges adherences deviennent si intimes au niveau des plis articulaires,
qu on a pu voir la des ligaments rudimentaires,- qui fixeraient la peau aux
articulations correspondantes. Mais il n y a, dans ces points, qu une augmentation
de la densite du tissu sous-cutane, densite propre a apporter un certain obstacle
a 1 infiltration des liquides epanches et a la propagation du processus inllam-
matoire.
La surface libre du derme est exlremement riche en papilles vasculaires et
neiveuses. Leur abondance est surtout tres-grande au niveau de la pulpe des
doiyls, qui est considered comme le siege special du sens du toucher. Elles
sont disposees par series sur des lignes combes a concuvite superieure. Sur la
pulpe d un doigt indicateur, M. Sappey a compte qu il n y avail pas moins de
soixante rangees de papilles. Entre les papilles s ouvrent les conduits excre teurs
des glandes sudoripares, lesquelles sont les seuls organes se creteurs que Ton
rencontre sur la face anterieure de la main. Le nombre des glandes est beau-
coup moindre que celui des papilles ; neanmoins il est encore assez considerable
pour que le memo anatomiste 1 ait evalue a six mille seulement sur les faces
anterieure et laterale de la phalange ungueale de 1 index.
Chez les sujels qui exercent une profession manuelle, 1 epiderme de la face
palmaire desdoigts esl epais, calleux et dur, au point de necessiter 1 instrument
tranchant pour ouvrir les phlyctenes on les abces sous-epidermiques. Chez les
femmes et chez les gens qui ne travaillent pas de leurs mains, la couche
epidermique, quoique plus epaisse que dans beaucoup d autres regions du corps,
est souple, transparent, et traduit fidelement les plis et les saillies papillaires
du derme.
La peau de la face posterieure ou dorsale a un aspect tout different de celui
de la face palmaire. L epiderme y est plus fin. Au niveau des articulations, ce
ne sont pas seulement des plis, mais de veritables rides, irregulierement circu-
laires ou elliptiques, qui s effacent par la flexion. Sur les premiere et seconde
phalanges existent des poils, plus ou moins nombreux, avec des glandes se bacees
et sudoripares. Enfin, a 1 extremite de la troisieme phalange on rencontre 1 ongle,
qui doit etre dccrit a part (voy. O^GLE).
e. Vaisseaux. Les arteres portent le nom de collaterales des doiyts. Elles
naissent toutes de la convexite de Yarcade palmaire superficielle et du tronc
commun des collaterales du pouce et de Vindex, branche de la radiale.
Le tronc commun des collaterales du pouce et de iindex ou artere interos-
seuse dorsale du premier espace me tacarpien fournit les collaterales interne
et externe du pouce et la collaterale externe de V index.
122 DOIGT (ANATOMIE).
De Varcade palmaire superficielle partent quatre arteres digitales, qui se
dirigent de haul en has vers la partie inferieure de Tespace interosseux oil elles
se bifurquent. La premiere, en allant de dehors en dedans, longe le deuxieme
espace interosseux et fournit la collate rale interne de I index et la collateral
externe du me dius. La deuxieme longe le troisieme espace interosseux, et
donne la collate rale interne du me dius et la collate rale externe de ianmdaire.
La troisieme descend au devant du quatrieme espace interosseux et apres sa
bifurcation va former la collate rale interne de Vannidaire et la collate rale
externe de Vauriculaire. Enfiri, la quatrieme ne se bifurque pas; elle croise
le cinquieme metacarpien et chemine le long du bord interne du petit doigt,
dont elle forme la collate rale interne.
II peut arriver qu unc artere digitale donne la collaterale externe de 1 index
et la collaterale interne du pouce; mais la collaterale externe du pouce pro-
vient fort rarement de 1 arcade palmaire superficielle.
Avant de se bifurquer, toutes les arteres digitales s anastomosent avec les
branches interosseuses descendantes venues de 1 arcade palmaire profonde.
Les arteres collaterals sortent de la paume en passant sous les faisceaux
transverses de 1 aponevrose palmaire, etcheminent, en avant des phalanges, sur
les cotes de la game des flcchisseurs. Dans leur trajet elles fournissent des
branches anterieures, des branches posterieures et des branches internes qui
penetrent dans la gaine des tendons. Arrivees dans la pulpe, les deux collate-
rales d un meme doigt se terminent en s anastomosant sous la forme d une
arcade a concavite superieure. One quantite d arterioles partent de cette arcade
pour former des reseaux d une grande richesse, qui se repandent surtout a la
face profonde du derme.
Les veines se divisent en collaterals profondes et en collaterals superfi-
cielles. Les premieres, au nombre de deux pour chaque artere, suivent exacte-
ment le meme trajet que le tronc arte riel dont elles sont les satellites. Elles
vont se rendre dans les arcades veineuses superficielles et profondes. Les secondes
forment deux branches, les collaterals interne et externe superficielles. Elles
naissent du reseau cutane, occupent, 1 une et 1 autre, le bord de la face dorsale
des doigts, et communiquent frequemment par des rameaux transversaux. Par-
venues a la partie inferieure de chaque espace interosseux, elles se reuni^sent
avec les veinas collaterals du doigt voisin pour constituer un tronc appele
veine digilale, qui aboutit a 1 arcade veineuse du dos de la main.
Lymphatiques. D apres la loi, decouverte par M. Sappey, qui etablit que,
plus une region est riche en papilles et en glandes, plus les vaisseaux lympha-
tiques y abondent, la peau des doigts et, en particulier, celle de la partie ante-
rieure, doit etre pourvue de reseaux lymphatiques extremement importants. En
effet, les injections y demontrent deux reseaux lymphatiques superposes : 1 un
papillaire, etendu a la superficie du derme, 1 autre sous-dcrmique, enveloppant
les glandes sudoripares de nombreux lacis. Les mailles de ces reseaux sont si
etroites qu ils forment une couche absolument continue, comme si la peau etait
recouverte d une nappe lymphatique.
En se reunissant, les capillaires lymphatiques donnent naissance a un ou
plusieurs troncules, qui suivent la direction des veines collaterals super
ficielles et aboutissent dans les Irenes lymphatiques sous-cutanes du dos de la
main, pour remonter ensuite a 1 avant-bras.
f. Kerfs. Les doigts ont ete pourvus de nerfs avec une ve ritable profusion.
DOIGT (ANATONIE). 123
Gliacun d eux possede quatre troncs neiTeux, les nerfs collateraux, qui viennent
du median, du radial et du cubital (voy. MAIN [Analomie]).
Les nerfs collateraux sont situes dans le tissu cellulaire sous-cutanc s, sur les
cotes de la face palmaire et de la face dorsale. Les collate raux palmaires sont
plus importants que les collateraux dorsaux. M. Richelot a meme demontre
que, sur 1 index, le medius et 1 annulaire, le cubital et le radial ne donnent
sou vent que des branches dorsales insignifiantes, qui s epuisent dans la peau
de la premiere phalange. Les veritables collateraux dorsaux de ces doigts sont
des rameaux qui, naissant des collateraux palmaires correspondants au niveau
de I espace interdigital, contournent leur face laterale pour gagner leur face
dorsale et se terminer sur la troisieme phalange.
Quoi qu il en soil de cette disposition, qui ne nous parait pas constante,
voici quelle est la distribution classique des nerfs qui se rendent aux doigts :
1 a la face palmaire, le median donne les collateraux a trois doigts et demi,
ceux du ponce, de \ index, du medius et le collateral externe de Y annul air e;
le cubital donne le collateral interne de V annulaire et les coHate raur du petit
doigt; 2 a la face dorsale, le cubital et le radial se partagent les collateraux
d une maniere egale, le premier envoyant les collateraux du petit doigt, de
Yannnlaire, et le collateral interne du medius ; le second fournissant le collate
ral externe du medius et les collateraux de Under et du pouce.
Les nerfs d un meme doigt communiquent frequemment pendant leur trajet
par des filets anastomotiques. Au niveau de la derniere phalange, ces commu
nications se multiplient tenement qu elles forment un veritable re seau dans la
puljie et autour de la matrice dc 1 ongle. II resulte de cette disposition que les
nerl s collateraux se suppleent les uns les autres dans leurs fonctions et que la
sensibilite n est completement abolie que par la section des quatre troncs.
Les nerfs digitaux sont principalement destines a la peau de la region pal
maire, ou ils se terminent de trois manieivs differentes : 1 par les corpuscules
du tact dans les papilles nerveuses; !2 par les corpuscules de Pacini, organes
visibles a Tcfiil nu, places sur le trajet des nerfs collateraux et composes de
plusieurs enveloppes concentriques entourant 1 extremite legerement renflee .
d un filament nerveux ; 5 par des extre mile s Jibres 1 representees par des
cylindres-axes, qui penetreraient jusque dans la couche de Malpighi.
Superposition des plans. Apres la description des diverses parties qui
composent le doigt, il convient d en faire la recapitulation au point de vue de
1 anatomie topographique. Si done on examine une coupe transversale praliquee
au niveau de la premiere ou de la seconde phalange, on trouve d avant en
arriere : 1 la peau; 2 le tissu cellulaire areolaire charge de graisse; 3 la
gaine des flechisseurs; 4 de chaque cote dela gaine, 1 artere collaterale accom-
pagnee de ses deux veines satellites et les troncules lymphatiques ; o un peu
en dehors du paquet vasculaire les nerfs collate raux palmaires; 6 la phalange
revetue de son perioste; 7 en arriere de celle-ci, le tendon aplati commun aux
exlenseurs, aux interosseux et aux lombricaux; 8 le tissu cellulaire lamelleux
contenant, sur les cotes, les ramuscules des nerfs collate raux dorsaux ; 9 enfiu
la peau de la face dorsale.
Au niveau de la phalangette, une coupe transversale montre la peau, le tissu
areolaire de la pulpe, la troisieme phalange, la matrice de 1 ongle et 1 ongle
faisant suite a la peau de la region dorsale.
DEVELOPPEMENT. Entre la cinquieme et la sixieme semaine, a mesure que le
124 D01GT (PHYSIOLOGIE).
bras et 1 avant-bras grandissent et eloignent de plus en plus du tronc de 1 em-
bryon la palette palmaire qui lui etait d abord accolee (voy. MA.IN, DEVELOPPE-
MENT), on voit se former, sur le bord libre de celle-ci, un bourrelet qui ne tarde
pas a presenter quatre echancrures. Les cinq bourgeons limites par ces echan-
crures sont les rudiments des doigts. Ceux-ci s allongent rapidement, mais
restent unis par une membrane interdigitale jusqu au troisieme mois de la vie
intra-uterine. G est seulement a partir de cette epoque qu ils deviennent inde-
pendants et qu ils sont reellement conslitues. A la fin du sixieme mois, 1 ongle
se degage de 1 epiderme dans 1 epaisseur duquel il a pris naissance. Au terme
de la grossesse, il se presente avec tous les caracteres qui lui sont propres.
En meme temps que les doigts s isolent par la disparition de la membrane
interdigitale, leurs phalanges s ossifient. Chacune d elles presentent deux points
d ossification : un point primitif pour le corps et I extremite infe rieure, et un
point comple mentaire pour 1 extremite supe rieure. Le premier apparait au
troisieme mois de la vie embryonnaire. Le second se montre de six a sept ans.
Le point complementaire se soude au corps de la phalange vers seize a dix-sept
ans. Cette souduie commence par les troisiemes phalanges, et s opere ensuite
successivement pour les secondes et pour les premieres.
Les metacarpiens se developpent aussi par deux points d ossification et, a
1 inverse des phalanges, le point complementaire est a 1 extremite inferieure.
Le metacarpien du pouce fait seul exception a cette regie en s ossifiant, comme
les phalanges, par un point d ossification principal pour le corps et 1 extremite
inferieure et un point complementaire pour 1 extremite superieure. M. Sapney
a appele 1 attention sur ce fait. II considere le point epiphysaire superieur
comme un metacarpien rudimentaire et le reste de 1 os comme la premiere
phalange du pouce. Le premier metacarpien existe done, dit cet anatomiste,
a 1 etat de vestige. II resulte de son extreme atrophie que le pouce peut s op-
poser non-seulement aux autres doigts, mais aussi a la paume de la main.
Dans cette maniere de voir, le pouce presenterait trois phalanges comme les
autres doigts, seulement la premiere se confondrait avec le premier metacarpien.
II. Physiologic. Les usages des doigts sont relatifs a la prehension et
au toucher, que nous n avons pas a trailer dans cet article. Nous avons seule
ment quelques mots a dire sur les mouvements des phalanges.
Les articulations metacarpo-phalaugiennes sont douees de tous les mouvements
que Ton peut imaginer, flexion, extension, inclinaison late rale, circumduction,
rotation autour de 1 axe digital.
Pendant la flexion, les premieres phalanges s inclinent du cote de la face
palmaire, jusqu a devenir perpendiculaires aux metacarpiens. Les tetes meta-
carpiennes font saillie sous la peau, dont elles ue sont separees que par le
tendon extenseur. Les faisceaux phalangiens des ligaments laterauxsont tendus,
tandis que les faisceaux glenoidiens sont relaches, et le ligament glenoidien
lui-meme est remonte, comme une sangle trop large, au-dessus de la saillie
condylienne des metacarpiens. Dans [ extension, 1 inverse se produit : les pha
langes se relevent jusqu a depasser un peu en arriere 1 axe du metacarpe, les
ligaments phalangiens se relachent, tandis que les ligaments glenoidiens et ses
faisceaux lateraux se tendent de maniere a limiter le mouvement.
Par leurs mouvements lateraux, les doigts s ecartent ou se rapprochent d un
axe fictif qui passerait par le medius. II est remarquable que 1 articulation
DOIGT (PIIYSIOLOGIE). 155
metacarpo-phalangienne du pouce est presque depourvue de ces mouvements,
qui se passent a peu pres totalement au niveau de 1 articulation trapezo-meta-
carpienne.
Par leurs mouvements de circumduction, les doigts passent successivement
de 1 extension a 1 abduction, a la flexion et a 1 adduction, et reciproquement,
en decrivant un cone regulier. Pour le pouce, le mouvement de circumduction
a pour siege non-seulement 1 articulation metacarpo-phalangienne, mais surtout
1 articulation trape zo-metacarpienne.
Enfin, lorsqu on saisit un doigt, on peut lui faire exccuter quelques mouve
ments de rotation autour de son axe, mouvements assez incomplets, qui n ont
rien de sponlane et qui necessitent toujours une intervention etrangere.
Les phalangines et les phalangettes pre sentent seulement deux mouvements,
la flexion et { extension. Dans la flexion, ces phalanges deviennent perpendicu-
laires a la phalange qui est au-dessus, et donnent au doigt la forme d un
crochet.
La phalangette jouit de quelques mouvements de glissement dans le Kens
lateral, mais ces mouvements sont toujours le re sultat d une impulsion arti-
ficielle.
Une revision rapide de 1 action des muscles, qui s inserent aux phalanges,
comple tera 1 e tude dcs divers mouvements de ces dernieres.
La flexion est produite, d une maniere generale, par les muscles flechisseurs.
Le fle chisseur profond flechit specialement les phalangettes ; le fle chisseur
superftciel specialement les phalangines ; puis, quand ces deux muscles onl
epuise leur action sur les phalanges oiiils s inserent, ils agissentsur la phalange
qui est au-dessus, en 1 cntrainant vers la paume de la main. En outre, la
premiere phalange doit encore sa flexion a 1 action combinee des muscles inter-
osseux et lombricaux.
Pour le pouce, la flexion est produite par le long fle chisseur qui agit princi-
palement sur la phalangette, accessoirement sur la premiere phalange. Le court
abducteur en dehors et Yadducteur en dedans de terminent specialement Ui
flexion de cette derniere, en envoyant aux tendons extenseurs du pouce des
expansions aponevrotiques analogues a celles que les muscles interosseux et
lombricaux envoient aux extenseurs des autres doigts.
Enfin, nous aurons termine cette revue des fle chisseurs, quand nous aurons
rappele que le court fle chisseur du petit doigt contribue a la flexion de sa pre
miere phalange.
L extension a pour agents les muscles extenseurs. L extenseitr commun
des doigts, renforce par Yextenseur propre du petit doigt et par Yextenseur
propre de lindex, porte son action principale sur les premieres phalanges
qu il releve sur les metacarpicns; mais il n agit que faiblement pour produlre
1 extension des phalangines et des phalangettes. Ces dernieres sont etendues par
les muscles interosseux et par les muscles lombricaux, qui sont a 1 exteme
commun ce que le fluchisseur profond est au flet hisseur superficiel. Ils viennent
s inserer ensemble sur les cotes du tendon extenseur et agissent direclement
par son intermediaire, sur les phalangettes d abord, ensuite sur les phalanffines
puis, lorsque 1 extension des unes et des autres est complete, ils font basculer
en avant la premiere phalange. G est ainsi que ces petits muscles sont a la fois
extenseurs et flechisseurs. Nous verrons bietitot qu ils out encore une autre
action, celle de produire les mouvements de late ralite des
126 DOIGT (PHYSIOLOGIE).
La phalangette du pouce est pourvue de trois muscles extenseurs qui sont :
le long extcmeur propre, le court abducteur et Yadducteur; la phalangine
n en possede qu un, qui est le court extenseur propre.
Les mouvemcnts dans le sens lateral sont le resultat de la contraction des
interosseux. En considerant 1 axe de la main comme passant par le medius,
tous les interosseux dorsaux produisent I abduction des doigts, et les interosseux
palmaires, 1 adduction. Au pouce et au petit doigt, ces mouvements lateraux
prennent une importance capitale et constituent les mouvements d opposition.
Quatre muscles sont groupes autour du pouce pour le porter en dedans et en
avant et opposer sa face palmaire a celle des autres doigts : ce sont Vadducteur,
le court fle chisseur, le court abducteur et Yopposant, qui s insere au meta-
carpien, tandis que les autres s inserent a 1 extremite superieure de la premiere
phalange. Lorsque le premier metacarpien est fixe, Yabducteur a encore pour
action de porter le pouce en dehors, a la maniere des interosseux dorsaux.
Les mouvements d opposition du petit doigt sont moins importants que ceux
du pouce, aussi les muscles qui les produisent sont-ils plus greles et plus faibles.
Uopposant, le court fle chisseur et Vadducteur, out une action analogue a celle
des muscles de 1 eminence thenar. La contraction de Yadducteiir du petit
doigt a encore pour effet de rapprocher ce doigt de 1 axe du corps et de 1 ecarter
de celui de la main.
En resume, les muscles des doigts sont disposes de maniere a produire des
mouvements tres-etendus et tres-energiques dans le sens antero-posterieur et,
pour le pouce, dans lesens de 1 opposition. Les mouvements lateraux sont faibles
et limites. Us sont d ailleurs bcaucoup moins utiles que les premiers.
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Voy. en outre les traites classiques d anatomie de SAPPEY, de CRDVEILHIER, les traites d ana-
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DOIGT (DIFFORMITES). 127
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HI. Vices de conformation congenitaux. Les vices de Conformation
des doigts reconnaissent pour origine une alteration dans la formation embryon-
naire de ces organes. Le developpement de ces appendices, au lieu d etre normal
et regulier, peut devier en deux sens, s arreter dans son evolution, ou an con-
traire prendre un essor exagere. De la deux grandes divisions : les vices de con
formation par arret de developpement et les vices de conformation par exces
de developpement.
Les arrets de developpement produisent trois especes de difformite s qui sont :
Yectrodactylie ou 1 absence des doigts, la brachydactylie ou la brievete des
doigts, la syndactylie ou J adherence des doigts entre eux.
Les exces de developpement engendrent aussi trois sortes de diflormites :
1 augmentation du nombre des doigts on polydactylie, 1 augmentation du nombre
des phalanges et 1 hypertrophie des doigts ou macrodactylie.
Avant d aborder 1 etude particuliere de chacune de ces malformations, il est
un point qu il importe d etablir une fois pour toutes : c est Jeur transmissibilite
hereditaire.^Cefait domine toute 1 etiologie des difformites de la main.
L he redite n est certainement pas fatale; elle peut sauter une generation ; elle
peut n affecter que certains membres d une meme famille ; elle peut se pour-
suivre soil dans la ligne e masculine, soit dans la ligne e feminine. Mais, mal^re
ces irregularites, elle n en constitue pas moins une cause predisposante des plus
constantes et des plus efficaces. Brechet, Scoutetten, Mackinder, M. Mirabel et
beaucoup d autres, ont public des exemples d ectrodactylie et de brachydactylie
transmise pendant plusieurs generations. Mackinder a meme suivi la transmission
pendant six generations. Le fait de Scoutetten est non moins rernarquable et
meritc d etre cite commeexemple : Louis Frache est monodactyle a chaque main
et n a que deux orteils a chaque pied. II a cinq enfants, dont un seul est bien
conforme ; les quatre autres ont les mains difformes. Trois meurent en bas fae.
L enfant qui survit est une fille, Marguerite Frache ; elle est monodactyle ala
mam droite, didactyle a la main gauche, et ses pieds sont difformes. Marguerite
Frache se marie a Einglemann qui est bien conforme. De ce maria^e nait
128 DOIGT (DIFFORMITES).
quatre enfants : 1 Louis Einglemanu bien conforme ; 2 Christophe Einglemann
ayant deux doigts adherents aux mains et les pieds difformes ; 3 Catherine
Einglemann, tridactyle a droite, didactyle a gauche, pieds difformes ; 4 Adele
Einglemann, hydrocephale avec des mains et des pieds difformes.
II arrive souvent que les difformites se combinent les unes avec les autres ou
alternent entre elles; on voit alors, comme dans 1 exemple precedent, 1 ectro-
dactylie se combiner avec la syndactylie sur les memes individus, tandis que ses
ascendants ou ses descendants out seulement Tun ou 1 autre de ces vices de
conformation.
L heredite de la polydactylie est plus constante encore que celle des difformites
par arret de developpement. II est rare qu un sexdigitaire n ait pas parmi ses
ascendants ou ses collate raux des sexdigitaires comme lui. La difficulte d avoir
des renseignements sur les parents fait souvent croire a la spontaneite de la
malformalion. Brechet cite dans sa these (p. 35) toute une famille de sexdigi
taires, qui a ete observed par Re aumur. On peut re sumer cette succession de
difformites de la maniere suivante :
fere. Ses fils. Ses pelits-ftls.
Quatre enfants, dont trois sont
1 Salvator, sexdigiUire
Gratio-Kalleia a six doigts
et six orteils.
et 1 au ul.
2" Georges a cinq doigts, mais le
pouce est double et repr^sente
deux doigts accoles
sexdigitaires comme le prre
Quatre enfanls, dont trois sont
sexdigitaires.
3 Andre, exempt de difformite.
( Quatre enfants, dont un seul
4 Mane a le pouce de chaque main r g senle la dlfform j te in he-
formc de deux pouces accoles . . j rente ^ , a famH , e _
La macrodactylie fait exception a la regie generale. Elle est rarement heredi-
taire, cequi porteraita croire qu elle est plutot le resultat d une maladie deve-
loppee accidentellement chez le foetus qu un fait teratologique veritable.
Mais, si les difformites des doigts sont hereditaires, 1 experience demontre.
d une autre part, qu elles ne se perpetuent pas indefiniment. Elles disparaissent
par le croisement des individus difformes avec d autres individus bieuconformes.
Et meme, si Ton supposait des alliances entre des individus difformes, il ne se
creerait probablement pas des races d ectrodactyles ou de polydactyles. Apres une
suite, plus ou moms prolongee, de generations difformes, 1 anomalie finirait
par s eteindre. On a souvent verifie, chez les animaux, que les races arti/iciel-
lement creees par la selection de certaines qualites physiques ne se maintiennent
pas longtemps et retournent fatalement vers le type primordial. En serait-il
autrement pour les vices de conformation qui nous occupent ? Rien n autorise a
1 admettre. Au contraire, 1 analogie indique que la main reviendrait peu a peu
a son type normal, qui est la main a cinq doigts.
On a souvent attribue les difformites digitales a des impressions facheuses, a
des frayeurs que la mere aurait cprouvees pendant le cours de sa grossesse. Nous
releguerons au rang des fables tous ces recits, qui tiennent du merveilleux et qui
sont gravement rapporles par certains auteurs. II n y a rien de reel dans rinfluence
de pareilles causes.
Mais nous n emettrons pas une opinion aussi nettement negative sur la question
de savoir si une mutilation accidentellement acquise peut se transmettre aux
enfanls et devenir chez eux une cause de malformation conge nitale. Le pere de
Louis Frache, observe par Scoutetten, etait d une conformation reguliere, lorsqu a
DOIGT (DIFFORMITES)/ 129
1 age devingt-cinq ans il tomba d un lieu eleve et se lit de profondes blessures
aux mains et aux pieds. Son fils vint an monde avec une ectrodactylie, et cette
ectrodactylie se coutinua chez ses petits-enfants et ses arriere-petits-enfants. Les
mutilations accidentelles des animaux deviennent quelquefois hereditaires.
Brown-Sequard a montre, a la Societe de biologie, des cobayes qui offraient une
alteration de 1 oreille transmise par heredite. II a observe un fait analogue pour
les lesions de la patte consecutives a la section du nerf sciatique. Ainsi, trois
jeunes cobayes, nes de parents ayant eu le nerf sciatique coupe, avaient les doigts
d une patte alteres comme ceux de leurs parents. Ce sont la des fails serieux,
qui meritent d attirerTattention et qui appellent de nouvelles recherches. Mais,
des a present, ils ne permettent pas de rejeter 1 ancien adage hippocratique :
Gignuntur autem Icesi ex Iccsis, claudi ex claudis.
Parmi les nombreuses observations que nous avons examinees, nous n en avons
rencontre aucune on la malformation puisse etre attribute a la consanguinite.
Cette cause, que Ton considere commepredisposant aux difformites conge nitales,
ne parait done jouer qu un role tres-secondaire par rapport a celles des doigts.
Enfin, sans nier i influence de 1 heredite, Pigne a avance que tout vice de
conformation par exces est du a la fusion de deux germes. Cette proposition,
beaucoup trop generale, semble vraie dans certains cas, mais ne s applique en
aucune fuc,on a la polydactylie ni a la macrodactylie. Pour admettre qu un doigt
surnumeraire ou un doigt ge ant appartient a Tun des deux individus qui se sont
rapprochcs et confondus, il faudrait trouver dans les organes internes des traces
de cette fusion, c est-a-dire des organes doubles. Or 1 obscrvation n a jamais
rien fait constater de semblable. Broca a meme fait 1 autopsie d uue petite fille
polydactyle dans le but de recliercher cette duplicature. II a examine avec le plus
grand soin les visceres thoraciques, ceplialiques et abdominaux : il n a trouve,
dans aucun d eux, le moindre vestige d un organe double, et il en a conclu que
le doigt surnumeraire n etait pas le resultat d une fusion de deux embryons.
De toutes ces considerations generales il est possible de deduire une regie
therapeutique. Puisqueles mutilations accidentelles peuvent devenir bereditaires,
ilestindique de re gulariser par une operation toute main difforme. En detruisant
les syndactylics, en supprimant les doigts surnumeraires, non-seulement on
ameliore 1 e lat du patient, mais encore on a cbance de preserver sa descendance
de difformites semblables a celles qu il portait lui-meme. Les operations, dans
ces cas, ne sont done pas des operations de complaisance, comme quelques chi-
rurgiens se plaisent a les appeler, mais des operations utiles pour le present et
pour 1 avenir.
I. VlCES DE CONFORMATION PAR ARRET DE DEVELOPPEME.NT. 1
L ectrodactylie est totale, si les doigts font tous defaut (fig. 1), partielle, s il en
existe un ou plusieurs. II n est pas sans interet de citer des exemples de clia-
cune de ces varietes.
Brechet rapporte que le pere d une famille d ectrodactyliens n avait point de
doigts a la main droite, qui se terminait par une masse ronde et molle. M. Josias
a vu sur un gargon, mort apres sa naissance, le metacarpe et les doigts man-
quer ; a leur place on trouvait de petits tubercules charnus portant rempreinte
des ongles et tenant a la peau par des pedicules etroits et courts.
Lorsqu il n y a qu un doigt, c est ordinairement 1 auriculaire ou le pouce. Un
enfant de trois ans, observe par Legat (Annandale, p. 12), ne possedait a la main
DICT. ENC. XXX. 9
150 DOIGT (DII--KUKMITKS).
gauche qu un pouce bien developpe et mobile. Dans la famille d ectrodatetyliens
Bre chet a donne 1 iiistoire (these, p. 32), le pere, qui n avait point de doi-h
Fig. 1. Ectrodactylietoi:ili ill jure extraitc Pig. 2." .Monodactylie (due a I richet,
du Moruoire do JI. DJjout). d lsiguy).
a la main droite, n avait que 1 auriculaire a la main gauche (fig. 2). Sa lille et
;s fiiles de celle-ci n avaient aussi que I aurieulaire aux deux mains. Le?
Fig. o.[ Didactylie avec amputation congenilale
probable des autres doigts (due a Debout).
Fig. 4. Didactylie representant la j ince
de homard (figure d apres Temper y, ex-
traite du Traite d Annandale).
laits dans lesquels le doigt unique est soil Findex, soit un autredoigt, sontjlus
uifficiles a trouver.
Une disposition interessante de la main a deux doigts est celle dans laqudle
DOIGT (DIFFORMITES). 131
le pouce existe avec 1 auriculaire, de maniere a representer une pince de homard
(fig. 4). Ce type etait des plus marques chez un saltimbanque que Morel-Lavalle e
a de crit. Ses deux mains n etaient representees chacune que par le pouce et 1 au
riculaire (peut-etre etait-ce 1 annulaire a la main gauche), separe s par une
echancrure qui se prolongeait jusqu au carpe. Le squelette des deux me tacar-
piens etait normal et garni des parties molles des eminences thenar et hypo-
thenar. A droite, les deux branches de la pince s ecartaient a volonte jusqu a
devenir horizontales. En se rapprochant elles formaient un losange regulier,
mais elles ne pouvaient se joindre assez pour constituer un poing. A gauche,
les deux doigts pouvaient se replier pour former le poing, ce qui leur donnait
une puissance musculaire beaucoup plus considerable que celle de la main
droite. Ce saltimbanque executait avec ces sortes de pincos les mouvements les
plus varies. II pouvait meme 6crire. Meniere a depose" au Muse*e Dupuytren une
piece qui represente une main en pince de homard. Annandale a donne une
figure d une difformite semblable (fig. 4). M. Gueniot a observe la meme dis
position chez une petite fille de onze mois (these de M. Fort, p. 44).
Fig. 3. Mams droite et gauche prcscntant quatre doigts (d apres M. Nicaise).
M. Flamain a montre a la Societe anatomique, en 1869, un macon dont la
main droite n avait que trois doigts : un pouce, un index et un troisieme doigt
ressemblant au medius par le volume des phalanges, mais se rapprochant de
1 auriculaire par sa longueur. Les me tacarpiens e taient au nombre de trois, seu-
lement le dernier presentait, sursa face dorsale, unerainure indiquaiitla reunion
de deux os. Le poignet etait un peu plus petit que celui du cote oppose. La main
gauche et les deux pieds etaient tres-bien conformes. Aucune anomalie pareille
n existait dans sa famille. Lui-meme avait sept enfants, tons bien conforme s.
Enfin le degre le plus leger de 1 ectrodactylie est celui ou la main ne manque
que d un doigt. M. Nicaise a etudie tres-completement un fait d absence du me dms
sur les deux mains d un homme mort a l age de quaranle-un ans (fig. 5). Le
troisieme metacarpien droit etait un peu moins long que le second. La premiere
ir>2 DOIGT (DIFFORWITKS).
phalange du medius etait couehee transversalement entre le troisieme et le
quatrieme metacarpiens et s articulait avec les extremites de ces os, qui etaient
tres-ecartes Tun de 1 autre a leur extremite inferieure. A la main gauche, le medius
manquait aussi. L annulaire etait volumineux et porte par les troisieme et qua
trieme metacarpiens, lesquels, moins gros que d habitude, se touchaient par leur
extremite inferieure.
L absence du pouce est la plus facheuse des cctrodactylies, non-seulement an
point de vue fonctionnel, mais encore au point de vue des diiformites concomi-
tantes. Davaine et Larcher out etabli que 1 absence de ce doigt entraine celle du
medius, et par consequent produit line modification profonde dans 1 architecture
de la mainet de 1 avant-bras. Cette loi ne souffre que de tres-rares exceptions.
Sur 9 cas rassembles par M. Fort, le radius manquait ou etait rudimentaire ;
4 fois toute la colonne osseuse, comprenant le metacarpien, le scapho ide et le
trapeze, faisait defaut. II existe une piece au musee Dupuytren qui represente
ce vice de conformation. Bouvier en a fait faire la figure dans ce Dictionnaire
(article MAIJV-BOTE, 2 e serie, t. IV, p. 175). On y voit une main composee de
quatre doigts, sans pouce, sans premier metacarpien et sans radius. Wenzel
Gruber a pourtant signale un cas oil les cinq doigts existaient, bien que le
radius manquat. C est peut-etre le seul exemple connu.
Sur 52 cas d ectrodactylie, la difformite existait 20 fois aux deux mains, 8 fois
a la main gauche et 4 fois a la droite (these de M. Fort). II arrive assez souvent
que 1 ectrodactylie affecte en meme temps les mains et les pieds. Elle coincide,
dans beaucoup de cas, avec des monstruosites telles que la phocomelie, 1 hemi-
melie, 1 anencephalie, le bec-de-lievre, 1 eventration, etc.
2 Brachydactylie. Cette difformite alteint moins le pouce que les quatre
derniers doigts (fig. 6). Elle sie ge sur un ou plusieurs
de ces organes, sur une seule main ou sur les deux
mains.
La brachydactylie est plus rare que Tectrodactylie.
Les observations de Mercier, Mackinder et Wenzel
Gruber, se ressemblent beaucoup. Elles constatent Tab-
sence de la pbalangine sur tous les doigts. Dans le fait
de Mercier, la premiere phalange avait une longueur
qui etait presque le double des phalanges ordinaires.
La phalange ungueale etait normale, de sorte que les
doigts ii etaient pas beaucoup plus courts qu a 1 ordi-
naire. Les pouces avaient leurs deux phalanges, mais
pas de metacarpien ou un metacarpien rudimentaire.
Les orteils n avaient egalemeut que deux phalanges,
Le sujet de cette difformite se servait de ses doigts
avec facilit ^- Mais 1>exces de lo S ueur des Premiere,
raiie d Annandale). phalanges les exposait c\ des traumatismes. C est ainsi
qu il se brisa la premiere phalange de 1 anniilaire en-
donnant un coup de poing. Ce vice de conformation etait hereditaire dans sa
famille, seulement dans la ligiie des males.
L observation de Mackinder est remarquable en ce que la brachydactylie a e te
constatee pendant six generations. Elle atteignait indistinctement les hommes et
les femmes. Les membres de cette famille presentaient tantot une absence des
deux dernieres phalanges, tanlot une absence de la phalangine seulement. Chez
DOIGT (DIFFORMITES). 133
les uns la difformite affectait tous les doigts, chez les autres elle n existait que
sur quelques-uns d entre eux.
La brachydactylie etait encore plus irreguliere dans le fait de M. Lebec. Le
carpeet le metacarpe etaient normaux. Les pouces etaient bien conformes. A la
main droite, 1 index n avait que deux phalanges et pas d ongle ; le medius trois
phalanges tres-courtes ; 1 annulaire une seulc phalange fort longue et un petit
bourgeon charnu sans ongle; le petit doigt trois phalanges, mais pas d ongle.
A la main gauche, Tindex, le medius et rannulaire, etaient reunis dans la
hauteur de leur premiere phalange. L index etait represente par un bourgeon
diarnu court et sans ongle ; le medius avait trois phalanges rudimentaires et un
ongle ; 1 annulaire etait forme par trois bourrelets ; le petit doigt etait tres-volu-
mineux et possedait trois phalanges et un ongle. Aux deux mains, un sillon
profond existait a la base du medius a droite, et a la base de la reunion des trois
doigts du milieu a gauche. Le pcre et la mere etaient bien conformes.
M. Gillette a fait 1 autopste d une main qui pre sentait une absence de la
deuxieme phalange. II a trouve que celle-ci existait en realite, mais sous la forme
<i un os tres-court. Au petit doigt et an medius, elle etait soudee a la premiere
phalange; aux autres doigts elle etait libre. Les premieres phalanges etaient plus
longues qu al ordinaire etrecevaient les insertions del extenseur et des flechisseurs.
Les doigts incomplets et tronques peuvent etre prives de la sensibilite. En
signalantce fait M. Renauten adonne 1 explication anatomique. Ayantremarque,
dit-il, que les appendices digitiformes des ectrodactyles sont de tout point sem-
blables a ceux que les he mimeles portent quelquefois a 1 extremite de leur moi-
gnon, j ai saisi Toccasion de dissequer un jeune monstre hemimelien. J ai alors
constate que les nerfs S3 terminaient sans fournir une seule ramification a 1 appen-
dice digiti forme. J ai cru devoir signaler ce fait et le rapprocher de celui ou
I anesthesie des rudiments digitaux a ete observee chez un ectrodactyle.
Les causes de 1 ectrodactylie et de la brachydactylie sont dites internes ou
externes. Les premieres dependent d un trouble dans la formation de 1 embryon,
les secondes d uue constriction qui a ete assez puissante pour amener la section
complete du doigt.
Rien n est obscur comme les troubles qui engendrent les difformites. Dire
qu il y a eu arret de developpement d un ou plusieurs doigts, d une ou plusieurs
phalanges, c est constater un fait, mais ce n est pas en donner la raison. On
n avance pas beaucoup le probleme en reconnaissant que, dans certains cas, les
phalanges se fusionnent par leurs bords de maniere a former un seul doigt a la
place dedeux ou trois doigts, etque, dansd autres cas, elles se soudent par leurs
extremites, de maniere a ne former qu une phalange alors qu il devrait y en
^voir deux. Ces constatations sont le fruit d une observation exacte mais n ex-
pliquent rien. Affirmer qu il y a une atrophle n avance pas davantage la question.
Pourquoi cet arret de developpement, cette coalescence des os, cette atrophie?
Le phenomene est-il du a une inflammation des tissus qui vont former la main
de i embryon, a une lesion des vaisseaux ou du systeme nerveux? G est la un
probleme encore insoluble.
Cependantjedois signaler deux observations qui sembleraient indiquer qu une
maladie du systeme nerveux central n est pas etrangere a la production d une
malformation de la main. M. Dreyfous a communique a la Societe anatomique le
fait d une petite fille de six ans n ayant que deux doigts a la main gauche et trois
A la main droite, a 1 autopsie de laquelle il avait trouve une lesion meningee
154 DOIGT (DIFFORMITES).
ancienne occupant la region des centres moteurs des membres. Faut-il croire,
dit-i! , qu une meningile intra-uterine a correspond!! a cet arret de developpement?
L autre fait, du. a Cowers, a ele observe sur un bomme depourvu de la main
gauche des sa naissance. Le tiers moyen de la circonvolution parietale ascendante
du cole droit n avait que la moitie du volume de son homologue du cote gauche.
Les extremiles superieures et inferieures des memes circonvolutions presentaient
le meme volume des deux cotes. L examen microscopique ne revela aucune
lesion de structure dans la partie compromise ; la seule difference gisait dans
1 etendue respective des deux circonvolutions. II est a noter que le territoire
diminue en etendue e tait precisement celui dont 1 excitation, d apres les expe
riences de Ferrier sur les singes, determine les mouvements de la main qui,
dans 1 espece, faisait defaut. On pourra objecter que, dans les fails precedents, la
lesion cerebrale n a ete qu une coincidence, et que, dans le second fait, elle a
ete la consequence, non 1 origine, de la difformile. Nous n y conlredirons pas. Ges
fails demandenl assuremenl a etre confirmes par des observations nouvelles,
mais tels qu ils sont ils permettent de pre sumer la cause reelle de certains arrets
dans le developpement de la main.
Les eclrodaclylies et les brachydactylies dites par cause externe sont des
dactylolyses con.genilales ou amputations inlra-ulerines (voy. le mot AMPUTA
TIONS CONGENITALES).
Quelques enfanls presentent en naissanl, soil sur un de leurs membres, soil
sur un ou plusieurs doigts, un sillon etroit, qui semble etre le resultal d une
constriction circulaire. Depuisune simple empreinte culaneejusqu a une depres
sion profonde ne laissant plus qu une pedicule entre les deux portions du doigt
etrangle, on observe tous les intermediaires. Si le pedicule s amincit au point
de disparaitre ou s il se rompt avant la naissance, 1 enfant est ectrodactyle. En
1847, P. Dubois a saisi sur le fait le mecanisme de ce phenomene. Cbez un
nouveau-ne, les doigts mediuset annulaire gauches etaient reduits a la premiere
phalange. L exlremite libre de celle-ci etait arrondie, recouverte par la peau
dans la plus grande partie de son etendue ; mais, au centre de cette sortc de
moignon, on voyait une petite plaie encore humide de sang, ce qui attestait une
separation recente des pbalanges. Ordinairement, lorsque 1 enfant vientau monde,
on ne voit plus la plaie, mais onpeut constater une cicatrice. M. Panas a presente
a la Societe anatomique la main d une petite fille completement privee de doigts.
II y avail a leur place de petits mamelons cutanes surmontes d un point ombi-
lique, cicalriciel. Ce qui dislingue les eclrodaclylies et les brachydactylies de
cause externe, c esl precisement la presence de cetle cicatrice et [ absence
d ongle (fig. 3). Au conlraire, les memes difformites produiles par une cause
interne n offrent pas de cicatrice a la place du doigl absent ou a 1 extremite du
doigl tronque, et 1 ongle subsistc a un elal plus ou moins rudimenlaire.
Quant au sillon dont 1 accroissement progressif aboutit a 1 amputation du
doigt, on lui attribue deux origines differentes. Tantot ce sont des brides
pseudo-membraneuses, parlanl du foetus ou de 1 enveloppe amniotique, qui
s enroulent autour d un ou de plusieurs doigts et arrivent a le sectionner
completement. Tantot c est une retraction cutanee qui produit 1 etranglement et
la section.
Le role des brides a ete signale pour la premiere fois par Montgomery en 1852 r
puis adopte par Moreau, P. Dubois et la plupart des accoucheurs qui les ont
suivis. Dans le fait de P. Dubois, cite plus haul, on voyait partir du voisinage
DOIGT (him.HMriKs).
des petites plaies qui surmontaieut les plmlanges tronquees un prolongement
liliforme, tres-tenu et tres-resistant, qui avail etc vraisemblablement 1 agent de
la section. Sur une main presentee a la Societe anatomique par M. Launay, un
lien fibveux etreignait la base d une petite tumeur situee sur le bord inferieur
dii metacarpe entre le pouce et I auriculaire. Tous les doigts intermediaires
avaient disparu on plutot avaient ele ampules par le lien fibreux, qui restait
encore enroule autour d un vestige des appendices digitaux.
Mais il y a des amputations congenitales, et ce sont les plus nombreuses, ou
Ton ne decouvre aucune bride, aucun lien, ayant pu accomplir la section des
parties. La dactylolyse est done, dans ces cas, le resultat d une maladie ou d um-
evolution anormale des teguments. Menzel penche vers cette derniere opinion.
De meme que la peau se retracte longLtudinalement dans les espaces intercligiluuv
pour former les sillons qui separeront les doigls, de meme, d apres lui, elle
peut se retracler horizontalement et, par une aberration etrange, former ces
>i lions circulaires qui aboutissent a I amputation. Menzel appuie cette ingenieuse
hypothese sur une observation anatomique dans laquelle le pedicule ne presentait
point cet etat fibreux, dur, nacre, qu on rencontre dans le tissu retractile des
cicatrices. Au contraire, la pcau et le tissu cellulaire sous-cutane etaient normaux
et semblaient avoir subi un simple retrait.
D autres autcurs assimilent les sillous conge nitaux a ceux de lVinhum,dans
lesquels on observe toujours une alteration palhologique de la peau et du tissu
cellulaire sous-cutane. D apres une recente observation due a M. Reclus (Bull,
tlr la Soc. de chirurgie, t. IX, p. 758, 1885), le tissu adipeux sous-cutane ferait
clefaut et serait remplace par une trame serree de tissu fibreux dout les fais-
ceaux sont perpeudiculaires a 1 axe du membre. G est la retraction de ce tissu
libreux, tout a fait analogue a celui de lYinhum des adultes, qui . produirait le
sillon cutane et son accroissement progressif.
5 Syndactylie. L arret dans la division de la palette palmaire produit la
syndactylie ou adherence des doigts.
On s accorde generalemcnt a cousiderer ce vice de conformation comme
moins rare que 1 ectrodactylie. Mais on n en a pas donne la preuve. M,. Fort, qui
a reuni 42 cas d ectrodactylie, n en a rassemble que 27 de syndactylie. Celle-ci
frappe plus que celle-la, parce qu elle est J objet d operations utiles et interes-
santes. Comme elle appelle Tattention des chirurgiens, comme on en parle non-
seulement dans les livres sur la Teratologie, mais encore dans 1 les trftites de
Medecine operatoire, on s est habituei a la croire assez frequente, M. Moreau a
declare a la Societe anatomique que, sur plus de 5000 nouveau-ues, 1 union
des doigts ne s est presentee qu une seule Ibis a son observation.
La syndacLylie oifre trois \arietes qui sont : la reunion, pan une membrane,
la reunioa par accolement sous une meme en\jelappe cutanee, la reunion par
coalescence du tissu osseux.
Dans la syndactylie membraneiise, 1 union a lieu au 1 moyen d un pirolonge-
ment cutane qui s etend d un doigt a Tautre^ Ce premier degre constitue ce
qu on appelle la main ipalme e* Lai membrane intermediaire est plus ou moins
lacbe. Elle forme un triangle donti le sommet correspond a la commissure 1 digir-
tale et la base, ordinairement concave, a 1 extremite libre des doigts. Elle
resulte de 1 adossemeat de la peau de la face donsaie et de la peau de lai face
palmaire des doigts voisins. Ces deux ifeuillets cutanesiglissent ordinairement
1 un.sur 1 autre, et sont assez: minces pour, etre transparents. Les doigls, ainsi
lot) DOIGT (DIFFORMITES).
lies, ont quelques mouvements independants selon la laxite de la peau
intermediate.
A un degre plus avance, les doigts sont immediatement accolcs, et la peau
passe de 1 un a 1 autre presque sans se deprimer entre eux (fig. 7). L adherence
a lieu par du tissu cellulo-adipeux plus ou moins dense. Les doigts n ont aucun
mouvement independant. Mais on pent les faire glisser artificielleraent dans
une petite etendue 1 un contre 1 autre. Les ongles ne sont pas fusionnes.
Lorsqu il y a union par coalescence osseuse, les phalanges sont soudees par
leurs bords, soit au niveau de toutes les phalanges, soil au niveau seulement. de
Tune d entre elles. La cavite des articulations phalangiennes voisines commu
nique souvent. L ongle est ordinairement unique, tres-large, il represente a
lui seul les ongles de deux ou plusieurs doigts.
Enfin, si 1 union est encore plus intime, s il y a fusion reelle de maniere que
Vis
1
>
ig. 7. Syndactylie, d apres Howden~(extraile du
Traite d Annandale).
Fig. 8. Syndactylie de 1 extremite des doigts
d apres Otto (extraite du Traite d Annandale).
1 individualite des doigts n existe plus, ce n est pas a une syndactylie, mais a une
ectrodactylie, qu on a affaire.
Quelques fails, tres-rares, prouvent que la syndactylie se produit par un autre
mecanisme que celui d un arret de la scission palmaire. On suppose alors
qu apres la segmentation digitale regulierement effcctuee les doigts ont ete
al fectes d une plaie ou d une ulceration et qu ils se sont reunis par une cicatrice.
Cette syndactylie particuliere se caracterisepar une soudure partielle. qui siege,
peut-etre toujours, vers les extremites des doigts. Sur une petite fille de
vingt-deux mois, observee par M. Longuet, la syndactylie consistait en une
soudure de 1 extremite inferieure des trois doigts du milieu de la main gauche.
Ces doigts ne portaient pas d ongles et semblaient reunis par un tissu de
cicatrice. La soudure dc 1 index et de Tannulaire au medius s etendait seule
ment sur la longueur de la phalangette, de sorle que les phalangines et les
phalanges elaient parfaitement libres. Cette enfant pre sentait d autres vices de
conformation, des pieds-bots, des sillons cutanes et des amputations congenitales.
Pour M. Longuet, les doigts se seraient ulceres pendant la vie intra-uterine,
D01GT (DIFFORMITES). 137
sous 1 influence d une lesion nerveuse trophique, et se seraient ensuite unis par
la cicatrisation des surfaces privces de leur epiderme. Une amputation spontanee
peut aussi devenir la cause de plaies digitales et d une reunion semblable.
Otto avait deja rencontre cette curieuse variete de syndactylie. Nous en donnons
une figure d apres cet auteur (fig. 8).
La syndactylie est complete ou incomplete, suivant qne les doigts sont reunis
dans la totalite ou seulement dans une partie de leur longueur.
Elle est partielle, si elle affecte deux ou plusieurs doigts; totale, si elle les
atteint tous.
Rare entre le pouce et 1 index, on la rencontre ordinairement aux derniers
doigts, sonvent entre le medius et 1 annulaire, e(, si 1 adherence est membra-
neuse, entre 1 annulaire et 1 auriculaire.
D apres M. Fort, elle siege aux deux mains a peu pres dans la moitie des cas
(11 fois sur 27). Lorsque les deux mains sont prises en meme temps, on observe
tres-sowent la meme diflbrmite sur les deux pieds.
La syndaclylie se complique assez rarement d autres difformites des doigts.
II imporle de savoir qu elle s accompagne quelqnefois d une anomalie des
arteres. Sur un enfant venu au monde avec une adherence des trois derniers
doigts, M. Lemaistre a trouve que 1 arcade palmaire superficielle descendait
beaucoup plus bas que de coutume. En divisant avec le bistouri les membranes
mterdighales, on I aurait certainement coupee. Les arleres collaterales ctaient,
par suite, plus courtes qu a 1 etat normal. Lc chirurgien doit done etre prevcnu
qu il peut rencontrer une anomalie arterielle, lorsqu il opere une syndactylie.
Comme toutes autres difformites des doigts, la syndactylie est hereditaire.
Deguise en a cite un cas tres-nct. Les filles y sont plus sujettes que les garcons.
Le traitement de la syndactylie conge nitale sera etudie avec celui de la
syndactylie accidentelle dans le cliapitre consacre a la Medecine operatoire.
II. VlCES DE CONFORMATION PAR EXCES DE DEVELOPPEMENT. 1
Les opinions sont fort partagees sur la frequence de la polydaclylie. Les uns la
considerent comme tres-rare ; les autres pensent qu elle est relativement fre-
quente. Maupertuis n a pu en trouver que trois exemples sur 100 000 habitants
de la ville de Berlin. M. Blot ne 1 a rcncontree qu une seule fois sur 10 000
enfants nes a I liopital des Cliniqnes. M. Le Fort dit que, sur un tolal de 14 000
nouveau-nes de Guys Hospital et de Gebar und Findelhaus de Vienne, il n y
a pas eu un seul cas de polydactylic; cependant on ne pent admettre, ajoute-t-il,
qu il y ait eu oubli, car toutes les anomalies out etenotees avec soin (Bull, dela
Soc. de chir., 1865). D un autre cote, sur 2500 enfants entres a 1 hospice des
Enfunts-Trouves, M. Bechet en a constate un cas. Giraldes et M. Trelat, qui out
\u et soigne plusieurs enfanls polydactyles, croient que cette anomalie est fre-
quente. Quant a nous, nous adoptons aussi cette opinion, eri nous appuyant
sur ce que nous avons observe a la Maternite de I liopital Cochin. En effet, sur
un total de 5726 nouveau-nes, dont nous enregistrions tres-exactement les diffor
mites, nous avons rencontre 4 enfants polydaclyles. Nous en concluons done qu a
Paris et dans le milieu ou nous pratiquions, de 1873 a 1878, il y avait environ
un cas de polydactylie sur 1000 naissances. En outre, nous pensons que la poly-
dactylie est la plus frequente de toutes les malformations de la main, car dans
cette meme periode aucune autre difibrmite des doigts ne s est offcrte a nons.
Pour apporter quelque clarte dans 1 etude des nombreuses formes de la
158 DOIGT (nii-i-oioiiTEs).
polydactylic, il est utile de les ranger en quatre groupes, qui sont : 1 les doigts
surnumeraires prolongeant la serie normale; 2 les pouces surnumeraires;
5 les doigts surnumeraires situes sur le bord cubital; 4" les bifurcations de la
main. M. Fort, qui a rassemble 71 cas de polydactylie, a trouve 52 doigts inter-
cales dans la serie normale ou la prolongeant, 29 pouces supplementaires,
10 doigts surnumeraires sur le bord cubital. Ajoutons a cette nomenclature
2 exemples de main bifurquec.
a. Doicjfs surnumeraires prolongeant la serie normale (fig. 9). On a
connu de toute antiquite la multiplicite des doigts.
On lit dans 1 Ancien Testament qu un guerrier avail
six doigts aux mains et autant aux pieds. Pline le
ISaturaliste parle de deux soeurs dont les mains
avaient chacune six doigts. II est souvent question
chez les Remains des sexdigitaires. Ruysch a decrit
mi squelelte ayant sept doigts a la main droite et
six a la gauche. Saviard dit avoir vu a I Hotel-Dieu
un enfant avec six doigts a chaque main et a chaque
pied. M. Maijolin a presente a la Societe de chi-
rurgie les moules de deux mains, Tune a six doigls,
1 autre a sept. Les mains a six doigts sont beau-
coup plus communes quo celles qui en presentent
un plus grand nombre, J en ai observe derniere-
ment deux exemples, chez un jeune ecolier et chez
un adulte qui exerce la profession de macon. Chez
ces deux polydactyles, la difformite existe symetri-
quement aux denx mains, et ne leur occasionne aucune gene.
Lorqu il n y a qu un seul doigt surnume raire, la difformite est legere. Le
sixieme doigt ne differe pas sensiblement des autres et on a quelque peine a le
distinguer. II s arlicule tantot avec un metacarpien particulier, tantot avec le
metacarpien d un doigt voisin. 11 est pourvu de muscles et d insertions tendi-
neuses. II jouit des memes mouvements que les autres doigts. Les fonctions de
la main ne sont pas alte rees par sa presence. Les sexdigitaires sont habiles a
toutes les professions manuelles.
II n en est plus de meme lorsqu il existe plusieurs doigts surnumeraires.
Ceux-ci sont ordinairement petits, courts, de forme irreguliere. Us sont souvent
reunis entre eux par des adherences. 11s occupent generalement Textremite de
la range e digitate qu ils continuent. C est une grande exception lorsqu ils
s implantent entre les doigts normaux. Hersent a vu la premiere et la seconde
phalanges de 1 annulaire se bifurquer, de maniere a former deux appendices
digitaux superposes.
Les doigts multiples s articulent soit avec des tetes de metacarpiens volu-
mineuses ou dedoublees, soit avec des metacarpiens supplementaires. Quelque-
fois leur union a la main se fait simplement par des parties molles. 11s sont
depourvus de muscles, ou ne recoivent que des diverticules tendineux. II en
resulte que lews mouvements, faibles et incomplets, apportent un trouble con
siderable dans les usages de la main.
Lorsqu un doigt surnumeraire se montre a une main, il est presque de regie
de voir la difformite se repeter a la main du cote oppose et aux deux pieds.
b. Pouces surnumeraires. En examinant les observations de pouces surnu-
\z. 9. - - Exemple dc polydac-
lylir, d .ipros Morand (Academic
<ies sciences, 1770).
DOIGT (DIFFORMITKS). ir><>
meraires, on ne tarde pas a reconnaitre que ce vice de conformation pre sente
deux formes : dans 1 une le pouce anormal est implante sur le premier meta-
carpien, dans 1 autre il est accole aux phalanges du pouce et parait etre une
bifurcation de celles-ci. On designe la premiere forme sous le nom de pouce
surnumeraire proprement dit, la seconde sous celui de pouce bifide.
Les connexions du pouce surnumeraire avec le premier metacarpien sont fort
variables. Tantot sa premiere phalange est soudee au metacarpien, avec lequel
elle forme un angle qui se rapproche plus ou moins de Tangle droit ; tantot il y
a une articulation veritable. Dans quelques cas plus rares, 1 union s etablit avec
les parties molles par un simple pedicule non osseux, comme dans 1 observation
de Thouret.
Le pouce surnumeraire possede habituellemenl deux phalanges disposees sur
le prolongement l une de 1 autre ou inclinees 1 une par rapport a 1 autre, de
maniere a former une sorte de crochet.
II est souvent immobile et, lorsqu il possede des mouvements, ceux-ci sont
toujours fort limites.
Lorain a public la description anatomique d un pouce surnumeraire observe
chez un nouveau-ne. Ce pouce etait applique sur le metacarpien du pouce
normal. II recevait exclusivemcnt les insertions des muscles court abducteur,
opposant et court flechisseur. Le muscle lung fle chisseur se rendait au pouce
normal et envoyait une expansion tendineuse a la deuxieme phalange du pouce
anormal. L adducteur se rendait a I un et a 1 autre pouce. Quant aux muscles
dorsaux, le long abducteur et le court extenseur allaient au pouce surnumeraire
seul, le long extenseur au pouce normal et accessoirement par une expansion
aponevrotique au pouce anormal. Cette expansion aponevrotique, ainsi que
celle qui venait du long flechisseur, courbaient les phalanges du pouce surnu
meraire et, en les reliant au pouce normal, empechaient leurs mouvements de
flexion et d extension. II en resultait que le pouce surnumeraire, bien que lar-
gement pourvu de muscles, etait destine a rester presque immobile.
Le pouce bifide offre plusieurs degres : tantot la bifurcation ne porte que sur
la phalangette (fig. 10), tantot elle s etend jusqu au meta
carpien.
Dans une premiere variete, on constate deux phalangettes,
mois celles-ci sont soudees lateralement ; 1 ongle est double.
Dans une deuxieme variete, la separation des phalangettes
s est operee, et 1 extremite du pouce a Taspect d une fourehe.
Boutellier a observe un pouce qui marque la transition
entre la bifidite de la phalangette seule et la bifidite com
plete du pouce. C etait chez un homme de trente ans. Le
metacarpien etait normal, mais on reconnaissait au toucher
que la premiere phalange etait double et qu elle etait for-
me e par deux os accoles. Apartirde la premiere phalange, Fig. 10. Pouce bifide
le doigt se divisait en deux extremites completement inde- ( Th6sedeM - F rO-
pendantes.
M. Chuquet a eu 1 occasion de dissequer nn pouce presque completement
bifide. Chacun des pouces e tait aussi long qu a 1 ordinaire, mais beaucoup plus
grele. Us possedaient deux phalanges. Les premieres phalanges etaient unies
par une membrane. Elles s articulaient avec le premier metacarpien et avaient
une synoviale commune. Le tendon du long flechisseur etait bifurque au niveau
140 DOIGT (DIPFORMITES).
de la premiere phalange. Le long et le court extenseur se juxtaposaient et s unis-
saient par le bord deleurs tendons au niveaude 1 articulation metacarpo-pbalan-
gienne. De ce centre tendineux partaient ensuite les fibres qui allaient s inserer
sur la face dorsale des deux phalanges. Par suite de cette disposition, les mou-
\ 7 ements de flexion et d exlension des deux pouces etaicnt toujours associes.
II est rare que les mouvcments soient independants. Cependant, dans une
observation due a M. Vidal, les deux phalanges possedaient des mouvements
individuels, de sorte que les deux pouces pouvaient se flechir et s etendre
isolement.
Broca avail avance que, dans les cas ou le pouce supplementaire etait mobile,
les muscles de 1 eminencc thenar se rendaient a son os sesamo ide externe,
tandis que les autres muscles se portaient au pouce normal. On ne possede pas
assez de dissections pour savoir si cette disposition se rencontre generalement.
Le pouce bifide constitue, dans beaucoup de cas, une infirmite tres-supportable.
II n en est pas de meme du pouce surnumeraire ; implante perpendiculairement
sur le metacarpien, il constitue une gene permanente assez considerable pour
que les patients en reclament la suppression.
Enfm, faisons remarquer que les pouces anormaux sont toujours situes sur le
-sord externe du metacarpien ou de la phalange. II n y a guere qu une exception
.cette regie, c est le fait de M. Gueneau de Mussy, dans lequel le doigt supple
mentaire etait situe a la partie interne du pouce. II s articulait avec 1 extre-
mite interne du metacarpien et possedait un muscle extenseur et un muscle
flechisseur.
Nous n abandonnerons pas ce sujet sans mentionner 1 opinion de Foltz sur la
bifurcation du pouce. En se fondant sur des considerations d anatomie philoso-
phique plus que sur 1 embryologie, Foltz pensait que le type primitif ideal est
la main a six doigts, que notre pouce actuel represente la coalescence de deux
doigts et que sa division, que nous regardons commc une anomalie, est au
contraire un retour vers le type normal. Rien ne nous permct de controler
cette opinion etrange. Elle n a pas plus de valeur que celle d Huguier, qui
explique la frequence de la bifidite du pouce par la vigueur formatrice de
cet organe. Bornons-nous a constater le fait, qui depend d une exageration de
la scission palmaire, dont la cause nous est inconnue.
c. Doigt surnumeraire cubital. Les doigts surnumeraires, places hors rang,
sur lebord cubital dela main, sont Ires-variables sous le rapport de leur volume,
de leur structure et de leurs connexions.
Leur siege de predilection est le bord interne de la premiere phalange.
Dans leur forme la plus simple, ils constituent de petiles tumeurs arrondies,
grosses comme un noyau de cerise ou comme une noisette, recouvertes d une
peau normale et appendues au bord cubital de U main par un pedicule cutane
plus ou moins long. Ces petites tumeurs out souvent ete prises pour des
sarcomes. Mais ce qui les en distingue, c est qu elles sont d ordinaire syme-
triquement placees sur le bord cubital des deux mains, et qu elles sont formees
par un amas de tissu cellulaire graisseux, au centre duquel on trouve un petit
noyau cartilagineux. En outre, il n est pas rare d observer a leur surface une
depression avec un rudiment d ongle. M. Guyon, moi-rneme et bien d autres,
avons enleve de ces petites tumeurs, au centre desquelles existait le cartilage
caracteristique.
Lorsque le developpement du doigt cubital est plus avance, on a affaire a
DOIGT (DIFFORMITES).
141
Fig. 11. Doigt cubilal surnumeraire
pedicule.
un appendice cylindrique dont 1 extremite libre porte un ongle (fig. 11). Alors
il n est plus possible de se meprendre sur la veritable nature de la production
congenitale. Le doigt surnumeraire tient encore par un pedicule ou une iamelle
cutanee, mais il est pourvu d une ou de
deux phalanges bien formees. MM. Bt chet,
Bauzon, Gallez, Lesenne, ont public des obser
vations sur ccs doigts flottants. J en ai vu un
exemple chez un nouveau-ne de la Maternite
de Gocbin, en 1876. Le doigt tenait sans
articulation sur Ic bord cubital de chacune
des mains. J en fis 1 ablation avec le galvano-
cautere. Tatum a enleve, chez un adulte, un
doigt cubital tres-remarquable par sa longueur,
qui etait de deux polices.
Les doigts surnume raires avec attache osseuse
sont rares. Morand en a donne une description
et deux figures, qui sont classiques. Dans 1 une, le doigt, forme de deux pha
langes, s articule avec une apophyse du cinquieme mctacarpien, et cettc apophyse
est dirigee obliquement de basen haul. Dans 1 autre, 1 articulation a lieu directe-
ment sur le bord interne du metacarpien.
M. Gougenheim a montre a la Sociele anatomique, en 1804, un cas de
biiidite symetriquedc 1 extremite de 1 auriculaire sous la forme de deux phalan-
gettes supplementaires. Nous n avons pas rencontre d autre exemple de cette
bifidite, qui nous parait constituer une variete de doigt cubital.
Comme les autres especes de polydactylie, le doigt cubital est souvcnt here-
ditaire. Dans beaucoup de cas les deux mains en sont affecte es dans des points
similaires. Enfm des orteils sumumeraires coexistent habituellement avec cette
difformite de la main.
d. Bifurcation de la main. Si Ton suppose que pendant le developpement
exuberant qui produit la polydactylie un des sillons palmaires se prolonge, plus
que les autres, vers 1 avant-bras, on aura une nouvelle espece de polydactylie,
caracterisee par une apparence bifurquee de la main. Deux mains plus ou moins
completes sembleront accolces 1 une a 1 autre. On pcssede seulement deux
exemples bien authentiques de cette difformite. Us ont ete publies et figures
par C. Murray et par Giraldes. Dans ces deux cas, qui se ressemblent beaucoup,
la division commengait au niveau du carpe et le pouce manquait. Voici leur
description en abrege.
En 1863, C. Murray communiqua a la Sociele de Londres le fait d une
main double chez une femme de trente-huit ans (fig. 12). Cette difformite sie-
gcait a gaucbe. Chaque main possedait quatre doigts. La main surnumeraire
etait un peu plus petite que 1 autre, et en outre son medius et son annulaire
etaient palmes. Le pouce etait represente par une petite e minence placee sur le
dos de la main. 11 n y avait pas d action independante des doigts. Leur flexion
et leur extension etaient tres-limitees. Gependant les deux mains pouvaient se
fermer 1 une sans 1 autre. L enfant de cette femme n avait rien d anormal. II
n y avait rien d hereditaire dans ce vice de conformation.
En 1864, Giraldes opera une enfant de cinq mois qui avait une main bifur-
que e (fig. 13). Le moule de cette difformite a ete presente a la Societe de
chirurgie (29 novembre 1865). L enfluit avait huit doigts, quatre a chaque
142 DOIGT (DIFFORMITKS).
main. Elle a bien gueri apres la suppression de la main anormale. Mais Giraldes
Fig. 12. Main double de C. Murray.
ajoute (Lemons din. sur les mal. chir. des enfants, p. 42) : Si j avais connu a
Fig. 13. Main double de Giraldes.
ce moment la relation d un fait analogue public par C. Murray, je ne serais pas
DOIGT (DIFFOHMITES). 1 15
intervenu, car la disposition des muscles ct des tendons permettait aux deux
mains de se former 1 une sur 1 autre et de remplir parfaitement Jeurs fonctions
habituelles. Et, eneffet, la malade de Murray etait habile avecsamain difforme,
cequi doit inspirer une grande reserve dans les operations qu on pourrait entre-
prendre pour des cas semblables.
2 Exces de nombre des phalanges. L augmentation du nombre des pha
langes est un phenomene rare pour le pouce, et probablement inconnu pour les
autres doigts.
Colombus (de Re anatomica, p. 485) dit avoir vu quatre phalanges sur un doigt.
Mais cet auteur n indique pas de quel doigt il entend parler. Huguier fait re-
marquer avec raison que cette observation se rapporte probablement au pouce.
Nous avons vu que, d apres les recherches de M. Sappey, le metacarpien du
pouce represents la fusion d un metacarpien et d une phalange. Si, par une
aberration du dcveloppement, la premiere phalange du pouce s articulc avec
son metacarpien, au lieu de se souder a lui, le pouce a trois phalanges comme
les autres doigts. Cette anomalie se re alise quelquefois. P. Dubois en a pre-
sente un exemple a 1 Academie de medecine, en 1826. M. Fort (these, p. 55) en
cite trois exemples d apres Foltz (de Lyon). Dans ces trois cas, il s agit de
pouce bifurque. Les trois phalanges exislaient tantot sur les deux doigts bilides,
tantot seulement sur 1 iin deux. J ai communique dernierement a la Societe de
Chirurgie un bel exemple de pouce a trois phalanges chez une jeune temme,
qui n ctait nullement genee par sa diflbrmite.
7>" Macrodactylie. De tous les vices de conformation de la main, la macro-
dactylie est un de ceux qui etonnent le plus, tant par 1 aspect etrange de la
difformite que par les proportions gigantesques que les doigts affectes peuveut
acquerir.
L augmentation legere du volume d un ou de plusieurs doigts est une chose
assez commune, qui passe inapercue. Mais I aiigmenlation porte e au point d at-
tirer les regards et de gener les fonctions de la main est un phenomena tres-
rare. Nous en avons reuni 45 cas, seulement depuis le commencement de ce
siecle. Nous les presentons sous la forme d un tableau, d apres lequel onpourra
juger combien il est regrettable que ces observations soient, pour la plupart, si
incomplctes touchant 1 etat de la circulation, de la chaleur, de la sensibilite et
des secretions des parties hypertrophiees, toutes questions qu il imporlerail de
connaitre pour eiucider la nature et la pathogenie de cette curieuse difformite.
D apres ces 45 observations, il est possible de donner quelques notions plus
ou moins precises sur la frequence de la macrodactylie suivant le sexe, et sui-
vant 1 espece et le nombre des doigts atteints.
Le sexe masculin y est notablement plus expose que le sexe feminin. Nous
avons trouve, en effet, 26 cas chez leshommes et 12 seulement chez les femmes.
Sous le rapport de 1 espece du doigt atteint :
Fois.
Le pouce 1 a olo 13
L index 21
Le meilius js
L annulaire H
L auiiculaire 8
L hypertrophie existe sur plusieurs doigts plus souvent que sur un seul.
Ainsi, un seul doigt a etc affecte dans 12 cas; deux doigts dans 24 cas ; trois
14i DOIGT (DIFFUUMITES).
doigts dans 6 cas. II n y a pas eu de cas d hypertrophie affectant qualre doigts
a la fois. Quelquefois la main tout entiere est plus volumineuse, mais 1 hyper-
trophie n a jamais atteint tous les doigts a un egal degre.
Le cote droit parait un peu plus predispose que le gauche : nous comptons
20 cas a droite; 16 cas a gauche; 5 cas dans lesquels la macrodactylie siegeait
aux deux mains (une fois symetriquement sur les deux medius, une autre Ibis
sur les deux annulaires, et une troisieme fois sur 1 index, le medius et 1 annu-
laire de la main droite, et sur le poucc, 1 index et le medius gauches).
Dans son etude sur les hypertrophies des mains et des pieds, Wittelshofer
est arrive a des re sultats qu il est inte ressant de rapprochcr de ceux que nous
avons obtenus. Touchant la participation de chaque doigt a 1 hypertrophie, il
a trouve, comme nous, que le medius est de beaucoup le plus souvent frappe,
soit seul, soil avec d autres doigts : 8 Ibis seul (7 mains, 1 pied) et 20 ibis
avec les autres doigts (11 mains et 9 pieds). La combinaison de la macrodactylie
du medius avec celle de 1 index serait la plus frequenle. L auriculaire serait le
plus rarement atleint, et il ne serait jamais atteint isolement. L auteur allemand
a rencontre 1 hypertrophie d un seul doigt, 13 fois; de deux doigts, 25 fois, ;
de trois doigts, 11 fois.
Wittelshofer a encore trouve que sur 55 cas d exlremites geantes, portecs par
Fig. 14. Macrodactylie observee par Curling.
46 individus, il y en avail 51 du membre superieur et 22 du membre infe-
rieur. 25 fois la difformite existait a droite, 18 fois a gauche (dans 12 cas, le
cote n etait pas indique). La plus grande frequence de la dffformite a droite est
done confirmee par ces chiffres, qui indiquent encore que la macrodactylie se
montre plus souvent aux mains qu aux pieds.
D apres mes recherches, la macrodactylie n existe, comme difformite isoiee,
que dans la moitie des cas a peu pres (22 fois sur 45). Tantot elle se complique
d une hypertrophie plus ou moins etendue de la main (6 cas), tantot d une
hypertrophie de tout le membre superieur (1 1 cas) ; d autres fois 1 hypertrophie
envahit toute la moitie correspondante du tronc (2 cas) ou seulement la poitrine
(1 cas). Enfm 1 fois le membre inferieur oppose etait augmente de volume.
Les dimensions des doigts hypertrophies sont des plus variables : depuis
quelques millimetres jusqu a plusieurs centimetres, 1 exces de longueur offre
tous les intermediaires. Foucher a vu un medius long de 15 centimetres et, dans
le cas de Curling (fig. 14), le meme doigt atteignait 14 centimetres (5 pouces
DOIGT (DIFFORMITES). 145
1/2). Sur un petit garcon de quatre ans el demi, Legendre a trouve que 1 annu-
laire, long de 9 centimetres, mesurait 10 centimetres de circonference, et que
1 auriculaire, qui n avait que 4 centimetres de longueur, avail une epaisseur
Fig. lo. -- Macrodactylie de 1 index et du mcdius observee par Wagner (185U).
tTenviron. 2 centimetres. Dans Ic cas de Wagner (fig. 45), le medius mesurait
o4 centimetres de circonference, 1 index 1 6 centimetres et demi, et toute la main
Fig. 16. Macroduclylie observee -par W. Grubjf.
pesait 13 livres. Dans le cas d Henderson, la main d un garcon de seize an*
avail un poids egal a 8 livres.
Les doigts hypertrophies conservenl assez rarement leur forme nalurelle. le
plus souvenl ils sont courbes laleralemenl (fig. 16), inflechis en avanl ou en
arriere, bosseles, deformes par la presence d excroissances char nues (fig. 17),
DIGT. ENC. XXX. JQ
Fig. 17. Index et medius deformes et d^vies
par 1 hyperlrophie (Annandale).
146 D01GT (DIFFOHMITKS).
Chez les sujets observes par MM. Billroth et Lannelongue, les doigts hypertrophies
etaient reunis par une syndactylie.
Lorsqu on etudie Y anatomic pathologiqite des doigts geants, on s apercoit
bientot qu ils forment deux categories : les uns sont constitues par 1 hypertro
phie pure des elements digitaux, les autres presentent des accumulations de
graisse qui, s ajoutant a 1 hypertrophie,
forment de veritables tumeurs.
Les fails de Curling, de Coutagne,
de Fiedler, de Ewald, etc., sont des
exemples d hypertrophie simple. Ces au-
teurs out constate que 1 augmentation
de volume resultait d un accroissement
en longueur et en epaisseur des pha
langes, et par suite d un accroissement
parallele de la peau et du tissu cellu-
laire sous-cutane. Les tissus fibreux et
les tendons sont aussi hypertrophies;
mais les tendons, ne grandissant pas
toujours aussi vite que les phalanges,
obligent ces dernieres a s incliner. C est
la la principale cause des deviations sin-
gulieres que presentent plusieurs doigts
geants. Dans le cas de Ewald, ou le sujet
mourut de pneumonie, dans plusieurs
autres cas, ou on avait pratique 1 amputation, on put s assurer par la dissection
1 hypertrophie portait, en effet, sur tous les tissus du doigt.
Dans la seconde categorie, oii 1 hypertrophie se complique d une hyperplasie
du tissu cellulo-adipeux sous-cutane, les doigts prennent un aspect monstrueu-
sement difforme. Les observations de Meckel, de Wagner, d Annandale et d<
Billroth, offrent des exemples frappants de cette disposition. Nous donnons la
figure de la main observee par Wagner chez un garcon de dix-huit ans (fig. 15 .
Dans le cas de Meckel, la deformation etait encore plus considerable et envahis-
sait tout le membre superieur. Dans celui d Annandale, elle etait localisee au
pouce et a 1 eminence thenar, dont 1 ensemble avait acquis le volume d une tete
d enfant. Chez la jeune fille operee par Billroth, le medius et 1 annulaire droits
n etaient qu un peu hypertrophies et adhe rents au moment de la naissance.
Jusqu a cinq ans le developpement general du corps se fit regulierement, mais
les deux doigts affectes grandirent relativement plus que les autres parties. 11s
offraient 1 aspect d une tumeur oblongue, molle et elastique au toucher. A
partir de cinq ans, la patiente prit un embompoint si considerable qu a qua-
torze ans elle ressemblait plutot a une grosse femme qu a une jeune fille. Le
medius et 1 annulaire etaient devenus enormes. Us etaient environ quatre fois
plus longs que ceux de la main gauche, et portaient un ongle large de 2 centi
metres. Us etaient flechis et entoures par une tumeur lipomateuse s etendant
jusqu au carpe. Leur circonference mesurait 29 centimetres. 11 y avait un lipome
a 1 eminence thenar et sur le bord cubital de 1 avail t-bras. Les trois autres doigts
etaient normaux. Apres 1 ablation, on s assura que cette tumeur etait formee
par de la graisse accumulee autour des phalanges agrandies en largeur et en
longueur.
D01GT (FMFFORMITES). 147
La peau des doigts hypertrophies est habiluellement normale, ni epaissie ni
induree. Les vaisseaux lymphatiques paraissent sains, llien ne rappelle done une
affection elephantiasique qui serait d origine fcetale. Cependant une hypertrophie
de la main gauche, qui coexistait avec une hypertropliie enorme du membre
inferieur droit, fut considered par Friedberg comme un ele phanthiasis. Broca
donna le nom de gonflement elephantiasique a une macrodactylie de 1 auricu-
laire gauche. M. Lannelongue designa sous le nom de developpement elcphan-
tiasique une hypertrophie de 1 index et du medius chez un enfant. Ces deno
minations prouvent qu il existe une sorte de confusion entre 1 elephantiasis et
I hypertrophie congenitale. La premiere de ces affections se presente avec dos
indurations, des epaississements, des rugosites de la peau, qui n existent pas
dans la seconde; surtout, elle ne s accompagne pas d un developpement anormal
du squelelte, lesion qui est le propre de I hypertrophie congenitale. Dans le cas
de Friedberg, I elephantiasis de la main parait avoir etc une coincidence ou une
affection surajoutee. Mais les cas de Broca et de M. Lannelongue ne pretent pas
au doute; il s agissait d une hypertrophie congenitale et non d un elephantiasis.
En se servant de cette derniere expression, les auteurs ont voulu indiquer 1 as-
pect gigantesque des doigts, mais ils n ont pas entendu qu ils avaient affaire a
1 elephantiasis veritable. 11 importe de se mettre en garde contre la confusion
possible de ces deux etats morbides.
Les vaisseaux sanguins sont quelquefois dilates. Wagner, Ried, Devouges,
Busch, Coutagne, Ewald, Viardin, Fischer, ont note ce signe; et j imagine qur,
si les autres observateurs avaient eu leur attention eveiJlee sur ce point, ils
1 auraient constate dans la plupart des cas. Tantot les veines sont saillantes et
variqueuses, tantot les arteres ont des pulsations energiques et sont dilatees;
d autres fois il existe des taches vasculaires sur la peau. L activite de la circula
tion se traduit par la coloration rouge des doigts hypertrophies, et par 1 aug-
mentation de leur temperature. J. Reid a meme constate une difference de
2 a 6 degre s Fahrenheit entre les doigts affectes et les doigts sains. II est pro
bable qu on aurait trouve, dans beaucoup de cas, un exces de temperature ana
logue, si on avait cherche ce symptome.
Mais il n y a pas toujours une augmentation de la temperature, Sans dire
precisement qu il y avait un refroidissement des parties hypertrophiees, Wulff
a note , dans un cas, que ces parties souffraient du froid pendant 1 hiver. Et
Fischer a expressement signale, dans deux cas, une temperature amoindrie. On
concoit, en effet, que 1 accumulation de la graisse dans certaines hypertrophies
puisse s allier avec une atonie circulatoire : de la un abaissement de la tempe
rature et une impressionnabilite speciale pour le froid.
La suractivite de la nutrition doit se traduire par I accroissement anormal des
ongles, des poils, et par I abondance des se cretions cutanees. Gependant ces phe-
nomenes sont rarement indiques dans les observations. On signale quelquefois
Taugmentation du volume des ongles, mais on ne parle pas de I hypertrophie
des poils de la face dorsale des doigts, soil que cette hypertrophie n existe pas,
soil qu on ait neglige de la noter. L augmentation de la secretion sudorale n est
mentionnee que dans une seule observation, celle de Billrolh.
II serait aussi tres-interessant de savoir quel est 1 etat de la sensibilite dans
les doigts geants. Est-elle normale? Est-elle diminuee ou exageree? Le silence
des auteurs porte a penser qu en general elle n offre pas de graudes differences
avec 1 etat normal. Pourtaiit Higginbotham a constate 1 insensibilite de la peau
148
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dans I articulation me-
tacarpo-phalanjjienne.
Guerison lente(lig. 17j.
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llypertrophie porlait
sur tous les tissus du
doigt.
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sement de la main. On
ne (lit pas si les doigls
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(Petersburger
Zeit., p. 281, 1!
ANNANDALE.
(Malformation <
Finqer, p. 5,
figure, 1865.)
AMANUALE.
(Loc. cit., p.
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sans autre explication.
Piece anatomique.
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des os, des muscles, du
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de la peau.
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D01GT (DIFFORMITKS). 155
du pouee, de 1 index et du medius hypertrophies. Dans le cas de Viardin le
medius etait, au contraire, le siege de douleurs penibles. Fischer a uussi con
state des douleurs violentes, qui partaient de la main pour s irradier dans le bras,
bien que la sensibilite generale des doigts hypertrophies fut amoindrie.-
Les doigts geants sont habituellement lounls, peu mobiles, inutiles et
genants. L ofrservation de Devouges, dans laquelle le patient avait conserve la
liberte de ses mouvements, est une exception rare. Devouges a meme remarque
que la puissance musculaire etait trois fois plus grande du cole hypertrophie
que de 1 autre.
A Tinverse des autres difformites des doigts, 1 hypertrophie de ces organes
n est presque jamais hereditaire. Sur nos 45 observations, il n y a qu un seul
exemple d heredile. 11 s agit du fait de Boechal, dans lequel une hypertrophie
symetrique de 1 annulaire de chaque main s etait transmise pendant plusieurs
generations, mais sans alteindre tous les membres de la famille et sans garder
absolument, chez les sujets atteints, le type de la deformation primitive. II faul
done en conclure que, le plus souvent, 1 hypertrophie congenitale des doigts sur-
vient accidenlellement, comme une maladie du foetus.
Un autre point remarquable dans 1 histoire de cctte malformation, c est que
1 hypertrophie progresse surtout apres la naissance. La plupart des observations
apprennent que les doigts hypertrophies ne se developpent pas proportionnel-
lementunresle du corps, mais beaucoup plus rapidement que lui. A la naissance
ils n ont que des dimensions relativement moderees, mais a mesure que 1 en-
lant grandit ils grossissent demesurement, se chargent de graisse el deviennent
de plus en plus difformes. La puberte donne une nouvelle impulsion a leur
accroissement. C est alors qu on les voit quelquefois acquerir ces proprotions
ge antes, dont les figures laisse es par Meckel, AVagner, Henderson, nous donnent
une idee si saisissante. Fischer amputa un annulaire geant chez un enfant de
neuf mois. Malgre 1 ablation de 1 organe dilforme, l hypertro|)liie ne fut pas
enrayee. Au bout de six mois on constala une augmentation de volume de la
main et de tout le membre superieur, et, quelques mois plus tard, 1 hypertrophie
se fixait specialement sur le medius et 1 avant-bras.
Par son accroissement progressif, par sa tendance a se combiner avec des
produclions lipomateuses, par sa coexistence frequente avec d autres hypertro
phies, la macrodactylie n est plus seulement un fait teratologique, mais un etat
morbide qui rentre dans la pathologic.
On a imagine plusieurs hypotheses pour expliquer celte singuliere malfor
mation. Holmes n est pas eloigne de croire a une alteration des vaisseaux, qui
amenerait des changements analogues a ceux que produit rinflammalion chro-
nique. Busch pense que 1 alte ration porte surtout sur les cartilages epiphysaires,
dont 1 accroissement morbide aboutit a 1 allongement des phalanges et a la dila
tation irreguliere des extremites articulaires. Mais, de toutes ces hypotheses, la
seule qui nous paraisse satisfaisanle et d accord avec les donnees de la physio
logic est sans contredil celle que MM. Trelat et Monodont emise pour expliquer
1 hypertrophie unilaterale du corps (Arch, de medecine, t. I, p. 557, 1869).
Pour ces auteurs, la cause premiere de 1 hypertrophie est une paralysie vaso-
motrice produisant une circulation stagnante, une congestion et par suite une
exageiation de la nutrition dans 1 organe atleint. Ils appuient leur opinion sur
les experiences de Cl. Bernard et de Schiff, experiences qui prouvent qu en abo-
lissant la contractilite des capillaires par la section des nerfs vaso-moteurs on
! >< DOIGl (DIFFOR.MITES).
determine la congestion des lissus et une hypertrophie correspondant aux
vaisseaux paralyses. Supposons done que, sous nne intluence inconnue, les nerfs
vaso-moteurs d un ou de plusieurs doigts se paralysent pendant lo cours de la
vie intra-ute rine, les vaisseaux correspondant s vont se dilater d une maniere
permanente, la nutrition va en etre activee, et le foetus viendra ou monde avec
une macrodactylie plus ou moins marquee. L hypertrophie, une fois acquise, sc
perpetuera et s exagerera apres la naissance. Elle pourra meme se compliquer de
veritables desordres pathologiques, tcls que les surcharges de graisse, les dila
tations des veines et meme des arteres. A ce moment, la maladie offrira plusieurs
points de resssmblance avec les tumeurs cirsoides de la main, qui s accompagnent
d une hypertrophie des doigts.
MM. Trelat et Monod ont bien specific que tout le desordre est confine dans-
1 appareil de la circulation sanguine, et que les vaisseaux lymphatiqucs semblent
absolument indcmnes. C est la, disent-ils, ce qui permet de comprendre pourquoi
ces hypertrophies sont regulieres, homogenes, semblent atteindre egalement
tous ou a peu pres tous les tissus, tandis que dans les hypertrophies partielles
de 1 elephantiasis le derme et le tissu cellulaire sous-cutane semblent seuls en
cause. Aussi nous diroris volontiers, mais seulement pour faire comprendre
notre pensee et non pour creer une expression vicieuse, que ce que nous avons
decrit est un elephantiasis vasculaire sanguin , tandis que la maladie qui
porte habituellement ce nom est un elephantiasis lymphatique.
Le pronostic de la macrodactylie est grave, en laison de la gene fonctionnelle,
de 1 accroissement progressif de 1 hypertrophie et de la necessite frequente d une
intervention chirurgicale.
Comme traitement, on pourra essayer la compression avec des bandes ou un
gant de caoutchouc, la ligature des arteres afferentes; mais il ne faut pas
compter beaucoup sur 1 efficacite de cesmoyens. Le plus souvent il faut recourir
a ramputation des doigts affectes et meme a une amputation partielle ou totale
de la main. Quellc que soit 1 operation adoptee, on se souviendra qu il existe,
dans quelques cas, un developpement considerable des vaisseaux.
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IV. Pathologic. LESIONS TRAUMATiQUES. FRACTURES. Malgre 1 extreme fre
quence des traumatismes qui atteignent les doigts, les phalanges ecliappent ordi-
nairement a la fracture, grace a leur petit volume et a leur mobilite. Les fractures
<les phalanges sont done rares, plus rares meme que celles des metacarpiens.
Mais cette rarete ne s applique qu aux fractures simples; les fractures compli-
ques, qui accompagnent les grands delabrements de la main, sont, au contraire,
DOIGT (PATHOLOGIE).
communes. J ai releve dans mon service hospitaller toutes les fractures simples
des phalanges et toutes les fractures avec ecrasement des doigts qui se sont
presentees a mon observation pendant les six dernieres annees : les premieres
ont ete au nombre de 11 seulement, les secondes au nombre de 64. Ces dernieres
constituent tine complication des plaies contuses, elles seront etudiees plus loin
dans le paragraphe coiisacre aux plaies des doigts.
Les fractures simples sont presque toujours produites par une cause directe,
pincement du doigt entre deux corps resistants, morsure par un animal ou par
un homme, choc violemmeut applique , tel que celui d une pierre lancee avec
force, coup de baton, etc. J ai donne des soins a un commis voyageur qui eut
une fracture de la premiere phalange du pouce dans les conditions suivantes :
il avail 1 habitude de communiquer avec un de ses amis, qui voyageait dans un
train de chemin de fer marchant en sens inverse de celui qu il occupait lui-
meme. II passait le bras par la portiere, tendant une lettre que son ami saisissait
au moment de 1 entre-croisement des deux trains. Cctte manoeuvre avail reussi
plusieurs fois sans accident. Mais un beau jour les mains se heurterent ; le pouce
de notre homme fut violemment porte dans 1 extension et 1 abduction, et la
premiere phalange (ut hrisee.
Les causes indirectes agissent en courbant les phalanges, soil en avant, soil
en arriere. G esl ce qui arrive dans une chute sur 1 exlremite des doigts etendus,
ou paiiieilement flechis au niveau des articulations phalangino-phalangeltiennes
ou phalango-phalanginiennes; c est ce qui arrive encore lorsque les doigts sont
pris entre des barreaux ou dans un grillage, tandis que le corps est entraine en
sens inverse. J ai observe une fracture simultane e de 1 annulaire et de 1 auricu-
laire produite au moment ou ces doigts, saisis par une courroie de transmission,
etaient renverses sur le dos de la main.
Les fractures des phalanges se rencontrent principalement chez les hommes
et a 1 age adulte. Pour 57 fractures chez les hommes, Malgaigne en compte
5 seulement chez les femmes. J ai trouve a pen pres la meme proportion dans
le releve demon service al hopital de la Pitie, a savoir 10 hommes pour 1 femme.
Les doigts qui paraissent le plus predispose s seraient, d apres les chiffres
suivants. l annulaire, le pouce et le medius, puis en dernier rang 1 index et le
petit doigt.
POICE. IKDiCX. llEIHiS. AJCU LAIRK. AURICI LAIKr.
D aprcs Malgaigne. ... 5 2 5.
D apres ma stalistique . . 2 2 2 o 5
~ 4 7 S ;i
Ces resultats, bien que bases sur des nombres trop faibles, ne confirment pas
1 opinion de Lonsdale, qui pensait que 1 index etait le plus souvent alteint.
Mais, avec Lonsdale et avec Malgaigne, je n hesite pas a reconnaitre que la
premiere phalange est beaucoup plus predisposee a la fracture que la deuxieme et
surtout que la troisieme phalange. Dans presque toutes nos observations de
fracture simple, la lesion avail pour siege la premiere- phalange. Gette parti-
culante s explique en partie par les dimensions plus considerables de la pre
miere phalange. Dans un cas, la deuxieme phalange elail fracturee en meme
temps que la premiere. Dans un autre cas la phalangette du medius elail seule
brisee.
La fracture pent affecter simultanement deux ou plusieurs doigts, habituelle-
mci. ENC. XXX. il
10-j DOK;T (KUIJOL
mcnt des doigts voisins. J ai deja cite un exemple dans let[uel rannulaire et
I auriculaire avaient ete brises dans le meme accident. M. Bougarel en donne
mi aulre ou, dans une chute sur une pierre, le medius et 1 annulaire avaient ete
cusses en meme temps.
Enfin, signalons les cas dans lesquels il y a fracture de deux phalanges d un
doigt.
Le trait de la fracture parait etre Jransversal et dentele dans la grande
majorite des cas. Mais les figures de 1 ouvrage d Aunandale (The m&t formations,
diseases and injuries of (he finger, Edinb., 1865, planche XI, fig. 119, 120,
121 et 123) montrent que la fracture peut aussi affecter exceptionnellement une
direction oblique et meme longitudinale. Quelquefois le tissu spongieux a e te
simplement enfonce et la fracture est incomplete.
Les emplacements manquent bien souvent, parce que la gaine des flechUscurs
et le tendon extenseur maintiennent les fragments en place Cependant on peut
observer touslesdeplacements des fractures des os longs, c est-a-dire le deplace-
ment angulaire, le deplacement suivant 1 epaisseur et le chevauchement. Lorsque
le peiioste et les tissus fibre ux sont roinpus, les tendons ilechisseurs entrainent
de leur cote le, fragment infe rieur, et produisent un deplacement angulaire a
concavite anterieure. Quant au sens du chevauchement, il depend et de la cause
fracttirante et de 1 action musculaire. II n est pas rare de constater un deplace
ment lateral.
La consolidation s effectue dans un delai de trois a quatre semaines, lorsque
la coaptation a ete bien laite. On trouve, dans lelivre deM. Blum, un exemple de
non-consolidation apres trois mois. II n y avail peut-etre pas encore lieu de deses-
perer de la soudure osseuse, mais les fragments etaient devies a angle droit,
et M. Blum fit 1 amputation du doigt (Chir. de la main, 1882, p. 25).
Le diagnostic des fractures phalangiennes n offre point de difficulte. Si la
deformation n existe pas, on les reconnait a la crepitation et surtout a la mobilite
anormule, qui ne fait presque jamais de faut. La douleur localise e et 1 impos-
sibilite de mouvoir le doigt sont encore de bons signes de la fracture, mais ce
ne sont que des signes rationnels; ce sont les seuls auxquels on puisse se rat-
tacher dans le cas de fracture incomplete.
Lorsqu il n y a aucun deplacement, le trailement se borne a maintenir 1 ira-
mobilite du doigt avec un appareil approprie.
Lorsqu il y a un chevauchement ou un deplacement quelconque, il faut prea-
lablement le faire disparaitre. On y arrivera sans peine en exercant une legere
traction sur le bout du doigt, et en coaptant les deux fragments aussi exacte-
ment que possible.
Pour maintenir la reduction et rimmobilite, on se sert de petites attelles en
bois mince ou en carton fixees avec des bandelettes de diachylon. Quelquefois on
attache le doigt blesse aux doigts voisins qui lui servent de soutien, procede
qu on ne saurait recommander quand il y a un deplacement. iMalgaigne a beau-
coup insiste sur la position qu il faut donner au doigt en rimmobilisant. 11 a
montre que 1 extension complete expose a des deplacements angulaires et a des
raideurs consecutives, et que 1 attitude qui evite le mieux ces inconvenients
est 1 attitude demie-flechie, deja conseillee par A. Pare. L attitude demie-flechie
est assez difficile a realiser avec les appareils dans lesquels entrent des attelles
rigides. Aussi est-il preferable d employer, pour les fractures des phalanges, des
appareils moules, fails avec de la gutta-percha ou avec du platre.
DOIGT (PATHOLOGIE). 103
Une immobilisation de trois semaines est suffisante pour obtenir une consoli
dation complete ou presque complete. Quand on ne de*passe pascette limite, on
n a pas a redouter des raideurs persislantes des articulations phalangiennes.
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ARRACHEMENT DU TENDON EXTEIXSEUR DE LA PHALANGETTE. L enlorse des doigts
est une affection vulgaire, qui n oifre rien de special, qui gue rit spontanemeut
et qui n attire 1 attention que si elle est cause d une arthrite. Nous ne nous y
arreterons pas. Mais nous ne pouvons passer sous silence une lesion qui so
vapproche par certains cote s des de chirures de 1 entorse, et qui a ete complete-
merit oublie e par les auteurs classiques : je veux parler de Yarracltement sous-
cutane du tendon extenseur de la phalangette. La rarete d un pareil arrarhr-
ment et 1 indifference des blesses pour une blessure qu ils croient passagerc
expliquenl Foubli dans lequel on 1 a laisse. Get oubli n en est pas moins facheux,
parce que le praticien meconnait la lesion et ne cherche point a y remedier.
Dans une communication a la Societe anatomique, en 1879, M. Segond u
decrit, pour la premiere fois, I arrachement du tendon exlenseur de la pha
langette. Deux ans plus tard, dans un article de journal allemand (Centralblatt
fur Chir., n 1, 1881), Busch pretendit avoir decouvert cette lesion en meme
temps que M. Segond, sinon avant lui. Ante rieurement aces auteurs, M. Duplay
{Soc. de chir., 29. novembre 1876) avail observe une rupture sous-cutanee du
tendon long extenseur du pouce; mais la solution de contmuite avail eu lieu au
niveau de la tabaliere anatomique et non au niveau de la phalangette, ce qui
etablit une difference notable entre le fait de M. Duplay et ceux de MM. Segond
et Busch. Enfin je peux ajouter aux observations precedentes deux nouveaux
fails que j ai vus, Tun en 1883, 1 autre dernieremenl, et qui n ont pas ete publies.
La description que M. Segond a donnee de sa malade restera comme un type
du inecanisme et des symptomes de ce singulier arrachement. Dans une dispute
avec un malade, une infirmiere fut saisie par 1 extremite flechie du petit doigt
Son adversaire prit un point d appui, d une part, sur 1 extremite superieure de
Ua phalangine, d autre part, sur 1 extremite libre de la phalangette, et imprima
au doigt une brusque flexion. II en re sulta une sensation de crnquement et une
douleur tres-vive. La phalangette resta flechie a angle droit sur la phalangine.
L articulation, legerement tume fiee, presentait une petite ecchymose sur sa face
.dorsale. La palpation faisait reconnaitre 1 existence d un point douloureux tres-
164 DOIGT (PATHOLOGIE).
limite et situe sur la phalangette immediatement au-dessous de 1 interligne
articulaire. Tous les mouvements physiologiques du doigt etaient conserves;
seul, le mouvement d extension spontanee de la phalangette etait impossible. En
saisissant la phalangette, on pouvait la redresser et 1 etendre sur la phalangine,
mais, des qu on 1 abandonnait a elle-meme, on la voyait rctomber en flexion avec
toute la brusquerie d unc piece mue par un ressort.
M. Segond a reproduit I arrachement sur une vingtaine de cadavres, et s est
assure qu il correspondait exactement a la deformation observee sur le vivant.
D apres ces experiences, le tendon arrache presque toujours une lamelle osseuse.
Chez les sujets ages, la lesion osseuse est encore plus considerable et amene une
veritable fracture de la phalangette.
Dans le premier cas quej ai vu, il s agissait d un artilleur de vingt ans, dont
1 extremite de i index fut prise dans une boucle de harnais et brusquement
Jlochie par un mouvement du cheval. Immediatement douleur vive et impos-
>ihilite d etendre la phalangette. L extremite de I index avail la forme d un petit
marteau, avec sa phalangette flecliie a angle droit. On pouvait etendre cette
clerniere artificiellement, mais, des qu on ne la retenait plus, elle reprenait sa
position vicieuse. J avais conseille d immobiliser le doigt et la phalangette dans
la position etendue. Mais ce traitement ne fut pas suivi et le blesse a conserve
un doigt difforme.
Ma seconde observation se rapporte a une femme de quuraiite-quatre ans, qui
est venue me consulter le 9 mai 1884. Quatre jours auparavant, elle elait
;;ccroupie pour frotter un parquet avec une brosse tenue dans sa main droite,
lorsque 1 extremite de son petit doigt vint frapper centre le pied d une table,
immediatement, les phenomenes de 1 arrachement sous-cutane du tendon exten-
seur de la phalangette se produisirent, et leur persistance engagea la patiente a
demander du secours. Je constalai tous les signes precedemment decrits, et, en
outre, un le ger gonflement de 1 articulation avec rougeur de la peau. Un ban
dage platre i ut applique. Je suppose que la malade a garde ce bandage assez
longtemps pour etre guerie, car je ne 1 ai pas revue.
Busch cite cinq cas, survenus quatre fois a la suite d une chute sur 1 extre
mite du doigt, et une fois par un choc violent sur 1 extremite digitale flechie
vers la paume. L auriculaire a ete 3 fois le siege de la blessure, 1 annulaire
1 fois et le pouce 1 fois. Busch a observe les memes symptomes que
M. Segond; settlement, au lieu d une flexion de la phalangette a angle droit,
celle-ci n etait flechie que de 45 degres dans deux de ses observations.
Les fonctions de la main etaient beaucoup plus gravement compromises chez la
malade de M. Duplay, puisque le pouce etait fle chi d une maniere permanente
non-seulement au niveau de 1 articulation phalangettienne, mais encore au
niveau de 1 articulation metacarpo-phalangienne. Ce chirurgien parvint a reta-
blir les mouvements d extension en pratiquant une suture tendineuse. Mais une
operation semblable ne saurait s appliquer a la rupture du tendon extenseur au
niveau de la phalangette.
Que devient la maladie lorsqu elle est abandonnee a elle-nieme, ce qui arrive
ordinairement? Un des faits de Busch permet de repondre a cette question. II
eut Toccasion de voir un liomme qui avait subi, six ans auparavant, un arra-
chement du tendon extenseur de la phalangette de I auriculaire, et chez lequel
aucun traitement n avait ete fait. Au premier abord la deformation ressemblait
a celle que produit un panaris. Mais, en y regardant de plus pres, on trouvait
DOIGT (PATHOLOGIE). 165
seulement une atrophie de la pulpe et une convexite plus grande de 1 ongle.
L extension spontanee de la phalangette etait impossible ; on pouvait cependant
la relever arlificiellement, sans 1 amener toutefois dans 1 ex tension complete.
Un leger mouvement de flexion pouvait encore s exe cuter volonlairement. Le
patient s etait si bieu habitue a sa difformite, qu il pouvait suftire a toutes les
occupations manuelles. Illui etait seulement impossible de mettre un gantetroiS.
En resume, 1 arrachement du tendon extenseur reconnait pour cause une
impulsion brusque de 1 extremite digitale en avant, et se traduit par une flexion
permanente de la phalangette on du doigt tout entier. L auriculaire parait ehv
le plus souvent atteint. Les fonctions du doigt sont completement perdues,
lorsque la rupture tendineuse a lieu au niveau de la paume. Mais, lorsque la
rupture a lieu a 1 insertion phalangettienne, 1 alteration de la forme et des
fonctions digitales produit un etat disgracieux et genant, qui pent cependant se
concilier a la longue avec 1 usage a pen pres normal de la main.
Le tmitement consiste : 1 dans 1 immobilisation du doigt en position recti-
ligne, lorsque le tendon est arrachc a son insertion phalangettienne; 2 dans
la suture tendineuse, lorsque le tendon cst rompu sur la face dorsale des
phalanges et du metacarpe.
Comme les malades ne viennent consulter le medecin que tardivement, il faut
savoir que la guerison peut encore s obtenir au bout de trois a quatre semaines.
Busch appliqua un bandage inamovible en platre apres quinze jours dans un
cas, et apres quatre semaines dans deux autres cas. Or, Tun de ses malades
guerit completement sans avoir perdu quoi que ce soil dans 1 etendue de la
flexion. Chez les deux autres, les mouvements d extension etaient complets,
mais la flexion etait diminuee et n allait pas tout a fait a Tangle droit. Chez
un quatrieme malade, qui avail ete mis en appareil neuf jours apres la bles-
sure, le re sultat fut moins bon; la phalangette resta en demie flexion, et ne se
laissait pas redresser completement. L atrophie de 1 extremite du doil com-
mencait a se montrer.
La dui-ee de rimmobilisation doit etre assez longue, d un mois environ.
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d msertion des deux languettes phalangeltiennes de I extenseur du petit doigt par flexion
forceede la phalangette sur la phalangine. In Bull, de la Soc. anat., p. 724, dec. 1879.
W. BUSCH. Ueber den Abriss der Strecksehne von dem Phalanx des Nagelgliedes In Centrdlbl
fiirChir., n 1, p. 1, 1881. p
LUXATIONS. Lorsqu on parcourt leslivres classiques, les traites speciaux et les
recueils periodiques, on est frappe de ne trouver qu un petit nombre de faits
concernant les luxations des doigts. Si on consulte, d une autre part, la statis-
tique generate des hupitaux de Paris, on est en presence de la meme pe nurie.
Pendant six annees de service a 1 hopital de la Pi tie, je n en ai observe que
sept exemples. Les luxations des doigts sont done re ellement rares, et parmi
elles les moins rares sont celles du pouce.
Cette rarete tient sans conlredit a la brievete et a la mobilite des phalanges
qui leur permettent de se derober a 1 influence des causes vulnerantes. Le trai^
matisme n a pas de prise sur ces organes, qui fuient au devant de lui, se sou-
tiennent mutuellement et se cachent dans la paume. Les mouvements de flexion
et d extension seivent encore a les preserver. Dans une chute sur la main
4C6 DOIGT (PATHOLOGIK).
le choc porte son action sur les os de 1 avant-bras et, en particulier, sur le
radius qui est si souvent brise. Pour qu il y ait fracture ou luxation des doigts,
il faut un ensemble de conditions qui se realisent difficilement. Si le pouce fait
exception, c est que son isolement et ses usages 1 exposent beaucoup plus que
ses congeneres.
Comme les doigts possedent trois articulations speciales, leurs luxations se-
distinguent aussi en trois especes, qui sont : les luxations me tacarpo-phalan-
giennes, les luxations phalango-phalanginiennes ou luxations des phalangines^
et les luxations phalangino-phalangettiennes ou luxations des phalangettes.
En outre, la disposition anatomique de 1 articulation metacarpo-phalangienne du
pouce donnant a ses luxations un caractere a part, on a divise les luxations
mctacarpo-phalangiennes en deux especes, celles du pouce et celles des quafre
derniers doigtx.
Les cliiffres suivants montrent la frequence proportionnelle de ces luxations
diverse? :
Luxations metacarpo-plialangiennes du pouce 84
Luvations metac.irpo-phalangiennes des quatre derniers doigis. . 27
Luxation^ des phalangines 26
Luxations des phalangeltei 69
En recherchant quelles sont leurs causes pre disposantes*, on trouve que le sexe
rmsculin joue un role tres-important, comme pour toutes les lesions trauma-
ti jucs (141 luxations chez les hommes contre 25 chez les femmes). L espece
de la main et 1 age n ont pas une influence bien marquee. Ainsi, on rencontre
la luxation a peu pres aussi souvent a la main droite qu a la main gauche
(Of) fois a droite, 55 fois a gauche), et on 1 observe a peu pres dans les menies-
proportions aux differents ages de la vie :
Foi*.
Au-dessous de 10 ans 9
De 10 a 15 ans 12
De IS a 25 ans U
De 25 a 3ii ans IK
De 35 a 45 ans 21
De 45 a 55 ans -2-2
Au-dessus de 55 ans 13
La frequence des dechirures de la peau par les extremites articulaires, de
1 irreductibilite ou des difficultes de la reduction, de 1 ankylose consecutive^
rend le pronostic des luxations des doigts generalement grave.
Ajoutons que leur mortalite est de 4,85 pour 100 (10 deces pour 206 luxa
tions), mortalite enorme qui diminuera certainement avec les pansements et les
precedes de re duction que nous employons aujourd hui.
I. Ll!XATIO.\S METACAFPO-PHALA>G1EKKES OU POUCE. ElleS Ollt llCU tailtot 6H
arriere, tantot en avant. Nous nous occuperons d abord des luxations en arriere,
qui sont de beaucoup les plus frequentes et les plus importantes. Sur 84 luxa
tions me tacarpo-phalangiennes du pouce, nous en comptons 61 en arriere et
25 en avant.
a. Luxations metacarpo phalangiennes du pouce en arriere. Peu de luxa
tions ont provoque autant d ecrits, d experiences cadaveriques et de discussions.
C est qu en effet il y a peu de luxations dont le traitement offre autant de
mecomptes. Facile dans beaucoup de cas, la reduction du displacement presente
d autres fois des difficultes etranges. Les chirurgiens ont voulu savoir quelles
DOIGT (P.VTBOLOGIE). 107
en etaient les raisons. De Ja des recherches nombreuses, que nous aurons a
analyser.
Ses causes n ont rieii de special. La plus commune est une chute sur la mam,
dans laquelle le pouce est violemment renverse et chasse en arriere. Duges
rapporte qu il s est demis le pouce en poussant une table tres-lonrde. M. Guyon
a vu la luxation *e produire par la pression d une poutre qui, en glissant, avail
enlraine le pouce vers la face dorsale. M. Sarazin, comme Shaw, 1 a observee
apres une rixe, dans laquelle on avail maintenu 1 un des adversaries par le pouce,
qui fut renverse en arriere el luxe. Dans un fail de Michel, la luxation du ponce
fut produite par un coup de pied sur la main, chez mi gargon de douze ans.
Putegnat a appele I attention sur la luxation par cause musculaire. Quelques
personnes possedent la faculte de se luxer volonlairement le pouce en arriere
par une contraction des muscles extenseurs, el de reduire le deplacement avec
facilite par une conlraclion des fle chisseurs. On a explique ces subluxations
spontanees par un relachement des ligaments. Mais le relachement des liga
ments n est qu une condition accessoire du deplacement. La condition princi-
pale est une conformation particniiere de la tete du metacarpien, conformation
sur laquelle nous reviendrons el qui semble s acquerir a la longue. En effel, les
individus qui peuvent ainsi se luxer le pouce a volonte s y sont exerces des leur
enfance en s amusant a simuler avec leur doigl la forme d un chien de fusil,
d une cocotte, d une tete de canard.
Pour comprendre la symptomatologie et la pathogenic des luxations du pouce
en arriere, il faut se bien penetrer que, dans ces luxations, la phalange nest
rien, les os sesamoides sont tout.
Partant de ce fait, qu il a mis en lumiere, M. Farabeuf a donne une classi
fication tres-exacte du degre des deplacemenls. La phalange, dit-il, se deplace
en entrainant les os sesamoides qui lui sont invariablement attaches. Ces pelits
osselets s arretent-ils sur le bout du metacarpien, la luxation est incomplete.
Ont-ils ete entraines jusqne sur le dos du metacarpien. la luxation esl complete.
Le plus souvent la phalange est luxee comple tement, c esl-a-dire qu elle a
franchi le rebord dorsal du carlilage. Ce n esl done pas au depl.icemenl pha-
langien qu il faut s adresser pour avoir une bonne classification, mais au depla-
cemenl sesamoidien (Bull, de la Soc. de chirurgie, 1876, p. ,30). La defini
tion du degre des luxations metacarpo-phalangiennes du pouce en arriere, si
obscure et si vague dans les livres, se trouve ainsi nettement fixee. Nous 1 adop-
terons dans notre inscription, et nous aurons encore beaucoup a emprunter aux
recherches si approfondies de M. Farabeuf sur le sujet qui nous occupe.
Les symptomes varient suivant le degre de la luxation (fig. 18). Lorsqu elle
est incomplete, la deformation ressemble tout a fait a celle de la luxation
spontanee. La premiere phalange, renversee en arriere, fait avec le metacarpien
im angle plus ou moins obtus. La phalangette est flechie sur la phalange, de
sorte que le pouce a une forme que Ton compare a un Z. Le metacarpien rap-
proche de 1 axe de la main est dans I attitude de 1 opposition. On sent, a la face
palmaire, une saillde dure, arrondie, qui est la tete du metacarpien recouverte
par le tendon flechisseur, le ligament glenoidien et les os sesamoides. Si les
muscles de 1 eminence thenar out ete partiellement dechires a leur extremite
inferieure, le condyle externe, exceptionnellement le condyle interne, fait saillie
sous la peau. Le pouce est quelquefois legerement incline en dedans, tres-rare-
menl en debars. On ne pent lui imprimer que de faibles mouvements dans le
168 DOIGT (PATHOLOGIE).
sens lateral, mais on peut le redresser da vantage ou le flechir. Lorsqu il a ete
flechi, il ne garde pas sa position et revient spontanement a son attitude pri
mitive. II y a cependant, d apres Farabeuf, des metacarpiens dont. le rebord
dorsal est assez peu arrondi pour retenir le rebord palmaire de la phalange
rabattue et maintenir cet os a peu pres dans la rectitude, et meme dans une
flexion legere. Enfin, le pouce n est pas raccourci ; mais ce n est la qu un signe
probable de la luxation incomplete, car nous verrons qu il existe aussi dans cer-
taines luxations completes.
I
Fig. 18. Luxation incomplete
il apres Faralieiili.
Fig. 19. Luxation complete
(d apres Farabeuf).
La luxation complete (fig. 19), caracterisee par 1 ascension de la phalange
et de la sangle sesamo idienne sur le dos du metacarpien, presente une defor
mation peu differente de celle de la luxation incomplete. Comme dans celle-ci,
le pouce est en Z et le metacarpien est rapproche de 1 axe de la main. L angle
forme par le renversement du pouce, an lieu d etre obtus, est droit. La tete du
metacarpien est a nu sous la peau, qui est quelquefois de chiree. Une depression,
sinon visible, toujours appreciable par le toucher, existe entre la face palmaire
de la phalange et la tete du metacarpien. Le pouce est ordinairement dejete
en dedans, rarement en dehors. II est beaucoup plus mobile que dans la luxa
tion incomplete, dans le sens lateral et d avant en arriere. L extension com-
muniquee est facile jusqu a Tangle droit. La flexion est difficile ou impossible.
Si on force un peu, on amene le pouce dans 1 axe du metacarpien ou meme un
peu au dela dans le sens de la flexion. On constate alors un chevauchement
constant et un raccourcissement d autant plus marque que les ligaments late-
raux sont plus dechires. Michel a observe un raccourcissement de 2 millimetres
seulement, Robert de 1 centimetre, MM. Guyon et Labbe de 1 centimetre 1/2,
et Alaboissette a vu la phalange refoule e jusqu au mileu de la face dorsale du
metacarpien. Comme la phalange surmonte le metacarpien, 1 epaisseur de 1 extre-
mite inferieure de cet os est doublee. Enfin, on sent distinctement deux saillies,
Tune anterieure due a la tete metacarpienne, 1 autre posterieure produite par
I extremite superieure de la phalange.
II arrive souvent qu en faisant des tractions intempestives pour reduire la
phalange redresse e en arriere, on n aboutit qu a placer le pouce dans 1 axe du
metacarpien, sans pouvoir obtenir la reduction. Ilenresulte u ne attitude parti-
culiere du pouce, attitude que Malgaigne et d autres auteurs ont signalee, sans
en soupconner T importance au point de vue pratique. C est la une nouveile
espece de luxation, que les hasards d un traumatisme peuvent sans doute.
produire, mais qui est habituellement la consequence de manoeuvres mal
dirige es. On 1 a decrite sous les noms de luxation rebelle, irreduct ible. M. Fa-
DOIGT (PATHOLOGIE). l |i;>
rabeuf 1 appelle luxation complexe (fig. 20) et la definit par les signes suivanls :
La tete du metacarpien est superficielle et saillante en deliors. La phalange
est tres-mobile, transported vers 1 index et rabattue en avant. La phalangette
est etendue. Le pouce est rectiligne et a peu pres parallele au metacarpien, sur
lequel il chcvauche dans une etendue variable. Le raccoureissement est tantot
considerable, tantot nul ou presque mil. Le pouce peut se redresser artificielle-
ment, mais, des qu on 1 abandonne, il retombe aussitot. La flexion est tres-
limite e, parce que les debris des ligaments dorsaux et lateraux s y opposent.
Quand on redresse la phalange de force, on sent, de la maniere la plus nelte,
qu elle se souleve et s ecarte du metacarpien dont la separe 1 os sesamoide
redresse lui-meme en raison de son mode d articulation. En la tenant redressee,
on sent qu elle ne peut frotter sur le melacarpien, toujours a cause du sesamoide,
empaquete de tissu fibreux (Farabeuf, loc. tit., p. 52).
Fig. 20. Luxation rabatlue, complexe (d apres Knrubeufj.
Avec les signes qui precedent, le diagnostic d une luxation metacarpo-phalan-
gienne du pouce en arriere n offre point de difficulte. 11 ne saurait etre difficile
non plus de reconnaitre a quelle cspece de luxation on a affaire. Dans la luxation
incomplete, comme dans la luxation complete, le pouce affecte la forme d un Z;
mais il est moins renverse en arriere, la tete metacarpienne est moins saillante.
et Ton peut sentir avec 1 ongle les os sesamoides fixes sur le bout du metacarpien.
Dans la luxation complete, la tete du metacarpien est a nu sous la peau, tres-
saillante, separee du bord anterieur de la phalange par une rainure qu on
augmente a volonte en faisant glister la phalange sur le dos du metacarpien.
Quant a la luxation complexe, elle se reconnait a 1 attitude rectiligne du pouce,
a la saillie des deux extremites articulaires, qui se superposent et donnent a la base
du doigt une epaisseur anormale.
Le pronostic doit etre tres-reserve. On peut s en convaincre par les chiffres
suivants : sur 58 luxations 1 1 ont ete irreductibles ; 1 6 difficiles a reduire et
n ont cede qu a des tentatives nombreuses et prolongees. 8 fois la luxation a ete
compliquee de plaie ouvrant 1 articulation. Parmi ces 8 cas, 3 fois on fit la
resection de la tete du metacarpien (Birkett, Liicke et Ranke), et 1 fois la
section du tendon long flechisseur (Wordsworth). Enfin, les efforts energiques
qu on est oblige de faire pour obtenir la reduction ont quelquefois cause des
accidents. Dans un cas de Bromfield, la phalangette fut arrachee. Dans un autre
cas, rapporte par Dupuytren dans ses Lecons orales de clinique, le pouce se
gangrena ; un phlegmon suppure, partant de ce doigt, s etendit a 1 avant-bras et
au bras, et le malade mourut.
Cependant, il faut aj outer que la gravite du pronostic est moindre, depuisque
Ton connait mieux 1 obstacle a la reduction et les procedes capables de 1 obtenir
dans la grande majorite des cas, si ce n est dans tous les cas. Chez un de nos
blesses, qui avait une luxation compliquee de plaie articulaire, nous avons
reduit immediatement par le renversement du pouce, nous avons applique un
170 DOIGT (I-ATIIOLOGIB).
pansement antiseptique ; la guerisou a eu lieu sans suppuration et avec le reta-
blissement des mouvemcnts.
II est interessant de savoir ce que devient la luxation non reduite. La diffor-
mite persiste, mais les fonctions se retablissent en partie, si le pouce est
amene dans [ attitude rectiligne. J ai vu une dame qui pouvait flechir son ponce
luxe assez pour 1 opposer facilement aux autres doigts. Elle s en servait sans
douleur, et il lui rendait a peu pres les memes services qu un pouce sain. Dans
le cas ou le pouce conserverait 1 attitude en Z, le retablissement des fonctions
serait beaucoup plus difficile. Aussi. a defaut d une reduction, nous pensons
que Ton doit s eftorcer d obtenir l allongement du pouce dans 1 attitude rectiligne.
L anatomie pathologique a ete faite lentement avecquelques rares autopsies,
avec 1 examen des parties a travers une plaie des teguments ou une incision
operatoire et surtout avec les investigations cadaveriques apres la production
ai tificielle des diverses especes de luxation.
Les lesions portent successivement, selon 1 etendue du deplacement, sur le
ligament glenoidien, sur les ligaments lateraux, sur les muscles phalangiens et
sur le tendon du long flechisseur.
Lorsque le pouce est renverse en arriere, soil pendant une chute, soit pen
dant une experience, le ligament glenoidien se tend a 1 extreme au devant de
I articulation, et les faibles attaches qui unissent son bord superieur au meta-
carpien se dechirent. Ce n est encore la qu une entorse. Mais, si le renverse-
ment va plus loin, la partie anterieure des ligaments lateraux (plus exactement
les ligaments metacarpo-sesamoidiens) se dechire a son tour. Neuf fois sur
dix, c est le ligament externe qui cede le premier, dans tons les cas, c est lui
qui presente la rupture la plus etendue (Farabeuf). Les os sesamoides sont
alors libres de suivre la phalange. Us se placent sur le bout du metacarpien
(fin. 18) et, si la surface arliculaire de celui-ci est conformee de maniere a les
retenir, la luxation incomplete est produite. Comme lesion accessoire, on observe
quelquefois une dechirure partielle du muscle court flechisseur par le condyle
externe du metacarpien et une legere deviation du tendon du long flechisseur en
dedans.
On concoit qu un relachement considerable des ligaments puisse avoir les
memes effets que leur rupture et que 1 ascension des osselets en soit la conse
quence. C est ce qui arrive chez les personnes qui se luxent volontairement le
pouce.
Nous avons donne a entendre que la subluxation, traumatique ou spoil-
tanee, exigeait pour se produire une conformation speciale de la tele metacar-
pienne. Une tete metacarpienne arrondie d avant en arriere semble, en effet,
peu propre a retenir les sesamoides^deplaces. Mais il n en est plus de meme
lorsqu elle est anguleuse, formee par deux surfaces, 1 une anterieure sesamoi-
dienne, 1 autre inferieure phiilangienne, lesquelles sont separees par une ligne
plus ou moins saillante. Une fois que les os sesamoides ont passe par-dessus
cet angle, ils restent appliques sur la surface phalangienne et ne peuvent plus
revenir a leur place normale. La luxation incomplete ne se realiserait done que
chez des sujets predisposes.
Dans la luxation complete, le ligament glenoidien amsi que les sesamoides
sont appliques sur la face posterieure de la tete metacarpienne, qui elle-meme
s est fraye un passage entre les muscles court flechisseur et court adducteur.
Les fibres internes de ces muscles sont plus ou moins dechirees, mais ils restent
DOIGT (PATHOLOGIE). 171
inseres aux sesamoides et sont, comme eux, luxes en arriere. Le col de la tete
metacarpienne est etrangle a travers une boutonniere, dont le bord externe esl
forme par le court flechisseur ou sesamoidien externe, le bord interne par le
court adducteur ou sesamoidien interne, la partie superieure par le ligament
glenoidien qui constitue une sorte de sangle entre les deux muscles thenariens.
Au moment ou la tete du metacarpien franchit la boutonniere pre cedente, le
tendon du long flechisseur est dejete en dedans sans perdre ses rapports avec
les os sesamoides. II est rare que le tendon flechisseur glisse en dehors.
M. Farabeuf ne 1 a observe que cinq fois dans cent experiences sur le cadavre.
Gependant, Deville a constate cette deviation en dehors dans une autopsie, et on
la reconnait dans les details d une observation publie e par M. Legae.
Le deplacement du tendon long flechisseur en dedans et la conservation ire-
quente du ligament lateral interne, tandis que 1 externe est rompu, expliquent
1 attitude du pouce, qui est presque toujours incline du cote de 1 index, avec vine
legere rotation de sa face anterieure dans le meme sens. Si le pouce est devie
du cote externe et forme avec le metacarpien un angle saillant en dedans,
comme dans le cas de M. Legae, on peut en conclure que Ton a affaire, par
exception, a une luxation dans laquelle le ligament lateral interne a ete rompu
et le tendon long flechisseur dejete en dehors.
Arrivons maintenant a 1 examen de la cause qui rend la reduction si souvent
difficile et quelquefois impossible.
Hey 1 attribuait a la forme de la tele du metacarpien, qui ne peut plus revenir
a sa place, lorsqu elle a traverse la dechirure du ligament anterieur et lorsque
son col est embrasse par les ligaments lateraux. Dupuytren professait une opi
nion a peu pres semblable en accusant le changement de direction de ces liga
ments, qui deviennent perpendiculaires et appliquent etroitement la phalange
sur le dos du metacarpien. Mais ces explications ne peuvent se concilier avec la
rupture, presque constante, du ligament externe, et la grande mobilitede la pha
lange dans la luxation complete.
Pour Ballingall, il faut incriminer la constriction de la boutonuieie fibro-
musculaire autour du col de la tete metacarpienne. Mais, lorsqu on abolit
1 action musculaire par 1 anesthesie chloroformique, on ne trouve pas que
1 obstacle a la reduction soit enleve.
Dans une luxation compliquee de plaie, Wordsworth pensa que 1 irreducti-
bilite tenait au tendon du long flechisseur. 11 en fit la section et re duisit. Dans
un autre cas rapporte par Waitz, Esmarch, ne pouvant reduire, ouvrit 1 articu-
lation. Le ligament capsulaire etait rompu a son insertion metacarpienne et
avait glisse en arriere de 1 os en formant une boutonniere qui l etran<rlait. On
agrandit par des incisions laterales 1 ouverture ligamenteuse et on 1 elarg-il
encore par 1 application de crochets mousses. Neanmoins la re duction ne
s operait pas. On reconnut que le tendon du long flechisseur s etait interpose
entre la tete du metacarpien et la base de la phalange. Ce tendon, suivant la
phalange de placee, avait glisse vers le bord cubital par-dessus la tete du meta
carpien et s etait enclave entre les deux os, de facon qu il avait pu echapper
completement aux premiers regards. Un crochet mousse suffit pour le saisir
et le soulever, et alors la reduction s opera tres-facilement. Voila deux faits
propres a faire admettre que le tendon long flechisseur peut devenir une cause
d irreduclibilite en s interposant entre les surfaces articulaires. Neanmoins ils
demandent a etre confirmes par de nouvelles observations. Quand on considere
172 DOIGT (PATHOLOGIE).
que ce tendon est tres-solidement fixe au devant du ligament glenoi dien entre
les deux os sesamoides, il est naturel de sedemander si 1 interposition, signalee
par Waitz, est autre chose que 1 interposition du ligament glenoi dien lui-meme.
En soulevant le tendon avec un crochet mousse, on degage en nieme temps ie
ligament, et rien ne s oppose plus a la reduction.
Le principal obstacle, 1 unique obstacle peut-etre, vient du ligament glenoi
dien. Pailloux, Michel, Malgaigne, 1 ont constate en dissequant des luxations
laites artificiellement sur des cadavres. Liicke, Waitz, Ranke, 1 ont vu sur le
vivant dans des luxations compliquees de plaie ou largement ouvertes dans le
but d operer la reduction par la methode sanglante. Mais aucun de ces auteurs
n a compris le role des os sesamoides. Ce role n a ete bien indique que par
M. Farabeuf, qu il faut toujours citer quand on etudie les luxations du pouce.
M. Farabeuf ctablit, d abord, que la rupture du ligament glenoi dien se fait
toujours au niveau de son insertion metacarpienne. Sur ses cent experiences
il n a jamais vu la dechirure se faire ailleurs. Trois fois seulement, 1 os sesa-
moide externe s etait brise par arrachement. II en resulte que les os si ; su-
moides, contenus dans le ligament glenoi dien, suivent la phalange dans tons
ses deplacements. 11s ferment, sur le bord anterieurde sa surface gle noidienne,
une sorte d apophyse mobile comme une charniere. Mais il importe de savoir
que les mouvements de la charniere, faciles d arriere en avant dans le sens de
la flexion, sont impossibles en arriere, de sorte que les sesamoides ne peuvent
jamais s appliquer sur la surface articulaire de la phalange.
Dans la luxation complete simple, 1 os sesamoide interne est dejete en dedans
avec le tendon long flechisseur, et 1 os sesamoide externe ou osselet scaphoide
est applique sur le metacarpien, la qnille en I air (fig. 19). C est cet osselet
qui va jouer le role capital dans le phenomene de 1 irreductibilite. Les inser
tions des muscles thenariens, qui forment les bords de la boutonniere prece-
demment decrite, le maintiennent fixement au devant de la phalange renversee.
Que va-t-il arriver, si, dans le but de reduire la luxation, le malade, des voisins
ou un medecin, rabattent la premiere phalange en tirant sur le pouce? la
phalange entrainera le scaphoide, quise soulevera et se retournera la quille en
bas (fig. 20), mais ne quittera pas le dos du metacarpien. Ce retournement du
scaphoide constitue le phenomene de 1 interposition, et, lorsqu il s est produit,
on a affaire a une luxation complexe, irreductible par les tractions ordinaires.
iMais il est une condition indispensable pour que la traction sur la phalange
rabattue produise 1 interposition et 1 irreductibilite, c est la dechirure du liga
ment lateral interne se combinant avec celle du ligament lateral exteme. Eu
effet, prenons une luxation simple, complete, au premier dcgre : le ligament
interne est intact ou a peine entame, la phalange n a pas pu chevaucher loin
sur le metacarpien et a laisse tout juste de la place au sesamoide qui rnonte
en croupe apres elle. La luxation est cependant complete; neanmoins, si on
tire sur la phalange, la luxation se reduit ou plutot 1 interposition ne se pro
duit pas. L osselet est a peine redresse, c est-a-dire a moitie retourne par hi
traction, que, le terrain manquant sous lui, il glisse sur Je cartilage devant la
phalange, et retourne a sa place. Cela explique parfaitement pourquoi la traction
dans 1 axe, appliquee indifferemment a tous les degres de la luxation simple
complete, amene tantot la reduction, tantot 1 interposition ou retournement du
sesamoide, et pourquoi cette detestable pratique n est pas encore abandonnee
(Farabeuf, loc.cit., p. 51).
DOIGT (MTHOLOGIE). 175
La rigidite et la longueur de 1 appendicc sesamoidien interpose jouent un
grand role dans 1 irreductibilite. Sa rigidite, due a la presence des os sesa-
moides, 1 empeche de se courber, de s inflechir, de s accommoder a la forme de
1 obstacle a franchir. Sa longueur, qui est de 6 millimetres environ, Tempeche
de passer au devant de la tete metacarpienne. II faudrait pour cela que les trac
tions pussent ecarter la phalange dans 1 etendue de G millimetres. Or, un pareil
ecartement est impossible, a moins que les ligaments lateraux ne soient com-
pletement dechires ou sectionnes avec un lenotome. La luxation se montre done
irreductible.
Mais, si on ne peut faire passer 1 os sesamoide a plat au devant de la tete du
metacarpien, on peut tourner la difficulte et la faire passer de champ. On j
arrive par deuxmoyens, que M. Farabeuf a parfaitement decrits (he. cit., p- . ?) :
1 si, apres avoir tire dans 1 axe jusqu a amener 1 os sesamoide au bord du car
tilage, on flechit fortement la phalange tout en continuant a tirer, 1 osselct glisse
sur le cartilage et descend sur le bout du metacarpien ou il s arrele. Pour le
conduire plus loin, il faut tordre la phalange en dedans, manoeuvre qui chasse
violemment vers la face anterieure 1 osselet externe et le remel ni place.
"2 L autre moyen est plus direct et plus facile. II consiste a lirer dans l .i\r
jusqu a donner au ponce sa longueur normale, puis sans cesser de tirer on
redresse la phalange a angle droit, ce qui redresse 1 osselet et le place de champ
sur le rebord cartilagineux. On n a plus qu a presser sur la phalange et a la
rabattre pour que la re duction soil obtenue.
En resume, les diflicultes de la re duction ne tiennent ni a la forme de la trie
du metacarpien, ni a la boutonniere fibro-musculaire qui embrasse cette tete,
ni aux ligaments lateraux, ni au tendon long fle chisseur, mais au ligament
gleiioidien, appendice long, epais, rigide par la presence des sesamoides et
mobile dans un sens oppose a celui qui serait utile.
Le trailement se deduit de tout ce que nous venons de dire :
1 Si la luxation est incomplete, une simple traction sur le pouce ou une
legere pression sur la phalange suffira pour deloger 1 os sesamoide et pour
remettre les surfaces articulaires en place.
2 Si la luxation est complete avec attitude en Z, il faut se garder de rabattre
le pouce et de faire des tractions dans Vaxe. Par la on ne reussit le plus
souvent qu a transformer une luxation simple en luxation complexe. Tai reuni
dans les tableaux I et II un certain nombie d observations, ou la luxation s est
montree irreductible sous 1 influence des tractions et de manoeuvres irration-
nelles. Si on est parvenu a reduire dans plusieurs cas (tableau II), c est qu on
a abandonne ces manoeuvres pour recourir, d instinct ou sciemment, au precede
dont 1 efficacite parait etre constante, et qui a reu le nom de precede de I im
pulsion apres flexion en arriere. En voici la description :
On maintient la phalange redressee ou meme on exagere sa flexion en arriere,
puis on fait glisser sa surface articulaire sur le dos du metacarpien jusqu a ce
qu elle arrive sur la tete de celui-ci. On flechit alors le pouce et la reduction a
lieu. Pour reussir il faut que le metacarpien soit solidement fixe; plusieurs
cbirurgiens ont eu 1 idee de 1 appuyer sur une table. C est une conduite a
imiter.
Dans ce procede, la phalange est 1 agent qui pousse 1 os sesamoide jusqu a
le faire tomber au devant de la tete du metacarpien. Sanson, Dupuytren
Blandin, Roser, Sedillot, Langenbeck, etc., 1 ont employe avec succes sans se
174
DUIGT (PATUOLOGIE).
PROCESS EMPLOYES POUR REQUIRE.
a attendit que le gonflement du pouce fut passe. On
fit des saignees ad deliquium. Pendant une syn
cope, extension puissante avec un lacs; centre-
extension avec un drap passe eutre le pouce et
1 index. Les efforts furent inutiles.
es teotatives de reduction renouvele"es par plusieurs
personnes furent sans succes. Le malade, redoutant
les douleurs de nouvelles manoeuvres, aima mieux
conserver son infirmite.
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chlorol ormisation, la tenotomie des lignments late-
raux, puis des manoeuvres de reduction avec les
instruments a prehension de Luer et de Charriere.
11 enfonca des poincons dans la tele de la phalange
et celle du meHacarpien et pressa en sens inverse
sur ces deux exlremites. 11 coupa les attaches des
muscles court abducteur et court flechisseur. Rien
ne reussit a reduire.
.u bout de 3 semaines a 1 mois, Gensoul lit des tenta- 1
lives inouies pour vaincre les resistances a la reduc- 1
lion. La peau du pouce fut cxconee.
u bout de 2 mois, Bourguet dit que la reduction a ete 1
impossible.
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175
u bout de 8 jours, M. Labbe chloroformise le malade
et fait, avec la pince de Charrierp, des tentatives de
reduction par I extension, la flexion, la circumduc-
lion. 3 jours apres, extension avec I appareil meca-
nique de Roberl. Apres un repos. de trois jours,
nouvelles tentatives qui echouent. Le raccourcisse-
ment est presque disparu, mais les saillies osseuses
persistent.
hloroform isa lion. Contre-exlemion avec une anse de
noeud coulant sur la tele du mclacarpien. Tractions
et extension forcee avec la pince de Charriere. Mou-
vementsde cireumduction. Oualre jours apres M.
lier repele les tenlalives el echoue aussi.
u bout de 8 jours, Liicke fit une incision a la face
palmaire, et ne peut reduire par de.* mana-uvres
d extension, de flexion et de rotalion. Le tendon dd
long flechisseur fut degage avecun crochet-mousse.
Mais la resistance a la reduction residail ilansl inter-
position de 1 os sesamoide que Lucke coupa i;t enleva.
Onpulalors reduire. Mais la reduction elait difficile
a mainlenir, et comme I artirulation etail malade el
supinirait, il fit la resection de la tele du melacarpien.
u bout de 5 semaines, nouvelles tentalives avec
chlorolbrmisation. 3 semaiues apres, section sous-
cutanee de tousles tendons autour de 1 articulalion ;
nouvelles tenlatives qui echouent. Resection de la
trie du metacaipien. Le pouce est remis en place.
En 23 jours, guenson de la plaie operatoire. Au
bout de 1 mois / 2 , 1 opere peut se seivir de sa mam.
.u bout de 4 semaines, incision. On decouvre que
1 obstacle esl couslitue par le ligament intersesa-
moidien. 11 faul detacher les sesamoides et les ecar-
ter. Alors seulement uae extension energique amene
les surfaces en place. Mais la luxation a une grande
tendance a se reproduire, ce qui conduit Ranke a
resequer la tele du melacarpien. Le resullat final
laissc a desirer. Ankylose presque complete dan>
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en meme lemps que Dupuytren avail
de retenir le pouee dans sa direclion
presque transversale (c esl-a-dire rei
duction.
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Blandin dit qu il faul exa^crer 1 exle
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de traction imaginable* sansreussir; ji
le procede de la clef, en exagerani 1 ex
faisant en meme temps la traction.
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de la surface articulairc du nu -t.-icarpici
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177
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misation avec les lacs, avec la pince de Luer.
Langenbeck reduisit parlc procededu renverseraent
de la phalange et de 1 impuUion en avant au bout de
deux mois.
iloroformisation.Renversementdu j.ouce, puis flexion I
b.usque en meme lemps qu on fait une traction.
Reduction. 1
Guyon ne peut reduire qu cn renvei sanl la pbalange
apres lui avoir imprint un fort mouvement de rota
tion en dehors, en la fabant glisser sur le metacar-
pien jusqu au niveau de sa tele et en la flechissaut
a ce moment.
action sous-cutanee, de cheque cole du metacarpien, 1
d unecorde tendue (ligaments lateraux) . La reduction 1
ne fut obtenue qu apres la section des deux cordes. 1
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ubout de 2 jours, anesthesie. M. Guyon saisitla pha
lange avec la pince de Farabeuf, fait touruer le
pouce sur son axe (precede du degagement), le ren-
verse violemment, puis le flecbit en faisant la coapta
lion. Reduction.
u bout de 9 jours, chloroformisation. beciion sous-
cutanee de la levre exlernc de la boutonniere par
Dolbeau. Tractions dans I axe ou a peu pres, sans
resullat. Farabeufsaisissantl os avecsa pince redress
la phalaiiffc ot tire de toules ses forces sur la pha
lange relev-o. Dolbeau fail la coaptalion. Reduct
u bout de 17 jours, chlorolormisallon. Des iracuous
energiques n amenent aucun resultal. M. Farabeuf
redress la phalange, puis Tincline en dehors pour
rompre le ligament interne. Cela fait, il saisit la
phalange avec sa pince et, tenant le tout comme une
barre verlicale, il tire de uianiere a aiuener Tosselet
en avant. La coaptation est faite et le pouce amene
dans la flexion. Heduction.
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DICT. ENC. XXX.
1--,
DOIGT (PATHOLOGII i.
rendre un comple exact de son mode (faction, qui n est bien connu que depuis
le travail de M. Farabeuf.
Un autre procede, moins efficace que le precedent, est celui de Y impulsion
avec flexion en avant. 11 consiste a pousser on a tirer e nergiquement la pha
lange en avant, en meme temps qu on la flechit. Nous avons vu que, par cette
manoeuvre, le se samoide descend au devant de la tele metacarpienne. Mais pour
reduire on ne saurait s en tenir la. II faut, a ce moment, combiner la flexion
avec un mouvement de rotation du pouce en dedans. Cette rotation ou mou-
vement de circumduction du poucc est connue sous le nom de procede du de ya-
gement.
3 Si la luxation est complexe, avec attitude rectiligne du pouce, le premier
soin du chirurgien doit etre de la transformer en luxation simple. Pour cela il
renverse le pouce en arriere de maniere a le placer dans 1 attilude en Z. Cela
fait, il procede a la reduction par le procede de \ f impulsion apres flexion en
arriere.
Lcs mains du chirurgien suffisent ordinairement a la reduction. Mais, dans
les cas diftlciles, la premiere phalange offre trop peu de prise pour augmenter
les efforts. C est alors qu on a recours a divers arlifices, qui sont : un lacs fixe a
la premiere phalange par un noeud coulant, moyen deja employe du temps
d Hippocrale; une clef dans 1 anneau de laquelle on engage le pouce, tandis
que sa tige placee, soil sur la face palmaire, soil sur la face dorsale, sert a
relever ou a flechir la phalange en meme temps qu on exerce des tractions. Kir-
choff avail propose une sorte de levier en bois, long de 25 centimetres, sur
le milieu duquel la phalange etait fixee perpendiculairement avec une courroie;
en saisissant cette tige a pleine main, on pent imprimer au pouce d une maniere
tres-energique les divers mouvements necessaires a la reduction. Charriere el
Liier out invente, chacun de leur cote, nne pince a prehension, dont les mors
embrassent tres-solidement le pouce dans des lanieres de coutil ou de cuir,
tandis que les branches servent de levier pour executer les manoeuvres. La pince
imaginee panM. Farabeuf differe dcs deux pre*cedentes en ce que ses mors, plus
etroits pour ne saisir que la premiere phalange, sont dejetes sur le cole per
pendiculairement a 1 axe des branches, et garnis de caoutchouc pour amortir
la pression.
Avec ces moyens de prehension, et surtout avec le proce de de 1 impulsion
apres renversemenl de la phalange, les luxations du pouce en arriere, mem<
lorsqu elles datent de quelques semaines, n ont plus la gravite qu on leur attri-
buait autrefois. M. Panas a reduit au bout de deux semaines ; M. Farabeuf, au
bout de trois semaines, et Langenbeck, au bout de deux mois. Quant aux luxa
tions recentes, il est permis de penser que bien peu resisteront.
La section sous-cutanee des brides a ete quelquefois raise en usage. Mais, a
1 exception du cas de Taaffe, elle ne parait pas avoir une gnmde utilite .
Lorsque la reduction est impossible, que convient-il de faire? Nous sommes
d avis qu il faut rejeter toute operation sanglante ayant pour but de remettre les
os en place ou de resequer la tete metacarpienne. Ces operations ne sont justi-
fiables que dans les cas de luxation compliquee d une plaie communiquant avec
1 articulation. La luxation non reduite ne produit pas une infirmite intolerable.
Une pseudarthrose se forme a la longue, et 1 experience prouve que le pouce
recupere une partie de ses fonctions. L etat du blesse est alors moins penible
que celui qui resulte d une resection metacarpo-phalangienne et d une ankylose
DOIGT (I Aiiini.uciK). i" l
consecutive. Ranke, qui a pratique la resection de la lete me tiicarpiennr
dans un cas ou rarticulation etait ouverte, dit que le resullat hiissait a desirer
etqu ily avail une ankylose presquc complete dans 1 extension. Apres une ope
ration semblable, Andrew Clark annonee que son opere elait capable de se servir
de sa main au bout d uii mois et demi ; mais il ne s explique pas sur les fonr-
tions du pouce, et nous pouvons supposer qu elles n etaient guerc mcilleuivs
que dans le cas precedent.
Une fois que la reduction a etc obtenue, il faut immobiliser reticulation
pendant une dizaine de jours, a 1 aide de bandelettes de diachylon dispnsees
en spica ou d un appareil inamovible plus serieux, s il y a de la tendance an
emplacement.
b. Luxationsmetacarpo-phalangiennes du pouce en avant. Files resultent,
dans la majorite des cas, d une chute ou d un coup sur la lace posterieure de la
phalange au moment oil celle-ci est dans la llexion. Lenoir raconte qu un petit
gargon se luxa le pouce en avant en tombant sur la main fermee dans laquelle
il tenait un sou. Hamilton a vu la luxation se produire en donnant un coup de
poing. Mais une chute ou un coup sur la face anterienre de la phalange pen!
aussiamener le meme accident. Une observation, due a Lombard, en fait ibi.
L immobilisation du pouce par un obstacle quelconque pendant que le tionc
subit une forte impulsion est encore une cause qu il ne faut pas omettre. M. Radat
a observe une luxation par ce mecanisme : un jeune soldat glissant sur un sol
argileux voulut se retenir avec la main et tomba sur le dos; en touchant le sol,
son pouce s enfonc.a profondement dans la terre glaise et y resta (ixe, pendant
que la cbute en arriere se produisait. Le pouce fut luxe en avant.
En mettant a profit les rares autopsies que Ton possede, et surtout les expe -
riences cadaveriques de Lorinser, de M. Foucaut et de M. Farabeuf, on est
arrive a construire Yanatomie pathologique de la luxation en avant. La lesion
principale est la rupture complete des ligaments lateraux. Le de placement en
avant ne peut se produire qu a cette condition ; et meme les experiences de
M. Foucaut tendent a prouver que, si le ligament le plus solide, c est-a-dire le
ligament interne, resiste, ce n est pas une luxation en avant, mais une luxation
en arriere, qui se produit. Le ligament glenoidien est de tache du metacarpe et
suit la phalange qui chevauche. Les muscles pbalangiens et sesamoidiens accom-
pagnent aussi la phalange dans son deplacement ante rieur et ne sont pas
de chires. Les tendons extenseurs peuvent conserver leur place ordinaire sur la
tete du metacarpien, mais le plus souvent ils sont dejetes, soit en dedans, soil
en debors de cette tete. Le pouce est devie dans le meme sens que les tendons.
De la trois varietes de luxation :
1 La luxation directement en avant (sans deviation des tendons extenseurs) ;
2 La luxation en avant et en dehors (tendons extenseurs dejetes en dehors) ;
3 La luxation en avant et en dedans (tendons extenseurs dejete s en dedans).
Symptomes. La deformation est tres-caracteristique. A la face dorsale on
voit une saillie considerable due a la tete du metacarpien, puis une degression
formee par le pouce transporte en avant. A la face paimaire, on rencontre la
saillie de la phalange, saillie assez peu distincte a la vue en raison de la pre
sence des muscles de 1 eminence thenar. Mais la palpation permet toujours de
la sentir et, si on imprinie des mouvements au pouce, on constate qu ils se
transmettent a la saillie phalangienne. L epaisseur des parties au niveau de
I articulation metacarpo-phalangienne est presque doublee. Le pouce est plu.s
180 DOIGT (PATHOLOGIF.).
ou moins racourci, si la luxation est complete. Sa phalange chevauchait de
5 millimetres dans 1 observation de Thierry, et elle remontait jusqu au milieu
du metacarpien dans celle de Radat. Le ponce est, en general, un peu flechi sur
le metacarpien. II est rectiligne, c est-a-dire que ses deux phalanges sont sur
le prolongement 1 une de 1 autre.
Les mouvements spontanes sont impossibles. Les mouvements communiques,
tres-limites dans les sens de 1 extension, sont assez faciles dans le sens de la
flexion.
Tels sont les symplomes generaux des luxations en avant. Signalons mainte-
nant les symptomes particuliers a chaque variete.
Lorsque la luxation est directe en avant, le pouce est sur le meme axe que
le metacarpien.
Lorsque la luxation est en avant et en dehors, le pouce a subi une rotation
sur son axe telle que 1 ongle regarde en dehors. En outre, il est incline en
dehors, et fait avec le metacarpien un angle saillant en dedans.
Enfin, lorsqu il s agit d une luxation en avant et en dedans, la rotation du
pouce a lieu dans le meme sens : 1 ongle regarde en arriere et en dedans ; son
extremite libre s incline vers 1 index et la direction du ponce forme avec cell<
du metacarpien un angle saillant en dehors.
Malgaigne assure que la luxation du pouce en avant a ete souvent
confondue avec la luxation en arriere. On comprend que cette me prise ait en
lieu naguere a une e poque ou les symptomes des deux luxations etaient ma I
connus. Mais, de nos jours, 1 erreur nous parait impossible, en supposant meme
un gonllement des parties molles. La deformation de la luxation en avant est
tout a fait typique et se differencie nettement de celle de la luxation en arriere.
Avec un peu d attention on arrivera toujours a etablir le diagnostic exact.
Le pronostic est sans gravite. La reduction est facile, mais le deplacemenl
articulaire a de la tendance a se reproduire, ce qui exige une contention severe
pendant dix a quinze jours. Apres la guerison, les mouvements du pouce se
retablissent tres-bien.
Je ne connais qu un cas ou la luxation s est montree irreductible, c est celui
que M. Foucaut rapporte dans sa these (p. 35) ; et encore ce fait est-il peu
probant, parce que le blesse , au lieu de s adresser a un medecin, se confia a un
rebouteur qui exerca des tractions sans reussir. D ailleurs, cette luxation non
reduite n apportait pas une gene bien considerable aux mouvements du pouce.
Sa flexion etait limitee, mais il se mettait tres-facilement en opposilion avec les
autres doigts, et il suftisait amplement pour des travaux n exigeant pas une
grande habilite manuelle.
Une fois, sur 21 cas, la luxation fut compliquee de plaie. Les parties molles
etaient dechirees a la face dorsale, et la tete du metacarpien se montrait a nu.
Meschede fit la suture de la plaie ; il y eut un phlegmon a 1 eminence thenar,
neanmoins la guerison arriva au bout de trente jours. Mais il fallut des mois
pour que le pouce redevint parfait. Dans un des deux cas d Hamilton la reduc
tion, obtenue sans peine, fut suivie d un phlegmon de la main et d une ankylose
du pouce. Le phlegmon de 1 eminence thenar est done une complication centre
Jaquelle il faut se tenir en garde. La contusion des muscles, la dechirure pos
sible de la game du tendon long flechisseur, repanchement sanguin qui se forme
au-dessous des muscles souleves par 1 extremite de la phalange, sont autant d?
causes qui peuvent favoriser un phlegmon apres la luxation metacarpo-phalan-
DOIGT (PATHOLOGIE). 181
gienne en avant. Malgaigne a vu un petit abces se former au devant de 1 articu-
lation et, au bout de deux mois, donner issue a un fragment osseux, qui fut
considere comme une portion d os sesamoide.
Traitement. La seule difficulte qui puisse entraver la reduction vient des
tendons extenseurs. Aussi faut-il, d abord,a I exemple de Lorinseret de Meschede,
les relacher en inclinant la phalange du cote ou ils ont ete dejetes. On precede
ensuite aux mano3uvres. La plus simple et la plus efficace consiste a tirer sur
le pouce, pendant que Ton appnie sur les extremiles luxees comme pour les
remettre en place. J ai reussi d emblee par ce precede dans un cas qui s est
offert a moi, en 1882, chez un garc.on age de dix-neuf ans. Lenoir et Thierry, ayant
e choue par la traction, flechirent fortement le pouce, puis le releverent brus-
quement; la reduction s opera. Dans une luxation, datant de dix-sept jours,
M. Farabeuf fut oblige de rompre des adherences deja solides avec sa pince a
phalanges. II obtint ensuite la reduction.
II ne faut pas perdre de vue que le displacement se reproduit avec une grande
lacilite. Aussi est-il indispensable d immobiliser 1 articulation dans un appareil
inamovible pendant une quinzaine de jours.
II. LUXATIONS METACARPO-PHAL.VNGIENNES DES QUATRE DERNIERS DOIGTS. Corame
le pouce, les quatre derniers doigts se luxent, au niveau de leur articulation
metacarpo-phalangienne, tantot en arriere, tantot en avant, et, comme pour le
pouce, les luxations en arriere sont de beaucoup les plus frequentes. Sur 27 luxa
tions nous en avons trouve 18 en arriere et 9 seulement en avant.
L index, par sa situation, par sa mobilite, par ses fonctions qui le portent si
souvent dans 1 extension, y est le plus expose. Les autres doigls en sont rarement
affectes et dans une proportion a peu pres egale pour chacun d eux. Ces don-
nees resultent du tableau suivant :
13 luxations melacarpo-plialangiennes de 1 index. ... \ 10 en arrierc.
i r> en avant.
4 du medius . . j * en arrid , re
I 2 en avant.
5 de 1 annulaire . * en arri ^ re
1 en avant.
5 de 1 auriculaire * J en arr ^ e
I 1 en avant.
\ luxation simultanee de 1 annulaire et de 1 auriculaire en avant.
1 luxation simullanee de 1 annulaire et du medius en arriere.
1 luxation simultanee des quatre derniers doigts, sans ddiignalion du sens du deplace-
ment (fait de Goyrand, cite in Pathol. de Vidal de Cassis, t. II, p. 554).
Quel que soil le doigt luxe, 1 anatomie pathologique, la symptomatologie et
Je traitement se ressemblent tellement qu on peut reunir toutes ces luxations
dans une description commune.
a. Luxation en arriere. Nous n avons rien a dire de spe cial sur les causes.
Ce sont toujours des chutes, des coups, une force queiconque, qui exagere le
mouvement d extension et entraine le doigt en arriere. Dans un fait public par
M. Michelot (these de Paris, p. 42), la luxation fut produite par la pression
d un cylindre a ecraser le macadam ; le cyliudre avail probablement appuye sur
la face posterieure du me tacarpien pendant que 1 index etait soutenu par les cail-
loux du sol.
A defaut d autopsie, les recherches experimentales nous apprennent que le
ligament gleno idien est toujours dechire a son insertion metacarpienne et que
les ligaments lateraux sont plus ou moins rompns. La phalange monte sur la
1N-2 DOIGT (p
tote metacarpienne, oil elle est appliquee par ce qui reste des ligaments l;<-
teraux. Le tendon extenseur est souleve par le Lord posterieur de la snr-
f ice articulaire de la phalange. En avant, la tete du metacarpien a franchi 1 es-
|> v e de demi-collier que lui forment les ligaments lateraux et le ligament gle
no idien. Les tendons flechisseurs sont dejetes en dedans ou en dehors de
cette tete.
Dans un cas de luxation irreductible de 1 index, Ranke ouvrit 1 articulation
sur la ligne mediane de la face palmaire. II vit la dechirure du ligament gle-
noidien. Celui-ci etait reste attache a la phalange et venait s interposer entre
les surfaces articulaires, chaque fois que Ton tirait surelle. Le ligament gleno i-
dien pent done etrc une cause d irreductibilite par un mecanisme analogue a
celui qu on observe dans les luxations metacarpo-phalangiennes du pouce.
L analogie est, en effet, d autant plus grande que ranatomie montre, dans le
ligament gleno idien de 1 index, un os sesamokle constant, dont le volume est a
peu pres egal a celui d une lenlille. Le ligament gleno idien des antres doigts,
en particulier celui du petit doigt, possede aussi quelquefois un petit osselet,
dont la presence eventuelle peut singulierement compliquer la luxation. Ce
n est done pas seulement 1 inlerposition du tissu fibreux gleno idien qui est
1 agent de l ii reductibility dans les luxations des quatre derniers doigts, mais
surtout 1 interposition de veritables os sesamo ides.
L etendue du deplaccment articulaire a conduit les auteurs a diviser ces luxa
tions en completes et incompletes. Ces dernieres paraissent tres-rares, et difti-
ciles a distinguer des luxations completes.
Les symptomes sont : la saillie de la phalange a la face posterieure ; la saillio
de la tete metacarpienne a la face anterieure ; le racourcissement du doigt, qui
peut aller jusqu a 1 1/2 centimetre (Path. cldr. de Jamairi, t. II, p. 481 ;
1876), et qui est mil dans la luxation incomplete; 1 impossibilite ou au moins
la grande gene des mouvements. L attitude du doigt est fort variable. Ancelot
et Jamain 1 ont trouve legerement flechi, sans deviation laterale, avec extension
des phalanges. Bourguet a aussi note* cettc extension. Dans les observations de
M. Le Denlu et de M. Michelot, la premiere phalange etait etendue, les deux
autres a demi flechies. Dans le fait de Michel, la premiere phalange etait ren-
versee presque perpendiculairement an metacarpien, et les dcuxieme et troi-
sieme phalanges un peu flechies, c est-a-dire que le doigt affectait a peu pres
la forme d un Z. Ces attitudes diverses s expliquent sans doute par la dechirure
ou Tintegrite des muscles interosseux ou des lombricaux, par la douleur qui
porte le blesse a immobiliser son doigt dans la position ou il souifre le moins,
et aussi par la direction du traumatismc.
Ces luxations se compliquent souvent d une plaie a la face palmaire, plaie a
travers laquelle on voit la tete du metacarpien. Nous en avons trouve 5 exemples
sur nos 16 luxations en arriere et, dans un 6 e cas, la pressiou du metacar
pien menacait tellement la peau de sphacele, que Ranke en fit le debridement.
"2 fois la reduction a ete impossible (cas de Biechy et de Ranke); 5 fois elle
a ete difficile et n a pu etre obtenue que par le precede rationnel du renverse-
ment de la phalange. Le pronostic est done assez serieux, bien que les fonc-
tions du doigt se retablissent en general d une maniere satisfaisante, lorsque
les os ont ete remis en place.
Les precedes qui servent a reduire les luxations metacarpo-phalangiennes du
pouce doivent elre employes pour les luxations qui affect ent la meme articula-
DOIGT (PATHOI.OGIE).
lion des autres doigts. Si la traction sur la phalange avec pression sur /< <
saillies osseuses pour les coapter n a pas reussi d emblec, il ne faut pas insister
davantage sur ces manoeuvres et recourir immediatement au precede dont le
succes est pour ainsi dire constant. Je veux parler du precede de Vimpuhion
apres flexion en arriere, precede qui consiste a renverser la phalange en arriere,
puis a ramener sa surface articulaire sur la tete metacarpienne et a flechir le
doigt. Michel dit expressement qu une Kixation de 1 auriculaire se montra ine-
ductible par des tractions laites pendant 1 anesthesie avec le chloroforme, mais
qu en renversant le doigt et en lui imprimant un mouvement d impulsion en
avant, pendant qu on refoulait la tete metacarpienne en liaut et en arriere, la
reduction eut lieu. Dans le cas de Michelot, M. Farabeuf ne put reduire qu en
renversant la phalange a angle droit, en la faisant glisser d arriere en avant sur
le dos du metacarpien et en rabattant ensuile le doigt.
Apres la re duction, immobilisation de 1 articulation pendant dix a quinze
jours.
b. Luxations en avant. La cause de cette tres-rare luxation est presquc
toujoursune chute. Malgaigne, Bourgnet et Bonhomme ontsignale la distorsion
du doigt en de bouchant une bouteille, en retournant un soulier, en I en-nan t
une porte poussee par le vent ; mais le meeanisme de cette distorsion n a pas
ete expli<jue par ces observateurs.
MM. Bessieres et Gambioni notent que le doigt est rectiligne, renverse en
arriere, de maniere a faire avec le metacarpien un angle obtus. On distingue
aisement la saillie de la tete du metacarpien en arriere, et celle de la phalange
en avant. Dans le cas de M. Bonhomme il y avait un raccourcissement altant
jusqu a un centimetre. La flexion du doigt est impossible et toute tentative dans
ce sens tres-douloureuse.
II doit arriver que, si les tendons extenseurs ne se sont pas maintenus sur
la ligne mediane, mais ont verse a cote de la tete du metacarpien, le doigt
subisse dans lememe sens une deviation laterale. M. Bourguet a e te si frappede
cette deviation qu il en a fait, a tort selon nous, une luxation laterale. Le
medius gauche, dit-il, est devie de son axe, fortement eloigne de 1 indicateur
vers son extremite inferieure et tres-rapnroche de 1 annulaire qu il croise meme
11 i
un peu en avant, tandis qu a sa base il est manifestement rapproche de 1 indi-
cateur et eloigne de 1 annulaire Le tendon de 1 extenseur est plus saillant;
il partage la deviation du doigt et presente, vis-a-vis de la jointure, une cour-
bure en arc a convexite externe.
Dans tous les cas connus la reduction a ele facilement obtenue par la
lion et la coaptation des surfaces articulaires.
III. LUXATIONS DES PHALANGINES. Les luxations de la deuxieme phalan
sont a peu pres aussi rares que celles de la premiere.
Elles peuvent se faire en arriere, en avant on lateralement.
D apres les faits que nous avons recueillis, elles se repartissent de la manieie
suivante :
2 luxations de la phalangine de I index 2 en arrin-r.
i en arriere.
11 du medius . ) 2 CB avant.
| o lalerales.
v 1 indcterminei 1 .
{ 1 en arriere.
de 1 annulaire. ! en avant
i laterales.
_
18i DOIGT (PATHOLOGIL).
4 de 1 auriculaire . . I | en ar re
I 2 en avant.
1 luxation <imultanee des phalangines de 1 index, du medius et de 1 annulaire, en ar-
riere.
I luxation simultanee des phalangines du medius, de 1 annulaire et de 1 auriculaire, la-
terale.
I luxation simultanee des phalangines du medius et de 1 annulaire, en avant.
II est interessant de constater que les deux doigts les plus longs, le medius et
1 annulairc, sont aussi ceux dont les phalangines se luxentle plus souvent.
a. Luxations en arriere. Jndependamment des luxations traumaliques, qui
ui rivent vraisemblablement a la suite d une extension forcee pendant une chute
ou un choc quelconque, certaines personnes ont la faculte de se luxer volontai-
rement la phalangine d un ou de plusieurs doigts par la contraction des exten-
sours. Mais ces luxations sponlanees, semblables aux luxations volontaires du
pouce, sont toujours incompletes et n ont point d imporlance pathologique.
Les luxations traumatiques, an contraire, se sont toujours montre es com
pletes.
Le doigt luxe reste immobile et etendu, alors que tous les autres doigts
peuvent se mouvoir et se flechir. Tantot la phalangine est renversee sur la
lace dorsale, et forme avec la premiere phalange un angle obtus ouvert en
arriere. Tantot la phalangine est rabattue, parallele a la premiere phalange, et
situee sur un plan posterieur a elle. Dans les deux cas, la phalangette est legere-
ment flechie. On sent en arriere la saillie de J exlremite superieure de la
phalangine, et en avant celle de Textremite inferieure de la premiere phalange.
Gerdy et Testelin ont signale un raccourcissement notable. Tels sont les signes
qui servent a e tablir le diagnostic.
Dans 1 observation due a Lecadre, il y avail, a la face palmaire, une plaie
transversale, a travers laquelle on voyait 1 extremile articulaire de la premiere
phalange a cote du tendon flechisseur.
Le docteur de Langenhagen a public un fait de luxation simultanee en arriere
des phalangines de 1 index, du medius et de 1 annulaire, qui est peut-etre
unique dans la science. Get accident etait arrive dans une chute sur les doigts
etendus. Saillies des os, chevauchement, attitude etendue des doigts, legere
flexion des phalangettes, impossibility des mouvements volontaires, grandes
douleurs, tous les signes, en un mot, etaient reunis. La reduction de cette
triple luxation fut facile.
L 1 impulsion simple, ou combinee avec la traction el la flexion, a suffi, dans
tous les cas publies, a amener la reduction. J ai aussi reussi tres-facilement a
reduire la phalangine du medius, en pressant sur les saillies arliculaires avec
le pouce el 1 index d une de mes mains, pendanlqu avecl aulre main j exercais
une legere traction. Mais, dans unautre cas, j ai completement echoue. II s agis-
sait de ia phulangine de 1 index, luxee completement, chez un homme de
soixante-trois ans. J ai varie et combine tous les precedes ; j ai exerce des tractions
avec la pince de Collin, et j ai du, en definitive, laisser la luxation non reduite,
Ce fait d irreductibilite vient doncassombrirlepro^os^ c, qu on pourrait regarder
comme benin, d apres ce qu on connaissait jusqu alors.
Les mouvements paraissent s elre toujours bien retablis, excepte dans le cas
ou la luxation e tait compliquee d une plaie et ou 1 articulation resta presque
ankylosee.
b. Luxations en avant. II est probable que, dans ces luxations, la cause
DOIGT (PATHOLOGIE).
vulne rante porte son action sur la face posterieure de la phalangine, qu il y ait
chute ou pression brusque et violente.
Elles peuvent etre incompletes ou completes.
Leurs signes sont : la saillie de la premiere phalange en arriere, sailhe tres
nette et tres-facile a constaler; la saillie de la phalangine en avant, moms
appreciable parce qu elle est masquee par les tendons flechisseurs ; I extension
de la premiere phalange, tandis que la phalangine est un peu flechie et deviee,
ou tordue de Tun ou de 1 autre cote, et que la phalangette est etendue sur la
phalangine; 1 impossibilite des mouvements; le raccourcissement du doigt.
M. Tarneau a observe une luxation simultanee en avant des phalangines du
medius et de 1 annulaire droits, compliquee d une plaie transversale au-dessus
du pli palmaire de chaque articulation. La reduction ne fut pas difficile, mais il
y eut une suppuration consecutive et une gue rison par ankylose.
Un fait non moins rare est du a Hannon. Apres une chute de cheval, un garcon
de vingt-quatre ans presenta une luxation en avant des premieres phalanges de
1 annulaire et du petit doigt. En outre, la phalangine du petit doigt etait luxe c
en avant. De sorte qu il y avail une luxation de deux phalanges an meme
doigt. La luxation phalango-phalangienne etait compliquee d une plaie, qui
s enflamma, et la guerison fut suivie d aukylose.
La reduction a loujours ete facile. Pour red u ire une luxation datant d un
mois, M. Thorens fut oblige d employer 1 anesthesie par le chloroforme. II
combina les tractions dans la direction de la phalange avec des pressions en sens
contraire sur les saillies des os luxe s ; les surfaces articulaires reprirent rapide-
ment leur place. Liston a reduit, sans grandes diflicultes, une luxation de la
phalangine du medius, ancienne de deux mois et demi.
c. Luxations late rales. Nous en avons rencontre huit exemplcs. Autant que
nous avons pu en juger par les details des observations, souvent fort incomplets,
7 fois la luxation etait interne, 1 fois externe.
M. Duplay (Pathol. ext., t. HI, p. 332), qui a observe par lui-meme line
luxation interne, dit que la phalangine etait fortement deviee en dedans, au point
de faire avec la phalange un angle presque droit et de croiser la direction du doigt
voisin. Au sommet de Tangle, on sentait 1 extremite inferieure de la premiere
phalange; la phalangine faisait saillie au cote interne decelle-ci.
On trouve dans la these de M. Chedan (Paris, J871, p. 7) un fait curieux de
luxation laterale interne des phalangines des trois derniers doigt s de la main
gauche. Celles-ci e taient fortement inflechies en dedans, et formaient avec la
phalange un angle presque droit, comme dans le cas de M. Duplay.
Dans la seule observation de luxation laterale externe que nous possedions,
M. Rollet vit que la tete dela seconde phalange del annulaire faisait saillie sur la
face laterale externe de la premiere; la phalangine etait un peu incliuee en
dedans, et la phalangette etait legerement flechie. II y avail un raccourcissement
d environ deux tiers de centimetre.
Deux fois sur nos huil observalions il y avait une plaie beante ouvrant 1 arti-
culation. Malgre cet accident, les malades guerirent sans ankylose.
La reduction a toujours ete facilement obtenue, soil par une simple traction,
soil par une traction aidee d une manoeuvre de coaptation.
IV. LUXATIONS DES PHALANGETTES. Les articulations phalangino-phalanget-
tiennes des quatre derniers doigts ressemblent tellement a I articulation pha-
186 D01GT (pATiioLocn- I.
lango-phalangettienne du pouee, qu il nous parait logique d etudier, dans un
meme chapitre, les luxations qni affectent toutes ces articulations. Sur qnelles
raisons Malgaigne et les auteurs qui 1 ont imite se sont-ils bases pour de crire a
part les luxations de la phalangette du pouce et les luxations des phalangettes
des autres doigts? Sur la frequence relative des premieres, sur 1 absence du
deplacemenl en avant des secondes, sur la constatation d un deplacement lateral
aux derniers doigts, tandis que ce deplacement n existerait pas au pouce. Mais
une question de frequence ne conslitue pas une difference bien radicale ; le sens
d un deplacement qu on n a pas encore observe pcut se monlrer inopinement.
hepuis Malgaigne, on a vu une luxation lalerale de I;i pbalangelte du pouce, et
d un jour a 1 autre on pent rencontrer une luxation en avant des autres phalan
gettes . 11 y a trop d analogie entre les causes, le mecanisme, Vanatomie patho-
logique, les signes et les precedes de reduction des luxations de toutes les pha
langettes, pour qu une description commune ne soit pas amplement justifiee.
Les luxations des phalangettes ont lieu dans trois sens ditferenls, en arriere,
en avant et sur le cote.
En examinant le tableau ci-dessous, on pent se faire une ide e de la frequence
proportiounelle de la luxation a chacun des doigts et aussi de la frequence
proportionnelle du sens des deplacements :
!>!> luxations dc la phalan^iHle du pouce
I" en arriiVr.
6 en avunt.
I laleralc.
1
I ni an
del inilex ............ ) 1 lalerale.
1 en arrii iv.
du in. .liiis ........... 1 lalerale (en arri. iv
et en dehoi -
I 3 en arriere.
de 1 annnla.re
!1 en a more.
I laterale.
1 indctermiivee.
1 luxation simnltan.ee de la phalangelte du medius et de 1 annulaire en arrif-ve.
J luxation double (sur I auriculaire) de la phalangelte en arriere et de la phalancinc
dans le nii me sens.
1 luxation simultanee sur les qualre doigts d une main et snr 1 index de rauUv main en
arriere (Hueti i 1 ;.
a. Luxations en arriere. Incomparablement plus frequentes que les luxa
tions en avant et que les luxations late rales, les luxations en arriere seproduisent
ordinairement dans une chute sur 1 extremite du doigt, avec renversement de la
phalangette en arriere. La phalangette se luxe aussi par un choc direct, tel que
le choc d une boule de kricket (Bull), le choc du gaz centre le pouce applique
sur la lumiered un canon qui fait explosion (Neboux). D autres Ibis, la phalan
gette est violemment entrainee en arriere par une corde qui s enroule autour
d elle (Broca), par le harnais d un cheval qui prend sa course (Norris). Dans
une observation de Leva, le pouce avail ete compiime sous une caisse de sucre.
Dans une autre, due a Legrand et Bidault, une poutre avail presse sur la face
palmaire de 1 extremite de 1 annulaire, pendant que la face dorsale de ce doigt
etait appuyee sur une planche. Un mecanisme inverse produisit la luxation dans
un fait rapporte par Malgaigne : un volet elail lombe sur le dos de la phalange,
pendanl que la phalangelle portail sur le bord saillant d un pave.
La luxation pent elre incomplete ou complete, selon 1 e lend ue du depla
cement.
DOIGT it A
Dans la luxation complete, la phalange repose sur la face posterieure de la
phalangine, soil par sa surface articulaire, soil par le bord anterieur de
celle-ci.
Le ligament anterienr est toujours rompu. Le plus souvent la rupture a lieu
a son insertion sur la phalangette et, par suite, il reste adherent a la phalan-
uine. Mais 1 inverse peut aussi se produire. En faisant des luxations artilicielles
sur des pouces de cadavres, MM. Michel et Piquard ont vu, chacun une fois sur
quatre experiences, le ligament anterieur se detacher de la phalange et suivre la
phalangette. D apres M. Burette, I arrachement du ligament anterieur a !;i
phalangine est beaucoup plus rare aux quatre derniers doigts, puisqu il ne s esl
produit qu une fois sur dix-huit experiences.
Les ligaments lateraux sont intacts, ou seulement e railles a lour partie
anterieure. Jarjavay les regarde comme ayant subi une sorte de torsion. Leur
direction a change : elle est devenue perpendiculaire a la phalangine de paral-
lele qu elle est a 1 e tat normal. L integrite des ligaments lateraux a ete constate e
dans les autopsies de MM. Lala el Landouzy, et dans toutes les experiences
cadave riqties. Mais, si la phalangette, au lieu de se luxcr directement cnariiere,
se porte en menie temps en dedans ou en dehors, 1 un des ligaments lateVaux
cede et se dechire. II est probable que M. Piquard a eu affaire a quelque depla-
cement mixte, a la fois en arriere et de cote, ou a quelque cas tout a f;>il
exceptionnel, quand il affirme avoir toujours trouve, dans ses experiences, la
rupture de Tun ou de 1 autre des ligaments lateraux et, une fois meme, hi
rupture des deux ligaments.
La gaine du tendon fle chisseur est toujours dechire e. Le tendon peut avoir
verse a cote de la surface articulaire de la phalangine. Ses insertions a la pha
langette sont parfois arrachees.
Le tendon extenseur est souleve par la phalangette, mais il n a subi aucune
autre lesion.
La tension et la torsion des ligaments lateraux, signalees par Jarjavay, nous
parait etre un mince obstacle au retour des surfaces articulai res. Maiscet obstacle
devientplus serieux, s il se combine avecla disposition, indiquee par Malgaigne,
dans laquelle le rcbord des surfaces articulaires de la phalange et de la phalan
gette presente des saillies qui s accrochent Tune contre 1 autre.
Les veritables causes, qui genent ou entravent completement la reduction,
tiennent soit au ligament anterieur, soit au tendon flechisseur. Dans les cas assez
rares ou le ligament anterieur a ete dechire a son insertion phalangienne et a
suivi la phalangette dans son deplacement en arriere, on peut voir ce ligament
s interposer entre les surfaces articulaires, lorsqu on rabat la phalangette ou
lorsqu on tire sur elle. Le mecanisme de cette interposition est tout a fait
semblable a celui par lequel le ligament glenoidien s interpose dans les luxations
metacarpo-phalangiennes. Pailloux (These, p. 12, 1829) dit avoir constate
Interposition sur le vivant dans une luxation ou une plaie transversale permet-
tait de bien voir 1 etat des parties. Depuis Pailloux, les experimentations sur le
cadavre ont mis hors de doute la realite de ce fait.
L autre cause del irreductibilite est 1 interposition du tendon long flechisseur.
Difficile a reproduire par des experiences, elle a ete observee 5 fois sur le vivant
par Barbazon, W. Lee, Dolbeau (These deChevalet, p. 110, 1875), MM.Richet et
Trelat. Dans ces 5 cas, les lesions etaient identiques. II y avait une plaie a la
face palmaire avec issue de 1 extrp mite inferieure de la phalange. Tous les
188 DOiGT (P.VTHOLOGIE).
precedes de reduction ayant e choue, la plaie accidentelle fat agrandie : on vit
alors le tendon flechisseur contourner la phalange en spirale, avant de gagner
son insertion a la pbalangette luxee en arriere. Toutes les fois qu on attirait la
phalangette en avant, le tendon venait s appliquer sur la surface articulaire de
la phalangine et s opposer a la reduction. \V. Lee sectionna le tendon flechisseur
etreduisit facilement. MM. Richet, Tre lat et Dolbeau, saisirent le tendon avecun
crochet mousse, le remirent en place et reduisirent. Qnant a Barbazon, dont
1 observation remonte a plus de quarante ans, il nevoulut pas toucher an tendon
dans la crainte du tetanos, et fit 1 amputation du pouce.
Les symptomes de la luxation incomplete sont : 1 attitude etendue de la
phalangette et quelquefois son le ger renversement sur la face dorsale, la saillie
formee en arriere par une partie de sa surface articulaire, 1 absence de raccour-
cissement, 1 impossibilite de la flexion.
Dans la luxation complete, la phalangette affecte deux attitudes differentes :
lantot elle est renversee en arriere, de maniere a former avec la phalangine un
angle presque droit; tantot elle est rabattue, sa surface articulaire surmontant
la phalangine. II en resulte, dans 1 un et 1 autre cas, une deformation tres-
earacteristique. Lorsque la phalangette est rabattue, sa surface articulaire fait
saillie sous la peau et souleve le tendon extenseur. En avant, la saillie de
rextremite articulaire de la phalangine est moins visible, mais facile a recon-
naitre par le palper. Le doigt est toujours raccourci et immobile au niveau de
1 articulation lesee. Jarjavay a signale qu une ecchymose transversale, lineaire,
pouvait se montrer au niveau du pli cutane palmaire.
La luxation de la phalangette en arriere est la plus grave de toutes les luxa
tions des doigts. Elle se complique tres-fre quemment d une plaie a la face
palmaire, plaie qui peut causer les accidents les plus serieux. Sur 55 luxations,
nous avons trouve 32 fois la complication d une plaie. Celle-ci suppure le plus
souvent et entraine 1 ankylose. C est la terminaison la moins facheuse. Mais
5 fois la plaie a ete 1 origine d un phlegmon se propageant a 1 avant-bras, et
2 des patients sont morts (Dupuytren et Lala); 5 fois encore le tetanos s est
developpe et un seul malade a etc" sauve (fails de Cramer, Vanderbach, Richet,
Klin et Ekstrommer). Sanson a vu 2 fois la gangrene envahir le doigt, sans
qu il y ait eu solution de continuite des tissus ; 1 un des malades prit le letanos
et mourut. Daus un cas oil il ne put re duire, Roux fit 1 amputation de la
phalange et I opere mourut d infcction purulente. En somme, il y a eu 8 de ces
sur 55 luxations, ce qui est une effrayante mortalite pour une lesion qui parait
minime.
Mais ce n est pas tout : que la luxation soil avec plaie ou sans plaie, elle
resiste souvent aux manoeuvres de reduction. Sur 52 cas, nous la trouvons
15 fois irreductible. On fit 5 fois la re section de la tetede la phalangine (Thierry,
Neboux, Norris, Ne laton, Richardson), 1 fois 1 amputation (Roux); 3 fois le
degagement du tendon flechisseur (Richet, Trelat et Dolbeau) ; 1 fois la section
de ce meme tendon (W. Lee) ; 2 fois la section sous-cutanec des ligaments late-
raux (Malgaigne et Huguier) ; 1 fois on abandonna la luxation ;i elle-meme, il
s agissaitde la phalangetle de 1 annulaire (These de M. Burette, p. 36).
II va sans dire que, les luxations de la phalangette du pouce etant beaucoup
plus nombreuses que celles des autres doigts, ce sont elles qui represented
presque tout le contingent des complications.
D apres un fait du a Broca, la luxation abandonnee a elle-meme sans reduc-
DOIGT (PATHOLO.ilK). 18:)
lion serait quelquefois tres-genante. Dans ce fait, la phalangette du pouce faisait
un angle droit avec la phalange, et il e tait impossible de la rabattre en avant,
bien qu elle presentat une certaine mobilite. Le malade etait fort empeche par
cette difformite et reclamait 1 amputation. Broca s y refusa. Les chirurgiens se
montreraient moins severes aujourd hui, parce que 1 amputation de 1 extre-
mite du pouce n est plus considered comnie une operation dangereuse.
Du reste, la connaissance des obstacles a la reduction, d uue part, et, d une
autre part, de meilleures methodes de pansement, contribueront, a ravenir, a
rendre le pronostic des luxations phalangettiennes beaucoup moins grave.
Dans toutes les luxations incompletesetdans beaucoup de luxations completes,
une simple pression en sens inverse sur les extremite s osseuses sufiira pour
operer la reduction. Si le deplacement re siste, il faut immediatement recourir
au precede de { impulsion apres renversement prealable de la phalangette en
arriere, pour empecher Interposition du ligament anterieur. En cas d insuc-
ces, il faut indiner la phalangette lateralement pour degager le tendon
ilechisseur.
Malgre les succes obtenus, dans les cas faciles, par une simple traction sur la
phalangette, on doit toujours se defier de ce precede, parce qu il est capable de
produire des interpositions qui rendraieni la luxation irreductible.
Nous pensons qu on peutreduire, presque toujours, par le renversement de In
phalange combine a Yinclinaison laterale et a I impulsion.
S il y a une complication de plaie, si on est oblige de pratiquer la resection
de la tele articulaire, la section sous-cutanee des ligaments ou le degagemcnt
artificiel du tendon ilechisseur, il ne faut pas oublier de faire ces operations
par la methode antiseptique.
b. Luxations en avant. Ces luxations, tres-rares, n ont ete observees
jusqu a present qu au pouce; et, depuis le Traite de Malgaigne, nous n en avon>
pas Irouve de nouvel exemple malgre des reclierches bibliographiques eten-
dues. M. Burette (These, p. 15) a essaye, sur des cadavres, de luxer en avant
les phalangettes des quatre derniers doigts; il dit n avoir pas pu y parvenir. Ce
lesultat negatif lui parait resulter de la conservation constante du tendon
extenseur. Si ce tendon venait a se dechirer, la luxation de la phalangette en
avant pourrait s effectuer sans obstacle.
Elles reconnaissent, pour cause ordinaire, un traumatisme portant sur 1 extre-
mite du pouce et faisant basculer la phalangette en avant.
La deformation est variable. Dans les observations de Dupuytren, de Jousset
et de Sirus Pirondi, la phalangette e tait renversee en arriere. Son extre mile
superieure faisait saillie sous la peau en avant; son extremite ungueale regar-
dait en aniere. Le pouce, au dire de M. Pirondi, presentait la forme d un
crochet a angle presque droit ou meme d un petit marleau. Dans les observations
de Ch. Bell et de Bourguet, au contraire, la phalangette e tait legerement flechie
vers la paume. A la face dorsale, on voyait la saillie de la phalange avec un
enfoncement au-dessous, tandis qu a la face palmaire on sentait tres-distinc-
lement la saillie de la phalangette, au niveau du pli articulaire. II y avait un
raccourcissement marque.
Quelle que soil 1 attitude de la phalangette, les mouvements sont impos
sibles.
La dechirure des teguments est aussi frequente dans les luxations en avant
que dans les luxations en arriere. Sur 6 observations, 4 furent compliquces
1 J J D01GT (I AIHOLOGIE).
de plaie, -~ ibis avec issue de la surface articulaire de la phalange tie. Un des
blesses de Dupuytren fut pris de tetanos an bout de dix jours et mourut.
Ch. Bell, Dupuytren et Sirus Pirondi, n eurent pasde difficulties a obtenir la
reduction. Jousset, au contraire, lit de nombreuses tentatives sans reussir; au
bout de vingt-quatre heures, il recommenca les mano3uvres et Unit par reduire
en pressant fortement avec 1 anneau d une clef sur la phalangette sortie a t ravers
la peau, en meme temps qu il 1 empechait de basculer en arriere. Mais une
inflammation suppuralive s empara de rarticulation, les os fureut denudes et le
malade eut une ankylose. Aucuue manoeuvre ne put araener la reduction dans
le cas de Bourguet, mais pen a peu la gene des mouvements diniinua, et la
phalangette non reduile put executer quelques mouvements de flexion et
d extension.
Le pronostic des luxations en avant est done grave au point de vue des acci
dents possibles et au point de vue des diflietiltes de la reduction.
Le proce de qui semble re ussir le mieux est celui de { impulsion avec flexion
vers la paume.
c. Luxations late rales. Elles paraissent encore plus rares que les luxation-
en avant. Nous n en connaissons qu un seul exemple pour chacun des doigts.
Elles ont ete produites par une clmte sur le pouce, le medius, 1 annulaire,
par un coup de pied sur 1 auriculaire (Leger, Traite des luxations, par Mal-
gaigne, p. 770), par une forte secousse de la main pendant que 1 extremite de
I index etait maintenue immobile (Duges).
La condition anatomique de ces luxations parait etre la dt cbirure complete
des deux ligaments lateraux et du ligament anlerieur. Les tendons flechisseurs
et extenseurs accompagnent la pbalangette dans son displacement, qui n est pas
toujours directement lateral, mais un peu postero-lateral.
La luxation pent etre complete ou incomplete, et se faire en dehors ou en
dedans.
Nous ne possedons qu une observation de Iteration late rale externe, due ,
Malgaigne, qui 1 a designee sous le nom de luxation incomplete en arriere et en
dehors de la pbalangette du medius. Malgaigne ne vit la blessure que cinq a six
semaines apres 1 accident. Le patient, garcon de douze ans, disait que la
pbalangette du medius etait, dans 1 origine, renver&e e en arriere, mais de>
tractions, exercees pour la reduire, 1 avaient ramenee a peu pres dans la direc
tion des autres phalanges. Sa base faisait saillie a la fois en arriere et en
dehors. En dedans, au contraire, on sentait une saillie presque aigue sous la
peau, formee par le condyle interne de la phalangine. La pbalangetle etait assez
mobile, surtout d un cote a 1 autre, mais il etait impossible de la flecbir .
Les observations de lu.rations late rales internes sont celles de Duges, de
Gogue, de Le ger et de Fleys. Gelte derniere est surtout celebre, parce qu elle
etablit que la phalangette du pouce peut se luxer lateralement.
La pbalangette repose sur le bord interne de la phalangine, et son extremite
ungueale s incline en avant et en dehors. Dans le cas de Leger, 1 ongle de 1 auri-
culaire regardait meme directemenl en dedans.
La luxation laterale de la phalangette du pouce, observee par Fleys, presentait
tous les caracteres de cette deformation speciale. Les tetes articulaires, dit-il,
se percoivent aisement, la phalange en dehors, la phalangefte en dedans; la
largeur du doigt au niveau de 1 articulalion est une fois et demie la largeur
normale; aucune saillie appreciable en avant ou en arriere; la peau est disten-
U01GT [(PATIIOLOGII:). 19t
due, mais nullement dechiree. La luxation est bien une luxation de la plialan-
gette en dedans, et cetle luxation est complete .
La complication d une plaie parait se rencontrer dans les luxations lateral*--
avec la meme frequence que dans les autres especes de luxations des phalangettes.
Sur nos cinq observations, elle existait deux fois.
La reduction ne semble pas difficile, lorsqu on intervient peu de temps apres
I accident. Au bout d un mois, Leger obtint encore assez facilement la reduction,
mais, au bout d un mois et demi, Malgaigne e choua. II fit faire par Guersant la
section sous-cutanee d une bride, et renouvelant ses efforts, il n obtint qu une
reduction parlielle sans parvenir a corriger le deplacemcnt lateral. Son petit
malade ne voulut pas supporter le bandage contentif et le deplacement sc
reproduisit.
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p. 551. P.
PLATES. Les plaies superftdeHes par instruments piquants, tranchants on
contondants, les gercures, les crevasses, ne meritent d attirer 1 attention qu au
point de vue des consequences qu elles peuvent avoir. Elles sont les causes
habituelles du panaris. Elles ouvrent la porte a la penetration des virus, des
substances septiques, des germes de toutes sortes dont il est tant parle de nos
DOIGT (PATHOLOGIE). 10;.
jours. C est la tout leur danger. Pour le conjurer, il faut les laver avec soin,
soil avec de 1 eau pure, soil avec un liquide antiseptique, les faire saigner, les
debarrasser de toute substance etrangere par la succipn, puis les soustraire au
contact de 1 air et des objets exterieurs par un petit pansement occlusif. Si la
solution de eontinuite est situee au voisinage des plis articulaires, les mouve-
ments de la peau tendront sans cesse a la rouvrir: aussi le meilleur moyen d en
hater la cicatrisation est d immobiliser le doigt correspondant. Ce traitement
ne differe pas, d ailleurs, de celui que nous avons deja indique, avec plus de
de tails, a propos des plaies de la MAIN et a propos du traitement preventif du
PANARIS (voy. cesmots).
Les plaies profondes peuvent interesser les arteres, ouvrir les gaines syno-
viales, interrompre la eontinuite des tendons et penetrer dans les articulations
phalangiennes. II en resulle des complications plus ou moins graves, dont les
unes out deja ete trailees dans ce Dictionnaire et dont les autres doivent nous
arreter ici.
Vouverture des gaines synoviales des flechisseurs et surtout 1 ouverture des
gaines synoviales du pouce et de 1 auriculaire expose a des panaris serieux et
a des phlegmons, qui fusent du cote do l a\ ant-bras et prennent quelquefois
les proportions les plus graves. Nous n avons rien a ajouter a ce qui a ete ecrit
sur ce point a propos des articles MAIN, PANARIS, SYNOVITE (voy. cos mots).
Les sections tendineuses, qui portent tantot sur les tendons extenseui -
tantot sur les flechisseurs, out deja ete etudiees aux articles MAIN et TENDON.
Nous y renvoyons le lecteur, soil pour Tetude gene rale de cette complication,
soit pour les operations qu elle ne cessite.
Lorsquunearticiilationphalangienneoumetacarpo-phalangiennea.eleou\erte
par une blessure, le pronostic varie selon que la pluie est recente ou ancienne.
II est peu grave dans le premier cas; et, en elYet, 1 experiencejournaliereprouvi
que les petites articulations des doigts se cicatrisent souvent sans suppurer et
sans ankylose consecutive. Mais, si la plaie articulaire date de plusieurs jours,
si elle s est enflammee, si elle suppure, I ankylose est presque inevitable, et il
vaut quelquefois mieux faire une amputation que de conserves un doigt rigide
qui genera les fonctions de la main. Notons toutefois que 1 indication d amputer
n est jamais applicable au pouce, dont la longueur doit etre conservee a toot
prix. Par-dessus tout, il ne faut pas oublier que les plaies articulaires, neglige es
t mal soigne es. peuvent avoir des consequences autrement plus graves que
I ankylose, qu elles sont le point de depart d accidents generaux inflammatoires
>et en particulier d une pyohemie qui emportera le blesse.
Vhemorrhagie n est pas inquietante, parce que les arteres collaterales sont
pt ; tites, tres-contractiles, faciles a comprimer ou a Her. Malgre les anastomoses
en arcades qui existent entre les deux collaterales au niveau de la pulpe, le
bout inferieur ne donne ordinairement pas un jet de sang, et on peut s exempter
.t cn faire la ligature. Mais il est toujours prudent de Her le bout superieur
pour se mettre parfaitement a 1 abri des hemorrhagies consecutives et secondaires.
On n a pas a redouter aux doigts ces pertes de sang abondantes, persistantes et
recidivantes, qui caracterisent les plaies arlerielles de la paume de la main. II
fyut que le blesse soit prive de tout secours, ou qu il soit affecte d hemophilie,
pour que les hemorrhagies digitales deviennent graves.
Les corps etrangers les plus divers, tels qu eclats de bois, parcelles de
metal, de verre, epingles ou aiguilles cassees, petits fragments d os ou de
196 DOIGT (PATHOLOGIE).
pierre, etc., compliquent souvent par leur presence les plaics des oloigts. Leur
extraction est necessaire, sous peine de voir se developper autour d eux un
petit abces on un panaris. Cette petite operation est en general facile, et il est
rare qu on soil oblige d agrandir la solution de continuite pour arriver jusqu a
eux. Lenoir a trouve un grain de plomb incruste dans une phalangette. L os
n etait point alte re et on ignorait depuis combien de temps il logeait ce corps
etranger. Mais c est la un fait de tolerance tout a fait exceptionnel. Morand a
rapporte une observation tres-curieuse, dans laquelle le corps etranger fut du
mercure. Sa presence dans les tissus causa des accidents prolonges et serieux.
11 s agit d un jeune homme qui cassa un tube de verre plein de mercure. Pour
empecher la perte du liquide, qui sortait avec force, il appuya le pouce sur le
bout casse et pointu. Celui-ci penctra dans la peau. La plaie parnt guerie au
bout de quelques jours. Mais bientot le doigt s enflamma, et un abces s etant
ouvert, une quantite assez considerable de mercure s ecoula avec le pus. Le
doigt resta tumefie et douloureux pendant plusieurs mois. De temps en temps
des abces se formaient et donnaient issue a des gouttelettcs de mercure. Au
bout de six mois, 1 etat du blesse ne s ameliorant pas, Morand fit 1 excision
d une partic de la peau du pouce au niveau de la pulpe. Les plaies foufnirent
t-ncore quelques globules de mercure, mais les douleurs se dissiperent eutiere-
ment et le malade finit par guerir.
La menace d une synovite, d unc exfoliation de tendon, d une ankylose, d un
panaris, est souvent conjuree par un traitement bien conduit. Le but vers
lequel on doit tendre est de moderer 1 inflammation consecutive et d empecher
la plaie de suppurer. Nous dirons bientot avec detail quels sont les meilleurs
moyens pour y parvenir. Mais indiquons des a present le lavage exact des sur
faces saignantes avec un liquide antiseptique, la reunion des levres de la plaie
par la position, par des bandelettes agglutinatives ou par la suture, rinimobili-
sation du doigt, les pansements par occlusion avec le diachylon ou mieux encore
avec le colon.
Lorsque la plaie est recente, il est toujours indique de cbercher la reunion
immediate. Beaucoup de chirurgiens, etnous sommes du nombre, n hesitcnt pas
a appliquer dans ces cas un ou plusieurs points de suture. Mais, si Ton n est
pas tres-sur de 1 etat antiseptique de la plaie, il vaut mieux faire un pansement
ouvert. Nous avons soigne dernierement un boucber qui, en decoupant sa viande,
s etait donne un coup de couteau sur la face dorsale de la main gauche. L arti
culation metacarpo-phalangienne de 1 annulaire etait largement ouverte et le
tendon extenseur coupe. Apres avoir soigneusement lave la plaie avec une
solution pheniquee, nous suturames le tendon avec un fil de catgut. Par-dessus
nous suturames )a peau avec trois fils d argent, puis nous appliquames un
pansement phenique et ouate. Au bout de huit jours, lorsque nous limes le
premier pansement, la reunion immediate etait obtenue. 11 n y a pas eu d an-
kylose et tous les mouvements du medius sont revenus. Nous pourrions citer
beaucoup de fails analogues.
Lorsque la plaie suppure, on peut encore e viter les accidents ou moderer
ceux qui ont commence a se produire. Mais il faut que le malade garde le repos
et qu il se soumette a des pansements antiseptiques. M. Verneuil rapporte
qu un boucher, qui avail continue a travailler avec une petite plaie articulaire
de Tannulaire, fut pris de iievre et de tous les symptomes de la pyohemie
confirmee. Cependant, en desinfectant completement la plaie articulaire avec
DOIGT (PATHOLOGIK). 197
des lavages et des bains pheniques, il parvint a arreter les accidents et a amener
une gue rison presque inesperee.
Independamment des plaies dont nous venons de donner une idee generate,
les doigts sont encore exposes, par leurs usages et par leur forme mince et
allongee, a des blessures qui offrent des caracteres speciaux et que nous devons
decrire a part. Ces blessures sont : les sections completes des doigts, les plaies
par e crasement, les plaies par arrachement, les constrictions ou etranglements
des doigts.
a. Section des doigts. Greffe de la par tie coupe e. Les instruments
tranchants, lels que des couteaux, des rasoirs, des tranchets, des haches, des
ciseaux, des eclats deverre, etc., et quelques instruments contondants, comme
des scies droites on circulaires, de fines cordes mues avec une grande vitesse,
produisent aux doigts des plaies, qui sont caracte rise es par la separation com
plete, ou presqne complete, d un segment de ces organes.
Le Irait de la seclion est oblique ou perpendiculaire a 1 axe du doigl. Tantot
les parties mollcs ont ete seules coupees, tantot la section interesse a la fois les
parties molles et les phalanges. Lorsque la separation est incomplete, la partie
tletache e pend au doigt par uu larnbeau cutane plus ou moins etroit. Lorsque
la separation est complete, le doigt semble tronque d une facon irremediable.
Toutes ces varietes dans la disposition de la plaie oi frent un grand interet pour
]e traitement.
M- Berenger-Feraud a note la frequence relative de ces sortes de blessures
euivarit les differents doigts, ct a trouve les cbiffres suivants :
Cas.
Pouce 20
Index 29
Medius 14
Annnlaire 11
Auriculaire 15
Apres une section incomplete, le premier soin du blesse, ou des personnes
qui 1 entourent, est de reappliquer la portion coupee et de la maintenir en
place par une compression, qui a en outre 1 avantage d arreter 1 ecoulement
sanguin. L homme de Tart n a souvent a intervenir que pour regulariser et
consolider la coaptation. Si le lambeau intermediaire contient quelque vais-
seau, la reunion est presque certaine. 11 est meme arrive que des blesses, ne
pouvant se resigner a perdre une extremite digitale, qui ne tenait plus que par
une languette cutanee, ont pour ainsi dire impose la conservation a leur medecin,
et ont eu la satisfaction de voir les parties reprendre. De la a reappliquer des
portions de doigt totalement separees il n y a qu une nuance, et le succes a
souvent couronne cette tentative.
L anaplastie cbirurgicale, depuis longtemps connue, et les experiences mo-
dernes sur 1 ente ou la greffe animale, expliquent la reussitedeces implantations
de tissus, et prouvent que Ton peut beaucoup oser dans cette voie. On ne
compte plus les iaits de doigts coupes, qui se sont re unis par ce mecanisme.
M. Berenger-Feraud en a rassemble 87 exemples (53 fails apres division incom
plete, 54 fails apres division complete), et en consultant notre bibliographic on
peut encore y aj outer plusieurs cas.
Que les doigts soient completement ou incompletement separes du reste de
main, les phenomenes de la cicatrisation sont sensiblement les memes. II arrive
U S D01GT (PATHOLOGIE).
seulemcnt que la reussite de la greffe est beaucoup plus pre caire dans le
premier cas. Nous etudierons surtout les divisions completes, comme etant les
plus importantes et, les plus curieuses. II sera facile d appliqucr aux divisions
incompletes ce que nous allons dire des premieres.
La pulpe des doigts, comprenant ou non ime portion de 1 ongle, reprend
lacilement racine quand on la reapplique sur la surface saignante dont elle a
e te accidentellement retranchee. Nombre d auteurs attestent la realite de ce
fait. Yelpeau a communique a 1 Acade mie de medecine 1 exemple de Gorsse
qui s etait cmporte avec un rasoir la pulpe de 1 index. Le morceau reapplique
reprit. Un garcon de douze ans se coupe 1 extremite de 1 index, qu il apporte
dans un chiiton de papier au chirurgien anglais Mason. Gelui-ci suture la partie
detachee avec des tils d argent. La reunion a lieu. On lit dans le Bulletin de
Iherapeutique (t. Ill, p. 454, 1867) qu une cuisiniere se tranche I extremite de
1 annuiaire. Le doigt est comme taille en bec-de-flute par une incision qui
comprend le tiers de 1 ongleet la partie con espondante de la pulpe. Le fragment
qui a etc jete est relrouve, lave et reapplique. Reunion. Nous pourrions
citer plusieurs autres observations analogues. Mais le succes de ces greffes n est
plus douteux pour personne. Sans etre constant, on doit toujours 1 esperer dans
les conditions precedentes, c esl-a-dire lorsque le fragment detache ne contient
que des parties molles.
Lorsque la section inte resse les os, la greffe est-elle encore possible? On ne
saurait re pondre a cette question sans distinguer les cas dans lesquels la phalan
gette est tranchee, en meme temps que les parlies molles, de ceux ou la section
porte plus haul sur la seconde ou sur la premiere phalange.
La vitalite est si grande a 1 extremite des doigts, que la grefte reussit alors
meme qu une portion de la phalange a ete coupee. Le travail d adhesion se fait
simultanement entre les parties molles et les fragments osseux; et si la reunion
des surfaces osseuses vient a echouer, les parties molles ne se cicatrisent pas
moins, et restent unies pendant 1 elimination d une partie de la phalangette
necrosee. C est ce qui arriva dans 1 observation si connue de Beau. Une infir-
miere, de quarante et un ans, se coupa completement 1 extremite du pouce
gauche. Le bout du doigt fut reapplique une demi-heure apres 1 accident. Le^
chairsreprirent, mais la parcelle de phalangette coupee ue reprit pas et s elimina
avec une petite eschare. En 1858, Bertrand publia un fait de greffe de toute
la phalangette. Une dame, en de coupant a table, se trancha le pouce gauche
au niveau de 1 articulalion dc la premiere et de la seconde phalange. L extrc-
mite du doigt tomba sur la table. Bertrand, ayant cte appele, fit aussitot la
reapplication. Au bout de huit jours la cicatrisation etait complete. La phalan
gette resta ankylosee. L adhesion semble s etre ope ree, dans ce cas, entre des
urfaces articulaires, ce qui ajoute encore a 1 etrangete du resultat. Ce fait
extraordinaire aurait besoin d etre confirme par d autres faits semblables, pour
ne laisser aucun doute dans 1 esprit.
II n y a peut-etre aucun exemple de reunion apres la section complete d un
doigt au niveau de la premiere phalange. L observation deja ancienne de
M. W. Bailey prete beaucoup trop au doute pour qu on puisse 1 admettre
comme un exemple convaincant. On y lit qu un laboureur, ayant eu par acci
dent le dnigt du milieu coupe de maniere que la premiere phalange en avail
etc enlierement se pare e depuis une heure et demie, s adressa a M. Bailey.
Celui-ci replaca la phalange et la fixa par un bandage. Une semaine apres la
DOIGT (PATHOMMILK).
reunion tut operee. On sentait distinctement une pulsation a 1 extremite du
doigt et sa couleur paraissait naturelle. L ongle tomba quinze jours apres. La
reunion fut complete au bout de cinq semaines. Le doigt malade etait aussi
fort et aussi sensible que les autres, mais sa premiere phalange avail perdu
toute faculte de flexion. S agit-il reellement de la premiere phalange ou pha
lange me tacarpienne, ou s agit-il seulement de la premiere phalange en comptant
de bas en haul, c est-a-dire de la phalangette? Nous penchons fort vers cette
interpretation, et alors le fait n a ricn d invraisemblable.
La reussite de la greffe, apres la division complete d un doigt au niveau <le
la deuxieme phalange, parait possible, mais elle est extrememcnt rare. Balfour
a vu un homme qui s etait abattu 1 index d un coup de hache. La section du
doigt etait oblique et s etendait de 1 extremite superieure a 1 extremite inie-
rieure de la deuxieme phalange. La surface de h plaie etait tres-nette et se
terminait par un lambeau aigu. L extremite coupee etait blanche et froide. Le
rapprochement fut fait, aussi exaclement que possible, vingt minutes apres
1 accident. La reunion cut lieu, mais on ne sail si les raouvements se retablirent.
L obliquite de la section, en multipliant les points de contact, a certaiuement
favorise 1 adhesion dans le cas precedent, car je ne connais aucun exemple
de grefie avec une section transversale complete.
Mais il en est tout autrement, si la section nest pas complete, si un lambeau
vasculaire fait encore communiquer les deux parties du doigt coupe. Dans ces
circonstances le succes de la greffe est loujours probable, sinon certain. En
voici un exemple : un jeune soldat se coupe la deuxieme phalange de 1 index a
la partie moyenne. L extremite du doigt ne tenait plus que par un lambeau de
[teau large de un centimetre ct demi environ, et qui devait conlenir une des
collate rales. La minion est faite par M. Bedie. Au bout de quinze jours la
consolidation osseuse etait assuree. Par la suite, les mouvements de ce doigt
devinrent aussi complets que ceux de son congenere, et c est a peine si 1 on
sent la cicatrice des. parties molles et osseuses.
En resume, la greffe d une portion de 1 extremite du doigt reussit souvent,
bien que la partie detachee contienne un segment de phalangetle ; mais la
greffe d un doigt coupe au niveau de la seconde ou de la premiere phalange
echoue, pour ainsi dire, constammcnt, a moins que les deux troncoiis ne soient
reunis par un lambeau vasculaire. Les sections incompletes onl, dans tous les
cas, beaucoup plus de chances de reussite que les sections completes, et ces
chances sont d autant plus grandes que le lambeau inlermediaire contient plus
de vaisseaux in tacts.
I), est rare que la portion greffe e ne subisse pas quelques modifications tro-
phiques pendant le travail de la cicatrication. L epiderme se fletrit ordinairement,
prend une teinte brune et tombe. L ongle se detache aussi. II semble que tous
les tissus reapplitjues vont se mortifier. Mais il n en est rien. Au-dessous de
1 epiderme qui s exfolie, une nouvelle couche epidermique se reforme, 1 ongle
repousse, le derme reprend une teinte rosee. La vie est revenue dans tous
ces tissus, et le point de jonction ne se traduit plus que par une cicatrice li-
ne aire.
La reunion immediate est le cas le plus favorable; mais il ne faut pas deses-
perer du succes, si les surfaces rapprochees suppurent partiellement. Quelque-
ibis meme une portion des parties molles et de 1 os se mortifie et s e limine.
On n obtient alors qu un demi-succes, qui attenue plus ou moins la muti-
230 DOIGT (PATHOLOGIE).
lation digitale. L e chec est complel, lorsque toute la greffe tombe en gan-
\
Les parties greflees ne recouvrt-nt pas toujours 1 integrite de leurs fonc lions.
Quelquefois elles sont plus molles, plus maigres, comme atrophiees. La sensi-
liilite estlongue ayrevenir. Dans lescas les plus beureux elle se retablit comple-
Icment; d autres Ibis elle reste obtuse et comme engourdie. II est rare que les
mouvements se retablissent, soil parce que les articulations s ankylosent, soit
parce que les tendons ne se reunissent pas.
Malgre ces inconvenients eventuels, on doit toujours tenter la greffe, lorsqu il
s .igit de 1 extremite du doigt, et meme lorsqu il s agit d une portion plus
etendue, surtout lorsque la section n e^t pas complete.
Les conditions qui favoriseront le succes sont : le jeune age, la promptitude
de la coaptation, la proprete minutieuse des surfaces saignanles, 1 im mobilisation
complete des parties coaptees, une douce compression exerce e sur elles, une
temperature constante et se rapprochant de celle du corps.
La promptitude de la coaptation est certcs une condition des plus importantes.
Cependant la vilalitc du segment digital pent se conserver un assez long temps,
rl il ne faudrait pas desesperer de sa reunion apres une separation qui aurait
dure une demi-heure, une heure et une heure et demie. Plusieurs observations
prouvent qu une greffe tardive donne quelquefois un beureux resultat.
Avant de rapprocher les parlies, une condition essenlielle est de nettoyer
exactement les surfaces saignantes de toute souillure et de tout corps etranger.
On se propose d obtenir une reunion immediate, il faut done s entourer de toutes
les precautions qui conduisent a ce resultat. Les lavages avec de 1 eau pure
sont insuffisants et nuisibles. II faut faire les lavages avec des solutions phe ni-
quees, boriquees ou salycilees, puis appliquer un pansement anliseplique.
Quant a 1 immobilisation, on 1 obtient en fixant les parties coiptees avec des
bandelettes agglutinatives ou avec une suture, puis en plac/ant autour du doigt
et de la main le bandage ouate d A. Guerin. Ce bandage n a point de rival
dans ces cas, non-seulcment parce qu il assure rimmobilisation des parties
greffees, mais encore parce qu il rempht deux autres indications capitales, celles
d exercer une compression moderee et d entretenir une temperature constante.
Nous aliens revenir sur 1 excellence de ce bandage dans le chapitre consacre aux
ccrasements des doigts.
b. Plaies par ecrasement. Plaies par armes a feu. Les plaies contuses
des doigts sont en general des plaies par ecrasement, c est-a-dire des plaies
produites par la compression ou le pincement de ces appendices entre des corps
<jui tendent a se rapprocher avec force. Nous y joignons les plaies par explosion
de la poudre a canon ou par 1 explosion d autres substances analogues et cer-
taines plaies par armes a feu, parce qu elles amenent les memes consequences
que 1 ecrasement. Les plaies par balles, qui occasionnent des sections nettes,
ressemblent aussi aux plaies dans lesquelles 1 instrument conlondant tranche
etemporte une portion des doigts.
Les plaies par ecrasement sont beaucoup plus frequentes et beaucoup plus
importantes que toutes les autres plaies qui aflectent les doigts. On le congoit
sans peine, lorsqu on reflechit a la variete des causes qui peuvent les produire,
aux mutilations et aux accidents qui en resullent. Les decouvertes de 1 industrie
moderne out eu pour effet de les multiplier dans de graudes proportions. Les
ouvriers qui manceuvrent les machines, les engrenages, les balanciers, les
DOIGT (I-ATHOLOGIE). 201
pilons, les cylindres a laminer, a imprimer, etc., y sont de beaucoup les plus
exposes. Pendant les six dernieres annees de mon service a. 1 hopital de la Pitie
(de 1878 a 1884) j ai eu 1 occasion de soigner 81 plaies par ecrasement des
doigts, 76 chez des homrnes, 5 seulement chez des femmes. 30 fois elles
avaient ete produites par des machines (engrenages, cylindres, balanciers,
chemin de ier) ; 42 Ibis par la chute d un corps lourd, tel qu une pierre, ou
la pression entre deux surfaces solides; 5 fois par morsure d homme; 5 fois
par morsure de clieval ; 1 fois par morsure d un fort perroquet.
Independamment du sexe masculin, qui est la premiere de toutes les causes
predisposantes, 1 age joue uii role assez important. Ainsi entre vingt et quarante
ans, epoque de la vie ou Ton travaille avec le plus de vigueur, nous comp-
tons 47 cas d ecrasement ; au-dessous de vingt ans, 16 cas, et au-dessus de
quarante ans, 17 cas. Les doigts du cote droit sont un peu plus souvent atteints
que ceux du cote gauche (52 fois a droite, 27 fois a gauche). Les doigts des
deux mains ont ate pris a la fois dans 2 cas. Le pouce et 1 auriculaire echappent
a 1 ecrasement un peu plus souvent que les aulres doigts. Le medius y est le
plus predispose. Ces donnees resultcnt assez nettement de noire stalistique :
Le pouce compte 17 plaies par ecrasemcnt.
L index 27
Le medius ~~>
L iinnulaire -"
L auriculaire I-i
Depuis les lesions d une simple plaie contuse jusqu a celles du broiemcnt le
plus complet, on observe tous les intermcdiaires.
Dans un premier degre, les parties molles sont seules atteintes. La peau
presente une ou plusieurs plaies irregulieres, dont les bords sont maches,
de colle s, ccchymoses. Quelquefois, au contraire, la solution dc continuite est
rectiligne et J epiderme offre une cassure aussi nette que cello d un morceau
de verre. Cette disposition s observe a la face palmaire et surtout a la pulpe. 11
semble que les teguments ont eclate, commeune vcssie, sous 1 inlluence de la
compression des tissus qu ils enveloppent. M. Guermonprez appelle avec raison
ces sorles de plaies plaies par eclatement. Les lobules graisseux du tissu
cellulaire sous-cutane sont projeles entre les levres de la plaie, ou on les voit
faire hernie. L ongle est souleve, luxe ou totalement emporte. Souvent les
.gaines synoviales sont dechirees. Les tendons sont mis a nu et plus ou moins
laceres.
A un degre plus avance, les phalanges sont brisees, les articulations ouvertes
et luxees.
Enfin, 1 ecrasement peut etre tellement complet que les os sont broyes. Le
doigt est alors aplati, deforme, dechire en lambeaux. Quelquefois son extremite
a ete emportee. D autres fois elle ne tient plus que par quelques fuisceaux ten-
dineux, qui re sislent plus que les autres tissus a 1 action des corps contondants.
L ecrasement atteint souvent plusieurs doigts et s etend meme a la paume de
la main, ce qui augmente singulierement la gravite de la blessure. J ai note
i|ue sur 73 cas d ecrasement 39 fois un seul doigt avail ete pris, 21 fois deux
doigts, 6 fois trois doigts, 1 fois quatre doigts et 6 fois tous les doigts; 16 fois
la paume de la main avait parlicipe au traumatisme.
Comme clans toutes les plaies contuses, I hemorrhagie est rarement redoutable.
Les arleres collaterales dechirees fournissent pen ou point de sang. L hemostase
202 DOIGT (PATHOLOGIE).
se fait spontanement ou sous 1 influence de quelques affusions d eau froide ct
des moyens les plus simples.
En general, la douleur est peu considerable an moment de 1 accident. Elle
survient quelques instants apres, et se traduit par un engourdissement dou
loureux qui envahit toute la main. Cependant nous avons vu des blesses faire
exception a cette regie et ressentir de vives soufl rances, des tiraillements et des
elaneements partant du doigt ecrase. M. H. Larrey a signale les tremblements
convulsifs qui s emparent de la main chez quelques sujets nerveux.
Les mouvements spontanes des doigts ecrases restent assez libres. II est
remarquable de vpir les patients mouvoir avcc line certaine aisance et presque
sans douleur leurs doigts dilaceres. Us se donnenl ainsi la triste satisfaction de
croire que la blessure est moins grave qu elle n est en re alite.
Vers le deuxieme jour, on voit survenir le gonflement inflammatoire des
parties qui contirment & vivre; celles, au contraire, qui ont subi une attrition
trop proionde pour conserve! 1 leur vitalite, sont en voie de mortification. Peu a
peu, les esquilles, qui ont perdu leurs adherences, tombent. La peau et letissu
cellulaire gangrenes s eliminent. La plaie se couvre de bourgeons charnus et
suppure. Elle est beaucoup plus etendue que les premiers jours par suite de
I hypertrophie des tissus qui se reparent. A ce moment, il n est pas rare qu une
portion de phalange ou une phalange tout entiere, depouillee de parties molles
et necrosee, fasse saillie a la surface des bourgeons charnus. Les lendons mor-
lifie s, dont 1 e limination est si tardive, se montrent aussi dans le fond de la
plaie comme des cordons blanchatres infiltres de pus. 11 taut, en general, vingt a
trente jours pour que ces derniers restes dc la mortification tombent a leur
lour. Enfm la plaie, completement debarrassee, demande encore, selon son
etendue, plusieurs jours et meme plusieurs semaines pour se fermcr. La dure e
de la guerison est, environ, d un a deux mois.
Des complications multiples peuvent survenir pendant le cours de la cicatri
sation; ce sont des lymphangites, des erysipeles, des phlegmons des gaines, des
phlegmons diffus, la pyohemie et le tetanos si souvent observe dans les plaies
contuses des doigts et des orteils. Le principal but d un traitement bien conduit
est d eviter ces complications dont quelques-unes sont mortelles.
Le pronostic est serieux. Si la vie n est ordinairement pas compromise, les
fonctions de la main seront presque toujours alte rees. Tantot un ou plusieurs
doigts sont perdus ou tronque s ; tantol ces organes subsistent, rnais ils sont
delorme s, ankyloses, adherents, incapables de rendre des services. Quelques
malades sont meme tellement genes par ces doigts rigides et inutiles, qu ils
viennent plus tard en reclamer 1 ampulation ; preuve evidente qu il y a une
limite dans la conservation des doigts ecrases. Nous nous expliquerons bientot
sur ce point delicat du traitement.
Dans son Rapport sur le service me dico-chirurgical pendant les guerres^
d Orient et d ltalie, Chenu a donne une stat.istique des blessures des doigts par
armes a feu. Comme ces blessures se rapprochent de nos plaies par e crasement,
il est interessant de reproduire ici les resultats qui out e te obtenus.
1 Pendant la guerre d Orient J857 :
Armie franpaise.
liles,
( 11 morts.-iOp. 100.
429 gueris ou evacues.
Sur 45S fractures ue doigls par l>alle, eclals de pi-ojecliles, \ .
DOIGT (PATIIOLOGIE). 205
Armte anglalse.
( 81 gueris.
Sur 305 ] 221 evacues
5 morts. 0,98 p. 100.
2 Pendant la guerre d ltalie 1859-1860 :
i 97 gueris ou evacues.
Sur 106 fractures des doigts par balle ou eclats 1 pensionnes.
( 2 morts. 1,88 p. 100.
( 315 gueris ou evacues.
Sur 480 coups de feu a la main (doigts, paume) \ 110 pensionnes.
( 25 morts. 5,20 p. 100.
En additionnant le nombre des deces et le nombre des blessures, on arrive a
un total de 41 deces pour 1349 blessures; ce qui represente une mortalite de
5,05 pour 100, chiffre minimum, car parmi les evacues quelques-uns out pu
succomber tardivement. Cette mortalite de 5,05 pour 100 est certainement plus
elevee que celle deshopitaux civils, mais elle s explique de reste paries condi
tions defectueuses qui se rencontrent dans les ambulances d une armee en
campagne. Nous ne connaissons pas exactement quelle est la mortalite actuelle
des ecrasements des doigts dans les hopitaux de Paris. Tout ce que nous savons,
c est que sur nos 81 blesses il n y a pas eu de deces.
La statistique de Chenu nous appi end encore que sur 1 006 survivants a ces
blessures, dans les armee-; francaises seulement, il y a eu 155 pensionnes,
c est-a-dire 155 sujets (15,41 pour 100) gra Yemeni estropies] et ayant besoin
d une pension pour vivre. Nous ferons encore remarquer que c est la un chiffre
minimum d estropies, car sur le nombre des evacues beaucoup peut-etre sont
restes infirmes.
Lorsqu on se trouve en presence de doigts e crases, la premiere question a
resoudre est celle de savoir s d faut intervenir ou s abstenir. L abstention est
tout indiquee, lorsque les lesions sont pen profondes. Mais dans les cas ou les
parties molles sont dilacere es, oii les articulations sont ouvertes et ou les pha
langes sont brisees comminutivement, que convient-il de faire? L abstention est
encore la regie.
On ne doit jamais amputer les doigts apres les graves traumatismes qui nous
occupent, parce que le chirurgien le plus habile ignore ce qui va se mortifier
et ce qui va continuer a vivre. II se trouve done dans 1 alternative ou de couper
au-dessous de la limite de la gangrene et de faire une operation inutile, ou
d amputer au-dessus de cette limite et de retrancher des parties dont la conser
vation a le plus grand prix. Mieux vaut laisscr a la nature le soin de faire la
part de la gangrene et n agir que consecutivemcnt. Ce n est que dans les cas
ou les extremites digitales ne tiennent plus que par un tendon, par un tractus
fibreux, par un lambeau cutane tres-etroil, qu on est autorise a les retrancher
d emblee avec des ciseaux. Et meme, lorsque le pouce est en cause, les tenta-
tives de conservation les plus hardies sont de rigueur.
Mais 1 abstention ope ratoire favoriserait certainement 1 apparition des compli
cations signalees plus haul, si on ne pansait pas avec attention ces plaies
anfractueuses. Le premier soin est d enlever les corps etrangers et les esquilles
par des lavages et des injections avec une solution antiseptique. On reduit
ensuite le mieux possible les fractures et les luxations, puis on applique le
pansement.
Le meilleur pansement est celui qui previent et modere le mieux les acci-
204 UOIGT (PATHOLOGIE).
dents iuflammatoires. On emploie dans ce but les irrigations continues, le
pansement par occlusion de Chassaignac, le pansement de Lister et le pansement
ouate de M. A. Guerin.
Les irrigations continues d eau froide ou attiedie sont encore mises en usage
par quelques chirurgiens. Appliquees aux plaies des doigts, elles ont le grave
inconvenient d obliger les blesses a garder le lit, puisqu elles doivent etre faites
sans interruption pendant plusieurs jours, sous peine d etre ineflicaces et meme
de produire des reactions inflammatoiresdangereuses. Mais le principal reproche
<|ue nous leur adresson?, c est de ne pas mettre a 1 abri de 1 infection purulente.
Le pansement par occlusion de Chassaignac est fait avec des bandelettes de
diachylon placets parallelement a 1 axe du doigt et refle chies sur son extremite.
En imbriquant ces bandelettes et en les reunissant par quelques baudelettes
circulaires, on forme autour du doigt un dome ou une calotte, d ou le nom de
pansement en calotte. Ce pansement, vaite par M. Despres et par M. Lespine,
son eleve (these de Paris, 1877), trouve son application dans les cas ou la bles-
sure n affecte qu un ou deux doigts et dans les cas ou le delabrement n est pas
trop grand. Mais il a 1 inconvenient de laisser sourdre sous les bandelettes un
pus noiralre, assez abondant et d une odeur fort dcsagreable. M. Lespine a
donne une statislique de 53 plaies des doigts traitees par ce moyen. Sur ce
nombre, il y eut 8 complications inflammatoiresdont 1 grave, puisqu il y a eu
phlegmon de la main et de 1 avant-bras, et 1 complication de tetanos suivie de
mort. Le pansement de Lister et le pansement ouate permettent d obtenir de
meilleurs resultats.
Le pansement de Lister est surtout indique dans les cas ou les gaines syno-
viales et ou les articulations sont ouvertes. En lavorisant la reunion immediate
il previent les fusees purulentes dans les gaines, les suppurations articulaires
et les phlegmons. II donne une securite absolue au point de vue de 1 infection
purulente. Mais ilest impuissant a empecher la gangrene et, celle-ci une fois pro-
duite, il perd ses avanlages. J ai souvent remarque que, dans les ecrasements
des doigts avec sphacele, le pansement de Lister gene et retarde le travail d eli-
mination des parties mortifiees, tout en restant un excellent pansement au point
de vue de la prophylaxie des accidents. Aussi j y ai renonce toutes les fois qu il
y a un grand delabrement qui pre sage la gangrene, et que je n ai pas 1 espoir
d une reunion immediate. .
Le pansement ouate de M. A. Guerin est le pansement de choix dans les cas
graves ou plusieurs doigts sont ecrases avec des lambeaux, des fractures com-
minutives et des menaces de gangrene. Etant admis qu il ne faut faire aucune
amputation immediate, c est le pansement qui place les plaies contuses dans
les meilleures conditions pour I elimination des eschares et pour la cicatrisation.
Et d ailleurs il ne le cede en rien au pansement de Lister pour la prophylaxie des
complications possibles. Voici en quelques mots comment j applique ce panse
ment : apres avoir exactement nettoye les plaies avec une solution pheniquee
au 20% apres avoir reduit les fractures et les luxations, je recouvre les doigts
malades avec une ou plusieurs feuilles de gaze antiseptique. Cela fait, je place
dans les espaces inlerdigitaux des tampons de colon en m assurant que les
doigts sont dans une attitude etendue, attitude que je maintiens quelquefois
avec une petite attelle bien matelassee de coton. J entoure ensuite la main et
I avant-bras d une epaisse couche de coton, comprimee sur le membre avec plu
sieurs bandes roulees. Ge neralement il n y a ni douleur, ni reaction inllamma-
DOIGT (PATIIOLOGIE). 205
toire et, des le lendemain, le malade se leve et se nourrit comme a 1 ordi-
naire. Si, par exception, les souffrances persistent, s il se produit vers la main
ime sensation de chaleur avec des douleurs pulsatives, je maintiens la main
dans une position elevee et meme j applique sur elle, par-dessus le bandage,
uue vessie pleine de glace.
Le pansement ouate doit etre laisse en place de dix a vingt jours, selon
1 eteudueet la profondeur de 1 ecrasement.
Lorsqu on enlcve 1 appareil, les parties mortifiees adherent an colon ct sont
emportees avec lui. Des bourgeons charnus vermeils recouvrent les plaies, les
articulations et les os. S il reste des tendons necroses et des lambeaux
fibreux qui ne soient pas encore detaches, on en debarrasse la plaie en les con
joint avec des ciseaux.
Lorsque la nature a accompli son osuvre de separation entre les parties mortes
et celles qui doivent vivre, le role du chirurgien commence. Doit-il conserver
tout ce que la gangrene a epargne? Nous ne le pensons pas. Certains doigts
ont garde leur longueur, mais ils n ont plus de tendons, mais ils n ont plus
de phalanges et partant plus de solidite, mais leurs articulations seront enkylosees.
Apres la cicatrisation, ces doigts resteront a 1 etat de tiges immobiles, et par
conse quent nuisibles pour les usages de la main. S il est toujours indispensable
de conserver au pouce toute la longueur possible, en raison de ses mouvements
d opposition, que peut faire un ouvrier d un index, d un medius, ankyloses? II
vaudrait mieux pour lui que ces doigls n existassent plus. G est pourquoi le
chirurgien est quelquefois conduit a retrancher secondairement des doigts qui
sont devenus impropres a rendre des services. Mais il doit faire ces ablations
avec une tres-grande parcimonie, ne couper que 1 extremite du doigt, en lais-
sant la premiere phalange ou un troncon de la premiere phalange, et ne se
resoudre a amputer tout le doigt que dans les cas ou 1 articulation metacarpo-
phalangienne est completement detruite. Et s il conserve des doutes sur le
retour possible des fonctions d un doigt, il doit temporiser encore, remettre
son intervention a plus tard, et appliquer uu nouvel appareil ouate ou quelque
pansement antiseptique, qui lui permettra de surveiller chaque jour les progres
de la guerison. Sur mes 81 observations d ecrasement nous avons du faire 9 fois
une amputation secondaire, 7 fois 1 amputation a porte sur un seul doigt, 1 fois
sur trois doigts et 1 fois sur quatre doigts simultanement.
Nos 81 blesses ont tous ete traites avec le pansement ouate de M. A. Guerin
apres lavage avec une solution pheniquee. Comme je n ai eu aucun deces ni aucun
accident, meme apres les amputations secondaires, je suis autorise a preconiser
1 excellence de ce traitement dans les plaies par e crasement des doigts.
c. Plaies par arrachement. Lorsque les doigts sont soumis a une traction
puissante, leur cohesion finit par etre vaincue. Ils cedent dans un point de leur
continuite, et leur separation donne naissance a des lesions remarque es surtout
depuis que Morand en a fait le sujet d un memoire a TAcademie de chirurgie.
Les armcliements des doigts sont beaucoup plus rares que leur forme et leurs
usages ne le feraient supposer. Deux conditions, dont la reunion est assez diffi
cile a realiser, sont, en effet, necessaires pour que ce traumatisme se produise :
il faut d abord que le doigt soil saisi avec une force capable de 1 empecher de
glisser, mais incapable de le couper ou de le broyer; en second lieu, il faut qu il
soit entraine, au meme moment, par un mouvement irresistible ou par une
secousse brusque, provenant soit de 1 agent vulnerant, soit du patient lui-meme,
206
DOIGT (PATHOLOOIE).
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tenseur et d un flechisseur
jnsqu a la parlie charnue.
rrachement du tendon long
extenseur et du tendon fle
chisseur.
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sans soutien.
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longueur de 28 centimetres
environ.
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chisseur pretbnd avec quel-
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presque en entier.
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fibres musculaires.
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don long flechisseur.
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flechisseur.
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musculaires.
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flechisseur au niveau de
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212 DOIGT (PATHOLOGIE).
qui cherche a se soustraire a la blessure. La force qui e tire le doigt s ajoule
souvent a cclle qui le retire, et ces deux forces concourant au meme but ont une
action d autant plus efficace et certaine.
Une des causes le plus souvent indiquee est une morsure de cheval. Celui-ci
pince entre ses dents I extremite d un doigt, et 1 arrache par un brusque mou-
vement de tete. J. et II. Larrey ont signale cet arrachement chez les cava
liers qui, en conduisant a pied leurs chevaux, ont la mauvaise habitude d en-
rouler la bride autour d un de leurs doigts et sont tout a coup surpris par un
ecart ou un brusque mouvement de la tete de l animal. MM. LegouesL et Xogier
ont observe le meme accident par un autre me canisme : au moment ou le cavalier
engage 1 indicateur dans 1 anseque forme la bride passe e dans 1 anneau d attache,
le cheval tire au renard et emporte I extremite du doigt. Chez les ouvriers, le
doigt est pris dans une machine, entre les dents d un engrenage, entre une
poulie et la courroie ou la corde qui glisse sur elle. J ai observe un homiae
qui, ayant applique la main sur un arbre de transmission en mouvement,
introduisil par hasard I extremite de son index dans un trou qui scrvait a rece-
voir des instruments. Sentant sa main en trainee, il fit un violent effort pour la
degager : I extremite de 1 index resta au cylindre. Dans quelques cas, 1 agent
vulnerant, qui saisit le doigt, reste immobile, et la force qui produit I arrache-
ment vient tout entiere du blesse. Ainsi, Huguier a vu 1 annulaire arrache
pendant 1 efloi t fait pour retirer le doigt, quietait comprime entre deux plaques
en fer. A. Paris a constate la meme blessure sur un pouce qui avail ete pris
entre un tombereau et la traverse de bois sur laquelle il vient sc rabatlre apres
avoir ete decharge. Dans une de mes observations, le poids du corps fut i agent
de la rupture : une fenetre a tabatiere s etant brusquement fermee sur la main
d un garcon de dix-neuf ans, celui-ci resta suspendu par le petit doigt qui se
rompit et se separa au niveau de 1 articulation phalangettienne. D autres ibis,
comme dans les cas de Blacstock, de Witkowski et de Malaese, I anneau qu on
porte au doigt ou le doigt lui-meme s accroche a un clou ou a une pointc de fer,
et le poids du corps entraine dans une chute produit 1 arrachement.
En jetant les yeux sur le tableau ci-joint, on peut se convaincre que le pouce
est, de tous les doigts, celui qui est le plus souvent arrache. Apres lui, viennent
1 index et I anuulaire. L auriculaire est moins souvent atleint. Je lie connais
aucun exemple d arrachement au medius.
La force necessaire pour arracher un doigt est tres-considerable. M. Farabeuf
(Bull, de la Soc. de chir., 1876, p. 28) a cherche a la determiner pour le pouce.
Sur un pouce intact, une traction de 150 kilogrammes avec secousses brusques
nc fait rien du tout. Sur un pouce dont les ligaments ont ete coupes avec un
tenotome, les teguments resislent egalement a une traction de 150 kilogrammes.
Sur un pouce dont la peau a ete coupee circulairement, les ligaments insistent
a une traction egale, et c est seulement par fracture de la phalange que 1 ou
parvient, apres des secousses brusques et nombreuses, a arracher le pouce.
II fautdonc, d apres ces experiences, depasser beaucoup une force de 150 kilos
pour arracher un pouce en tirant dans son axe, et 1 arrachement se produit au
niveau des phalanges plutot qu au niveau des articulations. Mais ordinairement
les tractions ne sont pas e.vactement paralleles a 1 axe digital ; elles sont plus
ou moins obliques et se combinent avec des mouvements de rotation. Or 1 obli-
quite de la force et la torsion du doigt favoriscnt singulierement la rupture des
phalanges et surtout la dechirure des ligaments. Dans ces cas, la separation parait
DOIGT (PATHOLOGIE).
sefairede preference aii nivean des articulations. En outre, 1 agent vulnerant,
dent, corde, laminoir, etc., contond, fracture ou lese le doigt, de maniere a le
preparer a 1 aiTachement. On congoit done qu un pouce, et a plus ibrle raison
tout autre doigt, soit arrache sans un effort aussi grand que celui que les expe
riences indiquent.
En eliminant quelques observations dans lesquelles le lieu de I arrachement
n est pas nettement determine, on trouvc que la separation a lieu plus souvent
au niveau des articulations qu au niveau des phalanges. Pour le pouce, en parti-
culier, le nombre des disjunctions articulaircs, qui portent soit sur 1 arlicula-
tion de la phalangette (5 fois), soitsur 1 articulation metacarpo-phalangienne (4 fois)
et sur 1 articulation trapezo-metacarpienne (\ fois), sembleegaler le nombre des
fractures, lesquelles affectent surtout la premiere phalange (8 fois) et exception-
nellement le melacarpien (1 fois). Mais, pour les autres doigts, la proportion des
desarticulations est beaucoup plus forte que celle des fractures. D apres ce
qu on sait des experiences cadaveriques, il est vraisemblable que les arrache-
ments articulaires sont produits par des tractions avec rotation et inclinaison
du doigt, tandis que les fractures sont le resultat d une traction directe, qui
etire la phalange jusqu a la rompre, ou d une traction oblique, qui amene la rup
ture par le mecanisme de 1 inflexion. On constate aussi des fractures dues a la
pression du corps vulnerant, qui saisit et immobilise le doigt : lemoin le fait de
Debrou et celui de Guelliot, ou Ton trouva la phalange cassee en plusieurs frag
ments.
En general, la peau de la face dorsale est divisee a une plus grande hauteur
que celle de la face palmaire, dont les connexions avecle tissu cellulaire sous-cu-
tanenelui permettent pas de glisser sur les gaines tendineuses. Mais ladechirure
peut avoir les dispositions les plus diverses, suivant la nature et le mode d ac-
tion de 1 agent vulnerant. Tantot la division est nette et au meme niveau que
celle des parties profondes ; tantot elle est en forme de lambeau circulaire ou
ovalaire, qui permet de recouvrir Textremite du moignon comme apres une
amputation. D autres fois la dechirure cutanee remonte bien plus haul que la
solution de conlinuite des parties profondes. Derrecagaix a vu toute la peau de
1 eminence thenar suivre 1 extremite du pouce, qui avail ete pris entre une
poulie et une corde, et, dans le cas de Blacstock, la desarticulation de la phalan
gette de 1 auriculaire avail emporte toute 1 enveloppete gumenlaire de la deuxieme
phalange.
Les collaterales sonl trop petites, surtout au voisinage de 1 articulalion pha-
langetlienne, pour offrir les phenomenes d allongemenl qui precedent la rup
ture des arteres dans les plaies par arrachement des membres. Elles cedent
ordinairemenl au niveau de la solution de continuite. Gependant on observe
quelques exceptions. Dans le cas de Marce, par exemple, elles s elaienl rompues
a une hauteur de plusieurs millimetres dans 1 epaisseur du moignon. Quoi qu il
en soit, 1 hemostase se fait par le mecanisme de 1 effilement de la tunique cellu
laire.
Plus souvenlque les arleres, les nerfs collale raux se dechirenlau-dessus de la
plaie, el pendent a la surface du segment enleve. Dans 1 observalion de Denon-
villiers, deux Ironcs nerveux etaient arraches; Tun presenlail une longueur de
5 centimetres, 1 autre de 12 cenlimetres. C est surtout lorsque la separation du
doigt a lieu un peu haul, au niveau de la premiere phalange, par exemple, que
Ton rencontre cetle disposilion particuliere a la rupture des nerfs.
214 DOIGT (PATHOLOGIE).
Mais le phe nomene le plus caracteristique, le plus curieux et le plus constant,
est 1 arrachement des tendons beaucoup plus haul ijue les autres tissus. II est
rare, en effet, que la troisieme phalange et quelquefois la seconde n entrainent
pasavecelles un ou plusieurs des tendons qui s y inserent, et qui restentappendus
a 1 extremite digitale. Ge fait ressort clairement de notre tableau : sur 42 doigts
arrache s, il y a eu 36 ruptures tehdineuses a 1 avant-bras ; 2 fois seulement
tous les tendons furent divises au niveau de la plaie (Roux, Polaillon) ; 5 fois
le seul lendon qui subsistat etait distendu, mais non arrache (Gosselin, Po
laillon, Doubre); 1 fois 1 arrachement n a pas ete mentionne (Witkowski).
Si maintenant on cherche a connaitre quels sont les tendons qui suivent le
plus souvent les phalanges, on trouve :
Fois.
Le teudoa fleclrisseur profond, arrache seul 22
Le tendon extenseur, arrache seul
Le tendon flechisseur profond et le tendon extenseur, arr.iche*
ensemble 7
Le tendon flechisseur et les deux tendons extenseurs du pouce,
arrache s ensemble 5
Les tendons flechisseurs superliciel et profond (de 1 index) avec
un des tendons extenseurs, arraches ensemble
La nature du tendon arrache n a pa ete indiquee
Les chiffres precedents montrent combien rarrachement d un seul tendon est
plus fre quent que rarrachement simultane de deux et surtout de trois tendons.
lls montrent, en outre, que le tendon lle chisseur profond est le plus souvenl
arrache, soil seul, soil avec un de ses congeneres. Cette predisposition tient,
d une part, a ce que 1 attache du flechisseur profond a la phalaugette est extre-
mement solide; d autre part, a ce que le doigt se separe plutot au-dessous
qu au-dessus de 1 insertion du tendon flechisseur superficiel, c est-a-dire dans
un point ou le tendon flechisseur profond est le seul des deux llechisseurs qui
puisse etre arrache. Lorsque la separation du doigt a lieuau-dessus de 1 insertion
du tendon flechisseur superficiel, 1 aiTachement a distance de ce dernier est
neanmoins tres-rare. La bifurcation de son_ tendon constitue pour lui un point
faible, que M. Gosselin a bien fait remarquer, et qui explique suffisamment
pourquoi sa rupture a ordinairement lieu au niveau meme de la plaie. M. Crane
a d ailleurs continue cette explication par quelques experiences cadaveriques.
Quant au tendon extenseur, ses insertions inierieures ne sont pas assez resis-
tantes pour qu il soil rompu a distance aussi souvent que le tendon flechisseur
profond.
La rupture tendineuse siege tantot sur le corps meme du tendon, tantot au
niveau de la jonction de ses fibres avec celles du muscle. Mais il arrive aussi
quelquefois que le tendon resiste et que c est le muscle lui-meme qui se de-
chire.
La rupture dans un point de la continuite du tendon n est pas commune.
Chassaignac 1 a observee dans un cas ou trois tendons de 1 index avaient et^
entraine s et arraches. Le tendon extenseur pre sentait une longueur de trois tra-
vers de doigt seulement. Le tendon flechisseur superficiel avail une longueur
plus considerable, mais il etait manifeste que ces deux tendons avaient cede
dans leur continuite. Le tendon flechisseur profond, au contraire, presentait
toute sa longueur et avait ete arrache avec une portion considerable des fibres
musculaires.
La jonction des fibres tendineuses et des fibres musculaires est le lieu d elec
DOIGT (PATHCLOGIE). 215
tion de la rupture. C est la que les tendons arraches se separent dans les trois
quarts des cas. Quelques fibres musculaires tres-courles restent loujours atta-
hees aux faisceaux fibreux ou elles viennent s inserer, mais la dechirure porte
beaucoup plus sur les fibres tendineuses dans les points ou elles se continuent
avec le muscle.
Recolin, Planque, cite par Morand, Derrecagaix, Deguise, Denonvilliers, Chas-
saignac, A. Paris, Mosse, ont observe des cas ou 1 arrachement portait non plus
sur le tendon, mais sur le muscle lui-meme dans un point plus ou moins rap-
proche de son insertion superieure. On a re pete, depuis Morand, que les muscles
extenseurs sont plus predispose s a 1 arrachement que les flechisseurs. Les pre
miers, a-t-on dit, sont greles, allonges, et peuvent facilemenl traverser les cou
lisses du poignet, tandis que les seconds sont trop volumineux pour passer sous
le ligament annulaire du carpe. Arrives en ce point, ils sont arretes, et tout
1 effort de la traction se concentre dans le tendon qui se dechire. Mais cette
explication tombe devant les fails observes depuis Morand, fails prouvant que
la rupture se rencontre a peu pres egalement sur les uns et sur les autres mus
cles. Denonvilliers, par exemple, a vu un petit doigt entrainer ses tendons
exlenseur propre et flechisseur profond et, a leur suite, les deux corps muscu
laires rompus a leurs insertions superieures. Dans cette curicuse observation,
bien que le tendon de 1 extenseur commun, qui appartient au petit doigt, cut
ete rompu un peu au-dessus de 1 arliculation metacarpo-phalangienne, il avail
ete arrache d une maniere si singuliere qu il etait en quelque sorte retourne.
Ayant perdu ses relations avec le doigt separe, il restail implanle par son extre-
mite inferieure sur la plaie, tandis que son extremite superieure pourvue encore
de ses fibres charnues pendait libre et sans soutien. M. Crane a reproduit par
hasard dans une experience cadaverique ce retournemenl d un tendon, qui n a
jamais ete observe sur le vivant depuis Denonvilliers.
La cause qui produit tanlot la rupture tendineuse, tantot la rupture muscu-
laire, esl inconnue jusqu a present. On ne peut formuler a cet egard que des
hypotheses, sur lesquelles nous ne nous altarderous pas longtemps. 11 nous
parait probable que le muscle se rompt lorsque la puissance arrachanle le sur-
prend en etat de relachement, et que, toules les fois qu il se contracte pour
re sister a la force qui 1 entraine, ce ne sont pas les fibres musculaires, mais ks
fibres tendineuses, quicedent. En general, un muscle en etat de contraction a
.plus de cohesion et de resistance que son tendon.
M. Gosselin a appele 1 attention sur une varie te d arrachemenl qui n avait pas
ete signalee avant lui : c est Yarrachement incomplet, dans lequel 1 extremite
digitale ne tienl plus au reste de la main que par un tendon allonge, mais non
rompu. Chez une malade, le pouce detache par fracture au niveau de la pre
miere phalange n etait pas completement separe. II etail retenu par le tendon
flechisseur qui depassait la plaie d environ 10 cenlimetres, el au bout duquel
il elail comme flottant. Le lendon n etait done pas de chire et semblait avoir et(^
simplement allonge (Bull, de I Acad. de med., p. 860, 1874). On ne com-
prend pas que I allongement d un tendon soit possible, mais on conceit tres-
bien que le muscle correspondant soit etire ou rompu partiellement de maniere
a ne plus pouvoir revenir sur lui-meme. M. Gosselin n a pas pris parti pour
1 une ou 1 autre de ces explications. Quoi qu il en soit, le fail existe. Nous 1 avons
rencontre, nous-meme, chez un homme de soixante ans, dont le pouce avait
ete saisi dans une machine. M. Millet 1 a aussi observe chez un soldat, mais il
216 DOIGT (PATHOLOGIE).
subsistait chez ce dernier un petit lambeau cutane. II est remarquable que dans
ces trois cas c etait le tendon flechisseur profond qui avail resiste a la rupture.
Dans un quatrieme cas, dont M. Lallement a rapporle 1 histoire, le tendon du
long extenseur du pouce etait seul respecte; celui du muscle long flechisseur,
qui conservait son insertion a la phalangette, et qui debordait la surface de la
plaie de 5 a 6 centimetres, fut retire de sa game par une legere traction, puis
coupe au ras de la phalangette. Ces quatre fails permettent done d etablir qu il
y a des arrachements incomplets des doigts avec e longation musculo-tendi-
neuse, et des arrachements complets avec ruplure lendineuse ou musculaire.
Les arrachements des doigts n occasionnent ordinairement ni perte de sang
serietise ni douleur intense. Le mode de rupture des vaisseaux explique 1 absence
cThemorrhagie. Mais 1 insignifiancedela douleur surprepdetrangement dans une
blessure ou les lissns sonl dechires non-seulemer,, .01 niveau du doigl, mais^
encore sur toul le trajet des tendons et des muscles. Le blesse de Blacstock, qui
s etait accroche le doigl a une poinle de grille en fer, n eprouva aucune dou
leur ; il fut fort etonne de voir son doigt et son anneau d or reposant sur la
pique de fer, comme un eteignoir sur une chandelle. Le fait de Debrou est
non moins curieux : dans le premier moment son blesse ne s apeixjut pas de
1 arrachement de son doigt; exaspere centre le cheval qui 1 avail mordu, il se
mil a le corriger et cassa sur lui le baton de son fouet, qu il lenail avec la main
mutilee. Ge n est qu un peu apres qu il eut le sentiment de sa blessure. Presquc
toutes les observations mentionnent 1 absence de la douleur ou une douleui
tres-modere e. Le contraireestl exceplion. Recolin, Grampagna, cites par Morand,
H. Larrey, Doig, ont signale chez leurs maladesde tres-vives souifrances; mais v
dans le cas Crampagna, ou il y eut des douleurs epouvantables les premiers
jours, avec fievre et convulsions, il s agissait tres-probablement des douleurs
qui accompagnent le developpement d un phlegmon. La douleur se developpe,
en effet, consecutivement, lorsqu un gonflement inflammatoire envahit le doigl
et 1 avant-bras, ce qui est rare.
Les suites sout, en general, Ires-simples. Gette be nignite remarquable,
signalee par tous les observateurs, se rencontre aussi bien dans les cas de rup
tures d un tendon que dans ceux ou le muscle a cede. L inflammation reste
moderee. La plaie digitale suppurc un peu, mais la suppuration ne se propage
pas sur le trajet du tendon et du muscle dechires. Ce n est pas a dire pourtant
qu une inflammation suppurative ne puisse gagner du cote de la mam et de
1 avant-bras, et qu il faille s endormir dans une securite absolue. Debrou vit
deux abees se developper a la paume de la main. M. Crane cite un cas dans
lequel il y eut un phlegmon profond a 1 avant-bras. Dans le cas de M. Gosselin,
un phlegmon diffus suppure enhavit 1 avant-bras et le bras. A propos de la
discussion a la Socie te de chirurgie sur le fait de M. Debrou (en 1852),
M. Marjolin cita un malade chez lequel survint des abces, des hemorrhagies
consucutives, et qui courut les plus graves dangers. M. Legouesla vu survenir
des accidents tetaniques chez un gargon de quatorze ans. Neanmoins tous les
malades guerirent.
Les pansements que nous avons conseilles pour les plaies contuses trouvent
ici leur application et,en particulier, lepansement ouate , qui a 1 avantage d eta
blir une compression modere e sur 1 avanl-bras et la main et, par suite, de favo-
riser Fadhesion de la game musculo-teiulineuse.
Avant de faire le pansement, il est indique de desarticuler une phalange ou
D01GT (PATHOLOGIE). 217
une portion de phalange qui ne petit plusetrerecouverte par la peaudu moignon,
de sectionner les tissus qui vont se mortifier, d eulever les tendons qui ne tiennent
plus. A ce point de vue 1 observation de M. Lesueur (de Vimoutiers) est tres-
instructive. Un pouce avail ete arrache par les dents d un cheval. La plaie etait
nette, mais 1 extre mite du tendon llechisseur depassait le niveau de la plaie de
2 centimetres. En tirant sur lui, M. Lesueur vil qu il ne tenait plus aux parties
molles. II 1 enleva, afm de ne pas laisser ce corps etranger, qui aurait pu
se mortifier. Le malade guerit promptemenl et sans accidents.
Lorsque 1 arrachement est incomplet, comme dans le cas de M. Gosselin et
dans 1 une de mes observations, il faut s assurer que le tendon tient encore aux
parties profondes en tirant sur lui avec une certaine insistance. S il est demontre
quc ses adherences sont conservees, on le sectionnera a 1 exlrcmite du moignon,
et on separera ainsi 1 extremite du doigl, qui ne pouvait plus vivre. Mais, si
avec un tendon il subsistait encore un lambeau cutane, il faudrait i miter la
conduite JeMM. Millet et Doubre, qui tenterent la reunion du doigt. Le succes cou-
ronna cette hardiesse, et 1 articulation ne resta pas ankylosee. Dans le fait cite
par M. Lallement, le pouce reprit aussi racinc, mais il avail perdu son long
flechisseur, et on comprend combien les mouvements du doigt furent limites
el incomplets.
d. Constriction ou etranglement. Les e lmnglements des doigts par des liens
circulaires ou par des anneaux n ont pas I importance des plaies que nous
venous d eludier, mais meritent cependant une mention speciale.
On les observe chez les enfants, qui dans Icurs jeux insenses se lientles doigts
avec de petites cordes, ou les introduisent dans des grillages ou dans des corps
troues, d ou ils nep a p*2nt plus les retirer. On les observe aussi chez les grander
personnes qui, portant des bagues trop etroites, subissent un gonflemcnt Ibrtuit
de la main. C esl ainsi que des brulures, des engelures ou un panaris, en pro-
duisant une congestion inflammatoire du doigt, determinent son etranglement
par un anneau.
Si la constriction est passagere, les accidents qu elle determine se dissipe-
ronl d eux-memes sans laisser de Irace. Mais qu uue cause quelconque empeche
1 ablation de 1 agent constricteur, on verra se derouler une serie de phenomenes
morbides dont le dernier lerme sera hi gangrene.
Les tissus situes au-dessous de 1 etranglement se lumefienl et prennent une
leinte rouge violace e. Le gonflement ?e propage meme au-dessus de lui el 1 an-
neau constricteur disparait pour ainsi dire au milieu des tissus. La douleur est
d emblee Ires-vive. A un degre plus avance, la peau est coupee au niveau du
sillon dans lequel 1 anneau est enchasse, puis 1 epiderme se souleve et forme
des phlyctenes. Enfin des plaques de gangrene font leur apparition, et sans
doute toute la portion du doigt situee au-dessous de relranglement pourrail se
mortifier.
Mais, pour que les accidents atteignent une pareille gravite, il faut supposer
que le patient a ete bien depourvu de soins, car il est facile de le secourir.
S agit-il d une ligature forme epar un ruban ou cordon, rien n est plus simple
quedelecoupcr. S agit-il d un anneau metallique, deux cas peuvent se prc senler :
si les lissus sont peu gonfles, on doil chercher a 1 extraire; mais, si le doigt est
trop tume fie pour que cette extraction ne puisse se faire sans grandes douleurs
et sans delabrement, il faul renoncer a loute tentative d extraction et recourir
immediatement a la section de 1 anneau.
D01GT (PATHOLOGIE).
[/extraction neccssite en general une attenuation du gonflement. Mettre le
doigt dans 1 eau froide est une pratique vulgaire, mais tres-souvent insuffisante.
Les Anciens (Oribase, de Re medica, t. IV, p. 251, edit. Daremberg) avaient
imagine de passer un fil sous 1 anneau, et d enrouler son autre bout autour du
doigt; en deroulant ce fil avec le bout passe sous 1 anneau, on fait avancer celui-
ci vers le point ou on pourra le relirer. De nos jours nous avons un moyen bien
plus puissant de reduire le volume du doigt, c est de 1 entourer d une bande de
caoutchouc.
La section de I aimeau, soit avec une lime, soil avec une pince coupante, n est
pas toujours tres-facile, parce que la peau le de borde et le recouvre. Pour
1 atteindre, il faut quclquefois i aire 1 ischemie prealable avec une bande de
caoutchouc.
Dans tous les cas, il faut agir promptement pour soulager le malade et pour
arreter les accidents qui le menaceut.
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fUranglement des doigts. - - tilranglement des doigts par des anneaux. In Gaz. des
h6p., p. 1147, 1880. FLEURY. Elr angle ment des doigts par des anneaux. In Gai. des
p. 826, 1882.
LESIONS OIUJANIQUES. DACTYUTES. Lorsqu on aborde 1 etude des dactylites,
il faut immediatement les divider en deux categories : les unes sont aigues
et surviennent fortuitement, les autres sont chroniques et reconnaissent pour
cause un vice constitutionnel. Les premieres forment les <li verses especes du
panaris. Les secondes comprennent aussi plusieurs e tats morbides et consti
tuent les dactylites proprement dites.
A 1 article PANARIS le lecteur trouvera les descriptions des inflammations
aigue s qui affectent la peau du doigt, son tissu cellulaire sous-cutane, ses gaines
tendineuses et ses os. Nous y avons admis a dessein le panaris osseux, dans
leqnel nous avons fait rentrer ce qu on appelle la periostite phlegmoneus^
diffuse, rosteomyelite aigue et 1 osteite epiphysaire des phalanges. Ces especes
morbides ne nous out pas paru avoir une individualite distincte, quand il s agit
d os aussi petits, et nous n avons trouve aucun interet pratique a les separer
de 1 histoire du panaris osseux.
Actuellement nous n avons a etudier que les dactylites chroniques ou dactylites.
proprement dites.
L inflammation porte tantot sur les parties molles, tantot sur les os. Elle se
developpe sous 1 influence de la diatliese scrofuleuse ou de la diathese syphili-
tique. De la plusieurs divisions : la dactylite super fiddle, la dactylite pro-
fonde, 1 une et 1 autre de nature strumeuse, et la dactylite syphilltique.
I. DACT\LITE SUPERFICIELLE. Cette affection est encore appelee gomme stm-
meuse, periostite ou pe riostose gommeuse (E. Besnier), engorgement digitairc.
(Bouchut) .
Elle s observe dans 1 enfance et dans la jeunesse a la suite d engelures, dc
contusions ou de blessures des doigts, mais seulement chez les sujets scrofuleux.
Elle se caracterise par un gonflement dur et resistant soil au niveau des pha
langes, soil au niveau de leurs articulations. La peau est rouge violacee,
livide, sans elevation de temperature, et presque sans doulenr. II existc
souvent une ulceration. Celle-ci presente des bords de colles, amincis, et
un fond grisatre, forme de fongosites sans vitalite. Le stylet s enfonce dans ces
fongosites, mais ne rencontre pas une surface osseuse denudee, ce qui de-
montre que les os et les articulations sont saines. Les mouvements des doigts
sont peu genes.
Lorsque la dactylite envahit 1 extremite digitals, le doigt prend la forme
d une massue et 1 ulce ration se localise au pourtour de 1 ongle. II en resulle
DOtr.T (PATHOLOGIE).
variete qui est connue sous le nom A onyxis scrofuleux, ou de dactylite
nngueah scrofuleuse (Bouis), et qui a ete traite e a 1 article OKGLE.
L origine du gonflement est, d apres 11. E. Besnier (these de Voguet), une
production cellulo-vasculaire, qui emane du perioste et qui est absolument
comparable a une gomme syphilitique. Des que la peau s est ulceree, la produc
tion morbide apparait entre la levre de la solution de continuite sous la forme
de ces fongosites grisalres, que nous avons signalees et qui sont impropres a
former une cicatrice. Ni les os ni les articulations nc sont atteints, et les doigts
amputes ne presentent qu un gonflement du perioste et du tissu cellulaire
environnant.
II y aurait lieu de rechercher si les fongosites de cette dactylite superficielle
ne contiennent pas de tubercules. L analogic qu elle presente avec les gommes
scrofuleuses sous-cutanees des autres regions permet de le supposer, mais
jusqu a present on n en a pas eu la demonstration histologique.
La duree de cette maladie est de plusieurs mois, mais la guerison ne fait pas
de doute, a la condition d employer un traitement approprie.
Le traitement general est le plus important. II consiste dans 1 ad ministration
des toniques, des reconstituants, des preparations iode es, de I huile de foie de
morue. Un bou regime, le sejour a la campagne, les bains de mer, sont aussi
Ires-utiles. Comme trailement local, s abstcnir d une intervention chirurgicale,
I aire des pansements avec une pomrnade iodee/javec de la teinturc d iode,
avec de la poudre d iodoforme.
11. DACTYLITE PROFONDE. SPINA VENTOSA. Boyer est le premier anteur qui
donne une idee exacte de cette maladie (Traite des mal. chir., p. 568; 1814).
II 1 appelle spina ventosa de I enfance, par opposition aux spina ventosa des
adultes, qui sont des kystes osseux ou des osleo-sarcomes. II indique tres-bien
que c est une maladie du canal medullaire des phalanges et des metacarpiens ;
que ces os subissent une distension lente et considerable, qu ils s amincissent
et meme se perforerit en plusieurs points. En 1827, Jules Cloquet reproduit les
idees de Boyer dans son article SPINA VENTOSA du Dictionnaire en 21 volumes.
Le travail de Nelaton sur la tuberculose du tissu osseux porte Berard a admettre
que le spina ventosa des phalanges est le resultat des tubercules enkystes
(Diet, en 30 vol., t. XXII, p. 508, 1840). Pour Rognetta, c est une medullite
chronique; pour Gerdy (1855), une osteite rarefiante bulleuse; pour Volkmann
(1865), une osteo-mye lite vegetante. Enfm dans une excellente these, faite sous
I liispiration de M. Lannelongue, M. Goetz (1877) adopte 1 opinion de 1 osteo-
myelite. II conserve 1 ancienne denomination de spina ventosa, et propose de Tap-
pliquer uniquement a cette maladie propre aux enfants plus ou moins entaches
de scrofule, se raanifestant presque exclusivement sur les os longs de la main
et du pied, et caracterisee par une intumescence a marche lente et sans douleur,
ne portant que sur la diaphyse de ces os . L expression de spina ventosa est
assez heureuse, car elle rappelle le caractere le plus apparent de la maladie, le
gontlement du doigt, mais elle ne peut se defaire du vague que les Anciens lui
out atlribue, et, a notre avis, la denomination de dactylite profonde strumeuse
serait plus precise et devrait etre preferee.
La cause predisposante et determinante, qui domine toute 1 etiologie, est la
scrofulose. Les traumatismes et les causes externes sont si accessoires qu ils sont
sans effet, si le sujet n est pas scrofuleux. M. Go3tz a remarque que les garcons
sont plus souvent atteints que les filles, et que c est la premiere enfance de un
DOIGT (PATHOLOGIE).
a quatre ans qui pale le plus large tribut a cette maladie. Gependant Foucher
en a public un exemple manifeste cbez un homme de vingt-cinq ans.
La maladie est plus frequente sur les phalanges que sur les metacarpiens. La
premiere phalange et, en particulier. celle du medius, est beaucoup plus souvent
affectee que les deux autres. Dans quelques cas plusieurs os sont pris a la fois.
Les phalanges et les metacarpiens des deux mains etaient malades en meme
temps dans une des observations de M. Goetz. Quelquefois deux phalanges de la
meme main, mais de doigts differents, d autres fois une phalange et un mela-
carpien, sont atteints en meme temps ou successivement.
Syinptomes et marche. La dactylite profonde presente deux periodes dans
son evolution : Tune est caracterisee par { augmentation du volume de la pha
lange, 1 autre par 1 ulceration de la peau et 1 alteration des parties molles.
La periode de tumefaction, qui peut constituer a elle seule toute la maladie,
se deroule sans douleur et sans gene des mouvements de la main. Le gonfle-
ment, qui se localise a une seule phalange, donne au doigt des formes variees,
que Ton a comparees a une bouteille, a un fuseau, a un radis. II est rare que le
doigt s allonge en meme temps qu il augmente d epaisseur. La peau conserve
son apparence et sa coloration normales. Les parties molles ne participent pas a
la maladie, si Ton peut appeler ainsi un etat qui ne presente aucun aulre phe-
nomene morbide que le gonflement.
Cetle premiere periode dure toujours tres-longtemps. La tumefaction peut
Tester stationnaire pendant des mois entiers ; puis il arrive un moment oil elle
se met a diminuer ou a augmenter. La diminution progressive conduit a la
guerison, terminaison heureuse, mais tres-rare. Le plus souvent la tumefaction
s accroit et la maladie passe a la seconde periode.
La peau, jusque-la saine, devient lisse et tendue. Elle est soulevee par un
tissu mou, donnant la sensation d une fausse fluctuation. Elle s amincit et
rougit de jour en jour davantage. Puis elle se rompt spontanement, on on
1 incise croyant a un abces. Une fois la solution de continuite etablie, il se forme
une ulceration et une fistule. D apres M. Goetz, qui a si bien etudie et decrit
tous ces phe nomenes, rulceration se produit au bout d un temps tres-variable
apres le debut des premiers accidents. II 1 a vue arriver generalement au bout
de six semaines a deux mois ; mais il a aussi constat son apparition precoce au
bout de quinze jours, et dans un autre cas elle s est fait attendre un an et demi.
L ulceration siege toujours sur la face dorsale ou sur les faces laterales du
doigt; jamais sur la face palmaire. Ses bords sont irreguliers et decolles. Son
fond est rempli de fongosites d une couleur gris-rougeatre. La peau environnante
a la teinle rouge violacee, particuliere aux alterations scrofuleuses. Un liquide
sero-purulent, inodore, peu abondant, s ecoule constamment par le trajet iistu-
leux. En introduisant un stylet dans ce dernier, on arrive facilement sur la
phalange, qui est ordinairement denudee ; on peut meme quelquefois penetrer
jusque dans le canal medullaire a travers une perforation de la diaphyse.
Les mouvements du doigt commencent a etre genes. Mais il n y a aucune
doulevir soit spontanee, soit provoque e par la pression ou par les mouve
ments.
A ce degre avance, la dactylite peut encore guerir, s il survient une amelio
ration de la constitution generale. Les parlies necrose es s eliminent, et, a la
place de 1 ulcere, on voit se former une cicatrice deprime e, qui adhere a 1 os.
La phalange affectee reste ordinairement plus courte que celle du cote oppose.
D01GT (PATHOLOGIC. 225
II se passe la le plienom^ne qu on observe souvent apres Ics osteites des os longs
che/ les jeunes siuVt-*, e est-a-dire une ossification pn coce d un dcs cartilages
juxta-epiphysaires, et par suite un arret dans 1 accroissement de 1 os en longueur.
Mais, au lieu de la guerison, il est bien plus frequent d observcr une aggra
vation de la dactylile. La tumefaction devicnt enorme ; la pe. iu s uleere en
plusieurs endroils; les articulations s allerent; les fongosites envahissent Ics
gaines synoviales. Les tendons extcnseurs sont les premiers atleints, et ne
resislent plus a 1 action des fleehissenrs, qui atlirent le doigt vers la pan me de
la main. On pent sans douie s opposer a celte attitude vicieuse par 1 applieation
d nn bandage, mais on ne parviendra pas a oblenir une guerison, exlremement
problcmatique, sans une aiikylose complete du doigt.
D apies les signes que nous venons de douner, ie diagnostic de la daclylite
profonde strumeuse nous parait facile. Dans la premiere periode 1 alisence
de douleur la dislinguera des engelures; la coloration normale de la peau
emp^cbera de la confondre avec la dactylile superficielle et avec la dactylite
sypbililiqiie. L enchondrome dcs doigts esl tr,iu.sjiarent, le goiillement stru-
meux des phalanges ne Test pas. Plus tard, lorsque les ulcerations se sont
formces, lYxploration avec le stylet permeltra dVviter 1 eireur avec une tumeur
blanche de> articulations phalangicnnes, avec une cane des phalange*, mala lie
d.tus laquelle Cos est pen lumiilie et produit une suppuralian letide. D aiileurs,
si le diagnostic est douteux pendant quclque temps, il nc larde pas a s eclairrr
par la niarclie ulteiieure de la maladie. Ajoutons enlin que la dialhese scro-
fuleuse et lejeune age sont, dans tons les cas, une forte presomption pour le
spina ventosa slrnmeux.
L anatomie patholoyique permet de se rendre comp^e asspz exactemeiU de la
ve iilable nature de cetle affection. Elle monlre ijue 1 alteration commence par la
moelle, qui secongestionne et devient cedemateuse, d apres Boyer. En s hyper-
tropiiiant par un travail inflammatoire tres lent, la moelle distend peu a pen le
canal niedullaire et produit le gouflement de la diaphyse, plienomene cararh -
rislii|ue de la premiere periode. La inedullite Unit par aboulir a la formation
d un lissu fongueux, qui se met a proliferer avec une ceitaii.e activity, perfure
1 os et se repand dans les parties molles. La daclylile est alors arrivee a la seconde
periode.
Si a ce moment on pratique une coupe sur le doigt malade, comme M. Goetz
a eu Toccabion dele fa ire plusieurs 1 ois, ce qui frappe d abord, c est 1 agrandisse-
meut du canal medullaire de la phalange. Le tis>u relicule a disp.ru. in lissu
ibngueux, prcsentant uiiu teinte generate jauneet c l el la des points plus vascu-
laires, remplace la moelle. Le tissu compacle est reduit a 1 e lat d une coqne plus
ou moins mince. 11 est atleint d osteite rarefiante, necrose d.ms certains points
et perfore dans d autres. Ce sont ces perforations qui lai>sent echapper les 1 ongo-
siles contenues dans 1 inteiieur de 1 os. Le perioste, epaissi et vasculanse, se
decolle facilement. 11 est qnelquefois separe de la diaphyse par une substance
gelalineuse analogue a celle du canal medullaire. D auti-es fois il a relbrrne du
tissu osseux autour de 1 os malade, qni se trouve ainsi tianslbrme en seqnestre
invagine. Les articulations phalangiennes sont saines ; ce n est qu a la longue
qu elles se laissent envahir par les fongosites. II en est de meme des gaines len-
dincuses. La meilleure preuvc que les articulations et les tendons rvslent ircs-
longtcmps indemnes, c est la facilite et 1 integrite des moiivements jusque dans
la phase ultime de la maladie. Enlin, avaut que la peau ne s ulcere, le tis^u celiulo-
DICT. ENC. XXX. 15
DOIGT (PATHOLOGIK).
adipeux sous-cutane a disparu et la face profonde du derme adhere aux gaines
tcndineuses par un tissu lardace de formation nouvclle.
La dactylite profonde differe essentiellemcnt de la carie des phalanges, Non-
seulemeut 1 os ne presenle a Yce.\\ nu ancun des caraetercs de la carie, mais
encore I examen microscopique n a jamais montre dans son tissu la degeneres-
cence graisseuse des osteoplastes (Goetz, these, p. 47), degenerescence caracir-
ristique qui determine 1 inflammation suppurative de la carie.
Quant a la moelle, elle revet, dans la premiere periode, tous les caracteres de
1 etat foetal. Plus tard, les fongosiles mednllaires sont forme es par du ti>su
emhryonnaire analogue a celui des bourgeons charnus. En 1854, sur une dacty
lite tres-avance e, qui avait ete enlevee par M. Gosselin, M. Verneuil reconnut la
presence d une matiere amorphe, de vaisscaux et surtout de cellules medullaires
ou meJullocelles. Independamment de ces elements, Parrot a trouve quelques
cellules fusilormes et des myeloplaxes, les uns intacts, les autres steatoses et
eu partie detruits par Tin filtration de granulations graisseuses (Bull, de la Soc.
anat., 1875, p. 580).
La dactylile profonde cst done une osleomyelite a marche tres-lente. Inflam
mation de la moelle, o>ti ile r.irefianle, perioslite, necrose eventuelle de la
phalange, telles sont en resume les lesions qui se suceedent dans le cours de
cclte maladie. Sans nier que des lubercules pui>sent s ajoiiter a ces lesions,
nous ne p;irtageons pas 1 opinion de Nelaton, qui atlribuait a la luberculose
1 origincde la dactylite Nous pensons que cette derniere affection est tout a fait
independanle de la tuherculose et que, si on y rencontre des tuhercnles, c est
seulement a litre de complication chez di s sujels deja luberculeuv.
liogpetta a avancee que la predisposition des phalanges a 1 oste omyelite tient
a 1 abondanre de la moelle dans ces os. Si on les compare, dit-il, au lemur ou
a 1 humerus, on peut se convaincre que leur quanlite de moelle cst au rnoins
triple. Des lors ne voit-on pas pourquoi les maladies de la moelle sont en
general plus frequentes dans les petits os que dans les grands? Mallieureu-
semerit celte assertion ne repose pas sur un fait incontestable. Pour M. Goetz,
la predisposition des phalanges pourrait tenir au retard relalif dans le develop-
pement des os Jongs de la main et du pied.
Pronostic. La dactylite profonde strumeuse est grave, parce qu clle ex
pose a la perte du doigt ou a des deformations fachcuses, Elle peut gue rir a la
premiere et menie a la seconde periode, mais cclte heureuse lerminaison est tou-
jours tres-longue a obtenir. L anc ennete de la maladie et le tres-jeune age (au-
dessousde dix ans) sont des conditions defavorables pour la guerison. 11 n 1 cxi^te
aucun rapport entre la gravite des accidents scrofuleux etcelle deladaclyhte. Des
enfants presenlant tous les caracteres de la scrofule peuvent guerir facilement
de leur affection digitale, tandis que d aulres, qui sont simplement lyrnpha-
tiques, voient la maladie ariiver jusqu au degre ou elle reclame une intervention
chirurgicale.
Le traitement comprend les moyens mediacux et les moyens chirurgicaux.
Les premiers s attachent a modifier la constitution strumeuse. Nous les avons
indiques a propos de la dactylite superficielle, et nous insistons encore ici sur
leur importance capitale. Localement, les pansements seront aussi les memes :
badigeonnages de teinture d iode, iodolbrme, pommade iodee et ioduree.
Lorsque la plialange est necfose e dans une grande etendue, il n y a aucun
avantage a attendre son elimination naturelle. L expectation exposerait a une
DOIGT (PATHOLOGIE).
longue prolongation de la maladie et par suite a 1 envahissement des articu
lations et des games tendineuses par { inflammation.
L operation qui parait le mieux convenir d&ns ce cas cst la resection sotis-
perioste e de la phalange, resection dqnt on n a pas encore une grande expe
rience Y mais qui permet d esperer la conservation du doigt. A ce point de vue,
la resection est surtout indiquee, quand il s agit du pouce, de 1 index ou de
I auriculaire, doigts qu il ne faut jamais sacrifier en partie ou en totalite, quand
il rcste quelqne chance de faire autrcmcnt.
L amputation ou la desartieulation devra etre reservee pour les cas extremes
ou les articulations et lesgaines sont devenues malades au point d enlever tout
espoir d un retour des fonctions digilales.
III. DACTYLITE SYPHILITIQUE. PAJNARIS SYPHYLITIQUE. Tous les tissus qui
enttent dans la composition des doigts peuvent etre isolement ou simul tenement
atteints par la syphilis. La peau est exposee a 1 ulceration primitive qui constitue
le chancre inJ ectant, aux eruptions multiples qui affectcnt le systeme tegu-
menlaire, aux ulccrations secondaires et tertiaires qui se localisent surlout
autour de 1 onglc etque Ton connait sous le nom d onyxis syphilitique. Le tissii
celluiaire est quelqueibis le siege de tnmeurs gomnieuses. Les tendons et les
gaines presentent des alterations syphilitiques particulicres. Enfin les phalanges
et leur pcrioste ne sont pas exempts des gonflemants et des inflammalions spe ci-
fiques qu on observe sur les autres os du squeietle.
Les eruptions syphilitiques des doigts rentrent dans 1 etude generale de la
dermatologie syphilitique et ne sauraieut nous occuper ici. L onyxis syphililique
a ele traite a 1 article O?JGLE. Le chancre digitiil nous fournira 1 occasion de
rappeler en quelques lignes combien il est dangercux, an point de vue de la
propagation de la syuhilis. Nous aurons seulement a nous elendre sur les gon-
llements specifiques des doigts, afi ections assez pcu connues, qui font partie du
cortege des accidents tertian es.
a. Parmi les excoriations et les ulcerations qu on rencontre aux doigts, il
importe de reconnaitre dc bonne heure celles qui sont de nature conta-
gieuse. Les pcrsonnes qui soignent les sujets venericns, les medecins et les
sages-lemmes qui pratiquent souvent le toucher vaginal, sont surtout exposes a
coiitracter sur le doigt un chancre, soil simple, soit syphilitique. Si la veritable
nature de 1 ulceration est meconnue, ces medecins et ces sages-lemmes peuvent,
pendant 1 exercice de leur profession, contaminer d autres personnes saines. Le
doigt d une accoucheuse a ete le point de depart et la principale cause de J e pi-
demie syphilitique connue sous le nom de mal de Sainte-Euphemie. Col les
parle d un accoucheur qui avait une eruption syphilitique secondaire aux mains,
et qui, pendant cette eruption, fut tres-malheureux dans sa pratique; plusieurs
des femmes qu il assisla dans leurs couches furent atteintcs de symptomes pri-
milifs qu elles communiquerent a leurs maris. Ces exemples, quenous pouinons
multiplier, montrent quelle attention scrupuleuse merite le diagnostic de toute
ulceralion digitale.
Le chancre mou ou chancre simple forme un petit ulcere arrondi dont
les bords sont tallies a pic, et dont le fond granuleux est gris-rou^eatre
Le ganglion epitrochleeu ou les ganglions axillaires sont gonfles et afleclent
la forme d un bubon. Le chancre infectant ou syphilitique, qui se rap-
proche beaucoup du precedent par son aspect exterieur, en differe cependant
par 1 induration caracteristique de sa base et par la pleiade ganwlionnaire de
228 DOIGT (PATHOLOGIE).
1 aissplle. Le premier ne s accompagne d aucun phenomene genera ; le second
coincide snnvent avec une roseole on une eruption papnlense. L auto-inocula-
tion enlevera, d ailleurs, les doutes qni pourraient snbsister. Dans lous les
cas, il est de regie stride qu on s abslienne de faire des accouchements, des
explorations, des operations, etc., toutes les fois qu il existe an doigt une plaie
de nature suspectc.
I.e chancre sypliilitique se cicatrice plus lentement au doigt qu aux organes
genilaux, par example. Ce fail m a surlout frappe oh< z nne surveillante des
hopilaux, qui avail contracts nn chancre indure au doigt en trianl les Jinges
sales des malailes. L ulceration chancreuse mit pins de trois mois a se guerir
malgre uu trailemcnt specifique. La lenleur de la cicatrisation est le seul trait
qui distingue la maiche dn chancre digital.
b. Los gonfleutents syphttiliques des doigts sont restes longlemps inapercus,
on plulot conlbndns avec les inllammalions chroniqnes de cos organes. Baumes
part-it elre le premier auteur qni les ait mentionnes. II parle, dans son Traite
des Maladies veneriennes (1840), de deux jeunes lilies dont la mere etait syplii-
litique : L ainee, dil-il, d nn temperament eminemment sanguin, presenta
toutc jeune encore des maladies de poitiine et d estomac, puis le gonflement,
J cugorgement de qnelques phalanges des mains et des pieds. Cclle observation
etait complelement toinhee dans I oubli, lorsqn en 1859 Chassaignac decrivit
une maladie, commune au metacarpe et au melatarse, rare sur les doigts, a
laquelle il donna le nom de dadylite sypliilitique. L annee suivanle, Nelalon
appela rallention sur le meme sujet et proposa le nom, assez impropre, de
panaris syphilitique. En 1809, on etait encore fort peu eclaire, loisque Archam-
banlt publia une observation intercssanle. J aivu, eciitil, chez un enfant, une
bypertrophie des dcrnieres phalanges analogue an spina venlosa faux. Les os
elaient gros. Ce symplome, unique chez cet enfant, fut traite com me scrofulcux
sans restillat Au bout de qnelque temps des plaques muqneuses surviorent a
1 unus, a la boucbe, et je donnai alors les preparations mercurielles. I.es accidents
secondaircs guenrent, ainsi que 1 alfeclion os^euse. La mere a\ait eu la syphilis
qu.itre ans auparavant. Elle avait sur le tibia des exostoses qui avaient ele
doulonrenses jtendanl sa grossesse. A parlir de cette e poque, on trouve,
d;ms lu hltcrature elrangere, plasieurs autres observations dues a Curtis Smilh,
Taylor, 0. llednlder, Scarenzio, Samuel Busey, Bulkley, Bugiero, Galassi,
G. Le\\in, Mracek, Porter.
En somme, c est en France que la dactylite syphilitique a e te reconnue et
decriie pour la premiere fois, et deruierement encore Je memoire de Beau-
regjird (1875) a beaucoup contribue a vulgariser parmi nous I hi&loire de celte
maladie.
La daclylite syphilitique est une affection tres-rare, qui s observe a tons les
ages, surtout peut-etre dans 1 enfance, ou elle est une des formes de la syphilis
congenitale.
La dactylite syphilitique conge nitale altaque presquc toujours le tissu osseux ;
et lorsque le tissu cellulaire s enllamme, ce n est que conseculivement et par
propagation. Chez les adnltes, au contraire, les lesions prennent en general
naissance en dehors des phalanges, dans le tissu cellulaire sous-culane, dans les
games tendineuses, et n eiivaliis^nt le perioste que secondairement.
Nous ne possedons aucun examen microscnpique qni nous pcrmette de
decrire les lesions qu on rencontre sur Jes phalanges syphililiques. Mais ces
DOIGT (PATHULOCIH). 229
lesions doivent etre semblables a celles qui ont ete si bien etudie es par Parrot
sur les os lon< r r s dos nou\eau-nes entarhes do syphilis. On pent ad melt re,
d apres lui, que le mal debute par le periosle, dont la conche profonde prolijere
aclivemcnt et produit un epaississement considerable de la coucbe chondro-
calcaire (de geuerescence geiatiniforme); jiuis, que le travail irritatifgagne le centre
de 1 os et determine un gonflement general ou parliel de la phalange altaquee.
G est ce gonflement que certains auteurs ont designe sous le nom de spina
ventosa syphditique. En participant a 1 inflammation osseuse, les lissus snper-
liciels sc tumefient a leur tour et deviennent le siege d ulcerations. Une obser-
va ion de Taylor montre meme que la claclylite congenitale peut suppurer. Un
pere et une mere syphilitiqnes dnnncnt le jour a une fille, qui ne presente
d abord aucune trace de sypbilis, mnis, au bout d un mois, elle a une roseole,
des plaques muqueuses et du nasillement. Six semaines apres, son medius droit
est un pen gonfle; pen a peu la peau devient rouge, tendue et luisaule. Deux
mois ct demi apres 1 apparition du gonflement, la fluctuation etant devenue
evidente, on incise le doigt et on donne issue a une grande quantite de pus. Un
trailement anlisypbilitique energique procura une guerison complete.
Chassaignac a parfait^ment iudique que la dactylile des adultes est le resultat
de gommes qui se developpent dans les parlies molles des d>igts. Ces gommes
affectent tanlot la forme charnue et dure, tanlot la forme colloide et iluctuante.
Elles evoluent comme clans les autres parties du corps, c est-a-dire qu elles se
ramo lissent, siippurent, ulcerent la peau et s eliminent sous la forme d un
bourbillon blancliatre, qui n est autre chose que le tissu de la gomme tombe
en gangrene.
Van Oordt (tbese 1859) rapporte une observation dnns laquelle le tendon
fk cbisseur du medius portait un depot gommeux. Lorsqu un leiiflon est le siege
d une gornme, son tissu est gonfle par 1 epanchement d une malicre sereuse et
plasfique. Ce gonflement est toujours circonscrit. II occupe lantot la surface du
tendon, tantot sou centre. Dans ce dernier cas, la tumeur a une forme ovoide on
enfuseau. Une piece du museede Strasbourg dessinee par M. Bouisson se rapporte
a cette derniere variete. La gomme occupait le tendon d un des flecbisseurs; elle
avait a peu pres la forme d une amande et etail fluctuante. Les lumeurs gom-
meuses des tendons peuvent se terminer par suppuration ou par ossification,
lorsque leur evolution n est pas arrele e par nn traitement approprie.
Enlin, il n est pas doutenx que la sypbilis digilale debute quelquefois
chez les adulles |>ar la pbalange et par le perioste. Nelaton semble avoir eu
sin tout en vue ces osteo-pcriostiles, quand il a decrit le panaris sypbili-
tique.
l>ans la pratique, le point de depart de la maladie a peu d importance. Ce
n est pas sa localisation dans tel on tel tissu qui constitue le caractere de la
dactylile, mais bien sa nature specilique. Uue 1 origine du mal soil dans 1 os ou
dans la peau, il ne tarcle pas A envabir les tissus voisins et a se compcrler
comme une affection du doigt tout entier.
Les symptomes de la daclylite sypbilitique sont : le gonflement qui porte
sir une ou deux phalanges, et qui pruduit souvent un allongernent du doigt;
li doulenr moderee jtcndant le j Hir, assez intense pendant la nnit ; la colo
ration rouge viol. tree de la peau; la c iisislance dure, si Ton a affaire a une
periostose, molie et elastique, si 1 nn a aflaiie a une gomme colloide ou
ramollic ; la gene plus ou moins prononcee des mouvements. A i exception de la
230 DOIGT (PATHOI.OGIE).
douleur, qui affecte le type nocturne, aucun de ces signes n est pathcgnomo-
nique.
La premiere phalange est le siege ordinaire du gonflement, lorsque celui ci
depend d une syphilis osseuse. Mais, lorsque le gonflement tient a la production
d une gomme des parlies molles, il occupe indifferemment 1 une des faces du
doigt, sans avoir un lieu d election particulier.
(Juelquefois 1 augmentation de volume est peu considerable; d autres fois le
doigt a un diametre triple ou quadruple de son diametre normal. II est tantot
regulierement tumefie sous la forme d un cylindre ou d un ovoide, tantot
bossele par la production d une ou plusieurs tumeurs arrondies.
La peaii est quelquefois tellement tendue qu elle s amincit, s ulcere, et met a
nu unc gomme en voie de sphacele ou des fongosites sanieuses et saignantes. Le
stylet penetre souvent jusqu a la phalange, qui est neerosee ou cariee.
La marche de la d.idylite syphililique est assez irreguliere. Apres plusieurs
pe riodes d acuile, qui lout soul frir et arretent les fonctions de la main, on la
voit s amender et devenir mdolente, puis revenir a un etat subaigu, qui
inquiele les malades et les oblige a consulter. Le malade de Nelalon avyit vu
son doigt devenir unc premiere fois gros et douloureux, puis, ces accidents
s etant dissipes graduellement, il avail pu reprendre ses travanx avec un doigt
qui etait resle un peu volumineux et un peu sensible. Cc n est qu a une nonvelle
pousscc qu il etait venu demander les conseils de Nelaton. Chez les nouveau-nes
la marche de la maladie est beaucoup plus rapide que chez les adultes.
La tendance a al lecter plusieurs doigts simullanement ou successivement est
encore un des caracteres de la maladie. Dans le cas de M. Rugiero Galassi, il
s agit d une fern me qui, treize ans apres I mi ection sypliilitique, cut au medius
de la main droite un gonllement douloureux qui disparut sponlanement. Cinq
mois apres, recidive, et accidents ideutiques au pouce et a 1 auriculaire. La peau
etait tendue, violacee et sillonne e de grosses veines. Les doigts avaient une
elasticile anormale, analogue a de la i ausse fluctuation, et il etait impossible
de localiser le siege de 1 aflection dans un tissu determine.
Le diagnostic de la dactylite syphililique est fort difficile chez 1 adulte et chez
1 enfant, parce que ses signes sont communs a beaucoup de maladies des doigts,
parmi lesquelles les gonflements strumeux, les enchondromes, les synovites
fongueuses, certains kystes, figurent au premier rang. La douleur et 1 agitation
nocturnes, la rougeur violacee de la peau, les ulceralions tardivcs, la leuteur et
les temps d arretdans la marche, lalaible tendance a la suppuralion, pLrmettrout
sans doute desoupgonner une affection syphilitique. Mais ce sont des indices bien
\agues. Pour avoir une certitude, il faut inlerroger les antecedents du malade, et
constater des lesions syphilitiques dans quelque autre region da corps. Et s il
n y a ni antecedents, ni traces appreciables de la syphilis, le seul moyen de
resoudre le probleme est d essayer le traitement specitique.
11 importe que ce traitement soit institue de bonne heure, surtout chez les
enfauts, afin d attenuer notablemeut les desordres qui peuvent se produire et
afin de prevenir la desorganisation du doigt. Sans entrer dans le detail des
moyens a employer, bornons-nous a dire qu ils consistent essenliellement dans
1 association de 1 iodure de potassium avec les mercuriaux tant a 1 inte rieur
qu a 1 exterieur.
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ARTHRITES. Les arthriles phalangiennes, encore appelees dactyl lies articii-
laires par Chassai^nnc, s observent tanlol a la suite d un traumalisme, tunlot
spontanemeut, ou sous 1 iiiiluence da rhumatisme, de la scrofule, de 1 etat
pue pi rul.
Lcs causes traiimalifjnes sont de bcancoup les plus frcquentes. L arllirite est
la suite pievue, et presque inevitable, dcs dechirures, des piqures et de^ plaies
qui pi uelrent dans ( articulation. Mais on s attend moins a la voir parailre apres
une contusion, une entorse ou une luxation, qui n a pas ouvert 1 articlo. C cst
cependant une errenr. Lcs arthrites daclylieimes sont Ires-communes a la suite
de ces lexers trail matismt j s. M. Lagrange a fait a ce sujet des rcleve s cliuiques
d ou il resulle appioximativement que, pourun ens duns lequel les mouveuients
revienuenl d une maniere ra|iide ct complete, il y cti a cinq ou six qui se com-
pliqueut d une inflammation ailiculaire plus ou moins serieuse.
Les causes traum.itiques agissent surtout cliez les sujets rhumatisants et scro-
fuleuv. Mais il est dcs cas ou ces dialhe-es ne se bornent pas a crcer une
predisposition, et ou elles dcvicnnent d emblee la cause de la maladie. La pi apart
dcs aillnilt S spDntmiees des doigts sont de nature rliumatismale ou stfum^use.
Chez une jeune femme, dix jours ajucs son accouchement, nous avons observe
une arlhrile aigue de 1 articulation nielacarpo-phalangien.ie de 1 index, qui ne
pouvait sc rapporter a aucunc autre cause qu a 1 etat pucrpe ral. Plusieurs
articulations des doigts de la nieme main furent prises consecutivement, mais a
un moindre degre. La gueiison arriva an bout d un mois par resolution. II est
fort probable qu il existe des arlhrites digitales de nature blennorrliayique, mais
je n ai pas eu I occasiou d en rencontrer ni d eu lire des observations.
Les arlhrites phalangiennes sont aigues ou chroniques. Elles afl ectent toutcs
les formes depuis la plilegmasie simple de la synoviale jusqu a la tumeur bhuiche
la jilus avancee. Leur anatomie patkologique ressembltj a celle de loules
les arlhrites; nous n avons pas ay in>ister ; mais leur symplomatologie offre
qnelques traits parliculiers que nous allons mentionuer.
Le premier symptoms est uue douleur, variable dans son intensite , plutot
sourde (|ue vive. L articulation malade ne tarde pas a se tumeticr. La tumefaction
enviihiten general tous les tissus voisins, et s elend un peuau-dessusetau-dessous
de I arliciilation. Mais, si on a affaire a une arthrite traumaliquc, ce sont piinci-
palement les extremites osseuses, et quelqutfois une seule exlie mile osscuse,
qui augmeiiteiit de volume. Cette particularity tient a ce que les arrachemnnts
des ligaments et du pe riosle se font au niveau des extremile s articulaircs des
phalanges, et qu il y a, dans ces points, une osteite consecutive.
Les monvements volontaires sont instinctivement supprimc s, parce qu ils font
souffrir. Mais les mouvements communiques sont possible s dans une etendue
plus ou moins grande. Oil peut meme imprimcraux phalanges des mouvements
anormaux dans le sens transversal. Pendant qu on fait mouvoir les surfaces
arliculaires, on percoit souvent descraquementsou desfrottements, qui indiquent
un depoli et une secheresse des cartilages ct de la synoviale. 11 ne faudrait pas
croire quo c est seulement dans les arlhriles secbes de nature rliumatismale que
1 ou constate ces craquements; on les rencontre aussi dans la plupart des
arthrites qui sont la consequence des contusions, desentorses, des luxations et
DOIGT (PATHOLOGIE,. 255
des fractures, et que Ton design? pour celte raison sous le nom d arthrite seche
ti-aumali<iue. II est dil licile d admetlic, avcc M. Churcot, <|u il y ait un pi -incipe
rhumatismal chcz tons les sujets qui pre sentent ces arlhriles traumaliques a\ec
craijiieinent arlirulaire.
I/es|ioce d arllirile que nous venons de signaler a une niarche asez lente et
tend vers deux terminuisons qui sont : la resolution avec persistance plus ou
moins prolnngee des raideurs articnlaires, la suppuration avec toules ses
facheuses consequences. Gette dernicre lerminaison est heiireusement la plus
rare.
L arthrite phalangienne suppuree s etablit quelqueibis d cmblee, apres uno
plaie pent lranle qui a ete mal soignee. Qucl que soil le mode d apies letjuel
I inflamniation suppur.itive s empare de I artirulation, on observe souvent la
formation d une tumeur blancbe avec production de fongosiles, etablissement
de fittules et propagation de I iiifl.immalion aux os. Les pbalanges ptvsenlent
alors une graiule innbilite dans tous les sens, et leurs mouvements de leriuinent
une crepitation qui prouve jusqu a quel point les surfaces arlicuhiircs sont
malades. Quelqnelbis, apres une longue dnree, la suppuration se tarit el la
maladie se gueril par ankylo^e. Mais celte terminaison, relalivemenl beureuse,
n est pas la plus commune, et 1 extension des desordies vers la paume de la
main fait nailre 1 indication d ampuler le doigl.
Le pronostic de 1 arllirile phalangienne depend de la constitution du malade.
Est-il exempt de vice diatbesique, ( inflammation aiticnlaire guerira lacilemcnt.
Le gonfli incnt des exlremites plialangiennes, qni Jimilait et empeehah les
mouvements, se resoudra peu a pen, et le doiiH reconvrera toutes ses fonctions.
Mais, s il est rbumatisant, la reoolulion sera longue et incomplete; il conservera
probablement une ai liculation noueuse et raide. Est-il sciofuleux, I arlhrite
aura de la tendance a suppurer et a devenir une tumeur blanche.
Traitement. Paisque les artlirites digitales sont si freijnentes apres les
traumalismes, la premiere preoccupation du cliirurgirn est d en prevenir le
developpement. Pour alteindie ce but, il faut empecher le Llesse de ^e servir
de son doigt, merne s il ne lni occasionne prcsque aucune donleur. C est
1 onbli tres-gene raJ (ie ce pre cepte qui I end si fiequentes Jes inflammations
des articulalions phdangieunes. Dans les traumatismes lexers, il faut sous-
traire le doigt blesse aux chocs, aux mouvemenls coniT>uniques et sponlanes,
par le repos de la main portee en e charpe. Dans les traumatismes plus
serieux, il faut 1 immobiliser rigourenscment, conime on le I erait pour une
grande articulation. Ueaucoup de praliuiens pensent quo cette immobilisation
delerminera 1 ankylose. 11s se trompent elrangement. L arliculalion malade va
ccrtainement s enraidir, quoi qu on fasse, niais cetle raideur des premiers jours
tient au gonflement inflammatoire des extremiles articulaires. Si Ton cesse
I im mobilisation trop tot, ce gonflement se perpeluera. Le meilleur moyen de
le faire dispamitre promptement est de prolonger I immobilisation. Les appa-
rcils inamovibles fails avec de la gulla-percha, du platre, dc^ bandes dextri-
nees ou silicatees, conviennent parfailement dans ces cas. La dnree de lour
application est variable suivant 1 intensite de 1 arthrite, mais elle ne doit pas
etre moindre de trois a quatie semaincs. Enlin, il vant micux immobdiser le
doigt dans une altitude legerement flechie que d.ms 1 extension complete.
Lorsque rarthrile digitale affecte la forme aigue, on a,outera a 1 immobilile
1 emploi des emollients et des revulsifs usites en pareille circonstance. Chas-
254 DOIGT (pATHOLOiMF.).
saignac preconise 1 application d une ou deux sangsues, que Ton renouvelle
pendant deux ou trois jours, de maniere a provoquer un ecoulement sanguin
continu et modere. II est rare, dit-il, q"e ce moyen employe avec perseverance
n amene une amelioration tellement notable qu il ne reste plus, pour deter
miner la cure definitive, qu a emboiter le doigt malade dans 1 etui d un appareil
inamovible.
Dans les cas ou la disorganisation de 1 articulation est complete, il faut
recourir a la Medecine operatoire. L amputation au-dessus du mal estindiquee.
Mais, lorsqu il s agit du pouce ou de 1 index, et lorsque la carie est bien limite e,
la resection de 1 articulation malade est preferable et epargne la mutilation de
cesdoigts ?i essentiels aux fonctions de la main.
Enfin, n oublions pas de mentionner que M. E. Bosckel a eul occasion de faire
1 arthrotornie de 1 articulation metacarpo-phalangienne du medius pour une ar-
thrite secbe, qu il en retira sept arlhrophytes, et que 1 operalion fut suivie de suc-
ces.
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SYNOVITES. Les games synoviales, si etendues et si completes, qui enveloppent
les tendons flecliisseurs, pre sentcnt toutes les aflections inflammatoires propres
aux synoviales. En revanche, les petites bourses sereuses qui facililent le glisse-
ment des tendons extcnseursne sont presquejamais le siege de ccs inflammations,
ou, si elles en sont atleintes, ellesle sont accessoirement. Aussi, lorsqu on parle
des synovites des doigts, n est-il guere question que de celles des ilechisseurs.
La synovile seclie plastique, la synovite sereuse, la synovite a grains riz-i-
formes, la synovile purulenle, la synovite fongiieuse, sont les formes diverses
qui s offrent a l f observation. Nous connaissons deja les synovites aignes, plas-
tique, sereuse ou purnlenle, qui se confondent avec I hisloire du panaris des
gaines. Les synoviles qui sont sous la ilependancc du rhumatisme. de la
blennorrhagie et de la syphilis, rentrent dans I elude generale de ces maladies.
Comme ell s ne se distinguent pas par des caracteres sptciaux, nous nous
bornons a rappeler ieur existence. La synovite a grains ri*iformes est surtout
une maladie du poignet. Ccpendant elle se limile quelquelbis aux doigls; a ce
titre elle nous interesse, et nous anrons a y consacrer quelques lignes. Apres ces
eliminations, il reste la synovite fonyueuse, affection importante, quisedeve-
loppe d emblee, ou qui est le dernier terme de plu^ieurs inflammations synoviales
aigue s ou chroniques. Nous la de ciirons aussi en cequi concerne les doigls.
1 Synovile a grains rizi formes. C est une affection chronique qui secarao-
lerise par la presence dans les gaines synoviales de co: ps blancliatres, analogues
a des grains de riz cuits ou a des grains d orge. Un epanchement seieux ou
tilant, plus ou moins abondant, accompagne toujours ces productions morbides.
DOIGT (PATHOLOCIE). 235
La synovite a grains riziformes se rencontre chez les adultes et les vieillards,
jamais cliez les enfants. Elle affecle surtout les homines qui manient constam-
mentdes instruments, comme le manched une alene, d un fouet, d nn rnarteau,
1 anse d un fer a repasser, I anse d un seau, etc. La grande gaine du long
flechisseur du ponce est la plus frequemment atteintc. Apres file virnt la gaine
de I auriculairi}, puis les petiles gaines de 1 index, du medius et de 1 annulaire.
La maladie debute silcncieusemcnt et s accroit avec lenleur. Elle forme une
tumeur oblongue dans la direction d une gaine tendiueuse. Cette tumeur est
bosselee, fluctuante. Lorsqu on appuie les doigts sur elle pour cliercher a pro-
duire la fluctuation, on percoit presque toujours une crepitation particuliere.
Tantot c est un bruissement comparable an fmlement de la soie on au bruit de
1 amidon qu on ecrase; tantot c est une veritable crepitation, donnant la sensation
de corps nombreux qui froltent les uns contre les autres. Quelquelbis les
malades percoivent eux-memes cette crepitation, chaque fois qu ils saisissent un
objet. Tous les auteurs s accordcnt a penser qne ce phenomena est du a la
collision des grains rizilbrmes. II est pathognomonique de la synovite qui
nous occupe. On le rencontre principalement dans les gaines des fleehi<?eurs du
ponce et du petit doigt. 11 peut manquer dans la synovite des doigts inter-
me diaires.
Une faible douleur accompagne le de veloppement de la maladie. Dans quelques
cas, cette douleur devient intense et s etend, comme une nevralnie, a 1 avant-
bras et au bras. Elle recommit evidemment pour cause la compression de
quelque filet nerveux, car elle cesse completement lorsqu on vide la game
synoviale par une ponction, et elle revient quand le liquide se reproduit.
Les troubles fonctionnels sont assez considerables. II y a une gene et une
grande faibl^sse dans les doi.nts et meme dans le poignet. Le malade ne pent
rien serrer sans provoquer une vive douleur au niveau de la lumetir. La main
maigrit par suite de son impotence fonctionnelle, et sa temperature est moins
elevee que celle du cote oppose.
Abandonees a elles-memes, les synovites a grains rixiformes font des progres
constants. Dans quelques cas, fort rares, elles restent stalionnaires, mais il est
sans exemple de les voir diminuer et sc resoudre. Ilabituellement ellcs iinissent
par s enflammcr, suppurer et s ouvrir par ulceralion de leur paroi ou a la suite
d une violence exterieure. L ouverture de la gaine donne issue a une plus ou
moins grande quanlite de corpuscules rizilbrmes, qui sortent d une maniere
intermittente avec les produits de la suppuration. En meme temps sa paroi
interne vegete et se couvre de fongositcs. La maladie devient alors une veritable
synovite Ibngueuse et partage touies les deslinees de cette derniere. Telle est la
ttrminaison ordinaire.
Dans quelques cas, aussi exceplionnels que curieux, 1 ouverture de la gaine et
1 evacualion des corpuscules hordeilbrmes amenent la guerison de la synovite.
M. Fayolle en cite un exemple remarquable (these, p. 20). A la suite d efforts
pour ramer, un homme avail vu survenir une synovite a grains rizilbrmes de la
gaine du pouce. Plusicurs ponctions avaient ete faites et avaient soul age les
douleurs dont la tumeur elait le siege, mais 1 epanchement se reproduisait sans
ccsse. Les choses en c taient la, lorsqu un coup sec et violent sur le poignet
product une inflammation intense avec suppuration. Le pus entraina les petits
corps riziformes, puis diminua pen a peu, et la poche finit par s obliterer. Le
phenomena de la crepitation disparut completement, ainsi que le gonflement e t
236
la donleur. Le poignet recouvra toutes ses fonctions et la guerison fut parfaite.
P;II Ibis Touvcilure se referme apres 1 evacuation plus ou nioins complete du
conlcnu dc l;i poclic; mais 1 epancliement reparait com me apies line simple
ponction palliative. L evaeualion suivie de ( obliteration pcut ainsi se renouveler
plusieurs fois, avant que la synovile devienne definitivement fongueuse.
Quoi(|ue moins grave que la synovile a grains riziformes du poignet, la
synovite a grains riziformes des doigts n en a pas moms un prono>lie facbeux.
Si la maladie reste stalionnaire, les ionclions de la main et des doigts sout
nolablement alteres; si elle suppure, elle aboulil, presque fatalement, a la syno
vite fongueuse, c est-a-dire a la perte a peu pros certaiue du doigt, car il ne
faut pascompler sur une guerison apres I ouverture sponlanee de la game.
Cependanl la severite de ce pronostic est tempe ree par le resullat lieureux
de quelques opi rations recenles, dont nous aliens nous occupcr.
Les re vulsik et la compression, que Ton combine souvent ensemble, sont les pre
miers, moycns tberapeuliques don I on fasse 1 essai. Parmi les revulsifs, on a altiibue
une oliicacile particulicre aux applications de compresses imlibees d alcool pur,
dont on empecbe 1 cvaporation avcc une couche de taffetas gomme. Mais, comme
ccs moytus exli>rnes ne produisent gonera lenient aucune amelioration, il faut
songer aux moyens qui sont du ressort de la Medecine opei atoire.
La ponclion simple est un precede p.illialif, qui n est pas sans danger et qui
n a jamais amene une gueiison rlelinilive.
La pouction suivie d unc injection iodee expose a des pblegmons graves, et,
dans les cas les plus hcureux. elle produit une synovite, plastique avec adhe
rence du tendon a la gaine et perte des mouvements du doigt.
Le scion c*i un procede dangereux, parce qu il provoque la suppuration de
la gaine avcc tons ses dangers.
L incision est le seul procede rationnel, car il est le scul qui permette de
neltoyer complement et immediatement la gaine de tout le liqtiideet de tons
les corps ri/iform -s qu elle contient. Elle a donne de mauvais resultats entre
les mains de Dupnytren, de Nelalon, et de jilusieurs autres cbirurgiens qui 1 ont
employee. Apres I incision, Dupuylren avail le toil d introduire une meclic de
linge eflilce d.ms la plaie, alin d oblenir la fonte du sac par la suppuration
(Le$. orales, t. II, p. 161). Ne laton, an con trail e, chercliait a moderer Tin-
ilammalion consecutive en soumettant la main a une irrigation continue d eau
1 roide. Mais il ne parvenait qu a eviter les pblegmons graves, sans empecber la
suppuration et la formation d adlieronces solidcscnlre la gaine et son tendon. Or,
le but a atteindre est prt : cisemi j nl d evilcr toute inflammation, suppurattve ou
adbesive, resultat impossible a ob enir avant 1 emploi de la metbode anliseptique.
L incision doit etre faite sous le spray plienique; la gaine largement ouvcrte
doit etre exaetcment debarrassee de ses grains riziformes et lavee nvec di 1 eau
antbeplique; puis I incision doit elre suturee, drainee et pansee avec le Lister.
Avec ccs precautions, I incision se reunit sans suppuration, la cavite de la gaine
ne s oblilere pas, et, s il s etablit quclques adbeYences, elles ne taident pas a
disparailie; toutes ]es fonctions de la main se relabli>sent. MM Nicaise,
Notta, Verneml Humbert, Scbwarlz, out <ommiini(|iie a la Socit te de cbirnrgie
des gucrisons oblenues par cctte met bode d;ms des c:is de synovite a grains
rizilormes des grandes gaines de la face antrrieni e du poignet. .le n ai pas ele
moiiis lieureux cbez une femme de vingt-buit ans, qui avail une synovile a grains
riziformes de la gaine des flecbisseurs de 1 index. J ouvris la poche dans toute
DOIGT (PATHOLOGIE). 257
son etendue, je dctachai avec une rugine mousse toutes les vegetations hordei-
formes qui etaient appcndues aux tendons llechisseurs superficiel el profond, et
je rest quai de chaque cole la paroi du kysle synovial. Lorsque loute la |ilaie
cut ete bien ncltoyee, j appliquui cinq points de suture mela.lique et j clablis
deux drains. La gueiisoii eul lieu sans suppuration. Les mouvements dc flexion
etaient pncore iitcomplets, lorsque nous avons perdu la inalade de vue; mais
tout faisait croiie que les mouvements normaux reviendraient (Soc. de cliir.,
1882). To us ces exemplcs prouvtnt que 1 iucision de la gaine conibinee, dans
certains cas, avec I excision d une portion de ses parois, est le seul tuoyen d ob-
tcnir la cure radicale des synoviles a grains riziiormes, a la condition qu on se
mette a 1 abri de la suppuration consecutive par ( application rigourcusc de la
metlioile antiseptique.
C 2 Synovile fonyneuse. Elle est primitive ou consecutive. Dans cc dernier
cas, elle survient a la suite d une synovile chronique simple, a la <uile d une
synovite suppuree, ou par 1 envahiasemeiit de Ibngositcs nees dans une phalaiur
on une articulation voisiue.
Les contusions, les pressions sou vent repetees, 1 exercice immodeie des doigts,
sont 1 s causes delerminantes habituellcs. Elles agissent surlout die/ certains
sujets predisposes par leur constitution strumeuse ou lu! erculense, c r nous
aliens voir que les fongosites sont presque loujours de nature Inbercnleuse et
qu ellcs no sont, pour ainsi dire, qu une manifestation des diatheses piece denles.
La dialhese rliumatismale ne nous parait avoir qu une bien iaible influence, si
lant est qu elle en ait une.
Symptomes. Lorsqu elle est primitive, la synovite fongueuse debute d une
manic-re insidieiise. G est a peine si les malades peuvcnt indiquer quand ils out
commence a s apercevoir de leur ma I; ct celui-ci arrive ordinairement a un
cleveloppement avance avant d allirer [ attention.
Le prcm : er symptome est une gene des mouvements, une faiblcsse, une
maladresse tin doigt, qui ne saisit plus les objets avec la meme pr^ci>iun. La
douleur fait a |ieu pres conslamment del aut, non seuU-mcnt an debut, mais
encore duns le cours de 1 aH ection. La jeune tillc dont 1 observalion a ete
publiee par MM. Trelat et Jamin I .iit exception a celte regie. La maladie com-
menca chez elle, sans cause appreciable, par des douleurs trcs-vives dans le
mediusdroit et dans loule la region melacarpienne correspondcintc. Ces douleurs
con inuerent a mesure que le doigt se tumeliait et durennt une anne e. Elles
cesserent ensuite, bien que le doigt continual lentement et graduelJement a
augmenter de volume.
La tumefaction est tout a fait caracteristique, en ce sens qu elle se limite
exactement a la gaine alfectee et en dessine les contours. Elle est presque lou
jours bossclee, parce que son expansion est genee dans certains points par la
presence de tissus qui renforcent et bridenl la gaine. Dans Je fait de Foucher,
on voyait, sur la face palmaire du medius, une tunieur oblongue, elran-Hee an
niveau du premier et du deuxieme pli articulaire, nc depassant pas le pli qui
separe la phalangine de la phalangelte et empietant un peu sur la parlie inte-
rieure de la paume. Les synovites des trois doigts du milieu, dont les "aines
s arrctent un peu au-dessus des articulations melacarpo phalan^ieunes, presen-
teront toujours une tumefaction analogue. Mais, lorsque les fongosiles envahissent
la gaine du pouce ou celle de 1 auriculaire, la tumefaction s etend jusqn a la
face anlerieure du poignel. Elle est meme beaucoup plus marquee dans ce
258 DOIGT (P.VTHOI.UGIE).
dernier point et aux eminences the nar et bypothenar qu aux doigts correspon-
dants. L anatomie explique tres-bien toutes ces particulariles. Pourtant il faut
etre prevenu que des adherences pathologiques peuvcnt empecber 1 extension
des fongosites da us toute 1 etendue de la gaine, etdonner lieu a des tumefactions
limitees qui embarrassent le diagnostic.
La consislance de la tumeur cst ferme et elastique au debut; plus tard, elle
devient molle et donne la sensation d une lausse lluctuation. Quand on imprime
des mouvements a la masse morbide, on constate qu elle est mobile dans le
sens transversal, mais que tout deplacement suivant 1 axe du tendon est
impossible.
Tant que le volume de la synovite fongueuse est mode re, la peau est mobile
et conserve ses caracteres normaux. Mais a mesure que la tumefaction augmente
la peau prcnd une teinte rouge violacee, s amincit et se souleve de dislance en
distance sous la Ibrrne de saillies rouges biunalres. Ces suillies se rompent et
devicmi( j nt le point de depart d une ulccration qui laisse e cliapper une sorte de
champignon fongueux. En meme temps que les fongosite s vegeteut d une maniere
exuberanle, on voit so developper de nombreuses veincs qui sillonnent la peau
sous la forme de cordons saillants et bleualres. Le stylet glisse lacilement entre
ces ibngosiles qu il faitsaigner, mais ne penetre pas sur les os denudes.
Les mouvements de flexion se conservent jusqu a une periode avancee de la
malaJie. Us sont limites par le volume meme de la face anlerieure du doi^t,
mais ils sont encore possibles, et necessent completement qu avec la destruction
des tendons flechisseurs.
11 est rcmarquable de voir que la synovite fongueuse se developpe et evolue
sans malaise general. Une iievre legere apparuit seulemcnt dans la derniere
periode de la maladie, lorsqu il se fait une pousse e inflammatoire, ou lorsque
de petits abces se produiscnt dans le sein ou dans le voisinage des fongosiles.
II se passe toujours plusieurs mois et ordinairement plusieurs annees avant que
la suppuration se manifesto. A parttr de ce moment, la marche de la maladie
s accelere. En meme temps qu elles perforent la peau, les fongosites gagnent
en profondeur, denudent les phalanges, penetrent dans les articulations et
amenent la desorganisation complete du doigt.
La synovite fongueuse dactylienne peut-elle gucrir spontane ment ? Cette
heureuse terminaison doit etre Ires-rare, si elle existe. Nous n en connaissons
aucun exemple. On peut concevoir pourtant que les tissus se reparent soit apres
ulceralion et destruction graduelle des fongosites, soit par leur transformation
en lissu lardace d abord, et ensuite en tissa fibreux.
Les fails de MM. Lancereaux, Berdinel, Terrier et Yerchere prouvent que la
synovile fongueuse dactylienne se complique quelquelbis, comme la synovite
fongueuse articulaire, d une tuberculose pulmonaire qui devient alors la ma
ladie predominante, et a laquelle les malades succombent.
Le pronostic est done grave, non-seulement parce que 1 existence du doigt
est compromise, mais encore parce que celte maladie est souvent une manifes
tation de la dialbese tuberculeuse.
L anatomie pathologigue, montre, en effet, que les fongosites sont de deux
especes, les unes simples, les autres tuberculeuses. Les premieres out exarte-
ment la structure des bourgeons cbarnus. Elles se developpent a la suite d un
panaris ou d une synovite purulente traumatique. Ce sont elles qui paraissent
susceptibles de se cicatriser. Les secondes renferment 1 element caracte ristique
D01GT (PATHOLOGIC). 2311
de la tuberculose, le nodule embryonnaire. Ce dernier nail sourdement, d une
maniere spontanee ou sous 1 influence d une cause inflammatoire banale, en
vertu d une predisposition particulnre de 1 economie. Les fongosites qui en
sont infiltrees ne se cicatrisent pas, mais peuvent se transformer en masse
casecuse. G cst ainsi que M. Lancereaux a trouve les tendons flechisseurs du
pouce enfermes dans 1 epaisseur d une masse jaune, qui n elait autre chose que
la synoviale transformed en tissu fongueux devenu caseeux. Sous le microscope,
ces depots jaunatres etaient formes de petites cellules granuleuscs en voie de
dcgenercscence graisscuse, et rappelant exaclement les depots caseeux d> -
tubercules infiltres. Dans la lumeur enlevec par M. Trelat, on Irouva aussi
des foyers jaunatres ramollis, et M. Latteux constala nettement des nodules et
des cellules geantes. 11 n y a done aucun doute sur la nature luberculeuse des
fongosiles des gaines digilalcs, et d apres les idecs qui ont actuellement cours
dans la science les fongosites simples seraient J exception, les fongosites
tuberculeuses la regie.
Les tendons flecliisseurs restent longtemps intacts an milieu des fongosites.
Mais il arrive un moment ou its sont atla<|ues a leur lour. Foucher a note, dans
son observation, que les deux tendons flecliisseurs avaient diminue de volume,
que lours elements etaient divises, eparpilles dans la production morbide,
partiellement delruits. De la a la destruction complete il n y a qu un degre de
plus, degre qui est quelquefois atteint.
Diagnostic. Les synovites fongiieuses des doigts nc peuvent etre confondues
qu avec des tumeurs molles, fluctuantes, indolentes et dont le devcloppement
est lent. Ces tumeurs sont surtout les synovilcs a grains liziformes, les kysles
synoviaux, les lipomes. Les synoviles a grains milbrmes presentent a la pres-
sion une crepitation caracterislique. Les kystes synoviaux sont souvent trans-
parents et out une forme reguliere, qui n existe pas dans la synovite fongueuse.
Les lipomes sont independants des tendons, et ne subissent ni tension ni
displacement pendant Ja contraction musculairc. Si 1 on fait une ponclion pour
eclaircir des doutes persistanls, le trocart donnera issue a du liquide plus ou
moins filant dans le cas de kyste hydatiforme ou autre; il ne s ecoulera rien
dans le cas de lipome, et dans le cas de fongosites on obtiendra du sang pur
ou melange de Jiquide purulent. Lorsque la synovite fongueuse est ulceree,
I e.xploration avec le stylet la difierenciera des tumefactions digitales dues a
une necrose, a une arlhrite avec production de fongosites.
Traitement. L immobilisation de la main, la compression, les revulsifs, tels
que la teinture d iode sur la peau, la cauterisation ponctuee ou transcur-
rente avec le thermo-cautere ou un fer rougi, les injections inlerstilielles
d une solution etheree d iodoforme, le traitement general antiscrofuleux sont
les moyens qu il faut toujours essayer au debut de 1 affection, mais qui malheu-
reusement n ont qu une efiicacite problemalique. Lorsque leur impuissance a
ete demontree, on doit recourir aux operations qui peuvent amener une cure
radicale. Ces operations sont le raclage des fongosites ou 1 ablalion de la lumeur
fongueuse.
Lorsqu il existe des fistules el des ulcerations, le raclage peut se faire en
conduisant les curettes a travers ces ouvertures. Mais le plus ordinairement il
faul les agrandir on meme inciser la gaine synoviale parallelemenl a son axe et
dans une grande etendue. On racle alors 1 interieur de la gaine et des tendons
de maniere a les nettoyer exactement de toutes les fongosites qui y sont implantees.
240 UOIGT (PATHOLOGIC).
En procluisant prealablement 1 ischemie de la main avec Ja bande d Esmarch.
1 operalion est Ires-facile, et en employant rigoureusement les precedes anlisep-
tiques, le danger des phlegmons conseeulil s est ecarle. A pros le raclage, on
riunit rincision p;ir une suture, ct on dispose enlre les levres de la plaie un
on deux tubes a drainage, puis on applique le pansement de Lister. J ai cu
1 occaHon de prali<|uer trois lois cctte operation pour des synoviles fongueuses
des gaines de la main. Ma premiere operation, faile en mars 1880, a ete com-
muniquee a la Socieie de chirurgie (Dull, de la Soc. dechir., p. 405, 1881).
Les deux aulres out eu lieu le 26 mai et le 50 novembre 1882. Dans ces truis
cas j ai obtenu une reunion immediate. La cicalriee de la peau adherait aux
tendons, neanmoins le fonclionnemenl de cenx-ci etait fort satisfaisant.
Dans certains cas on peut, a 1 exemple de M. Tielat, enlever toulc la masse
morbidc. Ce cbirnrgien. a) ant alia ire a une tumeur fongueuse du medius, lit
une incision qui s etendait a toute la face palmaire de la premiere phalange et
a presque toutc la longueur du metacarpien correspondaiit. 11 dissequa une
tumeur allongce en forme de Loiulin, tenant mode rement a la face prolunde de
la peau, niais tres-adherente a tout le pom tour du tendon flechisseur sii|ierficiel
et s insinuant assez loin sous 1 aponevrose palmaire. La malade gtierit apre> une
suppuration assez abondantc. Mais [ observation ne menlionne pas si les fono
tions du doigt sont revenues.
Eniin, lorsque les fongosites out detruit les tendons, lorsqu elles ont envahi
les os et les articulations, il n y a plus aulre chose a faiie qu a supprimer le
doigt. II ne fant pas se contenter, dans ces cas, de faire une desarticulalion
meiacarpo phalangienne, pa roe qu on laisserait une parlie des fongosites qui
s etendeut vers la paume de la main. 11 est n^cessaire d enlever en me me temps
la tolalite ou une parlie du metacarpien correspondaiit.
BILLIOGIUPHIE. DUPUYTREN. Kyste hy<1atique dans le doigt annulaire; ouverlure; yueri-
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tubeiculcuse el en particulier de la tynovile tubercuieuse des guinea it a jioiyml, de la main
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DOIGT (PATHOLOGIB). 24i
ruiformes; incision; traitement antiseptique , guerison. Rapport par M. Nicaise. In Bull,
de la Soc. de chir. t t. VIII, p. 705, 1882. -- POUPELLE. De la synovite luberculeuse des gatnes
tendineuses. Th. de Paris, 1883. - - SCHWARTZ. Synovite a grains rhiformes de la gatne
carpo-phalangienne interne; incision; drainage sous le pansement de Lister; gudnson
complete et persistante. Rapport par M. Nicaise. In Bull, de la Soc. de chir., t. IX, p. 470,
1883.
GANGRENES. S il nous fallait etudier en detail les gangrenes des doigts, nous
serions entraine a faire, toute 1 histoire de la gangrene et a reproduire 1 article
deja consacre a ce sujet dans ce Dictionnaire. Nous nous bornerons a resumer,
sous forme de tableau, les diverses especes etiologiques des gangrenes digitales,
ct a presenter ensuite quelques courtes considerations sur les traits qui distin-
guent certaines d entre elles.
TABLEAU DES GANGRENES DIGITALES.
Gangrene par contusion.
Gangrenes traumatiques produites par
1 attrition ou la destruction des doigts
par agents mecaniques, physiques on chi-
miques
Gangrenes par arret de la cin-nlnl
arterielle ou capillaire
Gangrene par alteration du sang, par
diaihese ou par empoisonnement. . . .
par compression.
par exces de temperature (.brulures).
]>;ir abatement de temperature
(gelures).
par caustiques.
Gangrene par ligature d arlere.
par embolie.
par arterite (atherome, thrombose).
par exces cPinQammation.
Gangrene diabetique.
albuminurique.
des fievres graves (lievre typhoiile).
septique.
par 1 usage du seigle ergole.
4" Gangrene par trouble de Vinnervation.
5" Gangrene par asphyxie locale. Gangrene symetrique.
Nous n avons rien a dire de special sur les gangrenes traumatiques, dont Ja
grande frequence s explique par la forme des doigts et la multiplicite de leurs
traumatismes.
En raison de la facilite avec laquelle la circulation collaterale s etablit au
niveau de la main et de 1 avant-bras, la gangrene par arret de la circulation
n est a craindre que dans le cas ou 1 obstacle (ligature, embolie ou thrombose)
siege tres-haut, sur 1 humerale ou sur 1 axillaire. Les operateurs savent que la
ligature de 1 humerale dans sa moitie inferieure n amene presque jamais la
gangrene des doigts. J ai soigne une femme tres-agee pour une gangrene digi-
lale; 1 autopsie me raontra que 1 arlere axillaire et toute 1 artere humerale
e taient obliterees par des caillots. Chez un homme dont tous les doigts etaient
mortifies, a 1 exception du pouce, Bauchet constata qu on ne sentait plus les
battements de 1 humerale au niveau du bord inferieur du grand pectoral. Le
faitdeRufz, dans lequel la gangrene co incidait avec un petit caillot dans 1 artere
cubitale, sans autre obliteration arterielle, est tout a fait exceptionnel.
II est commun de voir, dans le cours du panaris, 1 exces de I lnflammation
produire 1 arret de la circulation capillaire dans une portion du doit et, par
suite, amener une mortification plus ou moins etendue. Ces gangrenes d origine
inflammatoire se montrent en dehors de toute influence diathesique.
Mais chez les sujets dont la constitution est alteree par une diathese, une
cause le gere, inflammation ou traumatisme, amene la mortification des doi^ts.
C est ainsi que le panaris devient facilement gangreneux chez les diabetiques et
les albuminuriques. Une simple chute sur 1 extre mite des doigts futsuivie d une
DICT. ENC. XXX.
242 DOIGT (PATHOLOGIK).
gangrene de ces organes chez une femme de soixante ans, qui vint sc faire
soigner a la Pitie a la fin de 1889. Comme je m etonnais d un effet aussi grave
apres une cause presque insignifmnte, je decouvris que la patiente etait albu-
minurique et qu elle portait une insuffisance mitrale. La gangrene avail envahi
les quatre doigts de chaque main. Les pouccs etaient epargnes. Au bout de
dix-neuf jours, les index et les medius avaient a pen pres repris leur coloration
et leur aspect normal. Mais les extremites des annulaires et des auriculaires
resterent noires, se momifierent et tomberent. Le pouls, interroge chaque jour,
etait petit et precipite. II n y avait aucun signe de thrombose ni d embolie. II
me parut evident que la legere contusion des doigts n aurait pu amener leur
sphacele, sans 1 aftection cardiaque et 1 albuminurie, dont la malade souffrait
depuis quelque temps.
Les gangrenes figurent souvent parmi les accidents des fievres graves. Bien
que les observaleurs n aient pas specialement appele 1 attention sur les mortifi
cations des doigts dans ces maladies, ils les mentionnent cependant sous le nom
de gangrenes des extremites. Pendant I epidemie de fievre typho ide qui a
marque la fin de 1 annee 1882, j ai eu 1 occasion de soigner, avec le doc-
teur Lucien Martin, un jeune homme, atteint de fievre typho ide grave, qui
eut un phlegmon gangreneux de la main. Les doigls etaient en voie de mortifi
cation lorsque le malade succomba. L apparition dc la gangrene des doigts dans
le cours des maladies febriles est d un pronostic extremcment facheux.
Nous rattachons a une intoxication du sang plutot qu a une contraction spas-
modique des petits arteres les gangrenes par ergotisme, qui affectent les doigts
avec une sorte de predilection. Grace aux soins que Ton prend a ecarter 1 ergot
de seigle dans la confection des farines, et grace aux progres de la civilisation,
nous ne voyons plus a Paris ces gangrenes, qui etaient si frequentes au Moyen
Age, et qui se montrent encore dans certains pays. Un des derniers exemples
publics a Paris remonte a 1854. On le doit a M. Maisonneuve. Une femme de
vingt-deux ans se plaignait de ne pouvoir se servir de ses doigts depuis plus
d unmois. On apercevait au premier coup d ceil une teinte noire, tres-prononce e,
uniforme, occupant la derniere phalange de 1 auriculaire droit et celle du
medius gauche. Cette coloration disparaissait presque brusquement au niveau
du bord posterieur de Tongle. L extremite des autres doigts presentait une
teinte violacee et un refroidissement appreciable. Les doigts raides, froids,
ratatines et douloureux a la pression, prescntaient une disposition remarquable;
ils etaient amaigris, effiles, sees, et ne pouvaient rendre aucun service. Les deux
mains etaient couvertes ca et la de plaques rougeatres. Le pouls radial etait
sensible et avait meme conserve une certaine ampleur. Les membres n avaient
jamais ete le siege d aucune douleur spontanee, et aucun vertige n avait signale
le debut de 1 affection. La malade annonca qu elle avait toujours vecu de pain
de seigle, et que celui-ci paraissait avarie, lorsqu il y a quatre mois, elle avait
quitte les montagnes de 1 Aveyron pour venir a Paris.
A la suite de la section d un ou de plusieurstroncsnerveuxquisedistribuent a
la main, on voitsurvenir des troubles trophiques au niveau des doigts. L epiderme
devient sec et rugueux; il se desquame dans certains points ; dans d autres il se
souleve sous forme de vesicule ou de bulle. L ongle s altere et devient cassant.
La peau prend une coloration plus ou moins violacee, rougit par places, comme
dans une inflammation cbronique, et tend a s ulcerer. II survienl des arlhro-
pathies phalangiennes. Le doigt s atrophie. Mais 1 influence des nerfs sur la
DOIGT (PATHOLOGIE). 2i3
nutrition de cet organe est-elle capable d amener son sphacele? Plusieurs obser-
vateurs croient puuvoir 1 affirmer. Loyd dit avoir vu la gangrene des doigts
arriver par une blessure des nerfs du bras. Panson ecrit qu une division du nerf
median lut suivie d une gangrene de 1 index et d une menace de gangrene du
medius et de 1 annulaire. Cock cite un homme qui eut, a la suite d une hemi-
plcgie, des ulcerations a 1 index, dont les phalanges tomberent 1 une apres
1 autre. Mais en regard de ces fails, admis peut-etre trop facilement, combien
d autres sont negatifs ! Les sections des troncs nerveux au bras ou a 1 avant-bras
ne sont pas tres-rares, cependant nous n avons jamais vu ui entendu signaler
la gangrene des doigts comme une consequence de ces blessurcs. Et les hemi-
plegies, qui sont pourtant si liequentes, ne determinant pour ainsi dire jamais
I 1 accident qui nous occupe. II faut en conclure, jusqu a nouvel ordre, que les
lesions du systeme nerveux n ont pas le pouvoir, a ellesseules, de provoquer la
gangrene des doigts. Mais ces lesions, une fois etablies, y predisposent singulie-
rement, car el les affaiblissent la vitalite des tissus, de telle sorte qu une cause
tres-legere suffit pour amener leur moil.
II existe aux doigts, ainsi qu aux autres extremites, une forme de gangrene
qui se declare sans alteration appreciable des vaisseaux, et qui affecte a cliaque
main des parties similaires. G est la gangrene par a*i>li i/ cie locale ou. gangrene
syme trique, decouverte et decrite par Maurice Kaytiaud. Cette gangrene recounuit
pour cause prochaine un trouble de I innervalion vaso-motrice, e est-a-dire un
spasme des petites arleres et 1 ische mie qui en resulte. Sa localisation aux
extremites s explique par les refroidissements auxquels ces parties sont exposees.
Sa tendance a la symetrie est due a 1 excitalion de la moelle qui gouverne la
contraction des vaso-moteurs dans les organes similaires de chaque cote du
corps.
Nous ne saurions mieux faire que d emprunter aux excellentes descriptions
de Maurice Raynaud les principanx traits de cette malaclie.
Dans son degre le plus leger, 1 ischemie locale est un etat parfaitement com
patible avec la sante. Certaines personnes, et surtout des femmes, voient sous
1 influence du froid, d une emotion et quclquefois sans cause appreciable, un ou
plusieurs dc leurs doigts devenir semblables a des doigts morts. La peau prend
une teinte blanche mate et parfois jaunatre ; elle parait comple tement exsangue.
La sensibilite cutanee s e mousse, puis s ane antit; les doigts sont devenus
etrangers au sujet. On peut les pincer, les piquer impune ment; mais ils conser-
vent quelquefois la sensation du chaud et du froid. Leur temperature propre
s abaisse notablement. Dans des cas rares, les secretions sont elles-memes
trouble es, et 1 on voit le doigt mort se recouvrir d une sueur froide. La dure e
de 1 acces varie de quelques minutes a plusieurs heures. II est suivi d une
periode de reaction souvent fort douloureuse, qui donne lieu a une sensation
tout a fait analogue a celle de 1 onglee.
Dans un degre plus avance les phenomenes asphyxiques dominent. La decolo
ration des extremites est remplacee par une teinte cyanique, qui varie du blanc
bleuatre au violet fonce et presque noir. Habituellement il s y joint un peu de
gonflement et une douleur tres-vive. La periode de reaction s accompa^ne de
fourmillements penibles. Des laches moins livides apparaissenl sur les parties
cyanosees, puis la coloration naturelle revient et gagne peu a peu 1 extremite
du doigt, dont le retour a 1 etat normal se fait en dernier lieu.
Mais, si 1 asphyxie locale se prolouge, la gangrene en est le resultat inevitable.
2U DOIGT (PATMOLOGIE).
Tanlot des phlyctenes apparaissent a 1 extremite de la phalangette, tantot, sans
soulevement de 1 epiderme, la peau se parchemine, se ride, se ratatine, et le
doigt prend une forme conique. Le patient eprouve de violenles douleurs. Pen
a peu 1 eschare se limite a une portion de l extremite digitale moins etendue
qu on ri aurait pu le supposer d abord. L elimination est lente et la cicatrisation
se fait au fur et a mesure sur les parties mortifiees.
La dure e de la maladie est de quatre a cinq mois, lorsque la mortification a
lieu. Mais, si la tendance a la gangrene n est pas franchement dessinee, si Ton
observe seulement du refroidissement, de la cyanose, des phlyctenes revenant
de temps en temps, on doit craindre que la maladie ne se prolonge un temps
considerable.
Maurice Raynaud a dit n avoir jamais vu les malades succomber a une gan
grene symetrique. 11 a indique nettcment qu elle attaint surtout les jeunes
sujets et qu a ce titre on devrait lui donner le nom de gangrene juvenile.
Apres dc liombreuses observations, faites a la Salpetriere, M. Charpentier est
arrive a une opinion opposee ; il a admis que le doigt mort se rencontre souvenl
chez les personnes agees et qu il est unsymptome ou un prodrome de la goutte.
Terminons cette revue sommaire des principales especes de la gangrene
digitale, en indiquant quelques caracteres qui leur sont communs. L anatomie
du doigt, dans lequel il entre si peu de parties molles, explique pourquoi ses
gangrenes appartiennent presque toutes a la forme seche. La gangrene humide
y est 1 exception. Lorsque la mortification n atteint que la pulpe ou seulement
la peau et le tissu cellulaire sous-cutane, 1 eiimination de 1 eschare se fait a pen
pres dans les memes delais que pour les autres parties molles. Mais, lorsque
tout le doigt est mort, la separation demande un temps extremement long, en
raison de la resistance des tendons a 1 action de la gangrene et de la lenteur
avec laquelle s opere le travail de 1 elimination a leur niveau. On est presque
toujours oblige d intervenir, dans ces cas, en sectionnant les tendons qui retardent
la chute du doigt mortiu c.
Au point de vue de la prophylaxie de la gangrene digitale, on doit proscrire
tous les pansements, tous les bandages qui sont susceptibles de produire sur
les doigts une forte constriction et de les etrangler, lorsqu ils se gonflent sous
1 influence d un travail inflammatoire. On a souvent accuse le bandage ouate dc
M. A. Guerin de produire la gangrene par une compression trop forte. Mais
celte accusation n e?t pas fondee. Quand on prend le soin de separer les doigts
les mis des autres avec des tampons de ouate, et d entourer la main et 1 avant-
bras d une epaisse couche de cette meme substance, la compression est si egale
et si douce qu elle n a aucun effet nuisible. Dans les nombreuses applications
que nous avons faites de ce bandage, nous n avons jamais observe le moindre
fait qui justifiat les craintes que quelques chirurgiens concoivent a son egard.
BIBLIOGH.VPHIE. BONET. Gangrene des doigts consecutive a la compression par une tumeur
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NEVKALGIES. II n est pas inutile de dire, an debut de ce chapitre, que les
nevralgies des doigts sont loin de comprendre tous les etats nevralgiques dont
ces organes sont le siege. Le membre superieur presente des affections nom-
breuses et diverses dont les douleurs se propagent aux doigts, oil elles se
localisent plus ou moms. Le malade souffre dans la main, mais le point de
depart de ses souffrances est situe plus haul. Ainsi les compressions, les con
tusions, les blessures, les inflammations, les degenerescences des nerfs de
1 avant-bras, du coude, du bras ou de 1 epaule, produisent des douleurs irra-
diantes vers les doigts ; et les rhumatismes de ces memes parties amenent des
effets analogues. II suffit de rechercher la cause et le point de depart de la
maladie pour ne pas confondre les douleurs concomitantes des nevralgies bra-
chiales avec les ve ritables nevralgies digitales. Celles-ci prennent naissance dans
les doigts. Elles peuvent, a la verite, s etendre de la peripherie vers le centre,
mais il n est pas difficile de reconnaitre qu elles ont les nerfs collateraux pour
point de depart. Cette localisation precise les caracterise nettement.
Leurs causes sont presque toujours de nature traumatique. Ce sont des
plaies contuses et meme de simples contusions ; des amputations ou des incisions
ne cessitees par le panaris ou quelque autre maladie; surtout de legeres cou-
pures, ou des piqures, qui portent leur action sur 1 un des bords du doigt
dans les points oil cheminent les nerfs collateraux. La pression d une bague
trop etroite determine quelquefois des douleurs persistantes et genantes.
J ai meme observe une personne chez laquelle ces douleurs avaient pris un
caractere nevralgique, et qui dut renoncer a porter un anneau. II est tres-rare
de voir une ulceration spontanee ou un panaris sous-epidermique causer une
nevralgie. Toulefois Delpech 1 a observee a la suite d une ulceration stipeificielle
du genre lupus, et M. Ave/ou en a cite un exemple apres une tourniole du
pouce.
La nevralgie spontanee des doigts est d une excessive rarete. Cependant
Gamberini (Reccoglitore medico, in these de M. Michel. Paris, 1858, p. 40)
en a donne un exemple : la nevralgie se manifestait par une douleur a 1 extre-
mite des doigts d une seule main, le plus souvent aux deux dcrniers doigts. De
la elle s etendait a 1 avant-bras et ne depassait pas la limite d un pouce au-dessus
du coude. La douleur se de veloppait la nuit. Elle faisait perdre le sommeil et
DOIGT (P.VTHOLOGIR).
acquerait une telle intensite qu elle arrachait des crisau malade. Le jour rame-
nait le calme, et le malade ne conservait plus le moindre ressentiment des
souffrances de la nuit. Jamais les deux mains n etaienl prises a la fois. Le
sulf ate de quinine avail completement echoue. Une pommade belladonee avail
plusieurs fois ameliore la maladie.
Malgre la grande frequence des lesions traumatiques des doigts chez les
hommes, ce ne sont pas eux qui sont le plus souvent atteints de nevralgie
digitale. Les femmes y sont beaucoup plus predisposees que les personnes de
1 autre sexe, et cela dans la proportion de 24 femmes pour 10 homrms, d apres
les cas que nous connaissons. Les diatheses nevropathique, goutleuse ou rhuma-
tismale, jouent un role important dans 1 apparition des phenomenes de cette
maladie, et lui impriment une physionomie speciale. Mais elles paraissent
impuissantes a la determiner sans 1 irritation directe des nerfs collateraux par
un traumatisme ou une solution de continuite de la peau.
Symptomes. 11 est rare que la nevralgie apparaisse immediatement apres la
blessure. G est ordinairement au bout de plusieurs jours ou de plusieurs semaines,
alors que la petite plaie est ferme e, que la douleur se manifeste. Son apparition est
encore plus tardive dans certains cas. La femme d un chirurgien du Lincolnshire
vint consulter Georges Bell pour des douleurs atrocesoccasionnees par une legere
coupure du pouce, qu elle s etait faite deux ans auparavant. M. Avezou rapporte
1 observation d une femme qui ne commenc.a a souffrir d une petite coupure a
la pulpe de i auriculaire que trois ans apres 1 accident (these, p. 119). Un police
man resta pres de trente-quatre ans sans ressentir de douleurs dans Je moignon
d un de ses doigts, qui avail ete ampule a 1 age d un an (Cock). Le moignon ne
devint douloureux que vers 1 age de trcnte-cinq ans, et les douleurs envahirent
tout le cote du corps correspond ant a la main affectee.
Dans beaucoup de cas la nevralgie e clate spontanement ; quelquefois cepen-
dant elle csl provoquee par un froissemenl, par un choc, par un mouvement
brusque qui tiraille les parlies voisines de la plaie ou de la cicatrice, par
Timpressioii d un changement de temperature, par un ecart de regime, par une
vive emotion.
Elle debute tantot d une maniere soudaine par une violente douleur, tantot
d une maniere insidieuse par une hyperesthesie cutane e, par des fourmillements,
par des elancements qui an ivent peu a peu au paroxysme de la souffrance.
La douleur part de la cicatrice pour envahir tout le doigt, toute la main, et
s irradier ensuite dans tout le membre superieur, jusque dans le cou, jusque
dans la tete et meme dans toute la moitie correspondante du tronc. Annandale
(p. 205) a constate, dans un cas, que la douleur nlentissait jusque dans le bras
el la main du cole oppose. Un atlouchement de la cicatrice, une pression du
doigt, un mouvement imprime a cet organe, revcillent et exasperent les souf-
Irances. Les malades expriment leurs sensations en les comparantaun eclair de
douleur, a une bruluie, a un ler rouge qui traverserait les chairs. 11s ont telle-
menl peur des contacts exterieurs et des mouvements, qu ils prennent les plus
grandes precautions pour que leur doigt ne subisse aucun attouchement et pour
qu il remue le moins possible.
Comme toutes les nevralgies, la nevralgie digitale revient par acces. Quelquefois
meme elle affecte le type periodique. Elle est souvent plus intense la nuit que
le jour. Elle peut disparaitre pour un temps plus ou moins long, puis revenir
sous 1 influence des memes causes qui 1 ont provoquee une premiere fois. Elle
DOIGT (PATHOLOGIE). C J47
peut s accompagner d une legere tumefaction du doigt avec une exageration de
la secretion sudorale. Hamilton a signale ce symptome chez une jeune fille de
dix-sept ans. La peau se montre alors rouge et congestionnee. Le plus souvent
elle est palecomme dans I oedeme.
Rien n est variable comme la duree des acces : tantot, au bout de quelques
instants, tout est termine. tantot 1 acces se prolonge pendant plusieurs heures
ou meme pendant plusieurs jours. II est rare que dans 1 intervalle des acces la
main soil completement indolore; le plus souvent elle est le siege d une sensa
tion de pesanleur et d un engourdissement douloureux tres-penible.
Les troubles de la motilitO suivent de pres les sensations douloureuses. Sans
parler des brusques secousses qui se produisent dans la main, quand on vient a
toucher le point douloureux, les muscles correspondants aux doigts malades
sont pris de tremblements convulsifs ou se mettent en etat de contraction per-
manente. Les doigts entraines par les flechisseurs se replient vers la paume, el
s immobilisent dans cette attitude. Les contractures deviennent quelquefois le
symptome le plus frappant et le plus penible Elles se bornent a la main,
ou envahissent les muscles de 1 avant-bras et meme du bras. Dans le cours
d une ne vralgie du pouce, chez une jeune fille de vingt ans, Hamilton a
note une contracture tres-douloureuse des muscles palmaires, lesquels s oppo-
saient a 1 extension du pouce et de 1 index. Le malade observe par Earle ne
pouvait etendre ses doigts et en souffrait horriblement. Mais voici un fait plus
grave, qui a ete rapporte par Cline : la fille d un chirurgien de Londres s elant
coupee au doigt, la blessure se cicatrisa rapidement. Mais bientot la malade
fut prise d une affection des nerfs qui, d abord bornee a la partie blessee,
s ctendit graduellement vers le bras, et determina ensuile une contracture
musculaire si violente de tout le membre superieur qu il etait double en quelque
sorte, et que la main etait venue reposcr sur 1 epaule correspondante. Lesessais
laits pour Ten ecartcr determinaient une douleur dechirante. On la laissa done
dans cette position et Ton essaya le traitement par 1 electricite. Ce moyen
echoua. La malade finit par guerir apres un sejour de deux ans au bord de
la mer.
Si la nevralgie se prolonge, on voit survenir divers troubles trophiques avec
des sensations de froid qui obligeut les malades a tenir leur main chaudement
enveloppee. Dupuytren (Traite des bJessures par atonies de guerre, t. I,
p. 95) a signale 1 atrophie de la main et d une partie de 1 avant-bras. L atrophie
porte non-seulement sur les muscles de la paume, mais encore sur la peau, sur
les os et sur les articulations qui subissent des alterations speciales.
La peau s amincit, devient seche, luisante et polie. Annandale a tres-bien
decrit cette alteration particuliere chez une femme de soixante-quatre ans, qui
avail une nevralgie de 1 annulaire gauche. Les doigts, dit-il, etaient effiles en
forme de cierge, et la peau presentait cette apparence vitreuse caracteristique,
ce poli particulier que Paget observa le premier dans les blessures des nerfs a
un degre tres- marque. Les ongles etaient sees et cassants. Get aspect luisant de
la peau se remarquait aussi sur la face dorsale de la main et un peu sur 1 avant-
bras. Le tissu cellulaire sous-cutane, en particulier celui de la pulpe, se
resorbe en grande partie, ce qui donne a 1 extremite du doigt cette forme effilee
remarquee par Annandale, par M. Avezou et par plusieurs autres observateurs.
Les articulations phalangiennes, ne fonctionnant plus par suite de 1 immobi-
lisation des doigts, s alterent. On observe a leur iiiveau un peu de gonfleraent
248
DOIGT (PATHOLOGIE).
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lioration, puis recidive.
isucces des moyens medicaux.
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de la cicatrice. Recidive.
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Douleur gagnant successiv
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vanl-bras,au coude, a I epaule.
Excision d un demi-pouce du
nerf radial, par M. Earle.
L operalion fut suivie d un
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des symptomes.
L elcclricile ecboua. Sejour
prolonge pendant deux ans
au bord de la mer.
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vralgie n ay;int dure que
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DE LA DOULEUR.
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DOIGT (PATHOLOGIK). 255
avec de la rougeur. Plus tard surviennent des arthropathies a forme noueuse,
comme dans certaines maladies de la moelle. Et, si la nevralgiealteint un enfant,
on voit 1 accroissement du sijuelette se ralentir dans le membre douloureux. Ces
alterations out ete evidentes dans une observation publiee par M. Bouchut. Une
petite fille, de sept ans, avait eu le pouce droit broye a 1 age d un an. Depuis
lors elle avait souffert dans les membres superieurs, ct de temps en temps elle
avait du rester au lit pour des douleurs dans les doigts et les poignets. Ce qui
frappait le plus dans son e tat, c etait un arret considerable dans le developpement
de la main et du membre superieur droit. En outre, des nodosites dures au
toucber existaient aux doigts des deux mains, a 1 exception des pouces, et
etaient surtout developpees aux articulations des premieres phalanges avec les
dcuxiemes.
En dehors de 1 etat d irritabilite et d affaiblissement dans lequel la douleur
finit par ploriger les malades, Fhyste rie et 1 epilepsie sont les complications
les plus a redouter. Parsons a note la toux hysterique; Feron les etouffements,
la cardialgie, les vomissements incoeicibles, la dysurie. Astley Cooper et Loing
ont vu survenir des acces d epilepsie ve ritable.
Le pronostic doit etre Ires-reserve. La nevralgic digitale guerit souvent par
le repos et par un traitement medical. Mais il arrive quclquefois qu elle resle
stationnaire ou va en s aggravant. Si quelques malades, a force de precautions
et de soins, parvieunent a mode rer leurs douleurs et a vivre avec leur mal,
plusieurs autres sont obliges de reclamer les secours de la chirnrgie. Presque
loujours, dans ces cas graves, la constitution est profonde ment alteree par les
souffrances, par les insomnies, par la perte de 1 appelit, par les spasmes de
toute nature. Une des malades de Swan est morte d epuisement. L operation
est, dans ces cas, lj derniere ressourcequi puisserendre la sante. Et I inlerven-
tion cbiriirgicale ne doit pas etre trop tardive ; elle serait ineflicace, si la pertur
bation du systeme nerveux e tait tres-profondc et tres-ancienne.
Anatomic pathologique. Nous ne possedons que cinq observations dans
lesquelles on se soil preoccupe d examiner si le nerf douloureux pre sentait
quelque alteration. Dans les autres observations, 1 examen anatomique ne parait
pas avoir ete fait, omission regrettable au point de vue de la pathogenic de la
nevralgie digitale. Wardrop dit qu on dissequa avec soin le doigt ampule, et
qu on ne decouvrit aucun cbangement dans la structure du nerf. Mais dans les
quatre autres cas on trouva que le nerf collateral etait adherent it la cicatrice.
Trois fois il avait subi une modification evidente danssa texture. Dans le cas de
Laing, les branches digitales du nerf me dian et une branche du nerf cubital
etaient hypertrophiees et quatre ou cinq fois plus grosses qu a 1 e tat normal.
Dans le cas de Gock> deux des nerfs collateraux etaient devenus bulbeux.
Swan n indique pas si le nerf avait augmente de volume. Mais Annandale
donne des details tres-precis : j ai constate, dit-il, que le nerf, qui suit le
bord externe de la face palmaire de 1 annulaire, avait ete blesse au point
correspondant a la cicatrice de la plaie primitive. En ce point le nerf paraissait
avoir ete partiellement divise et s etre reuni. II y avait un epaississement du
cordon nerveux au point blesse. Get epaississement s etendait a environ un
liuitieme de pouce au-dessuset au-dessous de la lesion. II paraissait plus vascu-
larise queue Test Je tissu nerveux et comme atteint d unprocessusinflammaloire.
Ces quatre cas demontrent qu il y a eu un travail inflammatoire local amenant
1 adherence du nerf a la cicatrice et 1 hypertropbie de son nevrileme. En raison-
254 DOIGT (PATHOLOGIE).
nant par analogic, on peut conclure que, dans beaucoup d autres cas, il y a la
meme lesion du nerf collateral. Or [ adherence du tronc nerveux a une cicatrice
et la retraction ulterieure du tissu inodulaireexpliquentsuffisamment la produc
tion d une nevralgie digitale.
Mais il existe des nevralgies consecutives a une simple piqure du doigt, a une
contusion, a une. brulure legere, ou a une ulceration superficielle. Dans ces cas,
il ne saurait etre question d adherences cicatricielles, ni de compression des
fibres nerveuses par un tissu inodulaire. 11 taut done chercher ailleurs la cause
de la douleur. Cette cause me parait etre la nevrite. Dans le fait quej ai observe,
la pression d une bague trop etroite avail produil la nevralgie; il etait facile
de constater que le nerf collateral dorsal interne de 1 auriculaire etait tumetie,
puisqu on le sentait comme un petit cordon en explorant la region correspon-
dante de la premiere phalange. Ce petit filet nerveux elait manifestement
enflamme et celte nevrite, qui etait legere, suflisait cependant pour produire de?
douleurs tres-penibles.
Ainsi, I adherence du nerf a la cicatrice, dans certains cas, la nevrite, dans
d autres cas, permettent de se rendre exactement compte de la douleur locale,
ainsi que des troubles qui se produisent dans le voisinage du nerf affecte.
Mais il suffit de jeter un coup d oeil sur les observations de nevralgies digi-
lales, pour voir qu elles ne re.-tent pas confmees dans le doigt lese et que les
troubles nerveux envahissent souvent la main, le membre superieur, une partie
du tronc, les membres du cote oppose et les visceres eux-memes. Comment se
fait une pareille diffusion? Ici deux theories sont en presence, celle de la
nevrite ascendante et celle de 1 irritation propagee a distance. Ce n est pas
sortir de notre sujet que de dire, en peu de mots, comment on explique les
phenomenes dans ces deux theories.
Dans Tune on suppose que rinflammation du nerf collateral se propage
jusqu a la moelle en suivant le tronc (median, cubital ou radial) d ou il emane.
Cette nevrite ascendante envahirait la moelle, altererait les noyaux d origine
des branches du plexus brachial correspondant et, par suite, des troubles de la
sensibilite, de la motilite et de la nutrition, se produiraient dans les regions ou
ces branches vont se distribuer. Malheureusement cette hypothese ne peut
s appuyer sur aucune constatation anatomique faite chez 1 homme.
Dans 1 autre theorie, on admet que le nerf transmet a la moelle 1 irritation
peripherique, sans subir lui-meme aucune alteration inflammatoire. Cette irri
tation medullaire pourrait rester latente pendant un temps plus ou moins long,
puis provoquer tout a coup des troubles dans le territoire de nerfs qui
n avaient pas ete primitivement blesses. II s agirait dans ces cas d une sorte
d action reflexe.
Weir Mitchell attribue les accidents de voisinage a la transmission directe
de la nevrite ou de 1 irritation aux nerfs voisins. Si, par exemple, on a affaire a
une lesion delabranche collateraleextcrne palmaire dupouce, 1 irritation remon-
terait jusqu au niveau de la division du nerf median en six branches terminales,
et de la elle pouvrait envahir chacuue de ses branches. Si 1 irritation remonte
encore plus haut jusqu au plexus brachial, en suivant le tronc du median, les
anastomoses permettraient a 1 irritation de gagner tous les autres troncs du
plexus. Cette hypothese, pas plus que les precedentes, ne repose sur une preuve
certaine.
Quant aux accidents nevropathiques a distance, qui s observent dans les mem-
DOIGT (PATIIOLOGIE). 255
bres du cole oppose et dans les visceres, quant aux attaques d hysterie et
d e pilepsie, il est difficile de ne pas les attribtier a 1 irritation de la nioelle
sans cesse excitee par 1 epine peripherique, irritation qui se realise surtout chez
les femmes et chez les sujets predisposes par 1 anemie ou par une excitabilile
particuliere du systeme nerveux.
Dans les nevralgies digitales recentes, le traitement consiste a prescrire le
repos, les topiques emollients et les narcotiques intus et extra. On. y ajoute les
preparations ferrugineuses et les toniques, si le patient est anemique. Jeffreys a
gueri son jeune malade en lui donnant du fer et, chez la malade de Cline, la
nevralgie cessa apres un sejour de deux ans au bord de la mer. Si les acces
reviennent periodiquement, a la maniere d uue fievre intermittente, lesulfate de
quinine et les preparations analogues sont indiquees.
La maladie se prolonge-t-elle, une nevrite ascendante existe-t-elle, on doit
recourir aux revulsifs, aux vesicatoires, aux moxas, aux pointes de feu appliquees
soit sur le trajet du nerf, soit pres de son origine, c est-a-dire au cou et a la
nuque. On pent aussi essayer 1 usage des courants continus. Mais ces moyens
echouent bien souvent. Us ne sauraient reussir, si la nevralgie a pour cause
I irritation d un nerf digital par le tissu retractile d une cicatrice. Dans ces cas,
la Medecine operatoire seule peut amener la guerison.
A en juger d apres notre tableau, 1 intervention chirurgicale est tres-souvent
necessaire. En effet, sur 29 observations on le traitement a ele indique, on a
eu recours 18 fois a des operations diverses. Cauterisation profonde (5 fois),
extirpation d un durillon ou de la cicatrice (2 fois), resection du moignon
(1 fois), elongation du nerf (1 fois), section et resection nerveuse (5 fois),
amputation (6 fois), telles sont les operations qui ont ete pratiquees. 12 fois
les malades ont ete gueris et 5 fois ameliores. Dans 2 cas, la nevralgie a resisle
a 1 arnputation du doigt (Swan) et a la cauterisation au fer rouge (Feron). Dans
un cas, le patient mourut par le chloroforme pendant 1 operation (Cock).
Toutes ces operations ne nous paraissent pas egalement recommandables. La
cauterisation n est applicable que lorsqu il y a une ulceration ; elle laisse une
plaie tres-etendue, dont la cicatrisation produit un tissu inodulaire qui peut fort
bien ramener la nevralgie. Nous lui preferons de bcaucoup 1 excision avec 1 in
strument tranchant pour detruire le point d ou part la douleur. La simple
section nerveuse est illusoire: la continuite du nerf se retablit et le mal reci-
dive.
L excision d une portion du nerf est certainement une operation efficace,
qui a donne deux succes enlre les mains d A. Cooper et d Earle. Mais nous
aurions autant de confiance dans 1 operation moderne, qui consiste a elonger
les troncs nerveux. L elongation faite sur les nerfs qui se distribuent a la main
ou sur le nerf collateral affecte, comme 1 a fait Spence, est un des meilleurs
moyens de guerir ou d ameliorer les nevralgies digitales.
Que dire de 1 amputation, si ce n est que c est une mesure extreme, a laquellc
il ne faut se resoudre que dans les cas d insucces de tous les autres moyens, et
dans les cas ou la vie du patient est en peril. 11 n est meme pas certain quo
1 amputation d un doigt emporte la cause de la douleur. Apres la desarticulation
metacarpo-phalangienne de 1 index, la nevralgie n a pas cesse dans un des fails
observes par Swan, et, dans le fait de Mayo, on dut amputer successivement
1 avant-bras, le coude et 1 epaule, pour gue rir le patient.
Quelle que soit 1 operation qui a ete resolue, une des conditions de succes est
256 DOIGT (PATHOLOGIE).
de la pratiquer de bonne heure, avant que 1 irrilation de la moelle ait trans-
forme la nevralgie locale en une maladie generate du systeme nerveux. Enfin, il
faut savoir qu en raison meme de 1 liabitude morbide du systeme nerveux la
nevralgie n est pas supprimee aussitot apres 1 ablation de son point de depart.
Plusieurs observations prouvent que les douleurs continuent apres 1 operation,
qu elles ne s attenuent que peu a peu, et qu elles ne cessent qu apres plusieurs
jours ou plusieurs semaines.
E. FERON. Morsurc du petit doigt. Douleur vive sur tout le trajet du nerf
cubital : plus tard irradiations mul(i]>les, cardialgie et dysurie. In Journ. comple mentaire
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Nervous Affections of the Hand. In the Lancet, t. II, p. 405, 1881.
DOIGT A RESSORT. Imaginez qu un doigt soit arrete dans son mouvement
d extension ou de flexion, puis que, 1 obstacle etant surmonte par un effort quel-
eonque, le mouvement reprenne sa course jusqu a ses limites naturelles avec la
rapidite automatique d un ressort, vous aurez une idee exacte de la maladie qui
va nous occuper.
Elle avait passe inapercue jusqu en 1850. A cette epoque, M. A. Notta eut le
merite d en donner, le premier, une excellenle description, a laquelle on a ajoule
bien peu de chose. Quelques annees plus tard (1855], Nelaton lui attribua le
nom pittoresque de doigt a ressort. MM. Arrachart, Dumarest et Blum, eu ont
public des observations interessantes. A 1 etranger, elle a ete vue r depuis 1865,
par Busch, Hahn, Berger, Menzel et Fieber. En somme, cette singuliere affection
est tres-rare, puisque la litterature medicale n en possede qu une vingtaine
d exemples. A tons ces fails connus j en peux ajouter un uouveau, dont je parlerai
dans le cours de ce chapitre.
Pour bien preciser la symptomatology, ]Q ne saurai mieux faire que de repro-
D01GT (PATIIOLOCIE). 257
duire une des observations types qui ont elabli 1 cxistence de celte malidie. Je
choisis le fait observe par Nelaton en 1855. Une femmc de quaraute-cinq ans
s apercut pour la premiere fois, il y a huit ans, que par moment les mouvcmeuts
de son annulaire droit n etaient pas eompletement libres. Depuis six semaines,
la gene a augmente et s est e tendue au pouce da meme cote. La main ne
presente aucune alteration appreciable a la vue. Mais, lorsque tous les doigts
sont flechis, si la malade veut les elendre, le mouvemcnt d extension se fait
bien et facilemcnt pour tous les doigts, excepte pcmr 1 annulaire et le pouce.
Pour ces dernicrs, I extension commence a se faire jusqu a un certain point, puis
s arrete tout a coup. Si la patiente persisle a coutracter les extenseurs, ou si,
avec 1 autre main ou le doigf voibin, elle vient en aide au doigt malade, il se fait
un mouvement brusque, comme s il y avail un ressorl et oomme si un obstacle
venait d etre franchi. L extension devienl alors complete. On observe le meme phe -
nomene pendant la llexion. Apres un exercice un peu pvolouge d extension et de
flexion, les mouvements brusques diminuent d intensile et meme disparaissent,
pour reparaitre apres un instant de repos. L exploration attentive de la main
fait constaterla presence d un corps, du volume d un petit pois, situe a la base
de 1 annulaire et du pouce, au niveau de 1 articulation metacarpo-plialangienne
et sur le tmjet des tendons flechisseurs. Ces corps sont lisses et presentent la
consistance du cartilage. Us sont rouhint sous le doigt qui les presse. Pendant
les mouvements d extension et de flexion on sent ces corps s arreler brusque-
ment, puis, si 1 effort continue, executer un mouvement brusque et rapide
comme s ils venaient de franchir un obstacle. Ges corps paraissent sieger dans la
gaine des Dechisseurs.
L arret est plus ou moins difficile a surmonter. Dans le cas precedent, de
memo que dans celui que j ai vu et dans plusieurs autres, 1 effort musculaire
suffisait. Mais il est des cas ou la contraction des muscles est impuissante,
surtout lorsqu il s agit d un muscle extenseuv. Le malade est alors oblige de redres-
ser son doigt avec la main saine ou de presser sur lui avec force. Dan> une des
observations de M. Blum, non-seulement la malade s aidait de la main, mais
encore, si elle ne reussissait pas, elle comprimait son doigt en s asseyant
sur lui.
La reduction se fait souvent avec un bruit de claquement sec, que Ton percoit
a distance. Elle s accompagne ordinairement d une douleur Ires-variable dans
son intensite. Dans quelques cas, cette douleur est assez violente pour amener
des sueurs froides et meme une syncope; dans d autres, elle manque lotalement.
La maladie debute tantot brusquement, quelques jours apres un effort ou
une douleur ressentie dans le doigt; tantot sourdement, par une gene qui
s accroit jusqu a 1 etablissement du phenomene de 1 arret et du ressort. En
"eneral, elle disparait ou s ameliore au bout de quelques semaines ou de quel
ques mois. Mais on observe aussi des cas ou elle reste stationnaire et parait
devoir se perpetuer indetiniment.
ISetiologie du doigt a ressort est trcs-obscure. Cependant on ne peut mecon-
naitre 1 inlluence du rhumatisme dans quelques cas et, dans d autres, 1 influence
d un traumatisme. En dehors de ces deux causes, on ne sail rien de certain.
Dans la troisieme observation du memoire de M. Notta, la cause traumatique
a ete des plus evidentes : en faisant une experience, un chimiste s en-
fonca un tube de verre dans la paume de la main, sur le trajet du tendon fle-
chisseur du doigt annulaire, a deux centimetres environ du pli digito-palmaire.
DICT. ENC. XXX. 17
DOIGT (PATHOLOCIE).
Le fragment de verre fut immediatement extrait, et la petite plaiese re uoit par
premiere intention. Au bout de quelques jours, lorsque toute douleur eut
<lisparu, le blesse s aperQut que 1 extension et la flexion du doigt annulaire
^prouvaient un temps d arrel. L obstacle qui causait ce phenomene etait une
nodosite developpee sur le tendon, au niveau de la blessure. Au bout de huit
mois, celte nodosile disparut sans traitement et, depuis dix-huit ans, le patient
n a rien eprouve de semblable.
Le sexe feminin et 1 age mur ou lavieillesse jouent un role important comme
causes predisposantes. Dans le releve des observations fait par M. Blum, on
compte, en effet, 14 femmesetShommes. Le fait que j ai observe sur le medius
<l une jeune fille de seize ans vient encore grossir le contingent du sexe feminin.
Presque tous les malades avaient depasse Tage de quarante ans. L observation
de Berger, qui se rapportc a un enfant de cinq ans et demi, et la mienne, ou la
inalade avail seize ans, sont tout a fait exceptionnelles.
Quant aux doigts les plus souvent affectes, M. Blum a trouve les chiffres
suivauts :
Poucc 10 fois.
Index 1
Medius (en y ajoutant le fait qui mVst |>rr-omirh .... 5
Annulaire 10
Auriculaire 2
Plusieurs doigts de la meme main sont quelquefois atteints simultanement et
la maladie peut meme sieger aux deux mains a la fois.
Pathogenic. Apres avoir decrit les phenomenes cliniques du doigt a
ressort, Notta et Nelaton ont voulu aller plus loin et rechercher quel enest
|e mecanisme. L explication qu ils ont donnee semble etre vraie dans beaucoup
de cas, a moins que quelque autopsie, qui fait defaut jusqu a present, ne vienne
rinfirmer. Us ont pense que la synoviale des tendons flechisseurs devenait le
siege d une tumefaction innammatoire, au niveau du point ou elle se replie
en cul-de-sac autour des tendons. Ce cul-de-sac est situea peu pres au niveau du
pli palmaire inferieur, un peu au-dessous du bord net et tranchant forme par la
bandelette transversale de 1 aponevrose palmaire. Or, qu il survienne un epais-
sissement de ce cul-de-sac synovial, sous Finfluence du rhumatisme, d un
traumatisme ou de toute aulre cause, les tendons flechisseurs entraineront,
dans leurs mouvements, une nodosite qui franchira difficilement 1 arcade fibreuse
en question. De la 1 arret du doigt, puis le ressaut lorsque 1 obstacle est depasse.
Presque tous les auteurs ont adopte celte explication du doigt a ressort. En
effet, on sent la nodosite tendineuse preciscment au point ou se trouve le cul-
de-sac synovial ; on la sent encore cbeminer avec le tendon et se perdre dans la
paume a mesure que le doigt se flechit. Tous ces phenomenes etaient tres-
marques chez la jeune fille qu il m a ete donne d observer, et je ne doute pas
que, chez elle, la cause du doigt a ressort fut un epaississement inflamma-
toire du cul-de-sac de la gaine du medius.
Mais cette explicalion ne peut s appliquer au pouce ni a 1 auriculaire, puisque
leurs synoviales, prolongees jusqu au j)oignet, ne presentenl pas de cul-de-sac
palmaire. On admet alors que la tumefaction siege sur le tendon lui-meme. II
n est pas impossible, en effet, qu unesorte de tenosite avec depot plastique, soil
a la surface, soil dans 1 interieur du tendon, produise une nodosite capable
de gener son glissement dans la gaine osteo-fibreuse et d aniener les phenomenes
du doigt a ressort. En enroulant un fil sur les tendons flechisseurs de maniere
DOIGT (PATHOLOGIE).
t
a augmenter leur epaisseur, M. Blum a vu le ressaut se produire chaque fois que
le point arlificiellemenl epaissi franchissait, dans 1 un ou 1 autre sens, i entree de
la gaine. Cette experience me parait constituer une preuve irrecusable de la
realite, dans certains cas, d une tumefaction tendineuse comme cause du doigt a
ressort.
M. Notta a admis que 1 engorgement, du repli synovial triangulaire, qui
xiste dans Tangle de bifurcation du tendon tlecliisseur superficiel, peut aussi
devenir une cause d arret dans les mouvements digitaux. Cette hypothese est
>fort plausible. Mais nous ne saurions admettre, avec Pitha, qu un corps etranger
flottant dans une articulation plialangienne puisse produire les phenomenes si
reguliers du doigt a ressort.
En resume, epaississemenl du cul-de-sac de la synoviale, epaississemenl du
repli triangulaire du flechisseur superliciel, epaississement d un point limile
<i un tendon flechisseur, arret du point epaissi soil au niveau de 1 arcade de
1 aponevrose palmaire, soil au niveau de 1 entre e de la gaine osteo-fibreuse du
doigt, ou au niveau de la bifurcation du llechisseur superficiel, telles sont les
diverses conditions anatomiques qui engendrent le doigt a ressort.
Le traitement consiste en revulsifs cutanes, massages, bains emollients et
bains de vapeur. Dans les cas rebelles a ces moyens, Nelaton a propose de recourir
& la section sous-cutanee de 1 arcade fibreuse. Mais je crois que cette operation
n a jamais etc executee sur le vivant. S il m etait demontre que la nodosite
^apparlient a la gaine el non au tendon, je prefererais son extraction par une
incision a ciel ouYert, comme on le fait pour un corps etranger articulaire.
BIBLIOGRAPHIE. NOTTA. Recherckes sur une affection particuliere des gatnes tendineusrs
de la main, caracterisee par le developpement d une nodosite sur le trajet des tendont
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Soc. de med. de Paris, seance du 5 juillet 1884. In Union medicale, m&me annee.
AFFECTIONS PARASITAIRES. Les doigts ne sont pas exempts des maladies para-
sitaires. On a rencontre sur la peau de leur face dorsale Vachorion de la teiqne
dont les spores accumules formaient les plaques en godet du favus. On peut y
trouver le microsporon furfur, qui constitue les laches du pityriasis versicolor
Tout le monde sait que la commissure des doigts est une region ou Yacarus de
La gale aime a elire domicile. Nous ne faisons que mentionner ces elals mor-
bides qui sont decrits dans des articles speciaux.
Mais il existe un autre parasite de la main qui doit nous arreter quelques
instanls, bien qu il soil tres-rare au membre supe rieur et qu il ne s observp
260 D01GT (PMHOLOGIE).
qu exceptionnellement dans nos climats : nous voulons parler de la filaire,
ver de Me dine on dragonneau.
Gregor a releve deux observations de dragonneau a la main sur un total de
181 fails.
L ouvrage de Davaine renferme l indication des principaux cas de dragonneau
qui out ete observes a la main. 11s sont dus a Avicenne, a Ruysch, a Amouretti,
a Clot-Bey (cas du docteur Dussap) et a M. Cezilly.
Clot-Bey rapporte que le docteur Dussap, charge en chef du service medical
de 1 armee d Egypte en 1822, donuait ses soins, dans 1 hopital deSouan, a plus
de 400 individus affectes du dragonneau, lorsqu il contracta lui-meme leur
maladie en les pansant. Le docteur Dussap croit done a la contagion du dragon
neau. Les premiers symptomes s annoncerent d abord par un prurit douloureux
sur la face dorsale de la premiere phalange du doigt indicaleur de la main
gauche; un gonflement vesiculeux avec une douleur ardente succeda, et fit de
jour en jour de nouveaux progrcs. Le membre correspondant a la partie affectee
fut envahi en entier. La main etait surtout le siege de douleurs violentes qui
arrachcrent an malade, pendant plusieurs jours, les moindres instants de repos.
Personne ne soupconnait encore la nature de la maladie a laquelle on n opposa
que Implication de cataplasmes emollients et narcotiques, un regime doux et
des boissons propres a temperer la fievre. Quelques jours se passerent dans le
meme etat, et la nature ouvril enfin issue au ver que Ton retira peu a peu et
qui fit cesser graduellcment, par sa sortie, tous les symptomes inquietants
(Clot-Bey, p. 19, obs. 6).
On lit, dans la these de M. Cezilly (p. 32), que dans un cas de filaire a la
main observe au Senegal un phlegmon dilfus enleva presque toutes les parties
molles, et denuda les metacarpiens en respectant les muscles de 1 eminence
thenar. II n y eut pas d hemorrhagie. La duree du traitement fut d a peu pres
deux mois. Dans un autre cas, cite par le meme auteur, un dragonneau, plus
petit que le precedent, s etait loge de telle sorte iju il etait contourne autour du
petit doigt sous la peau. II sortit par 1 espace interdigital correspondant sans
produire d accidents inflammatoiies.
Amouretti (cite par Boudin) rapporte qu un negre avait six filaires dans la
main et que celle-ci fut frappee de gangrene.
II est probable que le dragonneau est moins grave aux doigts que dans toute
autre region. L exiguite de ces appendices permet, en effet, de seutirsa trace a
travers les teguments, ee qui facilite singulierement son extraction.
Dans les cas simples on pent laisser agir la nature. Le dragonneau sort quel-
quefois de lui-meme. Mais, si on est conduit a 1 extraire, ilfaut se souvenir de
ne pas le rompre, car sa rupture produit un phlegmon, qui devient souvent
gangreneux. Le phlegmon s est-il developpe, il est plus facile aux doigts que
partout ailleurs de faire tous les debridements necessaires.
BIBLIOGRAPHIE. GREGOR. Medical sketches of the expedict to Egypt from India, in-8,
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DAVAISE. Cas de filaire a la main. In Traite" des Entozoaires, p. 811, 1877.
DERMATOSES. Nous ne touchons aux affections culanees des doigts que pour
signaler les aspects etranges qu elles revetent souvent, et pour faire sentir les
difficultes qui en resultent pour le diagnostic.
DOIGT (PATHOLOGIE). 261
Rien n est commun comme Vecze ma de la main vulgairement appele la
gale des epiciers, II suffit d en avoir vu quelques exemples pour le reconnaitre
sans hesitation. Cependant observez cette dermatose lorsque les ongles sont
altere s, lorsque la pulpe est atrophiee et converte de petites ulcerations, vous
serez tres-embarrasse pour etablir un diagnostic exact. Une observation consi
gnee dans la these de M. Pasquet va nous servir d exemple : Un honime cut, a
1 age de vingt ans, une eruption generale. qui finit par se localiser aux mains,
ou elle devint persistante. iM. Hardy reconnut un eczema impetigineux, qui
parut gue ri apres un traitement de neufmois. Au bout de sept ans, reapparition
du mal. Alternatives de poussees et de calme pendant les annees suivantes.
Vingt ans apres la premiere atteinle, le patient entra dans le service de
M. A. Fournier. Une e ruption a forme eczemateuse occupait les doigts. Mais des
vegetations frambo3sienncs sur la pulpe et, sur la surface ungueale, une atrophie
et une deformation des extremites digitales, la perte des ongles, la symetrie des
lesions sur les deux mains, tout donnait a 1 affection une physionomie bizarre
et insolite. Avait-oh affaire a un eczema degenere, a une scrofulide, a une
arthritide? On ne put formuler un diagnostic precis et a 1 abri de toule
contestation.
Le lupus simule les affections malignes des doigts. Pour le distinguer, on se
souviendra qu il siege au niveau des commissures et sur la face dorsale, qu il
affecte la forme de tubercules multiples, que ses ulcerations tendcnt a se
cicalriser dans quelques points, tandis que dans d autres points elles rongent
et detruisent les doigts. D ailleurs certains lupus confluent de tres-pres aux
epitheliomas. On en cite meme qui sont devenus de veritables cancroides. On
possede aussi un exemple de de generescence epitheliomateuse d un psoriasis
palmaire.
Les irritations continuelles auxquelles les doigts sont soumis denaturent et
transforment rapidement leurs dermatoses. Les papules s excorient, les pustules
se rompent prematurement, les croutes sont sans cesse enlevees par le contact
des objet exle rieurs; d autres fois, des epoississements epidcrmiques so produi-
sent. En pen de temps 1 affection cutanee primitive est masquee par les gonfle-
ments inflammatoires, les ulcerations, les desi|uamations. 11 faut une grande
attention pour demeler la veritable nature de la maladie.
La main est tres-rarement affectee d elephantiasis.
Cazenave (Maladies de la peau, pi. XXXIX, p. 104) a rencontre, figure et
decrit un cas d elephantiasis des Grecs avec insensibilile de la peau.
Quant a \ elephantiasis des Arabes, il est beaucoup plus rare au membre
superieur qu au membre inferieur, et lorsqu il envahit 1 avant-bras et le bras, il
epargne ordinairement la main. Cependant L Herminier a ampule un bras pour
un elephantiasis de la main chez un negre de. cinquante ans. Cet organe, qui
avail environ quadruple de volume, presentait un boursouflement de la paume et
des doigts, boursouflement plus dur que celui de 1 cedeme. Le pouce et 1 auri-
culaire e taient surlout tres-tumefies. L avant-bras avail lui-meme augmente de
volume, mais proportionnelloment beaucoup moins que la main. L examen de
la piece anatomique, fait par Rayer et Davaine, montra une hypertrophie du
derme avec developpement des vaisseaux, des papilles, des couches epidermiques,
et une induration libreuse du tissu cellulaire sous-ctitane, lequel e tait infiltre
par un liquide sereux. Ch. Monod a soumis a la Societe analomiquc un curieux
exemple d elephantiasis cutane congenital, offrant i aspect d un enchondrome.
1)0 IGT (PATHOLOGIE).
La face dorsale de 1 index et la face laterale du medius etaient seules affectees,
On y constatait une hypertrophie des series papillaires et un developpement
tellement exagere des glandes sudoripares que le suintement de la sueur etait
apparent a 1 oeil nu. Nous-meme avons observe recemment, a 1 hopital de la
Pitie, chez un homme d une quarantaine d annees, un gonflement oedemateux
chronique de 1 avant-bras et du dos de la main, qui n etait autre chose qu un
elephantiasis au debut. Mais les doigts n etaient pas encore atteints.
La sclerodcictylie ou sclerodermie dactylee est une affection tres-rare, qui a
ele denommee el decrite parM. Ball (voy. SCLERODERMIE, article public en 1879).
Elle debute par un endurcissement de la peau a 1 extremite des doigts et
s accompagne de douleurs plus ou moins vives au niveau des articulations
phalangieimes. A son debut on peut croire a une asphyxie locale. Mais peu a
peu les doigts prennent une durete marmoreenne, s atrophient et s inflechissent
vers la paume. L atrophie porte surtout stir la derniere phalange. Dans le cas de
Dufour, la phalangette etait devenue aussi petite qu une lentille. Lorsque
1 atrophie porte sur un point limite de la circonference du doigt, elle creuse un
sillon circulaire et aboutit a une dactylolyse. Ces separations spontanees d une
partie plus ou moins considerable des doigts etablissent enlre la sclerodactylie
et Yainlmm une parente inde niable (voy. ORTEIL). Enfin un des traits particu-
liers a cette maladie est de se developper symetriquement sur les deux mains-
M. Budin a eu 1 occasion de faire 1 examen anatomique d une sclerodermie
dactylee, chez une femme de vingt-six ans, qui avait succombe a un erysipele
gangre neux. L index et 1 auriculaire etaient considerablement atrophies et dimi-
nues de la moitie de leur longueur. Tous les doigts Etaient retractes vers la
paume. II trouva une soudure complete de presque toutes les articulations et
une disparition des deux dernieres phalanges de 1 index et da rauriculaire. La
peau etait exactement appliquee sur les os. M. Charcot fit remarquer que ces
lesions differaicnt de celles du rhumatisme noueux par 1 atrophie des phalanges
et par 1 existence des ankyloses osseuses.
D apres M. Ball, la sclerodactylie serai t une scle rodermie debutant par les
extre"mites superieures, susceptible de sejourner tres-longtemps a son point de
depart, mais pouvant envahir peu a pen la main, 1 avant-bras, le bras, else gene
ral iser a toute la surface du corps.
On ignore jusqu a present si cette maladie est sous la dependance d une lesion-
du systeme nerveux.
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seance du 26 mai 1883. In Union med., 3" ser., t. XXXVI, p. 678, 1883.
Voy. aussi les articles consacres anx diverses DERMATOSES et les traites des MALADIES DR LA.
PEAU.
TOMEURS. C est seulement a partir de la these de Ch. Vermont (Paris, 1855)
et surtout a partir du Trailede Th. Annandale (Edinburg, 1865), que les tumeurs
de la main commencent a faire 1 objet d une description speciale. L auteur
anglais en donne une enumeration exacte, publiedes observations et des figure*
tres-interessantes, mais passe peut-etre trop sommairement sur leur histoire
clinique. II ne s est occupe d ailleurs que des tumeurs des doigts.
Cinq anne es plus tard, nous essayames de decrire pour la premiere fois les
tumeurs de la re gion metacarpienne. Nous nous eiforcamcs alors (Dictionnaire
encyclope dique, art. MAIN, 1870) de reunir toutes les observations eparscs-
pour les rlasser et en tirer I enseignement qu elles comportaient au point de
vue de 1 etiologie, de la symptomatologie, du diagnostic, du pronos ic et du
traiteinent. Nous avons eu la satisfaction de voir que nos recherches ont 6te
consullees par les auteursqui out ecrit sur le meme sujet, en particulierparM. Le
Dentu (Dictionn. de med. pratique, art. MAIN, 1875) et par M. A. Blum (Chi-
rurgie de la main. Paris, 1882).
Aujourd hui nous nous proposons de completer noire travail de 1870, en
ajoutanl aux tumeurs de la paume la description des tumeurs des doigts. Nous
mettrons a profit nos observations personnelles et tout ce qui a ete publie avant
nous, de maniere a construire avec tous ces materiaux un ensemble qui repre-
sente 1 etat actuel de la science. A la suite de chaque espece de tumeur nous
donnerons une indication liibliographique des travaux qui nous ont servi, et
aussi de ceux que nous n avons pas rencontres dans nos bibliotlieques, mais
qui peuvent faciliter les recherches des travailleurs qui viendront apres nous.
Nous ne nous dissimulons pas qu une description des tumeurs des doigts est
une entreprise difficile, parce que ces tumeurs sont rares et qu il n est pas
donne a un chirurgien d en observer un grand nombre pendant le cours de sa>
carriere. II faut done suppleer a rinsuffisance de 1 expe rience personnelle par 1*
lecture d observations souvent fort incompletes. De la des notions encore vagues,
et qui n acquerront toute la precision desirable qu avec le temps, lorsqu on aura
pu etudier un nombre suffisant de fails nouveaux. Nous n avons pas la preten-
tion d offrir au lecteur un tableau acheve, mais une simple esquisse.
En nous placant au point de vue de la clinique, nous diviserons les tumeurt
des doigts en tumeurs be nignes et en tumeurs malignes. Les unes et les autres
presentenl plusieurs especes. donl la frequence proportionnelle est approximati-
vemenl represenle e par le nombre des fails qui ont servi de base a nos de
scriptions.
1 Les tumeurs be nignes comprennent :
Cat.
IAngiomes 18
Cirsotdes 26
Anevrysmes 3
264 DO/GT (PATHOLOGIE).
Gas.
Les papillomes tres-frequents.
Les kystes 15
Les lipomes 6
Les fibromes 6
Les ne"vromes 9
Les chondromcs 92
Les osle omes 14
2 Les tumeurs malignes ccmprennent :
Cns.
Les sarcomcs 24
Les epithe liomes 17
Les can-women* 17
Les mclanomes, . t 6
Ces chiffies montrent quc les tumeurs benignes sont beaucoupplus frequentes
que les tumeurs malignes (dans la proportion de 188 pour 65, en exceptant les
papillomes). On voit en outre que, parmi les tumours benignes, celles que Ton
rencontre le plus souvent, apres les papillomes, sont les chondromes, et que
ce sont les sarcnmes parmi les tumeurs malignes.
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TUMEURS VASCULAIRES. A>SIOMES. Apres la tele, la main est la region du
corps ou Ton rencontre le plus d angiomes, el ces angiomes commencent ordi-
nairement par les doigts.
Us affectent deux formes parfaitemeut distinctes en clinique : dans 1 une la
tumeur est circonscrite, sans pulsation, sans bruit de souffle et sans tendance a
la dilatation des vaisseaux alferenls et efferents, ce sont les angiomes simples
et les angiomes caverneux, vulgairement connus sous le nom de tumeurs.
erectile?,; dans 1 autre, la tumeur est diffuse, pulsatile, soufflante, et s accom-
pagne d une dilatation progressivement croissante des arleres et des veines, ce
sont les angiomes rameux ou tumeurs cirsoides.
Quant aux ane vrysmes, nous verrons que les arteres digitales n en sont
presque jamais affectees.
TUMEURS ERECTILES. II est assez commun de renconlrer sur la peau des
doigts des laches rouges, qui sont constiluees par de pelits vaisseaux agglomeres
et de formation nouvelle. On les appelle des envies et plus scientitlquenient des
nazvi vasculaires ou des angiomes simples. S ils sont tres-petits, s ils resteut
stationnaires, on ne s en preoccupe d aucune facon. Mais ils atlirenl 1 attention,
s ils forment des laches larges et disgracieuses, et s ils ont de la tendance a
s elargir. Selon leur coloration, qui \arie depuis le rouge vif jusqu au bleu, on
les distingue en ncevi arte riels, ncevi veineux et ncevi mixtes. Les nse.vi
arteriels et les na3vi mixtes doivenl elre surveilles, parce qu ils se transforment
quelquefois en tumeur cirsoide. Les nsevi veineux ne semblent pas presenter
cette menace, mais ils ne demeurent pas toujours a 1 elat de simple telangiec-
tasie : ilspeuvent grandir et devenirdes angiomes caverneux.
DOIGT (p\inoLOGiE).
La transformation d un naevus en angiome caverneux, dans lequel le sang ne
circule plus settlement dans des vaisseaux dilates, mais dans un tissu lacunaire
analogue a celui d une eponge, se reconnait tout d abord par les changements
qui se produisent dans la tache vasculaire. Celle-ci s eleve pen a peu a la
surface de la peau et prend une teinte plus vive parsemee de quelques points
saillants et particulierement rouges, qui correspondent aux lacunes sanguines
les plus superficielles.
On rencontre quelquefois des tumeurs erectiles caverneuses a 1 extremite des
doigts ou 1 cpiderme e paissi les fait prendre pour des verrues. Un peinlre d bis-
toire consulta M. Bouchacourt pour une vive doulcur a rextremite de 1 index
droit. II y avail dans ce point une petite saillie d un rouge fonce, d un aspect
verruqueux, mais plus lisse et se detachant rnoins neltemcnt de la peau quc les
verrues ordinaires. Apres 1 ablation, on vit que la tumeur, formee en grande
partie d un tissu corne, etait traversee de la profondeur a la superficie par une
grande quantite de vaisseaux, qui lui donnaient un aspect areolaire.
En s elevanl de plus en plus a la surface de la peau la tumeur erectile peut
se pediculiser et pendre au doigt comme un veritable polype. M. Larnelongue
en a observe un exemple d autant plus remarquable qu il s agissait d un
nouveau-nc, et que la pediculisation s etait accomplie pendant la vie foetale.
Le pedicule de couleur bleuatre, large de 2 millimetres, long de 1 centimetre,
etait appendu au cole externe de 1 auriculaire. II supporlait une tumeur em-
blable a une cerise qui aurait macere dans de l eau-de-vie. A premiere vue on
aurait pu prendre cette tumeur pour un doigt surnumeraiie, mais sa coupe
montra clairementqu elle etait constitute, au centre, par du tissu erectile veri
table et, a la periphe rie, par un tissu erectile transforme en lacunes remplies
de serosite.
Les angiomes des doigts sont tantot solitaires, tantot multiples, et affectent
deux formes, la forme diffuse ou la forme circomcrite dans laquelle la tumeur
est limitee par une enveloppe celluleuse. Foucher a presente a la Societe anato-
mique un exemple d angiome solitaire, qui etait situe dans le tissu celluhiire
de la face anterieure de la seconde pbalange de 1 index. Un autre augiome
solitaire adherant a la gaine du flechisseur du pouce fut opere par M. Pe;m.
J. Cruveilhier a rapporte, dans son Anatomic pathologifjue (t. Ill, p. 880),
deux fails d angiomes multiples. Dans 1 un de ces fails, une multitude de
petites tumeurs variqueuses, bleualres, molles, fletries, occupaient la face
dorsale d3 1 index el du pouce, le bord radial de 1 avant-bras, le bras et le
moignon de 1 e paule. Les unes e taient cutanees, les aulres etaient profondes
sous-cutane es, intra-musculaires, intra-tendineuses, etsiegeaient jusque dans le
perioste et les synoviales. Yirchow a aussi observe des angiomes mulliples,
variant de la grosseur d une noiselle a celle d une noix, sur 1 annulaire, la main
et 1 avant-bras d un homme de quarante-buit ans.
On ne saurail dire si les angiomes mulli|iles sont plus frequents que les
angiomes solitaires. Mais en sail que les premiers ont une remarquable tendance
a pulluler. En augmentant de volume et en se rapprocbant les uns des autres,
ils peuvent amener peu a peu la dilatation variqueuse de tout le systeme veineux
de la main et du membre superieur. La phlebarterieclasie veineuse que possede
le musee Dupuytren (piece n 5-45) n est probablement que revolution ullime
de plusieurs angiomes veineux dissemines sur les doigts. D autres fois la tumeur
erectile est d emblee diffuse, comme dans le fait de M. Richet, qui parvint
266 DOIGT (PATHOLOGIE).
a faire disparaitre presque complelement, avec des injections de perchlorure
de fer, un large angiome s etendant de la main a 1 avant-bras.
Les tumeurs erecliles digitales n ont pas foujours une origine congenitale. II
en est un certain nombre qui se developpent sans avoir ete precedees par une
tache vasculaire, a une epoque plus ou moins avancee de la vie. Elles naissent
alors soil dans le tissu cellulo-adipeux (angiomes lipogenes), soil aux depens
des vasavasorum des veines sous-culane es (angiomes phle bogenes) . Kreysig
connaissaitune femme de soixante-douze ansqiii portait, depuis de longues annees,
an bout du doigt indicateur gauche, une tumeur developpee sans cause connue
et mesurant un tiers de pouce de diametre; toutes les quatre semaines cettc
tumeur se lumefiait peu a peu, devenait Ires-rouge et laissait suinter des gouttes
de sang. Langenbeck enleva une tnmeur caverneuse, du volume d un uf de
pigeon, siegeanl sur le medius d un vieillard; la maladie avail debute sponla-
nemenl vingt ans auparavant. Esmarch, qui cite le fait precedent, a lui-meme
opere des angiomes multiples aux doigts, a la main et a 1 avant-bras, chez une
jeune femme de vingl-neuf ans, qui avail vu son mal apparaitre a 1 age de six
ans (voy. art. MAIN, p. Hi).
La cause de ces angiomes tardifs est ordinairement inconnue. Cependant-on
peut remonter, dans quelques cas, a une origine traumatique. Une observation*
publiee par M. Duplay nous en servira de preuve : Un soldal recul, pendant la
guerre franco-allemande, un coup de crosse de fusil sur la main droite. Ce
traumatisme semble n avoir produit qu une petite plaie contuse, sans delabre-
ment considerable. Au bout de trois semaines, la guerison elail complete el le
blesse reprenail son service. Apres la paix, il conlinua son metier de terrassier.
tl avail alors, sur la face dorsale de la main droite, une petite lumeur, grosse
comme une noiselle, lumeur qui n exislait pas avant le coup recu trois mois
auparavanl. Celte tumeur augmenta lentement de volume. A sa parlie moyenne
une tache violace e apparut. Elle elail Ires-analogue a un nsvus. Or, il n y avaife
point de naevus sur la peau avanl le Iraumalisme. M. Duplay diagnostiqua urv
angiome du tissu cellulaire, el 1 enleva par une disseclion rapide. A 1 examen
microscopique, fait par M. Monod, on trouva : d une part, une dilatation des
vaisseaux du tissu adipeux, dilatation simple d abord (angiome simple) et passant
progressivement a la dilatation dite caverneuse (angiome caverneux); d une
aulre parl, une dilalalion des vaisseaux des glandes sudoripares, expliquant
renvahissemeut de la peau.
A la longue, les tumeurs erecliles des doigts peuvent se gercer et s ulcerer
sous 1 influence du froid ou du conlacl des objets exterieurs. II se produit alor&
des hemorrhagies assez abondantes el assez repelees pour inquieler et affaiblir
les malades. Ces ulceralions deviennenl quelquefois 1 origine d une inflammalion
plaslique dans le tissu de la tumeur et d une cicatrisation consecutive qui en
ameue la guerison. Mais, d autres fois, elles n onl aucune lendance a se cica-
Iriser. Elles prennenl une forme alonique et laissent couler allernalivement du
sang ou un liquide sanieux el felide. Chez une pelile fille de sepl ans, soignee
par M. de Sainl-Germain pour un angiome diffus envabissanl loule la main, a
1 exception de 1 auriculaire, ces accidents etaient si inlenses el la palienle en
elail si anemiee, que ce chirurgien ful oblige de lui amputer 1 avant-bras
(obs. de M. Devilliers).
II ne nous parail pas douteux que certaines tumeurs e rectiles subissent la
degenerescence cancereuse. Curling parle d un naevus devenu lumeur maligne 4
DOIGT (PATHOLOGIE). 26T
la suite d un pincement du doigt affecte dans une porte. On lit, dans le Traile
des tumeurs de Virchow (t. IV, p. 118), que chez un jeune gareon une tuineur
erectile de 1 auriculaire augmenta peu a peu au point de transformer ce doigt en
une masse informe. Hanuschke enleva la tumeur en desarticulant le cinquieme
metacarpien et en resequant lequatricme. Celle-ci pesail presde2 livresetdemie,
et Yirchow reconnut qu elle etait constitute par un sarcome telangiectasique
hemorrhagique. Les os n etaient qu exterieurement en Connexion avec la turneur,
II y eut une recidive a cote de la cicatrice. Deux ans apres 1 enf ant tomba dans
un marasme progressif et succomba ; les medecins attribuerent la mort a une
me taslase interne. La transformation d un nsevus vasculaire en tumeur
melanique ne parait pas avoir ete observee aux doigts.
Toutes les fois qu il existe une lache vasculaire, le diagnostic est facile. Mais
il presente d assez grandes difficultes, si la tumeur est profonde et si Ton ne
rencontre point de nsevus. II faut alors se guider sur 1 ensemble des signes
suivants : consistence moelleuse et spongieuse, reduclibilite tolale ou partielle
par la pression, turgescence par la compression des veines afferentes et dans la
position declive, indolence, teinte bleuatre par transparence a travers la peau.
Le pronostic est favorable, car les tumeurs erectiles des doigts sont generale-
ment benignes, sauf quelques exemples de transformation en tumeurs cirsoides
et quelques exemples, beaucoup plus rares, de transformation en cancer. EHes
restent souvent st;itionnaires, limite es a de petites dimensions, et n entravent pas
les fonclions de la main. Cependant il est indique de les enlever, lorsqu elles
deviennent douloureuses et genantes, lorsqu elles augmentent de volume, lors
qu elles s u Ice rent et produiscnt des hemorrhagies.
L ablation avec le bistouri convient dans les cas de tumeurs circonscrites. La
cauterisation avec les acides mineraux, avec le Ihermo-cautere, avcc la pate de
chlorure de zinc, les injections de percblorure de fer, trouvent leur application
dans les cas de tumeurs etalees et diffuses. Mais lorsque tout un doigt est envahi,
lorsque le mal comprend plusieurs doigts et meme la paume de la main, ces
moyens sont insuffisants et on est contraint d amputer 1 organe malade.
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TUMEURS CIRSOIDES. Anevnjsmes cirso ides, ane vrysmes par anastomoses., tu-
meurs fonguemes sanguines, tumeurs e rectiles arterielles, varices arterielles,
phle barte riectasies, angiomes rameux, sont des expressions synonymes. Lors-
qu on examine une tumeur cirso ide parvenue a une periode avance e, une grande
partie dc la main esl deja envahie, et il faut s en rapporter au dire du malade
pour savoir si c est le doigt ou la paume qui en a ete le point de depart. La
distinction est peu importante pour la iherapeulique, mais elle a quelque
interet pour I liistoire naturelle de la maladie. En 1871, lorsque nous avons
ecrit 1 arlicle MAIN de ce Dictionnaire, nous ne possedions que 14 fails de
tumeurs cirso ides affectant cet organe; actuellemenl nous en connaissons 26.
Nous pon von s dire que 12 Ibis la maladie etait limilee au doigt ou avail mani-
festement commence par lui (observations de Wardrop, John Russell, Loyd,
Nelaton, Letenneur, Gillette, Delore, Broca, Gozzoli, Desprcs, P. Berger,
Polaillon), et que 13 fois la m:iladie envaliissait simultanement un ou plusieurs
doigls el la paumc (fails de Chelius, Guillon, Vclpeau, Krause, Laurie, Tre lat,
Gheiini, Dcmarquay, Obalinski, Nicoladoni, Tillaux, II. Fischer). Comme parmi
ces dernieres observations il y en a cerlainement plusieurs dans lesquelles la
produclion morbide a pris naissance aux doigls, on peut avancer que ces organes,
plus souvenl que la paume, sonl le point de depart des tumeurs cirso ides de
I extiemile superieure. D ou il faut conclure que les arteriolcs et les capdlaires
des doigts out une predisposition particulicre aux dilalations cirso idiennes,
dilatalions auxquelles pafticipent plus lard les vaisseaux de la paume, de 1 avant-
bras et meme du bras. La lumeur cirsoide de la paume saus extension digitale
est une grande rarete. Nous en avons communique un cas lype a la Societe
clinique (15 juin 1878). La lumeur occupait la profondeur du premier espace
interosseux, et il n y avail aucune alleralion des doigls correspondants.
Nous n avons que deux donnees certaines sur Vetiologie de ces tumeurs :
c est, d une part, la presence d un nrcvus congenital, d une autre part, le trau-
matisme. Sur nos 26 cas, 8 fois une tache vasculaire de naissance a c te 1 origine
de la maladie, et 6 fois la maladie elail congenilale ou avail etc remarquee des
la plus tendre enfance. Lorsqu un nabvus precede la tumeur cirso ide, la relation
de 1 un a 1 autre est evidente, mais, dans les cas ou la tumeur esl congenitale,
sans qu on apercoive de na^vus cutane, il est biou probable qu elle reconnail
encore pour cause un noyau de lissu erectile, cache sous la peau. Quant au
traumatisme, son influence a ete demonlree 4 fois. Le blesse de Lelenneur avail
etc profondement blesse a 1 annulaire a I agc de sepl ans; celui de Krause avail
ele mordu par un chien ; cclui de Demarquay avail recu un coup de pierre sur
le me dius, el M. Gozxoli raconte que la lumeur cirsoide qu il observa sur lui-
meme s etait developpee a la suite des pressions repete es d un aviron conlre
[ articulation metacarpo-phahingienne de 1 index droit. Enfin, il arrive souvenl
(8 fois sur nos 26 cas) que la lumeur apparait, spontane menl, sans qu on puisse
lui assiguer aucune espece de cause.
Symptomes et marche. L evoluliou des tumeurs cirso ides compreud trois
periodes : la periode prodromique, la pe ricde d etat et la periode d envahis-
sement.
La premiere, d une duree Ires-variable, esl caractcrisee par la presence d un
DOIGT (PATHOLOGIE). 269
naevus vasculaire, d une tumefaction diffuse et peu etendue ou d une hypertro-
phie partielle de la main, lesion qui resle stationnaire pendant de longues
annees ou qui s accroit avec une extreme lenteur. Comme les patients ne ressen-
tent aucune douleur et qu ils ne sont nullement genes, ils ne pretent pas attention
a leur nial.
La seconde periode, ou periode d etat, s etablit quelquefois d emble e, et
presente des signes tres-frappants que nous allons rappeler. On a affaire a une
tumeur bosselee, mal limitee dans ses contours. Tantot la peau conserve sa
coloration normale; tautot elle est un peu rouge, ou violacee, ou parsemee de
laches vasculaires. La consistance de lu tumeur est molle, comrne spongieuse.
Si on comprime la masse morbide, elle diminue de volume et dispnralt quel
quefois presquc completement. Elle est pulsatile, et les pulsations cessent par
la compression des arteres de 1 avant-bras. Elle devient turgide, si Ton met
obstacle a la circulation en retour, soil en comprimant les veines, soit en
placanl la main dans une position declive. Lorsqu on appuie legerement sur la
tumeur on sent parfois un fremissement vibratoire ou thrill. A 1 auscultation,
on entendun bruit de souffle, qui presente plusieurs types : tantot il est doux et
continu, tantot il est tres-forl et saccade, avec un redoublement au moment de
la diastole arterielle. La nutrition devient plus active. Les doigts affectes s hyper-
tropbient ; les secretions glandulaires sont plus abondantes, et la temperature de
la main du cote malade augmente de plusieurs degres comparativement a celle
du cote sain. En meme temps, il peut survenir des douleurs, des inflammations
et des ulcerations, qui sont rorigine d hemorrhagies dangereuses.
Pendant la periode d envahissement, la tumeur augment e de volume et
s e tend d une maniere rapide. Les arleres afferentes deviennent sinueuses et se
dilatent. La dilatation gagne peu a peu les troncs de 1 avanl-bras, puis 1 artere
brachiale, 1 artere axillaire, et peut meme s etendre jusqu au coeur, d apres les
observations de MM. C. Nicoladoni et P. Berger. Les veines subisscnt aussi
une dilatation enorme. Elles apparaissent sous la forme de cordons suillants,
entrelaces, sinueux, dont 1 ensemble a 1 aspect d une tete de me duse. Lorsque
la main est pendante, toutes ces veines se gonfleut encore davantage et attei-
guent le calibre d un doigt. II n est pas rare d observer sur ces veines dilatees
des pulsations plus ou moins distinctes, qui sont synchrones avec celles des
arteres. Malgre cette circulation intense, il survient quelquelbis des troubles
trophiques. Nous avons deja sii/nale les ulcerations de la peau. La mortification
peut aller plus loin : Guillon, Obalinski et Despres onl vu 1 extremite du doigt
tomber en gangrene et s eliminer. Les douleurs deviennent quelquefois intole-
rables, surlout lorsque la main est dans une position inclinee. Enfin, les ulce
rations existantes et les plaies accidentelles donnent lieu a des hemorrhagies ter-
ribles par leur abondance et leur persistance.
Sous le nom de te langiectasie diffuse (elephantiasis te langiectodes de Vir-
chow), H. Fischer a public une observation qui est un type de tumeur cirso ide
arrivee a la periode d envahissement, et dont les traits principaux mcritent
d etre cites. II s agit d un homme de vingt-quatre ans. Des sa naissance, sa mere
s etonna de voir la main et 1 avant-bras gaudies de son enfant plus rouges el
plus gros que les parties similaires du cote oppose. Elle remarqua, en meme
temps, que les traces des veines etaient plus marquees qu a droite. Avec les
annees la dilatation des vaisseaux augmenta de plus en plus. Les doigts, la
paume de la main et tout le membre jusqu au-dessus du coude grossissaient
DOIGT (PVTHOLOGIE).
<t une maniere considerable, lorsqu ils etaient dans une position de clive.
Toutes ces parties etaient devenues douloureuses, et le patient etait oblige de les
preserver du contact et des chocs exterieurs. Depuisdeuxans, les doigts s etaient
ulceres et les uleerations etaient devenues la source d hemorrhagies dont I abon-
dance allait en croissant. La main et les doigts avaient augmente de volume
<i une maniere assez reguliere. L avant-bras etait plus long de 4 centimetres et
plus gros de 6 centimetres que celui du cote droit. L artere brachiale, enorme-
ment dilatee et tres-flexueuse, etait le siege d uu fremissement distinct. Toutes
ses branches etaient pareillement dilatees et decrivaient de nombreuses flexuosites.
La veine cephalique etait enorme, et on voyait sous la peau une grande quantite
de saillies veineuses separe es par des sillons profonds. On sentait partout a
1 avant-bras, a la main et jusqu au bout des doigts, des pulsations tres-neltes,
qui disparaissaient completement lorsquel on comprimait 1 artere humerale. Sur
la lace posterieure de 1 avant-bras et autour des ongles on voyait des ulcerations
qui saignaient abondamment au moindre attouchement. La temperature de la
main gauche etait plus elevee que celle de la main droite. Le patient ressentait
des douleurs insupportables dans tout le bras et surtout dans les doigts. II ne
pouvait les llechir que dans une tres-faible etendue, et il etait absolumenl
incapable de travailler. H. Fischer tit d abord la ligature de 1 artere axillaire.
Le gonflement tomba pendant quelques jours, mais il revint ainsi que les
hemorrhagies. Comme le patient etait tres-affaibli, H. Fischer le debarrassa de
son mal en amputant le bras au tiers superieur.
Pathogenic. Lorsqu il existe prealablement une tumeur erectile, la produc
tion d une tumeur cirsoide s explii|iie sans peine. 11 suffit que les vaisseaux
capillaires de la tumeur erectile s elargissent de maniere a etablir une commu
nication directe entre les arteres et les veines, pour que la tumeur cirsoide soil
ibrmee. Mais cette pathogenic n est plus acceptable lorsque la tumeur cirsoide
jpparait sans naevus, a la suite d un traumatisme ou spontanement.
On a imagine alors la theorie de 1 arterite. On a pense que sous 1 influence
d une contusion ou de pressions repetees les parois des arterioles pouvaient
s enflammer, de maniere a se laisser dilater et a Ibrmer des paquets variqueux.
M. Gozzoli mentionne tres-nettement, dans son observation, que le premier
phenomene qui le Irappa fut la presence d un cordon dur et douloureux sur le
trajet de 1 artere collaterale interne de 1 index. A la partie superieure de ce
cordon existait un petit renllement, a cote duquel des pulsations se montrerent.
(]inq ou six mois apres, la partie malade commenca a se tumetier. et quelques
mois plus tard elle presenta un bruit de souifle musical. Dans le fait de Demar-
quay, un eniant de cinq ans recoil un coup de pieire sur le cote externe du
medius gauche. II en resulte une petite plaie qui se cicatrise en quatre jours.
Mais au bout de quinze jours une douleur se fait sentir au point contus et la
tumeur cirsoide commence a se manifester. Y a-t-il eu, dans ces cas et dans
beaucoup d autres semblables, une inflammation des arterioles quis est propagee
aux capillaires, puis aux veinules? Malheureusement les preuves anatomo-patho-
logiques de cette theorie manquent tout a fait. Fischer et M. Despres disent
meme qu ils n ont trouve aucun changement essentiel des parois vasculaires sur
les membres qu ils avaient operes. Avant de rejeter ou d adopler la theorie
de 1 arterite il faudrait certainement avoir 1 occasion de faire des recherches
plus approfondies sur 1 anatomie pathologique des tuniques arterielles dans les
tumeurs cirsoides.
DOIGT (PAIHOLOGIE). 271
Enfm, dans certaines plaies de la main analogues a la morsure menlionnee
par Krause, on pent se demander si, pendant la cicatrisation des vaisseaux, il
nes etablit pas des communications arlerio-veineuses, qui deviendraient 1 origine
de la maladie.
Quant a la dilatation ascendanle des arteres et des veines, dilatation qui
<onstitue la periode ultime des cirsokles, on n en a donne jusqu a present aucune
explication satisfaisante. On a admis tout a fait gratuilement qu elle etait due
soil a une inflammation chronique des tuniques arterielles, soil a une alteration
des nerfs vaso-moteurs qui president a la nutrition des arteres (Despres, Soc. de
chir., 1884). [/explication de Broca (Traite des tumeurs, t. II, p. 194) reste
encore la meilleure. Selon lui, la dilatation arterielle dependrait d une diminu
tion de la tension intra-vasculaire par suite du passage trop i acile du sang a
iravers les capillaires elargis de la main affectee. La nutrition reguliere des
parois arterielles exige, dit-il, une certaine pression; si cetle pression vient a
diminuer, comme cela arrive dans I anevrysme arterioso-veineux ou dans la
Uimeur cirsoide, ces parois deviennent le siege d une sorte d atrophie et se
laissent dilater de plus en plus. Du cote des veines la dilatation s explique par
1 affluence beaucoup plus considerable du sang qu elles sont destinees a charrier
vers le cojur.
Lc diagnostic d une tumeur cirsoide arrive e a la periode d etat et, a plus
forte raison, arrivee a la periode d envahissement, n ofire aucune difficulte. Mais
a la periode prodromique, alors que la tumeur est peu saiJJante et sans batte-
ments bien appreciates, on est tres-expose a ne pas reconnaitre la maladie,
surtout s il n y a pas de tache vasculaire a la peau.
Le pronostic est grave. On ne peut esperer une guerison sans mutila
tion que lorsque la tumeur est limitee. Sur 23 cas qui ont ete suivis, la
guerison n a eu lieu que 5 fois (Wardrop, Loyd, Demarquay, Polaillon, P. Ber-
ger). 8 fois il a fallu amputer la main, l avant-bras 0:1 le bras, pour s op-
poser aux progres du mal; 2 fois 1 amputation a ete reconnue comme 1 unique
ressource, mais elle n avait pas encore ete pratiquee au moment ou 1 obser-
vation a ete publiee (Nicoladoni) ; 1 fois le membre superieur etait tellemenl
envahi par les dilatations vasculaires, que la maladie a ete jugee comme incu
rable (Guillon). Dans 7 cas, les moyens tlierapeutiques n ont abouti qu a retarder
la marcbe de I envahissement ou a produire une amelioration plus ou moins
durable.
Traitement. Pour les tumeurs cirso ides de la main, comme pour les tumeurs
cirsoides du crane, le seul traitement efticace consiste dans la destruction ou
1 obliteration des vaisseaux de la tumeur elle-meme. Toutes les operations qui
portent sur les vaisseaux afferents n ont donne que des re sultats nuls ou
incertains.
La compression, dont 1 application sur la main et sur le membre superieur
st si facile, a echoue dans les 7 essais qu on en a fails. Quelquefois elle a ete
si douloureuse que les malades n ont pu la supporter. L usage d un dottier ou
d un gantelet de caoutchouc, dans Je but de relarder 1 evolution de la tumeur est
meme d une utilile fort problematique. Cepenclant Abernethy dit avoir ^ueri
par la compression un ane vrysme par anastomose, de l avant-bras chez un enfant
de deux mois. Apres le traitement, qui dura six mois, on sentait sous la peau
de petites cordes solides. Malgre la difference de la region, ce resultat serait
encourageant. Mais il est fort probable qu Abernethy avail seulement affaire a
272 DOIGT (PATHOLOGIE).
des dilatations veineuses, car il n a pas mentioime que la tumeur fut le siege
de pulsations.
La ligature des arleres de 1 avant-bras et du bras n a donne que de mauvais
resultats. Dans le fait rapporte par Broca, on lie la radiale, mais quelque temps
apres on est oblige d ampuler le bras. Jolin Russell et M. Despres out si peu de
confiance dans la ligature, qu ils la eonsiderent seulement comme un moyen de
moderer la perte du sang- pendant 1 amputation des doigts affectes. Chez le
malade de M. Trelat, on lie d abord la radiale et quelque temps apres 1 humerale ;
neanmoins il faut desarlieuler la main. II. Fischer lie 1 axillaire, ce qui n em-
peche pas qu il est oblige de couper le bras quelqucs jours apres. Chelius,
Laurie, Delore, Gherini, apres avoir pratique la ligature d une ou de plusieurs
arleres, voient bien la tumeur s affaisscr et les battements diminuer, mais ils
n obticnnent qu une amelioration precaire sans guerison definitive. Jamais la
ligature n a gueri une tumeur cirsoide de la main. Si Demarquay a obtenu une
guerison complete, c est qu il a associe a la ligature de la radiale et de la cubi-
tale plusieurs injections de perchlorure de fer, qui ont fait suppurer la tumeur
et ont amend directement I oblilerution de ses vaisseaux. Le sueces de Lawrence
ne doit pas non plus compter a 1 actif de la ligature, car il a agi directement
sur la tumeur en 1 entourant d une incision circulaire pratiquee a la base du
doigt, en liant les arteres dans la plaie ct en supprimant ainsi toute circulation
dans son interieur. En somme, la ligature a distance, pratiquee 13 fois, n a
reussi que 2 fois, parce qu on avail agi en meme temps sur la production cirsoide
elle-meme.
II suftit, en effet, de supprimer les communications arterio-veineuses qui
existent dans la tumeur cirsoide, pour voircesser du meme coup les phenomenes
morbides locaux et les dilatations ascendantes des vaisseaux. Deux moyens
s offrent a nous, la destruction de la lumeur ct les injections coagulantes.
ISablalion avec le bistouri n est pas applicable lorsque la tumeur cirsoide
est elendue, profonde et dilfuse, parce que cette operation donnerait lieu a dea
hemorrhagies considerables et a des delabrements inevitables. Sans doule on se
mettrait facilement a 1 abri de la perte du sang pendant 1 acte operatoire en
pratiquant 1 ischemie du membre avec une bande de caoutchouc; mais les
hemorrhagies de la cicatrisation seraient fort a craindie et difficiles a reprimer;
mais les delabrements des organes si delicats de la main seraient irremediables.
Au conlraire, lorsque la tumeur est petite, bien limitee, non adherente aux
parties profondes, 1 ablation est une excellente methode. Loyd ayant affaire a
un anevrysme par anastomose, gros comme une cerise et situe a la pulpe de
1 annulaire, 1 isola p;ir la dissection et 1 enleva. L operation ne presenta pas de
difficulte, et la perte du sang fut beaucoup moindre qu on ne s y atlendait. La
guerison fut complete apres suppuration de la plaie et une fusee purulente a la
paume dc la main.
Dans certains cas, la cauterisation avec le thermo-cautere ou le chlorure de
zinc pourrait etre employee comme agent destructeur, et cela avec d autant
plus de raison que les injections de perchlorure de fer, dont nous aliens parler,
ont quelquefois agi comme cuusiiques. M. P. Berger, ayant injecte une solution
de perchlorure de fer dont la quantite excedait un pen le contenu d une seringue
de Pravaz, vit une eschare se produire. Celle-ci s elimina lentement et fut rem-
place e par une surface granuleuse, d aspect atonique, qui mil longtemps a se
cicatriser, mais qui ne donna pas lieu a des hemorrhagies ni a une cicatrice
DOIGT (PATIIOLOCIE). 1 J73
vicieuse. Le malade de M. Berger fut completement gueri, bien qne sa tumeur
cirsoide fut compliquee d une dilatation de la radiale et de 1 humerale, et d un
commencement de dilatation veineuse.
Les injections coagulantes constituent le proce de a la fois le plus simple et
le plus sur, lorsqu on s cntoure des precautions voulues. Pour reussir, il faut
remplir deux conditions qui ont ete bien indiquees par M. Gosselin (Mem. sur
les tumeurs cirsoides arterielles [in Arch, de we d., 1867]) : 1 oblite rer les
vaisseaux dilates en coagulant solidement le sang a leur interieur; 2 eviter unc
inflammation suppurative et meme la gangrene, car I ouverture d un abces ou
1 elimination d une eschare peut s accompagner d une hemorrhagie, comme on
1 a vu dans 1 observation de M. Trelaf.
La premiere condition necessile I arret, pendant dix minutes environ, de la
circulation dans la tumeur, arret qu il est Ires-facile d obtenir en comprimant
I artere humerale ou les deux arteres de 1 avant-bras. 11 faut, en outre, que le
liquide soil injecte dans les vaisseaux et non dans la trame celluleuse qui les
enloure. Pour cela, on se sert d une aiguille tubulee en or dans Jaquelle la
canule de la seringue de Pravaz penetre a frottement. On pique la tumeur avec
1 aiguille tubulee, et on 1 enfonce jusqu a ce que Tissue du sang arteriel indique
qu elle est arrivee dans la cavite d un vaisseau. On introduit alors la canule de
la seringue de Pravaz dans la tubulure de Taiguille et on pousse 1 injection.
Pour remplir la seconde condition, qui consiste a produire une coagulation
sans provoquer la gangrene ni I inflammation suppurative, on emploie une
solution de perchlorure de fer a 30 degres etendue de partie egaled eau distillee,
ou la solution de Piazza. Quant au nombre dc gouttes a injecter, il est variable
avec le volume de la tumeur, et ne doit pas depasser au maximum 20 goultes
a la fois. II est rare qu une scule injection suffise. Mais ce proce de est si exempt
de danger, qu on peut y revenir a cinq ou six jours d inlervalle, jusqu a ce que
la tumeur soil devenue dure, et jusqu a ce que le bruit de souffle et les batte-
menls aient completement cesse .
L etude des observations montre que les injections de perchlorure de fer, qui
ont ete faites dans 7 cas, ont donne les resultats suivants : 5 gue risons (obs. dc
Demarquay, de Polaillon [1879] et de P. Berger); 3 ameliorations (obs. de \e\-
peau, de Gozzoli et de Polaillon [1884] qui se seraient probablement transfor-
mees en guerison definitive, si on avail pu continuer le traitement avec toute la
perseverance necessaire; 1 seul insucces (obs. de Trelai).
L amputation est 1 extreme ressource. Elle est indiquee lorsque les troubles
tropbiques, les ulcerations, les hemorrbagies, les douleurs, rendent le raembre
inutile et constituent un danger pour la vie. C est ainsi que John Russell enleve
les quatrieme et cinquieme metacarpiens avec les doigts correspondants et que
M. Despres amputc le medius dont 1 extremite s etait sphacele e.
Dans les cas ou 1 avant-bras et le bras sont envahis par la dilatation des vais
seaux, plusieurs chirurgiens ont cru prudent d enlever une grande partie du
membre. Krause a coupe 1 avant-bras. Letenneur, Michon, Obalinski et Fischer
ont ampule le bras, et ce dernier a meme fait porter la section jusqu au niveaii
de son liers superieur. En agissant ainsi, ils onl voulu se meltre a 1 abri d une
recidive et operer sur des vaisseaux moins volumineux, moins nombreux, moins
friables sous le fil de la ligature. Cependant, dans un cas analogue, M. Trelat
s etait borne a desarticuler la main; son ope re a bien gueri, et les arleres
dilalees, laissees dans le moignon, reprirent rapidement leur calibre normal.
[>JCT. ENC. XXX.
274 DOIGT (PATIIOLOGIE).
La dilatation des arteres et des veines ne doit pas preoccuper le chirurgien
outre mesure. L experience a prouve que, en supprimant 1 extremite du membre
ou siegeut les canaux elargis qui font communiquer les arteres et les veines,
les vaisseaux dilates et flexueux de 1 avant-bras et du bras reviennent sur eux-
memes en peu de jours. Letenneur a vu qu apres la section du bras le sang
sortait en jet non-seulement par les arteres, mais encore par toutes les veines
et par le canal medullaire. II lia tous les vaisseaux, veines et arteres, et il arreta
I ecoulement sanguin du canal medullaire en le comprimant avec une boulette
de charpie. L opere eut de forts battements dans son moignon pendant frois
jours settlement, puis la cicatrisation se fit promplement et regulierement. La
guerison s est maintenue. Pendant 1 amputation du bras au tiers superieur,
pratiquee par H. Fischer, il y eut aussi une hemorrhagie assez considerable
malgre une constriction tres-solide du membre. On fut oblige de placer de
tres-nombreuses ligatures et de comprimer solidement le moignon. Les jours
suivants il y eut encore des hemorrhagies en nappe; neanmoins la plaie s est
guerie par bourgeonnement. Aucun des ampules pourtumeur cirsoiden est mort.
11 ne laut done pas s exagerer le danger de 1 hemorrhagie pendant et apres
ces operations, surtout avec les moyens d hemostase dont nous disposons aujour-
d liui. En outre, d apres ce que nous venous de dire sur le retrait rapide des
vaisseaux afferents, on peut amputer sans imprudence a travers les vaisseaux
dilates et conserver au moignon de 1 avant-bras ou dn bras une plus grande
longueur.
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Voyez aussi les Tumeurs cirsoides a 1 article MAIN.
AINEVRYSMES. L exigui te des arteres digitales et la faible epaisseur des parties
molles qui enveloppent les doigts rendent tres-bien compte de 1 excessive
rarete des anevrysmes traumatiques de cette region. Lorsqu une blessure
atteint les collaterales, la section est presque toujours complete. Les bouts se
retractent et 1 hemostase se fait spontanement ou par une intervention chirur-
gicalc tres-simple, sans que les conditions necessaires a la production d un ane-
vrysme se realisent. Pour qu un anevrysme seproduise, il faut que 1 instrument
tranchant s arrete avant d avoir coupe tout le calibre de 1 artere, que la plaie
faite au vaisseau se ferme par une cicatrice assez mince pour se laisser distendre
et former un sac anevrysmal, ou bien que, cette plaie ne se cicatrisant pas, le
sang puisse s infiltrer dans des tissus assez epais et assez permcables pour en-
kyster le sang epanche. Or, ces conditions ne se rencontrent aux doigts que dans
des cas tout a fait exceptionnels ; d abord, parce que leurs arteres sont tres-
petites; ensuite, parce que les tissus qui entrent dans -leur texture sont trop
solides et trop denses pour se preter a un epanchement de sang arteriel et a la
formation d un anevrysme diffus ou circonscrit.
Nous n avons trouve dans toute la litte rature medicale qu un seul fait d ane-
vrysine traumatique d une collaterale, c est celui de M. Verneuil; et encore la
poche anevrysmale siegeait-elle pres de 1 origine de la collaterale, a la partie
inferieure de la paume, dans le point ou ce vaisseau est le plus volumineux. On
n a jamais vu d anevrysme traumatique sur le trajet des collate rales au-dessous
du pli digito-palmaire.
Voici les passages les plus saillants de la remarquable observation de M. Ver
neuil : un ganjon boucher, de vingt-six ans, se blessa avec la pointe d un
couteau au niveau de la commissure du premier espace interosseux de la main
droite. Quoique la blessure ait ete peu profoncle, un jet de sang vermeil s en
e chappa au loin. La compression fut faite sur-le-champ et remplacee bientot
par un pansement avec les bandelettes de diachylon. Le blesse reprit incontinent
son travail. Le lendemain il ota 1 appareil et se crut gueri. La petite plaie, en
effet, s etait reunie d emblee et laissait a peine de trace. Au bout de trois mois,
une tumeur du volume d une petite noix, reguliere, arrondie, indolenle, assez
mobile, fort dure, s etait forme e dans 1 epaisseur des muscles du premier espace
interosseux. M. Verneuil n y trouva ni souffle, ni battement, ni expansion, ni
reductibilite. II ne pouvait done songer a un anevrvsme et se ralia a 1 idee d une
276 DOIGT (PATHOLOGIE).
turaeur fihreuse. Ouoi qu il en fut, une operation etait indiquee. M. Verneuil
consentit a la faire. Apres une dissection assez difficile et accompagne e d un
ecoulement sanguin abondant, la tumeur fut enlevee. Dans la nuit qui suivit
1 ablalion, il y cut une hemorrhagie arterielle. Le lendemain M. Verneuil lia une
artere profondemcnt sitnee eutre le muscle interosseux dorsal et 1 adducteurdu
pouce; c etait probablement 1 interosseuse dorsale du premier espace. L hemor-
rliagie ne se reproduisit pas, et la guerison eut lieu apres une suppuration
abondante.
L examen de la tumeur montra qu on avail affaire a un veritable sac ane vrys-
mal, adherent a 1 artere collaterale externe dc 1 index. Maistoute communication
paraissait interrompue entre le sac et le vaisseau aulrefois lese. Celui-ci sem-
blait meme oblitere au voisinage du sac dans 1 etenduc de plusieurs millimetres.
On avait done sous les yeux un exemple de guerison spontanee d un anevrysme,
guerison due tres-probablement a 1 obliteration de 1 orifice arteriel par un caillot
accidentellement deplace.
Les ane vrysmes spontane s sont aussi rares que les anevrysmes traumatiques.
Pour etablir leur existence, nous u avons a ciler que deux fails, et meme il
s agit, dans ccs fails, plutol d une arlerieetasie que d un anevrysme proprement
dit. Un gareon de dix-sept ans fut admis, en Janvier 1863, a Saint-Tkomass
Hospital. II affirmait qu un an auparavanl son annulaire gauche n offrait rien
d anormal. Depuis dix mois, il s apercut d un gonflemenl de chaque cole du
doigl avec une sensation desagreable de battements arteriels. Plusieurs hemor-
rhagies se produisirent a la suite d une petite plaie. L annulaire avait double
de volume. Sydney Jones en fit 1 amputalion. En dissequant le doigt, on
trouva sur les artercs collalerales des dilalalions sacciformes commencant vers
l aiiiculation metacarpo-phalangienne el se prolongeanl jusqu au niveau de la
phalange ungueale. Quelques-unes de ces dilatations avaient un volume suffisanl
pour loger un pois. L hemorrhagie etait fournie par un sac oblong, ayant le
calibre de la cubitale, el perce, a son exlremile, d une ouverlure capable de
recevoir une sonde canelee. Les veines n avaient rien de lemarquahle.
II est forl regrellable que 1 auleur de celle observalion ii ait pas decril la
piece pathologique avec plus de details. On reste dans le doute sur la queslion
de savoir si la dilatation arterielle etait reellement primordiale, ou si elle
n etait pas plulot la consequence d une tumeur cirsoide. Neanmoins, Tabsence
de taehii vasculaire, I integrite des veines, la marche rapide de la maladie, le
silence de Sydney Jones sur 1 exislence d une tumeur (sauf 1 hypertrophie du
doigt), sont des raisons qui militent en faveur d une arleriectasie pure, et qui
permetlenl de ranger ce i ait dans la classe des anevrysmes spontanes.
L aulre fait, plus explicile, est dii a M. Delore. Une fille de sei/e ans portait
depuis vingt mois, a la face palmaire, au niveau de 1 extremite infcrieure du
deuxieme metacarpien, une tumeur du volume d une noisette. La tumeur fut
d abord agitee de ballemenls peu sensibles, peu a peu ils devinrent plus forts,
a mesure que le volume augmenta. La tumeur etait molle, tluctuanle, reduc-
tible, sans changement de couleur a la peau, qui etail mobile sur elle. Les bat
tements etaient isochrones a ceux du pouls. Aucunfroissement, aucune contusion,
aucune blessure n en avait ete la cause. M. Delore diaguostiqua un anevrysme
spontane de la collalerale externe de 1 index, et en fit 1 ablation. L anevrysme
etait sacciforme, car les deux orifices arteriels etaient distant s l im de 1 autre
de 2 millimetres seulement. Les parois de la tumeur etaient epaisses et resis-
D01GT (PATIIOLOGIE). 277
tantes. L artere collaterale, au-dessus et au-dessous de la tameur, avail conserve
son calibre normal. Cinq mois plus tard, cette jeune fille presenta un autre
anevrysme spontanede la collaterale interne du meme doigt. Mais, en y regardant
de pres, ce second anevrysme n etail qu une arteriectasie symptomatique d une
tumeur cirsoide. En effet, 1 index et le medius etaient plus volumineux, plus
cbauds que ceux du cote oppose. Le toucher donnait la sensation de veines
dilate es, et la peau presentait deux laches vasculaires caracteristiques. M. Delore
ameliora 1 clal de la malade en liant successivement la radiale, la cuhitale et
une avtere mediane.
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PAPILLOJIES. Les pnpillomes. vulgairement connus sous le nom de verrues
ou de poireau.r, sont extremcment communs aux doigts. Ces petites lumeurs,
que chacun a pu observer sur lui-memc on sur les personnes de son entourage,
ne necessitent pas une longue description.
Elles sont formees par 1 hypertrophie d une ou de plusieurs papilles du derme
et revetues d une couche de cellules e pidermiques plus ou moins epaisse. Lcur
revetement epithelial cst lantot lisse, tantot fendille, ce qui leur donne 1 aspect
d une petite mure.
Elles se caracterisent par des excroissances cutanees, dures, indolentes, ordi-
nairement aplaties, rarement pediculees. Leur forme est eelle d une petite
plaque circulaire. Leur nombre cst tres-variable ; quelquefois isolees, d autres
fois groupees les unes t ? i cote des autres, elles sont si nombreuses qu elles
ressemblent a une eruption confluente.
Elles siegent plus souvent a la face dorsnle qu a la face palmaire des doigts.
On les rencontre quelquefois pres des bords lateraux de 1 ongle ou sous sonbord
librc. Lorsqu elles occupent cette region, elles occasionnent ordinairement des
douleurs et peuvent determiner un onyxis.
On sait peu de chose sur leur etiologie. Celse avait deja remarque que les
enfants sont tres-pre disposes aux verrues : Maxime in pueris nascuntur achro-
chordones (lib. V, cap. 2, sect. 14). Ces petites tumeurs apparaissent, en effet,
beaucoup plus frequemment pendant 1 enfance et la jeunesse que pendant 1 age
mur et la vieillesse. La malproprete habituelle et les irritations de la peau
favorisent leur developpement. II est probable que la frequence des verrues
chez les jeunes sujets s explique par la delicatesse de leurs tissus dermique et
epidermique sur lesquels les influences exlerieures ont plus de prise. Enfin,
certains individus ont une predisposition particuliere aux verrues, qui se repro-
duisent, chez eux, malgre le soin u ils prennent a les detruire et a en prevenir
le retour. Quant a la croyance tres-repandue que le sang, qui s ecoule d une
verrue, produit d autres verrues sur la peau ou il est re pandu, elle est denuee
de tout fondement, et doit etre releguee au rang des fables.
Les papillomes sont quelquefois congenitaux. Us se rapprochent alors des
nsevi et se montrent sous la forme d une hypertrophie partielle de la peau avec
saillies papillaires, legere pigmentation et vascularisation marquee.
Les verrues et poireaux disparaissent spontanement dans un bon nombre de
cas, surtout chez les jeunes sujets. D autres fois ils restent stationnaires pendant
un temps indefmi. Lorsqu ils continuent a se developper et a pulluler, non-
seulement ils donnent aux doigts un aspect disgracieux, mais encore ils sont
exposes a s ulcerer et a produire divers accidents. Les papillomes n ont par
eux-memes aucune gravite, mais ils constituent une affection importune, sou-
D01GT (PATHOLOGIE). 279
vent genante pour les mouvements des doigts. Lorsqu ils siegent a la face
palmaire, les pressions repetees centre des corps durs, pendant la prehension,
peuvent les enflammer et les rendre douloureux. II n est pas absolument rare de
les voir se transformer en cancroides chez les personnes qni out depasse la
premiere moitie de la vie. Gasparus Devens en a public une remarquable obser
vation dans sa dissertation inaugurate en 1772 (voy. h bibliographic des can-
croides), et Annandale dit en avoir vu deux on trois exemplcs.
Les soins de proprete, 1 application de cataplasmes fails avec des plantes dont
le sue est astringent et acidule (grande chelidoine, tithymale et quclques autres
euphorbiacees), 1 usage d un gant, suffisent quelquefois a faire disparaitrc les
papillomes. S ils resistent, on les enleve par la ligature avec un fit de soie ou
micux de caoutchouc; on les detruit an moyen de cauterisations repetees avec
1 acide acetique, 1 acide chromique ou 1 acide nilrique, avec la poudre de
Yienne ou le chlorure de zinc deliquescent. Lorsqu ils sont epais, il faut souvent
les ebarber avec des ciseaux avant de les cauteriser. Enfin, lorsqu ils sont volu-
mineux, lorsqu ils tendent a se transformer en epithelioma, il faut les circon-
scrire par deux incisions elliptiques et les enlever radicalement.
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KYSTES. Les kystes qu on observe aux doigts sont dedeux especes : les kystes
synoviaux et les kystes dermoides. Les autres especes de kystes qu on pent y
rencontrer sont absolument rares.
a. Apres avoir ecarte Yhydropisie dela game synoviale des tendons flechis-
seurs, qui fait partie de I histoire des synovites chroniques, nous admettons avec
Foucher trois especes de kystes synoviaux ; 1 Le kyste synovial folliculaire,
qui offre deux varietes, selon qne le follicule devenu kystique depend de la
synoviale tendineuse (kystes synoviaux late raux pe ritendineux de Cruveilhier et
kyste paratendineux de Broca) ou de 1 une des synoviales articulaires ; 2 le
kyste synovial herniaire, forme par une hernie de la membrane synoviale a
travers un interstice des ligaments articulaires ; 5 le kyste sereux, veritable
hygroma developpe dans une bourse se reuse sous-cutanee normale ou acci-
dentelle.
Les synoviales dactyliennes sont pourvues des cryptes ou follicules que
M. Gosselin a specialement decrits dans les synoviales articulaires du poignet
(Memoire de / Academic de medecine, t. XVI, 28 juin 1850), et qui devien-
nent 1 origine de kystes par 1 obliteration de leur orifice et par 1 accumula-
tion de la synovie a leur interieur. Ces kystes ont pour caractere d adherer a
la gahie tendineuse, de contenir un liquide visqueux ou gc latineux et d etre
tapisses par un epithelium pavimenteux. Sur le cadavre d un homme d environ
quarante ans, M. Yerneuil trouva a la partie anterieure de la gaine des flechis-
seurs, au niveau de la premiere phalange de tous les doigts, excepte le pouce,
quatre tumeurs aplaties ayant la forme de lentilles biconvexes. Ges tumeurs
etaient fluctuantes, transparentes, appliquees sur la gaine a laquelle elles
adheraient par la face profonde. En cherchant a les soulever par la dissection,
il etait manifeste que 1 adhe rence etaif, plus forte en un point central. Elle:.
etaient remplies par un liquide identique, d une couleur rosee, onctueux et
filant. Examinti au microscope, le liquide presentait une quantite enorme de
280 DOIGT (PATHOLOGIE).
cellules d epilhelium pavimenteux... En fendant la gaine des tendons par le
cote, pour voir les connexions de la tumeur avec elle, on constatait qu il n y
avail pas de communication, mais qu a peupres au niveau de 1 insertion du kyste
existait un petit ecarlement des fibres transversales de la bandelelle aponevro-
tiqne. Cclte craillure etait bouchee par la membrane interne du kyste (obs.
citee par Michon, these de concours, 1851).
Fouclier a eu 1 occasion de dissequer plusieurs kystes semblables aux prece
dents et les a presentes a 1 examen des membres de la Societe anatomique
(en 1854). 11 a vu, comme M. Yerueuil, que ces kystes adheraient a la gaine
fibreusc, et qu ils se continuaient avec la synoviale a travers la paroi fibrcuse
par un pedicule etroit et imperfore. Leur contenu etait un liquide epais, ana
logue a de la gelee de pomme.
A ces fails anatomo-pathologiques viennent s ajouler les observations cli-
niques. Maisonneuvc enleve sur la face palmaire du petit doigt une lumeur du
volume d un oeuf de pigeon, d une durete iibreuse. Apres 1 ablation, qui est
facile a cause de faibles adherences a la gai/ie des llecbis?eurs, on reconnait un
kyste a parois epaisses et dures avec un liquide lilanl. Une tumeur elastique,
globuleuse, grosse comme un pctil marron, exi