(logo)
(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Open Source Books | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Additional Collections

Search: Advanced Search

Anonymous User (login or join us)Upload
See other formats

Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.30"


J. 




i 
















t V 

Cf 



_^ 




A gift of 

Associated 

Medical Services Inc. 

and the 
Hannah Institute 

for the 
History of Medicine 





DIGTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE 



UES 



SCIENCES MEDICALES 



PARIS. TYPOGRAPHY A. LAI1URE 
Rue de/leurus, 9. 



DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE 



DF.S 



SCIENCES MEDICALES 



COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS 

ARCIIAMBACLT, ARLOIXG, ARXOULD (j.) , ARXOZAX, ARSOXVAL (D ), AURRY (j.), AXEXFELD, BAILLARGER, BAILLOX, 

BALU1AXI, BALL, BARTII , BAZIX, BEAUGRAXH, BECLARD, BEIIIER, VAN BEXEHEX, BERGET., BERXHEIM, BERT1LLON, 
IJERTIX, UESXIER (ERNEST), BLACIIE, BLACIIEZ, BOIXET, BOlSbEAU, BORDIER, BORIL S, BOCCIIACOURT, Cll. BODCHARD, 

BOUCHERE4U, BOUISjOX, BOULAXD (P.), BOULEY (ll.), BOUREL-ROXCIERE, BOURGOIN, BOURSIER, BOCSQL ET, BOUVIER, 

ilOYER, BUOCA, BROCIH.N, BHOUARDEt., BRO WX-SEQUARD, BCRCKER, BlSSAIUl. CALMEIL, CAMPANA, CARLET (C.). CERISE, 

CIIAMbARD, CIIARCOT, CUARVOT, CIIASSAIGXAC, CHAUVEAL , CIIAL VEL, CIIEREAU, CIIOLPPES, CHRETIEN, CIM!ISTIA X , 

COLIX (L.) ( CORXIL, COTARP, COUI.1ER, COURTY, COYXE, DAI.LY, DAVAIXE, DECIIAMBRE (A.), DEI I N - , 
HELIODX BE SAVIGXAC, DEI.ORE, DELPECII, DEMAXGE, DENONVILLIEnS, IlEPAUL, DIDAY, DOLBEAU, DLBUISSOX, DUCAZAI, 

DUCLAUX, DL GUET, DUPLAY (S.), DUREAU, DUTROULAC, DUWEZ, ELOY, ELY, FALRET (}.), FARABEL F, FELIZET, FEI .IS, 
FE^.RAXD, FOLUX, FONSSAGRIVES, KOURXIER (E.), FRAKCK (FRAXgOI>j, GALTIER-BOISSIERE, GAR1EL, CAYET, GAYRAUP, 
OAVARKET, GERVAIS (P ), GILLETTE, GIRADD-TEULOX, GORI.EY, GODEI.IE I ., II RANCIIi: n , CRASSET, GIIEEMIILL, GIllSOLLE, 

GUBLEP., GUEMOT, GUERARD, 6UILLARD, GUILLAUJIE, GUII.LEMIX, GUYOX (f.) , IIAIIX (L.), IIAMELIX, I1AYEM, IIECIIT, 
IIECKEL, UEXXEGUY, HEXOCQUE, UEYDENREICII, HOVELACQUE, HUMBERT, 1SAMUEHT, JACQUEMIER, KEI.SCU, KRI~-IIM.il;. 
LABUE (l.EOX), LAUBICE, LALORDE, LABOUL11EXE, LACASSAGXE, LAUREIT HE LACIIAKRIEIIE, LAGNEAC (G.), LAXCEREAUX, 
LARCIIER (0.), LAVERAN, I.AVERAX (A.)I LAYET, LECI.ERC (L . ), LECORCIIE, LEDOUBI.E, LEFE VRE (ED . ), LE FORT (LEOx), 
t.EGOUEST, LEGOYT, LEGROS, I.EGROUX, LEHELOULLET, LE HOY Dli MEI .ICOURT, LETOURNEAU, I.EVEX, LEVY (MICHEL), 

I.IEGEOIS, LIETARP, L1XAS, LIOUVILLE, LITTRE, LUTZ, UAGITOT I E.), MAIIE, MALAGL TI, UARC1IAXD, MAI. I Y, MARFIXs, 
MATU1EU, MICHEL (DE NANCY), UII.LARD, HOI.LIERE (DANIEL), MOXOO (CII.), 1IOXTAMEH, MORACIIE, MOREL (B; A. 

XICAI--E, XUEL, OBEDENARE, OLL1ER, OMUL S, ORF1LA (L.), OLSTALET, 1 AJOT, PAI .CIIAI PE, PARROT, PASTEUR, 

PADLET, PERRIX (^MAURICE), PETER I M.), PETIT (.\.}, PETIT (L.-II. ), PEYROT. PIXARD, PINGAUD, PLAXCIIOX, POLA1LLOX, 

POTA1X, POZZI, RAULIX, RAYMOXD, REGNARD, I .EGXAULT. REXAUD (.1 .) , IIENAIT, I .LXDU, RENOO, REYXAL, R1CIII . 

RITTI, ROBIX (ALBEP.T;, ROBIN (CH.), DE HOCIIAS, ROGER (n.), KOLLET, P.OTUREAU, ROUGET, ROYER (CLEMENCE), 

SAINTE-CLAIRE DEVILLE (II.;, SANXE, SAXSOX, >A1VAI,E, SCIIUTZEXBERGER (Cll.), SCIIUTZKXIIERGER (P . ) , SE1I1LLOT, 

SEE IMARC), SERVIER, SEYXES(l)E,, SIRY, SOUBE1RAX (t.J, SPILI.MAXX (K.), - 1 |. riUMlS (cl.ON). STRAUSs (II.), 

TABTIVEL, TESTELIX, THOMAS (L.), TILLAUX (p.), TOURDES, TRELAT (u.), TRIPIER (LEON), TROIS1EU, VALL1X, VELPEAU, 

VEP.XEUIL, VEZIAX, VIALD GRANll-MARAlS, V1DAL (EM.), VinA J V1LLEMIX, V01LLEM1ER, VULPIAX, WAHLOMOXT, 

W1IIAL, WILLM, WORMS (j.), WOllTZ, ZUUEII. 

DIRECTEUR : A. DECIIAMBRE 

SECRETAIRE DB: LA REDACTION : L. HAHN 



PREMIERE SERIE 

A E 

TOME TRENTIEME 



D[U DYN 



wnowlquts 




PARIS 



G. MASSON 



LIBI .AIRE HE LACADEM1E DE MEHECIXE 

Bouleiard Saint-Germain, en face de I Ecole de IKdecine 



P. ASSELIN ET C ie 

L1URAIRE DE LA FACULTE DE MEUECINE 

Place ile 1 Ecole de-Medecine 



MDCCCLXXXIV 



s-\ - 



?/ 



. 



a, j 

k . n 



F 

Ifir 



i :, 



30 



DICTIONNAIRE 



ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



im HI TIOI rs. I. DEFINITION. MODE D ACTION. UNIFICATION-. On 
designe sous ce nom tous les agents medicamenteux et les moyens llinapeu- 
tiques qui augmentent la diurese, c est-a-dire la secretion de 1 urine, ;n:riiN 
stimulants de la fonction des reins, qu ils exagerent plus ou moins en lui 
faisant depasser son niveau habituel ou actueL 11s appartiennent a la grande 
classe des hypercriniques, dans laquelle sont ranges nos medicaments destines 
a rendre plus active et abondante la secretion des glandes a conduit excreteur, 
comprenant les sudorifiques, les sialagogues, les galactagogues, etc., etc. 

Le mot diuretique est grec, twpr-iy.6;, ct il a ete introduit dans notre langue 
avec sa signification antique. 

Des la plus haute antiquite, eneffet, les medecins distinguaicnt parmi les medi 
caments qu ils employaient ceux qui font uriner avec abondance, et savaient les 
administrer a propos dans les hydropisies principalement, pour evacuer nu 
dehors les aquosiles en exces dans 1 organismc. 

Hippocrate, qui faisait de 1 urine de ses malades une etude si minutieuse au 
point de vue clu diagnostic et du pronostic des affections morbides, a pu ju^er 
sairiement des effets therapeutiques de quelques me dicamcnts diuretiques. 11 
prescrivait volontiers les boissons aqueuses, le nitre, la scille, le vin blanc, etc., 
pour obtenir la diurese, lesquels figurent encore aujourd hui parmi nos meil- 
leurs stimulants du rein, ainsi que je 1 indiquerai bientot. 

Galien de son cote vantait, a 1 exces peut-etre, le vinaigre et le vin scillitiques, 
excellents remedes, toujours en honneur dans nos prescriptions. 

Bien des noms nouveaux furent ajoutes, depuis 1 eporjue ou vivaient ces grands 
homines, sur la liste des agents diuretiques; mais je dois epargner au lecteur 
leur enumeration faslidieuse, sans le moindre interet d ailleurs. 

Si done Ton consultait cette liste, tres-longue, je le repete, on pourrait 
croire que nous sommes admirablement pourvus et plutot embarrasses d ordi- 

D1CT. FJNC. XXX. 1 



2 DIURETIQUES. 

naire dans le choix de 1 arme a manier. II n en est rien. Cette richesse n est pas 
reclle, et notre matiere medicale est au contraire extremement pauvre endiure- 
liques energiques et surs. 

Est-ce a dire, comme certains auteurs modernes 1 ont ecrit, que nous n en 
possedions aucun et qu il faille renoncer a une medication puissante, inscrite 
dans tons nos traites de therapeutique ? Non, certes; une pareille reaction 
centre les idees anciennes serait excessive. 

Comme toutes les glandes et les tissus de 1 economie le rein est excitable; sa 
fonction peut s exalter d une facon morbide, ou bien encore sous 1 influence de 
certains stimulants, et ceux-ci sont bien alors des diuretiques. 

Qu on augmente, a 1 exemple de Goll (de Wurtzbourg) , la pression sanguine 
dans 1 aorte chcz un animal, aussitot 1 ecoulement d urine par 1 uretere devient 
plus abondant, et il est, en general, proportionnel a 1 e levation de cette 
pression, comme 1 indique le tableau suivant, resumant une experience 
pratiquee sur un chien : 

( 57 millimetres. . 2e ,OG I ,-. 

Pression. . . 3 119 millimetres ..... 4-92 ^oulement ,1 urine par 1 uretere 
159 m.llimetres ..... 9 gr. ) 



Cette elevation de pression dans 1 aorte ou les vaisseaux renaux, nous pouvons 
1 obtenir par nos toniques vasculaires aussi surement que le vivisecteur dans ses 
operations, par consequent c est nier 1 evidence que de refuser 1 action diure- 
tique a quelques-uns de nos medicaments : aussi bien 1 article que je vais ecrire 
a-t-il parfaitement sa raison d etre. 

Mode traction. Nous sommes acluellement encore assez mal au courant de 
la physiologic du rein. On a mis en avant bien des hypotheses ingenieuses sur 
son fonctionnement, plus ou moins justitiees par I experimentation ; mais enfm 
ce ne sont que des visees de 1 esprit, acceptables aujourd hui, devenues fausses 
demain. Aussi bien, puisque nous ignorons a peu pres la fac,on dont se forme 
1 urine dans Total physiologique, il me parait difficile d emettre autre chose que 
des conceptions theoriques sur Faction des medicaments qui rendent plus active 
la formation de cette humeur. Quoi qu il en soit, je vais essayer de presenter 
1 etat actuel de la science sur ce point. 

II est parfaitement exact que le rein est un organe d excre tion, qui enleve 
au sang une certaine fraction des dechets de la nutrition, puis quelques substances 
etrangeres a 1 economie ayant penetre accidentellement dans cette humeur et, 
enfin, son exces d eau. 

Au glomerule de Malpighi parait devolu le role d extraire 1 eau, a la maniere 
d un filtre, tandis que, suivant Heidenhain, la separation des materiaux propres 
de 1 urine se ferait dans les canalicules renaux pourvusd un epithelium a baton- 
nets, c est-a-dire dans les tubes contournes et dans la grosse branche des con 
duits de Henle. 

Les cellules epilheliales a batonnets deviendraient les organes actifs d excre- 
tion, charges d enlever au sang 1 uree, 1 acide urique, les sels de 1 urine et autres 
materiaux coristitutifs de 1 urine. 

Dans cette maniere de voir, proposee il y a quelques annees, le rein serait 
bien un filtre, mais un filtre intelligent, bioiogique, si je puis m exprimer ainsi, 
et non plus le filtre banal du chimiste, ce qui me paruit tres-admissible. 

Ai-je besoin d ajouter maintenant que le fonctionnement du rein varie avec 



DIURETIQUES. 5 

1 etat de sa circulation; qu une certaine activite dc cette circulation, qu une 
tension particuliere du sung, favorisent sa fonction et que des conditions opposees : 
stase sanguine ct depression circulatoire, la diminuent ou 1 anniliilent ? 

Ces conditions physiologiquesetant donnees, jepensequcl on peut comprendiv 
1 action des diiireli jues de la faeon suivante : 

Certains d entre eux rendeut la masse du sang plus considerable, augmentent 
ainsi sa tension et obligent le glomerule a doubler son activite pour retablir 
1 equilibre ; ceci est une necessite vitale, une sorte d epuration obligee. 

Un pareil resultat s observe apres 1 ingestion de 1 eau, Tun de nos plus puis- 
sants diuretiques, et de toutes les substances qui renferment de grandes propor 
tions de ce liquide; apres toutes les transfusions un pen abondantes de sang, de 
lait, etc. ; toutes les fois, en definitive, que le systeme vasculaire est en etat de 
plethore. 

D autres diuretiques agissent non plus sur le contenu des vaisseaux, mais sur 
ces vaisseaux eux-memes, augmentent par leur intermediate la tension du san_: : 
d ou encore la necessite d une action plus grande des glomiTules et la filtration 
plus abondante du fluide qu ils elaborcnt. La digitale, la scille, les deux diure 
tiques dont on ne saurait raisonnablement contester 1 action puissanle, ont sans 
doute une pareille action. 

Enfin, il est un certain nombre de substances qui s eliminnit a travers les 
reins, extraites du sang peut-etre par ces cellules a batonnets, dont j ai signale 
tout a 1 heure le role pbysiologique important ; ces substances peuvent agir topi- 
quement et stimuler sa fonction, comme les aliments sapides font secreterabon- 
damment la salive et le sue gastriquc. Je -citerai les balsamiques, les cantha- 
rides et les sels neutres (vraisemblablement) : azotates de soude ou de polasse, 
acetate de potasse, chlorate de soude ou de potas-e. dr. Tontefois, a propos de 
ces derniers sels, je dois dire qu on a invoque uuc action physique particuliere, 
raise en lumiere par certaines experiences de Poiseuille, et imagine une theorie 
bien subtile de leur action diuretique. 

Get experimentatcur ingo nieux ayant demontre, en effet, que recoupment des 
liquides dans les tubes inertes est favorise par certains sels : le bromure de 
potassium, le nitrate de potasse, 1 azotated ammoniaque, etc., pensa que 1 action 
diuretique de ces medicaments devait etre toute mecanique, et se rcsoudre a une 
filtration plus rapide du liquide urinaire a travers son emonctoire, le rein. 

Je demanderai alors aux partisans de cette theorie comment ils expliquent les 
echecs nombreux des sels neutres presents pour exciter la diurese. Une loi 
physique est immuable, et toute action qui derive de cette loi est constante. De 
telle sorte que, si le nitre agissait reellement en vertu de la loi de Poiseuille, il 
devrait avoir des effets invariables : or il n en est rien. 

Et puis voici que, d apres Poiseuille, 1 alcool retarde 1 ecoulement des liquides 
dans les tubes : or c est cependant un diuretique puissant. 

Jusqu a nouvel ordre, bornons-nous a croire que les sels neutres stimulent 
le rein en le traversant pour s eliminer. L organe repond plus ou moins a 
cette excitation, ou ne repond pas du tout; il en est ainsi de tous les actes 
vitaux qu impressionnent tres-differemment suivant les sujets leurs modifica- 
teurs designes : c est ce qui a donne lieu a la theorie de 1 idiosyncrasie thera- 
peutique. 

Classifications. Ce chapitre de 1 histoire des diuretiques a singulierement 
exeroe la sagacitt3 des therapeutistes : aussi bien la plupart ont-ils propose une 



4 DIURETIQUES. 

classification differente et individuelle. Je n entreprcndrai pas de relater ici tous 
ces projets d edifices abatir sur le sable, et je pense que le lecteur mesaura gre 
de lui epargner la lecture de documents steriles. 

On ne peut songer a classer dans un ordre bien naturel les diuretiques qu au- 
tant que leur mode d action propre sera parfaitement connu. Or, nous sommes 
loin, tres-loin de cette connaissance approfondie. Le probleme est complexe etil 
ne sera resolu qu apres des recherches patientes et nombreuses, dans des condi 
tions d une difficulte inoui c. 

Done je considere comme purement artificielles les classifications souvent 
citees de Golding Bird, qui divise les diuretiques en hydragogues, c est-a-dire 
agissant sur les parties aqueuses de 1 urine, et en nitragogues, c est-a-dire 
augmenlant 1 excretion d uree; de Bouchardat, qui simplement les range sous 
deux litres : D. vegetaux et D. mineraux ; de Rabuteau et See, qui admettent 

5 groupes : les diuretiques dialytiques, mecaniques ct mixtes, ces derniers ayant 
un pied dans les deux camps, etc. 

Si j avais un choix oblige a faire dans les diverses classifications proposees 
jusqu ici, j opterais de preference pour la division indiquee par Barrallier, laquelle 
a 1 avantage de la simplicite, en memo temps qu elle s appuie sur les donne es 
physiologiques les plus probables. Suivant ce medecin distingue, les diuretiques 
agissent : 1 en augmentant la masse du sang; 2 en modifiant mecaniquement 
la circulation; 5 en excitant directement la secretion renale. 

On pourrait, je crois, simplifier encore cette classification, car les diuretiques 
qui agissent en augmentanl la masse du sang et ceux qui infiucncent me cani- 
quement la circulation ont au fond le meme mode d action : il? donnent au 
fluide sanguin plus de tension : passive dans un cas, active dans 1 autre. 

De sorte qu il n y aurait en realite, suivant cette maniere de voir, que deux 
groupes de diuretiques : les uns, simples stimulants des elements actifs, excre- 
teurs, de la glande (cellules a batonnets) ; les autres, agents mecaniques augmen 
tant la tension du sang dans les vaisseaux, et forgant les glomerules a plus 
d energie d action. 

Aux premiers on pourrait donner le nom de diuretiques vrais ou directs, 
ouragogues, le mot exisle dans la litterature grecque : o\>pa, ayw, et il aurait 
1 avantage de se rapprocher de vocables analogues usites entherapeulique: siala- 
gogues, galactagogues, etc.; toutefois, c est malheureuseument un neologisme 
d une euphonie imparlaite; les seconds seraient par centre les diuretiques indi- 
rects ou mecaniques. 

Mais, en definitive, les agents des deux groupes ne sont que des stimulants, 
dont 1 action porte tantot sur les corpuscules de Malpighi, tantot sur les ele ments 
cellulaires des tubuli, etqui developpent en outre dans le rein, primitivement ou 
secondairement, des modifications vasculaires : d ou il suit que leurs modes 
d action intimes sont bien pres de se confondre. En effet, toute action hypercri- 
nique resulte necessairement d abord d une excitation de 1 organe se creteur et 
ensuite d un appel de sang propre afournir les elements de la secretion, cequ on 
traduit generalement par les mots de congestion physiologique. 

II. ENUMKRATIOX. PREMIERE CLA.SSE : agents mecaniques. Sous la reserve 
que ma classification est plutot ici d ordre didactique ou descriptif, voici 1 enonce 
des principaux medicaments diuretiques de ce groupe, dans lequel on peut, 
d apres ce qui vient d etre dit, introduire deux subdivisions : 1 les diuretiques 



DIURETIQUES. 5 

par plethore vasculaire ou transfusants ; 2 les diuretiques vaso-moteurs ou par 
tension active. 

Premier groupe. L eau et tous les liquides Ires-charges d eau, tels que : les 
tisanes d orge, chiendent, queue de cerise, graine de lin, guimauve, saponaire, 
buglosse, bourrache; le petit-lait, les bouillons de veau et de poulet, 1 oxycrat, 
les limonades, etc, etc., pris a haute dose, font uriner; ce sont les diuretiques 
aqueux, delayants, antiphlogistiques, des ancicnnes pharmacope es. Toutes ces 
substances sont reellement diuretiques a dose suffisante, mais elles doivent cette 
propriete plutot a leur eau qu a eile-meme, a 1 eau, puissant agent de diurese, 
quoi qu en ait dit Sandras, qui nie formellement cette action. 

N est-ce pas 1 eau seule encore qui devient 1 eleinont de diurese dans cette 
grande classe des eaux medicales d une mineralisation insignifiante, si van tees 
a bon droit dans bon nombre d affections uro-geni tales dans lesquelles il taut 
provoquer un flux d urine propre a laver les voies urinaires : Contrexeville, 
Vittel, Evian, Saint-Simon (d Aix), Capvern, etc., etc.? 

C est encore 1 eau qui provoque la diurese lors des cures de lait, de petit- 
lait, de raisin. Et si Ton a reconnu parfois an sucre, ;i la manne, a la gomme, 
quelques verlus pour activer la diurese, c est sans doute, comme le remarquc 
Barraillier, parce que ces substances agissent dans le sang par leurs qualites 
endosmotiques, attirant 1 eau des tissus dans les vaisseaux et determinant la 
plethore vasculaire. 

L eau et les diure tiques aqueux sont indiques dans les etats febriles pour 
debarrasser 1 organisme des produits d une combustion exageree; puis chez les 
goutteux dont 1 organisme est impregne d acide urique; dans certains cas 
d hydropisie, alors qu on redoute une action trop vive des diuretiques vaso- 
moteurs ou stimulants ; dans les affections catarrhalesde la vessie et de 1 urethre 
a leur periode aigue; toutes les fois, en sommc, qu il faut rejeter au dehors 
les materiaux etrangers ou devenus etrangers a 1 economie, et monditier en 
quelque sorte nos lissus. 

Deuxieme groupe. Nous possedons un certain nombre d agents ou de medi 
caments capables d elever la tension vasculaire suffi^amment pour accroitre 
1 excretion d urine. Ces medicaments appartiennent naturellement a la grande 
classe des vaso-moteurs. 

Je citerai en premiere ligne la digitale, la scille, 1 ergot de seigle, le muguet, etc. , 
parmi les agents de notre matiere medicale ; et 1 hydrotherapie froide, ou les 
applications du fi oid, comme moyens de diurese veritablement elficaces. 

Quelques mots maintenant sur chacune des substances medicamenteuses que 
je viens de nommer. 

a. Digitale. Je considere les preparations de cette drogue comme les plus 
puissants diuretiques que nous ayons a notre disposition. Si 1 on a discule et si 
Ton discute meme encore sur les modifications que la digitale apporte a la com 
position de 1 urine excretee sous son influence, nul, je crois, ne couteste son 
puissant effet diuretique, quand elle est bien maniee : toute la question reside, 
en effet, dans une tactique habile, si Ton veut reussir presque a coup sur. 

Nous ignorons, il faut bien 1 avouer, son mode d action intime sur le rein. 
Pour le professeur Yulpian, elle exciterait le tissu renal, et les parties de 
1 appareil vaso-moteur qui innervent les vaisseaux du rein n entrent en jeu que 
d une facon secondaire et sous 1 influence du tissu renal; cette excitation deter 
mine, sans doute, en suspendant 1 action tonique des centres vaso-moteurs des 



6 DIURETIQUES. 

reins, une dilatation des vaisseaux de ces organes, et facilite ainsi la production 
de la diurese . 

Brunton et Power donnent une theorie du meme ordre. Pour ces experimen- 
tateurs ce n est pas 1 exces de pression dans le glomerule de Malpighi qui produit 
la diurese, c est au contraire la dilatation des arterioles du rein. Et celte dilata 
tion est un effct de reaction apres 1 epuisement de 1 action vaso-motrice de la 
digitale. 

Pas davantage nous ne sommes bien fixes sur les modifications apportees par 
la digitale dans la composition de 1 urine qu elle fait excreter. Quelques auteurs 
pensetat qu elle rend 1 urine plus aqueuse; d autres assurent qu elles diminue 
1 excretion d uree et d acide urique (Bouchard) et des matieres extractives (Ham 
mond). Toutefois, Maurel, qui,d apres de nombreuses experiences, admet presque 
que la digitale est notre seul diurelique, affirme qu elle augmented la fois 1 eau 
et les mateiiaux solides de 1 urine. Ce sout la de bien graves questions, fort diffi- 
ciles a resoudre et qu il faut remettre al etude. 

11 n est pas jusqu aux indications de la digilale, en tant que diuretique, qui 
ne soient toujours con trover sees. Si tous les me decins la prescrivent dans 1 ana- 
sarque symptomatique d une affection du cceur, beaucoup se refusent a 1 ordon- 
ner quand 1 hydropisie resulte d une maladie des reins et d autres lui refusent 
toute action Iherapeutique dans 1 ascite, 1 hydrothorax on autres epanchemcnts 
dans les cavites sereuses. 

La digilale est, suivant moi, un remede souvent heroiquc dans 1 bydropisie 
d origine cardiaque; c est bien la, en effet, sn meilleure application. Mais je ne 
puis admeltre, avec J. Lozes, qu elle donne les memes bons resullats contre 
1 anasarque par lesion renale ou les hydropisies des cavites sereuses. Son action 
therapeutique est ici tout a fait incertaine. On reservera done surtout son emploi 
pour les cas d hydropisies par cardiopathie. 

Ouelles sonl les preparations de digitale a prescrire a titre de diuretique et 
les doses dc ces preparations? 

La maceration et 1 infusion de feuilles passent avec raison pour tres-sures dans 
leur action diuretique. 

Herard recommande aux sujets affectes d anasarque d origine cardiaque la 
maceration a froid de \ a 2 grammes de feuilles dans 200 grammes d eau. On 
en commence 1 usage au bout de vingt-quatre beures, et il est bien rare que 
1 effet diurelique tarde plus de trois jours. On a vu des sujets rendre alors jusqu a 
6 litres d urinedansla journee. Quand ily a intolerance gastriqne, cequi sctraduit 
par des nausees et des vomissements, le remede doit etre abandonne. Fernet 
conseille rinfusiondeO gr ,20de feuilles dans 150-200 grammes d eau, en 3-4 fois, 
surtout quand 1 affection cardiaque est mitrale, et il donne comme criterium de 
4 action tberapeutique 1 effet diuretique dont il faut toujours s assurer par la 
mensuration quotidienne des urines. 

Cemoyen veritablement he ro ique re ussit malheureusement plus exceptionnel- 
lement dans les hydropisies non symptomatiques d une maladie du coeur. 

La digitaline, 1 extrait alcoolique, la teinture, sont moins efficaces que 1 infu 
sion de feuilles. 

b. Settle. Elle peut etre mise au moins sur le meme plan que la digitale, 
avec laquelle elle a, du reste, la plus grande analogic d aclion pliarmaco- 
dynamique. 

Hirtz la prescrivait habituellement dans 1 anasarque d origine renale et s en 



DIURETIQUES. 7 

louait heaucoup : sous forme d extrait, en pilules de O gr ,05, et a la dose de 3 a 4 
par jour. 

C est pour ce therapeutiste distingue le plus puissant de iios diure tiques, et 
depourvu de proprietes irritantes. 

L un desprincipes aclifs de celte plante, la scillitine (voy. ce mot), est egale- 
ment pourvue de bonnes proprietes diuretiques. 

Son mode d action est vraisemblablement celui de la digitale. 
D apres Yoit, elle augmenterait 1 excretion de 1 uree ct des chlorures. Ham 
mond affirme au contraire la diminution du chiffre de 1 uree excretee. 

L extrait, la teinture, sont ranges en lete des preparations les meilleures, puis 
viendrait I oxymel scillitique, moins actif. 

c. Convallaria maialis. II resulte des experiences de deux medecins russes, 
Troitki et Boioiavlenski, que le muguet des bois agit sur le coeur et les vaisscaux 
a la maniere de la digitale, determinant comme elle le ralentissement des mou- 
vements cardiaques et I augmentation de la pression arterielle. 

C est aussi un diuretique de premier ordre, ainsi que ces expdrimentateurs 
1 ont verifie chez des sujets affectc s de lesions cardiaques et infiltivs. 

Les recherches cliniques de G. See sont venues confirmer recemment ces 
donnees et faire valoir haulement les merites du nouveau rcmede. 

Suivant le professeur See, le Convallaria inn mli* on muguet conslituc un 
medicament cardiaque des plus importants. 

Et dans toutes les affections cardiaques indistinctement, des qu elles ont 
produit rinfiltration des membres, et a plus forte raison une hydropisie ge ne- 
rale, le muguet a une action evidente, prompte et sure . 

II 1 emporterait meme sur la digitale, en ce sens qu il est mieux tolere que 
celle-ci par l estomac, et qu il fatigue moins le cceur. D ou cette conclusion 
terminale de See : 

Enfin, dans les cardiopathies avec hydropisie, le maialis surpasse toutes les 
autres medications, sans meme qu on soil oblige d y associer d autres diureliques, 
comme le lait >>. 

Le muguet serait en somme le type des diuretiques, si Ton s en it ll rait abso- 
lument aux paroles du professeur. Malheureusement d autres cliniciens, et des 
plus autorises, ont emis des doutes sur cette puissance si remarquable de la 
plante. 

Ainsi Moutard-Martin n a observe qu une fois sur 4 cas 1 action diuretique 
de 1 extrait de muguet, et il se demande meme si dans ce seul cas favorable 
la diurese ne se serait pas produite spontanement. Et Ferrand conclut aussi de 
ses essais cliniques que le C. maialis ne parait nullement doue de pro 
prietes diuretiques puissantes . 

C. Paul, enfm, qui, 1 un des premiers, en France, expcrimenta les prepara 
tions de muguet, ne leur attribue que des effets diure tiques incertains. 11 suppose 
done que le C. maialis recueilli en Russie est plus actif que le notre, pour 
expliquer la divergence dans les fails observes par les medecins russes et 
francais. 

La meilleure preparation de muguet, suivant Langlebert, qui a bien eludie la 

pharmacologie de ce medicament, est 1 extrait arjueux prepare au moyen des 

fleurs et des tiges, additionne es d un tiers de leurs poids de racines et de feuilles. 

On le fait prendre a la dose de 1 a 2 grammes par jour. 

Sil efficacite du muguet vientaetre rigoureusement demontree, on aura tout 



8 DIUR TIQUES. 

a vantage a prescrire, an lieu de 1 extrait, le principe actif qu il renferme, la 
Convallamarine, decouverte en 1858 par Walz, et preparee actuellement par un 
nouveau precede plus commode que celui de ce chimiste, et imagine par 
Tanret. 

d. Cafe ine. Comme le cafe , recommande , des 1825, par Zwinger, et dont 
elle derive, cette substance est un diurelique, et j ajoute un diuretique ener- 
gique, dont j ai maintes fois observe les bons effets dans les hydropisies 
d origine cardiaque. Son mode d action me parait etre d ailleurs le meme que 
celui de la digitale. Elle accroit la tension des arteres et ralentit le cojur. 

D autre part, elle augmenterait la proportion de 1 eau dans 1 urine et dimi- 
nuerait la quantite de ses matcriaux solides (Lehman). 

Iluchard a particulierement fait ressortir les meritcsde ce medicament dans les 
cardiopatbies, dans une communication re cente a la Societe de therapeu- 
tique. 

II a bien montre son action prompte, qui s etablit le plus souvent en douze 
ou vingt-quatre heures, et allant jusqu a fairc rendre 3-4 litres d urine; son 
innocuite plus grande quecelle de la digilale, dont il faut craindre parfois les 
effets accumulatifs ; sa facile tolerance. 

La cafeine doit etre preserve en nature, de preference a ses sels, d effets plus 
incertains, a la dose de 1 gramme et plus, par la bouche ou bien en injection 
sous la peau. 

Dans ce dernier cas c est a la solution de benzoate de cafeine (Tanret) qu il vaut 
mieux recouiir : 

Benzonte de souile 2e ,2o 

Cafeine 2s ,50 

Eau, Q. S. | our 10 centimetres cubes. 

Ce diuretique reussirait egalement fort bien dans les hydropisies par lesion dc 
reins (Brackenridge). 

e. Ergot de seigle. Ce medicament est parfaitement digne d etre rapproche 
des precedents, sous le rapport de son efficacile comme diuretique, de meme 
aussi qu il s identifie avec eux au point de vue de son mode d action sur le 
rein. 

Nous devons a Laborde la demonstration experimental de la vertu diuretique 
de 1 ergot de seigle, signale e par Wernicb, d apres ses observations cliniques. 
Je crois qu on pourrait le conseiller au meme litre que la scille dans 1 albu- 
minurie. 

11 faut prescrire 1 extrait aqueux en potion ou pilule, a la dose de 1 a 4 gram 
mes, ou bien en injection sous-cutanee : 10 centigrammes. 

f. Bromure de potassium. C est theoriquement, je pense, qu on a dote ce 
sel d une action diuretique, a titre de tonique vasculaiie. 

S il possede 1 action qu on lui suppose, c est plutot comme stimulant direct 
du rein lors de son elimination par cet emonctoire. En tout cas, cetle action 
reste a demontrer. 

g. Moyens diuretic/lies. Mon enumeration serait incomplete, si j omcttais 
de citer a la suite des medicaments diuretiques agissant par tension quelques 
moyens hygieniques jouissant du meme mode d action et d une influence 
comparable. 

Le froid fait evidemment fonctionner les reins plus activement; en outre 



DIURETIQUES. 9 

1 exercice est encore un moyen de diurese. Et si les influences morales etaient 
d ordre therapeutique, il faudrait aussi en tenir compte a ceUe place. 

Le froid parait bien augmenter la diurese, de meme qu il accroit les besoins 
d uriner. 

Quant a 1 exercice musculaire, il provoque egalement une plus abondante 
emission d urine, et celle-ci renferme de plus fortes proportions d uree, d acide 
urique, de phosphates et de crealine (Hitter). 

De pareils moyens d action sont precieux chez les rhumatisants et les gout- 
teux et doivent faire partie de leur hygiene. Aussi bien leur recommande-t-on 
avec insistance les pratiques hydrotherapiques et 1 exercice musculaire au grand 
air, qui les debarrassent de materiauxmorbiiiques toujours en formation et [trots 
a s accumuler dans leur organisme. 

DEUXIEME CLASSE. Stimulants du rein. Acetteclasse appartiennent, suivant 
moi, les diuretiques vrais, ceux qui exaltent en re alite la fonction des reins, et, 
suivant la definition de Sandras, font remlre plus d urine qu il n y a eu de 
li/juide inge re. Nombreux sont les agents qui font partie de ce groupe, mais aussi 
sous cette richesse apparente se cache encore une reelle pauvrete ; je pourrais 
presque dire un denument absolu, si Ton me demandait de citer ici des agents 
reellemcnt puissants. 

Sans doute notre matiere medicalc nousfournit beaucoup de bons medicaments 
diuretiques de cet ordre, toutefois aucun n est comparable a ce merveilleux 
agent d hypercrinie, le Pilocarpus pinnatus ou jaborandi, stimulant si puissant 
des glandes salivaires et sudorales, comme chacun sait. 

Je rappelle que Jes diuretiques que je vais etudier agissent vraisemblablement 
sur le rein au moment de leur elimination a travers sa substance, augmentant 
sans doute 1 activite fonctionnelle des cellules a batonnets etmodih ant secondai- 
rement la circulation du sang dans 1 organe, de facon qu il sufilse a sa fonclion 



exageree. 



Parmi les medicaments les plus precieux comme energie diuretique, il taut 
citer les balsamiques, les sels neutres, lesalcalins, les alcooliquesjacantharide, 
la blatte orientale, etc., que je vais etudier isolement avec quelques details. 

a. Balsamiques. Tous les me dicaments de ce groupe, qui comprend les 
baumes proprement dits, substances renfermant del acide benzoique, etc., et les 
terebenthines constitutes pur une essence et une resine, s eliminent en partie a 
travers le rein, et 1 analyse chiiuique la plus ele mentaire sufiit souvent a deceler 
la presence d un de leurs elements dans 1 urine. 

Aussi bien les proprie te s diuretiques du copahu, du cubebe, de la tere ben- 
thine, du cajeput, du baume du Perou, du baume de tolu, du buchu, du 
genievre, du matico, de 1 essence de Santal, etc., etc., sont-elles incontestables 
et proportionnees aux doses de resine que renferment ces substances (Barraillier), 
ce qui se comprend sans peine, puisque cette resine est leur partie active, celle 
qui passe par le rein, et j ajouterai a leurs doses d acide benzoique pour le 
meme motif. 

Dans ses essais qui rernontent deja a une e poque eloignee, William Alexander 
avail observe sur lui-meme que 1 huile de genevrier produisait une diurese con- 
stante et active. 

Ces agents que je viens d enume rer rendent les meilleurs services dans les 
affections catarrhales de la vessie et de 1 urethre, d une part comme topiques 
contre 1 irritation de la muqueuse enflamme e, d autre part pour debarrasser 



10 DIURETIQUES. 

cetle muqueuse de^s produits de I inflammation a 1 aide d un flux d urine plus 
considerable. Le copahu a meme ete preconise contre 1 anasarquc par Taylor, 
en Angleterre, et d autres praticiens ont vcrifie les assertions de ce medecin. Le 
remede est d ailleurs assez delicat a manier, mais reellement excellent. 

Toutefois, je le repete, 1 action diuretique n est jamais bien considerable. 

A cote de ces medicaments a resine je place les preparations de sureau (voy. 
ce mot), dont les proprietes diuretiques sont incontestables et doivent etre 
attributes a une substance resincuse qui agit sans doute aussi sur le rein par 
elimination. 

On pent rapprocher de ces substances d autres diuretiques assez en vogue : les 
preparations de stigmates de mais, \antees a la fois comme anticatarrhales 
(Dufau) ct diuretiques (Landrieux), celte derniereproprieteconlesteepar Queirel 
et Castan; la decoction d avoine (Themont) , utile centre 1 anasarque cardiaque; 
la scoparine et la sparteine, principes retires du genet a balais, Sarathamnius 
scoparius Wim., augmentant la diurese, suivant Stenhouse et Merck; 1 infusion 
du Juncus acutus ou jonc des marais, prcconisee par Marcailhou d Aymerie 
pour combattre 1 hydropisie; le gui de peuplier, experimente avec succes par 
C. Paul, en infusion dosee a 75 grammes par litre d eau; VArenaria rubra, 
propose par Bertherand (d Alger) et F. Vigier en 1878-1879; Yoignon cru 
(Allium cepa L.), cite par Murray, Lanzoni, Serre (d Alais), et plus recemment 
par Duprez, comme une ressource pre cieuse contre 1 anasarque, quelle que 
soit sa source; la fuchsine, agent douteux de diurese (Bcrtet), qui s elimine 
par le rein et pent le stimuler. Tons ces medicaments ont ete peu experimentes 
jusqu ici, et leur composition cbimique et leur mode d action sont gcnerale- 
ment mal connus. 

b. Sels neutres. Les auteurs citent les nitrates de potasse et de soude, les 
chlorates de potasse et de soude, 1 acelate de potasse, mais Ton pourrait joindre 
a cclle liste les sels neutres purgatifs. 

Le nitrate de potasse, ou sel dc nitre, est un diuretique banal jouissant de 
longue date de la reputation d activer energiquement le cours del urine. Aujour- 
d hui, il se fait une reaction assez vive centre cette idee traditionnelle, et void 
que le nitre est considere comme depourvu d action sur le rein. 

Maurel lui reconnait, tout au plus, lapropriete d augmenter la proportion des 
materiaux solides de 1 urine, dans une assez faible mesure. Et, d apres See et 
Rabuteau, son action dim clique serait fugace et incertaine. Ce dernier auteurlui 
subsliluerait volontiers le nitrate de soude, plus actif selon lui, et facile a 
manier. 

Quelques plantes dans lesquelles 1 analyse chimique a demontre la presence 
du nitrate de potasse, telles que le tournesol, la bourrache, 1 ortie, la parie- 
taire, la racine d asperge, etc., sont rapprochees quelquefois des nitrates par les 
auteurs. Je me borne a signaler le fait materiel, car, a supposer que lesditcs 
plantes aient la moindre action diurelique, il faudrait la rapporler a Teau dans 
laquelle on les a fait infuser plutot qu aux traces de nitrale qu elles renferment, 
et qui ne pourraient avoir qu une action homoBopathique, c est-a-dire nulle. 
Semblables reflexions devraient etre faites a propos des eaux miner ales nitrees, 
generalement faiblement chargees, et qui n ont certainement pas pour principe 
actif les nitrates qu elles renferment. 

L" acetate de potasse est superieur, au point de vue de 1 action diuretique, aux 
nitrates, suivant Golding Bird ; mais ce sel est brule dans 1 economie et trans- 



DIURETIQUES. ii 

forme en carbonate de polasse, c est-a-dire qu il agit comme les sels alcalins dont 
je parlerai dans un instant. 

Le chlorate de soude 1 cmporterait sur tous ses cong^neres, comme agent de 
diurese, au dire de Rabuteau. 

Et, d aulre part, Maurel, dans ses experiences, a observe que le chlorate de 
polasse angmente la quanlite d urine et 1 excrelion de ses materiaux solides. 

L urate de soude, suivant Ileidenhain, injecte dans les veines d un animal en 
solution concentre e, detcrminerait une tres-abondantc diurese. 

Les sels neutres n ont aucune application spe ciale dans la medication diure- 
tique et sont de plus en plus delaisses par les praticiens. 

D autre part, la limonade sulfur u^ue agit a la facon des petites doses de 
sulfate de soude, et Vacide azotiqne comme les azotates de potasse et de soude, 
puisque les acides sulfurique et azotique se transforment en sel de soude ou de 
potasse dans 1 economie; enfin pour la meme raison le vinaigre, preconise sous 
le nom d oxycrat (cau vinaigre e) par les Anciens, agirait comme les acetates de 
potasse ou de soude. Ballon, toutefois, conteste son ei fet diuretique (1845). 

De sorle que la section des diitre tiques acides n existe pas en realite et se 
confond avec celle des sels neutres. 

A la limite des sels neulres et des alcalins, il y a place pour Vacide ben- 
zoique et les benzoates, 1 acide bcnzoique agissant comme benzoate dans 
1 organisme. 

Ces medicaments sont parfaitement diureliques, mais fort pen energiques. 

On peut employer avec un certain avantage le benzoate de lithine contre la 
dialhese urique, la litbine etant alors surtout 1 agent aclif, mais il n y a guere a 
compter sur 1 acide benzo ique ou le benzoale de soude contre cette meme 
dialhese. 

Un autre acide aromatique, Yacide salicijlique, et son sel le plus ordonne, le 
salicylate de soude, tout en etant a peu pres de pourvus de proprie tes diure- 
tiques, modifient manifesteriient 1 urine par elimination, pnisqu on en relrouve 
dans cette liumeur plus de 60 pour 100 de la quantite ingeree; ils activeraient 
1 excretion de 1 uree, des matieres extractives (Boucbard) et des urates, ce qui 
juslificrait encore leur emploi si merveilleusement puissant dans la gouttc et 
dans le rhumatisme. 

c. Sels alcalins. On cite generalement les carbonates de potasse et de soude, 
le carbonate de lilbine, comme assez actifs, le bicarbonate de cbaux. 

Cesont la de bons medicaments, nullemcnt dangereux, quandonlesadministre 
avec prudence, remedes designes pour les artbriliques et les goutteux. 11s ont 
chez ces sujets le double avantage d augmenter la solubilite des urates de 1 urine 
et d epurer 1 organisme de 1 impregnation urique, en favorisant 1 excretion de 
1 uree et de 1 acide urique avec 1 urine. 

Ils donnent aux eaux alcalines naturelles leurs vertus principales. C est, en 
effet, grace a leurs carbonates alcalins, que les eaux minerales de Pougues, Vals, 
Vichy, Royat, Carlsbad, Ems, etc., produisent des effets si remarquables chez 
les goutteux et les sujets affectesde gravelle. 

L action diuretique de ces eaux est encore accrue par 1 acide carbonique 
qu elles renferment, pourvu, lui aussi, d un bon effet diuretique, si 1 on s en 
re fere aux experiences de Quincke. 

Jedois rapprocher des sels alcalins le sue de citron, preconise par le me decin 
russe Trinkowski, car les sels de potasse et de soude que renferme ce sue se 



12 DIURET1QUES. 

transforment dans 1 economie en carbonates de ces bases et agissent comme 
tels. 

C est e galement en subissant une pareille metamorphose que les acides ve ge - 
taux : citrique, tartrique, employes sous forme de limonades, agissent pour 
delayer 1 urine chez les febricitants ; ils doivent figurer des lors dans la medica 
tion alcaline. 

d. Alcoolic/ues. L alcool s elimine certainement par 1 urine, en faible 
proportion, a la verite, 0,82 pour 100 de la quanlite ingere e (Thudichum). 

Faut-il attribuer son action diuretique absolument certaine a son passage a 
travers les reins, ce qui est admissible, ou bien rend-il le sang plus apte a 
1 endosmose, c est-a-dire plus propre a soutirer 1 eau aux tissus, enfin doit-on 
chercher ailleurs une explication de ses effets sur le rein? C est ce que je ne 
saurais dire. 

Toujours est-il qu il augmente la diurese et modifie la composition cliimique 
de I lirine, laquelle contiendrait moins d uree, moins de cblorures et de 
phosphates. 

Hammond, d apres quelques expe riences sur lui-meme, met cependant en 
doute cette propriete, disant que 1 alcool est plus anuretique que diuretique. En 
eel a, il est en disaccord avec la majorite des observateurs. 

Des expe riences identiquement de meme ordre, faites par Rabuteau, entre 
autres, il resulte, en definitive, que 1 alcool pris a dose faible fait bien excreter 
1 urine plus abondamment, c est done qu il est diuretique. 

Les liquides alcooliques ont evidemment la meme action, et parmi eux je 
signalerai les vins, le vinblanc surtout, ou mieux certains vins blancs, d Anjou, 
de Champagne, d Alsace, du Rhin, de Bordeaux, dont 1 action diuretique est 
populaire. 

Les boissons alcooliques augmentent la diurese, en meme temps que le besom 
d uriner, et parmi les plus diure tiques il faut signaler principalement la biere, 
le champagne, le cidre, le koumys, toutes les boissons fermentees, en un mot. 

Les indications des alcooliques n ont rien de bien particulier. On les prescrit 
volontiers maintenant aux lebricitants, et ils ont alors le double avantage de 
soutenir les forces de ces sujets et de favoriser I elimination des dechets de la 
nutrition par 1 urine. 

Le cidre est repute comme une excellente boisson, s opposant a la formation 
des calculs dans les voies renales et dans la vessie. 

Enfin 1 alcool elhylique possederait la propriete de favoriser 1 elimination des 
poisons, de 1 arsenic et de la strychnine tout particulierement, et il passe encore 
pour un alexipharmaque de premier ordre, pouvant rendre de grands sercices 
meme centre la morsure des grands serpents venimeux (J. Cloquet, Williams 
Paterson, J. Shortt). 

Eau oxyazotique. A cote des preparations alcooliques je puis placer un 
autre stimulant qui, comme elles, produit une ivresse particuliere et doue 
manifestement de la faculte d exciter la diurese : c est le protoxyde d azote, ou 
plutot sa solution dans 1 eau, appelee eau oxyazotique. 

Cette propriete de 1 eau oxyazotique a ete surtout mise en lumiere par Ritter, 
en 1871. 

A la dose de trois verres par jour, d apres See, qui a repete les experiences 
de ce chimiste, elle agit a coup sur et provoque en meme temps une abondante 
excretion d acide urique chez les sujets gouttcux impregnes de cet acide. 



DIURETIQUES. 15 

D ordinaire, elle rend 1 urine plus chargee d uree, d acide urique et de phos 
phates (Kilter). 

Le protoxyde d azote a sans doute sur le rein une action directement excitante, 
et 1 eau oxyazotique agirait en somme a la facon des eaux gazeuses ordinaires. 

Ce ne sont la que de simples hypotheses, car la science n est nullement fixee 
sur les metamorphoses qu il pcut subir dans 1 organisme animal, pas plus que 
sur son elimination de cet organisme. 

A priori, c est un diuretique a conseiller aux goutteux ct aux sujets qui 
eliminent mal les urates et 1 acide urique, et peut-elre aux albuminuriques, 
auxquels nous avons si peu de ressources a ol frir. 

e. Cantharides. Blattes. La cantharidine s elimine certainement par les 
reins, et elle va meme jusqu a determiner I intlamrnation de ces organes. Quand 
son action topique est fort legere, elle devient diuretique, aussi quelques me de- 
cins ont-ils ete jusqu a pretendre que 1 action des vesicatoires dans la pleuresie 
relevait plutot de la diurese cantharidienne que de la revulsion produite sur la 
peau par 1 agent vesicant. 

Quoi qu il en soit, c est a titre de simple renseignement que je menticmnc 
cette proprie te des cantharides, que nulmedecin, avec juste raison, ne met jamais 
a profit. D ailleurs, il est si facile de de passer la mesure et d cmpi vlicr ;iu con- 
traire le cours de 1 urine, que je ne conseille a personne de recourir a celtc 
substance dangereuse. 

La Blatta orientalis, insecte qui passe egalement pour jouir dc vertus diure- 
tiques comme la cantharide, a au moinsl avantage d etre d unemploi inoffensif. 
C est meme un remede populaire en Russie, dans 1 hydropisie. 

Aussi bien nous a-t-elle ete recommandee par deux medecins de ce pays 
Kouprianov et Bogomolov, e leves de Bolkin. 

Suivant eux, la blatte reussirait a merveille chez les albuminuriques, non- 
seulement pour les debarrasser de leur anasarque, mais aussi pour diminuer 
Talbuminurie. La dose de poudre a prescrire est de 50 a 60 centigrammes. 

Koehler a ve rifie de son cote 1 action diuretique de la blatte et son efficacite 
contre 1 hydropisie. 

Toutefois, dans ses quelques esssais cliniques, C. Paul a ete moins favoriseque 
ces medecins etrangers, et les re sultats obtcnus par lui n ont rien d encou- 
rageant. 

f. Astringents. Le tannin est le type des diuretiques astringents. Cette vertu 
speciale est contestee par Mitscherlich, lequel admet au contraire qu il rend 
1 urine plus rare, tout en augmcntant sa richesse en ncide urique et acide 
phosphorique. 

En tout cas, la propriete diuretique du tannin a etc plutot admise jusqu a 
present sur la foi des auteurs qu en raison d experiences physiologiques bien 
conduites. Considere comme un astringent, il est devenu par cela seulun a^ent 
de diurese. 

Quoi qu il en soit, il n y aurait rien d impossible a ce qu il eut cette propi ie te. 
II s elimine par 1 urine, sous forme d acide gallique, c est done qu il pent 
exciter le rein en passant; et, d autre part, Rosenstein et Rossbach vienncnt de 
lui reconnaitre des effets vaso-dilatateurs directs sur les capillaires, ce qui n en 
fait rien moins qu un astringent, effets capables de favoriser la diurese, laquelle 
exige, comme nous le savons, un certain etat de congestion physiologique pour 
se produire et se developper. 



14 DIURETIQTJES. 

L acide gallique a les memes proprictes tlilatatrices des vaisseaux sanguinset, 
comme le tannin, il s elimine par les reins : c est done qu il doit agir a Ja facon 
de ce dernier medicament. 

II faut rapprocher du tannin les plantes qui le contiennent, citees dans les 
anciennes pharmacopees commc diuretiques astringents : la bistorte, la racine 
de fraisier, la tormentille, la benoile, 1 uva-ursi (qui, dit-on, renferme de 1 acide 
gallique), la myrtille, etc., etc. 

Les diuretiques astringents n ont que des applications medicales douteuses. On 
peut les prescrire a litre de revulsifs, pour ainsi dire, afin de moderer la secre 
tion sudorale excessive et les irritations catarrhales du tube digestif. 

On a vante beaucoup 1 action du tannin et de 1 acide gallique, a la verite, dans 
i albuminurie ; mais la demonstration n est pas faite de leur efficacite. Four mon 
compte, dans la maladie de Bright, j ai toujours vu ces agents inutiles et parfois 
dangereux, au point de provoquer de veritables acces decolique nephretique. 

Peut-ctre les preparations tanniques seraient-elles plus indiquees dans les 
empoisonnements par les alcaloides organiques, puisqu il parait avere qu elles 
retardent (je ne dis pas empechent, comme certains auteurs) 1 action toxique 
et favorisent ensuite I elimination du poison. 

On a cite, en effet, quelques observations favorables au tannin, dans 1 empoi- 
sonnement par la morphine ou par la strychnine (voy. ces mots). 

II faut d autres preuves, neanmoins, que celles qu on a donnees jusqu ici, pour 
justifier cet emploi, au moins dans les empoisonnements graves. 

III. INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS. J ai donne deja a propos de chacun 
des principaux diuretiques leurs usages particuliers, je n etudierai done dans ce 
paragraphe que les indications et les contre-indications gencrales de la medica 
tion diiire tique. 

Les grandes indications des diuretiques sont babituellement posees de la facon 
suivante : 

1 Agents stimulants, ils ramenent au taux physiologique la fonction des 
reins languissante et s appliquenl au traitement de 1 oligurie ; 

2 En exagerant la secretion de 1 urine, ils dissipent les cedemes, combattent 
1 hydropisie des cavites sereuses et sont nos meilleurs anthydropiques ; 

3 En activant le flux urinaire, ils favorisent I elimination des de chets orga 
niques qui souillent Torganisme et rejettent au dehors les composes toxiques 
accidentellement introduits dans 1 economie ; 

4 Ils rendent 1 urine plus aqueuse et moins irritante pour les voies urinaires 
enflammees ; 

5 Ils augmentent 1 action dissolvante de 1 urine pour certains de ses prin- 
cipes salins, et ils favorisent ainsi leur elimination; 

6 Ils deviennent, en penetrant dans 1 urine, des topiques medicamenteux, 
utilisables contre les maladies catarrhales des voies ge nito-urinaires ; 

7 Ce sont enfm des agents de revulsion. 

1 Traitement de I anurie et des nephrites. II existe, suivant Boucbardat, 
une oligurie essentielle par paresie des reins, qui necessite 1 emploi des 
diuretiques. 

C est 1 eau qui manque dans 1 urine des malades affectes de cette oligurie, car 
ils excretent la quantite normale des autres constituants urinaires. 11 est done 
indique de recourir en pareil cas aux diuretiques aqueux, ou bien aux diure- 



DIURETIQUES. 15 

tiques me caniques, et memo aux pratiques hydrothe rapiques, pour stimuler le 
fonctionnement des glomerules. 

Dans 1 oligurie symptomatique d un etat febrile, c est encore aux boissons 
dites delayantes qu il faudra s adresser, ou bien aux diure tiques acidules et 
meme dans certains cas, surlout dans les pyrexies et quelques phlegmasies, aux 
alcooliques. Suivant la remarque d llippocrate, la polyurie juge la crise. 

Quand il s agit d une anurie cantharidienne, les diuretiques emollients, les 
diuretiques alealins, sont parliculierement indiques. 

Enfin, dans Yoligurie des femmes grosses, signak e recemment par Fabre 
(Gaz. hop., decembre 1885), d oii resultent I hydro-amnios et, comme conse 
quences de celle-ci, les presentations vicieuses du foetus, les hemorrhagics de 
la delivrance, etc., Temploi des diureliques, du lait surtout, des alcalins, 
reduirait sans doute 1 bydropisie de 1 amnios et permeltrait a 1 accoucbeur de 
rendrela presentation meilleure, d une facon definitive, etd eviter I hemorrhagie 
qui suit 1 accouchement. 

Dans les nephrites, les diure tiques emollients et alcalins, moyens aide s de la 
diete lacte e, serviront encore, lors de la pcriode aigur, a relablir le fonctionne 
ment des reins. 

Mais dans les formes cbroniques de ces inflammations il est parfois necessaire 
de rccourir a quelques diuretiques encrgiqiies pour combaltre 1 anurie. J ai dit 
de ja que Ilirtz se louait beaucoup dela scille, et que d autres me decins s e taient 
bien trouves de prescrire 1 ergot de seigle, la Blatta oriental is ou la fucbsine 
(Boucbut, voy. ce mot). 

Toutefois, il faut bien reconnaitre que ces remedes energiques ne doivent etre 
presents qu exceptionnellement aux albuminuriques et dans les nephrites 
chroniques. Nous n avons malbeurcusement centre ces dernieres affections, il 
faut bien le reconnaitre, que de bien pauvres moyens tberapeutiques, et nous 
devons assislcr le plus souvent a revolution du mal presque les bras croises, 
bornant notre intervention a fairc fonctionner plus activement de temps a autre 
les regions du rein encore intacles. 

Christison assure neanmoins qu on aurait grand tort d abandonner 1 usage des 
diuretiques dans ralbuminurie, et il se montre partisan de la digitale, de la 
scille, du bitartnitedepotasse, dans le traitementde cette maladie, medicaments 
qu il considere comme propres a diminuer la proportion d albumine de 1 urine. 
Parlant dn principe de la digitale, il dit : La digitaline, qui stimule les reins 
a une se cretion exageree, n a done pas, comme on 1 a dit de la digitale et des 
autres diureliques en general, 1 inconvenient d aggraver 1 irritalion renale parti- 
culiere qui constitue ou occasionne la maladie de Bright . 

Et Gairdner, grand partisan des diuretiques salins, aides des preparations de 
fer et de digitale, dans la nephrite albumineuse, afiirme que la ou ces remedes 
echouent la maladie est incurable. 

Ces reflexions, vraies sans doute pour la nephrite catarrhale, ne sauraient, 
suivant moi, s appliquer a la nephrite parenchymateuse. 

Hirtz, cependant, n hesite pas, meme dans ce dernier cas, a proposer les 
diuretiques, afin, d une part, de degorger la glande malade par la stimulation 
fonctionnelle, et ensuite pour combattre 1 hydropisie, 1 ennemi tout a fait redou- 
table dans 1 albuminurie. J ajouterai : pour desobstruer les canalicules renaux 
encombres par les produits de 1 inflammation. 

2 Traitement des Jiy drop isies, Un flux d urine ab ondant peut de barrasser 



16 DIURETIQUES. 

un hydropique des liquides epanches dans ses tissus, c est pourquoi les medecins 
tentent normalement d exciter une violenle diurese dans les cas d hydro- 
pisies. 

Je viens de dire combien nous sommes desarmes en presence d une nephrite 
chronique; j ajoute que notre embarras redouble quand celte affection amene 
1 anasarque. La diete laclee, 1 ergot, la scille, la blatte, la fuchsine, ont ete indi- 
que s en pareil cas, mais leur effi cache n est rien moins que sure. 

Au contraire, lorsque 1 anasarque est symptomatique d une maladie du coeur, 
nos ressources sont beaucoup plus grandes. La digitale, la cafe ine, ainsi que je 
1 ai dit, deviennent entre les mains de medecins habiles de merveilleux medi 
caments. 

Dans la leucophleymasie a friyore, sorte d anasarque essentielle dont j ai vu 
un certain nombre d exemples, les diuretiques agissent bien, et ici on n a pour 
les prescrire que 1 embarras du cboix. On s adressera de preference aux vaso- 
moteurs, qui renforcent 1 action du coeur et rendent de la tension active aux 
vaisseaux capillaires. Parfois, la simple infusion de cafe s est montree utile en 
pareils cas (Bull, de the rap., t. XVI, 1859). 

Brachet a pu, egalement, recourir avec avantage aux diuretiques dans un cas 
d anasarque consecutive a une diarrhee cbronique. 

Ces agents sont certainement beaucoup moins puissants dans les hydropisies 
localise es. 

Us constituent en pareilles circonstanct-s de simples adjuvants sans grande 
valeur curative. 

On les conseille a ce litre dans 1 hydrothorax et la pleure sie et dans 1 ascite. 
Quand cependant cclle-ci est essentielle, on pent la guerir, suivant Chrestien (de 
Montpellier), et Robert Cbristison (d Edimbourg), par de simples frictions avec 
un melange a parlies egales de teinlures de scille, digilale et savon. 

Et j ai cite a 1 article SUREAU des fails montrant Texcellente action therapeu- 
tique de 1 ecorce de celle planle centre 1 ascite meme symptomatique. 

Mais dans Yhydrocele, dans les hydarthroses, leur role me parait absolument 
nul, malgre 1 assertion contraire de Lisfranc, qui prescrivait en pareil cas 1 emploi 
du nitre et de 1 oxymel scillitique. 

5 Action depurative. Elimination des poisons. Les diuretiques aqiieux, 
en entrainant avec 1 urine les dechets organiques resultant de combustions 
exagerees, telles que celles qui se produiseVit sous I influence de la fievre, ou 
d une denutrition rapide, ont en somme une action depurative des plus utiles. 
Ilirtz donnait dans les pyrexies, de preference aux boissons delayantcs, la digi 
tale, pour profiler encore de ses proprietes antipyretiques. Les alcooliques 
rendraient les memes services. 

Ces mernes diuretiques aqueux et alcooliques sont encore d excellents moyens 
d entrainer au dehors les agenls loxiques introduits dans 1 organisme : les alca- 
loides organiques, particulierement, qui s e liminent en grande pai tie par les 
reins, et certains sels metalliques toxiques, plomb, mercure, ainsi que d aulres 
poisons qui s ecbappent egalement par cct emonctoire. 

Orfila, qui a le premier conseille cetle pratique, recommandait le melange 
suivant comme boisson diuretique dans les empoisonnemenls : 

Eau de Sellz 4 litres. 

Vin blanc 250 centilitres. 

iVilratc de potassc 10 grammes. 



DIURETIQUES. 17 

Lecanu, dans un cas d intoxication par 1 arsenic, a present avec succes le 
nitrate de potasse et les purgatifs. 

C estsansdotitecomme diuretiques qu agissent encore les limonades mine rales 
dans les intoxications saturnine et mercurielle. 

4 Action temperante et me dicatrice sur la murjueuse des oryanes ge mto- 
urinaires. Au moment de la periode aigue d une affection catarrhale de la 
muqueuse des voies genito-urinaires, le medecin prescrira avec avantage les 
diuretiques aqueux pour rendre 1 urine moins irritante, et en faire ce que Ton 
nomme parfois une urine de boisson. Plus tard, dans la periode subaigue de cette 
meme affection, il aura recours aux balsamiques, dont 1 action topique vulnr- 
raire sur la muqueuse enllammec se manifestcra par 1 intermediaire de 
1 urine. 

5 Prophylaxis des affections calculemes. Nombre de diuretiques ont ete 
preconises dans ce but. On comprend facilemcnt la possibilite d une pareille 
action, lorsqu on sc reporte a la faculte que possedent beaucoup d entre eux de 
rendre 1 urine plus aqueuse et d ajouter aiusi a ses propriiUes dissolvantes pour 
ses conslituanls chimiques d uiie faible solubilite : 1 acide urique et les urates, 
les phosphates calcaires. 

Toutes les boissons aqueuses produisent ce resultat. On n ignore pas que les 
grands buveurs d eau sout ruremcnt aflectes de la pierre ou de ia gravelle. Et 
Ton cite parmi les autres diureliques ayant cette speeialite d action le genievre 
(voy. ce mot), tres-vante autrefois comme lillimilripliquc; les alcalins, parlim- 
lierement les carbonates de soude, de potasse, de lithine, ces lithontriptiques 
classiques surtout contre la gravelle urique, ainsi que 1 eau oxyazotique ; les 
preparations de ma is; les eaux de Yittel, Contrexeville, utiles surtout dans le 
cas de gravelle phosphatique. 

7 Revulsion. Les diuretiques ont encore ete conseilles par Martin-Solon, 
contre les accidents nerveux de la dentil ion, chez les enfants, a titre de re vul- 
sifs (Bull, de therap., t. XVI, p. 257). 

La polyurie juge souvent, en elfet, meme les altaques ou crises nerveuses de 
rhysterie et de 1 epilepsie. 

11 est done possible qu en provoqnant artificiellement cette polyurie on puisse 
hater la disparition des troubles nerveux e clamptiques. Si une pareille action 
therapeulique etait bien de montree, il faudrait s adresser aux medicaments dont 
1 action est prompte et energique : sels neutres, balsamiques, alcooliques, digi- 
tale ou scille, cafeine. 

Dans la diarrhee chronique, cette meme re vulsion par les diure tiques a sa 
raison d etre, puisqu elle concentre pour ainsi dire le fluide sanguin et le rend 
moins apte a fournir du liquide a 1 intestin. II est, en effet, demontre que les 
sels neutres purgatifs n ont aucune action cathartique quand ils provoquent de 
la diurese. 

Le nitre, le chlorate de potasse, les diuretiques dits astringents, les sels 
neutres purgatifs, sont les medicaments a conseiller en pareilles circon- 
s lances. 

L action spoliatrice le gere, determinee par les diuretiques, est aussi mise a 

profit dans d autres diacrises : broncborrhee, sialorrhee, galactorrliee, sueurs 

profuses, en vertu de cette loi de balancement qui regit les secretions glandu- 

laires et les rend inverses 1 une de 1 autre. 

C est encore aux sels neutres, aux astringents, qu on peut recourir ici; mais 

DICT. ENC. XXX. 



18 DIURETIQUES. 

les toniques vasculaires, la scille, Ja digitale, 1 ergot de seigle, les balsamiques, 
surtout dans la bronchorrhee, rendent aussi d utiles services. 

Ccs memes medicaments auxquels on peut joindre les alcalins, reussissent 
encore tres-bien dans le rlmmatisme arliculaire aigu, loujours a litre de revul- 
sifs, mode rant la sueur, hatant la resolution des epanchcments sereux intra- 
arliculaires ou autres et purifiant 1 economie de ses souillures morbides. 

Pareils resultats s observent aussi dans la goutte arliculaire, qu on traite 
avantageusement par deux diuretiques incertains : le colchique et le salicylale 
de soude. 

Enfin, j indiquerai avec Alibert 1 usage des diuretiques dans les dermatoses 
rebelles. En exercant une derivation vers les reins, ils favorisent la guerison de 
la maladie de peau. 

Quand la medication diuretique est applicable au traitement des maladies, 
elle n offre que de rares contre-indications, tirees surtout de 1 ctat cachectique 
des sujets, de leur faiblesse, ou de lesions gastro-inteslinales, enfin de 1 etat 
congestif ou inflammatoire des reins. Ces contre-indications s expliquent d elles- 
memes, ce qui me dispense d entrer dans aucun developpement a leur sujet. 

IV. FORMULAIRE. On associe souvent entre cux Jes diuretiques, soit pour 
renforcer leurs effets propres, soit pour repondre a plusieurs indications a la 
fois. De la sont nees une multitude de formules que met a profit la medication 
diuretique. Je rcproduirai ici seulemeut les principales de ces formules, d un 
usage encore habituel aujourd hui ct dont la valeur a e te demontrce par une 
Ion gue experience clinique. Elles pourront servir de type a des variantes faciles 
a etablir dans la pratique medicale. 

1 TISANES DIURETIQUES 

a- Scille 1 gramme. 

Genievre 15 

Polygala 10 

I -oncassez ces substances, faites-les bouillir dans eau, 500 grammes, jusqu a reduction it 
250 grammes, passez et ajoutez : 

Ether nitrique 2 grammes. 

Sirop dc sucre 50 

A prendre par cuillerec a soupe toutes les deux heures, dans l albuminurie (Bouchardal). 

b. Digitale 2 grammes. 

Sucre 20 

Melez et triturez, et ajoutez : 

Oxymel colcliiijue j;0 grammes. 

c. Feuilles el fleurs d ulmaire 30 grammes. 

Eau 1000 

On prepare d unefaconidentiquela tisane aperitive, remplacant 1 ulmaire par 
lameme proportion du melange connu sous le nomdesc^^ ratines aperitives. 

Ces cinq ratines sont celles de fenouil, de petit houx, d ache, asperges et 
persil, aa : 52 grammes, intimement melangees. 

On fait infuser pendant quatre beures la quantite voulue de ces racines : 
20-50 grammes dans un litre d eau. La lisane ainsi obtenue est generalement 
sucree avec le sirop des cinq racines, a la dose de 100 grammes par litre. 

Ce sirop se prepare, d apres le Codex, avec 100 parties de chacune des cinq 
racines, 200 grammes de sucre, eau 5000 grammes. 

On ajoute 1 gramme d acetate de potassepar 20 grammes de sirop. 



DIURETKJUES. 19 

il. Especes aperitives 20 grammes. 

Parietaire 10 

Lais-or infuser une demi-heure dans 1000 grammes d eau bouillautc, ajouter : 

titrate de potasse 2 grammes. 

Sirop des cinq racines 100 

e. Tisane de chiendent 1000 grammes. 

Acetate de potasse. 2 

Sirop des cinq racine^ 100 

/". Bicarbonate de potasse 5 grammes. 

Nitrate de potasse 1 

Infusion de genievre . 10 

(/. Feuillcs de Buchu 30 grammes. 

Eau bouillante Mil) 

2 POUDRE5 DIURETIQUES 

n. Poudre de gomme arabique 60 grammes. 

Nitrate de potasse 10 

Guimauve 10 

Reglisse 10 

Sucre de lait CM 

Une cuilleree a cafe dans un verre d eau. 

l>. Poudre de digitale 15 centigrammes. 

Nitrate de potasse 1 gramme. 

Creme de tartre soluble 1 

Sulfale de potasse 1 

ji irois doses, a prendre dans la journee (Cagnon). 

c. Poudre de digitale 1 gramme. 

de sciile 1 __ 

Oleosaccharure de {jt-nievre in 

En vingt doses : une toutes les heures. 

"5 POTIONS DIUKETIQUES 

a. Oxymel scillitique io Tammes. 

Eau distillee d hysope 100 

- de menthe 30 

Ak-ool nitrique 2 

A prendre en deux fois (Codex). 

b. Acetate de potasse 4 grammes. 

Azotate de potasse i 

Eau diaillee 150 

Sirop des ciuq racines 50 

Une cuilleree a soupe toutes les heures (Blache, Fouquier). 

4 PILULES DIURETIQUES 

n. Scille \ 

Digitale >aa.o grammes. 

Scammonee 

Sirop de gomme Q. S. 

F. s. a. 100 pilules. Dose : 2 a 12 pur jour. 

b. Nitrate de soude 10 grammes, 

Camphre j ^ 

Nitre { aa 4 

Rob de sureau Q. S. 

F. s. a. 60 pilules. Dose : 2 matin et soir comme antilaiteux. 



20 DIUKETIQUES. 

5 VINS DIURETIQCES 

Deux de ces vins sont particulierement employes journellement, connus sous 

les noms de vins de la Charite et de I Hotel-Dieu. Ce sont deux excellentes 
preparations, dont voici les formules : 

a. Vin amer scillitique ou de la Charite ; 

Ecorce de quinquina gris 60 grammes. 

de Winter 60 

de citron 60 

Racines d Asclepias 15 

d angelique 15 

Squames de scille 15 

Absinthe 50 

Feuilles de melisse 30 

Genievre 15 

M..M- !> 

Vin blanc 4000 

Alcool a 60 clegres 200 

Dose : de 40 a ICO grammes. 

b. Vin <liurctique de Trousseau (H6te!-Dieu) : 

Vin blanc r 750 grammes. 

Baies de genievre 50 

Scille 5 

Feuilles de digilale. 16 

Faitos macerer pendant quatre jours, passez et ajoutez : 

Acetate de potasse 15 grammes. 

Dose : 2 a 5 cuillerees & soupe par jour. 

6 OXYMELS DIURETIQUES 

A cote de 1 oxymel scillitique, dont la formule a ete donnee (voy. SCILLE), je 
placerai 1 oxymel diuretique propose par Gubler : 

Teinture alcoolique de digitale 10 grammes. 

Exlrait aqueux d ergot 10 

Acide gallique 5 

Bromure de potassium oil 

Eau de laurier-cerise 50 

Sirop de cerises 400 

Oxymel scillitique 515 

Dose : 2 a 4 cuillerees par jour. 

7 CONFECTION DIURETIQUE 

Savon medicinal 120 grammes. 

Blanc de baleine 240 

Terebenthine de Venise 24 

Huile essentielle d anis \-l 

Curcuma pulverise 8 

Miel Q. S. 

Incorporez le savon et le blanc de baleine; ajoutez le curcuma, et, apres melange bieu. complet, 

la terebenthine et 1 essence, puis le miel jusqu a production de saveur agreable. Cot elec- 
tuaire se donne a la dose de deux bols de la grosseur d une noisette, 2 ou 5 fois par jour 
(Cooke). 

8 PREPARATIONS D USAGE EXTEF;NE 

a. Frictions diurtiques. 
Teinlure de scille . . .1 

de digitale. .... .. .. . .. .. i M 3 

b. Liniment diuretique. 

Feuilles de digitale . 10 grammes. 

Eau bouillanle 50 

Faites iruuser jusqu a refroidissemeut, passez et ajoutez : 

Essence de terebenthine 50 grammes. 

Exlrait de scille e... 5 

Jaunes d ceuf ..... n 2 



DIURETIQUES. 21 

c. Onguent diuretique. 

Scille en poudre 2 grammes. 

Onguent mercuriel 5 

d. Lavement diuretique. 
Digilale . . 



ScUle I 

Faites bouillir dix minules dans une suffisaute quantite d eau, passez et ajoutez : 
Laudanum Rousseau VI gouttes. 

e. Cataplasme diuretique. 

Pulpe de scille 100 grammes. 

Nitrate de polasse 10 

Melez. 

Beaucoup de ces formules sont empruntees au Formulaire magistral de 
Bouchardat, choisies parmi bien d autres que le lecteur pourra consulter. D ail- 
leurs, tous les traite s de therapeulique renferment dc pareilles formules en tres- 
grand nombre : c est pourquoi je me suis borne a presenter seulement les types 
principaux de ces associations medicamenteuses, seuls interessants. 

ERNEST LABBEE. 



. Les renseignements qui suivent, relatifs aux dix-septieme et dix-huiti&ne 
siecles, sont empruntes au Diet. d. sc. med. en 60 vol., 1814. \VEDEL. De diureticis. Diss. 
lense, 1667. EMMEREZ. Suntne diuretica liydrnpis prcccipua rcmedia ? Affirm. Parisiis, 
1681. CARDERS. De diureticis. Lugd. Batav., 1693. GOSCHWITZ. De diurcseos provocatione 
utili et noxia. Dissert, inaug. resp. Anhausen. Hala?, 1724. LEDRAN. An renum et vesica 
morbis diuretica callida? JNegat. Parisiis, 1750. LISCHWITZ. Deplanlis diureticis. Kiloniaa, 
1730. JUCH. De vitiis circa se et excretionem urince. Erfordiae, 1736. BUECHNER. Dissert, 
de diureticis eorumque agendi modo et usu. Raise, 1745. Du MEME. De salutari et noxio 
diureticorum medicamcntorum usu. Hakp, 1749. - - Du MEME. De intempestivo diureticorum 
usu frequenti affectuum nephreticorum causd. Halfe, 175 2. HEEENSTHEIT. De diuresi 
critica. Lipsiae, 1749. KNIPHOF. De medicamentis diurelicis specificis. Dissert. Erfordin 1 , 
1751. LUDOL.F. De diuresi critica. Erfordiae, 1756. BCEHMER. Dissert, de urince se ct 
excretione obmullitudinem arteriarum renalium laryiore. casu quodam singulari illustrata. 
Hate, 1763. WILLIAM ALEXANDER. Experimental Essays. Edinburgh, 1768. HEUSDEX. De 
diureticorum usu et abusu. Lugduni Balavorum, 1774. KUCHELWEIN. De diureticorum 
administratione noxu in hydrope. Goltingje, 1786. ROSE. De cauto remediorum diureti 
corum usu. Lipsia?, 1787. WILSON. De remediis diureticis, Edinburgi, 1788. KOZRBER. 
De medicamentis urinam movenlibus ex classe sedantium. Altdorfii, 1797. BARBIER. Iiifl. 
d. sc. mcd. en 60 vol., art. DIURETIQUES, 1814. SCHWILGUE. Traite de ma Here medicals, 
t. II, 3 e edit., p. 353, 1818. MERAT et DE LENS. Diet, de matiere med., t. II, art. DIURETIQUESF 
1830. TROUSSEAU. Journ. d. connaissances medico-chiruryicales, t. I, 1835. LISFRANC. 
Bull, de therapeulique, t. IX, 1835. SANURAS. Bull, de llierapeutique, t. VIII, 1835. 
JULIA DE FONTENELLE. Compt. rend, de VAcad. d. sc., t. X, 1840. LECANU. Gaz. m^d. de 
Paris, n" 32, 1843. THEJIONT. Bull, de therapeulique, t. XXVIII, 1845. POISEUILLE. Compt. 
rend, de VAcad. d. sc., t. XXIV, p. 1074, 1847. BRACKET. -Bull, detherap., t. XXXV, 1848. 
COORE. Western Journ. of Med , 1852. ORFILA. Compt. rend, de VAcad. d. sc , t. XXXIV, 
1852. PEREIRA. Elements of Materia Medica, t. I, 1854. - - CHRISTISOX. Montkhj Journ., 
1855. GAIRDNER. Edinburgh Med. Journ., mai 1855. TRIPIER. De Vexcretion urinaire. 
Quelques considerations sur les diuretiques. The;e de Paris, 1856. TRINKOWSKI. Bull, de 
therap., 1857. Repertoire de pharmacie, 1859. - - HAMMOND. Amcric. Quarterly Journ. of 
Med. Sc , 1859. WEIKART. Arch, der lleilkunde, 1861. -- HIRTZ. Bull, de therap., t. LXVI, 
1864. - ROCHE. These de doct. en med,, 1867. LABORDE. Arch, de physiol., 1868. - 
BARRALLIER. Diet, de Jaccoud, art. DIURETIQUES, 1869. HERARO. Union med., 1870. SHORTT. 
The Lancet, avril 1870. GOURVAT. These de doct. en med. Paris, 1871. - - DUPREZ. Lyon 
medical, 187 I . JOVITZU DEMETRI. Recherches exper. sur les dictates de potasse el de soude. 
These de Paris, 1871. BITTER. These de doct. es sc., Paris, 1872. RABUTEAU. Elements de 
therap., 1872. VERDUN. Essai sur la diurese. These de doct. en med., Paris, 1872. 
WERMCK. The Lancet, 1873. \YiLKs. Clin. Remarks on the Resina Copahibce as a Diuretic. 
In Guy s Hosp. Reports, 1875. BRUNTON et POWER. Centralblatt, n 52, 1874. HAMMOND. 
Physiol. and Mcd.-Legal Journ., New- York, 1875. BOURQUARD, Essai sur les travaux re cents 



22 DIVALERINE. 

concernant Vanat. et la physiol. normales et pathol. du re in. These de Paris, n 25, 1875. 
YULPIAN. Lecons sur les poisons du coeur, 1875. LOZES. These de doct. en med. Paris, 
1875. FONSSAGRIVES. Principes de therap. generate, 1875. GEOFFROY. These d agreg. en 
med. sur I alcool. Paris, 1875. SEE. Bull, de I Acad. de medecine, 1875. MARCAILHOD 
D AYMERIE. Alger medical, 1876. KOUPRIANOV et BOGOMOLOV. St. Petersburger med. Wochen- 
schrift, 1876 CHARCOT. Maladies du foieet des reins, 1877. QCIXCKE. Archiv f. exper . 
Pathol. u. Pharmak , 1877. KCEBLER. Berlin, kfin. Woclienschr., 1878. LABORDE et 
PETON. Tribune medicale, 1878. LAURE. Medication diure li(/ue. These d agreg. Paris, 
1877. LANDRIEUX. Le Praticien, 1879. G. PAUL. Mem. de la Soc. de therap., 1879. 
F. YIGIER. Mem. de la Soc. de therap., 1879. BERTET. These de Paris, 1880. BOUCHARD. 
Annuaire Iherap. dc Bouchardat, 1880. ROSENSTIRN et ROSSBAC.H. Voy. Elements de therap. 
de Nothnapel et llossbach. Trad, franc., de Alquier, 1880. MERCK. Repertoire de pharmacie, 
1880. MAUREL. Bull, de therap., 1880. MOUTARD-MARTJN. Mem. de la Soc. de Iherap., 
1882. FERRAND. Quinzaine medicale, 1882. -- LANGLEBERT. Annuaire de therapeutigue de 
Bouchardal, 43 e annee, 1882. TAXRET. Bull, de therap., 1882. BRACKENRIDGE. Edinburgh 
Med* Journ., 1882. HDCIIARD. Mem. de la Soc. de therap., 1882. GIRAHD. These de doct. 
en med. Lyon, 1882. Yoy. 1 analyse, in Union medic. TANRET. Me m. de la Soc. de ther., 
1882. FERNET. Mem. de la Soc. de therap., 1882. SEE. Bull, de therap., 1883. DENIS- 
DUMONT. Proprieles me dicales et hygie nigues du cidre. Acad. de med., 12 juin 1885. Cox- 
STANTIN PAUL. Diagnostic et trai lenient des maladies du cceur. Paris, 1885. FABRE. Gaz. 
/tnpilaux., decembre 1883, p. 980. E. L. 

DIURNES (Entomologie). Une des grandes divisions des Insectes Le pidop- 
teres (voy. LEPIDOPTERES) a recu le nom de Diurnes ou Papillons de jour 
(voy. PAPILLONS). P. Latreille avail ainsi reparli les Le pidopteres en 1 Diurnes, 
2 Crepusculaires~et Nocturnes. 

Les Papillons de jour, ou diurnes, outre leur vol au soleil, ont pour carac- 
teres les anlennes terrainees en bouton ou renflees a 1 extremite, des chenilles 
ne s envelojipant point d une coque soyeuse, des ailes ne presentant pas de 
irein. De la les noms dc : Rhopaloceres (avec antennes en massue) et de : Acha 
linopteres (avec les ailes privees de irein) qui leur ont ete appliques plus jus- 
tcment par Boisduval et Emile Blanchard. 

Les Lepidopteres rhopaloceres ou diurnes ne sont pas les seuls qui volent en 
plein jour; des crepusculaires lels que le Morosphynx, les Sesies (voy. SESIES), 
butinent dans la journee, ainsi que certains Noctuelles et des Phalenides, qui 
sont ranges parmi les Nocturnes. En definitive, les deux divisions des Lepidop 
teres en : Rhopaloceres et en Heteroceres, doivent prevaloir (voy. LSSECTES et LEPI 
DOPTERES). A. LABODLBKKE. 

(Ornithologie). Voy., dans OISEAUX, Oiseaux de proie. 

G J3 H 24 5 ~(G 3 H S )"T ( S ; Glvce ride obtenue en cliauf- 

( on 

fani pendant quelques heures a 200 1 acide valerique avec de la glycerine, en 
proportions convenables. Les analyses du produit obtenu conduisent a la for- 
mule C 13 H 16 6 , adoptee "par M. Berthelot. Get eminent chimiste admet en effet 
que la divalerine derive de 1 union de 1 molecule de glycerine et de 2 molecules 
d acide valerique, avec elimination d une seule molecule d eau. D autres 
chimistes , avec Wiirtz, pensent qu il est plus conforme a la theorie generate 
de la formation des ethers secondaires de la glycerine, d admettre 1 elimination 
dc deux molecules d cau, d ou la formule C lr fl :4 5 donnee plus haul. 

La divalerine est un liquide neutre, huileux, d une odeur desagre able d huile 
de poisson, d une saveur amere. Elle a pour densite 1,059 a 16. La divalerine 
se fige a 40. L. FL\. 



DIVIDIVI. 25 

DIYERSO (PIETRO-SALIO). Medecin italien du seizieme siecle, natif de 
Faenza, a laisse la reputation d un bon observateur. II fit ses etudes a Naples 
sous d Altomare, puis \int se fixer dans sa ville natale, ou il exerca son art avec 
le plus grand succes. II est de ceux qui ecrivirenl le mieux sur la peste et 
les fievres graves, et la patbologie du cosur lui est rcdevable de quelques decou- 
vertes (Dezeim). On cite de lui : 

I. De febre pestilent i Iraclatus : et curationcs qnnrnwlam parlicularium morborum, 
quorum tractatus ab ordinariis pralicis non habetur, etc. Boloniae, 1584, in-4. Franco- 
furli, 1586, in-8 . Ilarderovici, 1655, in -8. Amstelodami, 1681,in-. Cello dorniere edition, 
la plus complete, porte le litre A Opuscula medico. II. Conunmlarin in [I>j>j>t>frli* libros 
quatuor de mnrbis luculentissima, etc. Francofurti, 1H)2, KH 2, 1600, in-i nl. - III. In 
Avicennae librum HI de morbis particularibus corporis liumani eteorum curatione. Ticini, 
1075, in-ibl. L. Hx. 

DIVES (STATION MARINE DE). Dans le departement du Calvados, dans 1 arron- 
dissementela 19 kilometres a 1 ouest de Pont-Leveque, dans le canton de Dozule , 
est un petit bourg, sur la riviere la Dives, peuple de 600 habitants. Dives etait 
le petit port ou s embarqua Guillaume le Conquerant. Aujourd hui la mer s arrete 
a Cabotir; mais beaucoup de baigneurs ne pouvant pas trouver a se logcr a 
Cabour viennent habiter a Dives, qui n eu est distant que de 2 kilometres. On 
de sigue done babituellcment cette plage sous le nom de Cabour-Dives, c est 
pour cela que nous avons cru devoir consacrer ces quelques lignes a 1 ancien port 
de Dives. A. R. 

DIVIDIVI on LIBIDIBI. Noms donnes aux fruits du Coulter ia tinct>ri<t 
H. B. K., qui apparlient a une section du genre Ccesalpinia. Cette section est 
formee d arbres depourvus d aiguillons et dont la fleur, qui est d ailleurs celle 
d un Bresillet, est remarquable par la forme de son sepale iufe ricur, concave , 
souvent subnaviculaire, fdus ou moins profondement de coupe sur ses l> u - il> en 
franges ou en dents de peigne. La gousse y est pourvue de sutures (vent rale 
et dorsale) peu proeminentes, et les graines sont ovoid^s, plus ou moins com- 
primees. Cette section americaine renferme deux especes : le C. chilensis DC., 
qui est le Tara tinctoria de Molina, et le Ccesalpinia tinctoria DOMB. (C. pecti- 
tiata CAV. Poinciana Tara R. et PAV. Coulteria tinctoria II. B. K., Nov. 
gen. et spec., VI, t. 569. Celui-ci est un arbre, d abord observe pres de Car- 
tbagene, dans la province de Popayan, et qui, en debors de la Colombie, a ete 
rencontre au Venezuela et dans une partie des Antilles ou on le croit introduit 
(Bancroft). Ses feuilles composees, paripinn^es, ont des folioles ovales-oblon- 
gues, glabres, des petioles inermes, parfois legerement pubescents, et des fleurs 
a calice glabre. Leur fruit, le Dividivi ou Libidibi, est une gousse ovale ou 
oblongue, comprimee, legerement spongieuse, ordiuairement indeliiscente, avec 
des fausses cloisons cpaisses entre les graines. Celles-ci sont peu nombreuses et 
construites comme celles des Ccesalpinia en general. De couleur jaune, plus ou 
moins brune, parfois plus ou moins teinle de rouge ou de rose terne, leur 
pericarpe est glabre a la surface. A partir d un certain age, celte gousse s arque 
suivant sa longueur ou plus souvent encore se replie en forme d S. Sa longueur 
totale varie de 5 a 6 centimetres; sa largeur de 1 1/2 a 2 1/2 ; son epaisseur, 
de 1 1/2 a 2 1/2. Dans son pays natal, cette gousse est, comme celle du 
C. chilensis, employee en teinture et en tannerie, ce qui est du a sa richesse 
en tannin. Celui-ci est, dit-on (Amblard), semblable a celui qui s extrait de la 



24 DIVINATION. 

noix de galle, mais il existe combine avec une matiere animale , ce qui 
rend son extraction difficile par les precedes ordinaires. Le precede qui a le 
mieux reussi consiste a trailer par 1 eau froide le Dividivi concasse, a filtrer 
la liqueur et, apres 1 avoir laissee s epaissir et 1 avoir reprise par 1 eau, a obtenir 
un exlrait mou qu on traitc par 1 alcool. II s y forme un precipite gommeux, 
hygrometrique, legerement astringent. On filtre, et Ton obtient, par evaporation 
au bain-marie, un residu qui est du tannin pur et qu on peut purifier comple- 
tement avec Tether. La plus grande partie de ce tannin parait resider dans 
1 exocarpe ; 1 endocarpe, dur et ligneux, n en renferme que des traces, et les 
semences n en contiennent pas. Le tannin du Dividivi presente les reactions 
suivantes : il donne, traite par 1 eau, une couleur brun clair; par les sels de 
fer, un pre cipite noir ; par 1 acide sulfurique, une coloration rouge ; par 1 eau 
de chaux, un precipite blanc verdatre ; par le protosulfate de cuivre, un preci 
pite violet; par 1 acetate acide de plomb, uri precipite blanc; par la gelatine, 
un precipite blanc resino ide. La richesse en substance tannique du Dividivi 
est telle qu on a constate qu une parlie de ces fruits tanne aussi bien, et en 
trois fois moins de temps, que quatre parties d ecorce de chene. Aussi 1 in- 
dustrie europeenne s est-elle emparee de ce produit, notamment en Angleterre, 
ou Ton en introduit 4000 tonnes dans certaines annees. Ce sont aussi des 
medecins anglais qui ont eu 1 idee de les employer comme astringents centre 
la blennorrhagie, les hemorrhagies, la diarrhee sanguine, etc. Leur action est 
semblable a celle du Bratantiva et du Quebracho. II y aurait lieu d experi 
menter chez nous ce me dicament qui est appele a rendre de grands services. 
On lui donne encore dans le commerce les noms de Nacassol, Nacascol, Ouatta- 
pana, Muatta-pana, et on le tire des plages maritimes du Mexique meridional, 
de saint-Thomas, de Saint-Domingue, de Curacao. H. BN. 

BIBLJOGRAPHIE. MER. et DE L., Dictioiui. Mat. med., II, 454, 664. ROSENTH., Syn. plant, 
diaphor., 1032, 1034. JACQ., Sel.pl. amer. Hist. SIMM., Comm. prod. Veg. Kingd.,$0ft. 
AMBLARD, Rech. pour serv. a V etude hot. et chim. du Dividivi (these EC. pharm. Par., 1870). 
II. BN, Hist, des pi., II, 79, 162 ; TV. hot. med. phaner., 588, tig. 2157, 2158. H. BN. 

DIVINATION. Nous appellerons divination un ensemble de procede s, de 
pratiques sans fondement rationnel, dont le but est la conjecture de 1 avenir ou 
1 acquisition de connaissances et de notions qu il serait impossible d obteuir 
par des moyens naturels. 

A toutes les epoques, sous toutes les latitudes, la recherche de I inconnu et 
surtout la prevision de 1 avenir ont ete la preoccupation souverit dominante des 
individus et des societes. 

Entoure d ennemis, soumis a des influences telluriques ou atmospheriques 
centre lesquelles son organisation le defend mal, 1 homme ne reussit que par 
un travail opiniatre a defendre sa vie, a conquerir un peu de confiance en lui- 
meme, a maitriser cette crainte de I inconnu dont la frayeur de 1 enfant dans 
les tenebres est la premiere expression. Quien ha visto mahnna? dit un pro- 
verbe espagnol. A cette interrogation perplexe on pourrait aj outer : Que nous 
reserve demain? Pour Athenes le lendemain du siecle de Pericles, ce tut 1 in- 
vasion, le bouleversement et la mine. 

En Grece la divinite, qui avait le dernier mot en toutes choses, etait supe - 
rieure aux etres gracieux dont 1 imagination hellenique avait peuple 1 Olympe; 
cette divinite, c etait le Destin, 1 aveugle et inexorable Moere. L ideede lafatalite 



DIVINATION. 25 

n etait cependant ni grecque, ni romaine; nous la rctrouvons partout avec des 
lormules variables. Le chretien qui se console de malheurs imprevus et im- 
merites parce que les desseins de Dieu sont impenetrables laisse echapper un 
aveu d impuissance analogue a la resignation du Musulman qui courbe la lete 
et dit : C etait ecrit , admettant implicitement un ordre eternel, qu Allah 
lui-meme nc pourrait pas ou ne voudrait pas changer. Cette croyance dans une 
predestination du cours des choses a conduit de tres-bonne lieure a la divination. 

Demandait-on une notion precise? voulait-on connaitre des eventualites pro- 
chaines pour en jouir par avance, si elles etaient favorables, on les attendre de 
pied ferine, si elles ne 1 etaient pas?Le plus souvent non. On cherchait pres 
des oracles comme pres des propheles des encouragements ou des ide es. 

II y avail, malgre toutes les subtilites theologiques, contradiction entre le 
dogme et ses consequences. L homme voulait se mettre en rapport avec un etre 
superieur, 1 associer a ses entreprises, et, par cela seul qu il preparait ainsi sa 
conduite, il reconnaissait que 1 avenir ne peut etre prevu puisqu il est variable 
dans les limites de la liberte humaine. 

L cxistence de la divination n implique pas necessairement celle d une reli 
gion positive; la constatation de quelques phenomenes naturels sullit a frapper 
les imaginations et a les aider a francbir la limite imperceptible qui separe 
le merveilleux du positif. Colomb e tait un dieu pour les Caraibes, parce que, 
ayant vu auparavant une eclipse de soleil, ils n avaient ni 1 instruction ni la 
capacite intellectuelle necessaires pour remonter a sa cause et en prevoir une 
autre. C est dans les plaines de la Chaldee que naquit raslronomie : a ibrce d ob- 
server les astres, de voir certains d entre eux revenir a la meme epoque, au 
meme point, par une route determinee, les patres finirent par entrevoir les lois de 
leur cours. Ils n avaient qu a jeter les yeux autour d eux pour constater d autres 
choses dont la periodicite n etait guere moins precise : la prairie se couvrait 
d une herbe nouvelle, les arbres se chargeaient de feuilles et de fleurs, lorsque 
le soleil se levait a un certain point de 1 horizon; il eut ete difficile de ne pas 
rapprocher ces circonstances. Des 1 instant ou la connexite des phe nomencs celestes 
et des phenomenes terrestres fut constatee, on chercha d autres relations. L as- 
trologie fut probablement la fille naturelle de 1 astronomie, comme la magic fut 
celle de la physique. Nous voyons dans ces exemples deux modalites essentielles 
de la divination : pour les insulaires des Antilles, le navigateur etait un tire 
superieur predisant par intuition; ils n eussent pas songe a lui demancler com 
ment il avait appris a lire dans 1 avenir ; 1 astrologie babylonienne resultait au 
contraire d une serie de precedes, d observations qu on pouvait reproduire. En 
Grece, a Rome, parmi les tribus celtiques, dans les villages les plus recules 
du Nord scandinave, la mantique se presentera sous les memes aspects. Des 
modifications legeres se sont rencontrees sans doute; parfois 1 individualite du 
devin se perd dans 1 individualite du lieu ; il y a des sanctuaires ou cliacun 
regoit des inspirations; parfois ces dieux ne se font entendre qu a des privile- 
gies, a la suite de pratiques donnees ; tout cela n est en realite qu une combi- 
naison des deux modes. 

Nous allons voir la divination chez les differents peuples dans 1 antiquite, au 
moyen age et dans les temps modernes. 

A. Divination dans I antiquite. I. DlVINATION CHEZ LES ASSYRIENS, LES ANCIENS 

PERSES ET LES EGYPTIENS. Malgre les decouvertes des archeologues et les tra- 



26 DIVINATION. 

vaux des e rudits modernes, nous ne connaissons guere 1 histoire ni la vie popu- 
laire des Chalde ens ; ce que nous savons, nous le savons par les Grecs qui leur 
avaient emprunte une partie de leurs coutumes, par les Juifs dont les sepa- 
raient d implacables liaines. Dans le petit nombre de documents serieux qui 
nous restent, il est facile de retrouver les traces d une divination savante, 
ayant vecu probablement plusieurs siecles. 

Izdhubar, le heros de 1 epopee chnldeenne, a delivre Ea banhi du pouvoir du 
monstre Boul qui le tenait en captivite. Get Ea Banhi est done d une qualite 
precieuse ; c est un voyant qui sail mieux que personne interpreter les songes 
et donner d utiles conseils. Dii temps d Herodote, il y avait a 1 etage superieur 
du temple pyramidal de Borsippa une chapelle renfermant un grand lit, dans 
lequel venait se coucher a certaines heures une femme du pays, qui recevait les 
inspirations du dieu. 

Voila deux exemples d aptitudes speciales et individuelles; il y avait encore 
des pratiques determinees dont 1 ensemble forme une sorte de rituel. Les con 
jectures siderales, 1 interp relation des songes, etaient les precedes principaux. 

Plusieurs chapitres d un catalogue de la Bibliotheque de Ninive semblent se 
rapporter a la divination. M. Lenormant a traduit un calendrier mentionnant les 
mois favorables et defavorables aux expeditions militaires. L un des plus grands 
rois de 1 ancienne Chaldee, appele Sargon I cr , fit reunir dans un ouvrage com 
pose de 70 tableltes toutes les connaissances astrologiques de son temps; cette 
compilation a ele analysee, peut-etre traduite integralement par Berose. 

A 1 e poque des grandes conquetes babyloniennes 1 oniromancie est d une 
pratique generale ; c est un songe qui engage Gyges, roi de Lydie, a se declarer 
vassal d Assourbanipal, Je puissant souverain delSinive; un autre de ses voisins, 
appele Te Oummam, lui declare la guerre parce qu il refuse 1 extradition de 
criminels politiques. Avant d entrer en campagne, Assourbanipal invoque avec 
ferveur la deessc tutelaire de 1 Assyrie. Or, la nuit meme, un voyant eut un 
songe : Isiar lui apparut entouree d une aureole brillante, montee sur un char 
et tenant un arc et des Heches. 

Elle adressa au roi que le dormeur vit en memo temps les paroles sui- 
vantes : Va en avant pour faire du butin, 1 espace est ouvcrt dcvant toi, je 
marcherai, moi aussi. Et comme son interlocuteur hasardait une objection 
timitle : Ta face ne palira pas, tes pieds ne trebucheront pas, tu ne. teruiras 
pas ton honneur au milieu de la bataille. L evenement lui donna raison : le roi 
d Etau, battu et fait prisonnier, paya son audace de sa tete. 

Mais, si les aslres n indiquaient rien, si aucun fantome nocturne n avait trou 
ble le sommeil des voyants, les dieux ne restaient pas muets pourcela; il y 
avait en Chaldee d autres manieres d entrer en communication avec eux. Le 
roi dc Babylone, ditEzechiel, s est arrete dans un carrefour, il a mele les Heches, 
il a interroge les idoles ; c etait la belomancie dont nous aurons plus d une 
occasion de parler; d autres fois on consultait le kan mamiti (vaisseau du sort), 
c est-a-dire la baguette divinatoire, dont les proprietes etaient encore admises il 
y a deux ans a notre Ministeie de 1 interieur. 

Du temps de Nabuchodonosor on accordait autant d importance au vol des 
oiseaux ou aux entrailles des victimes qu a la plus belle epoque des aruspices a 
Rome. Le foie dounait des notions extraordinaires, comme le coeur d un jeune 
chien ou les intestins de Fane; les pluies, les vents, les orages, avaient leur 
signification; la llamme des sacrifices indiquait par sa couleur ou sa direc- 



DIVINATION. 27 

lion les decrets des Dieux; on interrogeait 1 eau de mille maniercs dans les 
sources, dans des vases; 1 hydromancie sc subdivisait en cyathomancie et en 
leeanomancie. 

Chez les Medes et les Perses, les mages avaient confisque, pour ainsi dire, la 
divination : 11s se vantaient de posseder des facultes surhumaines, d expliquer 
et de rendre des oracles, de predire 1 avenir (Maspero). Mais ils se gardaient 
bien de divulguer leurs precedes ou de dire a quoi ils devaient leurs vertus 
propheliques. 

L astrologie fut la divination nationale et sacree des Egyptiens; ponrtant il se 
passait quelquefois dans leurs temples aux epoques des fetes des choses mer- 
veilleuses. Apis rendait des oracles et inspirait aux femmes et aux enfants 1 en- 
thousiasme prophelique. 

Les esprits frappeurs ont peut-etre emigre de Babylone en Gaule; une in 
scription parle des bruits d heureux augure des meubles craquant sous 1 in- 
tluence des alternatives de secheresse ou d humidite. Les malformations foetales 
fournissaient des signes aussi importants. Un e crivain sacre, traduit par 
M. Oppert, en a donne jusqu a 72 qu il interprete : Si une femme met an 
monde un enfant qui a les oreilles du lion, il y aura un roi puissant dans le 
pays;... Dans le cas de naissance d un enfant sans nez le pays sera en deuil 
et le maitre de la maison mourra. 

11 s agit d une epoque sur laquelle nos documents sont rares, et nous voyons 
dejii les rites que nous rencontrerons dans presque tous les sanctuaires antiques ; 
il est probable que les Chaldeens eux-memes en avaient emprunte une partie, 
comme ils les ont transmis aux Hellenes et aux Juifs. 

II. DIVINATION CHEZ LES SEMITES. L histoire de la divination chez les Juifs 
est plus simple que chez les peuples polythe istes. La loi mosai que etait avant 
tout theocratique : elle reposait sur un dogme ne comportant aucune atte 
nuation : 1 unite de Dieu. II eut ete difficile de concilier la crainte respectueuse 
de Jahveh, dont on n osait meme pas prononcer le nom, avec les pratiques su- 
perstilieuses des Gentils. Le legislateur a senti le danger qu elles eussent fait 
courir a la foi. Quand tu seras enlre, dit le Deute ronome, au pays que le 
Seigneur ton Dieu te donnera, lu n imiteras point les abominations des nations; 
il ne se trouvera personnequi fasse passer par le feu son ills ou sah lle, ni devin 
qui se mele de deviner, ni pronostiqueur du temps, ni aucun qui fasse des pre 
dictions, ni qui fasse dcs prestiges. 

Ainsi il est interdit, d interdiction absolue, au Juif orthodoxe d essayer de 
rien connaitre du futur; la moindre tentative dans ce sens participe du crime 
d idolalrie, le plus grave qu un fidele put commettre. Mais ily a dans la vie des 
nations des vicissitudes dans lesquelles la loi ne saurait enrayer un entraine- 
ment irreflechi : quand des usages veneres sont foules aux pieds, quand l etran jcr 
parle en maitre au foyer domestique, quand 1 herbe pousse dans le parvis^du 
temple, il faut un espoir et une consolation : L Eternel ton Dieu te suscitera 
un prophete semblable a moi d entre tes freres, tu 1 ecouteras. En fait, il v 
eut depuis Mo ise, jusqu au jour ou Sion peril sous la ceinture de fer dont 1 en- 
tourait Titus, des voyanls en Israel. On les consulte dans les actes de la vie 
privee comme pour les choses politiques. Saul allait prendre un avis au sujet 
des anesses de son pere quand Samuel lui predit la royaute. La caste eccle - 
siastique voyait avec bienveillance ces devins dont beaucoup lui etaient etran- 



28 DIVINATION. 

gers; ils etaient ses agents de propaganda les plus actifs ; c est probablement 
grace a eux que la division du royaume apres Salomon ne ful point accom- 
pagne e d un scliisme religieux. Les rois d Israel, pour detruire la suprematie de 
la capitale de Juda, s efforcerent de cre er un culle inde pendanl ; Achab, que 
sa femme .Tezabel avail gagne aux idees et aux coutumes pheniciennes, essaya 
de substituer Baal a Jehovah. 11 dut lutter centre des voyants sans nombre; on 
avait beau les poursuivre, porter centre eux les peines les plus severes, ils 
trouvaient des protecteurs jusque dans le palais. Le mailre d hotel Abdias en 
fit cacher cent qu il nourrit aux depens du roi. Elie Tisbite, qui vivait le plus 
souvent au desert vetu d un sayon de poil retenu par une ceinture de cuir, 
echappa constamment a ses deciels et fit retentir aux oreilles de la reine des 
menaces terribles que la suite parut confirmer. 

Quand le roi voulut opposer une prescience a une autre en inondant son 
royaume de prophetes etrangers, le terrible solitaire ameuta le peuple contre 
eux. A la suite d une secheresse dont le chroniqueur biblique attribue la fin a 
un miracle d Elie, tous les missionnaires du nouveau culte furent massacres 
sur les bords du torrent de Kiscon. 

Chez les Juifs comme chez les Babyloniens, il y avait done une divination 
presque officielle. Pas une expedition guerriere ou commerciale n avait lieu sans 
que les prophetes cussent donne leur avis; c est ceux qui, dans 1 exil et la 
captivite, formulaicnt les plaintes et les maledictions de la race opprimee. Dieu 
renversera Babylone, la gloire de la Chaldee, la noblesse des royaumes, disait 
Esaie, comme il a renverse Sodome et Gomorrhe ; elle ne sera jamais retablie, 
elle ne sera habitee en aucun temps ; les Arabes n y dresseront plus leur tente 
et les bergers n y parqueront plus. Les betes sauvages des deserts y auront 
leur repaire..., et les betes sauvages desiles et les dragons hurleront, se repan- 
dant les uns les autres dans ses palais desoles et dans ses maisons de plaisance. 
Babylone sera rcduite en monceaux de cendres, en demeure de dragons, en 
desolation et en sifflements, sans que personne y habile , disait Jeremie. 

Malgre son respect pour sou Dieu, malgre son affection pour les interpreles 
de sa volonte, le peuple juif adopta plus d une fois la divination etrangere; ce 
que le Deuteronome avail defendu, le Levitique le frappe d anatheme. Je 
mettrai ma face contre ceux qui consultenl les devins el les gens animes de 
] esprit de Python et je les retrancherai. II y avait en effet des sorciers qui 
conjecturaienl par la baguctle ou evoquaient les morts. Mon peuple appelleun 
morceau de hois, disait Osee ; un baton doit lui propheliser. Ezechiel s eleve 
egalemenl contre ces devins qui suivent leur propre espril, bien qu ils n aienl 
rien vu, et les compare aux renards du desert C etait a eux quo s adressaienl les 
rois impies : quand Saul voulul cntreprendre une guerre contre les Philistins, 
il consulta d abord 1 Eternel, el, comme il n obtint pas de reponse, il dul se 
rendre deguise a Endor ou se trouvail une femme animee parl esprit de Python. 
Celle-ci evoque 1 ombre de Samuel qui annonce au roi sa clel aite et sa mort; 
Manasses au debul de son regne predisail le lemps et s adonnait a la divination. 

Le christianisme ful, quoi qu on en puisse dire, autre chose qu une transfor 
mation du judaisme ; a une conception elroite et exclusivement nationale de 
rhumanite, au dogme de la selection divine d un peuple, il opposa le dogme 
cosmopolite et revolnlionnaire de Tegalile humaiue. Du meme coup, les pro- 
phelies perdirent leur raison d etre; il y avait sans doute dans les lamentations 
de Jeremie un grand fond de piete, mais c elail surloul le cri d un Israelile qui 



DIVINATION. 29 

pleure les malheurs de Sion; tous les appels vers le Messie ne sont que des 
aspirations a 1 independance. La religion nouvelle devenant accessible aux Gen- 
tils, une des traditions les plus anciennes du juda isme disparaissait. La pro- 
phetie occupe une faible place dans la predication de Jesus; il donne des con- 
seils, fait des miracles, mais predit peu, et ses predictions ont trait a des 
evenements lointains, comme les objurgations menacantes adressees par les pro- 
phetes de 1 Ancien Testament a leurs compatriotes lorsque les moeurs se relaehaient 
ou que la ferveur baissait. 

L Eglise est eternelle et immuable, son fondateur le lui a predit : qu eussent 
pu ajouter les propbetes? Les menaces et les maledictions patiiotiques d Esaie 
eussent ete une impiete ou un centre-sens pour un chretien dont la vraie patrie 
est le ciel et le detachement des choses d ici-bas la supreme vertu. 

Les dcrniers moments de la litte rature mantiquedes Juifs furent ces sombres 
propheties sibyllines, que nous retrouverons ailleurs. 

Au lieu de Ja chresmologie enthousiaste, les peuples Semites du Sud-ouest de 
I Asie adopterent de tres-bonne beure les pratiques plus complkjuees des Assy- 
riens ; ils les conserverent longtemps et on en retrouverait probablemont aujour- 
d hui des traces parmi les ti ibus arabes. Avant Mabomet, La Mecque etait deja un 
centre religieux ou Ton venait de fort loin, une Delphes du desert. Les 
fleches sans pointes ni pennes et portant cbacune ecrit un mot significatif, 
etaient au nombre de 7 conservees dans la Kaabah sous Ja garde d un ministre 
special. On les melait dans un sac aux pieds de la statue de Ilobal, le dieu prin 
cipal du sanctuaire, et on en faisait le tirage apres avoir adresse au dieu cette 
priere : Divinite! le desir de savoir telle ou telle chose nous amenedevant toi. 
Fais-nous connaitre la verite. Un oracle du meme genre existait dans le 
temple du dieu Dhou-1-Khocals, situe a quatre journe es de La Mecque a 1 entree 
de 1 Iemen; on y consultait le sort au moyen de trois fleches appelees 1 Ordre, 
la Defense, 1 Attente. On raconte que, lorsque Amrou-1-Quais se mit en marcbe 
pour venger la mort de son pere sur les Beni Asad, il s arreta dans le temple 
de Dhou-1-Kbolocals pour interroger les flecbes mantiques. Ayant tire la Defense, 
il recommenca et trois fois de suite il la \it ressortir. Brisant alors les flecbes 
et en jetant les morceaux a la tete de 1 idole : Miserable! s ecria-t-il, si c etait 
ton pere qui eut ete tue, tu ne te defendrais pas d aller le venger (Lenormant). 
Quand Mabomet songea a fonder une religion, il dut tenir compte des habi 
tudes des gens qu il esperait convertir; les idolatres formaient la majorite. Les 
Arabes furent toujours refractaires au christianisme dont le caractere interna 
tional et pacifique convenait peu a leurs aptitudes guenieres. Des le premier 
jour, le relormateur sentit que c etait par la divination qu il fallait frapper. 
Les historiens parlent peu de ses miracles, ils en ont enregistre quelques-uns 
seulement, sans insister. Mahomet avait douze ans a peine quand il fit son pre 
mier voyage en Syrie avec une caravane de son oncle le ricbe marchand Abou 
Taleb ; un vieux moine grec fut vivement frappe de sa curiosite, de sa precoce 
intelligence; il 1 instruisit et fit passer dans son esprit le mepris de 1 idolatrie 
et la haine des images. 

O 

Le cbamelier rapporta de ses voyages un interet tout particulier pour les 
questions religieuses et un vif amour de 1 etude. Des que son mariage avec la 
ricbe veuve Kadijah lui eut assure le repos et la fortune il s y livra avec achar- 
nement. Parmi les membres de sa nouvelle faniilie se trouvait un certain Waraka 
qui avait abandonne la religion de Moise pour le christianisme et traduit en. arabe, 



50 DIVINATION. 

dans un but tout litterairc, plusieurs parties de I Ancien et du Nouveau Testa 
ment. 11 possedait des notions etendues sur les sciences de 1 epoque et s etait 
applique surtout a 1 astrologie. Avec un tel homme, Mahomet fit des progres 
rapides; peu a peu ses reflexions sur Dieu et les destine es de rhommc alte rerent 
son caractere. II devenait taciturne, fuyait la societe , passait le mois du Ra 
madan dans une caverne du mont Hara. La, il avait des extases, tombait parfois 
insensible et sans connaissance sur le sol. Une nuit qu il priait, dans son ermi- 
tage, il s entendit appeler par son nom. Un angc sous forme humaine marchait 
vers lui tenant a la main une feuille de soie couverte de caracteres. Lis, dit-il. 
Je ne sais pas lire. Lis, rc pe ta I ange, je te 1 ordonne aunom du Seigneur, 
createur de toutes choses, qui a fait rhomme d un caillot de sang, qui lui a 
appris a connaitre ce qu il ignorait. 

Une vive lumiere se fit aussilot dans son esprit, il ]ut la parole ecrite sur les 
feuillets miraculeux. Mahomet ! lui dit alors son interlocuteur, tu es le 
p rophete de Dieu et je suis son ange Gabriel. 

Les premiers ecrivains de I lslam qui out rapporte ce recil pretendent le tenir 
de la bouche du Prophete : il commencait done sa mission comme chres- 
mologue, audileur direct de Dieu. Avec des imaginations de feu, c e tait 
le meilleur role qu il put jouer. Un philosophe comme Congtzee ou Zoroastre 
eut echoue peut-etre, Mohamet cut des disciples des les premiers jours de son 
apostolat. 

Le livre divin avait des accents dont 1* elevation rappelait celle des anciens 
voyanls de Juda. Yoici en quels termes il predit la fin du monde : Au nom 
du Dieu misericordicux, un jour viendra ou le soleil s obscurcira, ou les etoiles 
tomberont du cicl ; les chamclles en gesine seront delaissees, les betes feroces 
se reuniront en iroupeaux; voila que bouillonneront les vagues de 1 Ocean, 
que les esprits des morts se reuniront a leurs corps, que la vierge enterree 
vive se levera en demandant pour quel crime on Fa sacrifice; alors le livre de 
1 Eternile sera ouvert, les cieux crouleront, 1 enier brulera de miile feux, les 
joies du paradis deviendront manifestes. 

Ce jour-la chacun confessera ses fautes. En verite , je vous le jure par les 
etoiles qui suivent leur course et s effacent dans 1 eclat du soleil, par 1 obscurite 
de la nuit et 1 aube du jour, ce ne sont point la les paroles d un mauvais 
esprit, mais celles d un ange digne et puissant qui possede la confiance d Allah 
et est venere par tous les anges qui sont sous son commandemeut. 

Depuis Mahomet, Dieu n eut plus de communications avec aucun Arabe, ceux 
qui pretendirent en recevoir payerent clier une pareille audace. Du vivant du 
Prophele, un certain Al Anval essaya de suivre son exemple. Get homme etait 
d autant plus dangereux qu il etait verse dans les sciences occultes, surtout 
dans la magie; il avait, disait-on, recu le don des miracles. Mahomet vieux, 
malade, occupe aux preparatifs d une expedition conlre la Syrie, n avait guere 
le temps d argumenler centre lui ; il prefera le trailer en ennemi de la foi et 
le faire assassiner. 

Un autre heresiarque se maintint plus longtemps. G etait Moseilma, de la 
tribu de Uoneifa ; converli d abord a 1 Islamisme, il avait voulu fonder une autre 
religion; grace a son eloquence, a son babilete, cet homme re ussit a etablir sa 
domination sur toute la province de Jamama entre le golfe Persique et la mer 
Rouge ; il ecrivait au pontife de La Mecque : Moseilma, le prophete d Allah, a 
Mahomet, le prophete d Allah, viens et partageons-nous le monde, tu auras la 



DIVINATION. 51 

moitie, j aurai 1 autre. Celui-ci repondil : De Mahomet le propliete de Dieu a 
Moseilma le menteur : La tcrre du Seigneur est donnee comme un heritage a 
celui de ses servileurs qui trouve grace devant sa face. Ileureux qui le craint. 
Cette epitre ampliibologique fut la seule refutation de Mo&eilma. Plus tard le 
khalife Abu Beker envoya centre lui Khaled, le meilleur de ses lieutenants. 
Malgre sa valeur, le faux prophete fut hattu et peril dans le combat. 

A ce moment, 1 unite religieuse elait fondee, les scliismes ullerieurs fumii 
politiques. Mahomet et ses premiers successeurs avaient fixe pour longlemps le 
culte des Arabes ; il n y eut parmi eux ni images ni divination offieielle. Pourtant, 
dans la iatro-mantique du moyen age, les divagations de Fastrologie etaient 
presque toujours appuyees sur les opinions de leurs medecins; c est qu ils 
avaient adopte avec enthousiasme les methodes bonnes ou mauvaises des Grecs. 
Averrhoes et ses disciples niaient la magie, mais croyaient a I influence des 
astres; comme les anciens guerisseurs d Egypte ils exploraient avec anxiete la 
voute celeste avant d etablir un traitement : les Arabes eurent meme des astro- 
logues veritables; le livre de 1 un d eux, Albohali, traduit en latin au milieu du 
seizieme siecle, fit fortune en Europe. Malgre tout, la divination side ralc etait 
une divination e trangere ; les klialiies purent lui demander des renseignements, 
elle ne fut jamais populaire. 

Nous avons abandonne momenlanemenl 1 ordre chronologique pour 1 ordre 
cthnologique. C est que sous ce rapport comme sous beaucoup d autres il y a 
une relation fiappanle entre les diverses branches de la race Semite; nous 
retrouvons sur les bords du golfe d Aden les elans d imagination, la forme de. 
patriotisme, que nous avons rencontres sur les bords du Jourdain, a tel point que 
1 histoire religieuse et politique des Arabes somble le complement logique dc 
1 histoire d Israel. 

Pendant les siecles qui separent la chute de 1 empire assyrien de 1 origine de 
sa puissance, des peuples aryens s etaient developpes, avaient alteint 1 apogee 
de la civilisation. A 1 epoque ou nous sommes, ils etaient en pleine regres 
sion ; il y avail pres de trois siecles que 1 empire romain etait delruil et que des 
royaumes germains s elaient eleves sur ses ruines ; le melange des traditions 
grecques et latines ne retardait guere la decadence byzanline. Quand les bar- 
bares mirent les pieds sur le sol de 1 Italie, les oracles etaient muets; un Dieu 
nouveau honore d abord par des proscrits et des esclaves avail fiui par chasser 
ses predecesseurs de leurs temples ct refouler au fond des villages une religion 
aulrefois nalionale; il n en delruisil pas complelemenl les praliques. 

III. DIVINATION CHEZ LES GRECS. On est etonnequandonsongea la multiplicity 
des oracles chez le peuple hellenique, a son commerce presque incessant avec 
ses Dieux. Les deux caracteres fotidamentaux de son genie, c elait 1 amour du beau 
ell activile. La resignation falalislen apparlient aaucun de ses heros ; nulle part 
il n y eut aulatil de poeles, aulant de philosophes. Les Grecs reverent la science 
universelle; ils ne desespererenl point d arracherala nature ses secrets; malheu- 
reusement ils manquaient d inslrumenls pour que cette aspiration approchat 
de la realite. On n arrive a laconnaissance des lois physiques, on n en tire profit, 
on nc neutralise des forces aveugles, qu apres d innombrables tenlalives infruc- 
tueuses; que grace a des observations et a des experiences repetecs. II n est guere 
pcobable que Lavoisier eut cree de toules pieces la chimie, s il n y eiil eu 
avant lui ni reveurs, ni alchimistes. La science grecque n avait que des male- 



32 DIVINATION. 

riaux insuffisants ; c est pour cela qu elle resta rudiraentaire et que Fhypothese 
y conserva une si grande place. La consequence necessaire de cette imperfection 
fut cette defiance de 1 avenir, cette conscience de faiblesse dont nous avons parle. 
On cherche, on travaille; 1 imagination franehit d un bond des distances incal- 
culables, et souvent des catastrophes imprevues ramenent le peuple a la realite. 
Au lieu de remonter aux causes, d essayer de prevenir leur action, on se resigne 
et on parle des arrets du destin. Un general n oublie jamais de consulter les 
dieux avant d entrer en campagne : a quoi done eussent servi I habilete strategique 
et le courage, si le resultat avail ete trace d avance? 

a. La divination et la philosophic. On etait loin de tirer du dogme du 
Destin les consequences qu il comporte ; les dieux y etaient soumis eux-memes 
puisqu ils ne pouvaient, dit Homere, preserver du sort commun leurs heros 
favoris lorsque la fatale Moere les saisit pour les plonger dans I eternel sommeil de 
la mort. Peu a peu on restreignit leur liberte, on 1 amoindrit a ce point 
que leur volonte raeme se confondait avec les arrets du Destin. Des lors, dit 
31. 11. Bouche-Leclercq dans son excellent ouvrage sur 1 histoire dela divination 
dans 1 antiquite, ouvrage auquel nous lerons de frequents emprunts, le monde 
n eut plus qu un regulateur, Zeus, considere comme dirigeantle Destin. Le Destin 
etant ainsi identifie avec un etre raisonnable et bienveillant, la divination etait 
complctement juslifiee dans la theorie et dans la pratique ; elle devenait non- 
seulement possible, mais utile, puisque le cours des choses semblait modifie par 
la volonte de Zeus et que les bommes pouvaient meriter qu il changeat sa des- 
Jinee dans le sens de leurs desirs. Cette espece de compromis entre la liberte 
et la fatalite suffisait pour le peuple, qui voit dans la religion des solennites et 
non des dogmes, des sentiments et non des doctrines. En revancbe, les mystiques 
qui considerent la terre comme un exil et le ciel comme leur patrie, ne pou 
vaient guere admettre une conciliation ; on avait sacrifie inconsciemment la 
liberte divine, ils sacrifierent la liberte humaine, le polytheisme a eu son Jansenius 
dans Pindare. C etait la Ihe orie des pretres de Delphes, theorie demoralisante, 
endormant 1 homme dans la confiance inerte en une Providence qui prend les 
mortels par la main et les conduit sans secousses ni arret au but qu a fixe le 
Destin. 

La hardiesse des pbilosophes s accommodait mal de cette assimilation a une 
machine reglee de toute eternite. L ecole ionienne surtout cbercha dans 
la nature la solution des grands problemes et de la vie. Pres de six 
cents ans avant 1 ere cbretienne Thales (de Milet) observait des phenomenes 
electriques; il predisait une eclipse de lune et batissait un systeme d apres 
lequel 1 eau et 1 esprit etaient 1 origine et la fin de toutes choses; ses disciples 
conserverent la methode, mais modifierent I ensemble. Pour Anaximene, 1 air 
tenait a lui seul la place de deux elements. Thales, Heraclite, rapportaient tout 
au feu ; Anaxagoras a deux principes qu il appelait la matiere et 1 esprit. Empc- 
docle (d Agrigente) en admettait quatre : 1 eau, 1 air, le fer, la terre. Ces 
philosophes ne croyaient guere a la divination : Je predis comme vous, disait 
Thales aux devins, et je n ai pas besoin des Dieux. Un autre jour Anaxagoras 
demontrait a Lampros, tirantun presage heureuxde la naissance d un belier uni- 
corne, qu il ne s agissait que d une malformation facile a expliquer. Heraclite 
et Empedocle etaient plus timores : le premier, qui regardait 1 ame comme une 
partie momentanement isolee de la Damme universelle, ne pouvait sans incon 
sequence nier la possibilite de communications inlermittentes entre elle et son 



DIVIN.VTION. 55 

principe ; il admettait 1 inspiration, 1 intuition personnelle. Empedocle rgalement ; 
pour lui cependant la divination n etait que 1 exageration de 1 instinct conjec 
tural propre a chaque individu. 

L observation tenait moins de place dans le systeme des pythagoriciens que 
dans celui des philosophes ioniens. Sa base, c etait 1 incarnation et 1 apotheose 
des quantites numeriques ; le nombre un reprcsentait la divinite, le nombredeux 
la matiere et le monde exterieur; le calcul dcvenait un precede de recherche 
applicable an connu et a 1 inconnu, an present eta 1 avenir. Lesgenies arithme- 
tiques de Pythagore se fractionnaient et se multipliaient a I infmi, tout en con- 
servant dans leurs evolutions une discipline lelle qu on pouvait les suivre dans 
le monde physique comme dans le monde surnaturel. Les idees justes propagees 
et defendues par cette ecole furent oubliees, et cependant le nom de Pythagore 
resta populaire comme celui d un sorcier sur le compte duquel on mettait des 
paroles vides de sens et prophetiques. Lorsque Rome eut conquis 1 Orient, que 
Ton vit pour la premiere fois en Italic des Chaldeens, les nouveaux venus cou- 
vrirent de son autorite certaines praticjuos formees d un inextricable melange de 
magie et de divination : il y eut des Esseniens, des Juifs pythagorisants qui se 
recommandaient de Platon. Celui-ci s occupait pourtant fort pen des choses 
de cet ordre; sa philosophic etait une philosophic politique ; il l.iisait tout 
converger VCFS un seul but : la prosperite de 1 Etat. Ses idees etaient simples, 
ses doctrines absolues, il eut voulu, et beaucoup 1 ont revo depuis, enfermer 
1 Etat ou la cite dans une legislation immuable, faire entrer 1 humanitc dans le 
lit de Procuste. 11 fallait tenir compte des besoins et des faiblesses intellec- 
tuelles; la divination etait profondement ancree dans les moeurs helleniques ; 
Platon voulut s en servir. Lui qui sail si bien, avec son impitoyable dialectique, 
faire tomber les objections de ses adversaires, il admet a priori le commerce 
des homines et des dieux; il ne trouve pas d autres arguments pour justifier 
la legitimite des Oracles que la tradition. Leur legitimite reelle etait leur utilite 
pour qui voulait gouverner. Platon a reve de rcunir dans une meme main 
1 autorite civile et religieuse, de regler les interets materials et les convic 
tions, de creer une croyance legale dont les depositaries eussent ete les pretres 
de Delphes. Les villes tenaient trop a leurs sanctuaires pour que ces idees 
pussent etre mises en pratique. Aristote plus naturaliste admet a. peine 1 extase 
et la prescience. 

Les adversaires les plus serieux de la divination furent Xenophane, Epicure 
et les sceptiques. Le premier nia hardimentla Providence; il ne voyait dans les 
manleia que des officines de duperies. Ce philosophe, dit M. Bouche-Leclercq, 
fit sagement de vivre loin de sa ville natale : il y eut ete trop pres de 1 oracle 
d Apollon Klarien, et il eut pu apprendre a ses depens qu on n attaque pas 
impunement les croyances dont vivent les corporations puissantes. 

La doctrine d Epicure ne s accommodait guere de la recherche de 1 avenir. Ses 
divinites charmaient comme elles pouvaient 1 ennui deleur immortalite. C elaient 
des dieux bons enfants, un peu ego istes, ne conseillant point les mortels, ne leur 
imposant pas de foi ; ils ne pensaient pas davantage a les tourmenler, et n eus- 
sent jamais present 1 extermination en masse des Chananeens, ni envoye leurs 
agents dresser des buchers. Epicure combattit le merveilleux avec une arme 
dont les coups portent toujours, le bonsens. Comment se mettre dans 1 esjirit 
que le depart des animaux d un certain lieu soit regie par une divinite qui s ap- 
plique a remplir ces pronostics ? II n y a meme pas d animal qui voudrait s assu- 

DICT. ENC. XXX. * 



34 DIVINATION. 

jetlir a ce sot destin ; a plus forte raison n y a-t-il pas de Dieu pour 1 etablir. 
Carncades, le plus brillant reprosentant de 1 ecole sceptique, amenait tout 
doucement ses adversaires a rcconnaitre que sans fatalitc la divination etait im 
possible; puis il demontrait que la croyance au destin est en contradiction for- 
melle avec tout ce que nous voyons. Les sceptiqucs, les epicuriens, les peripa- 
teticiens, finirent par cbranler la confiance des gens cclaircs aux Oracles ; ils 
substituerent dans certaines classes 1 indiffcrence a la foi; on prit le culte natio 
nal pour ce qu il valait : pour une institution qu il eut etc facheux de detruire 
mais dont I oi igine surnaturelle n etait pas soutenable. Par malheur, Topinioa 
des lettres n etait pas 1 opinion moyenne. II y avait dans les couches profondes 
des societes antiques une soif de merveilleux contre laquelle se briserent les 
efforts des pbilosophes. Au troisieme siecle de notreere, les Oracles avaient 
regagnc du terrain; les gens instruits n osaient pas toujours leur appliquer les 
regies d une critique independante. Plutarque, souvent impartial., perd son sang 
froid en lace des legendes thcologiques. II admet 1 invraisemblable, explique 
1 impossible, arrive a un eclectisme que nous ne pourrions comprendre, si nous 
ne tenions compte de la reaction mystique qu avaient developpee de plus fre 
quents rapports avec 1 Orient. Toutes les objections n etaient pas oublices : 
(Enomaos, philosophe cynique de Gadara, combattait le surnaturel avec autant 
d energie que Carneades. 

Non-seulement il fit ressortir 1 incompatibilite qui existe entre la prescience 
et la liberte, la predetermination et la morale, mais il suivit sur le terrain des 
faits les defenseurs imprudenls des institutions mantiques. 11 cita notamment 
1 oracle de Delphes devant 1 opinion publique, lui reprochant d avoir cause la 
mort d une foule d hommes, les uns dupes, les autres victimes de ses conseils ; 
d avoir trompe sciemment ses clients ; d avoir fomente les guerres civiles, flatte 
les tyrans et abaisse la religion elle-meme jusqu au fetichisme. II conclut de 
cette brulante invective ou Eusebe lui-meme trouve de 1 acrimonie cynique , 
en declarant que les oracles, si admires des Grecs, n etaient pas meme des 
genies, a plus forte raison des dienx. 11 les considere comme I osuvre tenebreuse 
et 1 artificieuse supercherie d bommes adonnes a la magie, qui disposeut de 
tout pour en imposer a la multitude (Boucbe-Leclercq). 

La divination avait encore ses tbeoriciens ; les stoiciens I admettaient, on 
n etait pas pres de fermer les temples. Au premier siecle de notre ere, les 
magiciens Simon et Apollonius de Tyanes predisaient 1 avenir et faisaient des 
miracles ; on leur crea une legende. Dans la vie du second, ecrite par Pbilostrate 
et dediee a 1 imperatrice Julia Domna, femme de Septime Stivere, le tliaumaturge 
n est plus un inspire que de courtes extases rapprocbent des dieux, c est un 
etre privilegie qui voit 1 avenir sans efforts intellectuels, une incarnation de 
1 eternel present. Dans cette lutte commencee par Thales, continuee par Xeno- 
pbanes, Epicure, Carneades, (Enomaos, le sentiment a vaincu la raison; il fau- 
dra pour le vaincre a son tour un merveilleux plus jeune mis au service de theo 
ries sociales mieux appropriees aux besoins des generations nouvelles. 

Avant d aller plus loin, de voir les beros chretiens prendre la place de ceux 
du pngani>me, le vieux culte interdit, les gens du peuple demandant aux sancta 
sanctorum des reponses que les livres sibyllins eux-rnemes ne peuvent plus don- 
ner, il est utile de preparer la voie en faisant connaitre les methodes divinatoires. 

b. Methodes divinatoires. 1 Divination personnelle. S il y a un mode de 
prophetic individuel et intuitif, c est celui que fournissent les sonyes. Le som- 



DIVINATION. 35 

meil semble arreter le regulateur organique qui etablit 1 harmonie entre les 
actes intellectuels et sensitifs. Le fonctionnement de 1 encephale continue, maisil 
est imparfait et de regle; les images s imbriquent et se superposent au point de 
devenirmeconnaissables, les sensations aboutissent aux illusions. Lorsque 1 es- 
prit est redevenu lui-meme, il n a pas perdu toujours le souvenir de ces 
fantomes. La diversite des songes a toujours rendu difficile leur classification; 
tantot ils sont passagers et fugaces, d autres fois ils sont precis et ont une suite 
telle qu ils arrivent a mettre en jeu 1 activite individuelle, a determiner des 
mouvements volontaires en apparence, des actes qui semblent libres et raison- 
nables ; ces actes ne sont point en rapport avec le milieu reel, mais avec un 
milieu factice, une atmosphere que le cerveau cree de toutes pieces. Aucun de 
ces details n avait echappe aux anciens ; ils avaient rapproche le reve de certains 
symptomes morbides. Les agitations du sommeil, les paroles entre-coupees, res- 
semblaient trop aux communications affolees des chresmologues, pour qu on 
ne leur attribuat pas la meme origine. Dans cette phase de la vie, Tame sous- 
traite a la tyrannie des sens et des impressions extc rieures pouvait entrer en 
commerce avec les Dieux. Les rapports n avaient pas toujours lieu de la inrme 
maniere. Zeus possedait un essaim de domestiques ailes, qui aUendairut ses 
ordres de 1 autre cote de 1 Ocean a la porte des Champs-Elysces : c etaient les 
songes que la theogonie hesiodique fait nailre de la Nuit comme le Destin 
et la Mort. Les autres Dieux n avaient sur eux aucun pouvoir; cela ne veut pas 
dire qu ils fussent prisonniers dans 1 Olympe et que, pour parlcr a leurs ado- 
rateurs, ils dussent attendre la permission du maitre. Ils pouvaient fabriquer 
un fantome de reve qui dans la circonstance en jouait le role, ou bien ils se 
raontraient eux-memes. Ici encore nous retrouvons une petition de principe 
que les sloi ciens, si rigoureux dans leur logique, n ont ni pu ni voulu cviter : 
1 oniromancie est une science vraie, puisque les dieux se montrent aux hommes, 
et ils ont bien la figure humaine, puisque c est toujours avec elle qu ils se sont 
montres. On racontait des choses surprenantes : le sculpteur Onatas aurait 
pu refaire a la suite d un songe la Demeter noire des Phigaliens; I admirable 
Hercule que Ton voyait a Lindos aurait ele dessine dans la meme maniere par 
Parrhasius. 

L observation ne perd pas completement ses droits : les anciens avail remarque 
comme nous que certains songes systematise^ se reproduisaient a peu de chose 
pres dans lesmemes conditions. Les reves de 1 ivresse n etaient pas propheliques ; 
un repas copieux, une position do favorable pendant le sommeil, un etat maladif, 
suffisaient pour oter toute valeur aux divinations. Pythagore proscrivait les 
feves qui donnent des songes faux ou denaturent les vrais. Presque tons les 
onirocritiques de profession admettent 1 influence des saisons qu Aristote 
explique par un changement de regime. 

Des 1 instant ou 1 ame humaine devenait une tablette immaculee pour la 
revelation divine, ou des circonstances intrinseques pouvaient 1 entraver il 
etait legitime et necessaire de lui preparer le terrain. On appliqua une branche 
de laurier autour de la tetc, puis des amulettes : ces procede s ont ete em 
ployes en medecine, et probablement dans les deux cas la raison en etait la 
meme : certaines substances agissent sur la peau et par son intermediate sur les 
organes internes et sur le cours des maladies : tel est le principe de la medi 
cation. La fantaisie est venue et a tout denature : une matiere inerte, un 
carre de papier, portant des caracteres magiques de paroles pieuses ou obs- 



56 DIVINATION. 

cures, applique sur uu membre, suspendu au con comme un scapulaire, 
acquiert une force mysterieuse ; c est un talisman capable de guerir ou de pro- 

voquer des songes. 

On avail unautre adjuvant plus physiologique : 1 incubation. L affaiblissement 
physique, la concentration de toutes nos forces intellectuelles vers une idee, 
surtout lorsque cette idee vise le merveilleux, a son retenlissement dans les 
spheres motrices, sensorielles, psychiques. 

Les idees religieuses developpees jusqu au mysticisme, dit M. Greffier, 
excitent la sensibilite de petites filles et les amene a un etal d eretbisme nerveux 
qui peut rapideraent les conduire a 1 hyslerie. On a vu plusieurs fois les attaques 
convulsives debuter au moment de la premiere communion a la suite de 1 exci- 
tation cerebrale cause e par des pratiques religieuses trop multipliers . 

Dans I antiquile on se preparail a recevoir les dieux, comme au moyen age on 
se preparera a recevoir les saints, par le jeune, 1 abstinence, la priere et nombre 
d exercices pieux. II s elablissail une convention tacite entre le consultant et le 
consulte ; le premier devait repondre par un signe convenu. Quand tout elait pre 
pare le fidele s endormait dans le temple et recevait la reponse ; 1 incubation 
oniromantique etait encore en pleine prosperite au sixieme siecle de notre ere. 
Nous ne nous sommes occupes jusqu ici que du songe et des precedes propres 
a le provoquer. Tout se passe chez le meme individu ; c est dans son esprit que 
se produit 1 acte prophetique; c est lui qui 1 analyse. II s agit de phenomenes 
intuitifs et e en est assez pour justifier la place que nous avons assignee a 1 oni- 
romancie, mais elle ne finit pas la. Chacun pouvait avoir des songes, pen de 
personnes etaient capables de les bien expliquer. Peut- on dechiffrer un reve 
comme un papyrus ou une inscription? N y a-t-ilpas des differences d habilete, 
d acuile mantique entre les devins? Quelques-uns ont-ils recu un don particu- 
lier qui les rapproche des chresmologues ? L onirocritique est une sorte de 
paleo^raphie occulte ayant ses regies, sa methode ; elle est reguliere dans ses 
moyens; nous rentrons dans les divinations de la seconde categoric, la volonte 
du dieu est exprimee, mais de telle sorte qu il faut des techniciens pour la 
comprendre. La divination personnelle est close a la relation du songe, la divi 
nation impersonnelle et savante va commencer. Nous avons vu en Assyrie un 
onirocrite officiel. On ne dit pas malheureusement s il avail appris ce qu il 
savait ; si c etait un docteur es sciences divinatoires, comme le furent en 
France Thomas de Pisan, Jehan Thibault, Michel de Notre-Dame, ou un inspire 
comme Tiresias. 

Les Grecs se sonl pose des queslions semblables el, comme elles leur ont 
semble ardues, ils ont entremele pour les resoudre la raison et la legende. 

Chez eux l onirocritique etailun metier; ses adeptes employaienl des manuels 
comparables a ceux qu on voil encore dans cerlaines collections a cinq sous. 
Les medecins seuls reslreignirenl les limiles de 1 oniromancie sans mettre en 
doute sa legitimite ; Hippocrate, lenant compte des songes d origine morbide, 
essayait de leur attarher une valeur semeiolique. Herophile en dislinguail Irois 
varieles, donl une au moins n avail rien de prophelique. Plus nous avancons, 
plus la distinction du songe nature! produit par un e tat maladif, une preoccu- 
palion, devienl precise ; c esl une grosse affaire pour 1 mterprelaleur de ne pas 
chercher des le debut une explication a une serie d illusions qui n en ont 
aucune. Ciceron ne croit meme pas la distinction possible, et partant de la, 
il accorde a l onirocritique une assez faible estime. 



DIVINATION. 57 

La difference de considerations des devins tenait surtout a leur babilete pour 
distinguer le reve du songe. Jl y avail presque partout au moyen age des mede- 
cins de deux ordres : les guerisseurs populaires qui ne connaissaient d autres 
livres que des manuels en langue vulgaire, et les medecins savants depositaries 
des vraies traditions. En Grece, 1 onirocritique etait clans le meme cas. A cote 
du temple de Dionysos on trouvaitune foule de devins a deux oboles, dont quel- 
ques-uns reussissaient a (ixer une clientele serieuse. Du temps de Socrate un 
neveu d Aristide le Juste exercait ce metier plus lucratif a coup sur que ne 
1 avait ete pour son oncle la direction des affaires publiques. 

Artemidore, dont la reputation egalait, si elle ne la surpassait point, celle d Aris- 
tandros de Tmessel, fit un traite complet de son art; il a mis a le composer 
une conscience digne d une meilleure cause. Les songes sont classes ; tons les 
documents que 1 auteur a pu se procurer sont donnes ; ce livre est un monument 
precieux, un tableau fidele de 1 onirocritique savante en Grece. 

Les songes sont divises en theorematiques, montrant directement 1 ave- 
nement qu ils presagent, et en alle goriques. Pour ces derniers, le devin 
doit exercer toute son habilete : ils sont relatil s au dormeur lui-meme, a une 
autre personne, a la cite. Cotte classification va bien avec le particularisme 
grec : la divination ne s exerce pas au delu dc la ville, c est-a-dire des limites 
de la patrie. 

On comprend a. combien de pratiques pcut donncr lieu 1 explication des 
songes alle goriques. II y avail des tables, des calalogues, des diclionnaires. Le 
caractere special de cette divination, ce qui la rend digne d une attention toute 
particuliere, c cst de renfermer et de resumer toutes les brandies de la mantique 
nationale, en la completant par 1 adjonction d une science qui les met toutes 
a contribution, la teratoseopic ou interpretation des prodiges. La teratoscopie, 
qui suppose deja des connaissances universellcs par cela seal qu il i aut conuaitre 
toutes les lois de la nature pour distinguer les prodiges des pbenomenes natu- 
rels, est contenue tout enliere dans 1 oniromancie. Gelle-ci vit dans le prodige, 
comme dans son element ordinaire ; elle le depasse meme, puisqu elle inter- 
prete jusqu a 1 invraisemblable, 1 impossible, 1 absurde, tandis quo du cote 
oppose elle cndort de temps a autre pour juger des images conformes a leur 
modes naturels (Bouche-Leclercq). Le songeur antique devait interpreter comme 
1 augure le vol des oiseaux, comme 1 astrologue le mouvement des astres; il 
devait tirer parti du nom des individus ; des nombres, en creant entre eux et 
les lettres de 1 alphabet une concordance factice. Alexandrele Grand, fatigue des 
longueurs du siege de Tyr, a un sommeil penible, traverse par des songes. 
Une nuit, il reve qu il voit un satyre^Zarufios) danser devant un bouclier; il 
raconte la cbose a Aristandros. Bonne affaire, repond celui-cisans hesiter, 
tu as vu un satyre, c est que Tyr est a toi (la Tuoo;). 

Malgre les traditions transmises d age en age, malgre 1 opinion commune, 
il restait dans 1 esprit des onirocrites les plus convaincus des doutes sur bien 
des points; il leur echappait des aveux, permettant de formuler des reserves 
relativement a leur bonne ibi. Lorsque tu expliqueras un songe a quelqu un, 
dit Artemidore, et que tu voudras avoir 1 air plus capable qu un autre, je te 
conseille de te servir de ce procede, mais n en use jamais pour ton compte, 
parce que tu te tromperais (B.-L.). 

L oniromancie touchait aux modes de divination les plus compliques. Le 
dormeur portait en lui le re cepteur sur lequel les puissances celestes ecri- 



58 DIVINATION. 

vaient dans une langue inconnue les secrets du present ou de 1 avenir. II 
fallait expliquer ces caracleres mal formes, en trouver la clef; 1 onirocritique 
la demandait a un ensemble de regies dont quelques-unes appartenaient a 
1 astrologie, a L arithmomancie, aux methodes divinatoires que nous verrons 
plus loin. 

La ne cromancie avail pour se produire besoin du sommeil, ou d un e tat de 
1 esprit qui le preparat a la conversation des defunts. Cenx-ci, immateriels 
comme les Dieux, jouissaient comme eux du privilege de lire dans le livre du 
destin et laisaient connaitre aux vivants une parlie de ce qu ils y avaient vu. 
II y avait cependant entre la necromancie et la divination par les songes une dif 
ference ; la preparation aux songes prophetiques eiait simple. Des 1 epoque 
homeriquc il fallait pour appeler les morts des ceremonies effrayantes, des 
sacrifices lugubres. Tucreuseras, dit Circe a Ulysse, une fosse d une coudee en 
tous sens, et tu feras des libations pour lous les morts; la premiere sera du lait 
melange a du miel, la seconde d un vin delectable, la troisieme d eau limpide ; 
tu repandras ensuite de la pure fleur de farine. Cependant invoque les tetes 
sans force des morts... Lorsque tu auras implore 1 illustre essaim des morts, 
tourne-toi vers 1 Erebe, plonge deloin tes regards avides surle cours du torrent, 
immole a 1 instant un belier et une brebis noirs et tu verras en foule accourir 
les ames de ceux qui nesont plus. Ordonne alors a tes compagnons de depouiller 
les victimes, de les consumer et d adresser des prieres aux dieux, surtout au 
puissant Pluton et a 1 inexorable Persephone. 

On evoquait d abord aux points que Ton regardait comme 1 entree des Enfers ; 
plus tard on accorda aux esprits une liberte complete, on les evoqua sur leurs 
tombeaux a 1 aide d un belier noir; il y eut des necromanciens de profession 
analogues aux pholographes spirites de notre epoque ; pour une somme donnee 
ils faisaient voir le defunt dont on avait besoin ; si 1 intprrogateur elait pusilla- 
nime, s il redoutait Jes habitants d outre-tombe, ils se bornaient a faire entendre 
sa voix : la plupart etaient ventriloques. A Rome on crea des oracles necro- 
mantiques d Hecate accessiblesa tous. Hecate, c etait la lune, la reine des morts, 
parcourant comme eux le firmament pendant 1 obscurite des nuitsetreglant leur 
commerce avec les vivants. Du temps d Eusebe on les evoquait a 1 aide d un vase 
rerapli d eau dans une piece a plafond bleu ciel. Les consultants apercevaient 
au fond un veritable essaim de manes pretes a leur repondre. Tout a coup un 
Ge nie enllamme se montre sur le mur; le devin, saisi d un delire fatidique, leur 
ordonne de se prosterner jusqu a cequ il s arrete : Infernale, terrestre et celeste 
Bombo, dit-il, viens, guide des rues, des carrefours, lumiere vagabonde des 
nuits, qui aime les aboiements des chigns et la pourpie du sang, qui marche 
a travers les cadavres et les sepultures des morts, alteree de sang, jetant 1 elTroi 
parmi les mortels; toi, Gorgo, Mommo, Lune, etre multiforme, viens d humeur 
propice gouter nos libations . A ce moment, tous se relevaient, et un meteore 
brillant traversait les airs; cette scene ne manquait jamais son effet. D apres 
Eusebe, les manes n etaient que des comparses places dans le sous-sol du 
temple et apercus a travers le fond transparent du baquet sacre . L apparition 
des genies avait ete menagee en etendant sur le mur une preparation inflam 
mable ; 1 hecate fulgurante n etait qu un milan reconvert d etoupe enflammee et 
lache a propos. 

Que les dieux entrent en communication directement avec l homme ; qu ils 
annihilent ses facultes, parlent parsabouche, fassent connaitre leurs volontes par 



DIVINATION. 59 

son intermediate, telle est la croyance originelle qui a donne lieu aux divina 
tions personnelles, aux sacerdoces chresmologiques. Nous 1 avons vue chez les 
Hebreux, nous la relrouveronsmoinsvivante, mais aussi generale, chez les Grecs. 
Les Crelois, Minos et Rhadamanle, deviuaient par intuition; le genie d Orphee 
etait une emanation directe de Dionysos dont il etail pretre. 

Minos ne fut ni un devin vulgaire, ni un inspire ; les traditions populaires le 
representaient comme unlegislateur et un conquerant, un Mo ise, qui faisait tous 
les neuf ans un long stage dans un antre oil il con feral t avec Zeus ; celui-ci 
dictait des lois qu il appliquait. Rhadamante etait un inspire de meme ordre, 
mais plus Dieu, et constamment malheureux ; chasse de pays en pays, il ne 
pouvait trouver nulle part un royaume tranquille a gouverner, etpourtant il fai 
sait profiler de ses inspirations tous les peuples chez lesquels il passait. Epime- 
nide, un autre Cretois, etait surtout favorise des Nymphes ; elles lui donnerent 
une nourriture si fine et si substantielle dans un pied de boeuf, qu il put 
dormir cinquante ans de suite et fut dispense de manger le reste de sa vie. Desi- 
rant rappeler a la poslerite le souvenir des services qu il avail re?us et con- 
server la memoire de ses protectriccs, il voulutleur elever un temple. Le niaitre 
des dieux se iacha. Ce n est pas aux Nymphes, mais a Zeus, qu il faul con- 
sacrer 1 e difice que tu projettes, lui cria un jour une voix divine . Plus lard 
Minos comme Epimenide passa au second plan. 

Les chresmologues trouverent un conservateur et un vulgarisateur dans 
1 Athenien Onomacritos, qui vivait sous les fils de Pisistrate. C etait un assez 
mauvais drole : poete, libertin, imposteur, il avait ce qu il lallait pour emer- 
veiller une democratic mobile et tapageuse. On avait une foi absolute dans des 
especes de propheties obscures altribuees a un certain Balds, inspire des Muses 
comme Epimenide. Son existence et son origine elaient plus que douteuses ; 
il irnportait peu ; les orateurs politiques n hesitaicnt pas a faire de Bakis le 
complice de leurs desseins. Onomacrite inventa Mousaeos et Orphee. II mil sur 
leur compte des vers que leur tournure harmonieuse et leur forme rendirent 
vite populaires : c etait la supercherie de Macpherson, mais celui-ci ne trom- 
pait que les lettres; il faisait accepter une admirable poesie sous un nom 
d emprunt sans que cette fraude cut aucune influence sur les destinc es de 1 Etat. 
A Athenes, les cboses avaient une autre importance. Mousajos n ctail pas seu- 
lement un chantre harmonieux : c etait un devin, un concurrent de Pytho. 
Lasos prit Onomacrite en flagrant delit d interpolation ; il le denonga et Ilip- 
parque dut 1 exiler. Plus tard le tyran le rejoignit a Suse; ces deux hommes 
etaient fails pour s entendre. 11s surent capler la confiance du grand roi, exciler 
ses coleres, attiser ses haines. Aux renseignemenls que lui donnait Hipparque 
Onomacrile ajoulail les encouragemenls des chresmologues qu il connaissait 
mieux que personne, puisqu il les avail invente s. 

II lui recilait, dit Herodote, les oracles : s il s en trouvait qui presageassent 
malheur aux Barbares, il les passait sous silence. Enfin, choisissant les plus 
favorables, il dit qu un Perse devail joinclre par des bateaux les deux rives de 
1 Hellespont, puis il decrivit la marche de l armee. Ainsi Onomacrite ne cessait 
de mettre en avant les oracles, tandis que les Pisistralides, par leurs conseils, 
excitaienl le roi. 

Des personnages et des oracles crees de tonte piece par un faussaire et un 
traitre n auraient du avoir qu une existence ephemere; ce fut le contraire qui 
arriva. MOUSLCOS eut sa legende : c etail un fantome aile qui traversait 1 air et 



40 DIVINATION. 

1 espace. Orphee n utait plus un pretre de Bacchus, mais un demi-dieu; il 
avait invente la musique, la medecine, la poesie et prophetisait naturellement. 
Les Me nades, ayant eu naguere le privilege des revelations qu elles communi- 
quaient dans les transports d un delire avine, tuerent ce rival malencontreux, 
jeterent ses membres dans 1 Hebre et enterrerent sa tete. Celle-ci continua 
de rendre des oracles jusqu au jour ou Apollon lui ordonna de se taire. Orphee 
estun mythe; \esAryonautica, \\ymnesa la fois religieux et prophetiques sont des 
oeuvres d inconnus. 

Les Atheniens qui avaient ete chercher Orphee en Thrace remonterent plus 
haul vers lenord. Zamoikis etait undevin gete eleve de Pythagore, comme Albaris 
et Asteria; des predictions nombreuses portaient leur nom. 

11 y cut des inspires meme aux plus brillantes epoques de la civilisation : 
Socrate est presque un chresmologue ; Platon, parlant de son demon familier, 
declare qu il le dirigeait, lui montrait le chemin sans 1 obliger a le suivre. Avec 
Xenophon, ce lutin devient uu bon genie : Socrate faisait parfois, dit-il, profiter 
les autres des conseils et des avis qu il recevait. Pythagore a ete travesti de la 
meme maniere. Apollonius de Tyane, erudit sans critique, ressemblant a Cor 
nelius Agrippa, a ete transforme par Philostrate en mage prophete. 11 savait 
1 astrologie, peu importe ; il pouvait pre dire sans le secours des astres, comme 
il guerissait sans le secours de la medecine. 

La credulite publique etait trop generate pour qu elle ne trouvat point d ex- 
ploiteurs. S il eut ete necessaire d avoir le talent d Onomacrite, d inventer des 
livres sacres, les imitateurs eussent ete rares, mais il etait si simple de simuler 
[ inspiration, de fuire entendre an public des accents qu il pourrait croire divins ! 
Ce fut le role des venlriloques. Eurycles, bouffon qui vivait du temps de Socrate, 
fut le premier d entre eux; il connaissait la valeur des oracles qu il rendait ; 
au debut, il ne rendait meme point d oracles, et voulait seulement tirer parti 
de son talent ; le peuple le prit au serieux ; c est pour cela que, de simple come- 
dien, il devint prophete; qu il lit e cole ; que la ventriloquie fut pendant des siecles 
un des instruments les plus surs d imposteurs qui se moquaient de leurs dupes. 

Les propheties sibyllines, etaient plus venerees encore que celles des vieux 
chresmologues. On ne sail trop quelle en est I origme ; c est au sixieme siecle 
avant notre ere qu IIeraclite parle pour la premiere fois de la Sibylle dont 
on est reste, dit-il, plus demille ans sans entendre la voix : mais qu etail-ce que 
la Sibylle? Une jeune fille qui reQoit un dieu dans son sein disait Ser- 
vianus. Si tout le monde 1 eut pense, le probleme serait singulierement sim- 
plifie; toutes les inspirees d Apollon ou de Zeus eussent ete des sibylles; 
presque personne ne 1 a entendu ainsi. II y avait entre elles et les oracles un 
antagonisme constant ; aux yeux des pretres de Delphes, leurs propheties, con- 
stituaient une heresie d autant plus dangereuse qu elle diminuait la clientele de 
leur temple. Toujours est-il qu elles paraissent remonter a 1 antiquite la plus 
reculee et surtout ouvrir la liste des devins qui predisaient d apres des textes. 

Les differences d opinion touchant la Sibylle etaient nombreuses et contra- 
dictoires. Dans la plupart des legendes, c est une victime d Apollon, predisant 
malgre lui et malgre elle, un etre special ni humain, ni olympien, qui n a pas 
transmis ses attributions par heredite ou par tradition. La git la difference 
entre ce sacerdoce et celui de Delphes. Une pythie pouvait mourir, la source 
restait, le trepied ne perdait rien de sa vertu. Ge mode de succession se retrouve 
en Egypte dans le culte d Apis, au Thibet dans les incarnations successives du 



DIVINATION. 41 

grand Lama. Les Sibvlles avaient eu une vie materielle, apeivu 1 avenir, ecrit, 
comme nous venons de le dire, ce qu elles voyaient; elles faisaient parfois 
entendre leurs voix au voisinage de lours tombeaux oil elles reprenaient des 
formes mortelles pour entrer en communication avec des privilegies, mais elles 
n avaient point de seconde naissance. Pour Diodore, la premiere ou pour mieux 
dire la seule, c etait Manto, la Rile de Tiresias. A la prise de Thebes par les 
Epigones, elle fut comprise dans la part de butin adjugee a 1 oracle de Del- 
phes; Jusque dans le role de pretresse d Apollon, clle garde la tristesse resi- 
gnee d une victime et une sorte d autipathie incurable pour le dieu auquel elle 
devait ses malheurs (B.-L.). L histoire de toutes les autres est entource de 
traditions analogues; celle d Erythree, qui debitait des vers prophetiques des 
les premiers jours de sa vie, vecut autant quedix generations d liommos, pivdit 
qu elle serait tuee par Apollon jaloux de sa puissance et qu elle continuerait de 
rendre des oracles apres sa mort. Diogene Antonius pretendait qu elle etait 
descendue de la lune ou le devin Carmanos lui avail enseigne la mantique. 
La sibylle de Marpessos s appelait Herophile et avail une origine aussi noble; 
il y en avail d autres en Troade, en Phrygie, a Samos, a Sanies, a Dodone; 
celle de dimes en Ilalie habitait une grotte place e dans le fhme d une mon- 
tagne sous le temple d Apollon Zosteros; elle venait, di>ait-on, d Ki yfliree. 
Ayant obtcnu autant d anne es de vie qu elle pouvait tenir de grains de siNr 
dans la main a condition de quitter son pays pour toujours, elle mourut dans 
une extreme vieillesse par suite de I e motion que lui causa une lettre de ses 
compalrioles. 

La Sibylle de dimes est une desesperee qui, d apres Petrone. ne fait qn une 
reponse aux indiscrets qui lui demanclent ce qu elle desire : Mourir. Denys 
d Halicarnasse raconte que du temps de Tarquin le Superbe une vieille femme 
etrangere etait venue lui offrir 9 livres dont elle demandait un prix t ; levr : 
le roi refusa ; elle en brula trois, puis trois encore, et offrit les derniers pour le 
meme prix. Tarquin intrigue consulta les augures, qui se prononcerent pour 
{ acquisition des livres. 

La vieille femme, qui disparul aussitot d entre les hommes, n etait autre 
que la Sibylle de Cumes. L anecdote est vraie peut-etre; qu une devineresse 
etrusque ait, pour exploiter la credulite d un prince superstitieux, pris une 
qualite de circonstance, il n y a rien d exlraordinaire. 

Les livres sibyllins n eurent ni I invulne rabilite ni la longevite de celle qui 
les avail re diges ; ils furenl brules une premiere fois 85 ans avanl Jesus-Christ. 
Malgre le respect qu ils inspirjient ils avaient subi plus d une modification ; 
apres leur destruclion on les reconslilua a l ;iide de textes apporte s d lonie. 

Les e crits semblables parvenus jusqu a nous different probablement beaucoup 
de ceux qui existaient aux lemps du paganisme. Autanl qu on peul le sup- 
poser, ils furenl corriges sous Justinien par un inconnu, moine ou juif qui 
les rangea dans un ordre systematique pour composer une histoire du monde 
comparable a la Bible. La langue est obscure et ampoule e, son emphasc dissi- 
mule mal la pauvrete du fond. 

A la place du polytheisme souple et ingenieusement accommode a loules 
les conceplions scienlifiques qui occupaient 1 imagination des Hellenes sans re- 
clamer de drolls imperieux sur leur intelligence et sur leur coeur, s affirmait 
un monolheisme sombre plein de passions el vide d idees. C esl la pensee 
d Israel immobilisee dans un pelil nombre de dogmes, qui se subslitue a la 



42 DIVINATION. 

spontaneite fe conde de 1 Hellade. La Sibylle n a plus que faire des speculations 
de la philosophic, qui interroge les vieux symboles religieux pour voir si par 
hasard ils ne contiendraient pas la solution des problemes dont se compose la 
theorie de I univers ct dont 1 insondable obscurite s accroit a mesure qu on y 
plonge plus avant le regard. Sa conception du monde, de 1 homme et de Dieu, 
est d une simplicite effrayante. II y a au plus haut du ciel un Dieu unique, sus 
ceptible et jaloux, qui a fait le monde et qui peut le defaire. Ce dieu est en face 
du monde comme le potier devant son ceuvre ; il 1 a modele, decore, distribue, 
peuple d etres raisonnables, et il a la prevention legitime d y etre obei et honore. 
Of son indignation est grande a la vue des cultes idolatriques qui font 
fumer devant de vaines images un encens du a lui seul, et des vices de toute 
sorte qui deshonorent 1 espece humaine. Aussi, en attendant le jugement dcfi- 
nitif auquel il soumettra le monde, dechaine-t-il de temps a autre des fleaux 
terribles, exterminant les races perverties et renversant les empires. 11 y a pour- 
tant un peuple qu il chalie parfois, mais qu il n exterminera jamais, dont il 
prepare au contraire le triomphe et la felicile (B.-L.). 

Les chresmologues out eu leurs exegetes remplissant a 1 egard des livres 
prophetiques un role analogue a celui des leltres supe rieurs en presence des 
vieux lextes chinois. En Grece, certains d entre eux s appelaient pythai stes parce 
qu ils recevaient pres de 1 oracle de Delphes une sorte d investilure ; des fonc- 
tionnaires de cet ordre nommes par les rois de Sparte leur servaient d am- 
bassadeurs pres du Dieu dont ils rapporlaient les reponses. Mais il y avait a 
Alhenes surtout un grand nombre d exegetes hbres ; Aristophane les a mis en 
scene ; a Rome on les considerait plutot comme des conseillers accidentels, des 
hommes prudents, que comme aulre chose. 

2 Divination technique. Si la divination personnelle etait de pure fan- 
taisie; si les songes, les accents delirants d une pylhie nevropalhe ou les compi 
lations apocryphes d Oiiornacrite n avaient qu un sens conventionnel ; si leur 
origine etait une supercherie ou un ecart d imagination ritualise, en revanche 
la divination inductive nous dirions scientifique, si le mot pouvait s ap- 
pliquer au merveilleux avait un point de depart reel : 1 observalion. L erreur 
commence a Tin terp relation par le rapprochement de circonstances fortuites, 
par 1 application du sophisme toujours cher a 1 homme : post hoc, ergo propter 
hoc. Tout phenomene a une cause, tel est 1 axiome fondamental des sciences 
physiques, le point de depart de nos recherches ; quand nous ne voyons pas 
cette cause, nous 1 inventons. Nous avons, pour expliquer les attractions et les 
re pulsions electriques, invente un fluide neutre qui se de double en positif et 
en negatif. 11 y a un siecle que nous vivons sur cette hypothese, et elle a 
conduit a plus d une decouverte. Les Grecs ne pouvaient rattacher qu a des 
etres raisonnables, aclifs, a des hommes immateriels, ce dont iis ne voyaient 
pas la cause. 

Ajoutons-y la foi en la sollicitucle constanle des dieux, et nous compren- 
drons que le meteore le plus ordinaire devint une manifestation de leur vo- 
lonte ; mais les dieux ecrivaient en caracteres inconnus et immuables, c etait 
aux mortels a en deviner le sens. La connaissance de 1 ecriture egyptienne 
etait le monopole d un petit combre de privile gies ; elle repre sentait des 
oiseaux, des objets d un usage journalier; par leur combinaison et leur succes 
sion on arrivait a representer des ide es etrangeres au tableau. Les dieux fai- 
saient comme les Egyptiens; si avec un ibis, un ichneumon, des outils de 



DIVINATION. 43 

guerre ou de culture, ceux-ci retracaient 1 histoire d un roi, les premiers pou- 
vaient ecrire avec le meme procede 1 histoire du passe et del avenir; une etude 
soigneuse des cvenements accomplis et des presages qui les avaient annonces 
permettait d etablir la liaison entre le symbole et le i ait, d etayer pour ainsi 
dire sur une base experimental la conjecture de 1 avenir; toute 1 histoire de la 
divination inductive est la. 

L omitfiomancie, appelec aussi oionistique (oiwvo;, oiseau), en fut la forme 
la plus ancienne. Les Grecs aimaient les oiseaux pour leur souplesse, leur 
legerete, leurs chants. Zeus, lemaitrede la foudre, avait pour compagnon 1 aigle 
au vol puissant, a la set-re vigoureuse, le roi des montagnos. Le hibou etait 
1 oiseau de Minerve ; la tendre colombe etait chere a Venus. Cette espece de culte 
ne fut jamais poussee comme en Egypte ou dans 1 Hindoustan jusiju a 1 absur- 
ditc; on ne crut point que la faveur des dieux put conferer une immunite abso- 
lue a une espece animale ; que cc fut un sacrilege de se defemlre contre les 
depredations des rapaces, ou de manger quand elles en valaient la peine les 
sceurs de 1 oiseau de Cypris ; il y eut de bonne heure des chasseurs en Hellade. 
Les patres de 1 OJympe et de 1 Icla, en defendant leurs agneaux contre 1 oiseau 
de Zeus ou en dressant des pieges pour en saisir d aulres inoflensifs, durent 
comme les oiseleurs de tous les temps observer avec soin les habitudes et les 
moaurs de la gent ailee. Elles presentent parfois une telle rogularite qu il 
serait difficile de ne pas croire a une sorte de fatalitc. Les migrations, 1 epoque 
des amours, la direction du vol subordonnee a celle des courants atmospheriques, 
tout cela fournit des indications que 1 homme des champs ou le chasseur 
savent mcltre a profit. Aux presages naturels on ajouta des presages surna- 
turels : Les oiseaux comprennent mieux et plus vite que 1 homme le Ian- 
gage secret des dieux, disait Porphyre. Mais la faune de 1 Europe meri- 
dionale est riche ; il y a des differences de taille et de plumage si tranchees 
qu il fallut absolument faire un choix. Les meilleurs et les plus surs des devins 
Je 1 air etaient 1 aigle et Je vautour. Us trouvaient, disail-on, dans les con 
vulsions de leur victime, dans les entrailles qu ils dechiraient, les signes que 
les hommes y cherchaient. Puis vint le corbeau, le sinistre pillard des champs 
de bataille; on lui envoyait ses ennemis par maniere d imprecation comme 
on les envoie aujourd hui au diable; il devint de la sorte un prophete de 
malheur. La corneille seulc garda le privilege des augures favorables ; la 
chouette de Minerve annoncait d heureuses choses a un Athenien, des malheurs 
a tout autre. 

II fallait tenir compte du vol, du cri, de 1 attitude, du siege. Le heron, le 
pivert, le faucon, n eurent que fort tard une place parmi les oiseaux man- 
tiques. 

L alectryonomancie ne se rattache qu indirectement a 1 ornithomancie; elle 
tiendrait plutot a la divination par les sorts. Les Atheniens etaient pas- 
sionnes pour les combats de coqs; on dit qu avant Salamine The mistocle 
en donna un en spectacle a son armee, certain d exciter le courage de ses 
hommes et de leur inspirer la confiance. Plus tard on transforma les coqs en 
prophetes, et voici comment : Le consultant adressait in petto une question 
a la divinite, et plagait 1 oiseau sacre au centre d une circonlerence sur 
laquelle etaient figurees avec du grain les lettres de 1 alphabet. On ras- 
semblait les caracteres qu il decouvrait et Ton avait la reponse attendue. 
Les oiseaux ne resterent pas les seuls confidents des dieux ; ils eurent pour 



U DIVINATION. 

collegues les mammiferes, les reptiles, les poissons. Jamais celte divination 
zoologique ne fut exercee que par des particuliers ; sa simplicite la rendait si 
accessible que ses adeptes n eurent niles succes politiques, ni les succes pecu- 
niaires des devins savants. Les Atheniens avaient centre les mauvais oiseaux 
des recettes analogues aux signes de croix de nos paysans quand ils ren- 
contrent une pie a 1 improviste. Dans la suite 6 pvi?, oiseau, devint synonyme de 
presage comme en anglais lark (alouette) est synonyme de mauvaise plaisan- 
terie ; peu a peu 1 oracle de Pytho etouffa ces pratiques sous les splen- 
deurs de sa litunne : I ornithomancie resta la divination des rustres et des 

o * 

ignorants. 

Les exclamations, les expressions, le nom meme d un individu (onomato- 
mancie], avaient un sens prophetique. Leotychides, roi de Sparte, au moment de 
livrer la bataille de Mycale, est harangue par un envoye de Samos. Comment 
t appelles-tu ? dit-il en 1 interrompant sous Tinlluence d une inspiration sou- 
daine, Hegesistrate (guide-armee). Ce simple nom suffit pour donner 
courage au Lacedemonien ; afin de tirer meilleur parti du presage il voulut 
meme emmener 1 ambassadeur avec lui et profiler de ses conseils. 

Les mouvements involontaires, les spasmes, les accidents nerveux, etaient 
autant de manifestations de la pensee divine. Dans la retraite des Dix Mille 
1 eternument d un seul homme apres une harangue du general, etait une 
preuve de la presence d un Dieu ; ceux qui 1 avaient entendu s inclinaient, se 
proslernaient jusqu a terre. 

La divination par les entrailles des victimes, extispicine, hie roscopie, splanch- 
noscopie, avail ses theoriciens. Malgre le peu d etendue de leurs connais- 
sances anatomiques, les Anciens savaient que 1 ordre et la disposilion des organes 
sonl a peu pres invariables dans la meme espece animale. 11s connaissaienl ega- 
lement certaines anomalies de siege ; mais 1 extispicine limitee a la terato- 
scopie n aurait probahlement jamais acquis 1 importance qu elle eut en Grece, 
en Toscane, puis a Rome. 

Porphyre en explique de deux manieres la valeur : Les dieux peuvent modifier 

les organes et les tissus ; on bien Tame de la victime, en quittant son enveloppe 

charnelle, peut lui imprimer un cachet en rapport avec les revelations qu elle 

vient de recevoir ; 1 extispicine avail sa place dans le systeme mantique de 

Platon. 

Afin que les renseignements fussent plus precis, qu ils emanassenl d ames 
superieures capables de mieux saisir el de mieux rendreles confidences divines, 
Heliogabale immola des hommes. D apres Philoslrate, au contraire, les meilleurs 
animaux etaient ceux dont le caractere est le plus doux, parce que les dieux 
ecrivenl plus facilement leurs arrels sur des organes que n altere pas brus- 
quernent 1 explosion d une passion violente ; le coq irascible et batailleur ne 
valait rien. Le foie etait le viscere mantique par excellence; on tenait compte 
de ses eminences, de ses sillons; tous les traites declarent qu un foie sans lobes 
est un presage de ruine et de mort. Les divisions etaienl plus minulieuses 
que celles que nous admeltons ; les anatomistes ont meme emprunte quelques- 
uns de leurs lermes aux Anciens, qui parlaienl de foyer, de table, de torn- 
beau, de pyles ou portes. 

L extispicine n ctait poinl une methode hellenique ; elle existait en Toscane, 
longlemps avant qu on en fit usage dans les temples de la Grece. M. Miiller 
croit qu elle y fut Iransportee au quatrieme siecle avant notre ere par les lamides 



DIVINATION. 45 

d Olympie, dont quelques-uns etaient etablis en Sicilc; elle e tait plus compli- 
quee, plus savante que 1 ornithomancie ; les pretres et les devins de profession 
avaient trop d interet a ne pas laisser tomber dans le domaine public les pra 
tiques qu ils exploitaient pour ne pas accepter avec empressement toutes les 
importations etrangeres. 

La cleromancie, une methode e galement ancienne, fut ime des plus vivaces, 
nous la retrouverons en Gaule a 1 epoque merovingienne ; nous verrons sa fille 
aince, la cartomancie, lui succeder ou plutot lui venir en aide a la Renais 
sance, puis braver les conquetes de la science, triompber des railleries des 
sceptiques et arriver jusqu a nous apres des vicissitudes nombreuses. La divi 
nation par voie de tirage au sort laissait un vaste champ a la liberte divine. 
Les instruments primitifs furent des cailloux, des feves noires et blanches, 
plus tard on les remplaca par des des ou des osselets. La cle romancie fut employee 
a Dodone, a Olympic, meme a Delphes. On entend dire qu il y avait jusque 
dans la cortina du tre pied pythique des cailloux divinatoires ou encore les dents 
du serpent Python, lesquelles tressaillaient quand 1 oracle parlail (B.-L.). 

Les phenomenes meleorologiques, la foudre surtout, avaient un sens. Les 
pythaistes d Athenes indiquaient d apres la direction du vent et 1 etat du ciel le 
chemin que devaient suivre les processions d Apollon ; certains devins etudiaient 
les nuages; d autres tenaient compte des pluies, mais la mete orologie ne fut 
jamais qu un art de second ordre utilise seulement dans des circonstances 
donnees. 

En revanche Yastrologie acquit une place preponderate a une epoque rela- 
tivement rapprochee de nous. Lorsque le centre de gravite de la civilisation 
grecque se fut deplace, que les lieutenants d Alexandre 1 eurent transporte sur 
les bords du Nil, apres avoir substitue en Asie leur domination et leur influence 
a celle du grand roi, il se fit une fusion cntre les vainqueurs et les vaincus. 
Pour faire pardonner leur domination, les Grecs adopterent en partie les cou- 
tumes de 1 Asie. 

Evehemeze raconta que 1 astronomie avait ete inventee par Aphrodite la 
deesse assyrienne ; que celle-cil avait apprise a Hermes, leTott egyptien. Ce recit 
accorde 1 anteriorite aux Chaldeens; 1 opinion populairc la leur accorda aussi. 
Peu importe a qui revient la decouverte ; nous avons vu que la divination par 
les astres jouait un role de premiere importance chez les riverains du Tigrc et 
de I Euphrate. Le Babylonien Be rose initia et guida les Grecs dans cette voie. 
Sous le regne de Ptole mee Philadelphe, il ouvrit a Cos un cours d astrologie; 
1 Orient prenait sa revanche de 1 Europe. De 1 Asie Mineure, 1 art conjectural 
assyrien passa dans la Grece, puis a Rome. 

II reposait sur un petit nombre de principes dont quelques-uns se rappro- 
chaient de la verite. 

I. Dans 1 equilibre de 1 univers, les aslres out une action preponde- 
rante. 

II. Cette action, dont le mode est inde termine, mais qui se propage par effluves 
rectilignes, resulte de qualite s speciales a chacun d eux et tend a engendrer ces 
qualites ou leurs contraires, suivant qu elle agit positivement ou negativement 
dans les etres qui en ressentent 1 effet. 

III. Un astre donne exerce son influence propre dans des sens differents, ou 
avec une intensite diffe rente, suivant la position qu il occupe dans le ciel. 

IV. L inlluence d un astre ne doit pas etre appreciee isolement, car elle est 



46 DIVINATION. 

toujours engagee dans les combinaisons geometriques avec des influences cou- 
raiites ou antagonistes (Bouche-Leelercq). 

Les premiers astres dont la disposition servit de base aux calculs astrolo- 
giques furent les constellations da zodiaque. Les Egyptiens qui avaient, dit-on, 
invente la ge ometrie, auraient les premiers etabli le groupemeiit et divise le 
cercle en 560 degres. Sur 1 autre rive de la Mediterranee, ces constellations 
changerent de nom et de signification, la balance fut remplacee par les pinces 
du scorpion; une matrone egyptienne, par une vierge; la methode ne fut pas 
modifiee. Les individus comme les paysetaient soumis a 1 influence d une constel 
lation. En etudiant celle-ci, on etudie du meme coup son client pour le present 
et pour 1 avenir. La difficulte, c etait de bien connaitre 1 individualite side rale; 
il fallait s attacher minutieusement a sa forme, a son altitude. Les Dieux du 
zodiaque avaient leurs amities, leurs aversions, leurs afiinites, leurs repulsions, 
leurs associations. 

Les signes ne pouvaient se combiner que par aspect ou antiscia. L aspect, 
c etait un polygone inscrit dont les cote s rectilignes joignaient une constel 
lation a 1 autre; 1 aspect trigone etait favorable, Taspect quadrat 1 etait moins ; 
deux astres places aux cxtremites d un meme diametre etaient en conjonction 
ou en opposition. Un appellait antiscia les associations donnees par des cordes 
paralleles. 

Prenons, par exemple, le diametre e quatorial du zodiaque et son diametre 
solsticial : les corps celestes places a cbaque extremite du premier se voyaient; 
un astre place a une extremite du premier et un autre a celle du second s en- 
tendaient; la meme chose existait pour les cordes paralleles aux diametres en 
question; pour les fleches perpendiculaires sur ces cordes. Les aspects s indi- 
vidualisaient, ils avaient entre eux des baines ou des sympathies, les methodes 
d association se comportaient comme eux. On divisa ensuite les constellations 
primitives en douze autres, de sorte que chacune, representant un zodiaque rudi- 
mentaire, pouvait ceder ouemprunter quelque chose a sa voisine; il y avail des 
parties vides et des parties pleines, des antagonismes constants. Si la paix 
est ravie a 1 univers, disait Maniiius, si la loyaute est rare et se trouve le pri 
vilege d un petit nombre, c est sans doute que bien des signes font presider la 
discorde a notre naissance. A 1 exemple du ciel, la terre est divisee centre elle- 
meme, et une fatalite ennemie pousse les nations a se hair . 

Les calculs deja si complique s le devinrent plus par 1 adjonction de tout le 




9 

.Soleil Lime Mercure Venus Mars Jupiter Saturne 
Fig. 1. Rotation astrologique. Signes planelaires. 

systeme planetaire. L astrologie cut sa notation comme elle avait sa langue ; 
avec des signes pour les constellations du zodiaque, pour les planetes (voy, 
fig. 1). 

Ces signes passerent dans les autres sciences occultes, le Saturne des alchimistes 
fut reprc ente comme le Saturne du firmament, et meme aujourd bui nous 
sommes souvent heureux d avoir sous la main, en libellant une ordonnance, le 
signe d Hermes pour nous proteger contre une curiosite que le terme hydrargyre 
ne reussit pas toujours a depister. Les astrologues romains palirent plus d une 



DIVINATION. 47 

fois sur des intersections lineaires, et, s ils ne trouverent point \e sens qu ils 
cherchaient, ils decouvrirenl en revanche de curieuses relations mathema- 
tiques. 

Comment les dieux montagnards desGrecs s eleverent-ils aux spheres celestes? 
comment 1 astre appele naguere etincelanl devint-il le sejour de Mercure ou 
Mercure Jui-meme? Comment Purses Puroecides, 1 etoile rouge, devint-elle Mars? 
Nous n en savons rien. Quand 1 astrologie fut definitivement acccpte e en Europe, 
les dieux etaient caducs. La divination nouvelle avec ses compas, ses calculs, 
avail une apparence d exactitude capable de seduire des gens que 1 anarchie 
des systemes philosophiques ballottait enlre le scepticisme et la credulite. Apres 
avoir personnifie les planetes, on les logea. Elles ne restaient pas emprisonnees 
dans une maison sans doute, puisqu elles faisaient une course de plusieurs mois 
a travers le ciel, mais ils y revenaient a dates fixes. Jupiter habitait le Sagitlaire, 
Mars le Scorpion, Ve nus le Taureau, Mercure plus favorise avail pour villa d ete 
la Yierge, pour domicile de printemps les Gemeaux. 

Les mouvements des planetes etaient prophetiques; elles avaient entre elles 
des rapports de bon ou de mauvais voisinage ; les unes el les autros se venaienl 
en aide, se contredisaient selon des lois si nombreuses, que 1 imagination etla fan- 
laisie de 1 asirologue etaient 1 aboutissant de tout. 

Voici sur quelles donnees geometriques reposaient les calculs : La sphere 
siderale etait partagee en deux hemispheres par 1 orbite solaire ou plm du 
zodiaque. Les diametres perpendiculaires de ce cercle constiluaient la 
ligne des solstices et la ligne des equinoxes ou equatoiiale. On supposait 
que le mouvement annuel de 1 astre avait commence an solslice d ete; sa 
culmination avait lieu aux equinoxes; au solstice d hiver il ctait en oppo 
sition. 

Les orbites planetaires etaient autant de grands cercles dont les plans for- 
maient avcc celle du soleil des diedres variables. Le domicile de la planete 
etait le point d intersection de son orbite avec 1 orbite solaire; on appelait 
hypsoma son point de culmination, c est-a-dire celui ou elle renconlrait la 
grande circonference limiiant sur la sphere le plan de 1 equateur dc celui ci. 

Les signes du zodiaque avaient leur influence comme les planeles ; celles-ci 
formaient, avons-nous dit, des combinaisons nombreuses. Au moment de la nais- 
sance il s etablissait une resultante ; son point d application sur la sphere celeste 
etait Thoroscope ; toute 1 habilete des astrologues cons-istait a le trouver. A partir 
du moment ou cette de couverte etait faite, 1 etude de Tavenir d un individu n etait 
plus qu affaire de calcul. Le cercle de geniture, grand cercle de la sphere sur 
lequel se trouve 1 horoscope, Cut divise en douze lieux correspondant aux ao-es 
de la vie ; leur projection sur le cercle zodiacal donnait des renseiTnements 
auxquels les astrologues attachment une valeur variable. II fallait ogalement 
lenir compte du jour et de la nuit ; un horoscope nocturne n avail ni le meme 
sens ni la meme valeur qu un horoscope diurne (voy. GENETHLIOLOGIE). 

Dans le second on prenait en degres la difference qui se pare le soleil de la 
lune en suivant 1 ordre des signes. Cette distance est precisement celle qu il faut 
compter a partir de 1 horoscope, dans le meme sens, pour trouver le lieu de la 
fortune. Si 1 horoscope est nocturne, il faut renverser ce calcul, c est-a-dire 
prendre la distance de la lune au soleil (B.-L.). 

Aucune methode n a eu de rapports plus frequents avec la medecinc que 
1 astrologie ; aucune n a plus retarde ses progres, n a plus contribue a lui dormer 



48 DIVINATION. 

le faux air de magie que les decouverles des derniers siecles n ont pas fait 
completement disparaitre. 

Les constitutions, les temperaments surtout, avaient une origine side rale. Les 
individus nes au moment de la conjonction de Venus et de Mars etaient voues 
au libertinage ; celle de Jupiter et de Venus ctait favorable aux accouchements. 
Galien considerait la Lune placee a mi-chemin du soleil et de la terre comme 
1 astre medical par excellence. 

D apres Pline, elle apportait la repletion et la saturation ; le sang augmentait 
ou diminuait suivant les phases. Pour Manilius, la tete etait sous 1 influence 
du Belier, les bras sous celle des Gemeaux ; les genoux etaient en rapport avec 
le Scorpion, les pieds avec les poissons. Ptolemee rattachait a Saturne 1 oreille 
droite, la rate, la vessie, le phlegmc ; Firmicus lui accordait encore la melan- 
colie. Si la Lune en partant de Saturne va vers le soleil, elle produit des 
fous, des epileptiques, des hydropiques, des lepreux. Si, au contraire, par- 
tant de la meme planete, elle se dirige vers Mercure, si elle est en decours, elle 
empeche la voix, rend les oreilles dures, produit une fatigue generale, engendre 
la rne lancolie, 1 ictere, la splenite, 1 bydropisie, des tumefactions et des dou- 
leurs tres-penibles de la vessie. Ces idees etaient acceptees par les medecins 
du quatrieme et du cinquieme siecles de notre ere ; qu un mystique co/ciime 
Andreas Chrysaris, qui peuplait 1 espace de diables a noms laborieux; que des 
gnostiques ignorants ou fourbes donnassent des compilations comme les Tables 
Smaragdmes ou celle de Kyranides, il n y a rien d extraordinaire, mais on s expli- 
que mal la credulite obstinee de ceux qui avaient observe la nature et entrevu 
plus d une fois la verite (voy. ASTROLOGIE et SIDERALES [influences]). 

Les pretentious pbysiologiques des astrologuesn eurent point de bornes; Archi- 
nopolus recula 1 horoscope du moment de la naissance au moment de la concep 
tion; il oublia, il est vrai, de dire par quel moyen on pouvait en fixer avec pre 
cision 1 heure et la minute, mais on ne s arretait pas pour si peu; la grossesse 
n etait qu une maturation dont 1 accouchement etait le terme : les devins avaient 
une geometric gravidique correspondant a tous les mois. 

Bien recue par le peuple, 1 astrologie fut regardee comme une science par les 
pbilosophes, surtout par lePortique; la Grece oublia Pytho, Zeus, laSibylle, pour 
le zodiaque; Athenes eleva au pretre babylonien Berose une statue avec une 
langue doree. A Rome, les Chaldeens avaient une situation quasi-officielle ; un 
d eux apprit a Marc-Aurele que le diademe imperial ne protege pas toujours 
efficacement le front d un epoux. Faustine, sa femme, etait inalade depuis long- 
temps, parce que, dit 1 astrologue, elle brulait d un honteux amour pour un 
gladiateur. Les deux Severe ne dedaignaient point de s essayer a tirer des horo 
scopes. 

Les ennemis les plus acharnes et les plus redoutables de 1 astrologie, ce furent 
les docteurs du christianisme : nous avons vu Origene demasquer des devins 
au bassin ; d autres employerent les memes armes centre les observateurs du ciel ; 
ils reussirent sans peine a montrer que leur fatalisme etait une doctrine absurde 
et immorale. Au lieu de se borner aux arguments de sens commun, saint Au^ustin 

o o 

voulut battre les astrologues avec leurs propres armes; c etaient des pretres, eux 
aussi. 11 les accusa d impiete; il admit leurs revelations, dont quelques-unes 
etaient, scion lui, admirablement vraies, mais il les mit sur le compte de Satan. 
La divination siderale etait, comme la magie, uneembuche del empire des tene- 
bres, une dependance de 1 art noir. II n y a pas lieu de s etonner qu avec de 



DIVINATION. 49 

telles idees les epoques ou la ferveur religieuse etait la plus ardente aicnt eu des 
astrologues; defendre le commerce avec le diable, c est admettre qu il existe 
et inspirer aux curieux le desir de le voir. Les empereurs Chretiens commirent 
la meme 1 autc. Lovsqu un rien soulevait des cohortes et changeait les maitres 
du monde, une prediction divulgue e a propos pouvait soutenir le courage des 
cohortes insurgees et faire tomber les armes des mains des legions fideles. 
On le savait,etles resents ne menagerent guere Its astrologues. Firmicus Mater- 
mis, pour ne point encourir 1 accusalion de lese-majeste si souvent mortelle. 
sut, par une flalterie gigantesque, concilier son art et la loi : il declara 
que les Empereurs, repre scntants de Dicu sur la tcrrc, etaient au-dessus du 
cours des astres, qu il etait inutile d essayer aucune conjecture sur leur des- 
tinee. 

L astrologie tenant aux mathe maliques et aux sciences naturelles etablissait 
une connexion entre les astres et les organes du corps; elle employait pour 
ses observations les precedes de 1 astronomie, pour ses calculs ceux de la geo 
metric (voy. NOMBRE). 

Deux metliodes secondaires s en detacherent, 1 une mathematique : Yarithmo- 
mancie ou divination par les nombres, 1 autre 
anatomique, la chiromancie. La main devint 
une sorte de compendium de tout le corps : 
ses eminences, ses plans, ses sillons, eurent 
leurs correspondants celestes (voy. fig. 2). 

Premierement il convient cognoistre et 
scavoir, dit Breton, cure de Milmonts, au- 
teur d un traite de chiromancie public en 
1654, qu il y a sept planetes, dites estoilles 
erratiques, qui ont chacune leurs caracteres, 
dont oa use en 1 astrologie, lesquelles ont 
grande puissance sur les corps inlerieurs et 
regissent chacune quelque partie ou mem- 
bre du corps humain,et particulierement des 
mains, leurs caracteres et leurs marques. 
Nous reviendrons plus loin sur ce sujet (p. 




Fig. 2. Division de la main pour la clii- 
romancie medicale (May Pli. La cliira- 
mancie medicinalc, trad, enfran^ais par 
D. H. Treuch. La llaye, Lewjjn van Dych, 
1883, in-12, p. 19). 



11 serait difficile de terminer 1 histoire de 
la divination personnelle et technique sans 
dire un mot des devins fameux ; il y en eut 
depuis les temps fabuleux de la Grece jus- 
qu a la fin du monde romain. Ce qui les 
distingue des prophetes d lsrael, c est la va- 
rie te, la mullipJicite de leurs connaissances ; 
parfois une melhode conjecturale formait le 
patrimoine de certaines families. Melampos, le pretre de Dionysos, eleve de 
petits serpents qu il a pris dans un nid a lacampagne; devenus gros, ils s en- 
roulent aulour de son cou et lui lechent les oreilles; il comprend aussitot le Ian- 
gage des oiseaux; plus tard, il de couvrit par uu trait de genie les arcanes de 
i extispicine. Clilchas, le devin de 1 epope e homerique, interprete les presages 
comme I eiit fail un augure romain. Tiresias et sa fille Manlo furent, comme 
Cassandre, des confidents des dieux, et transmirent leurs aptitudes. Manto, 
DICT. EXG. XXX. 4 



50 DIVINATION. 

envoyee a Klaros, pres de Kolophon, fonda un oracle, e pousa le Cretois Rhakios 
et eut pour fils le fameux Mopsos. Celui-ci vainquit Calclias, qui se tua de deses- 
poir. A Salamine, un devin grec de 1 Asie appele Eiiphranlides accompagnait 
Themistocle sur sa trireme. L influence meme du general ne put sauver la vie a 
trois prisonniers perses dont le fanatique exigeait le sacrifice. 

Alexandre avail de nombreux devins; comme son pere Philippe, il consulta 
a diverses reprises le fameux Aristandros de Telmesse, 1 homme le plus docte de 
1 epoque. 

5 Divination tnirte, oracles. La troisieme espece de divination, que nous 
avons appelee mixte, empruntait quelque chose a chacune des autres parfois a 
toutes les deux ; mais il y avail un troisieme element, le lieu. Cette fixite 
exigeait des conditions particulieres, plus compliquees que celles que nous avons 
vues. L enlhousiasme cssentiellement accidentel ne doit etre ni transmis, ni 
provoque; les melhodes techniquss sont enseignces soil publiquement, comme 
le fut 1 astrologie par Berose, soil dans une famille. Pour qu un manteion 
f it constitue, il fallait un lieu sacre, une enceinle sacree, une sorte de com- 
munaute pour I administration ; lereste e tait variable. Les oracles furent si nom 
breux en Grecc, que 1 etude isolee des plus celebres nous enlrainerail beau- 
coup trop loin; nous nous contenterons de voir celui de Del phes, oracle civil et 
general, et ceux d Asclepios, a 1 usage des malades (voy. ORACLE). 

L histoire AQ\" oracle (TApotton est si etroitement liee a celle de la civilisation 
grecque que, pour 1 ecrire en detail, il faudrait suivre celle-ci de ses origines a 
sa decadence. Le temple du Parnasse fut la veritable metropole religieuse de 
tous les pays helleniques. Les legendes relatives a ses origines out toujours exerce 
la sagacite des critiques ; Deucalion aurait fonde sur la montagne, beaucoup plus 
haul que 1 antre. une premiere ville appelee Lykorcia; les habitants 1 aban- 
donnerent et batirent Delphes ; il y eut longtemps dans son enceinte des families 
que Ton regardait comme les descendantes des Lycorciens primitifs. Leurs mem- 
bres appele s les Saints avaient le droit d offrirun sacrifice secret dans 1 enceinte 
du temple; c etait a peu pres leur seul privilege. Apollon, desireux de batir un 
sanctuaire ou les bumains pourraient entendre sa voix, s arreta un jour pres 
d Haliarte et y jeta les fondements de 1 edifice. Mais la nymphe Telphousa, qui 
rendail la ses oracles, redoutant la concurrence divine, engagea Phoebus a le 
placer a Krisa, sous le Parnasse neigeux. Apollon, sans de fiance, suivit ce con- 
seil el rencontra une difficulte que la rusee nymphe s etait bien garde e 
de lui signaler : le pays etait sous la domination d un dragon femelle qui 
avail nourri naguere le geant Typhon ; le monstre n entendait nullement 
fuir ou cuder a un autre la moitie de son empire. Le fils de Zeus n en eut 
raison qu en le pergant d un de ses traits. Yoyant que Telphousa 1 avait trompe, 
il erigca un autel sur la fontaine qu elle habitait et s y fit adorer sous le nom 
de Telphousien. Le temple construit si peniblement a Pytho, au lieu meme 
ou il avait tue le dragon, resta sans" pretres, sans sacrifices, sans oracles. 
Apollon resolut de remedier a cet abandon; il se rendit a la mer voisine, 
prit la forme d un dauphin, sauta sur le pout d un navire cretois qu il rameua 
vers la terre, malgre 1 equipage ; les matelots prisonniers devinrcnt ses pre 
miers pretres. 

Des legendes plus anciennes peut-etre parlent de changements successifs de 
culte. La premiere divinile qui aurait rendu des oracles a Delpbes etait Gea la 
terre. Python etait un monstre qu elle avait engendre; Daphne, sa fille, par 



DIVINATION. 51 

1 intermediaire de laquelle elle parlait aux hommes, fut changee en laurier 
entre les bras d Apollon. D autres etablissent une transiliou eutre Gea et lui. 
Neptune aurait eu longtemps un" temple venereau memelieu. Ces fables indiquent 
les transformations religieuses d une epoque dont il serait diflicile d evaluer 
la date; les Grecs n aimaient ni a tuer les dieux ni a les changer en diables; 
leur polytheisme accommodant se contentait de releguer au second plan ceux des 
nations vaincues. Puis I anthropomorphisme nese forma pas du jour au lendemain. 
Comme les peuples aryens de 1 Asie, les Pelasges adoraient les forces aveimlcs 
de la nature : les vents, le feu, la terre, la mer. Les Hellenes etablirent une 
filiation suivie entre leurs dieux hommes et ceux-la; les derniers venus prirent 
la meilleure part de I heritage du monde. Gea fit place a Poseidon, fivre et 
contemporain de Zeus; Dionysos, le dieu de la Thrace et de la Gre^e septen- 
Irionale, fut depossede a son tour; on leur laissa que ques autels, une petite 
place dans le conseil divin, mais on delourna les hommages au profit d Apol 
lon. II emprunta a la Terre son antre, a Poseidon le Dauphin, a Bacchus la jeune 
fille qui rendait des oracles sous Tinfluence d un entrainement nerveux 
comparable a 1 ivresse des Thyades. 

Les Doriens fnrent les missionnaires armes du nouveau culte qu ils avaient rec.u 
des Cretois; ils abandonnerent Heracles, Jeur heros national, dont les descen 
dants les dirigeaient. pour le fils de Latone. L influence de 1 oracle de Pylho 
devint reellemenl preponderante a partir de 1 invasion des lleraclides; c est 
lui qui soutint Lycurgue, 1 inspira peut-etre. Les Lacedemoniens, nation mili- 
taire et remuante, furent son premier point d appui. Dans leur lutte avec Mcssene, 
Delphes prit parti contre celle-ci, parce que les habitants allaient consuller 
d autres oracles; a toutes les epoqucs, le meme phe nomene se produisit. L eta- 
blissement sacre etait une sorte de banque nalionale; il recevait les depots, les 
testaments, indiquait 1 emplacement des colonies a fonder, donnait des chefs aux 
e migrants, au besoin leur pretait ou leur faisait preter des fonds en slipulant ce 
qu ils auraient a payer. L oracle avail ses amis, mais ses amitie s etaient rare- 
raent constantes ; son patriolisme etait subordonne a ses avantages. Au debut, 
la defense etait assuree par les Amphictyons, federation de cites, qui avaient fait 
entre elles des conventions pour attenucr les horreurs de la guerre et creer 
une sorte de droit des gens. L oracle en fit bon marche et n hesita jamuis a 
prononcer 1 extermination de ceux qui 1 avaient outrage ou pille, jamais a 
trailer de puissance a puissance avec ses protecteurs, a changer ses alliances. 

Vers 600 avant 1 ere chre lienne, son influence fut se rieusemenl menacee : les 
Doriens du Peloponnese songerenl a rapprocher d eux le Dieu qu ils avaient 
apporte : ils lui eleverent un temple a Argos. Delphes se jeta dans les bras 
d Athenes; elle provoquaune expedition des Amphictyons contre Krisa, sa rivale. 
Maitresse de loutes les voies qui conduisaient a Pytho, celle-ci enteiulait pre- 
lever la meilleure part des offrandes des pelerins et leur imposait une lourde 
taxe de passage. L Amphictyonie leva des Iroupes, les Krisecns furenl oblige* 
de chercher un dernier asile dans leur port; Solon, general du contingent 
alhenien, les obligea de capituler en les privant d eau douce. La ville fut rasee, 
le territoire exproprie ; les habitants furent re duits en esclavage. Desormais la 
Cite sainte n etait plus bornee a ses murs, elle avail ses abords Jibres, un |>ied 
sur la mer, et pouvait recevoir directement les envoyes des colonies grecqiies. 
Quarante ans plus tard, le vieux temple fut incendie ; les offrandes afflueient; 
les Alcmenides, chasses d Athenes par Pisistrate, furent les architectes et les 



52 DIVINATION. 

entrepreneurs du nouvel edifice ; ils s acquitterent gcnereusement de leur 
tactic, firent des embellissements que les devis n avaient pas prevus. Le Dien 
ne pouvait se monlrer ingrat envers une telle munificence; il paya le service 
recu, d autant plus volontiers qu en agissant ainsi il servait ses intcrets. La 
domination sage et moderee de Pisistrate reposait sur le suffrage populaire ; 
elle etait particulierement odieusea Delphes, ou Ton aimait la liberte, maisune 
liberte reparlie entre un petit nombre; 1 oracle eut des opinions constamment 
aristocratiques. Les prelres voyaient en Pisistrate le chef d une democratic, le 
patron d un culle rival; il faisait son possible pour diriger les devotions 
atheniennes vers Delos. Delphes s etaient servie d Atlienes quand les Spar- 
tiates voulaicnt clever un temple a Argos; ils se servirent de Spartc pour 
chasser les Pisislratidcs. La Pythie glorifia Harmodius et Aristogiton ; un corps 
lacede monien s emparant de 1 Acropole, occupec par Hipparque, restaura, 
disait-on, la liberte, et re tabiit les clients de Delphes dans Jeurs dignite s. Dans 
les guerres mediques, 1 oracle fut constamment alarmisle; peu lui importail 
que 1 Asie prit une revanche sur 1 Europe; que la Greee devint une satrapie du 
grand roi, 1 Agora un corps de garde barbare. II conseilla de se rendre aux 
habitants de Cnides assiegee par un lieutenant de Cyrus ; il empecha les auxi- 
liaires spartiates d arriver a Marathon pour se baltre, en leur imposant une 
ceremouie puerile. Quand Xerxes eut franchi L Hellespont, la P\thie n eut pour 
les Athenians que des paroles de courageantes. Ce fut sous 1 influence d interro- 
gations reiterees et pressantes qu elle vanta les murailles de hois, conseil qui 
scrait probablement reste inutile, s il n eut eu Themistocle pour exegete. La 
lutte finie, 1 oracle, dont le patriolisme avail ete plus que douteux, eut comme 
toujours des dimes et des presents ; on 1 enrichit avant de rebalir les villes quo 
Jes Barbares avaient brulees. 

Dans la guerre du Peloponnese, il recut des deux mains; apres avoir 
fulmine centre Thebes, il accepta la dime du butin fait a Leuctres par Epa- 
minondas. On dirait qu une ineluctable necessite pousse les institutions reli- 
gieuses a subordonner 1 interet de la pntrie a 1 interet du sanctuaire! 

Pour quelques acres de terre commcnca la seconde guerre sacre e, dont le 
resultat fut la suprematie de la Mace doine. 11 y eut des pillages, des mas 
sacres; le vainqueur lui-meme fut oblige de mode rer le courroux des Delphiens 
qui voulaient a toule force precipiter du haut de la roche Hyampeia les Pho- 
cidiens adultos. On sc borna a de manteler 22 villes, leurs depouilles rem- 
placerent les tresors quo Philomenos et Onomarchos, pousses par les necessite s 
de la lutte, avaient du enlever au temple. 

Un moment les pretres de Pylhopurcutcroire que le tre pied avaitrecouvreson 
antique prestige; mais la concentration de forces vives du monde grec entre 
les mains d un tyran militaire eut des consequences bien autrement graves. Le 
centre religieux se deplaca ; Alexandrese fit declarer /ils de Zeus par un oracle 
perdu dans les sables de Libye; puis vinrent les dechirements, la decadence, 
les sanglantes querelles des Eloliens et des Acheens ; enfin, Jes aigles romaines 
apparurent aux abords du Parnasse, Paul-Emile vainqueur de Perse e y fit ses 
devotions en 167; plus tard arriva le Phocidien Kaphis, messager de Sylla, 
pour faire uri empruut force au tresor. II pleura devantles Amphictyons, consen- 
tit meme a faire une derniere demarche avant d exe cuter les ordres rccus; le 
dictateur n etaitpas homme a s arreter pour un scrupule religeux. Onenlemi, 
avait.dit Kapliis, resonner la lyre d Apollon. Ne vois-tu pas, repondit-il, que 



DIVINATION. 55 

c est de joie? le dieu est mon ami, il est heureux de m abandonner dcs 
biens dont il n a que faire (B. L.). 

Sous les empereurs, Delphes traina peniblement une existence precaire; Ne ron 
le pilla; Hadrien consulta Pylho qu il paya largement; les empereurs 
syriens le regarderent avec bienveillance ; sous Conslanlin, les statues, les ex 
voto d or, le trepied lui-meme, allerent embellir les eglises de Byzance. 

Quand Julien 1 Apostat voulut retablir le culte, il n obtint, dit-on, que cette 
reponse decouragee : Ma maison est tombee avec ses decors. Phoebus n a plus 
de grotle, plus de laurier prophelique; 1 onde murmuranle elle-meme a 
seche. Ce fut le dernier oracle d Apollon a Delpbes. 

En appelant mixte cette divination, nous voulions montrer, avons-nous dit, 
qu elletient a la fois de la premiere variete ct de la seconde. 11 y avail en effet : 
1 Un Dieu revelaleur; 

2 Ce Dieu ne parlait qu au-dessus de 1 antre sacre. 

5 Les paroles arrivaient au public par 1 intermediaire d un elre bumain qui 
devait reunir des conditions determine es; 

4 Les exclamations, les cris, les soupirs, les articulations insaisissables, 
e taient interprJtes et rendns en vers par les prophetes ; puis les exegetes exer- 
caient Icur habilete sur elles ; 

5 Avant d urriver jusqu au tre pied fatidique, le consultant devait accomplir 
des actes propitiatoires, des purifications, qui le rendraient d gne d entendre la 
voix du Dieu ; au debut il y avail avant la consultation definitive une divination 
prealable par les oiseaux ou les sorts. Get ensemble comprend des pratiques se 
rattachant elroitementaux deux premieres varietes. 

L education de la pylhie, 1 entrainement qui la rendait propre a remplir son 
role, 1 interpretation des paroles entre-coupe es qu elle prononcait, lout cela 
appartenait a la divination impersonnelle et teclmique. En revanche, a partir 
du moment ou la confidente du Dieu avait pris place sur son siege, c etait 
une inspiree ; sa science, sa raison, devenaient superflues la divination 
chresmologique a done ici le caractere que nous avons vu partoul. Seulement 
le devin perd ses proprieles, s il se deplace ; que la pjthie 1 uie Delphes, ce n est 
plus qu une femme sacrilege a laquelle le Dieu cessera dc parler. 

Trois choses etaient done indispensables : le lieu (antre sacre), le recepteur 
(la pythie) et les prophetes. Aucun ele meut ne pouvait empieter sur le role de 
1 autre. 

La pythie etait une pauvre fille, ordinairement sans culture; il fallait 
qu elle ressemblat aux auirnaux pour bien entendre la voix divine. Elle 
devait etre Delphienne de naissance, garder un ce libat perpetuel a partir 
du jour de sa consecration. Au debut les jeunes lilies des meilleures families se 
disputaient 1 honneur d apparlenir a Apollon; plus tard la ferveur s attiedit, il 
y eut des scandales. Une pythie appelee Androklei a fit pendant une exlase une 
confession peu edifiante; une autre fut enleve e par les Thessaliens Echecrates. 
Le Dieu voulait chez ses epouses la noblesse, la beaute, la jeunesse, la chas- 
tete, qualhes difticilement reunies ; pour conserver la derniere et la plus pre- 
cieuse les autres furent sacrifices ; on se mil en garde contre les entrainements 
de la jeunesse en choisissanl les pylhies a 1 agc ou les passions commencent 
a sommeiller; il y en eut de plus de cinquanle ans. Dans la suite ce regle- 
ment fut abroge et Ton en revint aux jeunes filles pauvres, qu on achetait a 
leurs families. 11 ne parait pas du reste que les anathemes prononces contre les 



54 DIVINATION. 

parjures aient recu une consecration penale serieuse ; Delphes ne connut rien 
de sembluble a 1 enterrement des veslales romaines. Impitoyables pour les 
voleurs, les lois sacrees laissaient an Dieu le soin de punir ses outrages domes- 
tiques. Tout d abord il n y avail qu une pythie; les consultants devenant plus 
nombreux, on en prit une seconde et onleur adjoignait des suppleantes; quand 
1 oracle baissa, on revint a 1 unite. 

Le role de la vierge enthousiaste se limitait aux jours de ceremonie; avant 
de penetrer dans 1 adyton, elle se puriiiait dans les eaux de la fontaine de 
Kaslalie, et par des fumigations odorileranles. A cote d elle se tenaient les 
prelres-propheles, conserva tours et interpretes de la religion apollinienne; 
au-dessous d eux le neocore, architecte on sacristain d ordre superieur, charge 
de la surveillance el des soins materiels du lemple. 

Les reponses e taient des disliques, des impromptus poetiques incomprehen- 
sibles sur les questions relatives a 1 avenir. On les conservait dans les 
archives des villes; ceux qui voulaient consulter 1 oracle devaient se rendre 
a Delphes au mois de Bysion; 1 hiver il etait muet parce qu Apollon en voyage 
avail cede la place a Dionysos. Arrive s dans celte ville de sacrificateurs, 
d hoteliers, d induslriels, qui vivaient surtoul, comme on l a dit, du couteau et 
du feu des sacrifices, ils devaient accompli r des rites pour lesquels ils avaient 
besoin d initialeurs el d aides, recourir a la cleromancie, a rornilhoman- 
cie : Celui-la lirera profil de ma voix, qui sera conduil {tar le cri et 
le vol d oiseaux irreprochables . Puis venaient les sacrifices, on immo- 
lait une chevre, une brebis, un taureau, un sanglier. Si la victime ne reagis- 
sait point au moment de 1 aspersion, si elle n e prouvait pas le tremble- 
ment voulu, il elail inulile d insister, le dieu ne repondrait pas. Du 
temps de Plutarque, un consultant passa outre ; la pythie monta sur le trepied 
malgre les presages defavorables ; 1 extase etait a peine commencee que la 
pauvre tille sauta de son siege sous 1 impulsion d une secousse spasmodique; 
elle mourut quatre jours apres. 

Lorsque les ceremonies preliminaires avaient ete accomplies, 1 entree du 
temple etait permise aux pelcrins ; ils interrogeaient successivement selon des 
nume ros d ordre tires au sort ; les envoyes des villes qui avaient le droit de 
promanlic passaient avant les autres. 

Le temple avail deux frontons, 1 un dedie a Phosbus et 1 autre a Dionysos, 
sur les colonnes etaienl imprimees des senlences allribuees au sepl sages et 
dont la forme breve, enigmatique, rappelait les reponses de 1 oracle; le yvwOt 
o-savTov etait la plus celebre. 

Les salles d atlcnle convergeaient vers 1 adyton central ; celui-ci ren- 
fermail le trepied d or trouve dans la mer par un pecheur mile sien et donne 
successivement aux sept sages ; il etait au-dessus de 1 autre sacre dans lequel 
arrivaient par derivation les eaux de la fontaine Kassotis ; a cote de lui 
taient deux pierres sacrees, 1 omphalos, Je nombril du monde, et le betyle, 
sorte d aerolilhe apporte a Delphes a une epoque tres-ancienne ; c etail, disait- 
on, la pierre que Rhea avail fait avaler au vorace Kronos, en place de ses fils 
qu elle voulait sauver. 

Si le role politique de 1 oracle de Delphes fut enorme, son role religieux 
fut moindre; il ne pouvail guere cre er une tlic ologie simple, une unite 
de doctrine que les aspirations et les mceurs de I llellade ne permet- 
taient pas ; en revanche Pytho eut pu avoir une loi, un code de morale, 



DIVINATION. 55 

un criterium immuable pour juger les actes humains. Rien de pareil n exista; 
le respect de la vie et la doctrine babylonienne dc la purification, voila 
les lineaments caracterisliques de la religion apollinienne; un meurtre, meme 
involonlaire, meme commis dans un but de le gitime defense, necessitait une 
expiation. Apollon s e tait purifie apres avoir tue le serpent. Certains individus 
etaient souilles sans le savoir, par le fait d une taclie hereditaire, c etait ;i 
1 oracle de la decouvrir, de prescrire les ceremonies cathartiques deslinees a 
1 effacer; mais, si dcs malheurs inattendus frappaient le coupable, les dieux 
justes et bons n avaient pas besoin d etre justifies; la pytbie de couvrait lai aute, 
iudiquait ce qu il fallait faire pour s en laver, mais ne repondait pas du pardon ; 
quand tout avail ete accompli selon les rites ; il restait une inconnue que Tavern r 
seul eliminait. Ce dogme alafois elroitetelaslique avail dubon; iletait eminem- 
ment propre a adoucir les mceurs ; sous d autres rapports la morale de Delphes 
e tait singulierement relachee; on etait plein d indulgence pour les erreurs 
amoureuses : un pretred Heracles misogyne voue au celibal avail trouve 1 obli- 
gation trop dure; 1 oracle, au lieu dele maudire, 1 excusa et lui imposa une 
purification anodine ; Timo, pretresse de Demeter a Paros, avail inlroduit Milliades 
dans le lemple ; 1 oracle declara qu elle n etail pas coupable. Les Hclaires 
e laienl sures de trouver meilleur accueil dans 1 adylon que le chef d une 
democratic qui avail sauve la Grece ; Aspasie avail ses ex-voto ; les deviations 
genesiques cheres aux Anciens furent presque loujours pardonnees. 

L oracle a merile qu on le soupconnat de quelque complaisance pour 
I aberration honteuse qui a deshonore les siecles les plus glorieux de la civili- 
salion hellenique. De 1 aveu des Grecs eux-memes, les inslitutions de la Crete 
el de Sparte, si haulement recommande es par le dieu de Pytho, ne pouvaienl 
manquer d induire les natures vulgaires a des lentations de gradantes, et il faut 
convenir qu on chercberait vainement dans la biographic d Apollon 1 amour 
naturel et legitime represente comme un element de bonheur (Bouche- 
Leclercq) . 

Celle absence de principes definis fut probablemenl la cause dc la tolerance 
d Apollon a I egard des philosophes. Jamais Delphes ne pril parti pour une 
secte ; jamais elle n essaya de concilier des adversaires, ni d excommunier 
personne. 

Les oracles d Asdepios touchaienl de si pres a la medecine, que nous serons 
obliges de les etudier plus longuemenl que les aulres instilulions du meme 
genre. On a fait dans ces derniers temps sur le culte de ce Dieu des decouvertes 
extrememenl interessantes, donl nous lacherons de donner une ide e. Dans ses 
pe regrinalions en Thessalie, Apollon mil a mal Koronis, fille du roi Phlcgyias. 
A peine avail-il quilte le pays, qu elle 1 oublia pour le mortel Ischys. Le dieu 
furieux tua riiilidele el jeta son cadavresurun bucher; heureusemenl qu IIermes 
passanl par la eut le temps de faire une operation cesarienne post mortem et 
de soustraire au feucelui qui fut Asclepios. Lacolere que Phoebus avail e prouve e 
coiilre la mere ne 1 empecha point de porter au fits un interet paternel ; il le 
confia au centaure Chiron qui lui enseigna ce qui se rapporte a notre arl; il 
guerissait les plafes, prescrivait des medicaments contre les maladies internes ;la 
tradilion, qui lui fail ressusciter des morts, ne dil pas qu il eul une habilcle 
particuliere pour decouvrir 1 origine el les causes des maladies; il donnait 
sponlanemenl des medicamenls sans avoir besoin des precedes qu emploieront 
plus tard ses disciples. 



56 DIVINATION. 

line autre legende fabrique e pour les besoins de 1 oracle d Epidaure fait 
naitre Aselepios sur une montagne du Peloponnese ou sa mere 1 abandonna. 

Ces traditions de date recente nous renseignent pen sur 1 origine du culte. 
Les pratiques indiquent une divinite etrangere, babylonienne ou phenicienne; il 
y avail meme en Egypte un dieu medecin dont les oracles flrent a une certaine 
epoque une concurrence serieuse a ceux d Asclepios. Pour M. Bouche, les atlri- 
buts de celui-ci indiquent une divinite chtonienne du meme age que Deme ter, 
Poseidon ou Dionysos, divinite dont le culte etait si populaire que la suprematie 
d Apollon ne put le faire disparaitre. 

Le serpent n est pas seulement le symbole de la finesse, c est 1 animal terrestre 
par excellence, le reptile connaissant les proprietes des plantes et des mineraux 
que renferment les cavernes. Asclepios est originaire de la Thrace, c cst-a-dire 
de 1 extreme nord; une de ses petites-filles s appelle yEgle. De nos jours 
encore, il y a en Lithuanie une legende tres-ancienne d apres laquelle une 
jeune fille appele e aussi yEgle aurait ele mariee a un serpent et changee en 
sapin apres sa mort; c est a peu de chose pres 1 histoire de Daphne. Les vegelaux 
constituent un intermcdiaire entre la terre, la mer et les hommes. Les serpents 
s enroulent au caducee d Asclepios ; ce sont eux qui donnerent a Melampos la 
vertu prophelique. Ces faits permettent de rapporter a une epoque probablement 
anterieure a I liellenisme el surtout a 1 invasion dorienne le culte d un Dieu 
guerisseur. Celte fonction ne fut jamais d ailleurs le privilege d un seul. 
Zeus Ilypsistos, Athena, Hygiea, Hera elle-meme, rendirent plus d une fois la 
saute aux malades; c est Apollon que Ton consulte dans les grandes epidemies; 
on croyait a Athenes qu il avail arrete la pestc de 427 ; il possedait un oracle 
medical en Messenie, un aulre dans la grande Grece sous le nom d Apollon 
Koriden; il etait directeur general du service de la sante publique dans 1 Olympe. 
Les devins des lemps fabuleux elaient aussi medecins. Galien attribue a Orphee 
un livre sur les medicaments. Melampos guerit par une preparation ferru- 
gineuse Iphiclos de son impuissance; aux filles de Pretos qui avaient une mauie 
compliquee d accidents du cuir chevelu il prescrivit 1 ellebore bJanc, un exer- 
cice force et des bains froids. Bakis traita avec succes une Lacedemonienne folle 
depuis longtemps, Tiresias apaisa des epidemies, Aristee, fils d Apollon el de la 
nymphe Gyrene, decouvril le silphium (voy. ce mol). 

L Asclepios divin de Pindare differe de celui d Homere; celui-Ki n esl qu un 
roi du pays de Trikka en Thessalie, un eleve de Chiron dont les fils for 
mes a la meme ecole devinrent habiles dans 1 art de leur pere. Cette tradition 
se developpa parallelement a la premiere, le heios eut des enfanls et des petits- 
enfauls; les connaissance? scienliiiques leur lurent transmises. Au berceau 
de la famille, a Trikka en Thessalie, une dynastie d Asclepiades se mainlint 
longtemps prospere. Au premier siecle, Herennius Philon parle avec respect 
de ceux de Trikka auxquels il emprunte une formule. Puis les descendant du 
Dieu se repandireut au loin ; il y en avail dans le Peloponnese, 1 Asie Mineure, 
parlout ou Ton trouvait des lemples d Asclepios, et c esl la ce qui a fait prendre 
les Asclepiades pour les missionnaircs el les agents du culte. La medecine grecque 
a ete d abord toute laique. Douze medecins au moins out ele connus sous le nom 
d Asclepiade ; leplus celebre ful Asclepiade deBilhynie qui vivail a Ilome du temps 
de Cesar. La divination tenail peu de place dans la pratique de lous ces gens; ils 
apprenaient de Ires-bonne heure a leu is enfantsl anatomie et s efforcaient deleur 
inspirer lerespecl de leur art. Au douzieme sitcle de noire ere, Tzetes a connu 



DIVINATION. 57 

des Ascle piades dont les archives de famille remontaient a une haute antiquite. 
Quand 1 emigration diminua le nombre des rejetons authentiques d Esculape, 
on eut recours a 1 adoption ; des eleves etrangers furent admis aux lecons contre 
retribution ; ils pretaient a la fin de leurs etudes le serment connu sous le noni 
de serment d Hippocrate. 

Les Asclepiades iuvoquerent leur ancetre a titre de protecteur, comme les 
medecins du moyen age invoqueront saint Luc, saint Come et saint Damicn; ils 
lui faisaient des sacrifices individuels ou collectifs, mais c etait tout. Pourtant 
la divination asclepienne etait bien medicale ; le fils de Koronis fut de tous les 
dieuxcelui dont le role fut le plus clair, dont les oracles furent le mieux limites. 
Zeus, Demeler, Dionysos, parlaient a propos de tout; Asclepios ne repondait 
qu aux malades ou a ceux qui 1 interrogeaient en leur nom; c est pour cela que 
son culte, sans avoir 1 importauce de celui d Apollon, ni 1 antiquite de celui de 
Zeus, faisait aussi etroitement qu eux partie de la vie grecqne. 

A peu de chose pres, 1 organisation interieure, la hierarchic sacerdotale, 
etaient les memes parlout; nous suivrons ici un travail de M. Girard, le plus 
savant et le plus nouveau que nous possedions sur la matiere. 

Le prelre d Asclepios etait nomme pour un an au suffrage populaire. II etait 
responsable devant le peuplc de 1 exe cution des rites sacres; responsabilite 
serieuse dans une ville qui avait condamne a mort son meilleur general pour 
bris de quelques hermes de carrefour. Les invocations privees, les ceremonies 
publiques, avaient lieu sous sa surveillance, il prenait soin que le lit d Asclepios 
et d llygiea fut toujours garni de molles couvertures ; il presidait la commission 
administrative, inventoriait les offrandes, redigeait les archives du temple. Ce 
pretre etait aide comme a Delphes par un appariteur dont 1 importance etait en 
quelque sorte proportionnelle au nombre des visitenrs. 

An debut, le zacore fut nn sacristain balayant le temple, parant les statues, 
allumant les lampes et les eteignant. Dans la suite, le zacorat devint une dignite ; 
la consecration des ex-voto, au besoin la composition d hymnes sacrees, etaient 
de son ressort. Plus bas se trouvaient des personnages occupe s a litres divers ; 
aux Epidauria figuraient ties femmes portant les corbeilles et les vases sacres, 
lonction accidentelle et somptuaire confiee souvent aussi a des enlants. Les digni- 
taires qui presidaient les mysteres d Eleusis avaient la haute surveillance sur 
le culte d Asclepios a Alhenes. 

Le temple proprement dit consistait en une chapelle de petite dimen 
sion, magnifiquement ornee; au ibnd se dressaient les statues du Dieu. 
A Epidaure, une d elles etait 1 ceuvre de Kephiso, fils de Praxilele; une 
autre etait due au ciseau du fameux Thrasymede de Paros. Ascle pios etait 
ordinairement represente assis sur un siege d ebene, il avait une barbe 
d or, et le caduce e a la main; un chien etait assis a ses pieds. D autres 
Ibis, on voyait a cote de lui des statues de heros. M. Girard parle d un 
certain Polycritos qu il considere comme un fameux mcdecin de Maudes vivant 
du temps de Conon ; tout cela etait complete par des lampes et des trepieds. 

La chapelle etait entouree de portiques servant d abri aux malades; an 
milieu se trouvaient les fontaines sacrees ct des statues. Le culte d Ascle pios 
n eut jamais a Athenes 1 eclat de celui des grands dieux; il consistait en temps 
ordinaire en sacrifices dont la nature et I epoque nous sont inconnues; puis il y 
avait deux solennites periodiques : les Epidauria et les Asclepieia. Les premieres 
avaient lieu vers la fin de Tele pendant le mois de boedromion, a I epoque des 



58 DIVINATION. 

mysteres de De me ter et de Kore; on disait qu autrefois Asclepios avait fait 
le voyage d Epidaure a Athenes expres pour s y faire inilier, de sorte que, 
pour perpetucr le souvenir, on avait etabli des fetes en son honneur a cette 
dale. Le 17 avait lieu la veillee apres une theorie dans laquelle les sta 
tues des divinite s en question, promenees d oratoire en oratoire aulour de 
1 Acropole, restaient un certain temps dans celui d Asclepios. Les autres 
fetes avaient lieu au commencement du printemps, elles precedaient celles de 
Dionysos, etaient accompagnees de chants, de jeux dont les prix furent haute 
ment apprecie s. Hors de la, on venait prier a volonte dans le temple et offrir 
des sacrifices. 

Les oracles etaient rendus selon un mode constant : les malacles entendaient 
la voix du Dieu pendant le sommeil ; 1 incubation oniromantique fut la pratique 
fondamentale de la divination medicale; il n y avait point d agent intermediaire 
comparable a la pythie. Le consultant s endormait, Asclepios lui apparaissait 
et lui donnait ses instructions. Yoici comment les choses se passaient au 
moment des ceremonies dont nous avons parle : Une foule de malades et de 
pelerins de tout age se pressait sous les portiques; le premier jour etait con- 
sacre aux purifications, aux sacrifices, puis on faisait bruler sur les autels des 
gateaux au miel et au vin ; il parait que la flamme ne les devorait pas tous. Dans 
leP/M/wsd Aristophane, 1 esclave Karion, qui raconte une veillee sainte, apercut 
le pretre sanctifiant ceux qui restaient et les fourrant dans un sac. On deposait 
en meme temps des fruits, des figues seches, sur une table, puis on sacrifiait 
des boeufs, des pores, des volailles ; on chantait des hymnes, on priait jusqu au 
soir. A ce moment, des lampes etaient allumees sous les portiques ; les sup 
pliants qui avaient apporte des couvertures et des provisions pour la nuit s eten- 
daient sur des lits de feuilles prepares par les serviteurs du temple ; le zacore 
eteignait les lumieres et chacun attendait dans un rcligieux silence le sommeil 
et le dieu. Le Jendtmain, des 1 aube, c etait une veritable cohue; chacun 
racontait ce qu il avait vu : certaines prescriptions devaient elre accomplies sur 
place, d aulres se faisaient hors du temple; tout se terminait par des sacrifices 
et la consecration des ex-voto. 

Les plaisanteries des satiriques n empechaient point les Asclepieia de pro- 
sperer. 11 y avait a celui d Epidaure assez de statues, d ex-voto precieux, pour 
que les generaux ct les proconsuls remains, Mummius en particulier, n aient pas 
dedaigne de les requisitionner. 

Le temple de Cos renfermait deux chefs-d oeuvre d Apelle, 1 Antigone et 
1 Anadyomene. A Pergame, 1 Asclepieion fonde par les Attalides etait un rendez 
vous de lettres, d erudits. Les rois y venaient souvent ; un d eux, Attalos Philo- 
metor, avait reuni dans les jardins toutes les plantes veneneuses que renferme 
la flore de 1 Asie Mineure; il les cullivait lui-meme, etudiait avec une veritable 
passion leurs propriete s, cherchait leurs antidotes, jugeant probablement que la 
science des poisons doit faire partie de 1 education de tout monarquc habile. 

Le culte d Asclepios eut comme celui de son pere trois siecles de decadence ; 
les riches Remains des premiers temps de 1 empire allaient a Epidaure comme 
on va aujourd hui dans une station thermale, surs d y trouver un paysage 
charmant, un air pur, une societe choisie. 

La foi aux legendes etait bien morte; on pillait les cites saintes, sans crainte. 
Un des meurtriers de Ce sar fit couper les arbres de Cos, pour construire des 
galeres. L Anadyomene alia orner les jardins d Auguste; puis des accidents 



DIVINATION. 59 

telluriques formidables s ajouterent aux guerres civiles. A cent ans d intervalle, 
la patrie d llippocrate fut eprouvee deux fois par un tremblement de terre; 
on cut dit que les divinites pelasgiques voulaient prendre kur revanche et 
renverser les temples de leurs successeurs. Lc christianisme n epargna pas plus 
le Dieu guerisseur que les autres, Cos devint le siege d un eveche, Epidaure 
fut delaissee. Pour TAthenes chretienne et byzantine du cinquieme siccle le 
IWTYJP n etait plus Asclepios, mais un reformateur juif siipplicie quatre cents ans 
auparavant el qu on disait fils non de Zeus, mais de Jehovah. 

Quelle a ele I inlluence du culle d Asclepios sur le developpement et les 
progres de la medecine? Faut-il croiie, avec Daremberg et Malgaigne, que ses 
pretres n etaient que d babiles escrocs vivant de la niaiserie publique ? Doit- 
on admettre avec M. Girard que 1 Asclepieion etait un hopital civil et 
religieux ou les riches venaient chercher d uliles conseils, ou les pauvres 
trouvaient un asile, ou les medccins se rendaient pour puiscr de salutaircs 
inspirations? Ces opinions ne nous paraissent ni Tune ni Tautrc absolument 
justes. Nous concevons difficiiement un hopital dans lequel les malades rcpose- 
raient une seuJe nuit sur un lit de feuilles. 

Dans aucune inscription, dans aucun inventaire, il n est question de disposi 
tions accessoires, de frais de nourriture, de logement; on a trouve dans les 
mines de Pompei, el meme a Paris, des instruments de chirurgie; on n eii a pas 
trouve au voisinage de 1 Acropole. Le Dieu guerissait parfois et ne soignait pas. 
Les insucces ne compromettaicnt ni la foi, ni sa reputation, car il gardait son 
libre arbitre; avant dcrendrelavuea Plutus il exaspe ra 1 ophlhalmie d un autre. 

Asclepios donne aux riches comme aux pauvres des conseils, il reclame d eux 
des ceremonies purificafrices, des offrandes; on e tait necessairement moins 
exigeant pour Jes malades de la second e categoric, mais c ctait tout. Y a-t-il 
dans tout cela rien qui ressemble a une institution de bienfaisance? Les Ascle - 
pieia etaient des etablissements purement religieux; ils ne servaient qu indirec- 
tement au soulagement des miseres organiques ; on ne recevait an voisinage du 
temple d 1 Epidaure ni mourants, ni femmes en couches. 

D un autre cole il est bien difficile de croire que tout fut fraude ou char- 
latanisme. M. Girard s est demande si le pretre etait medecin, et conclut 
par la negative. Le sacerdoce etant confere a 1 eleclion, ricn n indique que le 
choix des candidats fut limite. Nous sommes trop disposes, quand nous parlons 
d un medecin de 1 antiquite, a raisonner comme s il s agissait des temps mo- 
dernes; a faire de la medecine une fonction regie par des lois analogues a 
celles d aujourd hui. 

Rien ne dit que les pontifes d Esculape fussent medecins, c est-a-dire fissent 
avant leur election metier d aller voir les malades et de leurdonner des soins ; 
rien ne dit non plus qu il n eussent pas des connaissances serieuses en patho- 
logie et en therapeutique. La nature meme de leurs fonctions en exigeait. 
Comment prevoir sans cela un accouchement ou une mort immincnte? 

Les atchives des temples relataient minutieusement les songes, les maladies, 
les remedes appliques. Eut-il ete possible de les tenir sans connaissance des 
termes techniques? Puis il fallait preter la main a 1 executiou des ordres du 
Dieu; il ordonnait souvent des sacrifices, des pelerinages; mais les douches, les 
affusions froides, les potions, appartenaient aussi a sa iherapeulique, Ari^tidedut 
se baigner en plein hiver; s il n eut jamais rien vu de pareil, il est peu pro 
bable qu Asclepios lui eut donne ce conseil ; mais a Rome, qu Aristide venait 



60 DIVINATION. 

de quitter, la mcthode du Marseillais Cliarmis n etait pas oublie e, et Charmis 
avail fait des miracles en faisant plonger dans 1 eau glace de vieux consul aires 
qui greloltaient avec ostentation. 

Les prelres etaient les premiers onirocritcs de la divination ascle pienne ; c est 
a eux que les fideles racontaient leurs visions; un songe d Arislide a Pergame 
lui ordonnait une saigne e de 125 livres, ils refuserent de la faire. Que la 
medecine des temples fiit exercee par les pretres, par le zacore ou des praticiens 
libres, la chose importe pen. La divination que nous venous de voir touchait 
certainement a la science par plus d un cote, ses edifices elaient ordinairement 
dans des conditions hygicniqucs favorables. Toutctait dispose demaniere que 
1 air y fut salubre et vivifiant. Tantot ils etaient situes surdes eminences, tantot 
on les cachait dans des gorges boisees pleines d acres sentears. Rien d enchan- 
teur comme le site de 1 Amphiaraion, tel qu il nous apparait encore aujourd hui. 
Le temple et ses dc pendances elaient batis dans un vallon etroit, sur le bord 
d un torrent; d epais bouquets d arbres prote geaient le sanctuaire ; 1 eau cou- 
rante, la verdure et la bonne odeur de pin qui parfume 1 air font encore de ce 
ravin que les modernes appellent Mavrodilissi un charmant lieu de repos. Si 
1 Asclepieion d Alhcnes manquait de cette pittoresque parure qui donne aux 
monuments de beaux ombrages, il rachetait ce desavantage par sa position 
elevee. De ses deux terrasses on decouvrait la plaine d Athenes jusqu au golfe 
de Phalere, Egine et les montagnes lointaines de 1 Argolide. Quand on parcourt 
aujourd bui les ruines du sanctuaire, qu on se promene parmi ces marbres 
dores, seuls restes de tant d edifices, on comprend bien tout ce que devaient 
avoir de recreant pour les malades ce magnifique panorama, ce cbaud soleil et 
cet air pur qui, de nos jours encore, baigne 1 Attique et dont la transparence 
etonne (Girard). 

Les pretres n executaient point a 1 aveugle les prescriptions divines, mais 
les interpretaient, faisaient souvent bon marche de la lettre ; au besom les 
malades etaient adrcsses a des me decins voisins ou eloignes ; I Ascle pieion etait 
un simple etablissement balneaire. Les moyens physiques, 1 hydrolherapie, 
1;< gjmnastique, formaient la base de la medication. A Pergame, on employait 
la ll.igellation et le massage, les strygilesouetrilles, siusitees dans 1 apotherapie 
antique, en venaient. 

Le culte d Asclepios ne fut done point un simple tissu de jongleries; ses 
temples ne furent ni des hopitaux, ni des ecoles, mais des instituts religieux 
autour desquels se grouperent des praticiens instruits. Ses oracles ne pros- 
crivirent pas plus la medecine vraie que ceux d Apollou ne proscrivirent la phi- 
losophie; les guerisons miraculeuses n empecherent pas Hippocrate d observer a 
1 ombre du sanctuaire de Cos ; ce fut le Dieu lui-meme qui de cida la vocation 
de Galien. 

Asclepios cut des concurrents : Trophonios et Amphiaraos, dont les temples 
etaient en Beotie, parlaient aux malades, les guerissaient parfois; 1 Egyptien 
Se rapis emprunta sa methode. Ces cultes resterent locaux ; ils avaient contra 
eux 1 inconstance de leurs pratiques. A 1 antre de Trophonios, les ceremonies 
ressemblaient a une initiation magique. Le consultant devait passer un cer 
tain temps dans les temples du bon Genie ou de la Fortune, puis faire des 
ablutions et des sacrifices ; le dernier etait celui d un belier noir a la suite 
duquel on apprenait si le Dieu repondrait. En cas d affirmation, deux enfants de 
douze a treize ans conduisaient le suppliant au ruisseau d Hertzyma, ou il etait 



DIVINATION. 61 

lave, frotte d huile, puis il buvait les eaux de la Fontaine Mne mosyme, faisait 
une longue oraison devant la statue de Trophonios, sculptee, disait-on, par 
Dedale, desct ndait avec une cchelle jusqu a I ouverture laterale de 1 antre et 
y inlroduisait la jambe; le Dieu altirait le reste du corps. Quand je fus 
descendu dans 1 oracle, dit un certain Timarque de Cheronee, contcmporain de 
Platon, je me trouvai d abord entoure d epaisses tenebres. Je fis une priere et 
restai longlemps coucbe sur le sol. Je ne me rendais pas bien comple a moi- 
meme si j etais eveille ou si je faisais un songe ; seulement il me sembla qu a la 
suite du biuit qui eclatait les sutures de mon crane s etaicnt disjointes et lais- 
saient passage a mon ame . Cette description montre que le dieu de Labidee 
rendait diflicilernent ses oracles; qu il aimait a frapper les imaginations; que 
1 incubation preparee par des libations ne ressemblait point a la veillee 
sacree d Epidaure; ce culte est effrayant comme celui d Hecate. Certains indivi- 
dus sortaient avec une incurable melancolie ; beaucoup consulterent Asclepios 
ou Pytho sur les moyens de s en guerir; un envoye de Demelrius mourut dans 
1 Adyton; les pretres de clarerent qu il y etait enlre avec dcs pensees sacri 
leges : n etait-ee point plulot parce que 1 absorption de breuvages stupefianls 
faisait parlie des ceremonies pre paraloires, ou parce que les lideles elaient 
soumis a des inhalations toxiques ? 

Nous ne savons rieu des rites suivis a 1 oracle d Amphiaraos, si ce n cst que ecu. v 

qu il guerissait elaient obliges de Jeter dans la source des pieces d or etd argent. 

Serapis 1 devint presque hcllene sous les Lagides. A cettc epoque aussi il 

acquit de la puissance medicatrice. La divination therapentique ne paraissait pas 

tenir une grande place dans la religion des Egyptiens; leurs medecins etaient 

nombreux du temps d He rodote. Dans les ruines des temples de Denderab, 

de Karnak et de Louqsor, sc trouvcnt des dessins representant des operations 

cbirurgicales; le papyrus d Ebers contient une sorte de traile des maladies des 

yeux; d apres Pline les fleurs de la plante appelce covchoun, qui sont employees 

centre la moi sure des serpents, 1 eiaicnt aussi dans les troubles de la vue; on a 

meme trouve des dents artilicielles sur une momie. Tons ces monuments prou- 

vent qu il existait une me decine experimentale sur les bords du Nil. Elle avail 

un caraclere sacre et c est ce qui 1 immobilisa. Les secrets etaient renfermes 

dans un livre saint, on aurait puni de mort cclui qui aurait tente d y rien 

changer (Diodore). Ce manuscrit, dit I un d cnx, a une origine divine. II donne. 

le traitement d une maladie appelee ucbet d apres un vieux papyrus trouve sous 

les pieds d Anubis a Letopotis et dedie a Zazali, roi de la baute et de la basse 

Egypte. Un autre papyrus du Museum de Berlin appartenait, d apres Brugscb, 

a la bibliolheque medicale du temple de Plah a Memphis, qui existait encoi e 

du temps de Galien. 

La medecine egyptienne avail done une origine surhumaine, et formait un 
ensemble doctrinal auquel il etait interdit de toucher. Les temples d Anubis, 
d Isis ou d Osiris, etaient des depots, des archives; ce n etaient ni des inslituts 
manliques, ni des ecoles. S il y avail une divination medicale chez les anciens 
Egyptiens, cclte divination ne ressemblait pas a celle que nous avons vue 
en Grece, on ne pourrait la comparer qu aux livres sibyllins; tous ceux qui 
1 exercaient remplissaient le role d exegeles sur des vieux textes naturellemenl 
obscurs. 11 n est pas extraordinaire que sous les successeurs de Cambyse les 

1 Malgre leur difference d origine, le Se rapeon et I Asclepion sont souvent confondus 
dans le langage usuel. 



62 DIVINATION. 

choscs soient restees ce qu elles etaient; apres avoir perdu leur independance, 
les Egyptians conserverent leurs usages, leur civilisation, plus avancee a coup sur 
que celle des Iraniens leurs vainqueurs. 

Apres la fondation d Alexamlric et 1 emi^ration des Grecs, ce fut autre chose; 
les nouveaux ven us apportaient des arts perfeclionnes, des cultcs somptueux ; 
les livres sacres perdirent leur prestige, on gue rit sans eux; les dieux eux- 
memes s en melerent. Les Egyptiens, ne pouvant adopter Aselcpios qui n etait 
ni de leur pays, ni de leur race, commencerent par consulter Isis, puis ils 
allerent chercher Serapis en Asie. Yespasien fit des miracles grace au dernier; 
il guerit un aveugle en lui craehant duns les yeux et un boiteux en lui touchant 
lacuisse; Serapis moins heureuxne put rien centre 1 affection qui tourmentait 
Caracalla; plus tard, ses stalues tombererit sous les coups de la populace 
chrelienne, et ses pretres changerent de culte. A partir du quatrieme siecle 
de notre ere la divination medicate n eut plus de sanctuaires. 

Les melbodes usitees a Delpbes et a Epidaure se retrouvent dans beaucoup 
d autres temples. A Dodone 1 oracle de Zeus avait ses pythies, les pilciades qui 
parlaient aux consultants du baut du cbene sacre ; il avait ses prophetes, les 
Sclloi. Mais il employait encore des precedes cleromantiques et une sorte de 
bassin de bronze, sur lequcl venaient frapper des especes de billes metal- 
liques ; on devinait par les sons. 

L exlispicine etait en bonneur a Olympie dans le temple de Zeus Amnon ; 
a Papbos, oil la blonde Aphrodite avait ses oracles, on devinait par incubation; 
dans le temple de Pluton a Characa, le dieu des morts etait transforme en 
rival d Esculape, il guerissait, donnait des conseils ; il n etait meme pas neces- 
sairede venir comme a Athenes fairela veille esacree; lesprelres s en chargeaient 
et rappoi taient a leur client ce qu ils avaient entendu. 

La cleidonomancie etait un procede tres-apprecie dans les temples d Hermes. 

11 y a a Pharte, dit Pausanias, une statue d Hermes avec barbe : elle est 
en marbre, de forme carree, de grandeur moyenne et posee a nu sur le sol. 
L inscription qu elle porte dit qu elle a ete dediee par le Messenien Simplas. On 
appelle cet Ilei mes Agoracos, et pres de lui a ete installe un oracle. Devant la 
statue se Irouve un foyer egalement en marbre, autour duquel sont scellees au 
plomb des lampes de bronze. Celui done qui vcut consulter le dieu arrive vers 
le soir. brule de 1 cncens sur un brasier, puis, ayant verse de 1 huile dans les 
lampes et les ayaul allumees, place sur 1 autel, a droite de la statue, une 
monnaie du p;iys qu on appelle chalcons, et s approche du dieu pour lui poser 
a 1 oreille la question qui 1 amene; apres quoi il quitle 1 agora en se bouchant 
les oreilles. Une fois hors de 1 agora, il ote ses mains de ses oreilles, et la pre 
miere voix qu il cnlcnd, c est la reponse de 1 oracle . 

II en fut des oracles comme de toutes les institutions humaines ; nous avons 
vu la grandeur et la decadence de celui de Pytho ; d autres, suLissautdcs vicissi 
tudes encore plus tristes, devinrent des marches ou quelque chose de pis. Les 
noms d Athena la vicrge guerriere, ou d Hera la malrone digne et severe, servi- 
rent d enseigne a des tripots et a des lupanars. 

III. DIVINATION CHEZ LES ROMAICS. Aupres de la divination grecque la 
divination oflicielle des Romains fait piteuse figure. Chez les premiers, il n y 
avait ni restriction, ni reglementation; un devin faisait concurrence a un autre; 
Delos se dresiait en face de Delphes : Pergame en face d Epidaure. Ces rivalites, 



DIVINATION. er, 

cette confusion, pouvaient convenir a 1 esprit centralisateur des Remains. Mili- 
taires, ingenieurs, agronomcs, ils no furent jamais artistes; ils voulurent 
tout regler, jusqu au besoin inslinclif de protection de 1 liomme, jusqu a sa 
defiance de I avenir. Les methodes officielles de divination a Rome n ctaient 
meme pas nees sur place, elles venaient de 1 Etrurie on de la Grande Grece. 
Une bizarre legende nous a ete leguee par les pamphletaires chretiens des 
premiers siecles, celle des augures ne pouvant se regard er sans rire. On en 
parle comme de jongleurs debitant des propheties dont ils sc moquaient les 
premiers. Les augures n etaient pas des devins; c e taient des magistrals jonant 
un role important dans la conservation des traditions romaincs ; des conseillers 
d Etat dont les decisions pesaient d un poids reel sur celles des consuls ou du 
Senat. Prendre les auspices, c etait reconnaitre si les signes observes etaient ou 
non favorablcs, si lesdieux n avaient pas recu quclque offense publique, si dans 
1 acte qu on allait entreprendre on n aurait pas a compter avec leur courroux. 
II y avail des jours ne fastes, marques anterieurement par des signes de la colere 
des dieux et dans lesquels la vie publique etait suspend ue. 

L histoire des augures commence avec celle de Rome; certains auteurs 
pretendent que fiomulus en cboisit un dans cbaque tribu. Tite Live ne les fait 
remonter qu au pieux Numa. Pendant toute la dure e de sa royaute le souverain 
le nomma dircctement; apres la chute des Tarquins, le college se recrula 
lui-meme. Comme toutes les fonctions importantes, celle-ci apparlenait an 
patriciat. Quand les plebeiens revendiquerent leur part des charges publiques, 
ils voulurent qu ellc fiat accessible a lous; elle le devint par la Joi O r uhiia 
500 ans avant notre ere. Deux siecles plus tard la loi Cornelia, dont Sjlla fut 
1 inspirateur, enleve 1 eleL-tion a I assemblee du peuple. Cesar, par la loi Attia et 
la loi Julia, la restitue en principe aux Cornices; cela ne 1 eiiipeche nullemeut 
de nommer lui-meme des augures ; ensa qualile de grand Pontife, Octave n eut 
garde de renoncer a ce privilege ; pendant tout le reste de 1 empire l au"iirat 
fut une magistrature de second ordre confe ree par le maitre. La prise des 
auspices, 1 inauguration, c est-a-dire la consecration du teiritoire ou des edifices 
publics, etaient des acles religieux au premier chef; a 1 epoque desa plusgraude 
prosperite, le college des augures voulut acque rir une enliere autonomie et se 
rendre independant du Pontifical; cette tentative fut malheureuse : celui qui 1 a- 
vait entreprise fut desavoue par le peuple, et dcpuis lors on ne la renouvela pas. 

Comme la plupart des autres fonctions romaines, celles-ci etaieut gratuites ; 
les seuls privileges qui y fussent attaches, c etait la dispense des corvees et du 
service mililaire, sauf en cas de tumirlte gaulois ; peu a peu des abus finirent par 
se glisser dans 1 institution ; une loi de 198 reclame des augures le paiement de 
leurs impots, que depuis longtemps ils se dispensaient d acquitter. 

Les revenus du College etaient peu considerables ; il avail pres du Capitole 
quelques biens qu on vendit lors de la guerre centre Mithridute ; puis I Etat 
couvrit les frais. L assemblee generale avait lieu dans I augiir.icle d 11 Capitole 
le premier jour des nones de chaque mois ; la nomination de nouveaux membres 
etait fetee par des banquets. On servit pour la premiere fois du paon a 
celui qui fut donne par Hortensius; les decrets auguraux formaient un Codex 
dont on fit plus tard des extraits de maniere a permeltre aux derniers elus de 
s acquitter de leur emploi sans irregularite. 

La prise des auspices etait la fotiction principale des augures; ils ne 
les prenaient pas eux-memes, mais, pour que 1 operalion fut reguliere, il fallait 



64 DIVINATION. 

la presence de Tun d eux. Aux armees le College deleguait comme mandataires 
des agents inferieurs appeles pullarii. 

Qu elait-cedonc qu un auspice? Un signe quelconque percu a la suite de cere 
monies delerminees dans un temple. Celte divination est mixte, comme les 
oracles helleniques. II y a cependant une difference; la mantique romaine 
tenait le milieu entre la coscinomancie et les precedes grecs. 

Nous n avons vu ni a Delphes, ni a Epidaure, ni meme dans Alhenes, aucune 
condition specialepour la construction du temple, aucune relation necessaire entre 
lui et le monde exterieur. L architecture, la sculpture, la peinture, concourent a 
son ornementation; on batit simplemeht 1 edifice en un lieu consacre par une 
tradition veueree. La tbeologie toscane riyonne autour de la theorie geome- 
trique du temple; 1 univers est un temple dont le ciel constitue 1 etage supe- 
rieur, la terre et ses profondeiirs les deux autres. Pour entrevoir les desseins des 
Dieux, il faut s orienter, prendre une position analogue a la leur, observer les 
cboses comme eux; le temple n est plus un monument commemoratif, c est 
un observatoire ayant son meridien, son equateur, son perimelre. Le premier 
etait constitue par la ligne droite passant directement au-dessus de la tete 
lorsqu on regarde le midi ; puis la ligne decumane perpendiculaire sur celle-ci. 
S agissait-il d etablir un camp, de limiter un terriloire, de fonder une ville, 
de regler un ordre de bataille, il fallait loujours parlir de la disposition origi- 
nelle du temple. Au debut \epomerium, c est-a-dire le perimetre, etait circulaire 
comme I horizon, un des plus anciens temples de Rome consacre a Vesta cut 
celte forme ; plus tard des difficulty s mati rielles de trace firent abandonner 
la ci recurrence pour le earre et le rectangle, dont les medianes representaient 
le carJo, c est-a-dire le meridien et sa perpendiculaire. 

La ville constiluait le temple urbain dont le centre etait 1 auguracle du 
Capitole. II serait difficile de meconnaitre la ressemblance de la theorie divi- 
natoire des Chaldeens et de celle des Toscans. 

La cosmographie astrologique a pour vassales terrestres ou organiques la 
geomancie et la chiromancie ; la terre, les visceres, les eminences memes de la 
main, sont autant de satellites des aslres; les signes fournis par les uns et par 
les autres sont assujettis a la meme exegese. Le temple romain etait divise par 
ses medianes et ses diagonales ; il etait extremement facile, lorsque les circon- 
stances 1 exigeaient, de multiplier les lignes secondaires ; c est ce que Ton fit, 
et Ton cut des cspaces analogues aux receptacles planetaires du zodiaque et 
dont la connaissance minutieuse fut plulot le privilege des aruspices, heritiers 
des traditions toscanes, que celui des augures. 

La limite du temple une fois fixee etait pour ainsi dire immuable; il fallait 
pour I augmenter des circonstances exceptionnelles ; ceux-la seuls qui avaient 
etendu le lerritoire de la Republique en avaient le droit. Lorsque les conditions 
preliminaires avaient ete remplies, on procedait a I inauguration par des prieres 
et des saciifices ; cette consecration n elait |>as definitive, il fallait la renouveler 
aintervalles fixes; c est ce qu on appelait la liberation du temple; malbeur au 
propvietaire qui avail fait balir trop pres du pomcrium ou sur le p:\rcours 
des lignes cardinale et decennale! Le College augural reclamait impitoyablement 
la demolition de 1 immeiible. II y avait de temps en temps une sorte de jubile, 
mais il fallait pour qu on put 1 accomplir en toute securile des conditions si 
nombreuses qu elles furent Ires rarement reunics. L augurium salutis n etait 
regulier qu en cas de complet silence, c est-a-dire si la paix regnait au dedans 



DIVINATION. 65 

comme au dehors, s il n y avait ni guerre ni menace de discorde civile. Sous le 
consulat de Ciceron (64 av. notre ere), les gens timores trouverent que les 
conditions etaient mal remplies et s attendirent a de tristes choses ; la conspi- 
ration de Gatilina montra bientot que le silence n etait que le calme pre- 
curseur de Forage. Apres Actium, Octave en lit un autre; il y en eut encore 
sous Tibere et sous Claude. Ges solennite s out peu d importance pour 1 histoire 
du College. 

A chaque magistrature nouvelle le titulaire devait prendre les auspices dans 
la forme prescrite. C etait 1 augure qui reglait le rituel, c etait lui qui presidait 
a la construction de la tente placee en avant du temple, qui declarait sous 
sa propre responsabilite que tout etait regulier ; un rien suffisait pour 
obliger a un ajournement. Lorsque la tente augurale etait orientee comme le 
temple et percee d une ouverture vers le midi, 1 auspicant s y plac,ait, s asseyait 
sur une pierre solicle, regardait 1 horizon et prononcait le leyum dictio sacra- 
mentel, c est-a-dire 1 enonciation du signe ou du phenomena qu il attendait 
comme auspice. L augure a sa gauche, la face tournee vers 1 orient, repondait. 
Pendant la ceremonie un silence absolu etait indispensable ; le craqucment d un 
meuble, une expulsion bruyante.de gaz intestinaux, suffisaient pourvicier 1 aus 
pice, et tout etait a recommencer. 

Au debut le choix des signes fut assez etendu : des mele ores, le vol des 
oiseaux, pouvaient etre reclames et attendus ; plus tard on s en tint a 1 orni- 
thomancie ; le pi vert et 1 orfraie etaient des oiseaux dont on observait a la fois 
le vol et le cri, puis venaient le vautour, 1 aigle, la buse pour le vol seul, le 
corbeau, la corneille, la chouette pour le cri. Une methode aussi simple etait 
capable de fournir des presages defavorables et plus souvent encore de n en 
donner aucun. Supposons qu un consultant eut pris la buse pour auspice, 
attendrait-il que 1 un de ces oiseaux volat de Test a 1 ouest, par exemple, dans le 
champ de la vision? Un tel procede eut ete penible et long; le peuple romain 
etait trop actif pour pousser loin la devotion ; il voulait bien consulter ses 
dieux, leur demander s il ne les avait pas offenses, mais a condition que ceux-ci 
repondissent non ou se laissassent apaiser par une expiation facile et surtout 
promple ; jamais une interdiction augurale n eut pu re larder d une heure la 
marche d un corps d armee. Plus on alia, plus la prise des auspices perdit son 
caractere mantique pour devenir une ceremonie religieuse. II y a dans les loges 
magonniques une formalite singuliere et probablement tres-ancienne qui peut 
donner 1 idee du role des augures. Lorsque 1 ordre du jour est epuise, le Vene 
rable adresse la question suivante a un des oftlciers places vers les colonnes 
qui correspondent aux points cardinaux : Frere qui decorez la colonne de 
1 Orient, a quelle heure les apprentis terminent-ils leurs travaux? Le frere inter- 
roge transmet la question a son voisin, qui la transmet a un autre jusqu a ce 
qu elle arrive a la derniere colonne, ou 1 on fait invariablement cettercponse : 
(( A minuit, Venerable. Quelle heure est-il? Minuit precis. Le Venerable 
declare 1 atelier ferme. Minuit est 1 heure sacramentelle necessaire pour une 
cloture ; c est elle qu on aunonce sans prendre la precaution d interroger la pen- 
dule. Les augures procedaient de la meme maniere. Je veuxque le vautour 
me soit a auspice, disait le consultant. - - Soit. Le vautour vole-t-il de Test a 
1 ouest? - -II y vole. Le plus souvent, il n y avait pas de vautour. On en arriva 
la par suite de cette idee : que les dieux permettent ce qu ils ne defendent pas, 
qu ils sont satisfaits, s ils ne se declarent point offenses. On laisait mieux, on 
DICT. ENC. XXX. 5 



Go DIVINATION. 

preparait les reponses. Les ceremonies de 1 auspication civile eussent ele longues 
dans les camps; on les limita a une varie le de cleromancie plus simple que 
I alectryromancie helle nique, chaque general emportail des poulets sacres. Le 
jour ou la ce remonie avail lieu, on les liichail dans un enclos ou du grain avail 
ete repandu ; s il se jetaient dessus avec avidite, 1 auspice elait favorable ; pour 
etre plus certain du succes on les faisait jeuner plusieurs jours d avance. Cette 
rectification du hasard se retrouve a chaque instant; il etait de tres-mauvais 
augure quand le cheval qui conduisait un juge a son poste fientait pendant le 
trajet ; les magistrals prirent 1 habitude d aller a pied. 

Cette divination aussi pauvre que celle des Juifs ne put pas mieux satisfaire 
les exigences populaires; mais Rome ne connut ni 1 intolerance, ni le fanatisme 
enthousiate; plus tard seulemcnt, quand I elranger deborda sur elle, quand les 
mercenaires oceuperenl la premiere place d.ins les milices, quand les traditions 
barbares menacerenl d etouffer les souvenirs nationaux, on essaya d arreter le 
flot qui montait. Des le lemps des rois, il y eul a Rome des devins e lrangers si 
nombreux qu ils fmirent par former une corporation. L art des aruspices elail 
unart toscan, a la fois precis el confus simple et myslerieux. De temps imme 
morial la divination avail ete en honneur en Elrurie; elle etail cullivee surtout 
par les patriciens ; le lituus fut un attribut des lucumons ; le lituiis, c etait le 
baton symbolique, 1 espece d equerre qui servait a Iracer leslignes d orienlation 
du temple; peu a peu 1 art se popularisa ; il devint profession et du meme 
con]) les grands 1 abandonnerent. Du temps de IVuma il en etait de ja ainsi ; Attus 
Navius, qui coupa dit-on, une pierre avec un rasoir, n etait autre chose qu un 
aruspice etrusque. Les Remains employaient un peu malgre eux ces etran- 
gcrs, qui avaient la spe cialite d expliquer les prodiges; pour peu que 1 horizon 
politique s assombril, ils delaissaient une ville qui cessait d etre sure pour eux. 

En 595, a 1 cpoque du siege de Ye ies, il y eul sur la lerre, dans les airs, des 
phenomenes si singuliersque lout le monde les linl pour prophetiques. Comme il 
n y avail personne pour les expliquer, il fallut envoyer des^ambassadeurs jusqu a 
Delphes. La paix retablie, on eut recours a un precede plus sur el moinscouleux : 
I Ktrurie recul quanlile de jeunes Remains qui venaient apprendre ses arls ; 
elle fut leur veritable ecole divinatoire. Les aruspices etaienl egalement verses 
dans 1 auspication et le ce re monial des augures. Un d eux n hesila pas a pre ve- 
nir le pere des Gracques d une irregularile qu il avail commise. Celui-ci pro- 
testa avec une orgueilleuse fierte: Comment toi, e lranger et barbare, connaitrais- 
tu mieux notre riluel qu un augure romain? 1 augure remain avail pour t ant lort. 
S\lla avnil conslamment avec lui 1 aruspice C. Postumius; celui de Cesar s ap- 
pelail Spurius. Apres la guerre sociale, 1 annexion de tinilive de 1 Elrurie el 
( admission de ses habilants au droil de cile firenl cesser 1 anomalie qui avail 
laisse jusque-la 1 instilulion sans existence legale. II y eut sous Claude un 
college subordonne au pontifical el venanl immedialemenl apres celui des 
augures; la competence de ses membres ful fixe e : un ordre du jour d Aurelien 
defendait de reclnmer aucune retribution aux soldals aruspices militaires. 

L aruspiciue etrusque tenait de la divination et de la magie ; les aruspices 
interprelaienl les signes, conjuraient leurs effets; c etaienl des pretres d une 
religion a lites sombres. Leur competence se bornait aux phenomenes ce lestes, 
a I extispicine, a la procuralion des prodiges. Le signe manlique par excellence 
elail la foudre ; dans son observalion ils savaient tirer habilement parti de 
la theone geometrique du temple. Comme celui des Remains, leur lemple elail 



DIVINATION 67 

tourne vers le midi ; pour eux comme pour les Grecs les dieux Asars rcsidaient 
a 1 exlreme nord. Gertaines foudres elaienl naturelles, d autres surnaturelles ; il 
fallait les distinguer; puis chaque dieu avail la sienne ; Jupiler enpossedail Irois. 
On tenail comple cm momenl, du jour, de la forme de 1 eclair, du coup de 
lonnerre, de la posilion par rapporl au lemple; loules ces donnees. sujelles a 
une infinite de varianles, furenl coordonnees par le sloicien Posidonius. 

Si 1 etincelle frappail la lerre, les aruspices devaieiil 1 enlerrer el consacrer 
le lieu louche; la foudre elanl toujours desline e aquelqu un, il fallait une expia 
tion. On creusait un trou de plusieurs pieds ; onchanlail des melodies funebres, 
on sacrifiail des brebis (bidentes) elfmalement, apresles avoir enloures d une clo- 
lure, on aLandonnail ces espaces que Ton appelail desormais bidentalia a cause 
des sacrifices accomplis, ou putealia de leur forme en puils; c elaienl des terres 
sacrees qu il elail inlerdil de fouler. 

Les aruspices avaienl des formules preservalrices el provocalrices de la 
foudre ; au momenl ou les bandes d A(aric e taienl devanl Rome ils off ri rent, 
dil-on, de les ane anlir, mais, comme ils exigeaienl qu on revinl au culle des 
anciens dieux, le pape aima mieux enlrer en pourparler avec les Golhs. 

La procuration des prodiges elait une autre fonclion des aruspices; le pro- 
dige esl 1 avertissement d undieu mecontent; il esllegilimede chercher 1 offense 
el de 1 expier. La division du lemple rendail le meme service que dans 1 arl 
fulgural ; 1 enquele se faisail par des moyens humains ; la reparation consislait 
en sacrifices el en actions de graces. En Tan 58 (A. G.) differenls prodiges 
s elaienl produils. Clodius declara qu ils avaienl pour cause un sacrilege commis 
par Ciceron, qui aurail bati une maison sur un lerriloire consacre. Voici la 
consultation des aruspices : 

Altendu que dans le lerriloire latinien on a enlendu un cliquetis aecom- 
pagne de fre missements; que dans le territoire voisia allenanl a la ville, s esl 
fail oui r un certain bruil sourd el un effrayant linlemenl d armes, il a etc 
reconnu que les reclamations viennenl de Jupiler, Saturne, Neptune, Tellus, 
dieux celestes, a cause que des jeux ont elc celebres avec Irop de negligence el 
pollues ; que des lieux sacres el religicux sonl delournes a 1 usage profane ; que 
des oraleurs onl ele mis a morl au mepris des lois divines el humaines; que 
la parole donnee el le sermenl onl ele mis en oubli el encore que des sacrifices 
d iijslitulion antique onl ele fails avec Irop de negligence et pollues, les dieux 
immortels avertissenl de prendre garde que, par la discorde el le dissentiment 
desliaules classes, des meurtres et des perils ne soient prepares aux peres conscrits 
el a leurs cbefs, lesquels se Irouveraienl prives de secours el delaisses ensuile 
de quoi les provinces se rangeraienl sous une seule aulorile, avec 1 armee 
chassee el un affaiblissemenl final. Ils averlissent aussi de prendre garde que la 
chose publique ne soil lesee par des menees secretes ; qu on n eleve en di^nile 
les gens tares el evinces, enfin que la forme du gouvernemenl ne soil chaiK ee. 

L aruspicine ful exlrememenl vivace; beaucoup d oracles elaienl delruits 
qu elle exislait encore; on appelait loujours toscans les devins qui predisaienl 
par exlispicine ; ils sonl ciles dans une loi de Dioclelien. Atlila en avail attache 
a sa personne; avanl la bataille de Chalons-sur-Marne il prit leur avis qui fut 
defavorable ; a 1 epoque de la guerre gothique, sous Justinien, il y en avail 
loujours dans les pelites colonies paiennes des campagnes d ltalie. 

Les divinations ecrites d anciens chresmologues furenl les seules qui occu- 
perent a Rome une place serieuse a cole de la divination elrusque. Nous connais- 



68 DIVINATION. 

sons la legende relative a 1 acquisition des livres sibyllins ; ces livres claient 
en grec, plus tard seulement ils furent completes par les Carmina Maruana, 
compilation etrusque; deux fonctionnaires appeles duumvirs furent charges de 
leur interpretation. On n oublia jamais qu ilsavaieritune origine etrangere; ceux 
memes qui en avaient la garde ne pouvaient les consulter que sur 1 ordre du Scnat, 
et avec le concours d esclaves grecs charge s de leur venir en aide et peut-etre 
de les surveiller. La defiance des livres sibyllins etait si marquee que toute 
infraction an rituel, toute tentative indiscrete de consultation etail punie du 
dernier supplice. Un certain M. Attilius qui en avail laissc prendre copie a un 
Sabin fut cousu dans un sac et jete a la mer comme un parricide. Depuis la 
chute de la royautc jusqu en 367 1 institution resta ce que 1 avait laite Tarquin. 
Quand un duumvir disparaissait, le survivont choisissait son collegue ; cette 
annee-la elle fut modifiee de fond en comble, le nombre des interpretes fut 
porte a 10 patriciens et 5 plebeiens. L incendie de 85 ne modih a en rien les 
choses, Sylla lit colliger des textes a Try th race, a Cumes, a Troie, clans presque 
tons les lieux assignes comme demeure aux sibylles ; il porta le nombre des 
membrcs de college a 85. Augusts fit placer les livres reconstitucs au temple 
d Apollon Palalin. Us pnssent pour avoir etc eritierement delimits dans 1 incendie 
de Ncron ; mais il s en fabriqua d autres. 

L influence des duumvirs sur les affaires publiques etait nulle; leur autorite se 
bornait a la surveillance des cultes etrangers. Ils protegerent 1 jmportalion de 
celui de Cybele, la Grande-Mere, divinilr asiatique honoree par des memories 
ridicules et expansives qui auraient surement lait rire Caton. On consulta les 
livres sibyllins jusqu au cinquieme sieele ; dans une guerre centre les Marcomans, 
Aurelien ordonna d y avoir recours ; ils prescrivirent comme toujours des proces 
sions, des sacrifices a des dieux etrangers; 1 ennemi fut vaincu et on en fit 
honneur a la Sibylle. En 391, Symnaque les gardait, Claudien en parlait encore 
en 402, Stilicon les brula en 412. 

Du reste, les Romains ne vccurent pas exclusivement au point de vue divi- 
natoire avec ce que leur fournirent 1 Etrurie et la Grece ; longtemps avant que 
les methodes del Orientcussentete transporters dans la ville, ils avaient recours 
aux pratiques des peuples voisins. Le Latium avec ses dieux devins, ses pro- 
phetes, ses presages que Ton appelait omina, sa divination cleromantique dans 
les sorts dePreneste et d Antium, etait le type le plus acheve. 

Decadence et fin des divinations officielles dans I empire romain. Nous 
avons vu partout que les pratiques divinatoires rattachees a la religion, que la 
religion elle-meme, faisaient partie de la patrie. En Grece, la multiplication des 
dieux correspondait a ce besoin d autonomie urbaine qui perdit 1 independance 
nationale. Aucun immortel ne fut assez puissant pour tuer ses collegues ; aucun 
oracle n en put faire taire un autre. Chez les Romains, 1 unite politique fut portee 
si loin que, quand la tete de 1 Empire tomba, les provinces avec leur hierarchie 
savante, leurs troupes redoutables encore , s etiolerent comme des branches dela- 
chees d un tronc. L Espagne devint wisigothe, 1 Afrique vandale, la Gaule franque. 
Les institutions mantiques ne pouvaient vivre sous un pareil terrain. 

La divination eut en outre dans 1 empire romain des adversaires de deux 
ordres : 1 ceux qui n y croyaient pas, qui prenaient les dieux pour des mythes 
et doutaientde la Providence ; 2 les fervents, qui craignaient les devins. Lorsque 
le christianisme fut assis sur le trone, les deux causes destructives se reunirent. 
Les premiers docteurs de 1 Eglise combattirent avec les armes des sceptiques; 



DIVINATION. 69 

tous les miracles paiens furent pour eux d habiles tours de passe-passe. Les 
difcux existent, disait-on, puisqu ils se sont manifeste s, et la serie des predic 
tions justifies, des i aits surprenants, arrivait a la rescousse. Quaml une cri 
tique serieuse se mettait de la partic il n en restait pas grand chose. Nous avons 
VLI Origene s egayer aux clepens d Hecate. Saint Justin et Tertullion n etaient 
guere plus tendres en faisant abattre le Serapeon d Alexandrie, 1 eveque pve- 
teudait venger le public dont on se moquait effrontement depuis des siecles. 
Celte methode etait dangereuse ; en niant les dieux, les neophytes de la 
religion nouvelle s exposaient a de dures represailles : car leurs traditions he- 
bra iques n etaient nullement c\ 1 abri de la critique. Julien, 1 empereur theo- 
logien, leur porta de terribles coups avec les armes de Carneades et d ffina- 
maos. On prefera donner a la lutte un a utre caraclere : les neoplatonieiens. 
secte a demi-juive malgre son nom, admettaient des esprits de phisicurs ordres. 
Vous avez vu des manifestations surnaturelles ? soit, dirent les docteurs naza- 
reens; on vous a devoile des secrets que 1 intelligence humaine etait incapable 
d approfondir : etes-vous surs que ce sont debons genies qui vous out parle? Vos 
revelations sont diaboliques. Avant la venue du Christ, 1 csprit du mal dominait 
sur terre ; il pouvait dans une certaine nicsure changer les lois de la nature, 
montrer 1 inconnu et 1 avenir. Mais le demon n est que le singe de Dieu, qui 
1 oblige parfois a dire la verite. La sibylle et Apollon Milesien out predit la venue 
du Christ. Dans ce duel a mort entre la jeune et la vieille foi, il ne pouvait 
etre question de concessions. En presence des pratiques pueriles des aruspices, 
de leurs purifications matericlles, un rationaliste se fut contente de hausser les 
epaules; les chretiens s indignerent ; 1 idolatric devint un culte abominable qu il 
fallait a tout prix detruire. 

Les amis des devins ne furent pas foujours tendres pour eux ; un aruspice 
timore pouvait rendre en temps de guerre un mauvais service ; les oracles etrangers 
furent toujours a bon droit suspects aux Remains. Sous les empereurs, 1 interet 
dynastique se joignit a Tinteret public ; Tibere croyait a la mantique side rale ; 
cela ne 1 empecba pas d cnvoyer son astrologueThroesylleschercher cbez Neptune 
des renseignements plus precis que ceux qu il lui avait donnes. II y cut sous 
son regne deux proces suivis de condamnation capitale : celui d un certain Libo 
et celui de Julia Lepida, qui avait contrevenu a la fameuse lex majestatis en 
s informant de 1 avenir de la maison de Cesar. Sous Yespasien une loi chassa 
les astrologues de Rome ; 1 empereur en conserva un pour son usage. Marc- 
Aurele fut egalement severe, parce qu un devin avait soutenu de ses encoura 
gements 1 armee revoltee d Avidius Cassius. Sous les Severe, sous Diocle tien, 
d auties peines furent portees. Enfm vint 1 eait de Constantin du ol Jan 
vier 319 : Qu aucun aruspice ne s approcbe du seuil d un autre bomme, meme 
pour un motif etranger a la divination ; toute amitie avec les gens de cette 
espece, de si vieille dale qu elle soit, doit etre rompue. L aruspice qui aura 
penetre dans une maison autre quo la sienne sera brule , et celui qui 1 aura 
attire par des promesses ou descadeaux sera, apres confiscation de ses biens, rele- 
gue dans une ile. En effet, ceux qui veulent obeir a la superstition ne pourront 
exercer en public le rite auquel ils tiennent. Celui qui denonce un pareil crime 
n est pas selon nous un delateur, mais plutotun hommedigne de recompense. 
Quatre ans auparavant les docteurs chretiens avaient fini par s entendre au sujet 
des pratiques divinatoires ; le saint Synode d Ancyre les avait defmitivement pro- 
scrites. La reaction pai enne de Julien n eut pas de suite; Tbe odose reva commc 



70 DIVINATION. 

d autres monarques 1 unite religieuse ; il interdit les sacrifices et fit fermer 
les temples. Partout ou passerent les Barhares, les lois imperiales recurent une 
eclatante confirmation ; en detruisant avec rage les monuments du passe ils 
donnaient satisfaction a leur ardeur de neophytes et a leur haine du nom 
remain. 

IV. DIVINATION CHEZ LES ANCIENS GERMAINS ET CHEZ LES CELTES. La divina 
tion germanique etait probablement plus etendue et plus savante que ne 1 a dit 
Tacite. Les dieux du Nord, sans avoir atteint la perfection anthropomorphe de 
ceux de la Grece , different pourtant beaucoup des monstres de 1 epoque 
pelasgique ; il n y a point de parallele a e tablir entre Odin et Kronos. Le premier 
ressemblerait plutot a Zeus; c est un batailleur qui preside 1 Assemblee divine, 
appuye sur sa lance et accompagne de ses loups et de ses corbeaux. 

Ses jours se passent dans une lutte sans merci contre les geants, les lothun, 
personnifiant des forces destructives de la nature. Les dieux ne posse- 
dent pas le privilege de I immortalite ou de la toute-puissance ; ils dispa- 
raitront quand viendra le terrible jour de Raynarok ; leurs palais s abimeront 
dans 1 immensite; ils tremblent a 1 aspect d lormungard, le serpent gigan- 
tesque, qui Imrlc et s ebat an sein de 1 Ocean. Dans la suite, ils entrerent en 
communication avec certains mortels ; Odin predit au roi Hading sa defaite et 
sa captivite. II n y a pourtant point de devin attitre parmi eux. Yidar, aux 
chaussures epaisses, de couvre jusqu aux plus secretes pensees, mais Yidar, 
reserve a de hautes destinees, se renferme dans un perpetuel mutisme. 

Ouand Baldur, tourmente par des songes terribles, vient les raconter a 1 Assem- 
blee, personne ne sail ce qu ils signifient. Fryga n a d autre ressource que de 
faire un talisman pour proteger son fils contre toutes les choses connues, elle 
n oublia que le gui ; ce fut par le gui qu il perit. Pour sonder les profondeurs 
de 1 avenir, Odin fut oblige de recourir a un adversaire des Asar, le geant Waft 
Runismal. Voici ce qu il lui repond : 

Le loup Fenris devorera Odin, le pere des siecles ; mais Yidar le vengera et 
brisera les machoires du monstre ; 

Une fille naitra de 1 antique etoile du jour, avant que Fenris la devore. Apres 
la chute des dieux, celte fille parcourra la meme carriere que sa mere ; 

Lif et Liftrasis restent caches dans les bois, ils sont noun-is par la rosee du 
matin. C est d eux que naitra une race nouvelle ; 

Quand les feux de Sortur, le ge ant, seront eteints, Vidar rebatira la demeure 
des dieux; 

La paix succedera aux longs combats . 

Une espece de sibylle, appelee Yala, a predit aussi, presquedans les memes 
termes, la catastrophe finale et la renovation du monde. 

Le chien Garus pousse d affreux hurlements dans la caverne de Gm psa; 
Fenris rompt sa chame. 

Le frere combat contre le frere et le tue ; les liens du sang et de 1 affection se 
brisent, le mal regne dans le monde; le vice triomphe; 1 epee et la hache 
dominent; les boucliers sont fendus. Partout, ia ferocite du loup; personne 
n epargne son voisin. 

Naghfar, la barque des lothun, s avance de 1 Orient poussee par Lok, 

Sortur arrive du Sud en vomissant des flammes. 

La terre est refoulee jusque dans les profondeurs de 1 espace ; les etoiles torn- 



DIVINATION. 71 

bent clu firmament; des globes de feu et de fume e devorent Yggdrassil, 1 arbre 
du monde, ct la flamme, montant toujours, Unit par consumer memo le 
ciel. 

Mais la terre ressort du sein de 1 oiide. 

Les Asar se rencontrent de nouveau sur les plaines d Ida ; on trouvera encore 
dans 1 herbe de merveilleuses tables d or. 

Les champs incultes redonnent du grain, le mal di?parait; Balder revien 
habiter avec Hoedur la demeure sacree d Odin. 

En Gimle s eleve un palais convert d or et plus brillant que le soleil; c est 
la qu un peuple vertueux jouira d un bonheur sans fin. 

II y a d ordinaire peu de communications entre Asagard et Midgard. Apol- 
lon se rattache a 1 humanite de mille manieres; il a enleve des matelots 
pour en faire des pretres; il a none des intrigues amoureuses avec des vierges 
terrestres ; c est lui qui a cnseigne la divination a Manto, force Cassandre a 
prophetiser. La mythologie scandinave ne connait rien de semblable: son Apol- 
lon et son Orphee, Bragur et Gvaser, sont des poetes ct des musiciens; ce ne 
sont pas des devins. Les dieux du Nord s occupent cependant des humains, 
puisque Var prend note de leurs vceux et punit les parjures, que Saya note leurs 
hauts faits; mais ils s en occnpent toujours en protecteurs haulains; les actes 
de la vie )es interessent peu, ils n elevent jusqu a eux que ceux qui portent les 
marques du fer, les lignes d Odin. Eira, la deesse de la medecine. au lieu 
d essayer, comme Askle pios, de ressusciter les morts, se borne a guerir les 
plaies des heros, a mesure que les Valkyries les conduisent au Valhalla. Le role 
et la nature des etres intermediates ou Vaner est mal determine, ils gravitent 
vers un etat superieur; au lieu de se rapprocher de 1 humanite comme chez les 
Grecs, ils s en eloignent d autant plus qu ils sont plus parfaits. 

La the ologie de 1 Edda est a peu pres muette sur les grands problemes que 
les philosophes out si souvent abordes; ellen essayed etablir aucune conciliation 
entre la liberte humaine et la fatalite. La terrible Ilela, la mort a la face livide, 
que les dieux ont releguee en Ililheim, attend tranquillemenl les proies que lui 
fournissent la vieillesse et lamaladie; ni les larmes de Fryga, ni la puissance 
d Odin, n ont pu tirer Baldur de ses serres. Les Nornor sont inexorables comme 
les Parques. 

Maintenant, j approuve que les hommes soient eslaves dudestinet ob^issent 
aux decrets des fees qui president a leur naissance , disait, dans son Chant de 
mort, le viking Bagnar Lodbrog. 

Chez les anciens Germains comme chez les Scandinaves, le culte, extremement 
simple, ne comportait point de ceremonies analogues a celles qui avaient lieu a 
Delphes, au temps de la presence d Apollon; le bain aanuel d llerta rappelait 
seul les rites bizarres observe s a Borne, quand le culte de la Grande-Mere 
y fut installe. 

Ils n enferment pas leurs dieux entre des murs, dit Tacite, et ne songent 
pas a leur imposer la forme bumaine; ils leur consacrent seulement des bois 
sacres, auxquels ils donnentleur nom . 

Avec des divinites aussi rigoureusement soumises au destin, avec un culte 
sans pompe, sans e difices, la divination publique devait etre singulierement 
restreinte. La famille etait la veritable unite civile; le chef fut a la fois le grand 
pretre et 1 augure domestique. 

Autant qu on peut le supposer, les me thodes que nous avons etudiesexistaient 



7? DIVINATION. 

pourtanl a 1 etat rudimentaire ; il y avail des chresmologues, une divination 
technique, des oracles ; mais les inspirees du Nord ne ressemblaient guere a la 
pythie de Delphes; chez celle-ci, 1 annihilation du libre arbitre et du moi etait 
la condition indispensable pour que Phoebus parlat. 

En Germanie, des femmes illustres pratiquaient la divination ; quelques-unes 
eurent un role politique de premiere importance. La Bructere Yelleda avait une 
autorite supe rieure a celle des chefs les plus vaillants ; elle habitait sur les 
bords de la Lysse une tour isole e; nul, sauf ses parents, n e tait admis en sa 
presence. Lors du soulevement de Civilis, ce fut elle qui entraina ses com- 
patriotes dans son parti et predit les victoires que les insurges remporteraient 
sur Luperius et Herennius Callus; une certaine Arminie jouit d une influence 
presque egale. 

La divination fut honoree et respectee chez les peuples germaniques jusqu au 
jourdeleur conversion, etce respect rejaillit surlesdevins. Uneseule legendefait 
chasser par un roi goth les sorcieres des nations, legende ridicule et de date 
re cente, rapportee par Paul Diacre; c etait une explication par laquelle les 
peuplades obligees de reculer devant 1 invasion scylhique rendaient compte des 
succes et de la laideur de leurs adversaires. Leurs victoires etaient la consequence 
des secrets qu avaient legues aux Huns les sorcieres; ces Huns etaient 
hideux comme leurs ancetres males, les hommes des bois. Du reste, le role des 
prophetesses golhiques est bien en rapport avec ce que nous savons des moeurs 
des peuples du Nord; la Grece, meme apres 1 invasion dorienne, meme a 1 epoque 
des guerres mcdiques, fut toujours teintee d orientalisme. Enfermee dans le 
gynecee, la femme n exercait sur les affaires publiques qu une influence invi 
sible, si elle en exercait. Celles-la seules qui avaient perdu la qualite la plus 
charmante de leur sexe, des hetaires comme Phryne ou Rhodopis, pouvaient 
assister aux luttes orageuses de 1 Agora. La condition de la matrone romaine ne 
valait guere mieux ; la loi mettait aux mains dii mari des moyens de coercition 
plus fails pour une esclave que pour une egale. Les Germaines elaient les com- 
pagnes de leurs epoux dans toute Tacception du mot ; quand la tribu quittait 
ses cantonnemenls, tout le monde partait. Y avait-il une lutte a soutenir, un 
peril a traverser, les femmes en etaient. 

En Gimle, les Asynior avaient le meme rang que les Asar ; les bons genies 
des blesses, leurs introduct rices pres d Odin, etaient des deesses secondaires ; 
le role que le Skaldc leur assignait fut presque toujours des femmes en 
guerre. Elles ne craignent ni de compter les- blessures, ni de les panser; ce 
sont elles qui portent aux combattants des vivres et des encouragements. On 
raconle que des armees, pliant et sur le point de lacher pied, ont ete ramenees 
par elles au combal, en suppliant, exposant leur poitrine aux coups, en montrant 
aux guerriers la captivite imminente qu ils redoutaient, surtout a. cause de leurs 
femmes (Tacite). 

Nous ne savons trop par quel precede ces femmes prophelisaient, il est peu 
probable quece fut toujours par inspiration soudaine, parenthousiasmemantique. 
Elles interprelaient souvent les visions du sommeil. Va, dans la cour du 
palais, dit Basine a Chilperic, et ce que tu verras, rapporte-le a ta servante; 
c est a la suite d un songe qu Alanna prevint Lodbrog des dangers de 1 expedi- 
lion qu il allait enlreprendre ; quelques-unes avaient, pour en provoquer, leurs 
propres procedes. Les Skaldes ont parle d Hagberle, fille du geant Vagno&li, 
comme d une magicienne fameuse; la Norvegienne Craca faisait, avec la chair 



DIVINATION. 75 

broye e et dessechee des serpents, une poudre rendant apte a comprendre le Ian- 
gage des animaux. Nous sommes loin de la parole divine communiquee a la 
pythie; il y a iieu de supposer cependant que, quels que fussent les moyens em 
ploye s, 1 inspiralion ne perdait jamais completement ses droits et qu elle entrait 
toujours pour nne certaine part dans la divination. 

L ornithomancie et la zoomancie etaient populaires. On nourrissait aux 
frais du public dans les forets ou les bois sacres des chevaux blancs 
que Ton ne faisait jamais travailler. Le pretre ou le premier de la cite les 
attelait a un char et, les accompagnant, observait leur hennissement, leur 
fremissement. Aucun auspice ne possedait plus de confiance que celui-ci 
chez le peuple, chez les grands, chez les pretres; tous sont persuades 
que ces chevaux sont les ministres des dieux et connaissent leurs desseins 
(Tacite). 

II y avait egalement des jours fatidiques, des presages tires des phases de la 
lune, puis venait la divination par les sorts. Etait-on en guerre avec un peuple 
voisin, on faisait comballre i;n csclave qui lui appartenait avec un guerrier de 
la nation et on interpretait le resultat du duel. 

La cleromancie par de petits morceaux de bois etait plus simple. Us etaient 
tailles aux depens d une tige d arbre fruitier. On tracait sur chacun d eux des 
lignes plus ou moins bizarres, apres leur avoir donne un uom, on les jetait 
les yeux fermes sur uu linge blanc; il fallait trouver le sens mantique de la 
phrase ainsi t ormee. Ces especes de des furent appeles Runes (de runa, secret). 
Plus tard la melhode se perfectionna ; on disposa les Runes demanierea former 
des vers rimes. Puis il y eut des attractions, des combinaisons, elles devinrent 
de vrais caracteres hieroglyphiques. Prenons, par exemple, celles qui correspon 
dent aux lettres latines / . o. b. r. L ; leur nom dans 1 ancicn alphabet etait 
feoh, 6s, beorc, rdd, lagu, c est-a-dire animal, dieu, voiture, bouleau, mer 
ou cours d eau. On arrivait aisementa des sens cornpliques. Ainsi or (6s et rdd), 
le vehicule de Dieu, signifiaieut Thor, parce que Tlior etait un des soutiens de 
1 Olympe tudesquc, le dieu du ciel, de la force, du tonnerre; lagu et rdo indi- 
quaient un navire, une voiture de mer. 

On nesaurait dire a quelle epoque Jes signes runiques devinrent des caracteres 
phonetiques.] II cst bieu probable qu ils eussent dans It-s premiers temps la 
meme forme que dans les monuments qui nous restent ; quelques-uns out ete 
surement empruntes aux alphabets grec ou latin. 

Les Runes conserverent toujours leur caractere secret et hieratique; on ecrivait 
avec elles les epitaphes funeraires des heros ou les chants de guerre; ce fut 
la cause de leur abandon. II y en avait trois especes : la premiere usitee en 
Scandinavie, la seconde dans 1 Allemagne ceutrale, la troisieme chez les Anglo- 
Saxons. A mesure que le christianisme s avanca vers le Nord, les Runes cederent 
le pas aux lettres gothiques. L alphabet slave de Cyrille et Methode, qui leur 
ressemble, est reste parce qu il etait cre e pour la propagation de la ibi chre- 
tienne ; les Runes disparurent parce qu elles n avaient servi a enregistrer que 
les hauls fails des deites du Gimle. 

Un autre procede germain rappelait 1 auspication roraaine. On frappait sur 
un animal en airainet on devinail par les sons ainsi obtenus; mais, pour qu ils 
eussenl une reelle valeur, une sorte de silence augural etait necessaire; on 
chassait, avant de commencer la ceremome, les animaux domesliques, meme 
les mouches.i 



74 DIVINATION. 

Lcs Oracles du nord etaient, comme ceux de la Grece, d origine tres-ancienne. 
Us se produisaient dans des grottes, pres des source sacrees. La mythologie avait 
une explication sur 1 origine de chacun d eux. Les grondements de 1 Hecla pre- 
disaient des guerres, des mortalites, des malheurs de tonte nature. Un cratere 
qui, du temps d Odin, etait 1 entree du sombre Helheim, constamment defendue 
par ia sorciere Thocle, devint 1 orih ce de 1 enfer. On voyait tout autoiir des 
oiseaux noirs grands comme des vautours jc etaient des esprits iniernaux. Quand 
il y avait des batailles dans le monde, il arrivait des nuees de spectres haves, 
decharnes, qu une force irresistible poussait vers 1 abime. En Norvege, on en- 
tendait des grondements, des bruits prophetiques au fond d un antre qu on 
disait etre le tombeau d Assueit et Asmund, les freres d armes ennemis. Ces 
guerriers avaient jure, lors de leur serment de fraternite, de ne pas se sur- 
vivre ; Assueit fut tue le premier. Lorsque son cadavre eut ete depose dans sa 
sepulture, Asmund y descendit a son tour, s assit a cote de son ami, son epe e 
entre les genoux, et attendit la mort. L herbe poussa et c;icba la pieire votive. 
Longtemps plus tard, des soldats qui campaient en ce lieu decouvrirent une 
inscription a demi effacee; leur cbef commanda d ouvrir le monument, mais 
voihi qu on entendit un grand cliuuetis d armes, des imprecations, des cris 
de rage. 

Asmund sortit arme de toutes pieces etraconta ce qui s etait passe. La tombe 
a peine fermee, le cadavre d Assueit, habile par un mauvais genie, s etait leve 
et 1 avait voulu devorer. A cette agression sauvage, le soldat saisit son epee 
et se defendit; la lutte dura cent ans; elle venait de finir par la defaite du 
demon. Son recit acheve, le vieux guerrier tomba mort; on brula le cadavre 
de son frere d armes ; le sien fut replace dans le tombeau qu il avait conquis 
et 011 il rendit des oracles. En Suede, on trouve un antre de meme nature 
dans lequel un magicien fameux avait enchame un de ses disciples qui me- 
prisait ses ordres. Le Genie de la mer etait un vieillard a barbe blanche 
apparaissant quelquefois aux matelots pour leur annoncer une navigation heu- 
reuse. 

II y eut aussi des sanctuaires ambulants ou les ministres pratiquerent la 
divination. Freya, 1 Aphrodite duNord, ne dedaignait pas deparler aux hommes. 
Ses charmes lui avaient valu 1 entre e d Asagard, a laquelle elle n avait pas 
droit par naissance, car elle etait la fille de Niord, le Yaner qui presidait aux 
vents. Ce fut un grand malheur pour elle : mariee a Odur, elle perdit comme 
ses compagnes sa jeunesse et sa beaute quand Iduna fut enlevee par les geants 
avec le vase qui renfermait les fruits de I immortalite. A son retour, Freya 
regagnases qualites, mais nonle coeur de sonepoux. La vengeance d Odin qui le 
changea en statue ne la consola guere. Au lieu d etre comme Cypris la deesse 
des roses et des ris, la pauvre Venus de 1 Edda soupire apres I infidele et pleure 
son abandon; elle ne reussit meme pas a se consoler en faisant a travers 1 es- 
pace des courses affolees dans un char d or train e par deux chats noirs. Elle 
revele 1 avenir aux mortels ; 1 Eyr-Bigga Saga raconte qu une jeune fille atta- 
che e a son culte, promenant sa statue dans le pays et rendant des oracles en son 
nom, lia conversation avec un bucheron. II fut question de la deesse d abord, 
puis d autrc chose. Freya, s apercevant vite qu elle avait trouve un redoutable 
concurrent, fit un mbuvement violent pour avertir sa pretresse. Celle-ci se rendit 
a son appel, puis revint tremblante et tout en larmes. II faut, dit-elle a 
son compagnon, que vous preniez une autre route, la deesse le veut. Ce 



DIVINATION. 75 

n est pas mon intention ; celle-ci me conduit oil je vais et votre compagnie ne 
me deplait point. Mais, malheureux, elle m a declare que, si vous refusiez 
de partir, elle saurait vous y forcer. - - G est ce que nous verrons . Portant 
la main a la hache pendue a sa ceinture, le buoheron fit un geste significatif 
et reprit la conversation. Freya tint parole; sa lourde statue quitta le char et 
se mit a frapper a bras raccourcis. La lutte ne fut pas longue, un coup bien 
dirige envoya rouler au loin la tele de 1 idole, et le Genie qui 1 habitait s enfuit 
en poussant un cri percent. On ne dit point que ce sacrilege ait ete puni ; en 
revanche, la jolie pretresse ne pouvait se montrer farouche vis-a-vis de celui 
qui avait ose la disputer aux dieux. Les amants, ayant recolle le mieux possible 
la tete de Freya, 1 honorerent a leur maniere, continuerent leurs peregrinations 
et rendirent de nouveaux oracles. 

Ces legendes ont autre chose qu un inleret de curiosite : c est avec elles 
seulement qu on peut entrevoir plutot que reconstruire une histoire qui n a pas 
ete ecrite, retrouver sous des noms differents des conceptions anterieures 
meme au temps fabuleux de la Grece. 

Les Celtes avaient une divination se rapprochant probablement beaucoup de 
celle des jGermains. Les prophetesses de 1 iie de Sein etaient connues dans loute 
la Gaule; a 1 epoque de la conquele, les Genies cosmiques etaient plus abor- 
dables, plus nombreux que les dieux du Walhala; les nains prophetes, les dverf- 
gar des mines du Nord, avaient peut-etre une origine gauloise; ils craignent 
le grand jour, fuient 1 approche des humains, ne leur parlent que quand ils 
sont surpris, ou pour leur jouer de mauvais tours. Les korigans bretons ne 
se montrent que la nuit au clair de la lune, ils obligent le voyageur a executer 
avec eux une danse frcnetique, a la suite de laquelle il tombc mort lorsque 
paraissent les premieres blancheurs de 1 aube. Les devins par excellence, c e- 
laient les bardes; ils ne se bornaient point comme les Skaldes a chanter 1 amour 
ou la gloire ; leur enthousiasme allait au dela du present. L espece d inter- 
monde celtique avait des fees bienfaisantes, magiciennes ou devineresses, qui 
changcaient le destin dans des limites donnees et devoilaient a leurs favoris les 
arcanes de 1 avenir. Merlin avait ete enleve par la fee Viviane, qui plus tard le 
metamorphosa en charrne pour 1 avoir completement a ses cotes dans la foret de 
Broceliande. Merlin etait un preux, un heros de la table ronde, un compagnon 
du roi Arthur; il ne devint diable qu au onzieme siecle apres la chroniquede 
Geoffroyde Monmouth. Lesmalheurs qui frapperent les livres sibyllins et 1 Edda 
n epargnerent point la compilation prop hetique des Gaels, d autant mieux que le 
barde, fils d une sorciere et d un demon, avait ete laisse, disait-on, sur terrepour 
saisirquelques-unes des ames rachetees par le Redempteur. Du reste,la fusion se 
fit si vite, apres la conquete romaine, que 1 aruspicine, la cleromancie etl astro- 
logie, s etablirent en maitresses dans les Ganles. Le roi Arthur et Merlin 1 en- 
chanteur appartiennent plus au moyen age qu a I antiquite. Les predictions des 
bardes se conserverent surtout parmi les Bretons d Albion dont elles soutinrent 
longtemps le courage et les illusions patriotiques. Chaque fois qu un envahis- 
seur etranger traversa les plaines de la Cambric, il entendait les vaincus lui 
dire : Tu as beau faire, ni ta puissance, ni aucune autre, si ce n est celle de 
Dieu, ne detruira notre nom, ni notre langue... Leurs poetes n avaient guere 
qu un theme, c etait la destinee du pays, ses malheurs et ses esperances. La 
nation poete a son tour encherissait sur leurs paroles en pretant un sens ima- 
ginaire aux expressions les plus simples : les souhaits des bardes passaient 



76 DIVINATION. 

pour des promesses, leur attente etait prophetic, leur silence merae affirmait. 
S ils ne chantaient pas la mort d Arlhur, c etait preuve qu Arthur vivait 
encore... (Augustin Thierry). 

B. Divination pendant le moyen age el les temps modernes. I. JlETHODES 
CHRETIENNES DE DIVINATION. DlVINATIONS DEFENDUES. NECROMANCIE, PRATIQUES 

MAGIQUES. LES DEVILS ET LES LOIS. II etait facile de frapper les devins de 
peines infamantes, de les menacer d un supplice eternel, il elait plus diffi 
cile de deraciner des pratiques entrees depuis des siecles dans les habitudes 
du peuple, celui-ci ne connaissant guere des religions que le cote materiel ; 
on peut nier les dieux ; on ne supprime pas le culte. 

Les guerres du seizicme siecle avaient moins pour cause les dissentiments 
theologiques que des differences de pratique ; un catholique eut pardonne peut- 
etre a un huguenot de ne pas croire a la presence reelle ; il ne lui pardonnait 
pas de prier en francais, de manquer de respect a une image. 

Essayer d expliquer un songe, consulter les livres sibyllins, c etait se 
mettre directement en rapport avec 1 esprit du mal, les Peres de 1 Eglise 1 avaient 
declare. Mais si, au lieu de s adresser aux demons, on s adressait aux hons anges 
ou aux saints; si, au lieu de livres prohibes, on prenait les Evangiles ? La ques 
tion pose e a 1 evcque d Hippone semblait embarrassante ; il etait a pen pres 
impossible d admettre que Satan put avoir ricn de commun avec le livre sacrc ; 
d un autre cote la moindre des pratiques paiennes risquait d aboutir a un resul- 
tat de sastreux; des reponses inintelligibles ou que 1 avenir n aurait pas confir 
mees eusscnt amoindri siirement la foi des neophytes. II vaut mieux que les 
gens consultcnt les Evangiles par le sort que de s adresser aux demons, repon- 
dait Augustin a Januarius; cependant je n aime pas un usage qui fait servir aux 
choses de cette vie et aux vanites du siecle des oracles divins s appliquant a la 
vie eternelle. 

Le vulgaire n entendait rien a ces delicatesses. Dans les Gaules, surlout, 
il y avait peu d actes importants de la vie a propos desquels on ne deman- 
d;H point une consultation aux saints. Gregoire de Tours, dont Torthodoxie 
est si pure, parle a chaque instant de ce moyen comme d une chose inoffensive 
et permise. Les Conciles d Agde et d Orleans 1 avaient cependant interdite en 
500 et en 511 ; mais les vieilles coutumes etaient plus fortes que les clecre- 
tales. C est par une divination de celte espece que saint Patrocle avait appris 
qu il devait fonder un ermitage en Berry. 

Clovis dans son expedition centre Alaric envoie des ambassadeurs a la basi- 
lique de saint Martin de Tours : Allez, leur dit-il, peut-etre trouverez-vous 
quelque augure de victoire. Et leur donnant les presents qu ils devaient 
porter au lieu saint : Seigneur, dit-il, si lu es avec moi, et que tu aies decrete 
de me livrer cette race incredule qui fut toujours ton cnnemie, daigne reveler 
ta volonte a 1 entree de 1 e glise du bienheureux saint Martin, afin que ton servi- 
teur sache que tu lui es propice. Les deux envoyes entrerent dans i eglise au 
moment ou le primicier entonnait le verset 18 du psaume xvin : Seigneur, 
tu m as revetu de force pour le combat ; tu as fait punir ceux qui s elevaient 
contre moi. Tu as fait que mes ennemis ont tourne le dos devant moi, et j ai 
detruit ceux qui me ha issaient (xvin, 40-41). Remplis dcjoie, ils rapporterent 
ce presage au roi. 

Souvent des vocations religieuses furent decidees de cette maniere. Le biographe 



DIVINATION. 77 

anonyme de saint Austregisile raconte qu il alia consulter a 1 eglise de Saint- 
Jean presde Chalons. Ce jeunehomme, qui exercait a la cour d un roi merovingien 
les fonclions de mapparnts, voulait absolument entreren religion; scs parents 
tenaient a ce qu il se mariat, c est pour leur obeir et prendre 1 avis des saints 
qu il etait alle a 1 eglise. II ecrivit les noms sur une tablette de trois hommes 
de sa condition qui avaient des filles a marior, et les placa sous la nappe de 
1 autel. La seconde nuit, vaincu par le sommcil, il s endormit et vit en songc 
deux vieillards qui s entretenaicnt a son sujet. Dcqui,disait 1 un, Austregisile 
doit-il epouser la fille? - - Ignores-tu, repondit 1 autre, qu il est deja marie? 
A qui done? - - A la fille du juste Juge. II ne s agit meme point ici d un 
songe produit au hasard ; il y a eu preparation, incubation onirophorique, et 
la question a ete formulee avec precision; c est la politique que nous avons 
\ue a 1 Asclepion dans toute sa purete. 

Les reponses des saints jouissaient parmi les Barbares d unc telle conside 
ration qu ils osaient bien rarement passer outre quands ils en avaient recu 
une defavorable. Merovee fuyant la colere de son pere Chilperic s elait refugie 
dans 1 enceinte de Saint-Martin do Tours, qui jouissait du droit d asile. Le roi 
pousse par Fredegonde fit demander si le saint ne serait pas dispose a lui 
permettre d aller chercher jusque dans sa maison son fils irrespectucux et 
rebelle. Les pretres, n osant refuser, engagerent le roi a s adresser au Bien- 
heureux. La question de Chilperic fut formulee par eux en tcrmcs tels que 
saint Martin etait oblige pour donner son consenlement dc 1 ecrire lui- 
meme ; on place la demande apres les ceremonies voulues sous la nappe 
de 1 autel ; il n y cut naturellcment aucune reponse et le roi renonga a son 
projet. 

Les prodiges e taient encore pour le clerge gallo-romain du sixieme siecle 
des manifestations de la volonte divine. 

Du reste, il est probable que, s ils s en fussent tenus aux decrets des Conciles, 
s ils eussent heurte trop de front les prejuges populaires, ils eussent mis la 
religion en peril. 

Les sagas germaniques et les druidesses de 1 ile de Sein n existaient plus, 
mais il y avail encore des sorcieres, de vieilles femmes, dont les pratiques mi- 
romaines, mi-gothiques, frappaient vivement les imaginations; puis venaient 
des voyants qui faisaient parfois des miracles et pretendaient toujours avoir le 
secret de 1 avenir. L un d eux originaire du Berry parcourt la Provence, le 
Gevaudan, une partie du Languedoc, en prophetisant, trainant a sa suite une 
grande quantite de malheureux qu il avail fanatises. Le clerge crul voir la con ^ 
lirmalion d une prediclion evange lique : il y aura des pesles, des famines, des 
Iremblements de terre, el il s elevera de faux Christs et de faux prophetes . 
Le pauvre diable, arrive aux portes du Puy-en-Velay, fut tue par ordre de 
1 eveque Aurelien. 

Lorsque la puissance ecclesiastique fut mieux assise, qu une espece d ordre 
sortit du chaos, les pratiques divinatoires furent frappes de penalites 

Le nodfyr, c est-a-dire les morceaux de bois noircis usiles chez les sagas, 
etaient defendus par le capitulaire de 742, au meme litre que les sacrifices aux 
morts, les incantations, les sortileges; un autre capitulaire prononce la peine 
capitalc contre les astrologues, les aruspices, les devins, qui s occupent de la 
santc ou de la vie du roi; disposition evidemment elrangere au droil germa- 
nique el emprunlee de toutes pieces aux lois imperiales. 



78 DIVLXATION. 

Plus nous avaiiQons, moins la tolerance devient explicable ; les pre lats du sixieme 
siecle representaient la tradition du peuple vaincu ; ils ne pouvaient comdamner 
trop durement des usages contraires a leur foi sans doute, mais rappelant 
une domination qu ils regrettaient du fond du cosur. Le clerge du dixieme 
siecle ne representait plus rien de semblable. Les eveques, qui s appelaient 
naguere Aurelius, Felix, Sulpicius, s appelaient maintenant Artold, Reinwald, 
Hincmar, le passe remain etait bien mort. Malgre les severites de 1 Eglise tou- 
iours appuyeejpar le bras seculier, la divination survecut; denouvelles methodes 
s ajouterent meme aux anciennes. 

Le catholicisme laissait le champ libre aux merveilleux; si les anges ou les 
saints ne se derangeaient que pour ua petit nombre de privilegies, il y avail 
les demons, les damnes, les ames du purgatoire surtout Avec la doctrine de 
1 expiation d outre-tombe, il devenait naturel que les malheureux frappes tem- 
porairement par la vengeance divine vinssenl demandcr aide aux vivants et leur 
revelassenl des choses qu ils ignoraient. La necromancie oblative occupe une 
place incroyable dans les legendes du moyen age ; il y a des communications 
aussi frequentes entre le purgatoire et la lerre qu il y en eut naguere entre 
1 Olympe et la Grece. 

Les morts n apparaissent plus [exclusivement pendant le sommeil, ils se 
montrent a chaque heure, avec leurs macabres attributs. 

Orderic Vital rapporte qu un pretre qui venait d aduiinistrer le viatique fut 
rejoint par une troupe de chevaliers, de soldats, meme de dames ; il voulut fuir, 
parce qu il crut avoir affaire a ces expeditions nocturnes qu il n etait pas bon 
de rencontrer. Un cavalier le retint et il dut ecouter les confessions peu edi- 
tiantes de lous ces gens, de leur vivant ; nobles sires et gentilshommes du voi- 
sinage. L Eglise se reserva le droit d appreciation sur les revelations bonnes ou 
mauvaises; si les habitants de 1 autre monde prescrivaient debatir des chapelles, 
de faire des largesses aux couvents, c etait par permission speciale de Dieu. Dans 
le cas contraire les visions ne pouvaient venir que du diable. Les anges et les 
saints avaient eu le tort de faire entrevoir a Jehanne la Lorraine le triomphe 
defmitif du roi de France ; les eveques et les docteurs de la Sorbonne infeodes 
a la politique anglaise declarerent que c etaientla des paroles impies et envoyerent 
la pauvrefille directement au Ciel apres 1 avoir purifiee par le feu. 

Les sanctions terribles des anathemes ecclesiastiques eurent le resultat 
qu elles out toujours. Plus les Chaldeens furent persecutes a Rome, plus leurs 
conseils eurent de prix ; la valeur de 1 astrologue se mesurait, suivant 1 expres- 
sion d un ecrivain du temps de Severe, aux stigmates que les chaines avaient 
laissees sur son corps. La meme chose arriva pour les sorciers. Ils joignirent 
aux procurations des aruspices les mysteres de la Kabbale, les evocations des 
Juifs pythagorisants ; quelques-uns empruterent aux Sagas les secrets d obtenir la 
seconde vue. En place de 1 espece de theriaque preparee par Craca, on eul 
dans 1 Europe occidentale la mandragore ou mandagloire ; mais cette mandra- 
gore ne ressemblait en rien a la solane e vireuse que nous connaissons ; il eut 
etc trop facile de la trouver, trop dungereux de s en servir. Les racines rappelaient 
vaguement la forme humaine; il ne fallut pas autre chose pour 1 eclosion 
d une legende terrible. La mandragore magique etait, disait-on, un enfant noir 
fait avec le saint-chreme des supplicies. Yoici comment on 1 obtenait : Apres un 
jeune de plusieurs jours, on se rendait la nuit de la Purification sous le gibet 
d un pendu, ou Ton creusait un trou d une profondeur egale a la distance qui 



DIVINATION. 79 

separait sa tete du sol. Les chercheurs s aretaient alors et amenaient un 
chieu dresse prealablement a gratter ; pour etre sur qu il creusat on aspergeait 
le fond de la fosse avec dusang et une decoction de rats et de chauves-souris. II 
fallait se boucherles oreilles avec de lacireou du miel parce que, quand renf;mt 
magique est decouvert, ilpousse un cri capable de tuer a 1 instant, ou de rendre 
fou pour le restede ses jours celui qui 1 aurait cnteiidu. L animal pris d une rage 
subite fait cinq ou six tours sur lui-meme et tombc; on pent alors prendre le 
petit monstre meme vivant, 1 emporter etle trailer commc un autre nouveau ne. 
II meurt au bout de quelques heures ; ses cendres conferent la vertu prophetique. 
Cette legende habilement repandue dans le public par des apothicaires ou des 
berboristes peu scrupuleux n avail d autre but que d elever le prix dc la man- 
dragore ; un individu brave ou curieux se liasardait-il a cntreprendre la recher- 
che, son introducteur se faisait grassement payer et avait soin de placer a 
1 endroit voulu ce qu il s agissait de trouver. Boissard a vu chez un pbarma- 
cien de Mantoue une sorte de tubercule etiquete mandragore, qui n etait autre 
chose que la racine debryone. 

La semence de fougere avait une vertu analogue ; cette plante, disait-on, 
fleurit une beure dans 1 annee, pendant la nuit de Saint-Jean. II fallait se pre- 
parer a recueillir la graine par un jeuuede neuf jours. 

L histoire de la divination du moyen age a nos jours n est qu une suite 
d episodes analogues, d aberrations psycbiques, d acles d intolerance. On pourrait 
croire que le grand mouvement artistique et litteraire de la Renaissance aurait 
son retentissement sur les moeurs ; que les absurdites inhuraaines renfermees 
dans les legislations disparaitraient : il n cn fut rien, le dix-septiemc siecle 
marque une sorte de recrudescence mystique. Luther craignait le diable et 
le haissait aulant que le pape. 

II y cut des contradictions singulieres; les sciences occultes etaient proscrites 
et la cour avait des devins officiels. Le livre prophetique d Arnaud de Yilleneuve 
avait e te declare impie et here tique en Sorbonne ; uue autre consultation de 
1598 condamna formellement la magie et 1 astrologie; des ordonnances de 
Henri III, de Louis XIII, de Louis XIV, se montrerent a 1 egard des devins d une 
extreme severite ; rien n y fit. Charles V avait Thomas de Pisan pour astro- 
logue ; Francois I er , Jelian Thibault; Catherine de Me dicis, Ruggieri; Charles IX, 
Michel de Nostre-Dame. 

Le quinzieme siecle vit meme apparaitre en Europe une race de sorciers qui 
pretendaient venir de 1 Egypte et rapporter les secrets des oracles d Isis et 
d Osiris. 

En 1 annee 1417, arriverent en Allemagne, dit Sebastien Minster, des gens 
noirs, brules du soleil, couverts de vetements sordides, malpropres en toutes 
choses. Us etaient habitues, les femmes surtout, aux vols et aux rapines. On les 
appelait Tartares ou Gentils ; gitani, en Italic. Us avaient un chef, des comtes 
distingues par leurs habits, deschiensde chassecomme les nobles, sans avoir ou 
cbasser. Us sont maquignons, la plupart des hommes marchent a pied ; les 
femmes et les enfants sont portes dans des litieres; ceux qu on vit enAllemaffne 
avaient des saufs-conduits du roi Sigismond. Us parcourent selon eux le monde a 
cause d une penitence qui leur a ete imposee, et sont originaires de la Basse- 
Egypte. L experience a prouve que c est pure fable. Ces gens forment une race 
paresseuse, vagaboude, vivant de vols et de ruses. Us n ont pas plus de religion que 
les chiens, bien qu ils fassent parfois baptiser leurs enfants, vivent au jour le 



80 DIVINATION. 

jour, errant de province en province. Ces individus, doues d une aptitude remar- 
quable pour parler toutes les langues, sont un veritable fleau pour les paysans 
dont ils pillent les cabanes. Les vieilles femmes pratiquent la divination et la 
chiromancie, mais, tandis qu elles repondent aux questions, elles savent vider 
habilement la bourse de celui qui les interroge . 

Vers la fin du meme siecle (1491) une epidemic de demonomanie divinatoire 
effraya pendant plus de quatre ans le diocese de Cambrai ; des religieuses furent 
transformees en harpies et en prophetesses du diable. Cela commenca vers la fete 
de la chaire de Saint-Pierre (Janvier) et dura plus de cinquantc mois. On pou- 
vait voir, dit un chroniqueur de 1 epoque, les malheureuses courir a travers 
champs comme les chiens, voler comme les oiseaux, grimper aux arbres, 
imiter les cris de divers animaux, decouvrir des secrets et prophetiser. 
Elles furent exorcisees par 1 archeveque de Cambrai et le doyen de 1 eglise me- 
tropolitaine ; on ecrivit leurs noms sur des morceaux de papiers, et ces noms 
envoyes a Rome furent lus par le pape Alexandre VI au moment de la conse 
cration ; rien n y fit. Enfin on mil en prison, ou elle mourut, une nomme e 
Jeanne Potier qui avail, disait-on, communique le mal a toute la communaute ; 
1 epidemic disparut peu de temps apres. 

L Eglise n exorcisa pas toujours les religieuses saisies de 1 enthousiasme 
propbetique; elle conserva parfois leurs visions, de sorte qu elle a ses livres 
sibyllins qui completent 1 enseignement des docteurs. Sainte Therese, sainte Bri- 
gitte, sainte Angele, sainte Catherine de Sienne, ont converse avecleur divine poux. 
Le danger que de pareilles ^lucubrations pouvaient faire courir a la purete des 
dogmes fut entrevu par certains theologiens, qui les declarerent incertaines et 
inutiles ; plusieurs meme parlerent de troubles de 1 esprit, d hallucinations, 
et allerent jusqu a declarer, comme Jean de Salisbury, que de pareils cauche 
mars sont 1 affaire du medecin etnon du pretre ; les mystiques 1 emporterent, Bri- 
gitte eut pour avocat Torquemada ; un conseil de cardinaux et de docteurs, 
tenu sous Eugene HI, autorisa la publication des revelations de sainte Hilde- 
garde; une telle procedure supprimait les difficultes. On ne recut qu avec une 
extreme circonspection les songes et les visions des saints. Le prieur, le sous- 
prieur et lecteur d un couvent de dominicains de Berne payerent cher une impru 
dence commise en semblable matiere. Ils oserent publier de leur chef les 
revelations d une fille du pays que 1 opinion publique designait comme une 
bienheureuse. Elles renfermaient des propositions peu orthodoxes touchantl Eu- 
charistie et I lmmaculee Conception, ilaimo de Lausanne instruisit leur proces 
en presence d un legat envoye specialement par le pape. Avec la question 
on obtint d eux 1 aveu qu ils avaient rendu folle 1 inspiree par magie et 
sortilege. Ils furent en consequence condamnes a mort et brules : c etait la 
terminaison ordinaire de ces proces. Des families de visionnaires furent brules 
en Espagne ; on brula en France avec d autant plus d energie que les adeptes 
des sciences occultes etaient tous entaches d heresie. Sorcier etait une bien 
dangercuse epithete ; il n etait point facile a qui 1 avaitessuyee deux foisde sortir 
sain et sauf des grilles des chats-fourres; la justice avait des moyens infail- 
libles de delier les langues et de pousser ses enquetes jusqu en enfer. Puis, 
temoigner en faveur d un sorcier, c etait s exposer a s asseoir a ses cotes. Jean 
de \Vier, 1 ami de Cornelius Agrippa, avait voulu une fois pour toutes faire 
justice des fables qu on debitait sur cet homme, et montrer que les pretendues 
sciences occultes, magie ou divination, n etaient qu un tissu de puerilites, mais 



DIVINATION. SI 

que c etait un contre-sens ct une barbaric dc trailer comme des criminels les 
na ifs qui y croyaient. Pour Bodiu, un magistral francais, Jean de Wier n est 
lui-merne qu un sorcier. line sepeut excuser d avoir rnis en son livre les plus 
deteslables formules qu on pent imaginer, si bien qu en apparence il inrdict 
du diable et de ses inventions et neanmoins il les enseigne et louche an doigl 
jusqu a mettre les caracteres el mots que son maitre Agrippa ne voulut imprimer 
tant qu il vecut . 

On brulait en Allemagne : une vieille femme paya de sa vie une plaisan- 
terie : rentrant un jour du marche, un paysan depose sur un escabeau la vessic 
qui luiservaitde bourse. Lecochon cntre etl avale. Aprcs avoir accuse sa fennnr 
qui se defend, il va chercher la sorciere de I eudroit. Celle-ci 1 accompagne et, 
tracant une ligne sur le sol : a Ne la franchis pas, lui dil-elle, je vais consulter 
1 esprit qui est dans 1 armoirc. Le paysan n eul garde de se conformer a la 
recommandation ; il s approcha de la porle, preta 1 oreille et entendit le colloquc 
suivant enlre le diable et son evocatrice : Le cochon a mange la bourse, mais 
garde-toi d en rien dire. Fais pluiol croire a ce ruslre que sa fern me a pris 
1 argent pour faire bombance avec le cure- La sorciere qui repela la lecon 
fut denonce e, jugee, condamnee, executee. 

On brulail en Ecosse : le galanl Thomas, le rimeur d Erceldoune que la reine 
des fees avail transporte dans rElfland, fut cause de la mort de beaucoup de 
gens. II revenait sur terre, disait-on, et renseignait qui lui plaisail. Malheur 
a qui 1 ecoutait et enparlait a ses voisins! Les juges frappaient comme le plus 
grand des crimes le commerce avec les morls. Walter Scotl a parcouru dans 
les archives judiciaires du comte d Ayre les papiers relatil s a 1 alTaire de Bessie- 
Dunlop, qu affectionnail parliculieremenl un capilaine morl cenl ans aupara- 
vant; celui-ci la renseignait avec une precision incroyable; mais il oublia une 
chose, d exiger d elle un rigoureux silence. Le proces-verbal contienl en marge 
ime mention d une eloquente brievete : Convicia et combusta. 

Enfm cette rage homicide eut un terme : a parlirde la seconde moitie du dix- 
seplieme siecle, les auto-da-fe devinrent rares; les sorciers purent aller au sabbal 
sans risquer aulre chose que les galeres, a moins qu ils ne joignissent a ces pra 
tiques 1 exercice moins chimerique de la toxicologie, comme le flrent la Brin- 
villiers et la Voisin. Les propheles prolestanls du Gevaudan furent traques sans 
doute, mais leur histoire ne louche que faibletnent a celle de la divination. Leur 
enlhousiasme ne leur revelait rien des choses de la terre ; s ils furent pendus et 
fusilles, ce fut comme heretiques et insurges. 

Deux nouvelles pratiques eurent a cette epoque leur moment de vogue, 
la rhabdomancie et la divination par les cartes. Les apotres de la premiere en 
France furent le baron et la baronne de Beausoleil; ce n etaienl ni des fourbes 
ni de vulgaires charlatans. Le baron etaitun mineralogisle de valeur; sa femme, 
Francaise et patriole, fit connaitre a son pays des ressources immenses qu il iguo- 
rail. Elle donna la premiere 1 eveil sur 1 etendue des richesses mineralo- 
giques de la France, et montra tout le parti qu il etail possible d en tirei 
pour la prosperite du pays ; elle prouva que 1 exploitation de nos produc 
tions souterraines devail etre une cause puissante de developpement de 
credil al exterieur et de la prosperile publique a I interieur; elle embrassa d un 
coup d oeil vraiment politique 1 avenir reserve a 1 exploitation de cette branche. 
alors inculte ou ignoree, des revenus du royaume (L. Figuier). 

Malheureusement la science de ces deux mineralogistes avail un faux air de 

DICT. ENC. XXX. 6 



82 DIVINATION. 

mystere. La baguette semblait jouer dans les decouvertes qu ils faisaient un 
role aussi grand que les sondages et 1 observation du terrain. Y crurent-ils ou 
firent-ils semblant d y croire? On ne saurait le dire; ce qu il y a de certain, 
c est que leurs ennemis eurent le dessus. Richelieu, qui admeltait officiel- 
lement la sorcellerie depuis la mort d Urbain Grandier, finit par preter I o- 
reille aux accusateurs ; le baron fut embastille, la baronne enfermee a Yin- 
cennes. 

Moins de cinquante ans apres, un rhabdomant du Dauphine appele Jacques 
Aymar, qui jouissait deja d une grande reputation dans les montagnes, 
fut requis par les magistrals de Lyon pour les aider dans la recherche 
de deux assassins. La baguette fit merveille; on voulut voir le devin a Paris; 
ce voyage fut malheureux; il commit une foule de sottises, d indelica- 
tesses, et dut reprendre au plus vite le chemin de son pays. Cela n empecha 
pas 1 intendant liaville d avoir recours a lui pour la recherche des Cami- 
sards. D autres trouveurs de source furent convaincus comme le premier 
d erreur ou de supercherie, et malgre tout -la baguette continua d avoir des par 
tisans. Je sais que certains savants ombrageux, disait L. de Vallemont, ne feront 
pas grand cas de ce qu on pourrait dire de bon sur ce qui regarde le mouve- 

ment de la baguette et qu ils- 
continueront de la regarder 
comme la chose le moins du 
monde digne de leur attention : 
ils en penseront ce qui leur 
plaira, mais je puis leur citer 
d autres savants qui n ont pas 
cru mal employer Jcur temps 
de tourner leurs e tudes de ce 
cote-la. L auteur etait pour 
son compte absolument per 
suade de la realite des mer- 
veilles attributes a la baguette. 
II a e crit sur son usage un 
traite complet dans les formes 
classiques, et cet ouvrage a eu 
deux editions, le modus fa- 
ciendi est etudie avec autant 
de precision que s il s agissait 
d une operation chirurgicale. 
Afin qu aucune obscurite ne 

restatdans 1 esprit du lecteur, Vallemont a eu soin d illustrer par des figures son 
texte naturellement un peu aride (voy. fig. 5). 

Presque a la meme epoque, la cartomancie trouvait son avocat pres du 
public; c etait uncertain Aliette, plus connu par son pseudonyme d Etheila; 
songeur cartomancien, necromant, il jouit pendant une partie du dix-hui- 
tieme siecle d une reputation qui ne fut guere eclipse e que par celle de 
Cagliostro. 

G. LES DEVINS FAMEUX ET LES HISTORIES DE LA DIVHTATIOS. II SCrait difficile 

de terminer cette histoire sans jeter un coup d ceil sur ceux qui se sont occupes 




Fig. 5. - Une des manieres de tenir la baguette divinatoire 

(De Vallemont). 



DIVINATION. 85 

de mantique a litres divers; il y a eu parmi eux des medecins, des medecins 
de valeur meme. Isidore de Seville plac,ait 1 astrologie dans la physique, a cote 
de 1 astronomie. Des 1 instant ou 1 on admettait la solidarite des forces cos- 
miques et des forces organiques, il etait impossible que le medecin laissat de 
cote les astres. La doctrine meme des periodes climateriques et des jours cri 
tiques creait 1 obligation de ne pas isoler deux sciences regardees corame con- 
jecturales et egalement le gitimes. Nous avons vu que le domaine de I astrologue 
allait bien au dela de 1 horoscope et du cercle de geniture, que 1 arithmo- 
mancie, la geomancie 1 alchimie et la chiromancie etaient autant de sceurs 
puinees de la divination babylonienne. Coictier devait, dit-on, son influence sur 
1 esprit de Louis XI a une prediction ; scs calculs lui auraient re vele que la mort 
du roi suivrait de pen de mois la sienne. La Faculte de Paris attribua la 
peste de 1548 a la conjonction de Venus et de Mars. En revanche, !e docte 
corps etait si bien venu a resipiscence deux sieclcs plus tard, qu il poursuivit 
Serve I pour avoir professe publiquement l as(rologie judiciaire. 

Pietro Abano, qui mourut en 1320, avait rapporte de Constantinople, avec 
la connaissance approfondie.de la litterature grecque, celle dc In -romancie et 
de 1 astrologie. II fit peindre sur Ja voute de son amphitheatre 400 figures 
qu il expliquait. La protection du pape llonorius IV, son client, ne 1 empecha 
point d etre condamne au bucher par 1 Inquisition; la sentence cut proktli 
ment ete executee, si le vieillard ne fut mort dans sa prison. 

De tres-bonne heure il y eut une astrologie medicale; des le premier siecle 
de notre ere, un medecin de Massilia, appele Crinas, la cultivait avec uu tel 
succes, qu il crut pouvoir la transporter a Rome; Marseille avait a ce moment 
le privilege de fournir a la capitate du monde des praticiens excentritjues. Le 
charlatanisms de Crinas lui reussit assez bien pour qu il acquit une fortune 
colossale et put faire rebatir avec ses propres deniers les murailles de sa ville 
natale. On trouvait d ailleurs dans les ecrivains les plus estimes les preuves de 
1 utilite pratique de la semeiotique astrale. Hippocrate n avait-il pas assi<nie une 
circonscription organique aux corps celestes? Les defenseurs et les propagateurs 
de 1 astrologie, Manilius et Firmicus Maternus, revenaient a chaque instant sur 
ces rapports. Pline y croyait, Galien y croyait, Averroes les accepta, ct pendant 
tout leiegne des Arabes, dans les ecoles de 1 Occident, 1 astrologie y I ut enseignee 
avec plus de soin peut-etreque 1 anatomie. Lc zodiaque salernitain correspondait 
a riivgiene, a la the rapeutique, a la marchc et au pronostic des maladies : 
II ne faut pas se raser quand la lime est dans le signe du be lier ; quand elle 
est dans la constellation de la Vierge, ensemence ton champ, mais garde-toi de 
prendre femme et d entrer dans le lit conjugal : tu peux alors soi^ner les 
cotes avec les diluents chirur^icaux. 

O O 

Arnaud de Villeneuve est reste populai? e. Savant hardi, meme centre l E>lise 
il dut fuir d Aragon a Paris, de Paris a Montpellier; il allait demander asile au 
pape, qui 1 admirait, quand il se nova dans un naufrage. Arnaud s est occune 
de toutes sortes de choses peu orthodoxes ; il blessa les medecins en essayant 
de vulgariser leur art. Son Tre sor des pauvres est une sorte d edition princeps 
du Medecin charitable de Guilbert, ou de VAvis an peuple de Tissot; il faillit 
etre tue plusieurs fois; la Sorbonne conclamna ses doctrines, ses predictions 
tout son art, en un mot. 

Thomas de Pisan, astrologue de Charles V, n etait pas medecin, pas plus que 
Sloffler, professeur de mathematiques a Tubingue, qui fit trembler TEurope en 



84 DIVINATION. 

predisant pour le 20 fevricr 1521 un nouveau delucc. On y crut si bien, quc 
le President du Parlemenl de Toulouse fit construire une arche pour lui et sa 
famille; il en fut pour ses frais, car le mois fatidique ne fut remarquable que 
par une grande seVberesse. 

Le medecin Cardano etait un mathematician et un astrologue si habile, que, 
quand ses propheties etaient en defaut, il avait une explication toute prete 
sur les causes d erreur. Nous ne ferons que citer Jehan Thibault, ami de Ser- 
vet, astrologue de Charles-Quint. II aimait son art, y croyait et faisait peu de 
cas de ccux qui n allaient pas chercher dans les astres les elements de leur 
diagnostic : Silesmedecins les plus instruits, disait-il, nesaventrien d un cer 
tain nombre de maladies, c est qu ils ne connaissent pas 1 astrologie. On pent 
;qi|irendre en deux mois la medecine, relativement a 1 excretion urinaire, aux 
recetfes et au pouls. Ces connaissances sont devenues populaires, non grace 
aux savants, mais grace a ceux que Dieu a voues pour les connaitre. La science 
de 1 astrolome est la plus noble de toutes. 

D I 

L epoque des guerres de Religion fut un beau temps pour elle ; c est avec ses 
calculs que Nostradamus reunit les donnees qu il formula en centuries. II fut 
conseiller medecin des rois Henri II, Francois II, Charles IX; Catherine de 
Medicis le consulta. Apres une existence passablement vagabonde, rappelant 
celle d Arnaud de Villeneuve, de Paracelse ou de Cornelius Agrippa, il lui 
sembla bon de retourner a Montpcllier pour se reposer et passer au doctorat; 
ce qu il fit en peu de temps, non sans epreuve, louange et admiration de tout 
le college. II ne se mit a la divination que plus tard, apres avoir etudie avec 
Jules-Cesar Scaliger, et eprouve de cruels malbeurs de famille. Arrive a 
Marseille, dit celui de ses biograpbes que nous avons deja cite, Jean Aime de 
Savigny Beaunois, il vint a Aix sur la demande du Parlement de Provence, ou 
il fut trois annees aux gages de la Cite, du temps que la peste s y eleva, en 1 aii 
du Cbrist 1546, si furieuse et cruelle, telle que 1 a decrite le seigneur de 
Launay en son theatre du monde, selon les vrais rapports qui lui en furent 
fails par notre auteur. De la, venant a Salon-de-Craux, ville distante d Aix 
d une petite journee et a moitie chemin d Avignon et de Marseille, il se maria 
en secondcs noces. Ce fut la que, prevoyant les insignes mutations et change- 
ments qui adviendraient dans toute 1 Europe et meme les sanglantes guerres 
civiles et les troubles pernicieux de ce royaume gaulois qui approchaient fatale- 
ment, plein d un entbousiasme et comme ravi d une fureur toute nouvelle, il se 
mit a ecrire ses Centuries et autres presages commenc,ant ainsi : 

D esprit Divin 1 ame presage alteinte, 
Trouble, famine, peste, guerre, courier. 
Eau, suscitez, terre et mer de sang teinte, 
Paix, tresves a naitre, Prelats, prince mourir. 

Les amis des sciences surnaturelles croient encore a la parole de Nostradamus. 
Depuis 1 epoque ou son livre a paru, il a eu des exegetes dont la tacbe est 
aussi lourde que celle de leurs confreres antiques. Michel de Nostre-Dame, qui 
etait fort instruit, fut-il de bonne foi; voulut il se livrer simplement a une 
distraction erudite en imitant dans la langue de Ronsard la litterature des chres- 
mologues? Probleme irresolu. Son his herita de son metier, non de son talent; 
on le surprit un jour en train d allumer un incendie qu il avait predit ; cette 
demonstration par le fait lui couta la vie. 

On a explique apres coup les Centuries de Nostradamus avec des scholies 



DIVINATION. 85 

habilement faites ; on a prouve qu il avail ecrit jour par jour 1 hisloire des 
guerres de religion, des Bourbons, de la Revolution; il est vrai que les preuves 
He cetle nature sont peu mathematiques. Void un distiquo regarde comme un 
des plus ciairs de 1 oeuvre de Michel : 

Le noir farouche, quand aura essaye, 

Sa main sanguine par feu, fer, arcs tendus, 

Trestous le peuple sera tant effraye 

Voir les plus grands par col et pieds pendus. 

Yous ne devinez probablement pas qu il s agit dela Saint-Barthelemy, que le 
noir farouche, c est leroi Charles IX, 1 ami et le bienfaiteur de I astrolocue ; que 
1 arc tendu, c est 1 arquebuse avec laquelle il lira, dit-on, du haul du balcon 
du Louvre, sur les huguenots eperdus. 

De Nostradamus nous allons sauter en plein dix-huitieme siecle et clore cette 
liste par le nom d un homme de genie. C est presque une profanation de placer 
Svedenborg a cote de personnages dont 1 histoire n a pas fixe la valeur morale. 
11 fut du reste moins un devin qu un apotre; trois cents ans plus tot, il eut 
entraine les masses et rendu sociale la relorme que Luther et Calvin firent 
the ologique. Ingenieur, naturaliste, cet homme n avait qu un desir : apprendre; 
qu une passion, le bien; ses moeurs etaient exemplaires, sa solim tr telle qu il 
ne gouta jamais au vin; avec cela une memoire et une facilite d assimilation 
prodigieuses. Svedenborg avail cinquahte-sept ans; il etait membre de presque 
loutes les societes savantes de 1 Europe; ses travaux avaient e merveille le 
monde. Yoila que tout a coup, sans transition, ce matlie maticien devint un 
inspire et un visionnaire. II ecrivait toujours, mais la science n etail plus rien 
pour lui ; des productions mystiques et presque incomprehensibles, des projets 
de reforme religieuse, des revelations, tel fut le dernier tome de son oeuvre. 
Malgre tout, son caraclere n avait pas change, ses habitudes etaient les memes; 
sa mission lui semblait si certaine, sa cause si juste, qu il se bornail a la de fendre 
par Ja plume sans precher. Les me conlents, les mystiques, ceux qu une aspi 
ration permanente entraine vers un ideal introuvable, lurent ses livres avec 
passion. L Eglise ofllcielle de Suede s en emut, le propre neveu de Svedenborg 
se mil a la lete de ses adversaires. Que s etait-il done passe? Lui-meme va 
nous 1 apprendre : 

Je dinais tres-tard dans mon auberge accoutumee ou je m etais reserve une 
piece. J avais grand faim et je mangeais avec un vif appetit. Sur la fin de mon 
repas, je vis une sorte de brouillard se repandre sur mes yeux et le plancher se 
couvrir de hideux reptiles. J en fus d autant plus saisi que 1 obscurite s epaissit 
da vantage. Toutefois, elle s evanouit bientot et je vis distinctement un homme 
assis dans un des angles de 1 appartement au sein d une vive et radieuse 
lumiere. Les reptiles avaient disparu avec les teuebres. J etais seul, et vous 
pouvez vous ligurer 1 eflroi qui me prit, quand j entendis l homme d un ton 
bien propre a inspirer la frayeur prononcer ces mots : Ne mange pas tant. A 
ces mots, ma vue s obscurcit de nouveau, puis elle se retablit peu a peu et je 
me vis seul... La nuit suivante, l homme rayonnant de lumiere m apparut une 
seconde fois et me dit : Je suis Dieu, le Seigneur, le Createur et le Kedempteur ; 
je t ai e lu pour interpreter aux hommes le sens spirituel des Saintes Ecritures 
et je te dicterai ce que tu devras ecrire. 

A partir de ce moment il acquit ses facultes divinatrices. Etant a Goten- 
bourg, il annonca, dit-on, un incendie qui venait de s allumer dans un des fau- 



86 DIVINATION. 

bourgs de Stockholm a 100 lieues de la. Ses revelations a la reine Louise Ulrique 
de Prusse sont restees traditionnelles ; malheureusement, on n en a jamais connu 
la teneur. Les adversaires de Svedenborg pretendaient qu il etuit fou ; il est 
certain que 1 episode initial de la seconde partie de sa vie rappelle le debut d une 
affection cerebrale. L obnubilation sensorielle suivie d hallucinations de la vue 
et de 1 ouie, sa mort par apoplexie quelques annees plus lard, paraissent du do- 
maine de la pathologie. Si Ton avail des documents plus precis sur ses demieres 
annees et une bonne relation necroscopique, on y trouverait surement 1 expli- 
cation du naufrage de cette belle intelligence. 

A cote de ses adeptes, la divination a eu ses vulgarisateurs et ses critiques. II 
est assez difficile d etablir une distinction meme conventionnelle entre les uns 
et les aulres. Les ecrivains duseizieme siecle ont loul confondu ; le compilateur 
est un sorcier au meme lilre que le niais qui croit. La robe ou la tiare ne 
defendaient meme pas contre une pareille accusation. Gerbert etait un sorcier; 
Hildcbrandt, la gloire de 1 Eglise, aurail ete prevenu de ses hautes destine es par 
un sort magiquc; Trilheim, le savant et lourd compilateur, sorcier. Paracelse, 
magicien comme Goclin ou Gauricus. Pourtant la plupart de ces ecrivains ont 
etc peu tendres pour les sciences occultes : le Polycraticus de Jean de Salisbury 
esl une amere diatribe surl inanite des connaissances bumaines. L eleve d Abei- 
lard, 1 ami et 1 inspirateur de Tbomas Becquet, qui repondait aux juges de 
Henri II : L amour de la liberte ct la defense de la verite, voila mes crimes , 
etait trop independant, trop judicieux pour accepter en bloc les tbe ories et les 
legendes absurdes qui farcissaient renseignement des e coles de son temps; Salis 
bury eut des admirateurs, mais ne fut pas imite. 

II faut arriver jusqu a la Renaissance pour Irouver aulre chose que des 
compilations sans methode et sans choix. A. Cornelius Agrippa et Paracelse, 
prcsque contemporains, furent les chefs d une nouvelle ecole. 

Le theme de Cornelius Agrippa est, comme celui de Jean de Salisbury, la vanite 
des sciences humaines ; mais il y eut dans la vie de cet homme etrange trop de 
contradictions pour que son oeuvre ne s en ressentit pas. Soldat au debut de sa 
carriere comme Descartes, puis professeur d he breu a Dole, de theologie a 
Cologne, syndic de Metz et casse pour sorcellerie, medecin de Louise de Savoie 
et renvoye pour son attachement au due de Bourbon, aslrologui de Marguerite 
d Autriche, il vint mourir desenchante et presque indigent a Grenoble. Corne 
lius Agrippa a etudie avec passion, mais sans methode; son scepticisme ne res- 
semble en rien a celui du savant qui se defie d une voie Irompeuse sans pour 
celaperdre 1 espoir d arriver au but; c est l effarenient d un esprit puissant, mais 
etonne en presence d un gigantesque amas de materiaux mal classes. Les 
reflexions d Agrippa sur la vanite des sciences ne 1 empechaient point de paiier 
d aslrologie en fidele de 1 horoscope, de rapporter serieusement ties faceties gro 
tesques. Sa medecine astrologique pourrait occuper une place distinguee dans le 
museum des aberrations humaines ! II a par exemple, pour trailer 1 ivresse, 
une recette qu il serait difficile de deviner. Les signes de Mars contribuent 
a la tele et aux testicules, a cause du mouton et du scorpion : c est pourquoi, 
quand le corps tremble et la tete fait mal a ceux qui ont fait des debauches 
de vin, il n y a qu a leur tremper les testicules dans dc 1 eau fraiche ou froide 
et les laver avec du \inaigre : c est un prompt remede. 

Le Paracelse legendaire, le sorcier de Bodin, ne ressemble que de tres-loin 
au Paracelse de I liistoire. Celui-ci fut uu medecin ingenieux, souvent habile, 



UIVliNAllUM. 87 

un pathologiste plus observateur qu instruit ; il brula les livres d Hippocrate el 
deGalien, pcut-ctro pour imiter Luther; enseigna en allemand et, sous pretexte 
d en revenir a 1 etude de la nature, substitua aux doctrines traditionnelles ses 
theories qui ne valaient, guere mieux. II avait des qualiles professorales mer- 
veilleuses : la conviction, la fougue, une grande facilite d elocution ; a cote de 
cela, de penibles travers. II manquait absolument de tcnue ; cc fut toujours 
et malgre tout, comme nous dirions aujourd hui, un aventurier et un 
boheme. 

La popularite de Paracelse s etendit j usque dans le grand public; le possesseur 
des secrets medicaux devint un magicien et un devin commc Pythagore. Des 
eleves plus zeles qu instruits contribuerent a repandre ces sorneltcs. Le maitre 
avait-il cru a la magie? La question est aussi difficile a resoudre a propos dc 
lui qu a propos d Agrippa. II malmena plus d une fois les amis du merveil- 
leux; il chassa les esprits de 1 etiologie de la danse de Saint-Guy, et fit une 
classification assez juste. Tout cela avait pen d importance ; on servit au public, 
sous son nom, une encyclopedic occulte, illustree de demonstrations, d obser- 
vations, et redigc e dans un style dont l emphase obscure et rude s adaptait ad- 
mirablement au sujet. 

L homme ne sail rien de 1 avenir, est-il dit au debut, il- a ete en effet cree 
de telle sorte qu il ne s occupe que d elcver son esprit vers Dieu et ne soil 
pas agite d un aulre soin. En quoi demain interesse-t-il aujourd hui? A 
chaque jour sa peine. Pourquoi songer a ce qui arrivera? II faut s occuper 
d aujourd lmi pour que demain ne nous apporte pas de mat; aujourd hui la 
mort arrive et non demain ; c est assez de s inquieter du present. Le Christ 
nous a dit de ne pas nous occuper de la maniere dont notre corps doit etre 
nourri on conserve, mais de Dieu seul. Qu importe done ce qui arrivera a 
notre corps? Demandons le royaume de Dieu; le reste nous sera donne par 
surcroit. 

II serait difficile de mettre ce langage sur le compte d un magicien. 
Dans Tedition allemande de ses oauvres completes publiee par Iluser, cer 
tains passages mantiques sont de simples pamphlets religieux. L explica- 
tion des figures du c.loitre des Ghartreux de Nuremberg en est une preuve. 
Voila, dit-il, a propos de la vingtieme, un moine qui a dans sa main 
gauche une rose et a droite une faucille, un briquet, de 1 autre cote une 
Jambe nue. En mai, la rose repand un parfum que lout le monde admire. 
Quand vient 1 ete, elle se desseche et il n en reste plus qu une tige epineuse; 
de meme Je moine parailra d abord doux et agre able au peuple, qui le comblera 
de louanges, mais le temps du dessechement viendra et il ne reslera de 1 en- 
chanteur qu une saveur ct une odeur de moisi. La faucille coupe les bonnes 
et les mauvaises herbes, les orties et le ma is, le froment et Tivraie, etc. Tous 
les moines seront coupes et jetes au feu. Le briquet est 1 indice du feu, que 
beaucoup seront brule s qui out ete coupes avec la faucille. Une partie d une 
chose signifie la chose tout entiere : le briquet indique le feu; la pluie, 
1 Ocean. La jambe ne signifie pas autre chose qu un grand mouvement d im- 
puretes, si grand que tous les coeurs seront mis a jour. Le libertin ou la 
prostituee du fond du cceur seront decouverts; tout ce qu il y a de mauvais 
sera devoile (voy. fig. 4). 

Les figures de la magie sont dans le meme gout. On saisit difficilement la 
signification de la premiere, meme avec la legende explicative : Ceci repre - 



88 



DlVllNATiUiN. 



sente unc chose interieure qui se revele a 1 exterieur par des signes. La nature 
a ses emblemcs, la magie a les siens. Us t incliquent que tu devores celui qui 




Fi;j. 4. Figure symbolique du cloilre des Charlreux de Nuremberg (Paracelse). 




est entre tes mains. Heuretix qui peut se garder pur de tes atteintes, car tu ne 
laisses chez toi personne en repos. La magie t a bien observee et t eslime a ta 

valour. C est ta beaute elle-meme qu il 
faut apprecier et non les apparences. 
In devores ce que tu touches, c est 
1 elegance et non la piete qu il faut 
ehercher chez toi (voy. fig. 5). 

Les oeuvres completes de Paracelse 
nc furent jamais accessihles a tous. On 
IPS divisa; les medecins se partagerent 
sa pathologic, sa chirurgie grande et 
petite; les travaux divinatoires et magi- 
ques ne furent ni les moins cites, ni les 

rig. b. Premiere figure symbolique du Ira tic 

da magie attribue a Paracelse. moms reprodllits, ni les moins COI11- 

mentes. A cote d eux, on publia, en 

Allemagne et en France, de veritables manuels populaires. La divination par la 
main fut surtout exploitee ; nousavons deja mentionne ses rapports avec I astro- 
logie. La nomenclature et la notation des chiromanciens etaient celles de 1 art 
genethliaque, sauf des variantes correspondant a la surface restreinte sur laquelle 
ils observaient. Ainsi le cercle de gdniture correspondait a la ligne de vie, 
reminence thenar devenait Venus; la saillie de 1 articulation metacarpo-phalan- 
gienne de 1 annulaire, la lune. L aspect de la main et les bases des interpre 
tations qu on peut en tirer au point de vue du pronostic et du diagnostic tel 
qu il a ete donne par Ph. May sont les suivants (voy. fig. 2. p. 49) : 

(( Les esprits curieux, dit-il, qui voudront penetrer dans les secrets de la 



DIVINATION. 80 

vie et les decouvrir a la faveur de cette noble et illustre science, doivent 
savoir : 

1 Les noms propres qui sont attribues aux signes qui denotent la vie et la 
sante ; 

2 Les noms des planetes auxquelles les montagnes et collines de la main 
qui signifient aussi la sante sont, attributes; 

r> c Que toutes les lignes de la main out leurs vertus et proprietes qui leur 
sont adjointes. 

Ainsi la ligne A est la ligne du COBUF et de la vie, la ligne E la ligne des 
poumons, du cceur et de 1 estomac; les eminences indiquees par des signes 
astrologiques ont les proprietes et la signification medicale des lettres corres- 
pondantes. 

La main n etait pas le seul organe capable de fournir des indications man- 




Fig. 6. Division metoposcopique de la face (d apres May, lac. cit., p. 151). 

tiques ; on devinait egalement par la face ; le grand Cardano lui-meme avail 
public une Metoposcopie ; les regies de cette methode sont rappelees sommaire- 
ment dans le petit livre que nous venons de citer. II est boil toulelbis, si Ton 
veut eviter une confusion, de se rappeler qu il exisle deux variele s distinctes de 
divination par la physionomie : 1 une occulte, ayant les memes procedes que 
ia chiromancie. La face esl divisee en lignes, en carrcs; chacun d eux corres 
pond a une eminence de la main, a une planete (voij. fig. 0) ; le principe est 
toujours le meme; c est la relation absolue et constante entre 1 univers et le 
corps huraain ; le second n est qu une reduction du premier; ses elements 
ont Jeurs correspondants celestes qui les guident. 



90 



DIVINATION. 



2 Une naturelle : la physiognomonie, entrevue par Jean Scot, en plein 
moyen age, dont Porta a etc le defenseur et Thistoriographe : c est une mor- 
phologie comparee, une application poussee jusqu a 1 absurde du raisonne- 
ment par analogie. Chaque espece animale a ses aptitudes, ses instincts, son 
caractere ; il existe entre eux et la forme du crime ou de la face, une relation 
constante ; lout permet de croire que la meme chose a lieu dans 1 espece 
humaine. 

Si avec une analyse soigneuse de ses parties constituantes on peut les rap- 
procher de celles d un animal donne, il devient possible de remonter au carac 
tere et a la valeur morale (voy. fig. 7). C etait une sorte d embryon du systeme 




Fig. 7. Nous avons icy expnme la figure de la teste de 1 ane dont la levre grosse Ju haul penJ sur 
celle du bns aim qu on puisse aisement considerer celle de 1 homme Cguree a sa ressemblance 
(Porta, La pliysionomie humaine, trad, par le sieur Kault. Rouen, T. et D. Bcrthelin, in-8 v., 220 p.). 

de Gall et de Lavater. Inutile d ajouter que les donne es fournies par un pareil 
systeme laissaient la place aussi large que possible a 1 initiative individuelle 
ct a la fantaisie; que si 1 etude de la morphologie pure est difficile et singu- 
lierement minutieuse, celle de la morphologie comparee Test iniiiiiment plus. 
Le systeme de Porta est la tentative d une science dont les instruments sont 
imparfaits et les observations en trop petit nombre; il n a rien de surnaturel. 
Les methodes d Arnaud de Villeneuve, de Cardan, de May, etc., infiniment 
plus simples, se rattachaient exclusivement aux sciences occultes. 

Peucer et Boissard, tous deux the ologiens, antiquaires, critiques, protestants 
convaincus, ont ecrit a la meme e poque des livressurla divination, qu ils appre - 
cient a peu pres comme Delrio, sceptiqua par rapport aux pratiques et malgre 
cela partisan des repressions sanglantes. 

Les tendances here liques de Cornelius Agrippa et de Paracelse ont ete la 
cause de la severite des e crivains catholiques a leur e gard; on a fait sur le 
premier des contes que des livres soi-disant serieux ont reproduits. Pendant sa 
courte magistrature a Metz, il avail resiste a un inquisileur de la foi et s etait 
oppose au proces d une pauvre vieille que la faiblesse de son intelligence n au- 
rail pas preservee du bucher ; eel acle dc courage lui couta sa place. La mort 
meme ne de sarma pas ses enncniis ; des rapports entre lui et Satan furent in- 
ventes et repandus par un moine defroque appele Thevet, dcvenu sur la fin 



DIVINATION. 91 

de sa vie pamphletaire, ligucur ; c est de lui quo la satire Monippe e disait : 
On ne vit jamais si grosse bete. Paul Jove ajouta 1 episode du chien noir 
diabolique, qui aurait etc se precipiter dans 1 Isere a la mort de son maitre. 
Naude a fait justice une fois pour toutes de ces recits sans effacer le mauvais 
renom de celui dont il avail traduit les oeuvres. 

Delrio, Boissard, Peucer, out ecrit dans un but different, out juge avec un 
criterium different, et cependant leurs appreciations sont identiques sous bien 
des rapports. Delrio, jesuite flamand, etait une sorte de jurisconsulte, essayant 
de fixer la jurisprudence du Saint-Office. Pour lui, la magie comme la divi 
nation sont des sciences reelles, mais impies; il rapporte que plusieurs livres qui 
en traitent ont ete brules en Espagne, et ajoute : Plaise a Dieu qu ils 1 eussent 
tousete ! L esprit de son ouvrage est dans cette phrase ; les eclaircies de bon sens 
qu on trouve de place en place sont vite obscurcies par une foule d anccdotes 
recueillies partout pour les besoins de la cause. 

Avec Peucer, c est un fanatisme d une autre nature qui parle; medcein, 
mathematicien, Peucer, gendre deMelanchthon, etait aussi un ardent calviniste ; 
il fit tout ce qu il put pour introduire en Allemagne la discipline et les usages 
de I Eglise de Geneve. II ne reclame point centre les devins des cliatinicnts, 
mais il croit a la realite de leur science et les proscrit. Boissard, antii|uaire et 
homme de gout, est plus sceptique; il laisse souvent entendre que pour lui 
la cabale, 1 astrologie, la chiromancie, sont autant de chimeres. 

Nous avows couduit 1 hisloire de la divination jusqu a la fin du dernier siecle. 
Est-elle finie? Non. Une methode nouvelle a fait fortune. Yers 1400, les tarots 
etaient connus a Bologne. On raconte que diaries VI passait ses intervalles 
lucides a jouer aux cartes ; c est pen probable ; le jeu qui, dit-on, lui appartenait, 
n est qu un recueil de miniatures. On aura de tres-bonne beure essay e de tiivr 
des presages de ce moyen comme les Germains entiraient des nodiyr. Le premier 
livre paru sur la matiere a Venise en 1640 est le Traite de sorts (en italien, 
de Francesco Marcolini de Forli). Cette divination etait si simple, si gaie, 
qu on s explique aisement son succes. Avec ce precede de bonne societe, on 
pouvait entrevoir 1 avenir a une table de jeu, sans difficulte, sans pratiques 
necromantiques. La cartomancie est un peu plus compliquee pourtant que 
L-s methodes de meme nature. Pour que les cartes parlent, il faut les battre, 
les couper, les combiner suivant des regies donnees ; chacune d elles a sa 
valeur et sa signification; on n obtiendrait rien, si Ton s en rapportait au 
hasard. Voici, par exemple, la maniere classique et officielle de les tirer par 
quinze : 

Apres avoir mele les cartes, vous coupez, si vous operez pour vous-memc, ou 
vous faites couper toujours de la main, gauche la personne pour laquelle vous 
operez. Vous faites ensuite deux paquets de seize cartes chacun ; vous choisissez 
ensuite un de ces paquets, si vous operez pour vous, ou vous Je faites choisir 
par le consultant. Ce paquet etant choisi, vous en mettez la premiere carle de 
cote pour la surprise, puis vous retournez les quinze autres et les ran^ez devant 
vous de gauche a droite, dans 1 ordre ou elles se trouvent, et vous examinez si 
parmi ces quinze cartes se trouve celle qui represente la personne qui consulte ; 
si cette carte ne s y trouvait pas, on battrait et on couperait de nouveau le jeu 
et on recommencerait 1 operation jusqu a ce que la carte necessaire se trouvat 
dans le paquet choisi. Pour le reste, vous agirez comme si vous aviez obtenu 
ces quinze cartes en les tirant par trois et comme il est indique au tableau n 1 , 



W DIVINATION. 

a 1 exception des tas qui ne se font pas de meme. Ainsi, lorsque vous aurez 
examine 1 ensemble des quinze cartes, que vous en aurez donne la significa 
tion en comptant par sept a partir de la carte qui represente le consultant, 
et que. vous aurez explique les rencontres; en prenant successivement les 
carles deux par deux, Tune a droite, 1 autre a gauche, vous remelerez les 
quinze cartes, vous ferez couper, et vous en ferez trois paquets de cinq cartes 
chacun, vous prendrez la premiere de chacun de ces trois paquets que vous 
poserez sur la carte de surprise, que vous avez aussi de cote, en commen- 
cant de facon que vous ayez quatre paquets de quatre cartes chacun. Faites 
choisir par le consultant un paquet pour la personne; retournez et etendez 
les quatre cartes qui le composent de gauche a droite dans 1 ordre ou elles 
sc trouvent et donnez-en { explication selon la signification individuelle et la 
signification relative. Apres avoir explique le paquet pour le consultant, vous 
expliquerez le paquet place a votre gauche, qui sera pour la maison, puis le 
troisieme paquet, qui sera pour ce qu on if attend pas, et enfin le paquet de la 
surprise. 

I. u 1815, uue ancienne couturiere, associee a un garcon boulanger, Mile Le- 
normand, Iut recue par Alexandre I er . C etait bien la peine que pendant vingt- 
cinq ans les fleuves de 1 Europe eussent roule des cadavres, pour qu une illu- 
minee comme Mme de Krudner et une tireuse de cartes eussent a donner leur 
avis sur un pacte qui devait fixer pour des siecles peut-etre la dcstinee de 
tani de nations! Depuis ce temps, la credulite a diminue; on a vu taut de 
merveilles reeiles, que la foi en la magie noire a ele ebranlee; malgre tout 
la divination n est pas morte. Le code frappe d une peine legere ceux qui 
1 exercent; mais cette peine n est appliquee qu a 1 occasion d escroqueries scan- 
daleuses. On devine dans les eampagnes, par les feuilles de lierre, lorsque 
Ton veut savoir quel saint doit guerir une dermatose rebelle; on devine a Paris, 
par les cartes ; on evoque les morts ; le magnetisme animal a herite de la 
valeur mautique des vapeurs de la source Kassotis; la baguette divinatoire a 
remporle il y a deux ai^s a peine un triomphe assez signale pour que 1 adini- 
nistration ait failli compromettrc la solidite d un monument historique en 
autorisant la recherche d un tresor verslequel elle devait conduire. Les Lemures. 
les Dwerfgar, les Gobelins, ont la vie dure; ils ne craignent ni la vapeur, ni 
la lumiere electrique; au lieu d errer comuie naguere au fond des mines, ou 
bien au clair de la lune dans los landes desertes, ils se rapprochent de rhonime, 
dcplacent les pierres sur la route, font craquer les meubles dans les cabinets 
de travail. Ils ont un domicile plus sur que les cavernes dans lesquelles les 
releguaient les religions anciennes : ce domicile, c est 1 esprit humain, vers 
Jequel la verite trouve si difficilement acces quand elle n est pas conduite par 
le merveilleux. 

Nous terminerons par un vocabulaire des genres de divination les plus 
comrnuiis, sur la plupart desquels le Dictionnaire renferme deja de breves indi 
cations aux mots qui les designent. 



Aeromancie (h-^-iirj;). Divination magique ; 
les sorcicrs intcrpretaient des signes qu ils di- 
saient voir clans 1 air; probableinent analogue a 
la nephomancie. 

Alectryonomancie (de ^AEXTUJO, coq). Divina 
tion par les coqs. Yoij. le texte, p. -io. 



Aleuroinancie (de H /.i-jw, fromentj. Divination 

par le I roment moulu. 
Alphitomancie id aX^t-ov). Divination par le fro- 

ment concasse. On ne sail si les pretres de- 

layaient la farine ou la jetaient par pincees dans 

le feu. 



DIVINATION. 



05 



Anuiiomancic (>/.;r,io/). -- Divination relative a 
1 avenir d un riouveau-ne, d apres la coulcur ilu 
liquide amniotique. 

.\ni iii<>xciii>i<- (ile VE;J.O;, veui). Divination par 
le vent. A Dodonc on interpretait le mouvenn ;ii 
de certaines feuilles ou dc clochettes destinees 
a incliquer la direction du vent. 

Anthropomancie (de ivO JOTO;, homme). -- \a- 
rietes d extispicine dans lesquelles les vicliinrs 
etaient des hommes ; praliquee par Heliogabale. 

Apot6lesmatique (deaiuoTE Xea|i.<mx-/i). Astroloi.ii 1 . 

Arithmomancie (de 4jiOa&;, nombre). Divina 
tion par lesnombres. Voij. le texle. p. 49. 

Afi/iTii.M-n/iii (de aT-rr.j). Observation desastrcs. 
Premiere operation de 1 astrologie. 

Astragalomancie (de &.^oo.fo.\o;, verlebre). 
Divination par les osselets. 

Astroloyie. Divination siderale. Voy. le texte, 
p. 45 et suiv. 

Auguralion. Divination officielle des Romains. 
Voy. le texte, p. 63 et suiv. 

Auspice. Signe mantique constate par les au- 
gures. Voy. le texte, p. 63 et suiv. 

AxiiKiiiimicii (v~-(-,r,, bache). -- Divination par 
uue haclie impkmtee dans im poleau et dont on 
observait les mouvements. 

Belomnncie (de $i\o:, Heche). - - Divination par 

les flecbes. Yariete de cleromancie. 
Botinnniiii in ii i ioT ivr], herbe). Divination par 

des feuilles dc fisuier ou de sauge qu on lai>- 

sait sccber en plein air. 
Brochomancie (de Pjo/yj, pluie). - Divination 

par les pluies. 
Brontosc.opie (de (JoovcJj, tonnerre). Divination 

par le tonnerre. Un des precedes favoris <lrs 

aruspices; appelee aussi art fulgural. Voy. le 

texte, p. 66 et suiv. 

Cafe (Divination par le). Divination meteorolo- 
gique modcrne tres-populaire. On predit le beau 
temps ou la pluie suivant que 1 ecume so tient 
au centre de la tasse ou va vcrs les Lords. Un 
autre procede un pen plus compliquc tonsiste a 
placer du marc de cafe sur tme soueoupe ou 
une assictte et a interpreter les figures laissees 
apres le dessechement complet. 
Cartomancie. Divination par les cartes a jouer. 
Probablement aussi ancienne que les cartes; b- 
jeu de tarots etait deja connu a Bolognc au 
commencement du quinzieme sieele. Le fameux 
jeu de cartes de Charles VI parait un simple 
recueil de miniatures. Le premier travail ecrit 
sur la cartomancie so trouve dans les Sorli de 
1 editeur Francesco Marcolini de Forli (Venise, 
1540). 

Gi plintuiii/iiiciL (de -/s^/Ar,). Divination magi- 
que ; on faisait rotir une tele d ane sur des 
charbons, onformulait des questions dif ferentes 
sur un sujet donne. Quand les machoires re- 
muaient, on avail la reponse. 
Ceromancie (xviob;, eke). Divination par des 
gouttes de cire qu on laisse tomber dans 1 eau ; 
on devine suivant qu elles s etalent ou s ctirenl 
en filamenls. 

Cheronomnncie (/oVpo,-, pore). Divination par les 
vessies de pore : Ayons force pourceaux, tu en 
auras la vessie (Rabelais). 
Chiromancie (de y_t\p, main). Divination par 
les ligncs et les eminences de la main. Co//, le 
texte, p. 49. 

Chresmologie (//^ano;, oracle). Divination en- 
ihousiaste. Voy. le texte, p. 38. 



f -/. /.rfrn-i, exclamation). Divi 
nation par des mots ecliapix s aux individus. 
Cetle divination etait praliquee a 1 oracle 
d llermes Agoraeos ii Pbarae en \ ( haic. Apres 
avoir pose sa question au Dicu, le consultant 
quiltait la place ense bouclianl b?-; orcillrs avec 
les mains. Une fois hors de 1 agora, il olait ses 
mains, et la premiere parole qu il cnlfiidait 
prononcer sur son cbemin etait la reponse de 
1 oracle (B.-L.). Cette divination etait souvent 
pratiqucc dans les oracles d llermes. 

CleicloiiKiin-ii (x).i;, clef). - - Divination^ par la 
clef placee sur la premiere page del Evanpile 
de saint Jean. On pose sa question, un autre lit, 
et, lorsque la clef tourne, on a la reponse. 

I .li riniiiiin-n- (xV?;po,-, sorl). -- Divination par Ics 
sorts. Voy. le texlc, p. 4i>. 

Coskinomancie (Kotrxtvov, crible). Divination i ;n 
le crible. Ce crible elail suspendu a un lil ou 
pose sur une poinle ; on devinait par sou alluru, 
son aiTt:t, son orientation a cc moment. 

( .ri/iiiniiiicie (xpiO-r,, orge). Di\ inalinn par l.i l.i- 
rine d orge. 

Crommyomancie ^XCIOIXIA-JOV, oignon). - - Varirir 
cbretienne de cleromancie. On po-e une ques 
tion /// /n /ti) et on ecrit la rcpon^c probable sur 
des oignons qu on place sur J autcl Jors de );i 
mcsse de minuit; le premier qui gcrme fournit 
la reponse vraie. En Lorraine, au seiziemt 
cle, les jeunes lilies recbercbces par plusieurs 
amoureux faisaient un choix de cetle maniere. 

Crystallomancie. Divination par un vase on 
une plaque dc cristal. Voy. Hi/droinancle, Lecn- 
nomancie. 

Hinii/liomancie (de JaxTu/.o;, anneau). Divina 
tion paries anneaux; procedes inmibn-ux. 1 ar- 
1 ois on interpretait leur son; parfois on faisait 
oscillcr 1 anneau suspendu a un fil au centre 
d un bassin aulour duquel se trouvaicnt les 
24 lettres de 1 alpbabel. Les pierres enchasse es 
daus les anneaux servaienl au^si a la divina 
tion. 

Daphnomancie (de Srj.-^ r ,, lauricr). Divination 
par les feuilles de laurier. Quand elles briilaieut 
avec fracas, c etait un heureux presage. 

Empyromancie (de T.S?, feu). Divination par le 
feu, la combustion des victimes. Lorsqu on 
brulait sur le brasier de 1 auiel les cuisses des 
victimes, onregardait si la fumec inontait droil 
vers les immortels. Si la colonne de fumee pa- 
raissail lourmentee et arretee dans son ascen 
sion, il y avail lieu de craindre le courroux des 
dieux; de meme, si les viandes resistaient a la 
ruisson ou tombaient par terre (B.-L.). On 
tirail aussi des presages des main-res vegetales 
jetees au feu, de la flamme, de la fumee. 

E.regi te. Inlerprele d un texte propbctique. 

Extispicine. Divination par les entrailles des 
viclimes. Tbeodoi us : Voulez-vous en sgavoir 
parl artd aruspicine? parextispiciue, par augure 
pris du vol des oiseaux? du cliant des oscines? 
Du bal solilisme des canes? Par estronspicine, 
repondit Panurge (Rabelais). 

Gastromancie (de f.atr t o. venire). Suivant les 
uns, divination par le venire. On pose a voix 
basse la queslion pres du venire dc 1 inspire, 
qui repond par signes. Lemol designe quelque- 
fois la venlriloquie, de laquelle en Ferrare 
usa largemenl la dame Jacolia Rhodigina en- 
gastrimythe (Rab.). Suivant d autres, divina- 



94 



DIVINATION. 



tion a 1 aide d un vase plein d eau, dont la par- 
tie cvuir.-ilr |H,ii:n! le uoin de venire. 

Genetliliiiln/iie (de y^ Mii naissaii - Astro- 
logie, ainsi appelee parce que la pluparl de< 
predictions astrologiques reposaient surle theme 
dresse au moment de la naissance. Appelee 
aussi genethlioscopie. 

Gtomancie (de ^, terre). -- Divination par la 
sphere terrestre. Precedes analogues a ceux de 
l ;ivtrologie. 

Gyronnnn-ii f-;-jjo;, cercle). Divination par les 
tours que faisait un individu auquel on avail 
soin de fermer les yeux. On tirait un presage 
du cole vers lequel <tait termine le cercle. Je 
te feray ici tournoyer force cerclcs lesquels tous 
lomberont a gauche, je t en assure (Rab.). 

Harnspicinc ou Aruspicine. Divination prati- 

quee par les aruspices. Voy. le texte, p. 66. 
Htpatoscf>/< ,.-V. ? -(XTO;, foie). Examen du foic 

pratique dans 1 extispicine, purtie tres-impor- 

tante de celte mcthode. 
////K.sri /i/r (Upov, victime). Synonyme d exti- 

piscine. 

Horoscope (wj</., saison domicile des planetes). 
- I onii .Implication des influences side 

qui regisient la vie d un individu. Voy. le textc, 

p. 48. 
lli/itatoxi-o/ii,- Me iuj-$aTo;, eau) ou Hi/dromtn/- 

cie. - Divination par 1 eau (Voy. Kaloptro- 

iiiniicie). 

llt/ili-i:*c<i/ii>: de J wp, eau). Art de trouver les 

sources cachees. Voy. Rkabdomancie. Ne pas cou- 

fondre uvec hydromancie. 

latromanlique (!arr,j, medecin). Divination 
medicale. 

Ichthyomancie (itfu;, poisson). Divination pur 
les poissons. Sa legitimate a ete contestee par 
Plutarque. Elle etait pratiquee a Hierapolis et 
en Lycie, dans le temple d Apollon, a Surra. II 
y avail au fond d un goufl re creuse par la 
mer des poissons auxquels on jelait des mor- 
ceauxde viande rotie constituant les preuves du 
sacrifice. Plus les poissons etaiunt nombreux et 
voraces, meilleur etait le presage. Si aucun ne 
venait, c etaitd uu tres-facheux augure (B.-L.). 

Incubation. Sommeil dans un lieu consacre 
pour ohtenir une vision mantique. 



orevb;, fumee). Divination par la 
fumee. S ecrit aussi capnomancie. 

Katoptromancie (de xa-uoictfov, miroir). Divi 
nation par le miroir. Un enfant etail place de- 
vant un miroir, on lui adressait une question 
sur une personne et il la voyait dans le miroir. 
Parfois on prenait une bouteille d eau. Cette di 
vination est done analogue a 1 hydromancie. 

Ktraunoscopie (de xepauvbg, tonnerre). Syno 
nyme de brontoscopie. 

Krithomancie (de xpi6Y), orge). Divination par 
1 orge ; on ne sail si les devins delayaient la fa- 
riue d orgc dans 1 eau ou la jetaient sur le feu. 

Kuamobolie (de xia^o;, feve). Divination par 
les feves noires et blanches. 

Ki/bomancie (de xuSog, de). Divination par les 
des. 



Lampadomancie ou Lychnomancie (de 

/.u/vo;). Divination chretienne. Se pratiquait 
par les lumieres au moyen de lampes ou de 
douze cierges allumes portant le nom des 
douze apotves. 



Lecanomancie (XexivT,, hassin), -- Divination pnr 
les bassiiis. Dans sa forme simple on jetaii 
pierres dansde 1 eau ou Ton melangeait de 1 eau 
et du viu dont on ol)-eiv;iii !e^ lellets. Purfois 
on interpretait les sons d un lm--?in de bronze 
sur lequel frappaient des sortes de maillets me- 
talliques. Divination usitee a 1 oracle de Dodone. 
Voij. le texte, p. 62. 

Lihaiiomancie i i.i?v.-iv;, encens). Divination par 
la fumee de 1 encens. Son invention etait attri- 
buee a Pythagore. Parfuis au lieu de 1 encens 
on employait le laurier ou 1 olivier. 

Lithobolte (XifloSoiew, jejette des pierres), variele 
de cleromancie. Divination par les cailloux. 

Lithomancie (de Xi^oq, picrre). Divination par 
ies pierres. Les Mysiens, pour savoir i la re- 
colte de 1 annee serait. abondante, se servaient 
de petites pierres noires qu une espece de pavot 
produisait en guise de graines; quand 1 annee 
devait etre sterile, ces objets restaient immo- 
biles; quand il devait y avoir une recolte abon 
dante, ils bondissaient comme des ^aulerelles. 

Mmitcion. Oracle. 

Mantique. Divination. 

Mi -tii/ii: :i-n/ii, ^jLi -ruTov, front . --Divination par 
les traits du visage. Ne pas confondre avec 
physiognomonie. Voy. le texle, p. 89. 

Molibdomancie (de plomb fondu). - 

Divination par le plomb fondu. Analogue a la 
sideromancie. 

Worphoscie Me ^i^--r,, forme). Divination par 
les traits, la forme du corps. 

)l//uiacie (de nuuv, muscle). Variete de mor- 
phoscopie dans laquelle on interpretait 1 energie 
des muscles et leur forme. En extispicine les 
muscles n avaient pas de valeur mantique. 

Myriogen&se. Systeme zodiacal egyptien dans 
lequel chaque signe, compreriant 50, correspon- 
dail a toutes les constellations du segment cor- 
respondant de la sphere celeste. Les Grecs 
appelcrent toujours sphere barbare ce systeme 
qui gardait pour eux son caraclere exotique. 

Nt cromancie ou ^L-kyomancie (de vsxpb;, mort). 
- Evocation des morts dans un but magique 
ou divinatoire. 

XL l>lioman<:ie (de vso. 7i nuage). Divination par 
les images, inventee seulemeut a 1 epoque du 
Bas-Empire. D apres Photius, une certaine An- 
thusa predit 1 avenement de 1 empereur Leon 
parce qu un nuage en forme de lion en avail 
avale un autre en forme d homme. 

Oikoscopie (de otxo;, maison). Nom generique 
des divinations domestiques particulieres : un 
certain Xenocrate avail ecrit un livre intitule : 



Oionistique (Vyo. Ornithomancie). 

Qmoplatoscopie- Divination par 1 omoplate des 
victimes. On immolait une brebisouun agneau 
apres avoir formule mentalement la question a 
resoudre : on levait alors une omoplate et on la 
faisait griljer sur des charbons ardents. Le chan- 
gemenl de coloration de 1 epine, son boursou- 
flement, fournissaient des indices heureux ou 
nialheureux. Quand le tote droit rougissait 
ou que le gauche noircissait, c etaitun presage 
de guerre. 

Omphalomancie (de oa=a).>);, ombilic). Les 
sages-femmes prevoyaient le nombre des enfants 
qu aurait une primipare d apres le caractere du 
cordon et celui de la caduque. 



DIVINATION. 



95 



Oniromancie (de oveipos, songe). Divination par 
les songes. Leur interpretation coustituait 1 oni- 
rocritique. 

Onomatomancie (de ovo;jia, nom). Divina 
tion mathermtique. On pretend que la presi- 
dence de Taylor aux Etats-Uriis avail cte prevue 
de cette maniere. En mettant le numero de 
chaque letlre de 1 alphabet au-dessous du nom 
on arrivait au meme total que dans le court 
membre de phrase promeltant la presidence 
(Zachanj Taylor, will be President). 

Onychomancie (de ovu;, ongle). - Divination 
magique. On fait certaines marques sur les 
ongles d un enfant, il les tourne vers la terre. 
Apres la conjuration, on fait sa demande, le 
demon invoque ecrit les reponses sur le sol. 

Ooscopie (oibv, ceuf). - - Divination par les oeufs. 
Les pretres qui faisaient une observation pour 
deviner des dangers, dit le scoliaste de Perse, 
observaient d ordinaire un cauf mis sur le feu, 
examinant s il suait par le haul ou par le cote ; 
mais, s il eclatait et coulait, il presageait un 
peril a celui pour le compte duquel se faisait lu 
ceremonie. 

Ophiomancie (de o-siq, serpent). Memes procedcs 
que I ornithornancic. 

Oracle. Lieu oil s exercait la divination. Nom 
parfois applique aux renseignements donnes 
eux-memes. Voy. le texte, p. 50. 

Ornithomancie (o pvi;, oiseau). - - Divination par 
les oiseaux. Voy. le texte. 

Palomctncie (-a/.r,, lutte). - - Divination par les 
fleches. Synonyme de belomancit. 

Pegomancie (de nrvrt. source). Divination par 
1 eau. Synonyme d hydromancie. 

I hrcnologie (de = *>,>}. La phrenologie est un 
precede d observation reposant sur des relations 
incertaines et discutables dans Dante, mais il ne 
se rattache ni au merveilleux ni a la mantique. 
Ce mot sera truite a part. 

I hyllomancie (de ? 5Uov, feuille). -- Divination 
par les feuilles brulces ou chassees par le vent. 

Physiognomonie. Interpretation de la physio- 
nomie. Voy. le texte, p. 90. Ses precedes ne se 
ratlachant ni aux sciences occultes niala divina 
tion proprement dite.Cemot sera traite a part. 

Prognostique ou Prognose. Differente de la 
divination en ce qu elle repose sur 1 observation 
pure. On attribuait au centaure Chiron 1 inven- 
tion de la prognostique meteorologique. 

Psychayogie (de $/$, esprit). -- Synonyme de 
necromancie. 

Ptarmoscopie (de K-C&WU, j eternue). Divination 
par 1 e ternument. 

Pyromancie (Voy. Empyromancie). 

Pythaistes. Devins alheniens charges d observer 
le ciel au moment oil devaient se mettre en 
marche les processions de Pytho. 

Rhabdomancie (de jS5o?, baguette). Divination 
par la baguette. 



Rhapsodomancie. -- Divination par des phrases 
detachees au husnnl. des poesies d Homere, 
d He siode et des recueils d oracles. Yariete de 
cleromancie. 

Rfipluinoinancie (de jaoc/.vo;, racine). -- Divina 
tion magique par les racines. Voy. le lexte au 
sujet de la mandragore, p. 78. 

Sel (Divination par le). Se pratique comme la 
divination par le froment ou 1 orge. On jette des 
grains de sel dans le feu et on devine d apres 
leur? craquemcnts. 

Sideromancie (de aiSt\^^, fer). On jette sur du 
fer rouge des brins de paille auxquels on a at 
tache une signification prealable, et on conjiv- 
ture d apres la maniere dont ils brulent. 

Sorts. -- Divination par les sorts. Voy. Clero 
mancie. 

Splanchnoscopie (de <7iO>t>.y/vov, viscere). Syno 
nyme d exlispicine et hie"roscopie. 

Spondylomancie (ar.wSu^os, vertebre). Divina 
tion par les mouvements d une boule, d une 
vartebi-fi, d un fuseau. 

2. Voy. Gastromancie. 

TT7/J,-, ligne d ecriture). -- Divi 
nation par les vei\-. sibyllins. 

Sycomaucie (de i\>-/~f, , liguier). Voy. Bl- 
mancie. 

Symbolomancie. Divination par signes fortuits. 

Tephromancie (de T-JJ, cendre). Divination 
par les cendres. On trace avec des lettres la de- 
mande qu on veut faire; on tire la reponse de 
celles qui restent lorsqu un coup de vent en a 
enleve quelques-unes. 

TriijK-ztnnancie fa&Ki^a., table). Divination par 
les des, les osselets, les feves noires et blanchr^, 
jetes sur une table consacruu. 

Thriobolie. - Variete tres-ancienne de clero 
mancie. Apollon raconte a Hermes qu il exisle 
trois sceurs vierges ; ce sont les Thries qui se 
complaisent a voler de leurs ailes rapides. La 
tete poudree de farine blanche, elles ont leur 
demeure au fond du vallon du Parnasse; en ce 
lieu retire, elles m ont enseigne, sans que mon 
pere s en inquietat, la science divinatoire dont 
j etais avide, enfant encore et gardant mes boaufs. 
Depuis lors, elles voltigent ga et la, et elles se 
repaissent des rayons de miel et accomplissent 
chaque chose. Or lorsque, rassasiees de miel 
nouveau, elles entrent en delire, cllcs consen- 
tent avec complaisance a dire la vt-rite. Mais, 
lorsqu elles sont privees de la douce nourriture 
des dieux, elles trompent et egarent en sens 
divers (B.-L.). Plus tard on appelait thries des 
galels ou cailloux qui servaient a la divina 
tion, ou meme par extension les predictions 
qu on en obtcnait. 

Tyromancie (de Tu P b ? , fromage). Divination par 
les fromages.a/ias tyriscomancie. Pratiques in- 
connues. J ay un fourmage de Br^hemont a 
propoz r (Rabelais). 

A. DECHAMBRE et L. THOMAS. 



BIBLIOGRAPHIC. SALISBURY (Jean de). Policraticus sive de magis curialium. Lugduni Bata- 
voi-um.J. Maire, 1639, in-8, 931 pp. SCOT (Michael). Tractatus de secret is natune. Fran- 
cofurti P. Musculus, 1615, pet. in-1 2, 120 pp. ARNAULD DE VILLENEUVE. Opera omnia cum 
N. Tavrelli annotationibus. Basileee G. Waldkirch, 1585, in-fol. 207 col. TRITHEIM. Poly- 
graphie et universelle escriturecabalistique, traduite par G. de Collange. Paris, J. Kerner, 
1571, iu-4, 299 pp. AGRIPPA (H. C.). De occulta philosophia, 1533, in-fol. CCCLXII pp. 



96 DIVONNE. 

Trad. fr. La Haye, R. Chr. Alberts, 1727, 1 2 vnl. in-8. -De ianitate scientiarum. Leyde, 
A .Commelin,1644, in-12, 359 pp., trad, fr., 1(517, in-12. 560 pp. PARACELSE A. Ph. Th. B.). 
Opera Backer und Schrifften collaciomert, verbessert mid /lurch..]. Iluxcnnn ];rixf;t>i ium 
in Zehn unlcrxclt n dlich Theile in Truck gerjebe.n. 2 vol.in-fol., 1603. -- GAIT.ICUS (D. Luc.). 
Tractatus astrologies judiciaries. Norimbergiae, J. Petricus, 15-40, in-4, <V2 p. MAGNUS 
(Olaus). Historia de gentium septentrionalium. Basileai At f. Hear. Petrina, 1567, in-l ol. 
854 pp. -- PEUCER. Les dcvins. Anvers, II. Comminck, 1584, in-4, 653 pp. BOISSARD (J. J.). 
Tractrtlus posthumus de divinat/one magicis praestigiis Oppenheim. H. Galler, s. d., in-fol. 
258 pp. DEL Rio. Disquisitionum magicarum libri sex. Louvain, G. Rivin, 1699. 5 tomes 
en 1 vol. in-4. BELOT (cure de Milmont). OEuvres contenant la chiromancie. Lyon. C. la 
Riviere, 1654. in-8, 343 pp. WALTER SCOTT. Demonomanie. WORMICS (Olaiis). Danica 
Utlcratnra anliquissimia, vulgo yothica dicta, luci rcdita. Hafniae. Imp. M. Marlzon. 1636, 
in-4. 2i .> pp. Lr.NOKMANT. Divination chez les Chaldeens. Paris, Maisonncuve, 1875, in-8, 
256 pp. - - BOUCUE-LECLERCQ. Histoirc de la divination dans Vantiquite. Paris, Leroux, 
1877-81, 4 vol. gr. in-8. D. et T. 

DIVISEUR. I. PHARMACIE. On range parmi les diviseurs : 1 les instruments 
qui, comme les piluliers, servent a diviser en plusieurs parties ime masse me- 
dicamenteuse (voy. PILULES) ; 2 ceux qui sont destines a mettre en poudre une 
substance solide, telle que le marbre, le porphyre (voy. PULVERISATION) ; 5 certains 
excipients propres a faciliter, dans la preparation des pommades, la division de 
substances difficiles a incorporer, telles que le mercure. Unpharmacien, M. Pons, 
a propose 1 emploi d un melange a parties egales de styrax, de terebenthine et de 
poudre de camphre qu il nomme diviseur mercuriel, et qui serait susceptible 
d eteindre le mercure en vingt minutes. 1). 

II. MEDECINE OPERATOIRE. Certains instruments de chirurgie portent le nom 
de diviseurs. Ainsi, parmi les ceplialotribes, le diviseur ce phalique dc Joulin, 
agissant par ecrasement lineaire. Les cephalotomes a couteau ou a scie rentrent 
dans la meme categorie. On a aussi imagine des lithotomes diviseurs ou inci- 
seurs, a bords tranchants, pour la division des calculs trop volumineux <inciseur 
de Civiale, diviseur de, Caudmont). D. 

DIVISION (CKIRURGIE). Modede dierese comprenantla]jowd/o?z, Y incision, 
la de chirure (avec 1 ecrasement), la sercission (section par un fil de soie anime 
d un mouvement de va-et-vient), le broiement. Ce sujet est traite a 1 article 
OPERATION, pages 461 et suivantes. D. 



(ETABLISSEMENT HYDROTHERAPIQUE DE). Dans le departement de 
1 Ain, dans 1 arrondissement et a 10 kilometres de Gex, est un village de 
1800 habitants en comprenant la population de tons les hameaux de la commune. 
Divonne est sur la Versoix qui y prend sa source, a la base septentrionale du 
mont Mussy (Chemin de Lyon et Geneve. De Geneve on doit faire en voiture les 
20 kilometres qui separent cette ville de 1 etablissement hydrotherapique de 
Divonne). A 1 extremite du village, au pied du petit mamelon sur lequel a ete 
bati le cbateau de Divonne, s elendent plusieurs bassins de superficie inegale et 
d une profbndeur d un metre environ. Leur eau est d une lirapidite parfaite 
pareille a celle du Rhone an moment ou il sort du lac de Geneve; seulement 
avant et apres les orages elle devient un peu louche, et son niveau s eleve quand 
la tempete commence a se calmer; elle se renouvelle sans cesse. On la voit bouil- 
lonner au fond des bassins, que recouvre une couche epaisse de sable qu elle 
souleve par places, comme si elle e tait bouillante ; des bulles d air viennent sans 



DIVONNE. 

interruption s epanouir a sa surface. L eau des sources de Divonne est une des 
plus froides qui existent au monde : elle ne fait monter, en effet, la colonne 
d un thermometre centigrade qu a 6, 5, que la temperature de 1 air soit a 
10 degres au-dessous ou a 20 degres au-dessus de zero. On ne connait pas au 
juste d ou partent les sources de Divonne. On a pense qu elles provenaient du lac 
des Rousses, qu elles traversaierit tout le Jura sans dissoudre une parcelle des 
elements calcaires qu il renferme et qu elles venaient e merger a Tun des points 
opposes de la chaine jurassique. Cette opinion a trouve de nombreux contra- 
dicteurs, mais, d ou qu elle sorte, cette eau n en est pas moiiis excellente et elle 
est si abondante qu a sa sortie du sol elle forme une riviere capable de faire 
tourner les roues de plusieurs moulins. 

La Divonne ou la Versoix alimente les salles de 1 etablissement hydrotherapique 
fonde par le docteur Vidart pere. C etait une ancienne papeterie dont les bati- 
ments contiennent maintenant tous les appareils inventes pour nn traitement 
complet par I eau froide : deux piscines a 1 eau courante, un cabinet ou s ad- 
ministre la douche inonstre dite de Priessnitz, une sallepour les douches medi- 
camenteuses et une piece ou se prennent les bains d air chaud charge de vapcurs 
tere benthinees. 

On suit a Divonne, peut-etre mieux que partout ailleurs, un traitement hydro- 
the rapique dans des conditions exceptionnellement favorables. En effet, presque 
tous les malades auxquels convient une cure par 1 eau froide ont besoin d etre 
eloignes des plaisirs et des distractions des grandes villes, d etre places en face 
d une nature sauvage dont les aspects sont aussi varies que les divers points d ou 
on 1 observe. Divonne reunit ces avantages. Une source invariablement froide et 
excessivement abondanle, une douche d un volume sans egal et d une force qui 
peut etre modere e comme on le veut, des bouillons plus ou moins considerables 
dans des piscines a eau courante, des sections occupees par tous les accessoires 
d une balne ation complete, un tres-beau et tres-grand pare ou les baigneurs 
peuvent se promener et faire leur reaction sans perdre de vue les diverses parties 
de 1 etablissement ou ils sont loges et nourris, des promenades variees et inte- 
ressantes aux environs, telles que la base orientale de Mussy, qui n est pas a plus 
de dix minutes (Arbere, Grilly, a vingt et a trente minutes), Grassier, village vau- 
dois, qu un ruisseau, le Boiron, descendu du Jura, separe de la France; le tour 
du chateau ne demande pas plus de trois quarts d heure. Le milieu du jour est 
aisement occupe par ceux qui aiment les beaux sites et les panoramas qui chan- 
gent a chaque minute au voisinage des Alpes, du Jura et du lac Leman. G est a 
Divonne, au commencement de 1 autonme surtout, que les couchers du soleil 
sont admirables et se ressemblent rarement, de quelque endroit qu on les observe. 

La ville de Nyon, si originale, n est qu a 6 kilometres et demi de Divonne; 
Coppet n en est pas plus eloigne. Les personnes valides peuvent entreprendre 
meme des excursions sur la route si accidente e qui conduit a Gex, ou des ascen 
sions au Mussy, petite montagne isolee sur laquelle on peut varier ses prome 
nades en admirant a chaque pas de magnifiques echappees sur la plaine, le lac 
de Geneve, les Alpes ou le Jura. On peut faire enfin 1 ascension de la Dole 
(1683 metres), qui exige cinq heures pour monter et trois heures pour descendre. 

Le salon de 1 etablissement de Divonne reunit lous les soirs ceux qui preferent 

la societe a la vie de famille, au recueillement ou a la solitude. Des bals, des 

concerts et meme des representations theatrales (res-attrayantes animent quel- 

quefois la fin des journees des notes accidentels de Divonne qui arrivent de tous 

mcr. EXC. XXX. 7 



98 DIVORCE. 

les pays pour y suivre une cure hydrotherapique dans des conditions exception- 
nelles. L eau des sources, la purete de 1 air des montagnes, la solitude dont ils 
sont entoures, la beaute du paysage, la vie calme et facile qu ils y menent, les 
distractions distinguees qu ils y trouvent et 1 inslallation balneaire qu il est diffi 
cile de rencontrer plus complete, concourent puissamment en effet au succes des 
cures de Divonne. Get etablissement hydrotherapique a encore un avantage pre- 
cieux quine doit pas etrc passe sous silence, il vient de sa position eloignee de 
beaucoup de grandes villes qui permet aux malades, moralement et iutellectuel- 
lement fatigues, d y suivre un traitement, eloignes de toute preoccupation, de toute 
secousse, de tout tracas, qui ont souvent produit la maladie dont ils viennent 
demanderla gueiisonou I ameliorationauxeauxfroidesde Divonne. A. ROTUREAU. 

DIVORCE. Les articles ALIENATION MENTALE et FOLIE ayant paru au 
moment ou se presentait le mot DIVORCE, c est ici seulement que peut etre placee 
k grave question qui, a 1 occasion d un projetsur la matiere, a surgi naguere au 
sein du Parlement et a recemment provoque de vives discussions a 1 Academie 
de medecine et dans la presse medicale : la question de savoir si 1 alienation 
mentale doit etre adinise parmi les causes de divorce (voy. sur la Separation 
de corps, au point de vue demographique, 1 article MARIAGE, p. 40). 

Si Ton en jugcait paries manifestations jusqu ici connues de 1 opinion publique, 
la cause parailrait enlendue. Appeles a emettre leur avis devant la Commission 
du divorce (1882), MM. Blanche, Charcot et Legrand du Saulle, ont declare 
unanimement que la folie ne devait pas entrainer de droit la dissolution du 
manage, surtout avec les consequences extremes qui sont propres au divorce; et 
il nous semble que c est la grande majorite des organes de la presse qui s est 
ran^ee a leur avis. Cependant la question est restce douteuse, ou meme a ete 
resolue en sens conlraire par des esprits distingues, dont quelques-uns, comme 
M. le docteur Luys, joignent a de serieux arguments 1 autorite d une compe 
tence toute particulicre. II faut done 1 examiner avec quelque soin. 

Prenons-la d abord par son cote pratique, qui est celui dont le legislateur doit 
surtout se preoccnper. Pourquoi veut-on que 1 aliene soil separe de son conjoint? 
Parce qu il peut compromettre la fortune du menage; parce qu il peut etre dan- 
<*ereux pour la vie de ses semblables ; parce que la cohabitation fait naitre le 
risque d une transmission hereditaire de la maladie. Ce sont les seuls motifs 
serieux qui puissent toucher le legislateur, car je n imagine pas que son souci 
puisse descendre jusqu aux tribulations, aux degouts souvent attaches aux soins 
que reclame un alieue. 

La loi a deja prevu les deux premiers dangers et fourni. autant que possible, 
lesmoyensde les conjurer; si nousdisons autant que possible, c est que f requem- 
ment, par un contraste remarquab e, ( alienation mentale tantot se cache d abord 
sous des formes insidieuses, qui lui permettent de faire la ruine dans le menage 
bien avant de se manifester clairement, tantot se revele par dts eclats soudains 
dont le premier effet est la violence meme qu il s agit d eviter, comme unmeurtre 
ou un incendie. Mais n importe : la loi veut que, aux premiers signes evidents 
d imbecillite, de demence ou de fureur habituelles, 1 aliene soit interdit, meme 
lorsque cet etat presente des intervalles lucides (art, 489 C.) ; et 1 assistance 
judiciaire est la pour assurer le benefice de cette disposition aux families indigentes. 
La loi veut encore que toute personne interdite, ou non interdite, dont 1 etat 
d alienalion compromettrait 1 ordre public ou la surete des personnes, soit placee 



DIVORCE. 99 

d office dans un etablissement d alienes, et elle accorde aux families la liberte 
d agir de meme a 1 egard de ceux de leurs membres qui seraient frappes de folie 
meme inolfensive, en vue seulement de leur assurer les soins medicaux. i\ est-il 
pas evident que lejour ou 1 alienation d un conjoint serait assez confirmee, assez 
habituelle pour legitimer le divorce, on aurait eu tout le temps necessairc pour 
prendre les mesures preservatrices qui viennent d etre indiquees? 

Reste le danger de la cohabitation: 1 aliene peutsemer dans son foyer legerme 
de la folie hereditaire. Je ne le conteste pas. Mais d abord s impose ici une 
remarque analogue a celle que nous preventions a 1 instant sur les debuts de 
1 alienation. Croit-on que 1 aptitude a la transmission hereditaire commence 
avec le desordre effectif des facultes mentales?Est-ce que la seule predisposition 
morbide n y suffit pas? Est-ce qu on ne voit pas tous les jours des individus 
procreer dix ans, vingt ans avant de devenir alienes, des enfants qui le deviendront 
a leur tour et peut-elre meme avant leur pere ? Est-ce que la transmission 
hereditaire n enjambe pas meme les generations? Et quand on reflechit au 
degre de deche ance mentale etle plus souvent de paralysie generale et d impuis- 
sance dont une loi sage et humaine devrait faire la condition du divorce, 
on ne peut s empecher de reconnaitre que, meme sous ce rapport, les resultats 
obtenus seraient tres-mediocres. Nous entendons bicn <jue le peu en ce ^enre 
n est jamais a dedaigner : mais alors que n applique-t-on le meme argument aux 
autres maladies hereditaires, a la phthisie, par exemple, qui, auprincipe d liere- 
dite, ajoute, elle, un principe de contagion? On peut dire avec assurance que les 
epoux phthisiques, presque jamais isoles et jamais internes, sont plus feconds 
en transmissions morbides que les alienes, presque lous sequestres pendant un 
temps plus ou moins long; et, apres tout, il est permis de se demander s il est 
meilleur pour un pays de produire des phthisiques que des alienes. Une question 
qui aboutit a ces termes n est pas susceptible d une solution legislative. 

Une consideration clinique pese ici d un grand poids. La declaration du divorce 
pour un cas d alienation mentale implique presque necessairement 1 incurabilite 
absolue de la maladie. Qu on se figure, en effet, un epoux sortant gueri d un 
asile apres un sejourde plusieurs anneeset se heurtant dans son domicile a un 
remplacant, a des enfants qui ne sont pas les siens ! Or, y a-t-il beaucoup de 
folies absolument incurables, et celles qui passent pour lelles.comme la paralysie 
generale, lesont-ellesreellement?M. Blanche le conteste, s appuyant sur des faits 
remarquables desa pratique etde plusieurs autres alienistes. Prenez garde, repon- 
daitM. Luys a la tribune de 1 Academie; cethomme que vouscroye/. <?ueri ne 1 est 
pas;il a des bizarreries de caractere; ses idees ne sont pas toujoui s justes; 
elles ne s enchainent pas avec une suite parfaite. Si vous pouviez voir so;:s son 
crane, vous y constateriez toules sortes de modifications patholo"iques des 
meninges et du cerveau. - - Eh bien, soil, cet homme est menace de nouveaux 
accidents ; un jour ou 1 autre peut-etre il retournera a 1 asile; mais, en attendant 
pendant un an, deux ans, trois ans et plus, il aura la possession et presque la 
libre disposition de ses facultes intellectuelles; il ne denisonnera pas; il sera 
en etat de tenir ses livres, s il est commercant; de composer des ouvra^es s il est 
litterateur; de faire des cours, s il est professeur; surtout il aura la conscience 
et recevra 1 impression morale des actes qui se passeront devant lui. Aura-t-il 
deja a ce moment, dans la periode des accidents graves, subi la loi du divorce en 
sa qualite d incurable?Sinon,pourquoi avoirattendu et, enge neral, combien de 
temps faut-il attendre? Qui sait s il y aura une remission? qui sail quand elle 



100 DIVORCE. 

viendra? Un homme tros-distingue, que beaucoup d entre nous ont connu, est 
sorti d un asile au bout de douze ou quinze ans apres y avoir ete declare paraly- 
tique general par les specialistes les plus autorises, et il a repris avec le plus 
grand succes, pendant une periode presque egale de temps, le cours de ses tra- 
vaux scientifiques. Si, au contraire, le divorce a ete prononce contre le malade 
avant la remission, quelle torture subira ce lucide malheureux, cet innocent, 
devant son foyer envahi et sous le coup d un arrete de justice lui en interdisant 
1 entre e ? Quant a ces alterations de la substance cerebrale, presumees apres tout, 
chez un sujet revenu pour le moment a la raison, c est bon pour un cours de 
clinique, mais point du tout pour 1 expose des motifs d un projet de loi. 

On propose, il est vrai, la formation d une Commission medicale chargee 
d observer de temps a autre, pendant un an, 1 aliene en cause, et de faire un 
rapport sur son etat. Cette garantie serait-elle de nature a satisfaire le legislateur? 
On peut faire cette question en pre sence de la divergence d opinions qui s est 
produite devant 1 Academie. Que ferait d ailleurs cette Commission dans laquelle 
se rencontreraient vraisemblablement M. Blanche et M. Luys? A moins d un de ces 
etats ultimes et desesperes sur lesquels on ne discute pas, 1 un affirmerait avoir 
observe dans le cas present ou la guerison ou des remissions de longue duree, 
tandis que 1 autre affirmera n en avoir jamais rencontre. Et la question resterail 
ce qu elle est aujourd hui. Sans doute il en va ainsi de beaucoup de consultations 
scientifiques ou autres; mais toutes ne touchentpas a de si gros interets sociaux 
et, quant a celles qui pourraient avoir quelque analogic avec les consultations 
proposees par M. Luys, nous voulons dire les expertises medico-legales, il faut 
remarquer que jurys et magistrats ont, contre les contradictions et obscurites de 
la science et les contradictions des savants, les ressources de tous les documents 
de la cause oil ils peuvent puiser les elements de leur opinion. Quelle lumiere 
pourra eclairer 1 autorite dans une simple question de pronostic? 

Au reste, je laisse, pour ma part, ces disputes d asiles et d amphithealres; 
la question est plus haute. En soi, dans son essence meme, cette invasion de la 
pathologic dans le contrat de mariage est anormale et subversive. Jusqu ici la 

101 ne s est enquise de la maladie de ses justiciables qu a leur profit, pour les 
decharger de devoirs onereux ou pour les soustraire a 1 action penale. Rien de 
plus juste ni de plus moral: devant la puissance publique, rinfirmite est un 
malheur, un objet de commiseration et de respect. Et voila qu on lui demande 
de la trailer en reprouvee ! Et cela pour le plus grand bien d un des conjoints 
qui, peut-etre, aura par sa dissipation, par son inconduite, par 1 adultere, provoque 
la folie de 1 autre ! 

Nous ajoutons que cela est contradicloire meme avec 1 esprit de la legislation 
en ce qui concerne le mariage des alienes. Loin de chercher dans la demence 
une cause de dissolution du mariage, le legislateur, celui-la meme qui avail 
retabli le divorce en France, n a pas prononce un veto absolu contre le mariage 
du dement ; il n a pas edicte a cet egard d incapacite legale et plus d un aliene 
a use de la tolerance, meme parfois dans les asiles. La famille peut sans doute 
fuire opposition a un tel mariage, mais celui-ci, se trouvant accompli, n est pas 
pour cela de piano frappe de nullite. Le mariage qui a ete contracte sans le con- 
sentement libre des deux epoux ou de 1 un d eux ne peut etre attaque que par 
les epoux, ou par celui des deux dont le consentement n a pas ete libre, et qui 
serait, dans ce cas, 1 aliene lui-meme. 

En definitive, la folie est une maladie ; aucune maladie, meme 1 impuissance, 



DIVULSEUR. 101 



ii est une cause legale de dissolution de mariage. Le fou est un individu 
dans sa sante morale comme d autres le sont dans leur sante physique: il merite 
la meme sollicitude, les memes attentions bienveillantes et secourables, reserve 
faite des pre cautions de securite indispensables. La folie dans le mariage est une 
de ces adversites qu on a promis de partager en commun comme les joies. Et, a 
ce propos, une preoccupation s impose a 1 esprit. Qui n a eu occasion, surtout 
parmi ceux qui ont frequente ces classes dites elevees ou la fortune ne soutient 
plus le rang, de surprendre quelques-unes de ces condamnables speculations qui 
mettent an lit d une jeune fille saine de corps et d esprit quelque fils d aliene, 
he ritier, pour le moment, du chateau de ses peres, et probablement, pour 1 avenir, 
d une horrible maladie. Nous connaissons, pour les avoir subies, les angoissesdu 
medecin uni auxdeux families par des relations professionnelles. Avec le divorce 
en perspective, mais dans une perspective plus ou moins lointaine, laissant le 
temps de jouir du present et de le fa ire fructifier, quelle nouvelle porte ouverte 
a la tentation! Si la maladie n eclate pas, tout est bien ; si elle eclate, pas 
d esclavage conjugal qui vous rive a celle qui vous donnera son nom. Le divorce, 
et tout est fini. Ce n est plus qu a recommencer. Dans une societe de peu de foi 
morale, deja si affamee d argcnt, si violemment emportee par le torrent des 
affaires, tellement avide de jouissances materielles que le souci meme de leur 
recherche empeche de les gouter serviunt voluplatibus, non fruuntur, ce 
sont de facheux precedes que ceux qui tendent a abaisser, par la suppression des 
devoirs sociaux, la barriere de la cupidite I 

La Chambre des depute s, qui a vote leprincipe du divorce, n en a pas encore 
determine les applications. A ttendons. A. DECHAMBRE. 

DIVRY (JEAN). Medecin et poete, ne a Hiencourt, dans le Beauvoisis, vers 
1472, exerc,a la medecine et publia diverses poesies sur 1 histoire et sur des 
sujets particuliers ; nous ne citerons que Les secrets et lois du mariage, in-8, 
sans date. L. HN. 

DIVULSEUR. Instrument employe pour pratiquer la dilatation brusque 
des retrecissements de 1 urethre. II en existe plusieurs modeles. 

1 Celui de Michelema, forme de deux branches dont la reunion constitue un 
catheter; ces deux branches, convexes en dehors et concaves en dedans, sont 
reliees entre elles par leur face concave au moyen de petites lames metal liques 
articulees, qui sont couchees quand 1 instrument est ferme; elles se redressent 
an moyen d une vis et ecartent ainsi les deux branches. Gelui de Rigaud res- 
semble beaucoup au precedent. 2 Celui de Perreve, forme egalement de plu 
sieurs branches qui s ecartent au moyen d un mandrin introduit dans leur 
injtervalle. Le dilatateur de Holt a etc construit d apres le meme principe. 
5 Celui de Voillemier, qui s est propose d avoir un instrument dont on put 
augmenter le volume tout en lui conservant sa forme cylindrique, afm que son 
action tut repartie egalement sur tous les points de la circonference de 1 urethre. 
Get instrument, qu il a appele divulseur cylindrique, se compose d un conduc- 
teur forme de deux petites lames d acier recourbees en gouttiere, de fagon a 
constituer par leur reunion un catheter cylindrique, et d un mandrin creuse 
sur toute sa longueur d une rainure pouvant recevoir les deux lames du con- 
ducteur. Lorsque le mandrin est introduit entre les lames, celles-ci s engagent 
dans la rainure de tellefacon que 1 instrument est toujours cylindrique. 4 Ceux 



102 DIZIER (SAINT-). 

de Sheppard et Mallez, composes d un conducteur sur lequel glisse une bougie 
terminee par une olive. 

Les instruments de Perreve et de Voillemier sont ceux qui agissent avec le 
plus de securite. 

BIBLIOGRAPHIE. VoiLLEMiER, Traite des maladies des votes urinaires, t. I, p. 194 et 200, 
1868. GAUJOT et SPH,LMANK, Arsenal de la chirurgie contemporaine, t. If, p. 7^0, 1872. 

L. H. PETIT. 

Dizi: (MICHEL-JEAN-JACQUES). Pharmacien, affineur des monnaies a Paris, 
me.mbre de I Academie de medecine, naquit a Aine, dans le de partement des 
Landes, en 1764. II commenca par etre pre parateur de D Arcet, puis fut phar- 
macien dans 1 armee et arriva au grade de pharmacien en chef en meme temps 
qn il fut charge de 1 inspection du magasin general des me dicaments. Plus tard, 
il se fixa a Paris ou il mourut a un age tres avarice*, en 1852. Nous citerons de 
lui : 

I. Precis historique sur la vie et les Iravaux de Jean d Arcet. Paris, an X (1802), in-8. 
II. Sur la vegetation des sels. In Jour n. de physiq., t. XXXIV, 1789. III. Examen compa- 
ratif des coulcurs jaitnes de la sentence du tre/le ct de la gaude. Ibid., t. XXXV, 1789. 
IV. Analyse ducuivre avec lequel lesAnciens fabriquaient leiirs medailles, les instruments 
tranchants. Ibid., t. XXXVI, 1790. V. Proctde pour obtenir lacide gallique. Ibid., 
t. XXXIX, 1791. -- VI. Sur la preparation de lacide citrique concret. Ibid., t. XLV, 1794, 
et in Mem. des sav. e"trang., t. I, 1805. VII. Sur la rectification de Vtther sulfurique. 
Ibid., t. XLVI, 179 <. VIII. Sur la matiere de la chaleur consideree d apres den experiences 
chimiques comme la cause de leffet lumineux. Ibid., t. XLIX, 1799. Me"moire historique 
sur la decomposition du sel marin et sa preparation en soude brute. Ibid., t. LXX, 1810. 

L. ILv. 

DIZIER (SAINT-) (BAD MINERALE DE). Athermale, bicarbonatee ferrugi- 
neuse faible, carbonique et sulfureuse faible. Dans le departement de la 
Haute-Marne, dans l arrondissement et a 16 kilometres de Vassy, est un chef- 
lieu de canton peuple do, 8000 habitants, sur la rive droite de la riviere la 
Marne. La ville de Saint-Dizier (5. Desiderium) a un chantier de construction de 
bateaux et un commerce assez etendu a cause de ses hauls fourneaux, de ses 
fonderies de fer et de ses forges. 

La source de Saint-Dizier nommee Fontaine Marin emerge dans une foret 
distante de *2 kilometres de la ville ; son eau est limpide, claire et transparente; 
elle a une odeur a la fois piquante et hepatique ; son gout est un peu sulfureux 
et sensiblement martial. Des bulles gazeuses assez grosses viennent de temps a 
autre s epanouir a la surface de la fontaine dont les parois interieures sont recou- 
vertes d une rouille assez foncee. Sa temperature est de 12, 8 centigrade. Son 
analyse chimique a ete faite par Legrip qui a trouve dans 1000 grammes d eau 
les principes suivants : 

Carbonate de chaux 0,0201 

magnesie 0,0232 

Sulfate de soude 0,0300 

chaux 0,0297 

magnesie 0,0480 

potnsse 0,0320 

Chlorure de magnesium 0,0320 

riios^lnle d alumiue 0,0200 

Sesquioxyde de fer, , 0,1103 

Manganese ,.,.. 

Silice I traces. 

Strontiane, brome, iode,^cuivre , 



TOTAL DES MATIERES FIXES 0,3450 



DJABRIL. 103 

r i aciJe carbon ique , 0,1627 

jaz> I hydrogene sulfure 0,0216 

TOTAL DES GAZ 0,18i5 

Cette analyse ne doit etre acceptee qu a litre de renseignement, car on ne 
pent admettre, comme 1 a fait observer M. 0. Henry, la presence simultane e de 
1 hydrogene sulfure et du bicarbonate de fer, sans qu il y ait production imme 
diate de sulfure noir de fer. M. Henry n a pas trouve non plus une proportion de 
fer aussi considerable que M. Legrip et a constate qu il y avait erreur dans la 
quantite d hydrogene sulfure de 1 analyse ci-dessus. 

L eau minerale de la foret de Saint-Dizier est employee depuis longtemps par 
les gens de la ville et des environs contre les maladies cutanees et contre les 
etats pathologiques dont 1 appauvrissement du sang est la cause et la faiblesse le 
symptome predominant. A. R. 

DJABRIL (fils de BAKHTICHOU, GABRIEL fils de BAKHTICHOU). Djabril hdrita 
de la position de ses peres et la grandit encore. Jamais peul-etre medecin ne 
fut ainsi comble des faveurs de la fortune. II en connut aussi les disgraces, 
mais elles furent passageres. II fut le medecin favori et puissant a la cour de 
Bagdad, depuis Haroun jusqu a Manioun, iuclusivement. Son pere 1 avait recom- 
mande comme le premier praticien de son temps. Des cures lieureuses, un esprit 
eleve, contribuerent egaleraent a lui conquerir la faveur des kalifes et de leurs 
ministres les Barmecides. 

Un precede original lui valut de magnifiques presents et le litre de chef des 
medecins. Une favorite de Haroun s etait luxeThumerus, et on avait inutilement 
employe desremedes pour favoriser lareduction. Djabril fut appele. 11 se cbargea 
de la cure, mais a la condition que le kalife le laisserait faire sans se facher. 
S approchant alors de la jeune femme, Djabril fil semblant de vouloir lui 
retrousser la robe. A ce geste, la jeune femme alarmee etendit le bras pour se 
prote ger: la luxation etait reduile. 

Telle etait 1 affection de Haroun pour Djabril, qu il lui avoua qu il avait prie 
pour lui a La Mekke, et qu il le defendit contre ses proches scandalises de tant 
d amitie et de consider.ilion pour un infidele. Djabril etait chretien. 

II presidait, non sans queljuas diffioultes, au regime alimeulaire du kalife. 
Son independance et la calomnie le desservirent aupres de Haroun dans la 
maladie dont ce kalife mourut, mais il etait soutenu par les Barmecides, et il 
echappa a 1 orage. La meme faveur lui fut continuee par Amin. Manioun, com- 
pelileur d Amin, en prit ombrage, mais le besoin le rapprocha de Djabril. 

Djabril et sa famille usaient ge nereusement de leurs richesses. Us repan- 
daient d abondantes aumones, visilaient les malades indigenes, secouraient les mal- 
heureux et les opprimes. Djabril nous a conserve la lisle des liberalites inou ies 
dont il fut comble par les kalifes, leur famille et les Barmecides. Nous ne pou- 
vons en reproduire les details, mais nous dirons que, malgre ses fastueuses 
depenses, il laissa en heritage a son fils 900000 pieces d or. Freind, qui ne 
connaissait de 1 histoire de la medecine d Ebn Abi Ossaibiah que les notices des 
medecins de cette famille, s est pris a dire que cette histoire n avait d autre 
utilite que de faire voir les liberalites fabuleuses dont les kalifes comblaient leurs 
medecins (La vie de Gabriel se trouve chez Freind). 

Djabril ecrivit quelques ouvrages de medecine, et son nom apparail de temps 
en lemps chez Serapion el chez Bazes (voy. DJORGIS). L. LECLEP/:. 



104 DOAZAN. 

DJATES (LES). Nom des populations de 1 Himalaya (voy. ASIE, p. 539). 

D. 

DJEBBEL-INDE. Nom donne a des Semences fines, jaunatres, de saveur 
acre, qui proviennent des Indeset que les Egyptiens emploient, d apres Rocellere, 
pour provoquer des vomissements. PL. 

BIBLIOGRAPHIE. Bull. d. sciences mid. de la Soc. d &mulation, "VI, 211. MERAT et DE 
LENS. Diet. mat. rned., II, 664. PL. 

i> jo KG is BI;\ DJABRIL (GEORGES Ills de GABRIEL). L importaiice de 

ce nora tient surtout a ce qu il se rattache a 1 un des plus grands faits de 1 his- 
toire scientifique des Arabes, et a ce que ce personnage occupait une position qui 
nous parait nouvelle dans les annales de la medecine. 

En 1 annee 765 de notre ere, Georges, issu d une famille de medecins, se 
trouvait medecin en chef de 1 hopital de Djondisabour, en Perse, oil il enseignait 
en meme temps la medecine a plusieurs eleves. 

Le kalife El-Mansour tomba malade a Bagdad, atteintd une dyspepsie, que les 
remedes administres par les praticiens indigenes ne faisaient qu aggraver. S etant 
informe s il n y avail pas autre part un medecin renomme, on lui designa 
Georges, qui fut invite a se rendre a Bagdad. Georges s y rendit, apres avoir 
confie le service de son hopital a son fils Bakhtichou. II guerit El-Mansour, qui 
lecombla de presents. Tel est le commencement de la fortune de cette famille, 
dont quelques membres atteignirent aupres des kalifes a un degre de faveur 
inoui, et qui fournit des medecins pendant plusieurs siecles. 

Georges fut un des premiers ouvriers de cette ceuvre memorable, commencee 
par El-Mansour, continuee par Haroun, et qui atteignit son apogee sous El- 
Mamoun, a savoir, 1 introduction de la science grecque chez les Arabes. 

Ebn Abi Ossa ibiah le place en tete de la liste des traclucteurs. Ce fut le 
premier, dit-il, qui sur 1 invitation d El-Mansour traduisit des ouvrages de 
medecine en arabe . Ildit ailleurs que ces ouvrages etaient des ouvrages grecs. 
Malheureusement il ne donne pas le titre de ces ouvrages. 

Le meme historien ajoute que Georges composa en syriaque une celebre col 
lection (ce que Ton a pris 1 habitude d appeler Pandectes), qui fut traduite en 
arabe par Honein. Nous n avons pas d autre renseignement sur cet ecrit, qui ne 
nous est pas parvenu, mais nous trouvons le nom de Georges assez souvent cite 
dans le Continent de Razes: nous 1 y avons remarque une cinquantaine de fois. 

Bakhtichou, fils de Georges, herita de la position de son pere a Bagdad. II 
laissa des Pandectes et un Memorial, son nom se rencontre aussi dans le Conti 
nent de Razes. L. LECLERC. 

DJUXBERG (FREDRIK-AUGUST). Ne a Stockholm, le 3 novembre 1794, a fait 
a Upsal ses etudes medicales. II fut recu candidat en medecine de cette Uni- 
versite le 12 juin 1820, licencie le l er juin 1821 et docteur en 1822. II fit partie 
du corps de sante de 1 armee de terre et de la marine, fut nomme chirurgien 
major en 1829, et apres divers voyages devint, en 1851, medecin de province. 
II est mort en aout 1875. Nous connaissons de lui : 

Utdrag uc embetsberattelse. In Svenska Lakare-Sallskapet Nytt Handlingar, t. VII. 

A.D. 

DOA/AX (PIERRE-ELOY). Medecin du dix-huitieme siecle, regu docteur a la 
Faculte de Montpellier, agrege au College des medecins de Bordeaux, membre 



DOBERA. 105 

de 1 Academie de la meme ville ainsi que de la Societe royale des sciences de 
Montpellier, s est fait connaitre par des travaux sur la colique de Poitou et sur 
les maladies des betes a comes. 

I. Quaestiones medicae pro cathedra vacante : On salubris aer Burdigalensis ? . .utrum 
navigatio prosit sanitaii. Bordeaux, 1757, in-12. II. Reflexions sur la dissertation de 
H. De Haen au sujet de la colique de Poitou. In Journ. de med. de Roux, t. XIII, p. 291, 
1760. III. Mem. sur lamaladie Jpizootique regnante, etc. Bordeaux, 1774, in-8. 

L. HN. 

DOB EL (JOIIAINN-JACOL). Ne a Dantzick, proiesseur et medecin pensionne a 
Rostock, mort dans cette ville le 6 juin 1684. II etait membre de 1 Academie 
des Curieux de la Nature, sous le nom d Hippocrate II, revetu du litre de comte 
palatin. Lors de 1 investiture de ce litre, il prit la particule et changea son nom 
en DCEBELN. On a de lui : 

I. Diss. de lithiasi renum. Lugduni Batav., 1664, in-4. II. Diss. de fcedis virginum 
coloribus. Rostochii, 1670, in-4. III. De ovis exercitationes . Rostochii, 1676, in-4. 
IV. Conclusions de corporis naturalis principiis. Rostochii, 1682, in-8. -- V. Sciagraphia 
corporis humani. Rostochii, 1683, in-8. VI. Hippocratis et Helmontii conciliatio de 
generatione. Rostochii, 1647, in-4. VII. Penis cancrosi fehcitcr dissecti kistoria. Lipsise. 
1698, in-12. Trad, en allem. Copenhague, 1699, in-8. VIII. II a encore public une edition 
des ceuvres de Lazare Riviere (Francfort, 1674, in-fol.) et de la Medicina Hippocraiica 
contracta de Van der Linden (Francfort, 1672, in-fol. ). L. HN. 

DOBELN (JOHANIS-JACOB von) . Fils du precedent, naquit a Rostock le 29 mars 
1674, etudia la medecine dans sa ville natale, a Copenhague et a Konigsberg, 
puis, apres avoir exerce son art a Yarsovie, revint a Rostock, oil il prit le degre 
de docteur le 18 avril 1696. II etait alors me decin du starosle polonais 
Nicolas Grudzinski; il quilta ce seigneur en aoiit 1696, passa a Wismar, puis 
se rendit a Gothenborg, ou il devint medecin inspecteur le 31 mai 1697. II se 
fit ensuite agre ger au college royal de Stockholm, fit en 1698 un voyage aux 
Pays-Bas, d ou le rappela le roi Charles XII, qui le nomma en 1709 medecin 
provincial en Scanie et 1 annee suivante professeur d anatomie a Lund, ou il 
moumt en 1743. 

Doebeln avail e te anobli en 1716 et rec.u membre de la Societe d Upsal le 
4 decembre 1753, membre de 1 Academie des Curieux de la Nature en 1735. II a 
laisse une Uistoire de I Universile de Lund en latin et une Description des eaux 
mine rales de Ramlcesa, pres de Helsingborg, en suedois. On a encore de lui une 
fouled opuscules et de dissertations, parmi lesquels nous nous bornerons a citer : 

I. Valvularum vasorum lacteorum, lymphaticorum etsanguiferorum dilucidatio. Rostochii, 
1695, in-4. II. Diss. de sanguificatione sine novo chylo peremante in media diuturna 
Lundae, 1730, in-4. III. Diss. qua demonstratur scorbutum Suecis non esse endemium 
Lundae, 1735, in-4. IV. Compendium physiologic anatomicis demonslrationibus illus- 
tratae. Lundae, 1741, in-4. L. HN. 

DOBERA. Le D. glabra J., arbre de 1 Arabie, a e te cite comme produi- 
sant des fruits comestibles et rafraichissants. 11 est d ailleurs sans grand inleret 
medical. C esl un des deux representants connus du genre Dobera, rapporte 
aux Salvadoracees par les auleurs en general (BENTH. et HOOK. F., Gen., II, 680) 
et que nous avons (Hist, des plant., VI, 15) attribue aux Celastracees, comme 
les Salvadora eux-memes dont les Dobera different par la polypetalie de leur 
corolle et la presence d une e caille glanduleuse en dedans de chaque petale. Leur 
ovaire supere n a qu une loge fertile, uniovulee, et une ou plusieurs logettes 
steriles. II. BN. 



106 DOBRZENSKY VON SCIIWARZBRCK. 

DOBEREINER (JoHANN-WoiFGANG). Nous (levons line mention a ce chimiste 
eminent, auteur d un grand nombre de decouvertes qui interessent 1 hygiene et 
la medecine. Dobereiner avail du reste obtenu le diplome de docteuren medecine. 

Ne a Hof, en Baviere, le 15 decembre 1780, il mourut a lena le 27 mars 
1849. A 1 age de quinze ans, il commence 1 etude de la pharmacie, et les bril- 
lantes qualites qu il deploya lui valurent bientot 1 amitie de plusieurs medecins 
et naturalistes distingues. 11 s appliqua de preference a la chimie. Apres 
plusieurs voyages, il revint dans sa patrie, en 1805, et y eleva une fabrique de 
produits chimiques. Peu apres, il abandonna 1 industfie pour se livrer exclusi- 
vement a la chimie experimentale ; c est a cette e poque qu il fit la decouverte des 
cblorures alcalins et de plusieurs autres et reconnut les proprietes desinfectantes 
du charbon. De 1808 a 1810, il dirigea une distillerie et une brasserie pres de 
Baireuth et eut 1 occasion de faire des observations ties-importantes sur les 
phenomenes de la fermentation. En 1810, il fut nomme professeur de chimie 
a 1 universite d lena, sur la recommandation de Gehlen ; il gagna 1 amitie de 
Charlcs-Auguste, grand-due de Weimar, et celle de Goslhe, et, grace a la pro 
tection de ces puissants personnages, put entreprendre une serie de travaux. 
extremement importants. En 1817 el 1818, le gouvernement prussien 1 envoya 
en mission a Aix-la-Cliapelle et a Spa pour faire 1 analyse de leurs eaux mine- 
rales. Eu 1820, il devint professeur ordinaire, et tous les autres honneurs sui- 
virent. 11 refusa les offres les plus brillantes des universites de Bonn, de Dorpal, 
de Halle, de Munich et de Wurtzbourg, pour rosier fidele a Tecole d lena qui 
1 avait la premiere accueilli. 

Dobereiuer le premier reconnut que 1 acide oxalique ne renferme pas d hydro- 
gene et constala le dedoublement de cet acide en eau et en oxyde de carbone 
sous 1 influence de 1 acide sulfurique concentre, de meme qu il reconnut que ce 
dernier decompose 1 acide formique en acide uirbonique et en oxyde de carbone. 
Le premier il employa 1 oxyde de cuivre dans 1 analyse des substances organiques. 
Mais, de toutes ses decouvertes, c est celle de la propriete de 1 eponge de platine 
d enflammer I hydrogene au contact de 1 air ou de Toxygeiic qui fit le plus de 
sensation ; il appliqua cette propriete a la construction de briquets, de veilleuses, 
d eudiometres. elc. Nous nous bornerons a ciler de lui : 

I. Lehrbuch der allgem. Chemie. lena, 1811-1812, 3 vol. in-8. II. Grundriss der allg. 
Chemie. lena, 1816, in-8; 3. Aufl., ibid., 1820, in-8. Suppiem. Stuttgart, 1857, in-8. 
III. Anleituiig zur Darstellung und Anwendung alter Arten der kraftigsten Bader mid zur 
kunstlichen Bereitung der wirksamsten Ileilwasser, etc. lena, 1816 (1815), in-8. IV. Ele- 
mente der phannaceutisc/ien Chemie zu Vorlesungen und zum Gebrauch fur Aerzte und 
Apotheker. lena, 1816, T. iu-8; 2. Aufl., ibid., 1819, in-8. V. Ueber die chemische 
Constitution der Mineralwasser. lena, 1822 (1821), in-8. VI. Zur pneumalischen Che 
mie, etc. lena, 1821-1823, 5 iasc. in-8. VII. Zur Ga!iruncjschemie, etc. lena, 1822, in-8; 
2. Aufl., ibid., 1844, in-8" (n est qu une parlie du precedent publiee separe ment). 

VIII. Ueber neuentdeckte lioclist mcrkwiirdige Eigenschaften des Platins. lena,. 1824, in-8. 

IX. Beitrdge zur physikalischen Chemie. lena, 1824-1856, 5 livr. in-8. X. Deutsches 
Apothckerbuch. Stuttgart, 18iO-l844 (en collaboration avec son fils Franz Dobereiner). 
XI.Nombreux articles dans les recueils periodiques. L. Hx. 

IIOBRZEXSKY vox SCHWARZBRIJCK (JACOB). Medecin et philosophe, 
ne en Boheme, florissait dans la seconde moitie du dix-septieme siecle. II fit 
un sejour assez long en Italie et exerga la medecine a Panne. Nous connaissons 
de lui : 

I. Nova et amoenior philosophia Heronis de fontibus. Ferrare, 1659, in-fol. II. Prccser- 
vativum universal?. Corollarium de principiis. Hippocrates redivivus, sen Theses medicae 



DOC1MASIE. 107 

inaugurates. Ferrare, 1686. - - III. Tincturae metamorphoseos microcosmicae, sen Theses 
medicae de transmutations in chylificatione. Ferrare, 1686, in-8. 

DOBSON (LES DECX). 

Dobson (RICHARD). Ne dans le Yorkshire, prit en mai 1795 du service 
dans la marine en qualile de chirurgien assistant, a Haslar Hospital, et devint en 
fevrier 1797 chirurgien en litre. Apres avoir navigue pendant quelque temps, 
il revint en 1809 et fut nomme chirurgien du navire-hopital the Trusty; le 
czar et le roi de Danemark lui accorderent de brillantes recompenses pour les 
soins qu il donna aux marins russes et danois et lui decernerent entre autres des 
croix de Fordre de Saint-Vladimir et de 1 ordre de Danebrog. En 1814, il i ut 
nomme chirurgien de la marine royale a Chatham, puis en 1824 chirurgien a 
I hopital de Greenwich. II conserva ce poste jusqu en 1844, ou il prit sa retraite. 
II mourut en septembre 1847. 

Dobson a publie divers articles dans Edinb. Med. Journal, London Medico- 
Chirurg. Transactions, etc. II e tait fellow de la Societe royale de Londres. 

Dobson (WILLIAM). Anatomiste distingue, mort a Londres le 10 mars 
1836, age seulement de vingt-neuf ans. Eleve de Charles Turner Thackrah, a 
Leeds, il enseigna 1 anatomie a 1 ecole fonde e par cet eminent chirurgien a 
partir de 1829, puis en octobre 1855 vint a Londres enseigner 1 anatomie com- 
pare e a 1 Ecole de medecine de Westminster. II etait membre du College royal 
dechirurgie de Londres. On a de lui : 

I. An Experimental Inquiry into the Structure and Function of the Spleen. London, 1830, 
in_8. II. On the Action of the Heart. In the Lancet, t. I, p. 602, janv. 18? 1. III. Essay 
on Animal Action. Ibid., t. II, passim, 1831. IV. On the Epidemic Cholera of Leeds 1825. 
In Johnson s Med.-Chir. Review, t. XX, p. 636, 1832. L. UN. 

DOCHMIE (DochmimDa}.). Genre de Vers Nematoides, appartenant a la 
famille des Strongylide s. 

Par leur corps blanc, filiforme, tres-mince et finement strie en travers, les 
Dochmies out les plus grands rapports avec les Strongyles. 11s s en distinguent 
par leur tete irreguliere, obliquement tronquee en dessous, et par leur bouche 
tres-large, placee lateralement. De plus, la cavite pharyngienne est anguleuse et 
revelue par une membrane cornee dout les bords sont denies. Les males out 
I extremite posterieure du corps terminee par deux lobes late raux assez larges 
rapproches en forme de bourse ou de cloche, et munie d une gaiue de laquelle 
sortent deux spicules longs et greles. Chez les femelles, au contraire, la queue 
est droite, conique, obtuse ou mucronee; la vulve est situee en arriere de la 
partie mediane du corps. 

Les Dochmies sont parasites de certains Mammiferes. Des trois especes connues, 
Tune (D. tubceformis Duj.) a ete trouve e dans le duodenum duchat domestique, 
en Europe et en Amerique, 1 autre (D. hypostomus Dies.), dans 1 intestin du 
mouton, de lachevre, du chamois, du cerf, du chevreuil et de la gazelle, latroi- 
sieme enfm (D. trigonocephalus Duj.), dans 1 estomac et 1 intestin du chien, du 
renard et du loup. Dans cette derniere espece, le male a de 6 a 7 millimetres, la 
femelle de 15 a 14 millimetres de longueur. ED. LEFEVRE. 



DOCi.n\siE (Soxrpa^stv, essayer, eprouver). On appelle docimasie pulmo- 
naire 1 ensemble des epreuves faites sur le poumon de 1 enfant pour savoir s il 



108 DOCTRINE. 

a ou non respire. Ces e preuves auxquelles on peut avoir recours reposent, 
ou sur une difference de rapports entre le poids du poumon et le poids du 
corps, suivant que Ten fant a respire ou n a pas respire (methode de la balance); 
ou sur une difference dans le volume d eau que deplace et le poids que perd le 
poumon immerge (methode hydrostatique de Daniel), ou sur une difference de 
poids specifique (methode hydrostatique de Galien). 

Ces diverses meHhodes seront exposees en detail et appreciees a 1 article 
INFANTICIDE. D. 

DOCKENBURG (HANS von). Chirurgien strasbourgeois du quatorzieme 
siecle, celebre par la cure heureuse qu il obtint sur le celebre roi de Hongrie 
Mathias Corvin. Brunschwig, dans sa Chirurgie (Tract. II, p. xxxiv b de Pedition 
de 1508), raconte que ce prince avail ete blesse au bras par une fleche dont la 
pointe en fer e tait restee dans la plaie. Dockenburg eut le courage d entreprendre 
le traitenient du roi ; il recouvrit la plaie d un onguent compose de bol d Ar- 
menie, de vinaigre et de camphre, et qui provoqua la suppuration. Le chirur- 
gien de Strasbourg pratiqua alors une simple incision a la peau et retira le 
fragment sans se servir de pince. Pour le recompenser, Mathias Corvin Peleva 
au rang de chevalier et de comte. L. HN. 

DOCTOR S GUM. Substance gommo-resineuse, extraite du Rhus Meto- 
pium L., espece de Sumac des Antilles, dont 1 ecorce est astringente et a ete 
vantee centre les affections diarrheiques, scrofuleuses, hemorrhoidales, vene- 
riennes, etc. La resine s obtient par incisions de 1 ecorce, et on Pemploie comme 
evacuant, a Pinterieur, contre les affections syphilitiques, certaines maladies de 
foie, de la vessie. A Pexterieur, on Papplique au traitenient des plaies.- On a 
propose de Pemployer, comme on fait des feuilles, au traitenient de la pustule 
maligne : son action serait done comparable, dans ce cas, a celle du Noyer. Les 
auteurs parlent peu de ce medicament, et c est d apres une indication de Bertero, 
que Pon connait le nom de Doctor- gum ou Doctor s gum, qu il porte a la Ja- 
ma ique. On Pappelle aussi Hog-gum; il se presente en masses demi-opaques 
ou en larmes friables, jaunatres, dont Papparence a ete compare e a celle de 
la gommc-ammoniaque teintee avec de la gomme-gutte. Sa saveur est legere- 
ment amcre, et son odeur nulle. H. BN. 



BIBLIOGRAPHIE. MER. et DE L., Diet. Mat. mgd., II, 665 ; VI, 77. -- GUIB., Drog. simpl. 
6d. 7, III, 489. ROSEXTH., Syn. plant, diapkor., 850. H. BN, Hist, des pi., V, 300; 
Tr. Bot. med. phantr., 902. H. BN. 

DOCTRINE. Le mot doctrine signifie simplement ce qu on enseigne; mais, 
en langage philosophique, il suppose que ce qu on enseigne renferme un prin- 
cipe general, repose sur une proposition premiere, de laquelle on deduit une 
serie d autres propositions, dont Pensemble constitue ce qu on appelle un corps 
de doctrine. 

Certaines doctrines sont entierement hypothetiques. L hypothese sera deduite 
de certaines observations positives, mais elle sera indemontree et inde mon- 
trable : par exemple, la doctrine de la metempsychose, ou meme celle de la com 
position elementaire des corps et de Pindivisibilite des atonies. Parmi les doc 
trines qui ont un fondement experimental, il en est qui sont tirees de Pobservation 
des phenomenes du monde exterieur; d autres, de Pobservation des phe nomenes 



DOCTRINE. 109 

de conscience. La doctrine de 1 unite des forces physiques toutes reductibles au 
mouvement est un exemple du premier cas; celle du libre arbitre un exemple 
du second. Dans 1 ordre purement logique, diverses doctrines ont ete emises 
sur la nature et la valeur des procedes dont 1 esprit se sert pour rechercher la 
verite ou pour 1 affirmer : sur la nature de la proposition, sur la valeur de 1 in- 
duction ou dela deduction, sur la distinction du genre etde 1 espece, etc. II n est 
meme pas necessaire qu une doctrine precede directement de 1 hypothese ou de 
1 observation; il suffit d une conception de 1 esprit, qui pourra etre occasion- 
nellement suggeree par des evenements quelconques ; qui ne sera pas la 
consequence logique de ces evenements, mais bien une simple opinion person- 
nelle sur un ensemble de questions. La politique, ou les impressions jouent 
un plus grand role que le raisonnement ou 1 experience, est pleine de ces doc 
trines (qu on appelle liberates, conservatrices, socialistes, panslavistes, de 
Monroe, etc.); et chacun de nous, dans ces actes comme dans ses pensees, 
obeit tous les jours a des doctrines personnelles dont I irreflexion 1 empeche de 
se rendre compte. 

Entre la doctrine d une part et, d autre part, la the orie et le systeme, il existe 
des differences que 1 usage ne respecte pas toujours et qu il est bon de rappeler, 
car la premiere qualite a exiger de toute science est la clarte dans la termino- 
logie. 

Si la doctrine est une affirmation de principes, la theorie est une explication 
des fails. II pent y avoir des doctrines sans theorie ; il n y a pas de theorie sans 
doctrine. Un des exemples cites tout a 1 heure aidera a comprendre cette diffe - 
rence. L univers est compose d atomes . Voila une affirmation doctrinale : 
c est la doctrine atomistique. Les combinaisons chimiques en proportions defi- 
nies sont expliquees par la constitution atomique des corps, et les proportions 
represented les poids relatifs des particules integrantes et irreductibles de la 
matiere. Yoila une theorie : la the orie atomique. De meme, on enonce une 
doctrine quand on dit que 1 acte de 1 hematose est une operation chimique, et 
une the orie quand on montre comment 1 oxygene de 1 air se met en contact avcc 
le sang et y devient 1 agent d une combustion. 

Quant au systeme, il consiste dans une disposition methodique d idees ou de 
raisonnements, enchaines les uns aux autres et constituant un tout qu on ne 
peut rompre en un point sans miner la construction tout entiere. Le systeme 
ne doit pas etre identifie avec la doctrine, puisque celle-ci, nous 1 avons dit, 
peut se re duire a une simple croyance ; mais un sysleme scientifique, comme une 
theorie, suppose une doctrine et n est meme que rarrangement scientifique des 
elements d une doctrine. En astronomic, 1 hypothese de 1 attraction est le prin- 
cipe doctrinal sur lequel repose le systeme par lequel on rend compte du mou 
vement des astres. Le principe de la doctrine de Brown est que toutes les mala 
dies sont causees par 1 asthenie; celui de Broussais, qu elles sont dues a 
Tirritalion ; chacun d cux applique syste matiquement son principe a toutes les 
parties de la pathologic. On comprend ainsi que, dans beaucoup de cas, le choix 
entre les mots doctrine et systeme soil a peu pres indifferent ; qu Alibert ait e crit 
un livre sur la valeur des systemes dans Tetude des sciences, et Broussais un 
autre sur 1 examen des doctrines. Pourtant il est a remarquer que la distinction 
etablie ci-dessus n a pas echappe au fameux reformateur, car le litre entier du 
plus celebre de ses ouvrages est ainsi libelle : Examen des doctrines medi- 
cales et des systemes de nosologie . 



110 DOD. 

Dans 1 article consacre a 1 histoire dc la medecine (voy. MEDECINE [Histoire]), 
toutes les doctrines, tous les systemes de raedecine ont ete passes en revue. 
Nous n avons pas a y revenir. Quelques mots seulenient touchant 1 influencc 
qu elles ont pu exercer sur les destinees de la science me dicale. 

Comme on est porte a juger de la valeur intellectuelle ou des caracteres des 
gens surtout par leurs defauls, il est assez d usage de maltraiter les systemes, 
et c est un grand reproche contre le medecin que de le trailer d esprit systematique. 
Avec ce genre d esprit en effet, qui marche pour ainsi dire a travers la reulite 
sans la regarder. n ayant jamais devant les yeux que 1 ide edont il est obsede , on 
a grande chance, sur le terrain scientifique, de commettre des erreurs, et, sur le 
terrain pratitjue, de compromettre la vie des malades. Mais ces graves inconve- 
nients ne viennent pas toujours d une faussete radicale des principes auxquels 
ons est conforme; ils sont souvent imputables a des applications intempestives, 
excessives, d un principe juste, tire lui meme d observations exacles. Tout cri 
tique attentif et degage de prevention reconnaitra que, sile vitalisme, dans scs 
grands eearts, est alle jusqu a subordonner tous les phenomenes de la vie pby- 
siologique et de la vie pathologique a 1 influence de principes hypothe- 
tiques, d agents internes, distiucts de la matiere, superieurs a elleetlui donnant 
ses ordres, il a contribue dans une tres-grande mesure a mettre en evidence cer- 
taines lois i ondamen tales de la vie elle-meme et a sauver 1 autonomie de 1 elre 
aninie, et que, par contre, I organicisme, s il oublie tro r > que cet etre doue 
de vie, de quelque maniere qu il dure et se renouvelle, par quelquemecanismeque 
s opere et s entretienne son harmonie tbnctionnelle, tire de son origine meme, de 
sa composition primitive et traditionnelle et des energies qui ysont inlie rentes, 
un caractere special, unique, qui domine la pbysiologie et plus encore la patho 
logic ; s il ne comprend pas que les conditions de formation de l organisme, les 
conditions de son accroissement, de son arret, de son declin, de ses attributs 
morphologiques, etc., sont predeterminees et consequemment imposees, quoique 
inconnues, a tons nos moyens d investigation, 1 organicisme, disons-nous, 
n en a pas moins ouvert a la science une ere ieconde de progres et de decou- 
vertes. Et si nous premons des doctrines moins vastes, celle, par exemple, de la 
fermentation dans les maladies, ou celle des humeurs peccantes, combien il serait 
facile aujourd hui de demontrer qu elles repondent a des fails reels, d une impor 
tance considerable et dont retentit toute la pathologie moderne. .Microbes ou 
micnm*mas pretendent egalement au role de ferments, et la depuration de Tor- 
ganisme est maintenant une des grandes preoccupations de la therapeutique 
(voy. DEPURATION). 

Ces considerations nous paraissent sulfire a un article qui ne se proposait d autre 
but que de dontier une idee generale de la doctrine en science medicale (voy. 
1 article METHODE). D. 

DOD (PEIRCE). Medecin anglais du commencement du dix-huitieme siecle. 
RBQU docteur en 1714, il devint fellow du College royal de medecine de Londres 
en 1720 et lut cette meme annee la lecon goulstonienne, puis en 172!) la lecon 
harveyenne. En 1725, il fut elu medecin de 1 hopital Saint-Barthelemy et con- 
serva ces fonctions jusqu a sa mort arrivee le 18 aout 175i. 

Dod etait oppose a 1 inoculation variolique; en 1746 il publia un opuscule 
intitule : Several Cases in Physic, Small-pox and Fever, ou il chercha a 
discre diter cette pratique. Kirkpatrick, Darrowby et 1 un des Schomberg, lui 



DODART. Ill 

repondirent d une maniere tres-satirique et le tournerent en ridicule. Nous ne 
connaissons pas d autre production de Dod. L. UN. 

DODART (DEMS). Celebre medecin francais. II naquit en 1634, de Denis 
Dodart, bourgeois de Paris, et de Marie Dubois. Le gout qu il manifesta des 
1 enfance pour les sciences et les arts determina son pere a faire soigner son 
education, et le jeune Dodart. en s adonnant a 1 etude du grec ot du latin, s ap- 
pliquait dans ses moments dc loisir au dessin, a la musique, aux instruments, 
et reussit a tout. II parut avec eclat dans tousles eours de sa licence, et fut recu 
bachelier le l er avril 1658, puis docteur le 13 octobre 1660. Guy Patin en 
parle avec eloge : Ce jeune homme est un prodige de sagcsse et de science, 
monstrum sine vilio. Ce garcon incomparable n a que vingt-six ans, il a eu 
le second lieu de sa licence, nemine contradicenle . Peu de temps apres, 
dcrit Andry, auquel nous emprimtons ces de tails, le comte de Brienne, 
secretaire d Etat au departement des affaires etrangeres, lui offrit une place 
principale dans ses bureaux. Dodart, quoique sans fortune, refusa ce riche 
etablissement, il 1 eut distrait de sa passion pour la medecine et les lettrcs, 
auxquelles il s etait entierement voue. En 1666, la Faculte le nomma profes- 
seur de pharmacie. Ses talents ne tarderent pas a le faire connailre, et la prin- 
cesse Anne-Genevieve de Bourbon, duchesse de Longueville, se 1 atlacha cornme 
medecin. II en fut de meme de Anne-Marie Martinozzi, veuve d Armand de 
Bourbon, prince de Conti. Nomme ensuite conseiller-medecin du roi, il fut recu 
a 1 Academie des sciences comme botaniste en 1673; son ardour a etudier 1 iiis- 
toire des planles lui fournit le sujel de plusieurs memoires. II etudia pendant 
tronte-trois ans la transpiration insensible d apres les expe riences de Sanctorius. 
Ces experiences que Dodart verifia et reitera a Paris furcnt renouvelees en 
Angleterre par Keil ; en Hollande par Gesler, et par Linnings dans la Caroline 
meridionale. 

Denis Dodart, qui avait epouse Marie-Lucienne Le Picard, et qui a laisse 
plusieurs enfants, entre autres Claude-Jean-Baptiste Dodart, qui fut egalement 
medecin de la Faculte de Paris, est mort d une fluxion de poitrine, le 5 novembre 
1707, et fut inhume dans 1 eglise de Saint-Germain 1 Auxerrois. II e tait a^ de 
soixante-treize ans. Le titre principal de Dodart au souvenir de la posterite , c est 
le role considerable qu il a joue dans la publication, faile sous les auspices de 
TAcademie, de I Histoire des plantes, bistoire a laquelle ont travaille Du Clos, 
Borel, Perrault, G;ilois, Mariotte,Bourdelin, Marchand. L ouvrage, qui fut public 
en 1676, sous la forme d un grand in-folio, et qui porte ce tilre : Memoires pour 
servir a Ihistoire des plantes, dresses par M. Dodart (Impr. royale), pent 
passer pour un chef-d oeuvre, non-seulement par les ingenieuses reclierches 
qui y sont consignees, mais encore par les 39 et magnifiques planches, 
gravees sur acier par M. Robert, qui 1 enrichissent. Fontenelle porte ce iurrement 
sur la preface de cet ouvrage : On peut prendre la preface que nous venons 
de citer pour un moilele d une theorie embrace dans toute son etendue, suivie 
jusque dans ses moindres dependances, tres-fmement discute e. est assaisonne e 
de la plus aimable modestie . 11 y a de ce livre une seconde edition, en un 
volume in-8, mais sans les planches (Paris, Imp. royale, 1779). 

Dodart s est encore fait connaitre par divers memoires publies soil dans le 
Journal des Savants, soil dans les Memoires de I Academic des sciences. Voici 
les titres des principaux : 



112 DODOENS OF DOODEZOON. 

I. Lettre contenant la description d une plante nouvelle trouvce entre I /corce et le bois 
du tronc d un charme mart depuis longlemps. In Journ. dcs Savants, p. 277, 1675. 
II. Letlre contenanl des choses fort remarquables touchant quelques grains. Ibid., p. 69, 

1676. II s agit de 1 ergol de seigle. III. Reflexions sur un mangeur de feu. Ibid., p. 178, 

1677. IV. Description d une plante nommde paries Latins Tanaceta. In .I/em, de I Acad. 
d. sc., 1693. V. Memoire sur le parallel isme de la touffe des arbres avec le sol de la 
terre qu elles ombragent. Ibid., 1699. VI. Dissertation sur la vdgctation des plantes. 
Ibid., 1700. VII. Observations sur le sel volatil qni se tire par la distillation soil des 
plantes, sort des animaux. Ibid., 1703. VIII. Observations sur les ruches petrifie es. Ibid., 
17115. IX. Memoire sur les causes de la voix de I homme. Ibid., 1706. 

Enfin Dodart avail compose divers traites sur la saignee, sur le regime des 
Anciens et sur leurs boissons, qui n ont point etc imprimes. II avail aussi 
redige des notes touchant les medecins de Paris; mais ses papiers, signales par 
Chomel, ont ete egares en 1762, et n ont point ete retrouves. Quant ;; ses 
recherches sur la transpiration insensible, on les trouvera dans 1 ouvrage que 
Noguez a publie en 1725, in-12, sous le titre de Statica medica Gallica. 

A. C. 

DODOENS OF DOODEZOON (REMBERi). De son nom latinise DODONAEUS, 
d ou DODONEE. Medecin et botaniste hollandais, ne a Malines, pres d Anvers, le 
29 juin 1518. 11 etudia la medecine a Louvain sous la direction de Jean Heems 
d Armentieres et Paul Roels de Teuremonde. II prit le grade de licencie le 
10 septembre 1535, puis visita, dit-on, plusieurs universites de France, 
d Allemogne et d ltalie. II se trouvait a Bale en 154(5 ; c est du moins la qu il 
publia son premier ouvrage. 11 parait etre revenu a Malines la meme annee. II 
fit un voyage en Ilalie vers 1570, puis revinl en Allemagne pour remplacer, 
comme medecin de 1 empereur Maximilien II, Nicolas Biesius, rnort le 10 avril 
1572. A la mort de ce prince, en 1576, il remplit les memes fonctions aupres 
de son fils Rodolpbe II, qui, comme son pere, 1 honora du titre de conseiller 
aulique. Une polemique qu il cut avec Jean Graton de Crafftheim et le danger 
qu il courait de perdre ses proprietes a Malines, au moment ou eclaterent les 
troubles des Pays-Bas, le determinerent a demander son conge a 1 empereur. 
Mais la guerre civile, qui devastait les Pays-Bas, 1 obligea a s arreter a Cologne, 
ou il se fixa et jouit d une grande reputation. En 1580, il passa a Anvers, puis 
accepta la chaire de medecine a 1 universite de Leyde et consacra a 1 enseignement les 
deux dernieres annees de sa vie. II termina sa carriere a Leyde le 10 mars 1585. 

Dodoens a ete Fun des premiers praticiens qui aient fait de la the rapeutique 
rationnelle. II doit en outre etre considere comme l un des epidemiograpbes les 
plus dislingues du seizieme siecle et 1 un des fondaleurs de I anatomie patho- 
logique. Mais, outre ses connaissances medicales, il etait Ires-verse dans les 
lettres, la linguistique, les mathematiques, et particulierement dans la bola- 
nique. Ses principaux ouvrages sont consacres a cette derniere science. Les 
descriptions qu il donne des plantes sont generalement exactes, mais ses essais 
de classification n offrent rien de sciendfique ; il divise les vegetaux d apres leurs 
proprietes medicinales ou leurs usages plutot que suivant des principes ration- 
nels. Quoi qu il en soil, Dodoens pent etre considere comme le fondateur de 
I horticulture en Hollande. Plumier a consacre a sa memoire un genre de 
plantes, Dodonaea, de la famille des Terebinthacees. Nous connaissons de 
Dodoens : 

I. Cosmographtca in astronomiam et geographiam isagoge. Antverpiae, 1548, in-12. 
H. De fragum histona, liber unus ejusdem epistolae medicae una de Farre, Chondro, 



DODONjEA. 115 

Trago, Ptisana, Crimno et Alica; altera, de Zytho et Cerevisia. Antverpiae, 1552, in-8. - 
III. Gruydt-Boeck, etc. Anvers, 1553. IV. Trium priorum de slirpium liistoria commen- 
tariorum imagines ad vivum expressae; una cum indicibus graeca, latina, officinarum 
Germanica, Brabanlica, Gallicaque nomina compleclentibus. Antverpiae, 1553, 1559, in-8. 
V. Posteriorum trium de stirpium historia commentariorum imagines, etc. Anlverpiae, 
1554, in-8"; ibid., 1559, in-8. VI. Frumentorum, leguminum, palustrium et aqiiatilinm 
herbarum, ac eorum quae eo pertinent, historia. Antverpiae, 1500, 1509, in-8. --VII. Flu- 
rum et coronariarum odoratarumque nonnullarum herbarum, ac eorum quae eo pertinent 
historia. Antverpiae, 1568, 1569, in-8 (108 planches tres-belles). VIII. Purganlium alio- 
rumque eo facienlium, turn et radicum, convolvulorum ac delelariarum herbarum histonae 
libri quatuor. Antverpiae, 1574, in-8. IX. Appendix variorum, et quidem rarissimarum 
nonnullarum stirpium ac florum guorundam peregrinorum eleganlissimorumque, et 
icones, etc. Antverpiae, 1574, in-8. - - X. Historia vitis vinique et stirpium nonnullarum 
aliarum.ltem medicinalium observationum exempla. Coloniae Agrip., 1580, in-8; Lugduni, 

1583, in- 12. XI. Apollonii Menabeni traclatus de magno animali quod Alcen nonnulli 
vacant, Germani Elendt, etc. Coloniae, 1581, in-8. XII. Medicinalium observationum 
exempla rara, cum scholiis. Coloniae, 1581, in-8; Antverpiae, 1585, in-8; Harderovici. 

1584, 1621, in-8. XIII. Physioloyices, medicinae partis, tabulae expeditae. Anlverpiae, 
1581, 1585, in-8. XIV. Stirpium historiae pemptades sex, sive libri triginta. Antverpiae, 
1583, in-fol., fig.; ibid., 1612, 1616, in-fol.; en flamand, ibid., 1618, in-fol. ; en bolland. 
par J. van Ravelinghen, ibid., 1644, in-fol. XV. Consilia medica, dans le Recueil de 
Sc/iok. Francfort, 1598, in-fol. XVI. Praxis medica, Amstelodami, 1016, 1640, in-8. 

L. Hs. 

r om i:\ L. Genre de plantes des Sapindacees, serie des Sapindees, 
dedie a Dodoens (en latin Dodonceus), auteur d une remarquable Histoire des 
plantes...., de leurs especes, forme, noms, temperament, vertus et operations, 
non-seidement de celles qm croissent en ce pays, mais aussi des autres e tran- 
geres qui viennent en usage de me decine. On a aussi fait du genre Dodoncea 
le type d une tribu des Dodoneees. Ses fleurs y sont apetales, dio iques ou poly- 
games, avec un calice de 2-5 sepales, valvaires ou imbriques, parfois tres-peu 
developpes. Les etamines, nulles ou rudimentaires dansles fleurs femelles, sont, 
dans les males, au nombre de 4-8 et plus rarement de 9-12, occupant le centre 
du receptacle qui n est pas glanduleux ou Test a peine. Leurs filets sont libres, 
ordinairement courts, et leurs antheres sont oblougues, sub-4-gones, introrses 
dehiscentes par deux fentes longitudinales. L ovaire, nul ou rudimentaire dans 
la fleur male, est entoure d un petit disque qui se trouve exterieur aux stami- 
nodes ou interpose a eux, lorsqu il existe dans la fleur femelle. Ses looes sont 
au nombre de 2-6, >urmontees d un style^a 2-6 divisions stigmatiferes, de 
longueur variable, Chacune des loges renferme deux ovules, collateraux ou 
subsuperposes, dont un souvent ascendant, et Tautre descendant. Le fruit est 
capsulaire, coriace ou membraneux a 2-6 angles ou a 2-6 ailes, septicide et se 
separant en 2-6 valves, carenees ou aile es sur le dos, avec une columelle qui 
supporte les cloisons et les graines. Celles-ci n ont pas d arille, mais le sommet 
de leur funicule peut etre dilate; leur testa est dur ou coriace, etleur embryon, 
depourvud albumen, a des cotyledons plus ou moins contournes en spirale. Les 
Dodoncea sont des arbres ou des arbustes, souvent visqueux, a feuilles alternes, 
simples ou quelquefois paripinnees; a petites fleurs disposees en grappes axil- 
laires et terminales, composees, parfois corymbiformes. Parmi les especes, au 
nombre d un demi-cerit, qui habitent toutes les re gions chaudes du "lobe, 
quelques-unes jouent un certain role en medecine. Telle est rune des plus 
communes, le D. viscosa L., souvent cultive dans nos serres, qui croit dans 
tons les pays chauds du monde et sert a preparer des bains et des fomentations 
astringentes. Ses feuilles sont legerement aromatiques dans les pays cbauds et 
passent pour antirhumatismales; on les a vintees aussi contre les affections 
Dicr. ENS XXX. X 



114 DOGMATISMS. 

pulmonaires, renales, et contre les liemorrho ides. Les graines servent dans 
certains pays de chataignes. Le D. dioica ROXB. a un bois qui, dans 1 Inde 
orientale, sert au traitement des coliques flatulentes. Dans 1 archipel Indien, 
aux lies Moluqueset Philippines, le bois du D. angustifolia BLANCO (D. burman- 
niana DC.) s emploie exactement aux memes usages. Au Gap, le D. Thunber- 
giana ECKL. et ZEYH., souvent designe par les colons anglais sous le nom 
<T Olivier des sables, a des fruits recherches comme purgatifs et febrifuges. On 
prepare des fomentations astringentes avec les feuilles de la plupart des especes 
prece dentes, notamment avec celles du Z). viscosa. H. BN. 

BIBLIOGRAPHIE. L., Gen. plant. . n. 855. DC., Prodr., I, 616. CAMBLESS., in Mem. du 
Mus., XVIII, 55. SPACH, Suite d Buffon, III, 68. -- THUND., Voijag., II, 145. Bleu, et DE L., 
Diet. Mat. med., II, 665. ENDL., Gen., n. 5626; Enchirid., 565. ROSENTH., Syn. plant., 
diaphor., 782, 1152. H. BN, Hist, des plant., V, 000, 589, 410. H. BN. 

DOEGLIQUE (ACIDE). C 19 H 36 2 . Ce corps existe dans 1 huile de la baleine 
Dogling (Balaenoptera rostrata Fabr.), a 1 elat d ether ou de doe glate de 
doe glyle, a cote d autres corps gras et du spermaceti. On le prepare par la sapo- 
nification de cette buile au moyen de 1 oxyde de plomb; on dissout ensuite le 
produit dans Tether. En traitant par les acides la partie soluble, on obtient 
1 acide doeglique ; il est fluide a 16 et se solidifie vers 0. On en connait Tether 
ethylique et le sel de baryte, tous deux cristallisables. L. HN. 

DEVERE\ T (GAUTIER van). Medecin hollandais, ne le 16 novembre 1750 a 
Philippine, dans la province de Zelande, e tudia la physique et les difterentes 
branches de la medecine a Leyde, ou il recut les lemons de Muschenbroeck, des 
deux Albinus, de Gaubius, de Van-Royen et de Winter; a Paris, Nollet, Ferrein, 
Petit et Levret, furent ses maitres. Revenu, en 1753, dans sa patrie, Doeveren 
fut recu docteur en medecine a Leyde. En 1754, il fut nomme, a Groningue, 
professeur d anatomie et de chirurgie, il fut deux fois recteur de 1 Universite, 
et en 1771, apres la mort de B.-S. Albinus, il succeda a ce medecin dans la 
chaire de medecine qu il occupait a Leyde. II mourut dans cette ville le 
31 decembre 1785. L annee precedente, il avail accepte le titre de medecin 
archiatre du prince d Orange. Doeveren appartenait a un tres-grand nombre de 
societes savantes. II a laisse : 

I. Dissertatio phisico-medica inauguralisde vermibus infest inalibus hominum. Lugd. Bat., 
1753. II. Sermo academicus de imprudenti ratiocinio ex observationibus et experiment is 
medicis. Lugd. Bat.,175i. III. Disquisitio physiologica de eoquod vitamconstituit in cor- 
pore animali. Groningae,1758, in-4. IV. Sermo academicus de error ibus medicorum sua 
utilitate non carentlbus. Groningae, 1762, in-4". V. Specimen observationum academica- 
rum pathologiam el artem obstetriciam praecipue spectantium. Groningae, 1763, in-4, 
fig. VI. Tractatus de variolis veris eumdem aegrum agressis. VII. Epistolae ad 
Cl. Edward Sandiford de felici successu insitionis variolarum Groningae institutae. 
VIII. Sermo academicus de sanitatis Groninganorum praesidiis ex urbis naturali historia 
derivandis. Groningae, 1770, in-4. IX. Sermo academicus de recentioruminventis medi- 
cinam kodiernam veteri praestantioremreddentibus. Lugd. Bat., 1771, in-4. X. Primae 
lineaedecognoscendis mulierum morbis in usus academicos. Lugd. Bat., 1775, in-8. XI. Dis 
sertatio inquirens synchondrotomiaepubis utilitatem inparludifftcili. Lugd. Bat., 1781, in-4 
(resp. Petersen Michell). XII. Dissertatio academica sislens observations de ano infan- 
tutn imperforalo.Lugd. Bat., 1781, in-4, fig. (resp. A. Papendorp). XIII. De nova methodo 
nxpxxivTsvsns vesicae, dans le 1" vol. des Actes de la Soc. philosophique experimentale. 
XIV. Discours rest6 inedit : De remedio morbo, etc.,prononce a Leyde le 8 fev. 1779 au 
moment de quitter le rectorat. L. HN. 

DOG n 4T I SHE. Nom d une doctrine medicale sortie de 1 Ecole d Aloxan- 



DOIGT (ANATOJIIE). H5 

drie, ayant pour principe que la medecine ne repose pas seulement sur 
1 experience, mais aussi sur la science et le raisonnement, et qii en consequence 
le vrai mcdecin doit connaitre tout ce qui constitue la sante comme tout ce 
qui constitue la maladie, ninsi que les causes des maladies particulieres 
(voy. MEDECINE [Histoire]) . 

DOllLHOFF (GEORG-EDUARD). Medecin allemand, ne a Halle le 24 juillet 
1799, fit ses etudes dans sa ville natale et fut recu docteur en 1819. Apres un 
sejour a Paris, en 1822, il vint s etablir a Magdebourg et y deviut assesseur 
medical en 1826, conseiller medical en 1856, puis professeur de clinique 
chirurgicale a 1 ecole medieo-chirurgicale. 

Outre diverses traductions et des articles dans les revues medicales, Dohlhoff 
a public : 

I. Dissert, inaug. de phlegmone. Halae, 1819, gr. in-8. II. Ueber die Augenheilkunde 
des Celsus. In Walther s Journ. der Chirurgie, Bd. V, p. 408, 1825. L. UN. 



DOIGT. I. Anatomic. Les doigts (digitus en latin, 5axru>o$ en grec, 
Finger en allemand et en anglais, dito en italien, dedo en espagnol) sont des 
appendices allonges et mobiles qui terminent et caracterisent la main. 

Au nombre de cinq, ils sont designes tantot sous les noms de premier, 
deuxieme, troisieme, etc., en les comptant de dehors en dedans, tantot sous les 
noms de ponce, index ou indicateur, me dius, annulaire, auriculaire ou petit 
doigt. 

Ils different de volume et de longueur. Cliacun sail que le pouce est le plus 
gros, et le medius le plus long des doigts. L extremite du pouce ne depasse guere 
le milieu de la premiere phalange de 1 index; celle de 1 index atteint le bord 
supe rieur de 1 onsle du medius; celle de 1 annulaire va jusqu au milieu de cet 
ongle; enfin, 1 extremite du petit doigt s arrete au niveau de la derniere articu 
lation phalangienne de 1 annulaire. Ces proportions sont ge neralement adoptees 
par les peintres et ies sculpteurs, comme representant le type ie plus habituel 
de la configuration de la main. 

Les doigts ont la forme d un cylindre legerement aplati d avant en arriere, 
un peu renfle aux articulations et effile a son extremitc libre. 

Les doigts se composent de pieces osseuses appelees phalanges, de tendons, 
de tissu cellulo-graisseux, d un revetement cutane , de vaisseaux et de nerfs. 
Nous decrirons successivement ces diverses parties. 

a. Les phalanges sont au nombre de trois pour chaque doigt. Le pouce, qui 
n en possede que deux, fait exception. On les designe sous les noms de pre 
miere phalange ou phalange superieure, de seconde phalange, phalange 
moyenne ou phalangine, de troisieme phalange, phalange infe rieure, pha 
lange ungueale ou phalangette. 

Les premieres phalanges sont de petits os longs, dont le corps affecte la forme 
d un demi-cylindro et presente une legere courbure en avant. Leur face pos- 
terieure, convexe, re pond aux tendons des muscles extenseurs. Sur leur face 
anterieure, qui est plane ou un peu canaliculee, glissent les tendons des flechis- 
seurs. Leurs bords, minces, donnent attache a des faisceaux fibreux qui forment 
une gaine a ces derniers tendons. 

L extremite superieure des premieres phalanges est creusee d une cavite 
glenoide qui regoit le condyle du metacarpien correspondant. 



. 116 DOIGT (ANVTOMIE). 

L extremite inferieure presente deux saillies condyliennes, separe es par une 
depression. Elle forme une veritable poulie, beaucoup plus etendue du cote de 
la flexion que du cote de 1 extension. 

Les secondes phalanges sont plus petites que les premieres, mais construites 
sur le meme type. Leur extremite superieure est creusee de deux petites cavites 
laterales, separees par une crete, qui sont destinees a s articuler avec la poulie 
de la phalange situee au-dessus. Leur extremite inferieure ne differe de celle 
des premieres pbalanges que par une moindre saillie des condyles. 

D apres M. Sappey, ce qu on appelle la premiere phalange du ponce est 
une phalangine, car la premiere phalange serait confondue avec le me tacarpien 
de ce doigt. 

Les troisiemes phalanges se distinguent par leur petitesse relative et leur 
forme aplatie. Leur extremite superieure est semblable a celle de la deuxieme 
phalange. Leur extremite inferieure, en forme deferacheval, rugueuse, soutient 
la pulpe du doigt en avant et 1 ongle en arriere. 

Articulations. Les phalanges sont articulees, d une part, avec les metacar- 
piens, d une autre part, les unes avec lesautres. 

Articulations me tacarpo-phalangiennes. Ces articulations appartiennent au 
genre des enarthroses. 

Les surfaces articulaires sont, du cote des metacarpiens, une tete hemisphe- 
rique, aplatie late ralement, s elargissant de la face dorsale a la face palmaire et 
se prolongeant dans ce dernier sens, c est-a-dire dans le ssns de la flexion; du 
cote des premieres phalanges, une cavite glenoide, ovalaire, dont le grand axe 
transversal est perpendiculaire a celui de la tete metacarpienne. 

La surface glenoidienne ne represente que les deux cinquiemes de la surface 
articulaire des metacarpiens, mais elle est agrandie par un fibro-cartilage connu 
sous le nom de ligament anterieur on gleno idien. Situe a la face palmaire de 
1 articulation, ce fibro-cartilage a une forme quadrilatere. Sa face anterieure est 
creusee en gouttiere et fait partie de la gaine des tendons flechisseurs. Sa face 
posterieure represente un segment de sphere concave et rc pond a la tete des 
metacarpiens. En seconfondant avec la cavite glenoide, elle en double 1 etendue 
d avant en arriere. Son bord superieur ne s insere pas aux metacarpiens. II 
s inteiTompt assez brusquement en fournissant des attaches a Taponevrose 
interosseuse anterieure. Son bord inferieur, au contraire, s insere tres-solidement 
au bord anterieur de la cavite glenoide. Ses bords lateraux se conlbndent avec 
les ligaments laleraux de 1 articulation metacarpo-phalangienne et affectent des 
connexions avec le ligament transverse des metacarpiens et avec la lamelle demi- 
cylindrique qui vient du tendon des extenseurs des doigts. II n est pas rare de 
rencontrer un petit os sesamoide dans 1 epaisseur du ligament gleno idien de 
Tun ou de 1 autre des quatre derniers doigts. 

Les moyens d union des metacarpiens aux premieres phalanges sont deux 
ligaments lateraux, larges, epais et solides, qui se dirigent tres-obliquement 
du tubercule des metacarpiens et de la depression, qui se trouve au-dessous et 
en avant de ce tubercule, vers le fibro-cartilage gleno idien et vers une saillie 
situee de chaque cote de 1 extremite phalangienne superieure. Le ligament 
lateral externe est beaucoup plus volumineux que 1 interne. 

En arriere de 1 articulation, il n existe point de ligament, mais le tendon 
extenseur avec ses expansions aponevrotiques sert a le remplacer. 

La capsule synoviale adhere intimement au fibro-cartilage anterieur et aux 



D01GT (ANATOMIE). 117 

ligaments lateraux. Elle se reflechit sur le pourtour de la tete me tacarpienne et 
de la cavite gleno ide, de maniere a former un repli. En arriere, elle est tres- 
lache et n adhere nulleraent au tendon extenseur, dont elle est souvent separee 
par une petite bourse sereuse. 

L 1 articulation metacarpo-phalangienne du pouce differe de celle des autres 
doigts par la configuration des surfaces articulaires et par la presence constante 
de deux os se samoides dans le fibro-cartilage glenoidien. 

La tete du metacarpien donne naissance en avant a deux petits condyles 
separes par une echancrure. Le condyle externe est, en general, plus saillant et 
plus volumineux que 1 interne. La surface cartilagineuse de cette tete presente 
deux parties : Tune, situee au bout du metacarpien, de forme trapezoide et 
presque plane, s articule .avec la phalange; 1 autre condylienne, situee sur la 
face palmaire du metacarpien, s articule avec les os sesamoides. Un angle mousse 
separe ces deux surfaces cartilagineuses. La surface sesamoidienne est toujours 
en contact avec 1 os se samo ide pendant 1 extension, mais pendant la flexion elle 
est envahie par la phalange. 

Du cote de la phalange, la surface glenoidienne est peu profonde. Son rebord 
presente, en dedans ct en dehors, un tube.rcule en general bien marque. 

Les os sesamoides sont developpes dans 1 epaisseur du fibro-cartilage glenoidien. 
L externe est large, mince, excave; 1 interne est elroit, epais, pisiforme. L un et 
1 autre sont unis a la phalange par les ligaments phalango-sesamoidiens, dont la 
resistance est extremement considerable. L union est meme si etroite, que les 
sesamoides doivent etre considered comme inseparables de la phalange avec 
laquelle ils sont comme articule s en charniere w. Ce fait, demontre par M. Fara- 
beuf dans son remarquable memoire sur les luxations du pouce (Bull, de la 
Soc. de chir., p. 21, 1876), tranche d une maniere definitive une question qui 
etait depuis longtemps controversee. 

M. Farabeuf a encore demontre que le ligament glenoidien, une fois separe du 
metacarpien, se replie facilement dans le sens de la flexion naturelle, mais qu il 
ne se redresse pas dans le sens contraire, a cause de la brievete et du mode 
d insertion des ligaments phalango-sesamoidiens. II en resulle que jamais, 
meme chez 1 enfant, on ne peut appliquer, cartilage centre cartilage, les osselets 
et la facette articulaire dela phalange; tant s en faut, puisque ces parties restent 
separees par un angle droit ou presque droit (loc. cit., p. 25). Nous revien- 
drons, a propos des luxations, sur ces notions si importantes pour la patho 
logic. 

Articulations phalangiennes. Chaque doigt, a 1 exception du pouce, est 
pourvu dc deux articulations phalangiennes, Tune entre la premiere phalange et 
la phalangine, 1 autre entue la phalangine eL la phalangette. 

Ces articulations appartiennent au genre des articulations trochleenues ou 
ginglymes angulaires. Elles sont toutes construites sur le meme type, et il suffit 
d en decrire une pour connaitre toutes les autres. 

Les surfaces articulaires sont : du cote de la phalange superieure, une pou- 
lie et deux condyles ; du cote de la phalange inferieure, une crete mousse et deux 
cavites glenoides. La poulie s elargit de la face dorsale a la face palmaire, et se 
prolonge beaucoup plus dans le sens de la flexion que dans celui de 1 extension. 
En outre, la courbe des condyles appartient a une circonference reguliere. 

Les moyens d union sont : 1 deux ligaments late raux, interne et externe ; 
2 un ligament ante rieur, fibro-cartilage semblable au ligament glenoidien, 



118 DOIGT (ANATOMIE). 

qui a pour usage, comme ce dernier, d agrandir les cavites glenoides des 
phalanges. 

Point de ligament posterieur, mais le tendon extenseur en tient lieu. 

La capsule synoviale est tres-lache en arriere. En ce point, elleest en rapport 
avec le tendon extenseur, auquel elle adhere intimement. 

b. Tendons. Les tendons renforcent, en arriere et en avant, les articulations 
que nous venons de decrire. 

Avant de gagner les points ou ils s inserent, les extenseurs s e panouissent en 
une lamelle fibreuse qui enveloppe la face dorsale de la premiere et de la seconde 
phalange, tandis que les flechisseurs s entourent d une gaine fibreuse tres- 
solide. 

An niveau des articulations metacarpo-phalangiennes, chacun des quatre ten 
dons de I extenseur commit n donne naissance a deux expansions fibreuses, qui 
se portent sur les cotes de 1 articulation pour aller se fixer en avant au ligament 
transverse du metacarpe. Un peu au-dessous de 1 articulation, ces expansions 
laterales se confondent avec les tendons aplatis des interosseux et des Jombri- 
caux. 11 resulte de la reunion de tous ces tendons une lame aponevrotique qui 
recouvre toute la face dorsale de la premiere phalange. Un peu au-dessus de 
1 articulation phalango-phalanginienne, cette lame se divise en trois portions : 
une moyenne, verticale, qui s insere a la partie supe rieure et posterieure de la 
seconde phalange; deux laterales, obliques, qui longent les cotes de cette pha 
lange, puis convergent 1 une vers 1 autre, pour s unir et s inserer a 1 extremite 
superieure de la phalangette. 

Les tendons de I extenseur propre du petit doigt et de V extenseur propre 
del index se confondent avec les tendons correspondants de I extenseur commun, 
pour contribuer a former les expansions aponevrotiques dorsales qui se comportent, 
a 1 index et a 1 auriculaire, absolument de la meme maniere qu aux autres 
doigts. 

La disposition des tendons extenseurs n est pas la meme pour le pouce. Le 
tendon du court extenseur va s inserer a 1 extremite supe rieure de la premiere 
phalange. Le tendon du long extenseur gagne le bord interne de cette phalange, 
s aplatit en parcourant sa face posterieure et s insere a 1 extremite superieure et 
posterieure de la deuxieme phalange. Deux des muscles de 1 eminence thenar 
envoient aux tendons extenseurs des expansions aponevrotiques a la maniere des 
interossenx, c est le court abducteur en dehors et Yadducteur en dedans. Mais 
les insertions principales des muscles de 1 eminence thenar se font a la premiere 
phalange, soil en dedans, soil en dehors du tendon flechisseur : en dedans, on 
trouve 1 insertion de Yadducteur, dont les fibres vont les unes directement a la 
phalange, les autres indirectement par I mtermediaire du sesamoide interne et 
de son ligament phalangien; en dehors, le court abducteur s insere au tubercule 
phalangien correspondanl, et le court flechisseur s altache principalement a 1 os 
sesamo ide externe, accessoirement au ligament late ral el a la phalange. 

La face anterieure des doigts est pourvue d une game qui commence aux 
articulations metacarpo-phalangiennes, et s etend jusqu a la partie inferieure des 
secondes phalanges, gaine destinee a contcnir les tendons flechisseurs et a les 
brid- r pendant leurs mouvements. Cette gaine est formee par des faisceaux 
fibret.x inseres sur les bords qui limitent, en dedans et en dehors, Jes gouttieres 
des premieres et des secondes phalanges, et, dans 1 intervalle des phalanges, sur 
les ligaments lateraux des articulations phalangiennes. Au niveau des articula- 



DOIGT (\NATOMIE). 119 

tions, la gaine est mince, constitute par des fibres obliques qui s entre-croisent 
en X. Au niveau des phalanges, elle est au contraire tres-epaisse, tres-resistante, 
formee par des fibres transversales superposees en plusieurs couches. II en resulte 
que les parties solides de la gaine servent de poulie de renvoi aux tendons 
flechisseurs, et que les parties faibles n apporteut aucune gene a la flexion des 
phalanges. 

Apres avoir traverse la paume de la main, les tendons du flechisseur super fi- 
ciel et du flechisseur profond, superposes 1 un a 1 autre, s introduisent dans la 
gaine des doigts. Yers la par tie moyenne de la premiere phalange, le tendon du 
flechisseur superficiel se bifurque pour livrer passage au tendon du ilechisseur 
profond, puis les deux moities du premier contournent le second d avant en 
arriere, se reunissent derriere lui pour constituer une gouttiere, et enfin, s ecar- 
tant de nouveau, viennent s inserer aux bords rugueux du tiers moyen de la 
deuxieme phalange. Le tendon du flechisseur profond passe sous 1 espece d arcade 
formee par le superficiel et, cheminant directement en bas, vient s inserer a 
1 extremite superieure de la phalangette. 

Pendant leur Irajet dans le canal osteo-fibreux, les tendons flechisseurs sont 
pourvus d une synoviale. Son feuillet parietal tapisse la face anterieure des 
phalanges et de leurs articulations et la face poste rieure de la gaine fibreuse. Au 
niveau des articulations metacarpo-phalangiennes de 1 index, du medius et de 
1 annulaire, la synoviale remonte un peu du cote de la paume de la main, puis 
se rellechit sur les tendons flechisseurs, en formant un cul-de-sac remarquable. 
Devenue viscerale, la synoviale tapisse chacun des tendons jusqu a leurs insertions 
reciproques. Dans son trajet sur les tendons, elle fournit trois replis membra- 
neux, que Ton voit tres-bien en soulev;mt ces cordons, comme pour les e carter 
des phalanges. Un de ces replis unit lachement le tendon du flechisseur superfi 
ciel au tendon du flechisseur profond vers 1 extremite superieure de la premiere 
phalange. Un autre repli s etend de la bifurcation du tendon superficiel a la face 
anterieure de la premiere phalange. Enfin, le troisieme repli, de forme triangu- 
laire, relie le tendon du flechisseur profond aux deux tiers inferieurs de la 
phalangine. 

Les synoviales du petit doigt et du pouce sont en tout semblables aux prece- 
dentes dans leur portion digitale; mais, au lieu de s arreter au-dessus des 
articulations metacarpo-phalangiennes, comme celles des trois doigts interme 
diates, elles se prolongent dans la paume de la main et se lerminent au-dessus 
du ligament annulaire anterieur du carpe (voy. 1 art. MAIN, p. 29). 

Le pouce n a qu un seul tendon flechisseur, c est celui du long flechisseur. 
Situe en dedans de 1 axe du pouce, il penetre dans une gaine oste o-fibreuse 
analogue a celle des autres doigts, et va s inserer au devant de 1 extremite supe 
rieure de la derniere phalange. A son entree dans la gaine fibreuse, il est 
enchasse entre les deux os sesamo ides du fibro-cartilage glenoi dien. Des anses 
fibieuses tres-solides, altachees a la face anterieure des sesamoides, passent 
au-dessus de lui et forment 1 origine de la gaine, dont les fibres s iuserent, 
plus bas, sur les bords de la phalange, et se rarefient de plus en plus a mesure 
que Ton se rapproche de son extremite inferieure. 

c. Tissu cetlulo-graisseux . line couche de tissu cellulaire s etend autour des 
phalanges deja recouvertes par les tendons et la gaine fibreuse. 

Les caracteres de cette couche sont absolument differents, selon qu on Texamiiie 
a la face palmaire ou a la face dorsale. 



120 DOIGT (ANATOMIE). 

A la face palmaire, elle est epaisse, dense, elastique, c est-a-dire disposee 
pour subir le contact des objets exte rieurs et pour supporter des pressions. Elle 
est composee par de minces cloisons cellulo-fibreuses, qui s entre-croiscnt en 
tous sens et qui circonscrivent de petites areoles remplies de graisse. Si Ton 
pratique une coupe a travers son epaisseur, ^on voit que les cloisons adherent, 
d une part, a la face profonde de la peau, et, d une autre part, a la game 
fibreuse sous-jacente ou au perioste de la phalangette. On voit, en outre, que les 
petits amas adipeux font bernie, comme s ils etaient comprimes dans la loge 
qui les contient. Celte disposition est surtout remarquable a 1 extremite du 
doigt, ou 1 abondance du tissu ccllulo-graisseux forme un veritable coussinet 
qui a recu le nom de pulpe des doigts. 

A la face dorsale, la couche de lissu cellulaire est lache, peu epaisse, rarement 
chargee de graisse. 

Enfin, sur les cotes des doigts, il existe uri tissu de transition, qui quitte 
le caractere lamelleux pour devenir areolaire et graisseux, a mesure qu il gagne 
la region anterieure. 

Independamment de la continuite qui existe entrc le tissu sous-cutane des 
doigts et celui de la paume, le premier communique encore, au niveau des 
espaces interdigitaux, avec le tissu cellulaire profond de la region metacarpienne. 
Cette disposition explique pourquoi les suppurations profondes de la main ont de 
la tendance a passer du cote de la ba>e des doigts. 

Notons encore que c est dans la couche cellulaire que rampent les troncs des 
vaisseaux et des nerfs qui seront decrits plus loin. 

d. Peau. Au niveau de la base des doigts, la peau se reflechit dans 1 intervalle 
de ces organes pour recouvrir ce qu on appelle Yespace interdigital. Celui-ci 
n est qu une simple fente, lorsque les doigls sont rapproches; mais a mesure 
qu ils s ecartent il apparait sous la forme d une gouttiere oblique, de haut en 
bas et d arriere en avant. Cette gouttiere commence insensiblement a la face 
dorsale, au niveau de la tete des metacarpiens,et se termine nettement a la face 
palmaire, vers le tiers superieur des premieres phalanges, par un repli cutane , 
curviligne, a concavite inferieure. La peau et les parties molles de la paume 
empietent done dans une notably etendue sur la face anterieure des premieres 
phalanges. 11 en resulte que 1 origine apparente des doigts est sensiblement 
au-dessous de leur origine reelle. On evalue, en general, a 2 centimetres la 
distance qui existe entre I mterligne metacarpo-phalangienne et le repli ou la 
commissure interdigitale. 

La peau de la face anterieure des doigts est remarquable par la presence de 
trois plis transversaux, qui sont produits par la flexion des phalanges. 

Les premiers, situes a 25 millimetres au-dessous de la tete des metacarpiens, 
separentles doigts de la paume. Us sont simples pour 1 index et le petit doigt, 
doubles pour le medius et 1 annulaire. 

Les pits moyens, tous doubles, correspondent aux articulations phalango- 
phalanginiennes. Le superieur est plus long que 1 inferieur. Us sont plus ecartes 
a leur parlie moyenne qu a leurs extremites, et circonscrivent un espace a 
peu pres losangique. Sur une main saine et depourvue de callosites, le pli infe- 
rieur repond directement a 1 inlerligne articulaire. 

Les plis infe rieurs, qui sont a peu pres simples, sont situes a \ millimetre au- 
dessus de 1 interligne de I articulation phalangino-phalangettienne. 

Le pouce pre sente, comme les autres doigts, trois plis cutane s palmaires, 



DOIGT (ANATOMIE). 121 

bien qu il n ait que deux phalanges. Le plus eleve est situe un peu au-dessusde 
1 articulation metacarpo-phalangienne ; le moyen, un peu au-dessous de cette 
meme articulation, et I intervalle de 10 a 15 millimetres qui les separe tient 
vraisemblablement a la presence des ossesamoides dans le ligament gle noidien. 
Le pli inferieur, forme par deux lignes tres-rapprochees, correspond assez 
exactement a rinterligne de rarticulation de la premiere avec la derniere 
phalange. 

Entre les plis arliculaires, dont la connaissance importe beaucoup a la Me de- 
cine operatoire, on rencontre plusieurs plis verticaux qui n ont aucune signifi 
cation pratique. 

Le derme de la region anterieure est dense et epais. Nous avons dit que 
sa face profonde adherait aux cloisons cellulo-fibreuses du tissu areolaire sous- 
cutane. Ges adherences deviennent si intimes au niveau des plis articulaires, 
qu on a pu voir la des ligaments rudimentaires,- qui fixeraient la peau aux 
articulations correspondantes. Mais il n y a, dans ces points, qu une augmentation 
de la densite du tissu sous-cutane, densite propre a apporter un certain obstacle 
a 1 infiltration des liquides epanches et a la propagation du processus inllam- 
matoire. 

La surface libre du derme est exlremement riche en papilles vasculaires et 
neiveuses. Leur abondance est surtout tres-grande au niveau de la pulpe des 
doiyls, qui est considered comme le siege special du sens du toucher. Elles 
sont disposees par series sur des lignes combes a concuvite superieure. Sur la 
pulpe d un doigt indicateur, M. Sappey a compte qu il n y avail pas moins de 
soixante rangees de papilles. Entre les papilles s ouvrent les conduits excre teurs 
des glandes sudoripares, lesquelles sont les seuls organes se creteurs que Ton 
rencontre sur la face anterieure de la main. Le nombre des glandes est beau- 
coup moindre que celui des papilles ; neanmoins il est encore assez considerable 
pour que le memo anatomiste 1 ait evalue a six mille seulement sur les faces 
anterieure et laterale de la phalange ungueale de 1 index. 

Chez les sujels qui exercent une profession manuelle, 1 epiderme de la face 
palmaire desdoigts esl epais, calleux et dur, au point de necessiter 1 instrument 
tranchant pour ouvrir les phlyctenes on les abces sous-epidermiques. Chez les 
femmes et chez les gens qui ne travaillent pas de leurs mains, la couche 
epidermique, quoique plus epaisse que dans beaucoup d autres regions du corps, 
est souple, transparent, et traduit fidelement les plis et les saillies papillaires 
du derme. 

La peau de la face posterieure ou dorsale a un aspect tout different de celui 
de la face palmaire. L epiderme y est plus fin. Au niveau des articulations, ce 
ne sont pas seulement des plis, mais de veritables rides, irregulierement circu- 
laires ou elliptiques, qui s effacent par la flexion. Sur les premiere et seconde 
phalanges existent des poils, plus ou moins nombreux, avec des glandes se bacees 
et sudoripares. Enfin, a 1 extremite de la troisieme phalange on rencontre 1 ongle, 
qui doit etre dccrit a part (voy. O^GLE). 

e. Vaisseaux. Les arteres portent le nom de collaterales des doiyts. Elles 
naissent toutes de la convexite de Yarcade palmaire superficielle et du tronc 
commun des collaterales du pouce et de Vindex, branche de la radiale. 

Le tronc commun des collaterales du pouce et de iindex ou artere interos- 
seuse dorsale du premier espace me tacarpien fournit les collaterales interne 
et externe du pouce et la collaterale externe de V index. 



122 DOIGT (ANATOMIE). 

De Varcade palmaire superficielle partent quatre arteres digitales, qui se 
dirigent de haul en has vers la partie inferieure de Tespace interosseux oil elles 
se bifurquent. La premiere, en allant de dehors en dedans, longe le deuxieme 
espace interosseux et fournit la collate rale interne de I index et la collateral 
externe du me dius. La deuxieme longe le troisieme espace interosseux, et 
donne la collate rale interne du me dius et la collate rale externe de ianmdaire. 
La troisieme descend au devant du quatrieme espace interosseux et apres sa 
bifurcation va former la collate rale interne de Vannidaire et la collate rale 
externe de Vauriculaire. Enfiri, la quatrieme ne se bifurque pas; elle croise 
le cinquieme metacarpien et chemine le long du bord interne du petit doigt, 
dont elle forme la collate rale interne. 

II peut arriver qu unc artere digitale donne la collaterale externe de 1 index 
et la collaterale interne du pouce; mais la collaterale externe du pouce pro- 
vient fort rarement de 1 arcade palmaire superficielle. 

Avant de se bifurquer, toutes les arteres digitales s anastomosent avec les 
branches interosseuses descendantes venues de 1 arcade palmaire profonde. 

Les arteres collaterals sortent de la paume en passant sous les faisceaux 
transverses de 1 aponevrose palmaire, etcheminent, en avant des phalanges, sur 
les cotes de la game des flcchisseurs. Dans leur trajet elles fournissent des 
branches anterieures, des branches posterieures et des branches internes qui 
penetrent dans la gaine des tendons. Arrivees dans la pulpe, les deux collate- 
rales d un meme doigt se terminent en s anastomosant sous la forme d une 
arcade a concavite superieure. One quantite d arterioles partent de cette arcade 
pour former des reseaux d une grande richesse, qui se repandent surtout a la 
face profonde du derme. 

Les veines se divisent en collaterals profondes et en collaterals superfi- 
cielles. Les premieres, au nombre de deux pour chaque artere, suivent exacte- 
ment le meme trajet que le tronc arte riel dont elles sont les satellites. Elles 
vont se rendre dans les arcades veineuses superficielles et profondes. Les secondes 
forment deux branches, les collaterals interne et externe superficielles. Elles 
naissent du reseau cutane, occupent, 1 une et 1 autre, le bord de la face dorsale 
des doigts, et communiquent frequemment par des rameaux transversaux. Par- 
venues a la partie inferieure de chaque espace interosseux, elles se reuni^sent 
avec les veinas collaterals du doigt voisin pour constituer un tronc appele 
veine digilale, qui aboutit a 1 arcade veineuse du dos de la main. 

Lymphatiques. D apres la loi, decouverte par M. Sappey, qui etablit que, 
plus une region est riche en papilles et en glandes, plus les vaisseaux lympha- 
tiques y abondent, la peau des doigts et, en particulier, celle de la partie ante- 
rieure, doit etre pourvue de reseaux lymphatiques extremement importants. En 
effet, les injections y demontrent deux reseaux lymphatiques superposes : 1 un 
papillaire, etendu a la superficie du derme, 1 autre sous-dcrmique, enveloppant 
les glandes sudoripares de nombreux lacis. Les mailles de ces reseaux sont si 
etroites qu ils forment une couche absolument continue, comme si la peau etait 
recouverte d une nappe lymphatique. 

En se reunissant, les capillaires lymphatiques donnent naissance a un ou 
plusieurs troncules, qui suivent la direction des veines collaterals super 
ficielles et aboutissent dans les Irenes lymphatiques sous-cutanes du dos de la 
main, pour remonter ensuite a 1 avant-bras. 

f. Kerfs. Les doigts ont ete pourvus de nerfs avec une ve ritable profusion. 



DOIGT (ANATONIE). 123 

Gliacun d eux possede quatre troncs neiTeux, les nerfs collateraux, qui viennent 
du median, du radial et du cubital (voy. MAIN [Analomie]). 

Les nerfs collateraux sont situes dans le tissu cellulaire sous-cutanc s, sur les 
cotes de la face palmaire et de la face dorsale. Les collate raux palmaires sont 
plus importants que les collateraux dorsaux. M. Richelot a meme demontre 
que, sur 1 index, le medius et 1 annulaire, le cubital et le radial ne donnent 
sou vent que des branches dorsales insignifiantes, qui s epuisent dans la peau 
de la premiere phalange. Les veritables collateraux dorsaux de ces doigts sont 
des rameaux qui, naissant des collateraux palmaires correspondants au niveau 
de I espace interdigital, contournent leur face laterale pour gagner leur face 
dorsale et se terminer sur la troisieme phalange. 

Quoi qu il en soil de cette disposition, qui ne nous parait pas constante, 
voici quelle est la distribution classique des nerfs qui se rendent aux doigts : 
1 a la face palmaire, le median donne les collateraux a trois doigts et demi, 
ceux du ponce, de \ index, du medius et le collateral externe de Y annul air e; 
le cubital donne le collateral interne de V annulaire et les coHate raur du petit 
doigt; 2 a la face dorsale, le cubital et le radial se partagent les collateraux 
d une maniere egale, le premier envoyant les collateraux du petit doigt, de 
Yannnlaire, et le collateral interne du medius ; le second fournissant le collate 
ral externe du medius et les collateraux de Under et du pouce. 

Les nerfs d un meme doigt communiquent frequemment pendant leur trajet 
par des filets anastomotiques. Au niveau de la derniere phalange, ces commu 
nications se multiplient tenement qu elles forment un veritable re seau dans la 
puljie et autour de la matrice dc 1 ongle. II resulte de cette disposition que les 
nerl s collateraux se suppleent les uns les autres dans leurs fonctions et que la 
sensibilite n est completement abolie que par la section des quatre troncs. 

Les nerfs digitaux sont principalement destines a la peau de la region pal 
maire, ou ils se terminent de trois manieivs differentes : 1 par les corpuscules 
du tact dans les papilles nerveuses; !2 par les corpuscules de Pacini, organes 
visibles a Tcfiil nu, places sur le trajet des nerfs collateraux et composes de 
plusieurs enveloppes concentriques entourant 1 extremite legerement renflee . 
d un filament nerveux ; 5 par des extre mile s Jibres 1 representees par des 
cylindres-axes, qui penetreraient jusque dans la couche de Malpighi. 

Superposition des plans. Apres la description des diverses parties qui 
composent le doigt, il convient d en faire la recapitulation au point de vue de 
1 anatomie topographique. Si done on examine une coupe transversale praliquee 
au niveau de la premiere ou de la seconde phalange, on trouve d avant en 
arriere : 1 la peau; 2 le tissu cellulaire areolaire charge de graisse; 3 la 
gaine des flechisseurs; 4 de chaque cote dela gaine, 1 artere collaterale accom- 
pagnee de ses deux veines satellites et les troncules lymphatiques ; o un peu 
en dehors du paquet vasculaire les nerfs collate raux palmaires; 6 la phalange 
revetue de son perioste; 7 en arriere de celle-ci, le tendon aplati commun aux 
exlenseurs, aux interosseux et aux lombricaux; 8 le tissu cellulaire lamelleux 
contenant, sur les cotes, les ramuscules des nerfs collate raux dorsaux ; 9 enfiu 
la peau de la face dorsale. 

Au niveau de la phalangette, une coupe transversale montre la peau, le tissu 
areolaire de la pulpe, la troisieme phalange, la matrice de 1 ongle et 1 ongle 
faisant suite a la peau de la region dorsale. 

DEVELOPPEMENT. Entre la cinquieme et la sixieme semaine, a mesure que le 



124 D01GT (PHYSIOLOGIE). 

bras et 1 avant-bras grandissent et eloignent de plus en plus du tronc de 1 em- 
bryon la palette palmaire qui lui etait d abord accolee (voy. MA.IN, DEVELOPPE- 
MENT), on voit se former, sur le bord libre de celle-ci, un bourrelet qui ne tarde 
pas a presenter quatre echancrures. Les cinq bourgeons limites par ces echan- 
crures sont les rudiments des doigts. Ceux-ci s allongent rapidement, mais 
restent unis par une membrane interdigitale jusqu au troisieme mois de la vie 
intra-uterine. G est seulement a partir de cette epoque qu ils deviennent inde- 
pendants et qu ils sont reellement conslitues. A la fin du sixieme mois, 1 ongle 
se degage de 1 epiderme dans 1 epaisseur duquel il a pris naissance. Au terme 
de la grossesse, il se presente avec tous les caracteres qui lui sont propres. 

En meme temps que les doigts s isolent par la disparition de la membrane 
interdigitale, leurs phalanges s ossifient. Chacune d elles presentent deux points 
d ossification : un point primitif pour le corps et I extremite infe rieure, et un 
point comple mentaire pour 1 extremite supe rieure. Le premier apparait au 
troisieme mois de la vie embryonnaire. Le second se montre de six a sept ans. 
Le point complementaire se soude au corps de la phalange vers seize a dix-sept 
ans. Cette souduie commence par les troisiemes phalanges, et s opere ensuite 
successivement pour les secondes et pour les premieres. 

Les metacarpiens se developpent aussi par deux points d ossification et, a 
1 inverse des phalanges, le point complementaire est a 1 extremite inferieure. 
Le metacarpien du pouce fait seul exception a cette regie en s ossifiant, comme 
les phalanges, par un point d ossification principal pour le corps et 1 extremite 
inferieure et un point complementaire pour 1 extremite superieure. M. Sapney 
a appele 1 attention sur ce fait. II considere le point epiphysaire superieur 
comme un metacarpien rudimentaire et le reste de 1 os comme la premiere 
phalange du pouce. Le premier metacarpien existe done, dit cet anatomiste, 
a 1 etat de vestige. II resulte de son extreme atrophie que le pouce peut s op- 
poser non-seulement aux autres doigts, mais aussi a la paume de la main. 
Dans cette maniere de voir, le pouce presenterait trois phalanges comme les 
autres doigts, seulement la premiere se confondrait avec le premier metacarpien. 



II. Physiologic. Les usages des doigts sont relatifs a la prehension et 
au toucher, que nous n avons pas a trailer dans cet article. Nous avons seule 
ment quelques mots a dire sur les mouvements des phalanges. 

Les articulations metacarpo-phalaugiennes sont douees de tous les mouvements 
que Ton peut imaginer, flexion, extension, inclinaison late rale, circumduction, 
rotation autour de 1 axe digital. 

Pendant la flexion, les premieres phalanges s inclinent du cote de la face 
palmaire, jusqu a devenir perpendiculaires aux metacarpiens. Les tetes meta- 
carpiennes font saillie sous la peau, dont elles ue sont separees que par le 
tendon extenseur. Les faisceaux phalangiens des ligaments laterauxsont tendus, 
tandis que les faisceaux glenoidiens sont relaches, et le ligament glenoidien 
lui-meme est remonte, comme une sangle trop large, au-dessus de la saillie 
condylienne des metacarpiens. Dans [ extension, 1 inverse se produit : les pha 
langes se relevent jusqu a depasser un peu en arriere 1 axe du metacarpe, les 
ligaments phalangiens se relachent, tandis que les ligaments glenoidiens et ses 
faisceaux lateraux se tendent de maniere a limiter le mouvement. 

Par leurs mouvements lateraux, les doigts s ecartent ou se rapprochent d un 
axe fictif qui passerait par le medius. II est remarquable que 1 articulation 



DOIGT (PIIYSIOLOGIE). 155 

metacarpo-phalangienne du pouce est presque depourvue de ces mouvements, 
qui se passent a peu pres totalement au niveau de 1 articulation trapezo-meta- 
carpienne. 

Par leurs mouvements de circumduction, les doigts passent successivement 
de 1 extension a 1 abduction, a la flexion et a 1 adduction, et reciproquement, 
en decrivant un cone regulier. Pour le pouce, le mouvement de circumduction 
a pour siege non-seulement 1 articulation metacarpo-phalangienne, mais surtout 
1 articulation trape zo-metacarpienne. 

Enfin, lorsqu on saisit un doigt, on peut lui faire exccuter quelques mouve 
ments de rotation autour de son axe, mouvements assez incomplets, qui n ont 
rien de sponlane et qui necessitent toujours une intervention etrangere. 

Les phalangines et les phalangettes pre sentent seulement deux mouvements, 
la flexion et { extension. Dans la flexion, ces phalanges deviennent perpendicu- 
laires a la phalange qui est au-dessus, et donnent au doigt la forme d un 
crochet. 

La phalangette jouit de quelques mouvements de glissement dans le Kens 
lateral, mais ces mouvements sont toujours le re sultat d une impulsion arti- 
ficielle. 

Une revision rapide de 1 action des muscles, qui s inserent aux phalanges, 
comple tera 1 e tude dcs divers mouvements de ces dernieres. 

La flexion est produite, d une maniere generale, par les muscles flechisseurs. 
Le fle chisseur profond flechit specialement les phalangettes ; le fle chisseur 
superftciel specialement les phalangines ; puis, quand ces deux muscles onl 
epuise leur action sur les phalanges oiiils s inserent, ils agissentsur la phalange 
qui est au-dessus, en 1 cntrainant vers la paume de la main. En outre, la 
premiere phalange doit encore sa flexion a 1 action combinee des muscles inter- 
osseux et lombricaux. 

Pour le pouce, la flexion est produite par le long fle chisseur qui agit princi- 
palement sur la phalangette, accessoirement sur la premiere phalange. Le court 
abducteur en dehors et Yadducteur en dedans de terminent specialement Ui 
flexion de cette derniere, en envoyant aux tendons extenseurs du pouce des 
expansions aponevrotiques analogues a celles que les muscles interosseux et 
lombricaux envoient aux extenseurs des autres doigts. 

Enfin, nous aurons termine cette revue des fle chisseurs, quand nous aurons 
rappele que le court fle chisseur du petit doigt contribue a la flexion de sa pre 
miere phalange. 

L extension a pour agents les muscles extenseurs. L extenseitr commun 
des doigts, renforce par Yextenseur propre du petit doigt et par Yextenseur 
propre de lindex, porte son action principale sur les premieres phalanges 
qu il releve sur les metacarpicns; mais il n agit que faiblement pour produlre 
1 extension des phalangines et des phalangettes. Ces dernieres sont etendues par 
les muscles interosseux et par les muscles lombricaux, qui sont a 1 exteme 
commun ce que le fluchisseur profond est au flet hisseur superficiel. Ils viennent 
s inserer ensemble sur les cotes du tendon extenseur et agissent direclement 
par son intermediaire, sur les phalangettes d abord, ensuite sur les phalanffines 
puis, lorsque 1 extension des unes et des autres est complete, ils font basculer 
en avant la premiere phalange. G est ainsi que ces petits muscles sont a la fois 
extenseurs et flechisseurs. Nous verrons bietitot qu ils out encore une autre 
action, celle de produire les mouvements de late ralite des 



126 DOIGT (PHYSIOLOGIE). 

La phalangette du pouce est pourvue de trois muscles extenseurs qui sont : 
le long extcmeur propre, le court abducteur et Yadducteur; la phalangine 
n en possede qu un, qui est le court extenseur propre. 

Les mouvemcnts dans le sens lateral sont le resultat de la contraction des 
interosseux. En considerant 1 axe de la main comme passant par le medius, 
tous les interosseux dorsaux produisent I abduction des doigts, et les interosseux 
palmaires, 1 adduction. Au pouce et au petit doigt, ces mouvements lateraux 
prennent une importance capitale et constituent les mouvements d opposition. 

Quatre muscles sont groupes autour du pouce pour le porter en dedans et en 
avant et opposer sa face palmaire a celle des autres doigts : ce sont Vadducteur, 
le court fle chisseur, le court abducteur et Yopposant, qui s insere au meta- 
carpien, tandis que les autres s inserent a 1 extremite superieure de la premiere 
phalange. Lorsque le premier metacarpien est fixe, Yabducteur a encore pour 
action de porter le pouce en dehors, a la maniere des interosseux dorsaux. 

Les mouvements d opposition du petit doigt sont moins importants que ceux 
du pouce, aussi les muscles qui les produisent sont-ils plus greles et plus faibles. 
Uopposant, le court fle chisseur et Vadducteur, out une action analogue a celle 
des muscles de 1 eminence thenar. La contraction de Yadducteiir du petit 
doigt a encore pour effet de rapprocher ce doigt de 1 axe du corps et de 1 ecarter 
de celui de la main. 

En resume, les muscles des doigts sont disposes de maniere a produire des 
mouvements tres-etendus et tres-energiques dans le sens antero-posterieur et, 
pour le pouce, dans lesens de 1 opposition. Les mouvements lateraux sont faibles 
et limites. Us sont d ailleurs bcaucoup moins utiles que les premiers. 

BIBLTOGRAPHIE. Anatomic. CAMUS. Nerfs de la main. In Arch, de me d , 2" serie, t. IV, 
p. 277, 1834. MERCIER. Anomalies musculaires de la main. In Bull, de la Soc. anat., 
1" serie, t. XII, p. 321, 1838. JARJAVAY. Articulation phalango-phalangeltienne du 
pouce. In Arch, de med., t. XXI, p. 284, 1849. BOULLARD. Muscle surnumeraire de la 
main. In Bull, de la Soc. anat., l re serie, t. XXIX, p. 9, 1854. JOLT et LAVOCAT. Coales 
cence du metacarpien ou melatarsien du pouce avec la premiere phalange de ce doigt. 
Acad. des sc., seance du 8 juin 1857. In Gaz. des h6p., p. 279, 1857. VERXOIS. De la main 
industriclle et artistique. Acad. de med., 29 oct. 1861. In Gaz. med. de Paris, p. 697, 1801, 
et p. 694, 1803. PANAS. Muscles interosseux dorsaux surnume raires. In Bull, de la 
Soc. anat., 2 serie, t. VIII, p. 165, 1863. TOMSA. Sur la tcrminaison des nerfs dans la 
peau de la main. In Gaz. hebd., p. 622, 1865. FARABEUF. L epiderme et les epitheliums, 
Th. d agreg. Paris, 1872. -- GIACOMINI. Anomalie des nerfs de la main. Acad. de med. de 
Turin, 12 janv. 1872. W. BRAUNE et TRUEBIGER. Les veines de la main de I homme, in-4. 
Leipzig, 1873, et Rev. d Hayem, t. IV, p. 588, 1874. RICHELOT. Nerfs des doigts. In Bull, 
de la Soc. anat., 2 e serie, t. XIX, p. 574, 1874. CAUCHY. Systeme arteriel de la main. 
Th. de Paris, 1875. CLELAND. On the Cutaneous Ligaments of the Phalanges. In Journ. 
anat. et phys., t. XII, p. 526, 1 pi. London, 1877. SCHWARTZ. Recherches anatomiques et 
cliniques sur les gaincs sijnoviales de la face palmaire de la main. Th. de Paris, 1878. 
BOECHAT. Etude comparative sur la longueur des doigts. In Bull, de la Soc. med. de la 
Suisse Rom., t. XIII, p. 199 ; Lausanne, 1879. RAAB. Contribution a ianatomie des arteres 
de la paume de la main. In Strieker s med. Jahrb., p. 177, 1880; Revue d Hayem, t. XVI, 
p. 417,1880. 

Voy. en outre les traites classiques d anatomie de SAPPEY, de CRDVEILHIER, les traites d ana- 
tomietopographique de RICHET, PACLET, TILLAOX, 1 article MAIX (Anatomic} de ce Dictionnaire. 

Physiologic. HUNAULD. Observations sur la Structure et I action de quelques muscles 
des doigts. In Mem. de VAcad. des sc. de Paris, 1820, et in Collect. Acad. de med., t. VI, 
p. 452, avec 1 pi., 1781. DUCHEN T NE. Recherches electro-plujsiologiques sur les muscles de 
la main. In Arch, de med., 4 serie, t. XXV, p. 361, 1851. BOUVIER. Usage des muscles 
de la main. In Arch, de med., 4" s6rie, t. XXVII, p. 488, 1851. JOLT et LAVOCAT. Etude 
d anatomie philosophique de la main. In Arch, de med., 4 e serie, t. XXX, p. 248, 1852. 
DOCHENNE (de Boulogne). Recherches electro-physiologiques et pathologiques sur ruction 



DOIGT (DIFFORMITES). 127 

particuliere et les usages des muscles qui meuvent le pouce et les doigts de la main. In 
Arch. gen. de med., 4 serie, t. XXVIII, p. 257 et 462, et t. XXIX, p. 37, 1852. -- BALLARD 
(Edw.K Observations on the Tactile Sensibility of the Hand. In Medico -chir. Transact., 
t. XLV, p. 225, 1862. IRVINE. On the Action of the Extensor Minimi digili Muscle. In /he 
Lancet, t. II, p. 461, 1864. HUGUIBR. Rdle du pouce et chirurgie de cet organe. In Arch, 
denied., 6 seYie, t. XXII, p. 404, 567 el 692, 1873. FILHOL. Scnsibilite re currente de la 
main. Th. de Paris, 1875. G. RICHELOT. Note sur la distribution des nerfs collate raux des 
doigts. In Union med., 15et18 aout 1874, et Rev. d Hayem, t. IV, p. 592, 1874. W. HENKE. 
Ueber die Entwickelung der Extremitaltn des Menschen. In Schmidt s Jahrb., t. CLXY, 
p. 226, 1875. BERNHARDT. De la localisation de I aneslhesie a la main et aux doigts dans 
la paralysie du tier f median. In Arch. f. Psychiatric und N erven krankh., vol. V, p. 555, 
1875. FERBER et E. GATTER. Recherches enperimentales sur I action des muscles extcnseurs 
des doigts. In Arch. f. Psychiatric und Nervenkrankh., t. VII, p. 140, 1877, et Rente 
d Hayern, t. X, p. 41, 1877. II. BDRTSCHER. Das Wachsthum der Extremitaten bei Men 
schen und Sdugethieren wdhrend des Fotallebens. In Schmidt s Jahrb., t. CLXXVI, p. 1, 
1877. WELCKER. Extensor digitorum communis brevis mauus. In Schmidt s Jahrb., 
t. CLXXVI, p. 217, 1877. MANTEGAZZA. Anthropologia ; delta lunghezza relativa dell 
indice e dell anulare nella mono umana. In Rev. ist. Lomb. di sc. e Ictt., t. X, p. 303. 
Milano, 1877. DIXEY. On the Ossification of the Terminal Phalanges of the Digits. In 
Proc. Roy. Soc. London, t. XXXI, p. 63, avec 2 pi., 1880. -- PERCY et R. WILD. Analyse des 
mouvements involontaires de la main. In Edinb. Med. Journ., p. 289, oct. 1882. VER- 
CHERE. Note sur I innervation des muscles flc chisseurs communs des doigts; anastomose du 
nerf median et du nerf cubital. In Union medicale, t. XXXV, p. 205, 1883. 

HI. Vices de conformation congenitaux. Les vices de Conformation 
des doigts reconnaissent pour origine une alteration dans la formation embryon- 
naire de ces organes. Le developpement de ces appendices, au lieu d etre normal 
et regulier, peut devier en deux sens, s arreter dans son evolution, ou an con- 
traire prendre un essor exagere. De la deux grandes divisions : les vices de con 
formation par arret de developpement et les vices de conformation par exces 
de developpement. 

Les arrets de developpement produisent trois especes de difformite s qui sont : 
Yectrodactylie ou 1 absence des doigts, la brachydactylie ou la brievete des 
doigts, la syndactylie ou J adherence des doigts entre eux. 

Les exces de developpement engendrent aussi trois sortes de diflormites : 
1 augmentation du nombre des doigts on polydactylie, 1 augmentation du nombre 
des phalanges et 1 hypertrophie des doigts ou macrodactylie. 

Avant d aborder 1 etude particuliere de chacune de ces malformations, il est 
un point qu il importe d etablir une fois pour toutes : c est Jeur transmissibilite 
hereditaire.^Cefait domine toute 1 etiologie des difformites de la main. 

L he redite n est certainement pas fatale; elle peut sauter une generation ; elle 
peut n affecter que certains membres d une meme famille ; elle peut se pour- 
suivre soil dans la ligne e masculine, soit dans la ligne e feminine. Mais, mal^re 
ces irregularites, elle n en constitue pas moins une cause predisposante des plus 
constantes et des plus efficaces. Brechet, Scoutetten, Mackinder, M. Mirabel et 
beaucoup d autres, ont public des exemples d ectrodactylie et de brachydactylie 
transmise pendant plusieurs generations. Mackinder a meme suivi la transmission 
pendant six generations. Le fait de Scoutetten est non moins rernarquable et 
meritc d etre cite commeexemple : Louis Frache est monodactyle a chaque main 
et n a que deux orteils a chaque pied. II a cinq enfants, dont un seul est bien 
conforme ; les quatre autres ont les mains difformes. Trois meurent en bas fae. 
L enfant qui survit est une fille, Marguerite Frache ; elle est monodactyle ala 
mam droite, didactyle a la main gauche, et ses pieds sont difformes. Marguerite 
Frache se marie a Einglemann qui est bien conforme. De ce maria^e nait 



128 DOIGT (DIFFORMITES). 

quatre enfants : 1 Louis Einglemanu bien conforme ; 2 Christophe Einglemann 
ayant deux doigts adherents aux mains et les pieds difformes ; 3 Catherine 
Einglemann, tridactyle a droite, didactyle a gauche, pieds difformes ; 4 Adele 
Einglemann, hydrocephale avec des mains et des pieds difformes. 

II arrive souvent que les difformites se combinent les unes avec les autres ou 
alternent entre elles; on voit alors, comme dans 1 exemple precedent, 1 ectro- 
dactylie se combiner avec la syndactylie sur les memes individus, tandis que ses 
ascendants ou ses descendants out seulement Tun ou 1 autre de ces vices de 

conformation. 

L heredite de la polydactylie est plus constante encore que celle des difformites 
par arret de developpement. II est rare qu un sexdigitaire n ait pas parmi ses 
ascendants ou ses collate raux des sexdigitaires comme lui. La difficulte d avoir 
des renseignements sur les parents fait souvent croire a la spontaneite de la 
malformalion. Brechet cite dans sa these (p. 35) toute une famille de sexdigi 
taires, qui a ete observed par Re aumur. On peut re sumer cette succession de 
difformites de la maniere suivante : 

fere. Ses fils. Ses pelits-ftls. 

Quatre enfants, dont trois sont 



1 Salvator, sexdigiUire 



Gratio-Kalleia a six doigts 



et six orteils. 



et 1 au ul. 
2" Georges a cinq doigts, mais le 



pouce est double et repr^sente 
deux doigts accoles 



sexdigitaires comme le prre 



Quatre enfanls, dont trois sont 
sexdigitaires. 



3 Andre, exempt de difformite. 

( Quatre enfants, dont un seul 

4 Mane a le pouce de chaque main r g senle la dlfform j te in he- 
formc de deux pouces accoles . . j rente ^ , a famH , e _ 

La macrodactylie fait exception a la regie generale. Elle est rarement heredi- 
taire, cequi porteraita croire qu elle est plutot le resultat d une maladie deve- 
loppee accidentellement chez le foetus qu un fait teratologique veritable. 

Mais, si les difformites des doigts sont hereditaires, 1 experience demontre. 
d une autre part, qu elles ne se perpetuent pas indefiniment. Elles disparaissent 
par le croisement des individus difformes avec d autres individus bieuconformes. 
Et meme, si Ton supposait des alliances entre des individus difformes, il ne se 
creerait probablement pas des races d ectrodactyles ou de polydactyles. Apres une 
suite, plus ou moms prolongee, de generations difformes, 1 anomalie finirait 
par s eteindre. On a souvent verifie, chez les animaux, que les races arti/iciel- 
lement creees par la selection de certaines qualites physiques ne se maintiennent 
pas longtemps et retournent fatalement vers le type primordial. En serait-il 
autrement pour les vices de conformation qui nous occupent ? Rien n autorise a 
1 admettre. Au contraire, 1 analogie indique que la main reviendrait peu a peu 
a son type normal, qui est la main a cinq doigts. 

On a souvent attribue les difformites digitales a des impressions facheuses, a 
des frayeurs que la mere aurait cprouvees pendant le cours de sa grossesse. Nous 
releguerons au rang des fables tous ces recits, qui tiennent du merveilleux et qui 
sont gravement rapporles par certains auteurs. II n y a rien de reel dans rinfluence 
de pareilles causes. 

Mais nous n emettrons pas une opinion aussi nettement negative sur la question 
de savoir si une mutilation accidentellement acquise peut se transmettre aux 
enfanls et devenir chez eux une cause de malformation conge nitale. Le pere de 
Louis Frache, observe par Scoutetten, etait d une conformation reguliere, lorsqu a 



DOIGT (DIFFORMITES)/ 129 

1 age devingt-cinq ans il tomba d un lieu eleve et se lit de profondes blessures 
aux mains et aux pieds. Son fils vint an monde avec une ectrodactylie, et cette 
ectrodactylie se coutinua chez ses petits-enfants et ses arriere-petits-enfants. Les 
mutilations accidentelles des animaux deviennent quelquefois hereditaires. 
Brown-Sequard a montre, a la Societe de biologie, des cobayes qui offraient une 
alteration de 1 oreille transmise par heredite. II a observe un fait analogue pour 
les lesions de la patte consecutives a la section du nerf sciatique. Ainsi, trois 
jeunes cobayes, nes de parents ayant eu le nerf sciatique coupe, avaient les doigts 
d une patte alteres comme ceux de leurs parents. Ce sont la des fails serieux, 
qui meritent d attirerTattention et qui appellent de nouvelles recherches. Mais, 
des a present, ils ne permettent pas de rejeter 1 ancien adage hippocratique : 
Gignuntur autem Icesi ex Iccsis, claudi ex claudis. 

Parmi les nombreuses observations que nous avons examinees, nous n en avons 
rencontre aucune on la malformation puisse etre attribute a la consanguinite. 
Cette cause, que Ton considere commepredisposant aux difformites conge nitales, 
ne parait done jouer qu un role tres-secondaire par rapport a celles des doigts. 

Enfin, sans nier i influence de 1 heredite, Pigne a avance que tout vice de 
conformation par exces est du a la fusion de deux germes. Cette proposition, 
beaucoup trop generale, semble vraie dans certains cas, mais ne s applique en 
aucune fuc,on a la polydactylie ni a la macrodactylie. Pour admettre qu un doigt 
surnumeraire ou un doigt ge ant appartient a Tun des deux individus qui se sont 
rapprochcs et confondus, il faudrait trouver dans les organes internes des traces 
de cette fusion, c est-a-dire des organes doubles. Or 1 obscrvation n a jamais 
rien fait constater de semblable. Broca a meme fait 1 autopsie d uue petite fille 
polydactyle dans le but de recliercher cette duplicature. II a examine avec le plus 
grand soin les visceres thoraciques, ceplialiques et abdominaux : il n a trouve, 
dans aucun d eux, le moindre vestige d un organe double, et il en a conclu que 
le doigt surnumeraire n etait pas le resultat d une fusion de deux embryons. 

De toutes ces considerations generales il est possible de deduire une regie 
therapeutique. Puisqueles mutilations accidentelles peuvent devenir bereditaires, 
ilestindique de re gulariser par une operation toute main difforme. En detruisant 
les syndactylics, en supprimant les doigts surnumeraires, non-seulement on 
ameliore 1 e lat du patient, mais encore on a cbance de preserver sa descendance 
de difformites semblables a celles qu il portait lui-meme. Les operations, dans 
ces cas, ne sont done pas des operations de complaisance, comme quelques chi- 
rurgiens se plaisent a les appeler, mais des operations utiles pour le present et 
pour 1 avenir. 



I. VlCES DE CONFORMATION PAR ARRET DE DEVELOPPEME.NT. 1 

L ectrodactylie est totale, si les doigts font tous defaut (fig. 1), partielle, s il en 
existe un ou plusieurs. II n est pas sans interet de citer des exemples de clia- 
cune de ces varietes. 

Brechet rapporte que le pere d une famille d ectrodactyliens n avait point de 
doigts a la main droite, qui se terminait par une masse ronde et molle. M. Josias 
a vu sur un gargon, mort apres sa naissance, le metacarpe et les doigts man- 
quer ; a leur place on trouvait de petits tubercules charnus portant rempreinte 
des ongles et tenant a la peau par des pedicules etroits et courts. 

Lorsqu il n y a qu un doigt, c est ordinairement 1 auriculaire ou le pouce. Un 
enfant de trois ans, observe par Legat (Annandale, p. 12), ne possedait a la main 

DICT. ENC. XXX. 9 



150 DOIGT (DII--KUKMITKS). 

gauche qu un pouce bien developpe et mobile. Dans la famille d ectrodatetyliens 
Bre chet a donne 1 iiistoire (these, p. 32), le pere, qui n avait point de doi-h 





Fig. 1. Ectrodactylietoi:ili ill jure extraitc Pig. 2." .Monodactylie (due a I richet, 

du Moruoire do JI. DJjout). d lsiguy). 

a la main droite, n avait que 1 auriculaire a la main gauche (fig. 2). Sa lille et 
;s fiiles de celle-ci n avaient aussi que I aurieulaire aux deux mains. Le? 




Fig. o.[ Didactylie avec amputation congenilale 
probable des autres doigts (due a Debout). 




Fig. 4. Didactylie representant la j ince 
de homard (figure d apres Temper y, ex- 
traite du Traite d Annandale). 



laits dans lesquels le doigt unique est soil Findex, soit un autredoigt, sontjlus 
uifficiles a trouver. 

Une disposition interessante de la main a deux doigts est celle dans laqudle 



DOIGT (DIFFORMITES). 131 

le pouce existe avec 1 auriculaire, de maniere a representer une pince de homard 
(fig. 4). Ce type etait des plus marques chez un saltimbanque que Morel-Lavalle e 
a de crit. Ses deux mains n etaient representees chacune que par le pouce et 1 au 
riculaire (peut-etre etait-ce 1 annulaire a la main gauche), separe s par une 
echancrure qui se prolongeait jusqu au carpe. Le squelette des deux me tacar- 
piens etait normal et garni des parties molles des eminences thenar et hypo- 
thenar. A droite, les deux branches de la pince s ecartaient a volonte jusqu a 
devenir horizontales. En se rapprochant elles formaient un losange regulier, 
mais elles ne pouvaient se joindre assez pour constituer un poing. A gauche, 
les deux doigts pouvaient se replier pour former le poing, ce qui leur donnait 
une puissance musculaire beaucoup plus considerable que celle de la main 
droite. Ce saltimbanque executait avec ces sortes de pincos les mouvements les 
plus varies. II pouvait meme 6crire. Meniere a depose" au Muse*e Dupuytren une 
piece qui represente une main en pince de homard. Annandale a donne une 
figure d une difformite semblable (fig. 4). M. Gueniot a observe la meme dis 
position chez une petite fille de onze mois (these de M. Fort, p. 44). 





Fig. 3. Mams droite et gauche prcscntant quatre doigts (d apres M. Nicaise). 

M. Flamain a montre a la Societe anatomique, en 1869, un macon dont la 
main droite n avait que trois doigts : un pouce, un index et un troisieme doigt 
ressemblant au medius par le volume des phalanges, mais se rapprochant de 
1 auriculaire par sa longueur. Les me tacarpiens e taient au nombre de trois, seu- 
lement le dernier presentait, sursa face dorsale, unerainure indiquaiitla reunion 
de deux os. Le poignet etait un peu plus petit que celui du cote oppose. La main 
gauche et les deux pieds etaient tres-bien conformes. Aucune anomalie pareille 
n existait dans sa famille. Lui-meme avait sept enfants, tons bien conforme s. 

Enfin le degre le plus leger de 1 ectrodactylie est celui ou la main ne manque 
que d un doigt. M. Nicaise a etudie tres-completement un fait d absence du me dms 
sur les deux mains d un homme mort a l age de quaranle-un ans (fig. 5). Le 
troisieme metacarpien droit etait un peu moins long que le second. La premiere 



ir>2 DOIGT (DIFFORWITKS). 

phalange du medius etait couehee transversalement entre le troisieme et le 
quatrieme metacarpiens et s articulait avec les extremites de ces os, qui etaient 
tres-ecartes Tun de 1 autre a leur extremite inferieure. A la main gauche, le medius 
manquait aussi. L annulaire etait volumineux et porte par les troisieme et qua 
trieme metacarpiens, lesquels, moins gros que d habitude, se touchaient par leur 
extremite inferieure. 

L absence du pouce est la plus facheuse des cctrodactylies, non-seulement an 
point de vue fonctionnel, mais encore au point de vue des diiformites concomi- 
tantes. Davaine et Larcher out etabli que 1 absence de ce doigt entraine celle du 
medius, et par consequent produit line modification profonde dans 1 architecture 
de la mainet de 1 avant-bras. Cette loi ne souffre que de tres-rares exceptions. 
Sur 9 cas rassembles par M. Fort, le radius manquait ou etait rudimentaire ; 
4 fois toute la colonne osseuse, comprenant le metacarpien, le scapho ide et le 
trapeze, faisait defaut. II existe une piece au musee Dupuytren qui represente 
ce vice de conformation. Bouvier en a fait faire la figure dans ce Dictionnaire 
(article MAIJV-BOTE, 2 e serie, t. IV, p. 175). On y voit une main composee de 
quatre doigts, sans pouce, sans premier metacarpien et sans radius. Wenzel 
Gruber a pourtant signale un cas oil les cinq doigts existaient, bien que le 
radius manquat. C est peut-etre le seul exemple connu. 

Sur 52 cas d ectrodactylie, la difformite existait 20 fois aux deux mains, 8 fois 
a la main gauche et 4 fois a la droite (these de M. Fort). II arrive assez souvent 
que 1 ectrodactylie affecte en meme temps les mains et les pieds. Elle coincide, 
dans beaucoup de cas, avec des monstruosites telles que la phocomelie, 1 hemi- 
melie, 1 anencephalie, le bec-de-lievre, 1 eventration, etc. 

2 Brachydactylie. Cette difformite alteint moins le pouce que les quatre 

derniers doigts (fig. 6). Elle sie ge sur un ou plusieurs 
de ces organes, sur une seule main ou sur les deux 
mains. 

La brachydactylie est plus rare que Tectrodactylie. 
Les observations de Mercier, Mackinder et Wenzel 
Gruber, se ressemblent beaucoup. Elles constatent Tab- 
sence de la pbalangine sur tous les doigts. Dans le fait 
de Mercier, la premiere phalange avait une longueur 
qui etait presque le double des phalanges ordinaires. 
La phalange ungueale etait normale, de sorte que les 
doigts ii etaient pas beaucoup plus courts qu a 1 ordi- 
naire. Les pouces avaient leurs deux phalanges, mais 
pas de metacarpien ou un metacarpien rudimentaire. 
Les orteils n avaient egalemeut que deux phalanges, 
Le sujet de cette difformite se servait de ses doigts 

avec facilit ^- Mais 1>exces de lo S ueur des Premiere, 
raiie d Annandale). phalanges les exposait c\ des traumatismes. C est ainsi 

qu il se brisa la premiere phalange de 1 anniilaire en- 

donnant un coup de poing. Ce vice de conformation etait hereditaire dans sa 
famille, seulement dans la ligiie des males. 

L observation de Mackinder est remarquable en ce que la brachydactylie a e te 
constatee pendant six generations. Elle atteignait indistinctement les hommes et 
les femmes. Les membres de cette famille presentaient tantot une absence des 
deux dernieres phalanges, tanlot une absence de la phalangine seulement. Chez 




DOIGT (DIFFORMITES). 133 

les uns la difformite affectait tous les doigts, chez les autres elle n existait que 
sur quelques-uns d entre eux. 

La brachydactylie etait encore plus irreguliere dans le fait de M. Lebec. Le 
carpeet le metacarpe etaient normaux. Les pouces etaient bien conformes. A la 
main droite, 1 index n avait que deux phalanges et pas d ongle ; le medius trois 
phalanges tres-courtes ; 1 annulaire une seulc phalange fort longue et un petit 
bourgeon charnu sans ongle; le petit doigt trois phalanges, mais pas d ongle. 
A la main gauche, Tindex, le medius et rannulaire, etaient reunis dans la 
hauteur de leur premiere phalange. L index etait represente par un bourgeon 
diarnu court et sans ongle ; le medius avait trois phalanges rudimentaires et un 
ongle ; 1 annulaire etait forme par trois bourrelets ; le petit doigt etait tres-volu- 
mineux et possedait trois phalanges et un ongle. Aux deux mains, un sillon 
profond existait a la base du medius a droite, et a la base de la reunion des trois 
doigts du milieu a gauche. Le pcre et la mere etaient bien conformes. 

M. Gillette a fait 1 autopste d une main qui pre sentait une absence de la 
deuxieme phalange. II a trouve que celle-ci existait en realite, mais sous la forme 
<i un os tres-court. Au petit doigt et an medius, elle etait soudee a la premiere 
phalange; aux autres doigts elle etait libre. Les premieres phalanges etaient plus 
longues qu al ordinaire etrecevaient les insertions del extenseur et des flechisseurs. 
Les doigts incomplets et tronques peuvent etre prives de la sensibilite. En 
signalantce fait M. Renauten adonne 1 explication anatomique. Ayantremarque, 
dit-il, que les appendices digitiformes des ectrodactyles sont de tout point sem- 
blables a ceux que les he mimeles portent quelquefois a 1 extremite de leur moi- 
gnon, j ai saisi Toccasion de dissequer un jeune monstre hemimelien. J ai alors 
constate que les nerfs S3 terminaient sans fournir une seule ramification a 1 appen- 
dice digiti forme. J ai cru devoir signaler ce fait et le rapprocher de celui ou 
I anesthesie des rudiments digitaux a ete observee chez un ectrodactyle. 

Les causes de 1 ectrodactylie et de la brachydactylie sont dites internes ou 
externes. Les premieres dependent d un trouble dans la formation de 1 embryon, 
les secondes d uue constriction qui a ete assez puissante pour amener la section 
complete du doigt. 

Rien n est obscur comme les troubles qui engendrent les difformites. Dire 
qu il y a eu arret de developpement d un ou plusieurs doigts, d une ou plusieurs 
phalanges, c est constater un fait, mais ce n est pas en donner la raison. On 
n avance pas beaucoup le probleme en reconnaissant que, dans certains cas, les 
phalanges se fusionnent par leurs bords de maniere a former un seul doigt a la 
place dedeux ou trois doigts, etque, dansd autres cas, elles se soudent par leurs 
extremites, de maniere a ne former qu une phalange alors qu il devrait y en 
^voir deux. Ces constatations sont le fruit d une observation exacte mais n ex- 
pliquent rien. Affirmer qu il y a une atrophle n avance pas davantage la question. 
Pourquoi cet arret de developpement, cette coalescence des os, cette atrophie? 
Le phenomene est-il du a une inflammation des tissus qui vont former la main 
de i embryon, a une lesion des vaisseaux ou du systeme nerveux? G est la un 
probleme encore insoluble. 

Cependantjedois signaler deux observations qui sembleraient indiquer qu une 
maladie du systeme nerveux central n est pas etrangere a la production d une 
malformation de la main. M. Dreyfous a communique a la Societe anatomique le 
fait d une petite fille de six ans n ayant que deux doigts a la main gauche et trois 
A la main droite, a 1 autopsie de laquelle il avait trouve une lesion meningee 



154 DOIGT (DIFFORMITES). 

ancienne occupant la region des centres moteurs des membres. Faut-il croire, 
dit-i! , qu une meningile intra-uterine a correspond!! a cet arret de developpement? 
L autre fait, du. a Cowers, a ele observe sur un bomme depourvu de la main 
gauche des sa naissance. Le tiers moyen de la circonvolution parietale ascendante 
du cole droit n avait que la moitie du volume de son homologue du cote gauche. 
Les extremiles superieures et inferieures des memes circonvolutions presentaient 
le meme volume des deux cotes. L examen microscopique ne revela aucune 
lesion de structure dans la partie compromise ; la seule difference gisait dans 
1 etendue respective des deux circonvolutions. II est a noter que le territoire 
diminue en etendue e tait precisement celui dont 1 excitation, d apres les expe 
riences de Ferrier sur les singes, determine les mouvements de la main qui, 
dans 1 espece, faisait defaut. On pourra objecter que, dans les fails precedents, la 
lesion cerebrale n a ete qu une coincidence, et que, dans le second fait, elle a 
ete la consequence, non 1 origine, de la difformile. Nous n y conlredirons pas. Ges 
fails demandenl assuremenl a etre confirmes par des observations nouvelles, 
mais tels qu ils sont ils permettent de pre sumer la cause reelle de certains arrets 
dans le developpement de la main. 

Les eclrodaclylies et les brachydactylies dites par cause externe sont des 
dactylolyses con.genilales ou amputations inlra-ulerines (voy. le mot AMPUTA 
TIONS CONGENITALES). 

Quelques enfanls presentent en naissanl, soil sur un de leurs membres, soil 
sur un ou plusieurs doigts, un sillon etroit, qui semble etre le resultal d une 
constriction circulaire. Depuisune simple empreinte culaneejusqu a une depres 
sion profonde ne laissant plus qu une pedicule entre les deux portions du doigt 
etrangle, on observe tous les intermediaires. Si le pedicule s amincit au point 
de disparaitre ou s il se rompt avant la naissance, 1 enfant est ectrodactyle. En 
1847, P. Dubois a saisi sur le fait le mecanisme de ce phenomene. Cbez un 
nouveau-ne, les doigts mediuset annulaire gauches etaient reduits a la premiere 
phalange. L exlremite libre de celle-ci etait arrondie, recouverte par la peau 
dans la plus grande partie de son etendue ; mais, au centre de cette sortc de 
moignon, on voyait une petite plaie encore humide de sang, ce qui attestait une 
separation recente des pbalanges. Ordinairement, lorsque 1 enfant vientau monde, 
on ne voit plus la plaie, mais onpeut constater une cicatrice. M. Panas a presente 
a la Societe anatomique la main d une petite fille completement privee de doigts. 
II y avail a leur place de petits mamelons cutanes surmontes d un point ombi- 
lique, cicalriciel. Ce qui dislingue les eclrodaclylies et les brachydactylies de 
cause externe, c esl precisement la presence de cetle cicatrice et [ absence 
d ongle (fig. 3). Au conlraire, les memes difformites produiles par une cause 
interne n offrent pas de cicatrice a la place du doigl absent ou a 1 extremite du 
doigl tronque, et 1 ongle subsistc a un elal plus ou moins rudimenlaire. 

Quant au sillon dont 1 accroissement progressif aboutit a 1 amputation du 
doigt, on lui attribue deux origines differentes. Tantot ce sont des brides 
pseudo-membraneuses, parlanl du foetus ou de 1 enveloppe amniotique, qui 
s enroulent autour d un ou de plusieurs doigts et arrivent a le sectionner 
completement. Tantot c est une retraction cutanee qui produit 1 etranglement et 
la section. 

Le role des brides a ete signale pour la premiere fois par Montgomery en 1852 r 
puis adopte par Moreau, P. Dubois et la plupart des accoucheurs qui les ont 
suivis. Dans le fait de P. Dubois, cite plus haul, on voyait partir du voisinage 



DOIGT (him.HMriKs). 

des petites plaies qui surmontaieut les plmlanges tronquees un prolongement 
liliforme, tres-tenu et tres-resistant, qui avail etc vraisemblablement 1 agent de 
la section. Sur une main presentee a la Societe anatomique par M. Launay, un 
lien fibveux etreignait la base d une petite tumeur situee sur le bord inferieur 
dii metacarpe entre le pouce et I auriculaire. Tous les doigts intermediaires 
avaient disparu on plutot avaient ele ampules par le lien fibreux, qui restait 
encore enroule autour d un vestige des appendices digitaux. 

Mais il y a des amputations congenitales, et ce sont les plus nombreuses, ou 
Ton ne decouvre aucune bride, aucun lien, ayant pu accomplir la section des 
parties. La dactylolyse est done, dans ces cas, le resultat d une maladie ou d um- 
evolution anormale des teguments. Menzel penche vers cette derniere opinion. 
De meme que la peau se retracte longLtudinalement dans les espaces intercligiluuv 
pour former les sillons qui separeront les doigls, de meme, d apres lui, elle 
peut se retracler horizontalement et, par une aberration etrange, former ces 
>i lions circulaires qui aboutissent a I amputation. Menzel appuie cette ingenieuse 
hypothese sur une observation anatomique dans laquelle le pedicule ne presentait 
point cet etat fibreux, dur, nacre, qu on rencontre dans le tissu retractile des 
cicatrices. Au contraire, la pcau et le tissu cellulaire sous-cutane etaient normaux 
et semblaient avoir subi un simple retrait. 

D autres autcurs assimilent les sillous conge nitaux a ceux de lVinhum,dans 
lesquels on observe toujours une alteration palhologique de la peau et du tissu 
cellulaire sous-cutane. D apres une recente observation due a M. Reclus (Bull, 
tlr la Soc. de chirurgie, t. IX, p. 758, 1885), le tissu adipeux sous-cutane ferait 
clefaut et serait remplace par une trame serree de tissu fibreux dout les fais- 
ceaux sont perpeudiculaires a 1 axe du membre. G est la retraction de ce tissu 
libreux, tout a fait analogue a celui de lYinhum des adultes, qui . produirait le 
sillon cutane et son accroissement progressif. 

5 Syndactylie. L arret dans la division de la palette palmaire produit la 
syndactylie ou adherence des doigts. 

On s accorde generalemcnt a cousiderer ce vice de conformation comme 
moins rare que 1 ectrodactylie. Mais on n en a pas donne la preuve. M,. Fort, qui 
a reuni 42 cas d ectrodactylie, n en a rassemble que 27 de syndactylie. Celle-ci 
frappe plus que celle-la, parce qu elle est J objet d operations utiles et interes- 
santes. Comme elle appelle Tattention des chirurgiens, comme on en parle non- 
seulement dans les livres sur la Teratologie, mais encore dans 1 les trftites de 
Medecine operatoire, on s est habituei a la croire assez frequente, M. Moreau a 
declare a la Societe anatomique que, sur plus de 5000 nouveau-ues, 1 union 
des doigts ne s est presentee qu une seule Ibis a son observation. 

La syndacLylie oifre trois \arietes qui sont : la reunion, pan une membrane, 
la reunioa par accolement sous une meme en\jelappe cutanee, la reunion par 
coalescence du tissu osseux. 

Dans la syndactylie membraneiise, 1 union a lieu au 1 moyen d un pirolonge- 
ment cutane qui s etend d un doigt a Tautre^ Ce premier degre constitue ce 
qu on appelle la main ipalme e* Lai membrane intermediaire est plus ou moins 
lacbe. Elle forme un triangle donti le sommet correspond a la commissure 1 digir- 
tale et la base, ordinairement concave, a 1 extremite libre des doigts. Elle 
resulte de 1 adossemeat de la peau de la face donsaie et de la peau de lai face 
palmaire des doigts voisins. Ces deux ifeuillets cutanesiglissent ordinairement 
1 un.sur 1 autre, et sont assez: minces pour, etre transparents. Les doigls, ainsi 



lot) DOIGT (DIFFORMITES). 

lies, ont quelques mouvements independants selon la laxite de la peau 
intermediate. 

A un degre plus avance, les doigts sont immediatement accolcs, et la peau 
passe de 1 un a 1 autre presque sans se deprimer entre eux (fig. 7). L adherence 
a lieu par du tissu cellulo-adipeux plus ou moins dense. Les doigts n ont aucun 
mouvement independant. Mais on pent les faire glisser artificielleraent dans 
une petite etendue 1 un contre 1 autre. Les ongles ne sont pas fusionnes. 

Lorsqu il y a union par coalescence osseuse, les phalanges sont soudees par 
leurs bords, soit au niveau de toutes les phalanges, soil au niveau seulement. de 
Tune d entre elles. La cavite des articulations phalangiennes voisines commu 
nique souvent. L ongle est ordinairement unique, tres-large, il represente a 
lui seul les ongles de deux ou plusieurs doigts. 

Enfin, si 1 union est encore plus intime, s il y a fusion reelle de maniere que 




Vis 



1 



> 

ig. 7. Syndactylie, d apres Howden~(extraile du 
Traite d Annandale). 




Fig. 8. Syndactylie de 1 extremite des doigts 
d apres Otto (extraite du Traite d Annandale). 



1 individualite des doigts n existe plus, ce n est pas a une syndactylie, mais a une 
ectrodactylie, qu on a affaire. 

Quelques fails, tres-rares, prouvent que la syndactylie se produit par un autre 
mecanisme que celui d un arret de la scission palmaire. On suppose alors 
qu apres la segmentation digitale regulierement effcctuee les doigts ont ete 
al fectes d une plaie ou d une ulceration et qu ils se sont reunis par une cicatrice. 
Cette syndactylie particuliere se caracterisepar une soudure partielle. qui siege, 
peut-etre toujours, vers les extremites des doigts. Sur une petite fille de 
vingt-deux mois, observee par M. Longuet, la syndactylie consistait en une 
soudure de 1 extremite inferieure des trois doigts du milieu de la main gauche. 
Ces doigts ne portaient pas d ongles et semblaient reunis par un tissu de 
cicatrice. La soudure dc 1 index et de Tannulaire au medius s etendait seule 
ment sur la longueur de la phalangette, de sorle que les phalangines et les 
phalanges elaient parfaitement libres. Cette enfant pre sentait d autres vices de 
conformation, des pieds-bots, des sillons cutanes et des amputations congenitales. 
Pour M. Longuet, les doigts se seraient ulceres pendant la vie intra-uterine, 



D01GT (DIFFORMITES). 137 

sous 1 influence d une lesion nerveuse trophique, et se seraient ensuite unis par 
la cicatrisation des surfaces privces de leur epiderme. Une amputation spontanee 
peut aussi devenir la cause de plaies digitales et d une reunion semblable. 
Otto avait deja rencontre cette curieuse variete de syndactylie. Nous en donnons 
une figure d apres cet auteur (fig. 8). 

La syndactylie est complete ou incomplete, suivant qne les doigts sont reunis 
dans la totalite ou seulement dans une partie de leur longueur. 

Elle est partielle, si elle affecte deux ou plusieurs doigts; totale, si elle les 
atteint tous. 

Rare entre le pouce et 1 index, on la rencontre ordinairement aux derniers 
doigts, sonvent entre le medius et 1 annulaire, e(, si 1 adherence est membra- 
neuse, entre 1 annulaire et 1 auriculaire. 

D apres M. Fort, elle siege aux deux mains a peu pres dans la moitie des cas 
(11 fois sur 27). Lorsque les deux mains sont prises en meme temps, on observe 
tres-sowent la meme diflbrmite sur les deux pieds. 

La syndaclylie se complique assez rarement d autres difformites des doigts. 

II imporle de savoir qu elle s accompagne quelqnefois d une anomalie des 
arteres. Sur un enfant venu au monde avec une adherence des trois derniers 
doigts, M. Lemaistre a trouve que 1 arcade palmaire superficielle descendait 
beaucoup plus bas que de coutume. En divisant avec le bistouri les membranes 
mterdighales, on I aurait certainement coupee. Les arleres collaterales ctaient, 
par suite, plus courtes qu a 1 etat normal. Lc chirurgien doit done etre prevcnu 
qu il peut rencontrer une anomalie arterielle, lorsqu il opere une syndactylie. 

Comme toutes autres difformites des doigts, la syndactylie est hereditaire. 
Deguise en a cite un cas tres-nct. Les filles y sont plus sujettes que les garcons. 

Le traitement de la syndactylie conge nitale sera etudie avec celui de la 
syndactylie accidentelle dans le cliapitre consacre a la Medecine operatoire. 



II. VlCES DE CONFORMATION PAR EXCES DE DEVELOPPEMENT. 1 

Les opinions sont fort partagees sur la frequence de la polydaclylie. Les uns la 
considerent comme tres-rare ; les autres pensent qu elle est relativement fre- 
quente. Maupertuis n a pu en trouver que trois exemples sur 100 000 habitants 
de la ville de Berlin. M. Blot ne 1 a rcncontree qu une seule fois sur 10 000 
enfants nes a I liopital des Cliniqnes. M. Le Fort dit que, sur un tolal de 14 000 
nouveau-nes de Guys Hospital et de Gebar und Findelhaus de Vienne, il n y 
a pas eu un seul cas de polydactylic; cependant on ne pent admettre, ajoute-t-il, 
qu il y ait eu oubli, car toutes les anomalies out etenotees avec soin (Bull, dela 
Soc. de chir., 1865). D un autre cote, sur 2500 enfants entres a 1 hospice des 
Enfunts-Trouves, M. Bechet en a constate un cas. Giraldes et M. Trelat, qui out 
\u et soigne plusieurs enfanls polydactyles, croient que cette anomalie est fre- 
quente. Quant a nous, nous adoptons aussi cette opinion, eri nous appuyant 
sur ce que nous avons observe a la Maternite de I liopital Cochin. En effet, sur 
un total de 5726 nouveau-nes, dont nous enregistrions tres-exactement les diffor 
mites, nous avons rencontre 4 enfants polydaclyles. Nous en concluons done qu a 
Paris et dans le milieu ou nous pratiquions, de 1873 a 1878, il y avait environ 
un cas de polydactylie sur 1000 naissances. En outre, nous pensons que la poly- 
dactylie est la plus frequente de toutes les malformations de la main, car dans 
cette meme periode aucune autre difibrmite des doigts ne s est offcrte a nons. 
Pour apporter quelque clarte dans 1 etude des nombreuses formes de la 




158 DOIGT (nii-i-oioiiTEs). 

polydactylic, il est utile de les ranger en quatre groupes, qui sont : 1 les doigts 
surnumeraires prolongeant la serie normale; 2 les pouces surnumeraires; 
5 les doigts surnumeraires situes sur le bord cubital; 4" les bifurcations de la 
main. M. Fort, qui a rassemble 71 cas de polydactylie, a trouve 52 doigts inter- 
cales dans la serie normale ou la prolongeant, 29 pouces supplementaires, 
10 doigts surnumeraires sur le bord cubital. Ajoutons a cette nomenclature 
2 exemples de main bifurquec. 

a. Doicjfs surnumeraires prolongeant la serie normale (fig. 9). On a 

connu de toute antiquite la multiplicite des doigts. 
On lit dans 1 Ancien Testament qu un guerrier avail 
six doigts aux mains et autant aux pieds. Pline le 
ISaturaliste parle de deux soeurs dont les mains 
avaient chacune six doigts. II est souvent question 
chez les Remains des sexdigitaires. Ruysch a decrit 
mi squelelte ayant sept doigts a la main droite et 
six a la gauche. Saviard dit avoir vu a I Hotel-Dieu 
un enfant avec six doigts a chaque main et a chaque 
pied. M. Maijolin a presente a la Societe de chi- 
rurgie les moules de deux mains, Tune a six doigls, 
1 autre a sept. Les mains a six doigts sont beau- 
coup plus communes quo celles qui en presentent 
un plus grand nombre, J en ai observe derniere- 
ment deux exemples, chez un jeune ecolier et chez 
un adulte qui exerce la profession de macon. Chez 
ces deux polydactyles, la difformite existe symetri- 
quement aux denx mains, et ne leur occasionne aucune gene. 

Lorqu il n y a qu un seul doigt surnume raire, la difformite est legere. Le 
sixieme doigt ne differe pas sensiblement des autres et on a quelque peine a le 
distinguer. II s arlicule tantot avec un metacarpien particulier, tantot avec le 
metacarpien d un doigt voisin. 11 est pourvu de muscles et d insertions tendi- 
neuses. II jouit des memes mouvements que les autres doigts. Les fonctions de 
la main ne sont pas alte rees par sa presence. Les sexdigitaires sont habiles a 
toutes les professions manuelles. 

II n en est plus de meme lorsqu il existe plusieurs doigts surnumeraires. 
Ceux-ci sont ordinairement petits, courts, de forme irreguliere. Us sont souvent 
reunis entre eux par des adherences. 11s occupent generalement Textremite de 
la range e digitate qu ils continuent. C est une grande exception lorsqu ils 
s implantent entre les doigts normaux. Hersent a vu la premiere et la seconde 
phalanges de 1 annulaire se bifurquer, de maniere a former deux appendices 
digitaux superposes. 

Les doigts multiples s articulent soit avec des tetes de metacarpiens volu- 
mineuses ou dedoublees, soit avec des metacarpiens supplementaires. Quelque- 
fois leur union a la main se fait simplement par des parties molles. 11s sont 
depourvus de muscles, ou ne recoivent que des diverticules tendineux. II en 
resulte que lews mouvements, faibles et incomplets, apportent un trouble con 
siderable dans les usages de la main. 

Lorsqu un doigt surnumeraire se montre a une main, il est presque de regie 
de voir la difformite se repeter a la main du cote oppose et aux deux pieds. 
b. Pouces surnumeraires. En examinant les observations de pouces surnu- 



\z. 9. - - Exemple dc polydac- 
lylir, d .ipros Morand (Academic 
<ies sciences, 1770). 



DOIGT (DIFFORMITKS). ir><> 

meraires, on ne tarde pas a reconnaitre que ce vice de conformation pre sente 
deux formes : dans 1 une le pouce anormal est implante sur le premier meta- 
carpien, dans 1 autre il est accole aux phalanges du pouce et parait etre une 
bifurcation de celles-ci. On designe la premiere forme sous le nom de pouce 
surnumeraire proprement dit, la seconde sous celui de pouce bifide. 

Les connexions du pouce surnumeraire avec le premier metacarpien sont fort 
variables. Tantot sa premiere phalange est soudee au metacarpien, avec lequel 
elle forme un angle qui se rapproche plus ou moins de Tangle droit ; tantot il y 
a une articulation veritable. Dans quelques cas plus rares, 1 union s etablit avec 
les parties molles par un simple pedicule non osseux, comme dans 1 observation 
de Thouret. 

Le pouce surnumeraire possede habituellemenl deux phalanges disposees sur 
le prolongement l une de 1 autre ou inclinees 1 une par rapport a 1 autre, de 
maniere a former une sorte de crochet. 

II est souvent immobile et, lorsqu il possede des mouvements, ceux-ci sont 
toujours fort limites. 

Lorain a public la description anatomique d un pouce surnumeraire observe 
chez un nouveau-ne. Ce pouce etait applique sur le metacarpien du pouce 
normal. II recevait exclusivemcnt les insertions des muscles court abducteur, 
opposant et court flechisseur. Le muscle lung fle chisseur se rendait au pouce 
normal et envoyait une expansion tendineuse a la deuxieme phalange du pouce 
anormal. L adducteur se rendait a I un et a 1 autre pouce. Quant aux muscles 
dorsaux, le long abducteur et le court extenseur allaient au pouce surnumeraire 
seul, le long extenseur au pouce normal et accessoirement par une expansion 
aponevrotique au pouce anormal. Cette expansion aponevrotique, ainsi que 
celle qui venait du long flechisseur, courbaient les phalanges du pouce surnu 
meraire et, en les reliant au pouce normal, empechaient leurs mouvements de 
flexion et d extension. II en resultait que le pouce surnumeraire, bien que lar- 
gement pourvu de muscles, etait destine a rester presque immobile. 

Le pouce bifide offre plusieurs degres : tantot la bifurcation ne porte que sur 
la phalangette (fig. 10), tantot elle s etend jusqu au meta 
carpien. 

Dans une premiere variete, on constate deux phalangettes, 
mois celles-ci sont soudees lateralement ; 1 ongle est double. 
Dans une deuxieme variete, la separation des phalangettes 
s est operee, et 1 extremite du pouce a Taspect d une fourehe. 
Boutellier a observe un pouce qui marque la transition 
entre la bifidite de la phalangette seule et la bifidite com 
plete du pouce. C etait chez un homme de trente ans. Le 
metacarpien etait normal, mais on reconnaissait au toucher 
que la premiere phalange etait double et qu elle etait for- 
me e par deux os accoles. Apartirde la premiere phalange, Fig. 10. Pouce bifide 
le doigt se divisait en deux extremites completement inde- ( Th6sedeM - F rO- 
pendantes. 

M. Chuquet a eu 1 occasion de dissequer nn pouce presque completement 
bifide. Chacun des pouces e tait aussi long qu a 1 ordinaire, mais beaucoup plus 
grele. Us possedaient deux phalanges. Les premieres phalanges etaient unies 
par une membrane. Elles s articulaient avec le premier metacarpien et avaient 
une synoviale commune. Le tendon du long flechisseur etait bifurque au niveau 




140 DOIGT (DIPFORMITES). 

de la premiere phalange. Le long et le court extenseur se juxtaposaient et s unis- 
saient par le bord deleurs tendons au niveaude 1 articulation metacarpo-pbalan- 
gienne. De ce centre tendineux partaient ensuite les fibres qui allaient s inserer 
sur la face dorsale des deux phalanges. Par suite de cette disposition, les mou- 
\ 7 ements de flexion et d exlension des deux pouces etaicnt toujours associes. 

II est rare que les mouvcments soient independants. Cependant, dans une 
observation due a M. Vidal, les deux phalanges possedaient des mouvements 
individuels, de sorte que les deux pouces pouvaient se flechir et s etendre 
isolement. 

Broca avail avance que, dans les cas ou le pouce supplementaire etait mobile, 
les muscles de 1 eminencc thenar se rendaient a son os sesamo ide externe, 
tandis que les autres muscles se portaient au pouce normal. On ne possede pas 
assez de dissections pour savoir si cette disposition se rencontre generalement. 

Le pouce bifide constitue, dans beaucoup de cas, une infirmite tres-supportable. 
II n en est pas de meme du pouce surnumeraire ; implante perpendiculairement 
sur le metacarpien, il constitue une gene permanente assez considerable pour 
que les patients en reclament la suppression. 

Enfm, faisons remarquer que les pouces anormaux sont toujours situes sur le 
-sord externe du metacarpien ou de la phalange. II n y a guere qu une exception 
.cette regie, c est le fait de M. Gueneau de Mussy, dans lequel le doigt supple 
mentaire etait situe a la partie interne du pouce. II s articulait avec 1 extre- 
mite interne du metacarpien et possedait un muscle extenseur et un muscle 
flechisseur. 

Nous n abandonnerons pas ce sujet sans mentionner 1 opinion de Foltz sur la 
bifurcation du pouce. En se fondant sur des considerations d anatomie philoso- 
phique plus que sur 1 embryologie, Foltz pensait que le type primitif ideal est 
la main a six doigts, que notre pouce actuel represente la coalescence de deux 
doigts et que sa division, que nous regardons commc une anomalie, est au 
contraire un retour vers le type normal. Rien ne nous permct de controler 
cette opinion etrange. Elle n a pas plus de valeur que celle d Huguier, qui 
explique la frequence de la bifidite du pouce par la vigueur formatrice de 
cet organe. Bornons-nous a constater le fait, qui depend d une exageration de 
la scission palmaire, dont la cause nous est inconnue. 

c. Doigt surnumeraire cubital. Les doigts surnumeraires, places hors rang, 
sur lebord cubital dela main, sont Ires-variables sous le rapport de leur volume, 
de leur structure et de leurs connexions. 

Leur siege de predilection est le bord interne de la premiere phalange. 

Dans leur forme la plus simple, ils constituent de petiles tumeurs arrondies, 
grosses comme un noyau de cerise ou comme une noisette, recouvertes d une 
peau normale et appendues au bord cubital de U main par un pedicule cutane 
plus ou moins long. Ces petites tumeurs out souvent ete prises pour des 
sarcomes. Mais ce qui les en distingue, c est qu elles sont d ordinaire syme- 
triquement placees sur le bord cubital des deux mains, et qu elles sont formees 
par un amas de tissu cellulaire graisseux, au centre duquel on trouve un petit 
noyau cartilagineux. En outre, il n est pas rare d observer a leur surface une 
depression avec un rudiment d ongle. M. Guyon, moi-rneme et bien d autres, 
avons enleve de ces petites tumeurs, au centre desquelles existait le cartilage 
caracteristique. 

Lorsque le developpement du doigt cubital est plus avance, on a affaire a 



DOIGT (DIFFORMITES). 



141 




Fig. 11. Doigt cubilal surnumeraire 
pedicule. 



un appendice cylindrique dont 1 extremite libre porte un ongle (fig. 11). Alors 
il n est plus possible de se meprendre sur la veritable nature de la production 
congenitale. Le doigt surnumeraire tient encore par un pedicule ou une iamelle 
cutanee, mais il est pourvu d une ou de 
deux phalanges bien formees. MM. Bt chet, 
Bauzon, Gallez, Lesenne, ont public des obser 
vations sur ccs doigts flottants. J en ai vu un 
exemple chez un nouveau-ne de la Maternite 
de Gocbin, en 1876. Le doigt tenait sans 
articulation sur Ic bord cubital de chacune 
des mains. J en fis 1 ablation avec le galvano- 
cautere. Tatum a enleve, chez un adulte, un 
doigt cubital tres-remarquable par sa longueur, 
qui etait de deux polices. 

Les doigts surnume raires avec attache osseuse 
sont rares. Morand en a donne une description 

et deux figures, qui sont classiques. Dans 1 une, le doigt, forme de deux pha 
langes, s articule avec une apophyse du cinquieme mctacarpien, et cettc apophyse 
est dirigee obliquement de basen haul. Dans 1 autre, 1 articulation a lieu directe- 
ment sur le bord interne du metacarpien. 

M. Gougenheim a montre a la Sociele anatomique, en 1804, un cas de 
biiidite symetriquedc 1 extremite de 1 auriculaire sous la forme de deux phalan- 
gettes supplementaires. Nous n avons pas rencontre d autre exemple de cette 
bifidite, qui nous parait constituer une variete de doigt cubital. 

Comme les autres especes de polydactylie, le doigt cubital est souvcnt here- 
ditaire. Dans beaucoup de cas les deux mains en sont affecte es dans des points 
similaires. Enfm des orteils sumumeraires coexistent habituellement avec cette 
difformite de la main. 

d. Bifurcation de la main. Si Ton suppose que pendant le developpement 
exuberant qui produit la polydactylie un des sillons palmaires se prolonge, plus 
que les autres, vers 1 avant-bras, on aura une nouvelle espece de polydactylie, 
caracterisee par une apparence bifurquee de la main. Deux mains plus ou moins 
completes sembleront accolces 1 une a 1 autre. On pcssede seulement deux 
exemples bien authentiques de cette difformite. Us ont ete publies et figures 
par C. Murray et par Giraldes. Dans ces deux cas, qui se ressemblent beaucoup, 
la division commengait au niveau du carpe et le pouce manquait. Voici leur 
description en abrege. 

En 1863, C. Murray communiqua a la Sociele de Londres le fait d une 
main double chez une femme de trente-huit ans (fig. 12). Cette difformite sie- 
gcait a gaucbe. Chaque main possedait quatre doigts. La main surnumeraire 
etait un peu plus petite que 1 autre, et en outre son medius et son annulaire 
etaient palmes. Le pouce etait represente par une petite e minence placee sur le 
dos de la main. 11 n y avait pas d action independante des doigts. Leur flexion 
et leur extension etaient tres-limitees. Gependant les deux mains pouvaient se 
fermer 1 une sans 1 autre. L enfant de cette femme n avait rien d anormal. II 
n y avait rien d hereditaire dans ce vice de conformation. 

En 1864, Giraldes opera une enfant de cinq mois qui avait une main bifur- 
que e (fig. 13). Le moule de cette difformite a ete presente a la Societe de 
chirurgie (29 novembre 1865). L enfluit avait huit doigts, quatre a chaque 



142 DOIGT (DIFFORMITKS). 

main. Elle a bien gueri apres la suppression de la main anormale. Mais Giraldes 




Fig. 12. Main double de C. Murray. 

ajoute (Lemons din. sur les mal. chir. des enfants, p. 42) : Si j avais connu a 




Fig. 13. Main double de Giraldes. 

ce moment la relation d un fait analogue public par C. Murray, je ne serais pas 



DOIGT (DIFFOHMITES). 1 15 

intervenu, car la disposition des muscles ct des tendons permettait aux deux 
mains de se former 1 une sur 1 autre et de remplir parfaitement Jeurs fonctions 
habituelles. Et, eneffet, la malade de Murray etait habile avecsamain difforme, 
cequi doit inspirer une grande reserve dans les operations qu on pourrait entre- 
prendre pour des cas semblables. 

2 Exces de nombre des phalanges. L augmentation du nombre des pha 
langes est un phenomene rare pour le pouce, et probablement inconnu pour les 
autres doigts. 

Colombus (de Re anatomica, p. 485) dit avoir vu quatre phalanges sur un doigt. 
Mais cet auteur n indique pas de quel doigt il entend parler. Huguier fait re- 
marquer avec raison que cette observation se rapporte probablement au pouce. 

Nous avons vu que, d apres les recherches de M. Sappey, le metacarpien du 
pouce represents la fusion d un metacarpien et d une phalange. Si, par une 
aberration du dcveloppement, la premiere phalange du pouce s articulc avec 
son metacarpien, au lieu de se souder a lui, le pouce a trois phalanges comme 
les autres doigts. Cette anomalie se re alise quelquefois. P. Dubois en a pre- 
sente un exemple a 1 Academie de medecine, en 1826. M. Fort (these, p. 55) en 
cite trois exemples d apres Foltz (de Lyon). Dans ces trois cas, il s agit de 
pouce bifurque. Les trois phalanges exislaient tantot sur les deux doigts bilides, 
tantot seulement sur 1 iin deux. J ai communique dernierement a la Societe de 
Chirurgie un bel exemple de pouce a trois phalanges chez une jeune temme, 
qui n ctait nullement genee par sa diflbrmite. 

7>" Macrodactylie. De tous les vices de conformation de la main, la macro- 
dactylie est un de ceux qui etonnent le plus, tant par 1 aspect etrange de la 
difformite que par les proportions gigantesques que les doigts affectes peuveut 
acquerir. 

L augmentation legere du volume d u